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1786, 11, n. 44-47 (4, 11, 18, 25 novembre)
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19.80 Mo
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MERCURE
X
159
1” ཀསྟ !
fat
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
adami CON TENANT
I
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers en profe , l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts; les Spectacles
; les Caufes Célebres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c .
SAMEDI 4 NOVEMBRE 176
GUATEAL
DEC
APARIS ,37
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois de Septembre 1786.
PRICES IICES FUGITIVES .
Fragment de la Fable d'Ino
·
& d'Athamas
Alouc-Babouc , Conte ,
A M. I **
3
49

16
28
foie & les Abeilles ,
Nouveau Recueil dePlaidoyers
François
Difcours fur divers fujets de
Religion & de morale , 35
Traité des Maladies des ERfans
du premier âge ,
L'Auteur avec deux autres Eloge de Greffet ,
femmes , & où l'on ne fervit Dictionnaire de Police ,
que troispommes au deffert , Mélanges de Littérature Etran-
59 gère
Versfaits au nom d'un homme
qui fe trouvoit à un diné chez 38
55
69
τος
Le Vrai & le Merveilleux , Fa- Hiftoire de la Religion , 114
ble ,
Quatrain
à M.
d'Arnaud
,
2
Epitaphe
d'un
Chirurgien
célèbre
,
Vers
97
A Mlle Alexandre ,
Epitre à M.le Chevalier Dupuy
des- Iflets,
121
125
Alexandrine de Ba**
Eloge d'Agnès Sorel ,
Lettre à Emilie ,
Recueil de procédés & d'expé
131
ibid.
98
89
riences fur les Teintures
folides que nos végétaux indigènes
communiquent aux
laines & Lainages,
L'Inconftant , Comédie , 149
159
151 Variétés, 78 , 169
42 , 187
Le Petit Prince & les Pets
Bons- Hommes de Pain d'é- Ifmène & Tarfis ,
pice , Fable ,
Stances fur le feu Roi de Sciences & Arts ,
138
Pruffe , 145 SPECTACLES.
Charades , Enigmes & Logo- Comédie Italienne , 84
gryphes , 14 , 53 , 102 , 146 Annonces & Notices, 44, 92 ,
NOUVELLES LITTER.
Les Orangers , les Vers-à-
142 199
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
sue dela Harpe , près 2. Côme.
STOR
LIBRARY
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 4 NOVEMBRE 1786.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. SORIN , Auteur de l'Idylle inférée
dans le N° . 5 du Mercure.
LE Dieu des vers avec vous familier
A vifiter fon temple vous engage ,
Jeune Sorin ; ne perdez point courage ,
Vous avez fu choifir le bon fentier ;
Lorſqu'on obtient une roſe à votre âge,
On doit un jour mériter un laurier.
( Par M. le Chevalier……….)
Nº. 44 , 4 Novembre 1786. A ij
MERCURE
ESSAI d'Infcriptions pour l'Amphithéâtre
de l'Académie Royale de Chirurgie.
PALLIDA fcrutantes folerte cadavera cultro ,
Hic mors ipfa docet morti fubducere vivos.
SUR les corps que moiffonne une parque homicide ,
Efculape , en ce licu , forme fes nourriſſons ;
Dans l'art de nous guérir un cadavre les guide ,
La mort contre la mort donne ici des leçons.
( Par M. Bourdelois . )
COUPLETS à Mefdames DE M..... & DE
B.... , chantés par Madame la Marquife
DE XIMENES , en remerciment d'une Fête
jouée lejour de la fienne.
Qu
AIR: Je fuis Lindor.
UELS fons brillans ont frappé mon oreille !
Quels traits divins ont ébloui mes yeux !
Dans mon ivreffe il ne manque à mes voeux
Que d'expliquer cette double merveille.
TENDRE Amitié , divinité fincère ,
As tu voulu , pour mieux fêter ce jour ,
Prendre à-la-fois tous les traits de l'Amour ,
Du roffignol la voix fraîche & légère ?
DE FRANCE. S
PUIS JE en douter ?... Oh ! oui , c'est elle- même...
Fut- il jamais de bouquet plus flatteur ?
Sa voix encor retentit dans mon coeur.....
Ah ! qu'il eft doux d'être aimé comme on aime !
( Par M. Nogent , Receveur des Fermes
du Roi à Avalon . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Grand-père ; celui
de l'Enigme eft l'Eſprit ; celui du Logogryphe
eft Dictionnaire , où l'on trouve Caron ,
écran , or , âne , canon , dot , Racine , Roi ,
Etna ,
Nice , ride, Tiare , crédit , Ida ,
Nonce , tonne , noir cor , Ode , Cinna ,
Caton , Acteon , cité.
2
CHARADE.
Mon premier ne fait dans l'Empire ON
Quelquefois pas trop de plaifir ;
Mon fecond, lui , n'eft plus à dire ;
Pour mon tout , c'eſt un homme à fuir.
&
A iij
MERCURE
ENIGM E.
Des coupables mortels , implacable ennemie ,
On me fait décider le fort.
Couverts de honte & d'infamie ,
Je les fais marcher à la mort.
Ne refpirant que la vengeance ,"
Lecteur , on m'a vu quelquefois ,
Pour mieux opprimer l'innocence ,
De Thémis emprunter la voix !
Ami , ton ame bienfaifante
Frémit de mon atrocité.
Plains moi! je ne fuis pas méchante ,
Et j'aime encor Phumanité.
Oui , fous un autre fens , bien loin d'être fatalep
Célèbre par l'antiquité ,
J'éclaire les humains , je prêche la morale ,
Et fais parler la vérité.
ParM. Sebire de Beauchême , Officier de Marine
LOGOGRYPHE.
JE fuis capricieuſe , & j'ai bien droitde l'être
Par la foule de gens qui m'adreflent leurs voeux ;
Quoique très - acceffible à qui veut me connoître ,
Mes amans ne font pas toujours amans heureux ;
DE FRANCE. 7
Et fouvent les defirs qu'en leur coeur je fais naître ,
Mènent à l'hôpital un grand nombre d'entre- eux.
Pour avoir mes faveurs on fe met en dépense ;
Mais auffi devient-on foupirant , fortuné ,
Pour lors je rends bien plus que l'on ne m'a donné .
L'un croit par des calculs fixer mon inconftance ;
L'autre tout fimplement fe borne à l'efpérance.
Dans mes feptpieds , Lecteur, j'offre un titre pompeux ;
Du foible & du puiffent le juge rigoureux ;
L'idole dangereufe , & qui toujours dévore
Le coeur du malheureux qui l'encenfe & l'adore ;
Un inftrument fameux dans les mains d'Apollon .
Si tu veux bien chercher , tu trouveras encore
Le dangereux féjour que la molleffe implore ;
La ville où prit naiffance un amant de Didon ;
Un petit animal qui s'aterre & fommeille
Jufqu'à l'inſtant heureux où la chaleur l'éveille ;
L'oiſeau qui fauva Rome ; une rivière enfin.
Eh bien , voyons , Lecteur , feras - tu mon devin ?
( Par M. Broffe C, au château de Saumur. J
*
A iv
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE du Bas - Empire , en commençant
à Conftant n - le- Grand , &c. continuée par
M. Ameilhon , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles Lettres , Hiftoriographe
& Bibliothécaire de la ville de Paris.
Tomes 23 & 24. A Paris , chez la Veuve
Defaint , Libraire , rue du Foin S. Jacques ,
& Nyon l'aîné , rue du Jardinet.
Cas deux Volumes font la fuite d'un grand
& utile Ouvrage qui forme la chaîne de l'Hiftoire
Ancienne & de l'Hiftoire Moderne , &
qui, ayant pris , pour ainfi dire , l'Hiftoire à
fa fource & dans fon berceau , continue de la
conduire , par un fil non interrompu , jufqu'à
cette grande époque de la prife de Conftantinople
par les Turcs , qui fit refluer vers l'Occident
les Lettres fugitives & détrônées , qui
donna même à l'Europe la conftitution , la
forme & les intérêts qu'elle conferve encore
aujourd'hui. M. Rollin eut le mérite d'apprendre
le premier l'Hiftoire Ancienne aux
gens du monde & à ceux qui ne pouvoient
puifer dans les fources & lire les originaux ;
il fentit que pour remplir fon objet , il devoit
joindre à l'Hiftoire Ancienne l'Hiftoire Romaine.
M. Crevier continua cet Ouvrage jufDE
FRANCE. 9
qu'à Conftantin.C'eft- là que M.le Beau l'apris,
& c'est l'Ouvrage de M. le Beau que M. Ameilhon
continue. Les deux volumes qu'il nous
donne aujourd'hui ne contiennent que deux
règnes , ceux d'Andronic II & d'Andronic III ,
depuis l'an 1282 juſqu'à l'an 1341. L'empire
d'Orient vieilliffoit dans une longue enfance ;
fa décadence étoit vifible ; mille petites révolutions
préparoient la grande révolution qui
devoit l'anéantir. Les confeils infenfés d'Andronic
II , les principes de Gouvernement
qu'il adoptoit , les intérêts qui l'occupoient ,
les pallions qui l'agitoient , fes terreurs fuperftitieufes
, fa crédulité pufillanime , ſa foi
aveugle aux fonges , aux préfages , aux reliques
, aux miracles , fon goût pour les querelles
Théologiques , les Synodes & les Conciliabules
, fon ardeur pour la perfécution , ce
zèle pour l'extinction des fectes , qui në faifoit
que les animer & les multiplier , tout annonçoit
Cet efprit d'imprudence & d'erreur ,
De la chûte des Rois funefte avant- coureur.
Il y a fans doute pour les Empires comme
pour les individus , une forte de fatalité , c'eftà-
dire , une chaîne invifible & inconnue de
caufes & d'effets qui nous échappent ; & ce
n'eft pas peut- être un médiocre ridicule que
celui de certains Écrivains politiques , même
illuftres , qui voient toujours fi évidemment
& qui démontrent fi clairement que les faits
n'ont pas pu être differens de ce qu'ils ont
A v
10 MERCURE
la
été. Qui pourroit , par exemple , nous expliquer
d'une manière fatisfaifante pourquoi
l'Empire d'Orient , avec les mêmes principes
de deftruction que l'Empire d'Occident , la
même inapplication & la même incapacité de
part des Chefs , les mêmes vices , la même
dépravation de moeurs dans les Citoyens , la
même affluence & le même voifinage de Nations
barbares prêtes à l'envahir ; enfin , avec
toutes les mêmes conjonctures , tant au- dedans
qu'au- dehors , a cependant fubfifté dix
fiècles de plus que l'Empire d'Orient : C'étoit,
à la vérité , une exiftence fans éclat & fans
vigueur, honteufe & prefque précaire ; mais
enfin il exiftoit , c'étoit l'Empire , & ces Grecs
dégénérés & des Grecs & des Romains , s'appeloient
les Romains.
Voilà vos fucceffeurs , Horace , Décius ! .....
Quels reftes , júftes Dieux ! de la grandeur Romaine.
Leurs guerres , toujours renaiffantes avec les
barbares, leurs voifins , font, comme dans toutes
les biftoires , la partie la moins intéreffante
de celle- ci ; ce qui dans toute Hiftoire
attache le Lecteur , ce font les mouvemens
intérieurs , c'eft la peinture des moeurs & des
caractères ; ce font les fautes , les torts , les
crimes & les malheurs politiques ; les guerres
en général ont deux grands inconvéniens :
elles font dures à fupporter & ennuyeufes à
raconter ; & aux yeux de certains juges févères
, Tacite lui - même eft moins Tacite lorfqu'il
fort des murs de Rome , & qu'il s'ocDE
FRANCE.
cupe des affaires extérieures. M. Ameilhon
ne manque point aux événemens' ; pour peu
qu'ils foient fufceptibles d'intérêt , cet interêt
fe retrouve ici tout entier , témoin le récit de
la révolution qui renverfa du trône Andronic
II , & y plaça Andronic III , fon petit - fils ::
c'eft un tableau ner , gradué , développé ; les
deux Andronic font fidèlement peints dans
toutes leurs actions , dans tous leurs mouve
mens , & l'intérêt va toujours en croiffant.
L'un , vieillard inconfidéré , livré aux confeils
des méchans , n'ayant pas un fentiment qui
ne lui foit fuggéré , aime ou hait , flatte ou
perfécute fon petit- fils au gré des Miniftres
qui le gouvernent, & des Prêtres qui le ſubjuguent.
L'autre , toujours refpectueux , & même
tendre envers fon aïeul , doux & facile avec.
fes amis , magnanime à l'égard de fes ennemis,
généreux & clément envers ceux même qui ,
le trahiffent ; toujours vainqueur , quand la
perfécution qu'il éprouve le force à prendre
les armies , toujours opprimé quand il s'eft
foumis , infpire tant d'intérêt , qu'on lui pardonne
des révoltes auxquelles on le voit toujours
forcé , & le détrônement de fon père ,
qui eft exigé & confommé par la nation .
L'Auteur écrit principalement ce morceau
d'Hiftoire important d'après deux Écrivains ,
dont l'un , Nicéphore Grégoras , étoit dans le
parti de l'aïeul ; l'autre , Jean Cantacusène ,
étoit dans le parti du petit- fils : ils écrivent
bien l'un & l'autre en hommes de parti. Tous .
deux font fidèles à la maxime , toujours
Avj . Ah
12 MERCURE
>
bien mife en pratique : Nul n'aura raifon
hors nous & nos amis . M. Ameilhon ne peut
fe fer entièrement ni à l'un ni à l'autre ; il eft
obligé de marcher toujours la balance à la
main , de comparer , de pefer leurs divers
témoignages au poids de la raifon & de la
critique ; & malgré cette précaution , à laquelle
il eft toujours aftreint , fa marche eft
libre , dégagée , & n'éprouve point ce rallentiffement
que la difcuflion produit quand on
s'y livre trop. Le Lecteur en général aimera
l'efprit dans lequel cet Ouvrage eft écrit ; il
trouvera M. Ameilhon toujours raiſonnable ,
toujours jufte , peignant chaque caractère ,
expofant chaque action dans fon vrai jour ,
examinant tout à charge & à décharge , &
attentifà tirer de chaque fait toutes les leçons
qu'il peut fournir. Ce que nous énonçons ici
en général , & comme un réfultat de cette
lecture , fera fenfible dans les détails dont
nous allons nous occuper , & que nous prendrons
prefqu'au hafard. « Il fe palla , dit
» l'Auteur , Tome 23 , page 5;, entre un
Évêque de Sardes difgracié & un ancien
Évêque de Larifle , à qui il avoit fait perdre
fon Évêché , une fcène qui donne une
» idée bien méprifable des Grecs , & qui en
" même temps fait voir à quel excès de dégradation
l'efprit de vengeance peut por-
» ter les hommes , même les plus diftingués
» par leur état ; mais nous n'ofons la rapporter,
par égard pour la délicateffe de cette
» claffe de Lecteurs , qui croient ces fortes
"
"
ל כ
و د
و ر
ל כ
DE FRANCE. 13
K
"
» de détails trop au-deffous de la dignité de
» l'Hiſtoire , & qui veulent qu'on ne leur
peigne que de grands événemens , comme
fi ces petits traits , qu'ils dédaignent
» n'étoient pas fouvent ceux qui caractéri-
» fent davantage une Nation , & qui conf-
» tituent , pour ainfi dire , fa phyfionomie.
30
L'Auteur a pleinement raifon en ce qu'il
avoue qu'il a tort. Il a tort en effet de nous
priver du fait qu'il annonce , par égard pour
une délicateffe qu'il réfute très-bien. C'eſt
par ces petits traits que Plutarque a fi bien
peint tant de grands Hommes de l'antiquité.
Tout ce qui peint les moeurs eft important.
D'ailleurs , tout peut être ennobli par l'expreflion
, tout peut être préparé & fauvé par
une précaution oratoire.
Tout eft fufpect , non feulement aux tyrans
, mais encore à ceux qui ne favent pas
gouverner. Des Valaques s'étoient établis dans
le voisinage de Conftantinople , on les fit paffer
en Afie , on les y craignit encore ; & pour
empêcher qu'ils ne fe multipliaffent trop dans
leur nouvelle demeure , ou eut recours à un
moyen qui , dit l'Auteur , n'a jamais manqué
fon effet ; on les écrâfa d'impôts. En
>>> peu de temps la Nation fut réduite à un
1997
66
petit nombre d'infortunés. » Grace au talent
d'Andronic II , pour entretenir les fectes
& les partis qu'il vouloit étouffer , l'État étoit
plein de Patriarches fucceffivement élevés
fur les ruines les uns des autres , puis
dépofés , qui écrivoient & cabaloient les uns
14
MERCURE

contre les autres ; un Patriarche Veccus , écri
vant contre un Patriarche Grégoire , le traitoit
de bête marine , de monftre forti des gouffres
de l'Ile de Chypre...... pour dévorer &
engloutir l'Eglife de J. C. « Il faut convenir ,
» dit l'Auteur , que ce ftyle n'eft nullement
Epifcopal , & que rien ne peut l'excufer ;
» dût- on en trouver plus d'un modèle dans
» les Ouvrages Polémiques de nos plus faints
perfonnages. »
"
Cela s'entend.
Un autre Patriarche ( Athanafe ) qui difoit
qu'il falloit traiter le pécheur fans mifericorde,
&luifaire boirejufqu'à la lie le calice
de la Pénitence ; & qui , étendant apparemment
ce principe jufqu'aux animaux , avoit
fait crever les yeux à un âne pour avoir porté
une dentfacrilègefur les choux d'un couvent,
parut être parvenu à cette place fous les plus
funeftes augures , non pas à caufe de la fuperftition
& de l'ineptie que de pareils principes
& une pareille action fuppofent ; mais
parce qu'au moment où on l'inftalla dans la
chaire patriarchale , un tremblement de terre
fe fit fentir , & renverfa un enfant , qui penfa
périr de fa chûte. Quelques jours après on
» crut voir les fenêtres de l'Églife de Sainte
"
Sophie, au deffus du trône Pontifical, s'agi-
» ter , quoique l'air fût tranquille ; ce qui
» étoit arrivé , difoit- on , lors du facre des
cinq derniers Patriarches , qui tous avoient
fouffert de grandes tribulations , & dont
» aucun n'étoit mort en place ; de plus ,
و ر
"
&
DE FRANCE. 15:
» lorfque , fuivant un ufage abufif, alors trop
» commun , on vint à ouvrir le Livre des
Évangiles pour y confulter l'oracle facré ,
» les premières paroles qui fe préfentèrent
» furent ces funeftes mors : Au diable & ื
fes anges."
و ر
#
Michel Paléologue , père d'Andronic II ,
avoit fait crever les yeux au légitime Empereur
Jean Lafcaris , & l'avoit fait enfermer
dans une citadelle . Andronic ne pouvoit fe
diffimuler , dit l'Auteur , que s'il régnoit ,
» c'étoit au préjudice de ce Prince infortuné
( Lafcaris. ) Il ne s'étoit point encore écoulé
» un laps de temps fuffifant pour établir en
fa faveur ce qu'on appelle droit de prefcription,
cette heureufe invention de la
jurifprudence humaine , qui difpenfe de
» rendre à autrui ce qui lui appartient.
و د
ود
ود
30
"
20
S'il s'agit de trônes , ce n'eft point la prefcription
, ce n'eft point le droit , c'eft la force
qui en décide. S'il s'agit de la preſcription en
général , on ne peut nier que la critique qu'en
fait l'Auteur ne foit fpécieufe ; mais on ne
peut difconvenir aufli qu'elle a un motifqui
mérite quelque faveur , ut fit aliquis finis
litium &follicitudinis . Il faudroit feulement
que les notions principales qui concernent la
prefcription , fuffent plus généralement répandues.
Par exemple , affez peu de perfonnes
favent qu'on prefcrit par trente ans ,
fans
titre & contre un titres que tout titre , quel
qu'ilfoit , eft prefcrit par trente ans ; en forte
qu'un Débiteur de mauvaife- foi qui vous a
16 MERCURE
payé pendant vingt - neuf ans une rente qu'il
vous devoit , peut , après la trentième année
révolue , foutenir qu'il ne vous doit rien. Il
eft vrai que s'il y a la moindre preuve qu'il ait
payé , la prefcription eft interrompue ; mais
les preuves ordinaires du payement , les quittances
font dans la main du débiteur , & non
dans celle du créancier ; c'eft pourquoi il faut
avoir grand foin de faire renouveler tous les
titres avant trente ans ; mais c'eft ce que beaucoup
de perfonnes négligent de faire , foit par
oubli , foit par ignorance.
Andronic étoit fcrupuleux , & avoit l'efprit
petit ; les gens de ce caractère calment
leur confcience par des formules & des prétextes
; un homme vertueux qui douteroit de
la légitimité de fon droit , prendroit le parti
d'y renoncer ; Andronic força , ou , fi l'on
veut , engagea Lafcaris à renoncer aux fiens.
Le prix de cette complaifance forcée fut d'étre
mieux traité dans fa prifon , comme fi , dit
l'Auteur , quelque chofe pouvoit jamais dédommager
de la privation , & d'un fceptre ,
» & de la vue & de la liberré . ""
Si l'on étoit fage , le repos feul dédommageroit
d'un fceptre. :
Le repos , le repos , tréfor fi précieux ,
Qu'on en faifoit jadis le partage des Dieux !
Mais pour la liberté , rien ne peut en dédommager
; & quant à la vue , elle fe diftingue à
peine de la vie.
La femme de Conftantin Porphyrogénère ,
DE FRANCE. 17
frère de l'Empereur , s'étant rencontrée chez
Impératrice avec une Princeffe , fa grand'-
tante , celle- ci , qui s'y trouvoit la première ,
fachée peut- être de fe voir éclipfée par le fafte
& par le rang de fa petite nièce , fe contenta
de lui faire un léger falut fans fe lever , comme
l'exigeoit l'étiquette , dont le triomphe eft
d'élever les droits du rang fur les ruines de
ceux de la Nature ; la nièce prenant cette négligence
pour une infulte , laiffa éclater fon
reffentiment , la tante allégua fon âge pour
excufe , l'excufe ne fut point admiſe chez une
Nation abâtardie ; & où les efprits font petits
& vains , une affaire d'étiquette eſt toujours
très-importante. La Princeffe offenfée , ou qui
vouloir l'être , fe plaignit à fon mari , en verfant
un torrent de larmes ; car les larmes en
pareil cas , en prouvant la fenfibilité , donnent
une haute idée de l'offenfe . Le Prince n'ofant
attaquer directement la grand'tante de fa
Femme , voulut la mortifier plus fenfiblement
dans la perfonne d'un homme qu'elle honoroit
de fa confidence , & qu'on croyoit fon
amant ; il le fait prendre par fes Gardes , le
fait battre de verges dans les places publiques
, & le retient enfuite en prifon .
"
L'Empereur fut indigné de cette violence;
" il ne croyoit pas que Conftantin , quoi qu'il
» fût fon frère , eût le droit d'outrager le
moindre de fes fujers ; il étoit au contraire
5 perfuadé que l'honneur qu'il avoit d'être le
premier des Citoyens , ne lui attribuoit
d'autre prérogative que de donner l'exem-
2
18 MERCURE
"
ple du refpect dû à l'ordre public. » Il mit
en liberté l'homme que fon frère opprimoit ,
& de ce moment Conftantin fut dans un état
de difgrace très marqué. Comme il devoit
être mécontent , on l'accufa de l'être . On le
foupçonna de confpirer , des témoins le chargèrent.
Sur leur rapport il fut condamné
enfermé, fes biens confifqués. Telles furent
les fuites de la vanité d'une femme. « Nouvel
"
و د
33
exemple , dit l'Auteur , des défordres &
» des troubles qu'ont fi fouvent occafionnés
dans la fociété , ces prétentions honorifiques
, ces graves minuties , connues fous
» le nom d'étiquette..... Il fera toujours dans
» la Nature , nonobftant toute efpèce de cérémonial
, que ce foit la petite - nièce qui
honore la grand'tante. »

ود و د
La fille d'Andronic II , & de l'Impératrice
Irène , fa
emme , fe nommoit Simonide ; &
comme ce qui caractérife l'Empire Grec dans
ces tenips de décadence , eft que la fuperftition
décidoit de tout , même des chofes les
plus indifférentes , voici qu'elle étoit l'origine
de ce nom . Andronic & Irène avoient déjà
perdu deux ou trois filles , mortes preſque en
naiffant ; ils craignoient le même fort pour
celle ci une vieille femme vint propoſer à
Andronic un moyen infaillible pour confer
ver les jours de la jeune Princeffe ; c'étoit de.
mettre douze cierges de même grandeur devant
l'image de chacun des douze Apôtres,
de les allumer tous enfemble , de prier fur
l'enfant pendant qu'ils brûleroient , & de lui
DE FRANCE. 19
donner le nom du Saint dont le cierge dureroit
le plus long- temps ; ce fut celui de Saint-
Simon qui s'éteignit le dernier ; en confequence
la Princeffe fur nommée Simonide ,
& ce fut la vieille qui eut raifon ; car l'enfant
vécut.
Andronic, qui avoit toujours beaucoup de
fcrupules , ayant à écrire au Sultan de Babylone
, fe trouvoit fort embarraffe ; il fe faifoit
un cas de confcience de donner , à l'exemple
de tous fes prédéceffeurs , le titre de frère à ce
Prince. Comment , difoit- il , oferois -je traiter
de frère un impie , un ennemi déclaré de Jéfus-
Chrift , tandis que j'ai refujé le titre de Père
au Pape, à qui on ne peut reprocher que d'être
dans l'erreur? Il aflemble tous les Évêques
qui fe trouvoient alors à Conftantinople , la
queftion fut fort débattue ; enfin , après de
longues conteſtations , il fut décidé que l'Empereur
pouvoit , fans péché , accorder au
Sultan un titre confacré par l'ufage. L'Évêque
de Philadelphie , pour faire le Théologien &
aller plus loin que les autres , s'avança jufqu'à
dire que les Chrétiens ne faifoient pas diffculté
de reconnoître pour leurs frères les
démons mêmes. Ce mot vint à-propos pour
renouveler la difpute qui alloit finir. Grand
fcandale on cria au blafphême , un autre.
Évêque entreprit de réfuter fon confrère ; ils
fe dirent beaucoup d'injures ; & la difpute
s'échauffa tellement , qu'il fallut affembler un
Synode. Tels étoient les graves objets qui
» occupoient Andronic " ; telles étoient aulli
20 MERCURE
33
les , lumières des Prélats de l'Églife d'O-
» rient. »
Jean Tarchaniote étoit alors un des meilleurs
généraux de l'Empire , mais il étoit
Schifmatique ; ce mot a befoin d'être expliqué
: ceux qu'on appeloit alors fchifmatiques ,
étoient ceux qui vouloient au contraire faire
ceffer le Schifme , en réconciliant & réuniffant
l'Eglife Grecque avec l'Eglife Latine. On
s'étoit fort occupé de ce projet fous Michel
Paléologue , père d'Andronic ; mais celui- ci ,
plus affervi aux Patriarches , qui n'euffent pas
trouvé leur compte dans cette réconciliation,
y étoit fort oppofé ; il eut cependant la fageffe
de nommer Jean Tarchaniore , pour commander
fes armées en Afie , malgré les re-
" préfentations du Patriarche , qui étoit fcandalifé
de voir l'Empereur confier la conduite
de fes troupes à un Schifmatique
obítiné , comine fi l'épée d'un Schifmatique
» ne pouvoit pas être d'auffi bonne trempe
que celle d'un orthodoxe. »
و د
و ر
es
On avoit publié un écrit que la Cour appeloit
un libelle , où l'on déploroit les maux
de l'État , & où la perfonne même de l'Empereur
n'étoit pas ménagée. L'Empereur, qui
aimoit à difcourir , voulut réfuter publiquement
cet écrit dans une affemblée folemnelle
des Évêques & des Grands de l'Empire. L'Auteur
blâme cette conduite par des raifons que
plufieurs jugeront fans réplique ; d'autres ne
feront pas fachés de voir un Empereur plaider
lui-même fa caufe au tribunal de l'opinion ;
DE FRANCE. 21
mais tout le monde fera de l'avis de l'Auteur
dans la conclufion fuivante : « il auroit mieux
fait , ce femble , de profiter , fans faire
» aucun éclat , des vûes & des leçons que
» cet écrit pouvoit contenir , en plaignant
le fort des rois auprès defquels la vérité
» ne peut prefque jamais arriver que par ces
voies clandeftines , tant les fentinelles du
» menfonge font bonne garde autour du
trône, pour lui en défendre l'accès.
"
"
Une aventure affez fingulière vint encore
troubler la tranquillité de ce Prince . Quelques
jeunes gens qui cherchoient des nids de
pigeons dans les galeries hautes du temple
de Sainte- Sophie , apperçurent dans la corniche
d'une colonne , un vafe de terre exacrement
fermé. Cette découverte pique leur
curiofité ; ils ouvrent le vafe & y trouvent
un écrit. La forme de cet écrit & les fceaux
dont il eft accompagné , leur font juger qu'ils
doivent le remettre entre les mains du Patriarche.
Le Prélat reconnoît que c'eft une
Sentence d'excommunication qu'Athanafe ,
fon prédéceffeur , avant de quitter le fiégé
patriarchal , a fulminée contre fes ennemis
& contre l'Empereur qui les a écoutés. Le
Patriarche envoie auffi tôt dire à Andronic
qu'il a une affaire de la plus grande conféquence
à lui communiquer , qu'il s'agit d'anathême
, que le falut des âmes eft en grand
danger ; l'Empereur accourt tout épouvanté
au Palais patriarchal ; il affemble les Évêques ;
on apporte l'urne dans l'affemblée , on en
22 MERCURE
tire l'écrit , on en écoute la lecture en frémiflant
, on délibère ; & , comme il arrive
toujours , on fe partage. Les uns foutiennent
qu'il n'y a qu'Athanafe qui puiffe lever l'anathême
qu'il a lancé ; les autres veulent raffurer
les efprits fur les fuites d'une excommunication
vicieufe dans fon principe , où
l'on reconnoit tous les caractères de la paffion
& de la vengeance , qui a été portée furtivement
& à l'infçu des perfonnes intéreffées ;
ils foutiennent qu'en tout cas elle peut être
levée par le Synode , qui eft au- deffus du Patriarche
, puifqu'il peut le citer à fon Tribunal
& même le dépofer.caba
" L'Empereur , qui craignoit toujours de ne
pas prendre affez de précautions , députa
vers Athanafe , qui s'étoit démis du Patriarchat
un peu malgré lui & qui vivoit encore.
Il lui fit demander s'il étoit l'Auteur de l'écrit:
qu'on lui attribuoit , à quel deffein il l'avoit
fait , & s'il perfévéreit dans les mêmes difpofitions
; Athanafe reconnut l'écrit ; il avoua
que la colère le lui avoit dicté; il le déclara
nul dans fon principe , & l'amulla encore
en tant que de befoin ; il ajouta qu'il avoit
eu intention de le retirer & qu'il l'avoit oublié.
L'Empereur , non content de cet aveu
verbal , voulut qu'Athanafe le confirmât par
un acte figné de fa main ; ce qui fut fait &
cequitranquillifa tous les efprits, qui croyoient
déjà voir les effets de la colère de Dieu & du
Patriarche Athanafe , dans quelques inondations
& quelques autres fléaux très- ordiDE
FRANCE. 23
naires que Conftantinople éprouvoit alors.
On ne peut prendre une plus jufte idéo
du fanatifme pufillanime d'Andronic , que
dans un difcours prononcé par ce Prince fuimême
, dans une conférence théologique où
il s'agiffoit de confondre & de ramener à
l'unité je ne fais quels fectaires.
وو
ور
و د
Vous favez , dit l'Empereur , combien
mon père m'a tendrement aimé , & quels
droits il avoit à ma reconnoiffance ; cependant
, parce qu'il étoit l'Auteur de ces
nouveautés , ( le projet de réunion avec
l'Églife Latine ) je ne l'en ai pas moins
» condamné à être privé de la fépulture chré-
» tienne ; & cet homme fipuiffant , cet Empereur
fi redoutable à les ennemis , ce
" Souverain qui n'avoit épargé ni veilles ni
fatigues pour travailler au bonheur de fes
fujets , n'a pas reçu à fa mort les honneurs
» que l'Églife ne refuſe point au dernier des
» citoyens. Si je me fuis conduit ainfi à fon
égard , c'eft que j'ai cru devoir obéir au
» commandement exprès de J. C. , & que
j'ai craint d'encourir l'anathême prononcé
» par ce divin Maître contre ceux qui aiment
leurs parens lui . Ma mère, cette
parens plus que
» mère qui m'étoit fi chère, & qui m'a donné
» tant de preuves de fa tendreffe , n'a pu
» obtenir le privilége d'être nommée avec
» nous dans les prières publiques , qu'après
» avoir déclaré , par un écrit figné de fa
main , qu'elle déteftoit tout ce qui avoit
» été fait , & qu'elle foufcrivoit à la condam-
"
C
"
??
"
"
ور
1
24
MERCURE
و ر
» nation prononcée contre la mémoire de
fon époux. Rappelez - vous autli la manière
» dont j'ai agi envers ma première femme.
» On fait combien elle étoit oppofee au
», projet de l'union avec les Latins.
""
ور
ود
ود
Cependant, parce que la mort l'a furpriſe
» avant qu'elle ait pu fe purifier par la pénitence
, de la tache que notre accord facrilége
avec les Latins avoit répandue fur
» toute la nation , j'ai voulu , dès que je me
» fuis vu fur le trône , qu'elle fût traitée
» comme indigne de la fepulture chrétienne :
On a ceffé par mon ordre , de célébrer fon
» anniverfaire , & je l'ai fait retrancher du
» catalogue qui fe lit tous les ans au Jubé ;
» & où l'on rappelle la mémoire des Princes
» & Princeffes nouvellement morts. C'eft
» en vain qu'on cherche le nom de cette
vertueufe Princeffe fur cette lifte , oùfont
» écrites tant de femmes bien moins efti-
» mables.... J'aurois pu ne pas aller fi loin ;
fans manquer à mon devoir ; mais en n'é-
» pargnant aucun de ceux qui m'étoient unis
» par les liens les plus étroits , j'ai été bien
» aife de donner un exemple qui apprît aux
» hommes à s'élever au- deffus des fentimens
» de la nature , quand il s'agit des intérêts de
i, la Religion.
"3
"
و د
"3
On voit que pour méprifer complettement
Andronic II , on n'a befoin que des éloges
même qu'il fe donne. Orgon n'eft pas plus
ridicule , lorfqu'il dit de Tartufe :
Il m'enſeigne à n'avoir affection pour ₁ien ;
De
DE FRANCE. 25
.
De toutes amitiés il détache mon âme :
Et je verrois mourir frère , enfans , mère & femme ,
Que je m'en foucîrois autant que de cela..
"
ور
ود
L'efprit d'intolérance n'étoit pas moins
dominant alors dans l'Églife Latine que dans
l'Eglife Grecque. Le Patriarche d'Alexandrie
étoit fort oppofé au Patriarche de Conftantinople
, Athanafe ; l'Empereur n'ayant pu
le faire changer de difpofitions , l'envoya
dans fon Diocèfe ; car , à la Cour de Conftantinople
, lorfqu'on vouloit punir un
Évêque , c'étoit l'ufage de lui faire un
» châtiment du premier de fes devoirs. » Le
Patriarche d'Alexandrie s'embarqua fur un
vaiffeau Vénitien ; les vents le forcèrent de
relâcher dans l'Ifle de Négrepont. Il defcendit
dans une auberge pour attendre le moment
de fe remettre en mer. La ville où il fe trouvoit
, n'étoit peuplée que de Latins ; ils furent
fcandalifes de voir que le Prélat ne leur donnoit
aucun figne de communion. Ils le firent
interroger par les Magiftrats, à qui les Moines
avoient indiqué les queftions qu'il falloit lui
faire, relativement aux points conteſtés entre
l'Églife Grecque & l'Eglife Latine. Le Patriarche
fe contenta de répondre qu'il étoit
en voyage pour retourner dans fa Patrie , &
qu'il n'étoit point venu à un Concile pour
rendre compte de fa croyance. Les Moines
qui accompagnoient les Magiftrats , répliquèrent
qu'un Évêque devoit toujours être
prêt à rendre raifon de fa foi. Ils déclarèrent
No. 44, 4 Novembre 1786. 1 B
26 MERCURE
au Patriarche , que s'il perfévéroit dans fon
refus de s'expliquer , ou fi fa profeflion de for
n'étoit pas conforme à la doctrine de l'Églife
Romaine , ils ne pouvoient pas fe difpenfer
de le brûler vif avec tous les gens de fa fuite ,
& ils ne lui donnèrent que peu de jours pour
fe décider. Au terme fixé , nouvelle fommation
, même réponſe. Les habitans font
les préparatifs du fupplice , & dreffent le bûcher
dans la place publique ; cependant un
particulier, plus fage ou plus humain que fes
compatriotes, obferva qu'un Patriarche d'Alexandrie
n'étoit pas un homme dont la mort
fût abfolument fans conféquence ; que cette
mort pourroit être vengée ; qu'au moins les
Alexandrins pourroient fermer leur ports aux
marchands de l'Ifle de Négrepont ou fe faifir
de leurs vaiffeaux , ce qui feroit à leur commerce
un tort irréparable. Cette réflexion ,
que le zèle avoit apparemment empêché de
faire , frappa tout le monde ; & l'intérêt ,
plus fort encore que la fuperftition , fit changer
la première réſolution . Le Patriarche eut .
la vie fauve ; on exigea feulement qu'il fortît
de l'ifle dans dix jours ; il ne fallut pas le
preffer beaucoup de quitter de pareils hôtes,
Les ennemis du Patriarche de Conftantinople
, Athanafe , imaginèrent un fingulier
moyen de le commettre avec l'Empereur
qui le refpectoit d'autant plus , qu'Athanafe
avoit tout le zèle & toute la rigueur du fanatifme
. Ils enlevèrent furtivement du trône
épiſcopal l'efcabeau fur lequel le Prélat pofoit
DE FRANCE. 27
fes pieds pendant l'office ; ils y firent repréfenter
l'image de l'Empereur avec un mors
à la bouche , & celle du Patriarche qui le
menoit à J. C. par la bride. On remit le marche-
pied à fa place , de manière que les yeux
fuffent d'abord frappés de ces nouveaux objets.
Athanafe , furpris & indigné , non- feulement
protefte qu'il n'a aucune part à cette
indécente plaifanterie , mais fe plaint de l'infulte
qu'on a faite à la fois & à l'Empereur &
au Patriarche, & exige qu'on faffe des informations.
Les auteurs de la plaifanterie , bonne
ou 1mauvaiſe , furent connus & condamnés
par l'Empereur à une prifon perpétuelle ;
mais l'effet qu'ils avoient voulu produire ,
eut lieu ; le Patriarche fut brouillé avec l'Empereur
: on n'en devineroit jamais la raifon ;
c'eft que le Patriarche vouloit abfolument
qu'il en coûtât la vie à ces mauvais plaiſans ,
& qu'il ne put pardonner à l'Empereur d'être
moins cruel que lui. Il fe retira dans un Couvent
& quitta le Patriarchat.
L'Impératrice Irène , dont le nom rappelle
toujours une Princeffe plus célèbre qu'elle ,
quilaprécède de cinq fiècles, mourut en 1317.
Elle étoit la feconde femme d'Andronic II.
Elle vivoit féparée de lui , depuis quelques
années , à Theffalonique. Voici les réflexions
que fait l'Auteur fur le caractère de cette
Princeffe :
"
« Cette femme altière & ambitieuſe , eut
le défaut ordinaire de toutes les belles-
» mères ; elle aima les propres enfans au
Bij
28 MERCURE
"
D
préjudice de ceux du premier lit. Quoique
» ce fentiment de préférence foit affez dans
» la nature , cependant il ne fe pardonne
point. »
Non-feulement il fe pardonne , mais en
effet, comme l'obſerve l'Auteur , il eft tellement
dans la nature qu'il faut bien qu'il foir
approuvé ; mais il ne faut pas qu'il faffe faire
des injuftices, & c'eft ce que l'Auteur reproche
ici à Irene. Hyppolyte pouffe la générofité
jufqu'à excufer même ces injuftices que l'amour
maternel fait faire en pareil cas , &
qu'il avoit éprouvées.
Des droits de fes enfans une mère jalouſe ,
Pardonne rarement au fils d'une autre épouſe ;
Madame , je le fais , les foupçons importuns
Sont d'un fecond hymen les fruits les plus communs
Tout autre auroit pour moi pris les mêmes ombrages,
Et j'en aurois peut- être effuyé plus d'outrages .
ވ
"
و د
"
#6
Tel eft , pourſuit l'Auteur , le fort des
femmes des Souverains , qu'elles ont toujours
de plus grands facrifices à faire que
les autres femmes. C'eſt un crime pour
elles d'avoir des intérêts féparés de ceux
du Prince qu'elles époufent & de la nation
» qui les adopte....Irène intrigua & cabala
» contre l'État ; elle regarda l'Empire comme
» un pays qu'elle avoit le droit de mettre à
» contribution . Elle épuifa les finances pour
» fatisfaire à fon infatiable cupidité , à fon'
» luxe, à fa magnificence , à fes largelles in-
"
DE FRANCE. 29
ود
ود
» confidérées , & même pour enrichir des
» étrangers. Quand l'hiftoire n'auroit point
d'autres reproches à lui faire , les tréfors
immenfes qui , malgré fes profufions , fe
» trouvèrent après la mort dans fes coffres ,
» ne dépoferoient que trop contre fa mé
» moire. C'étoient le fang & les pleurs de
» fes fujets , qu'elle lailloit en héritage à fes
enfans.
a
"
"
22
En parlant d'édifices publics réparés à Conftantinople
, l'Auteur fait cette réflexion :
Cette dépenfe feroit inexcufable fi elle
n'eût éré commandée par la néceffité. L'épuitement
des finances , la misère des
peuples & les befoins publics , ne permet-
» toient guères d'employer alors beaucoup
d'argent en bâtimens. Au refte, l'Hiſtorien
de qui nous tenons ces détails , loue An-
" dronic d'avoir mieux aimé entretenir en
bon état les anciens édifices élevés par fes
prédéceffeurs , que d'en faire de nouveaux.
» C'eft un reproche de moins à lui faire. Il
» fut plus fage que beaucoup d'autres Em-
» pereurs qui , poffedés de la paífion de bâtir,
» avoient enfeveli fous les fondemens de
"
"
leurs faftueufes conftructions, la fubfiftance
» des peuples , & en avoient en quelque
» forte cimenté les pierres du fang de leurs
» fujets.
L'Auteur nous repréfente le Peuple de
Conftantinople écrâfé d'impôts & réduit à la
plus affreufe misère , abandonnant cependant
les occupations d'où dépendoit fa fubftance ,
Bij
30 MERCURE
pour courir après des bateleurs Égyptiens
& de miférables Saltinbanques, qu'une police
bien réglée , dit- il , auroit dû chaffer. " Mais
» peut -être , ajoute-t-il , le Gouvernement
» étoit- il dans ces principes , que , lorfqu'on
» ne peut rendre une nation heureufe , il
» faut au moins la laiffer s'étourdir elle-
» même fur fes malheurs ; & que , quand
» il eft impoffible de faire régner les bonnes
moeurs dans une grande ville , il n'y a plus
d'autre reffources que d'énerver les âmes
» par le plaifir , pour leur ôter l'énergie du
ور
و د
ور
>> crime. >>
L'Auteur eft bien loin d'approuver ce rafinement
de machiavélifme , qui fuppofe
d'abord qu'on défefpère de l'État , les Princes
fans talens & fans vertus en déſeſpèrent aifément
; les Princes fages favent qu'on peut
toujours rendre une nation heureuſe, & qu'il
n'eft jamais impoffible de lui rendre des
mours : il ne s'agit que de vouloir ; mais la
volonté en général , & cette volonté en
particulier , eft la chofe du monde la plus
rare.
ور
Parmi les reproches , les uns faux , les autres
exagérés , que l'Empereur Andronic II faifoit
à fon petit- fils , on trouve celui- ci : « qu'il
fait fon unique occupation de la chaffe ;
qu'il eft fi paffionné pour cet exercice ,
qu'il nourrit une meute de mille chiens ;
qu'il entretient mille oifeaux de proie &
» un égal nombre d'Officiers & de Valets
» pour le fervice de fes équipages ; ce qui le
39
و ر
22
"
و ر
(
DE FRANCE.
11
jette dans des dépenfes énormes & le ré
» duit à manquer quelquefois de tout. »
Ce reproche affez grave , n'étoit apparem
ment ni faux ni exagéré , car le Prince ne
s'en défend qu'en difant : j'ai eu tort fans
» doute de m'abandonner au plaifir de la
chaffe , puiſque vous le trouviez mauvais.
»
Voici le tableau que l'Auteur nous offre
du défordre des Finances fous ce dévot Andronic
II.
و ر
Les fatellites du fifc répandoient la dé-
» folation dans les campagnes ; les receveurs
des impofitions voloient eux-mêmes leurs
caiffes , & fuppofoient qu'elles avoient été
pillées par l'ennemi. Tous les Adminif
» trateurs des fermes , tous ceux qui ma-
» nioient les deniers publics , s'enrichilfoient
» aux dépens de l'État. Le peu d'or qui pour-
"
و ر
33
voit échapper à leur rapacité & arriver au
» tréfor de l'Empire , y étoit aufli-tôt ſaiſ
" par ceux qui compofoient la Maiſon Impériale
: Irène en engloutifoit une partie ,
» fes enfans en dévoroient une autre , &
l'Empereur employoit le refte en libéralités
mal entendues....Onlailfoit tomber
" en ruines les fortifications des villes , on
négligoit d'y entretenir des garniſons , les
» troupes n'étoient point payées . Dans ces
" momens de détreffe, Andronic eut recours
" à des moyens extraordinaires ; il fit des
» emprunts ruineux , mit des impôts fur les
chofes les plus neceffaires à la vie ; il en
"3
ور
Biv
32 MERCURE T
mit fur l'orge & le froment , productions
» que l'avidité des traitans eft encore forcée
de refpecter chez les nations même les
» plus tourmentées par le démon de la fifca
» lité....Pour n'épargner à la nation aucune
des calamités qui peuvent affliger un État ,
" Andronic altéra la monnoie ... Il eut ce
pendant quelquefois recours à des moyens
» économiques ; il fit des retranchemens dans
fon domestique , il diminua les gages des
Officiers de fa maifon , il retint le dixième
fur les penfions.... Mais ce n'étoit plus
l'économie de la prévoyance , c'étoit celle
» de la pauvreté. Ces réformes venoient trop
» tard & ne rémédioient à rien . »
"
و د
2
و ر
و و
" On trouve répandues ça & là dans l'hiftoire
d'Andronic , des actions de juſtice &
de bienfaifance . Mais quel eft le tyran qui
n'en ait pas fait ? ... Des Courtisans , des
» Valets favorifés n'ont que trop eu lieu de
fe louer de fa libéralité , mais fouvent des
bienfaits accordés par le Prince à des particuliers
, ne font qu'une grande injuftice
faite à la nation. »
»
"
33
t Quelquefois Andronic , dans de beaux
difcours , paroiffoit s'attendrir fur les mi-
» sères du peuple ; mais ce n'eft point par
» des paroles qu'un Souverain remédie aux
» maux de l'État , c'eft en agiffant avec acti-
≫vité. Ce n'eft point en verfant lui- même
» des larmes , qu'il tarit celles de fes ſujets ,
mais en faifant ceffer les malheurs qui en
» font la fource. »
+
DE FRANCE. 33
ور
39
Andronic III fupprima beaucoup de dépenfes
fuperflues , & il en eft blamné par Nicephore
Grégoras . " Tous ceux , dit l'Au-
» teur à ce fujet , tous ceux qui tirent avan-
» tage des profufions d'une Cour prodigue
» & faftueufe , trouvent toujours mauvais
que le Prince veuille mettre de l'ordre
» dans lesdépenfes de fa maifon . » Nicéphore
lui reproche encore d'avoir négligé l'exécution
des Ordonnances par lefquelles Andronic
II avoit réglé la forme des habillemens &
des coeffures , felon le rang des citoyens . M.
Aneilhon le juftifie fur ce point : « Ce Prince,
fort indifférent pour ce vain cérémonial
» qui paroilloit fi important à fon grandpère
, avoit cru devoir laiffer chacun s'habiller
à fon goût : on abufa de cette hberté,
" on quitta le coftume national pour adopter
» celui des étrangers , qui paroilloit le plus
» lefte ou peut- être le plus extravagant . On
» ne voyoit plus dans Conftantinople que
» des bonnets & des habits à la Bulgare , à
la Triballe , à la Phénicienne , à la Sy-
» rienne , & même à l'Italienne. Le même
Écrivain nous dit que ces nouveautés fai-
» foient gémir les gens fenfes , qu'ils les regardoient
comme le renversement des
» moeurs publiques , comme la deftruction
» des loix fondamentales de l'État , comme
» le pronoftic de quelque grande révolution
qui produiroit infailliblement la ruine de
» la nation . Les gens fenfés l'auroient peutêtre
été davantage , s'ils euffent fait de ces
ود
3
33
ןק
33
1
Bv
34 MERCURE
, כ
و د
folies l'objet de leur amufement , & non
celui de leurs craintes ; s'il n'euffent va
» dans ces nouvelles coëffures , que la légè-
» reté des têtes qui les portoient , & dans la
» bizarrerie de toutes ces modes , que la frivolité
des perfonnages qui en faifoient
leur parure. Il faudroit avoir l'âme naturellement
bien chagrine , pour croire que
» de pareilles caufes puffent avoir une influence
fi puiffante & fi funefte fur le fort
» d'un Empire ,
t
و د
"
"
"9
Je ne fais , mais la légèreté des têtes & la
frivolité des perfonnages ne préfagent rien
de bon à un État. Quand cette légèreté &
cette frivolité font paffées en mode, & qu'elles
conftituent la manière d'être générale , bientôt
tous les principes font ébranlés , les devoirs
négligés , les vertus oubliées ou rendues
ridicules , les bienféances foulées aux pieds ;
Pamufement devient la feule affaire & le feul
befoin ; le travail épouvante , fatigue ou ennuie
; la gloire n'eft qu'un nom , la richeffe
eft tout ; tous les caprices du fafte & du luxe "
ravagent la fociété , en détruiſent tous les
liens ; on devient incapable de tout ce qui eft
grand & utile. Je ne puis croire que ces caufes
foient fans influence fur le fort des Empires :
Miltiade , Thémiftocle , Ariftide , Cimon chez
les Grecs , les Fabricius , les Curius , les Décius
, les Camilles , les Catons , les Scipions
chez les Romains , n'étoient pas des têtes légères
ni des perfonnages frivoles , & ces États
profpéroient alors. Quand ils ont penché vers
DE FRANCE. 35.
leur ruine , il nous femble que la légèreté &
la frivolité ont été les principaux lignes de
leur décadence.
Quoi qu'il en foit , car on peut toujours
difputer fur ces matières , nous avons mieux
aimé raffembler ici une partie des idées vraiment
utiles qui fe trouvent en fi grand nombre
dans ces deux volumes , que de nous
arrêter , comme tant de petits critiques , à
chicaner l'Auteur fur quelques légers défauts
de ftyle , fur quelques tours familiers , fur
quelques expreffions de converfation .
Quas aut incuriafudit
Aut humana parùm cavit natura.
VIRGINIE , Tragédie , par M. le Blanc. A
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire ,
rue S. Jacques.
UNE Pièce nouvelle , fur un fujet qui vient
d'occuper la Scène , doit exciter l'emprellement
du Public. Indépendamment du goût
naturel & vif qui nous porte à comparer ,
nous aimons à voir les reffources de l'Art ; & ,
jamais ces reffources ne fe déploient avec plus
d'avantage , ne prennent un caractère plus
frappant , que lorfque deux Peintres habiles
tracent le même tableau fous des couleurs
différentes. Une curiofité ordinaire fuffit donc
pour donner beaucoup de Lecteurs à la Virginie
de M. le Blanc ; le nom de l'Auteur , les
fuccès brillans & foutenus de Manco & des
Druides, lui en affurent un plus grand non-

Bvj
36 MERCURE
bre. Les beautés pleines de hardieffe , les caractères
paffionnés , les fituations vraiment
théâtrales que renferme l'Ouvrage , feront
regrerter à ces Lecteurs de ne pouvoir l'applaudir
au milieu de la pompe & des illutions
du fpectacle.
Le Critique qui a rendu compte dans le
Mercure de la Virginie , jouée par les Comédiens
François , voudroit que l'Auteur eût
donné au criminel Appius une paſſion em→
portée , dévorante , & que Virginie fût plus
"Romaine. La Tragédie de M. le Blanc répond
précisément à ce double point de vue. En
voici la marche , dégagée de tout rapprochement
avec celle de la première Virginie.
L'hymen va lier Virginie au fort d'Icilius .
Appius éperdu , furieux , médite l'enlèvementde
cette jeune Romaine. Il engage Clodius
à la revendiquer comme efclave , & lui
promer pour récompenfe de le faire affeoir
parmi les Décemvirs. L'ambitieux Clodius
arrête en effet Virginie au moment où , en
Fabfence de Virginius , Numitor , frère de
ce dernier , la conduit à l'autel. Les cris de
Namitor , d'Icilius , de Junie , Nourrice &
Confidente de Virgisie , attirent & foulèvent
le peuple. Appius fe préfente , feint d'igno
rer la caufe du tunulte ; on l'inftruit. Il ordonne
que Virginie foit remiſe entre les mains
jufqu'au retour de fon père , qui peut feul être
adinis à prouver qu'elle n'eft point efclave...
Icilius conçoit des foupçons déchirans , &
les remords s'emparent du Décemvir. Cepen
DE FRANCE. $7
dant , raffermi par Clodius , ce dernier ofe
déclarer fa brutale paflion à Virginie ; aucun
frein ne l'arrête , il menace d'employer la
force. La courageufe victime s'élance fur l'oppreffeur
, arrache fon poignard , le tourne
contre elle- même, prête à fe frapper au moindre
mouvement. Appius s'enfuit confterné.
Icilius accourt aux ordres fecrets de fon aman
te. Virginius l'accompagne. L'infortuné vieillard
revient du camp d'Algide , où Numitor ,
à peine dans fes bras , n'ayant pu l'informer
encore des horreurs qui fe commettent à
Rome , a reçu un coup mortel. Ce nouveau
crime augmente les alarmes de Virginie. Elle
ne doute point qu'on ait voulu immoler fon
père. En effet , l'on apprend bientôt que Clodius
eft l'affaflin , & que c'eft par méprife.
que Numitor eft tombé fous fes coups. Virginius
, livré au défefpoir , refpirant la vengeance
, réclame fa fille au Tribunal des Décemvirs
, en préſence des Comices . Il attefte
les Romains qui l'ont vu naitre dans fa maifon
, & Junie dépofe haurement qu'elle l'a
reçue du fein même de fa mère. Clodius , qui
a dejà fait appuyer fon menfonge par des

hommes vendus , rejette cé témoignage irréfragable
, comme venant d'une efclave fe
duite ou trompée . Appius faifit avidement
la mauvaiſe défaire de fon complice. Alors
l'intrépide Romaine , objet de tant de noirceurs
, en dévoile la trame. Il me refe , ditelle
,
Il me reffe un témoin qu'on ne peut récafes ,
38
MERCURE
Un témoin redoutable à qui faura l'entendre ,
Qui feul , de tant d'horreurs , peut encor me défendre,
Connu du ciel vengeur , connu du Décemvir.
APPIU S.
Quel eft done će témoin ?
VIRGINIE montrant le poignard qu'elle lui a
arraché. )
Ofe le démentir.
Appius , furieux , appelle les Licteurs.
Ceux- ci s'approchent pour s'emparer de Virginie.
Son père , hors de lui- même , faifit le,
poignard dont elle eft armée , le plonge dans
fon lein , & fe tournant vers le Décemvir :
Par ce fang pur je confacre ta tête
A l'horreur de la terre , aux vengeances des cieux.
Au même inftant Icilius , fuivi d'une foule
de Guerriers armés , fond fur Appius, qu'il
frappe le premier , & qui va tomber dans la
couliffe . Il mer en fuite les Décemvirs , leurs
Soldats , leurs Licteurs , Clodius , fes Conjurés
, & reparoît bientôt , annonçant que
Rome eft libre , & demandant fon épouſe . It
la trouve mourante. Sa douleur , celle de Virginius
éclatent , ils veulent tous deux fuivre
au tombeau la victime d'Appius. Virginie les
arrête , & leur impofe Fobligation de vivre ,
pour être jufqu'au dernier foupir ,
L'efpoir de l'innocence & l'effroi des tyrans.
DE FRANCE. 39
Cette analyfe , quoique très - fuccinte ,
laiffe entrevoir le mouvement , l'action continuelle
qui règne dans la Pièce de M. le
Blanc. Excepté le meurtre de Numitor , tout
fe paffe fous l'oeil du Spectateur ; & l'on conçoit
quels développemens , quels effets doivent
réfulter d'un pareil plan. Il renferme
néanmoins un écueil ; c'eft d'exiger quelquefois
que les perfonnages annoncent les chofes
que l'on va voir; on racontent celles que l'on
a vues. Ce léger inconvénient tient à de trop
gran savantages , & ne peut jamais devenir
affez nuifible pour mériter un reproche fe
rieux. Qu'importe , par exemple , à l'intérêt
du moment , qu'Appius ait prefcrit , au premier
Acte , la marche de Clodius dans l'Acte
fuivant? La pompe nuptiale troublée ; Virginie
, déclarée eſclave , s'écriant :
Eh! voilà donc les nauds où j'étois réſervée !
Numitor s'adreffant au peuple :
Romains , peuple fenfible autant que généreux ,
Si de Virginius la vertu vous eft chère ,
Vous voyez fa famille & fon malheureux frère
A vos pieds profternés & pour elle & pour lui ,
Contre le crime altier implorant votre appui.
Protégez un Guerrier ardent à vous défendre ,
Qui , de l'honneur de Rome , en tout temps fi jaloux,
Combat en ce moment, triomphe ou meurt pour vous
40
MERCURE
Icilius redemandant fon époufe
Si må gloire en vos coeurs n'el pas encore éteinte
Protégez un Tribun que nulie indigne crainte ,
Nul intérêt caché , nul égard , nul eſpoir
N'écarta de la route ouverre à ſon devoir.
Si des Grands , pour vous ſeuls , j'oſai braver la haine,
Sij oppofai mon zèle à leur fierté hautaine ,
Si de leurs attentats j'ai fu venger les loix ,
Pour moi- même aujourd'hui défendez- en les droits ;
Rendez- moi mon épouſe à vos yeux outragée ;
Rendez-moi mon épouſe , &c.
Tout cela en forme- t'il moins un des tableaux
les plus touchans que le Théâtre puiffe pré-.
fenter ?
Nous voudrions qu'il nous fût permis de
tranfcrire en entier ce dialogue véhément
d'Appius & de Virginie , dont l'Auteur parle
ainfi dans fa Préface. « Si j'ai ofé tranfporter
"3
fur la Scène la plus frappante fituation du
» Roman de Clariffe , c'est une hardieffe que
je ne crois pas devoir juftifier. Eh pourquoi
" ce qui émeut fi vivement dans un Livre
23
22
feroit- il interdit au Théâtre , où l'on ne
» va chercher que des émotions ? Pourquoi
» craindroit on d'y hafarder ces grands mou-
» vemens qui paffent dans l'ame , l'agitent
» l'ébranlent , l'entraînent hors d'elle- même,
» & l'identifient , pour ainfi dire , avec les
perfonnages , lorſqu'ils font préparés avec
» art , & naturellement amenés par les pa
fons qu'on met en jeu ? »
20:
20
DE FRANGE.
Virginie , d'abord pleine de confiance , interroge
Appius , en qui elle croit trouver un
protecteur :
Avez vous fur mon fort acquis quelques lumières ?'
Pourrai je être rendue au plus ten fre des pères ? &c.
Le trouble du Décemvir , fes réponſes entrecoupées
la confirment dans l'idée qu'elle a
conçue de fa générofité. Cependant ce trouble
s'accroît. Appius combat en vain . Il ne
peut dompter la paffion qui l'égare ; il en
laille échapper l'aven & tombe aux genoux
de Virginie. Bientôt irrité de fes mépris , ne
gardant plus aucune mefure : Vous m'avez
entendu , dit- il , };
Vous m'avez entendu . Taut eft pour vous à craindre ,
Tout ; ma rage à fon comble , & mes voeux effrénés ,
Au dernier déſeſpoir mes fens abandonnés ,
L'oubli de ma raiſon , le poids de ma puiffance ,
Ces voûtes , ce palais , les ombres , le filence ,
Vos fers....
VIRGINIE , ( appuyée contre une colonne . )
La vertu craindre & trembler devant toi !
APPIUS , ( du côté oppofé , faifant effort pour
aller à elle , & ne le pouvant. )
Eh bien ! .... mais quel rempart s'élève entre - elle &
moi !
Me repouffe... moi ! non …….. dût le ciel ſur ma tête...
Dieyx , quel nuage encor ! ... je vois à peine.....
42 MERCURE
VIRGIN I E.
Arrête.
Ciel ! arrête ! ... ah ! Seigneur , je me fens oppreffer...
Refpectez.... malheureux , je faurai t'y forcer,
APPIU S.
M'y forcer la mort feule.....
VIRGINI E
و
Eh bien ! prends ta victime.
( Elle court avec transport à Appius , que
ce mouvement étonne & qui refie un moment
interdit: elle lui arrachefon poignard , revient
fe mettre auprès de la colonne où elle étoit auparavant
, & tient le poignard levé fur fon
fein, comme prête à fe frapper. )
Ou prête- moi du moins , pour t'épargner un crime,
Quelque fer... Mais que dis- je ? Il faut te l'arracher.
APPIU S.
Que faites-vous ? O ciel!
VIRGINI E.
K
Tremble de m'approcher,
Ou je tombe à tes pieds par ce fer abattue.
AP PIU S.
2
Où fuis- je ?
VIRGIN 1 E.
Ofe preffer cette main fufpendue.
DE FRANCE. 43
APPIV S.
Ah ! plutôt fur moi-même ! ....
VIRCINI 1.
Oui , monftre audacieux ;
Si Lucrèce innocente au tribunal des Dieux ,
De fon fang , par fes mains , expia fon outrage ,
Pleine de fa vertu , brûlant de fon courage ,
Grâce au ciel , je fuis prête à prévenir le mien.
Trop heureux mon trépas s'il eft fuivi du tien ,
Pour le bonheur de Rome & l'exemple du monde !
APP IV S.
Où fuir ? où me cacher ? O ciel ! ô nuit profonde !
Enfer , engloutis-moi.
(Ilfort tout éperdu. )
Nous croyons qu'une telle fcène , rendue
par nos premiers Acteurs avec le degré d'énergie
qu'elle demande , produiroit la plus
vive impreffion.
On a beaucoup loué , dans l'autre Virginie,
& l'on ne pouvoit trop louer la fageffe de
l'Auteur , qui a éloigné du Théatre un perfonnage
aufli vil que Clodius. M. le Blanc
mérite peut être encore plus d'éloges , pour
avoir fu faire parler & agir le même perfonnage
, fans bleffer aucune convenance ; pour
avoir , en quelque forte , annobli fa baffeffe ,
en lui donnant un grand intérêt , en l'animant
de cette ambition démefarée qui marche
par toutes les voies , qui étonne , qui impofe
44
MERCURE
au fein du crime. Il faut l'entendre , ouvrant
fon coeur à Tullus , & lui dévoilant les moufs
de fon dévouement à l'infàme projet du
Décemvir :
Pour prix de mon audace il m'égale à lui - même ;
Bientôt monté par lui dans ce degré faprême ,
Armé de la foibleffe , & fort , par ce fecours ,
Du fecret de la gloire autant que de les jours
Je reprends fur lui même un afcen lant terrible ;
Et , dûr s'en indigner fon orgueil inflexible ,
Je le verrai toujours , frémiffant à ma voix ,
Obéir en filence & recevoir mes loix.
S'il a pu , libre enfin de toute dépendance ,
De fes collégues même abforber la puiffance,
Régner feul en nos murs , qui pourroit aujourd'hui
S'élever contre moi qui vais régner fur lui ?
Crois- moi. Dans tous les temps , comme au fiècle où
nous fommes ,
C'est par leurs paſſions qu'on enchaîne les hommes ;
Ce qu'on nomme fortune eft l'art d'en profiter,
Et qui veut pouvoir tout , doit favoir les flatter,
Il faut l'écouter encore , lorfqu'après avoir
ébloui fes conjurés par de hautes promeffes ,
il les interrompt au moment où leur bouche
invoque le ciel en témoignage de leur foi .
Trêve à de vains fermens ,
Pour furprendre le foible utiles inftrumens ,
Qu'on prodigue ou preferit à des efprits crédules ,
DE FRANCE. 45
Mais , entre vous & moi , liens trop ridicules.
Il eſt un noeud plus sûr que je tiens en mes mains ,
Qui feul , d'un pôle à l'autre , enchaîne les humains :
Votre intérêt.
Ces différens morceaux & l'analyſe qui les
précède , fuffisent pour donner à nos lecteurs
une jufte idée de la nouvelle Virginie . Ce
qui
qui la diftingue fur- tout , c'eft l'union rare
'une grande fimplicité d'action & d'un appareil
très-impofant. Nous n'avons pas cru devoir
établir entre - elle & la première , un
parallèle fuivi , perfuadés qu'on ne fauroit
prononcer avec trop de réferve fur le mérite
refpectif de deux Pièces , dont l'ure n'a pas
fubi la dernière épreuve , qui eft celle de l'impreflion,
& dont l'autre ne s'eft point montrée.
fous le jour le plus brillant , qui eft celui de la
repréſentation .
ANNONCES ET NOTICES.
T
1
OMES V & VI de la Bible , in - 8 ° . , Collection
de M le Dauphin. Prix , 20 liv. brochés en carton
. Ces deux Volumes efteront à ce prix juſqu'à
ce que les Tomes VII & VIII , qui formeront la
dernière Livraiſon , paroiffent ; alors ils feront,
comme les quatre premiers , à 12 liv. chaque. Les
mêmes pour la Bible dédiée au Clergé. A Paris ,
16 MERCURE
chez Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , rue Pavée-
Saint- André.
On trouve chez le même Libraire les Amours
du grand Alcandre , 2 Vol. in-12 fur papier velin
d'Annonay. Prix , 12 liv. brochés.
a
A la faite de ce Roman , de Mlle de Guife , il y
des Notes généalogiques & hiftoriques fur chaque
Perfonnage cité dans cet Ouvrage.
Dans le Tome fecond on trouve la Généalogie
des Maifons de France & de Bourbon , une Notice
très-intéreffante fur la Vie de Henri IV , fon Manifefte
fur fon divorce , fuivi de quelques Poéfies de
ce Prince , & un grand Tableau qui prouve que
Henri IV réunit en fa perfonne les trois Races de
nos Rois.
Cer Ouvrage eft le troisième de la Collection de
Romans fur Hiftoire de France .
REUSSTI difpenfatorium univerfale ad tempora
noftra accommodatum , & adformam lexici chemico.
Pharmaceutici redactum , 8 ° . maj . Argent, 1786. A
Strasbourg , chez Amand Koenig ; & à Paris , chez
Théophile Barrois le jeune , Libraire , quai des Auguftins
, n °. 18. Scribonii Largi compofitiones
medicamentorum , denuò ad Editionem Rhodianam
edita à J. M. Bernhold, 8 ° . Argent. 1786. Scriptorum
Latinorum de aneuryfmatibus collectio , Lancifius
, Guattani , Matani , Verbrugge , Weltinus
Murray, Trew, Afman ; edidit atque prafatus eft
Th. Lauth. cum XV iconibus ari incifis 4. maj.
Argent. 1785.
ANACREONTIS carmina ; accedunt felecta quadam
è lyricorum reliquis , Editio fecunda emendator,
in - 16. Argentorati , apud J. G. Treuttel Pari
fis , apud Theoph . Barrois.
Cette petite Edition eft exacte & foignée.
DE FRANCE. 47
LE'S Baifers de Zizi , Poëme , avec cette Epigraphe
: Liquidis immifi fontibus apros . Virg.
Buc. z , feconde Edition , fuivie de plufieurs Poéfies
fugitives . A Paris , chez Royez , Libraire , quai des
Auguftins , & chez les Marchands de Nouveautés.
La première Edition de ce Poëme , qui parut il y
a peu de temps , & dont nous rendîmes compte dans
ce Journal , ayant été bientôt épuifée , l'Editeur s'eft
empreffé d'en donner une feconde , où l'on trouve
plufieurs corrections & augmentations, & à laquelle
on a joint diverfes Poéfies fugitives du même
Auteur.
ON vient de faire des Cadrans horizontaux de
fix pouces , divifés de cinq en cinq minutes , & ou
l'on a gravé l'équation du temps de dix en dix
jours. Cela eft d'autant plus utile , qu'actuellement
le goût de la préciſion fe répand , & bien des perfonnes
règlent leurs pendules fur le temps moyen ,
le feul qui foit uniforme & exact : les Cadrans folaires
& les Méridiennes ne donnent que le temps
vrai ou le temps du foleil , qui peut tromper de
demi-heure fur la marche d'une pendule dans l'efpace
de quelques mois.
Ces Cadrans font d'un métal affez folide pour
pouvoir être placés fur une fenêtre & dans un jardin.
On trouvera de ces Cadrans chez le fieur
Moffy, Conftructeur de Thermomètres , de l'Académie
des Sciences , quai Pelletier. Prix , 12 liv.
NUMÉRO 10 des petits Concerts de Société ;
Ouverture & Airs de Nina en Quatuor , pour deux
Violons , Alto & Violoncelles , par M. F. Mefger.
Prix , 3 liv. 12 Cols, Te Deum pour l'Orgue, par
M. Lafceux , Organiſte de Saint Etienne , &c.
OEuvre XII. Prix , 6 liv. Sonate pour le Forte-
Piano , Violon ad libitum , par Mlle Edelman,
-
-
48 MERCURE
Prix , 2 liv. 8 fols , formant le Numéro 33 du Journal
de Pièces de Clavecin par différens Auteurs. A
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à la Clef
d'or , paffage du Café de Foy , & Mme Lemenu , rue
du Roule , à la Clef d'or.
NUMERO 18 des Pièces d'Harmonie , contenant
des Ouvertures & Airs d'Opéra ; &c. pour deux Clarinettes
, deux Cors & deux Baffons , par M. Van
derhagen , Muficien de la Garde Françoife. Prix ,
• liv. Soufcription 48 liv. port franc .
DEUX Quintettis pour deux Violons , Alto &
Baffe , par M. Signor Pleyel , Élève de M. Hayden ,
Quvre V. Prix , 6 liv. A Paris , chez Imbault , rue
& vis - à- vis le Cloître Saint Honoré , maison du
Chandelier , n°. 573.
TABL E.
VERS d'M. Sorin , 3 Charade, Enigme & Logo
Efai d'Infcriptionpour l'Am gryphe,
ib.
phitheatre de l'Académie Hiftoire du Bas- Empire , Į
Royale de Chirurgie , 4 Virginie ,
Couplets à Mefdames de M... Annonces & Notices ,
& de B... ,
35
45
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 4 Novem. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empécher Pimpreffion. A
Paris , le Novembre. 1986, GUIDI
C
SUPPLÉMENT
AU MERCURE
*
AVIS fur l'Hiftoire Univerfelle , traduite de
l'Anglais , en 126 Volumes , dont il en
parait actuellement 92 .
f
LORSQU'ON publia , en 1778 , le Profpectus
de l'Hiftoire Univerfelle , on annonça
que cet Ouvrage aurait foixante- dix Volumes
ou caviron , On n'avait établi ce
calcul que d'après le nombre des Volumes
Anglais , dont on avait quarante-trois. On
,
* Cette Feuille de Supplément eft destinée à la publi
cation des Proſpectus & Avis particuliers de la Librairie
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui ci
devant fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compoſition , du tirage , du pliage , & c. devenant
une dépenfe commune pour chacun d'eux.
La partie littéraire du Mercure n'étant compofée que de
deux feuilles , on ne pouvait auffi y parler que très-imparfaitement
des Ouvrages concernant les Sciences & les Arts.
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets. 3
On doit s'adreffer à M. MOUTARD pour l'inferrion & le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à 42
liv..
4 pages 84 liv. , &c Outre le prix ci-deffus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres,
nouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém , Nº.• 44 . 4 Novembre 1786. *
1995/ ( 2 )
, comptait eu égard au caractère qui y eft
employé , à la longueur & à la largeur des
pages , qu'un Volume Anglais en ferait un &
demi des nôtres , ce qui aurait porté lenombre
à foixante- quatre. L'Hiftoire d'Angleterre,
qui n'avait pas encore paru dansl'original
, & le fupplément qu'on devait ajouter
à l'Histoire de chaque Peuple pour la pouſſer
jufqu'à nos jours , devaient former environ
fix Volumes , ce qui rempliffait nos enga
gemens.
Mais il a été vérifié que chaque Volume
Anglais a fait plus de deux Volumes & demi
Ainfi l'Hiftoire Univerfelle en Anglais , en
y ajoutant l'Hiftoire d'Angleterre qui a paru
depuis peu , forme quarante- cinq Volumes ,
qui , fans augmentations , en auraient produit
cent quatorze.
La partie géographique était très - défectueufe
; on l'a fait refaire en entier , ainfi
que les Cartes , par M. Brion de la Tour ,
qui a été forcé de lui donner plus d'érendue
,
D'après une traduction Allemande trèseftimée
, on a rétabli des faits omis par les
Auteurs Anglais , & inféré des éclairciffe
mens auli piquans que néceffaires.
Enfin l'Hiftoire de chaque Peuple finiffant
à une époque trop reculée , les Tra
ducteurs l'ont continuée à peu près juf
qu'à nos jours, C'eft ainfi que pour com
pléter l'Hiftoire de France , qui finiffait à la
mort de Louis XIV , on a donné le Précis.
du règne de Louis XV , & des grandes
opérations qui ont fignalé l'avènement de
Louis XVI au trône.
Tous ces objets , qui n'entraient point
d'abord dans le plan des nouveaux Traducteurs
, & qu'ils n'ont embraffés que pour
donner à leur Ouvrage une plus grande
perfection , porteront le nombre desVolumes
à 126 , & nous nous obligeous à délivrer
gratis à MM. les Soufcrip.eurs les Volumes
qui l'excéderaient.
Si nous avions imprimé cet Ouvrage
dans la forme adoptée par les Imprimeurs
Anglais , nous n'aurions fait qu'à peu près
cinquante Volumes ; mais à caufe de la cherté
de la main-d'oeuvre & des droits fur les
papiers , nous aurions été forcés de vendre
chaque Volume 12 livres , ce qui aurait
fait pour la totalité de l'Ouvrage 600 livres ,
au lieu que nos cent vingt - fix Volumes , à
4 livres , ne couteront que 504 livres . Nous
avons donc procuré à nos Soufcripteurs un
bénéfice de 96 livres , indépendarament de
l'avantage qu'ils ont pu trouver à ne payer
que 48 livres par an , au lieu de 144 livres.
Les nouveaux Traducteurs efpèrent que
MM. les Soufcripteurs leur fauront gré des
efforts qu'ils ont faits pour leur donner un
Ouvrage qui , quoiqu'il ne foit au fond
qu'une traduction , devient , pour ainfi dire ,
neuf par les corrections & les augmentations
qu'ils y ont faites .
sy
C
Depuis long - temps nous n'avons plus
* jj
( 4 )
d'exemplaires complets ; nous nous fommes
déterminés à réimprimer les Volumes qui
manquent , & nous fommes en état de
fournir les 24 premiers Volumes aux perfonnes
qui voudront foufcrire , & les 24
fuivans aumois de Mars 1787. Le prix de chaque
Volume est toujours de 4 livres 10 fols
pour les nouveaux Souferipteurs. Pour la
commodité de ceux qui défireront fe procurer
cet Ouvrage , nous laiffons la liberté
de n'en prendre que fix Volumes à la
fois .
Nous invitons MM. les anciens Soufcrip
teurs qui ont négligé de fe compléter , à le
faire inceffamment ; ils rifqueraient, de,
n'avoir qu'un Ouvrage imparfait.
On fouferit en tout temps chez Mou-
TARD , Libraire- Imprimeur de la REINE ,
rue des Mathurins Saint -Jacques.
Lu & approuvé au tome 90 de l'Hiftoire Universelle , le
11 Septembre 1786. TERRASSON , Cenfeur Koyal.
RÈGLEMENT
DU CONSEIL , précédé de
l'explication des différens Articles compris
dans chacun des Chapitres ; avec les
Formules des Procédures qu'ony fuit , &
celles des Arrêts ou Jugemens qui s'y ren-
-dent. Nouvelle édition , dédiée à M. le
Garde des Sceaux . A Paris , de l'Imprimerie
de MOUTARD , Imprimeur-Libraire
de la REINE , rue des Mathurins ,
( 3 )
Hôtel de Cluni. 1786. Vol. in-4 ° . de 920
pages. Prix 15 liv . rel.
CE Règlement eft le fruit du travail de plufieurs
Magiftrats célèbres (*) du Confeil ,
auxquels M. le Chancelier d'Agueffeau l'avait
confié.
Le réſultat des conférences de ces Magiftrats
était fucceffivement communiqué à M.
le Chancelier d'Agueffeau , & les différentes
parties du Règlement ne furent arrêtées
qu'après un mûr examen . Ce Règlement
parut enfin en 1738. Mais pour allurer de
plus en plus fon exécution , M. le Chance
lier d'Agueffeau voulut que chaque article
fût expliqué avec précision , & que les Formules
des Actes , Requêtes & Jugemens
fuffent inférées dans cet Ouvrage.
Il chargea M. de Frefnes de ce travail ,
conjointement avec M. d'Agueffeau fon
frère aîné. M. de Frefnes fur tout s'y livra
fans relâche , & il eut le courage de rédiger
lui même toutes les Formules des Actes ,
Requêtes & Jugemens . Cet Ouvrage aurait
vu depuis long-temps le jour , fi les grandes
affaires qui occupèrent M. le Chancelier
d'Agueffeau jufqu'à l'inftant où la France cut
le malheur de le perdre , lui euffent permis
de préfider à fa publication .
(*) MM. de Machault père , de Fortia , d'Argenfon
& d'Agueffeau , fils aîné de M. le Chancelier
, M. d'Agueffeau de Frefnes fon fecond fils ,
Rapporteur.
* iij
1(-6⋅ )
Depuis cette époque , l'Ouvrage était teſté
manufcrit. La modeftie de l'Auteur l'avait
empêché de le publier. Cependant , quelques
années avant fa mort , M. d'Agueffeau
voulut bien confier fon Manufcrit àun Magiftrat
du Confeil , qui crut devoir affocier
à ce travail M. Turpin , Avocat aux Confeils.
Il s'établit alors des conférences où
l'Ouvrage fut de nouveau examiné , & où
on lui donna toute la perfection dont il
était fufceptible. L'Ouvrage s'imprimait lorfque
la mort enleva M. d'Agueffeau & l'empêcha
de l'offrir lui-même au Public.
Le Lecteur trouvera dans ce Livre l'analyfe
des principes d'après lefquels le Confeil
fe décide dans les différentes affaires qui
lui font foumifes. Les perfonnes chargées
par l'Etat de défendre les intérêts des Sujets
du Roi , ainfi que les Magiftrats qui doivent
prononcer fur leurs différens , connaîtront
les nouvelles formes qui font prefcrites pour
l'inſtruction . On a commencé chaque Titre
par l'analyse des principes qui lui font propres
; on expofe enfuite les Articles dont il
eft compofé , & fuivent après les Formules
des Actes & des Jugemens qui y ont rapport.
Lu & approuvé , ce 25 Octobre 1786. DE SAUVIGNÝ.
Vu l'Approbation, Permis d'imprimer, ce 27 Octobre 1786;
DE CROSNE.
( 7 )
PORTRAITS des Grands Hommes
Femmes illuftres , & Sujets mémorables
de France , gravés & imprimés en couleurs.
Format grand in 49. Dédiés au Roi.
LA Poéfie a chanté les Héros ; la Sculpture
leur a élevé des Statues ; la Peinture & la
Gravure ont , à l'envi , tracé ſur un tiffù
léger , leurs images & les principaux traits
de leur vie.
La France ne le cède à aucune autre
Nation ; il exifte , dans toutes les parties de
ce bel Empire , des monumens érigés aux
Hommes & aux Femmes célèbres qui l'ont
illuftré. Tout eft plein de la gloire des Henri,
des Sully , des Turenne , des Condé , des
Villars, des Saxe , des Lauwendal , des Créqui,
des Crillon , des Boufflers , des Luxembourg ,
des Dunois , des : Gaſton , des Bayard , des
LaTrimouille , des Briffac, des Montmorency,
das Duguefclin , des Montfort , des Châtillon ,
des Ducheffe d'Harcourt , des. Comteffe de
Montfort , des Jeanne d'Arc , &e. &c. &c.
& ce qui , dans ce genre , doit mettre le fceau
à la gloire de la Nation , c'eft la fuperbe
Collection qui doit orner le Muséum du
Louvre ; mais fixé à jamais dans la Capitale ;
Paris feul en pourra jouir.
Le Sieur BLIN fe difpofe à donner au Public
une Collection de Gravures , fous le titre de
Portraits des Grands Hommes , Femmes
* iv
( 8 )
illuftres , & Sujets mémorables de France :
il a penfé que cette Collection ferait d'une
utilité générale. On y verra le Portrait de
chaque Homme où Femme célèbre ; fon nom,
Les armes , fes qualités , les lieux & les dates
de fa naiffance & de fa mort : chaque Portrait
aura pour pendant un Tableau repréſentant
la plus belle action de l'Homme ou de la
Femme célèbre qui en fera l'objet , avec un -
Précis de fa vie au bas du Tableau.
...Cette Collection fera très foignée ; elle
conviendra , en même temps , à ceux qui
vivent dans la retraite & dans le tourbillon
du monde ; en recréant leurs yeux ,
ils fe retraceront ou imprimeront aisément
dans leur mémoire , les principaux faits de
nos faftes. L'enfant , jouant au milieu de fes
Tableaux , apprendra facilement , en peu de
temps , ce qui eft un travail pénible pour lui
& pour fes Instituteurs.
Le Sieur BLIN a choifi , pour cette Collec
tion , la gravure en couleurs , afin de réunir
le charme de la peinture à la variété des
compofitions.
Ilfe Hatte que les Defcendans des Hommes
& des Femmes célèbres dans notre Hiftoire ,
daigneront encourager Ton entrepriſe ; il
efpère même qu'ils fe prêteront à lui faciliter
fon travail , foit en lui communiquant des
Notes inftructives , foit en lui permettant de
faire deffiner fous leurs yeux , les Portraits
qui font én letur poffeflionio Song
00 210010I
** *
(9)
CONDITIONS.
Chaque Livraifon , compofée de quatre Ertampes,
favoir, deux Portraits & deux Actions ,
fe payera 8 liv. pour les Soufcripteurs à Paris ,
& 9 liv. pour.la Province , port franc. On ne
rendra point d'argent d'avance ; il fuffira de fe
aire infcrire pour la Collection entière : ceux
qui négligeront cette formalité , payeront 12 liv.
par Livraiſon ; il en paraîtra une tous les mois ,
compter de l'inftant de la publication de la
première , qui fe fera le 30 Novembre prochain .
Chaque règne des Rois de France fera défigné
par des lettres alphabétiques ; celui de Louis XVI
par la lettre A, & ainfi de fuite en rétrogradant ;
chacun des Portraits des Grands Hommes célèbres
, ainfi que l'action la plus remarquable ,
fera numéroté fous la lettre indicative du règne
pendant lequel celui qui en eft l'objet aura vécu .
Les Épreuves feront délivrées par date
d'infcription .
MM. les Soufcripteurs font priés d'affranchir
feurs Lettres & l'argent.
On fe fait inferire chez BLIN, Maitre Imprimeur
en Taille-douce , Place Maubert , N ° . 17, vis- à- vis
la rue des Trois-Portes , à Paris.
Lu & approuvé , ce a Septembre 1786. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation . Permis d'imprimer, le 5 Septembre 1786-
DE CROSNE.
LE PANTHEON , ou les Figures de la
Fable , deffinées par M. GO18 , Sculpteur
du Roi, Profeffeur defon Académie ,
& gravées par SIMON ; avec leurs Hifto
riques , par M. SILVAIN MARECHAL.
LA Mythologie eft le plus beau des mo-
V
( 10 )
numens antiques ; & la connaiffance de la
Mythologie doit être regardée comme la
clef qui feule peut ouvrir les tréſors de
l'Antiquité. Ce que nous appelons aujourd'hui
la Fable , jadis fervait d'Hiftoire. Dans
les temps reculés , la Politique était relit
gieufe , & la Religion était politique . Les
Anciens faifaient tout au nom de leurs
Dieux ; & on ne laiſſait rien faire aux Dieux,
qui n'eût quelque rapport aux hommes . Le
culte & le code réagiffant l'un fur l'autre ,
ne formaient qu'un feul & même fyftême ,
combiné pour la confervation & le bonheur
de la fociété civile .
On pourrait aufli comparer la Mytholo
gie à une vafte pièce de marqueterie , compofée
de quantité de fragmens précieux
affortis & rapprochés avec plus ou moins
d'art par des mains plus ou inoins habiles ,
& felon la néceffité , l'occafion ou le temps.
On chercherait en vain un fil pour fe
conduire dans ce labyrinthe , mais ce qui
doit raffurer ceux qui s'y égareraient , c'eft
qu'on n'y perd jamais fes pas , & que les
routes les plus écartées conduifent à des réfultats
úriles ou agréables. On y fait tous les
jours de nouvelles découvertes , & l'imagination
peut fe donner carrière à les expliquer
comme à les peindre. Les Artiftes
& les Poètes puifent à cette fource pour ra
fraîchir leurs idées . Les Moraliftes euxmêmes
y viennent auffi embellir leurs leçons.
C'est le miel qui adoucit l'amertume
( 11 )
des recettes qu'on lordonne au coeur humain
pour le guérir de fes faibleffes.
**
D'après ces confidérations , & plufieurs
autres que nous abandonnons à la fagacité.
de nos Lecteurs , qui ne voit qu'un répertoire
complet de tout ce que renferme la
Mythologie , doit être d'un ufage journalier
& indifpenfable Aucun ordre de Lecteurs
ne peut s'en paffer Tous nos Livres font
remplis d'allufions plus ou moins directes
aux Fables Mythologiques. On ne peut faire
un pas dans l'enceinte de nos villes & à la
campagne , ainfi que dans l'intérieur des
maifons , fans y rencontrer des objets qui
nous rappellent un trait de la Mythologie ,
mère des Beaux- Arts.
Ce ne font pas les Ouvrages qui nous
manquent dans ce genre : nos Bibliothèques
en fourmillent dans toute forte de Langues ;
mais ils fe répètent ou fe contredifent les
uns les autres . Le choix entre eux ne ferait
pas facile. Que faire dans cette abondanceftérile
de matériaux , ramaffés fans ordre ,
fans liaifon ou fans goût ? Comment fe reconnaître
au milieu de ce chaos : Un feul
parti reîte à prendre ; c'eſt de refondre rous
ces Mémoires , d'en exprimér , pour ainfi
dire , la fubftance , de les digérer avec foin ,
& de les reproduire fous une forme plus
commode & moins rebutante.
Telle eft la tâche que nous nous fommes
impofée dans l'Ouvrage que nous offrons
en ce moment aux Amateurs indulgens. Le
* vj
( 121))
140
Panthéon , dans lequel nous les invitons
d'entrer , repréfentera une galerie complette
de tous les Perfonnages qui figurent dans
la Mythologie , & que nous aurons foin de
repréfenter fous leurs attributs caractériſtiques.
Chacun de nos Tableaux tiendra une
płace proportionnée à l'importance du fujet;
& chaque fujer fera traité ifolement.
Une Table alphabétique que nous donnerons
à la fin de l'entreprife , pourra faire
regarder cette Collection de Tableaux , comme
le Dictionnaire Pittorefque de la Fable ,
Ouvrage qui manquait pour compléter l'Education
.
*
Cet Ouvrage fe diftribuera par livraiſon de
quatre Eftampes chacune , accompagnée du
Texte , imprimé fur papier fin d'Angoulême.
L'in-4 ° 36 live
L'in-8° 4
On en tirera plufieurs Exemplaires in- 4° . pa
pier vélin , qui fe payeront un quart en fus du
prix ordinaire .
Chez SIMON , rue Pagevin , No. 16 .
On recevra cet Ouvrage , frane de port , par
la Pofte , dans tout le Royaume , en écrivant
à M. SIMON; mais on aura foin d'affranchir les
Lettres.
N. B. Cet Ouvrage pourrait fervir de fuite
ou plutôt d'introduction à la fuperbe édition
des Métamorphofes d'Ovide , gravées par les
foins des fieurs BASAN & LEMIRE.
Lu & approuvé , se 19 Octobre 1786. DE SAUVIGNY .
Vu l'Approbation. Permis d'imprimer , ce 20 Octobre 1786.
DE CROSNE, 19
1
( 13 )
:
VAVIS.
>
LE Sieur DESNOS , Ingénieur -Géographe
& Libraire du Roi de Danemarck.
Paris , rue Saint-Jacques , au- Globe , Nº.
2545 a mis en vente cinquante Almanachs
de nouvelle édition , avec Privilége
du Roi , pour 1787 , cornés de douze Eftampes
chacun , & de ) Chanfous analogues
, par les meilleurs Auteurs , avec Ta
blettes économiques , Pertes & Gains
reliés en maroquin , & fermés d'un ſtylet
pour écrire ; 4.liv. 10 fols chacun , pris à
Patis , & liv. port franc pour la Province.
Savoir le Secrétaire des Dames & des
Meffieurs ; Anacréon en belle humeur ; les
Graces en goguettes ; le Paffe- temps agréa
ble ; les Mufes à Cythère ; les Plaifirs de
toutes faifons ; les Efpiègleries de l'Amour ;
le Triomphe des fens ; les Soupers de Vénus ;
les Amuſemens du bel âge ; les Loisirs d'Aglaé
, les Délices du Plaifir ; le plus joli
Chanfonnier Français ; les Caprices de
l'Amour ; Etrennes de toutes faifons ; celles
du Sentiment de l'Amour & de l'Amitié ;
Journée d'une jolie Femme ; Adélaïde ou
l'Innocence reconnue ; les Sens ; ce qui
plaît aux Dames ; le Paffe-temps du Palais
Royal ; les Matinées & Soirées du Palais
Royal ; l'Amour en bonne fortune ; la Bergère
qui s'y connaît ; les Efcapades de l'A
( 14 )
mour ; les Niches de Cupidon ; l'Excufe
de Nanette toute trouvée ; Etrennes à la
plus digne de plaire ; l'Aini des Femmes ;
les jolies Françaiſes ; le Porte-feuille d'une
jolie Femme ; le Bijou du Jour de l'An;
le Petit Bocace ; les Mille & une Folies ;
l'Almanach des Gens du Monde ; le Babillard
inftruit les Modes Parifiennes ; nouvelles
Coiffures & Habillement des Dames
& des Mellieurs ; les Dons merveilleux dé
la Nature ; le Petit Chaulieu ; le Petit Ovide
Français le plus utile des Almanachs le
Néceffaire de tous les jours ; le Petit Calendrier
Perpétuel ; l'Enfant Géographe ;
lé Souvenir des Voyageurs , &c. &c. On
aura la précaution de bien défigner les
titres , pour éviter les méptifes . On en
trouvera dans toutes les villes du Royaume
chez les Marchands Libraires , d'Estampes
& Bijoutiers , avec lefquels le Sieur Defnos,
eft en correfpondance. Le Livre des Rêves
ou l'Oneirofcopie , application des Songes
aux numéros de la Loterie , orné de jolies
figures , fe vend broché 2 liv. franc de
port.a
Le Sieur Defnos diftribue le Profpectus
de l'Atlas général , Civil , Eccléfiaftique &
Militaire , Méthodique & Elémentaire , de
Géographie , de Chronologie & d'Histoire ,
tant ancienne que moderne , par une Société
de Gens de Lettres , actuellement
complet , en cinq vol . in-fol. de 332 Cartes ,
propofé par foufcription jufqu'à la fin de
( 15 )
Décembre à 250 liv . grand papier , zoo liv.
moyen papier , & o liv. petit papier , relié
en carton .
On trouve aufli chez lui toutes les Cartes
& Atlas des différens Auteurs ; il en diftribue
le Catalogue gratuitement . Les Lettres
non affranchies de port ne feront pas re
cues.
Vu l'Approbation . Permis d'imprimer, le 2 Mai 1786.
DE CROSNE.
>
COLLECTION univerfelle des Mémoires
particuliers relatifs à l'Hiftoire de France.
A Paris , rue d'Anjou- Dauphine , No. 6.
Second Profpectus . 30 Septembre 1786.
ON connaît plufieurs Hiftoires de France.
Quelques-unes jouiffent d'une réputation
méritée ; mais toutes laiffent beaucoup à
défirer au Lecteur avide de connaître les
motifs des intrigues & des révolutions
ainfi que
les circonstances qui ont accompagné
la plupart des faits qui y font racontés.
Les Hiftoriens anciens ne les ont
pas connus , ou bien , forcés de fuivre le
plan qu'ils s'étaient tracé , ils ont adopté
l'opinion qui leur a paru la plus probable ,
& ont ravi à la curiofité des Lecteurs le
récit des opinions diverfes qu'ils ont eues
fous les yeux , & d'après lefquelles ils fe
feraient peut-être différemment déterminés.
Les modernes ont trouvé plus commode
de copier ceux qui les avaient précédés
( 16 )
}
& c'eſt ainfi que l'Hiftoire eft devenue f
incertaine..
Une Société de Gens de Lettres a voulu
raffembler les pièces originales , d'après
tefquelles feules il eft poflible de faire
une bonne Hiftoire de France . Ils ont
voulu davantage ; ils fe flattent de donner
une Hiftoire de France à peu près complète
en publiant ces pièces originales
comme on voit aujourd'hui PHiftoire de
nos Rois dans les Cabinets de Médailles.
Si perfonne ne doute de l'utilité de
cette entreprife , peu de perfonnes font
à portée de favoir combien de difficultés
les Editeurs ont à combattre pour la conduire
à fa fin. Ces pièces originales ne
font autre chofe que les Mémoires parti
culiers écrits fous chaque règne par les
témoins oculaires des faits qui s'y font
paffes , par les Auteurs mêmes qui ont
joué un rôle dans chaque évènement.
Où retrouver tous ces Mémoires ? Quelles
recherches n'a-t-il pas fallu faire pour s'en
procurer une fuite complète , fur tout dans
les 12 & 13 fiècles ? Tous les dépôts pu
blics ont été ouverts aux Editeurs ; mais
fouvent ils n'ont point fuffi , & il a fallu
vifiter beaucoup de bibliothèques particulières
& inconnues , à Paris & dans les
Provinces , pour trouver un article abfolument
néceffaire . Les Mémoires de Duclercq
, imprimés pour la première fois
dans le Volume de cette Collection
en font la preuve.
e
( 87)
Cette efpèce de travail eft affurément
bien pénible ; les Editeurs en ont été dédommagés
foit par des fecours qu'on leur
a donnés , foit par le fuccès qui l'a couronné
; mais de ce fuccès même est né
un obftacle qui les a d'abord effrayés . Ils
ont trouvé un grand nombre d'Éditions
des mêmes Ouvrages , toutes prefque différentes
les unes des autres ; celles - ci
tronquées par des Modernes , celles - là chargées
de faits oifeux , & de pièces inutiles
par d'autres Auteurs anciens , dont le ftyle
prolixe rend la lecture infupportable.
Les Editeurs ont vaincu ces obſtacles
en adoptant d'abord l'Edition que les Bibliographes
les plus inftruits leur ont indi
quée comme la meilleure ; ils l'ont comi
parée avec les autres , y ont ajouté , dans
des corps d'obfervations , les anecdotes
omifes ; on a reftreint les pièces justificatives
à celles qui ont un caractère réel
d'utilité , & qui peignent les moeurs natio
nales. Par ce moyen , les Editeurs prouvent
qu'ils évitent , autant qu'il eft poffible , de
multiplier les Volumes : en fecond lieu
rien de ce qui peut être néceffaire n'eft
élagué & le Volume donné au Public
renferme ce qu'on ne pourrait trouver que
dans plufieurs. Par ce moyen , des Ouvrages
anciens qu'il eft impoffible de lire fans
ennui fortent intéreffans des mains des
Editeurs , quoique le langage de l'Auteur
& fa perféetyfoient rigoureufement con
fervéstub vilOJ UL
>
( 78 )
On na commencé cetté Collection
qu'aux Mémoires du Sire de Joinville
parce que c'eft à cette époque que notre
Hiftoire eft la mieux connue. On a réuni
dans trois Volumes in- 8 ° . ce qu'il y a de
plus important & de plus curieux dans
deux Volumes in-folio , publiés , l'un par
Ducange & l'autre par MM. Melot ,
Sallier & Caperonnier.
e
Suivent enfuite dans les 4 & 5 Volumes ,
les Mémoires du Connétable du Guefclin ,
qui joignent la vérité hiftorique à l'intérêt
qu'infpirent les Ouvrages de pur agrément ;
les Mémoires de Chriftine de Pifan & de
Pierre de Fenin , Pannetier de Charles VI,
complètent les Volume ; & ceux du Ma
réchal de Boucicaut rempliffent le 6 Vol.
, Le contient des Mémoire's fur la Pur
celle , fur le Connétable de Richemont !
& fur le Sire d'Illiers.
e
Dans le 8 & le 9 , font ceux d'Olivier
de la Marche , & l'extrait de ceux de Jac
ques du Clerc , manufcrit qui n'a jamais
été imprimé.
Les tomes 10 , 11 , 12 & 13 renferment
les Mémoires de Comines , avec les Chroniques
qui y font jointes.
e
و ت
Le 14 contient les Mémoires de Villeneuve
, ceux du Sire de la Tremouille
& le commencement de ceux du Chevalies
Bayard , qui complètent le tome is.
"" Dans le 16 , font renfermés ceux du Mat
réchal de Fleuranges , dit le jeune Adventureux
, & le Journal de Louiſe de Savoie.
( 19 )
"
e
Les 17 , 18 , 19 , 20 & 21 contiennene
ceux de du Bellay , qui feront fuivis de
-ceux de Montluc.
Les Journaux ont annoncé cette intéreffante
Collection avec éloge ; ils l'ont regardée
comme une des plus importantes.
qui aient jamais été faites. L'accueil que
le Public a bien voulu faire au travail des
Editeurs , les encouragera à tenter de nouveaux
efforts .
CONDITIONS DE LA SOUSCRIPTION.
La Collection des Mémoires particuliers
concernant l'Hiftoire de France , eft imprimée
in -8°. fur carré fin d'Auvergne . Il en paraît régulièrement
un Volume chaque mois ; il en a
paru 20 Volumes ; le 24° paraîtra dans le courant
de Décembre,"
Le prix de la Soufcription pour les 12 Volumes
, à Paris , eft de 48 liv.; les Soufcrip
teurs de Province payeront de plus 7 liv. 4 f.
à caufe des frais de pofte.
སྣ་ On fouferit rue d'Anjou-Dauphine , Nº. 6 .
Il faut avoir foin d'affranchir le port de l'ar
gent & des Lettres.
BIBLIOTHÈQUE univerfelle des Dames ,
ou petite Bibliothèque Encyclopédique.
Format in-18 , 24 Volumes par année.
Second Profpectus. 30 Septembre 1786.
Le projet de cet Ouvrage a été conçu
par une Société de Gens de Lettres , qui
ont eu pour but d'épargner aux Gens du
( 20 )
Monde , aux Femmes , aux Voyageurs ,
aux Militaires , aux jeunes Gens , les difficultés
qu'on éprouve dans le choix des
Livres qui doivent former une Bibliothè
que complète aujourd'hui que l'on parle
de tout , que rien de ce qui appartient
aux Sciences & aux Arts n'eft , pour ainfi
dire , étranger à une éducation foignée ,
un pareil Ouvrage ne pouvait manquer d'être
favorablement accueilli. Il préfente en effet
fous une forme claire , fimple & préciſe ,
tout ce que peuvent fournir de connai
fances utiles & agréables , les Voyages
l'Hiftoire , la Philofophie , les Belles- Lettres
, les Sciences & les Arts . Les hommes
de Lettres qui fe font chargés de l'exécution
de cette entrepriſe , font , fuivant les
circonftances , ou Auteurs , ou Rédacteurs ,
ou feulement Editeurs des divers Ouvrages
qu'ils publient. Lorfqu'un Ouvrage eft avantageufement
connu , & qu'il ferait difficile
d'en trouver ou d'en compofer un plus
propre à remplir l'objet qu'on s'eft propofé
, ils l'offrent ayec confiance à leurs
Lecteurs , après y avoir fait les changemens
& les corrections néceffaires. Telleeft
leur conduite relativement à la partie
de l'Hiftoire. L'Hiftoire générale que le
célèbre Abbé de Condillac avait compofée
pour l'éducation de l'Infant , Duc de Pariae ,'
quoique peu connue , eft peut-être un des
meilleurs Ouvrages de ce fiècle : les Editeurs
de la petite Bibliothèque Encyclopé
dique n'ont pas hélité à la choifir & à la
H
( 21 )
publier , après en avoir retranché tout ce
qui était particulier à l'éducation du Prince.
Quand les Livres élémentaires des Sciences
qui ont été publiés jufqu'ici , ne leur paraiffent
pas remplir leur but , ils rédigent
par eux-mêmes , ou bien ils invitent des
Savans diftingués à concourir avec eux à
la confection de leur entrepriſe. Relativement
à l'Aftronomie , auraient - ils pu mieux
faire que d'engager M. de la Lande à compofer
le Traité qu'ils ont donné fur cette
Science M. de Fourcroy s'occupe en ce
moment des élémens de Chimic . La Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle ont été confiées
à d'autres Savans d'un mérite reconnu ."
Enfin la partie des Voyages , la Grammaire
, les Traités de la Fable , de l'Orthographe
& de la Verfification , la Logique
& la Rhétorique , font des Ouvrages entièrement
neufs , & auxquels une critique févère
aurait peut- être de la peine à refufer
fon eftime.
2.
On croit
devoir
inférer
ici
la
liste
des
différens
Ouvrages
qui
ont
été
publiés
depuis
dix
- huit
mois
, époque
de
la
première
livraiſon
de
cette
Bibliothèque
. On
verra
avec
quelle
promptitude
les
Volumes
fe
fuccèdent
, &
combien
les
Editeurs
donnent
d'attention
à
fatisfaire
les
différens
goûts
des
Lecteurs
par
le
mélange
&
la
variété
des
livraiſons
.
>HISTOIRE ANCIENNE
VOYAGES ,
11 vol.
4.
Le premier renferme un coup-d'oeil général
( 2x ) )
fur le Globe ; le fecond , une Géographie élémentaire
; & dans le troifième commencent les
Voyages par le Nord -Eft de l'Afie.
MÉLANGES contenant :
Grammaire Françaife.
Traité d'Orthographe , de Prononciation
& de Verfification Françaife ,
Rhétorique & Logique Françaife ,
Effai fur la Mythologie ,
ROMANS , contenant :
1 Vol
I
9
Les Amours de Théagêne & Chariclée , par
Héliodore , furnomme l'Homère des Romanciers
.
Les Amours d'Abrocome & d'Anthia , par
Xénophon.
Les Amours d'Ifmène & d'Ifménias , par Eufthatius.
Les Amours de Daphnis & de Chloé , par
Longus , nouvelle édition corrigée.
Les Amours de Clitophon & Leucippe , par
Achille Tatius .

Du vrai & du parfait Amour , par Athena
goras.
Les Amours de Chéréas & de Callirhoé.
Les Amours de Rhodante & de Doficlès .
Les Amours d'Eurynome & de Doficlès .
Lariffe.
Les Amours d'Anafylis & de Myficlée.
Charmus & Therfandre,
Euphronie .
19707
Ces différens Ouvrages compofant 8 vol.3.
forment la collection complète des Romans
Grecs , d'autant plus précieufe , que les Edi- ,
teurs ont eu la plus grande peine à les raffem
bler.
MORALE.
¿
Vol!"
5
Le premier contient un Effai fur la vie &
les opinions des anciens Philofophes , de Py-.
thagore , de Socrate , &c.
( 23 )
-Le fecond contient les penfées morales de
Theognis , de Phocylide , d'Ifocrate , de Thalès
, de Solon , de Chilon , &c.
Les 3 9 4 & contiennent les caractères
de Théophrafte , & les penfées de Cicéron &
de Sénèque.
Le THEATRE ,
BOTANIQUE
ASTRONOMIE , par M. de la Lande ,
5 Voli
f
I
Total des Vol . qui ont paru jufqu'ici , 39
..
Les neuf qui doivent terminer les livraifons
de la feconde année , parattront d'ici
au premier Janvier prochain , & feront
compofés , 1 ° du tome 12 de l'Hiftoire
20. dutome des Voyages ; 3. de 2 Volumes
d'Atlas 4° . des tomes 5 , 6 & 7
des Mélanges , qui renfermeront l'Odyſſée;
5. du tome 2 de la Botanique ; 6º. du
tome 6 du Théatre.
On voit par ce détail , dans quel efprit
cette Bibliothèque eft rédigée. L'Etranger
qui la poffedera , aura la fatisfaction d'être
fans ceffe à portée de connaître à fond
notre Littérature , puifqu'il en aura les
chef- d'oeuvres fous fa main."
Elle offrira au Voyageur & au Militaire ,
obligé fouvent par état de fe déplacer
l'avantage d'un tranfport facile. Le jeune
homme qui fe fent appelé à la culture
des Lettres ou des Sciences , y puifèra une
connaiffance fuffifante de tout pou pour fe
livrer enfuite au genre que fon goût lui
aura indiqué.
>
( 44 )
A la campagne , elle donnera un nouvel
intérêt à la promenade , en faifant connaître
le prix de tout ce qui nous y environne.
"
A la ville , la forme agréable & portative
de cette Bibliothèque , la rend trèspropre
à faire l'ornement d'un fallon
On ne peut fixer d'une manière pofitive
le nombre des Volumes ; mais l'intention
des Editeurs eft que toute la Bibliothèque
puiffe être contenue dans une caffette de
18 pouces . carrés.
On foufcrit en tout temps pour cer Ouvrage.
Les perfonnes qui voudront L'avoir
relié , payeront 72 liv. pour 24 Vol. , celles
qui le demanderont broché , ne payeront
que 54 liv. , en y ajoutant 7 liv. 4 fols
pour le recevoir port franc dans toute
rétendue du Royaume.
ch
161
On ne vend point féparément les Quvrages
des différentes Claffes. Il faudra affranchir
le port des Lettres & de l'argent ,
& s'adreffer au Directeur de la Bibliothèque
Univerfelle des Dames , rue d'Anjou-
Dauphine , N° . 6.
7
On continuera à mettre le nom du Soufcripteur
à la tête de chaque Volume , lorfqu'on
le demandera.
'b
Lu & approuvé, ce 23 Septembre 1786. DE SAUVIGNY,ɔ5
Vu l'Approbation, Permis d'imprimer, ce 26 Septembre 17866
DE CROSNE
I
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI II NOVEMBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE A UN AM I.
ENNODLIS
NNOBLIS ton loifir , fertilife tes champs ;
Suis , généreux B ** , tes vertueux penchans.
Sans craintes , fans defirs , jouis d'un fort tranquille.
Aux féduifantes loix que nous traça Delille ,
Qu'au fond de ces bofquets de jeunes plans foumis
S'élèvent , animés des noms de tes amis.
Défertés des Sylvains , des Nymphes bocagères ,
Tu fais les repeupler d'illufions plus chères ,
Heureux de pouvoir fuivre , ami religieux ,
Du lapon ingénu l'exemple induftrieux.
Oh! combien je chéris cet agrefte Hermitage ,
A ma Mufe indolente offert en apanage !
Il ne couronne point un immenfe côteau .
No. 45 , 11 Novembre 1786.
C
10 MERCURE
L'afpect des noirs débris d'un orgueilleux château ,
De rochers caverneux les mafes entaflées ,
Ne s'y difputent point mes volages penfées.
De plus fimples objets y fatisfant mon coeur.
D'un bois mystérieux la fauvage épaiffeur ;
Des buiffons , des rofiers , un afpe &t folitaire ;
De la poffeffion le preftige ordinaire
Font de ma grotte obſcure un ſéjour enchanté.
J'y puis du moins , j'y puis rêver en liberté.
L'imagination , fière de fa puiffance ,
Devançant dans fon vol l'effor de l'efpérance ,
Du pays de l'erreus m'apporte cette paix ,
Que dans la fervitude on ne trouva jamais .
Libre quelques inftans , pour toujours je crois l'être .
De mes plaifirs vendus quand ferai-je enfin maître?
Quand verrai- je l'Amour , les Mules , l'Amitié ,
Partager de mes jours l'une & l'autre moitié ?
Ah ! que ne fuis-je encore à cet âge indocile
Où , malgré les chagrins que me coutoit Virgile ,
De la Nature enfin j'appris à le chérir !
De quel espoir alors j'aimois à me nourrir !
Je confacrois à Pan l'avenir de ma vie.
Je ne rêvois que bois , Nymphes & bergerie.
Difpofant à mon gré des roſes & des lys ,
Mon efprit tout amour ornoit une Phylis.
Je portois dans nos champs cette charmante image ,
Et la mouſſe & les fleurs m'en plaifoient davantage.
Je voulois même alors , exempt de voeux coquets
DE
St
FRANCE.
N'offrir qu'à fa beauté mes chants & mes bouquets.
O d'un coeur ingénu , volupté paffagère !
J'ai vu s'évanouir mon hameau , ma Bergère ,
Mon amour ,
Pour m'être trop bercé d'un fonge & flatteur ,
Long-temps le fouvenir de fa douce impoſture
Fana pour moi les fleurs & flétrit la verdure.
Et lorfque la raifon , ſenſible à leurs attraits ,
Me conduit dans tes champs pour y goûter la paix ,
A peine je jouis de fa douceur nouvelle ,
ma houlette , enfin tout mon bonheur.
Qu'un importun devoir dans nos mars me rappelle.
Pour toi , dont la naïve & conſtante gaîté
Anime le couplet que ton coeur à dicté,
Enfle , joyeux B ** , ta champêtre mufette
Chante avec tes amis , folâtre avec Liſette .
Qu'épris de viu nouveau , tes Vendangeurs hâlés ,
Le foir autour de toi , fous l'ormeau raſſemblés ,
Heureux de te devoir le pain qui les fait vivre ,
Chantent , dans leur oubli , le Dieu qui les enivre,
Mais à travers leurs cris , quels chants mélodieux
S'uniffent aux accords d'un luth harmonieux ?
De nos Chanteurs brayans la ronde eft arrêtée .
La chanfon de Guillot ceffe d'être écoutée.
Par trois fois il l'entonne ; & Babet chaque fois
Sous la main , qui l'attend ; fait expirer la voix,
Un figne général commande le filence ,
On fe tait. Mais bientôt tous partent en cadence ,
Cij
MERCURE
D harmonic & de vin doublement enivrés ,
Formant fur un preſto leurs pas mal affurés.
Ton époufe en fourit , & preffant la meſure ,
Les voit tourner , bondir , rouler fur la verdure ,
Tandis qu'encourageant cette libre gaîté ,
Ton ame fe nourrit de leur félicité.
Pour l'homme bienfaiſant jouir eft fi facile !
Tes jardins , tes bofquets , ton folitaire afyle
N'ont pas le don fecret de faire ton bonheur.
Ce dour enchantement eft au fond de ton coeur.
L'ami de la fageffe aime auffi la Nature.
On ne voit point aux champs celui de l'impoſture
De rufiques travaux librement s'occuper.
Il faut aux corrompus des hommes à duper ,
Cent projets à bâtir , cent fottifes à faire ;
Et l'exil de nos bois ne peut les fatisfaire .
La vertu feule y cherche , y trouve des plaifirs ;
Et bientôt la Raiſon y bornant nos defirs ,
De notre efprit guéri chaffant au loin ces peines ,
Ces ennuis , fots enfans des jouiſſances vaines ,
Nous apprend qu'en nous feuls nos foins doivent
chercher
Le bonheur que les Dieux y voulurent cacher,
( Par M. Duault, 】
DE FRANCE
S3
"
"
"
و ر
PLAISIR ET PEINE , Conte.
Mes enfans , l'amour filial eſt un devoir ES
fi naturel , qu'il eft plus ou moins chez
» tous les peuples un fentiment inné. La vie
» étant le premier bienfait de la Nature ,
» celui de qui on la tient eft le premier des
bienfaiteurs. Quand je n'aurois pas ce précieux
titre auprès de vous , j'aurois à réclamer
le prix des foins que vous a donnés
ma tendreffe dès vos premières années ;
» les craintes , les plaifirs mêmes que vous
» m'avez caufés , font autant de bienfaits qui
m'affurent des droits à votre reconnoiffance.
La feule récompenfe que j'en exige ,
c'eft que vous confentiez à être heureux
» par moi. L'expérience eft un guide fidèle ;
» mais elle coûte cher à acquérir ; ufez de la
» mienne , mes enfans , comme de votre
" propre bien; & fi elle peut vous être utile ,
» je ne regretterai point ce qu'elle m'a coûté.
ود
4
Vous voilà dans un âge où de vos pre-
» mières actions dépendra le fort de votre
» vie entière. La raifon , qui eft fi foible , de-
» vance de bien peu le règne des paffions ,
qui ont tant de force ! Loin que fon pou-
» voir augmente en proportion des dangers
» qui la menacent , il femble au contraire
que plus l'enfance fait de pas vers la rai-
» fon , moins elle peut fe paffer de la raiſon
ور
ور
Cij
54
MERCURE
» d'autrui . Cui , vous auriez couru moins de
ود
rifques dans vos premiers arts , fi je vous
» avois abandonnés à vous - mêmes , que vous
» n'en courriez aujourd'hui , fi j'allois vous
» retirer les foins de ma tendreffe . Mais non ,
» mon coeur eft toujours le même ; comptez
fur mon affection , comme je compte fur
» votre docilité ; aimez - vous tous deux , ai-
» mez- moi ; & nous ferons tous trois heu-
>> reux . »
Ainfi parloit Florimon à Gercour & à Rofalie
, deux jeunes gens prefque du même
âge. Ces confeils étoient fages fans doute ;
mais ils ne profitoient pas également à tous
deux. Gercour avoit cette vivacité qui , dans
le premier âge , plaît & alarme tout - à - la- fois.
Ses défauts pouvoient n'appartenir qu'à fon
efprit ; mais ils pouvoient aufli être des vices
du coeur , & c'en étoit affez pour infpirer de
l'effroi . Il avoit été élevé pendant quelque
temps fous les yeux de Florimon ; étoit- ce
fon éducation , étoit ce fon naturel qu'il falloit
accufer de fes défauts ? Un pareil doute
eft douloureux pour le coeur d'un père. Quoi
qu'il en foit , le jeune Gercour, bien qu'il
parût avoir pour Rofalie une affection fraternelle
, la traitoit quelquefois comme s'il ne
l'eût point aimée. Combien de fois il lui fit
verfer des larmes ! c'étoient des bouderies ,
des brufqueries même qui devoient prévenir
contre Gercour ; car Refalie étoit fi douce
pour tout le monde , & fi rendre pour lui ,
que dans toutes leurs difcuffions , en étoit
DE FRANCE .
55
tenté de prononcer pour elle , avant d'avoir
entendu aucun des deux.
Rien n'étoit plus naïf , plus ingénu que
Rofalie ; mais ce n'étoit pas cette naïveté ,
qui eft autant le réfultat du défaut d'inftruction
que de l'innocence ; c'étoit , pour ainfi
dire , cette ingénuité de coeur qui provient
d'une fenfibilité extrême ; ce qui , chez d'autres
, étoit une penſée , étoit chez elle un fentiment.
Les convenances , l'opinion d'autrui
n'étoient rien à fes yeux ; elle n'avoit jamais
craint d'injuftes foupçons , ne croyant pas
qu'on pût juger criminelle une action qui
étoit innocente ; elle ne voyoit point de danger,
parce qu'elle ne foupçonnoit point de
mauvaiſe intention .
Rofalie ne mentoit jamais ; & ce n'étoit
pas par principe , mais par caractère ; elle ne
hailloit pas le menfonge , elle l'ignoroit. Elle
auroit préparé une menterie , qu'elle n'auroit
jamais pu la prononcer , parce que , fon
coeur s'exprimant toujours fans confulter
fon efprit , la vérité feroit fortie de la bouche
avant qu'elle eût fongé à la retenir .
Eh bien , cette Rofalie , fi éloignée de la
fauffeté , mentoit quelquefois pour fon frère .
Mais alors ce n'étoit pas un menfonge. Elle
ignoroit qu'elle trompoit Florimon , elle ne
vouloit qu'excufer Gercour. Que dis- je ? Elle
aimoit fi tendrement fon frère , qu'elle croyoit
aux vertus qu'elle lui créoit.
C'eft cette aménité , cette candeur qui ,
dans l'efprit de Florimon , aggravoit les torts
Civ
56 :
MERCURE
5
de Gercour. Florimon avoit un coeur fenfible
, avec un naturel févère. Il étoit tendre ,
mais plus jufte qu'indulgent. Né riche , deyenu
opulent , tenant un état de maiſon conforme
à fa fortune , il pouvoit faire à l'un &
à l'autre un fort brillant. Mais il exigeoit que
fes bienfaits fuffent mérités ; il vouloit bien
goûter les plaifirs de la bienfaiſance , mais il
ne vouloit pas avoir à fe reprocher des foibleffes.
Il avoit fouvent averti Gercour de fes torts .
Il employoit la douceur & la menace , les
encouragemens & les privations . Il le tou→
choir , le faifoit rougir , lui donnoit des remords
; mais il ne le corrigeoit point . Connoiffant
le prix des talens , il avoit voulu en
donner à Gercour ; mais Gercour fentoit plus
vivement la gêne de l'étude , qu'il ne prévoyoit
les avantages d'un corps & d'un efprit
bien cultivés . Ses maîtres aigriffoient encore
Florimon par leurs plaintes ; peut - être exagéroient-
ils les torts de Gercour ; car fouvent
l'inapplication ou la négligence de l'élève ,
fervent de prétexte au défaut de foin ou
l'ignorance du maître. Enfin une faute grave
caufa une rupture authentique , & découvrit ,
comme on va voir , un fecret qui plongea
Gercour dans la douleur , & coûta bien des
larmes à Rofalie.
Gercour avoit fait quelque étourderie ;
Rofalie lui en parla , non pour lui en faire
des reproches , mais pour lui épargner ceux
de Florimon. Il ne l'écouta qu'avec impatienDE
FRANCE. 37
če ; il s'emporta ; & infenfiblement , foit à
deffein , foit par un gefte mal- adroit , il en
vint juſqu'à la frapper. Rofalie bleffée , fit un
cri involontaire ; Gercour , en voyant du fang
couler , fe trouble ; le remords ou l'effroi lui
ont fait perdre la tête ; & plutôt que d'avouer
fa faute , il aime mieux l'aggraver encore par
la fuite. Il partit fans projet , fans eſpérance ;
& laiffa Rofalie bien plus affligée de fon départ
que du mal qu'il lui avoit fait.
Cette bleffure n'étoit preſque rien en effet.
Mais la pauvre Rofalie auroit bien mieux aimé
qu'elle eût été plus grave & moins manifefte ;
ce qu'elle y trouvoit de fàcheux , c'étoit de ne
pouvoir la cacher. D'ailleurs , comment raconter
la fuite de Gercour ? Enfin , quelqu'un
que le hafard avoit rendu témoin de leur démélé
, fuppléa au filence de Rofalie , qui n'auroit
eu ni l'adreffe de fe taire , ni le courage
de s'expliquer.
Florimon n'apprit cette nouvelle qu'avec
un mouvement de colère . La réflexion le rendit
plus tranquille fans l'appaifer. Il prit un
parti d'autant plus effrayant , qu'il ne l'embraffa
qu'après y avoir réfléchi. Gercour
ayant erré pendant deux jours , alla chercher
un afyle chez un parent de Florimon
; ce parent le fit avertir auflitôt ; & Florimon
ayant envoyé prendre Gercour , le fit
appeler dans fon cabinet avec Rofalie . Gercour
entra fans ofer lever les yeux ; & Rofalie
étoit auffi tremblante que lui. Florimon les
fit affeoir l'un & l'autre ; & après avoir gardé
Cv
18 MERCURE
un moment le filence , moins pour préparer
ce qu'il avoit à dire que pour raffermir fon
coeur, qui n'étoit pas exempt de trouble , il
regarda Gercour , & lui adreffa ces mors :
و ر
و د
* Gercour , vous avez toujours trouvé
» en moi un tendre père. J'ai voulu vous
einfpirer des fentimens qui n'ont jamais pu
» -entrer dans votre coeur. Je fupprime ici
→ des inculpations inutiles ; je ne viens point
» vous reprocher mes bienfaits ; mais vous
» m'avez forcé d'en borner le cours. Il en a
" coûté à mon coeur pour embraffer ce parti ;
>> mais ce projet eft irrévocable. Vous le
» voyez , la menace n'eft ni dans mes yeux
» ni fur mes lèvres. Je ne vous parle point
d'après un mouvement de colère , trop
» fouvent fujet au retour ; je ne cède ici
qu'aux confeils de mon immuable raifon,
» Il faut donc vous découvrir un fecret que
j'aurois voulu vous cacher toute ma vie.
» Gercour , vous n'êtes point mon fils ; je ne
» fuis point l'auteur de vos jours.
ود
ور
..
و ر
1
22
En effet , le difcours de Florimon n'étoit
ni une épreuve , ni une vaine menace. Il
n'étoit point le père de Gercour. Ce terrible
mor frappa ce dernier , ainfi que Rofalie ,
d'un tel étonnement , qu'aucun des deux
n'eut la force de répondre . Un morne & ftupide
filence fut l'unique interprète de leur
douleur , de leur effroi ; & Florimon reprit
en ces mors:
" Vous étiez orphelin , abandonné ; je ve
» nois de perdre un fils de votre âge; je vous ›
2
DE FRANCE. 19

adoptai ; je crus par là tromper mon chagrin
, fatisfaire un befoin de mon coeur. La
» Nature m'a trahi , & n'a pu vous trompes
و د
ود
و د
"
"
و د
vous-même ; j'ai eu beau vous adopter :
» pour fils , vous n'avez pu me regarder com-
» me un père. H eft temps de nous délivrer
» enfin , moi , du chagrin d'avoit mal placé
❞ ma tendreffe , vous , du remords peut-
» être de porter le nom de mon fils , fans
pouvoir en prendre les fentimens. Nous
" allons nous féparer pour toujours ; ces paroles
feront mon dernier adieu. Rofalie ,
qui fut jadis votre foeur , me pardonnera.
» d'avoir partagé entre vous deux mon affection
paternelle , qui lui appartenoit en en-
» tier. C'eft pour la lui rendre , c'eft pour
» brifer vos noeuds , que j'ai voulu qu'elle fût
» témoin de ce dernier entretien . Je n'ai plus
» qu'une fille , & vous n'avez plus de père.
» En fortant d'ici , on va vous conduire en
» un lieu où vous apprendrez votre fort . C'eft
» à vous à conformer vos væoeux & vos fen-
» timens à votre nouvelle deftinée ; c'eſt à
» vous déformais à travailler à votre bonheur
, puifque vous n'avez pas voulu me
» le laiffer faire moi- même. Je vous délivre
» dès ce moment du fardeau de la recon‐ ´›
»> noiffance ; oubliez tout enfemble & vos
» torts & mes bienfaits . »
"
ور
A ces mots Florimon fe tut ; & il était
temps , car les larmes & les fanglots de Ro
falie & de Gercour , ne lui auroient pas permis
de pourfuivre. On cût dieque l'un & l'an-
C vj
60 MERCURE
tre à- la fois venoient de perdre leur père . Florimon
lui-même , qui , malgré fa ferme réfolut
on , n'auroit pas foutenu aifément le fpectacle
de leur douleur , s'en alla , ou plutôt
s'enfuit , fans avoir le courage de féparer luimême
Gercour de Rofalie.
Quel moment douloureux pour ces deux
infortunés ! Leur chagrin étoit trop profond ,
la cauſe en étoit trop prompte & trop impré
vue, pour que leur défefpoir pût s'exhaler en
paroles. Nul des deux ne cherchoit à confoler
l'autre; car ils fe croyoient tous deux également
malheureux ; ils ne favoient que pleurer
, fanglotter fans fe rien dire; ils tomboient
dans les bras l'un de l'autre , & ne pouvoient
s'en arracher. Gercour n'étoit plus le mênie;
un coup- d'oeil rapide jeté fur la vie paffée,
lui avoit montré , exagéré toutes les fautes ;
& ce fimple coup d'oeil étoit fi douloureux ,
qu'il avoir expié tous fes erreurs.
Bientôt on vient l'avertir qu'une voiture
l'attend à la porte. Humilié , confus , pas un
mot ne fort de fa bouche ; il fe difpofe à obéir
avec une forte de tranquillité , qu'on prendroit
pour du courage , & qui n'eft que de
l'accablement & de la honte. On diroit qu'il
fe fepare fans peine d'une tendre foeur , &
fon coeur en eft déchiré. Il n'ofe regarder ni
ceux qu'il quitte , ni ceux qui l'emmènent.
Pour Rofalie , elle le laiffe partir ; car fes
jambes affoiblies lui ont ôté la faculté de le
fuivre ; & tandis que Gercour entre dans la
voiture fans demander où elle doit le conDE
FRANCE. 61
duire , on travaille par de prompts fecours à
ranimer les fens de la tendre Rofalie.
Cependant Gercour arrive. Où ? Dans la
maifon d'un fimple artifan. C'eft- là qu'on le
couvre d'habits analogues à fon nouvel état ;
c'eft - là qu'on lui déclare qu'il eft déſormais
fans parens & fans fortune ; & qu'il ne peut
plus attendre fa fubfiftance que du travail de
les mains. En effet , c'eft à ce nouveau genre
de vie que l'avoit condamné Florimon . Il
avoit payé d'avance fon apprentiffage , il
l'avoit pourvu de tout ce qui étoit néceffaire
à fa nouvelle exiſtence ; & en recommandant
à l'Artifan , auquel il le confioit , de ne pas
lui laiffer ignorer que le métier qu'on alloit
lui apprendre étoit fa dernière & unique relfource
, il avoit paru très décidé à ne plus y
ajouter le moindre fecours pour le préfent ni
pour l'avenir.
Tandis qu'il fouffre de fon fort , fans fe
croire en droit de s'en plaindre , la fenfible ,
l'infortunée Rofalie recueille toutes fes forces
pour aller trouver Florimon. Il vient de faire
à fon coeur une bleffure cruelle ; cependant
elle ne fe permet aucun murmure ; elle ne
veut lui faire aucun reproche ; elle va lui
adreffer feulement une prière. Toute entière
au plaifir que lui donne l'efpérance de revoir
fon frère , oubliant prefque le malheur qui
l'en a féparée , elle s'approche , & après avoir
embraflé tendrement Florimon , elle lui demande
, avec la plus touchante naïveté ,
la
permiffion d'aller voir fon frère . Ce mot de
62 MERCURE
frère , à peine forti de fa bouche , renouvelle
toutes les douleurs ; & fon vifage fe trouve
en un moment baigné de larmes. Son père ;
décidé à lui dire non , veut adoucir au moins
fon refus ; il l'embraffe avec tendreffe ; lui
dit qu'il a des motifs particuliers pour l'empêcher
de voir Gercour. Eh bien , mon père,
reprend la bonne Rofalie , allez au moins le
voir vous-même. Non , dit Florimon , il n'a r
pas voulu être mon fils ; je ne ferai pas fon
père malgré lui. Et moi , répond Rofalie en
pleurant , comment voulez - vous que je falle
pour ceffer d'être fa foeur ?
Peut- être Rofalie auroit- elle dû commencer
par demander où étoit Gercour ; mais
après le refus de Florimon , elle ne pouvoit
plus l'interroger là - deffus. Elle fit des recher- t
ches en cachette ; elle queftionna des Domef
tiques , & elle en trouva qui fatisfirent fon
inquiette curiofité ; mais il eft à préſumer
que leur maître leur avoit permis d'être indifcrets
; car Rofalie eut autant de facilité à fe
faire mener chez Gercour , qu'elle en avoit
eu à découvrir fon afyle.
J'ai déjà dir que , toujours sûre d'ellemême
, elle fe croyoit sûre de l'opinion
d'autrui , ayant toujours à bien penſer d'ellemême
, elle ne croyoit pas qu'on pût en penfer
mal , ou plutôt cette crainte , cette idée ne
lui étoit jamais venue . Trop fouvent ce qu'on
nomme décence , tient bien moins à l'honnêteté
qu'à l'amour- propre. Rofalie avoit tou
jours la franche fécurité de l'innocence. Aufli
DE FRANCE. 63
ne balança- t'elle point à aller voir Gercour ,
quoiqu'érant l'un & l'autre dans l'âge d'inf
pirer & de fentir l'amour , cette démarche
pût être mal interprêtée.. Gercour avoit été
fon frère ; il lui fembloit qu'elle étoit toujours
fa foeur. Dès qu'elle l'apperçut , elle ſe
jeta à fon cou , elle l'embrasla avec la tendreffe
la plus vive, mais en même- temps avec
tant de candeur , qu'on fe feroit reproché
comme un crime de fufpecter un moment
l'innocence de fes careffes. Gercour en étoit
attendri jufqu'aux larmes. Comme il étoit
honteux d'avoir méconnu quelquefois le bon
coeur de Rofalie !
Rofalie venoit ainfi le voir fréquemment.
Elle étoit fi intéreffante au milieu de
l'attelier où s'occupoit Gercour ! Elle regardoit
, obfervoit tout . Elle paroiffoit prefque
tentée de participer à fes travaux. Elle interrogeoit
fouvent les autres ouvriers , comme
fi en étudiant elle- même ce métier , elle eût
dû en abréger l'apprentiffage à Gercour.
"
"3
Un jour elle arriva avec l'air plus joyeux
qu'à l'ordinaire. Gercour , dit- elle , il m'eft a
» venu une idée ce matin en m'éveillant.
Puifque mon père n'eft pas le tien , nous
» ne fommes plus frère & four. J'ai été af- ›
fligée en penfant ( car je n'y avois pas en-
» core fongé) que ma fortune ne feroit plus
» la tienne , que je ferois riche & que tu ferois
» pauvre. Mais une autre penſée m'a con-
» folée : écoute- moi; un mari & une femme
» ne font pasépoux par le droit de naiſſance ;
"3
MERCURE
כ
ils le font par leur propre choix. On prend
» un mari , une femme. Eh bien , moi je
» prendrai un frère ; toi , tu prendras une
four; & tous nos biens feront communs
» entre nous. Tu pourras bien , Gercour , te
paffer de femme ; moi , je me pafferai bien
» de mari ; & je fens que je ne peux me paffer
de t'avoir pour frère . »
ور
و د
""
On voit que l'amour n'entroit pour rien
dans les difcours de Rofalie ; il ne fe préfentoit
pas même à fa penfée . Ayant commencé par
aimer Gercour comme un frère , elle n'avoit
pas foupçonné qu'elle pût l'aimer autrement.
Mais cette amitié habituelle s'étoit changée
en amour ; & ce fentiment avoit pris d'autant
plus de force dans le coeur de Roſalie,
qu'elle n'avoit pas même fongé à s'armer
contre lui. Ce qui l'éclaira enfin fur fes véritables
fentimens , c'eft un événement que je
vais raconter.
Gercour , délivré de tout projet d'ambition,
ayant foumis fes volontés à fon fort , avoit
fait des progrès dans l'art qu'on lui enfeignoit
, & bientôt on n'avoit plus rien à lui
apprendre. Son maître étoit devenu fon ami ,
& eut envie d'être fon bienfaiteur. En effet >
s'étant apperçu que fa fille avoit du goût pour
lui , loin de s'oppofer à cette paffion naillante,
il parut la voir avec plaifir , & il fit même
entendre à Gercour , que lorfqu'il en feroit
temps , il feroit charmé de l'avoir pour
gendre. Comme on ne foupçonnoit point
dans Plie d'autre fentiment que l'amitié ,
DE FRANCE. 65
& que d'ailleurs la difproportion du rang &
de la fortune ne permettoit pas de penfer
qu'on pût fonger à l'unir à Gercour , on ne
craignit point de parler devant elle de ce projet.
Rofalie ne l'entendit qu'avec déplaifir ,
avec une forte de chagrin qu'elle ne put fe
diffimuler. Surprife de ce qu'elle éprouvoit ,
elle voulut en favoir la caufe , & , pour la première
fois de fa vie , elle fonda fes propres
fentimens. Quoi ! dit- elle , on fonge à marier
Gercour , ce mariage lui fait un fort heureux ,
j'aime Gercour , & je ne l'apprends qu'avec
peine ! Elle fe difoit bien , pour repouffer une
vérité qui l'attriftoit , qu'elle pouvoit , fans injuftice
, fe plaindre de ne pas fuffire à fon ami ,
quand fonami lui fuffifoit à elle - même. Mais
réfléchiffant enfuite au bonheur affuré de
Gercour , comment fe pardonner le déplaifir
qu'elle en reffentoit ? Elle ne pouvoit plus voir
dans ce fentiment une amitié défintéreſſée . Ce
qui acheva de lui ouvrir les yeux , c'eft
vue de la jeune perfonne qu'on deſtinoit à
Gercour, lui infpiroit des mouvemens qu'elle
n'avoit jamais éprouvés : or une perfonne , que
cette Rofalie fi douce , fi tendre , ne regardoit
jamais qu'avec une eſpèce de répugnance involontaire
, ne pouvoit être qu'une rivale ; -
enfin fa jaloufie ne lui laiffa plus aucun doute
fur la fituation de fon coeur.
que la
Rofalie une fois convaincue de fes véritables
fentimens, il n'étoit pas dans fon caractère
de garder long-temps fon fecret. Cette franchife
qu'elle avoit toujours mife dans fon
66 MERCURE
amitié , elle crut pouvoir la mettre auffi
dans fon amour. Elle s'empreffa d'en par-
-ler à Gercour lui - même , mais ce ne fut
pas fans verfer des larmes. Elle ne pleuroit
point de l'aveu qu'elle faifoit , elle pleuroit
de la crainte que fa nouvelle tendreffe ne
fût étrangère au coeur de Gercour , ou qu'il
ne la reffentît pour fa rivale. « Je vous
» l'avoue , lui dit-elle , je fais que les noeuds
» qu'on vous propofe , peuvent faire votre
bonheur , & je n'ai pas la force de les voir
» former fans m'en plaindre. Je ne le croyois
» pas , mais j'en fuis sûre à préfent; je vous
» aime , Gercour. »
ود
"
ג י
Je n'ai pas encore dit que Refalie avoit une
figure charmante , elle qui fe feroit fait aimer
fans être jolie. Comment Gercour auroit il ré
fifté à tant de féductions ? Il fentoit au fond de
fon coeur tout ce que Rofalie venoit d'exprimer.
Attendri d'un aveu que tant d'ingénuité
rendoit plus touchant encore, il tombe comme
involontairement dans fes bras en fondant en
Jarmes. "Eh quoi ! s'écria Rofalie , vous pleu
» rez , Gercour ! » Et remarquez qu'en difant
cela elle pleuroit encore elle-même. Auffitôt
elle lui demande fi quelqu'autre l'a rendu
fenfible. Ah ! répond Gercour , j'en ferois
» moins malheureux & moins coupable .
Alors il lui rappela Florimon , & les obftacles
qu'il ne manqueroit pas de mettre à leur
amour. Il eut le courage de parler contre fes
propres intérêts , la pria de n'en rien dire à
fon père , envers qui , par ces nouveaux fen-
93
DE FRANCE 6+
timens , il fe rendoit encore criminel , & il
lui jura que jamais aucune autre femme n'au
roit des droits fur fon coeur. Le filence qu'il
impofoit à Rofalie , étoit un tourment fans
doute, mais la promeffe qu'il lui faifoit , étoit
une confolation.
Florimon avoit défendu qu'on lui parlât
de Gercour ; c'est ce qui rendoit le fecret de
Rofalie un peu plus facile à garder. Un jour ,
par hafard ou à deffein , en caufant avec elle ,
il rappela , non pas le nom , mais le fouvenir
de Gercour. Il faiffa tomber des demi mots
qui occafionnèrent des demi - réponſes ; de- là
des demi confidences qui ne furent faites , ni
d'une voix ferme ni d'un coeur tranquille. Il
vint des foupçons à Florimon , ou bien il
profita de cette occafion pour faire connoître
ceux qu'il avoit déjà ; & dès qu'il ufa de queftions
directes , il n'eut pas de peine à fe faire
tout avouer. Florimon , quoique févère , n'avoit
pas un coeur inſenſible ; il avoit toujours
chéri fa fille , & il l'aimoit alors avec d'autant
plus de tendreffe , que depuis l'abandon de Ger
cour , il avoit réuni fur elle tous les fentimens.
Dailleurs le bien qu'on n'avoit pas ceflé
de lui dire de Gercour , donnoit un inotifde
plus au projet qu'il conçut alors , & que nous
allons voir s'effectuer.
Quoique moins,faché que Rofalie ne l'avoit
préfumé d'abord , des nouvelles qu'il venoit
d'apprendre , il fallut bien , pour la dignité.
paternelle , témoigner du mécontentement.
D'ailleurs il avoit de juftes reproches à faire !
68 MERCURE
à Rofalie fur fa défobéiffance. Enfin , ( &
c'eft ici qu'il commence, à fuivre fon nou
veau plan ) il termine l'entretien par lui permettre
d'aller revoir Gercour pour la der
nière fois, avec ordre de lui déclarer qu'elle
a tout avoué.
Elle ufa bien vîte de la permiffion , & elle
partit accompagnée d'un homme de confiance.
On conçoit combien fut trifte cette
entrevue. Rofalie n'avoit plus au front ni
dans les yeux , cette douce joie qu'elle fentoit
à la vue de fon amant. Qu'avez vous , lui dit
Gercour? Ai - je à craindre quelque nouveau
malheur? Ah! Gercour , lui répondit- elle , mon
père fait tout. Et je viens vous voir .
Me voir !... pour la dernière fois.
...
La pauvre Rofalie eut bien de la peine à
achever ces derniers mots , qui furent fuivis
d'un torrent de larmes. Gercour au déſeſpoir
demande comment Florimon a tout appris ,
& Rofalie répond qu'elle a tout dit elle- même.
" Grand Dieu , s'écria- t - il avec l'accent de la
» douleur ! vous venez me voir pour la der-
" nière fois , & c'est vous qui avez tout
dit !,
En parlant ainfi , le reproche éclatoit dans
fes regards. Rofalie en parut accablée ; &
Gercour , en fut fi attendri , qu'il fembloit
moins touché de fon malheur, que du chagrin
qu'il venoit de faire à Rofalie . " Pardon , conti-
" nua t-il, en fe jetant dans fes bras , pardon ;
le défefpoir me rend injufte. Hélas ! je
fuisfi malheureux ! Le ciel fembloit m'avoir
DE FRANCE. 69
و د
"
promis long-temps un rang & des richeffes;
il m'a fait tomber dans la plus abjecte con-
» dition ! Je fuis aimé de la plus charmante
perfonne de fon fexe ; il faut que j'y re-
» nonce ! »
La tendre Rofalie étoit fi touchée de le voir
fouffrir , qu'elle le confoloit , comme fi elle
n'eût pas eu befoin d'être confolée elle-même.
" Mon ami , lui dit-elle , ces deux maux ne
» font pas fans remède. Nous nous aimerons
" toujours; & quant à la fortune , la mienne
» eft bien à nous deux , puifque nous nous
» aimons .
"
Mais le coeur de Gercour ne pouvoit s'ou
vrir à l'efpérance . « Quel bonheur puis- je
efpérer , difoit-il avec le ton du défefpoir ,
" quand mon devoir m'oblige à faire moi-
» même des voeux contre mon amour ? Si
» Rofalie m'eft fidelle , je fuis chargé d'un
» nouveau crime envers un bienfaiteur que
» je refpecterai toujours malgré fa févérité i
» & fi elle cède aux obftacles , j'en mourrai
de douleur. ,ود ود
Tels étoient les douloureux combats dans
lefquels s'écoula cette cruelle entrevue. Elle
avoit pour témoin la perfonne qui avoit accompagné
Rofalie. Mais dans leur fatale fitua
tion , ils n'avoient plus rien à cacher ni à ménager
; & celui qui les écoutoit , étoit trop
attendri pour les interrompre.
On rendit compte à Florimon de la manière
dont s'étoit paffé l'entretien ; & fans
doute il n'apprit pas fans quelque fatisfaction,
30
MERCURE
و ر
que Gercour , dans l'excès même de la douleur
, n'étoit pas forti à fon égard des bornes.
du refpect & de la reconnoiffance.
Le lendemain il entra chez Rofalie avec
un maintien fort trifte. « Ma fille , lui dit- il ,
» je viens t'annoncer une terrible nouvelle ,
» & c'eft pour toi fur- tout qu'elle m'afflige.
» Je m'applaudiffois d'être riche , dans l'efpoir
de te rendre heureule. Je n'ai plus
rien ; un titre qu'on vient de découvrir ,
» m'enlève toute ma fortune ; & ce titre eft
fiévidemment inconteftable, qu'il ne donne
» lieu à aucune réclamation . Rien ne nous
manquoit hier, Rofalie ; nous ne poffédons
plus rien aujourd'hui. »
و و
"9
A ces mots , par un mouvement auffi rapide
qu'involontaire , Rofalie s'applaudit au
fond du coeur de cet événement funefte ,
parce que fa pauvreté la rapprochoit davantage
de fon amant. Mais bientôt , fongeant au malheur
de fon père , elle fentit des remords
d'avoir facrifié la nature à l'amour,
La nouvelle de la ruine de Florimon arriva
bientôt chez le Maître de Gercour. Il eft inutile
de dire ici ce fut
que
pour le coeur de ce
dernier une nouvelle bleffure. Il paffa la nuit
dans la plus grande agitation , fans pouvoir
trouver un inftant de repos. Sans ceffe il avoit
devant les yeux , fa maîtreffe & fon bienfaiteur
plongés dans la plus affreufe indigence.
Mais à fon lever , une autre nouvelle étran
gère à celle - là , vint le jeter dans une furprifé
encore plus grande. Il reçur une lettre
DE FRANCE. 70
qui lui annonçoit que fon père , qui juſqu'àlors
étoit retté inconnu & qu'on croyoit mort
depuis long- temps , venoit de fe faire connoitre
à fa dernière heure , & que , failfant
un immenfe héritage , il en avoit diftrait le
porte feuille ci joint. En effet , avec la lettre
fe trouvoit un porte feuille qui contenoit en
bons effets deux cens mille livres.
Sortant de la première furprife , il tomba
dans de profondes réflexions ; & tout- à- coup
il lui vint une idée qui lui prometroit une
jouiffance ; mais cette jouillance coûtoit cher
à fon coeur , par le facrifice dont il devoit la
payer. Un douloureux foupir annonce fes
tourmens intérieurs. Mais enfin il a décidé
fon fort. Aufli- tôr il s'habille , il a befoin de
voir Rofalie, il faut qu'il la voye fur le champ.
Il court , cherche , follicite un rendez-vous ,
le fait demander par un des gens à qui il donne
& promet encore récompenfe ; & on vient
lui dire que Florimon étant alors abfent ,
Rofalie l'attend dans une pièce qu'on lui défigne
& qu'il connoît ,
ور
Il entre avec plus de courage que de force ,
garde un moment le filence , & s'étant recueilli
pour s'exciter : « Rofalie , lui dit-il , je
» fais vos malheurs. Tandis que la fortune
» vous accabloit , par un hafard très fingulier
elle me préparoit une faveur bien imprévue
, éblouiffante pour un coeur indifférent
, mais qui ne pourroit fuffire à mon
» bonheur. Malgré l'amour qui nous unit ,
ma naillance illégitime , mes torts envers
-95
72 MERCURE
""
» mon bienfaiteur , ( car je fuis coupable
puifqu'il a cru devoir me punir tout m'a-
» voit fait une loi de renoncer à vous. Eh !
quelie richeffe auroit pu me confoler de
» votre perte ? Rofalie , au nom de mon
amour, confentez à ce que m'inspire mon
» coeur , ou craignez tout pour moi de mon
défefpoir. Ne pouvant être heureux tous
trois , que l'un faffe le bonheur des deux
» autres. Voilà un porte feuille qui m'appar
tient par un héritage ; faites - le , Rofalie
accepter à votre père qui fut le mien. Il
dédaigneroit de le recevoir comme un pré
fent de ma reconnoiffance ; que votre tendreffe
ingénieuſe lui en déguiſe la fource.
» Il me refte encore un de fes bienfaits , le
» métier qu'il m'a fait apprendre ; il fuffira
aux befoins d'une trifte vie que je vais
traîner loin de vous . Adieu , Rofalie , adieu
22
و د
">
" tout. "
Jufques- là Gercour s'étoit efforcé de parler
avec fermeté; au mot d'adieu , ſa foiblefle ſe
trahit, & ſon viſage en un moment fut baigné
de fes larmes. Cependant il tâcha de rappeler
fon courage ; il s'arracha des bras de Rofalie ;
& il fe difpofoit à s'éloigner , quand tout -àcoup
parut Florimon qui , caché dans un coin,
venoit de tout voir & de tout entendre. « Non ,
"
92
lui dit -il , non , tu ne partiras point. Reprends
ce porte feuille , c'eft la dot de Rofalie.
C'eft moi qui ai répandu le faux bruit
» de ma ruine ; c'eft moi qui t'ai foumis à
l'épreuve du porte- feuille ; tu t'es montré 30
"
digne
A
DE FRANCE.
7.3.
.32 digne de moi , de ma fille , elle eft à toi.
" Un bon coeur , beaucoup d'amour & des
» vertus , voilà de quoi racheter le malheur
de ta naiffance & ton défaut de fortune .
Pardonnez- moi , mes enfans , les chagrins
que je vous ai caufés ; vous vous en aimerez
davantage , & vous fentirez mieux
» votre bonheur. »
"3
28
P
Comment entreprendrois je de peindre ici
les tranfports de nos deux amans , quand euxmêmes
n'ont pas effayé d'exprimer leur reconnoiffance
par leurs difcours : Mon père ,
fut le feul mot, le feul cri que put entendre
Florimon. Ils fe jettent tantôt à fes pieds ,
tantôt à fon cou , balbutiant quelques mots
fans fuite ; voilà leur feule éloquence , leur
unique remerciment . Ils furent unis le même
jour; tous trois vécurent enſemble , & tous
trois furent dignes d'envie , Gercour fur- tour :
il fortoit de la grande école du malheur ; il
àvoit mérité fon bonheur par une action vertueufe
: c'eft être deux fois heureux.
( Par M. Imbert. )
No. 45 , 11 Novembre 1786. t
74
MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bandit ; celui
de l'Enigme eft Sentence ; celui du Logogryphe
eft Loterie , où l'on trouve Roi , loi ,
or, lire, lit , Troie , Loir , oje , Loire..
CHARAD E.
DANS les rangs ennemis en guidant mon premior ,
Jadis on fignaloit force , adreffe & vaillance ;
Mon fecond fait honneur à la munificence ;
On peut à bien des gens préfenter mon entier.
( Par M. Regnault, Commiffaire des Claffes , retiré. )
DE FRANCE.
75
ENIGM E.
Les vifages par moi fe trouvent embellis ;
J'entretiens far le teint & la blancheur des lis
Et l'incarnat des roles.
De l'efprit & du corps je me vois le foutien ;
Et ceux qui ne m'ont pas n'ont rien ,
Quand même ils auroient toutes chofes.
( Par M. L. C. D. F.J. )
LOGO GRYPHE
en Stances.
JE fuis l'objet de vos hommages ,
Vous qu'une honnête liberté ,
Loin du tumulte & des
Appelle à la fociété .
orages ,
TAR moi Rome fut fortunée ;
Rome par moi fut dans les fers ;
Mais ma vertu fut oubliée ,
Un feul crime fit mes revers.
AUTREFOIS jufques dans Athênes
Xénophon fut mon défenfeur ;
Quoiqu'Albion m'ait mis aux chaînes ,
Mon ombre encor fait fon bonheur.
Dij
72 MERCURE
Je vois encenſer na puiffance
Par mile peuples réunis ;
Mais mes délices font en France ,
Et mon plus beau fiège à Paris .
PAR- TOUT où l'on me voit paroître
Je porte un éclat radieux .
Lecteur , décompoſe mon être;
Je brille toujours à tes yeux.
J'OFFRE d'abord d'un Prince jufte
Le titre cher aux Nations ;
Le nom d'une Maiſon augufte
Qui donna des Rois aux Bretons.
LF nom de ce Saint magnanime
Que Reims a pour premier Pafteur ;
Le nom de ce Chantre fublime
Dont un Dauphin fut le Sauveur.
DANS mes neuf pieds je t'offre enfuite
1 heureux mortel , encor vivant,
Sans qui du jardin Adámite
Eli feroit feul habitant.
Le premier navire du monde ,
Le premier Pilâtre des airs ,
Le premier Nautonnier de l'onde,
Le feul Nautonnier des enfers
DE FRANCE. 77
Je t'offre la première Dame "
Pour qui fon amant fe noya ;
Je t'offre enfin l'unique femme,
Qui fur fon front cornes porta .
( Par M. le Chevalier de S.... V... )
1
NOUVELLES LITTERAIRES.
HISTOIRE de la Maifon de Bourbon , par
M. Déformeaux , Hiftoriographe de S. A.
S. Mgr. le Prince de Condé , & c. & c.tome
4 , in-4°. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
JE n'ai l'avantage de connoître ni les premiers
volumes de cet Ouvrage , ni l'Académicien
qui en eft l'Auteur. Incedo per ignes
fuppofitos cineri dolofo , pouvoit être fon épigraphe.
Dans une femblable entrepriſe on
marche entre deux écueils ; celui de mécontenter
une Cour , ou de manquer à la vérité.
Auffi le Public , en général , accorde- t - il peu
de confiance à ces hiftoires de Maifons régnantes
; hiftoires qu'il regarde comme de
ferviles hommages à la Puiffance : trop d'Écrivains
coupables ont pleinement juſtifié ce
préjugé.
M. Déformeaux, aucontraire , nous femble
avoir ennobli dans ce volume , les fonctions
délicates d'Hiftoriographe. Il marche à une
Dij
58 MERCURE
égale diftance de la flatterie & de la fincérité
outrée ; il ne diffimule ni ne juftifie les foibleffes
de fes héros ; il retrace les affreux événemens
de la fin du feizième fiècle , avec
l'impartialité d'un efprit libre de préventions.
La plupart de fes jugemens , préfentés fouvent
avec énergie , ont en leur faveur l'autorité
de l'hiftoire , de la juftice & de la raison."
Une circonftance digne de remarque a
fervi les vues nobles de l'Auteur. Il avoit à
peindre la Maifon de Bourbon , malheureuſe ,
dévouée , prefque jufqu'au martyre , à une religion
profcrite , forcée à la guerre civile par
Poppreffion . Cette race illuftre comptoit alors
autant de grands caractères que de Chefs ,
élevés , formés à l'école des dangers & des
revers. Enfin on voit ici des Princes du Sang
combattre l'autorité royale , en butte aux
crimes d'ane Cour , un Prince de Condé
affaffiné par les ordres d'un frère de Roi de
France ; Henri IV prifonnier au Louvre au
milieu des exécuteurs de la Saint- Barthelemi .
C'eft indiquer que ce quatrième volume comprend
l'efpace déplorable qui s'écoula entre
la mort d'Antoine de Bourbon , Roi de Navarre,
& celle de Charles IX.
Le commencement du premier livre eft.
confacré à détailler les fervices rendus à la
Cour & à la Religion dominante , par le Duc
de Montpenfier , feal des Bourbons , fi l'on
en excepte le Cardinal de cette famille , qui
feconda les vues du Gouvernement . Ces fervices
de Montperfier confiftèrent à faire em
DE FRANCE. 79
divers lieux , une boucherie des Proteftans.
En louant fa valeur , M. Déformeaux a foin
de flétrir fa cruauté ; Montpenfier , dit-il ,
en fit bien affez pour mériter les éloges méprifables
du fanatisme.
L'Auteur expofe enfuite les événemens
qui précédèrent la bataille de Dreux , entreautres
lès négociations de Louis. I , Prince de
Condé , auprès des Souverains proteftans de
l'Allemagne , pour en obtenir des fecours.
On fait qu'après cette bataille , où les deux
chefs oppofés , Condé& Montmorency, furent
faits prifonniers , Catherine de Médicis revint
au plan de tromper les Calviniftes par une
nouvelle pacification ; on fait encore que
Condé, ennuyé de fa captivité , accepta l'Edit
d'Amboife qui modifioit celui de Janvier , en
mécontentant les deux religions , & en offrant
un nouvel exemple de l'ignorance des vrais
principes , comme des variations de la politique,
Coligny, moins confiant que le Prince
de Condé , plus exercé que lui dans la connoillance
des hommes & plus patient , prévit
l'effet de cette trêve , & vouloit conferver les
armes : il ne fut pas cru ; les partis fe rapprochèrent
, & le Palais de Catherine de Médicis
devint un autre écueil pour le Prince
de Condé.
A routes les qualités du coeur & de l'efprit ,
il uniffoit une foibleffe qui , prefque toujours ,
ternit les unes & les autres. Ce guerrier , fi
grand à la tête des armées , ne fut pas rélifter
aux féductions d'une Cour où le vice étoir
Div
$0 MERCURE
appelé de la galanterie. Amolli par des voluptés
artificieufement offertes , fe dédommageant
au milieu de la licence , de la trifte
févérité des camps , & de la févérité encore
plus trifte des moeurs de fa -fecte , jouant la
Comédie , & livré aux intrigues de femmes
corrompues qui fe difputoient fa conquête
avec emportement , il négligea une époufe
vertueufe autant que belle , conduite au tom
beau par le chagrin. Pendant le fommeil de
Condé,fa belle-foeur, la fameufeJeanne d'Albret
, étoit excommuniée , & le Concile de
Trente.
difputoit à la
mère d'Henri IV la légitimité de fon mariage.
L'Édit d'Amboife recevoit de nouvelles atteintes
par l'Édit de Rouffillon ; les perfécutions
recommençoient , enfin la Cour de
Charles IX préparoit dans les fameufes conférences
de Bayonne , l'exécrable confpiration
de la Saint-Barthélemi. Alors Conde ouvrit
les yeux ; il fe repentir d'avoir indifpofe la
Reine d'Angleterre & les Princes Allemands ;
il vit fe dévelop - des conjonctures qui n'étoient
pas échappees à la pénétration de l'Amiral
de Coligny. L'Hiftorien ne jette aucun
voile fur cette époque de la vie de Condé
il blâme avec raifon un inftant d'oubli qui
prépara de nouveaux malheurs à la France ,
Leçon frappante , pour les hommes élevés
en dignités ! Car fi l'amour du plaifir put
entraîner en de grandes fautes un caractère
aufli vigoureux que celui de Condé , que
fera-t- il donc fur les hommes ordinaires?
DE FRANCE. SL
Un des morceaux intéreffans de ce premier
livre , eft celui où M. Déformeaux rap
pelle l'adminiftration de Jeanne d'Albret dans
Les États , & la correfpondance de cette Princeffe
avec le Cardinal d'Armagnac , fon parent
, Légat du Saint- Siége dans les Provinces
méridionales. Le Cardinal n'ofant excommu
nier la Reine de Navarre , voulut la convertis
par des menaces & par des reproches. Qu'on
nous permette de citer quelques fragmens de
la réponſe de Jeanne d'Albret : « Je ne fais
» rien par force, dit - elle au Légat ; il n'y a
» mort, emprifonnement ni condamnation
» qui font les nerfs de la force. Je fais quels
» voifins j'ai : l'un ( le Roi d'Eſpagne ) hait ma
D
و د
religion ; je n'aime pas la fienne auffi :
» mais pour cela , je m'affure que nous ne
» laifferons pas d'être amis , & je n'ai pas
fi mal pourvu à mes affaires & ne fuis pas
fi deftituée de parens , alliés & amis , tant
» privés qu'étrangers , que mon remède ne
foit prêt s'il en ufoit autrement .... Vous
» avez raifon de dire que j'aime mieux être
» pauvre & fervir Dieu ; mais vous avez
» tort quand vous me reprochez d'expofer
» mon fils au danger de perdre fes gran-
» deurs... Que font devenues les couronnes
» que vous promettiez tant au feu Roi mon
mari , lorfque vous l'obligiez à combattre
contre fa confcience ! Je reviens à ce que
" vous dites que nous laiffons l'ancienne doe-
» trine pour fuivre des apoftats ; prenez-
» vous par le nez , vous qui avez rejeté le
D v
MERCURE
"
ود
20
faint lait dont la Reine ma mère vous avoir
nourri , avant que les honneurs de Rome,
» vous euflent opilé les veines de l'entendement....
Vous renvoyez mes Minifires
» au Concile de Trente , c'eft aufli leur vou ;
ils l'ont toujours demandé & le demandent
encore , pourvu que le Concile foit libre ,
» & que leurs parties ne foient point leurs
juges. Les exemples de Jean Hus & de Jé-
» rôme de Prague doivent leur apprendre
quelles font la liberté, la sûreté de vos Cons
ciles . Je vous prie de n'alléguer faux fivous
» voulez être cru.... Vous me faites pitié
quand vous alléguez les excès que vous
» dites avoir été commis par ceux de notre
religion : ôtez la poutre de votre ceil pour
voir le féru de votre prochain : nétoyez
la terre du fang jufte que les vôtres ons
répandu & qui fume encore. Je n'ignore
» pourtant pas les fcandales qui fe font paf-
» fés en plufieurs lieux fous ombre de la
99.
"
"
ود
vraie religion : j'en ai gémis , j'en gémis
» encore, & je crie vengeance contre ces pro-
» fanateurs.. Je n'ignore pas , fans que vous
» preniez la peine de le dire , ce que je dois
faire pour plaire à Dieu , au Roi & aux
» autres Princes que je connois mieux que
vous.... Gardez vos larmes pour pleurer
vos erreurs. Vous m'alléguez le droit que:
» vous avez de me prêcher en qualité de
Légat. Que Dieu me préferve de reconnoître
jamais de tels Miniftres ! On fait
» la France n'eft pas à fe repentir de les avoir

99.
que
DE FRANCE. 83
» reçus. Je ne connois ici en Béarn d'autre
fuperieur que Dieu , à qui feul je dois ren-
» dre compte de la charge qu'il m'a donnée
"2
de fon peuple.... Je ne fais à la fin de
» cette lettre quel titre vous donner : votre
amie ! je ne peux l'être : votre coufiné ! je
» doutetrès fort de la parentéjufqu'au temps
de la repentance , que je ferai alors votre
» amie & votre coufine . »
Cette lettre offre à chaque ligne un pareil
mélange de grandeur , d'éloquence naturelle
& d'enthoufiafme religieux . Quel ftyle ! &
quelle femme ! Les Grands fe piquoient peu
alors de tournures hypocrites , de faulle fincérité
& de menfonges bien tournés . Lorfque
le Prince de Condé fut obligé de s'enfuir de
Noyers , il écrivit à Charles IX une lettre pareille
à celle qu'on vient de lire , au fujet du
Cardinal de Lorraine. « Il peignoit ce Prélat ,
» dit l'Hifiorien , comme un prêtre infame ,
un tigre altéré de fang humain , un monftre
» ennemi mortel du Roi & de la nation :
napion
il l'accufoit d'avoir envoyé des foldats juf-
" ques dans fa maifon pour l'affalliner ; il
"3
fui imputoit le même projet contre l'A-
" miral. Si les Provinces , ajoutoit- il , ruif
» sèlent de fang innocent répandu en trahifon
, fi elles font remplies de corps de
» troupes , fi les ponts , les paffages , les ports
" & les quais font gardés par-tout , c'eft pour
ne laiffer échapper aucun des proteftans
qu'il a tous dévoués à la mort. »
92
ود
Rien ne peint mieux que cet écrit l'hor-
Dvj
$4
MERCURE
reur qu'infpiroit cette Maifon de Lorraine ,
dont cependant , quelques années avant ,
Condé avoit paru fe rapprocher; mais rien
auili ne peint mieux l'efprit du Confeil de
Charles IX , que le traitement fait au Secrétaire
qui apporta la lettre : on l'empriſonna ,
& il fut menacé du dernier fupplice. En
réponſe la Cour exécuta le projet de furprendre
, par une perfidie aufli lâche que
bien concertée , Condé & fa famille retirés
au Château de Noyers en Bourgogne . L'attendriffement
va jufqu'aux larmes , en lifant
la fuite du Prince à l'inftant où il alloit être
faifi , l'Hiftorien n'a rien fait perdre à ce
moment de fon intérêt naturel .
La Princeffe de Condé enceinte & en litière
, quatre enfans , dont quelques- uns au
berceau , leurs nourrices , leurs gouvernantes ,
Mme d'Andelot & les enfans auffi au berceau,
Mlle de Coligny, fille nubile , & fes frères en
bas- âge , compofoient ce corrége d'illuftres
fugitifs , fous la foible garde de quelques amis
du Prince & de Coligny. Au travers de mille
dangers & de fatigues accablantes , ils arrivent
fur les bords de la Loire ; ils la paffent à gué ,
Condé à leur têté & à cheval , tenant entre
fes bras le Comte de Soiffon's , le plus jeune
de fes enfans , âgé de deux années. Le lendemain
la rivière fe déborde , elle ferme le
paffage aux catholiques fur la rive oppofée :
à cette vue , Condé tombe à genoux & remercie
le Tout-Puiifant.
L'affaffinat de ce héros , par le Baron de
DE
FRANCE. 85
C+
Montefquiou, après la bataille de Jarnac , termine
le fecond livre de cette hiftoire. M.
Deformeaux ne craint pas avec juftice d'attribuer
ce crime aux ordres fecrets du Duc
d'Anjou. Ce Prince eut la lâcheté d'aller examiner
Condé baigné dans fon fang , & de le
faire charger mort fur une vieille âneffe..
Quelles moeurs ! bon Dieu ! & comment de
tels hommes ont- ils pu trouver des Apologiftes
!
L'Hiftorien a traité dans ce fecond livre ,
l'affaire des fameux jetons d'argent frappês
à l'effigie du Prince de Condé, avec l'infcrip-
Ition : Louis XIII , Roi de France . Il prouve
par diverfes raifons plaufibles , que le Prince
n'eut aucune part à la fabrication de cette
monnoie ; mais il faut lire dans l'Ouvrage
même , cette difcuffion , à laquelle nous ne
pouvons nous arrêter.
Après la mort de Condé, Henri IV devient
Chef des Huguenots à l'âge de quinze
ans, fous la tutelle de Coligny , le plus habile
peut être & l'un des plus malheureux guerriers
de fon temps ; génie fécond en reffources
dans le cabinet comme à l'armée , dans les
difgraces comme dans la paix , vertueux en
un mot & chefde parti . M. Déformeaux rappelle
les détails de la naiffance & de la première
éducation d'Henri IV. Il obferve que
cetre auftère éducation balanca dans l'âme du
jeune Roi de Navarre , les funeftes inclinations
qu'il contracta à la Cour de Médicis.
Jeanne d'Albret avoit cédé par politique à
86 MERCURE
´ce voyage , fi contraire à fes vues ; elle pref
fentoit quelles leçons on alloit fubftituer à
Paris à celles qu'il avoit reçues dans les Pyrenées.
En effet , entouré de mauvais exemples ,
Henri IV y fuça le goût pour le plaifir , &
cette indomptable pallion pour les femmes ,
que des Hiftoriens de bonne compagnie fe
font efforcés de juftifier , fans confiderer les
fautes graves où ils entraînèrent enfuite ce
Prince immortel.
paſſion
Cette hiftoire de la Maifon de Bourbon eft
l'hiftoire du temps . Elle eft trop connue pour
être rappelée. Le dernier livre prefqu'entier
renferme les horribles fcènes qui précédèrent,
qui caractériſent & qui fuivirent la Saint-
Barthélemi. J'avoue n'avoir pas trouvé dans
cet Ouvrage des lumières plus fatisfaifantes
que dans les autres Hiftoriens , touchant la
date certaine , les premiers Auteurs & la véritable
étendue du plan de ce malfacre. Tous
les nuages ne font pas levés relativement à
une infinité de circonftances , à l'inconcevable
diffimulation de Charles IX, au confentement
d'une Cour entière à ce forfait inoui , à la
fécurité des Huguenots. L'Hiftorien n'a rien
pallié des abominations de cette journée ; il
elt difficile de la peindre , même en vers ,
avec plus de force.
" Paris , dit- il , dans toute fon étendue ,
» n'étoit plus qu'un fpectacle de défolation
» & d'horreur : jamais on ne vit , même dans
» une ville prife d'affaut , des brigandages
❤ plus révoltans , des fcènes plus odieufes ,
"
DE FRANCE. 87
» une barbarie plus brutale & plus raffinée.
L'air retentifioit des imprécations & des
cris menaçans des Catholiques , du fracas
-"
"
20
des
portes & des fenêtres enfoncées , des
coups multipliés de pistolets & d'arquebufes
, des cris plaintifs & des heurlemens
» des gens poignardés ou près de l'être , &
» du bruit des charrettes , les unes chargées
» du butin des maifons faccagées , & les au-
» tres , des corps à demi- morts qu'on alloit
jeter dans la rivière: les Huguenots rencon-
» troient par-tour une deftinée tragique ; on
» les tuoit fur les toits , on les précipitoit par
les fenêtres ; on les égorgeoit dans leurs
lits , dans les greniers , dans les caves ; les
femmes dans les bras de leurs maris , les
» maris fur le fein de leurs femmes , les fils
» aux pieds de leurs pères ; on n'épargnojt
pas même les enfans à la mainelle : on
voyoit de jeunes filles violées & traînées
» nues par les cheveux , des femmes groffes
» & prêtes d'accoucher , éventrées ; & juf-
» qu'à des petits garçons précipitant dans la
» rivière des enfans au berceau : il y avoit
» dans les places publiques des monceaux de
» cadavres ; les portes en étoient bouchées ,
» les chambres & les cours des maifons en
étoient pleines , & quelques rues regorgeoient
du fang humain qui couloit dans
» la Seine à gros bouillons. »
"
"
"
Quand on reporte fes regards fur ce tableau
malheureufement trop fidèle , on fe demande
comment il n'existe pas un jeûne anniver
88 MERCURE
faire , en expiation de tant d'énormités , ainfi
que les Anglois ,
en out inftitué un de repentance pour la décollation
de Charles I ?
Les Poëtes , cependant , célébrèrent cette
journée par une foule d'hymnes , d'odes & de
fonnets ; ils s'acharnèrent en vers contre les
profcrits, Le favant Marc-Antoine Muret fit
à Rome , en plein confiftoire , en préſence du
Pape , l'éloge latin de la Saint - Barthélemi .
Jamais l'efprit ne montra plus de balfeffe . Ces
Écrivains , dit fort bien M. Déformeaux , auroient
prodigué leurs louanges aux Huguenots
s'ils avoient été triomphans .
La mort de Charles IX eft le dernier événement
de ce volume . Perſonne n'ignore que
cette fin du Roi , aufli déplorable que fa vie ,
parut n'être pas naturelle , on refta perfuadé
qu'il mouroir empoisonné . M. Déformeaux
ne confirme ni ne détruit ces foupçons. Qu'auroient-
ils donc d'invraiſemblable ? Lorſqu'un
Roi a doré lui-même l'exemple du crime , -
lorfqu'il ne craint pas de tirer fur fes propres
fujers livrés au glaive de la profcription , il
brife tous les freins qui font fa fauve- garde .
La nation pervertie s'autorifa des attentats du
Gouvernement pour en commettre. Henri
III , mourant affaffiné , rappela le meurtre
de Condé & la Saint - Barthélemi ; juſqu'au
Prince le plus digne de régner , juſqu'à Henri
IV, tomba victime de ces fureurs avec lefquelles
la Cour de Médicis avoit familiarifé
les peuples.
DE FRANCE.
Quelques Hiftoriens ont cherché à excufer
Charles IX fur fa jeuneffe , fur les confeils
de fa mère , fur la perverfité de fes courci
fans , enfin, fur fes remords . Il ont tâché de .
le laver de l'opprobre d'avoir médité à vingt
ans la Saint- Barthélemi. On a fur -tout cité
les Mémoires de Tavanne , en preuve que ce
Prince ne fut pas coupable d'un pareil rafinement
de perfidie ; mais le plus fanguinaire
exécuteur du mnaffacre de Paris , eft il un témoin
bien recevable : Il nous femble que
Thiftoire inexorable devoit imiter le ciel qui ,
felon le beau vers d'un grand poëre ,
Marqua ce Roi mourant du fceau de fa colère.'
Il faudroit être aufli verfé que l'Auteur
dans l'Hiftoire de France , pour apprécier
fon témoignage fur plufieurs circonstances ;
mais il cite très- fréquemment fes autorités ,
ufage trop fréquemment négligé par nos Hif
toriens modernes. Il ferait d'ailleurs difficile
de fixer l'attention publique fur la Maiſon de
Bourbon d'une manière plus attachante. Le
ftyle de l'Auteur eft clair & nerveux ; fort
peu de réflexions , encore moins de tirades
déclamatoires ; & il eft à défirer que les deux
volumes de cette hiftoire , qui restent à imprimer,
foyent écrits avec la même véracité
& dumême ton.
(Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
୨୦ MERCURE
MANUEL pour le fervice des Malades , ou
Précis des connoiffances néceffaires aux
perfonnes chargées du foin des Malades ,
Femmes en couches , Enfans nouveaux nés ,
&c. par M. Carrère , Confeiller d'État ,
Médecin ordinaire du Roi , & c. A Paris ,
chez Lamy , Libraire , quai des Auguftins.
Vol. in- 12 . Prix , 1 liv, 10 fols broché.
UNE longue expérience, & une attention
réfléchie fur tout ce qui fe paffe auprès des
malades , ont pu feules faire concevoir le projet
& la néceflité de cet Ouvrage , & donner
à l'Auteur les moyens de l'exécuter. Ce n'eft
point ici un Livre élémentaire de Médecine ,
ni théorique ni pratique , mais c'eft une inftruction
fur le mécanifine particulier de la
conduite des perfonnes qui font chargées de
foigner les malades , fujet important qui
n'avoit point éré encore traité .
L'Ouvrage eft divifé en fept Chapitres. Le
1er. traite des qualités néceffaires aux perfonnes
qui fervent les malades , eu égard à
elles - mêm , aux malades , aux maladies , aux
remèdes & aux gens de l'Art . Le 2º. , dè la
conduite particulière de ces mêmes perfonnes.
Le 3 , des foins généraux & particuliers
qu'on doit donner aux malades , & de la
manière de les varier , eu égard à la différence
des maladies , des circonftances , des fymptômes
& des individus , à la tranquillité & au
foulagement des malades ; enfin aux femmes
DE FRANCE. 91
en couches & aux enfans nouveaux nés. Le
4. contient un tableau des objets qui doivent
fixer l'attention des perfonnes qui font
auprès des malades , foit pour diriger leur
propre conduite , foit pour pouvoir rendre
un compte exact aux gens de l'Art , & en
même temps des préceptes fur la manière de
bien obferver : on y trouve des connoillances
fur le pouls & fes variétés , la fièvre , les évacuations
, les différens fymptômes des maladies
, les crifes , &c. Le ,. traite de la manière
d'adminiftrer les médicamens preferits
par les gens de l'Art , des précautions particulières
que chacun d'eux exige , des momens
favorables à leur ufage & des cas où il
faut le fufpendre. Le 6. enfeigne la préparation
d'un grand nombre de médicamens ,
& des alimens néceffaires aux malades & aux
convalefcens , il peut devenir très - utile dans
les campagnes , aux perfonnes éloignées des
lieux où il y a des Apothicaires , & à celles que
la modicité de leur fortune oblige à une économie
particulière . Le 7. indique les précautions
propres à fe garantir des maladies con
tagieufes.
Cet Ouvrage eft clair & méthodique , &
eft écrit d'une manière qui le met à la portée
de tout le monde. Les Commiffaires de la
Société Royale de Médecine , qui l'ont examiné
, ont jugé, avec raifon , qu'il doit être
très utile aux Gardes - Malades , aux Infir
miers , aux Chirurgiens , Sages - Femmes &
Curés des campagnes , aux Communautés
92 ' MERCURE
Religieufes , & à toutes les perfonnes d'une
fortune modique ; nous ajouterons auffi à
tous les Seigneurs des Paroiffes & à toutes les
mères de fainille ; on peut même le regarder
comme une fuite intéreifante & néceffaire
d'un Ouvrage généralement répandu , l'Avis
au Peuple , de M. Tiffot ; & nous penfons ,
avec la Société Royale de Médecine , qu'il
mérite d'être répandu avec profufion , &
principalement dans les campagnes ; auth
MM. les Intendans fe font- ils empreffès à fe
le procurer pour le diftribuer dans leurs Généralités.
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
Lg Concert du premier Novembre a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Ragué. Le premier & le troifième morceaux
en ont paru fort bien écrits , mais un peu monotones
dans leur inarche. L'andante, entièrement
dans le ſtyle de M. Haydn , a été fort
applaudi . Mlle André , jeune perfonne de
onze ans , a exécuté fur le Piano- forté un trèsbeau
concerto de M. Kofeluck. Elle a une précifion
, une sûreté au-deffus de fon âge , &
donne de grandes efpérances fi elle continue
de travailler. Mlle Caroline Deſcarfins a fait
་ 93
DE FRANCE.
admirer de plus en plus la force , la netteré ,
la grace de fon exécution fur la harpe. On reconnoit
que les leçons d'un grand Maitre ont
fecondé en elle les plus heureufes difpofitions.
La jolie fymphonie concertante de M.
Bertheaume a été parfaitement exécutée par
lui -même, ainfi que par M. Grallet & par
M. le Brun , dont les talens , qui déjà ne
paroiffoient plus fufceptibles d'accroiffement,
font cependant de nouveaux progrès de jour
en jour. M. Babbini , qui chante le Ténore
& qu'on a déjà entendu il y a quelques
mois , a fait à ce fecond voyage , encore plus
de fenfation. Sa voix n'eft pas très- forte ,
mais elle eft fonore , flatteufe & fur- tout d'une
parfaite égalité. Son goût de chant eſt ſage &
pur ; il en a donné furtout la preuve la plus
complette dans la manière dont il a dit le récitatif;
il ne prodigue point les ornemens & ne
fe permet que ceux qu'il eft sûr de bien faire.
Son expreflion eft plutôt douce & fenfible
qu'énergique ; peut- être fa manière feroit-elle
un peu froide pour la fcène , mais dans les
concerts elle eft infiniment préférable à l'exagération
. On nous flatte du plaifir de poffeder
M. Babbini jufqu'à Pâques.
1
94 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
DESCRIPTION des Gites de Minéral , des Forges
& des Salines des Pyrénées , fuivie d'Obfervations
fur le Fer maffe & fur les Mines des Sards en Poitou
, par M. le Baron de Dietrich , Secrétaire général
des Suifles & Grifons , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale de Gottingue
& de celle des Curieux de la Nature de Berlin ,
Commiffaire da Roi à la vifite des Mines , des bouches
à feu & des forêts du Royaume , en deux Vol.
in -folio. A Paris , chez Didot fils aîné , Libraire ,
rue Dauphine ; Cuchet , rue & hôtel Serpente ; &
à Strasbourg , chez Treuttel .
Cet Ouvrage utile & inftructif eft revêtu de l'approbation
de l'Académie des Sciences . L'Auteur
livré à ce genre , a obtenu des fuccès qui ont mérité.
l'attention du Gouvernement,
FIGURES de l'Hiftoire Romaine , accompagnées.
d'un Précis Hiftorique , en vingt- cing Cahiers de
douze Eftampes chaque, Prix , 15 liv. par Livraifon.
On loufcrit pour cet Ouvrage intéreffant chez
M. de Myris , Secrétaire des Commandemens de
S. A. S. Mgr. le Duc de Montpenfier , cour des
Princes. On donnera gratuitement les Frontifpices ,
avec la lifte des Perfonnes qui auront fouferit à la
huitième Livraiſon ; fans aucun délai ,
COMPTE rendu au Public fur les nouveaux
Moyens de guérir les Maladies Vénériennes dans
2
DE FRANCE.
୨୮
.
tous les cas d'une manière, certaine , agréable &
peu onéreufe, fans jamais avoir recours aux applications
cauftiques ni aux inftrumens tranchans , enfemble
des Inftructions falutaires pour la guérison
des fleurs blanches à tout âge : nouvelle Edition ,
augmentée d'un Agenda anti - fiphilitique , portant
entre- autres objets de nouvelles Obfervations inté
reffantes & multipliées qui prouvent l'existence de la
Maladie Vénérienne à l'infu même des perfonnes
qui en font affectées , notamment dans le mariage , en
outre la compofition des Remèdes anti-vénériens qui
manquoit aux précédentes Editions ; par M, Andrieu
, Docteur en Médecine & en Chirurgie de
l'Univerfité de Montpellier , un Volume in - 8 °.
Prix , liv. broché. A Paris , chez l'Auteur , quai
de la Mégifferie , la porte - cochère attenant l'Arche
Marion ; Morin , Libraire , rue Saint Jacques , à
côté de celle de la Parcheminerie .
Mme la Veuve BIANCHY , Marchande d'Inftrumens
de Phyfique & d'Optique , rue Saint Honoré
, nº, 55 , vis - à - vis celle de Richelieu , continue
de vendre les Pompes à Sein , approuvées par
l'Académie de Chirurgie , qui fervent à prévenir les
inconvéniens qu'éprouvent les femmes à la fuite .
des couches par les engorgemens du lait ou par la
difficulté de ne pouvoir elles mêmes nourrir leurs
enfans. Cet Inftrument fert à développer le bout du
fein fans douleur , fans violence & fans la plus
petite contufion . L'on donne avec cette Pompe une
Inftruction imprimée , avec Gravure, Prix , 48
liv.
Les Perfonnes qui veulent nourrir leurs enfans à
la main , trouveront dans le même endroit des fuçoires
en verre très- commodes pour cet ufage ,
ainsi qu'un petit appareil pour les crevafles qui
furviennent très - fouvent en nourriffant ,
96
MERCURE
NUMEROS 187 & 188 du Journal d'Ariettes
Italiennes , dédiée à la Reine , contenant un Air de
M. Paisiello , & un de M. Tarchi . Prix , féparément
2 liv. 8. fols chaque . Abonnement pour
vingt quatre Numéros , qui paroiffert tous les
quinze jours , 36 liv. & 41 liv. On foufcrit chez
M Bailleux , Marchand de Mufique de la Famille
Royale , rue Saint Honoré , près ceile de la Linge
rie , à la Règle d'or.
NUMERO 11 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pour deux Violons ou Violoncelles ,
compofé de différens Airs d'Opéra , qui peuvent
auffi fe jouer à Violon feul. Prix , ſéparément 2 liv.
Abonnement pour douze Numéros 15 liv . & 18 liv.
A Paris , chez l'Auteur , M. Botnet l'aîné , Profeffeur
de Mufique & de Violon , rue Tiquetonne,
n°. 10.
TABLE.
FPITRE Lun Ami , 49
bon, 73
Plaifir & Peine, Conte , 3 Man elpour leſervice des Ma-
Ch rad , Enigme & Logogry- |
lades ,
74 Concert Spirituel ,
Hiftoire de la Maifon de Bour Annonces & Notices ,
1
AP PROBATION.
92
94
J'ai lu , par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 11 Nov. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 10 Novembre 1986. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 NOVEMBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
'ÉPITRE
A Madame la Ducheffe DE NARBONNE.
OYOUS dont l'affabilité
Fait la parure la plus belle ,
Vous qui donnez à la bonté
Une grace toujours nouvelle
Bienfaitrice de mon pays ,
J'apporte à vos pieds mon hommage.
Graces à vous , dans fon voyage,
Une Princeffe , honneur des lys,
A de fa préſence chérie
Réjoui ces lieux fortun♣
Où vos ancêtres étoient aés ,
No. 46 , 18 Novembre 1786.
E
98
MERCURE
Où les miens reçurent la vie.
Riom va vous devoir encor
Ce beau canal fi néceffaire ,
Dont pour nous l'onde falutaire'
Roulera des paillettes d'or."
Quel avenir ! quelle espérance !
Quel inestimable bienfait!
Penfer au bien que l'on a fait ,
De bien faire eft la récompenfe.
Livrez votre coeur à l'attrait
De cette douce jouiffance ;
Voyez un peuple fatisfait
Avec cette fimple éloquence ,
T Qui ne brille point , mais qui plaît ,
Exprimer fa reconnoiffance.
Il dit , je le crois comme lui ,
Qu'avec le beau nom de Narbonne
L'aimable épithète de bonne
Rime mieux encore aujourd'hui,
Nous applaudiffons la fortune ,
Reine aveugle de ces bas - lieux ,
Qui du prix le plus glorieux
Payc une vertu peu commune ,
Et pour vous fait avoir des yeux,
De cette bizarre Déeffe.
Je n'ai pas trop à me louer.
Souvent je l'ai vu le jouer
De mes voeux & de la promeffe, R
DE FRANCE. 99
Me plaindrai-je de fa rigueur ?
Non , puifqu'elle vous environne
De biens , de plaifir & d'honneur ;
Elle a foin de votre bonheur ,
Il faut bien que je lui pardonne.
( Par M. Abbe Mat..... >
CHANSON.
AIR : Mon père étoit pot.
Tor , qui prétends du vrai bonheur
Avoir trouvé la fource ,
Dis-moi , Philofophe rêveur ,
As-tu de l'or en bourſe ?
Sans or un Savant
Languit bien fouvent
Dans le fiècle où nous fommes.
C'eft pår le crédit ,
Et non par l'efprit ,
Qu'on juge tous les hommes.
CLÉON , de cent nobles aïeux
Peut vanter la naiffance ;
Mais l'éclat de ces noms fameux
Se ternit fans finance.
Titres , qualités
Sont pen refpectés
Eij
MERCURE
1
Dans le fiècle où nous fommes,
Le plus vil traitant
Avec de l'argent,
Et le premier des hommes.
LUCILE aux traits les plus Batteurs
Unit un teint de rofe ;
Sous fes pas naiffent
mitte fleurs
;
Mais on veut autre choſe.
L'aimable Vénus
Le cède à Plutus
Dans le fiècle où nous fommes.
C'eftl'argent compté
Et non la beauté
Qui captive les hommes.
EN vain de la pure équité
Chez toi brille l'image ;
C'eſt au faquin le mieux renté
Que chacun rend hommage,
Candeur, bonne-foi
Sont de mince alpi
Dans le fiècle où nous fommes.
Cache tes vernis,
Montre des écus , venga 12 14 093
Si tu veusplaire aux hommes.
(Par M. Lar... de Faluife, Étudiant en Prait. )
DE FRANCE. IQI
1
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Chardon; celui
de l'Enigme eft la Santé; celui du Logogryphe
eft Monarchie , où l'on trouve Roi ,
Rohan , Remi , Arion , Enoch , arche, Icare ,
Noé, Caron , Héro , Io.
CHARADE.
CHEZ tous les Boulangers tu verras mon premier 3
Les gens faux ont fouvent recours à mon dernier ;
Et mon entier , Lecteur , a foin de moo premier,
(Par M. Fournier , Ecolier de M. l'Abbé
Chanterct. )
JE fo
ENIGME.
E fuis un être imaginaire, agad
Que l'on cherche depuis long- temps
Sans le trouver pour l'ordinaire , ›
Mon but eft d'intriguer les gens.
Ma tâche n'eft pas difficile
A la Cour ainfi qu'à la Ville ;
E iil
102 MERCURE
Tous les badauts de bonne- fei
Vainement courent après moi ;
Je prends , pour mieux duper mon monde ,
Les traits d'un habitant de l'onde.
+
Vrai phénix , je meurs tous les ans
Et renais avec le printemps.
Je ris de ta recherche vaine':
Crois-moi , ne prends pas tant de peine.
Cher Lecteur , je t'en avertis ;
Car ta feras le premier pris.
¿Par M. Sebire de Beaucheney , Officier de Marine.)
LOGOGRYPHE.
Mox cher Lecteur , Il faudroit du courage
9. l'on vouloit décompoſer un mot
Qui de trois cens au moins offeiroir l'affemblage,
Quel eft l'Auteur qui feroit affez for
Pour entreprendre un fi pénible ouvrage ?
Prenons-en quelques- uns , & fiuiffons bientôt.
D'abord deux élémens s'offriront à ta vue ;
Puis je te vois pefter contre moi dans la rue ;"
Deux Poëtes fameux viennent t'offrir leurs noms &
2 .
Une ville en renom chez les Francs Bourguignons;
Un poiſſon monftrueux ; une vaſte planète ,
Où l'on dit que l'efprit va quand on perd la tête s
Un habitant des bois ; une fleur de nos champs
Qui croît parmi les bleds à la fin du printemps ;
DE FRANCE. 103
Un fleuve très- fameux dans la brûlante Afrique.
A tout bon Logogryphe il faut de la mufique ;
Deux notes fort à point viennent à mon fecours ;
Puis en moi tu verras , en pourfuivant toujours ,
L'homme qui , le premier , fut maffacré par l'homme;
Ce qui nourrit l'enfant de Pékin juſqu'à Rome ;
Deux mots très oppofés de trois lettres chacunzí
Et cet accord heureux qui de deux n'en fait qu'un 3
Un mois chaud de l'année ; une plante d'uſage ,
Dont l'utile produit ne fert point au fauvage ;
Une étoffe de laine ; on peut trouver en moi
Meuble que tous les foirs l'on retrouve chez foiz
D'un ridicule objet l'épithète ordinaires
L'objet après lequel foupire tout corfaire ;
Une fine toiſon ; deux métaux de bas prix ?
Ce que dans les chaleurs on prend dans tous pays.
Veux- tu chercher encore ? Un animal fauvage
Qui de guérir d'un mal a , dit- on , l'avantage;
Ce qu'au commencement l'on ne trouva jamais ;
Ce que le fage feul voit venir fans regret ;
L'endroit par où périt le Héros de la Grèce ;
L'être le moins à craindre auprès d'une maîtreffe ;
Une plante qu'Horace avoit en grande horreur;
Un bois , né loin d'ici , d'ane fombre couleur ;
Le jour que l'on confacre à l'ame bienheureufe ;
Le nom d'une Héroïne en amour malheurenfe,
Rôle que rend fi bien l'aimable Dugazon ;
Le mot dont on défigne un être fans raiſon ,
Eiv
104 3 de
MERCURE
Un animal modefte & de forte encolore ,
Utile cependant , mais chétive monture' ;
Une des feptcouleurs ; le Roi des animaux ;
La toilette qui nous rend les faits de nos Héros.
Enfin mes treize pieds défignent une ville
Qui plaît fort en certains momensjo
Mais l'éclat dont alors je brille 69
S'éclipfe, hélas ! en peu de temps.
( Par M. le Baron de P. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ELOGE hiftorique d'Armand de Gontaud
Buron de Biron, Maréchal de Francefous
Henri IV fuivi de notes hiftoriques fur
les ades de valeur & de patriotifme de la
Nobleffe de Guienne , & particulièrement
de celle de Gascogne fous les règnes de
François 1 , Henri II , François II
Charles IX , Henri III & Henri IV, de-
* pais 1322 jufqu'en 1592 , in- 8 ° ; par M.
Duvignau. A Paris & à Bordeaux , chez les
principaux Libraires.
L'ACADEMIE de Bordeaux , qui , de tout
temps , mais depuis quelques années particu
lièrement, fe fait remarquer par les fujets des
prix qu'ellepropofe, & par leméritedes ouvrages
qu'elle couronne ou diftingue , a demandé
DE FRANCE. 105
aux Écrivains de la nation un éloge du Maréchal
de Biron , fans déterminer fi l'éloge
devoit être hiftorique ou oratoire. Les Écri
vains ont donc été libres de confulter là - deffus
la nature de leurs talens & celle du fujer.
M. Duvignau a préféré le ton de l'hiſtoire, qui
n'exclud jamais l'éloquence , au ton oratoire
qui l'exige toujours : & voici ce qu'il dit dans
des obfervations préliminaires , fur les motifs
qui ont décidé fon choix.
Lorfqu'un homme célèbre aura puifé les
» titres de fa gloire dans les oeuvres de fon
» efprit ou dans les qualités de fon âme ; lorſ-
» qu'il aura acquis des droits aux hommages
» de l'humanité , comme moraliſte , comme
publicifte ou comme législateur , c'eft aux
orateurs qu'il appartient de proclamer fes
» talens ou fes vertus ; c'eft eux qui doivent
» faire retentir fon nom dans les temples de
la religion , ou dans ceux des beaux- arts ;
c'eft à l'art oratoire feul , que les hommes
>> veulent confier alors le droit d'iminortalifer
leur reconnoiffance & celui qui em
weft l'objets parce qu'une des qualités les
plus propres à cet ast fublime , c'eft d'émouvoir
& d'attendrir ; parce que Orateur
» fonde toujours l'admiration qu'il infpire
pour fon héros, fur les fentimens qu'il réveille
oufait naître dans nos âmes . Mais
ferai-je chargé de louer um guerrier fameux,
un négociateur habile , un homme dont la
vie , fans avoir été une grande époque dans
l'univers , fans avoir eu une influence vafte
93
Ev
10609 MERCURE
95
"
93 .
& générale fur le fort du genre humain
fera femée cependant d'une foule d'actions
éclatantes , dignes de l'admiration de la
poftérité ? Si je ne peux faire bien connoître
tous les traits qui honorent mon héros ,
» qu'en les racontant féparément , attendu
qu'ils fe trouvent eux- mêmes très- féparés
par les temps , fi chacun de ces traits a
befoin d'être préſenté dans un cadre hifto
rique qui lui foit propre , qui en faffe connoître
les principes & les conféquences ;
fi tous ces traits font liés à des événemens
» qui n'appartiennent qu'à l'hiftoire , & qu'on
ne peut bien retracer qu'en empruntant
le langage de l'Hiftorien ; fi l'hiftoire enfin
eft le feul théâtre où mon héros ait été
" offert par fon fiècle , le feul où la postérité
puiffe le voir encore , alors je dois nécef-
3 fairement adopter le goût , le ftyle & le
mouvement tranquille de la fcêne où je
fuis tranfporté malgré moi : alors je fuis
» forcé de croire & d'écrire qu''oonn nneefauroit
» mieux louer un grand capitaine , qu'en
mettant toutes fes actions militaires fous
les yeux dela poftérité. »
On voit , ce me femble , dans ce peu de
lignes , un homme d'efprit qui fe fait fes idées à
lui même, & unhomme de goût qui fait quelle
convenance doit avoir le ftyle avec les fujets
qu'on traite , & les effets qu'on veut produire.
On fent encore dans ces paroles je ne fais quel
accent mâle &, élevé, qui annonce que le ton
oratoire n'auroit pas été plus étranger à l'AuDE
FRANCE. 107
teur que le ton hiftorique. Au refte , ceux- là,
fe trompent beaucoup peut- être , qui penſent
qu'il faut moins de génie pour traiter digne
ment les grands fujets d'hiftoire , que pour
élever la parole à la hauteur du talent oratoire.
Tacite n'a jamais de pompe dans les formes de
fon ftyle; fes plus belles & plus riches expref
fions font trop ferrées dans fa phrafe , trop
étouffées, pour ainfi dire , fous l'amas de fes
fublimes penfees, pour fe montrer jamais avec
l'orgueil de l'art oratoire; mais parmi les Écrivains
, un plus grand nombre s'eft approché de
Bolfuet même & de Cicéron , que de Tacite;
& le talent de cet Hiftorien paroît avoir été
un plus grand phénomène de l'art d'écrire ,
que le talent des plus fameux Orateurs. Il ne
faudroit pas dire que c'eft dans fes difcours ,
où il eft Orateur , que Tacite montre toute ,
la beauté de fon génie ; il eft fublime dans
les difcours , & fouvent il eft plus fublime
encore dans les defcriptions , dans les narrations.
Où il étonne , où il confond , c'eſt dans
le choix de ces détails & de ces circonftances ,
e'eft dans la création de ces mots , par lefquels
il repréfente les caractères les plus feerers
& les plus profonds des paflions , en
peignant les mouvemens de la phyfionomie ,
ou les geftes & les attitudes de fes perſonnages;
c'eft dans ces réflexions preffées qui ,
fortant comme des éclairs du récit d'un fait
particulier, répandent une vafte lumière fur.
tout le coeur humain.
L'Abbé de Mably , qui avoit beaucoup ré-
Evjotos
10S MERCURE
flechi fur Phiftoire , qui avoit du fens , mais
aucun génie , a reproché à Tacite de n'avoir
p1s, comme Tite-Live , difpofé tous les faits
dans un ordre où ils auroient montré par leur:
enchaînement , ce qui avoit produit les vices
fur lefquels fe fonda le defpotifme des Empereurs
, & ce qui avoit produit les vices
i détruifirent Empire. Cette critique a
quelque chofe d'impofant , parce que celui
qui la fait , femble avoir une grande vue. Mais
j'ai peur que Tacre n'ait mieux vu encore quel
l'Abbé de Mably , le plan qui convenoit aux
farts dont il eft l'Hiftorien ; je fuis difpofé à
croire que le plan qui convenoit à Tite-Live ,
ne convenoit pas à Tacite. Dans l'hiftoire de
la République , tout le fuit & s'enchaîne ; les
citoyens & les faits changent, & jamais les
Confeils de la République: un génie auflipuif
fant & aufli inflexible que la deftinée , femble
commander à tous les événemens , & faire
fervir toutes les guerres , tous les triomphes ,
tous les orages , les Tribuns , les Confuls ,
les Dictateurs , pendant cinq fiècles entiers ,
à l'exécution d'un plan conçu par les Pârres
fondateurs de Rome. Le génie de l'Empire,
au contraire , eft fans fuite , fans plan , fans
permanence ; il change avec les Empereurs ,
qui en changent plufieurs fois dans le même
règne , & quelques - uns plufieurs fois dans
le même jour. Les loix & les moeurs ne rè →
glent plus rien ; les paffions n'ont plus au
cune conftance ; les événemens nés des ca
prices ont toujours l'air du bafard ; & f
DE FRANCE.
totien vouloir établir entre les faits quel
que liaifon , il en détruireit le principal ca
ractère. Tite- Live a donc reçu fon plan du
génie de la République Romaine, & Tacite,
le fien , du génie de l'Empire Romain. Obfer
vez ce grand homme ; lorfqu'il a à nous dé
crire les règnes de Tibère, de Caligula , de
Claude , de Néron ; ces regnes dont prefque
toute l'hiſtoire eft renfermée dans les dénonciations
faites au Sénat , dans les crimes &
les cradafferies du Palais : Tacite écrit des an
nales , alors chaque paragraphe quelquefois
contient une hiftoire à part , qui a peu de rap
port ou qui n'en a point avec celles qui précèdent
& qui fuiven ; quand il a à décrire.
des tems moins finiftres & des règnes eftima
bles , dont les événemens , plus liés enfemble,
montrent les nations encore foumifes aux
kix , aux vertus & aux légions romaines
Bour fe lie aufli davantage dans la narration
de Tacite , tous les récits , comme tous les
faits , concourent plus fenfiblement à un ré
fultat commun ; ce n'eft plus des annales qu'il
éctica mais une hiftoire. Ang
Si l'Abbé de Mably avoit fait certe obfersation
, s'il avoit cherché le motif des titres
différens que Tacite avoit donnés aux deux
parties de la même hiftoire , il eût peut- être
adunité Tacire & ne l'eûtpas critiqué.
• On fait toujours à un Auteur beaucoup de
critiques qu'on ne lui feroit jamais , fi on
avoit fongé autant que lui , aux chofes qu'il a
écrites
110 MERCURE
Je reviens à M. Duvignau , dont je mei
trouve un peu éloigné.
On a vu avec quel avantage il juftifie le
choix qu'il a fait , du genre & du ton hifto
Hique pour l'éloge du Maréchal de Biron.
Le fonds de fes idées à cet égard nous paroît
d'unevéritéinconteftable, mais dans quelques
détails on pourroit penfer autrement que lui.
Il paroît croire , par exemple , que Téloge
d'un guerrier fameux, d'un grand négociateur,
convient moins au ton oratoire, que l'éloge!
d'un publicifte , d'un législateur . Notre opi
nion feroit différente: la valeur d'un guerrier,
les dangers qu'il a courus , des victoires qu'il
a remportées , les hommages éclatans que les
hommes aiment à rendre à ce pouvoir qui
les protége ou les écrâfe , tous ces tableaux!
qui parlent fi puiffamment à l'imagination &
à l'âme , appartiennent à l'Orateur , qui doit
parler auffiàl'une & àl'autre, c'eftl'Orateurqui
doit placer le Guerrier fur ce char de triomphe
où il doit être vu de tous les fiècles. Pour
bien louer, aucontraire, un philofophe, un mo
ralifte , un législateur , tous ceux qui ont été
grands par la penfée , il faut faifir les traits
Tactéristiques de leur génie , il faut pénétrer
la fource cachée & profonde de leurs idées ,
prédire les influences éloignées qu'elles auront
dans les temps ; c'eft le dernier effort de l'analyfe
& de la fagacité.
ar ce qui fe dérobe
le plus à l'entendement , c'eft le fecret de fes
propres opérations. C'eft beaucoup , que de
s'exprimer alors avec clarté pour les philo
DE FRANCE. IIF
fophes ; il faut un talent rare pour ajouter à
la clarté les fumples ornemens du ftyle de
l'hiftoire : fi rÉcrivain va au - delà ; fi tans
dis que fa réflexion analyfe profondément &
clairement , il répand les couleurs & les tour
nures d'une imagination brillante fur fes ana
lyfes ; fi , en occupant fortement les efprits
il élève & il touche les âmes ; alors il ne faut
pas l'eftimer feulement ; une jufte admiration
doit le placer à côté du génie qu'il célèbre ;
mais fon ouvrage eft en quelque forte aus
de- là des limites des règles & des genres : &
de ce qui eft un prodige , il ne faut pas em
faire une loi .
Il eft fans doute tel guerrier , dont l'éloge
doit être hiftorique plutôt qu'oratoire ; cela
dépend quelquefois du rôle qu'il a joué dans
fon fiècle , & quelquefois de l'impreffion
que fon caractère a laiffé dans la mémoire
des hommes.
Si fes actions les plus célèbres n'ont pas
produit des révolutions mémorables , s'il eft.
grand dans la foule & non pas au- devant dë
la foule , s'il a conduit les hommes & qu'il ne
les ait pas entraînés , fi , pour le peindre , il
'faut faire connoître tout ce qui l'entoure ; le
panegyrifte , forcé de puifer beaucoup dans
Hiftoire , en prendra nécelfairement le tont ,
il aura d'autres hommes & d'autres talens
fous les yeux , & fon admiration partagée ne
s'élevera pas à cet enthoufiafme qui doit infpirer
l'Orateur . Mais file héros , au contraire ,
a plus influe fur les événements , que les évé
12 MERCUREG
nemens fur lui ; fi tout ce qui l'environne ,
abaillé devant la grandeur , femble le laiffer
tout feul : fa vie fera , pour ainsi dire , Phiftoire
de tout un peuple & de tout un fiècle ;
tous les événemens , nés de lui , paroîtront
destinés uniquement à tracer fon portrait ;
ils s'arrangeront d'eux-mêmes , non dans la
fucceffion des temps , mais dans les dévelop
pemens de fon génie & de fon âme; & c'eſtlà
précisément la marche d'un éloge o
toire, co
ora
Des guerriers même également grands ,
produisent des impreffions très- différentes.
Condé doit être loné plutôt par un Orateur,
& Turenné , plutôt par un Hiftorien.
Er quelque préciſion qu'on veuille mettre
dans ces diftinctions , de ce qui appartient au
genre hiftorique & au genre oratoire , combien
roar, cela eft encore vague & incer
tain !5-469
Je conçois toute une hiftoire , celle d'Alexandre
, par exemple, ou de Céfar, ou d'Attila,
qui , écrite par un homme éloquent , pourroit
donner d'un bout à l'autre , toutes les
émations qu'on attend d'un difcours ora
toire.
1
Je conçois que le même héros peut être
José par le même Écrivain , tantôt avec l'é
clat & les formes du talent de l'Orateur
rantôt avec les formes & la fimplicité de
l'hiftoire. petermarit
Les objets n'ont pas changé de nature
mais on ne les confidère pas de la même ma
DE FRANCE. 178
nière , & on ne veut pas produire les mêmes
effers, done !
Je conçois enfin que , dans le même ou
vrage, dans le même éloge, un Écrivain
dont le talent a de la foupleffe , peut paffer
du ton historique au plus haut ton oratoire
fans paroître ni mêler ni confondre les
genres.
ܐ܆
L'unique chofe que je ne conçoive pas
c'eft cette fureur de vouloir élever par-tout
des barrières , de vouloir tout féparer, lorfque
la nature ne fépare rien, & que dans fa riche
variété , elle réunit tout fans rien confondre.
Les Rhéteurs out cru deviner les loix du
génie ou lui donner des loix , en inftituant &
créant les genres , comme les philofophes ont
cru deviner les loix de la nature en établiffam
lesclaffes. C'eft la même erreur, & cette erreur
étéplus funefte encore dans les arts que dans
les fciences, parce queles Orateurs & les Poëtes
ont été plus foumis que les Philofophes , aut
fauffes loix qu'on leur a impofées ; parce que
dans les fciences , les entraves ont été brifées
par des génies créateurs , & que dans des arts
elles n'ont été attaquées que par des hommes
d'efprit fans génie , parce que dans la poéfie
& dans l'éloquence , avec des penſées com
munes , on s'élève au premier rang par le
mérite de l'expreffion , & que dans les Sciences
on a plus fenti l'indifpenfable befoin de
fortir des routines , pour aller à des obfer
vations & à des vérités nouvelles. Bull
#14 MERCURÈ
Il me femble qu'il y a une règle plus gé
nérale & plus
sûre que toutes ces s
de genres , pour déterminer le ton que l'Écrivain
doit prendre.
Après qu'il a fuffifamment réfléchi à fon
fujet , il remporte de la méditation un certain
nombre d'idées , d'images & d'affections qui
doivent dominer dans fon ouvrage. C'eft leur
caractère qui doit déterminer célni de fon
ftyle & lui donner le ton. Le goût confifte
faifir & à foutenir parfaitement cet accord ;
& à ne jamais le bleffer , lors même que des
chofes acceffoires , dont le caractère n'eft plus
le même , vous forcent à élever cou à bailler
le langage.
Voilà la feule loi qu'ait fuivie Virgile , lorf
que , dans des ouvrages qu'il appeloit bucoliques
, faifant parler à fa mufe , non le langage
des champs , mais celui de fes idées & de fes
paflions , il a donné à des bucoliques
tantôt le ten de l'ode , tantor celui de la paf
fion la plus tragique , tantôt celui du poëme
philofophique.
L'Abbé le Batteux qui parloit toujours , &
des poëtes anciens qu'il entendoit & qu'il
traduifoit fi mal , & de l'imitation de la nature
qu'il connoiffoit fi peu , dit que dans les
arts de l'efprit , les genres doivent être diftinguésfortement
comme les efpèces dans la na
tire , il affure que c'eft là leur perfection ; il
me femble même que dans quelques - unes de
ces poétiques qui copient les autres poétiques ,
DE FRANC'E.. 113
J'ai vu citer cette idée de l'Abbé fe Batteux,
commeune vérité neuve ; c'eft une erreur très- .
ancienne , & tout y eftfaux: Il n'eft pas vrai que
la nature marque & diftingue fi fortement les
efpèces vivantes; au contraire, elle va très- fou
vent des unes aux autres par des nuances & des
gradations fi infenfibles , que les meilleurs ob
vateurs font ceux qui ont le plus de peine à
voit où une eſpèce finit & où une efpèce com
mence. Il paroît même très prouvé aujourd'hui
que , parmi les efpèces que notre efprit
diftingue & fépare , la nature fait fouvent des
alliances qui préparent , ou des espèces nouvelles
, ou de grandes variétés des mêmes ef
pèces. L'Abbé le Barreux a donc établi un
faux principe de godt fur une erreur d'tlif
toire Naturelle. C'eft une bonne leçon pour
les Rhéreurs & pour les critiques, mais ils
n'en profiteront pas , & leur deftinée eft de
fe tromper toujours en donnant des loix au
goût , comme celle du génie , libre & indépens
dant de leurs loix , eft de nous donner toujours
des jouiffances nouvelles.
{
Ces réflexions ne m'ont pas beaucoup
éloigné de Monfieur Duvignau ,
car elles font nées de la manière neuve
& philofophique dont il a confidéré les
Occafions où l'éloge doit être oratoire ,
& celles où il doit être hiftorique. Nous
croyons comme lui , que le genre hifto
fique lui étoit rigoureufement preſcrit par
la nature des faits & des actions qui recon
f
116
MERCURE
mandent le Maréchal de Biron à la poſtérité,
M, Duvignau, qui a divifé fon dilcours en
fix fections , fuit fon héros dans ces premières
années de l'enfance , dont l'influence eft trèsfouvent
cachée, mais qui décide prefque tou
jours de ce que feront les hommes , dans nos
guerres de religion fous Henri II , François II,
Charles IX , Henri III & Henri IV , où
Biron , commandant tantôt en fous- ordre &
tantôt en chef, dirige les vues des généraux
qui lui commandent , arrache prefque tou
jours la victoire aux drapeaux qui lui obéiffent
, & fonde les titres de fa gloire fur des
bataillesgagnées, fur des villes prifes, & méme
quelquefois fur des retraites. Ici reparoiffent
ces journées trop mémorables de Jarnac , de
Saint-Denis , de Coutras , de Moncontour
cette nuit de la Saint- Barthélemi , dont quelques
Ecrivains ont détourné leurs pinceaux
avec horreur , & que d'autres Ecrivains , fans
être moins fenfibles , ont voulu rendre plus
horrible encore , en la reproduifant fous leurs
pinceaux indignés. La dernière fection eft la
peinture tranquille de la vie privée du Maréchal.
M. Duvignau n'a voulu être qu'Hiftorien;
mais à chaque inftant naiffent de fes
récits , & des réflexions & des fentimens qui
n'ont pu fe préfenter qu'à un efprit éclairé
par la philofophie , & à une ame que la na
ture a rendue très facile à s'émouvoir. On voit
qu'il a bien quelque peine à ne pas fortir du
calme de l'hiftoire , & queffoonn ââmmee,, enfe reDE
FRANCE. 117
tenant , a fait plus d'un facrifice à fon goûr.
Unecélébrité , obtenue principalement dans
des guerres civiles, eft prefque toujours expofee
aux reproches qu'on adreffe à ces temps
finiftres; & il eft impoffible encore que des fec
tes ennemies qui combattent avec des calomnies
autant qu'avec des armes , n'ayent pas fait
des efforts pour fouiller la gloire la plus pure.
M. Duvignau , fans pardonner à ces temps de
nos plus grandes calainités, abfout le Maréchal
de Biron des victoires qu'il remportoit fur
des François , & le juftifie pleinement contre
les Hiftoriens qui l'accufent d'avoir trempé
dans le complot de la Saint- Barthélemi.
Il ne faut jamais perdre de vue , dit M.
Duvignau , que lorfque nos fatalesguerres
» commencèrent , Biron fervoit fon Roi &
» lui avoit juré fidélité. Ce ferment invio-
» lable , en le plaçant auprès du trône , lui
» avoit impofé la loi d'y maintenir , au prix
» même de tout fon fang , celui qui y mon-
» teroit en légitime poffeffeur ; & il ne fit
» fans doute que remplir ce devoir , alors
» même qu'il porta les armes contre des
»
qui le Le
" Roi n'eft pas le juge de foldat
d'un
»
différends , il
» n'en eft que le vengeur. Tous les Princes
fous lefquels Biron a fervi , lui ont dit : le
fceptre échappe de nos mains , conduifez
nos armées , rempliffez nos fermens ; & il
» a volé aux ennemis , en le défendant de
118 MERCURE
» s'occuper de leurs noms & de leur patrie ,
" autant que de leur nombre. »
La raifon n'avoit rien à dire de mieux , &
il étoit difficile de le dire avec la même prudence.
Une difcuffion plus détaillée étoit néceffaire
pour juftifier le Maréchal , de l'inculpation
d'avoir trempé dans le complot de la Saint-
Barthélemi ; & les preuves de M, Duvignau ,
très intéreffantes dans leur développement ,
paroiffent invincibles dans leur réfultat,
ور
22
« Je vois que Biron n'eft appelé dans
» aucun de ces entretiens particuliers ou
Charles préparoit les vengeances ; je ne le
», voisparoîtredans aucun de ces conciliabules
myfterieux où , dans le fein des nuits , en-
» tourée d'affaffins & de bourreaux , Médici☛
alloit compter & marquer fes victimes ; je
vois enfin , lorfque le moment fatal eft ar-
" rivé , je vois Biron couché fur la life fanglante
; profcrit lui-même , il n'échappe
aux alfaflins , que par un effort rare de
préfence d'efprit & de courage ; & c'eft"
lans doute une injuftice trop évidente &
» trop cruelle , que de compter parmi les
» bourreaux , celui dont le nom ne fe trouve
que parmi les profcrits & les victimes .
Ainfi la juftification de ce grand homine
» eft auffi facile que complette ; ainfi route
'Hiftoire repouffe les délations de quel-
" ques Hiftoriens ; ainfi , Biron , je puis at-
» tefter à mes contemporains , à la poftérité,
33
"
92
DE FRANCE. 119
» qu'une lâche trahifon n'a pu fouiller une
vie confacrée à la gloire , & que les confeils
de ta raifon ne furent jainais donnés à ces
» monftres , à ces forcenés qui , dans l'obfcu- ~
» rité de la nuit , coururent enfoncer le poi-
» gnard au ſein de leurs concitoyens & de
» leurs frères endormis près d'eux , àl'ombre
du trône & fous la fauvegarde des loix ………‚
" Ah ! fiton innocence n'eût pas été auffi
éclatante , quel corps littéraire eût ofé pro-
" poſer ton éloge ? Parmi quels hommes , danis
» la France entière , auroit- on pu te trouver
un panégyrifte , fi ce n'eft parmi ceux
» qui ont loué la Saint - Barthélemi elle-
>> même ?
33
93
"
*
Eft-ce-là un Hiftorien ou un Orateur? C'éft
Fun & l'autre ; c'eſt un homme né pour l'éloquence
, qui écrit l'Hiftoire . Dans les objets
qui ne peuvent pas donner lieu aux mêmes
mouvemens , une difpofition heureufe à confidérer
les fairs fous des afpects qui les aggran
diffent , en augmente très - fouvent l'intérêt
dans cet éloge . Au moment de rappeler la
bataille de Jarnac , M, Duvignau fufpend fes
récits par cette réflexion.
" Avant cette journée , Condé & le Duc
» d'Anjou s'étoient trouvés en préſence avec
» toutes leurs forces, à Jafeneuil , à Loudun
» mais des froids exceffifs & précoces ne leur
permirent jamais d'en venir à un combat
général, quoique ce fût le defir ardent de
» tous les deux ; ils furent forcés de prendre
"9
و و ا
120 MERCURE
23
"
ود
39
»
"3
précipitamment leurs quartiers d'hiver ,
Ainfi , fous le plus beau ciel de l'Europe
,, & dans des climats où règue un printemps ,
prefque continuel , on eût dit que la na
» ture faifoit des efforts extraordinaires pour,
» donner trève au carnage , & qu'elle dai-.
gnoit interrompre fa marche annuelle en.
" faveur de l'humanité. Pour donner une,
jafte idée du talent de M. Duvignau pour la
narration, il faudroit citer le morceau entier
de la bataille de Moncontour, mais il eſt trop .
étendu pour les bornes de ce journal , & pour ,
la place que cet article y a déjà priſe . Ceux.
qui le liront dans le difcours , y verront les.
circonftances très- nombreufes & très- com- ,
pliquées d'une action militaire , démêlées
avec une clarté qui exige beaucoup d'art , &
rendues avec une netteté qui fuppofe bien
du talent pour écrire l'Hiftoire. En général
on remarque dans tout ce difcours , les dons
de l'efprit les plus néceffaires à l'Hiftorien ,
le fecret d'embellir & d'animer les faits par
les réflexions , celui de les préfenter dans cet
heureux enchaînement qui les éclaire , les ex
plique , les prouve & les grave dans la mé
moire des lecteurs. Ce dernier mérite eft, un
de ceux qui fe cachent le plus aux lecteurs qui
en jouiffent. On croit que l'ordre de la narration
eft donné par l'ordre même des événemens
; on ne fait pas que le plus fouvent
les faits arrivent à l'Historien dans une confufion
qui en rend l'intelligence extrêmement
difficile ,
DE FRANCE. 121
difficile , & qu'il y a fouvent beaucoup d'invention
& de génie à raconter un fait précifement
comme il s'eft paffe. Les notes qui
fuivent le difcours , & dont l'objet eft de faire
connoître les plus belles actions de la nobleffe
d'une Province fi diftinguée par l'efprit , par
le courage & par le caractère original de les
habitans de tous les ordres , ont dû demander
beaucoup de recherches , & font toujours
écrites avec chaleur & avec âme . M. Duvignau
a fans doute acquis des droits à la reconnoiffance
de la Province entière . L'Auteur écrit.
en Province , & fi on s'en apperçoit à un
petit nombre de à
quelques expreflions qui n'ont pas affez d'élégance
& de nobleffe , le ton général du
ftyle qui eft pur & de bon goût , le fait ou
blier bien plus fouvent encore . Beaucoup de
critiques de mauvaiſe humeur prétendent
que tout déchoit parce qu'ils ne peuvent s'élever
à rien . Mais une chofe paroît certaine
au moins , c'eft que dans les Provinces , lai
raifon , le goût & les talens font tous les
jours des progrès qui les rapprochent de plus
en plus de la Capitale. Il y a trente ans feulement
, imprimoit on beaucoup d'ouvrages
dans les Provinces qu'on pût lire à Paris .
ocutions
peu exactes
,
No. 46 , 18 Novembe 1786 .
122 MERCURE
NUMA POMPILIUS , fecond Roi de
Rome , par M. de Florian , Capitaine de
Dragons , & Gentilhomme de S. A. S.
Mgr, le Duc de Penthièvre , de l'Académie
de Madrid, &c. A Paris , de l'Imprimerie
de Didot l'aîné, 1786 , in- 8°,
IL feroit bien fuperflu de donner aujourd'hui
l'analyſe d'un Ouvrage fi connu , & jugé
depuis long - temps. La réputation des Ouvrages
de M. de Florian eft promptement
faite , & prévient la diligence des Journaux.
L'Auteur de Galathée , des fix Nouvelles
du bon Père , de la bonne Mère , de quelques
autres jolies Comédies , de plufieurs Pieces
couronnées à l'Académie Françoife , &c. net
peut rien faire qui n'excite la curiofité , qui
peut être même n'éveille l'envie ; & un
Poëme moral en profe dans le genre & dans
le goût de Télémaque , & foutenant le parallèle
avec cet excellent Livre , eft un de ces
titres littéraires qui annoncent un Écrivain
marchant à grands pas vers la renommée ;
mais toute réputation faite ou qui fe fait a
des contradicteurs légitimes ou non ; notre
miffion doit fe borner ici à mettre le Lecteur
en état de prononcer entre les objections les
plus raifonnables , quoique peut- être un peu
lévères, qui ont été propofees contre Numa,
DE FRANCE. 823
& les réponſes non moins raiſonnables &
très - modeftes que l'Auteur y a faites . Dans
les éloges que le judicieux Critique a donnés
au Poëme de Numa , il eft entièrement d'accord
avec la raiſon & avec la voix publique
& nous ne nous y arrêterons pas , puifqu'il
n'y a point là de contradiction.
Quant à fes objections , elles font préfentées
fous la forme modefte & adoucie de
fimples queftions. Le Critique demande
d'abordfi les aventures qui compofent l'Ouvrage
de M. de Florian etoient ce qu'on pouvoit
imaginer de jus propre à former un
jeune Prince de feize ans ? On fent bien que
la queftion étant propofée ainfi , il eft impoffible
d'y répondre ; car qui peut s'allurer
d'avoir imaginé précisément ce qu'il y avoir
de plus jufte & de meilleur ? Mais ce n'eft
là qu'une tournure polie , & tout le monde
entend que la véritable queſtion propoſée eſt
de favoir fi les aventures de Numa font propres
à remplir leur objet , & c'eſt à cette
queftion que l'Auteur répond .
J
Il répond que pour faire d'un jeune Prince
un grand Roi , il faut en faire un grand
homme; que le plus grand homme eft celui
qui fait à la vertu les plus grands facrifices ;
qu'il a placé Numa entre la vertu & l'intérêt
des plus fortes paffions, pour qu'il eût les plus
grands facrifices à faire, & qu'il les fit . S'il eft
amoureux d'Herfilie , c'eft pour immoler fon
amour à fa Nation , à fon père , à fon Roi. S'il
Fij
124

"MERCURE
eft à la tête des Sabins pourfuivant une vengeance
légitime , il facrifie cette vengeance &
le trône à fon amour pour fon peuple & pour
l'humanité. S'il vit enfin dans une retraite
paiſible , auprès d'une maîtreffe adorée , il
renonce à ces deux biens , les plus grands que
je connoiffe , dit l'Auteur , pour aller rendre
heureux deux peuples.
Ces aventures ne font - elles pas trop romanefques
?
Ici la réponſe de l'Auteur eft de montrer
dans Télémaque des aventures moins vraifemblables
, des épiſodes moins liés au fond
du fujet que dans Numa. Ce n'eft pas qu'il
pretende faire la critique de Télémaque , au
contraire , il a befoin de conferver à ce beau
Poëme toute fon autorité , puifque d'eft de
cette autorité même qu'il s'appuie , & que
c'eſt ſous la protection qu'il le defend .
2.
L'objet des fictions de Numa eft- il toujours
bienfenfible?
Chaque aventure a fon but moral. L'humanité
de Numa envers les Rhéates lui vaut
une victoire , la piété de Léo pour la mère
eft récompenſée , la conftance de Camille eft
couronnée. Numa eft enfin payé par l'amour
& de fon peuple & d'Anaïs, la nouvelle maîtreffe
, de tous les facrifices qu'il a faits à la
verta.
Numa & fes amours doivent- ils exciter ·
beaucoup d'intérêt?
DE FRANCE. 125
Herfilie , objet du premier amour de Numa,
n'eft pas intéreffante fans doute , elle a même
des paffions violentes & cruelles qui repouffent
l'intérêt ; mais elle a beaucoup
d'éclat ; quand elle aime elle peut fort bien
être aimée; elle ne l'eft que trop , & c'eft en
cela que confifte l'intérêt; car il ne faut pas
qu'elle foit aimée de Numa ; elle n'en eft
pas digne : on afpire à voir Numa brifer fes
fers ; c'eft un des premiers facrifices que la
vertu exige de lui. L'Auteur obferve d'ailleurs
qu'un Ouvrage épique n'eft pas une
Pièce de Théâtre où le but principal eft l'intérêt.
Obfervons cependant que plus il peut
s'en rapprocher à cet égard, & plus il plaît.
La partie Dramatique fera toujours la plus
attachante & la plus agréable de tout Poëme
épique. Le but principal de Numa , felon
l'Auteur , eft l'utilité de la morale , & en
effet le nom feul de Numa prépare à des idées
de morale & de fageffe ; mais fi les amours
d'un Sage tel que Numa , deſtinés à être facrifiés
au devoir & à la vertu , perdent néceffairement
par cette deftination même
quelque chofe de leur intérêt , l'Auteur fe
Hatte avec raifon d'en avoir fu répandre
davantage fur les amours de Léo & de Camille;
c'eft en effet un charmant tableau que
celui de ces amours ; ils ont la fimplicité des
amours champêtres , & le merveilleux des
amours romanefques. L'occafion qui les fit
naître, la cîme de ce rocher , feul théâtre des
Fiij
126 MERCURE
entrevues des deux amans , où ils paffent tous
les jours à fe voir ou à s'attendre , & où chacune
de ces entrevues femble un coup du
Ciel & une grace de l'amour ; le mystère répandu
fur ces amours , ainfi que fur le rang &
fur le fort des deux amans , myſtère qui contrafte
fi agréablement avec la naïveté aimable
de leur caractère & la vérité de leur tendreffe
, leur féparation , leurs adieux , enfin
toutes les circonftances de ces amours font
des beautés piquantes , neuves & originales.
Cette féparation eft encore un facrifice touchant
fait à la vertu, à la piété filiale. La réunion
ne porte pas moins que la féparation ce
caractère de nouveauté & d'originalité . II
caractere
s'eft paffé depuis cette éparation bien du
temps & des événemens . Léo a perdu Myrtale
qu'il avoit long- temps crue fa mère , & qui
lui en tenoit lien ; il s'éloigne des lieux où il
Yavoit rendue heureufe , & où il avoit aimé
Camille; il l'aimoit toujours , & n'en entendoit
point parler ; il traine en divers licux
fa deftinée incertaine ; il cherche la gloire
pour fe confoler de l'amour, la gloire trompe
auffi fes voeux ; un fouvenir tendre le ramène
vers ces lieux fi chers à fon enfance , vers ces
lieux pleins de l'image douloureufe de Myrtale
& de Camille; il veut aller pleurer fur le
tombeau de Myrtale ; il entre dans fa cabane.
" Quelle eft fa furpriſe en la retrouvant
» telle qu'il l'a laiffée ! tout eft en ordre ,
tout eft à fa place. Léo revoit fes anciens
33
DE FRANCE. 12
»
javelots , fes inftrumens de jardinage & fa
» première flûte fur laquelle il chanta Camille.
Il la revoit cette Hûte ; il la baife avec
attendriffement ; mais il quitte tout pour
courir à la tombe de Myrtale , & il la
trouve parée de fleurs nouvelles ; plufieurs
autres qui font flétries atteftent qu'une
main pieufe les renouvelle chaque jour.
Léo fe met à genoux; il arrofe de fes larmes
le gazon verd & touffu qui a crû für
» ce tombeau ; il bénit la main inconnute
qui prend H foin de le décorer...
»
» Bientôt Léo , prononçant le nom de Camille
, eft entraîné vers ce rocher , vers
cette cafcade fi chère à fon fouvenir. Il
court; il arrive : le premier objet qu'il voit,
ceft Camille fur le rocher. »
Certe rencontre eft un beau coup de théâtre,
& c'eft ainfi , c'eft la que Léo devoit retrouver
Camille.
Le Critique demande f , en changeant le
nom de Numa , on s'appercevroit , avant le
onzieme Livre, que c'est ce Législateur que M.
de Florian a voulu peindre.
Cette queftion renferme l'objection qui
paroît d'abord la plus forre. En effet , fi dans
près des trois quarts & demi de l'Ouvrage ,
Numa n'a rien qui le caractérife , pourquoi ce
nom de Numa ? Tout autre nom iroit tout
aufli bien , comme tout autre peuple pourroit
fournir à peu près les mêmes événemens ou
des événeinens équivalens.
L'Auteur fait une réponse au moins fpé-
Fiv
128 MERCURE
cienfe. Il obferve que l'Hiftoire ne montre
Numa que fur le trône, & ne parle point de
lui avant le temps où il eft Roi. Dès que je le
place fur le trône , ajoute-t-il , je vous rends le
Numa de l'Hiftoire , & c'eft tout ce que je
Vous dois , jufques - là il m'appartenoit, & j'ai
pu le faire penfer & agir de la manière la plus
favorable au but général de mon Ouvrage ;
j'ai pu lui donner les foibleffes , les paffions ,
les défauts dont je croyois avoir befoin relativement
à mon plan .
Non , dira-t-on , vous n'aviez pas là- deffus
une liberté indéfinie ; vous deviez préparer le
Numa de l'Hiftoire , &-ne lui donner, même
dans le temps qu'on ne connoît pas , que des
qualités analogues à celles du temps qu'on
connoît , comme la Nature donne dès la jeuneffe
les traits qui fe développent dans l'âge
fuivant , & qui fe déforment dans un âge plus
avancé, mais qui font toujours les mêmes au
fond .
Mais on peut faire à ce fujet une diftinction
affez bien fondée. Que connoiffons- nous
de Numa par l'Hiftoire ? Qu'il fut le Légifla
teur de Rome & un Roi très- pacifique . Ce
pouvoit être l'effet ou de fon caractère ou de
Les réflexions. Dans le premier cas un amour
naturel de l'ordre & de la paix l'aura difpofé
de bonne heure à ce qu'il fut depuis fur le
trône ; fon caractère aura toujours été le même
au fond , & n'aura différé que par les développemens
plus ou moins grands à raifon des circonftances
& des événemens ; c'eſt ce qu'il
amore DE FRANGE
129
femble qu'on auroit voulu exiger de l'Auteur.
Dans le fecond cas Numa aura été modifié
par les contraires. Il aura été d'abord ce
que font communément les jeunes gens , les
jeunes Princes , il aura été emporté par l'amour
de la gloire; il l'auta cherchée dans la guerre
& dans les combats ; mais le fpectacle des horreurs
de la guerre l'aura infenfiblement ramené
à la paix ; la vue des défordres qu'entraînent
le defpotifme militaire , les révoltes ,
l'anarchie , aura tourné fon efprit vers les vues
d'une fage & douce légiflation , les malheurs
des hommes l'auront ramené au culte des
Dieux & aux confolations de la Religion.
Numa n'aura partagé les foibleffes , les paffions,
les erreurs des autres hommes que pour
en mieux connoître le danger & les inconvéniens
, & y remédier plus sûrement dans la
fuite : c'eft à-peu-près ce que l'Auteur a exécuté,
& il en avoit le droit.
1 Numa , demande encore le Critique , ne fe
laiffe- t- ilpas aller aux événemens fans trop
fonger à ce qu'il doit devenir ?
L'Auteur répond qu'il eft dans fes principes
qu'on falle toujours fon devoir fans s'embarraffer
de ce qu'on deviendra ; labelledevife
d'une de nos anciennes Maifons : Fais ce
que dois , advienne que pourra.
( Faites votre devoir , & laiffez faire aux Dieux. )
Corneille.
eft , dit -il , toute la morale & toute la baſe
de fon Ouvrage. Mais ce n'eft pas là vraiſem-
Fv
130 - MERCURE
blablement ce que le Cenfeur reprend , &
nous ne favons fi la réponſe s'applique bien à
l'objection. Quand le Cenfeur accufe Numa
de fe laiffer aller aux événemens , il accufe
en même-temps ces événemens d'être trop
indifférens , trop aifés à remplacer au hafard
par d'autres, trop peu liés & entre- eux &
avec ceux qui fuivent ; de forte que Numa
qui s'y laiffe entraîner, paroît ne fuivre aucun
but certain , & n'avoir aucun plan fixe . Nous
ne difons pas que cette objection foit fon-
'dée , nous difons feulement que voilà comme
nous la concevons.
Quant à la monotonie du ftyle , alléguéc encore
par le Critique , l'Auteur ne répond
rien , finon que chaque Lecteur a fon avis ,
& il a raifon. Cette monotonie en effet peut
être fentie par un goût très- délicat & un
peu difficile ; mais on ne peut pas dire que ce
foit un défaut frappant dans l'Ouvrage; on ne
peut pas dire qu'il ennuye ni qu'il fatigue ;
au - lieu que tout le monde fent que le ſtyle eft
adapté au genre ; qu'il eft élégant , noble ,
harmonieux , poétique , avec ce mélange de
délicateffe que le genre peut recevoir , & qui
eft propre à l'Auteur ; un exemple fera fentir
en quoi confifte cette délicateffe , c'eft principalement
à fe contenter d'une indication fuffifante
qui n'exprime pas tout, & qui laiffe
quelque chofe à fuppléer au Lecteur . Ainfi
lorfqu'Aricie dit à Hyppolite :
J'accepte tous les dons que vous me voulez faire ;
DE FRANCE. 131
Mais cet Empire enfin fi grand , fi glorieux
N'eft pas de vos préfens le plus cher à mes yeux.
Tout le monde entend , quoiqu'Aricie ne
l'exprime pas formellement , que de tous les
dons d'Hyppolite c'eft le don de fon coeur
qu'elle préfère, & qu'elle n'accepte les autres
dons que comme une fuite de celui- là. Nous
n'examinons pas ici fi cette délicateffe convient
à la Tragédie , ou fi elle n'est que du
haut comique , c'eft de la délicateffe.
De même lorfque Léo , féparé de fa maî
treffe qu'il a facrifiée à fa mère , veut lailler
ignorer à celle- ci le facrifice qu'il lui a fait.
" Je paffois , dit- il , les jours à pleurer fur ce
» même rocher , dans ces mêmes lieux où
" j'avois vu Camille ; dès que je regagnois
» la chaumière , je m'efforçois de prendre
» un air ferein , je compofois mon viſage ; &
quand je ne pouvois dérober ma trifteffe
» aux yeux clair-voyans d'une mère , j'inven-
» tois un motif qui n'affligeât pas trop Myr-
» tale , j'imaginois un chagrin dont elle pût
» me confoler. "
"
"
Nous ne parlons pas ici de la délicateffe
morale de ces fentimens en général , mais de
la délicateffe oratoire , pour ainfi dire, de cette
dernière phrafe : J'imaginois un chagrin dont
elle pût me confoler, où l'Auteur dit & ne
dit pas avec tant de délicateffe que le chagrin
de l'amour qu'il portoit dans fon ame
eft le feul qui ne foit pas fufceptible de confolation
, & nous ajoutons que cette délica-
Fij
132
MERCURE
X
" telle n'a rien d'étranger au genre de l'Épo- v ?
pée , & que par conféquent elle eft une k
beauré fous tous les rapports. Or c'eſt l'ufage
fréquent de ces tournures délicates qui nous
paroît caractériser le plus particulièrement
le ftyle de M. le Chevalier de Florian.
DE L'Électricité du Corps Humain dans
l'état de fanté & de maladie Ouvrage
couronné par l'Académie de Lyon , dans
lequel on traite de l'Électricité de l'Atmosphère
, de fon influence & de fes effets
fur l'économie animale , des vertus médicales
de l'Electricité , des découvertes des
modernes & des différentes méthodes d'élec
trifation ; par M. l'Abbé Bertholon , Profeffeur
de Phyfique expérimentale des
États Généraux de Languedoc , & Membre
de plufieurs Académies Nationales & Étrangères.
Nouvelle Édition , en 2 vol. in- 8°.
enrichie d'un grand nombre de figures en
taille - douce. A Paris , chez Didot le jeune ,
quai des Auguftins; à Lyon , chez Bernufel
& Jacquenod , rue Mercière , 1786 .
Long-temps la Phyfique s'eft occupée , par
préférence , des objets de curiofité ; mainte
nant elle eft dirigée vers ceux qui font relatifs
à l'utilité, qui eft le vrai but des fciences.
L'Ouvrage que nous annonçons , en eft
une preuve convaincante. Le fuccès qu'a
eu la première édition , les témoignages avantageux
qu'en ont donnés un grand nombre de
DE FRANCE 133
Savans diftingués , tels que M. Wan-Swinden
, Vivenzio , Weber , Buffon Mauduit
, Macquer , Sarti Cavalli , Néedham
, Alloati , Huffeland , Blech , & c. &c.
les traductions qui en ont été faites en langues
étrangères , juftifient le jugement de
l'Académie de Lyon qui l'a couronné , & les
éloges que nous avons faits de cet Ouvrage ,
lorfqu'il commença à paroître. L'Auteur
l'a beaucoup augmenté, en le retouchant.
M. l'Abbé Bertholon ytraite de l'Électricité
du corps humain , en état de fanté & en
état de maladie. Dans la première partie
après avoir donné une idée générale de l'Électricité
, on établit , par un grand nombre
de preuves , fondées fur l'obfervation , &
fur les brillantes expériences qui ont été
faites depuis l'époque de Marly - la - Ville ,
l'existence de l'électricité atmoſphérique , &
fon influence fur l'économie animale. On y
traite de l'Électricité fpontanée , avec toute
l'étendue néceffaire ; & c'eft dans ce chapitre
qu'on rapporte les nouvelles expériences faites
avec l'electomètre fenfible , inftrument
dont notre Académicien avoit déjà donné la
figure dans fon Ouvrage de l'Electricité des
Végétaux . On verra auffi avec plaifir ce
qui concerne l'Électricité de la torpille , de
l'anguille de Surinam , & des autres animaux
congénères , qui pofsèdent éminemment l'Électricité
fpontanée. Dans le chapitre neu-
* A Paris , chez Didot.
134
MERCURE
Whe
vième , l'Auteur examine , par voie d'expé-,
riences , quelle eft la fubftance à laquelle
les différentes familles d'animaux doivent
la faculté de tranfmettre le choc électrique .
Les nombreufes expériences qui y font contenues
, ont été lues à l'Académie des Sciences
de Paris , & font , au rapport de M. Wan-
Swinden , parfaitement conformes à celles
qui ont été faites enfuite par MM. Steiglehner,
Herbert , & c.
L'obfervation & l'expérience étant la baſe
de la vraie Phyfique , c'eft fur elles que s'ap
puie M. l'Abbé Bertholon , lorfqu'il parle de
Î'Electricité médicale , & des fuccès qu'on
a obtenus fur plufieurs maladies guéries
par ce feul moyen, ou par la combinaiſon
de l'Electricité , avec les remèdes auxiliaires.
C'eft pourquoi l'Auteur rapporte les expériences
des Jallabert , le Cat , Sauvages
Teske , Hart , Lovet , Wesley , Linné , Hiotberg
, de Haën , Sans , Mauduit , Hartmann
Steiglehner , Cavalli , Welfe , Paulfoln , Dićkſon
, Weber , Folhergill , Wndervood , Birch ,
Parthington , Hufeland , Spry , Lautter , &
un grand nombre d'autres qu'il feroit trop
long de citer. Nous fommes entièrement de
Pavis de notre Savant , qui dit que les citations
fréquentes d'expériences , font des eſpèces
de bâtons , avec lefquels on marche plus
ferme. Si cet Ouvrage , dit - il , a eu un
fuccès que j'étois bien éloigné de prévoir ,
» c'eft qu'il n'étoit point feulement le fruit
de mes obfervations & de mes expériences,
DE FRANCE. 1135
» mais le réſultat de celles des Savans qui
» avoient cultivé la fcience , non-feulement
» en France , mais particulièrement en Suède,
» en Danemarck , en Allemagne , en An-

gleterre , en Italie , pays fi fertiles en dé-
» couvertes , & où l'Électricité médicale a
» toujours été en honneur ». Nous penfons
donc qu'on peut regarder cette partie de
l'Ouvrage , comme une efpèce de Bibliothè
que d'Electricité ; puifque , même dans la
première Édition , on y trouvoit citées les
obfervations & les expériences de plus de
deux cens Auteurs : dans cette feconde Édition
, le nombre en eft beaucoup plus grand.
$ La méthode d'électrifer étant un objet
de la plus grande importance , M. l'Abbé
Bertholon l'a traitée dans ce nouvel Ouvrage ,
avec tout le foin & toute l'étendue qu'elle
exigeoit. Pour cet effet , non - feulement il
a fait connoître les principes les plus certains
, les expériences les plus décifives , &
les manipulations les plus aifées , mais encore
il a employé le fecours d'un très-grand
nombre de figures , afin de parler aux yeux ,
én même-temps qu'à l'efprit . On y voit repréfentées
en particulier les figures des principales
machines pofitives & négatives , celles
des divers appareils qui y font relatifs &
des ufages qu'on en peut faire , les pofitions
& les fituations néceffaires étane gravées
de différentes manières de forte que
a fimple infpection fuffit pour apprendre
toutes les méthodes générales & particuliè136
MERCURE
res d'électrifation , qui ont été employées
jufqu'à préfent : il parle encore des précau
tions neceffaires à prendre dans différentes
circonftances , des avantages & des inconvéniens
, des remèdes auxiliaires , & d'un
grand nombre d'autres objets infiniment
utiles , qui , tous liés & enchaînés entr'eux ,
forment un corps de doctrine auffi précieux
que complet.
LE Négociant Patriote , in-8 ° . de 400 pages,
prix , 3 liv. 12 fols , franc de port, A 12.
Paris , chez Royez , quai des Auguftins .
Le Négociant Patriote eft un ouvrage qui
réunit l'agrément à l'utilité , l'Auteur annonce
de grandes & utiles vérités. Son livre contient
les véritables principes de l'adminiſtration publique
, après avoir rendu hommage à l'agriculture
, qu'il regarde avec raifon comme le
premier des arts & le foutien des Empires &
des moeurs , il prouve que le commerce civi
life les nations , unit les hommes par les liens
de la politique , de l'intérêt & de la bienfaifance
, rétablit la gloire & la fplendeur des
Royaumes ; il remonte à fon influence , en
fuit avec rapidité le cours progreflif, invite
les Souverains à leprotéger , s'élève avec force
contre ces réglemens prohibitifs qui en gênent
la circulation & l'étendue , indique aux
Négocians les moyens d'enrichir leur patrie,
les dirige dans leurs entreprifes & leurs opé
rations , fixe les règles de conduite propres à
DE FRANCE 137
leur obtenir l'eftime & la confiance publique.
L'Auteur entre enfuite dans le détail du commerce
de la Ruffie & de quelques autres
Puifiances , & préfente un tableau de leur
gouvernement & de leur inftitution ; il cornpare
les premiers peuples commerçans avec
ceux de l'Europe , examine la fituation phyfique
, le commerce & la légiflation des Colonies
Américaines , & démontre que l'alliance
de la France avec les treize États - unis ,
eft une nouvelle branche de commerce . Ce
ne font point ici de vaines & ftériles ſpéculations
qu'enfante l'efprit de fyftême , ni de
ces brillantes chimères que produit une ima
gination exaltée. Toutes les preuves de l'Au
teurfont établies fur la raifon , les fairs & l'expérience
, plus puiffante que les raifonnemens.
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 6 de ce mois , on avoit annoncé
une repréfentation de Zaïre , Tragédie de
Voltaire. A l'heure de commencer le fpectacle
, le rideau s'eft levé , & M. Saint -Phal a
dit au Public que l'indifpofition d'un Acteur
ne permettant pas de jouer la Tragédie promife
, on fe propofoit de repréſenter pour la
prentière fois Azémire , Tragédie nouvelle en
138 MERCURE
cinq Actes . Cette annonce a été très - favorablement
reçue. Les furprifes de ce genre
font toujours agréables au Public ; mais elles
ne font pas toujours fuivies des mêmes effets .
En 1765 , le Tuteur Dupé , Comédie de M.
de Cailhava , fut ainfi joué pour la première
fois à l'impromptu. On avoit affiché Phèdre ;
M. Préville vint prévenir le parterre que
dans l'impoffibilité de repréſenter cette Tragédie
, on alloit jouer une Comédie nouvelle.
Le Public agréa l'échange , vit la Pièce , l'applaudit
, & l'Ouvrage eft refté au Théâtre. La
nouvelle Tragédie n'a pas été auffi heureufe :
elle a d'abord été applaudie avec quelque cha
leur; mais l'intérêt , en diminuant d'Acte en
Acte , a refroidi l'heureufe impreffion que le
Public avoir éprouvée à l'annonce , & la Pièce
a fini fans fuccès.
Nous ne donnerons point d'analyfe de cet
Ouvrage ; il fuffira de dire que c'eft l'épiſode
d'Armide , dans la Jérufalem Délivrée du
Taffe , déguifé fous des noms nouveaux . Ce
fujet rappelle néceffairement la Bérénice de
Racine , & la Didon de feu M. le Marquis
de Pompignan. En effet , Bérénice , Didon &
Armide font dans des fituations qui fe reffemblent
l'orgueil du nom Romain empêche
Titus d'époufer la première ; un ordre des
Dieux enlève Énée à la feconde ; la religion
& l'honneur arrachent Renaud des bras de la
troifième. Si Bérénice n'eft pas décidément
une Tragédie , fi elle n'eft , comme on l'a dit
fouvent , qu'une longue Élégie , elle n'en eft
DE FRANCE. 139
pas moins un chef- d'oeuvre dans fon gente ;
il n'eft point d'Ouvrage de Théâtre qui contienne
de plus beaux , de plus favans développemens
de l'amour tendre & malheureux ,
& le mérite inabordable de fon ſtyle fuffiroit
feul pour la rendre recominandable. La Didon
de M. de Pompignan a éu & mérité beaucoup
de fuccès ; on la revoit toujours avec plaifir.
Le caractère de la Reine de Carthage eft noble
, fier & intéreffant. Énée y joue le rôle
d'un Héros que la fatalité force à devenir
infidèle , & la manière dont il quitte Didon ,
après l'avoir raffermie fur fon trône , lui
donne une phyfionomie bien au-deffus de celle
qu'il a dans le quatrième Livre de l'énéïde.
La marche de la Pièce eft fimple , vraie &
attachante , & le ftyle a de la fermeté , de
l'élevation & de l'élégance . Y a t'il du courage
cu de la témérité à lutter contre deux
rivaux auffi redoutables ? Azémire eft tombé;
ainfi on ne manquera pas de traiter l'Auteur
d'Écrivain téméraire ; s'il eût réuffi , on auroit
vanté fon courage. C'eſt toujours le fuècès
heureux ou malheureux qui fixe l'opinion
générale. Au total , Azémire nous paroît avoir
mérité fon fort , parce qu'il y a peu d'intérêt
dans l'action , parce que le rôle d'Azémire
( Armide ) eft foible & languiffant , & parce
que celui de Turenne ( Renaud ) quoiqu'il
ne foit pas dénué d'une certaine chaleur , eft
trop fubordonné à celui du brave d'Amboife.
Le caractère de ce dernier perfonnage femble
avoir été brillanté avec complaifance , & cet140
MERCURE
tainement l'Aureur a commis en cela une grande
faute,puifque par lacouleur prononcée qu'il
lui a donnée , il a éteint ou affoibli le ton des
autres.Que dircit- on d'un Peintre qui, dans un
tableau d'Hiftoire , placeroit une figure acceffoire
au fein de la lumière , pour rejeter les
principales dans la demi teinte ? C'eft pourtant
ce que font journellement les Auteurs
Dramatiques ; il faut bien qu'ils aient pour
cela des raifons cachées ; quelqu'elles puillent
être , elles font en contradiction avec les principes
de l'art , qui veulent qu'on faffe les rôles
pour les Pièces , & non pas les Pièces pour les
rôles. Quoi qu'il en foit , & malgré la févérité
aveclaquelle onajugé Azémire, cette Tragédie
annonce un homme qui a un germe de talent;
nous y avons diftingué plufieurs Scènes trèseftimables
, de l'énergie dans les idées & de
la chaleur dans le ftyle; peut être ne manquet'il
à l'Auteur que de moins préfumer de fes
forces pour obtenir & mériter des fuccès .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Contes Moraux de M. Marmontel font
dans les mains & dans la mémoire de tout le
monde ; ainſi nous n'analyſerons point l'Amitié
à l'Epreuve , Comédie en trois Actes &
en vers , par M. Favart , repréfentée le 31
Octobre dernier , & dont le fujet eft tiré
d'un de ces Contes. Cet Ouvrage a été donné
en 1771 pour la première fois ; il étoit alors
DE FRANCE. 141
ر ث ا
en deux Actes . En 1776 , il a été réduit en un
Acte , & joué avec peu de fuccès. M. Favart
ayoit trop fidèlement fuivi la marche du
Conte , qui eft intéreffant & moral , mais un
peu trifte ; les changemens avec lesquels il
vient de faire reparoître fa Comédie y jettent
une teinte de gaîté qui , loin de nuire à l'intérêt
, contrafte heureuſement avec lui , &
ajoute à ſon effet. M. Grétry a auſſi retravaillé
la mufique qu'il avoit faite pour cet Ouvrage
, ily a femé des morceaux neufs qui ont
eu un grand fuccès , principalement ceux qui
ont été chantés par Mile Renaud l'aînée . Nous
avions témoigné de l'inquiétude fur le foin ,
exclufifen apparence , que cette jeune Actrice
prenoit de fon chant & de fon organe , nous
redoutions qu'il ne devint nuifible au travail
qu'elle devoir faire comme Comédienne ;
nous avons été pleinement raffurés fur nos
craintes , lorfque nous avons vu Mlle Renaud
jouer le rôle de Corali avec une naïveté pleine
de grâces & très - attachante fur- tout dans le
moment où , trop foible pour l'effort qu'elle
veut faire , en facrifiant l'amour à la reconnoiffance
, Caroli perd l'ufage de fes fens.
Adorée déjà comme Cantatrice , quel effet ne
produira pas Mlle Renaud l'aînée , quand elle
aura perfectionné fon talent de Comédienne
par une fuite de réflexions & par l'expérience,
le plus sûr de tous les guides pour les perfonnes
qui favent en profiter. Nous mériterions
des reproches fi nous finiffions cet article
fans parler de M. Trial , qui joue , dans .
142 MERCURE
cer Ouvrage , un rôle d'efclave nègre nouvellement
arrivé de l'Amérique , avec autant
de gaîté que d'originalité.
ANNONCES ET NOTICES.
Les Folies Sentimentales , ou les Egaremens de E
L'efprit par le coeur , Recueil d'Anecdotes nouvelles .
A Paris, chez Royez , Libraire , quai des Auguftins.
On fait combien, depuis le fuccès de Nina , aux
Italiens , les Folles par Amour font à la mode. Plufieurs
Gens-de - Lettres & quelques hommes du
monde fe font exercés dans ce genre nouveau &
intéreffant , & M. Royez rend un vrai fervice au
Public de raffembler ce qui a échappé à leur plume
brillante & légère. Ce Recueil qu'il nous donne renferme
la Folle de Saint Jofeph , de M. le Chevalier
de G *** ; celle du Pont- Neuf, de M. le Comte de
G....; le Fou
par Amour , de M. Maréchal , & c.
Les deux premières avoient déjà couru manufcrites
paru même dans quelques Journaux . Leur fuccès
n'a pas été équivoque. Elles ont fait verfer les plus
deuces larmes à tous ceux qui les ont lues . Elles font
précédés d'une nouvelle production de M. le Chevalier
de Cubières , intitulée auffi la Folle par ↑
Amour, ou Lucile & Lindamore. Celle- ci , beaucoup
plus étendue qu'une Anecdote ordinaire , eft un
Roman de 160 pages , dont l'idée eft ingénieufe.
&
"
FORMULES de Médicamens , rédigées par ordre
du Roi, à l'ufage des Hôpitaux Militaires , l'an
1781 , avec leur Verfion Françoife ; Ouvrage utile
anx Hôpitaux , aux Médecins , Chirurgiens & Apoticaires
, fait & rédigé par M. A. J. Delaye ,
DE FRANCE. 143
Maître-ès-Arts & en Chirurgie ," ancien Chirurgien
dans les Armées du Roi , in- 12 de 537 pages. A
Marſeille , chez Jean Moffy père & fils , Imprimeurs
du Roi ; & à Paris , chez Delalain le jeune ,
Libraire , rue Saint Jacques , n° . 13 .
GRAMMAIRE Françoife très - courte & très-claire,
felon lejugement du Cenfeur Royal , imprimée par
l'ordre de Mme Adélaide de France , à l'ufage des
jeunes Perfonnes qui ne favent pas le latin , compo-
Lée par M. l'Abbé Moutillard , Chanoine de Saint
Mihiel. Se trouve chez Mangeot, Libraire à Com
mercy, 45 pages d'impreflion. Prix , 8 fols.
L'on trouve chez le fieur Drapé , Maître
Chaudronnier , demeurant rue de Grenelle- Saint-
Germain , vis-à-vis la Fontaine , à Paris , tous les
Ouvrages que l'on trouve chez le fieur Nivert , rue
du Cherche- Midi ; favoir, les trois Fourneaux économiques
& portatifs , & plufieurs autres modèles de
différentes cuifines , pour être placés par- tout où l'on
jugera à propos , foit dans les cuifines ordinaires ,
foit dans les Vaiffeaux , &c. Le fieur Drapé fe propofe
d'en faire établir à toutes fortes de prix & grandeurs
pour la facilité du Public ; le tout bien conditionné
& au plus jufte prix , avec les inftructions
imprimées fur la manière de s'en fervir avec tous
les avantages poffibles .
On y trouvera auffi la Gravure des trois différens
Fourneaux , & des deux petites Tables de fanté ,
fi connues & fi utiles, fur-tout pour les valétudinaires.
Le prix de la Gravure eft de 1 liv . 4 fols avec le
profpe&us & l'approbation de MM. de l'Académie
Royale des Sciences.
SOLFEGES pour apprendre facilement la Muf
144 MERCURE
que vocale & inftrumentale , où tous les principes
font développés avec beaucoup de clarté , & quatrevingt-
douze Solfèges dans le goût nouveau , avec
la Baffe chiffrée , ce qui enfeigne en très peu de
temps à folfier fur toutes les clefs toutes les mesures
& tous les tons , par M. Bailleux , troiſième Édition ,
pour fervir d'Introduction aux nouveaux Solfeges
d'Italie , par MM. Léo , Durante , Piccini , Sacchini ,
Caffaro , la Barbiera , Stefano & autres . Prix , 9 liv.
A Paris , chez M. Bailleux .
Cette Méthode eft extrêmement perfectionnée
dans cette troisième Edition. Les Leçons en font de
bon goût, bien graduées , & la Baffe chiffrée que
l'Auteur y a mife en augmente augmente de beaucoup
l'utilité.
TABLE.
EPITRE à Mme la Ducheffe Numa Pompilius ,
de Narbonne,
Chanfon
122
97 Det Electricité du Corps Hu
99 main , 132
Charade, Enigme &
gryphe ,
Logo Le Négociant Patriote ,
Toi Comedie Françoife ,
136
137
Eloge Hiftorique du
de Biron ,
Baron Comedic Italienne , 140
142 104 Annonces & Notices ,
APPROBATION.
Janin , pax oxdre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure & France, pour le Samedi 18 Novem. 1786. Je n'y
ei xısa tonuvé qui prife eu empêcher l'impreffion . A
Paris , le 17 Novembre , 1946. GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 25 NOVEMBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ΕΡΙΤ Α Ρ Η Ε
De M. le Marquis DE TOURZEL
( de Sourches , ) Grand Prévôt de France
en Survivance.
Cr - oir TOURZEL , dont la vertu modeſte
N'eut rien à craindre des grandeurs ,
Et qui périt , malgré nos pleurs ,
Victime , hélas ! du fort le plus funefte ; *
* On fait que le Marquis de Tourzel , dangereuſement
bleffé à la chaffe , près Fontainebleau , par l'impé
tuofité d'un cheval fougueux , n'a furvécu que quelques
jours à ce déſaſtre , & que le Roi , par cette précieufe fenfibilité
qui le caractériſe , l'a vivement regretté.
N° 47 , 25 Novembre 1786.
G
146 MERCURE
Mais au lieu des lauriers qu'un jour dans les combats
Lui réfervoit la gloire ,
Les regrets dont Louis honora fon trépas
Ont éternifé fa mémoire.
( Par M. le M. de Caraccioli. )
VERS à Madame la Marquife D E L ***
qui apprend l'italien..
PETRARQUE
ÉTRARQUE aima la belle Laure ,
Et fes chants immortels l'ont dit à l'Univers ;
Vauclufe fe fouvient encore
De fon amour & de fes vers.
Églé , dans fon charmant langage ,
Que ne puis-je aujourd'hui peindre votre beauté,
Vone efprit , votre goût , votre aimable gaîté ,
Et tout ce qui dans vous nous pique & nous engage !
Mais que dis- je ? Il faudroit comme lui m'exprinier ,
Ou comme vous , Églé , pour ſavoir vous charmer.
Vous ne méritez point un Poëte vulgaire .
Eh bien donc , qu'est-ce que j'espère ?
Si Pé.rarque aima fans retour ,
La gloire le paya des rigueurs de l'Amour ;
Et moi , fi mon deftin ſe ſoumettoit au vôtre ,
fe n'obtendreis pas l'un & n'aurois jamais l'autre.
ParM. le Chevalier de Rivarol. );
DE FRANCE
147
LE PETIT- MAITRE ET Le Chien ,
Fable.
UN Petit Makre alloit au bal
Bien paré, bien pimpant , ainſi qu'on le préfume ;
En telle occafion un galant fe parfume ,
Et tout parfumé d'ambre étoit l'original.
Ravi de fa perfonne , & le pro et en tête
De foumettre les coeurs des Beautés qu'il verroit ,
Il part pour le rendre à la fête ,
Non en carroſſe.... Hélas ! ce point feul lui manquoit,
Et notre élégant freluquet
Sur la pointe du pied s'en alloit en conquête.
Sans accident , au gré de ſon defir ,
Il voit déjà le cirque où la daufe s'apprête ,
ww
Et reffent un fecret plaifir
D'arriver fain & fauf... Lors qu'un Chien malhonnête
Paffe auprès de lui fans façon ,
Et lui fait ( cependant fans nulle intention )
Une légère éclabouffure ;
Vous l'euffiez vu changer fur le champ de figure ...
Point de quartier , point de pardon
Pour une fi noire action ,
Et fur le dos du Chien il venge cette injure
A
coups
L'animal
( le Chien , dois-je dire ,
de canne. Or , qu'en arriva t'il ?
Pour ôter l'équivoque à tout railleur fubtil
Gij
148 MERCURE
Qui fe difpoferoit à rire , )
Le Chien , effarouché , fous les coups fe débat,
Va , revient , s'enfuit & rebrouffe ,
Plonge dans un ruiſſeau pour efquiver le fat,
Et du haut en bas l'éclabouffe.
Notre Adonis , dans cet état ,
N'ofant plus fe flatter de plaire ,
Aux gens du bal fouhaite le bon foir;
Et , trop payé de ſa colère ,
Va fe coucher de déſeſpoir.
HOMMES vindicatifs , par cette expérience
Apprenez que
l'on doit maîtriſer fon courroug
Et fongez que votre vengeance .
Quelquefois rejaillit fur vous.
( Par M. Jame de Saint-Léger. ).
1.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Fournier ; celui
de l'énigme eft , Poiffon d'Avril ; celui dų
Logogryphe eft Fontainebleau , où l'on trouve
çau , feu , boue , Boileau , La Fontaine
Beaune , baleine , lune , linot , bluet , Nil,
ut,fa , Abel , lait , oui , non , union , Août
lin , futaine , lit , fat , butin , laine, étain ,
laiton , bain , élan (qui guérit , dit- on , du
mal caduc ) , la fin , talon , bête , ail, ébène ,
fête , Nina ,fou, ane , blete , lion , tableau.
DE FRANCE. 149
DANS
CHARADE.
ANS l'alphabet on trouve mon premier ;
Dans la mufique on trouve mon dernier ;
Bien rarement on trouve mon entier.
MON
ÉNIG ME.
ON corps , fec & menu , fans yeux & fans
oreilles ,
A des pieds qui jamais ne me furent porter ;
Bien que j'ignore tout , on me vient confulter
Lorfqu'on veut commencer les plus hautes merveilles;
Une main me fuffit pour aller haur & bas ;
Si je monte on defcends , l'on obferve mes pas ;
Je fuis utile en paix , je fuis utile en guerre ;
L'on connoît mon pouvoir dans le palais des Rois ,
Dans les temples des Dieux ; & par toute la terre
Aux plus fortes cités je fais fuivre mes loix,
(Par M. Guérin de C. E. N. )
Giij
150
MERCURE
JE
LOGO GRYPHE
E fus du très-bon ton ; autrefois chez fa mie
On n'eût pas vu fans moi fe montrer un amant ,
Aujourd'hui l'on me fuit . Hélas ! quel changement !
Je ſuis mauvaiſe compagnie.
J'ai neuf pieds , cher Lecteur : tu trouveras en moi
Un petit quadrupède , & de la Thrace an Roi ;
Ce que remplir l'avare , une bête importune;
Le bruit qui te répond ; un des fils de Neptune
Le Dieu d'un peuple impre , ennemi des Hébreux ;
Sur de riches habits ce qui déplaît aux yeux ;
Le furnom qu'à Pluton on donnoit en Caſtille ;
Un des courfiers du jour ; de Nérée une fille z
Ce qu'Ovide décrit en termes, fi brillans ;
Ce Dieu patron de la cuifine ,
Que de fi bonne grace invoquent les gourmans ;
Et ce Prothée adroit , Docteur en Médecine ,
Qui guérir le Public qu'il amuſa vingt ans.
Tu te grates le front en ce moment peut- être ,
Porte la main plus bas , & tu vas me connoître.
DE FRANCE. 1st
NOUVELLES LITTERAIRES.
င်
VOYAGE Pittorefque de Naples & de Sicile ,
première Partie du premier Volume : in -fol.
AParis,chez Lamy,Libr. quai des Auguftins.
CE n'eft pas du Voyage de Naples & de
Sicile que nous allons parler ici , mais du
Précis hiftorique de ces deux Royaumes , qui
eft à la tête, morceau d'Hiftoire digne de l'attention
des Gens de Lettres & des connoiffeurs.
On a dit long - temps que nous n'avions
point d'Hiftorien ; & certes on avoit raifon ,
lorfque les Mézerai , les Daniel , les Vely
même & les Villaret , copioient des chroniques
& des Mémoires dans vingt ou trente
volumes qui fatiguoient l'efprit égaré dans
un labyrinthe de faits , fans l'éclairer & fans
l'attacher jamais par la lumière des réfultats
& par la peinture des paffions humainés. Daniel
& Mézerai n'ont guères été lus que par
ceux qui entreprenoient d'écrire une nouvelle
Hiftoire de France. On a eu raifon de ne
compter parmi les Hiftoriens modernes ni
Rollin , qui a fait lire avec intérêt à tout le
monde une grande partie de l'Hiftoire Ancienne
; ni Vertot , qui a détaché avec tant
de fuccès du corps entier de l'Hiftoire Ro-
Giv .
152 MERCURE

maine , ce qui regarde les révolutions intérieures
de la République . L'un & l'autre ont
écrit l'Hiftoire Ancienne avec le talent des
Anciens. Ce font prefqu'uniquement deux
excellens Traducteurs. L'Hiftoire de la Ligue
de Cambrai , par l'Abbé Dubos , & celle du
Traité de Weftphalie , par le Père Bougeant ,
font des Ouvrages d'un mérite fupérieur ;
mais ce qu'on y remarque , c'eft l'art de difcuter
& de démêler lés intérêts politiques des
États , de répandre quelque clarté fur les intrigues
plus embrouillées encore que profondes
des Négociateurs . L'un & l'autre fout
longs & diffus , les événemens fe fuccèdent
lentement dans leurs récits , & ne fe raflemblent
jamais en tableaux ; la réflexion fe laffe
à fuivre & à retenir les faits , parce qu'ils ne
frappent jamais l'imagination ; & l'on voit à
chaque page que l'éloquence de l'hiſtoire n'a
pas été connue de leur plume : on prendroit le
père Bougeant & l'Abbé Dubos pour deux excellens
Secrétaires d'Ambaffade . Quand on
a pris l'habitude de dire une chofe , on continue
à la dire , même long - temps après qu'elle
a ceffe d'être vraie. Nous difons donc encore
Très fouvent aujourd'hui que nous n'avons
pas d'Hiftorien dans notre langue . On oublie
que le Héros de la Suède , Charles XII , a
trouvé un Hiftorien bien fupérieur à tous
ceux d'Alexandre. Que le fiècle de Louis XIV ,
où tous les fiècles verront , comme dans un
grand exemple , ce qu'ils doivent faire & ce
qu'ils doivent éviter , a été tracé par un Phi-
-
DE FRANCE.
153
lofophe dont l'éloquence très - fage, a autant
de charmes que l'eloquence des paffions ;
que dans le tableau plus grand & plus vafte
des Nations de l'Europe , depuis Charlemagne
jufqu'à nos jours , fi on defire fouvent
des recherches plus approfondies fur les
ufages & les loix des peuples , un fentiment
plus énergique de leurs droits éternels à la
liberté ; fion y voit le goût & l'eftime des Attsqui
adouciffent les inconvéniens des vices ,
bien plus que l'amour de ces meurs fimples ,
qui feules pourront établir le bonheur univerfel
, parce qu'elles feules peuvent appartenir
à tout le monde ; fi enfin l'Hiftoire, confidérée
très philofophiquement , y paroît un
peu trop dépouillée de cet intérêt qui lui eft
propre , & qui confifte à attacher , à fufpendre
l'imagination & le coeur à une fuite
d'actions où l'on voit les intérêts fe former ,
fe nouer & fe dénouer comme dans des Drames;
ce grand Ouvrage cependant renferme
dans fes détails mille beautés dignes du vafte
& magnifique plan fur lequel il a été conçu.
Une foule de Chapitres , tels que celui des
conquêtes des Tartares , fous Gengis Kan ;
celui des querelles du facerdoce & de l'empire
fous Gregoire VII , celui du miniſtère , ou
plutôt du règne de Richelieu , qui joignent
par- tout à la hardieffe & à l'éclat du pinceau
des Hiftoriens anciens , une raifon plus sûre ,
plus impartiale , plus exempte de toutes les
paflions dont font remplis les événemens
qu'on y décrit; un efprit très- étendu qui enri-
Gv
14.
MERCURE
chit le domaine de l'hiftoire d'objets importans
aux Nations ; & à la place de ce génie
fier & républicain qui arme les peuples du
courage & des raifons qu'ils doivent oppofer
aux tyrans , une éloquence douce , perfuafivè
& gémiffante , qui femble , comme la voix
de l'humanité , parcourant les fiècles pour
fléchir des tyrans qu'on ne peut détrôner
pour les guérir eux - mêmes de maux auffi
grands que ceux qu'ils font fouffrir à leurs
victimes. De pareils caractères doivent faire
adorer un Ouvrage & fon Auteur , quels que
foient d'ailleurs les reproches qu'on peut faire
à l'un & à l'autre. Nous oublions enfin que
nous poffedons depuis quelques années une
hiftoire complette de la rivalité de France &
d'Angleterre , où tout ce qu'il y a de plus utile
& de plus intéreffant à connoître dans l'Hiftoire
des deux Nations de l'Europe qui ont
obtenu le plus de gloire , eft écrit par une
plume philofophique & fenfible , qui pèfeles
événemens , les droits & les homines
dans les balances les plus exactes de la juſtice ,
tenues par la main de l'humanité. Chofe
étrange , & qui honore peu notre fiècle ! Si
l'on n'a pas rendu encore à l'Ouvrage de M.
Gaillard toute la justice qu'il mérite , c'eft
peut- être parce qu'il a montré trop fouvent ,
& avec trop de chaleur , l'objet de faire voir
combien la guerre , qui eft une folie fi criminelle
, eft encore une folie abfurde. Nous
lifions déjà en France plufieurs des Ouvrages
que je viens d'indiquer , lorfqu'un de nos pre-

DE FRANCE
tjf
miers Écrivains , cherchant encore pourquoi
nous n'avions pas d'Hiftorien , s'avifa de dire
que c'eft peut être parce que nous n'avons pas
d'Hiftoire . On entendit mal cé mot profond ;
il convient de lui laiffer une partie de fon
obfcurité ; mais on peut croire qu'il n'eft pas
vrai , même en convenant avec Rouffeau que
ce qu'il ne voyoir pas dans l'Hiftoire Moderne
lui manque en effet. Il paroit plus certain
qu'il n'y a point de faits , pour peu
qu'ils foient dignes de la curiofité & de la réflexion
des bons efprits , qu'un homme de
génie ne puiffe faire fervir à l'inſtruction des
fiècles & à la gloire de fon talent. Dans les
moindres intérêts & les moindres événemens
l'homme fe montre ; & fi on fait le voir &
le peindre , on faura intéreffer les hommes ,
onfaura les éclairer.― Je viens de relire Thucidide.
Les noms de Sparte & d'Athènes font
impofans fans doute ; le réfultat de leur divifion
fut d'un intérêt qui ne devoit pas être
borné à cette contrée & à ce fiècle ; mais en
lifant la guerre du Peloponèfe , on voit de
très-petites armées, où prefque tous les noms ,
même ceux des généraux , font obfcurs & fans
renommée , les événemens de détail font pe
tits , compliqués , monotones ; la narration
sèche & fans couleur ; tout vous menace à
chaque inftant d'un ennui mortel, à chaque inftant
vous êtes tenté de fermer le Livre . Cepen
dant l'Hiftorien vous retient , vous force à le
fuivre, & de diftance en diftance il vous frappe
d'admiration pour fon efprit & pour fon ta
G vj
156 MERCURE
lent; il vous ravit par les vérités fublimes de
morale & de politique que fon efprit fait fortir
du fein de ces faits arides , & que fon talent
développe dans des difcours de la plus
énergique éloquence. En lifant ces Difcours ,
on croit volontiers qu'ils furent les plus beaux
modèles de Démosthène , qui copia , dit- on ,
huit fois de fa main toute l'Hiftoire de Thucidide
: nulle part , peut - être , on ne voir'
mieux quels progrès avoit fait l'antiquité dans
la connoiffance de l'homme , de fes paflions
& de fes droits , dans les vraies notions de la
juftice naturelle , & des conditions fous lefquelles
la fociété rapproche les hommes ; mais
retranchez de l'Hiftoire de Thucidide ces
beaux Difcours qui fortent bien plus encore
de fon génie que des faits , vous périrez d'ennui
, & toute cette partie de l'Hiftoire de la
Grèce vous paroîtra indigne des pinceaux
d'un Écrivain éloquent. Tout paroît beau
dans les afpects fous lefquels le génie apperçoit
les chofes , & l'efprit de l'homme médiocre
jette fur tous les objets la ftérilité de
fes conceptions. Il y avoit un moyen bien
fimple de voir par expérience & l'Hiftoire Ancienne
, qui a des avantages qu'on ne peut
pas lui contefter, en avoit pourtant d'affez
prodigieuxpour donner à un Écrivain un génie
qui ne paroîtroit plus en écrivant l'Hiftoire
moderne. C'étoit que le même Écrivain embraſsât
dans la même compofition hiftorique
des tems anciens & des tems modernes , & fuivant
qu'en paffant des uns aux autres , fon
―dy.com
DE FRANCE. 157
efprit & fon talent paroîtroient ſe maintenir
à la même hauteur , ou déchoir & tomber ,
on auroit pu apprécier avec une forte de certitude
l'influence des deux Hiftoires fur le
génie d'un Hiftorien , qui feroit toujours le
même. Je ne fache pas que cette expérience
ait été faite encore. Boffuet s'eft arrêté au
commencement des temps modernes , Yoltaire
a commencé où s'eft arrêté Boffuet.
L'Abbé de Condillac a embraffé dans fon Hiftoire
tous les temps connus ; mais un efprit
tel que le fien , toujours conduit par des principes
, par une méthode , & jamais par des
émotions , devoit plus agir fur les faits que
les faits fur lui ; il leur imprimoit fon caractère,
qui ne changeoit jamais . Il a commencé
par écrire l'Hiftoire Ancienne avec le ſtyle
d'un Philofophe moderne , & n'a pas eu enfuite
à prendre un autre ſtyle.
cile
Le Précis de l'Hiftoire de Naples & de Sique
nous annonçons aujourd'hui , & qui
a donné lieu à ces réflexions , remonte aux
premiers fiècles de ces Royaumes , & en fuit
rapidement les grandes époques & les grandes
révolutions prefque jufqu'à nos jours. Dans
un petit nombre de pages , on paffe des temps
les plus anciens aux temps les plus modernes ,
des Grecs & des Romains , de Timoléon &
de Gelon , aux François & aux Efpagnols , au
Duc d'Anjou & à Mainfroy , & ici on peut
bien juger du pouvoir des faits fur l'imagina
tion & le talent de 'Hiftorien ; car toutes les
émotions paroiffent entrer facilement dans
158 MERCURE
l'ame de l'Écrivain. Il reçoit tout fon ſtyle des
faits , & fon talent n'agit que pour en reproduire
le caractère. Nous citerons donc tour àtour
un ou deux morceaux des époques an
ciennes , & un ou deux morceaux des époques
modernes . On jugera fi l'Auteur de ce
Précis ne montre pas le même pinceau en peignant
des époques fi différentes , & fi c'eſt
I'Hiftoire qui manque à nos Écrivains , ou les
Écrivains qui manquent à notre Hiftoire.
"
ور
39
ور
,
Gelon eft le premier grand caractère
que préfente l'Hiftoire Ancienne de la Sicile.
L'Hiftoire même de la Grèce , dit l'Auteur ,
» n'offre rien de plus beau peut- être . & de
plus impofant que le moment où Syracuſe ,
après deux fiècles d'un gouvernement ora-
» geux , forme, fous les loix de Gelon , la feule
grande puiſſance de la Sicile. Quel ſpectacle
de voir Gelon , ufurpant , il eft vrai ,
l'autorité fouveraine , mais la dévouant
» aux foins de la félicité publique, repouffant
» les Carthaginois qui , voilins de la Sicile ,
» y poffédoient d'anciens établiſſemens , por-
» tant en peud'années fon peuple au plus haut
degré de fplendeur ; enfuite venant feul ,
fans armes , dans la place publique , an
» milieu des Syracufains armés par les ordres,
» offrant de rendre compte de fa conduite
» & de fa fortune à fes fujets allemblés ,
» & dépofant le pouvoir fuprême entre les
» mains de fes concitoyens. Le peuple , dans
de tranfport de fa reconnoillance , lui rend
d'une acclamation unanime , l'autorité abdi.
"
"
པ་
"
"
DE FRANCE. " 159
»
"
"3
quée, la confacrant même par le nom de roi,
» car il n'avoit régné jufqu'alors que fous lé
» nom de préteur. On lui décerna une ftatue
qui le repréſenta défarmė , vêtu en fimple
citoyen , tel qu'il s'eft préfenté à l'ailem-
» blée le jour de fon abdication. C'étoit en
» effet le plus beau de fa vie. C'est à un tél
» caractère qu'il appartenoit d'être , comme
l'a dit un de nos grands écrivains , le feul
homme qui , dans un traité de paix , ait
" jamais ftipulé pour l'humanité entière .
» Vainqueur des Carthaginois qu'il chaffe de
fon ifle , il leur impofe , parmi les condi-
» tions du traité , la loi de renoncer cheż
» eux aux facrifices des victimes humaines ;
" & confacrant par la religion même cé
» fentiment humain , il ordonne , aux frais
des vaincus , la conftruction de deux temples
, l'un à Carthage , l'autre en Sicile:
» monumens auguftes où fut dépofé , fous lá
garde des dieux , le double du traité qui les
fruftroit de ces cruelles offrandes,
"
<< גכ
Dans ce peu de lignes on découvre déjà
un Écrivain ; & , ce qui a bien plus de
prix , un homme. La peinture du caractère
& de la vie de Timoléon , me paroît plus
remarquable encore. « Dans l'état où étoit
réduite Syracufe , déchirée au dedans ,
» menacée au dehors , affoiblie par des paffages
violens de l'anarchie au defpotifine ,
» & du defpotifme à l'anarchie , elle tourne
les yeux vers Corinthe , fon ancienne métropole
, & lui demande des fecours contre
و ر
" د

160 MERCURE
» fes ennemis domeftiques & fes ennemis
étrangers , les Carthaginois . Corinthe pof-
» fédoit un citoyen qui , après avoir fervi fa
» patrie dans la guerre & dans la paix , n'af-
" piroit depuis vingt ans , qu'à fe faire oublier
d'elle. Il avoit caché dans un défert ,
و د
ور
ر د
fa mélancolie & fon défefpoir plutôt que
» fes remords. Timoléon pouvoit - il les con-
» noître ? Le meurtre qu'il avoit commis ,
" avoit fauvé la République ; il avoit chéri
» fa victime , il l'avoit , dans un combat ,
" couverte de fa perfonne. Mais Timophane
afpire à la tyrannie ; Timoléon l'immole
» & pleure fon frère. Il le pleure vingt ans
enfeveli dans la retraite , & fe croyant un
objet de la colère céleste , non pour avoir
châtié un tyran , mais pour l'avoir trouvé
» dans un frère qu'il chériffoit. A la prière
des Ambaffadeurs Syracufains qui deman-
» dent un Général , un ennemi des Tyrans ,
» un vengeur de la liberté , le peuple s'écrie :
» TIMOLÉON . On députe vers lui , on le
preffe , il obéit fans joie , il part. Le nom
de Timoléon avoit hâté la levée des troupes.
Il voir de loin la côte de Sicile . Mais pour
aborder à Syracufe , il falloit échapper à
» la flotte des Carthaginois . Son habileté
triomphe de cet obftacle. Il aborde , il bat
Jectas , tyran de Léonte , qui , fous pré-
» texte de fecourir les Syracufains contre
Denis, afpiroit à le remplacer. Sa victoire lui
» livre Syracufe ; il renvoie Denis à Corinthe,
voyage qui fit un proverbe dans la Grèce . I
33
ود
23
DE FRANCE. 161
29
30
"
falloit encore renvoyer les Africains à Carthage
; c'eft ce qui fit une nouvelle victoire
» de Timoléon. Les conditions de paix qu'il
» leur impofa , affurèrent la liberté de toutes
» les villes Grecques qu'ils avoient oppri-
" mées; & déjà fes foins avoient purgé la
Sicile des tyrans qui ne dépendoient pas'
des Carthaginois. De retour à Syracufe , il
fe donne à lui- même un fpectacle fait pour
» fon coeur ; maître de la citadelle , dernier
azyle du dernier tyran , il appelle le peuple :
» à la deftruction de ce monument odieux;
» & de fes débris même , fur la même place
» il fait élever un édifice public , confacré à
» l'adminiſtration de la juftice. Syracuſe étoit
déferté , il rappelle les exilés ; mais leur
» nombre ne fuffifant pas pour repeupler
la folitude de cette ville immenfe , une
nouvelle colonie arrive de Corinthe ,
» & Corinthe en quelque forte devient une
» feconde fois la métropole de Syracufe. La
Sicile vengée , délivrée , repeuplée , heureufe
par les foins d'un feul homme , Corinthe
redemande Timoléon. Mais déjà il
habite une retraite folitaire, près de la ville
» dont le bonheur eft fon ouvrage . La Sicile
» eft la nouvelle patrie que fon âme adopte,
» & où il n'a point à pleurer les tyrans qu'il
» a punis. C'eft aux frais de la République
que fut préparé fon azyle champêtre. Un
» décret lui affigna pour fa maifon , le plus
» bel édifice de la ville ; car il y venoit quelquefois
pour les délibérations les plus im-
33
"
"
"
"3
23
162 MERCURE
"
"
39
» portantes , à la prière du fénat & du peuple.
Un char alloit le chercher , & le recondui-
» foit chez lui avec un nombreux cortége.
» Les plus illuftres citoyens alloient fréquemment
lui porter leurs hommages ; on lui
préfentoit les voyageurs & les étrangers
les plus cél bres de la Sicile & de la Grèce,
» qui vouloient voir Timoléon , ou l'avoir
» vu. Mais devenu vieux , il ne pouvoit que
les entendre , & la perte de la vue ajoutoit
» à l'intérêt & à la véneration publique . It
recueillit , jufqu'au dernier moment de fa
vie , ce tribut habituel de refpects unanimes
& volontaires. Sa mort fut une ca
» lamité ; & parmi les honneurs, prodigués
» à fa mémoire , on diftingue le décret qui
ordonnoit d'aller demander un Général à
» la ville de Corinthe, dans les dangers de Syracufe.
- Aucune des circonflances d'une
fi belle vie n'eft omife ; toutes font rappelées
par des expreflions qui en prononcent le caractère
, qui en font fentir l'intérêt ; & le
morceau entier n'a que deux ou trois pages.
L'art d'abréger ainsi , eft le talent des efprits
les plus diftingués. Cet art devenoit plus difficile
dans les époques modernes , où les révolutions
, les perfonnages , les intérêts fe
multiplient , où il paroiffoit indifpenfable de
développer les événemens pour les faire
comprendre . Mais la narration garde la même
précifion au milieu , pour ainfi dire , de ce
tumulte de faits , & ne perd jamais ni fon
intérêt ni fa clarté. L'Auteur entre dans les
93
DE FRANCE 163
39
و د
وو
+
"
temps modernes , par un des événemens les
plus extraordinaires de l'hiftoire de l'Europe ,
cette conquête de Naples & de Sicile par quelques
Gentilshommes Normands. C'eft
» au retour d'un voyage à la Terre - Sainte ,
que quarante ou cinquante Gentilshommes
Normands vont jeter en Italie
» les fondemens d'un Empire . Ils defcendent
à Salerne , au moment où cette ville , affiégée
par les Sarrafins , avoit capitulé &
préparoit fa rançon . Indignés de la foi-
» bleffe de leurs hôtes , & femblables à ce
» Romain qui , s'offenfant de l'appareil d'un
» traité honteux , le rompt & l'annulle par
fa préfence , ces généreux chevaliers offrent
aux Salertins de les défendre; la nuit même
ils fondent dans le camp des barbares , les
taillent en pièces , & rentrent à Salerne.
couverts de gloire & chargés de butin . Ces
libérateurs , laiffant après eux leur renom-
» mée , emportent les grere der Salurring,
و د
& repallent bientôt dans leur patrie ,
» étonnée du récit de leurs exploits. Trois
» cents Normands , fous le commandement
» de Rainulf, pallent la mer , & viennent en
Italie recueillir le fruit des premiers fuccès
de leurs compatriotes . L'Italie étoit alors
Spartagée prefqu'en autant de petites fouverainetés
qu'elle avoit de villes importantes
; par tout des haines , des rivalités
, des combars. Les Normands , qui attendoient
tout de leurs armes , trouvoient
164
MERCURE
ور
» fans ceffe l'occafion de vendre ou de louer
» leur valeur & leurs fuccès. Des guerriers
toujours victorieux , ne pouvoient refter
long- temps fans un établiffement durable.
" Un Duc de Naples , en leur affignant un
» territoire entre fa ville & Capoue , fut le
» premier qui paya véritablement leurs fer-
» vices. Les Normands y fondèrent la ville
ود
و ر
و و
ور
"3
d'Averfe ; & l'on peut remarquer avec
» une forte de furprife , que le premier éta-
» bliffement de ces conquérans ne fut pas
» une conquête . Trois frères , Guillaume
bras- de- fer , Drogon & Humfroi , fils de
" Tancrède de Hauteville , Seigneur Normand
des environs de Coutance , accou-
» rent en Italie , à la tête des aventuriers
qui voulurent s'affocier à leur fortune; ils
offrent leurs fervices au Commandant
Grec , nommé le Catapan , & marchent
» contre les Sarrafins de Sicile. Les Sarrafins
font vaincus ; Guillaume tue leur Général.
La Sicile allcit retourner à l'Empire ;
mais les Grecs , jaloux de leurs libérateurs ,
les privèrent de leur part dans le partage
» du butin. Ingratitude imprudente ! Les
Normands irrités , méditant fans fe plain-
» dre une vengeance utile , abandonnent le
perfide Grec à fes ennemis , & repaffant
la mer , fondent fur fes Etats d'Italie . Ils
s'emparent de la Pouille , de la Calabre ;
& bravant à la fois le Pape & l'Empereur ,
" ne reçoivent que de leur épée l'invef-
39
و د
DE FRANCE. 165
» titure de leurs nouveaux États . Cette au-
» dace a fans doute quelque chofe d'impo-
» fant. Voir un petit nombre de guerriers
ود
و ر
22
ود
protéger , conquérir , affervir des villes ,
» des États , des Princes , vaincre fans al-
» liance , & jeter feuls les fondemens d'un
Empire durable , braver avec impunité les
» deux Puiffances redoutables de l'Italie ,
» faire un Pape prifonnier , & , féparant dans
fa perfonne le Pontife du Souverain , refpecter
l'un , dicter des loix à l'autre , faifir
» une couronne entre l'autel & le trône impérial
, & fe l'affurer par la jaloufie mutuelle
de l'Empire & du Sacerdoce : Un
» tel tableau a droit de frapper l'imagina-
» nation , & celle de plufieurs Hiftoriens
» n'a rien négligé pour l'embellir. Mais en
» recherchant la caufe du merveilleux , car
» le merveilleux en a une , quelle réſiſtance
≫ pouvoient oppofer de petits États difperfés,
des peuples toujours en guerre ,
fans trou-
" pes réglées , fans difcipline; des fujets, tantôt
» fous la domination des Empereurs , trop
» éloignés pour les gouverner, tantôt fous un
ود
20
Ducélectifou ufurpateur, tantôt fous le joug
» des barbares , & fachant à peine, le nom
» de leurs Maîtres ; quelle réfiftance , dis- je ,
pouvoit oppofer un tel pays , à la valeur
» exercée de ces chefs célèbres , dont le nom
ود
feul raffemble fous leurs drapeaux les
" mécontens de tous les partis? Il eft difficile
de ne pas voir le véritable talent d'é1661
MERCURE
-
crire l'Hiftoire dans certe double manière
de conferver d'abord aux faits tout ce qu'ils
ont d'étonnant , afin d'y attacher fortement
l'imagination , & de les dépouiller enfuite
de leur merveilleux pour éclairer la raiſon.
Notre efprit elt fait de manière qu'il aime
également à être furpris & à revenir de fa
furpriſe , & l'Écrivain habile fe fert avec
même avantage de ces deux penchans, pourlui
plaire & pour l'eclairer . Un des morceaux
où l'Auteur de ce Précis montre le plus ce
talent de pénétrer les caractères & de les
peindre en action , qui eft véritablement
l'âme de l'Hiftoire , c'eft le portrait , ou plutôt
le précis de la viede Mainfroy. " Dans ces fiècles
» de barbarie , dit l'Auteur , on fe plaît à voir
» paroître un homme ambitieux fans crime ,
diffimule fans baffeffe , fupérieur fans orgueil
, qui conçoit un grand deffein , tracede
» loin fon plan, fe cree lui même des obftacles
qui retardent , mais affurent fa marche ,
» amène ainfi tout ce qui l'entoure à fon
but , & même contraint , fe fait entraîner
où il afpire. Tel eft Mainfroy , caractère
développé par les faits & par les circonf
tances difficiles qui le formèrent fans doute.
Chargé du Gouvernement pendant l'áb-
» fence de Conrad , il prevoyoit , fans s'ef
frayer , la future jalousie de fon frère &
» de fon maître ; & fe préparant à foufftir
des injuftices qui pouvoient le conduire au
» trône , il s'en frayoit le chemin par des
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DE FRANCE, 1167
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exploits, par des vertus qui lui concilioient
» l'eftime des grands & l'amour des peuples.
» Conrad arrive ; il trouve , grace à la valeur
& aux foins de fon frère , un royaume
tranquille. Envieux & perfecuteur , il depouille
Mainfroy de fes Seigneuries , &
» chaffe du Royaume les parens & les alliés
» maternels de ce rival cru dangereux : politique
odieufe & mal- adroite , utile aux
deffeins fecrets d'un homme qui favoit
profiter d'une humiliation comme d'un
» avantage, & dont le génie fupérieur forçoit
» les autres à lui tenir compte de ce qu'il
faifoit pour lui-même. En effet , Mainfroy,
qui voyoit avec plaifir l'indignation publique
fe charger du foin de le venger ,
» affectoit de répondre aux injuftices nou- *
» velles par des fervices nouveaux . Tout va
bientôt changer de face ; Conrad meurt, ne
laillant qu'un fils en bas âge, nomméConra
din.Mainfroy.fut accufé d'avoir empoisonné
fon frère : crime dont l'Hiftoire n'offre au-
» cune preuve , non plus que de l'emprifonnement
de fon père , dont il avoit eu
» la douleur de le voir chargé. Dans l'abfence
des preuves , fi l'on fonge que le
Pape , ennemi mortel de la Maifon de
Souabe , fut également chargé de ces deux
crimes , croirat on Mainfroy coupable du
premier , lorfqu'on voit Frédéric juftiner
» fon fils , & dans fon lit de mort , joindre.
» à fes derniers bienfaits , le regret profond
"3
"
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39
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168 MERCURE
39
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de ne pouvoir lui laiffer un trône ? Qui le
» croira coupable du fecond , quand ce même
» Pape , à l'inſtant de la mort de Conrad ,
» s'avance en armes fur le territoire de
Naples , quand le Royaume entier regarde
Mainfroy, dans ce moment de crife ,
» comme l'espoir de la nation , & l'appelle
» à la régence qu'il refufe ? L'heure n'étoit
» pas venue; il vouloit un empire , & n'at
» tendoit que le moment d'avouer fon am-
» bition. Il fait déclarer Régent du Royaume,
» un Allemand ( le Marquis d'Honnebruck)
» abſolument incapable de gouverner , & -
» propre à fes deffeins. D'Honnebruck ne
peut fuffire à fa nouvelle dignité ; l'État n'a
» qu'un Régent , il demande un Chef. Cependant
le Pape s'eft déclaré ; il eſt en
Italie , foulève les peuples , marche de
conquête en conquête, s'eft établi à Naples,
» tient déjà la moitié du Royaume , le refte
» attend fa préſence. La Sicile étoit perdue ,
» & d'Honnebruck ne peuvoit la fauver ;
quand l'État alarmé vint prier Mainfroy
» de prendre la Régence. Il accepte alors au
» nom de Conradin , un titre qu'il n'auroit
» pris ni plus tôt ni plus tard. Le Régent
» marche aux ennemis , remporte une vic-
» toire fignalée , entre dans la Pouille , fou-
» met les villes rébelles. Innocent IV , hon-
» teux & indigné d'un fuccès fi rapide , qui
» lui raviffoit un Royaume dont il fe croyoit
» déjà poffeffeur , n'ofant s'expoſer fur un
"
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32
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champ
DE FRANCE. 169
"
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champ de bataille , meurt dans fon lit à
Naples , de rage & de défeſpoir. Mainfroy
repaffe en Sicile , où fes grands deffeins de-
» voient s'accomplir. La Reine Elifabeth ,
femme de Frédéric , craignant pour les
jours de fon fils Conradin , fit répandre
» le bruit de fa mort . Quels motifs pouvoient
» déterminer cette Princeffe à commettre
» une telle imprudence ? Craignoit-elle pour
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ور
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fon fils les vues ambitieufes & les deffeins
» fecrets d'un oncle & d'um Régent : Éli-
» fabeth les fervoir ; elle perdoit fon fils
» au lieu de le fauver. Étoit- ce un mouve-
» ment de tendreffe , un de ces preffentimens
maternels , dont le coeur n'eft pas maître ?
Pourquoi donc fe hâter de le faire revivre
» & deredemander fon héritage : Quoi qu'il
en foit , les Seigneurs & les Barons du
Royaume n'eurent pas plutôt appris cette
nouvelle , qu'ils vinrent trouver Mainfroy,
» & le conjurèrent de monter fur un trône
» où il étoit appelé par fa naiffance , par fes
» exploits , & par le teftanient même de
"
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Frédéric. Il n'étoit ni du caractère ni de
la politique du Régent , de les prendre au
mot. Il s'attendoit à de ' nouvelles fol-
» licitations encore plus preffantes des Prélats
& de la Nobleffe ; il les reçut avec
complaifance , fe fit repréfenter fes droits ,
» conter tous fes titres , & fe lailla couronner.
Ici la pénétration del'Hiftorien
paroît auffi déliée que la politique du Prince ;
No. 47 , 25 Novembre 1786.
>>
H
170 MERCURE
& ce tableau , par fon intérêt & par lon
mérite , peut rappeler ce tableau admirable
où Tacite repréfente Tibère parlant ſans ceffe
de rendre ou de partager l'Empire , & toujours
prêt à livrer aux délateurs & aux
bourreaux , tous ceux qui paroiffoient , ou
croire à la fincérité de fes offres , ou en démêler
l'artifice. Mais , je l'avoue , ce morceau
même où la marche de Mainfroy au trône eſt
fi bien dévoilée & fi bien tracée , jette des
doutes effrayans fur fonin nocence. Lorsqu'autour
d'un homme dont les vues font ambitieufes
, les paffions ardentes & retenues ,
l'efprit fouple & adroit , & le caractère enveloppé
, il fe commet tant de crimes dont
lui feul retire tant d'avantages , de juftes
foupçons l'environnent. L'ambition d'une
âme à qui le crime fait peur , ne fe couvre
pas de tant de modération & d'artifices ; & ,
dans quelque rang qu'on foit , on ne pourra
defirer , ni pour fils , ni pour frère , ni pour
oncle , un homme auffi habile que Mainfroy.
Ce trône où il eft fi bien parvenu , accufera
éternellement fa mémoire. Nous pourrions
citer de ce Précis une multitude d'autres
morceaux , tels que le récit des vêpres ficiliennes
, la mort du jeune Conradin qui périt
fur un échafaud élevé au milieu de fes États ;
les événemens tragiques des règnes de Jeanne
I & de Jeanne II , & l'on verroit par - tout
ce talent de peindre les faits & les hommes
par des traits concis & paffionnés , qui laiſſent
DE FRANCE. 171.
un long fouvenir d'une narration qui a été
très- rapide. Ceux qui auront lu ce Précis hiftorique
, qui n'eft figné d'aucun de nos Écrivains
, mais qui ne peut avoir été écrit que
par un de nos meilleurs , demanderont fans
doute l'Auteur , & feront le voeu de le voir
porter fes talens dans le même genre. Il feroit
à defirer que , parmi nous comme parmi les
anciens , les mêmes fujets d'hiftoire fuffent
traités par un grand nombre d'Écrivains
diftingués ; les événemens s'embelliroient ,
les vérités qui en fortent , fe multiplieroient
fous tant de plumes , qui y porteroient des
talens divers & des génies d'un différent
caractère ; les ' uns les développeroient avec
intérêt dans leurs moindres circonftances ;
les autres en préfenteroient feulement les
grands réfultats , dans des précis qui devroient
être d'autant plus éloquens , qu'ils feroient
plus abrégés. Les mêmes faits , reproduits
fous tant de formes variées , nous deviendroient
familiers , & tous les citoyens , ceux
particulièrement qui préfident à la deftinée
des vingt ou trente nations de l'Europe , les
Rois , les miniftres , les négociateurs , les
magiftrats, les guerriers , acquéreroient dans
quelques lectures agréables , plufieurs fiècles
d'expérience & d'exercice de leurs devoirs.
Les anciens ne connoiffoient fi bien leur
hiftoire , que parce qu'elle avoit été écrite
par un grand nombre de leurs plus grands
Écrivains. Qui ne s'étonneroit de voir qu'au
Hij
172
MERCURE
cun homme éloquent n'a écrit encore parmi
nous , ni l'hiftoire de Saint- Louis , ni l'hiftoire
fi indignement altérée du Roi Jean & de
fon fils Charles V , ni celle de Louis XI, que
Montefquieu avoit jugée digne de fa plume
ni celle des querelles du Sacerdoce & de la
Royauté: magnifique fujet qui eft dans l'Hiftoire
de l'Europe , ce qu'eft dans l'Hiftoire
de Rome , le long combat du Tribunat &
du Patriciat ? Qui peut douter , après
avoir lu les hémoires du fiècle de Louis XIV,
& fur- tout ceux de Saint- Simon , que, même
après Voltaire , on ne put écrire une vie
de ce Monarque qui révèleroit bien des
chofes inconnues ?
( Cet Article eft de M. Garat. )
ESSA1 fur les Facultés de l'Ame , confidérées
dans leurs rapports avec la fenfibilité &
l'irritabilité de nos organes ; par M. Fabre ,
Profeffeur aux Écoles Royales de Chirurgie ,
& c. in-12 . A Amfterdam , & fe trouve à
Paris , chez Vente , Libr, rue des Anglois ;
Mérigot jeune , Libr. quai des Auguſtins ;
Buiffon , Libraire , rue des Poitevins.
L'OBJET de cet Ouvrage eft de faire voir
que la fenfibilité & l'irritabilité font les vrais
principes de la vie dans l'homme & dans les
animaux ; que les bêtes font de pures maDE
FRANCE. 173
chines ; que les opérations de notre âme dé
pendent d'une faculté à laquelle M. Fabre
donne le nom de vue intérieure ; que le ple
xus folaire eft le fiége du fentiment , & que
le genie & les talens font fubordonnés & lies
intimement aux modifications de cet organe.
Nous ne parlons pas d'un chapitre fur la liberté,
& d'un autre fur les caufes finales ; vérites
de fentiment qui , pour être 'approfon
dies , demandent une droiture & une bonnefoi
plus rares que les lumières , & qui par
conféquent fe dérobent à la difcufion.
On ne peut pas douter que la fenfibilité
& Pirritabilité ne foient en général les fondemens
de la vie animale. Les Médecins le
penfoient ainfi , même avant que les dernières
experiences , faites fur la fenfibilité & l'irritabilité
, euffent déterminé d'une manière
plus précife , les idées qu'on doit attacher à
ces mots. Celui d'irritabilité avoit été même
employé par Gliffon , pour exprimer la ficulté
que Stahl défigne par ceux du mouvement
tonique. Ce que nous devons aux expé
riences de Haller & de ceux qui le font occupés
du méme fujet , c'eft feulement de favoir
que des organes peuvent être mûs facilement
lorfqu'on les blefle , fans que l'âme éprouve
aucun fentiment de douleur ; tandis que
d'autres organes , fans fe mouvoir lorſqu'on
les pique , font affectés d'un fentiment trèsvif.
On appelle les premiers irritables , &
les fecondsfenfibles . Cette diftinction eft trèsimportante
pour l'art de guérir ; & , fans lever
Hij
174
MERCURE
tout à fait le voile qui couvre le fyftême animal
, peut du moins y répandre beaucoup de
lumières. Auffi eft-on étonné , en lifant M.
Fabre , de lui voir confondre lafenfibilité avec
l'irritabilité, & ramener par conféquent l'obfcurité
fur une matière d'où on s'étoit efforcé
de la bannir. Ses idées même à cet égard paroiffent
fi éloignées du véritable état des
chofes , qu'il fuppofe que le cerveau eft infenfible
, tandis qu'il eft démontré par les
faits , que cet organe eft un de ceux qui font
doués de la fenfibilité la plus exquife.
Quant à l'automatiſme des bêtes , M. Fabre
fe fert à-peu-près des mêmes argumens que
l'on avoit déjà mis en ufage pour prouver
que les animaux n'éprouvent ni douleur ni
plaifir ; que leurs befoins ou les caufes extérieures
ne produifent en eux aucune fenfation
ficheufe ou agréable , & fe bornent à exciter
dans leurs organes des mouvemens aveugles
& fans but , qui nous en impofent par une
régularité apparente. Percira , Médecin Efpagnol
, fut le premier Auteur de cette hypothefe
fingulière. Defcartes a auffi dit que les
bêtes font de pures machines ; M. de Buffon
a dit la même chofe d'une manière différente
; perfonne ne les a crus ; la raifon en eft
toute fimple , c'eft que le témoignage des
fens aura toujours plus de pouvoir fur l'efprit
des hommes, que les fubtilités du raifonnement;
& franchement , on lui doit la préférence
; car, fans ce témoignage , il n'y auroit
point de certitude dans ce monde . Il n'eft
DE FRANCE. 175
ces
perfonne qui n'ait vu des chevaux fe piquer
d'émulation à la courfe ; rien n'est plus commun
que de voir un chien jaloux des carelles
que fon maître prodigue à un autre. Or ,
paffions non-feulement fuppofent de la mémoire
, mais encore des combinaiſons trèsprofondes
& très - délicates. Ici il n'y a point
d'objet phyfique préfent , qui faffe naître ces
affections morales. S'il y en a un , il eft caché.
Il faut par conféquent que la mémoire le
repréfente , & que l'entendement aille le
chercher par des voies très - détournées. J'ai
vu un chien , que fon maître vouloit effrayer
par de feintes menaces , n'en être point la
dupe. Il ne fe fentoit point coupable , il ne
voyoit aucun corps de délit dépofer contre
lui , il confervoit la fécurité de l'innocence ;
ou bien , quelle fineffe de tact ne lui falloitil
pas , pour démêler à travers les accens fimulés
d'une fauffe colère , la véritable ſituation
du coeur de fon maître ? O raiſonneurs ,
pefez ces faits , & voyez fi vos démonſtrations
font capables de les contrebalancer..
M. Fabre rapporte à ce qu'il appelle une
yue intérieure , les fonctions que M. l'Abbé
de Condillac attribue à l'efprit , & Locke
à la réflexion. Cette vue intérieure nous répréfente
, dit- il , les objets abfens , comme
les yeux nous repréfentent les objets préfens.
Ce qui en a impofé à M. Fabre , c'eſt que
notre mémoire en effet fe repréfente plus
facilement les objets apperçus par la vue ;
que ceux que les autres fens nous ont fait
Hiv
176 MERCURE
connoître ; de forte que toutes les fois que
notre esprit veut fe rappeler une choſe abfente
ou paffée , c'eft prefque toujours par
des images relatives à l'organe de la vue ,
qu'il la taifit. Il affocie ces images aux fenfations
plus confufes que les autres fens nous
procurent , pour avoir plus de prifes fur celles .
ci. Les Metaphyficiens n'ont point encore ,
au moins que je fache , donné la raiſon qui
rend les fenfations de la vue plus ftables &
plus permanentes que celles des autres fens
Ce phenomène me paroit dépendre de deux
caules : 1º. de ce que les objets qui affectent
nos yeux , font en général plus fixes & moins
fugitifs que ceux qui frappent les autres fens ;
2º. de ce que les objers vifibles offrent des .
proportions plus minifeftes , fur lefquelles.
Pâine peut le repofer long - temps : au-lieu
les rapports fur lefquels font fondées les:
autres fenfations , étant plus indéterminés ,
ils nous échappent plus ailément . Nous ignorons
la proportion des principes conftituans,
qui entrent dans un bon ragoût & dans une
odeur agréable. Auffi avons nous beaucoup
de peine à nous en rappeler l'impreſſion , &
même parmi les objets que nous appercevons
par les yeux , nous nous retraçons bien plus.
facilement ceux qui font d'une figure regu
lière , que ceux dont les proportions font.
moins exactes. Mais de ce que la mémoire
fe fert des avantages que lui offre le fens de
la vue , il ne s'enfuit pas que la mémoire ne
foit qu'une vue intérieure , comme le prétend.
que,
DE FRANCE.
177
M. Fabre. Ce feroit confondre l'agent avec
le moyen , ce feroit foutenir que ceux qui
n'ont jamais rien vu , comme les aveugles nés,
n'ont ni ne peuvent avoir de mémoire , ce qui
eft allurement contraire à l'expérience .
嘴要
M. Fabre place cette vue intérieure , à laquelle
il attribue la mémoire & la réflexion ,
non pas dans le cerveau , comme cela feroit
très-jufte & très -conforme à l'obſervation ,
mais dans l'organe même de la vue : c'eſt certainement
une idée fort extraordinaire ; mais
ce qui l'eft bien davantage , c'est qu'il met
enfuite le fiége & le centre du fentiment ,
dans cet entrelaffement de nerfs fitués dans
l'eftomac , & appelé plexus folaire. Cependant
fi le principe qui fent en nous , eſt le
même que celui qui fe fouvient & qui rédéchit
, comme le fentiment intérieurnous porre
à le croire , il eft très- difficile de concevoir
que ce principe puille être placé dans l'organe
de la vue , & en même temps dans le
plexus folaire. Cette objection eft la plus
foible qu'on puiffe faire à M. Fabre , qui d'ail
leurs n'étaye fon opinion d'aucune raifon
concluante; tandis qu'il en eft mille qui prouvent
que le moi individuel des animaux ré
fide dans le cerveau . En effet, lorfqu'on réfléchit
fur les puiffances de cet organe , fur fes
relations étendues avec tous les autres organes
, dont il femble former la bife par la
multitude des nerfs qu'il leur envoie ; enfin
fur l'état de l'embryon yoù la têre eft la prémière
partie qu'on apperçoit , on eft tenté
Hy
178 MERCURES
de penfer que chaque animal n'est qu'un cerveau
développé.
Quoi qu'il en foit, felon M. Fabre, le génie
& les talens dépendent de l'état du plexusfor
laire, diverfement modifié dans les différens
fiècles. Il importe peu de favoir fi c'eſt le cerveau
ou le plexus folaire qui eft affecté dans
les révolutions que le concours des caufes
phyfiques & morales opère fucceffivement
dans l'efprit humain. Il vaudroit mieux connoitre
l'enchaînement de ces caufes & les.
moyens de les diriger , s'il eft vrai que les
hommes puiffent avoir quelqu'influence fur
un effer qui femble tenir à la marche générale
de la nature humaine. Car il en eft peut- être
de l'efpèce ou du moins des nations , comme
des individus, qui ont un temps d'action &
de repos , de veille & de fommeil, de vigueur
& de caducité. Dans le développement d'une
nation , il doit y avoir une époque , comme
il en eft une pour la puberté dans les individus
, où les germes productifs du génie &
des talens fe déployent avec une énergie qui
doit néceffairement décroître ; & c'eft affez
conforme à une des loix des corps organifés ,
qui eft , qu'à un mouvement rapide fuccède
toujours l'affaiffement ; ce qui autoriſeroit à
préfumer que les talens fuivent un mouvement
général , imprimé à tout un peuple
c'eft qu'on ne les voit point éclorre indiftinctement
dans tous les temps , mais qu'ils
ont une époque commune , où leur éclat fe
manifefte également dans tous les genres , &
DE FRANCE. 179
après laquelle on ne tarde point à appercevoir
les premières atteintes d'une dégradation inévitable.
Les caufes particulières , telles que
l'étude , l'émulation & les encouragemens ,
paroiffent avoir peu de pouvoir fur cet ordre
de choſes. Étudiez , dit- on , les grands modèles
; ceux à qui nous les devons n'en avoient
point. En voyant une belle tragédie , on n'acquiert
pas le talent d'en faire une femblable.
Lorfque le froid de la décrépitude commence
à faifir l'efprit humain , il ne s'enflamme plus
à la vue des modèles qui lui font offerts . C'eſt
une belle femme qu'on préfente à un vieillard;
elle ne produit tout auplus fur lui qu'une
admiration ftérile. Ainfi , après quelques
fiècles de talent , viennent plufieurs fiècles
de petits efprits , plus ou moins flétris des
marques d'une dégénération fucceffive , pendant
lefquels les idées du beau s'effacent , ou
n'ont plus de pouvoir fur des âmes énervées.
Alors le faux & le bizarre font le fruit & l'aliment
d'une organiſation qui s'altère , & qui
cherche plutôt de nouvelles fenfations que
des fenfations choifies ; & peut être faut - il
que la barbarie, qui eft le fommeil des talens ,
vienne les rajeûnir de nouveau & leur rendre
la vigueur. Les Gouvernemens qui s'efforcent,
par des encouragemens , de retarder ce fom- .
meil , font louables ; mais ce moyen ne fait
point naître les talens. Qui eft- ce qui a encouragé
Homère ? D'ailleurs , les Gouverne
mens s'honorent eux - mêmes en décernant
des récompenfes au talent , duffent- ils ne pas
Hvj.
180 MERCURE
le rencontrer , & , comme un laboureur quis
sème fur un terrein mêlé d'un fable aride ,
courir le rifque d'énorgueillir quelquefois
par ces récompenfes , la médiocrité qui croit
les mériter.
Quoiqu'on n'adopte point ici les idées mé- -
taphyfiques de M. Fabre , on n'en reconnoît
pas moins le talent & les connoiffances qui :
brillent dans fes autres ouvrages , & auxquels
il doit une réputation méritée dans fon état.
QUELQUES Vers ; à Londres , & à Paris ,
chez Royez , Libraire , quai des Auguftins ,
& Lalleinand de Sancières , Libraire , rue
S. Honoré.
QUE de vers plats , galans , infipides inondent
les Recueils & le Public ! Un des plus
mauvais fervices qu'ayent rendus aux Lettres
les nombreux Écrits Périodiques dont nous
fommes inondés , a été de donner à des
efprits éphémères fans connoiffances , fans
études & fans talens , la funefte facilité de
rendre publiques leurs miférables productions.
Le vulgaire des Lecteurs qui ne fe connoît
pas en vers , & qui néanmoins s'apperçoit
de l'infipide qui l'ennuie , eft porté à
confondre toutes les Pièces nouvelles , & à
ne pas faire plus de cas des unes que des autres.
Le devoir du vrai Critique eft de féparer
l'ivraie du bon grain , & de faire difcerner
parmi les innombrables opufcules de ce genres
ceux qui ont un mérite réel. La Brochure qui
DE FRANCE. i8r
vient d'être publiée fous le titre modefte de
Quelques Vers , eft digne d'être diftinguée
par les Amateurs de la Poéfie. Celle de l'Auteur
eft fimple , facile , pleine de fentiment
& d'harmonie. On en jugera par les ftances
fuivantes :
Au génie de Westmoreland.
Salut au Dieu caché de ces bords romàntiques ,
De ces rocs dépouillés , de ces auguftes bois ,
Où mille & mille effains de formes phantaſtiques
A l'approche des nuits ont erré tant de fois.
EN quel afyle obfcur , fous quelle grotte immenfe
A de céleftes foins profondément livré ,
Et dans la majefté d'un éternel filence ,
Choifis-tu ton féjour folitaire & facré ?
L'IMAGINATION ouit fouvent tes plaintes
S'unir au bruit des vents , miniftres des hivers ;
Elle obferva tes pas dans ces noirs labyrinthes ;
Elle t'a vu jouer dans la pourpre des airs.
Si je n'ai rien perdu de tes faveurs paffées ,
Si de mes premiers feux tu reviens m'animer ,
Ne fais plus naître en moi de ces hautes pensées ,
Que nul langage humain ne fauroit exprimer.
INSPIRE-MOI des vers tels qu'en faifoit Schenſtone ,
Qu'un enfant puiffe lire , un vieillard approuver ,
Qu'aux toilettes jamais l'ignorance ne prône ,
Mais où le coeur du fage aime à fe retrouver.
182 MERCURE
Il y a tout lieu de croire que cette pièce
eft imitée de l'Anglois, Elle eft abſolument
dans le goût des Écrivains de cette nation
dont le génie penfif aime la folitude , & dont
l'imagination , remplie de rêves créés par la
mélancolie , anime fouvent la Nature par
une forte de mythologie , qui n'eft pas celle
des Grecs & des Romains . La verfification en
eft douce & heureuſe. Elle annonce un talent
vrai. On ne peut diftinguer avec trop de foin
les bons Verfificateurs de tant de Rimeurs
qui n'ont que la manie des vers. Je releverai
néanmoins deux hémiftiches qui m'ont fait
quelque peine. L'imagination ouit ne flatte
pas agréablement l'oreille . Et plus bas : Que
nul langage humain ne fauroit , ne me paroît
pas avoir toute l'élégance requife en
poéfie. Plus les Ouvrages font courts , plus ils
doivent être foignés . L'efprit n'étant pas obligé
d'embraffer un fujet vafte & des rapports
nombreux , eft plus libre , moins fatigué &
plus à fon aife. Alors on ne lui paffe rien.
S'il n'atteint pas à une forte de perfection ,
il donne lieu de conclure que fes reffources
font bien ftériles. Ces réflexions ne doivent
pas s'appliquer à l'Auteur de cette Brochure ;
il n'en eft que l'occafion . Mais elles étoient
bonnes à dire: je fuis bien sûr qu'il ne m'en
faura pas mauvais gré. Je le répète : il a un
talent vrai ; on vient déjà de le voir ; on le
reconnoîtra encore mieux dans la Pièce fuivante
:
DE FRANCE. 183
Au Roffignol.
Pourfuis , chantre du foir , ta romance plaintive ;
Un diſciple , un ami , caché fous ces ormeaux,
Prête aux fons de ta voix une oreille attentive ,
Et partage tes maur.
Des méchans tiennent- ils ta compagne enfermée ?
Car tu chantes trop bien pour voir tes feux trahis ,
Et tu ne vivrais plus fi de ta bien aimée
Les jours étoient finis.
J'ÉPROUVE un fort pareil , une peine auſſi rude ,
Et je fuis comme toi l'importune cité
Pour venir déplorer dans cette folitude
Le bien qui m'eft ôté.
DANS les murs d'où je fors la gaîté ſe déploie
La danfe , les feftins raſſemblent mes amis .
Suis- nous , me difent-ils ; mais j'échappe à leur joie ,
J'accours où tu gémis.
Je mêlerai ma plainte à tès plaintes touchantes ,
A force de regrets & d'hymnes & de voeux ;
Fléchiffons les deftius , rappelons nos amantes
Ou périffons tous deux.
Qui dis-je , aimable oifeau ? Tu peux voler près
d'elles.
Ah ! j'ai beau me fentir vaincu par tes accens ;
184
MERCURE
Je fuis , quoique Poëte, envieux de tes aîles ,
Bien plus que de tes chants.
Périr n'eft pas toujours le fynonyme de mour
rir: la difference eft ici très fenfible. Il fal
loit abfolument mourons. C'eſt une faute légère.
Quoique Poëte rend très - rude la prononciation
d'un vers où le Poëte , comme
rival du roffignol , devoit offrir la plus douce
mélodie. Au furplus , on ne trouve dans cette
Brochure aucune trace du jargon appelé perfiflage
; on n'y trouve point la petite manière
des Rimeurs foi-difans de bonne compagnie.
Écrire pour la bonne compagnie , c'eft écrire
d'une manière fuperficielle . Voiture & Benferade
ont eu autrefois cette petite ambi
tion. On ne les goûte plus aujourd'hui . La
vraie bonne compagnie pour les Auteurs , ce
font les bons Écrivains anciens & modernes.
PANÉGYRIQUE de Saint Denis , Apôtre
de la France , & premier Évêque de Paris
prononcé dans l'Églife Royale & Paroiffale
de Saint Paul à Paris , le ୨ Octobre
178y , par M. l'Abbé de Balytier de Canil
hac. A Paris , de l'Imprimerie du Cabinet
du Roi , 1786, Prix , 1 liv. 4 fols.
ON avoit renoncé à livrer à l'impreffion
les Ouvrages de ce genre , pour s'en tenir aux
honneurs de la Chaire , qui font rarement
auffi conteftés que ceux de la preffe . On . ne
juge point le Miniftre des Autels , on écoute
DE FRANCE.
185
en filence l'Orateur facré ; mais eft- il def
cendu de la Tribune religieufe , fe livre- t-il
comme Écrivain au jugement du Public ,
alors tous les droits s'évanouiffent. On prend
le Livre, & on loue ou cenfure l'Auteur.
Nous ne confeillerions point au plus grand
nombre de ces Prédicateurs qui font retentir
dans le courant de l'année toutes les Églifes
de la Capitale, de tenter les hafards de l'impreffion.
Ils y perdroient trop. La Chaire de
vérité n'eft pas toujours le berceau des vérités
neuves. L'Eloquence facrée répète fouvent
la perfée d'un Orateur ancien . Souvent
le fujer le plus augufte eft rappetiffe par la
féchereffe & la froideur du Sermonaire. Sermonaire
eft le mot pour les trois quarts de
nos Prédicateurs , qui dépècent Mallillon &
Bourdaloue , & difent tout ce que leur bile
ou leur verve leur infpire contre les Philofophes
& contre nos moeurs. Il eft même dans
la bouche d'un Réformateur une mefure
fage,un tempérament qu'il faut ne pas oublier.'
On doit prendre , quelque évangélique qu'on'
foit , le ton propre aux Auditeurs ; il faut perfuader
, inftruire , parler comme on parle, &
garder de ramener dans le difcours de
vieux reproches , de l'ergotage , des peroraifons
& des profopopées de rapport dont on
eft fatigué & rebattu. Tel eft en général
l'écueil de nos Orateurs , & la caufe du motif
qui les détermine à ne rien imprimer.
fe
M. l'Abbé de Baleftrier s'eft tiré de la foule.
Ha compofé un Difcours plein de mefure &
')
286 MERCURE
de fageffe ; fon ton eft noble , & toujours
foutenu ; point de bel - efprit , point de recherche
, c'eſt l'attitude décente d'un Orateur qui
a conçu toutes les convenances de fon fujet.
Sa compofition s'eft trouvée en mêmetemps
digne de la Chaire & digne de fes
Lecteurs. Nous allons mettre le Public
en état de juger fon ftyle. « Le monde ( dit
l'Orateur chrétien ) n'attaque pas toujours
notre coeur par les amorces d'un plaifir innocent.
Il fait développer avec adreffe le germe
de corruption qu'il renferme , & que l'éducation
la plus chrétienne ne fauroit étouffer. A
chaque pas il lui préfente un piége , & ce
piége eft d'autant plus dangereux qu'il flatte
de tous fes penchans le plus difficile à dompter.
Ici , ce font des peintures voluptueufes
qui n'ont de voiles que ce qu'il en faut pour
mieux aiguillonner les fens : là , des objets
plus réels & plus dangereux fe préfentent à
lui avec toute la facilité d'en jouir. Quels
efforts ne fait- il pas pour entraîner dans le
crime une jeune perfonne fans expérience
qui fe laiffe aller imprudemment à fon tourbillon
! Il flatte fa vanité , & lui infpire le
defir de plaire ; il développe par tous les fens
fon goût naturel pour les plaifirs ; il la conduit
dans ces affemblées nocturnes , à ces
fpectacles dangereux où il raffemble tour ce
qui peut féduire & pervertir. Là , fes oreilles
font frappées des fons les plus tendres , fes
yeux de tout ce que le luxe & la vanité peuvent
étaler de plus agréable ; enfin , tout ce
382
DE FRANCE. 187
que la volupté a d'attraits & de charmes pour
amollir un coeur, y femble réuni pour confpirer
fa perte.
Et ce n'eft pas feulement dans les lieux
profanes que ce monde nous porte des atteintes
dangereufes ; il vient féduire nos
coeurs jufques dans nos Temples , aux pieds
même des Aurels . Ne le voyons- nous pas , au
grand fcandale des ames pieuſes , s'introduire
dans ces enceintes facrées avec tout l'appareil
de ces modes bizarres , de ces parures indécentes
, de ces airs évaporés , de ces regards
avides de volupté. Grand Dieu ! comment
éviter tant de piéges réunis ? Notre vie ne
fauroit- elle être un inftant fans combats ? Quel
martyre plus douleureux que cette contrainte
& cette vigilance continuelles fur nousmêmes
? Quel courage pour foutenir des atta,
ques auffi dangereufes que délicates , & qui fe
renouvellent tous les jours ! Et où le puiferons
-nous, mes Frères , ce courage intrépide
dont Saint Denis nous a donné l'exemple, fi
ce n'eft dans la Foi de - J. C. Elle feule peut
nous donner des plaifirs de ce monde l'idée la
plus jufte qu'on puiffe en avoir ; elle nous
éclaire fur leur vanité , leur fragilité, leur
néant; elle remplit notre ame de l'efpérance
des biens éternels , & la dégage peu- à -peu des
biens périffables de cette vie. Les confolations
divines , les douceurs céleftes qu'elle répand
dans nos coeurs , nous font regarder avec mépris
tout ce qui fait le prétendu bonheur de
l'homme fenfuel. Il peut bien les dédaigner
&
188 MERCURE
ces faintes délices , ces joies fecrettes , parcè
qu'il ne fauroit comprendre , dit l'Apôtre , les
chofes de Dieu ; mais elles n'en font pas moins
réelles , & le coeur qui les a une fois fenties n'a
plus de goût pour tout le refte. On a dû s'appercevoir
que l'Orateur eft pénétré du ton
évangélique , & qu'il répand dans fon Difcour's
certe onction qui touche , & que n'ont point
ceux qui fe laiffent emporter à leur imagina
tion , & qui déclament au-lieu de pénétrer
leurs Auditeurs .
ANNONCES ET NOTICES.
GALERIE du Palais Royal , gravée d'après les
Tableaux des différentes Ecoles qui la compofent,
avec un Abrégé de la Vie des Peintres , & une Def
cription Hiftorique de chaque Tableau , troifième
Livraifon. A Paris , chez J. Couché , Graveur , rue
Sainte Hyacinthe , nº . 51 , & J. Bouillard , rue
Saint Thomas- du- Louvre .
Cette Livraiſon eft au moins aufli belle que les
précédentes . Elle renferme le Portrait de Titien',
peint par lui - même , gravé par Antoine Romanet
Enlèvement d'Europe , par les même Peintre ,
gravé par J. L. Delignon ; un Portement de Croix,
par Dominique Zampieri , gravé par Henriquez ;
Diane & Adéon , par Titien Vecelli , gravé à l'eau
force par Duclos , & rerminé par de Longueil ; le
Martyre de Saint Barthélemy , par Augufte Carrache
, defliné par Borel , gravé par Ch. Levaffeur,
DE FRANCE. 189
& unejeune Martyre , de Guido Canlafi , furnommé
Cagnacci , gravé par J. Couché.
Il feroit fuperfiu d'entreprendre l'éloge des Tableaux
que nous venons de nommer , & il feroit
également injufte de ne pas dire que la manière
dont ils font gravés mérite les plus grands éloges .
On trouve auffi chez M Couché , ainſi que chez
les Auteurs , M. le Chevalier de Lefpinaffe & les
fieurs Varin frères , la Vue de la Galerie & du Jardin
du Palais Royal , qui peut être mife à la tête de
cette précieufe Collection .

L'ANE Promeneur , ou Critès promené par fon
âne , chef- d'oeuvre pour fervir d'apologie au goût ,
aux moeurs , à l'efprit & aux découvertes du fiècle ,
première Edition , revue , corrigée & précédée d'une
Préface à la Molaïqué dans le plus nouveau goût.
Prix , 4 liv. 4 fols, in 8 ° . A Pampelune , chez
Démocrite , Imprimeur - Libraire de S. A. S. Falot
Momus au Grelot de la Folie ; & fe trouve à
Paris , chez l'Auteur , rue Tiquetonne , maifon de
M. Lerafle , Avocat au Parlement , n ° . 31 , & chez
la Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques ;
Hardouin & Gartey , Libraires , au Palais Royal ;
Voland & Royez, Libraires , quai des Auguftins ; &
à Verfailles , chez l'Auteur , rue des Bourdonnois ,
maifon de Mme la Veuve Bourgeois , & chez les
Libraires de la Ville , & aux quatre coins du
Monde.
Ce titre annonce le ton de l'Ouvrage , qui eft fort
gai ; mais ce n'eft pas une gaieté purement frivole.
L'Auteur eſt un homme d'efprit qui fait obferver &
manier l'arme du ridicule. Son Ouvrage eft en
profe mêlée de quelques vers . L'Auteur parle ces
deux Langues avec une égale facilité , & fe fait lire
avec plaifir.
190 MERCURE
LES Nouvelles de M. de Florian , Capitaine de
Dragons , & Gentilhomme de S. A. S. Mgr. le Duc,
de Penthièvre , de l'Académie de Madrid , de Florence
, &c. troisième Edition , avec figures , papier
vélin. Prix , 6 liv. Idem papier commun avec fig.
Prix , 4 liv.
On vendra féparément des figures pour ceux qui ..
ont la première Edition de cet intéreſſant Ouvrage.
L'ANE d'or d'Apulée , nouvelle Edition , ornée
de figures en taille - douce , 2 Vol . grand in-8 ,
brochés en carton & étiquetés. Prix , 12 liv. A
Paris , chez J. Fr. Baftien , Libraire , rue des Mathurins
, nº . 7.
Voici encore une nouvelle Edition d'un important
Ouvrage donnée par M. Baftien , à qui l'on
doit des éditions de Plutarque , de Montaigne , &c.
qui ont juftement réuffi .
4
L'Ane d'or d'Apulée eft fi eftimé , & jouit d'une
fi vieille réputation', que nous fommes difpenfés de
chercher à le faire connoître. On fait que c'eft un
Ouvrage ingénieux , qui , fous des formes frivoles ,"
contient des obfervations & des critiques aufli judicieufes
que fines. La Traduction que nous annonçons
eft nouvelle & exacte. On y a joint le Démon
de Socrate. Le texte eft imprimé à côté , & l'on y
trouve différens jugemens relatifs à l'Ouvrage , des
Notes intéreffantes & curieufes à la fin de chaque
Livre , avec des Sommaires étendus , le Portrait de
l'Auteur & feize figures.
Essi fur les Concours en Médecine , qui préfente
en forme de précis des principes applicables
dans les Sciences à tous les genres de controverfe ,
par M. Foucot , Docteur en Médecine , in - 8 ° . de
32 pages. Prix, 1s fols broché, A Londres ; & fe
DE FRANCE. 191
trouve à Paris , chez Méquignon l'aîné , Libraire ,
rue des Cordeliers.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France , Tome XXII.
A Londres ; & fetrouve à Paris , rue d'Anjou - Dauphine,
n° 6...
Il paroît régulièrement chaque mois un Volume
de cette précieufe Collection . Le Volume que nous
annonçons contient les Mémoires de Meffire Blaife
de Montluc , Maréchal de France , commençant en
1521 , & finiffant en 15.74.
47
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames , in-
12. A Paris , rue d'Anjou- Dauphine , la feconde
porte - cochère à gauche en entrant par la rue Dauphine.
i
Il paroît actuellement quarante-deux Volumes
de cette Collection heureufement conçue , & exécutée
avec foin. Les Dames pourront trouver ainf
fous leur main une Bibliothèque choifie , & ne
feront plus expofées à perdre beaucoup de temps &
de frais à acheter & à lire des Livres inutiles.
ALMANACHS pour l'année 1787 : Variété
amufante ; Etrennes aux gens de bon goût ; Sérail à
l'encan , Pièce Turque ; la nouvelle Omphale ; les
Bigarrures agréables , lyriques & galantes ; les Dé
lices de Cythère , ou l'Ecole de l'Amour ; Etrennes
aux Graces ; les Efpiègleries Amoureufes , ou les
Amuſemens de Cupidon . Prix , I liv. 10 fols pièce.
A Paris, chez Crépy , rue Saint Jacques , nº. 252.
RECUEIL- Manuel des Ordonnances , in 32.
Prix , I liv. 10 fols le Volume relié. A Paris , chez
Leboucher , Libraire , quai de Gêvres.
If paroît huit Volumes de cet utile Recueil.
192 MERCURE
NUMERO 11 du Journal de Violon , dédié aux
Aniateurs pour deux Violons ou Violoncelles , com
pofé de différens Airs d'Opéra qui peuvent aufli fe
jouer à Violon feul. Prix , féparément 2 liv. Abonnement
pour douze Numéros 15 & 18 lv. A
Paris , chez l'Auteur , M. Bornet l'aîné , Profeffeur
de Mufique & de Violon , rue Tiquetonne , n° . 10.
PREMIER Concerto pour le Forte - Piano , par
M. Viotti. Prix , 6 liv. A Paris , chez Imbault , rue
& vis-à-vis le Cloître Saint Honoré , maifon du
Chandelier.
NUMEROS 41 à 51 des Feuilles de Terpfychore
poar la Harpe & pour le Clavecin. Prix , chaque
feuille 1 liv. 4 fols . Abonnement pour chaque Journal
, dont les Numéros paroiflent toutes les femaines,
jo liv. port franc . A Paris , chez Coufineau père &
fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
TABL E.
EPITAPHE de M. le Mar- Voyage Pittoresque de Naples
145 & de Sicile ,. quis de Tourzel , ISI
Vers à Mme la Marquife de Efai fur les Facultés de l'A
L*** 146 me ,
Le Petit Mattre & le Chien ,
172
If Quelques Vers
147 Panegyrique de S. Denis , 184
Charade, Enigme & Logogry Annonces & Notices , 188 Fable ,
phe ,
149
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , 16
Mercure de France , pour le Samedi 25 Nov. 1786. Je n'y
ai zien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 24 Novembre 1986. GUIDL
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
1
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 18 Octobre.
ES lettres certaines de Conftantinople ,
D5en date du 18 Septembre , nous apren-
,nent que le Capitan- Pacha a fait fon entrée
au Caire , & qu'il y a pris poffeffion
du Palais du Bey. Immédiatement après ,
ce vigoureux Amiral a fait publier un Firman
du Grand - Seigneur , par lequel S. H.
déclare qu'elle ne demande aucuns trbuts
nouveaux , & ordonne d'arrêter les deux
Auteurs de la rebellion qui feront transférés
à Conftantinople , pour y rendre compte
de leur conduite. En vertu de cette publication
, plufieurs Beys font venus fe foumettre
, & de nouveau ont prêté le ferment
de fidélité. Le Capitan Pacha a ordre de
divifer l'Egypte en cinq Gouvernemens ,
dont chacun aura à fa tête un Pacha à trois
queues, On y levera un corps de troupes
No. 44 3 4 Novembre 1786. a
( 2)
permanent , qui maintiendra la tranquillité
à l'avenir. La nouvelle de ces fuccès a relevé
les efprits à Conftantinople , & diffipé les
mécontentemens .
+
On a affirmé dans quelques Gazettes que
la fujetion de l'Egypte affureroit à la Porte ,
par le recouvrement des impôts , 15 à 16
millions de piaftres . Ceux qui ont bâti ce
calcul n'y ont sûrement pas réfléchi . Avant
les troubles , l'Egypte ne rendoit que fix
mille bourfes , dont 4 mille feulement revenoient
au tréfor de S. H. Le recouvrement
ne formoit donc que 3 millions de piaftres ;
& il faudra à l'Egypte une bien longue tranquillité
, après les horribles dévastations
dont elle a été le théâtre , pour être en état
de payer une pareille fomme,
La Diete de Pologne a été ouverte le 2
Octobre , avec les cérémonies ufitées . La
premiere féance a été emploiée à l'examen
de doubles élections dans quelques Dietines
, & à choisir un Maréchal de la Diete ;
choix qui eft tombé fur M. Gadomski ,
Nonce de Sochaczew , à la pluralité de
168 voix contre 9. Le Comte Rzewuśki ,
Nonce de Chelm , eft forti de la Diete, en
proteftant contre cette élection .
On vient d'établir à Copenhague une
Ecole d'exercices militaires , deſtinée à former
de jeunes & de bas- Officiers.
Une lettre authentique de la même ville ,
datée du premier Octobre, parle en ces ter◄
2
( 3 )
mes du voyage & du retour du Capitaine
Lowenoern, dont nous avons parlé dans
le temps.
>
Le Capitaine Lowenoern eft de retour de fon
voyage en Islande , ordonné par le Gouvernement
, pour faire dans ces parages des obfervations
nautiques. Il y a laiffé le Lieutenant Egede ,
qui doit continuer les tentatives pour la découverte
de l'ancien Groenlande diftant de 40
milles de l'ile d'Islande . Quoique les deux entreprifes
faites l'Eté dernier dans cette vue ,
n'aient pas réuffi , l'exiftence de ce pays eft cependant
hors de doute. Le Capitaine Lowenoern
a conduit ici un Islandois , qui a affirmé y avoir
été , mais fans y voir aucun habitant . Il a parlé
à d'autres Islandois qui l'ont également affuré
& qu'ils y avoient vu des hommes d'une grande
taille & d'un afpe&t farouche. Le principal
but du voyage de ce Capitaine eft rempli ; il a
rectifié les Cartes marines de la partie de l'Océan
feptentrional qu'il a parcourue , & il a déterminé
avec exactitude la pofition de la partie méridionale
des côtes de Schetlande. Le Capitaine
préfume que l'ile volcanique que l'on
avoit vu dans la mer d'Islande , n'étoit qu'un cap
très prolongé dans la mer , auquel s'eft faite une
éruption volcanique. Son voyage & celui
du Docteur Moore , qui l'avoit accompagné pour
des objets d'Hiftoire naturelle , feront imprimés
inceffamment.
DE BERLIN , le 17 Octobre.
S. M. eft arrivée à Breflau le 10 , & la
preftation folemnelle des foi & hommage
aura eu lieu le 15. Les Etats de Siléfie ont
a 2
( 4)
envoyé dans la Capitale de ce Duché dix
Députés par Cercle ; favoir , 4 Comtes &
Barons , & 6 Gentilshommes. Chaque ville
a député 2 Bourguemaîtres & un Syndic ;
ce qui compofe une Députation générale de
500 perfonnes. Le Clergé Catholique a été
auffi mandé pour prêter au Roi le ferment
de fidélité.
Le jour de la preſtation des foi & hommage
à Berlin , le Duc Frédéric de Brunfwick
fit diftribuer 300 thalers à 600 enfans
de foldats , & à cent pauvres 4 grofchen , &
un pain par tête.
Le Roi a donné so , coo rixdalers à l'Académie
de la jeune Nobleffe , inftituée dans
Ja ville de Brandebourg. S, M. a fait préfent
à la Reine du château de Montbijou , dont
les jardins feront aggrandis.
Le regne de la Littérature & de la Langue
Allemande va fuccéder ici à celui des
langues étrangeres . Le Roi vient de nommer
membres de fon Académie des Sciences
& Belles Lettres , MM. Ramler , Engel ,
& Garve , tous trois Auteurs nationaux
très eftimés : ils ne font pas les feuls Allemands
à qui cette récompenfe des talens eft
deftinée. On affure de plus qu'à l'avenir
tous les Mémoiree de cette Compagnie , qui
a jufqu'ici fi bien mérité la célébrité , feront
écrits en Allemand . Cette langue fera dorénavant
celle de la Cour & de tous les départemens
, notamment de celui de l'Accife,
5)
où les écritures fe faifoient en François.
MM. de Launay , Groddart & Roux , François
, qui étoient à la tête de l'Adminiftration
de l'Accife , font remplacés par des Allemands
. M. de Launay jouiffoit de 20 mille
rixdalers d'appointemens. On dit que le Roi
lui en a offert fix mille & la Préfidence du
Bureau qu'il a refufés .
Ceux qui ont cru que S. M. arrêteroit le
travail législatif commencé par le Chance-
Jier , Baron de Carmer , fe font trompés.
Voici les termes du Refcrit que lui a adrefié
le Roi , littéralement traduits.
» Mon cher Grand Chancelier de Carmer
, j'ai déja fait connoître de bouche
que c'eft ma volonté férieufe qu'on continue
à adminiftrer la juftice dans tous mes
Etats, d'une maniere réguliere, prompte &
impartiale , & qu'on ait un cell vigilant à
» l'obfervation exacte du Réglement, con-
» cernant la forme des procès . Vous ferez
» connoître cette intention à tous les Colleges
de Juftice , en les avertiffant que
ceux qui continueront avec un zele honnête
, de mettre au jour la vérité par un
examen complet , folide & prompt , de
prévenir la chicane , & d'adminiftrer la
Juftice fans acception de perfonnes ,
» pourront être sûrs de ma bienveillance &
grace royale. Mais comme il est néceffaire
de prévenir l'incertitude , l'obfcurité & la
confufion qui réfultoient des loix du Droit
နာ
a 3
( 6 )
1
»
ל כ
» Romain , écrit dans une langue étrangere,
» & qui ne convient plus à nos moeurs &
conftitutions actuelles , par l'introduction
» d'un code amélioré , complet & général ;
je scharge par les préfentes de conti-
> nuer à travailler au projet déja commencé
>> d'un tel Code , d'entendre là - deffus les
» opinions & remarques des Savans regnicoles
& étrangers , & fur tout des Colle-
" ges du pays ; de confulter en même tems
» dans la révision du projet , plufieurs mem-
» bres des Etats de chaque Province , pour-
» vus des connoiffances néceffaires , afin
» qu'en employant les précautions convena-
» bles , on prévienne , autant qu'il eft poffi-
» ble , la néceflité de faire dans la fuite des
changemens & des commentaires. Il faut
» donc que les Etats élifent de tels Députés ,
» & qu'ils communiquent aux Régences
» leurs remarqués , tant fur le projet en gé-
» néral , que particulierement fur les ma-
» tieres relatives aux ftatuts qui exiftent dans
ג כ
و د
telle & telle Province , & aux établiffe-
» mens & conſtitutions qui y font en uſage.
>> Les Régences conféreront enfuite avec les
Députés des Etats , examineront encore
» une fois les objets en queftion avec foin
» & exactitude , & s'occuperont à fe réunir
>> fur une décifion commune , concernant
les remarques à faire. Dans ces délibéra-
» tions il faudra entierement mettre de côté
» tout entêtement , toute partialité ; & il ne
ל כ
(2)
ל כ
>>
» faudra pas infifter fur certains préjugés.
» Les avis fur des objets relatifs aux droits
privés des habitans , doivent être rédigés
» autant qu'il eft poffible , de la maniere la
plus conforme aux fouhaits & aux fenti-
» mens de la plus gtande partie des Etats &
» de la Nation. Si les Commiffions ne peuvent
pas fe réunir à une décifion commu-
» ne, par une grande prépondérance de la
» pluralité des voix , j'attendrai là- deffus des
rapports immédiats , & je me réferve de
» décider moi même les points litigieux ,
après avoir entendu auparavant l'avis de
»la Commiffion légiflative de Berlin ; vous
» obferverez vous - même , felon vos devoirs ,
» les intentions que je viens de vous com-
» muniquer , mais vous en inftruirez auſſi
» les Régences & les Etats dans les Provin-
» ces , pour qu'ils s'y conforment exacte-
» ment. Je fuis votre Roi bien affectionné ,
» Frédéric Guillaume.
Berlin , le 27 Août 1786.
DE VIENNE , le 18 Octobre.
L'Empereur a accordé au Feldt Maréchal
Laudohn une augmentation de traitement
de 6000 florins : ce qui porte à 14000 flor.
les appointemens annuels de ce brave Capitalne.
Il jouit de plus d'une penfion de
2000 flor. comme Grand Croix de l'Ordre
a 4
( 8 )
militaire de Marie -Thérefe , & fon Régiment
lui vaut 4090 flor.
L'établiflement d'un Corps de Bombardiers
eft décidé ; il fera compofé de 4 à 500
hommes .
Un ouragan terrible du Sud Oueft a occafionné
dans la nuit du 29 au 30 Septem
bre , tant ici qu'aux environs des dégâts
confidérables .
Le même jour , on éprouva à Gratz le
tems le plus extraordinaire. Il plut & neigea
fans relâche , depuis le matin jufqu'au foir
avec un froid très - vit. A 7 heures du foir ,
le ciel devint orageux : on vit des éclairs en
longues traînées , & on entendit plufieurs
coups de tonnerre. Le barometre marquot
en ce moment 27 pouces & 6 lignes , & le
thermometre 2 degrés au deffus du point
de congélation. Le vent étoit au Nord.
Le Général Comte d'Alton , qui devoit
prendre le commandement de l'Esclavonie ,
ayant fupplié l'Empereur de l'en difpenfer ,
S. M. I. lui a permis de refter à Brinn , & a
nommé à fa place le Lieutenant - Général
Comte de Mitrowsky.
On évalue le nombre des Proteftans domiciliés
dans les Etats héréditaires de l'Empereur
à un million & 311,000 ames ; l'on
affure que ce nombre a augmenté d'environ
un tiers pendant les dernieres années , ce
qui paroît fort exagéré.
( 9 )
1
DE FRANCFORT , le 24 Octobre.
Le 27 Septembre il est tombé une prodigieute
quantité de neige dans les parties
orientale & feptentrionale des montagnes.
de la Heffe.
Le 16 , la Princeffe regnante de Hohen-
Hohe Kirchberg et accouchée à Kirchberg
d'un Prince qui a reçu au baptême les noms
de George Louis Maurice.
Les de ce mois , on a reçu à Ratisbonne
la nouvelle de la moit du Prince Jérôme
de Radzivill , & en même temps celle que
la Princeffe fon époufe , née la Tour Taxis
eft accouchée d'un enfant mâle.
Les fubfides qui avoient été accordés à
PE'e teur de Saxe , dans l'Affemblée des
Etats de 1781 , devant ceffer à la fin de l'année
prochaine , l'Electeur a adreffé aux Etats
des lettres circulaires , dans lesquelles Son
Alt. El. les convoque pour le même objet
au 7 Janvier prochain."
ITALI E.
DE NAPLES , le 10 Octobre.
La frégate Napolitaine la Minerve eft
mouillée à Alicante depuis le 6 du mois
pafé , venant de Carthagene . Elle doit fe
joindre à la Cerere , la S. Dorotea & il Deferfore
pour mettre notre pavillon à l'abri des
infultes des Barbarefques. Le vaiffea le S.
Zacharia & deux frégates de la Religion font
fortis du port de Malte pour la même expédition,
a s
( 10 )
Le célebre Abbé Bofcowitz , Directeur de
l'Obfervatoire de Milan , a effuyé une attaque
d'apoplexie ; il fe trouvoit, aux dernieres
nouvelles , dans le plus grand danger.
DE FERRAR E, le 9 Octobre. FADE
On écrit de Venife que le Sénat , dans ſon
Affemblée du 29 Septembre , a arrêté que
l'efcadre du Chevalier Emo n'iroit hiverner :
ni à Malte , ni à Trapani , mais qu'elle fe
rendroit à Corfou. L'Amiral a été nommé
en conféquence Provéditeur Général de
cette Ifle.
-
Il vient de fe paffer à Rome , à la fin de
Septembre , un événement qui a arraché des
larmes à tout le Public. Il y as ans que le
jeune Chevalier Amédei époufa une femme
aimable & vertueufe qu'il aimoit, mais dont
la naiffance étoit inférieure à la fienne. Au
bout d'un an, une fille devint le fruit de cette
union qui ne tarda pas à être cruellement
troublée. Les parens du Chevalier dénoncérent
fon mariage comme clandeftin ; ils obtinrent
un ordre du S. Pere contre cet infortuné
jeune homme qu'on arracha des bras de
fon épouse & qu'on enferma au Château St.-
Ange. Bientôt on commença la procédure en
caffation. Le Chevalier s'épuifa en moyens
pour prouver la validité de fes engagemens
& les faire ratifier. Son époufe alla fe jetter
avec fon enfant aux pieds du S. Office ; mais
tout fut inutile & la diffolution prononcée.
Dans fa douleur , cette mere , cette épouse
tais
ככ
éplorée fut contrainte d'écrire elle- même à
fon mari la fatale nouvelle de leur féparation
. «cAccablée du plus profond défefpoir ,
» lui manda-t-elle , je me trouve dans la dure
» néceffité de renoncer aux noeuds doux &
» faints , qui jufqu'ici avoient tenu nos coeurs
> fi fidélement unis ; mais je m'y réfigne avec
» moins de regrets , quand je fonge que ce
» dévouement mettra fin à la longue & cruel-
» le captivité que vous avez endurée pour
>> l'amour de moi . Soyez libre , cher époux ;
» c'eſt la derniere fois que ma bouche pro-
» nonce ce nom fi tendre ; confolez vous , &
» s'il eft poffible , vivez heureux loin de moi.
Puifque la mere vous fut chee , fouvenez-
» vous de l'enfant qu'elle vous a donnée ; pre-
», nez en foin , quand vous apprendrez que je
» ne ferai plus. Car la douleur que je reffens
» de cette féparation eft fi amere , elle eft fi
לכ
ככ
pénétrante , elle abforbe à un tel point tou
» tes les facultés de mon ame , que je n'ai plus
»la force d'y réfifter. Bientôt je cefferai de
» vivre ; puiffe ma mort affouvir enfin l'inhumanité
& la perfécution de ces barbares !
>> Adieu , adieu pour jamais. » Quatre jours
après , l'infortunée expira dans fes convulfions
; fa mort rendit la liberté au Chevalier
dont le défefpoir n'eft pas encore calmé.
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 24 Octobre.
paroît que le Parlement ne s'affemblera
аб
( 12 )
qu'après Noël : ainfi les Economistes de ce
Senat national & les Auteurs politiques auront
tout le temps de balancer en pleine liberté
& publiquement les avantages & les
inconvéniens du nouveau Traité de Commerce
avec la France. Le Miniftre doit fans.
doute cette marque de refpect à la Nation ,
de laiffer à fes repréfentans le loifir nécef
faire à cet examen Ily
Il y auroit un autre motif
de ce retard , s'il eft vrai , comme on le
dit, que M. Pitt fe propofe de préfenter à
la fois au Parlement ce Traité avec la Fran .
ce , la Convention avec l'Espagne , le chan
gement au Traité avec le Portugal , & le
nouvel accord avec la Ruffie . D'un feul coup
d'oeil , la Nation verroit l'enchaînement d'un
fyftême de commerce très- étendu , mais les
deux derniers Traités ne font point encore
terminés.
Il eft inftructif de connaître ce que penfoit
de ces liaifons d'intérêt avec la France ,
l'Ecrivain métaphyfique le plus profond , le
plus réfléchi , le plus philofophe , qui ait
écrit fur les matieres économiques . Voici
4
* Il faut entendre ce mot d'Economies dans le fens gé
néral , & non point d'après les prétentions exclusives
d'une Seate. Les plus grands Economistes d'Europe
els que MM. Neker , Smith , Chalmers , - Hertzberg , &c.
n'ont jamais eu la jactance de fe clafer ainfi par des dénominations
privilégiées ; & il y a plus d'économie politique
dans une page de ces Ecrivains , que dans les bibliotheques
des Sectaires , les moins Economes de tous
les hommes en longues billevefées , en injures & en
vanité.
( 13 )
de quelle maniere envifageoit la queftion
de ce Traité , M. Smith , dans fon célébre
Ouvrage des Recherches fur la richeffe des
Nations.
Si la France & la Grande - Bretagne , difoit-il
confultoient leurs véritables intérêts ; s'ils étof
foient toute jaloufie de commerce , toute animofité
nationale , le commerce de la France pourroit
être beaucoup plus avantageux à la Grande-
Bretagne que celui d'aucun autre pays par la
même raifon , celui de la Grande - Bretagne
feroit d'un égal avantage pour la France . Cette
Monarchie eft plus qu'aucun autre pays , rapprochée
de la Grande- Bretagne : dans le commerce
qui fe feroit entre la côte méridionale de
l'Angleterre & les côtes feptentrionales & du
Nord Oueft de la France , les retours pourroient ,
ainfi que dans notre commerce intérieur , avoir
lieu 4 5 ou fix fois par année. On voit donc
que le capital employé à ce commerce pourroit
dans l'un & l'autre pays alimenter 4 , 5 ou 6 fois
la même quantité d'indufirie , & procurer de
l'emploi & des moyens de fubfiftances à 4,5
ou 6 fois autant d'habitans , qu'un capital de
même valeur pourroit le faire dans la plus grande
partie des autres branches du commerce étran
ger ( 1 ).
Entre les parties de la France & de la Grande-
Bretagne , les plus éloignées les unes des autres ,
les retours auroient lieu au moins une fois par
année , & cependant ce commerce feroit pour
le moins auffi avantageux que la plus grande
(1 ) Ce grand principe a été parfa't ment diveloppé
par M. Smith , & ce qui prouve l'extrême
juft effe de ce Philofophe Ecoffais , il en a également
bien déterminé les exceptions.
( 14 )
pirtie des autres branches de notre commerce
étranger en Europe . Il le feroit trois fois plus
que lecommerce fi vanté avec l'Amérique Septentrionale
, dans lequel les retours n'avoient
lieu communément qu'au bout de trois années,
& fouvent même ne fe faifoient qu'en 4 ou 5.
La population de nos colonies de l'Amérique
Septentrionale , n'a jamais été évaluée à plus
de 3 millions d'habitans ; celle de la France l'eft
à 24 millions. La France d'ailleurs eft un pays
beaucoup plus étendu que celui occupé par nos
colonies de l'Amérique Septentrionale ; quoique
par l'effet de l'inégale répartition des richelles
il y ait infiniment plus de mifere dans l'un que
dans l'autre , la France peut donc nous ouvrir
un marché pour le moins huit fuis plus étendu,
& à raifon des etours multipliés , vingt- quatre
fois plus avantageux que n'a jamais été celui de
nos Colonies de l'Amérique Septentrionale . Le
commerce avec la Grande- Bretagne feroit dans
le même degré , utile à la France , & en proportion
de la richeffe , de la populatian & de
la proximité des deux pays , il auroit la même
fupériorité fur celui que la France fait avec
fes propres Colonies Telle eft la prodigieufe
différence qui fe trouve entre le commerce que
Ja politique des deux nations a cru devoir décourager
, & celui qu'elle à le plus favorifé.
Mais précisément , les mêmes circonstances qui
auroient procuré aux deux nations de fi grands
avantages , file commerce eût été libre entr'elles,
y ont mis les principales entraves. Voifines l'une
de l'autre , elles font néceffairement ennemies ;
la richeffe & la puiffance de chacune deviennent
fous ce rapport plus redoutables à l'autre , & ce
qui augmenteroit les avantages de l'amitié nationale
, ne fert qu'à irriter l'animofité des deux
peuples. La France & la Grande- Bretagne font
( 15 )

toutes deux riches & induftrieufes ; mais leurs
négocians & leurs manufacturiers redoutent leur
rivalité réciproque. Delà cette jaloufie de commerce
qui entretient la haine nationale , & qui
faifant taire le bon fens , a fait prédire avec
éclat , & à l'appui de fophifmes dictés par la cupidité
des négocians , que la ruine de tous feroit
la fuite de cette balance défavorable , que la li
berté de commerce ne manqueroit pas de faire
naître.
Au retour du Lord Howe à Londres , il
fe tiendra une affemblée des Lords de l'Amirauté
, pour mettre quelques frégates en
commiffion , & déterminer les ftations des
vaiffeaux qui croiferont dans la Manche
pendant l'hiver. Le nombre des vaiffeaux
ftationnés dans les Illes fera augmenté. Le
commerce interlope des bâtimens Américains
a fait fentir la néceffité de cette mefure.
Les vaiffeaux neufs dont la quille a été
pofée depuis le premier Janvier de cette année,
& dont la conftruction doit fufpendre
celle des autres bâtimens de guerre dans les
chantiers de S. M. , ne monteront pas So
canons , comme on l'avoit dit , mais feulement
76. Conformément aux ordres de l'Amirauté
, leur nombre fera porté à 12 ; on
les conftruira de maniere que le calibre des
pieces d'artillerie , placées fur les ponts ,
égalera celui des anciens vaiffeaux de go
can.: ils auront en outre l'avantage de pouvoir
le fervir par un gros temps , de lear
( 16 )
premiere batterie , vu que celle- ci fe trou
vera affez élevée au- deffus de la mer , pour
que l'on n'ait pas à craindre , qu'en la faifant
jouer , l'eau entre par les fabords. La
Nation eft relevable de ce nouveau plan
de construction navale au premier Lord actuel
de l'Amirauté , qui n'en a ordonné l'exécution
, qu'après s'être afiuré de fes avantages,
Cette méthode reffemble beaucoup
à celle emploiée dans les chantiers du Roi
d'Espagne . Elle occafionne , il eft vrai , une
confommation de bois plus grande que pour
la conftruction de nos vaiffeaux à deux
ponts. Ceux des Espagnols de même force
en prennent encore davantage. Le Gibraltar
de 8 can. , pris par l'Amiral Rodney ,
dans fon combat avec M. de Langara , en
fournit la preuve.
M. Cauffe de Fareharm , dans le Hampf
hire , vient d'employer une nouvelle méthode
de tremper le fer , qui rendroit celui
d'Angleterre auffi parfait que celui de Suede.
I a fait fes expériences devant Mylord
Howe l'opération a duré cinq heures ;
T'Inventeur emploie le charbon de terre au
lieu de charbon de bois. Les épreuves ont
fi parfaitement répondu à l'attente des Gens
de l'art , que le Roi a accordé une Patente ,
[ Privilege ] à M. Cauffe , & la Compagnie
des forges de Carron lui a offert 4000 liv.
fterl. par an , pour être mile en poffeffion
de fon procédé.
Les Bills de mortalité de la ville de Londres ,
( 17 )
hit un de nos Papiers , préfentent les résultats
fuivans qui méritent la plus férieufe attention
du corps, législatif. Depuis l'année 1600 , jufqu'en
1700 , le nombre total des mots s'eft
accru tous les ans au point , que de 6 mille
il s'eft élevé à 25 mille , & que celui des nailfances
qui , au commencement de cette époque ,
étoit d'environ 6 mille , n'a pas paffé de beauco
up 14000.
La différence entre le nombre des naiffances
& des morts a été depuis toujours Sen augmentant.
Dans ce fiecle feul , la différence du nombre
des morts à celui des naiffances, paffe 400000 ;
différence effrayante !
La population de Londres fe trouveroit , comme
on le voit , diminuće de 400050 habitans , f
l'affluence des habitans de la campagne , & l'abord
continuel des étrangers ne rempliffoient
ce , vuide.
Il eft fort aifé de découvrir l'exagération
de ce calcul , qui ne manquera pas d'être
rapporté dans vingt Gazettes comme un
article de foi , donné par les Anglois même.
En aucun temps , depuis ce fiecle , la morta'ité
de Londres n'a été de 25 mille ames ;
& depuis long - temps la lifte des Baptêmes
furpaffe, une année dans l'autre , 17 mille
nouveaux nés. Il eft fort rare que la lifte des
morts aille à 20 ou 21 mille . Obfervons
bien qu'il n'eft queftion ici que des baptêmes
du rit Anglican. 1.es. Pe bytériens , les
Quakers , les Méthodiftes , les Moraves , les
Anabaptiftes , les Sociniens , les Déiftes , les
Juifs ne font jamais portés fur ces relevés
des Paroiffes. Anglicanes. En y comprenant
*
( 180 ):
ces Non - Conformiftes, il fe pourroit que le
nombre des morts annuel fût de 25 mille ;
mais celui des naiffances s'éleveroit dans la
inême proportion.
La colonie qué va fonder le Gouvernenement
à la baie Botanique , dans , la nouvelle
Galles méridionale , occupe ici toutes
les converfations . Ce feroit l'inftant de rapporter
ce qu'a dit le Capitaine Cook de cette
contrée ; mais l'ouvrage de ce célebre Navigateur
étant entre les mains de tout le
monde, nous préférons de donner ici l'abrégé
d'une relation imprimée à Londres ,
avec permiffion , au mois de Juin 1668. Si
elle étoit authentique , elle donneroit de furieufes
efpérances fur la population future
de la nouvelle colonie.
Plufieurs Marchands Anglois , éblouis par
les richeſſes immenfes que procuroit le commerce
des Indes Orientales , obtinrent en
1569 , de la Reine Elisabeth , la permiffion
de tenter fortune dans cette partie du
globe. Ces Marchands équiperent , quatre
vaisseaux , dont M. English fut nommé
facteur. Il s'embarqua le 3 Avril vieux
ftyle ) avec sa femme , son fils âgé de
douze ans , sa fille de quatorze , deux
fervantes , une efclave négreffe , & George
Pine , fon teneur de livres , à bord d'un de
*
Le 22 Mars , felon le nouveau ſtyle.
(( 19 )
ces vaiffeaux, appellé le Marchand des Indes
Orientales, du port de quatre cen: cinquante
tonneaux , & pourvu de toutes les choses
néceffaires à l'établiffement d'une factorerie
dans l'Inde .
Le 14 Mai , cette flotille fut en vue des
Canaries ; elle mouilla bientôt après aux
ifles du cap Verd , où elle prit quelques
provifions . Elle porta enfuite au Sud Eft ,
& jetta le premier Août l'ancre dans
la rade de Sainte- Hélene , d'où , après
avoir fait de l'eau , elle continua fa ro ite
pour le cap de Bonne- Efpérance : elle y
arriva en effet dans le meilleur état , n'ayant
effuyé jusqu'alors aucun mauvais temps .
Mais à peine fe trouva-t-elle à la hauteur
de l'ifle de Madagaſcar , qu'elle fut accueillie
d'une horrible tempête qui fépara de cette
petite flotte le bâtiment à bord duquel étoit
M. English : le vent foufflant avec la plus
grande impétuosité pendant plufieurs jours ,
emporta ce bâtiment à une diſtance si confidérable
, & l'endommagea à tel point ,
que le capitaine perdit connoiffance de fa
route & tout efpoir de falur.
·
Le premier Octobre , à la pointe du jour
l'orage continuant avec la même force , les
vigies découvrirent une terre dont les bords
leur parurent efcarpés & couverts de rochers
plus ils en approchoient , plus leur
frayeur redoubloit ; ils ne pouvoient plus douter
de la perte du vaisseau . Dans cette fitua
( 20 )
tion déplorable , le Capitaine English , &
plufieurs des paffagers se jetterent dans la
chaloupe leur exemple fut fuivi de tous les
matelots qui fe précipiterent dans les ondes
pour tenter de fe fauver à la nage , mais il
eft probable qu'ils furent tous engloutis dans
Ica Alots.
M. Pine , la fille de M. English , les deux
fervantes & l'efclave negreffe demeurerent
feuls à bord du vaiffeau , mais ces cinq perfonnes
furent miraculeufement fauvées ; car
le bâtiment ayant coulé bas après s'être brifé
trois ou quatre fois contre les rochers , elles
parvinrent , à force de courage , à fe faifir
du mât de beaupré qui , ayant été emporté
d'un coup de mer , fut pouffé par les
dans une crique où fe jette une petite riviere
les énormes rochers dont cette crique eft
environnée la mettant à l'abri de tous les
vents , cette heureufe circonftance offrit à
ces infortunés , épuifés de fatigues , une occafion
unique de prendre terre.
vagues
:
M. Pine ayant ramaffé quelques morceaux
de bois sec , fit à l'aide d'une boîte à amadou
qu'il portoir dans fa poche , un bon feu auquel
il fe fecha avec les pauvres femmes qui
avoient échappé à la fureur des flots. Il les
quitta un moment pour aller voir s'il ne découvriroit
point quelques - uns de fes malheureux
compagnons que le hafard auroit
pu fauver comme lui , mais il n'en trouva
aucun. Comme la nuit approchoit , il fe
(( 21)
را
borna à fe faifir de quelques débris du naufrage
, & en rejoignit les triftes victimes ,
d'autant plus allarmées de fon abfence , qu'il
devenoit tout leur appui dans une fituation
auffi défefpérée.
par
Ils trembloient d'un côté d'être découverts
les fauvages du pays , fi toutefois il étoit
habité , & del'autre d'être dévorés par les bêtes
féroces dont les bois qui les entouroient
pouvoientêtre peuplés ; mais ils n'apperçurent
ni pas d'homme , nitrace d'animal , ni fentier.
Le manque de nourriture fur- tout redou
boit leur défefpoir : ils étoient frappés de
terreur lorfque dans le trouble de l'imagination
, ils fe repréfentoient le tableau
effrayant de la mort accompagnée de
toutes les horreurs de la famine. Mais le
Tout - Puiflant en avoit ordonné autrement.
9.
Ils fauvèrent du naufrage du vaiffeau beaucoup
de provifions qui leur devenoient abfolument
néceffaires ils rafflemblèrent les débris
du bordage, des planches, des mâts , des
voiles , des agrès dont ils fe firent des tentes
: ils fe procurèrent du bois de chauffage
& trois ou quatre habits de matelots pour fe
couvrir ; enfin , ayant paffé plufieurs jours
fans ofer fe livrer au fommeil , ils dormirent
profondément pendant toute la nuit , après
avoir chargé l'Efclave Négreffe de faire la fentinelle
.
Le jour fuivant , lorfque le fommeil eut
( 22 )
àp
rendu le calme à leurs fens , ils defcendirent
des rochers fur le fable à la baffe mer : le vent
avoit ceffé de fouffler , & le tems annonçoit
une douce température : ils virent prefque
toute la cargaiſon fur la côte , ou flottant près
`du rivage. M. Pine & fes Compagnes d'infortune
parvinrent à retirer la majeure partie
de ce qui reftoit à flot , & coupèrent par morceaux
les objets qui devenoient trop lourds
à porter : ils défoncèrent les barils & les caiffes
, en retirerent les marchandifes , & les
mirent en lieu de fûreté ; par ce moyen
ils furent abondamment pourvus de vêtemens
& des chofes néceffaires à un ménage.
Cependant l'eau de mer avoit gâté
toutes les provifions de bouche , à l'exception
d'un baril de biſcuit qui , fe trouvant plus léger
ou peut-être mieux préfervé que le refte ,
ne futpoint endommagé. Ce bifcuit leur fervit
de pain pendant un tems. Un oifeau de
la groffeur du cygne , fort péfant & fort
gras , & qui , par fon extrème péfanteur
ne pouvoit leur échapper , fournit aufli
à leur fubfiftance. La volaille du vaiffeau
ayant pu gagner le rivage , multiplia prodigieufement
& leur fut du plus grand fecours.
Ils trouvèrent auffi dans les joncs , près d'une
petite rivière , une grande quantité d'oeufs
qu'y avoit dépofés une efpece aquatique femblable
à nos canards : ces oeufs leur donnerent
une nourriture excellente , & ils ne manquerent
de rien pour fatisfaire les premiers befoins
de la vie.
( 23 )
2
Les craintes de M. Pine commencerent à
fe dilliper , & , pour le mettre à l'abri du
mauvais tems il chercha un endroit convenable
où il pûc élever une baraque pour
lui & fes Compagnes. Il parvint , en effet ,
à conftruire en une femaine une chambre
affez large pour les contenir tous avec leurs
marchandiles , & il y plaça des hamacs pour
coucher fes Compagnes,
Ils vécurent dans cet état pendant quatre
mois fans éprouver le moindre trouble . Ils
découvrirent enfin que le pays dont ils fe
voyoient en poffeffion étoit une fle abfolument
féparée & hors de vue de toute autre,
terre , habitée par eux feuls , où il n'exiſtoit
de bêtes farouches d'aucune eſpèce au contraire,
cette Ifle , tapiffée d'une verdure continuelle
, leur offrit l'afpect le plus riant , un
climat prefque toujours chaud , & jamais plus
" froid que celui d'Angleterre au mois de Septembre.
Ils y trouverent des fruits délicieux
en abondance , & une grande variété d'oifeaux.
Cette Ifle , fi elle recevoit la culture
des mains de l'induftrieux Agriculteur , feroit
la vivante image du Paradis terreftre de
l'Ecriture .
Outre les oifeaux & les oeufs dont nous
avons déja parlé, les bois leur donnoient encore
une espece de noix de la groffeur
de nos plus fortes pommes , dont l'amande
, d'un goût exquis , leur tenoit lieu de
pain , lorfqu'elle étoit féchée. Ils fe nour(
24 )
rifoienr également d'un quadrupede de
même groffeur & de même nature que la
chèvre , dont les bois & les terreins bas
étoient remplis. Cet animal , qui donne à la
fois deux petits , porte auffi deux fois par an ,
& il leur étoit d'autant plus facile de le tuer ,
qu'il eft fort apprivoifé. Ils avoient auffi en
abondance le poiffon , particulierement. les
coquillages. Ainfi , fur un fol fans culture ,
mais d'une fertilité furprenante , exempts de
befoins , n'ayant plus que des plaifirs à defi ·
rer , M. Pine & fes Compagnes pouvoient
jouir fans travail & fans inquiétude de productions
admirables , & s'appeller les Etrès
par excellence , les Rois de la Nature..
Après avoir habité ce pays pendant fix
mois , la nature leur rappella ce grand commandement
du Tout-Puffant : Croiffez &
multiplieg, comme fi la main de la Providence
les avoit conduits dans cette Ifle pour peupler
un nouveau monde. Ils furent dociles
au précepte, & , en inoins d'un an , après leur
arrivée dans l'Ifle , les quatre Compagnes de
M. Pine , donnerent des preuves de fécondité.
Comme elles devinrent enceintes à des
époques différentes , elles fe fecoururent mutuellement.
Elles enfantoient, régulierement
tous les ans , & leurs enfans étoient de la
plus grande force & de la fanté la plus vigourcufe.
Elles béniffoient leur condition
actuelle ; car rien ne les troubloit dans cet
état de félicité , & elles voyoient avec une
douce
( 25 )
douce fatisfaction leur famille s'accroître rapidement.
La chaleur du climat les invitoit
à quitter quelquefois leur cabane pour prendre
le frais , & elles alloient fe repofer fur des
bancs couverts de mouife , entourés d'arbres
qui préfentoient des ombrages impénétrables
aux rayons du foleil . M. Pine avoit
fait de charmans berceaux pour s'y endormir
avec les femmes pendant l'ardeur du
jour : ils y paffoient enfemble les momens
les plus délicieux ; car fes Compagnes ne
pouvoient plus vivre un inftant fans leur
Bienfaiteur.
M. Pine , après avoir vécu 16 ans dans
cette Ifle , fe vit 47 enfans '; il en eut 13 de fa
premiere femme , 7 de fa feconde , 15 de la.
fille de fon maître , qui étoit celle de fes
quatre compagnes pour qui il avoit le plus
de prédilection , & enfin , 12 de la négreffe.
Voilà tout le produit de la premiere race
humaine dans cette Ile.
M. Pine , empreffé de pourvoir à une feconde
génération , donna une compagne à
fon fils aîné , & maria fucceflivement tous
fes enfans , à mesure qu'ils atteignirent l'âge
de puberté. Pour éviter toute gêne de part
& d'autre , il donna à fes fils des habitations
à une certaine diftance de la fienne . La maturité
de l'âge lui rendoit moins fenfibles les
plaifirs fo âtres de la jeune Te.
Devenu fexagénaire , après avoir demeuré
pendant 40 ans paisible offeffeur de rifle ,
N°. 44 , 4 Novembre 1786.
b
( 26 )
il affembla tous fes enfans , petits enfans &
arriere-petits enfans , au nombre de 565 , de
tout fexeril prit les garçons d'une famille , les
maria aux filles d'une autre , & ne permit
plus à un frere d'époufer fa tour , comme
cela étoit d'abord arrivé par néceffité.
Il apprit à lire à quelques uns de les enfans
, &'il leur recommanda expreffément de
faire une fois par mois lecture de la Bible
à leurs Affemblées générales .
M. Fine perdit trois de fes compagnes , la
négreffs & les deux fervantes ; la fille de fon
maître leur furvécut douze ans . Elles furent
enterrées dans un lieu qu'il avoit marqué à
deffein & dont il choifit le centre pour fa
fépulture ; de forte que fes quatre compa
gnes puffent repofer auprès de lui , favoir ,
deux de chaque côté , & que fes favorites
furtout fillent le plus près de fon corps ,
J'une à la droite, & l'autre à la gauche.
Arrivé à So ans , après en avoir paffé 60
dans l'Ile , il affembla une feconde fois fes
enfans , dont le nombre montoit alors à
1789. Il les inftruifit des moeurs de l'Europe
, & leur ordonna l'exercice conftant de la
Religion chrétienne , fuivant la coutume de
ceux qui paroient la même langue : il leur
défendit d'admettre aucune autre Religion
dans l'Ifle , fi jamais on cherchoit à y en introduire
aucune ; il les renvoya enfin , après
avoir prié l'Etre Suprême de les éclairer de
la vrate lumière de fon Evangile & de con
sinner à multiplier leur race,
27
M. Pine appella cette Ifle, the Ife ofPines :
il donna à fes enfans le nom d English Pines;
il diftingua les Tribus des defcendans particuliers
par les noms de les femmes , comme
lés Englishes , les Sparkses , les Trevors & les
Phills , Philippa étant le nom de l'efclave
négreffe.
Ayant atteint le dernier période de la vie
& fa vue baiffant , M. Pine légua à fon fils
aîné , pour en jouir après fa mort , fon habitation
& fon mobilier : il le fit Roi & Gouverneur
de l'ifle; il lui remit l'Hiftoire de fes
événemens , écrite de fa propre main , &
lui enjoignit de la conferver précieuſement.
Il lui recommanda.en même temps.fi , par
quelque cas fortuit , quelques étrangers abor
doient dans cette Ifle , de leur donner lecture
de cette Hiftoire , & même de leur permettre
d'en prendre copie , s'ils le defiroient
afin que le beau nom qu'il laiffoit à ſa poſtérité
demeurât , comme celui de notre premier
Pere , à jamais célèbre dans le Monde.
C'est en 1667 que Cornelius van Slocten ,
Capitaine du vaiffeau Hollandois l'Amfterdam
, fut jetté par une tempête fur cette inle ,
où il trouva la postérité de M. Pine , parlant
bon Anglois elle montoit alors , d'après fa
fuppofition , à dix ou douze mille ames .
L'Hiftoire d'où eft tirée cette relation , fut
remife par le petit fils de M. Pine au Capitaine
Holandois qui la fit imprimer à Londres
en 1668.
b 2
( 28 )
FRANCE
DE FONTAINEBLEAU , le 23 Octobre
Le Comte Charles de Chabot , qui avoit
precedemment eu l'honneur d'être préfenté
au Roi , a eu , le 17 de ce mois celui de
monter dans les voitures de S. M. & de la
fuivre à la chaffe.
Le 22 , le Duc d'Orléans a prêté ferment
entre les mains du Roi , en qualité de Gouverneur
& Lieutenant- Général du Dauphiné,
DE PARIS , le 31 Octobre.
Réglement du Roi , du 1er. Juillet 1786 ,
concernant les effets des Bas Officiers , des
Soldats & des Canoniers Matelots de la Marine
& des Colonies , qui meurent au fervice
du Roi , fans tefter , les parts de prifes & les
gratifications réclamées par les familles de
ces mêmes Officiers , & la part de prifes des
Bas Officiers & Soldats morts , ou Déferteurs
, ou qui ayant été arrêtés , congédiés ,
n'auroient pas réclamé ce qui leur appartient
depuis leur réforme.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , di 13
Mai 1786, portant évocation & attribution
à l'Amirauté de Dunkerque , de toutes de
mandes en paiemens d'aifurances , relatives
aux navires fufpectés de fraude & de bararerie
, dont la connoiffance a été attribuée à ce
( 29 )
S'ége , par Arrêts du Confeil des 22 Janvier
& 16 Février de niers.
Lettres Patentes du Roi , du 20 Aoûr
1786 , concernant la taxe des droits des
Commiffaires à Terrier.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 2 Août
1786 , portant réglement entre les Officiers
des Maîtrifes , pour les délivrances à faire aux
Gens de Main- morte , & autres commiffions .
Ordonnance du Roi , du 3 Septembre
1786, concernant la formation & la falde
du Régiment de Carabiniers de Monfieur.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 15 Septembre
1786 , qui établit un Bureau de Timbre
pour la mufique. Par cet Arrêt , de fept
pages , & compolé de 25 articles , eft ordonné
que :
Les Auteurs & Editeurs qui defireront faire
graver des ouvrages de Musique , avec paroles ou
fans paroles , ne pourront le faire fans avoir
obtenu de M. le Garde des Sceaux la permiffion
ou le privilége du fceau , conformément
aux Ordonnances & Réglemens établis pour
la Librairie ; & il ne fera accordé , pour lefdits
ouvrages , aucun privilege du fceau ou aucune
permiffion aux Marchands Editeurs , qu'en juftifiant
par eux de la ceffion qui leur en aura été
faite par les Auteurs ou propriétaires , ou qu'autant
qu'ils fe préſenteront les premiers , lorſqu'il
s'agira de faire imprimer ou graver dans le
Royaume la Mufique qui , fans être une contrefaçon
, aura déja été gravée ou imprimée en pays
étrangers. Tous ceux qui auront obtenu
des priviléges ou permiffions pour imprimer ,
b 3.
(4.30. )
graver & vendre ou faire vendre de la Mufique
nationale ou étrangere , feront tenus d'en four
Ar pour les Bibliotheques publiques , neuf
exemplaires à la Chambre ¡ yndicale des Libraires
& Imprimeurs, oude les envoyer francs de port, &
ce avant d'en vendre ou diftribuer aucun Fautre
exemplaite . Nul ne fera le commerce de mufique
, qu'il ne foit infcrit comme Marchand de
Mufique à la Chambre fyndicale de la Librairie ,
dans l'arrondiffement de laquelle il fera établi ou
voudra s'établir ; & tout Marchand de Mufiqué
payera pour cette infcription le même prix que
les Fondeurs de caracteres , fans toutefois acqué
rir d'autres droits par cet acte , que celui de
faire le commerce de Mufique . Il fera tenu en
outre de préfenter un certificat valable de bon
nes vie & moeurs , lequel fera tranfcrit fur le
registre tenu à cet effet , & dont fera donné
copie avec l'acte d'infcription fignés par les
Syndic & Adjoints , & fera la life defdits Mar
chands , ainfi que leur demeure , imprimée à la
fuite de celle des Fondeurs de caracteres.
N'entend , Sa Majefté , empêcher les Auteurs
de faire graver, imprimer & vendre par eux mê
mes la Musique de leur compofition , pourvu
néanmoins qu'ils en obtiennent préalablement
la permiffion de M. le Garde des Sceaux , & c.
་ རཱ
Les Officiers de la Chambre fyndicale de
la Librairie feront chez les Marchands , Gra
veurs & Imprimeurs en Mufique les vifites
qu'ils croiront convenir , ou dont ils feront requis
par les intéreflés . --Les Ma chands
de Mufique payeront chaque année aux Officiers
de la Chambre fyndicale , pour tous droits de
vifite , la fomme de fix livres. Il y aura à
l'Ecole royale de Déclamation & de Chant à
Paris , un Bureau pour timbrer toute piece de
((3 *:))
mufique gravée ou imprimée que l'on voudra
mettre en vente →→ Toute mufique qui fe trouvers
exposée en vente , ou qui fera prouvée
avoir été vendue ou diftribuée après la publication
du préfent Arrêt , fans avoir été loumise
à cette formalité , fera faifie , & le contrevenant
condamné à l'amende de trois mille livres
Il y aura au Bureau deux timbres ; l'un
por:ant le mot Mafique , & fervant pour timbrer
les exemplaires de Mufique qui feront imprimés
ou gravés après la publication du préfent
ancienne
Arrêt ; & l'autre portant ces mots ,
Mufique , & fervant à timbrer toute Mufique imprinée
ou gravée avant ladite publication ,
Toure Mufique qui devra êtretimbrée du premier
timbre , payera deux fous pour livre du
prix de fa valeur de Marchand à Marchand
firelle a été gravée dans le Royaume ; & toute
celle qui fera timbrée du fecond timbre , payera
un fou pour livre du prix de fa valeur de Mar
Sa
chand à Marchand , excepte néanmoins
Majefté , de ce tarif , les Journaux de Mufique
qui ne payeront que le fon pour livre du prix
marchand de l'abonnement
, & ne pourront être diftribués fans avoir été timbrés ; comme auffi
la Mufique qui fe trouvera à vendre chez des
Particuliers , foit après décès , foit autrement
par autorité de juftice , laquelle ne payera que fix deniers par livre , fur l'eftimation faite par
experts , & fera timbrée avant de pouvoir être
mile en vente . Toute Mufique gravée
en pays étranger , entrant dans le royaume pour y être vendue & débitée , payera toujours &
fans exception & diftinction , les deux tous pour
& le dixieme en
livre du prix de fa valeur
fus. Tous ceux qui auront de la Mufique
à faire timbrer , pourront n'en faire tim-
T
b 4
( 32)
brer à chaque fois que le nombre d'exemplaires
qu'ils voudront alors vendre ou diftribuer , pourvu
qu'ils faffent inventorier le furplus par les
Prépofés à la marque du timbre , lefquels
fcelleront le furplus pour être représenté dans
le même état , lorfque les Propriétaires voudront
en faire timber & vend e la totalité ou
feulement une partie ; & ces parties ainfi fcellées
, feront dépofées au Bureau du timbre , fi
mieux n'aime le Propriétaire le foumettre à
les repréfenter dans le même état , & les fcellés
bien entiers. Défend , Sa Majefté , à toute
perfonne , à peine d'amende de trois mille livres
, de contrefaire aucune piece de Mufique ,
défend pareillement d'en graver aucune avant
d'avoir obfervé les formalités ci- deffus prefcrites
; & en cas de contravention , veut , Sa Majefté
, que la faifie foir faite fur fimples exemplaires
, aufi bien que fur planches . Toute
Mufique venant de l'Etranger , fera plombée
au premier Bureau frontiere où elle féra préfentée
, & expédiée par acquit à caution pour
la Chambre fyndicale de Paris , qui fera tenue
d'en faire la vifice & la renvoyer enfuite au
Bureau du timbre. Enjoint , Sa Majesté ,
à tous les prépofés des Fermes , tant aux frontieres
, que dans l'intérieur du Royaume , de.
s'oppofer à toute introduction frauduleufe de
livres , mufique , planches ou caracters ; leur
enjoint de faifir les ballots ou paquets entrans
ou circulans en fraude , & de les dépofer ou
expédier , plombés & ficélés , avec acquit à
caution , à la Chambre fyndicale la plus prochaine
du lieu de la faifie pour y être procédé
par l'Inspecteur & les Officiers de ladite Chambre
, fuivant les formes ordinaires , à la vifite &
confifcation , s'il y a lieu. -Le produit de
( 33 )
Toutes les faifies de Mufique qui feront faites ,
fera attribué , favoir un quart aux Employés
des Fermes , lo fqu'ils auront eu part à la faifie ;
un quart à la Chambre fyndicale dans laquelle le
dépôt aura été fait , ou la moitié fi la faffie a été
faite par les Officiers de lalite Chambre , & le
furplus à l'Ecole royale de Déclamation & de
Chantment
Défend, Sa Majefté , de contrefaire
les timbres , la marque du Graveur ou les
fignatures , à peine de faux , de trois mille livres
d'amende , de confifcation , & d'être poursuivi
extraordinairement , & puni fuivant l'exigence
des cas.
Veut , Sa Majefté , que le produit
du timbre , ainfi que celui des amendes & confifcations
ci - deffus ordonnées au profit du Bureau
du timbre , foient employés à l'entretien de
l'Ecole royale de Déclamation & de Chant établie
dans la ville de Paris , &c . & c..
Suivant une lettre de Breft , dont nous ne
garantiffons pas les avis , on preffe dans ce
port l'armement de la frégate la Junon , fous
le commandement de M. de Flotte , qui doit
aller remplacer l'Experiment à la ſtation de la
Côte d'Afrique. On arme auffi une gabarre
qui fera commandée par M. de Villemagne ,
& à bord de laquelle M. le Chevalier de Bouflers
repaffera à fon commandement du Sénégal
. Cet établiffement va prendre une
confiftance importante pour le fuccès de la
traite des nègres que le Gouvernement veut
protéger efficacement.
M. Keraulas de Cohars prend le commandement
de la frégate la Félicité qui eft en armement
pour l'Inde , & qui partira de conerve
avec quelques autres bâtimens . Cette
bs
"
(( 34 )
1
petite divifion paffera M. de St. Rival qui
va remplacer M. d Entrecafteaux dans la ftation
des mers de l'Inde , & ramenéra M.
d'Entrecafteaux à l'Ile- de France , où il va
fuccéder à M. le Vicomte de Soui hac. Les
autres Officiers daftinés à former l'Etat-
Major des troupes Françoi es dans ces
contrées , s'embarqueront fur la même divifion.
Les vents qui ont régné fur les côtes au com →
mencement de ce mois forcerent le 3 plufieurs,
pêcheurs de Dieppe de s'échouer pour Lanver
leurs vies , à Pourville & fous la côte de Varangeville.
Un bateau avec neuf hommes d'équipage
, fut obligé d'échouer dans cet endroit
à minuit ; la mer étoit fi forte , que les vagues
paffoient fur ces malheureux à plus de 10 pieds ;
ls referent dans cette fituation jufqu'à 6 heures
du matin , que Pierre Morin , valet de charrue
du fieur Etienne Folliot , Laboureur à Varangeville
, conduifant quatre chevaux de fon maître
fur une terre voifine de la mer , entendir des
voix plaintives au milieu de la tempête ; il s'approcha
, découvrit dix infortunés regardant la
montagne & criant au fecours ; fon premier mouvement
fut de defcendre avec les chevaux pour
tirer le bateau de ta mer , & faciliter à l'équipage
le moyen d'en fortir ; il leur cria d'at.acher
une corde à leur bateau , & de lui jetter
Pautre bout ; ce qui fut exécuté avec autant
de rapidité que de fuccès. Après avoir mis at
terre les hommes , il les conduifit chez fon
maître pour leur faire prendre des rafraichiffemens
dont ils avoient befoin ; ils y pafferent ce
jour & le lendemain.. La mer s'étant calmée le
( 35 )
troisieme jour , Morin fut commandé par fon.
maître ,, pour aller aider à remettre le bateau à
flet. Felliot refufa toute récompenfe ; le valet
n'accepta que malgré lui une modique rétriburion.
N. B. L'anonyme qui nous a demandé
de la part d'une Famille Irlandoife , établie
en France , une information relative à une
perfonne digne de la plus grande eftime ,
eft prié de le faire connoître au Rédacteur
qui ne peut donner cette réponte publi
quement.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 28 Octobre..
Notre Gouvernement a fait remettre, le
Mémoire fuivant au Baron de Hop , Minif
tre des Etats Généraux dans cette Capitale .
Deux bataillons des troupes de la Républi
que des Provinces-Unies étant forcis refpe&ivement
, le 7 & le 8 du préfent mois de Sepbre
, de Maeftricht , pour fe rendre vers la
Mairie de Bois -le -Duc , ont violé le territoire
de l'Empereur , en dirigeant leur marche à
côté de la maison du nommé Jean Peeters , fi
tuée dans les bruyeres du pays de Weeri , à
une lieue de la ville , vers les frontieres du
pays de Lege. Plufieurs foldats de ces batails
lons font entrés dans la maifon dudit Peeters ,
& s'y font fait donner à manger & à boire
ayant d'ailleurs contenté l'hôte ; mais d'autres
se font fait donner une affez grande quantité
b 6
( 36 )
de lait , fans en avoir fait le paiement ; & l'hôte
a perdu dans cette circonftance quelques petits
meubles de cabaret.
Le préjudice fait à l'hôte eft d'une médiocre
confidération ; mais en en faiſant même abſtrac
tion , le cas préfente toujours une violation du
territoire de Sa Majefté ; & le Gouverneur- Général
, en déférant cette violation , par une information
juridique aux Seigneurs Etars - Géné
raux des Provinces- Unies , connoiffant d'ailleurs
les fentimens de L. H. P. pour l'Empereur , ain
que leur Juftice , fe promet qu'elles ne differeront
point de faire réparer convenablement
l'infulte faite au territoire de S. M. , & de faire
punir ceux qui en font les auteurs .
M. le Baron de Hop eft requis de porter à
cet effet le préfent mémoire à la connoiffance
de fes maîtres. Fait à Bruxelles le 28 Septembre
1786.
2
Nous annonçâmes , il y a fix femaines ,
qu'enfin l'on étoit parvenu à atteindre la plus
haute cîme du Mont B'anc . Cette décou
verte , dont l'utilité n'eft pas encore parfaitement
fenfible , n'en fuppofe pas moins une
force de tête & une opiniâtreté de courage
dont et bien peu d'exemples . C'eft nn
jeune guide de Chamouni , nommé Balmat,
dont M. de Sauffure a fait mention plufieurs
fois très avantageufement, à qui eft dû I honneur
de ce fuccès . H l'a partagé avec un de
fes compatriotes , nommé M. Paccard , &
Médecin. Mr. Bourrit , très connu par fes
Tableaux & par fa Defcription des Alpes ,
vient de nous adreffer une relation qu'il a
(837 )
faite de ce voyage au Mont Blanc , & nous
nous empreilons de concourir à fes vues , en
préfentant ici la fubftance de fa lettre .
Toutes les tentatives , faites d'un côté éloigné
du Chamouni , pour efcalader le Mont- Blanc ,
ayant été jufqu'ici infructueufes , les Guides de
cette vallée fe déterminerent à reprendre leur
ancien chemin : ils s'y acheminerent en Juillet
dernier au nombre de fix ; & quoique dans l'intention
de faire les derniers efforts pour arriver
fur le fommet , ils fe virent contraints d'y renoncer.
Mais l'un d'eux , nommé Jacques Balmat ,
eut un fort différent de fes compagnons ; il s'égara
fur ces plages neigées , & la nuit l'ayant
furpris , il la palla à une hauteur plus grande
que celle du Dâme ou Aiguille du Gouté, &
ne dut fa confervation qu'à fa jeun - ffe & à fa
vigueur. Le lendemain , s'étant, reconnu , il obferva
le fommet du Mont - Blanc , dont il étoit fi
près , & apperçut un côté dont l'accès lui parut
facile. Defcendu à Chamouni , au grand conten
tement de les compagnons qui le croyoient précipité
, il fut vifité par le Do&eur Paccard , à
qui il confix fes obfervations & fes efpérances .
Balmar avoit vu le Mont- Blanc de très-près : ce
jeune homme étoit affuré d'y parvenir & fe faifoit
fort d'y conduire M. Paccard. Its partirent
donc en femble le 7 Août ; ils coucherent fur le
fommet de la Côte , & le 8 à quatre heures dur
matin ils mirent le pied fur les glaces qui decendent
fans interruption du Mont - Blanc . Leur
marche fut lente , mais continuelle ; ils eurent
de la peine à gravir des efpaces roides , nais
fans dangers le beau temps les foutenoit , &
l'espoir d'atteindre cette fois ci le Mont Blanc
renouvelloit leur force , que la fatigue & un air
( 38 )
rare fembloient devoir épuifer à chaque inftant,
Leurs jouillarces augmentoient avec leurs peines
A mesure qu'ils s'élevoient , les plaines sembloient
le rapprocher du pied du Mont ; les la
byrin hes de tant de vallées , cette foule de montagnes
, de fommités échevélées , les précipices ,
les torrens
les rivieres , les lacs , les cimes argentées
par les neiges & les glaciers s'abaif
fcient à chaque pas des voyageurs vers la cine
Au-deffus d'eux , le ciel déja foncé le devenoit
davantage ; il découpoit les fommités & les rapprochoit.
Ils fe croyoient fur de beaux nuages
des plages d'une neige brillante , ondoyées , ai
doient à l'il ufion eux -mêmes s'imaginoient
tenir à des êtres fupérieurs à la nature humaine ;
& plus ils s'élevoient , plus cette illufion appro
choit de la vraisemblance.
Cependant les espaces qu'ils avoient devant
eux les défe péroient ; ils croignoient de ne por
voir les parcourir de jour ; ils doutoient de leurs
efforts , de leur puiffance. A trois heures aprèsmidi
ils ne favoient encore ce qu'ils deviendroient
& où ils atteindroient : l'inquiétude s'em
paroit de leur ame. Le docteur commençoit àperdre
haleine ; fes genoux fe roidiffoient , & le
froid l'empêchoit d'avancer : fon compagnon ,
plus exercé , plus hardi , l'encourageoit ; & il y
eur des inftans où ils défefpérent de leur entreprife.
Une fommité fe préfente à eux , ils dou
tent que ce foit la derniere . Balinat , réfolu de
s'en affurer , s'élance feul ; le chemin perd de
fa difficulté à mesure qu'il avance ; les neiges
font fermes , & il fent qu'il n'a que quelques pas
à faire pour arriver fur le fommet du Mont
il s'y voit, Quelle joie la terre entiere eft ſous
fes pieds ; il annonce , par fes cris , fon triom
phe à fon compagnon : il defcend à fa rencon
( 39 )

tre , le ranime , l'aide , & à fix heures & denie
ils fe trouvent enfemble fur ce Mont fameux
élevé au defius de la mer de 2416 toifes . Chamouni
les y contemple : les étrangers les y voient
au bout de leurs lunettes ; ils les avoient faivis
dans leur marche avec inquiétude..:
One ! fpectacle s'affrit alors aux voyageurs
le cici étoit noir , & l'aftre du jour fur fon déclin
paroiffoit immenfe ; fes rayons , d'un pourpre fu
perbe , flamboyoient dans la vafte étendue , & à
mesure qu'il defcendoit , il fembloit fe frayer un
paffage au travers de la terre. La France , la
Suiffe , l'Italie étoient étendues comme des car.
tes en relief, colorés des plus magnifiques & des
plus vives couleurs ; mais les chaînes torrueuſes
des Alpes , leurs fommets éclatans , les gorges
profondes lenr offroient des beautés qu'on ne fau
roit décrire. Tant d'objets qui auroient deman
dé des heures d'obfervations , ne purent être cons
templées qu'une demi heure. Le froid qu'ils
éprouvoient , & l'inquiétude de voir approcher
la nuit , ne leur permirent pas une plus longue
tation leurs vivres fe gêtoient dans leurs poches,
& leur thermomètre marquoit fix dégrés fons zéro .
Ils defcendirent donc avec rapidité à la maniere
des montagnards des Alpes , qui fe laiffent glif
fer , appuyés fur leur bâton , les jambes immobiles
; & franchiffant de vaffes efpaces , ils tra
versèrent avant la nuit les paffages les plus dan
gereux. La lune , qui fuccéda au foleil , leur
permit de continuet leur chemin , de voir les
crevaffes & de les éviter. Balmat , qui alloit devant
ufa de prudence ; fon difcernement fut sûr ,
& il eut le bonheur de defcendre avec fon compagnon
fans danger. A minuit il arriverent à la
Côte , où ils fe repoferent deux heures ; & re- -
prenant leur chemin , il arriverent a huit heu
3
( 40 )
res du matin au prieuré , étant prefque aveu
glés , & ayant les levres extrêmement enflées :
leur féjour fur les neiges fut de vingt heures .
Balmat , huit jours après la defcénte du Mont-
Blanc , avoit encore le vifage défiguré , & la
démarche d'un homme que Fon a réveillé brufquement
& fait fortir du lit.
Voilà donc le Mont Blanc acceffible , & mon
jugement confirmé. Cette découverte ne peut
qu'avoir des fuites importantes , & déjà M. de
Sauffure a voulu en profiter ; il est monté fur
la Côte avec dix- fept guides , & il avoit le pied
fur les neiges lorique le mauvais tems qui eft
furvenu l'a forcé de defcendre.
En attendant que i'Hiftoire naturelle tire des
fruits de cette découverte , l'on doit admirer
le courage de nos Voyageurs , & Balmat furtout
doit en efpérer une honnête récompenfe .
J'ai fouvent entendu dire aux étrangers qu'ils
contribueroient à un prix pour celui qui , le
premier , parviendroit fur le Mont Blanc :
Balmat a expofe fa vie , fa fanté pour cette découverte
qui lui eft due . Son compagnon n'a
pas befoin de récompenfe , fon pere eft un des
plus riches habitans de la Vallée d'ailleurs il
n'en eft pas d'un Amateur comme d'un Guide.
J'apprends déjà que M. le Médecin Paccard
efpere tirer des fruits de fa courfe ; qu'il s'eft fait
annoncer à Laufanne , & s'y est fait voir comme
le conquérant du Mont-Blanc , dont il promet
une defcription pour quelle il fait déjà
foufcrire tandis que le pauvre Balmat , à qui
l'on doit cette découverte , refte prefque ignore,
& ignore qu'il y eft des Journalistes , des journaux
, & que l'on puiffe , par le moyen de ces
trompettes littéraires obtenir du public une
forte d'admiration,
,
( 41 )
Trois Dames angloifes ( Mifs Parminter ) font
auffi montées cet été fur le glacier du Buet , conduites
par M. Brenger & le Guide nommé
le Grand Joraffe . Elles ont eu quatre heures de
neige à parcourir avant d'atteindre le fommer;
mais elles étoient aguerries par deux cents lieues
de marche dans les A'pes de la Suiffe & du
Vallais.
Voilà une bien longue lettre , mais vous me
la pardonnerez en faveur du fujet.
Je fuis , &c.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres .
Les Etats de Zélande viennent de prendre
une réfolution finale & péremptoire fur la
marche qu'ils fuivront dans les troubles de
la République .
Extrait du Registre des résolutions des Seigneurs
Etats de Zélande.
Ayant été délibéré par présomption , pour
fatisfaire à la réfolution de L. N. P. du 9 de ce
mois, & pour terminer le rapport du 6 précédens
, à l'égard de la miftive du Roi de Pruffe
actuellement régnant , écrite à L. H. P. le 2
Septembre , & contenues dans les lettres crédentiales
de M. le Comte de Goertz , pour don
ner ouverture , tant à L. H. P. qu'à chacun des
Etats des diverfes Provinces , des fentimens dudit
Seigneur Roi , relativement aux différens
actuels qui exiftent dans quelques - unes de ces
Provinces .
Il a été trouvé bon & entendu que les Sei(
42 )
gneurs Députés ordinaires à la Généralité fe
ront autorifés , comme ils le font par la préfnte
, de déclarer là où il fera trouvé convena
ble , que dans la Province de Zélande il ne
s'ell élevé aucun différend avec S. A. Mgr. le
Prince d'Orange , qui puiffe donner à Sadire.
Alteile des raisons de plainte d'oppreffion , &
que par conféquent les paffages qui fe trouvent
dans ladite lettre à cet égard ne peuvent en
aucune maniere concerner cette Province,
Q'altérieurement , pour ôter une fois pour
toutes , tout doute à l'égard du vrai fyftême
auquel cette Province s'eft conſtamment attachée
, & auquel elle continuera d'inhérer dans
les circonstances actuelles des chofes , L. N. P.
ne font point difficulté de déclarer qu'elles n'ont
rien de plus à coeur que la confervation de la
Conflitution de cette République , telle qu'elle
eft établie par l'union , pour la défenſe réci-
`proque & le maintien de la fouveraineté de
cette Province , comme membre intégrant de
l'Union , ainfi que pour la défenfe des libertés
& droits des habitans , le pouvoir de la Régence
& l'autorité de la Juftice.
Que L. N. P. font fermement réfolues' de
maintenir les hautes dignités de Stadhouder ,
Capitaine & Amiral- Général , avec tous leurs
droits & prérogatives , confiés tant par L N.P.
& leurs Provinces , que par les Confédérés en
général , avec connexion de l'état commun &
d'une maniere permanente à S. A. s'attendant
que ces dignités ne cefferont jamais de répondre
au deffein de leur inftitution . Que comme
aucune forme de Régence ne peut érte dite fans
défaut , L. N. P. ne nient point qu'il s'eft introduit
des abus dans la direction publique des
affaires , & defirent s'appliquer avec les autres
( 43 )
C
Confédérés au redreſſement defdits abus : mais
qu'elles fe tiennent pour certaines que ces abus
réfident dans l'exécution & non dans la Conftitution
, & regardent par là comme très - dangereux
de vouloir fapper les fondentens de la Régence
, fous prétexte d'amélioration.
Que de plus L. N. P. ne négligeront point
d'employer tout leur pouvoir auprès des Confédérés
, là où il fera néceffaire , pour éteindre
les divifions & méfiances , rétablir le lin af
foibli de l'union , & pofer fur des fondemens
folides la forme de Régence avec les droits des
bourgeois ; ce à quoi L. N. P. font prêtes à
employer leurs bons offices , ainfi qu'e les l'ont
offert plufieurs fois par un arrangement com
mun des Confédérés, requérant à cet effet l'aflif
tante des Provinces qui font dans les mêmes
fentimens que L. N. P. , afin que par des réfo
Jutions promptes & cordiales , la République
puille montrer qu'elle a encore affez de fermeté ,
de nerf & de force dans fon propre fein , paur
fans l'intervention des Puillances étrangeres ,
raffermir fa liberté. Pour la confe &tion duquel
but falutaire , MM. les Députés ordinaires de
cette Province à la généralité font autorifes par
la préfente à convenir avec s Seigneurs Députés
des Confédérés refpectifs.
Que 6 néanmoins ces efforts étoient , contre
toute efpérance , inutiles , & que la continua
tion des différends donoât occafion à des voifin
puifans de cet Etar , de le mêler de maniere
ou d'autre dans ces diffenfions , L. N. P,
déclarent
es tiendront cette Province pour
hors des fuites , & qu'elles auron : foin en tel
cas que leurs bons habitans ne deviennent point.
les victimes malheureufes d'un différend qui ne
les regarde point, ni comme membres de la
( 44 )
Confederation , ni provincialement , hi en au
cune façon .
Et fera envoyé extrait de la préfente réfolu
tion auxdits Seigneurs députés pour leur infor
mation.
Signé , VANDE SPIEGEL .
( Gazette de la Haye , nº . 128. )
A la fuite de cette réfolution , les mêmes
Etats de Zélande ont pris l'arrêté fuivant.
Il a été trouvé bón & arrêté , qu'en confidération
qu'il eft entiérement convenable que les
Mémoires préfentés à cet Etat par les Minif
tres des autres Puiffances , & contenant des démonftrations
d'amitié & de defi pour la profpérité
de la République , ne toient point laiffés
fans réponse , mais qu'on doit y répondre d'une
maniere convenable & conforme à la nature des
circonstances : & que les projets de réponſes tant
à la Cour de Londres qu'à celle de Berlin , conçues
dans les Rapports de la Généralité , pris
en leur entier fout compofés dans les termes
Convenables pour exprimer les fentimens qui
conviennent à la Rébliqué à l'égard des Puis
Pances voisines avec lefquelles elle le trouve en
amitié , MM. les Députés ordinaires de cette
Province à la Généralité feront autorifés & chargés
, comme ils le font par la préfente , d'aider'
arrêter les réponses aux Mémoires préfentés
par les Cours de Londres & de Berlin far le
pied projetté , ou en termes non effen iellement
différents , & tels qu'il fera jugé néceffaire , avec
concurrence & accord des autres Confédérés.
Et fera envoyé Extrait de la préfente Réfo
lution auxdits MM. Députés ordinaires pour
leur inftruation .
(Signe) VAN DE SPIEGEL
( 45)
On mande d'Edam , ville de la province
» de Hollande , qu'on y a défendu toute efpeces
d'écrits périodiques , pour ou contre
les événemens dont la République eft aujour
d'hui le théatre. » ( Courier de Bas- Rhin. )
3
GAZETTE ABRÉGÉe des TribunaUX: ( 1 ) .
PARLEMENT DE PROVENCE.
Queftion intéreffante pour le Cmmerce.
Le Commiffionnaire qui n'agit qu'au nom de fon
Commettant n'est point obligé perfonnellement envers
le tiers.
Le co Janvier 1783 , les fieur Sarrene &
Compagnie , Négocians de la ville de Marfeille,
donnerent aux fieur Reynard & Compagnie ,
Négocians de la ville de Lyon , la commiffion
d'un aflortiment de dorures , de l'ordre & pour
le compte des fieurs Alberty , Négocians de
Smyrne. Les fieur Sarrene & Compagnie
n'agiffoient qu'en qualité de fimples Commi
fionnaires & d'Agens intermédiaires de leurs Correfpondans
ou de leurs Commettans ,"pour le
compte de qui la commiffion devoit être exécurée
; ce qui prouve qu'ils ne le regardoient
ni comme acheteurs de la marchandiſe ni
(1 ) On ſouferit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix est de 15 liv . par an , chez M. Mas , A ; ocať
au Parlement , rue de la Harpe , N° . 20 .
:( 46 )
comme débiteurs perfonnels du prix , c'eft qu'ils
offrirent d'être garans du paiement , moyennant
deux pour cent de provifion . La garantie
fut acceptée , & ce fut fous cette condition que
le fieur Reynard & Compagnie le chargere t
d'exécuter la commiffion : la commiffion faite ,
l'objet en fut adrefle directement par les fieurs
Reynard & Compagnie , d'après les ordres qu'ils
en avoient reçus , aux fieur Camande & Compagnie
, Négocians à Genes , pour la faire paffer
aux freres Alberty à Smyrne ; ils donnerent
en même tems avis à ces derniers , leur envoyerent
la factura en leur nom , montant à
14734 liv. , & les prierent de leur en donner
crédit . Les Geurs Alberty accuferent aux fieur
Reynard & Compagnie la réception de la caiffe
de galons , qu'ils trouverent , difent - ils , de
conformité , ainfi qu'ils l'avoient ordonnée , &
ils leur marquerent à même tems , le 3 Juillet
1783 , de s'entendre pour le paiement avec les
fieurs Sarrene & Compagnie qui leur en avoient
donné la commiffion: & auxquels ils en donneroient
crédit . Les fieurs Alberty ne firent point
les fonds de cet envoi au feur Sarrene & Compagnie
, & ces derniers tomberent en faillite.-
Le 21 Mars 1785 , les fieurs Gydin & Courynery
Négocians François à Smyrne , en qualité
de Procureurs fondés des fieurs Reynard , Seard
& Compagnie , préfenterent une requête au
Conful - Général de France à Smyrne contre
les fieurs Alberty freres , pour les faire condamner
au paiement des 14734 liv. montant
de la marchandiſe , avec intérêts & dépens.-
Les fieurs Alberty contefterent cette demande für
le fondement qu'ils n'avoient jamais connu ni
directement ni indirectement les fieurs Reynard ,
Seard & Compagnie , & qu'ils n'avoient donné
( 47 )
.30
commiffion qu'aux fieur Sarrene & Compagnie.
Sur les défenfes refpectives intervint Sentence
le 7 Juin 1785 , par laquelle le Conful de
Smyrne , fur l'avis des fieurs Victor , Michel
& J. B. Giraud , Négocians , qu'il prit pour
fes Affeffeurs , débouta les fieurs Reynard ,
Seard & Compagnie de leur demande en paiement
des 14734 liv. tourn, qu'ils répétcient
contre les fieurs Alberry freres , pour le
montant de la caiffe de dorure que ceux-
» ci avoient commife , y eft il dit , directement
& exclufivement aux fieur Sarrene &
Compagnie de Marfeille , leurs Correfpondans
& feuls CC
ommiffionnaires pour les
objets de leur commerce , & que ces
derniers leur avoient fait expédier par les
fieur Reynard & Compagnie de Lyon, On or
donna la faifie provifoire entre les mains des
>> fieurs Alber y des fonds qui pourroient leur
refter , appartenans aux fieur Sarrene & Compagnie
, après que les comptes refpe&tifs auroient
été définitivement réglés & liquidés,
» pour être lesdits fonds appliqués à qui de droit;
les fieurs Reynard , Seard & Compagnie furent
≫ condamnés en outre aux dépens de l'inftance. »
Ces derniers interjetterent appel de la Sentence
en la Cour. Arrêt du 28 Mai 1786 , par
lequel la Sentence du Conful de France à Smyrne
fut infirmée , & les fieurs Alberty freres condamnés
envers les fieurs Reynard , Seard & Compagnie
au paiement de 14734 liv . du montant
des marchandi´es qu'ils avoient reçues avec intérêts
, à compter du jour de la demande , &
en tous les dépens , tant de la premiere inftance
que des caufes d'aprel .


( 48 )
PARLEMENT DE FLANDRES.
%
Un Commiffionnaire de voiture eft il refpon- otrok
fable de la totalité des marchandifes de
l'expédition defquelles il eft charge ? Lorf
qu'une partie de ces marchandifes a effuyé
des avaries dans le tranfport , peut il
avant de payer les dommages intérêts exi
gés , demander l'intervention du voiturier
par lui commis ?
adu
樊the
Le fieur Muiron , Commiffionnaire à Lille , fe
charge de la conduite d'un ballor , contenam
feize pieces d'étoffe . Il reçoit la lettre de voiture
en fon nom , donne aux expéditeurs fa
foumiffion de faire transporter ce ballot à Marfeille
dans le trajet cinq pieces font avariées
les acheteurs refufent acceptation du furplus .
Conteftation portée devant les Juge & Confuls
de Lille. Le fieur Muiron demande l'interven
tion du voiturier à qui il a confié les marchan
difes ; il prétend d'ailleurs n'être refponfable que
de la partie avariée. Sentence Confulaire ,
du 4 Septembre 1781 , qui le condamne à tenir
pour fon compte la totalité des marchandifes
fauf ion recours. Arrêt confirmatif du z Sep,
tembre 1784.
tart
JOURNAL POLITIQUÈ
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 25 Octobre.
' Efcadre Ruffe , qui a croifé dans la Baltique
, fous les ordres du contr'Amiral
de Powalichin , eft rentrée à Cronstadt où
l'on eft occupé à la défarmer.
Le nombre des bâtimens arrivés à Crontadt
depuis le commencement de l'année
jufqu'à la fin d'Août , monte à 731 , & celui
des bâtimens qui en font partis dans le même
efpace de temps , à 567.
9
La Commiffion Ruffe , chargée de l'établiffement
d'Ecoles dans l'Empire , s'oc
cupe actuellement du projet d'y ériger auffi
plufieurs Univerfités. Le Directeur général
de toutes les affaires relatives à l'éducation
eft le Confeiller privé de Sawadowsky , à
qui l'Impératrice a confié auffi la direction
du nouveau Lombard . Les Ecoles ouvertes
, le 22 Septembre dernier , font au nombre
de 25.
N°. 45, 11 Novembre 1786. c
( so )
Les opinions font très partagées à Copenhague
fur la ftabilité & le fuccès de la
Compagnie actuelle de la Baltique & de
Guinée. Les bonnes maifons de commerce.
de cette capitale balancent beaucoup de s'y
intéreffer , & quelques-unes feulement ont
pris des actions. Il paroît que le fort des
nombreux Employés de cette Compagnie a
plus contribué à fa confervation , que la
perfpective de fes gains à venir.
Les rennes , que l'on a fait venir de la
Finmarche Suédoife , dans l'Evêché d'Aggerhus
, en Danemarck , y réufliffent parfaitement.
Leur nombre étoit de 125 en
1784 , & on en compte actuellement 221 .
Selon un Journal de commerce , l'année
derniere la fabrique Royale de tabac au
Mexique a fourni 4,474,998 paquets de tabac
coupé , & 62,863,018 pieces de tabac
en bâton. Cette fabrique occupe sooo hommes
& 2000 femmes.
DE BERLIN , le 24 Octobre.
S. M. , partie de Breſlau le 17 , eft ar ie
vée ici le 18 , accompagnée du Lieutenantgénéral
, Comte de Goertz, Pendant le fér
jour de notre Monarque à Breflau , il a conféré
le grand Ordre de l'Aigle Noir à M. de
Hoym , fon Miniftre en Silefie. Ce fut le
15 que ce Duché prêta foi & hommage
( 50 )
avec les cérémonies d'ufage. Diverfes promotions
furent déclarées le même jour : le
Comte de Saken , Miniftre privé d'État , &
grand Chambellan , a été élevé au rang de
Prince , relevant de la Couronne ; S. M. a
créé 12 Comtés & un Baron , & 14 familles
roturieres ont été annoblies .
En entrant à Breflau , S. M. fut reçue par
24 jeunes Filles élégammen : vêtues , dont
l'une repréfentoit le Duché de Siléfie , &
lui offrit des vers , compofés par une jeune
Demoiſelle de la Ville , en difant : Accepte
, 6 Monarque ! des mains de ta plus
jeune Ducheffe l'hommage de nos coeurs..
S. M. , à fon retour , s'est rendue à Charlottenbourg
où elle reftera jufqu'au 22 Décembre.
On va établir d'ici à cette maifon
de plaifance une chauffée , qu'on éclairera
avec des réverberes. Les Courriers d'Angleterre
, de France & de Hollande fe fuccédent
rapidement.
44
Les , la Reine douairiere eft revenue ici
de Schoenhaufen , & a pris les appartemers
au château de cette Capitale. Le lendemain
if y cut Cour chez S. M. , & elle reçut les
complimens de condoléance , à l'occafion
de la mort du Roi fon époux.
A la fin du mois dernier , le Corps des
Imprimeurs de cette Capitale alla faire fon
compliment au Roi . Le Libraire Decker
Forta la parole , & fupplia entr'autres S. M.
de continuer à protéger la liberté de la
C 2
( 52 )
Prefle ; protection qu'Elle promit dans les
termes les plus affectueux . Dans le difcours
qu'en pareille circonstance adreffa au Monarque
M, Philippi , Préfident de la ville de
Berlin , ce Magiſtrat reme cia le Roi des
faveurs qu'il venoit de rendre à la Litté-
» rature Allemande , & il fit l'éloge de la
a Monarchie Pruffienne , relativement aux
impofitions , de l'économie des Finances
qui difpenfe l'Etat de recourir à des em-
» prints étrangers , de la tolérance du Gou.
» vernement , &c.
??
La ville de Brandebourg a été affranchie
des enrôlemens , ainfi que le font Berlin &
Poftdam ,
La femme d'un Confeiller enfermé à
Spandau s'eft jerrée aux pieds du Roi , en
lui demandant la grace de fon époux . Elle
avoit amené avec elle fon enfant , âgé de
4 ans , qui embrafla les genoux de S. M. ,
en la fuppliant de lui rendre un pere. Le
Roi a relevé l'enfant avec bonté , eſt reſté
inflexible à la demande de fa mere , & lui
a accordé 100 rixdalers par an , pour l'édu
cation de fon enfant,
DE VIENNE, le 24 Octobre,
L'Empereur eft arrivé ici, le 14 , de fon
voyage en Bohême , & dans la Haute-Autriche.
Déjà l'on parle d'un nouveau départ
de S. M. I.; mais comme les uns font aller
( 53 )
41
ce Monarque en Italie , & d'autres dans les
Pays Bas , il eft conftant qu'on ne fait rien
encore de pofitif à ce fujet.
Par un Edit du 26 Septembre dernier , la
Lombardie Autrichienne a été divifée en
huit cercles ou Provinces ; favoir , Milan ,
Mantoue , Pavie , Crémone , Lodi , Bozolo &
Gallarate. Il exiftera autant de Tribunaux
municipaux avec une autorité & une Jurif
dict on déterminées.
Le 9 , le Baron de Gebler , Confeiller privé
de S. M. I. , vice -Chancelier pour la Bohême
& l'Autriche , & Commandeur de
l'Ordre de S. Etienne , eft mort ici à la fuíte
d'une apoplexie , dans la 62e. année de fon
âge. On a de ce Miniftre plufieurs ouvra
ges politiques & dramatiques très - eftimés,
M. de Gebler étoit né dans la Religion
Proteftante ; après avoir embraſſe le Catholicifme
, il entra au fervice de la Maifon
d'Autriche en 1754 , & fon mérite éminent
l'éleva de grade en grade dans l'Adminif
tration ; il emporte les regrets univerfels ,
en particulier ceux de l'Empereur , qui
dit on , lui deftinoit la place de Directeur
général de Gallicie .
S. M. a ordonné d'établir à Brody, dans
la Gallicie , des magafins d'entrepôt pour
les marchandifes nationales , & de tranfporter
dans cette ville la Douane principale.
Le: Manufactures de drap à Troppau s'étendent
& fe perfectionnent chaque jour.
c3
( 54 )
On y fabrique actuellement des draps fins
de la largeur de deux aulnes & au delà ; les
draps de ces Manufactures paffent la plupart
dans la Pologné , la Ruffie , la Turquie
& l'Italie.
La Corporation des Drapiers à Reichenbach
elt compofee actuellement de 670.
Maîtres ; ils ont fabriqué 18,344 pieces de
draps de 23 à 25 aulnes , depuis la S. Jean
1784 , jufqu'à la même époque 1785 , &
19,410 pieces , depuis la S. Jean 1785 , jufqu'à
la même époque de 1736. Nous donnons
ces notices , pour qu'on puiffe juger
des progrès de l'induftrie dans les Etats de
l'Empereur.
*
Les lettres de Conftantinople , en date du 25
Septembre , portent que Mr. de Bulgakow , à la
fuite d'un courier extraordinaire de fa Cout yenoit
de préfenter un nouveau Mémoire à la Porte,
& avoit eu quelques conférences avec les miniftres
de S. H. , mais qu'il n'avoit rien transpiré
du contenu du Mémoire , ni de l'objet des conférences
. Malgré le mystere gardé de part & d'au
tre , le bruit s'étoit répandu dans la ville que l'Impératrice
de Ruffie n'infiftoit plus fur les demandes
faites au mois de Juin dernier.
2.
L'Adminiftration des Provinces de Gallicie
& de Lodomerie eft compo ée de la
maniere fuivante :
Les Provinces font réparties en dix- huit cercles,
dont chacun a un Tribunal particulier. Le Confeil
du Gouvernement eft le dicaftre fuprême
pour toutes les affaires d'adminiftration . Le Chef
du Confeil a le titre de Commiffaire , & il eft
( 55 )
communément Confeiller privé actuel de l'Ema
pereur ; celui qui vient après lui eft un Confiller
de la Cour, & enfuite viennent les Confeillers du
Gouvernement. Le Tribunal fuprême de juftice
eft préfide de deux Préfidens qui ont le titre de
Confeillers privés actuels ; les autres Confeillers
font titrés de Confeillers actuels de Cour. Le Confeil
d'appellation eft compofé d'un Préfident ,
d'un Vice Préfident & de Confeillers. Les Salines
de Wiclizk & de Bochmi font fous la direc
tion d'un Confeiller actuel de Cour.' Les Domaines
, les Gabelles , le Tabac & les Douanes
font adminiftrés par des Chambres & des Bureaux
particuliers . Le commandement général des
Troupes eft confié à un Lieutenant - général .
Les grandes dignités de ces Provinces font au
nombre de dix ; fçavoir , un grand Maître , un
grand Maréchal , un grand Chambellan , un grand
Maître-d'Hôtel , un grand Veneur , un grand
Ecuyer, un grand Fauconnier , un grand Echanfon,
un grand Argentier & un Ecuyer- Tranchant.
Depuis que la Maifon d'Autriche eft en poffeffion
de la Gallicie , on compte près de 32,000 Allemands
qui font venus s'y établir.
DE FRANC FOR T >
le 30 Octobre
.
Le Landgrave de Heffe- Caffel a parcouru
cet Eté toutes les parties de fes Etats , afin
de juger par lui- même des moyens d'augmenter
le bonheur de fes fujets. L'intention
de ce Souverain eft d'animer toutes les
branches de l'induftrie nationale ; dans cette
vue , il a formé le projet de faire nettoyer
C 4
( 56 )
les rivieres de Diemel & de Wefer , & de
conclure une convention de commerce avec
la ville de Brême.
Les tranfports Anglois la Princeffe Royale
& le Neptune ont reçu l'ordre de fe rendre
le ro de ce mois à l'embouchure du Wefer ,
& d'y recevoir à bord 4 compagnies de
troupes , levées pour renforcer les Régimens
Hanoveriens qui font aux Indes Orientales.
Le 9 , on a célébré à Bieberoch les fiançailles
du Prince Frédéric de Heffe - Caffel ,
& de la Princeffe Caroline Polyxene de
Naffau- Ulingue.
On apprend de Vienne , que la Cour
d'Espagne a renouvellé pour dix ans avec
la Cour Impériale la Convention , relative à
la fourniture annnuelle de 160 quintaux de
vifargent.
La diferte en efpeces d'argent est trèsgrande
à Vienne. La Monnole a reçu l'ordre
de frapper fans perte de temps quelques
millions de pieces de 20 creutzers.
Suivant un Journal Allemand , la mifere
dans l'Etat Eccléfiaftique augmente chaque
jour, & la population y diminue d'année en
année. D'après le dernier dénombrement ,
fait fous la direction du Cardinal Valenti ,
la population ne monte pas au delà de
1,100,000 ames. Un grand nombre de ces
individus font oififs ; en général le nombre
des confommateurs excede de beaucoup
celui des cultivateurs & des artifans .
( 37 )
.
Un Auteur Autrichien préfente l'état fuivant
du Clergé dans les Etats de l'Empereur
; favoir, 8 Archevêques , 41 Evêques ,
800 Chanoines & 12,841 Curés féculiers &
réguliers Catholiques- Romains ; 1 Surintendant
& 1716 Miniftres de la Confeffion
helvétique; 9 Surintendans & 480 Miniftres
de la Confeffion d'Augsbourg; 1 Surintendant
& 135 Miniftres d'Unitaires ; i Archevêque
, 8 Evêques , & 5857 Prêtres Grecs
non unis, & 1 Archevêque, 6 Evêques & un
grand nombre de Prêtres Grecs unis.
Le même Auteur compte dans tous les
Etats de l'Empereur 1010 villes , 1550
bourgs , 60,626 villages , & 50,000 fermes.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Octobre.
Le vaiffeau le S. Hyppolite , de 112 can. ,
venant de la Havane où il a été conftruit ,
a mouillé au Ferrol , le 14 Septembre dernier.
C'eſt un préfent au Roi , de la Ville &
du Confulat de Mexico.
La Cour a publié le Traité de paix &
d'amitié , conclu avec le Dey & la Régence
d'Alger ; en voici la teneur :
Loué foit Dieu le Tous Puiffant. Le feptieme
jour de la lune de Chava l'an 100 de l'Hégire
il s'eft conclu une Paix & amitié perpétuelle entre
l'Espagne & Alger : Et en conféquence il a été
fait un Traité de bonne harmonie & avec bonne
( 58 )
volonté , pour complaire au Grand-Seigneur, entre
le Séréniffime & très - puiffant Prince Don
Carlos III , par la grace de Dieu , Roi d'Espagne
✰ des Indes , &c. d'une part , & de l'autre le magnifique
Mahamet Baxa Dey , le Divan, & la Milice
de la Ville & du Royaume d'Alger.
ART. I. Il y aura une paix perpétuelle entre le
Très - Puiffant Roi d'Espagne & les magnifiques
Baxa-Dey , Divan , & Milice de la Ville & du
Royaume d'Alger , ainſi qu'entre les Sujets des
deux Etats , lefquels pourront faire réciproque .
ment le commerce dans les deux Royaumes , & Y
naviguer entoute sûreté, fans que l'une des Parties
ne caufe de l'embarras ni de la peine à l'autre ,
fous quelque prétexte que ce foit.
II . Les Corfaires de la Régence ou des Partculiers
d'Alger, qui rencontreront en mer des Navires
Marchands Efpagnols , devront non - feule,
ment les laiffer naviguer librement , fans les inquiéter
; mais de plus ils leur donneront du lecours
& toute l'affiftance dont ils auront befoin ;
prenant garde que , lorsqu'ils voudront les vifiter,
ils leur envoyent à bord de leurs chaloupes , ontre
les Rameurs , feulement deux perfonnes de
prudence , lefquelles feront les feules , qui pafferont
à bori du Navire pour le v fiter. Réciproquement
les Vaileaux de guerre Espagnols en agi
rent de même à l'égard des Cofaires de la Régence
ou des Particuliers d'Alger , leſquels feront
terus de fe pourvoir d'un Paf'eport du Conful
d'Efpagne à Alger , pour qu'il n'y ait point de
doute ni d'erreur fur leur qualité .
III. Les Vaiffeaux Alg'riens feront admis dans
Lous les Ports & Rates de l'Espagne , toutes les
fois qu'ils fe verront obligés à y entrer , foit par la
tempête , ou par le befoin de fe réparer , ou pour .
Le fouftra're à la pourſuite d'ennemis. On leur
( 5599 ))
fournira tous les fecours & autres objets , dont ils
auront befoin , pourvu qu'ils les paient au prix
courant. Hors defdits cas on les admettra feulement
à commercer ou à acheter des vivres à
Alicante , Barcelone , & Malaga. Ils ne resteront
dans lefdits Ports qu'uniquement le tems néceffaire
; & ils ne les bloqueront point , pour troubler
le commerce des autres nations . Les Navires
Espagnols feront la même chofe dans les Ports
du pays d'Alger , dans lefquels ils feront admis &
fecourus de la même maniere .
IV. S'il arrivoit, que quelque Navire Marchand
Espagnol fût attaqué à la rade d'Alger , ou en
quelque autre Port de ce Royaume , par les ennemis
de l'Espagne , fous la portée du canon des fortereffes
; celles - ci devront la défendre & la proté
ger , & le Commandant obligera lefdits ennemis
à donner un tems fuffifant , pour que le Navire
Espagnol forte & s'éloigne deflits Ports &
Rades , durant lequel temps, qui ne fera pas moins
de vingt-quatre heures , l'on retiendra les Vaiffeaux
ennemis, fans qu'il leur foit permis de pourfuivre
le bâtiment Efpagnol. La même chofe s'obfervera
de la part du Roi d'Efpagne en faveur des
Navires Algériens , bien entendu , que ceux - ci
ne pourront faire des prifes fur leurs ennemis en
deça de la portée du canon de toutes les côtes Elpagnoles
, fi ces Bâtimens font à la voile , ni à la
vue desdites côtes , s'ils les rencontrent à l'ancre ,
puifqu'un Navire mouillé doit être confidéré comme
étant fous la protection de la côte.
V. Les ennemis des Algériens , qui fe trouveront
comme paffagers , fur des Navires Espagnols,
& les Efpagnols , paffagers fur des Bâtimens enne.
mis d'Alger, ne pourront être faits Efclaves, fous
quelque prétexte que ce foit , quoique ces Navires
euffent fait de la réſiſtance avec combat. La
сб
( 60 )
même chofe s'obſervera par l'Espagne à l'égard
de fes ennemis , paffagers fur des Bâtimens Algériens
, ou à l'égard des Algériens , paffagers fur
des bâtimens ennemis de l'Espagne. Les paffagers
devront prouver qu'ils le font , par des palleports
de leurs Confuls dans les Ports d'où ils font fortis,
dans lesquels paffeports feront exprimés leurs Equipages
& les autres effets , qui leur appartiendront.
VI. Si quelque navire Eſpagnol venoit à fe perdre
fur les côtes de la dépendance d'Alger , foit
qu'il ait été pourſuivi par des ennemis , ou qu'il
ait été forcé par le mauvais tems , on lui fourni a
toute l'affiftance , dont il aura befoin pour ſe réparer
& pour recouvrer fon chargement , payant
le travail & autres fecours qui lui auront été fournis
, fans qu'il fe puiffe exiger quelque Droit ni
Tribut pour les Marchandifes , qui auroient été
déposées à terre , à moins qu'on ne les ait vendues
ou qu'on ne les vende dans le Part dudit Royaume .
VII. Tous les Négocians Espagnols , établis
dans les Ports & fur les côtes du Royaume d'Alger,
pourront faire mettre leurs Marchandifes à
terre , les vendre , & faire des achats , fans payer
plus de Droits, que les habitans n'en ont coûtume.
La même permiffion fera accordée aux Algériens
dans les Ports de la Domination Eſpagnole , men-2
tionnés en l'Article II. Et , dans le cas que lef
dits Négocians ne feroient débarquer leurs Marchandifes
que pour les mettre en dépôt , il leur
fera libre de les faire rembarquer , fans payer
quelque droit que ce foit. Les Algériens en Élpagne
& les Espagnols à Alger paieront les mêmes
droits , que paient les François dans les deux
Etats , fe conformant en tout à ce qui s'obſerve à
l'égard de cette Nation .
VIII. Les Algériens ne donneront aucun fecours
ni protection quelconque contre les E fpa(
81 )
"
gnols aux Vaiffeaux de quelque autre Nation en
guerre avec les Efpagnols , quand même ils feroient
Mufulmans , ni à ceux qui feroient pourvus
de Lettres de marque de la part de telles Na
tions ennemies ; & ils ne pourront fe pourvoir
eux-mêmes de Lettres de marque de ces Nations,
pour croifer contre les Efpagnols . L'Efpagne obfervera
les mémes ftipulations à l'égard des Algériens.
IX. Les Espagnols ne pourront être forcés
pour quelque caufe ou fous quelque prétexte que
ce foit , à prendre contre leur gré des chargemens
à leur bord dans les Ports & Rades d'Alger , ni à
faire des voyages dans des parages , où ils n'avoient
pas la volonté d'aller .
X. Il réfidera à Alger un Conful d'Efpagre
avec toutes les mêmes prérogatives , dont joyit
celui de France , pour prendre connoiffance de
toutes les affaires des Espagnols , de la même manieré
que celui de France prend connoiffance des
affaires des François ; & il exercera toute Jurifdition
dans les différends , qui s'éleveront entre
des Espagnols , fans que les Juges de la Ville
d'Alger puiffent en prendre connoiffance.
XI. Il fera libre à tous les Espagnols dans le
Royaume d'Alger d'exercer la Religion Chrétienne
, fant à l'Hôpital - Royal Eſpagnol des Religieux
Trinitaires de la Rédemption en la Ville
d'Alger ,,
que dans toutes les maitons des Confuls
ou Vice- Confuls , qu'il fera trouvé dans la
fuite convenable d'établir en d'autres endroits.
XII . 11 fera permis au Conful de choisir luimême
fon Dragoman ( ou Interprête ) & fon
Courtier ou Homme d'affaires , ainfi que de paffer
libremen: à bord des bâtimens Eſpagno s à la
Rade , toutes les fois qu'il le jugera convenable.
Il arborera le pavillon Efpagnol fur fa chaloupe ,
& il pourra le mettre également fur la maison.
( 62 )
XIII. S'il s'élevoit quelque difpute ou différend
entre un Espagnol & un Turc ou un Maure , ce
différend ne po irra être jugé par les Juges ordinaires
de la Ville , mais uniquement par le Con-
Teil des Magnifiques Baxa- Dey , Divan & Milice
de la Ville & du Royaume d'Alger , en préfence
du Conful , ou bien par le Commandant dans les
Ports & autres qu'Alger. On accordera ce différend
felon la justice , & l'on effectuera une réconciliation
entre les Parties.
XIV. Le Conful d'Efpagne ne fera point , par
fon emploi , refponfable des droits des Négocians
& autres Individus Efpagnois , à moins qui ne fe
foit engagé pour elles par écrit. Et les viens des
Efpagnols qui viendront à mourir à Alger feront
remis à la difpofition du Conful d'Espagne , pour
qu'il les faffe tenir aux Eſpagnols ou autres per
fonnes à qui ils appartiendront . Et l'on obfervera
la même chose en Espagne , en faveur des Aigériens
qui voudront s'y établir.
XV. Le Conful Eipagne à Alger jouira de
l'exemption de tous droits , pour ce qui regarde
les provifions & autres effets quelconques , néceffaires
à l'entretien de fa maiſon .
XVI. Si quelque Espagnol bleffe un Turcou un
Maure , il ne poutra en être puni fans qu'on cite
fon Conful , pour défendre la caufe de l'Espagnol;
& , dans le cas qu'un accufé Eſpagnol s'échappe
de Conful ne fera point refponfable de fa fuite.
La fin à l'ordinaire prochain.
Le Pacha de Tanger a communiqué aux
Confuls Chrétiens rélidens dans cette place ,
ne Lettre écrite à ce Gouverneur , Te 19
Septembre , par l'Empereur de Maroc. Tel
( 63 )
eft le contenu de eette Miffive , encore fans
exemple.
» J'ordonne à mon ferviteur Acayd Meh.
» Ben Abdelmech , d'affembler tous les
→ Confuls qui réfident a Tanger , & de leur
» dire , que mes marins perdant tous les
>> ans quelques - uns de mes navires , la
Nation qui a le plus d'eftime pour moi
me fournira des Pilotes & des matelots.
» pour fauver mes vaiffeaux du naufrage…….
» J'aurai befoin de dix marins étrangers fur
» chaque navire ; ils doivent connoître la
» navigation fur la grande & petite Mer ,
» [ c'eft à dire fur l'Océan & fur la Médi-,
» terranée , ils auront le commandement
>> fur mes vaiffeaux , & mes marins feront:
ود
à leurs ordres : tous les Pilotes & matelots
>> fervant fur mes vaiffeaux auront un demi
» en fus de la paie qu'ils reçoivent , en fer-
> vant fur les navires de leurs nations refpec-
» tives. Vous m'informerez quels font les
>> Confuls qui veulent me fervir , & vous les
avertirez principalement , que mes vaif-
>>feanx feront des voyages aux Indes Occitales
& Orientales : donnez - moi une
»prompte réponle.
Les Confuls , dit - on , paffablement furpris
d'une pareille demande , ont répondu
unanimement qu'ils en référeroient à leurs
Souverains refpectifs.
ITA LI E.
DE VENISE , le 12 Octobre..
Le Sénat , dans fon Affemblée du 29 , a
( 64 )
arrêté d'envoyer ordre au Chevalier Enro
de fe rendre avec fon efcadre à Corfou pour
y hyverner , & de détacher un vaiffeau ,
commandé par M. Gondulmier , pour établir
une croifiere pendant l'hyver prochain
dans les parages de Tunis.
Suivant des Lettres de Livourne , notre
Amiral a appareillé de Malthe , le 2 Septembre
, & a fait voile pour Africa , petite
ville fituée fur la côte orientale de Tun's ,
dans le deffein de terminer les hoſtilités de
la campagne par l'attaque de cette ville..
DE MILAN, le 10 Octobre.
On prétend que le fort des Ordres Réguliers
eft enfin décidé. Voici les feuls
qu'on laiffera fubfifter : les Bénédictins de
toute la Lombardie Autrichienne , déformais
réunis dans un feul Couvent de cette
Capitale ; les Francifcains reunis également
dans un feul Couvent à Crémone ; les Religieux
de l'Ordre de S. Auguftin auront le
leur à Pavie , & les Dominicains à Mantoue.
Tous les autres Ordres Religieux feront
fupprimés ; & leurs biens verfés dans la
Caiffe de Religion , feront affectés à l'entretien
& à la construction des Hôpitaux.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 31 Octobre.
Le Parlement , ainâ que nous l'avions
( 65 )
preffenti , a été prorogé ultérieurement du
26 de ce mois au 14 Décembre prochain.
Il fe répand même , peut être fans fondement
, que cette prorogation s'étendra ju
qu'au milieu de Janvier circonftance d'heureux
augure , difent nos Politiques , puifqu'elle
prouve que le Miniftre n'eft nullement
preffé de faire voter à la Chambre des
Communes la taxe des terres & celle de la
drêche. Ordinairement , cet octroi est décidé
avant Noël , afin d'offrir à la Banque une sûreté
des fommes qu'elle eft dans l'ufage d'avancer
au Gouvernement.
Les principaux de nos Papiers publics ont
déja déterminé les objets qui occuperont le
Parlement à fa rentrée , favoir :
Le Traité de Commerce avec la France.
La Convention avec l'Efpagne .
Le Mémoire préſenté au nom des Etats-
Généraux ( 1 ) .
L'Accord projeté avec les Etats-Unis .
L'examen de l'état actuel des droits de
Douane , pour fe procurer les éclairciffemens
néceffaires à l'établiffement d'un nouveau régime
dans cette partie de l'Adminiſtration
Fifcale.
La continuation de l'affaire de M. Haftings.
L'établiffement du Prince de Galles.
(1) Mémoire relatif à la future Colonie Angloife dans
la Nouvelle- Hollande , fur laquelle , dit- on , les Etais
Généraux revendiquent des droits.
( 66 )
Un nouveau Bill de Police.
Un nouveau Systême de Douanes.
Le 21 , les Lords de la Tréforerie ont don
né audience aux Commiflaires de la Douane
qui ont defiré une explication avec le Bureau
raflemblé , relativement à l'influence des nouveaux
Traités de commerce fur les recou →
vremens. Ces Commiffaires ont en même
temps préfenté à LL. SS . quelques remar
ques fur les derniers Actes du Parlement &
fur les nouveaux Réglemens deſtinés à rés
primer la contrebande qui fe fait par la Tamife.
Le Duc & la Ducheffe de Cumberland font
arrivés de Spa le 20 ; la fanté de S. A. R. qui
avoit été très -menacée , il y a deux mois , ne
laiffe plus d'allarmes.
Brighthelmftone a offert , la femaine derniere,
une fcène bien douloureufe. Dans la
foirée d'un jour très orageux , un navire fut
jetté fur la côte , & l'on s'attendoit à chaque
inftant à le voir mis en piéces . Malgré
les offres génércufes de quelques particullers,
qui promettoient une fomme confidérablé
aux chaloupes qui iroient au ſecours du malheureux
bâtiment , & même d'accompagner
eux-mêmes les mariniers , l'horreur de la tempête
les retenait. Enfin , un batteau part de
Shoreham , avec cinq Anglois déterminés ; il
arrive au vaiffeau & en retire l'équipage ;
c'eft à dire , le Capitaine & cinq Matelots ;
tout le reste ayant déja péri. Les ſpectateurs
115
( 67 )
pauffoient des cris de joie , lorfque très près
de la côte , une vague effroyable renver è la
chaloupe , & fubmerge 13 infortunés qu'elle
por oit. Tous ont péri , à l'exception de 3 .
Sir Sampfon Gideon , M. O'Brien & quel
ques autres perfonnes étant arrivées à Shoreham
, au moment de ce défaftre , fe réu
nirent pour affurer des fecours aux familles
des noyés . Dans un quart d'heure , on réunit
une foufcription de 200 guinées ; le Prince
de Galles en donna cinq für le champ , & en
envoya 20 autres le lendemain.
Suivant une lettre d'Edimbourg , en date
du 13 Octobre , il s'étoit tenu le même jour
une affemblée des Directeurs de la Chambre
du Commerce & des Manufatures ; on avoit
agité, s'il feroit convenable de faire un changement
aux loix de ce Royaume fur le com
merce des grains. Les Directeurs furent unanimement
d'avis , que les Réglemens actuels
avoient favorifé plufieurs abus ; mais ils ne
prirent pour cette fois aucun arrêté définitif
fur cet objet.
La Compagnie des Indes , en conféquence d'un
arrêté pris par la Cour des Directeurs , mettra en
vente , le 12 du mois prochain , les qualités fuivantes
de Thé : 1. b.
Bohea 1,300,000
Souchong 200,000
Congo
1,200,000
Singlo 700,000
Twankay
550,000
Hyton Skin
150,000
( 68 )
Hyfon
Total.
350,000
4,450,000
Une lettre de Madras , en date du 8 Fév. ,
annonce une découverte très intéreffante
faite en dernier lieu près de Nellore , & qui
pourra jetter un grand jour fur l'Hiftoire ancienne
, fi toutefois elle eft bien certaine , ce
dont il eft permis de douter encore. Un La
boureur étant occupé à tracer des fillons
dans un champ , le foc de fa charrue heurta
fur le faîte d'un petit temple Indien. Curieux
defavoir ce qu'il renfernoit , il enleva toute
la terre qui couvroit cette ruine. Il y trouva
plufieurs pieces de monnoie frappées du tems
des Romains , & portant l'empreinte de Trajan
, d'Adrien , de Fauftine , &c. Ces pièces
font d'or , & fe font très - bien confervées. Le
travail en eft fini on admire fur tout dans
celle qui repréfente Trajan , l'expreflion des
yeux. Quelques -unes font perforées , & l'ont
probablement été par les naturels , qui ont
voulu s'en fervir pour leurs colliers . On ne
trouve , ni dans l'Hiftoire , ni dans la Tradition
, rien qui puiffe faire foupçonner comment
ces pieces ont été portées dans l'Inde.
Nos Feuilles publiques & celles de l'Etranger
ont rapporté derniérement l'Hiftoriette
fuivante , que nous allons tranfcrire
d'après eux .
Un pauvre tiffefand paffant par le bourg de
Devizes , fans argent ni connoiffance , preffé par
( 69 )
la faim , réfolut enfin de furmonter un refte de
honte , & demanda la charité à la porte d'un
boulanger , qui lui donna un petit pain d'un fol.
Le tiflerand arrivé depuis à Coventry y trouva
de l'ouvrage , y fit de bonnes affaires , & même
parvint à amafler une fortune affez confidérable ,
11. fe reffouvint dans fon teſtament de l'honnête
boulanger de Devizes , & afin que la mémoire
de fa bonne action fe perpétuât d'âge en âge , il
voulut que tous les ans , au jour où il avoit reçu
la charité , il fût diftribué un pain de deux liards
à chaque perfonne de l'endroit , même à tous
les étrangers , voyageurs & pallagers qui s'y trou
veroient pour lors ; & il laiſſa une lomme à cet
effer. Cette claule a toujours été ponctuellement
exécutée depuis , & l'Archiduc & l'Archiducheffe
de Milan ayant par hafard paffé dans ce bourg le
jour de la diftribution , on leur préfenta auffi un
pain , ainfi qu'à toutes les perfonnnes de leur
fuite ; ils l'accepterent gracieufement & le mangerent
avec d'autant plus de plaifir qu'il étoit
fe gage de la reconnoiffance ; l'Archiduc fe fit
raconter l'hiftoire qui a donné lieu à cette cou
tume , & la fit même tranfcrire fur fes tablettes
de voyage.
La Société d'Agriculture de Bath vient de
publier un nouveau volume de Mémoires ,
qui mériteroient d'être généralement connus
des Cultivateurs . Pour le moment , nous
nous arrêterons à celui qu'a fourni le Chevalier
Thomas Bevor , fur la culture & le produit
des Choux - turneps.
Vers la mi- Juin , dit cet habile Agriculteur ;
je donne à ces plantes les mêmes façons qu'aux
turneps ordinaires. Je fais femer la même quanthé
de grains , je leur donne un labour à la houe
( 70 )
·
*
lorfqu'elles font arrivées à la hauteur où le turneps
oxige cette façon ; & je laiffe entre elles la
meme diftante qu'entre les turneps. En fuivant
cette méthode , j'ai toujours obtenu une récolte
abondante. Pour en déterminer la valeur , il me
fuffira de vous apprendre , que le 23 Avril dernier
, époque à laquelle il me reftoit 2 acres de
choux-turneps , qui étoient dans le meilleur état
& de la meilleure qualité , je divifai ces 2 acres ,
au moyen de claies de parcs à moutons , en
trois parties à peu près égales. Dans la premiere
de ces divifions je mis vingt - quatre
jeunes taureaux , chacun de la pefanteur de 30
ftones environ , ( un ftone fait 14 1. b. ) & 30
beliers gras de moyenne taille. Ces animaux , à
la fin de la premiere femaine , ayant confommé
la plus grande partie des feuilles & quelque partie
des racines , je les fis paffer dins la feconde
divifion , & je mis alors 70 moutons maigres
dans lepremier , pour pâturer ce qui reftoit. Les
moutons mangerent le reftant des choux-turneps
que le gros bétail avoit laiflés. C'eft ainfi que je
les fis paffer fucceffivement dans les 3 divifions ,
le bétail maigre remplaçant le bétail gras , auffi-,
tôt que celui - ci ne trouvoit plus fur le terrein
une nourriture fuffifante ; & ce procédé fut ſuivi
jufqu'au moment où le bétail eut confommé en
entier le produit des deux acres.
Les 24 jeunes taureaux & les 30 béliers gras
Continuerent de pâturer fur les chonx- turneps .
jufqu'au 31 Mai ; ce qui fait précisément quatre
femaines , & les 70 moutons maigres n'eurent
point d'autre nourriture jufqu'au 29 du même.
mois , ce qui fait 4 femaines & un jour. Ainſt
mes deux acres fournirent la fubfiflance nécef
faire à 24 jeunes taureaux & à 100 moutons ,
( 71 )
4
pendant l'espace de 4 ſemaines , ( non compris
le jour excédent pour les 70 moutons maigres. )
La nourriture du bétail dans cette faifon ne peut
être évaluée année commune , au-deffous de
den. femaine
par
pour chaque mouton , & de
1 f. 6 den. par femaine pour chaque taureau.
On voit donc que la réunion de ces deux fommes
formeroit , en calculant fur la totalité du
bétail ci - deffus , celle de 14 liv. 10 f. 8 den .
pour le produit des deux acres.
Ce fait n'a befoin d'aucun commentaire. Il
eft d'ailleurs confirmé par l'expérience faite au
mois de Mai dernier. Il me reste aujourd'hui ter.
Mai , 3 acres de choux turneps 3 , du produit deſquels
je nourris 22 jeunes taureaux , 17 vaches
2 taureaux & 110 moutons , fans compter 35
chevaux qui pour leur part s'en régalent copieufement.
FRANCE.

DE FONTAINEBLEAU , le i Novembre.
Le Vicomte de la Lande , Major du Régiment
du Roi , Dragons, le Chevalier de Carbonnieres
, Capitaine au même Régiment , &
le Chevalier de Parny, qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au Roi ,
ont eu , le 26 de ce mois , celui de monter
dans les voitures de S. M. & de la fuivre à la
chaffe.
Le 26, le Marquis de Circello , Ambaſſadeur
de Naples , a eu une audience particuliere
du Roi, pendant laquelle il a remis à Sa
Majefté fa lettre de créance , étant conduit à
( 72)
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine
& de la Famille Royale , par le fleur de la
Garenne , Introducteur des Ambafladeurs ;
le fieur de Séqueville , Secrétaire ordinaire du
Roi pour la conduite des Ambaffadeurs ,
précédoit.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Saint-
Pierre , Ordre de Saint Benoît , diocèfe de
Châlons-fur-Saône , l'Abbé d'Anſtrude , Vicaire
général du même diocèfe ; à celle de
Chambons , Ordre de Cîteaux , diocèle de
Viviers , l'Abbé de Narbonne , Vicaire gé
néral d'Evreux ; & à celle de Beaugency ,
Ordre de Saint-Auguftin, diocèle d'Orléans,
l'Abbé d'Olmont , Vicaire géneral de Toulouſe.
DE PARIS, le 7 Novembre.
S. M. a nommé M. de Sinéty, Colonel
en fecond du Régiment d'Angoumois , à la
place du Comte Louis de Narbonne , qui
a obtenu le Régiment de Piémont, f
« L'Opera de Phédre qu'on a donné à
» Fontainebleau , eft un bel ouvrage , mais
» qui n'a pas eu tout le fuccès , qu'on en at
» tendoit , malgré le talent de Madame Ste.-
» Huberti. Le dénouement eft triftement af,
» freux , & on croit qu'il éprouvera quelque
» changement. Le courage des Auteurs qui
» fe chargent de changer les vers de Racine,
» paroît toujours extraordinaire à beaucoup
» de gens ; les Italiens eux-mêmes en demens
Pient
( 73 ).
rent furpris. Ils n'ont chez eux que la Tra-
» gédie en mufique , & ils ne conçoivent pas
» queles François qui ont la Tragédie par-
»lée , puiffent vouloir appauvrir celle - ci .
>> fans beaucoup enrichir l'autre. La premiere
» y perd néceffairement fes développemens
» & fes détails , & un Italien difoit à ce fu-
»jet : chez nous , la Tragédie eft un Concert
» dont un Drame eft le prétexte. » ( Article
envoyé. )
Le célèbre Sacchini a laiffé en mourant
quelques morceaux non -achevés d'un nouvel
Opera , fous le titre d'Evelina . Le fublime
talent de ce grand Maître ne pouvoit être
mieux fecondé que par fon rival généreux ,
M. Piccini. Il vient d'être chargé par la Cour
de finir cet Opéra. Il s'en eft doublement
montré digne , & par fes talens & par l'hommage
qu'il a rendu à Sacchini , en fa fant de
lui le plus vrai & le plus bel éloge dans une
Feuille publique. ( Idem. )
Le mardi 31 Octobre , M. le Marquis de
Tourzel , chaffant avec le Roi , fut emporté
par
fon cheval au milieu du bois. Une branche
d'arbre lui fendit la tête; & il tomba
fans connoiffance baigné dans fon fang. Le
Roi , touché de cet accident , interrompit
fur le champ fa chaffe , fit donner une voiture
au bleffé , & on le tranfporta chez lui ,
où il ne reprit connoiffance que 4 heures
après. On a craint beaucoup pour la vie de
ce Seigneur qui n'a que 40 ans, & égale-
¿ égale-
Nº. 45, 11 Novembre 1786.
( 74 )
ment aimé & eftimé de la Cour & de la
Ville. On lui a donné famedi l'émétique qui
a produit des évacuations & un changement
favorable . On a levé une partie du premier
appareil , & la fuppuration fe préparoit heureuſement
.
P. S. A l'inftant nous apprenons que ces
premieres efpérances fe font évanouies , &
les fecours de l'Art reftés inutiles. M. le
Marquis de Tourzel eft mort Lundi dernier.
M. le Cauchois , célébre défenfeur de
Victoire Salmon , en butte à des perfécutions
par lefquelles on cherche à empoifonner
fa glaire , nous a communiqué
les attef
tations qu'il a été obligé de requérir à
Rouen , en nous priant de les publier. Deux
de ces pieces fufront , les autres ne font pas
moins triomphantes.
L'ORDRE DES AVOCATS.
Nous foulignés , Syndic & Avocats au Parle
ment de Normandie , atteftons à tous qu'il appartiendra
que M. Lecauchois notre Confrere , a tou
jours exercé fa profeffion avec honneur & exactitude
; qu'il a défendu avec zéle , défintérelement
& fermeté recommandables
la fille Salmon , & que
cette action généreuſe lui à mérité particuliérement
l'efime & l'attachement de l'ordre , comme
de tous nos concitoyens : en foi de quoi nous
avons délivré le préfent en conformité de la délibération
prife dans l'affemblée générale de la Compagnie.
Donné à Rouen , les Avril 1786. M. LE PROCUREUR GÉNÉRAL au Parlement
de Rouen.
Nous Confeillers du Roi en fes Confeils , &
775 )
fon Procureur Général au Parlement de Nor
mandie , déclarons que la conduite que M. Lecauchois
, Avocat au Parlement de Rouen , a
tenue en différentes occafions envers les malheureux
indéffendes , opprimés , fouvent même dans
les prifons , avoit depuis long temps réuni notre
eftime particuliere , en fa faveur , à la reconnoif¬
fance qui lui eft due .
Que fa conduite dans fa famille annonce un
citoyen auffi vertuenx dans les foyers qu'il s'eft
montré au dehors recommen lable à la fociété ,
fes efforts pour l'Innocence aujourd'hui reconnue
viennent de rendre très publiques fes vertus &
fon défintéreffement . C'eft animer les belles actions
que d'attacher le prix d'honneur dû à la vertu
, à celle d'un citoyen qui court depuis nombre
d'années une carriere auffi louable , & qui par un
zéle infatigable , ſemble ne defirer que l'occafion
d'être utile à la Patrie , en protégeant toujours de
même l'innocence contre l'oppreſſion .
Donné à Rouen en notre Hôte' , le 7 Août
1786. Signé DELBEUF .
Les Anglois ont imaginé les voitures éle
vées , comme éprouvant moins de réfiance,
comme donnant au Cocher plus d'em ire
fur fes chevaux & aux chevaux eux mêmes
un trait plus facile . Les chemins en Angleterre
étant rarement en ligne droite , & le
plus fouvent bordés de haies vives , fort hautes
, il eft néceflaire que les voitures puiffent
fe découvrir mutuellement par l'élévation du
fiége. D'ailleurs , les rues de Londres , géné .
ralement plus fpacienfes que celles de Paris ,
& ornées de trottoirs qui mettent la vie du
d 2
( 76 )
peuple en sûreté , rendent la forme des chars
de luxe plus indifférente qu'elle ne l'eft ailleurs;
mais il eft fouverainement abfurde & .
dangereux de tran! porter ces formes dans
"
des villes où les mêmes raifons locales ne
fubfiftent point, Tant que les voitures Angloifes
ont confervé une élévation raiſonnable
, on ne les imitoit pas ailleurs. Du moment
, où quelques étourdis de Londres en
ont imaginé de ridicules , on s'eft empreffé
de les adopter ; on a fur-tout donné la préférence
aux plus meurtrieres , aux plus incommodes
, mais aux plus rapides de ces chaifes ,
que les Anglois nomment Whisket, ( voiture
diligente , ou qui fe précipite ) & dont nos
Anglomanes ont fait à Paris des Whisky ,
c'est-à -dire , l'eau de vie de grain que boivent
les Montaguards Ecoffois. Il eft réellement
rifte de voir des femmes , guindées de
mauvaiſe grace fur ces coquilles , donnant la
queftion à leur cheval , à leur Jockey , & la
faifant fouvent éprouver à l'Infanterie qui ne
peut atteindre à leur vélocité. De fréquens
accidens guériront peut - être le beau monde
de cette maladie. La femaine derniere , dans
la rue du Bacq , une Dame a été renversée
avec fon Whisky , jettée avec violence contfe
un mur , & rapportée chez elle meurtrie &
fans connoiffance.
Le prix de bienfaifance fondé àl'Académie
d'Amiens , par M. de la Tour, Peintre du Roi ,
Citoyen de S. Quentin , foit pour une action
d'humanité faite dans l'année en Picardie , par
( 77 )
>
un habitant de la province , foit pour une invention
utile , a été partagé cette année entre
trois perfonnes de la paroiffe de Reffons , élection
de Montdidier , Le procès - verbal de l'action qui
le leur a mérité , porte ce qui fuit Le 16 Juin ,
fueles deux heures après-midi , une pluie abondante
força plufieurs habitans de Reflons qui
étoient répandus dans la campagne , de chercher
un abri. Une vallée large de 3 à 400 pieds
qui les féparoit du village , fe trouva inondée
l'eau couvroit le pont placé fur le chemin . Ils
forment une chaîne pour mieux réfifter au torment
les premiers échappent ; mais l'eau augmentant
, rompt la chaine. Antoine Sené , âgé
de 12 ans , & une fille du même âge , font em
portés après avoir parcouru un certain efpace ,
le garçon trouve un arbre & s'y accroche . II
voit fa compagne entraînée à quelque ditance
il oublie fon propre danger , nage vers elle ,
la faifit par fes jupes , l'amene vers fon arbre ,
effaie de l'y fixer ; elle lui échappe : il recourt
après elle , la ramene & l'y contient en appellant
du fecours qu'on ne peut lai porter. Dans le
même tems , Madel. Marié , qui auroit pu échapper
au danger , étoit reftée dans l'eau pour fauver
deux petites filles : pendant une heure & demie ,
elle lutte contre l'eau , & enfin difparoît. Elle
fe remontre : on effaie , mais vainement , de
T'approcher avec des chevaux, Charles Parent
fe jette à l'eau pour la fecourir , fe retire
effrayé , revient , pouffé par fon humanité , &
Jni jette une corde qu'elle faifit , tandis que les
deux petites files font attachées à fes jupes au
moment qu'on la tire à bord , elle s'apperçoit
qu'une des deux l'a lâchée ; elle quitte la corde
pour la chercher , ne la retrouve pas , & eft
Lauvée avec l'autre , par Charles Parent , qui
d 3
( 78 )
regrette de n'avoir pu retirer la derniere ; & qui ,
après les avoir mifes en sûreté , court fauver
Antoine Sené & la petite fille qui étoient auprès
de l'arbré. Ce dernier , Madel. Marié , &
Charles Parent , ont été également jugés dignes
du Prix ; & il a été partagé entr'eux .
L'avis , renfermé dans la lettre fuivante
pouvant être utile à quelques perfonnes
nous répondrons au vou de l'Ecrivain en la
publiant.
Un Fermier Général du Prince de Condé
Comte de Carcès , en Provence , ayant fait une
->
découverte bien intéreffante dans les anciens.
regifres d'un de mes ancêtres qu'il est venu
déchifrer pour en prendre des extraits , je crois ,
Meffieurs , devoir vous prier d'en donner connoiffance
dans votre prochain Mercure. Il a
trouvé, en parcourant ces regires , des tranfactions
, maiages , & autre actes que feu André
Gayon mon tr.fayeul , Notaire & Procureur
général des Comtes de Carcès , avoit reçu depuis
1582 , jufqu'en 1640 , pour des familles illuftres ,
telles que Lefliguieres , Tavanes , Tournen , Queyb
Lux , Vintimille , Griraldy , Simiane , Anfeface
Saule , Cafteliane , Villeneuve . Levy , Forbin ,
Glandeves , Brancas , Grignan , de Vins , d'Alber
tas , & p'ufieurs autres qu'il feroit trop long
d'énumerer , & que les fameux Comtes de Carces
raffembloient apparemment du tems des guerres
civiles , dans leur château & dans la falle des
mafques , où la plupart de ces actes ont été faitt.
Ce recueils extraordinaire d'écritures notables ,
enfoui chez un particulier , dans un petit village
ignoré , peut être précieux aux defendans de
ces nobles & refpect, bles, familles , difperfées
dans tout le royaume. Vous m'obligerez beaur
toup de leur déterrer , en obfervant d'avertic
qu'il faut affranchir les lettres pour en avoir des
extraits.
J'ai l'honneur d'être , &c.
GAYON , Curé,
L'un des Abonnés de ce Journal vient de
nous faire une demande dont on ne peut
bien connoître l'importance qu'en lifant fa
lettre même.
Depuis quelques années , Monfieur , j'ai fait
des obfervations fur la Météorologie , par rapport
à fon influence für les végétaux : j'ai remarqué
que les froids du nord , fes neiges , fes
orages , fes tempêtes arrivoient ordinairement
dans cette province , dans l'efpace de vingtcinq
à trente-cinq jours , relativement à la force
du vent qui amene les nuages .
Cette obfervation effentielle pour l'agricul
ture , & la confervation de quelques plantes
exotiques , pourroit devenir encore plus fondée
& plus utile , fi par vos correfponlans , Mona
fieur , il étoit peffible de favoir avec certitude ,
toutes les femaines , la température de quelques
parties de l'Europe , jufqu'à environ trois cens
lieues de diftance de Paris .
3
Chaque obfervateur pour faciliter fon calcul
& le rendre plus sûr , auroit une roſe de bouffole
de 15 pouces environ de diametre , compo
fée de feize rayons , marquant 16 airs de vent.
Il placeroit au centre le lien de fa réfidence ;
& traceroit enfuite à l'entour , des cercles concentriques
, à un demi pouce de diftance les
uns des autres. L'intervalle d'un cercle à l'autre ,
feroit fuppofé d'un degré ou vingt - cinq lisues ,
& par le moyen de cette échelle , & d'une bonne
carte, il poferoit foit fur les cercles , foit fug
d4
J
((180 )
$
les lignes des vents , foit dans leurs intervalles ,
les points principaux de l'Europe , tels que les
capitales , les mers , les détroits , les montagnes ,
& particulierement les lieux qu'on cite le plus
fouvent dans les Journaux.
Pour faire ufage de cette efpece de bouffole
Chou de carte , il faudroit d'abord , ainfi que je
Pai dit précédemment , qu'aux articles des puiffances
dans la partie politique du Mercure , on
put y trouver une annonce de la température
actuelle de ces pays , fur- tout de la violence
des froids, de la quantité confidérable de pluie ,
des ouragans , des neiges , & c.
On chercheroit enfuite fur la bouffole , le
Blieu dont il feroit queftion ; on remarqueroit l'aire
de vent le plus direct , & en fuppofant deux
jours & demi à trois jours par 25 lieues , ou
cercle concentrique , on pourroit fouvent , quand
le vent fouffle conftamment dans la même direction
, juger , fans beaucoup d'erreur , du tems
que mettroient à venir les froids ou autres météores
annoncés.
Si l'on avoit un anemometre dans fa chambre,
ces comparaifons feroient plus faciles à faire ,
& les changemens de vent mieux apperçus.
Ces obfervations faites dans plufieurs villes
de la France , donneroient fans doute au bout
de quelques années , des réfultats plus certairs.
On pourroit alors prévoir avec affez de probabilité
, les défafires qu'occafionnent les gelées
violentes , les tempêtes , les inondations , & pré-
Server certaines parties de culture de leur ins
fluence immédiate & pernicieufe,
Il y a deux événemens , il eft vrai , qui n'affectent
& n'endommagent qu'un canton & épargnent
ceux qui lui font limitrophes. Il eftimpoffibles
alors de les prévenir ; mais il eft rare que des
(
{
(0815 )
fcherelles , froids vigoureux des pluies continuelles
, des neiges abondantes, ne fe faffent
pas tôt ou tard fentir à deux ou trois lieues de
diſtance , eng
androd
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Baron de COURSET.
Il y auroit fans doute une foule d'avantages
à recueillir chaque ſemaine les obfervations
météorologiques de chaque contrée ;
mais il n'eft pas aaiifféé ddee ffee lleess procurer exactes
, & fi elles ne l'étoient pas , elles deviendroient
plus nuifibles qu'utiles, Nous ferons
nos efforts cependant pour répondre aux
vues de M. le Baron de Courfet ; vues qui
font autant d'honneur à fes connoiffances ,
qu'à fon amour du bien public. Pour que la
méthode propofée fût parfaitement efficace ,
il nous femble néanmoins qu'il faudroit déterminer
d'une maniere plus précife le temps
que parcourent les tempêtes & les froids feptentrionaux
pour arriver jufqu'à nous . En
fecond lieu , plus d'une fois le vent de Péterfbourg
feroit en Picardie , avant que nous
euffions reça la lettre qui nous donneroit
avis de fon départ de la Finlande ; il feroit
donc néceffaire que des météores antérieurs
annonçaffent les tempêtes, & que connoiffant
à l'avance ces météores certains , on pût
prédire qu'à Péterfbourg , en tel temps ,
ils
auront été fuivis d'un orage qui en tant de
jours paffera fur nos contrées. Voilà , du
ant moins , le fens que nous préfente la lettre de
Votre eftimable Abonné , fi nous l'avons bien
comprife.
as
( 82 )
*
L'Académie des Sciences, Arts & Belles-
Lettres de Châlons- fur Marne , tint une
Séance publique le 25 Août dernier , jour
de la Sain: Louis.
M. de Parvi lez , Directeur , après un diſcours
relatif au prix fur les moyens de prévenir en France,
& paciculièrement en Champagne , la difette des bois,
tant de charpente , civile , militaire & navale , que de
charonage chauffage & aurres , annonça que ce
-prix avoit été adjugé à M. Henriquez , Procureur-
Fifcal du Prince de Condé , à Dun en Clermontois
, & que l'acceffit avoit été accordé à M. Moriffe
de la Société d'agriculture d'Evreux .
M. Sabbathier , Secrétaire perpétuel , lut enfuite
le programe de l'Académie ; M. Euvrard
1'Ecole hiftor que de M. Gauthier ; M. de Parvillez
, un Eflai fur l'art dramatique ; M. Ouriet ,
un Difcours fur ce fujet l'Eloquence eft - elle utile
ou dangéreuse dans l'adminiftrain de la justices M.
Thomas , le plan d'un Eſſai hiſtorique de la ville
de Chaalons ; M. Auger , des recherches fur la
nature des eaux des puits de la même ville & les
moyens d'y fubftituer les eaux de la riviere de
Marne.
L'Académie avoit un autre prix de 1200 liv. à
adjuger fur les moyens d'animer le commerce dans
la Province de Champagne , & particulièrement
dans la ville de Chaalons .
L'objet dont il s'agit eft fi intérellant pour la
province de Champagne , & en particulier pour la
ville de Chaalons, que l'Académie croit devoir remettre
encore le prix à l'année 1788 , dans l'efpérance
que le Concurrens feront de nouveauxefforts
pour fe rendre enfin dignes de la couronne ; mais
T'Académie a jugé à propos de divifer ce fujet en
deux parties:elle demande donc que l'onrecherche.
( 83 )
Les moyens de faire naître le commerce dans
les divers lieux de la Champagne où il a été négligé
jufqu'à préfent , & de l'animer dans ceux où il exifte
déja .
29. Les moyens defaire renaître le commerce dans
la ville de Chaalons.
Il y aura un prix de 600 liv . pour chacun de
ces deux fujets traités féparément . Les vainqueurs
feront proclamés dans l'affemblée publique du 25.
Août 1788.
L'Académie avoit encore un autre prix de 400
liv. à donner fur les meilleurs moyens d'exciter &
d'encourager le patriotifme dans une Monarchie, fans
gêner ou affoiblir en rien l'étendue de pouvoir & d'exé
cution qui eft propre à ce genre de gouvernement .
Mais la plupart des Difcours envoyés au concours
font arrivés trop tard , pour que l'Académie ait
pu les examiner avec toute l'attention requife ,
ce qui l'a déterminée a attendre jufqu'au 25 août
de l'année prochaiue à adjuger le prix.
Il a déja été annoncé que l'Académie adjugeroit
dans fon affemblée publique du 25 août de
l'année prochaine , un prix au meilleur Mémoire
fur la queftion fuivante :
Quels feroient les moyens de multiplier en Cham
pagne la culture du lin & du chanvre , & d'enfixer
la préparation dans la province , au plus grand avantage
defes habitans.
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur
de trois cents livres.
Les mémoires feront écrits en françois ou en
latin , & envoyés francs de port à M. Sabbathier ,
Sécrétaire perpétuel de l'Académie de Chaalonsfur-
Marne , ou fous l'enveloppe de M. Bouillé
d'Orfeuil , Intendant de la province & frontiere
de Champagne , à Chaalons- fur - Marne.
Ils ne feront reçus que jufqu'au premier mai
de chaque année. d 6
( 84 )
N B. C'est par erreur qu'on a annoncé ,
il y a is jours , que M. le Comte d'Argou
ges , mort deriierement , étoit le dernier de
ce nom. La branche aînée fubfifte en la
perfonne du jeune d'Argouges , actuellement
au College , reconnu par feu M. d'Argouges,
par Madame la Comteffe d'Argouges , fa
veuve , & par Madame la Princelle de Talmond,
leur fille.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 2 de ce
mois , font : 32 , 36 , 67 , 37 , & 81.5
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 2 Novembre.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
La ſemaine derniere , il a été préſenté à
L. N. & G. P. une Adreffe , fignée par tous
les principaux Habitans de Harlem & par"
un très grand nombre d'autres Bourgeois de
la même ville , pour leur témoigner non -feu,
lement leur attachement fincere & inviolable
, mais leur déclarer en même temps l'indignation
, avec laquelle ils avoient vu ,
«< qu'au nom & de la part de Mgr . le Sta-
>> thouder , l'on ofoit avancer que L. N. &
» G. P. fe laiffoient féduire par des ennemis
>> de ce Prince & dé la Maifon Stathoudé-
» rienne , tandis que la vérité au contraire
» étoit , que les mefures prifes par Elles , à
( 85 )
» l'égard de S. A. , avoient été néceffitées par
» la conduite même du Prince d'Orange , &
» approuvées par la voix unanime de tout ce
» que la Patrie renferme de vrais Citoyens ,
» ennemis de l'oppreffion & de la tyrannie. "
Cette Adreffe , conçue en termes très forts ,
mais qui exprime réellement les fentimens de
la Nation impartiale , a mérité de la part de
L. N. & G. P. une Réfolution des plus gracieuſes,
en date du zo Octobre. [ Gazette de
Leyde , nº 86. ];
Les Etats de Hollande , qui continueront
leur Seffion Mercredi prochain , ont difpolé ,
dans leurs dernieres Séances , de différentes
places qui vaquoient parmi les troupes à leur
répartition , en conféquence de la réfolution
de furteoir à l'exercice du pouvoir qu'avoit
Mgr. le Capitaine- Général , de conférer ces
charges militaires . Mais L.. N. & G.P. n'ont
pas pris de réfolution pour fupprimer les
Gardes du-Corps. ( Idem , n . 85. )
La ville d'Amfterdam a fat faire à l'Affemblée
des Etats une propofition qu'on dit très étendue,
touchant l'état actuel des affaires de la Republique
: quoique cette piece ne foit pas encore
publique , on fait cependant qu'elle tend particulièrement
, « à travailler férieufement à arrê
»ter les diffentions inteftines de cette République;
» à engager la ville d'Utrecht à accepter de fon
» côté la médiation que les Etats de fa Province
» ont demandée & acceptée , pour , par ce
» moyen , effectuer que les Etats Provinciaux
» puiffent ſe raffembler dans cette ville capitale
oomme il eft d'ufage , à travailler à
( 86 )
faire difparoître les différends élevés dans la
Province de Gueldre , principalement par
rapport à Hattem & Elburg ; mais particulie
» rement à éteindre les différends des Etats de
cette Province avec les Confédérés , & à y
rétablir la tranquillité publique , & pour enfin
faire des recherches fur les bornes de la
puiffance exécutive , & la fixer d'une maniere
claire & préciſe ». On ne fait pas fi cette propofition
contient quelque chofe qui foit relatif
à la liberté civile des citoyens par rapport
leurs droits & à leurs privileges. On eft fondé à
croire que cet article n'aura pas été oublié. On
eft impatient de voir publier cette piece dont
on parle déjà beaucoup : cette propofition a été
mife à la grande Befogne pour y être examinée ,
& le rapport en être fait à l'Affemblée de Leurs
Nobles & Grandes Puiffances ( Gazette d'Amfterd.
n°. 87.
3
«Nous pouvons affurer pofitivement que
S. Exc. Mr. le Comte de Goertz n'eft pas fur
le point de partir pour retourner inceffamment
à fa Cour , comme la plupart de nos
Gazettes l'ont annoncé fauffement , & dans
le deff in malicieux d'en impoler au Public.
[ Gazette de la Haye , nº. 112. ]
C'eft particuliérement dans la ville de
Delft que la confufion des langues , la diverfité
des opinions & des partis fe font remarquer
aujourd'hui . Comme fi ce n'eût pas été
affez des deux Corps francs , favoir Orange &
Patriote , déja établis ici , il vient de s'en former
un troifiéme , fous cette devile : La religion
, la concorde , l'amour & la fidélité font
les vrais fondemens de l'édifice politique . Ce
( 87 )

dernier exercera à fon tour & marchera auffi
dans la ville , tambour battant & drapeau dé
ployé. Le Corps Orange furpaffe cependant
en nombre les deux autres réunis . Le 17, il a
fait pour la premiere fois fes manoeuvres , &
l'affluence du monde étoit prodigieufe. Tous
les Membres du Magiftrat , à 2 ou 3 près, y
ont affifté. [ Courier du Bas-Rhin , nº. 85. ]
Le 12 , les Etats d'Utrecht ont tenu ici leur
féance , après laquelle ils fe font féparés jufqu'au
19. Ils ont réfolu de mander aux Bailli's
du plat - pays , d'exiger des corps francs , qui
paffent fur le territoire de la Province , l'exhibition
des patentes des Confeillers - députés. La
révolution qui s'eft faite le 12 à Utrecht , aura
lieu le 20 à Wyk. C'eft à cette époque que
s'opere le renouvellement annuel de la Régence
de cette ville . On préfume que les Etats , qui
s'affembleront le 19 , feront rouler leurs délibérations
fur cet objet . Ibid.
Un des Officiers- Commandans des troupes
Hollandoifes avoit donné ordre à un Officier
, commandant un Régiment à fa répartition
, de fe porter fur le territoire d'Utrecht
au premier fignal qu'on lui donneroit par un
coup de canon. Cet Officier a répondu qu'il
marcheroit felon fes ordres au fignal donné,
-mais qu'il n'entreroit point fur le territoire
d'Utrecht, fans une patente avouée des Etats
de cette derniere Province. [ Idem. ]
Il vient de paroître ici une Traduction
originale de la Miffive de S. A. S. Mgr. le
Prince Stathouder à Leurs Hautes Puiffances
, en date du 10 de ce mois. Nous avons
( 88 )
T
$ 4.04
cra devoir attendre la publication de cette
Traduction , pour la communiquer à nos
Lecteurs. En voici les principaux paffages.
Depuis long -tems nous nous fommes apperçus
qu'on s'eft efforcé par toutes fortes de voies illégitimes
, à répandre des femences de difcorde
entre les Régens & les Habitans de cette République,
jadis comblée de bénédictions & de
profpérités. On n'a pas laiffè paffer une feule
occafion d'accréditer des foupçons contre notre
perfonne & notre adminiftration : on a repréſenté
dans le jour le plus odieux nos démarches & nos
actions les plus innocentes ; on n'a rien ménagé
même pour attirer , s'il eût été poffible , le mépris
de la Nation fur la Princeffe notre digne
épouſe , & fur toute notre mailon.
292 Et quoique nous ayons plus d'une fois porté
aux Seigneurs Etats des différentes Provinces , nós
juftes plaintes de tant d'outrages publics , de
tant de calomnies répandues contre nous , &
contre tout ce qui nous eft cher , quoique nous
n'ayons réclamé pour nous d'autre droit & d'autre
juftice que celle que le moindre des Bourgeois
& Habitans d'un pays libre eft en droit de
demander , nous n'avons jamais réuffì à faire
écouter nos requifitions légitimes , & nos plaintes
fondées.
Si V. H. P. , files Seigneurs Etats des Provinces
refpectives , ont défendu deux libelles
diffamatoires , l'adreffe au peuple des Pays- Bas ,
& une certaine Lettre trouvée , fi l'on a promis
une récompenfe confidérable à ceux qui dénonceroient
les Auteurs ou les Editeurs , il n'en eft
réfulté autre chofe , finon que les principes établiss
dans ces libelles ont été transférés dans
d'autres écrits , & enfuite enfeignés , & adoptés
( 89 )
@publiquement. Les gazeties & autres écrits nombreux
qui paroiffent journellement ont pouffe
Fonts
l'excès jufqu'à nous décrier comme fecond
Duc d'Albe , comme un ennemi de la patrie.
Sûr de notre innocence , füir du témoignage
d'une confcience pure & fans tache , convaincu
que depuis le commencement de notre administration
jufqu'au jour d'aujourd'hui , nos actions
& notre conduite ne fourniffent pas la moindre
preuve d'intentions préjudiciables , foir à la fouveraineté
& à l'indépendance de l'Etat , foit aux
droits & privileges des habitans , nous avons op
poté à ces calomnies le mépris & l'indignation
qu'ils méritent , & nous fommes tenus paffifs ,
dans l'efpérance d'un meilleur avenir , & de
circonftances plus favorables.
Puifqu'il ne s'agit plus aujourd'hui d'imputations
fuggérées par des libelliftes diffamateurs
puifque les chofes en font venues au point que
dans les Affemblées Souveraines de plus d'une
Province , les Membres même du Gouvernement
out déféré des accufations contre notre perfonne ;
nos fentimens & nos actions , puifque dans quelques
Provinces ces accufations ont non feulement
été écoutées , mais ont entraîné des réfolutions
infiniment férieufes dans leurs conféquences.
Il ne fauroit être indifférent à l'Etat fi nous
méritons la conſidération & la confiance des
Régens & des Habitans , ou fi nous avons perdu
cette confidération & cette confiance par notre
conduite & par notre adminiſtration . Plus d'un
événement , qui s'eft paffé dans telle Province ,
ou dans telle ville , & dont nous pourrions ailément
citer les exemples , démontreroient clairement
comment on s'y eft pris pour rendre fufpectes
auprès de quelques Régens notre perfonas
& nos actions,
( 90 )
Eloigné d'employer des voies de rigueur , oue
d'immifcer la force militaire dans des difcuffions
civiles , nous nous fommes vu cependant plus
d'une fois dans la néceffité défagréable d'y recourir
, à la demande des Seigneurs Etats de telle
ou autre Province , & nous ne nous sommes jamais
refufé de prêter incontinent la main aux
requifitions qui nous ont été adreffées pour cor
effet.
9
Jamais on n'a compté comme un chef d'accufation
, quand à la requifion des Etats , nous
avons fait marcher des troupes dans les Provinces
de Hollande & Zélande , pour le maintien du
bon ordre & de la tra quillité. En notre qualité
de Capitaine-Générab , tous n'avions pas plus
de droit de refufer aux Seigneurs Etats de Guel
dre & d'Utrecht le même fecours & la même
afitance militaire , que les Seigneurs Etats de
Hollande avoient jugé néceffaire ci- devant pour
le rétablissement du bon ordre , pour le maintien
& la confervation du repos public , ou pour leur
sûreté perfonnelle ; & néanmoins on nous impute
cette démarche à crime , & on l'envifage.
com ne infiniment grave dans fes conféquences .
Nous pouvons nous difpenfer d'entrer dans le
détail de ce qui eft arrivé en Gueldre ; les Etats
de cette Province , dans leurs différentes lettres
aux Confédérés refpectifs , ont allégué les raifons
qui les ont obligé de recourir à la force. militaire
, & ils ont rendu compte en même tems
de ce qui s'est paffé . Il confte de toutes ces pieces
que dans cette occafion il n'y a point eu de fang
répandu , ni du côté des Bourgeois cu Habitans ,
ni du côté des troupes ; que les villes de Hattem
& d'Elbourg étant munies de Garnifons convenables
, on s'occupe actuellement à faire exami
ner &terminer les différends par la Cour de Jul(
91 )
#ee ; circonftances qui écartent l'appréhenfion
d'une guerre civile , qui difpenfent de l'approche
d'un plus grand nombre de troupes , & qui doivent
en même- tems fervir à notre juftification
en démontrant qu'en tout ceci nous n'avons fait
autre chofe que ce que nous étions obligé de
faire en qualité de Capitaine-Général de la
Gueldre , & ce que nous avons fait ailleurs
dans des cas analogues , à la requifition des Seigneurs
Etats des Provinces refpectives .
Il feroit fuperflu auffi de détailler fort au long
ce qui s'eft paffé dans la province d'Utrecht , les
Seigneurs Etats eux - mêmes ayant donné à ce
firjet des ouvertures fatisfaifantes aux confédérés .
L. N. P. loin de fe refuer à'applanir & à écarter
à l'amiable les conteſtations fut venues dans leur
Province entre les Régens & les Habirans , ont
mis en oeuvre depuis long- tems tous les moyens
imaginables , & on elayé toutes les voies de
modération poffibles pour faire ceffer ces troubles
perficieux . Elles ont déclaré qu'on ouvriroit des
délibérations expreffes , dans lefquelles on feroit
une attention très - ſérieuſe aux griefs dont il a été
porté plainte , afin de les concilier , autant que
poffible , d'une maniere conftitutionelle.
C'eft dans cette vue qu'on a entamé des conférences
entre Meffieurs les Députés des Etats
& les Commiffaires , que nous avons envoyés
fer les lieux , de notre côté ; mais ces conferences
ont dû être furfifes, par les voies de fait aux
quelles on a trouvé bon de fe porter dans la ville
d'Utrecht , & par la dépofitition des Régens légitimes.
Nous ne fommes ni le fauteur ni l'auteur de
ces commotions . Nous avons montré de notre
côté tout notre empreſſement à écarter les différends
dans des Couférences amicales , & nous
( 92 )
n'avons point recouru à la force des armes pour
fubjuguer cette Province , ou quelques- unes de fes
villes , aux dépens du fang des citoyens , comme
on s'eft plu à nous l'imputer.
Nous fommes perfuadés que dans ces diffé
rends les Seigneurs Etats de Gueldre & d'Utrecht
n'ont employé d'autres moyens que ceux qui leur
onr paru les plus propres pour la confervation &
le rétabliffement du repos , de la paix & de la
sûreté publique dans leur Province. Nous ne fau
rions nous imaginer non plus que L. H. P. aient
eu l'intention de fe fervir de ces moyens , foit
pour reftreindre les privileges des citoyens , foit,
pour empêcher les juftes repréfentations & les
plaintes des habitans , foit pour étouffer la voix
légitime & refpectable du peuple.
Quant à nous " du moins nous proteftons
que loin de prêter jamais la main à la reftriction
des prérogatives du citoyen , nous ferons le
premier à veiller à leur confervation , & que ,
dars toute cette occurrence notre façon d'agir
a été telle que nous ne craignons pas d'en
rendre compte un jour devant le Souverain
Juge.
La fin à l'ordinaire prochain.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX (1).
PARLEMENT DE PARIS.
Inftance entre le fleur Li ..., Prêtre de l'Eglife
Collegiale & Paroiffiale de .. & LES
fieurs L ... & B .... Prêtres de la méme
Eglife . Sollicitation de lettre de cachet :
dommages & intérêts demandés contre les auteurs
de la provocation.
Le citoyen contre lequel on a follicité un ordre
tendant à le priver de fa liberté , en fubftituant
4 S
( 93
?
un motif d'utilité publique à un reffentimens
particulier , eft autorife pourfuivre celui qui a
cherché à furprendre la religion du Prince , &
à demander des réparations proportionnées à
l'outrage qui lui a été fait . Nos Rais ont euxmêmes
reconnu combien ces ordres que
l'on furprenoit quelquefois à leur autorité pouvoient
jeter de trouble dans l'ordre focial ; &
leur attachement inviolable pour la justice leur
a fait prendre tous les moyens poffibles pour
arrêter la furprife qu'on pourroit leur faire , en
leur expofant des faits controuvés , ou des délations
qui n'auroient pour but que la vengeance.
·L'Abbé Li ... a été affilié , en 1774 , à
la Communauté des Prêtres de l'Eglife Paroiffiale
de .. qui font au nombre de trentequatre.
Plufieurs ex- Jéfuites ont , en 1772 , été
reçus dans cette Communauté . L'Abbé Li .
prétend qu'ils y ont porté cet efprit de domination
qui faifoit l'ame de leur ancien régime ,
qu'ils y ont attiré leurs anciens Confreres , &
qu'ils ont tâché d'en accroître le nombre an
préjudice des fimples Prêtres qui fe préfentoient
pour être reçus ; que par- là ils ont formé un
Comité redoutable par une forte d'autorité
fur-tout dans les élections des Bailes & Syndics
de la Communauté , & qu'ils ont eu foin de fe
faire nommer à ces dignités. L'Abbé Li ……….
s'étant permis des obfervations judicieuſes contre
ces entrepriſes , & ayant voulu rappeller l'exécution
des Réglemens , qui excluent les Membres
des ci - devant Jéfuites de toutes les places de fupériorité
, fut en but de tout le parti , qui le
prit en haine , & ne tarda pas à en reffentir les
effets. Le 19 Septembre 1777 , le fieur La...
un des membres du Comité , dénonça les fieurs
Li ... & G ... en pleine affemblée , comme
194 )
&
auteurs de propos injurieux répandus contre lui
& contre le Curé , on prétend même qu'il eft
parvenu à leur faire leur procès , en érigeant
une Jurifdiction de premiere inftance dans le
fein de la Communauté , compofee entr'autres
perfonnes du Comité des ci- devant Jéfuites , & à
faire rendre un Jugement qui condamnoit les
fieurs Li.... & G .... à une amende - honorable
, à genoux , pendant trois jours , dans le
Choeur fans furplis , féparément l'un de l'auire.
L'Abbé Li .... n'a pas voulu fe foumettre
à l'humiliation de cette pénitence publique , il a
interjetté appel comme d'abus de l'acte informe
qui la prononçoit , & fur les conclufions de M. le
Procureur Général , il a obtenu un Arrêt de
défenfes. Ce fut alors que le Comité fit l'impoffible
pour écarter ce préjugé qui l'effrayoit , arrêter
le cours de la Juftice , & folliciter contre l'Abbé
Li .... une lettre de cachet ; mais un Prélat
refpectable à plus d'un titre , préféra les voies de
médiation à un acte de rigueur ; il devint arbitre
du différend des Parties , avec un ancien Avocat
en la Cour , & prononça le 20 Juin 1778 , fur
l'appel comme d'abus interjetté par l'Abbé Li....
la nullité du prétendu jugement qui avoit foumis
l'Abbé Li ……… . à une pénitence publique ; l'in
fertion de l'avis arbitral dans une délibération
qui feroit prife à cet effet , comme acte de fatis
faction envers l'Abbé de Li ... , & le rembour
fement par la Communauté , des frais & dépens
faits par l'Abbé Li .... Tel fut l'ouvrage de
la follicitude de M. l'Evêque de ... Ce luccès
re fit qu'aigrir de plus en plus les efprits le
Comité fentit on indépendance bleffée , &.
s'oppola ouvertement à l'exécution de l'avis ar
bitral , & à la tranfcription ordonnée , & fit tous
fes efforts pour entrainer les fuffrages des autres
( 95 )
membres de l'affemblée , qui acquiefeerent cependant
à la décifion , fe plaignirent même de
n'avoir eu aucune connoiffance de l'affaire qui
avoit été poursuivie fans leur confentement , &
nonobftant les proteftations de plufieurs d'entre
eux , ils obferverent même & foutinrent que
les dépens devoient être fupportés par les feuls
moteurs de la conteftation. Cependant
neuf années s'étoient déja écoulées depuis l'admiffion
de l'Abbé Li ... dans la Communauté ,
fans qu'il eût pu parvenir à connoître les reve
nus , dont la diftribution fe faifoit arbitrairement.
Cet Abbé crut alors devoir porter fa ré
clamation dans les Tribunaux , & préfenta fa re-
.quête au Bailliage de ....le 15 Septembre
1783 ; il y dénonça les abus qui s'étoient introduits
dans la Communauté , & le refus obftiné
qu'on faifoit de rendre compte de la recette , &
il demandoit qu'attendu que les diftributions
qu'il avoit reçues étoient de beaucoup inférieures
à ce qui devoit lui revenir , la Communauté
fût tenue de lui faire perfonnellement railon
de l'excédant ; & enfin qu'il fût ordonné qu'à
.l'avenir les Bailes & Syndics de la Communauté
feroient obligés de tenir un regiftre journalier
de recette & dépenfe , & de rendre leur compte
à la fin de leur adminiſtration , qui ne devoit
durer qu'un an. C'eft cette demande qui a fervi
de prétexte à la réſolution la plus inconcevable
de la part du Comité , qui n'a pu pardonner à
cet Abbé d'avoir ofé élever la voix contre fes
entrepriſes , & d'avoir réclamé l'exécution de
l'article 2 de l'Edit de 1777, qui exclut les membre
de la Société des ci - devant Jéfuites de toutes
les fupériorités. Dans ces circonſtances ,•
on prétend que le fieur La.. de concert avec
le fieur B ... , a fait un placet infultant contre
96 )
le fieur Li.... qu'il a repréſenté dans et écrit
comme un homme inquiet , turbulent & même
dangereux , dont il étoit néceffaire de s'affurer ;
qu'il eft parvenu à furprendre la fignature de la.
majeure partie de la Communauté , & la religion
du Prélat dont il a été parlé ci- deffus ; &
qu'enfin ce placet a été préſenté au Gouvernement
; que l'Abbé Li ……….auroit été infailliblement
la victime de cette perfécution , s'il
n'eût été prévenu à propos , & fait paffer fa
juftification au Minifire , qui n'a voulu prendre
aucun parti avant de fe procurer des renfeignemens
pofitifs fur cette affaire. C'est donc à cette
Lageffe du Miniftre , qui ne fe décide qu'en trèsgrandeconnoiffance
de caufe , que l'Abbé Li ...
doit la liberté dont il jouit aujourd hui; mais il
a cru devoir rendre plainte de la diffamation
qu'on s'étoit permife contre lui . Cette plainte
n'avoit d'abord été rendue que vaguemens
contre des quidams ; mais les informations ayant
découvert les véritables auteurs , les fieurs La …..
& B... , ils ont été décretés d'affignés pour être
ouis : toutes les Parties ont interjeté appel de ces
décrets , & ont demandé l'évocation du principal.
Arrêt intervenu le 28 Juin 1786 , qui met
l'appellation & ce dont eft appel au néant ; émen-
-dant , évoquant le principal , & y faifant droit ,
fait défenſes aux fieurs La ... & B………. de récidiver
fous les peines de droit , les condamne
folidairement en 500 liv. de dommages & intérêts
qu'ils ne pourront répéter contre la Communauté
, & aux dépens des caufes principales ,
d'appel & demandes , qu'ils ne pourront égale
ment répéter , &c.
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 1 Novembre.
Ldéfense des intereffer dans les Loteries
E Magiftrat de cette ville a renouvellé la
quelconques , fous peine d'une amende dè
50so rixdalers , ou d'emprisonnement pour
chaque contraventioa,
L'Anniverfaire du Couronnement de
l'Impératrice de Ruffie a été célébré en
pompe à Pétersbourg , & fuivi d'une promotion
d'Officiers Généraux & de Cheva •
liers de différens Ordres. Le Prince Dolgorucki
, ancien Miniftre de l'Impératrice à
Berlin , a été nommé Confeiller intime avec
4000 roubles d'appointemens.
Suivant les dernieres lettres de Conftantinople
, le Capitan Pacha pourfuit heureufement
l'exécution de fes mefures en Egypte.
15000 hommes lui font arrivés de la Syrie ,
fous le commandement de deux Pachas à
No. 46 , 18 Novembre 1786 , e
( 98 )
trois quentes ; & avec ce renfort il a coupé
toutes les avenues de la Haute Egypte , où
les Beys rébelles fe font réfugiés. Il a veillé avec le même fuccès à la sûreté de la fameufe
Caravanne
de la Mecque. Une centaine de maifons ont été nouvellement
réduites en
cendres à Conftantinople
; mais cet incendie
n'avoit pas été prémédité
comme les
précédens.
Il est arrivé à Stockholm en 36 jours un Navire
de l'Ifle de S. Barthelemy , avec la nouvelle que
le Gouverneur d'Antigoa ayant fait part au Gouverneur
de l'Ifle Suédoife , que plufieurs criminels
s'étoient réfugiés à S. Barthelemy , depuis
que le Roi de Suede y a établi un port libre,
il les réclamoit conformément
à l'ufage conítant
entre les autres Puiffances qui ont des poffeffions
dans cette partie du monde. Comme le
Gouverneur de S. Barthelemy n'avoit point d'inftruction
fur ce point , il a cru devoir expédier
un navire en Europe , pour demander à ce fujet
les ordres du Roi.
DE BERLIN
>
le 31
Octobre.
Le 20 , le Roi a donné audience aux Envoiés
des Cours de Pétersbourg
, de Lon- drés & de Stockholm
; audience
dans laquelle
ils eurent l'honneur
de remettre à
Sa Maj, de nouvelles
lettres de créance .
Les Etats de Siléfie ont arrêté à l'occafion
de la preſtation des foi & hommage , de vêtir
50 pauvres filles de Breflau , & de les
doter chacune de cent rixdalers , lorſqu'elleş
le marieront ,
( 99 j
On apprend de Baruth , que le 6 de ce
mois , la Comteffe Sophie Louife de Solms-
Baruth , née Princeffe d'Anhalt- Bernbourg,
y eft morte dans la sse. année de fon âge.
En donnant l'ordre du jour le 26 , le Roi
a fait notifier au Militaire , que l'Empereur
ayant bien voulu lever la defenfe faite à fes
Officiers , il y a quelques années , de voyager
fans paffeport dans les Etats de Pruffe ,
il étoit libre aux Officiers Pruffiens de paffer
à leur gré , & felon l'exigence de leurs affaires
, dans les Etats de S. M. I.
Le 27 , S. M. eft partie pour Potsdam
avec toute fa fuite .
Les Etats du Royaume de Pruffe font
dans l'ufage d'offrir à leurs Souverains , lors
de leur avénement au Trône , un préfent de
100,000 florins. Si S. M. , à l'exemple du
Roi défunt , n'accepte pas ce don , les Etats
fe propofent de l'employer à ériger la Statue
équeftre du feu Roi en bronze , que l'on
pofera fur la place devant le château de
Berlin.
DE VIENNE , le 31 Octobre.
Le 21 , S. M. eft allée au-devant de Leur
Alt. Roy. l'Archiduc Ferdinand & fon époufe
, qui font arrivés ici le même jour. Le
Nonce du Pape , Mgr. Caprara , a fait fon
entrée folemnelle dans cette Capitale , & le
lendemain il eut fon audience publique de
'Empereur,
( 100 )
Ce Monarque vient d'ordonner d'établir
dans tous les Chapitres des Abbés Commendataires
, à mefure que les Abbés actuels
mourront , ou deviendront incapables de
vaquer à leurs fonctions . Voici le difpofitif
de l'Edit Impérial à ce fujet,
I. Les fujets qui prétendront à la dignité d'Abbé
Commendataire , doivent connoître en génénal
les principes économiques , & fur tout ces
branches d'économie qui ont un rapport direct
aux revenus des Chapitres pour lefquels ils feront
propofés leurs principes & leur conduite
feront fans reproches . D'ailleurs il eft ir différent
s'ils font du Clergé féculier , Chapitral cu régulier
cependant on ne pourra propofer pour la
dite Dignité aucun fujet qui foit membre du
Chapitre auquel il fera donné un Abbé Commendataire,
II. Les Abbés Commendataires géreront au
nom de la caifle de religion , & par conféquent
celui de l'Etat , les affaires économiques de leur
Chapitre , en obfervant les réglemens de l'Empereur
relatifs à cet objet ; ils maintiendront tous
les ordres émanés de l'autorité fouveraine : ils
veilleront aux affaires curiales des Chapitres
rendront compte aux Evêques Diocéfains de la
conduite & des talens des Membres des Chapitres
, & leur propoferont en cas de vacance
d'une Cure chapitrale , trois fujets que , conjointement
avec les Prieurs , ils auront jugé
aprs aux fonctions curiales. Dans le cas où
Ordinaire ne choiroit aucun des trois fujets
propofés , les Abbés Commendataires en informeront
le Gouvernement de la province ; aurefte,
ces Abbés vivront en bonne intelligence avec
jes Prieurs , & maintiendront la concorde entre
ces derniers & les Chanoines,
( ioi )
III. Les revenus des Abbés Commendataires
font fixés dans la baffe Autriche à 1000 florins
par an ; en outre ils feront logés , chauffés & éclai
rés , & ils jouiront d'autres petits émolumens
comeftibles & vin que les Chapitres leur four
niront. Les appointemens des Abbés dans les
autres provinces feront déterminés dans la même
proportion .
IV. Si un Abbé vient à mourir , ou s'il devenoit
incapable de continuer les fonctions
l'Evêque Diocéfain en informera le Gouverne
ment , & y joindra la lifte des Candidats pour
la place d'un Abbé Commendataire. Le Gouver◄
neur enverra ces pieces à la Cour , & les accompagnera
de fon avis . S. M. choifira enfuite
un fujet qui , fur les ordres du Gouvernement,
fera inftallé par le tribunal du Cercle où la Chapitre
eft fitué. L'inftallation confiftera dans la
préfentation de l'Abbé Commendataire an Pricuré
& au Chapitre , & dans l'exhortation faite
aux employés d'être foumis & obéiffans à l'Ab-
Comme les Abbés Commendataires
pourront être changés ou dépofés felon l'exigence
des circonftances , on ne doit rien entre
prendre qui puiffe leur affurer la poffeffion viagere
de leur place. La difcipline , & en
général les affaires fpirituelles du Chapitre fontréservées
au Prieur. L'Evêque exhortera le
Prieur , les Membres du Chapitre & les autres
perfonnes du Couvent , de vivre dans une bonne
intelligence avec l'Abbé Commendataire auquel
il fera remis un état exact de tous les objets
qui regardent l'adminiſtration temporelle du
Chapitre.
bé #
V. Les Abbés Commendataires remplaceront
les Abbés des Chapitres dans l'Affemblée des
Etats Provinciaux ; à l'avenir le Clergé dans ces
e 3
( 702 )
affemblées , confiftera dans les Evêques , les Di
gnitaires des Chapitres Cathédraux & les Abbés
Commendataires.
VI . Si l'Abbé Commendataire poffede un bénéfice
, il fera tenu de le réfigner.
VII. Les Prieurs feront confervés dans tous les
Chapitres ; ils feront élus par toute la Communauté.
L'élection fe fera en préfence de l'Ordinaire
ou de fon Commiffaire. Le nouveau
Prieur gardera fa place pendant trois années ;
ce terme révolu , il fera procédé à une nouvelle
élection ou l'ancien Prieur fera continué pendant
trois années. S'il arrivoit cependant des cas
où le changement du Prieur fût jugé néceffaire,
l'élection pourra fe faire plutôt.
On s'entretient ici généralement du mariage
infortuné de la fille aînée de M. de
Born , Confeiller de la Cour. Un Aventu
rier, qui fe difoit Comte Ragufain , s'introduifit
dans la maifon de M. de Born ; fa
conduite étoit irréprochable . Quelque tems
après il demanda Mademoiſelle de Born en
mariage , & produifit des titres de famille
qui paroiffoient valides . Le pere n'héfita pas
à lui accorder fa demande. Le mariage fe
conclut , & les nouveaux mariés partirent
pour Ragufe : mais en chemin le faux Comte
fe déguifa , il vola l'argent comptant & les
bijoux confidérables de fon époufe , & difparut.
DE FRANCFORT , le 6 Novembre.
La Garde - robe entiere de Frédéric - le(
103 )
Grand a été vendue 400 rixdalers , que
les Huffards de la Chambre ont partagé.
L'enthouſiafine a été fi loin , qu'on s'elt
battu en quelque forte pour avoir ces dépouilles
royales ; auffi les Juifs qui les
avoient achetés en gros les ont revendus en
détail, & en ont retiré plus de 4000 rixdalers.-
Il ne s'eft trouvé dans cette Garderobe que
onze chemiſes & cinq chemifettes :
1
Suivant ce qu'on apprend par un courier ,
arrivé de Conftantinople , la Ruffie a fait
demander à la Porte d'interpofer fon autorité
, pour engager les Tartares à ne pas fatiguer
les troupes Ruffes par des mouve
mens continuels. Ces mouvemens font fi
preffés , que l'Impératrice a été obligée d'entretenir
dans ces contrées 80 bataillons &
un Corps affez confidérable de Cavalerie.
Cette armée ne fe recrute qu'avec des frais
immenfes , attendu que les vivres , les recrues
& tous les inftrumens de guerre ne
peuvent y parvenir que par une route pénible
& longue ; cependant la Porte n'a ja
mais donné à cet égard de réponſe fatisfai
fante à la Ruffie , & la Cour de Pétersbourg
a demandé, dit- on , une autre médiation.
Le Docteur Bufching vient de publier en
ces termes une lettre , dont le contenu décide
le problême du voyage prochain de
l'Impératrice de Ruffie en Tauride , au
moins pour le moment.
e 4
( 104 )

בכ
» Les lettres que j'ai reçues de Pétersbourg
affurent pofitivement que le voyage
» de l'Impératrice dans la Tauride aura lieu
» au mois de Janvier prochain. S. M. fera
» dans un traîneau la route jufqu'à Kiof par,
» Smolensko & Mohilof. Elle y reftera
pendant le Carême , & s'embarquera en-
» fuite fur le Dnieper jufqu'à Cherfon . Dela
» S. M. fe rendra dans la Tauride , & re-
» viendra à Pétersbourg par Taganrok
Azof, Tfcherkask , Bachmut , Charkow ,
Kursk , Woronesh , Tula & Mofcow. Le
» voyage qui fera d'environ 714milles d'Al-
>> lemagne durera fix mois . On compte actuellement
à Cherfon une population de
210,000 habitans , fans le Militaire. Le Gé
» néral Feldt Maréchal Prince de Potemkin
» partira inceffamment pour fon Gouverne-
» ment de la Tauride ; il y fera les préparatifs
néceffaires pour la réception de l'Im-
» pératrice.
22.
גכ
On écrit de Neumarck , fur la Rott , à
6 lieues de Landshut , que des incendiaires
ayant mis le feu à un bâtiment, fept autres
maiſons & les édifices adjacens font devenus
la proie des flammes. Cinq perfonnes
& une infinité de beftiaux ont péri. Cinq
des incendiaires ont été arrêtés , & attendent
leur fupplice.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 22 Octobre.
D. Juan. Aut. de Oteyza a vilité fort en
( 105 )
1
détail les cavernes d'une montagne voifine.
de Torrecillado Cameros , dans la vieille,
Caftille . A fon retour il a publié une defcription
de ces fouterrains , dont voici le réfumé.
1º. Vers le milieu d'une montagne d'une certaine
hauteur fituée à l'extrémité de ce territoire ,
du côté d'Orient on voit quatre ouvertures , dont
la premiere eft très-grande , & la defcente fort elcarpée.
En entrant on trouve autour d'une colonne
, une grotte affez grande pour donner l'abri
à un troupeau de mille moutons , à quoi elle fert
aujourd'hui , malgré fon grand circuit elle eft affez..
claire , recevant de la lumiere par une autre ou
verture.
2°. Par un autre fentier fcabreux . hérifflé de
pierre de marbre noir , on gravit jufqu'au bord de
ce précipice , où fe trouve l'entrée d'une autre
grande caverne , dans laquelle le jour pénétre
jufqu'à cent pas . Delà on commence à appercevoir
dans l'obfcurité , différentes figures qui repréfentent
confulément certains objets. La premiere
reiſemble à un Religieux par la parfaite repréfentation
de la draperie , mais il y manque la tête ;
à côté fur un roc , eft une tête dont on ne peut
définir l'efpèce . A une grande diftance de cet endroit
, eft la vafte caverne , qui eft fi haute qu'on
ne peut diftinguer la voute avec la lumiere arti
ficielles cette voûte ainfi que les parois font char
gés de pétrifications groffiéres , très variées & for
mées par l'eau , lesquelles repréfentent une mul
titude d'animaux , d'infectes & de figures extraor →
dinaires , entrelacéis de toutes , fortes de plá →
cages.
3. Ayant monté par un talus étroit à une
autre embouchure , il apperçut que touto la
es
( 106 )
voûte reffembloit à un plafond. Jufqu'ici , ces
lieux ténébreux font encore affez tempérés
& la différence de l'air y eft peu fenfible en aucune
partie . De la premiere entrée jufqu'à l'embouchure
fufdite , il y a environ un quart de
lieue. En defcendant de là par une colline foutraine
chargée de rochers , on parvient à une
efpece de cabinet contigu à la grande caverne ;
il eft orné de ftalacliques qui répréfentent des
rideaux roulés & pliés .
Le pavé de ce cabinet eft auffi dur & auffi
luifant que le cristal : il eft incliné juſqu'à environ
la moitié de fa longueur , où l'on trouve une
petite foffe qui pourroit contenir environ ſeize
Pots , à moitié pleine d'une eau fuave & fi limpide
& cristaline qu'on ne peut la rendre trouble
en l'agitant. Le refte de la cavernera environ
une demi- lieue de longueur , & eft fort irréguliére
dans fa largeur. ) dhe
Whe
40. Il y a auffi une diverfité de pétrifications
parmi la grande variété de colonnes qui reffemblent
au cristal . Les principales de celles ci , qui
touchent à la voûte, font de 30 pieds de hauteur &
ent trois pieds & demi de diamètre , d'autres
de 6 , 12 & 15 pieds de hauteur & d'une groffeur
proportionnée , placées fans ordre , & ornées
d'une maniere extraordinaire ,
5 °. On fent tomber les gouttes d'eau que les
pierres diftilent , & qui , fe congelant , forment
par dégrès les colonnes qui s'élèvent à la voute
La plupart des cristallifations paroiffent au contraire
fe former en commençant par le haut ',
& quoique les couleurs n'en foient pas fort belles,
elles font très - varićes & imitent toute forte de
fruits confits , au plus haut dégré de perfection ;
de manière que pour être détrompé , il faut les
toucher. Une des criftallifations représente une
( 107 )
moitié de citron confit , fans qu'en la figure exté
rieure ni intérieure il y ait aucune différence du
naturel , mais bien au poids & à la denfité ; on
y voit toutes les fibres & la texture qui com,
pofent ordinairement ce fruit , avec les diverfes
couleurs d'un véritable citron .
Comme on voit , ce font là les accidens
qu'on retrouve dans toutes les cavernes
chargées de ftalactites,
GRANDE - BRETAGNE,
DE LONDRES , le 4 Novembre.
La Princeffe Amélie Sophie - Eléonore,
tante du Roi , & dernier refte immédiat de
la nombreufe famille de Georges II , eft
morte mardi foir à l'âge de foixante- quinze
ans. Cette Princeffe qui n'avoit jamais été
mariée , & qui , depuis long temps menoit
une vie fort retirée , laiffe de vifs regrets à
tous les malheureux à qui fa bienfaifance
rendoit des fecours . Elle n'étoit pas moins
chérie des perfonnes qui l'entouroient , le
Roi lui témoigna toujours beaucoup d'attachement
& même de confiance ; confiance
qui fervit de prétexte au bruit répandu que
la Princeffe fervoit d'intermédiaire entre Sa
Majefté & fon ancien Miniftre Mylord
Comte de Bute..
Elle étoit préoccupée de l'idée qu'elle furvivroit
peu au Roi de Pruffe , & qu'elle
mourroit au même âge que fon
pere , ce qui
e Gule
( 108 )
s'eft réalifé. Elle a rendu le dernier foupir
précisément le même jour de l'année qu'expira
fon frère, le Duc de Cumberland. Outre
quelques legs aux Dames & aux Officiers
de fa maifon , elle laiffe 4000 liv. fterl. à Lady
Elifabeth Waldegrave , & une fomme pareille
à Lady Caroline Waldegrave , filles de la
Ducheffe actuelle de Gloucester . Tous fes
autres biens , meubles & immeubles , font
légués au Landgrave de Heffe - Caffel & à fes
deux freres , comme fils de la Princeffe Marie
, foeur de S. A. R. qui vient de mourir .
Elle étoit immenfement riche ; Georges II
Jui laissa 60,000 liv. fterlings , & le Duc de
Cumberland , un legs très confidérable ; elle
fouiffoit d'une penfion fur la lifte
Civile , & fa
maifon fut toujours dans le plus grand ordre .
Cette mort fait gagner au Roi les 12,000 l
fterl. de penfion que la lifte civile payoit à
S. A. R.
I
3
Nous avons domé , il y a 15 jours , le
Précis très authentique ( article Paris ) du
Préambule & du Tarif du Traité de commerce
entre la France & la Grande -Bretagne .
Tous les Papiers Anglois viennent de préfenter
la teneur de la partie de ce Traité , refative
à la Navigation. Voici le contenu de
feur Extrait , en attendant que nous donnions
le Traité même d'une manière plus exacte .
"
Il y aura une réciprocité entiere & parfaite
de commerce & de navigation entre leurs fujets
refpectifs dans les Etats Européens des deux po
tentats , aux conditions dont il fera convenu ciaprès.
( 109 )
» Pour mieux rafermir à l'avenir cette bonne
intelligence , il eft convenu qu'en cas qu'il furvienne
dans la fuite une rupture entre les hauts
contra&ans laquelle rupture ne fera regardée
comme telle qu'après que leurs Ambaſſadeurs refpectifs
feront rappellés ) les fujets de chaque
royaumejouiront du privilege de refter & de commercer
dans les Etats de l'autre ; & il leur fera
accordé refpectivement un an pour le retirer avec
leurs effets , en cas que leur fortie foit jugée néceffaire
.
» Les fujets de S. M. Britanique & ceux du
Roi Très - Chrétien , n'agiront point directement
ni indirectement , d'une maniere hoftile les uns
contre les autres ; ils ne recevront point non plus
des commiffions d'aucune espece de la part des
puiffances qui pourroient être ennemies de l'une
ou de l'autre. Pour parvenir à ce but , il fera publié
des défenfes très - expreffès à ce fujet dans
tous les pays de chaque puiffance , portant les
punitions les plus feveres contre les délinquans ,
outre les indemnités à accorder aux parties léfées.
Aucune des deux puiflances n'accordera des lettres
de repréfailles , à moins qu'il n'y eût un dén
ou délai de juftice , & ce déni ou delai ne fera
confidéré comme fondé , que lorfque la requête
de la partie qui demande des lettres de repréfail
les fera connue du Miniftre qui agit pour la puiffance
contre les fujets de laquelle ces Lettres de
repréfailles font données ; afin que dans l'efpace
de quatre mois au plus , il puffle prouver qu'il
n'y a pas eu un tel déni ou délai , ou faire donner
l'indemnité requife.
Les fujets des deux royaumes auront l'entiere
liberté , fans aucune efpece de paffeport ,
d'entrer & de fortir dans tous les pays quelconques
des deux fouverains , fortifiés ou non , fitués
( 110 )
t
en Europpe , & d'y acheter tout ce qui pourra
leur être néceffaire , pour leur commodité ou
leur fubftance , pourvu qu'ils fe conforment aux
loix établies dans les deux pays .
K
"
Les fujets & navires de l'un ou de l'autre
pays , avec quelques par ies de leur cargaifon ,
non prohitées , que ce foit , auront la permif.
fion de s'approcher & d'entrer dans les ports ,
rivieres , villes , &c . de l'autre fitués en Europe
& y refter fans être gênés pour le tems de leur
féjour. Ils purront auffi mutuellement y réfider ,
acheter toutes les marchandifes qu'ils voudront,
foit des fabriquants , foit des Marchands . Ils pourront
aufli garder dans leurs magafins les marchendifes
apportées d'autres endroits , fans être obliengés
de les expofer en vente , dans une foire ,
ou marché public . Ils ne feront affujestis à aucun
droit , en confidération de ces privileges ,
excepté à ceux qui feront spécifiés dans ce
préfent traité , ou ceux auxquels les fujets
des deux puiffances feront eux - mêmes allujettis.
Ils auront refpectivement pleine & en
tiere liberté de fe retirer , eux , leurs familles
& leurs effets, ( après avoir payé les droits accoutumés
) par-tout où ils jugeront à propos . Il y
aura liberté entiere , quant à la religion , & il
fera accordé des lieux convenables de fépulture
pour les fujets d'un royaume , qui mourront dans
les territoires de l'autre , fans qu'on puiffe troubler
leurs funérailles ni leurs tombeaux . Toutes
les loix des royaumes refpectifs efteront en
force ; & feront mifes en exécution , relativement
au commerce ou à la navigation , excepté
dans ce qui fera ſpécifié du contraire dans
le préfent traité.
Afin que toute perfonne puiffe connoître
avec certitude les droits de douane , d'importa111
)
tion & d'exportation ci- deffus mentionnées ;
& pour prévenir toutes fortes de difficultés & de
difputes à ce fujet , les détails en feront affichés
publiquement dans toutes les cités & villes commerçantes
dans les Etats refpectifs des deux
puittances ; & tous les Officiers quelconques qui
demanderont ou recevront au - delà de ce qui eſt
fixé par ladite convention , reftitseront le furplus
à la partie qui l'aura donné , & feront punis
felon les loix en force dans les deux royaumes.
Les marchandifes ne feront point confifquées
ou infpectées , fous prétexte de fraude ,
défaut , ou imperfection de l'ouvrage , &c . mais
l'acheteur & le vendeur y fixeront le prix qu'ils
jugeront à propos.
Les marchandifes importées d'Angleterre
en France , par des fujets Britaniques , dont les
charretes , coffres , & c. ne payeront qu'un droit
felon le poids réel de ces marchandiſes , en en
déduifant le poids de l'emballage , ainfi que cela
a été pratiqué jufqu'ici en Angleterre .
Si le maître d'un navire , ou fon agent ,
commettoit une erreur en déclarant la cargaison,
le ravire ni la cargaifon ne feront point pour cela
fujets à être confi qués ; & les proprietaires des
marchandifes omifes dans la déclaration , auront
droit de les réclamer , en payant feulement les
droits accoutumés , pourvu qu'il n'y ait aucune
raifon de foupçonner de la fraude . Le marchand
ni le maître du navire , ne feront fujets à aucune
amende pour cette omiſſion , fi les marchandifes
omifes dans la déclaration n'ont pas été embarquées
avant que la déclaration fût faite .
Si l'une des deux puiffances venoit à établir
des prohibitions , ou à augmenter les droits d'importations
, fur les articles ou marchandiſes du
cru , ou des manufactures de l'autre , ces prohi(
m )
bitions & cette augmentation feroient générales,
& ne feroient point bornées aux fujets de l'une des
parties contractantes , mais elles auroient un effet
égal fur les fujets des nations Européennes les
plus favorifées ; & dans le cas où l'on révoqueroit
ces prohibitions , & où l'on diminueroit ces droits
en faveur de quelque nation Européenne , on
fuivra le même fyfteme général , excepté dans les
cas réservés dans ce traité .
» La capitation ( 1 ) que les fujets François
payent en Angleterre , & le droit appellé argent
du chef, que les fujets Anglois paient en France,
feront abolis dans les deux pays .
» Si l'une des deux puiffances jugeoit à propos
d'accorder des primes pour encourager l'exporta
tion des articles de fes manufactures , ou du produit
de fon fol , l'autte puiffance pourra ajouter
aux droits actuels mis fur les marchandiles im
portées dans les Etats un droit équivalent à ces
primes. Cette claufe n'affectera point les rabais
alloués fur l'exportation .
» Auffi-tôt que les loix néceffaires pour affurer
aux fujets de S. M. T. C. les avantages réciproques
de ce traité , pourront être paffées
dans la Grande - Bretagne , les fujets de S. M. B.
jouiront des mêmes avantages en France.
» Il en fera de même à l'égard de l'Irlande .
" Les navires de S. M. B. arrivant dans les
ports de France , foit de la Grande -Bretagne.
Toit d'Irlande ou d'autres poris étrangers , në
payeront ni fret , ni aucun autre droit temblable.
Les navires François feront pareillement exemp
(1 ) Les François ne payent aucune Capitation en Angleterre
, il faut qu'il fe foit gliffé ici quelque faute de l'Editeur.
( 113 )
tés , dans les Etats Britaniques , du droit de cinq
Schelings , ou autre femblable.
» Les corfaires qui ne font fujets d'aucune des
deux nations , ou qui feront ennemis de l'un ou
de l'autre , n'armeront point leurs vaiffeaux dans
les ports de l'un des deux royaumes , n'y difpoferont
point de leurs prifes , ni n'acheteront pas
plus de provifions qu'il ne leur en faut pour le
rendre au port le plus proche de leur pays.
» S'il furvenoit quelque difpure entre le capi
taine d'un navire & fon équipage , dans quelque
port que ce foit de l'une des deux puiffances , la
feule chofe que le Magiftrat pourra exiger de la
partie accufée , ce fera de l'obliger à donner à
l'accufateur une déclaration fignée dudit magiftrat
, par laquelle il s'engagera à comparoître
devant un magiftrat de fon propre pays , pour
répondre aux accufations portées contre lui ; &
cette formalité une fois remplie , il fera défendu
aux matelots d'abandonner , ou d'empêcher , par
aucun moyen , le capitaine de continuer fon
voyage.
Les négocians pourront tranfiger leurs affaires
, ou correſpondre par des lettres , dans la
langue qu'ils voudront. En cas de difpute , un
marchand fera obligé de produire tous les livres
en juſtice ,; mais il ne fera tenu à montrer que
ce qui fera néceffaire pour éclaircir l'affaire en
queſtion ; & lefdits livres ne pourront être tirés des
mains des propriétaires que dans les cas de banqueroute.
Les fujets Britaniques ne feront obligés
de fe fervir de papier timbré que pour leurs
journaux ; ce que devront obferver toutes les
perfonnes qui commerceront avec la France
parce qu'en cas de procès , ces journaux feront
for , après toutefois avoir été atteftés ou endoffés
gratis par le juge . :

( 114 )
?
Tous les négocians , capitaines de navires .,
& autres fujets Britanniques qui fe trouveront
dans les Etats Européeens de S. M. B. pourront
faire leurs affaires par eux- mêmes , ou par telles
perfonnes qu'ils jugeront à propos d'employer ,
fans être obligés de fe fervir d'un interprête ,
ou courrier. Les maîtres de navires , foit à Bordeaux
foit dans tout autre port quelconque
pourront décharger leurs navires , foit par euxmêmes
, foit par les perfonnes qu'il leur plaira
choifir , fans être tenus de fe fervir de ceux qui
font nommés par autorité publique. Ils ne feront
pas non plus obligés de décharger les marchandifes
dans d'autres navires , ni d'en prendre dans
les leurs , ni d'attendre pour leur chargement
plus long- temps qu'ils ne jugeront à propos ; bien
entendu que les fujets François jouiront des
mêmes avantages dans les Etats Européens de
S. M. B.
" Les navires de l'une des deux puiffances , qui
étant chargés feront forcés par le gros tems d'entrer
dans les ports de l'autre , ou de prendre terre
, ne feront point obligés à décharger , ou à
payer aucun droit , à moins que ce ne foit volontairement.
Ils pourront cependant ( après en
avoir préalablement obtenu la permiffion de l'officier
préposé pour cela ) vendre telle partie de
leur chargement qui pourra être néceffaire pour
payer les frais d'approvifionnement ou de radoub
, & ne payer des droits que pour ce qui
fera vendu .
» Il fera permis aux navires de l'une des deux
puiflances de faire voile pour les ports ou lieux
de celles qui pourront être en guerre avec l'autre,
ou d'en fortir fans être inquiétés en aucune
maniere , & fans qu'on faffe aucune diftin& ion ni
enquête pour favoir quels font les propriétaires
( 175 )
des marchandifes qu'ils portent ; fans qu'on s'embarraffe
fi ces navires font deftinés pour les ports
de cet ennemi , ou s'ils en viennent , & fi lefdits
navires font chargés dans un port dudit ennemi ,
pour aller dans un autre, Tous les articles trouvés
à bord des navires qui appartiennent aux fujets
des puiffances refpectives , doivent être regardés
comme libres , quand même tout le chargement
, ou une partie appartiendroit aux ennemis
des parties contractantes ( à l'exception des articles
de contrebande ) & quand même ce chargement
feroit deſtiné à fecourir leurs ennemis.
Les perfonnes à bord des navires libres , quoiqu'ennemies
des deux puiffances , ou de l'une
d'entr'elles , jouiront de la même liberté , à moins
que ce ne fût des foldats .
Toutes les marchandifes qui ne font pas de
Contrebande jouiront de la même liberté de commerce
& de navigation.
ce Tous les uftenfiles de guerre , de quelqu'el
pece qu'ils foient , feront regardés comme de
contrebande.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Cromwel , dit un des Papiers de l'Oppofition
, dépenfoit fort peu de chole en Miniftres
dans l'étranger , & il étoit parfaitement
fervi. Sous la Reine Anne , cet article
ne montoit pas à plus de 40,000 liv . ftert.
par an; il fut porté à 50,000 liv . fterl . par
Mylord Chatam , dont le fils aujourd'hui ,
par efprit d'économie , diflipe annuellement
101,000 liv , fterl . pour cet objet.
Les principaux planteurs & négocians ,
intéreffés dans le commerce des ifles , ont
( 116 )
déjà tenu quelques comités pour confidérer
les fuites probables de la réduction du droit
fur les eaux de vie de France , & s'il n'eft
pas à craindre que cette faveur ne diminue la
confommation du Rum. On a nommé des
députés pour en conférer avec le Miniftre ,
& dans le cas où M. Pitt rejette oit les propofitions
qui doivent lui être faites , on convoqueroit
une affemblée générale des perfonnes
intéreffées au commerce des ifles j
pour prendre cette affaire en conſidération .
L'expédition projettée à la bale Botannique
n'aura pas befoin d'être approuvée par le
Parlement. Le bill qui a paffé à la derniere
Seffion , autorife les Miniftres à choisir un
lieu d'exil quelconque pour les criminels, au
delà des mers. En conféquence , on préfume
que les tranfports armés pour cette expédition
, partiront à la fin de Novembre.
On a réglé qu'il y auroit dans la colonie
douze femmes pour chaque compagnie de
quarante hommes. Les Officiers n'emmeneront
point leurs femmes. Comme il y
en a très peu parmi les criminels condamnés
à la tranſportation , le Gouvernement
, dit - on , a deſtiné un vaisseau qui
touchera à l'ifle d'Otahiti , & y prendra un
certain nombre de femmes.
-

M. Copley, l'un de nos plus célebres Peintres,
a choifi, pour fujet d'un de fes tableaux,
le moment où Charles I. demande à l'Orateur
de la Chambre des Communes qu'on ait à
( 157 )
lui livrer plufieurs membres du Parlement.
L'Orateur répondit au Roi : « Sire , je n'ai
» rien à répondre à votre Majefté , que ce
» qui me fera dicté parla Chambre, à laquelle
» mon devoir eft d'obéir. » Tous les membres
s'étant alors écriés , nos privileges ! nos
privileges ! le Roi fe retira . Le peuple témoigna
la même fermeté ; & le Roi entendit
répéter de toutes parts . O Ifraël courez aux
armes ! Ce fujet hiftorique & national intéreffera
généralement.
La gazette de Calcutta , du 2 février 1726 ,
contient les détails fuivans : Des avis de Rombay
, en date du 8 décembre , nous apprennent
que 2 bâtimens nommés le Cook & l'Aventure
ont mis à la voile pour la côte N. E. de l'Amérique
dont le Capitaine Cook a pris la hauteur
dans fa dernère expédition . Ces Batimens ont à
bord grand nombre d'officiers & de volontaires ;
leurs équipages font compofés d'Européens qui
font bien armés. Le gouvernement de Bombay
leur a procuré tous les fecours dont ils avoient
befoin : il leur a fourni des ouvriers , des pieces
d'artillerie , & plufieurs autres articles qu'ils n'auroient
pas pu fe procurer autrement . Le but de
ce voyage eft l'achat de pelleteries pour les marchés
de la Chine. La cargaifon de ces bâtimens eft
compofée de divers articles , à la vérité de peu de
valeur , mais analogues aux goût des naturals ;
on s'eft conformé , dans le choix de ces objets
d'échanges , aux renfeignemens donnés par le
Capitaine Cook. Ces bâtimens toucheront à
quelques ports fitués à l'eft pour y prendre
des rafraichifemens. Ils feront leur retour en
Chine , où is prendront une cargaison pour
'Inde ».
( 118 )
Le numéraire introduit en Angleterre ,
dans le cours de cette année , s'éleve , d'après
le calcul fort arbitraire de nos Périodiftes
, à la fomme de 1,500,000 liv. fterl.
en or , & de 800,000 liv. en argent . Ils ef
perent de plus , qu'avant l'année révolue ,
l'introduction de ces métaux précieux fera
portée à trois millions fterl.; la plus grande
partie des 6 millions de piaftres arrivés dernierement
à Cadix fur les vaiffeaux de regiftre
, devant être verfée en Angleterre .
Samedi dernier , le Major Scott fut volé
avec beaucoup d'aménité près de Bromley ,
par trois Gentlemen's à cheval. L'un d'eux
alla au poftillon , & lui enfonça fon chapeau
fur les yeux , en le menaçant de lui brûler
la cervelle s'il regardoit ce qui alloit fe paffer.
Les deux autres s'approcherent de la chaife ,
poferent un piftolet de poche fur chacune
des portieres , & demanderent poliment fa
bourfe au voyageur, Le Major leur donna
une guinée et demie & quelques fchellings ;
enfuite , ils exigerent fa montre qu'il affirma
avoir laiffée chez lui ; pour s'en affurer , l'un
d'eux entra dans la voiture , la vifita , referma
la portiere , en faluant M. Scott , & en
lui fouhaitant un bon voyage.
M. Thomas Percival a publié dans les Mémoires
de la Société philofophique de Manchefter
, le récit fuivant des fouffrances d'un
Ouvrier , confiné plus de fept jours fans alimens
, & expofé à la vapeur méphytique ,
( 119 )
dans une mine de charbon de terre , aux en
virons de Mancheſter.
Un Samedi 4 Décembre 1784 , fur les 8 heures
du matin , Thomas Travis , Charbonnier , âgé de
27 ans , defcendit dans une mine de 90 verges de
profondeur, à Hurft ; d'autres ouvriers fe préparerent
à le fuivre, mais à peine eut - il atteint le fond
que les parois du puits s'écroulerent & que toute
communication avec l'air extérieur lui fut doupée
. La quantité de terre effondrée étoit fi confidérable,
qu'il fallut 8 jours pour la déblayer , & le
jeudi , quand on eut réuffi à s'ouvrir un paffage , la
vapeur le trouva d'une telle malignité , qu'elle
empêcha, pour quelque tems , qui que ce fut , de
s'avanturer à defcendre. Le vendredi , quelques
hommes entrerent dans la mine ; mais ne trouvant
pas Travis , ils conjecturerent qu'il avoit effayé de
fe frayer un paffage jufques à un autre puits, affez
peu éloigné. Ils le fuivirent donc à la trace de fes
travaux , & le famedi , fur les 4 heures après - midi ,
ils l'entendirent implorer leur prompte affiftance.
Quand ils furent parvenus jufqu'à lui , ils le trouverent
couché fur leventre ; il levoit bien la tête ,
regardoit les affiftans & s'adreffoit à chacun , en
l'appellant par fon nom ; mais les yeux étoient fi
enflés & lui fortoient de la tête , au point que cet
air hagard leur parut hideux & qu'ils obtinrent de
lui qu'on couvrit fa tête d'un mouchoir , fous
prétexte que le grand jour pourroit lui faire mal .
On lui mit de l'alkali volatil fous le nez ; il ne
tarda pas à fe plaindre du mouchoir & à demander
qu'on le lui ôat ; on eût la complaifance de fe
prêter à ce qu'il defiroit , nonobftant une jufte répugnance.
Mais les yeux étoient tellement rentrés
dans fon orbite , qu'il ne pouvoit diftinguer
la chandelle , quoiqu'on la préſentât directement
( 120 )
devant lui, & qu'il n'apperçut plus aucune lueur.
Il demanda quelque chofe à boire , on lui don a
de l'eau de gruau qu'on avoit eu la précaution
d'apporter ; il en prit une cuillerée à bouche , de
quart d'heure en quart d'heure. Quand on l'approcha
, fes pieds & fes mains étient extrêmement
froids , & on ne fentoit pas le pouls ; mais
après avoir pris du gruau & refpiré le fel volatil ,
la pulfation de l'artère devint fenfible & le pouls
s'éleva , quand on le déshabilla pour le couvrir de
Couverture de laine. Il fe plaignit de douleurs à
la tête , dans les membres , & d'avoir , pour ainfi
dire , le dos brifé. Deux hommes fe coucherent à
fes côtés pour lui communiquer de la chaleur . Il
mit fes mains dans leur fein & témoign que cela
lui faifoit du bien. Il dormit même à peu près
tout le tems qu'on ne l'éveilloit pas pour prendre
de la nourriture. Il refta quelques heures dans cette
fituation , jufqu'à ce qu'on cût tracé un chemin
pour le faire fortir du puits. Tandis qu'on le portoit
, il lui prit envie de faire de l'eau & d'aller à
la felle ; mais il ne s'en trouva pas la force.
On le tranfporta chez lui le Dimanche à une
heure du matin ; il fut mis au lit , bien couvert
& nourri de bouillon ; mais fon extreme
foibleffe le rendit infenfible au plaifir de prendre
des alimens. Il continua à s'affoupir & à
dormir : quoique fon pouls parût d'abord reprene
dre de la vigueur , il s'affaiffa fur les cinq heures
; alors il averit les affiffans que fa fin approchoit
, & expira en effet fans agonie en
quelques minutes. Fraris étoit aftlimatique depuis
plufieurs années : on remarqua pourtant que
fa refpiration étoit claire & facile dans ces malheureufes
circonftances . H conferva le fentiment
jufqu'à la mort , mais fans idée du tems paffe
dans la mine ; car quand on le queflionnoit fur ce
point ,
( 121 )
point , il ne l'eftimoit qu'à deux jours , qui ,
ajoutoit il , lui avoient paru fort longs .
FRANCE .
DE FONTAINEBLEAU , le 8 Novembre.
Le 1er. de ce mois , fête de la Touffaints
Leurs Majeftés & la Famille Royale affifterent
, dans la Chapelle du Château , à la
grand'Meffe chantée par la Mufique du Roi,
& célébrée par l'Evêque de Gap . La Ducheffe
de Caylus y fit la quête . L'après- midi,
le Roi & la Famille Royale , après avoir entendu
le Sermon prononcé par l'Abbé Seconds
, affifterent aux Vêpres & au Salut .
Leurs Majeftés fouperent , ce jour , à leur
grand couvert .
Le mêmejour, le Vicomte de Vibraye, Miniftre
plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Saxe , & le Comte d'Ornano , Commiffaire
du Roi pour la fixation des limites des
Pyrénées, de retour par congé, ont eu l'honneur
, à leur arrivée ici , d'être préfentés à Sa
Majefté par le Comte de Vergennes , Chef
du Confeil royal des finances , Miniftre &
Secretaire d'Etat ayant le département des
Affaires étrangeres.
Le fieur de la Chapelle a eu , le 2 , l'honneur
de faire fes remercîmens au Roi pour
la charge de Commiffai e général de fa Maifon
, dont Sa Majeſté l'a pourvu.
Les de ce mois , le Comte d . Salmour,
No. 46 , 18 Novembre 1786. f
( 122 )
Miniftre plénipotentiaire de l'Electeur de
Saxe , a eu une audience particuliere du
Roi , pendant laquelle il a remis fa lettre de
créance à Sa Majefté : il a été conduit à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine
& de la Famille Royale , par le fieur de la
Garenne , Introducteur des Ambaffadeurs;
le fieur de Séqueville , Secretaire ordinaire
du Roi , pour la conduite des Ambaſſadeurs ,
précédoit.
Leurs Majeftés & Ja Famille Royale ont
figné le contrat de mariage du Marquis de
Grammont , avec Demoifelle de Noailles.
DE PARIS , le 14 Novembre,
On écrit de Breft , en date du 30 Octobre,
que les divifions deftinées pour la Martinique
ou pour St, Domingue , ont mis à la
voile le 26 , & qu'on y attendcit M. de
Flotte , qui doit monter la frégate la Junon ,
& commander la divifion deſtinée pour la
côte d'Afrique. Il paroît décidé que M. St.
Rivel , qui doit paffer dans l'Inde , ne partira
pas avant le mois de Janvier. Les gaba
res qui font allées à Riga , & qui en rappor
tent des mâtures & autres effets propres à
la conftruction , font attendues inceffamment.
L'ouverture des Etats de Bretagne s'eſt
faite le 23 d'Octobre.
Le 25 MM. les Commiffaires du Roi
font entrés dans l'Affemblée , pour y faire
( 123 )
la demande du don gratuit . Le difcours que
M. l'Intendant y a prononcé a fair la plus
grande fenation, Les Commiffaires étant
fortis , les Etats fe font divités pour délibí.
rer par Ordres , dans leurs Chambres respectives
, fur la demande qui leur étoit faire , &
ils ont accordé fur le champ le don gratuit ;
ce qui ne fe pratique pas toujours de même
dans ces Etats .
Le lendemain , les Etats delibérerent de
demander à MM. les Commiffaires du Roi
les difcours qu'ils avoient prononcés , pour
être dépofés dans leur greffe . Voici quel- .
ques fragmens de celui de M. l'Intendant.
Dans une année de calamité pareille à celle
qui vient d'affliger cette Province , il eût été fans
doute bien faci faifant pour mon coeur , de partager
mes feins entre l'amélioration des différentes
parties de l'adminiftration qui m'eft confiée , & le
foulagement de la mifère publique . Tel éroit
auffi le p'an que j'avois formé , & dont j'aurois
ofé attendre quelques fuccès dans des circonftances
moins fâcheules ; mais mon temps , mes
foins & toute la vigilance dont j'étois capable ,
étoient dus aux habitans des campagnes menacés
des fléaux les plus terribles . Vous avez VII
MESSIEURS , le Cultivateur puité , rédu´t à
abandoonnnner fes travaux , le Peuple qui na que
des bras , toucher au moment cù es bras lui
feroient inutiles ; mais vous avez vu ani le
meilleur des Rois , ou plutôt le plus tendre des
peres , préfènt par- tout aux befoins de fes Puples
, plus préfent encore aux befoins de la
Betagne , y verfer des fecours avec une profufion
qu'il se connoît que pour foulager les malheureux.
f 2
( 124 )
Il étoit de fa fageffe que ces fecours excitaffent
l'induſtrie ; qu'ils devinffent l'aliment
du travail ; que donnés une fois ils fe reproduififfent
encore , & circulaffent long - temps
fans fe confumer. J'ai tâché de remplir ce plan
de bienfaifance & d'humanité ; mais fi les fommes
dont j'ai eu à difpoter ont été réparties en proportion
des befoins & des reffources refpectives
de chaque canton , c'est au zèle de la Commif
fion Intermédiaire , & à l'exactitude des éclairciffemers
qu'elle a bien voulu me donner , que
les pauvres en ont l'obligation ; & fi ces fecours
, malgré leur abondance , ont été infuffifans
dans quelque partie de la Province , c'eft
à la fage prévoyance du Parlement qu'appar
tient la gloire d'y avoir ponrvu de la manière
la plus efficace , en faifant plier les règles ordinaires
fous la loi fuprême du falut public , pour autorifer
les paroiffes à employer au foulagement
de leurs pauvres , une partie des revenus des
fabriques , qu'une pareille deftination a rendus
encore plus facrés.
9
Ces Canaux deftinés à unir les deux mers , à
porter la fécondité & la vie dans des contrées
incultes & abandonnées à épargner au commerce
les lenteurs & les dangers d'une longue
avigation , à donner enfin à la ville de Rennes ,
le rang & l'exiftence que doit avoir la Capitale
d'une grande Province : ces Canaux ,
dont tant de motifs follicitent la continuation
, appelleront fans doute vos premiers re
gards.
Ces landes arides , ces vaftes déferts qui dèfhonorent
Pintérieur de la Bretagne , & calomnient
le caractère de fes habitans ; qui offrent ,
à côté de la richeffe & du luxe , le tableau de
la mifere la plus profonde & de la dépopulation
( 125 )
vous préparerez , MESSIEURS , par la fageffe de
de vos vues , la Loi bienfaifante qui doit les
faire difparoître ; cette Loi que follicite l'intérêt
des propriétaires autant que l'intérêt des
pauvres , & que depuis long-temps , l'ame paternelle
du Roi regrette de n'avoir pu donner
encore aux befoins de fa Province.
Ces routes fi fouvent arrofées de la fueur des
malheureux , & trop accoutumées à entendre
leurs plaintes & leurs gémiffemens , vous trouverez
le moyen de les exécuter d'une maniere
qui ne réveille que la reconnoiffance des
infortunés , condamnés à en être les artifans .
Quand tout le refte du Royaume va être affranchi
d'un régime qui péfe prefque tout entier
fur le pauvre , qui énerve l'agriculture , & confume
les inftrumiens de fes travaux , la Province
, où les droits de l'humanité font le mieux
connus , ne reftera pas feule flétrie par le fléan
injufte & deftructeur de la corvée. Il feroit poffible
que la forme que le Roi a jugé à propos
d'y fubftituer , n'eût pas en Bretagne le fuccès
qu'elle a eu dans les Provinces où elle a déjà
été établie , & que vous parviniez au même
but par des moyens plus avantageux & plus
analogues à votre conftitution. Tel eft fans doute
le motif qui a déterminé Sa Majefté à difpenfer
provifoirement les Pays d'Etats , de l'exécution
de cette nouvelle Loi , & à laiffer fubfifter jufqu'à
nouvel ordre , le régime qui y eft obfervé ;
mais fi votre juftice & votre humanité exigent
que vous vous occupiez , avec autant d'activité
que de zèle , d'un objet auffi important , je n'ai
pas befoin de vous dire qu'il eft de votre gloire ,
Meffieurs , de n'attendre , ni une déciſion , ni un
exemple , que vous êtes faits pour donner.
Je ne craindrai point de vous montrer aujour
£ 3
( 126 )
'hui ce Dépôt de Mendicité , autrefois l'objet de
vos plaintes , épuré maintenant des abus que lui
reprochoit votre zèle , & devenu principalement
l'afyle de ces hommes avilis par la misère & l'ofveté
, qu'on tâche de rendre à l'habitude du travail
& de la vertu ; ou de ces êtres infortunés , qui
en perdant la raifon , ont eu le malheur de conferver
la vie , & dont l'état humiliant excite autant
d'horreur que de pitié.
Vous avez déjà reconau , Meffieurs , combien
il étoit important d'arrêter le cours des
ravages ou plutôt des affaffinats que commet--
toient dans les Campagnes ces prétendues Sages-
Femmes , dont l'inexpérience & la temérité,
ajoutant aux douleurs de la nature , détruifoient
fouvent fon ouvrage & l'efpérance des généra
tions à venir. Les cours d'accouchemens que vous ,
avez établis , ont diminué fans doute l'étendue du
mal ; mais il eft encore immenfe."
Pourrois -je enfin , Meffieurs , ne pas intéreffer
votre fenfibilité , non - feulement on faveur de ces
femmes indigentes & venusafes , qui n'ont trouvé
dans une union légitimae que les fruits amers da
libertinage , mais encore en faveur de celles qui ,
condamnées par la mifère à vendre les droits de
la maternité , & à trafiquer d'un lait deftiné à'
ncurrir leurs propres enfans , ne recueillent de
leurs foins & de cet échange funefte , que le
germe d'une maladie hontenfe qui les conduit à
la mort , parce qu'elles n'ont pas mérité d'être
reçues au Dépôt de Mendicité , qui malheureufement
eft le feul établiffement public dans la Pro..
vince où ces maladies foient traitées .
Lettre au Rédacteur.
Monfieur , l'article relatif aux Spectacles " de
Fontainebleau dans votre N°. 45 , & que vous
( 127 )
annoncez vous avoir été envoyé , comme ne vous
lant pas en répondre , n'eft en effe : nullement
exact , en ce qui concerne l'Opéra d'Evélina de M.
Sacchini. Ony dit » qu'il a laiffé en mourant quel
→ ques morceaux non achevés de cet Ouvrage , ce
qui donneroit à entendre que chaque morceau
qu'il a fait n'eft pas même achevé. Il est trèsimportant
de ne pas laiffer fubfifter cette erreur.La
vérité eft que les deux premiers actes & la moitié
du troifieme font completrement finis ; qu'il ne
refte que trois morceaux à faire , & encore de
ces trois , il y a un quatuor qu'il avoit luimême
défigné dans fa mufique déja faite , pour
terminer cet Opéra , comme il a terminé celui
de Chimene par un quaruor qui , tout parodié
qu'il eft , n'a pas nu au fuccès de l'Ouvrage,
J'ignore fi M. Piccinni eft chargé de finir cet
Opéra , ou fi on en laiflera le foin à M. Rey,
ainfi que Sacchini lui même l'en a pris en mou- ,
rant , comme connoiffant parfaitement fes intentions.
Celle de M. Rey étoit de completter .
cet Opéra avec de la mufique de l'Auteur même
, afin d'éviter toute difparate .
Je ne dirai rien , Monfieur , du compte que
Vous rend votre Correfpondant de l'Opéra de
Phedre , ni des réflexions qu'il y a fuggérées ,
quoiqu'il y eût beaucoup à répondre ; je me borne
à ce qui intéreffe tous les amis de Sacchini ,
à l'ouvrage duquel cette fauffe notice pourroit
faire beaucoup de tort. C'est pour y remédier
que je vous prie , Monfieur , d'inférer ma lettre
dans votre prochain N°,
J'ai l'honneur d'être , & c .
Lundi 6 , il s'eft paffé un événement tragique
, rue S. Honoré , à la porte de l'Hôtel
d'Angleterre , près du Palais Royal. Un
f4
( 128 )
Particulier eft allé demanderun Joueur , avec
lequel il avoit précédemment eu une rixe ,
& l'a obligé de mettre l'épée à la main , dans
la cour de l'hôtel. L'aggreffeur ayant reçu
plufieurs bleffures au vifage , a porté un
coup mortel dans le coeur de fon Adverfaire
, qui eft tombé roide mort . L'autre a fui
dans une maiſon voifine , où il eft gardé à
vue , & il a été fait procès- verbal de l'état
du cadavre.
On raconte en ce moment une anecdote
d'un autre genre. La femaine derniere un
porteur d'argent , homme honnête & de
confiance , ayant à tranfporter 8 faccoches
de 12000 liv. chacune , au bout de là chauf
fée d'Antin , les chargea fur une charrette
qu'il accompagna , fans la perdre de vue .
Arrivé à fa deftination , il n'en trouva que
fept. Son état dépendoit de fon exactitude ;
cette perte le défefpéroit : mais comine il
étoit honnête , il avoit des amis ; il raffembla
en peu de jours prefque toute la fomme
perdue. Le fecond jour , un de fes camarades
étant entré chez un Marchand de vin ,
à la chauffée d'Antin , y apprit qu'un garçon
Boucher avoit trouvé dans la rue une faccoche
de 12000 liv. qu'il avoit déposée
chez le Cabaretier , pour qu'on en cherchât
le propriétaire. L'ami vola chez le porteur
d'argent ; on appella le boucher qui confirma
fa dépofition , & à qui on donna. 25
louis de récompenfe.
( 129 )
Un Eccléfiaftique , demeurant à la campagne
, & qui fait avec beaucoup d'application
des expériences , relatives à la culture
des arbres , croit avoir trouvé enfin en
moyen fimple & très peu difpendieux pour
préferver les abricotiers , les pêchers & autres
arbres , tant en efpalier qu'en plein
vent , des gelées de l'hiver & des frimats du
printemps. Ce moyen fupplée aux paillaffons
dont il évite les inconvéniens & les
foins multipliés qu'ils exigent. M. l'Abbé
Poinfot, Curé de Chemilly , près Chablis ,
Auteur de cette découverte , fe fera un plaifir
de communiquer fa méthode à ceux qui
s'adreferont directement à lui , en affranchiflant
les lettres,
PAYS- BAS,
DE BRUXELLES , le 9 Novembre,
Un Anglois de diftinction vient de nous
adreffer la Lettre fuivante , au fujet des deux
différentes repréfentations de Richard Cus
de Lion , traduit , ou défiguré à Londres.
Monfieur , on vient de rendre compte dans
une Feuille publique de Paris , d'une manière
auffi inexacte qu'extraordinaire , de l'adoption
qu'ont fait nos Théatres de la charmante piece
de MM. Sédaine & Gretry , intitulée Richard
Coeur de lion . Je ne releverai pas ici l'apostrophe
du voyageur qui , à l'inſtant où la Grande - Bretagne
entiere & de Gibraltar aux Orcades , vient
de témoigner fon enthouſiaſme & ſon attachement
£ s.
( 130 )
pour la perfonne de Georges III , nous accufe
de ne pas favoir aimer nos Rois Richard a été..
joué & l'eft encore fur les deux grands th'atres.
de Covent Garden & Drurylane. Le Directeur du
premier a gâté l'ouvrage pour le rendre
conforme à l'étiquette : il n'ofoit en faire
un Opéra Comique ; parce que nos Opéras- Comiques
font prefque entiérement chantans , & tombent
la plupart dans la bouffonnerie. Pour le
tirer d'embarras , il a imaginé des épisodes burlefques
qui privent la piece d'une partie de fon
intérêt , & il y a ajouté différens airs des meilleurs
maîtres ; airs fans lequels un Opéra nous
paroît monflrueux. Celui de Richard Cour de
lion pouvoit fe paffer de ce luxe de mufique
comme on s'en eft paffé à Drurylane ; mais il
n'eft nullement vrai que l'Ouvrage de Covent-
Garden ait été filé , ainfi que l'affirme le Voya
geur cité plus haut. Richard Coeur de lion travefti
en eft aujourd'hui la feconde repréſentation ;
toutes ont attiré le plus grand concours de
fpectateurs.
+
2
La même affluence eft à Drurylane , où MM.
Sédaine & Gretry ont paru dans leur intégrité.
On en eft à la onzieme repréſentation ; & files
fpectateurs le partagent entre les deux théatres,
il n'en eft pas moins vrai , à mon avis , que le
fentiment & la raifon devroient les réunir à
Drurylane ; mais comme nous avons ici toute
autre chose à faire que de difputer des goûts ,
nous laiffons paisiblement à chacun le fien.
Covent-Garden a fubftitué au rôle de la Comeffe
de Flandres , celui de la véritable épouse
de notre valeureux Richard , Berengere , Reine de
Navarre qu'il époufa , je crois , dans l'Ile de
Chypre. Drurylane qui n'a pas ofé nommer fa
piece , Comédie ou Opéra , l'a intitulée Romance
( 131 )
en
Hiftorique , & c'eft fous ce titre qu'elle eft imprimée.
Il s'eft permis un changement qui n'at
pas nui à l'intérêt . C'eft Matilde & non Blondel
qui , fous l'habit de Troubadour , va chercher
fon amant & le découvre dans fa priſon
chantant la romance qu'elle accompagne d'un
théorbe antique. Ce rôle a été parfaitement rendu
par Miftrifs Jordan , Actrice favorifée du
public. Le moment où le Roi eft délivré par
Blondel des trois foldats qui l'entourent , a été
rendu de la maniere la plus fublime par M.
Kemble , frere de la fameufe Miftris Siddons.
Les Directeurs de Drurylane n'ont rien épargné
pour la pompe & la magnificence du spectacle .
Les habillemens font parfaitement fidèles au
coftume du douxieme fiecle , & les décorations
ont fait le plus grand honneur à M. Grenwood ,
Peintre de ce théatre. Les Directeurs ont de
grandes obligations à M. le Texier , François
domicilié ici depuis quelques années , homme
de goût , & dont les foins & les confeils ont
puillamment aidé à affurer le fuccès de l'Ouvrage.
Le Chevalier W. L..... N.
Baris le 6 Novembre 1786 .
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres .
Le 24 de ce mois , les Députés de la ville
d'Amfterdam ont porté à l'affemblée des
Etats de Hollande une propofition qui a
pour objet les trois points fuivans :
1°. Que Leurs Nobles & Grandes- Puiffances
s'employen t pour engager la ville d'Utrecht à
accepter la médiation offerte par les Confédérés ,
& nomment une Commiffion , de concert avee
£ 6
( 132 )
les autres Membres de l'Union , pour concilier
les différends qui ont éclaté dans cette province :
2. Qu'il foit établi une feconde Commiffion
tirée des provinces refpectives , qui s'occupera
du rétabliſſement de la tranquillité intérieure
& de la confiance entre les Confédérés
3°. Que pour prévenir toute intervention étrangère
, il y ait une troisième Commiffion chargée
de difcuter les bornes de la Puiffance exécutrice ,
& les prérogatives du Stadhouder , comme Capitaine
& Amiral général , afin de convenir enfuite
d'un nouveau plan qui fixe fur une bafe
folide , tout ce qui eft relatif aux fonctions , obligations
& prérogatives de cet emploi éminent
d'une maniere conforme à la dignité du Souverain,
au maintien de la liberté & au bien - être général
de la République . Gaz. d'Utrecht , du Bas-
Rhin , n°. 88 .
Il a été finalement conclu aux Etats- Généraux
, d'enjoindre aux divers Colléges de
l'Amirauté de la République , le département
d'Amfterdam excepté , de nommer 1-2
Commiffaires pris dans leurs Colleges refpectifs
, pour prononcer judiciairement fur
la défobéiffance des Officiers des vaiffeaux ,
deſtinés & ordonnés pour Breft. Ce tribunal
fe tiendra à la Haye. Si l'on ne favoit par
une expérience des ans , quelles reffources
le parti intéreffé a pour étouffer cette affaire ,
& en empêcher le jugement , on pourroit fe
Aatter aujourd'hui de la voir finir à la honte
des coupables , puifqu'il eft très décidé , par
le rapport des Commiffaires politiques qu'il
y en a. Gaz, d'Amfterd. n°. 89.
On affure qu'il eſt queſtion d'établir au
( 133 )
Cap de Bonne - Efpérance un frégate armée ,
pour empêcher la contrebande , que les
Nord -América'ns menacent de faire avec
nos poffeffions dans l'Inde . Cette précaution
fera prife fur une lettre de notre Miniftre
près du Congrès , qui a écrit que les Américains
faifoient des grands préparatifs relatifs
à ce commerce interlope. Idem.
Les Etats de Hollande & de Weftfrife fe raffembleront
Mercredi 8 du courant . L. N. & Gr.
P. ont envoyé aux Etats de Frife une réponſe
très détaillée fur la médiation que ceux- ci leur
offrent pour terminer les différends élevés entre
les Etats de Hollande & ceux de Gueldre. L. N.
& Gr. P. affurent n'y avoir aucun différend réel
entre Elles & les Etats de Gueldre , qu'ainſi la
médiation eft inutile ; mais Elles invitent les
Etats de Frife à fe joindre à Elles pour , en conformité
de l'obligation que l'acte d'union impofe
à tous les Confédérés , tâcher de déterminer les
différends réels qui divifent les Etats de Gueldre
& les villes d'Elburg & de Hattem , qui en font
Membres intégrans . Idem.
La ville de Zirickzée a écrit une Lettte
aux Etats de Hollande & de Weftfrife , par
laquelle elle affure L. N. & G. P. qu'elle
n'a pas concouru dans la réfolurion prife
aux Etats de Zélande , touchant le plan de
réponſe à faire aux Mémoires de MM. les
Envoiés d'Angleterre & de Pruffe ; qu'elle
regarde au contraire la réſolution priſe à ce
fujet , comme illégale & de nulle valeur ;
affurant qu'elle veut agir d'accord avec la
province de Hollande , pour le rétabliffement
de la Conftitution. Idem.
( 134 )
On dit qu'il eft arrivé à Loo deux Couriers
de Berlin , dont l'un aureit continué fa route
, & feroit arrivé ici . Les halebardiers du
Prince font partis pour Nimegue , où S. A.
va tenir la petite Cour pendant l'hiver : on
croit que la Famille Stathoudérienne partira
de Loo le 6 , qu'elle dînera en paffant à
Arnhem, & ira coucher au château de Nimegue.
Idem.
Les Etats d'Utrecht fe font affemblés le
19 ; & comme on l'avoit prévu , ils ont délibéré
fur les affaires de Wyk. Ils ont fufpendu
, relativement à cette ville , comme ils
avoient fait à l'égard de celle d'Utrecht , le
réglement de 1674 , & ont prorogé les anciens
Magiftrats , ceux qui ont été élus le 2 2
Mars par le peuple , n'étant point reconnus
des Etats. Courier du Bas- Rhin , no. 87.
Les Confeillers députés propoferent à l'affemblée
qu'il fût enjoint de nouveau aux Receveurs
fifcaux de ne point avoir égard aux différentes
réfolutions du Confeil d'Utrecht , d'autant plus
que les Etats commencent à manquer d'argent.
Cette propofition donna lieu à une autre , qui
étoir de négocier une fomme de 60 à 70 mille
A. pour payer les troupes ; mais un des membres
ayant obfervé que la ville d'Utrecht , pour alzérer
le crédit des Etats , s'oppoferoit à cet emprunt
, cette motion , fut rejettée . On propofa
alors d'écrire aux Etats - Généraux , de leur
montrer le befoin dans lequel on fe trouve , &
de les prier de vouloir bién a cancer cette fomme ,
faveur qu'ils ont accordée dernièrement à la
Frife ; cette propofition fut bien accueillie.
Idem,
3
( 135 )
La Régence de la Brille a déclaré aux
Francs , qui vouloient fe rendre à Utrecht ,
que s'i's exécutoient leur deffein , elle leur
enverroit leurs femmes & leurs enfans pour
leur tenir compagnie . Idem.
On lit dans les Papiers Allemands que le
Duc Louis de Brunſwick a publié une ample
déduction , accompagnée de pieces juftificatives
, dans laquelle ce Prince détaille
tout ce qui s'eft paffé , depuis fon entrée au
fervice des Etats Généraux jufqu'à fon départ.
On y trouve tous les noms des perfonnes
, qui ont eu quelque part aux événemens
dont il fait l'hiftoire. Gaz. d'Utrecht , n°. 87.
M. le Comte de Goertz obtint le 25 , de Ber-
2 lin des dépêches
contenant
, dit- on , des inftructions
ultérieures
touchant
fa miffion . On
affure qu'il préfentera
inceffamment
aux Etats-
Généraux
une note renfermant
les points fur lefquels
le Roi fon maître demande
qu'il foit délibéré.
On ajoute qu'il priera L. H. P. de nommer
une Commiffion
le plutôt poffible , pour difcuter
ces points avec lui , & pour chercher
des expédiens
propres à lever les difficultés
& à rétablir
la tranquillité
dans la République
. Idem.
4
Fin de la Lettre circulaire du Stathouder.
Nous en donnâmes connoiffance aux Seigneurs .
des Etats de Gueldre , & à mesure que nous fumes
informés des intentions de ceux des quatre Provinces
fufdites , nous primes foin de ne point
envoyer de troupes de leur répartition dans les
Provinces de Gueldre & d'Utrecht , & nous tâchâmes
de prévenir , autant qu'il dépendoit de
1136 )
nous , que celles qui fe trouvoient déja en garnifon
dans la Gueldre ne fuffent point employées
au but propofé , quoiqu'elles euffen : prêté ferment
à cette Province.
"
Nous fatisfimes donc , en tant qu'on pouvoit
l'exiger de nous aux intentions des Etats des
quatre Provinces fufmentionnées , indépendamment
de ce que nous devions à ceux de Gueldre
& d'Utrecht , & nous ne nous attendions guere
qu'il en résulteroit des réfolutions défagréables
& flétriffantes pour notre honneur & pour notre
réputation.
W
Puis donc qu'à notre grand regret nous voyons
refter fans aucun effet quelconque les plaintes
légitimes que nous avons verfées dans le fein
de L. N. & Gr . P. , fur les foupçons violens qui
ont été formés depuis long -tems , & qui augmentent
de jour en jour contre notre adminiftration
, puifque nous avons inutiler.ent
répété ces plaintes dans plus d'une occurrence ,
& en dernier lieu encore par notre miffive du
13 Août , à l'occafion du Commandement de la
garnifon de la Haye , - nous ne balançons pas
de nous adreffer à V. H. P. & aux Seigneurs
Etats des Provinces refpectives , & de fixer leur
attention fur ce qui s'eft paffé relativement à
notre perfonne , fur tant de réfolutions & d'arrangemens
contrarians , qui , dans quelques - unes
des Provinces , ont été agréés relativement au
militaire , fur les con eftations & les divifions
infinies qui fubfiftent actuellement dans la République.
Nous réitérons ici ce que nous avons repréfenté
aux Seigneurs Etats de Hollande dans notre
lettre du 23 Août , c'est - à- dire que s'il pouvoit
arriver dans l'ordre des chofes poffibles qu'un
Stadhouder Héréditaire , Gouverneur & Capi(
137 )

taine Général , s'oubliât au point de faire fervir
au préjudice des vrais intérêts de l'Etat , l'autorité
dont il a été revêtu par le Souverain , &
de contrevenir ainfi aux intentions de celui-ci ,
nous pofons nous - mêmes dans ce cas en principe
incontestable , que le Souverain auroit le droit
& la faculté de pourvoir efficacement à ce que fa
dignité & fa fûreté exigent. Nous ajoutâmes dans
notre lettre , & cette proteftation neus la renou-,
vellons encore aujourd'hui , que d'après l'idée
refpectable que nous nous étions formée de l'équi
té du Souverain , on ne fauroit ni ne pourroit recourir
à de telles mefures fans des motifs trèspuiffans
, & qui conftateroient de la maniere la
plus évidente un abus d'autorité de la part de celui
qui en eft revêtu .

Nous connoiffons nos devoirs , nous favons en
quoi confifte notre véritable grandeur & notre.
bonheur. Ce n'eft point aux dépens des dignités.
& des privileges du pays , ce n'eft point en empiétant
fur les droits de la fouveraineté, que nous
devons les chercher , ils réfident dans l'eftime
dans la confiance & dans l'affection des Régens.
& des Habitans . Nous nous rappellons les vertus
des héros & des grands hommes , nos illuftres
ancêtres de la maifon d'Orange-Naffau . Notre
premiere ambition eft de marcher fur leurs traces
glorieufes , & d'imiter les actions par lesquelles
ils fe font fignalés pour le falut de la patrie.
Ce font là nos fentimens , & ils refteront toujours
les mêmes jufqu'au dernier fouffle de notre
vie. C'est dans ces mêines fentimens auffi que
nous defirons & espérons avec l'affiftance du
Très - Haut , d'élever nos enfans , fous la direction
d'un mere auffi refpe &table qu'éclairée .
>
Il nous refteroit encore bien des choſes à ajouter
, fi nous voulions relever toutes les calomnies
criantes , tous les menforges rereltans qu'on
débite impunément fous legex dur Souverain ,
& même dans quelques provinccs , à ce qu'il
paroit , de fon aveu ; mais il vaut mieux ne pas
toucher à ce ſujet .
Nous fommes engagés par un ferment folomnel
an maintien & à l'avancement de la dignité
des immunités , des privileges & de la profpérité
de cet Etat , de fes Membres , Villes & Habitans ;
ma's d'un autre côté nous pouvon : aufli demander
avec le même droit , de ne po nt ê re circonf .
crit dans nos propres prérogatives & privileges ,
d'y être maintenu au contraire en plein , d'autant
plus qu'ils nous font échus héréditairement &
de la maniere la plus légitime , d'autant plus
qu'ils font effentiellement inhérens à la conditution
& à la forme a&uelle du Gouvernement ,
reconnue plus d'une fois par le Souverain luimême
, comme la meilleure & la plus falutaire.
Il fe préfente aufi encore une multitude de
réflexions à faire fur tant de récolutions prifes ,
& tant d'ordres donnés par les Seigneurs Etats
de telle ou autre Province , relativement au
militaire , fur le pouvoir & l'autorité qu'on a
exercé à l'égard des troupes , & fur la confu
fion qui doit résulter de tout ceci ; mais puifque
le Confeil d'Etat , par fa lettre alreffée à
V. H. P. , en date d129 Septembre dernier , a
propofé cet objet à l'attention férieufe des Provinces
relpectives , nous pouvons nous difpenfer
pour le moment de l'agiter plus au long , dans
l'attente que V. H. P. & les lluftres Confédérés
prendront en conféquence une réfolution prompte
& efficace.
( 139 )
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
« On eft informé par des Lettres de Pétersbourg
, & même de Cherfon , que les Troupes
Ruffes défilent vers la petite Tartarie ;
» mais la marche n'en peut être rapide , vu la
» difficulté de les pourvoir de vivres : le nombre
» de ces Troupes eft inconru ; mais il ne put être
» confidérable , & on penfe que ce n'est qu'un
» renfort , devenu d'autant plus néceffire , que
» le Cordon Ruffe a reçu un échec qu'on affure
» être confidérable : on fait monter la perte à
» neuf cents foldats tués ou pris par les Tartares
» du Cuban . Cetre Nation indompable fe joue)
» des Ruffes , & fe confiant fur fa pofition aux
»
。que
environs du Caucafe , elle infulte quand il
» lei plaît le cordon pofé pour la contenir : il
n'y a nalle apparence que la Rufle s'agrandiffe
de ce côté - là ; fa conquête de la Crimée he
» fauroit lui refler long tems ; telle qu'elle cft ,
elle ne peut lui être d'un grand avantage .
L'établiffement de Cherfon a plus de briliant
d'utilité. Les colonies allemandes envoyécs
dans la Taurile ne répondent nullement aux
beaux projets qu'on s'étoit formé à Pétersbourg.
Le commerce par terre , par les rivieres
& méme par la mer Noire , n'offre
plus la même perfpective ; en un mot , on
» commence à croire que les Tartares fe réuniront
, & feront un effort heureux pour chaffer
les Ruffes de toute cette belle contrée ; on penfe
que la Porte n'a même qu'à les laiffer faire .
( Gaz. d'Amfterd . n ° . 88 ) .
5)
Cherfon & fon diftri &t , fi l'on excepte les Militaires
, ne renferment guere au - delà de dix
( 140 )
mille habitans ; & de ceux- ci un très - grand nom
bre font fort miférables. Les colons qu'on y a
transportés étoient pour la plupart Allemands ;
& l'on fait que de tels émigrans font rarement
l'élite de leur Nation . Croupiffant chez eux dans
l'indigence , parce qu'ils minquent d'induſtrie
ils ne changent de demeure que pour améliorer
leur fort , fans qu'il leur en coûte du travail .
Enfuite le changement d'air & de climat ne leur
donne point d'autres inclinations , ni plus d'énergie
dans le caractere : ils reftent parelleux &
par conféquent miférables . Tel a été le fort de
ces colons allemands : ayant dépenſé fur la route
les fommes qu'on leur paya en entier lorfqu'ils
entrerent fur les terres de Ruffie , ils arriverent
à l'endroit de leur deftination fans aucun moyen
& même fans defir de s'établir . Une partie en eft
morte de faim , le refte s'eft mis à mendier ou à
voler. Il en eft à - peu - près de même de ceux
qu'on a envoyés dans la Crimés . L'on a eu trop
de confiance en leur remettant à la fois , avant
d'êtte parvenus au terme de leur voyage , tout
l'argent deftiné pour leur établiffement. Ils font
prefque tous arrivés fans avoir rien de reile ; &
ne pouvant fe procurer dans la Crimée ni maifons
, ni uftenfiles , ils fe font fondus de maladie
, de faim , de mifere & de défefpoir. Ceux
qui ne font devenus ni mendians ni voleurs de
grand chemin , ont dû prendre le parti de fe
mettre dans un fervice qui approche fort de l'ef
clavage. D'un autre côté , l'on ne fauroit fe diffimuler
que la déferrion des Tartares originaires
du pays a été très - granie , & la dépopulation
qui en a réfulté ne prouve pas que la Nation fe
foit beaucoup réjouie d'avoir pafé fous une domination
étrangere . Ainfi , fi l'on ne comptepoint
les Militaires , la Crimée aujourd'hui ne
( 141 )
renferme pas au-delà de vingt mille ames. Le
commerce de Cherfon , dont l'on s'étoit formé
d'abord l'idée la plus favorable , ne prend pas non
plus les accroiffemens dont il feroit fufceptible ,
s'il jouilloit de trois chofes fans lefquelles il ne
fauroit fubfifter , liberté , protection , encouragement.
Les Négocians Polonois qui y avoient
fait paffer des grains , fe plaignent de n'y avoir
pas trouvé l'accueil auquel ils s'attendoient.
L'un d'eux , qui y avoit fait l'année dernière
des envois confidérables , parce qu'il avoit appris
qu'il y étoit arrivé des navires pour en charger
, fe vit obligé de vendre fa marchandiſe à
tout prix , parce qu'il n'y avoit point de magafins
pour la mettre , & qu'on l'empêchoit de la
vendre à ces bâtimens . A peine s'en étoit il défait
à ceux qui lui avoient mis ces entraves , que
ceux- ci vendirent les mêmes grains à ces navires
pour quinze pour cent de profit. ( Gaz. de
Leyde , no. 87 ) .
A quelques lieues d'Elbeuf , dans la Paroiffe
de Notre Dame de Mandreville , on voit une
petite ftatue repréfentant Saint Mathurin faifant
fortir le diable de la tête d'une femme qui eft à
genoux. Un Evêque dit affez plaiſamment à ce
fujet au Prieur de Mandreville : Monfieur ,fi votre
Saint étoit connu , votre Cure vaudroit mieux que
mon Evêché ( Journal de Normandie ) .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
CHAMBRE DES VACATIONS.
Entre le fieur Regnault & la dame Meunier for
Epoufe , Négociant à Lyon , - & les Syndics
de leur Communauté.
Voici l'expofé de ce procès tel qu'il eft pré(
142 )
fenté dans la défenfe du fieur Regnault . Cette
affaire offre un nouvel exemple de l'ingratitude
la plus caractérisée. Le fieur Meunier , l'un des
Marchands fréquentant les rivières de la Saône &
'du Doubs à Lyon , jou ffoit d'une honnête aifance
& d'un commerce bien monté , lorfque fa Communauté
, prête à fuccomber fous le poids d'une
infinité de procès qu'on lui fufcitoit , le choifit
comme la perfonne la plus intelligente de fon
(Corps , pour le revêtir des fonctions de Syndic
avec le pouvoir le plus étendu de fuivre toutes
les affaires qu'elle fe propofoit d'entamer , &
de défendre à toutes les demandes qui alloient
fondre fur elle ; le fieur Meunier a facrifié plus
de quinze années avec une patience & une intelligence
qui ont vaincu tous les obftacles , & procuré
à fa Communauté des bénéfices & des
avantages infiniment précieux . Il a fuivi une
foule de procès en la Sénéchauffée & au Confulat
de Lyon , en différentes Jurifdictions de la
Bourgogne & Dombes , à Paris , au Confeil du
Roi , au Parlement , au Grand - Confeil , en la
Cour des Aides , & en la Commiffion établie pour
la fuppreffion des péages. Le résultat de cette
longue fuite de travaux & de peines a été le
fuccès le plus complet dans toutes les affaires
ainfi que la fuppreffion de plufieurs péages qui
étoient la ruine du Commerce , la deftruction
des droits accablans connus fous le nom de
couponage & cartelage. Un Arrêt de Réglement
qui a marqué des regles immuables aux vexations
que la Communauté des Mouleurs de bois
exerçoit fur celle des Marchands fréquentant les
deux rivieres : voilà une partie des avantages
qu'il a procurés à fes commettans : ce qui a fait
pour eux un bénéfice de plus de cinquante mille
écus d'impofitions annuelles que l'exiflence de
( 143 )
ces droits leur faifoit fupporter . Ce ne font
pas là des tableaux de fantaisie , ce font des faits
établis fur pièces ; mais aux bienfaits a fuccédé
l'ingratitude un feul des Membres de fa Compagnie
, le fieur S ... , profitant du pouvoir
qu'elle lui avoit donné de régler les comptes de
recette & de dépenfe du fieur Meunier ,
lui a
fufcité des difficultés fans nombre. Le fieur
Meunier a vu fon commerce tomber , tandis qu'il
travailloit au bien de fes confreres . Il n'a pu enfuite
le faire rendre juftice , & il est mort au mc
ment où la conteftation étant portée devant la
Cour , il touchoit à celui de l'obtenir.
C'est cette action dont l'héritiere du fieur Meunier
pourfuit aujourd'hui le jugement définitif
contre les héritiers du feur S ... ; elle répete
contre eux & contre les héritiers d'une partie des
membres de la Communauté , qui avoient contracté
avec fon pere des engagemens folidaires ,
une créance de 60c00 liv . On prétendoit ,
pour les Adverfaires des fieur & dame Regnault ;
que tout article du compte da fieur Meunier qui
n'étoit pas appuyé fur des pieces juftificativés
devoit être retranché ; qu'en vain les délibérarion
de fa Communauté l'avoient difpenfé de
cette obligation ; que cette difpenfe étoit contraire
aux obligations communes à tout mandataire
, & offeníoit les bonnes moeurs ; mais on
répondoit la première de toutes les loix eft de
refpe&er les engagemens qu'on a contractés , &
fur - tout des engagemens qui ont pour baſe une
confance & une bonne foi refpectives : pacta furt
religiosèfervanda. C'eft que les contrats font de
Droit étroit , de Droit rigoureux , à plus forte
raifon les obligations du mandant envers le mandataire
qui veut bien fe charger d'une geftion
dificile & compliquée. Or le texte
( 144 )
des délibérations portant « que les mandans s'en
» rapportent à la bonne foi du fieur Meunier ,
» qui eft autorifé de faire les avances & es dé-
» bourrés convenables , defquels il fera rembourfé
à fa premiere requifition , fur le fimple
» état qu'il en rapportera , & à emprunter les
fommes néceffaires pour le foutien des procès ,
avec l'obligation de le rembourfer , fuivant
» les actes & états qu'il en rapportera , de lui
» certifiés véritables , fans qu'il foit beſoin d'aucunes
pieces juftificatives des emplois qu'il
aura faits , s'en rapportant entiérement à fa
bonne foi ». On concluoit qu'une pareille
» convention ne préfentant rien d'il icite , rien
n'empêchoit qu'elle fût ftipulée & exécutée ;
que lorfqu'il s'agit d'objets dont la plus grande
partie n'eft pas fufceptible d'être juftifiée par
pièces ou par quittances , attendu l'impoffibilité
d'en exiger, ou par rapport à l'objet en lui- même,
ou par rapport aux perfonnes à qui l'on eft obligê
de compter telle ou telle fomme , dont elles ne
veulent, pas qu'il fubfifte de traces ; alors on
ne peut pas foumettre le mandataire à en rapporter
, & à ce défaut , fui faire fupporter en pure
perte les dépenfes non juftifiées ; car ce feroit le
forcer à l'impoffible , ou le réduire à la néceffité
de trahir les intérêts qui lui font confiés,
en n'y apportant point les foins & la vigilance
qui peuvent feuls les faire profpérer.
Arrêt du 4 Septembre 1783 , qui ordonne l'exécution
des délibérations , en conféquence confirme
la Sentence du Confulat de Lyon pour
les articles qu'elle avoit adjugés , l'infirme pour
une grande partie de ceux qu'elle avoit refufé
d'allouer , & condamne folidairement en tous les
dépens de cette immenfe conteftation les Adverfaires
des fieur & dame Regnault .
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMA GN E.
DE HAMBOURG , le 8 Novembre.
20
ES féances de la Diete de Polo ne qui
Loont fuivi celles dent nous avons rendu
compte , fe font paflées à élire les membres
du Confeil bermanent , & les Commiflaires
du Tréfor de la Couronne , & de celui du
Grand Duché de Lithuanie. Deux queftionsfur
des formes peu importantes ont été dé-
-cidées fans debars. Le 16 Octobre , le
Grand Chancelier lut , & diftribua à la Diere
les propofitions du Trône , dont voici le
contenu :
I. Lorfque l'Empereur a aboli en Galicie un
grand nombre de Communautés Ec léfiaftiques ,
dont les revenus avoient leur fondation en Pologne
, le verfement des revenus fufdits de Pologne
en Galicie a dû ceffer d'autant plus naturellement
, que le même Souverain a ordonné que
les revenus originairoment fondés en Galicie pour
les Eccléfiaftiques exiftans en Pologne , ne doi
No. 47 , 25 Novembre 1786. g
( 146 )
vent plus être verfés en Pologne . Or , comme
certaines conventions ont été pallées à cet égard
avec la Cour impériale & royale , la nature de
la chofe exige que les conventions reçoivent leur
immutabilité par l'autorité des Etats de la république.
II. Comme felon la convention du mois de
novembre dernier , la diflimitation qui a eu lieu
entre les poffeffions de certains Habitans de Pologne
& de Siléfie , doit être ratifiée par les
Etats refpectifs à la diete préfente , la convenance
du projet de ratification qui fera préfenté
aux Etats à cet effet , eft évidente. Or , comme
les circonstances qui feront exposées plus ampleanent
aux Etats , ont exigé que Mrs. Mycielski,
Zakrzewski , Krzycki , Rogalinski , & B onikowski
, fiffent pour le fuccès de cette convention
les facrifices volontaires & vraiment patrioiques
d'une partie confidérable de leurs proprié
tés ; la juftice même parle & intercede pour eux
auprès des Etats de la république , pour qu'il
foit pourvu à fon dédommagement , & que le
projet qui fera préfenté à cette fin aux Etats de
la république foit agréé.
III. Puifque les nouveaux réglemens Monétaires,
publiés dans les différens Etats de l'Europe ,
ent changé confidérablement la proportion réciproque
entre l'Or & l'Argent ; ce dont les fuites
affectent fenfiblement aufli notre pays ; le Roi
regarde comme néceffaire, que la diete préfente
Ordonne que , fans changer aucunement la forme,
le poids , ni la valeur interne de notre monnoie
d'argent polonoife , courante depuis vingt ans ,
il foit feulement fiatué , qu'au lieu que le ducat
équivaloit jufqu'ici à 16 francs & trois - quarts ,
al équivaudra déformais à 18 francs , à l'effet de
quoi il fera remis au Maréchal de la die; e un
147 )
projet avec une ald.tion concernant la monnoie
de cuivre & le directeur de la monnoie .
IV. Comme le projet pour la levée des recrues
que le département de guerre a dreffé aux
Palatinats & diarias refpectifs , eft déja connu
du public , le Roi en recommande la confitération
& l'accompliffement aux Etats affembiés..
V. La formation des magafins à blé par la
commiffion du tréfor de la couronne ayant fait
une des preuves de l'attention efficace du gouvernement
à ce qui fait le bien public ; le Roi
fe perfuade que cette mefure de prévoyance nonfeulement
fera agréée pour cette fois ; mais que
le maintien à perpétuité de tels magafins fera
reconnu par les Etats pour chofe néceffaire .
VI. Le Roi confeille & recommande aux Etats
d'imiter dans la Couronne l'exemple déja donné
par la province de Lithuanie , qui a permis à gens
de tout état , nationaux & étrangers , d'acquérir
chez eile des fonds de terre nobles , fans que cette
acquifition foit attachée à celle de l'aroblifement
ou indigénat , & des prérogatives y attachées
; cette mefure pouvant fervir le plus efficacement
à introduire & fixer dans notre Pays
des capitaux étrangers , & améliorer chez nous
la population & la culture des terres .
VII. Les foins louables de la commiffion du
tréfor de la Couronne ayant déja effectué la navigation
vraiment utile de la riviere Pilica , le
Roi espère que cet exemple encouragera les Etats
à autorifer cette même commiffion de la cour
ronne aux dépenfes qu'exigera le nettoyement
des rivieres Obra en grande- Pologne , & à ce
qu'elle puifle écarter tous les obftacles qui s'oppotent
à la navigation defdites rivieres , d'autant
plus que nous éprouvons avec joie , dans ce même
g.2
( 148 )
genre de travaux publics au canal qui joint la
Muchawice à la Pina , effectués par la commiffion
du tréfor de Lithuanie , combien l'affiduité
& la perfévérance d'un patriotifine véritable
peut opérer , même avec des moyens trèsbornés.
VIII. Le Roi tenant à devoir de repréſentér
•conftamment aux Etats ce qu'il connoît être le
bien général , re omnande particuliérement encore
à la diete préfente l'augmentation de la penfion
des Maréchaux du tribunal ' , & la recherche
des moyens de diminuer les depcnfes des députés.
tant dans la couronne qu'en Lithuanie , de même
qu'un meilleur arrangement pour les heures
des féances judiciaires .
IX. Le Roi ne rappelle pas moins aux Etats ,
que le tems approche journellement , auquel les
ftaroftes de jurifdiction n'auront plus aucun revenu
en Pologne & en Lithuanie , & qu'il devient
d'autant plus preffant de pourvoir de bonne
heure au maintien ds gardes de Grods , des
Grods mêmes , de leurs archives , des prifons publiques
, des prifonniers & de leurs gardes ,
avec cette addition que , lorfque les exécut ons
judiciaires feront confiées aux gardes des Grods,
les troupes de la république , tant en Pologne
qu'en Lithuanie , puiffent être employées d'autant
mieux à leur véritable deſt narion . "
X. Enfin , comme l'exemple de tant de nations
démontre l'utilité des banques , des Lombards ,
des cailles d'affurance & autres érab'iffe mens
femblables , le Roi defire de nommer , de l'aveu
des Etats , quelques perfonnes , dont l'obligarion
devra être de recevoir & de difcuter tout
projet tendant à cette fin , & d'en former un de
tous ceux-là , le plus adapté à la fituation &
aux avantages de notre pays , & qui puiſſe , à lạ
( 149 )
diete future ordinaire , mériter approbation &
exécution .
L'on écrit de la Lithuanie Ruffe , qu'il s'y
raffemble un corps de troupes , pourvu
d'une artillerie de campagne, & qui défi'e
le long du Niefter. Plufieurs autres Régi
mens Ruffes , à ce qu'on rapporte , on: orde
de marcher vers le Cuban , fans doute
pour renforcer l'armée qui a tant de peine à
réprimer les incurfions des Tartares .
On apprend de Cherfon , que deux maga
fins à bled, appartenant à la maifon de Chaf
fagnon , ont été réduits en cendre , & que le
navire le Potemkin , venant de la Méditerranée
avec une riche cargaifon pour le compte
de la même maifon , a coulé à fond dans la
rade même.
Le 13 de ce mois , eft mort a vieux
Conftantinow en Volhynis , un Gentilhomme
, nommé Hobol , dans la 124 année de
fon âge. A 11 ans il fervit fous le Roi Sobieski
devan: Vienne. Il n'a jamais éré maré,
ni jamais malade, à 108 ans il eſt entré
aux Capucins où il a encore vécu 16 ans.
DE BERLIN , le 7 Novembre.
Le Roi a chargé une Commiffion d'examiner
la Police de cette Capirale , & de rédiger
un plan perfectionné de cette branche
d'adminiſtration . Ce Comité eft compofé
du Commandant de Berlin , du Confeiller
privé de Wolner , & du Préfident Philippi
g3
( 150 )
Durant fon féjour en Siléfie , S. M. a ren
du libre le Commerce du fil de ce Duché
ainfi que l'importation du cuir étranger. Les
grands Officiers d'Etat de la Province ont
reçu différens préfens , entr'autres le Général
Taunzien , Gouverneur de Breflau
boëte d'or enrichie de brillans.
une.
9
Le teftament du Juif Moyfe Ifaac qui a
laiffé une fortune confidérable , exhérédoit
celui des enfans de cet Ifraelite , qui embrafferoit
la Religion Chrétienne. Une de
fes filles ayant abjuré & époufé le Capitaine
R... , attaqua ce teftament en Juftice , mais
elle fut déboutée de fa demande. Elle s'adreffa
enfuite au Roi , & S. M. vient de faireconnoître
fon fentiment fur cette affaire
dans la Lettre fuivante a lreffée au Grand-
Chancelier : Mon cher Grand Chancelier,
» la Sentence du Tribunal relative au tefta-
> ment de Moyfe Ifaac aura fon entier ef-
» fet ; les motifs qu'elle renferme font fi
» concluans , qu'on ne fauroit y faire aucu
>> ne objection valable . M. le Grand Chan
» celier , fera connoître au Tribunal ma fa-
» tisfaction de fa conduite ; approbation
» qui doit l'encourager à continuer de ren-
ל כ
de la Juftice avec impartialité & fans au-
» cune conſidération perfonnelle . C'eft aufli
» ce que j'exige de tous les Jugés. Je ne
» fouffrirai jamais que le cours de la Juftice
» foit interrompu ou arrêté en aucune ma-
» niere; & je veux que chacun de mes fu(
151 )
jets, foit Juif, foit Chrétien , jouiffe de
la protection des Loix . Mais , afin qu'à
» l'avenir il ne foit plus fait par les Juifs des
» pareils teftamens , au préjudice de la Religion
Chrétienne , je veux qu'on me pro
" poſe inceffamment
une Loi qui décide ce
point de la maniere la plus claire & la
" plus précife ; & dès que cette loi aura ob-
» tenu ma fanction , on la notifiera à toute
» la nation Juive dans mes Etats & à tous
» les Tribunaux de Juftice . Cette Lettre
» peut être rendue publique , afin que cha-
» c n apprenne ma volonté , concernant
» l'adminiſtration de la Juftice. Je ferai tou-
» jours votre bien affectionné Roi , Frédérie
» Guillaume.
Berlin , 20 Octobre 1786.
Le nombre des Catholiques - Romains
dans tous les Erars du Roi eſt évalué à environ
un million & demi. S. M. a fait affurer
le Nonce de Cologne qu'elle laiffero t
jouir fes fujets Catholiques de toutes les libertés
& prérogatives que leur avoit accordé
le feu Roi.
DE VIENNE , le 7 Novembre.
Par un billet de fa main , l'Empereur a
défendu aux divers départemens , d'accorder
à l'avenir aucun privilege pour l'établiffe
ment des machines à filature ou autres ,
dans la crainte qu'elles n'enlevent le travail
& la fubfiftance d'un grand nombre d'ouvriers.
g4
( 152 )
A compter du premier Novembre , l'ancien
fyftême d'adminiftration ceffera dans la
Lombardie , & toutes les affaires de cette
Province feront traitées , conformément au
régime établi dans les auties Etats de l'Empereur.
Il y aura dans chacun des huit Cercles
une Chambre fupérieure qui , foumife
immédiatement au Gouvernement fera
chargée des affaires d'adminiftration de
politique & d'économie du Cercle ..
>
Un ordre de l'Empereur , daté du 28
Septembre , enjoint aux Evêques de la Lomba
die d'introduire dans leurs diocefes les.
mêmes formes que S. M. a prefcrites pour
les autres Etats héréditaires .
Un autre décret de S. M. I. , dus Octobre,
exempte les payfans de la Hongrie
d'offrir leurs denrées aux Seigneurs fonciers
, avant de les vendre ailleurs , & détend
aux Seigneurs d'interdire la vente de
ces productions à ceux qui viendront les
acheter fur les lieux .
On avoit beaucoup parlé ici de l'introduction
de l'impôt unique & territorial ,
fubftitué à toutes les taxes indirectes. Cette
terrible opération devoit commencer , difoit-
on , au premier Novembre. On avoit
ordonné un plan de cadaftre. Lorsque les
propriétaices eurent fait arpenter à grands
frais une partie de leurs domaines , on changea
de méthode ; & les intérefiés murmu-
Ferent de ces variations ; mais probablement
( 153 )
elles ont été le fruit d'un examen plus réfléchi
, & rien n'annonce encore l'exécution
de ces mesures. Elles rencontrent des diffi-.
cultés qui n'échappent à aucun obſervateur
fenfé ; mais les Miniftres d'Etat qui gouvernent
l'Europe dans les Gazettes , trouvent
que rien n'eft fi fimple , ni fi aifé que cette
converfion des impôts ; lors même que le
cadaft e ne feroit pas exact , ajoutent ils , ce
feroit un petit malheur , qui fe réduiroit ,
après tout , à faire payer peut être 80 pour
1go du revenu territorial aux agriculteurs ,
au lieu de 40. Il ne paroît pas que le Gouve
nement foit fubjugué par cette logique
des Faifeurs de calembours économiques.
1Jn état tiré des journaux de Vienne , contien
; les articles . fuivans de confommation pendant
l'année 1785 : favoir 41,041 boeufs , 1,319
vaches , 71,239 veaux > 48,994 moutons
147,176 agneaux , 98,556 porcs , 12,876 cochons
de lait , 547,706 mefures de vin d'Autriche
, 10,650 mefures de vin de Hongrie &
de l'étranger 376,80 mefures de bierre ,
370,892 quintaux de farine de la premiere qualité
, 7,135 quintaux de gruau , 44,976 boil
feaux ( meze ) de légumes fecs , 152,325 idem
de froment & de feigle , 73,786 item d'orge ,
704,802 idem d'avoine , 19,907 chariots de
foin , 1,236,26 bottes de paille , 25,130 quintaux
de fuif , 300,000 cordes de bois.
Nous avons par é plufieurs fois des progrès
que faifoit en Allemagne une opin on ,
peat être ab urde , qui attribue aux intrigues
des ex-Jéfuices , le ravage des Sociétés fe
g S
( 3540)
crettes qui ont acquis beaucoup de profelytes
dans l'Empire. Il paroît chaque jour de
nouveaux écrits fur cette matiere , écrits
dont nous avons rapporté quelques affertions
, fans les fortifier , ni fans les admettre.
Quelques perfonnes ont paru oublier que
nous étions hiftoriens & non auteurs de ces
récits. Nous leur rappellerons ici cette dif
tinction , qui doit leur épargner à l'avenir
Les plaintes aigres & anonymes qui nos
ont été adreffées à ce fujet. Dans un Ouwrage
nouveau imprimé à Vienne , avec approbation
, fous le titre de Mes Conjectures ,
on lit les détails fuivans fur le commerce de
change , que l'Auteur attribue à l'Ordre célébre
dont tant d'Ecrivains Allemands remuent
aujourd'hui la cendre.
Les Jéfuites , dit - il , avoient imaginé cinq efpéces
d'échange. La premiere , appellée Change
Jefuitique , Cambium Jefuiticum , s'exerçoit de
cette maniere ; lorfque quelque particulier vonloit
fe rendre de Vienne , par exemple , en tel
autre endroit , fans fe charger d'efpeces , ou
d'effets à échanger dans un autre pays , il alloit
aux Jéfuites & demandoit le Procureur de la
Province. Celui - ci lui remettoit pour la fomme
comptée , un morceau de papier blanc , de la
moitié d'un billet de banque de Vierne , en le
prévenant de lui indiquer l'endroit où il fe propofoit
de toucher le montant , & en lui recom
Inandant , lorfqu'il préfenteroit le papier , de
ne point cublier la valeur de la fomme , le lieu
où il l'avoit remife , l'an , le mois & le jour
-même , puifque l'oubli de ces circonflances , en- "
Lissy
traîneroit la perte de fon argent . Ce papiet
blanc avoit tantôt la figure d'un triangle , tantôt
celle d'un quarré , tantôt une autre , mais
jamais un papier - change ne reffembloit parfai
tement à un autre. Arrivé à ſa deſtination , ce
particulier fe rendoit dans la maifon des Jéfuites
, chez le Procureur de la province , qui
avoit le foin de lui demander quelle fomme il
avoit remife , où il l'avoit fait , dans quelle annce
, dans quel mois & quel jour ? Lorique les
réponses étoient fatisfaifantes , le Procureur ou
vroit un gros régiftte , dans lequel étoient defftnées
toutes les figures imaginables ; il appliquoit
le papier blanc qui lui avoit été remis fur la
figure correspondante , & lorfque ce papier fe
rencontroit parfaitement dans le cadre deffing ,
il en payoit le montant fans aucune retenue
ou bien fi le particulier vouloit continuer fon
voyage , il lui livroit un autre papier blanc , en
lui faifant les mêmes obfervations qui lui avoient
été faites au lieu de fon départ . Si par exempie
ce particulier alloit dans l'Inde , & qu'il
voulût prendre , dans l'endroit de la deftination!
des marchandiſes , les Jéfuites , au-lieu de lui remettre
de l'argent , fe chargeoient de lui procu-
Fr la cargaison à un prix raisonnable & effectuoient
leur promeffe . On pouvoit avoir ces papiers
dans toutes les maifons des Profes. Lors de
1a fuppreffion de leur ordre , on trouva des caiffes
entieres remplies de ces papiers à toutes figures ;
mais comme on n'en connoiffoit pas l'emploi , on
les regarda comme des découpures , & on les
brûla. La deuxieme étoit appellée change pro--
vincial (Cambium provinciale. ) Un particulier ,
par exemple , demeurant dans une ville où la
province autrichienne de l'Ordre avoit un Col-
Lege ou une réfidence , devoit il paver à Vienne

g.6
( 156 )
la fomme de mille florins ? il ferendoit chez le
Recteur du College ou de la Réfidencé , & lui remetroit
cette fomme. Le Recteur enfuite lui
donnoit , pour le Procureur de la province , une
lettre en ces termes : Reverende in Chrifto pater!
Dignetur reverentia veftra , ex caffa Collegii ( Refidentia
) , Domino N. N. , folvere florenos rhenenfes
mille , quam ego folutionem pro parte Col
legii ( Refitentiæ ratam habebo , &c. Ce particulier
envoyoit enfuite cette lettre à fon créancier
pour en toucher le montant chez le Pro
cureur de la province . La troifieme efpece
étoit appellée change facré ( cambium facrum ).
Lorfq on avoit befoin d'une difpenfe ou de
quelqu'autre permiffion du Pape , on alloit à la
maifon des Profès , on y payoit la taxe au Pro
cureur , & on y retournoit à une époque donnée
pour prendre la difpenfe ou la permiffion .
2
La quarrieme étoit appellée change pontifical
4 cambium pontificale ) . Au moyen de cet érabliffement
, ceux qui arrivoient des Etats du
Pape pouvoient échanger à la maifon du Profès
les ducats du Pape pour des ducats de Cremziz
, &c . Enfin la cinquieme étoit appelée change
chrétien , ( cambium chriftianum ) . Cette banque
étoit calquée fur les principes des banques ordinaires
; cependant on y prenoit moins d'intérêts ,
que chez les banquiers ; il falloit auffi la re-
Commandation d'un Jéfuite pour faire des af
faires. Les Juifs étoient les principaux agens
de cette banque & y faifoient de gros bénéfices
.
DE FRANCFORT ,
le
13 Novembre.
Selon des bruits fort incertains , il eft *
i
( 157 )
queftion d'un Traité de Commerce entre les
Cours de Vienne & de Berlin . Par cette
convention , les vins de Hongrie feroient librement
importés en Pruffe , & les toiles
de Siléfie dans la Bohême.
Suivant les lettres de Vienne , les grands
changemens projetrés dans l'adminiſtration
du royaume de Hongrie occupent beaucoup
la Cour Impériale , fur-tout à l'approche de
l'exécution des nouveaux Réglemens . Le
peuple laiffe percer fon mécontentement ;
mais il a été pris des mefures pour maintenir
partout la tranquillité , & on a placé des
troupes dans les plus petits bourgs & villages.
Les changemens , opérés dans les Pays-
Bas s'exécutent , dit- on , avec beaucoup plus
de facilité.
3
Parmi divers traits qu'on raconte de la
conduite du Capitan - Pacha en Egypte , en
voici un bien intereffant : en entrant dans la
ville du Caire , il a'la droit aux mailen des
rébelles ; il les trouva défertes ; dans celle
d'lbrahim , il ne reſtoit qu'une de fes femmes
avec un fils en bas âge ; elle tomba à
fes pieds , & lui demanda la vie pour elle &
pour ton enfant. » Relevez vous , lui dit-il ,
je ne fuis point venu de Conftantinople en
Egypte , pour faire la guerre aux femmes
& aux enfans ; celui- ci n'eft point coupable
des fautes de fon pere ; vivez avec lei , élevez-
le felon fa condition ; & pour qu'il feit
( 158 )
refpecté , je lui donne dès ce moment le ti
tre d'Officier du Grand Seigneur.
ESPAGNE.
DE MADRID, le 30 Octobre..
L'affaire du chebec Algérien , brûlé par
les Portugais fous le canon de Gibraltar , a
été terminée , dit -on , par la prudence du
Général Elliot. Malade , à l'inftant où le
Chef d'efcadre D. Mello s'étoit permis cette
expédition , dès qu'il en fut informé , il refula
au Commandant Portugais & à fes gens
de revenir à terre. Depuis , il a renvoie à Alger
l'équipage du chebec fur un navire Anglois
, avec une indemnité de 16000 piaftres..
Voici la conclufion du Traité de paix en
tre notre Cour & la Régence d'Alger.
XV
Si quelque Corfaire Espagnol ou Algérien
caufe quelque dommage à un navire Algérien
ou Espagnol respectivement , lequel il auroit ren
contré en mer , il en fera puni ; & fes Armateursen
feront refponfables pour la réparation du dommage.
XVIII. Si quelque bâtiment Elpagnol , forcé
par le vent contraire , par le manque d'eau , ou
par quelqu'autre befoin , mouille dans les Ports:
de la Domination Algérienne, fans y charger
ni décharger des marchandifes , les Agas ou Commandans
deftits Ports , ne pourront exiger ni
prétendre des droits de mouillage , ni quet(
159 )
qu'autre que ce foit , dudit Bâtiment Er
pagnol.
XIX. Le magnifique Dey d'Alger pourra ,
lorfqu'il le jugera à propos , nommer une perfonne
qualifiée , pour paffer dans un Port
d'Espagne , en qualité d'Agent de la nation Algé
rienne .
XX . La place d'Oran & fes Forts , ainfi que
la place de Mazarquivir , referont , comme
ci-devant , fans communication par terre avec
le Camp des Maures. Le Dey d'Alger ne les
attaquera jamais ; & le Bey de Mafcara ne:
pourra le faire fans fon ordre . Cependant ,
comme ce Bey gouverne defpotiquement ladite
Province , le magnifique Dey d'Alger approuvera
toutes les conventions qui fe feront
entre l'Espagne & ledit Bey de Maſcara , à
qui il appartient de veiller & d'empêcher que
les Places & Fortereffes Espagnoles ne foient
moleftées. Mais , fi les Maures rebelles , vagabonds
& indomptables , commettent quelqu'infulte
, l'on ne pourra , pour certe raiſon
troubler en aucune façon la bonne harmonie qui
vient d'être établie attendu que les Chrétiens
ne pourront jamais être sûrs hors la portée du
canon .
XXI . S'il fe commettoit quelque contravention
au préfent Traité , l'on ne pourră
fe porter pour cette raifon à quelque ace
d'hoflilité , finon après un déni de Justice
formel.
XXII. Les Bâtimens Espagnols ne pour
ront fe rendre en quelque Port de la domination
Algérienne , hors celui d'Alger , pour
y charger ou décharger , fans permiffion expreffe
du Gouvernement , ainfi que cela fe pray
iique à l'égard de toutes les nations.
( 160 )
XXIII. Dans le cas d'une rupture ( ce qu'à
Dieu ne plaife ) le Conful & tous les autres
Efpagnols , qui fe trouveront dans le royaume
d'Alger , auront trois mois de tems pour fe
retirer avec tous leurs effets , fans qu'on les
inquiete en aucune maniere , ni avant leur départ
, ni durant le cours de leur voyage.
XXIV. Ni les Corfaires Algériens dans les
Ports d'Espagne , ni les Vaiffeaux de guerre
Espagnols dans les Ports d'Alger , ne pourront
recevoir à leur bord des Eſclaves où des
Forçats de Préfide , qui voudroient s'y refugier ;
mais ils feront tenus de les reme.tre , fous
condition qu'ils ne feront point punis de leur
fuite.
XXV. En confidération du Roi Catholique
les Algériens refpecteront non- feulement les
côtes d'Elpagne , mais auffi celles de l'Etat-
Eccléfiaftique. Par la même confidération le Dey
recevra gracieufement toute perfonne , qui paffera
à A ger , fous le pavillon & la protection
de S.. M. Catholique ; & S. M. Catholique res
cevra ceux qui paleront en Espagne fous la protection
du Day d'Alger : Et celui - ci fera prêt à
entrer en négociation avec les Puiffances , que S.
M. lui a recomman lées , & qui fe trouveront en
Paix avec la Porte Ottomane , dont le Dey fuivaa
toujours l'exemple, &c.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 11 Novembre.
Il eft arrivé le 6 au Bureau de Lord Carmarthen
des dépêches du Chevalier James
Harris , notre Ambaftadeur à la Haye; dépê(
561 )
ches qui ont été aufli tôt envoyées à Sa Maj.
qui fe trouvoit à Kew .
L'Amirauté a nommé le Capitaine Kinneer
, Commandant en chef de l'efcadre ftationnée
à la Jamaïque . Il s'embarquera fur
la frégate l'Aftrée de 32 can. , qu'on équipe
à Woolwich , & il remplace le Commodore
Gardner , qui a demandé fon retour . Cette
efcadre de la Jamaïque fera compofée des
vaiffeaux l'Europa de jo can. , l'Expédition ,
de 44 can. , le Southampton , de 36 can. , le
Solebay , de 32 can . , l'Aftrée , de 32 can. , le
Scorpion , de 16 can. , & de deux vaiffeaux
armés.
Les dernieres difpofitions de la Princeffe
Amélie en faveur du Landgrave de Hefe-
Caffel fon neveu , ont animé la colere de tous
les Patriotes qui croient l'Angleterre ruinée
dès qu'ils en volent fortir une guinée. Suivant
eux , on devroit porter une loi qui défhéritât
tous les parens étrangers des perfonnes
qui meurent dans la Grande- Bretagne, Quelques
Papiers ont évalué à 400,000 liv . tert.
la propriété de S. A. R. dans les fonds publics
, qui n'y pofféda jamais 80 mille 1. fterl.
Les legs déduits , il ne reftera guères au Landgrave
, au delà de 150,000 liv. fterl . , & il eft
même peu probable qu'il les déplace de
fi tôt. 1
Comme le Roi , ainfi que nous l'avons
dit , économife 12,000 liv. fterl . par cette
mort, les Périodistes ont fur le champ dreffé
( 162 )
le tableau des économes de ce Prince durant
fon règne,
Il a épargné fur la lite civile 25,000 liv . fterl
par an , par la mort de feu duc de Cumberland ;
70,000 livres fterlings par an , par le décès de
la princeffe de Gales , mere du Roi , 12,000
livres fterlings par celle du duc d'Iorck , fon
frere .
Par la mort du Prince Frédéric , & par celle de
la princeffe Louife , une épargne confidérable a
été ajoutée à la lifte civile , quoiqu'on ne puifle
pas la fixer au jufte . On ne peut non plus déterminer
l'addition confidérable à cette lite par les
mariages des princeffes Augufte & Matilde ; mais
on les évalué à à 6000 livres fterlings chacune.
S. M. a auffi reçu au moins 100,000 liv. fterl.
par la ceifion de l'hôtel de Sommerfet , A la mort
de feu Roi , une fomme de 172,605 livres qui
Jui étoit due comme Roi , échut à la cou
ronne .
Dans l'année 1777, la lifte civile qui n'étoit
portée qu'à 800,000 l . ft . par an , fat portée à
900,000. 1. ft. & outre cela , on a payé plufieurs
fois depuis ce tems les arrérages de la lifte
civile.
Il ne refteroit plus maintenant qu'à faire le
relevé des dépenfes additionnelles. On trouveroit
50,000 liv . fterl. alloués au Prince de
Galles , l'établiffement des Princes & Prin
ceffes de la nombreuſe Maiſon Royale , & c.
On a calculé qu'en prélevant de la lifte civile
ce que coûtent aujourd'hui au Roi la Maifon
de la Reine , les appointemens des Miniftres,
les penfions de ceux qui fe font retirés , le
( 163 )
traitement des Ambalfadeurs , le fervice fecret
, les gages des Bureaux , les honorairès
des Grands - Officiers de la Couronne , ceux
des Chapelains , l'entretien des Hoquetons ,
celui des Gentlemen's -Penfionner , des Pages ,
des Huilliers , &c. &c. Il ne refte à S. M. ,
pour l'entretien de fa Maifon domestique.
pour fa Garde robe , fa Table , fon Ecurie ,
& toutes les dépen'es perfonnelles , que
45,000 liv . fterl. par an .
On n'a jamais eu de nouvelles bien certaines
du fort de l'Amiral Hyde Parker & de
fon vaiffeau le Caton , qu'on a fuppofés avoir
péris dans les premiers mois de l'année 1783.
Aujourd'hui , il circule fur ce défaftre un
nouveau rapport qui ne paroît pas encore
bien authentique , & qu'on dit tenir d'un paquebot
François , qui le tenoit àfon tour d'un
Malaïs. Selon ce dernier , « un vaiffeau de
guerre Anglois avoit fait naufrage fur la
>> côte d'une des Ifles Maldives , appellée
» Sainte - Marie ; les matelots ayant voulu
» enlever leurs femmes & leurs filles , le Roi
» de cette Ifle avoit pris la réſolution de faire
» périr tous ces malheureux ; en conféquen-
» ce, il les avoit engagés à le retirer dans une
» autre Ifle , fons prétexte qu'il étoit inquiet
de voirtant d'étrangers auprès de lui ; cette
propofition avoit été d'autant plus du gré
» des Officiers & de l'équipage du Caton
» qu'ils s'attendoient qu'il leur eroit fourni
» un navire Malays , affez gros pour les tranf
..
( 164 )
»porter à un des plus proches comptoirs
» des Anglois ; mais à peine l'équipage avoit
» débarqué à cette Ifle , qu'il fut attaqué à
» l'improvifte
, & maffacré par un nombre
» confidérable de naturels qui s'étoient embufqués
pour les furprendre, »
رو
Cette relation paroît bien romanefque.
Des gens qui fe fauvent du naufrage , débu
tent rarement en abordant la terre , par enle .
ver les femmes & les filles .
Mr. Cavendish de Ca ham , poffeffeur
d'une riche fortune , a acheté une maifon dans
Bedfort Square , dont il a fait une Bibliothéque
très confidérable , meublée des meilleurs.
livres en différentes langues . Ce Mufæum eft
fous la garde d'un Bibliothécaire que paie
M. Cavendish, & chaque jour elle eft ouver
te au Public , à de certaines heures. Il eft dé.
fendu aux domestiques de recevoir rien de
perfonne.
Le bourg d'Haftings , dans le Comté de
Suffex , renfe me en ce moment une famille
affez extraordinaire , du nom de Brown . Le
pe e eft âgé de 108 ans ; fa femme eft morte
à 98 , & lui a laillé 24 enfans tous vivans.
22 d'entr'eux habitent la maiſon paternelle.
Le vieillard a 6 pieds 2 pouces ; il fit encore ,
il y a 5 jours , le trajet d'Haftings à Londres
( 63 milles ) fur fon cheval qui le fert depuis
20 ans. Il n'eft devenu fobre que depuis
quelques années ; auparavant , il entroit rarement
au lit avec la tête libre. Ceux de fes en(
165 )
fans qu'il a trouvé inhabiles aux métiers, il en
a fait des matelots ; deux d'entr'eux étoient
fur le Royal George , à l'inftant où il fut fubmergé
, & fe fauverent fur une planche. Le
cadet de tous eft âgé de 50 ans , & a 8 enfans,
L'un de nos Papiers donne l'extrait fuivant
d'une lettre de la Jamaïque.
» On a commencé cette année de faire le fucre
d'une nouvelle maniere , qui a eu les plus
grands fuccès , & qui fera bientôt univerteile
ment adoptée. »
» Elle confifte à faire bouillir les cannes à
petits bouillons , & à fe fervir d'un plus grand
nombre de réfrigérens , que ci -devant , dans le
centre de chacun d fquels on place un tube qu'on
retire auffi- tôt que la criftallifation eft faite , &
il reste une cavité , qui fert à faire écouler la
melalle. On fait enfuite rebou.llir le fucre , qui
par ce moyen eft entiéremment dégagé dis melaf
fes , & par confequent plus beau les cristaux
font gros & moins fujets fe liquefier. La même
quantité de cannes produit aufli une plus grande
quantité de fucre.
» On attribue retie découverte à une Compagnie
de Chymifles , nommés par le Roi de
France , qui firent des expériences dans le
royaume avec de canes fraiches , qu'on leur fit
venir de Madére à Toulon ou à Marseille , où ils
firent leurs opérations. Le fieur Motes Boufie ,
poffeffeur de ce fecret , eft venu s'établir dans
cette ifle , où il enfeigne fon procédé à ceux qui
le paient. On peut s'attendre à voir le fucre
plus fin & à meilleur marché qu'auparavant.
Les fingularités du feu Comte Oroucke ,
très connu en France & dans d'autres parties
de l'Europe , viennent d'être recueillies.
( 166 )
par nos Papiers publics , qui préfentent en
ces termes l'extrait de la vie de ce Gentl
homme Irlandois .
M. O'rourke , deſcendant des anciens Soure.
rains de Brefiny & de Connacy , étoit né dan un
village près de l'ancien château & de la vaite
forêt de Woodford dans la province de Connaught
, où refiderent autrefois les Rois fes ancêtres
: il acquit rellement la conn iifance de
' idiome & de l'accent particulier à fon pays ;
il en prit les moeurs au point que , quoiqu'il
en ait toujours vécu éloigné depuis fa vingtquatrieme
année , il a confervé le dialecte Irlandois
, & le ftyle qui lui eft particulier .
A vingt un ans il vint à Londres où il paffa
quelque tems dans une fituation difficile . Après
avoir effayé de différens états , il fe détermina
enfin pour le métier des armes . Il fit fes premieres
armes dans la Compagnie des Gardes à
cheval ; mais étant Catholique , il fe vit forcé
de quitter fon Carps. Alors il paffa en France
& s'étant fait connoître comme defcendant d'une
Maiſon Souveraine , il préfenta un Mémoire pour
obtenir un Régiment : en 1758 , il fut fait Capitaine
dans la Brigade de Royal Ecoffois . Dans
T'efpace de quelques jours , il eut à foutenir
quatre affaires d'honneur , après s'en être fait
infiniment par la maniere dont il fe montra fur
le champ de bataille ; il s'en fit peut - être au-
' tant en avouant qu'il regardoit comme une
injure pour un Régiment national qu'on mit à
fa tête un étranger ; en conféquence il réfigna
fa commiffion , en faifant dire au Roi que ce
feroit acheter fon pofte un peu trop cher , que
d'être obligé de fe battre tous les jours .
A cette époque il fe lia particulierement à
( 167 )
l'Ambaffadeur de Pologne , qui le fit préfenter
au Roi Stanillas dont il reçut la promeffe d'un
emploi honorable & avantageux : mais trop actif
pour attendre dans l'cifiveté l'accompliffement
de cette promeffe royale , il paffa en Ruffie ,
avec une puiffante recommandation pour la
Cour de Pétersbourg , alors en guerre avec
la Pruffe ; elle offroit un théatre aux chercheurs
de réputation & de fortune. On le fit premier
Major des Cuirafiiers à cheval dans le Régiment
des Gardes du Corps . Il fervit avec diſtinction
dans le cours de cette guerre , & fe fignala
particulierement à l'affaut de Berlin , qu'il mit
à contribution . A la fin de cette guerre il fut
invité par le Grand Frédéric à venir à la Cour :
on lui confeilla de ne pas y aller , en lui faifant
obferver que fes troupes avoient commis
beaucoup de ces actes de violence , trop fréquens
dans la chaleur des conquêtes ; mais le
Comte répondit à ces avis timides qu'un brave
ennemi ne fauroit être un dangereux ami . Il
n'écouta donc que fon coeur , & fe rendit à
Berlin , où le Roi de Pruffe lui fit l'accueil
le plus gracieux. Fréderic lui demanda dans
le cours de la converfation comment il avoit
pu former l'ambitieufe efpérance de réuffir en
attaquant Berlin ; le Comte lui répondit par
une de ces gafconades pardonnables dans un
Chevalier errant , quefi fon Commandant lui cut .
ordonné defcalader le Ciel , il n'auroit pas hésité.
Il fut nommé par le Roi Staniſlas un de fes
Chambellans , & prit poffeffion de cette place
en 1764 en 1770 , le Roi de France le fit
Colonel d'un Régiment de Cavalerie , intcrit
fur le Nobiliaire de France ; il fut honoré en
1774 de l'Ordre Royal & Militaire ,de Saint-
Louis.
( 1685)
-
11 paffa en Angleterre au commencement de
la derniere guerre , déclarant que fa Patrie
ayant beſoin de ſon bras , il ne vouloit pas combattre
fous des drapeaux étrangers. II apporia
avec lui tous les certificats , titres & recommandations.
Le feu Lord Cunningham , fon
ani , le préfenta aux Lords North & Stormont ,
& ce deinier lui fit avoir accès auprès du Roi
à Saint-James. Il propofa au Lord North
de lever trois Régimens de Catholiques Romains
en Irlande , deftinés à marcher contre
les Américains , pourvu qu'on le nommât Colonnel
Commandant de ce Corps ; mais cette
propofition fut rejettée ; & en général , le
Miniftere accueillit toutes celles qui venoient de
lui avec la même indifférence & le même mépris.
En 1780 , il offrit d'appaifer les débats
naiffans , en fe mettant à la tête des porteurs de
chaife Irlandois ; on dédaigna encore cette offre .
Mécontent , indigné même dis procédés du Miriftere
, il publia fes preuves généalogiques , qui
démontrolent fa defcendance des anciens Souverains
d'Irlande , avec tous les certificats honorables
qu'il avoit obtenus durant fon féjour dans
les Cours étrangeres. Il garda toute la dignité
d'un Prince ; & il exifte plus d'une anecdote qui
prouve combien il dédaignoit ces familles d'Angleterre
, nouvellement levées , comme il les ap--
pelloit lui-même. Caufant dans un cercle à Bath,
& témoignant dans le cours de la converfation ,
qu'il avoit deffein de faire un tour à , Effex un
fameux Médecin de Bath , connu par les airs de
protection qu'il fe donnoit , lui offrit une lettre
de recommandation . Vous , dit le Comte , s'élevant
fur les nombreuses recommandations royales
qu'il avoit dans fon porte feuille ,
cus , me
denner une recommandation , vous , méprifatle scer-
..
velés
( 169 )
velé ! retourner à votre feringue , & faites en ufage
vous enrichir , fi vous pouvez .
Son ami le Lord Cunningham lui laiffa en
mourant une annuité de 200 liv . fterl . qui , avec
une penfion de la Cour de France , le mit
portée de vivre noblement . Il ne jouoit pas, il
payoit fes fourniffeurs , & ne prêtoit ni n'empruntoit
. Son frere cadet , Colonel de Cavalerie
, a époufe la niece du Comte de Lafey , Feld-
Maréchal au fervice de l'Empereur. Le Comter
fe propofoit de faire un tour dans fon pays natal
l'été dernier mais une mort imprévue l'a empêché
d'exécuter ce projet.
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre.
Le 25 du mois dernier , le Marquis de
Jaucourt , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant général de fes Armies , a prêté
ferment entre les mains de Sa Majefté , pour
la Lieutenance générale de la Province de
l'ile de Core , vacante par la mort dé Comte
de Marbeuf.
La Cour quitte aujourd'hui 16 , le châreau
de Fontainebleau , pour fe réndre à
celui de Verfailles .
Le Chevalier de Mefnard , qui avoir pré- 1
cédemment eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu , le 31 du mois dernier , celui de
monter dans les voitures de S. M. & de la
fuivre à la chaffe.
4
DE PARIS , le 2 Novembre.
On mande de Breft , que M. de la Galif
fonniere vient d'arriver de Pétersbourg avec
No.
47,25 Novembre
1786. Ꮒ
( 170 )
par
les gabarres du Roi , commandées & armées
des Officiers de la Marine, La cargai on
de ces bâtimens confifte en fer en barres, en
chanvre & en fuif. Le fer eft un peu aigre ,
le chanvre n'eft pas de la premiere qualité ,
mais le fuif eft très-bon & à bon compte :
ce font prefque les feules productions que
nous tirons de Pétersbourg. C'eſt à Riga
que l'on trouve des mâtures & des planches
pour les bordages ; encore commence t on
avoir de la peine à en trouver de la premiere
qualité. L'Impératrice a très bien reçu
& traité les Officiers de la Marine Françoife.
La petite efcadre a relâché à Copenhague ,
où elle n'a pas été moins bien accueillie ;
elle en a ramené plufieurs déferteurs François.
La ville de Saint- Gilles attendoit le moment
où les barques pourroient venir charger fes denrées
fur le Canal que la Province fait conftruire
d'Aiguefmortes à Beaucaire. Elle fut inftruite que
le 19 Octobre la communication feroit libre.
Le jour indiqué , les Officiers Municipaux fe
rendirent , à trois heures après - midi , fur les
bords du Canal , au bruit des fanfares , & fuivis
d'un cortège très nombreux. Plus de deux mille
habitans furent le long du Canal , ou dans de
petits bateaux , à la rencontre des barques . A
trois heures & demie on vit paroître , dans le
Jointain , une flotte composée de plus de quarante
barques, A ces afpect , on entendit de tous côtés
des cris de vive le Roi & M. l'Archevêque de
Narbonne. A quatre heures , les barques arrivé .
rent , précédées de plufieurs petits bateaux , remplis
de Citoyens , qui formoient une eſpèce d'a(
171 )
vant-garde ; elles furent reçues au bruit des
tambours & des fanfares , les acclamations redoublérent
. $
La barque nommée la Terrible , conduite par
le Patron Pierre Chervet de Cette , fut la première
qui aborda ; elle falua la Ville par une décharge
de moufqueterie , qui repondit par une
décharge de boîtes. Le Patron fut conduit devant
les Officiers , qui , pour lui témoigner leur
fatisfaction , lui préfenterent un mouton orné de
rubans de diverſes couleurs , & un pavillon blanc
aux armes de la Ville . On fit couler des fontaines
de vin , qu'on avoit preparées : on diftribua du
pain au peuple , qui ne ceffa de répéter les cris de
vive le Roi, vive M. l'Archevêque de Narbonne .
Le Patron Pierre Chervet voulut donner à
la Ville des têmoignages de reconnoiffance
pour l'accueil favorable qu'elle lui avoit fait. Le
dimanche 22 , il invita les Officiers Municipaux
& les principaux habitans à diner fur fon bord.
Ils s'y rendirent & furent reçus au bruit des fanfares
; on hiffa le pavillon aux armes de la Ville ,
qui fut affuré par une décharge de boîtes . Le repas
fut fort gai ; on y porta la fanté du Roi , celle
de la Famille Royale . & enfuite celle de M.
l'Archevêque de Narbonne. Le dîner fut fuivi
d'un bal fur la barque , jufques à fix heures . La
danfe dura enfuite dans la Ville prefque toute la
nuit.

Indépendamment de la beauté des travaux déjà
exécutés , on admire fur- tout la jufteffe des nivel
lemens dans la conduite des eaux de ce Canal juſ
ques à Saint- Gilles . ( Journal de Nifmes. )
- Le fieur Ruillan , Armateur de la corvette
à bord de laquelle le Roi a paffé de Honh
2
( 172 )
1

fleur au Havre , a reçu en don , & comme
une marque de fatis action de la part de Sa
Majefté , une fuperbe boîte d'or ; Elle a bien
voulu ajouter à cette grâce celle de nommer
la corvette le Paffage du Roi , & d'approuver
qu'elle porte une fleur - de - lys rouge dans ſon
pavillon de poupe . Sa Majefté a décidé en
même temps , que le bâtiment fera exempt
à l'avenir , du droit de baflin , tant au Havrede
- Grâce qu'à Honfleur.
Nous venons d'apprendre que M. Valmont
de Bomare , Cenfeur Royal , Membre de diverfes
Académies , Auteur du Dictionnaire
D d'Hiftoire Naturelle & d'un Traité de Minéralogie
, le premier & long- tems le feul Dé-
» monfirateur d'Hiftoire Naturelle dans cette
Capitale , &c. s'eft trouvé depuis peu comme
forcé , à raison de circonftances de domicile ,
de celler fes démonftrations & de fe délaire
» de l'immenfe & préciufe collection dans les
trois regnes , qui compofe fon cainet. S. A.
S. Mgr . le Prince de Condé , en ayant été
informée , a preffenti combien il roit deuloureux
pour ce Profeffeur & défavantageux
pour le progrès de la fcience qu'une pareille
collection , qui a exigé beaucoup de rems &
de recherches , en un mot , qui eft favantagsufement
connue de toute l'Europe favante,
fût exposée en vente par lots ; ce Prince ,
pour affurer à cet égard I tranquillité au
Naturalift Bomare , & voulant fui donner
publiquement une marque de fon eftime pour
fa perfonne & fes talens , vient de faire l'açquifition
de fon cabinet en entier , & lui a
DD
( 173 )
D
53
23
و ر
?
> donné la permiffion d'en jouir encore pour
la durée du dernier cours que ce Profeffeur
ouvrira le 2 Décembre prochain . On préfume
bien que les deux cabinets , celui de S, A. S.
» déjà enrichi par les magnifiques préfens en
» ce genre faits par deux Souverains du Nord ,
» & celui de M. Bomare n'en feront plus
qu'un , qui fera arrangé par les mains &
fuivant la méthode des inftitutions de ce Pro-
» feffcur ; le cabinet de Chantilly fera déformais
l'un des plus importans , des plus complets ,
des plus intéreffans , & que les voyageurs curieux
que ce lieu de délices attire , pourront
» y étudier mieux , dans le temple confacré à
» la nature , le vafte tableau & la nombreuſe
férie de fes pro in &ions . Ce travail fini , nous
devons espérer que M. Bomare aura encore
affez de vie & de fanté pour donner au public
les autres ouvrages qu'il lui a promis &
qu'on attend de lui. Directeur des cabinets
» de Chantilly , il aura toujours fous les yeux
» les objets propres à exercer fon efprit & ſa
plume ; il fera plus à portée de montrer ce
fuperbe cabinet aux curieux , & de renouveller
fes hommages au Prince Héros , qui
» dans fes délaffemens , cultive également les
Sciences , les Belles - Lettres & les Beaux Arts .
M. Patte eft revenu fur les objections faites
à fes remarques relatives aux noyés , par
'une nouvelle Lettre , dont voici la teneur :
8
Monfieur , je n'ai eu ancune intention d'exa
gérer l'efficacité des remedes que l'on adminiltre
aux Noyés par mes Obfervations que vous
avez bien voulu inférer dans le n° . 38 du Mercuré.
Mon feul but a été de faire voir que le
h3
( 174 )
vrai fecret de rappeller la plupart des Noyés
à la vie , feroit de trouver , fi faire fe peut ,
quelque expédient pour empêcher l'eau d'attaquer
, en paffant dans le gofier , la trachée- artere
: ce n'est point lorfque le mal eft arrivé ,
mais avant qu'il arrive , que je propofe de faire
ufage d'un moyen propre à atténuer la caufe
qui rend mortelle la fuffocation ou l'aphixie
produite par cet accident, J'ai pensé que , dès
qu'on pourroit obvier à la rupture de quelques
vaiffeaux dans la poitrine ou dans la tête , ou
bien empêcher l'eau de s'ouvrir un paff: ge par
la trachée artere dans les poumons , il étoit à
préfumer qu'on réuffiroit enfuite à appliquer
les reme les pre crits à un plus grand nombre de
Noyés qu'auparavant.
En effet , il eft conflant que ce n'eft pas la
quantité d'eau qu'avale un Noyé qui le tue il
eft égalemant reconnu que ce n'eft point auffi
une fubmerfion de quelques heures qui empêche
de lui fauver la vie ; car , au bout de quatre
minutes de féjour fous l'eau , il arrive feuvent
qu'on lui adminiftre inutilement les fecours or
dinaires , tandis qu'au contraire , il y en a qui
cnt été fecourus efficacement , même au bout de
fix heures. (M. Tiffet , dans fon Avis au peuple ,
chap. 28, en cite un exemple) & peut -être en a t- on
fauvé encore après un plus long terme . Cela étant,
lafuffocation ne devient donc irremediable que
quand la fubmerfion a été trop longue , ou bien
que quand il s'y eft joint quelque incident , qui
a contribué à la rendre telle ; & c'est ce dernier
cas , le plus ordinaire de tous , auquel j'ai voulu
effayer d'obvier par mes obfervations .
Quant à ce que j'ai avancé qu'on ne fauvoit
qu'un petit nombre de Noyés , M. Pia , Direc
1
&
( 175 )
teur & Ordonnateur des Etabliffemens en leur
faveur dans cette Capitale , m'a objecté dans le
n°. 41 du Mercure , que depuis 1772 juſqu'à
la fin de 1785 , on avoit adminiftré ces remedes
ufités à fept cents un Noyés , lefquels ont
réufli fur cinq cents quatre vingt - dix - neuf , c'eſtà
- dire fur les fix feptiemes ; d'où il a conclu
que l'on fauve au contraire la vie au plus grand
nombre des Noyés, Je n'ai garde d'inculper fes
calculs , mais j'obferverai feulement que l'on
n'adminiftre pas ces remedes à tous ceux que
l'on retire de l'eau : on les diftingue , ainfi qu'il
en convient ; on ne fait les épreuves des reme
' es que fur les deux premieres , & pour ce
qui eft de la troifieme , fi on ne juge pas à
propos de les tenter , parce qu'elle ne préfente,
dit- il , que des cadavres qui , retirés de l'eau
après une très- longue fubmerfion , ont été regardés
comme étant dans un état défefpéré .
Il eût été à fouhaiter fans doute que M. Pia,
pour prouver que l'on fauve véritablement le
plus grand nombre de Noyés , n'eût pas laiffé
ignorer du moins de combien est composée cette
troifieme claffe de rebut , ne fût ce que pour
mettre à même d'en faire la comparaison avec
les deux autres ; car il fembleroit , à l'entendre
, qu'il n'y a eu que foixante - dix Noyés depuis
quatorze ans à Paris & dans les environs.
Or fi cette claffe inconnue ſe trouvoit en effet
infiniment fupérieure aux deux autres , ainfi que
cela eft probable , il réfulteroit donc que j'ai
été, généralement parlant , fondé à dire , avec
le gros du public , qui n'eft pas au fait de la
diftinction des claffes qu'admet M. Pia , & qui
ne confidere que la totalité des Noyés qui périffent
annuellement , qu'on n'en fauye effectivement
qu'un petit nombre .
h4
( 176 )
Au furplus , Monfieur , je n'ai eu d'autre de
fir que d'être utie en publiant mes Obfervations
: j'ai cru qu'elles ne paroîtroient pas deftituées
de fondement , & que d'heureux effais
pourroient peut être réalifer ce que je n'ai propolé
que comme des conjectures .
J'ai l'honneur d'être , & c. PATTE.
Ces Novembre 1786.
Le 27 du mois dernier , fur les dix heures
du matin , il s'eft manifefté , dans la paroiffe
de Bergere , près Bar - fur -Aube , un incendie
qui a réduit en cendres en moins d'une
heure les trois quarts du village. La rapidité
dés flammes , alimentée par un vent de bife
violent , a rendu les fecours inutiles ; & quarante
peres de famille ont vu difparoître
en
un inflant tout ce qu'ils poffédoient
. Leur
perte eft d'autant plus confidérable
, que ce
défaftre eft arrivé dans un temps où les récoltes
de toute efpece en bled , vin , chanvre,
&c. étolent rentrées. Ces infortunés , chargés
de familles nombreufes
, restent fans
afyles , fans reffources , & four ainfi direfans
efpoir , à l'approche
de la faifon rigoureufe
où nous entrons. Ils font faits pour intéreffer
les coeurs fenfibles. Si quelques perfonnes
bienfaifantes
daignent venir à leur
fecours , on les prie d'adreffer leurs aumônes
à Paris , à M. Fiéfé , Notaire , place
Baudoyer ; & à Bar -fur - Aube , à M. Beugnot.
L'avis de M. le Roy de la Faudignere ,
( 177 )
fils , qu'on a lu dans ce Journal , a excité
une réclamation que nous devons rendie
publique , en prévenant les intéreffés , que
nous n'admettrons aucunes difcuffions ultérieures
fur cet objet. Nous faifirons même
cette occafion pour avertir , que nous ne
recevrons déformais aucuns avis de ce genre
; avis que leurs Auteurs promenent circulairement
de Journal en Journal , & qui
n'ont aucune espece de rapport avec celui -ci.
Monfieur , tou e erreur relative à l'art de
guérir eft un mal pour l'humanité , il en eft une
à laquelle la mort de M. Leroy de la Faudigniere
, Chevalier de l'ordre du mérite , & Chirurgien
dentiste de Mgr. le Duc des Deux Ponts ,
peut donner lieu ; je crois devoir en prévenir le
public , en lui déclarant que c'eft à moi feule
que mon pere a tranímis par donation la recette
de ces elixirs & opiats odontalgiques pour les ma
ladies des dents & des gencives : ils fe diftribuent
donc toujours même maifon au pavillon de la
place royale , quartier St. Antoine , où en eft le
feul depot.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Monfieur ,
Femme LEROY DE LA FAUDIGNERE ,
époufe de M. DUVAL , maitre en
Chirurgie de Paris.
Louis - Charles René , Comte de Marbeuf,
Grand Croix de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , Lieutenant général
des Armées du Roi & de l'ifle de Corfe ,
Commandant en chef de cette ifle ; eft mort
hs
( 178 )
1
le 20 Septembre dernier , à Baftia , dans la
74e. année de fon âge.
N. B. L'anonyme qui nous adreffe une
Lettre d'un Mylord Déifte aux approches de
la mort , en nous menaçant de rendre notre
foifufpecte , & de déclarer que nous prenons
peu d'intérêt à ce qui a rapport à la Religion ,
fi nous refufons fa demande , eft parfaitement
libre d'exécuter fes menaces ; mais
nous ne publierons point les Litanies de fon
Difte , qu'il ne nous ait exhibé , en fe faifant
connoître , une copie légalifée de la
Lettre du Mylord Déifte , qui en conftate
l'authenticité.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 48 , 56 , 36 , 72 , & 71 .
PAY S - B A S.
DE BRUXELLES , le 16 Novembre.
Le château d'Enghien, appartenant à M. le
Duc d'Aremberg , a été réduit en cendres
le 18 du mois dernier. Ce bâtiment étoit
tout neuf, & non meublé ; on évalue à 120
miile florins le dommage de cet incendie, occafionné
, à ce qu'on croit , par la négligence
de quelques ouvriers.
Le 6 de ce mois , les Etats du Duché de
Gueldres & Comté de la Marck ont prêté
les tci & hommage au Roi de Pruffe , par
les mains de Baron de Reck , Miniftre privé
d'Etat & de Juftice. Cette cérémo nie a eu
( 179 )
lieu à Cleves , dont le Magiftrat & la Bourgeofie
ont rempli le même devoir. Le Rédacteur
de la Gazette de Cleves rapporte
une particularité finguliere des formalités
d'ufage en pareille circonftance.
» Conformément à un ancien ufage de ce
→ pays , établi à l'occafion d'une pareille fo-
» lemnité , on vit , dit il , la grande porte de
» château s'ouvrir & en fortir un des mem-
» bres des Etats de Cleves , ( le fils de M. le
» Baron de Quadr , ) à cheval , tenant en
» main le bout d'une longue corde , nom-
» mée Gnadenféil : auffitôt plufieurs malfai-
» teurs , condamnés à des peines afflictives ,
» ayant faifi cette corde de grace , la fuivi-
>> rent en la tenant toujours dans leur main ,
» & fe laiffant ainfi conduire par les principales
rues de la ville . De retour au château
» il leur fut délivré des fauf- conduits pour
» leurs perfonnes , en attendant leur grace
» qui leur fera accordée , fi d'après l'examen
» qui fera fait des délits , dont ils fe font ren-
» dus coupables , ils font jugés dignes de
» pardon » .
לכ
כ כ
Les deux fils de S. A. S. le Prince d'Orange
, Stathouder héréditaire des Provinces
-Unies , ont affifté à cette cérémonie. De
Cleves ils retournerent à Nimegue , où la
Cour Stathoudérienne s'eft rendue depuis
quelques jours , pour y paffer l'hyver.
Le Marquis de Verac , Ambaffadeur de France
a conféré ces jours - ci avec quelques membres
» du Gouvernement , particuliérement avec les
h 6
( 180 )
» députés de la ville d'Amfterdam à l'affemblée de
notre province , qui a repris aujourd'hui fes
féances. Le 25 du mois dernier , il a été remis
» à L. N. & Gr. P. un rapport avec un mémoire
» du Colonel Baron Van der Cappelle , Comman-
פ כ
dant de l'efcadron des gardes du corps . Il pa-
» roît par ces piéces , que de tous les Officiers ou
» fimples Cavaliers qui compofent l'efcadron , il
>> ne s'eft trouvé que deux de ces derniers qui ont
perfifté à refufer le ferment preferit par l'autorité
fouveraine , & auxquels ce Commandant
a accordé leur congé en conféquence . Le Général
Comte de Maillebois eft parti avant hier
matin pour fon gouvernement de Breda , d'où
» il ira faire , avec la permiffion du Gouvernement
, un séjour de quelques mois en France.
Gazette de Leyde , nº. 90,
La Régence de la ville d'Utrecht a fait remettre
aux Etats de Hollande un Mémoire,
par lequel elle déclare avoir reçu les Lettres
d'invitation des autres Provinces pour accepter
leur médiation . Cette Régence donne à
connoître à L. N. & G. P. , qu'elle n'acceptera
cette médiation , qu'à trois conditions.
préliminaires ; favoir , 1 ° . Que les troupes ,
entrées dans la Province , en reffortiront au
plutôt , & que fous la garantie des Etats de
Hollande , ceux d'Utrecht s'engageront à ne
pas les y faire rentrer pendant les négociations.
2°. Que tous les droits , privileges &
prérogatives de la ville d'Utrecht resteront
intacts , & que même ils n'entreront pas
dans l'objet des négociations. 3 °. Que les
membres de l'Etat , qui , par leurs paroles &
( 181 )
leurs avis aux Etats Provinciaux & par leurs
actions , fe font réellement montrés les ennemis
de la ville , ne pourront être admis
comme membres négociateurs . Gaz. d'Amft.
O
no. 91.
9
Les députés des villes de Midelbourg , de Goes
& de Tholen fe font joints à M. vn Lynden
repréfentant le premier noble de Zélande aux
Etats provinciaux : ces quatre membres ont formé
de concert une contre -annotation , fur la note de
la ville de Zirikzée , à l'occafion de la réponſe à
faire aux Cours de Berlin & d'Angleterre ces
quatre membres difent qu'ils ne peuvent pafferfous
filence l'article où Mrs. de Zirikzée difent que S.
A. S. comme Amiral - Général , loin de tenir là Marive
dans un état refpectable , l'a liiffée déperir , &
qu'elle a également négligé les frontieres , les troupes
& les fortifications. Ils ajoutent que ce pallage figu .
renoit mieux dans un libelle que dans l'avis d'une ville
membre des Etats . Idem .
Jufqu'à préfent on ne veut point encore
permettre aux Régens dépofés d'Utrecht de
fortir de cette ville , à moins qu'ils ne déclarent
légitime la Régence actuelle , & qu'ils
ne promettent auparavant qu'ils ne contefteront
jamais à ces Régens leur nouvelle dignité.
[ Idem. ]
Extrait du Regiftre des Réfolutions de Leurs
Hautes Puiffances les Etats- Généraax ,
du Lundi 6 Novembre 1786.
M. de Welderen & autres Députés de LL. HH.
PP. pour les affaires militaires , ayant examiné ,
conjointement avec quelques Seigneurs Co(
182 )
> mités du Confeil d'Etat une miffive des Seigneurs
- Etats de la Province d'Utrecht , écrite
å Amer. foort le 27 précédent , contenant , qu'ils
avoient appris avec la plus grande furprise que
le Colonel de Pabit , Commandant des troupes
à Naarden & diftri &ts , avoit , en conféquence des
ordres reçus du G'néral Major de Rysfelt , commandant
le Cordon entre la Meufe & le Zuyder .
zée , ordonné à des Commandans de quelques
Régimens cantonnés da´s la Province de Hollande
, de tenir leurs troupes prêtes à marcher
aux deux premiers fignaux ; & en cas que ces
fignaux fuffent fuivis de fix autres , de marcher
alors par le chemin le plus court & le plus
commode , & de fe rendre au lieu de leur rendez-
vous dans la Province d'Utrecht , fans ménager
le territoire ; & d'y attendre les ordres du
fufdit Général-Major Vaz Rysfelt.
Que les fufdits Seigneurs - Etats confidéro'ent
cette affaire dans fa nature & dans fes fuites ,
d'une telle importance pour la Confédération
entiere , qu'ils fe croyoient indifpenfablement
obligés de la porter à la connoiffance de LL.
HH. PP. , & c.
> &
Les fufdits Erats exigent que ces Officiers
foient requis de fe défendre , & de donner les ouvertures
néceffaires là deffus ; qu'en conféquence
LL. HH . PP . voudront bien faire prendre
de telles mesures qu'elles pourront juger néceffaires
pour la confervation de l'Union
pour prévenir de telles infractions de Corps
militaires fur la fouveraineté des Provinces refpectives
. Ils ont rapporté à l'affemblée que les
Seigneurs - Députés du Confeil d'Etat ont donné
connoiffance dans les conférences tenues à ce
fujet : Que ledit Confeil d'Etat , à la réception
de la fufdite Réfolution commifforiale , à cru
4
( 183 )
"devoir réquerir , tant du Colonel de Pabft , que
du Général Major Van Ryffelt , des détails à
l'égard des ordres fufmentionnés ; qu'eux Seigneurs
- Députés & Comités étoient d'avis que
LL. HH. PP . devroient trouver bon , & arrêter
que pendant les délibérations fur la Lettre des
Seigneurs- Etats d'Utrecht , & pour prévenir de
telles démarches contre la conftitution & la
fouveraineté des Provinces , le Confeil fût prié
'd'écrire aux Colonels & Commandans des Régimens
refpectifs au fervice de cet Erat , & de
les faire reffouvenir de fe garder foigneufement
de marcher fur le territoire de l'une ou l'autre
Province , avec les troupes fous leurs ordres ,
fans le confentement du Souverain territorial .
Sur quoi ayant été délibéré , les Seigneurs-
Députés des Provinces de Gueldre , d'Utrecht
& de Frife fe font conformés au fufdit rapport.
Les Seigneurs- Députés des Provinces de Hollande
& de Weft - Frife , d'Overyffel & Groningue
, ont pris copie de ce rapport , afin de le
communiquer plus amplement à leurs Commettans.
Les Seigneurs Députés de la Province de Zélande
n'ont pu voter dans cette affaire , faute
d'inftructions. [ Gaz , de la Haye. N°. 189. ]
Les Lettres d'Egypte, par la voie d'Italie ,
jettent de nouvelles lumieres fur l'expédition
du Capitan Pacha. Voici ce qu'on écrit à ce
fujet d'Alexandrie , le 14 Août.
Les Beys rebelles ayant perdu tout espoir
de rien gagner par des négociations avec le
Capitan-Pacha , Murat- Bey crut pouvoir le repofer
fur les forces ; & en conféquence il fit avancer
le 25 Juillet une partie de fon avant- garde
contre Fua ; lui- même il refta dans les environs
( 184 )
de cette Ville avec un corps d'obſervation d'enviren
dix mille chevaux , à la tête defquels il
étoit venu du Caire , pour s'oppofer aux progrès
du Grand - Amiral. Celui - ci auffi tôt qu'il vit fes
ennemis en mouvement , s'embarqua fur la chalaupe
légere , nommée le Kirlangitfch ou l'Hirondelle.
Il fit voile avec ce Bâtiment , deux
autres & une Bombarde , pour remonter le Nil
jufqu'à l'endroit où l'avant - garde ennemie avoit
fixé fon camp , qui étoit illuminé à l'occafion
de la fête du Beiram . Il y fit jetter une bombe ,
zu moyen de laquelle le feu prit à plufieurs tentes
. Tout y fut en confufion ; & le défordre fut
à fon comble , lorfque dans cet inftant les Bâtimens
du Capitan - Pacha , particuliérement le
Kirangitfch , commencerent à canonner le camp
d'un feu à boulets & à mitraille . Il confifloit en
20000 hommes , qui l'abandonnerent en toute
hâte ; & le lendemain , 26 Juillet au matin , le
Capitan - Pacha le livra au pillage de fes troupes.
Enfuire il laiffa à Fua le corps d'habitans d'Alexandrie
qui l'avoient accompagné , un autre
de Dulcignotes , & un troisieme de Lyxantins &
de Romeliotes , fous les ordres d'un Capitaine de
-Caravelle ; & avec le refte de fes troupes , il s'avança
vers Rolette.
En attendant , Murat - Bey prit la réfolution
hardie de marcher , le 28 Juillet au matin , vers
Fua , & y attaqua les retranchemens que le Capiran-
Pacha y avoit fait élever ; mais l'Artillerie
dont ils étoient garnis , mit les Rebelles en dèfordre
; & les troupes Ottomanes s'en étant apperçues
, ne balancerent pas à fortir de leurs retranchémens
, pour attaquer l'Ennemi en rafe
campagne. Dans cette fortie , ils obferverent.le
meilleur ordre ; & ils firent des petites armes un
feu fallidu , que les Rebelles furent mis en dé(
185 )
&'
Beute totale ; ce qui n'y contribua pas peu , ce
fut que durant la plus grande vivacité de l'action
, le Scheich de Fellach atriva à la tête de
1500 Cavaliers , pour joindre l'armée du Capi
tan Pacha. Il tomba à l'improvifte fur le flanc de
l'ennemi ; & il jetta dans fes rangs une telle
frayeur , que les Rebelles s'enfuirent avec préci
pitation. La plupart s'égaterent dans les champs
couverts de riz , dont le terrein étant fangeux &
marécageux , les chevaux s'y enfoncerent ,
grand nombre de ces cavaliers y périt miférablement.
Ainfi Merat- Bey , obligé d'abandonner le
champ de bataille , fe réplia avec fon armée réduite
à 6000 hommes. I fe retira vers le Caire ,'
où il avoit déja envoyé d'avance les principaux
d'entre fes bleffés. Les troupes Ottomanes , qui
avoient été campées à Fua , pillerent les bagages
& l'attirail de l'ennemi , pa mi lefquels elles trot
verent les cadavres de Lafcim- Bey , de Muftapha-
'Bey & d'un Chérif , dont le Capitan Pacha envoya
les têtes par trois Tartares à Conftantinople
.
ב כ
,
Lorfqu'Ibrahim-Bey apprit le malheur de fon
ami & affocié Murat , & qu'il fut informé de fon
approche avec les débris de fon armée , il raffembla
tous fes trésors , & s'enfuir avec fon cortege,
dans la nuit du 1 Août , vers le vieux -Caire . Dès
qu'il eut quitté la Ville , Jejen- Mehmed , Pacha
du Caire fit proclamer par un Santschinki-
Cherif dans toutes les rues , « que quiconque
» étoit un vrai Mufulman , fidele au Calife , ou
" au Grand Seigneur n'avoit qu'à venir fe
ranger fous fes drapeaux « . L'effet de cette
proclamation répondit au but : la plupart des
troupes qui reftoient au Caire & leurs Officiers
, ainfi que trois Beys , & une multitude innombrable
de peuple fe précipiterent vers le
-
,
( 186 )

château , pour jurer fidélité à Sa Hauteffe . Après
quoi le Pacha prit divers arrangemens pour rétablir
l'ordre & la tranquillité. En attendants
Murat Bey avoit joint Ibrahim - Bey ; & le 3
Août , ils prirent enfemble la route de la haute
Egypte. Lorfqu'on en eut l'avis , les trois Beys
qui venoient de prêter le ferment de fidélité au
Grand- Seigneur , fe retirerent clandeftinement
de la Ville , & coururent après les deux principaux
Chefs des Rebelles pour fe réunir à eux .
» Le 5 Août , le Capitan Pacha partit de Rofette
pour le Caire ; le 6 au foir , il arriva à Bolacco
, & le 7 il fit avec beaucoup de pompe fon
entrée dans la Capitale . Il s'y rendit d'abord pluhieurs
Réglemens ; & fachant que dans leur fuite
les ennemis ne pouvoient pas beaucoup s'éloigner
du Nil , il fit remonter ce fleuve à douze Bâtimens
, & il le fit longer par tere par une divifion
de cavaliers Arabes. Les troupes de Syrie
étant arrivées quelques jours après , furent égale
ment détachées à la pourfuite des Rebelles.
"
» Quoiqu'ici à Alexandrie , l'on ait célébré par
des réjouiffances publiques les victoires de l'armée
Ottomane nous fùmes cependant fort .
alarmés le 29 Juillet , en voyant s'avancer contre
la Ville un corps de quatre mille cavaliers Arabes.
Comme les Rebelles attribuent les mesures
que la Porte vient d'exécuter à legrégard , aux
inftances des Confuls Européens , & qu'ils ont
menacé de s'en venger avec éclat , la Ville fe
trouvant d'ailleurs fans fortifications ni défenfe
quelconque , les Européens n'eurent rien de plus
preffé , que
de fe retirer à bord'de leurs Navires
en prenant le large ; mais les habitans en état de
porter les armes , étant tous accourus fur les
remparts , furent affez heureux pour écarter ces
Arabes au moyen de quelques coups de canon.
( 187 )
-
Paragraphes extraits des Papiers Angl . & autres.
Toutes les lettres de Petersbourg , celles du
moins qui paroiffent mériter le plus de croyance
annoncent que le de la Crimée n'aura
voyage
abfolument pas lieu . Ces lettres ajoutent , que
les réponses fieres du Divan à l'Envoyé Ruffe ,
paroiffoient donner de l'inquiétude au cabinet de
Petersbourg. Il eft certain que fi l'Impératrice
eft-livrée à elle - même dans la guerre qui parcît
inévitable entre la Ruffie & la Porte , les fuceès
font au moins très-douteux . On remarque que
la Ruffie redouble fes efforts pour s'attacher de
plus en plus notre Monarque , fon grand Allié.
On s'apperçoit aufli qu'elle fait des tentatives
pour mettre le Roi de Pruffe dans les intérêts ;
mais notre Cabinet ne » ſe détermineroit pas facilement
à appuyer , autrement que par la voie
de la médiation , les grandes prétentions de
l'Impératrice. On allure que l'Empereur auroit
déja répondu à la Cour de Petersbourg , que
les circonflances actuelles où l'Europe fe trouve , ne lui
permettent pas de prendre une part active dans les
affires de fa Haute- Alliée avec le Grand- Seigneur.
(Gaz. d'Amfterdam , N°. 91. )
On apprend que la Compagnie des Indes
Orientales de Hollande a fait demander par
T'Ambaffadeur de la République à la Cour de
France , la permiffion du paffage fur territoire
François pour un Régiment de 2000 hommes
de troupes de Wurtembert , que ladite Compagnie
prend à fa folde. La moitié doit fe rendre le
mois prochain à Dunkerque pour s'y embarquer,
fitoutes fois le paffage eft accordé , & l'autre
( 188 )
moitié dans le mois de Septembre prochain . Ce
Corps fe rendra de la à Vliffingue . [ Gazette de
la Haye , No. 187. ]
Le Général Advertifer dit que le traité de commerce
éprouvera plus d'obftacles & d'oppofitions
que l'on ne s'y étoit d'abord attendu. Il eſt bien
extraordinaire , ajoute cette feuille , que le traité
annonce la révocation abfolue d'un grand nombre
de loix pénales & de plufieurs claufes de différens
actes du parlement. Il y eft fpécifié que la
rat fication aura lieu deux mois après la date de
la fignature. Le parlement ne pourra , continue
cette feuille , s'affembler qu'après que la ratification
fera effe &tuée . On anticipera donc fur fes
décifions . En continuant fes obfervations , la feuille
dit que les Miniftres , après la conclufion du traité ,
ent demandé aux principaux manufacturiers d'éteffes
de coton de Manchefer , leur opinion fur
les articles qui avoient été publiés , & que ces
mêmes manufacturiers avoient répondu , qu'ils
ne pouvoient point donner leur opinion avant
qu'ils euffent lu le traité en entier.
כ כ
Le traité d'Utrecht , dit le Gazetteer , fut
condamné dans le tems , & ceux qui y coopérerent
furent accuffs de haute trahifon (impeached)
pour aveir facrifié d'une maniere auth infâme
l'honneur de la nation , que les plus grands homimes
d'alors crurent être effentiellement léfés par
cette mefure précipitée ; cependant c'est ce même
taité d'Utrecht, qui eft la bafe de la négociation
actuelle , dont on affecte de parler avec tant d'éloges.
Au refte , continue la même feuille , ce
nouveau traité fera difcuté dans le parlement , par
les hommes d'Etat les plus habiles & les plus expérimentés
du royaume ; le peuple verra alors le
venin caché qu'il renferme , & fe tiendra en conféquence
fur les gardes . Courrier de l'Europe,
7 ° 38.
( 189 )
Le lord George Gordon le rendit Lundi dernier
chez M. Pitt , dans Dowingfreet , pour
avoir une audience de ce miniftre , au fujet
du traité de commerce avec la France ; mais
n'ayant pas pû pénétrer plus avant dans le vi
tibule , il exhala fa rage contre le pauvre po
tier , fur la maniere honteufe dont , felon lui ,
ce traité avoit été conclu . Il déclara en même
tems que fi tout le contenu du traité n'étoit
pas bientôt rendu public , il feroit brûler par
la main du boureau ce qui en a déjà été publié.
Après cette fortie S. S. fe retira en enjoignant
au portier de ne pas manquer de faire
part à fon maître de ce qu'il avoit entendu .
Il paroît que le lord George avoit envie de
tenir parole. S. S. ayant paru s'intéreffer vivement
à la diftribution de deux billets imprimés
, qui annonçoient en effet que le traité feroit
brûlé à la porte de l'hôtel de France . Ce
lord mécontent a eu , à la vérité , l'attention
obligeante de raflurer le portier de M. l'ambaffadeur
, en lui di'ant que quand cette exécution
fe feroit , il auroit foin d'empêcher la
populace de le porter à aucune extrêmité contre
'hôtel de S. E.
Les magiflrats de Bow- fireet , infruits de ce
projet , ont pris les précautions néceffaires pour
empêcher que le lord George ne fe procurât
un nouvel amusement , qui auroit pû aller trop
loin. Le confeil qui s'étoit affemblé à cette
occafion avoit ordonné que les gardes fuil nt
prêts à marcher , en cas d'événement.
Il eft probable que fi le lord George Gordon
avoit mis autant d'activité , le jour qu'il s'étoit
propofé de brûler le traité , qu'il en avoit mis
dans les deux jours précédens , il auroit reçu
une leçon un peu plus férieufe que celle qu'il
( 190 )
a reçue en 1780. Nous croyons même , que
quoique fon projet n'ait pas été exécuté , il
pourroit bien le faire que le procureur- général
fe chargeât du foin de le corriger. ( Idem. )
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX (1 ).
CHATELET DE PARIS. PARC CIVIL.
Caufe entre la Dame G..... veuve du fieur R.....
Ecuyer , & le fieur G... G..., & Marie R... fa
femme. En préfence de l'Abbé R... Prétre ,
Chanoine de.....

PRNSION alimentaire demandée par une Mere àfon
Fis , Chanoine , & à fa Fille mariée.
"
Le Défenfeur de la Dame veuve R... préfente
ainfi fon affaire .. » Ce feroit un grand fcandale
pour la Religion , qu'un Prêtre refusât à
» fa mere des alimens dans fa vieilleffe . L'Abbé
» R... n'ofant fe dérober à un devoir si facré ,
s'en rapporte à la prudence des Magiftrats ,
» fur ce qu'il convient de diftraire de fon Béné
fice pour contribuer , avec fafour & fon beaufrere
, au foutien de la plus tendre des meres :
» c'eft une mere bien née , qui a paffé fa jeuneffe
dans la fervitude des grands , pour réparer
les défordres de fon époux , & obtenir
>> à fes enfans les états & le fort heureux dont ils
jouiffent aujourd'hui. Remettez - vous en efcla-
D) vage , lui difent fa fille & fon gendre , vous
vivrez fans nos fecours ; & voulant avilir fa naiffance
, ils ajoutent : Vous , fille d'un pauvre Artifan
, avez- vous droit de prétendre à une vie libre
& inoccupée ? C'est cette outrageante ingrati191
)
tude que la Dame R... eft forcée de poursuivre
» contre les plus fortunés d'entre fes enfans , qui
» le montrent les plus durs & les plus infenfibles
» envers elle . Une idée con o ante appaile
pourtant la douleur de cette mere affligée ;
» elle ne voit dans la dureté de fa fille que l'influence
du pouvoir
marital
. Un étranger
à qui
elle a confié
le gage
le plus précieux
.... eft
» celui-là même
qui ravit
à fa bienfaitrice
fes
plus cheres
espérances
.
Ce ne font donc
» point
les enfans
que cette
mere
malheureufe
eft forcée
de dénoncer
à la Juftice
, c'est un
gendre
, &c. & c, «
و د
Cette courte expofition , qui annonce la Caufe,
nous diffenfe d'entrer dans un plus long détail ;
& fi nous ajoutons la Confultation faite dans la
même affaire par deux Jurifconfultes , elle fera
fuffifamment développée.
Le Confeil eftime que la demande formée
par la Dame veuve R... contre fon fils , fon
gendre & fa fille , méritent l'accueil le plus
» favorable , & qu'il n'eft point de Juges dans
» l'ame defquels les refus humilians qu'elle
éprouve , ne doivent exciter la plus vive indignation.
D
D
En effet , l'obligation où font les enfans de
fubvenir aux befoins des peres & meres , eft fi
naturelle , que nous n'avons pas en ce Royaume
> une feule Ordonnance qui la preſcrive ; & fi
» l'on trouve dans les Codes des Empereurs
Romains quelques Loix fur ce point , ce n'eft
» que parce que Rome étendoit fa domination
»fur plufieurs peuples barbares , en qui le fen-
» timent naturel étoit preíque éteint . Il eft
» donc bien extraordinaire que pour rappeller
» l'Abbé R... à ce fentiment , la Dame fa mere
foit forcée de le citer en Juſtice . Son offre hu(
1920)
miliante de 50 liv . par am 2 la met dans le cas
» de lui faire le même reproche que Jefus Chrift
faifoit aux Pharißens : Ce peuple m'hon cre des
lévres , mais fon coeur eft loin de mci .
" Quant au fieur G.... , s'il a de l'affection .
pour la femme , doit partager celle qu'elle
doit à fa mere. C'eft en trait d'ingratitude de
propofer à cette mere le travail comme fon
unique reffource . Les fecours qu'il lui doit ,
> n'ont d'autre borne que celle de fes beloins , &
» doivent s'étendre pro modo facultatum .
*
Les moyens employés contre le fieur G ...
» font également conformes aux loix de la na
ture , de la religion & de la politique. Filiz
tua , dit la Loi , non folùm reverentiam , fed etiam
» fubfidium vitæ , ut exhibeat tibi , Rectoris Provinciæ
autoritate con p
pelletur. Ce que cette Loi
prononce contre la fille , une autre l'enjoint à
>> fon époux : c'est la derniere au digefte de his
quibus ut indigenis , & la Jurifprudence des Parlemens
y eft conforme."
ל כ
D
ود
19
En Normandie , le tier . Coutumiér eft fi fcru-¨
puleufement réservé aux enfans , gre le Juge
ne peut pas même permettre aux Jurés de le
vendre de leur confentement ; & cependant en
» 1680 , le 26 Octobre le Parlement de
» Rouen condamna un fils à abandonner fon tiers
Coutumier à fon pere vieux & infirme , par
la confidération que ce fils étant jeune , it
pouvoit travailler pour fubfiller , & que je fa .
crifice de toue fa fortune ne pouvoit qu'Paattirer
fur fes travaux la bénédiction du Ciel ; car celui
qui travaille pour nour ir fen pere , acquiert
» autant de gloire que celui qui verfe fon fang
» pour défendre la patrie . Après une défente
contradictoire , Arrêt le 21 Octobre 1785 qui a
condamné les enfans & le gendred payer roso 1 .
de penfion à leu. mère,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le