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1787, 03, n. 9-13 (3, 10, 17, 24, 31 mars)
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MERCURE
DE FRANCE.
( No. 9. )
SAMEDI 3 MARS 1787.
MARS a 31 Jours & la Lune 30. Du 1 au 31 les je
croiffent de 54 le matin , & de 54' le foir.
Jours
du Noms des Saints.
mois.
Jeudi. S. Aubin , Evêque.
Phafes
de la
Temps moyen
Lune.
au
M.di vrai,
oh. 12/38"
Vend. S. Simplice , Pape.
3Sam. Ste Cunégonde.
42. D. Reminifcere.
S Lund. Cafemir , Roi.
Mard . S. Siméon , Evêque.
7 Merc. Ste Perpétue.
8 Jeudi. S. Jean- de Dieu.
9 Vend. Ste Françoife.
10 Sam. Ste Doctrovée.
113. D. Oculi.
12 Lund. S. Pol , Evêque.
13 Mard . Ste Euphrafic.
14 Merc. S. Lubin , Evêque.
15 Jeudi. S. Zacharie , Prêtre.
16 Vend. S. Habraham , Ev.
17 Sam. Ste Gertrude , Vierge.
184. D. Latare,
19 Lund. S. Jofeph.
20 Mard. J. Joachim.
CD.Q. O
le 12 à 1
IT 26
O P. L. 12 13
le 4 à 2 II $9
h. m. II
45
du matin . O II 31
II 16
· II I
10 46
10 30
10 14
9 57
9
23
• 8 49
8 3 i
N. L. 8 14
le 19 à a 7 56
7 38
7 19
7 I
6 42
h. 3 m. O
Idu mat.
PRINT. h. 57 m.
21 Merc. S. Benoît , Abbé.
22 Jeudi S. Epaphrodite.
23 Vend SS. Victorin , & c.
24 Sam. S. Agaper , Evêque.
255. D La Paffion.
26 Lund L'ANNONCIATION.
27 Mard. S Ruper , Evêque.
28 Merc S. Gontrand , Roi.
29 Jeudi . S. Euftafe , Ábbé.
30 Vend. La Compaffion.
31 Sam. S. Acafe , Evêque
du toir.
P. Q.
le 26 à 8
h. 17 m.
du mat.
47
789
4 S
4 32
13
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
LIVRES NATIONAUX.
Nouvelle Anthologie franfoife
, ou Choix des épigrammes
& madrigaux de tous les poëtes
françois , depuis Maror ju qu'à
ce jour; par le Rédacteur de
P'Almanach des Mufes : 2 vol .
in-12. br. 5 1.
A Paris , chez Letellier , Lib.
quai des Auguftins , Numéro 27.
Bible traduite en françois
avec l'explication , par de Sacy ;
t. XVI : in 8°.
-A Nimes , chez Beaume ; & à
Paris, chez Desprez , L. rue S.
Jacques
Confeffion générale de l'année
1786 in 12. I 1. 4 f
A Paris , chez Buifon , Libr.
que des Poitevins , Numéro 13.
Dictionnaire critique de la
langue françoife ; par l'Abbé
Ferand , t I : in - 49.
A Marfeille , chez Molly ; & d
Paris , chez Delalain le jeune ,
Lib. rue S. Jacques.
Epître à mon poële , dédiée
mes amis : in- 8 .
A Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
L'Ex abrupto pourl'affemblée
des Notables : in- 4°.
>
A Paris , chez les mêmes.
La France chevalerefque &
chapitrale , ou Précis de tous les
ordies exiftans de chevalerie
des chapitres nobles de l'un &
de l'autre fexe , des corps, col
léges & écoles de la nobleffe
du Royaume ; avec une notice
des preuves exigées pour y être
admis , & les noms de tous les
chevaliers , chanoines & cha
oineffes, nouvelle édition , revue,
corrigée & augmentée de la lifte
chronologique des chevaliers de
Fordre du Saint - Efprit , & de
plufieurs autres articles intéref
fans ; par M. le Vicomte de
G**** : br. 3 1 .
A Paris , chez Leroy , L. rue
S. Jacques.
Ménoires concernant les inpofitions
& droits en France :
par M. Moreau de Beaumont ,
Confeil'er d'Etat ; nouvelle édition
, conforme à celle de l'Imprimerie
Royale , avec des tables
chronologiques & alphabé
tiques , par M. Poulain de Vieville
, Avocat au Parlement
Cenfeur royal 3 vol. inchaque
vol. br. en carton , 91.
A Paris , chez Defaint , Inp.
du Chatelet , rue S. Jacques.
4
Le même Libr. donnera inceffament
un autre volume du
même ouvrage concernant les
impofitions hors France . I paroîtra
aufli cette année un volume
de fupplément.
Le vrai Religieux : in - 8°.
A Paris , chez Ch. P. Berton,
L. ue S. Var.
AVIS.
L'ouvrage intitulé : Avis confervateur
du citoyen fur les
caufes de maladic violente &
de mort imprévue : & c.; par
M. Andrieux , annoncé chez
l'Auteur , à 2 1: 10 f. dans le
dernier Numéro, fe vend auffi
chez Morin , L. rue S. Jacques
& Efclapart , rue du Roule.
Théophile Barrois le jeune,
Libraire , quai des Auguftins
Numéro 18 , vient de recevoir
de Londres les Livres fuivans
Sketches of the hiftory ofthe
Auftrian Netherlands with remark
on the conftitution , commerce
, arts and general state of
there provinces , by James Shaw.
London , 1786 , in- , br. 6 l.
12 fols.
The errors of innocence a
Jen . 135 .
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,

PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
-!
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyſe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
· Paris & des Provinces ; la Notice des Édias
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 3 MARS 1787.
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou;
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Roi.
Pliers
TABLE
Du mois de Février 1787 .
FUGITIVES . Difcours en vers ,
Vers à M. le Comte de Choi Année Rurale ,
feul- Gouffier ,
A Mmela Comteffe d'Argout , 4
L'Heureux Retour ,
3
S
Obfervations fur les Monnoies
,
Epître à M. le Comte
Myrat ,
Vers fur la Manie des
nonymes ,
1
Aux Citoyens de Lille ,
Bouts rimés ,
Epitaphe de M. de
geanes ,
30
35
37
Les quatre Ages de l'Homme,
Lettres à M. Bailly, fur l' Hif
Poëme ,
toire primitive de la Grèce ,
56
du Etabliſſement d'une Caiffe générale
des épargnes du Peu- 49
97
98
73
81
Sy- ple ,
Une année de la Vie du Chavalier
de Faublas ,
ib. Voyage Pittorefque de Naples
& de Sicile , 104 , 161
Le Voyageur Sentimental, 122
Ver-
145
Thyard ,
146 Variétés,
Epitre à M. le Comte de L'Anti - Lucrèce ,
Les deux Hermites, Conte, 149 SPECTACLES.
Charades , Enigmes & Logo- Concert Spirituel ,
180
39
127
gryphes , 11 , 54, 101, 158 Académie Roy. de Muſiq. 128
NOUVELLES LITTIR.Comédie Italienne . 135
Annonces & Notices , 42 , 90, Etrennes Lyriques ,
13
Laure , ou Lettres de quelque
Femmes de Suiffe ,
221
141 , 187
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
sue de la Harpe , près S. Câme,
T
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 3 MARS 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur l'Affemblée Générale de la Nation.
RANÇOIS , viens applaudir au fpectacle impofant
Que te donne un Monarque & fage & bienfaifant :
Tes Neveux , après toi , béniront fa mémoire ;
Pour fon coeur paternel , c'eft trop peù du préſent :
Il veur que ton bonheur dure autant que la gloire.
( Par M. l'Abbé Dourneau. )
Aij
MERCURE
Épitaphe de M. le Comte DE VERGENNES
1
PERE , Époux , Citoyen , ſes vertus , ſon génie
Répandent fur fon nom un immortel éclat :
De travaux , de bienfaits il a rempli ſa vie ;
Il fut l'amour des fiens & l'appui de l'État .
Acroftiche qu'on avoit propofé.
I.
' EST en vain qu'aux beſoins l'attentive nature
Offie de fes tréfors les bienfaits renaiſſans ,
oi feul je les difpenfe ; active autant que pure ,
a marche embraffe tout , l'homme , les lieux , les
temps ;
tats-Unis par moi , fiers enfans des deux mondes ,
épondez : qui , pour vous , étendit le bonheur ?
' eft moi , moi qui bravai le fer , le feu , les ondes ,
tqui chéris encor bien moins l'or que l'honneur.
( Par M. Traverfier. )
DE FRANCE. S
I I.
OHANTEZ , heureux François , ce règné fortuné ,
ule jufte Louis vient de figner ma gloire.
ars , qu'il tient à fes pieds , Mars frémit enchaîné :
on nom d'un pôle à l'autre annonce ſa victoire .
t vous , ô Nations , qui violez mes droits ,
econnoiffez enfin mes divers avantages ;
O effez de m'outrager , ouvrez-moi vos rivages ;
mt voyez dans Vergenne un défenfeur des Rois.
( Par M. Legendre , Avocat. )
I I I.
ITOYEN OU Poëte , exercez votre plume.
Roi digne de l'être ! ô Miniftre éclairé!
inerve éteint le feu que la Difcorde allume :
inerve eft au Confeil , elle a tour préparé.
n ramenant la paix , Louis la rend durable ;
ien ne peut mieux fervir à nos heureux projets 3
Oe Traité , ce chef- d'oeuvre à jamais mémorable ,
ft la gloire du Prince & le bien des ſujets .
( Par M. H *** , Capitaine d'Infanterie. )
A iij
MERCURE
I V.
ONQUÉRANT ! c'eft en vain que tu cherches la
gloire ;
✪n ne la vit jamais où règne la terreur ;
olefté fous le joug , on détefte un vainqueur ;
Kais le Roi bienfaifant vivra dans la mémoire ;
t cet heureux Traité dont parlera l'Hiftoire ,
éuniffant l'Anglois & les enfans des lys ,
es deux peuples rivaux & dignes d'être amis ,
ternifera mieux Louis qu'une Victoire.
(Par M. D. G. , de la Société d'Henri IV
& Sully , de la Ville de Nifmes. )
Acreftiche qu'on propofe :
VERGENNE S.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Merveille ; celui
de l'Enigme eft Imagination ; celui du Logogryphe
eft Redingote , où l'on trouve Roi ,
Reine , Triton , Got , Gérion , Odin , Toge
Doge , Irène , grotte , Titon , dîner , Gnide
DE FRANCE. 7
CHARADE.
Mon premier ,méprifé par le ſot & le ſage ,
Eft traité d'ordinaire avec peu de reſpect ;
Et quand de mon dernier les amans font uſage,
Mon tout chez eux paroît fufpect .
( Par Mlle Conftance….... }
ÉNIG ME.
MA main eft néceffaire au meilleur ouvrier ;
Vouloir faire fans moi feroit être peu fage ;
Et cependant , même dans l'atelier ,
Je m'occupe fans ceffe à ronger fon ouvrage.
Un pied dans le paffé , l'autre dans l'avenir ,
Je cours diftribuant la peine & le plaiſir.
Je change enfin par fois la Bergère en Princeffe ,
Le Prince en Pâtre ; & fi ce n'eft affez ,
Sans m'arrêter , je cours comme les infenfés ,
Et pourtant, cher Lecteur , je donne la fageffe.
(Par un Agénois. )
LOGOGRYPHE.
EN mufique , en littérature ,
D'un ton touchant j'exprime une aventure,
A iv
MERCURE
Et caufe dans les cours certaine émotion;
Tel eft l'effet de mon pouvoir extrême.
De mes pieds la combinaiſon
Préfente maints objets différens de moi-même :
Tu peux , Lecteur , fans nulle inverfion ,
Voir un récit de pure invention ;
J'offre un terme géométrique ;
Un Patriarche ; un Royaume d'Afrique ;
Divers pronoms ; une couleur ;
Ce que brave un ardent Chaſſeur
;
Jadis de l'Univers
la fuperbe maîtreffe
;
En plus d'un fens une chofe traîtreffe ;
Ce qui dans notre Hiftoire eft au nombre de trois
Une particule ; deux poids ;
Le lot de l'époux d'Amphitrite ;
Ce qui dans le défert nourrit l'Ifraëlite ;
Aux hôtes des forêts un inftrument fatal
Qui de leur perte eſt le fignal ;
Un autre finefte à la vie ,
Lorfque d'un traître il fert la perfidies
Un goût ami de l'eftomac ,
Avec un terme de trictrac ;
Puis le nom dun oifeau fauvage ou domeſtique ;
Das Normands une ville ; un ton de la mufique ;.
Ce qui brife un navire & le met en débris ;
L'attribut de bien des maris ;
Au Nocher choſe néceſſaire
Pour voguer par un vent contraire ;
DE
9
FRANCE
Un animal dont les exploits
Sont chantés joliment par l'illuftre Voltaire ;
L'arbre témoin des jeux du Villageois ,
Et propice aux amours de la tendre Bergère ;
Un Saint Évangélifte ; un fruit ;
Ce qui rapidement s'enfuit ;
Une rivière ; un Moine ; une fubſtance .
De mon fein, cher Lecteur, vois quelle eft l'abondance,
Alors qu'il offre encor un métal précieux ,
Mais , hélas ! qui toujours ne rend pas l'homme heureux.
( Par M. de la Jallet. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
VOYAGE Pittorefque de Naples & de
Sicile , 4 vol. grand in-fol formant cinq
Tomes. A Paris , chez de la Fofle , Graveur
, place du Carrouſel .
III & dernier EX TRA I T.
LA Sicile , par fon antique fplendeur , fon
extrême fertilité , fes monumens & fes phénomènes
, n'offre pas moins d'intérêt que le
refte de la Grande Grèce , fous la domination:
de laquelle elle étoit aufli comprife . En effet,
ce font les Grecs qui ont défriché , civilifé
, embelli cette ifle . Ils y ont placé le
berceau de leurs fables . Homère , & depuis
A-v
10 MERCURE
Virgile , les ont ornées de toutes les graces
de l'imagination. La Poéfie paftorale y a pris
naillance : Théocrite & Mofchus , les deux
premiers modèles en ce genre , étoient de
Syracufe. Un beau ciel , un pays fertile en
troupeaux , les douceurs & l'afpect de la vie
champêtre les ont infpiré. Ils ont chanté les
bienfaits de la Nature. Des Poëtes , des Orateurs
, des Philofophes ont fleuri dans cet
antique féjour des Arts. La Sicile a eu fon
fiècle de gloire , qui le diſpute à ceux de Périclès
& d'Alexandre. Diodore y écrivoit fon
hiftoire; Platon y voyageoit ; Empedocle y
mettoit en beaux vers les leçons de la fageffe
; Xénophanes , Simonides , Zénon y venoient
chercher un afyle ; Archimède y
confacroit fes talens , fon génie inventif &
fa vie entière à la Patrie ; enfin la Sicile , par
la culture des arts , fon goût & fes monumens,
le difputoit à la Grèce même. Mais depuis
fubjuguée par les Romains , elle ne conferva
de tant d'avantages , que ce que les hommes
ne purent lui ravir , les biens de la Nature ,
fon beau climat, fon extrême fécondité ; &
cette ifle devint alors la mère nourrice de fes
vainqueurs, le grenier & le magaſin de Rome.
C'eft ce que l'Auteur du Voyage pittorefque
nous expofe dans un difcours préliminaire , à
la tête de ces deux derniers volumes confacrés
à la feule Sicile ; & loin de fe négliger dans
le cours d'une entrepriſe auffi longue , auffi
pénible & auffi difpendieufe , il femble avoir
redoublé de foins & d'efforts pour nous reDE
FRANCE.
préfenter ce pays , fi célèbre dans tous les
temps , & qui eft encore aujourd'hui l'objet
des études de tous les amateurs des arts & de
la Nature.
Soit que l'on s'embarque à Naples même ,
foit que ll''oonn parte
de Reggio , comme ont
fait nos voyageurs , il faut repaffer entre Carybde
& Scylla , d'où l'on découvre Meffine
qui , s'élevant en amphithéâtre & dans une
forme demi-circulaire , offre le plus riche afpect
que l'on puiffe rencontrer. Son Port est
le plus vafte de la Méditerranée , & le plus
beau peut- être que la Nature ait jamais formé,
Bordé , dans la longueur de plus d'une demilieue
, d'une fuite d'édifices auxquels leur régularité
& leur magnificence avoient fait
donner le nom de Palazzata , cette vue du
plus beau quai qui exifte dans aucune ville
de l'Europe , l'intérieur de la ville orné de
ftatues , de colonnes , de places & de fontaines
publiques , font de Meffine une des
plus agréables & des plus riantes habitations
du Monde entier.
Hélas ! nous difons ce que Meffine étoit
lors du paffage de nos voyageurs , & déjà nous
parlons d'une chofe qui n'eft plus. Le terrible
événement qui a bouleverfé la Calabre , a
renverfé Meffine ; & de ces fomptueux édifices
, de cette riche façade , de cette fuite de
Palais , il n'en reste plus que le fouvenir & les
gravures du Voyage Pittorefque *.
* M. Houel , Peintre du Roi , á auffi donné les
Avj 1
12. MERCURE
En côtoyant la mer , & à travers un pays
montagneux & fauvage , on arrive à Taormina
, qui eft l'ancienne ville de Tauroménium
, où la vue eft arrêtée à chaque pas par
les fites les plus variés & les plus curieux ;
mais ce qui frappe d'abord les regards de tout
voyageur , c'eft le théâtre qui , par fa ро
fition admirable & fon étonnante confervation
, ne peut être regardé que comme un
miracle de l'art & de la Nature . Taormina
n'étoit pas cependant une ville du premier
ordre , & nous y voyons les reftes d'un monument
bâti par les citoyens d'une petite République
, qui pouvoit contenir cinquante
mille fpectateurs.
Au refte, il ne faut pascroire que le théâtre
fût chez les anciens comme parmi nous , feulement
deſtiné à de frivoles amuſemens; qu'on s'y
raffemblât entre quatre murailles , dans des
falles of foures & mefquines pour y entendre
parler d'amour , & que les portes venales ne
s'y ouvriffent qu'à prix d'argent. C'étoit un lieu
dé ouvert , entouré de fuperbes portiques ,
dont l'entrée étoit libre à tout citoyen : c'eft

que le peuple s'affembloit pour deliberer
de la paix , de la guerre , & de tout ce qui
intéreffoit le falut de l'État. On y donnoit à
la nation entière des fêtes , des fpectacles
propres à élever le courage & à nourrir l'amour
de la Patrie. Tout le refte du temps ,.
vues de Meffine avant la deftruction de cette
ville.
DE FRANCE. 13
-
le Théâtre étoit le rendez - vous général des
citoyens , qui y traitoient en commun des affaires
de la République ; en conféquence
prefque tous ont été conftruits avec la plus
grande magnificence. Tel étoit celui dont
nous parlons : auffi l'Auteur du Voyage Pittorefque
s'eft il particulièrement attaché à en
donnerune defcription très- étendue . Plufieurs
Planches font confacrées , tant au développement
de fes plans & de fa conftruction, qu'à
fon rétabliſſement.
Plus on approche de l'Erna , plus le pays ,
fécondé par la chaleur vivifiante du Volcan ,
devient fertile & couvert de productions .
Les voyageurs tentent d'efcalader le mont
terrible de ce côté , pour redefcendre du côté
oppofé où eft fituée Catane ; mais ils y rencontrent
tant d'obſtacles , qu'ils font forcés de
renoncer à leur entrepriſe & de yifiter d'abord
Catane , afm d'attaquer enfuite l'Etna par
celui de fes flancs qui offre le moins d'afpérité
, plus de repos & de reffources.
Catane , l'une des plus anciennes villes dela
Sicile, eft encore aujourd'hui l'une des plus
Horiffantes. On y trouve à chaque pas des
traces de fon antique fplendeur ; on voit
encore les ruines du Théâtre d'où Alcibiade ,
lors de l'expédition des Athéniens en Sicile ,
harangua le Peuple. La multitude avide de
voir & d'entendre cet homme extraordinaire ,.
étoit accourue au Théâtre , & tandis qu'il les
amufoit par fes graces & fon éloquence , fes
troupes, reftées au-dehors, s'emparoient de la
ville
14 MERCURE
Catane a éprouvé à différentes époques le
même fort qu'Herculanum ; elle a été fucceffivement
couverte par les cendres & les
laves de l'Etna , comme l'autre par celles du
Véfuve. Les découvertes que l'on fait tous les
jours , atteſtent ces révolutions ; & le Prince
de Bifcaris , l'un des plus riches Seigneurs de
la Sicile, & connu par fon amour pour
arts a fait faire des fouilles confidérables
dans le fol de la ville actuelle , qui cache
une autre ville fous fes fondemens.
>
les
De tout ce qui peut rendre ces lieux intéreffans
, il n'eft rien qui frappe autant les
regards & l'imagination que cette muraille
formée par les laves refroidies de l'Etna , qui
ceignent la ville de Catane , & lui font un
rempart de fer qui s'élève à la hauteur de
cinquante à foixante pieds. C'eft en 1669 que
cette ville fut prefqu'entièrement renversée
mais tel eft l'empire de l'habitude, ou plutôt l'a
vantage de la fertilité inconcevable de ce pays ,
que ceux qui habitent fur les bords du gouffre
, y vivent dans la plus grande fécurité , &
qu'actuellement encore Catane, par fa richeffe
& fa population , eft la feconde ville de la
Sicile.
Les Voyageurs , excités par l'enthouſiaſme
qu'infpire la vue de ces lieux , irrités par la
difficulté même , & le peu de fuccès de leur
première tentative , fe déterminèrent à entreprendre
un fecond voyage fur l'Etna.
Ce coloffe volcanique dont la tête femble
fe perdre dans les cieux , fe partage en pluDE
FRANCE. 15
feurs régions , fuivant les diverſes températures
qu'on y rencontre ; la partie inférieure
ou le pied de la montagne , regione Piemon
tefe , eft d'une fertilité prodigieufe , bien cul
tivée , & couverte d'habitations charmantes.
La deuxième région , left celle des bois , re
gione Silvofa : elle eft couverte d'immenfes
forêts & d'arbres auffi anciens que le monde,
On y diftingue l'arbre di cento cavalli , ainfi
nommé , parce que cent chevaux pourroient
facilement fe ranger à l'abri de fon ombre. La
3e région eft celle des neiges , ou regione fcoperta
, parce qu'elle eft dépouillée de verdure ,
qu'aucune forte de végétation n'y fauroit
exifter , & qu'elle eft en effet couverte de
neige dans l'espace de plus de fix milles. C'eft
après avoir traverfé ces neiges amoncelées.
depuis tant de fiècles qu'on arrive à la dernière
région, qui comprend tout le ſommet
de l'Etna. C'eft un cône de glaces prefque
toujours inacceffibles , au milieu duquel eft
fituée le crater même du volcan. Ces fommets
glacés entourent les bouches à feu de
l'Etna , fans que les flammes qui s'échappent
à travers puiffent faire fondre ces glaces éternelles
; on y éprouve en même- temps un froid
très - vif, & une chaleur exceffive .
Depuis Catanejufqu'à l'endroit où l'homme
le plus intrépide peut pénétrer , il y a quarante
milles , c'eft - à - dire , environ quatorze
lieues , qu'on ne peut gravir qu'avec
beaucoup de peine , & non fans de grands
dangers. On fe trouve près de la tour du Phile
16 MERCURE
fophe , ainfi appelée du nom d'Empedocle ,
qu'une tradition incertaine y fait périr , pour
avoir voulu imprudemment examiner de trop
près , & approfondir ce grand myſtère de la
nature. Le volcan a trois ouvertures ou trois
bouches différentes , & c'eſt de celle du milieu
que s'exhalent perpétuellement les va
peurs de ce feu auffi ancien que le monde.
Le lever du foleil , à l'obferver de cette partie
de l'Univers , eft lefpectaclele plus grand, le
plus impofant que l'oeil humain puiffe contempler
, & les Voyageurs font payés du prix de
toutes leurs fatigues & de leurs peines , quand
ils ont pu de là , affifter à cette ſcène majeftueufe
qu'on tenteroit vainement de décrire ,
& qui femble être le réveil de la nature.
Si quelque chofe pouvoit ajouter à l'intérêt
qu'infpire le Journal feul des Deffinateurs
, c'eft la relation d'un autre voyage fait
fur le même volcan par M. le Commandeur
de Dolomieu. On y admire le fang- froid &
l'intrépidité de cet habile Obfervateur de la
Nature. Enfin , M. l'Abbé de S *** n'a rien
oublié pour répondre à la majefté du ſujet.
Vingt planches confacrées aux vues de Catane
, à celles de l'Etna & de fes environs ,
peuvent fatisfaire pleinement la curiofité du
Lecteur , qui s'éloigne à regret de ces fcènes
attachantes.
Preffés d'arriver à Palerme pour les fêtes
de Sainte Rofalie , le moment cù cette ville
a le plus d'éclat , nos Voyageurs traverſent la
Sicile : ils rencontrent Adranum , où font les
DE FRANCE. 17
reftes oubliés d'un Temple de Mars ; Centorbi,
dont Cicéron parle dans fes harangues contre
Verrès , comme de l'une des plus grandes &
des plus riches cités du pays , & maintenant
peuplée de Moines & de trois mille habitans
infortunés ; Argyre , patrie de l'Hiſtorien Diodore
, & qui le difputoit à Syracuſe même ,
mais où l'on cherche vainement des traces de
fon ancienne fplendeur ; Sperlinga , qui n'eſt
plus rien , mais qui doit être chère à tout
François qui voyage en Sicile , puifque cette
ville fut la feule qui refufa de prendre part
au maffacre de nos concitoyens , lors des Vêpres
Siciliennes :
Quodficulis placuit , Sperlinga fola negavit.
!
Plus loin , on trouve l'antique & célèbre
Enna , la patrie de Cérès , qui mérita d'être
mife au rang des immortels , pour avoir enfeigné
aux hommes le premier & le plus utile
des arts , l'art du labourage . Cérès eft l'emblême
de la fertilité du pays, & cette partie
de la Sicile , le berceau de l'agriculture. L'imagination
des Poëtes , & fans doute la reconnoiffance
des peuples en ont fait le féjour des
Dieux, & les Hiftoriens en parlent comme les
Poëtes. Diodore de Sicile , Cicéron , Tite- Live
nous vantent l'antique Enna , fes fleurs odoriférantes
; le Temple confacré à Cérès & fi
révéré de toute l'antiquité , que le peuple y
alloit en pélerinage de toutes les parties de la
Sicile & de l'Italie , avec autant d'affluence
& de dévotion qu'il court aujourd'hui à Notre
18 MERCURE
Dame de Lorette. Enfin Ovide y place l'enlèvement
de Proferpine , au milieu des fleurs &
des Nymphes,près du lacqui a depuis confervé
le nom de cette Déeffe. C'est ce que tous les
Antiquaires & les Cicérons du pays ne manquent
pas de répéter & de montrer avec emphaſe
aux curieux , qui doivent les en croire
fur leur parole ; car toutes ces merveilles ont
difparu. Ce pays trifte & fauvage , n'a plus
rien qui puiffe le faire reconnoître . Les habitans
, plongés dans la misère & l'ignorance ,
ne peuvent revenir de leur étonnemnt , de
voir des étrangers venir de fi loin , pour chercher
des ruines , examiner des pierres , &
contempler des déferts. Enfin , après avoir
traversé la plaine où fur l'antique Hymère ,
fi long- temps le théâtre de la guerre des Grecs
& des Carthaginois , & où Diodore place les
bains d'Hercule , on arrive à Palerme , Capitale
actuelle de toute la Sicile.
Il y a peu de villes en Europe où le ton
général de la fociété foit plus aimable , les
manières plus affables , la vie plus douce &
plus molle , la liberté plus entière , en un
mot , où les moeurs foient plus Françoiſes que
dans cette Capitale. Les riches & voluptueux
Palermitains , ont auffi leur promenade de
nuit , non dans un marché public , mais fur le
bord de la mer & dans une fituation charmante
; l'air frais & pur qu'on y refpire ,
d'excellens concerts , une ombre officieuſe y
attirent fur le foir tout ce qu'il y a de brillant
dans la ville ; c'eft le rendez-vous de toutes les
DE FRANCE. 19
"
"
beautés , & de tous les élégans de Palerme.
Il règne à cette promenade l'obſcurité la
plus myftérieuſe & la plus refpectée , tout
» le monde s'y confond & s'y perd , s'y
cherche & s'y retrouve.... On ne fe couche
jamais à Palerme que l'on n'ait fait un
» tour alla Marina : il femble que ce foit un
lieu privilégié , avec indulgence plénière
» pour tout ce qui s'y rencontre , & que le
Sicilien ait oublié en fa faveur fon penchant
» à la jaloufie , jufqu'à y défendre l'arrivée des
flambeaux , & tout ce qui peut gêner les
petites libertés clandeftines. »
93
>
Les étrangers ne s'arrachent qu'à regret
d'un féjour qui a pour eux tant de charmes.
Cependant après avoir joui de ce ſpectacle ,
après avoir vu les courfes de chevaux , & furtout
les fêtes & le char de Sainte- Rofalie
Divinité tutélaire du pays , & qui a remplacé
aux yeux du peuple les fêtes & le char de
Cérès , nos Deffinateurs vifitent les environs
de Palerme , que l'on peut appeler le jardin de
la Sicile : ils traverfent l'ancienne Hyccare ,
patrie de la célèbre Laïs , qui , la première ,
chez les Grecs corrompus , illuftra le métier
de courtifanne , & viennent à Ségefte , ville
bâtie par Enée , fi l'on en croit Virgile :
Interea Eneas urbem defignat aratro.
Les Ségeftains reconnoiffans , élevèrent un
Temple à leur fondateur , & lui accordèrent
des honneurs prefque divins. Celui de Diane ,
dont parle Cicéron dans Verrès , n'étoit pas
20
MERCURE
moins célèbre ; mais le Temple de Cérès
l'emportoit fur tous les autres , & on en voit
encore les reftes parfaitement confervés dans
des lieux incultes & déferts , qui accufentl'indifférence
des Siciliens pour un des chefd'oeuvres
de l'art . Peu de monumens préfentent
un afpect aufli impofant que ce Temple
de Ségefte , & peuvent autant rappeler aux
yeux du Voyageur cette févérité noble &
majeftueufe qui caractérife les premiers ouvrages
des Grecs & l'origine de l'architecture.
C'est ce dont le Voyage Pittorefque nous met
à portée de juger , en nous préfentant plufieurs
vues de ce monument , ainfi que les détails
exacts de fon architecture , rendus avec autant
de fidélité que de goût & d'efprit.
En gagnant les bords de la mer , nos Deffinateurs
arrivent à Trapani , jadis Drepanum ,
célèbre par la beauté de fes femmes , & où
l'on trouve encore , fur tout dans l'intérieur
des terres , ces traits réguliers , ces beaux profils
Grecs , que le cifeau de leurs artiſtes nous
a encore plus fidèlement confervés que la nature.
On parcourt avidemment toute cette
plage , illuftrée par Virgile ; mais on ne retrouve
ni la ville fondée par Enée , ni le
tombeau d'Anchife , ni les bofquets facrés
dont il étoit entouré ; un défert aride &
découvert a pris la place de ces lieux enchantés.
En fe détournant fur la droite , on arrive
au mont Erix , où étoit ce fameux Temple
dédié à Vénus Ericine , & qui rappelle tant
DE FRANCE. 21
d'idées voluptueufes : toujours chargé des
riches offrandes de la Grèce & de l'Italie , il
étoit révéré comme le fanctuaire de la religion
des anciens. Les plus belles femmes de
l'Univers étoient les Prêtreffes de ce Temple
& en faifoient tous les honneurs , ce qui ne
fervoit pas peu à réchauffer la dévotion des
fideles . Pour y être admifes , & fe confacrer
au culte de la déeffe , il falloit faire
preuve de beauté , comme on fait aujourd hui
preuve de nobleffe pour être reçu dans quelques
Chapitres d'Allemagne , & les premières
n'éroient jamais équivoques; mais excepté la
montagne d'Erix , rien ne fe, retrouve plus
que les vers de l'enchanteur qui nous a fi
agréablement trompés.
Revenant de là fur la gauche , & côtoyant
les bords de la mer , les Voyageurs arrivent
dans les plaines où étoit Selinunte ville
Grecque , l'une des plus ornées de l'antiquité ,
où les arts avoient été portés à leur perfection
, & dont les débris renverfés fur la terre
font encore fi impofans , qu'ils impriment un
refpect involontaire. La vue feule de ces
ruines , rendues dans des deffins pleins de
vérité , mais néceffairement privés de l'illufion
& du charme des couleurs , fait encore
la même impretlion fur les Lecteurs.
Le Voyageur Pittorefque , après nous avoir
donné plusieurs de ces vues , y joint une
table comparative , infiniment curieufe , des
temples , des théâtres , & de plufieurs autres
monumens antiques de la Sicile , où l'on peut
d'un coup-d'oeil juger de la différence & de la
22 MERCURE
grandeur relative de chacun de ces édifices.
Une réflexion qu'on a fouvent occafion de
faire en parcourant tout ce pays ,
c'eft que
les Grecs ont été , dans les arts , les maures
des Romains , qui ne les ont jamais furpaffés
, ni même égalés , & qu'ils font encore
aujourd'hui nos modèles les plus parfaits
dans tous les genres.On peut ajouter que dans
les monumens des anciens , on remarque
toujours un grand reſpect pour le peuples
tout y étoit fait pour lui : une fimple petite
République , comme Selinunte, faifoit , pour
fe procurer de l'eau , pour un temple , pour
un théâtre, de ces travaux qui étonneroient le
fafte mefquin des Souverains modernes . Chez
eux le luxe étoit public , la modeftie privée, &
ce n'eft pas en cela que nous nous fommes
piqués d'imiter nos maîtres & nos modèles.
Près de-là font les thernes de Selinunte
aujourd'hui Sciacca , patrie d'Agathocles , où la
Fable , qui a certainement un fondement dans
l'Hiftoire , a placé le tombeau de Dédale , ce
génie univerfel , inventeur de tous les arts.
Enfin l'on defcend vers Agrigente , maintenant
Girgenti , où les Peintres Voyageurs
firent une trifte épreuve de l'hofpitalité Agrigentine
, autrefois fi renommée ; & au lieu
des palais de Gelias , & des émiſfaires qu'il
envoyoit au- devant des étrangers , ils furent .
trop heureux de trouver un peu de paille &
un méchant grenier pour leur fervir d'afyle.
Agrigente, patrie d'Empedocle , étoit après
Syracufe , la première ville & la plus confidérable
de la Sicile. On peut encore voir ¡dans
DE FRANCE. 23
-
Diodore & dans Polybe, la defcription que ces
Hiſtoriens nous ont laiffée de cette ville , célèbre
par le nombre de ſes monumens & le
luxe prodigieux de fes citoyens . Dans les
temps de fa fplendeur , fa population ne
montoit pas à moins de huit cent mille habitans
, à peine en contient - elle aujourd'hui
quinze mille ; mais dans cet état mêine de
dégradation , rienn'eft plus intéreffant que ces
débris aux yeux des amateurs de l'antiquité.
On citoit fur- tout le nombre & la magnificence
de fes Temples : aucune ville n'étoit
plus riche en ce genre. Parmi ceux qui exiftent
encore , on diftingue le Temple de Junon-
Lacinie , enrichi par
par Zeuxis , qui , au rapport
de Pline , y avoit repréſenté la déeffe , d'après
cinqjeunes vierges de la plus excellente beauté ,
en prenant de chacune d'elles ce qu'elle avoit
de plus parfait pour lui fervir de modèle : celui
de la Concorde , le plus confervé de tous les
Temples de la Sicile , & le feul dont on ait
pris quelque foin , grace à un vieux Saint
qu'on y révère , & qui y fait journellement
des miracles. Mais ce qu'il y a de plus miraculeux
ici , dit l'Auteur , c'eft que dans un pays
fujet à tant de révolutions , & fur- tout après
plus de deux mille ans , ce Temple poſsède
encore en entier toutes ſes colonnes .
On voit auffi les ruines des Temples d'Efculape
, d'Hercule , fur- tout celui de Jupiter
Olympien , à qui fa grandeur , fa majeſte , &
fes immenfes proportions avoient fait donner
le furnom de Temple des Geans , comme
B
JE
24
MERCURE
fi les hommes n'euffent pu élever un auffi
hardi & auffi prodigieux édifice." Quelques
fragmens de chapiteaux & de colonnes , qui
exiftent encore , juftifient ce furnom ; mais
tous ces débris refpectables , ainfi que ceux des
Temples de Caftor & Pollux , de Minerve &
de Cérès , font dans un tel état de délabrement
, qu'on peut à peine donner une idée
de leur plan & de leur conftruction . Dix neuf
planches font employées à rendre ce qu'on a
pu deffiner de ces reftes précieux .
Les efprits y font encore plus dégradés que
les monumens. La nature y eft toujours riche
& les hommes miférables. Tous les environs
de cette antique cité offrent un pays & des
afpects délicieux , qui contraftent fingulièrement
avec les habitans de la nouvelle Agrigente,
la plupart pauvres , triftes , dévots &
fauvages.
Toute cette partie de la Sicile eft frappée
de la même dégradation . En côtoyant toujours
la mer, on cherche en vain l'antique ville de
Géla , qui a totalement difparu; deux petites
villes modernes, Alicata & Terranuova , fe difputent
l'honneur de l'avoir remplacée.
La proximité où les Voyageurs fe trouvoient
, dans cette partie de la Sicile , de l'ifle
de Malte , les engagea à y faire une légère &
rapide excurfion , dont il réfulte cependant
pour le Voyage Pittorefque une fuite de vues,
de plans & de cartes infiniment curieufes , &
qui fuffifent pour donner une idée de la forme
& des détails de ce rocher célèbre.
De

DE FRANCE. 25
De retour fur les côtes de la Sicile , & après
avoir doublé la pointe de l'ifle ou cap Paffaro ,
nos Deffinateurs arrivent à Syracuſe, autrefois
la Capitale de la Sicile , & l'une des plus riches
& des plus magnifiques villes de l'Univers : il
n'y en a peut-être aucune aujourd'hui qui foit
plus pauvre , plus miférable , & qui ait plus
fouffert de l'outrage des tems & des hommes.
On voit dans le plan détaillé ou vue à vol
d'oifeau de l'antique Syracufe , que nous offre
le Voyage Pittorefque , & qui a été fait d'après
les Hiftoriens , les monumens & la defcription
qu'en a laiffée Cicéron , que cette ville
immenſe avoit vingt -un milles ou fept lieues
de circuit, & qu'elle devoit être au moins de la
grandeur de Paris. Les murailles qui l'entouroient
& qui étoient bâties pour la sûreté ; &
non pour la ruine des citoyens , exiftent en-.
core en grande partie. Son port , formé par
la nature , l'un des plus beaux & des plus heureufement
fitués qu'il y ait dans le monde ,
eſt toujours le même ; il n'y manque que des
vaiffeaux. Les Grecs avoient décoré Syracufe
de tous les tréfors des Arts. On fait que les
Romains ayant pris cette ville , long- temps
defendue par le génie d'Archimède , en enlevèrent
les ftatues & les tableaux , chef- d'oeuvres
des plus excellens Artiftes , pour en orner
le triomphe du vainqueur , & fervir d'embelliffement
à Rome , encore groflière & fauvage
: le temps & les Barbares ont achevé
l'ouvrage des Romains .
Le feul monument antique dont il exifte quel
Nº. 10 , 3 Mars 1787.
B
26 MERCURE
que
ques reftes un peu confervés , eft un Temple
de Minerve ; on en a fait la Cathédrale de la
moderne Syracufe. Le théâtre , autrefois le
plus célèbre de la grande Grèce , n'offre plus
des débris informes . Le Temple de Jupiter
Olympien n'exifte plus que dans deux fûts
de colonnes tronquées , & à la place eft un
Couvent dédié à la Vierge ; mais on chercheroit
en vain & le grand Temple d'Efculape
décrit par Athénée , & celui de Diane , Divinité
tutélaire de Syracufe , & les chapelles
dépouillées par Verrès, & le tombeau d'Archimède
, retrouvé par Cicéron.
Il femble que par une deſtinée particulière
à Syracufe , il n'y ait que les objets qui rapellent
des idées affligeantes qui y exiftent
encore en entier. Telles font ces carrières .
fameufes de Denys le Tyran , lieux redoutibles
à l'innocence , & où cet homme ,
atli méchant Prince que méchant Poëte ,
envoyoit jufqu'à ceux qui trouvoient fes
vers mauvais. Chaque pays a cu fes carrières
; & combien ont gémi dans ces gouffres
, qui n'étoient pas plus criminels que
Philoxène telles font encore ces immenfes
latomies , où des milliers d'Athéniens furent
renfermés, & périrent de faim & de misère ;
enfin , ces catacombes les plus vaſtes que
l'on connoiffe , & qui forment une ville.
fouterraine peuplée de tombeaux . L'afyle de la
mort & du néant eft donc aujourd'hui ce qui .
peur nous donner une plus jufteidée de l'antique
fplendeur & de la population de Syracufe.
Auteur du Voyage Pittorefque n'a rien
DE FRANCE.
27
oublié de tant d'objets divers : vingt deffins
differens , & qui tous ont un attrait particulier
, font confacrés à Syracufe & à les enviro:
s. Près du temple de Jupiter , en remontant
la rivière de l'Anapus , & fur la fontaine
Cyanée, nos Voyageurs trouvent le Papyrus ,,
cette plante curieufe , & autrefois fi utile ,
qui n'exifte dans le monde que fur les marais
que forme le Nil dans fes debordemens , &
fur cette fontaine tranquille & ignorée : la
defcription & les gravures qui la repréfentent
, font également curieufes.
Après avoir vu , obfervé & defliné tout ce
que ce pays renferme de monumens &
d'objets intereffans , les Deflinateurs achèvent
leurs courfes Pittorefques , en paffant for les
ruines de Leontium , & fe retrouvent à.
Catane , après avoir fait ainsi , le crayon à
la main , le tour de la Sicile entière.
Enfin , l'Auteur , pour- ne rien laiffer à
defirer de tout ce qui a trait à cette partie du
Royaume de Naples , a réuni & donné
comme fupplément à fon Ouvrage , un Mémoire
de M. le Commandeur de Dolomieu ,
contenant les obfervations les plus cuticules
fur les volcans éteints , & l'hiftoire naturelle
de cette partie de la Sicile . Il en eft de même ,
d'une defcriction des Iles de Lipari , que
cet habile Naturaliſte a obfervées avec la
fagacité & fon exactitude ordinaires .
Le tout eft terminé par une explication
fommaire des médailles de 1 Sicile , qui
contient ce que les Antiquaires ont éc it
B 间
28 MERCURE
de plus judicieux & de plus exact fur ce genre
de monument fi inftructif pour la connoiffance
de l'hiftoire & les progrès de l'art. Les
foins particuliers que l'Auteur a apportés
aux gravures de ces médailles , les rendent
un des principaux ornemens du Voyage Pittorefque.
Dix -huit planches font deſtinées à
ce feul objet , & plus de 150 font confacrées
à ce qui concerne la Sicile.
Telle est l'efquiffe rapide d'un desOuvrages
les plus importans qu'ait fait entreprendre
l'amour paffionné des Arts , & l'exécution
eft digne de l'efprit & des vues qui l'ont
infpiré. Rien n'y eft négligé , & l'on doit favoir
gré à l'Auteur de s'être foutenu dans
une auffi longue carrière avec le même foin
& le même intérêt : une pareille entrepriſe
femble même excéder les moyens & la fortune
d'un particulier ; mais tel eft le charme
de ces Atis pour cel i qui en eſt inſpiré ,
que toute idée d'économie , toute vue d'intérêt
difparoît , lorfqu'il eft queftion de leur
gloire ; c'eft une maîtreffe charmante , dont
on eft enivré aucune dépenfe , aucune
parure ne coûte pour qu'elle puiffe paroître
avec plus d'éclat & d'avantages.
On fent qu'une telle production ne ponvoit
être le fruit des travaux d'un feulhomme ;
M. l'Abbé de S. *** aime à payer un jufte
tribut d'éloges & de reconnoiffance à tous
les talens qui l'ont fecondé dans cette vafte
entreprife , & qui ont contribué à ſa perfection.
A la tête des Artiftes , il nomme MM.
Fragonard & Robert, dont les deffins pleins
MERCURE 29
d'efprit & d'imagination ont embelli cette
collection ; M. Paris , Architecte ingénieux
& rempli de goût , auquel le Voyage Pittorefque
doit l'un de fes plus grands agrémens .
Parmi les Savans & les Gens - de - Lettres qui
l'ont aidé de leurs confeils , il fe plaît à rappeler
les noms de M. de Champfort , qui
dans le Précis Hiftorique des Royaumes de
Naples & de Sicile , placé à la tête du 1er vol . ,
a tracé en peu de pages , mais à grands
traits , le tableau des révolutions qu'ont
éprouvé ces Royaumes ; il a fu réunir la précifion
& la force , à l'élégance & aux graces
ordinaires de fon ftyle : MM . de Dolomieu
Romé de l'Ifle , Faujas , de Non , l'un
des coopérateurs les plus zélés de cet ouvrage
, &c. S'il a dû à l'amitié de la plupart
la communication de leurs lumières & de
leurs travaux , M. l'Abbé de S *** a lieu de
s'en applaudir ; mais toujours eft il vrai qu'il
a été l'Architecte de ce vafte édifice.
Quant à la partie du ftyle , la diction en eft
en général claire, fimple & naturelle , & nous
croyons enfin qu'à tous égards , cet ouvrage
eft digne de figurer parmi les collections les
plus précieufes , & doit plaire à tous les connoiffeurs
& aux vrais amateurs des Arts . *
( Cet article eft de M. l'Abbé Brizard. )
* Il reste encore quelques exemplaires du Voyage
Pittorefque à vendre chez M. de Lafofle , Graveur ,
place du Carroufel. Il ne pourra les donner à un
moindre prix que celui qui a été payé par les Sous-
16
B iij
30
MERCURE
TRAITÉ d'Anatomie & de Phyfiologie ,
avec des Planches coloriées repréfentant
au naturel les divers organes de l'homme
& des animaux , dédié au Roi , par M.
Vicq - d'Azir , Docteur - Régent , & ancien
Profeffeur de la Faculté de Médecine de
Paris , de l'Académie Royale des Sciences ,
Secrétaire perpétuel de la Société Royale
de Médecine , &c. Tome premier. A
Paris , de l'Imprimerie de François - Ambroife
Didor Tainé , 1786. Difcours
fur l'Anatomie en général, & fur la manière
dont elle fera traitée dans cet Ouvrage
, premier Cahier, grand in -folio de
16 pages , première Livraifon 14 liv . 12 f. ,
feconde Livraiſon 12 liv. 16 fols ; deniers.
CES deux Livraiſons contiennent douze
Planches , qui repréfentent les organes contenus
dans la boete offeufe du crâne . Rien
n'égale la correction du deffin & le vrai ton
de couleur qui règnent dans ces Planches , fi
ce n'eft l'exactitude & le profond favoir qui
fe font remarquer dans les explications & les
réflexions que M. Vicq - d'Azir y a jointes .
Ainfi le début de ce vafte & précieux Ouvrage
en fait déjà defirer la continuation.
M. Vicq- d'Azir en fait fur-tout connoître
cripteurs ; mais fi cet Ouvrage paroiffoit un peu cher,
en en prenant la toralité à-la-fois , M. de Lafoffe ſe
prêtera aux arrangemens les plus convenables , de
part & d'autre , pour en faciliter l'acquifition.
DE FRANCE.
a
toute l'importance dans fon Difcours fur
l'Anatomie . Il y retrace avec énergie les obitacles
qui dans tous les temps fe font oppofés
au progrès de cette Science . Chez les
Peuples anciens les opinions religieufes ne
permettoient pas même de concevoir l'idée
d'étudier l'Anatomie fur le corps humain. Le
peu de connoillances qu'on avoit alors en
ce genre , on le devoit à la diffection des animaux.
Les Anatomiftes firent quelques tentatives
plus ou moins heureuíes pendant le
quatorzième & le quinzième fiècles ; mais
FAnatomie ne put prendre un libre ellor que
lorfque Charles - Quint , en 1556 , ayant confulté
l'Univerfité de Salamanque , celle-ci répondit
qu'il étoit utile & licité de chercher à
s'inftruire en ouvrant des cadavres humains.
Cependant des obftacles d'un autre genre
empêcheront toujours le goût de l'Anatomie
de devenir général. Il faut que la curiofité ,
l'amour des connoillances ou celui de l'humanité
l'emportent fur cette répugnance qui
nous éloigne de nos femblables que la mort
a frappés ; répugnance dont les animaux
même donnent quelquefois des fignes non
équivoques. Il femble qu'un inftinct fecret
veuille nous préferver du dinger qui va bientôt
être attaché aux approches d'un cadavre
livré à la putréfaction ; peut etre auffi la Nature
a-t-elle voulu, en nous infpirant cette
horreur pour nos femblables morts , nous
mieux difpofer à les refpecter vivans . Eh !
chacun fait combien ce fentiment a été mal
Biv
32
MERCURE
interprêté par les hommes ; enfin une délicateffè
plus frivole empêchera toujours l'homme
léger & voluptueux , qui cherche des fenfations
agréables & variées jufques dans fes
études , de s'accommoder de l'appareil triſte
& dégoûtant qu'offre l'Anatomie , & des recherches
minutieufes & pénibles qu'elle exige .
Lorfque l'Anatomifte a furmonté ces difficultés
, il en a d'autres à vaincre qui naiffent
de la nature du fujet dont il s'occupe , & qui
bornent néceflairement les fruits de fon travail.
Un être mort ne repréſente qu'imparfaitement
un être vivant. Que peut apprendre
le filence de la mort? Elle a altéré & déformé
en partie les organes foumis à l'examen de
l'Anatomifte . Cette force expanfive qui les animoit
, qui leur donnoit le reffort , qui entretenoit
leur jeu , & faifoit circuler des humeurs
vivifiantes jufques dans les parties les plus intimes
de leur fubftance , en les abandonnant ,
a changé leurs rapports naturels . L'affaiffement
qui lui a fuccédé, a oblitéré , fait difpa
roître mille conduits que l'Anatomifte ne peut
plus reproduire par les moyens méchaniques
qu'il emploie , & qui peuvent même l'induire
en erreur par le dérangement que peut occafionner
leur action toujours forcée . Il ne lui
refte donc à obferver, dans les débris de cette
machine, que les traits les plus groffiers & les
moins effentiels à connoître. S'il peut le réfoudre
à tourmenter des êtres vivans pour
mieux s'affurer de la vérité , les réſultats qu'il
peut attendre de fa cruauté ne font pas moins
équivoques. Les frémiffemens de la crainte &
1
DE FRANCE..
33
les convulfions de la douleur bouleverſent les
organes de l'animal foumis à cette épreuve , &
les jettent hors de leur afliette naturelle . Si
l'on veut mefurer la ſenſibilité de cet animal
fur les fignes extérieurs qu'il en donne , quel
fond peut- on faire fur une expreffion fi vague
& fi incertaine? Souvent la peur feule fait
beaucoup de bruit , quand la fouffrance extrême
ſe tait.
د ر
و و
ور
56
Malgré cet aveu , dit M. Vicq- d'Azir ,
j'ai peut- être acquis le droit d'ajouter que
» la defcription de nos organes , quoique
imparfaite , eſt cependant affez exacte en
plufieurs points , & affez riche pour four-
» nir des réfultats utiles à la Médecine & à
la Philofophie. C'eft un fpectacle dont
" une partie fe dérobe à la curiofité qu'elle
» excite , tandis que l'autre la fatisfait , &
» dont les perfonnes fages ne peuvent man-
» quer de retirer à-la- fois du profit & du
» plaifir.
و ر
و د
و د
",
Il eût été à defirer que M. Vicq -d'Azir eût
voulu déterminer d'une manière plus précife
qu'il n'a fait , le degré d'influence que
l'Anatomie a ou peut avoir fur l'Art de guérir.
Il eût été beau & utile d'apprendre d'un
des plus grands Anatomiftes de notre fiècle ,
& qui à cette qualité joint toutes les connoiffances
qui donnent le droit de prononcer fur
cette matière importante , jufqu'à quel point
on peut compter fur les notions anatomiques
pour connoitre la nature de l'homme fain &
malade. Une prévention naturelle pour les
By
34
MERCURE
connoiffances qui nous font les plus familières
, nous porte ordinairement à nous en
exagérer à nous- mêmes les avantages. Stahl ,
qui avoit créé la Chimie , eut cependant le
courage d'avouer qu'elle ne pouvoit avoir
qu'une influence très -bornée dans la Médecine.
Il ofa dire la même chofe de l'Anatomie ,
quoiqu'il paroiffe , par l'ufage qu'il en a fait
quelquefois , qu'il ne l'ignoroit pas. En effet ,
fa manière d'envifager l'homme , qui n'eſt au
fond que celle d'Hyppocrate , lui rendoit
peu néceffaire le fecours de ces deux Sciences .
Il n'a fait attention , ainſi que cet ancien Médecin
, qu'à l'ordre & à l'enchaînement de nos
affections. Stahl a cru que l'ame en étoit le
principe . Hyppocrate donnoit à ce principe
le nom de Nature. Mais , quel qu'il foit , &
quelque qualification qu'on lui donne , rien
n'eft plus réel que fon exiftence. Sous prétexte
qu'on ignore encore la nature de cette
caufe , M. Vicq- d'Azir ſemble la mettre au
nombre des caufes imaginaires. La Morale
feroit encore à naître s'il eût fallu , pour en
poler les principes , attendre qu'on connût la
nature de l'ame. Il en eft de même de la
Medecine. On ignoreroit encore la manière
de traiter une péripneumonie & une inflammation
s'il eût été néceffaire de connoître le
méchanifme de la refpiration , fur lequel les
Phyfiologiftes ne font point d'accord entièrement,
& la circulation du fang , fur laquelle il
refte encore des incertitudes à certains égards.
Les Anciens , par la feule obfervation des
mouvemens de la Nature , & fans être éclaiDE
FRANCE.
35
rés par l'Anatomie , ont fait de plus grands
pas dans l'Art de guérir que les Modernes
avec le fecours de cette dernière Science ; &
ce code de vérités fondamentales contignées
dans les Aphorifines d'Hyppocrate & dans
fes Prénotions de Cos , monument qui honore
la Médecine , & lui donne une bafe en
lui ôtant cet air conjectural qu'on lui a tant
reproché , n'a point été drelle par des Anatomiftes.
Les progrès étonnans des Anciens dans la
Médecine , tiennent aux différentes manières
dont on doit confidérer les êtres purement
phyfiques & les êtres animés. Dans l'étude des
premiers , il faut connoître néceffairement les
loix de la matière, parce que leurs mouvemens
& leurs effets dérivent de ces loix. Les caufes
finales ne peuvent être là d'aucun fecours . C'eſt
le comment & non le pourquoi qu'il faut chercher
en Phyfique . Le contraire doit avoir
lieu dans l'étude des êtres animés ; il vaut
mieux connoître le but où tendent leurs
mouvemens & leurs actions , que la manière
dont ils les exécutent ; c'est ainsi qu'en Morale
on connoît mieux le caractère des hommes
en les voyant agir, qu'en examinant comment
ils font faits ; car tout être fenfible , par
cela feul qu'il eft fenfible , a un motif lorfqu'il
agit ; il ne fe meut point par une contrainte
méchanique. Il eft donc plus important
d'étudier les déterminations du principe .
qui nous anime, que la forme des inftrumens
qu'ilmet en oeuvre. La faculté de digérer & celle ,
B vi
1.6 MERCURE
de refpirer ne tiennent point à la ftructure de
l'eftomac & des poumons , puifque ces organes
peuvent à cet égard varier de mille
manières ; & s'il s'agit de rétablir leurs fonctions
, ce n'eſt jamais d'après des inductions
anatomiques , tirées de leur pofition & de
leur forme , que le Médecin détermine le
choix de fes moyens. Ce n'eft pas que l'Anatomie
n'ait fes uſages , même dans les maladies
qui ne font pas purement méchaniques ;
mais la manière d'enviſager les êtres animés ,
fondée fur l'Anatomie , me paroît moins féconde
, moins adaptée à l'Art de guérir , aller
moins directement à fon but que la méthode
des Anciens , qui eft l'obfervation fimple des
mouvemens & des intentions de la Nature , &
qui donna lieu à leur axiome : Quò Natura
vergit eò ducendum eft.
Cependant , il faut l'avouer , rien n'eſt
plus digne de la contemplation de l'homme
que les moyens phyfiques par lefquels le
principe de la vie réalife fes difpofitions , &
fur- tout que les différentes formes fous lefquelles
fon activité fe manifefte dans les
diverfes efpèces d'êtres vivans. La Nature
ayant extrêmement varié l'appareil d'organes
fur lequel l'exercice de la vie eft fondé dans
ces diverfes efpèces , & n'ayant pas attaché
la même puiffance à tous ces différens degrés
d'organiſation , ce doit être un fpectacle bien
Intéreffant que cette diverfité prodigieufe de
mouvemens , d'actions , de deffeins , de motifs
& de reſſources qui compofent le fyfDE
FRANCE .
37
tême animal . L'homme occupe le centre de
ce fyftême , dont toutes les autres parties
femblent faites pour lui donner du relief, &
le faire mieux remarquer. M. Vicq- d'Azir a
jeté fur les extrémités de ce vafte tableau les
végétaux qui ayant des fonctions communes
avec les animaux , méritent d'y être compris ;
de forte que dans le plan de ce célèbre Anatomifte
la Nature n'a que deux règnes , le
règne minéral abfolument dépourvu de vie ,
& celui des corps vivans.
C'eft cette dernière partie du grand tableau
de la Nature que M. Vicq - d'Azir a entrepris
de retracer. La vie en fait le caractère principal
& commun. Elle fe manifefte par des fonctions
dont les différences conftituent les ca-
Factères particuliers des diverfes eſpèces d'êtres
vivans. Ces êtres « font tous difpofés de ma-
» nière à fe nourrir ( 1 ) & à fe reproduire (2 ) ;
différens fucs circulent dans leurs vaiffeaux
( 3 ) , & reçoivent dans leurs organes
" une préparation relative à leurs befoins (4);)
" ils communiquent tous intimement avec
» le fluide où ils font plongés (5 ) ; des puiffances
contractiles (6) plus ou moins fou-
"
و ر
( 1 ) La digeftion & la nutrition ,
(2) La génération.
(3 ) La circulation .
(4 ) Les fécrétions .
(5) La refpiration .
(6 ) L'irritabilité.
38 MERCURE
?
و د
و ر
و د
و ر
» mifes à leur volonté meuvent des leviers (7 )
» deſtinés à divers ufages , & des cordons
» nerveux qui , fe réduifant en pulpes , établiffent
des rapports déterminés entre les
» corps auxquels ils appartiennent , & tous
» ceux dont il eft environne (8 ) . On verra les
rapports fuivis , croiffant ou décroiflant de
ces différentes fonctions dans toutes les
claffes des corps organifes ; on les verra fe
reunir , fe divifer enfuite , & la vie atta-
" chée a un petit nombre d'organes ſe réduire
, pour ainfi dire , à fes élémens dans
quelques efpèces , & paroître d'autant plus
» feconde & plus affurée , qu'elle devient en
» même-temps plus fimple , plus facile & plus
répandue.
ود
و ر
و د
و د
و د
>>
Il feroit trop long de rapporter ici les détails
de l'exécution de ce valte plan; il nous
fuffit de dire que fi rien eft capable d'ôter à
l'Anatomie fa fechereffe & ce qu'elle peut
avoir de repouffant , enfin de lui donner
tout l'intérêt qu'elle mérite , c'eſt la manière
grande & brillante dont M. Vicqd'Azir
la préfente.
(7) L'offification .
(8) La fenfibilité.
DE FRANCE.
39
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
-
ON a donné à ce Théâtre un Ballet - Pantomime
analogue à la gaité de la faifon . Le ſujet
eft le Coq du Village : c'eſt le même que
P'Opéra Comique de M. Favart qui porte
ce titre , & qui eft trop connu pour que nous
en fallions l'analyſe . Nous dirons feulement
que le Coq du Village , danfé , comme de
raifon , par M. Veftris , eft pourfuivi par
toutes les femmes du pays , filles ou veuves ;
mais il n'aime que Thérèſe ( Mlle Guimard )
qu'il obtient par une rufe du Bailli . Deux
vieilles , repréfentées par deux hommes habillés
en femmes , jettent beaucoup de gaîté
dans cette pourluite . Peut- être a- t'on eu raifon
de trouver que cette gaité étoit portée
jufqu'à la caricature , lorfque ces deux femmes
fe battent à coups de poings & fe roulent
par terre. Il y a , même dans le comique le
plus burlefque , une forte de bienféance , de
delicateffe , je dirois prefque de dignité , dont
il ne faut jainais s'écarter , fur-tout à ce Theatre
, & qui a pu être bleffée par cet excès.
Mais c'eft une tache légère qu'on peut faire
difparoître aifément; & ce fujet ainfi traité ,
40 MERCURE
foutenu par une exécution auffi parfaite , deviendra
extrêmement joli .
C'eſt un très- grand avantage pour la Pantomime
d'avoir à peindre une action connue
d'avance , on prévient ainſi l'obſcurité , le
plus grand inconvénient de cet Art , & l'on
doit favoir beaucoup de gré à M. Gardel
l'aîné , Auteur de ce Ballet , de rappeler ainſi
à la vie ces petites Pièces , prefque oubliées
à force d'avoir été connues , qu'on ne peut
plus voir fous leur première forme , parce
qu'on les fait par coeur , & qui , fous cette
forme nouvelle , femblent avoir quelque
chofe de plus vif & de plus piquant.
Nous avons été long - temps privés de cet
avantage : les Comédiens Italiens , dans le
dernier bail paffé avec l'Académie Royale de
Mufique , avoient fait inférer cette claufe ,
que l'Opéra ne pourroit plus à l'avenir prendre
les fujets ni les airs qui leur appartiennent
, pour en former des Ballets d'action . Ils
craignoient que ces fujets , employés à - lafois
fur deux Théâtres , ne s'ufaffent trop
vîte , & de perdre ainfi fucceffivement toutes
leurs propriétés. Il eft probable que depuis
ils ont changé d'avis , puifqu'ils n'y mettent
plus d'oppofition . Sans doute qu'en y réfléchiffant
mieux , ils auront vu qu'il en résulte
un effet contraire ; qu'après avoir vu un ſujet
traité en pantomime , on n'en eft que plus
curieux de le revoir traité en dialogue & en
chant. Ninette à la Cour , la Chercheufe d'Efprit
, Anette & Lubin , &c. ne font pas moins
DE FRANCE. 41
de plaifir à leur Théâtre , depuis que l'Opéra
s'eft emparé de ces fujets . Il en eft de même
de la Tragédie . Si par un nouveau réglement
il est défendu aux Auteurs de tranſporter les
Pièces du Théâtre François fur celui de l'Opéra
, c'eft plus pour l'avantage de ces mêmes
Auteurs , pour leur éviter l'inconvénient de
s'attacher à des fujets peu lyriques , pour les
obliger à un plus grand effort de talent , que
pour l'intérêt du Théâtre de la Nation, qui n'eſt
nullement compromis dans ce double emploi.
Affurément les deux Iphigénies , ni Phèdre
, ni Edipe chez Admète ne font pas
moins applaudis , ne font pas privés d'un feul
Spectateur depuis que ces fujets ont reufli fur
le Théâtre Lyrique . La forme muficale y fait
une fi prodigieufe différence , qu'on croit entendre
des Ouvrages entièrement nouveaux ,
quoiqu'ils foient compofés fouvent des mêmes
Scènes , & quelquefois des mêmes vers.
Les Comédiens Italiens ne font donc aucune
perte réelle en permettant à l'Opéra
d'arranger fes fujets en pantomime , & le
Public doit leur favoir beaucoup de gré d'une
condefcendance fi favorable à fes plaifirs ;
mais s'ils confentent à fe relâcher fur une des
claufes de leur bail , fans doute il feroit juſte
que l'Académie , à fon tour , ne tînt pas rigou
reufement à la claufe correfpondante. Lorfque
le bail fut paffé entre l'Académie Royalede
Mufique & les Comédiens Italiens , il fut
impofé à ces derniers de ne plus à l'avenir
repréfenter aucun Ouvrage revêtu de mu42
MERCURE
fique étrangère , comme la Servante Maitreffe
, Ninette à la Cour , la Colonie , la
Bonne Fille , &c. Ce fut pour correfpondre à
cette claufe que les Comédiens exigèrent que
leurs Pièces ne feroient plus mifes en Ballets.
Qui a été dupe de ces conventions mutuelles?
Le Public ; car les Comédiens font affez riches
en excellens Ouvrages pour le paffer de Pièces
parodiées , & l'Opéra n'a pas befoin de leur
emprunter des fujets pour avoir des Ballets
d'action . Mais de combien d'excellentes productions
étrangères on auroit pu faire jouir
le Public : Combien de chef - d'oeuvres de
mufique pouvoient être heureufement tranfportés
fur nos Théâtres ? Combien de modèles
pour nos jeunes Écrivains , qui auroient
échauffé leur génie , excité leur émulation ?
On a couru en foule à Fontainebleau , à Verfailles
, pour entendre la délicieufe muſique
du Roi Theodore , & la Capitale n'en peut
jouir ! On en permettra l'exécution à de
mauvais Batteleurs à vingt pas au - delà des
barrières ; mais les productions divines des
Paëfiello , des Sarti , des Anfolli , des Cimarofa
feront arrêtées aux murs de Paris comme
de la contrebande !
>
Lorfque l'Académie Royale de Mufique impofa
cette privation rigoureuſe aux Comédiens
Italiens , elle avoit un prétexte ; c'étoit d'employer
elle même cette mufique, & de rendre
au Public fur fon Théâtre ce qu'elle lui ôtoit
au Théâtre Italien. Mais l'a-t'elle fait mais
peut- elle le faire ? Le genre abfolument bouf
DE FRANCE. 43
fon ( & c'eſt celui des Opéras Italiens ) ne
convient point à notre Opéra François . La
mufique de ces Cuvrages eft écrite pour une
falle moins vafte . Nos Acteurs ne font point
accoutumés au grotefque , à la caricature :
elle trancheroit avec le genre qu'ils ont adop
té. Les Opéras Italiens font trop longs pour
ce Théâtre , il faudroit non - feulement perdre
la moitié des morceaux de chaque Ouvrage
, mais retrancher la moitié de ceux
qu'on conferveroit, & que devient la mufique
ainfi morcellée : Les Opéras Italiens n'ont
point de Ballets ; il faudroit en faire : il fau
droir y faire de nouveaux récitatifs . On feroit
obligé de fimplifier prodigieufement leur intrigue
trop compliquée , & la plupart des
fituations perdroient ainfi leur effet. A ces
inconveniens ajoutez en une foule d'autres .
L'Opéra ne les ignore pas : il a fait un feul
effai de ce genre , qui n'a point réufli * par
toutes ces caufes réunies ; & l'Adminiſtration
* Les effais plus heureux que l'on a faits avec de
la mufique nationale , ne prouvent rien contre ce
qu'on avance ici . Colinette à la Cour , la Caravane ,
même Panurge , foot des Opéras gracieux & gais ,
fans être abfolument bouffons . Ils font mis en mufique
par un homme d'infiniment d'efprit , qui connoît
parfaitement la Scène en général , & en particulier
le Théâtre pour lequel il écrit. Il y a proportionné
fa mufique ; il a donné aux morceaux la longueur
qui leur convenoit , la variété , la peficien
néceffaire il y a fait des Ballers charmans : tout cela
ne fe trouveroit pas dans des Opéras bouffons Italiens .
44
MERCURE
en a été fi dégoûtée de toute mufique Italienne
, que loin de faire de nouvelles tentatives
dans le genre bouffon , elle refuſe même
d'effayer des Ouvrages étrangers , dont le ſtyle
plus élevé , la forme , les acceffoires conviendroient
infiniment mieux à fon Théâtre , &
dont le nom feul du Compofiteur pourroit
affurer le fuccès ; & c'eft ainfi que la meilleure
mufique étrangère demeure perdue
pour le Théâtre de l'Opéra , pour celui des
Italiens & pour le Public. Tenir rigoureufement
à cette foi , empêcher les Comédiens
Italiens d'employer une mufique dont ellemême
ne peut & ne veut faire aucun ufage ,
ne feroit- ce pas renouveler la Fable du Chien
& du Jardinier ? Ne feroit - ce pas même un
peu plus que de l'injuftice que de reftreindre
les Comédiens dans les claufes exactes de leur
bail , quand l'Adminiftration enfreint ellemême
fi formellement celle qui regarde les
Ballets d'action ? Au refte , ceci n'eft qu'un
mémoire à confulter , dont nous prenons le --
Public pour juge.
ANNONCES ET NOTICES.
DEUXIÈME EUXIÈME Recueil des Portraits des Hommes
& des Femmes illuftres de toutes les Nations connues,
préfentés fous le coftume de leurs Dignités ,
gravés par le fieur Duflos le jeune , dans lequel
chaque Figure eft accompagnée d'un Abrégé de la
DE FRANCE.
45.
Vie du Perfonnage qu'elle repréfente , par MM.
de Vauvilliers & de la Reynie , de plufieurs Académies
, in-folio , papier de Hollande , colorié & enrichi
de filets d'or , première Livraiſon . A Paris ,
chez Duflos le jeune , rue Saint Victor , la troiſième
porte-cochère en entrant par la Place Maubert,
M. Duflos a déjà donné un Recueil du même
genre de quarante Cahiers qui ont été favorablement
accueillis . Le même nombre de Cahiers compofera
ce nouveau Recueil deſtiné à faire fuite au
premier. Le Cahier de douze feuilles fera de 12 liv.
Cette première Livraiſon nous a paru très - ſoignée
pour le Deffin & la Gravure. Elle contient les
Portraits de Louis XIV, de Fenélon , de Bayard , de
Tourville , de Montefquieu & de Pierre Corneille.
On lira avec intérêt les Notices fournies par M.
l'Abbé de la Reynie & par M. de Vauvilliers ; mais
nous avons été & l'on fera fans doute furpris de
trouver dans celle de Corneille , par M. de Vau- ' .
villiers , cette réflexion : I ( Corneille ) Je repentit
avec raifon d'avoir employé tant d'années à des frivolités
fi dangereufes. Rien n'eft plus chrétien fans
doute que cette réflexion ; peut- être pouvoit- elle
trouver place dans l'Eloquence facrée ; mais elle
nous a paru ici étrangère.
M. Dafos ayant promis de livrer gratis aux
Sonfcripteurs de fon premier Recueil quarante feuilles
d'Explications , & d'après le veu du plus grand
nombre , qui defire que ces différentes Vies foient
imprimées féparément , le tout fe trouvant porté à
250 feuilles d'impreffion , il eft forcé de demander
une augmentation de 30 fols par Cahier. Les 240
Vies de ce premier Recueil feront divifées en quatre
Livraiſons , qui paroîtront de trois mois en trois
mois, à commencer au premier Avril prochain. On
payera 15 liv . en fe faifant infcrire pour chacune de
ces Livraisons .
46
MERCURE
GALERIE Hiftorique Univerfelle , par M. de
P *** Prix , 3 liv . 12 o's . On foufcrit à Paris ,'
chez Mérigo: le jeune , Libraire , quai des Auguf
tins ; à Valenciennes , chez Gard , & chez les principaux
Libraires du Royaume & de l'Europe .
Cette huitième Livrai on contien : les Portraits de
L. Ariofte , Bayard , P. de Bérulle , E. Bouchardon ,
Guftave I , Ifabelle- Claire Eugénie , P. P. Rubens ,
& H. de Villeneuve .
ALMANACH Général & Hiftorique de la Province
de Dauphiné , pour l'année 1787 , in 8 ° . Prix ,
2 liv. 8 fols. A Grenoble , chez J. L A. Giroud ,
Imprimeur Libraire , à la Salle du Palais .
fe
Cet Almanach dès fon commencement fe préfente
avec une exactitude de détails qui peut perfectionner
encore d'année en année. Le Dauphiné
eft une de nos Provinces les plus curieufes & les
plas utiles à obferver : or ce nouvel Almanach fait .
connoître fon état Eccléfiaftique , fon état Militaire
fon état Civil & Politique, ainfi qu'un Tableau
des Arts , des Sciences , de l'Induftrie , du Commerce
, des Productions , des Curiofités avec des Notices
Hiftoriques , & c.
COLLECTION des meilleurs Auteurs Anglois ,
en Anglois. A Paris , chez Piffot , Libraire , quai
des Auguftins.
Cette Collection , imprimée tur format in 12. ne
coûtera que 2 liv . 10 fols brochée aux Perſonnes qui -
fe feront inferire avant le premier de Mai , temps
auquel la premiere Livraiſon paroîtra , & à cette
époque chaque Volume coûtera 3 liv . broché.
Le Profpectus de cette intéreffante Collection , à
la fin duquel font énoncés les Ouvrages qui doivent
la compofer, fe trouve chez Piffot , Libraire , quai
DE FRANCE. 47
des Auguftins , & chez les principaux Libraires du
Royaume.
On ne peut qu'applaudir à cette Entrepriſe , qui
procure aux Amateurs de la Littérature Angloife
les moyens d'avoir à peu de frais , & fans s'apperce
voir de la dépenſe , un Recueil complet des meilleurs
Auteurs Anglois.
LES Actions célèbres des grands Hommes de
toutes les Nations , deffinées par les meilleurs Maîtres
, & gravées par P. Moithey , accompagnées
d'une Notice biographique & d'un Eflai de Style
lapidaire , par M. P. Sylvain Maréchal , deuxième
Livraison. Prix , pour les Soufcripteurs 4 liv . fur
beau papier , & fur papier d'Annonay , Eftampe &
Texte 6 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue du Jour,
n° . 30 , maifon d'un Marchand de Vin , & chez
Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue Galande .
Nous avons annoncé la première Livraiſon de
cet Ouvrage avec un éloge qui n'eft point démenti
par cette feconde Livraifon. Les quatre fujets qu'il
renferme font , 1 ° Charòndas , Législateur Grec;
2°. Arrie & Poetus ; 3 ° . Jeanne d'Arc , &
49. Henri IV au fiége de Paris . On verra fur- tout
cette dernière Eftampe avec plaifir .
LES Terriers rendus perpétuels , ou, Méchanifme
de leur confection , Ouvrage utile à tous Seigneurs
de fiefs , &c. &c. , cinquième Livraifon , compofée
du Terrier perpétuel N °. IX , & du Livre de recette
N' .. Prix , 7 liv . 10 fols en feuilles , & pour fe
procurer les cinq Livraiſons à la fois pareillement
en feuilles 2 liv. 10 fols.
Cette Livraifon , qui complette entièrement la
partie organique de l'Ouvrage , contient les Ré--
pontes aux Objections faites à l'Auteur pendant qu'il
H

48 MERCURE
le publioit ; on les croit d'autant plus propres à détruire
les préjugés inféparables des nouveaux établiflemens
, qu'il s'eft particulièrement attaché à démontrer
l'économie de fes moyens , & qu'il paroît ,
par les réſultats , avoir réellement procuré aux Seigneurs
des facilités inconnues auparavant . Il faut
d'ailleurs qu'il foit sûr de fon fait , puifqu'il propoſe
aux incrédu'es de leur faire voir deux Terriers exécutés
fur fes nouveaux principes .
- Neu-
TROIS Sonates pour le Clavecin avec Violon ,
par J. F. Sterckel , OEuvre XX. Prix , 6 liv .
vième , dixième , onzième & douzième Recueils d' Airs
de Théâtre pour deux Violons faifant fuite aux
Recueils de Cardon. Prix , 6 liv. chaque. A Paris ,
chez Leduc , au Magafin de Mufique & d'Inftrumens
, rue du Roule , nº . 6 .
V
>
TAB LE.
ERS fur l'emblée Générale
de la Nation ,
Epitaphe de M. le Comte de
Vergennes,
ib.
Voyage Pittorefque de Naples
& de Sicile , troifiéme
Extrait , 9
Traité d'Anatomie & de Phy
fiologie ,
Charade, Enigme & Logo Acad. Royale de Mufiq.
Acroftiche ,
gryphe , 7 Annonces & Notices ,
30
39
44
J'AI
APPROBATION.
AI In , par ordre de Mgr. le Garde - des- Sceanx , le
Mercure de France , pour le Samedi 3 Mars 1987. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en crupêcher l'impreffion . A
Paris , le 2 Mars 1987. GUIDI.
Jeu 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IO MARS 1787 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉTRENNES à un Militaire auffi diftingué
par fes talens que par fes fervices , & qui
s'affectoit des perfecutions de la calomnie.
LORSQU
ORSQUE ta gloire , ami , brillant de toutes parts ,
Comme l'aftre du jour , diffipe le nuage
Dont on veut l'obfcurcir à nos propres regards ;
Lorfqu'en toi nous voyons un digne ami des Arts ,
Un brave Militaire , un véritable fage ,
Dont le filence feul a conjuré l'orage ,
Crois- tu des gens d'honneur n'avoir plus le fuffrage
Crois- tu ne plus jouir de nos tendres égards ?
No. 10 , 10 Mars 1787 . C
50
MERCURE
Le digne favori de Minerve & de Mars ,
Aux fots , toujours jaloux , doit donner de l'ombrage :
Laiffe donc s'exhaler leur haire en vains brocards ;
Sans craindre leur courroux jouis de notre hommage;
La tranquille vertu dort au fein des hafards.
POUVOIS - TU t'affecter d'être en butte à l'envie ?
C'eft le fort du courage ainfi que du génie.
D'un jufte & noble orgueil écoute les raiſons ;
L'exemple de Socrate inftruit les Scipions.
*Sur Luxembourg en vain l'implacable furie
Agite fes ferpens , diftille fes poifons ,
Son âme , dans les fers , en eft - elle flétrie ?
L'honneur , en le mettant au-deffus des foupçons , 1
L'appelle à la victoire , & fon coeur les oublie ;
Il confond les méchans , en fauvant la patrie.
COMME les Catinats , comme les Fenélons ,
Fais donc ufage , ami , de ta philoſophie.
Toujours les fots enfin dépriment les grands noms ,
Et par-tout les Héros font hais des poltrons.
Therfite décrioit les triomphes d'Achile ;
Un Homère naît- il fans qu'il naiſſe un Zoïle ?
Toi donc, que le deftin a comblé de fes dons ,
Tu ne peux qu'irriter les fats que tu confonds ;
Non , tu ne peux qu'aigrir leur orgueil & leur bile.
L'efprit déplaît aux fots , & l'honneur aux fripons.
BELIOTHERA
REGIA.
DE FRANCE. SL
Mais enfin que crains- tu de leur rage inutile ?
Ce que la lime craint de la dent du reptile.
QUÁTRAIN fur Madame la Vicomteffe
DE C..... M.....
Aux grâces, aux doux feu de l'aimable faillie ,
Elle joint & jufteffe & pénétration ;
Raifon en la voyant fe rend à la Folie ,
Folie en l'écoutant fe rend à la Raiſon.
( Par M. Langeron fils . )
A une jolie Femme , qui voyageoit dans
la Diligence.
DITES-MOI
ITES- MOI donc par quel hafard -
Avez -vous pris, Eglé , la voiture publique?
Vous avez donc laiffé , fur la rive idalique ,
Vos colombes & votre char ?
(Par M. de la Mothe. )
*
Cij
52 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Vertu ; celui
de l'Enigme eft le Temps ; celui du Logogryphe
eſt Romance , où l'on trouve Roman ,
cône , Noé , Maroc , mon , ma , ce , ocre,
ronce Rome, amorce race , on marc ,
once , mer, mane , cor , arme , amer , carme ,
cane , Caën , ré , roc , corne , rame , âne ,
orme , Marc , corme , an , Marne , Carme ,
ame , or.
♪'
DE
CHARA DE.
·
E mon tout la tournure eſt chez toi fi jolie ,
Que de toi l'on defire obtenir mon premier ,
Et devenir , mais pour toute la vie ,
Ce que veut dire mon dernier,
( Par M. Bonnefoi. )
ENIGME
A Mile CHÉRE, à l'Abbaye de .... en lui
demandant le mot & la chofe.
MALHEUR
ALHEUR à qui dans la preſſe
Ole avec moi s'engager !
DE FRANCE. 53
Souvent un enfant d'Alger ,
Que ma conquête intéreſſe ,
Vient d'un pas fourd & léger
M'enlever avec adreffe ,
Et fur fon bord me loger.
Cependant de ma natute
Je fais garder un tréſor ;
Avec plus ou moins d'effort
L'art compofe ma ftructure :
Deux liens font ma ferrure ,
Mes verroux & mon reffort.
Quelquefois dans fa clôture ,
Pour hâter le temps qui dort ,
Chéré m'embellit encor.
Qui dit Chéré , dit d'abord
Grâce , efprit , talens , figure ;
Ainfi tout cadeau qui fort
De cette manufacture
Doit valoir fon pefánt d'or.
On aime ma taille ronde ;
Sans embonpoint , l'on me fronde ;
Mon pouvoir eft fans égal
Au Palais comme à Cythère ;
Plus d'un juge impartial ,
Plus d'une beauté févère ,
Ont changé de caractère
En voyant l'aiman fatal
Dont je fuis dépofitaire .
C iij
54
MERCURE
Mais tirons un voile épais
Sur le mal que je peux faire 3.
Parlons du bien que je fais :
Au paffant courbé fous l'âge ,
Qui vous confeffe ſa faim ,
A la veuve , à l'orphelin
Qui réclament mon partage ,
En fecret j'ouvre mon fein :
Voilà mon plus bel ouvrage.
( Par un Habitant de Bréda , près
Montmil, en Picardie. )
LOGO GRYPH E.
PARMmes accords je porte la terreur
Jefqu'aux lieux habités par l'animal timide..
Mes pieds pris à rebours inſpirent la terreur
Au marin le plus intrépide ;
Mais retranchez mon chef. Oh ! ce n'eſt plus cela ;
Chacun s'ampreffe à qui m'aura.
( Par J. R. D. , de Montpellier.
DE FRANCE.
59
7
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
NOTICEfur la Vie de M. Poivre , Chevalier
de l'Ordre du Roi , ancien Intendant des
Ifles de France & de Bourbon . A Philade!-
phie , & fe trouve à Paris , chez Moutard ,
Imprimeur- Libraire de la Reine , rue des
Mathurins , hôtel de Cluni .
IL feroit injufte , il feroit funefte que les
éloges fuffent réſervés aux hommes qui tiennent
aux Académies , lefquelies fe font inpofé
ce tribut envers tous leurs Membres.
Les hommes qui ont bien mérité de leur
patrie , fans même avoir rendu de ces fervices
qui leur affurent une longue & vafte
renommée , ont droit auffi à cet intérêt public
, qui s'élève au moment de leur mort , &
qui ne fait fouvent qu'expier envers leur mémoire
une indifférence & une injuſtice cruellement
fenties. Mais ces hommages , qui ne
font appelés par aucun ufage établi , pour
remplir leur objet , ne doivent pas être prodigués
à un mérite obfcur & médiocre. Le
mépris avec lequel on les recevroit , retomberoit
fur l'homme à qui on auroit voulu vainement
créer une célébrité que fes actions
ne peuvent foutenir . Comme une partie de
Civ
16 MERCURE
Pintérêt des éloges qui font lus dans les Aca
démies , tient à ce qu'ils font rendus par des
hommes occupés des mêmes travaux , & qui
tirent de la confiance avec laquelle on
les écoute , une forte d'autorité pour l'eftime
qu'ils difpenfent , il convient auffi que les
é ogés , qui ne dépendent d'aucun devoir dans
ceux qui les décernent , reçoivent auíli de
l'analogie des occupations de ces derniers ,
& d'une reffemblance de caractere & de réputation
, une forte de recommandation &
de fanction. Toutes les qualités , tous les rapports
que je cherche ici , pour rendre plus
intéreffant un Ouvrage de ce genre , fe rencontrent
dans celui dont on va parler.
M. Poivre , par toutes les actions de fa
vie , fut un homme de bien ; par des aventures
extraordinaires & d'importans fervices , il
fut un homme vraiment remarquable ; par
les talens & les vertus d'un adminiftrateur , il
a laifflé une mémoire reſpectée dans deux de
nos colonies. A tous les égards , il peut être
compté parmi les hommes jufte ment célèbres
de fon fiècle. Il méritoit un éloge public ;
& il ne pouvoit être en meilleures mains que
dans celles d'un ancien ami , qui a connu de
bonne heure les qualités qui ont fondé fa
gloire , qui a été dépofitaire de la haute eftime
que lui portoient plufieurs grands Hommes
de ce fiècle , & qui ayant pallé ſa vie
dans l'étude & la pratique des travaux de
l'adminiſtration , a fans celle ajouté à fès conDE
FRANCE.
$7
noiffances , appris par l'expérience des chofes
& des hommes , à faire avec fageffe le bien
qu'il defire avec force , & par- là eft devenu
un meilleur appréciateur du mérite , enfin
qui , en faififfant les objets avec autant de
fineffe que d'étendue , embellit fon ftyle
de cette candeur de l'honnête homme , de
ce profond attachement à tout ce qui eft
utile ou grand , qui font aimer l'Auteur dans
ces Ouvrages. Il eft honorable à la mémoire
de M. Poivre d'avoir trouvé un Panégyriſte
dans le Rédacteur des Mémoires de M. Turgot.
C'eſt à lui que nous devons auffi un excellent
Mémoire fur les Hôpitaux , qui , en préfentant
des idées un peu différentes du rapport
de MM. les Commiffaires de l'Académie
, rentre dans le même but , a concouru
auffi à cette grande révolution dans la bienfaifance
publique , où la Nation & le Souverain
fe font fi bien entendus , & remplit de la
plus douce joie tous les coeurs humains & fenfibles
. Rien ne juftifie mieux l'hommage que
l'on rend ici à un homme fi bien fait pour inftruire
& fervir fa patrie , que l'approba ion
univerfelle avec laquelle on a appris le choix
que le Roi a fait de lui pour l'un des Secrétaires
de cette Affemblée , où le coeur du
Roi fe montre tout entier , & où s'agitent
les plus grands intérêts de la France.
Un homme , comme M. Poivre , ne peur.
être mieux loué que par les faits de fa vie; nous
nous contenterons ici de choifir les plus intéreffans
, & de rapporter les réflexions qui les
Cv
58 MERCURE
relèvent & les embelliffent dans la Notice.
» M. Poivre eft né à Lyon , d'une famille
commerçante ; il fit fes études à la Congrégation
des Miffions Étrangères.
»L'éducation chez des Miffionnaires donne
néceffairement le goût des Voyages ; & quelques
notes écrites par M. Poivre , indiquent
qu'en embraffant l'état de fes inftituteurs , il
enviſageoit , outre l'avantage de fervir la Religion
, celui de s'éclaircir fur les moeurs , les
ufages , la culture , l'induftrie des nations
qu'il auroit à obferver , & de procurer
à l'Europe quelques unes des productions les
plus précieufes de l'Afie , de l'Afrique & de
l'Amérique. Il fembloit prévoir fa deſtinée.
En 1745 , M. Poivre revenoit en France
pour revoir fa famille , rendre irrévocables.
fes liens religieux , & retourner enfuite au
bout du monde où l'appeloit fon zèle . Le vaiffeau
qui le portoit fut attaqué dans le détroit.
de Branca , par un Anglois fupérieur en force,
& combattit. Il y a dans les âmes trèsélevées
, même avec le caractère le plus doux ,
une répugnance naturelle à fuir le danger :
pendant tout le combat , M. Poivre fe porta
fur la galerie , fur le gaillard , fur le tillac ,
par- tout où il fe crut le plus utile , aidant à la
manoeuvre , exhortant les Soldats & les Matelots
, & fur-tout fecourant les bleffés : un
boulet de canon lui emporta le poignet.
» Pour donner une idée de la férénité de fon
âme , nous dirons que le premier mot qu'il
DE FRANCE.
59
prononça , en fe voyant un bras de moins
fut :je ne pourrai plus peindre.
و د
Il avoit fait dans le même combat uneautre
perte ; c'eft celle du Journal de tout ce
qu'il avoit remarqué à la Chine , à la Cochinchine
, à Macao , auquel étoient joints un
grand nombre de deffins précieux . Cette perte
eft d'autant plus facheufe , que rien n'eſt
auffi propre à faire connoître les moeurs , les
principes & les ufages d'une Nation , les vices
ou la bonté de fon Gouvernement , qu'un
Journal tenu régulièrement par un homme
éclairé , qui peint les chofes telles qu'il les
voit , telles qu'elles font, fans. prétentions ,
fans chercher à écrire l'Hiftoire , fans penſer
à fe faire jamais imprimer. Peut - être ces manufcrits
intéreffans font- ils encore entre les
mains des Anglois ; & l'on efpère que fi quelqu'un
de cette grande & généreufe Nation
en avoit connoiffance , il voudroit bien les
faire remettre à la famille de M. Poivre. Le
vaiffeau fur lequel il fut pris s'appeloit le
Dauphin ; le Commandant de l'efcadre Angloife
étoit l'Amiral Barner , qui montoit le
Deptford , il y a quarante- un ans.
Les curieufes obfervations & les grandes
vûes qu'il rapportoit de l'Afie , jointes à la
perfection avec laquelle il parloit le Chinois ,
le Cochinchinois , le Malais , fixèrent fur lui
l'attention de la Compagnie des Indes , & le
firent choisir , dans l'année 1749 , pour aller ,
en qualité de Miniſtre du Roi , à la Cochin-
Cvj
60 MERCURE
1
chine , fonder fur des liaifons d'amitié une
nouvelle branche de commerce.
» M. Poivre , de retour à l'Ifle- de-France ,
dépofa dans les magafins de la Compagnie
jufques aux préfens particuliers qu'il avoit
reçus de ce Souverain. Un trait peindra fon
défintéreffement ingénu . Il écrivoit à la Compagnie
des Indes : je vous ai remplacé telle
chofe de mon argent , parce que je m'étois
laiffe voler par mafdute ; & il n'eſt pas juſte
que vous fupportiez cette perte. On peut deinander
aux trois Compagnies Angloife ,
Hollandoife & Françoiſe combien depuis
qu'elles exiftent , elles ont eu de pareils ferviteurs.
» Mais fi les vues politiques & commerciales
dont M. Poivre avoit préparé le fuccès , n'ont
pas été remplies , fon ambaffade à la Cochinchine
n'a pas été pour cela fans avantages. Il
ne s'étoit pas ftrictement renfermé dans la
miffion qu'il avoit reçue. Il avoit mis le plus
grand foin à recueillir les plantes les plus utiles
pour les introduire & les naturalifer à l'Ilede
France. Il y avoit apporté le poivrier , le
canellier , plufieurs arbres de teintures , de
réfine & de vernis , plufieurs eſpèces d'arbres
fruitiers. Il étoit le bienfaiteur de cette Ifle ,
feize ans avant de ſe douter qu'il en feroit un
jour l'adminiftrateur.
» Le plus précieux des préfens qu'il lui avoit
faits , étoit le riz fec , qui fe cultive à la Cochinchine
fur les montagnes, qui n'a befoin que
d'une chaleur modérée , & ne demande point
DE FRANCE. 61
d'irrigation . On en fit quelques récoltes ; mais
après le départ de M. Poivre , la culture de
ce grain fi important ayant été abandonnée
aux eſclaves nègres , qui l'arrosèrent comme
l'autre riz , l'eſpèce du riz fec , qui auroit pu
de cette colonie paffer en Europe , & qui devroit
enrichir aujourd'hui nos Provinces Méridionales
, fut détruite à l'Ile de France .
Parmi les maux fans nombre que l'esclavage ,
& la ftupidité qui en eft la fuite , ont caufés au
genre- humain , il faut encore compter celuilà.
Depuis vingt ans que ce fait a pris de la
publicité , on dit qu'il faudra retourner chercher
le riz fec à la Cochinchine.
» Pendant deux fiècles , l'Europe a dépensé
aux Indes des milliards ; elle y a malfacré des
millions d'hommes ; elle y a envoyé & entretenu
un nombre confidérable de profonds
politiques , d'habiles Généraux , de faints Miffionnaires
, d'induftrieux Commerçans , de
Héros intrépides . Un feul fage s'étoit trouvé;
il avoit rapporté une plante plus utile même
que le bled , & qui auroit pu compenſer tout
le mal qu'ont fait tant de grands Hommes.
A peine y a-t'on pris garde : on l'a laiffée perdre.
Et lorfque chez des Nations favantes ,
dans un fiècle éclairé, on a eu connoiffance
de ce trésor & de fa perte , quelques gens
d'efprit ont dit froidement : c'eft dommage
; puis l'on a continué à intriguer , के
fe battre , fans fonger feulement à combien
peu de frais ce dommage pourroit être
réparé.
62 MERCURE
On fait que c'eft à M. Poivre que la France
doit le tranfport & la naturaliſation des plans
d'épiceries aux Ifles de France & de Bourbon.
Les dangers de cette expédition , les traverſes
qui l'ont précédée & fuivie , font développés
ici avec le plus grand intérêt . Mais c'eft un
morceau trop long pour être rapporté ici , il
faut le lire dans l'Ouvrage même.
و د
Après cet important fervice , M. Poivre
s'étoit retiré à Lyon . Les honneurs Littéraires
vinrent le chercher. L'Académie des Sciences
le nomma à la place de Correſpondant. Defiré
& reçu à celle de Lyon , il y lur deux Mémoires
intitulés : Obfervations fur les moeurs
& les arts des peuples de l'Afrique & de
l'Afie. C'eft cet Ouvrage qu'un Libraire a
depuis imprimé fous le titre de Voyage d'un
Philofophe.
» Sa réputation fit croire avec juſtice qu'il
n'y avoit que lui qui pût réparer aux Ifles de
France & de Bourbon les fautes de toutes
efpèces d'une adminiftration qui , depuis
qu'elle étoit fortie dans ces Ifles des mains
de M. de la Bourdonnais , avoit été conftarment
malheureufe. Les invitations les plus
preffantes de la part du Gouvernement , &
les plus propres à redoubler la paffion de bien
faire dans un coeur qui n'avoit jamais ceflé
d'en étre animé , vinrent - le chescher au milieu
des préparatifs de fon mariage .
" Ce fut pendant fon adminiftration qu'il
parvint à accomplir le grand Ouvrage de la
DE FRANCE. 63
naturaliſation des épiceries aux Ifles de France
& de Bourbon.
"3
En effet , ce n'avoit pas été une petite entreprife
; & ce n'étoit pas un événement médiocrement
heureux pour la France , qui participe
à une nouvelle fource de richeffes pour
l'Europe , qui fe trouvera pourvue à meilleur
marché d'un objet de jouiſſance , & furtout
pour les habitans des Moluques , qu'on
n'opprimera plus , afin de s'emparer de leurs
productions & d'en conferver le privilége
exclufif, lorfque cette cruauté fera devenue
inutile.
و ر »Apeinelesépiceriesfinesétoientellesarrivées
à l'Ile de France , que le zèle du Conmandant
, & l'avis unanime du Conſeil Supérieur
, M. Poivre feul excepté , fit rendre
une ordonnance qui déclaroit coupable de
trahifon quiconque emporteroit dans une autre
Colonie quelques uns des plans enracinés
des deux arbres nouveaux , ou quelques noix
mufcades ou baies de gérofle propres à la
germination . M. Poivre affligé , ne trouvant
perfonne qui partageât fon opinion , ne put
fe difpenfer de figner. Mais il écrivit au Miniftre
pour faire fentir les dangereufes conféquences
d'un tel privilége exclufif, & chargea
un de fes amis , celui qui tient ici la plume
, de contribuer à les développer ; ce qui
fut fait , tant par des Mémoires particuliers
que par un écrit alors imprimé. M. le Duc
de Praflin , qui étoit plein de fens & d'équité ,
jugea , coinine M. Poivre , qu'il feroit injufte
64 MERCURE
& abfurde d'interdire à quelques Provinces
de l'État une culture utile qu'on encourageroit
dans d'autres , & que fi les épiceries fines
étoient concentrées à l'Ile de France , elles
pourroient y être détruites par un ouragan ou
par les fuites d'une guerre malheureufe. Il fe
hâta de prendre les ordres du Roi , & de
faire paffer des mufcadiers & gérofliers , tant
à l'Ifle de Bourbon qu'à la Guyane Françoiſe.
Ils ont très- bien réuffi dans l'une & dans l'autre
Colonie. Ils commencent à pouvoir y
devenir un objet de commerce ; & leurs fruits
aclimatés y font auffi beaux & auffi parfumés
aujourd'hui que dans les Moluques mêmes.
» M. Poivre avoit acheté de la Compagnie
des Indes , dans un lieu nommé Montplaifir ,
un enclos peu diftant du port de l'Ile de
France. Il en avoit fait à fes frais un magnifique
jardin , qui le difpute à ceux que la Compagnie
Hollandoife des Indes fait cultiver au
Cap de Bonne-Efpérance , & qui , plus riche
qu'eux encore , renferme prefque toutes les
plantes utiles des deux hémisphères . Il y
paffoit tout le temps que les devoirs de l'adminiſtration
pouvoient lui laiffer libre ; car
propre comme Caton, à influer fur les moeurs
& fur les affaires publiques , M. Poivre avoit
encore avec ce grand Homme le rapport d'aimer
à diriger tous les détails des travaux champêtres
, & il y étoit d'une grande habileté.-
" Iladepuis cédé au Roi pour le inême prix
qu'il l'avoit achetée de la Compagnie , cette
habitation fi intéreffante aux yeux des Savans
DE FRANCE. 65
1
& des Citoyens , qui fentent qu'il peut être
plus important d'acquérir une plante utile
qu'une Province. Il a fait hommage à la patrie
des dépenses , des améliorations , des travaux
confidérables qu'il avoit confacrés à enrichir
le jardin , & qui l'ont rendu un des
plus précieux du globe entier. Il avoit inftruit
dans tous les détails de la culture afiatique
M. de Céré , auquel il avoit deſtiné la
direction du jardin de Montplaifir , dont il
ne put le mettre en poffeffion , mais qui
depuis en a été chargé , conformément à fes
vûes ; & M. de Céré a juftifié ce choix par fes
foins , fes lumières & fon courage. On aura
peine à croire que cette dernière qualité ait
été bien néceffaire à M. de Céré pour la confervation
& l'entretien d'un jardin appartenant
à Sa Majeſté. On aura encore plus de
peine à croire que , même après le fuccès , &
depuis le départ de M. Poivre , il fe foit
trouvé des gens qui , fans autre motif que la
jalousie , ayent mis à tâche de détruire les
plantes précieufes qu'il avoit introduites à
l'Ifle de France , avecpreſque autant d'activité
qu'il en avoit déployé pour les y apporter. Ces
faits , qui font vrais , viennent encore de nous
être atteftés par un Miniftre du Roi , fous les
yeux duquel ils fe font paffés , & qui a eu
befoin de tout fon crédit pour empêcher le
jardin & les plantes qu'il renferme d'être
anéantis , & pour protéger M. de Céré contre
les ennemis que fon zèle patriotique , à con66
MERCURE
ferver le fruit des travaux de M. Poivre , lui
avoit attirés .
» Si les épiceries font un jour une richeffe
pour la France , le nom de M. de Céré ne doit
pas être plus oublié que celui de fon illuftre
ami , auquel la reconnoiffance des Cultivaveurs
a élevé à Cayenne un monument noble
& fimple dans le jardin de M. de Gers ,
au centre de quatre belles allées de gérofliers
, & pour qui l'Hiftoire en élevera certainement-
un plus durable dans le fouvenir
de la poftérité , délivrée d'un monopole onéreux
, & enrichie d'un grand nombre de cultures
précieuſes .
» La follicitude de cet homme également
actif& bienfaifant , ne fe bornoit pas aux objets
foumis à fon adminiſtration . Il mettoit
avec raifon la plus grande importance à faire
déterminer , par de bonnes obfervations aftronomiques
, la pofition de la multitude
d'ifles & d'écueils qui féparent l'Inde de l'Ifle
de France. Il avoit engagé M. l'Abbé Rochon,
fon ami , qui étoit de l'Académie de Marine,
& qui eft aujourd'hui de celle des Sciences ,
à fe charger de cet intéreffant travail. Il avoit
fait toutes fortes de préparatifs pour lui rendre
le voyage plus commode & moins pénible.
Au moment de l'embarquement , un
conflit d'autorité empêcha le départ de M.
l'Abbé Rochon. M. Poivre en eut beaucoup
de chagrin. Il voyoit échapper une occafion
qui fembloit favorable de faire des recherDE
FRANCE. 67
ches bien utiles . Il éprouva encore qu'il faut
toujours fufpendre fon opinion fur les événemens.
C'étoit dans le vaiffeau de l'eftima-,
ble & malheureux Capitaine Marion , que
M. l'Abbé Rochon avoit dû s'embarquer.
On fut peu à près que cet homme habile &
vertueux avoit été affaffiné & dévoré par les
antropophages de la nouvelle Zélande ; &
M. Poivre eut à remercier le ciel des contradictions
qui , en retenant M. l'Abbé Rochon ,
l'avoient fouftrait à un danger affreux . Ils pleurèrent
enfemble le Capitaine Marion , qu'ils
aimoient tous deux , & s'en devinrent plus
chers l'un à l'autre.
»M. Poivre , arrivant à Verſailles , y trouva
l'apparence d'une difgrace. Deux ans s'écoulèrent
avant qu'on lui rendit la justice que
méritoit fon adminiftration . Mais , fous le
nouveau règne , M. Turgot , l'ami & l'exemple
de tous les gens de bien , ·
... fe montra le protecteur éclairé de M.
Poivre. Les témoignages les plus honorables
de la fatisfaction du Roi furent accordés à fes
fervices , & douze mille francs de penfion
furent ajoutés au cordon de S. Michel , qu'il
avoit déjà reçu .
» M. Poivre parloit avec beaucoup de facilité
& de grace , mais toujours avec fimplicité.
Ayant vu & bien vu une prodigieufe
multitude de chofes & d'hommes , avec des
connoiffances très - étendues & une mémoire
admirable , il n'avoit jamais le ton affirmatif.
68 MERCURE
Il étoit indulgent par nature & par réflexion ,
pour les travers autant que pour les foibleffes
de l'humanité. Il aimoit la fociété des
gens d'efprits , & fupportoit celle des fots.
On trouve , difoit il , à s'inftruire avec tout le
monde. Les méchans même affligeoient plus
qu'ils ne courrouçoient fon coeur. Jamais aucun
emportement n'a fouillé ni dérangé la
tranquille & paiſible dignité qui le caractérifoit
; un heureux mêlange de raiſon & de
bonté lui avoit donné un fang-froid inaltérable
, & l'avoit rendu fupérieur aux paſſions.
Très-peu d'hommes ont porté auſſi loin que
lui la philofophie pratique.
( Cet Article eft de M. de L. C. )
DE l'état civil des perfonnes & de la condition
des terres dans les Gaules , dès les
temps Celtiques , jufqu'à la rédaction des
Coutumes ; par M. Perreciot , Tréforier de
France , au Bureau des Finances de Befançon.
2 vol. in- 4° . A Befançon , chez
l'Épagnès, & fe trouve à Paris , chez Royez,
quai des Auguftins.
Valois , Boulainvilliers , l'Abbé Dubos
Montefquieu , l'Abbé de Mably & d'autres
Écrivains ont voulu débrouiller le chaos des
Loix & des Coutumes féodales ; mais leurs
recherches.qui paroiffent effrayantes , ont été
DE FRANCE. 69
trop bornées , & la diverfité de leurs fyftêmes
n'a fait qu'épaiffir les ténèbres. L'Auteur de
l'Ouvrage que nous annonçons a porté les
recherches beaucoup plus loin , & il a conçu
un projet plus vaſte : il examine quel fut l'état
civil de nos ayeux, & quelle fut la condition
de leurs terres pendant les feize fiècles les
plus obfcurs de nos Annales ; il développe
très- bien l'origine , les progrès & les funeftes
effets des Coutumes & des Loix de la féodalité
, des duels , & de la diverfité des poids &
des mefures, telle qu'en Franche-Comté, il y a
vingt noms différens pour les mesures de
grains; il explique d'une manière fatisfaisante
tout ce qui a rapport aux clientelles , aux
fiefs , aux juftices , aux aleux , aux droits feigneuriaux
, aux cens , corvées , tailles , droit
de pourfuite , for- mariage , défenſes de s'affembler
, à la Nobleffe , aux États - Généraux
& à l'autorité de l'Églife fous les premières
races ; il donne des idées neuves fur les létes,
qu'il eft important de connoître , lorſqu'on
étudie ces matières ; mais tout le monde ne
penfera pas avec lui que ce mot défigne
une peuplade féparée ; on reftera peut - être
convaincu qu'il défigne feulement une claffe
de cultivateurs cenfitaires & corvéables .
Une noble émulation du bonheur public
paroît animer les Souverains ; & malgré les
déclamations qu'excite notre fiècle , chaque
jour voit éclore des réformes utiles dans quelques
États de l'Europe. Les bons citoyens
conçoivent d'heureufes efpérances fur l'Af70
MERCURE
femblée des Notables , & nous croyons fervir.
les vues de l'Adininiftration , en rappelant ici
des obfervations & des vues fur la main-morte
& les droits féodaux , éparfes dans l'Ouvrage
de M. Perreciot , qui préféreroit fans doute
une réforme utile , aux éloges que fon érudition
& fa fagacité peuvent attendre des
Journaliſtes ; & qui fentira mieux que perfonne
, que quelques pages du Mercure ne
fuffifent pas pour l'analyfe de deux volumes
in-4°. qui ont coûté dix ans de travail.
L'art n'embellira point ce tableau , & malgré
fa fimplicité, il frappera peut être les lecteurs.
La main-morte affecte encore plus du tiers
des villages de Franche -Comté : M, Perreciot
prouve même qu'elle en affecte la moitie , fi
l'on compte d'autres Paroiffes foumifes à une
main-morte un peu adoucie. Il n'offre point
de calculs fur les main-mortables des autres
Provinces , mais on fait que leur nombre eſt
confiderable.
La fervitude eſt abolie dans les Domaines
du Roi depuis 1779. L'Édit engage les Seigneurs
à imiter un fi noble exemple ; mais
la voix de l'intérêt eft dans cette occafion plus
puiffante qu'on ne l'auroit cru.
Le même Édit abolit le droit de fuite dans
tout le Royaume , mais on élude cette loi .
Quelle eft l'origine de la main-morte ? Quelle
a été fon étendue , quel eft ſon état actuel ?
L'affranchiffement des main- mortables nuiroit-
il aux intérêts des Seigneurs ?
DE FRANCE. 70
(
Les main- mortables ne font que des taillables
dégénérés , & les anciens taillables n'étoient
en général que des létes ou des colons
affujétis à un ſervice militaire , & à un cens,
La main morte a commencé fous le gouvernement
féodal ; & fi le Clergé acquit
alors , s'il conferve plus de main - mortables
que les Seigneurs Laïcs , il eft aifé de dire
pourquoi.
Lorfqu'elle commença , le Clergé avoit des
priviléges fans nombre . Le Tribunal des Évêques
, étoit le Tribunal univerfel ; il n'étoit
pas permis d'en appeler : les Juges fe trouvoient
obligés de conformer leurs décifions
au témoignage d'un Évêque : les Évêques
avoient le droit de punir les autres Juges , &
de réformer leurs jugemens : aux Fêtes de
Pâques , de Noël & de la Pentecôte , ils étoient
les maîtres de vuider toutes les prifons ; ils
n'étoient jufticiables des Laïcs , ni au civil ni
au criminel ; le Souverain lui - même n'avoit
pas le droit d'instruire leur procès , & le Magiftrat
qui ofoit connoître de leurs différends ,
étoit excommunié ; il falloit foixante- douze
témoins pour condamner un Évêque , dont le
témoignage feul déterminoit l'Arrêt des Juges
Laïcs , il falloit quarante- quatre témoins pour
condamner un Prêtre , & trente- fix pour condamner
un Diacre . Les Loix du Souverain
étoient confirmées par le Clergé , & revêtues
de la fanction des Évêques. Ils ne tardèrent
pas à citer un de nos Rois à leur Tribunal ; ils
le condamnèrent folemnellement , & ils pro72
MERCURE
noncèrent enfuite avec la même folemnité fa
Sentence d'abfolution. L'Édit de Charles- le-
Chauve avoit permis comme une grace de fe
mettre dans la fervitude : on vit des hommes
libres fe précipiter volontairement dans la
fervitude, & fur- tout dans celle du Clergé.
M. Perrecior , qui a compulfé plus de fix mille
Chartres , cite ces formules curieuſes , par lefquelles
des efprits foibles fe mettoient dans la
fervitude d'un Couvent , relevoient avec emphaſe
la générofité & la nobleffe de cette
fervitude , & parloient de la liberté avec mépris.
Ceux qui fe croyoient redevables de quelque
chofe à la protection d'un Saint , s'empreffoient
de fe déclarer létes , cenfables , où
main-mortables des Eccléfiaftiques qui le fervoient.
Une foule de Nobles & une Reine de
Pologne fuivirent ce bel exemple. Le Saint
qui eut le plus de fuccès , fut Saint- Martin ,
& des villes entières fe qualifièrent du titre
honorable d'efclaves de Saint- Martin.
A la mort d'un ferf, on lui coupoit la main
droite , & on la préſentoit à fon Seigneur ,
lorfque le ferf ne laiffoit rien qu'on pût lui
offrir. Quelques Auteurs tirent de- là l'étymologie
de la main morte ; M. Perrecior croit
qu'ils fe trompent , & il dit avec plus de
railon , que main-morte vient de manus- mortua
, main qui ne peut transférer.
Dans ces temps de défordre & d'anarchie ,
les Seigneurs accordoient leur protection ; ils
donnoient le droit d'afyle dans leurs Châteaux
à condition qu'on feroit main mortable.
La
DE FRANCE. 73
La Gaule , qui avoit été ravagée par les Barbares
, offroir de tous côtés des terres en friches
; des étrangers , & en particulier des habitans
des forêts de la Germanie , des Elpagnols
challés par les Maures , vinrent s'y établir
on leur impofa diverfes conditions ,
& M. Perreciot fait voir les diverfes métamorphofes
de ces redevances , dont pluſieurs
ont fini par la main-morte.
Il y a en France des forêts & des montagues
, qui ont été peuplées ou défrichées allez
tard un Seigneur y appeloit des colons ; il
leur donnoit des inftrumens de labourage &
du bétail , & il impofoit à eux & à leur poftérité
les charges de la main morte. Il paroît
que la main- morte s'eft é ablie ainlì aux environs
du Mont Jura.
Les Seigneurs perfectionnèrent alors la
théorie de la fervitude. Ils créèrent cette
maxime : toutes chofes que villana , font à
Jon Seigneur, maxime que le defpotifine Orien
tal n'oferoit etablir.
Ils imaginèrent celle- ci , qui n'eft pas moins
* curieufe : entre coi Seigneur & ton villain, il
n'y a d'autre Juge fors Dieu.
Ils déclarèrent les villains taillables & corvéalles
à merci & volonté du Seigneur.
On doutoit fi , en lui donnant la liberté ,
les Seigneurs POUVOIENT couper les racines
qui attachoient le ferf& le main-mortable à
la glèbe. Une bi du Souverain lui - même ,
femble déclarer qu'ils ne pouvoient lui don-
Nº. 10 , 10 Mars 1787. D
74
MERCURE
ner la liberté , qu'en lui donnant la terre ; &
il y a lieu de croire que peu de Seigneurs s'avisèrent
de donner la terre.
Malgré ces beaux principes , les mainmortes
couvroient autrefois la plus grande
partie de la France : elles étoient fi générales
en Dauphiné , qu'elles y affectoient même la
plus haute Nobleffe : on les trouvoit jufques
dans la ville de Paris . Au douzième fiècle , la
plupart des François , Gentilshommes ou
Roturiers , étoient main- mortables : cela eft
fâcheux pour les Seigneurs actuels , mais M.
Perrecior prouve que les poffeffeurs des fiefs
furent foumis à la main morte perfonnelle
& réelle , au droit de pourfuite , aux redevances
, aux corvées ; que la prohibition d'aliéner
fut commune aux fiefs & aux main - mortes ;
que les vaffaux Nobles furent fouvent qualifiés
de fervi'; qu'ils furent vendus ou donnés
par les fuzerains , comme les létes par leurs
Seigneurs ; & qu'à parler exactement, les fiefs
ne font que des main- mortes Nobles , & les
main-mortes que des fiefs roturiers .
Ce qu'il y a de fingulier , la taille arbitraire
exceptée , les main - mortes de la Franche-
Comté étoient moins rigoureufes au treizième
fiècle qu'elles ne le font aujourd'hui :
les Coutumes introduites au quatorzième &
quinzième ſiècles en ont aggravé le joug.
Les Loix de la main- morte y font beaucoup
plus dures qu'en Bourgogne : c'eſt une
fuite des Ordonnances accordées au Clergé
& aux Nobles , par la Cour de Madrid , qui

.4
DE FRANCE.
75
vouloit ménager les hommes puiffans de
cette Province éloignée.
Au milieu d'un oubli fi général des principes
du Droit naturel & du Droit civil ,
plufieurs Seigneurs reconnurent dès le douzième
& treizième fiècles , l'injuftice de la
main morte: fur le point de mourir , ils affranchirent
leurs ferfs ; ils firent des reftitutions ,
ils demandèrent pardon de leurs attentats ; &
M. Perreciot rapporte plufieurs de ces tef
tamens.
Nos Rois ne pouvant affoiblir les Seigneurs ,
qu'en rendant aux Communes une portion de
leur liberté , Louis - le - Gros commença les
affranchiffemens ; Louis XI & Louis XII fuivirent
ce travail. Quelques Seigneurs , entraînés
par l'exemple du Monarque , donnèrent
de leur plein gré une multitude de Chartres
d'affranchiffement , & la main morte fut reléguée
dans des cantons peu connus ; mais on
fe plaignit de la réforme : l'Abbé de Nogent ,
& beaucoup d'autres, foutinrent que cette nou
veauté étoit préjudiciable à la Nation. La
Franche Comté n'étoit pas réunie à la Couronne
, & elle ne participa que foiblement &
indirectement à la révolution générale .
L'Adminiftration s'eft repofée , après avoir
aboli les droits de la féodalité qui gênoient
fon pouvoir. •
La foumiffion eſt établie
par-tout ; les lumières fe montrent de toutes
Dij
76 MERCURE
parts ; elles éclairent jufqu'aux hommes qui
les calomnient. On voit dans le préambule
de l'édit de 1779 , qu'un jufte refpect pour
les propriétés , a circonferit les difponitions
du Rei: eh bien ! il réfulte de l'Ouvrage de
M. Perreciot , qu'il eft de l'intérêt des Seigneurs
eux- mêmes d'aboli : la main-morte, &
ne convient- il pas d'examiner ce point ? M.
Perreciot, qui compare & qui rapproche tout ,
démontre que l'agriculture at lieu d'avoir fait
des progrès en Franche Comté, ainfi que partout
ailleurs , a dégénéré depuis deux ou trois
fiècles , que jainais les Seigneurs ne furent
plus pauvres , que lorfque tout fut mainmortable.
Il cite Mandure , qui , au huitième
fiècle , étoit plus confidérable que Befançon ,
& qui n'eft plas fous le joug de la mainmorte
qu'un chétif village ; il cite un autre
village affranchi , il y a quelques années , où
la valeur des biens a doublé & triplé depuis
F'affranchiffement : il obferve que l'expérience
a juftifié les calculs d'un Archevêque de Be
Lançon , qui en 1347 affranchit la terre de
Gy & de Bucey; ce refpectable Prélat voulant
éclairer les autres Seigneurs , le donne
la peine de prouver dans la Charte , qu'il eft
de l'intérêt des Seigneurs d'affranchir leurs
ferfs , que leurs villages le peupleront & s'enrichiront
, qu'ily aura plus de mutations , que
la Juftice & les menus droits vaudront mieux
que les gros : en effer , Gy eft devenue une
ville importante , & Bucey , le plus gros vilDE
77
FRANCE.
lage de la Franche- Comté; & les Archevêques
actuals recueillent les fruits de cette opération
de bienfaifance.
Les main-inortables de Franche - Comté ne
peuvent rien aliénerfans l'aveu des Seigneurs ,
& il faut acheter cet aveu. Le droit de mutation
eft du douzième , du fixième , du quart ,
du tiers & de la moitié de la fomme , & on
fent que les mutations doivent être rares.
Mais fi ces calculs n'étoient pas vrais partout
, la néceflité d'affranchir , en dédommageant
les Seigneurs , ne refteroit - elle pas toujours
? Les charges actuelles de la main- morte
font en général les droits de pourfaite , de
taille , de fer-mariage & d'échutte , la défenfe
d'aliéner & de tefter. Ce droit de taille réfervé
aux Seignes varie ; il y a des villages où
les main - mortables doivent deux corvées par
femaine avec leurs voitures, & trois avec leurs
bras , où ils doivent de plus deux cens : l'un
eft la douzième gerbe des récoltes , l'autre
eft arbitraire , & n'a d'autres bornes que la générofité
du Seigneur. Il eft impoffible fans
doute , que ces droits fe perçoivent à l rigueur.
A l'époque où les ferfs ne payoient
d'impôts qu'à leurs Seigneurs, ils étoient furchargés
; aujourd'hui que le Souverain les
aflujétit à d'autres impôts , comment fupporteroient
- ils ce double fardeau ?
Diij
78 MERCURE
L'Ouvrage de M. Perreciot offre des remarques
fur cet objet : il dit avec raifon que plu-.
fieurs droits , celui de fcel , par exemple , ne,
devroient plus fubfifter , depuis que le fceau
du Roi dans les actes , a rendu inutiles les
fceaux des Seigneurs.
Il faut remercier l'auteur de cet Ouvrage ,
qui plaide avec tant d'intérêt la caufe prefqu'abandonnée
du peuple , & donner des
éloges à l'énergie & à la correction de fon
ftyle , à la fagacité de fon efprit & à la juftelle
de fes vues . Quoique nos espérances.
foient modérées , nous croyons que bientôt
on ne verra plus parmi nous de main- mortables
. On demande toujours quel cft le fruit du
progrès des lumières , nous ne ferons ici qu'une
réponſe. Il y a cent ans que Pintolérance étoit
établie en principe dans les Provinces de Malfachuffett
& du nouvel Hampshire ; elle n'a
offert nulle part un fpectacle auffi odieux &
auffi ridicule , & les dernière loix de ces
deux Républiques Américaines , annoncent
une révolution bien marquée.
*
DE FRANCE.
79
TRAITÉ fur le Commerce de la Mer Noire,
par M. de Peyffonel. 2 vol . in -8° . A Paris ,
chez Cuchet , Libraire , rue & hôtel Serpente.
Nous n'analyferons point cet Ouvrage ,
dont les deux tiers font remplis de matières
purement mercantiles , & qui ne font point
du reffort de la Littérature. M. de Peyffonel
paroît être pleinement verfé dans le commerce
, foit général , foit particulier . Ses
vûes font fages , & fes principes nous ont
paru établis fur l'expérience , le plus grand de
tous les maîtres. Rien ne lui eft échappé. Les
Négocians liront avec fruit tous les détails
dans lefquels il entre. Les curieux connoîtront
à fond le commerce de la Mer Noire , qui eft
parfaitement inconnu au plus grand nombre
des habitans du Royaume.
Nous nous bornons à extraire quelques
morceaux du Mémoire fur l'état civil , por
litique & militaire de la petite Tartarie , qui
termine le ſecond Volume. Nos Lecteurs s'y
retrouveront , parce que cette partie tient à
T'hiftoire & àla morale. M. de Peyffonel ,
après avoir donné un état matériel de ce
pays , approfondit l'origine de la dépendance
du Kan des Tartares , & il eft le premier Écrivain
qui foit remonté à cette époque. Il paroît
que le Gouvernement du Kan eft plus
monarchique que defpotique. Il ne retire aucun
revenu des terres ni des fujets , & ne peut
Div
80 MERCURE
rien changer aux privilèges de la Nobleffe .
Il ne pourroit pas même , fuivant les conftitutions
primordiales , chatier un Noble fans
la participation des Beys.
">
33.
Le Kan des Tartarès , dit M. de Peyffonel,
» eft quelquefois appelé à Conftantinople
pour conférer avec le Grand Seigneur fur
» des affaires importantes . Il y eft reçu en
» Roi. Le Vilir & tous les Grands de la Perre
» vont au devant de lui hors de la ville , dans
laquelle il fait fon entrée publique , fuivi
de toute la Cour Ottomane . Il s'aflied &
prend le cafe avec le Grand - Seigneur , il
» porte l'aigrette tout comme lui , & reçoit
l'hommage du Corps des Janiffaires ...... Il
» peur aifément mettre fur pied 150,000
» hommes , & même 200,000 . L'entretien
» ne lui coûte rien ; tous les Gentilshommes
font obligés de marcher avec leurs vaſſaux ,
» & chaque Soldat porte dans un fac de quoi
» fubfifter trois mois. Quant aux revenus de
» ce Prince , ils font très- médiocres , & lui
"
13.
""
fourniffent à peine de quoi tenir l'État
» d'un Souverain. Ils fe montent à environ
» 4,0:0 000 liv. de notre monnoie , fur lef
quels il donne des affignations à pluſieurs
» Princes & Officiers de la Cour. On peut
» mettre au nombre des revenus du Kan
» les préfens confidérables qu'il reçoit des
» Grands de la Porte , & affez fouvent de
» certaines Puiffances étrangères. »
L'état des Sultans ( ou Princes de la Maifon
Royale ) en Tartarie , eft comme celui de nos
DE FRANCE. 81
Princes du Sang. Ils ont des apanages & des
penfions de la Porte. Ils ont une fuite de
Mirías des premières Maiſons , qu'ils nourriffent
& habillent.
Les Princeffes font mariées à des Gentilshommes;
leur dot eft confidérable. « Dès qu'un
Sultan inonte fur le trône , il regarde com-
» me un de fes devoirs les plus effentiels
» d'établir les Princeffes fes plus proches pa-
» rentes , & il ne néglige rien pour fe pro-
» curer de quoi leur donner la dot d'éti-
" quette. Au refte , les Nobles que les Kans
» choififfent & forcent de partager la couche
» des Princeffes , payent bien cher l'honneur
» de contracter une alliance avec la Maifon
Royale. Ils perdent fouvent la liberté & le
» repos.... Toutes les fois que cet époux veut
» coucher avec la Princeffe , il faut qu'il entre
» par les pieds du lit , qu'il lui baife les pieds,
& lui demande la permiffion de demeurer ;
» elle l'accepte ou le renvoie. »
ور
Les habitans de la Tartarie font divifés en
Nobles , en hommes libres roturiers , en affranchis
& en efclaves. Les biens y font tenus
fous le régime féodal ; c'eft à peu près la
même diftribution qui a eu lieu en France
fous les deux premières races ; c'eſt la même
dépendance , le même fervice militaire. Le
caractère des Tartares paroît doux. Ils font
polis entre eux. Les Nobles n'ont jamais de
querelles , ni des affaires d'honneur. Ils fe
battent à l'armée , mais jamais en duel.
La juftice criminelle eft femblable à celle
*
Dv
82 MERCURE
que nous exercions en France fous les deux
premières races. Le Kan ne punit que les délits
publics ; mais l'affaffin , pourfuivi par la
famille du mort , eft à la merci du dénonciateur
, qui peut le tuer ou lui faire grâce ,
& qui lui vend la vie & la liberté.
On ne peut aller en pofte dans la Tartarie
que par un ordre du Kan , moyennant lequel
on ne paie abfolument rien. Ce moyen n'eſt
point à dédaigner. Il ôte aux malfaiteurs l'efpoir
d'une fuite prompte , & laiffe dans les
imains du Kan la facilité de courir fur les criminels.
M. de Peyffonel parle enfuite des Nogais ,
des Circaffes , & de tous les peuples qui habitent
la Tartarie. Il entre dans des détails fur
l'état de la Religion , qui font fatisfaifans. Il
paroît que la Religion Catholique a très - peu
de profélytes. L'exiftence des Chrétiens dépend
entièrement du Kan , qui peut les chaffer
ou les tolérer à fon gré.
Nous avons remarqué dans tout çet Ouvrage
un efprit obfervateur & un Écrivain
nourri de fon fujet. M. de Peyffonel , ancien
Conful- Général de France à Smyrne , & qui a
été envoyé en Tartarie , mérite d'en être cru;
car il eft évident qu'il n'a écrit que fur des
renfeignemens exacts. On peut juger de fon
ftyle par les citations dont nous avons fait
fage.
DE FRANCE. 33
PROCÈS fameux de tous les temps & de
toutes les Nations , contenant le létail des
circonftances qui ont accompagné lefupplice
des fameux Criminels , par M. des Effarts ,
Avocat , Membre de plufieurs Académies.
8 vol. in- 12. Prix , 20 liv. à Paris , & 24 1.
francs de port dans toute l'étendue du
Royaume. A Paris , chez l'Auteur , rue du
Théâtre François , & chez Mérigot jeune ,
Laporte , Durand neveu , Nyon l'aîné ,
Hardouin , Deffenne , Volland & Belin ,
Libraires .
LES Recueils de Caufes Célèbres ont eu le
plus grand fuccès. M. des Effarts dit , dans un
Avertiffement qui eft au commencement de
l'Ouvrage que nous annonçons , qu'il eft
étonné qu'on n'ait pas réuni aux Caules Célèbres
Nationales les Procès des fameux Criminels
de toutes les Nations. Il est en effet
furprenant , dans un fiècle où les Recueils
font auffi multipliés , qu'on n'ait pas fait celui
des Caufes Célèbres étrangères pour fervir
d'introduction aux Caufes Celèbres Nationales.
M. des Elfarts vient de remplir cette
tâche , & l'on doit lui favoir gré d'avoir choisi
le même format des Caufes Célèbres.
L'Ouvrage que nous annonçons n'eſt point
fufceptible d'extrait , puifqu'il ne contient
qu'une fuite de procès fameux qui forment
autant d'articles féparés. Nous nous bornetons
donc à indiquer ici ceux qui nous ont
!
D vj
84
MERCURE
puparu
les plus intéreffans. M. des Efarts s'eft
attaché à rendre compte de tous les détails
qui peuvent faire connoître le caractère des
fameux Criminels , leurs moeurs & leurs penchans.
Il les fuit dans le labyrinthe de leurs
paflions , depuis le moment où une pente fecrette
les entraîne vers le crime, jufqu'à l'inftant
où la juſtice les immole à la sûreté
blique. On s'arrête fur- tout avec une eípèce
de plaifir mêlé de crainte & de douleur , à
cette dernière époque de la vie des fameux
criminels. On contemple avec une forte d'avidité
les effers que produifent fur les différentes
organifations & fur les caractères variés
des coupables , la crainte de la mort & la
certitude de la recevoir ; on aime enfin à parcourir
& à méditer les difcours que ces infortunés
ont prononcés dans ces momens affreux
où l'homme ne tient plus à la vie que
par un fil , qu'un cifeau fatal ouvert devant
Les yeux eft prêt à couper.
Voici les principaux Procès qu'on trouve
dans ce Recueil. Ceux des complices qui
avoient mutilé Abélard , du Duc d'Alençon ,
d'Alexis , de la Maréchale d'Ancre , d'Arconville
, d'Armagnac , d'Aubriot , de Bacon , de
Barnevelt , de Baftide , de Béthizac , d'Anné
de Boulen , de Cartouche , de Jacques Clément
, du Comte Dammartin , de Defrues ,
du Surintendant Fouquet , de Galilée , du
Comte d'Egmont , de la Lefcombat , du Maréchal
de Marillac , de Mandrin , de Monadelchi
, de Ravaillac , de Strawenski , des
DE FRANCE. 85
Templiers , des Vampirs , de Vanini , &c.
On peut juger par ce détail de l'intérêt de cet
Ouvrage & du fuccès qu'il doit avoir.
VARIÉTES.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
J'ai lu , Monfieur , dans le Mercure de France
du 13 Janvier , Nº. 2 , un article intitulé :
Confidérationsfur l'Amour de la Gloire. Cette
lecture m'a fait naître l'idée d'écrire auffi
mes réflexions fur le même fujet , & je vous
en envoie le réfultat , en vous priant , M. ,
de vouloir bien l'inférer dans le premier
Mercure où il pourra trouver place.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très- humble & trèsobéiffant
ferviteur ,
Le Ch' . DE B **.
Paris , 19 Février 1787.
De l'Amour de la Gloire.
LORSQU'ON fe livre au defir d'acquérir la prééminence
fur les femblables , on fait un noble ufage des
facultés de fon efprit , de ce courage de l'ame, qui
eft un des plus précieux attributs de l'humanité , &
de cette patience de penfer qui n'eft donnée qu'à
certaines têtes privilégiées . L'homme alors ne cher86
MERCURE
che qu'à s'ennoblir , puifqu'il ne cherche à s'élever
au-d: ffus des autres qu'en s'élevant au- deffus de
lui-même ; & dès - lors , pourquoi dégraderoit-on un
motif aufli par en l'affociant avec l'orgueil ?
Augmenter les prérogatives de fon être en le
perfectionnant pour le rendre plus utile à la fociété
, voilà le véritable amour de la gloire , c'eft la
tâche que s'impose l'homme de génie ; c'eft auffi
pour la remplir qu'il met en action toutes les facultés
morales , qu'il en multiple l'exercice & l'application
dans tous les rapports avec la fociété , &
la gloire de cet homme eft le degré de prééminence
qu'il obtient par ces nobles efforts.
Ainfi l'homme , amant de la vraie gloire, n'eſt jaloux
que de fa propre renommée ; l'orgueilleux , au
contraire , eft envieux de la réputation des autres ;
& manquant du courage & des moyens néceffaires
pour s'élever au deffus de foi - même , il ne lui refte
que la méprifable reffource de dégrader tous ceux
dont le mérite & les talens bleffent fa vanité.
Mais ne pouvons nous pas être fiers de nousmêmes
fans méprifer nos femblables ? L'homme
fauvage dont l'ame eft douée d'une énergie trop
rare parmi les hommes civilifés , eft paflionné pour
l'efpèce de gloire qui lui convient , il eft fier de fa
liberté , de la force , de fon adreffe ; mais il ne connoît
point l'orgueil , il n'y a point de mot dans fa
langue pour exprimer ce vice de nos fociétés ; tous
les hommes font les frères , c'eft ainfi qu'il les nomme
; il ne méprile point celui qui eft moins fort ,
moins adroit que lui , il dédaigne feulement l'homme
fans courage , parce qu'il ne le voit plus comine
fon femblable
Pourquoi juger les hommes fur ce qu'ils nous paroiffent
être , & non par ce qu'ils peuvent ou doi
vent être a vérité n'existe t'elle pas au milieu des
-menfonges ? La vertu ne brille t'elle pas encore au
DE FRANCE. 87
milieu des vices ? Et ce pur amour de la gloire ne
peut il pas exifter auffi , fans être identifié à l'égoïfme
& fouillé par l'orgueil ?
Défions nous donc des inconféquences de notre
efprit , dont les apperçus , & même les premières
vues , quoique réfléchies , varient felon les circonftances
& fouvent fans raifon fuffifante ; & n'aba.
fons pas de nos penfées pour prononcer dans un
jour de mélancolie , fur un fujet que nous aurious
vu tout différemment dans un moment ferein.
Si le defir de s'élever au - deffus de foi - même
n'étoit pas le caractère diftinctif des ames fublimes ,
fi ce defir n'étoit pas le principal moteur de tous nos
efforts pour augmenter nos facultés morales & les
faire fervir , non - feulement à notre propre gloire
mais encore à celle de nos Concitoyens pourquoi
les hommes chercheroient ils tant de moyens pour
faire naître & entretenir l'amour des Sciences , des
Lettres , des Arts , de toutes les connoiffances par
lefquelles iis perfectionrent leur morale & multiplient
leurs jouiffances ? Quel feroit donc le but de
tant d'inftitutions pour exciter l'émulation ? Et l'émai
lation elle-même n'eft- elle pas le defir de la prééminence?
n'eft-elle pas le reffort puiffant qui déploie les
reffources de notre efprit , & met en action toutes
les puiffances de notre ame ? Sans ce noble defir &
les effets qu'il produit , ces Académies , ces prix , ces
couronnes , ces diftinctions accordées au mérite , ne
fetoient que d'orgueilleufes illusions , que des fantômes
préfentés à des efprits égarés par une vanité
peu réfléchie.
Les hommes doivent donc reconnoître comme
une vérité conftante , que l'amour de la gloire eft
une vertu néceffaire au maintien & à l'illuftration de
toute fociété . En effet , fans cet amour de la gloire
animé par l'émulation , l'homme borné à la feule
activité qu'exigent fes befoins phyfiques , languiroit
1
88 MERCURE
encore dans l'ignorance de foi- même & de toutes
choſes.
La gloire , cet attribut de la prééminence , eft un
nom confacré aux grands Hommes , aux grandes
vertus , aux grandes actions , & la fignification de
ce mot ne varie que par les applications. La gloire
d'un Souverain eft l'amour de les fujets ; celle d'un
Conquérant ( route faulle qu'elle pnille être ) eft l'importance
& la difficulté de fes conquêtes ; le génie
& l'étendue des connoiffances font la gloire du Philofophe
, & la fupériorité du talent celle de l'Artifte
: enfin la gloire la plus vraie , celle de l'homme
vertueux , eft la perfection de fes qualités morales ;
c'eft cette gloire dont l'amour devroit être dans
l'ame de tous les hommes , fur -tout dans ceux qui
leur doivent de grands exemples ; & ce feroit en
vain qu'on chercheroit à dégrader cette première
des vertus , en l'appelant orgueil ; l'orgueil n'eft
point dans les ames élevées , c'eft un vice des ames
communes .
Ne confondons pas l'amour de la gloire avec
l'efprit de prétention ; c'eft cet efprit qui produit &
fomente l'égoïlme & l'orgueilleufe vanité ; mais
l'amour de la gloire eft un germe précieux que la
chaleur du génie féconde & développe , & le génie
ne cherche-t'il pas toujours à s'élever à la hauteur
de fon point de vue ? N'eft-il pas le feul guide capable
de conduire l'homme aux grands fuccès en
tout genre ? Et ne font-ce pas les grands fuccès qui
donnent la fupériorité : Tandis que l'efprit de prétention
, égaré par l'orgueil qui l'aveugle fur les
difficultés de fa route, n'artive jamais à un but dont
il n'a pas fu mefurer la diftance.
L'homme de génie planant fur tous les objets qui
excitent en lui le defir de la gloire , découvre d'un
coup-d'oeil un horizon immenfe ; l'efprit de prétention
ne voit que de proche en proche , marche terre
DE FRANCE 89
à terre , & n'avance que pas à pas . C'efi ce vol triousphant
du génie qui fait le défefpoir de la vanités
c'eſt cette humiliante comparaifon à laquelle , 1 homme
trop présomptueux pour meturer les piétentions
fur les moyens . ne peut le dérober , qui corrompt.
fon coeur , & lui fait exhaier les poil n de l'envie.
Ne nous laiffons donc pas fduire par les infpira
tions de l'amour- propre ; croyons que la Nature ,
qui a meuré fi inégalem : n: ros forces phyfiques ,
a clatié de même nos facultés fpiritelles , qu'elle a
étab'i entre -elles un ordre fucceffif de puiflinces depuis
l'homme orné de tous les dons de l'intelligence ,
jufqu'à celui qu'elle en a le moins génércul ment
partagé cette lqi de proportion femb'e affigner à
chacun le pofte qu'il doit cecuper en faifon de la
valeur morale , comme nous avons établi roasmêmes
une fucceffion de rangs , depuis le Monarque
jufqu'au dernier de fes fujers.
,
s'en
Si les hommes avoient affez de courage pour méditer
e vérité , s'ils étoient affez juftes pour
- ་
convare ils vivroient en paix , contens des
moyen qu'i
a'ils ont reçus , non - fulɛment pour éten
dre leur inteliigence , mais même pour s'élever audeffus
de leur propre nature ; ils ne feroient qu'un
nob'e ufage de ces moyens , & neles employeroient
point pour dégrader leurs femblables ; aucun ne
dédaigneroit le pofte qui lui eft affigné , nous ne
mépriferions pas celui qui s'affied modeftement dans
un rang inférieur , nous acco derions aux hommes
de génie le tribut de vénération qui leur eſt dû , à
nos égaux l'eftime que nous avons droit d'attendre
d'eux ; nous donnerions à tous l'exemple & les en-
Couragemens de l'émulation , & nous trav illerions
de concert à illuftrer la fociété , & , j'ofe dire ,
à en
noblir l'espèce humaine .
Et ne devons- nous pas croire que dans cette fuceeffion
d'intelligences claflées dans un ordre décroif-
:
༡༠
MERCURE.
fant , depuis l'homme de génie jufqu'à l'homme le
plus commun , il ne peut y avoir égalité de prétentions
, puifqu'il n'y a pas égalité de puiffances ; que
par- tour où l'ordre eft néceflaire il faut un Chef, un
être revêtu de la fupériorité , & que c'est à ce pofte
éminent que conduit l'amour de la gloire , quand il
marche éclairé par le flambeau du génie .
Prenons pour exemple la République des Lettres ,
affociation toute fpirituelle , dont les membres , divifés
par leurs prétentions perfonnelles , tendent tous
au même but , avec des forces dont l'inégalité eſt
prouvée par
le résultat de leurs travaux ; fociété fans
usion qui ne reconnoît point de Chef vifible , & ou
chacun a le droit de marquer fon rang ; cet empire ,
le feul de tous affurément où l'intubordination puiſſe
être un moyen de fuccès , dont les fujets ont pour
pation dominante celle de la célébrité , & ne devroient
avoir d'autre efprit de corps que celui d'une
nobis émulation , n'a - t'il pas en même temps pour
dictateur invisible & perpétuel , le génie per cen
feur terrible & juge fans appel , la postérité ?
Quel eft donc le vrai but de l'homme de génie ,
dont l'ame élevée fe livre à la paffion de la gloire ?
C'est ce jugement de la poftérité contre lequel
l'égoï me , l'orgueil & l'envie n'ont plus que des
armes impu flantes . Peut- il en effet jouir de fa gloire.
pendant la courte durée de ( on exiftence phyfique ?
Non ; fans ceffe environné par la foule de fes détracteurs
, il eft en butte à leurs flèches empoifon
nées , il fe foutient à peine par fon courage au m
lieu des tra hifons de l'égoïsme & des pièges tendus
par la baffe envie: il meurt erfin ; mais forti de ce
féjour d'épreuves , bientôt il rnaît impaffible , &
s'affied triomphant dans le temple de l'Immortalité.
DE FRANCE. I
ANNONCES ET NOTICES.
Les Métamorphofes en vers François , Livre
quatrième , avec une Préface & des Notes , par M.
de Saint Ange A Paris , chez Moutard , Imprimeus
de la Reine , hô el de Cluny , rue des Mathurins.
Prix , I liv . 10 fols .
Pius le Traducteur avance dans fa longue & pénible
carrière , plus la matière fur laquelle il s'exerce
deviest agréable . Ce Livre eft un des plus b aux
d'Ovile . On y trouve les fines de Minée , le viom;
phe de Bacchus & l'Hymne à l'honneur de ce dieu ,
La métamorphofe de Decerte & de Naïs en poile
foa, & de Semiramis en colombe . Pyrame & Thisbé,
Les filets de Vulcain. La vengeance de Vénus . Les
amors d'Apollon & de Leucoth ë . La colère
d'Orchame qu'il a fait enterrer vivante. La métamorphofe
de la Nymphe dans l'arbre qui produit
l'encens. La jaloufie de Clyfie Sa métamorphofe en
héliotrope. Les amours de Salmacis & d'Hermaphrodite
. La métamorphofe des fiiles de Minée en
chauve fouris. La fable d'Ino , d'Athamas , de Mélicerte
, de Léarque & des coinpagnes dino. Calmus
& Hermione métamorphofés en ferpens . L'hif
toire de Perfée & de Danaë. Les gouttes du fang
de Médufe changées en d'innombrables vipères,
Atlas transformé en rocher , Andromède expofée au
monftre , & délivrée par Perfée. L'hiftoire de Cés
phée & de Caffiope . Le mariage de leur fille avec
Perfée. Le prodige des plantes marines transfor
mées en corail . Enfin l'hiftoire de Médule & de fes
foecurs .
92 MERCURE
On le contente d'indiquer ici les matières contenucs
dans ce Livre. On en rendra compte incel
famment.
MON Teftament , en vers & en profe , Brochure
de 18 pages. A Boullon ; & fe trouve à Paris , chez
Bailly , Libraire , rue Saint Honoré , & Lefclapart ,
Libraire de MONSIEUR , rue du Roule.
Cette Brochure très critique , com ofée de morceaux
déjà connus & eftimés , eft d'une plume trèsexercée
dans l'Art des vers. I: y en a de bien rap-'
pés dans une Épître qu'il ne nous appartient pas
d'examiner quant aux opinions , mais que nous pouvons
louer quant à la facture.
LE Pater de la Jardinière , & Maximes Chrétiennes
fur différens fujets , in- 18. Prix , 16 fols. A
Paris , chez Mour , Libraire , rue S. Jacques.
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou - Dauphine , nº. «.
Le Volume que nous annonçons eft le treizième
de l'Hiftone. Il paroir tous les mois deux Volumes
de cette intéreflante Collection , Le prix des vingtquatre
Volumes eft de 72 liv. reliés & de 54 liv .
brochés .
PERISTERE , Poëme en cinq Chants , avec cette
Erigraphe : Nocis quam elegans formarum fpectator
fiem. Terent.... A Paris , chez Royez , Libraire , &
chez les Marchands de Nouveautés.
Nous ne porterons point de jugement fur ce
Poëme jufqu'à ce que nous en donnions l'Extrait.
Nous nous bornerons à dire que dans un fujet antique
l'Auteur a amené affez natu ellement quelques
deferiptions modernes fur Bagatelle , fur Ermenonville
, fur le Temple de la Vanité , &c.
DE FRANCE. 93
L'EXABRUPTO pour l'Affemblée des Notables ,
par M. l'Abbé B...y de B...n . de plufieurs Académies
, in 4° . de 8 pages. Prix , 12 fols. A Gattières
. & ſe trouve à Paris , chez tous les Libraires
& Marchands de Nouveautés.
1
ÉPITRI PITRE aux Notables , in 4° . de 11 pages. A
Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR .
TABLE AU général du Commerce de l'Europe
avec l'Afrique , les Indes Orientales & l'Amérique ,
fondé fur les Traités de 1763 & 1783 , in - 8 °. A
Londres ; & fe trouve à Paris , chez Defenne , Libraire
, au Palais Royal , près le Théâtre des Variétés.
Cet Duvrage nous a paru rédigé avec la plus
grande exactitude. L'Auteur a profité avec raiſon
de l'Ouvrage de M. l'Abbé Raynal , mais en rectifiant
quelques erreurs qui s'y étoient gliffées . D'ail
leurs les événemens poftérieurs à fa publicité devoient
fournir de nouvelles obfervations que l'Auteur de
ce nouvel Ouvrage n'a point négligées . Enfin nous
croyons comme lui que ce Livre vraiment utile
fournira aux Négocians , relativement à divers objets
importans de commerce , des détails circonftanciés
, d'après le quels ils pourront former des fpiculations
utiles , diriger leurs courfes & leurs opérations.
On trouve chez le même Libraire : Neceſſité abfolue
de l'union de la liberté avec la bonne - foi dans
le commerce , in 4° . de 20 pages , dont le titre feul
expl que le fujet; & nouvèau Čode crimine!, publié
à Florence le 30 Novembre 1786 , traduit de l'Italien
, in- 12 de 100 pages.
DEUXIENE Partie dufecond Volume du Traité
Hiftorique des Animaux de la France , par M.
94 MERCURE
Buc'hoz. Prix , 4 liv . 10 fols. A Paris , chez l'Auteur
, rue de la Harpe , nº . 109 .
On trouve chez le méme Auteur : Differtation
fur un nouveau genre de Plante propre à décorer nos
parterres d'été & d'automne par la beauté de fes
fleurs , in-folio , avec figures coloriées . Prix , 2 liv.
TROIS objets nouveaux de la fuite des OEuvres
de M. Julien , Peintre du Roi , gravés par les
mêmes Perfonnes déjà annoncées. A Paris , chez
l'Auteur , rue du Bouloy , nn°. 49:
Ces objers font trois têtes , dont deux dans des
ovales , l'une intitulée la Vanité , l'autre l'Effronterie
, pendans de la Modeftie & de la Timidité , & la
troisième une Tête de femme , au Crayon noir &
blane , dans la manière de defîner à l'Estampe.
TRAITE théorique & pratique du jeu des Echecs,
par une fociété d'Amateurs , deuxième Edition , revue
& corrigée , in- 12 de 440 pages . A Paris , chez
Stoupe, Imprimeur Libraire , rue de la Harpe , &
au Café de la Régence , Place du Palais Royal.
Ce Traité nous a paru rédigé avec exactitude.
Aux Soldats , par M. de Bouflanelle , Brigadier
des Armées du Roi, ancien Capitaine au Régiment
du Commiffaire Général de la Cavalerie , Membre
de l'Académie Royale des Sciences & Belles Lettres
de Béziers , in- 8 ° . A Paris , chez P. M. Delaguette ,
Imprimeur- Libraire , rue de la Vieille Draperie.
Cet Ouvrage , qui a été préfenté au Roi , refpire
l'amour de la partie & de l'honneur. En inftruifant
le Soldat , il doit animer fon zèle , & lui infpirer
l'eftime de lui- même.
TRAITE des Servitudes réelles , à l'ufage de tous
les Parlemens & Siéges du Royaume , foit Pays de
Droit Ecrit, feit Pays Coutumier , & auffi à l'ufage
DE FRANCE.
95
de la Flandre Impériale & d'une partie de l'Allemagne
, dans lequel font raffemblés les principes de la
matière , les difpofitions des différentes Coutumes &
les ufages de chaque Province conformément à la
Jurifprudence des Cours Souveraines , contenant
une compilation & une traduction des Loix Romaines
qui ont rapport aux Servitudes réelles au
nombre de plus de mille loix ou paragraphes ; par
M. Lalaure , Avocat au Parlement , in - 4 ° . Prix ,
12 liv. relié. A Caen , chez Leroy , Imprimeur du
Roi , grande rue Notre- Dame ; & à Paris , chez
Froulle , Libraire , quai des Auguftins.
Cet Ouvrage , dont le titre donne une idée fuffifante,
eft très - utile par fon objet & par la méthode
que l'Auteur a ſuivic,
GALERIE du Palais Royal, gravée d'après les
Tableaux des différentes Ecoles qui la compofent,
avec un Abrégé de la Vie des Peintres & une Defcription
Hiftorique de chaque Tableau , cinquième
Livraison . A Paris , chez J. Couché , Graveur , rue
Sainte Hyacinthe , nº. 51 , & J. Bouilliard , rue
Saint Thomas du Louvre , nº . 23. Prix , 12 liv . par
Livraiſon.
C'eft avec un grand plaifir que les Amateurs de
la Gravure voient s'avancer & profpérer cette grande
Entreprife . Cette cinquième Livraiſon eft tout autfi
foignée que les précédentes , & fait defirer celles
qui doivent la fuivre.
OUVERTURE , Marche & deux Airs de la Toifon
d'or pour la Harpe avec Violon , par F. Petrini ,
huitième Recueil . Prix , 6 liv. A Paris , chez M.
Michaud , rue des Mauvais Garçons , près celle de
Buffy, maifon de l'Herboriste.
96 MERCURE
PREMIER Concerto pour la Harpe , deux Violons
, Alto & Baffe , Cors & Haut Bois , dédié à
Mlle Caroline Deſcarfins , qui l'a exécuté au Concert
Spirituel au mois de Novembre 1786 , par M.
Petrini , ovre XXV . Prix , 7 liv . 4 fols. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à vis celle du
Jour, no. 272 , Coulineau , rue des Poulies , & Naderman
, rue d'Argenteuil , tous deux Luthiers.
TROIS Sorates pour Clavecin, Violon obligé ,
par F. F. Stekel , Cavre XIX . Prix , 7 liv. 4 fols.
A Lyon, chez Guera , Editeur & Marchand de Mufique
, Place des Terreaux ; & à Paris , chez les Marchands
de Maque .
TABL E.
68
TRENNES à un Militaire ,
49
de la condition des zerres
dans les Gaules,
Quatrain ,
A unejolie Femme, 79
51 , Traité fur le Commerce de la
mer noire ,
ib.
Charade, Enig & Legogy Procès fameux de tous les tems
phi 12 & de toutes les Nations , &3
Notice fur la Vie de M. Poi- Variétés ,
vre ;
De l'état civil des perfonnes &
85
Annonces & Notices , 91
APPROBATION,
J'AI in , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 10 Mars 1787. Je n'y
ai rien trouvé qui puille en omméciar l'impreffion . A
Paris , le 9 Mars 1787. GUIDI.
Jer . 135 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 17 MARS 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE:
ÉPITRE à Son Excellence le Généra,
Comte DE MAILLEBOIS. *
ENFIN done la Hollande , en dépit de l'envie ,
Couronne avec éclat ton mérite éprouvé ;
Et non moins que Guerrier politique achevé ,
Maillebois , tu fauras par ton heureux génie
Réunir les efprits , rétablir l'harmonie ;
·
Et , généreux ami d'un peuple vertueur
Juftifier fon choix & remplir tous fes voeux.
2
* Cette Épître fut faite dans le temps cù M. le Comte
de Maillebois reçut le Commandément Général des Armées
de la République.
No. 11 , 17 Mars 1787.
E
98 MERCURE
NAGUERE fi Bellone exerçant fes ravages
Eût de l'Escaut troublé , défolé les rivages ;
Si le peuple cût armé , pour foutenir ſes droits , '
De nombreux bataillons réunis fous tes loix ,
Alors on t'auroit vu dans les Belgiques plaines ,
Par un art tout nouveau , par des marches certaines ,
Arrêter dans le piège , & vaincre aux mêmes lieux
Ces fiers Autrichiens qu'ont vaincu nos ayeux .
Moi-même j'aurois pu , fignalant mon courage ,
Par mille coups hardis mériter ton fuffrage ;
J'aurois pu fous tes yeux , par l'honneur excité ,
Confier ma fortune à ma témérité ,
Et tout couvert de ſang , au ſein de la victoire ,
Obtenir , jeune encore , un rayon de ta gloire ;
Pardonne au noble orgueil qui vient de m'auimer ;
Il eft permis fans doute à qui fait t'eftimer.
MAIS la Paix dans fes mains apportant fon olive ,
A confolé la terre , & Bellone eft oifive.
Eh quoi ! me verra-t'on à l'ombre de nos murs ,
Soupirant nuit & jour dans des grades obfcurs ,
D'un repos éternel fatiguer ma jeuneffe ;
Me faudra -t'i enfin , accablé de molleffe ,
Tiaîner dans le filence un nom deshérité ,
Et perdre les regards de la poftérité ?
Mais not , je forcerai bientôt fous tes aufpices
Mes injuftes defins à devenir propices ,
Et Phébus parcourant les céleftes maiſons ,
Par fix fois n'aura pas ramené les faiſons ,
BABLIUTBROA
REGLĄ
DE FRANCE. 99
Que Mars
peut- être alors viendra dans fa furie
Comme un autre Océan affaillir ta patrie.
Mais sûr de tes fuccès , nous te verrons d'abord
Offrir aux conemis Ou la honte ou la mort ;
Tu feras éclater les vertus de ta race ,
La fageffe hardie & la favante audace ,
Dont tu brillois jadis , lorfque ton père & oi
Rempliffiez l'Apennin d'un mémorable effroi.
Peut-être même, hélas ! que la Diſcorde impie
Réveillant tout- à- coup la fureur affoupie ,
Et tramant dans la nuit un affreux attentat ,
Par les mains des fujets déchirera l'État !
Ah ! que puille du ciel la bonté fouveraine
Écouter à jamais ces femences de haine !
Qu'on le fouvienne enfin que Guillaume autrefois *
Far le père du peuple & rétablit ſes droits ,
Lorfque fur les fujets un tyran catholique
Exerçoit de fang- froid fa fureur politique ,
Et que dignes de lui , deux illuftres bourreaux
* Guillaume de Naſſau , Prince d'Orange , dit le Taciturke
, homme admirable par ſon courage , par fa prudence
, par fes talens & par les vertus . C'est à lui que la
Hollande doit fa Liberté ; il délivra les Pays Bas de la
tyrannie de Philippe II , cet autre Tibère , qui avoit des
Miniftres plus cruels encore que Séjan , tels que le Duc
d'Albe , le Cardinal Granvelle , &c. Outre le nombre
infini de perfonnes de tout âge & de tout fexe que le Duc
d Albe miffacra les armes à la main , il ſe vantoit d'avoir
fait pérkt vingt mille hommes par la main di Bourreau.
E ij
100 MERCURE
D'innombrables bûchers allumoient les flambeaux,
Mais on ne verra plus ta nouvelle patrie
Par l'ardent fanatiſme opprimée & flétrie :
L'Hercule de Ferney détruifit de ſes mains
Ce monftre confacré par l'erreur des humains ,
Qui foulant à fes pieds la terre épouvantée ,
Élevoit dans les cieux fa tête enfanglantée.
L'Univers aujourd'hui ne craint plus ces horreurs ;
Mais il eft d'autres maux , il eſt d'autres fureurs ;
La liberté fouvent a produit l'anarchie ;
De cet affreux malheur qu'à jamais affranchie ,
La République enfin dans les plus doux liens
Retienne librement fes heureux Citoyens :
Qu'elle honore à jamais le Mentor de la France *,
Ce généreux auteur de la double alliance ,
Qui toujours refpectant le Peuple & le Sénat ,
A voulu réparer les deftins de l'État .
HEUREUX Peuple ! chez toi règnent l'indépendance,
L'égalité parfaite & la douce abondance.
ba vertu fans efforts y naît dans tous les cours ;
On n'y voit point le luxe empoifonner les moeurs ;
Le pauvre humilié par la fière opulence ,
Ni le crime , des loix acheter le filence .
DES fleuves & des mers parcourant tous les bords ,
Des deux mondes ſurpris échange les tréſors.
* M. le Comte de Vergennes.
DE FRANCE. ΙΘΙ
Batave ! le commerce eft ton Dieu tutélaire ,
Et ta puiffance en eft l'honorable ſalaire.
Vas , pourfuis conftamment tes courageux travaux ,
Cultive l'Océan , creufe lui des canaux ,
Et l'enchaînant toujours par ta fière induſtrie ,
Sur les flots menaçans ufurpe ta patrie.
(Par M. le Chevalier de Rivarol. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Maintien ; celui
de l'Enigme eſt Bourfe ; celui du Logogryphe
eft Cor , où l'on trouve roc , or.
CHARADE.
Mon premier , qu'un des élémens produit , ON
Par un fecond fouvent fe trouvera détruit ;
Mon dernier ,cher Lecteur, feperd dans un troisième;
Et mon tout fe peut faire avec le quatrième .
(Par M. B.... F... )
E ii)
102 MERCURE
NIG ME.
>
AUTREFOIS chez les Grecs mon être prit naiffance';
Dans la fuite des temps on m'accueillit en France ,
Où nous vivons en paix , ma foeur & mes enfans
Du mince revenu de nos foibles talens.
J'amufois les anciens , j'amufe les modernes ;
Pour les défennuyer je leur dis des lanternes ,
Ou bien l'équivalent , appelé jeux de mors.
Pour mieux remplir mon . rôle & faifir l'à - propos ,
Chacun de mes enfans , couvert de périphrafes ,.
M'accompagne par-tout. J'éprouve des extâfes ,
Voyant ces marmoufets feconder mes defirs ,
L'incognito pour moi toujours cut des plaifirs ;
A le bien conferver je mets de la prudence ;
Si je perdois le mot je perdrois l'exiſtence ;
C'est pourquoi je crains tant ces eſpris pénétrans
Qui pourroient démafquer le père ou les exfans.
Comme un rien peut me nuire , exprèsje m'enveloppe
D'un voile qui me fert contre les curieux ;
Mais j'ai beau me cacher , je rencontre des yeux
Qui pénètrent ce voile . Ainſi que Pénélope ,
Le jour défait alors l'ouvrage de la nuit ;
Le père , les enfans , tout s'éclipfe & releit.
( Par un Abonné au Sallon de la Ville d'Apt. Y
DE FRANCE
103
LOGO GRYPHE .
MA famille eft,un peu nombreuſe ,
Portée au mal , toujours trompeuſe ,
Je te pourfuis avec ardeur ,
Évite-moi fi tu peux , cher Lecteur.
A mes effets fur toi s'oppofe une rivale ;
Mais par une marche inégale
Je la féduis , tel eft notre deſtin }
Elle penfe , elle pèfe , & moi je vais mon train.
Folle fouvent , j'erre à toute heure ;
Mais d'autres fois , jufte comme un cadran ,
Au grand regret de celui qui m'attend ,
Je reparois en fa demeure.
Là, je vais vite ; ici , c'eft à pas lent.
Sur fix pieds je vais conftamment.
Que de productions fur ces fix pieds j'entraîne !
Par ma foi plus d'une quinzaine ;
Compte-les , tu les fauras net.
Ce que par fois nous rend un vin clairet ;
Des péchés capitaux le plus endommageable ;
Le contraire de mort ; un métal malléable ,
Néceſſaire toujours , & par fois deftructeur ;
Un petit animal rongeur ;
La compagne jadis de notre premier père ;
Ce qui borda toujours une rivière , un lac ;
E iv
r04 MERCURE
Une époque dans l'almanach ;
Un élément redoutable à la guerre ;
En latin la belle faifon ;
Comme celui qui pille une maiſon .
Enfin Lecteur , je veux plus dire encore ,
Je m'échappai des mains de la jeune Pandore.
( Par M. P.... , Chirurgien à Mucidan. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
ELOGE du P. Paciaudi ; Eloge hiftorique
de M. l'Abbé Arnaud.
Ces deux nouveaux Éloges de M. Dacier
font comme le contrafte l'un de l'autre , &
font voir comment on enrichit un fujet un
peu ftérile , & comment on remplit un fujet
riche. Celui que nous appelons ici ſtérile , eft
pourtant l'éloge d'un favant laborieux & fécond
; celui que nous appelons riche , eft l'éloge
d'un parelfeux aimable ; mais le premier ,
étranger par rapport à nous , ne nous intéreffe
que par que par des Ouvrages favans , dont l'analyfe
même a toujours quelque chofe de férieux
& d'auftère ; l'autre , brillant , pittoreſque
, énergique dans fes difcours , dans fes
regards , dans fes mouvemens , n'expliquant
rien , peignant tout , fe formant dans la langue
commune une langue à part , pleine dé
DE FRANCE. 101
vie & de fubftance, de chaleur & de lumière,
toute animée de métaphores qui étonnoient
toujours fans jamais déplaire , parce que ,
dictées par un fentiment vrai , elles étoient
auffi juftes que fines ou fortes , étoit en tout
une des productions les plus fingulières du
foleil & du climat de Provence. Il vivoit
parmi nous , & le Panegyrifte avoit à répondre
à des fouvenirs bien préfens , à des regrets
bien fincères , & aufli à quelques reproches
bien fondés ; & cet éloge , néceffairement
plus intéreffant à Paris que le premier
, n'étoit pas fans écueils. L'Abbé Arnaud
entreprenoit beaucoup & éxécutoit
peu ; il commençoit & n'achevoit pas : il
jetoit avec feu fur le papier , ou femoit , au
milieu des négligences de la converfation, des
idées vaftes & profondes qu'il étoit peu capable
de fuivre, parce que le filence du cabinet
& les méditations tranquilles d'un travail
réfléchi euffent refroidi fon génie ; mais
ces idées pouvoient germer dans d'autres
têtes ; & s'il produiſoit peu , il inſpiroit beaucoup
,
L'Abbé Arnaud avoit un mêlange prefque
fans exemple d'impétuofité & de douceur ;
comme l'enthoufiafine lui étoit familier, &
que c'étoit prefque fon état naturel , ainfi que
le ftyle métaphorique étoit pour lui le ftyle
fimple , il lui échappoit fouvent de ces décifions
fortes & fortement prononcées que le
fentiment fuggère ; s'il éprouvoit quelque
contradiction , il fe replioit fur lui - même
Ev
IC6 MERCURE
avec une foupleffe conciliante ; & foit aver
fion pour la difpute , foit conviction qu'eile
étoit inutile , foit apperçu rapide des raifons
qui pouvoient combattre les fiennes ,
foit feulement envie de plaire , & crainte de
défobliger , il rapprochoit , il amalgamoit tellement
les deux propofitions contradictoires ,
que des deux il n'en faifoit qu'une , & que le
contradicteur pouvoit toujours fe flatter de
Pavoir converti. S'il ne réfultoit pas delà ce
qu'on appelle aujourd'hui du caractère , il en
réfultoir beaucoup d'amabilité. Mais fuivons
ros deux Éloges dans l'ordre où nous les
avons annoncés , & où ils ont été lus dans lá
féance de Pâques 1786.
Paul- Marie Paciaudi naquit à Turin le 13
Novembre 1710. Il prit l'habit de Théatin á.
Veniſe en 1728 , profeffa la philofophie - à-
Gênes , & fut le premier dans cette ville ,
& un des premiers en Italie qui ofa profeffer
publiquement le fyfteme de Newton ; il prêcha
dix ans avec fuccès dans les principales
villes de l'Italie , & plufieurs de fes difcours
font imprimés ; mais c'eft comme favant plus
que comme Orateur qu'il eft connu ; c'estpar
l'étude des antiquités qu'il eft célèbre.
Ses principaux Ouvrages ( car la lifte de tous
fes Ouvrages feroit trop longue ) font les antiquités
de Ripa- Tranfone , ville de l'État de
l'Églife ; fon Traité De facris Chriftianorum
Balunis ; un autre Traité intitulé : De cultu
Sancti Joannis Baptifte Antiquitates Chrif
tiana; un Recueil d'Antiquités Grecques en
DE FRANCE. 107
deux volumes in-4°. , fous le titre de Monumenta
Peloponnefia ; les Memorie de gran
Maëftri dell' ordine Gerofolimitano , 3 vol.
in-40 ,; fon Hiftoire métallique du Grand-
Maître de l'Ordre de Malte , Emmanuel
Pinto.
Le P. Paciaudi étoit confulté fur prefque
tous les monumens publics ou particuliers
qu'on érigeoit en Italie ; on le prioit d'en
compofer les infcriptions ; & on affure que fi
toutes celles dont il eft l'Auteur étoient recueillies
, elles pourroient former un volume.
Le P. Paciaudi , depuis long- temps Gorref
pondant de l'Académie des Belles- Lettres , ne
put en devenir Affocié qu'en 1769 , aucune
des places deftinées aux étrangers n'ayant vaqué
jufqu'à cette époque.
L'Infant Dom Philippe , Duc de Parme ,
le fit fon Bibliothécaire. « C'etoit , dit M.
» Dacier , nommer le Général avant d'avoir "
affemblé l'armée ; » il falloit former une
bibliothèque ; il en forma une de plus de
foixante mille volumes ; il en fit le catalogue
raiſonné ; & ce travail immenſe , qui fembloit
demander la durée entière d'une vie longue
& active , fut terminé dans l'efpace d'un
affez petit nombre d'années , quoique le P.
Paciaudi y fit fouvent diverfion pour le livrer
à des travaux d'un autre genre.
66
Un homme dont la vie entière étoit con-
» facrée aux devoirs de fon état & aux Let-
" tres , qui vivoit dans la retraite au milieu
» du monde , & à la Cour comme il avoit

E vj
1c8 MERCURE
"
"
» vécu dans le cloître .... qui n'afpiroit ni à la
» fortune ni à la faveur , & qui n'avoit d'au-
" tre paffion que celle d'être utile , fembloit
» n'avoir à redouter aucun de ces revers ré-
» fervés pour l'ordinaire à l'ambition & à
l'intrigue. Il n'en fut cependant point à
» l'abri : lié de l'amitié la plus étroite avec
» un Miniftre long- temps tout - puiffant ,
» qu'on avoit réfolu d'éloigner des affaires ,
» cette liation le rendit fufpect , & la chûte
du Miniftre entraîna fa difgrâce. Le P. Pa-
» ciaudi étoit trop sûr de fon innocence pour
» en être alarmé , & avoit trop de courage
pour en être abattu ...... Il attendit en paix
le moment de la juftice & de la vérite. Ce
» moment arriva enfin .... L'innocence du P.
Paciaudi fut publiquement reconnue ; on
» lui permit de retourner à la bibliothèque,
dont l'entrée lui avoit été interdite ( peine
qui devoir être doublement douloureuſe au
créateur de cette bibliothèque ) & il fut rétabli
dans toutes les fonctions. »
و د
ود
Il paffa les trois dernières années de fa vie
dans un état de langueur & d'infirmites qu'il
fout.nt comme il avoit foutenu fa diſgrâce.
Une attaque d'apoplex e , dont il fut frappé
dans la nuit du 2 révrier 1785 , le délivra
enfin de la vie & de fes fouffrances.
François Arnaud , Abbé de Granchamp ,
de l'Académie Françoife & de celle des Belles-
Lettres , étoit né en 1721 , à Aubignan , près
de Carpentras. Il ne vint à Paris qu'à trenteDE
FRANCE. 109
deux ans , vers la fin de l'année 1752. Il pubiia
en 1754 le Profpectus d'un grand Ouvrage
fur la mufique , art qui , dès l'enfance ,
avoit fait fes délices. Il fe propofoit d'examiner
féparément les parties principales qui la
compofent , de rechercher & de montrer d'où
naiffent les différentes énergies , d indiquer
les formes particulières auxquelles elle doit
fes images , fes paffions , fa poéfie , d'éclairer
les Compofiteurs fur l'ufage qu'on doit faire
de ces formes pour tirer plus sûrement à
l'effet , d'expofer les moyens dont cet art purement
imitatif fe fert pour faire fon imitation
, enfin d'offrir aux Muficiens une rhérorique
complétre de mufique , propre à les
guider dans leurs compofitions , & à mettre
les Amateurs de celu: de tous les Bea:x- Arts
qui eft le plus fenti , & qui agit le plus impérieuſement
fur nos ames , en etat de juger les
Compofiteurs , d'analyfer leurs propres plaifirs
, & d'en démêler la cauſe.
Quant à la mufique des anciens , c'étoit
moins par la voie de la difcuffiou & de la
critique que par celle du goût & du fentiment,
qu'il efpéroit parvenir à les deviner , parce
que ces grands Hommes lui fembloient ne
vouloir être connus que comme ils ont conna
eux- mêmes la belle nature.
33
" Voilà , difoit- il , une legère efquiffe d'un
" Ouvrage que je méditois au fond de la
Province , dans les ombres du cabinet &
» dans le fil nce de la réflexion : ami de l'obf-
» curité dont la douceur & le repos m'ont
110 MERCURE
و د
» toujours paru infiniment préférables à
» l'éclat toujours accompagné du trouble &
» de l'inquiétude , je ne chantois , felon l'ex-
» preflion d'un ancien , que pour moi & pour
» les Mufes . "
ود
Il n'a chanté ni pour lui ni pour perſonne ;
le projet eft resté fans exécution ; mais M. de
Chabanon pourroit dire , comine ce Grec qui
avoit à parler après un homme éloquent
lequel avoit très - bien expofé ce qu'il y avoit
à faire : ce qu'il a dit , moi je le ferai , ou plutôt
, moi je l'aifait.
ود
8.
M. l'Abbé Arnaud eut part à la compofition
du Journal Étranger. Obligé , dit M.
Dacier , de s'affocier un Homme de Lettres
» pour partager avec lu le poids de cette entreprife
, il trouva dans celui dont il avoit
fait choix . un Coopérateur auffi zélé qu'en
état , par fon efprit & par fes talens , de le
» feconder avec fuccès ; & ce qui eſt d'un
» bien plus grand prix , un ami tendre &
» fidèle dans le coeur duquel il pouvoit sûre-
» ment repofer le fien , dont il ne s'eft jamais
"
"
"
éloigné , & qui ne s'eft jamais éloigné de
lui , dont l'amitié conftante a fait le bon
» heur de fa vie , & qui doit avoir à l'éloge
» que nous venons de faire de leur travail
» commun , la même part qu il a eue à l'Ou-
» vrage. Il feroit s doute facile de fixer
» celle qui a partient à chacun des deux
amis , l'un & l'autre ayant une manière
» très différente de voir , de fentir , de juger ,
» de préfenter & de développer fes idées ;
"3
DE FRANCE. ITI
"
mais nous nous garderons bien de chercher
à divifer ce que l'amitié s'eft plu à
» confondre ; ce feroit mal honorer la mé-
» moire de M. l'Abbé Arnaud , que de contrarier
l'un des voeux les plus conftans de
» fon coeur. »
Jamais les Grecs les plus paffionnés pour
leur langue ,n'en parlèrent avec plus d'enthou
fafme que M. l'Abbé Arnaud ; elle lui préfentoit
, difoit-il , l'image fidelle de l'action
des objets fur les fens , & de l'action de l'ame
fur elle- même ; les mois de cette langue , par
le mêlange heureux de leurs élémens , par la
facilité qu'ils ont de s'étendre , de fe refferrer
, de fe nuancer , de fe ramifier conformé
ment à la nature des fenfations ou des idées ,
forment ou plutôt deviennent de véritables.
tableaux ; & par la tranfpofition à laquelle ils
fe prêtent , tantôt procèdent comme la raifon
tranquille , tanto s'élancent , fe troublen
, fe défordonnent con me les paffions,
& off ent des combinaifons variées à l'infini ,
d'où il réfulte toujours une harmonie enchantereffe
; cette langue , comme le dit Lafcaris ,
eft aux Sciences & aux Arts ce que la lumière
eft aux couleurs .
C'eft fur cette la gue que roulent les principaux
Mémoires de M. l'Abbé Arnaud ,
compofés our l'Académie des Belles Lettres,
& que devoient rouler ceux qu'il n'a fait que
promettre..
Il prit la défenfe de Platon contre Denys
·
112 . MERCURE
d'Halicarnaffe , il traduifit le dialogue intitulé
Ion.
"
Des Critiques n'ont pas manqué de reprocher
à M. l'Abbé Arnaud des expreflions exagérées
& des figures outrées ; voici comment
il leur répond : Je leur dirai à ces hommes
» qui , pour ne jaunais tomber , rampent é er-
» nellement , ou qui n'invoquent la règle
» que pour fervir de règle eux - mêmes , ce
» que difoit Pline à Lupercus : ces endroits qui
vous paroiffent enflés me paroiffent fublimes
; ces figures que vous croyez outrées
je les crois feulement hardies ; ces termes
» que vous rejetez comme fuperflus , je les
" admets comine néceffaires ; & j'oferai
» ajouter que dans la carrière des Lettres
comme dans le métier des armes , c'eſt à
s'expofer au peril que confifte fouvent la
gloire. » Ce paffage tiroit un grand mérite
de fon application , dont tout le monde fentoit
la juſteſſe ; mais on fent auffi qu'il pourroit
fervir à la défenfe du mauvais goût comme
à celle du bon goût.
"
و د
33
33
Après avoir peint dans M. l'Abbé Arnaud
ce langage original , & tout à lui , » où les
idées , les images , les figures , les compa-
» raifons , les métaphores venoient s'offrir
», en foule , & fembloient s'arranger d'elles-
» mêmes de la manière la plus propre à paf-
ود
fionner fon difcours & à faire paffer fon
» -enthouſiaſme dans l'ame de ceux qui l'écou
» toient .... Ces élans vigoureux & imprévus ,
» ces exploſions foudaines & irréſiſtibles qui
DE FRANCE. 113
ود
99
"
» étonnent l'efprit , l'éblouiffent & lui ôtent
» pour quelques inftans jufqu'à la faculté
d'examiner ; cette voix pleine & fonore ,
» cette prononciation fortement articulée ,
» ces inflexions variées fuivant les divers
» mouvemens de la paffion , cet accent na
turel qui ajoutoit encore de la force ou de
la grace à ce qu'il difoit , tous ces avantages
» réunis qui achevoient le preftige & enle-
» voient tous les fuffrages ; » M. Dacier obferve
que ce talent de la parole , qui faiſoit
defirer & rechercher M. l'Abbé Arnaud , &
qui contribua tant à la réputation dont il a
joui , fut précisément ce qui le détourna de
la culture des Lettres . Répandu dans le monde
, il en prit le goût, & perdit en grande
partie celui de l'érude & de la retraite. « Ac-
39
و ر
coutumé à des fuccès faciles & fans ceffe
répétés , mais fugitifs comme la parole qui
» les lui procuroit , il eut moins d'ardeur à
briguer des fuccès plus durables qu'il ne
33
ود
pouvoit obtenir que par un travail pénible
» foutenu ; & fi quelquefois encore fon
» ame fut agitée par l'amour de la gloire , cet
» amour paffager ne put triompher de fon
infouciance fur l'avenir , & le forcer à facrifier
un genre de vie doux & agréable , à
l'espoir laborieux & incertain de vivre plus
long- temps dans la mémoire des hom-
33
» mes. "
Réflexion importante ! en effet , être accueilli
dans le monde eft la récompenfe & la
raine des talens ; ce font les délices de Ca114
MERCURE
poue qui énervent l'armée d'Annibal , & M.
de Voltaire eft prefque un exemple unique
d'un Écrivain qui , ayant eu de bonne heure
dans le monde de grands fuccès , n'ait pu s'en
contenter, & ait toujours été entraîné vers
l'immortalité par le charme irréſiſtible de
l'étude , par le plaifir de produire & d'occuper
de lui fes contemporains. Il est pourtant
vrai que depuis quelque temps les Gens- de-
Lettres qui fentent leur force , commencent
à fe défabufer du monde , & à dire avec ce
même Voltaire :
Ce tourbillon qu'on appelle le monde ,
Eft fi frivole , en tant d'erreurs abunde ,
Qu'il n'eft permis d'en aimer le fracas
Qu'à l'étourdi qui ne le connoît pas.
Quant à l'Abbé Arnaud , s'il a peu fait pour
la gloire, il en a été un des plus éloquens
apôtres ; il a aimé , il a célébré , il a exagéré
la gloire d'autrui ; il a femblé vouloir répandre
fur les autres celle à laquelle il renonçoit
pour lui - même. Il étoit le plus parfait contrafte
de l'envieux. Il mourut le 2 Décembre
1784.
Nous avons cité dans cet extrait des morceaux
de l'Abbé Arnaud , & d'autres qui font
purement de fon Panégyrifte , & ces différens
morceaux ne fe déparent pas les uns les
autres , parce qu'ils font d'un genre entièrement
différent ; à côté de l'impétuofité brillante
de l'Abbé Arnaud , on goûtè autant , &
DE FRANCE. IIS
quelquefois même davantage , la fageffe ,
l'élégance , la douceur , la convenance parfaite
des idées & des expreflions dans M. Dacier.
RAPPORT des Commiffaires chargéspar l'Académie
Royale des Sciences , de l'examen
du Projet d'un nouvel Hôtel- Dieu , imprimé
par ordre du Roi. A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1786 ; fe trouve chez Moutard ,
Imprimeur- Libraire , Hôtel de Clugny, rue
des Mathurins .
A la lecture de ce Rapport , la première
queftion qui fe préfente , eft de favoir comment
un pareil Ouvrage a pu devenir nécelfaire
? Comment un Hôpital , tel qu'il eft
ici repréfenté , exifte depuis des fiècles
avec des abus multipliés par l'accroiffement
des befoins , & malgré des réclamations
foutenues de tout le poids d'une experience
journalière ? Plus le travail des Commiffaires
de l'Académie eft lumineux , plus on s'éronne
de fa date , en comparant fur tout l'Hôtel-
Dieu de Paris avec tous les Hôpitaux connus
en Europe.
Un éloquent Écrivain , ramenant l'année
dernière l'attention publique vers ce trifte
dépôt des misères de la Capitale , imprima
une fecouffe qui s'eft heureufement propagée
jufqu'au Trône : il doit aufli compter parmi fes
titres à la , reconnoillance publique , d'avoir
fait naître ce Rapport fanctionné par le fuffrage
univerfel.

116
MERCURE
3
Il eſt dans les mains de tout le monde ; le
Gouvernement en a adopté les opinions & les
réſultats ; on a tellement compté fur l'im
preffion de ces derniers , qu'on a invité le
Public à les réaliſer lui - même : le Souve
rain a affocié fes fujets à cet oeuvre de bienfaifance
; il feroit donc très - fuperflu d'analyfer
ici les détails de ce Rapport.
Il embraffe deux objets généraux ; le tableau
des vices de l'Hôtel - Dieu actuel , & fa divifion
future en quatre Hôpitaux de douze cent
lits chacun, aux quatre extrêmités de la ville :
l'examen du Projet de M. Poyet , fert d'introduction
à cette dernière partie . Le Plan des
quatre Hôpitaux étant adopté , & fubftitué à
celui qui tranfportoit l'Hôtel- Dieu à l'Ifle des
Cygnes , il ne nous refte qu'à expoſer , d'après
les Commillaires de l'Académie , quelquesuns
des motifs effrayans qui néceflitent l'abandon
de cet Hôtel Dieu actuel. On ne fauroit
donner à cette peinture trop de publicité ;
c'eſt un cri d'alarme auquel les ames compatillantes
doivent répondre , en concou
rant à l'exécution des vues nouvelles du Gou
vernement.
Si l'Hôtel-Dieu n'eft ni fuffifant , ni commode
, ni falubre , il eft par conféquent dangereux
ou imparfait au plus haut degré . Or ,
ces trois vices de l'infuffifance , de l'incom
modité, de l'infalubrité , font démontrés dans
ce Rapport avec une évidence géométrique.
D'un côté, les Commiffaires racontent les faits;
de l'autre, ils en déterminent les conféquences,
DE FRANCE. 117
Des états comparés qu'ils ont recueillis &
vérifiés , il réſulte qu'un Hôpital , conftruit
pour la ville de Paris , & fur le plan de prévoyance
dont on ne doit pas s'écarter , doit
être capable de recevoir quatre mille huit
cent malades , & contenir quatre mille huit
cent lits. Le calcul du local prouve au contraire
, que l'édifice actuel n'en contiendra
que deux mille. " Quand l'Hôpital d'une
grande ville , d'une ville infiniment peuplée
, n'a que des fecours fi foibles , fi bornés
, non - feulement dans les temps malheureux
, mais même dans les temps ordi-
" naires , la juftice permet de prononcer , &
» l'humanité oblige de dire que cet Hôpital
" eft infuffifant.
"J
33
""
25
22
وو
Les preuves de l'incommodité & de l'infalubritéde
cette maiſon univerfelle de ſecours ,
font encore plus palpables. Les Commiffaires
fe font entendre ici de la raifon la plus com
mune; ils attendriffent & ils perfuadent , fans
autre éloquence que celle d'une fimple narration
; fans autres raifonnemens qu'une analyfe
fidelle & profonde du fyftême d'abus
qu'ils ont à combattre.
Qu'est- ce que l'Hôtel -Dieu de Paris ? C'eſt
une ville de malades diftribués par centaines
dans des falles furchargées de lits de morts : on
compte ici de ces lits dans la falle de S.
Charles , qui recevant quelquefois fur la
même couche fix malades , en a pu renfermer
fix cent quinze , & former à elle feule
un Hôpital entier & confiderable , dans un ef
118 MERCURE
pace de deux cens toifes carrées. Cet accouple
ment d'individus dans le même lit , conduit
les Académiciens à demander qu'est ce qu'un
lit de malades ? Ils en déterminent les conditions
avec une fagacité tellement fcrupulueufe
, qu'ils employent fept pages in-4º.
très- fcientifiques , à démontrer que quatre ou
fix êtres fouffrans font fort mal à leur aife fur
le même matelas. Cette vérité pouvoit fans
doute être apperçue à moins de frais ; mais
loriqu'ona à combattre les préjugés & la force
de l'habitude , il faut employer même les
moyens furabondans ; il falloit ici en particulier
faire comprendre aux intelligences
bornées , que l'ufage de ces lits de fupplice
étoit contraire à tout principe de phyfique ,
de médecine , comme à tout fentiment d'humanité.
pont
Si l'on pourfuit avec les Commiffaires cette
defcription de l'Hôtel-Dieu , on y voit année
moyenne , 830 convalefcens privés d'habitations
féparées , mêlés dans toutes les falles.
avec les malades , avec les morts & les mourans.
Vont- ils refpirer au grand air fur le
Saint- Charles ? la plupart ont les jambes nues ,
même en hiver ; car la maifon ne leur fournit
point de bas. On reçoit des fous & en
affez grand nombre dans cet Hôpital ; vingtfix
lits qui leur font réfervés ne fuffifent pas
toujours à cette réception : qu'eſt- il réſulté
de ce défaut d'emplacement ? L'ufage le plus
inconcevable & fans exemple , très - probablement
; on place dans le même lit , deux ,
DE FRANCE. 119
quelquefois trois fous mutuellement victimes
de leur delire , expofés à fe battre , & à s'eftropier.
Les bleffés ne font pas moins à plaindre .
Ils font réunis au nombre de deux ou trois
cens dans la falle Saint- Paul , qui fert de
paffage aux offices au pain & au vin , aux
caveaux pour l'echangeage , pour le linge fale
& pour le fable. C'eft au milieu de ces bleffés
que l'on porte les charges de bois , de
linges , de vivres , &c. Le 12 Janvier 1786 ,
le même lit portoit trois de ces malheureux.
Comment préferver de la malpropreté & de
l'infection un lit , où chaque jour il fe fait
trois ou fix panfemens ?
Le tableau de la falle des Opérations eft
encore plus déchirant. « Cette falle , difent
les Commiffaires , communique à la falle
"
fétide de Saint-Paul , placée prefque fur la
» falle des morts , elle en reçoit les émana-
» tions par les croifées ; à l'encoignure du
» mur extérieur , eft un plomb qui , dans les
33
chaleurs , répand une odeur infecte ; & du
» côtédu midi , elle a des terraffes qui , placées
» au- deffous de plufieurs logemens & des
» falles des accouchées , en reçoivent les im-
» mondices & les vidanges... Les opéra-
» tions fe font au milieu de la falle même;
» on y voit les préparatifs du fupplice ; on y
entend les cris du fupplicié , celui qui doit
» l'être le lendemain , a devant lui le tableau
de les fouffrances futures ; & celui qui a
paffe par cette terrible épreuve , doit être
93
"
M
120 MERCURE
"
profondément remué & fentir renaître fes
douleurs , à ces cris femblables aux fiens ;
» & ces terreurs , ces émotions , il les reçoit
» au milieu des accidens de l'inflammation
ou de la fuppuration , au préjudice de fon
» rétabliffement & au hafard de fa vie, "
39
Les femmes enceintes & les accouchées
ne font pas traitées avec plus de ménagemens.
Écoutons les Commiffaires. " La gêne qu'on
"
"
éprouve dans des lits à quatre ou fix per-
» fonnes , eft plus grande pour des femmes
groffes que pour des malades. Elles occu-
» pent plus de place ; il y a plus de danger
,, de bleffer leur enfant. La difficulté de
» dormir allume leur fang , & elles perdent
de leur fanté , au moment où elles auroient
befoin de toutes leurs forces. Dans ces
» lits , les femmes faines font mêlées avec
les malades. »
ور
و د
"
"
و ر
Quant aux accouchées, " qu'on ferepréſente
» ces femmes réunies quatre ou plus dans
» un lit , à diverfes époques de leurs couches ,
" le fein tendu, la tête & le ventre doulou-
» reux , au milieu de la fièvre & de la fueur
de lait. Que l'on entr'ouvre ces lits , il en
» fort des vapeurs infectes , fenfibles à l'oeil ,
» & que l'on peut divifer & écarter avec la
» main. Les vapeurs fe mêlent à l'air de la
23
falle ; elles paffent dans la falle des femmes
» enceintes , qui n'eft féparée de celle des
» accouchées , que par une cloifon dont les
portes font à jour. Ainfi, les femmes grof-
» fes , les accouchées font environnées d'infection
;
DE FRANCE. 121
"
»
"
fections ; elles font jour & nuit dans un
air corrompu. Il n'eft pas feulement cor-
» rompu , il eft continuellement humide.
L'étage fupérieur eft occupé par des fechoirs
, où l'on entaffe du linge mouillé ,
qui communique fon humidité au plancher
; devant les fenêtres font d'autres lin-
» ges fufpendus pour fécher. Or , on fait que
l'humidité eft mortelle aux femmes en
» couches. »
ور
99
"
A ces douloureux & incompréhensibles détails,
ajoutons une obfervation plus étonnante
encore. « Le bâtiment méridional de l'Hô-
» tel -Dieu eft placé fur la rue de la Bucherie.
C'eft par cette rue que débouche , & fans
ceffe , un nombre conſidérable de voitures
» de pierres , de bois de charpente & de bois
» à brûler. On a fait compter ces voitures ,
» & on en a vu paffer jufqu'à cent foixantehuit
en une heure. Le hafard ou l'inatten-
"
"
tion ont placé dans ce bâtiment & fur cette
» rue , les falles deftinées aux maladies chi-
" rurgicales & aux opérations , celles des taillés
& des femmes en couches. Toutes ces
» falles font au premier & au fecond étage , où
» les vibrations font plus fenfibles. Ces ébranlemens
répétés portent des fecouffes ter-
» ribles à la tête des malheureux trépanés ,
» excitent des treffaillemens , donnent fou-
» vent des convulûons à ceux à qui on a coupé
» la jambe ou la cuiffe , irritent ou précipi-
» tent au tombeau une foule d'infortunés ,
victimes de cesdifpofitions mal entendues.»
No. 11 , 17 Mars 1787 . F
122 MERCURE
1
Faut-il être furpris , après cela , que tant
d'opérations foient malheureufes à l'Hôtel-
Dieu , que le trépan y foit mortel , & que la
mortalité des femmes en couches furpaffe celle
qu'on obferve dans les autres Hôpitaux d'Europe
? Trouvera t'on que les Commiffaires
ayent exagéré , lorfqu'après avoir développé
les caufes accidentelles réunies aux caufes
générales conftantes de la corruption de l'air
dans l'Hôtel- Dieu , ils l'ont déclaré à la face
de toute l'Europe , & fous la fanction du Gouvernement
, le plus infalubre de tous les Hôpitaux?
La preuve de fait foutient ici la démonſtration
théorique ; cette preuve refulte des
comparaifons de mortalité entre divers Hôpitaux.
Celui d'Édimbourg perd un malade furvingt-
cinq & demi ; celui du Saint-Elprit , à
Rome , un fur onze ; celui de Lyon , un fur
douze & demi . La charité de Paris , un fur
fept & demi ; l'Hoſpice de Saint - Sulpice , un
fur fix & demi , & l'Hôtel-Dieu de Paris ,
un fur quatre & demi.
D'où il réfulte que , fi dans l'efpace de 52
ans , l'Hôtel- Dieu a reçu 1,108,741 malades ,
il en a perdu 254,532 , dont 99,044 auroient
été confervés à la Charité ; d'où il refulte que
la perte annuelle de Paris feroit moins grande
d'un treizième , & que l'emplacement de cet
Hôpital produire it le même effet qu'une forte
de pefte qui défole oit conftamment la Capitale.
Le fuccès qui a couronné le travail des
DE FRANCE. 123
Commiffaires eft leur plus bel éloge . Quelques
objections qu'on puiffe élever contre le Plan
qu'ils ont adopté , ils ont décidé un changement
: cette victoire eft un bienfait public.
L'opinion fans doute a puiffamment fecondé
le Rapport , aux réſultats duquel elle étoit
préparée ; mais il n'appartient qu'aux grands
talens d'ébranler ainfi les abus d'une main
ferme , en frappant à la fois le fentiment &
la raifon.
Entre plufieurs réflexions générales fur les
Hôpitaux , qui naiffent en étudiant cet Ouvrage
confervateur , il en eft une qui préoccupe
l'attention. Comment fe fait- il qu'aux
époques de civiliſation , où l'on fe félicite fur
les théâtres & dans les Académies , du perfectionnement
de la Société , les misères du
peuple s'accroiffent en proportion de la profpérité
extérieure des États ? Pourquoi le nombre
des indigens , forcés de recourir aux Maifons
de Charité, eft- il fi confidérable , que les
moyens de les foulager deviennent infuffifans?
Pourquoi Londres , malgré quatre-vingt millions
tournois que produit annuellement lataxe
des pauvres , compte- t- elle feule plus d'Hôpitaux
qu'il n'en falloit aux Ifles Britaniques ,
ly a deux fiècles ? A quoi fervent l'opulence ,
la force , les lumières , fi l'état civil de la plus
grande partie des affociés au corps politique ,
empire au point de leur rendre de jour en
jour plus néceffaires , les fecours déjà embarraffés
du Gouvernement , & ceux de la bienfaifance
publique ?
il
Fil
824 MERCURE
Les campagnes heureuſement , n'en font
point encore à ce point d'infortune & de dégradation.
Les villes feules , les grandes villes
fur- tout, fi célébrées par ceux qui ne cherchent
que des jouillances difficiles , forment ce fpectacle
défolant. Ce font des forêts de hautefutaies
, dont l'ombrage fait périr les arbuſtes
de langueur , fur la terre qui les a pouffés.
Aurrefois , les premiers Hôpitaux furent réfervés
aux maladies contagieufes ; maintenant
il eft des villes , où des Hofpices pour chaque
maladie particulière , feroient prefqu'habituellement
remplis.
La piété fit en Europe comme dans l'Orient
, les trois quarts des fondations hofpitalières.
C'étoit un reffort puiffant ajouté à
celui de l'humanité. Combien la tâche de
celle- ci , privée de fa compagne , deviendroit
immenfe de nos jours , fur tout dans les États
où il eft fi difficile d'éveiller , de foutenir l'efprit
publie , inféparable de la vertu qui ne
confifte qu'en privations ?
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan . )

DE FRANCE. 125
BIBLIOTHÈQUE Phyfico - Économique.
inftructive & amusante , année 1787 , ou
6*. année , contenant des Mémoires , Ob¬
fervations pratiques fur l'Économie rurale ;
les nouvelles Découvertes les plus intéreſ
fantes dans les Arts utiles & agréables ; la
defcription & la figure des nouvelles Ma
chines , des Inftrumens qu'on doit y employer
, d'après les expériences des Auteurs
qui les ont imaginées ; des Recettes ,
Pratiques , Procédés , Médicamens nouveaux
, internes & externes , qui peuvent
intéreffer les Hommes & les Animaux ; les
moyens d'arrêter les Incendies & autres
événemens provenans des vices & de l'altération
de l'Air; de nouvelles Vûes fur
plufieurs points d'Économie domeſtique ,
& en général fur tous les objets d'Utilité &
d'Agrément dans la vie civile & privée ,
&c. &c. On y a joint des Notes que l'on a
cru néceffaires à plufieurs articles . 2 vol.
in- 12. avec des planches en taille - douce.
Prix, 3 liv. chaque vol. relié , & franc de
port par la poſte 2 liv. 12 fols broché. A
Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mefgrigny, rue des Poitevins , N°. 13 .
LE fuccès de cet Ouvrage , qui fe continue
depuis fix années , eft maintenant fi affuré ,
qu'il eft , pour ainfi dire , devenu claffique
& indifpenfable dans la Bibliothèque de toutesles
perfonnes qui s'occupent d'économie ru-
Fiij

126 MERCURE
rale ou civile. Il forme à préfent huit volumes
avec 22 planches ; favoir , un volume pour
chacune des années 1782 , 83 , 84 & 8 ,, &
deux volumes pour 1786 & pour 1787. Chaque
volume eft divifé en quatre parties ; l'une
comprend tout ce qui concerne l'Agriculture,
l'autre tout ce qui intéreffe l'Économie ; la
troisième eft confacrée aux Sciences & Arts ,
& la quatrième contient les annonces faites
par les Auteurs des découvertes dont ils fe
réfervent la connoiffance. Enfin le volume eſt
terminé par une notice des Édits & Arrêts
dont il eft important d'être inftruit.
Le premier des deux volumes nouveaux
que nous annonçons, offre en tête un Avisdes
Éditeurs fous le titre de Préface , titre qui
nous paroît impropre ; mais l'Avis n'en a pas
moins d'utilité. Souvent , lorfque les faifons
ont été peu favorables , quelques perfonnes
s'empreffent de répandre des alarmes fur les
récoltes à venir , fans penfer combien leurs
prédictions , ordinairement démenties par
l'événement , peuvent être nuifibles aux confommateurs
, par les fpéculations qu'elles font
naître , fans être avantageufes aux Cultivateurs.
La Préfice du fecond volume eft un Difcours
très-fage fur le danger des expériences ,
des effais de pratiques nouvelles , lorsqu'ils
ne font pas propofés par des perfonnes trèsinftruites.
C'eſt une leçon qui apprend à ſe
défier de ces prétendus Agronomes , qu'on
devroit plutôt qualifier d'Agromanes , & qui
DE FRANCE. 127
ne pratiquent l'agriculture qu'en qualité d'Amateurs.
LE SOMNAMBULE , OEuvres Pofthumes , en
profe & en vers , où l'on trouve l'Hiftoire
générale d'une Ifle très fingulière , décou
verte aux grandes Indes en 1784. Prix 4 liv.
4 fols. A l'Ile de France , & fe trouve à
Paris , chez P. Fr. Didot le jeune , Iinprimeur,
quai des Auguftins , chez qui l'on
trouve du même Auteur , Cléomène , ou
le Tableau abrégé des Paffions , in- 16.
Prix liv.
Ces Euvres , dont l'Auteur n'eft pas défunt,
quoiqu'il les appelle Pofthumes , font
compofées de profe & de vers . Le ton en eft
fouvent critique , & les vers nous ont par■
inférieurs à la profe. Il y a une Comédie ,
intitulée : les Illuminés , dans laquelle l'Anonyme
attaque quelques ridicules du moment,
tels que le Magnetisme , &c. & des Contes en
profe , parmi lesquels on remarquera le Comte
de Franchemille efpèce de petit Roman qu'on
lit avec intérêt. Nous allons en citer un autre
fort court , & qui nous a paru piquant.
Procès oublié dans les Caufes Célèbres.
Arifte , vieux garçon , vivoit à Paris dans
la bonne compagnie , c'eft -à-dire , avec des
gens d'efprit qui avoient de l'ufage & des
moeurs , & avec des gens de qualité qui
étoient inftruits. Ayant perdu tous fes plus
proches parens , il fe détermina à vendre
Fiv
128 MERCURE
"
une jolie petite te re qu'il poffedoit à rs
lieues de Paris. Il avoit un intime ami ,
nommé Cléante , lequel ami avoit femme
& enfans. Mon ami , lui dit un jour Arifte ,
» je veux vendre ma terre ; je l'ai fait estimer ,
» on m'a dit qu'elle valoit au plus quarante
» mille écus ; j'ai été étonné du prix ; je n'en
» tire pas mille écus par an . Vraiment , je la
"
*
connois , repondit Cléante , elle eft à côté de
» la mienne. Je vous demande la préférence ;
mais , mon ami , c'eſt à une condition : on
» a mal apprécié votre terre ; elle vaut cin-
" quante mille écus , au- lieu de quarante ; fi
» vous voulez , le marché fera conclu dès aujourd'hui.
--Pour les quarante , à la bonne
heure , reprit Arifte . Pas moins de cin-
» quante , répondit Cléante , & c'eft même
a bon marché. Monfieur , vous voulez
toujours avoir raifon ; vous n'aurez ma
» terre que pour ce qu'elle vaut .
33
"
33
30
"3
-
-
---
-
Monfieur
, j'aime mieux y renoncer , que de
» vous voir faire un mauvais marché. Vous
» êtes par fois d'un entêtement inſupportable;
je vous dis que ma terre ne me rend pas
» mille écus Écoutez , mon ami ,
» il ne faut pas que notre ancienne amitié
» s'altère par de vains débats : nommons
par an.
-
"2
des Experts de part & d'autre , en état d'ap-
» précier votre terre fans intérêt ni partia-
» lité. — Très - volontiers , répondit Arifte.
Chacun nomme un Expert ; après un mûr
examen , ils concluent que la terre vaut cinquante
mille écus . Cléante les fait auffi- tôt
DE FRANCE. 129
porter chez le Notaire d'Arifte ; ce dernier'
en fignant le contrat de vente , dit à fon ami
d'un air tant foit peu piqué : « j'ai bien fenti
» que les Experts n'étoient pas portés pour moi;
» mais j'ai donné ma parole, n'en parlons plus.»
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
L'ANECDOTE apocryphe qui a été rapportée
d'après la Faille , le feul Ecrivain qui en ait parlé ,
Anecdote fi injurieufe à la mémoire du Connétable
Anne de Montmorency , & dont on a démontré la
fauffeté dans le Mercure , a donné lieu à une méprife
fur la Maifon de Montmorency , que j'ai relevée
dans le Journal de Paris. Les bornes de cette
Feuille ne m'ayant pas permis de m'étendre davantage
, fouffrez , Monfieur , que j'entre avec vous
dans quelques développemens qui porteront la vérité
jufqu'à l'évidence .
Bien des perfonnes demandent à quel titre le
Connétable Anne , qui n'étoit chef que de la troifième
branche de fa Maifon , poffédoit la Baronnie
de Montmorency & les autres fiefs fitués dans l'Iſle
de France , qui avoient toujours été le partage des
aînés , & pourquoi les branches de Montmorency
Nivelle & Hornes , & celle de Montmorency- Foffeax
, qui étoient les aînées de cette Race , dont
l'origine fe perd dans la nuit des temps , étoient privées
de ces grands biens fi capables de foutenir la
fplendeur de leur nom ? En voici la ra: ton .
Fv
130 MERCURE
Jean II , Baron de Montmorency , tige des trois
branches dont je viens de parler , étoit defcendu de
mâle en mâle au quinzième degré , de Bouchard de
Montmorency , l'un des plus grands Seigneurs de la
Cour de Hugues Cape:, qui régnoit juftement il y a
huit cens ans . Ce Seigneur vivoit fous Charles VI ,
Charles VII & Louis XI. Il lia fon fort à celui de
Charles VII , dépouillé de prefque tout fon Royaume ,
& fit le facrifice de fes biens , qui étoient immenfes ,
pour fuivre la deftinée de fon Roi. Ils furent confifqués
par les Anglois , maîtres de Paris , de l'Ifle de.
France , de la Picardie & de la Normandie où ils
étoient fitués .
Mais enfin lorfque du fein de la misère & de
la profcription , & par les fecours de la Pucelle &
de fon intrépide Nobleffe , Charles VII eút reconquis
fon Royaume , Montmorency rentra en poffeffion
de fon patrimoine , & reçut en récompenfe
de fa valeur & de fes fervices la dignité de Grand-
Chambellan de France.
Ce Seigneur époufa en premières noces Jeanne
de Foffeux , Danie de Foffeux & de Nivelle , dont
il eut deux fils ; favoir , Jean & Louis de Montmorency
, qui partagèrent entre- eux l'héritage de leur
mère , qui mourut jeune La Baronnie de Nivelle
échut à Jean , qui prit du vivant de fon père le titre
de Baron de Nivelle ; & celle de Foffeux devint le
partage de Louis , qui prit auffi le titre de Baron de
Toffeux. Ces deux Seigneurs fe matièrent dans les
Pays-Bas , & épousèrent de riches héritières . L'un &
l'autre s'attachèrent au Duc de Bourgogne , dans les
Etats duquel étoient fitués les biens qu'ils poffédoient
du chef de leur mère & de leurs épouses .
Tous les deux devinrent Chambellans des Ducs de
*
Hugues-Capet monta fur le Trône en 987 .
DE FRANCE. 131
Bourgogne , qui n'eurent point de plus riches & de
plus nobles vaffaux. Cependant le Baron de Montmorency
leur père s'étoit remarié à Marguerite
d'Orgemont , dont il eut Guillaume de Montmorency
, père du Connétable Anne.
Peu après Louis XI monta fur le Trône , & la
guerre du bien public éciata. On fait que ce Monarque
fe trouva dans le plus cruel embarras ; le
Duc de Bourgogne , auffi puiffant que lui , le Duc de
Bretagne & tout ce qui reftoir en France de val
faux redoutables s'étant joint à Monfieur , Frère
unique de Louis XI , l'Etat étoit menacé d'une révolution
. Dans ces circonstances Jean , Baron de
Montmorency , ne fe laiffa point éblouir par le prétexte
da bien public , qui n'étoit en effet que le
mafque de l'ambition & de la cupidité. Son attachement
à fon légitime Souverain ne fe démentit
point ; il fe difpola à tout facrifier en faveur du fils
comme il avoit fait en faveur du père ; il exhorta les
Barons de Nivelle & de Foffeux à fuivre fon exen.-
ple. Jufqu'alors il n'avoit eu qu'à s'applaudir de leur
valeur & de leur zèle dans la conquête de la Normandie
& de la Guyenne contre les Anglois ; mais
ici leur fituation devenoit très critique ; s'ils marchoient
avec leur père fous les étendards du Monarque
, ils devoient s'attendre à voir tous les biens.
qu'ils poffédoient dans les États du Duc de Bourgogne
confifqués en vertu des loix féodales ; s'ils
euffent feulement refufé de joindre la Bannière du
Duc leur (uzerain , ils perdoient de même leurs.
fiefs. L'intérêt préfent , comme il arrive prefque toujours
, l'emporta far toutes les autres confidérations.
Les Barons de Nivelle & de Foffcux admirèrent la
conduite de leur père fans être tentés de l'imiter . Le
Baron de Montmorency eut d'abord recours à la
voie de l'afinuation , & les invita à venir avec lui ,
& Guillaume leur frère du fecond lit, an fecoats du
Fvj
132 MERCURE
Koi. Ils furent fourds à fa propofition. Montmorency
indigné les fomma à fon de trompe de lui
obéir . Ils ne répondirent qu'en fuyant. Alors il
lança contre eux un arrêt d'exhérédation ,
les mau-
11 dit , & les traita de chiens : de -là le proverbe
reffemble au chien de Jean de Nivelle , qui s'enfuit
quand on l'appelle.
Le Baron de Montmorency, tout ulé de vieilleffe
qu'il étoit , & Guillaume , le dernier de fes fils , qui
n'avoit que quinze ans , fe fignalèrent à la bataille
de Montlhéry contre l'armée d'un Duc de Bourgogne
, où combattoient les Barons de Nivelle & de
Foffeux.
Louis XI applaudit à la conduite loyale & trop
févère du Baron de Montmorency ; il autorifa la
donation que ce Seigneur fit à Guillaume , le derrier
de fes fils , de la Baronnie de Montmorency ,
de celles d'Écouën , d'Amville , de Conflans - Sainte-
Honorine & de Vitry , & de tous les autres domaines.
Les deux aînés attaquèrent cette donation du
vivant même de Louis XI. Sur ces entrefaites le Baron
de Montmorency mourut ; fon fils aîné Nivelle
l'avoit précédé de quelques jours au tombeau
; alors Louis de Montmorency- Foffeux revendiqua
tout l'héritage paternel contre Jean II , Baron
de Nivelle , fon neveu , & Guillaume de Montmoreucy
fon frère puîné . Il fondoit fes prétentions
fur la coutume de Paris , qui n'admettoit pas même
alors la repréfentation en ligne directe : de là un
fameux procès. Guillaume , protégé par le Roi , le
gagna ; mais il donna des indemnités à fon frère &
a fon neveu , & demeura à la fin en poffeffion de
tous les biens de fes ancêtres au préjudice des deur
branches aînées de fa Maiſon.
La branche de Montmorency Nivelle & Hornes
s'éteignir en 1570 , après avoir eu dans les Pays-
Bas le même éclat que
les autres branches en France.
DE FRA NC E. 133
Celle de Montmorency - Foffeux devint alors l'aînée ;
c'est d'elle que deſcendent':
1°. La branche de M. le Duc de Montmorency .
2º. Celle de M. le Duc de Luxembourg.
3 °. Celle de M. le Prince de Tingry.
4°. Celle de M. le Prince de Robeque.
La branche des Princes de Montmorency établie
dans les Pays- Bas , & iffue de Jacques , Baron de
Montmorency , & de Philippe de Melun par Phi
lippe de Montmorency , Seigneur de Croisille , leur
fi puîné , qui vivoit fous Charles VII , & qui étoit
frère de Jean II , fuivoit immédiatement celle du
Connétable . Elle vient de s'éteindre en la perfonne
du dernier Prince de Montmorency , oncle de
Mime la Princeffe de Vaudemont, & frère de Mef
damies les Ducheffes de Boufflers & de Guines , &
de Mme la Comteffe de Broglie.
Enfuite viennent toutes les branches de Montmozenty
Laval , defcendant par les mâles de Mathieu IF,
Connétable de France fous Philippe Augufte , &
d'Edme de Laval , fa feconde femme. Les branches
aîntes font illues du premier mariage de ce grand
Hemine avec Gertrude de Soiffons .
Quart aux Mailons qui defcendent du Connéra
ble Anne par les femmes , ce font d'abord les branches
auguftes de Bourbon Condé & de Bourbon-
Conti , iffues de Charlotte- Marguerite de Montmorency,
épouse de Henri II , Prince de Condé , premier
Prince du Sang , & enfuire MM . les Ducs de
Boillon & de la Trémoille. Le premier eft iffu du
mariage d'Eléonore de Montmorency , fille du Connétable
Anne , avec François III de la Tour , Vi
comic de Turenne , & le fecond de Jeanne de Montmorency
, foeur de la précédente , & épouse de
Louis III , Duc de la Trémoille.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. S. Il vient de paroître dans le Journal de
734
MERCURE
Paris , Numéro 13 , une Réponse à la Lettre que
j'avois inférée dans ce même Journal. L'Auteur de
l'article auquel j'avois répondu avoit d'abord avancé
que la Maifon de Montmorency ne defcendoit du
Connétable Anne que par les femmes. J'ai combattu
cette affertion . Il ſe borne maintenant à dire
qu'il n'y a que quelques branches qui en defcendent
en ligne féminine , ce qui eft plus exact , & s'accorde
mieux avec le paffage qu'il cite de mon Hiftoire
de la Maiſon de Montmorency. Ces branches
font celles de Luxembourg & de Tingry.
Quand j'ai dit que la Maifon de Montmorency ne
defcendoit point par les femmes du Connétable
Anne , je n'ai entendu parler que d'une defcendance
directe , comme celle des Princes de Bourbon Condé
& de Bourbon-Conti , & de MM . les Ducs de Bouillon
& de la Trémoille , dont les ayeux paternels ont
époufé des Dames de Montmorency , filles ou petitesfilles
du Connétable Anne. !
Les branches de Luxembourg & de Tingry def
cendent , à la vérité , da Connétable Anne en ligne
féminine , mais feulement en ligne féminine indirecte
, c'eſt à dire , par leurs ayeux maternels. Il en
eft de même de la Maiſon d'Orléans , qui en vient
par Louiſe Henriette de Bourbon - Conti , mère de
leurs Alteffes Séréniffimes Mgr le Duc d'Orléans
& Mme la Ducheffe de Bourbon. La branche de '
Rohan- Soubife en defcend auffi par Marguerite de
Montmorency , petite - fille du Connétable , époufe
d'Anne de Lévis , Duc de Ventadour , & fixième
ayeule de M. le Maréchal Prince de Soubife & de Mme
la Comteffe de Marfan , &c. & c . & c .
Au refte , Monfieur , cette difcuffion hiftorique
ne peut que tourner au profit de la vérité. Elle détrompera
les ignorans , & réduira an fence les malintentionnés
qui affectent de croire qu'il ne refte
plus de defcendaus mâles de la Maifon de MontnoDE
FRANCE.
135
rency , une des plus anciennes & des plus illuftres de
Europe , quoiqu'on en compte aujourd'hui vinge
trois en fix différentes branches.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LA remiſe qu'on vient de faire à ce Théâtre
du Préjugé à la Mode , Comédie de la Chauffée,
en cinq Actes & en vers , doit le fuccès
dont elle jouit autant aux talens des Acteurs
qui en jouent les principaux perfonnages ,
qu'au mérite réel de la Pièce. Il eft difficile
de trouver dans la repréſentation d'une Comédie
plus d'enſemble , de naturel , & par
conféquent d'illufion . Cet avantage tient effentiellement
à l'heureuſe diftribution des
rôles. Chaque Comédien , placé dans un perfonnage
qui convient & à la nature de fon
talent & à fon phyfique , y produit un effet
qui s'accroît par le jeu des autres rôles & par
le contrafte des caractères . Remettre des Ouvrages
déjà eftimés avec autant de foin , c'eft
leur donner tout le charme de la nouveauté.
Beaucoup de gens regardent le Préjugé à
la Mode comme le chef d'oeuvre de la Chauf
fée , & nous fommes du nombre de ceux qui
penfent ains. Ici , la Chauffée nous paroît
fupérieur à lui- même ; il peint des ridicules
136 MERCURE
::
s'il
& des moeurs, il eft vrai, dans fes tableaux ; &
y outre quelquefois la vraisemblance , il
rachette ce défaut par toutes les reffources
que peut employer un Auteur habile pour
parler à l'ame & pour plaire à l'efprit. Son
Ecole des Mères a fansecoute un but moral
plus utile , plus général ; mais le plan de cette
Pièce , & les fils qui fervent à conduire l'intrigue
à la fin , nous paroiffent très inférieurs
aux refforts heureux , adroits , comiques &
attachans que l'Auteur fait mouvoir pour
amener le dénouement de fon Préjugé à la
Mode. On lui a fait des reproches fondés ,
il feroit facile de les répéter ; mais c'eft en
dépit de fes défauts que le Préjugé à la Mode
eft une production très- eftimable ; & on peut
lui appliquer ces vers que Greffet a faits pour
Alzire :
Quelques taches , quelques défauts
Ne déparent point une Belle.
LE 28 Février on a remis Térée , Tragédie
en cinq Actes , par M. Lemierre , de l'Academie
Françoife.
Perfonne n'ignore l'anecdote mythologique
qui a fourni le fonds de cette Tragédie.
M. Lemierre a cherché à adoucir ce que le
caractère de Térée & l'horrible violence à
laquelle il fe porte ont de trop révoltant. Il
fuppofe que dès les premiers jours de fon
hymen , Térée s'eft apperçu qu'il n'étoit
DE FRANCE. 137
point aimé de fa femme Progné , que la naiffance
d'un fils n'a point ôté à la Reine fon
indifférence , & que le befoin d'aimer &
d'être aimé joint aux charmes de Philomèle ,
a rendu Térée coupable de l'amour inceftueux '
dont il brûle pour fa belle - foeur. Il ſuppoſe
autfi que Térée ne coupa point la langue de
Philomèle après l'avoir indignement violée,,
mais dans un mouvement de jaloufie & de
Fage , & pour ne plus entendre dans fa bouche
l'éloge du Prince Athamas , rival du Roi
& amant de la Princeffe. Ces adouciffemens
diminuent un peu l'horreur du fujet ; mais le
caractère féroce de Térée n'en eft pas moins,
odieux , le perſonnage de Progné en devient
plus froid , & l'infortunée Philomèle n'en devient
pas plus intéreffante. Il eft des ſujets
contre lefquels toutes les reffources de l'art &
de l'efprit viennent fe brifer , celui - ci nous
paroît du nombre. C'eft en vain que M. Lemierre
a fuppléé aux retranchemens qu'il a
faits par des refforts qui annoncent une imagination
féconde ; c'eft en vain qu'il a placé
auprès de Térée un Miniftre dont le carac
tère noble & ferme mérite d'autant plus
d'éloges qu'il ne fort jamais des bornes où un
fujet doit le tenir en parlant à fon maître ;
fon Ouvrage n'en a pas produit plus d'effer ,
parce qu'il eft impoffible de s'y intéreffer
aucun perfonnage , fi ce n'eft pour Philomèle
, mais comme on parle toujours d'elle ,
& qu'elle ne paroît qu'un moment au cinquième
Acte , après que fon barbare amant
pour
138 MERCURE
lui a fait arracher la langue , le ſentiment
que fa préfence fait éprouver repouffe plutôt
l'intérêt qu'il ne l'excite.
Cette Tragédie a été donnée , pour la première
fois , en 1761 ; alors elle n'eut point de
fuccès. Depuis M. Lemierre y a fait de nombreufes
corrections ; malgré cela , la première
repréſentation de fa remife n'a pas été vue
avec plaifir ; mais l'Auteur ayant fupprimé
beaucoup de chofes qui avoient déplu , la
Pièce a été plus heureufe aux repréſentations ,
fuivantes , & les beautés qui fe font remar-.
quer dans le développement des caractères
ont été très vivement applaudies.
NOTICE fur le Spectacle de Versailles.
DANSle ANS le Mercure du 3 de ce mois , article de
l'Académie Royale de Mufique , page 42 , ou trouve
ce qui fuit : On a couru en foule à Fontainebleau ,
à Versaillespour entendre la délicieufe Mufique du
Roi Théodore, & la Capitale n'en peut jouir ! On
en permettra l'exécution à de mauvais Batteleurs à
vingt pas au-delà des barrières ; mais les productions
divines des Paifiëllo , des Sarti , des Anfoſſi , des Cimarofa
feront arrêtées aux murs de Paris comme de
la contrebande !
Quelques Perfonnes , en donnant à cette phrafe
une fauffe interprétation , ont prétendu qu'elle contenoit
une critique indirecte , mais très - maligne des
Acteurs de la Troupe de Verfailles . Quoique je ne fois
point l'Auteur de l'article dont eft queſtion , quoique je
ne l'aie point interrogé fur le but de fon obfervation ,
DE FRANCE. 139
je ne crains pas d'affurer qu'elle ne préfente d'autre
intention que celle d'exprimer le chagrin qu'a l'Auteur
de voir la Capitale privée de la repréfentation
d'un chef-d'oeuvre de compofition muſicale . Dans le
cours de la belle faifon on voit des Troupes ambulantes
fe fixer pour quelques femaines aux environs
de Paris , & fur des tréteaux qu'on ofe appeler théâ
tre, repréfenter , ou , pour mieux dire , défigurer les
meilleures productions Dramatiques . Que le Directeur
d'une de ces Troupes volantes eût eu l'idée de
faire exécuter Il Re Teodoro in Venetia , on le lui
eût permis , & perfonne dans la Capitale ne pourroit
obtenir cette permiffion , hors l'Opéra , qui
femble ne vouloir pas en jouir. Voilà ce que le Ré
dacteur de l'article Opéra a voulu dire , & voilà ce
qu'il a dit. Son obfervation & fes regrets me paroiffent
également bien fondés.
Quant à la manière dont le Roi Théodore eft repréfenté
& exécuté à Verfailles , je puis dire qu'elle
ne laiffe prefque rien à defirer , fur- tout dans les
principaux rôles. M. Lecoutre, dans le rôle du Roj ,
Mile Lillier dans celui de Corine ( Lifetta ) , M.
Céfar dans le perfonnage de Sandrin , & M. Saint-
Denis dans celui de Taddeo m'ont paru mériter de
très - grands éloges , Chacun d'eux a faifi le caractère
de fon rêle avec intelligence , & donne à fon chant
l'expreffion qui convient à l'effet qu'il doit produire.
L'exécution du finale du fecond Acte eft parfaite ,
non-feulement par la préciſion & par l'enſemble qui y
règnent , mais encore par l'entente de la fcène & par
le mouvement continuel où font les Perfonnages ,
fans qu'il en résulte jamais ni trouble ni confufion .
Les fuffrages auguftes que les Acteurs de la Troupe
de Versailles ont mérités dans la repréfentation de
cet Ouvrage, fuffiroient pour les mettre au deffus de
toute critique , & je ne prendrois pas la liberté d'y
joindre le mien , fi le plaifir d'être jufte & de repouf
140 MERCURE
fer des idées abfolument fauffes ne m'en avoit pas
fait un devoir. DE CHARNOIS.
ANNONCES ET NOTICES.
PROCES - VERBAL
ROCÉS - VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale de Haute - Guyenne , &c. , in- 4° . Prix ,
4 liv. 4 fols broché. A Paris , chez Crapart , Libraire
, Place Saint Michel.
Ce Recueil eft un nouveau monument de patriotifme
François. Si ce Procès-verbal étoit tombé dans
les mains de l'Abbé Coyel , il n'auroit pas témérairement
prononcé que le mot patrie ne pouvoit être
bien placé que dans une bouche républicaine. La
Lecture des opérations de l'Affemblée Provinciale
de la Haute-Guyenne , de fes réfultats , de fes fuccès
pour le bien public excite le plus vif intérêt , & on
voit avec attendriffement la noble émulation échauf
fant tous les Membres qui la compofoient .
L'utilité de cet Ouvrage ne fe borne pas à la Province
pour laquelle il a été publié. Les procédés pour
l'évaluation des fonds & l'affiette des impofitions
qui y font décrites , & fur- tout le projet de M. de
Bucheprey pour former un nouveau Cadaftre, jettent
fur ces matières importantes des lumières précieuſes
pour tous ceux qui , par état ou par zèle , s'occupent
des vues d'adminiſtration . En lifant ce Recueil on
fent ce que peut l'ardeur patriotique des vrais
Citoyens honorés de la confiance de leur Maître ,
& ce que le Souverain peut lui même en retirer pour
fa gloire & le bonheur de fes Peuples.
LETTRES de Henri- Marie Boudou , grand ArDE
FRANCE.
141
chidiacre d'Evreux , 2 Vol. in- 12. Prix , 6 liv . reliés
en veau. A Paris , chez Froullé , Libraire , quai
des Auguftins.
Ces Lettres édifiantes rappellent leur pieux Auteur,
qui a mérité un rang diſtingué parmi nos Auteurs
Afcétiques.
;
CUVRES badines complettes du Comte de Cay
lus , Tomes III & IV , in - 8 ° . A Amfterdam &
fe trouve à Paris , chez Viffe , Libraire , rue de la
Harpe.
Cette feconde Livraiſon renferme le fameux Roman
du Caloandre fidèle , fupérieur à Tirantle-
Blanc, qui compofoit la première Livraiſon. Les
caractères en font plus variés & l'intérêt plus foutenu.
La principale action de ce Roman , c'est -àdire
, la fituation du Héros qui eft haï ſous un nom
& adoré (ous un autre par la Princeffe de Trébifonde
, a donné lieu à une Anecdote 'qu'on n'oubliera
de long- temps dans les Annales Dramatiques ;
elle a fourni le fujet du Timocrate de Thomas Corneille
, Tragédie jouée dans fa nouveauté avec un
prodigieux fuccès , tombée à la repriſe , & fi complettement
oubliée depuis .
L'AMITIÉ à l'épreuve , Comédie en trois Añes ,
en vers, mêlée d' Arietes , repréſentée devant Leurs
Majeftés à Fontainebleau , le Mardi 24 Octobre
1786, & à Paris , par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le Lundi 30. A Paris , chez la
Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , & Brunet
, Libraire , Place de la Comédie Italienne .
Cette Pièce , qui avoit été jouée autrefois , mais
qui , par les changemens que l'Auteur (M. Favart) y
a faits depuis peu , pourroit prefque être regardée
comme un Ouvrage nouveau , a joui & jouit encore
-142
MERCURE
d'un fuccès mérité . Il faut le joindre à la nombreuſe
lifte des Ouvrage cftimables qui ont fondé la réputation
de fon Auteur , & qui ont concouru à la vogue
du Théâtre qui les avoit adoptés,
ATLAS Général , Civil , Eccléfiaftique & Militaire
, Méthodique & Elémentaire de Géographie ,
de Chronologie & d'Hiftoire , tant ancienne que
moderne, par une Société de Gens- de Lettres , dirigé
par le fieur Defnos , en cinq Volumes in-folio petit
papier actuellement complets.
Il paroît dès-à-préfent trois Volumes de cette
feconde Edition , propofée par foufcription , pour
laquelle on ne paye rien d'avance ; on s'engage feulement
par une foumiffion.
Il y aura cinq Livraiſons d'un vol. chacune, lefquels
formeront les 332 Cartes qui compofent cet Atlas ;
elles fe feront exactement le premier de chaque mois ,
à compter du jour de l'enregistrement. L'Ouvrage
eft annoncé comme fait.
On n'a plus qu'à former les fuites ou Exemplaires ;
le tirage des Cartes & l'enluminure demandent un
mois pour chaque Livraiſon,
Le prix de cette foufcription eft de 150 liv. à
raifon de 30 liv. par Livraiſon ; elle ne fera ouverte
que jufqu'au 1 Mai pour Paris , & jufqu'au 15 Juin
pour la Province. Ce terme paffé , les Cartes de cet-
Atlas feront payées fur le pied de 12 fols , au lieu de
8 fols qu'elles coûtent aux Soufcripteurs , ce qui fait
une différence de 66 liv. far la totalité de l'Ouvrage.
Avec cet Atlas , les Pères & Mères , & les Maîtres
les moins inftruits peuvent enfeigner les différentes
Sciences qui en font l'objet . Les Planches , en offrant
aux yeux ce que le Difcours gravé en marge de chacune
des Cartes , & diftribué par Leçon , enfeigne à
l'efprit , en rendent le fens plus facile à entendre & à
retenir.
DE FRANCE. 143
4
C'eft au fieur Defnos , Ingénieur- Géographe &
Libraire du Roi de Danemarck , à Paris , rue Saint
Jacques , qu'il faut s'adreffer pour cette foufcription.
Les Perfonnes qui defireroient avoir les cinq Volumes
qui compofent cet Atlas , fans effuyer l'attente
des cinq Livraiſons , pourront fe les procurer ; on
trouvera des Exemplaires des cinq Volumes , reliés
en carton & dos de veau , au prix de 150 liv . &
rendu franc de port par- tout le Royaume 160 liv.
ABREGE del'Hiftoire Univerfelle en figures , def
finées & gravées par les premiers Artiftes de la Capitale
, ou Recueil d'Estampes repréfentant les fujets
les plusfrappans de l'Histoire, tantfacrée queprofane,
avec les Explications qui s'y rapportent , par M.
Vauvilliers , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres ; Ouvrage fait pour fervir à l'inf
truction de la Jeuneffe. Le prix du Cahier de qua
torze feuilles in- 8 ° . eft de 4 liv. A Paris , chez Duflos
, rue S. Victor , la troisième porte- cochère à
gauche en entrant par la Place Maubert, & chez
Moutard , Libraire , rue des Mathurins.
Nous avons déjà parlé de cet Ouvrage avec de
juftes éloges. Cette quatrième Livraiſon eft le Numéro
1 de l'Hiftoire Sacrée.
-
TROIS Trios concertans pour deux Violons &
Violoncelle , par J. Haydn , OEuvre XLV. Prix ,
6 liv. Six Quatuors concertans pour deux Violons
, Alto & Violoncelle , par M. Bruni , feptième
Livre de Quatuors. Prix , 9 liv . Concerto pour
Clavecin & Violon principaux , avec deux Vio.
lons , Alto & Baffe , Cors & Haut-Bois ad libitum ,
par H. J. Rigel , formant le Numéro 36 du Journal
de Pièces de Clavecin par différens Auteurs.
Prix , 6 liv . Abonnement pour l'année 30 liv.
franc de port, Numéro 7 de la deuxième Suise
144 MERCURE
de Symphonies concertantes pour Haut- Bois &
Baffon principaux , Violons , Alto , Baffe , Cors &
Haut- bois , par M. Cambini , Prix , 4 liv . 16 fols.
- Airs
Six Symphonies à quatre parties ou à grand
Orchestre , exécutées au Concert Spirituel par M.
H. J. Rigel , deuxième Livre de Symphonies ,
Euvre XXI. Prix , 12 liv . Premier Livre de
trois Concertos pour le Clavecin , deux Violons ,
Alto & Violoncelle , par J. F. Sterckel , OEuvre XXI.
Prix , 2 liv. chaque Concerto. Séparé 6 liv .
choifis arrangés en Trio & dialogués pour Guittare
, Violon & Alto , par M. Vallain , OEuvre III.
'Prix , 9 liv. Ces Airs font tirés de Chimène , Armide,
l'Olympiade , la Frafcatana , le Barbier de
Séville , Roland , Blaife & Baber , Richard , l'Épreuve
villageoife. A Paris , chez M. Boyer , Marchand de
Mufique , rue de Richelieu , paffage du Café de
Foy , & chez Mme Lemenu , rue du Roule , à la
Clef d'or.
E
TABLE.
PITRE à M. le Comte del
Maillebois ,
d'un nouvel Hôtel-Dieu, 115
97 Bibliothèque Phyfico - Economique
, Charade, Enigme & Logogryphe,
125
101 Le Somnambule , Euvres Pof-
Eloges du P. Paciaudi & de thumes ,
M. I Abbé Arnaud , 104 Variétés
Rapport des Commiffaires char- Comédie Françoife ,
gés de l'examen du Projet Annonces & Notices,
APPROBATION.
127
129
135
140
J'AI lu, par ordre de Mgr, le Garde - des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 17 Mars 1787. Je n'y
-ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 16 Mars 1987 , GUIDI.
LISTE DES PERSONNES
Qui ont fait leurs Déclarations & Soumiffions
dans les Bureaux du Greffier &
du Tréforier de l'Hôtel-de-ville de Paris ,
de contribuer à l'établiſſement de quatre
nouveaux Hôpitaux , capables defuppléer
à l'infuffifance de l'Hôtel-Dieu de Paris ,
annoncé dans le Profpectus imprimé de
l'ordre du Roi , depuis & compris le 22
Janvier 1787 , jufques & compris le
21 Février fuivant.
N." S Noms de MM. les Soufcripteurs. Sommes.
IM. Girardot de Marigny..
rs
2 M." Girardot & Haller , pour leur
Maifon de commerce ..
M. Doré , Receveur de Rentes à la
Ville ....
3 M.***
4
5 M. Meurier , Receveur de Rentes à
la Ville ....
6 M. le Duc de Praflin ..
7 M. Garnier des Chefnes , Directeurgénéral
du Tréfor de Monfieur.
8 M. Mignonneau , ancien Commiffaire
des Guerres .
Mars 1787.
liv.
I 2000
18000
1200
120
120
12,000
1200
2400
47040
( 2 )
17 M ***
Chambre des Comptes ..
18 M. Carré .
19
M.***
N."

Io
I I
Noms de MM . les Soufcripteurs . Semmes ,
De l'autre part ....
M. Framery , Surintendant de la
Mufique de Monſeigneur Comte
d'Artois..
M. ***
11 M. Gayot, Avt. & P.al Clerc de Not.re
11 b. M.Rofe deCormier,Clerc deNotaire.
12 M. l'Abbé Baffet , ancien Recteur
de l'Univerfité ,.
73 M. ***
14
M.***
15 M. Guidi , Cenfeur royal ..
16 M. de Normandie , Procureur en la
liv.
47049
600
3000
300
300
600
6000
1000
1800
600
1440
720
144
20 M.***
288 21 M.***
/.22 M . ***
23
M. le Comte de ***.
des Poftes..
288
300
27 M.***
24 M. les Adminiftrateurs - généraux
25 M.***
26 M. Guichard de Blainville , Procureur-
général au Bureau des
Finances .
3000
60000
576
600
400
28 M. l'Abbé Veytard , Curé de Saint-
Gervais .. 1800
29 M. Vevtard de Lorme . 720
30 M.*
***
150
31 Le Journal de Paris.. 3600
135266
( 3 )
OS
N. Noms de MM. les Soufcripteurs . Sommes.
Ci -contre ..
32 M. de Beaumont , Pentionnaire du
Roi.....
33 M. le Beuf.
34 M.***
liv .
135266
100
1200
་ ་
35 M.me ***
36. M. Albert , Propriétaire des Bains
médecinaux ... !
37 M. Petit des Roziers , Régiffeur des

Etapes .......
38 M. le Duc de Cerefte- Brancas .
39 M. le Duc dé ***
40 M. Reitnemrap .
41 M. Boullioud de Saint Julien -
240
120
всо
400
6000
10000
144
Receveur-général du Clergé .... 24000
42 M. Cochin , Garde des Deffins du
Cabinet du Roi ......
432
43 M. le Paute a fait offre d'une horloge.....
44 M. Hottegendre...
45 M. Guyot , Négociant .
46 M. Dailly...
47 M. le Comte de Nort....
48 Un Domeftique du quartier du
Marais , Paroiffe Saint- Paul.....
49 M. Belle , Commiffaire honoraire
au Châtelet de Paris ...
50 M. Lombard , Procureur au Parlement...
51 M. le Duc de *** .
52 M.me la Ducheffe de ***
100
600
1200
24000
36
600
1200
6000
53 M. le Marquis de ***
54 M.me la Marquiſe de * * * ,
1440
i 200
1800
216678
a ij
( 4 )
N.os Noms de MM . les Soufcripteurs . Sommes.
De l'autre part.....
55 M. Tronchin , ancien Fermier-général
.......
45 M. Bailly, de l'Académie Françoife
& des Sciences ..
57 M. le Marquis de *** .
58 M.*
**.*
59 M. l'Abbé *** ancien Chanoine de
Tours....
Sa Gouvernante..
60 M.rs ***
61 M.rs le Couteulx , de Paris .
62 M.****
63 M. Aubert , Régiffeur de l'habillement
des Troupes ...
64 M.***
65 M. ***
66 M. Gudin de la Brenellerie .
67. M. le Prince de Salm- Kyrbourg ..
68 M. Poyet , Architecte du Roi & de
la Ville .
69 M. du Vivier , Chevalier de l'Ordre
de Saint-Louis , ancien Commiffaire
des Guerres . "
70 M. ***
71 M. Bandieri de Laval . ,
72 M. Damefme , ancien Officier du
Rai ......
73 M. Doucet , Contrôleur des Rentes.
74 M. le Marquis de la Fayette ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roi......
75 M. Rouffeau , Architecte du Roi ..
liv.
216678
12000
600
1 2000
600
3000
6
5740
36000
18co
I 200
600
5000
120
I2000
600
600
2400
600
600
1000
12000
I 200
326344
( 5 )
N.95 Noms de MM . les Soufcripteurs . Sommes ,
liv.
Ci- contre.
76 M.me de ***
326344
77 M. *** 96
78 M. Millin , Chevalier de la Broffe .
79 M.me la Marquife'de Lugeac ....
80 M. le Curé de Saint- Sulpice ..
81
(Son Alteffe Séréniffime Monfei-)
gneur le Prince de Condé , tant
pour Sadite Alteffe Séréniffime
que pour Leurs Alteffes Séréniffimes
Monfeigneur le Duc de
Bourbon & Madame la Princeffe
Louiſe de Condé ......
82 M. le Maréchal Prince de Beauvau.
M. de Saint-Lambert , de l'Académie
Françoife .
83
84 M.me de
***
85 M. Gachon .
86 M. le Chevalier de ***
>
48
144
2400
1200
30000
12000
720
1200
2000
12000
87 M. le Marquis de *** 3000
88 M. Veytard , Greffier en chef de
la Ville .. 1440
89 M . ***
400
୨୦90 M. de Pont - Charoft . 600 91 M. Bizotton de Saint - Martin ....
600
92 M. de Mauffion , Maître des Requêtes.....
1200
93 M. Touftain .....
1200
rs
94
95 M.me la Marquife de Montagu .. 96. M. ***
97 M. ***
M.'s les Fermiers de la Ferme de
Poiffy & Sceaux .. '.
12000
600
iooco
24
419216
a iij
( 6 )
05
Noms de MM. les Soufcripteurs. Sommes.
De l'autre part....
98 M. le Comte de Brienne , Licutenant
général des Armées du ·
Roi....
99 M. de Surgy , Cenfeur Royal ....
100 M. Panckoucke ...
1or M. de Biré , Tréforier- général de
l'Extraordinaire des guerres ...
102 M. de Serilly , Tréforier- général
de
l'Extraordinaire des guerres .
liv.
419216
3000
600
1200
25000
25000
103 M. Robert ...... 300
104 M. Délon , ancien Marchand Epicier
..
600 .
106 M.me de *.
***
105 M. Hay , Colonel des Gardes de
la Ville , & fon Corps ...
107 M. le Curé de Saint- Paul , à Paris .
108 Mlle ***
2400
12000
600
18000
100 M.*
***
1200
110 M. l'Abbé Pineau de Viennay ...
111 M. le Comte de Teffé ....
10000
12000
112 M. Bizet , Huiffier - Commiffaire-
Prifeur....
288
15 M. Imbert ...
113 M. du Chapitre de l'Eglife de
Paris ....
14 M. de Saint - Germain .
116 M. le Duc de Montmorenci ...
117 M. Lenitz , Marchand Mercier ...
118 Monfeigneur l'Archevêque de
Paris .
119 M. Tapin ....
120 M." de Maraife & Oberkampf..
30000
288
I200
12000
300
50000
144
3000
628336
( 7 )
N." Noms de MM . les Soufcripteurs . Sommes.
liv.
Ci - contre .... 628336 ....
121 M. Savalete , Garde du Tréfor
Royal.....
rs
122 M. de la Société du Salion des
Arts au Palais- Royal........
rs
12000
12000
123 M." les Régiffeurs de l'habillement
des Troupes du Roi . 12000
124 M. le Comte de ***
1200
125 M. le Chevalier de ***
126 M.me de Vittement ...
3600
127 M. de Fourqueux , Confeiller
d'Etat , & Madame de Fourqueux..
128 M. l'Abbé Saurine .
129 Mefdames Abbeffe , Religieufes &
Penfionnaires de l'Abbaye - aux-
Bois....
130 M. Delavallée- Pouffin a fait offre
d'un Tableau .
131 M. de la Brierre , Architecte de
M.8 Comte d'Artois , a offert de
faire gratis les Plans , Deffins &
conduite.
CORPS ET COMMUNAUTÉS .
12000
7100
10000
3000
SIX CORPS.
132 M." les Marchands Merciers ....
133 M." les Marchands Epiciers .....
134 M." les Pelletiers , Bonnetiers
Chapeliers...
36000
18000
6000
761336
( 8 )
N.S Noms de MM. les Soufcripteurs. Sommes.
De l'autre part......
liv.
761336
135 M.rs les Marchands Orfévres .....
9000
3000
24000
136 M.rs les Fabricans d'étoffes & de
gazes ..
rs
137 M. les Marchands de Vins .....
COMMUNAUTES.
138 M. les Maîtres Arquebufiers
Couteliers .....
139 M. les Marchands Bouchers .
140 M.rs les Maîtres Boulangers ...
141 M.rrss les Maîtres Chandeliers ..
142 M. les Maîtres Charcutiers .
143 M. les Maîtres Charpentiers .
M.rs les Maîtres Charrons ...
rs
144
145 M. les Maîtres Chaudroniers .
146 M. les Maîtres Coffretiers ...
147 M. les Maîtres Cordonniers ....
rs
rs
148 M. les Maîtres Couvreurs , Carreleurs....
149 M.mes les Faifeufes de Modes
Plumaffières ....
I 200
9000
7200
3000
24C0
1200
1200
1800
୨୦୦
7200
1200
7200
3600
4800
7200
6000
6090
156 M. les Imprimeurs en Taille-
Douce .....
3000
1200
M."les Maîtres Faïanciers,Vitriers ,
Potiers-de - Terre.....
150
M.rs 151 rs les Maîtres Ferailleurs .....
r's
152 M. les Maîtres Fondeurs , Doreurs
.
rs
153 M. les Marchands Fruitiers .
154 M. les Maîtres Gantiers , Parfumeurs.......
5
155 M. les Maitres Horlogers .
872636
( 9 )
N.°s Noms de MM.les Soufcripteurs . Sommes .
Ci- contre.....
157. M." les Maîtres Limonnadiers ,
Vinaigriers ...
158 M.mes les Maîtreffes Lingères .
159 M." les Maîtres Maçons ....
160 M. les Maîtres Maréchaux-ferrans
, Eperonniers.....
rs
161 M. les Maîtres Ménuifiers , Ebé
niftes , Tourneurs , Layetiers
.....
rs
162 M. les Maîtres Paulmiers .
163 M." les Maîtres Peintres ..
164 M." les Maitres Papetiers , Cartiers
, Relieurs ...
rs
165 M. les Maîtres Selliers ....
166 M." les Maîtres Serruriers,Taillandiers
, Ferblantiers....
167 M. les Maîtres Tabletiers , Luthiers
, Evantailliftes ......
168 M.rs les Maîtres Tailleurs &
Frippiers d'habits.....
rs
169 M. les Maîtres Tammeurs ..
170 M. les Maîtres Tapiffiers
Frippiers.....
171 M." les Maîtres Teinturiers ..
172 M.rs les Maîtres Tonneliers
Boiffeliers ....
173 M." les Maîtres Traiteurs
Pâtiffiers , Rôtiffeurs ...
174 M. l'Abbé Brizard ....
175 M. Noiret-Brucand de la Charmette
...
176 M. Armand offre de faire gratuitement
la conduite de
liv.
872636
14400
9000
4800
1200
7200
1800
3600
9000
18000
4800
6000
30000
2400
4800
2400
2100
7200
144
24
11001504
( 10 )
N.os Noms de MM . les Soufcripteurs . Sommes.
liv .
De l'autre part ...... 1001504
maçonnerie & apprêt d'équipages
.
177 Les Domeftiques de M. le
Marquis de Bandeville ....
178 M. le Marquis de Bandeville .
179 M. les Comédiens François
ordinaires de Sa Majesté..
180 M. les Adminiftrateurs Généraux
des Doniaines ...
181 M. Comperor , Marchand de
Vins du Roi ...
182 M. le Maréchal Duc de
Noailles....
183 M. le Duc d'Ayen ..
184 M. le Duc de Nivernois ..
185 M. Coquebert de Mombret
Conful-général ....
186 M. le Maréchal Duc de Richelieu
.
rs
·
187 M. les Fermiers- généraux de
Sa Majefté ..
188 M. Necker....
189 Les Domeftiques de M. Hay..
190 M. de la Place , de l'Académie
des Sciences...
191 M. les Comédiens Italiens ordinaires
de Sa Majefté ....
192 Un Religieux des Auguftins ,
Fauxbourg Saint- Germain .
193 M. Riviere ...
194 M. Randon de la Tour , Tréforier-
général de la Maifon
du Roi..
19 10¹
720
12000
67200
600
I2000
12000
I2000
3000
10000
264000
9000
12
600
12000
600
144
J 2000
1429399
10
( 11 )
OS
N. Noms deMM. les Soufcripteurs .
Ci - contre ....
195 M. l'Héritier de Brutclies
Confeiller d'Etat .
196 M. ***
197
..
Sommes .
liv .
1429399 10
?
6000
M.me la Ducheffe de Lauzun.
pour la mémoire de Madame
la MaréchaleD.sse de Luxem
bourg , fon aïeule paternelle.)
198 [ M." les Receveurs - généraux |
des Finances .
199
M.rs ***
200 M. le Baron de Breteuil
Miniftre & Secrétaire d'Etat.
201 M.me la Comteffe de Matignon.
202 M. le Chevalier de Tailleyrand .
203 M. Lefébure , Chevalier de
Saint - Louis....
204 Des Perfonnes au fervice de
M. Lefebure .....
205 M.lle Edmée , attachée au fervice
de M. Lefébure ...
206 Le Cocher de M. D ***
207 M. Bouillier , Marchand Orfévre
.
208 M. Eniomel ...
209 M.lle Manon Roger ..
210 M.rs les RR . PP . Chartreux
de Paris ..
211 M. de la Société du Mer
credi ...
212 M. Fournier .
213 M Agaffe ..
214 La Dame de Saint- Port ...
215 M. Magon de la Balue .
10000
10000
150000
300
>
10000
10000
1000
4C0
78
24
12
144
144
I2000
IOCOD
72
1800
10000
24000
1685349 13
( 12 )
ms de MM . lesSoufcripteurs . Sommes.
De l'autre part.... 1685349 10
218 M. ***
216 M. Boulard , Notaire..
217 M. Boudreau..
··
219 M. de la Michodiere , Confeiller
d'Etat .....
220 M. Duchefne , Intendant géné
ral de la Maifon de Madame .
***
221 M. Employé dans les Fermes
du Roi , à Lyon .....
222 M.me Modenx - Chatelain ...
M. le Maréchal de'
224 M. Thierry , Secrétaire du
Command.' de la Lorraine .
223
***
liv. f.
1000
144
144
7200
2400
3084
I200
3000
144
TOTAL ...... 1703665 10
EXTRAIT DU PROSPECTUS.
Chaque Soufcripteur fera libre de partager
Soufcription en fix paiemens égaux , à réaliſer dans
le cours de chaque année , pendant les fix ans
confécutifs qui feront fixés pour l'entier achèvement
de la conftruction des quatre Hôpitaux .
Il fera dreffé un Regiftre particulier de tous
les noms des Soufcripteurs & des fommes par
eux offertes , & ledit Regiftre fera déposé à demeure
dans les Archives du grand Bureau d'Adminiſtration
des Hôpitaux de Paris.
Les noms de tous ceux qui auront foufcrit
pour une fomme de dix mille livres & au- deffus ,
feront infcrits fur quatre Tables de bronze , placées
à l'entrée de chacun des quatre nouveaux
Hôpitaux,
Jer. 135 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 24 MARS 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
BOUQUET à l'Empereur JOSEPH II
Archiduc d'Autriche , Roi de Bohême
& de Hongrie.
Noм que je ne puis oublier,
Soit que je dorme ou que je veille ,
Je te vois en un coin de mon calendrier ,
Et je fens qu'auffitôt ma verve fe réveille.
Oui , Jofeph me rappelle une tiple merveille ....
Toi , qu'un auffi beau nom décora le premier ,
Des habitans du Nil vigilant nourricier ,
Mes vers ne peuvent rien ajouter à ta gloire ;
No. 12 , 24 Mars 1787.
146
MERCURE
Ta clémence autrefois confacra ta mémoire ;
Et tes travaux & tes bienfaits ,
Dont l'Égypte reffent encor les doux effets ,
Vivront à jamais dans l'Hiſtoire .....
Humble artifan , iffu du fang des Rois
Dont s'honora le trône d'Idumée ' ,
Père , ami , tuteur à- la-fois
D'un adorable enfant qui fut donner des lois
Et ne parler qu'amour à la terre étonnée ,
Chaſte époux , tes vertus ont fait ta renommée... ;
Prince , digne héritier de ce couple immortel ,
Vous dont l'Europe admire la prudence
L'activité , la bienfaiſance ,
Puiffiez-vous vous parer , en ce jour folemnel ,
De ces fleurs éclofes en France !....
Aux trois Jofeph je dois dreſſer un triple autel ,
Puifqu'ils ont tant de reffemblance.
(Par M. l'Abbé Dourneau. )
REGLA
CXRACLYSTS.
DE
FRANCE.
147
REPONSES A LA
QUESTION :
Eft- il plus doux d'avoir fa maîtreſſe auprès
de foi quand on fe porte bien , que quand
on eft malade ?
QUAND
I.
UAND un objet nous intéreſſe ,
Ilme femble que fa triſtelle
Ajoute aux maux que l'on reffent....
N'eft- ce pas fouffrir doublement
Que de voir fouffrir ſa maîtreſſe ?
(Par M. le Comte de la Muf... )
I I.
A CE fujet voici mon article de foi :
Je ne puis me tromper fur l'amour de ma belle.
Quand je fuis bien portant elle m'aime pour elle ;
Mais quand je fuis malade , elle m'aime pour moi.
(Par M. le Chevalier de Meude- Monpas. )
I I I.
SI Life m'aime
tendrement ,
Mes plaifirs font les fiens , mes peines font les fiennes
Avec Life je crois plus doux
affurément
De partager des plaifirs que des peines.
(Par M.
Duboislaurent , près lepaffage de la Guêne. )
Gij
148 MERCURE
*
"
I V.
Sur l'Air : Du haut en bas.
A LA fanté
On doit fouvent l'amour des Belles ,
A la fanté ,
Qui leur promet la volupté:
Pour l'amant qui penſe comme el'es ,
Il eft doux de les voir fidelles
A la fanté .
AVEC l'Amour
Voulez-vous goûter d'autres charmes
Avec l'Amour ?
Amant , foyez malade un jour
Pour fentir le prix des alarmes
Del'amitié , verſant des larmes ,
Avec l'Amour.
( Par M. de la L.... , ancien Moufquetaire. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Ya- t- il plus de plaifir à voir arriver ce
qu'on aime , que de peine à le voir partir ?
DE FRANCE. 149
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade eft Boiſſon ; celui
de l'Enigme eft Logogryphe ; celui du Logogryphe
eft Fièvre , où l'on trouve ivre ,
ire , vif, vie , fer , ver , Eve , rive , ère ,
feu , ver ( printemps ) , fur ( voleur ) .
Αν
CHARA D E.
U jeune Phaéton mon premier fut fatal ;
Des femmes mon fecond quelquefois eft l'image ;
Et mon tout très -fouvent s'employe à l'hôpital.
Lecteur , fois indulgent , & pardonne à notre âge.
( Par MM. de Coftebelle , Bruyer
Ecoliers de quatorze ans. )
ENIGME
JE crains dans les jardins la guerre , le trépas ;
Les jardins cependant ont pour moi des appas.
Du Jardinier a&if ennemi redoutable ,
Je n'ai rien cependant en moi de formidable .
Plus d'un mortel fe plaint de me trouver chez foi ,
Qui me voit cependant à toute heure chez moi.
(Par M. du Moulinet de Hardemare . )
G iij
150 MERCURE
LOGO GRYPH E.
AVEC nombre égal de voyelles
Quatre confonnes
vont offrir
Aux amateurs de bagatelles
De quoi rêver en leur loifir.
Je fuis ce que chacun defire ;
Mais il me perd en me cherchant.
Croit-il m'avoir , je me retire ;
L'on ne m'obtient qu'en me fuyant ;
L'Univers
Chrétien me révère ;
Même honneur fe rend à mes fils ;
Mon nom n'eft pas moins à Cythère
Cher à tout fuivant de Cypris ;
Des mortels j'embellis la vie..
Me coupe-t'on en deux , hélas ! que de leurs jours
En déplaçant un pied , vil enfant de l'envie ,
Souvent j'empoifonne le cours !
En quelque mets fi je me gliffe ,
Tremble , Miniftre de Comus ;
Rien qui jamais plus fort aigriffe
Nos modernes Apicius :
Le refte défigne l'enceinte
Que ,fubiffant le joug des lois ,
L'homme forma lorfque la crainte
Le força de quitter les bois.
DE FRANCE.
151
Lecteur , de me trouver avez -vous fantaiſie ?
Retranchez quatre pieds , & tranfpofez foudain ;
1
Mon tout fe voit en ſa partie ,
Ailleurs vous me cherchez en vain .
(Par M. l'Abbé de Ferrand , de Monclar
en Agénois. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
EUVRES complettes de M. Marmontel ,
Hiftoriographe de France , & Secrétaire
Perpétuel de l'Académie Françoife ; édition
revue & corrigée par l'Auteur ; première
Livraiſon , Tomes I , II , III & IV. A Paris,
chez Née de la Rochelle , Libraire , rue
du Hurepoix , près du Pont S. Michel .
PLUS la décadence des Lettres eft fenfible ,
plus le nombre des Livres ou mauvais ou
médiocres s'augmente de jour en jour ,
plus on doit s'attacher aux Ouvrages faits
pour honorer le fiècle qui les a vu naître.
A ces titres, les OEuvres de M. Marmontel ne
peuvent être accueillies du Public avec trop
d'empreffement. On y trouve l'inftruction &
l'agrément. C'eft à la- fois le Livre des Femmes
, des Philofophes , des Gens- de Lettres.
Les trois premiers volumes contiennent les
Contes Moraux. Il n'eft pas ici queſtion d'en
Giv
152
MERCURE
relever le mérite. Tout le monde les a lus ,
relus ; & néanmoins tout le monde veut les
hire & les relire fans ceffe. Il n'y a point d'éloges
au deffus de celui - là . On trouve dans le
quatrième Tome un effai fur le goût. Ce
morceau de Littérature paroît pour la première
fois , & nous allons le faire connoître.
Qu'est - ce que le goût en Littérature ? On
peut l'envifager fous deux points de vue ;
ou comme productif, c'est- à-dire , dans l'Écrivain
qui compoſe un Ouvrage de vers ou de
profe ; ou comme ſpéculatif , & en quelque
forte paffif , c'eft à dire , dans l'Amateur qui
juge les productions de l'Écrivain. Dans le
premier fens , ne pourroit on pas le définir
une fenfation délicate , une touche tantôt
fine , tantôt gracieufe , quelquefois hardie &
nerveufe , qui fait embellir & colorer , avec
le fecours des nuances convenables , ce que
l'imagination & le jugement ont choifi ? M.
Marmontel le confidère dans le fecond fens ;
& voici fa définition :
39
""
" Le goût , dans l'acception la plus étroite
de ce mot pris figurément , eft le fentiment
vif & prompt des fineffes de l'Art , de fes
délicateffes , de fes beautés les plus exquifes ,
» & de même , de fes défauts les plus imperceptibles
& les plus féduifans. »
و ر
ود
Mais chacun fent à fa manière ; chacun à
fon goût.
Je fens : le feutiment ne confulte perfonne.
Parmi cette diverfité de fentimens & de
DE FRANCE. 155
goûts , y a- t'il un bon goût proprement dit ?
C'est ce que M. Marmontel examine avec la
jufteffe éclairée d'un Philofophe , & l'élégante
urbanité d'un Académicien. Il démontre qu'il
y en a un ; mais à quoi peut on le reconnoître
Écoutons l'Auteur lui- même.
2
-35
s6
Suppofons qu'à de longs intervalles , foit
» dans le temps , foit dans l'efpace , que par
exemple à deux mille ans & à deux mille
» lieues de diftance , le goût d'une nation fe
communique & fe répande , & que mal-
" gré les différences d'ufages , de moeurs , de
❞ coutumes , malgré la divertité même des
» climats & leur influence fur le caractère
» des peuples , ce goût foit prefque univerfellement
reconnu pour être le bon goût ;
" rien de plus décifif fans doute que ce té-
" moignage unanime »
و د
En effet , ce goût univerſel n'eſt autre choſe
que la nature. Cette vérité eft développée
avec une dialectique pleine de préciſion &
d'éloquence. On ne pourroit refferrer ici ces
idées fans courir le rifque de les obfcurcir ou
de les tronquer. La métaphysique de l'Auteur
eft concife & déliée ; mais elle n'a rien de fec
& de rebutant ; & des fuppofitions non moins
ingénieufes que plaufibles viennent à l'appui
de fes raifonnemens. Le goût , felon fa définition
, eft lefentiment des convenances . Peutêtre
au premier coup d'oeil cette définition
paroîtra-t'elle un peu vague. Mais les éclairciffemens
multipliés que l'on trouve dans
F'Ouvrage même , & qui en font , pour ainfi
Gv
154
MERCURE
dire , les corollaires , répondent , à cet égard,
à toutes les objections.
Il examine enfuite la marche & les progrès
du goût au fiècle d'Homère , d'Alexandre ,
de Périclès , d'Augufte , de Léon X & de.
Louis- le - Grand . Cette difcuffion fuppofe une
Littérature vafte & bien raiſonnée , & donne
lieu à des obfervations également fines , profondes
& judicieuſes .
Le paragraphe relatif à Boileau a donné
lieu à la critique de s'exercer ; effectivement
il eft fufceptible d'examen. Afin que l'on juge
avec pleine connoiffance de cauſe , entre
l'opinion de M. Marmontel & celle de fes
adverfaires , il eft jufte de tranfcrire ce paffage
en entier.
"
ود
" Le goût en étoit là , lorfque Boileau com-
» pofa l'Art Poëtique. Cet Ouvrage , qui mit
» le comblé à fa célébrité & à l'autorité qu'il
» avoit dans les Lettres , fut donc un peu
tardif: il ne laiffa pas d'être utile. Il n'apprit
rien aux Maîtres de l'Art ; mais il grof-
" lit le nombre de leurs juftes appréciateurs.
Il acheva d'apprendre à la multitude à
» n'eftimer quedes beautés réelles ; il acheva
» de la guérir de fes vieilles admirations pour
» des Poëmes fans poéfie , pour des Romans
» fans vraisemblance ; il acheva de décrier
ce faux bel- efprit dont Molière avoit fait
juftice en plein théâtre , & qui ne laiffoit
» pas encore de fe reproduire dans le monde.
» Ainfi Boileau , Critique peu fenfible , mais
» iudicieux & folide , ne fut pas le reftaura-
"
و د
23
و د
و د
DE FRANCE. 15$
"
"
"2
""
"3
"
» teur du goût ; il en fut le vengeur & le
» confervateur. Il n'apprit pas aux Poëtes de
fon temps à bien faire des vers ; car les
" belles Scènes de Cinna & des Horaces , ces
grands modèles de la verfification Françoife
, étoient écrites lorfque Boileau ne
faifoit encore que d'affez mauvaiſes faty-
" res ; & le Milantrope , le Tartufe , les
» Femmes Savantes , Britannicus , Andro-
» maque , Iphigénie & les Fables de La Fon-
» taine avoient précédé l'Art Poëtique ; mais
" il fit la guerre aux mauvais Écrivains &
» déshonora leurs exemples ; il fit fentir aux
jeunes gens les bienféances de tous les
ftyles ; il donna de chacun des genres une
idée nette & précife ; & s'il n'eut pas cette
délicatelle de fentiment qui démêle une
» beauté parmi des défauts , un défaut parmi
" des beautés , s'il mit Voiture à côté d'Ho-
» race ; s'il confondit Lucain avec Brebeuf.
dans fon mépris pour la Pharfale; s'il ne
fut point aimer Quinault ; s'il ne fut point
» admirer le Taffe ; fi dans l'Art Poëtique
» il oublia ou dédaigna de nommer La Fontaine
, il connut du moins ces vérités premières
, qui font des règles éternelles ; il
les grava dans les efprits avec des traits
ineffaçables ; & c'eft peut - être grâces aux
lumières qu'il nous tranfmit dans fa vieil-
» leffe , que la génération ſuivante a été plus
jufte que lui.
"
23
"
"3
"
و د
""
Certes, à beaucoup d'égards M. Marmontel
rend ici juſtice à Boileau ; mais c'est une juf
G vj
156 MERCURE
tice rendue à la dernière rigueur ; & dans ce
cas il eſt tout fimple que l'axiome Summum
jus ,fumma injuria ,
Une extrême juftice eft une extrême injure ,
ait été celui de la critique , qui ne pardonne
rien à un Écrivain dont le mérite eft affez reconnu
pour que fon opinion faffe autorité.
D'ailleurs , Boileau ne pourroit- il pas fe juftifier
de quelques - unes des imputations de
M. Marmontel ? En mettant le nom de Voiture
dans un même hémiftiche, à côté de celui
d'Horace , pourroit- il répondre : je n'ai pas
prétendu mettre ces deux Écrivains au même
rang? Voiture eft un Horace, fi on le compare
à l'Abbé de Pure ; je n'en ai pas voulu dire
davantage. Voici comme je m'exprime dans
ma fatyre à l'Équivoque :
Le Lecteur ne fait plus admirer dans Voiture
De ton froid jeu de mots l'infipide figure.
C'eſt à regret qu'on voit cet Auteur fi charmant ,
Et pour mille beaux traits vanté fi juftement,
Chez toi cherchant toujours quelque fineſſe aiguë ,
Préfenter au Lecteur fa penſée ambiguë ,
Et fouvent du faux fens d'un proverbe affecté ,
Faire de fon difcours la piquante beauté.
Pourquoi m'accufer d'avoir confondu Lusain
avec Breboeuf, dans mon mépris pour la
Pharfale ? N'ai - je pu blâmer Corneille de
n'avoir pas fu diftinguer Virgile de Lucain ,
fans pour cela ravaler celui- ci jufqu'à BreDE
FRANCE. 157
boeuf: La Fontaine n'eft pas nommé dans
l'Art Poëtique , j'en conviens ; mais ce n'eft
point une exception particulière . Je n'y ai
nommé aucun des Poëtes vivans , pas même
Racine. Rappelez vous ma Differtation fur
la Joconde , vous verrez que je favois goûter
l'ingénieufe naïveté du fabulifte. Si la géné
ration fuivante a appris , felon vous , à être
plus jufte que moi-même , pourquoi ai- je
été le feul qui ait devancé le jugement de la
poftérité fur le chef-d'oeuvre d'Athalie ?
Voilà en partie ce que Defpréaux pourroit
alléguer en fa faveur. Cela n'empêche pas
que M. Marmontel n'ait eu le droit de dire
qu'avant lui la France avoit une école de goût
& de raiſon bien établie , celle des Écrivains
de Port- Royal. C'eft- là que la langue parvint,
par des progrès rapides, à ce degré de nobleffe,
d'elégance & de pureté où elle eft reftée de
puis. C'eft dans cette école que Racine puifa
la connoiffance des langues grecque & latine ,
le goût de l'antiquité , & les principes de ce
ftyle enchanteur & harmonieux , qui fera à
jamais un modèle de perfection.
Du rete , quoique M. Marmontel femble
vouloir prouver , par les belles Scènes des
Horaces & de Cinna , que le bon goût régnoit
en France avant Defpréaux , il n'a pas
voulu dire que Corneille fut un homme
de goût. La différence entre le génie &
* Il y a plus : M. Marmontel a dit précisément
158 MERCURE
le goût eft affez connue ; le génie eft
une puiffance qui crée au hafard comme la
Nature , tantôt belle , tantôt fauvage : voilà
Corneille. Le goût choifit , arrange , difpofe;
c'est l'Artifte qui deffine un payſage agréable
& varié , felon la mode Angloife , ou un jardin
noble & magnifique dans le genre de le
Nautre ? voilà Racine , voilà Defpréaux. *
Sans entrer dans une plus longue difcuffion
, M. Marmontel me permettra- t'il de
penfer que l'influence de Defpréaux en poéfie
fur le goût de fon fiècle , fut celle d'un
Légiflateur , & par conféquent beaucoup
plus grande qu'il ne paroît le croire luimême.
Il fut le réformateur des modernes &
l'apôtre des anciens ; & fon zèle pour eux
alloit fi loin , il étoit fi vrai , fi fincère , qu'il
préféroit leur gloire à la fienne propre. Dans
le contraire page 401. Il eft à - propos de citer les
propres expreffions :
« Les beaux vers de Corneille font beaux fi natu-
» rellement , fi fimplement , fi pleinement , qu'il
n'y a rien de plus accompli. P'erfonne enfin n'a
autant fait que lui pour agrandir en nous l'idée
» du beau moral en poéfie , & pour nous en faire
éprouver le fentiment dans toute la hauteur ; &
» en cela le goût lui a dû infiniment plus qu'on ne
pnfe. Je dis le goût , quoique ce fut ce qui lui
manquoit à lui- même . »

ל כ
* Corneille avant lui avoit fait de beaux vers ;
mais il n'avoit point l'art de faire toujours bin; ce
fut Defpréaux qui l'enfeigna , & qui en fut le premier
modèle.
DE FRANCE. 159
le temps de la querelle fur les anciens & les
modernes , Saint- Évremond compofa en fon
honneur les vers fuivans :
Le partifan outré de tous les anciens
Nous fait abandonner leurs écrits pour
Il a fait aux Grecs plus d'injure
Par fes vers , fi rares , fi beaux ,
Qu'il n'en fera par fa cenfure
les fiens.
Aux Fontenelles , aux Perraults.
Quand il paroît aux modernes contraire,
Aux anciens il doit être odieux ;
Tout ce qu'il fait , eft fait pour leur déplaire ;
Si bien écrire , eft écrire contre -eux.
Il femble qu'une préférence fi avantageufe
n'auroit pas dû lui déplaire. Eh bien !
il s'en offenfa. Il fentoit que la fuperftition
pour les anciens étoit en quelque forte néceffaire.
Quel Écrivain eut autant que Voltaire
le droit de fecouer le joug d'une admiration
fuperftitieufe ! Il femble néanmoins
que l'efprit d'examen n'a pas été fans danger
pour lui- même. On voit qu'il connoiffoit les
anciens ; mais il n'en avoit pas fait , comme
Racine & Defpréaux , l'éternel objet de ſes
études affidues ; il n'en étoit pas comme eux
adorateur paffionné. Auffi , malgré l'étendue
& la fupériorité de fon génie , il me femble
qu'il n'eft pas toujours auffi vrai , auſſi naturel
que ces deux Écrivains .
M. Marmontel me pardonnera d'autant
plus volontiers la liberté de ces idées .
160 MERCURE
qu'il regarde lui - même l'étude férieufe de
l'antiquité comme le feul moyen de ramener
à la Nature les efprits de ce fiècle , qui , felon
lui , a été en même temps l'époque de la perfection
du goût & de fa décadence. Qu'on y
prenne garde ce paradoxe n'implique pas
contradiction. Aujourd'hui même le bon goût
exifte dans toute fa pureté. Il fuffiroit , pour
le prouver , de l'effai qui fait le fujet de cet
article. M. Marmontel en s'oubliant luimême
, indique d'autres Écrits qui ne le prouvent
pas moins. C'eft le feu facré qui ne
s'éteindra jamais tant quedes mains fidelles s'attacheront
à l'entretenir, & des yeux attentifs à
y veiller . Jamais leur vigilance ne fut plus néceffaire.
Le goût du Public commence à fe
blâfer ; un vin délicat lui paroît fade : il lui
faut des liqueurs fortes.
« Obfervez , dit M. Marmontel , ce qui
» arrive à nos Trimalcions dans les délices
» de leur table. Nul art d'affaiſonner les mets
"
35
ne peut furmonter les dégoûts d'une lon-
» gue fatiété ; & ni les fels les plus ſtimulans ,
» ni les liqueurs les plus brûlantes ne réveil-
» lent plus les langueurs d'un fens blâfé à
force de jouir. C'est ainsi que l'intempé-
» rance des plaiſirs de l'efprit nous les rendra
» tous infipides ; & l'art même aura beau
s'épuifer en raffinemens pour ranimer le
goût , la ſobriété feule auroit pu le fauver
» de cette efpèce de paralyfie ; & aux excès
qui en font la caufe , s'il eft quelque remède
, c'eſt l'abſtinence & le befoin . Mais
و ر
"
ود
و د
2
DE FRANCE. 161
» ce feroit demander l'impoffible . Le Public
» veut jouir , au rifque même de détruire
» tout ce qu'il peut avoir de fenſibilité. ور
Autre caufe de décadence dans les talens
& dans le goût. On ne lit plus , ou on ne lit
que des feuilles volantes.
Rapidis ludibria ventis.
La plupart des jeunes gens étudient peu. Le
fommeil, le théâtre , le café partagent leur
loifir. D'autres aiment à lire , mais des écrits
modernes. Les anciens Auteurs n'ont pour
eux aucun mérite.
و د
" Et pourquoi liroit-on , obferve M. Mar-
» montel: Déformais la Littérature , je dis
» l'ancienne & la plus exquife , n'étant plus
» dans la fociété un objet d'entretien , où
l'on puiffe briller , la vanité , le grand mo-
» bile de l'émulation , n'eft plus intéreffée à
» donner à l'étude des momens qu'elle
» croit pouvoir mieux employer.
י נ כ
22
On veut être fuperficiellement univerſel .
On a vu un génie privilégié fe rendre célèbre
par l'univerfalité de fes talens ; & ce phé
nomène littéraire devient un modèle & un
écueil. J'ai entendu dire à plufieurs beauxefprits
qu'aujourd'hui il ne fuffit pas de faire
bien , qu'il vaut encore mieux faire beaucoup.
Delà nous fommes accablés de productions
manquées , d'ouvrages imparfaits , & à
peine ébauchés , pareils à ces vains fimulacres
qu'Epicure difoit émaner de la furface des
corps. Qu'arrive- t'il encore ? On s'écarte de
162 MERCURE
plus en plus du bon goût qui conferve à chaque
genre fon caractère diſtinctif, & dont la
corruption commence toujours par des beautés
déplacées.
Au furplus , le goût actuel du Public eft
un goût variable & incertain. Il change fans
ceffe du bien au mal & du mal au bien ; ou ,
pour me fervir des termes de M. Marmontel,
il a deux goûts : l'un eft un goût traditionel
qui s'eft épuré d'âge en âge , & qui fe rend
fouvent févère & difficile jufqu'au dernier
fcrupule , lorfqu'on lui donne à juger des
Ouvrages qui prétendent à fon eftime ; l'autre
eft un goût de complaiſance & d'indulgence
qui s'interdit tout examen , qui réduit l'âme
à l'ufage des fens , en intercepte la lumière ,
met en oubli toutes les règles de bienséance
& de vraisemblance , & ne veut que de
l'émotion.
"
Il s'agit maintenant , continue M. Marmontel,
de voir lequel de ces deux goûts
» nous voulons préférer ; car les concilier
enfemble & laiffer germer le mauvais ,
fans qu'à la fin le bon foit étouffé , c'eft ce
» que je crois impoffible. »
و د
१ En finiffant , il indique les principaux
moyens d'arrêter les progrès de la contagion ,
& de faire refleurir le goût du bon , du vrai
& du naturel.
Quod omen felix , fauftum , fortunatumquefit.
N. B. Cet Effai fur le Goût eft fait pour
DE FRANCE. 163
fervir d'introduction aux Élémens de Litté
rature , qui formeront les volumes fuivans.
·
JOSEPH , par M. Bitaubé , de l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres
de Pruffe , & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres de Paris. 2 vol . petit in- 12.
A Paris , de l'Imprimerie de Didot l'aîné ',
rue Pavée S. André- des - Arcs : jolie édition
ornée de gravures , & dédiée à Mgr. LE
DAUPHIN.
Voici la cinquième Édition d'un Ouvrage
eftimé du Public , & que les Anglois , les
Hollandois , les Allemands , & même les
Ruffes fe font empreffés de traduire.
Le nom de l'Auteur , avantageufement
connu dans la République des Lettres par la
meilleure traduction en profe qui ait été faite
d'Homère , fuffiroit pour infpirer un préjugé
favorable à ceux qui ne connoîtroient pas encore
ce poëme ; car quoique l'Auteur n'ait
pas ofé lui donner ce titre , attendu qu'il eft
écrit en profe , l'ordonnance & le ton de l'Ouvrage
ne nous permettent pas de l'appeler un
Roman , en convenant cependant qu'à proprement
parler il n'y a de poëmes que les
Ouvrages en vers.
L'aventure de Jofeph vendu par fes frères ,
devenu victime des accufations calomnieufes
de l'épouſe de fon maître , que la chafteté de ce
jeune homine avoit irritée , traîné dans un ca164
MERCURE
chot obfcur , pour être enfuite élevé aux plus
grands honneurs , fauvant l'Égypte de la famine
, & fe faifant enfin reconnoître par fes
larmes , de ces mêmes frères que la difette
avcit obligés d'implorer fa puiffance , eft une
des hiftoires les plus touchantes que l'Écriture-
Sainte nous ait tracées. Elle eft encore
célèbre dans l'Orient. Mahomet la raconte
dans le douzième Chapitre du Coran ; mais
avec moins de détail & beaucoup moins d'intérêt
qu'elle n'en a dans la Genèfe , dont elle
remplit les quatorze derniers Chapitres.
Il feroit difficile aux perfonnes mêmes qui
n'ont pas pour nos Livres Saints toute la vénération
qui leur eft dûe , d'y lire fans attendriffement
l'Hiftoire de Jofeph , & je remarquerai
à cette occafion que, pour ceux mêmes
qui ne regarderoient la Bible que comme
émanée de la main des hommes , elle devioit
être un des Ouvrages les plus curieux qui
exiftent , foit par fon antiquité , foit par les
chofes qu'elle contient. On y trouve une peinture
fidelle de ces moeurs patriarchales , qui
font l'âge d'or des Chrétiens. On y voit quelle
étoit la philofophie , la théologie , la morale
de ces temps reculés. Elle conferve les feuls
monumens qui fubfiftent , non-feulement de
la légiflation & de la politique du peuple le
plus fingulier de la terre , mais encore de fa
langue , de fon éloquence , de fa poéfie. Si
nous profeffions une religion qui n'eût aucun
rapport avec celle des anciens Hébreux ,
fi nous n'avions aucune idée de leurs Livres ,
DE FRANCE. 165
& qu'après des recherches pénibles quelque
Voyageur , empreffé d'accroître les richeſſes
littéraires de l'Europe , nous en procurât toutà-
coup la connoiffance , quel gré ne lui en
faurions-nous pas , & avec quelle avide curiofité
ne chercherions- nous pas à les lire ?
Peut - être alors ceux qui les refpectent le
moins, n'en parleroient qu'avec enthouſiaſme,
tant il eft difficile aux hommes de garder dans
leurs jugemens une jufte mefure.
Ces réflexions peuvent fervir de fupplément
à celles dont l'Auteur fe fert avec avantage
dans la Préface pour combattre le dédain
peu réfléchi qu'une certaine claffe de
Lecteurs feroit trop prompte à témoigner fur
le titre feul de l'Ouvrage.
Ce n'eft pas qu'il ne fe trouve dans l'Hiftoire
de Jofeph beaucoup de choſes dont notre
raison et étonnée. On eft furpris , par
exemple , quand il eft devenu Miniftre de Pharaon
, de la conduite qu'il tient durant les fept
années de difette. Il vend aux peuples d'Égyp
te le bled qu'il a reçu d'eux dans les années
d'abondance . Quand ils n'ont plus d'argent à
lui donner , il achette leurs troupeaux , &
enfin leurs terres , enforte que le Roi d'Égyp
te devient propriétaire de toutes les terres
de fon Royaume. L'Écriture - Sainte exalte
beaucoup la fageffe & l'habileté de Jofeph.
Sa conduite qui entroit dans les deffeins de
Dieu , eft fans doute refpectable , mais ne
peut pas plus fervir de modèle que celle de
166 MERCURE
plufieurs autres perfonnages révérés de l'ançien
teftament .
Revenons au Poëme de Jofeph. L'ordonnance
en a toujours paru fage & bien conçue.
Le récit des événemens pallés hors le temps
de l'action, eft amené & diftribué avec adreffe.
Dans un des premiers Chauts , Joſeph raconte
à l'époufe de fon maître l'hiſtoire des
malheurs qui l'ont conduit en Égypte ; &
dans un des derniers , le jeune Benjamin lui
fait le recit touchant de l'affliction de Jacob
& des remords de fes enfans depuis qu'ils eurent
vendu leur frère.
L'action du Poëme commence lorfque Joſeph
eft efclave en Égypte avant les fept années
d'abondance , & elle ſe termine à la fin
des fept années de difette. Ainfi , on pourroit
croire qu'elle dura quatorze ou quinze
ans ; mais comme l'Auteur a évité de fixer le
nombre de ces années , l'imagination du Lecreur
eft maîtreffe d'en refferrer la durée. Les
Légiflateurs de la poéfie épique ont donné
pour règle que l'action d'un Poëme ne durât
pas plus d'une année , comme celle d'une
Tragédie ne doit pas durer plus de vingtquatre
heures. Mais il eft évident qu'une action
repréſentée doit être circonfcrite dans
des limites de temps fort étroites , & qu'I
n'y a pas de raiſon pour borner la durée du
temps d'une action racontée . L'unité d'action
feule eft néceffaire à l'Épopée , comme elle
l'eft à la Tragédie.
DE FRANCE.
167
Deux femmes jouent un affez grand rôle
dans ce Poëme. Sélima , que Jofeph devoit
époufer lorfque fes frères le vendirent , &
Zulica , l'époufe de Putiphir, Sélima eſt de
l'invention du Poëte ; car l'Écriture dit que
Jofeph époufa en Égypte la fille d'un Prêtre
d'Héliopolis. Zulica réunit les caractères de
Phèdre & de Didon . Le manteau de Joſeph ,
laiffé dans fes mains , devient l'inftrument de
fa vengeance , comme l'épée d'Hippolyte
dans les mains de Phèdre. Elle meurt de douleur
comme Didon , & fait des imprécations
contre Jofeph , pareilles à celles que la Reine
de Carthage exhale contre Énée. Il nous femble
cependant que ni fes imprécations ni ſa
mort n'infpirent le même intérêt , & parce
que fa vengeance paffee l'a rendue odieufe ,
& parce qu'elle n'eft pas Souveraine comme
Didon. L'Auteur a profité avec efpri de l'inimitié
qui s'éleva dans la fuite entre les Égyptiens
& la postérité de Jacob, pour imiter Virgile
; mais tout l'éclat de ce grand Poëte , en
fe réflechiffant de cette partie de l'Ouvrage
de M. Bitaubé , ne jette plus qu'une lumière
affoiblie , effet néceffaire d'une imitation trop
marquée.
Il a répandu beaucoup de fenfibilité dans
la reconnoiffance de Jofeph & de les frères.
C'étoit la partie la plus intéreffante du Poëme.
Métaftafe , qui a traité le même ſujet dans un
de ces petits Drames , tirés de l'Écriture-
Sainte , qu'on trouve en affez grand nombre
dans fes Ouvrages , y a mis auffi un pathé168
MERCURE
tique très touchant, & les Amateurs auront
du plaifir à le comparer à M. Bitaubé.
La profe de M. Bitaubé eft pure , foute-t
nue , poétique. Le merveilleux qu'il emploie
eft convenable au genre de l'Ouvrage. Il l'a
femé avec goût d'épifodes tirés , pour ainfi
dire , du fond de fon fujet. Telle eft la defcription
de l'intérieur des pyramides & celle
des fources du Nil. Tel eft encore ce culte
mystérieux que Jofeph , fait rendre au vrai
Dieu dans un temple qu'il lui élève , culte
dans lequel la pénétration du Lecteur démêle
l'origine de ces myſtères facrés , qui paſsèrent
de l'Egypte dans la Grèce . L'érudition de l'Auteur
ne le montre dans ces épifodes qu'avec
la fobriété néceffaire à un Ouvrage d'agrément.
En général , ce qu'on a le plus goûté dans
fon Poëme , c'eft une peinture fidelle des
moeurs antiques , ce font des tableaux touchans
de la vie champêtre , & une foule d'images
gracieufes empruntées de la Nature. Il
offre fouvent des beautés , du genre de celles
qu'on aime dans Gefner , jointes à une certaine
fageffe de goût , qui fait le caractère de
la faine Littérature Françoife , & relevées de
temps en temps par ces comparaifons nobles
& pittorefques , dont les Poëmes d'Homère,
offrent les premiers modèles . C'eft que l'Auteur
, François d'origine , habitant l'Allemagne
fa patrie, & ayant beaucoup vécu avec
Homère, a pu enrichir fon Ouvrage des beau
tés de la Littérature Grecque , Allemande &
Françoife ,
DE FRANCE. 169
Françoife , dont il a une connoiffance appro
fondie...
Juftifions ces louanges par la citation de
deux morceaux de l'Ouvrage , d'un ton &
d'un coloris differens.
Voici comment Jofeph trace le portrait de
Siméon , celui de fes frères qui contribua le
plus à fa perte.
"
"
99
D
Que je plains fur - tout Siméon ! quelque
affreufes que foient mes infortunes , elles
n'égalent pas encore les fiennes. Mes pre-
» mières années ont du moins coulé dans le
» fein du bonheur. Mais lui , depuis qu'il
refpire , il ne connoit que des fentimens
d'amertume. Quoi qu'éloigné de mes amis
les plus chers , je m'occupe de notre ten-
» drelle réciproque , & au comble des difgrâces
je goûte encore la douceur d'aimer.
» Mais l'amitié n'a jamais attendri Siméon ;
jamais les yeux ne versèrent de ces larmes dé
» licieufes que le coeur préfère au ris. Tou-
» jours fombre & chagrin , il cherche la fo
» litude . Sa noire chevelure augmenté la pâleur
naturelle . Bien qu'il foir jeune , les
» rides fillonnent fan front. Il n'a jamais
» chanté ni pris en main la lyre. Il voit les
fleurs & le lever de l'aurore fans atten-.
driffement. ",
99
"
و د
33
Jaceb , forcé par la famine de renvoyer
fes enfans en Égypte , & de leur confier le
jeune Benjamin , que le Miniftre d'Égypte
avoit demandé , réfifte long temps . Ruben ,
fon fils aîné , met tout en ufage pour obtenir
No. 12 , 24 Mars 1787 .
H
170
MERCURE
-
du vieillard ce fils bien aimé. « J'ai deux en-
» fans , lui dit- il , faites les mourir fi je ne
» vous le ramène . »
Nous étions prêts à critiquer ce paſſage ;
mais nous nous fommes rappelés
que le même paffage étoit dans la Genèfe ,
& le refpect nous impofe filence. Citons ,
pour finir , le difcours de Jacob à ſes enfans ,
en leur confiant le jeune Benjamin .
و ر
ود
Co
Allez , leur dit- il , vers cet homme qui
» arrache les fils aux pères. Malgré notre difette
, préfentez- lui ces productions , les
» meilleures de cette contrée. Reportez-lui
" le double de l'or qu'il a rejeté. Qu'il garde
» mon or & me renvoie mes enfans. Enfin....
ور
ور
و د
puifqu'il le faut.... prenez votre frère &
» partez . Faites connoître à cet homme puif-
» fant ma fituation malheureuſe. Dites - lui
» que j'ai perdu un fils qui tous les jours me
coûte encore des pleurs ; que le temps ne
» peut fermer cette plaie ; qu'en retenant
Siméon il l'a envenimée ; mais que s'il me
ravit Benjamin , je n'y pourrai ſurvivre.
Apprenez lui que Benjamin , fruit de ma
vieilleffe , & feul gage qui me reſte d'une
» époufe chérie , porte tous les traits de ce
fils qui n'eft plus , & l'a remplacé dans
mon coeur. Précipiteroit- il dans le tombeau
» un vieillard qui , fur le bruit de fes vertus ,
» le béniffoit de loin , aimoit à s'entretenir

"
33
"
""
de lui , & rendoit grâces au ciel d'avoir
DE FRANCE. 171
"
"
» donné un tel protecteur à l'Égypte & à fa
famille ? Que s'il trompe mon attente ,
» dites- lui que malgré mon âge , j'irai moi-
" même chercher Benjamin , qu'il verra cou-
» ler les pleurs d'un père ; & que s'il eft inflexible
, il me verra mourir à fes pieds.
"
99
و ر
و د
"
"
"9
"
&
-
Ruben , tu me l'as promis , fouvienst'en
; c'eſt à toi que je redemanderai ton
» frère. Écarte de lui jufqu'à l'apparence du
péril. Qu'il foit au milieu de vous comme
» un dépôt facré dont vous devez répondre.
» Environnez- le tous & fervez lui de défenfeurs.
Quand vous traverferez les forêts ,
prêtez l'oreille , & portez les yeux de
» toutes parts , afin de le garantir des bêtes
féroces , & qu'il n'ait point le fort de Jofeph.
Mes fils , je ne renouvelle pas d'an-
» ciens reproches ; mais vous n'aurez point
» ici de prétexte à m'alléguer. Vous ne pour-
>> rez point me dire que vous étiez éloignés ,
» que vous n'avez pas entendu fes cris , que
» je ne l'avois pas commis à vos foins. Je
20 le confie ; & fi vous ne le ramenez
Vous
point dans mes bras , j'attefte le ciel que
» je ne toucherai pas au bled qui fera le
prix de fon fang. Allez , que mon Dieu , le
» Dieu de mes pères vous faſſe trouver grâce
» devant ce Seigneur , & détourne de vous
tous les dangers. Cependant je demeurerai
feul , & je croirai avoir perdu tous mes
"
" fils . 39
Quel pathétique touchant dans ce morceau
! comme tout y eft animé ! avec quelle
Hij
172
MERCURE
vérité les alarmes de la tendreffe paternelle
y font peintes ! Un teldifcours , prononcé fur
nos théâtres dans une action dramatique , fe
roit fur les Spectateurs la plus profonde fenfation.
ESPRIT & Précis Hiftorique des Aſſemblées
de Notables , convoquées dans les diffé
rentes époques de la Monarchie , par M. le
Comte de Bacon. A Paris , chez Defenne ,
Libraire , au Palais Royal , 1787. 24 pages.
Prix , 12 fols.
Il eft des Ouvrages qui doivent toute leur
fortune aux circonftances , & qui ne pourroient
fe foutenir fans la faveur de l'à - proposs
avec cette obfervation que la durée de ces
fortes d'Ouvrages , eft prefque toujours en
raifon inverfe du bruit qu'ils ont fait dans le
noment. Comme ils ne font publiés que
pour diriger les opinions & éclairer les efprits
qui fermentent , il femble qu'ils doivent
paffer avec les motifs qui leur ont donné
naillance. On pourroit prefque comparer les
écrits éphémères qui paroiffent dans des
temps orageux , aux éclairs qui brillent & fe
croifent dans les rempêtes.
Mais il en eft pas ainfi des circonstances
où fe trouve la Nation ; les efprits y font
doucement agités ; ils éprouvent cette impul
fion unique qui leur a été donnée par le père
de la Patrie, & qui les fait tendre de concert
vers le bien général. S'ii eft viai qu'on puifle
DE FRANCE. 173
dire que le bonheur pour homme n'eſt
autre chofe que l'intérêt dans le calme , qui
mieux que nous doit ouvrir fon coeur à l'efpérance
?
Quand on jette un rapide coup d'oeil fur
Hiftoire de France , Fimagination eft prefque
tentée de compofer à chacun des fiècles
paffés une phyfionomie differente,, & de
lui donner des attributs convenables . Les pre
miers fiècles de notre Monarchie feroient de
vieux guerriers , portés par d'autres guerriers ,
& plus ou moins Lumis au pouvoir des Papes
& des Évêques. On fe figureroit le fiècle des
Croisades comme un vieillard qui , au cafque
& au glaive des Héros , joindroit le bourdon
du Pélerin & les coquilles de la Terre- Sainte
Le fiècle de la Ligue feroit fort bien repré
fenté par un Moine armé de toutes pièces ;
celui de la Fronde par le Cardinal de Retz
en perfonne. Mais le fiècle de Louis XIV
fetoit la figure la plus impofante , & emprunteroit
un peu la démarche majestueuse de ce
Prince. Il teroit à la fois entouré des attributs
de la guerre , de la dévotion & des beaux- arts.
Enfin, le fiècle où nous vivons , le préfenteroit
fous la forme d'un coloffe immenfe ,
embraffant les deux demi - mondes , chargé
des emblêmes de la tolérance , du commerce
& de la richelle. Si le mot liberté fut le ci
des deux plus grandes Nations de l'antiquité ,
( les Grecs & les Romains ) Europe entière
n'a plus aujourd'hui pour devife que le mot
propriété aussi les efforts des Princes & des
Hiij
174 MERCURE
fujets ne tendent plus qu'à maintenir cet
efprit univerfel qui affure à jamais l'exiſtence
& la foumiffion des uns , la puiffance & la
modération des autres ; & voilà pourquoi le
commerce & le calcul font l'ame du monde.
Sans difcuter jufqu'à quel point les opéra
tions du Gouvernement contribuent à mettre
ces principes dans tout leur jour , en affurant
la felicité publique , l'Auteur du Précis hiftorique
que nous annonçons , fe contente de
prélever dans toute l'Hiftoire de France , une
notice claire & détaillée de toutes les Affemblées
Nationales , depuis les premiers temps
de la Monarchiejufqu'à l'époque actuelle . Son
travail épargne des lectures longues & fatigantes
: fes réflexions font faines , modérées
& hors de toute conteftation : celle qui termine
l'Opufcule , peut fervir de preuve à ce
que nous avançons. « Il faut obferver , dit
ود
""
l'Auteur , combien les temps font changés ;
» l'autorité royale étant bien affise , & le plus
grand concert entre tous les Ordres de
l'État s'étant établi de manière à produire
» ce repos des efprits , qui eft le figne le
plus certain de la profpérité publique ;
» l'Affemblée des Notables peut , fans crainte,
» s'occuper d'une foule d'objets qu'il eût été
dangereux de nommer dans d'autres cir-
» conſtances.
D
ود
20 "
Nous ne pouvons donc qu'inviter nos
Lecteurs à fe procurer ce Précis hiftorique ,
qui a le double avantage d'une utilité intrin
sèque , & du plus heureux à propos.
DE FRANCE. 175
1
On trouve vers la fin de l'Ouvrage les vers
que nous allons citer , & qui prouvent combien
M. le Comte de Bacon eft pénétré des
intentions bienfaifantes du Roi , & juſqu'à
quel point l'amour & l'espoir du bien public
peuvent tenir lieu d'Apollon.
Ils renaiffent , ces jours à l'État falutaires ,
Où des peuples François les Rois furent les pères.
Louis vent confulter , par des organes purs ,
Les voeux de la patrie , oracles toujours sûrs :
Nos defits font les fiens ; fon âme citoyenne ,
De nos profpérités fera toujours la fienne .
Vous , dont il compte moins qu'il ne pèfe les voix ,
Sans doute vous faurez juftifier fon choix ,
Pourvoir à nos befoins , répondre à ſon eftime,
Montrer pour fes enfans quel amour vous anime.
Arbitre des deftins , Dieu protecteur des Lys ,
Que du meilleur des Rois les deffeins foient remplis !
Rends , par notre bonheur , fon âme fatisfaite ;
Et pour combler nos voeux , comble ceux d'Antoinette,
Hiv
176
MERCURE
VARIÉTÉ S.
DISCOURS où l'on difcute s'il faut
admettre les FEMMES dans les Sociétés
Littéraires , prononcé à l'Affemblée de la
Société Royale Économique des Amis dù
pays à Madrid, par M. Cabarrus , Membre
du Confeil des Finances de Sa Majefté
Catholique , & Directeur né de la Banque
nationale de Saint- Charles.
MESESSIEURS ,
PAR quelle fatalité viensaje ataquer encore des
réfolutions prifes à la pluralité des voix , & défendre
des opinions peu faites pour m'attirer des applaudi
femens ? Peut être la manie de me fingularifer &
d'éblouir par les faux brillars du fophifme , l'eme
porte en moi fur le defir fi naturel de capter la
bienveillance générale. Non , Meffieuss , je ne
érains point que ma conduite foit interprêtée ainfi
par quiconque m'aura vu incetlamment attaché à
la pourfuite du fantôme fédacteur de la gloire..
Ceux qui favent ce qu'elle coûte , n'imagineront pas
que j'aye voulu pe dre en un inftant le fruit des
travaux de plufieurs années.
I eft fi facil: de fe conformer aux idées reçues ,
d'orn.r , de faire valoir ce que tout le monde fent ,
quoique tout le monde ne puiffe le rendre , fi agréa
ble de recueillir les applaudiffemens , de prêter une
force nouvelle à ces affections qui fe lifent dans tous
les yeux , & repofnt dans tous les crurs , qu'on ne
DE FRANCE. 177
peut croire qu'un homme bien organisé fe refufe
de gaieté de coeur à tant de plaifirs réunis. Si donc il
le fait , s'il ofe lutter péniblement contre les fujets
mê res defquels dépendent fes fuccès , & cela avec
des armes auffi inégales que celles de la froide démonftration
& de la raifon contre l'empire de la coutume
& les fons de l'amour propre , on doit fuppofer
pour le moins qu'il eft de bonne - foi , qu'il
cède à la néceffité réelle ou imaginaire de dire des
vérités qui lai paroiffent unites , ou d : s'opposer à des
dangers qu'il regarde comme imminens.
Telle fat ma potion quand j'ofai m'élever contre
l'établiffement des Monts de Piété. Le feu de fuc
cès de ma réclamation refroidira peut- erre aujour
d'hui mon zěle . Ah Thomme foible de qui les dé→
goûts & les refus qu'il éprouve dans la défenſe de
la vérité peuvent rallentir le courage , ne mérite pas
le titre honorable de fon défenfeur. Quel que
puiffe être le fort de tous les avis que j'ouvrirai , je
ne cefferai de préfenter à la Société , tant que j'aurai
l'honneur d'en être Membre , tous ceux que j'eftimerai
utiles ; je parlerai quand ma confcience me dira ,
parle , sûr de trouver toujours dans mon coeur. la
juftification & le prix de mes efforts.
Je ne me diffimule pas la difficulté de ce que j'entreprends
, puifqu'il ne s'agit de rien moins que de
faire refufer aux femmes ce que la Société vient de
leur accorder , d'attaquer une loi en faveur de la
quelle milite le mérite des perfonnes qui y ont donné
lieu & l'ont motivée , & enfin de m'opposer à ce
fexe toujours redoutable dans l'oppreffion même
dont il fe plaint , & qui , d autant pins puiffant que
c'est par l'opinion qu'il domine , ne s'eft pas con
tenté de braver les loix dans toutes les époques ,
mais même a vaincu les Législateurs , en fe jouant
de leur vaine autorité. Ne vient-il pas encore au
jourd'hui fous nos yeux dans cette Affemblée ,
Hv
178
MERCURE
d'arracher à la vérité un Orateur accoutumé à la
faire triompher parmi nous , & de m'oppofer le
bouclier le plus propre à fufpendre les coups que je
voudrois porter à l'erreur , les égards dûs à l'amitié ?
Mais l'amitié me pardonnera ; j'attends la même
faveur du mérite indulgent des Dames qui ont donné
lieu à cette difceffion . Je me ferai un vrai plaifir de
ratifier le contrat en vertu duquel elles ont le droit
d'affift: r à nos travaux ; je croirai voir en elles les
Héros dont elles defcendent ; & fi je ne puis quelquefois
oublier leurs perfonnes & leur fexe , ce fera.
parce que fupérieures aux caprices frivoles qui ne le
font que trop remarquer , elles en ont gardé la douceur
& les graces avec les vertus du nôtre. Qu'elles
foient donc Affociées ces Dames , mais qu'elles te
foient feules ; fermons à jamais la porte àtout leur
fexe , & ne nous laiffons pas cacher les avantages
de la loi par les avantages d'un exemple.
Quand Rome , éblouie parl'éclat avec lequel Pompée
commençoit fa carrière , & pleine d'enthouſiaſme
& d'efpoir pour un mérre prématuré , s'écartoit des
règles , dérogeoit aux loix , & entaffoit les honneurs
& les diftinctions fur une feule tête , elle rendoit
peut être juftice à ce jeune homme extraordinaire ;
mais elle préparoit , fans le favoir , les horreurs du
Triumvirat qui l'afſervit.
C'eft ainfi que les égards dûs à des femmes faites
pour illuftrer & feconder la Société, peuvent y amener
demain l'introduction des perfonnes de leur fexe,
néceffairement liée à la deftruction de cette même
Société.
Non , Meffieurs , je ne fépare point ces époques;
la même qui verra introduire de nouvelles Affociées
dans nos Affemblées , verra ces Affemblées d'abord
inutiles , bientôt nuifibles , & enfin fupprimées ; &
quand le rifonnement ne confii meroit pas ce pronoftic
, quand toutes les inductions tirées de la confDE
FRANCE. 179
titution de ce Corps , du caractère des femmes & de
l'état actuel de nos moeurs ne le fortifieroient pas
croirions - nous intervertir impunément l'ordre aufli
ancien que le monde , qui les a exclues toujours &
par-tout des délibérations publiques ?
:
A la bonne heure , que les Poëtes & les Voyageurs
nous chantent leurs Amazones menfongères ; l'Hiftoire
ne reconnoît point de ſemblables Républiques ;
au contraire , elle nous repréfente ce fexe efciave
fur une moitié du Globe & réduit (ur l'autre à l'empire
qu'il ufurpe clandeftinement ſur notre foibl.ffe ;
mais que dis-je ? l'Europe a vu des ames extraordinaires
& viriles qui font honneur à la nature humaine
une Ifabelle de Caftille , une Élifabeth
d'Angleterre , une Marie - Thérèſe , une Catherine !
Qu'on me dife fi ces Héroïnes ont communiqué
leurs projets à d'autres femmes , fi elles leur ont confié
quelque autorité ? Non fans doute ! Dignes de
régner fur notre fexe , elles connoiffoient le leur ,
& lui faifoient juftice en le réduifant aux emplois
domestiques pour lefquels la Nature paroît l'avoir
deftiné. Nous avons le bonheur de pofféder une
Princelle qui promet d'égaler & peut être de furpaffer
de fi grands modèles par l'élévation de fon
génie & de fon ame, comme par l'excellente éducation
qui a perfectionné en elle les riches dons de la
Nature.... Eh bien , Meffieurs , il eft facile d'abré
ger les difcuffions ; j'en appelle à fon Alteffe *,
qu'elle décide la Société doit admettre des femmes
à fes Affemblées .
En effet, pour quelques- unes que nous voyons
accoutumées aux grandes combinaifons , & occu
pées à fe former à l'habitude de la méditation , de
Îa conftance & du fecret , comment pouvons- nous
Dona Louife de Bourbon , Princeffe des Afturies.
H vj
180 MERCURE..
nous diffimuler la vivacité pétulante , les caprices ,
fa frivolité & les petiteffes qui paroiffent entrer néceffairement
& comme parties élémentaires dans la
conftitution du plus grand nombre des individus de
ce fexe? "
A quelle époque le prendrons- nous pour lé.
trouver utile? Je me flatte bien que nous n'afpiruns
pas à l'emploi difficile d'élever fon enfance , puifque
nous tomberions dans l'alternative de perdre un
temps précieux , ou de former des femmes qui
feroient en même temps la rifée & la condamnation
des autres.
Quand les admettrons- nous done ? Sera - ce à
cette époque fi dangereufe , où paffant de l'enfance à
l'adolefcence , un intérêt unique , irréfiftible & le
plus grand de leur vie , abforbe toutes leurs affections
& toute leur existence ? Ferons - nous de la Société
Economique un théâtre où la Beauté encore
rimide vienne faire briller à nos yeux les premiers
rayons , effayer fes armes & s'accoutumer à la victoire
Ah , fans doute , ce ne peut être qu'un ennemi
des femmes , un homme ( je ne fais fi je dois
dire heureux ou infortuné ) , vivant dans l'ignorance
abfolue de leurs charmes , ou privilégié du Ciel
pour leur réfilter , qui puiffe expofer notre Société à
un fi grand péril. Le Sage eft plus prudent ; il fe connoit
, il confulte fon coeur , & fuit un combat cu il
doit craindre de refter vaincu , puifqu il le defire.
Si les femmes , dans ces deux périodes de leur vie ,
Fenfance & l'adolefcence , font embarraflan es o
dangereufes pour ce Corps dont l'intérêt m'occupe ,
quel mal ne lui feroient- elles pas fi nous les confidérions
dans l'état de mariage , occupées à fe dégager
des obligations les plus indifpenfables de leur
fex ? Je n'ignore pas . Meffieurs , le ridicule qu'il a
plu au vice de jeter for les maximes qui le con-
Jamnent. Je fais vomme un autre les noms polis &
3
fance qu'elle infpire pour le Souverain qui a bien voulu
la convoquer & la préfider ». Courier de l'Europe , nº 19 .
La feconde féance s'eft tenue le Vendredi 23 : M. de
Calonne n'a pu s'y rendre que fort tard , parce que quel .
ques Commis de fes bureaux , qui avoient été chargés
de copier pendant la nuit plufieurs mémoires , s'étant
endormis , le feu a pris aux papiers qui etoient fur leurs
bureaux on s'en eft apperçu à cinq heures du matin ;
& alors il a fallu employer vingt Ecrivains de Verfailles
, qui , malgré toute l'activité qu'ils ont pu mettre
à copier , n'ont achevé ce travail qu'à onze heures trois
quarts.
Voici ce qui s'y eft paffé :
Monfieur & tous les Membres de l'Affemblée ayant
pris féance , fuivant l'ordre du Roi indiqué par le Grand-
Maître des Cérémonies , M. le Baron de Breteuil , P.emier-
Commiffaire du Roi , a dit :
<< Meffieurs , de grands évenemens immortalifent le
regne du Roi , & la maniere dont fa fageffe les a conduits
a merité l'admiration & la reconnoiffance de fon
peuple & des Nations étrangeres ; mais un autre genre
de gloire eft plus cher encore au coeur de Sa Majette ;
c'eft le perpetuel accroiffement de la profperité intérieure
de fon Royaume. Elle vous a , Meffieurs , appelés
auprès d'elle , dans le deffein de vous affocier à des vues
fi bienfaifantes & fi magnanimes , & nous a chargés de
vous les faire connoître ; M. le Contrôleur - Géneral va
vous en faire part ».
M. le Contrôleur - Général a ensuite pris la parole , &
lorfqu'il eut fini de parler , Monfieur , après avoir la ué
l'Affemblée , affis , a dit :
«Meffieurs , d'après ce que M. le Contrôleur- Général
vient de nous dire des objets sur lefquels il nous ett
facile de juger de leur importance , il eft poffible que
quelqu'un de nous soit intimidé par leur grandeur :
mais quelque défiance que chacun en particulier puifle
avoir de fes propres lumieres , je crois qu'il eft effentiel
de n'appeller aucun fecours étranger. Lorfque les
délibérations d'une affemblée ſe répandent au - dehors ,
chacun en raisonne à fa maniere ; & ces raisonnemens ,
fairs ans aucune con fandin
3
tiere , ne peuvent que jetter du doute & des nuages
dans l'efprit de ceux qui doivent s'en occuper effen .
tiellement. Je penfe aonc qu'il eft bon , quoique le
Roi ne nous fait pas expreffément ordonné , de garder
le fecret fur ce qui fe paffera , tant dans nos Affemblées
générales que dans nos Affemblées particulieres :
ou , fi nous ne pouvons éviter d'en parler dans le
monde , de nous abftenir au moins d'aucun détail.
C'eft la conduite que je me propofe de tenir ;
& je ne puis , Meffieurs , que vous exhorter d'en agir
de même.
Ainfi s'eft terminée la feconde Séance , à deux heures
& un quart ». Gazette de Leyde , nº. 12 .
Difcours de Monfeigneur Comte d'Artois , prononcé à l'ouver
ture du Bureau préſidé par Son Alteſſe Royale.
Vous allez examiner avee détail les importans projets
fur lefquels le Roi veut bien nous confulter. Je connois
votre zele & votre patriotisme , & je ne doute pas
des marques diftinguées que vous en donnerez dans une
occafion auffi intéreffante. François comme vous , fujet
comme vous , je répondrai à la confiance que le Roi
mon frere nous témoigne par la plus entiere franchife
& la plus parfaite foumiffion aux ordres qu'il voudra
nous donner pour le bonheur de fes Peuples & la gloire
de fon regne. Mais , Meffieurs , ces fentimens font trop
profondément gravés dans vos coeurs , pour qu'il me
foit permis de chercher à les y faire naître ». Gazette
d'Amfterdam , n° . 20.
N. B. On ne garantit ni la vérité , ni l'authenticité d'aucune de ces
Nouvelles.
SUPPLÉMENT à l'Article de Paris , compojé des
nouvelles tirées des Gazettes & Journaux étrangers qui
entrent en France.
24 Mars 1787.
Difcours de Monfeigneur le Garde des Sceaux , prononcé à la
premiere Affemblée des Notables , le Jeudi 2 Février,
dernier.
» SA MAJESTÉ , depuis fon avénement , n'a ceſſé
de s'occuper des grands intérêts de fon Royaume ; les
événemens de fon regne en font une preuve. Les Tribunaux
rétablis dans leur premier luitre , la fidélité à
tous les engagemens des regnes précédens , une marine
établie , la liberté des mers affurée , une paix folide ,
ayant terminé une guerre honorable , le commerce
favorifé , étendu par des Traités ; les encouragemens
donnés à l'Agriculture , la paix affurée à l'Europe par
l'appareil de la puiflance & la fageffe de la médiation :
tel eft le tableau qui doit inſpirer à la Nation la plus
grande confiance & la plus grande reconnoiffance. Mais
il reftoit à Sa Majefté de remédier à des maux faits
pour affliger fon coeur , & de concilier ce que les befoins
de l'Etat exigent , avec le defir qu'elle a toujours eu de
foulager fes Peuples. Sa Majefté , dès le commencement
de fon regne, a montré , par les retranchemens qu'elle
a faits dans fa propre maifon , fon amcur pour fes
peuples . Les projets qu'elle fera communiquer a cette
Aflemblée en feront un nouveau témoignage . Elle attend
avec confiance de tous les Ordres , des obfervations qui
porteront également l'empreinte du zele & de la reconnoiffance.
Miniftres éclairés d'une Religion dont elle veut toujours
être le foutien . Vous , accoutumés à verfer votre
fang pour la défenfe de l'Etat & de la Patrie , & qui
devez aux actions de vos ayeux , votre illuftration
vous lui offrez encore la fageffe de vos avis lor qu'elle
vous appelle à fes Confeils . Magiftrats , chargés d'une
des fonctions les plus effentielles à l'autorité fouveraine ,
& de la noble prérogative de faire parvenir jufqu'au
Trône les befoins des Peuples. Vous , Députés des différentes
parties du Royaume , vous la fecondez tous
2
dans les vues paternelles qui l'animent pour le bien
d'une Nation diftinguée par l'amour réciproque du Souverain
& de fes Sujets ».
M. le Garde des Sceaux ayant achevé fon Difcours ,
s'approcha de Sa Majefté pour lui demander la parole
pour M. le premier Préfident du Parlement de Paris ,
qui parla en ces termes :
SIRE ,
« Le bonheur de vos Peuples a toujours été l'objet du
coeur paternel de Votre Majefté. Votre avénement au
Trône fut fignalé par votre amour pour la juftice & pour
la fidélité des engagemens de votre Etat. Tous les moments
de votre Regne ont été marqués , Sire , par votre
amour pour vos Sujets. Après leur avoir procuré une
paix glorieufe , rétabli la tranquillité de l'Europe , &
calmé par l'apparcil de votre puiffance , ou par l'appui
de votre médiation , tout nouveau fujet de diffenfion &
de trouble , les foins de Votre Majefté fe font portés ,
Sire , vers le projet depuis long - tems arrêté dans les
réfolutions de votre fageffe , de vous mettre en état de
procurer le foulagement de vos Sujets . Un plan préfenté
comme capable de contribuer à ces vues de bienfaifance
, intéreffe auffi -tôt Votre Majefté , toujours
portée à ce qu'elle croit pouvoir tendre à leur bonheur.
Puiffe , Sire , l'efprit d'ordre & d'économie , dont
Votre Majefté eft animée , pénétrer dans toutes les
branches de fon adminiſtration , & montrer à la France
& à l'Univers , combien Votre Majesté eft occupée du
bonheur de fes Peuples & de la profpérité de fon
Royaume ». Gazette de Leyde , n° . 20 .
Ce Magiftrat ayant fini de parler , M. l'Archevêque
de Narbonne fe leva , & dit :
SIRE ,
« Si nous avions pu prévoir que quelqu'un dût élever
la voix dans cette Allemblée , pour offrir à Votre
Majefté des remerciemens &c des hommages , le premier
Ordre de votre Royaume fe feroit fait un devoir & une
gloire de n'être prevenu par perfonne. Nous fupplions
Votre Majefté de nous permettre de mettre à fes pieds
Ja premiere impreffion que fait naître dans nos coeurs
le fpectacle auffi augufte qu'impofant de cette Aflemblée
, & fur - tout la vive & refpectueufe reconnoifDE
FRANCE. 181
agréables fous lefquels on déguiſe chez nous l'adultere
, la coruption , le libertinage le plus effréné &
l'oubli de toute décence , Mais la mode & les tectateurs
étoufferont- ils la voix de la Nature qui a affujetti
les femmes au joug facré de la modeftie & de la
pudeur ? Pourront ils anéantir les rapports immua.
bles de toutes les Sociétés, qui leur ont impofé comme
un devoir de Citoyennes, la fidélité conjugale , le foin
de leurs enfans , & enfin une vie domeftique & retirée
? Madrid ne manque point d'exemples illuftres
de ces vertus. J'ai vu plufieurs fois , & avec quelle
vénération & quel enthouſiaſme ! une femme de
condition qui , après avoir partagé toutes les heures
du jour entre la Nature & la Religion , jouiffoit le
foir , entourée de la mère , de fes frères , de fon
mari & de fes enfans en bas âge , du plaifir de ſe
Evrer encore à ces foins fi doux de la Nature , en alfaitant
elle même un enfant dont la charmante
figure, rayonnante de fanté & de joie, réfletoit fur fes
traits animés de la plus douce fatisfaction , l'éclat de
la vertu & de la beauté. La paix , l'union , le reſpect
& l'amour de tous les témoins de ces euvres auguftes
, la dédommageoient bien fans doute des p'aifirs
frivoles & infipides que fon aine conjugale &
maternelle a fu dédaigner. Nous irons peut- être
propofer à cette femme illuftre & aux Dames qui
fui reffemblent, d'abandonner cette véritable dignité
pour le plaifir de venir occuper une place dans nos
Affemb es ? Je réponds en leur nom jole affirmer
des à préfent qu'elles ne le voudroient pas . Sans
doute quelques femmes pouvoient être utiles à la
Société des Amis du pays , ce feroit celles qui mé
ritent fi bien du leur ; je vous le répète , Meffieurs
elles fe garderoient de condefcendre à nos demandes.
La mère des Gracques , fatisfaite d'avoir nourri pour
la République des enfans qui lui fiffent honneur , ne.
voulut jamais participer aux bruyans applaudifle
182 MERCURE
mens qu'on leur prodiguoit. Mais j'entends , nous
ne compterons point au nombre de nos Membres
ces Dames refpectables & d'une vertu auftère. Nous
leur préférerons celles qui , fuivant une méthode oppofée
, vont par tout , y donnent le ton , & font
l'objet des converfations ; elles viendront perdre
dans la Société une partie du loifir qui leur refte !
Eft-il poffible , Meffieurs , que des hommes fenfés
tombent dans une erreur fi abfurde & fi groffière ,
que d'efpérer que des femmes qui ne font point
amies de leur maifon propre , le foient du pays , &
de regarder comme des Citoyennes dignes de ce
nom , celles qui dédaignent les devoirs de mère &
d'époule.
Suivons les femmes dans le cours de leur vie ;
venons à cet âge où, perdant les graces de leur fexe,
elles paroiffent en quelque manière plus propres à
contracter les vertus du nôtre , c'eft quand elles fe
trouvent établies dans l'eftime ou le mépris public en
raifon de la conduite de leur jeuneffe . I lufieurs , j'en
conviens , pourroient alors rendre fervice à la Société
; mais quitteront- elles cette retraite qui d'abord
d'un devoir pour elles , eft devenue une confolation ?
Quant aux autres , nous chargerons- nous de remplir
le vide effrayant d'une vieilleffe fans confidération
, & trop heureufe que des remords ne la difpu
tent point au mépris ? Ah ! fans doute , la Religion &
la Philofophie accoutument à refpecter les ravages
du temps ; mais quel oeil peut fe faire à ceux des
paffions & du défordre.
L'exclufion donnée aux femmes dans toutes les
délibérations publiques eft donc fondée , comme on
le voit , fur des raifons prifes de leur fexe même.
Examinons maintenant fi la forme particulière de
ce Corps les affoiblit.
La Société augmente le nombre de fes Membres .
Eh ! Mellieurs , n'eft - il pas déjà trop confidérable ?
DE FRANCE. 183
N'eft- ce pas un de ces vices conftitutionnels dont
tout le monde fe plaint , parce que tout le monde les
fent. La concorde , l'ordre la gravité , la sûreté des
délibérations , les progrès des lumieres & des Arts
ne dépendent-ils pas de la fuppreffion de cet abus
fatal ? Quoi, nous ne pouvons nous entendre parfai- ·
tement entre hommes, & nous appelons des femmes ;
pourquoi faire? Pour arrêter des puérilités qui faffent
méprifer notre régime par les Tribunaux , pour faire
perdre à la Société l'influence qu'elle a peut-être fur
le bonheur de la Nation , pour écrire des mémoires
fur des fujets qui exigent des connoiffances que les
femmes n'ont pas , ou des fpéculations pratiques
dont il feroit indécent qu'elles fe mêlaffent ? Seroit-ce
encore pour qu'elles vinffent , fans inftructions préliminaires
, voter fur quelque fujet dont elles fe
feroient engouées , & ajouter ainfi au tumulte de nos
délibérations en pareil cas une prépondérance funefte ?
Je l'avouerai , plus j'approfondis cette queftion , plus
je fuis pour la négative ; en un mot , je ne vois pas
un point, pas même un feul , dans lequel les femmes
puiffent être néceffaires ou feulement utiles dans
la Société.
Mais , va-t-on m'objecter , elles contribueront de
leur bourfe : à cela je réponds , celles qui font vraiment
généreuses n'ont pas befoin de cet aiguillon
pour le déterminer à faire le bien , & je ne crois
pas que nous devions acheter fi cher les bienfaits des
autres. Sur toutes chofes n'élargiffons pas nos bleffures
, n'achevons pas de ruiner ce Corps en facrifiant
, comme on l'a fait jufqu'à préfent , fes véritables
intérêts à l'idée miférable d'augmenter fes
fonds par l'aumône des contributions : féparons- nous
fi nòus fommes inutiles. Si l'État qui nous a fondés
tire quelque utilité & peut en efpérer une plus grande
de notre plus grande union , laiffons - lui le foin de
nous doter & de nous ſecourir , c'eſt à lui ſeul qu'il
184 MERCURE
appartient de le faire. Les reftrictions que la Société
a mifes à l'admiffion des femmes , prouvent affez
qu'elle n'a pu fe diffimuler une partie des inconvé
niens dont e viens de tracer la lifte eff ayante ;
mais qu'il me foit permis d'ajouter que les reftrict ons
caractérisent l'effence d'une loi vicieufe ; les bonnes
font celles qui , envifagées fos le plus grand nom
bre d'afpect poffibles , préfentent auffi le plus grand
nombre d'avantages , tandis que les mauvaifes ne
féduisant que fa ce qu'elles paroiffent avoir l'utilité
du moment, cxigent qu'on les motifie , qu'on les
reflreigne , ou , ce qui eft pis , qu'en 1s abandonne
à la volonté arbitraire de ceux qui doivent les exécu
ter , en leur laiffant la liberté de les interpréter à
leur gré , pui qu'elles fe trifent dans la plupart des
cas , qui reftant ainfi indéterminés.
Si ma définition eft exacte , comment pourra - t-on
regarder comme bonne une difpofition, qui fouvent
ne le fera que dans l occafion particulière qui y aura
donné lieu, & qui dans d'autres circonftances devien
dra nuifible ou utile , felon l'ufage qu'en feront
ceux à la volonté defquels l'interprétation en fera,
remife ? Si l'on le foit fur ce point délicat non- feulement
as Directeur de la Société , mais aux fujets
illuftres & diftingués qui la préfident , mes inquiétudes
feroient fans fondement , je l'avone ; mais pourquoi?
parce que l'admiffion dont je me plains , quoique
poffible, n'auroit pas lieu.
Mais ce Corps a- t il toujours été auffi beureux ,
ou doit- il fe fatter de l'être ? Ne pet -il donc arri
ver , ce qu'à Dieu ne plaife ! que la pufillanimité ,
la condefcendance , le defir de capter la bienveil
lance ( je paffe fous filence d'autres motifs bien moins
excufables ) ufurpens cette place que rempliſſent au
jourd'hui le patriotisme , la conftance inébranlable
& la véritable fageffe ? Je fouhaite m'abufer ; mais
je crois pouvoir prédire qu'il ne fe paffera pas cing
DE FRANCE.
185
ans fans que la Société foit envahie par les femmes ,
& avec elles par tous les inconvéniens que j'attache
à leur admiffion . On dit qu elles n'affilteront pas,
Pourquoi done leur en donner le droit ? Pourquoi
les joindre à tant d'Affociés qui ne ſe rendent aux
Affemblées qu:
Can nd ils devroient s'en abftenir le
plus foigneufement , c'eft - à - due , qu'en qualité de
protecteurs ou de zélateurs de telle ou telle perfonne
, de telle ou telle motion qui les intéreſe ?
Qu'on voie la chofe comme on le voudra , le privilège
accordé aux femmes eft ou préjudiciable ou
inutile , & dans les deux cas on doit le retirer , en ſe
bornant à accorder le titre d'Affociées honoraires à
celles qui méritent cette diftinction , & favent l'ap
précier.
Voilà ce que je propofe de faire dès à préfent ,
perfuadé que l'exception en faveur des Dames dont
Padmiffion a donné lieu à cet examen , & qui font
difpenfées à tant de titres de faire caufe commune
avec le refle de leur fexe , en fra d'agrant plus ho
norable . Sa fiffons foccafion qu'un mal fournit de
dai fubftituer un bien .
J'opine donc pour un changement dans la forme
de réception.
L'adimiffion des Membres telle qu'elle fe pratique
érant un des plus grands vices de la Société , je voue
drois que les propofitions & filent par écrit , &
paffaffent fous les yeux d'un Comité composé des
Directeurs actuels , de ceux qui l'ont été , da Cent
feur & du Secrétaire des Claffes , afin qu'on pût rejeter
on admettre par des vores fecrettes , fans encout.r
l'animofité des perfonnes ex lees.
Si l'on réullit par ce moyen ou par quelqu'autre à
arrêter le cours d'un abus fi langereux , les femmes
qui , fans s'être introduites dans la Société , fort
-pourtant parvenues à troub'er par trois fois la tramquillité
fi néceffaire à fes méditations fur le bien
186 MERCURE
public , fur les Monts de piété , fur l'article de Flo
rès les femmes , dis-je , lui auront fourni , pour peu
qu'elle veuille en profiter , l'occafion inappréciable
de faire certe utile réforme, & de préfenter au Pablic
une idée importante pour tous les Gouvernemens
modernes , la néceffité de réprimer l'influence
de leur fexe , & de perfectionner le nôtre.
LETTRE au Redacteur du Mercure.
EN plaçant , Monfieur, à la fin du Mercure de ce jour,
le Difcours préliminaire du Tableau général de l'Empire
Ottoman , vous avez preffenti que ce morceau
fixeroit l'attention des Hommes d'État , des Philofophes
, & de tous ceux qui , dégoûtés des compilations
& des innombrables inutilités qui accablent
aujourd'hui les Lettres , cherchent des lectures propres
à ajouter quelque chofe à leurs connoiffances .
L'immenfité de l'entreprife de M. le Cheval er de
Mouradgea , plus de vingt années confacrées à des
recherches auffi pénibles que difpendicules , le
nombre des matériaux qu'il a fallu raffembler , arracher
en quelque forte à force de patience & de
travaux , la néceffité de les mettre en ordre , de les
foumettre à une longue méditation , d'éclaircir à
tout inftant & les doutes & les obfcurités , la double
tâche de développer à -la- fois la Légiſlation &
l'Hiftoire Ottomanes en préfentant le tableau
de la Nation fous tous les rapports , enfin un plan
fi vaſte exécuté dans toute fon étendue , doivent mériter
à l'Auteur la reconnoiffance de l'Europe entière.
C'est ici un Ouvrage abſolument neuf Dans aucune
Langue de l'Europe il n'exiftoit fur les Ot
tomans un Livre digne de la moindre confiance.
1
DE FRANCE. 187
Leur Légiflation nons étoit tellement inconnue, qu'on
n'a ceffé de dire & de répéter que toutes les Loix
Muſulmanes ſe trouvoient dans le Cou'raμn ; &
ceux qui en lifoient de mauvaiſes traductions.
s'imaginoient fauffement connoître
à fond la Jurifprudence générale & particulière
de l'Empire. Quant à l'Hiftoire , les notions de
l'Europe n'étoient guères moins imparfaites. Dans
aucune d'ailleurs on n'a réuni ce qui eft inféparable ,
favoir l'expofé des révolutions du Mahométifme &
celles de l'Empire Ottoman. M. le Chevalier de
Mouradgea a fupplée à cette omiffion. Son Ouvrage
embraffe également & les Annales fi difficiles
à débrouiller de l'Orient fous les différentes Dynafties
de Califes , & celle des fucceffeurs de ces Pontifes
, qui depuis tant de fiècles règnent à Conftantinople.
Il y avoit dans ce travail autant de préjugés &
d'erreurs à détruire , que de vérités inconnues à établir.
On fent aisément que l'article des moeurs , des
coutumes , des ufages , du caractère national , &c.
ne pouvoit être traité que par un Homme, témoin
depuis fon enfance jufqu'à l'âge mûr, des faits qu'il
développe , & ayant porté à leur obfervation pendant
très long- temps toutes les forces de ton efprit.
Les circonstances qui ont rendu poffible l'exécation
de ce grand Ouvrage , ne fe représenteront probablement
jamais ; & faus la réunion de toutes ces
conjonctures une pareille entrepriſe avorteroit rou
jours. On peut croire que le bafard ne reproduira
pas deux fois un étranger en état , par fa pofition,
d'acquérir à Conftantinople les lumières néceffai es ,
& qui en même- temps ait le defir & le courage de
les publier.
Sur aucune Nation ancienne ou moderne il
n'existe de Recueil aufli univerfel que celui de M.
le Chevalier de Mouradgea fur les Ottomans. Auffi
1
1
183
MERCURE
.
après la publication de cet Ouvrage , ce Empire,
dont la deftinée fixe les rega ds de l'Europe , nous
fera-t-il nieux connu que ne le font plufieurs Nations
de l'Occident & du Midi de l'Europe.
Le Difcours préliminaire que l'Auteur vient de
publier, eft le frontifpice de fon Livre , il n'a rien de
commun avec les Profpectus ordinaires , où dé
vaines paroles & de vains éloges abuſent je Public ,
& fervent la cupidité d'un Libraire . L'étendue de
ee Difcours eft proportionnée à importance de
l'Ouvrage , dont il fait connoître tres en détail le
caractère , la méthode , les autorités , les divifions.
Mais il eft temps d'y renvoyer vos Lecteurs ;
ils jufs
tifieront, à ce que j'efpère , l'opinion que j'ai cherché
à leur en donner.
Paris , ce 18 Mars 1787.
MALLET DU PAN .
ANNONCES ET NOTICES.
des
ONNa mis en vente à l'hôtel de Thon ," rue
Poitevins , le Tome Quatrième de l'Hiftoire des
Minéraux , in -4 ° . , par M. de Buffon. Prix , If iv.
en blanc , 15 liv. 10 fol broché , & 17 liv. relé.
Les Tomes feet & huit du même Ouvrage in-12 .
Prix , 6 liv en blanc ou broché , 7 liv. 4 fols relié.
Ces Volumes terminent cette grande partie de
Hiftoire Naturelle
Les deux derniers Volumes de la Bible in- 8 °.
imprimés par ordre du Roi pour l'éducation de Mgr.
le Dauphin . Pris , 20. liv. brochés . A Paris , chez
DE
189
FRANCE.
1
Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire, rue Pavée- Saint-
André.
Les mêmes pour l'Édition dédiée au Clergé , fur
papier vélin . Prix , 20 liv. brochés.
Les huit Volumes fur papier vélin , Édition du
Dauphin , ou Édition du Clergé , font actuellement
de 96 liv, pour les Perfonnes qui n'ont pas pris à
mefure les Volumes de ces deux belles Éditions.
On a tiré de la Bible dédiée au Clergé fur papier
grand raifin : les huit Volumes reliés en veau font
de 40 liv.
?
ORDONNANCE de la Marine du mois d'Août
1681 celle de François Premier donnée à Villers- Cotterets
en 1539. celle de Charles IX donnée à Or◄
léans en 1 560 , & Lettres-Patentes en 1571. A Paris ,
chez Leboucher , Libraire . quai de Gêvres,
Ces trois Ordenances font les Tomes IX , X &
XI du Recueil Manuel´ou Conférences des Ordonnances
, format in - 32 . Prix de chacune 1 liv . 10 fols
reliée , & 1 liv 5 fols brochée,
I
On a fait tirer quelques Exemplaires de cette Col
lection fur papier de Hollande,
Chique Volume fe vend féparé 3 liv. 12 fols
broché, & 5 lv. telié en maroquin,
COLLECTION des Auteurs Anglois en Anglois ,
propofée par infcription , A Paris , chez Piffor , Lis
braire , quai des Auguftias.
Le fieur Piffor n'ignorant point que plufieurs Perfonnes
ont quelques -uns des Livres énoncés dans le
Profpect is de cette Collection , fentant combien il
feroit défagréable pour elles de les avoir doubles
il croit devoir prévenir que l'on eft libre de foufcrire
pour quelques uns des Ouvrages indiqués à la
fin du Profpectus, fans être obligé de prendre la Cal-
Lection entière , pourvu néanmoins que ce ne foit
190 MERCURE
pas pour un feul article. Il faudra feulement marquer
au bas de la foumiffion les Ouvrages pour lefquels
on s'infcrit.
PETITE Bibliothèque des Théâtres , Numéro 2 ,
quatrième année .
Ce Volume , le fixième des Comédies du Théâtre
Italien , contient quatre Comédies : Le Portrait , les
Effets du Dépit, & les Amans réunis de Beauchamps,
& Amant Auteur & Valet de Cérou .
> C'eft actuellement chez Belin Libraire ,
rue Saint Jacques , & Brunet , place du Théâtre
Italien , que l'on foufcrit pour cet Ouvrage. Les
Perfonnes qui auront quelque chofe de particulier à
communiquer aux Rédacteurs , font priées de l'adreffer
, , port franc , au Directeur & l'un des Rédacteurs ,
rue Neuve des Petits- Champs , n . 10 , près la rue
de Richelieu .
ODE à la Nation , in-4°. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez les Marchands de Nouveautés.
PREMIER Intérieur de Ferme ;
rieur de Ferme ;

-
Second Intélejoli
petit Serin & la petite
Guerre , quatre Eftampes faifant pendans , gravées
en couleur par Mixelle le jeune . Prix , 1 liv. 10 fols
chaque. A Paris , chez Pavard , rue Saint Jacques ,
n°.· 340.
CARTE réduite de la Carte générale de l'Empire
d'Allemagne , par M. Chauchard , Capitaine d'Infanterie
, & Ingénieur Militaire de Mgr. Comte
d'Artois.
Cette Carte,deftinée à raffembler fous un feul point
de vue toutes les grandes divifions de la Carte générale
de l'Empire d'Allemagne , & pour fervir à en raffembler
les neuf feuilles , eft cependant dreffée avec
DE FRANCE. 191
affez de foin & d'exactitude pour pouvoir fervir
particulièrement de Carte générale à ceux à qui
les grands détails ne font pas néceffaires , & les principales
divifions y font traitées avec plus de foin &
de détails que dans toutes cakes qui ont paru juſqu'à
préfent. Cette Carte ſe vend chez Dezauche , Geographe
, rue des Noyers , & chez le Suiffe de l'hôtel
de Noailles , rue S. Honoré.
SANDFORD & Merton , cinquième Partie.
Cet Ouvrage , deftiné aux Enfans , doit former
avec l'Hiftoire du petit Grandiffon douze Volumes ,
dont il en paroît cinq actuellement. Le prix de la
foufcription eft de 13 liv. 4 fois pour Paris , & de
16. liv. 4 fols pour la Province port franc par la
poſte. On ſouſcrit à Paris , au Bureau de l'Ami des
Enfans , rue de l'Univerfité , au coin de celle du
Bacq , nº . 28. S'adreſſer à M. Leprince , Directeur.
-

LA Nature confidérée fous fes différens afpects
ou Journal d'Hiftoire Naturelle , par une Société de
Gens -de- Lettres , & mis en ordre par M. l'Abbé
Bertholon , de plufieurs Académies , & par M. Boyer.
A Paris , chez Periffe , Libraire , Pont S. Michel.
Il paroît deux Neméros de ce nouveau Journal,
Le nom de M. Bertholon doit prévenir en faveur de
la rédaction .
JOURNAL de Violon , dédié aux Amateurs , Numéros
2 & 3 pour deux Violons ou deux Violoncelles
, compofé d'Airs nouveaux de toute eſpèce ,
dont quelques-uns avec variations , & pouvant s'exé
cuter fur un Inftrument ſeul , douze Cahiers par an.
Prix, 2 liv. chaque. Abonnement 5 & 18 liv A
Paris , chez M. Bornet l'aîné , Profeffeur de Mufique
& de Violon , rue Tiquetonne L. 10.
192 MERCURE
I
NUMEROS 1 & 2 du Recueil d' Airs nouveaux
François & Etrangers , ou Journal de Violon , Flûte ,
Alto & Baffe , par MM . Cambini , Chap: lle , Vanderhagen
, Bruni , &c. un Numéro par mois . Prix ,
3 liv. chaque. Aboan : ment 24 liv. franc de port. →
Préludes de Flûtes & Airs variés , Numéro 1 ; Cas
prices de Violon en forme d'étude , Numéros 1 & 2
par M. Bruni . — Numéros à 6 des Délaffemens
de Polymnie , ou les petits Concerts de Paris , contenant
des Airs de toute eſpèce , mêlés d'obfervations
fur l Art du Chant & l'expreffion mufical:, accompagnement
de Violon & Biffe , trois Numéros par mois.
Prix , 1 liv. 4 fols chaque . Abonnement 18 liv. franc
de port . A Paris , chez M. Porro & Mme Baillon ,
rue du petit Repofoir, près la place des Victoires.
I
Dans ce Journal l'Auteur a entrepris de noter tous
les agrémens & les moyens d'expreffion employés
par le Acteurs pour lesquels ces Airs ont été faits.
Βου
TABLE.
OUQUET à l'Empereur Jofeph ,
Jofeph 11,
Réponses à a Queſtion
163
45 Esp & Precis Hiftorique
147 ; " di: Affemblées de Notables ,
Charade , Enigme & Logorry !
phe 149 Variétés ,
172
176, 186
OEuvrés de M. Marmontel, 151 Annonces & Notices , 188
APPROBATION.
J'AI in , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le
Mercure de France , pour le Samedi 24 Mars 1989. Je n'y,
ai rien trouvé qui raiCules empêched l'impreffion. A
Pariz , le 23 Mars 1987, GUIDI.
3f.
SUPPLÉMENT
AU MERCURE.
TABLEAU GÉNÉRAL DE L'EMPIRE
OTHOMAN , divifé en deux Parties
dont l'une comprend la Légiflation Mahométane
; l'autre , l'Hiftoire de l'Empire
Othoman. Par M. DE MOURADGEA
D'OHSSON , Chevalier de l'Ordre de
Vafa , Secrétaire de S. M. le Roi de
* Cette Feuille de Supplément eft destinée à la publi
cation des Profpettus & Avis particuliers de la Librairie.
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , le conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compofition , du tirage , du pliage , &c. devenant
une dépenfe commune pour chacun d'eux.
La partie littéraire du Mercure n'étant compofée que de`
deux feuilles , on ne pouvait au y parler que très - imparfaitement
des Ouvrages concernant les Sciences & les Aris,
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
On doit s'adreffer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv . ,
4 pages 84 liv . , & c Outre le prix ci - deffus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres
nouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém. N° . 12 , 24 Mars 1787.
(2)
Suède , ci-devant fon Interprète, & chargé
d'Affaires à la Cour de Conftantinople.
Avec Figures. A Paris. De i'imprimerie
de MONSIEUR. 1787 .
DISCOURS PRÉLIMINAIRE , SERVANT DE
PROSPECTUS .
RIEN n'est plus intéreſſant , en général ,
que la connaillance des Nations. Leur Hiftoire
, leur Religion , leurs Loix , leurs
moeurs , leurs ufages , l'efprit & la forme
de leur Gouvernement , font des objets
dignes de l'attention des hommes d'Etat ,
& de la curiofité des Philofophes. Mais plus
une Nation eft confidérable par elle- même ,
plus elle tient au fyftême politique des Empires
, & plus auffi elle mérite d'être confur-
tout de fes voifins , & des Cours
qui font liées avec elle par les intérêts de
la politique ou du commerce.
Ön adinire , avec raifon , les progrès rapides
que l'Europe Chrétienne a faits dans
toutes les parties des Sciences . Elle a répanda
la lumière fur les âges les plus reculés
de l'antiquité , diffipé les ténèbres qui
couvraient le berceau des anciens peuples ,
dévoilé tous les rapports de ceux qui les
ont remplacés : & cependant fon flambeau
n'a encore jeté qu'une faible lucur fur une
Nation qui , née en 1219 aux bords de la
mer Caſpienne , domine , depuis trois fiècles
( 3 )
& demi , fur la plus belle contrée de l'E
rope , & dont les armes ont été fouvent
la terreur des Nations les plus puiffantes.
Dans ce fiècle éclairé , on ne connaît ,
pour ainfi dire , de l'Empire Othoman , que
fon étendue , que fa pofition géographique :
on ne s'eft jamais arrêté que fur les dehors
de ce grand coloffe . L'oeil de la politique
n'a point encore pénétré , ni même apperçu
les refforts qui font mouvoir cette
machine immenfe. On ne s'eft attaché
qu'aux effets , fans en approfondir les caufes.
L'illufion & l'erreur qui réfultent des apperçus
lointains , fuperficiels & fugitifs ,
n'ont préfenté que des fantêmes aux regards
de la plupart des Ecrivains ; & ces
fantômes , pris & donnés pour dès réalités ,
en ont impofé à l'Europe entière fur les
ufages , les moeurs , le culte & les loix des
Othomans.
Il eft , à la vérité , difficile de percer
les nuages épais qui enveloppent cette Nation
peu communicative. Des préjugés religieux
élèvent entre elle & les autres peuples
de l'Europe , une barrière que des caufes
naturelles , phyfiques , morales & politiques
, viennent fortifier encore : pour s'en
faire une idée jufte , il faudrait avoir féjourné
fur les lieux mêmes. J'en attefte
tous les Miniftres des Puiffances étrangères
qui ont réfidé , ou qui réfident encore aujourd'hui
auprès de cette Cour . Ils connaillent
tous les difficultés qu'on éprouve ,
* ij
( 4 ):
même les dangers auxquels on s'expofe, lorfqu'on
veut fe livrer aux recherches néceffaires
pour approfondir cette Nation fous
fes différens rapports. Cette étude d'ailleurs
exige de grands moyens , même d'heureufes
circonftances. Il faut vivre beaucoup
avec les naturels du pays , pofféder à fond
leur Langue , compulfer leurs Auteurs , interroger
leurs monumens , avoir des notions
préliminaires fur le génie national , & fur les
préjugés, foit religieux , foit populaires , qui
règnent dans l'Empire. Il faut fe procurer des
connaiffances parmi les Grands , & entretenir
des liaiſons fuivics avec les perfonnages
les plus importans de tous les ordres de
l'Etat. Il eft effentiel enfin de fe trouver
dans la carrière politique , & au fervice
d'une Cour amic , nullement fufpecte aux
yeux des Miniftres & des Officiers publics :
fans cela , on fe flatterait en vain de parvenir
jamais à la connaiffance parfaite de
ce peuple & de fon Gouvernement.
Né à Conftantinople , élevé dans le pay's
même , & attaché toute ma vie au ſervice
d'une Cour liée avec la Porte par des relations
intimes , j'ai eu , plus que perfonne ,
les moyens de vaincre ces difficultés , &
de remplir la tâche que je me propoſe aujourd'hui
, heureux fi de faibles talens
cultivés hors de l'Europe Chrétienne , loin
de fes lumières & de fes fecours , peuvent
me promettre quelque fuccès !
La lecture des Hiftoriens nationaux , &
( 5 )
la comparaifon que j'en ai faite avec les
Auteurs étrangers qui ont fi imparfaitement
écrit fur les Othomans , m'ont engagé à
donner l'Hiftoire de cette augufte Maifon ,
en puifant à lafource même, c'eſt à dire , dans
les Annales de la Monarchie . Ces Annales ,
quoiqu'écrites d'un ftyle pompeux & emphatique
, n'en portent pas moins l'empreinte
de la vérité , de la fidélité & de l'exactitude.
Elles ont cet avantage fingulier , d'avoir
été rédigées par les premiers perfonnages
de l'Etat. Elles font écrites par des Mouphtys
, pardes Pafchas , des Reis Efendis , des
Defterdars Efendis , des Nifchandjys Efendis
, &c. Plufieurs y ont même déposé les
évènemens de leur temps , les uns par une
fuite de leur amour pour les Lettres , les
autres à titre d'Hiftoriographes publics.
L'Hiftoire d'une grande partie de la Mo
narchie fe trouve encore écrite par des Auteurs
contemporains , tous également cftimés
, autant par la pureté & l'élégance du
ftyle , que par la fageffe de leurs réflexions .
Chaque règne y eft exposé dans le plus
grand détail.
Mais pour répandre fur cet Ouvrage plus
d'intérêt & de lumières , il était néceffaite ,
avant tout , de faire connaître la Nation
Othomane par fes dogmes , fon culte , fes
loix , fes incurs & fon gouvernement.
Cette entreprife , comme on peut fe l'imaginer
, était infiniment au deffus de la partie
hiftorique même , par les détails "imiij
( 6 )
menfes & les efforts infinis qu'elle exigeait
pour fe procurer les notions & les
éclairciffemens néceffaires fur les différentes
parties de l'adminiftration . Cependant , à
Paide d'un travail affidu , & de la facilité
que me donnait mon emploi , joint à des
commillions particulières relatives au fervice
direct de la Porte , de voir prefque
tous les jours & les Miniftres , & les principaux
Officiers des divers départemens
je fuis parvenu à connaître & approfondir ,
du moins autant qu'il était pollible , tous
les objets qui concernent cette Nation .
,
J'ai commencé par l'étude de fes dogmes ,
& par celle du Code , que tous les Maho
métans regardent comme un recueil de
Loix théocratiques , & qui fert , pour ainfi
die , de baſe & de principe à ladminiſ;
tration publique , aux moeurs , aux ufages "
& aux coutumes de la Nation entière.
Ce Code , qui forme la légiflation religieufe
des Mahometans , eft l'ouvrage des
anciens Docteurs de l'fflamifme , appelé
Imams Mudjhichlids , nom qui répondrait
en quelque forte parmi nous à ceux de
Pères de l'Eglife & d'Interprètes facrés. Cepe
légiflation eft fondée , 1º . fur le Cour'ann ;
2 °, fur les Loix orales de Mohammed ;
3 °. fur les décifions de fes Difciples , particulièrement
des quatre premiers Khaliphes ,
& 4°. fur les opinions de ces mêmes Doctcurs
Imams. Ces quatre Livres font confarés
fous le nom d'Edillé-y- Erbea , qui
( 7 )
fignifie les quatre argumens , ou les quatre
preuves démonftratives.
On en donne le développement à la tête
de cet Ouvrage. On y trouvera auffi l'ex
pofition des quatre rits orthodoxcs , & des
foixante douze fectes profcrites dans l'Empire
; celle de la formation & de la rédaction
de ce Code publié fous le nom de
Multéka , fes différens caractères & les
diftincions que fait la Loi elle-même des
diverfes Nations , des diverfes Religions ,
& des diverfes conditions de l'homme.
>
2
Ce corps de doctrine , qui tient en même
temps lieu de Droit canon , eft prefque le
feul Livre de Jurifprudence obſervé dans
toute l'étendue de la Monarchie . Il eme
braffe , avec toutes les pratiques du culte
extérieur , les Loix civiles , criminelles ,
morales , politiques , militaires , judiciaires ,
fifcales , fomptuaires , & agranes . Il eft divifé
en cinquante fept Livres , & fous divifé
en différens chapitres.
Cependant il exifte jeu de méthode dans.
la rédaction de ces Loix ; la plupart des
matières y font confundues. Pour les rendre.
plus claires & plus intelligibles , on s'eſt
permis de les préfenter dans un autre ordre ,
de retrancher les répétitions fréquentes qui
s'y rencontrent & de leur donner , par
de fimples tranfpofitions , plus de fil , plus
de liaifon , plus de cohérence.

On l'a donc divifé en cinq grandes parties
: 1 ° . en Code religieux ; 2 ° . en Code
* iv
( 8 )
civil ; 3 ° . en Code ༣ criminel ; 4°. en Code
politique , & 5 °. en Code militaire.
,
Toutes les matières contenues dans ces
différens Codes font éclaircies par des
Notes au bas des articles , par des obfervations
à la fuite de chaque livre ou chapire
, & par un difcours hiftorique & politique
à la fin de chaque Code. Ainti l'on
a joint aux principes théoriques , tous dictés
& fanctionnés par la légiflation religicufe
, la pratique , la difcipline , l'obfervance
, en un mot l'état actuel de chacune
de ces parties ; ce qui comprend toutes
les branches de l'adminiftration publique
& générale de l'Etat , avec les moeurs , les
ufages & les coutumes de la Nation .
Ce tableau général de l'Empire offrira
par conféquent celui de la Cour , du Sérail ,
des provinces , des finances , de l'état mitaire
, des forces de terre & de mer , de
la magiftrature , de l'état facerdotal , la vié
privée du Grand Seigneur , les étiquettes
de la Cour , & tout ce qui eft relatif aux
Sultanes & au Harem du Sérail .
L'étude du Code & celle des dogmes
ont été faites dans les Livres originaux ,
avec le fecours d'un Théologien & d'un Ju
rifconfulte très - inftruits & très - contidérés
dans l'Empire. Le zèle avec lequel ils s'y
prêtaient , était moins l'effet de l'intérêt
ou de mes anciennes liaifons avec eux
que celui de la perfuafion où ils étaient
F'un & l'autre que je m'inftruilais de leur
( 9 )
Loi & de leur doine , dans le deffein
fecret d'embraffer leur culte . D'après cette
idée , que le défir de bien mériter de leur
Religion fortifiait encore , ils ont fecondé
imes travaux & mes recherches avec un zèle
infatigable.
Tout ce qui a trait aux différentes parties
du Gouvernement , a été en même
temps puifé dans les lumières des Miniftres ,
des Officiers en place , des Chefs mêmes des
bureaux dans les divers départemens de l'Etat.
Iis portaient leur confiance & leuts bontés
pour moi , jufqu'à me délivrer des extraits
de leurs propres regiftres. Ces extraits font
dans mes mains ; ils font mes titres fur
l'authenticité de tout ce que j'avance ; car la
vérité & l'exactitude la plus fcrupuleufe font
à mes yeux le premier mérite de cet Ouvrage
, fruit de vingt -deux années de veilles-
& de travaux.
Flattés de l'entreprife que j'avais faite
de traduire leurs Annales , & de donner à
l'Europe Chrétienne une idée de la puiflance
Othomane , il n'eft point de marque de
bienveillance dont ils ne m'aient honoré
jufqu'au moment de mon départ de Conftantinople
, le 9 Mars 1-84.
Tous les détails relatifs au Sérail , à la
vie privée du Monarque , aux Sultanes &
au Harem impérial , ont été recueillis , les
uns par des Officiers même de la Maifon
da Sultan , & les autres par les filles efclaves
du Harem. Plufieurs d'entre elles
( 10 )
peevent obtenir leur liberté après quelques
années de fervice : alors elles quittent le
Sérail pour être données en mariage à des
Officiers de la Cour , qui les recherchent
toujours avec cet intérêt qu'inſpire l'eſpoir
de s'avancer par leur crédit & leurs follicitations
auprès des Sultanes & des dames ,
dont elles font les créatures. C'eſt par ces
Officiers , & par les femmes Chrétiennes ,
qui ont les moyens de fe ménager un accès
libre auprès d'elles , du moment qu'elles
font hors du Sérail , que j'ai rectifié les
idées fauffes & erronées dont je me nourrillais
moi-même fur tout ce qui concerne
les Sultanes , les dames & le Harem du
Grand- Seigneur.
Enfin cette Deſcription générale de l'Empire
Othoman eft enrichie d'eftampes fur
les différentes fêtes civiles & religieufes , &
fur divers autres objets non moins intéreffans.
On y joint aufli les coftumes de tous
les Officiers du Sérail , de la Cour , & des
différens Ordres de l'Etat.
PLAN général de l'Ouvrage. Il eft divifé
en deux Parties . La première comprend la
Légiflation Mahometane ; l'autre , l'Hif
toire de l'Empire Ottoman .
I. PART. Légiflation Mahométane , partagée
en cinq differens Codes. On expofe dans
une Introduction , 1 °. l'efprit de cette Légiflation
, dont tous les principes font appuyés
fur quatre Livres regardés comme facrés
( 11 )
parmi les Mufulmans. 2 °. Le tableau des
Imams Mudjtehhids , qui font les premiers
Docteurs & Interprètes de l'Iflanifine . 3 ° .
La rédaction du Code univerfel par Ibrahim
Haleby. 4° . Les Variantes entre les
quatre Imams Fondateurs des quatre Kits
orthodoxes. . Les Variantes entre les
Inams mêmes du Rit Hanéfy , qui eft le
dominant dans l'Empire. 6°. Les différens
caractères de ces Loix canoniques , les unes
plus obligatoires que les autres. 7°. La diftinction
que fait la Loi dans fes prononcés
entre les différentes Religions de la terte ,
les Nations clles mêmes , & les diverfes
conditions de l'homme ; & S. les differentes
collections de Fethwas , ou Sentences
légales , rédigées par les Mouphtys les plus
célebres de Conftantinople,
1. CODE RELIGIEUX.
Ce Code embraffe trois Parties ; favoir ,
1 ° . la Partic Dogmatique , 2 ° . la Partie
Rituelle , & 3 °. la Partie Morale .
SECT. 1. Partie Dogmatique. Elle confifte
en cinquante - huit Articles de Foi : Elle eft
d'Omér Nefefy , avec les Commentaires de
Sadéd- dinn Teftazany. On développe prefque
tous ces points par des obfervations,
hiftoriques & politiques. On y donne une
idée de la Cofiogonie des Mahométans , de
leurs traditions fur les âges les plus reculés ,
de leur refpect pour les Patriarches & les
* vj
( 12 )
Prophètes , & de leur vénération particulière
pour la perfonne de J. C. On y
joint un tableau des Khaliphes univerfels ,
regardés comme les fucceffeurs de Mohammed
au trêne facerdotal ; & un état des
principaux Héréfiarques nés au fein de l'Iflamifme.
On y expofe aufli le véritable efprit
de leur dogme fur la prédeftination , la
fageffe de la Lei fur les illufions de l'Aftrologie
judiciaire , .... enfin tout ce qui cft relatif
à l'Imameth , c'eſt - à - dire , aux fonctions
religieufes du Souverain , & à fon
autorité fpirituelle & temporelle , où l'on
verra fes droits & fes pouvoirs , avec les
qualités requifes en fa perfonne pour être
digne de régner , felon la Loi Canonique ,
fur le peuple Mahométan .
SECT. II. Partie Rituelle. C'est par cu
commence le Code Maiteka , rédigé par
Ibrahim Haleby.
Cette Partie embraffe cinq points géné
raux ; favoir , 1 ° . la Purification , 2. la
Prière , 39. la Dime aumônière , 49. le
Jeûne, & ° . le Pélerinage de la Mecque .
Liv. I. Des Purifications. Tahhareth.
CHAP. I. Des Purifications en général.
ART. 1. Du Lavage , Ghassl. 2. De l'Ablution
, Abdefih. 3. De la Lotion , Ghoussl.
CHAP. II. Des eaux pures ou impures , &
par-là même propres ou non propres aux
purifications. II. De l'état d'impureté légale.
des femmes dans leurs infirmités périodiques,
ainfi que dans leurs couches. IV.De l'Impu
( 13
reté continuelle de l'homme & de la femme
par l'effet de differentes incommodités na
turelles. V. Des Purifications pulvérales.
Téyemmum .
Obfervations générales fur les Purifications
, où l'on expofe toutes les pratiques
qui y font relatives , & la véritable cauſe
du fréquent ufage que fait la Nation entière
des bains chauds , & c.
Liv. II. De la Prière. CHAP. Ir. De la
Prière en général. ART. 1. De la Prière dominicale
, Namaz ou Salath. 2. Des conditions
requifes pour la Prière dominicale.
3. De l'efprit & de l'effence de la Prière '
dominicale. CHAP. II . De la Prière dominicale
dans les cinq heures canoniques. ART. 1 .
De l'Ezann , ou annonce publique des heures
canoniques du haut des Minarets . 2. De
Pikameth , ou feconde annonce faite dans
la Mofquée. 3. De la Prière dominicale en
commun. 4. Des fouillures dans la Prière ,
qui exigent le renouvellement des purifications
5. De tout ce qui invalide la Prière
& en exige le renouvellement. 6. Des fouilhures
au milieu de la Prière , qui exigent le
renouvellement & des purifications & de
la Prière. 7. De tout ce qui eft blamable
dans la Prière . 8. Des profternations fa
tisfactoires. 9. De la Prière dominicale des
voyageurs . 10. Deli Prière dominicale des
malades . 11. De la Prière fatisfactoire , Caza.
CHAP. III. De la Prière Salath- witr avant
l'aurore. IV. De la Prière publique des Ven(
14 )
dredis. V. De l'Oraifon pafcale dans les
deux Fêtes de Beyram. VI. De la Prière
Terawikh pendant les trente jours du Ramazann.
VII. De la Prière à l'occafion des
éclipfes de foleil ou de lune. VIII . De la
Prière dans les difettes d'eau . IX. De la-
Prière des Militaires au moment du combat.
X. Des Prières à faire dans le Keabé,
ou Sanctuaire de la Mecque. XI. Des différentès
Prières de dévotion . XII . Des Prières
furérogatoires. XIII . Des Veux religieux.
XIV. Des Profternations auxquelles tout Mufulman
eft tenu lorfqu'il lit , récite ou entend
différens paffages du Cour ann. XV.
Du Cour'ann à réciter par coeur. XVI. De
l'attention du fidèle Mufulman à ne pas fuivre
les pratiques des non-Mufulmans. XVII.
De la Circoncifion . XVIII. Des Prières pour
les agonifans & pour les morts. ART. 1. De
la Lotion funéraire. 2. Des Linceuls . 3. De
la Prière funèbre. 4. De la Sépulture . 5 .
Des Obsèques des Martyrs Mufulmans.
Obfervations générales fur la Prière , où
l'on développe tout ce qui eft relatif à cette
partie, avec différentes autres Prières ou Pratiques
de dévotion qui font réputées d'inftitution
purement humaine.
Liv. III. De la Dime aumônière. CHAP.
1er. De la Dime en général. ART. 1. De
la Dîme fur les chameaux. 2. De la Dîme
fur les boeufs . 3. De la Dînie fur les moutons
. 4. De la Dime fur les chevaux . 5. De
la Dîme fur l'or , l'argent & les effets mo(
15 )
biliers .CHAP. II . De l'Aumône pafcale. III.
Du Sacrifice pafcal. IV. Des Donations ou
Fondations pieufes , Wakfs V. De l'Edification
des temples ou chapelles , Messdjid.
Obfervations générales fur la Dime , où
l'on rapporte les différens points relatifs à
cette partie , qui rend la Nation fi charitable
, & fi zélée pour les fondations &
pour les oeuvres pies .
Liv . IV . Du Jeûne. CHAP. Ier. Du Jeûne
en général. ART. 1. Du Jeûne canonique
pendant la lune de Ramazann. 2. Du Jeûne
fatisfactoire. 3. Du Jeune expiatoire. 4. Du
Jeûne votif. s . Du jeûne furérogatoire..
CHAP. II. De tout ce qui invalide & rompt
le Jeûne. III . De la difpenfe du Jeûne en
faveur de différentes perfonnes . IV. De
la retraite fpirituelle , Itikeaf. ART. 1. De
la Retraite imitative. 2. De la Retraite votive.
3. De la Retraite furérogatoire .
Obfervations générales fur le Jeûne , dans
lefquelles on fait voir l'austérité de cette
pénitence , qui confifte à étre à jeun depuis
le lever jufqu'au coucher du foleil , fans
prendre même une goutte d'eau , & l'attention
religieufe de la Nation en général à
l'obferver avec la plus grande rigueur.
Liv. V. Du Pelerinage de la Mecque.
CHAP. Ier. Du Pélerinage fait en perfonne .
ART. 1. Des circonftances ou conditions
qui rendent le Pélerinage obligatoire à tout
fidèle de l'un & de l'autre fexe. 2. Des
différentes pratiques auxquelles le fidèle Mu(
16 )
1
fulman eft individuellement obligé dans le
Pélerinage. 3. Des différentes pratiques communes
à tout le Corps des Pélerins. 4. De
la diftinction de ces différentes pratiques ,
les unes plus obligatoires que les autres.,
CHAP. II. De la Vifitation de l' @umré. III .
Des quatre différens actes de Pélerinage.
IV. Du facrifice relatif au Pélerinage . V.
Des peines fatisfactoires auxquelles eft foumis
le Pélerin pécheur & tranfgreffear de
la Loi. VI. Des empêchemens légitimes
qui peuvent faire perdre au Pélerin le temps
& les momens confacrés à cet acte religieux.
VII. Du Pélerinage acquitté par un
mandataire .
Difcours général fur le Pélerinage de la
Mecque , divifé en deux Parties . -
La première , qui embraffe tous les évènemens
antérieurs à Mohammed , traite de
l'origine des Arabes , de la fondation de la
Mecque , de fon temple , de fon fanctuaire
, & c. des traditions fabuleufes fur
lefquelles eft fondée cette profonde vénération
des Arabes , & de tous les Peuples
Mahometans pour le Keabé. On y expofe
auffi l'origine du pélerinage , & le gouver
nement ariftocratique des anciens Arabes ,
avec un tableau généalogique de la Maifon
de Coureysch , iffu d'Ismaël , & la tige d'où
defcendent Mohammed , & les quatre pre
miers Khaliphes , ainfi que les Ommiades ,
les Abaffides les Fathimites , & c. & c.
Dans la feconde Partie , qui comprend
( 17 )
tout ce qui eft relatif à cette cité , depuis
l'établiffement du Mahométiſme , on parle ,
1º . de la pofition de la Mecque , de fes
révolutions politiques , de fon temple , de
fon fanctuaire actuel , & c. 25. acs riches offrandes
faites au Kebé en différens fiècles ;
des fondations , des établiflemens pieux , &c.
3 ° . de la pierre noire , hadjher ul- esswed ;
4° . du voile & dé la ceinture extérieure du
Keabé; s . de la gouttière d'or ; 6º . du
puits facré de Zemzem ; 72. des lieux de
ftation marqués autour du fanctuaire pour
les Mufulmans des quarie Rits orthodoxes ;
8 ° . des chameaux facrés , & du Suré Eminy ,
Commiffaire de la Porte , chargé des deniers
que le Sultan envoie annuellement à la Mecque
; 9 ° . de la grande caravane des Félerins
, marchant de Syrie à la Mecque ,
fous la conduite ducha de Damas , en fa
qualité d'Emir'ul hadjh ; 10º . du Scherifde
la Mecque, & du Pafcha de Djidda ; 11 ° . dela
prééminence de la Mecque fur Médine ; ! 2º.
da territoire facré. Harem-Mikke ; 13 ° . du
fépulcre de Mohammedà Médine , & 14. de
la diftinction dont jouiffent les Pélerins le
refte de leurs jours.
SECT. III. Partie Morale. On y traite ,
1. de la Nourriture , 2 °. du Vêtement ,
3º . du Travail , & 4° . des Verrus morales.
Liv. Fr. De la Nourriture. CHAP. I. De
la Nourriture en général. ART. 1. Des alimens
mondes ou immondes. 2. De la manière
d'égorger légalement les animaux. 3
( 18 )
De la Chaffe. CHAP. II . des boiffons prohibées
.
LIV. II. Du Vêtement . CHAP. Ier. Du
Vêtement en général. II. De tout ce qui eft
licite ou illicite dans l'ufage des habits , uftenfiles
, & autres effets mobiliers .
Liv. III. Du Travail.
Liv. IV. Des Vertus morales. CHAP. Ier,
De la Charité. II . De la Probité . III. De
la Pudeur. IV. Des Devoirs de bienféance .
V. Des Devoirs de civilité & d'humanité.
VI. De la Propreté . VII . De la prohibition
dujeu . VIII . De la prohibition de la mufique .
IX. De la prohibition de la peinture relative
aux figures , foit des hommes , foit des ani
maux. X. De l'attention du fidèle Mufulman
à ne pas prendre le nom de Dieu
en vain. XI. De l'obligation pour tout Mufulinan
de pratiquera vertu & d'éviter
le vice.
Obfervations générales , où l'on développe
tous ces points dans le plus grand .
détail.
Difcourshiftorique & polititiquefurle Code
religieux. Ce difcours embraffe généralement
toute la partie acceffoire de la Religion & du
culté extérieur. On y verra , 1 °. un Tableau
général des Oulemas , Mouphtys de la capitale
; Caziaskers , Mollas , Cadis , Naïbs ,
Muderris , Mouphtys des provinces , & c.
enfin de tous les Miniftres de la Loi & de la
Juftice ; un tableau des Prêtres , Scheykhs ,
Khatibs , Imams, Muezzinns, Cayyims , &c.
( 19 )
"
qui font les Miniftres de la Religion ; 3. un
tableau général de tous les Derwifchs Mahometans
partagés en trente - trois différens
Ordres de Solitaires ; 4° . un état de toutesles
Mofquées impériales , & de tout ce qui eft
relatif aux temples Mahométans ; 5º . celui
des édifices fondés ordinairement autour des
Mofquées , comme Imarchts , ou Hôtelleries
publiques , Turbés , ou maufolées des
Sultans & des Sultanes , Hôpitaux des fous ,
Hôpitaux des malades , Médreffes , ou Colléges
publics , avec un expofé des claffes
& des études qu'y fait la jeuneffe , furtout
les Softs qui fe vouent à la noble carrière
des Oulemas ; & 6 ° . une expofition détail
lée des Wakfs , qui font les biens confacrés
aux Mofquées , avec les regles de leur Adminiltration.
II. CODE CIVIL.
Liv. Ir. Du Mariage. CHAP. I. Du
Mariage en général . ART. 1. Des Marigaes
prohibés. 2. Des Tutcurs naturels autorités
par la Loi à marier leurs pupilles.
3. Des Mariages légalement affortis . 4.
Des Mariages invalides. CHAP. II . Du Mariage
des efclaves . III. Du Mariage des
non-Mahométans. IV. Du don nuptial ,
ou douaire dû par le mari à la femme. V.
De l'égalité de traitement auquel le mari
eft tenu envers les femmes. VI . De la Lignée
, où légitimité des enfans. VII . De
( 20 )
la Légitimation , ou reconnaiffance d'un en
fant . VIII . Du devoir de garde , d'entretien
& d'éducation des enfans . IX. Des Alimens
légalement dus par le mari à la femme.
X. Des Alimens légalement dus par le père
aux enfans , & par les enfans aux pères &
mères indigens.
Obfervationsgénérales fur tous ces points.
Liv. II. Des Parentés de lait.
Obfervations far ce point.
LIV . III. De la Répudiation . CHAP . Ier.
De la Répudiation en général . ART. 1. De
la Répudiation parfaite ou imparfaite 2. De
la Répudiation foumiſe à des conditions.
3. De la Répudiation en termes équivoques .
4. De la Répudiation foumife par le mari
à la volonté abfolue de la femme. 5. De
la répudiation conditionnelle. 6. De la Ré
pudiation faite avant la confommation du
mariage. 7. De la Répudiation faite par le
mari malade. CHAP . II . Du Divorce; acte
de féparation demandé par la femme , &
accordé par le mari . III. Du ferment fait
par le mari de ne pas cohabiter avec fa
femme. IV. Des Anathêmes juridiques lancés
mutuellement entre le mari & la femme .
V. Des hommes impuiffans . VI. De l'Iddeth ,
ou du temps preferit par la Loi à la femme
veuve ou répudiće , pour convoler à de
fecondes noces.
Obfervations générales fur tous ces points.
Liv. IV. Del' Affranchiffement des efclaves.
CHAP. I. De l'Affranchiffement en général ,
( 21 )
ART. 1. De l'Affranchiffement partiel . 2. De
l'Affranchiffement vague. 3. De l'Affranchiffement
conditionnel. 4. De l'Affranchiffement
pécuniaire. 5. De l'Affranchiffement
teftamentaire. CHAP. II. De l'Affranchiffement
naturel ou copulatif d'une efclave
effectué par la naiffance du premier enfant
qu'elle donne à fon Patron . III . De l'Affranchiffement
contractuel. IV. Du Droit de
Seigneurie & d'Hérédité du Patron effectif
fur fon affranchi . V. Du Droit de Seigneurie
& d'Hérédité du Patron non- effectif fur
fon affranchi.
Obfervations générales fur tous ces points.
Liv. V. De l'Interdiction légale . CHAP . Ier.
De l'Interdiction en général. II . De l'habilitation
des efclaves. III . Des droits des mineurs
& des vieillards . IV . De l'âge de majorité.
Obfervations générales fur tous ces points.
Liv. VI. Des Enfans trouvés. VII. Deș
Biens trouvés. VIII . Des Efclaves évadés.
IX. Des Gens égarés. X. Des Sociétés de
commerce.
Obfervations générales fur tous ces points .
Liv . XI. Des Ventes & Achats . CHAP. Ier.
Des Ventes & Achats en général. II . Des
Ventes légales . III . Des Ventes illégales .
IV. Des Ventes nulles. V. Des Ventes blâmables.
VI. Des Ventes provifoires. VII.
Des ventes éventuelles . VIII . De la Vente
des biens immeubles. IX. Des Droits de
libre option fur l'objet dont on a traité.
( 22 )
X. De la Réfiliation libre & volontaire d'un
marché. XI. Du Lucre illicite .
Obfervations générales fur tous ces points..
LIV. XII. De la Banque. XIII. De la
Caution. XIV. Des Affignations. XV. De
la Procuration. XVI. Des Dépôts. XVII .
Des Prêts. XVIII. Des Donations entre
vifs. XIX. Dés Baux à ferme ou à loyer.
XX. Des Actes de violence. XXI. Du Rapt,
de l'Enlèvement , de l'Ufurpation . XXII .
Du Retrait vicinal , ou Droit de Voifinage
& de préférence dans la Vente des immeubles.
XXIII. De l'Agriculture . XXIV . De la
Culture des terres vaines & vagues . XXV.
De l'Hypothèque. XXVI. Des Hermaphrodites.
XXVII. Des Muets & des Bègues.
Obfervations générales fur tous ces points .
Liv . XXVIII. Des Teftamens . CHAP. Ier.
Des Teftamens en général. II . Des Legs
jufqu'à concurrence du tiers de la fucceflion.
III. Des Legs en faveur des parens."
IV. Des Legs à titre de jouiffance ou d'ufufruit.
V. des Teftamens faits par des malades.
VI . Des Teftamens des non- Mahométans
, foit fujets tributaires , foit étrangers
Vil. Des Tuteurs & Exécuteurs teftamentaires.
Obfervations générales fur tous ces points .
Liv. XXIX. Des Droits d'Hérédité; & des
differentes Claffes d'Héritiers , foit à titre
particulier , foit à titre univerfel.
Liv. XXX . Du Partage légal des biens ,
meubles & immeubles .
Obfervations générales fur tous ces points ..
( 23 )
4.
Liv. XXXI. Des Loix judiciaires. CHAP.
Jer. Des Loix à obferver dans l'adminiftration
de la Juftice . ART. 1. Des qualités requifes
dans la perfonne des Magiſtrats . 2.Des actions
judiciaires. 3. De la preuve teſtimoniale.
Du Serment litis - décisif. 5. Du Serment
mutuel déféré également à l'uné & à l'autre
Partie litigeante . 6. Du droit d'emprifonnement.
7. De la validité légale du ju
gement rendu par des Arbitres que les
Parties elles- mêmes ont choifis. 8. De différentes
pourfuites judiciaires admifes ou
réprouvées par la Loi. CHAP. II. Des aveux
judiciaires . ART. 1. Des circonftances qui
font admettre ou rejeter les aveux judiciaires
. 2. Des aveux faits par des malades.
CHẤP. III. Des témoignages juridiques.
ART. 1. Des différentes circonftances relatives
à la dépofition des témoins. 3. Des
vices & des défectuofités qui excluent l'hom
me de tout témoignage judiciaire. 2. Des
dépofitions contradictoires. 4. Du témoignage
indirect , ou fondé fur la relation'
d'autres témoins. 5. De la rétractation des
témoins . CHAP. IV . Des compofitions foumiſes
par la Loi au gré & à la volonté des
Parties.
Obfervations générales fur tous ces points.
III. CODE CRIMINEL ,
divifé en dix Chapitres .
CHAP.. De la peine contre l'adultère , la
fornication , &c. II. De la peine contre le vin
( 24 )
& l'ivreffe. III. De lapeine contre les injures.
AV. De la peine contre les affimilations illicites
& injurieufes. V. De la peine contre le vol
domeftique. VI. De la peine contre les voleurs
de grand chemin . VII . De la peine
contre les Apoftats. VIII . De la peine contre
les rebelles. IX. De la peine du Talion ,
fang pour fang , ou membre pour membre.
X. Du prix du fang.
Obfervations générales fur tous ces points.
IV. CODE POLITIQUE.
LIV. I. Des Loix fifcales. CHAP. I ..
De la Dime fifcale , ou droit de Douane
impofé fur le commerce des Mufulmans
& des non- Mufulmans , foit fujets tributaires
, foit étrangers. II . De la Dime
territoriale , ou des Taxes impofées fur
les terres décimales & tributaires. III. De
la Capitation impofée fur les non - Mahométans
, fujets tributaires de l'Empire.
IV. Des mines ou autres richeffes découvertes.
V. De l'emploi de ces différentes
branches de revenus publics.
Obfervations fur les Loix fifcales , où l'on
donne un tableau des revenus & des dépenfes
de l'Etat , avec celui de la Defterdarie
, ou département du Miniftre des Finances
, compofé de trente- quatre différens
Bureaux , tous relatifs à l'adminiftration des
fonds publics.
LIV.
1255
Liv. II. Des Sujets non- Mahometans de
l'Empire , des Eglifes Chrétiennes , &c.
Obfervations générales fur cette matière.
Liv. III. Des Etrangers qui demeurent en
pays Mahometans , & des Mahométans qui
font en pays étrangers.
Obfervations générales , où l'on expoſe tout
ce qui eft relatifà cette partie , fur-tout la réfidence
desMiniftres des Puiffances Chrétiennes
à la Cour Othomane , & c .
Liv. IV. Des Droits du Sultan , en fa qualité
d'Imam fuprême.
Difcours fur le Code politique. Dans ce
difcours , où l'on développe l'état de l'Em- ` ;
pire Othoman, & la forme de fa conftitution
on verra, 1. les quatre principes généraux qui
fervent de baſe & de fondement à fon Adminiftration
actuelle : la Légiflation religieufe , la
Légiſlation civile , le Droit coutumier , & le
pouvoir arbitraire du Souverain ; 2º . l'étendue
de l'autorité fpirituelle & temporelle du
Sultan en fa qualité de Khaliphe & d'Imam
fuprême ; 3. les pouvoirs du Grand- Vézir
comme Vicaire & Lieutenant du Sultan ;
4°. l'influence du Mouphty & des principaux
Oulemas fur l'Adminiftration politique
dé l'Etat ; 5. le tableau de la Porte , on
Hôtel du Grand-Vézir. On y montre en détail
tous les Miniftres , Secrétaires , Commis
, Officiers qui le compofent
leurs emplois refpectifs ; 6 °. celui de tous
les grands Officiers , avec le titre , l'office
Supplém. N°. 12, 24 Mars 1787. **
, avec
( 26 )
& les prérogatives de chacun ; 7. celui de
toutes les provinces de l'Empire , partagées
en Eyaleths & en Sandjeaks , avec un tableau
de tous les Pafchas à deux & à trois
queues , & de tous les Beys décorés d'une
queue , en y diftinguant les Gouvernemens
qui font toujours déférés à des Pafchas à
deux ou à trois queues , d'avec ceux qui
le donnent arbitrairement aux ans & aux
autres. Cette partie fera accompagnée d'une
Carte Géographique de l'Empire Othoman ;
8. un expofé de l'autorité de tous ces
Pafchas , & de l'adminiſtration municipale
des provinces , des villes & des diftricts
inférieurs ; 9º . l'efprit du Gouvernement
en général envers tous les fujets de l'Empire
, Mahometans ou non Mahometans ;
10. tout ce qui eft relatif à la politique du
dehors ; 11 ° . La vie privée du Sultan , fes
Occupations , & les amuſemens ordinaires
& extraordinaires ; 12° . le tableau des Officices
de la Maifon ; 13. celui des Officiers
du Sérail ; 14° . un état des Princes , Schak
Zades , & des Princeffes du Sang auxquelles
Teules appartient le titre de Sultane ; 15º. un
état du Harem impérial , des dames , Ca
dinns , & des autres femmes efclaves qui
1: compofent ; 16 °. enfin un état de toutes
les cérémonies du Sérail , des étiquettes de
la Cour , & des formalités ufitées à l'avenement
d'un Sultan au trône ainfi qu'à fa
mort
27 ')
V. CODE MILITAIRE ,
divifé en quatre Chapitres.
CHAP. Ier. De la guerre & de fes droits ,
&c. II. Du Butin légal . III. Du Partage du
Butin légal. IV. Des Captifs , &c.
Obfervations générales fur tous ces points.
Difcoursfur le Code militaire. On y donne
un tableau général de toutes les Milices de
l'Empire , infanterie , cavalerie , troupes
régulières & irrégulières ; Milices féoda
les , &c.; celui de la Marine actuelle , avec
les Réglemens relatifs à chaque Corps de
Milice , ce qui embraffe toutes les forces de
terre & de mer de la Monarchie Othomane.
SECONDE PARTIE. Hiftoire de l'Empire
Othoman. Cette Hiftoire , comme on l'a dit
plus haut , ek puifée dans les Annales de la
Monarchie. On y verra , avec la naiffance
de cet Empire , fon accroiffement progref
fif , fon établiffement en Europe , la rapi,
dité de les conquêtes , l'éclat de les armes,
le génie des Sultans , le portrait des Géné
raux & des Miniftres , le développement
des différens fyftêmes politiques , l'origine
des plus grandes charges & des premières
dignités de l'Etat , la marche des abus def
tructeurs dans les différentes parties de l'ad
miniſtration ; toutes les révolutions opérées
en différens fiècles , & par la politique du
dehors , & par les troubles du dedans ;
enfin les véritables cauſes de cet état de
** ij
( 28 )
1
décadence & de langueur où fe trouve maintenant
cette grande Monarchie.
A la tête de cet Ouvrage , qui embraffe
l'Hiftoire de la Maifon Othomane , depuis
fon origine jufqu'à nos jours , on donnera
un Précis hiftorique de toutes les dynaſties
Mahométanes , pour montrer quel était
l'état & la pofition de l'Orient à l'époque
de la fondation de cet Empire fous le premier
des Ofmans. Ce Difcours , dans le
quel on expofe rapidement & dans un ordre
chronologique tous les fiècles du Mahométifme
, préfentera la Vie du Fondateur
de l'Iflamifme , l'Hiftoire des Khaliphes
Ommiades , Abaffides , &c. & celle des
différens Etats élevés fur les ruines de cette
Monarchie , réputée univerfelle des Arabes
Mahométans. On verra donc dans ce tableau
général de l'Orient , entre autres
grandes Monarchies , celles des Perfans
des Egyptiens , des Ommiades d'Efpagne,,
des Sebuktekiens , des Seldjukiens , du célebre
Djinguiz Khan , y compris les quatre
branches de fa Maiſon , fur- tout celle de
Djoudjy, d'où defcendent les Guirays , qui
ont régné fur la Crimée depuis Moham→
med Sultan-Khan , Fondateur de Baghtsché-
Seray , en 1426 , jufqu'à Schahinn
Guiray Khan , le dernier des Princes fouverains
de cette illuftre Maiſon.
D'APRÈS le plan & la nature de cet Ouvrage
, que l'on peut regarder comme le
( 29 )
tableau fidèle de la Nation Othomane , on
ofe fe flatter que tout Lecteur attentif &
jaloux de s'inftruire , pourra déformais connaître
cette Nation & s'en former les plus
juftes idées.
D'un côté , il verra dans les différens
Codes qui compofent la Légiflation univerfelle
de cet Empire , ce qu'il y a de grand
dans plufieurs de fes dogmes , de fublime
dans la plus grande partie de fa morale ,
d'impofant dans fon Culte , de fage dans
fes Loix , de fimple , de naturel dans fes
ufages & dans fes moeurs : de l'autre , fon
Hiftoire rédigée d'après fes propres Annales ,
montrera les hommes de génie qui ont
brillé fur le trône , ceux que la Nation a
produits dans les différens ordres , les ref
forts puiffans de fon Adminiftration ,
les reffources de fon Gouvernement.
&
On fera fans doute étonné de voir une
Nation toujours ifolée des autres , & parlà
conftamment privée des avantages qu'ont
les Européens de s'entre - communiquer leurs
lumières , leurs découvertes , leurs fciences ,
&c..... être à fon origine ce qu'elle eft encore
aujourd'hui , & ne devoir qu'à ellemême
fes connaiffances , fes principes &
les fondemens de fa conftitution . Mais ce
qui frappera davantage , c'eft de voir que
prefque tous les maux publics & particuliers
qui affligent les Othomans , n'ont pour
principe ni la Religion , ni la Loi ; qu'ils
dérivent des préjugés populaires , de faulles
**
iij
( 30 )
opinions , & de réglemens arbitraires dictés
par le caprice , la pallion , l'intérêt du mo
ment , tous également contraires à l'efprit
du Cour'ann & au difpofitif de la Loi ca
monique .
D'après cela , on fe perfuadera aifément
que la correction de ces abus & le change
ment de cet Empire ne préfentent point
des obftacles infurmontables , quelque lente
que foit d'ailleurs la marche des révolu
tions morales & politiques , qui ne font
jamais que l'ouvrage du temps & du gó
nie.
Pour réformer les Othomans , il ne fau
drait donc qu'un efprit fupérieur ; qu'un
Sultan fage , éclairé , entreprenant. Les pou
voirs que la Religion met dans fes mains ,
l'aveugle obéiffance qu'elle prefcrit aux fu
jets pour tout ce qui émane de fon autorité
, en rendraient l'entrepriſe moins hafardeufe
, & les fuccès moins incertains.
Par la difpofition textuelle de la Loi ,
Je Souverain a le droit , la force , la puilfance
de changer à fon gré les refforts de
Adminiſtration civile & politique de l'Empire
, & d'adopter les principes que pourraient
exiger les temps , les circonstances ,
& l'intérêt de l'Etat. Tout dépend , comme
on voit , d'une feule tête. Qu'un Moham
med II, qu'an Selim 1 , qu'un Suleyman 1,
montent encore fur le trône ; qu'ils foient fe
condés par le génie puiffant d'un Khayr'uddin
Pafcha , d'un Sinan - Paſcha s d'un
( 34 )
Ruftem - Pafcha, d'un Kupruly, &c. .. ; qu'us
Mouphty , animé du même zèle & du même
efprit , entre dans leurs vûes ; que ce Chef
des Oulemas veuille , de concert avec eux ,
faire tourner au bien de fa Nation l'influence
que lui donnent & la dignité de
fa place & l'opinion des peuples ; alors
on verrait ces mêmes Othomans , jufque
là fi concentrés dans eux-mêmes , & fi tyrannifés
par l'empire des préjugés popu
laires , entretenir avec les Européens des
relations plus intimes , adopter leur tactique
& leur fyftême militaire , fe livrer aug
découvertes nouvelles , cultiver les Scicn
ces & les Arts , élever leur Adminiftration
fur des principes différens , enfin changer
abfolument la face de leur Empire.
- Ces idées , qui femblent tenir du paradoxe
, feront éclaircies dans le cours de
cet Ouvrage . On y développe les vrais
principes de la doctrine Mahometane , &
les fauffes opinions qui , toujours domi
nantes , entretiennent dans plufieurs branches
de l'Adminiftration publique , & dans
diverfes chiffes de la Nation , cette foule de
vices & de préjugés funeftes , d'autant plus
aifés à détruire , qu'ils font contraires au
véritable efprit de l'igamiſme.
Mais quelle que foit la deftinée de cette
Nation , on laiffe aux polítiques à la juger ,
& à voir fi , même dans fon état actuel
elle mérite qu'on la taxe abfolument d'ignorance
& de barbaric.
** iv
( 32 )
Si ces épithètes lui ont été prodiguées en
Europe , c'eft fans doute que les Ecrivains
qui nous ont tranfmis fon Hiftoire , abuſés
eux-mêmes par leurs préventions , étrangers
à ce peuple , trop peu verfés dans la cont
maiffance de fes ufages , ont confondu les
mours publiques avec les moeurs privées ,
les Loix avec les abus , les principes avec
les opinions , les maximes du Gouvernement
avec les paffions de fes Mandataires ; des faits
ifclés , quelques coups d'autorité commandés
par les circonftances , avec les règles de
PAdminiftration générale , &c.... Trouve
t-on un Miniftre ignorant , un Juge prévaricateur
, un Officier vénal , un Gouver
neur inique , un Sujet fans principes , fans
vertus , fans morale , &c.... c'en eft fou
vent affez pour généralifer tous ces faits
& pour apprécier l'efprit , le caractère , les
meurs publiques de la Nation , fon Gou,
vernement & fes Loix.

Le coflume des Othomans , leur barbe ,
leur habit , leurs politeffes même , & leur
manière de faluer ; tous ces ufages , fi étrangers
aux Européens , & fi différens des
leurs , ont fans doute contribué à fortifier
& à accroître encore les idées défavorables
qu'on s'en eft peut- être trop facilement formées.
Sans faire ni l'apologie ni la cenfure
de la Nation Othomane , on fe bornera à
la montrer fous toutes les faces. On expofera
dans le plus grand détail , & avec la
( 33 )
fidélité la plus fcrupuleufe , tout ce qui la
concerne ; fes vertus , fes défauts , les refforts
de fa politique , les avantages & les
abus de fon Adminiſtration .
Par-là , tout Lecteur qui , s'élevant au
deffus des préjugés & des opinions , ne fe
propofera dans les recherches que de connaître
cette Nation , & de l'étudier dans
elle-même , pourra établir un parallèle entre
elle & les Peuples civilifés de tous les âges ,
déterminer fa pofition actuelle , & fixer le
rang qu'elle doit occuper dans l'ordre civil ,
moral & politique des Nations Européenne's
, & c....
Etat des Eftampes qui orneront l'Ouvrage.
Les Othomans ne connaiffent pas la peinture
, parce que la Loi défend toute image
& toute figure quelconque : les Perfans en
font cependant ufage , & c'eft un des points
fur lefquels ils s'écartent des principes de
la Loi ; ce qui les fait ranger par les vrais
Mufulmans dans la claffe des Hétérodoxes,
On voit dans quelques uns de leurs Livres
d'Hiftoire , fur tout dans Schahnamé , Nikearifftann
, Djihhan'affas . &c.... les
traits de prefque tous les Patriarches , des
Khaliphes , des premiers Imams , & des
plus grands homines de l'Orient , avec des
tableaux qui repréfentent les batailles les
plus remarquables & les faits les plus cébres
des Nations Orientales. Auffi ne s'en
trouve -t- il que chez quelques particuliers ,
& rarement dans les Bibliothèques publiques.
por
( 34 )
J
les
Nonobftant cette prohibition de la Loi
Sultans Othomans font dans l'ufage de faire
tirer leurs portraits ; ils font peints à l'huile
fur des cartons fins en forme de Livre
in-4° . richement relié . Chaque Souverain ,
à l'imitation d'Ofman I , & des autres
Princes fes aïeux , a foin , quelque temps
après fon avénement au trêne , d'y faire
ajouter le fien. Ce Livre fe conferve - foigneufement
au Sérail , dans le cabinet même des
Sultans , qui font très- attentifs à le dérober
aux yeux du Public. C'eft par un évènement
inattendu , & par la faveur d'un des premiers
Officiers du Palais , que j'ai eu cette Collec
tion entre mes mains. Je l'ai même fait voir
le 16 Décembre 1778 , à M. le Comte de
Saint- Prieft , & à M. Ulric de Celfing , l'un
Ambaffadeur de France , & l'autre Envoyé
extraordinaire de Suède à Conftantinople.
Ce font les copies fidèles de ces portraits
que l'on fe propofe de donner au Public ,
avec les defcriptions qui les accompagnent.
Toutes les autres Eftampes deftinées à orner
Ouvrage , font partie d'une collection de
tableaux exécutés dans le pays par des Peintres
Grecs & Européens. Ils font relatifs à
des fêtes civiles & religieufes , & à tout ce
que le culte extérieur , les cérémonies de
la Cour & les étiquettes du Sérail offrent
de pluis curieux & de plus intéreffant. Leur
compofition , travail de plufieurs années , a
été dirigée avec le plus grand foin. La vérité
& Pexactitude la plus ferupeleufe en font
le premier mérite.
( 35 )
Tous ces tableaux ſe gravent maintenant
à Paris , par les plus habiles Artiftes , fous
la direction de MM . Cochin , Moreau le
jeune , & le Barbier l'aîné , Membres de
TAcadémie Royale de Peinture & de Sculpture
, connus tous trois par de vrais talens
& une réputation juftement acquife.
Voici l'état de toutes ces Eftampes , fui
vant l'ordre qu'elles occuperont dans l'Ou
vrage. 1. Ebu Bekir , 1. Omer , 3. Ofman ,
4. Aly. Ce font les quatre premiers Kha
liphes.
5. Mehhdy. C'est le donzième & dernier
Imam de la race d'Aly ; les Mufulmans
croient qu'il vit encore dans une grotte ,
d'où il apparaîtra dans laplénirude des temps.
C'eft fous ce nom de Mehhdy qu'une
foule d'aventuriers ont , en différens fiècles,
mis à feu & à fang plufieurs Etats Ma
hométans en Afre & en Afrique .......
6. L'Imam Azam Ebu Hanifé, 4. PI=
mam Schafty, 8. l'Imam Malik, 9. TImam
Hannbél. Ce font les Fondateurs des
quatre Rits orthodoxes de l'Iflamifie .

10. Un Mufalman d'un état diftingué,
faifant fon ablution , Abdesth ; acte qui confifte
à fe laver le vifage , les bras , les mains
& les pieds.
11. Un bain public de femmes Mahometanes
, où elles font leurs purifications
Chousst , qui confiftent à fe laver tout le
corps.
Ce tableau repréfence trente-fix perfor
vj
( 36 )
nes , femmes & enfans , qui fe lavent :
toutes font couvertes depuis le fein jufqu'aux
pieds , d'un tablier de foie ou de lin , toujours
rouge ou bleu.
Une de ces femmes , nouvellement fortie
de couches , fe fait maffer avec les pré
cautions que la pudeur exige , fur une efpèce
d'eftrade élevée au milieu même du
bain .
V
12. Un Mufulman faifant la prière dominicale
, Namaz ; on y montre les différentes
attitudes qu'exige cette prière à laquelle
tout Mahométan eft tenu cinq fois
par jour.
13. Une femme Musulmane faifant aufli
la même prière dominicale , dont quelquesunes
des attitudes prefcrites par la Loi , diffe
Fent de celles des hommes .
14. Un Muezzinn , faifant l'annonce
Ezann , pour la prière publique .
15. Un Mufulman Pélerin , couvert
manteau , Ihhram.
J
du
1-6 . Une Mufulmane Pélerine , la tête couverte
du voile confacré au pélerinage.
17. Le tableau de la Mecque. Cette ville
facite pour tous les Mahometans , y eft
repréfentée,avec fa pofition , fon temple ,
fon fanctuaire , Kéabé, & toute la troupe
des Pélerins , au nombre d'environ quatrevingt
mille ames , defcendant du mont Arafath,
& s'acquittant des differentes prati
ques relatives à cet acte religieux.
Tour ce corps , de Pélerins , ainfi que la
( 37 )
·
cité , font couverts d'un gros parti d'Arabes
de quarante à cinquante mille hommes ;
fous les ordres du Schérif même de la
Mecque.
18. Le Tableau de Médine , qui repré- ,
fente cette cité , & le fépulcre de Mohammed.
Ces deux Tableaux ont été faits fur les
lieux mêmes par un Peintre Mahométan ,,
qui fit le voyage de l'Arabie en 1778 , à la
fuite d'un Seigneur de la Cour.
Ce n'étaient , à proprement parler , que
des plans , levés d'ailleurs avec la plus grande
exactitude. L'Efendy , chez qui je les ai vus ,.
m'ayant permis de les faire copier , j'y ai
employé les meilleurs Peintres de Conftantinople
, & le tableau de la Mecque a été
enrichi de figures de Pélerins , fous la direction
du même Peintre Mahometan , dont
les notions ont encore été éclaircies par plu
fieurs Arabes Mecquois très - verfés dans cette,
partie relative au pélerinage . Les différentes,
pratiques qui s'y obfervent, font d'ailleurs"
réglées & ordonnées par la Légiflation religieufe
même , ainsi qu'on le verra dans
le Code , article du Pélerinage.
19. Le Muzdediy Bafchy , Officier chargé,
des lettres d'office du Schérif de la Mecque
pour le Sultan , à l'occafion du pélerinage .
eft diftingué par fon turban lié autour
d'une mouffeline noire , Cafch-baffdy, &
furmonté
, d'un Plumex
plumet.
20. Les deux chameaux facrés avec leurs
Grnemens ! !!!
( 38 )
21. Quatre mulets décorés , & charges
des deniers que l'on envoie tous les ans
aux deux cités de l'Arabie.
22. La marche publique du Commiffaire
Suré Eminy , partant avec ces deniers de
Conftantinople , pour la Mecque.
23. Le Schérif de la Mecque.
24. Le Scheykh'ul Harem ou Gouverneur
de Médine.
25. Un Ferrasch ou Gardien du tombeau
de Mohammed à Médine.
26. La Moſquée de Sainte Sophie , où
l'on repréſente l'office public des Vendredis
, & le Sultan dans fa tribune , avec tous
les Officiers de fa maifon.
27. La Mofquée Sultan Ahmed , repréfentant
la folemnité de la fête du Mewloud
ou nativité du Légiflateur Arabe.
Cette cérémonie , à laquelle affiftent le
Sultan & tous les grands Officiers de la
Cour , eft , à tous égards , curieufe & inté
reffante.
28. Le Turbé ou Mauſolée de Mohámmed
II.
29. Le Maufolée de la Validé Sultane
Gul - Bahhar Khatunn , mère de Bayezid 11,
& que différens Hiftoriens Othomans donnent
pour une Princeffe de France.
30. Le Maufolée de la Validé Terkhann ;
Sultane , où repofent encore les cendres de
plufieurs Sultans & Sultanes.
31. Le Maufolée de Mouftapha III , &
de fes enfans.
32. Le Mausolée d'Orkhan I , & Broaffe .
( 39 )
33. Le Maufolée d'Eyub , que l'on regarde
comme le premier des Saints de l'Iflamifme
morts à Conftantinople.
34. Le Maufolée du Grand-Vézir Rag
hib Pafcha.
35. Le Tombeau de M. le Comte de
Bonneval , Ahmed Pafcha.
36. Le cimetière d'Eyub , à l'oueft de
Conftantinople , avec trois convois funèbres.
37. La Bibliothèque publique d'Abdul-
Hamid I , aujourd'hui régnant.
38. Celle du Grand -Vezir Raghib Pafcha.
39 , 40 , 41 , 42 , 43 , 44 , 45. Sept
Tableaux repréfentant les danfes religieufes
des Derwifchse différens ordres.
46. Deux jeunes Mufulmans parés magnifiquement
pour la cérémonie de leur
circoncifion.
47. Les animaux deftinés au facrifice paf-
Ichal le jour de la fête du Courban Beyram ,
tous ornés de bandelettes , de fleurs & d'aigrettes
, fuivant l'ufage.
Vingt trois figures repréfentant les diffé
rens coftumes des Oulemas , foit Miniftres
de la Loi & de la Juftice , foit Miniftres
de la Religion , foit Scheykhs & Derwifchs ,
eſpèce de folitaires voués à une vie contemplative.
Toutes ces Eftampes orneront les deux
premiers volumes de l'Ouvrage.
48. Une femme Mahométane couverte
d'un voile , Douvak , le jour de fes noces.
49. Un groupe de femmes Mahome
1
( 40 )
tanes autour d'un Tandour. C'est la manière
de fe chauffer en hiver dans tout
l'Orient.
50. Tableau de l'entrée du Sérail . On y
voit la façade du palais impérial , avec une
partie de la Mofquée de Sainte Sophie à
droite , une fuperbe fontaine à gauche , &
différentes voitures de Sultanes & de Dames
de condition allant au Sérail .
51. Tableau de la première cour du Sérail
, où l'on voit le Sultan qui fort incognito
, avec quatre Officiers également traveftis.
52. Tableau de la feconde cour du Sé •
rail , repréfentant le Muayedé, qui eſt la
cérémonie du baiſement de vefte de Sa Hauteffe
dans les deux fêtes de Beyram. Le
Sultan aflis fur un trône d'or placé fous
le portique qui donne entrée à fon appartement
, reçoit les hommages des différens
Ordres de l'Etat , & c .
t
53. Tableau de l'hippodrome , avec la
Mofquée Sultan Ahmed.
On y voit la marche pompeufe & le brillant
cortège du Sultan allant à cette Mofquée
le jour de Beyram.
54. Tableau de Cara- Aghatfch , maiſon
de plaifance , fituée au fond du port de
Conftantinople , avec la marche ordinaire
du Sul an fur le canal , dans des barques
toutes richement décorées.
55. Tableau de Befchik- Tafch , maifon
de plaifance , où le Sultan palle ordinai
( 41 )
rement la belle faifon . On y voit auffi les
Dames du Harem traverfer dans leurs barques
le canal pour fe rendre à cette maiſon
qui eft vis -à-vis le Sérail.
56. Tableau du dîner ordinaire du Grand-
Seigneur , dans un keofchk du Sérail. Il
eft fervi par les trente - neuf Gentilshommes
de fa chambre. Les Pages de S. H. exécutent
devant le keofchk un jeu appelé tomask ,
& les grands Officiers de fon palais font
fous des tentes toujours dreffées à une cer-,
taine diſtance du keofchk.
57. Tableau du dîner extraordinaire du
Sultan , avec les fix Dames de fon Harem ,
dans un keoschk au milieu des jardins du
Sérail .
Ce dîner , appelé khalvet'y houmayounn ,
eft fervi par les filles efclaves du Harem. Le
Sultan , affis dans le coin du fopha , Y
dine feul. Les fix Dames dînent fur deux
autres tables , trois à la droite , & trois à
la gauche de S. H. , toutes également aflifes
fur le même fopha . De jeunes Muficiennes
du Harem , placées au dehors du keofchk
exécutent un concert. Le keofchk & le parterre
font fermés tout-autour par de hauts
paravents. Au dehors fe tiennent les Eunuques
noirs qui y font la garde ; le
Kyzlar-Aghaffyleur Chef , fe tient à l'entrée
du parterre , hors de la même enceinte
affis fur un petit tapis , & ayant derrière
lui différens Officiers également noirs.
On y voit auffi , le long du parterre , le
déjeuner & le dîner que le Grand-Vézir
1
( 42 )
envoie en ces occafions au Sérail , fuivant
ane ancienne étiquette , tant pour S. H.;
que pour les fix ( 1 ) Dames de fon Harem.
Les plats deftinés pour le dîner , font dans
des ferviettes cachetées de la main même
du Keyaha- Bey ou Lieutenant du Grand-
Vezir.
18. Tableau de la fête appelée Gulkhané ,
qui a toujours lieu dans les fêtes de Bey
ram. Le Sultan , affis dans un keofchk , au
coin dufopha , affifte à une efpèce de joûte
que font entre eux les Pages du Sérail. Elle
eft fuivie de Ballers exécutés par de jeunes
Grecs , & de combats d'ours , de dogues , & c.
Le Grand-Vezir & le Mouphry y alfiftent
auffi , mais dans une pièce féparée, attenante
au pavillon du Sultan.
19 Tableau de l'appartement d'une Sultane
ou Cadian en couches.
*
4
Le lit , le fopha , & toute la rapifferie ,
font de fatin brodé en perles , en rubis
& en émeraudes. Le berceau , préfens
ordinaire du Grand - Vézit à la naiffance
de tout Prince & de toute Princeffe
du Sang, eft d'or , enrichi de pierreries.
On voit la Sultane en couches dans fon
lit de parade , l'enfant nouveau né dans les
bras de fa nourrice , affife avec la Sagefemme
au pied du lit ; toutes les Sultanes
& les autres Dames du Harem impérial dans
une efpèce de tribune magnifiquement
meublée : fur le fopha , les femmes des
(1) Ily en a aujourd'hui une feptième.
( 43 )
principaux Seigneurs de la Cour ; huit
jeunes filles du Harem , toutes affifes au fond
de l'appartement , exécutant un concert ;
& un groupe de Femmes de chambre fe
tenant , felon l'ufage , vers la porte de l'appartement
, toutes les mains croifées , &
dans l'attitude la plus refpectueufe . Ce n'eft ,
à proprement parler , qu'une étiquette qui
a lieu le quatrième ou cinquième jour des
couches d'une des fix Cadinns , ou femmes
de Sa Hauteffe.
60. Tableau des bains du Sultan dans le
Harem , où il fait fes purifications , & où
il eft lavé & fervi par les filles efclaves de
føn Palais.
61. Tableau de la Moſquée Lalely , avec
le convoi funèbre de Muftapha III , Fondateur
de cette Moſquée.
62. Tableau repréfentant l'une des trois
chambrées des Itsch- aghalerys , ou Pages
du Grand - Seigneur.
63. Tableau repréfentant le Grand- Confeil,
qui fe tient toujours extraordinairement à
l'Hôtel du Grand- Vézir , dans la Salle d'Au
dience , Art-odaffy .
64. Tableau du Divan de la Porte , ou Lit
de Juftice que tient le Grand-Vezir dans fon
Hôtel , cinq fois la femaine.
65. Tableau de l'Audience d'un Miniftre
étranger chez le Grand- Vézir. Ce Tableau
représente toute la Salle d'Audience , avec
le cortège d'un Miniftre étranger , & une
partie de la Maiſon du Grand-Vezir.
66. Tableau de l'Audience -d'un Miniſtrę
( 44 )
71
étranger chez le Grand-Seigneur : on y volt
toute la Chambre d'Audience de Sa Hau-
´teffe ; deux Princes fe tenant appuyés contre
le Trône , à la gauche du Sultan , le Grand-
Vezir , le Capoudan-Pafcha , & le Mir-
Alem , placés devant le Trône ; trois Eunuques
blancs en file du côté gauche du
Trône , & l'Interprète de la Porte ; enfin
le Miniftre étranger & les perfonnes de fa
fuite , tous foutenus fous les bras par des
Capoudy Bafchys ou Chambellans de S. H.
67. Tableau de la Salle du Divan au Sérail
, repréfentant le dîner d'un Miniftre
étranger à la table du Grand -Vézir , & celui
'des plus notables de fon cortége à celle du
Capoudan-Pafcha , du Nifchandjy Efendy
& du Defterdar Efendy.
>
68. Tableau de la Salle du Divan au Sérail
, où l'on voit le Reis Efendy préfenter
en plein Divan au Grand-Vezir un Mémoire
, Telkhis , adreffé , fuivant l'ufage
au Sultan , pour demander fes ordres fur
l'admillion du Miniftre étranger à fon Audience
dans la Chambre du Trône..
>
69. Tableau de l'Audience publique que
donne le Grand-Seigneur au Capoudan- Pafcha
à l'occafion de fa fortie de Conftantinople
au printemps , avec une efcadre deftinée
à croifer dans l'Archipel. On y voit
tout le Sérail , le keofchk où cette cérémonie
a lieu fur le bord de la mer
bonne partie de la ville & du canal avec
les vailleaux & les galères tous pavoifés
comme d'ufage.
une
( 45 )

70. Tableau de la même Audience , où
Fon voit en grand , avec ce même keofchk
toute l'ordonnance de cette cérémonie , à
laquelle affiftent le Grand - Vezir & le
Mouphty.
71. Tableau de l'appartement du Reis
Efendy ; à la Porte ; c'eft- à-dire , à l'Hôtel
du, Grand-Vezir : on y voit ce Miniftre oc-' .
cupé à écrire , le papier appuyé , à la manière
Orientale,contre un carton fin qu'iltient
de la main gauche ; plufieurs Officiers des
différens Ordres de l'Etat , font affis le long
du fopha , les uns pour affaires , les autres
pour lui faire leur cour. Tous reçoivent
également la pipe , les confitures , le café
le Scherbeth , le parfum d'aloès l'eau
rofe , &c. fervis par les Valets de chambre
un genou à terre ; étiquettes qui s'obſervent
généralement parmi tous les grands Officiers
de l'Etat.
72. Tableau d'un Calém , ou Bureau public.
73. Tableau de la marche , Alay , d'un
Pafcha à trois queues.
74. Vue de toute la ville de Conftantinople
, prife de Scutary , du côté de Fscham
lidjea , à deux lieues de la Capitale.
75. Vue de l'embouchure de la mer
Noire , prife de Tharapia.
76. Vue des deux châteaux du canal ou
bofphore de Thrace , fitués entre l'embou
chure de la mer Noire & Conftantinople ,
& élevés par les Othomans avant la conquête
même de cette Capitale.
( 46 )
Les Portraits de tous les Sultans Othemans.
Deux cents figures , repréfentant les différens
coftumes du Sultan , des Sultanes ,
& des Officiers du Sérail ; du Grand-Vézir
des Miniftres & Secrétaires de la Porte
& généralement de tous les grands Officiers
de l'Etat.
Quatre-vingt dix figures repréſentant les
coftumes des Généraux , des Officiers de
l'Etat- Major , des Colonels , des Officiers
fubalternes & des foldats de différens
Corps de Milice , fur-tout des Janiflaixes.
?
CONDITIONS.
Qaa'ouvre à préfent de ſouſcription que pour
les deux premiers Volumes de l'Ouvrage , qui
contiennent le Code religieux . Ils font ornés
des Eftampes détaillées ci-deffus , depuis le
No. 1 jufqu'au Nº. 47 , avec les 23 planches de
coftumes. Le format de ces deux Volumes eft
in-folio. On n'a rien négligé , ni pour le choix
du papier , ni pour la partie typographique. Ils
s'impriment chez M. Didot le jeune , dont tout
le monde connait les beaux caractères. Chacun
de ces deux Volumes , dont les exemplaires
feront tirés à petit nombre , fe payera 150 liv.
pris à Paris. On ne demande point d'avances :
on payera en recevant chaque Volume, Le premier
paraîtra en Juillet prochain , le fecond fix
mois après ; & le reste de l'Ouvrage fucceffivement.
Quelques - uns des Volumes fuivans
auront moins d'Estampes , & feront conféquemment
d'un prix inférieur.
On eût fouhaité pouvoir donner cet Ou
vrage à meilleur compte ; mais fi l'on conf
( 47 )
dère la beauté de l'impreffion , la grandeur &
le nombre des planches , le prix actuel du papier
, des deffins & des gravures , les dépenfes
confidérables qu'ont occafionnées la Collection
des Tableaux , & les recherches néceffaires faites
à Conftantinople , on fe convaincra que l'Auteur
retrouvera à peine dans cette entrepriſe fes
fonds & fes avances.
La lifte des Soufcripteurs fera placée à la tête
du premier Volume.
Cette foufcription , générale pour Paris , la Province
&l'Etranger, fe fera chez l'Auteur , en s'adreffant
à M. DE SAINT-JULIEN, rue de la Chauf
fee d'Antin , No. 8 ; & chez M. DIDOT le jeune,
Imprimeur de MONSIEUR , quai des Auguftins.
Elle fera ouverte jufqu'au mois de Juillet prochain
; après cette époque , chacun des deux premiers
Volumes fe payera 180 liv.
Le payement de chaque Volume , ainfi que
la foufcription , doivent fe faire francs de port.
On eft d'ailleurs le maître de foufcrire pour
tout l'Ouvrage , & les premiers Soufcripteurs
auront toujours les premiers exemplaires des
Volumes & des planches.
Lu & approuvé , ce 30 Janvier 1787. De Sauvigny,
Vu l'Approbation. Permis d'imprimer, ce 31 Janvier 1987.
DE CROSNE,

Jer : 135.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 31 MARS
MARS 1787.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRB contre le Riche ennemi de la
Nature & des Lettres.
QUe fait ce vil Créfus ? Il digère & s'endort ;
Étendu triftement aux pieds d'un coffre-fort ,
H calcule en fecret , des yeux de l'avarice ,
Cet or , de fes forfaits le prix & le complice.
Le voyez-vous jamais , au retour des faifons ,
Saluer le printemps ni le Dieu des moiffons ,
De Flore rajeunie admirer la parure ?
Il dédaigne des biens qui naiffent fans culture.
Dans les jardins où l'art , efclave de l'orgueil ,
De la Nature en pleurs a creufé le cercueil ,
Il aime à voir fumer un. maufolée en poudre ,
No. 13 , 31 Mars 1787.
I
194
MERCURE
"
Des temples , des palais fillonnés par la foudre ,
Ces troncs demi - buifés , ces antres ténébreux
Des oifeaux de la nuit féjour lugubre , affreux ,
Et ces rocs calcinés , où d'une main tremblante
Le temps grave en fuyant fon image effrayante.
L'égoïfine eft fon Dieu : chargé de fes préfens ,
Sur fes autels lui-même il fait brûler l'encens.
Que l'on porte en tous lieux le carnage & la guerre :
Dans nos murs abattus qu'une main étrangère ,
Du trône enfanglanté difperfe les débris :
Que d'un fils , d'une époufe il entende les cris :
Couché fur le duvet , dans un calme coupable ,
Il regarde couler le fang de fon femblable.
Et tu prétends , barbare , au poids d'un vil métal ,
Marchander l'Univers & vendre ton égal !
L'homme , dont le génie & t'éclaire & te brave ,
Qui te commande en Roi , que tu fers en efclave ,
Quand brifant de l'erreur le voile audacieux ,
Du jour de la saiſon il éclaire tes yeux ,
L'homme qui vers le ciel dreffant un vol immenſe ,
Des planètes fixa le rang & la diſtance ,
Qui du prifine empruntant les prodiges vainqueurs ,
Du foleil étonné diviſa les couleurs ,
Lui fraya dans fa marche une route plus libre ,
Et des mondes rég a le mobile équilibre !
Oui , malgré ton orgueil aux yeux de l'Univers ,
Du fage en murmurant tu dois porter les fers ;
Tu le dois , pouț le veut ; que ta folle tendreſſe
BIBLIOTHECA
REGLA
MWAGENSIS.
DE FRANCE. 195
Sous le poids des bienfaits accable ta maîtreffe ,
Qui d'un luxe honteux devançant tous les pas ,
Du vice dans un char étalé les appas ,
Et d'amans infenfés , nouvelle Cléopâre
Accueille en fouriant une foule idolâtre ;
Par quel reffort fecret ton coeur fut- il lié ?
Tu vécus pour le monde , & tu meurs oublié ;
Tu meurs , & le Poëte , héritier de fa gloire ,
Enrichit de fon nom les faſtes de l'Hiftoire ;
Et , Roi de l'avenir , il voit d'un oeil ferein
Fumerpour lui l'encens d'un nouveau genre-humain.
Ah ! fi chez les mortels un Dieu daignoit defcendre ,"
A de plus grands honneurs oferoit-il prétendré ?
L'homme qui fur les Grands n'abaiffe pointles yeux ,
Incline au nom du fage un front religieux ;
Il respecte des Rois la majeſté ſuprême ,
Admire leurs vertus & non leur diadême.
Que la guerre avec joie allumant ſes flambeaux ;
S'élève fur un trône au milieu des tombeaux
Voit on le peuple heureux , adorant (on image ,
Sur les aute´s de ſang apporter ſon hommage ?
Non , Rome a de ſes mains briſé ſes étendarts ;
Mais elle a refpecté la fami le des Arts ;
Ce coloffe effrayant couché dans la pouffière,
Etonne encor nos yeux de fa fplendeur première.
Qu'avec tranĺport je vois ce vaſte monument
S'élever dans les airs majeftue atement !
Du père des Chrétiens c'est l'augufte demeure.
I ij
196 MERCURE
Sous des habits divers s'y promène à toute heure
L'art , avide étranger , qui , défertant fes bords ,
Vient chercher le génie & d'antiques tiéfors.
La main de Raphaël en embellit l'enceinte :
Il trempa fes pinceaux dans une fource fainte ;
Et fes tableaux , tracés fur fes murs immortels ,
A la postérité demandent des autels,
Tandis que la fortune , aveugle fouveraine ,
Fixe toujours fur toi fa balance incertaine ,
Tranquille, tu languis dans le fond d'un palais ;
Fais circuler au loin ſes rapides bienfaits :
Avec moi , fur les bords de l'antique Aufonie ,
Entends gémir la voix du Dieu de l'harmonię.`
C'eft-là que, fur un trône élevé par fes mains ,
L'architecture en foule appelle les humains.
Vois chez l'Anglois , jaloux d'agrandir le nom
d'homme ,
L'augufte liberté , jadis mère de Rome ,
Du fein des factions vengereffe des loix ,
Se placer toute armée à côté de ſes Rois :
L'Afe , efclave encor de la force & du crime ,
Ouvrir un large fein au tyran qui l'opprime.
Peuple jadis Héros ! ô Roi de l'Univers !
Tes mains d'un Janniffaire ont donc reçu des fers !
Pour nepoint voir tes pleurs, remontons vers l'Afrique :
Là , le noir habitant , courbé fous le tropique ,
Au rang des animaux fervilement rangé ,
Sourit à l'ignorance , & d'un vil préjugć
DE FRANCE
3157
N'ofant brifer encore la grofière enveloppe ,
Achette au poids de l'or les talens de l'Europe.
L'Égypte , plus pompeufe , étale avec fierté
Les merveilleux tréfors de la fécondité ,
Les fept canaux du Nil & les beautés fauvages
Dont ce fleuve orgueilleux a paré ſes rivages.
Sur ce globe infici , de climats en climats ,
Le génie égaré fe promène à grands pas.
L'Univers eft le livre où le fage doit lire :
It murit fa raifon , il étend fon empire ;
Et s'armant du flambeau de la réflexion ,
Il defcend dans le coeur de chaque nation.
Que ce fpectacle eft grand ! quelle étude profonde
De combattre l'erreur & de juger le monde !
Mais bien loin d'imiter ces hardis voyageurs ,
De leur pays fi cher infâmes déferteurs ,
Qui , traînant avec foi l'orgueil & l'efclavage ,
Aux Dieux de leuis voifins confacrent leur hommage,
On ne le verra point degrader par mépris
Ces monumens facrés dont s'honore Paris ,
Ce périftile où l'art s'arrête avec furpriſe , "
Où l'admiration veille toujours affife ,
Pour bâtir un palais égal à ceux des Rois ,"
Sur l'étranger furpris falle tomber fon choix ,
Er de Rome à grands frais appelant la fcience ,
Du fruit de fes tréfors déshériter la France..
Mais quoi ! ton oeil laffé de chaffer le repos ,
Se ferme appefanti fur ces vaftes tableaux ,
I 11)
198 -MERCURE
Et ta main défaillante , ô lâche Sybarite ,
Entraîne lentement la moll : ffe à ta ſuite !
Vas , fuis ; l'amour des Arts, ces élans , ces tranfports
Qui de l'âme ébranlée agitent les refforts ,
Ne font pas fait pour l'homme engourdi par le vice,
Er la gloire pour lui fut toujours un fupplice.
Douce philofophie ! au fein de la grandeur
Tu n'as ja vais placé le fiège du bonheur ;
On te vit rarement entrer chez l'opulence ,
Du riche dédaigneux careffer l'infolence ,
Superbe , & le vifage enluminé de fard ,
La nuit fur le duvet , & le jour dans un char ;
Tu méprifes des biens arrachés par la brigue ,
Et ne vends point ton coeur & ta voix à l'intrigue .
Conferve ta nobleffe & ta fimplicité ,
Et laiffe murmurer le vulgaire hébêté ,
Qui, n'adorant les Dieux qu'armés de leur tonnerre ,
Baife en tremblant leur main follement fanguinaire.
Ton empire eft plus doux . Tu vis a ron aipeer
Voltaire ,foixante ans faifi d'un faint refpect ,
Avec toi de Ferney cherchant l'ombre tranquille ,
A la Cour de vingt Rois préférer ton aſyle.
Je te ferai fidèle , & j'en fais le ferment.
Oui , malgré le deftin qui fur nous fourdement
Balance tous les jours quelque nouvel orage ,
Je veux en expirant embraſſer ton image .
( Par M. le Chevalier du Puy-des-Iflets
Chevan- Léger de la Garde du Roi. )
DE FRANCE. 199
RÉFLEXIONS fur le caractère du Docteur
Goldfmith , & fur quelques - uns de fes

Écr.ts.
LA Morale eft , fans contredit , de toutes les
études la plus néceffaire à notre bonheur . A mefure
qu'un peuple s'eft avancé vers l'état de civiliſation ,
fa morale s'eft perfectionnée , & des hommes fages
en ont établi les principes , & donné les leçons ; mais
ses généreux Inftituteurs des Nations n'ont pas toujours
fuivi la même route. Chez les Anciens comme
chez les Modernes , les uns fe font bornés à dicter dis
Loix , & l´s autres ont fu faire fentir , par des exem
ples intéreffans , l'avantage de leurs préceptes. En
nous amufaut : Is nous rendent me: lleurs . Auffi cette
méthode l'emporte de beaucoup fur la première , &
une fable dÉfope ou de La Fontaine eft fouvent
plus confolante & plus ut le que les fages raiſonnemens
d'Epictère & de Sénèque.
Ce font ces vues de la Morale qui donnent tant de
prix & tant de charmes à quelques- uns de nos Ro-
-mans , & qui , far tout chez les Anglois , ont annobli
le genre qu'ils nomment ſentimental.
Plufieurs de leurs grands Écrivains en ont fait
leur plus beau titre de gloire , & de ce nombre eft le
Docteur Olivier Goldfmith , Auteur du Vicaire de
Wakefield , qui , après Tom-Jones , eft , je crois ,
le meilleur de tous les Romans Anglois .
Le Vicaire de Wakefield a même un ton de fimplicité
& de bonhommie fublime qui ne le dément
jamais , & qui étoit peut- être plus dificile à foutenir
que l'oppofition des caractères de Tom Jones.
1 IV
200 MERCURE
Qui peut dédaigner , après avoir lu Goldfimith ,
e qu'il nomme les délices d'un coin de feu de campagne?
Qui n'aime pas à voir le bon Vicaire ,fans regret
pour fa fortune perdue, affis autour de fon foyer ,
ayant d'un côté fa femme & fon fils Mosès , de l'autre
fes charmantes fi- les , & tenant fur les genoux fes
deux beaux enfans de fix ou´ ſept ans , dont l'un
chante une antique ballade , pendant que l'aimable
la fenfible Sophie l'accompagne de fa guittare ? Qui
ne s'attendrit point avec ce père défolé , lorfqu'un
vil féducteur lui a ravi la tendre & crédule Olivia ?
Pour moi j'avoue que dans l'endroit où ce vertueux
vieillard , après avoir en vain cherché la victime
égarée , s'en retourne triftement vers fa ruftique habitation
, entre pour paffer la nuit dans un cabaret
de campagne , entend les cris plaintifs d'une malheureufe
fille que 1 hôteffe tient par les cheveux , & veut
pouffer hors de fa maifon à onze heures du foir ,
parce qu'elle n'a pas de quoi payer fon coucher ;
qu'à travers les fanglots de l'infortunée il reconnoît la
voix de fon Olivia; qu'il const à elle , qu'il la prend
dans fes bras , l'accable de tendres careffes au lieu de
lui faire des reproches , la confole , la raffure , & lui
dit que malgré la fauté qu'elle a commife , il ne peut
jamais celler d'être un bon père : j'avoue , dis je ,
qu'alors je me fuis furpris inondé de mes larmes , &
baifant vingt fois avec tranfport le Livre qui me faifoit
pleurer fi délicieufement.
>
Mais un tableau plus fublime encore , c'eſt celui
où le Vicaire , ruiné par les injuftices du perfide
Thornill , & malade dans un obfcur cachot , où t
attend la mort, parvient à convertir les fcélérats avec
1fquels on l'a renfermé. Ils commencent tous par fe
imoquer de fes leçons ; mais bientôt ils fe foumettent
à l'honnête é & au travail. Jamais l'empire de la
veiti ne fe fit peut être auflì bien fentir . Le vieillard
Anglis paroît alors plus grand que Socrate, Socrate,
DE FRANCE. 2C L
avant de boire la cigaë , étoit entouré de fes amis &
de Philofophes ; mais s'il eft permis de rapprocher les
vertus humaines des vertus céleftes , on ne peut comparer
le Vicaire dans fa prifon qu'au Sauveur des
chrétiens , daignant excufer la femme adultère , &
pardonnant à de lâches blafphémateurs.
Goldfmith ſe montre d'autant plus fenfible , qu'il
a éprouvé lui même la bonne & la mauvaife tortune.
On prétend qu'il s'eft peint fous le nom du pauvre
George dans le premter Chapitre de la feconde
partie du Vicaire , & on raconte que traverfant la
Flandre pour fe rendre à Paris , & étant obligé de
demander l'aumône , au-lieu de mandier dans les
Villes ou à la porte des Chateaux , il ne s'approchoit
que des chaumières . Avant d'y arriver il tiroit de fa
poche une flûte mélodieufe & plaintive don' il jouoit
quelques airs. Les enfans fortoient d'abord pour
l'entendre ; bientôt la mère & le refte de la famille
en faifoit autant , & on invitoit à un frugal repas
P'Etranger que la facilité hofpitalière de ces payfans
confoloit & que révoltoit l'avare dureté des
riches.

La lecture des Ecrits de Goldsmith intéreſſe ; mais
elle afur- tout l'avantage rare de faire aimer l'Auteur.
On eft sûr en le lifant qu'il a été vertueux & bon .
Le caractère de fon talent a une originalité piquante,
Il allie le ton poétique & fublime à la fimplicité la
plus naïve , la prompte fenfibilité au don d'obferver
avec jefteffe , & la douceur indulgente à la verve
comique.
Quelques fragmens de fes Effais de Morale , que
j'ai deffein de faire paroître dans ce Journal , offrent
fouvent des fituations ou des aventures intéreffantes,
& font toujours dignes de l'Auteur du Vicaire de
Wakefield . Le Conte que l'on imprime ici aujour
d'hui approche , dans l'original Anglois , de l'Ariftonous
& du Lifinaque , deux des plus beaux mor-
Iv
202
MERCURE
ceaux qui aient été faits dans aucune Langue. Fenélon
& Montefquieu fembleut avoir voulu donner
en les écrivant , une idée abrégée de leur vafte génie.
On croiroit volontiers que ce font des Épiſodes détachés
de quelque grand Poëme épique , & fes peintures
rapides font au Télémaque & à l'Odyffée , ce
qu'eft aux riches & pompeufes compofitions de Raphaël
& de Lebrun , le tableau ſimple & fublime du
ferment des Horaces.
Enfin , fi ou accueille favorablement l'hiftoire
d'Alcandre & de Septimius , je ne tarderai pas à en
publier quelqu'autre , & je m'applaudirai d'avoir
contribué à faire fentir en France le mérite d'un
Auteur que j'aime beaucoup , & dont le nom n'y eft
guères connu que de quelques Gens- de Lettres.
ALCANDRE & SEPTIMIUS , Hif
toire tirée des Effais du Docteur Goldfmith
, Auteur du Vicaire de Wakefield.
Sperate miferi, cavete felices.
LONG-TEMPS après le déclin de l'Empire
Romain , Athènes fut encore le féjour du
Goût , des Sciences & de la Sageffe . L'Oftrogoth
Théodoric releva les Écoles que la barbarie
avoit détruites , & rendit aux Savans
les diftinctions & les récompenfes que des
Gouvernemens avares leur avoient ôtées.
C'eft vers ce temps-là qu'Alcandre & Septìmìus
fe trouvèrent condifciples à Athènes ,
Pun renommé pour être le plus habile Dialecticien
du Lycée , & l'autre le plus éloquent
DE FRANCE. 203

Orateur de l'Académie . Une admiration réciproque
fit naître entre- eux une tendre
amitié. Ils jouiffoient d'une fortune à- peuprès
pareille , & ils étoient nés dans les deux
Villes les plus célèbres du Monde ; car Alcandre
étoit Athénien , & Septimius venoit de
Rome.
Ils vécurent affez long- temps dans une
douce tranquillité ; mais Alcandre voyant qu'il
avoit laiffé couler la plus grande partie de fa
jeunelle dans l'indolence philofophique , jugea
qu'il étoit temps pour lui de fe livrer aux
affaires & aux vertus fociales ; & les premiers
pas qu'il fit vers le monde furent pour demander
la main d'Hypatée , perfonne d'une rare
beauté. Le jour de leur hymen fixé , tous les
arrangemens pris , il ne reftoit plus qu'à conduire
en triomphe la jeune épouſe au lit de
fon amoureux époux.
Les tranfports d'Alcandre à l'approche de
fon nouveau bonheur , ou plutôt fon amitié
ne lui permettoit pas de jouir d'une joie parfaite
, Septimius n'en étoit le témoin ; il
prit donc la réfolution de le préfenter à Hypatée
, réfolution qu'il exécuta avec toute la
joie d'un homme qui fent également & les
délices de l'amitié & l'ivreffe de l'amour.
Pour Septimius il ne vit pas plutôt Hypatée
qu'il fut enflammé d'une pallion involontaire ;
& quoiqu'il fit tous fes efforts pour réprimer
des defirs auffi imprudens qu'injuftes , les
violentes émotions de fon ame le jetèrent
1 vj
204
MERCURE
dans un état de fièvre & de délire que les
Médecins jugèrent incurable.
Pendant cette maladie , Alcandre voulut
veiller lui-même Septimius , & il engagea fa
maitreffe à partager les foins qu'il prodiguoit à
fon ami , ce qui donna bientôt occaſion aux
Médecins de découvrir que l'amour ſeul étoit
la caufe du mal dont périffoit lejeune Romain.
Alcandre ne fut pas plutôt inftruit de cette découverte
, qu'à force de prières il en arracha
l'aveu au malheureux Septimius.
Il eft impoflible de décrire les différens
combats de l'amour & de l'amitié , & tout
ce qui fe paffa alors dans l'ame d'Alcandre. Il
fuffit de dire que les Athéniens étoient parvenus
à une fublimité de morale qui leur faifoit
porter à l'excès toutes les vertus : en un
mot , Alcandre , oubliant fon propre bonheur ,
céda fajeune & charmante époule à Septimius.
Ils furent mariés en fecret , & ce changement
de fortune ayant bientôt rendu la fanté au
Romain , il partit avec fa femme pour aller
rejoindre fa patrie : là l'emploi de fes heureux
talens qu'il avoit fi éminemment acquis dans'
la Grèce , le firent parvenir en peu d'années
aux premières dignités de l'Empire , & à la
charge de Préteur.
Pendant ce temps là Alcandre fouffroit
non-feulement d'être féparé de fon ami & de
fa maitreffe , mais les parens d'Hypatée lui intentèrent
un procès pour l'avoir lâchement
cédée , & prétendirent qu'il l'avoit vendue
pour de fargent . Les apparences étoient
DE FRANCE. 205
contrè lui. Il demeura prefque convaincu
de ce crime. Son éloquence fut vaine iorfqu'il
voulut l'employer en fa faveur , & le
parti puillant qu'il avoit à combattre l'emporta.
Il fut enfin condamné à payer un
dédommagement immenfe; & ne pouvant
y fatisfaire , on le dépouilla de les vêterens
d'homme libre , & on l'expolă dans la
Flace publique pour y être vendu parmi les
efclaves.
Un Marchand de Thrace acheta le malheureux
Athénien , & le conduifit , avec quelques
autres compagnons d'infortune , dans cette
contrée fauvage & ſtérile . Là il fut employé à
garder les troupeaux d'un maitre impérieux
& barbare ; ce qu'il pouvoit prendre à la chaffe
étoit tout ce qu'on lui accordoit pour la nourriture.
Chaque matin il fe réveilloit pour
contempler les fatigues & la faim qui l'artendoient
, & chaque changement de faifons ne
fervoit qu'à aggraver fes fouffrances & fa misère.
Cependant au bout de quelques années
de fervitude une occafion de s'échappers'étant
préfentée , il la faifit avec ardeur ; & après
avoir marché plufieurs nuits de fuite , & paffe
les jours de caverne en caverne , il arriva enfin
à Rome..
Le même jour où Alcandre parut dans
cette ancienne Capitale du Monde , Septimius
, aflis dans le Forum , y rendoit la juftice.
Le malheureux Athénien y yint avec
empreffement , efpérant être reconnu & em
brallé publiquement par fon ami. Il demeura
206 MERCURE
tout le jour dans la foule , les yeux fixés far
le Préteur , & attendant qu'il le regardât ;
mais la misère & la douleur avoient produit
un fi grand changement dans toute la perfonne
, qu'il ne fut point remarqué ; & lorfqu'il
voulut enfin , le foir , s'approcher de la
chaife de Septimius , les Licteurs le repoufsèrent
brutalement .
L'attention du pauvre eft ordinairement.
portée avec rapidité d'un objet défagréable
vers l'autre. Auffi la nuit approchant , Alcandre
fe trouva obligé de chercher quelqu'abri
pour ſe repofer. Les haillons dont il
étoit couvert , & fon air trifte & déſeſpéré
n'engagèrent aucun Citoyen à lui offrir un
afyle. Il lui parut à lui -même trop dangereux
de coucher dans la rue , & il prit le
parti de fe retirer dans un de ces tombeaux
placés hors des murs de Rome , & qui étoient
devenus la retraite ordinaire du malheur , du
crime ou du défefpoir. Dans ce féjour d'horreur
il appuya fa tête fur une úrne renverfée.
Un léger fommeil fufpendit quelque
temps la misère , & il trouva fur un lit de
pierre plus de repos que le duvet n'en pro
cure à ceux que le remords tourmente.
Mais vers minuit deux voleurs arrivèrent
pour fe cacher dans le lieu où étoit Alcandre .
Une difpute s'éleva entre - eux pour le partage
de leur butin , & l'un renverfa l'autre
d'un coup de poignard , & le laiffa nageant
dans fon lang à l'entrée du tombeau. Le matin
on l'y trouva mort. Son afpect ayant fait
DE FRANCE. 297
faire d'autres recherches , on découvrit Alcandre
dans le fond du fepulcre , & il fut naturellement
accufé & de vol & de meurtre.
Les circonftances étoient funeftes pour lui.
Son état de pauvreté fembloit confirmer les
foupçons : enfin , il étoit depuis long-temps fi
accablé d'infortunes , qu'il ne regardoit la vie
qu'avec dédain , & il déteftoit le monde, où il
ne trouvoit qu'ingratitude , menfonge &
cruauté. Il réfolut de ne pas fe défendre ; ainfi
il fut traîné , lié & garotté , devant le Tribunal
de Septimius.
Comme toutes les preuves du crime fembloient
certaines , & qu'Alcandre ne s'oppofoit
point au jugement , le Préteur le condamnoit
déjà à une mort cruelle & ignominieuſe ,
quand un autre objet détourna l'attention
du Peuple. Le voleur qui étoit réellement coupable
, venoit d'être arrêté vendant ce qu'il
avoit dérobé, & dans fa frayeur il avoua le
meurtre pour lequel on alloit faire périr Alcandre.
Il fut conduit devant le même Tribu
nal , & confronté avec plufieurs de fes compagnons.
L'innocence de l'Athénien parut dans
tout fon éclat; mais fon imprudente opiniâtreté
caufoit l'étonnement de la multitude ,
qui fut encore bien plus furpriſe lorſqu'on vit
Septimius s'élancer de fon Tribunal dans les
bras du malheureux Grec. Septimius venoit
de reconoître tout à- coup fon ami & fon
bienfaiteur; & tendrement appuyé fur fon
fein , il l'arrofoit de larmes de joie & de
pitié. Que dirai-je de plus ? Alcandre parta208
MERCURE
gea depuis la gloire & le bonheur d'un des
premiers Citoyens de Rome. Il paffa le refte
de fes jours dans un doux repos , & , en
mourant, il ordonna de graver fur fa tombe
qu'il n'y a point de circonftance fi défesperée
où la providence ne puifle nous fecourir .
(Par M. de Larival.)
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent."
LE mot de la Charade eft Charpie , celui
de l'Enigme eft Limaçon ; celui du Logogryphe
eft Félicité , où l'on trouve Félicité ,
Martyre avec fes fept fils ; Félicité , nom de
baptême de femme ; fiel , pris au moral ;
fil , pris au phyfique ; cité , ciel , féjour de la
félicité.
CHARADE.
Pour faire mon dernier , Iris , prend mon premier ;
OUR
Mais quitte mon premier pour faire mon entier.
(Par M. Gibier.)
DE FRANCE. 209
ENIG ME,
UNE énigme aisément fournit mon exiſtence.
Mortels , vous recherchez & fuyez ma préfence ;
Au malade fouvent je fuis d'un grand fecours ;
Je feis reptile , abrège & prolonge les jours .
Suis -je donc redoutable , ou bien digne d'envie ?
Vif, je donne la mort ; mort , je donne la vie,
( Par Mlle du Moulinet de Hardemare. )
LOGOGRYPH E.
J'ARMAI jadis la redoutable main
D'un Héros de la Sainte Hiftoire ;
Contre le peuple Ph liſtin
Seule je fixai la victoire.
Aujourd'hui que de gens de bien
Dont on redoute l'entretien ,
Lecteur , fans forcer la Nature ,
Pourroient t'offrir la même armure !
gens bénins & fans défans , Ces
Soat heureux ' , nous devons le croire :
Le bonheur eft fait pour les fots ;
Mais que je plains leur auditoire !
Ami , fi tu veux tranfpofer
Les huit pieds qui forment mon être ,
210 MERCURE
:
A tes yeux je vais expofer
Une étoffe de prix & le nom d'un Saint Prêtre ,
Célèbre au pays Champenois ;
Ce qu'un Poëte quelquefois
Préfère à la raifon ; une cité fameufe ,
Des fureurs d'Atilla victime malheureufe ;
Le trône d'un Pontife : un métal précieux.
C'eft affez , cher Lecteur, je ferois ennuyeux
Si je t'en difois davantage.
Crois- moi , pour me conr câtre mieux ,
Confulte ton miroir , tu verras qu'à tout âge
Le fort m'a placé fous tes yeux.
( Par M. Sébire de Beauchefne , Offi. de Marine. ) '
NOUVELLES LITTERAIRES..
EUVRES Morales de Plutarque , traduites
en François par M. l'Abbé Ricard , de
l'Académie des Sciences & Belles Lettres
de Touloufe. Tomes Iv , Ve & VIC , A
Paris , chez la Veuve Defaint , Libraire ,
rue S. Jacques , 1786.
CE quatrième volume contientles Queſtions
Grecques , les Parallèles d'Hiftoires Grec
ques & Romaines , le Traité fur la Fortune
des Romains , deux Difcours fur la Fortune
ou la Vertu d'Alexandre , & un autre Traité
"
DE FRANCE. 211
où Plutarque examine fi les Athéniens fe
font plus illuftrés par les Armes ou par les
Lettres.
Les queſtions Grecques ne peuvent être ni
faites ni réfolues que par des gens profondément
verfés dans les Antiquités Grecques.
Les Lecteurs ordinaires , en qui le defir de
s'inftruire a des bornes , ne s'aviferout guères
de demander , & ne fe foucieront pas beaucoup
d'apprendre quels étoient ceux qu'on
appeloit à Épidaure Conipèdes & Artynes;
ce que c'étoit que l'Hypeccauftria à Soli ; qui
étoit celui qu'on appeloit Platychete en
Béotie ; ce que c'étoit que les Apofphandonetes
; quels étoient ceux à qui on donnoit
à Argos les noms de Mixatchagetafet d'Elafiens
, ou à Mégare celui d'Amaxoculifles.
L'envie feule de s'inftruire de ces chofes fuppofe
déjà des connoiffances qui ne font pas
le partage de la multitude , même parmi les
Savans.
Quant au Traité des Parallèles d'Hiftoires
Grecques & Romaines , Amyot a mis ces
mots à la tête de la Traduction qu'il a faite
de ce Traité. « En la marge d'un vieii Livté
» écrit à la main , ces paroles grecques le
» trouvent : ce Livre ne fut jamais de Plu-
» tarque , Auteur excellent & favant , mais
» de quelque Écrivain vulgaire & ignorant
» de l'art de poéfie & de grammaire.
"}
En effet , tous les Savans conviennent que
ce traité n'eft point de Plutarque , & M.
J'Abbé Sallier l'a prouvé dans un Mémoire
212 MERCURE
inféré au Tome VI du Recueil de l'Académie
des Infcriptions & Belles- Lettres. Le Livre
des Parallèles paroît avoir été infpiré par la
vanité nationale. L'Aureur a voulu élever les
Grecs au- deffus des Romains , montrer dans
l'Hiftoire Grecque les mêmes merveilles , les
mêmes traits d'héroïfine & de vertu que dans
l'Histoire Romaine , pour perfuader que la
Grèce en a fourni les modèles ; mais cet Écri
vain, quel qu'il foit , eft fans autorité & fans
fidélité , & les Hiftoriens dont il a tiré fes
exemples , font venus bien après les monumens
hiftoriques des Romains ; ainfi ce font
les Hiftoriens Grecs qui ont copié les Hiftoriens
Romains , quoique l'Auteur des Parallèles
ait voulu faire croire le contraire .
M. l'Abbé Sallier eft porté à penſer auffi
que les Difcours fur la Fortune des Romains ,
& fur la Fortune & la Vertu d'Alexandre ,
ne font pas de Plutarque ; mais qu'ils foient
de Plutarque ou non , M. l'Abbé Sallier voit
dans l'Auteur la même intention que dans
celui des Parallèles , celle d'élever les Grecs
au- deffus des Romains ; M. l'Abbé Ricard
voit dans M. l'Abbé Sallier la difpofition con
traire un peu trop marquée , c'eſt à - dire , un
peu de prévention en faveur des Romains.
contre les Grecs ; il n'ofe décider abfolument
que ces Ouvrages foient de Plutarque ; mais,
il croit y reconnoître la manière & le ftyle
de cet Ecrivai
il les regarde feulement
comme des productions de fa jeuneffe : il
croit que c'étoient de ces déclamations par
DE FRANCE. 213
lefquelles les anciens eflayoient leurs talens
& s'exerçoient à l'éloquence . A en croire Plutarque
ou l'Auteur, quel qu'il foit, de ces Difcours
, la Fortune a tout fait pour les Romains
, la Vertu feule a tout fait pour Alexandre
; il auroit été plus jufte de reconnoître
que la Fortune & la Vertu avoient
beaucoup fait de part & d'autre, & que, quels
que foient & les talens & la prévoyance
des conquérans , la Fortune a toujours une
grande part à leurs fuccès : & certe in armis
militum virtus , locorum opportunitas , auxiliafociorum
, claffes , commeatus , multùm
juvant ; maximam verò partem quafifuo jure
Fortuna fibi vindicat ; & quidquid eft prof
perè geftum , idpenè omne ducitfuum. Cic. pro
Marcello.
Boffuet a peut être mieux loué d'un feul
mot Alexandre, que ne l'a fait dans ces déclamations
l'Auteur dont il s'agit ; Boffuer obferve
que le nom
d'Alexandre fe trouve dans
tous nos Panégyriques , " & qu'il femble par
une eſpèce de fatalité glorieuſe à ce conquérant
, qu'aucun Prince ne puiffe rece-
» voir de louanges qu'il ne les partage. »
"
93
Ce que M. l'Abbé Ricard regarde comme
la plus forte exagération dans l'Auteur des
Difcours , c'eft la prétendue philofophie dont
il veut faire honneur à fon héros Alexandre.
Oferions - nous obferver cependant que ce
n'eft peut-être pas ce que cet Auteur établit
le moins bien , s'il eft vrai , comme il le dit,
qu'Alexandre, dans fes conquêtes, fe foit pro ;
214 MERCURE
!
"
"J
"2
pofé , & qu'il ait fait le bonheur des peuples
qu'il a foumis. Themiftocle difoit : Sans ma
difgráce j'étois perdu. « On peut , dit l'Au-
» teur , le dire avec plus de fondement.
» des peuples foumis par Alexandre . Sans
» leur défaite , ils n'euffent jamais été civilifes.
L'Egypte n'auroit pas fon Alexandrie,
» ni la Mefopotamie fa Seleucie, ni la Sogdiane
» fa Prophtalie , ni l'Inde fa Bucéphalie , ni
», le Caucafe ces villes Grecques , dont le
» commerce a enfin adouci la rudeffe de ces
peuples & policé par l'habitude leurs
» moeurs fauvages & barbares . Si la philofophie
tire fa plus grande gloire de former
» & de polir les efprits rudes & groffiers ,
» qui peut , à plus jufte titre , prétendre au
nom de philofophe , qu'un Prince qui a
civilifé tant de Nations féroces & indociles
?... Il a exécuté ce que les Philofophes
fpéculatifs projettoient ...... Il apprit aux
» Hircaniens à former des mariages légiti-
» mes ; aux Arachofiens à cultiver les Let-
» tres , aux Sogdiens à nourrir leurs parens
dans leur vieilleffe , au- lieu de les faire-
» mourir , aux Perfes, à refpecter leurs mères
» & à ne plus les époufer..... aux Scythes , à
enfevelir les morts au lieu de les manger....
Il a fonde plus de foixante - dix villes dans
» les contrées les plus barbares ; il a femé
» dans toute l'Afie les inftitutions de la Grèce ,
» & a retiré ces peuples de la vie groffière &
fauvag qu'ils avoient menée jufqu'alors ....
Il fe ccrrooyyooiitt établi par la Divinite même,
r"
و د
ལུ
DE FRANCE. 215
"
"
» pour être l'arbitre & le conciliateur de
» toutes les Nations.... Il vouloit qu'elles regardaffent
l'Univers comme leur patrie ,
" fon camp comme leur citadelle & leur
forterelle ; tous les gens de bien comme
» leurs proches , tous les méchans comme
» des étrangers.... Que fi le génie qui avoit
» envoyé fur la terre l'ame de ce grand Prince
ne fe tût hâté de la rappeler à lui , tous
» les hommes n'auroient connu qu'une feule
loi , ils n'auroient été conduits que par une
» ſeule juſtice , comme par une lumière
» commune. Mais aujourd'hui la portion de
l'Univers qui n'a point connu Alexandre ,
» eft comme privée de la clarté du foleil . Les
» motifs donc de fon entrepriſe montient
en lui un vrai Philofophe , qui a eu pour
و د
و د
"
"
but , non d'acquérir des richeifes & de fa-
" tisfaire fon luxe , mais d'unir tous les hom-
» mes par les liens de la paix , de la concorde
» & d'un commerce mutuel.
י כ
Nous ne garantillons pas les faits que nous
venons de recueillir de divers endroits de ces
Difcours ; mais nous difons que s'ils font vrais ,
l'Auteur n'a pas mal établi la philofophie
qu'il attribue à fon Héros . A l'appui de toutes
ces raifons , il rappelle encore les égards &
fes bienfaits prodigués aux Philofophes , aux
Poëtes , aux Artiftes ; il rapporte de lui plufieurs
mots où l'on trouve en effet autant de
philofophie que de grandeur d'âme ; la plupart
font connus , nous n'en citerons qu'un .
Philippe, fon père , bleifé a la cuiffe dans un
216
MERCURE
.
combat, voyoit avec peine qu'il en resteroit
boiteux. Mon père , lui dit Alexandre , chaque
pas que vous ferez , vous rappellera votre valeur.
Enfin il trouve Alexandre Philofophe dans
fes projets , dans fes conquêtes , dans les difcours
, & même dans toutes les actions particulières.
Voici comment il prouve ce dernier
point.
ور
93
ور
و د
وو
ور
Сс
Épris d'amour pour Roxane , fille d'Oxyathre
, Roi de la Bactriane , une de fes
captives , il n'abuſe pas de fon pouvoir
» pour la déshonorer , il l'épouſe : voilà un
Philofophe. A la vue de Darius percé de
» traits , il n'offre pas des facrifices , il ne
fait pas entendre des chants de victoire
» pour témoigner fa joie d'avoir enfin ter-
» miné une fi longue guerre ; mais il fe dépouille
de fon manteau pour en couvrir le
» corps de ce malheureux Prince , & cacher
» cet exemple terrible de la rigueur de la
fortune envers les Rois : voilà un Philofophe.
Il reçut un jour de fa mère une
lettre qui contenoit des fecrets . Pendant
qu'il la lifoit , Épheftion , affis auprès de
lui , la parcouroit des yeux ; Alexandre ne
» l'en empêcha point , il ne fit que mettre
» fon anneau fur fa bouche , & la confiance
≫ de fon amitié pour lui fcella fon filence :
» voilà un Philofophe.
53
و د
ور
33
Le traité qui termine ce volume eft encore ,
au jugement de M. l'Abbé Ricard , un Ouvrage
de la jeuneffe de Plutarque ; au lieu
d'y
DE FRANCE. 217
d'y tenir la balance égale entre les Lettres &
les Armes , entre les Guerriers & les Écrivains
, & de convenir que les uns & les autres
ont prefque également contribué à la
gloire d'Athènes , il accorde tout aux Armes ,
& refufe tout aux Lettres , par la raiſon que ,
felon lui , fans les Guerriers les Hiftoriens
n'exifterciem pas ; au lieu que , fans le fecours
des Hiftoriens , les Guerriers exifteroient
avec toute leur gloire . Les Hiftoriens lui pa
roiffent être , à l'égard des Guerriers , ce que
les Comédiens font à l'égard des Rois & des
Généraux , dont ils repréfentent les actions ,
ou à l'égard des Poëtes Tragiques , dont ils déclament
les Ouvrages,
Et ce raifennement & cette comparaifon
nous paroiffent manquer de jufteile .
1º. Il eft faux que la gloire des Héros puiffe
fe paffer du fecours des Hiftoriens. Si elle
n'avoit pour reffource qu'une tradition fugitive
, elle feroit bientôt anéantie ou deshonorée
par des fables ; & Horace a dit avec ſa
raifon ordinaire :
Vixerefortes ante Agamemnona
Multi , fed omnes illacrymabiles
Urgentur , gnotique long&
Nodle, carent quia vate facro
Paulum fepulta diftat inertia
Celata virtus.
Sallufte croit que la gloire des Héros d'Athè
nes doit beaucoup à l'éloquence , à l'imagi
No. 13 , 31 Mars 1787. K
218 MERCURE
ر
nation même de leurs Hiftoriens , & que la
renommée a un peu paffé la réalité.
Athenienfium res gefta , ficuti ego exiftimo ,
fatis ample magnificaque fuerunt verùm
aliquanto minores tamen , quàm famâferuntur.
Sed quia provenere ibi fcriptorum magna.
ingenia , per terrarum orbem Athenienfium
facta pro maximis celebrantur. Ita eorum qua
fecere virtus tanta habetur , quantùm eam
-verbis potuere extollere præclara ingenia.
2º. Il n'eft pas vrai que les Hiftoriens ne
puiffent fe paffer de Héros ; ce ne font pas des
Héros que Tacite a le plus fouvent à peindre ,
ce font des monftres , d'affreux tyrans , d'indignes
efclaves , & c'est alors qu'il eft le plus
éloquent , le plus profond , le plus tacite.
30. Par confequent les Hiftoriens ne reffemblent
point aux Acteurs , qui en effet
'exifteroient pas fans les Héros qu'ils ont à
repréfenter , & les Tragédies qu'ils ont à déclamer.
L'Hiftoire n'eft que l'image des actions ,
dit encore Plutarque; la fable eft l'image de
l'Hiftoire : les Poëtes font donc autant audeffous
des Hiftoriens que ceux - ci font audeffous
des grands Hommes dont ils racontent
les actions.
Cette manière de raifonner & de calculer
nous paroît encore bien vicieuſe. Les Poëtes
fervent peut-être encore mieux que les Hiftoriens
la gloire des Héros , en lui donnant
plus d'éclat & de vivacité , une impreffion
plus forte & plus durable ; tout ce qu'ils font
DE FRANCE. 219
perdre à la vérité tourne au profit de la gloire.
Quel Hiſtorien eût plus fait pour les noms
d'Achille , d'Ajax , d'Hector , d'Ulyffe , d'Agamemnon
, qu'Homère & les Poëtes Tragiques
Grecs ? Les Poëtes font au- deffous des
Hiftoriens ! oui , pour la fidélité ; mais ils
l'emportent pour l'agrément , pour l'i térêt ,
pour le charme durable des tableaux , & ils
ne le cèdent pas en utilité , s'il faut adopter
cette idée de Mme de Grafigny , dans les Lertres
d'une Péruvienne : Quel bien peut- on
faire aux hommes, qui égale celui de leur inf
pirer de lajoie?
Quoique ces divers Ouvrages de Plutarque
, ou qui lui font attribués , foient quelquefois
un peu légers de raifonnement , ils
ne laiffent pas de plaire par la multitude &
la variété des traits hiftoriques , & même philofophiques
dont ils font remplis .
Le Traducteur continue de mériter beaucoup
d'éloges ; fes obfervations , fes notes
font d'un grand prix , elles annoncent beaucoup
de Littérature & d'érudition. Son ſtyle
eft bon , il a de l'élégance & de la fimplicité.
La critique pourroit y relever quelques négligences.
Par exemple , dans les queftions
Grecques , lorfqu'il y a deux queftions réduites
en une , il lui arrive plus d'une fois de
les énoncer ainfi :
"
66
Pourquoi , aux facrifices des Thefmophories
, les femmes d'Erétrie font- elles
cuire leur viande au foleil & non au feu ,
» & qu'elles n'invoquent point Calligénie ?
"
Kij
220 MERCURE
Pourquoi & qu'elles ne vont point enfemble.
Nous trouvons aufli aux pages 434 &
435 , dans les notes , Artaxerxe nommé deux
fois Artaxerxe Memnon ; c'eft fans doute une
faute d'impreffion . M. l'Abbé Ricard fait
mieux que nous que c'elt Artaxerxe Maémon ,
ainfi nommé à caufe de fa prodigieufe mé
moire.
Dans le cinquième volume on trouve
trois différens Traités en forme de dialogues ,
où divers interlocuteurs difent leur avis fur
une queftion propofée , & refurent les avis
des autres,
1º. Première queftion , premier traité :
Que fignifie le mot E1 gravéfur la porte du
temple de Delphes ?
Cette iiption étoit une fimple lettre
que les Grecs écrivoient indifféremment E
ou Ei, & qui étolt fufceptible de plufieurs
fignifications. L'on croit que cette lettre
( epflon ) qui est la cinquième de l'alphabet
grec , fixoit le nombre des Sages de la Grèce ,
qui n'étoient d'abord que cinq : Chilon
Thules , Solon , Bias & Pittacus ; le crédit &
la flatrerie leur affocièrent dans la fuite Cléobule,
tyran de la ville de Lindes , & Périandre ,
tyran de Corinthe ; mais les cinq premiers
regardant ceux- ci comme des ufurpateurs du
titre de Sages , confacrèrent leur vrai nombre
dans le temple d'Apollon , comme une proreftation
contre l'admillion des deux derniers,
Un autre obſerve que E ou Ei fignife fi,
& que c'eft la formule des voeux & des fou-
C
DE FRANCE. 221
haits que formoient ceux qui venoient dans
le temple confulter l'Oracle , comme dins
ces phrafes : Si telle chofe m'arrivoit.
O fi
Ebullit patrui præclarum funus , & ô fi ,
Sub raftro crepet argenti mihiferia. Perf.
Ofi angulus ille
Proximus accedat , qui nunc denormat agellum !
O fi urnam argenti fors que mihi monftret ! Horat.
Un autre obferve que la conjonction fi,
fervant a exprimer la liaiſon d'une idée avec
une autre , eft du plus grand ufage dans la
dialectique , & il conjecture qu'Apollon , qui
aime la dialectique & la vérité , a fait graver
cette formule fur la porte de fon temple.
Un autre explique cette infcription par les
nombres , & expofe toutes les propriétés &
toutes les prérogatives du nombre cinq.
Un autre enfin croit que cette lettie exprime
la feconde perfonne du verbe je fuis ,
& qu'elle attribue au Dieu révéré à Delphes ,
la propriété d'exifter par lui-même dans le
même fens oùle vrai Dieu dit dans l'Écriture :
Egofum quifum.
20. Seconde queftion. Second traité : Pourquoi
la Pythie ne rend plus fes Oracles en
vers ?
C'est vraisemblablement parce que ces
vers étant le plus fouvent mauvais, pouvoient
détruire ou affoiblir l'idée de l'infpitation. Sur
quoi un des interlocuteurs fait ce fingulier
Kiij
222 MERCURE
2
raifonnement. " En quoi ! nous croirons ces
» vers d'Apollon , & nous les jugerons bien
» au-deffous de ceux d'Homère & d'Héfiode?
Pourquoi ne pas plutôt reconnoître qu'ils
" font bien faits , & réformer les jugemens
» que nos préjugés & nos mauvaiſes habi-
» tudes nous en font porter ? » Il est vrai
qu'un autre interlocuteur obferve qu'il y a des
gens qui renverfent ce raifonnement , & qui
difent des vers des Oracles , non qu'ils font
bien faits , puifqu'Apollon en eft l'Auteur ,
mais qu'ils ne font pas de ce Dieu , puifqu'ils
font mal faits.
Un troifième concilie tout , en difant que
le Dieu donne feulement aux Pythies la première
impulfion ou l'enthoufiafme , & que
chacune d'elles fe livre enfuite à fon mouvement
nature!.... « Ce n'eft pas la voix de ce
» Dieu qu'on entend , ni fes expreffions &
» fes vers , mais ceux de la Pythie. Le Dieu
» lui préfente feulement les images des cho-
» fes qu'elle doit prédire , & l'éclaire fur
» l'avenir. »
Cet interlocuteur fi conciliant eft , fous le
nom de Théon , Plutarque lui - même , qui
avoit un peu trop de foi aux Oracles , & que
le Traducteur accufe d'un peu de fuperftition
, quoiqu'il paroiffe prendre plus de plaifir
à expofer toutes les raifons qui peuvent
excufer fon judicieux Auteur , & affoiblic
cette accufation de fuperftition qu'il laiffe
échapper à regret .
DE FRANCE. 223
3º. Troifième queftion . Troisième traité :
Pourquoi les Oracles ont ceffé ?
C'est ici la queftion que M. de Fontenelle
a traitée d'après Vandale , & fur laquelle le
P. Baltus a écrit contre eux avec un efprit de
fuperftition , dans lequel il l'emporte fur Plutarque.
Cette queſtion pour nous offre deux points
à examiner.
1º. Les Oracles étoient - ils l'ouvrage des.
démons , ou ne doit on les attribuer qu'à la
fourberie des Prêtres ?
Le Traducteur obferve à cet égard que tout
ce que les Oracles offrent de plus fingulier ,
pouvant s'expliquer par un moyen très- naturel
& très -vraisemblable , c'eſt à- dire , par
la fourberie des Prêtres , il feroit inutile &
peut être dangereux de recourir à des caufes
furnaturelles ; & qu'au refte la Religion n'enfeigne
nulle part que les démons fuffent les
auteurs des Oracles. Il eft donc déjà fur ce
premier point de l'avis de Vandale & de Fontenelle.
2º. Les Oracles ont- ils ceffé , & n'ont- ils
ceffé qu'à l'avénement de J. C. ?
Il eit prouvé par les faits , d'un côté , que
plufieurs Oracles avoient ceffé ou fouffert des
interruptions avant la naiffance de J. C.; del'autre
, que long- temps après cette époque
plufieurs Oracles exiftoient. Ainfi le Traducteur
confirme encore fur ce point , ainfi que
fur le précédent , l'opinion de Vandale & de
Fontenelle ; il croit feulement que la propa-
7
Kiv
$24
MERCURE
gation de l'Évangile & de la vérité a beaucoup
contribué au filence des Oracles , ce qui
n'eft pas contraire à l'opinion de ces deux
Philofophes.
Plutarque ne pouvoit pas traiter la queftion
dans ce point de vue particulier au chriftianifme.
Un de fes interlocuteurs dit que la faculté
de prédire l'avenir , qu'on appelle divi-
`nation , eft, comme tous les autres ouvrages
des Dieux , fujette à s'altérer & à finir. Un
autre penfe que les Oracles ne font pas dirigés
par les Dieux eux- mêmes , mais par des genies
intermédiaires entre les Dieux & les
hommes , qui font fujets à la mort , puifqu'ils
ne font pas Dieux , mais dont la vie eft de
plufieurs milliers d'années , ce qui explique
& la durée des Oracles & leur ceffation ; mais
ce qu'il y a de plus curieux dans ce Traité de
Plutarque , c'eft une differtation fur la divination,
où fe trouvent des idées qu'on a ef-
Layé récemment de reproduire parmi nous
avec quelques différences dans la forme feulement.
(
La divination , felon Plutarque , eſt une
faculté propre à l'efprit humain , & qui s'exerce
fur l'avenir comme la mémoire fur le
paffé. Voyez combien la mémoire , qui n'est
que l'oppofé de la divination , a de force
» & de pouvoir pour retenir & conferver les
chofes paffées , ou platêt pour leur donner
» un nouvel être ; car ce qui eft paffé n'a
plus d'exiftence. Tout exifte & , périt fuc-
» ceffivement , les actions , les paroles & les
و د
DE FRANCE. 225
93
"
"
ود
"
» affctions. Le temps , comme un flauvé
rapide , les entraîne dans fa courſe. Mais la
» mémoire , par je ne fais quel moyen , le
faifit dans fa fuite , & donne une ſubſtance
» & une forme à ce qui n'eft plus..... Il ne
faut donc pas s'étonner que l'âme pouvant
» faifir ce qui n'eft plus , elle prévoie ce qui
» n'eft pas encore. L'avenir la touche même
» davantage , & eft plus intéreffant pour
elle. Elle tend vers le futur , & l'embraffe
و ر
"
""
ود
و ر
"
déjà , au lieu qu'elle eft féparée du paffé ,
» & n'y tient que par le fouvenir. Les âmes
» ont donc cette faculté innée ; mais , à la
vérité, foible & obfcure , elle n'agit qu'avec
difficulté. Cependant il en eft en qui elle
fe développe tout- à- coup , foit dans les
fonges , foit..... quand le corps fe trouve
dans une pofition fivorable à l'enthoufiafine
, & que la partie raifonnable & contemplative
, dégagée de l'impreffion des
objets préfens qui troubloient fon action ,
applique l'imagination à prévoir l'avenir. »
Il eft affez plaifant que le fomnambuliſme
divinatoire fe trouve dans Plutarque.
و ر
""
و د
"
Le travail du Traducteur en obfervations
& en notes , foit placées au bas des pages ,
fois renvoyées à la fin de chaque Traité , furpalle
de beaucoup dans ce volume le texte
inême en étendue; on peut dire dans ce fens :
Materiam fuperabat cpus ,
Et on peut ajouter que fans ces notes , le texte
manqueroit d'un développement néceffaire ,
Kv
226 MERCURE
& le Lecteur d'inftructions utiles pour l'intelligence
même du texte.
Il n'en eft pas de même du fixième volume ;
c'eft le texte qui y domine : aufli contient- il
un beaucoup plus grand nombre de Traités.
Comme il eft temps de terminer cet extrait ,
nous nous bornerons à donner ici les titres
de ces Traités.
Si la vertu eft le fruit de l'enfeignement ?
C'eft auffi une des queftions philofophiques.
qu'Horace fe propoſe:
Virtutem doctrina paret natura ne donet .
De la vertu morale ; des moyens de réprimer
la co ère.
Il femble qu'Horace ait indiqué à Plutafque
la plupart de ces fujets ; il a dir encore :
Irafuror brevis eft.....
Infectum vol
Qui non moderabiturira
effe dolor quod fuaferit ...
De la tranquillité de l'âme ; c'eft encore
une des questions qu'Horace fe propoſe ,
Quidpurè tranquillet ?
De l'amour fraternel :
yet extento Proculeius avo
Notus infratres animi paterni..
De l'amour des pères & des mères pour leurs
enfans ; fi le vice fuffit pour rendre l'homme
malheureux; quelles maladies font plus dangereufes
de celles de l'âme ou de celles du
DE FRANCE. 227
? Cette dernière queſtion paroît encore
indiquée par ces vers d'Horace :
corps
Dic me
•1
5
Vivere nec rectè nec fuaviter , haud quia ...
Sed quia mente minùs validus quàm corpore toto
Nil audire velim , nil difcere quod levet agrum ,
Fidis offendar medicis , irafcar amicis ,
Cur mefunefto properent arcere veterno ?
De la démangeaifon de parler; de la curiofité.
Percontatorem fugito , nam garrulus idem eft ,
Nec retinent patula commiffa fideliter aures
Et femel emiffum volat irrevocabile verbum....
( ou ullius )
Arcanum neque tu fcrutaberis illius unquam .
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON vient de remettre à ce Théâtre , 1º . le
Jaloux , Comédie en cinq Actes & en vers ,
par M. Ro.hon de Chabannes. Cette Pièce ,
dont nous avons déjà parlé plufieurs fois ,
pour en faire l'éloge , a reparu avec un troifième
Acte à peu-près neuf. Celui qui avoit
été joué lors des premières repréſentations
de cet Ouvrage , avoit généralement déplu
Kvj
223 MERCURE
nous difons généralement , car l'Auteur du
Jaloux étoit un de ceux auxquels il déplaifoit
davantage. Les Scènes que M. Rochon a fubftituées
à celles qu'il a fait difparoître , ont le
mérite d'être naturelles , de préfenter des
tableaux qui retracent les habitudes ordinaires
de la vie privée & des ufages de la fociété
, & de remettre en mouvement par des
refforts fimples le caractère de jaloufie auquel
le Chevalier vient de promettre folemnellement
de renoncer dans l'Acte précédent. Au
fond , ce nouvel Acte n'eft pas d'une grande
chaleur, mais il offie des détails piquans , & il
prépare toutes les fituations , tous les grands
mouvemens qui rempliffent le quatrième
un des plus chauds que nous connoiffions. II
paroît que le fort de cet Ouvrage eft fixé , que
la pluralité des connoiffeurs le place au rang
des productions eftimables que le moderne
âge Dramatique a yu naître , & qu'il n'éprou
vera de critiques rigoureufes que de la part
de ceux qui fe font fait un fyftême de blâmer
toujours par opiniâtreté ce qu'ils ont blâmé
une fois pat inconféquence..
2 °. L'Ecole des Bourgeois , Comédie en
trois Actes & en profe , par l'Abbé Dalainval.
La veuve d'un Binquier veut marier fa
fille à un Marquis dont elle eft engouée ; l'oncle
de la jeune perfonne veut la marier à un
homme de Robe. Une indifcrétion du Marquis
dévoile ce qu'il penfe de la famille à laquelle
il va s'allier , démafque fes motifs , &
fait éconduire.
DE FRA NC E. 229
Cette Comédie a été donnée pour la première
fois en 1728 , & fon fuccès fut trèsmédiocre.
A faremife avec des changemens ,
en 1770 , elle fut reçue froidement ; elle a
été mieux accueillie cette année , & fans
doute elle l'eût été mieux encore, fi on en eût
retranché une foule de détails longs & inutiles
qui retardent la marche de l'action & en
refroidiffent le comique. La prolixité étoit le
plus grand défaut de l'Abbé Dalainval ; on le
remarque dans tous fes Ouvrages , même dans
ceux que le Public a le mieux reçus à leur
première représentation. Son École des Bourgeois
eft cftimable par le fonds ; mais elle ne
pourra jamais figurer que très-triftement fur
la Scène Françoiſe à côté des Meurs du Tems ,
Comédie de feu M. Saurin , Ouvrage qui a le
même but que l'École des Bourgeois , & dans
lequel l'efprit , les grâces , la raifon , la fine
plaifanterie , la vérité du dialogue & le comique
des caractères fe difputent la prééminence.
La clôture de ce Théâtre s'eft faite par une
repréfentation de Zelmire , Tragédie', après
laquelle M. Naudet a prononcé un Difcours ,
que nous imprimerons dans le prochain
Mercure .
. Ce Difcours mérite une attention particulière
, & les idées fur lefquelles l'Orateur
a cru devoir fixer l'oeil des Spectateurs , ont
produit un double effet dont nous rendrons
compte.
230
MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE;
LE Samedi 17 de ce mois , on a donné la
première repréſentation du Menfonge Officieux
, Comédie en deux Actes & en profe
mêlée d'ariettes.
Le jeune Damis , emporté par l'exemple
& par le tourbillon des plaifirs , a diffipe fa
fortune & encouru l'indignation de fon père.
Il vient de vendre tous les objets précieux
dont il avoit fait acquifition , quand unejeune
Veuve dont il eft l'amant aimé, lui fait demander
à fouper. Accablé de chagrin & de remords
, il fe propofe de découvrir fa fituation
à fa maîtreffe. Son Valet , qui redoute qu'une
telle déclaration ne rompe un mariage avantageux,
fait une faulle confidence à la Veuve;
il lui dit que fon amant veut l'éprouver , &
que pour favoir jufqu'où va l'amour qu'il a
infpiré , il fe fuppofe ruiné . Il tire même
parti d'une lettre que le père de fon Maître a
écrite à la Veuve , fous l'adreffe de fon fils ,
& qu'il croit peu favorable à Damis
pour imaginer , fur l'épreuve , une intelligence
entre le père & le fils. La Veuve ne
revoit fon amant que pour lui reprocher fa
méfiance : furprife de la part du jeune homme
, dont il réſulte une explication qui donne
tout le tort au Valet. On ouvre la lettre du
père, qui , loin de contenir de la colère &
DE FRANCE. 235
des menaces , contient au contraire des remercîmens
à la jeune Veuve , fon confentement
au mariage de fon fils , & le pardon de fa
vie paffée s'il fait rendre fa femme heureuſe.
On pardonne au Valet , & les amans deviennent
époux.
Cette Pièce eft imitée du Valet Menteur ,
de David Garrick ; Ouvrage imité lui-même ,
ou à peu-près , du Souper mal apprêté d'Hau
troche. Une intrigue plutôt nue que fimple,
une marche lente , peu ou point d'expreffion
dans la phyfionomie des perfonnages : telles
font les principales caufes du peu de fuccès
de cet Ouvrage , que la mufique d'un célèbre
Compofiteur n'a pu foutenir , malgré le
mérite que les connoiffeurs y ont remarqué.
C'est pour la feconde fois que le Valet Menteur
de Garrick tombe à ce Théâtre , fous le
mafque de l'imitation. Ce qui a fans doute
cooperé à la chûte du Menfonge Officieux
c'eft la repréſentation des Dettes , Comédie
tout nouvellement jouée , dont le fonds eft
à peu-près le même , dont les fituations font
infiniment plus piquantes , & qui eft écrite
avec beaucoup de gaieté..
Le Jeudi 22 , on a joué , pour la première
fois , Toinette & Louis , Divertiffement en
deux Actes & en profe mêlée de mufique.
Toinette eft une orpheline que fon parraina
a élevée ; elle cft aimée du jeune Louis , garçon
laborieux & fage , mais peu fortuné. Un An
232 MERCURE
glois qui s'eft retiré dans le village , a vu l'amour
des jeunes gens ; il fe propofe de faire
leur bonheur , &parleau parrain de Toinette ,
qui accepte la dot que le généreux Anglois
propofe pour fa pupille , fous la condition
qu'elle époufera Louis. Les amans ignorent.
les intentions de l'Anglois , Louis le fuppofe
fon rival , Toinette le regarde comme fon.
tyran; on apporte un contrat de mariage que,
dans leur colère ils voudroient voir en pièces ;
enfin on les défabuſe , & ils tombent aux pieds
de leur bienfaiteur.
CeDivertiffement eft une bagatelle: il paroît
que l'Auteur n'y a mis d'autre prétention que
celle de préfenter des motifs de chant à la jeune
Virtuofe pour laquelle il a travaillé , a nfi nous
ne le jugerons pas avec févérité. Nous lai re- ,
procherons feulement d'avoir jeté dans quelques
Scènes des plaifanteries très graveleufes.
Outre que ce moyen d'exciter la gaie é n'eft
pas le plus heureux , il eft ici très - déplacé :
L'âge & le fexe du Compofiteur auroient du
rappeler à l'Auteur ces mots de Juvénal :
Maxima debetur puero reverentia.
La mufique a fait beaucoup de plaifir ;
elle annonce le talent de Mlle Grétry avec
plus d'avantage encore que celle du Mariage
d'Antonio. Le Publicatémoigné fa fatisfaction .
en faifant répéter ce couplet , qu'on peut
regarder comme un horofcope , dont le célè
bre inftituteur de Mlie Gréty ne peut que
háter l'accompliffement.
Jeunes rofiers , jeunes talens
DE FRANCE. 233
Ont befoin du fecours du Maître .
Un petit Auteur de treize ans
Eft un laurier qui vient de naître.
Il n'offre qu'un bouton nouveau :
Si vous voulez des fleurs écloſes ,
Daignez étayer l'arbriffeau ,
Quelque jour vous aurez des roles.
LE Samedi 24 , on a fait la Clôture de ce
Spectacle par une repréfentation de sa Belle
Arfene , & de Lucette & Lucas , après quoi ,
on a donné un petit Divertiffement en un
Acte & en vers , mêlés de Vaudevilles , pour
tenir lieu de compliment d'ufage : en voici
l'idée.
Tous les Jardiniers d'en Seigneur s'empreffent
à l'envi à cultiver les jardins d'un Maître
qu'ils affectionnent & qui les comble de fes
bontés Le plaifir & la gaieté font les aiguillons
de leur courage. Blaife , ament de Finette
& garçon Jardinier , entre en tenant à là
main un bouquet & un papier plié , ce qui
donne de l'ombrage à Finette , fur- tout quand
Blaife refufe de s'expliquer fur leur deftination
. Celui- ci a fu de l'Intendant que le Seigneur
va partir ; il l'apprend à fes c. marades,
& l'Intendant qui furvient confirn e la nouvelle
. La trifteffe fuccède à la joie on
abandonne le travail , on renonce à la culture
des fleurs dont on avoit pris fi grand foin ,
fur quoi Finette chante ce couplet :
>
234
MERCURE
que
1
AIR: Il faut des aîles à l'Amour.
A mon avis , n'eft- il pas mieux
De mettre à profit fon abfence
Pour les reproduire à fes yeux ?
Avec la même vigilance
Il faut les revoir chaque jour ;
Prodiguons- leur nos foins fidèles ,
Et peut-être qu'à fon retour
Il les trouvera ( bis ) plus belles ,
Cet avis paffe généralement , & pris on fe
propofe de dire un mot d'adieu à Monfeigneur.
Blaife a fait deux couplets , il n'a écouté
fa reconnoiffance & fon refpect pour
Monfeigneur, il les chante ; & Finette ralfurée
les trouve très bien , parce qu'ils partent du
coeur. Néanmoins , on ne peut fe déterminer
à faire les adieux projettes , c'eft un moment
trop douloureux : cette idée fait la
matière d'un morceau de chant qui finit en
chæar mezzavoce, après quoi le rideau tombe.
L'idée de ce Compliment , qui eft du Coufin
Jacques , eft fort ingénieuſe ; elle n'a pas
d'abord été fentie comme elle auroit dû l'être ,
parce que les rôles étoient mal fus , & que
de fréquentes omiffions rendoient obfcures
les intentions de l'Auteur ; mais quelques
couplets très- fpirituels & analogues à la circonftance
, ont ramené le Public au but du
Coufin , & les applaudiffemens ont été portés
DE FRANCE. 235
jufqu'à l'enthoufiafme. Ce n'eft pas ici le cas
de le blâmer ; il eft perinis au Parterre de la
Comédie Italienne de s'exalter beaucoup
quand on careffe fon amour- propre.
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Ceux qui connoiffent l'Alface , favent que c'eft
un pays utile à obferver & ils s'intérefferont à
eet Ouvrage , dont l'exécution nous a paru foignée
>
DE FRANCE. 239
fous les divers afpects . Il en paroît deux Livraifons .
On donnera tous les trois mois deux Planches ou
Vues gravées.
LA Dame Joffe , Marchande de Rouge de la
Cour , rue Coquillière , vis - à - vis le Roulage , eft
parvenue à rendre le Rouge Végétal qu'elle compofe
auffi beau & auffi agréable à l'oeil que les couleurs
naturelles au moyen d'un corps gras légèrement aromatifé
; ce Rouge , quoique plus fin , n'eft pas fujet à
tourner comme les autres ; il a de plus l'avantage de
nourrir & conferver la peau , ainſi qu'il eſt conſtaté
par l'Approbation de la Sociéte Royale de Médecine.
La Dame Joffe prévient les Dames qu'elle fabrique
du même Rouge , & fans odeur , dans lequel elle a
incorporé de l'effence de Serkis , qu'elle tire directement
de Conftantinople , où cette fleur eft très-recherchée
par les Sultanes qui, en connoiffant toutes les
vertus pour entretenir la fraîcheur du tein , & empêcher
les rides, en font continuellement ufage ,
ainsi qu'il en eft fait mention dans différens Journaux.
Le prix de ce dernier Rouge eft de 12 , 18 &
30 liv. le pot. Le premier fe vend, comme à l'ordinaire
, 6 , 9 , 12 & 24 liv . le pot . Il y a de chacun de
ces Rouges depuis le n° . 1 jufqu'au nº . 12 ,
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Maîtres , un Cahier par femaine, Prix , 12 fols
chaque. Abonnement 15 liv. franc de port.- Numéros
12 à 20 du Journal Hebdomadaire , contemant
des Airs de toute eſpèce , avec accompagnement de
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MERCURE
240
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Mauvais -Garçons , près celle de Buffy , chez l'Herborifte.
Certe Mufique , qui a fait de l'effet au Théâtre ,
en doit faire plus encore dans les Concerts , où elle
n'aura point à fouffiir des vices de l'action théâtrale ;
elle a fur tout le mérite d'être un excellent objet d'étade
pour l'emploi des Inftrumens .
TABLE.
EPPITRE contre le riche en- gryphe ,
208
nemi de lu Nature & des Let Euvres Morales de Plutartres
, J93 que,
Alcandre & Septimius , Hif Comédie Françoife ,
202 Comédie Italienne, toire ,
Charade , Enigme & Logo Annonces & Nouces,
APPROBATION
.
219
227
230
235
J'AI la , par ordre de Mgt, le Garde- des- Soecanx , lę
Mercure de France , pour le Samedi 31 Mars 1787. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 30 Mats 1787 GUIDI,
le charbon de terre , &c. 2 vol.: ment , pour l'adminiftration des
in-12 . de plus de soo pag. cha- j biens & revenus de la fabrique
cun , avec fig. br. 5 liv. franc de la paroiffe de S. Germain de
de port pour la Province , 6 liv. la ville de Dourdan ; du 18 Dé-
Théophile Barrois le jeune , cembre 1786.
Lib. quai des Auguftins , Numéro
18 , vient de recevoir de
Londres les Livres fuivans :
The royal kalendar , or com
plete and corect annual regifter
for England , Scotland , Ireland ,
2nd America , for the year 1787.
Lond. 1787. in- 12. 3 liv.
A Paris , chez les mêmes.
Arrêt de la Cour de Parlement
, portant réglement pour
l'adminiftration des biens &c
revenus appartenant aux pauvres
de la ville & paroiffe de Bonnetable
au Maine ; de 20 Décembre
1786.
A Paris , chez les mêmes.
Arrêt de la Cour de Parle-
Tranfactions of the fociety
inftituted at londor for the encouragement
of arts , manufac- ment , qui ordonne que l'Arrêt
tures and commerce with the
præmium offered in the year
1786. London , 1786 , vol . IV ,
in-8 , br. 7 liv. 10 fols.
ARRET S.
Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi , du 7 Décembre 1786 , qui
nomme Jean- François Kalandrin
, Régiffeur des droits com
pis dans la régie générale .
AParis, de l'Imprimerie royale.
Arêt da Confeil d'Etat du
i , da 13 Décembre 1786
rtant réglement pour les fels
fournir aux Suiffes,
du Mai 1786, portant réglemest
pour l'adminiftration des
biens & revenus des fabriques
des paroiffes fituées dans l'étendue
du diocèfe de Poitiers , fera
exécuté dans les paroiffes fituées
dans le reffort de la fénéchauffée
de Fontenay- le-Comte; & que
faute par les Officiers des juftices
fubalternes de faire les diligences
convenables pour l'exécution
dudit Arrêt , if y fera pourvu , à
la requête du Subftitut du Procureur
général du Roi en ladite fénéchauffée
, aux frais & dépens
des domaines defdites juftices ;
du 21 Décembre 1786.
A Paris , chez les mêmes.
A Paris, de l'imprimerie royale.
Arrêt de la Cour de Parle
ment qui ordonne que les Ar
rets des Mai & 6 Juillet 17861 Arrêt de la Cour de Parlefront
exécutés felon leur forme ment , qui fait défenfes à toutes
& teneur; & que , faute par les perfonnes de quelque qualité &
Officiers des juftices fubalternes condition qu'elles puiflent être ,
de faire les diligences convena de s'affembler & de s'attrouper,
bes pour l'executions defdits foit les jours de fêtes de potion ,
Arrêts , ily fera pour u par les foit à l'occafion des mariages ,
Officiers des fiéges royaux aux dans aucun temps de l'année ,
quels lefdires juftices reffortif & fous aucun pretexte , dans
fent , à la requête des Subf- les paroiffes fituées dans l'étentituts
du Procureur général du due du reffort du bailliage de
Roi deflits fiéges, aux frais & Mâcon , fors les affemblées qui
dépens des domaines defdites peuvent avoir lieu pour louer
juftices ; du 16 Décembre 1786. les domestiques néceffaires aux
habitans de la campagne, lefquelles
ne pourront fe tenir pendant
le fervice divin : fait dé
fenfes d'établir aucunes danfes
A Paris, chez P. G. Simon &
N.H, Nyon, Imp. du Parlement ,
ue Mignon S. André - des- Arcs.
Arrêt de la Cour de Parlepubliques
; fait défenfes aux Ca
baretiers de donner à boire les
lieux de faire les diligences convenables
pour l'execution dudit
dimanches & fêtes aux heures Arrèt , i! y fera pourvu à la
du fervice divin , & en tout requête du Subftitot du Procu
temps , après huit heures de reur général du Roi au bailfoir
en hiver , & dix heures du liage de Mâcon aux frais &
foir en é é ; le tout fous les depens des domaines desdites
peines portées par ledit Arrêt , juftices ; du 22 Decembre 1786.
ordonne que , faute par les Pro. A Paris , chez les mêmes.
cureurs fifcaux des juftices des
On fouferit féparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE,
chez PH. D. PIERRES , premier Imprimeur Ordinaire du Roi ,
rue Saint Jacques. Le prix de l'abonnement eft de liv. 4 fols
par année , avec la Tabic .
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel d
THOU , rue des Poitevins. Le prix eft,, pour Paris
de trente livres , & pour la Province , port franc
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte
e affranchiffant le Port de l'argent & la lett
d'avis , dans laquelle il faut inférer le requ
Directeur des Poftes.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de M
fontpriés derenouveler au plus tôt leur abonneme
afin qu'on ait le temps de réimprimer leurs adre
& qu'i's n'éprouvent aucun retard dans l'expédi
Ils voudront bien donner auffi leurs noms &
tés d'une écriture lifeble , & affranchir les leti
fans quoi elles ne feront point reques ,
qi
MERCURE
DE FRANCE.
( No. 10. )
SAMEDI 10 MARS 1787.
MARS a 31 jours & la Lune 30. Du r au 31 les joure
croiffent de 54 ' le matin , & de 54' le foir.
Jours
du
mois.
Noms des Saints .
Jendi. S. Aubin , Evêque.
2 Vend . S. Simplice , Pape.
Sam . Ste Cunégonde.
42. D. Reminifcere.
Lund . Cafémir , Roi,
Mard . S. Siméon , Evêque.
Merc. Ste Perpétue.
Jeu li. S. Jean - de- Dieu .
9 Vend Ste Françoife.
10 Sam. Ste Detrovée.
113
D. Oculi.
12 Lund. S. Pol , Evêque.
13 Mard. Ste Euphrate
14 Merc. S. Lubin , Evêque.
15 Jeudi. S. Zacharie , Prêrce.
16 Vend. S. Habraham , Ev.
17 Sam . Sre Gecuude , Vierge.
184. D. Latare.
19 Lund. S. Joseph .
20 Mard. J. Joac sim .
Phafes
de la
Temps moyen
au
Lune. Midi vrai.
oh. 12 / 381
O 12 26
P. L. O 12 13
à z O le
h. m.
du matin.
CD.Q.
He 12 à t
h. 3 m .
du mat.
OOOO
II 59
II 45
II
31
II 16
II " 1
10
46
ΤΟ
30
10 14
9 57
9 40
و
N. L.
le 19 à 2
8 14
PRINT. h. 57 m.
idu toir.
7 56
O
7 38
O
719
7 I
6
42
21 Merc. S. Benoît , Abbé.
22 Jeudi S. Epiphrodite .
23 Vend . SS . Victorin , &c.
24 Sam. S. Agaver , Evèque.
255. D. L. Pellion,
26 Lund L'ANNONCIATION .
27 Mard . S Rupert . Evêque.
8 Merc S. Gentrand , Roi.
29 Jeut S. Ecftafe , Abbé.
30 Vend. La Compaffi n .
31 Sam. IS. Acale , Evêque.
Dr. Q.
le 26 à
h . 17 m.
du mat.
24
47
5 28
a NM
32
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE.
*
LIVRES NATIONAUX.
5
Etat de la marine & des co-
Almanach des diligences : lonies : année 1787.
in- 12. br. 2 liv. 8 fols .
A Paris , chez la veuve D'Hou-
A Paris , chez Prault , Lib.y, & Debure , Imp. Lib . rue
quai des Auguftins. Hautefeuille.
Anecdotes originales de Pierrele-
Grand ; par de Stolin : in-8° .
Paris , chez Durand neveu, L.
Fur Galande.
Petite Bibliothèque des théâtres
; Numéro 2 : in 18.
Le Grand- oeuvre des peintres ;
par Gérard de Leireffe : in- 4°.
avec 35 planches , rel. 30 liv.
A Paris , chez Moutard, Imp.-
Lib rue des Mathurins.
OEuvres complettes d'Antoineférens
traités fur la peinture :
in- 4°. tel. 24 liv.
On fouferit d Paris , au Bu- Raphaël Mengs , contenant difreau,
rue des Moulins , butte S.
Roch , Numéro 11 ; chez Belin L.
rue S. Jacques ; & chez Bruner,
L. place du théâtre italien.
• A Paris , chez le même.
Mémorial de l'Europe , ou
Tableau des principaux événe- Catalogue raifonné de la librairie
académique de Stras- mens arrivés dans cette partie du
bourg : Numéros 25 à 32.
A Paris , chez Mufier , Libr.
quai des Auguftins.
monde ; année 1787 in 12.
br. 2 liv. fo fols.
A Paris , chez Leroy , L. rue
S. Jacques
Miffel latin & françois fui
vant le bréviaire de Chartres :
Le Cenfeur univerfel anglois ,
dédié & préfenté à MADAME ;
Numéros 80 81 & 82 : in 8°.
On fouferit à Paris , chez La- in - 12.
grange , Libr. rue S. Honoré , en A Chartres , chez Deshais.
face du Lycée ; c'eft chez lui Ode à la monarchie fur l'afqu'il
faut envoyer , francs defemblée des états du Royaume :
port , les avis , livres & eftampes
qu'on veut faire annoncer , ainfi
que l'argent.
Coftumes des grands théâtres
de Paris ; Num. 33 & 34 : in - 8°.
in - 89.
A Paris , chez les Marchands
de nouveautés,
Recherches hiftoriques fur les
maurs , & hiftoriques de l'Em-
A Paris , au Bureau , au Pa- pire de Maroc ; par M. Che-
Jais Royal, Numéro 91 .
nier : vol . in - 8°.
Courier lyrique & amufant
feconde année ; Numéros 18 :
31.8 .
A Paris , chez Auteur , Mad.
Dufresnoy , quai de l'Ecole.
Dictionnaire hydrographique
de la France ; par M. Moitcy.
A Paris , chez l'Auteur ; chez
Prévost , L. rue de la Harpe ; &
chez Leroy , Lib. rue S. Jacques.
Epître aux Norables.
A Paris , chez Dido: le jeune, L.
aai des Auguftins.
A Paris , chez l'Aureur , rue
des Co tu's S. Gerva s.
Traité pratique de l'inoculation
, par feu M. Gandoger de
Foigny ; nouvelle édition ,
-8 vue & corrige : vol. inbr.
3 liv. 12 fols.
A Nancy , chez la veuve Le
clerc , Imp. de l'Intendance, &
fe trouve à Paris , chez Née de
la Rochelle , L. ue du Hurepoix.
Le même Lib. vient d'acqué
rir les livres fuivans :
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
1
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 14 Février.
'Impératrice de Ruffie féjournera à Kiof
jufqu'au mois d'Avril , où le Nieper , libre
de glaces , fera navigable pour les galeres
qui doivent porter S. M. I. On croit
qu'elle reftera felement cinq o fix jours à
Cherfon , d'où elle paffera à Kinburn , visà-
vis d'Oczakof , & de-là à Precop en Crimée.
Son retour à Pétersbourg eft fixé ,
ajoute- t-on , au mois de Juillet. Les camps
feront placés à Kiof, à Cherfon & dans la
Crimée ; ils fe viront à la pompe du voyage
& à fa sûreté. Les époques de cet itinéraire
pourront changer fans doute , & l'on fent
qu'il eft difficile de déterminer exactement
les dates de route & de féjour , au milieu de
ces déferts où l'on eft obligé de conftruire
des maifons pour y recevoir l'Impératrice ,
où l'on manque de tout , & d'où , malgré
Nº. 9. 3 Mars 1787 . a
2 )
l'énormité des dépenfes qui rempliront ce
vuide , l'on fera vraiſemblablement aſſez
impatient de revenir.
Le Roi de Pologne fe mettra en route ,
les Mars , pour l'entrevue qu'il doit avoir
à Kaniew avec l'Impératrice de Ruffie.
Le Grand-Chancelier actuel de Pologne, Comte
de Malachowski , ouvre fa nouvelle carriere
par des projets qui annoncent & la folidité de
fon jugement & fon humanité. Il paroît s'occuper
particulierement de la claffe des habitans ,
malheureufement trop négligée jufquà ce jour
dans la République , où la Nobleffe jouit feule de
l'exiftence , tandis que la roture eft abandonnée
à tous les degrés de l'humiliation . Ce Seigneur
éclairé fait voir l'eftime qu'il a pour les
arts & les métiers voués dans cette Nation à une
espece de mépris. La ville de Kensky , à laquelle
il vient , par des loix fages & d'utiles établiffe
mens , de rendre le lufire qu'elle avoit jadis , confirme
la bonne opinion qu'on a reçue de fon adminiftration.
Sa pénétration s'étend plus loin. II
veut prévenir déformais l'efpece de defpotifme
qu'exerçoient les Régens des villes fur les habitans
, & les querelles dangereufes qui en réfultoient.
Par des ordonnances pleines de raifon &
d'humanité , il a prefcrit des bornes aux amendes
arbitraires , que prononçoient les Juges . Il a détruit
par fon intervention , le germe de la haine
& de l'inimitié qui fubfiftoit entre les Régens &
les Corps de métiers . Dans toutes les occafions, il
cherche à faire refpecter les loix , & ceux qui en
font les dépofitaires . Il s'efforce fur- tout d'infpiret
à tous fes fubordonnés & à tous les habitans cet
efprit de tolérance qui appriyoife les Etrangers .
Auffi la République commence- t- elle à éprouver
( 3 )
les effets de cette heureuſe révolution. Les artifans
, les artiſtes , sûrs de trouver dans cet Etat la
liberté de confcience , y apportent en foule leurs
talens & leur induftrie. On s'apperçoit déjà du féjour
qu'ils y ont fait . Le peuple , avide d'imiter
leur exemple , devient plus ac f , plus laborieux.
Des marufactures s'établiffent . Les objets de premiere
néceffité deviennent plus communs , & par
conféquent moins chers.
Le Bourguemeftre Benzman & le Sénateur
Gra'ath font partis de Dantzick pour
Berlin , où ils doivent affifter aux nouvelles
négociations , relatives aux différends qui
fubfiftent encore entre la Cour de Berlin &
la ville de Dantzick.
Depuis plufieurs années on n'a éprouvé
en Suede d'hyver plus doux que celui- ci.
Le plus grand froid jufqu'ici a été de 15
degrés au deffous de zero . Il est tombé trèspeu
de neige.
La cargaifon du vaiffeau l'Adolphe Frédéric
, revenu des Indes- Orientales à Gothembourg
, au mois de Juillet , fera vendue
dans ce port le 12 Avril prochain .
Par une Déclaration royale , du 19 de ce
mois , le Roi de Danemarck a accordé aux
payfans des terres de Wiederup , Grafenftein,
Soebygaard & Gottesgab , le droit de
propriété de leurs maifons & de leurs femmes.
Le Journal politique qui s'imprime ici
vient de publier la Lettre fuivante d'un Of
ficier Hanover en , qui fe trouve aux Indes.
Orientales.
a 2
( 4 )
23
Je reviens , écrit il , d'un voyage que j'ai
fait dans plufieurs villes de cette partie du
Monde , & je m'empreffe de vous en donner
une defcription , ainfi que des moeurs des habitans
noirs.
» Tirutchinopoli , ou comme on le prononce
» ordinairement , Tritechinopoli , eft une affez
grande ville . Ses fortifications font irrégulieres
; autrefois , elle fervoit de réfidence au
» Nabab d'Arcot ; le Palais qui s'y trouve eft bien
meublé. La Pagode poffede de grands trésors.
a Wariore, Le Nabab y poffede une belle maifon
& un très - joli jardin . Plufieurs Européens
ont ici des maisons de campagne . Tanjour , Capitale
du Royaume de ce nom , eft une grande
ville; elle eft compofée de deux forts contigus,
que l'on diftingue l'un de l'autre par la dénomination
du grand & du petit fort . Ces forts
a font entourés d'un rempart , devant lequel ſe
trouve une fauffle baye , & un foffé large &
> très- profond. Comme cette fortereffe n'eft
point flanquée , on a probablement voulu réparer
cette faute en y adaptant un grand nombre
de canonnieres. J'en ai compté juſqu'à 440
au grand fort feulement, On y diftingue un
canon de barres de fer , dont l'embouchure a
21 pouces anglois de diametre. Dans cette
ville fe trouve auffi le Château du Roi. Ce
» Souverain , qui eft fort âgé , n'en fort preſque
plus ; il entretient 40 éléphans & quelques cent
chevaux. Le petit fort eft occupé par une
garnifon Angloife. On n'y voit rien de remarquable.

32
Negapatnam , que l'on a pris aux Hollandois ,
» renferme un grand nombre de vieilles maifons ,
fur- tout du côté de la mer. On affure que le
fort , qui eſt entiérement rafé aujourd'hui ,
*
1
Is
>>
"3

» étoit bien fortifié ; le voifinage de la ville lui-
» a été nuifible . Lorfqu'il fe rendit aux Anglois
, on n'y tira pas un feul
de canon .
coup
» Les Hollandois racontent plufieurs , anecdotes
plaifantes , à l'occafion de la prise de ce fort.
» Un des Officiers commandoit dans un ouvrage
» fort avancé ; il étoit couché , lorfque la fen- .
» tinelle vint l'avertir de l'approche de l'enne- .
» mi ; mais ce brave Militaire jugea à propos .
» de refter dans fon lit , & fe rendormit. L'en- .
» nemi l'y furprit , le garrotta & le fit tranfpor
» ter dans une chaloupe , à bord de l'efcadre
Angloife . La garniton de la place , prife
» fans coup ferir , étoit compofée de 7000 hom-
>> mes au nombre defquels 300 Européens
» 2000 Malais , 1000 Séapoys & 1000 hommes
»des troupes d'Hyder. Les Hollandois le félici- .
» toient de ce que le Chevalier Edouard Hughes
» commandoit l'efcadre ; car , difoient - ils , il ne
nous refteroit aucune poffeffion , fi cet Amiral
» eût été auff actif que le Général Cocke.
»
ככ
לכ
>
Tranquebar eft très- mal fortifié . Les maisons
» y font belles , mais les rues trop étroites. Le
» Gouverneur actuel eft le Général Abbenfleil ;
» c'eft un brave Militaire qui s'est conduit avec
beaucoup de fageffe pendant la guerre.
5)
"» Tripatore eft un endroit mal conftruit , qui
" ne mérite aucune attention . Un Officier Alle-
» mand commande dans le fort ; fa place lui vaut
" 7,000 rixdalers & plus par an. Les habitans.
» font auffi mal propres que leurs compatriotes
noirs ; comme eux , ils fouffrent la vermine
» avec une patience vraiment incroyable . Nos
» gens évitent pour cela leur fociété autant qu'ils
» peuvent. En général , les nègres font dans ce
pays très mal propres , quoiqu'ils fe baignent
tous les jours. Les hommes font dans l'ufage
a 3
( 6 )

de rafer leur tête , à l'exception d'une touffe
de cheveux au milieu qu'ils nouent enfemble ;
les femmes font grand cas de leur chevelure ,
» qu'elles frottent avec de l'huile , ainfi que les
» autres parties du corps . Il paroît que la for-
" nication n'eft point regardée chez eux comare
93
2
un vice , puifqu'on s'y livre affez publique-
" ment ; l'adultere cependant eft réprouvé &
»même puni . Ils regardent le mariage comme
une union fi fainte , que l'on voit quelquefois
» des femmes qui fe laiffent brûler vivantes avec
le corps de leurs maris. Il eft vrai qu'une verve
» n'est point forcée de fe dévouer ainfi , mais
auffi -tôt qu'elle a pris l'habit jaune pour cette
terrible fcene , elle ne peut plus changer de
>> réfolution & il faut qu'elle fe facrifié . Les
» femmes qui montrent de la pufillanimité font
attachées fur une planche & placées ainfi fur
» le bûcher , à côté du corps de leurs maris.
,
» Un grand nombre des habitans de ce pays
Dont embraffé la Religion Chrétienne ; beaucoup
, & fur - tout les Grands , profeffent la
Religion Catholique ; ils ont à la campagne i
» plufieurs belles Eglifes & Chapel'es. Près de
» Tirutchinopoli , fe trouve une belle Eglife Pro-
» teftante. Dans ce pays , comme en Europe ,
"
ور
ɔɔ
en fe pourfuit pour des opinions en matiere
» de religion , & la manie de faire des profélytes
y fait tous les jours de nouveaux progrès
; on méconnoît , au grand défavantage
o de la Religion , fon véritable efprit , qui eft
» celui de la Charité & de la Tolérance . Les
» femmes du pays , qui vont le fein nud ,
5
le
couvrent , lorfqu'elles rencontrent des Européens.
Mais à la côte du Malabar , elles font
obligées de découvrir leur fein auffi tôt qu'elles
» font rencontrées par un homme. La loi qui le
כ כ
» leur enjoint , date de l'époque où une femme
» qui avoit caché un poignard dans fon fein ,
fondit fur fon Souverain & l'affaffina .
Les Naturels du pays nourriffent dans leur
coeur une haine implacable contre les Européens;
je penfe auffi que , fi crux- ci n'ufent pas de beaucoup
de fagefle & de prudence , il leur fera difficile
de conferver leurs poffeffions actuelles. Le
nombre des Noirs eft fi confidérable , qu'on en
compte 1000 fur un Européen; & , comme ils paroiffent
s'appercevoir de plus en plus des artifices
& des fraudes des Européens , il est à craindre
qu'il n'arrive un jour une grande révolution dans
cette péninfule.
Il me femble que Lord Macartney a beaucoup
ébranlé les fondemens de l'ancien fyftême du
Gouvernement . La paix qu'il a faite avec Typpo,
ne fait gueres d'honneur à fa prudence : il a confenti
que ce Prince pût retenir beaucoup de prifonniers
Européens ; & , en lui accordant le titre
de Sultan , il a trop flatté la vanité de ce Barbare.
Mais qui plus eft , ce Lord a député vers ce tyran
deux Membres du Grand Confeil pour conclure
avec lui la paix dans fon propre camp . Quelle démarche
humiliante pour les Européens ! Auffi
dit-on que Typpo ne les a pas traité avec confidération
, & l'on ajoute qu'il a fait placer deux potences
vis- à- vis des rentes de ces Députés. Le
principe de la conduite de ce Lori étoit la haine
qu'il portoit à l'armée , qui le déteftoit auffi de
fon côté. Il a ôté aux troupes plufieurs avantages
dont elles avoient joui depuis nombre d'années ,
& à la paix il a licencié la plupart des foldats
noirs fans les payer. Des 35 bataillons de Seapoys
, qui étoient au fervice Anglos , 14 ont été
licenciés. Ces Séapoys étoient connus pour les
meilleures de toutes les troupes noires. Il en faut
a 4
( 8 )
dans ce pays néceffairement , parce qu'elles
fupportent mieux les fatigues dans ce climat
chaud , & qu'elles marchent plus rapidement que
les Européens.
Les habitans du Carnatic sont très - contens de
ce que le Nabab a recouvré fon pays ; cette cir
conftance fait efpérer que beaucoup de familles ,
qui s'étoient réfugiées ailleurs , reviendront ; ce'
feroit une chofe très importante , car une grande
quantité de terres reftent incultes , faute de bras'
pour les mettre en valeur .
·
On évalue les revenus du Nabab de Carnatic
à 4,4000,000 pagodes , ce qui fait plus de onze
millions de rix lalers. Dans cette fomme eft com-'
pris le tribut annuel que paie le Roi de Tanjour ,
& qui monte à 4000,000 pagodes.
La justice eft très mal adminiftrée dans ce pays;
chacun fe la procure comme il peut auffi il arrive
fouvent de grands défordres & des fcenes
fanglantes entre les deux parties.
De Berlin , le 13 Fevrier.
Afin de détruire les fauffetés répandues
dans quelques Gazettes , au fujet de l'ouvrage
pofthume du dernier Roi de Pruffe ,
intitulé : Hiftoire de mon temps , la Gazette
de Berlin vient de publier l'article .fuivant.
9
» Le Roi Frédéric II ayant fait donation
à fon fecrétaire Villaume de quelques , ouvrages
de fa compófition , qui n'avoient
point été imprimés , & qu'il avoit revus
après les avoir fait copier de fon vivant , en
permettant audit fecrétaire de tirer tel avantage
qu'il pourroit de leur publication après
( و )
la mort de S. M. , le Roi aujourd'hui régnant
jugea à propos de retirer ces manufcrits
d'entre les mains du donataire , après
l'avoir librement dédommagé des profits .
qu'il en auroit pu tirer , & d'en affurer la
poffeffion aux libraires Vos & fils en commun
avec l'imprime ir de la Cour , Decker ,
pour qu'ils aient à les publier inceffamment
par la voie de l'impreffion , S. M. les
gratifiant d'un privilège exclufif. En attendant
, Mr. de Woelner , Confeillier privé
des finances tient ces manufcrits fous fa
garde & il a promis de lire quelques more
ceaux de cet ouvrage dans une des féances
publiques de l'académie . Mr. le Confeiller
privé de Moulines a revu & corrigé
les mêmes manufcrits , cependant uniquement
pour ce qui regarde les fautes grammaritales
& d'orthographe échappées aux copiftes
, fans abfolument toucher au ſtyle ni
à la connexion des matieres de l'ouvrage.
Cet écrit intéreffant , qui a été intitulé par
fon augufte Auteur ; Hiftoire de mon tems ,
pour fervir de fuite aux Mémoires de Brandebourg,
contient principalement thiftoire
du long régne de Frédéric le - Geand , depuis.
l'année 1740 jufqu'à la paix de Tefchen ,
ou l'année 1779. Enfin , Mr. le Comte de
Hertzberg qui a reva & confronté le manufcrit
avec celui qui fe trouve dans les archives
& qui eft de la propre main du Roi
défunt , oft un garant irrefragable pour E
a ;
1
( 10 )
Public que cet immortel ouvrage paffera à
la pofléité fans la moindre altération & avec
toutes les marques de l'originalité qui le caractériſent.
Au refte les Editeurs privilégiés
ne tarderont pas à propofer au Public le
plan de foufcription tant pour l'ouvrage.
original en François , que pour la traduction
Allemande qui en a été faite » .
Le Roi a nommé le Comte de Maltzan ,
ci- devant fon Miniftre à la Cour de Londres
, Miniftre privé actuel d'Etat & de
guerre .
S. M. a envoié le g and Ordre de l'Aigle-
Noir aux Princes Guillaume- Frédéric &
Guillaume - George - Frédéric de Naffau-
Orange , fils du Stadhouder.
Le 18 Janvier , la nommée Elifabeth
Belline eft morte ici dans la 103e . année de
fon âge.
le
Pendant l'année derniere il eſt entré dans
port d'Eibingue 1289 grands & petits
bâtimens , & il en eft forti 906 .
Pendant l'annee derniere on a compté à
Breflau 365 mariages , 1674 naiffances &
2004 morts .
De Vienne , le 15 Janvier.
Le départ de l'Empereur eft fixé , diton
, à la fin de ce mois , ou au commencement
de Mars. On croit toujours que S. M. ,
efcortée par les régimens des Huffards de
( 11. ):
Barco & d'autres troupes , ira jufqu'à Cherfon.
Le Code Criminel vient de paroître en
deux parties : la premiere traite des crimes ,
& l'autre des délits. Ce Code a reçu la fanction
de l'Empereur , par une Ordonnance
de S. M. , datée du 13 Janvier. }
On voit par les comptes de la Caiffe , des
pauvres , que pendant l'année derniere fa
recette a monté à 155708 florius & 37
creutzers ; on a pu affifter avec cette fomme
5840 perfonnes .
L'épizootie n'a pas encore ceffé fes ravages
. Le Gouvernement de l'Autriche intérieure
a fait publier des circulaires qui enfeignent
les moyens de préferver le bétail qui
n'eſt pas encore infecté. >
On est très occupé dans la Chancellerie
privée d'Etat ; mais l'objet de ces travaux
eft encore ignoré. Un tranfport de 300000
florins en or a été envoié fous eſcorte à
Bude ; un fecond envoi d'une fomme plus
forte le fuivra , dit- on , inceffamment.
Les efpeces d'argent font toujours trèsrares
ici quoiqu'on ait frappé pour plus
d'un million de pieces de 20 creuzers . La
rareté des efpeces vient probablement de ce
que l'on a frappé un grand nombre d'écus à
2 florins 6 creuzers , pieces dont la plupart
ont paffé en Turquie.
a 6
( 12 )
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 20 Février.
Avant de fuivre le cours ultérieur des délibérations
du Parlement , nous allons reprendre
, ainfi que nous l'avons promis
quelques- uns des difcours prononcés dans
le dernier débat fur M. Haftings. Par une
délicateffe extraordinaire , M. Sheridan ayant
refufé de communiquer fa harangue aux
Papiers nationaux , pendant la durée de
l'impeachement , l'un de ces Papiers , ( le
Gazeteer ) vient de recueillir hier , & de
mettre en ordre les fragmens de cette Oraifon
, que nous donnerons dans huit jours ;
car le temps nous manque pour les traduire
en ce moment.
En général M. Haftings fut défendu affez
foiblement ; & voici de quelle maniere le
Major Scott remplit cette tâche difficile.
Pour fe faire une idée jufte de l'état de la queftion
, il falloit , dit-il, jetter un coup d'oeil
étendu & impartial fur l'état de l'Inde , & fur
celui de l'Europe , comme lié à celui de l'Inde ,
en remontant à quelques années . En 1775 la dette
nationale de l'Angleterre étoit de cent vingtcinq
millions , & fon empire calme dans toutes
les parties du monde , puifqu'on regardoit alors
les troubles de l'Amérique comme de peu
de conféquence . Quel revers de fortune dans las
fept années fuivantes ! Nous avons perdu un
grand Empire en Amérique , plufieurs ifles précieufes
dans les Indes occidentales , Minorque en
Europe , des établiffemens avantageux en Afrique
, & cafin , nous avons ajouté cent millions
( 13 )
à notre dette nationale. Je crois , dit M. Scott ,
que l'Hiftoire ancienne ou moderne ne pourroient
fournir l'exemple d'un déclin fi rapi
de dans la profpérité d'un grand Empire.
Laiffez- moi , Meffieurs , vous demander quelle
étoit alors la fituation de l'Inde ? Engagés dans
des guerres difficiles , les inconvéniens le multiplierent
fous nos pas. Mais combien différente
dans fa conclufion , & combien honorable pour
M. Haftings la guerre qu'il a foutenue pendant
qu'il préfidoit dans l'Inde à l'Empire Britannique
, durant cet important période ! Y a ton
perdu un pouce de terre ? non Meffieurs ;
& bien loin delà , nous avons pris aux François
& aux Hollandois leurs établiſſemens dans l'Indoftan
continental , & nous affiégions les reftes
des troupes françoifes à Cuddalore quand l'avis
ministériel de la paix eft arrivé à Madras . Le
noble Marquis auquel on en doit la conclufion
& qui mérite les plus jufles actions de graces
d'une patrie reconnoiffante , pour avoir ſauvé
l'Angleterre d'une ruine entiere a cédé , &
cédé avec fageffe les conquêtes de la compagnie
des Indes orientales pour fauver nos idles
des Indes occidentales ; car excepté Ste . Lucie,
je vous le demande , Meffieurs , quelle autre
conquête avons nous faite C'est donc ainfi que
s'eft terminée cette guerre la plus malheureufe
que nous ayons jamais foutenue. L'Empire d'Amérique
arraché pour toujours à la Grande-
Bretagne notre dette nationale au moins dou .
blée . Nos taxes , quoique fi multipliées , à
peine capable d'établir la balance entre la recette
& la dépenfe. Notre crédit , notre influence
comme nation , perdus en Europe , fans espoir
de les recouvrer. Tel étoit , & tel eft encore le
tableau de notre fituation. Mais dans l'Inde ,
9
( 14 )
quelle différence ? Nous pouvons parler à notre
aife dans cette chambre de millions d'hommes
fou frans , & de pays dépeuplés ; mais j'affirme
d'après ma propre connoiffance que toutes ces
plaintes ne font que de pures déclamations ,
des mots vuides de fens , des inculpations abfolument
dénuées de preuves. Oui , Meffieurs,
le caractere Breton a été noblement foutenu
dans l'Inde , durant la derniere guerre , termi,
née auffi honorablement , auffi avantageufement
dans ce pays pour la Grande - Bretagne ,
qu'elle le fut malheureuſement dans toute
autre partie du globe. Et qu'il me foit permis
, de rappeller ici un événement que tout
l'efprit , les talens , les farcafmes , l'éloquence
ou l'ingénuité de l'honorable membre qui parle
ici contre moi , n'ont encore pu & ne pourront
jamais réconcilier avec le bon fens Anglois .
Dans les malheureufes conjonctures de la derniere
guerre , il y avoit trois partis. Le noble
Lord qui a fi long- tems gouverné cette
contrée , les Officiers auxquels il confioit l'exécution
de fon plan , & l'Oppofition . Ces partis
s'accufoient réciproquement depuis plufieurs années
, d'avoir caufé la ruine de la nation . Et
quand le noble Marquis fit la paix , nous vimes
à notre grand étonnement une coalition de ces
Diffitens pour le chaffer du miniftere , & faific
le Gouvernement d'un pays , que de leur propre
aveu , ou du moins de celui de quelques,
uns d'entr'eux , ils avoient fait tomber de la profpérité
la p'us digne d'envie , dans le malheur & la
nullité la plus complette. Je vais appliquer ces
événemens extraordinaires au fujet des débats
actuels. Je fuis très fâché de l'abfence du noble
Lord au cordon bleu , & des raisons qui la nécef
fitent. Si jamais j'ai prononcé fon nom fans
( 15 )
7
/refpe&t , je n'ai pas eu intention de le faire. It
y a ici plufieurs de fes amis qui ne manqueront
pas de me relever pour peu que j'interprête
mal ce qu'il a dit publiquement dans
eette chambre. Il a déclaré dans la derniere ;
féance , qu'il avoit foutenu M. Haftings depuis
le commencement de la guerre contre la France
, ou plutôt depuis la délivrance du refcrit,
de Mars 1778 , jufqu'en Mars 1782 , époque,
où le noble Lord réfigna fon office , & il affigna
trois raifons fans replique , qui motivoient fes
difpofitions favorables pour M. Haftings . La
premiere qu'on étoit engagé dans une guerre
difficile & dangereufe ; la feconde que M. Haltings
avoit de la vigueur & des ta'ens ; la troifieme
enfin , qu'il jouiffoit de la confiance de
la compagnie des Indes orientales . Le très- honorable
membre affis au- delfous de moi ( M.
Dundas ) peut auffi me redreffer fi je Pinter
prête mal. Il propofa le rappel de M. Haitings
en Mai 1782 ; fur cette raifon qu'il avoit trompé
la confiance des Princes Indiens , & ne pouvoit
rétablir la paix . Dans le même meis , peutêtre
le même jour M. Haftings conclut la
paix avec les Marattes , & j'ai eu depuis le p'aifir
d'entendre l'Honorable Membre dire qu'il
étoit heureux que les propriétaires euffent réfifté
à fa motion , que c'étoit à cela qu'on devoit
le falut de l'Inde ; car ajouta t- il , Dieu fait
comment & où M. Haftings a trouvé de l'argent
; mais il a fait à cet égard ce que perfonne
n'eût fu faire ; & fans argent , nos troupes
fe feroient mutinées ou débandées , d'où
infailliblement la perte de l'Inde.

En Mars 1783 , les auteurs de la perfécution
qu'éprouve M. Haftings arriverent aux charges ,
avec le noble Lord , leur ancien ennemi , & les
( 16 )
nombreux amis qui lui font attachés . On n'où--
bliera jamais que le très-honorable Membre ( M.
Fox ) qui , en Novembre 1781 , dit publiquement :
dans cette Chambre que le noble Lord devoit
rendre compte devant un Tribunal public de fes
dépenfes ruineufes , & les expier publiquement :
fur un échafaud ; étoit en Mars 1783 , c'est-àdire
, à 16 mois feulement de cette époque , Secretaire
d'Etat conjointement avec le noble Lord.
Je vous conjure, Meffieurs , de confidérer commenc
l'adminiſtration du Duc de Portland en a agi avec
M. Haftings. Les événemens contenus dans l'accufation
intentée contre lui ont eu lieu dans l'Inde
en Janvier 1782 , & ils étoient bien connus en
Angleterre en Juillet . Si M. Haftings cût été
l'homme que ces Meffieurs veulent aujourd'hui
qu'il foit , ils mériteroient qu'on prononçât contre
eux un impeachement pour ne l'avoir pas révoqué
par un bill , en Avril , Mai , Juin ou Juillet
1783. Car , en fuppofant vrai , comme cela peut
l'être , qu'on n'eût pas encore préparé un bill général
de réglement pour l'Inde , un bill particu
lier pour déplacer M. Haftings auroit pu paffer
en fix jours. Cependant ils l'ont continué dans
fon Office tout l'été de 1783. En Septembre , il
arrive une lettre de M. Haftings qui demande expreflément
à la Cour des Directeurs de lui nommer
un fucceffeur dans le gouvernement du Bengale.
On n'accede point à la demande , & on voit
clairement en Novembre pourquoi M. Haſtings a
été retenu dans la charge . Je crois mettre dans un
beau jour l'argument du très - honorable Membre ,
quand je dis que le jour mémorable qu'il ouvrit
fon bill de l'Inde , il le fonda fur la néceffité ;
néceffité amenée par la conduite de M. Haftings
qui avoit obtenu une fi prodigieufe influence fur
Ja Cour des Propriétaires , qu'il étoit indifpenfa(
17 )
ble de les priver de leurs privileges pour l'avantage
du gouvernement de l'Inde à l'avenir . Je
fomme aujourd'hui ces Meffieurs de me dire fi le
moteur de ce bill ne s'eft pas trompé dans toutes
les procédures hafardées par lui , relativement à
l'Inde. Son bill , graces à Dieu , s'eft perdu dans
un autre ; mais pas un feul des événemens qu'il
prédit à l'époque où on le rejetta n'eft arrivé. Il
dit , en cette occafion , que fi j'avois quelque
crainte pour la fûreté de M. Haftings , j'aurois pu
l'affurer par une claufe. Quoiqu'il paroiffe , d'après
une explication entre deux honorables Membres
en 1786 , que je m'étois trompé fur l'étendue
de l'offre qui m'avoit été faite , & fur les bafes
qu'on lui avoit données le 18 Novembre 1783 ,
articles que j'établis publiquement & en mon
propre & privé nom peu de jours après , & que'
cela n'ait jamais été contredit dans le temps : cependant
il eft clair , & je conviens que fi j'avois
accepté le rendez - vous que me donnoit l'honora.'
ble Membre , l'Affemblée auroit pu être privée
de la fatisfaction d'entendre le merveilleux difcours
d'hier.
Le Major traita enfuite d'une maniere fort dévaillée
ce qui s'étoit paffé à Oude ; il établit fur
des raifons très -probables le foupçon de trahifon
de la part des Princeffes , affura qu'il n'y avoit
perfonne dans l'Inde qui en doutât ou qui en eût
jamais douté ; & prouva , en renvoyant à l'état
des affaires publiques , que les cinquante- cinq lacks
de roupies qu'on en avoit tiré à cette époque
avoient fauvé la Compagnie d'une ruine entiere.
Les bornes de ce Papier ne nous permettent pas
de fuivre le Major dans tous ces détails ,
Peu après le Major Scott , M. Pitt prit la
parole ,
( 18 )
Il obferva qu'il y avoit cinq ou fix chefs différens
& bien diftin &ts dans l'accufation intentée
contre M. Haftings ; que comme il en croyo.t
quelques-uns faciles à défendre par de bonnes
raifons , il ne s'attacheroit qu'à deux fur lefquels
il vouloit preffer l'accufé , l'infraction de
garantie , & le pillage du . tréfor des Princeffes.
d'Oude. En conféquence , il revint à la garantie.
de la Compagnie fur les Jaghires & tréfors mentionnés
, les termes convenables avec lefquels
nous y étions entrés , la propriété facrée & la
folemnité de ce traité , ainfi que la néceffité de
le refpeder dans toutes fes parties ; il infifta fealement
fur ce que M. Haftings n'avoit pas droit
de s'emparer de ces tréfors , fans donner de
meilleures raifons que celles qu'il avoit produites
: encore un coup , ce traité étoit facré , & la
plus légere violation n'avoit dû avoir lieu qu'en
fuppo ant la provocation la plus forte de la part
de l'autre partie contractante , C'eft là - deffus qu'il
vouloit raifonner ; & d'après ces prom effes , il
s'informoit jufqu'à quel point le code Mahométan
permettoit à un fils de dépouiller la mere
de fes tréfors . Il n'étoit pas affez verfé dans
ces fortes de chofes , pour en parler avec une
grande exactitude ; mais il en appeloit à une loi
plus ancienne , à une loi écrite par le doigt
de Dieu même dans le coeur de tous les hommes ;
il en appelloit encore à ce principe que toute
loi pofitive dans une conftitution libre , plaçoit
un fceau inviolable fur un traité dans
lequel les deux parties contractantes étoient
entrées d'une maniere folemnelle , la plus folemnelle
de toutes , comme il l'avoit obfervé
plus haut , que ce traité avoit été gardé religieufement
des deux côté de 1775 à 1781
qu'il avoit été enfreint , & qu'il vouleit favoir
12
( 19
''
:
quels motifs juftifioient cette violation ; les défenfeurs
de M. Haftings en donnoien : quatré
raifons les Princeffes d'Oude commençoient à
nourrir de l'averfion pour les Anglois , & paroiffoient
chercher une occafion de les chaffer.
Elles s'uniffent , forment un plan pour foulever
les Jagadiers , & les déterminer à réfifter
pour le maintenir dans la poffeffion de leurs
Jaghires. En effet , i's réfifient à main armée à
ceux qui veulent reprendre leur bien , ils fomentent
, aident & fortifient la rebellion de Cheyt.
Après avoir arrangé & préfenté ces 4 articles ,
il defcendit dans un examen détaillé & particu
lier de chacun de ces articles ; & , après une recherche
qui fit autant d'honneur à fon coeur qu'à
fon jugement , il prononça qu'aucune des charges
, portées contre ces infortunées Princeffes ,
n'étoit prouvée ; en un mot , qu'elles étoient innocentes
; & , pour mieux faire (entir la futilité
des raifonnemens de fes adverfaires , il fit remarquer
que la prétendue évidence de M. Hastings
lui - même étoit pleine de contradictions fur ces
quatre points , ainsi que les allégations fur lef
quelles il établiffoit cette évidence. Il regardoit .
M. Haftings comme très coupable encore dans
ure autre choſe. Auffi - tôt que ce Gouverneur eut
écrit à la Cour des Directeurs au fujet des troubles
d'Oude , & de la part active que les Princeffes y
prenoient , &c. la Cour , d'après une mûre délibération
, lui avo't expreffément écrit de faire
fans délai une enquête fur les particularités de
cette affaire , & de lui en donner avis avec toure
la promptitude possible. Les ordres de la Cour
étoient précis ; au lieu de les exécuter , M. Hastings
avoit réfifté à cette enquête . D'abord , ce
refus étoit fufpect , enfuite c'étoit une violation
( 20)
formelle de fes devoirs. Quant à la réponfe
de Sagheres , c'étoit felon lui une chofe
honorable pour M. Haftings.
Une chefe qu'on pouvoit peut - être juftifier par
les principes de la néceffité politique , en un
mot un coup d'état , puifqu'il étoit univerfellement
reconnu que ces Jaghires ou Fiefs hérédi-
-taires tenoient le pays dans un état de divifion
vraiment nuifible : c'étoit ce dont tout le monde
convenoit - Il pouvoit donc paroître , & il
étoit en effet d'une bonne politique d'acheter ces
Jaghires en donnant un équivalent en efpece..
On ne pouvoit regarder cela comme un acte de
violence. La même chofe avoit fouvent lieu
dans ce pays-ci par l'intervention du Parlement,
Les Francs-Fiefs , les Emplois parentés n'é
toient point hors du pouvoir parlementaire , qui
pouvoit difpofer même de la propriété perfonnelle
toutes les fois que le bien public l'exigeoit , en
donnant cependant un équivalent. Après avoir
préfenté ces matières peut être fous tous les
points de vue poffible , il en vint à la repriſe des
Jagheres fur les Princeffes , parti que nonfeulement
M. Haftings pouvoit prendre , mais
même qu'on lui avoit obligation d'avoir pris ,
d'autant mieux qu'il étoit probable que les
ferviteurs de ces Princeffes avoient abufé de
leur confiance dans le gouvernement de ces
Jaghires , & qu'il n'étoit pas vraisemblable
que deux vieilles femmes renfermées dans
les vallées de Zazana , puffent être affez
actives ou intelligentes pour gouverner d'une
maniere qui fût auffi utile au public & à ellesmêmes
, que ces Fiefs le devenoient en paffant
dans les mains de la Compagnie. Mais
rien de tout cela ne juftifioit M. Haftings du
pillage de leurs tréfors : ici rien à produire pour
( 21 )
fa défenfe , rien qu'un pur acte de prévention
ne pouvoit pallier un erime de cette énormité.
De tous les chefs d'accufation portés contre
l'Ex- Gouverneur . c'étoit celui qui l'avoit le
plus frappé , il s'étoit flatté de l'efpérance de
voir M. Haftings s'en laver ; mais cet espoir
n'exiftant plus , il ne pouvoit s'empêcher d'examiner
ce point dans toute fon étendue , ce
qu'il fit en effet avec beaucoup d'éloquence.
Il montra donc les raiſons qui auroient pu déterminer
M. Haftings à féqueftrer ces trésors ,
ce qui , au lieu de tourner contre lui aujourd'hui
, lui auroit fait un honneur immortel. Par
exemple fi M. Haftings , dit -il , avoit trouvé les
princeffes coupables d'une confpiration contre les
Anglois & préparées avec Cheytfing à les expulfer
, s'emparer de leurs tréfors , même de leurs
perfonnes , n'eût été dans ce cas qu'une défenſe
légitime. Tous les procédés de M. Haflings
étoient juftifiés ; il auroit fait davantage , puifque
je vois dans cette démarche , ainſi motivée , les
moyens de prévenir l'effufion de fang qui pourroit
avoir lieu . Mais que ce moyen victorieux manquant
à M. Haftings , il répete encore qu'il eft
forcé fur cet article & fur l'infraction du traité,
de joindre fa voix à toutes celles qui déclarent
l'accufé coupable , parti qu'il ne prend qu'après
un examen réfléchi ; il ne prétend cependant pas
que M. Haftings n'ait point eu de raifon de
foupconner les Begums d'avoir fomenté la rébellion
de Cheything , & même d'avoir été dans
l'intention de fe joindre à lui & de l'aider . Le
Colonel Hannay & le Capitaine Williams ont
déja avancé à ce sujet quelque chofe de bien frappant
; une des lettres du Colonel porte , dit - on ,
que les Princeffes ont armé pour Cheything contre
les Anglois & le Nabab , c'est ce que le Colonel
( 22 )
affure à quelques- uns des Agens officiels . Ce point
avec toutes les circonstances qui l'accompagnent
étant de la plus grande importance , il voulut
favoir fi en effet les lettres du Colonel contenoient
quelques expreffions tendantes à faire croire cette
confpiration .
Sur cette demande , M. Pitt fit des recherches ,
& trouva que la chofe étoit comme on le prétendoit.
li porta enfuite fon attention fur une
lettre de M. Middleton de Lucknow , datée du
17 octobre 1781 , & adreflée à M. Haflings ,
dans laquelle M. Middleton affurgit l'ex - Gouverneur
qu'il fe croyoit bien fondé à foupçonner
les Begums de fe préparer à la révolte avec
Cheything.Cette lettre frappa d'abord l'honorable
menibre ; mais en y réfléchiffant davantage , &
en confidérant que M. Haflings ne l'avoit pas
citée dès l'abord pour fa juftification , cette prétendue
juftification devenoit une nouvelle charge
à fes yeux, Cette importante lettre eft reçue à
la fin d'octobre , & on la laiffe dormir jufqu'à
la fin de novembre ; elle n'a rien ajouté au zele
& à l'activité de M. Haftings pour la caufe de fa
patrie. Après cela , le premier trait relatif à
cette affaire , nous le trouvons communiqué à
Sir Eligat Impex , qui va trouver M. Middelton
, pour fe confulter avec lui . M. Middleton
décharge fa confcience fur ce point , &
le tréfor dévoué eft faifi fur le champ ; il eft
faifi fans forme de procès , fans la moindre formalité
dont la raifon puiffe fe payer; & c'eft au fein
de la paix profonde que tout cela fe paffe.
Il jetta enfuite un coup d'oeil fur le traité de
Chunar, qu'il blama ainfi que la conduite de M.
Hafting qui avoit retiré la garniton provisoire
d'Oude , dans ce moment où il falloit l'y laiffer
pour appaifer les troubles de la province . Cepen(
23 )
dant les Begums foupçonnés , au lieu de manifefter
la plus légere envie de fe joindre au rebelle
Cheything , donnent des preuves de leur attachement
à l'Angleterre , en protégeant le Colonel
Gordon ,alors en guerre contre Cheything . C'eſt la
nouvelle de fa défaite qui les a fait agir ainf, nous
dit - on ; mais cela eft impoffible . ( I eft prosable
néanmoins que le Capitaine Gordon à dû fon
falut à une autre influence. ) Peu de tems après
qu'il fut tombé dans leurs mains à Tandë , ajoute-
t-on par la trahison de Bahas , Naib &
fils adoptif d'Ally- Cawn , les nouvelles de quel
ques heureufes opérations de nos troupes â Benarès
parvinrent jufqu'aux Begums ; les affaires
commençant à promettre une prompte & avantageufe
iffue pour laCompagnie, il n'eft pas furprenant
que les Begums & leurs Agens fe foient efforcés
de faire oublier par des actes de bienveillance
l'impreffion fâcheufe que nous en avions dû prendre
néceffairement . Au contraire , Cheything avoit
des avantages fi marqués à cette époque , qu'il
couroit un bruit qu'il avoit fait prifonnier M.
Haftings lui même. Après avoir mis la générofité
& l'hofpitalité des Begums dans fon vrai
point de vue , il ne croyoit pas pourtant devoir
ajouter foi à tout ce qu'on avançoit de défavantageux
fur le compte de M. Haftings , qui
s'étoit montré jufte & humain en plufieurs occafions
; il ne pouvoit le ralleoir & terminer un
difcours dans lequel il venoit d'examiner avec
attention tous les détails fans faire encore
une obfervation , c'est qu'au même moment
où les Begums étoient dépouillés de leurs biens.
& fi maltraités à tant d'autres égards , & cela
fur le prétexte feulement probable de vouloir
donner des fecours à Cheything , Ally - Cawn ,
( 24 )
fait prifonnier au fervice de ce même Cheytfing
, avoit été renvoyé fans être puni . Que
fi on avoit dédaigné de fevir contre lui , en le
regardant comme un perfonnage infignifiant ,
on auroit pu du moins en tirer parti , & s'en
fervir comme d'une clef naturelle , à l'aide de
laquelle on feroit peut -être parvenu à pénétrer
tout ce myftere. A la fuite d'un commentaire
affez févere fur cet objet , il fe récapitula en
adreffant des complimens à M. Sheridan , dont
il n'avoit jamais prétendu combattre les citations
, fe contentant d'observer que l'honorable
membre avoit accompagné fon difcours de quelques
inculpations peut - être trop fortes , & qui
n'ajoutoient rien au mérite fupérieur de ce morceau
d'éloquence ; mais que convaincu qu'il avoit
parlé dans la fincérité de fon coeur , il étoit prêt
à foufcrire à tout ; quant au fonds , il avoua
qu'il n'étoit pas aifé de traiter de fang- froid une
caufe où il eft queftion d'une mere indignement
dépouillée par fon fils .
Dans la Séance du 12 , qui a couronné
les efforts du Miniftere , en faveur du Traité
de commerce avec la France , voici les rai
fons pour & contre cette opération , allé
guées par M. Pitt & par M. Fox.
« Le Traité forme une alliance toute nouvelle
pour l'Angleterre , dit M, Pitt ; il tend à révoquer
plufieurs loix qui ont la fanétion d'une trèslongue
expérience. 11 leve plufieurs empêchemens
& prohibitions , qui depuis long- temps ont
été regardés comme les barrieres tutélaires de
notre commerce. Il ne peut donc être adopté ,
qu'après avoir été mûrement pèfé & débattu . 11
eft relatif aux intérêts de toutes les manufactures
du Royaume qui fe trouvent effentiellement concernées
( 25 )
cernées dans les nouveaux arrangemens que l'on
alloit prendre. Il avoit tout le poids quepouvoient
lui donner & l'intérêt public , & celui des particuliers
. Cependant jufqu'à ce moment , malgré
tous les efforts que l'on a faits pour prendre des
informations , & pour faire des recherches fur les
avantages ou fur les défavantages du Traité , on
n'avoit pas remarqué qu'il eût caufé aucune alarme
dans le pays ; il n'avoit encore produit qu'une
feule pétition dont la Chambre voyoit clairement
le but. Il fe croyoit donc en droit de regarder le
Traité comme agréable à la Nation . On venoit
de parler des propofitions Irlandoifes ; il ne craignoit
pas de voir ce fujet remis fur le tapis auffi
fouvent qu'on le jugeroit à propos ; mais , quoique
l'on en dît , le Traité que l'on propofoit n'étoit
point vu du même oeil dans le pays ; il n'y
avoit pas un Fabricant dans le Royaume , qui lors
de ces propofitions n'eût montré quelques alarmes.
Ici , on ne voyoit que quelques Fabricans propo
fer à la derniere extrémité quelques objections
foibles & frivoles , qui ne pouvoient avoir aucune
influence fur les perfonnes qui voudroient juger
le Traité fainement. On affectoit de regarder le
sme. article , qui permettoit aux Sujets du Roi
de France , établis en Angleterre , de quitter le
Royaume avec leurs domeftiques, fans empêche
ment , comme une permiffion d'enlever les ouvriers
de nos manufactures . On demandoit fi le
Traité n'autoriferoit pas les Etrangers à exporter
les matieres premieres , néceffaires à nos manufactures
, & dont l'exportation étoit aujourd'hui
prohibée. Il étoit aifé de répondre à ces deux objections
. Toutes les loix qui étoient en force dans
le Royaume avant le Traité , ne font pas fufpendues
, & ce qui étoit défendu avant qu'il fût propofé
, continuoit à l'être . On demandoit auffi , fi
N°.9 , 3 Mars 1787.
b
( 26 )
On ne fubftitueroit pas aux objets pour lesquels
on avoit accordé des patentes , des articles de la
même espece , manuf &turés en France . On fentoit
l'impoffibilité d'un pareil abus. Le Traité
n'enfreignant aucune des loix exiſtantes dans le
Royaume , comment feroit il poffible qu'il conférât
à une Nation étrangere des droits & des pri
viléges dont les habitans de l'Angleterre ne jouiroient
pas ? On avoit témoigné de très - grandes
craintes fur le nombre des loix qu'il faudroit révoquer
pour mettre leTraité enforce , comme s'il
étoit du reffort des Manufacturiers de décider quelles
étoient les loix qui étoient néceffaires au bon
ordre du Royaume. Ils avoient fur- tout paru trèsportés
à ce que l'on confervât dans toute leur
force le 3me. Statut de Richard III , & le 3 2me.
de Henri VIII . Ces Statuts portoient , « qu'aucun
» Etranger ne s'établiroit dans une ville pour y
» débiter aucune marchandiſe en détail , & qu'ils
сс
ne pourroient pofféder aucun bail ; » mais ils
s'inquiétoient très- mal- à- propos . Il y avoit longtemps
que ces loix abfurdes étoient tombées en
défuétude ; le nombre des boutiquiers & des habitans
étrangers dont la ville étoit remplie ,
prouvoit que fi ces loix n'avoient pas été révoquées
, elles n'étoient pas obfervées bien rigoureufement.
Le Traité de Méthuen n'avoit pas
échappé aux obfervateurs qui avoient fait parler
de Comité de Commerce ; mais il pouvoit leur
dire pour les tranquillifer , que le Traité de Méthuen
n'étoit nullement affecté , & que s'ils vouloient
prendre la peine de l'examiner avec attention
, ils trouveroient qu'une clauſe expreſſe du
Traité avec la France en faifoit la réſerve. Si la
conduite du Portugal méritoit que le Traité fût
continué tel qu'il étoit , il ne feroit point inter-
Compu ; mais f , on étoit obligé de renoncer au
7( 27 )
27 )
1
commerce de ce Royaume, autant que la diffolution
abfolue du Traité de Méthuen le néceffiteroit
, ce ne feroit point une conféquence de celui
fait avec la France , mais du refus qu'auroit
fait le Portugal de fe prêter à la négociation qui
étoit aujourd'hui entamée. Si au contraire , cette
Nation le prêtoit aux vues de l'Angleterre , le
Traité de Méthuen auroit fon plein & entier
effet, & elle auroit droit aux réductions des droits
fur les vins , qui y étoient ftipulées . Une des
raifons alléguées contre le commerce avec la
France , étoit la nouveauté.
aux
Ils different en cela des perfonnes qui paroiffent
avoir cette opinion , & il en donneroit des
raifons frappantes. La batifte étoit un article des
manufactures françoifes ; il y a plus , c'étoit un
article prohibé , dont le débit étoit fujet à des
amendes très- fortes ; & il croyoit pouvoir affu
rer qu'il n'y avoit pas un Membre préfent dans la
Chambre qui ne contreviat
Toix du
pays , en
encourageant ce commerce . Il en étoit de même
de plufieurs articles françois : les foieries , les
dentelles , la parfumerie , les vins , les eaux -devie
de France n'étoient pas feulement connus de
nom en Angleterre ; l'entrée de la plupart de ces
objets étoit conftante , & le faifoit par des fraudeurs.
Les Fabricans favoient également que ,
quoiqu'il n'y eût point de traité de commerce ,
ils trouvoient auffi le moyen d'introduire beaucoup
d'articles de leurs manufactures en France :
la conféquence du traité feroit que l'on feroit li
brement , & fur un grand plan , ce que les deux
nations font aujourd'hui d'une maniere clandertine
& retrécie. Une autre crainte des manufacturiers
étoit que la France nous fourniffant le
produit de fon fol , que rien ne pouvoit détériorer
, tandis que nous n'avions à lui donner en
b 2
( 28 )
echange que des manufactures fujettes à toutes
les viciffitudes & à tous les changemens que lá
mode , les circonstances & la concurrence pouvoient
faire naître ; il s'enfuivroit que cette Puilfance
finiroit par nous enlever tous les avantages
de nos manufactures , en retenant ceux de fon
fol , & qu'il ne nous refteroit que le regret de
leur avoir tranfporté nos manufactures , & de
nous être liés par un traité à augmenter les avantages
qui leur étoient naturels . Cette idée ne pouvoit
être regardée comme un argument. Etoit-il
probable , le traité ne devant durer que douze
ans , s'il n'étoit pas renouvellé , que nos manufactures
nous fuffent enlevées dans un elpace de
tems auffi court , & que tout notre commerce fe
trouvât entre les mains de la France? Nous avions
d'autres caufes de fupériorité qui sûrement ne
feroient point détruites en auffi peu de tems.
Sansdoute la France avoit l'avantage fur l'Angleterre
dans fon produit naturel : fon fol lui donnoit
des richeffes que celui de l'Angleterte ne pouvoit
lui difputer ; fes vins , fes eaux-de-vie , fes vinaigres
, fes huiles , particulierement les deux
premiers articles , détruifoient toute espece d'idée
de réciprocité du côté du produit naturel.
Mais n'étoit-il pas démontré que nous avions des
manufactures à oppofer à la France , & que nous
nous fommes appropriés des moyens d'induſtrie
qui rendent toute efpece de concurrence de ce
côté-là impoffible.
C'étoit-là la condition relative qui étoit devenue
la bafe d'un traité de commerce. L'une
des puiffances ayant ce dont l'autre avoit befoin
, & leurs richeffes provenant de fources
différentes , il pouvoit les comparer à deux
grandes maifons de commerce , qui en échangeant
leurs denrées fe devenoient refpective(
29 )
de coton ,
ment utiles. Suppofons que nous recevions plus
de vins de France que nous n'en avons reçu
jufqu'ici , n'enverrons- nous pas plus de nos étoffes
de nos lainages , de notre poterie , de
notre quincaillerie , de nos fers travaillés , &
& de tant d'autres articles de nos manufactures ,
qui par leur qualité fupérieure font générale →
ment recherchés en France ? Si les avantages du
traité n'étoient pas fi frappans ; au lieu d'une
fimple pétition , au lieu d'un protêt unique &
folitaire , dont le but & l'objet font évidens , la
table ne feroit-elle pas couverte de pétitions de
toutes les villes & de toutes les manufactures du
royaume ? Ne fentoit-on pas l'avantage d'ouvrir
un marché à nos manufactures , composées de
tant de millions d'hommes ? Un marché ſi voifin
, qui nous affuroit des retours i prompts ?
Une confommation auffi prodigieufe , ajoutée
au débit ordinaire des manufactures de la Grande-
Bretagne , eft un objet que nous devons regarder
comme le premier que dût fe propoſer notre
ambition. Il ne falloit pas regarder aux facrifices
pour l'obtenir . Nous pouvions & nous
devions agir libéralement. Devions - nous hésiter ,
parce que la France trouvoit quelques avantages
dans le traité , à nous en aflurer de plus grands ?
N'étoit- il pas bien glorieux pour l'Angleterre ,
après les fecouffes qu'elle avoit effuyées ; après
avoir été engagée pendant tant d'années dans
une guerre auffi compliquée ; après avoir vu
fon existence même fur le point d'être renverfée
, que la France voyant qu'elle avoit
confervé fon rang & fon importance , lui ouvrît
fes bras , & s'offrità former des liaiſons avec
elle fur un pied auffi libéral qu'il étoit avanta
geux ? Nous nous étions ouverts un marché com
pofé de près de vingt- quatre millions d'hommes,
b
3.
73059
*
& nous en avions ouvert un de huit millions , an
plus , en échange. Nous avions confenti par le
traité , de recevoir de la France en en réduifant
les impôts , les objets de luxe que produit fon
fol , qui par le raffinement qui s'eft introduit
dans nos coutumes , font devenus des objets néceffaires
à notre confommation . Les vins de
France n'étoient pas étrangers dans nos marchés
, ni fur nos tables , malgré tous les impôts
auxquels ils étoient affujettis. Les confommateurs
feroient - ils bien férieufement fâchês
de les recevoir à un moindre prix ? Le commerce
de l'Espagne & du Portugal n'en fouffriroit
pas . Ce font ces manufactures pernicieufes
de vin fabriqué , en Angleterre , qui font aufli
nuifibles à la fanté que peu productives pour le
revenu , qui feront enfin détruites , & en de
veit le defirer. L'importation des vins de France
avoit déjà beaucoup augmenté ; elle augmen
teroit davantage encore , ainsi que celle de
Feau-de -vie , & par cette augmentation , l'une
& l'autre remplaceroit le deficit de l'impôt , &
contribuerois d'autant plus à la fuppreffion,
de la contrebande. L'huile & le vinaigre étoiens
également des objets de luxe , ainfi que les pres
miers , mais ils étoient moins confidérables : le
reyenu ne fouffriroit pas de leur admiffion à des
termes plus modérés . La France auroit sûrement
l'avantage dans le commerce des batifles
& de quelques efpeces de dentelles , mais elle.
en jouitfoit indépendamment du traité . On avoit
avancé en général que l'on ne pouvoit faire
aucun traité avantageux avec la France , & on
avoit appuyé cette alfertion fur le faux principe ,
que jamais un pareil traité n'a été en forces
On avoit comparé celui que l'on venoit de
conclure , à celui d'Utrecht : mais l'un auroit
( 31 )
pu être mauvais fans que l'on puit , en aucune
maniere , fe plaindre de l'autre . Par le traité d'U
trecht , non-feulement les articles admis aujour
d'hui , devoient l'étre également ; mais on admettoit
auffi les foieries , & nous n'avions alors
à oppofer aux importations de la France , que
des manufactures en enfance . La France avoit ,
à la fois , par ce traité , & l'avantage du produit
de fon fol , & celui de fes manufactures . Ayant
examiné le traité fous tous les points de vue relativement
au commerce , M. Pitt l'examina
dans les relations politiques . Il combattit la
fauffe & dangéreufe maxime , que parce que
la France & l'Angleterre avoiens été ennemies
, elle ne devoient jamais ceffer de
l'étre. Son efprit fe révoltoit contre des principes
auffi monftru ux. C'étoit outrager , à la
fois , les conftitutions fociales , & les deux na.
tions Angioife & Françoife. C'étoit calomnier
l'humanité. C'étoit fuppofer dans le coeur de
l'hom ne la pus infernale malice . On répan →
doit que par le traité nous nous jettions dans
les bras notre ennemi , & que nous nous li
vrions à fa merci . Comme fi en effet , nous
devrions anéantir par le traité tous nos moyens
de défenſe ; détruire notre marine , congédier notre
armée , diminuer notre navigation , dégarnir
nos colonies , & fufpendre enfin toutes les
fonctions du gouvernement. Le traité fuppofoit-
il que dans l'intervalle qui s'écouleroit entre
la paix & la guerre , nous perdrions de vue
tous les moyens de nous défendre , fi cela devenoit
néceffaire ? N'étoit - il pas au contraire
évident , qu'en nous ouvrant de nouvelles four
ces de richeffes , nous feriors d'autant plus
en état de résister à nos ennemis , & de les
combattre quand ils nous y forçeroient ? Le
b 4
( 32 )
craité pouvoit faire davantage encore , en ame:
nant des liaiſons d'amitié , & procurant un avantage
mutuel aux deux nations . Pendant que
l'Angleterre s'enrichira & fe fortifiera , les
⚫ caufes de divifion deviendront plus rares entre
elles. Les reffources de l'Etat augmenteront , en
en rendant l'emploi plus rare . Dans tous les
cas , le traité , en rapprochant les deux peuples ,
& leur donnant les mêmes goûts , les mêmes
manieres , donneroit infiniment plus de chan
ces à la conſervation de l'harmonie qui s'est établie
entre eux . Pour nous empêcher d'être pris
au dépourvu , il ne falloit que de l'attention dans
le miniftere ; & c'étoit à quoi les miniftres à venir
devoient donner tous leurs foins . On avoit parlé
de la perfilie de la France , & de fon ambition
conftante & déméfurée ; on avoit donné
pour exemple la part qu'elle avoit prife dans
nos dernieres difputes avec l'Amérique. Il ne
prétendoit pas fe refufer à convenir qu'en effet
la France avoit profité do l'inftant de notre
malheur , pour chercher à nous écrafer ; mais
ayant vu que dans ce conflit terrible , en combattant
pour notre existence comme ration
nous avions confervé en entier la partie de nos
poffeffions qui produit les plus immenfes reffources
, & qu'en démembrant notre empire ,
elle avoit à peine entamé nos forces , & cela
en fe ruinant elle- même par les dépenfes , ne
peut- on pas en conclure , que voyant l'impoffibilité
de nous réduire , voyant la fermeté avec
laquelle nous avions réfifté à toutes les attaques
, elle a enfin ſenti la néceffité de chercher
à former avec nous des liaiſons amicales ?
M. Fox rétorqua ces divers argumens ;
& confidérant le Traité en Politique & en
Homme d'Etat , il dit :
( 33 )

сс
> .
Qu'il étoit fâché de fe voir obligé de
s'opposer aux réfolutions propofées malgré
tout ce qu'il venoit d'entendre. Il voyoit
clairement que l'honorable membre ( M. Pitt )
n'avoit examiné que de la maniere la plus fuperficielle
, la grande queftion , fur laquelle il
venoit de donner une décifion péremptoire.
Quelque brillante que fût fon éloquence , il
n'en étoit pas ébloui. Tout en convenant de
la fublimité de fes talens , comme orateur
il ne craignoit pas d'avancer qu'aucun de fes
argumens en faveur du traité , n'avoit porté la
conviction dans fon efprit , ni changé l'opinion
qu'il avoit délà formée. Il s'étoit attendu à la
marche que l'honorable membre avoit fuivie.
N'étoit-il pas naturel de prévoir qu'il feroit un
grand étalage des affurances données par la
Cour de Verfailles , de fes intentions amicales
envers la Grande-Bretagne ? «Ce font ces affurances
, dit M. Fox , qui font croire à l'ho
norable membre que la France eft fincere
dans fes proteftations d'amitié , & qu'elle eft
réellement bien intentionnée pour ce pays..
C'est ce qui lui a fait dire d'un air de triom-:
phe, que perfonne n'oferoit foutenir , que l'ini
mitié de la France doive être inaltérable. Je
n'affurerai certainement pas que la France foit
& doive néceffairement être à jamais l'ennemie
de la Grande- Bretagne. I eft poffible ,,
au contraire , qu'il arrive des événemens qui
faffent defirer fecrettement à cette Cour de
s'unir avec nous. Mais cette poffibilité n'eft
point affez probable pour me faire croire que
telles font fes difpofitions actuelles. Je fou
tiens au contraire , que la France eft , politiquement
parlant , l'ennemie naturelle de la
Grande- Bretagne. Au refte , ce n'eft point le.
b S
(34 )
fouvenir des journées de Creffy & d'Azincourt ;
qui lui infpire la haine qu'elle nous porte. Ce
ne font pas ces fameufes victoires qui influent
fur les difpofitions politiques. C'eft: l'orgueil
conftant de cette Cour , c'eft fon ambition démefurée
, c'eft fon defir ardent de dominer en
Europe . Ce font tous ces motifs réunis , qui ne
lui permettant point de nourrir des fentimens
d'amitié pour le feul pays de l'Europe qui a
toujours contre- carré les vues favorites. L'honerable
membre regarde les affurances amicales du
cabinet de Verfailles , comme des preuves - infaillibles
de fa fincérité. Qu'il fouille dans les
archives du bureau des affaires étrangères , & il y
trouvera une correfpondance affez inftructive &
affez curieufe pour lui faire changer d'opinion.
Il y verra ce qui fe paffa entre l'ambaffadeur
Britannique & les miniftres de France , à l'époque
de Pambaffade du lord Storment. Il y verra que
cette Cour étant à la veille de rompre avec
nous, & de s'unir avec l'Amérique contre l'Angleterre
, elle nous donnoit les plus fortes démonftrations
d'amitié . N'avons -nous pas affez
appris , à nos dépens , combien peu nous devons
compter fur ces démonftrations perfiles a
La France voit , dans ce moment- ci , fur ſon
trône un monarque célèbre , à jufte titre , par
fon amour pour la juftice , & fur- tout par le defis
qu'il manifefte de rendre fon peuple heureux ,
& de porter au plus haut degré la gloire de fon
règne . C'eft précisément ce qui doit nous faire
fiémir , c'est ce qui doit le plus nous mettre en
garde contre les affurances d'amitié que fes
miniftres nous prodiguent. N'étoit- ce pas ce
même monarque qui étoit affis fur le trône des
François , lors de la derniere guerre ? A quai
aboutirent les démonftrations répétées qui nous
( 35 )
furent données de fa part à cette époque ? Pourquoi
croirions nous qu'elles font plus fincères
aujourd'hui qu'elles ne l'étoient alors ? La France
n'eft- elle pas plus puiffante qu'elle ne l'a jamais
été? Quelle raifon auroit- elle de nous céder ce
qui pourroit réellement tourner à notre avantage
? Je ne crains pas de le répéter , ajouta M.
Fox , la France eft l'ennemie naturelle de la
Grande - Bretagne ; & elle ne defire de fe lier
avec nous par un traité de commerce , qu'afin
de nous empêcher de former des alliances avec
d'autres puiffances , & de nous mettre , par
là , à fa merci »>.
L'honorable membre ( M. Pitt ) continua M.
Fox , s'étoit beaucoup étendu fur les avantages
que les individus retireroient du traité de
commerce. Il n'étoit point furpris des concef
fions éblouiffantes & trompeufes que nous far
foit la France. Ce n'étoit pas l'avantage de
la Grande -Bretagne qu'elle avoit confulté en
les faifant , c'étoit fon grand but qu'elle avoit
´eu en vue ; elle avoit fatisfait fon orgueil ; elle
avoit travaillé à fon aggrandiffement . Malgré
la légereté des moeurs Françoifes , malgré le
caractere frivole de ce peuple aimable & volage ;
j'ai déjà dit , & je le répete encore , je ne
faurois trop le répéter ; la conftance avec la
quelle le cabinet de Verfailles a fuivi depuis un
. fiecle le fyftême favori qu'elle a alopt , de
"chercher à dominer dans les cabinets de tous les
Souverains de l'Europe , eft des plus formidables
, & doit alarmer tout l'Univers. Sous le
regne de Louis XIV la France avoit dévoilé
ouvertement les vues ambitieufes ; c'étoit par
des démarches violentes qu'elle s'étoit efforcée
de parvenir à fon but. Toutes les puiffances
de l'Europe avoient été indignées de fa condui
b 6
( 36 )
arrogante ; & elles s'étoient foulevées contre
elle. Il avoit bien fallu qu'elle changeât ſes mefures.
Elle cherchoit aujourd'hui à obtenir par
des traités ce qu'on ne lui auroit jamais permis
d'acquérir par la force des armes.
Il ne difconvenoit point que le traité ne
promît de très- grands avantages à quelques individus
. Mais c'étoit , il l'avoit déjà dit , une
des raifons qui devroient le plus empêcher de
l'approuver . Etoit- ce feulement en faveur de
quelques particuliers intéreffés qu'on devoit
former des liaifons politiques d'une auffi grande
importance ? N'étoit-ce pas plutôt l'avantage
du public ? & n'étoit - ce pas le bien de l'Etat
qu'on devoit avoir en vue ? Si fous le regne de
Charles II l'Angleterre avoit paru étroitement
unie avec la France , ce n'avoit été que pour
le bien d'un feul individu que cette liaiſon s'étoit
formée, Olivier Cromwell avoit auffi formé
des liaiſons avec ce royaume ! Mais , en cette
circonftance il n'avoit confulté que fes intérêts.
Il avoit craint probablement que la France ne
prêtât du ſecours à la Famille royale , & c'étoit
cette crainte qui lui avoit fait préférer la confervation
de fon pouvoir , à la gloire du pays ,
qu'il gouverna , d'ailleurs , avec tant d'énergie
& de fageffe. Sous le regne de Guillaume , & au
commencement de celui de la Reine Anne , le
Cabinet Britannique adopta un fyftême plus avan
tageux , & plus glorieux pour la nation. C'étoit
alors , que la Grande- Bretagne s'étoit fignalée
par les victoires les plus éclatantes contre la
France. Cependant , malgré tant de triomphes
& tant de fuccès , les Torys étoient venus à bout
de fafciner les yeux du peuple Anglois , & de
lui faire croire que les auteurs de ces guerres
glorieuſes , ayant occafionné d'énormes dépens
( 37
fes à l'Etat , ils ne méritoient que l'exéeration
publique. Ce fratagême leur avoit réuffi , & ils
s'étoient emparés du Gouvernement . C'étoit à
cette époque que le fameux Traité d'Utrecht
avoit été négocié . En vain l'honorable Membre
( M. Pitt, ) avoit voulu faire entendre que la
chûte de ce Traité devoit s'attribuer à l'efprit de
parti dans le Parlement , plutôt qu'à l'intervention
des Fabricans du Royaume. Falloit - il donc
lui apprendre que la majorité du Parlement étoit
alors compofée de Torys ? Que les dépenfes de
la guerre avoient irrité toutes les claffes de la
Nation contre les Whigs , qui furent d'abord les
feuls oppofans au Traité ? Cependant ce même
Parlement qui avoit adopté toutes les abfurdités
du miniftere de ce temps , qui avoit cenfuré les
glorieux & brillans exploits du grand Malborough,
n'avoit-il pas rejetté le Traité d'Utrecht,
le vrai prototype du Traité actuel ? Il étoit bien
vrai que ce même Parlement avoit commencé
par préfenter une adreffe de remercîmens à la
Reine Anne , à l'occafion de cette négociation ;
mais il n'en avoit pas moins fini par condamner
cette meſure honteufe. La même chofe étoit arrivée
à l'honorable Membre , au fujet des Propofitions
Irlandoifes : des adreffes avoient été
également préfentées au Roi , avant la chûte de
ces Propofitions. Au refte , le Miniftre n'avoit
rien perdu de la faveur de fon Souverain . Ne
jouiffoit -il pas même encore de la confiance du
peuple ?
M. Fox parla enfuite de la pétition de la Chambre
de Commerce , fignée par les Manufacturiers
les plus refpectables du Royaume .
1
Si des hommes tels que MM. Walker , Holmes
, Mills & Hayvard , déclarent qu'ils n'entendent
point le Traité , le Comité ne doit -is
( 38 )
pas procéder avec la plus grande précaution
dans une affaire de ce te importance ? L'honorable
Membre , ou aucun de fes partifans oferat-
il prendre fur lui d'avancer qu'il entend les
intérêts des Manufactures de Coton du Royaume
, mieux que M. Walker , ou ceux des Fabriques
de laine , mieux que MM . Mills &
Hayward ?
Les fuccès du Miniftre fe font prolongés
les jours fuivans , lorfque le rapport du Bili
a été fait pour la feconde fois , & les diverfes
réfolutions néceffaires à l'exécution du Trai
té , ont paflé à la fupériorité conftante des
deux tiers des voix contre l'Opposition .
FRANCE.
De Verfailles , le 21 Février.
Le Comte de Montmorin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat au Département des Affaires
étrangeres , a eu en cette qualité , le
18 de ce mois l'honneur de faire fes
révérences à la Reine & à la Famille
Royale.
Le Roi a nommé le fieur Jurien à la
place de Lieutenant - général de Robe longue
, Civil , Criminel & de Police , de la
Prévôté de l'Hôtel , & Grande- Prévôté de
France , vacante par la mort du fieur
Greban.
Le même jour , le Prince Palatin de
Birkenfeld prit congé de Leurs Majeftés
( 39 )
& de la Famille Royale , étant conduit
par le fieur Tolozan , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le fieur de Séqueville , Secré
taire ordinaire du Roi pour la conduite
des Ambaſſadeurs , précédoit.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ,
ont figné le contrat de mariage du Marqu's
de Chabannes avec demoiſelle de Boifgelin
, Chanoineffe , Comteffe de Remiremont.
La Comteffe de Bofcage a eu l'honneur
d'être préfentée à Leurs Majeftés & à la
Famille Royale , par la Ducheffe de Narbonne
, Dame d'honneur de Madame Adélaïde
de France.
Le Comte de Thiard , que le Roi a
nomméCommandant en Chef en Bretagne,
a eu l'honneur de faire fes remerciemens
à Sa Majefté , à laquelle il a été préfenté
par le Baron de Breteuil , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Mar
fon du Roi.
L'Affemblée des Notables , convoquée
par ordre du Roi pour le 7 de ce mois & remife
au 22 , eut effectivement lieu ce jour.
Le Roi , ayant été entendre la Meffe dans
la Chapelle en bas du Château , accompa
-gné de Monfieur , de Monfeigneur Comte
d'Arto's, du Duc d'Orléans , du Prince de
Condé, du Duc de Bourbon , du Prince de
Conti & du Duc de Penthievre , qui , ainh
que Sa Majefté , étoient vêtus en habits de
( 40 )
cérémonie , revint chez lui. Sa Majeſté fortit
de chez elle pour fe rendre à l'Affemblée ,
étant accompagnée , dans fa voiture , de
Monfieur , de Monfeigneur Comte d'Artois ,
du Duc d'Orléans , du Prince de Condé &
du Duc de Bourbon . Le Prince de Conti &
le Duc de Penthievre , ne pouvant ſe placer
dans la voiture du Roi , s'y rendirent
dans les leurs. Le Roi , qui étoit dans fon
grand caroffe de cérémonie , fut accompagné
d'un détachement de quarante- huit de
fes Gardes du-Corps & de leurs Officiers ,
précédé d'un détachement de vingt - cinq
Chevaux-légers de la Garde ordinaire de Sa
Majefté , commandés par le Duc d'Agénois
, Capitaine- Lieutenant de cette Compagnie
, en furvivance , & fuivi d'un pareil
détachement des Gendarmes de la Garde ,
les Officiers de chacun de ces Corps , occupant
les places qui leur font marquées. La
Fauconnerie commandée par le Chevalier
de Forget , Commandant- général des Fau
conneries du Cabinet du Roi , marchoit immédiatement
devant la voiture de Sa Maj . ,
& derriere celle du fervice , dans laquelle
étoient le Prince de Lambefc , Grand-
Ecuyer de France , le Duc de Coigny , premier
Ecuyer de Sa Majefté , le Duc de
Fleury , Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roi , repréfentant le Grand Chambellan
, le Duc de Liancourt , Grand Maître
de la Garde- robe de Sa Majesté , le Duc
( 41 )
d'Ayen , Capitaine des Gardes- du-Corps du
Roi , en quartier , & le Duc de Briffac, Capita
ne- Colonel des Cent- Suiffes. Sa Maj .
revint avec le même cérémonial & le même
cortege , qui étoit compofé de la voiture du
Roi , de celle du fervice de Sa Majefté , d'une
autre de ſes voitures , d'une voiture pour le
fervice de Monfieur , & d'une voiture pour
le fervice de Monfeigneur Comte d'Artois.
Le 23 , Monfieur & Monfeigneur Comte
d'Artois fe font rendus , en cérémonie , à
l'Affemblée des Notables , à l'heure que le
Roi avoit indiquée. Les Princes du Sang s'y
font également rendus chacun de leur côté.
Le Comte Chales d'Hautefeuille , le Baron
de Saint- Marfault , le Baron de Saint-
Marfault Chatelaillon & le Chevalier de
Châteaubrillant , qui , précédemment ,
avoient eu l'honneur d'être préſentés au
Roi , ont eu , le 19 , celui de monter dans
les voitures de Sa Majeſté & de la fuivre à
la chaffe.
De Paris , le 29 Février.
Le Subdélégué de l'Inten lant de Bourgogne
, à Nantua , a rendu compte dernierement
à M. Amelot d'un acte de courage
qui mérite d'ètre rapporté. << Le 20
Janvier dernier , deux jeunes écoliers patinoient
fur les bords du lac de Nantua ; s'étant
trop avancés fur la glace , elle rompit
fous leurs pas , & ils difparurent un
( 42 )
moment. Revenus fur l'eau , ils faifirent le.
bord de la glace. Parmi les fpectateurs accourus
à leurs cris , le nommé Jean -Claude
Billon , Bourtelier , muni d'une longue perche
, vola à leur fecours. Il alloit les atteindre
, lorfque , tout à coup , la glace
s'ouvrit fous lui . Sufpendu par les bras ,
& fans quitter fa perche, il ſe fit un paffage
à travers la glace , jufqu'à ce qu'il fût à la
portée d'un de ces enfans qui le faifit auffitôt
de la perche , & s'y fixa les dents ; Billon
eut la force & l'adreffe de le foulever &
de l'attirer jufques fur la partie folide de ' a
glace. Ce brave homme , toujours en danger
, mais foutenir par ce premier fuccès ,
continua de brifer la glace , & s'approcha
du fecond enfant , qui , ayant pu faifir l'ex.
trémité de la perche , fe gliffa jufqu'à fon
libérateur , au col duquel il ne ceffa de fe
tenir étroitement attaché , que lorsqu'ils
furent arrivés l'un & l'autre fur le rivage.
Billon , que cette périlleufe opération avoit
tenu , plus d'un quart d'heure , plongé dans
l'eau glacée , en a été quitte pour une indifpofition
de quelques jours ».
Le 11 de ce mois , Marie Jeanne Hanfement
, demeurant à Wandelicourt , près
de Compiègne , eft accouchée d'un garçon
à midi , & le lendemain de deux , auffi
garçons. Certe triple lignée jouit , ainsi que
la mere d'une fanté parfaite.
On lit dans le Journal de la généralité de
Montpellier, que depuis l'Etabliſſement du
( 43 )
moulinage du Tabac dans la Manufacture
Royale de Cette , il s'eft élevé des murmures
contre ce régime. Les débitans , à qui
l'exercice de cette main - doeuvre donnoit
les moyens de multiplier des matieres qu'ils
avoient reçues de la Ferme , avoient infinué
fourdement que les Fermiers généraux en
abufoient , pour employer les côtes & nervures
des tabacs défectueux , les mauvais
tabacs faifis fur les contrebandiers , même
des matieres malfaifantes.
Pour diffiper ces préventions , les Fermiers
généraux ont pris le parti de réquérir la
defcente d'une Commiffion de la Cour des
Aides de Montpellier, à la Manufacture de Certe,
au Bureau général , à l'Entrepôt & chez les Débitans
de Montpellier , afliftée de deux Experts
nommés refpectivement par M. le Procureur
général & par les Fermiers généraux .
Cette Commiſſion a vérifié à Cette les différentes
espèces de Tabacs , dans tous les états
poffible , elle a fuivi toutes les opérations de
Ja fabrique depuis l'introduction en feuille ,
jufqu'à leur fonie en carortes ou en poudre.
Les Experts atteftent par leur rapport , « que
» les Tabacs en genéral qui fe fabriquent à la
» Manufacture de Cette , font de bonne nature
» & qualité ; qu'on y a la plus fcrupuleufe
» attention à rejeter & à détruire ceux avariés ,
» qu'on en détache les fables & en enleve les
» côtes & principales nervures ; qu'on leur
donne enfuite toutes les préparations néceffaires
pour qu'ils puiffent etre vendus au public
, fans autre mélange ni addition que
les humectations dont ils ont fait connoître
« la néceffité & l'utilité ; que dans les tabacs
( 44 )
» pulvérifés , il n'catre abfolument aucune cô.
>> tes ni autres nervures , que les latérales
» qu'on apperçoit dans la carotte ; qu'il n'y
entre non - plus aucunes avaries ; que les tabacs
qui font réduits en poudre , font de
» même nature & qualité que ceux des carottes,
que l'opération du moulinage n'en altere
point la qualité ; que l'une & l'autre
efpece de tabacs font également faines &
» agréables ».
Ce rapport a été autorisé par un arrêt de
la Cour des Aides , rendu au rapport de M. de
Monclar , les femeftres de la chambre des Aides
affemblées le 9 décembre 1786 ; en conféquence
cet arrêt décharge l'Adjudicataire des
Fermes , fes commis & prépolés , de toutes
plaintes & recherches à railon du tabac en
poudre , l'autorite à continuer de le vendre
ainfi , avec défenſe à toutes perſonnes de lui
donner aucun trouble ni empêchement , & aux
débitans d'entreprendre la pulvérisation du tabac
de quelque maniere que ce foit comme
auffi d'altérer ou dénaturer celui qu'ils auront
levé aux entrepôts , à peine d'être pourſuivis
comme employés infideles .
PAYS - B A S.
De Bruxelles , le 25 Février.
Suivant la nouvelle forme judiciaire que
M. de Martini eft chargé d'établir dans les
Pays -Bas , tout procès devra fe décider en
deux ou trois inftances ; en deux , fi l'Arrêt
porté par la premiere inftance eſt confirmé
par la feconde ; en trois , fi les deux Arrêts
ne font point conformes ; auquel cas , le
procès fera porté à la connoiffance du Con
feil fuprême, qui le jugera définitivement..
( 45 )
Dans les villes les plus confidérables
du pays on établira des Tribunaux , dont
les Préfidens feront à la nomination de
l'Empereur ; les autres Membres feront choifis
par les représentans de la Bourgeoifie de
chaque ville . Ces Corps feront plus où
moins nombreux , fuivant le nombre des
habitans. Celui de Bruxelles , indépendamment
du Préſident , fera compofé de dix
Membres ; ces Tribunaux inftruiront tous
les procès de leurs Jufticiables . & les jugeront
en premiere inftance ; dans les petites
villes on établira des Préfidens , dont les
membres feront choifis par la Bourgeoisie ,
& qui , ainfi que les Préteurs qu'on établira
dans les villages , formeront les premieres
inftances , & remplaceront les Magiftrats ,
& les loix des villages qui actuellement font
chargés de l'adminiftration de la Juftice.
Le Confeil d'appel formera la feconde
inſtance ; il y en aura deux , un à Luxembourg,
& l'autre à Bruxelles , dont le reffort
s'étendra fur toutes les Provinces des
Pays Bas Autrichiens , à l'exception de celle
du Luxembourg. Ces Confeils feront compofés
d'un Préfident & de 14 Confeillers ,
à la nomination de l'Empereur , & jouiront
de 2500 florins d'appointemens , le Préfident
en aura 5000 .
Le Confeil fuprême jugera en derniere
inftance ; fon reffort s'étendra fur toutes les
Provinces des Pays Bas Autrichiens : il fera
présidé par M. de Crumpipen , actuellement
(48 )
Chancelier de Brabant ; ce Tribunal fera
compo é de 7 membres , qui auront chacun
4000 florins d'appointemens , le Président
en aura 9000 .
Tous ces Tribunaux entreront en activité
au premier Mai prochain.
Les affaires de la plus grande importance
ont été agitées dans la derniere féance des
Etats de Hollande. La ville de Harlem ya
propofé entr'autres, d'augmenter la garnifon
de la Haye , & de la mettre fur le pied ordinaire
en tems de paix ; Mrs. les Députés
de Harlem ont in fiqué le corps des Troupes
legeres du Rhingrave de Salm , comme
le plus propre à venir tenir garnifon à la
Haye , vu que ce corps eft au fervice particulier
& à la folde fpéciale des Etats de
Hollande. Sept villes ont accédé fur le
champ à la propofition de Harlem , l'Ordre
Equeftre & les Députés des autres villes ont
pris la propofition ad referendum , mais
plufieurs Membres de l'Etat déclarèrent',
que fi cette propofition étoit rejettée , ils
n'affifteroient plus à l'affemblée des Etats.
( Gazette d'Amfterdam , nº 15 ) .
Conformément à la Propofition de la
ville de Harlem , dont nous avons parlé ,
les Etats de Hollande ont nommé une commiffion
de douze de leurs Membres , chargés
de rédiger les inftructions de l'exercice
des trois dignités de Stadhouder , de Capitaine-
Général , & d'Amiral Général de la
Province particuliere de Hollande. L'Ordre
( 47 )
Equeftre a proteſté contre cette réſolution ,
& M. de Waffenaër de Starrenbourg , que
les Patriotes avoient élu pour Député de la
Nobleffe à cette Commiffion , a refufé cet
'emploi.
On fe rappellera que quelques particuliers d'Utrecht
ont eu le pro et de préfenter une adreſſe
deftinée a faire connoître qu'ils n'avoient eu au
cune part aux révolutions arrivées dans la Régence
, & qu'ils défiroient au contraire que tout
fût rétabli fur l'ancien pied. Cette démarche
provoqua , de la part du nouveau Confeil , une
publication qui défendoit ces fortes d'adreffes ,
à moins qu'elles ne fuffent préfentées à la Magiftrature
actuelle de la vi'le. Cette publication ;
en raffurant les innovateurs , ne put diffiper le
mécontentement qu'avoit produit en eux le def
fein fecret de leurs antagonifies . Cependant il
n'auroit fans doute point éclaté , fi le Gazettier
Hollandois de la Haie n'avoit affecté de donner
dans fa feuille, les noms des habitans l'Utrecht , qui
voient les réformes d'an mauvais oeil . En les défignant
, ce Rédacteur , fans le vouloir , a éclairé
l'incertitude des Patriotes , & a éveillé leur animofité
; tant il est vrai , comme nous l'avons
dit plus d'une fois , que la plupart des troubles
qui défolent la République , font le fruit des
déclamations indifcretes des folliculaires ! Les
anti- reforma eurs , enhardis par la tranquillicé
apparente des patriotes , crurent pouvoir hafarder
de former des afloc'ations fous le nom d'Orange.
Ils érigerent , en conféquence , plufieurs
fociétés. Mais le peuple inftruit de ces difpofitions
, conçut auffi - tôt le projet d'en empêcher
l'exécution . Les maifons deftinées à fervir de
retraite aux anti- réformateurs , portèrent les
premieres marques de fa fureur. Une d'elles ,
( 48 )
1
qui vouloit établir fon affemblée dans la maison
où est né le Pape Adrien VI , & qui porte encore
le nom de ce Pontife , au moment du
rendez-vous , fut inveftie , & le peupfe en caffa
les vitres. Quelques Gazettiers fe font empreffés
d'accufer la Bourgeoifie de cette exploſion ; mais
nous lui devons la juftice d'affurer qu'elle a au
contraire tout employé pour arrêter l'effervefcence
de la populace. Cependant c'étoit une
tentative trop difficile dans le moment , où les
efprits exaltés ne pouvoient écouter la voix
de la raifon. Les patrouilles redoublées &
continuelles des Compagnies Bourgeoifes ne
purent préserver un grand nombre de maiſons
des partifans d'Orange , des effets de la fureur
populaire. Prefque toutes les nuits , depuis
Lundi dernier , il y a eu des vîtres caffées. Les
jeunes gens, qui font les moteurs de ce défordre
, ont parcouru toutes les rues de la ville ,
& ont exercé fur les maifons de ces partifan's
les mêmes ravages & le même déréglement . +
On a ajouté un détachement de Cavalerie aux
Patrouilles Bourgeoises . Mais les mécontens
attendent que ces Patrouilles foient paffées ,
pour fe livrer à leur vengeance , & dilparoiffent
auffi - tôt qu'ils les apperçoivent. L'allarme
eft générale parmi les individus de cette faction.
Cinquante de leurs mailons ont été invefties
, & les fenêtres brifées. La vigilance des
Compagnies Bourgeoifes a eu tout le fuccès defiré
. Les efprits fe font peu à peu calmés , & le
bon ordre s'eſt rétabli . Il eft vrai que les antiréformateurs
ont fait eux- mêmes quelques facrifices
pour acheter la paix . Ils ont pris le
parti prudent de mettre un écriteau à la
maifon qui devoit fervir à leur affemblée . Le
peuple fatisfait de cette abnégation , a ceſſé
fes pourfuites. ( Gazette d'Utrecht , Nº. ) .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 21 Février,
PEndant l'absence de l'Imperatrice de
le Général Comte de Bruce ,
gouverne Pétersbourg avec des pouvoirs
très étendus ; mais le Grand- Duc , héritier
préfomptif de l'Empire , conferve les honneurs
de la Souve aineté. Avant le départ
de Catherine II , le Miniftre de Naples
avoit réufli à obtenir enfin la conclufion du
Traité de Commerce , négocié depuis quatre
ans entre fa Cour & celle de Pétersbourg.
Le Prince Potemkin vient de confacrer
24 millions de florins de Pologne , à acheter
des terres immenfes du Prince Xavier Lubomirski
dans l'Uk aine Polonoife. D'un
autre côté , cet opulent acquéreur a donné
au Prince de Naffau une ifle défer: e & couverte
de joncs , fur le Nieper près de Cherfon.
No. 10 , 10 Mars 1787. C
( 50 )
!
Le Comte de Potocki , Commandant en
chef dans l'Ukraine , a envoié une eftafette
au Roi de Pologne , pour l'informer que la
Cour de Pétersbourg demande dans cette
Province des quartiers & des fourrages
pour dix Régimens de troupes Ruffes , &
il fupplie S. M. de lui faire connoître fes
ordres à ce fujet.
La derniere malle de Copenhague à Stockolm,
qui renfermoit des dépêches pour le
Roi de Suede & pour des Miniftres étrangers
, a été ouverte en route ; plufieurs gros
paquets ont été démembrés & déchirés . On
préfume que cet attentat a été commis à
l'une des ftations de la pofte du Royaume ,
puifqu'aucun des poſtillons n'a été arrêté en
chemin. On fait des recherches exactes
pour en découvrir le lieu & les auteurs .
On continue d'affurer que la navigation
fur l'Elbe fera rendue libre entierement. Les
Saxons & les Bohemes le defirent ardemment
pour l'avantage de leur commerce de
bois de conftruction , de mâts , & c.
Le nombre des Pauvres , dit le Docteur
Bufching, qui pendant l'année derniere ont
été affiftés à Berlin , par les diverſes caiſſes
de charité , monte à 11789. Il ajoute qu'au
commencement de cette année ils étoient
encore au nombre de 7449 .
On apprend de Berlin , que le Roi a fupprimé
le nouveau droit de 30 pour cent fur
l'acier venant de l'étranger . On ajoute que
(51)
l'on accordera des permiffions pour l'im
portation de cette marchandiſe .
De Berlin , le 20 Février.
Le Roi a avancé au grade de Major- Général
d'Infanterie , le Colonel de Lengefeld,
& S. M. a donné le commandement de
Colberg au Colonel de Wrangel.
M. de Boehmer vient d'être confirmé
par le Roi dans fon pofte de Min ſtre
plénipotentiaire auprès de plufieurs Pinces
& Etats d'Allemagne , & S. M. a fait expédier
pour lui de nouvelles lettres de créance.
Le Libraire Frédéric Viereg l'aîné ,
de Berlin , a publié en deux volumes in 8 °.
la Correfpondance familiere & amicale
de Frédéric II , avec M. de Suhme
Confeiller intime , &c. Cet ouvrage , qui
renferme auffi plufieurs pieces de poësie ,
fe vend 2 écus & 8 grofchen.
On fcait que le Roi fe propofe de changer
le plan que l'on a fuivi jufqu'à préfent
pour l'entretien de la Cavalerie. S. M. n'a
encore arrêté aucun changement fixe à
ce fujet , mais elle vient d'ordonner de faire
un effai dans la Marche Electorale , & d'affermer
pendant quelques mois à des entrepreneurs
l'entretien de chaque Régiment en
particulier.
De Francfort , le 28 Février.
On écrit de Munich , que les Etats de
С 2
( 52 )
Baviere ont fait de nouvelles repréſentations
à l'Electeur , relativement aux impôts & à
l'adminiftration actuelle des finances. Si elle
eft continuée , difent les Etats , elle achevera
la ruine du pays.
Le Docteur Bufching a publié dans fa feuille
hebdomadaire les relevés fuivans des regiftres des
Eglifes de Nuremberg.
Les mariages dans cette ville monterent , en
1784 , à 306 ; en 1785 , à 340 , & , en 1786 , à
348.
Les naiffances , en 1784 , à 987 ; en 1785 ,
945 , & , en 1786 , à 941 .
à
Les morts , en 1784 , à 1066 , en 1785 , à 1107,
& , en 1786 , à 1199 .
Les naiffances , pendant ces trois années , furent
au nombre de 2873 , dont 1453 garçons &
1420 filles ; les enfans illégitimes , 178 ; ce qui
fait la feizieme naiffance: Dans la premiere de ces
trois années , les illégitimes furent au nombre de
20 ; dans la feconde , de 90 : ce qui fait pre!que la
dixieme naiffance , & , dans la troisieme , de 68.
Le total des morts fut de 3372 ; par conséquent
ils furpafferent de 499 les naiffances. La petitevérole
avoit enlevé beaucoup d'enfans dans la
derniere de ces trois années.
Le fauxbourg de Wehrd n'eft point compris
dans ces relevés. M. Bufching ajoute qu'il faut
attribuer le grand excédant des morts fur les
naiffances aux Etrangers qui font morts dans
cette ville.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 24 Février.
Diverles réfolutions relatives au Traité
( 53 )
de Conimerce avec la France , ont été prifes
la femaine de niere dans la Chambre des
Communes , où le Miniftere a conſervé pour
cet objet fa précédente fupériorité. La fanction
de la Chambre en faveur de ce Traité
a été rarifiée plus explicitement encore , il
y a 4 jours. M. Blackburn , repréfentant du
Comté de Lancaftre , après avoir énuméré
les avantages de cetve tranfaction , & les
fuffrages qu'elle obtenoit dans les provinces
à manufactures , propofa une Adreffe , pour
remercier le Roi d'avoir conclu le Traité , &
pour informer S. M., que la Chambre , après
avoir pris en confidération le difpofitifde ce
Traité, alloit s'occuper des mesures propres à
étendre la correfpondance entre l'Angleterre &
la France , & à établir un commerce avantageux
entre les deux Nations . Cette motion
fut fecondée par le Cap . Berkeley , & combattue
avec éloquence par M. Grey , Repréfentant
du Comté de Northumberland ,
& jeune homme de la plus grande eſpérance.
Le Cap. Macbride foutint M. Grey par
des déclamations fur le dépériſſement de la
Marine Angloife , comparée à celle de France
; M. Burke fit de la Rhétorique pendant
une demie heure contre la motion ,
après quoi elle fut agréée à la pluralité de
236 voix contre 116 .
Dans cette même féance , M. Pitt fit une
motion , pour que le 26 un Comité de toute
c 3
( 54 )
la Chambre prît en confidération la partie
du Difcours du Roi , qui recommande les
moyens de fimplifier la perception des revenus
publics . Il annonça auffi que le même
jour il feroit une autre motion pour la confolidation
des droits de Douane , d'Excife
& du Timbre.
Le Capitaine W. Parker a arboré fon pavillon
fur le Jupiter , de so can . , à bord
duquel il commandera la ftation des Indes
Occidentales .
M. Howard de retour ici a refufé la Statue
que de nombreux foufcripteurs avoient décidé
en fon abfence de lui ériger ; & dans
la Lettre publique qu'il a écrite à ce sujet ,
il témoigne qu'on l'affligeroit fenfiblement
en perfiftant dans ce projet.
L'Univerfité d'Oxford , qui n'avoit pas
foufcrit pour la Statue de ce vertueux Citoyen,
a imaginé d'en ériger une au Roi ,
parce que le Roi lui a fait deux vifites dans
le courant de l'Eté. On fuppofe que ce
projet , qui a excité ici la dérifion publique ,
reftera fans effet par le refus de S. M.
Un homme , venu ivre au Spectacle , Samedi
dernier , à Covent Garden , & qui s'y étoit endormi
, refta feul aux fecondes loges , après que
le Spectacle fut fini , & fut enfermé dans la loge.
S'étant éveillé à une heure du matin , & fon
ivreffe n'étant pas encore paffée , il tomba , on
ne fait comment , dans le parterre. Le teneur
de livres ayant entendu des cris qui venoient
( 55 )
de la falle , s'arma de toutes pieces , & , accompagné
des valets de fcene , fe rendit , le piftolet
au poing , fur le théâtre , d'où il apperçut , étendu
entre deux banquettes dans le parterre , l'homme
qui lui avoit donné l'alarme . Sur le compte
qu'on lui demanda de la maniere dont il étoit
refté dans la falle , l'ivrogne répondit qu'il ne fe
fouvenoit que d'être entré au théâtre , & d'avoir
été fufpendu pendant long-temps par les mains
quelque part. On trouva fon chapeau & fa canne
aux fecondes loges ; ce qui a fait conjecturer que
c'étoit de là qu'il étoit parti pour se rendre entre
les deux banquettes , où il étoit étendu tout
meurtri , & avec un doigt caffé.
FRANCE.
De Verfailles , le 27 Février.
La Marquife de Caufans a eu , le 18 ,
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
par Madame Elifabeth de France , en qualité
de Dame pour accompagner cette Princeffe.
Le Comte Dufaillant , le Chevalier de
Blangy , & le Chevalier de Grille , qui précédemment
, avoient eu l'honneur d'être
préfentés au Roi , ont eu , le 23 , celui de
monter dans les voitures de Sa Majefté , &
de la fuivre à la chaffe.
Le 25 du même mois , le Comte d'Angivillier,
Directeur-général des bâtimens da
Roi , que Sa Majeſté a nommé à la place de
Confeiller d'Etat d'Epée , vacante par la
C 4
( so )
4
mort du Comte de Vergennes , a eu l'hon
neur de faire fes remerciemens au Roi , lui
étant préfenté par le Garde- des Sceaux de
France.
Ce jour , la Princeffe de Léon a eu l'honneur
d'être préfentée à Leurs Majeftés & à
la Familie Royale par la Ducheffe de
Rohan.
Le même jour , le Marquis de Vergennes ,
Ambaffadeur du Roi en Suiffe , qui eft de
retour en cette ville , par congé , préfenté
par le Comte de Montmorin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , ayant le Département des
Affaires étrangeres , a eu l'honneur de faire
fa révérence au Roi , qui l'a accueilli avec
bonté.
De Paris , le 7 Mars.
Le 22 du mois dernier , S. M. fit l'ouverture
de l'Affemblée des Notables , par le
Difcours fuivant.
MESSIEURS,
Je vous ai choifis dans les différens Ordres de
l'Etat , & je vous ai raffemblés autour de moi
pour vous faire part de mes projets .
C'est ainsi qu'en ont ufé plfieurs de mes
Prédécelleurs , & notamment le Chef de ma
Branche , dont le nom eft refté cher à tous les
François , & dont je me ferai gloire de fuivre
les exemples.
Les projets qui vous feront communiqués de
ma part fout grands & importans , Dune part ,
( 57 )
améliorer les revenus de l'Etat , & affurer leur
libération entiere par une répartition plus égale
des impofitions , de l'autre , libérer le Commerce
de différentes entraves qui en gênent la
circulation , & foulager , autant que les circonftances
me le permettent, la partie la plus indigente
de mes (ujets : telles font, Meffieurs , les vues dont
je fuis occupé & auxquelles je me fuis fixé après le
plus mûr examen. Comme elles tendent toutes
au bien public , & connoiffant le zèle pour mon
fervice dont vous êtes tous animés , je n'ai point
crain : de vous confulter fur leur exécution ; j'entendrai
& j'examinerai attentivement les obfervations
dont vous les croirez fufceptibles . Je
compte que vos avis , confpirans tous au même
but , s'accorderont facilement , & qu'aucun intérêt
particulier ne s'élevera contre l'intérêt
général ,
Le Difcours de M. le Contrôleur général
qui dura une heure , eft de la teneur
fuivante :
MESSIEURS ,
Ce qui m'eft ordonné en ce moment m'honore
d'autant plus , que les vues dont le Roi me charge
de vous préfenter l'enſemble & les motifs
lui font devenues entierement perfonnelles par
l'attention très - fuivie que Sa Majesté a donnée
à chacune d'elles avant de les adopter.
La feule ré folution de vous les communiquer
, & les paroles toutes paternelles que vous
venez d'entendre de fa bouche , fuffifent fans
doute pour exciter en vous la plus jufte confiance
mais ce qui doit y mettre le comble , ce qui
doit y ajouter l'émotion de la plus vive fenfibi(
58 )
lité , c'eft d'apprendre avec quelle application ,
avec quelle affiduité , avec quelle conftance le
Roi s'eft livré au travail long & pénible qu'ont
exigé , d'abord l'examen de tous les états que j'ai
mis fous les yeux , pour lui faire connoître , fous
Lous les points de vue , la véritable fituation de
fes finances ; enſuite la diſcuſſion de chacun des
moyens que je lui ai propofés pour les amélio
rer & y rétablir l'ordre.
Apres avoir créé une Marine & rendu le pavillon
françois refpectable dans toutes les Mers ;
après avoir protégé & affermi la liberté d'une
nouvelle Nation qui , démembrée d'une Puiffance
rivale , eft devenue notre alliée ; après avoir
terminé une guerre honorable par une paix folide
, & s'être montré à toute l'Europe digne d'en
être le modérateur , le Roi ne s'eft point livré à
une ftérile inaction ; Sa Majefté ne s'eft point
diffimulé combien il lui reftoit à faire pour le
bonheur de fes fujets , premier objet de tous les
foins , & véritable occupation de fon coeur.
Affurer à fes peuples des relations de commerce
tranquilles & étendues au dehors :
Leur procurer au- dedans tous les avantages
d'une bonne adminiftration ;
C'eft ce que le Roi s'eft propofé , c'est ce qu'il
n'a pas ceffé d'avoir en vue.
Déja d'heureux effets ont prouvé la fageffe
des mesures prifes par Sa Majesté .
Déja des Traités de commerce conclus prefque
au même inftant , avec la Hollande , avec
l'Angleterre & avec la Ruffie , ont fait diſparoîire
des principes exclufifs auffi contraires aux
loix fociales , qu'à l'in : érét réciproque des Nations
, ont cimenté les bafes de la tranquillité
publique , & ont fait voir à l'Europe ce que peut
l'efprit pacifique & modéré d'un Prince auffi
( 59 )
jufte que puiffant , pour multiplier & fortifier
les précieux liens de cette concorde univerſelle
fi défirable pour l'humanité entiere.
Déja auffi les affaires de l'intérieur ont pris la
direction qui doit conduire à la prospérité de
l'Etat .
La plus parfaite fidélité à remplir tous les engagemens
, a rendu au crédit le reffort qu'il ne
peut avoir que par l'effet d'une confiance méritée.
Des témoignages de protection donnés au
Commerce , des encouragemens accordés aux
Manufactures ont ranimé l'induſtrie , & produit
par-tout cette utile effervefcence dont les
miers fruits en promettent de plus abondans
pour l'avenir.
pre-
Enfin le Peuple a reçu des commencemens de
foulagement qu'il n'étoit pas poffible de rendre
ni plus prompts , ni plus confidérables , avant
d'avoir rétabli l'ordre dans les finances de l'Etat.
C'eft cet ordre qui eft le principe & la condition
eſſentielle de toute économie réelle ; c'eſt
lui qui eft la véritable fource du bonheur public.
Pour l'affeoir fur une bafe folide , & pour
pouvoir balancer les recettes avec les dépenses ,
il falloit néceffairement commencer par liquider
le paffé , par folder l'arriéré , par fe remettre
au courant dans toutes les parties.
C'étoit le feul moyen de fortir de la confufion
des exercices entremêlés l'un dans l'autre , & de
pouvoir diftinguer ce qui appartient à chaque année
, féparer l'accidentel de l'état ordinaire , &
voir clair dans la fituation .
Trois années ont été employées à ce préliminaire
indifpenfable , & ces trois années n'on
pas été perdues .
c 6
( 60 )
Lorfqu'à la fin de 1783 le Roi daigna me con
fier l'administration de fes finances , elles étoient ,
on ne l'a que trop fcu , dans l'état le plus critique.
Toutes les caiffes étoient vuides, tous les effets
publics baiffés , toute circulation interrompue ,
T'allarme étoit générale , & la confiance détruite.
En réalité il y avoit 220 millions à payer pour
-reſtant des dettes de la guerre , plus de 80 mil-
Lions d'autres destes exigibles , foit pour l'arriéré
des dépenfes courantes , foit pour l'acquittement
de plufieurs objets conclus ou décidés antérieurement
; 176 millions d'anticipations fur l'année
fuivante ; 80 millions de déficit dans la balance
des revenus & dépenfes ordinaires ; le paiement
des rentes exceffivement retardé ; le tout enfem¬
ble faifant un vuide de plus de oo millions; &
il n'y avoit ni argent ni crédit.
Le fouvenir en eft trop récent , pour qu'il
foit befoin de preuves ; & d'ailleurs jai mis fous
les yeux du Roi tous les états juftificatifs ; S. M..
les a vus & examinés ; ils font reftés entre ſes
mains.
Aujourd'hui l'argent eft abondant , le crédit
eft rétabli , les effets publics font remontés , lear
négociation eft fort active , & fans le trouble
caufé par les effets de l'agiotage ( fléau éphémère
que les mesures prifes par S. M. feront
bientôt difparoître ) , elle ne laifftroit rien à
défirer.
La Caiffe d'Efcompte a repris toute la faveur
qui lui eft due , & qui ne pourra que s'accroître
par l'extenfion de fon utilité,
Les Billets des Fermes , & tous les autrés
genres d'affignation , font en pleine valeur.
Les dettes de la Guerre font acquittées , tour
F'arriéré eft foldé , toutes les dépenses font au
Courant.
( 61 )
Le paiement des rentes n'éprouve plus le moin
dre retard. Il eft enfin ramené au jour même des
échéances , & 48 millions d'extraordinaire ont
été emploiés à cet utile rapprochement qu'on
n'avoit pas encore vu & qu'on n'oloit efpérer.
Trente- deux millions du reftant des Refcriptions
fufpendues fous le dernier regne , ont été
remboursés avant leur terme , & leur nom , qui
étoit un ſcandale en finance , n'existe plus.
Les rembourfemens à époques , dont j'ai trouvé
le Tréfor Royal furchargé , s'effectuent à jour
nommé , & la liquidation des dettes de l'Etat
s'opere annuellement , ainfi que Sa Majefté l'a
réglé par fon Edit de 1784 , conftitutif du falutaire
& inébranlable établiſſement de la Caiſſe
d'Amortiffement.
Enfin l'exactitude des paiemens a produit une
telle confiance , & par elle des reflources fi fécondes
, que non - feulement il a été obvié à tous
les dangers que la pofition de la fin de 1783 faifoit
craindre , non feulement il a été fatisfait à
la maffe énorme d'engagemens & de dettes qui
exiftoit alors ; mais de plus , il s'eft trouvé aflez
de moyens pour faire face à une infinité de dépenfes
imprévues & indifpenfables , telles que
d'une part , les fommes emploiées en préparatifs
de précaution & autres frais politiques qu'ont
exigé les affaires de la Hollande ; & d'autre part ,
les fecours , les foulagemens , les indemnit's que
l'intempérie des faifons , & diveries calamités
ont néceflité en 1784 & 1785.
2
Dans le même temps Sa Majefté convaincue
par de grandes & judicieufes confiérations
qu'il étoit également important & économique
d'accélérer les travaux de Cherbourg , a fait
quadrupler les fonds , qui d'abord avoient été def
tinés annuellement à cette immortelle opéra
( 62 )
tion , que Sa Majesté a confacrée par la préſen
ce , dans le voyage mémorable , où elle à goûté
la jufte fatisfaction de recueillir les bénédictions
& les acclamations d'une Nation qui fait fi bien
adorer les Rois , quand elle fe voit aimée par
eux , quand elle voit les foins qu'ils prennent
pour fon bonheur.
Les utiles travaux du Havre & ceux de la Rochelle
ont été fuivis avec la même activité .
Ceux de Dunkerque & de Dieppe ont été déterminés
& entamés .
De nouveaux canaux ont été ouverts en plufieurs
Provinces , & S. M. a contribué à leur
entrepriſe.
Elle a rendu au département des Ponts &
Chauffées la totalité des fonds deftinés aux routes
publiques , & les a meme augmentés.
Elle a fupprimé plufieurs droits nuifibles au
Commerce , & le facrifice qu'elle a bien voulu
faire de leur produit , en favoriſant l'exportation
de nos denrées , eft devenu une nouvelle
fource de richeffes .
S. M. a créé , foutenu , vivifié plufieurs branches
d'induftrie , qui déformais approvifionneront
le Royaume de grand nombre d'objets , qui
fe tiroient de l'étranger.
Plufieurs établiffemens de grande conféquence
ont été fecourus , & ont reçu des marques f
gnalées d'une protection vigilante : tels , entr'autres
, celui des Forges de Mont Cenis , le
plus confidérable qui exifle en ce genre ; & celui
de la pêche de la Baleine , qui prend nasce
fous les aufpices les plus favorables , en meme
temps que toutes les autres pêches du Royaume
font encouragées , profperent & préparent à la
Marine une pépiniere de matclots .
Notre commerce dans l'inde prend auffi con
( 63)
-fiftance ; la nouvelle Compagnie fait les plus
grands efforts pour répondre à l'objet de fon établiffement
, & elle a doublé les effets de fon
zele , depuis que le Roi lui a permis de doubler
Les fonds.
,
En s'occupant de tout ce qui intéreffe le commerce
, S. M. n'a pas perdu de vue ce qui , dans
un Royaume agricole , peut s'appeller la premiere
& la plus importante de toutes les Manufactures
la culture des terres . L'Affemblée
qu'elle a établie pour correfpondre , tant avec
les Intendans des Provinces , qu'avec les Sociétés
d'Agriculture , & les Particuliers appliqués
à cet objet , a excité la plus utile émulation , &
réuni les renfeignemens les plus intéreffans . Il
s'eft formé des affeciations champêtres entre des
Propriétaires , des Eccléfiaftiques , des Cultivateurs
éclairés , pour faire des expériences , &
donner aux habitans des campagnes la feule leçon
qui les perfuade , celle de l'exemple.
L'exploitation des Mines , trop long - temps
négligée en France , a fixé auffi les regards &
l'attention de S. M. , qui fait combien de ref
fources on peut en tirer. Une école publique devenue
intéreffante pour la curiofité même des
Etrangers , des Profeffeurs pleins de zele & de
talens , des Eleves animés de la plus vive ardeur
, des Directeurs envoiés dans toutes les Provinces
pour y faire des recherches utiles , ont
déja répandu l'inftruction dans le Royaume , &
l'ont portée jufqu'au fond de ces dépôts des richeffes
fouterraines qu'on n'obtient que par des
efforts bien dirigés .
L'opération fur les Monnoies d'or , en faisant
ceffer la disproportion qui exiftoit entre le prix
de ce premier métal & celui de l'argent , a produit
le triple avantage d'arrêter l'exportation
( 64 )
de nos louis , qui devenoit exceffive , d'en rérablir
la circulation qui étoit prefque nulle , & de
procurer un bénéfice confidérable à l'Etat , en
même temps qu'un jufte profit aux Particuliers.
Sj'ajoute qu'il s'éleve de toutes parts des monumens
dignes d'illuftrer un regne , c'eſt qu'ils
font du genre de ceux qui , réuniffant l'utilité
publique à la décoration du Royaume , ont droit
à la ' reconnoiffance Nationale . Tel eft le caractere
de tous ceux dont Sa Maj . m'a ordonné de
fuivre l'entrepriſe .
Les nouveaux quais qui vont embellir Marfeille
, favorileront le commerce , ainfi que la
population de cette antique cité.
La fuperbe place qui s'érige à Bordeaux fur
les ruines d'une inutile fortereffe , procurera les
communications les plus intéreffantes , en même
temps qu'un des plus beaux points de vue de
Univers.
A Lyon , les travaux definés à faire fortir un
quartier habitable du fein d'un marais fétite ,
étoient néceffaires pour la falubrité de cette riche
& grande ville .
A Nifmes , la reftauration des arênes fera difparoître
des mâlures mal faines , qui déshonoroient
ces magnifiques reftes de la grandeur des
Romains.
Aix aura enfia un Palais de Juftice , digne de
l'importance de fa deftination .
Dunkerque verra réparer fes longs malheurs ,
par le rétabliffement de les éclufes & de fon port .
Dans la Capitale , les travaux commencés pour
efpacer les anciennes halles , pour en conftruire
denouvelles plus commodes , pour en défobftruer
les accès , & pour délivrer les ponts des bâtimens
difformes & caducs dont ils étoient forchargés ,
font autant de bienfaits que Sa Majefté coníacre
( 65 )}
à l'humanité bien plus qu'à la gloire ; & ce qui
rend ces importans Ouvrages encore plus précieux
, c'eft que leur exécution s'opere & s'achevera
entiérement par des moyens qui ne font
onéreux , ni au Tréfor Royal , ni aux Peuples ,
des moyens qui ne dérangent aucune deſtination ,
qui ne retardent aucun paiement .
En effet , Meffieurs , au milieu de toutes ces
entrepriſes , chaque département a reçu ce qu'il
a jugé néceffaire pour fon fervice ; chaque Intendant
a obtenu les fecours qu'il a demandés pour
fa Généralité ; chaque Créancier de l'Etat a tou
ché ce qu'il avoit droit de prétendre ; aucun ne fe
plaint , aucune partie prenante ne fe préfente
vainement ; aucune n'eft repouffée par cette trifle
allégation de la fituation fâcheufe des Finances ,
qui fut fi long- temps la formule des réponfes de
l'Adminiftration.
Sa Majesté a même fait folder plufieurs indemnités
reconnues juftes , mais renvoyées à des circonftances
plus heureufes. Elle a fait juftice à
tout le monde , & elle a pu fuivre les mouvemens
de fa bienfaifance , fans éprouver le regret
d'aggraver les charges de fon Peuple , fans
qu'il y ait eu directement , ni indire&ement aucune
forte d'augmentation d'impôts , fans qu'aucuns
droits nouveaux aient été établis , même
pour remplacer ceux qui ont été fupprimés.
Par ce tableau raccourci des paiemens & des
opérations effectuées depuis trois ans d'après
les décifions du Roi qui en font preuve , vous
pouvez juger , Meffieurs , fi les dépenses ont été
furveillées avec attention , & s'il y a eu de
l'ordre dans le régime des Finances . Des effets
falutaires ne permettent pas de prfumer n
principe vicieux ; & quelques puiffent être les
vains propos des gens mal inftruits , c'eſt tow(
66 )
jours par les grands réſultats qu'on doit appré
cier l'économie dans une vafte Adminiftration.
J'ai remis au Roi des détails exacts & détaillés
de tout ce qui a été donné , acquis , échangé , emprunté
& anticipé , depuis que Sa Majefté a daigné
me charger de fes finances ; j'y ai joint tous les
renſeignemens , tous les titres juftificatifs de
l'autorisation & de l'emploi . Sa Majefté les a tous
examinés , Elle les a gardés , Elle eft continuellement
en état d'en vérifier par Elle-même tous
les articles , & je ne crains pas que la malignité
la plus venimeufe puifle rien citer de réel qui
ne s'y trouve compris .
Il ne m'eft pas permis fans doute de parler
de moi dans cette augufte Affemblée , où il ne
doit être question que des plus grands intérêts de
P'Etat. Mais ce que j'ai à dire fur l'économie ne
leur eft point étranger ; & avant de développer
ce qui a conduit Sa Majefté aux résolutions
qu'elle veut , Meffieurs , vous communiquer , il
n'eft pas inutile de faire voir que leur néceffité
ne peut être regardée comme fuite de relâchement
fur les dépenses.
En général , l'économie d'un Miniftre des Finances
peut exifter fous deux formes fi différen
tes , qu'on pourroit dire que ce font deux fortes
d'économies .
L'une qui frappe tous les yeux par des dehors
féveres , qui s'annonce par des refus éclatans &
durement prononcés , qui affiche la rigueur fur
les moindres objets , afin de décourager la foule
des demandeurs. C'eft une apparence impofante
qui ne prouve rien pour la réalité , mais qui
fait beaucoup pour l'opinion ; elle a le double
avantage d'écarter l'importune cupidité , & de
tranquillifer l'inquiéte ignorance .
L'autre , qui tient au devoir plutôt qu'au ca(
67 )
ractere , peut faire plus en fe montrant moins ;
ftricte & réservée pour tout ce qui a quelque
importance , elle
qui n'en a aucune ; elle laiffeufierité
pour ce
de ce qu'elle
accorde , & ne parle pas de ce qu'elle épargne ;
parce qu'on la voit acceffible aux demandes , on
ne veut pas croire qu'elle en rejette la plus grande
partie ; parce qu'elle tâche d'adoucir l'amertume
des refus , on la juge incapable de refufer ;
parce qu'elle n'a pas l'utile & commode réputation
d'inflexibilité , on lui refufe celle d'une fuge
retenue ; & fouvent , tandis que par une application
affidue à tous les détails d'une immenfe geltion
, elle préferve les Finances des abus les plus
funeftes , & des impérities les plus ruineufes , elle
femble fe calomnier elle-même par un extérieur
de facilité que l'envie de nuire a bientôt tranf
formé en profufion .
,
Mais qu'importe l'apparence , fi la réalité eft
inconteftable ? Perfuadera- t-on que les libéralités
font devenues exceffives , lorfqu'il eft conftaté
par le compte effectif de l'année derniere que les
penfions qui s'élevoient notoirement à 28 millions
ne montent plus qu'à environ 26 , &
qu'elles continueront néceffairement de décroître
chaque année par l'exécution du Réglement
que Sa Majesté a rendu le 8 Mai 1785 ? Refufera-
t-on de reconnoître que , dans un Royaume
comme la France , la plus certaine , la plus grande
des économies confifte à ne pas faire de fauffes
opérations ; qu'une feule méprife en Adminiftration
, une fpéculation erronée , un emprunt mal
calculé, un mouvement rétrograde , coûte infiniment
plus au tréfor public , fans qu'on le fache ,
que les dépenses oftenfibles dont on parle le plus ,
& que le titre d'Adminiſtrateur économe eft plutót
dû à celui dont on ne peut citer aucune opération
168 )
manquée , qu'à celui qui ne s'attacheroit qu'à des
épargnes fouvent illufoires , & toujours plus avantageufes
au Miniftre qui s'en fait un mérite , qu'à
PE at dont l'utile (plendeur eft incompatible avec
une ftérile parcimonie .
la
Au furplus , les circonstances commandent :
j'aurois tout perdu , fi j'avois pris l'attitude de la
pénurie au moment que je devois en diffimuler la
réalité . Toutes mes reffources , lorfque le Roi m'a
confié la conduite de fes Finances , confiftoient
dans le crédit ; tous mes efforts ont dû tendre à le
rétablir. L'argent manquoit , parce qu'il ne circuloit
pas ; il a fallu en répandre pour l'attirer, en
faire venir du dehors pour faire fortir celui que
crainte tenoit caché au-dedans , fe donner l'extérieur
de l'abondance , pour ne pas laiffer appercevoir
l'étendue des befoins. L'ellentic) étoit alors
de ramener la confiance égarée ; & pour y parvenir
, il y avoit beaucoup à réparer dans l'epinion .
Il falloit porter l'exactitude des paiemens au delà
même de l'exigibilité , pour qu'elle ne parût pas
refter en- deçà. Il falloit rembourfer infiniment
pour pouvoir recevoir encore plus ; il falloit abolir
la terreur de ces moyens finiftres dont la feule
appréhension feroit une tache dans un regne que
caractérisent la fageffe & la vertu ; il falloit enfin
égaler aux yeux de l'Etranger les Nations les
plus fideles à leurs engagemens , & donner à
toute l'Europe une jufle idée de la fécondité de
nos reffources .
Le Roi , à qui j'ai rendu compte de tout , a
jugé mes motifs , & réglé en conféquence la
marche que j'ai fuivie . Sa Majefé a reconnu
la néceffité de commencer par rappeller les forces
& ranimer la vigueur du corps politique ,
avant d'ofer en fonder les plaies invétérées , &
fur tout avant de les découvrir , ce qui n'ek
( 69 )
permis que quand on peut en même temps préfenter
le remede curatif.
C'eft le point où je fuis enfin parvenu . Depuis
un an , je n'ai pas ceffé de travailler à prendre
une connoiffance plus certaine qu'on ne l'avoit
eue jufqu'à préfent de la fituation des Finances
& de méditer prefondément fur ce qu'elle exige.
Il femble qu'il foit bien facile à un Minifiredes
Finances de former un compte exact des recertes
& dépenfes ordinaires & annuelles . On
croiroit qu'il doit le trouver dans les états de firuation
qu'on lui remet à la fin de chaque année , &
qu'il préfente lui - même au Roi , pour le regle
ment des fonds de l'année ſuivante.
Mais ces états , quelque foin qu'on apporte à
leur confection , ne peuvent fervir qu'à faire ap
percevoir les reffources extraordinaires qu'on eft
dans le cas de fe procurer dans l'année pour laquelle
ils font faits ; on ne peut en conclure rien
de précis ni de certain fur la fituation ordiraire.
Le nombre prodigieux de parties hérérogenes &
variables dent ils font compofés , l'enchevêtrement
des différens exercices , la confufion prove
nante des préleyemens locaux fur des recouvremers
plus ou moins retardés , le rejet des valeurs
& affignations repor.ées d'une année fur l'autre ,
la altitude incalculable des caufes imprévues
qui peuvent changer l'ordre des dépenses & celui
des rembourfem ns ; enfin le mélange prefqu'inévitable
de l'arrieré du courant & du futur , du
fixe & de l'éventuel , de ce qui n'eft que le réfultat
des viremens , d'avec ce qui doit être
compté pour effe&if; toutes ces caufes réunies
rendent extraordinairement difficile de difcerner
ce qui appartient à chaque année , pour former
une balance jufte de l'état ordinaire &
annuel.
( 70 )
Perfuadé qu'il eft de la plus grande impor
tance de s'en affurer , & qu'en inftruire le Roi
fans aucune diffimulation , c'est un devoir rigoureux
de ma place , en même - tems que c'eſt
fervir , fuivant les principes , un Monarque qui
aime la vérité ; je n'ai rien négligé pour parvenir
à mettre fous les yeux un compte général de fes
Finances , dont je puffe lui garantir & juftifier
l'exactitude. J'y ai diftingué foigneufement &
par colonnes les revenus dans leur intégrité , les
prélevemens qu'ils fubiffent avant d'arriver au
Tréfor Royal , & leur montant net , tel qu'il s'y
verfe effectivement pour chaque année .
J'ai fuivi le même ordre pour les dépenſes ;
j'ai féparé tout l'extraordinaire de celles qu'il
faut regarder comme annuelles; j'ai compris dans
celles - ci les parties acquittées fur les lieux , &
& je les ai claffées toutes par date , par affignat ,
& fuivant les époques auxquelles elles doivent
Le rapporter.
Ces comptes dreffés fous deux points de vue ,
l'un pour l'année 1787 , l'autre pour une année
ordinaire , préfentent une balance très-correcte
des recettes & dépenses annuelles ; je les ai remis
au Roi , appuyés de foixante - trois états particuliers
qui donnent le détail de tous les articles ;
& Sa Majefté qui a bien voulu en faire une étude
approfondie avec l'application qu'elle ne refuſe
jamais à ce qui la mérite , eft à préfent plus inf
truite , que qui que ce foit ne peut l'être dans
fon Royaume , de la véritable fituation de fes
Finances.
Les réſultats de cette connoiffance n'ont pu lui
paroître ni douteux ni fatisfaifans .
Je dois l'avouer , & je n'ai eu garde d'en rien
déguifer , le déficit annuel, eft trés -confidérable.
J'en ai fait voir au Roi l'origine , les progrès &
les cauſes.
( 71 )
Son origine eft fort ancienne. Le déficit en
France existe depuis des fiecles . Le fyftême , en
bouleverfant les fortunes particulieres , devoit
du moins rétablir le niveau dans les Finances de
l'Etat : ce but a été manqué ; même fous l'adminiftration
économique du Cardinal de Fleury ,
on ne l'a point atteint . Ce n'eft pas l'opinion commais
c'est la vérité , & il eft conftaté par
un travail fait au Tréfor Royal fur les comptes
de ce Miniftere , que pendant fa durée le déficit
a toujours fubfifté.
mune ,
Ses progrès font devenus effrayans fous le dernier
règne . Le déficit paffoit 74 millions , quand
l'Abbé Terray fut appellé à l'adminiſtration des
Finances ; il étoit encore de 40 quand il en fortit.
Cependant par le Mémoire qu'il remit au
Roi en 1774 , accompagné d'un état des recettes
& dépenfes pour la même année , il n'avoit porté
le déficit annuel qu'à 27,800,000 livres ; mais il
eft reconnu & prouvé par le compte effe&if de
cette même année , qu'en réalité il étoit alors de
40,200,000 livres .
Cette différence confirme ce que j'ai dit de la
difficulté de former une balance exacte des recettes
& dépenfes ordinaires.
Les Finances étoient donc encore dans un
grand dérangement , lorfque Sa Majesté eft montée
fur le Trône. Elles refterent à peu- près au
même état jufqu'en 1776 , époque à laquelle le
déficit fut eftimé être de 37 millions par celui
même qui peu de tems après fut chargé de la direction
des Finances.
Entre cette époque & celle du mois de Mai
1781 , le rétabliffement de la Marine & les be
foins de la guerre firent emprunter 440 millions.
Il est évident que le produit de toutes les ré
( 72 )
formes , de toutes les bonifications qui ont été
faites dans cet intervalle , quelqu'évaluation
qu'on puiffe leur donner , n'a pu compenfer à
beaucoup près l'augmentation de dépense qui a
réfulté néceffairement de l'intérêt de ces emprunts
, qu'il faut toujours compter fur 1 : pied de
neuf à dix pour cent , foit comme viagers , feit
eu égard aux rembourlemens , & qui par confé- a
quent s'eft élevé à plus de 40 millions par an . Le
déficit s'est donc accrû , & les comptes effectifs
le prouvent.
Il s'eft accrû encore depuis le mois de Mai
1781 jufqu'au mois de Novembre 1783 ; & l'on
ne doit pas s'en étonner , puifque les emprunts
faits pendant cet efpace , montèrent à environ
450 millions.
J'ai conftaté qu'à la fin de 1783 le déficit s'eft
trouvé être de 80 millions.
Il y avoit en outre, 175 millions d'anticipa
tions que j'ai compris dans la maffe des dettes ,.
Jorfque j'ai dit qu'à cette époque, elles s'élevoient
à plus de 600 millions. Il eft prouvé par les états.
remis zu Roi qu'elles montoient à 604 , enforte
qu'en y joignant le déficit de So millions , je puis
bien dire que le vuide étoit de 684 millions dans,
l'exercice de 1784 ..
Je n'ai pû ni dû le faire porter entièrement fur
cette feule année ; il a fallu en rejetter une partie
fur les exercices fuivans , & l'on fent combien
ce rejet , joint au déficit annuel , a dû les rendra
pénibles ; on voit combien les emprunts faics à
la fin des années 1783 , 1784 & 1785 , même :
en y joignant celui fait par la ville de Paris en
Décembre 1786 , font au deffous de ce que j'a
vois à payer , & l'on ne doit pas s'étonner que
pour y fuppléer , il ait été inévitable de recourt
à d'autres reffources de crédit moins directes ,
moins
( 73 )
moins oftenfibles , mais toutes expreffément ap
Frouvées par Sa Majefté , qui en à connu les motifs
& l'emploi.
La réunion de tous ces moyens de crédit dont
il n'a été ufé qu'avec la plus grande réſerve poffible
, ne forme pas , à beaucoup près , une
fomme égale à celle des acquittemens qui ont
été effe aués pendant le cours de ces trois années :
F'ordre , l'économie & les arrangemens dont une
grande manutention eft fufceptible , ont fait le
refte , & tout eft foldé .
Mais il n'en réſulte pas moins que le déficit
annuel a pris de nouveaux accroiffemens. Les
cauſes en font trop publiques , pour que les effets
en foient mystérieux .
Ces caufes s'expliquent toutes par une feule
obfervation. Le déficit étoit de 37 millions à la
fin de 1776 ; & depuis cette époque jufqu'à la
fin de 1786 , il a été emprunté 1150 millions.
Vous favez , Meffieurs , combien ces emprunts
étoient néceffaires . Ils ont fervi à nous créer une
Marine formidable ; ils ont fervi à foutenir glorieufement
une guerre qui , d'après on principe
& fon but , a été appellée avec raison , Guerre
Nationale ; ils ont fervi à l'affranchiffement des
mers ; ils ont fervi enfin à procurer une paix folide
& durable , qui doit donner le tems de réparer
tout le dérangement qu'une dépense auffi
énormé a caufé dans les Finances.
Ce feroit cependant prendre une idée fort exagérée
du déficit actuel , que de joindre , pour en
mesurer l'étendue , l'intérêt de cette maſſe d'emprunts
, à ce qu'il étoit déjà antérieurement.
D'un côté le revenu du Roi fe trouve augmenté ,
tant par le produit des fols pour livre impofés
en1781 , que par les bonifications confidérables ob.
tenues derniérement aux renouvellemens de, baux
No. 10 , 10 Mars 1787. d
( 74 )
des différentes Compagnies de Finance : d'un autre
côté il y a eu pour 250 millions au moins de
rembourfemens , qui ont diminué, proportionnellement
les intérêts , & fuivant l'ordre réglé tant
pour ceux des cent rembourſemens qui font à
époques fixes , que pour ceux que doit opérer la
Caifle d'Amortifiemens , il s'éteindra encore
pendant les dix années prochaines , un capital
de plus de 400 millions ; après quoi le Roi rentrera
dans la libre jou flance de plus de 60 millions
de revenu , abforbé préfentement , tant par les
rembourſemens affignés , que par les intérêts .
Mais jufques- là , c'eft - à dire juſqu'à la fin
de 1797 , il eft impoffible de laiffer l'E at dans
le danger fans ceffe imminent auquel Fexpofe
un déficit tel que celui qui exifte ; impoffit le
de continuer à recourir chaque année à des palliatifs
& à des expédiens , qui , en retardant la crife ,
ne pourroient que la rendre plus funefte ; impof
fible de faire aucun bien , de fuivre aucun plan
d'économie , de procurer au peuple aucun des
foulagemens , que la bonté du Roi leur deftine ,
auffi long-tems que ce déferdue fubfiftera..
J'ai du le dire , j'ai dû devoiler au Roi certe
trifte vérité ; elle a fixé toute fon attention
& Sa Majesté s'eft vivement pénétrée de la néceſfité
d'employer les moyens les plus efficaces pour
y apporter remede .
Mais quels peuvent être ces moyens ? >
Toujours emprunter , feroit aggraver le mal &
précipiter la ruine de l'Etat. $
Impofer plus , fer it accabler les peuples que ,
le Roi veut foulager.
Anticiper encore , on ne l'a que trop fait , & la
prudence exige qu'on diminue chaque année la ,
maffe des anticipations actuelles.
Economifer, il le faut fans doute ; Sa Majesté
7751
le veut ; Elle le fait ; Eile le fera de plus en
plus. Tous les retranchemens poffibles de dépenfes
jufques dans fa propre Maifon , tous ceux
dont les différens départemens font fufceptibles
fans nuire aux forces de l'Etat , Elle les a réfolus
, & fes réfolutions font toujours fuivies
d'effet mais l'économie feule , quelque rigoureufe
qu'on là fuppofe , feroit infuffifante , &
ne peut être confidérée que comme moyen acceffoire
.
Je n'ai garde de mettre au rang des reffources
ce qui , en détruitant le crédit , perdroit
tout ce que l'immuable fidélité du Roi à fes
engagemens ne permet pas d'enviſager com.nė
poffible , ce qui répugneroit à fon coeur autant
qu'à fa juftice.
Que refte- t- il donc pour combler un vuide
effrayant , & faire trouver le niveau defire ?
Que refte- t- il qui puiffe fuppléer à tout ce qui
manque , & procurer tout ce qu'il faudroit pour
la reftauration des Finances ?
LES ABUS.
Oui , Meffieurs , c'eft dans les abus même
que le trouve un fonds de richeffes que l'Etat a
droit de réclamer , & qui doivent ſervir àrétablir
l'ordre. C'est dans la profcription des abus que
réfide le feul moyen de fubvenir à tous les befoins.
C'eft du fein même du défordre que doit
jaillir une fourcé féconde , qui fert.lifera toutes
les parties de la Monarchie.
Les abus ont pour défenfeurs l'intérêt , le crédit
, la fortune , & d'antiques préjugés que le
tems femble avoir respectés : mais que peut
leur vaine confédération contre le bien public &
la néceffité de l'Etat ?
Le plus grand de tous les abus , feroit de n'attaquer
que ceux de moindre importance , ceux
d 2
( 76 )
qui n'intéreffant que les foibles , n'opposent
qu'une foible réfiſtance à leur réformation , maís
dont la réformation ne peut produire une reffource
falutaire .
Les abus qu'il s'agit aujourd'hui d'anéantirpour
le falut public , ce font les plus confidérables , les
plus protégés , ceux qui ont les racines Tes plus
profondes , & les branches les plus étendues.
Tels font les abus dont l'exiftence pèfe fur la
claffe productive & laborieuſe ; les abus des priviléges
pécuniaires ; les exceptions à la loi commune
, & tant d'exemptions injuftes qui ne peu
vent affranchir une partie des contribuables
qu'en aggravant le fort des autres :
L'inégalité générale dans la répartition des
fubfides , & l'énorme difproportion qui fe trouve
entre les contributions des différentes Provinces ,
& entre les charges des fujets d'un même Souveverain.
La rigueur & l'arbitraire de la perception de
la Taille.
La crainte , les gênes , & prefque le déshonneur
imprimés au commerce des premieres
productions :
Les Bureaux de traites intérieures , & ces
Barrieres qui rendent les diverfes parties du
Royaume étrangeres les unes aux autres :
Les droits qui découragent l'industrie ; ceux
dont le recouvrement exige des frais exceffifs
& des Prépofés innombrables; ceux qui semblent
inviter à la contrebande , & qui tous les ans font
facrifier des milliers de Citoyens :
Le dépériffement du Domaine de la Couronne ,
& le peu d'utilité que produifent fes foibles
reftes :
La dégradation des forêts du Roi , & les vices
de leur adminiſtration ;
( 77.)
Enfin tout ce qui altere les produits , tout ce
qui affoiblit les reffources du crédit , tout ce
qui rend les revenus infuffifans , & toutes les
dépenfes fuperflues' qui les abforbent.
Si tant d'abus , fujets d'une éternelle cenfure ,
ont réfifté jusqu'à préfent à l'opinion publique ,
qui les a profcrits , & aux efforts des Adminif
trateurs qui ont tenté d'y remédier , c'eſt qu'on
a voulu faire , par des opérations partielles ,
ce qui ne pouvoit réuffir que par une opération
générale ; c'eft qu'on a cru pouvoir réprimer
le défordre fans en extirper le germe ; c'eft
qu'on a entrepris de perfectionner le régime de
l'Etat , fans en corriger les difcordances , fans
le ramener au principe d'uniformité , qui peut
fest écarter toutes les difficultés de détail , &
revivifier le corps entier de la Monarchie .
Les vues que le Roi veut vous communiquer
tendent toutes à ce but : ce n'eft ni un fyftême.
ni une invention nouvelle c'est le réfumé ,
& pour ainsi dire , le ralliement des projets
d'utilité publique , conçus depuis long- tems par
Jes , hommes d'Etat les p'us habiles , fouvent
préfentés en perspective par le Gouvernement
lui-même , dont quelques - uns ont été cflayes
en partie & qui tous ſemblent réunir leš
fufrages de la Nation ; mais dont jufqu'à préfent
l'entiere exécution avoit paru impraticable par
1 difficulté de concilier une foule d'ufages locaux
, de prétentions , de privileges , & d'in-
Lérêts oppolés les uns aux autres.
Quand on confidere par quels accroiffemens
fucceffifs , par combien de réunions de contrées
diverfement gouvernées , le Royaume eft pars
venu à fa confiftance aЯuelle , on ne doit pas
être étonné de la difparité de régimes , de la
multitude deformes hétérogenes , & de l'incohé
d3
( 78 )
rence de principes qui en défuniffent toutes leg
parties .
Ce n'étoit pas au fein de l'ignorance & de
la confufion dont le v.de a couvert le tems
des premieres Races.
3
Ce n'étoit point lorfque les Rois , mal affermis
fur leurs trônes n'étoient occupés qu'à
repouffer fans ceffe les ufurpations des grands
vaffaux.
Ce n'étoit pas au milieu des défordres & det l'anarchie du régime féodal , lordres & de
foule
de petits tyrans , du fond de leurs châteaux
fortifiés , exerçoient les brigandages les plus
révoltans , bouleverfoient tous les principes de
la conflitution , & interpofoient leurs prétentions
chimériques entre le Souverain & tes Sujets.
Ce n'étoit point loríque la manie des Croi
fades , échauffée par le double enthousiasme
de la religion & de la gloire , portoit fous un
autre hémisphere les forces , la bravoure & les
malheurs de la France.
2 & en aug
Ce n'étoit point lorfqu'un Prince , qui obtine
le furnom d'Augufte , recouvroit les principaux
démembremens de fa Couronce
mertoit la puiffance & l'éclat ; ni lor que la
fembre politique d'un de fes Succeffeurs , en
donnant de l'extenfion au Gouvernement munici
pal , préparoit les moyens de réunir dans la main
du Souverain tous les refforts de la force publ'que
; ni lorfque le Monarque le plus avide
de gloire & le plus valeureux des Chevaliers ,
difputoit au Souverain fon rival , la célébrité
qu'ils acquirent tous deux aux dépens de leurs
Peuples.
Ce n'étoit pas dans ces tems orageux & finiftres
, où le fanatifme , déchirant le fein de
Etat , le rempliffoit de calamités & d'horreurs ,
( 79 )
ni lorfque ce bon Roi , fi chéri des François ,
conquéroit on Royaume à la pointe de fon
épée , & avons à réparer les longs defordres ,
& les effets défaftreux des guerres civiles .
Ce n'étoit pas lorique toute l'énergie d'un
Miniftre habile & relouré fe concentroit dans
le double deffein d'enchaîner Pambinon d'une
puillance devenue formidable à l'Europe , &
d'affarer la tranquillité de la France par l'affer
miffement du pouvoir Monarchique.
Ce n'étoit pas non plus fous ce regne éclatant
, où les intention ; bienfaifantes d'un grand
Monarque furent trop fouvent interrompues
par des guerres ruineules , où l'Etat s'appauvrifloit
par des victoires , tandis que le Royaume
fe dépeuploit par Pintolérance , où le foin d'imprimer
à tout un caractere de grandeur , ne
permettoit pas toujours celui de procurer à l'Etat
une folise prospérité .
Ca n'étoit point enfin avant que la Monarchie
eût étendu fes limites jufqu'aux points
naturellement deftinés à les fixer , avant qu'elle
fût parvenue à fa maturité , & que le calme
tant au dehors qu'au dedans , fût affermi folidement
par la fage modération de fon Souverain ,
qu'il étoit poffible de fonger à réformer ce qu'il
y a de vicieux dans la conftitution , & de tra
vailler à rendre le régime général plus uniforme.
Il étoit réservé à un Roi jeune , vertueux , &
qui n'a d'autre paffion que de faire le bonheur
des fuje s dont il eft adoré , d'entrepren ire ,
après un mûr examen , & d'exécuter avec une
volonté inébranlable , ce qu'aucun de fes prédéceffeurs
ne pouvoit faire , de mettre de l'accord
& de la liaifon entre toutes les parties du
corps politique , den perfectionner l'organifaa
4
( 80 )
tion , & de pofer enfin les fondemens d'une prol
périté inaltérable.
C'eft pour y parvenir que s'arrêtant à l'idée
la plus fimple & la plus naturelle , celle de
l'unité des principes , qui eft le voeu de la juftice
& la fource du bon ordre , il en a fait l'application
aux objets les plus effentiels de l'adminiftration
de fon Royaume , & qu'il s'eft affuré
par une longue méditation fur les conféquences
qui devoient en réfulter, qu'il y trouveroit
le double avantage d'augmenter les revenus
, & de foul ger fes peuples.
Cette vue générale a conduit Sa Majesté à
s'occcuper d'abord des différentes formes d'adminiftrer
, qui ont lieu dans les différentes provinces
du Royaume , où il n'y a point de convocation
d'Etats . Pour que la répartition des charges
publiques ceffe d'y être inégale & arbitraire,
Elle a réfolu d'en confier le foin aux Propriétaires
eux- mêmes , & Elle a puifé dans les premiers
principes de la Monarchie le plan uniforme
des délibérations , fuivant lequel l'éma
nation du voeu des contribuables & leurs ob
fervations fur tout ce qui les intéreſſe , ſe tranſmettoient
des affemblées paroiffiales à celles des
diftris , de celles - ci aux affemblées provin
ciales , & par, elles jufqu'au Trône .
1
Sa Majesté s'eft enfuite attachée avec une attention
toute particulière à établir le même principe
d'uniformité & l'égalité proportionnelle dans
la répartition de l'impôt territorial qu'elle a regardé
comme étant la baſe , & devant être la
meſure de toutes les autres contributions . Elle
a reconnu par le compte qu'Elle s'eft fait rendre
de la manière dont fe perçoivent aujourd'hui
les vingtièmes , qu'au lieu d'être affis .
comme ils devroient l'être , fur l'univerfalité
( 81 )
:
des terres de fon Royaume , dans la jufte proportion
de leurs valeurs & de leurs productions ,
its fouffroient une infinité d'exceptions tolérées
plutôt que légitimes ; que les pays d'Etat s'en
acquittoient par des abonnemens difproportion
nés ; que le crédit & l'opulence parvenoient
par des moyens indirects à s'en exempter en
partie , tandis que les moins aifés en ſupportoient
toute la rigueur ; que des vérifications
toujours inquiétantes , fouyent interrompues &
très- incomplettes dans l'état actuel , ne pouvoient
donner une règle certaine de fixation , enfin
que les résultats de cette impofition générale ,
au lieu de procurer au Gouvernement la connoiffance
effentiellement néceſſaire des productions
du Royaume , & de la balance comparative
des forces de chaque province, ne fervoient qu'à
manifefter l'inégalité choquante de leurs charges.
refpedives , & ne préfentoient pas à beaucoup
près un produit égal à la valeur annoncée par
la dénomination même de cet impôt.
Sa Majefté a jugé que le moyen de remédier
à ces inconvéniens par la feule application
des règles d'une juftice exactement diftributrice,
de ramener l'impôt à fon principe fondamental
, de le porter à fa vraie valeur en ne furchargeant
perfonne , en accordant même du
foulagement au peuple , & de rendre tout pri
vilège inapplicable au mode de fa perception ,
feroit de fubftituer aux vingtiemes une fubvention
générale qui s'étendant fur toute la
fuperficie du Royaume , confifteroit dans une
quotité proportionnelle de tous les produits .
foit en nature pour ceux qui en feroient fufceptibles
, foit en argent pour les autres
& n'admettroit aucune exception , même à
l'égard de fon domaine , ni aucunes autres
ds
>
( 82 )
diftinations , que celles réfultantes des différentes
qualités du fol , & de la variété des récoltes
.
Les biens eccléfiaftiques fe trouvent néceffairement
compris dans cette répartition générale ,
qui , pour être juste , doit embraffer l'universalité
des terres , comme la protection dont elle eft le
prix. Mais pour que ces biens ne foient point furchargés
en continuant de payer les décimes qui
fe levent pour la dette du Ciergé , le Roi , fouverain
protecteur des Eglifes de fon Royaume , a
rétolu de pourvoir au remboursement de cette
dette , en accordant au Clergé les autoritations
néceffaires pour s'en libérer.
Par une fuite du même principe de juftice qui
n'admet aucune exception , quant à l'impofition
territoriale , Sa Majesté a trouvé équitable que
les premiers Ordres de fon Etat , qui font en
poffeffion de distinctions, honorifiques qu'elle entend
leur conferver , & dont elle veut même qu'ils
jouiffent à l'avenir plus complettement , fuffent
exempts de toute efpece de taxe perſonnelle ,
& conféquemment , qu'ils ne payaffent plus la
Capitation , dont la nature & la dénomination
même femblent peu compatibles avec leur état .
Sa Majesté auroit voulu que le produit du tribut
territorial qui doit remplacer les vingtiémes , la
mit dès - à- préfent en état de diminuer le fardeau
de la taille , autant qu'elle fe le propoſe.
1 E le fait combien cette impofition & l'arbitraire
de fon recouvrement peleat, fur la partie la
plus fouffrance de fes Sujets ; & s'il eft de la fagelle
de fufpendre l'entier accorapl flement de fes vues
bienfaitantes , jufqu'à ce qu'e le ait connu les réfultats
de la nouvelle forme de perception fur les
terres & que les adminiftrations provinciales
Paient éclairée ſur les moyens de reċifier la ré(
83 )
partition de la taille ; elle veut du moins en corriger
provifoirement les principaux vices , & ne
pas différer à faire jouir les Peuples d'un commencement
de réduction fur la mafle totale de cet
impót.
L'entiere liberté du commerce des grains , affurée
en faveur de l'agriculture & de la propriété,
fous la feule réserve de déférer aux demandes des
Provinces , lorfque quelques - unes d'entr'elles
croiront néceffaire d'interdire momentanément
l'exportation à l'étranger , & fans que la follici
tude paternelle du Roi pour tout ce qui intéreſle
la fubfiftance de fes Peuples , ceffe de donner à
cet important obje . les foins utiles & jamais in¬
quiétans d'une furveillance inapperçue.
L'abolition de la corvée en nature , & la converfion
de cette trop dure exigence en une preftation
pécuniaire , répartie avec plus de justice ,
& employée de maniere que fa deſtination foit
invio ablement affurée.
L'affranchiffement de la circulation intérieure ;
le reculement des Bureaux aux frontieres ; l'éta¬
bliffement d'un tarif uniforme , combiné avec les
intérêts du Commerce ; la fuppreffion de plufieurs
droits nuifibles à l'induſtrie > ou trop fufceptibles
d'occafionner des vexations , & l'allégement
du fardeau de la Gabelle , dont je n'ai jamais
parlé à Sa Majefté , fins que fon ame ait été
fenfiblement émue par le regret de n'en pouvoir
décharger entiérement fes Sujets .
Ce font , Meffieurs , autant d'opérations falutaires
qui entrent dans le plan dont Sa Majesté
vous fera développer les détaris , & qui toutes
concoutent aux vues d'ordre & d'uniformité qui
en font la baſe.
Après avoir donné fa principale attention à ces
granis objets , le Roi s'eft occupé des moyens
d 6
( 84 )
d'accélérer la libération de la dette publique , li
bération déja affurée par l'affignat invariable des
fommes qui fe verfent chaque année dans la Caiffe
d'Amortiffement , & par l'emploi perpétuel du
fonds progreffif réfultant des intérêts combinés
des différentes extin&ions .
Sa Majesté a confidéré que fes Domaines , dont
une grande portion s'eft depuis long-temps éclipfée
par des engagemens , des apanages , des conceffions
de toute efpece , & dont les foibles reftes,
quoique mieux adminiftrés depuis quelques anmées
, fupportent des frais & charges qui abforbent
la moitié de leurs produits , ne pouvoient
jamais acquérir entre fes mains une valeur'pro- '
portionnée à celle des propriétés particulieres ;
qu'ils étoient & feroient perpétuellement attaqués
par une foule de demandes , dont la bonté
du Souverain le plus réfervé dans les libéralités .
peine à fe défendre , & qu'il étoit poffible d'en
tirer un parti beaucoup plus avantageux par lavoie
de l'inféodation , puifque fans diminution
de revenu , & en confervant la fupériorité directe
qui eft l'objet effentiellement inaliénable ,
leur produit pourroit fervir à l'extinction d'une
partie des dettes conftituées de l'Etat.
Sa Majefté n'a pas jugé à propos d'ufer du
même moyen par rapport à fes forêts ; elle s'en
réferve l'entiere propriété , & fe propofe d'en
améliorer les produits par une Adminiftration
mieux dirigée , moins incommode pour le public ,
& moins difpendieufe que ne l'eft celle des Maitrifes.
Vous verrez , Meffieurs , en dernier réſultat ,
l'influence de ces différentes opérations par rapport
aux Finances de Sa Majefté ; vous aurez connoiffance
de quelques difpofitions qui y font plus
directement relatives , & qui tendent , les unes à
( 85 )
bonifier les recettes par des moyens qui ne feront
pas onéreux , tel qu'une perception plus exacte
du droit de Timbre ; les autres , à faire fur les dépenfes
tous les retranchemens poffibles , & toutes
à rétablir entr'elles l'équilibre , fans lequel il ne
peut y avoir ni véritable économie , ni puiffance
folide , ni tranquillité durable,
Les foins que le Roi a pris pour étendre les opérations
de la Caiffe d'Efcompte , pour les rendre
plus utiles au Commerce , & pour augmenter en
même-temps la sûreté de fes engagemens , acheveront
de vous faire voir combien Sa Majeſté eft
attentive à tout ce qui peut procurer quelqu'avantage
à fes Sujets , combien elle veille fur l'intérêt
public.
Vous reconnoî'rez enfin dans tout l'enſemble
du plan for l'exécution duquel Sa Majefté veur
Vous confulter , qu'il eft fi utile pour le bon ordre,
fi néceffaire pour le redreflement des abus , & fi
avantageux pour le Peuple , qu'il faudroit en defier
l'exécution , quand la fituation des Finances
ne l'exigeroit pas impérieufement.
Qui pourroit douter des difpofitions dans lef- .
quelles vous allez vous pénérer de ces grands intérêts
? Appellés par le Roi à l honorable fonction
de coopérer à fes vues bienfaifantes , animés du
fentiment du plus pur patriotifime qui , dans tous
les coeurs françois , fe confond avec l'amour pour
leur Souverain & l'amour de l'honneur , vous
n'enviſagerez dans l'examen que vous allez faire ,
que le bien général de la Nation , dont les regards
font fixés fur vous.
Vous vous fouviendrez qu'il s'agit du fort de
l'Etat , & que des moyens ordinaires ne pourroient
ni lui procurer le bien que le Roi veut lui faire
nile préferver des maux qu'il veut prévenir,
Les obfervations que vous préfen: erez à Sa Ma
( 86 )
jeſté, auront pour but de feconder & de perfectionner
l'accomplitlement de fes intentions ; elles
feront infpirées par le zèle , & mêlées des expreffions
de la reconnoiffance dûe à un Monarque qui
n'adopte de projets que ceux où il voit le foulagement
de fes Peuples , qui s'unit à fes Sujets , qui
fes confulte , qui ne fe montre à eux que comme
leur pere.
། Que d'autres rappellent cette maxime de notre.
Monarchie , fi veut le Roi , fi veut la Loi ; la maxime
de Sa Majefté eft ; fi veut le bonheur du Peuple ,
fi veut le Roi.
Arrêt de la Cour des Monnoies , du 31
Janvier 1787 , portant réglement pour l'Or .
ΤΟ-
févrerie dans l'étendue de la Monnoie de .
Nantes.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , di 21
Janvier 1787 , qui défend de donner le
nom de Bourreaux aux Exécuteurs de Haute-
Juftice.
24
Arrêt de la Cour des Monnoles , du,
Janvier 1787 , qui ordonne l'exécution des
Réglemens concernant les Droits attribués
aux Généraux - Provinciaux & Juges Gardes
des Monnoies..
Arêt de la Cour des Monnoles , du 12
Janvier 1787 , qui ordonne qui fera plus
amplement informé pen lant un an, contre
le nommé Bernard Sancebert , accufé de vol
en l'Hôtel de la Monnole de Pau; décharge
Bernard Grange , Deffus de la Borde , Antoine
Laban , dit Pebofcq , & Pierre Labat ,
de l'accufation intentée contre eux.
» Une lettre du Cul- de- fac , Ifle S. Do(
87 )
» mingue , du 11 Décembre dernier , an-
» nonce une épidémie générale fur les
>> Blancs dans la Plaine , au Port- au- Prince ;
» les enterremens s'y font par douzaine ; il
» feroit bien malheureux qu'elle fût occa-
» fionnée par la mauvaiſe qualité des farines
» qu'on y porte d'Europe ; ce qu'il y a de
» très certa n , c'eft que depuis la paix , les
>> habitans n'ont ceffé de fe plaindre de leur
» cherté , rareté & mauvaiſe qualité . Les
>> lettres du 8 Octobre mandoient qu'ils
payolent le pain 15 f. la livre, & fouvent
» à la veil'e d'en manquer , fi bien qu'un
» particulier d'ici envoya , cet été , des or
dres à un Négociant de Bordeaux pour
» faire paffer des farines à fon fondé de pro-
» curation , & fa furpriſe eft vraiment défefpérante
aujourd'hui, d'apprendre qu'e'les
» fe font trouvées aufli inauvai es que les
>> autres. ( Affiches de Bretagne. )
לכ
כ כ
ל כ
Le Sr. Guichard vient de faire l'acquifition
des Pépinieres de Montbard en Bourgogne , dépendantes
de la fucceffion de M. Daubenton
Maire de cette ville , à qi M. fon pere , auffi
Maire dudit Montbard , les avoit laiffées. Ces
Pépinieres compo´ées d'arbres , arbriffeaux &
arbuftes , tant indigenes qu'exotiques , ont été
établies par M. Daubenton pere , auffi connu
par fon goût pour les lettres que par fes lumieres
en cette partie d'agriculture : les connoiffances
que le Sr. Guichard doit à M.
Daubenton , avec lequel il a travail é plusieurs
- années , fon inclination pour ce genre de travail
, fortifiée par les foins & le zèle de cet
( 88 )
agriculteur diftingué , l'ont porté à faire l'ac
quifition de ces Pépinieres qu'il a toujours dirigées
depuis la mort de celui - ci . La fcrupuleafe
attention qu'il a mife à claffer la multitide
d'arbres qu'elles renferment , ne laiffe aucune
incertitude fur leurs diffrences , enforte
qu'il n'eft pas dans le cas d'éprouver des reproches
à ce fujet fur les livraisons.
Le Sr. Guichard fait imprimer en ce moment
un Catalogue raifonné , où il indique la
nature du fol & l'expofition qui conviennent a
chaque efpece d'arbre , il y défignera les ef
peces les plus agréables , foit par la fleur , foit
par le feuillage , & celles qui font propres à
former des bofquets , des falles & des quinconces.
2
Il s'occupe auffi de la culture des plus belles
efpeces d'arbres fruitiers , qu'il a divifée par
claile avec le même foin que les précédentes ; -
il en donnera également le Catalogue l'année
prochaine avec l'indication du fujet fur lequel
elles font greffées , ce qu'il eft indispensible
de bien obferver , afin que les arbres le mettent
promptement à fruit.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le iI de ce
mois , font : 22 , 26 , 12 , 66 & 32 .
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 3 Mars.
Le Comte de Belziojofo eft de re our
iel du voyage que S. E. a fait à Vienne derlcrement.
Le Nonce Apoftolique de S. S.
( 89 )
dans les Pays- Bas a reçu ordre d'en foreir
dans huit jours , & dans quinze des Etats de
l'Empereur. L'Archevêque de Malines eſt
mandé à Vienne , pour y rendre compte de
fa conduite.
Les Députés des villes de Dordrecht &
de Harlem aux Etats de Hollande , craignant
pour leur sûreté à la Haye , malgré
la garnilon qui y réfide , ont demandé aux
Etats d'appeller pour leur garde la légion du
Rhingrave de Salm , fupprimée , comme on
fait, par les Erats- Généraux, & confervée par
la province de Hollande à fa folde particu-
Fere. Cette propofition ayant été prife ad
referendum par plufieurs Villes , en attendant
leur réponſe , les Députés de Dordrecht &
de Harlem ont ceffé de paroître aux Etats .
Le Jeudi 22 Février , cette motion ayant été
de nouveau agitée à l'Affemblée , un incident
extraordinaire en lui - même , mais fort
ordinaire dans l'état actuel de la Républigue
, a empêché de prendre une réfolution.
Les villes de Schiedam & de Gouda s'étant
détachées du Parti Patriotique , il fe trouvoit
10 voix contre la propofition de MM .
de Dordrecht & de Harlem, & 9 feulement
en leur faveur ; mais le peuple de Schiedam
s'étant affemblé , a forcé fa Régence à retracter
fa réfolution, Cependant les Députés
de cette ville ayant déclaré aux Etats que
cette rétractation avoit été forcée , la détibération
a été remiſe au 27 , & dans l'inter(
90 )
valle on s'occupera de chercher des milieux.
Les Patriotes de Deventer , dans la petite
province d'Overyffel , font occupés à rédiger
& à figner une requête , dont voici àpeu
près la fubftance ; is difent qu'ils au
>>
roient bien defiré qu'on pût , ainfi que
» cela eft arrivé à Zwol , abolir l'ancien Réglement
, le jour du changement de la
» Régence ; mais que puifque le temps eft
trop court pour prendre des mefures à cet
égard , ils fe borneront à déclarer que la
Bourgeoifie eft d'opinion , que l'influence
Stadhoudérienne doit abfolument ceffer ,
» & que les Régens ne dépendent que de la
Bourgeoifie , dans laquelle réfide la Souve
raineté legale. Ils prient cependant , fi ce'a
» eft encore poffible , de fupprimer l'ancien
» réglement avant le changement de la Régence
, & d'élire les nouveaux Magiftrats,
>> fans attendre la nomination ni l'approba
» tion du Stadhouder. » Cette requête, qui
n'a pas encore été préfentée, eft déja fignée ,
dit- on , par 6oo Bourgeois.
»
Les Magiftrats de Heusden , petite bicaque
de la province de Hollande , ont écrit aux Etatsune
lettre , dans laquelle ils accufent le Grand-
Baillif de cette ville , M. de Nordwyck , d'avoir.
reçu , il y a une vingtaine d'années , une certaine
fomme , pour accorder un certain emploi , dont
les provifions doivent être délivrées gratis , &
de s'être par là rendu coupable de vénalité . Ils
prient L. N. & G. P. de vouloir bien examiner
cette affaire. On fe rappelle que ces mêmes Ma
( 91 )
giftrats avoient écrit à leur Grand - Baillif de fe
rendre , fous trois femaines , à ſa réſidence , fans
quoi il feroit déclaré déchu de fa dignité. En
effet le Grand- Baillif , n'ayant point fatisfait à
cette injonation , a été privé de fon emploi par
la Régence , & rn placé fur le champ , mais
provifoirement , par M. de Kock , nouveau Bourguem
ire. Le Grand- Baillif, comptant fur l'ordre
que L. N. & G. P. avoient donné à cette
ville , de laiter les chofes in ftatu quo , ne s'attendoit
nullement à cet événement. Il en a auffitôt
porté fa plainte aux Confeillers Députés ,
les Etats n'étant point pour lors affemblés ; &
fon exemple a été tuivi par plufieurs employes,
qui ont également été révoqués . Les Confeillers-
Députés prierent L. N. & G. P. e délibérer fur
ces plaintes. La ville de Delft propofa à l'affemblée
provinciale d'envoyer à Heufden une Commiffion
de la Cour de Juftice , pour examiner
les motifs de la défobéifiance de cette ville aux
orires des Etats . Cette propofition fut rendue,
Commifforiale , mais les Commiffaires opinerent
qu'on envoyât une Commiffion des Confeillers-
Députés. Rotterdam & Gouda n'ayant cependant
point ouvert leur avis fur cette affaire , cn
en a retardé la décifion pour 3 ou 4 jours.
Le Corps Franc de Heufden a offert aux Etats
de Hollande un détachement de 50 hommes pour
leur garde , en ajoutant qu'il étoit prêt à marcher
lui - même , s'ils avoient beſoin de lui , pour.
affurer la liberté de leurs délibérations.
On répand que l'acte de Confédération
des Régens de la Zélande , eft actuellement
figné par ceux de la Frife & de la Guedies.
On ajoute même que quelques-uns de la
Hollande fe font joints à ceux que nous vepons
de citer.
( 92 ) L
Le Penfionnaire de la Zélande a dénoncé
aux Etats de cette Province les Affemblées
patriotiques , qui s'étoient tenues de
puis quelque temps dans leur arrondiffement
, & les contributions qu'elles avoient
recueillies. Il a motivé cette dénonciation
fur ce qu'il croyoit de fon devoir d'inftruire.
L.N. P. des événemens qui fe paffoient
dans l'étendue de leur jurifdiction , & des
démarches illégales qui fe faifoient à leur
in cu .
On mande de Goes que le calme n'y eft)
pas entierement rétabli . La fermentation a
pénétré dans les villages circonvoifins . Les
payfans font entrés dans la ville , en trèsgrand
nombre , & tous avec des cocardes
Oranges à leurs chapeaux. Ils n'ont pas borné
à cette marque extérieure la démonftra
tion de leurs fentimens . Ils ont été chez les
Régens , & les ont forces à
de pareilles
cocardes.
porter
Une lettre du Caire , du 22 Décembredernier
, que nous recevons à l'inftant , peint
en ces termes la fituation du Capitan Pacha.
Le Capitan Pacha prépare , dans ce moment ,'
une forte Tégéride ( détachement de troupes )
qui partira Lundi pour aller combattre les fugitifs
qui fe font éloignés d'une journée de cette
Ville , après avoir échoués à l'attaque des batteries
retranchées que l'Amiral avoit formées à la
plaine de Girah. Il y a lieu de croire que le combat
fera fanglant , malgré la défertion du camp
des profcrits , qui le battront en défeſpérés ;
mais , vu le nombre des habitans du Caire , qui
"
( 93 )
ont été armés , il eft probable que ceux-ci remporteront
la victoire. Le Capitan Pacha refte ici ,
a la follicitation d'Haffan , de Simain Bey ; & ,
en homme de guerre , il a établi , au- deffus de
Girah , un camp retranché , où il fe fixera avec
2000 Galiongis , pour pouvoir rallier la Cavalerie
qui , au cas d'une défaite , fe replieroit fur lui.
On nous apprend , dans ce moment , qu'il eft
arrivé à Gaze trois Pachas avec 22,000 hommes.
Nous defirons que cette importante nouvelle fe
confirme , afin de voir plutôt la fin des troubles
qui agitent l'Egypte.
Caufe extraite du Journ. des Caufes céléb. (1).
Efcroc condamné , depuis peu , au carcan & au
banniffement.
La capitale n'eft pas le feule afyle des efcro cs.
On en voit parcître jufques dans les campagnes.
La dépravation des moeurs s'eft gliffée
dans ce féjour paisible où régnoient , autrefois ,
la fimplicité & l'honnêteté . On y rencontre
comme dans les villes , des affronteurs ; & , ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eſt que ces affronteurs
ont aujourd'hui l'adreffe des intrigans
qui exercent leur funefte métier parmi les citadins
, plus difficiles à tromper que les crédules
habitans de la campagne. Le procès dont
nous allons rendre compte , en fournit un
exemple.
Un tifferand , nommé Regny , de la paroiffe
d'Achette en Picardie , mécontent des profits
born's de fa profeffion , conçut le projet de
faire fortune. Il confia fon defein à un perru¬
( 94 )
>
quier , qui lui promit de favorifer les moyens
qu'il emploieroit . Il quitta fa paroifle , & choifit
un autre village. Il s'y préfenta comme fils
du feigneur de Saint- Etienne , & s'annonça ,
en cette qualité , à un aubergifte du village
de Briquemefnil , chez lequel il defcendit.
L'aubergifte , croyant avoir un voyageur d'une
naiffance diftinguée , lui fit les plus grandes
politeffes. Le tifferand , fachant que fon hôte
étoit très à fon aife , & qu'il avoit une fille
qui feroit richement dotée pour fon état ,
conçut le projet de l'époufer . Pour y parvenir
, il compo a un roman, Le pere , ambitieux
& crédule étoit facile à féduire Sa
vanité fut flattée de marier fa fille au fils d'un
feigneur de paroiffe , & , dès - lors , le tifferand
fur l'objet de toutes les complaifances & des
attentions les plus marquées. L'efcroc débuta
par mettre à contribution la bourfe de
fon four beau pere ; & , pour ne pas lui inf
pirer des foupçons , il le pria d'écrire à fon
pere , pour répondre des fommes dont il avoit
befoin. Le perruquier , qui s'étoit chargé du
rôle du pere du tiflerand , s'empreffa de remercier
l'aubergifte , & de lui promettre de
lui tenir compte des avances qu'il feroit à fon
fils. Sur ces renfeignemens avantageux , l'aubergifte
prera au jeune feigneur , qui vouloit
bien devenir fon gendre , environ 50 louis.
On s'occupoit des préparatifs du mariage ,
lorfqu'un voyageur reconnut , dans la perfonne
de l'amant diftingué de la fille de l'aubergifte ,
un pauvre tifferand de fon canton. Ce vova
geur dévoila l'impofture ; & , d'après les informations
qui furent faites , il demeura con [-
tant que l'eleroc s'appelloit François Regny ,
& qu'il étoit de la paroiffe d'Achette. La ma(
95 )
• réchauffée l'arrêta & le lieutenant-criminel
d'Amiens lui fit fon procès . Sur les preuves
réfu tantes de l'information , il fut condamné
à être fouetté & marqué , & aux galeres pour
trois ans ; mais , fur l'appel , la chambre des
vacations , par arrêt du 17 Octobre 1786 ,
l'a , feulement , condamné au carcan & au banniffement
pour trois ans. Par le même arrêt , il
a été fait défenfes au perruquier de récidiver,
fous peine de punition corporelle .
Addition à la caufe du Sourd & Muet de Peronne
accusé de viol.
Nous ignorions ( dit M. Défeffarts ) plufieurs
circonftances effentielles de la procédu
re , lorfque nous avons rendu compte de
l'affaire de Caulier. Nous nous empreffons de
les dépofer dans cette addition 9 qu'on doit
regarder comme abfolument néceffaire pour
rectifier les détails que nous avons puifés dans le
mémoire du défenfeur de l'accufé.
Voici les faits conftatés par l'information
qui ont déterminé les juges de Péronne à
prononcer des peines afflictives contre Cau
lier.
ec Deux foeurs , l'une veuve d'un cavalier
de maréchauffée ; & , l'autre , femme d'un employé
dans les fermes , paffoient à l'extrémité
d'un bois , que le grand chemin du Catelet à
Péronne traverfe , orfqu'elles furent attaquées
par un particulier qu'elles avoient vu .,. un inf..
s'enfoncer dans le taillis à leur
approche. Ce particulier , qu'elles ne connoiffoient
pas , faifit la veuve du cavalier , la
renverfa par terre , la couvrit de fon corps ,
& fe permit tous , les excès que la réfillance.
tant avant ,
( 96 )
1
de cette femme ne put empêcher. Caulier fe
releva , & fit figne à cette femme de lui don .
ner de l'argent. La veuve effrayée , tira de la
poche un ecu de trois livres qu'elle lui donna.
Gaulier , ayant apperçu une piece de douze
Cols , l'exigea ; mais , bientôt après , un bûcheron
, qui étoit accouru aux cris des deux femmes
infultées , fit entendre à Caulier , que
s'il ne rendoit pas l'argent , il feroit pendu .
Caulier , apperçevant un cavalier de maréchauffée
.s'empreffa de rendre les 3 liv. 12 fols
& de prendre la fuite » .
cc
Ce n'étoit par la premiere fois que Caulier
avoit attaqué des femmes ; puifque , deux
ans avant , il avoit été conduit au dépôt des
mendians , pour avoir arrêté une femme fur
le grand chemin de Péronne à S. Quentin.
Cette femme , qui étoit groffe , a penſé perire
la vie par les fuites de la frayeur qu'elle avoit
èue»
, &
« De pareils attentats contre l'ordre & lạ
sûreté publique , devoient exciter le zèle du
miniftere public . Auffi fur fa plainte ,
fur les preuves de l'information , les juges de
Péronne ont condamné Caulier au fouet & à
la marque , & aux galeres perpétuelles ; mais ,
en prononçant cette condamnation rigoureu
fe , ils ont arrété d'écrire à M. le préfident
de la Tournelle , pour déterminer le parle
ment à adoucir le fort de Caulier. La chambre
de la Tournelle , après une information
qu'elle a fait faire par les juges de Péronne ,
fur l'aliénation d'efprit de ce particulier , a
rendu , le 18 Août 1786 , l'arrêt que nous avons
rapporté , & qui , en infirmant la fentence des
premiers juges , a ordonné que Caulier feroit
enfermé , pour la vie , à Bicêtre.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
L
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 27 Février.
E départ du Roi de Pologne pour le
lieu de fon entrevue avec l'Impératrice
de Ruffie étoit fixé au 21 de ce mois ; les
voitures & les bagages de ce Prince l'auront
précédé de quelques jours ; il emporte , diton,
pour deux millions de bijoux . Pendant
cette courfe du Roi , l'ancien Grand - Chancelier
de Pologne Okeneki va faire un
voyage à Berlin . L'Impératrice a été obligée
, dit- on , de laiffer à Smolensko quelques
perfonnes de fa fuite , ent'autres M. le
Comte de Ségur, & l'Aide- de camp Momonof,
très-incommodés du froid & des
fatigues de la route.
Le 7 de ce mois , la Compagnie Danoife d'af
sûrances maritimes a tenu une Aſſemblée générale
, dans laquelle on a rendu compte aux Ac
tionnaires de l'état de la Caiffe en 1786.
N°. 11 , 17 Mars 1787.
( 98 )
D'après ce compte , la recette monte à 365,041
rixdalers & 39 shillings , & la dépense à 292438
rixdalers & 61 shillings. Le montant de la caiſſe
étoit par conféquent à la fin de 1786 de 72602
rixdalers & 74 shillings , à laquelle fomme il
faut ajouter celle de 95098 rixdalers que la Compagnie
a placée , & qui porte intérêt .
La Compagnie doit à la Banque 20000 rixd.
Les avaries montent à 117214 rixdalers. Le bénéfice
pour l'année 1786 a été porté à 9000 rixd .
ce qui produit pour chaque ancienne Action 15
rixdalers , & 7 & demi pour chaque nouvelle.
La valeur des marchandiles importées
de Riga fur des bâtimens nationaux pendant
l'année derniere , a été de 497373 rixd.
Un Journal de commerce parle en ces
termes du commerce des cloux de girofte
par la Compagnie Hollandoife des Indes
Orientales.
La Compagnie ne fouffre la culture du giroflier
que dans les ifles d'Amboine , d'Honimoa
d'Oma & de Noeffa-Lavet . Tous les ans elle le
fait arracher par-tout ailleurs , & elle paie même
une rétribution annuelle de 18,000 rixdalers ,
au Roi de Ternate , pour qu'il empêche de le
cultiver dans fes poffeffions . Toutes les plantations
de la Compagnie contiennent environ cinq
cents mille girofliers. En admetrant que chaque
arbre produit par an deux livres pefant de girofles
, le rapport annuel feroit de onze cents mille
livres pefant ; mais les récoltes font très - variables
, & on ne peut compter fur une bonne que
tous les trois ou quatre ans. Il y a des années où
la récolte monte à fix mille baharas , ou trojs
cents trente mille livres pefant ; & dans d'autres
feulement à vingt- cinq mille baharas. La ré)
199
و و أ
colte commence au mois d'Octobre , & dure
jufqu'au mois de Décembre. A mesure qu'on la
fait , on jette les girofles dans de l'eau chaude ,
d'ou on les retire tout de fuite pour les fécher ,
foit au feu , foit au foleil . Chaque canton envoie
fa récolte à la Compagnie , qui paie le
bahara , de 550 liv. pefant , à raifon de 56 rixdalers
; par conféquent la livre ne lui revient
pas même à cinq ftuvers. Ainfi dans une bonne
année où la recette monte à 6000 baharas , elle
coûte à la Compagnie 336,000 rixdalers.
Makentifch , dans fes Mémoires fur la Compagnie
Hollandoife des Indes Orientales , porte le
débit anuuel des girofles en Europe à trois cents
einquante mille livres pefant , & à cent cin
quante mille celui dans l'Inde ; il fait monter
leur vente à la fomme de 2,500,000 florins ,
les dépenfes à 1,075,000 , & le bénéfice de la
Compagnie à 1,425,000 liv.
Avant l'année de 1777 , la Compagnie vendit
la livre de girofles à raifon de 85 flavers de
banque; mais depuis cette époque leur prix eft
réduit à 65 flavers . Le quart de giroffes
pefe environ 600 livres , y compris 80 livres
de tare. La Compagnie fait une remiſe de deux
pour cent par quart , s'il eft- payé comptant .
De Berlin , le 26 Fevrier.
Il s'eft tenu depuis quelque temps plufieurs
confeils extraordinaires , & il a été
ordonné aux Semeftriers de l'artillerie de
rejoindre leur corps avant le 25 du mois de
Mai.
Le 16 , on a licencié un certain nombre
e 2
( 100 )
de foldats & de bas - Officiers des Régimens
qui font en ganifon dans cette ville. Ce
font tous des fujets du Roi , auxquels S. M.
permet de retourner chez eux.
Le nouveau Réglement concernant les
droits d'accife & de douane , eft compofé
de 10 articles , & daté du 25 Janvier ; en
voici la teneur :
1º. La fuppreflion des monopoles du tabac &
du café ayant rendu néceffaire une nouvelle opération
de finance pour couvrir le déficit qui en
réfulteroit pour le tréfor de l'Etat , nous avons
trouvé bon d'ordonner l'exécution des articles
fuivans :
2º. La farine , qui entrera dans les villes ,
paiera une auire de deux grofchen par ſcheffel ,
fans diftinction quelconque des consommateurs.
Le commerce des grains dans les villes fera libre
à tous les fujets , en payant les droits d'entrée
ordinaires .
3 °. Le bétail deſtiné à la boucherie paiera ,
chaque bête importée par des Bouchers , ou par
d'autres particuliers , les droits qui feront fixés
dans le tarif.
4°. Les vins du Rhin , de Franconie , de la
Mofelle & du Necker , paieront , fans diftinction
de prix & de qualité , 10 rixdalers & 8
grofchen , par eimer , favoir , 7 rixdalers & 8
grofchen d'auíre , & de 3 rixdalers de nouvel impôt.
Les vins de Champagne , de Bourgogne ,
Hongrie , & tous les vins fins paieront les mêmes
droits, A l'égard cependant des vins de Hongrie
qui feront importés dans la Siléfie , nous voulons
que les chofes reftent fur l'ancien pied jufqu'à
nouvel ordre. Les vins d'Eſpagne , de Poss
( 101 )
t
tugal & d'Italie , & les vins- liqueurs , continue
ront de payer par eimer 8 rixdalers & grofchen ,
favoir , rixdalers & 8 grofchen d'auire , & 3 5
rixdalers d'impôt . Les vins de France ordinaires
rouges & blancs , ceux d'Autriche , du Tyrol
les autres vins paieront par eimer 5 rixdlers & 8
grofchen , favoir , 3 rixdalers & 10 g ofchen
d'auire , & rixdalers & 12 grofchen d'impôt .
Ces droits feront acquittés par tous les confommiteurs
quelconques , à l'exception cependant
de ja nobleffe qui demeure dans les terres ,
laquelle
, conformément à les anciens privileges ,
ne piera que l'impôt pour le vin qu'elle confommera.
L'auire de commerce que les
Marchands de Vins avoient payé jufqu'à préfent
cellera d'avoir lieu , & leurs caves ne feront
plus fuje:tes aux vifitations ; mais il fera defendu
à ces Marchands d'encaver & de commercer
avec des vins du pays , fous peine de confifcation
, & fous d'autres punitions exemplaires
felon l'exigence des cas. Les perfonnes privilégiées
demeurant à la campagne , feront tenues
de faire paffer le vin qu'elles feront venir pou
leur confommation , par la ville la plus proche
où il y aura un bureau d'accife , & d'y acquitter
les droits .
5°. L'accife de la bierre , évaluée d'après le
tonnage , ceffera , & il fera payé à l'avenir un
droit d'accife fur la dreche ; le nouveau tarif
réglera ce droit , & la Police aura foin que cette
boiffon foit bien faite par les braffeurs . Les impôts
précédens auxquels, dans les villes , la bierre
étrangere , & celle fabriquée à la campagne
étoient affajetties , continueront d'avoir lieu.
6. Les brafferies d'eau- de- vie paieront à
l'accile des grains préparés à la fabrication des
eaux-de- vie ; ce droit fera réglé par le nouveau
e 3
( 102 )
i
tarif. Les eauxde - vie ordinaires continueront de
payer les anciens impôts .
7°. Il fera perçu un droit additionnel fur la
farine de froment.
8°. Toutes les marchandifes brutes , tant nationales
qu'étrangeres , la laine exceptée , &
toutes les marchandifes fabriquées à la campagne
, paieront , à leur entrée dans les villes
un droit modéré qui fera fixé dans le nouveau
tarif. L'accife additionnelle qu'on avoit perçue
jufqu'à préfent des marchandifes des fabriques.
nationales , ceffera d'avoir lieu.
9°. Tous les tarifs d'accife feront revus avec
foin , & ferviront de modele à la perception.
10°. En attendant la publication d'un réglement
particulier concernant le commerce de
tranfit , nous avons jugé à propos de lever provifoirement
les défenfes qui ont fubfifté jufqu'à
préfent , relativemeut au paffage de plu
fieurs marchandifes par nos Etats , & d'ordonner
que la vifite des bâtimens des voitures & des
commerçans ne foit faite à l'avenir qu'aux
bureaux des frontieres . Donné à Berlin , le 25
Janvier 1787. Signé . FREDERIC GUILLAUME .
Le fieur Jablonski , avantageufement
connu par fon ouvrage , intitulé : Systéme
de la nature pour tous les Infectes connus , &c.
eft fur le point d'entreprendre un voyage
aux Indes Occidentales , pour y faire des
recherches d'hiftoire naturelle. Le Roi , inftruit
de l'entrepriſe de ce Savant , lui a fait
remettre une fomme confidérable pour ce
voyage. Le département des mines a imité
l'exemple de S. M. , & lui a donné en même
temps une inftruction relative au Regne
minéral,
( 103 )
La nouvelle Patente concernant les enrolemens
vient d'être publiée ; elle eft datée du
de ce mois , & compofée de 5 articles. S. M. déclare
qu'à l'avenir on remplira fidelement & avec
exactitude envers les Etrangers qui voudront
prendre du fervice militaire , les points fuivans ;
Lavoir , 1. chacun qui ſe préfentera à nos enrôleurs
, dans l'intention de prendre du ſervice ,
obtiendra des arrhes proportionnées à fa taille
ces arrhes pour l'Infanterie & l'Artillerie feront
depuis 4 ducats pour un homme de 5 pieds 3
pouces , jufqu'à 26 ducats pour un homme de
6 pieds ; pour les Cuiraffiers & les Dragons depuis
4 ducats pour un homme de 5 pieds 4 pouc.
jufqu'à 12 ducats pour un homme de 5 pieds
9 pouc.; & pour les Huffards , depuis 2 ducats
pour un homme de 5 pieds 3 pouc . jufqu'à 6 ducars
pour un homme de 5 pieds 7 pouc.; les
recrues feront affurées en outre qu'on les mettra
dans la troupe pour laquelle elles fe feront engagés.
2 °. Indépendamment de ces arrhes il fera
donné à chaque recrue un engagement , muni
de notre fceau royal , portant les années de la
durée de l'enrôlement à dix ans pour l'Infanterie
, & à 12 ans & 1 jour pour la Cavalerie ; ce
tems de fervice continu étant révolu , il fera
accordé un congé abfolu à ceux qui le demanderont.
3 °. La défertion feule fruftrera le foldat
de l'avantage de fon enrôlement ; dans ce cas il
féra pani felon les loix de la guerre : il perdra
les années de fon fervice , & il fera tenu de fervir
de nouveau , fans recevoir d'arrhes pendant
le temps prefcrit ci -deffus . 4° . On pourvoira à
l'entretien convenable de ceux qui pendant
leur fervice deviendront invalides . 5 ° . Tous les
articles de l'engagement feront obfervés fidélement
, l'intention de S. M. étant que perfonne
€ 4
( 104 )
18
ne foit trompé par de fauffes promeffes . Enfin
S. M. déclare pofitivement que la bonne-foi réciproque
doit regner dans ces Actes , que les
enrôlemens faits artificieufement feront caffés ,
& que les coupables feront punis felon la rigueur
des loix .
Pour l'avantage du commerce de la Siléfie
, le Roi a permis l'importation de la
laine d'Eſpagne , en payant les droits ordinaires.
S. M. a permis d'y importer des vi
vres venant de l'étranger , la bierre étrangere
, moyennant 4 rixdalers par tonneau ,
& le vitriol étranger pour le commerce de
ranfit. Les grains & graines payeront
l'importation & à l'exportation 2 grofchen
par Scheffel . Les charbons de terre de la Siléfie
& du Comté de Glaz feront exportés
librement.
De Vienne , le 26 Février,
Le départ de l'Empereur pour Cherfon
paroît fixé invariablement au 28 ; S. M. I.
prendra la route d'Olmutz & de Léopol. Le
Général Brown , dont la fanté n'eft pas
affez forte pour lui permettre d'accompagner
le Monarque , fera remplacé par le
Comte de Kinsky. Les préparatifs de ce
voyage ont fixé l'attention ; outre des tentes
, des chariors , S M. emmene avec elleune
eſcorte militaire.
La fortereffe de Théréfienſtadt , à laquelle
on travaille fans relâche, fera achevée in(
105 )
'ce Tamment. Les cafernes que l'on y a
conftruites , peuvent renfermer dix mille
hommes. Les régimens de Kinski & det
Hohen'ohe ont déja reçu ordre de s'y rendre
le printemps prochain .
-
Le nouveau Code Criminel n'établit
qu'un feul genre de mort , favoir , la Potence.
Les crimes de lefe Majefté , de hautetrahison
& de rébellion feront punis par la
confifcation des biens , par l'emprisonne
ment à perpétuité , & même par la mort.
La punition du meurtre fimple , auquel le
duel eft affimilé , confifte dans la prifon à
perpétuité où les délinquans feront en outre
mis aux fers . Les blafphémateurs feront
conduits & enfermés dans la maifon des
fous. Les autres punitions afflictives font
l'enchaînement & les travaux publics , des
coups de bâton , de fouets & de verges , le
pilori & la marque. Les amendes pécuniaires
font abolies , à l'exception de celle pour
les jeux de hafard.
La fabrique d'épingles , d'aiguilles & de
marchandifes de cuivre , de fer & d'acier
établie à Neustadt , près de cette Capitale ,
& appartenante au Comte Théodore Bathiani
, devient de jour en jour plus importante.
Le fil de lairon que l'on y fat, monte
à plus de 372 quintaux par an . On y emploie
environ 66 quintaux pour les marchandifes
de cuivrebatta , & 925 four des
marchandifes de fonte. Les épingles qui y
e f
( 106 )
font fabriquées , montent par ſemaine au
nombre de 6 à 700000 pieces.
La Comteffe douairiere de Belfora , qui
depuis 15 ans étoit a'itée d'une maladie finguliere
, puifqu'au moindre mouvement fes
offemens fe brifoient , & qu'à la fin la
moëlle s'y pourriffoit, a fini fa carriere malheureufe
, le 2 de ce mois . Elle a laiffé tout
fon bien , que l'on évalue à 1000ooo florins ,
à fes domeftiques , pour les récompenfer de
leur attachement & de leur fidélité.
De Francfort , le 11 Mars.
Le Comte de la Lippe Buckebourg étant
mort le 13 Février , le Landgrave de Heffe-
Caffel a fait entrer des troupes dans la partie
du Comté de Schaunbourg, qui appartenoit
au feu Comte de la Lippe , & que la Maifon
de Heffe regarde comme un fief qui lui
eft reverſible. A ce fujet voici ce qu'on
mande de Brackel en Weftphalie , le 19
Février.
Le 16 , vers les trois heures après- midi
nous vimes arriver ici inopinément 100 cui
raffiers Heffois à cheval , ayant à leur tête
M. le Major de Roux. Ils furent fuivis immédiatement
après de deux Régimens d'Infanterie
Heffoile , favoir du troifieme Régiment
des Gardes du corps , aux ordres du
Général Major de Wurmb , & du deuxieme
commandé par le Général de Loff ; enfuite
( 107 )
venoient une Compagnie de Chaffeurs &
quelques Artilleurs avec fix canons . Le même
jour , un Régiment de Houffards & 180
hommes de Cavalerie , arriverent près d'ici ,
dans les villages d'Erkelen & de Hembfen.
Toutes ces troupes continuerent le lendemain,
leur marche fur Ludge pour Rintelen.
Nous venons d'y voir paffer encore un
régiment de Houffards. C'eft la mort fubite
de M. le Comte de la Lippe-Buckebourg ,
qui a donné lieu aux mouvemens de ces
troupes ; leur arrivée répandit d'abord la
confternation parmi nos habitans , qui crurent
qu'il s'agiffoit d'une entrepriſe contre
cet endroit ; & le Magiftrat ne favoit s'il
devoit accorder ou refufer le quartier que
demandoient ces Militaires ; cependant il
ne balança point de leur fournir, le plutôt
poffible , les provifions dont ils pouvoient
avoir befoin. Les gens de la campagne ont
paru les plus difficiles : on n'en a pu avoir
des chevaux qu'avec beaucoup de peine &
à un prix exceffit ; ce qui fut caufe que trois
canons, appartenant au premier tranſport ,
n'arriverent ici qu'hier.
L'Electeur - Archevêque de Cologne a
adreffé pour ce Carême au Clergé de fon
Diocefe , une Lettre paftorale très remarquable.
S. A. E. y établit les droits des
Evêques d'Allemagne , & les défend avec
beaucoup d'ordre & de précifion contre les
prétentions de la Cour de Rome.
( 108 )
La Correfpondance que les Archevêques
d'Allemagne ont entamée avec les Evêques,
relativement aux Conférences d'Ems , paroît
fe continuer avec fuccès . On aflure que
les Evêques d'Hildeshim & de Paderborn
ont déja foufcrit aux propofitions de fecouer
le joug de la Cour de Rome , & de
rétablir les anciennes pré ogatives des Evêques.
La mouffe pulmonaire ( Lichen pulmonarius
) , qui vient en abondance aux chênes
& aux hêtres , rapporte une Feuille publique
, peut être emploiée avec fuccès à la
teinture brune du fil. Voici le procédé. On
fait d'abord bouillir le fil pendant une heure
dans de l'eau faturée d'alun & de tartre ; on
le trempe enfuite pendant une demie - heure
dans une décoction de cette mouffe , que
f'on aura fait bouillir dans de l'eau , pendant
une heure entiere , après quoi il faut
le preffer par une eau froide , & foiblement
faturée de vitriol vert.
On écrit de Ratisbonne , que le Comte
Antoine- Ignace Jofeph de Fugger de Kirchberg
, Prince Evêque de Ratisbonne , &
Prévôt d'Elwangen , y eft mort le 15 , à la
fuite d'une apoplexie , dans la 76 ° année de
fon âge.
On apprend de Landshut , qu'il s'y eft
établi une espece d'Inquifition des plus
odieufes. Les membres de cette Commiffron
ont le pouvoir de faire appeler devant
( 109 )
feur tribunal toutes les perfonnes qui leur
paroîtront fufpectes , au fujet de leurs opinions
, en matiere de Religion , d'entrer dans
les maiſons des particuliers , & d'y faire des
enquêtes. Cette Commillion , ajoute t - on ,
a confifqué récemment chez un particulier
les Commentaires du Profeffeur Garve fur
'les Offices de Ciceron , & elle a repriman
dé une autre Perfonne qui ne vouloit pas
permettre qu'on afpergeât fon enfant d'eaubénite
, parce que , felon lui , cet enfant
étoit fujet à des attaques convullives. Plus
de 30 témoins ont été entendus dans l'affaire
de ce Particulier ; on vouloit favoir
s'il avoit de l'ean bénite dans fa maifon , s'il
alloit auffi à l'Eglife , s'il faifoit gras les jours
maigres , &c.
-
Le Duché de Hanovre , lit on dans l'hifoire
de cet état publiée récemment par le Profeffeur
Spitler de Gottingue , eft renfermé dans une
Turface de 78 milles carrés & un quart . Sa population
ne monte gueres au- delà de 18,000
ames. Le fubfile que ce pays eft tenu de fournir
annuellement à la caiffe militaire , forme
feul un objet de 65,000 Louis d'or. Les autres
Provinces du Roi d'Angleterre en Allemagne
font moins chargées ; car le même sublide des
Provinces de Bremen & de Verden , dont la
population eft égale à celle d'Hanovre , ne
monte qu'à 48,000 louis d'or , & à 60,000
celui de Lunebourg , dont la population cependant
eft beaucoup plus forte que celle d'Hanovre. M.
Spitter assûre que chaque pere de famille , ayant
une femme & deux enfans au- deffus de 14 ans
( 110 )
1
paie en impofitions directes près de deux louis
d'or par an , quoiqu'il ne poffede ni terres , ni
bétail. Le même Auteur fait une comparaifon
entre le fubfide militaire de Hanovre &
celui de Wirtemberg. Ce dernier monte , conformément
à la tranfaction faite en 1770 ,
entre le Duc & les Etats , à 45,000 louis d'or
fomme à laquelle on a ajouté par la fuite 10,000
autres louis pour l'acquittement de certaines
anciennes dettes . Le nombre des contribuables
dans le Duché de Wirtemberg eft de plus de
540,000 . Cependant , ajoute M. Spitler , la
maniere de lever ce fubfide, eft moins onéreuſe
,
dans le Duché d'Hanovre , que dans celui de
Wirtemberg.
I
ITALI E.
De Rome , le 13 Février.
Le 1 de ce mois , le Souverain Pontife a
tenu un Confiftoire public , où S. S. a donné
avec toutes les formalités accoutumées ,
le Chapeau au nouveau Cardinal Philippe
Carandini.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 3 Mars.
Le 26 du mois dernier , la Chambre fe
forma en Comité pour entendre le plan de
M. Pitt, relatif à la confolidation des droits
de Douanes , d'Accife & du Timbre. Le
Miniftre expofa dans un difcours clair &
méthodique les motif, de cette falutairs
opération.
( ITT )
Si dans l'état actuel des chofes , dit- il , la multiplicité
, pour ne pas dire la confufion des droiss
impofés fur le même article , en rend la perception
auffi difficile pour le douanier le plus
habile , qu'elle eft fatigante & onéreuse pour le
négociant , combien ces inconvéniens ne ferontils
pas plus fenfibles lorfque l'extenfion inapréciable
donnée au commerce britanique par l'effet
du traité avec la France aura multiplié dans la
même proportion les embarras de cette perception
? Ils en feroient un labyrinthe vraiment
inextricable , & dont le moindre mal feroit
de ralentir l'activité des opérations , de repouffer
le commerce & par conféquent de priver le
royaume de tous les avantages qu'il a droit d'attendre
de cette tranfaction . M Pitt affigne au
revenu public trois grandes bafes , favoir : les
Douanes , l'Accife & le Timbre. Les autres branches
& leurs rameaux beaucoup plus nombreux ,
ne fervent qu'à jetter de la confufion dans l'affemblée
; & il eft aisé par des aggrégations de
rapporter le tout à un centre commun . Cette opération
aura un autre avantage, même en politique,
celui de préfenter d'un coup d'oeil le montant du
revenu jufqu'à préfent fi difficile à connoître , &
de mettre ainfi le gouvernement à portée de régler
fes opérations de finance fur fes reffources ,
ainfi que fur la balance générale du commerce &
des taxes des autres nations.
Après avoir prouvé que fon projet tendoit nonfeulement
a fimplifier le revenu , mais à l'augmenter
, le Miniftre prévint les objections que
l'on pourroit élever relativement à la sûreté des
intérêts de la dette publique , & il donna les
éclairciffemens les plus lumineux pour tranquillifer
le public fur cer objet. Comme les arrêtés
néceffaires à l'exécution de ce plan monteront
( 112 )
à plus de trois mille , il propofa comme un
moyen plus fimple & plus expéditif de fe
borner à faire imprimer pour l'instruction da
Comité , le montant des différens droits par lefquels
il fe propofe de remplacer la multitude infinie
de ceux qui exiftent actuellement . En conféquence
il crut devoir remettre la fuite de certe
affaire au trois Mars , & il fe borna à faire une
motion , pour qu'il lui fût permis de propofer un
bill , » à l'effet de révoquer les droits actuelle- ~
» ment fubfiftans & de leur en fubftituer d'au
» tres à peu -près les mêmes , autant que ' e permettroient
la variété , l'ambiguité & la complication
3) des anciens.
מ
Cete motion paffa à l'unanimité. M. Fox
fe contenta de foibles objections fur lef
quelles il infifta peu , & M. Burke donna
les plus grands éloges au Miniftre,
Le Parlement d'Irlande procede actuellement
à l'examen du Traité de Commerce
avec la France. Le 23 Février , M. O.de
propofa la réfolution fuivante aux Communes
de ce Royaume formées en Comité:
favoir , qu'en conféquence du Traité de
» Commerce & de navigation , conclu à
» Verfailles , le 28 Septembre 1786 , il étoit
» à propos d'admettre en Irlande des mar-
» chandifes produites ou manufacturées
» dans les Etats de S. M. T. C. en Europe,
» & de ne les affujettir à aucun droit plus
55 fort que ceux qui font paiés par la nation
» la plus favorifée. » Ces réfolutions furent
agréées , fans qu'il fût néceffaire de partager
les voix , pour connoître le fentiment du
Comité.
( 113 )
Le 28 Février , le Duc de Norfolk prononça
dans la Chambre des Pairs de la Grande - Bretagne
un difcours , où , après avoir beaucoup exalté les
avantages que la Grande-Bretagne tire de fes liaifons
avec le Portugal , il témoigna fa ſurpriſe de
voir les Miniftres abandonner un fyitême qui avoit
été depuis fi long - tems & fi conftammentune fource
de propriété pour la Nation Britannique . En
conféquence , il fit une motion « pour que le
Parlement ne donnât point une approbation
» implicite au Traité de Commerce avec la
» France , avant de ſavoir l'iffue des négocia
» tions actuelles avec le Portugal.
"
לכ
Le Marquis de Buckingham nia formellement
les affertions précédentes . Il prétendit que par les
claufes ou du moins par les effets du Traité avec
la Cour de Lisbonne , cette Puiffance étoit la feule
qui y trouvât fon avantage ; que les Manufactures
Britanniques n'y gagnoient rien ou très - peu de
chofe ; qu'au contraire , les Portugais ne devoient
leur existence qu'à l'amitié de la Grande - Bretagne
; qu'ils n'avoient pas d'autres débouchés pour
leurs vins qui font la principale , pour ne pas dire
la feule branche de leurs revenus ; que malgré
toutes ces confidérations ils n'avoient jamais
rempli qu'à contre- coeur , & fouvent même trèsimparfaitement
, les conditions de ce Traité de
Méthuen , cité avec tant d'emphafe & fi peu de
difcernement par les adverfaires des Miniftres ;
que depuis très - long-temps , & fur tout depuis
l'année 1763 , on n'a ceffé de porter à ce sujet à
la Cour de Lisbonne des plaintes qu'elle n'a point
ceffé d'éluder , & d'après tous ces griefs & ces
prétendues infractions au Traité de Méthuen , il
demanda par quelle bifarrerie ce Traité ne feroit
obligatoire que pour une des deux Parties contractantes.
( 114 )
L'Evêque de Landaft , au contraire , appuya
vigoureufement la motion du Duc de Norfolk .
Pour mieux établir fon opinion , il donna un
tableau du Commerce de la Grande - Bretagne
depuis l'année 1740. Il en résulte que la balance
du Commerce de la Grande - Bretagne a été ,
année commune , juſqu'à 1782 , à l'avantage de
cette Puiffacce , dans les proportions fuivantes ;
favoir , avec la Hollande , 140,000 liv . fterlings,
l'Allemagne , 800,000 , Honduras , 600,000 ,
l'Espagne , 400,000 , l'Amérique , 500,000 , &
le Portugal , un million . D'après cet exposé , il
demanda pourquoi on abandonnoit un ſyſtème ſi
avantageux à laGrande- Bretagne , & où le bénéfice
étoit fi évident , pour ſe livrer à de nouvelles
fpéculations dont le fuccès feroit au moins trèséquivoque.
Il fit voir auffi tout ce que l'on devoit
craindre de la révolution générale qui alloit
fe faire dans les Manufactures Britanniques ; révolution
qui , felon lui , fera l'effet néceffaire & indifpenfable
du Traité de Commerce conclu avec
la France , s'il eſt mis en exécution .
Lord Vicomte Stormont revint à l'éternel chapitre
de l'ancienne politique de la Grande - Bretagne
, que l'Oppofition ne fe laffe pas de mettre
en avant dans fes plaintes contre le Traité , & il
répéta auffi les reproches rebattus de l'infraction
faite au Traité de Méthuen . Malgré toutes ces
allégations , la motion du Duc de Norfolk fut rejettée
à la pluralité de 31 voix contre 26 ; Majorité
, 45.
Le Parlement d'Irlande a arrêté que
15092 hommes effectifs , y compris les Ófficiers
, feroient entretenus pendant 1787
pour la défenfe de ce Royaume.
L'Amirauté , juftement offenfée des atta(
115 )
ques ridicules qui lui ont été faites dernierement
dans le Parlement , a fait inférer
dans les Papiers publics plufieurs avis, d'où
il refulte , que loin de négliger la Marine ,
elle s'occupe des moyens de la tenir fur le
pied le plus refpectable. On vient de commencer
par fes ordres la conftruction de 12
nouveaux vaiffeaux de ligne ; on acheve
ceux dont la conftruction eft avancée ; &
l'on répare les anciens. Les vaiffeaux deſtinés
aux ſtations du dehors font en armement.
La flotille & l'efcadre deftinée pour la
Baie Botanique , fous le commandement du
Commodore Philips , doivent mettre à la
voile de Portſmouth au premier jour. Le
Bill relatif à la Colonie projettée ayant reçu
la fanction du Parlement , rien ne peut retarder
le départ de cette flotte.
La Compagnie des Indes a renoncé pour
le moment au projet d'envoyer annuellement
deux vaiffeaux de la Chine au Kamfchatka
. Elle ne reprendra ce projet , que
lorfqu'on aura conclu un Traité de com
merce avec la Rúffie.
Les baleiniers qui arment dans la Tamife
pour la fa fon prochaine , font plus nombreux
que les autres années. On attribue
cette augmentation à l'accroiffement de la
confommation de l'huile , depuis que les
taxes ont fait hauffer le prix de la chandelle.
La plupart de ces vaiffeaux fe préparent à
( 116 )
mettre à la voile de fort bonne heure pour
le Groenland. On a obfervé que la premiere
pêche , qui fe fait auffi-tôt que les glaces
laiffent le paffage libre aux vaiffeaux , eft la
plus avantageufe.
Nous avons promis de revenir au Dif
cours de M. Sheridan , contre M. Haftings ;
voici donc un précis des principaux morceaux
de cette Philippique.
Après un exorde très - vélément , M. Sheridan
paffa d'abord à l'examen de la défenſe de M. Haf
tings. Il n'a pas , dit-il , l'avantage de pouvoir
prétendre que fa défente , contre les charges
actuellement intentées devant cette chambre
, fe fent de la hâte qu'il a été forcé d'y met
tre. Le tems ne lui a point manqué ; & l'Affemblée
fait qu'il a jugé à propos de rétrograder:
jufqu'à 1775 , pour trouver à cette époque de
prétendus moyens de juftification contre l'incul
pation de rapacité & de violence. On pouvoit cependant
obferver qu'il n'étoit pas parvenu à établir
folidement un feul fait juftificatif dans tout
le cours de fa défenfe une feule citation jufte ,
une feule conféquence réellement déduite des
prémiffes.
M. Sheridan lat ici divers paffages extraits de
Ja défenfe de M. Haftings , où celui - ci établit
qu'en 1775 & 1776 , on avoit adopté les mesures
les plus rigoureufes , employé même les menaces
d'exécution militaire , pour exiger de l'argent
des Princeffes . Que les Membres du Confeil
approuvoient les prin ipes qui attribuoient de
droit le tréfor des Bégums au Nabab . Et que
Bhow Bégum avoit été contrainte de payer toutes
les fommes dues à la Compagnie , &c.
( 117 )
Pas un de ces faits établis par M. Heflings n'étoit
vrai . M. Sheridan ne fe conten.croit pas
comme lui d'afûrer ou de nier. Il réfuteroit , &
M. Faftings feroit fon témoin , forcé de dépofer
contre lui- même. M. Sheridan établit l'état réel
de la queftion d'après plufieurs documens tirés
principalement des regitres du Confeil. Le tréfor ,
véritable fource de toutes ces cruautés , avoit été.
mis en avant par M. Haltings comme le motif qui
avoit déterminé les mefures prifes par la Compa<
grie , & c'étoit dans le mahométiſme qu'il cherchoit
une excufe à l'odieux de fa conduite , comme
sil eût voulu infinuer que cette religion taxoit
d'impie un fils qui ne dépouilleroit pas fa mere.
Mais , pour faire voir l'état pofitif de la queftion ,
à l'epoque où M. Haftings commença les attaques
, M. Sheridan.lut les minutes du Général
Clavering , du Colonel Moufon , & de M. Francis
; réunies
aux
autres
documens
, elles
prouvoient
qu'il
s'etoit
élevé
différend
fur le droit
que
pouvoit
avoir
à une
certaine
fomme
Bhow
Begum
qui la poffedoit
. M. Briłowe
donna
la
fortune
de cette
princeffe
pour
immenſe
. Le Nabab
fon
fils lui avoit
fouvent
fait
des demandes
dont
les Anglois
ne s'étoient
point
mêlés
.
Mais
à la longue
il fe fit un compromis
, & M.
Briftowe
, fans
y être
autorisé
par la Compagnie
,
de laquelle
il n'avoit
reçu
aucunes
inſtructions
à
cet égard
, avoit
garanti
un Traité
entre
les Prín

ceffes
& le Nabab
, par lequel
le Prince
renon

çoit
moyennant
trente
lacks
de roupies
à toute
prétention
ultérieure
fur leur
tréfor
. Une
partie
de
ce: te fomme
avoit
été payée
en biens
fonds
, & les
minutes
citées
par M. Haftings
, pour
infinuer
que
le Général
Clavering
, le Colonel
Mouſon
& M.
Francis
foutenaient
que
les Princeſſes
n'avoient
point
de droit
légal
à leur
propriété
, n'avoiens
( 118 )
de rapport qu'à une partie de ces lacks , particuliè
rement à une propriété montant à 6 lacks & demi,
dont on leur difputoit le titre . Cette terre étoit
fituée dans un lieu voilin du Zanana , & le fens
des minutes de ces Meffieurs , citées par M, Hastings
, étoit que les femmes dans l'Inde n'avoient
de propriété à la mort de leur mari , que celle du
Zanana où elles vivoient .
Ce point une fois bien établi , plus de contef
tation . Le traité réglé par M. Briftowe avoit été .
adopté & confirmé , & de ce moment critiqué .
Qu'eût pû être le droit antérieur du Nabab ? Ses
réclamations étoient annullées de droit . Celui
que la Loi Mahométane pouvoit leur donner étoit
limité par le traité. Le gouvernement Anglois
l'avoit pris folemnellement fous fa garantie ; & à
partir de cette époque , c'étoit un fait clair , public
, inconteftable & notoire à toute l'Inde , que
les Princeffes avoient été revêtues paifiblement
& avec fûreté de leur, ropriété reftante ; qu'elles
avoient droit à la libre jouiffance du furplus du
tréfor , fous la garantie & la protection du Gouvernement
Anglois . Qui pouvoit donc juftifier.
M. Haftings de s'être jetté à la traverse avec l'activité
qu'il ya mife dans la fuite ? Pourquoi s'efforcer
baffement de confondre les idées , en liant
la queftion avec un fujet déjà décidé , une matiere
traitée , & fur laquelle on favoit à quoi s'en tenir?
Cette premiere bafe fur laquelle il appuyoit fa
défenſe étoit fi foible , qu'il n'étoit venu dans l'idée
à aucun de les amis de rien avancer là -deffus
dans les débats ; qu'ils euffent cra'nt de découvrir
une preuve de la rapacité au milieu des malheurs
de l'Inde à cette époque & dans les allarmes
qui les menaçoient fans ceffe , c'étoit ce qu'il
ignoroit; mais il fuppofoit , d'après quelques
queftions par un honorableMembre, ( M. Dempf
( 119 ).
ter ) à Sir Elijah Impey , qu'on avoit eu intention
de fe faire un moyen de l'urgence des circonftances
pour atténuer l'accufation . La queftion
de M. Dempfter avoit pu feule leur faire
concevoir l'idée que l'on fe fût flatté d'un pareil
efpoir ; car oferoit - on foutenir un moment , un
feul moment , devant cette augufte aflemblée
que la guerre dont le Nizam Hider - Aly & les
Marattes menaçoient les poffeffions angloifes ,
néceffitoit & juftifioit le pillage des Princeffes
d'Oude . La violation des engagemens
folemnels de la Compagnie , l'infraction des
traités , la ruine de leurs amis , telles feroient
pourtant les conféquences de cette doctrine auffi
fauffe qu'elle eft affreuse.
M. Sheridan amena , par de longs détails , l'affaire
jufqu'au jour où M. Haftings avoit embraffé
le projet de piller les Beguns. Il préfenta
pour la défenfe de l'accufé , quatre charges contre
les Princeffes , comme juftificatives de la conduite
de l'ex- Gouverneur.
10. Qu'elles avoient troublé en tout tems le
gouvernement du Nabab , & long- tems montré
un esprit hofile contre lui & l'Angleterre.
20. Qu'elles avoient follicité les Zemmdars
à la révolte , au moment de l'inſurrection contre
Benarès , ainfi qu'à reprendre leurs Jaghires.
30. Qu'elles avoient téfifté à force ouverte ,
à ce qu'on leur reprît leurs Jaghires .
40. Qu'elles avoient excité l'infurrection
contre Benarès , & même qu'elles y avoient eu
part.
M. Sheridan répondit à chacune de ces charges
en particulier,& d'abord , quant aux troubles caufés
au Nabab dans fon gouvernement , M. Shé(
120 )
ridan rapporte plufieurs extraits , dont quelquesuns
écrits par M. Eaftings lui - même , pour prouver
que les Beguns s'étoient particulierement dif
tinguées par leur attachement à l'Angleterre , &
leurs tons cffices rendus au gouvernement ; &
rappella au fouvenir & à l'attention de la Chambre
diverfes preuves de l'attachement fournies depuis
1778jufqu'en 1780. Enfin il lut des paffages
de lettres de M. Haftings , où l'ex- Gouverneur
reconnoiffoit les obligations qu'il leur avoit . Enfin
, il fit remarquer à l'Affemblée qu'il ne s'étoit
paffé , dans cette fuite d'années , rien qui
pût appuyer l'affertion de M. Haftings relativement
aux troubles caufés ou au Nabab ou à la
Compagnie.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
FRANCE.
De Verfailles , le 7 Mars.
Le Marquis de Gizeuz - Contades , le
Comte Théobald de Walsh , le Comte de
Chauvigny de Blot & le Vicomte de Ruffo ,
qui avoient eu l'honneur d'être préfentés au
Roi , ont eu celui de monter dans les voitures
de Sa Majesté & de la fuivre à la chaffe ,
le premier le 27 du mois dernier, & les trois
autres le 1er de ce mois.
Le 4 de ce mois , la Comteffe de Carcado ,
& Ja Marquife de Chabannes , ont eu l'honneur
d'être préfentées à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale : la premiere , par la Marquife
de Molac , & la feconde , par la Comteffe
de Chabannes.
Ce
( 121 )
8
Ce jour , le Comte de Maulevrier- Colbert
, Miniftre plénipotentiaire du Roi près
l'Electeur de Cologne , a eu l'honneur de
prendre congé de Sa Majefté pour retourner
à fa deftination , étant préſenté par le
Comte de Montmorin , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département des Affaires
Etrangeres , qui a , en même tems , préſenté
au Roi le Comte de Montezan , Miniftre
plénipotentiaire de Sa Majefté près l'Electeur
Palatin , de retour en cette Cour par
congé.
De Paris , le 14 Mars.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 17
Janvier 1787 , concernant la Manufacture
royale de porcelaines de France ; & portant
Réglement pour les autres Manufactures de
Porcelaines etablies dans le Royaume.
L'Affemblée actuelle des Notables , convoqués
par S. M. , eft divifée en fept Bureaux
, dont voici la répartition .
Premier Bureau préfidé par MONSIEUR : l'Archevêque
de Narbonne , l'Evêque de Nevers ,
le Duc de la Rochefoucault , les Maréchaux
de Contades & de Beauveau , le Duc du Châtelet
, le Comte de Brienne , le Baron de Flaxelande
, de Sauvigny & de Fourqueux , Confeillers
d'Etat , le Premier- Préfident , les Préfidens
d'Ormeflon , de Saron , de Lamoignon,
& le Procureur-Général du Parlement de Paris
, le Député du Clergé de Languedoc , celui
de la Nobleffe de Bretagne , le Préteur Royal
N°. 11 , 17 Mars 1787 .
f
( 122 )
de Strasbourg , le Prévôt des Marchands de
Lyon , & les Maires de Marfeille & de Rouen.
Total , 22 Membres.
Second Bureau préfidé par Monſeigneur COMTE
D'ARTOIS l'Archevêque de Touloafe , l'Evêque
de Langres , le Duc de Harcourt , le Maréchal
de Stainvile , le Prince de Robecq , le Duc
de Laval , le Duc de Guines , le Marquis de
la Fayette , Lambert , Confeiller d'Etat , l'Intendant
de Rouen , le Prem'er- Président de la
Chambre des Comptes de Paris , celui du Parlement
de Bordeaux celui du Parlenient de
Nancy , le Procureur Général du Parlement
d'Aix , le Député du Clergé d'Artois , celui de
la Nobleffe de Bourgogne , le Prévôt des Marchands
de Paris le Lieutenant - Civil , & les
Maires de Montpellier , de Bourges & de Limoges
, (22) .
,
·
>
Troifieme Bureau préfidé par M. le Duc D'OR
LEANS : l'Archevêque d'Aix , l'Evêque de Nancy
, le Duc de Clermont- Tonnerre , le Maréchal
de Broglie , le Comte de Thiard , le Comte de
Rochechouard , le Marquis de Boui lé , Vidaudde-
la Tour , Confeiller d'Etat , l'Intendant de
Paris , le Premier Préfident du Parlement de
Rouen , celui de Grenoble , le Préfident de la
Cour des Aides de Paris , le Procureur - Général
du Parlement de Touloufe , le Procureur - Gé-
" néral du Parlement de Rennes , le Député de
la Nobleffe d'Artois , le Député du Tiers- Etat
de Bretagne , le Maire d'Orléans , celui d'Amiens.
& celui de Nancy. (20).
4
Quatrieme Bureau préfidé par M. le Prince
de CONDE : l'Archevêque d'Arles , l'Evêque de
Blois , le Duc de Charoft , le Maréchal d'Aubeterre
, le Comte d'Efting , le Marquis de
Langeron , le Marquis de Mirepoix , de Baquen(
123 )

court , Confeiller- d'Etat , Camus de Néville , Intendant
de Bordeaux , le Premier- Préfident du
Parlement de Dijon , celui de Besançon le
Procureur Général de la Chambre des Comptes
de Paris , le Procureur Général du Parlement
de Pau , le Député du Clergé de Bourgogne , le
Député de la Nobleffe de Languedoc , le Député
du Tiers Etat d'Artois , le premier Capitoul
de Touloufe , le Maire de Bordeaux , le
Prévôt de Valenciennes. (20).
Cinquieme Bureau préfidé par M. le Duc de
BOURBON l'Archevêque de Reims , l'Evêque
d'Alais , le Duc de Nivernois , le Maréchal de
Mailly , le Comte d'Egmont , le Comte de Puyfégur
, le Comte de Choifeul - la - Baume , Lenoir
, Confeiller d'E at , Efmangard , Inten ' ant
de Flandres , Premier Préfident du Parlement
d'Aix , celui de Pau , celui de Metz , Premier-
Préfident du Confeil Supérieur d'Alface , Pro-
'cureur Général du Parlement de Dijon , Procureur
- Général de la Cour des Ailes de Paris ,
le Député du Tiers - Etat de Bou gogne , le
Mayeur de Lille , les Maires de Reims & de
Moulins. (20)
Sixieme Bureau précédé par M. le Prince de
CONTY : l'Archevêque de Paris , l'Evêque de
Rhodez , le Duc de Luxembourg , le Maréchal
de Vaux , le Duc de Chabot , le Marquis de
Croix-d'Enchin , de la Galaifiere , Confeillerd'Etat
, le Premier Préfident du Parlement de
Rennes , celui de Flandres , le Procureur Général
du Parlement de Bordeaux , celui de Grenoble
, celui de Metz , celui de Besançon
l'Avocat Général du Confeit-Supérieur d'Alface
, le Député du Tiers Etat de Languedoc ,
le Maire de Bayonne , celui de Tours , le Maire-
Echevin de Metz , & le Maire de Clermont . ( 20) .
f 2
( 124 )
"
Septieme Bureau préfidé par M. le Duc de
PENTHIEVRE :l'Archevêque de Bordeaux , l'Evêque
du Puy , le Maréchal de Mouchy le
Duc de Croi , le Comte de Périgord , le Marquis
de Gouvernet , le Comte de Montboilier ,
Boutin , Confeiller d'Etat , le Premier- Préfident
du Parlement de Touloufe , Premier-Préfident
du Confeil - Supérieur de Rouffillon , Procureur
Général du Confeil - Supérieur de Rouffillon
, le Député du Clergé de Bretagne , les
Maires de Caen , de Montauban & de Nantes , &
le Premier-Echevin de Paris .
Ily a eu dans la ville & fauxbourgs de
Rouen , en 1786 , trois mille quarante neuf
naiffances , fept cents foixante - feize mariages
, trois mille cent quatre - vingt - huit
morts & dix - neuf profeffions religieufes.
Excédant des morts , cent trente neuf.
Il y a 15 jours , écrivoit- on de Rheims , en
date du 21 Février , qu'un Bâteau , chargé de
40 perfonnes pour traverser la Meufe , au Dun
» en Clermontois , chavira. Tous les paffagers , à
» l'exception du Condu&teur , ont péri , il y avoit
33
onze femmes enceintes . Un laboureur , averti
» de ce malheur , accouret fur un cheval entier
très-vigoureux , & fe précipita de zo pieds de
haut dans la riviere . Revenu au - deffus de l'eau ,
» il dirigea fon cheval à travers toutes les perfonnes
qui paroilloient de tems à autre ; il faio
fit fucceffivement huit femmes par les cheveux
, & les lâcha , tant qu'il ne reconnur pas
la fienne Enfin , l'ayant trouvé , & étane vema
à bout de l'amener à bord , il la chargea fur
fon dos , & la porta à la premiere auberge ,
où elle donna quelques fignes de vie. La nature
, dans cet infant de crite , lui occafionna
( ris )
לכ
"
» une révolution affez forte pour la faire ac
» coucher ; mais la mere & l'enfant périrent au
» même infant . Le mari en conçut un fi vio-
» lent chagrin , qu'il mourut le lendemain ; & les
trois cadavres furent mis dans le même cercueil.
Cet accident terrible auroit infaillible-
» ment donné lieu à des poursuites rigoureufes
contre le conducteur , fi parmi les victimes de
» (on imprudence , on n'avoit trouvé ſa femme
* & fa foeur . »
Le 12 de ce mois , le tonnerre est tombé
dans plufieurs endroits du bourg de S. Gilles
en Poitou , & notamment fur l'Eglife paroiffiale
, pendant qu'on y célébroit la meſſe .
La patene a été pliée en deux , le marche
pied de l'autel enfoncé , le Prêtre renversé ,
& légerement bleffé à une jambe ; quelques
affiftans ont auffi été bleffés , mais peu dangereufement.
La violence du vent a fait pé
rir fur les quatre heures du foir de la même
journée , à l'entrée du port , un navire Bor
delos de 400 à 5oo tonneaux , venant de
l'Amérique , & chargé très - richement. De
30 perfonnes qui étoient à fon bord , 8 feulement
ont été fauvées , après avoir reſté
24 heures expofées à toutes les horreurs de
la mort fur la pointe d'un rocher où le plus
grand nombre font péris de faim & de fatigue.
Le même coup de vent a fait nanfrager
fur la côte un autre bâtiment venant
d'Irlande , qui a perdu 3 hommes en donnant
à la côte : il eft chargé de beurre & de
baufs ; on travaille à fauver fa cargaison.
£ 3
( 126 )
Celle du navire de Bordeaux eft prefque entierement
perdue.
On vient de répondre en ces termes dans
le: Affiches de Bretagne, aux plaintes contenues
dans une lettre du cul de fac de S.
Domingue , fur la mauvaife qualité des farines
envoiées d'Europe à cette Colonie.
De temsimmémorial , dit-on , 1 Europe a porté .
des farines à'Amérique , & il n'y a pas d'exemple,
que ce comestible , même par vétutte , ait jamais
occafionné de maladie , dans aucune partie du
globe , ni dans les navires qui font les voyages
de l'Inde & & de l'Afrique.
Plus ou moins de fermentation dans les farines
fabriquées en pain , ne pest caufer une maladie
affez férieure pour que les enterremens fe faffent
par douzaine dans la plaine du Port-au- Prince ,
ainfi quel'Auteur le prétend , & l'imprudence
de fon allertion , pour ne rien dire de plus , doit
faire trembler les habitans des autres quartiers
de Saint - Domingue , des ifles dn vent , & Irs
Européens même qui confomment les mêmes
far nes.
Quant à prétendue cherté & rareté du pain ,
il est tès-aife de prouver , par le prix de Saint-
Domingue , que depuis la paix , les colonies
n'ont point manqué de farine , ni que cet article
ait éé auffi cher qu'on s'efforce de vouloir le
faire entendre.
On prouveroit auffi que des farines d'Europe
exportées à Saint - Domingue , s'y font confervées
bonnes , dix ou douze mois après leur arrivée.
Qu'un particulier ait reçu de Bordeaux quel
ques barils de farine de mauvaife qualité , il ne
s'enfuit pas que les négocians d'Europe les envoient
tels aux Colonies , cela ne fe préfume pas,
( 127 )
& les établiffemens faits avec précaution pour la
manipulation de cette précieufe denrée , font
des titres à oppofer à la maligne affertion de
Auteur.
Les mêmes Affiches de Bretagne viennent
de publier la Lettre fuivante de M. l'Intendant
de la Maine de Breft , à M. de
Sourdeval , Commiffaire des ports & Arſenaux
à Nantes .
Le Miniftre une marque , Monfieur , qu'il y a
long- tems que le Gouvernement a tenté de tirer
parti de fes immenfes poffeffions àla Guyane françoife
, & qu'il a prodigué toute elpece d'encou
ragement aux capitalistes qui ont voulu aller
s'établir dans cette partie de l'Amérique ; mais
que fi fes efforts out été jufqu'ici fans fuccès ,'
le tems , les fautes même que l'on a commifes ,
ent fervi à éclairer fur le plan qu'il falloit déformais
adopter , & fur les caufes qui avoient
laiffé les cultures de la Guyane dans un état
de langueur , dont enfin on a trouvé le moyen
de les tirer , pourvu que les vues & les facrifices
du Gouvernement foient fondés par des capita
liftes qui veuillent y apporter des bras & des
fecours.
}
Vous favez , Monfieur , que la Guyane produit
abondamment , & dans une qualité fupérieure
, toutes les denrées qui ont enrichi nos
autres colonies , & qu'elle a en outre des productions
qui lui font particulieres , dont on peut
tirer le plus grand parti , fans parler de fes bois ,
qui offrent des reffources confidérables , & de
nombreux beftiaux qu'on peut y élever pour l'ap
provifionnement des ifles françoifes de l'Amérique
, avec qui la Guyane pourroit ouvrir une
branche de commerce qui lui feroit auffi utile
£ 4
( 128.)
qu'avantageufe aux autres Colonies , qui ne fe
roient plus obligées de recourir aux Espagnols
& aux Américains pour ces objets de premiere
néceffité. Tant d'avantages perdus ont fait
rechercher les cau es d'une inaction auffi pré
judiciable aux intérêts de la Guyane & à ceux
de l'Etat. On les a trouvées dans l'inexpérience
des premiers cultivateurs , qui s'étant établis dans
les terres hautes , n'ont cultivé qu'un fol ingrat
qui n'a pu récompenfer leurs travaux , &
par conféquent attirer de nouveaux co'ons.
Les Hollandois donnoient à Surinam l'exemple
d'une industrie mieux combinée . Ils n'avoient dé
friché que les terres baffes , & on a reconnu que
leur procédé étoit le feul qui dût être adopté .
L'administration a attiré un Ingénieur habile de
cette nation , & l'a fait travailler far ce nouveau
plan . Ses effais ont completement reuffi.
Les Habitans ont ouvert les yeux , & plufieurs
ont déjà abandonné leurs anciennes cultures
pour aller s'établir fur les bords des rivieres
qù les fecours qui leur ont été donnés & la nou
velle induftrie qu'ils ont développée , leur ont
obtenu un fuccès fi rapide que l'ancien planparoît
aujourd'hui généralement abandonné.
"
Une pareille révolution n'a pu que prêter une
nouvelle énergie aux vues du Gouvernement.
Depuis quatre ans il n'a ceffé d'encourager les
cultivateurs , & même de leur donner l'exemple .
Il a fait niveller & deffécher , en partie , une efpace
confidérable de terrein fur les bords des rivieres
d' Approuage & d'Oyapock , qui ont paru préfenter
le plus d'avantages pourla réanion & l'établiff
-ment d'un grand nombre d'habitations . Ces
fertiles emplacemens n'attendent plus quedes culzivateurs
, & déja plufieurs Particuliers y ont de
mandé des conceffions.
( 129 )
}
D'après ces apperçus , Monfieur, le Minifire
me charge de vous inviter à rendre publics , dans
l'étendue de votre département , les moyens qui
ont été pris pour régénérer la Colonie de Cayenne .
Tout particulier , de quelque religion qu'il foit,
qui s'y tranfportera avec des fonds fuffifans , fera
für , indépendamment des facilités qui lui feront
accordées pour fon paffage , d'y obtenir des con
ceffio , d'y profiter de la protection & des encouragemens
que le Roi accorde aux nouveaux
Colons , & d'y jouir paisiblement du fruit de fon
travail . Vous pourrez raffurer les efprits , encore
imbus , peut être , de la mauvaiſe qualité du climat
de la Guyane ; & il eft devenu beaucoup
plus falubre depuis les dufféchemens & les défri
chemens qu'on a faits ; & plus les travaux en ce
gente feront étendus , moins on devra redouter
une falubrité qui ne venoit que des marais & des
épaiffes forêts dont le pays étoit couvert.
Je vous ferai très- obligé de me faire connoître
l'effet qu'aura pu produire ce te propofition
fur le plus grand nombre de ceux à qui vous
l'aurez communiqué , afin que je puiffe en rendre
compte au Miniftre , qui paroît avoir
fortement à coeur d'attirer des Capitaldes à la
Guyane.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Signé , BEAU PRAU.
Pour copie. Signé , SOUR DEV AL.
On trouve dans les Feuilles de la Rochelle
une lettre intéreffante fur l'extraction d'une
pierre , dont étoit affligé un jeune homme
de la Rochelle.
Le fieur G ** , natif du bourg d'Aligre , âgé
de 14 ans , reffentoit depuis long - tems des douleurs
cruelles dans les reins ; on reconnut à la
fs
( 130 )
fonde la préſence d'un corps étranger dans la
velfie . Ses parens , déterminés par la réputation:
bien mérite du pere Hippolyte , firent tranfporter
le malade à l'Hôpital de la Charité de
la Rochelle.
Le 9 Janvier , l'opération fut faite par ce
Religieux en préfence de plufieurs perfonnes.
de l'art ; elle eut le plus heureux fuccès , quoique
le fujet foit d'affez foible complexion ; j'ai
vu peu de jours après le jeune homme dans fa
chambre , dans un état de convalefcence trèsfatisfaisant
, & il eft forti , le 3 de ce mois ,
parfaitement guéri depuis huit jours.
La pierre extraite eft de couleur brune , luifante
comme fi elle avoit été enduite d'une légere
couche de vernis ; elle est parfemée dans
toute fa furface de petites pointes blanchâtres .
Sa configuration eft celle d'un noyau rond , hé
riffé de 27 mamelons , dont les plus faillans ont
4 lignes 6 points , & les plus petits , 2 lignes. ,
Chacun de ces mamelons eft un groupe pyra
midal , qui reffemble affez à la réunion de plufieurs
boutons naiffans d'un ormeau , de forte
qu'à la bâfe on apperçoit 4 , 5 , 6 boutons & un
feul à la pointe.
Deux de ces mamelons ont été brifés fous les
tenetes du Lithotomifte.
Le diametre de la pierre , en y comprenant
les mamelons dont elle eft chargée , eft d'un
pou ce fix lignes.
Son pois eft de 6 gros 12 grains. Vue à la
loupe , elle offre des points très brillans .
Vous pouvez vous faire une idée approximative
de cette pierre , en confidérant le madré.
pore qu les Naturaliftes appellent madréporechoux
-fleur ou mamelloné, avec cette difference
que les pointes de ce madrépore fon; mains pro
,
( 131 )
*
noncées , & n'ont pas une forme auffi pyramidale
.
La plupart des pierres extraites de la veffie
paroiffent formées de couches concentriques ,
comme le bézoard ; quelques unes font lifles &
polies , d'autres font raboteuses. Il s'en trouve
quelquefois de protubér : ncées , que l'on nomme
pierres murales , par reffemblance à la forme du
fruit du mûrier ; j'en ai vu une de cette derniere
efpece , mais il feroit difficile de concevoir que
celle qu'a le pere Hippolyte fe für formée par
couches concentriques , & il ne l'eft pas moins de
comprendre comment ont pu fe former par aggrégation
tous ces mamelons qui font prefque ré
guliers.
M le Vicomte de Pioger , Capitaine de
Cavalerie , vient de nous adreffer un Mémoire
fur le moyen de préferver les jeunes
chevaux du danger de la cécité. En 1775
l'Auteur avoit déja recommandé la pratique
qu'il indique ici , & que le Gouvernement
a adoptée , l'application qu'il en fait dans ce
Mémoire et tro utile, pour ne pas être
mife dans tout fon jour. Voici comment
s'exprime M. de Pioger.
9
>
On fa't que la cherté des chevaux de cinq ans
néceflite les Régimens de faire achat de chevaux
de trois ans & même au- deffous de cet âge.
Parmi les tares nombreuſes auxquels ils font fujets
, celui de la perte de la vue eft fans contre dit
le plus grand. Quels font la caufe & le principe
de ce dernier ? Pour peu qu'aidé de la connoif
fance la plus ordinaire des élémens de la zoologie,
on porte un oeil attentif & obfervateur fu- la dif
ficulté qu'éprouvent les jeunes chevaux à broye
f6
( 132 )
concaffer l'avoine ; on ne tarde pas à reconnoi
tre que les efforts qu'ils y emploient pour fatisfaire
leur avidité , ceux entr'autres finguliérement
qu'on efpere devoir être les meilleurs , font tels ,
que la plupart des petits vaiffeaux correfpondans
aux organes de la vue , en fouffrent , au point de
fe rompre fucceffivement , en forte que leur vue
infenfiblement altérée , finit par s'éteindre toutà
fait.
·
Quelle précaution croit on devoir prendre
pour tâcher de rendre cet accident moins fréquent
? On retranche une partie de la ration
d'avoine , & on augmente proportionnément celle
du foin, Qu'arrive- t il de ce virement ? Les jeunes
chevaux , dont l'accroiffement devroit être
corroboré par la nourriture la plus fubftantielle ,
font réduits dans la portion la plus nutritive ,
tandis que leurs eftomacs font fatigués par l'ellaboration
de celle dont la grofféreté fournit le
moins de fucs alimentaires. Si par- là on affoiblit
d'un côté la vue qu'on attribue mal- à - propos à
la qualité propre de l'avoine , on expofe de l'autre
les jeunes chevaux à contracter le garme
morbifique de la pouffe , qu'il eft conftant que
Pufage furabondant du foin leur occafionné .
Quel est donc le moyen le plus sûr d'obvier
à ces différens inconvéniens ? II confifte unique
ment à faciliter aux jeunes chevaux la maftication
de l'avoine , en faisant tremper dans l'eau celle
qu'on leur deftine pour le lendemain . J ai démon
ré dans le Mémoire ci- deffus , & je fuis convain
cu que rien n'eft plus falutaire à bien des égards ,
aux chevaux de tout âge , que la pratique géné
rale de cette méthode , qui n'exige ni embarras
ni dépense , mais quant aux jeunes chevaux ,
comme une trifte & journaliere expérience ne
prouve que trop combien celle actuelle eft nuis
( 1337
fible à leur confervation , il eft fenfible qu'on ne
peut fe hâter affez de la réformer. Or , puifqu'il
eft d'ufage de raffembler les jeunes chevaux ans
une même écurie , par rapport au régime commún
de leur nourriture ; quoi de plus facile que
d'amollir convenablement leur avoine , en la
mettant la veille dans l'eau pour les garantir, pas
une manipulation fi fimple , du danger de la
cécité , fans s'affajettir , dès- à - prefent , ( fi l'or
veut ) à la pratique générale de ma méthode ,
dont l'épreuve fera bientôt connoître les divers
autres genres d'utilité.
» Le Sr. Blin , Editeur de la Collec
tion des Portraits des grands Hommes ,
» Femmes illuftres , & Sujets mémorables.
» de France , gravés & imprimés en cou-
» leurs , vient de publier la troifieme livrai-
» fon de ce recueil intéreflant ; le nouveau
» cahier eft encore fupérieur aux deux pre-
>> miers que nous avons annoncés ; & il ren :
ferme les Portraits très- reffemblans du
grand Condé & du Maréchal de Villars ,
» ainfi que le combat devant Fribourg, & l'at-
» taque des retranchemens de Denain . Les
fujets font auffi ben choi is que bien exé-
» cutés , & les notices qui les accompagnent,
» ne méritent pas moins d'éloges ( 1 ).
ל כ
» Il fera expédié du port de Bordeaux
le 1er. Avril prochain , un Paquebot def-
(1 ) On continue à foufrire chez le fieur Blin
Matre -Imprimeur en taille douce , place Maubert ,
No. 17. Prix de chaque livraison pour Paris & liv.
& 9 liv. pour la Province , franc de port.
( 134 )
»tiné pour les Colonies Françoiſes d'Amé-
» rique, & du port du Havre , le 15 Avril ,
» un autre Paquebot , deftiné pour les ifles
» de France & de Bourbon.
» Les perfonnes qui defireroient paffer
» fur ces bâtimens , ou y faire embarquer
» des effets ou marchandifes , pourront s'adreffer
à Bordeaux , à M. Mazois , & au
» Havre , à M. Ruellan , Directeurs des Pa--
» quebots.
n
- L'Académie des Sciences & Belles Lettres
d'Angers , propofe pour le Prix qui fera diftri
bué dans fa féance publique du 14 Novembre
prochain , le fujet fuivant :
"
Quels font les moyens les plus capables de
» ranimer le Commerce dans la ville d'Angers ,
» de donner plus d'activité à celui de cette Province
; & d rendre plus profitablé le débit de
fes productions territoriales , fur- tout celui de
fes vins «<.
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur de
300 livres . Aucun Ouvrage , fur cet objet , ne
fera reçu après ' e 31 Juillet prochain.
La même Académie propo e auffi pour fujet
du Prix qu'elle doit à la munificence de Mon-
SIEUR , & à la protection qu'il accorde au Scien
ce; & aux Arts , la queſtion fuiv nte :
3
Quels font les origines , les progrès & chan-
» gemens des levées qui bordent la Loire , des
chauffées , portes marinieres & portinaux , qui
» coupent les rivieres y affluantes ; les moyens
de réparer les unes & les autres , de les met-
» tre à l'abri du ravage & des dangers des inondations
, & de les rendre plus faciles au commerce
, de maniere à précipiter le cours de la
Loire par le poids de fes eaux fupérieures &
"
( 135 )
∞ de celles d.s rivieres y affluantes , pour la
forcer à fe dégager de les fables ; le tout eu
égard aux droits de chacun «.
Ce prix , qui fera adjugé dans la féance pu
blique du 30 Mai 1788 , confiflera en une mé
daille d'or de la valeur de 400 liv.
Les Mémoires feront reçus jufqu'au 31 Janvier
1788 , inclufivement.
Les Ouvrages feront adreflés , francs de tous
pert , à Angers , à M. de Narcé , premier Secré
taire perpétuel de l'Académie .
Le 1 Janvier 1787 , eft morte trèsaute
, très -pu ffante & Religieufe Dame
Madame Cécile-Genevieve - Emilie de Belfunce
de Caftelmoron , Abbeffe de l'Abbaye
Royale de Sainte Trinité à Can."
PAYS - B A S.
De Bruxelles , le 10 Mars.
Le Cardinal de Frankenberg , Archevêque
de Malines , eft parti pour Vienne , le
19 du mos dernier. Le Préfident du Séminaire
de Malines eft ex lé. On attribue l'ordre
qu'a reçu l'Archevêque de paroîrre levant
l'Empereur , à la Bulle qu'a filminée
la Cour de Rome contre le fameux ouvrage
de M. Eybel , Qu'est ce que le Pape ? Le
Nonce Zondondari s'eft retiré dans la Principauté
de Liege.
On croit que dans la province d'Overyffel
l'abolition entiere de l'ancien Réglement &
l'introduction du nouveau auront lieu le 12
1136 )
du mois de Mars : toutes les pieces relatives
à cet objet ont déja été envoiées au
Prince Stadhouder ; mais on craint encore
queS. A. ne refufe fon confentement.
On a eu l'audace , dit la Gazette d'Utrecht
, de peindre fur un drapeau des Etats
à la Haye un gibet , auquel étoit attaché lẹ
Lion Hollandois.
L'Officier qui étoit de garde , & qui devoit
veiller fur ce drapeau , a été mis en
prifon ; les foldats de garde ont été interrogés
, & le Confeil de guerre , de même que
la Cour de juftice , ont promis une récompenſe
confidérable à celui qui pourroit découvrir
l'auteur de cette action : on a promis
même de pardonner à celui qui s'eft rendu
coupable , s'il fe dénonce lui même , &
s'il nomme les inftigateurs de cette entrepriſe.
L'Enſeigne en queftion , qui fe nomme
van der Hoof, eft fils du Gouverneur de Nimegue
. Perfonne de fenſé ne le croit coupable
, & déja l'on a commué fa prifon en
fimple arrêt domeftique.
ro voix contre 9 ont décidé dans les Etats
de Hollande , que la Légion de Salm n'entrera
point à la Haye. On a au contraire
propofé l'entiere fuppreffion de ce corps detroupes
légeres : 8 villes contraires à cet
avis lont pris ad referendum , & felon la
Gazette d'Utrecht , voici ce qui s'eft paffe
à Amfterdam à ce fujet.cz
( 137 )
Le Confeil d'Amfterdam ou plutôt la plurali &
du Confeil de cette ville avoit projetté de prerdre
diverfes réfolutions , entr'autres de réformer
la Légion du Rhingrave de Salm , de fupprimer
tous les Corps Francs de la Bourgeoisie armée
, & de retirer le cordon formé fur les frontieres
de la Hollande.
Ces coups devoient fe porter dans le Confeit
Lundi dernier , 26 du mois paffé ; la Pourgeoifie
en ayant eu connoiffance , fe mit en mouvement.
A neuf heures du matin l'Hôtel- de-Ville
fe trouva rempli d'habitans. Les Bourguemaîtres
Dedel & Beels étoient déjà dans la Chambre
d'affemblée ,lorfque parut leBourguemaître Hooft ,
ils le prierent avec inftance de prendre à coeur les
intérêts de la patrie , en difant qu'il étoit bien
tems de s'oppofer avec vigueur au parti contraire.
M. Hooft protefta qu'il s'y oppofevoir de toutes
fes forces , aux dépens même de fa tête : pour
lors les Bourgeois promirent avec ferment de le
protéger , & de le foutenir au péril de leur vie.
On vit venir enfuite fes Capitaines , Lieutenans ,
Enfeignes & Bas Officiers de la Bourgeoisie , au
nombre de cent , ayant à leur tête un de leurs
Colonels .
Ils demanderent audience , & furent reçus dans
la Chambre du Confeil , où le Colonel porta là
parole , & fit une remontrance énergique , pour
qu'on ne prit aucune réfolution préjudiciable à
la caufe patriotique . M. le Bourguemaître Hooft
répondit comme Préfident , qu'il étoit fenfible
atix preuves que la Bourgeoifie venoit de donner
de fon amour pour la Patrie & la liberté ; qu'ik
avoit déjà fait tout ce qui étoit en fon pouvoir
, mais que fes propofitions avoient été conftamment
rejettées ; cependant je vous ſoutiendrai
de toutes mes forces , ajouta - t- il ; je me mets
( 138 )
fous votre protection , & vous facrifie ma tête
blanchie par les années. La députation lui demanda
où réfiloit le mal ; dans ce Confeil , répliqua
M. Hooft , & alors le tournant vers les Bourguemaîtres
Dedel & Beels , il leur dit defen ezvous
devant la ration . M. le Bourguemaître Decel
répondit que ce n'étoit pas en ce moment qu'une
explication pouvoit avoir lieu , mais qu'il diroit fon
fentiment dans le Confeil. La Dépuration prit alors
congé , il étoit onze heures du matin .
Pendant ce tems , la multitude s'étoit raffemblée
au nombre de quelques milliers d'habitans ,
parmi lesquels fe trouverent
plufieurs des principaux
habitans Négocians
, & des Notables Bourgeois
de la ville.
Le Confeil fe fepara à trois heures & demie ;
mais le résultat des dé ibérations n'ayant pas fatisfait
la Bourgeoifie , le Confeil fut obligé de
fiéger à fix heures du foir. Le Bourguemaitre
Hooft voulut aller chez lui , & en fortant de
la Chambre d'aflemblée , il fe vit enlevé &
porté dans fa voiture qu'on efcorta jufqu'à fa
maifon avec les plus grandes acclamations ; mais
les Bourguemaître Dedel & Beels furent contraints
de reffer à l'Hôtel - de - ville , parce que
la Bourgeoifie le méfioit d'eux , & qu'elle vouloit
abiolument une conclufion le même jour.
A 6 heures du foir le Confeil s'affembla de
nouveau , & le Bourguemaitre Hooft fut encore
conduit en triomphe à la maifon de ville
au milieu des acclamations bruyantes de vive
Hoof . Vers les dix heures du foir on fit part au
peuple des réfolutions du Confeil , favoir :
1°. Que l'on fe conformoit à la propofition des
villes de Harlem & de Dordt pour augmenter,
la garnifon de la Haye par la légion du Rhin
grave de Salm,
( 139 )
2. Que cette légion feroit conservée provi-
Gonnellement au fervice.
3°. Que le cordon formé par les troupes de la
Province reft roit.
5°. Que l'on ne fupprimeroit point les Corps
Francs des Bourgeois armés .
La Bourgeoisie contente de ces réfolutions fe
retira avec beaucoup d'ordre & de tranquillité , &
M. Hooft fut encore reconduit chez lui avec les
plus grands applaudiffemens .
Un bataillon du Régiment de Pabt , un
de Byland , & 160 hommes de Cavalerieviendront
renforcer la garnifon de la Haye.
Parag. extraits des Papiers Ang!, & autres.
Le voyage de l'Impératrice de Ruffie & la difette
qui le fait fentir dans la Ruffie - Polonaife,
ont obligé les troupes de cette Puiffance a entrer
plus avent dns l'Ulkraine & fur le territoire
de la Pologne , cependant , le Monarque
Polonois en a fait demander raifon au Veld-
Maréchal de Romanzof , Commandant en Chef
de cette pe ite armée : On affure que celuici
a répondu que la Republique ne devoit prendre aucun
ombrage des troupes à fes ordres , & que la né
ceffité des circonftances l'avoit feule, obligé à s'avancer
un peu plus dans l'Ulkraine. ( Gazette d'Amfterdam
, No. 18. )
Nous avions appris , par un bâtiment de l'ifle
de France , que le fils de l'Empereur de la Cochinchine
étoit arrivé dans cette ifle , venant de
Pondicheri , & qu'il fe propofoit de paffer en
France. Véritablement ce Prince a mouillé à
l'Orient , il y a quelques jours : II eft a.com(
148 )
pagné d'an Evêque des Miffions étrangères &
de quelques Mandarins. La Cour de France
étant l'afyle des Rois ce Prince vient s'y réfugier
& demander des fecours contre un Ulur .
pateur , qui a chaffé fon pere de fes Etats. Re .
tranchée dans une ifle étroite , que l'Ufurpateur
n'a pu forcer , & défentue feulement par quelques
fujets fideles , la Famille Royale a député
le fils de l'Empereur à Pondichéri . On n'a pu
lui donner aucun fecours , fans en avoir reçu
l'ódre de France : Alors ce Prince s'est déci lé à
venir lui - même le folliciter . Il ne demande
que trois frégases , douze cents hommes , & cent
Artilleurs , avec lefquels il prétend qu'il lui fera
aifé de remettre fon pere fur le trône. Pour
prix de ce fervice , il promet de fe lier avec la
France d'une maniere indiffoluble & de lui accorder
dans fes Etats tous les avantages , qu'elle
pourra defirer pour fon Commerce. Ce Prince eft
atten lu à tout moment à Paris . It eft cepen
dant douteux qu'on défere à cete demande , puif
que vu l'éloignement des lieux , il n'eft guères
poffible , que les fecours arrivent affez à temps
Four empêcher que l'ufurpation ne foit confommée
, & qu'an mondre échec il ne feroit
pas facile aux forces Françoifes elles mêmes
de trouver à fe réparer. ( Gazette de Leyde
N?. 18 .
»
-
» Le Comte Alexandre Stragonoff , qui eft revenu
dernierement de fes mines de fel & đẹ
cuivre dans le gouvernement de Solikam ki
srapporte que dans le voifinage de quelquesunes
de fes poffeffions dans cette partie de la
Sibérie , il y a une race particuliere habitans
appellés Wody icks , qui ne font ni Chrétiens ,
ni Mahometans , ni Idolâtres comme le font
s les peuples qui les environment. Is confervent
( 141 )
le culte d'un Dieu fans en avoir aucune ima=
ge. Ils n'ont aucun ordre de prêtres parmi
» eux , mais ils vivent en communauté , dont
le chef officie lorfqu'ils font les offrandes des
premiers fruits de la faifon , ce qui eft le feul
culte religieux que l'on ait remarqué parmi
eux. Ils ont dans leur langage le nom d'Adam ,
homme dont ils difent qu'ils defcendent ; ils fe
→ croient les premiers habitans de la terre &
que les autres parties du monde ont été peuplées
par eux . Leurs cérémonies funebres con-
» fiftent à préfenter le cadavre aux parens ,
ه د
& à lui offrir de participer
à un repas préparé
ex- près pour cette cérémonie
; ils oblervent
d'a- bord un morne filence , & lui atreffent
enfuite
ces paroles : Puifque tu ne veux plus ni mam- ger , ni boire , nous nous appercevons
bien que tu as fini ton exil ; retourne- donc d'où tu » es venu , & laiffe tes vertus à ta famille. Ils » dépofent
enſuite le cadavre dans la terre &
reviennent
achever
le repas , ce qu'ils font
» avec la plus grande fobriété
& la plus grande » régularité
. Ces habitans
vivent entre eux dans la plus parfaite égalité , & n'accordent » de préféance
qu'aux vieillards
& aux chefs de famille ( Courier de l'Europe
, No. 15 ).
44
9
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Caufe entre la demoiselle Bouillerot , & les Curé
Er Marguilliers de la paroiffe Saint - Gervais
.
Révocation tacite din legs porté dans un tefla(
142 )
ment antérieur , préfumée par la répétition
du legs de même genre , aux mêmes légatal .
taires , dans un teftament poftérieur.
Les difpofitions de feu M. Bouillerot , Curé de
S. Gervais à Paris , en faveur des pauvres de fa
Paroifle , énoncées dans plufieurs teftamens , qu'il
a déclaré par fon dernier vouloir être exécutées
⚫ dans tous les points qui ne feroient pas contradictoires
avec celles inférées dans fon premier teftament
, ont fait naître , entre fa legataire & les
Curé & Marguilliers de la Paroiffe de S. Gervais ,
la queftion de favoir , s'il y avoit ou non confufion
de ces legs , & fi les legs portés en faveur des
pauvres , dans le dernier teftament , avoient révoqué
celui qui leur avoit été fait dans le premier
, & fi ces différentes caufes devoient avoir
leur exécution ; de la folution de cette difficulté
dépendoit le fort de la légataire univerfelle . C'eft
dans ces fortes de caufes que , pour les bien juger,
les Magiftrats cherchent à faifir l'efprit du teftateur
, qui ne peut fe connoître que dans l'enfem
ble de toutes les difpofitions que nous allons
rapporter. M. le Curé de S. Gervais a fait
deux teftamens les 20 Novembre 1772 , & 24
Novembre 1779 , & deux codiciles les 29 Novembre
1779 , & 22 Mai 1784. Par le teftament
de 1772 , il legue aux pauvres de fa Paroiffe la
fomme de 60,000 livres une fois payée , pour être
convertie en contrats de rente fur les Aides &
Gabelles , dont les arrérages feront touchés par
les Curés les fucceffeurs , & par eux employés
felon leur prudence , au foulagement des pauvres;
il charge ledit legs de 800 livres de rente viagere
exempte de toute retenue , au profit de chacune
de les deux fours , auxquelles il en fait don. Plus
de deux cents livres de rente viagere , exempte
pareillement de toute retenue , en faveur du fieur
( 143 )
Abbé Oreilli ; il veut de plus qu'il foit prélevé
les fomines néceffaires pour faire dire , pour le
repos de fon ame , deux Obits chaque année , à
perpétuité , dans fon Egtie , & aux jours qui feront
indiqués par fes légataires univerfels ; &
après avoir fait différens legs à fes parens , à des
Eccléfiaftiques , à la Sacriſtie , à la Bibliotheque
des Prêtres de la Communauté , à les domeſtiques
, il inftitue pour les légataires univerfels ,
& par moitié , le fieur Bouillerot , fon frere , & la
.demoiſelle Bouillerot , fa coufine , demeu ante
chez lui ; il charge le feur Bouillerot de l'exécu
tion de fon teftament , avec legs particulier d'une
boîte d'or , & révoque par celui ci tous les précédens
teftamens ou codiciles. Par le teftament
du 24 Novembre 1779 , & le codicile du
28 du même mois. Il fait un legs de tout fon mobilier
, fon argenterie , fon argent comptant ,
ainfi que des meubles de fa maiſon de campagne
à la demoiſelle Bouillerot fa coufine , à la charge
de remettre aux pauvres de fa Paroiffe 2000 liv.
dont il fera fait emploi fur les Aides & Gabelles ,
& que fa coufine paiera pendant fa vie la rente
annuelle de 1000 livres , fans retenue , au Curé
de S. Gervais fon fucceffeur , qui en donnera
quittance , & la remettra à la trésorerie des pauvres
; il fait enfuite différens legs à fes parens &
domestiques nommés dans fon premier teftament .
-
Il donne & legue aux pauvres de la paroiffe
tous les contrats fur les Aides & Gabelles , dont
les capitaux montent à 77208 livres , pour en être
les rentes reçues fut les quitrances de fes fuccef- ›
feurs . Il fait la demoiſelle Bouillerot (a légtaire
univerfelle de tous les autres immeubles ,
a la charge de payer feule les rentes viageres par
lui leguées , enfemble les legs des fommes au
comptant , qui toutefois ne pourront lui être de((
144 )
mandées que deux ans après la mort du teflateur ;
& il charge la demoiſella Bouillerot de fon exécution
teftamenta re. Enfin , par un codicile du 24
Mai 1784 , pallé devant Notaire , il confirme fon
teflament & le codicile de Novembre 1779 ; fait
différens legs & termine par déclarer qu'il confir
me les difpofitions qu'il peut avoir faires dans un tef
tament & codicile antérieurs à ceux de 1779 , par
lui rappellé dans le préfent , pourvu qu'il n'y ait rien
de contraire à celles portées auxdits reftamens & coditiles
ci dates , & aux difpofitions qu'il fait par le
préfent. Cette derniere clauſe a donné lieu au
procès dont nous rendons compte. -Les Curé
& Marguilliers de S. Gervais ont prétendu réclamer
le legs de 60,000 livres fait aux pauvres par
le teftament de 1772 , le legs de 20,000 livres &
celui de tous les contrats fur les Aides & Gabelles
portés au teflament de 1772 ; la demoiselle Bouilterot
a prétendu que dans le legs du dernier seftament
étoit confondu celui de 60,000 livres du
teftament de 1779 qui étoit tacitement révoqué
par celui- ci ; & la Cour , par fon Arrêt du 6 Septembre
1786 , a infirmé la Sentence par défaut
rendueau Châtelet contre la légataire univerfelle ; '
émendant , n'a fait délivrance aux Curé & Marguilliers
de S. Gervais que des legs portés au taltament
de 1779 , a déclaré celui porté au teflament
de 1772 confondu & révoqué par les derniers
portés au teftament de 1779 , a ordonné
l'exécution des teftamens & codiciles de 1779 &
1784 , même de celui 1772 , à l'égard des légataires
non dénommés dans les derniers teftament
& codicile ; a condamné les Curé & Marguilliers
de S. Gervais aux dépens envers la légataire
univerfelle ; a fupprimé dans le Mémoire des Marguilliers
les termes injurieux à la mémone du défunt
Curé de S. Gervais,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 6 Mars.
E9 Février , às heures du foir , l'Impé-
LE
ratrice eft arrivée à Kiof en bonne fanté.
Cette Princeffe a fait fon entrée en cette
ville au bruit du canon de la fortereffe & au
fon des cloches. Le lendemain le Clergé &
la Nobleffe ont eu l'honneur de lui baifer
la main. Plufieurs Seigneurs Po'onois , parmi
lefquels fe trouvent le Grand Général
Branisky , le Maréchal de Lithuanie Po.
rocky, le Comte Mnischek & le Prince
Sapieha , ont eu le même honneur. Le 11 ,
SM. I. a reçu dans un grand Bal paré qu'elle
a donné , les hommages de toutes les Dames
du Gouvernement. La Comteffe Potocka
& la Princeffe Lubomirska lui ont été préfentées
le même jour. Il y a eu illumination
& les boutiques ont été fermées. L'épo
Nº. 12 , 24 Mars 1787. go
( 146 )
que du départ de l'Impératrice pour Cherfon
étant fixée à la débacle du Dnieper refte
encore incertaine.
Depuis que l'ancien Khan de Crimée ,
Sahim Gueray , eft arrivé aux frontieres
de la Turquie , on n'a connu qu'imparfaitement
fa fituation ; mais unelettre de Dubno,
en date du 10 Février , éclaircit cette obf
curité ; voici quelques unes des particularités
qu'elle renferme.
» Il eft conftant que S. M , l'Impératrice
de Ruffie a témoigné les plus grands éga ds
à ce Kan , rant par les marques d'honneur
dont elle l'a décoré , & par l'efcorte confidérable
qu'elle lui a fait donner , fous les
ordres du Cotone! Welemianow , que par
les fabfides en argent & torres fortes de
commodités qu'elle lui a fait fournirjufqu'à
la frontière de la Turquie. Mais ce qui eft
bien plus étonnant , va les conjonctures actuelles
, c'eft que le Grand Seigneur a t marqué
à fon tour autant d'attentions à ce Kan .
En effet il avoit d'abord été enjoint par un
ordre du Divän an Pacha de Choczim d'entretenir
un commerce de lettres avec ce*
Kan à Zwaniec , où ce Prince attendoit la
réponse à la lettre qu'il avoit écrite dla Por
te , ainfi que l'efcorte convenable qu'il exi-»
geoit. Conformément à cet ordre , le Pa
cha lui envoioit fouvent fon frere & d'au
tres Officiers de la Cour , pour l'affurer
( 147 )
dans les termes les plus refpectueux de fon
dévouement ; & le Kan , pour répondre à
ces civilités, a comblé ces Officiers de préfens
confidérables en peliffes de martes Zibelines.
Enfin la perfonne de confiance dépêchée
par la Porte arriva à Zwaniec , avec
une lettre pour le Kan , écrite de la main.
propre du Grand Seigneur , par laquelle Sa
Hauteffe l'invitoit amicalement à venir fe
rendre dans fes Etats où il feroit reçu comme
fon hôte. Le Kan , après la lecture de
cette lettre , voulut d'abord fe rendre à
Choczim ; & dans cette intention , après
avoir chargé M. le Colonel Welemianow ,
qui avoit eu ordre de l'accompagner jufques
là , d'une lettre pour S. M. I. , dans
laquelle il exprimoit fa reconnoiffance & let
fouvenir éternel qui lui reftera de toutes les
bontés que l'Impératrice avoit eues pour lui ,
il le congédia en lui faifant fes adieux avec
les marques du plus grand attendriffement.
» Sur ces entrefaites arriva à Zwaniec S.
Exc. le Général de Witte , Commandant
de la fortereffe de Kaminiec , qui fur la nouvelle
de l'arrivée du courrier Turc , s'y ren
dit incognito, avec Mde: fon époutes, pour
rendre au Kan fes devoirs , & lui faire fes
adieux.
» Le même jour le Pacha de Choczim
envoya un Exprès au Général de Witte .
pour lui demander la permiffion d'entrer à
Zwaniec , avec toute la troupe du district
g 2
( 148 )
de Choczim , & y recevoir le Kan avec tous
les honneurs dus à fon rang, conformément
aux ordres précis qu'il avoit reçus de la Sublime
Porte à cet égard. Mais comme il
s'agiffoit du paffage de 3000 Turcs fur notre
territoire , S. Exc. le Général s'aboucha
là- deffus avec le Kan; & ils convinrent d'éluder
la demande du Pacha , en le remerciant
de fon extrême attention & de fes
offies obligeantes , que le Kan n'ofoit accepter
, de peur qu'il n'en réfultât quelques
défordres fur les frontieres de la Pologne.
Le Kan ayant enfuite fixé publiquement fon
départ au 7 du mois de Février , il prétexta
les une promenade aux barrieres , & en revint
en fuivant la rive du Dniefter à Zwaniec
, où après s'être entretenu encore quelque
temps avec le Colonel Welemianow ,
il paffa de l'autre côté de ce fleuve.
» La fortereffe de Choczim avertie fous
main de l'arrivée du Kan , le reçut au bruit
de route fon artillerie , & réitéra fes décharges
pendant trois jouis confécutifs.l
Les nouvelles du voyage de S. M. I. annoncent
qu'à Smolensko , l'Impératrice a
donné 1000 roubles pour la conftruction
de l'Eglife Cathédrale , aux Couvens soo ,
& 100 à l'Hôpital. Elle a aufli augmenté de
2500 roubles les revenus du Séminaire. Le
29 Janvier au foir, S. M. arriva à Melztlaw .
où l'Archevêque Catholique de Mohilow
& le Vicaire général des Jéfuites eurent
T'honneur de fui être préfentés.
( 149 )
Pendant l'année derniere il eft arrivé à
Riga 746 bâtimens , qui ont éxporté pour
4 millions de roubles de marchandifes. En
1784 le nombre des bâtimens fut de 1062
& leur exportation de 6 millions $ 76928
roubles. En 1785 les bâtimens arrivés furent
au nombre de 842 ; & leur exportation
fit un objet de 5,239,484 roubles .
On apprend de Copenhague , que quatre
maifons de commerce viennent de fulpendre
leurs paiemens.
Le Réfident de l'Empereur à Varſovie a
remis au Confeil permanent une note , dans
laquelle il demande , au nom de S. M. I. ,
l'extradition des déferteurs militaires & civils
, fous promeffe de réciprocité . On croit
qu'il fera conclu une convention à ce sujet.
On a fait ici la lifte fuivante de la répartition
des vaiffeaux de la république des Provinces-
Unies , actuellement armés.
Aux Ifles Orientales : le Befchermer de 503
Cérès de 36 , Amphitrite de 36 , Scipion de 24 ,
Hoorn de 24 , Orangezael de 24, Lynx de 14 , Pyl
de 14 , le Zéphir de 36 , & le Havik de 24 , doivent
fe rendre à cette ftation l'automne prochain .
Aux Indes Orientales : Amiral Piethein de 24 ,
Hector de 40 , Dedemblik de 36 , Thétis de 20 ,
Miafnyaph de 16.
Méditerranée : Dortrecht de 64 , Jaſon d : -36 ,
Hof Sourburg de 36 , Meermin de 36 , Zipari
de 24 , Dolfin de 24 , Brek de 16 , & Lecuw
de 16.
M.r du Nord; Canal ; Sund : Delft de 24 ,
Caftor de 40 , Valk de 20 , Mercure de 14 , Salag
3
( 150 ) ·
mander de 14 , Poftillon de 6 , & Morinikendam
de
40.
En croifiere : Médée de 40 , Amazone de 36 ,
Enkuifen de 24 .
de
14 ,
Vaifeaux de garde : Vigi antie de 14 , Schiedam
Waakzamheit de 14, Expeitie de 14.
Les vaiffeaux fuivans doivent revenir de la
Méditerranée avant la mi-Murs.
Overyfel de 64. Alkmar de 54 , Brakel de 54 ,
Batavier de 54, Arend de 24 , Werp de zo , &
Windhond de 20 .
De Berlin , le 5 Mars.
Dans le compte que nous avons rendu de
la Séance de l'Académie de Berlin , tenue
le 25 Janvier dernier , nous avons indiqué
un nouveau Mémoire hiftorique , lu par M.
le Comte de Hertzberg , fur la derniere année
de Frédéric II , Roi de Pruffe , avec l'Avant
Propos de fon Hiftoire écrite par luimême.
On nous fçaura gré fans doute de
faire connoître , par un extrait un peu étendu
, ce Difcours intéreffant , ainfi que no s
l'avons fait à l'égard des précédens , les an.
nées dernieres..
Frédéric H , la derniere année de fon regne,
dit M. de Hertzberg , a fait à - peu- près les
mêmes chofes que dans les années précédentes
de la paix . Il a achevé & exécuté toutes les entreprifes
publiques que j'ai annoncées comme projettées
& réfolues à la fin de mon Mémoire précédentfur
la véritable richeffe des nations ; il a fait
payer & employer la fomme de trois millions
d'écus qui étoient destinés à l'exécution des ob(
45 )
jets énoncés dans le même dénombrement ; mais
ileft allé encore beaucoup plus loin , comme il
falloit toujours , felon que les cas & les circonftances
du tems l'exigeoient . Le printems de
l'année pallée ayant amené de grands débordemens
des rivieres de la Viftule , de l'Oder & de
la Warie , le Roi fit d'abord réparer les digues ,
& fournit près d'un demi - million d'écus pour
cet
effet , tant pour indemnifer les malheureux habitans
qui avoient fouffert par ces inondations ,
que pour les mettre en état de rétablir leurs
terres . Je ne puis me fouvenir qu'avec attendriffement,
que ce grand Prince ayant appris que
plufieurs retres du l'oug de l'Oder avoient été
entiérement en ablées par ce débordement , il
offric à fes M niftres des finances toutes les
fommes qu'ils pourroient exiger , pour faire déblayer
& rétablir ces terres dans leur état précédent
, en faifant libérer le terrein fertile des
montagnes de fable qui étoient venu le couvrir ,
& qu'il ne céda qu'avec regret à leurs repréfentations
d'une impoflibilité phyfiq e . La récolte
des années 1785 & 1786 ayant été trèsmince
& au deffous du médiocre dans tous les
pays du Nord , le Roi prit des meíures fi juftes
& fi promptes , que le prix du bled ne hauffa
pas trop dins les Etats , que fes habitans & fes
magafins militaires , malgré l'extraction qu'il
fit de ceux- ci pour la fubfiftance & Renfemencement
des campagnes , en furent pourtant pourvus
à un prix ordinaire , & que nous,pûmes encore
faire une exportation très-confidérable de
bled pour les ports de Menel , de Konigsberg ,
d'Elbing & de Dantzig , pour la Suede & le Danemarck.
Aufli la population & le : fabriques des
Etats Pruffiens n'ont aucunement fouffert de la
difette des deux fufdites années , comme il arg
4
( 152 )
rive d'ailleurs ordinai.ement ( 1 ) . Nous avons
eu pendant le cours de l'année 1786 , dans
tous les Etats Pruffiens ,
mariages. naiffances. morts. farp'us
des nailfances.
en 1786 45,259 211,188 162,827
en 1785
<C
49,361
210,037 157,606 53,126
Ayant déja obfervé dans mes differtations
précédentes fur la population & fur la véritable richeffe
des Etats , ce que j'ai voulu publier des
progrès étonnans que le feu Roi a faits dans l'adminiftration
intérieure de les Etats , je me bornerai
au petit nombre d'obſervations que je viens
(1) ( Note de M. de Hertzberg. ) Il s'eft élevé à Paris une
conteftation finguliere entre les Journaliſtes fur la Popu
lation des Etats Pruffiens M Mallet Dupan ayant avancé ,
d'après une de mes Differtations Académiques , que la
Population des Etats Pruffiens avoit rrefque doublé fous le
regne de Frédéric II , M. l'Abbé Baudeau a foutenu
qu'elle avoit à peine augmenté d'un tiers , en faisant le
calcul ; que la Population Pruffienne ayant été en 1740
de 2,1400.000 , ♥ n'ayant été en 1785 , que de cing
millions & demi , il falloit en déduire pour les nouveaux
Etats 2 millions & demi , qu'alors la population des anciens
Etats ne reftoit que de 3 millions . Mais M. Baudeau
commet deux erreurs , en ne donnant en 1785 à
tous les Etats Pruffiens qu'une population des millions
*& demi , pendant qu'elle eft de 6 millions , y compris
le Militaire , & en décomptant a millions & demi pour
les nouveaux Etats , qui ne donnent que a millions.
En pofant en fair , comme on peut le faire avec fondement
, & felon le dénombrement , que la population
totale des Etats Pruffens n'étoit en 1740 que de 2 240,000,
qu'elle étoit en 1785 de 6 millions ; qu'on ne peut en
déduire pour les nouveaux Etats que 2 millions : alors
la population des anciens Etats a effectivement augmenté
depuis 1740 jufqu'à 1785 de 1,660,000 têtes , & par
conféquent on peut dire avec raifon , qu'elle a prefque
doublé.
( 153 )
de rapporter ici , feulement pour faire voir que
Frédéric II n'a pas difcontinué de gouverner
l'intérieur de fes Etats avec la même application
infatigable & avec le même fuccès dans les
derniers fept mois de fa vie & l'année 1786 ,
malgré la maladie douloureufe & mortelle dont
il fut accablé pendant tout ce tems- là . Je puis ,
je dois rendre à ce grand Roi la même jufticé à
l'égard des grandes affaires étrangeres & polititiques
, qui regardent l'Europe en général & la
Pruffe en particulier. Malgré fon état délef
péré , il n'a ceflé un inftant d'y donner la
même attention & l'application la plus fuivie ,
de dicter tous les matins , depuis quatre heures
jufqu'à lept , les réponſes immédiates à fes
dépêches , & d'entretenir une correspondance
réglée avec fon miniftre du Cabinet , ou des
Affaires étangeres , fur tous les objets de la
grande politique . C'est ainsi qu'il a continué à
travailler pendant ces fept mois de l'année 1786,
à affermir fon dernier grand ouvrage de l'Union
Germanique ; à intervenir d'une maniere aula
efficace que les circonstances le permettoient
dans les troubles de la Hollande , & à foutenir
les principes & les droits de les Etats contre
les réclamations de la ville de Dantzig. Il a
étendu la même correfpondance exacte & journaliere
avec les miniftres du département de la
justice & de celui des finances , & il dirigea
lui feul , fans aucun miniftre ou général , toute
la partie de la correfpondance militaire , dictant
fes ordres à fes Secretaires & à fes Aides - de-
Camp. Je me fouviens que quelques jours avant
fa mort , il dicta encore à ceux- ci toutes les
manoeuvres qu ils devoient faire exécuter aux
revues de Siléfie , en leur prefcrivant les main-
Ares circonstances de la localité, fit venir dans
g S
( 154 )
le même tems le Général d'Anhalt à Potſdam ;
pour lui prefcrire de grands arrange mens militaires
pour la levée des bataillons francs , pour
rendre l'armée mobile en cas d'une guerre , &c.
Dans les mêmes circonftances , il appelle à Potfdam
Mrs. les Miniftres d'Etat Comte de Hoym
& de Werder , & le Confeiller privé Schütz de
la Pomeranie , pour arranger avec eux de nouveaux
projets de défrichement , d'amélioration
& de fabriques , qu'il vouloit faire exécuter en
1787 dans les différentes Provinces , fur tout
celui qui lui tenoit le plus à coeur , de faire tâtir
à fes frais de nouveaux villages dans tous les
diftrias où les cultivateurs avoient des champs
trop vaftes , & où la population lui paroiffoit
trop bornée prenoit fur tout un plaifir fingulier
à l'exécution du deffein qu'il avoit pris , de
faire venir trois cents brebis & bélie's d'Ef
pagne , pour améliorer la race de nos bergcries.
Comme ces brebis devoient paffer quelques
jours avant fa mort par Potsdam , il les a tendoit
avec impatience , pour en faire venir quelques
unes à Sans Souci , & pour s'en faire vendre
vifite , comme il difoit . Je fais mention de ces
circonftances , qui pourront paroître minutien .
fes , parce qu'e les fervitont toujours à faire
briller encore davantage fon caractere bienfaifant
& embraffant tous les objets poffibles de
l'utilité publique. Je puis dépofer de tout ce que
je viens d'alléguer avec d'autant plus de sûreté
& de connoiffance de caufe , que j'ai paffé avec
Frédéric II à fon château de Sans Souci les cinq
dernieres femaines de fa vie , depuis le 9 de
Juillet , où il me fit appeller , jufqu'au 17
d'Août où il mourut. Je puis attefter avec Mrs.
les Comtes de Schwerin , de Go iz , de Lucchefini
& de Pinto , qui l'avons vu alors trois à
bass
)
.
quatre heures par jour , que , quoique enft &
tellement affecté de l'hidropifie qu'il ne peuvoit
pas le remuer foul de fa chaife , dans laquelle il
reftoit nuit & jour , fans pouvoir Supporter la
commodité d'un lit , & bien qu'on vit qu'il foffroit
croelement , il ne nous a pourtant jamais
fait appercevoir le moindre figne de douleur &
de fenfibilité défagréable ; mais confervant toujours
fon air ferein , content & tranquille , & fans
parler jamais de fon état ni de la mort , al nous a
toujours entretenus de la maniere la plus agréab'e
& la plus cordiale fur les affaires du tems ,
fur la littérature , fur hiftoire ancienne & moderne
, & particuliérement fur la culture rurale
& celle des jardins , qu'il ne ceffa de faire établir.
Sɔn train de vie conftant & journalier fut
tel , qu'après avoir lu les foirs & les matins les
dépêches de fes Miniftres étrangers , & les rapports
militaires & civils de fes Généraux & de
fes Miniſtres , il fit entrer le matin , à quatre ou
cinq heures , felon la quantité des affaires , fes
tro´s Secretaires du Cabinet l'un après l'autre
& dicta à l'un les réponses à faire aux dépêches
de chacun de fes Miniftres étrangers , qu'il me
faifoit communiquer enfuite ; & aux deux autres
les ordres & réponses aux Miniftres d'Etat , ou
aux Généraux fur les affaires militaires , de finance
& de juftice , ainfi que les réponses aux
lettres requêtes infinies des particuliers , &
cela d'une maniere fi détaillée & raiſonnée
fur-tout dans les dépêches merveilleusement
rcombinées , que les Secretaires n'avoient qu'à
y ajouter les tires , les formalités & les dates ....
Ce n'est qu'après avoir fait ainsi la fonction de
Roi , qu'il voyoit pour quelques momens les
Chirurgiens & quelquefois un Médecin pour fe
faire donner les foins les plus néceffaires à fon
>
g.6.
( 156 )
tar. Il faifoit venir vers onze heures la fociété
fufdite , & s'entretenoit avec nous jufqu'à
midi fonné , où il nous congédioit , & prenoit
feul fon diné . Dans l'après- dînée , il fignoit
toutes les dépêches & lettres qu'il avoit dictées le
main , & que fes Secretaires étoient obligés
d'expédier vers ce tems- là . Il nous faifoit appeller
de nouveau à cinq heures , & nous retenoit juf
qu'à huit , où il nous renvoyoit pour fouper,
pendant qu'il paffoit le refte de la foirée à fe
faire relire par fon lecteur les ouvrages de
quelques anciens Auteurs , comme Cicéron ,
Plutarque , &c . &c. à lire enfuite fes nouvelles
dépêches , & à prendre après le peu de fommeil
que fon état lui permettoit. Ce train de vie fut
continué invariablement jufqu'au 15 d'Août ,
jour auquel il dicta & figna encore des dépêches
fi bien raifonnées qu'elles auroient fait honneur
au Miniftre le plus routiné . Il ne ceffa de faire de
grandes fonctions de Roi & de Miniftre d'Etat
qu'au 16 Août , jour où il perdit les fens & la
Connoiffance , & dans la nuit duquel au 17 il
ceffa de vivre , en exhalant fa grande ame fans
aucun mouvement convulfif , en ma préfence &
en celle de notre digne confrere M. le Médecin
Sell. J'efpere que ce détail des derniers tems
de la vie de Frédéric II ne paroîtra indifférent
ni à l'Académie ni au Public ; il fait du moins
voir que ce grand homme a foutenu fon caractere
& est toujours reflé le même jufqu'au dernier
moment de fa vie , fans que les foibleffes de,
la nature aient pu y porter aucun changement.
La fin à l'ordinaire prochain.
Le Baron de Gemmingen , que le Roi a
nommé ſon Miniftre plénipotentiaire à la
Cour de Munick, eft parti pour fa deftination .
Le département des Douanes & de l'Ac(
157 )
cife vient de publier un Réglement pourle
commerce de Francfort fur l'Oder. Ĉe Réglement
, daté du 3 de ce mois , & compofé
de 11 articles , établit relativement au
commerce de tranfit , que l'on fuivra le refcript
du 25 Octobre 1765 , & qu'à l'avenir
les vendeurs étrangers des marchandifes
étrangeres ne payeront que 4 pour cent , &
les vendeurs nationaux deux pour cent de la
valeur. Mais on continuera jufqu'à nouvel
ordre d'acquitter 30 pour cent pour les cuirs
verts , pour les peaux de mouton avec &
fans la laine , & pour la laine non ouvrés.
On dit que le Roi fe propofe d'établir un
traitement fixe pour les Généraux , les Officiers
de l'Etat Major & les Capitaines . On
ajoute que les appointemens d'un Lieutenant-
Général feront de 6000 rixdalers , cex
d'un Major Général 5000 , 4000 ceux d'un
Colonel , & Soo , & 1200 ceux d'un Capitaine.
Le Docteur Bufching a publié dans fon journal
hebdomadaire les relevés fuivans des feigneuries
de Lobeinſteia & d'Ebersdorf , pour l'année
1786.
Dans la premiere de ces feigneuries , on a
compté 28 mariages , 203 naiflances , dont 104
garçons & 99 filles , & 198 morts , dont 105
hommes & 93 femmes. Parmi les naiffances , il
y avoit 9 enfans morts nés Dans l'autre feigneurie
, les mariages étoient au nombre de 56 ,
les nailfances de 256 , dont 138 garçons , de 118
filles , & 168 morts dont 82 hommes & 36
femmes ; les morts nés étoient de 10. Les morts
-
( 158 )
dans ces feigneuries , depuis l'âge de 60 ans
«juſqu'à 90 , montent à 100 ; ils font par conféquent
un peu au - delà du quart de tous les
morts.
De Vienne , le 5 Mars.
La femaine derniere ,le fier de Crumbergher
, qui laiffa l'année derniere un vuide de
plus de 100 m lle florins dans la caiffe provinciale
, dont il étoit Tré orier , a été expofe
au carcan deux jours de fuite , & a reçu
so cops de bâton.
1.'Empereur a fait partir deux courriers ,
l'un pour Kovie , & l'autre pour Brody. Le
de nier attendia dans cette ville le retour
du premier , & portera enfuite ici les dépêches
qu'il aura reçues . Elles décideront, diton,
du jour du départ de S. M.
L'Empereur a prolongé jufqu'au 1 Janvier
1790 la circulation des ducats de Cremniz
, à raifon de 4 florins & 30 creutzers
piece.
L
Le Comte d'Elgarte a été nommé à la
place de vice Chancelier de Bohême &
d'Autriche , vacante par la mort du Baron
de Gebler.
Le dernier dénombrement de Lemberg
& de fes fauxbourgs en porte la population
à 32000 ames .
Pendant l'année dernière on a compté
dans cette ville 35.3 mariages , 1507 naiffances
, dont 201llégitimes & 1056 morts ,
parmi ces derniers il y a eu 65.1 enfans de.
( 159 )
puis leur naiffance jufqu'a l'âge de 7 ans ,
47 individus depuis l'âge de 7 ans jufqu'à
17 ; 114 depuis l'âge de 17 ans jufqu'à 40 ;
64 depuis l'âge de 40 ans jufqu'à so , & 180
depuis l'âge de so & au delà.
De Francfort , le 28 Février.
Le Comte de la Lippe Schaumbourg-
Bukebourg , qui vient de mourir , a nommé
dans fon teftament la Com effe fon
époufe tutrice de fes trois enfans , dont un
fils , âgé de trois ans ; il lui a contéré en
même temps la régence de les Era's pendant
la minorité de fon fils . I orfqu'on apprit
à Bukebourg , que le Landgrave de
Heffe Caffel falloit archer des troupes
pour le mettre en poffeffion de la partie du
Comté de Schaumbourg qu'avot poífédé
le feu Comte de la Lippe , un Confeillerprivé
retira des archives toutes les pieces
relatives à la Maifon de la Lippe , & les
tranfcorta pendant la nuit à Minden , où il
conduifit auffi le jeune Comte. La Comteffe
douairiere & fes deux files refte.ent au
château de Buckebourg. Le Landgrave de
Heffe allégue en faveur de fa démarche que
tout le Comté de Schaumbourg lui étoit
dévolu depuis long- emps , parce que m me
le feu Comte étoit inhabile à y fuccéder
par le défaut de fa naiffance . Mais la Maifon
de la Lippe a pour elle deux Jugemens
des Tr.bunaux fuprêmes de l'Empire qui la
"
#
( 160 )
maintiennent dans fes anciennes poffeffions ,
-Ce Com é contient 2 villes , 2 bourgs &
72 villages.
La Comteffe Douairiere , née Prince fe
de Heffe Philipftall , eſt toujours à Buckebourg
, où le Landgrave s'est déjà fait prêter
1 ferment de fidélité. On a envoyé des cou .
riers à Vienne & à Berlin , avec des dépêches
relatives à cette affaire .
PORTUGAL.
De Lisbonne , le 13 Fevrier.
La nuit du 27 au 28 Janvier , une incendie
terrible a éclaté dans une maiſon fit ée
a centre de cette capitale ; 40 períonnes y
ont perdu la vie.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 13 Mars.
La variété des motions produites & difcutées
au Parlement , touchant le Traité de
Commerce conclu avec la France , a pru
diverfifié la nature des débats ; les rendre en
détail , ce feroit expofer le Lecteur à lire
beaucoup de répétitions . De l'examen des
Communes , ce Traité ayant paflé à celui
de la Chambre Haute, les Pairs des deux
Parris on néceffairement renouvellé les mêmes
argumens. Le Miniftere n'en a pas
( 161 )
mons confervé fa grande fupériorité . Des
différens difcours prononcés à ce fujet en
plufieurs féances de la Chambre Haute ,
nous ne rapporterons par extrait que celui
du Marquis de Lanſdown , ci- devant Comte
de Shelburne.
Après une apologie de la derniere paix , dont .
il eft l'auteur , & des raifons qui l'empêcherent
de joindre à ce traité celui de commerce que
l'on vient de conclure , le Marquis de Lanſdown
commença par combler d'éloge ce nouveau
traité , dont il prétendit lui - même avoir pofé
les bafes dans la derniere pacification . En conféquence
, il s'éleva fortement contre ce fyftêine
d'animofité nationale , fi vanté par l'Oppofition,
& contre l'épithete d'ennemie naturelle que ce
parti ne ceffe de donner à la France. « Il eſt
poffible , dit-il , que l'on puiffe juſqu'à un certain
point défigner par ce nom deux Nations
qui ont refpectivement à défendre une ligne de
frontieres très - étendues , & fur les limites defquelles
il ya fouvent des conteftations ; mais la
France & ' Angleterre ne font point dans un pareil
cas ; leurs intérêts réciproques étoient trop
diffemblables pour pouvoir le croiſer . La nature,
en nous ordonnant par la place où elle nous a
mis , de borner nos vues à la confervation de
notre ifle , fans convoiter des acquifitions de territoire
fur le continent , fembloit nous indiquer
une alliance avec la France. Dans l'état actuel
des chofes , l'ennemi naturel de la Grande- Bretagne
ne peut être que le Souverain qui tient sonftamment
fur pied une armée de trois cents mille
hommes & toutes les Puiffances de l'Europe
qui ont fous leurs drapeaux des forces aufh formidables
, font par ce fait feul , les ennemis na(
162 )
turels des autres Souverains. La France n'eſt
point cette puidance hoftile & menaçante . Son
Monarque a tourné fes vues vers des objets d'adminiſtration
intérieure. Il s'occupe de réglemens
utiles , il préfere l amour de fon peuple à ce que
P'on a trop long- tems appellé l'amour de la gloi
re; & les conquêtes de l'agriculture & de lindufirie
dans fon propre Royaume , le touchent
beaucoup plus que les conquêtes des Villes & des
Provinces étrangeres. On rappelle avec une compiaifance
auffi ftupide que cruelle , nos longues
guerres avec la France. Mais ce cri de fang n'eft
rien moins , comme le prétendent certaines perfonnes
, qu'un fyftême permanent & confacré
par des autorités refpectables . Ouvrez l'hiftoire
d'Angleterre depuis Henri VII , & vous verrez
que les adminiftrations les plus fages , telles que
celles de la Reine Elifabeth , d'Olivier Cromwel
& du Chevalier Robert Walpole , ont toujours
maintenu la paix avec la France ; que le Roi
Guillaume étoit plutôt l'ennemi perfonnel de
Louis XIV que des projets de ce Monarque ,
& que dans le vrai , la France , à l'exception de
la derniere guerre , n'a jamais montré des difpofitions
réellement hoftiles envers l'Angleterre ;
mais après la fameuft défaite du Général Burgoyne
, pris avec toute fon armée , il aurait
fllu fuppofer à la France une vertu plus qu'humaine
pour réfifter à la tentation de nous attaquer ,
•fur- tour en fe rappellant les humiliations que nous
lui avions fait effuyer à la Paix précédente. A
ces événemens près , je ne vois rien qui autorife
à dire que l'objet favori de la France a toujours
été d'abaiffer & même de détruire l'Angleterre.
Au contraire , dans beaucoup de circonftances ,
la réunion de ces deux grandes Puiflances auroit
7363 )
fait respecter & maintenir la tranquillité de
l'Europe. Ii y a tout lieu de croire qu'elle auroit
mis obftacle au démembrement de la Pologne ,
événement plus honteux peut - être pour les
Souverains qui autoient dû le prévenir, que pour
la malheureufe Nation qui ne pouvoit s'en défendre.
Mais s'il eft impoffible à l'Angleterre &
à la France de réparer ce mal , il eſt au moins en
leur pouvoir d'empêcher qu'il n'en arrive un
femblable. Peut être en ce moment l'Empereur
d'Allemagne , l'Impératrice de Ruffie & le Roi de
Pruffe metent- ils la derniere main à quelque projet
finiftre , & dont l'exécution ne fera pas moins fcandaleufe
. Peut- etre la Baviere va- t- elle difparoître
fans retour du nombre des Puisances de l'Europe
, fans cette falutaire confédération des
Cours de Londres & de Versailles . Enfin , je
prévois une infinité d'autres événemens où ces
deux Puiflances n'auront que trop à gémir de
s'être épuisées réciproquement par leurs guerres
auffi extravagantes que délaftreutes , &c. » .
Après ce panégyrique des principes du
Tralté, le Marquis de Lanfdown en fit la
critique.
« Il n'y a rien dans le traité , avança-t- il ,
qui établille d'une maniere précife la fi uation
respectivedes deux Puiffances dans l'Inde . Cette
omillion est une faure capitale » . « J'ai entendu
parler, ajouta -t- il , d'un traité entre la France
& la Grande- Bretagne , ou plutôt la Compagnie
des Indes Angloife. En vertu de ce traité ,
capitaux , nos territoires & notre commerce dans
cette partie du monde , auroient été entiérement
facrifiés aux François. Heureuſement des vues
d'intérêt perfonnel ont empêché la Cour de
nos
1
( 164 )
Verfailles de conclure la négociation ; mais je
voudrois au moins favoir ce qu'il eft devenu ce
traité , & fur tout pourquoi les Miniftres n'ont
alors rien réglé fur cet objet ».
Le Marquis de Lansdown fe plaignit enfuite
des travaux qui fe font à Cherbourg. Ma'gré ce
qu'il avoit dit de la France , felon lui , la conftruction
de ce nouveau port , & les dépenfes que
l'on y faifo't , arnonçoient des projets hoftiles , au
moins pour l'avenir ; quel que pût être d'ailleurs
le fuccès de cette opération , dont les Ingé.
nieurs qu'il a vus ont la plus mauvai.e idée .
En général , il feprocha aux Miniftres de ne point
veiller avec affez de foin fur les démarches de la
Cour de Verfailles ». Le traité de cette Puiffance
avec la Ruffie ne peut avoir , dit -il , qu'un objet
politique . Elle a peut - être atteint fon but , qui
étoit de fermer la Méditerranée aux vaiffeaux
Ruffes ; & comme la chofe étoit très - intéreſfante
pour les vues , elle y aura mis un trèsgrand
prix , il ne feroit pas impoffible de voir
ces deux Cours agir de concert dans quelque
grande entreprise ».
Ce difcours ayant fa't une fâcheufe impreffion
fur tous les partis , & donné lieu à des
farcafines contre l'Orateur, Lord Lansdown
voulut défendre les fes premiers allégués ; &
chemin faifant, il fe permit de tourner en ridicule
le projet de fortifications , propofé l'année
derniere par le Duc de Richmond :
celui- ci répliqua que S. S. étant habituée à
avoir deux opinions fur le même ſujet , il
n'étoit pas furpris de l'entendre blâmer aujourd'hui
un plan auquel il avoit donné fon
( 165 )
approbation étant Miniftre. Le Marquie der
Lanfdown nia ce dernier fait , en avouant
cependant que le befoin de conferver la
voix du Duc avoit pu lui infpirer la prudence
de ne pas le contrarier. Le Duc de
Richmond nomma alors le temps , le lieu
où le Marquis de Lanfdown avoit approuvé
fon projet, ainfi que les témoins de cette
conférence , parmi lesquels le trouvoit le
Chancelier de l'Echiquier. Cette affertion
ayant été de nouveau contredite , il s'enfuivit
entre les deux Pairs des démentis fucceffifs
, qui fe répéterent le lendemain . Le Duc
lut une lettre de M. Pitt qui confirmoit fon
affertion . Le Marquis de Lanfdown y oppofa
une lettre du Duc lui -même , qui le
confultoit poftérieurement fur ce projet non
encore approuvé. Enfin cette altercation
très vive de la part du Duc de Richmond ,
& plus adroite de la part de fon Antagonifte,
fe termina plutôt à la fatisfaction du
premier , en faveur duquel le Public paroît
s'être déclaré.
L'Adreffe au Roi pour le remercier du
Traité de Commerce , ayant eu la majorité
des deux Chambres , elle a été préfentée à
S. M. qui en a remercié le Parlement. ,
Voici l'Adreffe & la Réponſe de S. Maj .
Très- gracieux Souverain ,
Nous vos très- fideles & loyaux Sujets les Lords
fpirituels & temporels , & Communes affemblés
dans le Parlement actuel , ayant examiné avec
l'attention la plus férieufe les difpofitions conte(
166 )
nues dans le Traité de Navigation & de Commerce
conclu entre Votre, Majefté & le Roi
Très -Chrétien : Demandons qu'il nous foit permis
de mettre aux pieds de Votre Majefté nos
actions de grace les plus vives , pour cette nou
velle preuve de l'attention conftante que donne
Votre Majesté aux intérêts & à la félicité de vos
Sujets . Nous allons nous occuper avec toute la
diligence convenable des metures qui pourront
être néceffaires , pour mettre à exécution un
fyftême fi propre à promouvoir une correfpondance
avantageufe entre la Grande - Bretagne &
la France , & à donner une bale plus folide &
plus durable au bienfait de la paix .
Nous fommes pleinement convaincus qu'il
nóus eft impoffible de témoigner d'une maniere.
phis efficace , notre zele pour l'intérêt général de
la Patrie , & pour la gloire du regne de Votre
Majesté , qu'en concourant au fuccès d'une opération
, qui a pour objet l'extenfion du Commerce
, & l'encouragement de l'Industrie & des
Manufactures , les 1ources naturelles de la richeffe
nationale , & le fondement le plus für du
bonheur , & de la profpérité des Domaines de
Votre Majele. 9. Istoun
t
Milords & Meffieurs ,
Je vous remercie de cette loyale & refpe&teuſe
adreffe. La déclaration de vos fentimens , fruits
de l'examen le plus réfléchi du Traité de Navigation
& de Commerce entre moi & le Roi
Très -Chrétien , me caufe la fatisfaction la plus
vraie , & je reçois avec plaifir les affurances de
l'intention où vous êtes , de vous occuper avec
toute la diligence convenable des metures néceffaires
pour le mettre à exécution.
Cette démarche ne mettra pas finaix
difcuffions uktérieures ; & le 6 , Mylord
( 167 )
Stormont propola , qu'aucun vote de la
Chambre ne put porter la moindre atteinte à
la liberté qu'elle fe réferve de pouvoir rejetter
des parties du Traité , fuivant ce que les délbérations
ultérieures lui feront juger conve
nable.
Le Marquis de Buckingham fit fentir l'intilité
de cette motion , en déclarant folemnellement
que le vore d'approbation générale & les
adreffes préfentées au Roi à cet effet , ne mettroient
aucun cbftacle à la liberté des difcuffions
fur les différens objets du traité , par conséquent
n'empêcheroient point qu'il n'y fut fait les chan
gemens demandés par la majorité de la Chambre.
It entra enfuite dans des détails fur la ne
du commerce de l'Angleterre avec la France .
Selon lui , la balance de ce commerce eft entiérément
à l'avantage de l'Angleterre , & le nouveau
traité ne peut qu'en accroître encore les
benefices: C'eft en vain que Colbert & fes fucceffeurs
, ont prodigué les encouragemens & les
récompenfes pour exciter l'induftrie françoife &
la mettre à portée de rivaliſer cette nation britanique.
Les François n'ont point cet efprit de
fuite , cette patience infatigable , qui peuvent
feuls porter les productions & l'induftrie à leur:
point de perfection . C'eft un avantage , ou plutôt
un don que la nature a fait aux Anglois
exclufivement. Les articles où cette fupériorité
eft la plus décidée , font ceux des ouvrages de
fer,de potérie , de laine, & für tout de coton . On
a cherché , pourſuivit - il , a nous donner des al-
· larmes fur ce dernier objet , dans le cas d'une
rapture avec le Portugal ; mais ce danger n'eſt
qu'iniaginaire , puisque le coton croît dans tous
les pays méridionaux , & que les ifles de l'Am(
168 )
1
où ,
rique , & notablement les illes de Baham ,
depuis trois ans , on en a fait des plantations immenfes
, l'Italie & l'Allemagne même , nous en
procureront abondamment. La feule de nos manufactures
qui puiffe fouffrir quelque préjudice
du traité , eft celle des glaces : pour tout le refle
nous fommes sûrs de l'avantage , fourniſſant les
chofes les plus nouvelles , nous embraſſons toutes
les claffes de la fociété depuis le prince julqu'au
payfan , & il n'y aura pas un couteau , pis
un bouton en France , qui ne foit l'ouvrage de
nos manufactures . Pourquoi cela ? Parce que
donnant à meilleur marché , & faiſant mieux
nous devons néceffairement avoir la préférence.
Cette fupériorité de nos ouvrages exifte , & elle
doon- feulement fe maintenir , mais s'accroi
tre encore par l'effet du traité ; car s'il eft quelque
moyen de donner un nouvel aiguillon à l'induftrie
c'eft fans contredit le débit immenfe
qui lui affure cette tranfa&ion.

L'Evêque de Llandaff ne fut point de cet avis .
Il prétendit que ce traité n'étoit rien moins qu'avantageux
aux manufactures Britanniques , &
qu'au contraire , fuivant ce qui lui a été dit
par plufieurs perfonnes à la tête des principales
manufactures du royaume , il ruineroit
la plupart d'entre elles . Il cita, entre autres
pour l'article des verreries , un exemple qui fait
voir combien les François auront d'avantage :
dans cette branche d'induftrie. Un verre fait en
Angleterre fur le modele d'un autre fait en
France , & acheté deux shillings onze pences ,
( environ 3 liv. 1o , ) a été vendu en Angleterre
une couronne , ( 6 liv . de France. ) Si les
François parviennent à fe procurer les machines
des Anglois , ils ne tarderont pas à obtenir fur
l'Angleterre cette fupériorité , qui feule peut
faire
( 169 )
faire pencher la balance. Il prétendit que cette
conquête étoit déjà faite , & qu'il y avoit en
France plufieurs endroits où l'on montroit des
modeles des machines angloifes . Il prétendit
auffi que le fer de Bourgogne valoit le meilleur
d'Angleterre , & que les magnifiques & brillantes
manufactures de mont Cenis fabriquoient
des machines de valeur égale à celle de Birmingham
.
Lord Walfingham railla l'Evêque de Llandaff
d'avoir blâmé le traité , fur-tout relativement à
la facilité qu'il affuroit aux François de fe procurer
les inftrumens & les machines britanni
ques , que le Prélat affure êtré déjà paffés en
France. Le Marquis de Landfdown & plufieurs
autres membres parlerent enfuite , après quoi la
Chambre alla aux voix ; l'approbation du traité
fut conftatée par une pluralité de quatre- vingtune
voix contre trente - cinq.
Le même jour (5 ) , le Chancelier de l'Echiquier
a annoncé dans la Chambre des
Communes qu'il feroit inceffarnment une
motion , pour que l'on réduisît momentanément
les droits fur les vins de Portugal
d'un tiers au-deffous des droits qui feroient
perçus à l'avenir fur les vins de France. M.
Pitt s'eft déterminé à faire cette motion ,
afin que les principes du Traité de Methuen
reftent intacts du côté de l'Angleterre , jufqu'à
ce que la négociation , actuellement fur
le tapis avec la Cour de Lisbonne , foit terminée
, & que l'on ait obtenu le redreffement
des violations que le Portugal s'eft
permifes à ce Traité.
Le 2 , M. Haftings a perdu le quatrieme
N°. 12 , 24 Mars 1787.
h
( 170 )
combat qui lui a été livré dans la Chambre
baffe. Il s'agiffoit de déterminer s'il avoit eu
tort ou raifon de laiffer opprimer le Nabab
de Farruckabad par le Nabab d'Oude , &
de tirer de celui- ci 100,ocoliv. fterl. pour
cet acte d'indulgence. Le cas fut rapporté ,
expliqué , g offi , atténué , commenté d'une
maniere abfolument contradictoire ; & il
eft aifé de comprendre qu'un événement
Idont les motifs & le caractere feroient à
à peine faififfables fur les lieux par d'excellens
obfervateurs, doit devenir pour le moins trèsobfcurlorfqu'il
s'agit de juger fur les bords de
la Tamife ce qui s'eft paffé Farruckabad.
L'Amiral Hood, non moins eſtimable par fa
candeur & fon jugement, que célebre par fes
talens militaires , dit fenfément qu'à l'avenir,
aucun Commandant , aucun Gouverneur ,
aucun Amiral , ne devoit partir pour exécuter
fa miffion qu'avec la corde au cou ;
à peu près fûr qu'on la lui ferreroit à fon
retour, quelques fuffent fes fervices. M. Dundas
juftifia M. Haftings des imputations
fauffement ajoûtées à la charge dont il étoit
l'objet , & M. Pitt l'imita dans un difcours
fage , impartial & très - bien raiſonné ; mais
qu'il conclur en donnant à M. Haftings le
tort d'avoir , fans néceffité urgente , abandonné
l'un des Nababs à la rapacité de l'autre,
Malgré cette réunion des Miniftres &
de l'Oppofition contre lui , M, Haftings
cur cinquante voix , contre 112 ; & l'on
( 171 )
peut croire que ces so partifans n'étoient
pas les Membres de la Chambre les moins
indépendans.
Les Feuilles publiques Françoiſes , ayant
caractérisé d'une maniere abfolument érronée
ce qui conftitue l'impeachment , nous
rectifierons ici ces inexacttitudes . Il n'elt
point vrai , comme elles le difent , que ce
décret foit un Jugement ; il eft une fimple
accufation portée devant les Lords par la
Chambre des Communes. C'eft un des plus .
beaux & des plus importans privileges des
Repréfentans du peuple. Son exercice donne
au Parlement le droit de faire pendre le
Premier Miniftre , fans qu'aucune Puiffance
puiffe le fauver; car il eft faux , comme l'ont
avancé les Gazettes, que le Roi puiffe pardonner
un crime jugé par la Chambre haute
fur l'impeachment. Enfin les Communes
font ici exclufivement le rôle d'accufateur
& non par conféquent celui des Grands Jurés
en matiere criminelle , puifque ceux - ci
font des Officiers chargés d'examiner une
accufation intentée par la Couronne, ou par
le Procureur Général qui pourſuit les délits
en fon nomi.
Les nouvelles officielles du Bengale apportées
par le paquebot le Ranger , nous
apprennent l'heureufe arrivée de Mylord
Cornwallis au fort William , le 12 Septembre
dernier, où il a été reçu au bruit de l'artillerie
, & à fallégreffe des habitans.
h 2
( 172 )
On a calculé que l'opération de M. Pitt
pour la fimplification des droits de douane ,
d'accife & du timbre , formera une économie
de 170,000 liv . fterl . fur la perception ,
& augmentera le revenu public de 20 à
30,000 liv. fterl.
On a reçu le 7 des dépêches de Pétersbourg.
Le Traité de commerce , qui ſe négocie
entre cette Cour & celle de Londres ,
eft fur le point d'être terminé.
Le Parlement d'Irlande a accordé une
gratification confidérable pour encourager
les plantations des arbres propres à la conftruction
des vaiffeaux. Dés gratifications
accordées pour le même objet en Angleterre,
ont déjà produit le meilleur effet .
D'après des états d'évaluation pour le fervice
de la Marine , pendant l'année 1787 ,
le Miniftre doit demander une fomme de
70,000 liv. fterl. pour achever la conſtruction
des vaiffeaux qui font fur les chantiers ,
& celle de 85,000 liv. pour ceux qui font.
en réparation .
Le nombre des vaiffeaux attendus des
différentes parties de l'Inde dans le courant
de l'été ne monte pas à moins de 24 , ce qui
joint à douze autres qui arriveront dans
l'année , forme un total de 36 vaiffeaux .
Voici la fuite du difcours de M. Sheridan,
dont nous avons donné une partie l'Ordinaire
dernier.
M. Haflings , dit - il , a quitté Calcutta en
1781 , & eft allé à Lucknow avec deux objets
( 173 )
dans la tête , comme il en convient lui - même *
Bénarès & Oude . Quelle étoit la nature de ces
projets ? étoit ce de piller une de ces places , ou
toutes les deux ? Il reflembloit affez à un voleur de
grands chemins, qui, en fortant à la brune , diroit
qu'il a deux objets en vue , Bagshet & Hounslow .
Tel étoit précisément le caracterede M. Haflings
à cette époque , & le pillage de l'une ou l'autre de
ces places étoit l'objet de fon voyage . Il manqua
fon coup à Benarès ; alors , & feulement alors,
fans aucune ancienne inimitié montrée par les
Bégums , fans aucuns troubles donnés au gouver
nement , mais parce qu'il avoit manqué fon
coup dans un endroit , & qu'il n'en avoit que
deux en vue , il a imaginé l'expédient , l'exploit
héroïque de piller ces deux vieilles femmes. Il
n'a point eu de prétexte , il n'a point d'excufe.
Il ne peut citer en fa faveur que le defpotifme
arrogant & obftiné , que fa volonté corrompue
a fait éprouver cruellement à l'Inde , pendant
fon gouvernement . Il eft venu à Chunar , il y
a fait avec le Nabab un Traité , qu'au moment
même de la ratificaaion , il fe propofoit de violer.
Les circonstances en font curieufer.
A l'époque précife où les prétendus troubles
du pays d'Oude, excités par les Bégums , étoient,
fuivant lui , la vraie raifon des mefures violentes
qu'il embraffoit , un des articles de l'étrange
Traité fait à Chunar , eft de retirer fon armée.
Mais il nous en parlera encore de ce fameux
Traité , il y reviendra . Ayant formé fon plan ,
il députe vers fir Elijah Impey , & fe confulte
avec lui fur les meilleurs moyens de l'exécuter.
Sir Elijah , fatigué de fes fonctions à Calcutta
& ayant befoin de fe remettre , faifoit de petites
promenades de 900 mille à travers le pays.
C'étoit en pofte qu'il prenoit ainfi l'air pour
.
h 3
( 174 )
"
:
la plupart du temps . Voyage du plus grand dan.
ger, voyage qui dans plufieurs endroits exigeoit
qu'on fut efcorté d'une petite armée ; voyage
qui au dire de M. Haftings , avoit détruit fa
fanté mais c'étoit pour la fienne que le Chef-
Juftice de Calcutta , qui avoit accepté un autre
office › avec un falaire de 8000 liv. par an ,
office qu'il gardoit , office dont il percevoit le
falaire à cette époque , c'étoit pour la fienne
qu'il prenoit ainfi un peu l'air ; & ayant quitté
Calcutta,pour fe repofer quelque tems des affairos
qui le furchargeoient , il fe délaffoit à faire les
fonctions de Secrétaire de M. Haftings , & à
roder dans l'Inde , chargé de recueillir des témoignages
d'affidavit. Mais il n'agiffoit pas alors
comme Juge : c'étoit feulement comme ami de
M. Haftings . Ce fut comme ami qu'il lui donna
les confeils dans le vol des Begums , comme
ami encore qu'il prit à Lucknow des affidavit
pour le juftifier. La maniere dont fe paffa la
premiere ouverture à ce fujet étoit vraiment remarquable.
M. Haftings s'étoit 'apperçu , que
dans l'affaire de Cheyt-fing où il avoit auffi con
fulté fir Elijah , il avoit eu le malheur d'en recevoir
une réponse peu fatisfaifante . Inftruit
par cette premiere leçon , il mit infiniment plus
d'adreffe dans l'affaire des Begums . I prit une
des lettres du Duc de Richmond , qui lui fournit
des renseignemens , & dit : « Les Begums
étant actuellement révoltées, le Nabab ne peut-il
pas confifquer leur propriété ? Affurément if
le peut , répondit fir Elijah ». Et ce fut l'amitié
qui lui fit faire tout cela. L'amitié lui fit donc ou
blier ce qu'il fe devoit à lui -même, ce qu'il devoit
aux auguftes fonctions qu'il rempliffoit , ce qu'il
devoit à la majeſté de la puiſſance qui les lui
( 175 )
avoit confiées ; & pourtant le Grotius Oriental
a donné fon avis. M Haftings a obtenu de få
complaifance un acquiefcement entier à fes vo
lontés , acquiefcément dans lequel il trouvoit
pour le moment une espece de juftification . Ces
mefures prifes , l'ordre pour le pillage émane
de l'augufte Tribunal ; le complaifant fir Elijah
eft chargé de fe rendre à Lucknow , & d'y
prendre des affidavit pour juftifier une action
qui n'étoit pas fufceptible de l'être . On lui recommande
feulement de ne pas prendre Fizabad
, en fe rendant à Lucknow. Avis curieux !
comme fi cela eut dû le détourner beaucoup de
fon chemin . Cependant il faut avouer que la
précaution étoit fage ; car il auroit trouvé leš
renfeignemens -faux , s'il s'étoir rendu dans cet e
ville , où régnoient une paix & une harmonie
parfaite . N'auroit-il pas été très -plaifant pour le
Grand- Jufticier , d'être trouvé à Fizabad , la pos
che garnie de l'ordre de piller ; c'étoit pourtant
là la pofition où il étoit. M. Sheridan fit une
fortie vigoureufe contre fir Elijah , qui avoit
ainfi parcouru une contrée fur laquelle l'horreur
de la famine & de l'extrême indigence étoient
répandues , comme le meilleur moyen de repofer
fon imagination , accablée fous le poids des af
faires. Sir Elijah étoit le dernier des hommes qu'il
eût fallu employer à lever des affidavit à Lucknow.
C'avoit été une doctrine , que les coups
d'état impofoient filence à la loi. Mais sûrement
la regle invariable d'un Etat libre devo : être de
maintenir la véritable dignité de la Juftice , de
voir que M. Haftings avoit témoigné dans une
autre occafion , & dans un ftyle très -pompeux
defirer ardemment de remplir. Sir Elijah auroit
il donc dû fouiller ainfi la blancheur de l'her
mine , ſymbole de fa dignité , par un ſale trafic
h 4
( 176 )
d'affidavit , qui eût déshonoré l'huiffier le plus
chicaneur ? M. Haftings avoit conclu le Traité
de Chunar : il défivit tous les Traités de pouvoir
contenir autant de trahifons dans un auffi
petit efpace. Il avoit reçu du Nabab un préſent ,
ou plutôt une prime de corruption de 100000 1.
Les circonftances qui l'accompagnoient étoient
auffi étranges que la chofe en elle - même . Quatre
mois après feulement , & non jufqu'alors , il
avoit communiqué la chofe à la Compagnie , &
l'avoit fait en termes qui trahiffoient fon premier
deffein . Il avoit dit qu'il s'étoit trouvé ſur
fon chemin une fomme d'une importance , telle
qu'il n'en pouvoit cacher le montant . M. Shéridan
établit victorieulement toutes les circonftances
de ce préfent féducteur , & prouva qu'il
avoit été exigé ou accepté par une ame baffement
corrompue . Car quel étoit le prix que
payoit le Nabab ? Par le Traité , M. Haftings fe
foumettoit à faire retirer toute l'armee Angloife
& tous les Officiers actuellement dans les Etats
du Prince. A quelle époque en convenoit - il ?
A un moment de rébellion & de révolte. Il y
avoit dans le même Traité d'autres articles bien
étranges , & qui ne pouvoient être dictés que
par un homme vendu , qui ſe réſervoit pourtant
intérieurement la liberté de tromper le Nabab
fur le feul article du Traité qu'il ait jamais effayé
de remplir , de faire évacuer la ville d'Oude.
Le Nabab regardoit ce point comme effentiel
à fa délivrance ; & fes obfervations à cet
égard font vraiment curieufes. Quoique le
» Major Palmer n'ait encore rien demandé ; j'ob
» ferve , dit-il , que c'est l'ufage de Meffieurs
les Officiers Anglois , de me demander quel-
» que chofe avec importunité avant leur départ.
»
1
(
177
)
30
M. Haftings laiffe faire cette imputation injurieufe
au nom Anglois ; il feint d'exécuter
cette partie du Traité . Allez-vous en , dit-il
» aux Officiers Anglois : vous êtes une troupe
» de coquins , qui n'approchez jamais ce pauvre
homme que pour le piller . Allez -vous en ; je
» lui ai promis que je le délivrerois à jamais de
2.
la vue importune des Anglois ». C'eſt - là la
feule partie du Traité qu'il ait jamais effayé de
remplir ; & nous apprenons de lui-même , qu'à
l'inftant qu'il juroit ce Traité , il fe propofoit
de tromper le Nabab. Cependant M.
Haftings prétend avoir toujours été vrai & de
bonne foi dans toutes les conventions. M. Shéridan
en prit occafion de dire à la Chambre
qu'il defiroit qu'elle foumît le Traité de Chunar
à l'examen , par voie de Teft , qu'il feroit charmé
de voir comment on pourroit concilier la
conduite de M. Haftings avec la vérité & la
bonne -foi . Il a d'abord declaré qu'il avoit donné
un affentiment prompt & fans modification à
toutes les propofitions du Nabab : mais il s'explique
& fe commente enfuite , en dilant qu'à
l'inftant de la Négociation , il fongeoit à détruire
le plan fur lequel étoit dreffé le Traité , & qu'il
avoit dans l'efprit & dans le coeur de n'accéder
à ces propofitions , qu'avec modification & réferve.
Etoit - ce là la preuve de fa véracité & de
1a bonne-foi ? Mais M. Haftings n'avoit que
tropprouvé qu'il étoit fondé à l'accufer de duplicité.
Car dans fon explication il a dit qu'il avoit
pensé à une repriſe part elle des Jaghires , mais
qu'il avoit pourvu à ce qu'elle fût générale ,
Complette & abfolument fans exception. Il étoit
convenu de retirer les troupes du pays
d'Oude
,
quand il jugeroit à propos de le faire ; &
de n'y plus faire entrer aucune autre armée ;
hs
- -x
( 178 )
-à moins qu'il n'en trouvat l'occafion . C'écit
ainfi qu'il accouploit une refriction mentale
chaque article du Traité , avec l'intention potive
& infâme , comme il en eft convenu fans
n rougir , de ruiner tous les deffeins du Nabab ;
& c'eft pour ce Traité qu'il avoit reçu une prime
de corruption de 100,000 liv. ft . , fomme fur
la réception de laquelle il n'avoit ouvert la
bouche qu'apres plus de quatre mois. Il écrivit
alors une lettre à M. Middleton , dans laquelle
il lui infinuoit qu'il le foupçonnoit lui & M.
Jonhfon de s'être laiffés corrompre par argent :
lettre qui a produit l'étrange déclaration de ces
Meffieurs, qu'ils n'avoient été corrompus ni par
argent payé , ni par argent promis. C'étoit un
fingulier affidavit . Que prouvoit- il évidemment ?
Qu'on femoit des bruits de corruption . Et M.
Haftings , fans avoir encore ouvert la bouche
fur les fameux 100,000 liv , ft . , demande à ces
Meffieurs , s'ils ont été corrompus . M. Shéridan
ayant mis toutes ces menées dans un jour frappant
, fomme la Chambre de lui répondre , s'il
a jamais exifté trait de Machiavéliſme , trahison
connue , fraude Italienne , conduite de fangfroid
, qui put foutenir le parallele avec la dégoûtante
hypocrifie & la baffeffe incroyable
montrée par M. Haftings en cette occafion .
La fin à l'ordinaire prochain.
FRANCE.
De Verfailles , le 13 Mars,
LE Comte François de Touftain - Viray ,
le Marquis de Broffarde & le Vicomte de
Vieménil , qui avoient eu l'honneur d'être
( 179 )
"
préfentés au Roi , ont eu , le 6 de ce mois,
celui de monter dans les voitures de S. M.
& de la fuivre à la chaffe .
En annonçant dans ce Journal les per
fonnes qui eurent cet honneur , le 19 du
mois dernier , il s'eft glifié une erreur de
nom, il faut lire le Chevalier de Châteaubriand
, & non de Châteaubrillant.
Le 11 , Leurs Majeftés & la Famille
Royale , ont figné le contrat de mariage du
Comte de Vintimille- Lalcaris , Meftre- de-
Camp , Lieutenant Commandant du Régiment
Royal Italien , avec demoifelle de
Reghat ; celui du Comte de Monet , Capitaine
au Régiment de Segur , Dragons ,
avec demoiſelle de Maupas ; & celui du
Comte de Vaudegre , avec demoiſelle de
Boiffeulh.
Le même jour, la Comteffe Augufte de
Lamberty , la Marquife de Marconnay &
la Marquife Candide de Sinéty , ont eu
l'honneur d'être préfentées à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale , la premiere par la
Vicomteffe de Lamberty , la feconde par la
Comteffe de Marconnay , & la troisieme
par la Marquife de Sinéty.
Ce jour , le fieur de Veimerange , Intendant
des Poftes , Relais & Meffageries de
France, partant , par ordre du Duc de Polignac
, Directeur- général des Poftes , pour
aller vifiter une partie des établiffemens des
Poftes du Royaume , a eu l'honneur de
b 6
( 180 )
prendre congé de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale.
Le 12 de ce mois , Monfieur & Monſeigneur
Comte d'Artois fe font rendus en
cerémonie à l'affemblée des Notables , à
l'heure indiquée par le Roi. Les Princes du
Sang s'y font également rendus chacun de
leur côté.
De Paris , le 21 Mars.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 27
Janvier 1787 , qui ordonne que celui du
29 Mai 1691 , fera exécuté , & qu'en conféquence
les Infpecteurs des Manufactures
de toutes les Provinces & Généralités du
Royaume , auront entrée , féance & voix
délibérative en toutes les affemblées concernant
lefdites Manufactures , tant en jugement
que dehors ; à la charge par eux ,
fi fait n'a été , de prêter ferment par - devant
les Juges des Manufactures.
Lettres Patentes du Roi , du S5 Février
1787 , portant défenfes d'introduire dans
les Vins , Cidres & autres boiffons que'conques
, la Cérufe , la Litharge , ou toutes autres
préparations de plomb ou de Cuivre.
Lettres Patentes du Roi , du 27 Novembre
1786 , qui en exécution de l'Edit du
mois de Novembre 1720 , portant union
du Comté de Bar fur- Seine aux Etats de
Bourgogne , ordonne que les droits d'Aides
perçus jufqu'à préfent dans ledit Comté ,
( 181 )
I
demeureront fupprimés , à compter du 1
Janvier 1788 , en payant par les Etats l'indemnité
fixée par lefdites Lettres patentes.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 12
Janvier 1787 , qui défend à tous Cardeurs ,
Fileufes & autres Ouvriers , de fe fervir
pour le cardage & la filature du coton , des
mêmes outils que pour le cardage & la filature
de la Laine.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 18
Janvier 1787 , qui permet l'entrée de huit
mille pieces Mouffelines rayées , cadrillées
& brochées , provenant du commerce François
dans l'Inde ; & permet de les débiter
dans le Royaume , jufqu'au 1 Janvier 1788.
Les lettres de Lisbonne portent que le
vaiffeau de la Compagnie des Indes le Calonne
, qui revenoit en France avec une cargaifon
de café de Mocka , a péri corps &
biens fur la côte de Portugal . On eft parvenu
cependant à fauver 37 perfonnes de
l'équipage .
Le 29 Novembre dernier , dit le Réda&eur
du Journal de Saintonge , plufieurs Gentilshommes
des environs de Cognac , ont tué un fanglier
d'une énorme grandeur. Cet animal avoit
I tête extrêmement allongée , le grouin trèspointu
, la gueule armée de défenfes d'une forme'
extraordinaire , les foies du corps blanches
celle de la tête de couleur fauve , le cou garni
d'une bande ' noire en forme de cravatte ,
l'oreille droite & large , & ( ce qui doit pareître
furprenant eu égard à fa grofleur ) , il
étoit d'une agilité peu coramune .
( 182 )
*
En 1783 , les ravages affreux qu'il commettoit
'dans le parc de Cognac , & même dans les fauxbourgs
de cette Ville , attirerent plufieurs Gentilshommes
des Provinces de Saintonge & d'Angoumois
, qui s'affemblerent le 12 Juin de la
même année pour le chaffer. Ils l'attaquerent
dans le parc , où il s'arrêta plufieurs fois pour
faite tête aux chiens , & en tua & bleffa plufieurs :
les chaffeurs craignant pour le refte de leur meute
, furent obligés de l'abandonner , après lui
avoir tiré plufieurs coups de fufil à bout tou¬
chant.
En Août 1784 , plufieurs gentilshommes recommencerent
leur chaffe , d'après le bruit qui
fe répandit qu'aucun payfan n'ofoit aller travailler
dans le parc de Cognac , dans la crainte d'être
bleffé par ce féroce animal. Ils l'attaquerent
avec auffi peu de fuccès que la premiere fois
& fe retirerent avec perte de plufieurs de leurs
chiens.
Le 28 Janvier 1785 , ils revinrent encore à la
charge , & le pourfuivirent avec vigueur pendant
fix heures , non fans beaucoup de peine étant toujours
obligés de fe tenir dans les forts les plus
épais , & dans les lieux inacceffibles ; après avoir
mis tous les chiens hors de combat , le terrible
fanglier , écumant de rage , s'élança fur l'un des
chaffeurs qui le pourfuvoit de très - près , le renverfa
& bleffa fon cheval , & de là s'élança
comme un trait dans la riviere de Charente
qu'il paffa deux fois à la nage, quoiqu'il eût
reçu dix-fept coups de fufils chargés à balles &
à lingots , & tirés ea partie à bout portant , il
fe réfugia dans des crevaffes de rochers efcarpés
, où il avoit vraiſemblablement fon repaire.
Enfin , le 28 Novembre 1786 , cet animal
( 183 )
indomptable ayant été pourfuivi pendant fept
heures par plus de foixante payfans , qui lui tirerent
au moins quatre-vingt coups de fufils
bout touchant , fans pouvoir tui faire la moindre
bleffure , fe jetta fur Pun d'eux , le terraffa , le
foula aux pieds pendant une demi-heure , & luž
dévora un bras & une partie du visage , fans que
les coups qu'on lui tiroit puffent le faire retirer ;
enfuite il paffa la riviere de l'Anteine . Le lendemain
quatre Gentilshommes fe mirent à fes
trouffes , & le chafferenr pendant deux heures
il traverfa l'étang de Salançon quatre fois de
fuite en fortant de l'eau , il voulut fe jetter fur
l'un des chaffeurs , Officier au Régiment du Perche
; ce jeune militaire , âgé de 17 ans , lui tira
un coup de fufil fi jufte , qu'il le fit tomber
roide mort , avec une feule balle. On trouva
entre la peau & la chair , beaucoup de balles anciennes
& nouvelles qui n'avoient pu pénétrer
plus avant.
9
On mande qu'un Jeune Homme de la
paroiffe de Vieuxpont , à une lieue de St-
Pierre-fur- Dives , la veille de fes accords
avec une fille d'une paroiffe voifine , fut
rencontré , fur les dix à onze heures du foir ,
par deux hommes qui l'affommerent à coups
de bâton , & l'ayant étourdi le porterent à
quelque diftance , fur le bord d'une grande
mare où ils déboutonnerent fon gilet , &
lui enfoncerent un couteau dans le côté.
Dans cet état ils le jetterent au milieu de
la mare, où il reprit l'ufage de fes fens , à
caufe de la grande fraîcheur , qui fervit en
même temps à arrêter fon fang. Il parvine
néanmoins à le traîner chez lui , où on l'a
( 184 )
traité . Cet événement recula le mariage ; il
fut de nouveau fixé au 6 de Février. Lorfqu'on
eft allé pour éveiller l'époux , on l'a
trouvé dans fon lit fans connoiffance : revenu
à lui , il s'eft bien porté le refte du
jour , & la cérémonie a été remiſe au Jeudi
fuivant ; ce jour là tous les convives étant
prêts à fortir avec lui , il eft retombé fans
connoiffance , & eft dangereufement malade
. On n'a pu découvrir les aſſaſſins.
On nous écrit d Exideuil , que le 21 Février
dernier , fur les dix heures du matin ,
un Manoeuvre occupé à défaire la couverture
d'une tour , tomba d'environ 500 pieds
de hauteur , fans fe faire d'autre mal que
d'avoir la machoire légerement fracaffée; il
a continué à travailler dès le lendemain.
On nous adreffe de Normandie les obfervations
fuivantes fur la difette des pommes,
dont on s'eft plaint depuis deux ans ;
& nous laiffons aux Agriculteurs expérimentés
à décider de la jufteffe de ces remarques .
On a remarqué , dit l'auteur , que les cimetieres
plantés en pommiers ont produit avec abondance
, lorsque les autres plans , après avoir
donné les plus grandes efpérances , font demeurés
ftériles. On s'eft demandé pourquoi la chenille
avoit rongé ces derniers lorfqu'elle n'a ofe
attaquer les premiers. On s'en eft pris enfuite
aux brouillards qui ont brûlé le bouton.
Je vais tâcher de répondre à ces remarques.
Quant aux brouillards , je pense qu'ils pour
roient avoir une certaine influence fur les pommiers
; mais je ne crois pas que dès que la fleur
( 185 )
s'eft montrée , ils puiffent être caufe d'un dommage
général d'ailleurs pourquoi les cimetieres
feroient- ils exempts de fes brouillards ? Au contraire
la plupart y font plus expofés que le reſte
des plans . Mais ce que j'ai remarqué qui peut
en être la vraie caufe , c'eſt la Chenille .
Les pommiers , notamment l'année derniere ,
ont produit des fleurs en quantité , & promettoient
une récolte abondante ju qu'à la naiſſance
de la chenille ; dès qu'elle a paru , les espérances
fe font évanouies ; les cimetieres feuls en
ont été préservés .
On peut remarquer que le papillon s'attache
peu aux arbres qui croiffent dans des lieux méphytiques
; il choifit au contraire ceux expofés
en bon air pour y déposer les oeufs qui , l'année
fuivante , produiront les chenilles qui dépouillent
les pommiers de leurs feuilles . Ces feuilles
une fois tombées , le bouton eft exposé aux intempéries
de l'air , à l'humidité , aux brouillards
& même à la trop grande chaleur du foleil. II
n'eft donc pas étonnant qu'il n'y ait point de
fruits , & que les cimetieres étant des lieux méphitiques
, que la chenille fuit , en aient produit
beaucoup , puifque dans un feul , médio .
crement vafte , les pommes ont été vendues
800 liv .
Quel est donc le moyen de parer à ces in
convéniens ? Le méphitifme des cimetieres femble
me le fournir. Ce feroit donc de faire des
fumigations de mauvaiſes herbes , où l'on pourroit
encore mêler du fouffre , de la réfine &
autres chofes de cette nature ; il eft bon de re .
marquer que cette fumigation doit fe faire vers
la chûte des fleurs ; tems , où les oeufs de chenilles
font nouvellement éclos. Cette odeur forte
enyvre la jeune chenille ; elle tombe & meurt dans
fon yvreffe.
t
( 188 )
Je crois que ce moyen fimple pourroit réuffir
aux laboureurs intéreſſés à faire revivre une boif
fon fi néceffaire & fi précieule dans cette province.
L'Abbé de M. S. D. du M....
Curé d'Aumeville , au diocèfe de
Coutances , abonné.
Dans la Séance publique que l'Acadé
» mie Royale des Sciences & Belles Lettres
» de Caen a tenue le 11 Janvier dernier , le
» fieur de la Ville , Avocat , a lu fon Dif-
» cours de réception , fur la Mendicité.
ל כ
Le fieur Ballias de Laubarede , Commif-
» faire des guerres , au département de
» Caen , a prononcé enfuite un Difcours
fur les Voyages des Souverains. Ha rap-
» pellé le voyage que S. M. a fait l'an der-
» nier dans la province de Normandie.
>> La Séance a été terminée par la lecture
›› d'une Ode fur l'Automne , du fieur le Gay,
» Avocat à Arras , Affocié de l'Académie.
La Société Royale d'Agriculture de Lyon
a tenu , les de Janvier , fon Affemblée puolique
dans la grande Salle de l'Hôtel de
l'Intendance .
M. Baffet , Lieutenant- Général de Police , &
Directeur , a rendu compte des travaux de la
Société durant l'année précédente .
Il a annoncé qu'elle avoit adjugé le prix qu'elle
avoit propofé fur le rouiffage du chanvre à M.
J'Abbé Rozier , un de fes affociés , & l'acceffit à
M. Prozet , Maître en pharmacie à Orléans.
La féance a été remplie par un mémoire de
M. Rolland de la Platiere fur la culture de la
France , comparée à celle de l'Angleterre.
7187 )
M. Gilibert a fait la lecture d'un mémoire fur
l'économie rurile de la Lithuanie.
M. Willermoz, ceile du mémoire fur les boiffons
qui peuvent fuppléer le vin.
M. Rieuffec a terminé la féance par un difcours
fur les caufes de la dégradation de l'agriculture
, & les moyens d'y remédier.
La Société propofe de nouveau & pour la der
niere fois , la question :
Trouver le moyen d'augmenter environ un tiers ,
au thermometre de Réaumur , la chaleur d'un appar
tement , produite par une cheminée ou par un poële ,
en ne confommant que la même quantité de bois.
Le prix , par le zele généreux d'un des membres
de la fociété , fera double , de 600 liv .
La Société propofe encore pour ſujet d'un
prix à décerner en 1788 les deux questions fuivantes
:
1º. Efl - il avantageux ou non de foutirer les
vins ?
2º. Dans le cas de l'affirmative , quand & comment
doit on les foutirer , pour ne pas nuire à leurs
principesa leurs qualités ?
Elle n'admettra au concours que les Mémoires
qui lui feront envoyés avant le premier mai
1788 .
Ils feront adreffes , francs de port , à M. l'ABBÉ
DE VITRY , Secrétaire perpétuel de la Société
royale d'Agriculture , rue St. Dominique , à Lyon
ou envoyésfous l'enveloppe de M TERRAY , Intendant
de la même ville .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 76 , 68 , 63 , 17 & 39.
( 188 )
PAY S - B A S.
De Bruxelles , le 16 Mars.
L'Empereur a nommé le Comte de Mérode
, fon Miniftre plénipotentiaire près
LL. HH. PP. les Etats Généraux . La Famille
de M. de Mérode en a témoigné fa
joie & fes remerciemens à LL. AA. RR.
nos féréniffimies Gouverneurs , dans une
Audience qu'ils lui ont accordée à ce fujer.
Parag. extraits des Pap. Angl. & autres .
L'on arme actuellement à Cadix une Efcadre
de fept Vaiffeaux de guerre de 64 canons , qui
fera commandée par Don Jofeph Solano , Marquis
del Socorro. L'on ignore abfolument la deftination
de cet armement ; mais cette incertitude
ne donne que d'autaut plus lieu à des conjectures
de tout genre. L'on penfe affez communément
qu'il s'agit de s'oppofer aux tentatives , que pourroit
faire la Compagnie Hollandoife des Indes..
pour empêcher le Commerce de la nouvelle
Compagnie des Philippines , en attaquant fes
Vaiffeaux de retour de l'Inde. Mais cette opinion
, quoique la plus généralement répandue
, n'eft pas celle à laquelle des perfonnes inftruites
s'arrêtent un feul inftant . Il feroit peutêtre
plus raisonnable de croire , que notre Cour
veut maintenir la liberté de la Méditerranée , &
éloigner la guerre de fes parages , fur-tout après
les liaifons qu'elle vient de contracter avec la
Porte ; mais le plus für eft de s'en tenir à l'idée ,
que ces forces ne font deftinées qu'à former une
Eſcadre d'évolution , & que notre Gouvernement
n'a d'autre deffein que d'exercer fes Marins .
( Gazette de Leyde , N2 . XX ) .
( 189 )
On apprend que 'l'Empereur de Maroc attend
une réponſe cathégorique fur la demande que Sa
dite Majefté a fait faire par le canal de la Cour
d'Espagne à la Religion de Malthe , favoir fi elle
préfére de conclure une paix forinelle , ou d'être
fur le pied d'hoftilités ouvertes . Comme il eft à
préfumer que les Malthois choifiront le dernier
parti , l'Empereur Marocain a pris les mesures ,
& a envoyé un de les Secrétaires comme Miniftre
à Gibraltar , pour demander au Gouvernement
Anglois fix Navires de guerre , favoir , deux de
50 canons , deux de 60 , & deux de 70 , à louer
pour un temps non fixé , offrant 150 mille Piaf
tres la premiere année , favoir , 100 mille Piaftres
par anticipation comptant , & 50 mille en
droits fur des provifions fraîches que la Nation
Angloife aura droit d'embarquer à Tetuan . Le
Miniftre de l'Empereur doit attendre la réponſe
à Gibraltar , & c'eft la Frégate l'Orphée qui a
été chargée d'en porter les dépêches à Londres.
(Gazette de la Haye , N°. XXXI ) .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS. GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le Marquis de Cabris & la dame de Lombard
fa mere.
Demande en interdiction; curatelle accordée à l'époufe
de l'interdit.
La caufe du Marquis & de la Marquise de
Cabris a occupé trop long - temps les Tribunaux
de la Provence , du Confeil du Roi & ceux de la
Capitale , pour n'ètre
On le rap
pas connue.
pelle fans doute , que la famille du Marquis de
Cabris avoit fait prononcer fon interdiction en
1777 , au Parlement d'Aix , & fait déférer la
tutelle de l'enfant , & la curatelle de l'interdit
à la Marquise de Gabris , fon épouse , alors détenue
par lettre de cachet dans un Couvent ; on
( 190 )
fe rappelle auffi qu'elle publia en 1779 , un
Mémoire , dans lequel M. de Lacroix , alors fon
Défenseur , fi connu par nombre de Mémoires
fi intéreffans , la juftifia pleinement des torts
qui lui étoient imputés ; qu'ayant recouvré la
liberté , elle attaqua au Confeil du Roi l'Arrêt
du Parlement d'Aix qui fut caffé , & qu'elle
obtint provifoirement la faculté de donner fes
foins à fon mari & à ſa fille , qui furent remis
fous fon empire. Cette affaire portée depuis au
Châtelet , ce Tribunal prononça l'interdiction ,
dont le Marquis de Cabris a interjetté appel en
la Cour , où la caufe s'eft partagée en trois róles.
M. de Seze défendoit à l'interdiction , M.
Duveyrier plaidoit pour la Marquiſe , qui demandoit
à être chargée de la curatelle , dans le
cas où fon mari feroit interdit , & la demoifelle
de Cabris , défendue par M. Blondel , réclamoit
pour elle la tutelle de la mere. Pour entendre
l'exorde du Plaidoier de M. de Seze , que
nous allons citer , il faut favoir que M. de Seze ,
après avoir occupé une des premieres places du
Barreau de Bordeaux , n'a pu réſiſter à cet attrait
qui attire les talens dans la Capitale . Se féparant
en quelque forte d'une réputation faite ,
il est venu s'en former une au Barreau de Paris.
Voici comment il a exprimé ces idées devanc
les Juges de la Grand Chambre qui l'entendoient
pour la premiere fois.
» Une conteftation où s'agitent les intérêts
les plus importans , & qui s'eft élevée dans une
»Province étrangere à votre reffort , fe trouve
aujourd'hui vous avoir pour Juges : c'eft mê-
Some à vous , Meffieurs , c'eſt à votre juftice
» qu'est réservé l'avantage fi précieux pour des
» Magiftrats , de terminer les longues difcordes
5 que cette conteſtation a fait naître , & qui
191 )
.33
» ont féparé des familles que la nature avoit
rapprochées. Vous avez à prononcer tout- à- la
» fois fur l'état d'un citoyen recommandable par
fa naiffance , par fa jeuneffe & par fes mal-
» heurs , fur le fort d'une femme qui lutte de
puis 9 ans , & avec un courage bien rare ,
contre les efforts combinés du crédit & fur la
» deſtinée d'un enfant à qui on veut enlever fon
pere par une interdi&ion honteufe ; fa mere >
par une féparation forcée , & qu'on veut réduire
à n'avoir déformais pour appui , au milieu
de fes infortunés domeftiques , que des
étrangers. Tous ces différens intérêts , Mef-
» fieurs , ont été déja vivement diſcutés dans un
» des Parlemens du Royaume ; mais les juge-
» mens qui ont été rendus par ce Tribanal ne
,ככ
-
fubfiftent plus . L'erreur s'étoit affife parmi les
» Juges, & l'intention qu'ils avoient d'être
»juftes a été trompée. Heureufement , Mef-
>> fieurs , que le Souverain allant lui même audevant
des plaintes qui s'étoient élevées jufqu'à
fon trône , a voulu que cette grande
difcuffion fût de nouveau approfondie en
» votre préfence , & reçût de vous une décifion
>> folemnelle , C'eft ainfi , Meffieurs , que
d'un bout de la France à l'autre , toutes les
>>Provinces font forcées de devenir , pour
» ainfi dire , les tributaires de votre raison , & que
» ce qui ne vous appartient pas par droit de puiffance
, femble vous appartenir encore par
droit de fageffe . -Moi-même , Meffieurs,
» qui puis enfin vous rendre un hommage public,
j'oferois vous dire que je fuis auffi une preuve
» de l'empire de votre renommée. Le hafard qui
difpofe à fon gré de la deſtinée des hommes
» m'avoit fait naître dans une Province éloignée
de cette Capitale, Le defir de jouir du fpec
-39
}
( 192 )
tacle augufte que vous offrez à l'Europe , &
5) dont les Souverains eux-mêmes ont ambition.
→ né d'être les témoins , m'a arraché à ma patrie
, pour choisir la vôtre ; heureux , fi me li
» vrant aujourd'hui à une fatisfaction que j'avois
» fi vivement recherchée , je puis eſpérer d'ob-
» tenir de vous la confiance que vous n'avez jamais
refufée au zele , & l'eftime que vous de-
5 vez aux efforts qu'on fait pour la mériter » .
Après ce début , M. de Suze paffe au récit des
faits & à la difcuffion des moyens.
-
à
Cette affaire a été enfin terminée par un Arrêt
du 6 Septembre 1786 , qui , en prononçant
l'interdiction du Marquis de Cabris , conferve à
la Marquise de Cabris la faculté qu'elle avoit
obtenue au Confeil du Roi ordonne qu'il fera
convoqué , en prefence d'un Confeiller- Comm: ffaire
de la Cour , uue affemblée de famille ,
l'effet de nommer un curateur onéraire , pour y
gérer les biens & percevoir les revenus du Marquis
de Cabris ; il fera également convoqué une
nouvelle affemblée de famille pour agréer ou rejetter
le parti qui fera propofé . On voit qu'à
l'interdiction près , prononcée contre le Marquis
de Cabris , l'Arrêt à accordé à la Marquise de
Cabris tout ce qu'elle pouvoit demander. Il a
jugé d'ailleurs une queftion infiniment impor
tante pour les pays de droit écrit , c'eft que la
femme peut être curatrice de fon mari en démence
, & on trouvera à cet égard dans la replique
de M. Seze une difcuffion qui développe
parfaitement l'efprit des Loix Romaines fur cet
objet . Nous ne devons pas omettre , en terminant
cet article , que l'Archiduc & l'Archiducheffe
ont honoré de leur préfence une des
Audiences de la caufe , & que Mrs. Blondel &
Duveyrier ont eu l'avantage de les compli
menter.
--
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TUR QUI E.
De Conftantinople , le 16 Février.
UN
N Courrier , arrivé d'Egypte le 26
Janvier , nous a appris que le Capitan-
Pacha a forcé les Beys rébelles à fe retirer
vers la haute Egypte , avec une perte de
1700 hommes . On continue de charger des
munitions de guerre pour les tranſporter à
Alexandrie.
L'Ambaffadeur de Ruffie a notifié aux
Miniftres de la Porte Ottomanne le voyage
de l'Impératrice à Cherfon : il leur a fait
part en même temps , que S. M. I. avoit
permis au Chan Sahim Gueray de fe rendre
dans fa patrie , & que S. M. eſpéroit que
l'on n'y entreprendroit rien contre la vie de
ce Prince.
Le nouvel Envoié du Roi de Pruffe a
reçu les mêmes honneurs que l'on eft dans
l'ufage d'accorder aux Miniftres de la Cour
de Vienne.
N°. 13 , 31 Mars 1787.
i
( 194 )
L'ex Hofpodar de la Moldavie , Alexandre
Mauro Cordato , s'eſt ſauvé de Jaffy ,
dans la nuit du 7 de ce mois . Un de fes
Gentilshommes , deux Ecuyers , plufieurs
domestiques & 12 Arnautes l'ont accompagné.
On prélume qu'il a dirigé fa route vers
Mohilof. Auffi - tôt qu'on s'eft appercu de
fa fuite , on a tae partir des émiſſaires de
tous les côtés pour le rejoindre & le conduire
à Jaffy.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 13 Mars. * .
La Ducheffe douairiere de Holftein OFdenbourg
, Ulrique - Frédérique - Guillelmine
, née Princeffe de Heffe Caffel , eft morte à
Eutin , le 28 Février , dans la 65 ° . année de
fon âge.
Suivant des lettres de Pétersbourg le feu
ayant pris dans un grand magafin de cette
Capitale , le 9 du mois dernier, une immenfe
quantité de marchandifes , telles qu'eauxde
- vie , fel , chaux , &c. font devenues la
proie des flammes . Heureufement ce magafin
fe trouvoit fur une place ifolée .
De Berlin , le 12 Mars.
Les changemens qu'a fubi l'Adminiſtration
de l'Accife ont donné lieu à divers
écrits peu mefurés , dont l'intérêt personnel
femble avoir été le principal motif. H
faut que ces pamphlets aient été bien re(
195 )
préhensibles , puifque nonobftant la trèsgrande
liberté décrire ici fur les matieres
d'adminiftration , le Roi a écrit à M. d'Anieres
, fon Procureur Général , le bilet fuivant
:
Amé & féal. « Je vous envoie ci - joint un
libelle diffamatoire , répandu par des mal- intentionnés
dans la Capitale , contre la nouvelle adminiſtration
du tabac ; lequel libelle , fous l'apparence
d'un feint langage patriotique , tend
visiblement à expofer dans un faux jour mes
intentions paternelles pour mes fideles fu ets
& à rendre odieux les nouveaux Officiers prépofés
à ladite adminiftration . Je regarderoisavec
indifférence ces fatyres ridicules & infenfées
, fi elles portoient directement fur ma perfonne
; mais , comme je fuis jaloux de l'amour
que mes fideles fujets me témoignent , & qu'il
m'importe que certaines gens mal - avifés , de
quelle claffe ou de quel rang qu'ils puiffent
être , foient empêchés de répandre , par une
baffe & noire envie , leurs cenfures envenimées ,
je vous ordonne de faire les recherches les plus
rigoureufes contre le miférable auteur de cet
écrit , contre fes complices , & contre les Libraires
qui peuvent avoir favorifé fa pub'ication
; & d'en faire une punition exemplaire ,
conformément à toute la rigueur des loix , & ,
afin de prévenir les défordres ultérieurs de ce
genre , vous ferez parvenir le préſent ordre à
la connoiffance du Public ».
Signé , FREDERIC- GUILLAUME.
Donné à Berlin le 5 Mars 1737.
A la fuite des particularités concernant la
derniere année du feu Roi de Prufe , M. le
Comte de Hertzberg a placé dans fon dif
i 2
( 196 )
cous un tableau général de la vie publique
de ce Monarque , tableau doublement intéreffant
par celui qui en eft l'objet & par la
main qui l'a tacé. Nous fufpendons pour
l'infant de rapporter ce morceau qui indique
plufieurs faits importans & inconnus
jufqu'ici , afin de tranſcrire l'Avant- Propos
de l'Ouvrage pofthume de Frédéric II , intitulé
Hiftoire de mon temps . Cette Préface
finguliere & piquante avoit été d'abord
compofée par le Roi en 1746 ; il la retoucha
& l'augmenta en 1775 ; & voici cette
derniere verfion complette , telle que M. de
Hertzberg l'a imprimée à la fin de fon Mémoire.
HISTOIRE DE MON TEMPS.
AVANT- PROPOS.
La plupart des hiftoires que nous avons font
des compilations de menfonges , mêlés de quel-·
ques vérités. De ce nombre prodigieux de faits
qui nous ont été tranſmis , on ne peut compter
pour avérés que ceux qui ont fait époque
, foit de l'élévation ou de la chûte des Empires
. Il paroît indubitable que la bataille de
Salamine s'eft donnée , & que les Perfes ont été
vaincus par les Grecs. Il n'y a aucun doute
qu Alexandre le Grand n'ait fubjugué l'Empire
de D rius , que les Romains n'aient vaincu les
Carthaginois , Antiochus & Perfée. Cela e
d'autant plus évident , qu'ils ont poffédé tous
ces Etats. L'hiftoire acquiert plus de foi dans ce
qu'elle rapporte des guerres civiles de Marius &
de Sylla , de Pompée & de Céfar , d'Augufte &
d'Antoine , par l'authenticité des Auteurs con
( 197 )
temporains qui nous ont décrit ces événemens.
On n'a point de doute fur le bouleversement de
l'Empire d'Occident & fur celui d'Orient , car
on voit naître & fe former des Royaumes du
démembrement de l'Empire Romain ; mais lorfque
la curiofité nous invite à deſcendre dans le
détail des faits de ces tems reculés , nous nous
précipicons dans un labyrinthe plein d'obfcurités
& de contradictions , & nous n'avons point de
fil pour en trouver l'iffue. L'amour du merveilleux
, les préjugés des historiens , le zele mat
entendu pour leur patrie , leur haine pour les
nations qui leur étoient oppofées , toutes ces
différentes paffions , qui ont guidé leur plume ,
& les tems de beaucoup poftérieurs aux évé -1
nemens où ils ont écrit , ont fi fort altéré lès
faits en les déguifant , qu'avec des yeux de lynx .
même , on ne parviendroit pas à les dévoiler à
préfent.
"
Cependant dans la foule d'Auteurs de l'antiquité
, l'on diftingue avec fatisfaction la defcription
que Xenophon fait de la retraite des dixmille
qu'il avoit commandés & ramenés luid
même en Grèce . Thucydide jouit à - peu- près des
mêmes avantages. Nous fommes charmés de
trouver dans les fragmens qui nous reflent de
Polybe , l'ami & le compagnon de Scipion
l'Africain , les faits qu'il nous raconté dont luimême
a été le témoin. Les lettres de Cicéron , à
fon ami Atticus , portent le même caractere
c'eft un des acteurs de ces grandes fcenes qui
parle. Je n'oublierai point les Commentaires de
Céfar , écrits avec la noble fimplicité d'un grand
homme , & quoiqu'en ait dit Hirius , les relations
des hiftoriens font en tout conformes aux
événemens décrits dans ces Commentaires ; mais
depuis, Céfar , l'hiftoire ne contient que des pa
>
i 3
( 198 )
negyriques ou des fatyres. La barbarie des tems
fuivans a fait un chaos de l'hiftoire du Bas - Empire
; & l'on ne trouve d'intéreſlant que les mémoires
écrits par la fille de l'Empereur Alexis
Commène , parce que cette Princeffe rapporte ce
qu'elle a vu. Depuis , les Moines , qui feuls
avoient quelques connoillances , ont laiffé des
Annales trouvées dans leurs couvents`, qui ont
fervi à l'hiftoire d'Allemagne ; mais quels matériaux
pour l'hiftoire ! Les François ont eu un
Evêque de Tours , un Joinville , & le Journal
de l'Etoile , foibles ouvrages de compilateurs
qui écrivcient ce qu'ils apprenoient au hafard ;
mais qui difficilement pouvoient être bien inf
truits. Depuis la r , naiffance des lettres , la paffon
d'écrire s'eft changée en fureur . Nous n'avons
que trop de Mémoires , d'Anecdotes & de
relations , parmi lesquels il faut s'en tenir au
petit nombre d'Auteurs qui ont eu des charges ,
qui ont été eux mêmes accurs , qui ont été attachés
à la Cour , ou qui ont eu la permiflion des
Souverains de fouiller dans les archives , tels
que le fage Président de Thou , Philpre de
Comines , Vergas , Fifcal du Concile de Trente,
Mademoifelle d'Orléans , le Cardinal de Rerz, & c.
ajoutons-y les Lettres de M. d'Eftrades , les Mémoires
de M. de Torcy, monumens curieux , furtout
ce dernier, qui nous développe la vérité.
de ce teftament de Charles 11 , Roi d'Espagne ,
fur lequel les fen imens ont été fi partagés.
Ces réflexions fur l'incertitude de l'hiſtoire
dont je me fuis fouvent occupé , m'ont fait naître
l'idée de tranfmettre à la poftérité les faits principaux
auxquels j'ai eu part , ou dont j'ai été
témoin , afin que ceux qui à l'avenir gouverneront
cet Etat, puiffent connoître la vraie fituation
des chofes , lorfque je parvins à la Régence , ~
( 199 )
les caufes qui m'ont fait agir , mes moyens ,
les trames de nos ennemis , les négociations , les
guerres , & fur- tout les belles actions de nos Officiers
, par lefquelles ils fe font acquis l'immortalité
à jufte titre.
Depuis les révolutions qui bouleverferent
premiérement l'Empire d'Occident , enfuite
celui d'Orient , depuis les fuccès immenfes de
Charlemagne , depuis l'époque brillante du regne
de Charles - Quint ; après les troubles que la réforme
caufa en Allemagne , & qui durerent
trente années , enfin après la guerre qui s'alluma
à caufe de la fucceffion d'Efpagne , il n'eft
aucun événement plus remarquable & plus intéreffant
que celui que produifit la mort de l'Empereur
Charice VI , dernier mâie de la maifon
de Habsbourg.
La Cour de Vienne fe vit attaquée par un
Prince auquel elle ne pouvoit fuppofer affez de
force pour tenter une entreprife auffi difficile .
Bientôt il fe forma un conjuration de Rois &
de Souverains , tous réfolus à partager cette immenfe
fucceffion. La Couronne Impériale paffa
dans la maifon de Baviere , & lorsqu'il fembloit
que les événemens concouroient à la ruine de
la jeune Reine de Hongrie , cette Princeffe , par
fa fermeté & par fon habileté , fe tira d'un pas
auffi dangereux , & foutint la Monarchie en facrifiant
la Siléfie , & une petite part du Milanois
: c'étoit tout ce qu'on pouvoit attendre d'une
jeune Princeffe , qui à peine parvenue au trône
faifit l'efprit du Gouvernement & devint l'ame
de fon Confeil.
Cet Ouvrage ci étant deftiné pour la poftérité,
me delivre de la gêne de refpe&ter les vivans , &
d'obferver de certains ménagemens incompasibles
avec la franchiſe de la vérité : il me fera
i 4
( 200 )
permis de dire fans retenue & tout haut ce que
Pon penfe tout bas. Je peindrai les Princes tels .
qu'ils font , fans prévention pour ceux qui ont
été mes alliés , & fans haine pour ceux qui ont
été mes ennemis ; je ne parlerai de moi -même
que lorsque la néceffité m'y obligera , & l'on me
permettra , à l'exemple de Céfar , de fairemention
de ce qui me regarde en perfonne tierce
pour éviter l'odieux de l'égoïfme . C'eft à la poftérité
à nous juger ; mais fi nous fommes fages ,
nous devons la prévenir , en nous jugeant rigoureufement
nous-mêmes. Le vrai mérite d'un
bon Prince eft d'avoir un attachement fincere au
bien public , d'aimer la patrie & la gloire je dis
la gloire ; car l'heureux instinct qui anime les
hommes du defir d'ane bonne réputation , eft le
vrai principe des actions héroïques : c'est le nerf
de l'ame , qui la réveille de fa léthargie , pour
la porter aux entrepriſes utiles , néceffaires &
louables.
Tout ce qu'on avance dans ces Mémoires
foit à l'égard des négociations , des lettres de
Souverains ou de traités fignés , a les preuves
confervées dans les archives. On peut répondre,
des faits militaires comme témoin oculaire ;
telle relation de bataille a été différée de deux
ou trois jours, pour la rendre plus exacte & plus
véridique.
La postérité verra peut- être avec fur prife dans
ces Mémoires les récits de traités faits & rompus.
Quoique ces exemples foient communs , cela
ne juftifieroit point l'Auteur de cet Ouvrage ,
s'il n'avoit d'autres raiſons meilleures pour excufer
fa conduite.
L'intérêt de l'Etat doit fervir de regle aux Sou
verains. Les cas de rompre les alliances font
ceux , 1º . où l'allié manque à remplir fes en
( 201 )
gagemens ; 2° . où l'allié médite de vous tromper,
& où il ne vous refte de reſſource que de lé
prévenir ; 3. une force majeure qui vous opprime
& vous force à rompre vos traités ; 4º . enfin
l'infuffifance des moyens pour continuer la
guerre ; par je ne fais quelle fatalité ces
malheureufes richeffes influent fur tout ; les
Princes font les efclaves de leurs moyens , l'intérêt
de l'Etat lear fert de loi , & elle eft inviolable
. Si le Prince eft dans l'obligation de
facrifier la perfonne même au falut de fes fujets
, à plus fotte raifon doit - il leur facrifiet
des liaifons dont la continuation leur deviendroit
préjudiciable. Les exemples de pareils traités
rompus fe rencontrent communément ; notre
intention n'eft pas de les jufti fier tous ; j'ofe
pourtant avancer qu'il en eft de tels , que la
néceffité , ou la fagefle , la prudence , le
bien des peuples obligeoit de les tranfgreffer , ne
reftant aux Souverains que ce moyen là d'éviter
leur ruine. Si François I avoit accompli le
traité de Madrid , il auroit , en perdant la Bourgogne
, établi un ennemi dans le coeur de fes
Etats. C'étoit réduire la France dans l'état malheureux
où elle étoit du tems de Louis XI &
de Louis XII. Si après la bataille de Mühlberg
gignée par Charles Quint , la ligue proteftante
d'Allemagne ne s'étoit pas fortifiée de l'appui de
fa France , elle n'auroit pu éviter de porter les
chaînes que l'Empereur lui préparoit de longue
main. Si les Anglois n'avoient pas rompu l'alliance
fi contraire à leurs intérêts , par laquel'é
Charles II s'étoit uni avec Louis XIV , léut
puiffance couroit rifque d'être diminuée , d'autant
plus que , dans la balance politique de l'Europe ,
la France l'auroit emporté de beaucoup fut
PAngleterte . Les fages qui prévoient les effets
is
( 202 )
dans les caufes , doivent à tems s'oppofer à ces
caufes , fi diametralement oppofées à leurs intérêts
. Qu'on me permette de m'expliquer exac-
Lement fur cette matiere délicate , que l'on n'a
guere traitée dogmatiquement. Il me paroît clair
& évident qu'un particulier doit être attaché
fcrupuleusement à fa parole , l'eût- il même donnée
inconfidérément. Si on lui manque , il peut
recourir à la protection des loix , & quoi qu'il en
arrive , ce n'eft qu'un individu qui fouffre ; mais
à quels tribunaux un Souverain prendra-t-il recours
, fi un autre Prince viole envers lui fes engagemens
? La parole d'un particulier n'entraîne
que le malheur d'un feul homme , celle des
Souverains , des calamités générales pour des
nations entieres . Ceci fe réduit à cette queſtion :
vaut il mieux que le peuple périfle , ou que le
Prince rompe fon traité ? Quel feroit l'imbécile
qui balanceroit pour décider cette queftion ?
Vous voyez par les cas que nous vennos d'expofer
, qu'avant de porter un jugement décifif fur
les actions d'un Prince , il faut commencer par
examiner mûrement les circonftances our il s'eft
trouvé , la conduite de fes alliés , les reffources
qu'il peut avoir , ou qui lui manquoient pour
remplir fes engagemens. Car , comme nous
l'avons déja dit , le bon ou le mauvais état des
finances font comme le pouls des Etats , qui influent
plus qu'on ne le croit , ni qu'on ne le
fait , dans les opérations politiques & militaires .
Le public , qui ignore ces détails , ne juge que
fur les apparences , & fe trompera par conféquent
dans les décifions ; la prudence empêche
qu'on ne le défabuſe , parce que ce feroit le
comble de la démence d'ébruiter foi- même , par
une vaine gloire , la partie foible de l'Etat : les
ennemis charmés d'une pareille découverte ne
( 203 )
minqueroient pas d'en proficer. La fageffe exige
donc qu'on abandonne au public la liberté de fes
jugemens téméraires , & que ne pouvant fe juftifier
pendant fa vie , fans compromettre l'intérêt
de l'Etat , l'on fe contente de fe légitimer aux
yeux défintéreffés de la poftérité .
Peut-être ne fera- t -on pas fâché que j'ajoute
quelques réflexions générales à ce que je viens
de dire , fur les événemens qui font arrivés de
mon tenis. J'ai vu que les petits Etats peuvent
fe foutenir contre les plus grandes Monarchies ,
lorfque ces Etats ont de l'industrie & beaucoup
d'ordre dans leurs affaires. Je trouve que les
grands Empires ne vont que par des abus , qu'ils
font remplis de confufion , & qu'ils ne fe foutiennent
que par leurs vaftes reffources , & par
la force intrinfeque de leur maffe. Les intrigues
qui fe font dans ces Cours per roient des Princes
moins puiffans; elles nuifent toujours mais
elles n'empêchent pas que de nombreuſes armées
ne confervent leur poids . J'obſerve que toutes
les guerres portées loin des frontieres de ceux qui
les entreprennent n'ont pas le même fuccès que
celles qui fe font à portée de la patrie. Ne feroit-
ce pas par un fentiment naturel dans
P'homme , qui fent qu'il eft plus juſte de fe défendre
que de dépouiller fon voifin? Mais peut - être
la raifon phyfique l'emporte- t -elle fur la morale
, par la difficulté de pourvoir aux vivres
dans un trop grand éloignement de la frontiere ,
à fournir à tems les recrues les remontes
les habillemens , munitions de guerre .
Ajoutons encore que plus les troupes font aventurées
dans les pays lointains , plus elles craignent
qu'on ne leur coupe la retraite , ou qu'on ne la
leur rende difficile. Je m'apperçois de la fupério
rité marquée de la flotte Angloife fur celle des
??
i 6
( 204 )
François & des Espagnols réunie , & je m'←
tonne comment la m rine de Philippe II , ayant
eu autrefois un afcendant fur celle des Anglois
& des Hollandais , n'a pas confervé d'auffi grands
avantages. Je remarque encore avec furpriſe ,
que tous ces armemens de mer font plus pour
Poftentation que pour l'effet , & qu'au li u de
protéger le commerce , ils ne l'empêchent p :s
de fe dé rure. D'un côté le préfente le Roi d'Efpagne
, fouverain du Potofi , obéré en Europe ,
créancier à Madrid de fes Officiers & de les
domestiques ; de l'autre , le Roi d'Angleterre ,
qui répands à pleine mains fes guinées , que trente
ans d'induftrie avoient accumulées dans la
Grande Bretagne , pour foutenir la Reine de
Hongrie & la Pragmatique- Sanction , indépendamment
de quoi cette Reine de Hongrie eft
obligée de facrifier quelques Provinces pour fauver
le refte. La Capitale du monde chrétien
s'ouvre au premier venu , & le Pape n'ofant pas
accabler d'anathême ceux qui le font contribuer ,
eft obligé de les bénir. L'Italie eft inondée
d'étrangers qui fe battent pour la ſubjuguer.
L'exemple des Anglois entraîne comme un torrent
les Hollandois dans cette guerre qui leur
eft étrangere , & ces Républicains qui du tems
que des Héros , les Eugènes , les Marlborough
commandoient leurs armées , y envoyoient des
députés pour régler les opérations militaires ,
n'en envoient point lorfqu'un Duc de Cumber
fand fe trouve à la tête de leurs troupes . Le Nord
s'embrafe & produit une guerre funefte à la
Suede. Le Danemarck s'anime , s'agite & fe
calme. La Saxe change deux fois de parti ; elle ne
gagne rien ni avec les uns ni avec les autres ,
finon qu'elle attire les Pruffiens dans les Etats ,
& qu'elle fe ruine . Un conflit d'événemens change
( ,, ;
(( 2051).
les caufes de la guerre ; cependant les effets continuent
, quoique le motif ait ceffé . La fortuno
paffe rapidement d'un parti dans l'autre ; mais
l'ambition & le defir de la vengeance nourriffent
& entretiennent le feu de la guerre. Il femble
voir une partie de joueurs qui veulent avoir leut
revanche , & ne quittent le jeu qu'après s'être
ruiés entiérement. Si l'on demandoit à un Mis
niftre Anglois , quelle raifon vous oblige à prox
Jonger la guerre ? C'est que la France ne pourra
plus fournir aux frais de la campagne prochaine ,
répondroit-il . Si l'on faifoit la même question à
un Miniftre François , la riponfe feroit à peu
près femblable. Ce qu'il y a de déplorable dans
cette politique , c'eft qu'elle fe joue de la vie
des hommes , & que le fang humain répandu
avec profufion , l'eft inutilement. Encore fi par
la guerre on pouvoit parvenir à fixer folidement
les frontieres , & à maintenir cette balance dé
pouvoir fi néceffaire entre les Souverains de
l'Europe ; on pourroit regarder ceux qui ont
péri comme des victimes facrifiées à la tranquillité
& à la sûreté publique . Mais qu'on s'envie
des provinces en Amérique , nesvoilà - cii pas
toute l'Europe entrainée dans des partis différens
pour fe battre fur mer & fur terre. Les ambi→
tierx devroient confidérer fur- tout , que les armes
& la difcipline militaires étant à- peu - près les
mêmes en Europe , & les alliances mettant pour
T'ordinaire l'égalité des forces entre les parties
belligérantes , tout ce que les Princes peuvent
attendre de leurs plus grands avantages dans le
tems où nous vivons , c'eft d'acquérir par des
fuccès accumulés , on quelque petite ville fur les
frontieres , ou une banlieue qui ne rapporte pas
Les intérêts des dépenfes de la guerre , & dont la
population n'approche p: s du nombre des cia
toyens péris dans les campagnes.
( 206 )
Quiconque a des entrailles & envifage ses
objets de fang froid , doit être ému des maux
que les hommes d'Etat caufent aux peuples
faute d'y réfléchir ,
réfléchir , ou bien entraînés par
leurs paffions. La raifon nous preferit une regle
fur ce fujet , dont , ce me femble , aucun homme
d'Etat ne doit s'écarter : c'eft de faifir l'occafion
& d'entreprendre lorfqu'elle eft favorable
; mais de ne point la forcer en abandonnant
tout au hasard . Il y a des momens qui demandent
qu'on mette toute fon activité en jeu pour
en profiter mais il y en a d'autres où la pru
dence veut qu'on refte dans l'inaction . Cette
matiere exige la plus profonde réflexion , parce
que non-feulement il faut bien examiner l'état
des chofes , mais qu'il faut encore prévoir toutes
les fuites d'une entreprife , & pefer les moyens
que l'on a avec ceux de fes ennemis , pour juger
lefquels l'emportent dans la balance ; fi la raifon
n'y décide pas feule & que la paffion s'en mêle ,
il eft impoffible que d'heureux fuccès fuivent
une pareille entreprife. La politique demande de
la patience , & le chef-d'oeuvre d'un homme habile
eft de faire chaque chofe en fon tems & à
propos. L'hiftoire ne nous fournit que trop
d'exemples de guerres légérement entreprises ;
il n'y a qu'à fe rappeller la vie de François I ,
& ce que Brantome dit être le fujet de la malheureufe
expédition du Milanois , où ce Roi fut fait
prifonnier à Pavie il n'y a qu'à voir combien
peu Charles-Quint profita de l'occafion qui fe
préfentoit à lui , après la bataille de Muhlberg ,
pour fubjugue conte l'Allemagne : il n'y a qu'à
voir l'hiftoire de Frédéric V , Electeur Palatin ,
pour fe convaincre de la précipitation avec laquelle
il s'engagea dins une entrepriſe au - delfus
de les forces . Et dans nos derniers tems, qu'on
:
( 207 )
fe rappelle la conduite de Maximilien de Bayere
, qui dans la guerre de fucceffion , lorfque
fon pays étoit pour ainfi dire bloqué par les alliés
, fe rangea du parti des François , pour fe
voir dépouiller de fes Etats ; & plus récemment
Charles XII , Roi de Suede , nous fournit un
exemple plus frappant encore des fuites funeftes
que l'entêtement & la fauffe conduite des Souverains
attirent fur les fujets. L'hiftoire eft l'ecole
des Princes ; c'eſt à eux de s'inſtruire des fautes
des fiecles paffés pour les éviter , & pour apprendre
qu'il faut fe former un fyftême & le
fuivre pied à pied , & que celui qui a le mieux
calculé fa conduite , eft le feul qui peut l'emporter
fur ceux qui agiffent moins conféquemment
que lui.
On vient d'établir une Eco'e gratuite de
deffein à l'Académie Royale des Arts & des
Sciences mécaniques.
Le Roia confié la place de Sous Gouver
neur du Prince Royal & du Prince Frédéric-
Henri , fon frere , au fieur de Moulines
Confeiller-privé de Légation , & S. M. a
nommé le Profeffeur Engel , leur Inftituteur
en Belles Lettres.
De Vienne , le 12 Mars.
Le 29 Janvier dernier , l'Empereur , efpérant
d'étendre le crédit public , a fupprimé
toutes les loix ufuraires : défendant aux
Tribunaux d'adjuger ou de permettre l'exécution
d'un contrat de prêt en argent
intérêt au deffus de 4 pour cent , lofqu'il y
aura gage ou hypotheque ; & au deffus de
à un
( 208 )
3 pourcent fans hypotheque. Les emprunts
pour cent ne feront permis que pour les
effets commerciaux des Négocians & Fabricans
.
Le Juge de la ville , Maurer , vient d'être
dépofé , ainfi que plufieurs autres Confeil .
lers ou Officiers de fon département. Cette
diſgrace eft le fruit d'une vifite de l'Empereur
aux prifons publiques qu'il a trouvées
adm niftrées avec autant de négligence que
d'inhumanité.
Pendant l'abfence de l'Empereur , l'Archiduc
François fera un voyage en Bohême ,
pour faire la revue des Régimens qui fe
trouvent dans ce Royaume.
Il est décidé que l'Ordre des Piaristes ne
fera point fupprimé dans les Etats héréditaires
, mais il fubira une réforme , & les
Religieux feront obligés de fuivre exactement
la regle de leur Infiitut.
Un Decret du 26 Février prolonge jufqu'au
1 Novembre 1788 , les magafins établis
pour la vente des marchandi´es prohi
bées ; ce délai paflé , ces marchandifes feront
envoi es hors des Etats héréditaires.
De Francfort , le 15 Mars.
On écrit de Buckenbourg, qu'à l'arrivée
du Général Heffois , de Losberg , devant
cette ville , elle reçut fur le champ les troupes
de Heffe. Mais la Princeffe fir proteller
contre l'occupation de la ville & du Comté.
( 209 )
La Régence de Hanovre , qui forme une
prétention pécunia re de 180,000 dahlers ,
alloit faire marcher des troupes pour occuper
Hagenbourg , lorfque le Landgrave de
Heffe a acquitté cette dette. La Prince Te eft
toujours au château , & elle refufe conftamment
de donner des ordres au Commandant
de la fortereffe de Wichelmftein de fe
rendre aux Hellois . Le Commandant eft
dans l'intention de ſe défendre . En conféquence
le Général de Losberg a donné ordre
de le bloquer & de pointer le canon
contre la fortereffe. La plupart des Officiers
civils & militaires du feu Comte de la Lippe
font entrés au fervice de Heffe.
Cette difpute pourra s'arranger à l'amiable
, s'il eft vrai , comme on le dit aujour
d'hui , que le Landgrave accorde au jeune
Comte de Bukebourg une penfion annuelle
de 20,000 dahlers , à la Princeffe dovaitiere
24,000 , & au Landgrave de Heffe Philipfthal
, pere de cette Princeffe , une augmentation
de 4000 dahlers . Le jeune Comte aura
en outre un Régiment. Le Confeiller- privé
de Veltheim vient d'être envoié de Caffel à
Berlin , & le Confeiller - privé de Fulda à
Hanovre.
Une lettre de Kiof, en date du 10 Février
, s'exprime en ces termes fur le voyage
de l'Impératrice de Ruſſie.
» Notre voyage par la Ruffie Blanche &
» l'Ukraine a été affez heureux , du moins
( 215 )
1
ל כ
»
»pour les hommes ; car les chevaux ont
beaucoup fouffert , & plufieurs y ont péri.
» Par-tout où nous arrivions , les maifons
» étoient illuminées , & les rues garnies de
grands feux de bois & de tonneaux de
» goudron qui nous éclairoient & facili-
>> toient notre marche . Il nous falloit à chaque
ftation 55o chevaux de relais ; en to-
» talité on en a emploié so mille pour faire
» 1528 werftes ou 200 milles d'Allemagne.
» Al'un des derniers relais les Tartares nous
» ont fourni des chevaux. Les Popes , los
» Cofaques & les Grecs nous ont témoigné
» beaucoup d'amitié , & fourni de bons lo-
» gemens. Nous comptons féjourner ici 2
» mois , ou deux mois & dem , après lef
» que's nous prendrons la route de Cherfon.
ESPAGNE.
De Madrid , le 28 Février.
Nous apprenons de Cadix , Séville , Malaga
& du Ferrol , que depuis le ro Janvier
jufqu'au 14 , plus de 60 navires marchands
ont péri fur ces côtes par les ouragans , que
d'autres ont fouffert des dommages confi .
dérables , & que la hourque du Roi la Ricla,
deftinée pour la Havanne , n'a pu forrir
du Ferrol.
Dernierement , Don Antoine Ruis , Officier
au régiment de Séville , fut trouvé
étouffé par la vapeur du charbon , dans un
( 211 )
des Corps- de- garde du Pardo. Son Colo
nel , le Marquis de Caftelar , lui fit inutilement
donner tous les fecours de la Médecine.
Le Commerce de Cadix a fait préfent au
Comte de Fernand - Nagnez > notre Ambaffadeur
à Lisbonne, de deux inagnifiques Tableaux,
dont l'un repréfente la Côte & la Plage de Peniche
; l'autre , le naufrage du Vaiffeau le Saint-
Pierre d'Alcantara. Ils font évalués a 20000 pisít .
fortes. Cet Ambaffadeur , pour témoigner la reconnoiſſance
au Commerce de Cadix , a ordonné
une copie de ces Tableaux , qui fera placée
dans la Sale du Confulat , les Originaux ornerent
un des appartemens de l'Hôtel de Son
Eminence,
ÍTALIE.
De Florence , le 6 Mars.
S. A. R. le Grand- Due ayant defiré que
l'on fubftituât un monument d'utilité publi
que au projet de lui élever une Statue , il a
été réfolu d'appliquer les fonds de cette
contribution volontaire à la conftruction de
plufieurs fontaines , Elles feront non - feulement
un ornement , mais un bienfait pour
la ville de Florence , où la difette d'eau fe
fait quelquefois fentir cruellement. Pour
donner toute l'étendue & la perfection poffible
à l'exécution de ce plan , les fonds
déja réaliſés feront accrus de tous ceux que
( 212 )
cette notvelle deſtination pourra produire ,
& l'on a ouvert à cet effet une nouvelle
foulcription à l'Hôtel de Ville de Florence,
De Bologne , le 27 Février.
Le 21 de ce mois , le Prélat Caftelli s'eft
rendu à la maifon des Hiéronimites de S.
Barbaziano , pour leur notifier un Bref du
Pare , en vertu duquel toutes les charges de
ce Monaſtere font fufpendues. Il a fait mettre
en même temps le fcellé fur toutes les
archives de la maifon , dont les livres ont
été enlevés pour être examinés avec foin.
Le fix Religieux , y compris deux Fieres ,
qui compofoient ce Couvent , n'auront dorénavant
d'autre Supérieur que le Pré'at
Caftelli , & leurs biens à la campagne feront
adminiftrés par les perfonnes qu'il jugera
à propos de nommer. Cet événement ,
joint à la réforme dé a faite dans le diocefe
de Gahbio , femble accréditer le bruit général
de l'intention où eft ' e Souverain Pentile
de upprimer un affez grand nombre de
Couvens dans l'Etat Ecclefiaftique.
De Milan , le 28 Février.
L'Empereur voulant favorifer les progrès
de l'Agriculture , a réfolu d'aliéner les
biens allodiaux de la Chambre des Domaines
dans le Mantouan . Ces biens feront dif(
213 )
tribués en différentes portions; mais comme
dans ces répartitions plufieurs terreins
pourroient manquer de maifons ruftiques
neceflaires à leur exploitation , le Gouverne
menc a déclaré que les acquéreurs auroient
la préfé ence , pour obtenir les fecours d'argent
accordés par la Chambre , à tous ceux
qui introduisent dans l'Etat des Manufactures
en tout genre d'utilité publique.
De Naples , le 3 Mars.
L'Abbé Louis- Amé de Bourbon , attaqué
de la petite vérole , eft mort ici dans la vingtcinquieme
année de fon âge , au treizieme
jour de la maladie. Il a été inhumé dans la
Chapelle de l'Eglife de Santa Maria Nova,
où le Comte de Foix , le Maréchal de Lautreç
& le Comte de Matignon font enfevelis.
Le vaiffeau la Parthenope a mis à la voile.
fous les ordres du Chevalier Fortiguerri. La
frégate la Dorothée eft en rade pour partir au
premier moment.
GRANDE - BRETAGNE:
De Londres , le 17 Mars.
Nos Papiers publics ont abandonné un
inftant M. Haftings , pour jetter leur venin
fur le Général Elliot. Ils ont inventé que
( 214 )
cet illuftre Gouverneur de Gibraltar avoit
eu un différend très-grave avec le Colonel
Pringle , & que ce différend imaginaire auroit
des fuites férieufes pour le Général Elliot.
D'autres le repréfentent comme un
Concuffionnaire qui bientôt fera livré à une
accufation criminelle par des Marchands ,
objets de fes vexations , &c. &c. Heureufement
, & graces à la liberté de la preffe ,
d'autres Papiers ont réfuté tous ces contes
qui n'en font pas mo'ns filélement tranfcrits
, comme des nouvelles , dans les Gazettes
étrangeres. Il parcît certain que Mr.
Elliot reviendra en Angleterre dans le courant
de l'année , & déja le Public lui donne
pour fucceffeur le Général O'Hara.
Le 13 de ce mois , la Chambre des Communes
s'étant formée en comité , le Chancelier
de l'Echiquier fit une motion
pour
réduire les droits fur l'eau de- vie à fchellings
par gallon , & le rhum à 4 fcheilings
par gallon.
Cette réduction , dit le Miniftre , procurera
les plus grinds avantages au Négocient qui
importe légalement ; elle eft le moyen le
plus efficace d'anéantir entiérement la contrebande
déjà prodigieufement tombée depuis
» l'acte de commutation , & par conséquent de
" rendre à la Loi & au fic cette branche de
commerce autrefois fi confidérable. Peut être
craint on que la diminution des droits fur
u de-vie , ne porte quelque atteinte au
Commerce des Ifles Britanniques , & aux
» Brafferies de la Métropole. Mais ces allarmes
( 215 )

» n'ont aucun fondement . Il a été paffé dans les
» commencemens du regne actuel , un acte pour
» réduire à cinq gallons les droits fur l'eau-
» de- vie , & jamais le Commerce de la Brafferie
n'a été plus floriffant qu'à cette époque . Quant
» au Rhum des Ifles à fücre , il y aura vraitemblablement
quelque légere diminution dans
» la confommation de cette liqueur par l'effet
de la réduction des droits fur l'eau - de - vie .
Mais puifque de toute maniere , les Anglois
» ont befoin d'eau - de - vie , ne vaut - il pas
» mieux qu'elle leur arrive par le canal légi-
» time du commerce , qui procurera au fifc un
revenu reflé jufqu'à préfent entre les mains des
» Contrebandiers ?
» M. Sheridan objecta que cette réduction ſeroit
ruineuse pour les Ifles à fucre .
» Lord Penrhyn fut de même opinion. Il prétendit
que l'importation du Rhum fouffriroit
prodigieufement d'une telle opération , qui
» réduiroit preſqu'à rien les profits de ce commerce
; que les Colons n'avoient point d'autre
marché que l'Angleterre , que l'Amérique
» avoit donné une préférence marquée aux
» eaux - de - vie de France , que le Canada même
tiroit de France fes Melaffes & que les
Habitans de cette Province diftilloient leurs
>> eaux de vie ».
Malgré ces obfervations , la motion pafa
fans aller aux voix.
Le 15 , la Chambre fe forma en comité
fur une motion de M. Wyndham Grenville,
tendante à déterminer le Parlement à proroger
l'acte qui a foumis au Con 'eil - Privé
les deux années précé ' entes , le comme ce
de l'Angleterre avec les Etats - Unis de l'Amérique.
( 216 )
M. Grenville démontra l'inconvénient qu'il y
auroit a permettre aux bâtimens des Etats - Unis
des liaitons de commerce avec les ifles Ang oifes
de l'Amérique , & fur- tour de les approvifionner
de farines , de grains , articles qui , ainfi que
le merrin , pourroient leur être fournis par les
Colonies du Canada & de la Nouvelle- Ecoffe.
Depuis quelques années , dit - il , différens ordre's
du Conicil ont interdit le commerce de ros
Mes àà tous autres bâtimens qu'aux bâtimens Anglois.
Nous avons éprouvé les heureux effets dé
cette fage difpofition . Ce commerce a employé
l'année derniere un grand nombre de bâtimens
dont le port réuni a été de 50000 tonneaux &
montés de 4000 matelots. D'un autre côté , la
conduite différente , ou , pour mieux dire , hoftile
des Etats - Unis envers la Grande -Bretagne ,
& leurs divifions inteftinès , nous mettent , quant
à préfent , dans l'impuiffance de former avec
eux des liaiſons durables , & tant que l'on në
pourra pas remplir cet objet , je ne vois aucune
raifon de les faire participer à une branche lucrative
de notre commerce qui , par la nature ,
ajoute un degré de force confidérable à la mariné
angloife. D'ailleurs , comment établir un traité
folide avec les Etats-Unis , tandis qu'il eft encore
incertain s'ils ont un gouvernement ou plufieurs,
ou enfin point du tout ? Nos Colonies de l'Amés
rique feptentrionale envoyent des provifions &
du merrin à nos Ifles ; elles font des progrès fi
rapides , qu'il eft de la faine politique da leur
accorder tous les encouragemens poffibles. 11
importe donc effentiellement pour l'intérêt de
la Grande-Bretagne de laiffer en vigueur encore
une année les actes du Confeil ; nous ferons de
la forte à portée de mieux juger de leurs effets .
La Jamaïque non plus que les autres Iſles ', n'ont
éprouvé
( 217 )
Eprouvé aucun inconvénient de la fufdite prohibition.
La premiere nous a envoyé en 1786 au→
tant de Rhum que de coutume , & nos ifles du
vent n'ont reçu, d'autre léfon que celle occafionnée
par les défaftres particuliers à ces régions .
Il obferva enfin que les Etats Unis avoient eu
en plufieurs occafions de mauvais procédés envers
la Grande - Bretagne : tels que ceux relatifs aux
livraifons de tabac , les diftilleries qu'ils ont formées
, & la préférence donnée aux melaffes des '
ifles françoites. 11 propofa en conféquence , que
les actes qui autorifent le Conſeil privé de S.
M. à interdire aux bâtimens des Etats- Unis le
commerce des ifles.angloifes de l'Amérique , ref
taffent en vigueur encore une année.
Lord Penrhyn dit que le prix du rhum étoit
actuellement beaucoup plus bas qu'il ne l'avoit
été ci -devant , mais que celui du merrein & des
autres articles avoit hauffé confidérablement.
Quant à l'efpo fondé fur les reffources attachées
au fol de la nouvelle Ecoffe & du Canada ,
il n'eft pas encore près de fe réalifer. Ces Colonies
n'ont envoyé l'année derniere que mille
bari's de farine aux ifles de l'Amérique.
M. Dempfter obferva que le pouvoir , confié
au Confeil - Privé relativement au Commercé
avec les Etats- Unis , entraînoit , de la part du
Parlement , le facrifice du droit excluíf qu'il a
de paffer des réglemens de commerce. Il fut
d'avis que le Parlement paffât un ade provi
foire.
M. Grenville répliqua qu'il refpe &toit plus
que perfonne les droits affignés au Parlement par
la conflitution dans tout ce qui appartient aux
régimens de commerce , mais que la mesure ,
qui faifoit l'objet de fa motion , ayant été adoptée
pendant trois années confécutives ; & les rap-
N °. 13 , 31 Mars 1787 .
k
( 218 ).
ports de la Grande -Bretagne avec les Etats-Unis
étant toujours les mêmes , il étoit d'avis qu'on
devoit procédér en cette occafion après les anciens
erremens .
La motion de M. Grenville paffa fans qu'il
fût befoin d'aller aux voix.
Le Chevalier James Erskine propofa le
15, la fixiéme charge contre M. Haftings , relative
à divers contrats de fournitures qu'on
l'accufe d'avoir faits dans l'Inde , non pas à
fon profit , mais à celui de plufieurs perfonnes
dont il vouloit fe faire des créatures ,
pour fe rendre indépendant de la Compagnie.
Dans le nombre de ces créatures , fe trouve
felon les accufateurs , le Général Coote ,
dont M. Haftings avoit doublé les appointemens
, la derniere année de la vie de ce
Commandant , à qui la Compagnie a eu
de fi grandes obligations. L'immensité
l'obfcurité & la complication de ces inintelligibles
détails rebuteroient fans doute
nos Lecteurs , & nous difpenfent de nous
enfoncer dans ce labyrinthe. M. Pitt , avec
fa modération ordinaire , crut en tenir le
fil en diftinguant & fubdivifant les cas ; il
propofa un amendement à la motion , qui
fut rejetté à une majorité de 6 voix ; &
enfin , la queftion principale fut adoptée à
la pluralité de 60 voix contre 26. Ce font
toujours les mêmes perfonnes qui votent
pour ou contre M. Haftings ; preuve certaine
que c'est ici un parti pris ; il l'eft te'lement
, & l'on s'intéreffe fi peu actuellement
( 219 )
à ces difcuffions , qu'il ne s'eft pas trouvé
130 Membres dans la Chambre.
On a lancé la femaine derniere à Gravefend
, d'un chantier particulier , le navire le
Nottingham , conftruit pour la Compagnie
des Indes. Ce bâtiment , du port de 1152
tonneaux , eft le plus gros qu'on ait fabriqué
pour le commerce en Angleterre ; il a été
7 mois fur le chantier.
L'Amirauté vient de remettre au Parlement
l'état général de la Marine Angloife ,
dreffé le 23 Janvier 1787 , comme il fuit .
En commiffion.
1
Dans les ports : 12 vaiffeaux de ligne de
garde.
En croifiere fur les côtes d'Angleterre &
d'Irlande 9 frégates & 30 floops.
En armement dans les différens ports pour les
ftations du dehors : 3 de 50 , un de 44 , 11 frégates
& 12 floops.
Dans la Méditerranée , avec le Commodore
Cosby , 1 de 50 , 3 frégates & 1 floop .
Sur la côte d'Afrique 1 floop de 18 .
En Amérique 4 frégates & 8 floops.
A la Jamaique : I de 50 , I de 44 , 2 frég:
& 3 floops ,
Aux ifles du Vent : 3 frégates & 4 floops .
Dans l'Inde z floops de 16.
Deftinés pour la baie de Botanique : une frégate
& I floop.
Total des vaiffeaux en commiffion : 12 de ligne
, 5 de 50 , 2 de 44, 30 frégates , & 62,
floops.
ܐ
k
( 220 )
Vaiffeaux en ordinaire à Plymouth , Portf
mouth, Chatham , Woolwich & Deptford , 127
de ligne , 13 de so , 107 frégates & 77 loops.
En conftruction dans les Chantiers du Roi ,
11 de ligne , dont 2 de 100 , 4 de 98 , 5 de 74 ,
& 1 de 59.4
Dans les chantiers marchands , 7'de ligne &
5 frégates.
Il a été condamné & vendu depuis l'Etat dreffé
l'année derniere , 1 de- 64 , frég. & 7 loops.
Récapitulation . En commiffion , 12 de ligne ,
5 de 60 , 36 frégates , 62 loops. En ordinaire ,
127 de ligne , 13 de 50 , 109 frég. & 57 floops .
Sur les chantiers , 18 de ligne , I de 50 , 6 frég.
Le nombre des matelots , y compris les fol-,
dars de Marine , porté fur les livres des vaiſſeaux
en commiſſion eſt de 27399 hommes.
Fin du Difcours de M. Sheridan.
Il avoit entendu dire à des admirateurs de
M. Haftings , mais qui pourtant ne l'étoient pas
affez aveuglément pour applaudir à fes crimes ,
que l'atrocité de fes actions trouvoit une forte
d'apologie dans la grandeur de fon caractere.
Pour s'allurer s'il y avoit quelque vérité dans
cette thefe, il falloit definir ce qu'on entendoit
par grandeur d'ame réelle . Il y avoit en effet
une autre efpece de grandeur , qui confiâoit à -
concevoir & deffiner bardiment un plan déteftable
, que l'on conduifoit enfuite , avec une activité
infatigable & une prudence auffi folide
que déplorable , à une mauvaiſe fin . M. Haftings
avoit- il le mérite d'avoir rempli l'une ou l'autre
de ces définitions de la grandeur , même la
derniere ? i ne voyoit rien de grand , de ma
( 221 )
+
gnanime, de franc , de hardi , d'ouvert dans fes
mefures ou dans fon caractere Il n'avoit jamais
marché à fon but par les meilleurs chemins . Sa
courſe offroit une éternelle déviation de la rectitude.
Le ferpent pouvoit auffi bien prendre le
vol droit d'une fleche , que M. Hastings aller à
fes fins par une marche directe . Il étoit partout
tortueux , rampant & petit, Point de qualité en
lui fans aliiage. Il offroit , par quelque caufe
phyfique inexplicable , le compofé le plus hétérogene
de qualités contraires . Rien de grand
dans cet homme que fes crimes ; & cette grandeur
étoit contraftée , rabaiffée par la petiteffe
des motifs . C'étoit un tyran & un faltinbanque ;
wn Denis & un Scapin . Bien plus , il y avoit le
même mélange dans fon ftyle & les écrits. Toutes
fes lettres , tous les mémoires offroient un
ton emphatique & une enflure ridiculement ampoulée
, avec le défordre d'un prévaricateur qui
veut maſquer les délits , & une baffeffe qui af-
-fecte de la dignité . Il rampoit dans les métaphores
, & faifoit des pointes dans ce qui exigeoit
de la majefté ; de maniere que les écrits
"ne choquent pas moins le goût , que fes actions
le coeur. Dans le fait , ce dégoûtant mélange påroiffoi:
inhérent , par une forte de fatalité, à tout
ce qui appartenoit à la Compagnie . Il fe rap-
"pelloit avoir entendu dire à un favant Membre
[ M. Dundas ] , qu'il y avoit dans la forme & la
Iconftitution originelle de la Compagnie quelque
chofe qui rappelloit & étendoit fur tout ce qui
pouvoit la concerner les idées fordides amenées
néceflairement par les principes fur lefquels
elle eft fondée ; de forte que dans toutes les me-
Tures qu'elle prend , dans tout ce qu'elle fait ,
nous voyons un cara&ere ignoble.
C'eft ainfi que nos yeux ont été témoins d'une
k 3
( 222 )
révolution préparée , faite même par un affidavit ,
une armée employée à exécuter un Arrêt, une ville
alliégée fur un fimple billet , un Prince détrôné
pour la balance d'un compte. Les Membres de la
Compagnie des Indes préfentoient un gouverne
ment dans lequel ils avoient toure la majefté
du fceptre , & le pouvoir de mort avec le petit
trafic d'une banque , agitant un poignard d'une
main , & de l'autre , on pouvoit le dire avec vérité
, fouillant dans la poche.
Il paffa enfuite au développement détaillé de
preuves oftenfibles contre les Mémoires de M.
Haftings , & la fauffeté de fa premiere accufa
tion , que les Bégems troubloient depuis longtemps
le gouvernement . Il montra que la feconde
charge , que les Jaghiredars avoient été
foulevés par elles , pour réfifter au Nabab , n'étoit
pas moins fauffe. Cette inculpation étoit tellement
dénuée de fondement , que les Jaghiredars
n'avoient oppofé aucune réſiſtance . La troifieme
charge n'étoit pas plus vraie . Avoient- ils
réfifté à la reprise de leurs Jaghires ? L'euffentils
fait , Monfieur Shéridan prétendoit qu'on
avoit d'autant moins le droit de le leur reprocher
, que ces Jaghires leur avoient été confirmées
par un Traité folemnel , mais il n'y avoit
pas un mot de cela contre eux. Le Nabab luimême
, dans tous fes reproches , ne leur avoir
jamais imputé de s'être foulevés contre fon autorité
.
Pour prouver toute la fauffeté de cette accu.
fation , pour montrer que M. Haftings avoit pro
jetté originairement le pillage , rejetté d'abord
Podieux fur le Nabab , & imputé enfuite ces crimes
aux Jaghires , avant d'avoir reçu & recueilli
les bruits qu'il avoit jugé à propos de manufacturer
après ces affidavit , M. Sheridan pria la
( 223 )
Chambre de donner une attention particuliere
* aux dates ; & déduifit d'une maniere évidente
d'après les papiers , les faits fuivans .
"
Que la premiere idée vint à M. Haftings , le
25 Novembre 1781 , que M. Midleton la communiqua
au Nabab , & en tira une propofition
en forme , le 2 Décembre ; que le 1 Décembre
M. Haftings avoit écrit à M Midleton une lettre
qui fortifioit la premiere ouverture fuggérée
par fir Elijah , lettre qui paffa entre les mains
de M. Midleton , le 6 Décembre . Il établit encore
toutes les circonftances détaillées des peines
prifes par M. Midleton , pour porter à la
longue le Nabab à fe jetter fur les Perwannahs ,
tâche qu'il ne trouva pas facile à remplir. Car ,
pour fe fervir de fes propres expreffions , il s'en
défendit par de pauvres raifons , qui n'étoient
que des défaites , des excufes puériles ; expreffion
heureuſe en vérité , quand elle eft appliquée à
un fils qui fe fentoit quelques remords de confcience
de piller fa mere. M. Shéridan joignit
cette anecdote curieufe à l'étrange Mémoire forti
de la plume de M. Haftings , à lon retour à Calcutta
, Mémoire où il établiffoit la réfiftance des
Bégums à la repriſe de leurs Jaghires , le 7 Janvier
1782 , comme la caufe des melures prifes
contre ces Princeffes en 1781. M. Sheridan prit
alors la peine de montrer que les Bégams étoient
par leur condition , leur âge , leurs infirmités ,
peut- être les deux feules perfonnes de l'Inde ,
qui ne pouvoient en aucune maniere nuire au
gouvernement même dans l'Inde , où les Loix
contre les femmes étoient fi ftrictes , qu'elles
leur lioient les mains en toute occafion , & ent
pêchoient la foibleffe même de ſe défendre . II
n'avoit pris la peine de mettre ces vérités en
évidence , que parce qu'on pouvoit affurer &
1
k 4
+ ( 224 )
"
faire regarder comme une fauffeté improbable ;
qu'il n'y avoit point de motifs pour piller ces
femmes. E en falloit-il d'autres à la dépravation
, que fon caprice ; c'est ce qu'il n'étoit pas
à apprendre. Ceux qui doutoient de ce point
n'avoient qu'à lire l'hiftoire de l'adminiſtration
de M. Haflings : il prouvoit par des renfeignemens
fur table , qu'il y avoit actuellement , &
qu'il y avoit toujours eu infurrection & défordre
dans la ville d'Oude . L'attribuer aux Bégums
étoit la fiction la moins probable. Ces injuftes
accufateurs feroient auffi bien fondés à avancer
que la famine & la foif n'avoient fait fentir leurs
horreurs , & la défolation dévafté le pays que
par l'influence puiffante de ces Princeffes dans
toute la foibleffe de la caducité , & pour fe fervir
de l'expreffion énergique de M. Haftings ,
dans une autre occafion :
Le bien que faifoient ces femmes étoit certain ,
le mal étoit précaire. Lui au contraire a pris
l'inverse de cette propofition , & manquant de
motifs pour justifier fa rapacité , il n'a pu les
trouver que dans une fiction . Le fait dans toute
fa fimplicité , eft que leur tréfor a été leur trahifon.
Il les a revêtues des maux qu'il leur reproche
aujourd'hui , comme d'un vêtement. Ces
Princeffes voyoient la conduite de M. Haflings
du même oeil , qu'il efpéroit que la Chambre la
verroit , comme un acte de l'injustice la plus
violente,d'uneoppreffion odieufe , & d'une févérité
non pravoquée. Elles fe plaignoient d une injuftice
! Dieu du Ciel ! & n'avoient - elles pas
payé affez cher le droit de s'en plaindre ? Après
un Traité folemnel indignement violé , le pillage
entier de leur propriété , on voudroit , dans
la foirée froide & nébuleufe de la vieilleffe &
de l'indigence , leur ravir la derniere confolay
( 2252.
tion de l'impuiffance outragée , le droit facté
qu'ont les infortunés de fe plaindre ! On voudroit
que , preffées les unes contre les autres
comme une troupe de Colombes timides dans
les airs , à la vue du vautour , elles priffent la
fuite en tremblant , devant l'oiſeau cruel , qui
s'étant lancé fur la victime dévouée , & ayant
manqué fa proie , en choifit une autre, & fond
deffus avec une aîle plus rapide & un oeil plus
étincelant de colere & de vengeance . Tel étoit
précisément le cas où fe trouvoit M. Haftings
il avoit manqué Cheything , il fe décide en un
inftant fur ce qui lui reſte à faire. Il fent la néceffité
de le procurer de l'argent , d'en trouver
où que ce puiffe être , car il n'ignoroit pas que
c'étoit une recette infaillible ponr faire fa paix
avec les Directeurs à Londres.
- Enfin M. Shéridan arrive à la conclufion de fa
véhémente harangue. Il dit qu'il connoît des
factions & des partis dans la Chambre , qu'à
peine pouvoit on traiter un feul point fur lequel
ils ne fe divifaffent en fectes haîneufes. La pré-
Logative de la Couronne trouvoit les Avocats
même au milieu des repréfentans du peuple. Les
privileges de ce peuple y trouvoient aufli leurs
adverfaires. Les mefures de chaque Miniftre fortement
ſecondées par un Corps d'Auxiliaires ,'
étoient croifées par un autre mais pourtant
quand l'inhumanité fe préfentoit elle - méme
au milieu de cette auguíte Chambre , elle réuniffoit
contre elle tous les partis divités . Ils
fiégeoient pour juger cet ennemi commun . C'étoit
le caractere national , le génie d'Albion qui
animoit leur zele à le détruire ; & leurs mains
ne ceffoient de frapper des coups victorieux
jufqu'à ce qu'ils l'euffent terraffé . Il n'étoit pas
donné à cette Chambre , comme aux Officiers
1
( 226 )
chargés de la précieuſe fonction d'annoncer aux
prifonniers leur délivrance , de voir les émotions
extatiques de la reconnoiffance qu'elle excite ,
& qu'ils décrivent d'une maniere auffi pathétique
qu'ils les ont vues , d'être témoins de ces tranfports.
Les Membres des Communes ne pouvoient
contempler les palpitations de coeur , les levres
tremblantes , les ruiffeaux de larmes , la joie
bruyante & agitée des millions d'hommes que
leurs votes de cette nuit arracheroient à la tyrannie
d'un pouvoir corrompu , ou parviendroient
à l'y fouftraire : mais quoique leurs yeux
ne puffent être témoins de ce fpectacle raviffant ,
ne leur étoit- il pas réservé la véritable jouiffance
de la noble paffion de faire du bien , encore
accrue par la récompenfe fi pure de bénédictions
qu'ils ne verroient pas. La toute - puiffance du
Parlement de la Grande - Bretagne n'étoit - elle
pas jaloufe de fe montrer à l'admiration des nations
, en étendant fon bras puiffant fur le globe
, & en fauvant par un feul acte des millions
d'hommes de leur perte. Les bénédictions de
ce peuple ainfi fauvé fe perdroient elles dans le
vague des airs ? Non : le Ciel , le Ciel , d't - il ,
s'il m'eft permis d'ofer me fervir de cette figure ,
le Ciel lui - même deviendra le conducteur de
leur pieufe gratitude ; & l'air viendra l'épancher.
dans vos feins. C'eft donc dans cette confiance ,
que je vous prie , de prononcer que Warren
Haftings foit décrété.
FRANCE.
De Verfailles , le 22 Mars.
Le Comte de Conway , Maréchal de(
227 )
Camp , a eu l'honneur de prendre , le 4
de ce mois , congé de Sa Majefté , pour fe
rendre à fon commandement des troupes
& établiffemens françois dans l'Inde ; il a
été préfenté au Roi par le Maréchal de
Caftries.
Le Bailli de Suffren , Ambaffadeur de-
Malte , préfenta , le 11 de ce mois , au Roi
les faucons que le Grand Maître de la Religion
eft dans l'ufage d'envoyer annuellement
à Sa Majesté. Ce préfent fut reçu par
le Comte de Vaudreuil , grand Fauconnier
de France , & par le Chevalier de Forget ,
Commandant du vol du Cabinet du Roi.
Le Marquis de la Porte Vezins & le
Vicomte de Chaunac de Lanzac , qui , précédemment
, avoient eu l'honneur d'être
préſentés au Roi , ont eu , le 15 de ce mois ,
celui de monter dans les voitures de S. M.
& de la fuivre à la chaffe.
Le 18 de ce mois , le Comte de Luxembourg
a prêté ferment entre les mains du
Roi pour la Charge de Capitaine des Gardesdu
Corps du Roi , dont il a été pourvu en
furvivance du Prince de Luxembourg , devenu
titulaire de cette Charge par la retraite
du Prince de Tingry.
Ce jour , la Comteffe de Juigné , la Comteffe
de Lanan & la Vicomteffe de Fontanges
, ont eu l'honneur . d'être préfentées à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale , la
premiere par la Marquife de Juigné , la fe
k 6
( 228 )
2
conde par la Princeffe de Liftenois , & la
troitieme par la Comteffe de Blot.
De Paris , le 28 Mars.
Dernierement , à ce qu'on dit , on a découvert
aux environs de la foire S. Laurent
un dépôt immenle de contrebande. Ce dépôt
étoit dans des fouterreins qui aboutiffent
à la maifon d'un Charron , en-dedans
des barrieres ; & ces fouterreins étoientprolongés
à une lieue hors de Paris . Du café
des eaux de vie , des mouffelines , des toiles
& toutes fortes d'autres marchandifes
ont été trouvées dans cet immenfe magafin
, fans ceffe alimenté par le dehors. On a
appellé main forre pour visiter tous les recoins
de cet afyle ; & on affure que la va--
leur de la confifcation s'éleve à plus de 6 à
700 mille liv. Une femme , dit - on , a trahi
le myftere de cette contrebande .
7 %
Le 7 de ce mois , les Prifonniers de l'Hô
tel de Ville de Touloufe ont percé une muraille,
donnant dans la rue du Petit- Verfailles
, & fe font fauvés au nombre de
un huitieme vouloit également fortir , mais
l'ouverture s'eft trouvée trop petite ; il a été
furpris travaillant à l'agrandir : on l'a prié
de fufpendre fon travail & de rentrer , ce
qu'il a fait en maudiffant fon embonpoint.
La Société Royale de Médecine a tenu
le 27 Février dernier , fa Séance pub ique
au Louvre.
( 229 )
La Société avoit propofé le 30 Août 1783 , la
queftion fuivante :
Déterminer dans quelles espèces, & dans quel
tems des maladies chroniques , la fievre peut être
wile cu dangereuse , & avec quelles précautions on
doit l'exciter ou la modérer dans leur traitement.
Ce fujet a été traîté par un grand nombre de
concurrens . La fociété a adjugé le premier prix ,
confiftant en une médaille d'or de la valeur de
300 livres , à M Pujol , Docteur en Médecine à
Caftres. Le fecond Prix confiftant en une niédaille
d'or , de la valeur de 50 livres , a été
décerné à M. Dumas , Docteur en Médecine à
Lyon.
Le Mémoire fatin envoyé avec l'épigraphe
1uivante : A duplici errore cavere oportet ; neque vires
naturæ fpernere , neque nimis religiosè colere ;
Greg. in confpe&t . Med. a paru devoir mériter à
fon Auteur le troifieme prix ; mais à l'ouverture
du cachet , la fociété a trouvé que deux Médecins
s'étoient réunis pour la rédaction de ces rechrches
; cette circonftance imprévue a donné lieu
à délibération d'après laquelle nous offrons à chacun
d'eux , une médaille d'or de la valeur de
100 livres, les deux Auteurs de ce Mémoire font
MM. Van- Der-Eem , Docteurs en Médecine à
Amfterdam.
L'Acceffit a été partagé entre M. Mezler ,
Docteur en Médecine , à Gengenbach , près de
Strasbourg , & M. Moubler-gras , Docteur en Mé
decine à Tarafcon en Provence.
La Société avoit annoncé qu'elle diftribueroit
dans cette féance des Prix , aux Auteurs des
meilleurs Mémoires fur la Topographie médicale
des différens Cantons & Provinces ; parmi ceux
qu'elle a reçus , elle en a diſtingué fix , aux Auteurs
defquels elle a décerné des Prix de la vas
leur d'un jetton d'or , dans l'ordre fuivant.
( 230 )
1º . M. Garnier , Docteur en Médecine à Neuf
Château , en Lorraine.
2. A M. Ycard , Docteur en Médecine Bagnols
, en Gévaudan .
3º. A M. Gérard , Docteur en Médecine à
Cotignac en Provence.
4. A M. Daquin , Docteur en Médecine à
Chambery.
5. A M. le Chevalier de la Coudraye , réfidant
aux fables d'Olonne.
62. A M. Tudefc , Docteur en Médecine à
Cette .
La Société continuera de diftribuer des Prix
aux Auteurs des meilleurs Mémoires qui lui feront
envoyés fur la Topographie médicale.
Parmi les Mémoires de Médecine pratique
adreffés depuis la derniere Séance publique , la
Société Royale en a diftingué deux , dont elle a
arrêté qu'il feroit fait aujourd'hui une mention
honorable. Ces Mémoires font , Fun , de MM .
Rebiere , Maître en Chirurgie à Brive , en bas
Limousin , fur la Rage , avec un Journal du
traitement fait à dix -fept perfonnes mordues par
un loup enragé ; l'autre , de M. Pujol , Docteur
en Médecine à Caftres , fur une fievre puerpérale
, fuivie d'un épanchement laiteux dans
l'épiploon , & d'un dépôt terminé par une fiftule
au nombril .
1º. La Société propofe , pour fujet d'un Prix de
la valeur de 600 livres fondé par le Roi , la queftion
fuivante :
Déterininer , 1 °. , S'il exifte des maladies vraiment
héréditaires , & quelles elles font ; 2 ° . S'il eft
au pouvoir de la Médecine d'en empêcher le développement
, ou de les guérir après qu'elles fe font déclarées.
Ce Prix fera diftribué dans la Séance publique
( 231 )
de la Fête de S. Louis 1788 ; les Mémoires feront
remis avant le premier Mai de cette année ; ce
terme eft de rigueur.
2. Pour fajet d'un fecond Prix de la valeur de
600 livres , dû à la bienfaifante d'une perfonne
qui n'a pas voulu fe faire connoître , la queſtion
fuivante :
Déterminer par l'obfervation quelles font les maladies
qui résultent des émanations des eauxftagnantes
& des pays marécageux , foit pour ceux qui habitent
dans les environs ,foit pour ceux qui travaillent
à leur defféchement , & quels font les moyens de les
prévenir & d'y remédier.
Ce Prix fera diftribué dans la Séance publique
du Carême de 1789. Les Mémoires feront envoyés
avant le premier Janvier de cette année ; ce terme
eft de rigueur.
Les Mémoires qui concourront à ces Prix , feront
adreffés franc de port à M. Vicq - d'Azyr , Secréaire
perpétuel de la Société Royale de Médecine
, rue des Petits - Auguftins , No. 2 , avec des
Billets cachetés , contenant le nom de l'Auteur & la
même épigraphe que le Mémoire.
Ordre des lectures qui ont été faites dans la
Séance publique de la Société Royale de Médecine
du 27 Février 1787 .
Après la diftribution & l'annonce des Prix par
le Secrétaire ,
M. Crochet a lu une Notice des effais faits d'après
les ordres du Gouvernement à Mouffeaux ,
fur l'allaitement artificiel des enfans nouveauxnés
, par les Commiffaires de la Société Royale de
Médecine .
M. Vicq - d'Azyr a lu l'éloge de M. Serrat ,
premier Médecin du Roi de Naples , ancien
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences
de la même Ville , & Affocié étranger de la
Société.
( 232 )
M. Defperrieresa lu un Mémoire fur les caufes
des maladies des gens de mer.
M. de la Guerenne a lu un Mémoire fur
les effets de l'oplum en général , & fur fes
propriétés dans le traitement des fievres intermittentes.
La Séance a été terminée par la lecture que
M. Vicq-d'Azyr a faite de l'Eloge de M. Scheele ,
Membre de l'Académie de Stockolm , Affocié
étranger de la Société.
Le P. Cotte , de l'Oratoire , Secrétaireperpétuel
, Adjoint de la Société Roya'e
d'Agriculture de Laon , nous a fait paffer
l'avis fuivant.
» Parmi les Mémoires qu'on a envoiés
» jufqu'ici à la Société Royale d'Agriculture
» de Laon , pour concourir au prix de 600
» liv. , qui doit être diftribué cette année ,
> il y en a deux portant la même devife :
Claudite jam rivos pueri , fat prata biberunt.
לכ
» Dans l'un de ces deux Mémoires ( coté
» N°. 3. ) , il eſt queſtion du toifé de terre.
» L'Auteur dit que la toife cube contient
1296 pieds ; tout le monde fait cependant
» qu'elle n'en contient que 216. Il paroît
» que l'Auteur a pris la quatrieme puiffance
»pour la troifieme. A-t il eu des raifons
» pour ce'a ? S'il n'en a pas eu , tous fes
» calculs relatifs aux frais de remblaiement
font fautifs ; & la dépenfe excéderoit de
beaucoup le produir , ce qui feroit le con-
» traire de ce qu'il veut prouver. L'Auteur
» eft prié de vouloir bien répondre fans fe
» faire connoître.
( 233 )
de
Le 22 Février dernier , au village du Bougey
, Bailliage de Vezoul , près Juffey, en
Franche-Comté , le feu prit à deux heures
après midi chez un Maréchal ; les progrès
de l'incendie furent fi rapides , qu'en moins
24 heures de tems 22 maiſons ont été
conrfmées. Tous les habitans de ces maifons
ont entierement perdu leurs beftiaux ,
fourtages , meubles & effets , fans pouvoir
rien échapper à la fureur des flammes . Si ce
malheur général pouvoit intéreffer l'humamité
, & que les perfonnes , que cet événement
peut attendrir , vouluffent tendre une
main bienfaifante à ces infortunés , elles
pourront remettre leurs charités au fieur
Caftel , Notaire , rue Saint Honoré , vis - àvis
celle de la Sourdiere.
Louis -Charles , Comte de Moy , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de St.-
Louis , & Lieutenant du Gouvernement du
Dauphiné, eft mort à Paris , le S5 de ce mois,
âgé de 68 ans , veuf & fans enfans.
Genevieve Baffert , veuve du fie ur Noël
Defmarets , Receveur des Domaines du
Roi dans le bourg de Voreppe , près Grenob'e
, y eft morte , le 4 de ce mois , âgée
de cent deux ans. Elle s'étoit mariée à 25
ans , en a vécu 56 avec fon mari , fans avoir
jamais eu d'enfans , ni douleurs , ni infirmités.
La maladie qui l'a conduite au tombeau
n'a duré que fix jours , pendant lef
quels elle n'a reffenti qu'un peu de gêne
( 234 )
dans la refpiration , le jour qu'elle s'alita ,
elle lut encore fans lunettes , dont elle ne
faifoit plus d'ufage depuis plus de 20 ans.
PAYS - B A S.
De Bruxelles , le 23 Mars.
On dit que , fuivant une lifte remiſe à la
Cour de Vienne par les Tribunaux de Juftice
des Provinces refpectives , le nombre
des prifonniers détenus pour crimes dans
l'étendue de la Monarchie , eft d'environ
40 mille.
Parag . extraits des Papiers Angl. & autres.
Il y a long-temps que nous n'avons reçu de
Conftantinople des avis auffi bruyans que ceux
arrivés par la derniere pofte . A la fuite de la notification
du voyage de l'Impératrice de Ruffie
faite à la Porte par M. de Bulgakow , & de l'infinuation
que ce même Miniftre avoit faite , quoique
d'une maniere fort amicale , au Miniftere
Ottoman , pour l'envoi d'un Ambaffadeur extra- ›
ordinaire , afin de complimenter fon augufte
Souveraine fur fon arrivée à Cherfon ; mais plus
encore à la fuite de divers avis parvenus de différens
endroits à la Porte ; favoir , que les troupes
Ruffes s'avançoient vers les frontieres ; S. H. ,
pour appaifer le peuple qui commençoit à murmurer
en accufant le Gouvernement d'indifférence
& d'infouciance , avoit convoqué un Divan
nombreux. Ce Divan dura très -long-temps & les
( 235 )
:
}
débats y furent très - vifs entre les deux partis ,
dont le premier ne croyoit pas néceffaire de
prendre l'alarme pour une chofe de fi peu de
conféquence , tandis que l'autre prétendoit que la
sûreté de l'Empire Ottoman exigeoit les préparatifs
les plus prompts ; ce dernier l'avoit néanmoins
emporté & les ordres les plus précis avoient
été expédiés à plufieurs Gouverneurs des Provin
ces , tant en Afie qu'en Europe , pour y faire des
recrues en toute diligence . S. H. avoit auffi nommé
plufieurs Officiers pour les conduire vers les
places frontieres & aux poftes les plus importans
. Le nombre de ces recrues fe monte , diton
, à rèo mille hommes , qui joints aux Jannif
fires & autres troupes fur pied , forment un total
d'environ 150 mille hommes , à qui il ne manque
que la difcipline , le courage & des chefs pour les
diriger dans leurs opérations . En même temps , on
avoit ordonné de mettre le château d'Andrinople
en état de recevoir la Cour , comme c'est l'ufage
en temps de guerre , où elle fe retire dans cette
ville- là , pour ne pas être expofée aux tumultes
de la Capitale. La Porte s'occupoit également
des préparatifs maritimes , & une efcadre de 20
vaiffeaux de ligne devoit être prête à mettre à la
voile au premier fignal ; en conféquence , le
Grand - Seigneur avoit mandé de l'Egypte fon
Amiral qu'on attendoit fous peu de jours , ou au
moins on fe flattoit à Conftantinople de le voir
arriver. On fent bien qu'il n'en falloit pas tant
pour faire courir dans l'Empire le bruit d'une
guerre prochaine avec la Ruffie , bruit qu'on avoit
prefque aufi -tôt changé en certitude . Des lettres
écrites par des perfonnes de diftinction portent en
termes exprès que la Porte venoit de déclarer la
guerre à la Ruffie , & ce font ces lettres qui font
regarder comme sûre cette nouvelle importante.
( 236 )
>
Malgré cela , la partie la plus éclairée de nos polítiques
voit en tout ceci bien de l'exagération
quoiqu'elle ne difconvienne pas de la réalité des
préparatifs , elle prétend qu'une déclaration de
guerre ne peut encore exifter , & qu'il faut attendre
les premieres nouvelles de Conftantinople ,
avant de fixer à cet égard fon opinion , L'alarme
a pu porter les Turcs à des démarches précipitées ;
mais il eft peu probable qu'une déclaration de
guerre ait eu lieu , fans raifon plaufible . " [ Courier
du Bas- Rhin , no. 22. ] ".
Tout paroit réglé pour le prochain départ
de l'Empereur ; & l'on a déjà commencé à expédier
les gros bagages pour Cherfon , Le corage
ne confiftera d'ailleurs qu'en trois voitures a fix
chevaux , dans la premiere desquelles Sa Maj.
fera accompagnée du Général Comte de Kinsky
& de deux Secrétaire du Cabinet . Les autres
principales perfonnes de fa fuite feront un Chapelain
, le Premier Chirurgien Brambilla , Je
fieur Mayer , Intendant des Jardins Impériaux ,
& le fieur Lechner , Inspecteur en Chef des
Voitures de la Cour. Des deux Cavaliers de la
Garde- Noble , qui font partis d'ici la femaine
derniere , l'un doit le rendre à Kiovie , l'autre
refter à Bodi , pour y attendre que le premier
revienne avec la nouvelle que l'impératrice de
Ruffie a effectivement quitté Kiovie pour fe
rendre à Cherfon ; avis que le fecond viendra
en diligence porter à l'Empereur , foit ici ou
à Léopol. Les Régimens de Huffars d'Orofs & de
Barco doivent envoyer des détachemens aux fta •
tions où Sa Majefté doit paffer. Ces jours - ci
la Maifon du Comte de Friefs & Compagnie ,
Banquiers de l'Empereur , a reçu 30 mille ducats
du Tréfor Impérial , pour en faire la remife
au feur de Rofarowitz , Conful de Sa Majesté
( 237 )
en Crimée : Elle eft deftinée à diverfes dépenfess
dont le Monarque a tracé lui -même le montant
par une inftruction détaillée . Quoiqu'on le connoifle
ami de l'économir , & fort éloigné du
fafte & de l'éclat , il paroît néanmoins qu'en
certe occafion il veuille s'écarter de fa coUDUSSE
& correfpondre à la fplendeur que l'on fait Perb
ordinaire à la Cour de Pétersbourg , sur- t
qu'il deftine des préfens fomptueux aux prix
pales perfonnes de la Cour de Ruffie. Gazete de
Leyde , n° 23 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Mineure , orpheline de pere & mere , qui continue
de demeurer dans la maifon de fespere & more ,
y conferve fon domicile , & ne fuit pas celui de
fon Curateur.
OPPOSITION d'un Curateur au mariage d'une
Mineure , agréé par l'ayeule maternelle &
autres parens.
La demoiſelle Roger , fille de pere & de mere
Meuniers mineure de 23 ans , & orpheline , a
continué de demeurer dans la maifon de fes pere
& mere , fife en la Juftice de Laval . Ayant un
peu de fortune , elle a été recherchée par un
fieur Dreval, Maréchal- ferrant , veuf, avec 500 1 .
de rente , & un enfant . Pour fon mariage projeté
, la demoifelle Roger avoit l'agrément d'un
ayeule maternelle , & elle fe difpofoit à le contracter
, lorfque le fieur Leroy , oncle maternel
, fon tuteur , jugea à propos d'y former oppofition.
La fille Roger , affiftée d'un Curateur
ad hoc , qu'elle s'étoit fait nommer en la Juſ
sice de Laval , fit affigner au Châtelet de Mes
( 238 )
lun le fieur Leroy , fon tuteur , pour demander
la main - levée de l'oppofition qu'il avoit formée ;
elle obtint Sentence qui la prononça , & qui ordonna
que , fans y avoir égard , il feroit paffé
outre au mariage, -Le tuteur , oncle maternel
, domicilié à Melun , a interjetté appel des
deux Sentences , celle de nomination de Curateur
ad hoc de la Juftice de Laval , & celle de la
main- levée d'oppofition du Châtelet de Melun ;
il a pretendu que la nomination du Curateur ad
hoc étoit nulle , parce qu'elle n'étoit pas faite
par le véritable Juge du domicile de la mineure
, qui n'ayant pas d'autre domicile que celui
de fon tuteur , étoit le Juge de Melun , & non {
celui de Laval. 2°. Il a foutenu la validité de
fon oppofition qui , fuivant lui , devoit au moins
retarder le mariage , jufqu'à ce que la Mineure
eût atteint l'âge de 25 ans .
Les motifs d'oppofition étoient une prétenduc
disparité de fortune entre les deux futurs ; la
fille Roger , difoit- on , avec une fortune réelle
de 7000 liv . & actuellement acquife , étoit dans
le cas de trouver un parti pius confidérable
qu'un homme veuf avec enfant , qui n'a que
500 liv. de rente.

La fille Roger foutenoit le bien jugé des deux
Sentences & en demandoit la confirmation .
M. l'Avocat Général a pensé que la Mineure
qui continue de demeurer dans la maiſon de fes
pere & mere , après leur décès , y conſerve fon
même domicile , & qu'elle ne le change pas
pour fuivre celui de fon tuteur ; qu'ainti la nomina
ion qui avoit éte faite en la Juſtice de Laval
de fon curateur , ad hoc étoit valable .
M. l'Avocat Général n'a pas accueilli les motifs
d'oppofition du tuteur ; il a trouvé parité de
naiffance & même de fortune entre les deux futurs
; au furplus , la difparité de fortune n'étoit
( 239 )
pas un moyen valable d'oppofition , puifque le
confentement de l'ayeule mat rnelle & des autres
parens annonçoit la convenance du mariage.
Arrêt du 14 Février 1787 , qui confirme les
deux Sentences , & condamne l'Appellant aux
dépens.
Caufe entre les Héritiers de M*** . Curé de Beauvoir
, & M. C'ément de Boiji.
SOMME d'argent déposée entre les mains d'un
Tiers par un Curé , pour être emploiée en
acquifition de contrats au profit des pauvres
de fa Paroille , redemandée enfuite par les
héritiers du Curé , qui n'avoit pu exécuter.
1on projet de placement , & qui n'avoit pas
difpofé de la fomme par teftament.
Feu M*** . , Curé de Beauvoir , avoit déposé
une fomme de 2000 liv . entre les mains de
M. Clément de Boiffi , dont tout le monde connoît
l'exacte probité & le zele pour le foulagement
des pauvres'; il avoit prié ce Magiftrat de
fe charger de cette fomme , jufqu'à ce qu'il eût
trouvé le moyen d'en faire l'emploi en acquifition
de contrats de petites rentes au profit des
Pauvres de la paroiffe de Beauvoir. Plufieurs
lettres écrites à M. Clément de Boiffy annonçoient
la continuité des fentimens du Curé pour
la deftination projettée ; le regret de n'avoir
encore trouvé l'emploi qu'il defiroit , & la priere
de garder le dépôt jufqu'à ce que le placement
fût effe&ué.
Le Curé eft mort , fans avoir pu placer la
fomme dont il s'agit , & fans avoir autrement
difpofé. Ses héritiers , gens peu fortunés , ne
trouverent que peu de chofe dans la fucceffion ;
infiruits du dépôt des 200 liv . entre les mains
de M. Clément de Boiffy , ils la lui demanderent
en leur qualité d'héritiers du Curé de Beauvoir,
M. Clément répondit , qu'étant dépofitaire
1240
de confiance , & affuré que le dépôt dont il
étoit chargé , étoit deftiné à être employé en
contrats pour les Pauvres de la paroiffe de Beau
voir deftination juftifiée par une fuite de lettres,
il ne croyoit pas devoir fe deffaifir qu'entre i
les mains de qui , par Judice , feroit ordonné.
Alors les heritiers firent affigner M. Clément
de Boiffy aux fins de leur demande . La cauſe fut
portée aux Requêtes du Palais , où il intervint
Sentence.contradictoire , au mois d'Août 1786,
qui ordonne l'emplei de la fomme au profit des
Pauvres de la paroiffe de Beauvoir , conformément
à l'intention du Curé , connue du dépofi
taire , dépens entre les Parties compensés.
Appel de la part des héritiers , qui foutenoient
que l'emploi n'ayant pas été effectué du
vivant du Curé , que celui - ci n'ayant pas difpofé
de la fomme par teftament , elle appartenot
à la fucceffion : ils prétendoient que les traces
de la volonté du Curé d'employer la fomme
dont il s'agit , au profit des Pauvres de la Paroiffe
, confignées dans des lettres , ne pouvoient
ſuppléer à un teflament ou tout autre acte de
derniere volonté , qu'on ne difpofoit pas parler
tres écrites à un tiers .
M. l'Avocat Général avoit conclu à l'infirmation
de la Sentence , & à la remise de la
fomme aux héritiers ; mais la Cour a jugé différemment
il s'agiffoit de la deftination d'un
Curé en faveur des Pauvres de fa Paroiffe , les
Paſteurs font par état fouvent dépolitaires de
confiance , des fommes deflirées pour des ceu- {
vres pies , & c'eût été courir le rifque de donner
aux héritiers du Curé ce qu'il avoit peut-être
reçu lui-même pour le faire paffer à des Pau- i
vres. Un Arrêt du 14. Février 1787 a confirmé
la Sentence des Requêtes du Palais , & cong
damné les héritiers aux dépens.
"
Recherches & Obfervatione;
les loix féodales ;
Doyen :in 8. rel. s.l.
Opufcules de phyfiqué, &
Traité de la digestion , par l'Ab- fur
bé Spallanzani : 2 vol. in- 8°.
A Pavie , & fe trouve à Paris;
chez Duplain , cour du Commerce.
AVIS.
On trouve chez Méquignon
jamor , L. au coin des rues de
la Harpe & de Richelieu , les
livres fuivans :
Dictionnaire
d'orthographe
de Reflaut : vol in-8°. rel. 7
Hr. To f.
par
Recueil de décitions fur les
dixies ; par Drapier & Brunet :
2 vol. in- 12. rel. 6.1.
Reflexions furl'eiclavages des
nègres ; par Schwartz : in- ,
br. 1.4 .
Règles du droit françois , par
Pecquet de Livoniere : in - ¡a.
rel. 3 liv.
Le fommeil des plantes ; par
Hill: in- 8 . br. l. 10f.
Traité de la baguette divina
Daionnaire des gens du
monde: 5 vol. in- 8 . br. 7 1. 10ftoire : 2 vol. in- 12. avec fig. rel.
Droits publics , & gouverne4liv. 10 fols.
ment des Colonies françoifes ; Traité des fubftitutions ; //par
par Petit : a vol. in- 8 ° . br. 61. Thévenot d'Efaule : in- 4 . rel.
Hiftoire des plantes ; par Cho- 12 1.
el : vol. in - 8°. rel. en vean , On trouve chez Royez , Lib.
6 liv.
Penfées de Pafcal fur la reli- fuivants : quai des Auguftins , les livres
gion : 1 vol. in 12, tel . en veau ,
3 liv.

De
l'Economie politique ; par
M. le Comte de Mallardiere : 1
Le même Lib. vient de rece- vol in- 8°. 5 1.
voir de la Suiffe les livres
fuivans :
D &ionnaire d'hiftoire naturelle
par Valmont de Bomare:
12 vol. in 8 : rel. 42 liv.
Le Clergé des cathédrales ,
fuivant la tradition des fiècles ,
& des canoniftes : vol. in- 12.
br. 1 liv. 10 f.
Défenfe des mémoires fur le
rang des cathédrales : vol.
in-12. br. 15 f.
Confultations de XII Avocats
fur l'état de l'églife d'Utrecht ,
&c: br. in- 12. 1 1. 4 f.
On trouve chez Née de la Rochelle
, L. rue du Hurepoix ,
près du pont S. Michel , No 13 ,
les livres fuivans .
Mélanges de politique & de
de M. Linguet 3 vol. 15 1.
littérature, extraits des annales:
Theophile Barrois le jeune,
Libraire , quai des Auguftins ,
Numero 18 , vient de recevoir de
Londres les livres fuivans :
A new fpelling, pronouncing
the english language , by W
and explanatory dictionary , of
Stott. Edinburgh , in- 12. rel.
liv. rof.
An introduction to readingand
fpelling, by W.Scott. Edinburgh,
in-12. tel . 2 1. 19 f.
-
GRAVURES.
Les Joueurs. - La Difeufe
de bonne aventure . - La Marchande
de marons . - La Marchande
d'herbes , Eftampes.
A Paris , chez Pavart , rue 8.
Les vrais principes des fiefs ,
en forme de dictionnaire ; par
de Freminville : 2 vol. in-4° . rel.Jacques.
21 liv .
Traité fur le
gouvernement
des biens d'habitans ; par le
même: in-4°. rel, 10 l.
MUSIQUE.
Les délaffemens de Polymnie,
Numéros 6 & 7 : in- fol.
A Paris , chez la veuve Bail
{ on & Porro , rue du petit Repo.
foir, près la place des Victoires.
Journal d'arieties italiennes ;
dédié à la Reine : Numéros 196 ,
& 197.
A Paris , chez Bailleux , rue
8. Honoré.
Journal de pièces de clavecin ;
de différens Auteurs : N°: 39.
A Paris, chez Boyer , Mar
chand de mufique , rue de Ri-,
chelieu , à la Croix d'or ; & chez
Mad. Lemenu , rue du Roule.
Journal de violon ; Numéro 3 :
in- fol.
A Paris , chez Bɔrnet l'àîné ,
Profeffeur de Mufique , rhe Tie
quetannne ,
Numéro 10.
On fouferitféparément pour le JOURNAL DE LA LIBRAIRIE ,
chez PH. D. PIERRES , premier Imprimeur Ordinaire du Roi ,
rue Saint - Jacques. Le prix de l'abonnement eft de 7 liv. 4 fols
par année , avec la Table.
On sabonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
Thoa , rue des Poitevins. Le prix eft , pour, Paris,
de trente livres , & pour la Province , port franc ,
trente- deux livres, que l'on remettra à la Pofte ,
en affranchiffant le Port de l'argent & la lettre
davis , dans laquelle il faut inférer le reçu du
Directeur des Poftes
Meffieurs les Sefcripteurs du mois de Mai
font priés de renouau plus tôt leur abonnement ,
afin qu'on ait le t s de réimprimer leurs adreffes,
& qu'ils n'éprouve aucun retarddans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le