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1786, 10, n. 40-43 (7, 14, 21, 28 octobre)
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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
LeJournal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Andlyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts ;
les Avis particuliers , &c . &c.
SAMEDI 7 OCTOBRE 1786.
THEAT
DE
B
CHATEAU
PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Rott
TABLE
Du mois de Septembre 1786.
PIÈCES
FUGITIVES.
Vers à Mlle de S.-Léger,
Aunejolie Femme
Epitaphe ,
La Toilette ,
3
49
Epitre à Mme la Comtefe
de Montoury
Yers fur la Mort du Roi d.
Prufe ,
Aux Critiques qui louent excef
fivement les Morts pour déprimerles
Vivans,
Air de M. Sacchini ,
Vers à l'occafion du maria
ge de Mlle Salmon,
Ie Lapin , Fable ,
Bouts- Rimés ,
$9
"
34
255
Eais de deux Amis ,
Nouvelle Defcription des environs
de Paris , & c.
Détails Hiftoriques de la Vie
du Duc Léopold de Brunf
wick , 63
106
De l'Artde la Comédie ,"
Les Aventures de Friſo , 118
Hiftoire de France avant Clovis
, 154
Bibliothèque choifie de Comes ,
166 de Facéties &c.
101 Voyage en Italie , &c.
Les Meurs , Poëme ,
Mes Promenades Champêtres ,
143
215
222
40 , 121 , 182
SPECTACLES
147
148 Variétés ,
1931
Vers fur la Mort du grand Académies ,
43
Impromptu fur la Mort du Roi Académie Roy, de Mufiq. 128,
154 230
Sur le Paratonnerre de l'Aca- Ecole Royale de Chant , de
id Danfe & de Déclamation ,
1951
173
Frédéric ,
de Pruffe ,
démie de Dijon ,
Charades , Enigmes & Logo Comédie Françoife , 82 , 136
197 Sciences & Arts ,
186
NOUVELLES LITTÉR
Hiftoired'Héròdote,
Annonces & Norices , 44 92 ,
141 , 189 , 238
Romance,
gryphes , 19, 93 , 103 , 152 , Comédie Italienne , 89, 139
▲ Paris ", de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
sue dela Harpe , près S. Côme.
AST
}
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 7 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
FRAGMENT de la Fable d'Ino &
d'Athamas. *
Au fond d'une vallée obſcure , nébulcuſe ,
Ou croît de l'if impur l'ombre froide & fâcheufe,
Se creufe & s'élargit la route des enfers .
Là , le marais du Styx exhale dans les airs
De fes dormantes eaux la vapeur meurtrière.
Là , privée à jamais de la douce lumière ,
Chaque inftant voit venir la foule des humains.
Là , les mânes nouveaux , hôtes légers & vains ,
Je perdent au hafard dans les régions fombres ,
Incertains où trouver la Cour du Roi des Ombres.
Ce Fragment of tiré du quatrième Livre des Métamorphofes
d'Ovide , a&tuellement à l'impreffion.
A ij
4
MERCURE
La ville a mille accès ; mille chemins ouverts
Y mènent en tout temps mille peuples divers
Abyme toujours vaſte où s'engloutit le monde. *
Telle de cent climats la mer engloutit l'onde.
Les Orateurs encor dans ce monde nouveau ,
Cherchent près de Minos l'image du Barreau.
De courtiſans flatteurs un effaim ridicule
Au palais de Pluton va , revient & circule.
Sans corps , fans offemens, chacun comme autrefois
Y fuit fes premiers goûts & fes premiers emplois ;
Tandis que les méchans , éternelles victimes ,
Souffrent dans les enfers la peine de leurs crimes.
QUE nepeut point la haine aigrie aufond d'un coeur ?
Junon même deſcend dans ces lieux pleins d'horreur.
A peine de fon pié l'impreſſion ſacrée
Du redoutable feuil eut fait frémir l'entrée ,
L'Erèbe au loin s'ébranle , & Cerbère trois fois
De fon triple gofier pouffe une triple voir.
L'enfer s'ouvre : Junon appelle les Furies ,
Ces exécrables foeurs d'elle , hélas ! trop chéries,
Que rien ne peut fléchir , & qu'autrefois , dit- on ,
Dans les flancs de la nuit engendra l'Achéron .
Affiles à l'écart , ces Déités cruelles
Veilloient auprès des gonds inflexibles comme elles.
* Note de l'Auteur. Ce vers n'eft pas précisément l'idée
d'Ovide , qui dit , felon fon génie ordinaire :
Là , fans qu'on foit preffé , toujours la foulé abonde .
DE FRANCE.
Chacune à la lueur de fon divin aſpect ,
Au-devant de Junon s'avance avec reſpect.
L'INFORTUNE Tytie , en ce lieu de tortures.
Éternel aliment d'éternelles morfures ,
à
Voit renaître fon coeur fous le bec des vautours.
Syfyphe roule un roc qui retombe toujours.
Sur la roue Ixion tournant avec vîtelſe ,
Sans ceffe fe pourfuit & s'évite fans ceffe.
L'eau cherche & fuit Tantale ; il languit , & famaia
Voit le fruit qui s'échappe infulter à ſa faim :
Et plus loin fans relâche on voit les Danaïdes
Remplir inceffamment des tonneaux toujours vuides,
Junon fur ces pervers tourne regret les yeux ;
Mais pour elle Ixion eft le plus adieux,
Elle obferve Syfyphe ; & par quelle juſtice
Lui feul doit- il fouffrir un éternel fupplice ,
Cependant que fon frère Athamas , que je hais ,
Roi , père , époux heureux, règne & me brave en paix ?
Quand Ino , plus coupable , irrite encor ma haine ?
Non , je veux me venger : voilà ce qui m'amène .
Soufflez fur ces époux la rage des forfaits ,
Et des fils de Cadmus renverfons le palais .
JUNON aigrit ces foeurs , fous qui tout l'enfer tremble,
Commandant , promettant , & priant tout enſemble,
ALECTON , dont le fiel a troublé tous les fens ,
Ecarte de fon front la treffe de ferpens ,
A
MERCURE
Qui , mêlés à fes crins , tombent fur ſon vifage.
C'eft trop vous arrêter : fiez- vous à ma rage,
Dit- elle ; abandonnez un odieux féjour ,
Et remontez au ciel reſpirer l'air du jour.
Junon retourne aux cieux : Iris , au devant d'elle ,
S'avance , & d'ambrofie arrofe l'Immertelle.
LA hideufe Alecton , une torche à la main ,
Se prépare à remplir fon barbare deffein ;
Des noeuds d'un long ferpent ceint fa robe effrayante ,
Rouge de fang , de meurtre , & de fiel dégouttante ,
Et dans cet appareil elle fort des enfers.
L'épouvante , la rage & les crimes divers ,
Et l'affreux défefpoir , autour d'elle s'affemblent.
Eile arrive au palais : les portes d'airain tremblent,
Elie rouille les gonds de fon fouffle infecté ;
Et le jour loin du feuil détourne fa clarté.
ATHAMAS Veut en vain échapper à fa rage.
L'implacable Érynnis lui ferme le paffage
Le menace , & , les bras enlacés de ferpens ,
Secoue aux yeux d'Ino fes horribles crins blancs .
Ses hydres irrités fur la tête frémiffent ;
Sur fon dos , dans fon fein , ils rampent , ils fe gliffent,
Roulent fur fon épaule , & l'un fur l'autre épars
De leur langue, en fifflant , enveniment les dards.
* Soudain de fes cheveux elle arrache & dénoue
121
→ Note de l'Auteur. Ce vers & le fuivant font de feu
DE FRANCE.
7
>
Deux ferpens qu'elle irrite & que la main fecoue ,
Jette l'un fur Ino , l'autre fur Athamas.
Le repule élancé s'entrelace en leurs bras ,
• Entortille leur fein , le ronge de morfures,
Y darde fon venin par de fourdes piqûures ,
E: fans bleffer leur corps infecte leur raiſon.
Elle avoit apporté des bords du Phlégéton
Ce qu'ont de plus mortel l'écume de Cerbère ,
Et le noirfang de l'Hydre & le fiel de vipère ,
Le vertige & l'effioi , la rage & fes fureurs ,
Et la foif du carnage , & du fang & des pleurs ;
Et trois fois dans l'airain l'exécrable Euménide
Fit bouillir de ces fucs le mélange homicide.
Elle fouffle fur eux , & le filtre infernal
Jufqu'au fond de leur coeur porte un trouble fatal.
C'est peu : la torche en main , pour égarer leur ame,"
Elle forme autour d'eux mille cercles de flamme ,
Triomphe , & sûre alors de fon affreux fuccès ,
Livre ces malheureux à leurs propres accès.
Elle rentre aux enfers , & dans fa chevelure
Rattache le ferpent qui lui fert de ceinture.
( Par M. de Saint- Ange. )
M. Colardeau , que la Nature avoit fingulièrement doué
du talent de la Poéfie. Il feroit difficile de rendre autre
ment les vers d'Ovidé , & fur-tour de les rendre auffi bien.
3
A iv
MERCURE
ALOUC-BABOUC, Conte Oriental.
ALOUC- BABOUC étoit iffu de l'illuftre famille
des Baboucs , connue de tout le monde
pour avoir jadis régné dans l'Empire de la
Babouchiane, aufli célèbre que digne de l'être .
Mais l'impitoyable fortune , après avoir fait
les fucceffeurs du grand Alexandre Greffiers
& Menuifiers à Rome , après avoir converti
les Rois de Sicile en Maîtres- d'École à Corinthe,
ne refpecta pas même les fucceffeurs du
Trône Babouchin : détrônés par un ufurpateur
, ils fe réfugièrent chez les Oulougs , peuple
voilin , & là , exercèrent divers métiers
pour vivre. Alouc- Babouc fe fit Tailleur ;
quand je dis Tailleur , ce n'eft pas à dire qu'il
für Tailleur..... en détail , mais Tailleur en
gros ; il faifoit commerce d'habits tout faits ;
c'étoit lui qui avoit l'honneur d'en fournir
MM. les Oulougs de la Cour & de la Ville ,
& ce n'étoit pas une petite affaire ; car leur
habillement , qui auroit pu être compofé
d'une feule pièce , l'étoit de trente- fix , fans
doute pour leur plus grande commodité : ils
portoient , par exemple , des culorres ; mais ils
les portoient fous le bras , pour n'avoir point
froid au derrière ; leurs jambes étoient prefque
nues , afin de laiffer le champ libre aux
coufins, ( ce qui eft bien plus charitable ) ou
peut- être afin qu'elles fe rôtiffent à leur aiſe
au brafier d'une cheminée , & pour n'être
DE FRANCE. 9
point gênés , ils avoient une douzaine de ligatures
qui n'étaient , il eft vrai , guères plus
fortes que celles qu'on met à un homme qui
s'eft caffè le tendon d'Achille. Ils portoient
fur les épaules un fac noir , fans doute pour
cacher le plus bel ornement que l'homme ait
reçu de la Nature ; vifant toujours à l'utile ,
leur coëffure étoit un magafin contre la difette
, & les petits- maîtres avoient foin de
poudrer leur habit , afin que le petit fac parut
comme une mouche fur du lait. Vous penfez
fans doute qu'ils fe faifoient faire des fouliers
pour leurs pieds : eh bien , c'eft tout le
contraire , ils fe faifoient ( ce qui eft bien plus
fage , comme l'on fent ) des pieds pour leurs
fouliers. Enfin MM . les Oulougs de la Cour
portoient chacun une broche à leur côté ;
vous croyez peut- être , cher Lecteur , qu'à
cette broche étoit enfilée une demi - douzaine
de perdrix pour fatisfaire leur appétit ? Non ,
c'étoit uniquement pour achever leur parure.
Alouc - Babouc ayant confervé quelques
amis à Babouchia , fon ancienne capitale ,
( remarquez bien ceci , comme difoit l'oncle
Antonin ) quoique Roi , Babouc avoit eu des
amis , quoique détrôné il les avoit encore . Babouc
, dis-je , alla les voir pendant l'été , tems
où la Cour des Oulougs eft à la campagne ,
& où l'on ne s'habille guères ; car la Nature
eft fi richement vêtue dans cette faifon , qu'on
feroit toujours éclipfé par elle , quoi qu'elle
~ n'ait ni culottes fous le bras, ni fac fur les épau
les , ni broche au côté , ni ligatures.
Av
t
10 MERCURE
Babouc étant à Babouchia, la guerre s'éleva
dans le pays des Oulougsne pouvant y
retourner fans rifques , festamis vouloient le
garder. Non , leur dit- il , je ne faurois fé
journer plus long- temps ici ; il eft trop dur
d'être fujet là où l'on a été Roi. Je m'en vais
faire le tour du monde ; j'obſerverai les habillemens
des différentes Nations , & peutêtre
en rapporterai je un plus commode encore
que celui dont fe fervent les Oulougs. Il
part.
Il arrive d'abord en Eſpagne : un haut- dechauffes
, un pourpoint , un petit manteau ,
tel étoit l'habit Efpagnol , il plut affez à Babouc.
Un Romain , le Cardinal Valerius , étant
venu réfider comme Noncé à la Cour d'Ef
pagne , fit fon entrée vêtu de l'ancienne toge
romaine. Voilà , dit Alouc , le vêtement des
gens raisonnables , il eft avantageux & commode
; Cicéron avoit bien raiſon quand il
difoit : Cedunt arma toge. Les Docteurs prétendent
, il eft vrai , que le fens qu'il donnoit
à ce mot n'eft pas tout- à - fait celui que je lui
attribue ; mais qu'importe ?
Ce qui plut fur-tout à Babouc , c'eft le grand
manteau Efpagnol . Un jour de pluie , entre
chien & loup , comme on dit , fortant de
chez fon Médecin Bartholo à Séville , il rencontre
à la porte Almaviva le nez dans fon
manteau : voilà, Comte , lui dit- il , un excellent
meuble pour la pluie & pour aller en
bonne fortune. Croyez-vous qu'il fût mauDE
FRANCE. 11
vais , lui dit Figaro fortant le nez du fien ?
Tous les Oulougs , dit en lui-même Babouc ,
vont le faire faire de ces manteaux ; les gens
raifonnables , pour fe garantir du mauvais
temps , les petits - maîtres pour fe donner l'air
d'hommes courus des femmes ; Baboue s'en
fait faire un.
D'Eſpagne il va en France ; mais autrefois
lorfqu'on alloit en France depuis l'Espagne ,
on paffoit par la Suède ; les chofes , me direzyous
, ont bien changé , j'en conviens ; mais ,
Hiftorien fidèle , je fuis la vérité fans m'embarraffer
de la vraisemblance.
Le Suédois , jufqu'alors l'imitateur fervile
des modes Françoifes , venoit de prendre un
habit national , le Roi avoit donné l'exemple
( Regis ad exemplar totus componitur orbis ,
diroit un pédant ) & le peuple avoit imité le
Roi. Voilà , dit Alouc , un trait de politique
mais je ne fuis point né Suédois.
De Suède Aloue fut en France ; Henri IV
y régnoit ; cet homme Roi , ce bon Henri
qui vouloit que chaque payfan eût fa poule
au pot ; mais cela ne fait rien à ce dont il
s'agit ; un haut- de- chauffes jaune , attachépar
des rofettes de rubans rofes , une jaquette
jaune , jufte , galonnée , & crochetée à moitié
taille , doublée de rofe , & retrouffée comme
celle que les Officiers portoient chez les Ou
longs , un gilet rofe , le bas de foie blanc, l'ef
carpin noir avec une rofette rofe , le chapeau
noir couvert d'un plumet blanc , & embelli
par un panache de grandes plumes fouples
Avi
12. MERCURE
& flottantes , & d'une gance de diamans , le
manteau rofe brodé de franges en argent ,
tombant jufqu'au bas des jambes , & attaché
fur l'épaule droite par des cordons qui laiffoient
Hotter des mouchets d'argent , un large
cimetère pendant au côté, & foutenu par un
baudrier de foie rofe , une ceinture de même
couleur. Tel étoit l'habit des Seigneurs à la
Cour de Henri IV.
Affurément , dit Alouc , voilà l'habit le
plus élégant qu'on ait jamais porté; fans doute
Adonis en étoit vêtu quand il fit la conquête.
de Vénus hors l'armure que les Héros anciens
portoient au combat , il n'eft point d'ha
billement plus avantageux à l'homme ; mais
Parmure étoit pour la guerre , cet habit eft
fait pour l'amour.
A la Cour étoit un vieux Seigneur , le
Baron des Antiques , qui , au temps d'Henri
IV, était vêtu comme on l'étoit fous Henri II.
Son habit , beaucoup plus large , fe boutonnoit
jufqu'à la ceinture , du refte il étoit le
même; il ne valoit pas la peine , dit Alouc en
le voyant , de fe diftinguer , cet habit eſt
moins lefte & moins élégant que celui d'aujourd'hui
,
La feule chofe qui lui déplut dans l'habit à
la Henri IV , c'étoit ces grandes. fraiſes , d'où
la tête fembloit fortir comme d'un baffin à
barbe ; mais les rofettes des fouliers. firent fa
conquête. Il faut , dit-il , que je fubftitue cette
mode à celle de nos boucles ; ( il faut favoir
que MM. les Oulougs portoient alors des
DE FRANCE. 13
boucles.....mais des boucles qui faifoient le
tour du pied ; & ces immenfes boucles faifoient
paroître le pied gros , chauffoient mal ,
& bleffoient même fouvent. )
Alouc ne fe laffoit point d'admirer l'habit
François , il le témoignoit hautement.- Vous
ne connoiffez pas les François, lui dit un Sage ;
cer habit a beau être charmant , je gagerois
qu'ils ne le garderont pas. Cela n'eft pas poffible
, répondit Alouc. - Vous ne voulez pas
m'en croire , allez - le demander à Merlin.
Voilà Alouc qui s'en va chez Merlin ; car l'enchanteur
Merlin vivoit encore , quoiqu'en
aient dit fes envieux , qui , pour diminuer fon
crédit & fes pratiques , le font mourir fous.
le règne du grand Artus & de la chafte Genièvre
, par les enchantemens de la Dame
Dulac.
Ce temps fut celui des enchanteurs ; auffi
fut- ce alors qu'en fit griller la Maréchale d'Ancre
pour forcellerie , fuivant l'ufage du tems ;
mais ne parlons pas de cela. Revenons à la
grotte de Merlin, à fa grotte ; car les enchanteurs
demeurent toujours dans des grottes ,
ainfi que les Géans fur des roches , & les Fées
dans des ifles , c'eſt l'ufage . Merlin , ô prodige
inoui que celui de lire dans l'avenir! Merlin
donc prédit à Babouc que les François fous
Louis XVI feroient habillés exactement comme
les Oulougs .
Alouc avoit trop bonne opinion du goût
des François pour en rien croire ; il fit faire
un habit à la Henri IV , & s'achemina vers la
14 MERCURE
Turquie. Il alla loger chez un de fes confrères
nommé la Raifon , affocié d'un autre appelé
la Commodité : c'étoit eux qui habilloient tous
les Ofmanlis ; leur robe longue , large , fans
ligature , plut tellement à Babouc , qu'il s'en
fit faire une , & s'en retourna chez les Oulougs
, où la guerre étoit finie.
A fon exemple , vous croyez que chacun
quitta l'habit jufte , incommode & ridicule ,
où le corps étoit comme un couteau dans fa
gaine. Eh bien non , ami Lecteur , bien
loin delà ; car Alouc fut obligé de mettre un
manteau par - deffus fon habit à la longue , de
peur que la canaille ne le montrât au doigt
& ne courût après lui dans la rue.
( Par M. Mallet Butini , Avocat
de Genève. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercuréprécédent.
LEE mot de la Charade eft Curedent ; celui
de l'Enigme eft Amitie ; celui du Logogryphe
eft Mufcade , où l'on trouve Duc
Mufe, cafe , Dame , fac , mufc , écu , fuc ,
aufe , Sud, Camus , Cadmus.
* Il ne faut pas confondre l'Auteur de ce Conte
avec M. Mallet- du- Pan , l'un des Coopérateurs du
Mercure , & Rédacteur de la partie politique.
DE FRANCE.
15
CHARADE.
C'EST toujours avec mon premier
Qu'on me voit manger mon dernier ;
Et toi tu manges volontier
Et mon dernier & mon entier.
( Par Madame A ** . )
ENIGME.
EN honorant les morts , inftruire les mortels,
C'eft & ce fut toujours ma trifte deſtinée ;
Tantôt fimple , tantôt ornée ,
Dans l'Eglife , aux pieds des autels ,
J'annonce qui te fus & que tu ceffas d'être.
Par- tout où l'on me voit paroître
Je fuis compagne du cercueil ;
Je dois mon exiſtence
Par fois à la reconnoiffance ,
Rarement au mérite , & fouvent à l'orgueil.
( Par un Abenné au Mercure. )
LOGOGRYPH E.
UN feul mot en cinq pieds , fans y rien retrancher
Vous en fournira cinq fi vous favez chercher.
16 MERCURE
Tranfpofez- les fi bien qu'en prenant chaque lettre
Vous commenciez celui que vous voulez connoître.
Le premier en hiver fert dans votre maiſon ,
Et devient inutile en toute autre faifon ;
Vous
portez le fecond ; quoi qu'en votre ſtructure
Il foit effentiel , c'eſt fouvent une injure ;
Le troisième déplaît au goût , à l'odorat ,
On peut le rejeter fans être délicat ;
Sur moi le quatrième aide à vaincre l'orage :
C'eſt dans ce feul endroit qu'on peut en faire uſage.
Le dernier , cher Lecteur , eft peut- être fur vous ;
Car on le voit briller dans les plus beaux bijoux.
(ParMmela Comteffe de St - Maximen Montclair. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LES Orangers , les Vers- à-Soie & les Abeilles,
Poëmes, traduits du Latin & de l'Italien ;
fuivis de quelques Lettresfur nos Provinces
Méridionales & de Pièces Fugitives ; par
M. Crignon , de plufieurs Académies. Avec
cette Epigraphe : Utile dulci. A Paris , chez
Lagrange , au Palais Royal , Nº.
No. 123 ,
Cazin, rue des Maçons , 1786.
&
LE premier , le plus reſpectable & le plus
précieux des Arts , eft fans doute l'Agricul
ture , Art qui n'eft point pernicieuſement
DE FRANCE. 17
utile comme tant d'autres : lui feul eft véritablement
néceffaire à l'homme ; lui feul eft
fa richeffe réelle ; lui feul fut inventé par le
befoin , tous les autres le furent par le luxe.
Cette vérité a été vivement fentie par les
anciens. Des Rois Philofophes ont honoré de
leur vénération l'Agriculture , & comblé de
bienfaits les Agriculteurs. De grands Capitaines
ont cultivé la terre de leurs mains
triomphales ; & c'eft à la charrue , au milieu
d'un fillon , que les maîtres du monde , les
fiers Romains alloient fouvent prendre leurs
Dictateurs & leurs Confuls : Gaudet tellus
vomere laureato , difoit Pline , en parlant de
ces temps fortunés. Avant eux , les Égyptiens
avoient été d'excellens Laboureurs ; leur
pays fut appelé le grenier des Empires. Enfin
plufieurs hommes célèbres dans la Grèce
& dans l'Italie , écrivirent fur l'Agriculture.
Hiéron II , Roi de Syracufe , Attale , Roi de
Pergame , Magon , Général Carthaginois , Caton
le Cenfeur , &c. , joignirent l'exemple au
précepte. Cependant , malgré la dignité &
Fimportance de cet Art nourricier , on l'a vu
tomber dans l'oubli ; on a méprifé la profeffion
& les travaux du cultivateur ; on a relégué
dans la dernière claffe de la fociété des hommes
qui la nourriffoient , parce que toujours
utilement occupés , ils n'avoient pas le loifir
d'être injuftes ni méchans , & que par conféquent
ils n'avoient pas les vices polis des habitans
oififs des cités. Les Chinois feuls ont le
rare avantage de voir chez eux l'Agriculture
18 MERCURE
jouir d'une partie de la confidération qu'elle
mérite ; & cette confidération , le croiroitt'on
, eft en Chine l'ouvrage du defpotifine
& de la rapacité des Grands. Le peu de sûreté
qu'il y a chez tette nation , que des Philofophes
enthoufiaftes , des Voyageurs fédentaires
ont appelée un peuple defuges , les Marchands,
y étant fans ceffe les victimes de la voracité
des Gouverneurs & des hordes de voleurs qui
en parcourent les contrées ; les difficultés
qu'il faut vaincre , & les longues années qu'il
faut employer à l'étude pour devenir lettre ,
y font préférer à toute autre profeflion l'état
de Laboureur , qui , plus facile & moins difpendieux
, eft aufli moins expofe aux incurfions
des brigands & à l'injuftice des Mandarins.
Ainfi , les fils des Grands , des Princes y
font quelquefois ce que nous appelons dédaigneufement
des payfans. L'Empereur luimême
ne rougit pas de tracer folemnellement
chaque année un fillon d'une toife de
long , & de témoigner, par ce pénible effort,
l'eftime qu'il fait de l'Agriculture & de fes
partifans. Une autre raifon qu'on pourroit
donner du refpect des Chinois pour la culture
des terres , c'eft que de tout temps les nations
les plus commerçantes furent les plus agricoles.
Témoins les Égyptiens , & plus près de
nous les Anglois , qui , en Europe , eurent les
premières idées du fyftême fécondant de
P'Agriculture . Ils l'établirent & le perfectionnèrent;
ils honorèrent le Cultivateur , ils encouragèrent
par des prix fes utiles travaux. Le
DE FRANCE. 19
premier qui mérita une récompenfe nationale
, fut un grand Seigneur , le Duc de Bedfort.
On fit frapper une médaille avec cette
infcription : Pour avoir femé du gland. C'est
ainfi que l'Angleterre doubla le produit de fa
culture. Le refte de l'Europe eut fous les yeux
pendant un fiècle ce grand exemple , fans en
être frappée. Enfin l'horizon du génie fut
agrandi. On ofa s'occuper d'idées folides &
d'un intérêt fenfible . Montefquieu débrouilla
le chaos des Loix. Pline renaquit dans M. de
Buffon , & pénétra tous les fecrets de la Nature
; un Livre immenfe fut publié , où l'on
vit tous les grands objets traités par de grands
génies. Alors la France fortit de la ftupeur
barbare où l'avoient plongée des guerres civiles
ou étrangères , & les difputes oifeufes du
fanatifme & de l'école . L'homme fut éclairé
fur fes maux & fur fes befoins. Il vir que les
richeffès d'un État forroient de la terre fillonnée
. Des Princes Philofophes , des grands Seigneurs
, des Miniftres Citoyens aimèrent !
encouragèrent l'Agriculture , prodiguèrent &
prodiguent encore des alyles & des récom
penfes aux Agriculteurs. Le Chantre du bon
Henri célébroit ainfi leurs foins dans une belle
Épître :
D'un canton déſolé l'habitant s'enrichit.
Turbilli , dans l'Anjou , t'imite & t'applaudit.
Bertin , qui dans fon Roi voit toujours fa patrie ,
Prête un bras fecourable à ta noble induſtrie.
Trudathe, fait affez que le Cultivateur
20 MERCURE
{
Des refforts de l'État eft le premier moteur 3
Et qu'on ne doit pas moins pour le foutien du Trône
A la faulx de Cérès qu'au fabre de Bellone.
Les Académies d'Agriculture fe multiplièrent
de toutes parts ; de toutes parts s'élevèrent
des Économistes qui écrivirent fur l'art d'amé
liorer & de cultiver les biens ; la terre fut
couverte de Cultivateurs ; & la moitié de la
terre eft en friche. D'où vient cela ? C'eft
qu'on améliore les biens avec la culture , &
non pas avec des differtations fur la culture ;
que la fertilité dépend moins du fol que de
fes habitans ; qu'enfin les Duhamel , les Tef- -
fier, les Parmentier & toutes les Sociétés
Agromanes , embelliffent & fécondent moins
un champ que la pioche ou le foc. Si j'avois
un homme qui me produisit deux épis au- lieu
d'un , difoit un Monarque , je le préférerois à
tous les génies politiques.
A Dieu ne plaife que nous condamnions
les Ouvrages infpirés par le patriotiſme en
faveur des habitans de la campagne ; nous en
reconnoiffons l'utilité avec une joie fincère
& une vive gratitude . Celui que vient de publier
M. Crignon eft de ce nombre . L'épigra
phe que l'Auteur a choifie annonce qu'il cherche
à inftruire & à plaire. Il a rempli ce double
objet en traduifant élégamment en notre
langue trois Poëmes enfevelis dans la pouffière
des bibliothèques , & ignorés de ceux
même à qui les préceptes qu'ils renferment
pouvoient être d'une grande utilité . Je parle
DE FRANCE. 21
des Orangers , Poëme latin de Veſchambez;
des Vers à Soie , de Jean Vida , Évêque
d'Albe , & des Abeilles , de Jean Ruccelay
Patrice de Florence , Ouvrages qui , fans avoir
le mérite de ceux de Virgile , de Rapin & de
Vanières , guident le Cultivatent dans la carrière
à-la-fois la plus agréable & la plus épineufe
de l'Agriculture.
Dans le premier de ces trois Poëmes , l'Auteur
célèbre l'art de cultiver les Orangers. Il
dit : " Sous quels aftres il faut les planter ou
en confier la femence à la terre ; quel terrein
leur convient ; comment on doit les
arrofer ; quel foin il faut en prendre pendant
l'hiver pour les garantir des traits
» mortels de la gelée ; enfin il enfeigne les
» différens ufages de la fleur odorante & des
» pommes d'or de cet arbre précieux. »»
ود
Le premier foin du Cultivateur doit être
de chercher une terre propre à fes jeunes
plantes. La plus végétale eft celle dont les fucs
générateurs leur conviennent ; foit qu'elles
naiffent citoyennes des champs , ou qu'elles
foient tranfplantées dans les froides régions
du Nord. L'expofition la plus favorable aux
Orangers , eft celle du midi. Il faut avoir foin
d'élever des murs gazonnés ou de longs talus
du côté de l'ourfe , afin que les fougueux
aquilons ne défolent point ou ne tuent point
ces arbres dès leur naiffance. Après avoir
choifi & abrité le local , & préparé la terre ,
on les enfemence , à moins qu'on n'aime
mieux fe procurer de jeunes tiges ou bouMERCURE
tures , qu'on retranche du corps maternel ,
qu'on tranfplante dans de larges cailles.
•
&
Si vous femez des graines , prenez les dans
les entrailles des fruits les plus ronds , les plus
fains , les plus pefans & les plus colorés. Choifillez
ceux qui fe détachent eux mêmes de
l'arbre. Les deux efpèces d'oranges les plus ef
timées, font l'orange de Portugal & l'orange
commune. L'orange de Portugal eft ennemie
d'une terre maigre & d'une expofition froide.
L'orange commune triomphe avec la culture
de tous les obftacles qu'oppofent le ciel & le
fol. Elle veut être femée dans une terre préparée
, couverte d'une légère couche de terreau
gras & confommé depuis plufieurs années.
Dans les pays chauds, on sème l'oranger
au mois d'Octobre ; dans les climats glaces
de l'ourfe , on attend le retour du foleil prin
tannier. Lorfque l'excès des chaleurs fe fera
fentir , il faut fans relâche arrofer ces foibles
nourriffons , & les couvrir d'engrais fermentés
à l'approche des aquilons. Il faut cependant
arrofer prudemment , afin que par des
moyens factices on ne force point les guérets
à nourrir à regret des élèves précoces. « Hélas !
s'écrie M. Crignon , fouvent les arbres les
premiers nés vont auffi les premiers border
les noirs rivages ! »
Arrofez donc , mais n'inondez pas vos
jeunes élèves , & craignez que la putridité des
engrais n'enfante des vers deftructeurs qui
tongent vos plus chères efpérances. Dès que
vos arbufcules auront atteint l'âge où leurs
DE FRANCE.
racines ne font encore ni fortes ni profondes,
il faut les arracher & les tranſplanter ailleurs.
Vous aurez foin de ne pas bleffer leur enfance,
& d'enlever avec leurs racines une partie de
la terre.qui les alimentoit , afin de les accoutumer
plus facilement aux nouveaux lieux où
vous les fixez. Si c'eft un fol expofé aux atteintes
du froid , il faut tranſporter chaque
tige ou bouture dans une caifle de chêne ou
de fapin , remplie d'un terreau paffé au crible ,
& peu entaffé , afin que la pluie puiffe aifément
pénétrer. Ne négligez pas , avant que
l'hiver couvre la terre de frimars , de garantir
vos jeunes arbres par des haies ou des toits de
fapin ; & lorfque le foleil reviendra rendre la
végétation & la verdure aux campagnes dépouillées
, qu'ils jouiffent de les rayons bienfaifans.
Alors vous les émonderez , ayant foin
de fermer avec de la cire la plaie que leur
aura fait votre ferpe , de peur que la chaleur
pénétrant par leurs pores délicats , ne les
defsèche & les tue... L'Oranger eft inconftant,
changez le fouvent de terrein & de demeure ...
Tels font en abrégé les préceptes que donne
le Poëte Latin aux Cultivateurs de l'Oranger,
& que M. Crignon a rendus avec une précifion
, une élégance plus poétique que fon
modèle. Nous n'analyferons point les deux
autres Poëmes, où l'on remarque par tout les
mêmes beautés. Le ftyle de M. Crignon eft
pittorefque , majeftueux , harmonieux , nombreux
& rempli d'images. On en jugera par
un morceau moins élégant que beaucoup
24
MERCURE
d'autres du même Ouvrage , mais qui peut
feul en être extrait.
C'eft l'origine du Ver-à-fòie. « Vénus la
première , dit le Poëte , nous apprit à reti-
» rer des forêts le Ver- à- foie , & à l'élever
avec foin fous nos toits domeftiques. Au-
" paravant , les Sauvages , mortels errans tour
nuds dans la profondeur des bois qui les
enfantoient , avoient les moeurs des bêtes
farouches ; ils ne connoiffoient pas encore
l'ufage des toifons & du lin que nous filons
en habits. Pour fe garantir des traits cui-
» fans de l'hiver , & de l'humidité
23
39
"
que verfe
la froide
nuit , ils s'enfeveliffoient
dans des
monceaux
de feuilles
defféchées
; le toit ou
le creux
d'un
arbre
antique
les abritoit
contre
les pluies
; les antres
des rochers
,
les cavernes
fombres
étoient
leurs
retraites pendant
la nuit. Pendant
le jour , confondus
» en troupeaux
avec leurs
femelles
& leurs
petits
, ils parcouroient
tout nuds
les vaftes
» 'campagnes
pour
s'y nourrir
. Infenfible- » ment
quelques
fociétés
fe formèrent
; lat
timide
pudeur
s'y gliffa
; bientôt
elle fit
connoître
fes loix & fes charmes
; bientôt
30
39
"
la peau fourrée des lions , le cuir des taureaux
, la dépouille des bêtes féroces ,
qu'abattoit le plus fort ou le plus adroit,
fervirent à couvrir la trifte nudité. Le diraije!
Jupiter & les autres habitans des cieux ,
" Dieux & Déeffes , ainfi que les premiers
» humains , étoient fans vêtemens dans
l'Olympe. C'est la chafte Pallas qui , rout
"
gillant
DE FRANCE.
25
"
22
33
"
giffant la première , patut dans l'affemblée
des Dieux , couverte à la fois & parée d'une
longue robe & d'un voile brillant, que terminoient
des bordures peintes des plus
» vives couleurs. La Déeffe , généreuſe &
modefte , fit de pareils préfens à toutes les
Divinités de fon fexe , & fe hâta d'enſeigner
fon art aux mortels. Saturne fit don à
l'officieufe Cythérée d'une graine vivante
» & prefque imperceptible , laquelle étoit
foigneufement enfermée dans un lambeau
» de toile , blanche comme la neige . Bella
Déeffe , lui dit- il , daignez accepter ce le-
» ger retour de bienfaits , & n'enviez plus à
l'injufte Minerve fes groffiers tiffus de laine
» & de chanvre. La foie que vous fileront
» ces infectes , & les riches voiles que vous
Dourditez avec leur fin duvet , l'emporteront
» autant fur l'invention de la trifte Pallas,
» que vos beautés l'emportentfur les fiennes.
» Enfuite le père de Jupiter révèle à ſa fille
tous les fecrets de cet art précieux , qu'il
→ avoit découvert lui - même pendant fon
exil en Italie , lorfque fuyant la colère do
fon fils, il vint faire régner l'âge d'or dans
» nos contrées.
33
33
"22
Un reproche qu'on pourroit faire au Tra
ducteur , c'eft de trop multiplier les épithètes,
Certe petite reffource de mille petits Auteurs,
défigure un ſtyle formé , & transforme l'har
monie en redondance. Il faut fans doute en
ployer les épithètes ; mais il faut en ufer fobrement.
Les puriftes lui reprocheront ene
Nº. 40 , 7 Octobre 1786.
B
26 MERCURE
core d'avoir tenté des innovations dans fa
langue .
M. Crignon , en écrivant , a très- bien fenti
qu'il étoit impoffible de fixer la langue d'un
Leuple dont la mobilité fait le premier carac
tère ; qui change du matin au foir d'uſages ,
de modes , de goûts , d'idées & de fentimens ;
il femble s'être dit à lui même : la Nation &
le Peuple font les maîtres de la langue , eux
feuls peuvent brifer fes entraves & l'enrichir ,
parce que cette langue eft la leur. Ce n'eft
point aux Académies à fixer une langue qui
ne leur appartient pas , ni à prefcrire au ,
peuple des loix fur un fujet dont il eft l'unique
inaître. Les Corps Académiques doivent feulement
obferver l'état de la langue , fes progrès
ou fa décadence , pour en être les témoins
& les dépofitaires , & non pas les Législateurs.
Leur emploi eft le même que celui des Orateurs
& des Magiftrats : ils peuvent citer la
loi; mais ils ne doivent ni l'altérer ni l'enfreindre.
Après avoir ainfi penfé , M. Crignon
a jeté un coup d'oeil fur la fociété ; il y a vu
les ufages , les coftumes & les modes vieillir
d'un jour à l'autre ; il a vu qu'on n'ofoit plus
fe fervir d'une expreffion énergique , fous prétexte
qu'elle étoit commune vieillie , &
qu'en matière de langage , comme en couleurs
& en formes d'habits , l'enfant du matin étoit
un vieillard le foir ; il s'eft cru autorifé à ha→
farder des mots très - expreffifs dérivés du
latin. Les perfonnes de goût fauront gré fans
doute à M. Crignon d'avoir voulu étendre les
44
ر
DE FRANCE. 27
bornes étroites de cette langue sèche & ingrate,
qui , femblable à une Colonie peu peuplée
, périroit bientôt fi on y maffacroit tous
les vieillards & les nouveaux nés.
Le Traducteur a joint à ce Recueil quelques
Lettres adreffées à M. Bérenger , fon
eftimable ami. Elles font le fruit de fes Voyages
dans nos Provinces Méridionales. Un oeil
obfervateur , des penfées fines & délicates ,
un ftyle élégant & facile , caractérisent cette
correfpondance trop peu volumineufe. Viennent
enfuite quelques Pièces de poélie moins
poétiques que la profe qui les précède . Il faut
pourtant diftinguer l'Epitre au Docteur Petit,
la fin du Carnaval , où l'on trouve des tirades
que Greffet & Dorat n'auroient pas défavouées.
L'Ode fur les Grands Hommes de
-Normandie a le caractère d'élévation &
d'énergie qui convient à ce genre ; mais elle
eft dénuée des couleurs poétiques qu'il exige.
Nous allons en citer deux ftrophes , dans lefquelles
l'Auteur peint Fontenelle :
De Pafteurs plus galans une troupe choifie ,"
Chante & fe preffe autour du Berger de Neuſtrie ...*
Que leur efprit me plaît ! que leurs jeux font char-
T mans !
Fontenelle , en changeant l'Idylle ,
Devient fans l'imiter le rival de Virgile ,.
Er tranfporte avec art la ville dans les champs.
ÉMULE de Quinault , fur la magique fcène
Hrit avec Lucien de la folie humaine ,
Bij
28 MERCURE
Et même quelquefois de l'humaine raiſon ;
Il a beau mafquer fon vifage ,
Toujours dans fes Écrits vous découvrez un fage
Qui fait d'un fel piquant relever fa leçon.
NOUVEAU Recueil de Plaidoyers François ,
auxquels on a joint plufieurs recherches
très-utiles auxjeunes Elèves de l' Eloquence,
par M. l'Abbé Lenoir du Parc , ancien Profeffeur
de Rhétorique au Collège de Louisle
-Grand, A Paris, chez la Veuve Thibout,
Imprimeur du Roi , place de Cambrai.
SUCCESSEUR du P. Dubaudory , M. l'Abbé
Lenoir du Parc a occupé avec fuccès , pendant
environ fept années , la chaire de Profeffeur
de Rhétorique au Collège de Louisle-
Grand. C'eſt-là qu'il a donné , pour exercice
à fes Écoliers , les Plaidoyers que nous
annonçons , & qui font au nombre de trois.
Dans le premier , on examine les moyens les
plus propres à former de jeunes Officiers.
Dans le fecond , on traite de la préférence
qu'on doit donner à une Province de France
fur quelques autres. Le troifième roule fur un
procès occafionné par le défaftre qui arriva
en 1746 , à Lima , capitale du Pérou.
Le fujet du premier Plaidoyer eft très-intéreffant
, & nous a paru mieux rempli que les
autres. On y trouve beaucoup de traits d'Hiftoire
que l'Auteur applique fort à- propos.
Ce font par - tout des règles de conduite , des
DE FRANCE. 29
"
ود
93
לכ
לכ
maximes fages , des principes lumineux dans
l'art de la guerre. Quatre perfonnages paroiffent
fur la Scène ; le premier veut qu'on
éclaire l'efprit par les connoiffances propres
de l'état militaire ; le fecond penfe qu'on doit
fur-tout s'appliquer à former le corps par des
travaux & des exercices guerriers ; le troifième
aime mieux qu'on rempliffe le coeur de
fentimens héroïques ; le quatrième fe déclare
pour l'étude des langues . " Que mes adverfaires
, s'écrie le défenfeur des Connoiffan-
» ces Militaires , vantent tant qu'il leur
plaira les actions les plus brillantes & les
plus honorables au courage & aux exercices
militaires , j'applaudirai aux éloges
qu'ils en feront ; mais je les défierai toujours
de prouver que le fuccès de ces belles
» actions ne foit pas dû principalement à
l'efprit & aux connoiffancés des Officiers
» Généraux. » L'Avocat qui plaide la caufe
des Sentimens Héroïques , fe levant brufquement
, répond : « J'accepte le défi , & en
» me réſervant à parler plus long- tems quand
" je plaiderai ma caufe , je vais faire un effai
» de mes forces & de la bonté de mes armes ,
» ce fera une efcarmouche qui préludera au
combat. Quelle foule de belles actions ſe
préfente à ma mémoire ! que de batailles ,
» que de victoires ! Pouvez-vous , Monfieur ,
» vous qui êtes François , pouvez - vous ou-
» blier fans ingratitude , ou vous rappeler
» fans nous rendre juftice , les journées & les
» combats de Rocroi , de Turkeim , de Dé-
"3
"
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30 MERCURE
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»
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ג נ
nain , de Caffano , de Crémone ? Je paffe
» le refte fous filence , car je ne veux pas
» vous accabler par le nombre , mais par la
force de mes raifons. Or , quelle a été la
caufe principale de notre triomphe à Rocroi
? N'eft- ce pas la valeur de nos Troupes
qui mirent en déroute les Wallons , les
Allemands , les Italiens , & défirent enfuite
» cette redoutable Infanterie Espagnole , jufqu'alors
invincible , & commandée par un
» des plus grands Généraux de fon fiècle ?
N'eft - ce pas au courage de nos Soldats que
font dues les victoires remportées à Turkeim
, à Dénain , à Steinkerque , à Crémone
, à Caffano ? Arrêtons - nous à cette
» dernière affaire. Eugène & Vendôme ont
> employé toutes les reffources de leur génie :
» marches , contre - marches , feintes , fauxavis
, promptitude à fe faifir d'un bois , d'une
calline , des bords d'une rivière ; tous deux
fe mêlent dans le combat comme de fimples
Soldats. Le Prince eft bleffé à la gorge
» & à la jambe ; le Duc de Vendôme a reçu
cinq coups de fufil , dont l'un a donné dans
le pli de fa botte gauche , les autres ont
coupé fon étrier , emporté la roſette de ſa
botte droite , fa cocarde , le bord de fon
chapeau. Les deux Généraux , fans reculer
» ni avancer , tiennent la victoire en fuf-
" pens. Mais ce que leur intelligence & leurs
connoiffances militaires ne peuvent décider
, le courage des fimples Soldats le
décidera . Deux Régimens François , dont
ود
23
و د
و د
ور
""
و د
33
22
و ر
ور
ود
33
ور
DE FRANCE. 31
93
ود
la fcience & l'efprit réfident dans leur grand
» coeur & dans leur épée , impatiens de fe
» voir féparés de l'ennemi par un ruiffeau ,
» & de ne combattre que de loin , fe jettent
» dans l'eau , vont aux Impériaux , les attaquent
, & fans le fecours de la géographie
» ni de la topographie , les mettent en fuite ;
» & décident de la victoire. "
و ر
ور
ور
ود
Ce que M. l'Abbé du Parc mer dans la
bouche du défenfeur des langues , eft ingenieux
& plaifant. Il a l'adreffe de faire l'éloge
des trois jeunes gens qui ont parlé. La louange
eft d'autant plus délicate , qu'elle naît du fond
du fujet , & que l'Auteur ne paroît pas l'avoir
en vue. " Qu'on rencontre fur fa route un
» ennemi fupérieur , fi la nuit approche , fi
» la mer eft trop agitée , ces deux circonftances
réunies empêchent , il eft vrai , de
» demander ou d'amener la chaloupe ; mais
» il faut parler , rendre compte de fa route ,
» répondre aux queftions que l'ennemi propofe.
Si l'on ignore le langage dont il fe
fert, on ne pourra éviter fa pourſuite ni
fe dérober aux riſques d'un combat inégal
» ou d'une défaite certaine ; mais que les
Officiers fachent la langue ennemie , dèslors
l'alarme ceffe. A un Anglois qui de-
» mande d'où vous venez , heme comeyou ?
» On répond fur le champ : Je viens de Madras
, From Madras . S'il demande , où
allez-vous ? Where do you go ? Vous répondez
, je vais à Londres , to London.....
» Avec un Hollandois , on change de termes :
ور
6
ور
ور
ود
"3
, د
93
"3
Biv
32 MERCURE
Je viens d'Amfterdam , je vais à Batavia,
» il come van Amfterdamme , io Gahaan nar
» Batavia. J'en dis de même quand il s'agit
» d'un Algérien , d'un Turc , d'un Barbare ;
» car dès que l'obſcurité de la nuit les empê-
» che de vous reconnoître , c'eft la langue
» qui décide. Ils vous interrogent , & jugent
» par vos réponſes fi vous êtes leur ami ou
» leur adverfaire ..... Tenons ici notre perit
» confeil, & fuppofons que l'Amiral Turc ,
d'un ton fier & menaçant , nous falfe en-
» tendre ces mots barbares : Néréden que
» curfin? Eh ! Meffieurs , je vous vois interdits
; vous avez raifon , votre fituation eft
» embarraffante. Si vous gardez le filence ,
» nous fommes perdus ; fi vous répondez en
François , nous fommes découverts. En
fuppofant que quelqu'un parmi nos enne-
» mis entende notre langue , que pourrons-
» nous faire pour les toucher , pour échapper
»
23
"
"
و د
DJ
à l'efclavage ? Leur vantera- t'on votre rang,
» vos agrémens , vos talens , votre mérite ?
» Leur dira- t'on qu'un d'entre vous eft lefpérance
& la confolation d'une mère dont
Fefprit & la prudence , la rendreffe &
» la fermeté s'accordent pour l'éducation
» d'un fils fi cher ; que l'autre marche
fur les traces de deux oncles refpectables
par leur état , par leur zèle , par leur vertu ,
ainfi que par leur naillance ; que le troihème
, animé d'une noble émulation
s'efforce d'imiter cette longue fuite d'an-
» cêtres précieux à la France , alliés aux plus
وو
»
»
>
DE FRANCE.
33.
و ر
29
grands Rois du monde , & dont les exem--
ples & les exploits ont fouvent défendu las
Patrie , foutenu le Trône & vengé la Religion?
Tout cela , encore une fois , per-
» mettez-moi , Mellieurs , de vous le dire ,
» hâteroit votre perte , au-lieu de la retarder.
» Nos Algériens avides ne laifferoient pas
échapper une proie fi chère à leur avarice ;
" un grand nom , un grand mérite feroient
pour eux une double raifon pour vous
» prendre ; mais moi , qui faurai leur langue ,
» je ne ferai point effrayé de leurs demandes
» ni embarraffé de més réponfes. Écoutez !
» ils nous difoient avec ce ton qui marque
» leur fupériorité & leur fierté : Néréden
و د
»
55
"
»
""
que
curfin? D'où viens-tu ? Je réponds tranquillement
, Avandem que luvum , je viens
d'Orange . Ils répliquent: Nérégé qui derfin?
» où vas-tu ? Je réponds : Ift Anbola qui devim
, je vais à Conftantinople. Ils conti
» ´nuent d'interroger : Bir Chriftian guémif-
» fime gueur médugnimi ? N'as - tu pas vu
quelque vaiffeau Chrétien : Moi je con-
» time: Béli Birtané var ki ouzakta d'eil
» vakit catchurnagn , faga , tchévérugn. Ne
perdez point de temps , tournez à droite.
Voyez- vous comme icingle & s'avance
» en haute mer? Le voilà parti vers la droite ,
» nous vers la gauche ; il eft trompé &
» nous fommes fauvés. Eh bien , cela ne
»
ود
ל כ
و د
vaut-il pas mieux que d'être criblé , démâ-
» té , percé, pris efclave , mort ? Qu'en pen-
,, fez-vous ? »
Bv
34 MERCURE
M. l'Abbé du Parc établit pour principe,
de la décifion , que l'utilité des talens pour
le fervice de l'État , eft la raiſon qui doit l'emporter
fur toutes les autres . Ce principe pofé
il donne la première place aux qualités du
coeur , la feconde aux connoiffances militaires;
la troisième aux exercices guerriers ; la quatrième
à la fcience des langues.
Dans fon fecond plaidoyer , il fe trompe ,
lorfqu'il fait naître Péliffon en Gascogne. Cet
Auteur , non moins louable par fes talens Lit-.
téraires que par fa grandeur d'âme , étoit de
Befters , ville du Languedoc , qui a produit
plufieurs hommes d'un rare mérite.
Le troisième Plaidoyer n'eft que du reffort
des Jurifconfultes. Il excite leur attention
par les axiômes de droit qui y font rappelés.
C'eft-là qu'on lit avec plaifir le jufte éloge du
Magiftrat intègre & éclairé qui a la direction
de la Librairie de France.
*
Ce Rccueil doit être regardé comme une
fuite des Plaidoyers qui ont paru fous le nom
du P. Geoffroi . On trouvera dans ceux- ci plus
d'efprit , d'intérêt , de choſes penſées , de fentimens
délicats & nobles ; mais dans les Plaidoyers
de M. l'Abbé du Parc , plus de fimplicité
, de naturel , de correction & de goût.
L'Auteur a fu éviter ces jeux de mots , ce
cliquetis d'expreffions , ces anthitèfes puériles
, ces tours forcés , ces termes vicieux ,
ces ambitieux ornemens qui déparent quel-
* M. Vidaud de la Tour , Confeiller d'État.
DE FRANCE. 35
quefois, la brillante manière d'écrire du P.
Geoffroi. Son ftyle eft d'un homme à talent ; il
coule defource; & n'a rien de gêné , rien d'affecté
; mais il eft un peu négligé , il ne renferme
pas affez d'idées , & l'on y deſireroit
plus de précifion & d'énergie .
A la fuite de fes Plaidoyers , M. l'Abbé du
Parc a ajouté plufieurs Lettres , qui contiennent
des obfervations fur l'utilité de ce genre
d'exercice , quelques ſujets qui font à traiter ,
des réflexions fur les Plaidoyers des PP . Porée ,
la Sante & Geoffroi. Tout ce qu'il dit eft bien
vu, judicieux & impartial...
DISCOURS für divers fujets de Religion &
de Morales par M. 1 Abbé Affelin , ancien
Vicaire Général de Glandeves : A Paris, chez
Delalain jeune , Libraire ' , rue S. Jacques ,
N° 13. 2 vol . in- 12 . de 400 pages chacun."
Prix , liv. reliés .
AUTEUR de deux Volumes de Difcours fur
la Vie Religieufe , dont le fuccès n'a point
varié depuis qu'ils ont vu le jour , M. l'Abbé
Affelin donne aujourd'hui au Public an nouvel
Ouvrage non moins important , & même
qui convient à un plus grand nombre de Lecteurs.
Ces Difcours fur divers fujets , & c. au
nombre de dix , offrent une analyſe preffante
des ptincipes de la morale, analyle auth inf
tructive que convaincante. L'Auteur d'ail
leurs traite toutes les matières avec une élé
gante précifion. Son ftyle eft pur , animé ;
-3.6 MERCURE
quantité de morceaux font remplis de cette
éloquence touchante qui remue les ames, &
de cette onction fainte qui les entraîne vers
la perfuafion .
<<
Parmi la foule de traits ou véhémens , ou
attendriffans , nous nous arrêterons à celui-ci ,
tiré du Difcours fur la Grace fanctifiante.
Il n'eft de vrais biens que ceux qui font
marqués du fceau de la grace. Il ne reste au
pécheur qui l'a perdue que cette nuit fatale ,
où rien ne fructifie. Eh ! que fera ce fi , enve
loppé des ombres de la mort , il ne jette pas
même un regard vers le ciel pour demander
la lumière? Tant de jours , tant d'années ,
peut-être une vie entière perdue pour l'éternité.
Que ce calcul eft effrayant ! Inſenſé , lui
dirai-je , bientôt il n'y a plus de temps pour
vous. L'arbre funefte dont on doit former
votre cercueil eft déjà coupé. Au moment où
je parle , on ourdit la trame de ce drap lugubre
qui doit fervir à vos funérailles. Encore
quelques pas , & vous voilà fur le bord de la
tombe ; la dernière heure va fonner , le Dieu
des vengeances eft affis fur fon tribunal , le
livre où font confignés vos crimes eft preſque
rempli. »
€
Ajoutons un morceau qui juftifiera mieux
encore nos éloges, Il s'agit du Difcours
fur les Afflictions. " La Religion rentre
triomphante dans le coeur de l'homme af
fligé , & avec elle les vertus qu'elle infpire,
La Foi ; elle remplace le preftige & illufion
des fens. L'homme inftruit par l'adverfité
DE FRANCE, 37
s'écrie: Tout ce qui fe voit n'eft rien. De
vains objets lui offroient l'image du bonheur ,
il fut féduit & trompé ; il rend à la vérité fuprême
l'hommage qu'avoient ufurpé le menfonge
& l'erreur. Une lumière divine a, pénétré
fon ame. Éclairé , déſabuſé , il voudroit
éclairer , défabufer à fon tour tant de victimes
du monde. L'Espérance ; elle fe réveille au
cri de l'infortune ; nos befoins & nos malheurs
lui rendent toute fa vivacité ; le vrai
bonheur commence où finiffent les intérêts
du temps. L'ouvrage de nos mains , cet édifice
d'argile qui nous avoit coûté tant de foins
& de travaux , s'eft écroulé. Affis fur des ruines,
nous regardons au-deffus de nous ; les
cieux s'ouvrent , nous avons perdu une chaumière
, & nous habiterons un palais . La Charité
; elle a changé ce coeur terreftre . Il jouit
de lui -même, il eft pur & tranquille. Les
années du mondain ne vaudroient pas un feul
de fes momens.phony
squ
!
Nous nous empreffons de tranfcrire ici le
Portrait de Louis XVI , placé à la fin da premier
volume. La reffemblance fera fentie
par tous nos Lecteurs. « En nommant le
Prince qui nous gouverne , nos ames s'attendriffent.
Le jeune Monarque, en montant fur
le Trane de fes pères, y . fit affeoir avec lui
Certe Vertu qui immortalife, les Rois ; la
Bonte. Son règne commença par des facrifices
, la Reconnoillance à fes pieds s'expliqua
འཇངས་ པ
par des tranſports ; nos éloges le font confondus
avec nos hommages , & les rayons de
5
38
MERCURE
ce nouvel aftre , en frappant nos regards , ont
gagné nos coeurs . »
TRAITÉ des Maladies des Enfans du
premier âge , par M. Underwood, Membre
du Collège Royal des Médecins de Londres
, avec les Obfervations pratiques de
M. Armftromg, ci-devant premier Médecin
de l'Hôpital des Pauvres Enfans de la
même ville & celles de plufieurs autres
Médecins , traduit de l'Anglois . A Paris ,
chez Théophile Barrois le jeune , quai des
Auguftins. 1 vol . in-8 °. 1786 .
LES Maladies des Enfans , & la manière de
les élever avec fuccès , font un des objets qui
occupent le plus la plume des Médecins
preuve évidente de l'intérêt que chacun prend
à ces jeunes plantes , qui font l'eſpoir de l'État ,
& dont on ne veut plus abandonner la culture
à des mains mercenaires , peu faites pour
s'acquitter d'une fonction auffi importante."
Quelques femmes , guidées par le noble
e fen-1
timent de l'amour maternel , nous ont communiqué
feurs réflexions fur ce qui concerne'
l'éducation phyfique. Mais leur plume a paru
trop intéreffée , & elles n'ont écouté que leur
fenfibilité , au-lieu de faire les differences relatives
à toutes les parties de leur objet. On
peut au contraire reprocher aux Médecins ou
aux Philofophes qui ont traité le même fujet,
d'avoir trop raifonné & peu fenti. Voilà pourquoi
ils ont chacun adopté des fyftêmes fil
DE FRANCE.
19
différens. Si l'Ouvrage que nous annonçons
plaît par la fimplicité & le défintérellement
avec lequel il eft écrit , on peut dire qu'il ne
fera pas moins utile par la manière dont le
Traducteur a lié les Traités des deux Médecins
Anglois , & par les additions qu'il y a
jointes. Cet Ouvrage n'eft pas une de ces compolitions
fyftématiques , dictées dans le cabinet
fur des conjectures , des probabilités . On
n'y parle que d'après des faits réitérés , mûrement
examinés , pour en déduire des théories
fimples , uniformes , qu'un homme de
bon fens peut faifir fans peine , & mettre en
pratique lorfque le cas l'exige . M. Underwood,
obligé par état de furveiller les enfans dès le
moment même de leur naiffance dans fon
hôpital , a eu toutes les occafions d'acquérir ,
fur les objets qu'il traite , l'expérience la plus
réfléchie. M. Armſtromg qui , pendant nombre
d'années, a eu plus de quatre plus de quatre mille enfans
à traiter tous les ans dans fon hôpital , étoit à
portée ,fans doute, de s'inftruire avant d'écrire.
Cependant nous remarquerons que ces deux
habiles Médecins n'ont chacun écrit qu'un
petit Ouvrage , après avoir fi long- temps épié
la marche de la Nature , & obfervé les écarts ,
tant il eft vrai que dans toutes les Sciences,
les vérités font en très -petit nombre. Mais le
grand art eft de bien faifir ces principes. Si
l'on excepte les Ouvrages de Harriel & de
Rojeu , tout ce qu'on a écrit fur les maladies
des Enfans , depuis plus d'un fiècle , méritoit
à peine d'être lu. Harriel fut même fouvent
40 MERCURE
1
abufé par les fauffes théories de fon fiècle.
Rofen a trop confondu les maladies des enfans
avec celles des adultes , quoique fon Ouvrage
foit devenu fous la plume de fon Traducteur
éclairé , d'une très - grande utilité , &
même indifpenfable. Les deux Médecins dont
on trouve ici les Ouvrages réunis , ont évité
ces fautes ; ils fe font bornés aux enfans dur
premier âge , abftraction faite de toute théorie
qui s'étendoit au - delà. Par ce moyen ,
leur travail eft devenu infiniment précieux ,
& pour les Médecins , & pour les pères &
mêres ; car à peine ces maladies ent - elles été
bien vues jufqu'ici.
La feconde partie intéreffe directement les
pères & mères. On y traite de la première
éducation phyfique de l'enfance , avec cette
fimplicité qui porte le caractère de la can
deur, & en mêmetemps l'empreinte de l'expérience
la plus réfléchie , furtout dans les
détails de M. Armitrong.
Le Traducteur , très -connu par plufieurs
Ouvrages de Chimie , de Médecine , de Littérature
, étoit plus à portée que perfonne
d'améliorer encore cet Ouvrage. Ayant toutes
les langues de l'Europe a fa difpofition , &
verfe dans la lecture de tous les Ecrivains de
l'antiquité , comme il Fa montré en plufieurs
occafions , il pouvoit profiter de tous les originaux
relatifs au but de cet Ouvrage ; & l'on
yoit dans fes notes qu'il l'a fait . Il a même
ajouté plufieurs Chapitres fur des matières
dont fes originaux ne parlent pas : telles font
DE FRANCE. 41
les maladies vénériennes de l'enfance , lapetite-
vérole fpontanée , les bains de l'enfance ,
article important que perfonne n'avoit traité
avant lui. Il condamne l'uſage peu réfléchi
des bains froids. Nous ofons affurer que s'il a
contribué à étendre la réputation de Rofen ,
en traduifant , il y a quelques années , ſon Ouvrage
Suédois , il a droit de partager ici avec
fes originaux l'eftime & la reconnoiffance du
Public.
Nous profitons de l'occafion pour recommander
aux pères & mères la lecture du petit.
Ouvrage de M. Baldini , Napolitain , fur
la manière d'allaiter les enfans au defaut de
Nourrice. Ce petit Ouvrage Italien , traduit
par la même main , & éclairci avantageulement
dans les notes que fe Traducteur y a
jointes , a été très - bien accueilli . Il fe trouve
chez Buiffon , Libraire , rue des Poitevins. Il
le fait paffer au prix de 1 liv. 16 fols broché ,
franc de port dans tout le Royaume.
Nous ferons par apoftille deux demandes
au favant Traducteur. Il nie que l'opium guérifle
les maladies vénériennes ; mais ne craintil
pas qu'on lui objecte l'expérience de pluhieurs
Médecins célèbres , dont les cures ont
été publiées depuis peu ? Il affure que les réci
dives de vraie petite vérole font poffibles ,
même après les fuccès d'une inoculation.
Quoique les développemens qu'il a donnés
fur le caractère de cette maladie, paroiffent on
ne peut plus réfléchis , devoit- il omettre quelque
autorité prépondérante , outre celle de
42 MER CURE
Van- Swiéten ? Cet article eft de la dernière
importance pour le repos de nombre de Citoyens.
SCIENCES ET ARTS. ›
TABLEAUX analytique & fynthétique de la
Grammaire Françoife ,fuivis d'un Tableau
de fon méchanifme defliné à en apprendre
les principes par le moyen d'un jeu avec
trois autres petits Tableaux relatifs à ce
dernier. A Paris , chez l'Auteur , rue Neuve
Saint Auguftin , nº . 28.
:
CES ES trois Tableaux offrent une méthode trèsingénieufe
& très- philofophique pour faire faifir
d'un coup- d'oeil tout l'enfemble de la Grammaire
Françoife , fon génie , fa formation , fes moyens.
Les deux premiers Tab eaux , dont l'un eft deftiné à
développer les idées de la Grammaire dans leur ordre
naturel , c'eft à- dire , par la voie de la décompofition
& de la récompofition , & dont l'autre en préfente
les différentes parties dans le fyfteme actuel de
la Langue , c'eft-à - dire , par la fynthèse , forment à
eux feuls un Traité court & lumineux des principes
de la Langue Françoife . Le troifième Tableau eft
un arbre généalogique du développement des parties
de la Grammaire. C'eft en quelque forte la Langue
entière repréſentée aux yeux par fes traits particu
liers. Cette méthode nouvelle d'affujettir , pour ainfi
dire , les idées les plus abftraites d'une Langue à un
fimple méchanifme , nous paroît digne de fixer l'at
DE FRANCE. 43
tention des Grammairiens & du Public. Elle avoit
été imaginée d'abord par l'Auteur pour l'inftruction
des fourds & muets d'Italie , objet fur lequel on lui
a demandé un travail particulier qui ne faffe qu'aider
la marche naturelle des opérations de l'efprit humain
. Il a cru , avec railon , pouvoir approprier enfuite
cette méthode à l'inftruction de ceux qui entendent
& qui parlent . L'analyfe métaphyfique n'avoit
été appliquée à la Grammaire d'aucune Langue
connue. L'Auteur de ces Tableaux donne aujourd'hui
le premier exemple de cette application qu'il annonce
devoir faire fucceffivement fur les Langues Latine ,
Italienne & Angloife. Il eft à defirer que cet exemple
ne foit
pas inutile , & que les Gens - de-Let res qui tra
vaillent pour l'inftruction publique , ayent enfin le
courage d'abandonner dans les élémens des autres
parties des connoiffances humaines , une méthode ancienne
qui n'eft bonne qu'à perpétuer des erreurs ,
puifqu'elle eft contraire au véritable efprit d'obfervation
.
Le Tableau du méchanifme conftitue précisément
le jeu de la Grammaire. C Tableau , qui préfente
dans quatre-vingt dix fept cafes , & fuivant leur ordre
naturel , les dix parties du difcours , eft divifé en trois
parties . Quatre vingt-dix-fept jetons ou cartes correfpondent
aux cafes du Tableau , dont ils portent
les mots. Il y a plufieurs manières de jouer de jeu ,
fuivant le degré d'inftruction des Elèves : on
verra les règles dans un Imprimé qui eft joint au
Tableau.
en
44 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
L'AMI de l'Adolescence , par M. Berquin , neuvième
Volume.
L'Edition de l'Ami des Enfans , en vingt- quatre
Volumes papier fin , étant épuisée , on vient d'en
publier une Edition en vingt - quatre Volumes papier
ordinaire , dont le prix n'eft que de 16 liv. 4 fols
port franc par la pofte.
L'Edition en papier fin de l'Ami de l'Adolefcence ,'
en douze Volumes ( dont il en paroît neuf actuellement
) , & de l'Introduction familière à la connoiffance
de la Nature , en trois Vol. , étant auſſi épuifée
, on vient d'en publier une Edition en papier ordinaire
, dont le prix n'eft que de to liv .
4 fols
les quinze Volumes port franc par la pofte.
pour
Les Perfonnes qui prendront à la fois l'Ami des
Enfans en vingt-quatre Volumes , & l'Ami de
l'Adolefcence en douze Volumes , précédé de l'Introduction
familière à la connoiffance de la Nature ,
en trois Volumes ne payeront les trente-neuf
Volumes que 24 liv. port franc par la pofte.
La remife pour MM . les Libraires , Maîtres de .
langue & de penfion qui prendront tous ces Ouvrages
enfemble , fera de 3 liv. , & ceux qui ea prendront
quatre Exemplaires à la fois auront le cinquième
gratis .
On a cru devoir rendre cet Ouvrage d'une acquifition
plus facile à un grand nombre de pères de
famille , pour prévenir l'effet d'une contrefaçon qui
fe répand dans la Province ; contrefaçon qui fourmille
de fautes , & dans laquelle on s'eft permis de
#
DE FRANCE.
45
tronquer au hasard , & de retrancher même beaucou?
de pièces , afin d'en impoſer au Public , en luí
offrant à p'us bas prix l'Ouvrage ainfi défiguré ,
quoique fous le même titre.
On trouve à la même Adreſſe la quatrième Edition
des Lectures pour les Enfans , ou Choix de
petits Contes également propres à les amufer & à leur
infpirer le goût de la vertu , 5 Vol. Prix , 6 liv.
port franc par la pofte , le cinquième Exemplaire
gratis.
On peut fe procurer
ces Livres
de tous les endroits
de la Province
, en remettant
le prix à la poſte.
Mais il faut avoir foin d'affranchir
le port de l'argent
& la lettre
d'avis
, dans laquelle
il eft néceffaire
d'inférer
le reçu du Directeur
des Poftes
.
S'adreffer à M. Leprince , Directeur du Bureau de
l'Ami des Enfans , rue de l'Univerfité , nº. 28 , à
Paris.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particu
liers relatifs à l'Hiftoire de France , Tome XX &
XXI in- 8°. A Londres ; & fe trouve à Paris , rue
d'Anjou-Dauphine , nº . 6 .
Ces deux Volumes contiennent les Mémoires de
Du Bellay.
TROISIEME Livraifon des Illuftres François ,
compofie des portraits de Turenne & de Defcartes
avec des tableaux & des médaillons , & le précis de
leur vie. Prix, 3 livres chaque Livraiſon .
Les quatrième , cinquième & fixième Livraifons
, compofées des portraits de Louis XIV , Boffuet,
Montefquieu , Molière , le Sueur & Mme Deshoulières
, paroîtront inceffamment. La bataille de
Fontenoy , deffinée par M, Cochin , gravée par le
Château , même adreffe . Prix , a liv. 4 fals.
46
MERCURE
LA Foible Réfiftance ou le Verrou . - L'Amant
Victorieux ou la fuite du Verrou ; deux Eftampes
ovales , coloriées au pinceau , gravées par le Beau.
Trix , 2 livres 8 fols chaque. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Bernardius , n ° . 19.
DISSERTATION fur la Bandure , plante des plus
rares & des plus curieufes , un des miracles de la
nature , qui diftille continuellement de l'eau dans un
réfervoir placé à l'extrémité de fes feuilles , pour ap
paifer la foif des voyageurs. Prix , 2 livres , avec
figures co oriées . A Paris , chez l'Auteur, M. Buc'hoz,
rue de la Harpe , au-deffus du Collège d'Harcour.
SOCRATE prononçant fon difcours fur l'immortalité
de l'âme à fes amis , après avoir bu la ciguë ,
peint par Sane , gravé par J. Danzet , Graveur de
Sa Majelté Impériale. Prix , 12 livres . A Paris ,
chez Efnaud & Rapilly , rue Saint-Jacques , n° .
269 , & chez Alibert , rue Fromenteau .
Cetie Eftampe , d'un genre aufière , eft gravée
avec effet , d'une manière ferme & vigoureuſe.
CONSIDERATIONS fur M. de Vauban , ou
Examen de la Lettre d'un Académicien de la Rochelle
à MM. de l'Académie Françoife , à l'occafion
de fon Eloge , adreffées à l'Auteur de cette Lettre.
Prix , 1 liv. 4 fols broché. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
ESSA1 fur l'Hiftoire de Provence , fuivi d'une
Notice des Provençaux célèbres , 2 Vol . in- 4° . Prix ,
24 liv, reliés en veau. A Marſeille , chez Moffy père
& fils , Imprimeurs- Libraires ; & à Paris , chez
Delalain jeune , Libraire , rue Saint Jacques.
Cet Ouvrage , compofé par M. Bouche , Avocat
DE FRANCE, 47
au Parlement de Provence , eft une preuve que l'étude
des Loix n'eft point incompatible avec la Littér , rure.
Il annonce un homme qui , rempliffant utilement les
momens de liberté que lui laiffent les travaux honorables
de fa Profeffion , fait être Citoyen , Adminiftrateur
& Homme de- Lettres . Cet Effai eft divifé en
fept Parties . La première contient le Tableau de la
Provence ancienne & moderne ; la feconde , les
Moeurs , Ufages , Régimes politiques des Ceites ou
Gaulois Provençaux ; la troifième , le détail des Conquêtes
des Romains en Provence , & les Etabliffemens
qu'ils y firent. Les Peuples du Nord les y remplacent
bientôt ; la quatrième & la cinquième , la
fuite des Incurfions des Peuples du Nord dans les
Gaules après la formation du Royaume de France .
Les Rois d'Arles prétendirent au titre de Souverains
de la Provence ; les divifions , qui furent l'effet des
guerres entre les Comtes de Provence devenus Héréditaires
& les Rois d'Arles , donnèrent lieu à l'établiffement
de plufieurs petites Souverainetés ; la
fixième , l'Hiftoire des Comtes de Provence ; la
feptième commence en 1471 , à Louis XI , Roi de
France , devenu Comte de Provence , jufqu'en 1722,
qui termine fon Hiſtoire.
La Notice des Provençaux célèbres , qui eft à la
fuite de l'Hiftoire , a été définie avec beaucoup de
vérité par le Cenfeur de cet Ouvrage , une Galerie
intéreffante. Elle nous fait regretter que notre Hiftorien
n'ait pas parlé de tous les hommes célèbres que
la Provence a produits ; peu de Provinces peuvent fe
glorifier d'en avoir produits autant. Des Mélanges
Hiftoriques terminent cet eftimable Ouvrage , auquel
nous renvoyons nos Lecteurs, Les bornes de
ce Journal nous empêchent d'en donner une analyſe
plus détaillée .,
NOUVELLE Méthode de Violon & de Musique»
MERCURE
dans laquelle on a obfervé toutes les gradations néceffaires
pour apprendre ces deux Arts enfemble,
dédiée & préfentée à Mgr. Comte d'Artois , Frère du
Roi , par Bornet l'aîné , Profeffeur de Mufique & de
Violon. Prix , 12 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue
Tiquetonne , n ° . 10 , cù l'on trouve le Journal de
Violon pour deux Violons ou Violoncelles , & dont
les Numéros 9 & 10 paroiffent actuellement.
Cette Méthode de Violon nous femble devoir être
diftinguée de toutes celles qui ont été publiées jul
qu'à ce jour , par l'ordre & la clarté des principes
qu'on y établit.
NUMEROS 183 & 184 du Journal d'Ariettes
Italiennes , dédié à la Reine , & pour lequel on fouf
crit chez M. Bailleux , Marchand de Mufique de la
Famille Royale , rue Saint Honoré , près celle de la
Lingerie , à la Règle d'or. Prix de l'abonnement
36 liv. & 42 liv.
Le Numéro 183 contient un Air de M. Tomeoni
qui a eu beaucoup de fuccès dans les Concerts , fous
le titre des petits Oifeaux.
TABLE.
FRAGMENT de la Fable François · 28
3 Difcours fur divers fujets de
Religion & de morale , as
d'Ine & d'Athamas ,
Alouc- Babouc , Conte ,
gryphe ,
IS fans du premier âge,
Charade, Enigme & Logo Traité des Maladies des En-
Les Orangers les Vers-d- Sciences & Arts ,
foie & les Abeilles , 16 Annonces & Notices,
Nouveau Recueil dePlaidoyers
APPROBATION.
༡
38
J'AI IR , par ordre de Mgr le Garde
des Sceaux
, le
Mercure
de France
, pour le Samedi
7 Octobre
1786. Je n'y
ài rien trouvé
qui puiffè
en empêcher
l'impreffion
. A
Paris , le 6 Octobre
. 1716, GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. I ** , au sujet de l'Épitre inférée
dans le Mercure du 2 Septembre , & fignée
DE CHAS.
QUOI UOI ! vous daignez fourire à ma Mufe volage !
Du Chantre de Pâris elle obtient le fuffrage !
Que cet accueil flatte fa vanité !
Mais de mon nom , de grâce , éloignez ces deux lettres
Qui , de nos faux Marquis, de nos fots petits -mattres
Atteftent la frivolité .
De mes aïeux , en vain , je cherche la nobleffe :
Nul parchemin ne parle en leur faveur.
Dans la foule oublié , mais toujours plein d'honneur,
Nº. 41 , 14 Octobre 1786. C
so MERCURE
Mon père, de bonne heure , apprit à ma jeuneſſe
Que la vertu Laffit pour le bonheur.
De fes leçons j'ai goûté la fageffe :
Aujourd'hui qu'il n'eft plus , contre l'adverfité
Son exemple feul me raffure ;
Je m'applaudis de ma roture ,
.Et je bénis ma pauvreté.
VERS faits au nom d'un Homme qui fe
trouvoit à un dîner chez l'Auteur , avec
deux autres femmes , & où l'on ne fervit
que trois ppoommmmeess aauu deffert.
E me vois aujourd'hui le plus heureux des hommes !
Plus fortuné que le Berger Pâris ,
Elles font trois ; mais j'ai trois pommes :
Chacune peut avoir le prix.
A Vénus donnons la première ;
La feconde , elle eft pour Junon ;
Et c'eft avec jufte raiſon
Que Minerve aura la dernière,
Par le moyen dont on fe fert ,
Nous vous rendons une égale juſtice ;
Mais fi l'on n'avoit eu qu'une pomme au ſervice ,
La difcorde , fans doute , arrivoit au deffert,
( Par Mme Belfort. )
DE FRANCE. SI
LE Vrai & le Merveilleux , ou la Famille
de Noftradamus , Fable.
VÉRADAMUS, ADAMUS , qui n'a trop
Et fon frère Falladamus ,
bonne chance ,
Arrière-petits fils du grand Noftradamus *,
Incognito vivent en France .
Sans les connoître on peut les voir,
Car fur les bords de la Durance
Ils ont établi leur comptoir.
Véra n'a pas une feule pratique
En propofant des vérités
Qu'il débite d'un ton mystique ;
Mais Falla voit dans la boutique
Accourir de tous les côtés
Le courtifan & le ruftique,
Gens de tout rang , jeunes & vieux ,
Auxquels il vend par politique .....
Que leur vend t'il, du vrai? Non , mais du merveilleux,
Qui d'abord les flatte & les pique ,
Puis ré luit à zéro fe diffipe à leurs yeux.
Celui qui follement prodigue fon eftime
Nom propre , compofé de deux mots latis , qui
fignifient ( nous donnons du nôtre. ) Véradamus , fignifie
( difeur de vésirés ) , & Falfadamus , ( conteur de forneres.
)
Caj
52
MERCURE
L
Mérite qu'on le trompe , & devient la victime
Des charlatans , des fourbes , des capons ,
Pour n'avoir pas connu cette maxime :
Point de dupes , point de fripons.
(Par M. le Marquis de Culant. )
QUATRAIN à M. d'ÄRNAUD , Auteur
des Délaffemens de l'Homme Senfible.
VIENS IENS t'affeoir , ô d'Arnaud ! fur le trône des
moeurs ;
J'aime quand tu nous peins l'ame des bienfaiteurs ;
Leurs traits font embellis par ta plume féconde ,
Et tes Délaffèmens font ceux de tout le monde.
( Par M. E. G. Duchofal , Avocat
en Parlement. )
ÉPITH A PHE d'un Chirurgien célèbre.
Cr-Gir qui mieux qu'Alcide , ce me ſemble ,
GÎT
Mérita le titre de Grand;
Car il répandit plus de fang
Que tous les Conquérans enſemble.
( Par M. l'Abbé de la Reynie . )
DE FRANCE.
53
Explication de la Charade , de l'Énigme &
da Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bec - figue ;
celui de l'Enigme eft Epitaphe ; celui du Lo
gogryphe eft Ecran , où l'on trouve crâne
rance , ancre , nacre.
M.
CHARADE.
On premier quelquefois laiffe voir mon dernier,
L'été dans un vallon tu peux voir mon entier,
( Par M. C, ... de Chateauchinon. )
ENIG ME.
CELUI qui me nourrit meurt par ma violence ,
Et fon trépas auffi caufe ma propre mort ;
Bien que je vive en terre , en l'air je n'aime fort ,
Et fans un compagnon je n'ai point d'existence .
(Par M. Guérin , à Chevanne-Gazean . )
G ii)
54
MERCURE
LOGO GRYPH E.
JE me plais beaucoup à la guerre ;
Quoique bien fait je fais borteux ;
Cependant j'ai fept pieds , & fuis porté par deux .
En me décomposant de diverfe manière ,
Lecteur , tu vois de prime- abord
Le voile où Chloé s'enveloppe ,
Quand, plus chafte que Pénéloppe ,
Ele craint d'un époux les amoureux tranfports;
Tu vois encore un inftrument ,
Lequel de fa main blanche & liffe
Préfente un contraste frappant ;
Le miroir où le beau Narciffe
Immobile , rêveur , amoureux fans eſpoir ,
Savouroit à longs traits le plaifir de fe voir ;
Le pays d'un grand Roi que la France révère ;
Ce que , par une loi (évère ,
L'Officier doit voir tous les jours ;
Certain défaut que le beau
monde
Ne peut que redouter toujours ;
Et cette Nymphe pudibonde
Qui jadis implora les Dieux
Pour s'échapper des bras d'un amant trop fougueux ;
Ce que n'eft point un coeur à la pitié fenfible ;
Ce que ne connoît pas un Soldat intrépide ;'
L'abri que defire ardemment
DE FRANCE 55
Le Marin battu par l'orage ;
Ce qu'il conftruit quelquefois vainement
Pour éviter les horreurs du naufrage ;
Un tiffu délicat dont la tendre îcheur
Ne réfifte jamais au vieillard deftructeur ,
Monftre dont la dent meurtrière
Ne laiffe à la beauté trop fière ,
Que décrépitude & laideur.
Reftons- en là ..... car la philofophie
Pourroit bien nous donner de la mélancolie.
Dis - moi , Lecteur , aurois tu par hafard
Souvenir de quelque bataille ?
Eh bien ! rappelle- toi Pharfale ;
J'étois dans la main de Céfar.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE de Greffet , qui a concouru pour le
Prix propofe par l'Académie d'Amiens ,
par M. Girouft, Avocat au Parlement.
Sans la vertu que vaut un grand génie !
Ververt , Chant III.
A Paris , chez Bailly , Libraire , rue S. Ho
noré , à la Barrière des Sergens.
C'ÉTOIT
un beau fujet que cet Éloge de
Greffet ; il eft étonnant que le prix ait été re-
Civ
36 MERCURE
1
mis quatre ans , & très - fâcheux que le fujet
ait été retiré , il fe feroit trouvé enfin un
homme digne d'aimer Greffet , & digne de le
chanter. Greffet étoit le Poëte le plus original
de ce fiècle ; c'eft le feul peut - être qui ne
foit abfolument d'aucune école , & qui , poltérieur
à M. de Voltaire , n'en ait pas imité
en tout ou en partie , ou la manière générale ,
ou au moins quelques détails, Voilà pour les
petits Poëmes & les Pièces fugitives . Greflet
n'a fait qu'une Comédie , & il eft au rang des
premiers Auteurs Comiques. Nous difons
qu'il n'a fait qu'une Comédie ; car nous ne
regardons pas comme une Comédie le Drame
éloquent , touchant & moral de Sidney
contre le fuicide , où il n'y a de comique que
le rôle de Dumont , qui même eft médiocre--
ment comique , mais où les perfonnages inté
reffans ne le font pas médiocrement. Greffet
n'a fait aufli qu'une Tragédie , & il feroit curieux
de voir quel ráng fon Panégyrifte lui
affigneroit parmi les Poëtes Tragiques. Pour
nous , nous oferons dire que la Tragédie
d'Édouard III , ne nous paroît pas être à fa
véritable place dans l'eftime publique ; elle
eft fort peu connue , & elle mérite fort de
l'être. Nous ne la donnons pas pour une excellente
Tragédie : l'intérêt n'y eft pas au degré
qu'on pourroit defirer ; la Pièce a quelque
froideur , la marche quelque lenteur :
on pourroit faire contre le plan plus d'une
objection fondée ; mais , pour ne parler que
des Auteurs morts actuellement , cette Pièce
DE FRANCE.
$7
eft , après les excellentes Pièces de Racine &
de Voltaire , la Tragédie la mieux écrite qui
exifte : elle eft remplie de beautés , & des plus
grandes beautés dans tous les genres .. Quoi de
plus philofophique que ce tableau du Miniftère
?
Régir des mortels le deſtin inconftant ,
N'eft que le trifte droit d'apprendre à chaque inftant
Leurs méprifables voeux , leurs peines dévorantes ,
Leurs vices trop réels , leurs vertus apparentes ,
Et de voir de plus près l'affreufe vérité
Du néant des grandeurs & de l'humanité.
Depuis qu'on fait valoir en faveur de l'immortalité
de l'ame, l'argument tiré de la profpérité
des méchans & du malheur des hommes
vertueux dans cette vie mortelle , où trouvera
- t'on cet argument exprimé avec plus de
précifion & de plénitude tout enſemble que
dans ces deux vers ?
La vertu malheureuſe en ces jours criminels
Annonce à ma raifon les fiècles éternels .
La parole des Rois eft l'oracle du monde :
eft un vers digne de contenir & de confacrer
à jamais une grande & utile vérité.
Le fage Vorceftre rappelle à Édouard III
l'exemple d'Édouard II , fon père, détrôné par
la Nation.
Il pouvoit vivre heureux & mourir couronné ,
S'il n'eût point oublié qu'ici , pour premiers maîtres ,
Су
58
MERCURE
Marchent après le ciel les droits de nos ancêtres ;
Qu'en ce même palais l'altière liberté
Avoit déjà brifé le trône enfanglanté.…………….….
tout eft vertu pour venger la patrie. Et que
Le morceau fuivant nous paroît diftingué
par l'eloquence. Voici quelle eft la fituation.
Edouard avoit promis d'épouler l'Héritière
d'Écoffe , c'eft le voeu & l'intérêt de l'Etat ;
mais étant devenu amoureux d'Eugénie , fille
de Vorceftre , qu'on fuppofe être la fameufe
Comteffe de Salisbury , il charge Vorcellre
d'aller lui offrir fa main & fa couronne ; Vorcefire
refufe la commiflion , rappelle le Roi à
fes engagemens , & court prémunir la fille
contre la tentation de devenir Reine par un
moyen que la Nation défavoneroit. Elle entre
dans les vues de fon père , fans favoir que
c'eft d'elle qu'il s'agit ; Vorceftre s'explique
alors :
La verta même ici par ta bouche a parlé :
C'est ton propie deftin que ce choix a réglé ,
C'eft le fort de l'État : généreufe Eugénie ,
Il faut , du peuple Anglois tutélaire génie ,
Faire plus qu'affermir , plus qu'immo: taliſer ,
Plus qu'obtenir le trône , il faut le refufer.
Oui , c'eſt toi qu'au mépris d'une loi fouveraine ,
Au mépris de l'État , Édouard nomme Reine ,
Et pour un rang de plus fi tu démens tes incurs ,
Tu l'époufes demain , tu règnes , & je meurs......
DE FRANCE.
19
Qu'efpéroit Édouard ? Comment a-t'il pu croire
Qu'inftruit par des aïeux d'immortelle mémoire ,
Blanchi dans la droiture & la fidélité ,
Dans le zèle des loix & de la liberté ,
J'irois d'un lâche orgueil , méprifable victime ,
Avilir ina vieilleffe , & finir par un crime ?
Non , j'ai fu refpecter la terre où je fuis né;
Je t'en devois l'exemple , & je te l'ai donné……..
Je ne demande point le prix de mes travaux .
Quel prix plus doux pourroit flatter mon efpérance ?
Le ciel dans tes vertus a mis ma récompenfe !
Ce morceau , indépendamment de la vertu .
du père & de la fille , qui le rend fi pathétique ,
nous paroît un des plus eloquens qui foient
au Théâtre. Quel beau mouvement dans cette
tirade périodique & nombreuſe !
Qu'efpéroit Edouard ? Comment a t'il pu croire , &c.
Non , j'ai fu refpecter la terre où je fuis né.
Combien ce vers eft Romain ou Anglois !
Vorceftre ne favoit pas encore toute la
générofité du facrifice de fa fille ; elle aimoit
en fecret Édouard , elle ignoroit fi elle en étoit
aimée , elle vouloit l'ignorer , & elle quitroit
l'Angleterre pour combattre fa paffion. Voici
ce qu'elle difoit à fa Confidente dans la Scène
qui précède celle de Vorceftre.
Dans ce jeune . Héros je fentis plus qu'un maître;
Mon ame à fon afpect reçut un nouvel être ;
Je crus que jufqu'alors ne l'ayant point connu ,
C vj
Go MERCURE
1
Ne l'ayant point aimé , je n'avois pas vécu.....
Je ne veux point aimer : je fuis ce que j'adore ,
J'implore le trépas , & je foupire encore !
La mort feule éteindra mon déplorable amour ;
Mais du moins , en fuyant ce dangereux séjour ,
Cruelle à mes defirs , à mes devoirs fidelle ,
J'aurai fait ce que peut une foible mortelle :
Si le refte eft un crime, il eft celui des cieux ,
j'aurai la douceur d'être jufte à mes yeux.
Tu n'auras pas long - temps à fouffair de ma peine ;
La mort eft dans mon coeur ; fuis - moi , ma chère
Ifmène :
Ton zèle en a voulu partager le fardeau ;
Ne m'abandonne pas fur le bord du tombeau.
Je ne fais fi je me fais illufion ; mais cette
Eugénie me touche autant que toutes les Monimes
& toutes les Bérénices ; elle joint une
douce teinte de mélancolie Angloife à la tendreffe
profonde de ces Héroïnes de Racine ;
je retrouve dans cette tirade le pathétique
pénétrant & le langage enchanteur de ce divin ...
Racine.
Lorfqu'Eugénie a été inftruite par fon père
des fentimens d'Édouard , elle s'écrie :
Ainfi tous mes malheurs ne m'étoient pas connus.
Il m'aimoit ; & je pars ! .... Je ne le verrai plus ! ...
Édouard s'en prend à Vorceftre des refus
d'Eugénie , dont il eft bien loin de foupçonner
toute la générofité ; il prête l'oreille à la
DE FRANCE . 61
calomnie contre ce Miniftre ; il le perfécute ;
des juges iniques le condamnent ; Eugénie
ne peut plus parvenir jufqu'au Trône ; le
traître Volfax , ennemi de Vorceftre & de la
vertu , en ferme toutes les avenues ; Eugénie
charge une amie , qu'elle croit avoir , & qui
eft fa rivale , d'aller plaider la caufe de fon
père auprès d'Édouard.
De la vertu trahie expofez le malheur ;
Et s'il parle de moi .... dites - lui ma douleur ,
Dites-lui que j'expire en proie à tant d'alarmes ;
Que je n'aurois pas cru qu'il fit couler mes larmes ,
Qu'il voulût mon trépas , & qu'aujourd'hui ſa main
Dût conduire le fer qui va percer mon fein.
Voilà encore ce que Racine n'auroit point
défavoué . Quelle douceur dans ces plaintes !
quelle décence ! quelle aimable délicateffe
dans ce mot : Et s'il parie de moi.... Dans le
filence qui fuit ce mot , dans le mot qui fuit
ce filence , Dites- lui ma douleur. Comme on
voit la douce confiance d'une amante aimée
dans ce vers charmant :
Que je n'aurois pas cru qu'il fit conler mes larmes !
Elle implore auffi Volfax pour fon père , & le
lâche Volfax a la baffeffe d'infinuer que Vorceftre
peut être coupable. Comme elle fe relève
alors ! quelle fainte indignation la faiſit !
commie elle exalte fon père ! comme elle
humilie Volfax !
Toi , qui peu fait fans doute à ces nobles maximes ,
64
MERCURE
Ofes ternir l'honneur par le fourçon des crimes ,
Tu prends pour en juger des modèles trop bas ;
Refpecté le malheur fi tu ne le plains pas.
Apprends que dans les fers la probité ſuprême
Commande à fes tyrans , & les juge elle- même.
Hors delà elle rentre dans fon caractère de
douceur & de tendreffe . Elle meurt empoifonnée
par fa rivale ; alors elle avoue fon
amour à fon amant & à ſon père :
Il n'eft plus de fecret fur le bord du tombeau .....'
Oui , le ciel d'un pour l'autre avoit formé nos coeurs.
Prince... je vous aimois ... je vous aime... je meurs.
C'eft ainfi que dans la Nouvelle Héloïfe ,
Julie , en mourant
avoue à Saint - Preux
qu'elle l'a toujours aimé.
A fes rares talens , M. Greffet joignoit un
caractère irréprochable ; c'eft encore un grand
avantage pour le Panégyrifte , qui n'a rien à
diflinuler ni à excufer , qui ne fe voit forcé
ni à des réticences infidelles ni à des apologies
embarraffantes. Quand M. Greffer fut reçu à
l'Académie Françoife , il loua M. Danchet,
1on prédécefleur , de n'avoir jamais fouillé
la plume par la fatyre , & de n'avoir jamais
eu à rongir d'aucun de fes Écrits ; tout le
monde lui fit à lui-même l'application de cet
éloge. Cette reunion des vertus & des talens
dans la perfonne de M. Greffet , n'a point
échappé a M. Girouft , Auteur de l'Éloge que
nous ann nçons , il fent tout l'avantage de
DE FRANCE 63
fon fujer , & il en profite ; il fe livre à tout
fon refpect, à tout fon amour pour la Religion
& pour les moeurs, en louant un Poste
qui les a toujours aimées & refpectées . Sous
ce point de vue on ne peut trop eſtimer fon
Cuvrage , & nous lui payons avec un vrai
plaifir ce jufte tribut de louanges. Qu'il nous
permette auli un peu de fincérité fur le refte ,
& qu'il ne l'attribue qu'à l'intérêt & à l'eftime
qu'infpire le goût qu'il montre par - tout
pour la vertu. Il paroit fort en peine de favoir
quel fens l'Académie d'Amiens attache a ces
mors : Qu'un éloge Académique n'eft ni une
Oraifon Funèbre ni un Panegyrique. Ces
mots font fort clairs ; & fi l'Académie avoit
en vue l'Ouvrage de M. Girouit , nous pouvons
croire qu'elle n'y a vu qu'un fermon ,
& , s'il faut tout dire , un fermon plus rempli
de zèle que de lumières & de charité. Nous
voudrions ne dire à l'Auteur que des vérités
utiles , & nous craignons fur - tout de le défobliger;
mais l'Académie , en demandant l'Éloge
de M. Greffet , ne demandoit point une Diatribe
violente contre M. de Voltaire ; on aurcit
beau dire que c'étoit venger Greffet des
malices dupauvre diable , l'Académie ne demandoit
point pour lui de vengeance. La
fainte fureur du Panégyrifte contre Anacréon
& Sapho , n'a pas dû plaire davantage à l'Acacadémie
, la mefare y eft trop excédée ; ni le
goût de l'Académie n'a dû approuver cette
Tongue excurfion hors du fujet , ni fa fagetle
confacrer un emportement fi violent. De quel
64 MERCURE
Corps Littéraire , de quel Homme-de - Lettres
l'Auteur efpéroit - il le fuffrage en traitant
Anacréon de vieillard ridicule , digne de haine
& de mépris , digne dufeu , & auquel ilfalloit
ériger un bûcher , & non pas une ftatue ? Eh!
pour Dieu ! moins de feu , moins de bûchers ,
de la juftice & non pas de la colère. Ne fourniffons
pas à un fiècle déjà trop indifférent fur
les moeurs, le prétexte de dire que des moeurs
vicieuſes valent encore mieux que les moeurs
atroces & cruelles qui naîtroient de ces durs
principes. Si nous aimons les moeurs , faifonsles
aimer , & ne les faifons point craindre.
M. Greffer eût été le premier à démentir ſon
Panégyrifle , lui qui peignoit Anacréon avec
ces couleurs aimables :
Tantôt de l'azur d'un 1
-nuage ,
Plus brillant que le plus beau jour ,
Je vois fortir l'ombre volage
D'Anaciéon , ce tendre fage ,
Le Neftor da galant rivage ,
Le patriarche des amours.
ris de fon doux badinage ,
Horace accourt à les accens ;
Horace , l'ami du bon fens
Philofophe fans verbiage ,
Et Poëte fans fade encens.
>
Cet Horace , dont M. Girouft ne parle pas ,
ne pourroit échapper non plus à fa cenfure
févère; il feroit enveloppé dans la même
DE FRANCE. 65
profcription qu'Anacréon d'un côté , Catulle ,
Tibulle & Properce de l'autre. Il ne leur faudroit
à tous qu'un feul bûcher formé de leurs
Écrits.
Qualefuit Cafsi.....
Etrufci
Capfis quemfama eft effe , librifque
Ambuftum propriis.
Quant aux autres raifons qui ont pu priver
M. Girouft du prix , nous obferverons qu'il
donne trop fouvent à fon Héros des éloges
d'une généralité vague , & qui ne caractérifent
point. Il ne fuffit plus aujourd'hui de
dire que les chofes font belles , il faut dire
comment , pourquoi , & à quel degré elles
font belles ; il faut rendre les éloges précis &
utiles , il faut inftruire en louant. Dire que les
cent trente trois premiers vers de l'Epitre à
ma Soeur
font
une c'eſt à - peuprès
ne rien dire. Les vers fuivans , qui font
au-delà des cent trente- trois , font plus fentis ,
plus animés , ont plus de mouvement & de
chaleur que tels des cent trente - trois que
nous pourrions citer.
Tout nous appelle aux champs , le printemps va renaître
,
Et j'y vais renaître avec lui.
Dans cette retraite chérie
De la fageffe & du plaifir ,
Avec quel goût je vais cueillir :
66 MERCURE
La première épine fleurie ,
Et de Philomèle attendrie
Recevoir le premier foupir !
Avec les fleurs dont la prairie
A chaque inflant va s'embellir ,
Mon ame trop long- temps flétrie
Va de nouveau s'épanouir.....
Occupé tout entier du foin , du plaifir d'être ,
Au fortir du néant affreux ,
Je ne fongerai qu'à voir naître
Ces bois , ces berceaux amoureux,
Et cette mouffe & ces fougères
Qui feront dans les plus beaux jours
Le trône des tendres Bergères
Et l'autel des heureux amours…………….
Quel feu ! tous les plaines ont volé dans mon ame ;
J'adore avec tranfport le célefte flambeau ;
Tout m'intéreffe , tout m'enflamme ,
Pour moi l'Univers eft nouveau.
Sans doute que le Dieu qui nous rend l'existence ,
A l'heureufé convalefcence
Pour de nouveaux plaifirs donne de nouveaux fens...
Les plus fimples objets , le chant d'une fauvette ,
Le matin d'un beau jour , la verdure des bois ,
La fraîcheur d'une violette ,
Mille fpectacles qu'autrefois
On voyoit avec nonchalance ,
Tranfportent aujourd'hui , préſentent des appas
DE FRANCE. 67
Inconnus à indifférence ,
Et que la foule ne voit pas.
Le Panégyrifte ne fe livre - t'il pas un peu
trop à l'engouement , lorfqu'il parle de la
fublimité de Ververt , & de l'attendrillment
qu'il infpire ; lorfqu'il dit que cê petit Poeme
charmant eft un Traité de Morale ; lofqu'il
compare , pour l'effet , la mort du perroquet
à celle de Didon & aux remords de Phedre ?
Eronnons nous après cela des allégories , des
moralités de toure efpèce qu'on a prérées
aux anciens , qui fouvent , comme Grellet ,
n'avoient fongé qu'à plaire .
Nous croyons encore devoir avertir l'Auteur
d'éviter certaines expreflions , ou trop
fimples pour le genre oratoire , ou trop recherchées
, & prefentant de fanfles figures ,
comme revêtir un Eloge Academique dis
crêpes de l'Oraifon Funèbre : l'Académie avoit
dit plus fimplement & mieux , qu'un Éloge
Academique n'eft pas une Oraifon Funèbre.
" Un Eloge Académique , dit encore M.
» Girouft , eft rarement fufceptible d'en-
» trailles, "
و ر
La métaphore a peu de convenance . Obfervons
d'ailleurs que ces deux métaphores
vicieufes font dans l'avant-propos , qui demandoit
plus de fimplicité que le difcours .
Nous n'aimons pas trop dans le difcours
même cette exclamation : « O vous qui por-
» tez une ame brûlante , & chez qui le fen-
» ment déborde. »
68 MERCURE
Ce n'eft pas que bien placée , elle ne pût
avoir de l'effet ; mais elle fort d'un fonds un
peu froid , & rien ne la prépare.
و د
« Diffolu Anacréon , digne pendant de Sa-
» pho.... On dit bien qu'un tableau eft le
pendant d'un autre ; mais ce ftyle dégénère un
peu de la dignité oratoire , & en tout , le ftyle
de l'Auteur eft plutôt celui de la difcuffion
que de l'éloquence .
Il dit , ( & nous obfervons ceci fans le critiquer
) que la lettre où M. Greffet témoigne
fon repentir d'avoir travaillé pour le Théâtre ,
eft le délire de la vertu , expreflion qui rappelle
ces vers d'Horace :
Infani fapiens nomen ferat , equus iniqui ,
Ultrà quàmfatis eft virtutem fi petat ipfam.
M. de Voltaire avoit dit trop plaifamment
peut- être , & trop peu juftement:
Greffet fe trompe , il n'eſt pas ſi coupable.
Nous ignorons où M. Girouſt a trouvé que
c'eft M. Greffet qui a enrichi la langue du
mot bienfaifance. M. de Voltaire avoit dit
que c'étoit l'Abbé de Saint- Pierre ; mais ce
mot fe trouve dans des Écrivains fort antérieurs.
Nous croyons avoir prouvé à M. Girouft ,
par la contradiction même , notre eftime pour
fa perfonne & pour fon Ouvrage.
DE FRANCE. 69
DICTIONNAIRE Univerfel de Police
contenant l'origine & les progrès de cette
partie importante de l'Adminiflration civile
en France , &c. &c. avec un Tableau Hiftorique
de la manière dont elle fe fait chez
les principales Nations de l'Europe ; par
M. Defeffarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies . Tome Ier in-4° . A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraire de la
Reine , rue des Mathurins , hôtel de Cluny ,
1786.
LE Profpectus de cet important Recueil ,
en a fait connoître le plan , l'étendue & l'utilité.
Non-feulement le fameux Traité de Police
du Commiffaire Lamarre s'y trouve fondu &
purgé de fuperfluités , l'Auteur y a réuni encore
tous les réglemens , les établiſſemens
poftérieurs de cette branche d'Adminiftration
, dont les Loix font prefque auffi volumineufes
que celles de l'Empire Romain. Les
révolutions morales , l'agrandiffement de la
Capitale, le caractère de fes différentes claffes
d'habitans , de nouveaux befoins à contenter ,
de nouveaux vices à punir , de nouvelles paffions
à réprimer , mille ufages utiles ou funeftes
, amènent avec le temps une multitude
de rapports , inconnus jufqu'alors entre le
Peuple & l'adminiftration de la Police. Ainfi ,
-le Recueil de M. Defeffarts eft un répertoire
de matériaux pour l'hiftoire des moeurs ; ré
•
70
MERCURE
pertoire humiliant & trifte, que le Philoſophe
confultera avec plus d'avantage encore que le
Praticien.
Beaucoup d'articles de ce premier volume
méritent d'être lus & medités par les Lecteurs
de tous les ordres. L'un des plus extraordinaires
eft celui Acteurs & Actrices ; il comprend
la Légiſlation fommaire des Spectacles
de Paris ; c'eft un code raccourci de 100 pages
in-4°. à deux colonnes ; nombre de Corps politiques
font gouvernés à moins de frais . Il eſt
réellement curieux de lire la quantité de Réglémens
, d'Arrêts , de Lettres- Patentes qui
compofent la Police mobile de ces divertiffemens
inconnus aux trois quarts de la terre ; &
devenus auffi néceffaires que la fubfiftance , à
quelques milliers de citadins. Les droits &
les devoirs relativement à l'adminiftration
Théâtrale , ont été tellement determinés ,
que l'Empire de la Chine ne doit pas être
mieux régi ni plus floriffant que ne doivent
l'être les Spectacles à Paris. M. Defeffarts termine
fon tableau Dramatique par quelques
réflexions fenfees fur les Spectacles forains
ou des boulevards. Sans doute , dit- il , il
faut des Spectacles aux grandes villes . C'eft
» une reffource qui prévient des maux plus
dangereux que ceux qui l'accompagnent ;
» mais celui d'arracher aux Arts utiles des
» mains précieufes , & de les priver du tems
néceffaire à leur perfection , eft un abus
bien funefte. Il devient d'ailleurs une
» fource empoisonnée qui mine ouverte-
"
""
>>
"
t
DE FRANCE. 71
ment l'édifice chancelant des moeurs ; car
» il n'eft malheureufement que trop com-
" mun de voir dans ces lieux de plaifir des
มุ Citoyens qui devroient être dans leurs atte-
» liers. On n'y rencontre pas feulement une
" jeuneffe licentieufe , on y trouve égale
» ment des pères de familles & même des
» vieillards , que les mêmes motifs y conduifent.
Les uns , dans la fougue des pallions ,
» vont y puifer des germes de corruption ,
» dont le moindre mal eft peut -être celui de
» leur inſpirer le dégoût de leur état ; & les
"
"
autres , accoutumés au libertinage , y offrent
» des exemples fcandaleux pour la jeuneffe .....
» Le Citoyen de Genève dit dans la Préface
» de fa Nouvelle Héloïfe , que toute fille qui
» lira fon Roman eft perdue ; je crois qu'on
» peut affurer avec plus de raifon
"
"
que toute
fille qui va aux fpectacles dont je parle ,
n'eft pas éloignée de fe perdre , fi elle ne
» l'eft déjà , &c. &c. »
Pour remédier à cette licence , l'Auteur
defireroit une réforme dans les Pièces abandonnées
à ces petits Théâtres . On fait que les
priviléges des autres empires dramatiques de
la Capitale s'oppofent à cette innovation ;
mais quand cet obftacle n'exifteroit pas , croiton
que des Ouvrages plus moraux , fans en
être très- probablement plus comiques , attireroient
aujourd'hui la multitude : Il faudroit
avant tout , corriger le peuple dépravé`à qui
ces farces indécentes font néceffaires , & lui
donner avec de bonnes moeurs le goût des
72 MERCURE
› bonnes chofes. Or , cette révolution n'eft
ni prompte ni aifée. Le feul moyen de détacher
le peuple de ces modernes attellanes
feroit de le délaffer par des récréations publiques
, par des fetes pareilles à celles des Édiles
Romains , en le taffemblant quelques jours
de l'année dans des cirques ouverts & fpacieux
, où l'on célébreroit des jeux plus impofans
, & fur- tout plus chaftes , que ces divertiffemens
clandeftins qui s'exécutent à prix
d'argent , dans l'enceinte d'une petite falle ;
mais revenons à notre fiècle . L'article Agiotage
& celui Faifeur d'Affaires , nous y ramènent
fans préparations.
M. Defeffarts n'a conſidéré l'agiotage que
dans fon objet général ; il en trace l'hiſtoire
rapide ; il rapporte les réglemens à l'aide defquels
on a cru dans quelques États , lui impofer
un frein . Cette matière étant plus du
reffort de l'économie politique que de celui
de la Police , l'Auteur a refferré les bornes de
fa déduction , & a dû le faire.
Il s'eft étendu davantage , & avec une
chaleur eſtimable , touchant une autre eſpèce
de commerce , né au milieu des forfaits de la
cupidité , brigandage plus dangereux , plus
lâche mille fois que celui des grands chemins ,
& des pièges duquel des loix foibles & foiblement
exécutées fauvent rarement la crédulité.
Les Romains , au temps de leurs Empereurs
, de leur fervitude & de leur infamie,
eurent déjà de ces entremetteurs intrigans ,
de ces fripons qualifiés , de ces vendeurs de
crédit
DE FRANCE. 7.3
*
crédit & de protections que nous nommons
Faifeurs d'Affaires. Alexandre - Sévère fit
étouffer par la fumée le Courtifan Turinus ,
qui trafiquoit de fa faveur & de celle qu'il
n'avoit pas. M. Defeffarts trouve de la barbarie
dans cette exécution ; mais qu'il daigne
réfléchir fur l'un des paragraphes de fon ar
ticle , paragraphe qu'il eft bon de citer .
و د
"
و و
"
"
σε
Quant à l'efpèce de Faifeurs d'Affaires ,
» qui fe chargent d'obtenir des places , & de
» faire réuffir des projets ou des entrepriſes ,
» c'eft encore une claffe dangereuſe ; mais
» malheureufement les démarches de ces
» hommes peu délicats font obfcures . Comme
ils ont intérêt que leurs protecteurs & leurs
protégés ignorent les moyens qu'ils employent
, il eft difficile d'éclairer leur conduite
, & la Police ne peut guères remé-
» dier aux abus de ce honteux commerce. Il
» eft d'ailleurs exercé par tant de perſonnes
» de différens états , fouvent même par des
» gens qui , par leur naiffance & le rang
» qu'ils ont dans la fociété , devroient avoir
» de l'honneur & de la délicateffe , qu'on
» peut le regarder comme un de ces vices
cachés fur lefquels on doit gémir fans eſpé-
» rer de le détruire . ››
ود
"3
Il paroît que les Loix offrent des reffources
peu certaines contre les efcrocs qui font
des affaires aux dépens de ceux qui projettent
de faire des fottifes. Du moins , M. Deſeſſarts
n'en rapporte aucune bien pofitive ; il a feu-
Nº. 41 , 14 Octobre 1786. D
74 MERCURE
lement réimprimé à ce fujet un réglement de
circonftance , rendu l'année dernière..
ม
"
A l'article Aliment de ce Dictionnaire , le
Rédacteur a rapporté , d'après Lamarre , la
difcuffion qui s'éleva au milieu du dernier
fiècle , au ſujet de la levure de bierre dans le
pain. Rien n'eft fi plaifant que les procès- ver
baux & les argumens des Docteurs. Dans l'un
de ces rapports , Guy Patin , antagoniſte de la
levure , " confent d'avouer qu'au fiècle de
Pline , on faifoit quelque ufage de l'écume
de bière , pourvu qu'on avoue que nos
François, plus polis & plus inftruits ont,
» avec raifon , préféré le vin à la bière , &
» le pain fans levure à celui dans lequel on
» en mettoit autrefois ; qu'en conféquence ,
» la Faculté de Médecine a très fagement in-
» terdit ce dernier . C'eſt au fiècle de Paſcal ,
de Defcartes , de Mallebranche , de la Bruyère,
qu'on débitoit de pareilles inepties ! Le bon
fens , il faut le chercher , non pas chez la
Faculté qui prononçoit ces rifibles arrêts ;
mais chez un Imprimeur nommé Vitré , ancien
Conful , & âgé de 81 ans. Appelé à dépofer
, il dit : « que les Médecins ayant été
و ر
"
affemblés chez M. Brayer , lui dépofant ,
leur auroit oui -dire une infinité de belles
chofes für le fujet de cette levure , alléguant
beaucoup de paffages des plus célèbres
Auteurs de la Médecine , Grecs & Latins
; qu'enfin quatre d'entre eux furent
d'avis qu'il falloit défendre la levure ; que
DE FRANCE.
7.5
13
ور
"
ود
» les deux autres , après force citations , ont
conclu qu'on ne devoit pas la défendre. Le
dépofant ne fauroit diffimuler qu'il fut fur-
» pris d'entendre des avis fi oppofés de per-
» fonnes d'auffi grand favoir & capables que
» le font ces Meffieurs , que la Cour a choifi
» tous Docteurs de la plus célèbre Faculté
» du monde , &c. &c. »
39
En traitant des délits commis par l'Amour ,
qui fe trouve ici diftingué de la débauche &
de la proftitution , l'Auteur préfente quelques
réflexions très-fages fur le ministère des
Juges de Police dans ces occafions délicates.
66
""
"
»
Que la prudence , dit-il fort bien , & la dou-
» ceur les accompagnent fans ceffe dans leurs
fonctions ; qu'ils craignent fur tout de
» s'abandonner à des mouvemens impétueux.
L'horreur qu'infpire le vice & l'amour de
l'ordre , de l'honnêteté, de la vertu , doi-
" vent échauffer feuls leurs ames ; encore ce
feu doit-il être tempéré par le fouvenir des
» foibleffes humaines. Ce n'eft en effet que
» par un mélange de févérité & de douceur
» qu'ils peuvent parvenir à arrêter les progrès
d'une paffion auffi terrible que l'A-
" mour , & fur- tout empêcher fes fuites
>> funeftes. "
و ر
">
Les articles Apothicaires , Architectes ,
Approvifionnement , Bâtimens , font autant
de petits Traités particuliers fur la police de
ces Profeffions & de ces objets. Ils feront fpécialement
utiles à ceux que des propriétés ,
Dij
76
MERCURE
des différends , des plaintes à former, mettent
dans le cas de recourir aux Réglémens.
L'importance de ces morceaux rend moins
utile l'adoption de divers autres , dont le
rapport avec la Police n'eft pas immédiat ,
ou au fujet defquels on ne peut fixer des
règles préciſes , ni préfenter , en un fi petit
efpace , que des généralités. Tel eft l'article
Aumône , tels ceux Allufion & Allégorie
dont l'Auteur entreprend de déterminer le
crime & la peine , fans obferver l'effrayante'
latitude qu'on peut donner à la manière d'envifager
ces deux efpèces de fatires .
M. Defeffarts a quelquefois fuivi l'exemple
de M. Proft de Royer , qui , avec des
talens & un zèle pur , s'abandonnoit trop
fouvent à la manie de femer des vues fyftématiques
& des réflexions déclamatoires dans
un Recueil de Jurifprudence . Nous croyons
que c'eft un travail perdu ; car ceux qui lífent
aujourd'hui les in -4°. n'y cherchent abfolument
qué des connoiffances préciſes & néceffaires
; & l'on fent que les réflexions morales
d'un Éditeur quelconque , ont rarement ce
caractère.
Ce qui rendra les recherches & le répertoire
de M. Defeffarts précieux aux Gens -de-
Lettres , aux Politiques , à toutes les Nations ,
c'eſt le tableau qu'il promet de la Police obfervée
dans les principaux États de l'Europe.
On pourra ainfi comparer les moyens & les
effets ; comparaifon trop négligée par les
DE FRANCE. 77
Hommes d'État eux-mêmes. Ce travail offre
fans doute de grandes difficultés. En plufieurs
villes , en plufieurs pays , l'adminiſtration de
la Police dérive prefqu'en entier de l'uſage ;
on n'y voit point des monceaux de réglemens
écrits. En d'autres , la Police eft liée à la nature
du Gouvernement , au caractère du peuple
, même à la topographie. L'Éditeur fage
doit calculer ces principes avant de juger des
différences. Par exemple , il eft une ville célèbre
en Europe , c'eſt Veniſe , où la nature
des lieux interdit l'emploi des forces militaires
; la crainte feule d'une Magiftrature inflexible
& vigilante , maintient l'ordre & la
sûreté. Deux Fanté , ou Huilliers du Confeil
des Dix , armés de baguettes , font plus refpectés
que des bataillons .
Chaque volumade ce Dictionnaire fe vend
To liviplo focosid Tomé paroîtra inceffamment
, & fon n'exige d'autre avance que
celle de ro liv. pour le dernier volume , qu'on
recevra gratis.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
Diij
78 MERCURE
VARIÉTÉ S.
DIFFÉRENCE entre les Ecrits d'un
Auteur & fa Converfation , traduit de
l'Anglois.
Sic difpar fibi.
Nil fuit unquam
Hon.
Surefuch various creature ue'er was known.
FRANCIS.
Jamais homme ne fut fi différent de lui- même.
La folie produit bien des inconféquences ; beaucoup
échappent à notre foibleffe ; mais il n'en eft
point de plus manifefte & de plus frappante que
celle qu'on remarque communément entre la vie
d'un Auteur & fes écrits ; & Milton , dans une lettre
à un favant étranger qui l'étoit venu vifiter , a bien
raifon de fe féliciter d'avoir pu paroître femblable à
lui-même , & d'avoir foutenu dans un tête -à- tête la
réputation qu'il devoit à fes écrits.
On s'eft plus d'une fois repenti d'avoir cherché à
fe rapprocher d'un Auteur , dont les écrits pouvoient
porter avec eux le caractère de la vertu ou du génie.
Le vaiffeau qui les avoit étonnés dans le lointain, n'a
été de près qu'un bâton flottant ; le fantôme de la
perfection s'eft évanoui entre leurs bras. Ils n'ont
plus eu le plaifir de fonger jufqu'à quel point les
hommes en étoient fufceptibles , & ils le font fentis
DE FRANCE. 79
peut- être moins difpofés eux mêmes à fuivre le fentier
pénible de la vertu , en voyant ceux qui femblent
en être les meilleurs guides , ne s'y porter que nonchalamment
, comune s'ils étoient effrayés de la
peine , ou incertains de la récompenſe.
Ç'a long- temps été la coutume des Monarques de
l'Orient , de fe tenir enfoncés dans leurs Jardins &
dans leurs Palais , pour éviter le commerce des hommes
, & n'être connus de leurs fujets que par des
édits. Cette politiqué eft également néceffaire à celui
qui écrit & à celui qui gouverne ; car les hommes
ne voudroient pas plus fe laiffer mo alifer, que commander
par un être à qui ils connaitroient les mêmes
folic & les mêmes foibicffles qu'à eux -mêmes. Quelqu'un
qui entreroit tout à- coup dans le cabinet d'un
Auteur , ne reffentireit peut- être pas moins d'indignation
que cet Officier qui , ayant long temps demandé
d'être admis en la préfence de Sardanapale ,
le vit occupé , non pas à confulter les loix , à s'informer
des torts faits à fes fujets , à tracer des plans
de bata lle , mais s'amufant comme une femme , &
dirigeant les ouvrages des Princeffes.
Ce n'et pourtant pas qu'il ne foit fort aifé de
concevoir pourquoi un homme écrit beaucoup mieux
qu'il ne vit. Il en eft vingt raiſons , & ce nn''eft pas
d'aujourd hui qu'on fait qu'en tous genres il eft plas
facile d'imaginer que d'exécuter. C'eſt retiré , c'eſt
dégagé de tout , qu'un homme fe fait des plans de
vie , exempt des illufions de l'eſpérance , des follicitations
du coeur , des importunités des paffions , des
foibleffes de la peur ; il reffemble à cet homme qui
enfeigne fur terre l'art de naviger , pour qui la mer
eft toujours calme , le vent toujours favorable .
Les Mathématiciens connoiffent mieux que perfonne
, la différence qu'il y a entre traiter avec l'efprit
& traiter avec la matière ; combien la perfecion
de cette dernière & la néceffité de prévoir les
Div
80 MERCURE
1
accidens , ne dérange - t-elle pas leurs calculs ? Ainfi
quand on difcute des points de morale , il ne faut
pas oublier qu'il eft une infinité de chofes aifées à
fupprimer dans la théorie , qui font un obſtacle réel
dans la pratique. Le fpéculateur n'a à craindre que
de faux raifonnemens ; mais l'homme engagé dans
le commerce de la vie , avec fes paffions , a les paffions
des autres à combattre ; il fe préfente à lui mille
inconvéniens qui le pouffent en mille fens contraires
, & l'embarraſſent ou l'arrêtent fur fon chemin.
Il eft forcé d'agir fans délibérer , de choisir
fans examiner ; les revers le furprennent ; il s'arrange
fur des apparences , il fe laiffe conduire par indolence
ou par timidité ; il a quelquefois peur d'être
inftruit , & quelquefois trouve des amis ou des ennemis
prompts à le tromper.
Qu'y a - t- il donc d'étonnant qu'au milieu du tumulte
, des piéges & des dangers , on s'écarte de ces
purei, es qu'on s'eft feus faut en paix & en afſuranco,
uvec un efprit pur , une bord catière ? En
tour nous fommes condamnés à voir plus que nous
ne pouvons atteindre ; telles meſures que vous preniez
en vous levant , vous ne vous coucherez jamais
abfolument innocent : enveloppé des liens du corps ,
comment notre efprit s'éleveroit- il donc au dernier
degré de la vertu ſpéculative ?
Il eft cependant néceffaire de fe faire l'idée de la
perfection , pour avoir quelque objet vers lequel on
puiffe diriger fes efforts ; & , quelque diffolu que l'on
foit , c'eft expier une partie de fes fautes , que d'avertir
les autres de leurs foibleffes , & de les garantir
par la fageffe de fes avis , de la contagion de fes
exemples.
Rien de fi commun , mais rien de fi injufte que
de taxer d'hypocrifie le zèle qu'on peut montrer pour
des vertus qu'on néglige de pratiquer. Car, au fond,
on peut être convaincu de l'avantage qu'il y a à
DE FRANCE.
vaincre fes paffions , & pourtant en être l'efclave ,
comme un homme peut être perfuadé des avantages
d'un long voyage , & manquer du courage & de
l'habileté néceffaires pour l'entreprendre ; mais il
lui fera toujours permis de recommander aux autres
les entreprifes qu'il néglige lui - même.
L'intérêt qu'ont les méchans à s'aveugler fur l'obligation
de devenir meilleurs , leur fait donner à
ces contradictions alléguées contre la vertu , un poids
qu'ils ne leur accorderoient pas dans tout autre cas.
Ils voyent des hommes agir directement contre leurs
intérêts , fans fuppofer qu'ils l'ignorent ; ils en voyent
s'abandonner à l'impétuofité de leurs paffions , &
pour de miferables plaifirs , négliger les affaires les
plus importantes ; & ils ne croyent pas pour cela
qu'ils ayent changé d'opinion ou qu'ils approuvent
leur conduite. Ce n'est qu'en morale ou en religion
qu'ils jugent les fentimens par les actions ; & toutes
les fois que les écrits d'un homme ne s'accordent
pas avec la conduite , ils l'accufent de chercher à en
impofer à l'univers. Ils ne fongent pas aux inconféquences
dont ils fe rendent eux -mêmes coupables
tous les jours , par rapport à leur propre façon de
penfer ; ils ne voyent pas combien peu la conduite
des défenfeurs de la vertu , fait à l'obligation d'être
verticux ; il n'y a qu'un argument qui puiffe en affoibhr
un autre : l'infidélité ne lui ôte rien de fa
force.
Cependant , comme il eft plus aifé de réfuter un
préjugé que de le détruire , il eft du devoir du moralifte
d'écarter tout ce qui peut nuire à fes préceptes.
S'il veut être cru , il doit faire voir qu'il croit luimême
& quand il raiſonne fur l'utilité de la vertu ,
en démontrer la poffibilité par fon propre exemple
; mais le moins qu'on puiffe exiger de lui , c'eſt
que comme il penfe mieux que les autres , il n'agiffe
pas plus mal , & n'aille pas s'imaginer que la fupé-
DV
82 MERCURE
riorité de fon génie lui donne droit à plus d'indulgence
, & le difpenfe d'être prudent ou vertneux.
Dans fon hiftoire de des vents , il eft des chofes que
Bâcon préfente à l'imagination commne defirables ,
ilen eftde moindres qu'il préfente à la raifon comme
poffibles. La même méthode employée par ce philofophe
dans des recherches naturelles , peut quelquefois
s'appliquer à la morale ; après nous être
repréfenté l'excellence pofitive & abfolue , on peut
nous pardonner des vertus fi médiocres
voyant toujours fixer le point d'où no
nous fommes
déchus , & nous efforcer de ne point perdre de vue
la terre que nous ne pouvons atteindre.
en nous
Il eft rapporté du Chevalier. Hale que , s'étant
particulièrement confacré à l'obfervation des devoirs
de la religion , il en fit long- temps myftère , de peur
de déshonorer la piété par quelque action honteufe
& criminelle. Un Ecrivain qui craindroit de ne pouvoir
foutenir fes maximes par fa conduite domef
tique , feroit peut- être bien auffi de garder l'ano
nyme, pour ne pas les expofer.
Ce n'eft pas que parmi les gens qui cherchent à
fe rapprocher d'un Auteur fameux , il n'y en ait
beaucoup qui croyent fa converfation moins propre
à inftruire qu'à amufer; ils n'attendent pas d'eux des
argumens contre le vice , ou des differtations fur la
tempérance ou fur la juftice , mais des traits d'efprit
& des bons mots , ou au moins des remarques
fines
,
des diftinétions fubtiles , un tact sûr , une diction
élégante, L'
Rien de plus raifonnable en apparence qu'une pareille
attente , & cependant voyez fur quoi l'homme
› peut compter ! elle eft fouvent fruftrée par le dégoût
qu'infpire la converfation d'un homme dont les écrits
excitent l'admiration . Un Homme- de- Lettres paffe
dans l'érade & dans la retraite la plus grande partie
DE FRANCE. 8.3
de cet âge heureux où s'acquièrent ce tour aifé , ces
manières élégantes ; devenu affez favant pour être
refpecté , il fe trouve avoir négligé tous ces petits
riens par lefquels il auroit pu plaire. Quand il entre
dans le monde , s'il eft naturellement doux & timide ,
la connoiffance de fes défauts le rend défiant & honteux
ou s'il eft né avec du courage & de la réfolution
, il eft féroce & arrogant.. Il fait qu'il a du
mérite ; il eft , on troublé par la préfence impofante
de la Société , incapable de fe rappeler fos lectures
& de fuivre fes raiſonnemens ; ou bien il eft chaud
& dogmatique , prompt à contredire , opiniâtre dans
la difpute , arrêté par fa propre violence , & confondu
par fon empreffement à triompher.
...
Les grâces de la compofition & celles de la converfation
different ; quand on excelle dans l'une , on
peut bien également , avec des facilités & de l'attention
, réuffir dans l'autre. Mais comme plufieurs perfonnes
ne plaifent que par un babil aifé , toutes étrangères
qu'elles font à cette exactitude de deifin , à ces
beautés de détail qu'exige la compofition , il eſt auſſi
très- poffible que des hommes entièrement accoutumés
à des ouvrages d'étude , n'ayent pas cette facilité
de conception & cette abondance de mots tou
jours néceffaires dans un cercle. Ils n'ont peut- être
pas l'adreffe de faifir dans la converfation le moment
de déployer leurs propres connoiffances , ou ils
font fi dépourvus de fujers communs , que tout ce
qui n'eft pas abfolument littérature , gliffe fur eux
comme autant de corps hétérogènes , fans pouvoir
amener leurs idées dans la circulation générale .
Quand vous paffez du livre d'un Auteur à la converfation
, vous croyez trop fouvent entrer dans une
grande ville dont la perfpective vous avoit féduit.
Ce n'étoit d'abord que des tours de temples & de
palais qui annonçoient le féjour du luxe , de la grandeur
& de la magnificence ; mais entré dans fes
Dvj
$4
MERCURE
portes , vous la trouvez embarraffée de paffages
étroits , défigurée par de miférables chaumières ,
barrée de mille obſtacles & couverte de fumée .
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
UNE Anecdote Ruffe vient de fournir à l'un
de nos Auteurs Dramatiques le fujet d'un
Drame en trois Actes & en profe , qui a pour
titre Féodor & Lizinka , ou Novogorod
fauvée. Voyons d'abord l'Anecdote.
Une jeune perfonne reçoit mystérieuſement
, en l'abſence de fon père , celui qu'il
ne veut point lui donner pour époux. A peine
les amans font-ils enfemble, que le redoutable
père rentre chez lui . On fait cacher l'amant
entre des carreaux , fur lefquels le père va fe
repofer par hafard , de forte que le jeune
homme eft étouffé . L'infortunée fille cherche
à faire difparoître le témoin de fa foibleffe
; elle prie un efclave d'emporter le
corps ; mais celui-ci met au ſervice qu'il rend
des conditions aviliffantes , que la néceflité
fait pourtant accepter. Journellement la
jeune perfonne fe trouve expofée à des affronts
, & paye bien cher un moment d'erreur;
enfin l'infâme tyran qu'elle s'eft donné ,
veut lui faire affouvir les honteux defirs de fes
C
2-
DE FRANCE. 85
compagnons de débauche. Cet excès lui fait
projetter une vengeance digne des coupables ;
elle profite de l'ivreffe dans laquelle l'esclave
& fes camarades fe plongent , prend un flambeau
& met le feu à la taverne , où les fcélérats
deviennent la proie des flammes . Elle
vole aux pieds de Catherine II , lui raconte
ingénuement fa cruelle aventure , & obtient
de fa générofité une protection à l'ombre de
laquelle elle vit au fein d'une retraite religieufe
.
Pour porter ce fujet fur la Scène , & principalement
fur la Scène Françoife , il falloit
beaucoup de courage , beaucoup de confiance
en foi- même , & plus encore dans l'indulgence
du bon Public Parifien , grand amateur
de nouveautés. Voyons le parti qu'en a tiré
l'Auteur.
Wolvikoff, père de Lizinka, & Doukaninn,
père de Féodor , ont un caractère très- oppofé.
Le premier dur , févère , & même un peu
brutal , ne peut s'accommoder de la douceur ,
de la fenfibilité de Doukaninn , qui vient, fous
fes yeux & à fon grand chagrin , d'être nommé
pour porter aux pieds de l'Impératrice
l'expreffion de la reconnoiffance des Négocians
de Novogorod . Le fecond a vu avec
plaifir nommer Wolvikoff Infpecteur Général
de la ville. Il voudroit devenir fon ami ,
non-feulement parce que , fous la dure enveloppe
, Wolvikoff a des qualités eftimables ;
mais encore parce qu'il vient d'apprendre que
fon fils Féodor , dont la fanté devient tous les
86 MERCURE
jours plus chancelante , meurt des fuites de
l'amour malheureux que lui a infpiré Lizinka,
fille de Woivikoff. Celui- ci écoute avec impatience
les propofitions de Doakaninn , &
fort en refufant de donner Lizinką à Féodor.
Abfdotia, Gouvernante de Lizinka, rencontre
Féodor , qui lui demande la faveur d'ètre introduit
aux pieds de Lizinka ; il veut feulement
la voir, lui porter fon dernier foupir, &
il mourra content. Abfdotia fe laiffe toucher,
& promet d'obtenir l'aveu de Lizinka. Au
fecond Acte , Wolvikoff fort , après avoir
eu une crife affez forte avec fon efclave
Petrwska; il va aux noces de fa nièce Marffa,
dont la conduite équivoque lui donne des inquiétudes
; il dit qu'il reviendra tard. Lizinka ,
preffée par Abfdotia , conſent à voir Féodor.
Celui- ci entre en tremblant , n'oſe d'abord
ouvrir la bouche , & finit par dire avec
beaucoup de prétention , tout mourant qu'il
eft , qu'il vient achever de mourir s'il n'eft
point aimé , & s'il l'eft , recommencer à
vivre. Les amans commencent à perdre leur
embarras réciproque , quand la voix de
Wolvikoff fe fait entendre. On cache Féodor
fous des carreaux ; Wolvikoff entre ,
s'affied fur ces carreaux , parle avec indignation
de fa nièce Marffa , menace Lizinka d'un
fort terrible fi elle a le malheur de lui reffembler
, prend des papiers dont il a beſoin ,
& fort; il fera abſent toute la nuit. On court
vers Féodor , Abfdotia s'écrie qu'il n'eſt plus .
Défefpoir affreux de Lizinka. Abfdotiane's'ocDE
FRANCE. 87
cupe que de faire difparoître le corps du malheureux
amant. Elle s'adreffe à Pérrwska.
Cet efclave qui , au premier Acte, a appris au
Public qu'il étoit un Prince Tartare , fait prifonnier
dans la dernière guerre ; qui a dit
qu'il avoit caché fon nom & fon rang pour
parvenir plus sûrement à fe procurer fa liberté
; cet homme féroce enfin , qui a formé
le projet de faire révolter tous les efclaves de
Novogorod , & d'incendier la ville , pour
échapper à l'esclavage , conſent à fervir Lizinka
, à condition qu'elle deviendra fon efclave
, qu'elle lui obéira au moindre mot ,
au moindre figne. Après des reproches , des
fureurs , des refus , des irréfolutions , Lizinka
confent à fubir fon fort , afin de ne pas perdre
fa réputation & de fauver la vie à l'indifcrette
Abfdotia . Au troifième Acte , les principaux
efclaves fe raffemblent chez Stéphann ,
l'un d'eux , qui tient une taverne . Pétrwska ,
en emportant le corps de Féodor , a reconnu
que l'infortuné refpiroit encore ; comme il
fait qu'il eft le fils d'un des premiers Citoyens
de Novogorod , il le rappelle à la vie , lui
exagère les dangers que peut lui faire courir
fa fureur de Wolvikoff, & lui perfuade de
fe cacher dans une chambre haute de la taverne.
Pour infpirer plus de confiance à ſes
complices , Pétrwska imagine de leur parler
de l'afcendant qu'il a fur Lizinka , qu'il
appelle fon efclave ; on doute , il part pour
l'aller chercher en effet il l'amène pendant
la nuit , & s'approche de la taverne à
88 MERCURE
و ک
l'inftant où Wolvikoff y paffe en quittant la
maifon de Marffa . La violence que l'efclave
fait à Lizinka , paroît fufpecte à Wolvikoff,
qui demande à fa fille , fans la reconnoître ,
fi elle fuit volontairement l'homme qui l'enmène.
Pétrwska , un poignard à la main
force la malheureuſe à déguiſer fa voix , & à
répondre qu'un ferment l'enchaîne . Wolvikoff
prend le change , croit qu'il parle à la
femme d'un efclave , & les laiffe entrer dans
la taverne. Un moment après il entend les
plaintes de Doukaninn qui cherche fon fils ,
& qui l'accufe de l'avoir tué. Leur converfation
devient intéreffante , Wolvikoffs'émeut
& fort en difant à Doukaninn : ta douleur
m'a touché , je ne t'en dis pas davantage.
Abfdotia paroît à fon tour , eile cherche Lizinka
, rencontre Doukaninn , & lui apprend
la mort de Féodor ; le père fort au défefpoir
avec Abfdotia. Lizinka quitte la taverne ,
elle eft armée d'un flambeau ; dans leur
ivreffe les efclaves ont parlé devant elle de
leur projet , elle ne fait quel parti prendre.
Pendant qu'elle ira en donner avis au Gouverneur
, le carnage peut commencer ; elle
met le feu à la taverne. Le feu s'étend & gagne
le comble ; Féodor paroît au milieu des
flammes & de la fumée , il fort par une fenêtre;
l'incendie jette l'alarme , le Gouverneur
arrive avec des troupes les efclaves n'échappent
aux flammes que pour tomber dans les
fers, on les entraîne , Wolvikoff& Doukaninn
réunis par le concours de tant d'événemens
DE FRANCE. 89
malheureux , confentent à l'union de leurs
enfans.
>
Si l'horreur peut infpirer de l'intérêt , certainement
aucun Ouvrage n'eft plus intéreſfant
que celui- ci . La Scène du fecond Acte ,
où Féodor eft caché fous des carreaux , où
Wolvikoff vient s'affeoir fur ces carreaux ,
où Lizinka cherche à en arracher fon père ,
dont le poids étouffe le jeune homme , offre
un fpectacle qui révolte le coeur. Ce genre
de mort , dont l'Auteur des Effets de l'amour
du vert- de-gris a plaifanté avec beaucoup d'ef
prit dans la Préface , & qui eft , dit- il, tout
neufau Théâtre , a infpiré un effroi qui s'eſt
fait appercevoir malgré les cris & les applaudiffemens
de ceux qui applaudiffent tout
parce qu'ils ont de bonnes raifons pour tout
applaudic. Si après cer affreux incident , quelque
chofe a paru od pu paroître auff repouffant
, c'eft la fituation de Lizinka auprès de
l'efclave Pétrwska. Cette fituation eft - elle
poffible ? Oui , dira l'Auteur ; car elle eſt
vrai : & nous lui répondrons avec Boileau ,
que le vrai n'eft quelquefois pas vraifemblable.
Or , comme au Théâtre ce qui n'eſt
pas vraisemblable n'eft pas poffible , la fituation
de Lizinka eft impoffible , fauffe & révoltante.
Que craint Lizinka ? Son père. Que
peut- elle en attendre ? La mort. Eh bien ,
pourquoi, au- lieu de la recevoir de la main de
fon père, s'expofe - t'elle, en fe déshonorant, à la
recevoir des mains d'un vil efclave ? Pourquoi
confent- elle à lui obéir au moindre gefte , au
90 MERCURE
moindre mot? Parce que cet efclave lui a promis
de refpecter fa vertu : plaifant motifde confiance
& de conduite ! Lizinka ne fait- elle pas que
Pétrwska eft un caractère atroce ? ne le hait-elle
pas ? ne le redoute-t - elle pas ? ne fait - elle pas
qu'il eft amoureux d'elle ? ne le dit-elle point?
Qui peut donc lui faire penfer quefa vertu fera
refpectée ? Qui peut lui faire croire qu'en
fe dévouant à obéir au moindre figne d'un
efclave, elle en confervera l'apparence ! Mais ',
dira - t- on encore , Lizinka s'immole pour
conferver les jours d'Abfdotia : ce moyen ,
petit en lui - même , n'eft pas plus vrai que
l'autre , pas plus admiffible . Lizinka en pouvoit
trouver mille pour éloigner tous les
foupçons de fa gouvernante , & pour fe charger
feule de la faute. La fituation du troifième
Acte , où Petrwska & Lizinka fe trouvent
à côté de Wolvikoff pendant la nuit
nous paroît tout auffi condamnable , & il eſt
inconcevable que Wolvikoff ne reconnoiffe
pas la voix de fa fille ou celle de fon efclave. Il
eft évident que l'Auteur a imaginé cette fituation
pour donner un nouveau nerf à l'intérêt;
mais peut-il exifter de l'intérêt avec de
l'invraisemblance ? Et fi malgré l'invraifemblance,
certaines fituations confervent de l'intérêt
aux yeux de la multitude , eft-ce de pareils
fuffrages que peut s'énorgueillir un Auteur ?
Ne portons pas plus loin l'examen des proportions
d'un monftre ; car cet Ouvrage en eft
un , & l'Auteur en convient lui-même. Difons
qu'il paroîtra toujours extraordinaire qu'avec
>
DE FRANCE. 91
de l'efprit , du goût , de la raiſon , des connoiffances
& du talent , on ait pu fe réfoudre à
porter fur le Théâtre François un fujet aufli
révoltant ; qu'il eft dangereux d'accoutumer
les yeux & les coeurs à la repréſentation de
certains fpectacles ; qu'il en réfulte toujours
des effets fâcheux pour la douceur des moeurs
& pour les avantages de la fociabilité ; ajoutons
, & ne nous laffons point de le redire ,
que nos Spectateurs modernes , déjà accoutumés
aux excès , font trop détournés
des principes de la délicateffe & du goût
pour être fufceptibles d'être ramenés à la
raifon fi l'on ajoute de nouvelles horreurs à
celles qu'on ne fe laffe pas de leur préfenter
depuis quelque temps , fi on les affermit dans
les faux principes qu'on leur a fait adopter ; &
croyons que , comme il eft une borne à tout,
ceux qui fe font enfin dégoûtés des indécences
de la parade, fe dégoûteront bientôt des atroci .
tés du drame. Nous l'avons déjà imprimé , &
nous le répétons : on ne pense pas affez à l'influence
que les fpectacles peuvent avoir fur
l'efprit , les moeurs & le génie d'une Nation ;
elle peut être très-utile ou très-fatale ; elle a
caufé des ravages dans les principes de plus
d'un grand peuple. Nous n'étendrons pas
* L'Auteur de Novogorod fauvée eft connu par
des productions eftimables : au travers des horreurs
de fon nouveau Drame , on diftingue des beautés
de détail , des idées heureufes & fortes ; mais c'eſt
de l'or perdu daus du fumier.
92
MERCURE
cette obfervation, fur laquelle nous espérons
que les perfonnes éclairées voudront bien réfléchir
un peu férieufement ; elles fe convaincront
qu'elle eft de quelque importance , fur
tout aujourd'hui , que le Peuple François s'écarte
plus que jamais du caractère qui l'a diftingué
, & qui a fait fi long-temps fa gloire. **
Après la première repréfentation , on a
demandé l'Auteur : il a paru. La veille , à la
Comédie Françoife , après une repréſentation
de Philoctète , on avoit demandé un des Acteurs
qui y jouoient , & puis un fecond &
puis un troifième. Ceux qui fuivent aujourd'hui
la carrière du Théâtre , reffemblent
à ces jouets que les cufans méprifent après
qu'ils s'en font amufés. Quel aviliffement ! &
quand finira t'il e
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en vente à l'hôtel de Thou , rue des
Poitevins , No. 17 , Lundi prochain , feize de ce
mois , la Vingtième Livraifon de l'Encyclopédie.
Cette Livraifon fera compofée du Tome premier
deuxième partie de la Logique & Métaphyfique ; du
Tome deuxième , deuxième partie de l'Art Militaire
; du Tome deuxième , première partie de l'Hif
toire , & du Tome deuxième , première partie de la
Botanique. Le prix de cette Livraiſon eft de 24 liv.
brochée , & de 22 liv. en feuilles. Le port de chaque
Livraiſon eft au compte des Soufcripteurs.
DE FRANCE.
93
LE Tome Cinquième des Animaux Quadrupedes ,
formant le Onzième volume des Euvres complettes
de M. le Comte de Buffon , in- 4°. Prix 21 liv . en bl . ,
21 liv. to fols br . , & 24 liv . relié.
Nota. Ce Volume ne peut fervir qu'aux perfonnes
qui ont l'Edition de l'Histoire Naturelle in-4° . fans'
la partie Anatomique.
Le Vingt-feptième Cahier des Quadrupèdes enluminés
, prix , 7 liv . 4 fols ; il n'en reste plus que
trois Cahiers à publier.
Avis aux Gens de Mer , par M. Maurau ,
1 Vol in 12. A Marfeille , chez Moffy , père &
fils , Imprimeurs- Libraires ; & à Paris , chez
Delalain jeune , libraire , rue Saint Jacques , &
Méquignon l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers.
•
CONTINUATIO Pralectionum Theologicarum ,
auctore Matt. Jof. Jacques , facræ Theologiæ in
Univerfitate Bifuntinâ Profeffore Regio , &c. De
Ecclefià Chrifti. Opus utile non alumnis modò , fed
& ftudiofis rerum divinarum quibuflibet . Befançon ,
1783 ; & fe trouve à Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinet , 1 Volume in - 12 . Prix ,
3 liv. 12 fols relié.
Le même Libraire vient de recevoir de Genève :
Voyages dans les Alpes , précédés d'un Effai fur
Hiftoire Naturelle des environs de Genève , par de
Saumure. Genève , 1786 , in - 4 ° . , Tome II , fig.
Prix , 14 liv. relié.
-
Le même Ouvrage in 89. , Tomes III & IV , fig.
Prix , 10 liv. reliés.
De vi vitali arteriarum diatribe. Addita nova
de febrium indole generali conjectura , auctor Chrif
tianus Kramp Phil. & Med. Doctor , in - 8 °. A
94
MERCURE
Paris , chez Didot jeune ; & à Strasbourg , à la
Librairie Académique.
L'EGYPTIADE , ou Voyage de Saint François
d'Affife à la Cour du Roi d'Egypte , Poëme en douze
Chants , par Jofeph Romain Joly , de l'Académie
des Arcades de Rome , nouvelle Edition , 1 Volume
in 12. Prix , 3 liv. relié. A Paris , chez Jombert
jeune & Didot fils , Libraires , rue Dauphine.
GALERIE Hiftorique Univerfelle , par M. de P.
Prix , 3 liv. 12 fols la Livraiſon . A Paris , chez
l'Auteur.
Cette Livraiſon contient les Portraits d'Alexandre
VII , de Marc-Antoine , Triumvir , de Jean
Barth , de Dominique Bouhours , de Rofa - Alba
Carrieta , de Henri VIII , Roi d'Angleterre , de
Phocion & de Jean Sadeler , Graveur.
ESSAI
SSAT fur les Concours en Médecine , qui préfente
, en forme de précis , des principes applicables
dans les Sciences à tous les genres de controverfe ;
par M. Fourot , Docteur en Médecine. A Londres ;
& fe trouve à Paris chez Méquignon l'aîné , Libraire
, rue des Cordeliers .
E
Les Lunes du Coufin Jacques , feconde année
quinzième Numéro , Août 1786 , nouvelle Lune ou
première Demi Lune. Abonnement pour Paris, 18 liv.
par an pour la Province 21 liv.; chaque Lune
féparément 1 liv. 16 fols. A Paris , chez Lefclapart,
Libraire , rue du Roule , nº . 11 , près le Pont-
Neuf, où l'on trouve auffi la Comédie des Ailes
de l'Amour , avec les Airs nouveaux : Prix , 1 liv.
16 fols , & la Collection de fes premières Folies :
DE FRANCE. 95
Prix , liv. Le Portrait de l'Auteur gravé. Prix,
I liv. 4 fols : & fon Bufte : Prix , 6 liv.; & fes Airs
détachés gravés avec foin : Prix , 2 fols chaque
feuille.
HISTOIRE de la Religion , où l'on accorde la
Philofophie avec le Chriftianifme , par M. l'Abbé
Yvon , Chanoine de Coutances , 2 Vol. in- 12.
Prix , 3 liv . le Volume relié . A Paris , chez la
Veuve Valade , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers.
Le nom de M. l'Abbé Yvon eft connu depuis
long- temps & avec avantage dans la carrière Théologique.
C'eft fur la connoiffance de Dieu & celle
de l'homme qu'il a voulu établir l'hiftoire , ou plutôt
la démonftration de la Religion.
M. l'Abbé Yvon a employé dans cet Ouvrage
quelques Morceaux qu'il avoit fournis à l'Encyclopédie,
en y faifant les corrections qu'il a jugé néceffaires.
NUMÉROS 8 & 9 du Journal de Clavecin , pa
les meilleurs Maîtres. Prix , féparément 3 liv.
Abonnement pour douze Numéros 15 liv. port
fanc par la pofte. A Paris , chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule ,
ro. 6.
NUMEROS 25 à 30 de la Mufe Lyrique , Journal
avec Accompagnement de Guittare , pour lequel on
fouferit chez Mme Baillon & M. Porro , rue du
petit Repofoir, près la Place des Victoires . Prix , 12 l .
& 18 liv. Numéro 16 du Recueil d' Airs nouveaux
françois & étrangers en quatuors concertans , ou Journal
de Violon , Flûte , Alto & Baffe. Ce Numéro eſt
airangé par M. Cambini . Prix de l'abonnement
avec les Délaff mens de Polymnie , Journal de
96 MERCURE
Chant , Violon & Biffe , 21 & 24 liv. Les Délaſſemens
feuls 12 liv. Même Adreſſe.
TROISIEME Recueil de Sérénades d'Airs connus
mis en variations & en dialogues pour deux Violons
, , par M. Dufrefne de la Loytie , Amateur à
Rennes , OEuvre IX , publié par M. P. A. Marchal .
Prix , 6 liv. A Paris , chez M. Guénin , premier
Violon de l'Opéra , rue Saint- Louis - Saint - Honoré ,
n°. 8. Quatuor delfignor Pleyel , arrangé pour
le Forte-Piano , avec Violon , Alto & Baffe , par
M. Marchal. Prix , fols . Même Adreſſe .
-
liv.
4
Faute à corriger au N ° . 39 .
Les quatre vers fur la Mort du Roi de Pruffe ,
font de M. Dumény , & non pas Dunieug.
TABLE.
L'UTILE Remontrance , 49 Dictionnaire de Police ,
Charade, Enigme & Logogry Variétés ,
phe
Eloge
de Greffet
,
D
78
53 Comédie Italienne , 84
55 Annonces & Notices , 92
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 14 Octob. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 13 Octobre 1786 , GUIDI.
ち
2038
MERCURE
IXX.XDE FRANCE.
711
2919162079
12000 SA
*17 >
SAMEDI 21 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
VERS ERS pour ta Fête de M *** B **
QU'AGLAÉ, jeune, U'AGLA , jeune, aimable, belle
A pareitjour , d'un grand bouquet
Pare fon fein ou fon corfet ,
La chofe eft fimple & naturelle ;
Mais pour vous ce n'eft ppas ainfi
Qu'à vous fêter l'amitié le diſpoſe;
Ou bien il faut qu'à Salenci 367
Elle aille choisir une roſe,
( Par M. deMayer. )
म
42 , 21 Octobre 1786.
E
2310
21:4
MERCURE
Mile ALEXANDRE , dans le
rôle de Nina. *
J'AT A1 lu Nina , j'ai répandu des larmes;
Sa touchante vertu , fa douceur , fa bonté,
Tout en elle m'offroit des charmes.
J'ai vu Nina ; de nouvelles alarmes
Se font fait reffentir à mon coeur agité.
Toi, dont la voix enchantereffe ,
Interprète des feutimens ,
Fait tour-à-tour éprouver les tourmens,
Et les douceurs de la tendreffe,
Daigne recevoir mon encens ;
A l'empire de tes talens ,
Nina le prouve, il faut que chacun cède.
Tendre Nina , fi je pouvois un jour
T'arracher à l'erreur, qu'a fait naître l'amour!....
Que dis-je , ce charmant remède
Pour moi deviendroit un poifon ;
Car il faut que je te prévienne
Qu'en te rendant à la raifon
Je pourrois bien perdre la mienne.
( Par M. d'Arcier , Avocat du Roi a Befançon.
* Nina a été repréſentée à Besançon le premier O&obre,
avec beaucoup de fuccès , & ces vers ont été faits en fortang
du Spectacle,
C
DE FRANCE.
$99
•
ÉPITRE à M. le Chevalier DUPUYDES
- ISLET S.
AMANT chéri de,
Polymnie ,
Rends- moi , s'il fe peut , ma gaîté:
Dans ces aimables lieux , la campagne embellie
A beau fans ceffe offrir à mon oeil enchanté
L'afpect de la Nature au printemps rajeunie ,
Étalant les trésors de fa fécondité ;
Depuis le jour où j'ai quitté
L'heureux pays de la folie ,
Une fombre mélancolie
Pèfe fur mon front attristé ;
Et moi qui naguère ai chanté
Les paifibles douceurs d'une champêtre vie ,
Je te confeffe en vérité
Que loin de Paris je m'ennuie.
Cependant , que fais-tu dans ce brillant féjour ?
Sans doute qu'enivré des faveurs de l'Amour ,
De tes lauriers cueillis aux rives du Permeffe ,
Tu couronnes le front de ta jeune maîtreſſe ,
Ou qu'aux fons raviffans de ton luth enchanteur ,
Tu célèbres Vénus , D...... , & ton bonheur.
>
VA , pourfuis la carrière où le plaifir t'engage ;
Suis l'exemple , crois -moi , de ton fiècle volage
E
100 MERCURE
Tout en riant de les travers ;
Siffle-les même en jolis vers ,
Et fur les traces des B.
Rime un élégant badinage;
Mais ne te donne point les airs
De t'afficher jamais pour fage,
Et de fermoner l'Univers,
"1
Du vieux Zénon & fes confrères,
Je respecte tès-fort les goûts ;
Cependant , nous l'avoûrons tous
De ces Philofophes auftères
Le deftin fit peu de jaloux.
2
D'ailleurs , chez les bons Grecs qui ricient comme
nous ,
Et que Momus à fes genoux .
Regardoit folâtrer fans ceffe,
Les mortels qui vouloient prétendre à la fageſſe,
Devoient paffer , je crois , pour de bien triftes foux.
DE ton fort fortuné goûte donc l'avantage ,
Au fein de tes Amis , des Plaifirs & des Arts ,
Tant que le clairon du Dieu Mars
Ne retentira point dans les champs du carnage,
Et reftera muet au fond de nos remparts ;
Mais fij'en crois la renommée ,
A jamais de ce Dieu la fureur eft calmóc ;
On dit même que déformais
Dans l'oubli de les loix cruelles
DE FRANCE. 101
A conquérir quelques ruelles ,
Il prétend borner fes fuccès ,
Et que l'archive des brevets
Se trouve maintenant aux boudoirs de nos Belles.
( Par M. S...... )
LE Petit Prince & les Petits Bons-Hommes
de Pain d'Épice , Fable.
DE pain d'épice un peuple entier
Au loin fut envoyé de Rheims dans une caiffe ;
Et le Roi du pays voulut en égayer
Son fils , une enfantine alteffe ,
Qui devoit après lui régner.
On lui donna fur eux droit de mort & de vie.
Il falloit à fes loix en tout fe réfigner ;
Car le petit defpote étoit juge & parcie .
Ses fujets , comme on croit , furent mal gouvernés.
C'eft l'effet reconnu du pouvoir arbitraire..
Vous tombez , difoit il , en les jetant à terre ;
Et leur croquoit pour peine une épaule ou le nez.
Contre ces malheureux l'alteffe courroucée
Avoit toujours raiſon , les foibles toujours tort.
La maudire loi du plus fort
Ne fut jamais tant exercée.
Un jour.... Ah ! que l'enfant eut peur! ...
Il entendit une affreuſe rumeur
Eij
702 MERCURE
Tout fon peuple de pain d'épice ,
Qui lui difoit à haute voix :
Dès l'enfance il convient que les apprentis Rois
´´S'accoutument à la juftice, »
(Par M. le Marquis de Fulvy )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Troupeau ; celui
de l'Enigme eft le Feu ; celui du Logogryphe
eft Drapeau , où l'on trouve drap
rápe , eau , Pau , parade , puer , Ea ( la Nymphe
) , dur, peur, rade , radeau,peau.
CHARAD E.
UNE Belle avec art laiffe voir ou nous montre
Quand il est bien , s'entend , mon élégant premiers
Voyage- t'on ? alors très- fouvent l'on rencontre
Dans différens pays mon énorme dernier :
Il en eft un fur-tout qu'on traite de chimère,
Vers lequel maint Poëte a dirigé fes pas ;
Pour être bien reçu fur ces brillans climats ,
Il faut être Racine , ou Corneille ou Voltaire....
Mais mon tout , qu'eft- il done ? Vous allez le favoir :
C'eft le nom d'un pays qui reçoit & qui donne
DE FRANCE. 103
Des êtres adorés qui s'approchent du Trône ,
Et que tout bon François fe plaît toujours à voir.
( Par M. le Baron de P ***. )
ENIGM B.
JE fuis de Thomtat un bourréau domeſtique ;
Suis-je chez lui , j'y mets le feu;
Et dès que j'y féjourne un peu ,
Pour m'en chaffer, il met tout en pratique.
Je lui fais déplorer fon fort ;
Jufqu'à fon propre fang , à fa perte j'anime ,
Et quelquefois j'en fais une trifte victime
Que je facrifie à la mort.
A chercher du fecours ma cruauté l'excite z
Encore à bon marché croit-il en être quitte
Quand bien du fang verfe le délivre de moi.
Souvent à mon abord le plus hardi friffonne ;
Je traite également le Berger & le Roi ,
Et je n'ai nul refpe&t pour fceptre ni couronne.
( Par Mlle T. G. de T **** . }
Eiv
104 MERCURE
-1
LOGOGRYPH E.
AMI Lecteur , je fuis en tout temps fort utile;
Je ne fors point de la maiſon ;
On me voit aux champs , à la ville ;
; ན
Je fuis bon pour l'inftant de la réflexion ;
Tel me fait fouvent part de toutes fes fredaines.
Enfin je deviens confident
£
De bien des plaifirs & des peines.
Dans mes huit pieds , en me décompofant ,
Vous trouverez un des Dieux de la fable ;
Un métal dans lequel l'homme met fon bonheur;
Ce que dépofe la liqueur
་ །
Qui fait naître la joie à table ;
Un pronom perfonnel ; une note ; un oifeau ;
Le nom d'une Veftale , & celui d'un Prophète
Dont le Difciple héritá du manteau.
Mais je lens , cher Lecteur , que je vous romps la
tête ,
Je finis donc en offrant à vos yeux
Un titre très- majeſtueux
Que
l'on attache au diadême ;
Et ce qu'en le portant on refpecte foi- même
Pour rendre les peuples heureux.
(Par M. Montmaur , Garde du- Corps du Roi. )
DE FRANC I. 105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉLANGES de Littérature Etrangère ,
Tomes III & IV . A Paris , chez Gogué &
Née de la Rochelle , rue du Hurepoix ;
Belin , rue S. Jacques ; Hardouin , au Palais
Royal.
S'IL eft vrai , comme l'expérience nous le
démontre , qu'une lecture choifie , & faite
avec fruit, contribue à l'acquifition ainsi qu'à
l'étendue de nos connoiffances , quelle reconnoiffance
ne doit- on pas à M. de Grandmaiſon ,
Auteur de cette intéreffante Collection ! Ce
n'eft pas ici le génie qui crée , mais le goût &
l'inftruction qui raffemblent les matériaux .Parmi
les Livres où l'on peut puifer des connoiffances
variées , tour- à- tour folides & agréables
, il faut placer celui- ci avec honneur.
Nous avons rendu compte des deux premiers
volumes à mesure qu'ils ont paru. Les perfonnes
vraiment curieufes de s'inftruire , celles
même qui femblent faites pour inftruire les
autres , trouveront également ici une lecture
utile & délaffante. Le troiſième volume foutient
le mérite des deux premiers, par la diver
fité & la variété des matières . Gênés par le
cercle étroit dans lequel nous fommes circonfcrits
, & par la difficulté d'analyſer un
Ey
206 MERCURE
Livre qui renferme tant d'Ouvrages différens ,
nous tâcherons du moins d'en donner à nos
Lecteurs une forte de nomenclature.
La vie de Jean Cricthon , furnommé l'admirable
, ouvre le troifième volume. Rien en
effer de plus merveilleux que cet homme. Il
faut lire les détails de cette vie curieufe. On
trouve à la fin le catalogue de fes Ouvrages.
On ne fe permettra qu'une réflexion ; il n'en
refte pas une ligne , tandis que quelques madrigaux
de Saint- Aulaire font dans la mémoire
de tout le monde.
Un morceau d'un autre genre vient enfuite
; c'eft une differtation favante fur la
taille de l'homme. Ce Diſcours eft tiré d'un
Recueil compofé par des Philofophes, & publié
en Italien , fous le titre de Mercure Tofcan
ou Réflexions d'une Société amie des
hommes.
و
·Préférez - vous la Littérature légère &
agréable Lifez plufieurs petits Poëmes fatyriques
& moraux traduits de l'Eſpagnol
quelques-uns dans le ftyle de Quévedo.
Vous vous amuferez encore de la defcription
d'un Tauréodore , tirée du Voyage d'Ef
pagne , de M. Twiff. Des Poéfies légères de
Rolli , précédées d'une Notice de fa vie , &
l'Hiftoire allégorique du travail , tirée du
Tatler , vous offriront une lecture récréative
& morale.
Rien de plus folide , de mieux penfé , da
mieux écrit qu'une Lett re de M. Willemet
Médecin de Nanci , fur la Flore Japonaife de
DE FRANCE. 107
2
M. Tumberg. C'eft un précis des Voyages
& des découvertes de ce célèbre Naturalifte.
Ce Précis eft femé de réflexions relatives à la
matière , tracées par une plume éloquente.
On en jugera par une citation . « L'homme
qui regarde d'un oeil infenfible l'étonnante
» variété des objets qui compofent l'Univers ,
» qui n'a jamais eu la curiofité d'obferver les
» différences qui les caractériſent & les difstinguent
entre- eux , dont les penfées ne fe
portent jamais au- delà de lui , verra fans
doute avec autant de pitié que d'effroi , le
Botanifte fufpendu comme la chèvre au
fommet des rochers , y fupporter la chaleur
d'un foleil brûlant , la foif & la
» faim , pour y chercher quelques plantes
→ nouvelles ; ou bien aller au travers de dan
" gers multipliés & renaiffans à chaque pas ,
dans une terre étrangère & barbare , pour
en raporter quelques femences & quel
» ques plantes defféchées. L'initié aux myftè-
» res de la Nature concevra tout cela fans
peine. La Botanique eft de toutes les Sciences
la plus attachante. Ses charmes s'accroiffent
chaque jour pour celui qui la cultive.
Il en eft de l'ardente curiofité qu'elle inf-
» pire , comme de la paffion de l'amour & de
l'ambition des conquêtes. Les defirs s'irritent
par les difficultés. On a remarqué que
c'étoit la fcience qui compteit le plus de
» martyrs ; on feroit une longue légende de
» tous nos Botaniftes qui ont péri dans les
pays étrangers , où ils alloient tenter de
»
Evjuht
198 MERCURE
» découvrir des végétaux inconnus. »
Voulez-vous paffer de la Phyfique à la Morale?
Vous pouvez le faire avec autant de fruit
que d'agrément fans quitter ce Volume. Vous
y trouverez un Difcours fur l'Honneur. Vous
y converferez avec Socrate , en lifant un dia
logue de Platon , intitulé les Amans. La no
tice qui précède eft un excellent abrégé de
la vie de ce Philofophe,
Je paffe une Lettre d'un Valétudinaire ,
tirée du Spectateur , pour donner un précis
abrégé des détails exacts de l'affaffinat du Roi
de Pologne , traduits du Voyage de M. Coxe.
Pulasky , Général de l'Armée des Confé
dérés , réfolut de s'emparer de la perfonne
du Roi , mort où vif. Quarante Conjurés
commandés par trois Chefs , Lukausky, Stras
wensky & Kofinsky , furent chargés d'exécuter
ce projet horrible. La nuit du Dimanche
2 Septembre 1771 , quelques- uns des Confpirateurs
, déguifés en Marchands de Foin ,
reftèrent aux extrémités de Varfovie. Les autres
s'étoient donné rendez-vous dans la rue d
des Capucins. Le Roi devoit paffer par cette
rue, en fortant de chez le Prince Zartorisky,
fon oncle. Entre neuf & dix heures du foir,
il regagnoit fon palais dans fon carroffe , ac
compagné de quinze ou feize perfonnes de face
fuite , & d'un Aide- de-Camp qui étoit dans
fa voiture. A peine eut elle fait deux cens pas
que les Conjurés l'arrêtèrent ; ils tirèrent fur
le carroffe plufieurs balles , dont une paffa au
travers du corps d'un Heyduc , qui s'efforçon
1
DE FRANCE. 109
de défendre fon maître. Prefque toutes les
perfonnes de la fuite furent difperfées ; l'Aidede
Camp prit la fuite. Le Roi tacha de s'échap
per à la faveur de l'obfcurité. Il étoit déjà hors
de la voiture , lorfque les affaffins le faifirent
par les cheveux , en vomiflant contre lui les
plus horribles imprécations. L'un d'eux tira ?!
contre lui fon piftolet de fi près , que le Roi
fentit la chaleur de la flamme , tandis qu'un
autre lui donna fur la tête un coup de fabre
qui pénétra jufqu'au crâne. Ils le traînèrent
enfuite à pied entre leurs chevaux au grand
galop , environ l'efpace de cinq cens pas dans
les rues de Varfovie. Après avoir traverfé le
foffe qui entoure la ville , ils arrachèrent au i
Roi l'Ordre de l'Aigle Noir de Pologne & fa
croix de diamans. Alors les Conjurés fe féparèrent;
il n'en refta que fept avec le Roi ,
defquels Kofinsky étoit le Chef. A chaque
obftacle imprévu ils demandoient s'il ne falloit
pas tuer le Monarque. Alarmés par les !
parrouilles Ruffes , les affaffins s'éloignèrent.
Kofinsky refta feul avec le Roi. Celui- ci obtint
grace de fon alfaffin , qui fe jeta à fes genoux
, & auquel il donna fa parole royale
de ha pardonner. Is dirigèrent leurs pas vers
un petit moulin , où le Roi écrivit en François
au Général Coccei , Capitaine de fes Gardes ,
les lignes fuivantes. « Par une efpèce de miracle,
j'échappe au fer des affaffins. Je fuis
au petit moulin de Mariémont ; venez au
» plus tôt me tirer d'ici ; je fuis légèrement
bleffé, Quand le Mellager arriva avec cez
110 MERCURE
biller , l'étonnement & la joie des habitans
de Varfovie fut incroyable. Coccei courut fur
le champ an moulin. Il trouva le Roi couché
par terre für le manteau du Meûnier. Dans
l'ivreffe de la joie on fe précipite aux pieds du
Souverain. Kolinsky fut envoyé hors de Pologne
, une femaine après l'exécution de
quelques-uns de fes complices. Il réfide aujourd'hui
à Sémiglia , où il jouit d'une penhion
annuelle confidérable..
Après ce fragment hiftorique , qu'il faut
lire dans le Livre de M. de Grandmaiſon
vous trouverez un Poëme traduit de l'Anglois
, intitulé : l'Origine des Femmes ; c'eft
une imitation charmante de la Fable de Pandore
d'Héfiode ; enfin un Effai fur l'origine
& les progrès de l'Écriture , traduit de l'Anglois
de M. Blair ; c'eft une differtation fa
vante & bien écrite , où la connoiffance des
langues eft réunie à celle de l'Hiftoire.
Une autre differtation de M. Blair fur la
poéfie des Hébreux , ouvre le quatrième Vo-.
lume. L'Auteur a traité ce fujet en homme
nourri de la lecture des Livres Saints & de
celle des grands Poëtes de l'antiquité. Après
avoir prouvé que certains morceaux , tels que
le Livre de Job , les Pfeaumes de David , le
Cantique de Salomon , les Lamentations de
Jérémie , & c. ont un caractère poétique qui
les diftingue des autres écrits de l'Ancien Teltament
, & avoir établi que ces Ouvrages ont
été originairement foumis à une forte de mefure,
quoique nous ne puiffions à préfent déDE
FRANCE. LIE
terminer la mefure des vers hébraïques , M.
Blair effaye de tracer la forme de la poéfie des
Hébreux, & leur genre de compofition.
Après avoir défini la forme de la poéfie hébraïque
, M. Blair cherche quelles font les
qualités qui la caractériſent . La conciſion &
la force font , felon lui , les deux principales ,
& tous les Écrivains qui vifent au fublime ,
feront bien d'imiter la préciſion du ftyle de
l'Ancien Teftament.
Les figures de toute eſpèce font extrêmement
multipliées dans l'Écriture ; mais pour
fentir leur force & leur beauté , il faut fe tranfporter
dans le climat des Écrivains facrés , &
à l'époque à laquelle ils ont fleuri. Leurs images
font toujours tirées des objets naturels
qu'ils avoient fous les yeux , ou des traits de
leur Hiftoire , ou des cérémonies de leur Religion.
Comme leur fol étoit brûlé , & que
fouvent le befoin d'eau s'y faifoit cruellement
fentir , pour exprimer la misère , ils font allufion
à une terre aride & auftère ; & pour exprimer
le paffage du malheur à la profpérité ,
leurs métaphores font tirées du jailliſſement
des fources dans le défert. Les conquérans font
comparés à des torrens débordés ; Salomon
compare un bel homme au Mont - Liban ,
ombragé par des cèdres , & une belle fille au
Mont Carmel , couronné de fleurs .
La Profopopée & l'allégorie font des figures
extrêmement fréquentes dans l'Écriture.
Celle du 79 ° Pfeaume eft belle , & bien foutenue.
Le peuple d'Ifraël y eft repréfenté fous
112 MERCURE
2
"
l'emblême d'une vigne. « Tu as tranſporté ta
vigne de l'Égypte , & tu l'as plantée après
avoir chaffé les Nations ; tu lui as préparé
la route , tu as fixé fes racines , elle a rem-
» pli la terre; fon ombre a couvert les mon-
» tagnes , fes branches ont furpaffe les cèdres;
» elle a étendu fes rameaux jufqu'à la mer
» & fes rejetons jufqu'au fleuve. Pourquoi
as- tu renverfé fes murs ? Pourquoi tous les
paffans la vendangent - ils ? Le fanglier de
» la forêt l'a détruite ; un monftre farouche
» l'a dévorée. Dieu des armées , tourne- toi
» vers elle , vois & viens vifiter ta vigne.
29
ود
Après des obfervations générales fur la
poéfie de l'Écriture , M. Blair termine fa differtation
par un apperçu apperçu des différens genres
de compofition des Livres factés, & des caractères
qui diftinguent chaque Écrivain . Il obferve
que les principales poéfies de l'Écriture
font didactiques , élégiaques , paftorales ou
lyriques. Le Livre des Proverbes eft dans le
genre didactique . Les Pfeaumes de David , les
Lamentations de Jérémie font des modèles
dans le genre élégiaque . Le Cantique de Sa
lomon offre , un bel exemple de la poéfie paftorale
des Hébreux . Quant au genre lyrique ,
l'Ode fe trouve dans les Pfeaumes fous toutes
les formes. Le Cantique de Moïfe , celui de
Débora , & beaucoup d'autres tiennent auffi
au genre lyrique. Ceci nous prouve que les'
Livres facrés peuvent fournir des exemples
des principaux genres de poéfie .
Chacun des Écrivains facrés a sûrement un
DE FRANCE. 113
tyle particulier & une manière qui le carac
térifent.David, Ecrivain lyrique, eft plus varié.
Ifaie eft fans exception le plus fublime. Jérémie
eft touchant. Ezechiel a beaucoup
moins de grace & d'élégance ; mais il a un
caractère de force qui lui eft propre ; & , pour
me fervir des expreffions de M. Lowth , cité
par M. Blair, il eft impitoyable , véhément ,
tragique. Ses penſées font brûlantes , âpres ,
pleines d'indignation ; fes images fécondes ,
dures , quelquefois informes. Sa diction eft
pompeufe , grave , auftère , & quelquefois
» inculte. Nul Prophète ne fut au- deffus de
" lui dans le genre que la Nature lui avoit
donné , c'est-à- dire , par la force , le poids ,
la véhémence & la fublimité. » Le même
Frivain compare Ifaïe à Homère , Jérémie à
Simonide , Ezechiel à Efchyle.
و ت
93
و ر
و ر
93
Nous n'en dirons pas davantage fur ce
quatrième Volume. Il offre , comme le précédent
, une variété extrêmement agréable.
On y trouve des morceaux d'érudition , de
critique littéraire & de morale. On ne peut
trop encourager M. de Grandmaifon , qui
veut bien dans un fiècle frivole , fe charger de
nous procurer une inftruction facile & profitable.
›
P. S. Depuis que cet article eft écrit , le
cinquième voluine a été publié.
114
MERCURE
HISTOIRE de la Religion , où l'on accorde
la Philofophie avec le Chriftianifme ; par
M. l'Abbé Yvon , 2 Vol. in-8 °. A Paris ,
chez la Veuve Valade , 1785.
L'ESPÈCE d'inimitié qu'on a fuppofée entre
la Philofophie & la Religion , a nui beaucoup.
à l'une & à l'autre. Comme la Religion s'appuiefur
la révélation , les tenir ainfi féparées,
c'eft compromettre les vérités révélées , &
nous les montrer comme incompatibles avec
la raifon. M. l'Abbé Yvon , au-lieu de les féparer,
s'eft au contraire attaché à les unir fi
intimement , qu'elles puffent couler toutes
deux dans le même canal. En rapprochant la
révélation de la raiſon , il a formé entre- elles
une forte de confédération pour les faire agir
de concert dans leur défenſe mutuelle.
C'eft de la réunion des deux que fe forme
la vérité du Chriftianifme. Confervons à la
raifon fes prérogatives naturelles ; elle eft
affez éclairée pour connoître la vérité &
juger de la liaifon des conféquences aux principes
; mais elle n'eft pas toujours affez forte
pour en découvrir la fource & en tracer le'
cours.
Si la raiſon prête du fecours à la révélation
en l'établiffant fur de folides fondemens , la
révélation ne lui en prête pas moins en l'élevant
à des vérités qui n'avoient befoin que
de lui être découvertes pour que fes lumières
y atteigniffent. Telles étoient à-peu- près les
DE FRANCE. 115.
loix de la gravitation démontrées par Newton.
Avant leur découverte elles étoient inacceffibles
à l'efprit , qui depuis s'eft familiariſé avec
elles. !
L'Auteur a divifé fon Ouvrage en douze
Époques , dont la première forme le fecond
Volume, le premier ayant été confacré au
développement des vérités préliminaires qui
doivent fervir de bafe aux vérités du Chrif
tianifme. Telles font l'exiftence de Dieu , fa
Providence , la fpiritualité , la liberté & l'immortalité
de l'âme , la fupériorité de l'homme
fur les animaux.
En s'élançant au-delà des temps pour
contempler la Divinité dans les attributs qui
conftituent la nature & fon effence , il ne
peut encore être queftion d'Hiftoire pour
l'Auteur. Il en eft de même lorfqu'il confidère
l'homme dans un état d'abſtraction ,
parce que l'Hiftoire ne commence qu'avec le
temps , comme le temps ne commence qu'avec
la création .
Telle eft la condition naturelle de notre
efprit , que la lumière & l'obſcurité fe touchent
dans prefque toutes les queſtions qui nous
intéreffent. L'exiftence même de Dieu n'eft
pas exempte de cette commune loi . Aux
preuves que le Théiſte déduit de l'ordre du
monde , l'Athée en oppoſe d'autres tirées des
défordres apparens du monde ; mais pour
voir où eft la fupériorité , il ne faut que comparer
les procédés de l'un & de l'autre. « Le
Théifte, dit l'Auteur , fuivant la méthode
118 MERCURE :
92
"3
35
» des Géomètres , part de principes clairs &
» lumineux , & les conféquences que ces
principes lui donnent , quoiqu'elles effa-
» rouchent fon imagination & qu'il ne les
" comprenne pas , il les adopte , perfuadé
qu'elles ne fauroient être fauffes , ayant
» été tirées par une exacte logique des prin-
» cipes qui fubjuguent invinciblement notre
raifon. Le procédé de l'Athée eft bien différent,
Au lieu de defcendre des principes aux
conféquences , c'eft par elles qu'il veut re-
» monter jufqu'à eux ; & comme ces confé-
» quences révoltent fon imagination , il s'en
≫ fert pour attaquer l'existence de Dieu ; aulieu
que s'il fût defcendu des principes aux
conféquences, elles auroient trouvé gracede-
» vant fes yeux , d'autant que la vérité des prin
cipes les auroit juftifiées . Pour avoir aban-
» donné cette méthode fi fimple & fi naturelle
, dans quels abymes ne s'eft- il pas jeté !»
La première Époque s'ouvre par cette quef
tion que David Hume a le premier élevée ,
favoir fi le Théifme a été la Religion primitive
du genre- humain . Contre l'opinion commune
il enfeigne dans fon Hiftoire Naturelle.
de la Religion que le Polythéifine a été la
première Religion , & l'idolâtrie le premier
culte. Mais fi la vérité eft avant l'erreur , il
s'enfuit que donner la priorité au Polythéisme ,
c'eft , fous un faux air de raifonnemens philofophiques
, gliffer le venin le plus fubtil dans
l'efprit , & mener doucement les hommes à
Athéifme.
"
DE FRANCE. 119
Toute la queftion fe réduit ici à s'affurer
fi toutes les Nations ont commencé par être
fauvages ; car fi la chofe étoit ainfi , le Polythéifme
auroit précédé le Théifine , par la
raifon qu'on bâtit des cabanes avant des palais
, & c'eft ce que tâche d'infinuer le Philofophe
Anglois, en tirant fes argumens de l'Hiftoire
, de la Philofophie & du fujet qu'il traite.
C'eft auffi dans tous ces défilés que M. l'Abbé
Yvon fuit & combat fon adverfaire.
Après avoir établi la priorité du Théifme
fur le Polythéifie , l'Auteur fait l'Hiftoire de
cette Religion depuis le premier homme jufqu'à
Moïfe. C'eft dans cet Écrivain , le plus
ancien des Hiſtoriens , qu'il puiſe en partie les
faits qui rempliffent cet intervalle . Dieu y eft
repréfenté comme le Créateur du monde , le
Père du premier homme, l'Auteur de la première
langue , de la fociété & de la première
Religion.
L'origine des peuples tient à cette partie
de l'Hiftoire. Moïfe s'eft élevé ici au-deffus
de tous les autres Hiftoriens , en marquant
dans fon dixième Chapitre de la Genèſe , l'origine
de toutes les Nations ; & quoiqu'il l'ait
renfermée dans des bornes affez étroites , nul
autre que lui n'a pu atteindre jufqu'aux bornes
qu'il a plantées dans l'antiquité.
La difperfion des hommes amène naturellement
le morceau où l'Auteur jette un coupd'oeil
général fur les premiers Gouvernemens
& fur l'état fauvage. Il s'élève fortement contre
l'opinion de ceux qui prétendent que cet état
118
MERCURE
20
a été le partage des Chaldéens , des Indiens , des
Perfes , des Égyptiens , des Phéniciens , des
Celtes , &c. Il faudroit , dit - il , fuppofer un
» peuple privilégié qui auroit civilifé les
hordes fauvages ; mais ce peuple fi fécond
en Légiflateurs , par quel autre peuple au-
» roit- il été civilifé fi'la commune loi a dû
» le ranger parmi les Sauvages ? Admettra-
» t-on un progrès à l'infini pour les Nations
qui , tour-à- tour fauvages & civilifées , fe
font fuccédées les unes aux autres , oubien
» reconnoîtra- t- on un peuple privilégié qui ,
forti des mains de Dieu , aura confervé fa
» raifon dans toute fa force , & aura été deftiné
par la Providence à divinifer ceux qui
" font nés fauvages ? Il n'y a point ici de mi-
» lieu. Quelque parti que l'on prenne , on fe
» jetté dans des difficultés inextricables. »
C'eft une pure rêverie que cet état d'animalité
d'où l'on fuppofe que nous nous
fommes élevés par degrés jufqu'à celui de
l'homme. L'idée de Dieu créant l'homme ne
fauroit fe concilier avec l'opinion que nous
avons végété pendant un temps infini dans
un état où nous aurions été dégradés au- deffous
des bêtes , puifqu'elles n'eurent pas plutôt
déployé le jeu de leurs organes , qu'elles
trouvèrent dans l'ufage de leur inftinct officieux
leur perfection & leur bonheur. Pourquoi
n'en auroit- il pas été de inême de l'homme?
Il eft donc naturel de fe le repréſenter
au fortir des mains de Dieu exerçant fes
facultés.
DE FRANCE.
119
ود
-30
Il ne feroit pas difficile de reconnoître un
peuple inftituteur fi on vouloit le voir dans
les Patriarches mêmes , dont Dieu femble ,
fuivant la remarque de Jofeph , avoir prolongé
les jours pour favorifer les progrès de
l'Aftronomie. « Pourquoi , dit notre Auteur ,
» refuferoit-on à ces Héros millénaires d'a-
» voir voulu prendre connoiffance de leur
» domaine en cultivant l'Aftronomie & la
» Géométrie ? Pourquoi auroient - ils moins
eu d'efprit & de curiofité que nous ? Nés
avec une force de corps fupérieure à la
nôtre, & une ame fans doute plus vigoureufe
, pourquoi , vivant autant que nos
Empires, & capables de réunir dans un fi
long intervalle une plus grande maffe de
lumières , enrichis d'ailleurs de leurs expériences
perfonnelles & des obfervations
de leurs contemporains , n'auroient - ils pas
été plus loin que nous , qui ne jouiffons
» auprès d'eux que d'une exiftence éphémère
? Chaque individu repréfente en
quelque forte une Nation entière ; c'eſt àpeu-
près comme fi plufieurs Nations contemporaines
cultivoient la Philofophie , &
qu'elles euffent établi entre-elles un com-
" merce de connoiffances. Un feul de ces
» temps anti- diluviens équivaudroit pour le
22 moins à tous ces fiècles ,
ONL
pelons aujourd'hui Philofophie a ſubſiſté ,
finous les coufions au bout les uns des
autres. Mais il faut voir dans l'Ouvrage
même les raifonnemens dont il s'appuie avec
"
30
que nous ap[
20 MERCURE
les célèbres Caffini & Mairan , pour prouver
les anciens Patriarches étoient de favans
Aftronomes.
que
Après avoir parlé de l'origine des peuples ,
c'étoit le lieu de faire paroître fur la fcène les
plus illuftres peuples de l'antiquité , & de faire
voir comment, après leur difperfion, leur religion
s'eft défigurée peu-à-peu , & a pris quelque
chofe du terroir où elle fe fixoit . Les véri
tés qui leur étoient venues de l'antique tradition,
s'y trouvent par-tout mélangées avec les
erreurs provenues du climat & du Gouvernement.
Comment des peuples qui ne furent ja
mais fauvages , de Théiftes qu'ils étoient fontils
devenus Polythéiftes ? Suivant l'Auteur, la
mythologie feule a pu expliquer ce paffage.
Tant que fon génie allégorique ne s'eſt point
éclipfe , la Religion a été pure, renfermant
fous l'écorce de ſes fables des vérités. Ce n'eft
qu'au moment où il a diſparu, qu'on lui a ſubftituédes
Hiftoires qui donnèrent naiffance au
Polythéifine & à l'idolâtrie.
Les Déiffes ayant affecté de confondre la
Religion naturelle dont ils fe difent les fectateurs,
avec le Théifme ou la Religion patriarchale
, l'Auteur s'eft attaché à faire voir la différence
qui les fépare. Autant le Théiſme fe
concilie avec la révélation , autant le Déiſme
lui eft oppofé. Leur Dieu n'eft point le même ,
& le Dieu que les Déiftes appellent le Dieu
des Sages , eft un Dieu que la raifon défavoue,
& qui eft tel que fi les Athées en reconnoiffotent
DE FRANCE. 1.2.1
foient un , ils n'iroient pas le prendre chez
les Déiftes , mais chez les Chrétiens , tant
ceux-là en ont défiguré l'idée . L'Auteur part
de là pour les combattre , & prouve contre
eux que la Religion naturelle , prife en leur
fens, n'a jamais exifté , & qu'il eft même impoffible
qu'elle exifte. En effet , pour que
cetteReligion pût exifter, il faudroit en rendre
le peuple fufceptible. Or, c'eft à quoi ils ne
parviendront jamais. Ils difoient bien aurrefois
qu'il faut une religion au peuple ; mais
ils ont trouvé depuis qu'elle le rend fanatique
& infenfé. Etoufferont-ils en lui l'idée
de Dieu ? Mais l'Athéifme, ainfi que toutes
les Sciences profondes , n'étant. pas fait pour
lui , quel milieu trouveront- ils où ils puiffent
le placer ? Peut- être que renonçant à régler
fes deftinées , ils le laifferont l'arbitre de fa
religion ; mais dans ce cas il fera Polythéifte
& Idolâtre , puifque, felon les Déiftes , ce
font là les premières notions qui viennent
dans l'efprit des ignorans.
ALEXANDRINE de Ba** , ou Lettres de
la Princeffe Albertine , contenant les Aventures
d'Alexandrine de Ba ** , fon aïeule ;
traduites de l'Allemand de Dom Guf....
par Mile de *** . in- 16 . Prix , 1 liv. 10 f.
A Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mefgrigny, rue des Poitevins ,
I
LE fonds de ce Roman eft une Hiftoire véritable
qui a retenti dans plufieurs Tribunaux..
No. 42 , 21 Octobre 1786. F
1
122 MERCURE
92
La poftérité de celle qui eut le malheur d'ea
être l'Héroïpe , a fait entendre fes réclamations
en 1747 & en 1784. C'eſt la petite fille ,
Ia Princelle Albertine , qui fait le récit de fes
malheurs. Je dois au Public , dit- elle dans
fon Avant- propos , à mon aïeule , à moi ,
» le récit que je vais faire ; les détails naïis
» qu'il contiendra feront fans intérêt, quand
» l'innocence trahie , la beauté délaiffée , le
courage perfécuté , la vertu malheureufe
auront perdu le droit de toucher le coeur
» des hommes. ››
鎏
En effet , cette Hiſtoire eft vraiment attendriffante
; on la lit avec un intérêt auquel on
fe livre d'autant plus volontiers , que l'idée
de Roman ne fe mêle jamais à l'impreffion
qu'on éprouve; tous les détailssyyporrent l'empreinte
de la vérité . Nous n'eflayerons pas de
transmettre ici l'intérêt de cet Ouvrage , déjà
trop court pour pouvoir être refferré fans féchereffe
dans une fimple analyfe. Nous dirons
feulement que la tendre Alexandrine de Ba** ,
aimée du Prince Albert Octave de T. Ti....,
époufée par lui , mais d'une manière illufoire,
puifqu'il s'eft emparé de tous les titres qui
peuvent prouver cette union , éprouve fucceffivement
les froideurs , le dédain , les perfécutions
de fon époux. Sa tendreffe , fa patience
& fon courage arrachent des larmes .
Mère rendre , épouſe fidelle , elle voit fon
époux s'unir à une rivale ambitieufe qui lui
enlève fans rougir l'honneur , & un rang &
ine fortune qu'elle réclame en vain pour fa
DE
FRAN CIE.
723
fille. Cet époux inhumain , arrivé à fa dernière
heure , cède au remords , & veut reconnoître
Alexandrine pour fon époufe & fon
héritière; mais la mort rend fon repentir inutile
; &
Alexandrine refte plongée dans l'indigence
& le défeſpoir.
Le ftyle de ce Roman eft négligé ; mais il a
dé la vérité & du mouvement. Parmi les détails
de cette Hiftoire , nous ne choifirons
qu'une fcène , qui encore ne peut que perdre
de fon intérêt , détachée de ce qui la fuit &
de ce qui la précède . La fenfible Alexandrine
ne pouvant plus douter de la perfidie & des
projets criminels de fon époux , recueille
toutes les forces , & ofe aller le joindre dans
un jardin , au milieu d'un nombreux cortège .
Elle avoit fa fille avec elle ; & après lui avoir
montré fon père , elle lui dit d'aller l'embraffet.
J'obéis . ( C'eft la petite fille qui parle. )
„ Je ne marchai point , je courus ; j'arrivai
» droit à mon père. J'étois le portrait de ma
» mère, & par conféquent belle.Ceux qui fuivoient
mon pères'écrièrent: La belle enfant!
je les repoullai , & je me précipitai dans les
jambes d'Octave. Je prís fa main qu'il me'
donna , & je la baifai . Il s'arrêta : Petite
enfant , qui êtes - vous ? - Albertine.
Quel eft votre père ? C'est vous, -Làdeffus
on, fe mit à rire
malignement ; &
Octave diffimulant fon émotion , dit : quel
» conte ! Allez , petite , retrouver votre mère.
Elle eſt - là contre cet arbre. Là!
Oui , me voilà , me voilà , Octave: - Ce
30
39
28
10
.
Fij
124
MERCURE
ود
"
30
» nom d'Octave , dit avec dignité , en impofa
à tous les afliftans. Mon père avoit
perdu l'ufage de la parole ; il avoit le main-
» tien humilié d'un criminel convaincu.
« Vous me vengeriez de tous les affronts que
» vous avez accumulés fur ma tête , fi la
» vengeance étoit digne du coeur d'Alexan-
» drine. Vous me faites la plus grande pitié ,
» & votre confufion me touche plus que
» vous ne pensez. Meffieurs , dit - elle , en
» s'adrellant aux affiftans , permettez que je
profite de l'occafion que le ciel m'envoie ,
» & que j'entretienne en particulier mon
» mari. Mademoiselle. Octave , dites
» Madame. Madame ! -Je la fuis ; votre
époufe & Princeffe.- Le lieu n'eft ni propice
à des éclairciffemens , ni convenable à
nos perfonnes. J'irai vous voir , -Quand ?
Dans quelques jours . - Non , ce foir.
Ce foir Oui , ce foir. Songez que
voilà votre fille , votre époufe , & que
l'une & l'autre font fans reffource , à la
mendicité. QQuuee ddiitteess-- vous ?? - Ce que
» vous favez.Voilà ma bourfe. Je la
» reçois , Meffieurs , dit - elle , en appelant les
» perfonnes qui n'étoient qu'à une petite dif-
» tance. Ne trouvez pas mauvais que je reçoive
publiquement de l'argent ; je n'ai rien
» à refufer de mon mari . Mademoifelle.
ود
3)
33
ود
"
"
ور
3
»
-
--
-
-
Madame ; Albert , prononcez Madame en
" ma préfence. Derrière - moi , calomniez-
» moi , déniez - moi ce titre de refpect , j'y
» confens ; mais quand vous me parlerez ,
"
DE FRANCE. 125
» vous vous fouviendrez que je n'ai point
» mérité l'injure , &c. »
ود
1 Ce Volume eft terminé par un petit Roman
intitulé : Hurtado & Miranda , ou les
premiers Colons Espagnols du Paraguay.
Certe Anecdore a des momens d'intérêt ,
quoique toutes les fituations ne foient pas
dans l'exacte vraiſemblance .
ELOGS d'Agnès Sorel , furnommée la belle
Agnès , lu à la Société d'Emulation de
Bourg- en - Breffe , le 23 Septembre 1785 ,
par M. Riboud , Procureur du Roi au Bailliage
, de plufieurs Académies. A Lyon ,
chez Faucheux , quai des Celeftins .
ON connoît ces quatre vers de François I
fur Agnès Sorel :
Gentille Agnès , plus d'honneur en mérite , *
La caufe étant de France recouvrer ,
Que ce que peut
dedans un cloître ouvrer
Cloſe: Nonnain , ou bien dévôt Ermite.
Ce Difcours eft l'amplification & le déve-
Joppement de ces quatre vers . Ce qui diftingue
avantageufement Agnès Sorel parmi les
Maîtrelles des Rois , c'eft qu'au lieu que les
autres ont trop fouvent avili leurs ainans ,
elle a illuftré le fien , & ne s'eft fervie de l'empire
que l'amour lui donnoit fur Charles VII,
* Ou come on l'étrit ici : tu mérite
Fiij
126
MERCURE
que pour lui infpirer le courage convenable
à la fituation , & qui feul pouvoit le fauver ;
elle voulut être la Maîtreffe d'un Roi , & d'un
Roi victorieux , Charles VII fut Roi pour lui
plaire & vainqueur pour la mériter. L'amour,
qui écarte tant de Héros des fentiers du devoir
& de la gloire , y ramena l'heureux Charles
VII.
و د
Une autre fingularité qui prouve qu'Agnès
n'étoit pas une femme ordinaire , c'eft que
la Reine , Marie d'Anjou , Princelle vertueufe
& très- attachée au Roi fon mari , ne ceffa,
d'aimer & d'eftimer Agnès , & de travailler
de concert avec elle au bonheur & à la gloire
du Roi ; ce n'eft pas ce que l'Orateur exprime
le moins bien. « On compare , dit - il , avec
furpriſe le caractère de la Reine & celui
d'Agnès. Quelles étoient donc ces deux
» ames ?.... Une Reine fenfible , belle & ver-
» tueufe , voit une de fes fujettes partager le
» coeur de fon époux , & elle ne l'accable pas
» de fa haine ! ... Agnès n'eft point aveuglée
par la fortune , elle eft pénétrée de véné-
» ration pour l'époufe de fon amant ; l'une
» ignore la jaloufie , l'autre n'eft point acceffible
à l'orgueil . Que dois - je plus admirer ,
" ou de la raifon de l'une ou de la modération
de l'autre ? Où font les paflions , où
» trouver dans de femblables circonftances
» autant de force & de grandeur ? »
""
33
Les Hiftoriens , dit l'Auteur , qui n'en
homme aucun en particulier dans cet endroit,
difent que le Confeil fit fentir à la Reine qu'il
DE FRANCE. 127
étoit de fon interet ( à elle Reine ) & fur tout
de l'intérêt de l'État , que Charles reftât atta
ché à Agnès. Quelques perfonnes du Confeil
peuvent avoir donné cet avis en particu
lier ; mais il falloit peut- être éviter de fiire
naître l'idée que ce fût par délibération du
Confeil.
Agnès , au refte , eft plus célèbre que connue.
L'Hiftoire nous en apprend peu de chofe,
fi on doit appeler peu de chofe les deux traits
que nous avons rapportés , traits qui font fa
gloire & la matière de cet éloge. Il paroit
qu'on doit rapporter fa nailfance à l'année
1409 ; elle étoit d'une famille noble & ancienne
de la Province de Touraine ; fon père ,
Jean Sorel , étoit Seigneur de Saint - Géran &
de Fromenteau ; elle perdit fes parens étant
encore en bas - âge, & fut élevée par la Dame
de Mignelois , fa tante , qui avoit une fille du
même âge. Agnès maria celle ci dans la fuite
au Seigneur de Villequier ; mais fa coufine ,
plus jaloufe de fa faveur que touchée de fes
bienfaits , lui difpura le coeur du Roi par des
moyens coupables ; elle y employa l'intrigue ,
la calomnie , & jufqu'au crime de faux. Elle
fuppofa des lettres pour faire croire Agnès
infidelle ; la vérité , la beauté , la vertu triomphèrent
; & la Dame de Villequier , qui avoit
voulu enlever à Agnès fon amant , vit fon
propre mari fe ranger parmi les adorateurs de
cette fille cél bre , qu'on ne voyoit guères
fans l'aimer.
L'Auteur parle toujours du Duc & de la
128 MERCURE
%
Ducheffe de Villequier , comme fi ces titres
avoient appartemu alors à d'autres qu'aux
Princes du Sang & aux Pairs de la Couronne.
Le temps des érections des Duchés & des
Pairies , en faveur de fimples Gentilhommes ,
eft bien poſtérieur au temps dont il s'agit.
Agnès avoit été élevée à Fromenteau , dans
le voifinage de Chinon , où Charles VII tenoit
fa Cour. Le bruit de fa beauté avoit engagé
le Roi à l'aller voir. Il engagea fa tante à
l'envoyer à la Cour , où il la plaça auprès de
la Reine , en qualité de Fille d'Honneur. Ce
fur vers l'an 1426 ou 1427.
L'Auteur s'attache fur- tout à établir deux
chofes : l'une , qu'Agnès fe défendit long- tems
contre fon amant , & cet amant étoit fon Roi .
Toute fimple Demoifelle que je fuis , di-
» foit elle un jour au brave Poton de Xaintrailles
, vieil ami de fà Maifon , la con-
» quête du Roi ne fera pas facile ; je le révère
, & l'honore ; mais je ne crois pas que j'aie
» rien à démêler avec la Reine à ſon ſujet.
و د
ور
و د
ןכ
Ce langage , dit l'Orateur , n'eft point celui
d'une ame commune fans doute ; mais la
chûte eft quelquefois bien voifine du plus
beau langage.
""
Le fecond point qu'il établit , « eft que les
» amours du Roi n'eurent point un éclat capable
d'offenfer les moeurs publiques. Ce
qu'il y a de cerrain , c'eft que Charles eut
" onze enfans de la Reine pendant fa laifon
» avec Agnis , & que l'amour n'infulta point
334
DE FRANCE. 129
» à l'hyinen , en altérant l'union des deux
époux..
,
Agnès Sorel eut de Charles VII trois filles ,
dont l'aînée , Charlotte , qui époufa Jacques
de Brezé , Comte de Maulevrier , eut une
deftinée tragique ; fon mari l'ayant furpriſe.
en adultère , la poignarda ainfi que l'amant ,
qui étoit un homme attaché à fon fervice.
Marguerite , la feconde de fes filles , fut mariée
à Olivier de Coétivi , Seigneur de Taillebourg,
Jeanne , la troifième , à Antoine de
Beuil, Comte de Sancerre. Agnès Sorel eut
un frère qui fut fait Grand-Veneur ; & il eſt
à remarquer que ce ne fut qu'après la mort
d'Agnès ; ce qui prouve quel attachement le
Roi confervoit pour fa mémoire.
Charles avoit donné à Agnès le château de
Beauté- fur-Marne . Elle mourut en 1449 ou !
1450 , à quarante ans , étant encore , difent
les Hiftoriens , la plus belle perfonne de Fran
ce. On la crut empoifonnée ; on accufa la
Dame de Villequier , fa rivale , le Dauphin ,
depuis Louis XI , fon ennemi déclaré , qui ,
dans une querelle qu'il avoit eue avec elle ,
s'étoit emporté jufqu'à lui donner un foufflet ;
on foupçonna jufqu'à Jacques Coeur, fon
ami , qu'elle nomma fon exécuteur teftamentaire.
Elle fut enterrée dans l'Églife Collégiale
de Loches , dont elle avoit été la bienfaitrice.
Les Chanoines lui firent élever dans leur
choeur un maufolée. Lorfque Louis XI fut
fur le Trône , ils crurent , dit-on , lui faire
Fv
130
MERCURE
leur cour , en lui offrant de détruire ce monument.
Louis XI , Roi quelquefois jufte , lest
fit rougir d'une telle ingratitude envers une
femme qui les avoit comblés de bienfaits.
L'Auteur ne dit qu'un mot en pallant de
Jeanne d'Arc ; il a raifon : fon Héroïne eût
fouffert du parallèle ; elle eût fouffert fur- tout
du foupçon d'avoir contribué , par une jaloufie
politique , trop indigne d'elle , à l'indifférence
coupable avec laquelle Charles VII laiffa
périr miférablement cette brave Amazone :
La honte des Anglois & le foutien du trône,
Cet Éloge eft moitié hiftorique , moitié
oratoire ; l'Auteur a trop d'efprit & de goût
pour qu'il ne foit pas utile de l'avertir qu'il
faut laiffer aux petits Rhéteurs , aux faux enthoufiaftes
ces apoftrophes , ces exclamations ,
cer abus des figures pathétiques , toujours dé
placées , quand elles n'échappent pas , pour
ainfi dire , à un coeur profondément pallionné.
La maladie & le ridicule de notre ficle eft de
les prodiguer à froid dans les écrits qui s'y refufent
le plus , ce qui détruit tout naturel,
toute fimplicité , tout principe de goût. « Quels «
hommes , dit l'Auteur , ne fe féliciteroient
» pas d'écrire & de penfer comme les Sévignés
, les Deshoulières ou les Genlis ! » Il a
raifon ; auffi ne trouvera- t'il jamais dans ces
excellens modèles un feul trait de fauffe chaleur
ou de déclamation.
"
ןכ
DE FRANCE. 131
LETTRES à Émilie , fur la Mythologie ,
par M. de Mouftier. A Paris , chez Grangé ,
Imprimeur - Libraire , & chez les Marchands
de Nouveautés , br. in -8°.
CES Lettres font le fruit des lifirs d'un
jeune homme qui fe deftine au Barreau . L'Auteur
paroît s'être attaché à imiter la manière
de Chapelle & de Bachaumont ; mais il faut
convenir que fi la forme qu'il a donnée à fon
Ouvrage eft plus agréable que celle d'un Dic
tionnaire , elle eft auffi moins commode . Quoi
qu'il en foit , il a rempli fouvent d'une manière
heureufe le cadre qu'il a choift ; & s'il·
n'apprend rien de nouveau à fes Lecteurs , du
moins les amufe- t'il fouvent par fon efprit ,
par fa gaîté , & fur-tout par fa facilité. Un
Ouvrage de cette nature ne pouvant fouffrir
un extrait raifonné , nous nous bornerons àr
en citer quelques morceaux , fur lefquels nous
nous permettrons de courtes obfervations.
M. de Mouftier annonce des talens pour la
poéfie légère ; & s'il eft jufte d'encourager
fes difpofitions , il n'eft pas moins néceſſaire
de lui indiquer les écueils qu'il doit éviter , &
la marche qu'il doit fuivre pour mériter de
la réputation .
De toutes les Lettres qui compofent ce
Recueil , celle qui renferme l'Hiftoire d'Apollon
eft , fans contredit , la meilleure . « Je
» vais , dit l'Auteur , vous parler du fils de
T
F vj
132
MERCURE
و د
"
Latone , connu & adoré fous les noms
d'Apollon , de Phoebus & du Soleil .
Il en eft de ce Dieu comme de la beauté :
Sous mille noms divers qu'elle fe renouvelle ,
Qu'elle foit fur le trône cu dans l'obſcurité ,
On l'adore ; c'est toujours elle .
99
Apollon , dès fon enfance , fut préfenté à
» la Cour célefte. Jupiter le reconnut ; Junon
» même l'accueillit. Il fut ménager cette fa-
» veur , & devint le Dieu de la lumière.
Apollon conduifoit ce char ,
Qui du vafte fein d'Amphitrite ,
Lorfque je dois vous voir fort toujours un peu tard ,
Et lorfque je vous vois y retourne un peu vîte *
» Ce fut alors qu'il prit le nom de Phoebus ;
» mais bientôt , comme les courtifans heu-
» reux , ayant abufé de fon pouvoir , il fut
chaffe par cabale , rappelé par intrigue , &
devint fage par experience . Voici à queile
occafion .
ود
9.9
و د
Vous favez qu'Apollon eft le Dieu des
" Beaux Arts ; & c'eft pour cette raifon que
» la fable nous le reprefente fous la figure
» d'un jeune homme fans barbe.
Jupin eft vieux ; fon fils de la jeuneffe
Malgré le temps a confervé les traits :
Il faut obferver que ces Lettres font adreffées à
une Dile Émilie , jeune perfonne de quinze ou feize
ans , dont l'Auteur paroît fört épris.
DE FRANCE. 133
ور
ود
Les Rois , les Dieux ont connu la vieilleſſe ;
Les talens feuls ne vieilliffent jamais .
Apollon avoit inventé la Médecine. Efculape
, ſon élève & fon fils , exerçoit fur la
» terre cet art miraculeux dans fon principe .
Cependant cet Efculape , malgré fa ſcience
» divine, auroit affez mal figuré parmi nos
» Docteurs modernes.
و ر
"
"
و د
Il ne marchoit point eſcorté
D'un lefte & brillant équipage ;
Il igroroit le doux langage
Des beaux fils de la Faculté.
Il parloit fans point , fans virgule ;
On comprenoit ce qu'il diſoit ;
Et , pour comble de ridicule ,
Prefque toujours il guéritoit.
Il fit plus , il reffufcita les morts , mais ces
prodiges lui coutèrent la vie , & c.
L'Auteur raconte enfuite comment les
plaintes de Vulcain & les follicitations de
Vénus firent bannir Apollon de l'Olympe ,
& comment le fils de Latone , dépouillé de
fa grandeur , fut réduit à garder les troupeaux
d'Admète. Il trouva , dit- il , dans cette vie
douce & tranquille , le bonheur qu'il cherchoit
en vain à la Cour célefte.
Sur l'émail de ces prés , où dès le point du jour,
Il menoit fes troupeaux ; dans le fein de l'étude
Il fut cultiver tour - à -tour
134
MERCURE
Son génie & fon coeur . Les Beaux Arts & l'Amour
Sont enfans da Loifir & de la Solitude.
Ces derniers vers ne font pas , à beaucoup
près , autli bien tournés que ceux que nous
avons précédemment cités . D'ailleurs , s'il eft
vrai quelquefois que l'Amour fe plaife dans
la folitude , il ne left jamais qu'il en foit l'enfant
; & l'Auteur qui , en écrivant fur la Mythologie
, avoit sûrement le fecret de la naif- .
fance de ce Dieu , à fans doute eu tort de lui
donner une pareille origine : & puis le Génie
& le Coeur , les Beaux- Arts & l'Amour, le
Ioifir & la Solitude , marchant deux par
deux , accouplés par une conjonction dans le
cours de deux vers , forment une cacophonie
que le bon goût doit proferire,
a
M. de Mouftier mérite peu de reproches
de cette nature : les citations que nous avons
faites avant celle- ci , prouvent que fon ftyle
joint à la facilite , dela grace & de la correction
; ce que nous allons extraire de la dixième
Lettre , qui contient l'hiftoire de Latone , an
nonce dans l'Auteur ces qualités d'ame , de
douceur & de fenfibilité qui rendent un homme
recommandable aux yeux de la fociété.
" Junon irritée , fufcite contre Latone le
ود
ferpent Python : arrivée au bord de la mer ,
» l'infortumée ne pouvoit plus échapper aux
» pourfuitesdu monftre. L'ile de Délos flotte
» vers elle , la reçoit & s'éloigne du rivage.
» Mais Latone fe trouve feule dans cet afyle.
Aux malheureux la folitade eft chere ;
ود
DE FRANCE. 135
-
Elle eft pour eux l'afy'e du bonheur.
Mais au moment fatal où la dou'cur ,
Des fruits d'Hymen funefte avant-courrière ,
Vient aveitir la beauté qu'elle eſt mère
Dans ce moment plein d'amour & d'horreurs ,
Qu'il eft cruel de n'avoir , fur la terre ,
Pas une main pour elfuyer fes pleurs !
Ces vers ont un certain charme qui attache
, qui émeut le coeur , & qui fait abfolument
oublier les petites négligences qu'on y
pourroit remarquer. Un trait d'ame de cette
efpèce nous paroît fupérieur à un millier de
traits d'efprit. Ce que nous venons de dire ne
fauroit être confidéré comme un moyen adroit
de loner M. de Moufdier, car cet Écrivain annonce
autant de fineffe dans l'efprit, que de dé
licateffe dans la manière de fentir & de penfer.
A
L'étude de la Mythologie n'eſt certainement
pas une école de fageffe ; les aventures
qu'elle fait connoître font rarement des exemples
de vertu. Il eft donc fort dificile de les
faire paffer fous les yeux d'une jeune perfonne
de quinze ou feize ans , fans effarcucher la
pudeur , fur tout quand on fe permet d'y
ajouter quelques réflexions ; c'eft néanmoins
à quoi M. de Mouflier a fouvent réufli. En
voici un exemple. Il raconte dans la fixième
Lettre que « Junon , jaloufe de ce que Jupiter
» avoit feul enfanté Minerve , confulta la
» Déeffe Flore fur le moyen d'en faire autant..
" Ceile - ci lui montra une fleur , dont le fim-
"
ple attouchement devoit effectuer fon pro136
MERCURE
t
» jet. Junon la toucha , & Mars vint au
» monde. » Et puis il ajoute :
Il exifte encore une fleur
Qui renouvelle ce prodige.
Dès que l'Hymen la touche , auffitôt elle meurt ;
Mais on voit naître de la tige
Une Grâce enfantine aux yeux tendres & doux ,
Ou bien un jeune Amour fans carquois & fans aîles.
Ainfi les defcendans des Héros & des Belles ,
De fleur en fleur font venus jufqu'à nous.
L'idée que renferme cette plaifanterie eft
gazée avec autant d'adreffe que de grâce ; elle
annonce un elprit fouple , délicat & fufceptible
de fe prêter au ton galant , fans être
libre & fans fortir des bienféances . Authi n'eftce
pas fans une furprife affez forte que nous
avons lu les vers fuivans , qui commencent
la huitième Lettre :
Que l'on me donne à garder un tréfor ,
J'en répondrai. . .
Mais que l'on mette à l'ombre de mon atle ,
Jeune beauté modeſte en fon maintien ,
Dont la voix tremble , & dont l'oeil étincelle ,
En m'enjoignant dè la rendre. … … …… .
Nefcio vos , je ne réponds de rien .
Le ton de cette plaifanterie contrafte fi
fort avec la couleur de celles que l'Auteur s'eft
permifes dans le cours de fon Cuvrage , que
nous ne balançons point à dire que nous en
avons été choqués , & avec de la réflexion ,
DE FRANCE. 137
l'Auteur lui- même n'en fera pas étonné. Nous
n'avons pas été plus fatisfaits de voir M. de
Mouftier prendre le ftyle de la fatyre pour
s'élever contre les Critiques ; il en eft de malhonnêtes
, de méchans , & tant pis ; mais il
faut les plaindre au-lieu de chercher à réveiller
leur injuftice ; d'ailleurs , il y a de l'humeur ,
ou au moins de la légèreté dans ces vers :
Nos Ariftarques ,
Ridicules pédans érigés en Monarques ,
Dont la plume va diftillant
Un fel amer fur le talent , &e.
Ce ton âcre annonceroit un homme qui
auroit ou qui craindroit d'avoir à fe plaindre
des Critiques ; il ne convient point à M. de
Moultier , qui fans doute a befoin de confeils ,
mais dont le talent eft fait pour être encouragé.
Malgré ces réflexions , malgré les taches
que nous avons indiquées , qu'il feroit aifé de
faire difparoître , & quelques autres que l'Auteur
appercevra aifément en relifant fon Ouvrage
, nous le répéterons avec plaifir , il y a
dans ces Lettres de l'efprit , des idées fraîches
& riantes ; peut- être trop de jeux de mots ,
mais toujours une grande facilité. Que l'Auteur
fe défie de ce malheureux avantage ;
qu'il apprenne à faire difficilement des vers
faciles , & nous croyons pouvoir affurer que
le fruit de fes prochaines vacances lui affurera
un fuccès plus brillant & plus durable que
celui qu'il peut attendre de ce premier effai .
( Cet Article eft de M. de Charnois . )
138 MERCURE
RECUEIL de procédés & d'expériences fur
les Teintures folides que nos végétaux indigènes
comuniquent aux laines & lainages
; par M. Dambourney , Négociant à
Rouen , Membre de diveries Academies &
Sociétés , in & . imprimé par ordre du Gou
vernement , chez Ph.-D. Pierres , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques.
La teinture eft un des objets qui intéreffent
le plus nos manufactures de laines & de,
foies. Leur fuccès eft dû à cet art porté de
bonne heure en France à un grand degré de
fupériorité. Si les laines & foles étrangères
offrent quelquefois une main d'oeuvre fupérieure
à la nêtre , Pecat & la variété de nos
couleurs ont toujours compenfe cet avantage,
& obtenu la préférence à nos draps & à nos
étoffes. Mais les moyens d'un art qui leur
eft fi important, ont dépendu jufqu'à préfent
d'un grand nombre de productions qui n'appartiennent
pas à notre fol . Nos poffetlions
américaines nous en founiffent quelquesunes
; mais les bois de Campêche de Brefil,
&c, font entre les mains des Efpagnols &
des Portugais . Nous ne récoltons pas meme
tout l'ingo que nous ea ployons , & fouvent
la guerre fait rencherir celles de ces productions
que nous cultivons dans nos Ifles . C'étoit
donc un grand fervico à rendre à nos manufactures,
& une richelie de plus à ajouter
DE FRANCE. 139
à nos richeffes territoriales , que de mettre
l'induftrie nationale en état de fe paífer de
ces productions étrangères. C'étoit faire pencher
encore plus en notre faveur la balance
du commerce , qui doit toujours tendre , pour
obtenir le même effet, à donner le moins pour
recevoir le plus . Ce font ces confidérations
qui ont engagé le gouvernement à faire inprimer
les nombreufes expériences de M.
Dambourney fur nos plantes indigènes , &
fur celles exotiques que nous avons naturalifées.
M. Dambourney annonce dans un avertillement
que c'eft l'ouvrage de M. le Pileur,
fur les moyens de perfectionner l'art de la
teinture , qui lui fit concevoir l'efpoir de mul
tiplier nos ingrédiens colorans , en les cherchant
parmi nos végétaux indigènes. Il ajoute
avec la même modeftie qu'il étoit arrêté par
la difficulté de fixer la fugacité de leurs fécules
, & qu'il doit le procédé qui lui a fait
obtenir cet effet précieux , à feu M. de la
Folie. M. Dambourney étoit fait pour trouver
ce procédé qu'il a perfectionné , & dont il
cède entièrement la gloire à fon ami . Mais le
fentiment de l'amour des fciences & du bien
public ne calcule pas comme celui de l'amourpropre.
M. Dambourney donne la compofition
du mordant de M. de la Folie , avec les
modifications & augmentations que fes lumières
& fes expériences l'ont mis à même
d'y ajouter. Il préfente enfuite dans un ordre
alphabétique le nom françois & latin des dif
140
MERCURE
>
férens végétaux fur lefquels il a opéré , & les
réfultats qu'il en a obtenus en laines teintes.
Ces expériences font au nombre de plus de
neuf cens. Les plantes les plus communes
celles que l'on arrache de nos champs , les
arbres des buiffons , des forêts , ceux qui décorent
nos jardins , lui ont fourni 'des couleurs
qui réfiftent prefque toutes aux épreuves
du favon & du vinaigre. Ces couleurs ont
encore l'avantage , prefque impoffible à obtenir
, lorfqu'elles font le produit du mélange
de fubftances diverfes , de réfifter à l'action
de l'air & du foleil ; parce que les atômes
colorans extraits des plantes , étant homo- .
gènes & déjà combinés par la nature , ne
s'altèrent qu'à la longue , & feulement par
une dégradation égale. Les couleurs , au contraire,
qui font le produit des différens mélanges
, offrent dans les draps ces fortes de
rayes ou de dégradations fur leurs partics
expofées à l'air & au foleil , que nos fabriquans
appellent Bringures.
Nous ne fuivrons pas M. Dambourney
dans fes nombreufes expériences fur tous nos
végétaux. Nous nous bornerons à préſenter ,
parmi ceux que lui ont donné les plantes les
plus négligées , le réfultat que lui a fourni la
paille de farrafin ( Polygonum fagopyrum. )
Cette paille bouillie a donné à la laine , préparée
par le mordant , une belle couleur aurore
, tranfparente & très- folide. Si les reftes
d'une plante fi commune ont procuré à M.
Dambourney un refultat auffi heureux , les
DE FRANCE. 141
propriétés territoriales d'un arbre qui fait l'ornement
de nos parcs , le Peuplier d'Italie ,
(Populus pyramidalis , ) ont encore mieux
récompenfe fes foins. L'écorce de ce bois lui
a procuré un très- beau jaune doré. Ce bois ,
écorché & haché , lui a donné une couleur
noifette de Nankin ou de mufc ; enfin il a
obtenu de fes brindilles en jeunes feuilles un
très- beaujaune jonquille . Combien ces riches
propriétés n'ajoutent- elles pas au prix d'un
arbre déjà fi avantageux par l'agrément qu'il
offre à la vue , & par l'utilité dont il eft dans
nos conftructions ! M. Dambourney lui a encore
reconnu cette propriété qu'il a trouvée
au bouleau , d'aviver les couleurs que l'on obtient
du Fernambouc & du Campêche , &
celle de fixer les parties colorantes fi fugitives
de ces bois , dont on fait un fi grand ufage
dans nos territoires . Nous citerons encore
le réſultat que M. Dambourney a obtenu de
la bourdaine ( Rhammus frangula ) , parce
que le produit des baies mûres de ce petit arbriffeau
, fi commun dans nos bois , eft devenu
une forte d'hommage , pris dans la chofe
même, que les amateurs ont rendu à M.
Dambourney, en nommant cette couleur,
Prune d'oiffel, du nom du village où eſt ſituée
la maison de campagne qui lui fert de laboratoire.
L'honneur qu'il vient de recevoir
de la Chambre du Commerce de Rouen ,
préfidée par M. de Villedeuil , Intendant de
cette ville , eft encore plus éclatant. Il a décerné
à ce citoyen , fi recommandable par
142
MERCURE
P'utilité de fes travaux , une médaille d'or ;
& cette espèce de couronne civique eft le
tribut d'une reconnoiffance qu'avoit déjà méritée
M. Dambourney par fes excellens mémoires
fur la garence , ouvrage qui a propagé
dans la Province de Normandie la culture
d'une plante fi néceflaire à fes nombreuſes
manufactures.
ANNONCES ET NOTICES.
C
ARTE de la Ride nouvelle de Cherbourg , levée
par M. l'Abbé Griel , rédigée par M. Moithey , Ingénieur
Géographe du Roi. A Paris , chez Crey ,
ruc Saint Jacques , près ceile de la Parcheminerie.
Prix , 1 liv. 10 fols.
Cerre Carte eft la plus exacte de toutes celles qui
ont paru jufqu'à préfent . L'Ifle Peléé eft à la vraie
pofition , c'est-à dire , au Nord- Eft de Cherbourg ,
au lieu de Nord Oueſt qui eft défigné dans les autres
Cartes. Il eft fingulier que les Géographes
n'aient point relevé cette erreur , qui pourroit ſe
propager. Cette obfervation eft de M. Mouley .
TABLE Tachygraphique , ou Moyen d'apprendre
de foi même à écrire auffi vite qu'on parle , per M..
Coulon de Thévenor , ancien hôtel de Brégy , rug
des Mauvais - Garçons Saint- Jean. Prix , 6 liv..
Cette Table fera accompagnée d'un Cahier in-
8. de vingt quatre pages écrit tachygraphiquement.,
En affranchiffant par la pofte le port des lettres &
1
DE FRANCE. 143
de l'argent , on recevra par la même voie cet
Ouvrage.
MAANUEL propre à MM. les Curés , Vicaires ou
Eccléfiaftiques chargés de la partie du Mariage ,
pourfe condui e conformément aux Ordonnances , u
Royaume , &c. &c , par M. l'Abbé Thuet, Prét e
du Diocèfe de Noyon , & premier Vicaire de Saint
Médard de Paris , feconde Edition , revue , corrigée
& principalement augmentée des Empêchomens Dirimens
, in- 8°. de 120 pages . Prix , 2 liv . § fols. A
Paris , chez l'Auteur , au Vicariat de Saint Médard ,
rue d'Orléans , Fauxbourg Saint Marcel,
RECHERCHES fur les moyens de prévenir la
petite Vérole naturelle , & procédés d'une S ciété
établie à Chester pour cet objet , & pour rendre
l'Incculation générale , traduites de l'Anglois de M.
Hay Gurth , DM , par M. de la Roche , Médecin
de Mgr. le Duc d'Orléans & da Régiment des
Gardes Sales , Membr . da Collége de Médecine de
Genève , &c. , un Volume in - 8 ° . Prix , 2 liv, 10 fols
broché, & 2 liv. 15 fols rebé franc de port par la
fofte. A Paris , chez Buiſſon , Libraire , rue des Poi
revins , hôtel de Mafgrigny.
L'EXPÉDITION de Cyrus , ou la Retraite des
Dix Mille , Ouvrage traduit du Grec de Xénophon,
par M. le Comte de la Luzerne , Lieutenant
Général des Armées du Roi . & Gouverneur géné
ral des Ifles fous le Vent , troisième Edition , revue ,
corrigée & augmentée , en 2 Vol . in 12. A Paris ,
chez L. Cellot , Imprimeur Libraire , rue des grands
Auguftins.
Plufieurs Éditions atteftent le fuccès de cer Quvrage
eftimable.
44
MERCURE .
JOURNAL de Violon , dédié aux Amateurs , pour
deux Violons ou Violoncelles , Numéro 10. Prix,
féparément 2 liv . Abonnement 15 & 18 liv . On
foufcrit à Paris , chez l'Auteur , M. Bornet l'aîné ,
Profeffeur de Musique & de Violon , rue Tiquetonne
, n°. 10.
Faute à corriger.
No. 38 , page 186 , article de la Brochure fur le
Bureau Typographique , ligne 4 , 12 liv. , lifez:
12 fols.
Nota . Les Tomes III & IV des Voyages de M. de
Sauffure , dans les Alpes , fe trouvent aufli chez
Buiffon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevihs.
TABLE.
VERS pour la Fête de M*** gère ,
B**
A Mlle Alexandre ,
puy des- Iflets ,
τος
97 Hiftoire de la Religion , 114
98 Alexandrine de Ba** 12T
125
137
Epitre à M. le Chevalier Du- Eloge d'Agnès Sorel ,
99 Lettre à Emilie,
Recueil de procédés & d'expé- Le Petit Prince & les Petits
101
Bons Hommes de Pain d'épice
, Fable ,
Charade, Enigme & Logo
gryphe , 102
riences fur les Teintures
folides que nos végétaux indigènes
communiquent aux
laines & lainages , 138
Mélanges de Littérature Etran- | Annonces & Notices , 142
J'Ariu .
APPROBATION.
par 'ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Octob. 1736. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 19 Octobre. 1986. GUIDI.
-SAUVESNO
SUPPLEMENT
AU MERCURE
*
HISTOIRE NATURELLE de M. le Comte DE
BUFFON. Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le
fond de l'Hiftoire naturelle étant compofe d'éditions
anciennes & nouvelles , nous croyons faire
plaifir au Public de lui préfenter le tableau de
tout ce qui en compofe les différentes parties .
201
ab
LA première édition de l'Hiftoire naturelle ,
comprenant la Théorie de la Terre , l'Histoire
générale des Animaux , celle de l'Hommes &
Cation.
* Cette Feuille de Supplément eft deſtinée à la publi
tion des Profpectus & Avis particuliers de la Librairie,
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais le trouveront confiderablement\/ diminués ; une
partie de la compofition , du tirage , du pliage , &c. de- .
venant une dépenfe commune , pour chacun d'eux ,
La partie littéraire du Mercure n'étant compofée que de
deux feuilles , on ne pouvait auffi y parler que très- impar
faitement des Ouvrages concernant les Sciences & las Arts,
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
J
On doit s'adreffer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payements Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv .
4 pages 84 liv , & Outre le prix ci - deffus , on doit
donner aauu Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livre
Bouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém, N°.42. 21 Octobre 1786. *
( 2 )
Hiftoire particulière des Animaux quadrupèdes
, par MM. DE BUFFON & DAUBENTON
a été imprimée in-4° & in- 12 à l'Imprimerie
Royale.
Les quinze Volumes in-4° . font ornés de cinq
cent cinquante Planches ; leur prix en blanc
eft de 225 liv. & de 255 liv : reliés: ”
Le même Ouvrage , trente-un Volumes in-12 .
avec le même nombre de Planches , eft , de
80 liv . en blanc , & 104 liv. reliés.
Les Volumes in-4 féparés fe vendent 15 liv.
en blanc , & 17 liv. reliés.
Les Volumes in- 12 féparés fe vendent 3 liv. en
blanc , & 3 liv . 12 f. reliés.
2,&3 liv.
J
1302
M. le Comte DE BUFFON a donné fix Volumes
de Supplémens in- 4°. à la fuite de ces
quinze premiers Volumes .
Les deux premiers Volumes de ces Supplémens
contiennent le Traité des Elemens , Introduc
tion à l'Hiftoire des Minéraux & des Végétaux ,
la Partie expérimentale & la Partie hypothétique
fur les progrès de la chaleur la température
des Planètes.
21
Le troifième Volume contient l'Hiftoire & la .
Defcription des Animaux quadrupèdes , qui font
parvenus à la connoiffance de M. le Comte
DE BUFFON , depuis l'impreffion des quinze
premiers Volumes ; & ce troifième Volume
eft orné de foixante - cinq Planches de nouveaux
Animaux quadrupèdes.
Le quatrième Volume de ces Supplémens contient
un grand nombre d'Additions à l'Hiftoire
naturelle de l'Homme, & les Difcours de M. le
Comte DE BUFFON à l'Académie Françaife ,
fes Effais d'Arithmétique morale , & fes Tables
de probabilité fur la durée de la vie. 3 angác
Le cinquième Volume contient le Traité des
( 3 )
"
Epoques de la Nature , & des Additions importantes
à la Théorie de la Terre , avec une
- Carte Géographique très- intéreffante , fur les
Glaces des deux régions polaires .
Le fixième Volume contient la fuite de l'Hiftoire
& de la Defcription des Animaux quadru
pèdes & ce fixième Volume eft orné de 49
Planches de nouveaux Animaux quadrupèdes.
Ces fix Volumes de Supplémens in-4° . fe vendent
, comme les autres , 15 liv. en blanc , 15
liv. 10 f. brochés , & 17 liv. reliés.
Ces mêmes Supplémens , en douze Volumes
in-12 , fe vendent 3 liv . le Volume en blanc
& 3 liv. 12 f. reliés .
Nota. Ces Supplémens , tant in-4° . qu'in- 12 , font la
fuite des quinze Volumes in - 4 ° . & des trente- un Volumes
in- 12; & comme on a fait en 769 une édition en treize Vol .
in-1 de l'Hiftoire naturelle de M. DE BUFFON , féparée
de la partie de M. DAUBENTON , les douze Volumes in-12
de Supplémens fervent auffi de fuite à ces treize Volumes
in- 12 ; ce qui fait en tout vingt - cinq Volumes in- 12 qui
comprennent l'Ouvrage entier de M. DE BUFFON , fur ces
parties de l'Hiftoire naturelle .
HISTOIRE NATURELLE des Minéraux , in -4° :
Tom. I , II , III , IV. Prix 15 1. en blanc , 15 1 .
10 f. broché , 17 liv. relié , chaque Volume.
Ces quatre Volumes fervent de fuite , tant à
l'édition in-4° . avec la partie Anatomique , qu'à
celle fans cette même partie Anatomique , fous
le titre d'Euvres complettes..T
Le même Ouvrage , en huit Vol. in- 12. Prix
3 liv. blanc ou broche, & 3 liv. 12 f. relié ,
1 chaque Volume.
Ces huit Volumes fervent de fuite à toutes
fes éditions in- 12.
Ces mêmes Ouvrages font nouvellement impris
( (4 )
més in 4°. fous le titre d'Euvres complettes de.
M. le Comte de BUFFON , ornées du portrait
de l'Auteur , & de près de quatre cents Planches.
Les onze premiers Volumes de cette nouvelle
édition , qui eft très- belle , font actuellement
en vente. Prix 15 liv, en blanc , 15 liv. of
broché, 17 liv. relié , chaque Volume.
Les Tomes VIII , IX , X & XI , qui forment
les II , III , IV & V des Quadrupedes dans
cette édition , font de 21 1. en blanc , 2111.10 f.
br. & de 24 liv. rel. On a été obligé d'augmenter
le prix de ces Volumes , à caufe de la
grande quantité de Figures qu'ils contiennent,
Les Tomes XII & fuivans feront imprimés eette
année & les années prochaines 1787 & 1788.
On a auffi imprimé , dans le format in- 12 , ces
Euvres complettes de M. le Comte DE BUFFON,
avec le même nombre de Gravures que dans
l'édition in-4° . , toutes refaites à neuf avec
le portrait de l'Auteur.
t
1
Les quatorze premiers Volumes de cette nouvelle
édition in- 12 , comprennent la Théorie
de la Terre , l'Hiftoire de l'Homme , avec les
Supplémens ; les Volumes fuivans contienment
l'Hiftoire des Animaux quadrupedes , &
5 on y a joint les Supplémens à mesure qu'ils
ont paru : le tout forme vingt- cinq Volumes
in- 12 , qui fe vendent au même prix que les
précédens ; les vingt- cinq Volumes en blanc,
75 liv. reliés 90 liv.
L'HISTOIRE DES OISEAUX , par MM. DE
BUFFON & GUENEAU DE MONTBÉLIARD
eft actuellement complette en neuf Volumes
in-4°. ; ces Volumes ſe vendent au même prix
que les précédens.
On a imprimé auffi cette même Hiftoire des
(( 5))
Oifeaux en dix - huit Volumes in- 12 ; & le
prix de ces in- 12 eft le même que celui des
in- 12 précédens : ils font ornés , comme l'in-
4º . , d'un grand nombre de Planches, gravéesen
noir.
Mais comme les couleurs font , dans les Oifeaux
, les caractères les plus frappans , M.
le Comte DE BUFFON a fait faire mille huit
Planches gravées pour être enluminées , en
grand & petit papier ; & l'on a imprimé
cette même Hiftoire des Oifeaux en grand &
petit in-folio , pour accompagner les Planches
enluminées.
•
Chaque Planche en grand papier fe vend 20 f.
& 12. f. 6 d. en petit papier.
Et chaque Volume de difcours imprimé en grand
in-folio , avec des encadrures , fe vend 30 liv.
broché 31 liv. 10 f. , & le petit in -folio 24 liv.
en feuilles .
Les Planches enluminées , dont il a paru quarante-
deux Cahiers de vingt-quatre Planches
chacun , font achevées & complettées en entier.
Il y a donc en tout mille huit Planches
enluminées , dont il n'y en a que trente - cinq
qui repréfentent des Infectes : toutes les autres
, au nombre de neuf cent foixante - treize ,
repréfentent toutes les espèces d'Oifeaux avec
leurs couleurs c'eft la plus belle & la plus
grande Collection qui ait jamais été faite en
ce genre.
DÉTAIL du prix de chaque Volume in- folio ,
avec les Planches enluminées.
Le Tome I , avec foixante- quinze Planches enluminées
, en blanc 70 liv. 17 f. , broché 73 liv.
7.1.
Le Tome II , avec cinquante- trois Planches en-
* iij
'( 6 )
luminés , broché 60 liv. 2 f. , en blanc 57 lv.
2 f.
Le Tome III , avec quatre- vingt - dix - huit Planches
enluminées , broché 88 liv. 5 f. , en blanc
85 liv . 5 f.
Le Tome IV , avec quatre -vingt - dix- fept Planches
enluminées , broché 87 liv. 12 f. , en blanc
84 liv. 12f.
Le Tome V , avec quatre-vingt- dix - huit Planches
enluminées , broché 88 liv. 5 f. , en blanc
85 liv . 5. f.
Le Tome VI , avec cent deux Planches enluminées
, broché 90 liv. 15. f. , en blanc 87 liv.
15 f.
Le Tome VII , avec cent quarante-deux Planches
enluminées , broché 115 liv . 15 1. , en blanc
112 liv. 15 f.
Le Tome VIII , avec cent quarante Planches
enluminées , broché 114 liv. 10 f,, en blanc 111
10.f.
Le Tome IX , avec cent neuf Planches enluminées
, broché 95 liv . 3 f. , en blanc 92 liv.
3 f.
Le Tome X & dernier , avec cinquante - neuf
Planches enluminées , broché 63 liv. 18 f. , en
blanc 60 liv . 18. f.
Premier à vingt - feptième Cahier des Animaux
quadrupèdes , imprimés en couleur , compofés
chacun de douze Planches. Chaque Cahier
7 liv. 4 f.
Ces Cahiers de Planches , des Animaux quadrupèdes
, imprimées en couleur , font particulièrement
deftinés pour l'édition in-4°. des OEuvres
complettes de M. DE BUFFON. Ceux qui ont
acquis la grande édition de l'Hiftoire naturelle
en quinze Volumes in-4° , par MM. DE BUFFON
& DAUBENTON , peuvent également fe les procurer,
M. & Madame REGNAULT , connus par
une fuite de Planches imprimées en couleur ,
de Végétaux , fe font chargés de l'impreffion de
ces quadrupedes. On publiera encore trois Ca
hiers ; ce qui complétera cette Collection .
Lu & approuvé le 16 Octobre 1786. NYON l'aîné , Adjoint.
NOUVELLE COMPOSITION D'ENCRE
PORTATIVE , EN TABLETTES , DU
SIEUR SALMON , Marchand Papetier ,
au Porte-feuille Anglais , rue Dauphine ,
No. 26 vis- à-vis celle d'Anjou , tenant
la feule Manufacturé d'Encre à Paris
approuvée par l'Académie Royale des
Sciences.
LA néceflité indifpenfable d'Encre pour
les perfonnes qui voyagent , a fait jufqu'à
préfent rechercher les moyens les plus commodes
pour en emporter facilement ; mais
il en refulte toujours quelque danger. La
difficulté d'en trouver de bonne dans les
Provinces & autres endroits plus ou moins
éloignés , eft ce qui a invité le Sieur SALMON
à compofer ces Tablettes , qui réuniſſent
à l'avantage de s'emporter facilement ,
le
mérite effentiel de procurer fur le champ
uné Encre de la première qualité , laiffant
aux perfonnes qui en font ufage , le moyen
de pouvoir lui donner la nuance plus ou
moins foncée , fuivant celle préfè- qu'ils
rent.
"P
La manière de l'employer eft aufli
* iv
( 8 )
prompte que facile , & le fuccès eft vévis
dent , par les préparations qu'ont reçues
toutes les drogues qui la compofent , avant
d'y être incorporées , ce qui les purifie
& les difpofe à donner une Encre parfaire
, telle que celle de première qualité
que le Sieur SALMON débite en bouteilles
avec le plus grand fuccès , dont les bonnes
qualités dui ont mérité l'approbation de
l'Académie Royale des Sciences , qui conftates
qu'elle eft en tour fupérieure à toutes
celles dont on a fair uſage jufqu'à préfent.
Encre en bouteille , les meilleures qualités
font la double & la luifante.
20b slove
700
NOUVEAUX Cornets en cristal , fermans
vog vron hokmériquement. ):
La difficulté de pouvoir former les Cornets
en criſtal , fans aucune fuite d'Encre
était le feul motif qui empêchait d'en faire
ufage , quoiqu'ils foient les feuls qui puif
fent contenif & conferver l'Encre dans la
bonne qualité,
Ces nouveaux Cornets réuniffent en eux,
tout ce que l'on peut défirer à cet égard ,
fermant bien hermétiquement , contenant
& confervant parfaitement l'Encre fans la
fécher ; ils peuvent être tranfportés fans
crainte qu'ils fuyent , & ont de plus fagrément
de pouvoir le nettoyer facilement ,
promptement , & fans aucun embarras . Le
moyen eft auffi fimple que facile : il fuffit
VI
( و
de paffer dedans un peu d'eau- feconde ,
elle nettoie l'Encre entièrement , & enlève
celle même qui y ferait féchée , fans faire
aucun tort au Cornet , qu'elle rend comme
neuf. Leurs proportions font de dix- huit
lignes carrées , fur dix- neuf à vingt lignes
de haut , y compris la fermeture .
Ils ont été foufflés dans les moules que
ledit Sieur SALMON a fait exécuter , d'après
les modèles qu'il en a donnés , & peuvent
remplacer dans les Porte- feuilles à. Ecritoires
, Pupitres , Secrétaires , Néceffaires ,
& autres Ecritoires portatives , ceux en métail
, où l'Encre , en fe décompofant , ronge
& corrode les foudures , fans qu'il foit
poffible de remédier à tous ces inconvéniens.
L'on trouvera de même chez le Sieur
SALMON , des Porte-feuilles , Ecritoires &
Pupitres garnis de ces mêmes Cornets , &
autres de toutes grandeurs .
NOTE détaillée des Marchandifes qui fe trouvent
chez le Sieur SALMON , Marchand Papetier , au
Porte -feuille Anglais , rue Dauphine , Nº. 26,
à Paris.
PAPIER à lettres , d'Hollande , de toutes gran
deurs , doré für tranche , & non doré .
Idem , A billets , avec ou fans enveloppe.
Papier vélin à lettres , & autres grands pour
le Deffin.
La beauté régulière de ce Papier faifant allufion à
la peau dont il porte le nom , la préférence que
( 10 )
MM. les Artiftes lui accordent , prouvent affer
combienfa qualite eft fupérieure à tous les autres,
fans qu'ilfoit poffible d'ajouter , par aucun apprêt
, folt pour l'Ecriture , foit pour le Deffin.
Id. Autres à lettres , de toutes grandeurs &
qualités.
Id. A lettres & à vignettes.
Id. Grands , d'Hollande & vélin pour
les
plans , de vingt- cinq pouces
de haut , fur
trente
-fept de Tong .
Id. Autre de Chine , de cinq pieds cinq pouces
de long , fur trois pieds de large .
Id. Bleu , pour le paſtel.
Id. Autres gris.
Id. Huilé & verni , pour calquer.
Id. Autres vernis , pour les pièces d'Ecritures,
Id. Autres réglés , pour la Mufique.
Papier glacé , doré , pour lettres .
Id. Brouillard , glacé , pour le vifage.
ECRITOIRES en pupitres , de Bureau , & en
porte- feuilles.
Id. Autres en forme de livre , avec néceffaire.>
Id. Autres en criftal , à pompe afpirale .
Id. Autres en argent plaqué , cornets en cristal.
Id. Autres en tôle vernie & en nacelle.
Id. Autres avec bougeoir.
Id. Autres à cylindre.
Id. En plateau , avec ou fans tiroir.
Id. Autres de poche , en
cuir poli ,
Id. En maroquin ,
Et de valife ,
Cornets en criftal.
EPONGES fuperfines de Venife , & autres.
ENVELOPPES blanches pour tous les formats
de papiers à lettres & à billets .
Id. Autres de toutes grandeurs , garnies.
Billets du matin à vignettes & paillettes.
Id. Bordés , de toutes couleurs.
Papier brodé en noir , pour le deuil.
Gomme élastique, pour effacer le crayon.
Et Colle à bouche.
Mine de plomb d'Angleterre."
Crayons Anglais , à couliffe & fans couliffe ,
première qualité..
Et autres à deux couliffes , rouges & noirs ...
Boîtes de crayons de pastel , de 6 , 12 & 24
livres la boîte.
Canifs Anglais , à quatre lames , & autres.
Canifs à plufieurs lames , à pouffoir , & de Bu-
<
reau .
وا
Cire d'Efpagne à Graveur , première qualité .
Id. Autres de toutes couleurs , telles que rouge,
"noire & brillante , boue de Paris , bronzée
dorée , jaune & verte , piftache , puce , prune ,
tranfparente , carmelite , cramoifie , &c.
Les mêmes avec odeurs , telles qu'à la bergamotte
, cédra , citron , vanille , pot pourri
& tubérenfe , à la lavande , ambrée , mufquée
,.au jafmin , &c.
L'on trouvera des boîtes de cire , contenant
toutes les couleurs , dites à la Poulette.
Petites Preffes pour cacheter , dites Chancelières .
Grands Porte - feuilles à fouffet.
Ces Porte-feuilles peuvent contenir une très-grande
quantité de papiers , s'ouvrent ou fe ferment à
raifon du plus ou du moins. Ils renferment plu
fieurs féparations , afin de pouvoir divifer les
objets .
Id. Autres avec douze féparations , pour échéances.
Porte- feuilles rabattans.
Ces Porte-feuilles font très - recherchés pour les
voyages , en ce qu'ils réuniffent à l'écritoire un
emplacement aflex confiderable pour renfermer
les papiers fous une feule & même clef.
"
vj
( 14 )
AGENDA ANTI-SIPHILLITIQUE , pour connaître
& bien guérir les , Maladies vénériennes fans équivoque
& fans violence ; Maladies d'autant plus
fâcheufes , qu'elles font très-étendues aujourd'hui ,
fouvent cachées , méconnues , ou mal guéries , &
par cela même exiftantes à l'infçu des perfonnes
qu'elles affectent , notamment dans le mariage ;
avec une digreffion-pratique fur quelques - unes de
ces Maladies , dont la guérifon eft en général
difficile , pénible , & mal entendue par tous les
traitemens ordinaires , Par M. ANDRIEU , Docteur
en Médecine & en Chirugie de l'Univerfité
de Montpellier.
Mulum egerunt qui ante nos
fuerunt ,fed non peregerunt.
A Paris , 1786 , chez l'Auteur , Quai de la Mégifferie
, porte cochère attenant l'Arche Marion
; & chez MORIN Libraire , rue Saint-
Jacques. in- 12 . br. i liv. 4 f.; & port franc par
tout le Royaume , 1 liv. 16 f. en affranchiffant
les lettres & l'argent.
CE Précis falutaire fur la Maladie vénériennes
eft le fruit de vingt années d'expérience - pratique
de l'Auteur , jointe à celle de plufieurs
Médecins de Montpellier & de la Capitale ,
dont il a vérifié & médité les obfervations
comme auffi le refultat de plus de dix mille
guérifons opérées fous fes yeux & par fes foins
fur des maux vénériens plus ou moins compliqués
& invétérés , apparens ou obfcurs , manqués
, négligés , méconnus , &c. &c. -
Toutes ces guériſons ont été effectuées fans
nul concours des cauftiques , incifions , ni au(
15 )
tres moyens violens & actifs , & fans ces exam
mens indécens & défagréables pour l'honnêteté &
la pudeur , & humilians pour la vraie vertu des
refpectables mères & époufes «.
L'Epigraphe annonce d'abord que cet Ouvrage
ajoute à tout ce qui a été fait avant lui :
en effet , il réunit , entre autres chofes , le mérite
nouveau , fpécial & particulier :
10. De rapporter & de prouver par des faits
d'expérience &des obfervations - pratiques inconnus
jufqu'à préfent , profondément vérifiés
& médités , que la Maladie vénérienne exifte &
fe propage aujourd'hui d'une manière fourde &
obfcure dans la plupart des individus & des ménages
à l'infçu des malades & des Médecins
.
Ces faits font préfentés avec des fignes , notions
& caractères fenfibles bien conftatés pour
faire reconnaître cette Maladie dans les cas
énoncés , chez les hommes , chez le fexe , &
chez les enfans de tout âge ........
,
2°. D'établir , d'après l'expérience , une pratique
de guérifon de ces Maladies , plus fûre ,
plus étendue , plus douce & plus fimple , qu'elle
n'a été depuis trois fiècles , avec fuppreffion
abfolue des cauftiques & inftrumens tranchans ,
ainfi que de ces examens indécens & défagréables ,
perpétués & ufités jufqu'à ce jour.
La priorité de cette réforme fi falutaire à l'humanité
, appartient en tout à l'Auteur , telle
qu'il l'a publiée le premier dans fon Compte
rendu en 1781 (*) .
(*) Voyez Compte rendu au Public fur des nouveaux
moyens de guérir la Maladie vénérienne , fans cauftiques
ni inftrumens tranchans , &c . Paris 1786 , nouvelle
édition augmentée d'un Agenda Anti- Siphillitique , &c. chez
MORIN , Libraire , rue S. Jacques. Prix , 3 liv . broc, &
liy. 12 f. port franc par tout le Royaume. 3
( 16 )
3 ° . De faire connaitre avec précifion l'abus
de confiance , l'équivoque & le danger de traitement
des Maladies vénériennes , par tant de
mauvais remèdes & de mauvais Guériffeurs de
tout état , qui s'ingèrent de guérir ces maux
dans la Capitale & ailleurs......
Un fommaire de faits , découvertes & inftitutions
effentielles en Médecine & en Chirur
gie , propres à l'Auteur , qui lui ont mérité des
Prix & des fuffrages académiques , terminent ce
Recueil intéreffant , qu'on lira d'ailleurs avec
avantage & fatisfaction , ainfi que le Compte
rendu qui l'a précédé , & avec lequel il fait
corps d'Ouvrage vraiment pratique très - utile
aux malades & aux gens de l'Art.
ON trouve auffi chez MORIN , Libraire , rue S.
Jacques , près la rue de la Parcheminerie , quel
ques exemplaires des Ouvrages fuivans , brochés,
francs de port par la Pofte.
OBSERVATIONS fur le Bréviaire de Cluni , par
M. Thiers , 2. vol. in- 12 , Ouvrage très -rare,
Prix , 10. liv.
La Science des Perfonnes de Cour , d'Epée & de
Robe, contenant les Traités fuivans : la Religion,
l'Aftronomie , la Géographie , la Chronologie
l'Hiftoire , les intérêts des Princes , le Droit
la Logique , la Phyfique , l'Hiftoire naturelle, l'Anatomie
, l'Art militaire , & c . 8 vol. in - 12. 21 liv.
Les Fables de La Fontaine , mifes en chant fur de
petits airs & vaudevilles connus. notés à la fin,
in-24. 3 liv.
Traité de la nature de l'ame , & de l'origine de fes
connoiffances . 2 vol . in - 12 . s liv.
Inftitutiones Philofophice , Logicam , Metaphyficam.
Par RIVARD. 4 vol . in-12. 11 liv.
Lu & approuvé le 16 Octobre 1786. MERIGOT le jeune,
Adjoint.
( 17 )
On trouve dans le Répertoire univerfel &
raifonné de Jurifprudence civile & criminelle
, mis en ordre & publié par M.
GUYOT , Ecuyer , ancien Magiftrat ,
édition de 1783 , chez PANCKOUCKE ;
tome 63 , page 243 .
Nous n'aurions pas rempli entièrement
l'objet que nous nous fommes propofé , fi ,
après avoir fait connaître cette effrayante
maladie , & les barrières impuillantes que
Fon a oppofées à fes ravages , nous ne di
fions rien d'un mal prefque auffi dangereux
qui eft forti de fon fein. Nous voulons
parler de cette multitude de Charlatans que
Binfatiable cupidité a enfantés . Inutilement
les Gens de l'Art ont-ils proteſté contre
leurs fauffes découvertes ; le peuple aveuglej
attribuant ces réclamations à l'efprit
de jalousie & à un fordide intérêt , eft tous
les jours victime de fa crédulité ; cependant
parmi ceux qui ont prétendu avoir trouvé
an remède plus efficace que celui qui juf
qu'à préfent a été adopté exclufivement &
adminiftré par la Chirurgie & la Médecine ,
nous croyons que l'on doit diftinguer le
remède du fieur LAFFECTEUR , connu fous
le nom de Rob anti-fphillitique , auquelle
Roi a accordé un Privilége particulier ,
d'après le fuffrage de la Société Royale de
Médecine.
"
1
( 18 )
T
Un nouveau Réglement du Miniftre de
la Marine enjoint aux Médecins & Adminiftrateurs
des Hôpitaux , de veiller à ce
que chaque vaiffeau du Roi qui partira des
ports de France , foit muni d'un approvifionnement
de Rob anti-fiphilitique , pour
traiter ceux dont la maladie fe déclarerait
en mer.
L'engagement par lequel le fieur LAFFEC
TEUR a offert non feulement de ne rien exiger
pour les malades défefpérés fur lefquels
fon remède n'aurait point un effet falutaire ,
mais même d'en traiter un pareil nombre gra
tuitement , annonce que l'expérience duica
démontré la fupériorité de fon remède , &
que c'eft avec raifon que la Société Royale
lui a accordé une approbation particulière.
On ne peut pas trop défirer , pour le
bien de l'humanité , qu'après s'être complè
tement affuré de l'efficacité de ce remède
purement végétal , on en confacré partien
lièrement l'ufage à la guérifon des enfans
nés avec le germe du mal vénérien , & à
celle des foldats & des matelots fur def
quels les effets du mercure ont produit des
accidens horribles & fouvent mortels . J
Le fieur LAFFECTEUR demeure rue de
Bondi , N. 29. Les perfonnes qui lui feront
l'honneur de lui écrire , auront la
bonté d'affranchir leurs lettres,
b ) I 987
( 19 )
1
BIBLIOTHÈQUE BLEUE , contenant l'Histoire de
PIERRE DE PROVENCE & la belle MAGUELONE
, celle de ROBERT- LE - DIABLE , Ri-
CHARD SANS PEUR , FORTUNATUS & fes
enfans , JEAN DE CALAIS , & les QUATRE
FILS D'AYMON. A Paris , chez FOURNIER ,
rue du Hurepoix , près le Pont S. Michel.
L'ANCIEN ' ANCIENNE Bibliothèque bleue nourriffait la
curiofité de la plus vile populace. Cette nouvelle
édition , faite par un Auteur connu avantageufement
dans la République des Lettres , peut
être mife dans les mains de tous les Lecteurs .
L'Editeur , ne s'eft pas contenté fimplement de
la rajeunir , il a tâché de la rendre digne des
honnêtes gens , en la refondant entièrement , &
en y ajoutant des fituations & des épiſodes nouveaux
; il a parfaitement réuffi , & cette lecture
eft très - agréable , très- variée & très - intéreffante.
On peut y puifer une connaiffance affez étendue
des Loix , des Joûtes , des Tournois &
des Combats de l'ancienne Chevalerie . On y
voit les proueffes de ces braves Paladins. Rien
n'eft plus capable d'élever l'ame , & de fortifier
le courage de la jeune Nobleffe , que tous
ces hauts faits d'armes , que ces aventures périllenfes.
Cette lecture eft fi attachante , qu'on
la quitte toujours à regret : elle plaît , amufe ,
inftruit tout enfemble. Rien de plus touchant ,
de plus héroïque & de plus naturel que l'Hiftoire
de Jean de Calais. Quels évènemens plus
finguliers , plus furprenans que ceux qui font
contenus dans l'Hiftoire de Fortunatus & de fes
enfans? Onne peut lire celle des quatre fils d'Ay
( 20 )
.
mon fans furprife & fans attendriffement. Quelle
force & quelle variété d'imagination ! quelle
morale plus fublime ! quel Héros plus parfait
que Renaud.
ככ
M. le M. de P. , excellent Écrivain , s'exprime
ainfi au fujet de cette nouvelle édition :
Ce travail eft déjà exécuté d'une manière
très - agréable....... Je confeille aux Dames
de lire ce Recueil en entier ; il fera autant de -
» plaifir à celles de ce temps - ci , que les Ro-
» mans originaux ont pu en faire à leurs aïeules
» il y a trois cents ans « .
Pour mettre tout le monde à portée de profiter
d'une lecture auffi intéreffante & auffi va-.
riée , on donnera les neuf parties à 10 livres
4 fous , au lieu de 18 livres qu'elles coutaient
ci-devant.
NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE DE CAMPAGNE,
tirée des meilleurs Romans .
CE Recueil peu difpendieux eft intéreffant
pour toutes les claffes de Lecteurs. Les Ouvrages
d'imagination font entre- mêlés d'Ouvrages
hiftoriques ; la morale même n'a point été oubliée
dans cette agréable Compilation .
La lifte feule des Ecrivains qui ont été
Imis à contribution , fuffira pour perfuader au
Public que ce Profpectus n'eft pas menteur .
Voici les noms des principaux : Virgile , Swift ,
Homère , Voltaire , Cervantes , Prevôt , Hamil
on , Fénelon , Mariyaux , Saint-Foix , Villedieu
, l'Ariofte , le Sage , Apulée , Scarron ,
d'Aulnoy, Caylus , Barclai , Xénophon , Tencin
, la Motte le Vayer , Tompfon , & c. &c.
Les douze volumes in - 12 , propofés à 16 liv .
4 f. brochés .
Les tomes XI & XII fe vendent 3 liv. 12 f.
( 21)
féparément. Les perfonnes qui voudraient fe
compléter payeront les Volumes qui leur man
queront i liv. Den feuilles ,
Vu l'Approbation , Permis d'imprimer , ce 12 Septembre 1783.)
LENOIR.
DE PAR LA LUNE.
LE Coufin par excellence , le Coufin de
tous les honnêtes gens , le grand & le petit
Coufin , en un mot , LE COUSIN JACQUES
&c..... & c..... & c..... A tous ceux qui ce
préfent Profpectus liront , Lecteurs vieux ,
Lecteurs jeunes , Lecteurs beaux , Lecteurs
laids , Lecteurs Abbés , Lecteurs Moines ,
Lecteurs enfin de tout âge & des deux
fexes , qui n'ont pas encore abjuré la
franche & faine gaîté de nos peres
qui ne prennent pas de l'emphaſe pour
de la morale , & de la gravité pour de la
philofophie , qui ne jugent pas des livres
fur la couverture , enfin qui , &c. qui ,
&c. qui.... & qui , &c .... & c .... & c .....
&c.... SALUT , BONJOUR , BONSOIR , bonne
nuit , bonne fanté , repos , gaîté , courage
&c. Et tout plein de belles chofes ....... 1
Mes gentils Coufins & mes bons Amis.
Il ne tiendrait qu'à moi de pérorer, &
je pourrais ici tourner une belle phrafe
pour faire le grand Homme; mais le temps
me preffe je viens au fait,
Les Lunes font maintenant un Ouvrage
( 22 )
e
•
connu ; les Annonces , auffi fréquentes ;
qu'avantageufes , qu'en ont faites les Journaux
les plus eftimés , l'accueil foutenu
qu'elles reçoivent du Public , non feulement
en France , mais dans les pays étrangers ,
le foin qu'ont pris les Libraires d'Allema- ,
gne de les faire traduire en leur Langue ,
enfin les éloges des uns , les fatires des
autres , &c..... Voilà ce qui attefte leur publicité
& me difpenfe d'en dire du bien ,
quoique dans le fond de non ame j'en
meure d'envie ; car les jeunes Auteurs aiment
tant à fe préconifer ,.... fur- tout depuis
que les vieux leur en donnent l'exemple
! ......
Y J'ai promis que la feconde année des
Lunes , que j'annonce aujourd'hui , ferait
fupérieure à la première. Tiendrai - je parole
? On pourra s'en convaincre à Paris ,
pour 18 liv . , & en Province , pour 21 liv.;
c'eft le prix de la foufcription .
On s'adreffe directement au fieur LESCLAPART
, Libraire de MONSIEUR ,
Frère du Rob, rue du Roule , Nº. 11 , près
du Pont Neuf, à Paris. Il faut affranchir
fe port de l'argent & celui de la lettre d'avis.
On peut foufcrire auffi chez les Libraires
des villes confidérables de l'Europe.
On recevra déformais les Lunes tous les
quinze jours , au lieu de les recevoir tous
les mois. Chaque Numéro fera partagé en
deux Influences ou Demi - Lunes . Chaque
Demi-Lune aura au meins 72 pages , & au
1
( 23 )
plus 120 pages , ordinairement 96 pages.
La première Influence ou Demi-Lune paraîtra
à la Nouvelle Lune de chaque mois ;
la feconde , à la Pleine Lune. Un Numéro ,
pris féparément , coutera 36 fous broché ;
chaque Demi-Lune , 18 fous.
On
ne
s'abonne
pas
pour
une
demiannée
, mais
toujours
pour
une
année
entière
; ni pour
la moitié
de l'une
& la moitie
de l'autre
, il faut
prendre
chaque
année
à l'époque
où elle
commence
.
I
La première année des Lunes , qu'on réimprime
à préfent , a commencé à la Nouvelle
Lune de Juin 1785 , & elle a fini au
dernier Quartier de la Lune de Mai 1786
inclufivement. La feconde année que nous
annonçons , aujourd'hui , a commencé de
même à la Nouvelle Lune de Juin de cette
année 1786 , & finira en Juin 1787 .
LESCLAPART tient la première année
des Lunes , réliée de quatre manières différentes.
19. En veau fauve avec filet & lune d'or ,
1 liv. 10 f. le Volume ; ceux qui ajouteront
plufieurs mois enfemble , 5 fols de plus .
2º. En marbre Allemand
3. En porphyre ..
idem .
idem .
4°. En veau marbré avec lune d'or .... 1 liv .
Il tient auffi la collection des premières
folies duCoufin JACQUES , en plufieurs Volumes
in- 8 °. , prix , 5 liv. 6 f. brochée ; la
Comédie des Ailes de l'Amour , prix 36
fous brochée , avec les airs nouveaux ( qu'il
( 14 )
vend] auſſi ſéparément 12² fouis P. On ne
trouve que chez lui le portrait du mêm
Auteur , in- 8°. prix 24 fous ; il l'envoie en
Province , franc de port , pour 30 f. On
trouve aufli chez le même Libraire ' des
airs nouveaux , gravés avec foin , paroles
& mufique du même Auteur..... Ifvend fon
bufte , nouvellement fait par M. Martin
& réparé par le même ; prix 6 liv. & 30 1.
pour la caiffe. C'eſt à lui feul , en un mot ,
qu'il faut s'adreffer pour tout ce qui concerne
l'Auteur des Lunes . LESCLAPART
tient magafin de Librairie ancienne & moderne
; c'eft chez lui que le fait l'Almanach
des Adreffes ; on s'adreffe à lui pour ventes
& achats de Bibliothèques , Billets de mariage
, foufcriptions de Journaux , & genefalement
pour tout ce qui concerne fon
état.
La & approuvé , co 4 Aoûtt 1786. De Sauvigny.
Vu l'Approbation , Permis d'imprimer , ce 3 Août 1786.
DE GROS NE.
I
olbord anot
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES on Quatrains fur le feu Roi
de Pruffe.
FRÉDÉRIC honora le Trône ;
Il aima , cultiva les Arts ;
Quel Monarque avaut lui mérita la Couronne,
Au Parnaffe, auportique & dans le champ de Mars ?
Il fut régner , combattre , écrire ;
Sur le Trône il eut des amis ;
On ne connut fous fon empire
Ni maîtreſſes ni favoris.
1
IL eut le courage d'Alcide ;
Il joignit l'exemple à la loi :
Tous les Guerriers voudroient un pareil guide,
Tous les peuples un pareil Roi.
(Par un Vétéran. )
G No. 43 , 28 Octobre 1786.
༣ ཉིན །
146 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Piémont ; celui
de l'Enigme eft la Fièvre; celui du Logogryphe
eft Oreiller , où l'on trouve Eole , or ,
lie, il , ré, oie , Lélie , Élie , Roi , lõi.
LOUIS ,
CHARADE.
OUIS , notre bon Prince , eft en tout mon premier:
Vive à jamais fon nom au temple de mémoire !
Louis combla nos voeux quand il fut mon dernier ;
Puiffe Louis , toujours couvert de gloire ,
Devenir mon entier !
ÉNIG ME.
PLUS ON
LUS on court après moi , moins on peut m'attraper.
( Par M. le Chevalier de Meude- Monpas. )
LτOοιGO GRYPHE.
JEE fuis un riche magaſin ,
Qu'on tient aux champs comme à la ville;
詈
DE FRANCE
147
Chez moi l'on peut foir & matin
Trouver l'agréable & l'utile ;
J'ai de tout , & je peux offrir
A Mefmer un baquet commode ,
A Blanchard un globe à la mode :
Entrez , Meffieurs , on peut choifir.
Lecteur , veux- tu me défunir ?
Cherche un Nautonnier très- avare ;
Un meuble d'hiver ; un métal...
Que plus d'un Gafcon trouve rare ;
Un lourd & ftupide animal
Mémorable dans la Pucelle ;
Certain bijou de citadelle
Digne de l'empire infern 1;
Ce qu'en mariage une belle
Peur apporter à fon époux ;
Des favoris de Melpomène
Celui de tous qui , fur la Scène ,
25 Fut le plus tendre & le plus doux ;
Un maître adoré dans la France ;
En Sicile un Mont redouté ; DIG
Un Comténon loin de Provence ;
Ce qui défole la beauté ;
32
Un ornement qui n'eſt pas mince ,
De trois couronnes furmonté ;
Ce qu'à Paris comme en Province art
On trouve difficilements & Fund
Une montagne de Phiygie ,
Célèbre par un jugement
Gij
148 MERCURE
Chez le Pape un titre éminent ;
Ce qu'un buveur dans une orgie
A foin de vifiter fouvent ;
Une couleur ; un inftrument
wQui du chaffeur flatte l'oreille ;
Un poëne noble , élégant,
Que Rouſſeau faiſoit à merveille ;
Les noms de deux Romains fameux
Et celui d'un chaffeur habile
Qu'un regard rendit malheureux ;
Fuis l'équivalent d'une ville.
(Par M. Gratton de Saint- Gilles
Capitaine de Canonniers. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
L'INCONSTANT , Comédie en cinq Actes
& en vers , par M. Collin ; repréſentée
pour la première fois par les Comédiens ,
François , le 13 Juin 1786. A Paris , chez
Prault , Imprimeur du Roi , quai des Auguſtins.
ON confidère ordinairement l'inconſtance
comme un défaut ; fi l'on réfléchiffoit aux inconvéniens
qu'elle entraîne , peut - être nebalanceroit-
on pas à la ranger dans la claffe.
des vices de l'efprit; car l'efprit a , comme le
DE FRANCE. 149
coeur , fes vices & fes défauts. En général
l'homme eft inconftant ; il eft aufli inftable
dans fés jouiffances morales que dans fes appétits
matériels , quand les unes ou les autres
ne deviennent point des paflions. Examinezle
à fon enfance , vous le verrez dès l'inftant
qu'il peut exprimer ou feulement indiquer
un defir , annoncer le germe de fon amour
pour le changement ; fuivez- le dans fa marche
, vous verrez ce germe fe développer ,
s'étendre , & produire à la fin de fâcheux
ravages , à moins que l'éducation ne le modifie
ou n'en arrête l'effor. Tel eft l'homme
de tous les pays ; mais il eft des peuples qui
font plus naturellement portés à l'inconftance
que d'autres , parce que la légèreté de l'efprit
tient en grande partie à l'influence des climats
qu'on habite , aux moeurs & aux ufages.
Aucun peuple n'a peut-être porté plus loin
l'inftabilité de fes goûts que le peuple d'Athènes
; & s'il en eft un qui lui reffemble beau
coup à cet égard , on peut
on peut affurer que c'eft le
peuple Parifien. Ainfi , attaquer l'inconftance,
la peindre fous les traits qui lui conviennent,
encadrer fon portrait fur la Scène du premier
Théâtre de la Capitale de la France , c'eft pofitivement
attaquer l'idole générale fur fon autel,
en préfence de fes adorateurs . Heureufement
les Citoyens de Paris ont, avec un grand nombre
de leurs défauts , un grand nombre des
qualités des habitans d'Athènes; & parmi ces
dernières , il faut diftinguer celle de favoir
rire de leurs propres travers , & d'accorder
Gin
130 MERCURE
A
très- volontiers leur eftime à ceux qui entreprennent
de les éclairer fur leurs erreurs.
Auffi depuis Molière juſqu'à nos jours , tous
les Cenfeurs adroits de nos extravagances fontils
parvenus à plaire ; auffi malgré l'extrêmereffemblance
des traits , le caractère de l'Inconftant
a t'il eu un fuccès univerfel.
Lorfque nous avons rendu compte de la
première repréſentation de cette Comédie ,
nous avons remarqué les défauts les plus gra
ves de l'intrigue dont nous avons donné une
analyfe fidelle : nous ne reviendrons point für
cet objet. Nous avons dit que le principal
caractère de l'Ouvrage faifoit beaucoup d'honneur
à M. Collin , & n us avons promis de le
prouver par la citation des détails & des dé→
veloppemens qui le mettent en jeu ; c'est ce
que nons allens faire , après avoit néanmoins
examiné brièvement jufqu'à quel point ce
caractère s'accorde avec les convenances dramatiques.
us feront de VON
On a judicieufement obfervé qu'un des
plus grands défauts du Diftrait , de Regnard ,
& du Diffipateur de Deftouches , eft que
ces deux caractères ne font pas de la nature
de ceux qui peuvent , fans fortir des bornes
de la vraifemblance , produire tour leur effet
pendant l'efpace de vingt- quatre heures ; &
nous croyons qu'on peut faire le même reproche
au caractère de l'Inconftant. En efter ",
il n'eft pas naturel que , dans un efpace de
temps auffi court, un feul homme accumule
un aufli grand nombre de traits d'inconftance
DE FRANCE. 151
que ceux que préfente le perfonnage de M.
Collin. Il faut pourtant convenir qu'au Théâtre
l'imitation des moeurs peut & doit même
être un peu exagérée ; Molière en a donné
plus d'un exemple , principalement dans
l'Avare ; mais ce qui fauve l'invraifeir.blance
dans le caractère d'Harpagon , c'eft l'art infini
avec lequel le père de la Comédie a enchaîné
& multiplié les circonftances qui mettent
fon Avare en action , & qui le forcent à laiffer
échapper les traits qui ajoutent à la phyfionomic
. M. Collin n'a pas pu employer les .
mêmes refforts , parce qu'il a trop foiblement
intrigué fon Quvrage , & que cette négli-.
gence l'a fouvent forcé à faire parler fon perfonnage
, quand il auroit dû le faire agir . Avant
de porrer un caractère fur la Scène , les Aug
teurs devroient examiner mûrement s'il eft
fufceptible de reunir, la vraiſemblance & le
comique , & s'il peut étre établi fur des proportions
allez juites , pour que le Spectateur
éclairé réduife fans peine ce qu'il a d'éxagéré ,
à la vérité de la nature . Cette précaution nous
paroit d'autant plus eflentielle , que tous les
génies ne font pas faits pour vaincre toutes
les difficultés , & que Molière lui- même en a
rencontré d'infurmontables . Arrêtons- nous à
préfent au perfonnage de M. Collin , & .
voyons fous quels traits il l'a préfenté . Les
citations que nous allons faire , offriront enfemble
l'idée qu'on doit prendre du caractère
de l'inconftant & du ftyle de l'Auteur.
Dès la première Scène du premier Acte ,
Giv
152
MERCURE
Florimond , qui vient de quitter Breft & le
Service , s'explique ainfi fur le dégoût que
lui a infpiré l'état militaire.
Dans une garnifon toujours mêmes ufages ,
Mêmes foins , mêmes jeux , toujours mêmes vifages;
Rien de nouveau jamais à dire , à faire , à voir.
Le matin on s'ennuie , & l'on bâille le foir.
Mais ce qui m'a fur- tout dégoûté du ſervice ,
C'eft , il faut l'avouer , ce maudit exercice.
Je ne pouvois jamais regarder ſans dépit
Mille foldats de front , vêtus d'un même habit ,
Qui , femblables de taille , ainfi que de coëffure ,
Étoient auffi , je crois , femblables de figure.
Un feul mot à- la- fois fait hauffer mille bras ;
Un autre mot les fait retomber tout en bas.
Le même mouvement vous fait à gauche , à droite
Tourner tous ces gens- là comme une girouette.
Il eſt enchanté d'être à Paris , dont il fait un
éloge pompeux ; mais il a changé d'avis à la
cinquième Scène du fecond Acte.
Oh ! quel fracas , bon Dieu ! quelle affreufe cohue !
Comment peut- on ſe plaire en ce maudit Paris ?
´C'eſt un enfer.
CRISPIN,
Tantôt c'étoit un paradis :
« L'oeil ravi , promené de fpectacle en fpectacle,
» De l'art à chaque pas voit un nouveau miracle. »
C'étoient vos termes.
DE FRA NIC Emori
FLORIM ON D.
Oui , d'abord cela féduit ,
J'en conviens. Mais au fond , de la foule & du bruit ,
Voilà Paris. •
Chaque femaine
De celles qui fuivront eft le parfait tableau ;
De ſemaine en ſemaine il n'eft rien de nouveau
Alternativement Bal , Concert , Comédie ,
Wauxhall , Italiens , Opéra , Tragédie.
Ce cercle de plaifirs peut bien plaire d'abord ;
Mais la feconde fois il ennuie à la mort.
CRISPI N.
C'est dommage. J'entends : de journée en journée
Vous voudriez du neuf pendant toute une année,
Eh! que la vie ici ſoit uniforme ou non ,
Qu'importe , il ne faut pas difputer fur le nom .
Si l'uniformité de plaifirs eft femée,
1
Cere uniformité mérite d'être aimée.
On dort, on boit , on mange ; on mange , on boit,
on dort :
De ce régime , moi , je m'accommode fort.
L'oppofition des goûts du Maître & de ceux
du Valet , produit un effet plaifant ; elle nous
a paru piquante & comique par fon extrême
fimplicité.
Nous avons dit dans le Mercure du 24
Juin , que toutes les Scènes qui développent
le caractère de l'Inconftant , ne tiennent pas
Gv
154
MERCURE
bien effentiellement à l'action de l'Ouvrage ;
on pourra s'en convaincre par les citations.
qui vont fuivre ; mais on fe convaincra auffi
qu'il filloit beaucoup de reffources dans l'efprit
pour fauver le défaur d'action , & plaire
fans ce reffort , qu'au Théâtre on peut regarder
comme indifpenfable.
Florimond , après avoir renvoyé fon Valet ,
par la feule raiſon qu'il eft à fon fervice depuis
un mois , eft obligé d'attendre fa maîtreffe
Éliante , qu'il avoit oubliée à Breft ;
qu'il a retrouvée à Paris , & pour laquelle il
a repris de l'amour. Que faire ? Il apperçoit
des Livres que je vais m'amufer ! dit - il :
il en prend un.
Ah ! ah! c'eft La Bruyère !
J'en fais beaucoup de cas ; lifons un caractère :
" Un homme inégal n'eft pas un feul homme,
» ce font plufieurs , &c. »
Où donc a-t'il trouvé ce Caractère - là ?
Jeux d'efprit , tout le Livre eft fait comme cela.
On le vante pourtant, Voyons quelque autre chofe ,
Auffi bien je fuis las de lire de la prófe.
Les vers tout-a - la - fois charment l'oeil & l'efprit :
Par fa diverfité la rime réjouit.
Voyons s'il eft ici quelque Poëte à lire .
Boileau ! bon , celui- là ! j'aime fort la fatyre.
( Illit.)
Voilà l'homme en effet, Il va du blane au noir; '
Il condamne au matin fes fentimens du foir , &c, b
DE FRANCE. 155
L'infolent ! c'eft affez ; & puis dans un Auteur
La fatyre à coup sûr décèle un mauvais coeur.
J'eus toujours du dégoût pour ce genre d'efcrime.
La pefte foit des vers , de cette double time ,
Exacte au rendez - vous , qui , de fon double fon ,
M'apporte à point nommé le mortel union !
Mais d'un autre côté la profe eft infipide .....
Il faut qu'entre les deux pourtant je me décide ;
Car enfin feuilletez tous les Livres divers ,
Vous trouverez par- tout de la profe ou des vers....
Tout- à-la fois confpire a m'échauffer la bile……..
Mais quelle folitude ! auffi dans cette ville
Je n'avois qu'un Valet pour me défennuyer ,
Et je m'avile encor de le congédier.
Cette Scène , dont nous avons tranfcrit une
grande partie , n'eft en effet qu'un long monologue
; mais ce monologue a de la vie , &
il nous paroît rendre avec vérité & intérêt ,
la conftante fluctuation des fentimens qui fe
fuccèdent , qui fe heurtent dans la tête d'un
Inconftant. Cette manière de developper un
caractère n'eft pas auffi heureufe que celle
qui lui fait intriguer l'action , qui , abfent ou
préfent , le rappelle fans ceffe à l'efprit du
Spectateur : elle fait pourtant honneur à l'efprit
, à l'imagination & au goût de l'Auteur ;
la Scène eft d'ailleurs écrire avec autanr
de correction que de facilité , & le, ftyle a
cette franchife , qui caractérife un Écrivain
diftingué
G vj
156
MERCURE
en
Il faut reftreindre malgré nous les citations
, parce que les bornes d'un article nous
font la loi. Contentons - nous de rappeler
quelques traits de caractère qui nous ont paru
bien failis , & qui annoncent un homme fait
pour trouver des fuccès dans la carrière dramatique.
Florimond aime Éliante , il veut
l'époufer , il le dit à fon oncle , après avoir
fait l'éloge de l'inconftance , après avoir avoué
qu'il eft un peu léger ; enfin après avoir dit :
Quoi qu'il en foit , je crois que je m'en vais changer.
Son oncle fait des démarches pour ce mariage
, il fait même la demande , obtient
l'aveu , arrive tout joyeux pour apprendre
cette bonne nouvelle à Florimon, Celui- ci
lui répond qu'il aime une autre femme , &
qu'il l'aimera toujours. L'oncle indigné lui
donne une heure pour réfléchir , revient :
L'heure et paffée : Hé bien ! fur l'hymen d'Éliante
As- tu changé d'avis ?
LORI MON D.
Je n'en change jamais.
Cedernier trait, qui forme un contrafte parfait
avec la conduite & les précédens diſcours
de l'Inconftant , nous paroît d'un excellent comique,
& il y en a plufieurs de cette force
qué nous regrettons de ne pouvoir citer.
Terminons nos citations par ces vers de la
première Scène du cinquième Acte. Florimond
a quitté Éliante , pour la foeur de fon
DE FRANCE.
ami Valmont ; mais cette Demoifelle , dont il
fe propofoit de demander la main , eft inåriée
, la manière dont il apprend cette nouvelle
eft autfi heureufe que plaifante ; après
bien des indécifions , il fe détermine à voyager.
Quelplaifir, dit-il à fon Valet , en voyageant
l'on goûte!
Toujours nouveaux objets s'offrent far votre route.
Chaque pas vous préfente un ſpectacle inconnu
On ne revoit jamais ce qu'on a déjà vu.
Une plaine aujourd'hui , demain une montagne ,
Le matin une ville & le foir la campagne ;
-Ajoute qu'on ne peut s'ennuyer nulle part ;
Un lieu vous plaît , on refte ; il vous déplaît , on part,
Il n'eft pas difficile de s'appercevoir que
non feulement M. Collin a enrichi fon caractère
de tous les traits dont il étoit fufceptible
, mais encore que , fidèle aux préceptes
de fes maîtres & de la raifon , il le montre ...
Jufqu'au bout tel qu'on l'a vu d'abord.
Nous invitons les perfonnes qui aiment
à fe confoler de la difette des talens par l'efpérance
que donnent ceux qui s'annoncent
avec un certain éclat , à lire la Comédie de
M. Collin, elles fe perfuaderont que fielle mérite
les reproches qu'on lui a faits, les critiques
qu'elle a effuyées, elle et digne aufli de tous les
éloges qu'on lui a prefque généralement ac
cordes , & qu'elle promet un Auteur Comique
à la Nation. Nous difons qu'elle pro
158 MERCURE
met , quoique nous fachions combien l'étude
du Théâtre eft encore néceffaire à l'Auteur
de l'Inconftant , & parce que nous aimons à
croire qu'il cultivera courageufement fes dif
pofitions , afin de répondre à l'idée qu'on a
conçue de fon talent .
Depuis le premier compte que nous avons
rendu de cette Comédie , M. Collin a changé
quelque chofe à fon dénouement : Florimond
ne quitte plus la Scène pour s'en aller en Amérique
, il dit :
Je ne vois rien de mieux , dans l'état où je fuis ,
Que d'aller dans un cloître enterrer mes ennuis.
Ce moyen n'eft pas plus heureux , peut - être
même l'eft-il moins que le premier , parce
qu'il communique au Spectateur une impreffion
de trifteffe abfolument étrangère au but
de la Comédie , qui doit inftruire en amufant.
On peut même dire que la Comédie de M.
Collin s'achève , mais qu'elle ne fe dénoue pas.
Ce défaut tient encore au vuide de l'intrigue.
Si les fituations de la Pièce naifoient les unes
des autres , elles pourroient amener un dénouement
raifonnable & fatisfaifant ; mais
comme elles viennent les unes après les autres
, comme les refforts de l'action ne la difpofent
pas de manière que cequi fert à l'établir,
ferveaufli à la nouer & à la finir, le dénouement
manque d'effet , il eft nul , & laiffe à defirer
au Spectateur. L'expérience aura fans doute
éclairé M. Collin fur la difficulté de dénouer
naturellement & agréablement une ComéDE
FRANCE. 159
die ; il faut en effet que cet Art foit bien dif
ficile & bien rare , puifqu'il n'a pas toujours
été habilement employé par notre divin Molière
.
( Cet article eft de M. de Charnois . )
ISMÈNE ET TARSIS , ou la Colère de
Vénus , Roman poétique , fuivi d'une
première Traduction de quelques Poefies
légères de Métaftafe ; par M. Grainville.
Se trouve à Paris , chez Hardouin , Libraire ,
au Palais Royal , No. 14. in- 8 °.
LA célèbre. Laïs qui , felon Plutarque
avoit une armée d'amans ; qui , parmi ces
amans , comptoit des philofophes , tels qu'Ariftippe
& Diogène ; des Orateurs , hommes
d'État , tels que Démosthènes ; cette Laïs qui ,
par une bifarrerie de coquette , préféra , diton,
le dégoûtant Diogène à l'aimable Ariftippe;
qui , par le haut prix qu'elle mit à fes faveurs ,
apprit à Démosthènes qu'il n'étoit pas permis
à tout le monde d'aller à Corinthe, & qu'un
repentir ne devoit pas être payé fi cher ;
cette Laïs enfin que , feul entre les Grecs ,
Xénocrate ne daigna pas même marchander ;
Lais quitta Corinthe pour fuivre en Theffalie
un jeune homme dont elle étoit devenue
éperduement amoureufe ; fa beauté fouleva
contre elle les Theffaliennes jaloufes ; elles la
maffacrèrent dans un temple de Vénus , qui ,
depuis ce temps , fut regardé comme protané,
La pefte ravagea la Theffalie ; on crut que
*
160 MERCURE
c'étoit l'effet de la colère de Vénus , qui vengeoit
la mort de fa Prêtreffe. On lui offrit des
victimes ; l'Oracle demanda la jeune mène ,
la plus belle & la plus vertueufe des bergères
de Tempé : elle eft jetée par la tempête fur
les côtes de l'Ile de Chypre , elle eft fecourue
par Tarfis, jeune berger jufqu'alors infenfible,
qui s'enflamine à fa vue. Venus s'appaife :
l'amour ordonne l'union d'Ifmène & de Tarfis;
il doit naître d'eux une bergère dont les attraits
furpafferont un jour ceux de Laïs même,
& telle eft l'expiation, qui convient à Vénus.
Ce petit Ouvrage , divifé en trois livres , eft
écrit en profe poétique , ainfi que l'hymne
au foleil & Télémaque.
En détaillant la navigation d'Ifmène , de
Theffalie en Chypre , l'Auteur décrit les Py
lades & fur tout Naxos , Reine de ces Ifles :
« c'eſt là , dit- il , qu'un volage abandonna la
malheureuſe Arianne , Arianne qui , pour
fauver l'ingrat qu'elle adoroit , trahit &
fa patrie & les mânes fanglans de fon frère
» égorgé. » Ici l'Auteur n'auroit pas mal fait
d'expliquer dans une note , quel étoit ce frère
d'Ariane & de Phèdre , que le commun des
lecteurs peut ne pas connoître , au- lieu que
tous connoiffent leur infidèle amant, que l'Au
teur a cependant nommé dans une note. Les
gens peu inftruits croiront que l'Auteur s'eft
trompé , qu'il a confondu l'hiftoire d'Arianne
avec celle de Médée , qui égorgea & mit en
pièces Abfyrthe , fon frère , & difperfa fes
membres fur la route de fon père. Ce frère
DE FRANCE. :161
d'Arianne & de Phèdre , ce fils de Minos &
de Paliphaë étoit Androgée , Prince toujours
vainqueur aux jeux publics de la Grèce , objet
d'envie pour les Arhéniens , qui , déſeſpérant
de le vaincre , lui drefsèrent des embuches
& le firent périr . Minos , dans la vengeance,
impofa aux meurtriers de fon fils un tribut
de victimes humaines; il les obligea d'envoyer
tous les ans dans l'Ile de Crète , fept jeunes
Athéniens pour combattre le Minotaure; tous
s'égaroient dans le Labyrinthe , ou étoient dévorés
par le monftre. Arianne , en fauvant
Théfée , une de ces victimes , trahiſfoit ' fa
Patrie & les mânes de fon frère, auxquels elle
déroboit leur vengeance ; car l'Auteur n'a pas
pu entendre par ce frère l'infâme Minotaure :
Veneris monumenta nefanda. Virgile rapporte
toute cette hiftoire au fixième livre de l'Énéide.
In foribus , lethum Androgeos : tùm pendere panas
Cecropidajuffi miferum ) feptena quot annis
Corpora natorum : ftat ductis fortibus urna.
Contrà elatu mari refpondet Gnofia tellus.
Hic crudelis amor tauri , fupp oftaque furio.
Pafphae mifiumque genus , prolesque biformis
Minotaurus ineft , Veneris monimenta nefanda.
Hic labor ille domus & inextricabilis error.
Magnum Regina fedenim miferatus amorem
Dadalus , ipfe dolos teti ambagesque refolvit,
Caca regens filo veftigia.
Le Poëme ou le roman poétique de M.
162 MERCURE
Grainville eft dédié à Mme la Comteffe de
Bauharnois. Le reste du volume eft rempli par
la traduction de quelques poéfies légères de
Métaftafe , où , felon M. Baretti , ce grand
poëte a déployé plus de richeffes & d'imagination
que dans fes drames. Le Traducteur ,
fans partager cet enthoufiafme , fe contente
d'accorder à Métaftafe, dans ce genre agréable
qui nous paroît tenir principalement de l'Idylle
, une fupériorité marquée fur fes imitareurs.
Toutes ces différentes pièces ont un
´nom ; c'eſt le printemps , l'hiver , l'excufe , te
retour , &c. Voici la jaloufie.
<<
Pardon , Nice adorable , belle Nice ,
pardon. A torr , il eft vrai , j'ai dit que tu
» es infidelle ; je détefte mes foupçons & mes
» doutes : non , jamais je ne craindrai plus de
te voir manquer de foi : j'en attefte , ô ma
» chère âme, ces lèvres d'où dépend mon
bonheur ! »
"(
Lèvres charmantes où repofe l'amour ,
je n'ai plus de craintes ; je vous vois , vous
aveż juré de m'aimer , c'en eft affez . Si je
» recommence à me plaindre , que l'éclat dù
» jour ceffe de briller à mes yeux.
»
93
« Je fuis coupable , je ne m'en défends
" pas : punis-moi , j'y confens ; mes craintes
méritent cependant des excufes. Tirfis
» t'adore , je le fais , tu ne l'ignores pass je
te trouve parlant avec lui fans témoins : à
mon arrivée , tu rougis , il pâlit , & rous
» deux confus , vous cherchez à vous juſtifier;
-il te regarde furtivement & tu fouris…….…….
ور
32
DE FRANCE. 163
Ah ! ce fourire , cette rougeur imprévue ,
je fais ce qu'ils expriment ; la première fois
que je te parlai d'amour , tu rougis ainff;
ainfi je te vis fourire , Nice cruelle , & je
» me plains fans raifon ! Et tu ne me trahis
pas , infidelle , ingrate , barbare ! .... Hélas ,
j'ai juré de t'en croire , & déjà je recommence
à te foupçonner. Pardon , chère
amante , je fuis un infenfé , j'en ai fait en
» vain le ferment ; mais enfin fonge que l'a-
» mour trouble ma raifon , que je ne fuis
pas le premier qui jure en vain. »
5
ཝཱ ཝཱ
et
Le nocher jure de ne plus s'expofer aux
dangers qu'il a courus ; cependant s'il voit
» les flots tranquilles, il voles'expofer encore.
Le guerrier quelquefois fait ferment de ne
plus reprendre les armes, mais file fon de
» la trompette fe fait entendre , il ne fait
plus réprimer fa belliqueufe ardeur. »
Ce retour à la jaloufie eft d'autant plus na
turel , que le motif de cette jaloufie , tel qu'il
eft expofé ici , w'eft pas tout- à- fait frivole.
La Pièce intitulée la Tempête, a de la poéſię
& de l'agrément .
و و
**
39
Сс
-
**
Non , point de courroux ; Nice , je ne
viens pas t'entretenir de mon amour , il
" te déplaît , c'en eft affez. Vois comme le
» ciel menace tout-à- coup de la tempête : fi
tu veux reconduire tes brebis au bercail ',
» je viens feulement t'offrir mon fecours.
Quoi ! ne trembles - tu pas ? Remarque
» comme à chaque inſtant le jour s'obſcurcit,
vois comme le vent élève en tourbillons
93
לכ
164 MERCURE
ม
ود
les feuilles & la pouffière. Au frémiffement
de la forêt , au vol incertain des oifeaux
» effrayés , à ces gouttes de pluie que nous
fentons tomber par intervalles , Nice , je
» prévois ......Ne te l'ai - je pas dit ? Vois- tu
" briller les éclairs ? Entends- tu gronder le
» tonnerre ? Que deviendras - tu ? Viens ,
» écoute , où vastu ? Il n'eft plus temps de
fonger à ton troupeau. Retire - toi plutôt
» dans cette caverne , j'y refterai près de
» toi. "
ود
Mais , tu trembles , ma bien aimée ! Ton
» coeur palpite , ma douce amie ; ne crains
» rien, je fuis avec toi , & je ne te parlerai
point de mon amour. Tant que durera¨
l'orage , je refterai à tes côtés ; & quand
» il fera paffe , Nice cruelle , je partirai .
བ
33
ود
"
题
"6
"""
Affieds- toi , tu es en sûreté dans cette
" grotte profonde , où jamais la foudre ni le
» feu des éclairs n'ont encore pénétré. Elle
» eft environnée d'une épaiffe forêt de lauriers,
qui la garantit des outrages de la tem-
» pête. Affieds - toi , belle Nice , aflieds- toi
" & calme ta fureur ; mais tremblante ce-
» pendant tu te preffes contre mon fein , &
» pour m'arrêter comme fi je voulois fuir.
tu entrelacestes doigts dans les miens . Que
le ciel s'écroule , n'en doute pas , je réfterai :
j'ai defiré toujours un inftant auffi favo
rable. Que ne le dois je à l'amour plutôt
qu'à la crainte ! Laiffe moi, charmanteNice,
» laiffe- moi m'en flatter au moins . Que fait-
» on ? Peut-être jufqu'ici tu m'as toujours
و د
و د
DE FRANCE
165
aimé, la modeftie feule eut plus de part à
» tes rigueurs que le mépris , & peut-être
cette frayeur extraordinaire fert de pré-
» texte à l'amour. Parle , explique- toi. Eft il
» vrai Tu ne réponds pas ! honteufe , tu
" baiffes les yeux , tu rongis , tu fouris ! J'entends
, j'entends , ne parle pas , ma bien
» aimée, ce fourire , cette rougeur en difent
affez.
"
"
"
« Pendant la tempête , j'ai retrouvé le
calme & la tranquillité . Ah ! que le ciel
» jamais ne devienne pour moi plus ferein !
Ce jour eft le plus beau de tous ceux que
j'ai paffés ; ainfi je voudrois toujours vivre,
ainfi je voudrois mourir. »
»
Cette fin eft celle de l'Ode charmante :
Donec gratus eram tibi , &c.
Tecum vivere amem , tecum obeam libens.
Ce qui précède, rappelle la Fable intitulée :
Le Mari , la Femme & le Voleur , dans La.
Fontaine :
Un homme fort amoureux ,
Fort amoureux de fa femme, &e. ha
Quelques détails de cette même Pièce ; par
exemple , la frayeur qui fert de prétexte à
l'Amour , & les tranfports du Berger à cette
idée charmante , rappellent encore une Ode
Anacréontique de M. de La Motte , que
voici :
QUE vois-je ? Climène fenfible !
L'Amour a touché votre coeur !
168 MERCURE
1
33
>>
de tes mains , & ton viſage ſe coloroit du
» rouge de la pudeur. Soudain à mes côtés
j'entends agiter le feuillage , & je décou-
» vre à demi- caché Philène , mon rival , qui ,
d'un oeil jaloux & courroucé , comptoit
» mes heureux larcins ; la colère & la furpriſe
me faifirent ; je me calmai cependant ,
& même en rêvant , mon bonheur ne fut
» que de courte durée. L'erreur & le plaifir,
» il eft vrai , difparurent avec les ombres ;"
mais le feu qui me dévore , ame de ma
vie , ne s'eft pas éteint comme elles. Si
» pour un inftant je fuis heureux en fonge ,
bientôt le retour de la lumière augmente
"
"
"3
» mes tourmens. »
Aucune de ces Pièces n'eft indigne de Mé- *
taſtaſe ; mais aucune ne nous paroît égaler en
mérite l'Ode ou la Chanfon célèbre du même
Auteur, qui a pour titre : La Liberté ou la
parfaite Indifference , & qui a fourni d'une
manière générale à M. de Saint - Lambert® .
l'idée de cette chanfon charmante :
Sans dépit , fans légèreté ,
Je quitte une amante volage ,
Et je reprends ma liberté ...
Sans regretter mon eſclavage , &c.
Ce Recueil finit par un Divertiffement
dramatique en deux Actes , compofé par Mé
raftafe en 1738 , pour célébrer le jour de la
naiffance de l'Impératrice Elifabeth -Chriftine ,
aïeule de la Reine de France & de l'Empereur
aujourd'hui régnant. Le principal mérite de
cec
DE FRANCE.
169
ہ ک
ces fortes d'Ouvrages femble devoir être dans
l'allégorie. Il n'y en a aucune dans ce petit
Dranie , qui a pour titre : Les Jardins des
Hefpérides. Vénus y vient chercher des pommes
d'or pour Elife , c'eft P'Impératrice.
Adonis fuit Vénus , Mars la cherche , & fon
arrivée la fait trembler pour Adonis , qu'elle
aime ; d'autres perfonnages , diverfement occupés
auffi de leurs amours , fe réuniffent à la
fin avec ceux- ci, & tous perdent de vue leurs
intérêts & l'action du Drame , pour célébrer
à l'envi les grâces & les vertus d'Élife. Un
rapport plus fenfible de cette action avec le
fujet , ou un paffage plus adroit de cette áction
à ce même fujet , eût fans doute ajouté
du prix à ce petit Ouvrage.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure , fur
la Mort de M. SACCHINI.
MONSIEUR ONSIEUR ,
Permettez- moi d'entretenir vos lecteurs
d'an homme célèbre , qui vient d'être ravi à
un, art dont il faifoit la gloire , à fes amis
dont il étoit l'amour. Je fens que ina douleur
a befoin , pour être foulagée , de rappeler ici
les vertus , les talens de M. Sacchini ; c'eft
ce motifqui me fait prendre la plume , plutôt
N. 43 , 28 Octobre 1786. : D
170
MERCURE
que le defir de lui rendre un hominage dont
il n'a pas befoin. Je ne viens point femer
des fleurs inutiles fur une tombe couverte
de lauriers ; mais en cédant au fentiment perfonnel
qui m'anime , je ne crains point le fort
ordinaire de ceux qu'un excès d'amour-propre
engage à confier leurs peines au Public.
L'homme dont je déplore la perte , excite
en même temps les regrets de toute l'Europe
; le mérite de fes compofitions l'a fait
admirer par- tout où elles ont été entendues ;
les qualités de fon coeur l'ont fait chérir partout
où il a été connu ; & j'ofe croire que
les détails de fa vie , que fon éloge , fi foiblement
que je puifle les tracer , ne feront
lus fans intérêt.
2
-
pas
ANTONIO-MARIA- GASPARDO SACCHINI
naquit à Naples le 11 de Mai 1735. L'Auteur
de l'Effar fur la Mufique a été mal informé
quand il l'a fait naître aux environs de Naples
en 1727. Je m'empreffe de rectifier cette
date, qui a déjà induit en erreur plufieurs de
nos papiers publics. Elle n'eft pas indifférente :
plus il étoit loin de la vieilleffe , de cet âge
où le génie perd fes forces & ceffe de produire
, plus fa perte doit fembler douloureufe
à ceux qu'intéreffoient fa perfonne ou fes
talens. Combien de chef-d'oeuvres ces huit
années auroient pu faire éclorre ! que de doux
momens ravis à l'amitié !
Deſtiné de bonne heure à la mufique , fes
parens honnêtes, mais peu fortunés, le mirent
dans le Confervatoire de Santa- Maria di LoDE
FRANCE
171
retto , à Naples , où il étudia fous le fameux
Durante. llyfit des progrès rapides, & s'adonna
particulièrement au violon , fur lequel il devint
très fort. Cette étude lui fut extrêmement
utile : en pratiquant lui-même un in?
trument qui devoit fervir un jour à rendre.
fes propres idées , il apprenoit à en faifir le
véritable caractère, & s'ailerviffoit à exécuter
les loix des autres , pour le mettre en état
d'en dicter à fon tour ; comme celui qui eft
né pour commander des flottes ou des armées,
s'exerce d'abord à l'obéissance dans des grades
inférieurs. Toutes les fois qu'on admiroit devant
lui la richesse de fes
accompagnemens ,
il n'en attribuoit le mérite qu'à cette première
étude.
Bientôt fon génie , impatient de paroître ,
s'adonna tout entier à la
compofition. Longtemps
Naples & Rome jouirent de fes
fuccès , & apprirent à l'Italie un pa
à
s'élevoit rapidement à l'immortalité. Il fut
qui
demandé à Venife . Cette ville offroit alors
aux jeunes filles les mêmes reflources contre
l'indigence , que Naples offroit aux jeunes
garçons ; des Confervatoires où , avec les
fecours d'un petit nombre de Maitres , &
fous
l'infpection d'un feul , toutes les parties
de la mufique font cultivées avec le
plus grand foin. En Italie , où l'art du Théâtre
invinciblement lié avec celui de la
Mufique , n'eft point avili par l'opinion
publique ; ces maifons , dont le régime ,
trop peu connu en France , eft admirable ,
,
Hij
172 MERCURE
1
font entretenues par des fondations pieufes.
La direction de l'une d'elles , appelée l'Of
pidaletto , fut confiée à Sacchini. C'eft là
principalement qu'il développa fes talens pour
la mulique d'Eglife , & prouva qu'il connoiffoit
à fond toutes les reffources de fon art ;
mais il fit voir en même temps que fans confondre
ce ftyle avec celui du Théâtre , fans s'écarrer
de la févérité qu'il exige , il étoit poffible
d'y conferver un chant aimable & facile ,
de le parer des grâces de l'imagination . Le cé
lèbre Docteur Burney , qui parcouroit alors
FItalie , en rend ce témoignage ; il affure que
nulle part la mufique ne lui fit autant de plaifir
qu'à Venife , & fur toute celle qu'il entendit
dans cette ville , il élève encore celle de
Sacchini *.
La renommée de ce Compofiteur croiffant
chaque jour , il vifita quelques cours d'Allemagne
, parcourut la Hollande , & fe rendit
enfin aux voeux de l'Angleterre , qui n'appelle
jamais que les Maîtres les plus diftingués . Sur
les onze années qu'il y paffa , il travailla fix
ans pour le Théâtre de Londres , ce qui étoit
fans exemple avant lui. Les Anglois recherchent
fur- tout la variété dans leurs amufeme:
s , & il faut que la mufique d'un
Maître leur faffe un plaifir extrême , pour
* Voyez The prefent fate of Mufick in France
and Italy , &c. London 1771 , par Ch . Burney ,
Muficien profond père du charmant Auteur d'Evé
lina & de Cécilia.
DE FRANCE. 173
qu'ils n'en ayent pas encore plus à en changer.
C'eft pendant ce temps que la Colonie fut
repréfentée à Paris. La France alors connoilloit
fort peu , eftimoit encore moins la
mufique d'Italie . On croyoit que l'expreffion
étoit abfolument étrang reaux Compofiteurs
de cette Nation , que tous leurs airs étoient
uniquement deftinés à faire briller la voix ; on
leur accordoit bien quelque mérite dans la
caricature : le fouvenir de la Serva padrona &
de quelques ouvrages ſemblables , n'étoit pas
entièrement effacé ; mais on n'avoit pas fuivi
leurs progrès , & on ne les croyoit pas capables.
de s'élever at deffus de ce genre. Les homs
des Sacchini , des Piccinni , des Traetta , des
Paifiello , étoient connus d'un petit nombre
d'amateurs , mais ils étoient ignorés du refe
de la nation. Cependant on donnoit déjà.
fur le Théâtre de l'Opéra , l'Iphigénie & l'Or
phée ; on avoit vu la Buonafigliuola fur celui
des Italiens ; mais ces ouvrages n'avoient pas
encore fait la fenfation qu'ils auroient dû
faire , & que M. Gluck n'a produite que depuis.
La révolution muficale fe préparoit ,
mais ne s'opéroit pas encore.
Enfin la Colonie parut. On fait quel fur fon
fuccès ; on fait que , malgré la bifarrerie de
l'intrigue , malgré le peu de talent que j'avois
* Lorfque je préfentai l'Olympiade à l'Opéra ,
une perfonne attachée à ce Théâtre me demanda
qui étoit ce M. Sacchini ; s'il avoit quelque talentz
s'il avoit déjà fait quelque choſe.
H iij
174
MERCURE
mis dans Parrangement & les détails de cette
Pièce , le mérite feul de la mufique triompha
de l'opinion publique , & de tous les efforts
fecrets qu'on fit long- temps pour l'empêcher
de réullir. L'oreille furprife & en mêmetemps
charmée, le coeur ému, attendri , tranfporté
, admirèrent cette foule de traits neufs ,
brillans , nobles & pathétiques , dont cer
Opéra fourmille ; la richeffe & l'élégance de
l'Orcheſtre , la douceur & le naturel du chant
le plus mélodieux. Les François crurent alors ,
contre l'avis d'un homme célèbre , que leur
langue étoit fufceptible de recevoir de la mufique
, & voulurent fixer parmi eux l'Artifte
habile qui leur avoit procuré ce plaifir nouveau.
L'adminiftration de l'Opéra me demanda
, pour fon Théâtre , ce que j'avois
fait pour celui des Italiens , d'adapter un fujet
à de la mufique déjà faite. L'Olympiade de
Méraftafe , par le mélange des moeurs paftosales
avec les moeurs héroïques , me parut le
fujet le plus convenable à la forme "drama "
tique qui étoit adoptée alors. J'y ajuftai du
micux que je pus la meilleure mulique de
Sacchini , faite à Milan & à Londres.
! Mais ce n'étoit pas affez pour la nation ,
d'entendre ainfi quelques morceaux , pour
ainfi dire , ifolés , & deftinés à d'autres paroles
; il falloit que l'Artifte dont elle avoit
conçu une fi grande idée , écrivît pour elle
& fur fa Langue , des ouvrages dont elle pûr
fe glorifier. Tel fut le voeu de l'adminiftration.
Flatté de pouvoir y concourir , je me
"
1
DE FRANCE. 175
par
rendis à Londres ; Sacchini recut très - bien mes
premières propofitions ; mais bientôt égaré
les confeils des gens qui l'entouroient , &
à qui, par bonté de caractère , il accordoit
fouvent une confiance trop aveugle , il refufa
obftinément , fit à fon tour des demandes
qui n'étoient pas acceptables , & j'entrevis
par la fuite qu'il n'avoit pas même compris
ce qu'on exigeoit de lui. Quelque zèle que
je miffe au fuccès de cette affaire , il me fut
impollible de vaincre les obſtacles qu'on y
oppofa , ni la défiance qu'on lui avoit infpirée.
Pendant ce temps , M. Gluck obtenoit à
l'Opéra des fuccès mérités ; il jouilloit de
toute la gloire ; & quelques-uns des Acteurs
de ce fpectacle , enivrés de la nouvelle exiftence
qu'il leur avoit donnée , crurent qu'il
pouvoit fuffire à tout , & qu'il étoit inutile
d'accueillir un autre compofiteur. Cette difpofition
fut défavorable à l'Olympiade ; quand
je la préfentai , ces Acteurs ne la répétèrent
qu'avec répugnance , en refusèrent les rôles ,
en tournèrent la mufique en ridicule; & quand
je retirai l'ouvrage , il ſe répandit dans Paris
que le peu de mérite de cette mufique l'avoit
fait refufer.
Je ne pus me réfoudre à laiffer fubfifter
une opinion fi défavantageufe à l'homme
que j'aimois. J'immolai mon amour-propre à
l'amour que j'avois pour fes talens , au foin
de fa réputation ; & , quoique bien petfuadé
qu'en donnant cet Ouvrage aux Italiens , ce
Hiv
176 MERCURE
fujet, qui ne leur convenoit nullement, yfigu
reroit mal; que le ton héroïque , étranger à
la plupart des Acteurs de ce Théâtre , y fembleroit
déplacé , que les ballets , les décorations
, le fpectacle n'y auroient pas la magnificence
convenable ; que les choeurs ni l'orcheftre
n'y feroient pas affez nombreux ; enfin
que la foibleffe du ftyle & les vices de contextures
, mafqués ailleurs par mille acceffoires ,
y paroîtroient à découvert & y feroient jugés
bien plus févèrement ; je fis néanmoins cette
tentative , bien sûr de voir applaudie & juftifiée
cette mufique calomniée dans l'obſcurité.
L'événement ne trompapoint mon efpérance.
Le fuccès des fept premières repréfentations
fut prodigieux , & me confola bien des critiques
moitié juftes , moitié injuftes , qui ne
tombolent que fur mon ouvrage. Il fut interrompu
par des perfécutions allez étranges &
que je ne veux pas rappeler. Je n'avois pas
Pefpoir qu'il fe foutint long- temps ; mais
enfin la mufique de Sacchini étoit connue
& jugée ; elle eft reftée dans les concerts &
s'exécute encore en province ; c'étoit tout ce
que je voulois. En renonçant à toute gloire ,
j'avois du moins fauvé celle de mon ami .
Mais je m'apperçois , Monfieur , que j'ai
des excufes à faire à vous & à vos lecteurs ,
d'affocier fi long- temps mon nom au nom
d'un homme célèbre . Ces circonftances où
je me trouve mêlé , m'ont paru aífez intéref
fantes pour ne devoir pas être pallées fous
filence , puiſqu'elles ont fervi à fixer ce grand
DE FRANCE. 177
homme parmi nous. D'ailleurs , c'eft par les
rapports que j'ai eus avec lui que je le connois
le mieux ; mais il va enfin paroître feul fur la
fcène , & fi je fuis forcé de me citer encore ,
ce ne fera que pour appuyer des faits dont je
dois la connoiffance à l'intimité dans laquelle
j'ai vécu avec lui.
Sacchini depuis long- temps fentoit dépérir
fa fanté, le climat de Londres ne lui étoit nullement
favorable. Chaque année il éprouvoit
des attaques terribles de la cruelle maladie qui
nous l'a enlevé ; elles étoient fi régulières , que
depuis le Cid , le premier des ouvrages qu'il
ait faits à Londres , jufqu'à Renaud , le premier
de ceux qu'il a faits à Paris , il n'a jamais
pu affifter aux premières repréfentations de
fes Opéras. Il crut qu'un voyage dans fa patrie,
ou même qu'un fimple déplacement luiferoit
avantageux : il vint en France , fans avoir en-.
core à cet égard aucun parti arrêté.
Quelques années plus tôt , fon arrivée eût
produit fans doute à Paris une fenfation plus
vive. Elle en fit encore une grande à la Cour.
Une Souveraine éclairée , & qui dans tous les
arts accorde au mérite diftingué , une protec
tion éclatante , ne pouvoit la refuſer à un
compofiteur auffi célèbre , dont elle favoit
par coeur tous les airs. Sacchini fut reçu par
toute la Cour de la manière la plus flatteufe ;.
& l'accueil particulier que lui fit l'Empereur
qui s'y trouvoit alors , fut un nouveau triomphe
pour lui. Ce Prince, qui porte juſques.
dans les plus petites chofes cette attention
H vj
178 MERCURE
foutenue qui l'aide à en faire de fi grandes ,
lui citoit fes plus beaux morceaux , ceux qui
avoient fait fur lui la plus vive impreffion ; lui
rappeloit des détails que Sacchini lui -même
avoit oubliés. Il nomma particulièrement un
choeur du Cid , tacite ombre , connu dans
POlympiade Françoife fous le titre de choeur
des prêtres ; on voulut l'entendre , il fut exécuté
à la chapelle , & caufa un enthouſiafme
univerfel..
La Cour parut defirer que Sacchini fit
quelques ouvrages pour la France ; ce n'étoit
pas fon projer , mais l'Empereur , qui daigna
s'intéreffer à cette affaire, vint à bout de l'y
déterminer .
t
Il fut décidé
qu'on lui donneroit 30,000 liv. pour trois
Opéras , ou 10,000 liv. pour chaque , ainfr
qu'on les avoit données avant lui à d'autres
Compofiteurs étrangers . Il fit fucceffivement
Renaud, Chimène & Dardanus . Il eft inutile !
de parlerde fes fuccès qui font connus,ni de fes
chagrins qui furent plus fecrets ; je dirai feulement
à ceux des Compofiteurs nationaux
qui pourroient être bleffés de l'efpèce de préférence
qu'on accorde aux autres , qu'ils ne
font pas affez d'attention à ce qu'elle leur
coûte quelquefois .
Après avoir rempli fon engagement ,
Sacchini fit pour la Cour Edipe à Colone ,
qui fut exécuté à Verſailles Pannée dernière
DE FRANCE. 179
avec un fuccès prodigieux , & tel qu'en aura
toujours un Compofiteur aufli habile , quand
il travaillera fur un fonds intéreflant. Il devoit
donner cette année Evelina , fujet tiré d'une
Tragédie Angloife. Il n'en reftoit que fort peu
de chofe à faire, lorfqu'il apprit que cet Opéra
n'étoit plus fur le répertoire de Fontainebleau.
Soit qu'il eut befoin de repos, foit quelqu'autre
raifon que j'ignore , il ceffa tout- à- coup un
travail qui ne lui paroiffoit plus preffé ; & c'eſt
au moment même où il alloit s'y remettre ,
que la maladie & la mort l'ont furpris . Je ne
dois pas prévenir le Public fur le mérite de ce
dernier ouvrage , mais je ne puis m'empêcher
de dire qu'il rendra bien amers les regrets
cauſe la perte de ce grand homme, quand
on y verra quels progrès étonnans il avoit
faits vers notre goût national , & avec quelle
facilité ce génie fouple & fécond avoit faifi
l'originalité du fujet.
que
Le ftyle de Sacchini fe diftingue fur- tout
par la grâce , la douceur , l'élégance foutenue
de fa mélodie ; fon harmonie eft pure , correcte
& d'une clarté précieufe ; fon orcheſtre
toujours brillant , toujours ingénieux. Quoi
qu'il ait une manière à lui , on voit que Haffe
& Galuppi, qu'il eftimoit infinimeur , furent
fes modèles. Il évitoir les tournures communes
, mais il craignoit encore plus ce qui
avoit l'air de la recherche. Ses modulations .
les plus inattendues n'étonnentjamais l'oreille;
elles coulent naturellement de fa plume , &
ceux qui ont étudié fes partitions , favent
Hvj
180 MERCURE
quel art il mettoit à cacher fon favoir. Un
jour qu'il dinoit à Londres chez M, le Brun ,
fameux haut- bois , on renouveloit devant
lui l'accufation que les Allemands & les François
font quelquefois aux compofiteurs d'Italie
, de ne pas affez moduler, Nous modulons
dans la mifique d'Eglife , leur dit-il ; c'eft
Là que l'attention n'étant point troublée par
les acceffoires du Spectacle , peut fuivre plus
aifément des changemens de tons enchaînés
avec art. Mais au Théâtre il faut être clair
& fimple , il faut toucher plutôt qu'étonner
ilfaut fur tout être à la portée des oreilles les
moins exercées. Celui qui , fans changer de
ton , produit des chants variés , montre bien
plus de génie que celui qui en change à tout
moment. Alors il prend la plume, & fur le
chanip écrit un menuer de 16 mefures , dans
le quel, fans bleffer aucunement les règles ,
il fortoit 16 fois de ton : tout le monde l'admiroit
: exécutez le , dit Sacchini , vous le trouverez
déteflable.
و
Avec un chant fi facile & autant de fenfibilité
dans l'ame , ' il étoit impoffible qu'il
n'eût pas beaucoup d'expreffion ; mais comme
il avoit en même- temps un goût sûr , jamais
fon expreflion n'eft exagérée. Il réſervoit les
grands moyens pour les momens de ſurpriſe ,
& ne prodiguoit pas les effets , pour être sûr
d'en produire quand il le falloit. Il croyoit
que l'expreffion muficale devoit être femblable
à l'éloquence ; qu'elle devoit pénétrer
dans l'ame par un charme doux & infinuant ,
DE FRANCE. 181
plutôt que la troubler , la tirer hors d'ellemême
par de violens efforts , & qu'il n'étoit
pas nécellaire pour émouvoir , de tonner fans
ceffe du haut de la tribune.
Un mérite qu'il polfédoit encore au ſuprême
degré , c'étoit de faifir , de deviner , pour
ainfi dire , le goût des Nations différentes pour
lefquelles il écrivoit. La mufique qu'il a faite
en Italie , ne reflemble point à celle qu'il a
faite à Stutgard , ni celle de Londres , à celle
qu'il a écrite en France. Il faut convenir cependant
qu'il n'avoit pas pour le genre bouffon,
le même talent que pour le férieux ;
fon ame, difpofte naturellement à la tendreffe
& à la mélancolie , étoit plus particulièrement
fufceptible d'expreffions gracieufes
, intérellantes & nobles; la caricature lui
fembloit étrangère , & quand il étoit obligé
de travailler dans ce genre , il perdoit alors
prefque toute fon originalité. L'Amore Soldato
qu'il a fait à Londres , & qu'on a entendu
à Paris , eft fon meilleur Opéra bouf
fon . J'en excepte l'Ifola d'Amore ( la Cor
lonie ) , où l'on retrouve tout fon caractère
noble & férieux. Mais ce mérite qui à
fait fi bien réuffir en France cet Intermède , a
été la caufe de fon peu de fuccès ailleurs . Il
-ne plût point à Rome, où il fut fait , mal-
Il faut peut- être en excepter auffi le premier de
rous fcs Ouvrages , un Intermède fait pour le Confervatoire
, & qui devint le fujer d'une Anecdote
-affez caricufe pour queje la faffe connoître un jour
182
MERCURE
gré la belle voix de M. Rauzzini , qui chan
toit le rôle de la première femme. On l'entendit
avec plus de plaifir à Lisbome & à
Florence ; mais il n'a pu fe foutenir à Londres
plus de quatre où cinq repréfentations.
La Contadina in Corte ( c'est le ſujet de
Ninette à la Cour ) , eut affez de fuccès à
Rome. C'eft un Ouvrage foible , dan's
lequel il y a pourtant deux morceaux délicieux
: l'un des deux eft la Scène de Blaife
dans la Colonie : demain peut- être on va me .
pendre. L'Opéra bouffon que Sacchini eftimoit
le plus , eft l'Avaro Delufo fait à Londres
, & dont il aimoit fur- tout les finales.
Je l'ai eu long- temps entre les mains , &
j'avoue qu'il n'a pas changé ma façon de
penfer. Sacchini eft affez grand dans le genre
que lui avoit affigné la nature , pour n'avoir
pas befoin de le louer dans celui où il étoit
inférieur : voici une lifte de fes Ouvrages ' ,
qui n'eft pas à beaucoup - près complette ,
mais qui eft plus exacte que celles qu'on a
données jufqu'ici .
A NAPLES , l'Andromaca , Lucio vero ,
l'Aleffandro nelle indie , il Crefo , l'Ezio ;
plufieurs Opéras bouffons Napolitains dont
on ignore les titres. A ROME , l'Eumene , la
Semiramide , l'Artaferfe , il Cid , la Contadina
in corte , Intermède , ainfi que l'Ifola
d'Amore & l'Amore in Campo . A MILAN,
l'Olimpiade , l'Armida. A TURIN , l'Alef
fandro nelle indie. A VENISE , l'Olimpiade ,
Pl'Aleffandro , il Nicorafte , l'Adriano in SiDE
FRANCE. 183 .
ria, &c. A MUNICH, Scipione , l'Eroè Cinefe
AStutgard, il Volcgefe. J'ignore le nom des› :
autres. On a encore de lui plufieurs Cantates ;
les Oratorio d'Efter , de Saint- Philippe , de i
la mère des Machabées , de Jephté des ...
Noces de Ruth , &c. A LONDRES , il a fait le
Cid , Tamerlano , Lucio vero , Perfeo , Nitetti
, Motezuma , Erifile , Crefo , Rinaldo ,
Enea & Lavinia , Mitridate , l'Amore Soldato
, la Contadina avec quelques morceaux
neufs , & l'Avaro Delufo. A PARIS ,
Renaud , Chimène , Dardanus , dipe à
Colone; & enfin Evelina.
S'il eft vrai que les Ecrivains fe peignent
dans leurs Ouvrages , cela n'eft pas moins
vrai pour les Muficiens. Les paffions qu'ils
ont à rendre , en pallant par leur ame , en
prennent nécellairement la teinte ; ils ne
peuvent les exprimer que de la même manière
dont ils font habitués à les fentir.
La mufique de Sacchini porte par- tout l'em- ›
preinte de fon caractère , & c'eſt dire affez
combien ce caractère étoit beau. Une fenfi- ..)
bilité exquife & profonde en étoit la baſe;
généreux , bienfaiſant à l'excès , comme il
fied au génie , il n'étoit touché que du plaifir
de répandre des dons ; l'ingratitude même
n'avoit pas le pouvoir de l'arrêter . Ses amis
favent s'il fut bon ami ! on pourroit l'accufer
de faibleffe , lorfqu'il s'agiffoit de refufer,
ou de prendre les précautions que dicté
l'intérêt . Peu foigneux dans fes affaires , &
victime de fa bienfaifance , il fut fouvent.
184 MERCURE
perfécuté par ceux même qu'il avoit le plus
obligés ; cependant hors les occafions qui n'intérelicient
que fa fortune , fon ame avoit
de l'énergie , & quand on exigeoit trop de lui ,
elle favoit déployer toute la fermeté. On a
dit que le chagrin avoit abrégé fa vie , on a eu
tort. La confcience intime de fon talent
triomphoit de fa fenfibilité naturelle , & le
mettoit de beaucoup au-deflus des chagrins,
Nulhomme pourtant ne fut plus molefte, & la
preuve en étoit fa docilité incroyable aux avis
que lui donnoient ceux en qui il fe confioit.
Il aimoit infiniment la mufique , & cet
amour s'étendoit fur tous les Artiftes diftingués
. Jamais la moindre étincelle de jaloufie
' excita le trouble dans fon ame ; j'ai été
tmoin des efforts qu'il a faits pour faire
repréfenter l'ouvrage d'un homme qu'il aurit
pu craindre , de M. Paifiello . Il y a mis
une opiniâtreté qu'il n'auroit jamais eue pour
lui-même. Il deûroit fincèrement de voir le
bon genre s'établir en France , & fon intérêt
perfonnel n'auroit pas été capable de balancer
en lui ce defir . On a prétendu que fon
penchant à la volupté , à l'intempérance
ayoient caufé fa perte : je ne l'ai pas fuivi
dans fa jeuneffe ; mais fi l'on peut juger des actions
des hommes par le fond de leur caractère
qui n'eft pas fujet à changer , il me femble
qu'il étoit né plus tendre que fougueux , que
fes paffions étoient plutôt douces que violentes
; & que ciles l'ont égaré quelquefois
, elles ne l'ont jamais emporté. Depuis 4
DE FRANCE. 185
qu'il étoit en France , je ne l'ai jamais vu
s'écarter du régime qui lui étoit preferit.
D'ailleurs la goutte qui le tourmentoit depuis
long-temps , eft d'elle - même une maladie
affez cruelle , pour ne pas aller chercher
ailleurs la caufe qui nous la ravi . Depuis 18
mois il faifoit ufage d'un remède, qui en
avoit fingulièrement affaibli les accès ; il s'en
croyoit délivré , lorfque le vendredi 22 Septembre
, en revenantde Verſailles, il fe trouva
mal. On crut pendant quelque temps que
ce feroit peu de chofe ; mais huit jours après
il fe déclara en lui une fièvre violente , dans
laquelle on crut reconnoître de la malignité.
On le traita en conféquence , fans négliger
pourtant les précautions ordinaires contre
la goutte remontée. Elles ont été inutiles ,
& le famedi 7 de ce mois , Sacchini n'etoit
plus.
.
Fardon , Monfieur , je fens que je donne
à ces détails beaucoup trop d'étendue . Je ne
puis m'arrêter , lorfqu'il s'agit d'un homme
qui me fut fi cher. Je vous parle longuement
de celui qui laiffera de longs fouvenirs.
Il en laiffe à l'Europe entière * , à tous
T
* Cette expreffion , employée ailleurs , a paru
trop emphatique à quelques perfonnes. On a demandé
ce que c'étoit que l'Europe pour M. Sacchini.
C'est toute l'Italie , une partie de l'Allemagne , l'Angleterre
, la France , pour lefquelles il a écrit ; la
Ruffie , l'Espagne , le Portugal , qui ont defiré
de le pofféder , & qui exécutent & admirent les Ou
vrages.
186 MERCURE
ceux qui s'intérefloient à fes talens. Ceux- là
du moins reliront fes chef-d'oeuvres , ils jouiront
bientôt de ceux qu'il n'avoit pas encore
publiés , & ce fera pour eux une forte de
dédommagement ; mais fes amis qui lui
étoient fi tendrement attachés , & à qui le
fouvenir de fes excellentes qualités arrache
des larmes amères , qui les confolera de ce
qu'ils ont perdu ? Qui confolera ce ferviteur
fidèle , qui , penché fur fon chevet , lui entendoit
dire d'une voix mourante : Pauvre
Laurent , que deviendras- tu ? Qui arrêtera les
gémiffemens , le défeípoir de la foeur qu'il
laiffe à Naples , fans fecours & fans appui ,
de cette tendre Anna , qu'il appeloit fans ceffe
à fon heure dernière , & qui ne fubfiftoit
que de fes bienfaits ? L'infortunée fur qui le
fort femble épuifer toute la furie ! elle étoit
heureufe , il y a deux ans , heureufe de la
tendrelle d'un époux qui lui procuroit une
aifance honnête ; heureufe des careffes de
dix- fept enfans dont elle étoit entourée , de
l'amitié d'un frère , qui , tout éloigné qu'il en
étoit , ne ceffoit de s'en occuper . Hélas ! de
fes dix-fept enfans , quinze en un feul mois
tombent à fes côtés victimes d'un fléau
'redoutable ; fon époux , frappé d'une paralyfie
, n'eft plus en état de pourvoir à fa fub-
Aftance. Son frère lui reftoit feul au monde,
& fon frère la devance au tombeau ! Elle
recevra cette trifte nouvelle , & fes amis , les
amis de celui qu'elle a perdu ne feront pas
là pour partager fa douleur.
DE FRANCE. 187
Mais il eft temps que je finiffe . J'en ai trop
dit fans doute , pour ceux dont l'ame eft
moins affectée que la mienne , &je n'en dirois
jamais affez pour ceux qui éprouvent les
mémes fentimeus que moi.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
FRAMERY .
SCIENCES ET ARTS.
ÉCONOMIE.
M. LE BRITON , toujours occupé , avec autant
d'utilité que de fuccès , de l'étude de la Botanique ,
vient de faire fur le Typha- Latifolia , Linné , des .
expériences qui peuvent tourner à l'avantage de
Féconomie. D'après la notice qu'il a bien voula
nous en communiquer , nous allons en faire part à
mos Lecteurs , perfuadés que c'eft rendre tout- à- lafois
un jufte hommage à cet eſtimable Botaniſte, &
un fervice au public . Comme voici le vrai moment de
cueillir la Aeur de cette plante , & de la faire fécher,
nous invitons les Antateurs à fuivre les expériences de
M. le Breton , & à en effayer de nouvelles.
Le Typha- Latifolia , appelé vulgairement roſeau
des marais , des étangs , &c. , & par les Botaniftes
maffe ou maffette d'eau , eft une plante aquatique ,
indigène en Europe , qui s'élève à la hauteur de.
fix à fept pieds ; fa racine eft rainpante , rougeâtre
en dehors, très - blanche en dedans , d'un goût fade ;
elle pouffe ordinairement une feule tige ronde
ferme , droite & liffe ; fes feuilies font longues , un
peu enfiformes , étroites & épaiffes , de fubftance.
188 MERCURE
fpongieufe , douceâtre au goût ; les unes fortent de
la racine , les autres de la bâfe de la tige qu'elles embraffent
par leur gaîne ; fes fleurs font rougeâtres ,
& naiffent en malle ou en épi cylindrique au fom-
'met de fa tige , qui eft une hampe ; les fleurs de la
partie fupérieure font mâles , compofées chacune
d'un calice à trois feuilles & de trois étamines fans
piftil ; la partie inférieure de l'épi eft occupée par
des fleurs femelles , à chacune defquelles fuccède
une petite graine , portée par un filet , accompagné
d'une aigrette de poils ; ces deux fleurs font tellement
réunies & rapprochées , qu'elles ne laiffent
, pour ainfi dire , entre- elles aucune féparation
fenfible ; elles fe diffipent quand elles font mûres ,
en s'envolant en l'air en forme de duvet , & c . &
M. le Breton ayant ramale fur le toit d'une petite
cabane, couverte en typha, fituée dans les jardins de
M. le Maréchal de Noailles , une once de fieur de
cette plante , la fit voir dans cet état à plufieurs
Amateurs , qui ne purent la connoître définitivement
; quelque temps après il eflaya d'en faire
carder ; mais il ne put y réaffir complettement qu'en
y métant un tiers de coton ; il en fit peler quatre
onces , y joignit deux onces de coton , qui furent
cardées & filées enfemble , & divifa enfuite les fix
onces par moitié ; une partie fut moulinée ou cor→
donnée en trois , & l'autre en quatre ; il fit faire de
la première une paire de gands fur le métier , & de
l'autre une paire de gands auffi , mais travaillés d'une
manière toute particulière. Ces deux effais lui ont
parfaitement réuffi .
Depuis ses premières tentatives , il a voulu effayer
d'en faire des chapeaux . Huit onces cardées
foulées & feutrées, fuivant la manière ordinaire ,
mélangées avec quatre onces de poils de lièvre , ont
donné allez de matière pour former deux chapeaux ;
& ce qui prouvoit déjà que cette matière pouvoit
DE FRANCE. 189
être employée à cet ufage , c'eſt que le premier chapeau
étoit , à beaucoup près , moins bien travaillé
que le fecond; & depuis , on lui a rendu deux autres
chapeaux infiniment mieux travaillés . Cela fait cfpérer
que par la fuite on pourroit , avec plus de foin ,
la porter à fon dré de perfection
:
Indépendamment de ces premiers objets , M. le
Breton penfe que la fleur du Typha peut- être employée
très-utilement en différens genres , mais furtout
pour la partie de la Bonneterie . Il n'eft pas
éloigné de croire non plus qu'on puiffe en faire du
drap ; il n'a pu l'effayer faute de matière ; mais il
en a fait une pièce de tricot au métier , portant huit
pieds & demi de long fur quinze pouces de large ,
( mélangée d'un tiers de coton comme ci - devant )
qui ne permet point de douter qu'on ne puiffe en
faire des bas & des bonnets pour les habitans de la
campagne ; & comme la matière eft fort douce au
toucher & fort chaude à la peau , on en pourroit
faire au moins des couvertures , ne fût- ce que pour
les Hôpitaux , les Soldats , & c. On pourroit s'en
fervir auffi pour houatter , &c.
Cette plante eft très - connue en France , & fort
répandue dans la plupart de nos Provinces. Outre
les grands avantages qu'on peut retirer de fa fleur
l'utilité qu'on retire de fes tiges eft généralement
connue ; on s'en fert en France pour couvrir les
maifons , les mers , &c. Dans quelques pays on s'en
fert pour faire des claies ou des paillaffons , qui
fervent quelquefois de murs & d'enceintes , de melonnières
; ailleurs , où le bois eft rare , on s'en fert
pour chauffer les fours , &c . &c.
Quoique cette plante foit fort connue dans cerraine
Province de la France , elle eft cependant quel
quefois affez rare dans quelques autres ; mais il eft
facile de la multiplier également par- tout , foit le
long des rivières , des ruiffeaux , ou dans des étangs ,
190 MERCURE
& généralement dans toutes espèces de terreins
aquatiques. Un feul pied dans les jardins de Mic
Maréchal de Noailles , dans l'efpace de quatre à
cinq années , a couvert trois perches de terre
moins. Il n'y a point de plante q i fe multiplie avec
autant d'abondance , fi ce n'eſt le chiendent.
au
ANNONCES ET NOTICES.
EXPLICATION du Nouveau Testament , à l'usage
principalement des Colléges . A Paris , chez Barbou,
Imprimeur Libraire , rue des Mathurins , 1786.
Ce Livre , dirigé avec legeffe , écrit avec onction ,
répond à l'intention de l'Auteur , qui eft d'inftruire
la jeuneffe , & d'édifier les familles . Les Notes que
M. de Sacy a faites font un peu trop étendues pour
être apprifes par les Écoliers ; celles de M. de Mefanguy
ne le font pas affez. L'Auteur ( digne par la douceur
& la pureté de fa plume de rappeler Maffillon ,
dont il eft un des plus proches parens ) , i’Auteur tient
un jufte milieu entre les premiers Commentateurs
François , il fait ufage des Notes de tous les Auteurs
célèbres qui ont travaillé en ce genre ; il les fond ,
les remanie , fe les approprie , & y joint des traits de
la plus faine & de la plus univerfelle morale. Cet
Ouvrage , préparé depuis long temps , déjà traduit
en Italien , & accueilli avec reconnoiffance par plu
fieurs Prélats & par Sa Sainteté elle-même , réunie
donc l'explication de la lettre & celle de la morale.
Les Maîtres, déformais difpenfés de lire les diversInterprêtes
que nous avons fur cette importante matière,
wrouveront dans le Livre feul du P. G. , & en écou
DE FRANCE. 191
tant leurs Elèves , des explications très- intéreffantes
égalenient propres à former l'efprit & le coeur.
OBSERVATIONsfur la Lettre de M. Choderlor
de la Clos , concernant l'Eloge de M. le Maréchal de
Vauban , par M. Carnot , Capitaine au Corps Royal
du Génie , de l'Académie des Sciences , Belles- Lettres
& Arts de Dijon , Brochure in-8 ° . de feize pages. A
Arras, de l'imprimerie de la Veuve Michel Nicolas ,
rue S. Géry ; & fe trouve à Paris , chez Durand neyeu
, Libraire , rue Galande ; & à Arras , chez Topino
, Libraire , iue Erneftade .
MANUEL & Architecture , ou Principes des opé
rations primitives de cet Art, où l'on expofe des
méthodes abrégées tant pour l'évaluation des furfaces
& des folides circulaires que pour le dévelop
pement des courbes , & pour l'extraction des racines
quarrées & cubiques par de nouvelles règles fort
fimples. Cet Ouvrage eft terminé par une Table de
quarrés & de cubes , dont les racines commencent
par l'unité, & vont jufqu'à dix mille ; par M. Scin
l'aîné, Entrepreneur de Bâtimens , 1 Volume in- 8°.
Prix , 7 liv. relié, & 6 liv. broché. A Paris , chez
Didot fiis & Jombert , Libraires, rue Dauphine .
Cet Ouvrage , utile & rédigé avec exactitude , n'eft
pas fufceptible d'analyſe.
DIX-SEPTIÉME Cahier des Jardins Anglo- Chinois
en 30 Flanches , contenant lafuite des Palais de
l'Empereur de la Chine. Prix , 12 liv. chez Lerouge
rue des grands Auguftins. Les originaux font à la
Bibliothèque du Roi , fous la garde de M. Joly: plus,
les cinq Plans & la Vue intérieure du Panthéon de
M. le Noir , en deux fenilles . Prix , a liv . plus , un
Bouveau Plan de Wurtzburg, levé fur les lieux . Prix,
1 liv. 10 fols . Même Adresie que ci-deffus.
192
MERCURE
DESCRIPTION de la Pompe à fcier , qui fe
trouve chez M. Bianchi Phyficien , rue Saint Ho
noré , vis - à- vis celle de Richelieu , n ° . 55 , conté.
nant fon utilité , & une méthode pour la manière de
s'en fervir , Brochure in - 8 ° . de dix pages avec,
figures.
S1x nouveaux Duos concertans pour Vielon &
Ato , par M. Cambini , cinquième Livre. Prix ,
7 liv. 4 fols port franc. A Paris , chez M. Porro &
Mine Baillon , Marchands de Mufique , rue du
petit Repofoir , à la Mufe lyrique.
La fécondité de M. Cambini ne nuit point à la
grace de fon génie , à la force de fes compofitions.
L'efprit qui règne dans celle que nous annonçons
juftifiera cet éloge.
TABLE.
y
STANCES fur le feu Roide \ Iſmène & Tarfis ,
Pruffe ,
145 Variétés
Charade, Enigme & Logogry- Sciences & Arts ,
146 Annonces & Notices ,
pres
L'Inconftant, Comédie , 1491
159
369
187
190
APPROBATION.
J'AI in , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 28 Octob. 1736. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 27 Octobre 1786. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 20 Septembre.
L
E Comte Charles de Scheffer , Sénateur
du Royaume de Suede , Chancelier &
Chevalier des ordres du Roi , eft mort dans
fa terre de Trolleholm , âgé de 71 ans .
Le 22 Août on reffentit à Chriftianſtadt ,
vers les 7 heures du matin , quelques fecouffes
de tremblement de terre.
Le Capitaine de Loewenoern , parti le
Printemps dernier avec une frégate , pour
aller à la découverte de l'ancien Groenlande ,
eft revenu à Copenhague , fans avoir rempli
le but de fon voyage. Il a laiffé en Iſlande
un bâtiment commandé par le Lieutenant
Egede, qui fe propofe de faire de nouvelles
tentatives,
Selon un Auteur Allemand , la méthode
qu'employent les Chinois pour bronzer leur
Cuivre , confifte dans le procédé ſuivant :
No. 40 , 7 Octobre 1786. a
( 2 )
on frotte le cuivre avec du vinaigre &
de la cendre , jufqu'à ce qu'il foit devenu
rès luifant ; on l'expofe enfuite au foleil
pour le fécher : lorfqu'il eft fec , on l'enduit
d'une compofition préparée en pilant & en
mêlant bien enfemble deux parts de verd
de gris , autant de cinabre , 5 parts d'ammoniac
, 2 de becs & de foies de canards ,
& s d'alun ; lorfque ce mélange eft pilé trèsfin
, on le mouille beaucoup , jufqu'à la
confiftance d'un enduit ou d'une pâte trèsclaire.
Cet enduit eft porté fur le cuivre &
féché au feu. Quand le cuivre eft refroidi ,
on le lave proprement , & on recommence
la même opération avec les couches d'enduit
jufqu'à dix fois.
Depuis peu il eft arrivé au Séminaire des
Jéfuites de Polocz 18 ex - Jéfuites , dont s
François , les autres Polonois & Allemands.
On attend encore plufieurs autres Religieux
du même Ordre. Les envois en argent des
pays catholiques pour l'entretien de ce Séminaire
font très fréquens .
La moitié de la ville d'Oppatow vient
d'être incendiée en moins de 3 heures. La
Princeffe Douairiere de Lubomirsky , à qui
cette ville appartient , y a envoie für le
chanip 10,000 florins & 300 meſures de
bled.
Nous avons donné dernierement le bilan
du commerce de Petersbourg en 1784 :
voici maintenant celui de 1785 , tel qu'il eft
rapporté dans le Journal de Pétersbourg,
( 3 )
Ruffes ,
Nations. Exportation.
Roubles.
Importation.
Roubles,
2,556,307 6,077 938
Anglois , 9,035,846
2,365,909
Hollandois
De Lubeck
Danois ,
Espagnols ,
Portugais ,
De Rottok
François ,
> 184,196 275,902
72,122 88,45 L
541976 241,5LI
166,248 80,822
121,935 129,479
32.429
328.526 42,811
Italiens ,
278,295 84,521
De Hambourg > 113,861
174,093
Saxors , 11,482
Praffiens 1,005 20,150
Suiffes , 2,562
4,670
De Dentzik ,
Autrichiens ,
1,501 2,282
1,344 80, 87
Suédois ,.
45,688
42,550
Américains . 1,380 I , 79
Négo . & Pallagers , 14,840 136, 75
Patrons de Bâtimens , 30,166 141,0 S
Total .... 13,497,645 10,033,785
Les droits de Douane ont monté à 3,082,698 roub.
Ceux pour l'entretien des écoles , à 50,5533
Le produit des machandifes confilquées
, a monté à ... 1,500
DE BERLIN, le 18 Septembre.
La folemnité des funérailles du Roi défunt
a eu lieu à Potzdam , le 9 de ce mois ,
avec une pompe qui avoit attiré un concours
immenfe de fpectateurs. En abrégé
voici la defcription de cette cérémonie , qui
a 2
( 4 )
avoit eu lieu pareillement à la mort de Fréz
déric Guillaume I.
Vers les 10 heures les trois bataillons des gardes
& le Régiment du Prince royal de Pruffe
ayant commencé à défiler , formerent une double
haie fur le chemin du château jufqu'à l'églife. Le
train du convoi étoit ouvert par tousles officiers de
la cour & de la livrée du Roi défunt ; venoient en- :;
fuite les Miniftres d'Etat portant chacun une des
marques de la Royauté. Le char funebre accompagné
de huit Officiers de l'Etat Major & de
plufieurs Généraux portant le poéle , les coins
des draps mortuaires & l'enfeigne de l'Empire ,
étoit fuivi immédiatement de Sa Majefté , le Roi
aujourd'hui régnant , ayant à fa droite S. A. S..
le Duc régnant , & à fa gauche le Duc Frédéric
de Brunfwick. Suivoient enfuite tous les Princes
de la Maifon royale , les Princes étrangers , la
haute nobleffe , le refte des grands Officiers du
Roi , les députés du Magiftrat de Berlin , & tous
les membres compofant celui de Potsdam. La
marche étoit fermée par le caroffe de deuil de
S. M.
•
Le convoi arrivé devant la porte de l'églife
les huit Officiers de l'Etat - Major porterent le
cercueil de parade fur le catafalque qui avoit
été érigé devant le caveau royal , en forme d'un
temple , foutenu par des colonnes ornées de figures
, de fymboles & d'infcriptions analogues
aux principaux & mémorables évenemens du regne
du Roi défunt ; tout l'intérieur de l'églife ,
qui ayant été tendu de noir jufqu'au deffus des
fanétres , étoit illuminé par 5000 lampions &
plus de 600 bougies , fe trouvoit orné des mêmes
décorations, Pendant que les Miniftres d'Etat
& Officiers généraux , portant les ornemens
ci-deffus défignés , fe tangeoient , la tête cou
verte , autour du cercueil de parade , on entonna
la cantate compofée en latin par le chambellan
du Roi , marquis de Luchefini. Elle fut exécutée
par tous les chanteurs du Roi , joints à un choeur
de 3 voix , & accompagnée par plus de 70
Muficiens de la chapelle. Le chant fini , les Minitres
s'avancerent jufques devant la tribune du
Roi , comme pour dépofer à fes pieds les marques
qu'ils portoient , tandis que les huit Officiers
de l'Etat Major , précédés du Lieutenantgénéral
de Moellendorff , portant l'enſeigne de
L'Empire , depoferent le cercueil dans le caveau
royal. En même tems les Miniftres & les Officiers
généraux ayant remis les marques fuf- mentionnées
qu'ils portoient , entre les mains de quelques
Lieutenans , & s'étant de nouveau approchés
, la tête découverte , vers la tribune du Roi
pour faluer S. M. , on donna le fignal convenu
à l'artillerie , placée dans les jardins du château.
A ce fignal , on entendit de fuite 36 décharges ,
auxquelles les Régimens d'infanterie répondirent
par trois falves générales . Le retour du convoi
fe fit dans le même ordre jufqu'au château
où le Roi dina dans l'intérieur de fes appartemens
, avec tous les Princes de la Maiſon royale &
les Princes étrangers . Plufieurs autres tables y
avoient été draffles également dans différentes
falles , où les perfonnes du convoi , au nombre de
600 , furent magnifiquement traitées .
Le 12 , le Roi eft parti de Charlottenbourg
pour Koenigsberg , où il recevra
foi & hommage de la Pruffe. La cérémo
nie du ferment aura lieu le 19 , & S. M. repartira
le lendemain pour arriver ici le 27 .
Le Duc regnant de Brunſwick eft retourné
a 3
(6 )
dans fa Capitale avant le départ du Roi.
Nous ne craignons pas de fatiguer nos
lecteurs , en les ramenant encore fur les
derniers inftans de la vie de Frédéric II. Le
Profeffeur Selle , fon Médecin , vient de
publier une defcription historique de la maladie
de ce Monarque ; maladie dont on
parloit fi diverfement & avec tant d'incertitude
, durant le période qui a précédé la
mort du Roi.
Dès l'âge le plus tendre , dit le Profeffeur Selle,
Te Roi avoit eu l'eftomac affecté d'une foibleffe &
d'ane irritabilité particuliere , qui fans beaucoup
d'efforts lui faifoit fouvent rendre ce qu'il avoit
mangé. Quoique d'ailleurs fon eftomac fit affez
bien fes fonctions , les voies de la digeftion
étoient fouvent irritées par des matieres âcres ,
qui donnoient lieu aux fréquentes diarrhées auxquelles
il étoit fujet , & au moyen defquelles la
nature bienfaifante fe déchargeoit conftamment,
mêmé dans les derniers jours de fa vie. Auffi tôt
après fon avenement au trône , dans la vingthitieme
année de fon âge , il fentit les premieres
ataques de goutte & d'hémorroïdes auxquelles
il fut fouvent fujet dans le refte de fa vie. Les
remedes contre l'un de ces deux maux compliqués
étoient contraires à l'autre , ce qui rendo t
leur cure impoffible ; c'eft à cette occafion que
le Roi dit un jour au Profeffeur Selle que la
goutte & les hémorroïdes s'étoient donné le mot
pour le faire périr . Au mois de Février 1747 ,
dans la trente- fixieme année de fon âge , il fut
atteint d'un coup d'hémiplégie , qui fut bientôt
diffipée , & même pour tout le refte de fa vie .
En Janvier 1785 , le Roi s'ouvrit pour la pre
(1)
ne
a
miere fois au Profeffeur Selle fur l'état de fa
fanté. Au commencement du printems de la
même ann e , il eut une légere attaque de goutte
, qui ſe diffipa auffi tôt . Il étoit à préfumer
que la nature n'ayant pas eu la force de jetter les
humeurs fur les parties extérieures du corps ,
pofé le premier principe de la derniere maladie
qui a caulé fa mort. Au commencement du mois
d'Août , le Profeffeur Selle craignant quelques
fuites fâcheufes d'une répétition d'humeurs qui
fe manifeftoit , propofa la faignée & les vomitifs
; mais comme huit jours après , le Roi de
voit entreprendre le voyage projetté de la Sillfie ,
il crut que l'ufage de pareils remedes , qui d'ail
leurs ne lui avoient jamais été confeillés
pourroit que l'affaiblir de plus en plus. C'eft
dans cette derniere Province qu'un jour de revue
ayant été expofé , pendant plufieurs heures , à
une pluie continue , fans être autrement couvert
que de fes habits ordinaires , il en fut entierement
pénétré , & en eut un tel friffon , que
la fievre , qui fe déclara peu de jours après , ne
pronoftiquoit que trop le danger où le Roi fe
trouvoit. Cependant l'importance des affaires &
fon activité naturelle ne lui permirent point d'u
fer des remedes convenables à fon état . Dès lors
le Profeffeur Selle marqua l'appréhenfion qu'il
avoit que le mal du Roi ne tournât en hydropifie
, & ne fut suivi d'une apoplexie. Auffi dans
la nuit du 18 Septembre , il fut atteint fubitement
de cette derniere , dont il ne fut tiré que
par le moyen des vomitifs . C'eſt à cette époque
que le Profeffeur fixe le commencement de la
maladie du Roi. Ce dernier accident qui étoit
probablementla fuite d'un effort que fit la nature
pour le débarraffer des humeurs de la goutte ,
ce qu'elle ne put effectuer , fut fuivi d'une toux
a 4.
( 8 )
feche , qui fatiguoit beaucoup S. M. , d'un grand
affoibliffement des organes de la digeftion , &
bientôt après d'un afthme , qui n'étant point continu
, fembloit plutôt provenir d'un empêchement
de circulation dans le bas-ventre , que
d'une obftruction dans la poitrine . Cependant le
fommeil étoit interrompu , les fueurs de nuit
qui d'ordinaire étoient très copieufes , furent fupprimées
; la toux & l'asthme augmenterent , &
le Roi fe plaignit d'une pefanteur extraordinaire
qu'il fentoit fur le diaphragme , ce qui faifoit
craindre quelque rechute d'apoplexie . Dans les
premiers jours de Février , les forces diminuoient
de plus en plus , le fommeil continuoit à être
très-inquiet , & le Roi ne pouvoit plus faire cent
pas fans perdre haleine. Cependant par les remedes
ordonnés , l'état de S. M. fe trouvoit affez
foulagé durant tout ce mois ; mais il ne tarda
pas à empirer peu de tems après . De violens
battemens de coeur que le Roi fentoit le matin
à fon lever , une diminution progreffive de fores
, les vértiges qui prenaient au malade après
20 ou 30 pas qu'il faifoit dans fon appartement ;
le pouts qui , dans les attaques de l'asthme , devenoit
fréquent , convulfif & déréglé , l'enflure
des jambes , la difficulté qu'on avoit d'entretenir
les cauteres que l'art avoit appliqués , les
fueurs de nuit entierement fupprimées , les atta
ques de l'afthme accompagnées d'un râlement
dans la gorge , & de fueurs froides au viſage
tous ces fymptômes annoncerent que la maladie
faifoit des progrès rapides. Au commencement
du mois de Mars , le fang & les humeurs fe porterent
de nouveau vers la tête ; les crachats
étoient teints de fang , & des tiraillemens dou
leureux que le Roi fentoit de tems en tems dans
la nuque du cou , faifoient craindre plus que
( 9 ) :
jamais quelque nouvelle attaque d'apoplexie ;
d'ailleurs l'attitude dans laquelle fe tenoit le
malade affis dans un fauteuil , le corps fans ceffe
penché en avant , & ne pouvant plus fe coucher ,
annonça que les férofités sétoient fixées dans la
cavité des poumons. En Avril , la poitrine du
Roi s'engorgea de plus en plus ; la toux qui donnoit
peu de relache , étoic fréquemment accom
pagnée de crachats fanguinolens & de naufées
violentes. Ce fut dans cet état que le 17 Avril,
le Roi prit fubitement la réfolution d'aller ha
biter fon palais d'été à Sans- Souci , & de faire
un détour de quelques milles en caroffe pour
s'y rendre. Quelque dangereux que ce voyage
parût au Profeffeur Selle , il ne s'enfuivit aucune
autre incommodité. Dans le même tems
le Roi fayoit quelquefois de fe promener à
cheval ; mais le défaut des forces ne lui permettoit
plus de faire cet exercice. Le 28 d'Avril au
foir , le Roi eut un accès de fievre accompagnée
de frillons violens , qui durerent deux heures ,
& auxque's fuccéda une fueur abondante . Le
lendemain , il fe trouva extraordinairement foulagé
, mais on s'apperçut en même tems que
l'enflure de la jambe droite avoit gagné jufqu'au
deffus du genou . A cette heureuse révolution
s'étoit jointe une diarrhée qui dura huit jours , &
qui conjointement avec la fievre opéra un changemene
en bien pendant près de trois femaincs.
›
» Cet état d'une convalefcence apparente
où le roi croyoit fe trouver , dura peu . Dès
les premiers jours du mois de juin , les deux
jambes commencerent à s'enfler , la toux devint
plus fatigante , le fommeil , ou plutôt l'af
foupiffement où il tomboit fréquemment , plus
long ; & l'accroiffement des forces fe trouvoit
dans une grande difproportion avec ce long
as
1
( 10 )
整
fommeil & le grand appétit du malade. Enfin
une oppreflion continuelle qu'il fentoit dans les
parties qui avoifinent le diaphragme , la néceffité
où il fe trouvoit de refter affis nuit & jour dans
fon fauteuil , la pofition du corps penché du
côté droit , les longs affoupiffements accompagnés
de mouvemens convulfifs , fon réveil en
furtaut , tous ces fimptômes joints à la bouffiffure
& à la rougeur éclatante du vifage , ne laiffoient
plus de doute fur la nature & le fiege de la maladie
qui étoit décidément une hydropifie de poitrine.
La preffion du doigt dans la région du
diaphragme faifoit préfumer , à la vérité , quelque
amas d'eau dans le péricarde , mais le pouls
mol , grand & reglé joint aux autres circonftances
, faifoit rejetter avec fondement cette derniere
conjecture . Toutes ces confidérations , continue
le profeffeur Selle , me firent juger que la
maladie du roi étoit incurable & mortelle &
que tout remede qu'on auroit voulu y apporter,
cût été ou inutile ou dangereux. Malgré la précaution
que je pris de cacher mon jugement à
Pilluftre malade , la pénétration de fon efprit
devina ma penſée , & il réfolut de faire appeller
d'Hannovre M. le Confeiller de la cour Zimmermann
, pour confulter avec lui fur l'état de
fa fanté. Le 22 juin , le roi fe fentit affez de force
pour faire un ttour de promenade à cheval.
Cet exercice occafionna vraisemblablement le
crachement de fang qui s'enfuivit le furlendemain.
Le 4 juillet , il prit au malade un vomiffement
foudain , accompagné d'une tention &
d'un gonflement confidérable du bas- ventre. En
ayant été averti , & ayant appris que ces derniers
maux étoient rébelles aux remedes purgatifs,
ordinaires , je reconnus que ces nouveaux .
6mptômes n'indiquoient que trop . clairement le
commencement d'une hydropifie afcite ou du
bas ventre. Le roi voulant être éclaici fur ces
nouveaux accidens de fa maladie , me fit rappeller
le 11 juillet à Potsdam . Il ne m'étoit
plus poffible de lui déguifer le danger d'une hydropifie
formelle , qui menaçoit les jours ; cependant
je ne lui fis entrevoir qu'à un terme
reculé. Peu de temps après le roi fe crut mieux ;
fon appétit défordonné me fit craindre pour
les
fuites. En effet , la fievre s'annonça dans la nuit
du 12 au 13 avec violence ; fon ardeur fe calma
dans l'après-midi , & le redoublement eut
lieu vers la nuit ; le jour fuivant fe paffa de
même. Le 15 , le roi ne fortit de fon long af
foupiffement que vers les onze heures du matin,
temps auquel il avoit coûtume d'expédier fes
affaires du cabinet ; il s'en acquitta ce jour- là
pour la derniere fois avec une voix foible , à
la vérité , mais avec beaucoup de préfence d'ef
prit. La moitié d'une vive ( araignée de mer )
qu'il mangea enfuite , fut fa derniere nourriture.
Ce fut le 16 du même mois que S. M. le
roi aujourd'hui regnant m'envoya précipitamment
fes ordres en m'enjoignant de me rendre
en diligence à Potsdam , & en me faifant prévenir
que depuis le jour précédent le roi n'avoit
plus recouvré l'ufage de fes fens . Je me
trouvai vers les trois heures de l'après - midi auprès
du malade , qui quoique dans un état défefpéré
, avoit repris fes fens , au point de reconnoître
ceux qui l'approchoient : mais il étoit
fans aucune réminifcence des affaires non expédiées
de fon cabinet , ce qui ne lui étoit jamais
arrivé durant toute fa vie ; & c'est ce qui
m'effraya plus que tout le refte ; car ce n'eft
qu'en mourant qu'il pouvoir laiffer échapper des
mains les rênes de la monarchie. Lorsqu'on panfa
ſajambe , ik donna toutes les marques du fen-
Վ
),
ax6
( 12 )
timent , quoique les matieres qui en déco uloient
euffent un odeur cadavereufe. Le vifage étoit
plus rouge que pâle & les yeux n'avoient pas encore
perdu tout le feu qui les animoit dans l'état
de fanté. Peu après ayant fait connoître le befoin
qu'il avoit d'aller à la felle , il fit feul & fans le
fecours de perfonne le trajet de fon fauteuil
jufqu'à la garde-robe , & en revint de même.
Vers les fept heures du foir , il s'endormit d'un
fommeil doux & tranquille , d'une fueur lente;
Cet intervalle étoit manifeftement celui de rémiffion
de la fievre & je ne m'attendois que le jour
fuivant aux effets mortels qui devoient s'enfuivre.
Cependant l'agonifant , après avoir eu une
felle involontaire , Fut faifi fubitement d'un friffon
qui fut caufe qu'il demandoit fans ceffe à
être couvert de couffins de plume . Enfin vers les
9 heures du foir une toux foible , feche , continue
, accompagnée du râle , avant - coureur de la
mort, rendant de plus en plus la refpiration
plus difficile , parvint le 17 août à 2 heures 20
minutes du matin , à arrêter pour jamais les refforts
de cet efprit extraordinaire . La maladie ,
compter du jour où le roi eut la premiere
atteinte d'apoplexie , avoit duré 11 mois , fans
Jui donner que peu ou point de relâche , période
que parcourent peu de malades affectés du
même mal. Quatre fois la nature avoit fait des
efforts pour conferver le compofé rare de cet
homme unique, deux fois en provoquant des diarrhées
bénignes , & deux autres fois en jettant
la matiere goutteufe ou érefipélateufe à la fuperficie
de la peau ; mais il n'étoit réſervé ni à
elle , ni à l'art de fauver de la de ruction des
organes affoiblis par l'âge , épuifés par les fatigues
& les maladies , & enervés par les travaux
les plus pénibles & les plus glorieux. »
( 13 )
Les , le Prince de Reuff , Miniftre plén
potentiaire de l'Empereur , eut une au
dience de S. M. , dans laquelle il la complimenta
fur fon avénement au trône , & remit
en même temps fes nouvelles lettres de
créance .
Le Baron de Keller , Miniftre plénipotentiaire
du Roi auprès de l'Impératrice de
Ruffie , eft parti pour fe rendre à fa deſtination
.
Les pluies fréquentes tombées dans la Siléfie
pendant l'Eté , y ont occafionné des
dommages confidérables, La récolte du
fon a été prefqu'entierement perdue ; le
blé , l'orge & l'avoine font pourris en grande
pa tie dans les champs. Beaucoup de
routes font devenues impraticables. A Arnf
dorf , près de Hirfelberg, un grand champ
s'eft écroulé à une profondeur affez confidérable.
Le Lieutenant Général de Zaremba eft
mort à Brieg , le 20 Août , dans la 75e. année
de ion âge.
DE VIENNE, le 19 Septembre.
L'Empereur ayant fait en neuf heures le
trajet d'ici au camp affemblé près de Brunn ,
il y paffa les troupes en revue , & le lendemain
fe rendit à Olmut Les grandes ma
noeuvres ont commencé le 4.
Le camp eft compofé de 13 Régimens
d'Infanterie , de 3 bataillons de Grenadiers,
( 14 )
de 2 Régimens de Carabiniers , dez de
Dragons & d'un de Huilards.
Le Comte Charles de Zinzendorfeſt mort
ici dans fa 69e . année .
L'Empereur a conféré le commandement
général des trontieres de l'Esclavonie & du
Bannat au Lieutenant - Général Comte de
Mitrowsky , & S. M. a élevé au grade de
Lieutenant Général le Comte d'Arco , le
Baron de Neugebauer , & le Baron d'Eſefchwiz.
Les Colonels Comte de Colloredo ,
de Vieret , Malcamp de Ligne & de Bauleiz
ont été nommés Majors - Généraux .
L'Empereur a réuni la Généralité de Car-
Iftadt avec celui de Warafdin , fous le nom
du commandement général de la Croatie ,
& l'a conféré au Lieutenant - Général de
Vins .
DE FRANCFORT , le 25 Septembre.
??
On raconte que le nouveau Roi de Pruffe
a enjoint à fon Grand Chancelier , Barón de
Carmer , d'achever le nouveau Code , &
d'être fur tout très attentif à prévenir les
coups d'autorité dans l'adminiftration de la
Juftice. » Si quelqu'un , fait - on ajouter à ce
» Prince , cherchoit par la fuite , à m'in-
» duire à faire intervenir la puiffance royale
dans les affaires particulieres , je vous prie
de me faire des repréfentations à ce fujet ,
» & de me rappeller les ordres que je
viens de vous donner. Je ne pense pas à
( 15 )
» abolir entierement la peine de mort , que
je crois néceffaire en certains cas ; mais je
» veux qu'on évite toute cruauté dans les
» punitions.
Nous ne rapportons comme authentiques
ni ce difcours, ni tous ceux de même genre,
qui fe multiplient dans les Gazettes , &
dont la plupart font abfolument imaginaires.
Sous le feu Roi de Pruffe , on avoit bâti
une falle de fpectacle , à l'ufage d'une troupe
de Comédiens François , dont ce Prince fe
dégoûta , & qu'il renvoya il y a quelques
années. On croyoit qu'ils feroient rappelles
par le Roi actuel, qui au contraire , vient de
donner cette falle au Directeur de la Comédie
Allemande , avec une gratification de
3000 rixdalers , pour l'indemnifer de la fufpenfion
du fpectacle , durant le deuil .
Des lettres de Berlin affurent la nouvelle
très apocryphe , qu'on a trouvé dans le tréfor
particulier du feu Roi 9,700,000 rixd.
en billets de banque , couverts d'une feuille
de papier , fur laquelle le feu Roi avoit de
fa propre main écrit les mots fuivans : pour
les fujets pauvres & fouffrans de mes Etats.
Entre plufieurs Epitaphes latipes faites
pour le tombeau du Roi de Pruffe , ceile
compofée par le Baron de Suhm , Chambellan
du Roi de Danemarck , a paru mériter
la préférence ; la voici :
( 16 )
H. S. E.
Hic
Cujus nomen laus maxima ,
Fredericus II,
·Borufforum Rex ,
Armis Cæfar , pace Auguftus ,
In republicâ gerendá Vefpafianus ,
Philofophia Marcus , vitâ Antoninus ,
Regum exemplum ,
Sine exemplo, maximus.
On fait qu'à Ulm on éleve tous les ans
des peuplades d'efcargots , & qu'on en fait
une branche de comme ce. Il paffe annuellement
vers la S. Martin à l'Etranger près
de 4,000,000 d'escargots , placés dans des
tonneaux chacun de 10,000 pieces. Le
tonneau fe vend 15 jufqu'à 40 florins .
"
L'ouvrage annoncé du Confeiller de Born
dans lequel il rend compte de fa méthode d'extraire
l'or , l'argent , & c. du minéral dont i's
fone enveloppés par le procédé de l'amalgame ,
a paru à Vienne : cet ouvrage qui fera bien
accueilli des Chymiftes & de tous ceux qui s'oc
cupent de l'exploitation des mines , eft accom
pagné de 21 gravures pour l'intelligence du
texte de 227 pages in-4° . Voici quelques détails
re'atifs aux frais de ce nouveau procédé ,
& à la quantité d'argent que contient le minéral
exploité dans la Hongrie . Des expériences réi
térées ont prouvé que l'exploitation d'argent
renfermé dans mille quintaux de minéral , n'ą
pas même coûté la fomme de 933 rixdalers ;
que la perte du vif- argent employé pour extraire
40 à 50 , 000 marcs d'argent ne montoit qu'à
>
( 17 )
60 & tout au plus à 70 quintaux ; que le vifargent
ne s'affoibliffoit pas dans les opérations,
& que dans l'espace de 24 heures on pouvoit amalgamer
80 quintaux de minéral & en préparer
double pour l'opération . Autrefois on brûloit
par an dans la baffe Hongrie 11 à 12,000
quintaux de plomb pour débarraffer l'argent
de fon minéral, Le minéral d'argent dans
Ja Hongrie & la Tranfylvanie rend par an
80 , 000 marcs d'argent & celui de cuivre
renfermant des parties d'argent environ
12,000 marcs d'argent . Les minéraux de cuivre
contiennent par quintal jufqu'à 15 à 20 livres
pefant de cuivre , jufqu'à deux onces d'argent.
L'argent de la baffe Hongrie renferme par
marc 12 , 15 jufqu'à 40 deniers d'or.
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 26 Septembre.
Leurs Alteffes Royales l'Archiduc Ferdinand
& fon Epoufe prolongent leur féjour
dans notre Ifle jufqu'à la fin du mois. Ils ne
fe font pas bornés à vifirer avec la plus grande
attention tout ce que cette immenfe Métropole
offroit à leur curiofité. Ils font allés à
Oxford , de là aux fuperbes maifons de campagne
de Blenheim , de Stowe , de Nuneham :
ils ont fait enfuite le voyage de Portſmouth,
d'où ils doivent paffer à Bath. La Cour leur
a donné différentes fêtes, fans étiquette , tant
ici , qu'à Windfor & à Kew.
Le Marquis de Carmarthen a reçu de M.
( 18 )
Eden des dépêches envoyées à Windfor , &
qui annoncent la fignature du Traité de
Commerce entre la Grande Bretagne & la
France. On efpere que les ratifications feront
peu différées ; & quoique ce Traité ne foit
qu'imparfaitement connu , on s'en promet ici
de grands avantages pour le commerce &
pour le crédit public.
On portera à la prochaine Seffion du Parlement
un Bill qui fimplifie les droits de
Douanes & abolit toutes les fubdivifions &
diftinctions multipliées , dont le commerce
étoit embarraſſé. Lorſque le Bill aura paffé
tout particulier pourra faire lui- même les affaires
; fans être obligé d'avoir recours au miniftere
des Courtiers.
On vient d'achever à Deptford la conftruetion
du Vanguard de 74 can. , qui fera lancé
au printems. Les ouvriers , occupés de ce tra
vail , conftruiſent actuellement avec célérité
le Windfor Castle de 98 can. & le Brunſwick
de So can. Ce dernier fera à deux fonts ; jufqu'ici
, les yaiffeaux de 80 can. en avoient eu
trois. On répare dans le même chantier les
frégates la Veftale & le Cyclops de 28 can. &
le King's Fisher de 18. La Perle de 32 can.
eft mife en commiffion pour la Méditerranée
& fera commandée par le Capitaine Finch.
Le Gouvernement fe propofe de former
une Colonie à la Nouvelle Hollande , fituée
dans les mers de l'Inde . Les Commiffaires
de la Marine ont déja publié des avis pour
fe procurer des tranfports jufqu'à la concur
1
( 19 )
rence de 100 tonneaux. Cette Colonie fera
établie à Botany Bay , fur la côte occidentale
de l'ifle où le Capitaine Cook prit des
rafraîchiffemens , & fit quelque féjour pendant
fon voyage de 1770. Ayant été le pre.
mier navigateur qui ait parcouru cette côte ,
il l'a nommée New South Wales [ la nouvelle
Galles méridionale ] , & les deux
caps à l'embouchure de la riviere furent
appellés Solander & Banks. Les colons deftinés
à ce nouvel établiffement font 750
prifonniers renfermés pour crimes . Dans ce
nombre fe trouvent 70 femmes. Cette troupe
fera diftribuée fur cinq bâtimens , dont
chacun portera 150 hommes ou femmes ,,
fous la garde de 12 foldats, de Marine &
d'un caporal. Cette petite flotte fera efcor
tée par plufieurs vaiffeaux de guerre qui reviendront
en Angleterre , auili - tôt après le
débarquement. Trois d'entr'eux feulement
refteront dans cette Ifle , où l'on établira une
garnifon de 300 hommes , deftinée à la défendre
& à y maintenir le bon ordre. Tous
les gens employés à cette expédition doivent
, ainfi que les nouveaux Colons , recevoir
pour deux ans de provifions, au moment
du débarquement. On leur fournira les inf
trumens néceffaires à l'agriculture , à la chaffe
& à la pêche. Enfin , on y élevera fur le
champ quelques bâtimens ou barraques , en
attendant qu'on ait conftruit un Fort & un
Hôtel - de -Ville convenables. Cette Ifle eft
prefque à la latitude du Cap de Bonne1
( 20 )
Efpérance , & la traversée pour s'y rendre
d'Angleterre , fera d'environ huit mois.
Le Gouvernement s'eft arrangé pour les
bâtimens de tranfpoit deftinés à cette expédition
, avec la Compagnie des Indes . Celleci
s'engage à prendre à fon fervice les mêmes
bâtimens qui , de la Nouvelle - Hollande ,
iront charger des thés à la Chine , fur le pied
de 10 liv. fted . de fier par tonneau. Ce plan
mettra le Gouvernement en état de recruter
tous les ans , à peu de frais , la nouvelle Colonie.
On apprend de Portfmouth , par une
lettre du 15 , que l'on y a éprouvé pendant
les deux jours précédens un coup de vent
terrible. Tous les bâtimens , jufqu'aux vaiffeaux
de garde , ont été contraints d'amener
leurs vergues & leurs mârs .
Un riche particulier d'une de nos Provinces
feptentrionales , nommé Mr. Irton ,
plein d'un zèle extraordinaire pour les progrès
de la Géographie & de la Navigation , vient
de former une entreprife très-honorable. Il a
armé à fes frais , dans la Tamife , un vaffeatt
d'environ 300 tonneaux , avec lequel il va
partir pour la mer du Sud. Ii compte toucher
aux Ifles découvertes par le Capitaine
Cook, & parcourir enfuite les mers adjacentes .
Les dernieres lettres de la nouvelle Ecoffe
donnent des nouvelles fatisfalfances de l'état de
cette Colonie. Il s'y fair aduellement un commerce
très- avantagrux & particuliecrement à
Halifax , à Port- Rofway & à la riviere de
( 21 )
St. Jean ; la pêche de la baleine , & celle de
la morue qui produit environ mille quintaux ,
y font floriffantes. La population aujourd'hui
fept fois plus confidérable qu'elle ne l'étoit
avant la guerre , ne laiffe point pour le moment
de bled ni de farine de refte ; mais avant peu
les habitans feront en état d'en exporter . Quant
au bois pour les futailles ou la tonnelleris , les
forêts de cette province , celles du Canada &
les moulins à fcie qui y font établis en grand
nombre , la mettront à portée de fournir , pour
cet article , à la conformation de toutes les
Ifles Britanniques , pendant plus d'un fiecle peutêtre
. Par la même raifon les bois de conftruction
n'y feront pas moins communs , ainfi que le
goudron , la poix & la térébenthine , dans un
pays où la moitié des arbres eft compofée de
pins & d'autres arbres réfineux ,
Les fourures font pour les habitans de la nouvelle
Ecoffe une nouvelle branche de commerce.
Un grand nombre de Colons font aujourd'hui
à faire de la potaffe. Les mines de fer fe trouvent
en grande quantité dans ce pays. Le fol
convient à la culture du chanvre & du lin , &
les mines de charbon de terre peuvent donner
beaucoup de foufre,
Les années précédentes, on ne comptoit que
30,000 tonneaux de vin de Portugal , payant
les droits de Douanes à Londres , Laréduction
des droits & les mefures contre la fraude , ont
tellement accû l'importation légitime ,
que depuis fix femaines , 8000 tonneaux ont
acquitté les droits. La différence du revenu
fur les vins de France a été encore plus'confidérable
; & fi cette proportion fe foutenoit,
au-lieu de 500,000 liv. ferl . que endoit an
( 22 )
nuellement cette confommation , elle procureroit
à l'Excife 2,000,000 pour lė port
Londres feulement.
de
Le 20 de ce mois , la Compagnie des Indes
a donné avis , que dans un an , à commencer
du préfent jour , tous les billets tirés
fur elle ne porteront plus qu'un intérêt de
4 pour cent , au lieu de 5 comme précédemment.
Le Miniftere actuel s'occupe , dit on , de
former un établiffement dans la vafte étendue
de pays qui avoifine la baie d'Hudſon ,
& de faire révoquer les privileges abufits de
la Compagnie qui exploite le commerce de
cette partie de l'Amérique.
Un Voyageur raconte , dans les termes
fuivans , la maniere dont on exécute les criminels
de l'Ifle de Java , par le fuc de l'Upas,
le poilon le plus terrible qu'on connoiffe.
&
Au mois de Février 1776 , je fus témoin à
Soura Charta , de l'exécution de treize concubines
de l'Empereur , convaincues d'infidélité . Le jour
du jugement , vers les onze heures du matin ,
elles furent conduites dans une cour du Palais ,
où un Juge les condamna à être miles à more
avec une lancette empoisonnée par le fuc de
l'upas. Auffi - tôt on leur préfenta le Koran
elles furent obligées , conformément à la Loi du
Prophete , de reconnoître & d'attefter par ferment
, que la peine à laquelle elles étoient condamnées
, étoit le juste châtiment de leurs crimes.
Elles prononcerent le ferment en mettant la
main droite fur le Koran , la gauche appuyée ſur
le coeur , & les yeux élevés au ciel ; aprés quoi le
›
( 23)
Juge porta à leur bouche le Livre Saint qu'elles
baiferent.
Cette cérémonie achevée , on les mena au lieu
de leur exécution . Elles y furent attachées chacu
ne àun poteau , & dépouillées jufqu'à la ceinture.
Elles referent quelque tems dans cette fituation
affiftées par des Prêtres , qui les exhortoient à la
mort , jufqu'au moment où le Juge fit un fignal
à l'exécuteur. Celui - ci s'avança armé d'une lancette
à reffort allez femblable à celle qu'on
emploie pour faigner les chevaux , & frappa les
victimes dans la poitrine avec cette corne empoifonnée
d'upas. L'opération fut achevée en moins
de deux minutes.
›
Jevis , avec le dernier étonnement, les prompts
effets de l'upas. Au bout de cinq minutes , ces
malheureufes furent faifies d'un tremblement
général , accompagné d'un fubfultus tendinum , &
de fouffrances terribles . Au bout de quinze minutes
, montre à la main , toutes étoient mortes.
Quelques heures après , j'obfervai que leurs corps
étoient couverts de taches , livides ſemblables aux
pétéchies ; leurs vifages étoient enfiés , & leur
peau devenue bleuâtre.
1
Nos Lecteurs n'ont point oublié le voyage
du généreux M. Howard , paffé en Turquie
pour y pour faire l'épreuve de fes moyens
de prévenir la pefte , ou du moins d'en diminuer
les ravages. Voici une lettre de ce
refpectable . Philantrope , reçue par un Particulier
de Londres , & datée de Salonique
le 22 Juin 1786 .
« Je vous ai fait part de mon projet de connoître
& de raffembler tous les Plans , Réglemens
, &c. des principaux Lazarets de l'Eu-
» rope. J'ai parcouru fucceffivement Marſeille,
·( 24 )
»Gênes , Livourne , Naples , Malthe , & c . oùj'ai
fait différentes queftions ( en payant , comme
» de raison , les droits de confultation ) `aux
principaux Médecins de ces villes , relative
» ment au traitement des perfonnes attaquées de
la Pefte. J'ai pensé que les hôpitaux de la
» Grece me donneroient des connoiffances plus
étendues fur cet objet : en conféquence , j'at
vifité Zante , Smyrne , Conftantinople , &
enfin cette ville où je fuis arrivé depuis huit
» jours. Je vais par tout hardiment , en gardane
» le fecret de ma vifite , & à l'exception d'un
» très violent mal de tête que j'éprouve toujours
dans les lieux où regnent des maladies
contagieufes , & qui me quite une heure
après en être forti, je n'ai éprouvé aucune incommodité.
"
30
"
*
« Je fuis arrivé ici dans un canot Grec reme
pli de paffagers . L'un d'eux étant tombé ma
» lade on me l'amena , parce que je fuis regardé
par - tout comme Médecin. Je lui ai tâté
le pouls , j'ai examiné les aînes , & j'ai or
» donné qu'on le tint chaudement dans une petite
chambre , en difant qu'il étoit enrhumé.
Deux heures après j'ai envoyé chercher un
Capitaine François , à qui j'ai dit en lui recommandant
de ne point donner l'allarme
» que cet homme avoit infailliblement la peſte
& cinq ou fix jours après on m'a montré la
foffe où il a été enterré.
פכ
Je vais dans toutes les prifons pour y pren-
» dre des renfeignemens ; mais mes interprêtes
» me fervent très mal . Je vais m'embarquer
» pour Scio , parce que cette ifle a le plus fameux
hôpital du Levant.
"
Ma quarantaine qui fera en effet de quarante
jours , aura lieu , je l'efpere , à Venife
J'aurois
( 2·5 )
J'aurois pu revenir par terre en prenant la
route de Vienne fans être retardé , parce que
» l'on ne fait point de quarantaine aux fronatieres
de l'Empereur. Dans le cas où l'on feroit
en Angleterre un établiffement de cette
» nature pour nos vaiffeaux , des connoiffances
» qui paroiffent à préſent inutiles , pourroient
» devenir très-importantes. En conféquence je
me fuis procuré les recommandations les plus
fortes de la part de l'Ambaffadeur de Ve-
»nife , afin de pouvoir porter jufqu'aux moindres
» détails , les obfervations que je me propofe
» pendant ma quarantaine. Graces au Ciel , je
fuis bien portant, calme & plein de courage.
J'en ai eu befoin , car depuis mon débar-
» quement à Helvoetfluys , je n'ai apperçu au-
» cun navire Anglois , ni parcouru un mille avec
" un feul de mes compatriotes.
99
"
Je crois faire une oeuvre utile ; j'ai la plus
grante confiance dans la bonté du Dieu que
je fers. Si l'exécution de mon entrepriſe me
» cauſe quelques perites privations , n'en fuis-je
» pas bien dédommagé par l'approbation de ce
divin maître , & par le témoignage de ma
» confcience ?
ou
د و
" A Smyrne , les maifons des Francs ou Etran-
» gers , font plus étroitement fermées que des
ဘ prifons ; ils ne reçoivent rien qui n'ait été
» définfecté par une fumigation , & la mer leur
» apporte leurs provifions. Mais à Conftantinople
meurent tant de naturels , les maifons
des Francs font toujours ouvertes . Il n'y a
pas long-tems que je me trouvois avec un
Négociant Italien ; l'extrême gaieté de cet
étranger me furprit ; & comme je le té-
» moignois à une autre perfonne , elle me ré-
" pondit que c'étoit un jeune homme à la fleur
Nº . 40 , 7 Octobre 1786. b
3
( 26 )
de fon âge , & qui faifoit très-bien fes affaires .
Hélas ! tamedi dernier j'appris qu'il étoit mort
avec tous les figues de la Pefte .
La foufcription ouverte il y a fix femaines
, pour ériger une Statue à cet illuftre
Voyageur , paffe déja douze cents liv . ſterl.
Un feul Café de Glafcow a fou ! crit pour 74
guinées.
M. Billingsly , de la Société de Bath , a
fait les effais les plus heureux d'une méthode
de cultiver les pommes de terre . Après
deux labours fur une terre encore couverte
du chaume de l'avoine qu'elle avoit portée ,
cet Agriculteur la fit herfer & fumer avec 30
charrettes de fumier par acre. Il a obtenu de
fix acres 550 facs de pommes de la
de
ter
premiere qualité ( 240liv. par fac ) , 100 ditto
de la moyenne efpece , & so de la moindre ;
en tout , 700 facs ; ce qui fait pour chaque
acre 116 lacs deux tiers , ou , en boiffeau , à
60 liv. 350. Il a commencé à les planter à la
fin d'Avril , & fon opération a été terminée
le 25 Mai. La plantation étoit difpofée par
couches larges de 8 pieds , & l'efpace vuide
ou l'allée étoit de 2 pieds & demi . Les plants
étoient placés à un pied de diftance fur la
jachere. On y étendoit le fumier , après quoi
elles étoient recouvertes avec la terre des allées.
On employas facs de femence par
que acre.
cha-
Le Journal du Maryland , du 4 Juillet
dernier , a publié la Réponſe fuivante , faite
par le Marquis de Carmarthen à M. Adams ,
( 27 )
au fujet de la demande faite par ce Miniftre
des Etats - Unis , de l'évacuation des Forts
détenus en Amérique par les Anglois.
» Quand l'Amérique montrera une ferme
réfolution de remplir les obligations qu'elle
» à contractées par le Traité de paix , Ja
» Grande - Bretagne n'hésitera pas à lui prou-
» ver ſon defir fincere d'exécuter tous les points
» de fes propres engagemens.
Les marchands & autres fujets Anglois qui
ont des biens & des créances dans les Etats -Unis,
ont reproché auxdits , Etats refpe&tifs les points
fuivans , favoir :
ב כ
Moffachufeits - Bey. L'acte paffé le 4 Novembre
1784 , qui fufpend le payement des
intérêts.
» New - York. L'acte du 12 Juillet 1782 ,
qui prive les créanciers Anglois du droit de
réclamer l'intérêt des dettes contractées avant
le premier Juillet 1780 , jufqu'après le premier
de Janvier 1783 ;, & défend les exécutions
fur le principal , jufqu'à la troifieme année
après l'évacuation de la Nouvelle-York.
L'acte du 17 Mars 1783 , & confirmé par
d'autres en 1784 , 85 , &c.
ג כ
Penfylvanie. La loi paffée auffi - tôt après
la paix , pour reftreindre le recouvrement des
anciennes dettes Angloifes , pendant une période
d'année.
">
Maryland. L'acte d'Octobre 1780 , qui ordonne
que les dettes Angloiles feront payées au Tréfor
; tandis que l'on n'y a verté aucune fomme
pour remplir cet engagement ; la fomme payée
pour 144,574 liv . 9 f. 4 d . & demi ft . ne fait
que 3,625 liv. 18 f. 2 d. ft . en efpeces cou
rantes.
b 2
( 28 )
» Virginie. Par un Edit du Gouverneur du
2 Juillet 1783 , tous les agens & facteurs Anglois
, qui étoient arrivés dans cet Etat , ont
eu ordre d'en partir ; claufe qui fut annullée .
dans le mo's de Novembre fuivant , & il fut
permis aux agens & facteurs Anglois de reveni
. Par un acte d'Odobre 1774 , toutes les
dettes Angloites doivent être remboursées en
fept paiemens égaux , dont le premier dot fe
faire le premier Avril 1786 , & les autres de
fuite d'année en année....... Il y est d
qu'on n'accordera aucun intérêt aux fujer
de la Grande Bretagne , pour aucun tem
écoulé depuis le 19 Avril 1775 , jufqu'au trois
de Mars 1783 , intervalle qui ne fera conûdéré
que comme un feu! ... Qu'aucun établiſſement,,
fait par obligation , ou autre engagement , ne
portera térêt.... Cet acte fut paflé à la maifon
des Délégués & du Sénat ; mais il ne fut
point revêtu de toutes les formalités , & en
conféquence , il eft douteux s'il a force de loi.
La fomme payée par le Tréfor aux créanciers
Anglois , pour 273,554 liv. 13 f. 6, d. ft . n'eft
égale qu'à 12,025 liv. fterl .
·
→ Caroline Septentrionale. Quelques actes de
cet Etat ont excité des plaintes ; mais il n'en
eft fait aucune mention .
- Par une Ordon- » Caroline Méridionale .
nance paffée le 26 Mars 1784 , il n'eft permis
dintenter aucun procès pour fes dettes , contractées
avant le 26 de Février 1782 jufqu'au
premier Janvier 1785 , auquel tems feulement
l'intérêt qui s'eft accru depuis Janvier 1780 , fera ,
exigible ; & au premier Janvier 1786 , on
pourra recouvrer le quart du capital & des intérêts
échus , & ainfi de fuite annuellement.
Par un autre acte du 12 Octobre 1785 , un
( 29 )
débiteur durant les poursuites du procès qu'on
lui intente , eft autorifé à offrir fon domaine ,
qu'après l'évaluation le Créancier eft obligé de
recevoir pour les trois quarts de la valeur eftimée.
Ces actes , & d'autres femblables , ainfi
que la conduite de cet Etat , ont excité de vives
réclamations .
ဘ Géorgie. Les plaintes contre cet Etat font ,
qu'il a pallé des actes femblables , à ceux de ta
Caroline Méridionale , avec ces circonftances
aggravantes , que les Juges du Banc ont dé . –
claré que les fujets de la Grande- Bretagne , ne
pourront poursuivre pour dette aucun débiteur ;
mais qu'ils pourront l'être eux mêmes par leurs
Créanciers.
D
Qu'il n'a été fait aucune difpofition pour
les biens qui ont été confifqués & vendus pour
Jes fervices publics , ni même pour l'argent
qui a été payé au tréfor . Sa Seigneurie obferve
que la plupart des actes mentionnés qui ont pour
objer de fufpendre ou d'empêcher le recouvrement
des créances Angloifes , difent dans le
préambule : » Attendu que cet Etat eft dans la
réfolution de remplir & d'effectuer le traité de
paix dans toutes les parties , & c . Et d'ailleurs
quel que foit l'obftacle ou le prétexte qu'on oppofe
au recouvrement des créances des marchands
Anglois , c'eft toujours une violation du
quatrieme article du traité de paix . Dans pluheurs
Etats , toute caufe pour plus de fept ans
d'intérêt eft actuellement fufpendue ; tandis que
dans d'autres , quoique les tribunaux paroiffent
être ouverts , les gens de loi ne peuvent fe réfoudre
à pourfuivre le recouvrement des créances
Angloifes.
» Il n'eft point de Créancier qu'on n'y ef
time for heureux , lorfqu'abandonnant les inb
3
( 30 )
térêts qui lui font dûs ; ( perte de 30 ou
même en certains cas de 40 pour cent , ) il
parvient à fe procurer la fûreté du paiement
du capital. »
Voici un fragment de plaifanterie Angloife
, fur la prochaine feffion du Parlement.
Les Directeurs du Théatre de S. Erienne ( 1)
n'ont épargné ni peines ni dépenses pendant la
clôture , pour preparer au public de nouveaux
a muſemens. Ils ont ergagé plufieurs Auteurs
qui promettent beaucoup leur répertoi e feta
fort rempli . Les coftumes feront brillans ; ily
aura des plaques & des étoiles für prefque tous
les habits .
L'ouverture du Théatre fe fera en Novembre.
Le prologue de la compofition du Souffleur (era
prononcé par le Directeur de la Troupe. Ony
annoncera les principales pieces qui occuperont
la fcène pendant l'hiver : la premiere fera
intitulée l'Empêchement , ou le Nabab dans le margouillis
par M. Burck , Auteur très- avantageufement
connu du public. Cette piece a déja été
répétée , & le public a paru y prendre goût.
Le Drame n'eft pas fort régulier , mais l'Auteur
a compenfé ce défaut d'unité par des détails
très piquants. On aflure que le Théatre fera jonché
au dénouement d'une multitude de morts.
Cette Comédie tragique fera fuivie d'une nouvelle
pantomime , intitulée le Diamant ou l'Argument
irrefiftible . M. Haftings terminera le fpectacle
par une danfe de corde.
(1) Endroit où s'affemblent les deux chambres
du Parlement.
( 31 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 27 Septembre.
Le Comte de Chalons , Ambaffadeur du
Roi près la République de Venife , & le
Marquis de Noailles , Ambaffadeur extraordinaire
du Roi près l'Empereur Roi de
Hongrie & de Bohême , ont eu , le premier
, le 17 de ce mois , & le fecond , le-
21 , l'honneur de prendre congé de S. M.
pour fe rendre à leurs Ambalades , étant
préfentés par le Comte de Vergennes , Chif
da Confeil royal des Finances , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , ayant le département des
Affaires étrangeres .
Le fieur Bell , Libraire de Londres , ayant
fait depuis peu une nouvelle édition des
Euvres de Shakespeare , a eu l'honneur
d'en préfenter , le 17 , un exemplaire à
Monfieur, Frere du Roi , qui a bien voulu
le recevoir avec bonté.
*
Le 24 de ce mois , le Marquis de Chabert ,
Chef d'Efcadre des Armées navales , Infpecteur
général des Cartés , Plans & Journaux
de la Marine , a eu l'honneur de préfenter
au Roi , fous les aufpices du Maréchal de
Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département de la Marine , une nouvelle
Carte de l'Océan occidental , dreffée au
Dépôt fous fa direction , avec une analyſe
des matériaux fur lefquels cette Carte ef
b 4
( 32 )
fondée , & dont une grande partie eft due
aux Officiers de la Marine de France , verfés
dans l'Aftronomie.
Le même jour , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le contrat de
mariage du Comte Chriftophe - François
de Beaumont , avec Demoiselle Marie-
Michelle - Frédérique Utrique Pauline de
Montmorin , fille du Comte de Montmorin
, Commandant en Bretagne.
Le 26 , Monfieur Gerard de Rayneval
Confeiller d'Etat,& Monfieur Eden , Envoyé
extraordinaire & Miniftre plénipotentiaire
de Sa Majefté Britannique auprès du Roi ,
ont figné , en qualité de Commiffajres
plénipotentiaires , un Traité de Navigation
& de Commerce entre la France & la
Grande - Bretagne.
DB PARIS, le 4 Octobre.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 21
Septembre 1786 , qui porte à Quarante millions
les fonds de la Compagnie des Indes ,
& qui prolonge à quinze années de paix , la
durée de fon Privilege , fixé à fept années
par l'Artêt du Confeil , du 14 Avril 1785.
Voici le préambule de cet Arrêt.
Le Roi s'étant fait rendre compte , en fon
Confeil , de la fituation préfente de la Compagnie
des Indes , établie par fon Arrêt du 14
Avril 1785 , Sa Majefté a reconnu , par le
détail des expéditions confidérables que ce te
Compagnie a déja faites , & de celles qui doivent
avoir lieu inceffamment qu'elle a employé
tous les moyens dont elle pouvoit faire
( 33 )
ufage , pour fournir des marchandifes d'Afie ,
en proportion des befoins du Royaume , &
qu'il y a fujet d'efpérer que le développement
ultérieur de fon commerce , le mettra dans
le cas d'affurer aux Manufactures > un approvifionnement
mieux aflorti & moins cher
que les achats précédemment faits par les particuliers
, en concurrence libre , ne pouvoient
le leur procure . Sa Majesté en a été d'autant
plus fatisfaite , que le fuccès des premiers efforts
des Adminiftrateurs a déja fervi à remplir
les vues qui l'avoient déterminée à prohiber les
marchandifes étrangeres de ce gente , dont l'introduction
fans bornes ne pouvoit qu'être préjudiciable
à l'état ; ces motifs & la connoiffance
qui a été donnée à Sa Majefté du nombre des
vaiffeaux que la Compagnie eft fur le point
d'armer pour la feconde expédition l'ont déterminée
à confolider fon établiſſement , donr
les premieres opérations annoncent ce qu'on peut
attendre du zele avec lequel elle fe propofe de
les continuer ; & Sa Majeſte a jugé que le moyen
d'en affurer la réuffite , en fixant invariablement
l'existence de cette Compagnie étoit
d'augmenter un capital qui , dès , le principe
avoit paru infuffifant : mais qu'il n'eût pas été
prudent d'étendre davantage dans le premier
moment & avant que l'expérience pût fonder
la confiance du Public dans l'intelligence &
l'activité de l'Adminißration à laquelle ce commerce
eft confié. Pour mettre la Compagnie en
état de retirer de cet accroiffement de fonds
tous les avantages que l'on doit s'en promet -
tre. Sa Majefté a bien voulu prolonger la jouilfance
de fon privilége , & le proportionner à
l'importance de les nouveaux moyens ; mais en
même-temps qu'Elle lui donne cette nouvelie
<
b5 :
( 34 )
preuve de la protection particuliere qu'Elle lu
accorde , Elle n'a point perdu de vue la confervation
des droits des anciens Actionnaires &
Elle a trouvé jufte de leur affurer dans la ré-
' partition des nouvelles portions d'intérêt , une
péférence qui femble leur être due , en rai-
1on des risques qu'ils ont courus & des avances.
qu'ils ont faites. A quoi voulant pourvoir.
*
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 22
Septembre 1786 , qui en confirmant les difpofitions
de ceux des 7 Août & 2 Octobre
1785 contre l'Agiotage , y ajoute la défenſe
de faire des marchés à terme d'effets royaux ou
d'autres effets publics,ayant coursà la Bourfe,
dont la livraifon s'étende au-delà de 2 mois.. -
[ Cet Arrêt établit une Comriiffion compolée
de trois Confeillers d'Etat & de quatre
Maîtres des Requêtes , pour juger fommairement
& fans frais toutes les conteftations
qui pourroient s'élever fur cette espece
de marchés. 1
Idem du 27 Mai 1786 , portant réduction
des droits fur les vins d'Aunis qui font exportés
à l'Etranger.
Idem du 10 Septembre 1785 , qui exempte
du.Droit de Tranfit tous les vins ,qui arri
veront dans les ports de la Sénéchauffée de
Bordeaux , pour y être embarqués .
Suivant le Journal de Guienne , on a publié
à Bordeaux les Lettres- Patentes du Roi ,
concernant les alluvions , attériffemens &
relais formés fur les bords des rivieres navigables
, données à Verfailles le 28 Juillet
1786, & enregistrées le 29 du même mois.
Telle en eft la conclufion .
( 35 )
73 » Ordonnons que l'enrégiftrement fait de
» notre très exprès commandement , le 30 mai
» dernier , de nos Lettres patentes du 14 mai
» dernier , concernant la recherche & la véci-
» fication des ifles , iflots , attériffemens , allu-
» vions & relais formés dans les rivières de
" Gironde , Garonne & Dordogne , & fur fa
» côte de Mé loc , depuis la pointe de la Gran-
" ge jufqu'à Soulac , fera exécuté felon fa for-
» me & teneur ; Ordonnons en conféquence
au grand Maître des Eaux & Forêts de Guiente,
» de procéder aux procès -verbaux & arpentages
prefcrits par nofdites Lettres- patentes ,
fans néanmoins que l'on puiffe en induire que les
alluvions , attériffemens & relais , formés fur les
bords defdites rivières , ni d'aucune rivière navi ·
gable , puiffent appartenir qu'aux propriétaires
des fonds adjacens à la rive defdites rivières , &
"3
·ɔ
כ כ
A NOUS LORSQUE LA RIVE SERA ADJACENTE A
» DES FONDS DE TERRE FAISANT PARTIE DE
ဘ
" NOTRE DOMAINE N'entendons que , fous prétexte
de rechercher & de verifier les terreins
dépen tans de notre domaine , on trouble les
propriétaires dans la pofefion & jouiffance des
fiefs , terres , Seigneuries & autres propriétés
qu'ils poffedent d'ancienneté par eux ou par leurs
» auteurs , & que rien n'annonce faire partie de
notre domaine , &c . ( Journal de Guienne.
Journal général de France. )
و ر
ככ
On a exécuté à Marseille , le 11 Août , en
vertu' d'un Arrêt du Parlement d'Aix , Pafchal
Efcure , Négociant , Armateur , convaincu
d'avoir formé le complot , de concert.
avec fon Capitaine , de faire périr fon Navire
chargé de fauffes marchandifes, qu'ils avoient
eu fon de taire affurer pour une fomme trèsb
6"
( 36 )
forte , garantie par les Capitaliſtes de cette
place & par des étrangers. Efcure a été condamné
au fouet , à la marque & à 30 ans de
galères ; fon Capitaine a reçu la même peine,
mais avec 3 ans de galères feulement. Cette
utile févérité , exécutée très à propos, raffure
les places de Commerce , agitées d'une jufte
défiance , & fur-tout expofées depuis longà
des piéges de toute efpece. [ Affiches temps
de Touloufe. ]
La Société d'Emulation de Bourg - en-
Breffe a tenu le 4 Septembre une Séance
publique.
M. Riboud , Secrétaire perpétuel , a fait l'ouverture
par un difcours dans lequel il a rendu
compte des Ouvrages & Mémoires lus dans les
féances particulieres depuis le mois de Décembre
1785. M. Riboud a exprimé dans le même
difcours les fentimens de reconnoiffance dont
la deociété
eft
pénétrée
envers
l'Adminiflr
tion de la Province , à laque le la ville de Bourg.
doit une collection précieufe d'inftrumens de
Phyfique . Il a parlé du Cours public d'Anato
mie que la Société a fait donner par un de fes
membres , & de l'établiffement d'un Bureau de
charité tendant à profcrire la mendicité de la
ville de Bourg , ce qui fait voir que cette Compagnie
ne ceffe de s'occuper de ce qui peut être
utile à la Breffe .
M. Piquet , Avocat du Roi , a lu un Mémoire
comprenant le détail & les réfultats d'expé
riences qui tendent à prouver que le rouiffage
du chanvre dans l'eau ne procure pas du chanvre
plus beau & de meilleure qualité , & qu'il
a de fi grands inconvéniens qu'on ne devroit
point hésiter à en profcrire la méthode .
( 37 )
Ce Mémoire a été fuivi d'une differtation de
M. Perier fur la puiffance paternelle confidérée
comme réglement politique.
M. l'Abbé Barquet a lu enfuite un Mémoire
fur le degré de falubrité de l'air à Bourg dans
le courant de l'année 1785. Cet ouvrage contient
des obfervations fuivies faites avec l'endiometre
& leur comparaifon avec celles qu'on
fe procure par le fecours des autres inftrumens
météorologiques.
Après ce Mémoire , M. Riboud a lu un éloge
de M. Poivre, ancien Intendant des îles de France
& de Bourbon , Commiffaire Ordonnateur de la
Marine , & celui de M. Maret , Docteur en Médecine
, Secrétaire perpétuel de l'Académie de
Dijon , tous deux Membres de la Société d'émulation
.
Enfin M. Riboud a annoncé que le prix promis
à celui qui feroit le premier conftruire en
Breffe un four de forme elliptique pour cuire
les briques & la tuile , a été adjugé à M. Berther ,
Receveur des Gabelles à Pontdeveaux , qui a
rempli en ce point les conditions du programe
dans fa Fabrique de Chaffagne . Cette forme procure
plus d'égalité dans la cuiffon des briques &
une économie confidérable dans la confommationdu
bois.
« Le 31 Juillet dernier , le Grand Con-
» feil de Gênes a infcrit au Livre d'or de la
» Nobleffe de cette République , la famille
» Grillo , établie à Arles dans le 16e . fiècle .
fous le nom de Grille , & l'a réintégrée
» dans les droits & honneurs dont jouif-
20 foient leurs ancêtres . [ Article envoyé. ]
Le célèbre Ecrivain Anglois , M., William
Coxe , nous a demandé de publier une Ré-
»
( 38 )
clamation importante de fa part , & nous
nous faifons un devoir de rendre cette juftice
à un Etranger d'un fi grand mérite , en
plaçant ici la Lettre qu'il nous a écrite .
Monfieur , ayant lu dans un Mémoire du
Comte de Caglioftro , figné de Me. Tilorier ,
» Avocat au Parlement de Paris , & dans quelques
écrits répandus en France , un paffage
» concernant le Comte de Caglioftro , qu'on
dit extrait de mes Lettres fur la Suiffe , je
» dois prévenir le Public que ce paffage commençant
par ces mots , cet homme fingulier ,
étonnant , &c. ne fe trouve nulle part dans
mes Lettres fur la Suiffe , mais qu'il eft extrait
de l'Ouvrage français intitulé , Voyage d'un
Français en Suiffe , &c. en z vol . in- 8 ° . 1783.
N'ayant jamais connu ni vu le Comte de Caglioftro
, je n'ai pu en dire ni bien ni mal.
Signé , WILLIAM COXE.
>>
و د
33
Paris , ce 14 Septembre 1785 .
C'est un fpectacle curieux pour les Obfervateurs
, que de voir dans cette Capitale l'induſtrie
fars ceffe excitée par le luxe , inventer ou com
biner de nouvelles formes dans toutes les productions
des Arts.
Le feur Garcelon , maître Poélier , offre à la
curiofité publique , & foumet au goût des Amateurs
un grand Poële hydraulique & économique ,
très - agréable. Le corps du Poële forme un pieddeftal
rond orné de deux guirlandes de feuilles
de chêne , & de deux têtes de belier à chaque
côté. Sur ce pieddeftal repofe un vafe Arabeque
d'une belle proportion , dans lequel fe met
l'eau qui doit bouillir & répandre la chaleur. Ce
vafe eft furmonté d'une flamme colorée , qui fort
( 39 )
de couronnement à toute la pièce . Elle eft partie
dorée , partie peinte en laque , de façon à faire
ornement dans une vafte falle à manger ou antichambre.
Le fieur Garcelon demeure rue de Bourban , au
coin de la rue du Bac.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 2 de ce
mois , font : 59,19 , 68 , 29 , & 82.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 30 Septembre.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres ( 1 ).
Les Etats de Hollande & de Weft-Frife
ont repris le 18 leur Affemblée , dont les délibérations
roulent actuellement fur deux
Rapports qui y ont été faits Samedi dernier
par des Commiffions établies à cet effet. Le
premier rend à révoquer provifoirement la
Réfolution du 8 Mars 1766 , par laquelle la
difpofition de toutes les Charges Militaires ,
depuis le grade d'Enfeigne jufqu'à celui de
Colonel , à la répartition de la Hollande ,
avoit été déférée au Capitaine Général . En
attendant , il a été réfolu , « qu'il feroit enjoint
au Capitaine Général de ne pas conférer
, durant les délibérations de L. N. &
G. P. à ce fujet , des Charges Militaires à la
paye de la Hollande. » Et un Huiffier
[1] M. Mallet du Pan , Rédacteur ordinaire de ce Journal
, répe:e à fes Lecteurs , qu' ne participe en aucune
maniere à la confection & à là 'publication de ces extraks,
(( 40 )
2.
d'Etat eft parti pour le Château de Loo avec
la Lettre qui contient cette Réfolution . Le
fecond Rapport a pour objet de fupprimer le
Corps des Cent- Suiffes de la Garde du Stathouder
, en accordant leurs appointemens
en penfion à ceux qui occupent actuellement
ces places. En effet , ce Corps , uniquement
de parade , & plus propre à augmenter le
fafte d'une Cour de Souvera n qu'à fervir à la
sûreté d'un Stathouder , eft devenu d'autant
plus inutile aujourd'hui , & par conféquent ,
d'une dépenfe d'autant moins néceffaire pour
la Province de Hollande , qui l'entretient ,
que Mgr. le Prince d'Orange paroît fermement
réfolu à n'y plus revenir. Il a fixé fon
féjour d'hiver au Château de Nimègue , où il
eft arrivé avec Madame fon Epoufe , les
Princes leurs Fils , & la Princeffe leur Fille ,
Lundi dernier. Ce jour- là , 11 Septembre ,
les Etats de Hollande arrêterent , « que pro-
» vifoirement & jufqu'à nouvel ordre , les
» Chefs ou Commandans des Régimens à
leur répartition n'enverroient plus à S. A. S.
» des Rapports ou Liftes de l'érat de leurs
Corps. Gazette de Leyde , nº . 76. ]
L'adreffe fuivante , envoyée par les Habitans
qui fent reftés à Elbourg , aux Etats
-de Gueldre , mérite d'être connue ; en voici
la teneur.
« Donnons à connoître avec refpect &
vraie obéiffance , que nous Bourgeois &
Habitans de la ville d'Elbourg, depuis longtemps
maltraités d'une maniere cruelle par
( 41)
les foi difant Patriotes , n'avons été expofés
a danger de perdre notre vie & nos biens ,
que pour avoir refufé de coopérer à l'exécution
des deffeins bominables de ces gens.,
C'eft pour cette raifon , que nous croyon
devoir remercier V. N. P. de la précaution
qu'elles ont prife de nous envoyer des troupes
pour notre repos. Dieu qui eft jufte ,
& qui ne laiffe point triompher la méchan-
-ceté , a fait évanouir les complots qui menaçoient
notre tranquillité. Les troubles ont
ceffé ; nous vivons aujourd'hui dans la fécurité.
Elbourg , le 10 Septembre 1786. »
[ Courier du Bas - Rhin , nº . 76. ]
"
On parle d'un Congrès qui doit fe tenir ici
entre les Miniftres de quelques Puiffances &
divers membres de notre Gouvernement , pour
avifer aux moyens de mettre fin aux troubles
qui agitent la République , & de rétablir l'or.
dre. Ce qu'il y a de certain , c'est que le Baron
de Reifchach , Miniftre de l'Empereur auprès
des Etats- Généraux , qui s'étoit rendu à
fa Terre de Vieux- Jonc , près de Maeftricht ,
pour y paffer quelque tems , a eu ordre de
revenir à fon pofte ; ce qui fait fuppofer
avec affez de vraifemblance que les circonftances
actuelles ont part à ce départ précipité .
Idem .
Son Excellence M. le Comte de Goertz ,
Miniftre d'Etat , Envoyé Extraordinaire &
Miniftre Plénipotentiaire de Sa Majesté le
Roi de Pruffe , a été Vendredi dernier en
conférence avec M. le Préſident de l'Affemblée
de Leurs Hautes Puiffances , & a remis
à cette occafion ce Mémoire fuivant :
>
( 42 )
35
HAUTS & PUISSANS SEIGNEURS !
« Le Souffigné Miniftre d'Etat , Envoyé-
>> Extraordinaire & Miniftre - Plénipo en-
» tiaire de Sa Majesté le Roi de Pruffe , a
» l'honneur de prier Vos Hautes Puiffances ,
» qu'elles veulent bien accorder un l'affeport
» pour un Courier qu'il fera partir ce foir
» pour Berlin. Il fe voit dans la néceffité de
>> prendre cette précaution , ayant appris que
" le Colonel de Genfan , envoyé en Angle-
» terre par le Roi fon Maître , avec une
» Commiffion particulière , de retour de ce
» voyage , a rencontré des obftacles à fon
» paffage par la ville de Woerden , au point
» même d'avoir manqué d'être fouillé.
Le Souffigné fufpend de porter plainte
» miniftérielle de ce fait extraordinaire , vou-
>> lant attendre les ordres ultérieurs de Sa
» Majefté fur cet objet.
» A la Haye , le 22 Septembre 1786. "
( etoit figné ) Le Comte de GGoOeErRtTzZ..
[ Gazette de la Haye , no. 115. ]
Nous avons répété de bonne foi ce que tant
d'autres papiers publics , accrédités dans le pays
ont dit d'une maniere plus affirmative encore ,
que S. E M. le Baron de Reifsbach étoit retourné
à fon pofte , fur un ordre exprès de la
Cour apporté par un Courier. Le fit eft , &
nous en fommes inftruits authentiquement , que
l'ordre n'existe pas , & que ledit Courier n'eft
jamais arrivé. Cette nouvelle entre ainfi dans
la claffe des erreurs peut être volontairement
inventées. Idem
Les Etats-Généraux ayant délibéré fur la lettre
( 43 )
du Roi de Pruffe , M. le Comte de Goertz a été
reconnu en qualité d'Envoyé- Extraordinaire &
Miniftre Plénipotentiaire de S. M. Pruffienne ;
& copie de la lettre ci - deffus a été prife par les
Députés des Provinces de Gueldre , Zeelande ,
Utrecht , Over-Yffel , & Groningue , pour être
communiquée aux Etats, leurs Commettans : elle
a été de plus envoyée à l'examen du Commité
de L. H. P. pour les affaires étrangeres. Les
Députés de la Hollande ont inhéré à ce sujet
la déclaration , qu'ils avoient faite le 9 Septembre
, concernant tous mémoires ou lettres , que
des Puiffances étrangeres adrefferoient dorénavant
aux Etats - Généraux , relativement aux
affaires domestiques de notre Patrie . En effet ,
il n'eft gueres poffible de croire , que jamais
P'intérêt ou la dignité de la République permettent
une médiation formelle entre l'autorité
Souveraine & celui qui à tous égards eft
tenu de lui obéir ; médiation fur- tout , laquelle
auroit pour bafe de rendre de prétendues prérogatives
, qui n'ont jamais été des droits , & dont
dans ces derniers temps des abus infignes ont
prouvé fi évidemment le danger , que , fi même
des membres du gouvernement vouloient retablir
tout fur l'ancien pied , la Nation les accuferoit
hautement de l'avoir trahie . It ne paroît pas
même que M. le Comte de Goertz veuille faire
croire , qu'il foit question d'une pareille médiation
; & fes liaifons tant avec le Minifire d'Angleterre
qu'avec divers individus , connus par
leur zele pour l'autorité Stadhoudérienne prouvent
que fa miffion fe borne à fervir de fes lumieres
, de fes confeils & de fes bons offices ,
une maiſon fi étroitement liée par les liens du
fang & de l'amitié avec celle du Roi , fon ma
tre. ( Gazette de Leyde No. 77. )
Les Etats de Hoilande & de Weft- Frife fe
( 44 )
font téparés avant hier , pour commencer Mercredi
prochain leur affemblée ordinaire . Le 22,
leurs nobles & Grandes - Puiffances ont réfolu
d'approuver le rapport fait à l'affemblée
le 16 de ce mois , pour décharger définiti-
» vement les troupes à la répartition de la Province
du ferment qu'elles ont prêté au Prince
d'Orange en qualité de Capitaine Général de
la Hollande , & de les difpenſer de toute
obéiffance à fes ordres , afin de prévenir l'in-
» Aluence , que le Capitaine - Général pourroit
savoir fur les troupes à la répartition de la
» Province ; influence , que L. N. & Gr. Puïf-
Jances ne pouvoient plus regarder que com-
» me incompatible avec la sûreté publique ;
39
و و
enfin de fufpendre l'effet de la réfolution du
" 8 Mars 1766 , par laquelle la difpofition des:
» charges militaires depuis le grade d'Enfeigne.
» jufqu'à celui de Colonel avoit été déférée
à Son Alteffe . Cette réfolution , par laquelle
Mr. le Prince d'Orange eft deſtitué juſqu'à
nouvel ordre de l'exercice de fes fonctions
militaires en Hollande , a été priſe à la pluralité
de 16 contre 3 voix . Ces dernières , qui ont
protefté , font , dit on , l'Ordre Equeftre avec
les villes de la Brille & de Hoorn. Le même
jour, ila été réfolu à la pluralité de 17 con-
Tre 2 voix de fupprimer le Corps des Cent-
Suiffes , comme inutile & difpendieux pour la
Hollande qui le payoit. ( Idem . )
Les Seigneurs Etats de Frife ont répon du
à la lettre qu'ils ont reçue des Seigneurs Etats
de Hollande , que les raifons alléguées ne
» leur paroiffoient pas affez convaincantes ,
» pour défendre à leurs troupes d'agir dans
» des conteftations civiles . [ Gazette de la
Haye, N° 116 de Leyde , No. 77. ]
כ כ
1
( 45 )
On lit dans un des Papiers publics , au
torifés de ce pays , un article où il eft dit ,
qu'il regne un accord parfait entre les cours
de Vienne & de Pruffe. Un autre Papier .
prétend que les Etats de Gueldre demandent
le fecours de la Pruffe. [ Idem . ]
Les Seigneurs Etats de Zélande ont fait à
l'affemblée des Etats - Généraux la propofition
d'écrire à Mgr. le Capitaine Général ,
de ne point employer des forces militaires
dans les préfentes conteftations civiles , &
qu'il foit envoyé par Leurs Hautes Puiffances
quelques Députés dans les provinces de
Gueldre & d'Utrecht , à l'effet d'y terminer
les différends furvenus , par un arrangement
amical. Idem. ]
GAZETTE ABREGÉE DES TRIBUNAUX (1);
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre l'Hôtel - Dieu de Vierzon , les fieurs
Coufin , Me. Lair , Notaire , & le fieur Beaugeard,
Tréforier-général des Etats de Bretagne ,
Notaire , garant & refponfable du fait de fes
' Clercs.
91
Cette vérité qu'il importe de maintenir pour
le foutien de la confiance & de la tranquillité ↑
publique , vient d'être confirmé dans cette caufe.
La ville de Vierzon , propriétaire d'un contrat
de conftitution de Rente de 1500 liv. au principal
de 30000 liv. fur les Etats de Bretagne
qui tomboit en remboursement , a chargé le,
fieur Coufin d'une procuration pour recevoir ,
cette fomme. Celui- ci eut recours à Me, Lair
Notaire , pour rédiger & figner la quittance néceffaire
pour toucher les 30000 liv. Le fieur B ...
alors fecond Clerc de Me. Lair , dreffa la quit
( 46 )
tance , la fit figner au Notaire , & le préfenta
aux Etats de Bretagne , pour remettre au Tréforier
la quittance & les Pieces juftificatives de
propriété , de celui au nom duquel étoit faite
cette quittance.- Perfonne n'ignore qu'il eft
d'ufage de laiffer pendant plufieurs jours , fous
récépiffé , aux Chefs de ces Bureaux , les titres
de propriété , en vertu defquels on s'y préfente
pour être examinés. Le fieur B..... remit
effectivement en février 1785 , la quittance & les
titres dont il s'agit ; & fur la certitude que le
remboursement feroit opéré le 22 mars , il mit
en ufage pendant cet intervalle toutes les précautions
qu'il avoit préméditées pour abufer de
la confiance de Me Lair.- Dès le 20 mars
il l'avoit prévenu , qu'ayant trouvé une place
avantageufe auprès d'un Seigneur étranger , qui
alloit partir à la fin du mois , il vouloit auparavant
aller à Montmorency voir fa famile ;
deux jours après il ceffa de defcendre dans l'étude
, s'occupant uniquement des préparatifs de
ſon voyage.- Le 21 mars il fit fes adieux au
Notaire & aux Clercs , fit enlever fes ma les
& alla louer un cheval pour le lendemain ,
donnant pour motif au loueur de chevaux un
voyage de trois jours à Montmorency , où réfide
fa famille. Le 22 il fe préfenia au Bu-
/ reau des Etats de Bretagne , fous le même habit
qu'il portoit toutes les fois qu'il y étoit alle
négocier le remboursement en queſtion ; ainfi
connu par le Tréforier & le Caiffier pour le
Clerc de Me. Lair , il toucha les 30000 liv.
& paffa en pays étranger. Quelques jours
après le loueur de chevaux ne voyant pas revenir
fon cheval , alla s'informer à l'étude de
Me. Lair , où il apprit la fortie du fieur B.... ,
s'adrefla enfuite à fes párens à Montmorency ,
•
( 47 )
qui ne purent lui donner aucunes nouvelles de
ce jeune homme.- Peu de jours après le fieur
Coufin vint chez Me. Lair s'informer du remburſement
, & ce ne fut que de ce moment
qu'on fut inftruit qu'il avoit été fait au fieur
B.... le 22 mars . Alors plainte rendue tant par
le fieur Coufin en vol des 30000 liv. que par
le loueur de chevaux en . vol de fon cheval.
La ville de Vierfon & le fieur Coufin formerent
enfuite contre Me. Lair une demande en garantie
. Ce Notaire s'étoit d'abord propofé de
défendre à cette demande , fur le fondement
que le fieur Coufin ne l'avoit prié que de dref
fer & figner la quittance , pour toucher le remboursement
; qu'il s'étoit enfuite a lreffé à l'étude
, & avoit chargé le fieur B .... nommément
de toutes les démarches qui reftoient à
faire ; que dès - lors le fieur Cousin ne devoit
accufer que lui feul de n'avoir pas retiré les
pieces , immédiatement après la fignature du
Notaire , & furveillé lui - même toutes les opérations
qui devoient précéder le rembourfement.
Le fieur Coufin foutint an contraire ,
qu'un Notaire étoit refponfable du fait de fes
Cleres & de tout ce qui fe paffoit dans fon étude
comme de fon fait perfornel ; que la confiance,
la fûreté , la tranquillité publique l'exigeoient
ainfi.- Me. Lair ayant reconnu fans peine la
vérité de ces principes , demanda qu'il lui fût
donné acte de ce qu'il prenoit le fait & caufe
de l'Hôpital de Vierfon & du fieur Coufin ,
& confentoit à payer la fomme de 30000 liv .
emportée par fon Clerc ; & de ce qu'il denonçoit
la demande contre lui formée au Tréforiergénéral
des Etats de Bretagne , & concluoit contre
lui à ce qu'il fût tenu de le garantir & indemnifer
des 30000 liv. capital de la Rente de
>
( 48 )
----
1500 liv. appartenante à l'Hôpital de Vierfon ,
rembourlée au nommé B... qui avoit cellé d'être ,
fon Clerc plufieurs jours avant le rembourfement.-
Le Tréíorier des Etats de Bretagne
foutint de fon côté , qu'il ne pouvoit être condamné
à payer une feconde fois une fomme
dont il avoit une quittance en forme , dont le
paiement étoit reconnu & avoué par Me. Lair
Jui méme , avoir été fait à un de fes Clercs
chargé , felon l'ufage qui fe pratique chez tous
les Notaires , de recevoir les rembourfemens ;
qu'il étoit contradictoire de la part de Me .
Lair , de fe reconnoître par un même A&e
débiteur & garant du fait de fon Clerc , & de
vouloir rendre refpon able du délit de ce Clerc
le débiteur nanti d'une quittance bien en regle.
Après un délibéré d'une heure , Arrêt du
premier feptembre 1785 , qui donne Acte à
Me . Lair , de ce qu'il déclare prendre le fait &
caufe du fieur Coufi & de l'Hôtel - Dieu de
Vierfon , & confent à leur payer la fomme de
30000 liv. provenante du remboursement du
capital de la Rerte appartenante audit..Hôtel-
Dieu , fait à B... ci- devant fon Clerc , & par
lui emportée ; fans s ' rrêter ni avoir égard à
la demande en garantie , formée par Me . Lair
contre le Tréforier des Etats de Bretagne , l'y
déclare non-recevable & mal fondé , & le condamne
aux dépens envers toutes les Parties ;
faifant droit fur les Couclufions de M. le Procureur-
général , ordonne que le Procès commencé
au Châtelet , fur la Plainte en vol de
la fomme de 300co liv . contre le nommé B...
fera continué jufqu'à jugement définitif, tauf
l'appel en la Cour en état de prife - de - corps.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 27 Septembre.
A Diete ordinaire de Pologne fe tiendra
vers la fin de l'année , & les élections des
Diétines ont commencé. Jufqu'ici ces Affemblées
provinciales n'ont pas été paisibles .
L'oppofition des volontés s'y eft tellemen
manifeftée , que la Dietine de Kaminieck ,
compofée des mille Gentilshommes , s'eft
partagée en deux partis ; l'un ayant à fa têre
le Prince Général de Podolie , a tenu fa
Téance dans la Cathédrale ; l'autre dans l'Eglife
des Dominicains , & il en eſt réfulté
une double élection de Nonces .
La Princeffe , époufe du Prince héréditaire
de Danemarck , eft accouchée d'un
Prince à Copenhague , le 18 .
Suivant un Journal Allemand de com
merce , le meilleur fafran d'Europe eft celu
l'on cultive en Angleterre : on a calcul
Nº . 41 , 14 O& obre 1786 .
que
C
( 50 )
9
qu'un acre de terrain peut porter 400,000
oignons , & produire huit liv . pefant de fafran
feché. La livre de fafran d'Angleterre
fe vend à Amfterdam jufqu'à 18 florins . Le
meilleur fafian croît dans les champs de
Cambridge , & du côté feptentrional d'Effex
; on en cultive aufli dans la province de
Norfolk , & fur tout près de Walfigham .
Un homme d'Etat vient de rédiger un tableau
inftructif de recette & de dépenfe dans
l'Electorat de Saxe. Ce tableau n'offre pas
le bilan particulier du tréfor de l'Etat , mais
bien celui de la Nation en général , il détermine,
article par article , la valeur & le
rapport de l'argent importé & de l'argent exporté
; en forte qu'on puiffe juger fi la richeffe
nationale augmente ou diminue. Ce
tableau n'eft pas fait pour être lu , nous le
fentons ; mais il n'eft pas inutile à confulter
: il peut même fervir d'exemple pour en
dreffer de pareils en d'autres pays . La difficulté
eft de le compofer d'après des notions
certaines , & on nous laiffe ignorer celles
qui ont fervi à l'Auteur de la nomenclature
fuivante.
Recette en argent comptant.
Rentes des capitaux placés dans l'Etranger
, & autres revenus venant de
J'étranger.
Dépenfes des Miniftres étrangers &
des voyageurs.
Bénéfice des Négocians, Commiflionmaiges
, Courtiers , Banquiers , Voitu
rixdalers.
150,760.
.148,060.
( 51 )
riers. $490,796 .
Droits fur l'achat de 166,141 onces
d'argent , tirées des monnoies étrangeres
.
Contingent annuel des étrangers affociés
dans l'exploitation des mines.
Dépenfes des étrangers aux Univerfités
& autres inftitutions publiques dans
l'Ele&orat .
Emprunts faits chez l'étranger fur des
biens- fonds.
8,3126
102,1090
61,701.
.300,000.
Succeffions & dots de mariage venant
de l'étranger, ...
Penfions venant de l'étranger.
Mife des étrangers dans les loteries &c .
Recette du regne végétal,
·
30,200
• 25,676 .
9,879 .
1,327,484.
Lin ferance. 8,012 .
Fil. 21,412
Dentelles de fil & de foie , brocard
. 168,898.
& imprimée.
Toile de coton & de foie peinte
Fil de coton blanc & teint .
1,174,662 .
16,520.
Etoffes de coton bas & bonnets
de coton . 335,171
Blé. 354,578.
Amidon.
Plantes de teinture .
Rois de diverfes efpeces.
Goudron...
Potaffe , cendre & foude..
"Marchandiſes de paille..
Papier.
Vin , vinaigre & fruits .
6,300.
7,757.
160,968
3,150
I 407
29150
6,088
25720
C 2
( 52 )
Teile cirée...
16,025
2,254,819
•Recette provenant des articles du regne animal.
Bérail de boucherie ...
fs , beurre , poillons , gibier .
Chevaux ..
Laine écruc ..
168,898
36,175
5,195
195,264
Laine filée ....
Etoffes de laine .
Peaux & cuirs .
Pelleterie.....
Savon , chandelle .
34,515
289,159
{
25.354
4.360
39590
759,815-
Recette des articles du regne minéral.
Pour 443,680 onces d'argent à 6 1.
10 f. Ponce ....
720,980
Etaim brut & ouvré .. 66,042 /1/
Plomb , litharge & dragée .
18,115
Cuivre.... 120,169
Laiton , fimilor , & c ..
42,168
Fer blanc & noir ou en tole . 200,544
Fil de fer 11,168
Armes .... 10,225
Pierre ollaire façonnée .
Pierres , meules , tuiles .
Porcelaine ....
2,622
1z , 0194
163,030/1/
Fayence & poterie.. 10,810
Alun . 48,801
Arfenic & foufre rouge . 44,640
Soufre . 6,4022
Vitriol & huilé de vitriof. 2,950
Bifmuth.
765 *
Sel ....
8,274-
Bleu de Cobalt , & c . 300,540
( 53 )
Tourbe , charbon de terre .
16.790
1,808,0394
Autre Recette.
Drogues de Pharmacie ... 8,020
Bénéfice dans le commerce de la
Librairie.....
39,6022
Pierres précieufes , broderies , marchandifes
de modes ..... 22,840
Marchandifes de Paffementiers . 69,788
Ouvrages d'Areiftes...
•
49,740
Tableaux & eftampes .... 5,280
195,270
,
Nous donnerons la dépenfe fommaire &
le balance dans le Journal prochain.
DE BERLIN le 25 Septembre.
Le Roi eft arrivé à Koenigsberg , le 17 ,
précédé d'un cortege des principaux Bourgeois
à cheval & en uniforme , qui étoient
allés le recevoir à une lieue & demie de la
ville . Une décharge générale de toute l'ar
tillerie des bâtimens pavoifés , qui croifolent
dan le Haff , annonça l'entrée de S. M.
Elle defcendit de voiture , monta à cheval ;
fuivie du Lieutenant général de Goertz &
de fes aides de camp , & traverfa la ville au
petit pas , aux acclamations de tout le peu
ple & des Huzzas des matelots .
I
S. M. eft atten lue ici aujourd'hui ou demain.
Le 4 Octobre elle partira pour la Si
Lélie , & arrivera le 't à Breslau ; le r cette
Capitale dir Duché de Siléfie lui rendra foi
& hommage. M. de Hertzberg recevra celul
c 3
( 54 )
de toutes les villes de la Pomérante au nom
'du Roi; & le Baron de Reck , Miniftre d'Etat
& de Juſtice , remplira la même commiffion
dans les provinces de Magdebourg ,
de Halbe ftadt & de Weftphalie.
I
જેમ
Le College de fanté ayant fait connoître
au Roi l'étendue dee ravages de l'épizootie ,
& propofé en même temps des préfervatifs
,
S. M. a ordonné qu'ils feroient emploiés &
rendus publics par les Gazettes. Ces préfervatifs
confiftent dans un mélange égal de
fel commun de cuifine , & de grains de
genievre , que l'on aura foin de piler & de
réduire en groffe peudre. On donnera de
ce mélange tous les jours une fois , ou au
moins deux fois la femaine , autant que la
main peut en contenir à chaque piece de bétail
à corne ; on en feraa ili manger aux mou
tons , qui le lécheront dans de petites auges.
Il eft recommandé en même temps aux fermiers
d'avoir foin que le foin foit emmaga
finé bien fec , & de l'étendre fur des perches
dans des temps pluvieux , à l'époque de la
récolte , par couches longues & étroites , &
à une certaine élévation de la terre , afin
que l'air puiffe le pénetrer & circuler librement.
A l'exemple du feu Roi , qui à fon avénement
au trône , avoit annullé toutes les
expectatives pour des fiefs & d'autres biens ,
S. M. a fait publier , que de pareilles lettres
qui auroient été accordées fous le dernier
( 55 )
régne , refteront fans effet pour l'avenir , &
moins que ceux qui les ont obtenues , ne
foient actuellement en poffeffion des fiefs
ou biens promis. Dans le même Edit , Sa
Maj. déclare auffi qu'elle ne donnera aucunes
expectatives , & qu'elle ne ditpofera
des fiefs ou biens qu'à leur vacance.
Les différends , relativement aux limites
entre la Siléfie & le territoire de Pologne ,
ont été terminés à la fin de cet Eté par la
Commiffion établie il y a quelques années.
On a tiré une ligne de démarcation , en fuivant
la convention conclue l'hiver dernier à
Varfovie.
DE VIENNE , le 26 Septembre.
9
م ت
L'Empereur ayant quitté le le camp de
Brunn , arriva le lendemain à celui de Prague
, ou de Hlaupietin. Le 12 il a fait la
revue générale des Régimens , dont il a été
très fatisfait. Le 15 , la Cavalerie a exécuté
les grandes manoeuvres .
Les dernieres lettres de Conftantinople ,
en date du 25 Août , contiennent une nou
velle intéreffante que la Porte venoit de recevoir
& de publier. Le Capitan Pacha qui
avoit adroitement répandu le bruit que fon
but étoit de croifer comme de coutume dans
l'Archipel , & de faire rentrer enfuite dans
le devoir le Gouverneur de Scutari , parut
à l'improvifte fur la côte d'Egypte, & ayant
€ 4
( 56 )
débarqué un corps de troupes d'environ 3
mille hommes , tous d'élite , il tomba tellement
à l'improvifte fur les Beys rébelles ,
qu'il tailla en pieces une partie de leurs trou
pes , & difperfa le refte . Cette victoire a eu
des fuites trè.- heureufes , toute l'Egypte s'eft
d'abord foumise au vainqueur , & les habitans
ont témoigné au Capitan Pacha leurs
anciens fentimens de fidélité , Celui ci , après
avoir rétabli la tranquillité dans cette province
, donna les ordres les plus vigoureux
pour aller à la pourfuite du peu de rébelles
échappés. Cette expédition exécutée avec
autant de célérité que de fecret , fair le plus
grand honneur à l'Amiral Ottoman , & releve
le courage de la nation.
Dernierement on a arrêté ici le Confeiller
Cetto de Cronfiorf, accufé d'avoir fabriqué
une obligation de 15,000 florins , comme
appartenante à fa maitreffe , & dans la vue
de faciliter à cette femme un emprunt qu'elle
defiroit de faire , & dont le prétendu billet
auroit fervi d'hypotheque . On s'attend à
voir bientôt ce Sénateur balayant les rues
de la Capitale.
On a notifié au Couvent des Irlandois à
Prague le décret de fa fuppreffion.
A commencer du premier Novembre
prochain , le papier fin & à lettres payera à
fon entrée dans l'Autriche 2 florins par rame;
le papier à minute 20 creutzers , celui
pour l'impreffion 5 creutzers ; celui pour
( 37 )
emballage 30 creutzers , & le papier de diverfes
couleurs . 1 flor. & 10 creutzers .
..Le ro de ce mois on a célébré à Bude la
fête féculaire de la reprife de cette ville fur
les Furcs , qui en furent, maîtres pendant
160 ans. L'Empereury a ordonné l'etablif
fement d'un canle pour les pauvres , femblable
à celle dé Vianne, siochd ann
Th
On affure que les fortificacions de la ville
de Comore , bdans la shaute-Hongrie , qui
depuis quelques annéesar beaucoup fouts
fert des commotions fouterraines , feront
réparties entre les habitans .
| 23 Fe
no) ob gǝvoli al suo abidetur , eśni agleid o
DE FRANCFORT , le 4 Octobre.A
alonet gi sa aibalam Al it , busiliste 90 a
2th holoquC)
ר ד י י נ ש
eRapide Pruffe falfanume vifite des ge
Août auPrinee Henri , fe fit lire l'article de
la Gazette de Berlin , qui annonçoit la mot
du feu Roi , & à cette occafion il donna or
dre qu'à l'avenir on laiffat à cette Gazette la
plus grande heré , afin qu'en, rapportant
toutes fes actions , elle mit fes fujets à por
tée d'en être les témoins & les juges,
Tous les matins à heures , ce Monarque
affifte à l'exercice de la garnifon ; il travaille
enfuite jufqu'à midi après le diner , il va
chez la Reine-douairiere à Schoenhaufen , ou
fe livre à des délaffemens utiles à 6 heures
& demie il reçoit ordinairement une petite
fociété de 8 perfonnes , on s'entretient qufqu'à
neuf heures , & l'on fert un › collation
1 5858 )
de huit plats. A dix heures S. M. và fe coucher.
Peu de jours après fon avénement au trône
, le Roi de Pruffe reçut la Lettre fuivante
du Poëte Gleim , dont nous avons parlé
plus d'une fois. on a bayou
SIRE. Dans les nombre des millions d'hom-
» mes , que l'efpoir de vivre fous les loix de Vo
tre Majefté confole de la perte qu'ils viennent
de faire , fe trouve un vieillard , connu
fous le cara&ere fi renommé d'un Grénadier
» Pruffien , qui dans les années à jamais mé
morables de 1756 & 1757 employoit fes mo-
» mens de repos à chanter les événemens in-
» croyables de cette guerre , & compofoit des
» Fables très- croyables pour le Neveu de fon
» Roi.
Ce vieillard , fi la maladie ne le retenois
pas , s'emprefferoit d'a ler offrir fes homma-
≫ges au nouveau Pere des Peuples ; le zèle
de fon coeur patriotique l'emporteroit ; & il
épieroit le moment heureux où il pourroit
fe préfenter devant l'altre bienfaifant qui fe
leve , & il lui diroit : les Mufes Allemandes
» ont eu feules à fe plaindre de Frédéric l'Unique.
Elles vouloient le célébrer dans leurs chants
immortels ; mais par la préférence qu'il marqua
pour les Mufes Errangeres , il les rédu fit aufilence.
Le Siecle de Frédéric l'Unique a été l'age
d'or du bon goût & des fciences comme ceux
d'Alexandre , d' Augufte , de Léon , de Charles
& de Louis. Mais il eft réfervé à V. M. de créer
sle fixieme fiecle des Mufes.
Puifle V. M. donner cette confolation à un
vieillards , d'emporter dans le tombeau un
p doux efpoir , dont avant fon Regne , il n'a-
?
59
1
#voit ofè fe flatter fenf ! & qu'Elle daigne rece
voir les voeux pars & finceres du plus zélé , du
plus refpectueux & du plus dévoué de les
Sujets.
GLEIM. ככ
Halberstadt , le 23 Août 1786.
Sa Majefté fit cette réponſe .
Très-Digne , Cher & Fidele ! En réponse à
votre priere ; vous pouvez affurer les Mufes
» Allemandes dont vous me préfentez les
voeux avec une noble franchiſe , dans votre
Lettre du 23 courant , que je leur accorde
ma protect on avec tout le plaifir poffible ;
principalement fr tous les compofiteurs Alle-
" mands s'efforcent de vous égalers, & fi chacun
dans fa partie fait des ouvrages auffi finis que
» les vôtres.
Je ſuis votre Roi très - affe&ionné.
Berlin , le 27 Août 1786 .
» On lit dans la Gazette eccléfiaftique de
Vienne, que le Pere Huberti eft Provin
» cial fecret des Jéfuites pour les Pays Bas ,
& le Pere Hell , Aftronome , Provincial.
pour l'Autriche ; que l'on vient de confta-
>> ter cette découverte , & que l'on ne peut
plus douter que l'Ordre ne fe foutienne
» clandeftinement , qu'il conferve fes Provinciaux
, fes caiffes , & c .
»
Un Profeffeur Autrichien , nommé Deluca,
dont nous avons rapporté quelques calculs
économiques , vient de donner généreufement
cinq millions d'habitans à la Monarchie
Autrichienne , c'eft à -dire , qu'en 1780
on n'y comptoit , felon le Profeffeur , que
20,5530000 perfonnes , & qu'aujourd'hui
( 60 )
elle en renferme 25 , 643 , 966 ames. Le
Profefleur n'apporte ancune preuve de
l'exactitude de ce dénombrement à coups de
plume. Le Clergé régulier dans les Etats
Autrichiens en 1775 étoit compofé de
64,890 individus , réduits maintenant à
44,280.
Un Auteur Alleman a publié le précis
fuivant de l'état actuel de l'Ordre Teutonique
.
>
Cet Ordre , riche autrefois de poffeffions con- .
fidérables , fut anciennement affez puiffant pour
foutenir des guerres contre des royaumes ; mais
il les perdit fucceffivement , & i ne poffede plus
que les feigneuries de Freudenthal , d'Eulemberg .
& de Langendorf en Siléfie , qui compofent le
Domaine de la grande Maîtrife , & les onze Bailliages
ou Provinces fuivans , favoir : les Bailliages
d'Alface & de Bourgogne , d'Autriche , de
Coblentz , d'Erfche ou de Tyrol , de Franconie
de Heffe , d'Althenbiffen , de Weftphalie , de
Thuringe , de Lorraine & de Saxe. Il exifle à la
vérité un autre Bailliage , celui d'Utrecht , dont
les Chevaliers peuvent le marier ; mais ces Chevaliers
ne font point reconnus par l'Ordre. Les
Bailliages d'Alface , de Coblentz , de Franconie
& de Weftphalie , jouiffent du droit des Etats
immédiats dans l'Empire Germanique, & les Com
mandeurs provinciaux dans ces Baillinges ont.
voix de féance aux affemblées des Cercles où ils
font incorporés . Les plus riches Bailliages font
ceux d'Alface , de Franconie , d'Autriche & d'Altenbiffen.
Chaque Bailliage eft composé d'un
Chef , qui eft le Commandeur provincial de
Capitulaires & Chevaliers ; les derniers ne poffedent
pas de Commanderies . Le feul Bailliage
( 61 ) }
de Thuringe n'a qu'un Commandeur provincial
fans Capitulairés & fans Chevaliers. A la mort
d'un Commandeur provincial , les membres du
Bailliage tiennent Chapitre , y élifent par le
fcrutin trois Sujets , & le Grand - Maître en choifit
enfuite un pour remplir cette dignité.
Les membres de chaque Bailliage font obligés
de tenir Chapitre à des époques fixes , d'y délibérer
fur les affaires qui regardent le Bailliage
& de préfenter enfuite leurs arrêtés au Grand-
Maitre , pour en avoir la confirmation . Les Commandeurs
provinciaux font les Confeillers conftitutionnels
du Grand Maître qui , dans des cas .
importans , eft tenu de les confulter & de demander
la voix capitulaire. Les Bailliages ont le
droit de recevoir des novices ; mais il faut cependant
que le Grand Maître y donne fon confentement.
Après la réception d'un novice , le
Grand - Maître lui affigne un endroit pour faire
fon noviciat , qui dure uns année , & l'arme,
Chevalier. La convocation d'un Chapitre général
n'a lieu que pour des cas extraordinaires
le dernier fut tenu en 1780 à Mergentheim à l'oc
cafion de l'intronifation du Grand Maître actuel
. Les Chevaliers Teutoniques font liés par les
voeux de chafteté , d'obéiffance , & en quelque
maniere auffi par celui de pauvreté , puifqu'à leur
décès leur fucceffion appartient au Grand - Maître ,
à moins qu'ils n'aient obtenu une permiflion parti
culiere de faire un teftament . L'autorité du Grand-
Maître fur les membres de l'Ordre eſt très étendue
; il existe près de Mergentheim une fo të pri- ,
fon , où plus d'une fois des Chevaliers , qui avoient
manqué aux regles & à la fubordination , ont
expié leurs fautes : on puniffoit autrefois trèsrigoureufement
les Chevaliers qui avoient enfreint
le voeu de chafteté .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
( (62 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 30 Septembre.
Le Comte de Lufi , Envoyé Extraordinaire
de la Cour de Berlin , a préfenté au
Roi fes nouvelles Lettres de créance.
Des dépêches du Chevalier Harris , notre
Miniftre à la Haye , concernant la fituation
actuelle de la Hollande , ont occafionné un
Confeil tenu le 28 chez le Marquis de Carmarthen
, Secrétaire d'Etat. Il y a été pris
une réfolution , communiquée à Sa Majefté
à Windfor , & en vertu de laquelle on a
expédié des inftructions au Chevalier Harris .
Deux frégates & un floop, ont reçu ordre
de mettre à la voile de Portſmouth pour la
Méditerranée. Ces vaiffeaux doivent fe joinde
à l'efcadre du Commodore Colby.
Le Thésée , vaiffeau neuf de 74 canons ,
a été lancé le 25 de ce mois à Blackvall .
Le lendemain , on a lancé du même chantier
un vaiffeau de 1800 tonneaux pour le
fervice de la Compagnie des Indes. C'eſt
le plus gros vaiffeau qui ait encore été employé
à ce commerce.
Les autres vaiffeaux de ligne , prêts à être
lancés , font le Prince , de 90 can , à Woolwich
; le Captain de 74 can. , à Limehoufe ;
le Swiftfure , de 74 can. , à Rotherhithe , le
Coloffus , de 74 can. , à Gravefend ; le Vaz
guard , de 74 can, à Deptford, en .
( 63 )
Le 25 au foir , l'Amirauté a reçu plufieurs
dépêches du Commodore Elliot qui còmmande
la ftation de Terre -Neuve. Les vents
ont été très-violens fur les bancs , & plufieurs
vaiffeaux ont été endommagés ; mais il n'en
a péri qu'unfeul , dont l'équipage néanmoins
a été fauvé , ainfi qu'une grande partie de fa
cargaifon. Le Commodore fe propofoit de
ne partir de St. Jean qu'au commencement
d'Octobre & de renvoyer auparavant en
Angleterre quelques uns des vaiffeaux de
fon efcadre. La plus grande partie des bâtimens
ont fait une pêche abondante , &
plufieurs de ceux arrivés les premiers à Terre-
Neuve , ont fait deux voyages.
Le Capitaine Philipps , nommé Commodore
de la flottile qui tranfportera & efcor->
rera les malfaiteurs à Botany Bay , reftera
dans cette nouvelle Colonie en qualité de
Gouverneur , aux appointemens de soo liv .
fterl. , outre fa paie de Capitaine . Il aura fous
lui un Commandant en fecond qui fera les
fonctions de Lieutenant-Gouverneur , & qui
recevra 300 livres fter!. de paie annuelle . Le
convoi portera à la Nouvelle-Hollande 850
malfaiteurs , dont 150 femnies.
L'intention du Gouvernement eft de réduire
l'intérêt légal de l'argent à 4 p. 150 ,
à l'ouverture de la Seffion prochaine . La
Banque va auffi réduire l'efcompte à 4 &
demi ou 4 pour cent. La Compagnie des
Indes , en réduisant l'intérêt de fes billetsy.
.
( 64 )
a prouvé que la Banqué pouvoit alfément
faire le même facrifice.
Plufieurs Papiers , en annonçant la figna
ture du Traité de Commerce entre la Grande
Bretagne & la France , rapportent que
l'Angleterre en a déja conclu plufieurs avec
cette Puiffance. Le premier , en 1606 , entre
Henri IV & Jacques I. Il fut confirmé par
Louis XIII au mois d'Avril 1623. Ce Prince
défendir en uite à fes fijets , par une Procla
mation en date du 8 Mai 1627 , tout com
merce avec les fujets Britanniques ; mais en
1629 , il révoqua cete prohibition . Sous le
regne de Charles ler . , il y eut un Traite de
Commerce , figné à St. German en Laye en
1632. Louis XIV en fit in troifiéme avec
Charles II en 1677.
Le Commerce de l'Efpagnej ajoutent ces
Papiers , a été dans tous les tems , & fera tou ,
jours infiniment plus avantageux à l'Angleterre
que celui qu'elle peut faire avec la France.
Si l'on examine le Commerce d'Espagne , on
verra que cette Puiffance reçoit notre Poiffon ,
nos Serges & d'autres étoffes , tous objets qui
occupent des Ouvriers fans nombre . Nous prenons
en retour des marieres premieres indife
penfables à nos Manufactures , favoir : de la'cochenille
, de l'indigo , du coton , des laines & de
la foude. Enfin , T'Efpagne verfe des femmes
immenfes de numéraire en Angleterre . Ces con .
fidérations importantes ont dû porter le Miniftere
à conclure avec cette Puillance les arrangemens
les plus folides & les plus permanens,
Nous apprenons par des lettres arrivées
165 )
récemment du Bengale , qu'on a ouvert à
Calcutta une foufcription de 80,000 livres ,
deſtinée à entreprendre un commerce de
fourrures trées du Kamtfchatka , & de la
côte oppofée de l'Amérique pour être tranfportées
à la Chine & dans l'Inde , d'après le
plan du feu Capitaine Cook. Deux vaiffeaux
de 150 tonneaux chacun ont en conféquence
fait voile de Calcutta , le 28 Février
dernier , & ils font commandés par le
Capitaine Mears , natif de Dublin .
Le Capitaine Cochran , frere de Mylord
Dundonald , a imaginé & va exécuter le projet
de tranfporter à Londres le poiffon d'Ecoffe
dans la glace , où il fe confervera trèsfrais.
Si cette entrepriſe réuffit , le prix de
cette denrée baiffera dans la Capitale , vu
l'abondance de poiffon qui peuple les mers
d'Ecoffe.
L'Amirauté a fait informer le Public ;
qu'un bâtiment François , nommé l'Aimable
Marthe , allant du Sénégal au Havre - de-
Grace , avec un chargement de gomme &
d'ivoire , a échoué , le 14 de ce mois , fur
l'écueil de Laugharne , dans le Comté de
Carmarthen , & que fa cargaifon eft entiérement
perdue.
Plufieurs Familles Hollandoifes, fe font
retirées ici depuis quelques femaines , & nos
Banquiers reçoivent journellement de groffes
remifes d'Amfterdam & d'autres places de
la République.
Le Docteur Clarke d'Edimbourg indique
( 66 )
un remede, qu'il prétend très efficace pour
la goutte. C'eft de manger à fouper deux ou
trois harengs bouillis , fans fe permettre aucune
autre nourriture. Les malades qui
éprouvent pendant la nuit une foif trop violente
, pourront mâcher du foin ou de la
paille . La falivation qui s'enfuivra bientôt
les foulagera. Si ce remede ne guérit pas
parfaitement la goutte , du moins il en diminue
confidérablement les douleurs.
Un Irlandois , établi à la Jamaïque , reçut il
y a plufieurs années , de la Société des Arts de
Londres , une demi - douzaine de graines de Cortonnier
Chinois , dont on tire les cotons avec
lefquels on fabrique , fans teinture , l'étoffe
connue en Europe fous le nom de Nankin . Ces
graines , cultivées très-foigneufement , ont réuffi
au-delà des efpérances. Cc Planteur Irlandois
avoit l'année paffée un acre entier de ces Cotonniers
; mais un ouragan les détruifit prefque
tous. Cependant il eft parvenu à fauver affez
de graines pour femer cette année environ 12
acres de terre. Ce particulier voulant que fon
Pays fût le premier de l'Europe où le Nankin
véritable fût fabriqué , a fit paffer à Dublin
quelques livres de ce coton que l'on va manu
facturer.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le
4 Octobre.
Le fieur de Cambon , que le Roi a nommé
Procureur général au Parlement de Toulouſe
, a eu , le 24 , l'honneur de faire fes
( 64)
remercimens à Sa Majefté , étant préfenté
par le Garde des Sceaux de France.
Le Roi a nommé à l'Abbaye réguliere
de Moncé , Ordre de Citeaux , Diocèfe de
Tours , la Dame de Roucy , Religieufe
profeffe du Prieuré de Saint Nicolas de
Pontoife ; & à celle des Clairets , même
Ordre , Diocèfe de Chartres , la Dame de.
Villeneuve , Religieu e - profefle de l'Abbaye,
d'Hieres , Diocèfe de Toulon , fur la nomination
& préfentation de Monfieur
vertu de fon apanage.
en
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné, le 17 du mois dernier, le contrat de
mariage du fieur Danty , Confeiller d'honneur
à la Cour des Monnoies de Paris , avec
Demo fele de Vaudeuil , fille du fieur de
Vaudeuil, Confeiller d'Etat , ancien Premier
Préfident du Parlement de Touloufe ; & le
rer. de ce mois , celui du fieur de Colonia ,
Maître des Requêtes , Intendant au département
des Fermes générales , avec Demoife ie
Manoury.
Ce jour, la Comteffe Chriftophe François
de Beaumont a eu l'honneur d'être préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Baronne de Beaumont.
Le ter. de ce mois , le Baron de Clugny ,
Gouverneur général de la Guadeloupe , &
le fieur roulquier , Intendant de la Martinique
, fe difpofant à retourner à leurs fonctions
, ont eu l'honneur de prendre congé de
( 68 )
S. M. , préfentés par le Maréchal de Caftries,
Miniftre & Secrétaire d'Etat au département
de la Marine.
La Cour partira d'ici le 6 pour aller à
Choify , d'où elle fe rendra le 9 à Fontainebleau.
5)
-5
DE PARIS , le 11 Odobre.
D'après les réfolutions de l'affemblée géné-
>> rale de Virginie , le fieur Houdon a été chargé
» de faire deux buftes du Marquis de la Fayette
l'un pour être placé à côté du Général Wa
» shington dans le Capitole de l'Etat , & l'autre
pour étre préfenté au nom de la République
à la ville de Paris par le Miniftre plénipo-
» tentiaire des Etats - Unis. Cette cérémonie a
» eu lieu le 28 du mois dernier de la maniere
» fuivante .
» MM. les Prévôt des Marchan is , Echevins ,
» Confeillers de Ville & Quarteniers s'étant ren-
>> dus dans la grande falle de l'Hôtel- de - Ville ,
l'on y a introduit M. Short , ancien membre
du Confeil d'Etat de Virginie ( M. Jefferson ,
Miniftre Piénipotentiaire étant retenu chez lui
par les fuites d'une chute ] , il a préfenté à l'affemblée
le bufte , ainfi que les réfolutions d'Etat
& une lettre de M. Jefferſon , dont voici
la copie.
» MM. La République de Virginie , en re
» connoiffance des fervices du Major - Général
Marquis de la Fayette . a réfolu d'élever fon
bufie dans le Capitole de l'Etat , & defirant
placer un monument pareil de fon mérite &
de l'opinion de la République dans le pays
auquel elle a l'obligation de fa railfance , elle
( 69 )
အ
» efpere que la Ville de Paris voudra bien devenir
dépofitaire de ce fecond témoignage de
fa gratitude. Chargé par elle de l'exécution
de les intentions , j'ai l'honneur de prier MM .
20 les Prévôt des Marchands & Echevins repré-
» fentans la Ville de Paris d'accepter ce buſte
» & de le placer dans l'endroit le plus honorable
» pour le Marquis , & le plus fatisfaisant pour
» les fentimens d'une nation alliée .
» C'eſt avec un vrai plaifir que j'obeis à la
République , en repréfentant fon jufte hom-
» mage par un caractere fi grand dans les premiers
développemens de fa vie , qu'ils au-
» roient honoré la fin de telle vie que ce pût
» être .
P
» Notre pays couvert par une armée peu nombreuſe
contre une plus confidérable , des ta-
» lens qui ont fu fuppléer à l'épuiſement de nos
» moyens , des manoeuvres qui ont fini une lon-
" gue campagne par obliger nos ennemis de
» s'enfermer dans un point marqué pour rendez-
> vous aux Alliés & Confédérés qui devoient le
ככ
réunir contre eux , de maniere qu'un feul coup
» ait décidé de cette guerre qui s'étoit répan-
» due dans les quatre parties du monde , & pen-
» dant toute cette conduite l'attention la plus
» foutenue pour les loix civiles & les droits des
citoyens ; tels font les faits qui euffent ajouté
» à la gloire des plus grands caracteres , & qui
expliquent parfaitement la chaleur des fenti-
» mens dont j'ai en cette occafion l'honneur d'être
→ l'organe.
52
"
و د » Il eût été plus agréable pour moi d'avoir
exécuté cet office en perfonne , d'avoir mêlé
le tribut de ma reconnoillance particuliere à
» celle de mon pays , de préfenter moi - même à
» votre honorable Corps l'hommage de mon ref
و د
( 70 )
» pect ; mais puifqu'un accident grave me prive
» de remplir un devoir fi cher , M. Short , an-
» cien membre du Confeil d'Etat de Virginie ,
> aura l'honneur de vous remettre cette lettre
b avec les réfolutions de l'Etat , de vous pré-
» fenter le bufle ; il vous offrira auffi les fen-
» timens de vénération , &c.
» M. Pelletier de Morfontaine , Confeiller
» d'Etat & Prévór des Marchands , après un dif-
ود
cours dans lequel il annonçoit le fujet de l'af-
»femblée , fit faire la lecture de la lettre de
» M. Jefferſon , des réſolutions de l'Etat , &
» d'une lettre de M. le Baron de Breteuil , Mi-
» niftre d'Etat au département de Paris , qui
»annonçoit l'approbation du Roi ; & M.-Euris
» de Corny , Avocat & Procureur du Roi , termina
un difcours en requérant la tranfcription
des pieces ci- deſſus fur les registres de la Ville ,
l'acceptation du bufte qui fut placé dans la
grande fale au bruit des applauditfemens &
» d'une mufique militaire .
91
( Article envoyé au Rédacteur).
Les Affiches de Lille & celles de Normandie
rapportent l'événement fuivant .
Nous tirons ce fait des Affiches de Lille. Un
petit enfant de 13 à 14 ans ,
a été brûlé vif ces
jours derniers au milieu de la riviere. Voici le
mot de l'énigme : Ce petit garçon venoit de voler
quelques pierres de chaux vive ; pour cacher
fon larcin il les avoit mifes dans fon fein . A une
petite diftance où il l'avoit commis il rencontra
un de fes camarades qui menoit , boire plufieurs
chevaux ; il exige de lui de le laiffer monter fur
un ; l'autre y confentit. Arrivé à l'ab, euvoir le
cheval que ce malheureux montoit fe couche au
milieu de l'eau, y précipite l'enfant . La chaux fermente
bientôt dans fon fein , & cet infortuné, qui
( 71 )
+
erloit de toutes les forces au fecours , qu'il fe
brûloit , excitoit le rire des fpectateurs plutôt
que la compaffion , parce qu'on ne pouvoit s'imaginer
fon imprudence. Comme il nageoit fort
bien , tantôt il fe foutenoit fur l'eau , & tantôt
les fouffrances aigues le faifoieut plonger . On regardoit
ce prétendu jeu comme une poliffonnerie
de fon âge ; mais , hélas ! on ne tarda pas à
être défabufé. La chaux avoit tellement cautériſé
le ventre de ce petit malheureux , que les entrailles
ne tarderent pas à paroître fur l'eau . On alla
alors à fon fecours , mais inutilement , & il expira
dans les douleurs les plus affreuſes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AUBRY.
Les obfervations de Mr. Patte fur les
caufes de mort dans les noyés & fur les
fecours qu'on leur adminiftre , ont donné
lieu à plufieurs repliques , qu'il feroit trop
long & même inutile de rapporter. Nous
nous contenterons d'en citer deux ;
la premiere
, qui conftate l'efficacité des fecours ,
tels qu'on les adminiftre ici , nous a été adreffée
par M. Pia , Promoteur & Directeur de
l'établiffement en faveur des noyés de Paris.
M. Patte , d t ce zélé citoyen , n'a vraisemblablement
pas cherché à fe mettre au fait de la
marche & des réfultats de l'établiffement formé à
Paris en faveur des Noyés ; on le pratique dans la
Capitale avec un tel fuccès que s'il l'eût connu ,
il ne pourroit s'empêcher de convenir qu'il n'eft
gueres poffible d'en obtenir ni ambitionner de
plus nombreux ; car de 701 noyés , ( depuis 1772
jufques & compris 1785 , ) auxquels on a adminiftré
les fecours preferits par l'établiffement ,
599 ont échappé à une mort prefque certaine ; ce
( 72 )
qui réduit à 102 , le nombre de ceux qui ont fuccombé
malgré les fecours qui leur ont été donnés.
Je ne comprends dans ce calcul que les deux premieres
clalles dont j'ai fait mention dans mes
détails des fuccès de l'établiffement , & je ne parle
pas de la troisième claffe , parce qu'elle ne préiente
que
des cadavres , qui retirés de l'eau ap: ès
une très- longue fubmerfion , ont été regardés tellement
fans reffource , qu'on n'a pas cru qu'il fût à
propos de tenter fur eux aucuns des moyens
ufités pour effayer de les faire revivre ; ainfi , il
refulte que les fix feptièmes des noyés ayant éprouvé
les fecours adoptés , ont été rendus à la vie.
Mais , pour rendre l'établiffement formé à Paris
auffi précieux qu'il eft conftant dans les réfu!-
tats , il faudroit encore bien connoître toutes les
caufes naturelles qui s'opposent à la réuffite des
fecours d'ufage ; alors , on verroit clairement que
la plupart des 102 victimes de la fubmerfion dont
il vient d'être queſtion , ont été bleffés mortellement
en tombant fur des corps durs , qui le font
rencontrés dans leur chûte , ou mutilés par les
Crocs & autres inftrumens qui ont fervi à les
repêcher; & qu'enfin , il eft poffible que la peur
& le froid de l'eau , en y tombant leur ait occafionné
une apoplexie mortelle , & c. & c.
Voici la fecon le obfervation au fujet des
réflexions de Mr. Patte . Nous rapportons la
lettre entiere de l'Auteur , parce qu'il y avance
une objection fur un autre objet ; objection
à laquelle nous devons répondre.
En lifant dans votre n° . 38 , la conjecture
de M. Patte , fur la caue de la mort des
Noyés , je me fuis rappelle que M. Tiffot avoit
traité cette queftion dans fon Avis au peuple ,
édition de 1780. En effet , le Chapitre 28 , ſe-
Cour's
( 73 )
cours pour les Noyés , prouve que la conjecture de
M. Patte , eft une vérité reconnue par les Maîtres
de l'Art , ce qui tue les Noyes , dit M. Tillot , c'eſt
la fuffocation par le défaut d'air , & l'eau qui paffe
dans le poumon. L'ouvrage de ce Médecin eft fi
répandu que cette courte citation fuffit ; tout le
Chapitre eft employé à caractérifer les effets de
cette caufe , & à indiquer les remedes qui leur
conviennent.
Permettez - moi , Monfieur , de vous communiquer
une autre obfervation fur une mariere toute
différente , en parlant des deux voyages faits depuis
peu au fommet du Montblanc , les Journa-
Tiftes ont avancé que cette Montagne eft la plus
haute de l'ancien Monde , comme Chimboraço au
Pérou eft la plus haute de l'Univers. Celle - ci ,
mefurée par les Académiciens , eft élevée de
3220 toifes fur le niveau de la mer , ( la Condamine
, pag. 59 , ) & fuivant les cartes les plus
eftimées , le Montblanc l'eft de 2391 toifes , ou
2400 pour faire un compte rond avec les Jour
naliftes : or fuivant les mêmes cartes , le Mont-
Saint -Gothard , qui n'eft éloigné du Montblanc
que de 25 lieues , & d'où fortent deux grands
fleuves & trois grandes rivieres , car le Mont-
Furca qui en fait partie, eft élevé de 2700 toifes ; il
elt donc plus haut de 3co toifes que le Montblanc,
& celui ci n'eft pas le donjon de l'ancien Monde .
On n'ignore pas fans doute ce point de Geogra
phie à Geneve ; voudrez vous bien nous décider
à qui nous devons croire des Journaux , ou
des cartes.
J'ai l'honneur d'être , &c .
L'Abbé DES GRANGES.
Iffy 2 Octobre 1786.
Si Mr. l'Abbé des Granges avoit voulu
N°. 41 , 14 Octobre 1786.
d
( 74 )
prendre la reine de lire le Voyage aux Alpes
de M. de Sauffure , que nous avions indiqué à
nos Lecteurs, il y eut trouvé des notions qui
Tauroient difpenféd'écrire ſa lettre . Je ne fais
quelles font les Cartes eftimées dont parle Mr.
des Granges. Il n'en exifte aucune des montagnes
de la Suiffe , pas plus que de Carte générale
de cette contrée , qui mérite d'etre
confultée. Ces Cartes même , tuffent - elles
auffi exactes qu'elles le font peu , ne devroient
pas être citées pour la mefure des
montagnes ; car le Phyficien qui en détermine
l'élévation par des opérations trigonométriques
ou barométriques , n'a rien de
commun avec le Géographe de Paris ou
de Nuremberg , qui trace ene Carte plane
dans fon cabinet. Il eft vrai que dans une
de ces Cartes générales de la Suiffe , faites
hors de la Suiffe , on s'eft avifé de mettre
en marge , il y a 20 ans , de prétendues eftimations
de la hauteur des principales montagnes
des Treize Cantons . 1.e Géographe
avoit fuivi la Carte de Scheutzer , & les me
fures prifes par M. Micheli du Creft , de la
fortereffe d'Arbourg , où étoit enfermé ce
Génevois , célèbre par fes talens & par
fes malheurs. Il ne connoiffoit ni les noms ,
ni la diftance des montagnes qu'il mefuroit
de fort loin avec un niveau de fon inventien
. Auffi , fes calculs furent ils erronnés ,
comme il en étoit convenu lui - même. Il
s'en faut bien que la Fourche ait l'élévation
(( 75 )
que lui donne M. l'Abbé des Granges ; &
quant à celle du Mont Blanc , il n'eft pas
queftion ici de compte rond , mais d'obfervations
réitérées , faites avec toute la jufteffe
poffible , par M. de Luc , M. le Chevalier
Schuckburgk , de la Société Royale de Londres,
& MM. de Sauffure & Picet de Genève.
Ces derniers ont trouvé le Mont - Blanc de
2,426 toifes au-deffus du niveau de la mer.
La très petite différence qui s'eft rencontrée
entre les obfervations de ces différens Phyficiens
, eft une preuve certaine de leur exactitude.
M. l'Abbé des Granges peut recourir
à leurs Ouvrages qui font de meilleurs guides
que des Cartes géographiques..
Nous nous empreffons de publier l'annonce
d'un établiffement , dont l'Instituteur
généreux nous écrit en ces termes :
Je defirerois bien, pour l'amour de l'humanité ,
que vous vouluffiez communiquer aux hommes
fenfibles , en l'inférant dans vos Journaux , la
destination qu'un Propriétaire aifé , de Mont-
Réal, Baillage d'Avallon en Bourgogne , fait de
la moitié des revenus de fon bien , à perpétuité;
Jaquelle ne peut commencer qu'en 1790 & 1791 ,
& , fera préfidée & adminiftrée par ce Pro
priétaire , ou fon Héritier , &c . MM. le Curé ,
le Procureur du Roi & l'Echevin , tant pour les
recettes & dépenfes que pour le choix , & les abus,
en deux feules féances annuelles ; l'une , le Dimanche
après le 1er. Mai , l'autre , le Dimanche
après le 1er. Septembre.
1. De deux en deux ans , à la pluralité
des voix de la Communauté fufdits jours ,
en
d2
( 76 )
préfence defdits Adminiftrateurs, il fera choifi
entre les Manouvriers & Laboureurs feuls , 7.
trois jeunes hommes de 14 ans , dont le fort
décidera d'un , pour , après avoir demandé
leur intention , lui faire apprendre un des
feuls métiers de Maréchal , Serrurier , Taillandier
ou Charon , pour lequel il fera payé
72 liv . après l'apprentiffage , revient annuellement
à · • • 36.
2º. Idem , de deux en deux ans , comme
deffus , tous garçons de 18 à 20 ans , reconnu
pofféder le plus éminemment les qualités
d'homme , tels que , la force , le courage , la
prudence , la fidélité , le génie , l'adreife , la
fobriété , aura 100 liv. , fait annuellement .. 50.
Idem , pour une fille de 15 à 18 ans , 50
liv . 256
30. Tout garçon de 20 à 21 ans , & filles
de 18 , fe mariant loyalement , auront 300 l . , l'an
aprèsle jour de leur mariage , annuel .... 300.
4 ° . Idem , de deux en deux ans , comme
deffus , il fera fait choix dans les feuls Manouvriers
prêts à marier , ou nouvellement
mariés avant 21 ans , de trois hommes , dont
le fort décidera d'un , & il lui ſera acheté
quatre boeufs , une charue & une charette
garnie , dont il rendra la moitié du prix fix
ans après peut faire annuellement, déduction
de moitié.
5. Tous hommes & femmes ayant légitimement
cinq enfans les cinq premieres années
de leur mariage , auront chacun an
pendant trois ans , 30 liv.; peut revenir
annuellement à.
6. Aux deux vieillards de l'un & de l'autre
fexe , âgés de plus de 80 ans , fera donné
annuellement à chacun pour leur foul ge-
1.25.
80.
( 77 )
ment , 30 liv. •
79. Tous les ans , deux fois après les Vêpres
des fufdits jours , les Préfidens- Adminiftrateurs
feront une proceffion avec les
jeunes gens de l'un & l'autre fexe de l'endroit
& d'ailleurs , depuis 12 ans juſqu'à z1
ans ; auxquels oa donnera un ruban rouge
, & aux filles un bleu , & un repas frugal ,
faire annuellement. peut .
•
89. Tous les Dimanches & Fêtes après
Vêpres , depuis cinq heures jufqu'à fix , la
jeunelle ci deffus , danfera au beau milieu
de la place publique , au fon de deux violons
à laquelle feule en commençant il y fera
diftribué quatre pines de vin & deux pains ,
& nul autre ne pourra prétendre à ce droit
dan ce momen ; ce qui peut monter pour
la mufique & joie publique , annuellement
à 100 , ci. •
.60.
80.
100.
Le tout peut faire une dépenſe an- ---
nuelle & perpétuelle de 856 liv.
Le Propriétaire qui a l'honneur de vous écrire,
Monfieur , n'a pas , comme un Abbé , un revenu
pour conftruire & fonder des Ecoles , des Académies
, des Manufactures , des Hôpitaux , des
Acqueducs , des chemins , & fe borne à être heureux
; il fait les dons ci - deflus , & des fouhaits
pour les femblables.
N. B. Cet établifiement s'appelle le Rofier de
Mont-Réal.
Nous recevons la Lettre fuivante , fans
prendre fur nous de donner la moindre
auro ifation à fon énoncé ,
J'ai l'honneur de vous prier d'anoncer dans
un de vos premiers Journaux , que j'ai fait la découverte
d'une machine très - utile pour les per
d : 3
(778 )
fonnes qui font obligées d'entreprendre de longues
routes à pied . Cette machine , à qui j'ai
donné le nom de graditive , facilite tellement
la marche , qu'un homme , même peu vigoureux
, peut , avec fon fecours , parcourir l'ef
pace de foixante toiles en moins d'une minute ,
& davantage , fuivant l'action qu'on fauroit don
ner à la machine. La conftruction en eft très
fimple & très- facile ; ce qui en fait le principal
uérite d'ailleurs la modicité de fon prix fa met
à portée de tout le monde. Il n'est point de
petite bourgade où il ne puiffe fe rencontrer des
Ouvriers affez adroits & affez intelligens pour
l'exécuter avec jufteffe , précision & folidité,
Cette machine peut encore utilement fervir à
des perfonnes qui ayant été eftropiées , ont de
la difficulté à marcher , à ceux qui ayant des
corps aux pieds , font fenfibles à la marche;
elle peut être utile aux perfonnes de l'un &
l'autre fexe. Quoique cette découverte n'ait ni
le mérite ni le brillant des voitures aériennes ,
elle a plus de foli lité & de reffources. Je me
propofe d'en faire graver le modele , d'y joindre
le détail néceffaire pour s'en fervir utilement.
Cette gravure & ces dé ails feront l'objet d'une
foufcription au nombre de cinq mille exemplaires.
Le prix fera de 4 liv. 4 Cols , & j'intiquerai
, par la voie de votre Journal , un Notaire
à Paris chargé d'en recevoir le prix ; il fera pareillement
annoncé par la voie de votre Mercure
, le nombre des foufcripteurs.
DE LA BRYETE , Phyficien à Tours.
On a fait , le 20 du mois dernier , dans la
grande Salle de l'Hôtel de Ville de Paris , en
préfence des Prévôt des Marchands & Eche(
6791)
vins , le tirage des 400 Primes attribuées aux
2000 billets de la Loterie royale , établie par
Arrêt du Confeil du 29 Octobre 1780 , fortis
au tirage du fer. Mai 1786. Le montant des
Primes eft
men
de
320,000
liv. Les
rembourfemens
des billets de ladite Loterie échéant le
1er. Janvier prochain , ainfi que les Primes
qui leur font échus par le dernier tirage , fe
feront chez le fieur Darras , Trélorier de la
Caifle des Amortiffemens , place de Louisle
Grand , les Lundi & Vendredi de chaque
femaine , à compter dus Janvier prochain ,
jufqu'au 30 Mars luivant.
On vient de faire des cadrans horizontaux de
fix pouces , divités de cinq en cinq minutes ,
& où l'on a gravé l'équation du tems de dix
en dix jours . Cela eft d'autant plus utile , qu'actuellement
le goût de la précifion fe répand , &
bien des perfonnes reglent leurs pendules fur
le tems moyen , le feul qui foit uniforme & exact :
les cadrans folaires & les méridiennes ne don
nent que le tems vrai ou le tems du foleil , qui
peut tromper de demi -heure fur la marche d'une
pendule dans l'espace de quelque mois..
Ces cadrans font d'un métal affez folide pour
pouvoir être placés fur une fenêtre & dans un ,
jardin . On trouvera de ces cadrans chez le fieur
Moffy , conftru&teur de thermometres , de l'Acacadémie
des Sciences , quai Pelletier. Prix 12 1 .
L'Académie de Montauban propoſe pour
fujet du Prix qu'elle diftribuera le 3 Mai
1787 : De déterminer les inconvéniens ou les
avantages de la culture du bled de Turquie.
Les Ouvrages feront adreffés francs de port ,
d 4
( 80 )
en deux copies , à M. Lade , Tréforier de
France , & ne feront reçus que juſqu'au 1er.
Mars. Ce terme eft de rigueur.
Le Public eft averti , qu'à commencer du
rer. Octobre 1786 , il fera expédié fix Couriers
par femaine pour le Dauphiné , la Pro
vence , le Forez , le Vivarais , les Cévennes ,
le Gévaudan & le Bas- Languedoc , au-lieu
de trois qui faifoient précédemment le fervice
de ces Provinces.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 7 Octobre.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
Pour le juftifier aux yeux de la Nation ,
la plu alité des Etats de Gueldre a publié une
efpece de Manifefte , en date du 16 Septem
bre . Cette Piéce , écrite d'un ftyle pefant &
émbrouillé , ne contient abfolument rien que
des généralités . L'on s'y autorife de quelques
abus , comm's par des gens imprudens &
peu réfléchis , pour juftifier la défenſe générale
faite aux Citoyens de préfenter en Corps
des Requêtes , ou de faire près de l'Autorité
Souveraine des démarches refpectueuses , afin
d'obtenir légalement un jufte redreffement
de griefs. [ Gazette de Leyde , nº. 78. ].
On affure que la Majorité des Etats de
Gueldre a fait parvenir une lettre aux Etats
de Hollande & de Weft-Frile , qui annon(
81 )
ceroit des mefures bien propres à mettre le
comble à la conduite défefpérée de la tufdite
Majorité Gueldroite. Le Manifeite infignifiant
, entortillé , incompréhenfible , &
même inintelligible dans quelques paffages ,
avoit affez démontré que cette Majorité ne
penſe , ni ne réfléchit fur les fuites de la
con luite qu'e'le tient dans l'Affemblée des
Etats -Provinciaux . Sil eft vrai , comme on
l'affure , que la lettre , lue hier à l'Affemblée
des Etats de Hollande , porte une réfolution
férieufe de fe féparer de l'UNION , au
cas que L. N. & G. P. ne veuillent pas révoquer
la fu'penfion de l'exercice de la charge
de Capitaine- Général , faite par la Réfolution
Souveraine des Etats de Hollande & de Wet-
Frife , s'il eft vrai que les Etats de Gueldre
alent fait cette démarche & qu'ils l'aient faite
dans l'intention de la réalifer , on ne doit plus
être furpris de l'inconféquence de toutes les
autres réfolutions prifes par eux , depuis la
naiffance des ces troubles domeftiques . [ Gazette
d'Amfterdam , nº: 79. ]
Voici la teneur littérale du Manifefte des
Etats de Gueldre , qualifié dans les deux
articles qu'on vient de lire.
Les Etats de la Principauté de Gueldre & de
Zutphen , favoirfaifons. Nous n'avons appris qu'avec
la plus vive douleur , les bruits aufi mal
fondés que malicieux , répandus non feulement
dans cette province , mais de toutes parts , au
fujet des véritables raifons qui nous ont portés
à notre résolution du 31 Août , relative aux
( 82 ) 2
villes de Hattem & d'Elburg; bruits tendans
à nous attribuer des deffeins auxquels nous n'avons
jamais penfé , & à infpirer aux bons citoyens
& habitans de cette République une défiance
de notre fincere inclination à maintenir
chacun dans fes droits & privileges légitimes , &
à prêter l'oreille à toute plainte jufte . A ces caufes
pour effacer toute impreffion de cette nature &
prévenir les malheurs qui pourroient en être
la fuite , nous avons cru également important
& néceffaire d'inftruire tous & chacun de la
véritable nature & de la marche de cette affaire
par l'expofé public qu'on va lire.
"
Lorfque l'année derniere 1735 , il nous fut
pré enté plufieurs requêtes fous le nom de diverfes
perfonnes des quartiers de Zutphen & de
la Veluve , dans lesquelles les requérans s'ingé
raient d'une maniere auffi violente qu'illégale
dans le Gouvernement de la République en gé .
néral & de cette province en particulier , dont
le but étoit d'infpirer de la défiance contre nous
& contre les Seigneurs Etats des autres provinces
, nos Hants Alliés , de faire méprifer l'autorité
des divers Colleges & de fomenter la diffenfion
entre les citoyens & habitans , nous fîmes
une recherche exa &e des qualités de ceux qui
avoient figne lefdites requêtes & des circonftances
qui avoient accompagné ces fignatures :
Nous découvrîmes que ceux qui avoient figné
n'étoient pour la plupart que des enfans , des
mineurs , des perfonnes pauvres fubfiftant de charités
, des garçons manoeuvres , pour la plupart
ignorant abfolument ce qu'ils avoient demandé.
& figné , & qu'ils ne l'avoient fait qu'à la perfuafion
& par la féduction d'autres perfonnes.
Après avoir demandé préalablement à ce
fujet les avis des Confeillers de ces Principauté &
CC
( 83 )
Comté , nous avons bien voulu ufer de la clémence
& de la douceur dont nous avons toujours
donné des preuves , en pardonnant à des fujets
leurs entreprifes fouverainement coupab.es , ainfi
que nous en avons été pleinement convaincus.
par les recherches que nous avons faites. Cependant
nous avons jugé néceffaire , pour le repos
de nos bons citoyens & habitans , de prexdre
pour l'avenir des mefures convenables & abfolument
conformes à la nature de notre Conftitution
, fans toutefois ôter aux citoyens & habitans
l'occafion de pouvoir s'adreffer à nous dans
la fuite dune maniere décente & digne du refpect
qui nous eft dú , fuivant la formule prefcrite
par les loix . C'eft dans ces vues que nous
avons arrêté , le 11 Ma de cette année ; une.
publication que nous avons envoyée à nos Confeil
ers , pour la faire publier & afficher conve
nablement & fuivant l'ufage.
« La Cour , pour fatisfaire à cet ordre , envoya
le nombre requis d'exemplaires aux Offi-
Clers & Magiftrats de cette province , pour les
faire publier & afficher par- tout où il appar
tient . Deux membres du Magiftrat d'Elbourg ,
conjointement avec les Jurés de la Bourgeoife
& quelques habitans , s'y oppoferent d'abord
ouvertement. Quoique les fix autres membres &
par confiquent la grande pluralité du Magif
trat fe fuffen: déclarés fans difficulté , prêts à
faire cette publication , felon l'ufage , cependant ,
les deux autres membres , par une prétendue
pluralité de voix des membres de la Bourgeoifie
, qu'ils avoient appellée de leur propre autorté
à ce te délibération qui , concernant
une affaire de jurifdiction , ne pouvoit jamais
être cenfée de leur reffort , fe font permis de
fe refufer à cette publication , l'ont empêchée
>
d 6
( 84 )
criminellement , en s'oppofant à nos ordres ,
en le révolant contre l'autorité de leur légitime
Souverain.
» Ce refus ayant donné lieu au Monboir &
fous -Monboir [ Procureur général & fon Subftitut]
de ces pays , d'en informer , felon leur ferment ,
les Confeillers de ces Principauté & Comté , nos.
repréfentans en notre abfence , & auxquels le
maintien de l'autorité & de la juftice du pays ,
& l'exécution de nos loix & ordonnances font
particulièrement confiés , la Cour a trouvé bon
de requérir du magiftrat d'Elbourg une relation
véridique de cette affaire , & des motifs qui y
avoient donné lieu .
fait au
» Les deux membres fufdits du Magiftrat
n'ont pas craint d'en agir à cet égard de la
même maniere , & fans faire attention qu'on
demandoit ce rapport uniquement du Magif
trat , ils en ont envoyé à la Cour un ,
nom du Magiftrat & des Jurés de la bourgeoifie
, contenant non-feulement l'aven qu'ils avoient
refufé de faire annoncer & afficher cette publication
, & de refpecter nos ordres & mendemens
; mais encore une prétendue juflification
de cet e conduite indécente , accompagnée de
la menace audacieuſe de maintenir ce refus par
des voies de force , au cas qu'on entreprît de les
contraindre à l'obéiffance requife .
La Cour ayant préalablement demandé les
avis des Monboir & fous Monboir de ces pays ,
nous a donné connoiffance de cette affaire. Nous
avons vu non-feulement combien notre autorité
légitime étoit méprifée de la maniere la plus
outrageante , & la plus propre à détruire tout
ordre & toute police dans un Etat de régence
bien confiitué ; mais qu'en outre le repos & la
sûreté des bons & paffibles citoyens de ladite
( 837
Ville étoient troublés d'une maniere affreufe ,
tant par les efprits inquiets & turbulens qui s'y
trouvent , que par des gens armés , des foi difant
corps-francs qui y font venus d'autres Provinces.
En conféquence , nous nous fommes
trouvés dans la néceffité indifpenfable d'y pourvoir
convenablement , tant pour le maintien de
notre Souveraineté léfée , & de notre haute autorité
, que pour le rétabliffement du repos & du
bon ordre , le foutien & la protection de l'autorité
du Magiftrat.
·
། ་
↑
» Dans cette vue feule , & par nul autre motifque
celui du bien-être même de la ville d'El
bourg & de fes citoyens nous avons cru ,
en premier lieu , devoir demander & requérir par
écrit S. A. , comme Capitaine - général de cette
Province , de pourvoir ladite Ville de garnifón
militaire . Nous avons enfuite été informés des
mouvemens tumultueux & entreprites criminelles
qui avoient lieu à Hattem , à l'imitation de
ceux d'Ebourg , lefquels ne cendoient pas moins
qu'à l'affoibliffement de notre Souveraineté
& à l'infradion ouverte des loix établies ; &
que l'on y foutenoit & encourageoit de même
de foi- difans corps francs qui s'y étoient rendus
des Provinces voisines , nous nous fommes trouvés
dans la néceffité d'y pourvoir de la même
maniere , & dans les mêmes intentions légales &
pures.
Ayant appris en attendant avec la plus jufle
indignation , que dans les deux dites villes , on
ofoit entreprendre de le mettre en état de défenſe,
afin de s'oppoſer ultérieurement par la violence
à nos mandemens , & de repouffer la milice qui
devoit y être envoyée par nos ordres : fans nous
expofer à voir notre autorité légitime entièrement
foulée aux pieds , à perdre toute idée de
( 86 )
fouveraineté, & nous rendre ainfi refponfables
de notre conduite envers la poſtérité , nous ne
pouvions méconnoître l'indifpenfable obligation
de remédier à un pareil défordre ; & dans le cas
d'une réfiftance criminelle , où l'on en viendroit
du côté de ces deux villes à pareille extrêmité ,
de repouffer alors la force par la force. Par fuite
des informations certaines à nous parvenues , que
dans ces deux villes , & pour exécuter les projets
de rébellion , on ne craignoit non feulement pas
d'établir des fortifications , de fe pourvoir de
canons , de toures fortes de munitions de guerre ,
& de dreffer des batteries , mais que même
on y faifoit vnir des fecours du dehors , nous
avens cru devoir prendre des mesures néceffaires
pour prévenir que les troupes de l'Eat
ne fuffent pas légèrement facrifiées , & que
nos ordres reЛaffent lans effet : c'est pour cette
raifon , & pour elle feule , que nous avons dû
pourvoir à tout ce qui pouvoit contribuer à prévenir
& rendre nulles , une refiftance & une oppofition
auffi violentes & auffi criminelles . »
Nous n'en avons pas moins donné des preuves
réitérécs de notre douceur & de notre patience ,
en exhortant les deux villes , par lettres exprelles ,
de retourner à leur devoir & à leur obéiffance due
à nos ordres , quoique par une denonciation pus
blique & par les plus fortes menaces elles nous
aient déclaré vouloir perfilter dans leur défobéiffance
invincible & dans le mépris de notre au
torité. com
» Comme fi ce n'eût pas été encore affez ,
avant que de faire mettre à exécution les ordres
décrétés , nous avons expédié dans les deux villes
un manifefte pour y être publié , & dans lequel
nous nous fommes efforcés de ramener à leur
devoir par la perfuafion & la raison , en leur ac
( 87 )
cordant 3 heures pour déliberer & prévenir les
fuites inévitables qu'elles provoquercient ellesmêmes
, par
la continuation d'une réfiftarce opiniâtre
& infenfée , déclarant en outre formellement
notre defir & bonne volonté , de vouloir
ufer de clémence & faire grace aux personnes
dejà coupables , au cas qu'elles rentraffent dans
le devoir. »
» Mais on a eu auffi peu d'égard à ce manifcfte
qu'à toutes les exhortations antérieures : on l'a
réçu au contraire dans la ville de Hattem avec
un tel mépris , qu'au lieu de le faire publier , on
a ofé même avant l'expiration des trois heures
accordées , y répondre en faifant feu du canon
de la ville fur les troupes qui avoient été envoyées
par nos ordres , pour y tenir garaifon ,
& fans qu'elles euffent tiré un feul coup . Il en
eft réfulté que ces troupes n'ont eu d'autre reffource
, pour fatisfaire à nos ordres d'entrer dans
la ville , & d'y placer une garnifon fuffifante ,
que celle de repouffer une pareille violence , par
une violence fem'lable , quoiqu'en ufant de toute
la modération poffible . Graces à la bonté divine
& aux foins de fa providence , nous avons eu la
fatisfaction d'apprendre , par des informations
très- sûres, que perfonne , tant dedans que hors de
la ville, n'a été tué , ni bleflé ; ce qui eft d'autant
plus furprenant , qu'outre le feu violent qu'on
avoit déjà fait fur les troupes avant qu'elles fuffent
entrées dans la ville , on a continué de tirer
de la maniere la plus hoftile , tant fur ces troupes ,
que fur la ville même , après que la garnifon y
fut entrée , au moyen d'une batterie dreffée de
l'autre côté de la riviere , fur le territoire d'OveryJeln.
Telle étant donc la nature de cette affaire ,
que nous n'avons fait que rapporter en ſubfance ,
mais dont nous nous réservons de donner au pu(
88 )
blic une relation plus ample & détaillée dans
toutes fes circonstances , nous nous affurons que
toute perfonne impartiale & dégagée de préjugés ,
après avoir mûrement refléchi fur cet Expofé, fera
pleinement convaincue , que nous ne nousfommes
point portés à de pareilles mefures dans l'intention
de nous fervir du bras militaire pour fáire
naître des diffenfions civiles , foit entre les régens .
& les bourgeois , foit entre ces derniers , auxquels
nous avons toujours ouvert & ouvrirons la voie
de la juftice : que jamais nous n'avons eu ni aurons
de pareilles vues ; & que même on ne fçayroit
nous les prêter avec quelque apparence de
fondement ; mais que nous avons été uniquement
engagés à ces démarches par l'obligation qui
nous eft impofée , comme au fouvera n légitime
de cette province , de maintenir le repos , le bon
ordre & la sûreté de nos bons habitans , & faire
refpecter notre autorité légale , par l'exécution
des loix & réglemens de la province ; fans prétendre
au refte à aucune direction dans l'économie
privée des villes , & n'ayant agi à cet égard , que
comme nous croyons que tout Souverain eft obligé
& tenu d'en agir , fuivant la nature & les propriétés
de toute fouveraineté , & felon fon devoir
de veiller à la confervation du bon ordre & de
la tranquillité. C'eft ainfi , dans de pareils cas ,
qu'en ont agi nos pré léccffeurs , ainfi que les
Sgrs. Etats des autres provinces , nos alliés ,
foit dans des tems reculés ou plus récens , &
même quelques -uns d'entr'eux , encore depuis
peu ».
Nous ofons donc attendre de l'amour de la
vérité , de la tranquillité & de la concorde , de la
part de tout citoyen bien intentionné dans ces
pays , que , comme nous pouvons déclarer en
Hos confciences & devant Dieu , de n'avoir eu
( 89 )
par notre réfolution du 31 Août , d'autres vues
que celles que nous avons manifeftées ci -devant
lefdits citoyens & habitans étant ainfi mieux inftruits
, & d'une maniere conforme à la vérité , cefferont
d'avoir des foupçons conre nos perfonnes
& nos deffeins ; qu'ils ne fe laifferont plus féduire
par des infinuations fauffes & finiftres , par
des prétex es ma'icieux qu'inventent des boutefeux
, intéreſſés à répan re & à fomenter des fémences
de difcorde & de haine ; & qu'ils ne concevront
plus à l'avenir le moindre doute , la moindre
inquiétude fur des fentimens qui n'ont jamais
eu lieu chez nous , puifqu'on peut être affuré que
nous ne cefferons jamais de maintenir chacun
dans les droits & priviléges légitimes ; à quoi
nous employerous toutes les facul és & toute la
puiffance que Dieu nous a accordées ».
Ainfi fait & arrêté dans une diete extraordinaire ;
tenue à Zutphen , le 16 Septembre 1786 .
( Signé ) Par ordonnance de L. N. P.
Paraphé. F. W. van der Steen .
Le Canton de Berne a donné connoiffance
par lettre aux Etats Généraux , que les Régimens
Suiffes , à la folde de la République ,
ayant capitulé avec L. H. P. , ne pouvoient
reconnoître aucuns ordres des Etats de Hollande.
[ Gazette d'Amfterdam , nº. 79. ]
On a propofé à l'affemblée des Etats d'Utrecht,
de défendre aux Bourgeois de chaffer , afin de prévenir
les malheurs qui pourroient arriver , fi les
Bourgeois , fous prétexte de cet amuſement ,
parcouroient les campagnes avec des armes . La
publication que les Etats ont envoyée ici , ainfi
qu'à Wyck contient en ſubſtance : Que L. N. P.
ne peuvent repofer leurs regards fur les troubles
qui défolent la Province , fans une affliction pro(
90 )
fonde ; que depuis long- tems elles ont fait le fa
jet de leurs délibérations , afin de trouver les
moyens de les diffiper ; qu'elles avoient d'abord
efpéré que les Habitans , avant d'en ven r à des
faits , attendroient la réfoletion des Etats , mais
que l'expérience leur a démontré que plufieurs
fanatiques , beaucoup d'étrangers entr'autres , qui
n'ont rien à perdre dans la ruine de la Province,
avoient , fous le prétexte impofant de l'amour de la
patrie & de la défenfe des privileges , fai : agir les
habitans pour leur intérêt propre qu'on en a le
trifte exemple dans la ville de Wyck & dans , celle
d'Utrecht , où l'on ne s'eft pas borné à deftituer
le plus grand nombre de Régens , mais où les
habitans fe font permis de faire des infinuations
aux membres des Etats , & au College des Confeillers
députés ; infinuations , qui , pour cette
raifon , ent néceffité la tranflation de l'affemblée
législative de la ville d'Utrecht à celle d'Amersfort.
Cette conduite mettant des entraves à
l'exercice de l'autorité légale & de la juftice.
L. N. P. ont dû prendre des meſures propres
détruire ces obftacles . L. N. P. ayant en outre
remarqué que des gens armés non- ( eulement de
cette province , mais des provinces voifines , entroient
, à leur infu , & fans leur confentement
dans la ville d'Utrecht , & violoient par cette conduite
le territoire de la province , elles ont jugé
à propos de demander au Capitaine - général, de
leur envoyer quelques régimens pour leur propre
füreté. Cependant L. N. P. déclarent qu'elles
n'ont point l'intention d'étouffer la voix du peu
ple & d'ufurper fes privileges . Elles l'exhortent
à être dans la plus grande fécurité à cet égard ,
en lui promettant de ne point employer les trou ;
pes fusdites contre Utrecht & Wyck, mais elles défendent
à tous Bourgeois de paller , fans lear conà
( 91 )
fentement , en armes , fur le territoire de la pro
vince , fous peine d'être punis , fuivant les loix ,
comme perturbateurs du repos public , & ordon -
nent à tous bourgeois armés étrangers , qui fe
trouvent dans la province , de la quitter dans
trois jours , à compter de la date de la publication.
( Courier du Bas Rhin , nº . 77. ) ל כ"
I es Etats de Zélande ont répondu à la
lettre de ceux de Hollande du 4 Septembre.
Ils témoignent à ces derniers la fatisfaction
que leur a donnée leur réfolution du 25 du
mois dernier. Ils difent qu'ils avoient prévu
les troubles qui divifent la province d'U
trecht , & qu'ils avoient offert leur médiation
pour les prévenir , mais qu'elle avoit
été refufée. Ils ont droit fans doute de le
plaindre du peu d'égards qu'on leur a mont
tré ; mais dans l'état critique où font les affaires
, ils oublient leur mécontentement;
ils viennent de donner ordre au Capitainegénéral
de ne point emploier leurs troupes
dans les démêlés des provinces de Gueldres
& d'Utrecht. Cependant ils repréfentent à
L. N. & G. P. , que dans les circonftances
actuelles elles auroient pu leur donner avis
des ordres qu'elles ont expédiés aux Régimens
en garnifon fur le territoire de la Zélande
, par rapport au feraient que ces troupes
ont prêté à la Province & aux villes . Ils
pient L. N. & G. P. d'expliquer leur maniere
de penfer à cet égard ; car il eft de la
derniere importance que les états de chaque
province fachent quel fonds ils doivent faire
Y
( 92 )
für les militaires , qui font cantonnés fur leur
territoire , fans être à leur paie. ( Idem.
Caufe extraite du Journal des Caufes célebres ( 1) .
Manque de refpe&t au Juge fur fon tribunal.
Le Procureur fiſcal & fon Subftitut font deftitués
de leurs offices dans le Bailliage de la ville de
Château Meillant . Ces deux Officiers forment
oppofition à leur révocation , & trouvent de l'appui
dans deux seigneurs. Le fieur Chapaud ,
Avocat au même Siege , fe joint aux malheu
reux , & voilà une ligue formée contre le Juge.
Une Sentence du Bailliage d'Iloudun autorife ,
par provifion , les deftitués à continuer leurs fone
tions, & fait défenfe aux nouveaux pourvus d'exercer.
Cette premiere victoire eft fuivie d'une autre
& d'une Sentence qui interdit les nouveaux
pourvus.
Le triomphe paroît complet , & la difgrace du
Juge confirmée . Mais ces feccès n'ont pas encore
paflé par l'épreuve du Tribunal fouverain. Le
Juge appelle de ces Sentences au Parlement de
Paris , expofe les raifons & les motifs qui l'ont
déterminé à prononcer la deftitution des deux Officiers
de la juftice : elles font approuvées par les
Magiftrats les Sentences d'Iloudun font infirmées
, les révocations confirmées , & les nouveaux
Officiers établis à la place des anciens. Le fieur
Chapaud , Avocat , ne jugea pas à propos de fouforire
à cette décifion , A l'audience de fon petit
[1 ] Le Bureau de ce Journal eft actuellement rue du
Theatre François , la dernière porte cochere près la Place ,
chez M. Dejefarts , Avocat, & chez Mérigot le jeune ,
Libraire, Quai des Auguſtins , Prix , 18 liv , pour Paris ,
14 liv pour la Province.
( 93 )
Tribunal , il voulut occuper la place du Procu
reur- fifcal , & le repréfenter , quoique préfent.
Le Bailli lui fit des remontrances : elles furent
mal reçues. L'Avocat répondit à fon Juge , fans
relpect ni mefure , & caufa un trouble fcandaleux
à l'audience , devant le public , que ces querel
les amufent. Le Bailli oppofa la douceur à un
emportement , l'engagea à fe modérer , & lui pardonna
ſon écart. L'Avocat , fier de cette modération
, la paya d'une nouvelle infolence , & dit
qu'il ne demandoit pas de grace . Alors le Juge fit
dreffer procès - verbal de ces actes d'irrévétence
ils donnerent lieu à des conclufions du miniftere
public , & le feur Chapaud fut interdit , & réduit
au filence pour deux audiences . Le fieur Chapaud
courageux & jovial , ne s'eft pas tenu pour vaincu
Il s'eft pourvu au Bailliage d'iffoudun , & y a obtenu
une fentence portant défense d'exécuter celle
du 14. Il a gardé cette piece en poche jufqu'à l'audience
fuivante , qui s'eft tente le 28. Il a attendu
que les Officiers fuflent montés à l'auditoire
pour la faire fignifier au domicile du Greffier ,
après quoi il eft lui -même monté à l'auditoire , a
fait en entrant une inclination très -profonde au
Juge , & d'autres inclinations à chacun des Offciers
, fans excepter l'Huiffier qui étoit en face
du Juge , de façon qu'en faluant l'Huiffier , il
montroit fon derriere au fieur Poiffonnier , Juge ;
enfuite il le tourna vers celui - ci , & lui fit une
nouvelle inclination jufqu'à terre.
>
Ces révérences multipliées & infolites cauferent
le plus grand fcandale dans l'auditoire .
Le fieur Poiffonnier demanda au fieur Chapaud
pourquoi il fe préfentoit à l'audience , après l'interdiction
prononcée contre lui à celle du 14. Il
tui répondit ironiquement qu'ayant été interdic
pour caufe d'irrévérence à la Juftice , il avoit cru
( 94 )
1
豐
racheter fa faute par les humbles révérences qu'il
avoit faites ; qu'au furplus il avoit fait fignifier
quelque chofe au Greffe.
Ces injures nouvelles faites à la Juftice jufques
dans fon fanctuaire , ont encore donné lieu à un
requifitoire du miniftere public , d'après lequel
le fieur Chapaud a été condamné eu une amende
de 12 livres payable fans déport .
Il étoit dans l'ordre que le fieur Poiffonnier ,
qui venoit de prononcer cette Sentence , ordonnât
à l'Huiffier de fervice de la mettre à exécution.
Illeva enfuite le fiege , & , comme il demeure à
près de huit lieues du Château de Meillan , il par
tit le même jour pour fe rendre chez lui , fans aucunement
fe méler de l'exécution de la Sentence
qu'il avoit rendue .
Le feur Chapaud fommé de payer l'amende à
Jaquelle il avoit été condamné , refufa , & P'Huiffier
le conduifit en prifon.
Cet Avocat a obtenu au Bailliage d'Iffcudun ,
de 28 Février 1785 , une Sentence qui a annullé
celle des 14 & 28 Janvier , & l'emprisonnement
fait de fa perfonne.
D'après cette Sentence , il a obtenu au Parlement
, le 3 Juin', un arrêt , qui lui a permis de
prendre à parte le feur Poiffonnier. En vertu de
cet Arrêt , il l'a fait affigner , & il conclut contre
Pui à une réparation & à des dommages & intérets;
mais par arrêt du 28 Février 1785 , le Parlement
a mis un terme à cette petite guerre , en déclarant
d'un côté l'emprisonnement de M. Chapaud
mul , & de l'autre en le déboutant de fa demande
en prife à partie , en lui enjoignant d'ê re plus
circonfpe&t à l'avenir , & de porter honneur &
refpect à Juftice , & pour y avoir manqué , l'a
condamné en 50 liv. de dommages & intérêts , &
en tous les dépens.
93
( 95 )
GAZETTE ABREGÉ DES TRIBUNAUX ( 1).
+
PARLEMENT DE TOULOUSE .
Grand Chambre.
Oppofition d'un Pere au mariage de fon fils,
Le fieur de .... Capitaine au Régiment de ...
n'avoit que 20 ans , lorsqu'en 1770 il palla en
Amérique avec fon Corps ; fon pere , Chevalier
de S. Louis , retiré du fervice , & dont il étoit
l'unique enfant , lui donna à cette époque une
Procuration en blanc devant deux Notaires de
Verfailles , pour confentir au mariage qu'il pourroit
faire . Le fieur de..... fils , revint en
France fur la fin de l'année 1774 , & fe rendit
auprès de fon pere , qui avoit fixé fa réfidence à
Beziers. C'est dans cette ville où il fit connoiffance
avec la demoiſelle P. , née de parens honnêtes
, mais peu aifés . Ayant voulu accomplir
avec cette Demoiselle un mariage , dont les loix
de l'honneur , fes promelés réitérées lui faifoient
un devoir , il demanda à fon pere fon COEfentement
, qui lui fut refufé. fi alors trois
fommations refpectueules , à trois jours différens ,
à fon pere qui garda un profond filence,
--
obtint de M. l'Evêque de Beziers la difpenfe de
la publication de deux bans ; on alloit publier le
troifieme , lorfque le Curé reçut une oppofitian
à la requête du sieur de... , qui prétendoit que
fon fils étoit déja marié au Port -au - Prince avec
la Demoifelle de M... Le sieur de .... fils
s'adreffa au Sénéchal , & lui demanda que , fans
s'arrêter à l'oppofition , il fût permissa Curé de
paffer outre à la célébration de fon mariage avec
Ja demoiselle P..., & que l'Ordonnance qui interviendroit
feroit prov'foirement exécutée. --La
1
( 96 )
Requête ayant été renvoiée en Jugement , il
intervint a l'audience un appointement confor
me aux conclufions du sieur De ... Son pere en
appeila auffitôt enda Cour , où il donna requête,
tendante à ce que , par provision , il fût fursis à
l'exécution de l'appointement du Sénéchal ; & il
demanda qu'il lui fût accordé un délaî pour rapporter
la preuve fuffifante du mariage de fon
fils. -Celui - ci demanda de fon côté l'exécu
tion provifoire de l'appointement ci deffus. Arrêt
qui renvoya les Parties à l'Audience.
-Le
pere expofa l'intérêt fensible qu'il avoit de s'oppofer
au mariage que vouloit contracter fon fils ,
qu'il foutenoit être marié au-delà des mers ; il
insiftoit fur-tout fur la flétriffure qu'un crime
femblable à celui de Bigamie , & la condamnation
qui pourroit en être la fuite , imprimeroient
fur un brave vieillard , iffu d'ayeux nobles & fans
tache , & qui porte à fa boutonniere le témoignage
diftinctif des bleffures honorables qu'il a
reçues au fervice de fon Prince & de fa Patrie.
Le fils foutenoit que fon prétendu mariage
avec la demoiſelle M .... habitante du Port-au-
Prince , n'étoit qu'une chimere , dont fon pere
vouloit colorer fon opposition , faute d'autre
moyen ; & pour la faire évanouir , il employoit
la Procuration qui lui avoit été donnée par fen .
pere en 1770 , pour confentir au mariage qu'il
pourroit faire dans les Colonies où il alloit fe
renáre : cette Procuration étoit encore en blane ;
certainement si le sieur De .... fils eût épousé
la Demoifelle de M..., il eût été obligé de
faire ufage de la Procuration , qui non- feulement
été remplie , mais eût demeuré dans
un dépôt public. Arrêt du 22 Mai 1783 qui
a déboutéle sieur De ... pere de fon appel , avec
amende , dépens compenfes...
#5 AVKIN
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG ; le 4 Octobre: i
A
l'état qué nous avons donné d'après un
Auteur Allemand , des revenus particuliers
de la Saxe , nous joindrons celui des
dépenfes , & la balance qui en réfulte.
Dépenfe en argent comptant.
Pour rentes viageres & perpétuelles
& autres fommes pour l'acquit- Rixdalers:
tement des dettes. 2,667,641
Pour appanages. & penfions. 240,105
Pour les Miniftres aux Cours étran..
geres. 145,787
Dépenfe de la Nobleffe qui voyage
en pays étranger. 196,000
Dépenfe pour l'inveftiture des fiefs
en pays étranger . ....... 4,949
Bénéfice que retirent des mines les
Affociés étrangers.
Mifes dans les loteries étrangeres
& les emprunts à rentes viageres :
dots & fucceffions. qui fortent
No. 42 , 21 Octobre 1786 .
3,176
( 98 ) /
Rixdalers.
du pays.
46,000
TOTAL.
2,303,658
Dépense pour des articles du regne végétal.
POUR coton.
....
Fils de coton teint.
300,160
18,040
Lin Sérancé. ... 8,302
Fil . . . . . .
50,030
Chanvre ferancé à l'uſage des Cordiers.
21,296
Eau -de-vie . 12,964
Chardons à foulon .
3,152
Houblon . .... 17,047
Bois de toutes efpeces.
Huile de lin & de navette.
Bled , fruits....
...
59.334
115,210
• 12,930
Soude pour les verreries , &c. 54,136
Papier & carton .
.....
14,311
'Amidon,
3,408
TOTAL. 690,322
Dépenfe pour des articles du regne animal,
POUR poil de chevre.
Cire.
Laine filée blanche & teinte .
Broffe laine .
Ivoire & baleine .
Miel.
Cire & bougies..
Harengs.
... •
•
Poiffons falés & fecs.
17,505
45,030
12,530
29,195
. 11,220
w /++ /+ for
6,055 2
18,999
36,092
I1,426
8,5 17 2/20
Fromages.
Cuirs & peaux. ·
149,858
Sayon.
no 3,226
1991
Suif.
Rixdalers
Huile de poiffon.
Bétail de boucherie .
Chevaux.
TOTAL.
47,035
18,134
190,950
58,0.22/
661 , 16
Dépense pour des articles du regne mineral.
POUR Chaux . 1,088
Fil d'or & d'argent . ..
20,350
Cuivre. 206173
Pomb & litharge.
3,198
Etain .
3.931
Acier. 25.024
Fer forgé & de fonte. 62,432
Petites marchand . fes de fer , cuivre
& d'acier. 82,950
Vérres & glaces.
9.215
Fayence. 15,629
Vitriol, tartre , falpêtre , fel ammoniac
, borax.
16,005
Sel. 159.704
Tourbe. 4,006
Creufets . 10,020
TOTAL. 433-7174
Dépenfe pour des articles tirés des trois regnes.
POUR des ingrédiens de teinture
.
Drogues de pharmacie.
.. •
Ouvrages des beaux arts.
Ouvrages de divers métiers.
70,841
18,666
13,080 /
60,480
163,067 TOTAL.
e 2
( 100 )
Rixdalers.
Tabac. 308,020
Syrop , fucre , thé , café . 489,5 4
Epicerie . 32,024
Argenterie venant de l'étranger. 10,495
Etoffes & autres marchandifes de
foie. 88,834
Pierres précieuſes . 20,662
Marchandifes de modes.
22,095
Huile , effences , citrons , poiffons
de mer. 31,133
Caroffes & meubles venant de l'étranger.
11,170
Vins & liqueurs .
218,970
Cartes à jouer .
..
3,015
Pelleterie . 58,497
Diverfes marchandifes de laine extrafine
.
45,820
TOTAL. 2,342,289
RÉSUM É.
Recette.
Argent. comptant. 1,327,484
Du regne végétal . 2,254,819
A animal .
minéral.
759 815
1.808,039
De tous les trois regnes. 195,270
TOTAL. 6,345,448
Dépenfe.
Argent comptant. 2,303,658
Du regne végétal. 698,322
animal .
663,816
minéral.
433,717
De tous les trois regnes, 163,067
( 101 )
Matchandifes de luxe. 1,341,289
TOTAL. 5,596,870
Bénéfice pour la Saxe électorale.. 748,578
DE BERLIN , le 2 Octobre .
Le Roi eft de retour de fon voyage en
Pruffe depuis le 26 du mois dernier. Il s'eft
rendu au château de Charlottenbourg précédé
de l'élite des Bourgeois de cette ville à cheval
& en Uniforme .
C'est le 18 Septembre que fe fit à Koënigsberg
la cérémonie de la preftation de la
foi & hommage.
Les divers Miniftres d'Etat & Chefs des
départemens refpectifs fe raffemblerent au
château , ainfi que les Evêques de Wa mie
& de Culm avec leurs fuffragans , & les
quatre Plénipotentiaires des Evêques de
Gnefne , Pofnanie , Plock & Cujavie. Les
Etats de la Pruffe , qui s'étoient raffemblés
dans l'Eglife du château , prirent place fur
les échafaudages établis fur la place du
château , & couverts de drap noir.
Le Roi , accompagné des Evêques , Gé
néraux & Miniftres d'Etat , monta à 10 hr.
fur le Trône , placé au château , & également
couvert de drap noir. Alors le Comte
de Finckenſtein , Miniftre - Privé - d'Etat &
de Juftice , Chancelier & Préfident de la
Régence , prononça un Difcours , auquel le
e 3
( 102 ) .
Préfident d'Oftau répondit au nom des Etats
de la Pruffe Orientale , & le Baron de Schrotter
pour les Erats de la Pruffe Occidentale.
Enfuite les uns & les autres prêterent le ferment
de fidélité , dont lecture fut faite pour
ceux de la Pruffe Orientale en Langue Allemandle
, & pour ceux de la Pruffe Occidenta'e
en Langue Latine. Le ferment ayant
été prêté , M. de Hertzberg lut aux Etats
un acte de sûreté & de promeffe , figné de la
man du Roi , par lequel S. M. promettoit
de maintenir les privileges , libertés & droits
de fes fujets , de leur faire adminiftrer une
Juftice exacte & impartiale , &c . Enfin Sa
Maj. fit publier devant fon trône par M. de
Hertzberg les faveurs & les grâces qu'elle
accordot , dans cette occafion folemnelle ,
à diverfes perfonnes & familles de la Pruffe ,
qui ont bien mérité de fon augufte Maifon
treize ont été élevés au rang de Comte
; fix décorés du titre de Nobleffe , & 17
nommés Chambellans. Le treizieme , dont
le Roi avot ajouté le nom de fa propre
main , et M. le Baron de Hertzberg , Miniftre
d'Erat & du Cabinet. A l'iffue de la
cérémonie , l'Aſſemblée afliſta au Te Deum
folemnel , qui fut chanté dans l'Eglife du
château , & après lequel le Roi dîna avec
fes Miniftres d'Etat , Généraux & autres
perfonnes du premier rang , tandis que les
deux Ordres Equeftres , les Députés des
villes , &c. furent régalés dans la grande
falle , dite de Mofcovie , à 12 tables de so
( 103 )
Couverts chacune. Pendant le dîner il fut
diftribué une médaille , frappée en or & en
argent d'un côté elle porte l'effigie fort
reflemblante du Roi : fur le revers les mots :
Nova fpes Regni ; & dans l'Exergue : Fides
Pruffiæ præftita Regiomonti d. 19 Sept. 1786 .
La clémence du Roi a rendu la liberté à
quatre -vingt prifonniers enfermés à Frie lericsberg
, à Pillau , à Memel , ainfi qu'à plu
fieurs de ceux enfermés dans les prifons de
Koenigsberg. Le fieur Glave , ancien Confeiller
de Regence , condamné l'année der
nere aux travaux publics pour concuffion ,
péculat & abus de juftice , a été libéré de la
chaîne , & renfermé dans une priſon d'Etat.
S. M. a de plus fignalé fon féjour en Pruffe
par une infinité de cadeaux & de graces pé
cuniaires.
Jeudi dernier , l'Académie royale des Sciences
de cette ville tint , à l'occafion du jour anni
verfaire de la naiſſance du Roi , une féance extraordinaire
en préſence de L. A. R. le Prince
de Pruffe , & le Prince Louis , fon augufte frere
de S. A. S. le Duc Frédéric de Brunſwick , ainfi
que d'une nombreufe & brillante affemblée
composée de la plus grande partie des Miniftres
étrangers & autres perfonnes de diftinction qui
fe trouvent dans la capitale . S. Ex . M. le Comte
de Hertzberg , Miniftre privé d'Etat & du Ca
binet , quoique de retour le même jour de fon
voyage de la Pomeranie & de la Nouvelle - Marche
, où il avoit reçu la foi & hommage de ces
provinces, au nom de S. M. , ouvrit la féance
par la lecture d'un difcours où il pronostiqua
€ 4
( 104 )
les éloges qu'il auroit bientôt à donner au nou
yeau regne,
DE VIENNE , le 3 Octobre .
On apprend de Prague , que le 22 Septembre
au matin , l'Empereur en eft parti
pour aller vifiter les fortereffes de Théréfienftadt
, Koenigsberg & Pleff. On ne l'at-.
tend ici que vers le milieu du mois . Les
deux , cutters que S. M. I. a fait venir d'Oftende
, font arrivés à Triefte les de ce mois .
Leur deſtination eft de garder la côte , &
de protéger le commerce.
La Régence de la Baffe Autriche vient de
faire publier , que tant que les mines dans
les Etats héréditaires ne fourniroient, pas l'é
tain dont on aura befoin , l'importation de
l'étain étranger fera permile , moyennant un
droit de 4 florins & 30 creutzers par quintal..
On a publié dans le royaume de Hongrie
une Déclaration interprétative de l'Edit de
tolérance , datée du 8 Août ; elle porte que
les Communions Acatholiques , qui n'ont
point d'Eglife particuliere, feront annexées
à d'autres Communions qui en ont ; qu'il
fera permis aux Acatholiques de faire prononcer
des difcours funebres hors de leurs
Oratoires , & qu'ils pourront fe fervir des
cloches pour appeller au Service divin.
Une Ordonnance du 12 Août défend
dans ce Royaume de fonner les cloches à
l'approche d'un orage.
( 105 )
Les dernieres lettres de Conftantinople
portent qu'il regne toujours du mécontentement
parmi le peuple . Suleiman , ancien
Kiaja Bey , a été rappellé à la Cour , &
nommé Garde des Sceaux . Abdi , Pacha de
Romélie , a été nommé au commandement
de Siliftrie , & Melik Pacha , qui dans la
derniere guerre contre les Ruffes avoit rempli
le pofte de vice - Grand - Viſir , à celui de
Widin.
DE FRANCFORT , le 11 Octobre.
,
y
On raconte que le Roi de Pruffe , en revenant
des funérailles
de fon Oncle à Potzdam
fortit le foir de Charlottenbourg
,
fans être remarqué par la garde. Il apperçut
une fentinelle qui mangeoit dans fon pofte ,
& lui fouhaita
un bon appétit. Le foldat
effrayé s'évanouit
en appercevant
le Roi ,
qui envoya quelques
perfonnes
à fon fecours
, lui fit préfent de quelques
rixdalers
pour avoir de quoi fe raffalier à fon gré ; &
à fa demande , il lui expédia fon congé . Ce
Ce Prince n'a encore figné aucune fentence
de mort. Deinierement
on lui en préfenta
une pareille contre une infanticide
, & il
commua
la peine capitale en prifon de dix
ans dans une maifon de force. i
On dit que le Comte Frédéric d'Anhalt,
Lieutenant - Général au fervice de Ruffie ,
retournera à celui de Pruffe , avec l'agrés
( 106 )
ment de l'Impératrice. C'eft un Général
très eftimé. Il quitta la Pruffe pour s'attacher
à l'Electeur de Saxe , du fervice duquel
il paffa à celui de Ruffie , il y a quelques
années.
Il paroît un Ouvrage Allemand qui fait
la plus grande fenfation , fous le titre de
Tableau du Jéfuitifme d'aujourd'hui , de l'état
des Rofecroix , des pratiques pour gagner des
Profelytes , & pour réunir les Religions . Entr'autres
anecdotes fingulieres de ce livre,
on y trouve celle- ci ; que le Général actuel
des Jéfuites eft l'Abbé Romberg , qui en
1773 étoit Affiftant de la Nation Germanique
, enfermé dans le temps avec le Général
P. Ricci , & vivant aujourd'hui à Rome.
'Anciennement il avoit été Profeffeur &
Recteur du College d'Ingolftadt qui , depuis
l'origine de l'Ordre , fut le vrai Séminaire
des Jéfuites Allemands. Ce College en
contenoit 150 ; il eft actuellement entre les
mains de l'Univerfité. Lorsqu'on en fouilla
les archives , on les trouva vuides ; il n'y
étoit refté que quelques registres de confef
frons , parmi lesquelles étoit celle d'un grand
Prince avant fa mort , & un glaive fur lequel
étoient écrits ces mots : hoc ferrum centum
& decem reis capita demeſſuit. L'Auteur
prétend que les Jéfuites Allemands étoient
dans l'ufage d'écrire d'abord en latin la
confeffion des perfonnes diftinguées , & de
les envoyer au Recteur ou Supérieur qui les
dépofoit dans les archives.
( 107 )
La ville de Magdebourg , lit- on dans un
Journal , renfermoit avant l'an 1947 , époque
où elle fut profcrite par l'Empereur ,
une popu'ation de 40,000 ames. La malheureufe
guerre de 30 ans y réduifit le nombre
des bourgeois à 1400, & en 1631 on
n'y comptoit plus que 140 maiſons. Actuellement
le nombre des maifons dans cette
ville monte à 3285 , & on y compte une
population de 26,269 ames.
On doit établir dans les Etats du Roi de
Pruffe un Tribunal du Point-d'honneur fur
les bafes fuivantes.
" La pluralité des voix décidera dans ce Tribunal
, & il n'y aura point d'appel de fes décifions.
- Un Officier ou un Gentilhomme qui
s'oubliera , au point de donner à une perfonne
de fon état & de fa naiffance des coups de canne
ou de fouet
? fera regardé comme infâme , &
condamné à être enfermé à perpétuité dans une
fortereffe. Si l'offenfé a provoqué l'offenfeur par
des injures , il fera caffé & envoyé dans une
fortereffe pendant trois ou fix années , — Celui
qui , fans porter fes plaintes à ce Tribunal d'une
offenfe reçue , appelle l'offenfeur en duel , fera
enfermé dans une fortereffe pour trois ou fix
années. Il en eft de même de ceux qui ne fe
conformeront pas aux jugemens du Tribunal ou
qui accepteront le défi . Si le duel a eu lieu ,
& que l'un des combattans foit tué , le furvivant
fera regardé comme un alfaffin , & puni de
mort. Mais dans le cas où aucun des combattans
ne reſteroit fur la place , ils feront tous les deux
envoyés dans une fortereffe pour dix ans &
même à perpétuité . Celui qui dans une dif
,
e 6
( 108 )
-
pute fe faifit d'une arme , fera condamné à trois
ans de fortereffe , quand même il n'auroit point
commis de voie de fait. - Celui qui menace
un autre de duel ou d'une offenſe injurieuſe
fera regardé comme un perturbateur , & envoyé
en prifon pour une ou deux années. Celui
des combattans qui fe fera fauvé par la fuite , perdra
la jouiffance de fes biens tant qu'il vivra ,
fon effigie fera attachée au pilori . Celui qui
affiftera à un duel comme fecond , fera puni de
cinq années de forterelle , fi aucun des combattans
n'eft refté fur la place , & de dix années fr
l'un d'eux eft tué . Celui qui animera & engagera
un autre à demander fatisfaction par un
duel , fera puni d'une ou de plufieurs années de
fortereffe. La même punition fubiront ceux qui
feront des reproches aux parties fur leur accommodement
, ou fur la fuite qu'elles auront donné
à la décifion du Tribunal , ou qui lui montreront
du mépris ; ils feront en outre deftitués
de leurs emplois. Les cas extraordinaires &
très -graves feront portés par le Tribunal au
Trône.
Nous renvoyons à l'Ordinaire fuivant la
fin du précis relatif à l'Ordre Teutonique.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 25 Septembre.
Il est arrivé dernierement dans nos ports
plufieurs navires du Méxique richement
chargés ; & pendant le feul mois d'Août ,
on a reçu d'Amérique 2,700,000 [ réaux
apparemment en or & en argent.
7.109 )
Dans la nuit du 19 au 20 Août , on a
reffenti à Carthagene une vive fecouffe de
tremblement de terre , qui cependant n'a
pas caufé de dommage.
Un grand nombre de foldats du régiment
Suiffe qui eft ici en garnifon , avoit formé , ces
jours derniers , le projet de déferter ; en conféquence
ils furprirent la garde de la porte Tolede
, lui enleverent les armes , & allerent , pour
vus d'une quantité fuffifante de poudre & de
plomb , prendre pofte dans la forêt du Pardo
près de cette ville , ils eurent même foin de
s'y fortifier ; cependant un nombre fupérieur de
Cavalerie envoiée à leur trouffe parvint à les
foumettre , après en avoir tué un grand nombre
& bleffé les autres au point qu.ils font tous morts
depuis à l'hôpital . Ce même régiment Suiffe
ayant déja commencé auparavant à donner dans
des excès criminels , on en a mis à mort avanthier
deux foldats ; plufieurs autres durent paffer
par les verges. Enfin pour éloigner de la ville
un corps fi dangereux , on l'a fait partir pour
le camp de S. Roch : il fera remplacé ici par le
régiment de Milan.
Nous favons que le 14 Août neuf Corfaires
Algériens , de 18 à 34 canons , ont
mis en mer. Le Dey a déclaré au Conful.
Danois , qu'à l'avenir on prendroit tous les
navires de Lubeck , de Dantzick , de Hambourg
& autres , qui arbore oient le pavillon
Danois.
Une lettre de Gibraltar du 11 Septembre
porte ce qui fuit :
9 La Frégate Portugaife , le Triton tenoit
bloqué dans fon Port , un Chebec Algérien ,
( 110 )
de 16 pieces de Canon , & de 140 hommes
d'équipage ce Bâtiment Barbarefque faifoit
Quarantaine près du nouveau Môle depuis 15
jours ; le vent d'Eft l'avoit empêché de remettre
en Mer. Le 3 au matin , à huit heures
, le Vent étant dans la partie de l'Ouest ,
le Corfaire leva l'Ancre , & fortit de la Baye ,
dirigeant fon_cours vers la Côte d'Afrique.
La Frégate Portugaife étoit mouillée derriere
le Rocher , près la Pointe d'Europe . Les Algériens
étant au large , découvrirent la Frégate
Portugaife , qui déja le canonnoit , mais fans
leur faire grand mal ; ils efpérerent pouvoir
lui échapper par la fuite ; mais le vent tournant
à l'EA & continuellement canonné
par les Portugais , le Corfaire prit le parti de
rentrer dans la Baye. Les courants l'entrainerent
près de l'Ifthme , à la Pointe feptentrionale
du Rocher. Les Portugais s'approchant
alors du Corfaire & faifant . feu fur lui , l'attaquerent
fous les Batteries de la Place , qui ne
firent aucune mine de s'y oppofer ; à trois
heures de l'après midi , les Algériens abandonnerent
leur Vaiffeau & s'enfuirent dans
leurs Chaloupes à la Pointe de l'Ifthme & y
prirent Terre. Peu après , les Portugais vinrent
dans deux Chaloupes & mirent le feu au
Navire à une portée de fufil du Quai . Il y a
eu deux hommes de tués fur le Corfaire . Le 4
à porte ouvrante , les Algériens font tous entrés
dans la ville , où on leur avoit préparé déja une
maiſon , en attendant qu'on ait frêté un Bâti¬
ment pour les ramener à Alger.
Voici encore quelques circonstances qui rendent
cette Affaire plus délicate . Le Chef d'Eſcadre
Portugais , Don Jofeph de Mello , étoit venu
dans la place le 2 dans la nuit : auffi tôt que
( II )
·
le 3 au matin , il entendit tirer le premier
coup , il entra dans fa Chaloupe & fe fit porter
à l'Ifthme , fur la partie du Terrein qui eft
neutre , pour y voir lui - même , l'attaque du
Corfaire ; il affure qu'il avoit pris avec lui tous
les Signaux néceffaires , pour faire ceffer toute
hoftilité auffi-tôt qu'il s'appercevroit que la
Place donneroit le plus petit figne de protection
au Corfaire . D'abord après que le Vaiffeau
Algérien eut été abandonné , ce fut luimême
qui ordonna aux Chaloupes de la Frégate
le Triton , d'aller mettre le feu au Che-
Bec Algérien , ce qui fut exécuté à une petite
portée de fufil , de Terre. Notre Gouverneur
accufe le Chef d'Efcadre d'avoir
violé impunément le Territoire de fon Gouvernement
; M. de Mello s'excufe de ce reproche
, en difant , que les Algériens , ayant
amené leur Pavillon , le Chebecq étoit de bonne prife,
& qu'en conféquence il pouvoit le brûler partout
où il lui fembleroit bon de le faire. Pour
fermer la bouche au Gouverneur , M. Mello
lui cita l'exemple même des Anglois , qui en
1758 , traiterent de même le Vaiffeau François ,
commandé par M. de la Clue
fous la protection
des Forts Portugais , qui faifoient feu
fur eux . & cela fur la Côte même du Royaume
d'Algarve , à une très - petite distance de
Terre. Quoi qu'il en foit , le Général Elliot a
fait fignifier à M. de Mello , qui vouloit venir
à terre le 4 , que lui , ni aucun des Portugais
qui fe trouvent fur la Frégate , ne feroientplus
admis ; qu'il le prioit de refter à ſon bord , lui
offrant néanmoins tout ce qu'il auroit befoin ,
tant pour fon Vaiffeau que pour l'Equipage .
P. S. Le Chef d'Efsadre , de Mello a fait voila
pour Lisbonne , & le Commodore Cosby a expédié la
›
( 112 )
Frégate le Sphinx pour l'Angleterre. On efpere,
que cette affaire s'arrangera à l'amiable.
GRANDE - BRETAGNE;
DE LONDRES , le 6 Octobre .
Le 3 , il a été expédié du Bureau du Marquis
de Carmarthen deux Meffagers d'Etat ,
J'un au Chevalier Harris , à la Haye , & l'autre
à M. Eden , à Paris .
Cinq jours avant , l'Envoyé de Portugal
s'étoit rendu chez le même Miniftre , avec
lequel il eut une conférence de deux heures ,
en lui communiquant des dépêches reçues de
Liſbonne. M. Faukener , que le Roi a nommé
fon Miniftre pour conclure le Traité de commerce
entamé avec la Cour de Portugal , a
pris congé de S. M. & s'embarque pour Lisbonne
fur la frégate le Southampton .
La Convention entre l'Angleterre & l'ETpagne
, qui vient d'être ratifiée , eft uniquement
relative au commerce des Anglois fur
la côte des Mofquites . Sa Majefté Catholique
a cédé à l'Angleterre une étendue de pays
beaucoup plus confidérable que celle où les
Anglois ont jufqu'ici fait la coupe des bois de
teintures ; mais ils n'auront pas la liberté d'y
faire aucun établiſſement défenfif. Voici la
teneur de ce Traité.
ART. Ier. Les fujets de S. M. B. & les autres
qui ont joui jufqu'à préfent de la protection de
' Angleterre , évacuéront le pays des Mofquitos,
( 113 )
auffi bien que le continent en général , & les
ifles adjacentes , fans exception , fituées au dehors
de la ligne ci - après marquée , comme devant
fervir de frontiere à l'étendue du territoire
accordé par S. M. C. aux Anglois , pour les
ufages fpécifiés dans le IIIme. article de la préfente
convention , & en addition aux pays qui
leur font déjà accordés en vertu des ftipulations
dont les commiffaires des deux couronnes font
convenus en 1783 .
II. Le Roi Catholique , pour prouver de fon
côté au Roi de la Grande Bretagne , la fincérité
de fes fentimens d'amitié envers Sa Maj
& la nation Britannique , accordera aux Anglois
des limites plus étendues que celles fpécifiées
dans le dernier traité de paix : & lefdites limites
du terrein ajouté par la préfente convention
feront déformais entendues de la maniere fuivante
:
La ligne Angloife , en commençant de la
mer , prendra le centre de la riviere Sibun ou
Jabon , par où elle continuera jufqu'à la fource
de ladite riviere ; delà elle traverfera en ligne
droite , la terre intermédiaire jufqu'à ce qu'elle
occupe la riviere Waillis ; & par le centre de
celle- ci , ladite ligne defcendra chercher le milieu
du courant , jufqu'au point où elle doit joindre
la ligne déja établie & marquée par les
commiffaires des deux couronnes en 1783 ; lef
quelles limites , fuivant la continuation de ladite
ligne , feront obfervées , comme ci - devant.
ftipulé par le traité définitif.
III. Quoiqu'il n'ait été queftion juſqu'à préfent
d'autres avantages que celui de la coupe de
bois de teinture , cependant S. M. C. pour une
plus grande marque de fa difpofition à complaire
au Roi de la Grande -Bretagne , accor
( 114 )
dera aux Anglois la liberté de couper tout aus
tre bois , fans même en excepter celui d'Acajou
, auffi bien que de prefofiter de tout fruit ,
ou produit de la terre , purement naturel & fans
culture , qui pourroit ailleurs , étant transporté
dans fon état naturel , dev.nir un objet d'utili
té , ou de commerce , foit pour des provifions
de bouche , foit pour des minufi&tures : mais il
eft expressément convenu , que cette ftipulation
ne doit jamais fervir de prétexte pour établir
dans ce pays li aucune culture de fucre , café,
cacao ou autres chotes femblables , ni aucune
fabrique ou manuf &ture , par le moyen des
moulins ou autrement , ( cette reftriction pourtant
ne regarle pas l'ufage des moulins à fcie,
pour 1 coupe ou autre travail du bois ) puifqu'étant
incontestablement reconnu , que les terreins
en qution appartiennent tous en propriété
à la couronne d'Espagne , des établiffemens
de cete efpece , & la population qui s'enfuivroit
ne pourroient pas avoir lieu .
>
Il fera permis aux Anglois de transporter &
conduire tous ces bois , & autres produits du local
, dans leur état naturel & fins culture , par
la riviere jufqu'à la mer , fans jamais outrepaffer
pourtant les limites qui leur foar prefcrites
par les ftipulations ci - deffus accordées & fans
que cela puille donner occation pour monter
lefdites rivieres hors de leurs tornes , dans les
contrées appartenants à l'Espagne.
>
>
IV Les Anglois auront la permiffion d'occuper
la petit ifle connue fous les noms de Cafina
St. George's Key , ou Cayo - Cafina , eú égard à
la circonftance que la partie des côtes vis à- vis
de cette fle eft reconnue fujette à des maladies
dangereufes mais cette occupation ne doit être
que pour des ufages d'une honnête utilité : &
( 115 )
comme on pourroit faire de cette permiffion un
grand abus , non moins contraire aux intentions
du gouvernement Britannique , qu'aux intérets
effentiels de l'Espagne , il eft flipulé ici , comme
condition indifpenfable , qu'on n'y fera dans
aucun temps la moindre fortification ou défenfe
, qu'on n'y établira aucun corps de troupes,
& qu'il n'y aura même aucune piece d'artillerie ;
& afin de vérifier de bonne foi Faccompliffement
de cette condition fine qud non ( à laquelle de
fimples particuliers pourroient contrevenir fans
connoiffance du gouvernement Britannique ) on
admettra , deux fois par an , un officier ou commiffaire
Efpagnol , accompagné d'un commiffaire
ou officier Anglois , duement autorifés ,
pour vérifier l'état des chofes.
V. La nation Angloife jouira de la liberté
de radouber fes vaiffeaux marchands dans le
triangle Méridional , compris entre le point
Cayo- Cafina & le grouppe des petites ifles qui
font fituées vis - à-vis la partie de la côte occupée
par les coupeurs , à la diftance de huit
i eues de la riviere Wallis , fept de Cayo- Cafina,
& trois de la riviere Sibun ; endroit qui a toujours
été reconnu comme très - propre pour ledit
objet. A l'effet de quoi on pourra bâtir les
édifices & magafins abfolument indifpenfables
pour ce fervice : mais cette conceffion comprend
auffi la condition expreffe de ne point y élever
en aucun temps de fortifications placer
des troupes , ou conftruire aucun ouvrage
militaire ; & pareillement qu'il ne fera pas permis
d'y fixer des bâtimens de guerre , ou d'y
ériger un arfenal ou autre édifice qui puiffe
avoir pour objet la formation d'un établiffe ment
naval.
›
VI. Il eſt auffi ftipulé , que les Anglois pour
( 116 )
ront faire librement & tranquilement la pêche
fur la côte du terrein qui leur fut affigné par le
dernier traité de paix , & de celui qu'on leur
ajoute par la préfente convention ; mais fans aller
au- delà de leurs bornes , en fe limitant à
la diftance fpécifiée dans l'article qui précde .
VII. Toutes les reftrictions ſpécifiées dans le
dernier Traité de 1783 , pour conferver en fon
entier la propriété de la Souveraineté Espagnole
fur le pays , dont on n'accorde aux Anglois que
la faculté de fe fervir des bois de différentes
efpèces , des fruits & d'autres productions dans
leur état naturel , font confirmées ici , & les
mêmes reftrictions feront auffi obfervées à l'égard
de la nouvelle conceffion . Par conféquent
les habitans de ces pays s'emploieront fimplement
à la coupe & au transport defdits bois ,
à la récolte & au transport des fruits , & fans
fonger à d'autres établiffemens plus grands , ni
à la formation d'un fyftême de Gouvernement
militaire ou civil , au - delà de tels réglemens que
Leurs Majeftés Britannique & Catholique pourront
ci-après juger à propos d'établir , pour maintenir
la tranquillité & le bon ordre parmi leurs
Sujets refpe&tifs.
•
&
au-
VIII. Comme il eft généralement reconnu
que les bois ou forêts fe confervent , & même
fe multiplient par des coupes réglées & exécutées
avec méthode les Anglois obferveront
tant qu'il fera poffible , cette maxime ; mais fi ,
malgré toutes leurs précautions , il arrivoit à la
fuite du tems , qu'ils auroient befoin ou du bois
de teinture , ou de celui d'Acajou , dont les poffeffions
Espagnoles pourroient être pourvues ,
le Gouvernement Espagnol ne fera aucune diffi
culté d'en fournir aux Anglois , à un prix jufte &
raisonnable.
117 )
IX. On obfervera toutes les précautions poffibles
pour empêcher la contrebande , & les Anglois
auront foin de fe conformer aux réglemens
que le Gouvernement Espagnol jugera à propos
d'établir parmi fes Sujets , dans toute communication
qu'ils pourroient avoir avec ceux - ci , à
condition cependant que lesdits Anglois foient
laiffés dans la jouillance tranquille des différens
avantages inférés en leur faveur dans le dernier
Traité , ou ftipulé par la préfente convention
.
X. Les Gouverneurs Efpagnols auront ordre
d'accorder auxdits Anglois difperfés , toutes les
facilités poffibles pour qu'ils puiffent fe transférer
aux établiffemens convenus par la préfente
convention , felon les ftipulations du fixieme
article du Traité définitif de 1783 , à l'égard du
pays approprié à leur ufage par ledit article.
XI . Leurs Majeftés Britannique & Catholique ,
afin d'éviter toute efpèce de doute à l'égard de
la véritable conftruction de la préſente convention
, jugent néceffaire de déclarer que les conditions
de ladite convention devront être obſervées
felon leur intention fincere d'affurer , &
d'augmenter l'harmonie & la bonne intelligence
qui fubfiftent fi heureufement à préfent entre
Leurfdites Majeſtés.
Dans cette vue , S. M. B. s'engage de donner
les ordres les plus pofitifs pour l'évacuation des
pays ci- deffus mentionnés , par tous fes Sujets
de toutes dénominations quelconques. Mais fi
malgré cette déclaration , il y avoit encore des
perfonnes affez hardies pour ofer , en fe retirant
dans l'intérieur du pays , tâcher de s'oppofer à
l'entière évacuation déja convenue , S. M. B. ,
bien loin de leur prêter le moindre fecours , ou
même protection , les défavouera de la maniere
( 118 )
la plus folemnelle , comme elle le fera également
à l'égard de ceux qui par la fuite pourront tenter
de s'établir fur le territoire appartenant à la dénomination
Espagnole.
XII. L'évacuation convenue fera complettemenc
effectuée dans l'efpace de fix mois , après
l'échange des ratifications de cette convention
ou plutôt fi faire ſe pourra.
XIII. On eft convenu que les nouvelles conceffion:
marquées dans les articles précédens , en
faveur de la Nation Angloife , devront avoir lieu
auffi -tôt que la fufdité évacuation ſera vérifiée
en entier.
XIV. S. M. C. ne confultant que les fentimens
d'humanité , promet au Roi d'Angleterre
qu'elle n'exercera aucun acte de févérité fur les
Mofquites , habitans en partie les pays qui devront
être évacués en vertu de la préſente convention
, à caufe des liaifons qui peuvent avoir
fubfifté entre lesdits Indiens & les Anglois ; & S.
M. B. , de fon côté , défendra rigoureuſement à
tous les fujets de fournir des armes, ou munitions
de guerre , aux Indiens en général , fitués ſur les
frontieres des poffeffions Elpagnoles.
XV. Les deux Cours fe remettront mutuellement
les duplicata des ordres qu'elles doivent expédier
à leurs Gouverneurs & Commandans refpectif.
en Amérique , pour l'accompliffement de
la préfente convention ; & l'on deſtinera de chaque
côté une frégate ou bâtiment de guerre convenable
, pour veiller enſemble & de commun
accord à ce que les chofes s'exécutent avec le
meilleur ordre poffible , & avec cette cordialité
& bonne foi dont les deux Souverains ont bien
voul donner l'exemple.
XVI. La préfente convention fera ratifiée par
leurs Majeftés Britannique & Catholique , & les
( 1195
ratifications échangées dans l'espace de fix femaines
, ou plutô:, fi faire fe peut.
En foi de quoi , nous fignés , Miniftres plénipotentiaires
de leurs Majeftés Britannique & Ca
tholique , en vertu de nos pieins pouvoirs refpectifs
, avons figné la préfente convention , & y
avons fait appofer les cachets de nos armes.
Fait à Londres , ce quatorziéme jour de Juillet
mil fept cent quatre- vingt - fix .
L. S.
L. S.
CARMARTHEN.
Le Ch. del Campo.
Au moment de changer les ratifications de nos
Souverains de la convention fignée le 14 Juillet
dernier ; Nous les fouffignés Min.ftres plénipotentiaires
, fommes convenus que la vifite des
Commiffaires Anglois & Elpagnols , dont fait men.
tion l'article IV de ladite convention , par rapport
à l'ifle Cayo-Cafina , doit s'étendre pareil ement
à tous les autres endroits , ſoit dans les Illes , ou
fur le continent , où les coupeurs Anglois feront
fitués. En foi de quoi , nous avons figné cette déclaration
, & y avons appolé les cachets de nos
armes.
A Londres , ce 1er .
L. S.
L. S.
Septembre 1786.
CARMARTHEN.
Le Ch. del CAMPO.
L'Archiduc Ferdinand & l'Archiducheffe
font partis hier pour Douvres & doivent ,
dans leur route , vifiter les chantiers de Chatham
qui leur feront ouverts. Avant leur départ
, ils ont été voir l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , où ils furent reçus en cérémonie
par le Préfident & les Directeurs . Ils
furent frappés de la beauté & du nombre des
marchandifes étalées dans les magafins. Le
Préfident pria l'Archiducheffe d'accepter une
( 120 )
piece de fuperbe mouffeline pour elle , &
deux autres pour les deux Dames de fa fuite ,
en la priant de choifir elle même celles qui
Jui plairofent davantage. S. A. R. , au milieu
de ces richelles , étoit embarraffée à quelles
mouffelines donner la préférence ; fofqu'elle
eut expliqué les intentions , on porta les piéces
à l'Hôtel où logeoit l'Archiduc.
Le Dublin & le Winterton , venant du Bengale,
font arrivés faufs , l'un à Douvres , Fautre
à Portſmouth , avec un grand nombre de
paffagers.
Lundi dernier , le Vicomte Amiral Keppel
eft mort dans fa 62 °. année , à fa Terre d'Eldon-
Hall , au Comté de Suffolk. L'année
derniere , il avoit recouvré à Naples un inftant
de fanté qui n'a pas été long. Il étoit
fecond fils du Comte d'Albermale , qui avoit
eu 15 enfans de Lady Anne , foeur de Charles
Lenox , premier Duc de Richmond. Mylord
Keppel , adolefcent, fe trouvoit à bord de l'efcadre
du Commodore Anfon , dans la mer du
Sud ; il affifta à la prife de Paita , & y courut
même un danger imminent , par un boulet
de canon qui perça la pointe de faredingote.
Dans la guerre de 1741 , il fut nommé Capitaine
de Haut- bord , & fervit avec diftinétion.
En 1751 , il commanda en qualité de Commodore
un efcadre dans la Méditerranée , &
mit le Dey d'Alger à la raifon. En 1755 , on
le chargea de l'expédition contre Gorée ,
qu'il prit à difcrétion le lendemain de fon arrivée.
( 121 )
rivée. A la bataille de Belle Ifle , le 20 Novembre
1759 , il fervoit fous l'Amiral Hawke,
& fon vaifleau le Torbay , de 74 can . , coula
à fond le Thésée , auffi de 74 can . En récompenfe
de fes fervices , on le nomma, en 1760,
Colonel des Troupes de Marine à Plymouth.
Il commandoit l'efcadre qui s'empara de
Belle Ifle en 1762. Trois ans après , il devint
un des Lords de l'Amirauté , & depuis , de
gra le en grade , Amiral de l'efcadre Blanche.
Les événemens qui le concernent dans la
de niere guerre font affez connus pour n'avoir
pas befoin d'être rappellés. Le 23 Avril 1782,
le Roi le créa Pair tous le titre de Vicomte
Keppel , & à deux repriſes , nous l'avons vu
premier Lord de l'Amirauté. Il laiffe une fille
unique & une fortune affez modique. Son
titre eft éteint. Le Comte d'Albermale , mineur,
& le Duc de Bedford font fes neveux .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 7 Octobre.
Le fieur Marcefcheau , Docteur de l'Uni
verfité de Médecine de Montpellier , ancien
Médecin de l'Hôpital de Château-du-Loir ,
nommé Médecin de Monfieur , fer ant par
quartier , fur la démiffion du fier Gerbier,
qui a obtenu la furvivance & adjonction à
l'exercice , a prêté ferment le 6 du mois dernier
, & a eu , le 22 , l'honneur d'être préfenté
à Monfieur par le fieur le Monnier , Premier
Médecin.
Le fieur Bel , Libraire de Londres , qui
No. 42 , 21 Octobre 1786.
Nº . f
( 122 )
précédemment avoit eu l'honneur de préfenter
à Monfieur un exemplaire de la belle
édition de Shakespeare , a eu , e 28 du
mois dernier , celui de préfenter à la Reine
une Collection complette de fa précieuſe
édition des Poëtes Anglois , depuis Chaucer
jufqu'a Churchill inclufivement ; Sa Majefté
a daigné lui en témoigner ſa ſatisfaction avec
cette bonté qui lui eft fi paturelle .
DB PARIS , le 18 Octobre.
Ordonnance du Roi du 1er. Janvier 1786,
concernant les Officiers de port dans les
Colonies orientales & occidentales .
Idem. Du 30 Juillet 1786 , pour proroger
jufqu'au 1er . Janvier 1788 l'exécution
des Ordonnances qui fixent le prix des chevaux
de pofte à 30 fols , au-lieu de 25 fols
-payés précédemment.
Lettres Patentes du Roi , du zo Avril
1786 , pour l'enrégiſtrement de la Convention
fignée le 19 Février 1778 , entre S. M,
& le Margrave de Brandebourg. Anspach &
Bareith, pour l'exemption du droit d'Aubaine
en faveur des fujets refpectifs. Régiftrées en
Parlement le 7 Juillet audit an. ( En abolif
fant le droit d'Aubaine entre les fujets des
deux Etats , cette Convention y fibftitue un
droit uniforme de dix pour cent de la valeur
du Capital , foit meubles , foit immeubles ,
en cas d'exportation des hérédités recueillies
dans les Eta's refpectifs. )
Ordonnance du Roi , du 10 Août 1786 ,
pour établir une Ecole d'éducation militai(
123 )
valides.
re , en faveur de cent enfans de foldats In-
Cette Ecole , qu'on nommera
Ecole des Enfans de l'armée , fera établie à
Liancourt , & M. le Duc de Liancourt en
eft créé Inspecteur. )
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 31
Août 1786 , qui ordonne l'acquifition au
profit du Roi , tant de la ville de l'Orient
que des terres du Châtel , Carman & Recou- 、
vrance , appartenantes à la Maifon de Rohan-
Guéménée ; & qui nomme des Commiffaires
pour l'accepter au nom de Sa Majesté &
confommer toutes opérations relatives ."
à
Par l'Article premier de cet Arrêt , il fera acquis
au rom de Sa Majefté , & à fon profit , du
Prince de Rohan & du Prince de Guémené ,
titre d'échange , la feigneurie fief & juftice de
la ville d'Orient , ainfi qu'ils fe pourfuivent &
-comportent dans l'enceinte des murs qui entou-
-rent cette Ville , & fuivant le plan arrêté en
fon Confeil ; duquel plan un double fera annexé
au contrat , enfemble la rente de dix- huit mille
fept cent cinquante livres , affignée fur le Domaine
de Bretagne ; au moyen de quoi ladite
rente fera rayée des états de charges & rentes
affectées fur le Domaine de Sa Majefté :
Et les Commiffaires ci après nommés par Sa
Majefté , céderont pour Elle & en fon nom en
contr'échange :
,
Les domaines , terres , juftice & feigneuries de
Trévoux , Villeneuve , Mon hieux & Ambrieux,
-Mon mercle , Thoifey , Chalamont , Lens , &
autres lieux , formant l'ancienne principauté
'éteinte de la Dombes ; terres , prés , bois , cens ,
rentes , abençvis , lods & ventes , mouvances &
f 2
( 1245)
directes , droits de leide , péage , chaffe , pêche,
moulins , étargs , & généralement tous les droits
& revenus appartenans dans lefdits lieux à Sa
Majefté , à titre de feigneurie , & à l'exception
des Poftes & Melf geries , de la faculté de vendre
& débiter toutes forts de poudres & plombs
à tirer & à falpêtre , & de tous autres droits
régaliens & d'impofitions , lefquels demeureront
réfervés à Sa Majefté , aux conditions par les
Acquéreurs de payer les charges ordinaires dont
lefdits biens & domaines peuvent être tenus ,
pour jouir des objets échangés , à compter du
premier Janvier 1786 ; & néanmoins ne feront ,
tant Sa Majefté , que les Princes de Rohan &
de Guémené , mis en poffeffion des objets échangés
, qu'à compter du premier Janvier 1787 , à
la charge de fe rendre respectivement compte des
revenus de l'année courante.
.
>
Sur l'Article III , il fera fait vente dans le même
contrat , au profit de Sa Majeſté , par le
Prince de Guémené , des terres , feigneuries &
domaines du Châtel , Carman , Recouvrance
avec leurs annexes ci conftances & dépen.
dancès , par lui acquifes du Duc de Lauzun
ainfi & dans le même état que le trouvent aujourd'hui
lesdites terres ; à la charge que les
cens , rentes & redevances dûs par les Adéagiftes
, en vertu des titres nouvellement donnés par
ledit Prince de Guémené ou fes Fondés de
pouvoir , feront & demeureront à Sa Majesté ,
& à cet effet , un état defdits Afféagemens , arrêté
en fon Confeil , fera annexé au contrat ;
Ordonne Sa Majesté que les Commiffaires fipuleront
la non - réunion au domaine , & à la résve
expreffe pour Sa Majefté , de la facul é ,
pendant dix ans , conformément à l'Ordonnance
de 1566 , de difpofer de tout ou partie desdites
Bytes,
( 125 )
IV. Sa Majefté a fixé à douze millions cinq
cent mille livres , la fomme payable , tant pour
la valeur defdices terres , que pour la convenance
que préfentent à fon Etat & à les Finances
, les objets de fon acquisition ; déclare Sa
Majefté qu'Elle ne porte à cette fomme l'évaluation
de ces objets & de leur convenance ,
qu'à la charge expreffe qu'elle ne fera divifée
, appliquée & payée qué dans la forme & fous
les conditions ci -après énoncées,
4
驴
Y
il
V Ordonne Sa Majefté , que fur les douze
millions cinq cent mille livres , il fera prélevé
quatre millions applicables au paiement des
Créanciers qui ont , ou en faveur defquels )
a été ftipulé des privileges fur les terres , acquifes
du Duc de Lauzun , conformément à l'état
dénominatif agréé par Sa Majesté , & qui fera
annexé au contratangiang pas),
>
Art. VIII . Quant aux huit millions cinq cent
mille livres de furplus , veut Sa Majesté qu'ils
foient payés , favoir ; jufqu'à concurrence de
cinq millions , moins cependant ce qui auroit
été payé d'avance par Sa Majefté , pour venir par
anticipation au fecours des Créanciers , en rente
viagere à dix pour cent fur une tête & à neuf
pour cent fur deux têtes , fans aucune retenue
dont les conftitutions feront paffées au profit des
rentiers viagers dudit Prince & de la Princeffe
de Guémené ; & pour les trois millions cina
cent mille livres , reftans , en pareilles conftitutions
viageres , fur telles autres têtes indiftinctement
choifies & préfentées ; mais , qui pour
rembourfer d'autres Créanciers , porteurs , foit
des contrats de rente perpétuelle , foit de tires
de créance exigible , auront fourni des deniers
équivalens , le tout pour jouir defdites rentes
viageres par les Cranciers & par les Acqué-
32
( 126 )
reurs à compter dudit jour premier Janvier
1786.
Pour confommer l'échange & la vente , accepter
& ftipuler toutes les conventions & clatt->
fes ci -deffus prefcrites , Sa Majefté a commis
& commet les fieurs Lenoir , Confeiller d'Etat ;*
de Crofne , Lieutenant géntral de Police ; Debonnaire
de Forges , & Albert , Maîtres des Requêtes
.
Idem. Du 2 Septembre 1786 , concernant
la demande faite aix Bénéficiers , de la pre
tation des foi & hommage, aveux & dénombremens
pour les Fiefs dépendans des Bénéfices
dans la mouvance du Roi.
a
Sa Majefté à reconnu que les repréſenta
tions faites par le Clergé de fon Royaume , au'
fojet des difpofitions de la Déclarations du 20
Novembre 1725 , n'ont pas pour objet de prétendre
que l'exemption des foi & hommage ,
aveux & dénombremens , fort propre & per
fonnelle aux Eccléfiaftiques , & inféparable de
leur étar ; que le Clergé convient au contraire
, qu'il n'a pas d'autres privileges , que
ceux que lui donnent les Loix , les Coutumes ,
la Jurifprudence & des titres particuliers ; qu'en
conféquence , il ne fonde fa réclamation que
fur la nature des biens dont les bénéfices fu-*
rent dotés avant l'établiſſement de la féodalité
fur la préfemption foutenue de fa part , que'
les biens qui lui ont été donnés poftérieurement,
l'ont été en franc- aleu ou en franche aumône
& enfin fur les effes qu'il attribue , tant aux titres
de franche aumône qu'aux amortiflemens
qui ont été fucceffivement accordés : Er Sa
MAJESTÉ AYANT CONSIDERE que les coutumes ,
les ufages & la jurifprudence qui ont eu lieu
en divers tems , dans les différentes Provinces
·
( 127 )
& dans les différentes Cours de fon Royaume ,
doivent influer fur la décifion des queftions
aufli importantes , Elle auroit jugé qu'avant de
faire un Réglement général qui pût maintenir
dans leur intégrité les droits de la Couronne
fans porter atteinte aux droits légitimes du
Clergé de fon Royaume , il étoit de fa fageffe
& de fa juftice , de raffembler les inftructions
qu'Elle a droit d'attendre des lumieres & de
l'expérience des Mag.ftrats qui compofent fes '
Cours . A quoi voulant pourvoir :
LE ROI ÉTANT en son Conseil , en préſence
& de l'avis defdits fieurs Commiffaires , a or-:
donné & ordonne que , par M. le Garde des
Sceaux , il fera adreffé à tous fes Parlemens
Confeils fupérieurs & Chambres des Comptes ,
un Mémoire contenant l'expofé des objets , fur
lefquels Sa Majesté juge à propos d'ordonner à
fefdites Cours , de lui envoyer des éclairciffemens
concernant les droits & devoirs féodaux
auxquels les biens Eccléfiaftiques peuvent être
aflujettis , ou dont ils peuvent être exempts ,
felon les loix , coutumes & ufages particuliers de
leurs refforts , pour , fur les réponses defdites
Cours , & fur le compte qui en fera rendu au
Roi , en fon Confeil , par ledit fieur Tolozan ,
être par Sa Majefté , en préſence & de l'avis
dedefdits fieurs Commiffaires , ordonné ce qu'il
appartiendra ; & cependant fait Sa Majesté trèsexpreffes
inhibitions & défenfes à fes Procureurs
généraux ès Chambres des Comptes , à
fes Procureurs ès Bureaux des Finances , même
à fes Procureurs ès Commiffions établies pour,
la confection des Terriers & réformation de fefdits
Domaines , & à tous autres , de faire aucunes
pourfuites contre lefdits Bénéficiers , Corps
& Communautés Eccléfiaftiques , jufqu'à ce
£ 4
( 128 )
>
7 qu'il en ait été autrement par Elle ordonné .
Les Ingénieurs font occupés, dans la Próvince
du Limoufin & dans celle du Berry , à
prendre les niveaux , à calculer les hauteurs
des collines & Féloignement des rivieres ,
pour fornier le projet d'un Canal qui réuniroit
la Loire à la Garonne , en trayerfant le
Limoulin & en debouchant dans la Vergne
& la Dordogne d'une part , & de l'autre dans
la Vienne. Ce fera un nouveau monument ,
à la gloire de notre augufte Monarque , à
ajouter à celui du port de Cherbourg. Le
Canal de Bourgogne fe creafe auffi avec
une activité incroyable , & l'on efpere qu'il
fera achevé fous ce règne heureux , comme
celui du Languedoc l'a été fous le règne de
Louis XIV. Affiches de Limoges & de Touloufe.
]
VG SA
L'Abbé Boffut , l'Abbé Rochon & le Marquis
de Condorcet , de l'Académie Royale des Sciences,
chargés de l'examen du canal que le Gouvernement
fait conftruire en Nivernois , pour l'approvifionnement
de Paris , ont préfenté leur rapport
le 2 du mois dernier. Ils obfervent d'abord l'utilité
fentie depuis long- tems d'établir une communication
de la haute Loire à la Seine , dont
le Président Jeannin s'occupa fous Henri IV, mais.
qui fut abandonné , parce que l'étang d'Aron.
choifi pour fervir de point de partage à cette
communication , eft élevé de 284 pieds au-deffus
de la Loire , élévation qui rendoit difficile de
raffembler dans l'étang la maffe d'eau néceffaire
pour alimenter une navigation floriffante , &
qu'il eût fallu racheter par un grand nombre
d'éclufes ; ils expofent enfuite le projet du
( 1294)
fieur Menaffier , Maître des Eaux & Forêts
d'Auxerre , qui fubftitue l'étang de Baye à celui
d'Aron , pour établir entre la haute Loire &
l'Yonne , une communication qui, deviendra ,
importante après la confection du canal de Charolois.
L'étang de Baye , plus bas que celui
d'Aron de 179 pieds , préfente le double avantage
de procurer à moins de frais une plus grande
quantité d'eau , & de diminuer le nombre des
eclufes. Comme il a pour feuil du côté de
'Yonne la petite montagne de Colancelle ,
haute de 84 pieds , large de 400 toiles , il a
propofé de la percer , pour opérer à moins de
frais la communication , obtenir une plus grande
paffe d'eau , un port plus vafte & plus commole.
Ces avantages ayant été démontrés , le Gouver
nement a ordonné ce percement ; fept puits qui
ont facilité cette excavation , renouvelleront
l'air du canal , & donneront affez de lumiere
pour la conduire des bateaux . L'Auteur a difpofé
avec intelligence des chantiers commodes ; il
convertit en canal de navigation le ruiffeau par
lequel l'étang de Baye verfe fes eaux dans la
haute Loire ; & par le moyen d'éclufes à Sa ,
alimentées par les eaux de cet étang & d'autres
fupérieurs , il peut envoyer fes bateaux fe charger
de bois jufques dans la Loire ; il évalue la
quantité qu'on le procurera annuellement par ce
moyen , à 76 à 80,000 cordes , qu'il eftime le
quart de l'approvifionnement de Paris . Il fe propofoit
de profiter de la faifon des pluies , du
trop plein des étangs , pour jeter dans l'Yonne
par un canal de flottage , les bois qui auroient
été transportés dans les chantiers de l'étang de
Baye ; & alors le canal fouterrein n'auroit été
qu'un canal de flottage . Les Académiciens jugent
qu'il ne faut pas s'y borner , & fe priver d'une
f£ 5.
( 130 )
belle & importante communication entre la haute
Loire & la Seine , puifqu'on peut continuer le
can I de navigation depuis la Colantelle jufqu'à
Cravant , lieu où l'Yonne commence à être na - 1
vigable. Ces vues n'ont po'nt échappé au fieur de
Forges , Maître des Requêtes , Intendant au département
des Domaines & Beis ; & quoiqu'il
né faffe pas exécuter dès à préfent dans la partie
fouterreine le canal de navigation , il fait faire
J'ouverture fupérieure & le percement de la
montagne dans les proportions néceffaires pour
des bateaux de 45 torneaux.
Le Corps des Carabin ers de Monfieur a
été paffé en revue le 6 , dans les environs de
Brunoy par Monfieur , & le 8 par S. M.. II,
et parti le 12 pour Saumur & Chinon .
Pendant le féjour des Carabiniers à Brunoy,
on a préfenté à Monfieur , dit- on , un vieil
lard qui a fervi dans ce Corps , & quità la
bataille de Lawfelt fit pri onnier le Géné
ral Ligonnier. Ce Carabinier refufa la bourfe
& un diamant que fon prifonnier lui of
frit pour le relâcher. Pour cette belle action
il reçut une penfion & le brevet le plus honorable.
Monfieur a fort , bien accueilli ce,
brave homme , qu'on avoit revêtu de l'ha
bit uniforme de Carabinier , & S. M. à qui
Monfieur l'a préfenté , lui a témoigné le
plus grand intérêt , & lui a fait donner une
récompenfe. Après la revue générale du
Corps , S. M. a vu manoeuvrer dans la cour
du Château de Brunoy un efcadron de 262
Carabiniers , tous Vétérans , & qui ont
chacun plus de 24 ans de fervice
( 131 )
Lettre adreffée au Rédacteur.
Monheur , nous n'avons pas vu fans furpriſe
& fans indignation le libelle affreux , ouvrage
de jaloufie & de perfilie , qui a été diftri ué & vendu
clandeftinement contre M. Le Cauchois , notre
généreux bienfaiteur , & dans lequel l'iniquité
nous a compromis. Auffi nous fommes - nous préfentés
à la juftice des Requêtes du Palais à Paris
en intervenant au procès honteux qu'on a ofé
faire à M. Le Cauchois à caufe de nous . C'eſt
pourquoi nous prenons fon fait & fa caufe . Nous
avions d'abord été alarmés fer la maladie qu'il
vient d'éprouver ; mais la Providence , toujours
jufte dans les effets , nous rend ce fecond pere ,
cet ami de l'humanité. Sans doute qu'elle prévoit
l'utilité dont il peut être à d'autres infortunés que
nous. Une raiſon encore , pour laquelle nousvous
prions auffi , Monfieur , & avec inſtance , d'inférer
notre réclamation dans votre ouvrage , c'eft
que nous fommes inftruits que la calomnie a dif
tribué , même dans les Provinces , que nous étions
brouillés avec M, Le Cauchois. Eh ! pourquoi
donc ferions-nous brouilles avec l'homme d'honneur
qui a tout facrifié pour nous rendre au bonheur
dont nous jouiffons ? La vie , l'honneur & la
fortune de moi , Salmen ; la liberté , l'état & le
bonheur de moi Savary : Tels font les titres
que M. Le Cauchois a fur nous ; rien ne
pourra les effacer , ils font gravés dons nos
coeurs.
Nous fommes &c.
SALMON , femme SAVARY.
SAVARY , Garde- général
des Canaux de S. A. S.
Mg. le Duc d'Orléans.
L'Académie Royale da Marfeille a tenu
le 25 Août , jour de Saint-Louis , fa Séance
publique d'ufage.
£ 6
( 132 )
Le Marquis Defpennes , Directeur , en a
fait l'ouverture par un difcours analogue aux
Sujets propofés pour les Prix de Poefie & d'Eloquence.
Il a annoncé qu'elle avoit couronné
l'Ode fur l'Ele&ricité , qui a pour devife :
Audax japyte genus. Hor, & dont l'Auteur eft
M. Malot , Avocat & Procureur du Roi à
Avallon en Bourgogne . Il a exprimé les regrets
que l'Académie avoit de ne pouvoir cou
ronner également les Eloges du célebre Cap.
Cook. Dans le nombre de ceux qui ont été
envoyés au Concours cetie année , l'Académie
en a diftingué trois , qui ont pour deviſe :
Deus fecit , Cook dedit.
Defcripfit totum qui gentibus orbem.
Audax omnia perpeti. 11
M. le Directeur a annoncé pour fujet du
'difcours de l'année prochaine 1787 , cette Queftion
: « Si l'extrême ſévérité des loix diminue
> le nombre & l'énormité des crimes dans une
nation déjà dépravée ».
M. Lantier , élu Affocié cette année , a prononcé
fon Difcours de réception .
M. le Directeur dans fa réponſe a félicité le
Récipiendaire fur le développement de fes
talens.
M. Seimandy à la l'Ode couronnée .
M. Marin a fait enfuite lecture d'un morceau
extrait d'un plus grand Ouvrage , intitulé :
Effai fur la Poëfie orientale.
M. le Bailli de Refféguier a terminé la
Séance par le cinquieme Chant d'un Poëme de
fa composition intitulé : La prise de Rhodes.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 67,49 , 26 , 51 , & SS.
( 133 )
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 14 Octobre.
Sa Maj . l'Empereur vient de divifer les
Pays- Bas en Cercles , comme la Bohême &
l'Autriche, ils feront au nombre de 9 , ayant
chacun un Capitaine ou Intendant : voici la
divifion de ces Cercles : 1 °. le Brabant ; 2°. la
Province de Limbourg & le quartier de Ruremonde
; 3 ° . le Marquifat d'Anvers, & la
Seigneurie de Malines ; 4°. le Luxembourg ;
5 °. la Province de Namur ; 6 ° . Tournay , le
Tournefis & la Flandre retrocédée ; 7°. les
quartiers de Bruges & d'Oftende ; 8 °. Gand
& le refte de la Flandre ; 9°. le Hainaut ..
Les Confeillers-Inténdans de ces Cercles
auront rang de Confeiller au Confeil Royal ,
& jouiront de 4000 flor. d'Allemagne d'appointemens.
Ils doivent être rendus dans
leurs départemens au premier de Novembre
; & c'est alors que s'opéreront de plus
grands changemens dans les Provinces Belgiques
, fur-tout dans l'adminiftration de la
Juftice.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
Les Etats de Frife , & non point ceux de
Gueldres , comme on l'a dit par erreur dans
quelques papiers publics , viennent de rendre
, à la pluralité de 43 voix contre 21 , &
de faire afficher une publication dont voici
la fubftance.
1º. On avertit les habitans de ſe méfier des
calomnies répandues dans les Papiers nouvelles.
2º. La réimpreffion de ces papiers eft défendue
en Frife. 3. Il eft défendu d'imprimer & de dé;
( 134 )
biter dans la Province , tout papier qui loue ou
qui blâme les Régences de Frite ou des autres
Provinces. 4°. Il eft défendu d'expofer des requêtes
à figner , fur quel fujer que ce puiffe être ,
fauf le droit à chaque citoyen de fe pourvoir
vis- à-vis des Régences , de toute autre maniere
& fuivant l'ufage louable & ancien du pays. 5º . 11
eft défendu aux compagnies bourgeoifes & corpsfrancs
d'exercice , de fe mêler des autres Provinces
, & s'y rendre pour y porter du fecours
foit armés , foit défarmés. 6°. Toutes les affemblées
des corps d'exercice font défendues ; les
actes , réſolutions & conventions qui y font
dreffés , ou qui y feront arrêtés , feront caffés &
annullés . (Gaz, dela Haye . Courier du Bas- Rhin ,
N°. 79. ]
Les Etats de Gueldres ont adreffé à ceux
de Hollande une nouvelle lettre , dont voici
le contenu :
"
Nobles Puiffans Seigneurs.
Quoique nous nous fuffions flattés que ·les
lettres que nous avons écrites à V. N. P. les 4 &
7 de ce mois euffent fait affez d'impreffion fur V.
N. P. pour les défabuſer entiérement des fauffes
idées qu'elles ont conçues fur les véritables raifons
& motifs qui nous ont porté à prendre notre
réfolution du 31 du mois dernier, à l'égard des viles
de Hattem & d'Elbourg , nous avons appris avec
beaucoup de regret tout le contraire par la lettre
de V. N. P. du 11 de ce mois , où elles manifeftent
n'avoir fait aucune réflexion à nos repréſentations
auffi jutes que férieufes , lefquelles font paffées
fous un profond filence , tandis que V. N. P.
même entreprennent de vouloir condamner nos
act ons & nos réfolutions , & de nous en demander
combte. »
En vérité , N. & P. S. nous ne favons , fi nous
( 135 )
devons être plus indignés de l'adreffe faite à V. N.
P. de la part de quelques habitans de notre province
, que frappés de la teneur de la lettre de V.
N. P. qui accompagnoit l'adreffe qu'elles nous:
ont envoyée. »
» C'eſt à juste titre que nous fommes indignés
de ce que quelques- uns de nos habitans , parmi
lefquels fe trouvent des membres de la régence ,
aient oft fe plaindre de nous , leurs fouverains légitimes
, auprès de V. N. P. , & nous a tribuer &
reprocher des deffeins dont nous fommes fi fort
éloignés , & que nous défapprouvons autant qu'aucun
de nos aliiés. »
« V. N. P. ne doivent pas attendre de nous
que nous réfutions des prétextes & des fuppofitions
que l'on repréfente d'une maniere indigne &
fauffe. »
» Notre maniere d'agir & les réſolutions que
nous avons prifes dès le commencement des malheureux
troubles & divifions qui fe font élevés
dans cet état autrefois fi florillant , mais à préſent
fi fort déchu , font trop connues pour qu'elles aient
befoin d'aucune juftification ,
» Mais nous devons être furpris de ce que V.
N. Pont pu le réfoudre d'accepter & d'écouter
une adreffe fi indigne , de quelques habitans de
ceste province , dans laquelle ils paffent toutes
les bornes du refpe &t que l'on nous doit , & qui .
ne contenant que des exclamations vagues , auroit
dû fuffire pour convaincre V. N. P de la frivolité.
de ce qui y eft expofé ; & de ce que V. N. P. en
outre ont pu trouver bon de s'exprimer dans leur
lettre à notre égard d'une maniere fi peu convenable
à la difcrétion & à l'amitié qui doivent avoir
lieu entre deux alliés fi étroitement unis , & à la
dignité d'une province fouveraine , & même
d'y joindre une menace trop offenfante pour
* A 136 )
notre autorité & notre indépendance fouveraines
>>
» Lorfque V. N. P. , non-feulement dans les
tems précédens , mais auffi pendant les troubles &
les divifions qui agitent préfentement ce pays ,
dans des circonftances bien moins importantes
peut-être, ont employé la mitice dans leur provin
ce , nous ne nous y fommes jamais mêlés ou immifiés
, & nous n'aurions jamais pu nous imaginer
que V. N. P. euffent voulu s'immifcer à préfent
dans la direction de nos affaires provinciales d'une
pareille nature .
4
»Par conféquent nous regardons la démarche
de V. N. P. comme étant d'une nature & d'une
conféquence à ne pouvoir d'un côté nous difpenfer
d'en donner connoiffance à nos autres alliés
, afin que par leurs concours nous puiffions
perfuader V. N. P. de fe défifter de leur procédé
irrégulier , puifque nous devons déclarer , que
de toutes les pofitions , celle de fe foumettre à des
loix prefcrites par un allié nous conviendroit le
moins. :
D'un autre côté nous devons demander à
V. N. P.une explication plus claire des raifons de
la commination faite à la fin de la lettre de V. N.P,
& quel pourroit être leur deffein & intention , afin
que dans la fuite nous puiffions prendre nos mefures
là deffus . »
2 53
Cependant nous espérons que les inftances que
nous penfons faire auprès de nos autres alliés , auront
fur V. N. P. le fuccès & l'influence que nous
defirons, puifqu'autrement nous aurions la douleur
de voir comme prochain , le moment fatal de la
diffolution de la confédération , & en même tems
de celle de la patrie , à quoi nous ne pouvons penfer
qu'avec horreur , & que nous prions Dieu de
vouloir prévenir. Toutefois nous aurons dans un
cas fiinefpéré la tranquillité confolante d'une conf(
137 )
Genee pure , & la fatisfaction de n'y avoir ja--
mais donné le moindre fujet ,
رد
A Zutphen , ie 19 lept . 1785. ( Gazette de la
Haye , d'Amfterdam , Courier du Bis Khia. )
Il a été conclu avant hier ( ie 6 ) , à l'Affemblée
des Etats de Hollande & de Weft-
Frife , & il a été donné connoiffance aux
Etats d'Amersfort , « qu'en cas qu'on fir
ufage de la force militaire contre la ville
» d'Utrecht , oi contre tout autre de la Pro-
» vince , les Etats de Hollande ont donné
» ordre au Général Major van Ryffel , d'en-
> trer dans la Province d'Utrecht avec les
» troupes Hollandoifes , a premier mouve-
» ment des troupes des autres Provinces
s qu'on appercevroit , & de repouffer la for-
» ce militaire pat la force militaire . » Il a été
donné communication de cette réfolution
dès le foir même , à la ville d'Utrecht . Les
ordres donnés au Général Major van Ryffelfont
fi généraux , qu'ils s'étendent même
contre les troupes à la folde de la Gueldre ,
fi elles fe préfentent dans la Province . [ Gazette
d'Amfterdam , n° . 81. ]
On mande de Loo , que le Détachement
des Gardes - Dragons qui y eft , a été confidérablement
renforcé ; le Régiment du Prince
Héréditaire eft cantonné à Appeldoorn ; le
fecond bataillon des Gardes Suiffes , qui
étoit en garnifon à Breda , eft auffi aux environs
de Loo ; 60 hommes du Régiment
de Onderwater , qui font à la folde de la Hollande
, & qui n'étoient venus à Wageningen
que pour peu de temps , afin de rentrer dans.
( 138 )
la Hollande , felon l'ordre qu'ils en avoienc
reçu , y font encore , fans avoir été relevés ;*
on ne fair que penfer de la deftination de fes
forces raffemblées autour du Château de
Loo ; mais heureufement , il n'y a rien à
craindre de leur part ; on a fagement pourvu
à toute entrepriſe violente & à tout coup de
main. [ Idem. ]
L'Ordre Equeftre & des Nobles de la
Province de Hollande a protefté en ces termes
contre la réfolution des Etats de Hollande
des 22 & 28 Septembre.
L'Ordre fait annoter ultérieurement & déclarer
être abfolument d'opinion , que S. A. S. re:
fauroit être fufpendue en qualité de Capitainegénéral
de la Province , ni ladite charge lui être
otée , pas même provifionnellement , en entier
ni en partie , comme lui ayant été déférée par
une réfolution d'Etat avec unanimité , fur tout
point fans pareille unanimité , & fur des fondemens
inconteftables & pleinement convaincans
clairs & prouvés en juftice , que S.-A. S. fe
feroit de maniere ou autre rendue coupable de
négligence en fon devoir , & par conféquent
qu'elle auroit manqué au ferment qu'elle a
prêté , en acceptant cette haute charge , tant
à l'Union en général , qu'à cette Province en
particulier.
Que les Seigneurs du Corps Equeftre , en
vertu de cette derniere confidération , fe trouvent
forces de fommer tous les Membres de
cette haute Affemblée , qui ont donné occafion
ou concouru à la prise de cette réfolution , de
la maniere la plus férieufe & la plus forte , comme
i's le font par la préfente , de produire clairement
& en ordre tous les points d'accufation ,
( 139 )
avec les vérifications defdits points contre fon
Alseffe , en vertu defquels ils ont compris que.
fadze Alteffe avoit mérité le traitement qu'on
lui a fait d'autant qu'il eft ent érement oppofé,
à toute bonne juflice & police , autant qu'à la
sûreté de l'honneur , vie & poffeffions légiti
mes d'un chacun des habitans du pays , depuis
le plus grand jufqu'au plus petic , fuivan les:
loix fonda ventales , de porter à qui que ce foit,
une flétriffare telle que S. A. S. en a effuyé une
par dice fofpenfion , fins expofer les acculations
, en vertu de quelles cela s'eft fait , fans les
appuyer fur des preuves valables , & donner parlà
occafion à l'accufé de s'en juftifier.
Que les Seigneurs du Corps Equeftre n'ont
jufqu'ici pas vu paroître le moindre point prouvé
, pas même vraisemblable , d'accufations
contre fon Alteffes qu'en conféquence ils doivent
protefter de la maniere la plus forte contre
la Rétolution , mais fe trouvent encore obligés
de déclarer ouvertement qu'il leur a paru par
tout ce qui eft arrivé , que S. A. S. n'a em aucune
manière mérité la défiance montrée , &
le traitement qu'il doit effuyer à la vue de la
Nation ; qu'ils peuvent bien moins comprendre
comment on peut refufer à S. A. S. ce qu'elle
a demandé en termes convenables par la Miffive
du 26 Septembre à LL. NN. & GG. PP . afin
d'avoir l'occafion de fe j . ftifier d'une manière
convenable devant toute la Nation & le monde
impartial , & de mettre clairement fon innocence
au jour. Gaz . de la Haye , N °. 112Jun 27 se
" On apprend que les Seigneurs Etats d'U
trecht ont écrit à Leurs Hautes Puiffances les
Seigneurs Etats Généraux une Lettre , dans
laquelle ils déclarent qu'ils acceptent la mé
diation des fix autres Provinces. Idem.
( 140 )
Lorfque les patriotes de Thiel partirenc
pour aller au fecours de Hattem & d'Elbourg
, la populace de la ville les pourfuivit
à coups de pierres . Cependant quelques.
foldats qui fe trouvoient parmi cette multitude
, furent conduits en prifon . Quelques
momens après cette émeute il parut un
ordre qui défendoit aux Bourgeois de fortir
armés de la ville. Les patriotes n'en fortirent
pas moins , mais fans armes , & fe rendirent!
Wyk. [ Gazette d'Utrecht. Courier du Bas-
Rhin , no. 79. ]
LL. EE. du canton de Berne ont écrit le
19 Septembre aux Etats Généraux une lettre
qui porte :
Qu'ils avoient appris , avec une inquiétude
extrême , que LL. HH. PP . , après avoir détourné
par des fages metures les dangers
dont elles furent menacées au - dehors , étoient
troublées par des divifions intérieures , mal
heur qui avoit toujours les fuites les plus dan-
» gereufes pour des Républiques .
כ כ
בנ
Que dans une fituation auffi critique des
affaires , dont les Commandans de leurs deux
Régimens leur avoient rendu compte , ils
» étoient de leur côté dans l'attente certaine ,
& efpéroient fermement que leurs troupes ,
au fervice de LL. HH. PP . , ne feroient point
» employées d'une maniere contraire àà la teneur
» & intention du Traité avec les Etats Généraux
des Provinces - Unies , & avec la Capitulation
faite avec eux ; & que LL. HH . PP.
voudroient bien prendre telles mesures que
» leurfdites troupes , ( ainfi que les ordres expédiés
par la Province de Hollande le faifoit
( 141 )
craindre ) ne fe voyent pas obligées d'entrer
en campagne les unes contre les autres .
" Que dans cette attente fondée , ils avoient
fait parvenir les ordres néceffaires à leurs
Colonels defdits Régimens au service de LL.
» HH . PP. , portant qu'ils ne fe mêlent en aucune
maniere dans les différends actuels , &
» de ne refpecter aucuns ordres que ceux qui leur
viendroient directement de LL. HH. PP.
puifque eux , Avoyer , Petit & Grand Confeil
de Berne avoient fait leur engagement , non
» avec une Province particuliere , mais avec les
Etats Généraux « . (Gaz, de la Haye , N² . 112.)
Les troupes Suiffes , à la folde des Etats-
Généraux , font compofées des régimens
de Maye , de Sherler Bernois ; d'Efcher , de
Zurich , de Schmidt Grifons , & du régiment
des Gardes Suiffes . Les régimens Bernois
font de 20 Compagnies , de 120 homnies
chacune.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Le droit qu'a un enfant de la Nature , de connoître
fon pere & de lui demander des alimens , peut -il
dépendre d'une condamnation prononcée contre le
la Mere en fon propre nom?
La Dile. B... avoit eu des liaifone avec le
Sieur D... Elle avoit fuccombé ; elle étoit devenue
Mere. Le fieur D... dénia la paternité ;
elle eut recours aux Tribunaux , & préfenta
requête au Siege royal de... le 29 Septembre
1780 , tendante à ce qu'il fût condamné , 1 ° .d
Lui payer une fomme de 1200 florins , tant à titre de
defloration , que de frais de couches ; 2 °. de fe shar(
142 )
par
ger de l'enfant , en payant fa penfion depuissa naif-
Jance , &c Sot que l'Enquête des faits de
bonne conduite & de familiarité ait été mal dirigée
, foit que les Juges aient erré , la Dlle. B...
fut déboutée de fes fins & conclufions par Sentence
du 20 Décembre 1782. Enfuite fous la
qualité de Tutrice de fon enfant , elle préfenta
une nouvelle Requête au méme Siege , le 24
Mars 1783 , afin d'obtenir pour fon enfant
une penfion annuelle de 600 florins ; mais le
fieur D ... ne manqua pas d'oppoſer à cette demande
la Sentence du 20 Décembre 1782 , 2&
il voulut en faire réfulter une fin de non recevoir.
Par autre Sentence du 12 Juillet 1783 , il
fut déclaré non-fondé dans la fin de non recevoir
lui proptfée , & il fut ordonné qu'il comtefteroit
au principal Appel au Parlement. La con-
" teflation y devient intéreffante par fon objet &
par la maniere dont elle fut traitée . Voici de
quelle maniere le Défenfeur de la Dile: B ...
préfenta la Caufe , ---- « Lorſqu'une fille soft.
laiffée féduire ; lorfqu'abufée par des promef
fe trompeufes , & fi l'on veut , lorfqulentraînée
par cette impulfion fympathique que ,
» la nature a voulu employer pour rapprocher
» les êtres & concourir à fes vues ; lorfqu'enfin ,
quel que foit le motiffecret qui l'égare, une fille
» a perdu cette fleur précieuſe , le plus bel orne-
» ment de fon fexe , quels font le : effe: s qui
dans l'ordre judiciaire doivent réfulter de fa
- foibleffe ? C'eſt d'un côté la réparation du
dommage caufé par la défloration ; c'eft de
Pautre , la fubfifiance due au fruit de fon
» égarement, Ces deux objets font indépendans
> l'un de l'autre . La Mere peut abandonner fon
action , fans que pour cela l'enfant puifle être
privé de la fienne ; elle peut , dans la theſe
පා
( 143 )
">
» générale , être indigne de la réparation qu'elle
follicite , & Penfant ne point perdre le droit
qui lui eft acquis par la nature : elle peut négliger
fa preuve ; les Juges peuvent fe trom-
» per , rejeter la demande , fans que pour cela
l'enfant en foir la vittime . Son droit plus facré
n'el jamais confondu avec celui de la Mere ;
& fi quelq efois le Juge balance avec févérité
les préten.ions de l'une ; fi , rebuté par des
réclamations devenues peut - être trop fréquen
» t« , il n'accorde qu'avec une forte de regret ,
les dommages intérêts qu'elle follicite, toujours
il accueille la priere de l'innocent qui lui demande
du pain. Si les tentatives de la Mere
» ont été vaines pour elle , il ouvre à cet inno-
» cent la carriere que lui feul doit fuivre pour
» atteindre la preuve qu'il veut entreprendre.
Si une femme voluptueufe , après avoir couru
elle-même au - devant du plaifir , pénétroit
» dans le temple de la Juftice pour y demander
» des dommages- intérêts , fa demande , dirat-
on , feroit tout de tuite rejetée ; mais fi fon
enfant , guidé par la juftice , l'innocence &
ɔ la miſere , venoit à fon tour implorer le fe-
» cours des Lox ; profterné aux pieds de fes
Juges , il leur diroit : Je dois l'existence à un
penchant que vous avez condamné dans ma
Mere ; vous l'avez éconduite de ce Sanctuaire
, parce que vous l'avez jugée repréhensible:
tout m'infpire à cet égard un filence refpectueux.....
Mais moi je n'y ai pas commis de
faute .... Rejetterez-vous mes plaintes ? Je fuis
dans l'indigence ; je n'ai d'autre reffource pour
m'en délivrer que de réclamer mon pere ; j'ai
pour m'en faire reconnoître , les moyens que
» les Loix ex gent ; ne me fermez pas la voix
→ qui peut rendre ces moyens authentiques ! Pour-
>>
20
30:416 A
1.17:
( 144
)
» roit- on répondre à cet enfant Votre Mere d
fuccombé dins fa demande , vous n'êtes pas rece-
» vable dans la vôtre. Non”, fans doute ; la caule
de fa Mere n'eft pas la fienne . 11 feroit admis
fà faire la preuve qui le concerne ; & cette
preuve faite , les Juges s'emprefferoient à lui
» allurer les droits par lui réclamés .
>>
Si une
fille honnête , mais victime de la féduction
» entraînée par la mifere , ofoit demander à la
» Juftice la réparation due à fa crédulité trompée
, fa demande fero t auffi tôt accueillie ;
» mais fi , dans le cours de l'instruction , cette
fille indigente ne pouvoit raffembler 1's preu-
>> ves exiftan: es de fon malheur ; fi enfin fa caufe
mal-inftruite , elle étoit déboutée de fes conclufions
, fon enfant feroit il pour cela dépouillé
du droit d'intenter l'action qui lei eft fpécia
lement a cordée ? Ne pourroit-il pas dire à fes
Juges : Ma Mere a fuccombé , parce que la
légitimité de fa demande n'a pas été mife dans
tout fon jour ; ce qu'on n'a point fait pour
elle , on le fera pour moi je ferai mieux de-
" fendu , & j'obtiendrai de votre juftice , ce que
و ر
در
*Y
cette même juftice vous a confiraints de refu-
5 fer à ma Mere ? Oui , fans doute , il le
»pourroit , & fa demande feroit accueillie , parce
que deux actions , quoiqu'émanées du même
fait , font indépendantes l'une de l'autre , &
ne peuvent s'entre détruire . Numquam actiones
de eadem re concurrentes , alia aliam confumit.
Par Arrêt rendu le 9 Janvier 1786 ,
Sentence du 12 Juillet a été confirmée ; & fur la
revifion intentée par le fieur de.... , Arrêt le 12
Mai 17863 toutes les Chambres affemblées , qui
déclare qu'erreur n'eft point intervenue en celui
du 9 Janvier précédent.
+
ta
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE..
DE HAMBOURG , le 11 Octobre.
I'Impératrice de Ruffie , a nommé le
Comte de Besborodkin à la place de
Maitre de fa Maifon & de fa Cour. Cette
charge eft immédiatement au- deffous de
celle de Grand-Maître de la Cour. S. M. I.
a encore diftribué différentes grâces à la famille
du Prince Potemkin , & une gratification
de 100 mille roubles au Prince Vafemskoy.
Le Prince de Heffenftein , Gouverneur
de la Pomeranie Suédoife , continue avec
une attention fuivie à améliorer toutes les
parties de l'adminiftration de cette Province
, & à en augmenter l'induftrie & la
population. Non feulement les revenus
royaux ont été prefque doublés ; mais on a
encore effectué plufieurs établiffemens utiles
fans rien ajouter aux charges publiques.
N°. 43 , 28 Octobre 1786. g
·
( 146 )
Cette Province eft aujourd hui en état de
fe foutenir feule ; & elle n'a plus be on
d'aucuns fecours de la Suede. Le crédit y
eft établi : on trouve de l'argent à 4 pr. 100 ,
en donnant des sûretés fuffifantes ; les Manufactures
, & fur tout celles de lainerie &
toile commencent à fe relever : depuis que
les corvées ont été modérées , & que les
grandes fermes domaniales ont été divifées
& données en emphyteofes , l'agriculture a
tait des progrès . La population s'accroît
également en 1782 on comptoit dans cette
province 101,584 habitans , & en 1785
103,345 , fans le Militaire.
Il eft arrivé le mois dernier à Pétersbourg
un Courier de Conftantinople , avec des dépêches
dont le contenu paroît être de la plus
grande importance , puifqu'immédiatement
après il a été tenu plufieurs Confeils , à l'iffue
defquels l'on a expédié un Courier pour
Vienne & un autre pour Conftantinople. On
dit dans le Public que la Porte Ottomane fe
refufe abfolument aux prétentions de la Cour
de Ruffie .
Le Général d'Artillerie de Muller a reçu
ordre de faire un voyage à Narva , Revel ,
Pernau , Riga , Plelcow , Smolensko & Polotz
, pour y examiner l'état des magaſins &
les arfenaux.
Le Docteur Bufching préfente en ces termes
dans foa Journal hebdomadaire l'état
de l'lflande.
Cette ifle eft fituée entre les 18e & 27e degrés
( 147 )
de longitude occidentale du Méridien de Paris
s'étend au nord un peu au- delà de 3 dégrés & demi,
depuis le63e . degré de latitude . Sa furface renferme
1400 milles carrés d'Allemagne ; par conf
quent , elle excede de 320 milles celte du Dane→
marck & deHolftein ; mais la partie habitée de cette
ifle peut être eftimée tout au plus à 450 milles carrés.
En 1783 , la population mon oit à 47,287 habitans;
ce qui donne 105 individus pour chaque mille
carré habité . Dans le rie . fiecle,la population d'If
lande montoit à plus de 100,000 habitans & le
nombre s'étoit même accrâ par la fuite ; mais des -
mala lies peftilentielles détruifirent , dans le 15e.
fiecle au delà des deux tiers des habitans & des
beftiaux. En 1704 , on compta dans cette Ifle
7,537 familles ou 50,444 habitans ; mais les maladies
qui y ont régné dans les années 1707,1758 ,
1750 & 1758 , en ont emporté plufieurs milliers .
Cependant , malgré cette nouvelle perte , la population
, en 1769, s'eft trouvée de 46,201 ames ,
& elle est allée en augmentant juſqu'en 1783 ,
époque de dégats horribles & d'une nouvelle mor
talité, occafionnées par des éruptions volcaniques.
Il n'y a ni villes , ni villages dans cette Ifle ;
on n'y voit que des fermes & des habitations ifo
lées. En 1760 , on avoit compté 6,674 fermes habitées
& 2,906 délaiffées. Au commencement dé
1783, le nombre des têtes à corne étoit de 21,457
& celui des moutons , de 232,731 ; mais les bêtes
à corne font diminuées jufqu'à 9,996 , & on ne
compte plus actuellement que 42,343 moutons.
Les impofitions de cette Ifle montent , évaluées
en argent , à 48,341 rixdalers , argent de
Danemarck ; les domaines royaux rapportent aux
Fermiers 5,201 rixdalers ; le Roi en reçoit 2,352 .
Le monopole du commerce de cette Ille
eft caufe en partie de la mifère qui y regne . Des
g 2
( 148 )
perfonnes éclairées l'ont dit depuis long- temps
mais leurs voeux en faveur de cette Ifle malbeureufe
n'ont été exaucés que cette année ; le Roi
ayant rendu libre le commerce de ce pays à tous
les fujets par l'Edit du 18 Août dernier,
DE BERLIN , le 9 Octobre.
Le 2 de ce mois le Roi a reçu avec les
cérémonies ufitées la preſtation de foi &
hommage de cette Capitale , & de toute la
Marche Electorale repréfentée par ſes Deputés
. Le lendemain , S. M. accompagnée
du Lieutenant Général Comte de Goertz
s'eft miſe en route pour Breslau , où le Duhé
de Siléfie rendra foi & hommage.
Il fe répand qu'après le retour du Roi , le
Duc regnant de Brunſwick fera nommé
Feldt -Maréchal , & que le Duc Frédéric
de Brunfwick , ainfi que les Lieutenans-
Généraux de Wurms & de Mollendorf pafferont
aux grades de Généraux d'Infanterie.
Le Comte de Hertzberg , Miniftre d'Etat
& du Cabinet , a reçu , aut nom du Roi , le 25
Septembre , à Stettin , les foi & hommages
des Etats & Sujets de la Poméranie & des
pays de I auenbourg & de Butow , & le 27 à
Cuftrin , ceux de la Nouvelle - Marche..
а
Le Roi a nommé le Comte de Donhof ,
Miniflre Privé d'Eat & de Guerre au dépar
tement de la Pruffe Orientale . S. M. a
décoré le Lieutenant Général de Platen du
grand Ordre de l'Aigle Noir,
( 149 )
Toutes les affignations pécuniaires du feut
Roi pour divers objets d'amélioration dans
les Provinces , ont été confirmées par le nou
veau Monarque.
S. M. a ordonné quelques changemens
dans les fortifications de la nouvelle fortereffe
de Graudenz , & a affigné pour la con
tinuation des travaux la fomme de 700,000
rixdahlers.
DE VIENNE , le 9 Octobre.
L'Empereur eft attendu ici dans peu de
jours. A la fin du mois dernier , il fe trouvoit
à Pieff avec le Général Pel'egrini , Chef
du Corps du Génie , & Directeur général
des fortifications , & les Feldt Maréchaux
Lafcy & Laudoin. En fe rendant de Tharas
à Hlaupietin , S. M. a fait tracer auprès d'Iglau
en Moravie un camp de 80 mille hom
mes. On préfume que ce camp fera raffemblé
dans le cours de l'été pròchan , & les
nouvellites y amenent d'avance le Roi de
Pruffe , l'Impératrice de Ruffie , le Roi & la
Reine des deux Siciles ; il fe pourroit même
que le Grand - Seigneur y affiftât incognito.
Cefjour de l'Imperatrice de Ruffie & du Roi
de Pruffe au camp d'Iglau ne fera au refte
que le délaffement d'une autre courfe ; car
les Gazetiers affirment férieufement que ces
deux têtes couronnées , ainfi que l'Empereur,
arriveront au Camp à leur retourde Cherfon ,
où l'Impératrice fe fera inftaller Reine de
Tauride.
8 3
( 150 )
Le Confeiller Ceilo , dont nous avons
parlé , a été condamné à être pendu ;
mais la fentence n'eft pas encore exécutée ,
& l'on foupçonne que l'Empereut la com
muera.
=
Les dépêches , apportées ici par un Cou
sier de Pétersbourg , ont été envoy es fur le
champ à S. M. Imp. L'Ambaitadeur de
Ruffie a eu à cette occafion une longue conférence
avec le Chancelier d'Etat Prince de
Kaunitz.
DE FRANCFORT , le 18 Octobre.
L'Auteur Allemand qui traire du régime
de l'Ordre Teutonique continue en ces
termes :
·
Le Gouvernement de cet Ordre , dont les
Membres & les poffeffions font difperfés dans
toute l'Allemagne , reffe mb'e infiniment à celui
de l'Empire Germanique. On peut mettre en
parallèle le Grand- Maître avec le Chef de l'Empire
, les Commandeurs & Chevaliers avec les
Princes & Etats d'Allemagne , le Chapitre Général
avec la Diéte , telle qu'elle fe tenoit anciennement
, & les Chapitres Provinciaux avec les
Affemblées des Cercles de l'Empire . Le pouvoir
du Grand - Maître eft limité ; il ne peut agr en
Souverain que dans le Domaine affecté à la dis
gnité. La résidence du Grand - Maître eft à Mergentheim
, où fiégent fon Lieutenant ou Stadthal
ier ; ua Tribunal de Juftice & ure Chambre des
Finances. Le Lieutenant & ces deux Chambres
dépendert abfolument du Grand- Maître , & il
n'eft permis à aucun Membre de l'Ordre de fe
( 151 )
.
gne ,
meler des affaires qui concernent leur adminiftration.
Le Grand Maitre prend fon rang parmi les
Princes d'Allemagne , immédiatement après le
Prince-Evêque de Salzbourg , Primat d'Allema-
& il a voix & féance à la Diéte & aux
Affemblées du Cercle de Franconie. Autrefois
, cet Ordre choififfoit toujours fon Chef parmi
fes Membres ; mais depuis qu'il eft déchu de fa
premiere grandeur , & qu'il a perdu un grand
nombre de fes poffeffions ? on a eu foin d'élire
pour Chef un Prince d'une grande Mailon , qui
par fa naiffance & fes propres revenus puille
foutenir certe dignité éminente. Qué ques
Ecrivains ont porté les revenus annuels du Grand-
Maître à la fomme de 400,000 florins ; mais ce
ca'cul eft exagéré. On ne peut les évaluer , y
compris même le produit du Domine de la
Grande - Maitrife , qu'à 80,000 florins , & tole
au plus à 100,000 , en y comprenant quelques autres
petits revenus arbitraires ,
Quelques papiers publics viennent de rapporter
le trait fuivant , qui n'eft pas de fraîche
date , attribué au dernier Roi de Pruffe.
Un Lieutenant Colonel Pruffien , réformé à la
fin de la guerre de 1756 , ne ceffoit de fo liciter le
Roi pour fon remplacement ; il devint fi importun
, que S. M. défendit qu'on le laifsât approcher
d'elle. Il parut un libelle contre le Monarque. Tel
indulgent que fût le grand Frédéric à cet égard ,
l'audace de l'Ecrivain l'offenfa au point qu'il promit
50 frédérics d'or à celui qui le dénonceroit ;
le Lieutenant- Colonel fe fait annoncer au Roi ,
comme ayant un rapport intéreffant à lui faire . II
eft admis. Sire , vous avez promis 50 frédérics
d'or à celui qui déclareroit l'auteur d'un tel libelle:
« C'est moi . J'apporte ma téte à vos pieds ;
g4
( 152 ) .
mais tenez votre parole Royale , & pendant que
vous punirez le coupable , envoyez à ma pauvre
femme & à mes malheureux enfans la récompenſe
promife au dénonciateur ... » Le Roi connoifit
deja l'auteur du libelle ; il lut frappé de l'extrêmité
à laquelle le befoin portoit un Officier eftimable
d'ailleurs. N'importe , il avoucit coupable.
Rendez - vous fur le champ à Spandau , & attendez
Tous les verroux de cette fortereffe leseffets du jufte
courroux de votre Souverain . Jobéis , Sire ;
mais les so frédérics d'or ? ... dans deux heures ,
votre femme les recevra . Prenez ce te lettre , &
remettez- la au Commandant de Spandau , qui ne
doit l'ouvrir qu'après le diner. Le Lieutenant- Co-
Jonel arrive au terrible château qui lui étoit aligné
pour demeure , & s'y déclare prifonnier. Au
deffert, le Commandant ouvre la lettre ; elle contenoit
ces mots : « Je donne le commandement
de Spandau au porteur de cet ordre. Il verra bientôt
arriver fi femme & fes enfans avec les 50 frédérics
d'or. Le Commandant actuel de Spandau
ira à B... en la même qualité . Je lui accorde
cet avancement en récompenfe de fes fervices .
FRÉDÉRIC. »
On écrit de Liége qu'il y regne une fermentation
qui peut avoir des fuites tâcheufes
, fi on ne parvient pas à concilier les
efprits . Le peuple réclame fes anciens priviléges
& prétend que d'après les loix fondamentales
, l'exercice du pouvoir législatif
n'appartient pas exclufivement au Prince ;
mais que les Etats doivent être confultés fur
ce point. Le Prince Evêque a convoqué à ce
fujet un Chapitre général , dans lequel on a
arrêté de nommer des Commiffaires pour
examiner les prétentions du peuple .
( 153 )
ITALI E;
DE VENISE , le 30 Septembre.
Un Député d'Alger s'eft préfenté ces
jours derniers au Confeil des Cinq Sages du
Commerce , pour réclamer de la République
la reftitution d'une Saïque , prife dans les
eaux de Tunis par l'Amiral Emo , & qu'il
prétend être une propriété Algérienne , de la
valeur plus qu'ufuraire de cinq mille fequins.
Ce Député demande en outre , de la part de
fa Régence , une augmentation des préfens
ftipules par les Traités . Le Sénat paroît trèsdécidé
à refufer cette infolente réquifition .
L'un des Membres da Gouvernement fit
même derniérement la propofition de fecouer
le joug humiliant impofé à la République
par les divers Traités de paix conclus
avec les Puiffances Barbarefques . Il s'attacha
à prouver que les fommes employées en préfens
à ces Régences , fufhiroient à l'entretien
des forces navales , néceffaires à la protection
du commerce, de la République. Le Sénat
n'a encore pris aucun arrêté fur cet avis ;
il s'eft contenté de charger un de fes Membres
de lui préfentet l'état des dépenfes annuelles
qu'exige la confervation de la paix
avec ces Régences.
DE ROME , le 27 Septembre.
La nouvelle de la fignature du Traité
8 S
( 154 )
1
conclu entre le Saint - Siége & la Cour de
Naples fe foutient. L'on prétend que Mgr.
Galeppi reftera à Naples avec le titre, de
Légat , mais que cette dignité fera dépouillée
des prérogatives juridiques qui y étoient attachées.
L'on affure auffi que le Cardinal
Spinelli fera nommé Miniftre de la Cour
de Naples auprès du Saint Siége .
On mande de Naples l'hiftorie te fuivante
qui faifoit le fujet de toutes les converfat'ons.
Un Médecin de Naples très - connu , ordorna
dernierement à l'un de fes gens de fe trouver
à telle heure avec tous fes camarades , parce
qu'il avoir quelque chofe à leur communiquer .
Les ordres furent exécutés fur le champ ils
intriguerent beaucoup les domeftiques . L'idée
d'une expulfion générale fe préfepta naturellement
à eux. Enfin s'étant rendus chez leur Maître
à l'heure indiquée , ils le trouverent étendu fur
un canapé. Les voyant tous réunis , il leur adreſſa
ces paroles « fach z , mes amis , que demain
fur les dix heures , j'éprouverai un accident auquel
je ne furvivrai point ; voici men teftament,
Je n'ai point oublié , en le faifant , la récompenfe
due à vos eles fervices » . Il leur fit
figne alors de fe retirer . Les domeftiques crurent
que leur M.ître avoit voulu s'égayer à leurs
dépens . Vers le feir , il fe fit apporter de l'eau
chaude pour fe laver les pieds , & il leur dit à
cette occafion : « ne croyez pas que je fois occupé
en ce moment à chercher des moyens propris
à me fouftraire à la mort dont je fuis menacé.
Je veux feulement me mettre en état de recevoir
l'Extrême-Onation qui me fera adminiftrée ce
( 155 )
foir lur les dix heures , ce qui eut lieu en effet.
L'heure étant . venne où il devoit reffentit une
attaque qui devoit terminer les jours , il
comba comme il l'avoit prédit.
Y
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 13 Octobre .
fuc-
Le Chancelier de l'Echiquier a annoncé
la fignature du Traité de Commerce entre la
Grande-Bretagne & la France , par une lettre
circulaire aux principales Villes man factu
rières des différens Comtés. En général , il
paroît avoir en fa faveur jufqu'ici l'opinion
publique le Corps très nombreux & trèspuiffant
du commerce, & des Fabriquans s'en
promet trop de fuccès pour ne pas feconder
de toutes fes forces le Miniftere, contre l'oppofition
qu'il pourra rencontrer a1 Parlement.
» Notre Commerce s'accroît fans ceffe , die
un de nos Papiers du matin , & fe maintiendra
probablement dans le degré de fupériorité qu'il
s'eft acquis. Ceux qui ont cru que la feparation
des Etats - Unis de l'Amérique & de la Mère-
Patrie porteroit un coup funefte à fa profpérité
fe font bien groffièrement trompés ; la preuve
en eft evidente par rapport au Commerce . Depu s
fept ans il n'avoit pas été auffi florillant avec
ces Provinces qu'il l'eft actuellement . Le nombre
des vaiffeaux Anglois qui fréquentent les Côtes
de l'Amérique- Unis , de 652 qu'il étoit ci- devar t
eft porté aujourd'hui à 762 , & emploie 4 mille
matelots. Les remifes en efpèces faites du même
g 6
( 156 )
·
pays depuis la paix de 1783 jufqu'à la mi-année
1786 , montent à 1,260,000 liv . ft . Il est même
encore arrivé depuis peu un navire de Boſton ,
dont la valeur n'eft pas au deffous de 20 mille
liv. ft. témoignage frappant qui démontre que
ces mêmes Botoniens , fi aigris contre nous ,
cherchent à renouveller leurs anciennes liaifons
de Commerce .
La prote&ion dont notre Gouvernement gratifie
de plus en plus la Compagnie des Indes
l'a aufli fait revivre ; elle reprend infenfiblement
fon ancienne fplendeur ; on pourroit même ajouter
qu'elle eft plus brillante que jamais ; car elle
occupe maintenant 7 mille måtelors , & 70 à 80
navires , faifant plus de 63000 tonneaux , ce qui
eft un cinquième de plus que de coutume . Suivant
les apparences , l'on croit même qu'elle employera
l'année prochaine jufqu'à 100 navires ,
qui feront une pépiniére de 10 mille matelots.
Les revenus de la Compagnie au Bengale font
de quarante millions & demi , & få dette ci devant
de 10 millions , vient d'être réduite à 9 ; encore
efpere t on avant la fin de l'année pouvoir en
amortir une partie p'us confidérable .
>
La pêche du hareng fur les côtes du Nord-
Oueft de Pirlande , a été , pendant cette faiſon ,
extraordinairement riche ; elle a occupé dix mille
mate'os , & le produit de ce qui en a été exporté
à l'étranger , a été de cent cinquante
mille tonneaux en nature. Il a été équipé dans
les divers Ports de ce Royaume , deux cents navires
pour la pêche de la baleine en Groenlande.
Infenfib lement notre Marine fe repeuple ,
& chaque jour s'accroît en vaiffeaux neufs.
Les nombreufes conftructions ordonnées
depuis la paix font la plupart achevées. Le
( 157 )
-Bellerophon , de 74 canons , a été lancé le 7 ,
du chantier particulier de Frinsbury , dans
la rivière de Medway. On a renvoyé de lancer
au printems prochain le Prince , de 90
canons , entiérement conftruit à Woolwich.
Le Coloffus , de 74 canons , & l'Excellent
de 74 , ont été mis à flot , le même jour
que le Bellerophon ; le premier à Gravelend ,
& le fecond à Harwich.
"
L'un de nos Journaux a publié récemment
les remarques fuivantes fur les divers perfectionnemens
de la pompe à vapeur , due
à la fagacité & au génie de MM . Watt &
Bolton. Ces ingénieux Méchaniciens ne font
pas les feals Anglois qui fe foient occupés
de varier les forces & les applications de
ces pompes , comme on le verra par la notice
dont nous allons préfenter la fubftance.
La découverte la plus précieufe peut - être qui
ait été faite dans la Méchanique depuis la premie
e invention de la machine à vapeur , eft
l'application que l'on en a faite pour produire
un mouvement de rotation . On peut la regarder
avec raifon comme la découverte d'une nouvelle
puiffance motrice , dont on peut tirer un
parti très -avantageux pour les moulins & pour
toutes les machines d'un grand poids . A Carron
en Ecoffe & dans d'autres endroits , on s'en
fert depuis long- tems pour élever l'eau néceffaire
au fervice de ces machines ; mais c'eſt
l'eau qui , à Carron , eft la puiffance motrice .
La méthode au moyen de laquelle l'on convertit
le mouvement perpendiculaire d'une machine
lequel fe fait alternativemeut de haut en bas &
>
( 158 )
de bas en haut , en un mouvement circulaire ,
uniforme & égal . eût d'une date très - récente.
Il s'opere au moyen d'un levier qui fe meut
en fens contraire , & qui , fixé à l'extrémité de
la feche , agit für le cran d'un balancier de
fer , dont le poids regle le mouvement & le contient
, lorfque le levier fe trouve dans ces deux
points du cercle où il ne peut plus agir fur.
le cran.
Pour rendre ceci plus intelligible au Lecteur,
qu'il fe rappelle le méchanifme de la roue d'un
tour à tourner : cette roue eft mife en mouvement
de la même maniere au moyen de la preffion
du pied de l'Ouvrier , à la difference feulement
que le levier de la machine agit fur le
balancier dans fon mouvement d'afcenfion d'un
côté , ainfi que dans fa defcente de l'autre côté.
Il eft clair que cette maniere d'appliquer la
puiffance de la machine feroit préférable à l'autre
, ne fût - ce qu'à raifon de fa plus grande
fimplicité ; mais on fentira combien elle lui eft
fupérieure dans fes effets , fi l'on obferve qu'aucune
machine hydraulique n'élève au- delà des
deux tiers de l'eau néceffaire pour la mettre
en mouvement à la même hauteur que celle d'où .
cette eau tombe. En s'en tenant à la premiere.
méthode , on perd donc un tiers de la puif
fance par le frottement des pompes , tandis qu'en
adoptant la feconde , cette puiflence agit fans
aucune diminution fur le balancier .
C'est d'après ce nouveau principe que les
moulins fameux connus fous le nom d'Albion-
Mill's ont été conftruits fous la dire &ion de
MM. Watt & Belton de Birningham. Les propriétaires
ont interdit aux étrangers l'accès de
ces moulins.
On ne croit pas que ces Artiftes aient fait
( 159 )
des changemens effentiels à la conftruction des
moulins a moudre le grain , ni qu'ils aient bezus
coup fimp'ifiéJ'ufage de ces machines; des Lettres
Patentes leur affurant le privilege exclufif de
faire l'application du principe & du méchaniſme
de leur puiflance motrice , leurs précautions dans
ce cas étoient fuperflues ; fi au contraire ils ont
eſpéré s'en réſerver la jouiffance exclufive en les
tenant cachés aux yeux des étrangers , ils ont
été déçus dans leur attente. 3
M. Cameron de Green Dragon-Wharf a perfectionné
non feulement la machine à feu , mais
auffi la maniere de
communiquer le mouvement
au balancier. Nous avons vu un moulin de fon
invention à Batterfea , deſtiné à faire tourner
un moulin à huile appartenant à M. Barrow .
Quoique cette machine ne foit pas , à beaucoup
près , auffi étonnante que le font les mouling,
d'Albion Mills nous ne craignons pas d'avancer
qu'on n'en a jamais conftruit de cette efpece ,
plus fimple , plus folide & plus parfaite. La chaudire
, le cylindre & toutes les pieces qui en
dépendent font difpofées de la mauiere la plus
commode ; les affemblages font fi parfaits , qu'il
ne le fait pas la moindre perte de vapeur L'ap
pareil pour ouvrir & fermer les foupapes et
extrêmement fimple & ingénieux. L'Auteur a
imaginé un moyen pour accélérer ou ralentir
la ma hine fans augmenter · ou
diminuer
l'action du feu. Le ferrice de ce te machine
D'exige que la préfence d'un feul Ouvrier. Le
cylindre eft conftruit fur un plan très - différent
de celui de M. Watt ; l'eau obtenue par le moyen
de la vapeur condenſée le porte à la partie fu
périeure. Les coups de piston font courts & rapides
: le balancier autant que nous avons pu
en juger en le voyant en mouvement , a en
,
( 160 )
viron quatorze pieds de diametre , & il accomplit
vingt neuf ou trente révolutions en une minute.
Cette machine fait agir deux cylindres
d'acier deſtinés à broyer , & quatre pierres qui
fervent à triturer la graine de lin : on y a adapté
en outre des pilons , des cribles , & c. Elle confume
depuis un & demi jufqu'à deux boiffeaux
de charbon par heure .
M. Cameron eft actuellement employé à conftruire
une machine de cette eſpèce près de Newcastle
, pour tirer le charbon des mines. Des
machines à vapeur devroient naturellement être
préférées pour cet objet , attendu que la principale
dépenfe de ces machines roule fur la confommation
des matieres propres au chauffage .
On doit obferver ici que plufieurs gens de l'art
s'occupent en ce moment de la recherche d'un
moyen , pour produire un mouvement circulaire
immédiatement par l'action de fa vapeur.
Cette découverte intéreffe particuliérement
ceux qui ont des plantations dans nos îles de
P'Amérique. En général elles ont peu de ruiffeaux ;
d'ailleurs pendant la faifon où l'on fabrique les
fucres , il ne fait que peu de vent , & dans les
bonnes années , la récolte fournit plus de cannes
qu'on n'en peut manufacturer , vu le manque de
moulins. Il ne fe préfente que deux objections
contre l'ufage des machines à feu aux Iles ; favoir ,
la rareté des matieres pour le chauffage , & le
défaut d'ouvriers propres à les tenir en bon état .
Il eft difficile , j'en conviens , de répondre à ces
objections. Quant à l'obftacle que préfente la premiere
, on pourroit le vaincre ou au moins le diminuer
; mais celui qui fait naître la feconde objection
, ne difparoîtra qu'avec l'abominable fyf
tême de l'esclavage.
( 161 )
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIque .
Du 18 Août 1786-
Les Etats -Unis , affemblées en Congrès ,
ont pris les arrêtés fuivans , dans leur Séance.
du 14 Juin.
·CC Que le Congrès confidere la Confédération
comme un pacte entre les différens Etats , pour
leur avantage mutuel.
» Que l'Union , fous l'autorité de ce pate , a
droit de demander à chaque Etat , les impofitions
dont il eft redevable , & qui font énoncées par les
articles dudit pacte.
Que la premiere réclamation du tout fur fes
parties , eft que l'on effectue la formation de la
Souveraineté , attendu que cette circonstance eft
effentielle à l'exécution des objets de la Confédération,
ככ
Que les Etats ont le droit de nommer leurs
Délégués fujets aux qualifications du cinquieme
article de la Confédération , ainfi qu'ils le jugent
à propos.
ככ
Que cette nomination étant faite , conformé
ment à la Confédération , il eft du devoir des Etats
d'envoyer , dans le tems convenable , leurs Délégués
au Congrès , & que l'Etat qui négli
geroit de fe mettre en régle fur cet objet ,
deviendroit refponfable à l'Union des délais &
des maux que pourroit caufer cette négligence «.
Ces Arrêtés étoient dirigés contre plufieurs
Etats qui ont négligé de fe faire
repréfenter dans le Congrès. Mais depuis
qu'ils ont été paffés , tous les Etats ont
( 162 )
envoyé leurs Députés ; & en conféquence,,
la grande affaire de finance , pour laquelle
on n'attendoit que la repréfentation complette
, a été terminée le 2 Août. Ce jour ,
les Etats Unis , affemblés en Congrès , ont
arrêté , qu'afin de pourvoir au fervice de la
préfente année, à un paiement d'intérêt & de
deux rembourfemens de capitaux fur les em ·
prunts de la France & de la Hollande , payables
au commencement de l'année prochaine,
& au paiement de l'intérêt d'une année fur la
dette domeftique , il étoit néceſſaire qu'il fût
verfé dans le tréfor public une fomme de
3 millions fept cens loixante-dix- fept mille
foixante deux piaftres 42 90me, avant le 1er.
Janvier prochain , pour être appliquée , ainfi
qu'il fuit:
Pour le Département Civil...
Contingences.
Militaire . ....
Piafires
.169,352 86
·168,274 so ·
94,294 65
Affaires concernant les Sauvages ..... 6,000
Pour le département du Géographe ... 8,953.
Dette étrangere ; favoir :
Pour le payement
de l'inérêt
de cette année fur
les emprunts de la
France & de la Piafires
Hollande ,
Pour le paye .
ment du principal
& intérêts dûs en
317,985 10
( 163 )
1787 , auxquels il
faut pourvoir cette
année ,
Balance due fur
l'emprunt de l'E(-
pagne ....
Pour l'intérêt
1,392,059 17 1,723,626 47
2,396 55
d'une année dû aux
Officiers étran
gers ... 11,185 55.
Dette domeftique , intérêt
d'une année 1,606.560 6$
Total .. 3,777,062 43
Sur laquelle fomme la quote - part de chaque
Etat fra ainfi qu'il fuit :
New Hampshire
Maffachuffet .
En papier En efpěces.
56.452 ....... 76,268
240,370. .324,746
Connecticut
Rhode Island .34,613..
142,474
New-Yorck .
New- Jersey
•
137,434
.89,279 .. •
Penfylvanie .
Delaware
Maryland
Virginie ..
•
Caroline du Nord .
Caroline du Sud .
Géorgie ...
•
·
219,765..
24,037
151,570.
274,767
.116,749 .
103,105
་
46,764
.191,135
185,567
120,619
296,908
·
32,475
.206,775
· •
371136
157-732
... • 139,017
..17,167 .... 23,288
En papier..
En efpeces.....
.1,606,632 .
..2,170,430
Total...Piaftres .. 3,777,062
2,170,430
Il eft à defirer que chacun des Etats veuille
( 164 )
fe conformer ponctuellement à cette réquifition
.
La grande affaire de la formation de nouveaux
Etats , admis à la Confédération générale , a été
enfin terminée dans la féance du Congrés , du
Juillet dernier. Après differentes motions fur
cet objet , les Etats - Unis ont pris l'arreté fuivant
:
כ כ
« Il fera recommandé à la Légiflature de Virginie
, de prendre en confidération fon acte de
ceffion , & d'y faire les changemens néceffaires
pour autorifer les Etats - Unis affemblés en
Congrès, à partager le territoire des Etats-
» Unis , fitué au Nord & à l'Oneſt du fleuge
Ohio , en Etats Républicains diftincts , qui ne
» pourront être plus de cinq ni moins de trois ,
» fuivant ce qui pourra être requis par la fituation
des Pairs & par les circonftances futures . Ces
Etats deviendront par la fuite membres de l'Union
fédératrice , & ils auront les mêmes droits
de Souveraineté , liberté & indépendance que
les Etats primitifs , conformément à l'arrêté du
Congrés , du 10 octobre 1780. «
Les défordres & les troubles que l'émilfion
du Papier-monnoie a occafionné dans
l'Etat de Rhode Island , augmentent tous
les jours , & deviennent de plus en plus alarmants.
Le commerce & les affaires font interrompus
, & , ce qu'il y a de plus extraordinaire
, la Loi pénale qui avoit été donnée en
dernier lieu , eft journellement tranfgreffée.
Un grand nombre de riches Négocians ,
établis dans l'Etat de Rhode Island , fe difpofent
à tranfporter ailleurs leur commerce.
Cette émigration n'a d'autre caule que le
( 165 )
Papier monnole & l'état précaire où il met
toutes les fortunes. MM. Jones & Halfey ,
dont les maifons étoient connues à la Providence
par les grandes affaires qui s'y faifoient
, en font déja partis avec leurs effets..
L'un eft allé à Bofton, & l'autre à Darmouth,
dans l'Etat de Maffachuffett..
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 18 Octobre.
Le Marquis de Pons , Ambaffadeur du
Roi près Sa Majesté le Roi de Suède , de
retour par congé , a eu , à fon arrivée icile
14 de ce mois , l'honneur d'être préfenté à
Sa Majesté par le Comte de Vergennes
Chef du Confeil royal des Finances , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangères.
DE PARIS , le 23 Octobre.
Les articles principaux du Traité de
Commerce entre la France & la Grande-
Bretagne font aujourd'hui affez authentiquement
connus pour être rapportés : en voici
la fubftance.
I. Les divers Articles du traité de commerce
d'Utrecht , concernant le détail des Privilèges
& Réglemens Mercantiles , font révifés & con
firmés.
II . Tous les Articles non fpécifiés au Tarif,
( 166 )
qui fait partie du Traité , feront importés réciproquement
aux conditions de la Nation la plus
favorifée.
III. Les divers Articles , mentionnés ci - après
comme étant couchés fur le Tarif, pourront être
importés aux taux fuivans :
Les vins de France , au lieu de 96 liv . fterl .
ne payeront plus par tonneau , pour tous droits ,
que ceux auxquels font aflujeitis actuellement
les vins de Portugal , favoir , 40 liv. fterl.
Les mêmes vins importés en Irlande payeront
30 liv. fterl.
Les vinaigres , au lieu de 67 liv. fterl. , n'en
payeront que 33 .
Les droits fur les Eaux de - vie ont été diminués
d'un tiers ; ils paieront à l'avenir 7 fchellings
& une fraction par gallon ou 4 quartes ,
mefure d'Angleterre."
4. L'Huile d'olive ne payera que les mêmes
Droits que les Nations les plus favoriſées.
5. La Bierre payera pour être importée dans
chacun des deux Pays 30 pour cent de la valeur.
6. Les Droits fur la Quincaillerie , la Coutelerie
, les ouvrages d'Ebéniste & de Tourneur
& de tous les Articles pefans ou légers , de Fer ,
d'Acier , de Cuivre & d'Airain feront claffés
& le plus haut n'excédera pas le dixième pour
cent de fa valeur.
7. Toutes les fortes d'Etoffes de Coton & de
Lane , y compris la Bonneterie, pourront être importées
, en payant 12 pour cent réciproquement ,
à l'exception des Manuf &tures où il entre de la
Soie , qui font prohibées de part & d'autre .
8. Les Toiles de Cambrai, les linors & les Batiftes
leront importées réciproquement , en payant un
droit de 5 fch . la demi - pièce de 7 verges 3 quar:s ,
aunage d'Angleterre : & les Toiles de la Grande(
167 )
Bretagne & de France s'importeront réciproquement
, au même droit que payent actuellement
celles de Hollande & de Flandre , & les Toiles
de toute forte en Irlande & en France , s'impor.
teront réciproquement à des droits qui ne pafferont
pas ceux que payent actuellement les Toiles
de Hollande & de Flandre en Irlande.
9. Les Articles de Sellerie ne payeront réciproquement
que 15 pour cent de leur valeur.
10. Les Gazes payeront réciproquement 10
pour cent de leur valeur.
11. Les Articles de mode , formés de Mouffeline
, Batifte , Gazes & autres Articles admis
en vertu du Tarif , payeront réciproquement
12 pour cent. Les articles non énoncés dans le
Ta- if payeront comme la nation la plus favosifée.
12. La Porcelaine , la Fayence & la Poterie
payeront réciproquement 12 pour cent de leur
valeur.
13. Le Verre de toute eſpèce payera 12 pour
cent de fa valeur .
Si l'un des deux Souverains accorde des
primes , l'autre pourra hauffer at prorata les
droits d'importation fur la même marchandife.
Ce Traité aura fon effet en France par raport
à la Grande Bretagne & l'Irlande , dès que le
Pouvoir Législatif de la Grande- Bretagne & de
I'Irlande aura paffé en Loi les Règlemens y rela
tifs , qui ont befoin de fa fanion .
Les deux Souverains font convenus de
rectifier à l'amiable les erreurs qui pourraient
s'être gliffées dans le Réglement des droits .
Les deux Souverains fe font réservés fa
1
( 168 )
faculté d'ajouter les droits intérieurs à ceux
du nouveau Tarif , à l'égard de quelques efpeces
de marchandifes : avoir , le Roi de
France , à l'égard des cotons , des fers & de
la bierre ; & le Roi d'Angleterre , à l'égard
des toiles peintes & teintes , de la bierre &
du fer.
Le préambule du Traité indique les principes
qui lui ont fervi de bafe , ainfi que les
vues dans lefquelles il a été rédigé. L'intention
des deux Souverains eft de rapprocher
davantage deux Nations qui fe haillent depuis
des ficcles , & de confolider la paix
entr'elles , en confundant leurs intérêts ;
d'un autre côté , on a cru devoir mettre un
frein à la contrebande , qui tous les jours
devenoit plus exceflive , & contre laquelle
on n'a pu jufqu'à préfent trouver , dans aucun
pays , des remedes qui puflent être
adoptés par une Adminiftration medérée.
Il paroît que ce font les frais de la contrebande
qui ont donné la mefure des droits :
de cette maniere les Manufactures nationales
n'éprouveront aucun changement à leur
défavantage ; & les deux Etats auront un
accroiffement de revenu . Il eft étonnant que
ce principe , dont on prêche depuis fi longtemps
l'utilité , n'ait pas été adopté plutôt
par toutes les nations commerçantes.
Les tempêtes de l'équinoxe ont occafionné
beaucoup d'accidens fur les côtes de la
Manche. Un bâtiment Anglois & un navire
de
( 169 )
de Dieppe , venant de la pêche de la morue,
ont fait naufrage près de Saint- Vallery fur-
Somme. Le Capitaine du dernier de ces
vaiffeaux & hommes de l'équipage font
noyés ; les 6 autres fe font fauvés dans la
chaloupe. On efpere fauver une partie de la
cargaison.
La famille d'Argouges , auffi célébre dans
d'épée que dans la robe , vient de s'éteindre
en la perfonne du Marquis d'Argouges ,
Lieutenant- Général des Armée du Roi , qui
eft mort ces jours derniers. Il ne refte de
cette mailon qu'une fille unique , mariée au
Prince de Talmont fils , puîné de M. le
Duc de la Tremoille.
Le Roi a accordé, le 24 du mois dernier ,
afieur Colombier , Infpecteur général des
Hôpitaux civils & des Prifons du Royaume,
tum brevet de Confe ller d'Eat , comme unfe
marque de fa fatisfaction des fervices qu'il
a rendus , & qu'il continue de rendre dans
cette place.
Un Agriculteur des environs de Bernai en
Normandie nous adreffe les obfervations
fuivantes , concernant la carie du ble !.
2
« Différentes expériences , dit - il , que j'ai faites
dans le cours de cette année & de la précé-
» dente , jointes à destemarques de plus ancienne
ɔ date , m'ont évidemment démontré que cette
corruption des bleds , qui a fait un fi grand
fort à nos deux dernieres récoltes , fe réproduit
d'elle-même par la pouffiere noire, & fétide
que contiennent les grains cariés , lauelle
N°. 43 , 28 Octobre 1786. hᏂ
( 170 )
ود
fe répandant fur les bons grains , & s'attachant
à leur extrémité veloutée , les infecte
» & donne une femence vitiée pour la femaifon
fuivante ; enforte qu'une des principales cau
" (es du mal , eft le mal lui -même. Apparemment
que le virus de la pouffiere noire , adhérente
à la fuperficie des grains , s'infinue en
→ dedans avec les fucs de la terre , & attaque le
33 germe. Un moyen für d'empêcher cette contagion
, feroit fans doute d'eplucher les épis
" gâtés avant de livrer les gerbes au batteur ;
mais la longueur de cette opération doit la
rendre en quelque façon impraticable , furtout
dans des années où il y a autant de bled
noir que nouss en avons eu ces deux dernières .
J'en ai effayé une autre plus praticable ; & que
je regarde comme affez efficace pour mériter
d'être propofée & confeillée aux cultivateurs .
Il ne s'agit que de laver fa femence à l'eau
fimple , afin d'en déterger la pouffiere contagieufe.
De la femence ainfi lavée & dénoircie
m'a produit tous épis parfaitement fains ;
tandis que de la femence toute pareille , mais
qui n'avoit pas fubi pareille lotion , & étoit
reftée avec la moucheture , m'a donné plus
d'un tiers d'épis cariés . Cette derniere n'a pas
produit trois bons épis par chaque grain ; la
premiere en a produit plus de fix. Les deux
avoient été mifes en terre le même jour ,
p côté l'une de l'autre. Cette épreuve , à la vérité
, n'avoit été faite que fur une vingtaine
de grains ; mais n'y a- t-il pas lieu de fe promettre
un pareil fuccês fur une plus grande
quantité ? On objectera peut-être qu'il eft fort
* poffible de bien laver & de noircir une ving
taine de grains , & qu'il n'en feroit pas de
même s'il falloit faire cette opération fur des
و ر
5)
53
à
1
( 171 )
37
>
boiffeaux ou fur des fommes. Mais des boil
feaux & des fommes fe lavent fort bien aufii ;
& c'est ce que font quelques uns au bled
trop moucheté , qu'ils veulent vendre ou
» mettre en pain . Il faudra obferver , en lavant
fa femence , de ne pas la laiffer s'imprégner.
» d'eau de telle forte que l'humidité introduisit
avec elle les parties virulentes de la
pouffiere noire. On pourroit peut- être mixtionner
dans l'eau quelques ingrédiens qui
» augmenteroient fa qualité déterfive . Cette méthode
a le mérite d'être très fimple , trèsfacile
; je la crois préférable à tous égards à
l'ancienne pratique de l'échaudage dont on
" commence à fe dégoûter , & qui effectivement
eft de la plus grande incommodité pour
le femeur , à caufe de la pouffiere de chaux
» qu'il refpire , & qui lui fatigue extrêmement &
les yeux & la poitrine .
»Je confeillerai encore l'ufage du moulin à
» vanner , qui eft très propre pour enlever la
" pouffiere noire . J'ajouterai que cette efpèce de
van a l'avantage d'être plus expéditif que le
van ordinaire , & qu'il ne toie mieux le fro
ment de fes grains maigres , ainfi que des
graines étrangeres. Il eft plus cher que le van
» commun ; mais il ne revient pas à plus de dix
→ à douze écus , Peut- être eft - il moins commode
pour de petits Laboureurs ; mais il est beaucoup
plus avantageux dans des exploitations un peu
confidérables ; c'eft ce que j'éprouve depuis plus
de trente ans.
20
5
Comme je me crois en état d'affirmer que la
caufe à laquelle j'attribue ici la corruption du
,, froment , eft véritablement une des principales
; que cette caufe connue eft un grand acheminement
à la connoiffance du remede , qu'elle
h 2
( 172 )
"
eft généralement ignorée , qu'à peine même
eft - elle foupçonnée , ainfi que j'ai eu plu
fieurs fois occafion de le remarquer dans des
converfations que j'ai eues à ce fujet avec des
Laboureurs des plus intelligens , je penfe ,
Monfieur, que la publication de cette Note ne
peut qu'être utile , & qu'en lui donnant place
7 dans un de vos Numéros avant le tems de
a la femaille , vous ferez plaifir à la partie efti
mable de vos Lecteurs qui s'occupent de la cul
» ture de leurs terres. «.
L'Académie des Sciences , Belles- Lettres
& Arts de Lyon, dans la Séance publique ,
du 29 Août , a procédé à la proclamation
des Prix qu'elle avoit propofés pour l'année
1786 .
Le fujet des prix d'Hiftoire naturelle , fondés
par M. ADAMOLI , étoit énoncé ainfi : Quelles
font les diverfes espèces de LICHENS dont on peut
faire ufage en medicine & dans les arts ? On demandoit
aux Auteurs de déterminer les propriétés de
ces plantes , par de nouvelles recherches & des expétiences.
L'Académie a décerné au Mémoire Nº . 4 , le
premier Prix ; confifiant en une Médaille d'or ,
dont l'Auteur eft M. G. François HoFFAIAN ,
Docteur en Médecine de l'Univerſité d'Erlang
Auteur de l'Enumeratio Lichenum , de l'Hiftoria
Salicum , &c. à Erlang , en Franconie.
2
La Médaille d'argent ou le fecond Prix , a été
adjugée au Mémoire N° . 3 , dont l'Auteur eft
M. AMOREUX , fils , Doct. Méd. en l'Univerfité
de Montpellier , Membre de plufieurs Académies.
L'acceffita éte donné au Mémoire N° . 2. L'Au
( 173 )
teur eft M. WILLEMET , pere , Démonftateur de
Botanique à NANCY , affocié de l'Académie de
Lyon.
L'Académie a abandonné le concours du Prix
des Arts , fondé par M. CHRISTIN. Le fujet inté
reffoit particulièrement la Ville de Lyon : Quels
font les moyers d'augmenter la valeur des foies nationales
en perfectionnant le tirage ?
L'Académie avoit renvoyé à la même époque ,
la diftribution du Prix dont M. le Duc de Villeroy,
fon protecteur , a fourni la Médaille & le
fujet conçu en ces termes :
Les expériences fur lesquelles Newton établit la
différente réfrangibilité des rayons hétérogenes , fontelles
décifives ou illufoires ? On dermandoit aux Agreurs
qui l'examen dans lequel ils entreroient fåt
approfondi , & leurs affertionsfondées fur des expériences
fimples , dont les résultats fuffent uniformes
& conftants .
Le concours , par fon mérite , arépondu à l'importance
de la queftion. On y a admis huit
Mémoires , dont quatre attaquent la théorie
Newtonienne , & quatre la défendent . Deux des
premiers & deux des feconds étoient évidem
ment trop inférieurs aux autres , pour foutenir
Ja concurrence. Le vrai concours n'a eu lieu
en effet qu'entre deux favans Mémoires oppofés
à Newton , & deux qui confirment fes expériences
& fa théorie . Toutes les éxpériences ont
été foigneufement répétées avec les inftrumens
que le zele de quelques Académiciens a fournis.
Les Commiffaires y en ont ajouté de nouvelles
; les résultats ont été conftamment en
faveur du célebre Phyficien Anglois ; & l'Acadé-
› mies'eft félicitée d'avoir à couronner deux défenfeurs
de fa doctrine , vraiment dignes de ce grand
homme.
h3:
( 174 )
Elle a décerné la Médaille d'or au Mémoire
côté No. 4, qui eft de M. Flaugergues, fils , corref
pondant de la Société Royale de Médecine de
Paris , de la Société Royale des Sciences de Montpellier
, & du Mufée de Paris ; à Viviers , en
Vivarais.
L'Acceffit a été donné au Mémoire latin
côté N° . 3. L'Académie a témoigné un vrai regret
de n'avoir pas un autre Prix à accorder à
cet important ouvrage. Il défend la théorie de
Newton avec des armes également victorieuſes ;
mais l'étendue du travail a mérité la préférence
au précédent.
L'Auteur eft M. Ant . Brugmans , profeffeur de
Philofophie & de Mathématiques , & de plufieurs
Académies favantes , à Groningue , dans les Pro
vinces-Unies.
L'Académie a arrêté , par délibération , que les
deux Mémoires , ainfi que le rapport de fes Commiffaires
, feroient imprimés & publiés aufi - tôc
qu'il le pourra.
SUJETS proposés pour l'année 1787.
Le Prix des Mathématiques , fondé par M.
CHRISTIN , devoit être adjugé en 1784 , à l'Auteur
du meilleur Mémoite fur le fujet fuivant :
1°. Expofer les avantages & les inconvéniens des
voutes fur- baillées dans les différentes conftructions ,
foit publiques , foit particulieres , où l'on eft en ufage
de les employer.
2º. Conclure de cette expofition , s'il eft des cas où
elles doivent être préférées aux voûtes à plein ceintre,
& quels font ces cas.
3 °. Déterminer géométriquement quelle feroit
la courbure qui leur donneroit le moins d'élévation , en
leur confervant la folidité néceffaire .
( 175 )
L'Acidémie reçut quatre Mémoires ; qui tous
mériterent des éloges ; mais aucun ne parut rem
plir fuffi Camment les différentes vues indiquées
dans le programme . Ces confidérations & l'impor
tance du fujet déciderent l'Académie à doubler
le Prix propofé, & à proroger le concours jufqu'au
1 Avril 1787.
Les Paquets feront adreffés , francs de port ,
Lyon , à M. DE LA TOURETTE , Secrétaire perpétul
, pour la claffe des Sciences , rue Boiffac ;
Ou à M. DE BORY , ancien Commandant de
Pierre fcize , Secrétaire perpétuel pour la cliffe
des Belles-Lettres , & Bibliothécaire , rue Sainte-
Hélene ;
Ou cher AIME DE LA ROCHE , Imprimeur- Libraire
de l'Académie , maifon des Halles de la
Grenette.
?
1
Le Prix confifte en deux Médailles d'or du
prix chacune de 300 livres , & fera délivré en
1787 , dans la féance publique de l'Académie ,
le premier Mardi apres la fête de S. Louis. Les
Mémoires ne feront admis au concours , que juſqu'au
premier Avril de la même année , le terme
étant de rigueur.
PRIX extraordinaires.
Un père de famille , citoyen plein de zele &
de lumieres , a defiré que l'Académie s'occupat
d'un fujet relatif aux voyages & à l'éducation de La
jeuneffe . Il lui a demandé de propofer un prix de
600 liv. dont il fait le fonds , à l'Auteur , qui au
jugement de l'Académie , aura mieux rempli fes
vues. Cette Compagnie s'eft empreffée de propofer
le fujet , ainfi qu'il fuit ;
LES VOYAGES peuvent- ils être confidérés comme
un moyen de perfectionner l'éducation ?
h 4
( 176 )
Le Prix de 600 v. fe diftribuera en 1987 ;
après la Fête de S. Louis. Les Mémoires feront
admis au concours jufqu'au premier Avril de la
méme année , fous les mêmes conditions que
ci-deffus .
A la même époque , l'Académie proclamera le
Prix de 1200 liv. dont M. l'Abbé RAYNAL a fait
Jes fonds , & dont le fujet a été continué & précédemment
annoncé en ces termes :
La découverte de Amérique a- t - elle été utile ou
nuifible a gene humain ?
S'il en refilte des liens , quels font les moyens de
les conferver & de les accroîtie ?
Si elle a produit des maux , quels font les moyens
d'y remédier ?
Les Auteurs qui ont déja concouru , feront admis
à envoyer , fous leur premiere devile , les
chargemens qu'ils croiront converables ; cependant
une nouvelle copie parett préférable.
On n'almettra au concours que les Difcours
ou Mémoires qui feront envoyés avant le prémier
Mars 1787 ; le terme eft de rigueur. Les autres conditions
, fuivant l'ufage.
SUJETS propófés pour l'année 1788.
Pour le prix de Phyfique de la fondation de M.
CHRISTIN , qui fera double , l'Académie , après
avoir couronné un favant Mémoire , qui a démontré
les dangers évidents qui réfultent de la mixtion de
Palun dans le vin , defirant la folution complette
d'un problême qui lui paroît de la plus grande
importance pour le bien de l'humanité , a propofé
le fujet qui fuit :
Quelle eft la maniere la plus fimple , la plusprompte,
& la plus exacte , de reconnoître la prefence
de l'alun & fa quantité , lorsqu'il eft en diffolution
( 177 )
dins le vin , furtout dans un vin rouge trèscoloré?
On demande des expériences conftantes , fimples &
fa iles à répéter
Le Prix confifte en deux Médailles d'or , de la
valeur chacune de 300 liv. Il fe diſtribuera en
1788 , à l'époque & aux conditions ordinaires.
L'Académie , pour les prix d'Hiftoire naturelle ,
fon tés par M. ADAMOLI , demande ,
Quels font les différens infectes de la France , réputes
venimeux ? Quel'e eft la nature de leur venin ?
Quelsfont les moyens d'en arrêter les effets ?
Les Auteurs , en annonçant les infectes qu'ils
voudront défigner , en détermineront le genre &
l'efpece.
On leur demande effentiellement de nouvelles re-
•·cherches & des expériences.
Les conditions comme ci - deffus. Les prix ,
confiſtant en une Médaille d'or de la valeur de 300
liv. , & une Médaille d'argent , frappée au même
, feront décernés en 1788 , après la Fête de ་
S. Pierre.
La même année , l'Académie diffribuera extraordinairement
le prix double de la fondation
de M. CHRISTIN , qu'elle a réfèrvé , concernant
les Arts . Elle propofe en conféquence le fujer /
fuivant :
FIXER fur les matières végétales ou animales , ou
fur leurs tiffus , en nuances également vives & variées ,
ta couleur des LICHENS , & Spécialement celle que
produit l'ORSEILLE c'est- à- dire , teindre les matieres
végétales ou animales , ou bien leurs tiffus , de
maniere que les couleurs qui en résulteront notamment
celles que donne l'ORSEILLE , puiffent être répuréesde
BON- TEINT,
Ꮒ
hs
>
( 178 )
ON DEMANDE que les procédés de teinture &
ceux d'épreuves , foient accompagnés d'échantil
lons , tels qu'on puiffe inférer de leur étit de comparaifon
, ce que telle ou telle couleur & telle ou telle
nuance, peuventSupporter de l'action de l'air ou des
Lavages.
Lettre au Rédacteur.
Monfieur , beaucoup de perfonnes font ufage
d'acides pour blanchir les dents ; on ne peut pas
trop s'élever contre un pareil moyen qui eft fait
pour en accélérer la perte ; cet abus eft affez
fréquent pour exciter la réclamation des Artiſtes
deftinés à l'entretien de la bouche. Nous fommes
journellement confultés fur des rámolliffemens de
dents , qui n'ont pas d'autre caufe ; & je me propofe
de publier une differtation fur cet objet . Tout
le monde connoît l'effet de l'ofeille fur les dents :
cet agacement eft l'effet d'une très - vive action
qu'ils exercent fur l'émail ; c'eſt un diminutif de
celle que produifent les acides minéraux , tels que
l'acide vitriolique , & l'acide marin : on a beau les
dulcifier par l'addition de l'esprit de vin ; on ne
détruit pas l'action diffolvante de ces acides ; qu'on
mette en effet une dent dans l'efprit de fel , quoiqu'il
foit le moins actif des acides minéraux , on
verra , en peu d'inftans , la dent attaquée , & dans
24 heures elle fera entièrement diffoute , ce qu'il
y a de fingulier dans cette expérience , c'est que
l'émail qui couvre la couronne de la dent , quoique
compacte , & par- conféquent plus dure eft le
premier diffous . La dent finit par difparoître en
iérement ; & convertit la diffolution en une
gelée.
Il n'en est pas de même des eaux que préparent
les Dentiftes; celle que je diftribue jo it d'une
réputation méritée & confirmée par un fuccès
( 179 )
conflant ; du refle je la foumets aux épreuves les
plus rigoureufes des Chimiftes . Cette eau eft com
pofée de fubftances aromatiques & vulnéraires,
dont l'effet eft de fortifier les gencives , & de cal
mer les douleurs des dents .
Me permettrez- vous , Meffieurs , de réclamer
contre une erreur qui m'eft préjudiciable ? La
mort de mon pere a fait croire que c'étoit moi ;
je préviens les perfonnes qui m'accordent leur
confiance , que je demeure rue St. Honoré , près
celle de l'Arbre-fec , maifon de M. Cadet , Apothicaire.
J'ai l'honneur d'être &c.
LEROY DE LA FAUDIGNIERE , Chirurgien-
Dentifte de Paris & de Rouen.
Marie de Macnemara , veuve du fieur
Blondeau de Combas , Brigadier des Armées
du Roi , eft morte à Limoges , le 8 de de
mois , âgée de 59 ans.
PAY S - B A S.
De BruxellES , le 21 Octobre.
M. de Berg , Amman ou Grand - Mayeur
de cette ville , diftingué par fon mérite perfonnel
& par quelques Ouvrages d'utilité
publique , a été nommé par l'Empereur Directeur
Général de la Police des Pays- Bas-
Autrichiens.
Le Prince Héréditaire de Portugal ,
é crit on de Lisbonne , a couru un très-grand
danger le 7 de ce mois à Caldas , ouS . A. R..
I 6
( 180 )
prend les bains. La tente eft dreffé à trois
quarts de mille environ fur la plage. Ce
jour- là les flots étoient fort agités & la mer
plus haut qu'à l'ordinaire. Le matelot qui
conduifoit le Prince fur une efpece de radeau
, prit la liberté de lui repréfenter que
le moment n'étoit pas favorable pour fe
baigner ; le jeune Prince qui y trouvoit
beaucoup de plaifir , & qui ne croyoit pas le
danger bien grand , voulut aller mais ce
qu'avoit prévu le matelot arriva , la mer
devenue de plus en plus orageufe , renverſa
la tente , & entraîna le Prince , qui voulant
s'attacher à un Chambellan , le fit tomber.
avec lui ,
lot
s'étant aufli- tôt précipi-
Le
té pour les fecourir , eut le bonheur de faifir
Je Prince par les cheveux , & le ramena au
radeau . Son Alreffe Royale étoit déjà fort
enfoncée fous l'eau, & auroit indubitable-.
ment péri fans la rapidité des fecours du
matelor.
$
La nouvelle de la fignature du Traité de
Commerce a été reçue avec la plus grande
joie en Angleterre par les Manufacturiers
des trois Royaumes. M. Pitt le leur a fait
annoncer officiellement ; & dès ce moment
l'activité a redoublé dans tous les atre iers ,
afin que la matiere des échanges fe trouve
prête au premier moment de l'exécution de
ce Traité. On affure que le Parlement rentrera
dans les premiers jours de Novembre,
& que M. Pitt préfentera en même temps
4181 1
aux deux Chambres trois Traités de Commerce
; l'un avec la Fiance , l'autre avec la
Ruffie , & le troifieme ave: le Portugal.
Enfin il mettra fur le tapis la convention qui
a été conclue avec l'Efpagne , au fujet d'une
augmentation de territoire & de commerce ,
& pour confolider la paix , il a été réciproquement
fecondé au-dehors ; & cependant
on s'attend à voir le parti de l'Oppofition
élever encore quelques cris contre des artangemens
auffi utiles , tant le bien fe fait avec
des peines infinies.
Suivant les derniers avis reçus de l'Inde
en Angleterre , la Grande Bretagne a actuellement
dans ces contrées une armée de
plus de 80 mille Cypaies , dont tous les
Officiers & les bas Officiers font Anglois ; &
cette armée , divifée en différens corps , couvre
fes poffeffions contre toute entreprife de ..
la part des Nababs & Rajahs du pays , de-..
puisle Bengale jufques à la côte de Malabar.
lav
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
Les Etats d'Utrecht ont adreffé la lettre
fuivante à Leurs Hautes Puiffances les Etats-
Généraux.
Dans le temps que nous avons la fatisfaction de
voir que tous les Confédérés fe font déclarés être
* portés à términer , par leur interceffion amicale
& conforme à la Conftitution & aux vrais inté
rêts de cette Province , les différends qui s'y font
1
( 182 )
élevés , nous nous trouvons d'intention d'accep
ter, non feulement cette offre amicale de bons
voifins , avec les plus vifs fentimens de reconnoiffance
, mais auffi d'infifter férieulement auprès
defdits Confédérés , vu que le défordre aug
mente de plus en plus , & que s'il continue ,
il caufera la ruine totale de cette Province ,
de nommer au plutôt poffible des Députés , afin
de parvenir à ce but défirable , & de commencer
les conférences , comme nous l'avons compris
dans la circulaire , dont nous avons l'honneur
de joindre ici la copie ; nous avons jugé
néceffaire d'en donner connoiffance à Vos Hautes
Puiffances : vous priant inflamment d'appuyer
, par votre influence , auprès de tous les
hauts Confédérés , notre invitation préfente , de
la manière que V. H. P. jugeront la plus convenable.
A Amersfoort , le 3 Octobre 1786. ( Gazette
de la Haye. No. 123. )
Lettre circulaire de LL . NN. PP. les Etats du
Pays d'Utrecht aux Etats des autres Provinces.
Ayant la fatisfaction de voir que les Confedérés
ont déclaré , fur notre invitation , être
portés à terminer par leur médiation un arrangement
amical & conforme à la conftitution &
aux vrais intérêts de la Province , par lequel
il foit mis fin aux différends qui fe font élevés
& aux troubles qui vont toujours en augmentant
dans cette Province : nous déclarons que c'eft
avec des fentimens vifs de reconnoiffance que
nous acceptons les bons offices des Confédérés
que V. H. P, nous ont procuré ; & vu que
defordres augmentent , & que la ruine de la Province
femble s'approcher de plus en plus , nous
ई
( 183 )
nous trouvons obligés de folliciter , auffi férieufement
que l'exigent l'importance de l'affaire &
la confervation de la Province , auprès de V.
N. P. pour qu'elles veuillent bien nous prêter le
plutôt poffible cette médiation amicale de bons
voifins , & de nommer pour cet effet des Députés,
afin de commencer au plutôt les Conférences ,
foit à Amersfoort où nous fommes encore obligés
de nous affembler , foit en tel autre endroit que
l'on jugera pouvoir conférer librement & en fu
reté. Nous fommes affurés que V. N P. qui font
pleinement informées par diverfes lettres circulaires
que nous avons écrites , de la malheureuſe
fituation des affaires , voudront bien prendre en
bonne part nos infances réitérées , & être con
vaincues que les affaires de cette Province font
parvenues à cette extrémité ( nous le diſons avec
regret & douleur ) , qu'il n'y a qu'une prompte
intervention de nos Confédérés qui femble pouvoir
prévenir , fous la Bénédiction Divine , la
ruine totale de la Province. Avec quoi , Nobles
& Puiffans Seigneurs &c. & c. Idem .
Aujourd'hui 12 , conformément à la coutume
, s'eft faite l'inftallation de la Régence
d'Utrecht , avec une pompe & une folemnité
qui n'avoit pas encore eu d'exemple . Le Réglement
de 1674 a été entiérement profcrit,
quant à ce qui regarde l'Adminiſtration Municipale
de notre ville ; le Réglement , arrêté
depuis un an , a été finalement introduit , &
l'obfervation ponctuelle en a été jurée publiquement
par la Magiftrature entrée en exercice
, & par la Bourgeoifie en Corps , qui a
nommé , inftallé & proclamé les Magiftrats
qui doivent fervir un an entier , à compter
( 184 )
du 12 Ottobre 1786 , au 12 Octobre 1787.
[ Gazette d'Amfterdam , nº. 83. ]
Le Général van Reyffel , Commandant
du Cordon des Troupes de la Province fur
les frontieres d Utrecht , a reçu une quantité
de munitions de guerre fufflante pour agir
en conféquence de fes ordres , fi le cas le requiert
; mais tour annonce qu'on ne fera pas
obligé d'en venir à cette extrémité [ Idem. ]
Le Confeil d'Etat des Provinces-Unies a écrit
le 29 S prembre dernier une lettre aux Etats- Généraux
dans laquelle il déclare que pluſieurs évé-,
nemens qui ont eu lieu depuis quelques femaines
dans cette République , & fur- rout à l'égard de
la Milice , lui avoient fait remarquer une grande
confufion dans l'adminiftration publique , & plu .
fieurs démarches tendant à renverser la Conftitution
; ce qui lui fait prévoir avec certitude
que l'édifice de l'union d'écroulera infalibles
à moins que l'on n'y porte de prompts 3
remedes.
"
Que dins une lettre du 12 de ce mois , il
avoit déjà repréfenté ces confidérations à Leurs
Hautes Puiffances , confidérations que d'ailleurs
elles ne pouvoient pas ignorer , & fur- tout les
ordres qui fe donnent de toutes parts dans la
République , & qui font également contradic
toires & peu conformes à la Conflitution , tant
parce qu'ils font donnés féparément aux troupes
& en violation du territoire des Provinces
de la République , que pour l'évacuation des
places de frontiere qui , dégarnies de munitions
de guerre , fe trouvent fans défenfe , & exposées
aux fuites funeftes qui fe font déjà manifeftées.
Que pour ne pas augmenter les diffenfions ,
le Confeil d'Etat , quoiqu'obligé de veiller aux
( 185 )
Infractions de la Constitution de l'Etat , n'entrera
pour cette fois dans aucune difcuffion
& fe contentera fimplement , pour fatisfaire à
ce qu'il croit fe devoir à lui-même , de me tre
ces confidérations fous les yeux de L. H. P.
& de tous les confédérés ; afin que fon filence
ne foit pas regardé comme un aven des démar
ches inconftitutionelles , & qu'on n'en puiffe
jamais tirer aucune conféquence préjudiciable à
fa charge.
Que d'ailleurs il conjure les Provinces Unies
par tout ce qu'il y a de plus faint , de faire enforte
que tout foit bientôt rétabli d'une maniere
tranquille & amicale fur les fondemens anciens
& folides de la Conftitution.
Le 29 du mois dernier, on afficha à Hat.
tem une publication des Etats de Gueldre ,
qui cont ent en fubftance , que L. N. P.
ayant appris les excès auxquels s'étoient portés
les fo dats , elles enjoignent à ceux qui
en ont été les victimes , de former far le
champ une lifte bien fpécifiée des effets avariés
& perdus , & de l'adreffer aux Etats.
Le 30 , on fit également la publication
qui prononce une amniftie en faveur de ceux
qui voudron: revenir dans 6 femaines : cette
publication exhorte encore les Bourgeois à la
tranquillité. [ Gazette de la Haye , nº . 123. ]
Les Etats de Frife ont écrit en ces termes
aux Etats de Hollande.
Plus nous confidérons attentivement la fituation
préfente de notre République , plus nous
nous inquiétons fur le fort qui la menace : l'idée
-épouvantable de fa ruine prochaine fe montre
de plus en plus vraisemblable , fi on n'emploie
( 186 )
fans dé'ai les remedes qui pourront la préveź
nir. Nous avons reçu , tant par la communication
de la Correfpondance qui a eu lieu entre
V. N. P. & les Seigneurs Etats de Gueldre , à
Pégard de ce qui s'eft paffé à Hattem & El
bourg , que par les lettres des Seigneurs Etats
d'Utrecht écrites à V. N. P. fur des matières
non moins importantes , de nouvelles raifons de
nous allarmer & de craindre le deftin le plus
affreux pour la chere patrie.
En effet , N. & P. S. nous tremblons , lorfque
nous confidérons à quel point font montés de là
les divifions qui ont eu lieu entre V. N. P. &
les Provinces fusdites : & nous croirions manquer
à notre devoir comme confédérés , & nous
rendre refponfables , tant à l'égard des citoyens
actuels du Pays , que de la postérité , fi nous
gardions plus long- tems le lence , & fi nous ne
communiquions les vrais fentimens de notre
coeur , à l'égard des circonftances actuelles , à
V. N. P. & à nos autres confédérés.
Nous prions donc V. N. P. de vouloir bien
peler avec nous fi l'éloignement qui exifte à
préfent , & qui doit augmenter de plus en plus ,
ne pourroit avoir dans peu ces fuites dangereufes
, que des Puiffances étrangeres ( croyant que
leurs affaires y font intéreflées ) le mêleront de
ces différens , & qu'apparemment prenant parti
entre Province & Province , en viendront a ouvrir
le théâtre de la guerre dans le fein de norre
Patrie ; guerre dont l'iffue fera la deftru& ion
des fondemens fur lefquels repofant toute notre
prospérité , rompra fans remede les liens de la
Confédération & caufera la ruine totale de cette
République jadis fi floriffante.
C'eft , N, & P. S. , c'eft en confidérant cet avemir
fatal , ces circonstances dangereuses , que
( 187 )
Nous nous trouvons vivement preffés de nous
adreffer à V. N. P, & aux autres confédérés ,
de leur expofer la fituation dangereufe des affaires
, de présenter à V. N. P. , ainfi qu'aux Etats
de Gueldre & d'Utrecht , notre médiation &
nos bons offices formels , avec cette participa
tion fincere , ces vues défintéreffées , ce vrai
amour pour la patrie , qui pourront toujours
faire connoître un vrai. Confédéré de cette Ré
publique , avec l'affurance la plus folemnelle
que rien ne feroit aufli defirable pour nous que
de pofer les fondemens d'une réconciliation qui
bannira toutes les divifions , écartera toute fatale
influence étrangere , détruira tout foupçon , &
feroit revivre l'harmonie entre les Confédérés.
Nous nous confions trop dans la cordialité &
Pamour de la Patrie de V. N. P. , pour douter
un moment qu'elles n'acceptent des offres qui
n'ont d'autre but quelconque que la conferva
tion du pays. Avec quoi , &c.
· GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1 ),
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre entre le fieur J... , Notaire Royal , &
la demoifelle J... , fille majeure.
Oppofition d un mariage.
Il n'eft gueres poffible d'empêcher une ma-
(1) On fouferit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix eſt de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue de la Harpe , Nº. 20.
( 188 )
jeure de contracter un mariage , même mal af
forti ; la famille me peut que le re arder , &*
lorfque la Juftice reconnoît que des motifs rai
fonnables font agir des parens de celle qui veut
fe métallier , elle s'empreffè de concourir avec
eux à prolonger les délais , pour donnet le tems
à la perfonne veuglée se faire des réflexions
falutaires. Voici le fait. La demoiſelle J..
fille majeure , née d'une famille honnête dang
la Bourgeoisie , dont les Parens , "Avocats , Notaires
, jouiflent de leftime & de la confidération
publique , avoit formé le projet de fe marier
avec le nommé B. , ci -devant Maître - d'é - ¨˜
cole de la ville de P. , main enant fans état j
fils d'un Ouvrier Maçon , renvoyé , die on, d'un
Seminaire , frere enfin d'un homme condamné
au bannillement par contumace. - Le pore dé
ła demoiselle J. n'ayant pas voulu entendre par
ler de ce mariage , elle fit des fommarions ref
pectueules ; & craignant les vivacités d'on pere
irrité , elle fortit de la maifon paternel e , fans
qu'on ait pu favoir où elle s'étoit refugiée .
Le pere a formé oppofition au mariage , & toute
la famille s'eft réunie à lui pour empêcher une
union auffi peu convenable. Une Sentence des
premiers Juges prononça néanmoins la main.
levée des oppofitions. Appel de ce Jugement :
Arrêt du 2 Septembre 1786 , qui , ayant faire
droit , a ordonné qu'il feroit furfis de trois moís
à ftatuer fur l'appel , pendant lequel tems , la
demoiſelle J. feroit tenue de fe retirer dans le
Couvent qui feroit ordonné par l'ordinaire , on
le père, fuivant les offres , lui pieroit fa penhon
& fon entretien , dépens réservés.
CHATELET DE PARIS, PARC CIVIL
Caufe entre le fieur Le ... Doyen du College &
( 389 )
Et le fieur Le... Académie Royale de ..
Banquier.
: Alimens demandés par un pere à fonfils.
pere
2
Qu'il foit du devoir d'un fils de venir au fe
Cours de fon dans l'indigeace , c'eâ un ſen-
Liment que perfonne n'ofera contefter ; mais ce
devoir n'eſt pas toujours généreux ; fouvent
même il calcule trop exactement ; & alors , au
lieu d'acquitter la dette précieuſe de la nature
il produit une injure grave , qu'il eft difficile de
pardonner. Il eft trifte que dans un fiecle
de Bienfaifance , où les Citoyens de tous les
ordres concourent au foulagement des malheuoù
une Société formée donne habituellement
des fecours aux Octogénaires indigens , las
Tribunaux retentiffent encore des plaintes d'un
pere plus qu'octagénaire , qui eft obligé de demander
à fon fils opulent une augmentation de
penfion que fon grand âge & les infirmités lui
rendent néceſſaire . Tel étoit l'objet de cette
Caufe. En voici les circonstances.
reux ,
Le
heur Le ... s'étoit marié trois fois ; il avoit en
plufieurs enfans de fes différens mariages. Il
avoit épousé en troifiemes noces la Dile. Drancy ,
qui ne lui avoit apporté que 4000 liv, en dot.
Son âge commençoit à s'avancer ; les occupations
diminuoient cette dor & 1300 liv. empruntées
de la mere de fa troifieme femme
furent bientôt confommées à l'entretien du ménage
& de trois enfans nés du dernier mariage.
Ainfi le feur Le ... vayoit la fortune fe déranger
, tandis que celle de deux enfans du premier
lit s'arrondifloit de jour en jour. L'un de fes
enfans , ci- devant Notaire , avoit fait un mariage
très -riche , & avoit vendu fa charge 230000
( 190 )
liv. Depuis , il a fait la Banque , & jouit , dit on
maintenant , de 30000 liv. de rente. Dès
la fin de 1782 , le fieur Le ... fut forcé de demander
des fecours à fes enfans . Ses deux fils du
premier lit fe font réunis pour lui faire volontirement
une penfion de 600 liv. payable à raifon
de 50 liv . par mois : elle a été fournie
exactement. Mais cette penfion , devenue infuffifante
, le fieur Le ... a follicité une augmentation
. Un de ſes fils , Capitaine de navire , étoit
abfent . Il s'adreffa à celui qui avoit été Notaire
, qu'il voyoit à la tête d'une brillante fortune.
Ce fils s'y étant refufé , le pre a pris le
parti de le faire affigner , pour le faire condamner
à lui payer une penfion de 2400 liv.
—
Ses moyens étoient fond's fur la nature ; fa
détreffe , fon grand âge , & la fortune de fon
fils , fervoient de baſe pour fixer la penfion demandée.
La defenfe du fils le réduisait àpeu
- près à ceci . Sans doute un fils doit
venir au fecours de fon pere ; mais lorsqu'il a
été volontairement au devant de fes defirs , qu'il
s'eft engagé librement à lui payer une penfion
que le pere lui -même a arbitrée , qu'il l'a payée
exactement , ce pere n'eft pas recevable à venir
fe plaindre en Juftice , & à demander une augmentation.
Au furplus , ce devoir de fubvenir
aux befoins de fon pere eft commun à tous les
enfans ; pourquoi la demande en est-elle formée
contre un feul ? La détreffe de mon pere n'eſt
pas telle qu'il la dépeint ; le bien de fa fenime ,
le produit de fon etat , fa penfion de Doyen du
College dont il eft membre ; tout cela forme
plus de coco liv . de rente . L'opulence dont
mon pere prétend que je jouis , n'eft pas auffi
confidérable qu'il la fuppofe . Ma fortune n'eft
rien moins que réalitée : elle peut difparoî.re
( 191 )
d'un jour à l'autre ; j'ai les charges de ma maifon
, des enfans à établir , le mariage récent
de ma fille m'a néceffairement géné.
on répondoit pour le pere ..
?
- Mais
Le devoir de
le fecourir eft une dette dont tous les enfans
font tenus folidairement fauf le recours de
celui qui la paie contre les autres . Les revenus
du pere font imaginaires , & fes befoins font
réels ; la fortune de fon fils n'en eft que plus
confidérable pour être dans fon porte- feuille.
Il n'a que deux enfans ; ;une fille mariée & dotée
90000 liv. fait préfumer une fortune confiderable
, foit pour marier le fecond enfant foit
pour foutenir l'état d'une maison. La Sentence
dus Juillet 1785 , a condamné le fizur
Le ... fils , ancien Notaire , à payer à fon pere
une penfion alimentaire & viagere de 1800 liv.
payable par quartier & d'avance , fauffon recours
contre fes freres & loeurs pour la portion contri
butoire , & aux dépens.
ㅓ
"
PARC CIVIL. Caufe entre les mêmes Parties.
Penfion alimentaire eft -elle fujette à la rete-
-
nue des impofitions royales ?
La Sentence dus Juillet 1785 , a été fignifie
le 19 du même mois . Le lendemain , commandement
de payer le premier quartier de la
penfion . Le fieur Le ... fils obferva qu'il convenoit
de faire deux déductions la premiere
de so liv. pour pareille fomme qu'il avoit payée
au mois de Mai , fur la penfion volontaire qu'il
faifoit ; la feconde de 72 liv . pour raiſon des
impofitions royales. L'on convint pour le pere
de la justice de la premiere déduction : mais on
foutint qu'une penfion alimentaire n'étoit point
fujette à retenue . Les Parties infifierent . Référé
( 192 )
du fils avec la déduction ; & pour la décifion du
fond , renvoya les Parties à l'Audience. La Caufe
plaidée de nouveau , le fils rappella l'Edit d'impofition
du dixieme & du vingtieme denier , qui
dit formellement , Art . 8 , feront fujettes à la dédust
on des impofitions royales toutes les rentes perpé
ruelles ou viageres , douaires , ufufruits , eu penfions
créespar contrat , jugement , obligation ou autrement.
Il tira de cette Loi la conclufion de la juſtice de
fa demande. Le pere fou:int que l'intention
du Législateur n'avoit pu être d'aflujettir des
penfions alimentaires à ces impofitions ; parce
que les alimens , ftrictement pris & néceffaires
pour vivre , ne peuvent éprouver ces déductions ,
que les befoins de l'Etat rendent néceffaires , &
qui peuvent , felon l'exigence des cas , augmenter
ou diminuer. Il argumenta d'ailleurs de l'Art.
9 de l'Edit du virgrieme , qui autor fe les Propriétaires
des fonds à retenir les impofitions
rosales fur les rentes perpétuelles ou viageres ,
dont les fonds peuvent être chargés , en juftifrant
qu'ils ont payé fur leurs biens les impoftions.
Or , ajouta til , le fils a dit dans fa défenfe
n'avoir aucuns biens fonds : donc ne payant
point dimpofitions royales fur fes biens , il eft .
non recevable à vouloir les défalquer fur une
penfion alimentaire qu'il fair à fon pere:
La Sentence du Août 1785
4
a débouté le
fils de fa demande , à fin de déduction de la retenue
des impofitions royales , & le condamne
aux dépends.
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
LeJournal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Andlyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts ;
les Avis particuliers , &c . &c.
SAMEDI 7 OCTOBRE 1786.
THEAT
DE
B
CHATEAU
PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Rott
TABLE
Du mois de Septembre 1786.
PIÈCES
FUGITIVES.
Vers à Mlle de S.-Léger,
Aunejolie Femme
Epitaphe ,
La Toilette ,
3
49
Epitre à Mme la Comtefe
de Montoury
Yers fur la Mort du Roi d.
Prufe ,
Aux Critiques qui louent excef
fivement les Morts pour déprimerles
Vivans,
Air de M. Sacchini ,
Vers à l'occafion du maria
ge de Mlle Salmon,
Ie Lapin , Fable ,
Bouts- Rimés ,
$9
"
34
255
Eais de deux Amis ,
Nouvelle Defcription des environs
de Paris , & c.
Détails Hiftoriques de la Vie
du Duc Léopold de Brunf
wick , 63
106
De l'Artde la Comédie ,"
Les Aventures de Friſo , 118
Hiftoire de France avant Clovis
, 154
Bibliothèque choifie de Comes ,
166 de Facéties &c.
101 Voyage en Italie , &c.
Les Meurs , Poëme ,
Mes Promenades Champêtres ,
143
215
222
40 , 121 , 182
SPECTACLES
147
148 Variétés ,
1931
Vers fur la Mort du grand Académies ,
43
Impromptu fur la Mort du Roi Académie Roy, de Mufiq. 128,
154 230
Sur le Paratonnerre de l'Aca- Ecole Royale de Chant , de
id Danfe & de Déclamation ,
1951
173
Frédéric ,
de Pruffe ,
démie de Dijon ,
Charades , Enigmes & Logo Comédie Françoife , 82 , 136
197 Sciences & Arts ,
186
NOUVELLES LITTÉR
Hiftoired'Héròdote,
Annonces & Norices , 44 92 ,
141 , 189 , 238
Romance,
gryphes , 19, 93 , 103 , 152 , Comédie Italienne , 89, 139
▲ Paris ", de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
sue dela Harpe , près S. Côme.
AST
}
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 7 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
FRAGMENT de la Fable d'Ino &
d'Athamas. *
Au fond d'une vallée obſcure , nébulcuſe ,
Ou croît de l'if impur l'ombre froide & fâcheufe,
Se creufe & s'élargit la route des enfers .
Là , le marais du Styx exhale dans les airs
De fes dormantes eaux la vapeur meurtrière.
Là , privée à jamais de la douce lumière ,
Chaque inftant voit venir la foule des humains.
Là , les mânes nouveaux , hôtes légers & vains ,
Je perdent au hafard dans les régions fombres ,
Incertains où trouver la Cour du Roi des Ombres.
Ce Fragment of tiré du quatrième Livre des Métamorphofes
d'Ovide , a&tuellement à l'impreffion.
A ij
4
MERCURE
La ville a mille accès ; mille chemins ouverts
Y mènent en tout temps mille peuples divers
Abyme toujours vaſte où s'engloutit le monde. *
Telle de cent climats la mer engloutit l'onde.
Les Orateurs encor dans ce monde nouveau ,
Cherchent près de Minos l'image du Barreau.
De courtiſans flatteurs un effaim ridicule
Au palais de Pluton va , revient & circule.
Sans corps , fans offemens, chacun comme autrefois
Y fuit fes premiers goûts & fes premiers emplois ;
Tandis que les méchans , éternelles victimes ,
Souffrent dans les enfers la peine de leurs crimes.
QUE nepeut point la haine aigrie aufond d'un coeur ?
Junon même deſcend dans ces lieux pleins d'horreur.
A peine de fon pié l'impreſſion ſacrée
Du redoutable feuil eut fait frémir l'entrée ,
L'Erèbe au loin s'ébranle , & Cerbère trois fois
De fon triple gofier pouffe une triple voir.
L'enfer s'ouvre : Junon appelle les Furies ,
Ces exécrables foeurs d'elle , hélas ! trop chéries,
Que rien ne peut fléchir , & qu'autrefois , dit- on ,
Dans les flancs de la nuit engendra l'Achéron .
Affiles à l'écart , ces Déités cruelles
Veilloient auprès des gonds inflexibles comme elles.
* Note de l'Auteur. Ce vers n'eft pas précisément l'idée
d'Ovide , qui dit , felon fon génie ordinaire :
Là , fans qu'on foit preffé , toujours la foulé abonde .
DE FRANCE.
Chacune à la lueur de fon divin aſpect ,
Au-devant de Junon s'avance avec reſpect.
L'INFORTUNE Tytie , en ce lieu de tortures.
Éternel aliment d'éternelles morfures ,
à
Voit renaître fon coeur fous le bec des vautours.
Syfyphe roule un roc qui retombe toujours.
Sur la roue Ixion tournant avec vîtelſe ,
Sans ceffe fe pourfuit & s'évite fans ceffe.
L'eau cherche & fuit Tantale ; il languit , & famaia
Voit le fruit qui s'échappe infulter à ſa faim :
Et plus loin fans relâche on voit les Danaïdes
Remplir inceffamment des tonneaux toujours vuides,
Junon fur ces pervers tourne regret les yeux ;
Mais pour elle Ixion eft le plus adieux,
Elle obferve Syfyphe ; & par quelle juſtice
Lui feul doit- il fouffrir un éternel fupplice ,
Cependant que fon frère Athamas , que je hais ,
Roi , père , époux heureux, règne & me brave en paix ?
Quand Ino , plus coupable , irrite encor ma haine ?
Non , je veux me venger : voilà ce qui m'amène .
Soufflez fur ces époux la rage des forfaits ,
Et des fils de Cadmus renverfons le palais .
JUNON aigrit ces foeurs , fous qui tout l'enfer tremble,
Commandant , promettant , & priant tout enſemble,
ALECTON , dont le fiel a troublé tous les fens ,
Ecarte de fon front la treffe de ferpens ,
A
MERCURE
Qui , mêlés à fes crins , tombent fur ſon vifage.
C'eft trop vous arrêter : fiez- vous à ma rage,
Dit- elle ; abandonnez un odieux féjour ,
Et remontez au ciel reſpirer l'air du jour.
Junon retourne aux cieux : Iris , au devant d'elle ,
S'avance , & d'ambrofie arrofe l'Immertelle.
LA hideufe Alecton , une torche à la main ,
Se prépare à remplir fon barbare deffein ;
Des noeuds d'un long ferpent ceint fa robe effrayante ,
Rouge de fang , de meurtre , & de fiel dégouttante ,
Et dans cet appareil elle fort des enfers.
L'épouvante , la rage & les crimes divers ,
Et l'affreux défefpoir , autour d'elle s'affemblent.
Eile arrive au palais : les portes d'airain tremblent,
Elie rouille les gonds de fon fouffle infecté ;
Et le jour loin du feuil détourne fa clarté.
ATHAMAS Veut en vain échapper à fa rage.
L'implacable Érynnis lui ferme le paffage
Le menace , & , les bras enlacés de ferpens ,
Secoue aux yeux d'Ino fes horribles crins blancs .
Ses hydres irrités fur la tête frémiffent ;
Sur fon dos , dans fon fein , ils rampent , ils fe gliffent,
Roulent fur fon épaule , & l'un fur l'autre épars
De leur langue, en fifflant , enveniment les dards.
* Soudain de fes cheveux elle arrache & dénoue
121
→ Note de l'Auteur. Ce vers & le fuivant font de feu
DE FRANCE.
7
>
Deux ferpens qu'elle irrite & que la main fecoue ,
Jette l'un fur Ino , l'autre fur Athamas.
Le repule élancé s'entrelace en leurs bras ,
• Entortille leur fein , le ronge de morfures,
Y darde fon venin par de fourdes piqûures ,
E: fans bleffer leur corps infecte leur raiſon.
Elle avoit apporté des bords du Phlégéton
Ce qu'ont de plus mortel l'écume de Cerbère ,
Et le noirfang de l'Hydre & le fiel de vipère ,
Le vertige & l'effioi , la rage & fes fureurs ,
Et la foif du carnage , & du fang & des pleurs ;
Et trois fois dans l'airain l'exécrable Euménide
Fit bouillir de ces fucs le mélange homicide.
Elle fouffle fur eux , & le filtre infernal
Jufqu'au fond de leur coeur porte un trouble fatal.
C'est peu : la torche en main , pour égarer leur ame,"
Elle forme autour d'eux mille cercles de flamme ,
Triomphe , & sûre alors de fon affreux fuccès ,
Livre ces malheureux à leurs propres accès.
Elle rentre aux enfers , & dans fa chevelure
Rattache le ferpent qui lui fert de ceinture.
( Par M. de Saint- Ange. )
M. Colardeau , que la Nature avoit fingulièrement doué
du talent de la Poéfie. Il feroit difficile de rendre autre
ment les vers d'Ovidé , & fur-tour de les rendre auffi bien.
3
A iv
MERCURE
ALOUC-BABOUC, Conte Oriental.
ALOUC- BABOUC étoit iffu de l'illuftre famille
des Baboucs , connue de tout le monde
pour avoir jadis régné dans l'Empire de la
Babouchiane, aufli célèbre que digne de l'être .
Mais l'impitoyable fortune , après avoir fait
les fucceffeurs du grand Alexandre Greffiers
& Menuifiers à Rome , après avoir converti
les Rois de Sicile en Maîtres- d'École à Corinthe,
ne refpecta pas même les fucceffeurs du
Trône Babouchin : détrônés par un ufurpateur
, ils fe réfugièrent chez les Oulougs , peuple
voilin , & là , exercèrent divers métiers
pour vivre. Alouc- Babouc fe fit Tailleur ;
quand je dis Tailleur , ce n'eft pas à dire qu'il
für Tailleur..... en détail , mais Tailleur en
gros ; il faifoit commerce d'habits tout faits ;
c'étoit lui qui avoit l'honneur d'en fournir
MM. les Oulougs de la Cour & de la Ville ,
& ce n'étoit pas une petite affaire ; car leur
habillement , qui auroit pu être compofé
d'une feule pièce , l'étoit de trente- fix , fans
doute pour leur plus grande commodité : ils
portoient , par exemple , des culorres ; mais ils
les portoient fous le bras , pour n'avoir point
froid au derrière ; leurs jambes étoient prefque
nues , afin de laiffer le champ libre aux
coufins, ( ce qui eft bien plus charitable ) ou
peut- être afin qu'elles fe rôtiffent à leur aiſe
au brafier d'une cheminée , & pour n'être
DE FRANCE. 9
point gênés , ils avoient une douzaine de ligatures
qui n'étaient , il eft vrai , guères plus
fortes que celles qu'on met à un homme qui
s'eft caffè le tendon d'Achille. Ils portoient
fur les épaules un fac noir , fans doute pour
cacher le plus bel ornement que l'homme ait
reçu de la Nature ; vifant toujours à l'utile ,
leur coëffure étoit un magafin contre la difette
, & les petits- maîtres avoient foin de
poudrer leur habit , afin que le petit fac parut
comme une mouche fur du lait. Vous penfez
fans doute qu'ils fe faifoient faire des fouliers
pour leurs pieds : eh bien , c'eft tout le
contraire , ils fe faifoient ( ce qui eft bien plus
fage , comme l'on fent ) des pieds pour leurs
fouliers. Enfin MM . les Oulougs de la Cour
portoient chacun une broche à leur côté ;
vous croyez peut- être , cher Lecteur , qu'à
cette broche étoit enfilée une demi - douzaine
de perdrix pour fatisfaire leur appétit ? Non ,
c'étoit uniquement pour achever leur parure.
Alouc - Babouc ayant confervé quelques
amis à Babouchia , fon ancienne capitale ,
( remarquez bien ceci , comme difoit l'oncle
Antonin ) quoique Roi , Babouc avoit eu des
amis , quoique détrôné il les avoit encore . Babouc
, dis-je , alla les voir pendant l'été , tems
où la Cour des Oulougs eft à la campagne ,
& où l'on ne s'habille guères ; car la Nature
eft fi richement vêtue dans cette faifon , qu'on
feroit toujours éclipfé par elle , quoi qu'elle
~ n'ait ni culottes fous le bras, ni fac fur les épau
les , ni broche au côté , ni ligatures.
Av
t
10 MERCURE
Babouc étant à Babouchia, la guerre s'éleva
dans le pays des Oulougsne pouvant y
retourner fans rifques , festamis vouloient le
garder. Non , leur dit- il , je ne faurois fé
journer plus long- temps ici ; il eft trop dur
d'être fujet là où l'on a été Roi. Je m'en vais
faire le tour du monde ; j'obſerverai les habillemens
des différentes Nations , & peutêtre
en rapporterai je un plus commode encore
que celui dont fe fervent les Oulougs. Il
part.
Il arrive d'abord en Eſpagne : un haut- dechauffes
, un pourpoint , un petit manteau ,
tel étoit l'habit Efpagnol , il plut affez à Babouc.
Un Romain , le Cardinal Valerius , étant
venu réfider comme Noncé à la Cour d'Ef
pagne , fit fon entrée vêtu de l'ancienne toge
romaine. Voilà , dit Alouc , le vêtement des
gens raisonnables , il eft avantageux & commode
; Cicéron avoit bien raiſon quand il
difoit : Cedunt arma toge. Les Docteurs prétendent
, il eft vrai , que le fens qu'il donnoit
à ce mot n'eft pas tout- à - fait celui que je lui
attribue ; mais qu'importe ?
Ce qui plut fur-tout à Babouc , c'eft le grand
manteau Efpagnol . Un jour de pluie , entre
chien & loup , comme on dit , fortant de
chez fon Médecin Bartholo à Séville , il rencontre
à la porte Almaviva le nez dans fon
manteau : voilà, Comte , lui dit- il , un excellent
meuble pour la pluie & pour aller en
bonne fortune. Croyez-vous qu'il fût mauDE
FRANCE. 11
vais , lui dit Figaro fortant le nez du fien ?
Tous les Oulougs , dit en lui-même Babouc ,
vont le faire faire de ces manteaux ; les gens
raifonnables , pour fe garantir du mauvais
temps , les petits - maîtres pour fe donner l'air
d'hommes courus des femmes ; Baboue s'en
fait faire un.
D'Eſpagne il va en France ; mais autrefois
lorfqu'on alloit en France depuis l'Espagne ,
on paffoit par la Suède ; les chofes , me direzyous
, ont bien changé , j'en conviens ; mais ,
Hiftorien fidèle , je fuis la vérité fans m'embarraffer
de la vraisemblance.
Le Suédois , jufqu'alors l'imitateur fervile
des modes Françoifes , venoit de prendre un
habit national , le Roi avoit donné l'exemple
( Regis ad exemplar totus componitur orbis ,
diroit un pédant ) & le peuple avoit imité le
Roi. Voilà , dit Alouc , un trait de politique
mais je ne fuis point né Suédois.
De Suède Aloue fut en France ; Henri IV
y régnoit ; cet homme Roi , ce bon Henri
qui vouloit que chaque payfan eût fa poule
au pot ; mais cela ne fait rien à ce dont il
s'agit ; un haut- de- chauffes jaune , attachépar
des rofettes de rubans rofes , une jaquette
jaune , jufte , galonnée , & crochetée à moitié
taille , doublée de rofe , & retrouffée comme
celle que les Officiers portoient chez les Ou
longs , un gilet rofe , le bas de foie blanc, l'ef
carpin noir avec une rofette rofe , le chapeau
noir couvert d'un plumet blanc , & embelli
par un panache de grandes plumes fouples
Avi
12. MERCURE
& flottantes , & d'une gance de diamans , le
manteau rofe brodé de franges en argent ,
tombant jufqu'au bas des jambes , & attaché
fur l'épaule droite par des cordons qui laiffoient
Hotter des mouchets d'argent , un large
cimetère pendant au côté, & foutenu par un
baudrier de foie rofe , une ceinture de même
couleur. Tel étoit l'habit des Seigneurs à la
Cour de Henri IV.
Affurément , dit Alouc , voilà l'habit le
plus élégant qu'on ait jamais porté; fans doute
Adonis en étoit vêtu quand il fit la conquête.
de Vénus hors l'armure que les Héros anciens
portoient au combat , il n'eft point d'ha
billement plus avantageux à l'homme ; mais
Parmure étoit pour la guerre , cet habit eft
fait pour l'amour.
A la Cour étoit un vieux Seigneur , le
Baron des Antiques , qui , au temps d'Henri
IV, était vêtu comme on l'étoit fous Henri II.
Son habit , beaucoup plus large , fe boutonnoit
jufqu'à la ceinture , du refte il étoit le
même; il ne valoit pas la peine , dit Alouc en
le voyant , de fe diftinguer , cet habit eſt
moins lefte & moins élégant que celui d'aujourd'hui
,
La feule chofe qui lui déplut dans l'habit à
la Henri IV , c'étoit ces grandes. fraiſes , d'où
la tête fembloit fortir comme d'un baffin à
barbe ; mais les rofettes des fouliers. firent fa
conquête. Il faut , dit-il , que je fubftitue cette
mode à celle de nos boucles ; ( il faut favoir
que MM. les Oulougs portoient alors des
DE FRANCE. 13
boucles.....mais des boucles qui faifoient le
tour du pied ; & ces immenfes boucles faifoient
paroître le pied gros , chauffoient mal ,
& bleffoient même fouvent. )
Alouc ne fe laffoit point d'admirer l'habit
François , il le témoignoit hautement.- Vous
ne connoiffez pas les François, lui dit un Sage ;
cer habit a beau être charmant , je gagerois
qu'ils ne le garderont pas. Cela n'eft pas poffible
, répondit Alouc. - Vous ne voulez pas
m'en croire , allez - le demander à Merlin.
Voilà Alouc qui s'en va chez Merlin ; car l'enchanteur
Merlin vivoit encore , quoiqu'en
aient dit fes envieux , qui , pour diminuer fon
crédit & fes pratiques , le font mourir fous.
le règne du grand Artus & de la chafte Genièvre
, par les enchantemens de la Dame
Dulac.
Ce temps fut celui des enchanteurs ; auffi
fut- ce alors qu'en fit griller la Maréchale d'Ancre
pour forcellerie , fuivant l'ufage du tems ;
mais ne parlons pas de cela. Revenons à la
grotte de Merlin, à fa grotte ; car les enchanteurs
demeurent toujours dans des grottes ,
ainfi que les Géans fur des roches , & les Fées
dans des ifles , c'eſt l'ufage . Merlin , ô prodige
inoui que celui de lire dans l'avenir! Merlin
donc prédit à Babouc que les François fous
Louis XVI feroient habillés exactement comme
les Oulougs .
Alouc avoit trop bonne opinion du goût
des François pour en rien croire ; il fit faire
un habit à la Henri IV , & s'achemina vers la
14 MERCURE
Turquie. Il alla loger chez un de fes confrères
nommé la Raifon , affocié d'un autre appelé
la Commodité : c'étoit eux qui habilloient tous
les Ofmanlis ; leur robe longue , large , fans
ligature , plut tellement à Babouc , qu'il s'en
fit faire une , & s'en retourna chez les Oulougs
, où la guerre étoit finie.
A fon exemple , vous croyez que chacun
quitta l'habit jufte , incommode & ridicule ,
où le corps étoit comme un couteau dans fa
gaine. Eh bien non , ami Lecteur , bien
loin delà ; car Alouc fut obligé de mettre un
manteau par - deffus fon habit à la longue , de
peur que la canaille ne le montrât au doigt
& ne courût après lui dans la rue.
( Par M. Mallet Butini , Avocat
de Genève. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercuréprécédent.
LEE mot de la Charade eft Curedent ; celui
de l'Enigme eft Amitie ; celui du Logogryphe
eft Mufcade , où l'on trouve Duc
Mufe, cafe , Dame , fac , mufc , écu , fuc ,
aufe , Sud, Camus , Cadmus.
* Il ne faut pas confondre l'Auteur de ce Conte
avec M. Mallet- du- Pan , l'un des Coopérateurs du
Mercure , & Rédacteur de la partie politique.
DE FRANCE.
15
CHARADE.
C'EST toujours avec mon premier
Qu'on me voit manger mon dernier ;
Et toi tu manges volontier
Et mon dernier & mon entier.
( Par Madame A ** . )
ENIGME.
EN honorant les morts , inftruire les mortels,
C'eft & ce fut toujours ma trifte deſtinée ;
Tantôt fimple , tantôt ornée ,
Dans l'Eglife , aux pieds des autels ,
J'annonce qui te fus & que tu ceffas d'être.
Par- tout où l'on me voit paroître
Je fuis compagne du cercueil ;
Je dois mon exiſtence
Par fois à la reconnoiffance ,
Rarement au mérite , & fouvent à l'orgueil.
( Par un Abenné au Mercure. )
LOGOGRYPH E.
UN feul mot en cinq pieds , fans y rien retrancher
Vous en fournira cinq fi vous favez chercher.
16 MERCURE
Tranfpofez- les fi bien qu'en prenant chaque lettre
Vous commenciez celui que vous voulez connoître.
Le premier en hiver fert dans votre maiſon ,
Et devient inutile en toute autre faifon ;
Vous
portez le fecond ; quoi qu'en votre ſtructure
Il foit effentiel , c'eſt fouvent une injure ;
Le troisième déplaît au goût , à l'odorat ,
On peut le rejeter fans être délicat ;
Sur moi le quatrième aide à vaincre l'orage :
C'eſt dans ce feul endroit qu'on peut en faire uſage.
Le dernier , cher Lecteur , eft peut- être fur vous ;
Car on le voit briller dans les plus beaux bijoux.
(ParMmela Comteffe de St - Maximen Montclair. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LES Orangers , les Vers- à-Soie & les Abeilles,
Poëmes, traduits du Latin & de l'Italien ;
fuivis de quelques Lettresfur nos Provinces
Méridionales & de Pièces Fugitives ; par
M. Crignon , de plufieurs Académies. Avec
cette Epigraphe : Utile dulci. A Paris , chez
Lagrange , au Palais Royal , Nº.
No. 123 ,
Cazin, rue des Maçons , 1786.
&
LE premier , le plus reſpectable & le plus
précieux des Arts , eft fans doute l'Agricul
ture , Art qui n'eft point pernicieuſement
DE FRANCE. 17
utile comme tant d'autres : lui feul eft véritablement
néceffaire à l'homme ; lui feul eft
fa richeffe réelle ; lui feul fut inventé par le
befoin , tous les autres le furent par le luxe.
Cette vérité a été vivement fentie par les
anciens. Des Rois Philofophes ont honoré de
leur vénération l'Agriculture , & comblé de
bienfaits les Agriculteurs. De grands Capitaines
ont cultivé la terre de leurs mains
triomphales ; & c'eft à la charrue , au milieu
d'un fillon , que les maîtres du monde , les
fiers Romains alloient fouvent prendre leurs
Dictateurs & leurs Confuls : Gaudet tellus
vomere laureato , difoit Pline , en parlant de
ces temps fortunés. Avant eux , les Égyptiens
avoient été d'excellens Laboureurs ; leur
pays fut appelé le grenier des Empires. Enfin
plufieurs hommes célèbres dans la Grèce
& dans l'Italie , écrivirent fur l'Agriculture.
Hiéron II , Roi de Syracufe , Attale , Roi de
Pergame , Magon , Général Carthaginois , Caton
le Cenfeur , &c. , joignirent l'exemple au
précepte. Cependant , malgré la dignité &
Fimportance de cet Art nourricier , on l'a vu
tomber dans l'oubli ; on a méprifé la profeffion
& les travaux du cultivateur ; on a relégué
dans la dernière claffe de la fociété des hommes
qui la nourriffoient , parce que toujours
utilement occupés , ils n'avoient pas le loifir
d'être injuftes ni méchans , & que par conféquent
ils n'avoient pas les vices polis des habitans
oififs des cités. Les Chinois feuls ont le
rare avantage de voir chez eux l'Agriculture
18 MERCURE
jouir d'une partie de la confidération qu'elle
mérite ; & cette confidération , le croiroitt'on
, eft en Chine l'ouvrage du defpotifine
& de la rapacité des Grands. Le peu de sûreté
qu'il y a chez tette nation , que des Philofophes
enthoufiaftes , des Voyageurs fédentaires
ont appelée un peuple defuges , les Marchands,
y étant fans ceffe les victimes de la voracité
des Gouverneurs & des hordes de voleurs qui
en parcourent les contrées ; les difficultés
qu'il faut vaincre , & les longues années qu'il
faut employer à l'étude pour devenir lettre ,
y font préférer à toute autre profeflion l'état
de Laboureur , qui , plus facile & moins difpendieux
, eft aufli moins expofe aux incurfions
des brigands & à l'injuftice des Mandarins.
Ainfi , les fils des Grands , des Princes y
font quelquefois ce que nous appelons dédaigneufement
des payfans. L'Empereur luimême
ne rougit pas de tracer folemnellement
chaque année un fillon d'une toife de
long , & de témoigner, par ce pénible effort,
l'eftime qu'il fait de l'Agriculture & de fes
partifans. Une autre raifon qu'on pourroit
donner du refpect des Chinois pour la culture
des terres , c'eft que de tout temps les nations
les plus commerçantes furent les plus agricoles.
Témoins les Égyptiens , & plus près de
nous les Anglois , qui , en Europe , eurent les
premières idées du fyftême fécondant de
P'Agriculture . Ils l'établirent & le perfectionnèrent;
ils honorèrent le Cultivateur , ils encouragèrent
par des prix fes utiles travaux. Le
DE FRANCE. 19
premier qui mérita une récompenfe nationale
, fut un grand Seigneur , le Duc de Bedfort.
On fit frapper une médaille avec cette
infcription : Pour avoir femé du gland. C'est
ainfi que l'Angleterre doubla le produit de fa
culture. Le refte de l'Europe eut fous les yeux
pendant un fiècle ce grand exemple , fans en
être frappée. Enfin l'horizon du génie fut
agrandi. On ofa s'occuper d'idées folides &
d'un intérêt fenfible . Montefquieu débrouilla
le chaos des Loix. Pline renaquit dans M. de
Buffon , & pénétra tous les fecrets de la Nature
; un Livre immenfe fut publié , où l'on
vit tous les grands objets traités par de grands
génies. Alors la France fortit de la ftupeur
barbare où l'avoient plongée des guerres civiles
ou étrangères , & les difputes oifeufes du
fanatifme & de l'école . L'homme fut éclairé
fur fes maux & fur fes befoins. Il vir que les
richeffès d'un État forroient de la terre fillonnée
. Des Princes Philofophes , des grands Seigneurs
, des Miniftres Citoyens aimèrent !
encouragèrent l'Agriculture , prodiguèrent &
prodiguent encore des alyles & des récom
penfes aux Agriculteurs. Le Chantre du bon
Henri célébroit ainfi leurs foins dans une belle
Épître :
D'un canton déſolé l'habitant s'enrichit.
Turbilli , dans l'Anjou , t'imite & t'applaudit.
Bertin , qui dans fon Roi voit toujours fa patrie ,
Prête un bras fecourable à ta noble induſtrie.
Trudathe, fait affez que le Cultivateur
20 MERCURE
{
Des refforts de l'État eft le premier moteur 3
Et qu'on ne doit pas moins pour le foutien du Trône
A la faulx de Cérès qu'au fabre de Bellone.
Les Académies d'Agriculture fe multiplièrent
de toutes parts ; de toutes parts s'élevèrent
des Économistes qui écrivirent fur l'art d'amé
liorer & de cultiver les biens ; la terre fut
couverte de Cultivateurs ; & la moitié de la
terre eft en friche. D'où vient cela ? C'eft
qu'on améliore les biens avec la culture , &
non pas avec des differtations fur la culture ;
que la fertilité dépend moins du fol que de
fes habitans ; qu'enfin les Duhamel , les Tef- -
fier, les Parmentier & toutes les Sociétés
Agromanes , embelliffent & fécondent moins
un champ que la pioche ou le foc. Si j'avois
un homme qui me produisit deux épis au- lieu
d'un , difoit un Monarque , je le préférerois à
tous les génies politiques.
A Dieu ne plaife que nous condamnions
les Ouvrages infpirés par le patriotiſme en
faveur des habitans de la campagne ; nous en
reconnoiffons l'utilité avec une joie fincère
& une vive gratitude . Celui que vient de publier
M. Crignon eft de ce nombre . L'épigra
phe que l'Auteur a choifie annonce qu'il cherche
à inftruire & à plaire. Il a rempli ce double
objet en traduifant élégamment en notre
langue trois Poëmes enfevelis dans la pouffière
des bibliothèques , & ignorés de ceux
même à qui les préceptes qu'ils renferment
pouvoient être d'une grande utilité . Je parle
DE FRANCE. 21
des Orangers , Poëme latin de Veſchambez;
des Vers à Soie , de Jean Vida , Évêque
d'Albe , & des Abeilles , de Jean Ruccelay
Patrice de Florence , Ouvrages qui , fans avoir
le mérite de ceux de Virgile , de Rapin & de
Vanières , guident le Cultivatent dans la carrière
à-la-fois la plus agréable & la plus épineufe
de l'Agriculture.
Dans le premier de ces trois Poëmes , l'Auteur
célèbre l'art de cultiver les Orangers. Il
dit : " Sous quels aftres il faut les planter ou
en confier la femence à la terre ; quel terrein
leur convient ; comment on doit les
arrofer ; quel foin il faut en prendre pendant
l'hiver pour les garantir des traits
» mortels de la gelée ; enfin il enfeigne les
» différens ufages de la fleur odorante & des
» pommes d'or de cet arbre précieux. »»
ود
Le premier foin du Cultivateur doit être
de chercher une terre propre à fes jeunes
plantes. La plus végétale eft celle dont les fucs
générateurs leur conviennent ; foit qu'elles
naiffent citoyennes des champs , ou qu'elles
foient tranfplantées dans les froides régions
du Nord. L'expofition la plus favorable aux
Orangers , eft celle du midi. Il faut avoir foin
d'élever des murs gazonnés ou de longs talus
du côté de l'ourfe , afin que les fougueux
aquilons ne défolent point ou ne tuent point
ces arbres dès leur naiffance. Après avoir
choifi & abrité le local , & préparé la terre ,
on les enfemence , à moins qu'on n'aime
mieux fe procurer de jeunes tiges ou bouMERCURE
tures , qu'on retranche du corps maternel ,
qu'on tranfplante dans de larges cailles.
•
&
Si vous femez des graines , prenez les dans
les entrailles des fruits les plus ronds , les plus
fains , les plus pefans & les plus colorés. Choifillez
ceux qui fe détachent eux mêmes de
l'arbre. Les deux efpèces d'oranges les plus ef
timées, font l'orange de Portugal & l'orange
commune. L'orange de Portugal eft ennemie
d'une terre maigre & d'une expofition froide.
L'orange commune triomphe avec la culture
de tous les obftacles qu'oppofent le ciel & le
fol. Elle veut être femée dans une terre préparée
, couverte d'une légère couche de terreau
gras & confommé depuis plufieurs années.
Dans les pays chauds, on sème l'oranger
au mois d'Octobre ; dans les climats glaces
de l'ourfe , on attend le retour du foleil prin
tannier. Lorfque l'excès des chaleurs fe fera
fentir , il faut fans relâche arrofer ces foibles
nourriffons , & les couvrir d'engrais fermentés
à l'approche des aquilons. Il faut cependant
arrofer prudemment , afin que par des
moyens factices on ne force point les guérets
à nourrir à regret des élèves précoces. « Hélas !
s'écrie M. Crignon , fouvent les arbres les
premiers nés vont auffi les premiers border
les noirs rivages ! »
Arrofez donc , mais n'inondez pas vos
jeunes élèves , & craignez que la putridité des
engrais n'enfante des vers deftructeurs qui
tongent vos plus chères efpérances. Dès que
vos arbufcules auront atteint l'âge où leurs
DE FRANCE.
racines ne font encore ni fortes ni profondes,
il faut les arracher & les tranſplanter ailleurs.
Vous aurez foin de ne pas bleffer leur enfance,
& d'enlever avec leurs racines une partie de
la terre.qui les alimentoit , afin de les accoutumer
plus facilement aux nouveaux lieux où
vous les fixez. Si c'eft un fol expofé aux atteintes
du froid , il faut tranſporter chaque
tige ou bouture dans une caifle de chêne ou
de fapin , remplie d'un terreau paffé au crible ,
& peu entaffé , afin que la pluie puiffe aifément
pénétrer. Ne négligez pas , avant que
l'hiver couvre la terre de frimars , de garantir
vos jeunes arbres par des haies ou des toits de
fapin ; & lorfque le foleil reviendra rendre la
végétation & la verdure aux campagnes dépouillées
, qu'ils jouiffent de les rayons bienfaifans.
Alors vous les émonderez , ayant foin
de fermer avec de la cire la plaie que leur
aura fait votre ferpe , de peur que la chaleur
pénétrant par leurs pores délicats , ne les
defsèche & les tue... L'Oranger eft inconftant,
changez le fouvent de terrein & de demeure ...
Tels font en abrégé les préceptes que donne
le Poëte Latin aux Cultivateurs de l'Oranger,
& que M. Crignon a rendus avec une précifion
, une élégance plus poétique que fon
modèle. Nous n'analyferons point les deux
autres Poëmes, où l'on remarque par tout les
mêmes beautés. Le ftyle de M. Crignon eft
pittorefque , majeftueux , harmonieux , nombreux
& rempli d'images. On en jugera par
un morceau moins élégant que beaucoup
24
MERCURE
d'autres du même Ouvrage , mais qui peut
feul en être extrait.
C'eft l'origine du Ver-à-fòie. « Vénus la
première , dit le Poëte , nous apprit à reti-
» rer des forêts le Ver- à- foie , & à l'élever
avec foin fous nos toits domeftiques. Au-
" paravant , les Sauvages , mortels errans tour
nuds dans la profondeur des bois qui les
enfantoient , avoient les moeurs des bêtes
farouches ; ils ne connoiffoient pas encore
l'ufage des toifons & du lin que nous filons
en habits. Pour fe garantir des traits cui-
» fans de l'hiver , & de l'humidité
23
39
"
que verfe
la froide
nuit , ils s'enfeveliffoient
dans des
monceaux
de feuilles
defféchées
; le toit ou
le creux
d'un
arbre
antique
les abritoit
contre
les pluies
; les antres
des rochers
,
les cavernes
fombres
étoient
leurs
retraites pendant
la nuit. Pendant
le jour , confondus
» en troupeaux
avec leurs
femelles
& leurs
petits
, ils parcouroient
tout nuds
les vaftes
» 'campagnes
pour
s'y nourrir
. Infenfible- » ment
quelques
fociétés
fe formèrent
; lat
timide
pudeur
s'y gliffa
; bientôt
elle fit
connoître
fes loix & fes charmes
; bientôt
30
39
"
la peau fourrée des lions , le cuir des taureaux
, la dépouille des bêtes féroces ,
qu'abattoit le plus fort ou le plus adroit,
fervirent à couvrir la trifte nudité. Le diraije!
Jupiter & les autres habitans des cieux ,
" Dieux & Déeffes , ainfi que les premiers
» humains , étoient fans vêtemens dans
l'Olympe. C'est la chafte Pallas qui , rout
"
gillant
DE FRANCE.
25
"
22
33
"
giffant la première , patut dans l'affemblée
des Dieux , couverte à la fois & parée d'une
longue robe & d'un voile brillant, que terminoient
des bordures peintes des plus
» vives couleurs. La Déeffe , généreuſe &
modefte , fit de pareils préfens à toutes les
Divinités de fon fexe , & fe hâta d'enſeigner
fon art aux mortels. Saturne fit don à
l'officieufe Cythérée d'une graine vivante
» & prefque imperceptible , laquelle étoit
foigneufement enfermée dans un lambeau
» de toile , blanche comme la neige . Bella
Déeffe , lui dit- il , daignez accepter ce le-
» ger retour de bienfaits , & n'enviez plus à
l'injufte Minerve fes groffiers tiffus de laine
» & de chanvre. La foie que vous fileront
» ces infectes , & les riches voiles que vous
Dourditez avec leur fin duvet , l'emporteront
» autant fur l'invention de la trifte Pallas,
» que vos beautés l'emportentfur les fiennes.
» Enfuite le père de Jupiter révèle à ſa fille
tous les fecrets de cet art précieux , qu'il
→ avoit découvert lui - même pendant fon
exil en Italie , lorfque fuyant la colère do
fon fils, il vint faire régner l'âge d'or dans
» nos contrées.
33
33
"22
Un reproche qu'on pourroit faire au Tra
ducteur , c'eft de trop multiplier les épithètes,
Certe petite reffource de mille petits Auteurs,
défigure un ſtyle formé , & transforme l'har
monie en redondance. Il faut fans doute en
ployer les épithètes ; mais il faut en ufer fobrement.
Les puriftes lui reprocheront ene
Nº. 40 , 7 Octobre 1786.
B
26 MERCURE
core d'avoir tenté des innovations dans fa
langue .
M. Crignon , en écrivant , a très- bien fenti
qu'il étoit impoffible de fixer la langue d'un
Leuple dont la mobilité fait le premier carac
tère ; qui change du matin au foir d'uſages ,
de modes , de goûts , d'idées & de fentimens ;
il femble s'être dit à lui même : la Nation &
le Peuple font les maîtres de la langue , eux
feuls peuvent brifer fes entraves & l'enrichir ,
parce que cette langue eft la leur. Ce n'eft
point aux Académies à fixer une langue qui
ne leur appartient pas , ni à prefcrire au ,
peuple des loix fur un fujet dont il eft l'unique
inaître. Les Corps Académiques doivent feulement
obferver l'état de la langue , fes progrès
ou fa décadence , pour en être les témoins
& les dépofitaires , & non pas les Législateurs.
Leur emploi eft le même que celui des Orateurs
& des Magiftrats : ils peuvent citer la
loi; mais ils ne doivent ni l'altérer ni l'enfreindre.
Après avoir ainfi penfé , M. Crignon
a jeté un coup d'oeil fur la fociété ; il y a vu
les ufages , les coftumes & les modes vieillir
d'un jour à l'autre ; il a vu qu'on n'ofoit plus
fe fervir d'une expreffion énergique , fous prétexte
qu'elle étoit commune vieillie , &
qu'en matière de langage , comme en couleurs
& en formes d'habits , l'enfant du matin étoit
un vieillard le foir ; il s'eft cru autorifé à ha→
farder des mots très - expreffifs dérivés du
latin. Les perfonnes de goût fauront gré fans
doute à M. Crignon d'avoir voulu étendre les
44
ر
DE FRANCE. 27
bornes étroites de cette langue sèche & ingrate,
qui , femblable à une Colonie peu peuplée
, périroit bientôt fi on y maffacroit tous
les vieillards & les nouveaux nés.
Le Traducteur a joint à ce Recueil quelques
Lettres adreffées à M. Bérenger , fon
eftimable ami. Elles font le fruit de fes Voyages
dans nos Provinces Méridionales. Un oeil
obfervateur , des penfées fines & délicates ,
un ftyle élégant & facile , caractérisent cette
correfpondance trop peu volumineufe. Viennent
enfuite quelques Pièces de poélie moins
poétiques que la profe qui les précède . Il faut
pourtant diftinguer l'Epitre au Docteur Petit,
la fin du Carnaval , où l'on trouve des tirades
que Greffet & Dorat n'auroient pas défavouées.
L'Ode fur les Grands Hommes de
-Normandie a le caractère d'élévation &
d'énergie qui convient à ce genre ; mais elle
eft dénuée des couleurs poétiques qu'il exige.
Nous allons en citer deux ftrophes , dans lefquelles
l'Auteur peint Fontenelle :
De Pafteurs plus galans une troupe choifie ,"
Chante & fe preffe autour du Berger de Neuſtrie ...*
Que leur efprit me plaît ! que leurs jeux font char-
T mans !
Fontenelle , en changeant l'Idylle ,
Devient fans l'imiter le rival de Virgile ,.
Er tranfporte avec art la ville dans les champs.
ÉMULE de Quinault , fur la magique fcène
Hrit avec Lucien de la folie humaine ,
Bij
28 MERCURE
Et même quelquefois de l'humaine raiſon ;
Il a beau mafquer fon vifage ,
Toujours dans fes Écrits vous découvrez un fage
Qui fait d'un fel piquant relever fa leçon.
NOUVEAU Recueil de Plaidoyers François ,
auxquels on a joint plufieurs recherches
très-utiles auxjeunes Elèves de l' Eloquence,
par M. l'Abbé Lenoir du Parc , ancien Profeffeur
de Rhétorique au Collège de Louisle
-Grand, A Paris, chez la Veuve Thibout,
Imprimeur du Roi , place de Cambrai.
SUCCESSEUR du P. Dubaudory , M. l'Abbé
Lenoir du Parc a occupé avec fuccès , pendant
environ fept années , la chaire de Profeffeur
de Rhétorique au Collège de Louisle-
Grand. C'eſt-là qu'il a donné , pour exercice
à fes Écoliers , les Plaidoyers que nous
annonçons , & qui font au nombre de trois.
Dans le premier , on examine les moyens les
plus propres à former de jeunes Officiers.
Dans le fecond , on traite de la préférence
qu'on doit donner à une Province de France
fur quelques autres. Le troifième roule fur un
procès occafionné par le défaftre qui arriva
en 1746 , à Lima , capitale du Pérou.
Le fujet du premier Plaidoyer eft très-intéreffant
, & nous a paru mieux rempli que les
autres. On y trouve beaucoup de traits d'Hiftoire
que l'Auteur applique fort à- propos.
Ce font par - tout des règles de conduite , des
DE FRANCE. 29
"
ود
93
לכ
לכ
maximes fages , des principes lumineux dans
l'art de la guerre. Quatre perfonnages paroiffent
fur la Scène ; le premier veut qu'on
éclaire l'efprit par les connoiffances propres
de l'état militaire ; le fecond penfe qu'on doit
fur-tout s'appliquer à former le corps par des
travaux & des exercices guerriers ; le troifième
aime mieux qu'on rempliffe le coeur de
fentimens héroïques ; le quatrième fe déclare
pour l'étude des langues . " Que mes adverfaires
, s'écrie le défenfeur des Connoiffan-
» ces Militaires , vantent tant qu'il leur
plaira les actions les plus brillantes & les
plus honorables au courage & aux exercices
militaires , j'applaudirai aux éloges
qu'ils en feront ; mais je les défierai toujours
de prouver que le fuccès de ces belles
» actions ne foit pas dû principalement à
l'efprit & aux connoiffancés des Officiers
» Généraux. » L'Avocat qui plaide la caufe
des Sentimens Héroïques , fe levant brufquement
, répond : « J'accepte le défi , & en
» me réſervant à parler plus long- tems quand
" je plaiderai ma caufe , je vais faire un effai
» de mes forces & de la bonté de mes armes ,
» ce fera une efcarmouche qui préludera au
combat. Quelle foule de belles actions ſe
préfente à ma mémoire ! que de batailles ,
» que de victoires ! Pouvez-vous , Monfieur ,
» vous qui êtes François , pouvez - vous ou-
» blier fans ingratitude , ou vous rappeler
» fans nous rendre juftice , les journées & les
» combats de Rocroi , de Turkeim , de Dé-
"3
"
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"
Biij
30 MERCURE
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ג נ
nain , de Caffano , de Crémone ? Je paffe
» le refte fous filence , car je ne veux pas
» vous accabler par le nombre , mais par la
force de mes raifons. Or , quelle a été la
caufe principale de notre triomphe à Rocroi
? N'eft- ce pas la valeur de nos Troupes
qui mirent en déroute les Wallons , les
Allemands , les Italiens , & défirent enfuite
» cette redoutable Infanterie Espagnole , jufqu'alors
invincible , & commandée par un
» des plus grands Généraux de fon fiècle ?
N'eft - ce pas au courage de nos Soldats que
font dues les victoires remportées à Turkeim
, à Dénain , à Steinkerque , à Crémone
, à Caffano ? Arrêtons - nous à cette
» dernière affaire. Eugène & Vendôme ont
> employé toutes les reffources de leur génie :
» marches , contre - marches , feintes , fauxavis
, promptitude à fe faifir d'un bois , d'une
calline , des bords d'une rivière ; tous deux
fe mêlent dans le combat comme de fimples
Soldats. Le Prince eft bleffé à la gorge
» & à la jambe ; le Duc de Vendôme a reçu
cinq coups de fufil , dont l'un a donné dans
le pli de fa botte gauche , les autres ont
coupé fon étrier , emporté la roſette de ſa
botte droite , fa cocarde , le bord de fon
chapeau. Les deux Généraux , fans reculer
» ni avancer , tiennent la victoire en fuf-
" pens. Mais ce que leur intelligence & leurs
connoiffances militaires ne peuvent décider
, le courage des fimples Soldats le
décidera . Deux Régimens François , dont
ود
23
و د
و د
ور
""
و د
33
22
و ر
ور
ود
33
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DE FRANCE. 31
93
ود
la fcience & l'efprit réfident dans leur grand
» coeur & dans leur épée , impatiens de fe
» voir féparés de l'ennemi par un ruiffeau ,
» & de ne combattre que de loin , fe jettent
» dans l'eau , vont aux Impériaux , les attaquent
, & fans le fecours de la géographie
» ni de la topographie , les mettent en fuite ;
» & décident de la victoire. "
و ر
ور
ور
ود
Ce que M. l'Abbé du Parc mer dans la
bouche du défenfeur des langues , eft ingenieux
& plaifant. Il a l'adreffe de faire l'éloge
des trois jeunes gens qui ont parlé. La louange
eft d'autant plus délicate , qu'elle naît du fond
du fujet , & que l'Auteur ne paroît pas l'avoir
en vue. " Qu'on rencontre fur fa route un
» ennemi fupérieur , fi la nuit approche , fi
» la mer eft trop agitée , ces deux circonftances
réunies empêchent , il eft vrai , de
» demander ou d'amener la chaloupe ; mais
» il faut parler , rendre compte de fa route ,
» répondre aux queftions que l'ennemi propofe.
Si l'on ignore le langage dont il fe
fert, on ne pourra éviter fa pourſuite ni
fe dérober aux riſques d'un combat inégal
» ou d'une défaite certaine ; mais que les
Officiers fachent la langue ennemie , dèslors
l'alarme ceffe. A un Anglois qui de-
» mande d'où vous venez , heme comeyou ?
» On répond fur le champ : Je viens de Madras
, From Madras . S'il demande , où
allez-vous ? Where do you go ? Vous répondez
, je vais à Londres , to London.....
» Avec un Hollandois , on change de termes :
ور
6
ور
ور
ود
"3
, د
93
"3
Biv
32 MERCURE
Je viens d'Amfterdam , je vais à Batavia,
» il come van Amfterdamme , io Gahaan nar
» Batavia. J'en dis de même quand il s'agit
» d'un Algérien , d'un Turc , d'un Barbare ;
» car dès que l'obſcurité de la nuit les empê-
» che de vous reconnoître , c'eft la langue
» qui décide. Ils vous interrogent , & jugent
» par vos réponſes fi vous êtes leur ami ou
» leur adverfaire ..... Tenons ici notre perit
» confeil, & fuppofons que l'Amiral Turc ,
d'un ton fier & menaçant , nous falfe en-
» tendre ces mots barbares : Néréden que
» curfin? Eh ! Meffieurs , je vous vois interdits
; vous avez raifon , votre fituation eft
» embarraffante. Si vous gardez le filence ,
» nous fommes perdus ; fi vous répondez en
François , nous fommes découverts. En
fuppofant que quelqu'un parmi nos enne-
» mis entende notre langue , que pourrons-
» nous faire pour les toucher , pour échapper
»
23
"
"
و د
DJ
à l'efclavage ? Leur vantera- t'on votre rang,
» vos agrémens , vos talens , votre mérite ?
» Leur dira- t'on qu'un d'entre vous eft lefpérance
& la confolation d'une mère dont
Fefprit & la prudence , la rendreffe &
» la fermeté s'accordent pour l'éducation
» d'un fils fi cher ; que l'autre marche
fur les traces de deux oncles refpectables
par leur état , par leur zèle , par leur vertu ,
ainfi que par leur naillance ; que le troihème
, animé d'une noble émulation
s'efforce d'imiter cette longue fuite d'an-
» cêtres précieux à la France , alliés aux plus
وو
»
»
>
DE FRANCE.
33.
و ر
29
grands Rois du monde , & dont les exem--
ples & les exploits ont fouvent défendu las
Patrie , foutenu le Trône & vengé la Religion?
Tout cela , encore une fois , per-
» mettez-moi , Mellieurs , de vous le dire ,
» hâteroit votre perte , au-lieu de la retarder.
» Nos Algériens avides ne laifferoient pas
échapper une proie fi chère à leur avarice ;
" un grand nom , un grand mérite feroient
pour eux une double raifon pour vous
» prendre ; mais moi , qui faurai leur langue ,
» je ne ferai point effrayé de leurs demandes
» ni embarraffé de més réponfes. Écoutez !
» ils nous difoient avec ce ton qui marque
» leur fupériorité & leur fierté : Néréden
و د
»
55
"
»
""
que
curfin? D'où viens-tu ? Je réponds tranquillement
, Avandem que luvum , je viens
d'Orange . Ils répliquent: Nérégé qui derfin?
» où vas-tu ? Je réponds : Ift Anbola qui devim
, je vais à Conftantinople. Ils conti
» ´nuent d'interroger : Bir Chriftian guémif-
» fime gueur médugnimi ? N'as - tu pas vu
quelque vaiffeau Chrétien : Moi je con-
» time: Béli Birtané var ki ouzakta d'eil
» vakit catchurnagn , faga , tchévérugn. Ne
perdez point de temps , tournez à droite.
Voyez- vous comme icingle & s'avance
» en haute mer? Le voilà parti vers la droite ,
» nous vers la gauche ; il eft trompé &
» nous fommes fauvés. Eh bien , cela ne
»
ود
ל כ
و د
vaut-il pas mieux que d'être criblé , démâ-
» té , percé, pris efclave , mort ? Qu'en pen-
,, fez-vous ? »
Bv
34 MERCURE
M. l'Abbé du Parc établit pour principe,
de la décifion , que l'utilité des talens pour
le fervice de l'État , eft la raiſon qui doit l'emporter
fur toutes les autres . Ce principe pofé
il donne la première place aux qualités du
coeur , la feconde aux connoiffances militaires;
la troisième aux exercices guerriers ; la quatrième
à la fcience des langues.
Dans fon fecond plaidoyer , il fe trompe ,
lorfqu'il fait naître Péliffon en Gascogne. Cet
Auteur , non moins louable par fes talens Lit-.
téraires que par fa grandeur d'âme , étoit de
Befters , ville du Languedoc , qui a produit
plufieurs hommes d'un rare mérite.
Le troisième Plaidoyer n'eft que du reffort
des Jurifconfultes. Il excite leur attention
par les axiômes de droit qui y font rappelés.
C'eft-là qu'on lit avec plaifir le jufte éloge du
Magiftrat intègre & éclairé qui a la direction
de la Librairie de France.
*
Ce Rccueil doit être regardé comme une
fuite des Plaidoyers qui ont paru fous le nom
du P. Geoffroi . On trouvera dans ceux- ci plus
d'efprit , d'intérêt , de choſes penſées , de fentimens
délicats & nobles ; mais dans les Plaidoyers
de M. l'Abbé du Parc , plus de fimplicité
, de naturel , de correction & de goût.
L'Auteur a fu éviter ces jeux de mots , ce
cliquetis d'expreffions , ces anthitèfes puériles
, ces tours forcés , ces termes vicieux ,
ces ambitieux ornemens qui déparent quel-
* M. Vidaud de la Tour , Confeiller d'État.
DE FRANCE. 35
quefois, la brillante manière d'écrire du P.
Geoffroi. Son ftyle eft d'un homme à talent ; il
coule defource; & n'a rien de gêné , rien d'affecté
; mais il eft un peu négligé , il ne renferme
pas affez d'idées , & l'on y deſireroit
plus de précifion & d'énergie .
A la fuite de fes Plaidoyers , M. l'Abbé du
Parc a ajouté plufieurs Lettres , qui contiennent
des obfervations fur l'utilité de ce genre
d'exercice , quelques ſujets qui font à traiter ,
des réflexions fur les Plaidoyers des PP . Porée ,
la Sante & Geoffroi. Tout ce qu'il dit eft bien
vu, judicieux & impartial...
DISCOURS für divers fujets de Religion &
de Morales par M. 1 Abbé Affelin , ancien
Vicaire Général de Glandeves : A Paris, chez
Delalain jeune , Libraire ' , rue S. Jacques ,
N° 13. 2 vol . in- 12 . de 400 pages chacun."
Prix , liv. reliés .
AUTEUR de deux Volumes de Difcours fur
la Vie Religieufe , dont le fuccès n'a point
varié depuis qu'ils ont vu le jour , M. l'Abbé
Affelin donne aujourd'hui au Public an nouvel
Ouvrage non moins important , & même
qui convient à un plus grand nombre de Lecteurs.
Ces Difcours fur divers fujets , & c. au
nombre de dix , offrent une analyſe preffante
des ptincipes de la morale, analyle auth inf
tructive que convaincante. L'Auteur d'ail
leurs traite toutes les matières avec une élé
gante précifion. Son ftyle eft pur , animé ;
-3.6 MERCURE
quantité de morceaux font remplis de cette
éloquence touchante qui remue les ames, &
de cette onction fainte qui les entraîne vers
la perfuafion .
<<
Parmi la foule de traits ou véhémens , ou
attendriffans , nous nous arrêterons à celui-ci ,
tiré du Difcours fur la Grace fanctifiante.
Il n'eft de vrais biens que ceux qui font
marqués du fceau de la grace. Il ne reste au
pécheur qui l'a perdue que cette nuit fatale ,
où rien ne fructifie. Eh ! que fera ce fi , enve
loppé des ombres de la mort , il ne jette pas
même un regard vers le ciel pour demander
la lumière? Tant de jours , tant d'années ,
peut-être une vie entière perdue pour l'éternité.
Que ce calcul eft effrayant ! Inſenſé , lui
dirai-je , bientôt il n'y a plus de temps pour
vous. L'arbre funefte dont on doit former
votre cercueil eft déjà coupé. Au moment où
je parle , on ourdit la trame de ce drap lugubre
qui doit fervir à vos funérailles. Encore
quelques pas , & vous voilà fur le bord de la
tombe ; la dernière heure va fonner , le Dieu
des vengeances eft affis fur fon tribunal , le
livre où font confignés vos crimes eft preſque
rempli. »
€
Ajoutons un morceau qui juftifiera mieux
encore nos éloges, Il s'agit du Difcours
fur les Afflictions. " La Religion rentre
triomphante dans le coeur de l'homme af
fligé , & avec elle les vertus qu'elle infpire,
La Foi ; elle remplace le preftige & illufion
des fens. L'homme inftruit par l'adverfité
DE FRANCE, 37
s'écrie: Tout ce qui fe voit n'eft rien. De
vains objets lui offroient l'image du bonheur ,
il fut féduit & trompé ; il rend à la vérité fuprême
l'hommage qu'avoient ufurpé le menfonge
& l'erreur. Une lumière divine a, pénétré
fon ame. Éclairé , déſabuſé , il voudroit
éclairer , défabufer à fon tour tant de victimes
du monde. L'Espérance ; elle fe réveille au
cri de l'infortune ; nos befoins & nos malheurs
lui rendent toute fa vivacité ; le vrai
bonheur commence où finiffent les intérêts
du temps. L'ouvrage de nos mains , cet édifice
d'argile qui nous avoit coûté tant de foins
& de travaux , s'eft écroulé. Affis fur des ruines,
nous regardons au-deffus de nous ; les
cieux s'ouvrent , nous avons perdu une chaumière
, & nous habiterons un palais . La Charité
; elle a changé ce coeur terreftre . Il jouit
de lui -même, il eft pur & tranquille. Les
années du mondain ne vaudroient pas un feul
de fes momens.phony
squ
!
Nous nous empreffons de tranfcrire ici le
Portrait de Louis XVI , placé à la fin da premier
volume. La reffemblance fera fentie
par tous nos Lecteurs. « En nommant le
Prince qui nous gouverne , nos ames s'attendriffent.
Le jeune Monarque, en montant fur
le Trane de fes pères, y . fit affeoir avec lui
Certe Vertu qui immortalife, les Rois ; la
Bonte. Son règne commença par des facrifices
, la Reconnoillance à fes pieds s'expliqua
འཇངས་ པ
par des tranſports ; nos éloges le font confondus
avec nos hommages , & les rayons de
5
38
MERCURE
ce nouvel aftre , en frappant nos regards , ont
gagné nos coeurs . »
TRAITÉ des Maladies des Enfans du
premier âge , par M. Underwood, Membre
du Collège Royal des Médecins de Londres
, avec les Obfervations pratiques de
M. Armftromg, ci-devant premier Médecin
de l'Hôpital des Pauvres Enfans de la
même ville & celles de plufieurs autres
Médecins , traduit de l'Anglois . A Paris ,
chez Théophile Barrois le jeune , quai des
Auguftins. 1 vol . in-8 °. 1786 .
LES Maladies des Enfans , & la manière de
les élever avec fuccès , font un des objets qui
occupent le plus la plume des Médecins
preuve évidente de l'intérêt que chacun prend
à ces jeunes plantes , qui font l'eſpoir de l'État ,
& dont on ne veut plus abandonner la culture
à des mains mercenaires , peu faites pour
s'acquitter d'une fonction auffi importante."
Quelques femmes , guidées par le noble
e fen-1
timent de l'amour maternel , nous ont communiqué
feurs réflexions fur ce qui concerne'
l'éducation phyfique. Mais leur plume a paru
trop intéreffée , & elles n'ont écouté que leur
fenfibilité , au-lieu de faire les differences relatives
à toutes les parties de leur objet. On
peut au contraire reprocher aux Médecins ou
aux Philofophes qui ont traité le même fujet,
d'avoir trop raifonné & peu fenti. Voilà pourquoi
ils ont chacun adopté des fyftêmes fil
DE FRANCE.
19
différens. Si l'Ouvrage que nous annonçons
plaît par la fimplicité & le défintérellement
avec lequel il eft écrit , on peut dire qu'il ne
fera pas moins utile par la manière dont le
Traducteur a lié les Traités des deux Médecins
Anglois , & par les additions qu'il y a
jointes. Cet Ouvrage n'eft pas une de ces compolitions
fyftématiques , dictées dans le cabinet
fur des conjectures , des probabilités . On
n'y parle que d'après des faits réitérés , mûrement
examinés , pour en déduire des théories
fimples , uniformes , qu'un homme de
bon fens peut faifir fans peine , & mettre en
pratique lorfque le cas l'exige . M. Underwood,
obligé par état de furveiller les enfans dès le
moment même de leur naiffance dans fon
hôpital , a eu toutes les occafions d'acquérir ,
fur les objets qu'il traite , l'expérience la plus
réfléchie. M. Armſtromg qui , pendant nombre
d'années, a eu plus de quatre plus de quatre mille enfans
à traiter tous les ans dans fon hôpital , étoit à
portée ,fans doute, de s'inftruire avant d'écrire.
Cependant nous remarquerons que ces deux
habiles Médecins n'ont chacun écrit qu'un
petit Ouvrage , après avoir fi long- temps épié
la marche de la Nature , & obfervé les écarts ,
tant il eft vrai que dans toutes les Sciences,
les vérités font en très -petit nombre. Mais le
grand art eft de bien faifir ces principes. Si
l'on excepte les Ouvrages de Harriel & de
Rojeu , tout ce qu'on a écrit fur les maladies
des Enfans , depuis plus d'un fiècle , méritoit
à peine d'être lu. Harriel fut même fouvent
40 MERCURE
1
abufé par les fauffes théories de fon fiècle.
Rofen a trop confondu les maladies des enfans
avec celles des adultes , quoique fon Ouvrage
foit devenu fous la plume de fon Traducteur
éclairé , d'une très - grande utilité , &
même indifpenfable. Les deux Médecins dont
on trouve ici les Ouvrages réunis , ont évité
ces fautes ; ils fe font bornés aux enfans dur
premier âge , abftraction faite de toute théorie
qui s'étendoit au - delà. Par ce moyen ,
leur travail eft devenu infiniment précieux ,
& pour les Médecins , & pour les pères &
mêres ; car à peine ces maladies ent - elles été
bien vues jufqu'ici.
La feconde partie intéreffe directement les
pères & mères. On y traite de la première
éducation phyfique de l'enfance , avec cette
fimplicité qui porte le caractère de la can
deur, & en mêmetemps l'empreinte de l'expérience
la plus réfléchie , furtout dans les
détails de M. Armitrong.
Le Traducteur , très -connu par plufieurs
Ouvrages de Chimie , de Médecine , de Littérature
, étoit plus à portée que perfonne
d'améliorer encore cet Ouvrage. Ayant toutes
les langues de l'Europe a fa difpofition , &
verfe dans la lecture de tous les Ecrivains de
l'antiquité , comme il Fa montré en plufieurs
occafions , il pouvoit profiter de tous les originaux
relatifs au but de cet Ouvrage ; & l'on
yoit dans fes notes qu'il l'a fait . Il a même
ajouté plufieurs Chapitres fur des matières
dont fes originaux ne parlent pas : telles font
DE FRANCE. 41
les maladies vénériennes de l'enfance , lapetite-
vérole fpontanée , les bains de l'enfance ,
article important que perfonne n'avoit traité
avant lui. Il condamne l'uſage peu réfléchi
des bains froids. Nous ofons affurer que s'il a
contribué à étendre la réputation de Rofen ,
en traduifant , il y a quelques années , ſon Ouvrage
Suédois , il a droit de partager ici avec
fes originaux l'eftime & la reconnoiffance du
Public.
Nous profitons de l'occafion pour recommander
aux pères & mères la lecture du petit.
Ouvrage de M. Baldini , Napolitain , fur
la manière d'allaiter les enfans au defaut de
Nourrice. Ce petit Ouvrage Italien , traduit
par la même main , & éclairci avantageulement
dans les notes que fe Traducteur y a
jointes , a été très - bien accueilli . Il fe trouve
chez Buiffon , Libraire , rue des Poitevins. Il
le fait paffer au prix de 1 liv. 16 fols broché ,
franc de port dans tout le Royaume.
Nous ferons par apoftille deux demandes
au favant Traducteur. Il nie que l'opium guérifle
les maladies vénériennes ; mais ne craintil
pas qu'on lui objecte l'expérience de pluhieurs
Médecins célèbres , dont les cures ont
été publiées depuis peu ? Il affure que les réci
dives de vraie petite vérole font poffibles ,
même après les fuccès d'une inoculation.
Quoique les développemens qu'il a donnés
fur le caractère de cette maladie, paroiffent on
ne peut plus réfléchis , devoit- il omettre quelque
autorité prépondérante , outre celle de
42 MER CURE
Van- Swiéten ? Cet article eft de la dernière
importance pour le repos de nombre de Citoyens.
SCIENCES ET ARTS. ›
TABLEAUX analytique & fynthétique de la
Grammaire Françoife ,fuivis d'un Tableau
de fon méchanifme defliné à en apprendre
les principes par le moyen d'un jeu avec
trois autres petits Tableaux relatifs à ce
dernier. A Paris , chez l'Auteur , rue Neuve
Saint Auguftin , nº . 28.
:
CES ES trois Tableaux offrent une méthode trèsingénieufe
& très- philofophique pour faire faifir
d'un coup- d'oeil tout l'enfemble de la Grammaire
Françoife , fon génie , fa formation , fes moyens.
Les deux premiers Tab eaux , dont l'un eft deftiné à
développer les idées de la Grammaire dans leur ordre
naturel , c'eft à- dire , par la voie de la décompofition
& de la récompofition , & dont l'autre en préfente
les différentes parties dans le fyfteme actuel de
la Langue , c'eft-à - dire , par la fynthèse , forment à
eux feuls un Traité court & lumineux des principes
de la Langue Françoife . Le troifième Tableau eft
un arbre généalogique du développement des parties
de la Grammaire. C'eft en quelque forte la Langue
entière repréſentée aux yeux par fes traits particu
liers. Cette méthode nouvelle d'affujettir , pour ainfi
dire , les idées les plus abftraites d'une Langue à un
fimple méchanifme , nous paroît digne de fixer l'at
DE FRANCE. 43
tention des Grammairiens & du Public. Elle avoit
été imaginée d'abord par l'Auteur pour l'inftruction
des fourds & muets d'Italie , objet fur lequel on lui
a demandé un travail particulier qui ne faffe qu'aider
la marche naturelle des opérations de l'efprit humain
. Il a cru , avec railon , pouvoir approprier enfuite
cette méthode à l'inftruction de ceux qui entendent
& qui parlent . L'analyfe métaphyfique n'avoit
été appliquée à la Grammaire d'aucune Langue
connue. L'Auteur de ces Tableaux donne aujourd'hui
le premier exemple de cette application qu'il annonce
devoir faire fucceffivement fur les Langues Latine ,
Italienne & Angloife. Il eft à defirer que cet exemple
ne foit
pas inutile , & que les Gens - de-Let res qui tra
vaillent pour l'inftruction publique , ayent enfin le
courage d'abandonner dans les élémens des autres
parties des connoiffances humaines , une méthode ancienne
qui n'eft bonne qu'à perpétuer des erreurs ,
puifqu'elle eft contraire au véritable efprit d'obfervation
.
Le Tableau du méchanifme conftitue précisément
le jeu de la Grammaire. C Tableau , qui préfente
dans quatre-vingt dix fept cafes , & fuivant leur ordre
naturel , les dix parties du difcours , eft divifé en trois
parties . Quatre vingt-dix-fept jetons ou cartes correfpondent
aux cafes du Tableau , dont ils portent
les mots. Il y a plufieurs manières de jouer de jeu ,
fuivant le degré d'inftruction des Elèves : on
verra les règles dans un Imprimé qui eft joint au
Tableau.
en
44 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
L'AMI de l'Adolescence , par M. Berquin , neuvième
Volume.
L'Edition de l'Ami des Enfans , en vingt- quatre
Volumes papier fin , étant épuisée , on vient d'en
publier une Edition en vingt - quatre Volumes papier
ordinaire , dont le prix n'eft que de 16 liv. 4 fols
port franc par la pofte.
L'Edition en papier fin de l'Ami de l'Adolefcence ,'
en douze Volumes ( dont il en paroît neuf actuellement
) , & de l'Introduction familière à la connoiffance
de la Nature , en trois Vol. , étant auſſi épuifée
, on vient d'en publier une Edition en papier ordinaire
, dont le prix n'eft que de to liv .
4 fols
les quinze Volumes port franc par la pofte.
pour
Les Perfonnes qui prendront à la fois l'Ami des
Enfans en vingt-quatre Volumes , & l'Ami de
l'Adolefcence en douze Volumes , précédé de l'Introduction
familière à la connoiffance de la Nature ,
en trois Volumes ne payeront les trente-neuf
Volumes que 24 liv. port franc par la pofte.
La remife pour MM . les Libraires , Maîtres de .
langue & de penfion qui prendront tous ces Ouvrages
enfemble , fera de 3 liv. , & ceux qui ea prendront
quatre Exemplaires à la fois auront le cinquième
gratis .
On a cru devoir rendre cet Ouvrage d'une acquifition
plus facile à un grand nombre de pères de
famille , pour prévenir l'effet d'une contrefaçon qui
fe répand dans la Province ; contrefaçon qui fourmille
de fautes , & dans laquelle on s'eft permis de
#
DE FRANCE.
45
tronquer au hasard , & de retrancher même beaucou?
de pièces , afin d'en impoſer au Public , en luí
offrant à p'us bas prix l'Ouvrage ainfi défiguré ,
quoique fous le même titre.
On trouve à la même Adreſſe la quatrième Edition
des Lectures pour les Enfans , ou Choix de
petits Contes également propres à les amufer & à leur
infpirer le goût de la vertu , 5 Vol. Prix , 6 liv.
port franc par la pofte , le cinquième Exemplaire
gratis.
On peut fe procurer
ces Livres
de tous les endroits
de la Province
, en remettant
le prix à la poſte.
Mais il faut avoir foin d'affranchir
le port de l'argent
& la lettre
d'avis
, dans laquelle
il eft néceffaire
d'inférer
le reçu du Directeur
des Poftes
.
S'adreffer à M. Leprince , Directeur du Bureau de
l'Ami des Enfans , rue de l'Univerfité , nº. 28 , à
Paris.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particu
liers relatifs à l'Hiftoire de France , Tome XX &
XXI in- 8°. A Londres ; & fe trouve à Paris , rue
d'Anjou-Dauphine , nº . 6 .
Ces deux Volumes contiennent les Mémoires de
Du Bellay.
TROISIEME Livraifon des Illuftres François ,
compofie des portraits de Turenne & de Defcartes
avec des tableaux & des médaillons , & le précis de
leur vie. Prix, 3 livres chaque Livraiſon .
Les quatrième , cinquième & fixième Livraifons
, compofées des portraits de Louis XIV , Boffuet,
Montefquieu , Molière , le Sueur & Mme Deshoulières
, paroîtront inceffamment. La bataille de
Fontenoy , deffinée par M, Cochin , gravée par le
Château , même adreffe . Prix , a liv. 4 fals.
46
MERCURE
LA Foible Réfiftance ou le Verrou . - L'Amant
Victorieux ou la fuite du Verrou ; deux Eftampes
ovales , coloriées au pinceau , gravées par le Beau.
Trix , 2 livres 8 fols chaque. A Paris , chez l'Auteur
, rue des Bernardius , n ° . 19.
DISSERTATION fur la Bandure , plante des plus
rares & des plus curieufes , un des miracles de la
nature , qui diftille continuellement de l'eau dans un
réfervoir placé à l'extrémité de fes feuilles , pour ap
paifer la foif des voyageurs. Prix , 2 livres , avec
figures co oriées . A Paris , chez l'Auteur, M. Buc'hoz,
rue de la Harpe , au-deffus du Collège d'Harcour.
SOCRATE prononçant fon difcours fur l'immortalité
de l'âme à fes amis , après avoir bu la ciguë ,
peint par Sane , gravé par J. Danzet , Graveur de
Sa Majelté Impériale. Prix , 12 livres . A Paris ,
chez Efnaud & Rapilly , rue Saint-Jacques , n° .
269 , & chez Alibert , rue Fromenteau .
Cetie Eftampe , d'un genre aufière , eft gravée
avec effet , d'une manière ferme & vigoureuſe.
CONSIDERATIONS fur M. de Vauban , ou
Examen de la Lettre d'un Académicien de la Rochelle
à MM. de l'Académie Françoife , à l'occafion
de fon Eloge , adreffées à l'Auteur de cette Lettre.
Prix , 1 liv. 4 fols broché. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
ESSA1 fur l'Hiftoire de Provence , fuivi d'une
Notice des Provençaux célèbres , 2 Vol . in- 4° . Prix ,
24 liv, reliés en veau. A Marſeille , chez Moffy père
& fils , Imprimeurs- Libraires ; & à Paris , chez
Delalain jeune , Libraire , rue Saint Jacques.
Cet Ouvrage , compofé par M. Bouche , Avocat
DE FRANCE, 47
au Parlement de Provence , eft une preuve que l'étude
des Loix n'eft point incompatible avec la Littér , rure.
Il annonce un homme qui , rempliffant utilement les
momens de liberté que lui laiffent les travaux honorables
de fa Profeffion , fait être Citoyen , Adminiftrateur
& Homme de- Lettres . Cet Effai eft divifé en
fept Parties . La première contient le Tableau de la
Provence ancienne & moderne ; la feconde , les
Moeurs , Ufages , Régimes politiques des Ceites ou
Gaulois Provençaux ; la troifième , le détail des Conquêtes
des Romains en Provence , & les Etabliffemens
qu'ils y firent. Les Peuples du Nord les y remplacent
bientôt ; la quatrième & la cinquième , la
fuite des Incurfions des Peuples du Nord dans les
Gaules après la formation du Royaume de France .
Les Rois d'Arles prétendirent au titre de Souverains
de la Provence ; les divifions , qui furent l'effet des
guerres entre les Comtes de Provence devenus Héréditaires
& les Rois d'Arles , donnèrent lieu à l'établiffement
de plufieurs petites Souverainetés ; la
fixième , l'Hiftoire des Comtes de Provence ; la
feptième commence en 1471 , à Louis XI , Roi de
France , devenu Comte de Provence , jufqu'en 1722,
qui termine fon Hiſtoire.
La Notice des Provençaux célèbres , qui eft à la
fuite de l'Hiftoire , a été définie avec beaucoup de
vérité par le Cenfeur de cet Ouvrage , une Galerie
intéreffante. Elle nous fait regretter que notre Hiftorien
n'ait pas parlé de tous les hommes célèbres que
la Provence a produits ; peu de Provinces peuvent fe
glorifier d'en avoir produits autant. Des Mélanges
Hiftoriques terminent cet eftimable Ouvrage , auquel
nous renvoyons nos Lecteurs, Les bornes de
ce Journal nous empêchent d'en donner une analyſe
plus détaillée .,
NOUVELLE Méthode de Violon & de Musique»
MERCURE
dans laquelle on a obfervé toutes les gradations néceffaires
pour apprendre ces deux Arts enfemble,
dédiée & préfentée à Mgr. Comte d'Artois , Frère du
Roi , par Bornet l'aîné , Profeffeur de Mufique & de
Violon. Prix , 12 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue
Tiquetonne , n ° . 10 , cù l'on trouve le Journal de
Violon pour deux Violons ou Violoncelles , & dont
les Numéros 9 & 10 paroiffent actuellement.
Cette Méthode de Violon nous femble devoir être
diftinguée de toutes celles qui ont été publiées jul
qu'à ce jour , par l'ordre & la clarté des principes
qu'on y établit.
NUMEROS 183 & 184 du Journal d'Ariettes
Italiennes , dédié à la Reine , & pour lequel on fouf
crit chez M. Bailleux , Marchand de Mufique de la
Famille Royale , rue Saint Honoré , près celle de la
Lingerie , à la Règle d'or. Prix de l'abonnement
36 liv. & 42 liv.
Le Numéro 183 contient un Air de M. Tomeoni
qui a eu beaucoup de fuccès dans les Concerts , fous
le titre des petits Oifeaux.
TABLE.
FRAGMENT de la Fable François · 28
3 Difcours fur divers fujets de
Religion & de morale , as
d'Ine & d'Athamas ,
Alouc- Babouc , Conte ,
gryphe ,
IS fans du premier âge,
Charade, Enigme & Logo Traité des Maladies des En-
Les Orangers les Vers-d- Sciences & Arts ,
foie & les Abeilles , 16 Annonces & Notices,
Nouveau Recueil dePlaidoyers
APPROBATION.
༡
38
J'AI IR , par ordre de Mgr le Garde
des Sceaux
, le
Mercure
de France
, pour le Samedi
7 Octobre
1786. Je n'y
ài rien trouvé
qui puiffè
en empêcher
l'impreffion
. A
Paris , le 6 Octobre
. 1716, GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 14 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A M. I ** , au sujet de l'Épitre inférée
dans le Mercure du 2 Septembre , & fignée
DE CHAS.
QUOI UOI ! vous daignez fourire à ma Mufe volage !
Du Chantre de Pâris elle obtient le fuffrage !
Que cet accueil flatte fa vanité !
Mais de mon nom , de grâce , éloignez ces deux lettres
Qui , de nos faux Marquis, de nos fots petits -mattres
Atteftent la frivolité .
De mes aïeux , en vain , je cherche la nobleffe :
Nul parchemin ne parle en leur faveur.
Dans la foule oublié , mais toujours plein d'honneur,
Nº. 41 , 14 Octobre 1786. C
so MERCURE
Mon père, de bonne heure , apprit à ma jeuneſſe
Que la vertu Laffit pour le bonheur.
De fes leçons j'ai goûté la fageffe :
Aujourd'hui qu'il n'eft plus , contre l'adverfité
Son exemple feul me raffure ;
Je m'applaudis de ma roture ,
.Et je bénis ma pauvreté.
VERS faits au nom d'un Homme qui fe
trouvoit à un dîner chez l'Auteur , avec
deux autres femmes , & où l'on ne fervit
que trois ppoommmmeess aauu deffert.
E me vois aujourd'hui le plus heureux des hommes !
Plus fortuné que le Berger Pâris ,
Elles font trois ; mais j'ai trois pommes :
Chacune peut avoir le prix.
A Vénus donnons la première ;
La feconde , elle eft pour Junon ;
Et c'eft avec jufte raiſon
Que Minerve aura la dernière,
Par le moyen dont on fe fert ,
Nous vous rendons une égale juſtice ;
Mais fi l'on n'avoit eu qu'une pomme au ſervice ,
La difcorde , fans doute , arrivoit au deffert,
( Par Mme Belfort. )
DE FRANCE. SI
LE Vrai & le Merveilleux , ou la Famille
de Noftradamus , Fable.
VÉRADAMUS, ADAMUS , qui n'a trop
Et fon frère Falladamus ,
bonne chance ,
Arrière-petits fils du grand Noftradamus *,
Incognito vivent en France .
Sans les connoître on peut les voir,
Car fur les bords de la Durance
Ils ont établi leur comptoir.
Véra n'a pas une feule pratique
En propofant des vérités
Qu'il débite d'un ton mystique ;
Mais Falla voit dans la boutique
Accourir de tous les côtés
Le courtifan & le ruftique,
Gens de tout rang , jeunes & vieux ,
Auxquels il vend par politique .....
Que leur vend t'il, du vrai? Non , mais du merveilleux,
Qui d'abord les flatte & les pique ,
Puis ré luit à zéro fe diffipe à leurs yeux.
Celui qui follement prodigue fon eftime
Nom propre , compofé de deux mots latis , qui
fignifient ( nous donnons du nôtre. ) Véradamus , fignifie
( difeur de vésirés ) , & Falfadamus , ( conteur de forneres.
)
Caj
52
MERCURE
L
Mérite qu'on le trompe , & devient la victime
Des charlatans , des fourbes , des capons ,
Pour n'avoir pas connu cette maxime :
Point de dupes , point de fripons.
(Par M. le Marquis de Culant. )
QUATRAIN à M. d'ÄRNAUD , Auteur
des Délaffemens de l'Homme Senfible.
VIENS IENS t'affeoir , ô d'Arnaud ! fur le trône des
moeurs ;
J'aime quand tu nous peins l'ame des bienfaiteurs ;
Leurs traits font embellis par ta plume féconde ,
Et tes Délaffèmens font ceux de tout le monde.
( Par M. E. G. Duchofal , Avocat
en Parlement. )
ÉPITH A PHE d'un Chirurgien célèbre.
Cr-Gir qui mieux qu'Alcide , ce me ſemble ,
GÎT
Mérita le titre de Grand;
Car il répandit plus de fang
Que tous les Conquérans enſemble.
( Par M. l'Abbé de la Reynie . )
DE FRANCE.
53
Explication de la Charade , de l'Énigme &
da Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bec - figue ;
celui de l'Enigme eft Epitaphe ; celui du Lo
gogryphe eft Ecran , où l'on trouve crâne
rance , ancre , nacre.
M.
CHARADE.
On premier quelquefois laiffe voir mon dernier,
L'été dans un vallon tu peux voir mon entier,
( Par M. C, ... de Chateauchinon. )
ENIG ME.
CELUI qui me nourrit meurt par ma violence ,
Et fon trépas auffi caufe ma propre mort ;
Bien que je vive en terre , en l'air je n'aime fort ,
Et fans un compagnon je n'ai point d'existence .
(Par M. Guérin , à Chevanne-Gazean . )
G ii)
54
MERCURE
LOGO GRYPH E.
JE me plais beaucoup à la guerre ;
Quoique bien fait je fais borteux ;
Cependant j'ai fept pieds , & fuis porté par deux .
En me décomposant de diverfe manière ,
Lecteur , tu vois de prime- abord
Le voile où Chloé s'enveloppe ,
Quand, plus chafte que Pénéloppe ,
Ele craint d'un époux les amoureux tranfports;
Tu vois encore un inftrument ,
Lequel de fa main blanche & liffe
Préfente un contraste frappant ;
Le miroir où le beau Narciffe
Immobile , rêveur , amoureux fans eſpoir ,
Savouroit à longs traits le plaifir de fe voir ;
Le pays d'un grand Roi que la France révère ;
Ce que , par une loi (évère ,
L'Officier doit voir tous les jours ;
Certain défaut que le beau
monde
Ne peut que redouter toujours ;
Et cette Nymphe pudibonde
Qui jadis implora les Dieux
Pour s'échapper des bras d'un amant trop fougueux ;
Ce que n'eft point un coeur à la pitié fenfible ;
Ce que ne connoît pas un Soldat intrépide ;'
L'abri que defire ardemment
DE FRANCE 55
Le Marin battu par l'orage ;
Ce qu'il conftruit quelquefois vainement
Pour éviter les horreurs du naufrage ;
Un tiffu délicat dont la tendre îcheur
Ne réfifte jamais au vieillard deftructeur ,
Monftre dont la dent meurtrière
Ne laiffe à la beauté trop fière ,
Que décrépitude & laideur.
Reftons- en là ..... car la philofophie
Pourroit bien nous donner de la mélancolie.
Dis - moi , Lecteur , aurois tu par hafard
Souvenir de quelque bataille ?
Eh bien ! rappelle- toi Pharfale ;
J'étois dans la main de Céfar.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE de Greffet , qui a concouru pour le
Prix propofe par l'Académie d'Amiens ,
par M. Girouft, Avocat au Parlement.
Sans la vertu que vaut un grand génie !
Ververt , Chant III.
A Paris , chez Bailly , Libraire , rue S. Ho
noré , à la Barrière des Sergens.
C'ÉTOIT
un beau fujet que cet Éloge de
Greffet ; il eft étonnant que le prix ait été re-
Civ
36 MERCURE
1
mis quatre ans , & très - fâcheux que le fujet
ait été retiré , il fe feroit trouvé enfin un
homme digne d'aimer Greffet , & digne de le
chanter. Greffet étoit le Poëte le plus original
de ce fiècle ; c'eft le feul peut - être qui ne
foit abfolument d'aucune école , & qui , poltérieur
à M. de Voltaire , n'en ait pas imité
en tout ou en partie , ou la manière générale ,
ou au moins quelques détails, Voilà pour les
petits Poëmes & les Pièces fugitives . Greflet
n'a fait qu'une Comédie , & il eft au rang des
premiers Auteurs Comiques. Nous difons
qu'il n'a fait qu'une Comédie ; car nous ne
regardons pas comme une Comédie le Drame
éloquent , touchant & moral de Sidney
contre le fuicide , où il n'y a de comique que
le rôle de Dumont , qui même eft médiocre--
ment comique , mais où les perfonnages inté
reffans ne le font pas médiocrement. Greffet
n'a fait aufli qu'une Tragédie , & il feroit curieux
de voir quel ráng fon Panégyrifte lui
affigneroit parmi les Poëtes Tragiques. Pour
nous , nous oferons dire que la Tragédie
d'Édouard III , ne nous paroît pas être à fa
véritable place dans l'eftime publique ; elle
eft fort peu connue , & elle mérite fort de
l'être. Nous ne la donnons pas pour une excellente
Tragédie : l'intérêt n'y eft pas au degré
qu'on pourroit defirer ; la Pièce a quelque
froideur , la marche quelque lenteur :
on pourroit faire contre le plan plus d'une
objection fondée ; mais , pour ne parler que
des Auteurs morts actuellement , cette Pièce
DE FRANCE.
$7
eft , après les excellentes Pièces de Racine &
de Voltaire , la Tragédie la mieux écrite qui
exifte : elle eft remplie de beautés , & des plus
grandes beautés dans tous les genres .. Quoi de
plus philofophique que ce tableau du Miniftère
?
Régir des mortels le deſtin inconftant ,
N'eft que le trifte droit d'apprendre à chaque inftant
Leurs méprifables voeux , leurs peines dévorantes ,
Leurs vices trop réels , leurs vertus apparentes ,
Et de voir de plus près l'affreufe vérité
Du néant des grandeurs & de l'humanité.
Depuis qu'on fait valoir en faveur de l'immortalité
de l'ame, l'argument tiré de la profpérité
des méchans & du malheur des hommes
vertueux dans cette vie mortelle , où trouvera
- t'on cet argument exprimé avec plus de
précifion & de plénitude tout enſemble que
dans ces deux vers ?
La vertu malheureuſe en ces jours criminels
Annonce à ma raifon les fiècles éternels .
La parole des Rois eft l'oracle du monde :
eft un vers digne de contenir & de confacrer
à jamais une grande & utile vérité.
Le fage Vorceftre rappelle à Édouard III
l'exemple d'Édouard II , fon père, détrôné par
la Nation.
Il pouvoit vivre heureux & mourir couronné ,
S'il n'eût point oublié qu'ici , pour premiers maîtres ,
Су
58
MERCURE
Marchent après le ciel les droits de nos ancêtres ;
Qu'en ce même palais l'altière liberté
Avoit déjà brifé le trône enfanglanté.…………….….
tout eft vertu pour venger la patrie. Et que
Le morceau fuivant nous paroît diftingué
par l'eloquence. Voici quelle eft la fituation.
Edouard avoit promis d'épouler l'Héritière
d'Écoffe , c'eft le voeu & l'intérêt de l'Etat ;
mais étant devenu amoureux d'Eugénie , fille
de Vorceftre , qu'on fuppofe être la fameufe
Comteffe de Salisbury , il charge Vorcellre
d'aller lui offrir fa main & fa couronne ; Vorcefire
refufe la commiflion , rappelle le Roi à
fes engagemens , & court prémunir la fille
contre la tentation de devenir Reine par un
moyen que la Nation défavoneroit. Elle entre
dans les vues de fon père , fans favoir que
c'eft d'elle qu'il s'agit ; Vorceftre s'explique
alors :
La verta même ici par ta bouche a parlé :
C'est ton propie deftin que ce choix a réglé ,
C'eft le fort de l'État : généreufe Eugénie ,
Il faut , du peuple Anglois tutélaire génie ,
Faire plus qu'affermir , plus qu'immo: taliſer ,
Plus qu'obtenir le trône , il faut le refufer.
Oui , c'eſt toi qu'au mépris d'une loi fouveraine ,
Au mépris de l'État , Édouard nomme Reine ,
Et pour un rang de plus fi tu démens tes incurs ,
Tu l'époufes demain , tu règnes , & je meurs......
DE FRANCE.
19
Qu'efpéroit Édouard ? Comment a-t'il pu croire
Qu'inftruit par des aïeux d'immortelle mémoire ,
Blanchi dans la droiture & la fidélité ,
Dans le zèle des loix & de la liberté ,
J'irois d'un lâche orgueil , méprifable victime ,
Avilir ina vieilleffe , & finir par un crime ?
Non , j'ai fu refpecter la terre où je fuis né;
Je t'en devois l'exemple , & je te l'ai donné……..
Je ne demande point le prix de mes travaux .
Quel prix plus doux pourroit flatter mon efpérance ?
Le ciel dans tes vertus a mis ma récompenfe !
Ce morceau , indépendamment de la vertu .
du père & de la fille , qui le rend fi pathétique ,
nous paroît un des plus eloquens qui foient
au Théâtre. Quel beau mouvement dans cette
tirade périodique & nombreuſe !
Qu'efpéroit Edouard ? Comment a t'il pu croire , &c.
Non , j'ai fu refpecter la terre où je fuis né.
Combien ce vers eft Romain ou Anglois !
Vorceftre ne favoit pas encore toute la
générofité du facrifice de fa fille ; elle aimoit
en fecret Édouard , elle ignoroit fi elle en étoit
aimée , elle vouloit l'ignorer , & elle quitroit
l'Angleterre pour combattre fa paffion. Voici
ce qu'elle difoit à fa Confidente dans la Scène
qui précède celle de Vorceftre.
Dans ce jeune . Héros je fentis plus qu'un maître;
Mon ame à fon afpect reçut un nouvel être ;
Je crus que jufqu'alors ne l'ayant point connu ,
C vj
Go MERCURE
1
Ne l'ayant point aimé , je n'avois pas vécu.....
Je ne veux point aimer : je fuis ce que j'adore ,
J'implore le trépas , & je foupire encore !
La mort feule éteindra mon déplorable amour ;
Mais du moins , en fuyant ce dangereux séjour ,
Cruelle à mes defirs , à mes devoirs fidelle ,
J'aurai fait ce que peut une foible mortelle :
Si le refte eft un crime, il eft celui des cieux ,
j'aurai la douceur d'être jufte à mes yeux.
Tu n'auras pas long - temps à fouffair de ma peine ;
La mort eft dans mon coeur ; fuis - moi , ma chère
Ifmène :
Ton zèle en a voulu partager le fardeau ;
Ne m'abandonne pas fur le bord du tombeau.
Je ne fais fi je me fais illufion ; mais cette
Eugénie me touche autant que toutes les Monimes
& toutes les Bérénices ; elle joint une
douce teinte de mélancolie Angloife à la tendreffe
profonde de ces Héroïnes de Racine ;
je retrouve dans cette tirade le pathétique
pénétrant & le langage enchanteur de ce divin ...
Racine.
Lorfqu'Eugénie a été inftruite par fon père
des fentimens d'Édouard , elle s'écrie :
Ainfi tous mes malheurs ne m'étoient pas connus.
Il m'aimoit ; & je pars ! .... Je ne le verrai plus ! ...
Édouard s'en prend à Vorceftre des refus
d'Eugénie , dont il eft bien loin de foupçonner
toute la générofité ; il prête l'oreille à la
DE FRANCE . 61
calomnie contre ce Miniftre ; il le perfécute ;
des juges iniques le condamnent ; Eugénie
ne peut plus parvenir jufqu'au Trône ; le
traître Volfax , ennemi de Vorceftre & de la
vertu , en ferme toutes les avenues ; Eugénie
charge une amie , qu'elle croit avoir , & qui
eft fa rivale , d'aller plaider la caufe de fon
père auprès d'Édouard.
De la vertu trahie expofez le malheur ;
Et s'il parle de moi .... dites - lui ma douleur ,
Dites-lui que j'expire en proie à tant d'alarmes ;
Que je n'aurois pas cru qu'il fit couler mes larmes ,
Qu'il voulût mon trépas , & qu'aujourd'hui ſa main
Dût conduire le fer qui va percer mon fein.
Voilà encore ce que Racine n'auroit point
défavoué . Quelle douceur dans ces plaintes !
quelle décence ! quelle aimable délicateffe
dans ce mot : Et s'il parie de moi.... Dans le
filence qui fuit ce mot , dans le mot qui fuit
ce filence , Dites- lui ma douleur. Comme on
voit la douce confiance d'une amante aimée
dans ce vers charmant :
Que je n'aurois pas cru qu'il fit conler mes larmes !
Elle implore auffi Volfax pour fon père , & le
lâche Volfax a la baffeffe d'infinuer que Vorceftre
peut être coupable. Comme elle fe relève
alors ! quelle fainte indignation la faiſit !
commie elle exalte fon père ! comme elle
humilie Volfax !
Toi , qui peu fait fans doute à ces nobles maximes ,
64
MERCURE
Ofes ternir l'honneur par le fourçon des crimes ,
Tu prends pour en juger des modèles trop bas ;
Refpecté le malheur fi tu ne le plains pas.
Apprends que dans les fers la probité ſuprême
Commande à fes tyrans , & les juge elle- même.
Hors delà elle rentre dans fon caractère de
douceur & de tendreffe . Elle meurt empoifonnée
par fa rivale ; alors elle avoue fon
amour à fon amant & à ſon père :
Il n'eft plus de fecret fur le bord du tombeau .....'
Oui , le ciel d'un pour l'autre avoit formé nos coeurs.
Prince... je vous aimois ... je vous aime... je meurs.
C'eft ainfi que dans la Nouvelle Héloïfe ,
Julie , en mourant
avoue à Saint - Preux
qu'elle l'a toujours aimé.
A fes rares talens , M. Greffet joignoit un
caractère irréprochable ; c'eft encore un grand
avantage pour le Panégyrifte , qui n'a rien à
diflinuler ni à excufer , qui ne fe voit forcé
ni à des réticences infidelles ni à des apologies
embarraffantes. Quand M. Greffer fut reçu à
l'Académie Françoife , il loua M. Danchet,
1on prédécefleur , de n'avoir jamais fouillé
la plume par la fatyre , & de n'avoir jamais
eu à rongir d'aucun de fes Écrits ; tout le
monde lui fit à lui-même l'application de cet
éloge. Cette reunion des vertus & des talens
dans la perfonne de M. Greffet , n'a point
échappé a M. Girouft , Auteur de l'Éloge que
nous ann nçons , il fent tout l'avantage de
DE FRANCE 63
fon fujer , & il en profite ; il fe livre à tout
fon refpect, à tout fon amour pour la Religion
& pour les moeurs, en louant un Poste
qui les a toujours aimées & refpectées . Sous
ce point de vue on ne peut trop eſtimer fon
Cuvrage , & nous lui payons avec un vrai
plaifir ce jufte tribut de louanges. Qu'il nous
permette auli un peu de fincérité fur le refte ,
& qu'il ne l'attribue qu'à l'intérêt & à l'eftime
qu'infpire le goût qu'il montre par - tout
pour la vertu. Il paroit fort en peine de favoir
quel fens l'Académie d'Amiens attache a ces
mors : Qu'un éloge Académique n'eft ni une
Oraifon Funèbre ni un Panegyrique. Ces
mots font fort clairs ; & fi l'Académie avoit
en vue l'Ouvrage de M. Girouit , nous pouvons
croire qu'elle n'y a vu qu'un fermon ,
& , s'il faut tout dire , un fermon plus rempli
de zèle que de lumières & de charité. Nous
voudrions ne dire à l'Auteur que des vérités
utiles , & nous craignons fur - tout de le défobliger;
mais l'Académie , en demandant l'Éloge
de M. Greffet , ne demandoit point une Diatribe
violente contre M. de Voltaire ; on aurcit
beau dire que c'étoit venger Greffet des
malices dupauvre diable , l'Académie ne demandoit
point pour lui de vengeance. La
fainte fureur du Panégyrifte contre Anacréon
& Sapho , n'a pas dû plaire davantage à l'Acacadémie
, la mefare y eft trop excédée ; ni le
goût de l'Académie n'a dû approuver cette
Tongue excurfion hors du fujet , ni fa fagetle
confacrer un emportement fi violent. De quel
64 MERCURE
Corps Littéraire , de quel Homme-de - Lettres
l'Auteur efpéroit - il le fuffrage en traitant
Anacréon de vieillard ridicule , digne de haine
& de mépris , digne dufeu , & auquel ilfalloit
ériger un bûcher , & non pas une ftatue ? Eh!
pour Dieu ! moins de feu , moins de bûchers ,
de la juftice & non pas de la colère. Ne fourniffons
pas à un fiècle déjà trop indifférent fur
les moeurs, le prétexte de dire que des moeurs
vicieuſes valent encore mieux que les moeurs
atroces & cruelles qui naîtroient de ces durs
principes. Si nous aimons les moeurs , faifonsles
aimer , & ne les faifons point craindre.
M. Greffer eût été le premier à démentir ſon
Panégyrifle , lui qui peignoit Anacréon avec
ces couleurs aimables :
Tantôt de l'azur d'un 1
-nuage ,
Plus brillant que le plus beau jour ,
Je vois fortir l'ombre volage
D'Anaciéon , ce tendre fage ,
Le Neftor da galant rivage ,
Le patriarche des amours.
ris de fon doux badinage ,
Horace accourt à les accens ;
Horace , l'ami du bon fens
Philofophe fans verbiage ,
Et Poëte fans fade encens.
>
Cet Horace , dont M. Girouft ne parle pas ,
ne pourroit échapper non plus à fa cenfure
févère; il feroit enveloppé dans la même
DE FRANCE. 65
profcription qu'Anacréon d'un côté , Catulle ,
Tibulle & Properce de l'autre. Il ne leur faudroit
à tous qu'un feul bûcher formé de leurs
Écrits.
Qualefuit Cafsi.....
Etrufci
Capfis quemfama eft effe , librifque
Ambuftum propriis.
Quant aux autres raifons qui ont pu priver
M. Girouft du prix , nous obferverons qu'il
donne trop fouvent à fon Héros des éloges
d'une généralité vague , & qui ne caractérifent
point. Il ne fuffit plus aujourd'hui de
dire que les chofes font belles , il faut dire
comment , pourquoi , & à quel degré elles
font belles ; il faut rendre les éloges précis &
utiles , il faut inftruire en louant. Dire que les
cent trente trois premiers vers de l'Epitre à
ma Soeur
font
une c'eſt à - peuprès
ne rien dire. Les vers fuivans , qui font
au-delà des cent trente- trois , font plus fentis ,
plus animés , ont plus de mouvement & de
chaleur que tels des cent trente - trois que
nous pourrions citer.
Tout nous appelle aux champs , le printemps va renaître
,
Et j'y vais renaître avec lui.
Dans cette retraite chérie
De la fageffe & du plaifir ,
Avec quel goût je vais cueillir :
66 MERCURE
La première épine fleurie ,
Et de Philomèle attendrie
Recevoir le premier foupir !
Avec les fleurs dont la prairie
A chaque inflant va s'embellir ,
Mon ame trop long- temps flétrie
Va de nouveau s'épanouir.....
Occupé tout entier du foin , du plaifir d'être ,
Au fortir du néant affreux ,
Je ne fongerai qu'à voir naître
Ces bois , ces berceaux amoureux,
Et cette mouffe & ces fougères
Qui feront dans les plus beaux jours
Le trône des tendres Bergères
Et l'autel des heureux amours…………….
Quel feu ! tous les plaines ont volé dans mon ame ;
J'adore avec tranfport le célefte flambeau ;
Tout m'intéreffe , tout m'enflamme ,
Pour moi l'Univers eft nouveau.
Sans doute que le Dieu qui nous rend l'existence ,
A l'heureufé convalefcence
Pour de nouveaux plaifirs donne de nouveaux fens...
Les plus fimples objets , le chant d'une fauvette ,
Le matin d'un beau jour , la verdure des bois ,
La fraîcheur d'une violette ,
Mille fpectacles qu'autrefois
On voyoit avec nonchalance ,
Tranfportent aujourd'hui , préſentent des appas
DE FRANCE. 67
Inconnus à indifférence ,
Et que la foule ne voit pas.
Le Panégyrifte ne fe livre - t'il pas un peu
trop à l'engouement , lorfqu'il parle de la
fublimité de Ververt , & de l'attendrillment
qu'il infpire ; lorfqu'il dit que cê petit Poeme
charmant eft un Traité de Morale ; lofqu'il
compare , pour l'effet , la mort du perroquet
à celle de Didon & aux remords de Phedre ?
Eronnons nous après cela des allégories , des
moralités de toure efpèce qu'on a prérées
aux anciens , qui fouvent , comme Grellet ,
n'avoient fongé qu'à plaire .
Nous croyons encore devoir avertir l'Auteur
d'éviter certaines expreflions , ou trop
fimples pour le genre oratoire , ou trop recherchées
, & prefentant de fanfles figures ,
comme revêtir un Eloge Academique dis
crêpes de l'Oraifon Funèbre : l'Académie avoit
dit plus fimplement & mieux , qu'un Éloge
Academique n'eft pas une Oraifon Funèbre.
" Un Eloge Académique , dit encore M.
» Girouft , eft rarement fufceptible d'en-
» trailles, "
و ر
La métaphore a peu de convenance . Obfervons
d'ailleurs que ces deux métaphores
vicieufes font dans l'avant-propos , qui demandoit
plus de fimplicité que le difcours .
Nous n'aimons pas trop dans le difcours
même cette exclamation : « O vous qui por-
» tez une ame brûlante , & chez qui le fen-
» ment déborde. »
68 MERCURE
Ce n'eft pas que bien placée , elle ne pût
avoir de l'effet ; mais elle fort d'un fonds un
peu froid , & rien ne la prépare.
و د
« Diffolu Anacréon , digne pendant de Sa-
» pho.... On dit bien qu'un tableau eft le
pendant d'un autre ; mais ce ftyle dégénère un
peu de la dignité oratoire , & en tout , le ftyle
de l'Auteur eft plutôt celui de la difcuffion
que de l'éloquence .
Il dit , ( & nous obfervons ceci fans le critiquer
) que la lettre où M. Greffet témoigne
fon repentir d'avoir travaillé pour le Théâtre ,
eft le délire de la vertu , expreflion qui rappelle
ces vers d'Horace :
Infani fapiens nomen ferat , equus iniqui ,
Ultrà quàmfatis eft virtutem fi petat ipfam.
M. de Voltaire avoit dit trop plaifamment
peut- être , & trop peu juftement:
Greffet fe trompe , il n'eſt pas ſi coupable.
Nous ignorons où M. Girouſt a trouvé que
c'eft M. Greffet qui a enrichi la langue du
mot bienfaifance. M. de Voltaire avoit dit
que c'étoit l'Abbé de Saint- Pierre ; mais ce
mot fe trouve dans des Écrivains fort antérieurs.
Nous croyons avoir prouvé à M. Girouft ,
par la contradiction même , notre eftime pour
fa perfonne & pour fon Ouvrage.
DE FRANCE. 69
DICTIONNAIRE Univerfel de Police
contenant l'origine & les progrès de cette
partie importante de l'Adminiflration civile
en France , &c. &c. avec un Tableau Hiftorique
de la manière dont elle fe fait chez
les principales Nations de l'Europe ; par
M. Defeffarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies . Tome Ier in-4° . A Paris ,
chez Moutard , Imprimeur- Libraire de la
Reine , rue des Mathurins , hôtel de Cluny ,
1786.
LE Profpectus de cet important Recueil ,
en a fait connoître le plan , l'étendue & l'utilité.
Non-feulement le fameux Traité de Police
du Commiffaire Lamarre s'y trouve fondu &
purgé de fuperfluités , l'Auteur y a réuni encore
tous les réglemens , les établiſſemens
poftérieurs de cette branche d'Adminiftration
, dont les Loix font prefque auffi volumineufes
que celles de l'Empire Romain. Les
révolutions morales , l'agrandiffement de la
Capitale, le caractère de fes différentes claffes
d'habitans , de nouveaux befoins à contenter ,
de nouveaux vices à punir , de nouvelles paffions
à réprimer , mille ufages utiles ou funeftes
, amènent avec le temps une multitude
de rapports , inconnus jufqu'alors entre le
Peuple & l'adminiftration de la Police. Ainfi ,
-le Recueil de M. Defeffarts eft un répertoire
de matériaux pour l'hiftoire des moeurs ; ré
•
70
MERCURE
pertoire humiliant & trifte, que le Philoſophe
confultera avec plus d'avantage encore que le
Praticien.
Beaucoup d'articles de ce premier volume
méritent d'être lus & medités par les Lecteurs
de tous les ordres. L'un des plus extraordinaires
eft celui Acteurs & Actrices ; il comprend
la Légiſlation fommaire des Spectacles
de Paris ; c'eft un code raccourci de 100 pages
in-4°. à deux colonnes ; nombre de Corps politiques
font gouvernés à moins de frais . Il eſt
réellement curieux de lire la quantité de Réglémens
, d'Arrêts , de Lettres- Patentes qui
compofent la Police mobile de ces divertiffemens
inconnus aux trois quarts de la terre ; &
devenus auffi néceffaires que la fubfiftance , à
quelques milliers de citadins. Les droits &
les devoirs relativement à l'adminiftration
Théâtrale , ont été tellement determinés ,
que l'Empire de la Chine ne doit pas être
mieux régi ni plus floriffant que ne doivent
l'être les Spectacles à Paris. M. Defeffarts termine
fon tableau Dramatique par quelques
réflexions fenfees fur les Spectacles forains
ou des boulevards. Sans doute , dit- il , il
faut des Spectacles aux grandes villes . C'eft
» une reffource qui prévient des maux plus
dangereux que ceux qui l'accompagnent ;
» mais celui d'arracher aux Arts utiles des
» mains précieufes , & de les priver du tems
néceffaire à leur perfection , eft un abus
bien funefte. Il devient d'ailleurs une
» fource empoisonnée qui mine ouverte-
"
""
>>
"
t
DE FRANCE. 71
ment l'édifice chancelant des moeurs ; car
» il n'eft malheureufement que trop com-
" mun de voir dans ces lieux de plaifir des
มุ Citoyens qui devroient être dans leurs atte-
» liers. On n'y rencontre pas feulement une
" jeuneffe licentieufe , on y trouve égale
» ment des pères de familles & même des
» vieillards , que les mêmes motifs y conduifent.
Les uns , dans la fougue des pallions ,
» vont y puifer des germes de corruption ,
» dont le moindre mal eft peut -être celui de
» leur inſpirer le dégoût de leur état ; & les
"
"
autres , accoutumés au libertinage , y offrent
» des exemples fcandaleux pour la jeuneffe .....
» Le Citoyen de Genève dit dans la Préface
» de fa Nouvelle Héloïfe , que toute fille qui
» lira fon Roman eft perdue ; je crois qu'on
» peut affurer avec plus de raifon
"
"
que toute
fille qui va aux fpectacles dont je parle ,
n'eft pas éloignée de fe perdre , fi elle ne
» l'eft déjà , &c. &c. »
Pour remédier à cette licence , l'Auteur
defireroit une réforme dans les Pièces abandonnées
à ces petits Théâtres . On fait que les
priviléges des autres empires dramatiques de
la Capitale s'oppofent à cette innovation ;
mais quand cet obftacle n'exifteroit pas , croiton
que des Ouvrages plus moraux , fans en
être très- probablement plus comiques , attireroient
aujourd'hui la multitude : Il faudroit
avant tout , corriger le peuple dépravé`à qui
ces farces indécentes font néceffaires , & lui
donner avec de bonnes moeurs le goût des
72 MERCURE
› bonnes chofes. Or , cette révolution n'eft
ni prompte ni aifée. Le feul moyen de détacher
le peuple de ces modernes attellanes
feroit de le délaffer par des récréations publiques
, par des fetes pareilles à celles des Édiles
Romains , en le taffemblant quelques jours
de l'année dans des cirques ouverts & fpacieux
, où l'on célébreroit des jeux plus impofans
, & fur- tout plus chaftes , que ces divertiffemens
clandeftins qui s'exécutent à prix
d'argent , dans l'enceinte d'une petite falle ;
mais revenons à notre fiècle . L'article Agiotage
& celui Faifeur d'Affaires , nous y ramènent
fans préparations.
M. Defeffarts n'a conſidéré l'agiotage que
dans fon objet général ; il en trace l'hiſtoire
rapide ; il rapporte les réglemens à l'aide defquels
on a cru dans quelques États , lui impofer
un frein . Cette matière étant plus du
reffort de l'économie politique que de celui
de la Police , l'Auteur a refferré les bornes de
fa déduction , & a dû le faire.
Il s'eft étendu davantage , & avec une
chaleur eſtimable , touchant une autre eſpèce
de commerce , né au milieu des forfaits de la
cupidité , brigandage plus dangereux , plus
lâche mille fois que celui des grands chemins ,
& des pièges duquel des loix foibles & foiblement
exécutées fauvent rarement la crédulité.
Les Romains , au temps de leurs Empereurs
, de leur fervitude & de leur infamie,
eurent déjà de ces entremetteurs intrigans ,
de ces fripons qualifiés , de ces vendeurs de
crédit
DE FRANCE. 7.3
*
crédit & de protections que nous nommons
Faifeurs d'Affaires. Alexandre - Sévère fit
étouffer par la fumée le Courtifan Turinus ,
qui trafiquoit de fa faveur & de celle qu'il
n'avoit pas. M. Defeffarts trouve de la barbarie
dans cette exécution ; mais qu'il daigne
réfléchir fur l'un des paragraphes de fon ar
ticle , paragraphe qu'il eft bon de citer .
و د
"
و و
"
"
σε
Quant à l'efpèce de Faifeurs d'Affaires ,
» qui fe chargent d'obtenir des places , & de
» faire réuffir des projets ou des entrepriſes ,
» c'eft encore une claffe dangereuſe ; mais
» malheureufement les démarches de ces
» hommes peu délicats font obfcures . Comme
ils ont intérêt que leurs protecteurs & leurs
protégés ignorent les moyens qu'ils employent
, il eft difficile d'éclairer leur conduite
, & la Police ne peut guères remé-
» dier aux abus de ce honteux commerce. Il
» eft d'ailleurs exercé par tant de perſonnes
» de différens états , fouvent même par des
» gens qui , par leur naiffance & le rang
» qu'ils ont dans la fociété , devroient avoir
» de l'honneur & de la délicateffe , qu'on
» peut le regarder comme un de ces vices
cachés fur lefquels on doit gémir fans eſpé-
» rer de le détruire . ››
ود
"3
Il paroît que les Loix offrent des reffources
peu certaines contre les efcrocs qui font
des affaires aux dépens de ceux qui projettent
de faire des fottifes. Du moins , M. Deſeſſarts
n'en rapporte aucune bien pofitive ; il a feu-
Nº. 41 , 14 Octobre 1786. D
74 MERCURE
lement réimprimé à ce fujet un réglement de
circonftance , rendu l'année dernière..
ม
"
A l'article Aliment de ce Dictionnaire , le
Rédacteur a rapporté , d'après Lamarre , la
difcuffion qui s'éleva au milieu du dernier
fiècle , au ſujet de la levure de bierre dans le
pain. Rien n'eft fi plaifant que les procès- ver
baux & les argumens des Docteurs. Dans l'un
de ces rapports , Guy Patin , antagoniſte de la
levure , " confent d'avouer qu'au fiècle de
Pline , on faifoit quelque ufage de l'écume
de bière , pourvu qu'on avoue que nos
François, plus polis & plus inftruits ont,
» avec raifon , préféré le vin à la bière , &
» le pain fans levure à celui dans lequel on
» en mettoit autrefois ; qu'en conféquence ,
» la Faculté de Médecine a très fagement in-
» terdit ce dernier . C'eſt au fiècle de Paſcal ,
de Defcartes , de Mallebranche , de la Bruyère,
qu'on débitoit de pareilles inepties ! Le bon
fens , il faut le chercher , non pas chez la
Faculté qui prononçoit ces rifibles arrêts ;
mais chez un Imprimeur nommé Vitré , ancien
Conful , & âgé de 81 ans. Appelé à dépofer
, il dit : « que les Médecins ayant été
و ر
"
affemblés chez M. Brayer , lui dépofant ,
leur auroit oui -dire une infinité de belles
chofes für le fujet de cette levure , alléguant
beaucoup de paffages des plus célèbres
Auteurs de la Médecine , Grecs & Latins
; qu'enfin quatre d'entre eux furent
d'avis qu'il falloit défendre la levure ; que
DE FRANCE.
7.5
13
ور
"
ود
» les deux autres , après force citations , ont
conclu qu'on ne devoit pas la défendre. Le
dépofant ne fauroit diffimuler qu'il fut fur-
» pris d'entendre des avis fi oppofés de per-
» fonnes d'auffi grand favoir & capables que
» le font ces Meffieurs , que la Cour a choifi
» tous Docteurs de la plus célèbre Faculté
» du monde , &c. &c. »
39
En traitant des délits commis par l'Amour ,
qui fe trouve ici diftingué de la débauche &
de la proftitution , l'Auteur préfente quelques
réflexions très-fages fur le ministère des
Juges de Police dans ces occafions délicates.
66
""
"
»
Que la prudence , dit-il fort bien , & la dou-
» ceur les accompagnent fans ceffe dans leurs
fonctions ; qu'ils craignent fur tout de
» s'abandonner à des mouvemens impétueux.
L'horreur qu'infpire le vice & l'amour de
l'ordre , de l'honnêteté, de la vertu , doi-
" vent échauffer feuls leurs ames ; encore ce
feu doit-il être tempéré par le fouvenir des
» foibleffes humaines. Ce n'eft en effet que
» par un mélange de févérité & de douceur
» qu'ils peuvent parvenir à arrêter les progrès
d'une paffion auffi terrible que l'A-
" mour , & fur- tout empêcher fes fuites
>> funeftes. "
و ر
">
Les articles Apothicaires , Architectes ,
Approvifionnement , Bâtimens , font autant
de petits Traités particuliers fur la police de
ces Profeffions & de ces objets. Ils feront fpécialement
utiles à ceux que des propriétés ,
Dij
76
MERCURE
des différends , des plaintes à former, mettent
dans le cas de recourir aux Réglémens.
L'importance de ces morceaux rend moins
utile l'adoption de divers autres , dont le
rapport avec la Police n'eft pas immédiat ,
ou au fujet defquels on ne peut fixer des
règles préciſes , ni préfenter , en un fi petit
efpace , que des généralités. Tel eft l'article
Aumône , tels ceux Allufion & Allégorie
dont l'Auteur entreprend de déterminer le
crime & la peine , fans obferver l'effrayante'
latitude qu'on peut donner à la manière d'envifager
ces deux efpèces de fatires .
M. Defeffarts a quelquefois fuivi l'exemple
de M. Proft de Royer , qui , avec des
talens & un zèle pur , s'abandonnoit trop
fouvent à la manie de femer des vues fyftématiques
& des réflexions déclamatoires dans
un Recueil de Jurifprudence . Nous croyons
que c'eft un travail perdu ; car ceux qui lífent
aujourd'hui les in -4°. n'y cherchent abfolument
qué des connoiffances préciſes & néceffaires
; & l'on fent que les réflexions morales
d'un Éditeur quelconque , ont rarement ce
caractère.
Ce qui rendra les recherches & le répertoire
de M. Defeffarts précieux aux Gens -de-
Lettres , aux Politiques , à toutes les Nations ,
c'eſt le tableau qu'il promet de la Police obfervée
dans les principaux États de l'Europe.
On pourra ainfi comparer les moyens & les
effets ; comparaifon trop négligée par les
DE FRANCE. 77
Hommes d'État eux-mêmes. Ce travail offre
fans doute de grandes difficultés. En plufieurs
villes , en plufieurs pays , l'adminiſtration de
la Police dérive prefqu'en entier de l'uſage ;
on n'y voit point des monceaux de réglemens
écrits. En d'autres , la Police eft liée à la nature
du Gouvernement , au caractère du peuple
, même à la topographie. L'Éditeur fage
doit calculer ces principes avant de juger des
différences. Par exemple , il eft une ville célèbre
en Europe , c'eſt Veniſe , où la nature
des lieux interdit l'emploi des forces militaires
; la crainte feule d'une Magiftrature inflexible
& vigilante , maintient l'ordre & la
sûreté. Deux Fanté , ou Huilliers du Confeil
des Dix , armés de baguettes , font plus refpectés
que des bataillons .
Chaque volumade ce Dictionnaire fe vend
To liviplo focosid Tomé paroîtra inceffamment
, & fon n'exige d'autre avance que
celle de ro liv. pour le dernier volume , qu'on
recevra gratis.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
Diij
78 MERCURE
VARIÉTÉ S.
DIFFÉRENCE entre les Ecrits d'un
Auteur & fa Converfation , traduit de
l'Anglois.
Sic difpar fibi.
Nil fuit unquam
Hon.
Surefuch various creature ue'er was known.
FRANCIS.
Jamais homme ne fut fi différent de lui- même.
La folie produit bien des inconféquences ; beaucoup
échappent à notre foibleffe ; mais il n'en eft
point de plus manifefte & de plus frappante que
celle qu'on remarque communément entre la vie
d'un Auteur & fes écrits ; & Milton , dans une lettre
à un favant étranger qui l'étoit venu vifiter , a bien
raifon de fe féliciter d'avoir pu paroître femblable à
lui-même , & d'avoir foutenu dans un tête -à- tête la
réputation qu'il devoit à fes écrits.
On s'eft plus d'une fois repenti d'avoir cherché à
fe rapprocher d'un Auteur , dont les écrits pouvoient
porter avec eux le caractère de la vertu ou du génie.
Le vaiffeau qui les avoit étonnés dans le lointain, n'a
été de près qu'un bâton flottant ; le fantôme de la
perfection s'eft évanoui entre leurs bras. Ils n'ont
plus eu le plaifir de fonger jufqu'à quel point les
hommes en étoient fufceptibles , & ils le font fentis
DE FRANCE. 79
peut- être moins difpofés eux mêmes à fuivre le fentier
pénible de la vertu , en voyant ceux qui femblent
en être les meilleurs guides , ne s'y porter que nonchalamment
, comune s'ils étoient effrayés de la
peine , ou incertains de la récompenſe.
Ç'a long- temps été la coutume des Monarques de
l'Orient , de fe tenir enfoncés dans leurs Jardins &
dans leurs Palais , pour éviter le commerce des hommes
, & n'être connus de leurs fujets que par des
édits. Cette politiqué eft également néceffaire à celui
qui écrit & à celui qui gouverne ; car les hommes
ne voudroient pas plus fe laiffer mo alifer, que commander
par un être à qui ils connaitroient les mêmes
folic & les mêmes foibicffles qu'à eux -mêmes. Quelqu'un
qui entreroit tout à- coup dans le cabinet d'un
Auteur , ne reffentireit peut- être pas moins d'indignation
que cet Officier qui , ayant long temps demandé
d'être admis en la préfence de Sardanapale ,
le vit occupé , non pas à confulter les loix , à s'informer
des torts faits à fes fujets , à tracer des plans
de bata lle , mais s'amufant comme une femme , &
dirigeant les ouvrages des Princeffes.
Ce n'et pourtant pas qu'il ne foit fort aifé de
concevoir pourquoi un homme écrit beaucoup mieux
qu'il ne vit. Il en eft vingt raiſons , & ce nn''eft pas
d'aujourd hui qu'on fait qu'en tous genres il eft plas
facile d'imaginer que d'exécuter. C'eſt retiré , c'eſt
dégagé de tout , qu'un homme fe fait des plans de
vie , exempt des illufions de l'eſpérance , des follicitations
du coeur , des importunités des paffions , des
foibleffes de la peur ; il reffemble à cet homme qui
enfeigne fur terre l'art de naviger , pour qui la mer
eft toujours calme , le vent toujours favorable .
Les Mathématiciens connoiffent mieux que perfonne
, la différence qu'il y a entre traiter avec l'efprit
& traiter avec la matière ; combien la perfecion
de cette dernière & la néceffité de prévoir les
Div
80 MERCURE
1
accidens , ne dérange - t-elle pas leurs calculs ? Ainfi
quand on difcute des points de morale , il ne faut
pas oublier qu'il eft une infinité de chofes aifées à
fupprimer dans la théorie , qui font un obſtacle réel
dans la pratique. Le fpéculateur n'a à craindre que
de faux raifonnemens ; mais l'homme engagé dans
le commerce de la vie , avec fes paffions , a les paffions
des autres à combattre ; il fe préfente à lui mille
inconvéniens qui le pouffent en mille fens contraires
, & l'embarraſſent ou l'arrêtent fur fon chemin.
Il eft forcé d'agir fans délibérer , de choisir
fans examiner ; les revers le furprennent ; il s'arrange
fur des apparences , il fe laiffe conduire par indolence
ou par timidité ; il a quelquefois peur d'être
inftruit , & quelquefois trouve des amis ou des ennemis
prompts à le tromper.
Qu'y a - t- il donc d'étonnant qu'au milieu du tumulte
, des piéges & des dangers , on s'écarte de ces
purei, es qu'on s'eft feus faut en paix & en afſuranco,
uvec un efprit pur , une bord catière ? En
tour nous fommes condamnés à voir plus que nous
ne pouvons atteindre ; telles meſures que vous preniez
en vous levant , vous ne vous coucherez jamais
abfolument innocent : enveloppé des liens du corps ,
comment notre efprit s'éleveroit- il donc au dernier
degré de la vertu ſpéculative ?
Il eft cependant néceffaire de fe faire l'idée de la
perfection , pour avoir quelque objet vers lequel on
puiffe diriger fes efforts ; & , quelque diffolu que l'on
foit , c'eft expier une partie de fes fautes , que d'avertir
les autres de leurs foibleffes , & de les garantir
par la fageffe de fes avis , de la contagion de fes
exemples.
Rien de fi commun , mais rien de fi injufte que
de taxer d'hypocrifie le zèle qu'on peut montrer pour
des vertus qu'on néglige de pratiquer. Car, au fond,
on peut être convaincu de l'avantage qu'il y a à
DE FRANCE.
vaincre fes paffions , & pourtant en être l'efclave ,
comme un homme peut être perfuadé des avantages
d'un long voyage , & manquer du courage & de
l'habileté néceffaires pour l'entreprendre ; mais il
lui fera toujours permis de recommander aux autres
les entreprifes qu'il néglige lui - même.
L'intérêt qu'ont les méchans à s'aveugler fur l'obligation
de devenir meilleurs , leur fait donner à
ces contradictions alléguées contre la vertu , un poids
qu'ils ne leur accorderoient pas dans tout autre cas.
Ils voyent des hommes agir directement contre leurs
intérêts , fans fuppofer qu'ils l'ignorent ; ils en voyent
s'abandonner à l'impétuofité de leurs paffions , &
pour de miferables plaifirs , négliger les affaires les
plus importantes ; & ils ne croyent pas pour cela
qu'ils ayent changé d'opinion ou qu'ils approuvent
leur conduite. Ce n'est qu'en morale ou en religion
qu'ils jugent les fentimens par les actions ; & toutes
les fois que les écrits d'un homme ne s'accordent
pas avec la conduite , ils l'accufent de chercher à en
impofer à l'univers. Ils ne fongent pas aux inconféquences
dont ils fe rendent eux -mêmes coupables
tous les jours , par rapport à leur propre façon de
penfer ; ils ne voyent pas combien peu la conduite
des défenfeurs de la vertu , fait à l'obligation d'être
verticux ; il n'y a qu'un argument qui puiffe en affoibhr
un autre : l'infidélité ne lui ôte rien de fa
force.
Cependant , comme il eft plus aifé de réfuter un
préjugé que de le détruire , il eft du devoir du moralifte
d'écarter tout ce qui peut nuire à fes préceptes.
S'il veut être cru , il doit faire voir qu'il croit luimême
& quand il raiſonne fur l'utilité de la vertu ,
en démontrer la poffibilité par fon propre exemple
; mais le moins qu'on puiffe exiger de lui , c'eſt
que comme il penfe mieux que les autres , il n'agiffe
pas plus mal , & n'aille pas s'imaginer que la fupé-
DV
82 MERCURE
riorité de fon génie lui donne droit à plus d'indulgence
, & le difpenfe d'être prudent ou vertneux.
Dans fon hiftoire de des vents , il eft des chofes que
Bâcon préfente à l'imagination commne defirables ,
ilen eftde moindres qu'il préfente à la raifon comme
poffibles. La même méthode employée par ce philofophe
dans des recherches naturelles , peut quelquefois
s'appliquer à la morale ; après nous être
repréfenté l'excellence pofitive & abfolue , on peut
nous pardonner des vertus fi médiocres
voyant toujours fixer le point d'où no
nous fommes
déchus , & nous efforcer de ne point perdre de vue
la terre que nous ne pouvons atteindre.
en nous
Il eft rapporté du Chevalier. Hale que , s'étant
particulièrement confacré à l'obfervation des devoirs
de la religion , il en fit long- temps myftère , de peur
de déshonorer la piété par quelque action honteufe
& criminelle. Un Ecrivain qui craindroit de ne pouvoir
foutenir fes maximes par fa conduite domef
tique , feroit peut- être bien auffi de garder l'ano
nyme, pour ne pas les expofer.
Ce n'eft pas que parmi les gens qui cherchent à
fe rapprocher d'un Auteur fameux , il n'y en ait
beaucoup qui croyent fa converfation moins propre
à inftruire qu'à amufer; ils n'attendent pas d'eux des
argumens contre le vice , ou des differtations fur la
tempérance ou fur la juftice , mais des traits d'efprit
& des bons mots , ou au moins des remarques
fines
,
des diftinétions fubtiles , un tact sûr , une diction
élégante, L'
Rien de plus raifonnable en apparence qu'une pareille
attente , & cependant voyez fur quoi l'homme
› peut compter ! elle eft fouvent fruftrée par le dégoût
qu'infpire la converfation d'un homme dont les écrits
excitent l'admiration . Un Homme- de- Lettres paffe
dans l'érade & dans la retraite la plus grande partie
DE FRANCE. 8.3
de cet âge heureux où s'acquièrent ce tour aifé , ces
manières élégantes ; devenu affez favant pour être
refpecté , il fe trouve avoir négligé tous ces petits
riens par lefquels il auroit pu plaire. Quand il entre
dans le monde , s'il eft naturellement doux & timide ,
la connoiffance de fes défauts le rend défiant & honteux
ou s'il eft né avec du courage & de la réfolution
, il eft féroce & arrogant.. Il fait qu'il a du
mérite ; il eft , on troublé par la préfence impofante
de la Société , incapable de fe rappeler fos lectures
& de fuivre fes raiſonnemens ; ou bien il eft chaud
& dogmatique , prompt à contredire , opiniâtre dans
la difpute , arrêté par fa propre violence , & confondu
par fon empreffement à triompher.
...
Les grâces de la compofition & celles de la converfation
different ; quand on excelle dans l'une , on
peut bien également , avec des facilités & de l'attention
, réuffir dans l'autre. Mais comme plufieurs perfonnes
ne plaifent que par un babil aifé , toutes étrangères
qu'elles font à cette exactitude de deifin , à ces
beautés de détail qu'exige la compofition , il eſt auſſi
très- poffible que des hommes entièrement accoutumés
à des ouvrages d'étude , n'ayent pas cette facilité
de conception & cette abondance de mots tou
jours néceffaires dans un cercle. Ils n'ont peut- être
pas l'adreffe de faifir dans la converfation le moment
de déployer leurs propres connoiffances , ou ils
font fi dépourvus de fujers communs , que tout ce
qui n'eft pas abfolument littérature , gliffe fur eux
comme autant de corps hétérogènes , fans pouvoir
amener leurs idées dans la circulation générale .
Quand vous paffez du livre d'un Auteur à la converfation
, vous croyez trop fouvent entrer dans une
grande ville dont la perfpective vous avoit féduit.
Ce n'étoit d'abord que des tours de temples & de
palais qui annonçoient le féjour du luxe , de la grandeur
& de la magnificence ; mais entré dans fes
Dvj
$4
MERCURE
portes , vous la trouvez embarraffée de paffages
étroits , défigurée par de miférables chaumières ,
barrée de mille obſtacles & couverte de fumée .
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
UNE Anecdote Ruffe vient de fournir à l'un
de nos Auteurs Dramatiques le fujet d'un
Drame en trois Actes & en profe , qui a pour
titre Féodor & Lizinka , ou Novogorod
fauvée. Voyons d'abord l'Anecdote.
Une jeune perfonne reçoit mystérieuſement
, en l'abſence de fon père , celui qu'il
ne veut point lui donner pour époux. A peine
les amans font-ils enfemble, que le redoutable
père rentre chez lui . On fait cacher l'amant
entre des carreaux , fur lefquels le père va fe
repofer par hafard , de forte que le jeune
homme eft étouffé . L'infortunée fille cherche
à faire difparoître le témoin de fa foibleffe
; elle prie un efclave d'emporter le
corps ; mais celui-ci met au ſervice qu'il rend
des conditions aviliffantes , que la néceflité
fait pourtant accepter. Journellement la
jeune perfonne fe trouve expofée à des affronts
, & paye bien cher un moment d'erreur;
enfin l'infâme tyran qu'elle s'eft donné ,
veut lui faire affouvir les honteux defirs de fes
C
2-
DE FRANCE. 85
compagnons de débauche. Cet excès lui fait
projetter une vengeance digne des coupables ;
elle profite de l'ivreffe dans laquelle l'esclave
& fes camarades fe plongent , prend un flambeau
& met le feu à la taverne , où les fcélérats
deviennent la proie des flammes . Elle
vole aux pieds de Catherine II , lui raconte
ingénuement fa cruelle aventure , & obtient
de fa générofité une protection à l'ombre de
laquelle elle vit au fein d'une retraite religieufe
.
Pour porter ce fujet fur la Scène , & principalement
fur la Scène Françoife , il falloit
beaucoup de courage , beaucoup de confiance
en foi- même , & plus encore dans l'indulgence
du bon Public Parifien , grand amateur
de nouveautés. Voyons le parti qu'en a tiré
l'Auteur.
Wolvikoff, père de Lizinka, & Doukaninn,
père de Féodor , ont un caractère très- oppofé.
Le premier dur , févère , & même un peu
brutal , ne peut s'accommoder de la douceur ,
de la fenfibilité de Doukaninn , qui vient, fous
fes yeux & à fon grand chagrin , d'être nommé
pour porter aux pieds de l'Impératrice
l'expreffion de la reconnoiffance des Négocians
de Novogorod . Le fecond a vu avec
plaifir nommer Wolvikoff Infpecteur Général
de la ville. Il voudroit devenir fon ami ,
non-feulement parce que , fous la dure enveloppe
, Wolvikoff a des qualités eftimables ;
mais encore parce qu'il vient d'apprendre que
fon fils Féodor , dont la fanté devient tous les
86 MERCURE
jours plus chancelante , meurt des fuites de
l'amour malheureux que lui a infpiré Lizinka,
fille de Woivikoff. Celui- ci écoute avec impatience
les propofitions de Doakaninn , &
fort en refufant de donner Lizinką à Féodor.
Abfdotia, Gouvernante de Lizinka, rencontre
Féodor , qui lui demande la faveur d'ètre introduit
aux pieds de Lizinka ; il veut feulement
la voir, lui porter fon dernier foupir, &
il mourra content. Abfdotia fe laiffe toucher,
& promet d'obtenir l'aveu de Lizinka. Au
fecond Acte , Wolvikoff fort , après avoir
eu une crife affez forte avec fon efclave
Petrwska; il va aux noces de fa nièce Marffa,
dont la conduite équivoque lui donne des inquiétudes
; il dit qu'il reviendra tard. Lizinka ,
preffée par Abfdotia , conſent à voir Féodor.
Celui- ci entre en tremblant , n'oſe d'abord
ouvrir la bouche , & finit par dire avec
beaucoup de prétention , tout mourant qu'il
eft , qu'il vient achever de mourir s'il n'eft
point aimé , & s'il l'eft , recommencer à
vivre. Les amans commencent à perdre leur
embarras réciproque , quand la voix de
Wolvikoff fe fait entendre. On cache Féodor
fous des carreaux ; Wolvikoff entre ,
s'affied fur ces carreaux , parle avec indignation
de fa nièce Marffa , menace Lizinka d'un
fort terrible fi elle a le malheur de lui reffembler
, prend des papiers dont il a beſoin ,
& fort; il fera abſent toute la nuit. On court
vers Féodor , Abfdotia s'écrie qu'il n'eſt plus .
Défefpoir affreux de Lizinka. Abfdotiane's'ocDE
FRANCE. 87
cupe que de faire difparoître le corps du malheureux
amant. Elle s'adreffe à Pérrwska.
Cet efclave qui , au premier Acte, a appris au
Public qu'il étoit un Prince Tartare , fait prifonnier
dans la dernière guerre ; qui a dit
qu'il avoit caché fon nom & fon rang pour
parvenir plus sûrement à fe procurer fa liberté
; cet homme féroce enfin , qui a formé
le projet de faire révolter tous les efclaves de
Novogorod , & d'incendier la ville , pour
échapper à l'esclavage , conſent à fervir Lizinka
, à condition qu'elle deviendra fon efclave
, qu'elle lui obéira au moindre mot ,
au moindre figne. Après des reproches , des
fureurs , des refus , des irréfolutions , Lizinka
confent à fubir fon fort , afin de ne pas perdre
fa réputation & de fauver la vie à l'indifcrette
Abfdotia . Au troifième Acte , les principaux
efclaves fe raffemblent chez Stéphann ,
l'un d'eux , qui tient une taverne . Pétrwska ,
en emportant le corps de Féodor , a reconnu
que l'infortuné refpiroit encore ; comme il
fait qu'il eft le fils d'un des premiers Citoyens
de Novogorod , il le rappelle à la vie , lui
exagère les dangers que peut lui faire courir
fa fureur de Wolvikoff, & lui perfuade de
fe cacher dans une chambre haute de la taverne.
Pour infpirer plus de confiance à ſes
complices , Pétrwska imagine de leur parler
de l'afcendant qu'il a fur Lizinka , qu'il
appelle fon efclave ; on doute , il part pour
l'aller chercher en effet il l'amène pendant
la nuit , & s'approche de la taverne à
88 MERCURE
و ک
l'inftant où Wolvikoff y paffe en quittant la
maifon de Marffa . La violence que l'efclave
fait à Lizinka , paroît fufpecte à Wolvikoff,
qui demande à fa fille , fans la reconnoître ,
fi elle fuit volontairement l'homme qui l'enmène.
Pétrwska , un poignard à la main
force la malheureuſe à déguiſer fa voix , & à
répondre qu'un ferment l'enchaîne . Wolvikoff
prend le change , croit qu'il parle à la
femme d'un efclave , & les laiffe entrer dans
la taverne. Un moment après il entend les
plaintes de Doukaninn qui cherche fon fils ,
& qui l'accufe de l'avoir tué. Leur converfation
devient intéreffante , Wolvikoffs'émeut
& fort en difant à Doukaninn : ta douleur
m'a touché , je ne t'en dis pas davantage.
Abfdotia paroît à fon tour , eile cherche Lizinka
, rencontre Doukaninn , & lui apprend
la mort de Féodor ; le père fort au défefpoir
avec Abfdotia. Lizinka quitte la taverne ,
elle eft armée d'un flambeau ; dans leur
ivreffe les efclaves ont parlé devant elle de
leur projet , elle ne fait quel parti prendre.
Pendant qu'elle ira en donner avis au Gouverneur
, le carnage peut commencer ; elle
met le feu à la taverne. Le feu s'étend & gagne
le comble ; Féodor paroît au milieu des
flammes & de la fumée , il fort par une fenêtre;
l'incendie jette l'alarme , le Gouverneur
arrive avec des troupes les efclaves n'échappent
aux flammes que pour tomber dans les
fers, on les entraîne , Wolvikoff& Doukaninn
réunis par le concours de tant d'événemens
DE FRANCE. 89
malheureux , confentent à l'union de leurs
enfans.
>
Si l'horreur peut infpirer de l'intérêt , certainement
aucun Ouvrage n'eft plus intéreſfant
que celui- ci . La Scène du fecond Acte ,
où Féodor eft caché fous des carreaux , où
Wolvikoff vient s'affeoir fur ces carreaux ,
où Lizinka cherche à en arracher fon père ,
dont le poids étouffe le jeune homme , offre
un fpectacle qui révolte le coeur. Ce genre
de mort , dont l'Auteur des Effets de l'amour
du vert- de-gris a plaifanté avec beaucoup d'ef
prit dans la Préface , & qui eft , dit- il, tout
neufau Théâtre , a infpiré un effroi qui s'eſt
fait appercevoir malgré les cris & les applaudiffemens
de ceux qui applaudiffent tout
parce qu'ils ont de bonnes raifons pour tout
applaudic. Si après cer affreux incident , quelque
chofe a paru od pu paroître auff repouffant
, c'eft la fituation de Lizinka auprès de
l'efclave Pétrwska. Cette fituation eft - elle
poffible ? Oui , dira l'Auteur ; car elle eſt
vrai : & nous lui répondrons avec Boileau ,
que le vrai n'eft quelquefois pas vraifemblable.
Or , comme au Théâtre ce qui n'eſt
pas vraisemblable n'eft pas poffible , la fituation
de Lizinka eft impoffible , fauffe & révoltante.
Que craint Lizinka ? Son père. Que
peut- elle en attendre ? La mort. Eh bien ,
pourquoi, au- lieu de la recevoir de la main de
fon père, s'expofe - t'elle, en fe déshonorant, à la
recevoir des mains d'un vil efclave ? Pourquoi
confent- elle à lui obéir au moindre gefte , au
90 MERCURE
moindre mot? Parce que cet efclave lui a promis
de refpecter fa vertu : plaifant motifde confiance
& de conduite ! Lizinka ne fait- elle pas que
Pétrwska eft un caractère atroce ? ne le hait-elle
pas ? ne le redoute-t - elle pas ? ne fait - elle pas
qu'il eft amoureux d'elle ? ne le dit-elle point?
Qui peut donc lui faire penfer quefa vertu fera
refpectée ? Qui peut lui faire croire qu'en
fe dévouant à obéir au moindre figne d'un
efclave, elle en confervera l'apparence ! Mais ',
dira - t- on encore , Lizinka s'immole pour
conferver les jours d'Abfdotia : ce moyen ,
petit en lui - même , n'eft pas plus vrai que
l'autre , pas plus admiffible . Lizinka en pouvoit
trouver mille pour éloigner tous les
foupçons de fa gouvernante , & pour fe charger
feule de la faute. La fituation du troifième
Acte , où Petrwska & Lizinka fe trouvent
à côté de Wolvikoff pendant la nuit
nous paroît tout auffi condamnable , & il eſt
inconcevable que Wolvikoff ne reconnoiffe
pas la voix de fa fille ou celle de fon efclave. Il
eft évident que l'Auteur a imaginé cette fituation
pour donner un nouveau nerf à l'intérêt;
mais peut-il exifter de l'intérêt avec de
l'invraisemblance ? Et fi malgré l'invraifemblance,
certaines fituations confervent de l'intérêt
aux yeux de la multitude , eft-ce de pareils
fuffrages que peut s'énorgueillir un Auteur ?
Ne portons pas plus loin l'examen des proportions
d'un monftre ; car cet Ouvrage en eft
un , & l'Auteur en convient lui-même. Difons
qu'il paroîtra toujours extraordinaire qu'avec
>
DE FRANCE. 91
de l'efprit , du goût , de la raiſon , des connoiffances
& du talent , on ait pu fe réfoudre à
porter fur le Théâtre François un fujet aufli
révoltant ; qu'il eft dangereux d'accoutumer
les yeux & les coeurs à la repréſentation de
certains fpectacles ; qu'il en réfulte toujours
des effets fâcheux pour la douceur des moeurs
& pour les avantages de la fociabilité ; ajoutons
, & ne nous laffons point de le redire ,
que nos Spectateurs modernes , déjà accoutumés
aux excès , font trop détournés
des principes de la délicateffe & du goût
pour être fufceptibles d'être ramenés à la
raifon fi l'on ajoute de nouvelles horreurs à
celles qu'on ne fe laffe pas de leur préfenter
depuis quelque temps , fi on les affermit dans
les faux principes qu'on leur a fait adopter ; &
croyons que , comme il eft une borne à tout,
ceux qui fe font enfin dégoûtés des indécences
de la parade, fe dégoûteront bientôt des atroci .
tés du drame. Nous l'avons déjà imprimé , &
nous le répétons : on ne pense pas affez à l'influence
que les fpectacles peuvent avoir fur
l'efprit , les moeurs & le génie d'une Nation ;
elle peut être très-utile ou très-fatale ; elle a
caufé des ravages dans les principes de plus
d'un grand peuple. Nous n'étendrons pas
* L'Auteur de Novogorod fauvée eft connu par
des productions eftimables : au travers des horreurs
de fon nouveau Drame , on diftingue des beautés
de détail , des idées heureufes & fortes ; mais c'eſt
de l'or perdu daus du fumier.
92
MERCURE
cette obfervation, fur laquelle nous espérons
que les perfonnes éclairées voudront bien réfléchir
un peu férieufement ; elles fe convaincront
qu'elle eft de quelque importance , fur
tout aujourd'hui , que le Peuple François s'écarte
plus que jamais du caractère qui l'a diftingué
, & qui a fait fi long-temps fa gloire. **
Après la première repréfentation , on a
demandé l'Auteur : il a paru. La veille , à la
Comédie Françoife , après une repréſentation
de Philoctète , on avoit demandé un des Acteurs
qui y jouoient , & puis un fecond &
puis un troifième. Ceux qui fuivent aujourd'hui
la carrière du Théâtre , reffemblent
à ces jouets que les cufans méprifent après
qu'ils s'en font amufés. Quel aviliffement ! &
quand finira t'il e
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en vente à l'hôtel de Thou , rue des
Poitevins , No. 17 , Lundi prochain , feize de ce
mois , la Vingtième Livraifon de l'Encyclopédie.
Cette Livraifon fera compofée du Tome premier
deuxième partie de la Logique & Métaphyfique ; du
Tome deuxième , deuxième partie de l'Art Militaire
; du Tome deuxième , première partie de l'Hif
toire , & du Tome deuxième , première partie de la
Botanique. Le prix de cette Livraiſon eft de 24 liv.
brochée , & de 22 liv. en feuilles. Le port de chaque
Livraiſon eft au compte des Soufcripteurs.
DE FRANCE.
93
LE Tome Cinquième des Animaux Quadrupedes ,
formant le Onzième volume des Euvres complettes
de M. le Comte de Buffon , in- 4°. Prix 21 liv . en bl . ,
21 liv. to fols br . , & 24 liv . relié.
Nota. Ce Volume ne peut fervir qu'aux perfonnes
qui ont l'Edition de l'Histoire Naturelle in-4° . fans'
la partie Anatomique.
Le Vingt-feptième Cahier des Quadrupèdes enluminés
, prix , 7 liv . 4 fols ; il n'en reste plus que
trois Cahiers à publier.
Avis aux Gens de Mer , par M. Maurau ,
1 Vol in 12. A Marfeille , chez Moffy , père &
fils , Imprimeurs- Libraires ; & à Paris , chez
Delalain jeune , libraire , rue Saint Jacques , &
Méquignon l'aîné , Libraire , rue des Cordeliers.
•
CONTINUATIO Pralectionum Theologicarum ,
auctore Matt. Jof. Jacques , facræ Theologiæ in
Univerfitate Bifuntinâ Profeffore Regio , &c. De
Ecclefià Chrifti. Opus utile non alumnis modò , fed
& ftudiofis rerum divinarum quibuflibet . Befançon ,
1783 ; & fe trouve à Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire
, rue du Jardinet , 1 Volume in - 12 . Prix ,
3 liv. 12 fols relié.
Le même Libraire vient de recevoir de Genève :
Voyages dans les Alpes , précédés d'un Effai fur
Hiftoire Naturelle des environs de Genève , par de
Saumure. Genève , 1786 , in - 4 ° . , Tome II , fig.
Prix , 14 liv. relié.
-
Le même Ouvrage in 89. , Tomes III & IV , fig.
Prix , 10 liv. reliés.
De vi vitali arteriarum diatribe. Addita nova
de febrium indole generali conjectura , auctor Chrif
tianus Kramp Phil. & Med. Doctor , in - 8 °. A
94
MERCURE
Paris , chez Didot jeune ; & à Strasbourg , à la
Librairie Académique.
L'EGYPTIADE , ou Voyage de Saint François
d'Affife à la Cour du Roi d'Egypte , Poëme en douze
Chants , par Jofeph Romain Joly , de l'Académie
des Arcades de Rome , nouvelle Edition , 1 Volume
in 12. Prix , 3 liv. relié. A Paris , chez Jombert
jeune & Didot fils , Libraires , rue Dauphine.
GALERIE Hiftorique Univerfelle , par M. de P.
Prix , 3 liv. 12 fols la Livraiſon . A Paris , chez
l'Auteur.
Cette Livraiſon contient les Portraits d'Alexandre
VII , de Marc-Antoine , Triumvir , de Jean
Barth , de Dominique Bouhours , de Rofa - Alba
Carrieta , de Henri VIII , Roi d'Angleterre , de
Phocion & de Jean Sadeler , Graveur.
ESSAI
SSAT fur les Concours en Médecine , qui préfente
, en forme de précis , des principes applicables
dans les Sciences à tous les genres de controverfe ;
par M. Fourot , Docteur en Médecine. A Londres ;
& fe trouve à Paris chez Méquignon l'aîné , Libraire
, rue des Cordeliers .
E
Les Lunes du Coufin Jacques , feconde année
quinzième Numéro , Août 1786 , nouvelle Lune ou
première Demi Lune. Abonnement pour Paris, 18 liv.
par an pour la Province 21 liv.; chaque Lune
féparément 1 liv. 16 fols. A Paris , chez Lefclapart,
Libraire , rue du Roule , nº . 11 , près le Pont-
Neuf, où l'on trouve auffi la Comédie des Ailes
de l'Amour , avec les Airs nouveaux : Prix , 1 liv.
16 fols , & la Collection de fes premières Folies :
DE FRANCE. 95
Prix , liv. Le Portrait de l'Auteur gravé. Prix,
I liv. 4 fols : & fon Bufte : Prix , 6 liv.; & fes Airs
détachés gravés avec foin : Prix , 2 fols chaque
feuille.
HISTOIRE de la Religion , où l'on accorde la
Philofophie avec le Chriftianifme , par M. l'Abbé
Yvon , Chanoine de Coutances , 2 Vol. in- 12.
Prix , 3 liv . le Volume relié . A Paris , chez la
Veuve Valade , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers.
Le nom de M. l'Abbé Yvon eft connu depuis
long- temps & avec avantage dans la carrière Théologique.
C'eft fur la connoiffance de Dieu & celle
de l'homme qu'il a voulu établir l'hiftoire , ou plutôt
la démonftration de la Religion.
M. l'Abbé Yvon a employé dans cet Ouvrage
quelques Morceaux qu'il avoit fournis à l'Encyclopédie,
en y faifant les corrections qu'il a jugé néceffaires.
NUMÉROS 8 & 9 du Journal de Clavecin , pa
les meilleurs Maîtres. Prix , féparément 3 liv.
Abonnement pour douze Numéros 15 liv. port
fanc par la pofte. A Paris , chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule ,
ro. 6.
NUMEROS 25 à 30 de la Mufe Lyrique , Journal
avec Accompagnement de Guittare , pour lequel on
fouferit chez Mme Baillon & M. Porro , rue du
petit Repofoir, près la Place des Victoires . Prix , 12 l .
& 18 liv. Numéro 16 du Recueil d' Airs nouveaux
françois & étrangers en quatuors concertans , ou Journal
de Violon , Flûte , Alto & Baffe. Ce Numéro eſt
airangé par M. Cambini . Prix de l'abonnement
avec les Délaff mens de Polymnie , Journal de
96 MERCURE
Chant , Violon & Biffe , 21 & 24 liv. Les Délaſſemens
feuls 12 liv. Même Adreſſe.
TROISIEME Recueil de Sérénades d'Airs connus
mis en variations & en dialogues pour deux Violons
, , par M. Dufrefne de la Loytie , Amateur à
Rennes , OEuvre IX , publié par M. P. A. Marchal .
Prix , 6 liv. A Paris , chez M. Guénin , premier
Violon de l'Opéra , rue Saint- Louis - Saint - Honoré ,
n°. 8. Quatuor delfignor Pleyel , arrangé pour
le Forte-Piano , avec Violon , Alto & Baffe , par
M. Marchal. Prix , fols . Même Adreſſe .
-
liv.
4
Faute à corriger au N ° . 39 .
Les quatre vers fur la Mort du Roi de Pruffe ,
font de M. Dumény , & non pas Dunieug.
TABLE.
L'UTILE Remontrance , 49 Dictionnaire de Police ,
Charade, Enigme & Logogry Variétés ,
phe
Eloge
de Greffet
,
D
78
53 Comédie Italienne , 84
55 Annonces & Notices , 92
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 14 Octob. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 13 Octobre 1786 , GUIDI.
ち
2038
MERCURE
IXX.XDE FRANCE.
711
2919162079
12000 SA
*17 >
SAMEDI 21 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
VERS ERS pour ta Fête de M *** B **
QU'AGLAÉ, jeune, U'AGLA , jeune, aimable, belle
A pareitjour , d'un grand bouquet
Pare fon fein ou fon corfet ,
La chofe eft fimple & naturelle ;
Mais pour vous ce n'eft ppas ainfi
Qu'à vous fêter l'amitié le diſpoſe;
Ou bien il faut qu'à Salenci 367
Elle aille choisir une roſe,
( Par M. deMayer. )
म
42 , 21 Octobre 1786.
E
2310
21:4
MERCURE
Mile ALEXANDRE , dans le
rôle de Nina. *
J'AT A1 lu Nina , j'ai répandu des larmes;
Sa touchante vertu , fa douceur , fa bonté,
Tout en elle m'offroit des charmes.
J'ai vu Nina ; de nouvelles alarmes
Se font fait reffentir à mon coeur agité.
Toi, dont la voix enchantereffe ,
Interprète des feutimens ,
Fait tour-à-tour éprouver les tourmens,
Et les douceurs de la tendreffe,
Daigne recevoir mon encens ;
A l'empire de tes talens ,
Nina le prouve, il faut que chacun cède.
Tendre Nina , fi je pouvois un jour
T'arracher à l'erreur, qu'a fait naître l'amour!....
Que dis-je , ce charmant remède
Pour moi deviendroit un poifon ;
Car il faut que je te prévienne
Qu'en te rendant à la raifon
Je pourrois bien perdre la mienne.
( Par M. d'Arcier , Avocat du Roi a Befançon.
* Nina a été repréſentée à Besançon le premier O&obre,
avec beaucoup de fuccès , & ces vers ont été faits en fortang
du Spectacle,
C
DE FRANCE.
$99
•
ÉPITRE à M. le Chevalier DUPUYDES
- ISLET S.
AMANT chéri de,
Polymnie ,
Rends- moi , s'il fe peut , ma gaîté:
Dans ces aimables lieux , la campagne embellie
A beau fans ceffe offrir à mon oeil enchanté
L'afpect de la Nature au printemps rajeunie ,
Étalant les trésors de fa fécondité ;
Depuis le jour où j'ai quitté
L'heureux pays de la folie ,
Une fombre mélancolie
Pèfe fur mon front attristé ;
Et moi qui naguère ai chanté
Les paifibles douceurs d'une champêtre vie ,
Je te confeffe en vérité
Que loin de Paris je m'ennuie.
Cependant , que fais-tu dans ce brillant féjour ?
Sans doute qu'enivré des faveurs de l'Amour ,
De tes lauriers cueillis aux rives du Permeffe ,
Tu couronnes le front de ta jeune maîtreſſe ,
Ou qu'aux fons raviffans de ton luth enchanteur ,
Tu célèbres Vénus , D...... , & ton bonheur.
>
VA , pourfuis la carrière où le plaifir t'engage ;
Suis l'exemple , crois -moi , de ton fiècle volage
E
100 MERCURE
Tout en riant de les travers ;
Siffle-les même en jolis vers ,
Et fur les traces des B.
Rime un élégant badinage;
Mais ne te donne point les airs
De t'afficher jamais pour fage,
Et de fermoner l'Univers,
"1
Du vieux Zénon & fes confrères,
Je respecte tès-fort les goûts ;
Cependant , nous l'avoûrons tous
De ces Philofophes auftères
Le deftin fit peu de jaloux.
2
D'ailleurs , chez les bons Grecs qui ricient comme
nous ,
Et que Momus à fes genoux .
Regardoit folâtrer fans ceffe,
Les mortels qui vouloient prétendre à la fageſſe,
Devoient paffer , je crois , pour de bien triftes foux.
DE ton fort fortuné goûte donc l'avantage ,
Au fein de tes Amis , des Plaifirs & des Arts ,
Tant que le clairon du Dieu Mars
Ne retentira point dans les champs du carnage,
Et reftera muet au fond de nos remparts ;
Mais fij'en crois la renommée ,
A jamais de ce Dieu la fureur eft calmóc ;
On dit même que déformais
Dans l'oubli de les loix cruelles
DE FRANCE. 101
A conquérir quelques ruelles ,
Il prétend borner fes fuccès ,
Et que l'archive des brevets
Se trouve maintenant aux boudoirs de nos Belles.
( Par M. S...... )
LE Petit Prince & les Petits Bons-Hommes
de Pain d'Épice , Fable.
DE pain d'épice un peuple entier
Au loin fut envoyé de Rheims dans une caiffe ;
Et le Roi du pays voulut en égayer
Son fils , une enfantine alteffe ,
Qui devoit après lui régner.
On lui donna fur eux droit de mort & de vie.
Il falloit à fes loix en tout fe réfigner ;
Car le petit defpote étoit juge & parcie .
Ses fujets , comme on croit , furent mal gouvernés.
C'eft l'effet reconnu du pouvoir arbitraire..
Vous tombez , difoit il , en les jetant à terre ;
Et leur croquoit pour peine une épaule ou le nez.
Contre ces malheureux l'alteffe courroucée
Avoit toujours raiſon , les foibles toujours tort.
La maudire loi du plus fort
Ne fut jamais tant exercée.
Un jour.... Ah ! que l'enfant eut peur! ...
Il entendit une affreuſe rumeur
Eij
702 MERCURE
Tout fon peuple de pain d'épice ,
Qui lui difoit à haute voix :
Dès l'enfance il convient que les apprentis Rois
´´S'accoutument à la juftice, »
(Par M. le Marquis de Fulvy )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Troupeau ; celui
de l'Enigme eft le Feu ; celui du Logogryphe
eft Drapeau , où l'on trouve drap
rápe , eau , Pau , parade , puer , Ea ( la Nymphe
) , dur, peur, rade , radeau,peau.
CHARAD E.
UNE Belle avec art laiffe voir ou nous montre
Quand il est bien , s'entend , mon élégant premiers
Voyage- t'on ? alors très- fouvent l'on rencontre
Dans différens pays mon énorme dernier :
Il en eft un fur-tout qu'on traite de chimère,
Vers lequel maint Poëte a dirigé fes pas ;
Pour être bien reçu fur ces brillans climats ,
Il faut être Racine , ou Corneille ou Voltaire....
Mais mon tout , qu'eft- il done ? Vous allez le favoir :
C'eft le nom d'un pays qui reçoit & qui donne
DE FRANCE. 103
Des êtres adorés qui s'approchent du Trône ,
Et que tout bon François fe plaît toujours à voir.
( Par M. le Baron de P ***. )
ENIGM B.
JE fuis de Thomtat un bourréau domeſtique ;
Suis-je chez lui , j'y mets le feu;
Et dès que j'y féjourne un peu ,
Pour m'en chaffer, il met tout en pratique.
Je lui fais déplorer fon fort ;
Jufqu'à fon propre fang , à fa perte j'anime ,
Et quelquefois j'en fais une trifte victime
Que je facrifie à la mort.
A chercher du fecours ma cruauté l'excite z
Encore à bon marché croit-il en être quitte
Quand bien du fang verfe le délivre de moi.
Souvent à mon abord le plus hardi friffonne ;
Je traite également le Berger & le Roi ,
Et je n'ai nul refpe&t pour fceptre ni couronne.
( Par Mlle T. G. de T **** . }
Eiv
104 MERCURE
-1
LOGOGRYPH E.
AMI Lecteur , je fuis en tout temps fort utile;
Je ne fors point de la maiſon ;
On me voit aux champs , à la ville ;
; ན
Je fuis bon pour l'inftant de la réflexion ;
Tel me fait fouvent part de toutes fes fredaines.
Enfin je deviens confident
£
De bien des plaifirs & des peines.
Dans mes huit pieds , en me décompofant ,
Vous trouverez un des Dieux de la fable ;
Un métal dans lequel l'homme met fon bonheur;
Ce que dépofe la liqueur
་ །
Qui fait naître la joie à table ;
Un pronom perfonnel ; une note ; un oifeau ;
Le nom d'une Veftale , & celui d'un Prophète
Dont le Difciple héritá du manteau.
Mais je lens , cher Lecteur , que je vous romps la
tête ,
Je finis donc en offrant à vos yeux
Un titre très- majeſtueux
Que
l'on attache au diadême ;
Et ce qu'en le portant on refpecte foi- même
Pour rendre les peuples heureux.
(Par M. Montmaur , Garde du- Corps du Roi. )
DE FRANC I. 105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉLANGES de Littérature Etrangère ,
Tomes III & IV . A Paris , chez Gogué &
Née de la Rochelle , rue du Hurepoix ;
Belin , rue S. Jacques ; Hardouin , au Palais
Royal.
S'IL eft vrai , comme l'expérience nous le
démontre , qu'une lecture choifie , & faite
avec fruit, contribue à l'acquifition ainsi qu'à
l'étendue de nos connoiffances , quelle reconnoiffance
ne doit- on pas à M. de Grandmaiſon ,
Auteur de cette intéreffante Collection ! Ce
n'eft pas ici le génie qui crée , mais le goût &
l'inftruction qui raffemblent les matériaux .Parmi
les Livres où l'on peut puifer des connoiffances
variées , tour- à- tour folides & agréables
, il faut placer celui- ci avec honneur.
Nous avons rendu compte des deux premiers
volumes à mesure qu'ils ont paru. Les perfonnes
vraiment curieufes de s'inftruire , celles
même qui femblent faites pour inftruire les
autres , trouveront également ici une lecture
utile & délaffante. Le troiſième volume foutient
le mérite des deux premiers, par la diver
fité & la variété des matières . Gênés par le
cercle étroit dans lequel nous fommes circonfcrits
, & par la difficulté d'analyſer un
Ey
206 MERCURE
Livre qui renferme tant d'Ouvrages différens ,
nous tâcherons du moins d'en donner à nos
Lecteurs une forte de nomenclature.
La vie de Jean Cricthon , furnommé l'admirable
, ouvre le troifième volume. Rien en
effer de plus merveilleux que cet homme. Il
faut lire les détails de cette vie curieufe. On
trouve à la fin le catalogue de fes Ouvrages.
On ne fe permettra qu'une réflexion ; il n'en
refte pas une ligne , tandis que quelques madrigaux
de Saint- Aulaire font dans la mémoire
de tout le monde.
Un morceau d'un autre genre vient enfuite
; c'eft une differtation favante fur la
taille de l'homme. Ce Diſcours eft tiré d'un
Recueil compofé par des Philofophes, & publié
en Italien , fous le titre de Mercure Tofcan
ou Réflexions d'une Société amie des
hommes.
و
·Préférez - vous la Littérature légère &
agréable Lifez plufieurs petits Poëmes fatyriques
& moraux traduits de l'Eſpagnol
quelques-uns dans le ftyle de Quévedo.
Vous vous amuferez encore de la defcription
d'un Tauréodore , tirée du Voyage d'Ef
pagne , de M. Twiff. Des Poéfies légères de
Rolli , précédées d'une Notice de fa vie , &
l'Hiftoire allégorique du travail , tirée du
Tatler , vous offriront une lecture récréative
& morale.
Rien de plus folide , de mieux penfé , da
mieux écrit qu'une Lett re de M. Willemet
Médecin de Nanci , fur la Flore Japonaife de
DE FRANCE. 107
2
M. Tumberg. C'eft un précis des Voyages
& des découvertes de ce célèbre Naturalifte.
Ce Précis eft femé de réflexions relatives à la
matière , tracées par une plume éloquente.
On en jugera par une citation . « L'homme
qui regarde d'un oeil infenfible l'étonnante
» variété des objets qui compofent l'Univers ,
» qui n'a jamais eu la curiofité d'obferver les
» différences qui les caractériſent & les difstinguent
entre- eux , dont les penfées ne fe
portent jamais au- delà de lui , verra fans
doute avec autant de pitié que d'effroi , le
Botanifte fufpendu comme la chèvre au
fommet des rochers , y fupporter la chaleur
d'un foleil brûlant , la foif & la
» faim , pour y chercher quelques plantes
→ nouvelles ; ou bien aller au travers de dan
" gers multipliés & renaiffans à chaque pas ,
dans une terre étrangère & barbare , pour
en raporter quelques femences & quel
» ques plantes defféchées. L'initié aux myftè-
» res de la Nature concevra tout cela fans
peine. La Botanique eft de toutes les Sciences
la plus attachante. Ses charmes s'accroiffent
chaque jour pour celui qui la cultive.
Il en eft de l'ardente curiofité qu'elle inf-
» pire , comme de la paffion de l'amour & de
l'ambition des conquêtes. Les defirs s'irritent
par les difficultés. On a remarqué que
c'étoit la fcience qui compteit le plus de
» martyrs ; on feroit une longue légende de
» tous nos Botaniftes qui ont péri dans les
pays étrangers , où ils alloient tenter de
»
Evjuht
198 MERCURE
» découvrir des végétaux inconnus. »
Voulez-vous paffer de la Phyfique à la Morale?
Vous pouvez le faire avec autant de fruit
que d'agrément fans quitter ce Volume. Vous
y trouverez un Difcours fur l'Honneur. Vous
y converferez avec Socrate , en lifant un dia
logue de Platon , intitulé les Amans. La no
tice qui précède eft un excellent abrégé de
la vie de ce Philofophe,
Je paffe une Lettre d'un Valétudinaire ,
tirée du Spectateur , pour donner un précis
abrégé des détails exacts de l'affaffinat du Roi
de Pologne , traduits du Voyage de M. Coxe.
Pulasky , Général de l'Armée des Confé
dérés , réfolut de s'emparer de la perfonne
du Roi , mort où vif. Quarante Conjurés
commandés par trois Chefs , Lukausky, Stras
wensky & Kofinsky , furent chargés d'exécuter
ce projet horrible. La nuit du Dimanche
2 Septembre 1771 , quelques- uns des Confpirateurs
, déguifés en Marchands de Foin ,
reftèrent aux extrémités de Varfovie. Les autres
s'étoient donné rendez-vous dans la rue d
des Capucins. Le Roi devoit paffer par cette
rue, en fortant de chez le Prince Zartorisky,
fon oncle. Entre neuf & dix heures du foir,
il regagnoit fon palais dans fon carroffe , ac
compagné de quinze ou feize perfonnes de face
fuite , & d'un Aide- de-Camp qui étoit dans
fa voiture. A peine eut elle fait deux cens pas
que les Conjurés l'arrêtèrent ; ils tirèrent fur
le carroffe plufieurs balles , dont une paffa au
travers du corps d'un Heyduc , qui s'efforçon
1
DE FRANCE. 109
de défendre fon maître. Prefque toutes les
perfonnes de la fuite furent difperfées ; l'Aidede
Camp prit la fuite. Le Roi tacha de s'échap
per à la faveur de l'obfcurité. Il étoit déjà hors
de la voiture , lorfque les affaffins le faifirent
par les cheveux , en vomiflant contre lui les
plus horribles imprécations. L'un d'eux tira ?!
contre lui fon piftolet de fi près , que le Roi
fentit la chaleur de la flamme , tandis qu'un
autre lui donna fur la tête un coup de fabre
qui pénétra jufqu'au crâne. Ils le traînèrent
enfuite à pied entre leurs chevaux au grand
galop , environ l'efpace de cinq cens pas dans
les rues de Varfovie. Après avoir traverfé le
foffe qui entoure la ville , ils arrachèrent au i
Roi l'Ordre de l'Aigle Noir de Pologne & fa
croix de diamans. Alors les Conjurés fe féparèrent;
il n'en refta que fept avec le Roi ,
defquels Kofinsky étoit le Chef. A chaque
obftacle imprévu ils demandoient s'il ne falloit
pas tuer le Monarque. Alarmés par les !
parrouilles Ruffes , les affaffins s'éloignèrent.
Kofinsky refta feul avec le Roi. Celui- ci obtint
grace de fon alfaffin , qui fe jeta à fes genoux
, & auquel il donna fa parole royale
de ha pardonner. Is dirigèrent leurs pas vers
un petit moulin , où le Roi écrivit en François
au Général Coccei , Capitaine de fes Gardes ,
les lignes fuivantes. « Par une efpèce de miracle,
j'échappe au fer des affaffins. Je fuis
au petit moulin de Mariémont ; venez au
» plus tôt me tirer d'ici ; je fuis légèrement
bleffé, Quand le Mellager arriva avec cez
110 MERCURE
biller , l'étonnement & la joie des habitans
de Varfovie fut incroyable. Coccei courut fur
le champ an moulin. Il trouva le Roi couché
par terre für le manteau du Meûnier. Dans
l'ivreffe de la joie on fe précipite aux pieds du
Souverain. Kolinsky fut envoyé hors de Pologne
, une femaine après l'exécution de
quelques-uns de fes complices. Il réfide aujourd'hui
à Sémiglia , où il jouit d'une penhion
annuelle confidérable..
Après ce fragment hiftorique , qu'il faut
lire dans le Livre de M. de Grandmaiſon
vous trouverez un Poëme traduit de l'Anglois
, intitulé : l'Origine des Femmes ; c'eft
une imitation charmante de la Fable de Pandore
d'Héfiode ; enfin un Effai fur l'origine
& les progrès de l'Écriture , traduit de l'Anglois
de M. Blair ; c'eft une differtation fa
vante & bien écrite , où la connoiffance des
langues eft réunie à celle de l'Hiftoire.
Une autre differtation de M. Blair fur la
poéfie des Hébreux , ouvre le quatrième Vo-.
lume. L'Auteur a traité ce fujet en homme
nourri de la lecture des Livres Saints & de
celle des grands Poëtes de l'antiquité. Après
avoir prouvé que certains morceaux , tels que
le Livre de Job , les Pfeaumes de David , le
Cantique de Salomon , les Lamentations de
Jérémie , & c. ont un caractère poétique qui
les diftingue des autres écrits de l'Ancien Teltament
, & avoir établi que ces Ouvrages ont
été originairement foumis à une forte de mefure,
quoique nous ne puiffions à préfent déDE
FRANCE. LIE
terminer la mefure des vers hébraïques , M.
Blair effaye de tracer la forme de la poéfie des
Hébreux, & leur genre de compofition.
Après avoir défini la forme de la poéfie hébraïque
, M. Blair cherche quelles font les
qualités qui la caractériſent . La conciſion &
la force font , felon lui , les deux principales ,
& tous les Écrivains qui vifent au fublime ,
feront bien d'imiter la préciſion du ftyle de
l'Ancien Teftament.
Les figures de toute eſpèce font extrêmement
multipliées dans l'Écriture ; mais pour
fentir leur force & leur beauté , il faut fe tranfporter
dans le climat des Écrivains facrés , &
à l'époque à laquelle ils ont fleuri. Leurs images
font toujours tirées des objets naturels
qu'ils avoient fous les yeux , ou des traits de
leur Hiftoire , ou des cérémonies de leur Religion.
Comme leur fol étoit brûlé , & que
fouvent le befoin d'eau s'y faifoit cruellement
fentir , pour exprimer la misère , ils font allufion
à une terre aride & auftère ; & pour exprimer
le paffage du malheur à la profpérité ,
leurs métaphores font tirées du jailliſſement
des fources dans le défert. Les conquérans font
comparés à des torrens débordés ; Salomon
compare un bel homme au Mont - Liban ,
ombragé par des cèdres , & une belle fille au
Mont Carmel , couronné de fleurs .
La Profopopée & l'allégorie font des figures
extrêmement fréquentes dans l'Écriture.
Celle du 79 ° Pfeaume eft belle , & bien foutenue.
Le peuple d'Ifraël y eft repréfenté fous
112 MERCURE
2
"
l'emblême d'une vigne. « Tu as tranſporté ta
vigne de l'Égypte , & tu l'as plantée après
avoir chaffé les Nations ; tu lui as préparé
la route , tu as fixé fes racines , elle a rem-
» pli la terre; fon ombre a couvert les mon-
» tagnes , fes branches ont furpaffe les cèdres;
» elle a étendu fes rameaux jufqu'à la mer
» & fes rejetons jufqu'au fleuve. Pourquoi
as- tu renverfé fes murs ? Pourquoi tous les
paffans la vendangent - ils ? Le fanglier de
» la forêt l'a détruite ; un monftre farouche
» l'a dévorée. Dieu des armées , tourne- toi
» vers elle , vois & viens vifiter ta vigne.
29
ود
Après des obfervations générales fur la
poéfie de l'Écriture , M. Blair termine fa differtation
par un apperçu apperçu des différens genres
de compofition des Livres factés, & des caractères
qui diftinguent chaque Écrivain . Il obferve
que les principales poéfies de l'Écriture
font didactiques , élégiaques , paftorales ou
lyriques. Le Livre des Proverbes eft dans le
genre didactique . Les Pfeaumes de David , les
Lamentations de Jérémie font des modèles
dans le genre élégiaque . Le Cantique de Sa
lomon offre , un bel exemple de la poéfie paftorale
des Hébreux . Quant au genre lyrique ,
l'Ode fe trouve dans les Pfeaumes fous toutes
les formes. Le Cantique de Moïfe , celui de
Débora , & beaucoup d'autres tiennent auffi
au genre lyrique. Ceci nous prouve que les'
Livres facrés peuvent fournir des exemples
des principaux genres de poéfie .
Chacun des Écrivains facrés a sûrement un
DE FRANCE. 113
tyle particulier & une manière qui le carac
térifent.David, Ecrivain lyrique, eft plus varié.
Ifaie eft fans exception le plus fublime. Jérémie
eft touchant. Ezechiel a beaucoup
moins de grace & d'élégance ; mais il a un
caractère de force qui lui eft propre ; & , pour
me fervir des expreffions de M. Lowth , cité
par M. Blair, il eft impitoyable , véhément ,
tragique. Ses penſées font brûlantes , âpres ,
pleines d'indignation ; fes images fécondes ,
dures , quelquefois informes. Sa diction eft
pompeufe , grave , auftère , & quelquefois
» inculte. Nul Prophète ne fut au- deffus de
" lui dans le genre que la Nature lui avoit
donné , c'est-à- dire , par la force , le poids ,
la véhémence & la fublimité. » Le même
Frivain compare Ifaïe à Homère , Jérémie à
Simonide , Ezechiel à Efchyle.
و ت
93
و ر
و ر
93
Nous n'en dirons pas davantage fur ce
quatrième Volume. Il offre , comme le précédent
, une variété extrêmement agréable.
On y trouve des morceaux d'érudition , de
critique littéraire & de morale. On ne peut
trop encourager M. de Grandmaifon , qui
veut bien dans un fiècle frivole , fe charger de
nous procurer une inftruction facile & profitable.
›
P. S. Depuis que cet article eft écrit , le
cinquième voluine a été publié.
114
MERCURE
HISTOIRE de la Religion , où l'on accorde
la Philofophie avec le Chriftianifme ; par
M. l'Abbé Yvon , 2 Vol. in-8 °. A Paris ,
chez la Veuve Valade , 1785.
L'ESPÈCE d'inimitié qu'on a fuppofée entre
la Philofophie & la Religion , a nui beaucoup.
à l'une & à l'autre. Comme la Religion s'appuiefur
la révélation , les tenir ainfi féparées,
c'eft compromettre les vérités révélées , &
nous les montrer comme incompatibles avec
la raifon. M. l'Abbé Yvon , au-lieu de les féparer,
s'eft au contraire attaché à les unir fi
intimement , qu'elles puffent couler toutes
deux dans le même canal. En rapprochant la
révélation de la raiſon , il a formé entre- elles
une forte de confédération pour les faire agir
de concert dans leur défenſe mutuelle.
C'eft de la réunion des deux que fe forme
la vérité du Chriftianifme. Confervons à la
raifon fes prérogatives naturelles ; elle eft
affez éclairée pour connoître la vérité &
juger de la liaifon des conféquences aux principes
; mais elle n'eft pas toujours affez forte
pour en découvrir la fource & en tracer le'
cours.
Si la raiſon prête du fecours à la révélation
en l'établiffant fur de folides fondemens , la
révélation ne lui en prête pas moins en l'élevant
à des vérités qui n'avoient befoin que
de lui être découvertes pour que fes lumières
y atteigniffent. Telles étoient à-peu- près les
DE FRANCE. 115.
loix de la gravitation démontrées par Newton.
Avant leur découverte elles étoient inacceffibles
à l'efprit , qui depuis s'eft familiariſé avec
elles. !
L'Auteur a divifé fon Ouvrage en douze
Époques , dont la première forme le fecond
Volume, le premier ayant été confacré au
développement des vérités préliminaires qui
doivent fervir de bafe aux vérités du Chrif
tianifme. Telles font l'exiftence de Dieu , fa
Providence , la fpiritualité , la liberté & l'immortalité
de l'âme , la fupériorité de l'homme
fur les animaux.
En s'élançant au-delà des temps pour
contempler la Divinité dans les attributs qui
conftituent la nature & fon effence , il ne
peut encore être queftion d'Hiftoire pour
l'Auteur. Il en eft de même lorfqu'il confidère
l'homme dans un état d'abſtraction ,
parce que l'Hiftoire ne commence qu'avec le
temps , comme le temps ne commence qu'avec
la création .
Telle eft la condition naturelle de notre
efprit , que la lumière & l'obſcurité fe touchent
dans prefque toutes les queſtions qui nous
intéreffent. L'exiftence même de Dieu n'eft
pas exempte de cette commune loi . Aux
preuves que le Théiſte déduit de l'ordre du
monde , l'Athée en oppoſe d'autres tirées des
défordres apparens du monde ; mais pour
voir où eft la fupériorité , il ne faut que comparer
les procédés de l'un & de l'autre. « Le
Théifte, dit l'Auteur , fuivant la méthode
118 MERCURE :
92
"3
35
» des Géomètres , part de principes clairs &
» lumineux , & les conféquences que ces
principes lui donnent , quoiqu'elles effa-
» rouchent fon imagination & qu'il ne les
" comprenne pas , il les adopte , perfuadé
qu'elles ne fauroient être fauffes , ayant
» été tirées par une exacte logique des prin-
» cipes qui fubjuguent invinciblement notre
raifon. Le procédé de l'Athée eft bien différent,
Au lieu de defcendre des principes aux
conféquences , c'eft par elles qu'il veut re-
» monter jufqu'à eux ; & comme ces confé-
» quences révoltent fon imagination , il s'en
≫ fert pour attaquer l'existence de Dieu ; aulieu
que s'il fût defcendu des principes aux
conféquences, elles auroient trouvé gracede-
» vant fes yeux , d'autant que la vérité des prin
cipes les auroit juftifiées . Pour avoir aban-
» donné cette méthode fi fimple & fi naturelle
, dans quels abymes ne s'eft- il pas jeté !»
La première Époque s'ouvre par cette quef
tion que David Hume a le premier élevée ,
favoir fi le Théifme a été la Religion primitive
du genre- humain . Contre l'opinion commune
il enfeigne dans fon Hiftoire Naturelle.
de la Religion que le Polythéifine a été la
première Religion , & l'idolâtrie le premier
culte. Mais fi la vérité eft avant l'erreur , il
s'enfuit que donner la priorité au Polythéisme ,
c'eft , fous un faux air de raifonnemens philofophiques
, gliffer le venin le plus fubtil dans
l'efprit , & mener doucement les hommes à
Athéifme.
"
DE FRANCE. 119
Toute la queftion fe réduit ici à s'affurer
fi toutes les Nations ont commencé par être
fauvages ; car fi la chofe étoit ainfi , le Polythéifme
auroit précédé le Théifine , par la
raifon qu'on bâtit des cabanes avant des palais
, & c'eft ce que tâche d'infinuer le Philofophe
Anglois, en tirant fes argumens de l'Hiftoire
, de la Philofophie & du fujet qu'il traite.
C'eft auffi dans tous ces défilés que M. l'Abbé
Yvon fuit & combat fon adverfaire.
Après avoir établi la priorité du Théifme
fur le Polythéifie , l'Auteur fait l'Hiftoire de
cette Religion depuis le premier homme jufqu'à
Moïfe. C'eft dans cet Écrivain , le plus
ancien des Hiſtoriens , qu'il puiſe en partie les
faits qui rempliffent cet intervalle . Dieu y eft
repréfenté comme le Créateur du monde , le
Père du premier homme, l'Auteur de la première
langue , de la fociété & de la première
Religion.
L'origine des peuples tient à cette partie
de l'Hiftoire. Moïfe s'eft élevé ici au-deffus
de tous les autres Hiftoriens , en marquant
dans fon dixième Chapitre de la Genèſe , l'origine
de toutes les Nations ; & quoiqu'il l'ait
renfermée dans des bornes affez étroites , nul
autre que lui n'a pu atteindre jufqu'aux bornes
qu'il a plantées dans l'antiquité.
La difperfion des hommes amène naturellement
le morceau où l'Auteur jette un coupd'oeil
général fur les premiers Gouvernemens
& fur l'état fauvage. Il s'élève fortement contre
l'opinion de ceux qui prétendent que cet état
118
MERCURE
20
a été le partage des Chaldéens , des Indiens , des
Perfes , des Égyptiens , des Phéniciens , des
Celtes , &c. Il faudroit , dit - il , fuppofer un
» peuple privilégié qui auroit civilifé les
hordes fauvages ; mais ce peuple fi fécond
en Légiflateurs , par quel autre peuple au-
» roit- il été civilifé fi'la commune loi a dû
» le ranger parmi les Sauvages ? Admettra-
» t-on un progrès à l'infini pour les Nations
qui , tour-à- tour fauvages & civilifées , fe
font fuccédées les unes aux autres , oubien
» reconnoîtra- t- on un peuple privilégié qui ,
forti des mains de Dieu , aura confervé fa
» raifon dans toute fa force , & aura été deftiné
par la Providence à divinifer ceux qui
" font nés fauvages ? Il n'y a point ici de mi-
» lieu. Quelque parti que l'on prenne , on fe
» jetté dans des difficultés inextricables. »
C'eft une pure rêverie que cet état d'animalité
d'où l'on fuppofe que nous nous
fommes élevés par degrés jufqu'à celui de
l'homme. L'idée de Dieu créant l'homme ne
fauroit fe concilier avec l'opinion que nous
avons végété pendant un temps infini dans
un état où nous aurions été dégradés au- deffous
des bêtes , puifqu'elles n'eurent pas plutôt
déployé le jeu de leurs organes , qu'elles
trouvèrent dans l'ufage de leur inftinct officieux
leur perfection & leur bonheur. Pourquoi
n'en auroit- il pas été de inême de l'homme?
Il eft donc naturel de fe le repréſenter
au fortir des mains de Dieu exerçant fes
facultés.
DE FRANCE.
119
ود
-30
Il ne feroit pas difficile de reconnoître un
peuple inftituteur fi on vouloit le voir dans
les Patriarches mêmes , dont Dieu femble ,
fuivant la remarque de Jofeph , avoir prolongé
les jours pour favorifer les progrès de
l'Aftronomie. « Pourquoi , dit notre Auteur ,
» refuferoit-on à ces Héros millénaires d'a-
» voir voulu prendre connoiffance de leur
» domaine en cultivant l'Aftronomie & la
» Géométrie ? Pourquoi auroient - ils moins
eu d'efprit & de curiofité que nous ? Nés
avec une force de corps fupérieure à la
nôtre, & une ame fans doute plus vigoureufe
, pourquoi , vivant autant que nos
Empires, & capables de réunir dans un fi
long intervalle une plus grande maffe de
lumières , enrichis d'ailleurs de leurs expériences
perfonnelles & des obfervations
de leurs contemporains , n'auroient - ils pas
été plus loin que nous , qui ne jouiffons
» auprès d'eux que d'une exiftence éphémère
? Chaque individu repréfente en
quelque forte une Nation entière ; c'eſt àpeu-
près comme fi plufieurs Nations contemporaines
cultivoient la Philofophie , &
qu'elles euffent établi entre-elles un com-
" merce de connoiffances. Un feul de ces
» temps anti- diluviens équivaudroit pour le
22 moins à tous ces fiècles ,
ONL
pelons aujourd'hui Philofophie a ſubſiſté ,
finous les coufions au bout les uns des
autres. Mais il faut voir dans l'Ouvrage
même les raifonnemens dont il s'appuie avec
"
30
que nous ap[
20 MERCURE
les célèbres Caffini & Mairan , pour prouver
les anciens Patriarches étoient de favans
Aftronomes.
que
Après avoir parlé de l'origine des peuples ,
c'étoit le lieu de faire paroître fur la fcène les
plus illuftres peuples de l'antiquité , & de faire
voir comment, après leur difperfion, leur religion
s'eft défigurée peu-à-peu , & a pris quelque
chofe du terroir où elle fe fixoit . Les véri
tés qui leur étoient venues de l'antique tradition,
s'y trouvent par-tout mélangées avec les
erreurs provenues du climat & du Gouvernement.
Comment des peuples qui ne furent ja
mais fauvages , de Théiftes qu'ils étoient fontils
devenus Polythéiftes ? Suivant l'Auteur, la
mythologie feule a pu expliquer ce paffage.
Tant que fon génie allégorique ne s'eſt point
éclipfe , la Religion a été pure, renfermant
fous l'écorce de ſes fables des vérités. Ce n'eft
qu'au moment où il a diſparu, qu'on lui a ſubftituédes
Hiftoires qui donnèrent naiffance au
Polythéifine & à l'idolâtrie.
Les Déiffes ayant affecté de confondre la
Religion naturelle dont ils fe difent les fectateurs,
avec le Théifme ou la Religion patriarchale
, l'Auteur s'eft attaché à faire voir la différence
qui les fépare. Autant le Théiſme fe
concilie avec la révélation , autant le Déiſme
lui eft oppofé. Leur Dieu n'eft point le même ,
& le Dieu que les Déiftes appellent le Dieu
des Sages , eft un Dieu que la raifon défavoue,
& qui eft tel que fi les Athées en reconnoiffotent
DE FRANCE. 1.2.1
foient un , ils n'iroient pas le prendre chez
les Déiftes , mais chez les Chrétiens , tant
ceux-là en ont défiguré l'idée . L'Auteur part
de là pour les combattre , & prouve contre
eux que la Religion naturelle , prife en leur
fens, n'a jamais exifté , & qu'il eft même impoffible
qu'elle exifte. En effet , pour que
cetteReligion pût exifter, il faudroit en rendre
le peuple fufceptible. Or, c'eft à quoi ils ne
parviendront jamais. Ils difoient bien aurrefois
qu'il faut une religion au peuple ; mais
ils ont trouvé depuis qu'elle le rend fanatique
& infenfé. Etoufferont-ils en lui l'idée
de Dieu ? Mais l'Athéifme, ainfi que toutes
les Sciences profondes , n'étant. pas fait pour
lui , quel milieu trouveront- ils où ils puiffent
le placer ? Peut- être que renonçant à régler
fes deftinées , ils le laifferont l'arbitre de fa
religion ; mais dans ce cas il fera Polythéifte
& Idolâtre , puifque, felon les Déiftes , ce
font là les premières notions qui viennent
dans l'efprit des ignorans.
ALEXANDRINE de Ba** , ou Lettres de
la Princeffe Albertine , contenant les Aventures
d'Alexandrine de Ba ** , fon aïeule ;
traduites de l'Allemand de Dom Guf....
par Mile de *** . in- 16 . Prix , 1 liv. 10 f.
A Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mefgrigny, rue des Poitevins ,
I
LE fonds de ce Roman eft une Hiftoire véritable
qui a retenti dans plufieurs Tribunaux..
No. 42 , 21 Octobre 1786. F
1
122 MERCURE
92
La poftérité de celle qui eut le malheur d'ea
être l'Héroïpe , a fait entendre fes réclamations
en 1747 & en 1784. C'eſt la petite fille ,
Ia Princelle Albertine , qui fait le récit de fes
malheurs. Je dois au Public , dit- elle dans
fon Avant- propos , à mon aïeule , à moi ,
» le récit que je vais faire ; les détails naïis
» qu'il contiendra feront fans intérêt, quand
» l'innocence trahie , la beauté délaiffée , le
courage perfécuté , la vertu malheureufe
auront perdu le droit de toucher le coeur
» des hommes. ››
鎏
En effet , cette Hiſtoire eft vraiment attendriffante
; on la lit avec un intérêt auquel on
fe livre d'autant plus volontiers , que l'idée
de Roman ne fe mêle jamais à l'impreffion
qu'on éprouve; tous les détailssyyporrent l'empreinte
de la vérité . Nous n'eflayerons pas de
transmettre ici l'intérêt de cet Ouvrage , déjà
trop court pour pouvoir être refferré fans féchereffe
dans une fimple analyfe. Nous dirons
feulement que la tendre Alexandrine de Ba** ,
aimée du Prince Albert Octave de T. Ti....,
époufée par lui , mais d'une manière illufoire,
puifqu'il s'eft emparé de tous les titres qui
peuvent prouver cette union , éprouve fucceffivement
les froideurs , le dédain , les perfécutions
de fon époux. Sa tendreffe , fa patience
& fon courage arrachent des larmes .
Mère rendre , épouſe fidelle , elle voit fon
époux s'unir à une rivale ambitieufe qui lui
enlève fans rougir l'honneur , & un rang &
ine fortune qu'elle réclame en vain pour fa
DE
FRAN CIE.
723
fille. Cet époux inhumain , arrivé à fa dernière
heure , cède au remords , & veut reconnoître
Alexandrine pour fon époufe & fon
héritière; mais la mort rend fon repentir inutile
; &
Alexandrine refte plongée dans l'indigence
& le défeſpoir.
Le ftyle de ce Roman eft négligé ; mais il a
dé la vérité & du mouvement. Parmi les détails
de cette Hiftoire , nous ne choifirons
qu'une fcène , qui encore ne peut que perdre
de fon intérêt , détachée de ce qui la fuit &
de ce qui la précède . La fenfible Alexandrine
ne pouvant plus douter de la perfidie & des
projets criminels de fon époux , recueille
toutes les forces , & ofe aller le joindre dans
un jardin , au milieu d'un nombreux cortège .
Elle avoit fa fille avec elle ; & après lui avoir
montré fon père , elle lui dit d'aller l'embraffet.
J'obéis . ( C'eft la petite fille qui parle. )
„ Je ne marchai point , je courus ; j'arrivai
» droit à mon père. J'étois le portrait de ma
» mère, & par conféquent belle.Ceux qui fuivoient
mon pères'écrièrent: La belle enfant!
je les repoullai , & je me précipitai dans les
jambes d'Octave. Je prís fa main qu'il me'
donna , & je la baifai . Il s'arrêta : Petite
enfant , qui êtes - vous ? - Albertine.
Quel eft votre père ? C'est vous, -Làdeffus
on, fe mit à rire
malignement ; &
Octave diffimulant fon émotion , dit : quel
» conte ! Allez , petite , retrouver votre mère.
Elle eſt - là contre cet arbre. Là!
Oui , me voilà , me voilà , Octave: - Ce
30
39
28
10
.
Fij
124
MERCURE
ود
"
30
» nom d'Octave , dit avec dignité , en impofa
à tous les afliftans. Mon père avoit
perdu l'ufage de la parole ; il avoit le main-
» tien humilié d'un criminel convaincu.
« Vous me vengeriez de tous les affronts que
» vous avez accumulés fur ma tête , fi la
» vengeance étoit digne du coeur d'Alexan-
» drine. Vous me faites la plus grande pitié ,
» & votre confufion me touche plus que
» vous ne pensez. Meffieurs , dit - elle , en
» s'adrellant aux affiftans , permettez que je
profite de l'occafion que le ciel m'envoie ,
» & que j'entretienne en particulier mon
» mari. Mademoiselle. Octave , dites
» Madame. Madame ! -Je la fuis ; votre
époufe & Princeffe.- Le lieu n'eft ni propice
à des éclairciffemens , ni convenable à
nos perfonnes. J'irai vous voir , -Quand ?
Dans quelques jours . - Non , ce foir.
Ce foir Oui , ce foir. Songez que
voilà votre fille , votre époufe , & que
l'une & l'autre font fans reffource , à la
mendicité. QQuuee ddiitteess-- vous ?? - Ce que
» vous favez.Voilà ma bourfe. Je la
» reçois , Meffieurs , dit - elle , en appelant les
» perfonnes qui n'étoient qu'à une petite dif-
» tance. Ne trouvez pas mauvais que je reçoive
publiquement de l'argent ; je n'ai rien
» à refufer de mon mari . Mademoifelle.
ود
3)
33
ود
"
"
ور
3
»
-
--
-
-
Madame ; Albert , prononcez Madame en
" ma préfence. Derrière - moi , calomniez-
» moi , déniez - moi ce titre de refpect , j'y
» confens ; mais quand vous me parlerez ,
"
DE FRANCE. 125
» vous vous fouviendrez que je n'ai point
» mérité l'injure , &c. »
ود
1 Ce Volume eft terminé par un petit Roman
intitulé : Hurtado & Miranda , ou les
premiers Colons Espagnols du Paraguay.
Certe Anecdore a des momens d'intérêt ,
quoique toutes les fituations ne foient pas
dans l'exacte vraiſemblance .
ELOGS d'Agnès Sorel , furnommée la belle
Agnès , lu à la Société d'Emulation de
Bourg- en - Breffe , le 23 Septembre 1785 ,
par M. Riboud , Procureur du Roi au Bailliage
, de plufieurs Académies. A Lyon ,
chez Faucheux , quai des Celeftins .
ON connoît ces quatre vers de François I
fur Agnès Sorel :
Gentille Agnès , plus d'honneur en mérite , *
La caufe étant de France recouvrer ,
Que ce que peut
dedans un cloître ouvrer
Cloſe: Nonnain , ou bien dévôt Ermite.
Ce Difcours eft l'amplification & le déve-
Joppement de ces quatre vers . Ce qui diftingue
avantageufement Agnès Sorel parmi les
Maîtrelles des Rois , c'eft qu'au lieu que les
autres ont trop fouvent avili leurs ainans ,
elle a illuftré le fien , & ne s'eft fervie de l'empire
que l'amour lui donnoit fur Charles VII,
* Ou come on l'étrit ici : tu mérite
Fiij
126
MERCURE
que pour lui infpirer le courage convenable
à la fituation , & qui feul pouvoit le fauver ;
elle voulut être la Maîtreffe d'un Roi , & d'un
Roi victorieux , Charles VII fut Roi pour lui
plaire & vainqueur pour la mériter. L'amour,
qui écarte tant de Héros des fentiers du devoir
& de la gloire , y ramena l'heureux Charles
VII.
و د
Une autre fingularité qui prouve qu'Agnès
n'étoit pas une femme ordinaire , c'eft que
la Reine , Marie d'Anjou , Princelle vertueufe
& très- attachée au Roi fon mari , ne ceffa,
d'aimer & d'eftimer Agnès , & de travailler
de concert avec elle au bonheur & à la gloire
du Roi ; ce n'eft pas ce que l'Orateur exprime
le moins bien. « On compare , dit - il , avec
furpriſe le caractère de la Reine & celui
d'Agnès. Quelles étoient donc ces deux
» ames ?.... Une Reine fenfible , belle & ver-
» tueufe , voit une de fes fujettes partager le
» coeur de fon époux , & elle ne l'accable pas
» de fa haine ! ... Agnès n'eft point aveuglée
par la fortune , elle eft pénétrée de véné-
» ration pour l'époufe de fon amant ; l'une
» ignore la jaloufie , l'autre n'eft point acceffible
à l'orgueil . Que dois - je plus admirer ,
" ou de la raifon de l'une ou de la modération
de l'autre ? Où font les paflions , où
» trouver dans de femblables circonftances
» autant de force & de grandeur ? »
""
33
Les Hiftoriens , dit l'Auteur , qui n'en
homme aucun en particulier dans cet endroit,
difent que le Confeil fit fentir à la Reine qu'il
DE FRANCE. 127
étoit de fon interet ( à elle Reine ) & fur tout
de l'intérêt de l'État , que Charles reftât atta
ché à Agnès. Quelques perfonnes du Confeil
peuvent avoir donné cet avis en particu
lier ; mais il falloit peut- être éviter de fiire
naître l'idée que ce fût par délibération du
Confeil.
Agnès , au refte , eft plus célèbre que connue.
L'Hiftoire nous en apprend peu de chofe,
fi on doit appeler peu de chofe les deux traits
que nous avons rapportés , traits qui font fa
gloire & la matière de cet éloge. Il paroit
qu'on doit rapporter fa nailfance à l'année
1409 ; elle étoit d'une famille noble & ancienne
de la Province de Touraine ; fon père ,
Jean Sorel , étoit Seigneur de Saint - Géran &
de Fromenteau ; elle perdit fes parens étant
encore en bas - âge, & fut élevée par la Dame
de Mignelois , fa tante , qui avoit une fille du
même âge. Agnès maria celle ci dans la fuite
au Seigneur de Villequier ; mais fa coufine ,
plus jaloufe de fa faveur que touchée de fes
bienfaits , lui difpura le coeur du Roi par des
moyens coupables ; elle y employa l'intrigue ,
la calomnie , & jufqu'au crime de faux. Elle
fuppofa des lettres pour faire croire Agnès
infidelle ; la vérité , la beauté , la vertu triomphèrent
; & la Dame de Villequier , qui avoit
voulu enlever à Agnès fon amant , vit fon
propre mari fe ranger parmi les adorateurs de
cette fille cél bre , qu'on ne voyoit guères
fans l'aimer.
L'Auteur parle toujours du Duc & de la
128 MERCURE
%
Ducheffe de Villequier , comme fi ces titres
avoient appartemu alors à d'autres qu'aux
Princes du Sang & aux Pairs de la Couronne.
Le temps des érections des Duchés & des
Pairies , en faveur de fimples Gentilhommes ,
eft bien poſtérieur au temps dont il s'agit.
Agnès avoit été élevée à Fromenteau , dans
le voifinage de Chinon , où Charles VII tenoit
fa Cour. Le bruit de fa beauté avoit engagé
le Roi à l'aller voir. Il engagea fa tante à
l'envoyer à la Cour , où il la plaça auprès de
la Reine , en qualité de Fille d'Honneur. Ce
fur vers l'an 1426 ou 1427.
L'Auteur s'attache fur- tout à établir deux
chofes : l'une , qu'Agnès fe défendit long- tems
contre fon amant , & cet amant étoit fon Roi .
Toute fimple Demoifelle que je fuis , di-
» foit elle un jour au brave Poton de Xaintrailles
, vieil ami de fà Maifon , la con-
» quête du Roi ne fera pas facile ; je le révère
, & l'honore ; mais je ne crois pas que j'aie
» rien à démêler avec la Reine à ſon ſujet.
و د
ور
و د
ןכ
Ce langage , dit l'Orateur , n'eft point celui
d'une ame commune fans doute ; mais la
chûte eft quelquefois bien voifine du plus
beau langage.
""
Le fecond point qu'il établit , « eft que les
» amours du Roi n'eurent point un éclat capable
d'offenfer les moeurs publiques. Ce
qu'il y a de cerrain , c'eft que Charles eut
" onze enfans de la Reine pendant fa laifon
» avec Agnis , & que l'amour n'infulta point
334
DE FRANCE. 129
» à l'hyinen , en altérant l'union des deux
époux..
,
Agnès Sorel eut de Charles VII trois filles ,
dont l'aînée , Charlotte , qui époufa Jacques
de Brezé , Comte de Maulevrier , eut une
deftinée tragique ; fon mari l'ayant furpriſe.
en adultère , la poignarda ainfi que l'amant ,
qui étoit un homme attaché à fon fervice.
Marguerite , la feconde de fes filles , fut mariée
à Olivier de Coétivi , Seigneur de Taillebourg,
Jeanne , la troifième , à Antoine de
Beuil, Comte de Sancerre. Agnès Sorel eut
un frère qui fut fait Grand-Veneur ; & il eſt
à remarquer que ce ne fut qu'après la mort
d'Agnès ; ce qui prouve quel attachement le
Roi confervoit pour fa mémoire.
Charles avoit donné à Agnès le château de
Beauté- fur-Marne . Elle mourut en 1449 ou !
1450 , à quarante ans , étant encore , difent
les Hiftoriens , la plus belle perfonne de Fran
ce. On la crut empoifonnée ; on accufa la
Dame de Villequier , fa rivale , le Dauphin ,
depuis Louis XI , fon ennemi déclaré , qui ,
dans une querelle qu'il avoit eue avec elle ,
s'étoit emporté jufqu'à lui donner un foufflet ;
on foupçonna jufqu'à Jacques Coeur, fon
ami , qu'elle nomma fon exécuteur teftamentaire.
Elle fut enterrée dans l'Églife Collégiale
de Loches , dont elle avoit été la bienfaitrice.
Les Chanoines lui firent élever dans leur
choeur un maufolée. Lorfque Louis XI fut
fur le Trône , ils crurent , dit-on , lui faire
Fv
130
MERCURE
leur cour , en lui offrant de détruire ce monument.
Louis XI , Roi quelquefois jufte , lest
fit rougir d'une telle ingratitude envers une
femme qui les avoit comblés de bienfaits.
L'Auteur ne dit qu'un mot en pallant de
Jeanne d'Arc ; il a raifon : fon Héroïne eût
fouffert du parallèle ; elle eût fouffert fur- tout
du foupçon d'avoir contribué , par une jaloufie
politique , trop indigne d'elle , à l'indifférence
coupable avec laquelle Charles VII laiffa
périr miférablement cette brave Amazone :
La honte des Anglois & le foutien du trône,
Cet Éloge eft moitié hiftorique , moitié
oratoire ; l'Auteur a trop d'efprit & de goût
pour qu'il ne foit pas utile de l'avertir qu'il
faut laiffer aux petits Rhéteurs , aux faux enthoufiaftes
ces apoftrophes , ces exclamations ,
cer abus des figures pathétiques , toujours dé
placées , quand elles n'échappent pas , pour
ainfi dire , à un coeur profondément pallionné.
La maladie & le ridicule de notre ficle eft de
les prodiguer à froid dans les écrits qui s'y refufent
le plus , ce qui détruit tout naturel,
toute fimplicité , tout principe de goût. « Quels «
hommes , dit l'Auteur , ne fe féliciteroient
» pas d'écrire & de penfer comme les Sévignés
, les Deshoulières ou les Genlis ! » Il a
raifon ; auffi ne trouvera- t'il jamais dans ces
excellens modèles un feul trait de fauffe chaleur
ou de déclamation.
"
ןכ
DE FRANCE. 131
LETTRES à Émilie , fur la Mythologie ,
par M. de Mouftier. A Paris , chez Grangé ,
Imprimeur - Libraire , & chez les Marchands
de Nouveautés , br. in -8°.
CES Lettres font le fruit des lifirs d'un
jeune homme qui fe deftine au Barreau . L'Auteur
paroît s'être attaché à imiter la manière
de Chapelle & de Bachaumont ; mais il faut
convenir que fi la forme qu'il a donnée à fon
Ouvrage eft plus agréable que celle d'un Dic
tionnaire , elle eft auffi moins commode . Quoi
qu'il en foit , il a rempli fouvent d'une manière
heureufe le cadre qu'il a choift ; & s'il·
n'apprend rien de nouveau à fes Lecteurs , du
moins les amufe- t'il fouvent par fon efprit ,
par fa gaîté , & fur-tout par fa facilité. Un
Ouvrage de cette nature ne pouvant fouffrir
un extrait raifonné , nous nous bornerons àr
en citer quelques morceaux , fur lefquels nous
nous permettrons de courtes obfervations.
M. de Mouftier annonce des talens pour la
poéfie légère ; & s'il eft jufte d'encourager
fes difpofitions , il n'eft pas moins néceſſaire
de lui indiquer les écueils qu'il doit éviter , &
la marche qu'il doit fuivre pour mériter de
la réputation .
De toutes les Lettres qui compofent ce
Recueil , celle qui renferme l'Hiftoire d'Apollon
eft , fans contredit , la meilleure . « Je
» vais , dit l'Auteur , vous parler du fils de
T
F vj
132
MERCURE
و د
"
Latone , connu & adoré fous les noms
d'Apollon , de Phoebus & du Soleil .
Il en eft de ce Dieu comme de la beauté :
Sous mille noms divers qu'elle fe renouvelle ,
Qu'elle foit fur le trône cu dans l'obſcurité ,
On l'adore ; c'est toujours elle .
99
Apollon , dès fon enfance , fut préfenté à
» la Cour célefte. Jupiter le reconnut ; Junon
» même l'accueillit. Il fut ménager cette fa-
» veur , & devint le Dieu de la lumière.
Apollon conduifoit ce char ,
Qui du vafte fein d'Amphitrite ,
Lorfque je dois vous voir fort toujours un peu tard ,
Et lorfque je vous vois y retourne un peu vîte *
» Ce fut alors qu'il prit le nom de Phoebus ;
» mais bientôt , comme les courtifans heu-
» reux , ayant abufé de fon pouvoir , il fut
chaffe par cabale , rappelé par intrigue , &
devint fage par experience . Voici à queile
occafion .
ود
9.9
و د
Vous favez qu'Apollon eft le Dieu des
" Beaux Arts ; & c'eft pour cette raifon que
» la fable nous le reprefente fous la figure
» d'un jeune homme fans barbe.
Jupin eft vieux ; fon fils de la jeuneffe
Malgré le temps a confervé les traits :
Il faut obferver que ces Lettres font adreffées à
une Dile Émilie , jeune perfonne de quinze ou feize
ans , dont l'Auteur paroît fört épris.
DE FRANCE. 133
ور
ود
Les Rois , les Dieux ont connu la vieilleſſe ;
Les talens feuls ne vieilliffent jamais .
Apollon avoit inventé la Médecine. Efculape
, ſon élève & fon fils , exerçoit fur la
» terre cet art miraculeux dans fon principe .
Cependant cet Efculape , malgré fa ſcience
» divine, auroit affez mal figuré parmi nos
» Docteurs modernes.
و ر
"
"
و د
Il ne marchoit point eſcorté
D'un lefte & brillant équipage ;
Il igroroit le doux langage
Des beaux fils de la Faculté.
Il parloit fans point , fans virgule ;
On comprenoit ce qu'il diſoit ;
Et , pour comble de ridicule ,
Prefque toujours il guéritoit.
Il fit plus , il reffufcita les morts , mais ces
prodiges lui coutèrent la vie , & c.
L'Auteur raconte enfuite comment les
plaintes de Vulcain & les follicitations de
Vénus firent bannir Apollon de l'Olympe ,
& comment le fils de Latone , dépouillé de
fa grandeur , fut réduit à garder les troupeaux
d'Admète. Il trouva , dit- il , dans cette vie
douce & tranquille , le bonheur qu'il cherchoit
en vain à la Cour célefte.
Sur l'émail de ces prés , où dès le point du jour,
Il menoit fes troupeaux ; dans le fein de l'étude
Il fut cultiver tour - à -tour
134
MERCURE
Son génie & fon coeur . Les Beaux Arts & l'Amour
Sont enfans da Loifir & de la Solitude.
Ces derniers vers ne font pas , à beaucoup
près , autli bien tournés que ceux que nous
avons précédemment cités . D'ailleurs , s'il eft
vrai quelquefois que l'Amour fe plaife dans
la folitude , il ne left jamais qu'il en foit l'enfant
; & l'Auteur qui , en écrivant fur la Mythologie
, avoit sûrement le fecret de la naif- .
fance de ce Dieu , à fans doute eu tort de lui
donner une pareille origine : & puis le Génie
& le Coeur , les Beaux- Arts & l'Amour, le
Ioifir & la Solitude , marchant deux par
deux , accouplés par une conjonction dans le
cours de deux vers , forment une cacophonie
que le bon goût doit proferire,
a
M. de Mouftier mérite peu de reproches
de cette nature : les citations que nous avons
faites avant celle- ci , prouvent que fon ftyle
joint à la facilite , dela grace & de la correction
; ce que nous allons extraire de la dixième
Lettre , qui contient l'hiftoire de Latone , an
nonce dans l'Auteur ces qualités d'ame , de
douceur & de fenfibilité qui rendent un homme
recommandable aux yeux de la fociété.
" Junon irritée , fufcite contre Latone le
ود
ferpent Python : arrivée au bord de la mer ,
» l'infortumée ne pouvoit plus échapper aux
» pourfuitesdu monftre. L'ile de Délos flotte
» vers elle , la reçoit & s'éloigne du rivage.
» Mais Latone fe trouve feule dans cet afyle.
Aux malheureux la folitade eft chere ;
ود
DE FRANCE. 135
-
Elle eft pour eux l'afy'e du bonheur.
Mais au moment fatal où la dou'cur ,
Des fruits d'Hymen funefte avant-courrière ,
Vient aveitir la beauté qu'elle eſt mère
Dans ce moment plein d'amour & d'horreurs ,
Qu'il eft cruel de n'avoir , fur la terre ,
Pas une main pour elfuyer fes pleurs !
Ces vers ont un certain charme qui attache
, qui émeut le coeur , & qui fait abfolument
oublier les petites négligences qu'on y
pourroit remarquer. Un trait d'ame de cette
efpèce nous paroît fupérieur à un millier de
traits d'efprit. Ce que nous venons de dire ne
fauroit être confidéré comme un moyen adroit
de loner M. de Moufdier, car cet Écrivain annonce
autant de fineffe dans l'efprit, que de dé
licateffe dans la manière de fentir & de penfer.
A
L'étude de la Mythologie n'eſt certainement
pas une école de fageffe ; les aventures
qu'elle fait connoître font rarement des exemples
de vertu. Il eft donc fort dificile de les
faire paffer fous les yeux d'une jeune perfonne
de quinze ou feize ans , fans effarcucher la
pudeur , fur tout quand on fe permet d'y
ajouter quelques réflexions ; c'eft néanmoins
à quoi M. de Mouflier a fouvent réufli. En
voici un exemple. Il raconte dans la fixième
Lettre que « Junon , jaloufe de ce que Jupiter
» avoit feul enfanté Minerve , confulta la
» Déeffe Flore fur le moyen d'en faire autant..
" Ceile - ci lui montra une fleur , dont le fim-
"
ple attouchement devoit effectuer fon pro136
MERCURE
t
» jet. Junon la toucha , & Mars vint au
» monde. » Et puis il ajoute :
Il exifte encore une fleur
Qui renouvelle ce prodige.
Dès que l'Hymen la touche , auffitôt elle meurt ;
Mais on voit naître de la tige
Une Grâce enfantine aux yeux tendres & doux ,
Ou bien un jeune Amour fans carquois & fans aîles.
Ainfi les defcendans des Héros & des Belles ,
De fleur en fleur font venus jufqu'à nous.
L'idée que renferme cette plaifanterie eft
gazée avec autant d'adreffe que de grâce ; elle
annonce un elprit fouple , délicat & fufceptible
de fe prêter au ton galant , fans être
libre & fans fortir des bienféances . Authi n'eftce
pas fans une furprife affez forte que nous
avons lu les vers fuivans , qui commencent
la huitième Lettre :
Que l'on me donne à garder un tréfor ,
J'en répondrai. . .
Mais que l'on mette à l'ombre de mon atle ,
Jeune beauté modeſte en fon maintien ,
Dont la voix tremble , & dont l'oeil étincelle ,
En m'enjoignant dè la rendre. … … …… .
Nefcio vos , je ne réponds de rien .
Le ton de cette plaifanterie contrafte fi
fort avec la couleur de celles que l'Auteur s'eft
permifes dans le cours de fon Cuvrage , que
nous ne balançons point à dire que nous en
avons été choqués , & avec de la réflexion ,
DE FRANCE. 137
l'Auteur lui- même n'en fera pas étonné. Nous
n'avons pas été plus fatisfaits de voir M. de
Mouftier prendre le ftyle de la fatyre pour
s'élever contre les Critiques ; il en eft de malhonnêtes
, de méchans , & tant pis ; mais il
faut les plaindre au-lieu de chercher à réveiller
leur injuftice ; d'ailleurs , il y a de l'humeur ,
ou au moins de la légèreté dans ces vers :
Nos Ariftarques ,
Ridicules pédans érigés en Monarques ,
Dont la plume va diftillant
Un fel amer fur le talent , &e.
Ce ton âcre annonceroit un homme qui
auroit ou qui craindroit d'avoir à fe plaindre
des Critiques ; il ne convient point à M. de
Moultier , qui fans doute a befoin de confeils ,
mais dont le talent eft fait pour être encouragé.
Malgré ces réflexions , malgré les taches
que nous avons indiquées , qu'il feroit aifé de
faire difparoître , & quelques autres que l'Auteur
appercevra aifément en relifant fon Ouvrage
, nous le répéterons avec plaifir , il y a
dans ces Lettres de l'efprit , des idées fraîches
& riantes ; peut- être trop de jeux de mots ,
mais toujours une grande facilité. Que l'Auteur
fe défie de ce malheureux avantage ;
qu'il apprenne à faire difficilement des vers
faciles , & nous croyons pouvoir affurer que
le fruit de fes prochaines vacances lui affurera
un fuccès plus brillant & plus durable que
celui qu'il peut attendre de ce premier effai .
( Cet Article eft de M. de Charnois . )
138 MERCURE
RECUEIL de procédés & d'expériences fur
les Teintures folides que nos végétaux indigènes
comuniquent aux laines & lainages
; par M. Dambourney , Négociant à
Rouen , Membre de diveries Academies &
Sociétés , in & . imprimé par ordre du Gou
vernement , chez Ph.-D. Pierres , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , rue Saint-
Jacques.
La teinture eft un des objets qui intéreffent
le plus nos manufactures de laines & de,
foies. Leur fuccès eft dû à cet art porté de
bonne heure en France à un grand degré de
fupériorité. Si les laines & foles étrangères
offrent quelquefois une main d'oeuvre fupérieure
à la nêtre , Pecat & la variété de nos
couleurs ont toujours compenfe cet avantage,
& obtenu la préférence à nos draps & à nos
étoffes. Mais les moyens d'un art qui leur
eft fi important, ont dépendu jufqu'à préfent
d'un grand nombre de productions qui n'appartiennent
pas à notre fol . Nos poffetlions
américaines nous en founiffent quelquesunes
; mais les bois de Campêche de Brefil,
&c, font entre les mains des Efpagnols &
des Portugais . Nous ne récoltons pas meme
tout l'ingo que nous ea ployons , & fouvent
la guerre fait rencherir celles de ces productions
que nous cultivons dans nos Ifles . C'étoit
donc un grand fervico à rendre à nos manufactures,
& une richelie de plus à ajouter
DE FRANCE. 139
à nos richeffes territoriales , que de mettre
l'induftrie nationale en état de fe paífer de
ces productions étrangères. C'étoit faire pencher
encore plus en notre faveur la balance
du commerce , qui doit toujours tendre , pour
obtenir le même effet, à donner le moins pour
recevoir le plus . Ce font ces confidérations
qui ont engagé le gouvernement à faire inprimer
les nombreufes expériences de M.
Dambourney fur nos plantes indigènes , &
fur celles exotiques que nous avons naturalifées.
M. Dambourney annonce dans un avertillement
que c'eft l'ouvrage de M. le Pileur,
fur les moyens de perfectionner l'art de la
teinture , qui lui fit concevoir l'efpoir de mul
tiplier nos ingrédiens colorans , en les cherchant
parmi nos végétaux indigènes. Il ajoute
avec la même modeftie qu'il étoit arrêté par
la difficulté de fixer la fugacité de leurs fécules
, & qu'il doit le procédé qui lui a fait
obtenir cet effet précieux , à feu M. de la
Folie. M. Dambourney étoit fait pour trouver
ce procédé qu'il a perfectionné , & dont il
cède entièrement la gloire à fon ami . Mais le
fentiment de l'amour des fciences & du bien
public ne calcule pas comme celui de l'amourpropre.
M. Dambourney donne la compofition
du mordant de M. de la Folie , avec les
modifications & augmentations que fes lumières
& fes expériences l'ont mis à même
d'y ajouter. Il préfente enfuite dans un ordre
alphabétique le nom françois & latin des dif
140
MERCURE
>
férens végétaux fur lefquels il a opéré , & les
réfultats qu'il en a obtenus en laines teintes.
Ces expériences font au nombre de plus de
neuf cens. Les plantes les plus communes
celles que l'on arrache de nos champs , les
arbres des buiffons , des forêts , ceux qui décorent
nos jardins , lui ont fourni 'des couleurs
qui réfiftent prefque toutes aux épreuves
du favon & du vinaigre. Ces couleurs ont
encore l'avantage , prefque impoffible à obtenir
, lorfqu'elles font le produit du mélange
de fubftances diverfes , de réfifter à l'action
de l'air & du foleil ; parce que les atômes
colorans extraits des plantes , étant homo- .
gènes & déjà combinés par la nature , ne
s'altèrent qu'à la longue , & feulement par
une dégradation égale. Les couleurs , au contraire,
qui font le produit des différens mélanges
, offrent dans les draps ces fortes de
rayes ou de dégradations fur leurs partics
expofées à l'air & au foleil , que nos fabriquans
appellent Bringures.
Nous ne fuivrons pas M. Dambourney
dans fes nombreufes expériences fur tous nos
végétaux. Nous nous bornerons à préſenter ,
parmi ceux que lui ont donné les plantes les
plus négligées , le réfultat que lui a fourni la
paille de farrafin ( Polygonum fagopyrum. )
Cette paille bouillie a donné à la laine , préparée
par le mordant , une belle couleur aurore
, tranfparente & très- folide. Si les reftes
d'une plante fi commune ont procuré à M.
Dambourney un refultat auffi heureux , les
DE FRANCE. 141
propriétés territoriales d'un arbre qui fait l'ornement
de nos parcs , le Peuplier d'Italie ,
(Populus pyramidalis , ) ont encore mieux
récompenfe fes foins. L'écorce de ce bois lui
a procuré un très- beau jaune doré. Ce bois ,
écorché & haché , lui a donné une couleur
noifette de Nankin ou de mufc ; enfin il a
obtenu de fes brindilles en jeunes feuilles un
très- beaujaune jonquille . Combien ces riches
propriétés n'ajoutent- elles pas au prix d'un
arbre déjà fi avantageux par l'agrément qu'il
offre à la vue , & par l'utilité dont il eft dans
nos conftructions ! M. Dambourney lui a encore
reconnu cette propriété qu'il a trouvée
au bouleau , d'aviver les couleurs que l'on obtient
du Fernambouc & du Campêche , &
celle de fixer les parties colorantes fi fugitives
de ces bois , dont on fait un fi grand ufage
dans nos territoires . Nous citerons encore
le réſultat que M. Dambourney a obtenu de
la bourdaine ( Rhammus frangula ) , parce
que le produit des baies mûres de ce petit arbriffeau
, fi commun dans nos bois , eft devenu
une forte d'hommage , pris dans la chofe
même, que les amateurs ont rendu à M.
Dambourney, en nommant cette couleur,
Prune d'oiffel, du nom du village où eſt ſituée
la maison de campagne qui lui fert de laboratoire.
L'honneur qu'il vient de recevoir
de la Chambre du Commerce de Rouen ,
préfidée par M. de Villedeuil , Intendant de
cette ville , eft encore plus éclatant. Il a décerné
à ce citoyen , fi recommandable par
142
MERCURE
P'utilité de fes travaux , une médaille d'or ;
& cette espèce de couronne civique eft le
tribut d'une reconnoiffance qu'avoit déjà méritée
M. Dambourney par fes excellens mémoires
fur la garence , ouvrage qui a propagé
dans la Province de Normandie la culture
d'une plante fi néceflaire à fes nombreuſes
manufactures.
ANNONCES ET NOTICES.
C
ARTE de la Ride nouvelle de Cherbourg , levée
par M. l'Abbé Griel , rédigée par M. Moithey , Ingénieur
Géographe du Roi. A Paris , chez Crey ,
ruc Saint Jacques , près ceile de la Parcheminerie.
Prix , 1 liv. 10 fols.
Cerre Carte eft la plus exacte de toutes celles qui
ont paru jufqu'à préfent . L'Ifle Peléé eft à la vraie
pofition , c'est-à dire , au Nord- Eft de Cherbourg ,
au lieu de Nord Oueſt qui eft défigné dans les autres
Cartes. Il eft fingulier que les Géographes
n'aient point relevé cette erreur , qui pourroit ſe
propager. Cette obfervation eft de M. Mouley .
TABLE Tachygraphique , ou Moyen d'apprendre
de foi même à écrire auffi vite qu'on parle , per M..
Coulon de Thévenor , ancien hôtel de Brégy , rug
des Mauvais - Garçons Saint- Jean. Prix , 6 liv..
Cette Table fera accompagnée d'un Cahier in-
8. de vingt quatre pages écrit tachygraphiquement.,
En affranchiffant par la pofte le port des lettres &
1
DE FRANCE. 143
de l'argent , on recevra par la même voie cet
Ouvrage.
MAANUEL propre à MM. les Curés , Vicaires ou
Eccléfiaftiques chargés de la partie du Mariage ,
pourfe condui e conformément aux Ordonnances , u
Royaume , &c. &c , par M. l'Abbé Thuet, Prét e
du Diocèfe de Noyon , & premier Vicaire de Saint
Médard de Paris , feconde Edition , revue , corrigée
& principalement augmentée des Empêchomens Dirimens
, in- 8°. de 120 pages . Prix , 2 liv . § fols. A
Paris , chez l'Auteur , au Vicariat de Saint Médard ,
rue d'Orléans , Fauxbourg Saint Marcel,
RECHERCHES fur les moyens de prévenir la
petite Vérole naturelle , & procédés d'une S ciété
établie à Chester pour cet objet , & pour rendre
l'Incculation générale , traduites de l'Anglois de M.
Hay Gurth , DM , par M. de la Roche , Médecin
de Mgr. le Duc d'Orléans & da Régiment des
Gardes Sales , Membr . da Collége de Médecine de
Genève , &c. , un Volume in - 8 ° . Prix , 2 liv, 10 fols
broché, & 2 liv. 15 fols rebé franc de port par la
fofte. A Paris , chez Buiſſon , Libraire , rue des Poi
revins , hôtel de Mafgrigny.
L'EXPÉDITION de Cyrus , ou la Retraite des
Dix Mille , Ouvrage traduit du Grec de Xénophon,
par M. le Comte de la Luzerne , Lieutenant
Général des Armées du Roi . & Gouverneur géné
ral des Ifles fous le Vent , troisième Edition , revue ,
corrigée & augmentée , en 2 Vol . in 12. A Paris ,
chez L. Cellot , Imprimeur Libraire , rue des grands
Auguftins.
Plufieurs Éditions atteftent le fuccès de cer Quvrage
eftimable.
44
MERCURE .
JOURNAL de Violon , dédié aux Amateurs , pour
deux Violons ou Violoncelles , Numéro 10. Prix,
féparément 2 liv . Abonnement 15 & 18 liv . On
foufcrit à Paris , chez l'Auteur , M. Bornet l'aîné ,
Profeffeur de Musique & de Violon , rue Tiquetonne
, n°. 10.
Faute à corriger.
No. 38 , page 186 , article de la Brochure fur le
Bureau Typographique , ligne 4 , 12 liv. , lifez:
12 fols.
Nota . Les Tomes III & IV des Voyages de M. de
Sauffure , dans les Alpes , fe trouvent aufli chez
Buiffon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevihs.
TABLE.
VERS pour la Fête de M*** gère ,
B**
A Mlle Alexandre ,
puy des- Iflets ,
τος
97 Hiftoire de la Religion , 114
98 Alexandrine de Ba** 12T
125
137
Epitre à M. le Chevalier Du- Eloge d'Agnès Sorel ,
99 Lettre à Emilie,
Recueil de procédés & d'expé- Le Petit Prince & les Petits
101
Bons Hommes de Pain d'épice
, Fable ,
Charade, Enigme & Logo
gryphe , 102
riences fur les Teintures
folides que nos végétaux indigènes
communiquent aux
laines & lainages , 138
Mélanges de Littérature Etran- | Annonces & Notices , 142
J'Ariu .
APPROBATION.
par 'ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 21 Octob. 1736. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 19 Octobre. 1986. GUIDI.
-SAUVESNO
SUPPLEMENT
AU MERCURE
*
HISTOIRE NATURELLE de M. le Comte DE
BUFFON. Hôtel de Thou , rue des Poitevins. Le
fond de l'Hiftoire naturelle étant compofe d'éditions
anciennes & nouvelles , nous croyons faire
plaifir au Public de lui préfenter le tableau de
tout ce qui en compofe les différentes parties .
201
ab
LA première édition de l'Hiftoire naturelle ,
comprenant la Théorie de la Terre , l'Histoire
générale des Animaux , celle de l'Hommes &
Cation.
* Cette Feuille de Supplément eft deſtinée à la publi
tion des Profpectus & Avis particuliers de la Librairie,
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étaient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais le trouveront confiderablement\/ diminués ; une
partie de la compofition , du tirage , du pliage , &c. de- .
venant une dépenfe commune , pour chacun d'eux ,
La partie littéraire du Mercure n'étant compofée que de
deux feuilles , on ne pouvait auffi y parler que très- impar
faitement des Ouvrages concernant les Sciences & las Arts,
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
J
On doit s'adreffer à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payements Les frais pour 2 pages reviennent à 42 liv .
4 pages 84 liv , & Outre le prix ci - deffus , on doit
donner aauu Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livre
Bouveaux annoncés dans chaque Profpectus.
Supplém, N°.42. 21 Octobre 1786. *
( 2 )
Hiftoire particulière des Animaux quadrupèdes
, par MM. DE BUFFON & DAUBENTON
a été imprimée in-4° & in- 12 à l'Imprimerie
Royale.
Les quinze Volumes in-4° . font ornés de cinq
cent cinquante Planches ; leur prix en blanc
eft de 225 liv. & de 255 liv : reliés: ”
Le même Ouvrage , trente-un Volumes in-12 .
avec le même nombre de Planches , eft , de
80 liv . en blanc , & 104 liv. reliés.
Les Volumes in-4 féparés fe vendent 15 liv.
en blanc , & 17 liv. reliés.
Les Volumes in- 12 féparés fe vendent 3 liv. en
blanc , & 3 liv . 12 f. reliés.
2,&3 liv.
J
1302
M. le Comte DE BUFFON a donné fix Volumes
de Supplémens in- 4°. à la fuite de ces
quinze premiers Volumes .
Les deux premiers Volumes de ces Supplémens
contiennent le Traité des Elemens , Introduc
tion à l'Hiftoire des Minéraux & des Végétaux ,
la Partie expérimentale & la Partie hypothétique
fur les progrès de la chaleur la température
des Planètes.
21
Le troifième Volume contient l'Hiftoire & la .
Defcription des Animaux quadrupèdes , qui font
parvenus à la connoiffance de M. le Comte
DE BUFFON , depuis l'impreffion des quinze
premiers Volumes ; & ce troifième Volume
eft orné de foixante - cinq Planches de nouveaux
Animaux quadrupèdes.
Le quatrième Volume de ces Supplémens contient
un grand nombre d'Additions à l'Hiftoire
naturelle de l'Homme, & les Difcours de M. le
Comte DE BUFFON à l'Académie Françaife ,
fes Effais d'Arithmétique morale , & fes Tables
de probabilité fur la durée de la vie. 3 angác
Le cinquième Volume contient le Traité des
( 3 )
"
Epoques de la Nature , & des Additions importantes
à la Théorie de la Terre , avec une
- Carte Géographique très- intéreffante , fur les
Glaces des deux régions polaires .
Le fixième Volume contient la fuite de l'Hiftoire
& de la Defcription des Animaux quadru
pèdes & ce fixième Volume eft orné de 49
Planches de nouveaux Animaux quadrupèdes.
Ces fix Volumes de Supplémens in-4° . fe vendent
, comme les autres , 15 liv. en blanc , 15
liv. 10 f. brochés , & 17 liv. reliés.
Ces mêmes Supplémens , en douze Volumes
in-12 , fe vendent 3 liv . le Volume en blanc
& 3 liv. 12 f. reliés .
Nota. Ces Supplémens , tant in-4° . qu'in- 12 , font la
fuite des quinze Volumes in - 4 ° . & des trente- un Volumes
in- 12; & comme on a fait en 769 une édition en treize Vol .
in-1 de l'Hiftoire naturelle de M. DE BUFFON , féparée
de la partie de M. DAUBENTON , les douze Volumes in-12
de Supplémens fervent auffi de fuite à ces treize Volumes
in- 12 ; ce qui fait en tout vingt - cinq Volumes in- 12 qui
comprennent l'Ouvrage entier de M. DE BUFFON , fur ces
parties de l'Hiftoire naturelle .
HISTOIRE NATURELLE des Minéraux , in -4° :
Tom. I , II , III , IV. Prix 15 1. en blanc , 15 1 .
10 f. broché , 17 liv. relié , chaque Volume.
Ces quatre Volumes fervent de fuite , tant à
l'édition in-4° . avec la partie Anatomique , qu'à
celle fans cette même partie Anatomique , fous
le titre d'Euvres complettes..T
Le même Ouvrage , en huit Vol. in- 12. Prix
3 liv. blanc ou broche, & 3 liv. 12 f. relié ,
1 chaque Volume.
Ces huit Volumes fervent de fuite à toutes
fes éditions in- 12.
Ces mêmes Ouvrages font nouvellement impris
( (4 )
més in 4°. fous le titre d'Euvres complettes de.
M. le Comte de BUFFON , ornées du portrait
de l'Auteur , & de près de quatre cents Planches.
Les onze premiers Volumes de cette nouvelle
édition , qui eft très- belle , font actuellement
en vente. Prix 15 liv, en blanc , 15 liv. of
broché, 17 liv. relié , chaque Volume.
Les Tomes VIII , IX , X & XI , qui forment
les II , III , IV & V des Quadrupedes dans
cette édition , font de 21 1. en blanc , 2111.10 f.
br. & de 24 liv. rel. On a été obligé d'augmenter
le prix de ces Volumes , à caufe de la
grande quantité de Figures qu'ils contiennent,
Les Tomes XII & fuivans feront imprimés eette
année & les années prochaines 1787 & 1788.
On a auffi imprimé , dans le format in- 12 , ces
Euvres complettes de M. le Comte DE BUFFON,
avec le même nombre de Gravures que dans
l'édition in-4° . , toutes refaites à neuf avec
le portrait de l'Auteur.
t
1
Les quatorze premiers Volumes de cette nouvelle
édition in- 12 , comprennent la Théorie
de la Terre , l'Hiftoire de l'Homme , avec les
Supplémens ; les Volumes fuivans contienment
l'Hiftoire des Animaux quadrupedes , &
5 on y a joint les Supplémens à mesure qu'ils
ont paru : le tout forme vingt- cinq Volumes
in- 12 , qui fe vendent au même prix que les
précédens ; les vingt- cinq Volumes en blanc,
75 liv. reliés 90 liv.
L'HISTOIRE DES OISEAUX , par MM. DE
BUFFON & GUENEAU DE MONTBÉLIARD
eft actuellement complette en neuf Volumes
in-4°. ; ces Volumes ſe vendent au même prix
que les précédens.
On a imprimé auffi cette même Hiftoire des
(( 5))
Oifeaux en dix - huit Volumes in- 12 ; & le
prix de ces in- 12 eft le même que celui des
in- 12 précédens : ils font ornés , comme l'in-
4º . , d'un grand nombre de Planches, gravéesen
noir.
Mais comme les couleurs font , dans les Oifeaux
, les caractères les plus frappans , M.
le Comte DE BUFFON a fait faire mille huit
Planches gravées pour être enluminées , en
grand & petit papier ; & l'on a imprimé
cette même Hiftoire des Oifeaux en grand &
petit in-folio , pour accompagner les Planches
enluminées.
•
Chaque Planche en grand papier fe vend 20 f.
& 12. f. 6 d. en petit papier.
Et chaque Volume de difcours imprimé en grand
in-folio , avec des encadrures , fe vend 30 liv.
broché 31 liv. 10 f. , & le petit in -folio 24 liv.
en feuilles .
Les Planches enluminées , dont il a paru quarante-
deux Cahiers de vingt-quatre Planches
chacun , font achevées & complettées en entier.
Il y a donc en tout mille huit Planches
enluminées , dont il n'y en a que trente - cinq
qui repréfentent des Infectes : toutes les autres
, au nombre de neuf cent foixante - treize ,
repréfentent toutes les espèces d'Oifeaux avec
leurs couleurs c'eft la plus belle & la plus
grande Collection qui ait jamais été faite en
ce genre.
DÉTAIL du prix de chaque Volume in- folio ,
avec les Planches enluminées.
Le Tome I , avec foixante- quinze Planches enluminées
, en blanc 70 liv. 17 f. , broché 73 liv.
7.1.
Le Tome II , avec cinquante- trois Planches en-
* iij
'( 6 )
luminés , broché 60 liv. 2 f. , en blanc 57 lv.
2 f.
Le Tome III , avec quatre- vingt - dix - huit Planches
enluminées , broché 88 liv. 5 f. , en blanc
85 liv . 5 f.
Le Tome IV , avec quatre -vingt - dix- fept Planches
enluminées , broché 87 liv. 12 f. , en blanc
84 liv. 12f.
Le Tome V , avec quatre-vingt- dix - huit Planches
enluminées , broché 88 liv. 5 f. , en blanc
85 liv . 5. f.
Le Tome VI , avec cent deux Planches enluminées
, broché 90 liv. 15. f. , en blanc 87 liv.
15 f.
Le Tome VII , avec cent quarante-deux Planches
enluminées , broché 115 liv . 15 1. , en blanc
112 liv. 15 f.
Le Tome VIII , avec cent quarante Planches
enluminées , broché 114 liv. 10 f,, en blanc 111
10.f.
Le Tome IX , avec cent neuf Planches enluminées
, broché 95 liv . 3 f. , en blanc 92 liv.
3 f.
Le Tome X & dernier , avec cinquante - neuf
Planches enluminées , broché 63 liv. 18 f. , en
blanc 60 liv . 18. f.
Premier à vingt - feptième Cahier des Animaux
quadrupèdes , imprimés en couleur , compofés
chacun de douze Planches. Chaque Cahier
7 liv. 4 f.
Ces Cahiers de Planches , des Animaux quadrupèdes
, imprimées en couleur , font particulièrement
deftinés pour l'édition in-4°. des OEuvres
complettes de M. DE BUFFON. Ceux qui ont
acquis la grande édition de l'Hiftoire naturelle
en quinze Volumes in-4° , par MM. DE BUFFON
& DAUBENTON , peuvent également fe les procurer,
M. & Madame REGNAULT , connus par
une fuite de Planches imprimées en couleur ,
de Végétaux , fe font chargés de l'impreffion de
ces quadrupedes. On publiera encore trois Ca
hiers ; ce qui complétera cette Collection .
Lu & approuvé le 16 Octobre 1786. NYON l'aîné , Adjoint.
NOUVELLE COMPOSITION D'ENCRE
PORTATIVE , EN TABLETTES , DU
SIEUR SALMON , Marchand Papetier ,
au Porte-feuille Anglais , rue Dauphine ,
No. 26 vis- à-vis celle d'Anjou , tenant
la feule Manufacturé d'Encre à Paris
approuvée par l'Académie Royale des
Sciences.
LA néceflité indifpenfable d'Encre pour
les perfonnes qui voyagent , a fait jufqu'à
préfent rechercher les moyens les plus commodes
pour en emporter facilement ; mais
il en refulte toujours quelque danger. La
difficulté d'en trouver de bonne dans les
Provinces & autres endroits plus ou moins
éloignés , eft ce qui a invité le Sieur SALMON
à compofer ces Tablettes , qui réuniſſent
à l'avantage de s'emporter facilement ,
le
mérite effentiel de procurer fur le champ
uné Encre de la première qualité , laiffant
aux perfonnes qui en font ufage , le moyen
de pouvoir lui donner la nuance plus ou
moins foncée , fuivant celle préfè- qu'ils
rent.
"P
La manière de l'employer eft aufli
* iv
( 8 )
prompte que facile , & le fuccès eft vévis
dent , par les préparations qu'ont reçues
toutes les drogues qui la compofent , avant
d'y être incorporées , ce qui les purifie
& les difpofe à donner une Encre parfaire
, telle que celle de première qualité
que le Sieur SALMON débite en bouteilles
avec le plus grand fuccès , dont les bonnes
qualités dui ont mérité l'approbation de
l'Académie Royale des Sciences , qui conftates
qu'elle eft en tour fupérieure à toutes
celles dont on a fair uſage jufqu'à préfent.
Encre en bouteille , les meilleures qualités
font la double & la luifante.
20b slove
700
NOUVEAUX Cornets en cristal , fermans
vog vron hokmériquement. ):
La difficulté de pouvoir former les Cornets
en criſtal , fans aucune fuite d'Encre
était le feul motif qui empêchait d'en faire
ufage , quoiqu'ils foient les feuls qui puif
fent contenif & conferver l'Encre dans la
bonne qualité,
Ces nouveaux Cornets réuniffent en eux,
tout ce que l'on peut défirer à cet égard ,
fermant bien hermétiquement , contenant
& confervant parfaitement l'Encre fans la
fécher ; ils peuvent être tranfportés fans
crainte qu'ils fuyent , & ont de plus fagrément
de pouvoir le nettoyer facilement ,
promptement , & fans aucun embarras . Le
moyen eft auffi fimple que facile : il fuffit
VI
( و
de paffer dedans un peu d'eau- feconde ,
elle nettoie l'Encre entièrement , & enlève
celle même qui y ferait féchée , fans faire
aucun tort au Cornet , qu'elle rend comme
neuf. Leurs proportions font de dix- huit
lignes carrées , fur dix- neuf à vingt lignes
de haut , y compris la fermeture .
Ils ont été foufflés dans les moules que
ledit Sieur SALMON a fait exécuter , d'après
les modèles qu'il en a donnés , & peuvent
remplacer dans les Porte- feuilles à. Ecritoires
, Pupitres , Secrétaires , Néceffaires ,
& autres Ecritoires portatives , ceux en métail
, où l'Encre , en fe décompofant , ronge
& corrode les foudures , fans qu'il foit
poffible de remédier à tous ces inconvéniens.
L'on trouvera de même chez le Sieur
SALMON , des Porte-feuilles , Ecritoires &
Pupitres garnis de ces mêmes Cornets , &
autres de toutes grandeurs .
NOTE détaillée des Marchandifes qui fe trouvent
chez le Sieur SALMON , Marchand Papetier , au
Porte -feuille Anglais , rue Dauphine , Nº. 26,
à Paris.
PAPIER à lettres , d'Hollande , de toutes gran
deurs , doré für tranche , & non doré .
Idem , A billets , avec ou fans enveloppe.
Papier vélin à lettres , & autres grands pour
le Deffin.
La beauté régulière de ce Papier faifant allufion à
la peau dont il porte le nom , la préférence que
( 10 )
MM. les Artiftes lui accordent , prouvent affer
combienfa qualite eft fupérieure à tous les autres,
fans qu'ilfoit poffible d'ajouter , par aucun apprêt
, folt pour l'Ecriture , foit pour le Deffin.
Id. Autres à lettres , de toutes grandeurs &
qualités.
Id. A lettres & à vignettes.
Id. Grands , d'Hollande & vélin pour
les
plans , de vingt- cinq pouces
de haut , fur
trente
-fept de Tong .
Id. Autre de Chine , de cinq pieds cinq pouces
de long , fur trois pieds de large .
Id. Bleu , pour le paſtel.
Id. Autres gris.
Id. Huilé & verni , pour calquer.
Id. Autres vernis , pour les pièces d'Ecritures,
Id. Autres réglés , pour la Mufique.
Papier glacé , doré , pour lettres .
Id. Brouillard , glacé , pour le vifage.
ECRITOIRES en pupitres , de Bureau , & en
porte- feuilles.
Id. Autres en forme de livre , avec néceffaire.>
Id. Autres en criftal , à pompe afpirale .
Id. Autres en argent plaqué , cornets en cristal.
Id. Autres en tôle vernie & en nacelle.
Id. Autres avec bougeoir.
Id. Autres à cylindre.
Id. En plateau , avec ou fans tiroir.
Id. Autres de poche , en
cuir poli ,
Id. En maroquin ,
Et de valife ,
Cornets en criftal.
EPONGES fuperfines de Venife , & autres.
ENVELOPPES blanches pour tous les formats
de papiers à lettres & à billets .
Id. Autres de toutes grandeurs , garnies.
Billets du matin à vignettes & paillettes.
Id. Bordés , de toutes couleurs.
Papier brodé en noir , pour le deuil.
Gomme élastique, pour effacer le crayon.
Et Colle à bouche.
Mine de plomb d'Angleterre."
Crayons Anglais , à couliffe & fans couliffe ,
première qualité..
Et autres à deux couliffes , rouges & noirs ...
Boîtes de crayons de pastel , de 6 , 12 & 24
livres la boîte.
Canifs Anglais , à quatre lames , & autres.
Canifs à plufieurs lames , à pouffoir , & de Bu-
<
reau .
وا
Cire d'Efpagne à Graveur , première qualité .
Id. Autres de toutes couleurs , telles que rouge,
"noire & brillante , boue de Paris , bronzée
dorée , jaune & verte , piftache , puce , prune ,
tranfparente , carmelite , cramoifie , &c.
Les mêmes avec odeurs , telles qu'à la bergamotte
, cédra , citron , vanille , pot pourri
& tubérenfe , à la lavande , ambrée , mufquée
,.au jafmin , &c.
L'on trouvera des boîtes de cire , contenant
toutes les couleurs , dites à la Poulette.
Petites Preffes pour cacheter , dites Chancelières .
Grands Porte - feuilles à fouffet.
Ces Porte-feuilles peuvent contenir une très-grande
quantité de papiers , s'ouvrent ou fe ferment à
raifon du plus ou du moins. Ils renferment plu
fieurs féparations , afin de pouvoir divifer les
objets .
Id. Autres avec douze féparations , pour échéances.
Porte- feuilles rabattans.
Ces Porte-feuilles font très - recherchés pour les
voyages , en ce qu'ils réuniffent à l'écritoire un
emplacement aflex confiderable pour renfermer
les papiers fous une feule & même clef.
"
vj
( 14 )
AGENDA ANTI-SIPHILLITIQUE , pour connaître
& bien guérir les , Maladies vénériennes fans équivoque
& fans violence ; Maladies d'autant plus
fâcheufes , qu'elles font très-étendues aujourd'hui ,
fouvent cachées , méconnues , ou mal guéries , &
par cela même exiftantes à l'infçu des perfonnes
qu'elles affectent , notamment dans le mariage ;
avec une digreffion-pratique fur quelques - unes de
ces Maladies , dont la guérifon eft en général
difficile , pénible , & mal entendue par tous les
traitemens ordinaires , Par M. ANDRIEU , Docteur
en Médecine & en Chirugie de l'Univerfité
de Montpellier.
Mulum egerunt qui ante nos
fuerunt ,fed non peregerunt.
A Paris , 1786 , chez l'Auteur , Quai de la Mégifferie
, porte cochère attenant l'Arche Marion
; & chez MORIN Libraire , rue Saint-
Jacques. in- 12 . br. i liv. 4 f.; & port franc par
tout le Royaume , 1 liv. 16 f. en affranchiffant
les lettres & l'argent.
CE Précis falutaire fur la Maladie vénériennes
eft le fruit de vingt années d'expérience - pratique
de l'Auteur , jointe à celle de plufieurs
Médecins de Montpellier & de la Capitale ,
dont il a vérifié & médité les obfervations
comme auffi le refultat de plus de dix mille
guérifons opérées fous fes yeux & par fes foins
fur des maux vénériens plus ou moins compliqués
& invétérés , apparens ou obfcurs , manqués
, négligés , méconnus , &c. &c. -
Toutes ces guériſons ont été effectuées fans
nul concours des cauftiques , incifions , ni au(
15 )
tres moyens violens & actifs , & fans ces exam
mens indécens & défagréables pour l'honnêteté &
la pudeur , & humilians pour la vraie vertu des
refpectables mères & époufes «.
L'Epigraphe annonce d'abord que cet Ouvrage
ajoute à tout ce qui a été fait avant lui :
en effet , il réunit , entre autres chofes , le mérite
nouveau , fpécial & particulier :
10. De rapporter & de prouver par des faits
d'expérience &des obfervations - pratiques inconnus
jufqu'à préfent , profondément vérifiés
& médités , que la Maladie vénérienne exifte &
fe propage aujourd'hui d'une manière fourde &
obfcure dans la plupart des individus & des ménages
à l'infçu des malades & des Médecins
.
Ces faits font préfentés avec des fignes , notions
& caractères fenfibles bien conftatés pour
faire reconnaître cette Maladie dans les cas
énoncés , chez les hommes , chez le fexe , &
chez les enfans de tout âge ........
,
2°. D'établir , d'après l'expérience , une pratique
de guérifon de ces Maladies , plus fûre ,
plus étendue , plus douce & plus fimple , qu'elle
n'a été depuis trois fiècles , avec fuppreffion
abfolue des cauftiques & inftrumens tranchans ,
ainfi que de ces examens indécens & défagréables ,
perpétués & ufités jufqu'à ce jour.
La priorité de cette réforme fi falutaire à l'humanité
, appartient en tout à l'Auteur , telle
qu'il l'a publiée le premier dans fon Compte
rendu en 1781 (*) .
(*) Voyez Compte rendu au Public fur des nouveaux
moyens de guérir la Maladie vénérienne , fans cauftiques
ni inftrumens tranchans , &c . Paris 1786 , nouvelle
édition augmentée d'un Agenda Anti- Siphillitique , &c. chez
MORIN , Libraire , rue S. Jacques. Prix , 3 liv . broc, &
liy. 12 f. port franc par tout le Royaume. 3
( 16 )
3 ° . De faire connaitre avec précifion l'abus
de confiance , l'équivoque & le danger de traitement
des Maladies vénériennes , par tant de
mauvais remèdes & de mauvais Guériffeurs de
tout état , qui s'ingèrent de guérir ces maux
dans la Capitale & ailleurs......
Un fommaire de faits , découvertes & inftitutions
effentielles en Médecine & en Chirur
gie , propres à l'Auteur , qui lui ont mérité des
Prix & des fuffrages académiques , terminent ce
Recueil intéreffant , qu'on lira d'ailleurs avec
avantage & fatisfaction , ainfi que le Compte
rendu qui l'a précédé , & avec lequel il fait
corps d'Ouvrage vraiment pratique très - utile
aux malades & aux gens de l'Art.
ON trouve auffi chez MORIN , Libraire , rue S.
Jacques , près la rue de la Parcheminerie , quel
ques exemplaires des Ouvrages fuivans , brochés,
francs de port par la Pofte.
OBSERVATIONS fur le Bréviaire de Cluni , par
M. Thiers , 2. vol. in- 12 , Ouvrage très -rare,
Prix , 10. liv.
La Science des Perfonnes de Cour , d'Epée & de
Robe, contenant les Traités fuivans : la Religion,
l'Aftronomie , la Géographie , la Chronologie
l'Hiftoire , les intérêts des Princes , le Droit
la Logique , la Phyfique , l'Hiftoire naturelle, l'Anatomie
, l'Art militaire , & c . 8 vol. in - 12. 21 liv.
Les Fables de La Fontaine , mifes en chant fur de
petits airs & vaudevilles connus. notés à la fin,
in-24. 3 liv.
Traité de la nature de l'ame , & de l'origine de fes
connoiffances . 2 vol . in - 12 . s liv.
Inftitutiones Philofophice , Logicam , Metaphyficam.
Par RIVARD. 4 vol . in-12. 11 liv.
Lu & approuvé le 16 Octobre 1786. MERIGOT le jeune,
Adjoint.
( 17 )
On trouve dans le Répertoire univerfel &
raifonné de Jurifprudence civile & criminelle
, mis en ordre & publié par M.
GUYOT , Ecuyer , ancien Magiftrat ,
édition de 1783 , chez PANCKOUCKE ;
tome 63 , page 243 .
Nous n'aurions pas rempli entièrement
l'objet que nous nous fommes propofé , fi ,
après avoir fait connaître cette effrayante
maladie , & les barrières impuillantes que
Fon a oppofées à fes ravages , nous ne di
fions rien d'un mal prefque auffi dangereux
qui eft forti de fon fein. Nous voulons
parler de cette multitude de Charlatans que
Binfatiable cupidité a enfantés . Inutilement
les Gens de l'Art ont-ils proteſté contre
leurs fauffes découvertes ; le peuple aveuglej
attribuant ces réclamations à l'efprit
de jalousie & à un fordide intérêt , eft tous
les jours victime de fa crédulité ; cependant
parmi ceux qui ont prétendu avoir trouvé
an remède plus efficace que celui qui juf
qu'à préfent a été adopté exclufivement &
adminiftré par la Chirurgie & la Médecine ,
nous croyons que l'on doit diftinguer le
remède du fieur LAFFECTEUR , connu fous
le nom de Rob anti-fphillitique , auquelle
Roi a accordé un Privilége particulier ,
d'après le fuffrage de la Société Royale de
Médecine.
"
1
( 18 )
T
Un nouveau Réglement du Miniftre de
la Marine enjoint aux Médecins & Adminiftrateurs
des Hôpitaux , de veiller à ce
que chaque vaiffeau du Roi qui partira des
ports de France , foit muni d'un approvifionnement
de Rob anti-fiphilitique , pour
traiter ceux dont la maladie fe déclarerait
en mer.
L'engagement par lequel le fieur LAFFEC
TEUR a offert non feulement de ne rien exiger
pour les malades défefpérés fur lefquels
fon remède n'aurait point un effet falutaire ,
mais même d'en traiter un pareil nombre gra
tuitement , annonce que l'expérience duica
démontré la fupériorité de fon remède , &
que c'eft avec raifon que la Société Royale
lui a accordé une approbation particulière.
On ne peut pas trop défirer , pour le
bien de l'humanité , qu'après s'être complè
tement affuré de l'efficacité de ce remède
purement végétal , on en confacré partien
lièrement l'ufage à la guérifon des enfans
nés avec le germe du mal vénérien , & à
celle des foldats & des matelots fur def
quels les effets du mercure ont produit des
accidens horribles & fouvent mortels . J
Le fieur LAFFECTEUR demeure rue de
Bondi , N. 29. Les perfonnes qui lui feront
l'honneur de lui écrire , auront la
bonté d'affranchir leurs lettres,
b ) I 987
( 19 )
1
BIBLIOTHÈQUE BLEUE , contenant l'Histoire de
PIERRE DE PROVENCE & la belle MAGUELONE
, celle de ROBERT- LE - DIABLE , Ri-
CHARD SANS PEUR , FORTUNATUS & fes
enfans , JEAN DE CALAIS , & les QUATRE
FILS D'AYMON. A Paris , chez FOURNIER ,
rue du Hurepoix , près le Pont S. Michel.
L'ANCIEN ' ANCIENNE Bibliothèque bleue nourriffait la
curiofité de la plus vile populace. Cette nouvelle
édition , faite par un Auteur connu avantageufement
dans la République des Lettres , peut
être mife dans les mains de tous les Lecteurs .
L'Editeur , ne s'eft pas contenté fimplement de
la rajeunir , il a tâché de la rendre digne des
honnêtes gens , en la refondant entièrement , &
en y ajoutant des fituations & des épiſodes nouveaux
; il a parfaitement réuffi , & cette lecture
eft très - agréable , très- variée & très - intéreffante.
On peut y puifer une connaiffance affez étendue
des Loix , des Joûtes , des Tournois &
des Combats de l'ancienne Chevalerie . On y
voit les proueffes de ces braves Paladins. Rien
n'eft plus capable d'élever l'ame , & de fortifier
le courage de la jeune Nobleffe , que tous
ces hauts faits d'armes , que ces aventures périllenfes.
Cette lecture eft fi attachante , qu'on
la quitte toujours à regret : elle plaît , amufe ,
inftruit tout enfemble. Rien de plus touchant ,
de plus héroïque & de plus naturel que l'Hiftoire
de Jean de Calais. Quels évènemens plus
finguliers , plus furprenans que ceux qui font
contenus dans l'Hiftoire de Fortunatus & de fes
enfans? Onne peut lire celle des quatre fils d'Ay
( 20 )
.
mon fans furprife & fans attendriffement. Quelle
force & quelle variété d'imagination ! quelle
morale plus fublime ! quel Héros plus parfait
que Renaud.
ככ
M. le M. de P. , excellent Écrivain , s'exprime
ainfi au fujet de cette nouvelle édition :
Ce travail eft déjà exécuté d'une manière
très - agréable....... Je confeille aux Dames
de lire ce Recueil en entier ; il fera autant de -
» plaifir à celles de ce temps - ci , que les Ro-
» mans originaux ont pu en faire à leurs aïeules
» il y a trois cents ans « .
Pour mettre tout le monde à portée de profiter
d'une lecture auffi intéreffante & auffi va-.
riée , on donnera les neuf parties à 10 livres
4 fous , au lieu de 18 livres qu'elles coutaient
ci-devant.
NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE DE CAMPAGNE,
tirée des meilleurs Romans .
CE Recueil peu difpendieux eft intéreffant
pour toutes les claffes de Lecteurs. Les Ouvrages
d'imagination font entre- mêlés d'Ouvrages
hiftoriques ; la morale même n'a point été oubliée
dans cette agréable Compilation .
La lifte feule des Ecrivains qui ont été
Imis à contribution , fuffira pour perfuader au
Public que ce Profpectus n'eft pas menteur .
Voici les noms des principaux : Virgile , Swift ,
Homère , Voltaire , Cervantes , Prevôt , Hamil
on , Fénelon , Mariyaux , Saint-Foix , Villedieu
, l'Ariofte , le Sage , Apulée , Scarron ,
d'Aulnoy, Caylus , Barclai , Xénophon , Tencin
, la Motte le Vayer , Tompfon , & c. &c.
Les douze volumes in - 12 , propofés à 16 liv .
4 f. brochés .
Les tomes XI & XII fe vendent 3 liv. 12 f.
( 21)
féparément. Les perfonnes qui voudraient fe
compléter payeront les Volumes qui leur man
queront i liv. Den feuilles ,
Vu l'Approbation , Permis d'imprimer , ce 12 Septembre 1783.)
LENOIR.
DE PAR LA LUNE.
LE Coufin par excellence , le Coufin de
tous les honnêtes gens , le grand & le petit
Coufin , en un mot , LE COUSIN JACQUES
&c..... & c..... & c..... A tous ceux qui ce
préfent Profpectus liront , Lecteurs vieux ,
Lecteurs jeunes , Lecteurs beaux , Lecteurs
laids , Lecteurs Abbés , Lecteurs Moines ,
Lecteurs enfin de tout âge & des deux
fexes , qui n'ont pas encore abjuré la
franche & faine gaîté de nos peres
qui ne prennent pas de l'emphaſe pour
de la morale , & de la gravité pour de la
philofophie , qui ne jugent pas des livres
fur la couverture , enfin qui , &c. qui ,
&c. qui.... & qui , &c .... & c .... & c .....
&c.... SALUT , BONJOUR , BONSOIR , bonne
nuit , bonne fanté , repos , gaîté , courage
&c. Et tout plein de belles chofes ....... 1
Mes gentils Coufins & mes bons Amis.
Il ne tiendrait qu'à moi de pérorer, &
je pourrais ici tourner une belle phrafe
pour faire le grand Homme; mais le temps
me preffe je viens au fait,
Les Lunes font maintenant un Ouvrage
( 22 )
e
•
connu ; les Annonces , auffi fréquentes ;
qu'avantageufes , qu'en ont faites les Journaux
les plus eftimés , l'accueil foutenu
qu'elles reçoivent du Public , non feulement
en France , mais dans les pays étrangers ,
le foin qu'ont pris les Libraires d'Allema- ,
gne de les faire traduire en leur Langue ,
enfin les éloges des uns , les fatires des
autres , &c..... Voilà ce qui attefte leur publicité
& me difpenfe d'en dire du bien ,
quoique dans le fond de non ame j'en
meure d'envie ; car les jeunes Auteurs aiment
tant à fe préconifer ,.... fur- tout depuis
que les vieux leur en donnent l'exemple
! ......
Y J'ai promis que la feconde année des
Lunes , que j'annonce aujourd'hui , ferait
fupérieure à la première. Tiendrai - je parole
? On pourra s'en convaincre à Paris ,
pour 18 liv . , & en Province , pour 21 liv.;
c'eft le prix de la foufcription .
On s'adreffe directement au fieur LESCLAPART
, Libraire de MONSIEUR ,
Frère du Rob, rue du Roule , Nº. 11 , près
du Pont Neuf, à Paris. Il faut affranchir
fe port de l'argent & celui de la lettre d'avis.
On peut foufcrire auffi chez les Libraires
des villes confidérables de l'Europe.
On recevra déformais les Lunes tous les
quinze jours , au lieu de les recevoir tous
les mois. Chaque Numéro fera partagé en
deux Influences ou Demi - Lunes . Chaque
Demi-Lune aura au meins 72 pages , & au
1
( 23 )
plus 120 pages , ordinairement 96 pages.
La première Influence ou Demi-Lune paraîtra
à la Nouvelle Lune de chaque mois ;
la feconde , à la Pleine Lune. Un Numéro ,
pris féparément , coutera 36 fous broché ;
chaque Demi-Lune , 18 fous.
On
ne
s'abonne
pas
pour
une
demiannée
, mais
toujours
pour
une
année
entière
; ni pour
la moitié
de l'une
& la moitie
de l'autre
, il faut
prendre
chaque
année
à l'époque
où elle
commence
.
I
La première année des Lunes , qu'on réimprime
à préfent , a commencé à la Nouvelle
Lune de Juin 1785 , & elle a fini au
dernier Quartier de la Lune de Mai 1786
inclufivement. La feconde année que nous
annonçons , aujourd'hui , a commencé de
même à la Nouvelle Lune de Juin de cette
année 1786 , & finira en Juin 1787 .
LESCLAPART tient la première année
des Lunes , réliée de quatre manières différentes.
19. En veau fauve avec filet & lune d'or ,
1 liv. 10 f. le Volume ; ceux qui ajouteront
plufieurs mois enfemble , 5 fols de plus .
2º. En marbre Allemand
3. En porphyre ..
idem .
idem .
4°. En veau marbré avec lune d'or .... 1 liv .
Il tient auffi la collection des premières
folies duCoufin JACQUES , en plufieurs Volumes
in- 8 °. , prix , 5 liv. 6 f. brochée ; la
Comédie des Ailes de l'Amour , prix 36
fous brochée , avec les airs nouveaux ( qu'il
( 14 )
vend] auſſi ſéparément 12² fouis P. On ne
trouve que chez lui le portrait du mêm
Auteur , in- 8°. prix 24 fous ; il l'envoie en
Province , franc de port , pour 30 f. On
trouve aufli chez le même Libraire ' des
airs nouveaux , gravés avec foin , paroles
& mufique du même Auteur..... Ifvend fon
bufte , nouvellement fait par M. Martin
& réparé par le même ; prix 6 liv. & 30 1.
pour la caiffe. C'eſt à lui feul , en un mot ,
qu'il faut s'adreffer pour tout ce qui concerne
l'Auteur des Lunes . LESCLAPART
tient magafin de Librairie ancienne & moderne
; c'eft chez lui que le fait l'Almanach
des Adreffes ; on s'adreffe à lui pour ventes
& achats de Bibliothèques , Billets de mariage
, foufcriptions de Journaux , & genefalement
pour tout ce qui concerne fon
état.
La & approuvé , co 4 Aoûtt 1786. De Sauvigny.
Vu l'Approbation , Permis d'imprimer , ce 3 Août 1786.
DE GROS NE.
I
olbord anot
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 18 OCTOBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES on Quatrains fur le feu Roi
de Pruffe.
FRÉDÉRIC honora le Trône ;
Il aima , cultiva les Arts ;
Quel Monarque avaut lui mérita la Couronne,
Au Parnaffe, auportique & dans le champ de Mars ?
Il fut régner , combattre , écrire ;
Sur le Trône il eut des amis ;
On ne connut fous fon empire
Ni maîtreſſes ni favoris.
1
IL eut le courage d'Alcide ;
Il joignit l'exemple à la loi :
Tous les Guerriers voudroient un pareil guide,
Tous les peuples un pareil Roi.
(Par un Vétéran. )
G No. 43 , 28 Octobre 1786.
༣ ཉིན །
146 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Piémont ; celui
de l'Enigme eft la Fièvre; celui du Logogryphe
eft Oreiller , où l'on trouve Eole , or ,
lie, il , ré, oie , Lélie , Élie , Roi , lõi.
LOUIS ,
CHARADE.
OUIS , notre bon Prince , eft en tout mon premier:
Vive à jamais fon nom au temple de mémoire !
Louis combla nos voeux quand il fut mon dernier ;
Puiffe Louis , toujours couvert de gloire ,
Devenir mon entier !
ÉNIG ME.
PLUS ON
LUS on court après moi , moins on peut m'attraper.
( Par M. le Chevalier de Meude- Monpas. )
LτOοιGO GRYPHE.
JEE fuis un riche magaſin ,
Qu'on tient aux champs comme à la ville;
詈
DE FRANCE
147
Chez moi l'on peut foir & matin
Trouver l'agréable & l'utile ;
J'ai de tout , & je peux offrir
A Mefmer un baquet commode ,
A Blanchard un globe à la mode :
Entrez , Meffieurs , on peut choifir.
Lecteur , veux- tu me défunir ?
Cherche un Nautonnier très- avare ;
Un meuble d'hiver ; un métal...
Que plus d'un Gafcon trouve rare ;
Un lourd & ftupide animal
Mémorable dans la Pucelle ;
Certain bijou de citadelle
Digne de l'empire infern 1;
Ce qu'en mariage une belle
Peur apporter à fon époux ;
Des favoris de Melpomène
Celui de tous qui , fur la Scène ,
25 Fut le plus tendre & le plus doux ;
Un maître adoré dans la France ;
En Sicile un Mont redouté ; DIG
Un Comténon loin de Provence ;
Ce qui défole la beauté ;
32
Un ornement qui n'eſt pas mince ,
De trois couronnes furmonté ;
Ce qu'à Paris comme en Province art
On trouve difficilements & Fund
Une montagne de Phiygie ,
Célèbre par un jugement
Gij
148 MERCURE
Chez le Pape un titre éminent ;
Ce qu'un buveur dans une orgie
A foin de vifiter fouvent ;
Une couleur ; un inftrument
wQui du chaffeur flatte l'oreille ;
Un poëne noble , élégant,
Que Rouſſeau faiſoit à merveille ;
Les noms de deux Romains fameux
Et celui d'un chaffeur habile
Qu'un regard rendit malheureux ;
Fuis l'équivalent d'une ville.
(Par M. Gratton de Saint- Gilles
Capitaine de Canonniers. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
L'INCONSTANT , Comédie en cinq Actes
& en vers , par M. Collin ; repréſentée
pour la première fois par les Comédiens ,
François , le 13 Juin 1786. A Paris , chez
Prault , Imprimeur du Roi , quai des Auguſtins.
ON confidère ordinairement l'inconſtance
comme un défaut ; fi l'on réfléchiffoit aux inconvéniens
qu'elle entraîne , peut - être nebalanceroit-
on pas à la ranger dans la claffe.
des vices de l'efprit; car l'efprit a , comme le
DE FRANCE. 149
coeur , fes vices & fes défauts. En général
l'homme eft inconftant ; il eft aufli inftable
dans fés jouiffances morales que dans fes appétits
matériels , quand les unes ou les autres
ne deviennent point des paflions. Examinezle
à fon enfance , vous le verrez dès l'inftant
qu'il peut exprimer ou feulement indiquer
un defir , annoncer le germe de fon amour
pour le changement ; fuivez- le dans fa marche
, vous verrez ce germe fe développer ,
s'étendre , & produire à la fin de fâcheux
ravages , à moins que l'éducation ne le modifie
ou n'en arrête l'effor. Tel eft l'homme
de tous les pays ; mais il eft des peuples qui
font plus naturellement portés à l'inconftance
que d'autres , parce que la légèreté de l'efprit
tient en grande partie à l'influence des climats
qu'on habite , aux moeurs & aux ufages.
Aucun peuple n'a peut-être porté plus loin
l'inftabilité de fes goûts que le peuple d'Athènes
; & s'il en eft un qui lui reffemble beau
coup à cet égard , on peut
on peut affurer que c'eft le
peuple Parifien. Ainfi , attaquer l'inconftance,
la peindre fous les traits qui lui conviennent,
encadrer fon portrait fur la Scène du premier
Théâtre de la Capitale de la France , c'eft pofitivement
attaquer l'idole générale fur fon autel,
en préfence de fes adorateurs . Heureufement
les Citoyens de Paris ont, avec un grand nombre
de leurs défauts , un grand nombre des
qualités des habitans d'Athènes; & parmi ces
dernières , il faut diftinguer celle de favoir
rire de leurs propres travers , & d'accorder
Gin
130 MERCURE
A
très- volontiers leur eftime à ceux qui entreprennent
de les éclairer fur leurs erreurs.
Auffi depuis Molière juſqu'à nos jours , tous
les Cenfeurs adroits de nos extravagances fontils
parvenus à plaire ; auffi malgré l'extrêmereffemblance
des traits , le caractère de l'Inconftant
a t'il eu un fuccès univerfel.
Lorfque nous avons rendu compte de la
première repréſentation de cette Comédie ,
nous avons remarqué les défauts les plus gra
ves de l'intrigue dont nous avons donné une
analyfe fidelle : nous ne reviendrons point für
cet objet. Nous avons dit que le principal
caractère de l'Ouvrage faifoit beaucoup d'honneur
à M. Collin , & n us avons promis de le
prouver par la citation des détails & des dé→
veloppemens qui le mettent en jeu ; c'est ce
que nons allens faire , après avoit néanmoins
examiné brièvement jufqu'à quel point ce
caractère s'accorde avec les convenances dramatiques.
us feront de VON
On a judicieufement obfervé qu'un des
plus grands défauts du Diftrait , de Regnard ,
& du Diffipateur de Deftouches , eft que
ces deux caractères ne font pas de la nature
de ceux qui peuvent , fans fortir des bornes
de la vraifemblance , produire tour leur effet
pendant l'efpace de vingt- quatre heures ; &
nous croyons qu'on peut faire le même reproche
au caractère de l'Inconftant. En efter ",
il n'eft pas naturel que , dans un efpace de
temps auffi court, un feul homme accumule
un aufli grand nombre de traits d'inconftance
DE FRANCE. 151
que ceux que préfente le perfonnage de M.
Collin. Il faut pourtant convenir qu'au Théâtre
l'imitation des moeurs peut & doit même
être un peu exagérée ; Molière en a donné
plus d'un exemple , principalement dans
l'Avare ; mais ce qui fauve l'invraifeir.blance
dans le caractère d'Harpagon , c'eft l'art infini
avec lequel le père de la Comédie a enchaîné
& multiplié les circonftances qui mettent
fon Avare en action , & qui le forcent à laiffer
échapper les traits qui ajoutent à la phyfionomic
. M. Collin n'a pas pu employer les .
mêmes refforts , parce qu'il a trop foiblement
intrigué fon Quvrage , & que cette négli-.
gence l'a fouvent forcé à faire parler fon perfonnage
, quand il auroit dû le faire agir . Avant
de porrer un caractère fur la Scène , les Aug
teurs devroient examiner mûrement s'il eft
fufceptible de reunir, la vraiſemblance & le
comique , & s'il peut étre établi fur des proportions
allez juites , pour que le Spectateur
éclairé réduife fans peine ce qu'il a d'éxagéré ,
à la vérité de la nature . Cette précaution nous
paroit d'autant plus eflentielle , que tous les
génies ne font pas faits pour vaincre toutes
les difficultés , & que Molière lui- même en a
rencontré d'infurmontables . Arrêtons- nous à
préfent au perfonnage de M. Collin , & .
voyons fous quels traits il l'a préfenté . Les
citations que nous allons faire , offriront enfemble
l'idée qu'on doit prendre du caractère
de l'inconftant & du ftyle de l'Auteur.
Dès la première Scène du premier Acte ,
Giv
152
MERCURE
Florimond , qui vient de quitter Breft & le
Service , s'explique ainfi fur le dégoût que
lui a infpiré l'état militaire.
Dans une garnifon toujours mêmes ufages ,
Mêmes foins , mêmes jeux , toujours mêmes vifages;
Rien de nouveau jamais à dire , à faire , à voir.
Le matin on s'ennuie , & l'on bâille le foir.
Mais ce qui m'a fur- tout dégoûté du ſervice ,
C'eft , il faut l'avouer , ce maudit exercice.
Je ne pouvois jamais regarder ſans dépit
Mille foldats de front , vêtus d'un même habit ,
Qui , femblables de taille , ainfi que de coëffure ,
Étoient auffi , je crois , femblables de figure.
Un feul mot à- la- fois fait hauffer mille bras ;
Un autre mot les fait retomber tout en bas.
Le même mouvement vous fait à gauche , à droite
Tourner tous ces gens- là comme une girouette.
Il eſt enchanté d'être à Paris , dont il fait un
éloge pompeux ; mais il a changé d'avis à la
cinquième Scène du fecond Acte.
Oh ! quel fracas , bon Dieu ! quelle affreufe cohue !
Comment peut- on ſe plaire en ce maudit Paris ?
´C'eſt un enfer.
CRISPIN,
Tantôt c'étoit un paradis :
« L'oeil ravi , promené de fpectacle en fpectacle,
» De l'art à chaque pas voit un nouveau miracle. »
C'étoient vos termes.
DE FRA NIC Emori
FLORIM ON D.
Oui , d'abord cela féduit ,
J'en conviens. Mais au fond , de la foule & du bruit ,
Voilà Paris. •
Chaque femaine
De celles qui fuivront eft le parfait tableau ;
De ſemaine en ſemaine il n'eft rien de nouveau
Alternativement Bal , Concert , Comédie ,
Wauxhall , Italiens , Opéra , Tragédie.
Ce cercle de plaifirs peut bien plaire d'abord ;
Mais la feconde fois il ennuie à la mort.
CRISPI N.
C'est dommage. J'entends : de journée en journée
Vous voudriez du neuf pendant toute une année,
Eh! que la vie ici ſoit uniforme ou non ,
Qu'importe , il ne faut pas difputer fur le nom .
Si l'uniformité de plaifirs eft femée,
1
Cere uniformité mérite d'être aimée.
On dort, on boit , on mange ; on mange , on boit,
on dort :
De ce régime , moi , je m'accommode fort.
L'oppofition des goûts du Maître & de ceux
du Valet , produit un effet plaifant ; elle nous
a paru piquante & comique par fon extrême
fimplicité.
Nous avons dit dans le Mercure du 24
Juin , que toutes les Scènes qui développent
le caractère de l'Inconftant , ne tiennent pas
Gv
154
MERCURE
bien effentiellement à l'action de l'Ouvrage ;
on pourra s'en convaincre par les citations.
qui vont fuivre ; mais on fe convaincra auffi
qu'il filloit beaucoup de reffources dans l'efprit
pour fauver le défaur d'action , & plaire
fans ce reffort , qu'au Théâtre on peut regarder
comme indifpenfable.
Florimond , après avoir renvoyé fon Valet ,
par la feule raiſon qu'il eft à fon fervice depuis
un mois , eft obligé d'attendre fa maîtreffe
Éliante , qu'il avoit oubliée à Breft ;
qu'il a retrouvée à Paris , & pour laquelle il
a repris de l'amour. Que faire ? Il apperçoit
des Livres que je vais m'amufer ! dit - il :
il en prend un.
Ah ! ah! c'eft La Bruyère !
J'en fais beaucoup de cas ; lifons un caractère :
" Un homme inégal n'eft pas un feul homme,
» ce font plufieurs , &c. »
Où donc a-t'il trouvé ce Caractère - là ?
Jeux d'efprit , tout le Livre eft fait comme cela.
On le vante pourtant, Voyons quelque autre chofe ,
Auffi bien je fuis las de lire de la prófe.
Les vers tout-a - la - fois charment l'oeil & l'efprit :
Par fa diverfité la rime réjouit.
Voyons s'il eft ici quelque Poëte à lire .
Boileau ! bon , celui- là ! j'aime fort la fatyre.
( Illit.)
Voilà l'homme en effet, Il va du blane au noir; '
Il condamne au matin fes fentimens du foir , &c, b
DE FRANCE. 155
L'infolent ! c'eft affez ; & puis dans un Auteur
La fatyre à coup sûr décèle un mauvais coeur.
J'eus toujours du dégoût pour ce genre d'efcrime.
La pefte foit des vers , de cette double time ,
Exacte au rendez - vous , qui , de fon double fon ,
M'apporte à point nommé le mortel union !
Mais d'un autre côté la profe eft infipide .....
Il faut qu'entre les deux pourtant je me décide ;
Car enfin feuilletez tous les Livres divers ,
Vous trouverez par- tout de la profe ou des vers....
Tout- à-la fois confpire a m'échauffer la bile……..
Mais quelle folitude ! auffi dans cette ville
Je n'avois qu'un Valet pour me défennuyer ,
Et je m'avile encor de le congédier.
Cette Scène , dont nous avons tranfcrit une
grande partie , n'eft en effet qu'un long monologue
; mais ce monologue a de la vie , &
il nous paroît rendre avec vérité & intérêt ,
la conftante fluctuation des fentimens qui fe
fuccèdent , qui fe heurtent dans la tête d'un
Inconftant. Cette manière de developper un
caractère n'eft pas auffi heureufe que celle
qui lui fait intriguer l'action , qui , abfent ou
préfent , le rappelle fans ceffe à l'efprit du
Spectateur : elle fait pourtant honneur à l'efprit
, à l'imagination & au goût de l'Auteur ;
la Scène eft d'ailleurs écrire avec autanr
de correction que de facilité , & le, ftyle a
cette franchife , qui caractérife un Écrivain
diftingué
G vj
156
MERCURE
en
Il faut reftreindre malgré nous les citations
, parce que les bornes d'un article nous
font la loi. Contentons - nous de rappeler
quelques traits de caractère qui nous ont paru
bien failis , & qui annoncent un homme fait
pour trouver des fuccès dans la carrière dramatique.
Florimond aime Éliante , il veut
l'époufer , il le dit à fon oncle , après avoir
fait l'éloge de l'inconftance , après avoir avoué
qu'il eft un peu léger ; enfin après avoir dit :
Quoi qu'il en foit , je crois que je m'en vais changer.
Son oncle fait des démarches pour ce mariage
, il fait même la demande , obtient
l'aveu , arrive tout joyeux pour apprendre
cette bonne nouvelle à Florimon, Celui- ci
lui répond qu'il aime une autre femme , &
qu'il l'aimera toujours. L'oncle indigné lui
donne une heure pour réfléchir , revient :
L'heure et paffée : Hé bien ! fur l'hymen d'Éliante
As- tu changé d'avis ?
LORI MON D.
Je n'en change jamais.
Cedernier trait, qui forme un contrafte parfait
avec la conduite & les précédens diſcours
de l'Inconftant , nous paroît d'un excellent comique,
& il y en a plufieurs de cette force
qué nous regrettons de ne pouvoir citer.
Terminons nos citations par ces vers de la
première Scène du cinquième Acte. Florimond
a quitté Éliante , pour la foeur de fon
DE FRANCE.
ami Valmont ; mais cette Demoifelle , dont il
fe propofoit de demander la main , eft inåriée
, la manière dont il apprend cette nouvelle
eft autfi heureufe que plaifante ; après
bien des indécifions , il fe détermine à voyager.
Quelplaifir, dit-il à fon Valet , en voyageant
l'on goûte!
Toujours nouveaux objets s'offrent far votre route.
Chaque pas vous préfente un ſpectacle inconnu
On ne revoit jamais ce qu'on a déjà vu.
Une plaine aujourd'hui , demain une montagne ,
Le matin une ville & le foir la campagne ;
-Ajoute qu'on ne peut s'ennuyer nulle part ;
Un lieu vous plaît , on refte ; il vous déplaît , on part,
Il n'eft pas difficile de s'appercevoir que
non feulement M. Collin a enrichi fon caractère
de tous les traits dont il étoit fufceptible
, mais encore que , fidèle aux préceptes
de fes maîtres & de la raifon , il le montre ...
Jufqu'au bout tel qu'on l'a vu d'abord.
Nous invitons les perfonnes qui aiment
à fe confoler de la difette des talens par l'efpérance
que donnent ceux qui s'annoncent
avec un certain éclat , à lire la Comédie de
M. Collin, elles fe perfuaderont que fielle mérite
les reproches qu'on lui a faits, les critiques
qu'elle a effuyées, elle et digne aufli de tous les
éloges qu'on lui a prefque généralement ac
cordes , & qu'elle promet un Auteur Comique
à la Nation. Nous difons qu'elle pro
158 MERCURE
met , quoique nous fachions combien l'étude
du Théâtre eft encore néceffaire à l'Auteur
de l'Inconftant , & parce que nous aimons à
croire qu'il cultivera courageufement fes dif
pofitions , afin de répondre à l'idée qu'on a
conçue de fon talent .
Depuis le premier compte que nous avons
rendu de cette Comédie , M. Collin a changé
quelque chofe à fon dénouement : Florimond
ne quitte plus la Scène pour s'en aller en Amérique
, il dit :
Je ne vois rien de mieux , dans l'état où je fuis ,
Que d'aller dans un cloître enterrer mes ennuis.
Ce moyen n'eft pas plus heureux , peut - être
même l'eft-il moins que le premier , parce
qu'il communique au Spectateur une impreffion
de trifteffe abfolument étrangère au but
de la Comédie , qui doit inftruire en amufant.
On peut même dire que la Comédie de M.
Collin s'achève , mais qu'elle ne fe dénoue pas.
Ce défaut tient encore au vuide de l'intrigue.
Si les fituations de la Pièce naifoient les unes
des autres , elles pourroient amener un dénouement
raifonnable & fatisfaifant ; mais
comme elles viennent les unes après les autres
, comme les refforts de l'action ne la difpofent
pas de manière que cequi fert à l'établir,
ferveaufli à la nouer & à la finir, le dénouement
manque d'effet , il eft nul , & laiffe à defirer
au Spectateur. L'expérience aura fans doute
éclairé M. Collin fur la difficulté de dénouer
naturellement & agréablement une ComéDE
FRANCE. 159
die ; il faut en effet que cet Art foit bien dif
ficile & bien rare , puifqu'il n'a pas toujours
été habilement employé par notre divin Molière
.
( Cet article eft de M. de Charnois . )
ISMÈNE ET TARSIS , ou la Colère de
Vénus , Roman poétique , fuivi d'une
première Traduction de quelques Poefies
légères de Métaftafe ; par M. Grainville.
Se trouve à Paris , chez Hardouin , Libraire ,
au Palais Royal , No. 14. in- 8 °.
LA célèbre. Laïs qui , felon Plutarque
avoit une armée d'amans ; qui , parmi ces
amans , comptoit des philofophes , tels qu'Ariftippe
& Diogène ; des Orateurs , hommes
d'État , tels que Démosthènes ; cette Laïs qui ,
par une bifarrerie de coquette , préféra , diton,
le dégoûtant Diogène à l'aimable Ariftippe;
qui , par le haut prix qu'elle mit à fes faveurs ,
apprit à Démosthènes qu'il n'étoit pas permis
à tout le monde d'aller à Corinthe, & qu'un
repentir ne devoit pas être payé fi cher ;
cette Laïs enfin que , feul entre les Grecs ,
Xénocrate ne daigna pas même marchander ;
Lais quitta Corinthe pour fuivre en Theffalie
un jeune homme dont elle étoit devenue
éperduement amoureufe ; fa beauté fouleva
contre elle les Theffaliennes jaloufes ; elles la
maffacrèrent dans un temple de Vénus , qui ,
depuis ce temps , fut regardé comme protané,
La pefte ravagea la Theffalie ; on crut que
*
160 MERCURE
c'étoit l'effet de la colère de Vénus , qui vengeoit
la mort de fa Prêtreffe. On lui offrit des
victimes ; l'Oracle demanda la jeune mène ,
la plus belle & la plus vertueufe des bergères
de Tempé : elle eft jetée par la tempête fur
les côtes de l'Ile de Chypre , elle eft fecourue
par Tarfis, jeune berger jufqu'alors infenfible,
qui s'enflamine à fa vue. Venus s'appaife :
l'amour ordonne l'union d'Ifmène & de Tarfis;
il doit naître d'eux une bergère dont les attraits
furpafferont un jour ceux de Laïs même,
& telle eft l'expiation, qui convient à Vénus.
Ce petit Ouvrage , divifé en trois livres , eft
écrit en profe poétique , ainfi que l'hymne
au foleil & Télémaque.
En détaillant la navigation d'Ifmène , de
Theffalie en Chypre , l'Auteur décrit les Py
lades & fur tout Naxos , Reine de ces Ifles :
« c'eſt là , dit- il , qu'un volage abandonna la
malheureuſe Arianne , Arianne qui , pour
fauver l'ingrat qu'elle adoroit , trahit &
fa patrie & les mânes fanglans de fon frère
» égorgé. » Ici l'Auteur n'auroit pas mal fait
d'expliquer dans une note , quel étoit ce frère
d'Ariane & de Phèdre , que le commun des
lecteurs peut ne pas connoître , au- lieu que
tous connoiffent leur infidèle amant, que l'Au
teur a cependant nommé dans une note. Les
gens peu inftruits croiront que l'Auteur s'eft
trompé , qu'il a confondu l'hiftoire d'Arianne
avec celle de Médée , qui égorgea & mit en
pièces Abfyrthe , fon frère , & difperfa fes
membres fur la route de fon père. Ce frère
DE FRANCE. :161
d'Arianne & de Phèdre , ce fils de Minos &
de Paliphaë étoit Androgée , Prince toujours
vainqueur aux jeux publics de la Grèce , objet
d'envie pour les Arhéniens , qui , déſeſpérant
de le vaincre , lui drefsèrent des embuches
& le firent périr . Minos , dans la vengeance,
impofa aux meurtriers de fon fils un tribut
de victimes humaines; il les obligea d'envoyer
tous les ans dans l'Ile de Crète , fept jeunes
Athéniens pour combattre le Minotaure; tous
s'égaroient dans le Labyrinthe , ou étoient dévorés
par le monftre. Arianne , en fauvant
Théfée , une de ces victimes , trahiſfoit ' fa
Patrie & les mânes de fon frère, auxquels elle
déroboit leur vengeance ; car l'Auteur n'a pas
pu entendre par ce frère l'infâme Minotaure :
Veneris monumenta nefanda. Virgile rapporte
toute cette hiftoire au fixième livre de l'Énéide.
In foribus , lethum Androgeos : tùm pendere panas
Cecropidajuffi miferum ) feptena quot annis
Corpora natorum : ftat ductis fortibus urna.
Contrà elatu mari refpondet Gnofia tellus.
Hic crudelis amor tauri , fupp oftaque furio.
Pafphae mifiumque genus , prolesque biformis
Minotaurus ineft , Veneris monimenta nefanda.
Hic labor ille domus & inextricabilis error.
Magnum Regina fedenim miferatus amorem
Dadalus , ipfe dolos teti ambagesque refolvit,
Caca regens filo veftigia.
Le Poëme ou le roman poétique de M.
162 MERCURE
Grainville eft dédié à Mme la Comteffe de
Bauharnois. Le reste du volume eft rempli par
la traduction de quelques poéfies légères de
Métaftafe , où , felon M. Baretti , ce grand
poëte a déployé plus de richeffes & d'imagination
que dans fes drames. Le Traducteur ,
fans partager cet enthoufiafme , fe contente
d'accorder à Métaftafe, dans ce genre agréable
qui nous paroît tenir principalement de l'Idylle
, une fupériorité marquée fur fes imitareurs.
Toutes ces différentes pièces ont un
´nom ; c'eſt le printemps , l'hiver , l'excufe , te
retour , &c. Voici la jaloufie.
<<
Pardon , Nice adorable , belle Nice ,
pardon. A torr , il eft vrai , j'ai dit que tu
» es infidelle ; je détefte mes foupçons & mes
» doutes : non , jamais je ne craindrai plus de
te voir manquer de foi : j'en attefte , ô ma
» chère âme, ces lèvres d'où dépend mon
bonheur ! »
"(
Lèvres charmantes où repofe l'amour ,
je n'ai plus de craintes ; je vous vois , vous
aveż juré de m'aimer , c'en eft affez . Si je
» recommence à me plaindre , que l'éclat dù
» jour ceffe de briller à mes yeux.
»
93
« Je fuis coupable , je ne m'en défends
" pas : punis-moi , j'y confens ; mes craintes
méritent cependant des excufes. Tirfis
» t'adore , je le fais , tu ne l'ignores pass je
te trouve parlant avec lui fans témoins : à
mon arrivée , tu rougis , il pâlit , & rous
» deux confus , vous cherchez à vous juſtifier;
-il te regarde furtivement & tu fouris…….…….
ور
32
DE FRANCE. 163
Ah ! ce fourire , cette rougeur imprévue ,
je fais ce qu'ils expriment ; la première fois
que je te parlai d'amour , tu rougis ainff;
ainfi je te vis fourire , Nice cruelle , & je
» me plains fans raifon ! Et tu ne me trahis
pas , infidelle , ingrate , barbare ! .... Hélas ,
j'ai juré de t'en croire , & déjà je recommence
à te foupçonner. Pardon , chère
amante , je fuis un infenfé , j'en ai fait en
» vain le ferment ; mais enfin fonge que l'a-
» mour trouble ma raifon , que je ne fuis
pas le premier qui jure en vain. »
5
ཝཱ ཝཱ
et
Le nocher jure de ne plus s'expofer aux
dangers qu'il a courus ; cependant s'il voit
» les flots tranquilles, il voles'expofer encore.
Le guerrier quelquefois fait ferment de ne
plus reprendre les armes, mais file fon de
» la trompette fe fait entendre , il ne fait
plus réprimer fa belliqueufe ardeur. »
Ce retour à la jaloufie eft d'autant plus na
turel , que le motif de cette jaloufie , tel qu'il
eft expofé ici , w'eft pas tout- à- fait frivole.
La Pièce intitulée la Tempête, a de la poéſię
& de l'agrément .
و و
**
39
Сс
-
**
Non , point de courroux ; Nice , je ne
viens pas t'entretenir de mon amour , il
" te déplaît , c'en eft affez. Vois comme le
» ciel menace tout-à- coup de la tempête : fi
tu veux reconduire tes brebis au bercail ',
» je viens feulement t'offrir mon fecours.
Quoi ! ne trembles - tu pas ? Remarque
» comme à chaque inſtant le jour s'obſcurcit,
vois comme le vent élève en tourbillons
93
לכ
164 MERCURE
ม
ود
les feuilles & la pouffière. Au frémiffement
de la forêt , au vol incertain des oifeaux
» effrayés , à ces gouttes de pluie que nous
fentons tomber par intervalles , Nice , je
» prévois ......Ne te l'ai - je pas dit ? Vois- tu
" briller les éclairs ? Entends- tu gronder le
» tonnerre ? Que deviendras - tu ? Viens ,
» écoute , où vastu ? Il n'eft plus temps de
fonger à ton troupeau. Retire - toi plutôt
» dans cette caverne , j'y refterai près de
» toi. "
ود
Mais , tu trembles , ma bien aimée ! Ton
» coeur palpite , ma douce amie ; ne crains
» rien, je fuis avec toi , & je ne te parlerai
point de mon amour. Tant que durera¨
l'orage , je refterai à tes côtés ; & quand
» il fera paffe , Nice cruelle , je partirai .
བ
33
ود
"
题
"6
"""
Affieds- toi , tu es en sûreté dans cette
" grotte profonde , où jamais la foudre ni le
» feu des éclairs n'ont encore pénétré. Elle
» eft environnée d'une épaiffe forêt de lauriers,
qui la garantit des outrages de la tem-
» pête. Affieds - toi , belle Nice , aflieds- toi
" & calme ta fureur ; mais tremblante ce-
» pendant tu te preffes contre mon fein , &
» pour m'arrêter comme fi je voulois fuir.
tu entrelacestes doigts dans les miens . Que
le ciel s'écroule , n'en doute pas , je réfterai :
j'ai defiré toujours un inftant auffi favo
rable. Que ne le dois je à l'amour plutôt
qu'à la crainte ! Laiffe moi, charmanteNice,
» laiffe- moi m'en flatter au moins . Que fait-
» on ? Peut-être jufqu'ici tu m'as toujours
و د
و د
DE FRANCE
165
aimé, la modeftie feule eut plus de part à
» tes rigueurs que le mépris , & peut-être
cette frayeur extraordinaire fert de pré-
» texte à l'amour. Parle , explique- toi. Eft il
» vrai Tu ne réponds pas ! honteufe , tu
" baiffes les yeux , tu rongis , tu fouris ! J'entends
, j'entends , ne parle pas , ma bien
» aimée, ce fourire , cette rougeur en difent
affez.
"
"
"
« Pendant la tempête , j'ai retrouvé le
calme & la tranquillité . Ah ! que le ciel
» jamais ne devienne pour moi plus ferein !
Ce jour eft le plus beau de tous ceux que
j'ai paffés ; ainfi je voudrois toujours vivre,
ainfi je voudrois mourir. »
»
Cette fin eft celle de l'Ode charmante :
Donec gratus eram tibi , &c.
Tecum vivere amem , tecum obeam libens.
Ce qui précède, rappelle la Fable intitulée :
Le Mari , la Femme & le Voleur , dans La.
Fontaine :
Un homme fort amoureux ,
Fort amoureux de fa femme, &e. ha
Quelques détails de cette même Pièce ; par
exemple , la frayeur qui fert de prétexte à
l'Amour , & les tranfports du Berger à cette
idée charmante , rappellent encore une Ode
Anacréontique de M. de La Motte , que
voici :
QUE vois-je ? Climène fenfible !
L'Amour a touché votre coeur !
168 MERCURE
1
33
>>
de tes mains , & ton viſage ſe coloroit du
» rouge de la pudeur. Soudain à mes côtés
j'entends agiter le feuillage , & je décou-
» vre à demi- caché Philène , mon rival , qui ,
d'un oeil jaloux & courroucé , comptoit
» mes heureux larcins ; la colère & la furpriſe
me faifirent ; je me calmai cependant ,
& même en rêvant , mon bonheur ne fut
» que de courte durée. L'erreur & le plaifir,
» il eft vrai , difparurent avec les ombres ;"
mais le feu qui me dévore , ame de ma
vie , ne s'eft pas éteint comme elles. Si
» pour un inftant je fuis heureux en fonge ,
bientôt le retour de la lumière augmente
"
"
"3
» mes tourmens. »
Aucune de ces Pièces n'eft indigne de Mé- *
taſtaſe ; mais aucune ne nous paroît égaler en
mérite l'Ode ou la Chanfon célèbre du même
Auteur, qui a pour titre : La Liberté ou la
parfaite Indifference , & qui a fourni d'une
manière générale à M. de Saint - Lambert® .
l'idée de cette chanfon charmante :
Sans dépit , fans légèreté ,
Je quitte une amante volage ,
Et je reprends ma liberté ...
Sans regretter mon eſclavage , &c.
Ce Recueil finit par un Divertiffement
dramatique en deux Actes , compofé par Mé
raftafe en 1738 , pour célébrer le jour de la
naiffance de l'Impératrice Elifabeth -Chriftine ,
aïeule de la Reine de France & de l'Empereur
aujourd'hui régnant. Le principal mérite de
cec
DE FRANCE.
169
ہ ک
ces fortes d'Ouvrages femble devoir être dans
l'allégorie. Il n'y en a aucune dans ce petit
Dranie , qui a pour titre : Les Jardins des
Hefpérides. Vénus y vient chercher des pommes
d'or pour Elife , c'eft P'Impératrice.
Adonis fuit Vénus , Mars la cherche , & fon
arrivée la fait trembler pour Adonis , qu'elle
aime ; d'autres perfonnages , diverfement occupés
auffi de leurs amours , fe réuniffent à la
fin avec ceux- ci, & tous perdent de vue leurs
intérêts & l'action du Drame , pour célébrer
à l'envi les grâces & les vertus d'Élife. Un
rapport plus fenfible de cette action avec le
fujet , ou un paffage plus adroit de cette áction
à ce même fujet , eût fans doute ajouté
du prix à ce petit Ouvrage.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure , fur
la Mort de M. SACCHINI.
MONSIEUR ONSIEUR ,
Permettez- moi d'entretenir vos lecteurs
d'an homme célèbre , qui vient d'être ravi à
un, art dont il faifoit la gloire , à fes amis
dont il étoit l'amour. Je fens que ina douleur
a befoin , pour être foulagée , de rappeler ici
les vertus , les talens de M. Sacchini ; c'eft
ce motifqui me fait prendre la plume , plutôt
N. 43 , 28 Octobre 1786. : D
170
MERCURE
que le defir de lui rendre un hominage dont
il n'a pas befoin. Je ne viens point femer
des fleurs inutiles fur une tombe couverte
de lauriers ; mais en cédant au fentiment perfonnel
qui m'anime , je ne crains point le fort
ordinaire de ceux qu'un excès d'amour-propre
engage à confier leurs peines au Public.
L'homme dont je déplore la perte , excite
en même temps les regrets de toute l'Europe
; le mérite de fes compofitions l'a fait
admirer par- tout où elles ont été entendues ;
les qualités de fon coeur l'ont fait chérir partout
où il a été connu ; & j'ofe croire que
les détails de fa vie , que fon éloge , fi foiblement
que je puifle les tracer , ne feront
lus fans intérêt.
2
-
pas
ANTONIO-MARIA- GASPARDO SACCHINI
naquit à Naples le 11 de Mai 1735. L'Auteur
de l'Effar fur la Mufique a été mal informé
quand il l'a fait naître aux environs de Naples
en 1727. Je m'empreffe de rectifier cette
date, qui a déjà induit en erreur plufieurs de
nos papiers publics. Elle n'eft pas indifférente :
plus il étoit loin de la vieilleffe , de cet âge
où le génie perd fes forces & ceffe de produire
, plus fa perte doit fembler douloureufe
à ceux qu'intéreffoient fa perfonne ou fes
talens. Combien de chef-d'oeuvres ces huit
années auroient pu faire éclorre ! que de doux
momens ravis à l'amitié !
Deſtiné de bonne heure à la mufique , fes
parens honnêtes, mais peu fortunés, le mirent
dans le Confervatoire de Santa- Maria di LoDE
FRANCE
171
retto , à Naples , où il étudia fous le fameux
Durante. llyfit des progrès rapides, & s'adonna
particulièrement au violon , fur lequel il devint
très fort. Cette étude lui fut extrêmement
utile : en pratiquant lui-même un in?
trument qui devoit fervir un jour à rendre.
fes propres idées , il apprenoit à en faifir le
véritable caractère, & s'ailerviffoit à exécuter
les loix des autres , pour le mettre en état
d'en dicter à fon tour ; comme celui qui eft
né pour commander des flottes ou des armées,
s'exerce d'abord à l'obéissance dans des grades
inférieurs. Toutes les fois qu'on admiroit devant
lui la richesse de fes
accompagnemens ,
il n'en attribuoit le mérite qu'à cette première
étude.
Bientôt fon génie , impatient de paroître ,
s'adonna tout entier à la
compofition. Longtemps
Naples & Rome jouirent de fes
fuccès , & apprirent à l'Italie un pa
à
s'élevoit rapidement à l'immortalité. Il fut
qui
demandé à Venife . Cette ville offroit alors
aux jeunes filles les mêmes reflources contre
l'indigence , que Naples offroit aux jeunes
garçons ; des Confervatoires où , avec les
fecours d'un petit nombre de Maitres , &
fous
l'infpection d'un feul , toutes les parties
de la mufique font cultivées avec le
plus grand foin. En Italie , où l'art du Théâtre
invinciblement lié avec celui de la
Mufique , n'eft point avili par l'opinion
publique ; ces maifons , dont le régime ,
trop peu connu en France , eft admirable ,
,
Hij
172 MERCURE
1
font entretenues par des fondations pieufes.
La direction de l'une d'elles , appelée l'Of
pidaletto , fut confiée à Sacchini. C'eft là
principalement qu'il développa fes talens pour
la mulique d'Eglife , & prouva qu'il connoiffoit
à fond toutes les reffources de fon art ;
mais il fit voir en même temps que fans confondre
ce ftyle avec celui du Théâtre , fans s'écarrer
de la févérité qu'il exige , il étoit poffible
d'y conferver un chant aimable & facile ,
de le parer des grâces de l'imagination . Le cé
lèbre Docteur Burney , qui parcouroit alors
FItalie , en rend ce témoignage ; il affure que
nulle part la mufique ne lui fit autant de plaifir
qu'à Venife , & fur toute celle qu'il entendit
dans cette ville , il élève encore celle de
Sacchini *.
La renommée de ce Compofiteur croiffant
chaque jour , il vifita quelques cours d'Allemagne
, parcourut la Hollande , & fe rendit
enfin aux voeux de l'Angleterre , qui n'appelle
jamais que les Maîtres les plus diftingués . Sur
les onze années qu'il y paffa , il travailla fix
ans pour le Théâtre de Londres , ce qui étoit
fans exemple avant lui. Les Anglois recherchent
fur- tout la variété dans leurs amufeme:
s , & il faut que la mufique d'un
Maître leur faffe un plaifir extrême , pour
* Voyez The prefent fate of Mufick in France
and Italy , &c. London 1771 , par Ch . Burney ,
Muficien profond père du charmant Auteur d'Evé
lina & de Cécilia.
DE FRANCE. 173
qu'ils n'en ayent pas encore plus à en changer.
C'eft pendant ce temps que la Colonie fut
repréfentée à Paris. La France alors connoilloit
fort peu , eftimoit encore moins la
mufique d'Italie . On croyoit que l'expreffion
étoit abfolument étrang reaux Compofiteurs
de cette Nation , que tous leurs airs étoient
uniquement deftinés à faire briller la voix ; on
leur accordoit bien quelque mérite dans la
caricature : le fouvenir de la Serva padrona &
de quelques ouvrages ſemblables , n'étoit pas
entièrement effacé ; mais on n'avoit pas fuivi
leurs progrès , & on ne les croyoit pas capables.
de s'élever at deffus de ce genre. Les homs
des Sacchini , des Piccinni , des Traetta , des
Paifiello , étoient connus d'un petit nombre
d'amateurs , mais ils étoient ignorés du refe
de la nation. Cependant on donnoit déjà.
fur le Théâtre de l'Opéra , l'Iphigénie & l'Or
phée ; on avoit vu la Buonafigliuola fur celui
des Italiens ; mais ces ouvrages n'avoient pas
encore fait la fenfation qu'ils auroient dû
faire , & que M. Gluck n'a produite que depuis.
La révolution muficale fe préparoit ,
mais ne s'opéroit pas encore.
Enfin la Colonie parut. On fait quel fur fon
fuccès ; on fait que , malgré la bifarrerie de
l'intrigue , malgré le peu de talent que j'avois
* Lorfque je préfentai l'Olympiade à l'Opéra ,
une perfonne attachée à ce Théâtre me demanda
qui étoit ce M. Sacchini ; s'il avoit quelque talentz
s'il avoit déjà fait quelque choſe.
H iij
174
MERCURE
mis dans Parrangement & les détails de cette
Pièce , le mérite feul de la mufique triompha
de l'opinion publique , & de tous les efforts
fecrets qu'on fit long- temps pour l'empêcher
de réullir. L'oreille furprife & en mêmetemps
charmée, le coeur ému, attendri , tranfporté
, admirèrent cette foule de traits neufs ,
brillans , nobles & pathétiques , dont cer
Opéra fourmille ; la richeffe & l'élégance de
l'Orcheſtre , la douceur & le naturel du chant
le plus mélodieux. Les François crurent alors ,
contre l'avis d'un homme célèbre , que leur
langue étoit fufceptible de recevoir de la mufique
, & voulurent fixer parmi eux l'Artifte
habile qui leur avoit procuré ce plaifir nouveau.
L'adminiftration de l'Opéra me demanda
, pour fon Théâtre , ce que j'avois
fait pour celui des Italiens , d'adapter un fujet
à de la mufique déjà faite. L'Olympiade de
Méraftafe , par le mélange des moeurs paftosales
avec les moeurs héroïques , me parut le
fujet le plus convenable à la forme "drama "
tique qui étoit adoptée alors. J'y ajuftai du
micux que je pus la meilleure mulique de
Sacchini , faite à Milan & à Londres.
! Mais ce n'étoit pas affez pour la nation ,
d'entendre ainfi quelques morceaux , pour
ainfi dire , ifolés , & deftinés à d'autres paroles
; il falloit que l'Artifte dont elle avoit
conçu une fi grande idée , écrivît pour elle
& fur fa Langue , des ouvrages dont elle pûr
fe glorifier. Tel fut le voeu de l'adminiftration.
Flatté de pouvoir y concourir , je me
"
1
DE FRANCE. 175
par
rendis à Londres ; Sacchini recut très - bien mes
premières propofitions ; mais bientôt égaré
les confeils des gens qui l'entouroient , &
à qui, par bonté de caractère , il accordoit
fouvent une confiance trop aveugle , il refufa
obftinément , fit à fon tour des demandes
qui n'étoient pas acceptables , & j'entrevis
par la fuite qu'il n'avoit pas même compris
ce qu'on exigeoit de lui. Quelque zèle que
je miffe au fuccès de cette affaire , il me fut
impollible de vaincre les obſtacles qu'on y
oppofa , ni la défiance qu'on lui avoit infpirée.
Pendant ce temps , M. Gluck obtenoit à
l'Opéra des fuccès mérités ; il jouilloit de
toute la gloire ; & quelques-uns des Acteurs
de ce fpectacle , enivrés de la nouvelle exiftence
qu'il leur avoit donnée , crurent qu'il
pouvoit fuffire à tout , & qu'il étoit inutile
d'accueillir un autre compofiteur. Cette difpofition
fut défavorable à l'Olympiade ; quand
je la préfentai , ces Acteurs ne la répétèrent
qu'avec répugnance , en refusèrent les rôles ,
en tournèrent la mufique en ridicule; & quand
je retirai l'ouvrage , il ſe répandit dans Paris
que le peu de mérite de cette mufique l'avoit
fait refufer.
Je ne pus me réfoudre à laiffer fubfifter
une opinion fi défavantageufe à l'homme
que j'aimois. J'immolai mon amour-propre à
l'amour que j'avois pour fes talens , au foin
de fa réputation ; & , quoique bien petfuadé
qu'en donnant cet Ouvrage aux Italiens , ce
Hiv
176 MERCURE
fujet, qui ne leur convenoit nullement, yfigu
reroit mal; que le ton héroïque , étranger à
la plupart des Acteurs de ce Théâtre , y fembleroit
déplacé , que les ballets , les décorations
, le fpectacle n'y auroient pas la magnificence
convenable ; que les choeurs ni l'orcheftre
n'y feroient pas affez nombreux ; enfin
que la foibleffe du ftyle & les vices de contextures
, mafqués ailleurs par mille acceffoires ,
y paroîtroient à découvert & y feroient jugés
bien plus févèrement ; je fis néanmoins cette
tentative , bien sûr de voir applaudie & juftifiée
cette mufique calomniée dans l'obſcurité.
L'événement ne trompapoint mon efpérance.
Le fuccès des fept premières repréfentations
fut prodigieux , & me confola bien des critiques
moitié juftes , moitié injuftes , qui ne
tombolent que fur mon ouvrage. Il fut interrompu
par des perfécutions allez étranges &
que je ne veux pas rappeler. Je n'avois pas
Pefpoir qu'il fe foutint long- temps ; mais
enfin la mufique de Sacchini étoit connue
& jugée ; elle eft reftée dans les concerts &
s'exécute encore en province ; c'étoit tout ce
que je voulois. En renonçant à toute gloire ,
j'avois du moins fauvé celle de mon ami .
Mais je m'apperçois , Monfieur , que j'ai
des excufes à faire à vous & à vos lecteurs ,
d'affocier fi long- temps mon nom au nom
d'un homme célèbre . Ces circonftances où
je me trouve mêlé , m'ont paru aífez intéref
fantes pour ne devoir pas être pallées fous
filence , puiſqu'elles ont fervi à fixer ce grand
DE FRANCE. 177
homme parmi nous. D'ailleurs , c'eft par les
rapports que j'ai eus avec lui que je le connois
le mieux ; mais il va enfin paroître feul fur la
fcène , & fi je fuis forcé de me citer encore ,
ce ne fera que pour appuyer des faits dont je
dois la connoiffance à l'intimité dans laquelle
j'ai vécu avec lui.
Sacchini depuis long- temps fentoit dépérir
fa fanté, le climat de Londres ne lui étoit nullement
favorable. Chaque année il éprouvoit
des attaques terribles de la cruelle maladie qui
nous l'a enlevé ; elles étoient fi régulières , que
depuis le Cid , le premier des ouvrages qu'il
ait faits à Londres , jufqu'à Renaud , le premier
de ceux qu'il a faits à Paris , il n'a jamais
pu affifter aux premières repréfentations de
fes Opéras. Il crut qu'un voyage dans fa patrie,
ou même qu'un fimple déplacement luiferoit
avantageux : il vint en France , fans avoir en-.
core à cet égard aucun parti arrêté.
Quelques années plus tôt , fon arrivée eût
produit fans doute à Paris une fenfation plus
vive. Elle en fit encore une grande à la Cour.
Une Souveraine éclairée , & qui dans tous les
arts accorde au mérite diftingué , une protec
tion éclatante , ne pouvoit la refuſer à un
compofiteur auffi célèbre , dont elle favoit
par coeur tous les airs. Sacchini fut reçu par
toute la Cour de la manière la plus flatteufe ;.
& l'accueil particulier que lui fit l'Empereur
qui s'y trouvoit alors , fut un nouveau triomphe
pour lui. Ce Prince, qui porte juſques.
dans les plus petites chofes cette attention
H vj
178 MERCURE
foutenue qui l'aide à en faire de fi grandes ,
lui citoit fes plus beaux morceaux , ceux qui
avoient fait fur lui la plus vive impreffion ; lui
rappeloit des détails que Sacchini lui -même
avoit oubliés. Il nomma particulièrement un
choeur du Cid , tacite ombre , connu dans
POlympiade Françoife fous le titre de choeur
des prêtres ; on voulut l'entendre , il fut exécuté
à la chapelle , & caufa un enthouſiafme
univerfel..
La Cour parut defirer que Sacchini fit
quelques ouvrages pour la France ; ce n'étoit
pas fon projer , mais l'Empereur , qui daigna
s'intéreffer à cette affaire, vint à bout de l'y
déterminer .
t
Il fut décidé
qu'on lui donneroit 30,000 liv. pour trois
Opéras , ou 10,000 liv. pour chaque , ainfr
qu'on les avoit données avant lui à d'autres
Compofiteurs étrangers . Il fit fucceffivement
Renaud, Chimène & Dardanus . Il eft inutile !
de parlerde fes fuccès qui font connus,ni de fes
chagrins qui furent plus fecrets ; je dirai feulement
à ceux des Compofiteurs nationaux
qui pourroient être bleffés de l'efpèce de préférence
qu'on accorde aux autres , qu'ils ne
font pas affez d'attention à ce qu'elle leur
coûte quelquefois .
Après avoir rempli fon engagement ,
Sacchini fit pour la Cour Edipe à Colone ,
qui fut exécuté à Verſailles Pannée dernière
DE FRANCE. 179
avec un fuccès prodigieux , & tel qu'en aura
toujours un Compofiteur aufli habile , quand
il travaillera fur un fonds intéreflant. Il devoit
donner cette année Evelina , fujet tiré d'une
Tragédie Angloife. Il n'en reftoit que fort peu
de chofe à faire, lorfqu'il apprit que cet Opéra
n'étoit plus fur le répertoire de Fontainebleau.
Soit qu'il eut befoin de repos, foit quelqu'autre
raifon que j'ignore , il ceffa tout- à- coup un
travail qui ne lui paroiffoit plus preffé ; & c'eſt
au moment même où il alloit s'y remettre ,
que la maladie & la mort l'ont furpris . Je ne
dois pas prévenir le Public fur le mérite de ce
dernier ouvrage , mais je ne puis m'empêcher
de dire qu'il rendra bien amers les regrets
cauſe la perte de ce grand homme, quand
on y verra quels progrès étonnans il avoit
faits vers notre goût national , & avec quelle
facilité ce génie fouple & fécond avoit faifi
l'originalité du fujet.
que
Le ftyle de Sacchini fe diftingue fur- tout
par la grâce , la douceur , l'élégance foutenue
de fa mélodie ; fon harmonie eft pure , correcte
& d'une clarté précieufe ; fon orcheſtre
toujours brillant , toujours ingénieux. Quoi
qu'il ait une manière à lui , on voit que Haffe
& Galuppi, qu'il eftimoit infinimeur , furent
fes modèles. Il évitoir les tournures communes
, mais il craignoit encore plus ce qui
avoit l'air de la recherche. Ses modulations .
les plus inattendues n'étonnentjamais l'oreille;
elles coulent naturellement de fa plume , &
ceux qui ont étudié fes partitions , favent
Hvj
180 MERCURE
quel art il mettoit à cacher fon favoir. Un
jour qu'il dinoit à Londres chez M, le Brun ,
fameux haut- bois , on renouveloit devant
lui l'accufation que les Allemands & les François
font quelquefois aux compofiteurs d'Italie
, de ne pas affez moduler, Nous modulons
dans la mifique d'Eglife , leur dit-il ; c'eft
Là que l'attention n'étant point troublée par
les acceffoires du Spectacle , peut fuivre plus
aifément des changemens de tons enchaînés
avec art. Mais au Théâtre il faut être clair
& fimple , il faut toucher plutôt qu'étonner
ilfaut fur tout être à la portée des oreilles les
moins exercées. Celui qui , fans changer de
ton , produit des chants variés , montre bien
plus de génie que celui qui en change à tout
moment. Alors il prend la plume, & fur le
chanip écrit un menuer de 16 mefures , dans
le quel, fans bleffer aucunement les règles ,
il fortoit 16 fois de ton : tout le monde l'admiroit
: exécutez le , dit Sacchini , vous le trouverez
déteflable.
و
Avec un chant fi facile & autant de fenfibilité
dans l'ame , ' il étoit impoffible qu'il
n'eût pas beaucoup d'expreffion ; mais comme
il avoit en même- temps un goût sûr , jamais
fon expreflion n'eft exagérée. Il réſervoit les
grands moyens pour les momens de ſurpriſe ,
& ne prodiguoit pas les effets , pour être sûr
d'en produire quand il le falloit. Il croyoit
que l'expreffion muficale devoit être femblable
à l'éloquence ; qu'elle devoit pénétrer
dans l'ame par un charme doux & infinuant ,
DE FRANCE. 181
plutôt que la troubler , la tirer hors d'ellemême
par de violens efforts , & qu'il n'étoit
pas nécellaire pour émouvoir , de tonner fans
ceffe du haut de la tribune.
Un mérite qu'il polfédoit encore au ſuprême
degré , c'étoit de faifir , de deviner , pour
ainfi dire , le goût des Nations différentes pour
lefquelles il écrivoit. La mufique qu'il a faite
en Italie , ne reflemble point à celle qu'il a
faite à Stutgard , ni celle de Londres , à celle
qu'il a écrite en France. Il faut convenir cependant
qu'il n'avoit pas pour le genre bouffon,
le même talent que pour le férieux ;
fon ame, difpofte naturellement à la tendreffe
& à la mélancolie , étoit plus particulièrement
fufceptible d'expreffions gracieufes
, intérellantes & nobles; la caricature lui
fembloit étrangère , & quand il étoit obligé
de travailler dans ce genre , il perdoit alors
prefque toute fon originalité. L'Amore Soldato
qu'il a fait à Londres , & qu'on a entendu
à Paris , eft fon meilleur Opéra bouf
fon . J'en excepte l'Ifola d'Amore ( la Cor
lonie ) , où l'on retrouve tout fon caractère
noble & férieux. Mais ce mérite qui à
fait fi bien réuffir en France cet Intermède , a
été la caufe de fon peu de fuccès ailleurs . Il
-ne plût point à Rome, où il fut fait , mal-
Il faut peut- être en excepter auffi le premier de
rous fcs Ouvrages , un Intermède fait pour le Confervatoire
, & qui devint le fujer d'une Anecdote
-affez caricufe pour queje la faffe connoître un jour
182
MERCURE
gré la belle voix de M. Rauzzini , qui chan
toit le rôle de la première femme. On l'entendit
avec plus de plaifir à Lisbome & à
Florence ; mais il n'a pu fe foutenir à Londres
plus de quatre où cinq repréfentations.
La Contadina in Corte ( c'est le ſujet de
Ninette à la Cour ) , eut affez de fuccès à
Rome. C'eft un Ouvrage foible , dan's
lequel il y a pourtant deux morceaux délicieux
: l'un des deux eft la Scène de Blaife
dans la Colonie : demain peut- être on va me .
pendre. L'Opéra bouffon que Sacchini eftimoit
le plus , eft l'Avaro Delufo fait à Londres
, & dont il aimoit fur- tout les finales.
Je l'ai eu long- temps entre les mains , &
j'avoue qu'il n'a pas changé ma façon de
penfer. Sacchini eft affez grand dans le genre
que lui avoit affigné la nature , pour n'avoir
pas befoin de le louer dans celui où il étoit
inférieur : voici une lifte de fes Ouvrages ' ,
qui n'eft pas à beaucoup - près complette ,
mais qui eft plus exacte que celles qu'on a
données jufqu'ici .
A NAPLES , l'Andromaca , Lucio vero ,
l'Aleffandro nelle indie , il Crefo , l'Ezio ;
plufieurs Opéras bouffons Napolitains dont
on ignore les titres. A ROME , l'Eumene , la
Semiramide , l'Artaferfe , il Cid , la Contadina
in corte , Intermède , ainfi que l'Ifola
d'Amore & l'Amore in Campo . A MILAN,
l'Olimpiade , l'Armida. A TURIN , l'Alef
fandro nelle indie. A VENISE , l'Olimpiade ,
Pl'Aleffandro , il Nicorafte , l'Adriano in SiDE
FRANCE. 183 .
ria, &c. A MUNICH, Scipione , l'Eroè Cinefe
AStutgard, il Volcgefe. J'ignore le nom des› :
autres. On a encore de lui plufieurs Cantates ;
les Oratorio d'Efter , de Saint- Philippe , de i
la mère des Machabées , de Jephté des ...
Noces de Ruth , &c. A LONDRES , il a fait le
Cid , Tamerlano , Lucio vero , Perfeo , Nitetti
, Motezuma , Erifile , Crefo , Rinaldo ,
Enea & Lavinia , Mitridate , l'Amore Soldato
, la Contadina avec quelques morceaux
neufs , & l'Avaro Delufo. A PARIS ,
Renaud , Chimène , Dardanus , dipe à
Colone; & enfin Evelina.
S'il eft vrai que les Ecrivains fe peignent
dans leurs Ouvrages , cela n'eft pas moins
vrai pour les Muficiens. Les paffions qu'ils
ont à rendre , en pallant par leur ame , en
prennent nécellairement la teinte ; ils ne
peuvent les exprimer que de la même manière
dont ils font habitués à les fentir.
La mufique de Sacchini porte par- tout l'em- ›
preinte de fon caractère , & c'eſt dire affez
combien ce caractère étoit beau. Une fenfi- ..)
bilité exquife & profonde en étoit la baſe;
généreux , bienfaiſant à l'excès , comme il
fied au génie , il n'étoit touché que du plaifir
de répandre des dons ; l'ingratitude même
n'avoit pas le pouvoir de l'arrêter . Ses amis
favent s'il fut bon ami ! on pourroit l'accufer
de faibleffe , lorfqu'il s'agiffoit de refufer,
ou de prendre les précautions que dicté
l'intérêt . Peu foigneux dans fes affaires , &
victime de fa bienfaifance , il fut fouvent.
184 MERCURE
perfécuté par ceux même qu'il avoit le plus
obligés ; cependant hors les occafions qui n'intérelicient
que fa fortune , fon ame avoit
de l'énergie , & quand on exigeoit trop de lui ,
elle favoit déployer toute la fermeté. On a
dit que le chagrin avoit abrégé fa vie , on a eu
tort. La confcience intime de fon talent
triomphoit de fa fenfibilité naturelle , & le
mettoit de beaucoup au-deflus des chagrins,
Nulhomme pourtant ne fut plus molefte, & la
preuve en étoit fa docilité incroyable aux avis
que lui donnoient ceux en qui il fe confioit.
Il aimoit infiniment la mufique , & cet
amour s'étendoit fur tous les Artiftes diftingués
. Jamais la moindre étincelle de jaloufie
' excita le trouble dans fon ame ; j'ai été
tmoin des efforts qu'il a faits pour faire
repréfenter l'ouvrage d'un homme qu'il aurit
pu craindre , de M. Paifiello . Il y a mis
une opiniâtreté qu'il n'auroit jamais eue pour
lui-même. Il deûroit fincèrement de voir le
bon genre s'établir en France , & fon intérêt
perfonnel n'auroit pas été capable de balancer
en lui ce defir . On a prétendu que fon
penchant à la volupté , à l'intempérance
ayoient caufé fa perte : je ne l'ai pas fuivi
dans fa jeuneffe ; mais fi l'on peut juger des actions
des hommes par le fond de leur caractère
qui n'eft pas fujet à changer , il me femble
qu'il étoit né plus tendre que fougueux , que
fes paffions étoient plutôt douces que violentes
; & que ciles l'ont égaré quelquefois
, elles ne l'ont jamais emporté. Depuis 4
DE FRANCE. 185
qu'il étoit en France , je ne l'ai jamais vu
s'écarter du régime qui lui étoit preferit.
D'ailleurs la goutte qui le tourmentoit depuis
long-temps , eft d'elle - même une maladie
affez cruelle , pour ne pas aller chercher
ailleurs la caufe qui nous la ravi . Depuis 18
mois il faifoit ufage d'un remède, qui en
avoit fingulièrement affaibli les accès ; il s'en
croyoit délivré , lorfque le vendredi 22 Septembre
, en revenantde Verſailles, il fe trouva
mal. On crut pendant quelque temps que
ce feroit peu de chofe ; mais huit jours après
il fe déclara en lui une fièvre violente , dans
laquelle on crut reconnoître de la malignité.
On le traita en conféquence , fans négliger
pourtant les précautions ordinaires contre
la goutte remontée. Elles ont été inutiles ,
& le famedi 7 de ce mois , Sacchini n'etoit
plus.
.
Fardon , Monfieur , je fens que je donne
à ces détails beaucoup trop d'étendue . Je ne
puis m'arrêter , lorfqu'il s'agit d'un homme
qui me fut fi cher. Je vous parle longuement
de celui qui laiffera de longs fouvenirs.
Il en laiffe à l'Europe entière * , à tous
T
* Cette expreffion , employée ailleurs , a paru
trop emphatique à quelques perfonnes. On a demandé
ce que c'étoit que l'Europe pour M. Sacchini.
C'est toute l'Italie , une partie de l'Allemagne , l'Angleterre
, la France , pour lefquelles il a écrit ; la
Ruffie , l'Espagne , le Portugal , qui ont defiré
de le pofféder , & qui exécutent & admirent les Ou
vrages.
186 MERCURE
ceux qui s'intérefloient à fes talens. Ceux- là
du moins reliront fes chef-d'oeuvres , ils jouiront
bientôt de ceux qu'il n'avoit pas encore
publiés , & ce fera pour eux une forte de
dédommagement ; mais fes amis qui lui
étoient fi tendrement attachés , & à qui le
fouvenir de fes excellentes qualités arrache
des larmes amères , qui les confolera de ce
qu'ils ont perdu ? Qui confolera ce ferviteur
fidèle , qui , penché fur fon chevet , lui entendoit
dire d'une voix mourante : Pauvre
Laurent , que deviendras- tu ? Qui arrêtera les
gémiffemens , le défeípoir de la foeur qu'il
laiffe à Naples , fans fecours & fans appui ,
de cette tendre Anna , qu'il appeloit fans ceffe
à fon heure dernière , & qui ne fubfiftoit
que de fes bienfaits ? L'infortunée fur qui le
fort femble épuifer toute la furie ! elle étoit
heureufe , il y a deux ans , heureufe de la
tendrelle d'un époux qui lui procuroit une
aifance honnête ; heureufe des careffes de
dix- fept enfans dont elle étoit entourée , de
l'amitié d'un frère , qui , tout éloigné qu'il en
étoit , ne ceffoit de s'en occuper . Hélas ! de
fes dix-fept enfans , quinze en un feul mois
tombent à fes côtés victimes d'un fléau
'redoutable ; fon époux , frappé d'une paralyfie
, n'eft plus en état de pourvoir à fa fub-
Aftance. Son frère lui reftoit feul au monde,
& fon frère la devance au tombeau ! Elle
recevra cette trifte nouvelle , & fes amis , les
amis de celui qu'elle a perdu ne feront pas
là pour partager fa douleur.
DE FRANCE. 187
Mais il eft temps que je finiffe . J'en ai trop
dit fans doute , pour ceux dont l'ame eft
moins affectée que la mienne , &je n'en dirois
jamais affez pour ceux qui éprouvent les
mémes fentimeus que moi.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
FRAMERY .
SCIENCES ET ARTS.
ÉCONOMIE.
M. LE BRITON , toujours occupé , avec autant
d'utilité que de fuccès , de l'étude de la Botanique ,
vient de faire fur le Typha- Latifolia , Linné , des .
expériences qui peuvent tourner à l'avantage de
Féconomie. D'après la notice qu'il a bien voula
nous en communiquer , nous allons en faire part à
mos Lecteurs , perfuadés que c'eft rendre tout- à- lafois
un jufte hommage à cet eſtimable Botaniſte, &
un fervice au public . Comme voici le vrai moment de
cueillir la Aeur de cette plante , & de la faire fécher,
nous invitons les Antateurs à fuivre les expériences de
M. le Breton , & à en effayer de nouvelles.
Le Typha- Latifolia , appelé vulgairement roſeau
des marais , des étangs , &c. , & par les Botaniftes
maffe ou maffette d'eau , eft une plante aquatique ,
indigène en Europe , qui s'élève à la hauteur de.
fix à fept pieds ; fa racine eft rainpante , rougeâtre
en dehors, très - blanche en dedans , d'un goût fade ;
elle pouffe ordinairement une feule tige ronde
ferme , droite & liffe ; fes feuilies font longues , un
peu enfiformes , étroites & épaiffes , de fubftance.
188 MERCURE
fpongieufe , douceâtre au goût ; les unes fortent de
la racine , les autres de la bâfe de la tige qu'elles embraffent
par leur gaîne ; fes fleurs font rougeâtres ,
& naiffent en malle ou en épi cylindrique au fom-
'met de fa tige , qui eft une hampe ; les fleurs de la
partie fupérieure font mâles , compofées chacune
d'un calice à trois feuilles & de trois étamines fans
piftil ; la partie inférieure de l'épi eft occupée par
des fleurs femelles , à chacune defquelles fuccède
une petite graine , portée par un filet , accompagné
d'une aigrette de poils ; ces deux fleurs font tellement
réunies & rapprochées , qu'elles ne laiffent
, pour ainfi dire , entre- elles aucune féparation
fenfible ; elles fe diffipent quand elles font mûres ,
en s'envolant en l'air en forme de duvet , & c . &
M. le Breton ayant ramale fur le toit d'une petite
cabane, couverte en typha, fituée dans les jardins de
M. le Maréchal de Noailles , une once de fieur de
cette plante , la fit voir dans cet état à plufieurs
Amateurs , qui ne purent la connoître définitivement
; quelque temps après il eflaya d'en faire
carder ; mais il ne put y réaffir complettement qu'en
y métant un tiers de coton ; il en fit peler quatre
onces , y joignit deux onces de coton , qui furent
cardées & filées enfemble , & divifa enfuite les fix
onces par moitié ; une partie fut moulinée ou cor→
donnée en trois , & l'autre en quatre ; il fit faire de
la première une paire de gands fur le métier , & de
l'autre une paire de gands auffi , mais travaillés d'une
manière toute particulière. Ces deux effais lui ont
parfaitement réuffi .
Depuis ses premières tentatives , il a voulu effayer
d'en faire des chapeaux . Huit onces cardées
foulées & feutrées, fuivant la manière ordinaire ,
mélangées avec quatre onces de poils de lièvre , ont
donné allez de matière pour former deux chapeaux ;
& ce qui prouvoit déjà que cette matière pouvoit
DE FRANCE. 189
être employée à cet ufage , c'eſt que le premier chapeau
étoit , à beaucoup près , moins bien travaillé
que le fecond; & depuis , on lui a rendu deux autres
chapeaux infiniment mieux travaillés . Cela fait cfpérer
que par la fuite on pourroit , avec plus de foin ,
la porter à fon dré de perfection
:
Indépendamment de ces premiers objets , M. le
Breton penfe que la fleur du Typha peut- être employée
très-utilement en différens genres , mais furtout
pour la partie de la Bonneterie . Il n'eft pas
éloigné de croire non plus qu'on puiffe en faire du
drap ; il n'a pu l'effayer faute de matière ; mais il
en a fait une pièce de tricot au métier , portant huit
pieds & demi de long fur quinze pouces de large ,
( mélangée d'un tiers de coton comme ci - devant )
qui ne permet point de douter qu'on ne puiffe en
faire des bas & des bonnets pour les habitans de la
campagne ; & comme la matière eft fort douce au
toucher & fort chaude à la peau , on en pourroit
faire au moins des couvertures , ne fût- ce que pour
les Hôpitaux , les Soldats , & c. On pourroit s'en
fervir auffi pour houatter , &c.
Cette plante eft très - connue en France , & fort
répandue dans la plupart de nos Provinces. Outre
les grands avantages qu'on peut retirer de fa fleur
l'utilité qu'on retire de fes tiges eft généralement
connue ; on s'en fert en France pour couvrir les
maifons , les mers , &c. Dans quelques pays on s'en
fert pour faire des claies ou des paillaffons , qui
fervent quelquefois de murs & d'enceintes , de melonnières
; ailleurs , où le bois eft rare , on s'en fert
pour chauffer les fours , &c . &c.
Quoique cette plante foit fort connue dans cerraine
Province de la France , elle eft cependant quel
quefois affez rare dans quelques autres ; mais il eft
facile de la multiplier également par- tout , foit le
long des rivières , des ruiffeaux , ou dans des étangs ,
190 MERCURE
& généralement dans toutes espèces de terreins
aquatiques. Un feul pied dans les jardins de Mic
Maréchal de Noailles , dans l'efpace de quatre à
cinq années , a couvert trois perches de terre
moins. Il n'y a point de plante q i fe multiplie avec
autant d'abondance , fi ce n'eſt le chiendent.
au
ANNONCES ET NOTICES.
EXPLICATION du Nouveau Testament , à l'usage
principalement des Colléges . A Paris , chez Barbou,
Imprimeur Libraire , rue des Mathurins , 1786.
Ce Livre , dirigé avec legeffe , écrit avec onction ,
répond à l'intention de l'Auteur , qui eft d'inftruire
la jeuneffe , & d'édifier les familles . Les Notes que
M. de Sacy a faites font un peu trop étendues pour
être apprifes par les Écoliers ; celles de M. de Mefanguy
ne le font pas affez. L'Auteur ( digne par la douceur
& la pureté de fa plume de rappeler Maffillon ,
dont il eft un des plus proches parens ) , i’Auteur tient
un jufte milieu entre les premiers Commentateurs
François , il fait ufage des Notes de tous les Auteurs
célèbres qui ont travaillé en ce genre ; il les fond ,
les remanie , fe les approprie , & y joint des traits de
la plus faine & de la plus univerfelle morale. Cet
Ouvrage , préparé depuis long temps , déjà traduit
en Italien , & accueilli avec reconnoiffance par plu
fieurs Prélats & par Sa Sainteté elle-même , réunie
donc l'explication de la lettre & celle de la morale.
Les Maîtres, déformais difpenfés de lire les diversInterprêtes
que nous avons fur cette importante matière,
wrouveront dans le Livre feul du P. G. , & en écou
DE FRANCE. 191
tant leurs Elèves , des explications très- intéreffantes
égalenient propres à former l'efprit & le coeur.
OBSERVATIONsfur la Lettre de M. Choderlor
de la Clos , concernant l'Eloge de M. le Maréchal de
Vauban , par M. Carnot , Capitaine au Corps Royal
du Génie , de l'Académie des Sciences , Belles- Lettres
& Arts de Dijon , Brochure in-8 ° . de feize pages. A
Arras, de l'imprimerie de la Veuve Michel Nicolas ,
rue S. Géry ; & fe trouve à Paris , chez Durand neyeu
, Libraire , rue Galande ; & à Arras , chez Topino
, Libraire , iue Erneftade .
MANUEL & Architecture , ou Principes des opé
rations primitives de cet Art, où l'on expofe des
méthodes abrégées tant pour l'évaluation des furfaces
& des folides circulaires que pour le dévelop
pement des courbes , & pour l'extraction des racines
quarrées & cubiques par de nouvelles règles fort
fimples. Cet Ouvrage eft terminé par une Table de
quarrés & de cubes , dont les racines commencent
par l'unité, & vont jufqu'à dix mille ; par M. Scin
l'aîné, Entrepreneur de Bâtimens , 1 Volume in- 8°.
Prix , 7 liv. relié, & 6 liv. broché. A Paris , chez
Didot fiis & Jombert , Libraires, rue Dauphine .
Cet Ouvrage , utile & rédigé avec exactitude , n'eft
pas fufceptible d'analyſe.
DIX-SEPTIÉME Cahier des Jardins Anglo- Chinois
en 30 Flanches , contenant lafuite des Palais de
l'Empereur de la Chine. Prix , 12 liv. chez Lerouge
rue des grands Auguftins. Les originaux font à la
Bibliothèque du Roi , fous la garde de M. Joly: plus,
les cinq Plans & la Vue intérieure du Panthéon de
M. le Noir , en deux fenilles . Prix , a liv . plus , un
Bouveau Plan de Wurtzburg, levé fur les lieux . Prix,
1 liv. 10 fols . Même Adresie que ci-deffus.
192
MERCURE
DESCRIPTION de la Pompe à fcier , qui fe
trouve chez M. Bianchi Phyficien , rue Saint Ho
noré , vis - à- vis celle de Richelieu , n ° . 55 , conté.
nant fon utilité , & une méthode pour la manière de
s'en fervir , Brochure in - 8 ° . de dix pages avec,
figures.
S1x nouveaux Duos concertans pour Vielon &
Ato , par M. Cambini , cinquième Livre. Prix ,
7 liv. 4 fols port franc. A Paris , chez M. Porro &
Mine Baillon , Marchands de Mufique , rue du
petit Repofoir , à la Mufe lyrique.
La fécondité de M. Cambini ne nuit point à la
grace de fon génie , à la force de fes compofitions.
L'efprit qui règne dans celle que nous annonçons
juftifiera cet éloge.
TABLE.
y
STANCES fur le feu Roide \ Iſmène & Tarfis ,
Pruffe ,
145 Variétés
Charade, Enigme & Logogry- Sciences & Arts ,
146 Annonces & Notices ,
pres
L'Inconftant, Comédie , 1491
159
369
187
190
APPROBATION.
J'AI in , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 28 Octob. 1736. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 27 Octobre 1786. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 20 Septembre.
L
E Comte Charles de Scheffer , Sénateur
du Royaume de Suede , Chancelier &
Chevalier des ordres du Roi , eft mort dans
fa terre de Trolleholm , âgé de 71 ans .
Le 22 Août on reffentit à Chriftianſtadt ,
vers les 7 heures du matin , quelques fecouffes
de tremblement de terre.
Le Capitaine de Loewenoern , parti le
Printemps dernier avec une frégate , pour
aller à la découverte de l'ancien Groenlande ,
eft revenu à Copenhague , fans avoir rempli
le but de fon voyage. Il a laiffé en Iſlande
un bâtiment commandé par le Lieutenant
Egede, qui fe propofe de faire de nouvelles
tentatives,
Selon un Auteur Allemand , la méthode
qu'employent les Chinois pour bronzer leur
Cuivre , confifte dans le procédé ſuivant :
No. 40 , 7 Octobre 1786. a
( 2 )
on frotte le cuivre avec du vinaigre &
de la cendre , jufqu'à ce qu'il foit devenu
rès luifant ; on l'expofe enfuite au foleil
pour le fécher : lorfqu'il eft fec , on l'enduit
d'une compofition préparée en pilant & en
mêlant bien enfemble deux parts de verd
de gris , autant de cinabre , 5 parts d'ammoniac
, 2 de becs & de foies de canards ,
& s d'alun ; lorfque ce mélange eft pilé trèsfin
, on le mouille beaucoup , jufqu'à la
confiftance d'un enduit ou d'une pâte trèsclaire.
Cet enduit eft porté fur le cuivre &
féché au feu. Quand le cuivre eft refroidi ,
on le lave proprement , & on recommence
la même opération avec les couches d'enduit
jufqu'à dix fois.
Depuis peu il eft arrivé au Séminaire des
Jéfuites de Polocz 18 ex - Jéfuites , dont s
François , les autres Polonois & Allemands.
On attend encore plufieurs autres Religieux
du même Ordre. Les envois en argent des
pays catholiques pour l'entretien de ce Séminaire
font très fréquens .
La moitié de la ville d'Oppatow vient
d'être incendiée en moins de 3 heures. La
Princeffe Douairiere de Lubomirsky , à qui
cette ville appartient , y a envoie für le
chanip 10,000 florins & 300 meſures de
bled.
Nous avons donné dernierement le bilan
du commerce de Petersbourg en 1784 :
voici maintenant celui de 1785 , tel qu'il eft
rapporté dans le Journal de Pétersbourg,
( 3 )
Ruffes ,
Nations. Exportation.
Roubles.
Importation.
Roubles,
2,556,307 6,077 938
Anglois , 9,035,846
2,365,909
Hollandois
De Lubeck
Danois ,
Espagnols ,
Portugais ,
De Rottok
François ,
> 184,196 275,902
72,122 88,45 L
541976 241,5LI
166,248 80,822
121,935 129,479
32.429
328.526 42,811
Italiens ,
278,295 84,521
De Hambourg > 113,861
174,093
Saxors , 11,482
Praffiens 1,005 20,150
Suiffes , 2,562
4,670
De Dentzik ,
Autrichiens ,
1,501 2,282
1,344 80, 87
Suédois ,.
45,688
42,550
Américains . 1,380 I , 79
Négo . & Pallagers , 14,840 136, 75
Patrons de Bâtimens , 30,166 141,0 S
Total .... 13,497,645 10,033,785
Les droits de Douane ont monté à 3,082,698 roub.
Ceux pour l'entretien des écoles , à 50,5533
Le produit des machandifes confilquées
, a monté à ... 1,500
DE BERLIN, le 18 Septembre.
La folemnité des funérailles du Roi défunt
a eu lieu à Potzdam , le 9 de ce mois ,
avec une pompe qui avoit attiré un concours
immenfe de fpectateurs. En abrégé
voici la defcription de cette cérémonie , qui
a 2
( 4 )
avoit eu lieu pareillement à la mort de Fréz
déric Guillaume I.
Vers les 10 heures les trois bataillons des gardes
& le Régiment du Prince royal de Pruffe
ayant commencé à défiler , formerent une double
haie fur le chemin du château jufqu'à l'églife. Le
train du convoi étoit ouvert par tousles officiers de
la cour & de la livrée du Roi défunt ; venoient en- :;
fuite les Miniftres d'Etat portant chacun une des
marques de la Royauté. Le char funebre accompagné
de huit Officiers de l'Etat Major & de
plufieurs Généraux portant le poéle , les coins
des draps mortuaires & l'enfeigne de l'Empire ,
étoit fuivi immédiatement de Sa Majefté , le Roi
aujourd'hui régnant , ayant à fa droite S. A. S..
le Duc régnant , & à fa gauche le Duc Frédéric
de Brunfwick. Suivoient enfuite tous les Princes
de la Maifon royale , les Princes étrangers , la
haute nobleffe , le refte des grands Officiers du
Roi , les députés du Magiftrat de Berlin , & tous
les membres compofant celui de Potsdam. La
marche étoit fermée par le caroffe de deuil de
S. M.
•
Le convoi arrivé devant la porte de l'églife
les huit Officiers de l'Etat - Major porterent le
cercueil de parade fur le catafalque qui avoit
été érigé devant le caveau royal , en forme d'un
temple , foutenu par des colonnes ornées de figures
, de fymboles & d'infcriptions analogues
aux principaux & mémorables évenemens du regne
du Roi défunt ; tout l'intérieur de l'églife ,
qui ayant été tendu de noir jufqu'au deffus des
fanétres , étoit illuminé par 5000 lampions &
plus de 600 bougies , fe trouvoit orné des mêmes
décorations, Pendant que les Miniftres d'Etat
& Officiers généraux , portant les ornemens
ci-deffus défignés , fe tangeoient , la tête cou
verte , autour du cercueil de parade , on entonna
la cantate compofée en latin par le chambellan
du Roi , marquis de Luchefini. Elle fut exécutée
par tous les chanteurs du Roi , joints à un choeur
de 3 voix , & accompagnée par plus de 70
Muficiens de la chapelle. Le chant fini , les Minitres
s'avancerent jufques devant la tribune du
Roi , comme pour dépofer à fes pieds les marques
qu'ils portoient , tandis que les huit Officiers
de l'Etat Major , précédés du Lieutenantgénéral
de Moellendorff , portant l'enſeigne de
L'Empire , depoferent le cercueil dans le caveau
royal. En même tems les Miniftres & les Officiers
généraux ayant remis les marques fuf- mentionnées
qu'ils portoient , entre les mains de quelques
Lieutenans , & s'étant de nouveau approchés
, la tête découverte , vers la tribune du Roi
pour faluer S. M. , on donna le fignal convenu
à l'artillerie , placée dans les jardins du château.
A ce fignal , on entendit de fuite 36 décharges ,
auxquelles les Régimens d'infanterie répondirent
par trois falves générales . Le retour du convoi
fe fit dans le même ordre jufqu'au château
où le Roi dina dans l'intérieur de fes appartemens
, avec tous les Princes de la Maiſon royale &
les Princes étrangers . Plufieurs autres tables y
avoient été draffles également dans différentes
falles , où les perfonnes du convoi , au nombre de
600 , furent magnifiquement traitées .
Le 12 , le Roi eft parti de Charlottenbourg
pour Koenigsberg , où il recevra
foi & hommage de la Pruffe. La cérémo
nie du ferment aura lieu le 19 , & S. M. repartira
le lendemain pour arriver ici le 27 .
Le Duc regnant de Brunſwick eft retourné
a 3
(6 )
dans fa Capitale avant le départ du Roi.
Nous ne craignons pas de fatiguer nos
lecteurs , en les ramenant encore fur les
derniers inftans de la vie de Frédéric II. Le
Profeffeur Selle , fon Médecin , vient de
publier une defcription historique de la maladie
de ce Monarque ; maladie dont on
parloit fi diverfement & avec tant d'incertitude
, durant le période qui a précédé la
mort du Roi.
Dès l'âge le plus tendre , dit le Profeffeur Selle,
Te Roi avoit eu l'eftomac affecté d'une foibleffe &
d'ane irritabilité particuliere , qui fans beaucoup
d'efforts lui faifoit fouvent rendre ce qu'il avoit
mangé. Quoique d'ailleurs fon eftomac fit affez
bien fes fonctions , les voies de la digeftion
étoient fouvent irritées par des matieres âcres ,
qui donnoient lieu aux fréquentes diarrhées auxquelles
il étoit fujet , & au moyen defquelles la
nature bienfaifante fe déchargeoit conftamment,
mêmé dans les derniers jours de fa vie. Auffi tôt
après fon avenement au trône , dans la vingthitieme
année de fon âge , il fentit les premieres
ataques de goutte & d'hémorroïdes auxquelles
il fut fouvent fujet dans le refte de fa vie. Les
remedes contre l'un de ces deux maux compliqués
étoient contraires à l'autre , ce qui rendo t
leur cure impoffible ; c'eft à cette occafion que
le Roi dit un jour au Profeffeur Selle que la
goutte & les hémorroïdes s'étoient donné le mot
pour le faire périr . Au mois de Février 1747 ,
dans la trente- fixieme année de fon âge , il fut
atteint d'un coup d'hémiplégie , qui fut bientôt
diffipée , & même pour tout le refte de fa vie .
En Janvier 1785 , le Roi s'ouvrit pour la pre
(1)
ne
a
miere fois au Profeffeur Selle fur l'état de fa
fanté. Au commencement du printems de la
même ann e , il eut une légere attaque de goutte
, qui ſe diffipa auffi tôt . Il étoit à préfumer
que la nature n'ayant pas eu la force de jetter les
humeurs fur les parties extérieures du corps ,
pofé le premier principe de la derniere maladie
qui a caulé fa mort. Au commencement du mois
d'Août , le Profeffeur Selle craignant quelques
fuites fâcheufes d'une répétition d'humeurs qui
fe manifeftoit , propofa la faignée & les vomitifs
; mais comme huit jours après , le Roi de
voit entreprendre le voyage projetté de la Sillfie ,
il crut que l'ufage de pareils remedes , qui d'ail
leurs ne lui avoient jamais été confeillés
pourroit que l'affaiblir de plus en plus. C'eft
dans cette derniere Province qu'un jour de revue
ayant été expofé , pendant plufieurs heures , à
une pluie continue , fans être autrement couvert
que de fes habits ordinaires , il en fut entierement
pénétré , & en eut un tel friffon , que
la fievre , qui fe déclara peu de jours après , ne
pronoftiquoit que trop le danger où le Roi fe
trouvoit. Cependant l'importance des affaires &
fon activité naturelle ne lui permirent point d'u
fer des remedes convenables à fon état . Dès lors
le Profeffeur Selle marqua l'appréhenfion qu'il
avoit que le mal du Roi ne tournât en hydropifie
, & ne fut suivi d'une apoplexie. Auffi dans
la nuit du 18 Septembre , il fut atteint fubitement
de cette derniere , dont il ne fut tiré que
par le moyen des vomitifs . C'eſt à cette époque
que le Profeffeur fixe le commencement de la
maladie du Roi. Ce dernier accident qui étoit
probablementla fuite d'un effort que fit la nature
pour le débarraffer des humeurs de la goutte ,
ce qu'elle ne put effectuer , fut fuivi d'une toux
a 4.
( 8 )
feche , qui fatiguoit beaucoup S. M. , d'un grand
affoibliffement des organes de la digeftion , &
bientôt après d'un afthme , qui n'étant point continu
, fembloit plutôt provenir d'un empêchement
de circulation dans le bas-ventre , que
d'une obftruction dans la poitrine . Cependant le
fommeil étoit interrompu , les fueurs de nuit
qui d'ordinaire étoient très copieufes , furent fupprimées
; la toux & l'asthme augmenterent , &
le Roi fe plaignit d'une pefanteur extraordinaire
qu'il fentoit fur le diaphragme , ce qui faifoit
craindre quelque rechute d'apoplexie . Dans les
premiers jours de Février , les forces diminuoient
de plus en plus , le fommeil continuoit à être
très-inquiet , & le Roi ne pouvoit plus faire cent
pas fans perdre haleine. Cependant par les remedes
ordonnés , l'état de S. M. fe trouvoit affez
foulagé durant tout ce mois ; mais il ne tarda
pas à empirer peu de tems après . De violens
battemens de coeur que le Roi fentoit le matin
à fon lever , une diminution progreffive de fores
, les vértiges qui prenaient au malade après
20 ou 30 pas qu'il faifoit dans fon appartement ;
le pouts qui , dans les attaques de l'asthme , devenoit
fréquent , convulfif & déréglé , l'enflure
des jambes , la difficulté qu'on avoit d'entretenir
les cauteres que l'art avoit appliqués , les
fueurs de nuit entierement fupprimées , les atta
ques de l'afthme accompagnées d'un râlement
dans la gorge , & de fueurs froides au viſage
tous ces fymptômes annoncerent que la maladie
faifoit des progrès rapides. Au commencement
du mois de Mars , le fang & les humeurs fe porterent
de nouveau vers la tête ; les crachats
étoient teints de fang , & des tiraillemens dou
leureux que le Roi fentoit de tems en tems dans
la nuque du cou , faifoient craindre plus que
( 9 ) :
jamais quelque nouvelle attaque d'apoplexie ;
d'ailleurs l'attitude dans laquelle fe tenoit le
malade affis dans un fauteuil , le corps fans ceffe
penché en avant , & ne pouvant plus fe coucher ,
annonça que les férofités sétoient fixées dans la
cavité des poumons. En Avril , la poitrine du
Roi s'engorgea de plus en plus ; la toux qui donnoit
peu de relache , étoic fréquemment accom
pagnée de crachats fanguinolens & de naufées
violentes. Ce fut dans cet état que le 17 Avril,
le Roi prit fubitement la réfolution d'aller ha
biter fon palais d'été à Sans- Souci , & de faire
un détour de quelques milles en caroffe pour
s'y rendre. Quelque dangereux que ce voyage
parût au Profeffeur Selle , il ne s'enfuivit aucune
autre incommodité. Dans le même tems
le Roi fayoit quelquefois de fe promener à
cheval ; mais le défaut des forces ne lui permettoit
plus de faire cet exercice. Le 28 d'Avril au
foir , le Roi eut un accès de fievre accompagnée
de frillons violens , qui durerent deux heures ,
& auxque's fuccéda une fueur abondante . Le
lendemain , il fe trouva extraordinairement foulagé
, mais on s'apperçut en même tems que
l'enflure de la jambe droite avoit gagné jufqu'au
deffus du genou . A cette heureuse révolution
s'étoit jointe une diarrhée qui dura huit jours , &
qui conjointement avec la fievre opéra un changemene
en bien pendant près de trois femaincs.
›
» Cet état d'une convalefcence apparente
où le roi croyoit fe trouver , dura peu . Dès
les premiers jours du mois de juin , les deux
jambes commencerent à s'enfler , la toux devint
plus fatigante , le fommeil , ou plutôt l'af
foupiffement où il tomboit fréquemment , plus
long ; & l'accroiffement des forces fe trouvoit
dans une grande difproportion avec ce long
as
1
( 10 )
整
fommeil & le grand appétit du malade. Enfin
une oppreflion continuelle qu'il fentoit dans les
parties qui avoifinent le diaphragme , la néceffité
où il fe trouvoit de refter affis nuit & jour dans
fon fauteuil , la pofition du corps penché du
côté droit , les longs affoupiffements accompagnés
de mouvemens convulfifs , fon réveil en
furtaut , tous ces fimptômes joints à la bouffiffure
& à la rougeur éclatante du vifage , ne laiffoient
plus de doute fur la nature & le fiege de la maladie
qui étoit décidément une hydropifie de poitrine.
La preffion du doigt dans la région du
diaphragme faifoit préfumer , à la vérité , quelque
amas d'eau dans le péricarde , mais le pouls
mol , grand & reglé joint aux autres circonftances
, faifoit rejetter avec fondement cette derniere
conjecture . Toutes ces confidérations , continue
le profeffeur Selle , me firent juger que la
maladie du roi étoit incurable & mortelle &
que tout remede qu'on auroit voulu y apporter,
cût été ou inutile ou dangereux. Malgré la précaution
que je pris de cacher mon jugement à
Pilluftre malade , la pénétration de fon efprit
devina ma penſée , & il réfolut de faire appeller
d'Hannovre M. le Confeiller de la cour Zimmermann
, pour confulter avec lui fur l'état de
fa fanté. Le 22 juin , le roi fe fentit affez de force
pour faire un ttour de promenade à cheval.
Cet exercice occafionna vraisemblablement le
crachement de fang qui s'enfuivit le furlendemain.
Le 4 juillet , il prit au malade un vomiffement
foudain , accompagné d'une tention &
d'un gonflement confidérable du bas- ventre. En
ayant été averti , & ayant appris que ces derniers
maux étoient rébelles aux remedes purgatifs,
ordinaires , je reconnus que ces nouveaux .
6mptômes n'indiquoient que trop . clairement le
commencement d'une hydropifie afcite ou du
bas ventre. Le roi voulant être éclaici fur ces
nouveaux accidens de fa maladie , me fit rappeller
le 11 juillet à Potsdam . Il ne m'étoit
plus poffible de lui déguifer le danger d'une hydropifie
formelle , qui menaçoit les jours ; cependant
je ne lui fis entrevoir qu'à un terme
reculé. Peu de temps après le roi fe crut mieux ;
fon appétit défordonné me fit craindre pour
les
fuites. En effet , la fievre s'annonça dans la nuit
du 12 au 13 avec violence ; fon ardeur fe calma
dans l'après-midi , & le redoublement eut
lieu vers la nuit ; le jour fuivant fe paffa de
même. Le 15 , le roi ne fortit de fon long af
foupiffement que vers les onze heures du matin,
temps auquel il avoit coûtume d'expédier fes
affaires du cabinet ; il s'en acquitta ce jour- là
pour la derniere fois avec une voix foible , à
la vérité , mais avec beaucoup de préfence d'ef
prit. La moitié d'une vive ( araignée de mer )
qu'il mangea enfuite , fut fa derniere nourriture.
Ce fut le 16 du même mois que S. M. le
roi aujourd'hui regnant m'envoya précipitamment
fes ordres en m'enjoignant de me rendre
en diligence à Potsdam , & en me faifant prévenir
que depuis le jour précédent le roi n'avoit
plus recouvré l'ufage de fes fens . Je me
trouvai vers les trois heures de l'après - midi auprès
du malade , qui quoique dans un état défefpéré
, avoit repris fes fens , au point de reconnoître
ceux qui l'approchoient : mais il étoit
fans aucune réminifcence des affaires non expédiées
de fon cabinet , ce qui ne lui étoit jamais
arrivé durant toute fa vie ; & c'est ce qui
m'effraya plus que tout le refte ; car ce n'eft
qu'en mourant qu'il pouvoir laiffer échapper des
mains les rênes de la monarchie. Lorsqu'on panfa
ſajambe , ik donna toutes les marques du fen-
Վ
),
ax6
( 12 )
timent , quoique les matieres qui en déco uloient
euffent un odeur cadavereufe. Le vifage étoit
plus rouge que pâle & les yeux n'avoient pas encore
perdu tout le feu qui les animoit dans l'état
de fanté. Peu après ayant fait connoître le befoin
qu'il avoit d'aller à la felle , il fit feul & fans le
fecours de perfonne le trajet de fon fauteuil
jufqu'à la garde-robe , & en revint de même.
Vers les fept heures du foir , il s'endormit d'un
fommeil doux & tranquille , d'une fueur lente;
Cet intervalle étoit manifeftement celui de rémiffion
de la fievre & je ne m'attendois que le jour
fuivant aux effets mortels qui devoient s'enfuivre.
Cependant l'agonifant , après avoir eu une
felle involontaire , Fut faifi fubitement d'un friffon
qui fut caufe qu'il demandoit fans ceffe à
être couvert de couffins de plume . Enfin vers les
9 heures du foir une toux foible , feche , continue
, accompagnée du râle , avant - coureur de la
mort, rendant de plus en plus la refpiration
plus difficile , parvint le 17 août à 2 heures 20
minutes du matin , à arrêter pour jamais les refforts
de cet efprit extraordinaire . La maladie ,
compter du jour où le roi eut la premiere
atteinte d'apoplexie , avoit duré 11 mois , fans
Jui donner que peu ou point de relâche , période
que parcourent peu de malades affectés du
même mal. Quatre fois la nature avoit fait des
efforts pour conferver le compofé rare de cet
homme unique, deux fois en provoquant des diarrhées
bénignes , & deux autres fois en jettant
la matiere goutteufe ou érefipélateufe à la fuperficie
de la peau ; mais il n'étoit réſervé ni à
elle , ni à l'art de fauver de la de ruction des
organes affoiblis par l'âge , épuifés par les fatigues
& les maladies , & enervés par les travaux
les plus pénibles & les plus glorieux. »
( 13 )
Les , le Prince de Reuff , Miniftre plén
potentiaire de l'Empereur , eut une au
dience de S. M. , dans laquelle il la complimenta
fur fon avénement au trône , & remit
en même temps fes nouvelles lettres de
créance .
Le Baron de Keller , Miniftre plénipotentiaire
du Roi auprès de l'Impératrice de
Ruffie , eft parti pour fe rendre à fa deſtination
.
Les pluies fréquentes tombées dans la Siléfie
pendant l'Eté , y ont occafionné des
dommages confidérables, La récolte du
fon a été prefqu'entierement perdue ; le
blé , l'orge & l'avoine font pourris en grande
pa tie dans les champs. Beaucoup de
routes font devenues impraticables. A Arnf
dorf , près de Hirfelberg, un grand champ
s'eft écroulé à une profondeur affez confidérable.
Le Lieutenant Général de Zaremba eft
mort à Brieg , le 20 Août , dans la 75e. année
de ion âge.
DE VIENNE, le 19 Septembre.
L'Empereur ayant fait en neuf heures le
trajet d'ici au camp affemblé près de Brunn ,
il y paffa les troupes en revue , & le lendemain
fe rendit à Olmut Les grandes ma
noeuvres ont commencé le 4.
Le camp eft compofé de 13 Régimens
d'Infanterie , de 3 bataillons de Grenadiers,
( 14 )
de 2 Régimens de Carabiniers , dez de
Dragons & d'un de Huilards.
Le Comte Charles de Zinzendorfeſt mort
ici dans fa 69e . année .
L'Empereur a conféré le commandement
général des trontieres de l'Esclavonie & du
Bannat au Lieutenant - Général Comte de
Mitrowsky , & S. M. a élevé au grade de
Lieutenant Général le Comte d'Arco , le
Baron de Neugebauer , & le Baron d'Eſefchwiz.
Les Colonels Comte de Colloredo ,
de Vieret , Malcamp de Ligne & de Bauleiz
ont été nommés Majors - Généraux .
L'Empereur a réuni la Généralité de Car-
Iftadt avec celui de Warafdin , fous le nom
du commandement général de la Croatie ,
& l'a conféré au Lieutenant - Général de
Vins .
DE FRANCFORT , le 25 Septembre.
??
On raconte que le nouveau Roi de Pruffe
a enjoint à fon Grand Chancelier , Barón de
Carmer , d'achever le nouveau Code , &
d'être fur tout très attentif à prévenir les
coups d'autorité dans l'adminiftration de la
Juftice. » Si quelqu'un , fait - on ajouter à ce
» Prince , cherchoit par la fuite , à m'in-
» duire à faire intervenir la puiffance royale
dans les affaires particulieres , je vous prie
de me faire des repréfentations à ce fujet ,
» & de me rappeller les ordres que je
viens de vous donner. Je ne pense pas à
( 15 )
» abolir entierement la peine de mort , que
je crois néceffaire en certains cas ; mais je
» veux qu'on évite toute cruauté dans les
» punitions.
Nous ne rapportons comme authentiques
ni ce difcours, ni tous ceux de même genre,
qui fe multiplient dans les Gazettes , &
dont la plupart font abfolument imaginaires.
Sous le feu Roi de Pruffe , on avoit bâti
une falle de fpectacle , à l'ufage d'une troupe
de Comédiens François , dont ce Prince fe
dégoûta , & qu'il renvoya il y a quelques
années. On croyoit qu'ils feroient rappelles
par le Roi actuel, qui au contraire , vient de
donner cette falle au Directeur de la Comédie
Allemande , avec une gratification de
3000 rixdalers , pour l'indemnifer de la fufpenfion
du fpectacle , durant le deuil .
Des lettres de Berlin affurent la nouvelle
très apocryphe , qu'on a trouvé dans le tréfor
particulier du feu Roi 9,700,000 rixd.
en billets de banque , couverts d'une feuille
de papier , fur laquelle le feu Roi avoit de
fa propre main écrit les mots fuivans : pour
les fujets pauvres & fouffrans de mes Etats.
Entre plufieurs Epitaphes latipes faites
pour le tombeau du Roi de Pruffe , ceile
compofée par le Baron de Suhm , Chambellan
du Roi de Danemarck , a paru mériter
la préférence ; la voici :
( 16 )
H. S. E.
Hic
Cujus nomen laus maxima ,
Fredericus II,
·Borufforum Rex ,
Armis Cæfar , pace Auguftus ,
In republicâ gerendá Vefpafianus ,
Philofophia Marcus , vitâ Antoninus ,
Regum exemplum ,
Sine exemplo, maximus.
On fait qu'à Ulm on éleve tous les ans
des peuplades d'efcargots , & qu'on en fait
une branche de comme ce. Il paffe annuellement
vers la S. Martin à l'Etranger près
de 4,000,000 d'escargots , placés dans des
tonneaux chacun de 10,000 pieces. Le
tonneau fe vend 15 jufqu'à 40 florins .
"
L'ouvrage annoncé du Confeiller de Born
dans lequel il rend compte de fa méthode d'extraire
l'or , l'argent , & c. du minéral dont i's
fone enveloppés par le procédé de l'amalgame ,
a paru à Vienne : cet ouvrage qui fera bien
accueilli des Chymiftes & de tous ceux qui s'oc
cupent de l'exploitation des mines , eft accom
pagné de 21 gravures pour l'intelligence du
texte de 227 pages in-4° . Voici quelques détails
re'atifs aux frais de ce nouveau procédé ,
& à la quantité d'argent que contient le minéral
exploité dans la Hongrie . Des expériences réi
térées ont prouvé que l'exploitation d'argent
renfermé dans mille quintaux de minéral , n'ą
pas même coûté la fomme de 933 rixdalers ;
que la perte du vif- argent employé pour extraire
40 à 50 , 000 marcs d'argent ne montoit qu'à
>
( 17 )
60 & tout au plus à 70 quintaux ; que le vifargent
ne s'affoibliffoit pas dans les opérations,
& que dans l'espace de 24 heures on pouvoit amalgamer
80 quintaux de minéral & en préparer
double pour l'opération . Autrefois on brûloit
par an dans la baffe Hongrie 11 à 12,000
quintaux de plomb pour débarraffer l'argent
de fon minéral, Le minéral d'argent dans
Ja Hongrie & la Tranfylvanie rend par an
80 , 000 marcs d'argent & celui de cuivre
renfermant des parties d'argent environ
12,000 marcs d'argent . Les minéraux de cuivre
contiennent par quintal jufqu'à 15 à 20 livres
pefant de cuivre , jufqu'à deux onces d'argent.
L'argent de la baffe Hongrie renferme par
marc 12 , 15 jufqu'à 40 deniers d'or.
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 26 Septembre.
Leurs Alteffes Royales l'Archiduc Ferdinand
& fon Epoufe prolongent leur féjour
dans notre Ifle jufqu'à la fin du mois. Ils ne
fe font pas bornés à vifirer avec la plus grande
attention tout ce que cette immenfe Métropole
offroit à leur curiofité. Ils font allés à
Oxford , de là aux fuperbes maifons de campagne
de Blenheim , de Stowe , de Nuneham :
ils ont fait enfuite le voyage de Portſmouth,
d'où ils doivent paffer à Bath. La Cour leur
a donné différentes fêtes, fans étiquette , tant
ici , qu'à Windfor & à Kew.
Le Marquis de Carmarthen a reçu de M.
( 18 )
Eden des dépêches envoyées à Windfor , &
qui annoncent la fignature du Traité de
Commerce entre la Grande Bretagne & la
France. On efpere que les ratifications feront
peu différées ; & quoique ce Traité ne foit
qu'imparfaitement connu , on s'en promet ici
de grands avantages pour le commerce &
pour le crédit public.
On portera à la prochaine Seffion du Parlement
un Bill qui fimplifie les droits de
Douanes & abolit toutes les fubdivifions &
diftinctions multipliées , dont le commerce
étoit embarraſſé. Lorſque le Bill aura paffé
tout particulier pourra faire lui- même les affaires
; fans être obligé d'avoir recours au miniftere
des Courtiers.
On vient d'achever à Deptford la conftruetion
du Vanguard de 74 can. , qui fera lancé
au printems. Les ouvriers , occupés de ce tra
vail , conftruiſent actuellement avec célérité
le Windfor Castle de 98 can. & le Brunſwick
de So can. Ce dernier fera à deux fonts ; jufqu'ici
, les yaiffeaux de 80 can. en avoient eu
trois. On répare dans le même chantier les
frégates la Veftale & le Cyclops de 28 can. &
le King's Fisher de 18. La Perle de 32 can.
eft mife en commiffion pour la Méditerranée
& fera commandée par le Capitaine Finch.
Le Gouvernement fe propofe de former
une Colonie à la Nouvelle Hollande , fituée
dans les mers de l'Inde . Les Commiffaires
de la Marine ont déja publié des avis pour
fe procurer des tranfports jufqu'à la concur
1
( 19 )
rence de 100 tonneaux. Cette Colonie fera
établie à Botany Bay , fur la côte occidentale
de l'ifle où le Capitaine Cook prit des
rafraîchiffemens , & fit quelque féjour pendant
fon voyage de 1770. Ayant été le pre.
mier navigateur qui ait parcouru cette côte ,
il l'a nommée New South Wales [ la nouvelle
Galles méridionale ] , & les deux
caps à l'embouchure de la riviere furent
appellés Solander & Banks. Les colons deftinés
à ce nouvel établiffement font 750
prifonniers renfermés pour crimes . Dans ce
nombre fe trouvent 70 femmes. Cette troupe
fera diftribuée fur cinq bâtimens , dont
chacun portera 150 hommes ou femmes ,,
fous la garde de 12 foldats, de Marine &
d'un caporal. Cette petite flotte fera efcor
tée par plufieurs vaiffeaux de guerre qui reviendront
en Angleterre , auili - tôt après le
débarquement. Trois d'entr'eux feulement
refteront dans cette Ifle , où l'on établira une
garnifon de 300 hommes , deftinée à la défendre
& à y maintenir le bon ordre. Tous
les gens employés à cette expédition doivent
, ainfi que les nouveaux Colons , recevoir
pour deux ans de provifions, au moment
du débarquement. On leur fournira les inf
trumens néceffaires à l'agriculture , à la chaffe
& à la pêche. Enfin , on y élevera fur le
champ quelques bâtimens ou barraques , en
attendant qu'on ait conftruit un Fort & un
Hôtel - de -Ville convenables. Cette Ifle eft
prefque à la latitude du Cap de Bonne1
( 20 )
Efpérance , & la traversée pour s'y rendre
d'Angleterre , fera d'environ huit mois.
Le Gouvernement s'eft arrangé pour les
bâtimens de tranfpoit deftinés à cette expédition
, avec la Compagnie des Indes . Celleci
s'engage à prendre à fon fervice les mêmes
bâtimens qui , de la Nouvelle - Hollande ,
iront charger des thés à la Chine , fur le pied
de 10 liv. fted . de fier par tonneau. Ce plan
mettra le Gouvernement en état de recruter
tous les ans , à peu de frais , la nouvelle Colonie.
On apprend de Portfmouth , par une
lettre du 15 , que l'on y a éprouvé pendant
les deux jours précédens un coup de vent
terrible. Tous les bâtimens , jufqu'aux vaiffeaux
de garde , ont été contraints d'amener
leurs vergues & leurs mârs .
Un riche particulier d'une de nos Provinces
feptentrionales , nommé Mr. Irton ,
plein d'un zèle extraordinaire pour les progrès
de la Géographie & de la Navigation , vient
de former une entreprife très-honorable. Il a
armé à fes frais , dans la Tamife , un vaffeatt
d'environ 300 tonneaux , avec lequel il va
partir pour la mer du Sud. Ii compte toucher
aux Ifles découvertes par le Capitaine
Cook, & parcourir enfuite les mers adjacentes .
Les dernieres lettres de la nouvelle Ecoffe
donnent des nouvelles fatisfalfances de l'état de
cette Colonie. Il s'y fair aduellement un commerce
très- avantagrux & particuliecrement à
Halifax , à Port- Rofway & à la riviere de
( 21 )
St. Jean ; la pêche de la baleine , & celle de
la morue qui produit environ mille quintaux ,
y font floriffantes. La population aujourd'hui
fept fois plus confidérable qu'elle ne l'étoit
avant la guerre , ne laiffe point pour le moment
de bled ni de farine de refte ; mais avant peu
les habitans feront en état d'en exporter . Quant
au bois pour les futailles ou la tonnelleris , les
forêts de cette province , celles du Canada &
les moulins à fcie qui y font établis en grand
nombre , la mettront à portée de fournir , pour
cet article , à la conformation de toutes les
Ifles Britanniques , pendant plus d'un fiecle peutêtre
. Par la même raifon les bois de conftruction
n'y feront pas moins communs , ainfi que le
goudron , la poix & la térébenthine , dans un
pays où la moitié des arbres eft compofée de
pins & d'autres arbres réfineux ,
Les fourures font pour les habitans de la nouvelle
Ecoffe une nouvelle branche de commerce.
Un grand nombre de Colons font aujourd'hui
à faire de la potaffe. Les mines de fer fe trouvent
en grande quantité dans ce pays. Le fol
convient à la culture du chanvre & du lin , &
les mines de charbon de terre peuvent donner
beaucoup de foufre,
Les années précédentes, on ne comptoit que
30,000 tonneaux de vin de Portugal , payant
les droits de Douanes à Londres , Laréduction
des droits & les mefures contre la fraude , ont
tellement accû l'importation légitime ,
que depuis fix femaines , 8000 tonneaux ont
acquitté les droits. La différence du revenu
fur les vins de France a été encore plus'confidérable
; & fi cette proportion fe foutenoit,
au-lieu de 500,000 liv. ferl . que endoit an
( 22 )
nuellement cette confommation , elle procureroit
à l'Excife 2,000,000 pour lė port
Londres feulement.
de
Le 20 de ce mois , la Compagnie des Indes
a donné avis , que dans un an , à commencer
du préfent jour , tous les billets tirés
fur elle ne porteront plus qu'un intérêt de
4 pour cent , au lieu de 5 comme précédemment.
Le Miniftere actuel s'occupe , dit on , de
former un établiffement dans la vafte étendue
de pays qui avoifine la baie d'Hudſon ,
& de faire révoquer les privileges abufits de
la Compagnie qui exploite le commerce de
cette partie de l'Amérique.
Un Voyageur raconte , dans les termes
fuivans , la maniere dont on exécute les criminels
de l'Ifle de Java , par le fuc de l'Upas,
le poilon le plus terrible qu'on connoiffe.
&
Au mois de Février 1776 , je fus témoin à
Soura Charta , de l'exécution de treize concubines
de l'Empereur , convaincues d'infidélité . Le jour
du jugement , vers les onze heures du matin ,
elles furent conduites dans une cour du Palais ,
où un Juge les condamna à être miles à more
avec une lancette empoisonnée par le fuc de
l'upas. Auffi - tôt on leur préfenta le Koran
elles furent obligées , conformément à la Loi du
Prophete , de reconnoître & d'attefter par ferment
, que la peine à laquelle elles étoient condamnées
, étoit le juste châtiment de leurs crimes.
Elles prononcerent le ferment en mettant la
main droite fur le Koran , la gauche appuyée ſur
le coeur , & les yeux élevés au ciel ; aprés quoi le
›
( 23)
Juge porta à leur bouche le Livre Saint qu'elles
baiferent.
Cette cérémonie achevée , on les mena au lieu
de leur exécution . Elles y furent attachées chacu
ne àun poteau , & dépouillées jufqu'à la ceinture.
Elles referent quelque tems dans cette fituation
affiftées par des Prêtres , qui les exhortoient à la
mort , jufqu'au moment où le Juge fit un fignal
à l'exécuteur. Celui - ci s'avança armé d'une lancette
à reffort allez femblable à celle qu'on
emploie pour faigner les chevaux , & frappa les
victimes dans la poitrine avec cette corne empoifonnée
d'upas. L'opération fut achevée en moins
de deux minutes.
›
Jevis , avec le dernier étonnement, les prompts
effets de l'upas. Au bout de cinq minutes , ces
malheureufes furent faifies d'un tremblement
général , accompagné d'un fubfultus tendinum , &
de fouffrances terribles . Au bout de quinze minutes
, montre à la main , toutes étoient mortes.
Quelques heures après , j'obfervai que leurs corps
étoient couverts de taches , livides ſemblables aux
pétéchies ; leurs vifages étoient enfiés , & leur
peau devenue bleuâtre.
1
Nos Lecteurs n'ont point oublié le voyage
du généreux M. Howard , paffé en Turquie
pour y pour faire l'épreuve de fes moyens
de prévenir la pefte , ou du moins d'en diminuer
les ravages. Voici une lettre de ce
refpectable . Philantrope , reçue par un Particulier
de Londres , & datée de Salonique
le 22 Juin 1786 .
« Je vous ai fait part de mon projet de connoître
& de raffembler tous les Plans , Réglemens
, &c. des principaux Lazarets de l'Eu-
» rope. J'ai parcouru fucceffivement Marſeille,
·( 24 )
»Gênes , Livourne , Naples , Malthe , & c . oùj'ai
fait différentes queftions ( en payant , comme
» de raison , les droits de confultation ) `aux
principaux Médecins de ces villes , relative
» ment au traitement des perfonnes attaquées de
la Pefte. J'ai pensé que les hôpitaux de la
» Grece me donneroient des connoiffances plus
étendues fur cet objet : en conféquence , j'at
vifité Zante , Smyrne , Conftantinople , &
enfin cette ville où je fuis arrivé depuis huit
» jours. Je vais par tout hardiment , en gardane
» le fecret de ma vifite , & à l'exception d'un
» très violent mal de tête que j'éprouve toujours
dans les lieux où regnent des maladies
contagieufes , & qui me quite une heure
après en être forti, je n'ai éprouvé aucune incommodité.
"
30
"
*
« Je fuis arrivé ici dans un canot Grec reme
pli de paffagers . L'un d'eux étant tombé ma
» lade on me l'amena , parce que je fuis regardé
par - tout comme Médecin. Je lui ai tâté
le pouls , j'ai examiné les aînes , & j'ai or
» donné qu'on le tint chaudement dans une petite
chambre , en difant qu'il étoit enrhumé.
Deux heures après j'ai envoyé chercher un
Capitaine François , à qui j'ai dit en lui recommandant
de ne point donner l'allarme
» que cet homme avoit infailliblement la peſte
& cinq ou fix jours après on m'a montré la
foffe où il a été enterré.
פכ
Je vais dans toutes les prifons pour y pren-
» dre des renfeignemens ; mais mes interprêtes
» me fervent très mal . Je vais m'embarquer
» pour Scio , parce que cette ifle a le plus fameux
hôpital du Levant.
"
Ma quarantaine qui fera en effet de quarante
jours , aura lieu , je l'efpere , à Venife
J'aurois
( 2·5 )
J'aurois pu revenir par terre en prenant la
route de Vienne fans être retardé , parce que
» l'on ne fait point de quarantaine aux fronatieres
de l'Empereur. Dans le cas où l'on feroit
en Angleterre un établiffement de cette
» nature pour nos vaiffeaux , des connoiffances
» qui paroiffent à préſent inutiles , pourroient
» devenir très-importantes. En conféquence je
me fuis procuré les recommandations les plus
fortes de la part de l'Ambaffadeur de Ve-
»nife , afin de pouvoir porter jufqu'aux moindres
» détails , les obfervations que je me propofe
» pendant ma quarantaine. Graces au Ciel , je
fuis bien portant, calme & plein de courage.
J'en ai eu befoin , car depuis mon débar-
» quement à Helvoetfluys , je n'ai apperçu au-
» cun navire Anglois , ni parcouru un mille avec
" un feul de mes compatriotes.
99
"
Je crois faire une oeuvre utile ; j'ai la plus
grante confiance dans la bonté du Dieu que
je fers. Si l'exécution de mon entrepriſe me
» cauſe quelques perites privations , n'en fuis-je
» pas bien dédommagé par l'approbation de ce
divin maître , & par le témoignage de ma
» confcience ?
ou
د و
" A Smyrne , les maifons des Francs ou Etran-
» gers , font plus étroitement fermées que des
ဘ prifons ; ils ne reçoivent rien qui n'ait été
» définfecté par une fumigation , & la mer leur
» apporte leurs provifions. Mais à Conftantinople
meurent tant de naturels , les maifons
des Francs font toujours ouvertes . Il n'y a
pas long-tems que je me trouvois avec un
Négociant Italien ; l'extrême gaieté de cet
étranger me furprit ; & comme je le té-
» moignois à une autre perfonne , elle me ré-
" pondit que c'étoit un jeune homme à la fleur
Nº . 40 , 7 Octobre 1786. b
3
( 26 )
de fon âge , & qui faifoit très-bien fes affaires .
Hélas ! tamedi dernier j'appris qu'il étoit mort
avec tous les figues de la Pefte .
La foufcription ouverte il y a fix femaines
, pour ériger une Statue à cet illuftre
Voyageur , paffe déja douze cents liv . ſterl.
Un feul Café de Glafcow a fou ! crit pour 74
guinées.
M. Billingsly , de la Société de Bath , a
fait les effais les plus heureux d'une méthode
de cultiver les pommes de terre . Après
deux labours fur une terre encore couverte
du chaume de l'avoine qu'elle avoit portée ,
cet Agriculteur la fit herfer & fumer avec 30
charrettes de fumier par acre. Il a obtenu de
fix acres 550 facs de pommes de la
de
ter
premiere qualité ( 240liv. par fac ) , 100 ditto
de la moyenne efpece , & so de la moindre ;
en tout , 700 facs ; ce qui fait pour chaque
acre 116 lacs deux tiers , ou , en boiffeau , à
60 liv. 350. Il a commencé à les planter à la
fin d'Avril , & fon opération a été terminée
le 25 Mai. La plantation étoit difpofée par
couches larges de 8 pieds , & l'efpace vuide
ou l'allée étoit de 2 pieds & demi . Les plants
étoient placés à un pied de diftance fur la
jachere. On y étendoit le fumier , après quoi
elles étoient recouvertes avec la terre des allées.
On employas facs de femence par
que acre.
cha-
Le Journal du Maryland , du 4 Juillet
dernier , a publié la Réponſe fuivante , faite
par le Marquis de Carmarthen à M. Adams ,
( 27 )
au fujet de la demande faite par ce Miniftre
des Etats - Unis , de l'évacuation des Forts
détenus en Amérique par les Anglois.
» Quand l'Amérique montrera une ferme
réfolution de remplir les obligations qu'elle
» à contractées par le Traité de paix , Ja
» Grande - Bretagne n'hésitera pas à lui prou-
» ver ſon defir fincere d'exécuter tous les points
» de fes propres engagemens.
Les marchands & autres fujets Anglois qui
ont des biens & des créances dans les Etats -Unis,
ont reproché auxdits , Etats refpe&tifs les points
fuivans , favoir :
ב כ
Moffachufeits - Bey. L'acte paffé le 4 Novembre
1784 , qui fufpend le payement des
intérêts.
» New - York. L'acte du 12 Juillet 1782 ,
qui prive les créanciers Anglois du droit de
réclamer l'intérêt des dettes contractées avant
le premier Juillet 1780 , jufqu'après le premier
de Janvier 1783 ;, & défend les exécutions
fur le principal , jufqu'à la troifieme année
après l'évacuation de la Nouvelle-York.
L'acte du 17 Mars 1783 , & confirmé par
d'autres en 1784 , 85 , &c.
ג כ
Penfylvanie. La loi paffée auffi - tôt après
la paix , pour reftreindre le recouvrement des
anciennes dettes Angloifes , pendant une période
d'année.
">
Maryland. L'acte d'Octobre 1780 , qui ordonne
que les dettes Angloiles feront payées au Tréfor
; tandis que l'on n'y a verté aucune fomme
pour remplir cet engagement ; la fomme payée
pour 144,574 liv . 9 f. 4 d . & demi ft . ne fait
que 3,625 liv. 18 f. 2 d. ft . en efpeces cou
rantes.
b 2
( 28 )
» Virginie. Par un Edit du Gouverneur du
2 Juillet 1783 , tous les agens & facteurs Anglois
, qui étoient arrivés dans cet Etat , ont
eu ordre d'en partir ; claufe qui fut annullée .
dans le mo's de Novembre fuivant , & il fut
permis aux agens & facteurs Anglois de reveni
. Par un acte d'Odobre 1774 , toutes les
dettes Angloites doivent être remboursées en
fept paiemens égaux , dont le premier dot fe
faire le premier Avril 1786 , & les autres de
fuite d'année en année....... Il y est d
qu'on n'accordera aucun intérêt aux fujer
de la Grande Bretagne , pour aucun tem
écoulé depuis le 19 Avril 1775 , jufqu'au trois
de Mars 1783 , intervalle qui ne fera conûdéré
que comme un feu! ... Qu'aucun établiſſement,,
fait par obligation , ou autre engagement , ne
portera térêt.... Cet acte fut paflé à la maifon
des Délégués & du Sénat ; mais il ne fut
point revêtu de toutes les formalités , & en
conféquence , il eft douteux s'il a force de loi.
La fomme payée par le Tréfor aux créanciers
Anglois , pour 273,554 liv. 13 f. 6, d. ft . n'eft
égale qu'à 12,025 liv. fterl .
·
→ Caroline Septentrionale. Quelques actes de
cet Etat ont excité des plaintes ; mais il n'en
eft fait aucune mention .
- Par une Ordon- » Caroline Méridionale .
nance paffée le 26 Mars 1784 , il n'eft permis
dintenter aucun procès pour fes dettes , contractées
avant le 26 de Février 1782 jufqu'au
premier Janvier 1785 , auquel tems feulement
l'intérêt qui s'eft accru depuis Janvier 1780 , fera ,
exigible ; & au premier Janvier 1786 , on
pourra recouvrer le quart du capital & des intérêts
échus , & ainfi de fuite annuellement.
Par un autre acte du 12 Octobre 1785 , un
( 29 )
débiteur durant les poursuites du procès qu'on
lui intente , eft autorifé à offrir fon domaine ,
qu'après l'évaluation le Créancier eft obligé de
recevoir pour les trois quarts de la valeur eftimée.
Ces actes , & d'autres femblables , ainfi
que la conduite de cet Etat , ont excité de vives
réclamations .
ဘ Géorgie. Les plaintes contre cet Etat font ,
qu'il a pallé des actes femblables , à ceux de ta
Caroline Méridionale , avec ces circonftances
aggravantes , que les Juges du Banc ont dé . –
claré que les fujets de la Grande- Bretagne , ne
pourront poursuivre pour dette aucun débiteur ;
mais qu'ils pourront l'être eux mêmes par leurs
Créanciers.
D
Qu'il n'a été fait aucune difpofition pour
les biens qui ont été confifqués & vendus pour
Jes fervices publics , ni même pour l'argent
qui a été payé au tréfor . Sa Seigneurie obferve
que la plupart des actes mentionnés qui ont pour
objer de fufpendre ou d'empêcher le recouvrement
des créances Angloifes , difent dans le
préambule : » Attendu que cet Etat eft dans la
réfolution de remplir & d'effectuer le traité de
paix dans toutes les parties , & c . Et d'ailleurs
quel que foit l'obftacle ou le prétexte qu'on oppofe
au recouvrement des créances des marchands
Anglois , c'eft toujours une violation du
quatrieme article du traité de paix . Dans pluheurs
Etats , toute caufe pour plus de fept ans
d'intérêt eft actuellement fufpendue ; tandis que
dans d'autres , quoique les tribunaux paroiffent
être ouverts , les gens de loi ne peuvent fe réfoudre
à pourfuivre le recouvrement des créances
Angloifes.
» Il n'eft point de Créancier qu'on n'y ef
time for heureux , lorfqu'abandonnant les inb
3
( 30 )
térêts qui lui font dûs ; ( perte de 30 ou
même en certains cas de 40 pour cent , ) il
parvient à fe procurer la fûreté du paiement
du capital. »
Voici un fragment de plaifanterie Angloife
, fur la prochaine feffion du Parlement.
Les Directeurs du Théatre de S. Erienne ( 1)
n'ont épargné ni peines ni dépenses pendant la
clôture , pour preparer au public de nouveaux
a muſemens. Ils ont ergagé plufieurs Auteurs
qui promettent beaucoup leur répertoi e feta
fort rempli . Les coftumes feront brillans ; ily
aura des plaques & des étoiles für prefque tous
les habits .
L'ouverture du Théatre fe fera en Novembre.
Le prologue de la compofition du Souffleur (era
prononcé par le Directeur de la Troupe. Ony
annoncera les principales pieces qui occuperont
la fcène pendant l'hiver : la premiere fera
intitulée l'Empêchement , ou le Nabab dans le margouillis
par M. Burck , Auteur très- avantageufement
connu du public. Cette piece a déja été
répétée , & le public a paru y prendre goût.
Le Drame n'eft pas fort régulier , mais l'Auteur
a compenfé ce défaut d'unité par des détails
très piquants. On aflure que le Théatre fera jonché
au dénouement d'une multitude de morts.
Cette Comédie tragique fera fuivie d'une nouvelle
pantomime , intitulée le Diamant ou l'Argument
irrefiftible . M. Haftings terminera le fpectacle
par une danfe de corde.
(1) Endroit où s'affemblent les deux chambres
du Parlement.
( 31 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 27 Septembre.
Le Comte de Chalons , Ambaffadeur du
Roi près la République de Venife , & le
Marquis de Noailles , Ambaffadeur extraordinaire
du Roi près l'Empereur Roi de
Hongrie & de Bohême , ont eu , le premier
, le 17 de ce mois , & le fecond , le-
21 , l'honneur de prendre congé de S. M.
pour fe rendre à leurs Ambalades , étant
préfentés par le Comte de Vergennes , Chif
da Confeil royal des Finances , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , ayant le département des
Affaires étrangeres .
Le fieur Bell , Libraire de Londres , ayant
fait depuis peu une nouvelle édition des
Euvres de Shakespeare , a eu l'honneur
d'en préfenter , le 17 , un exemplaire à
Monfieur, Frere du Roi , qui a bien voulu
le recevoir avec bonté.
*
Le 24 de ce mois , le Marquis de Chabert ,
Chef d'Efcadre des Armées navales , Infpecteur
général des Cartés , Plans & Journaux
de la Marine , a eu l'honneur de préfenter
au Roi , fous les aufpices du Maréchal de
Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département de la Marine , une nouvelle
Carte de l'Océan occidental , dreffée au
Dépôt fous fa direction , avec une analyſe
des matériaux fur lefquels cette Carte ef
b 4
( 32 )
fondée , & dont une grande partie eft due
aux Officiers de la Marine de France , verfés
dans l'Aftronomie.
Le même jour , Leurs Majeftés & la
Famille Royale ont figné le contrat de
mariage du Comte Chriftophe - François
de Beaumont , avec Demoiselle Marie-
Michelle - Frédérique Utrique Pauline de
Montmorin , fille du Comte de Montmorin
, Commandant en Bretagne.
Le 26 , Monfieur Gerard de Rayneval
Confeiller d'Etat,& Monfieur Eden , Envoyé
extraordinaire & Miniftre plénipotentiaire
de Sa Majefté Britannique auprès du Roi ,
ont figné , en qualité de Commiffajres
plénipotentiaires , un Traité de Navigation
& de Commerce entre la France & la
Grande - Bretagne.
DB PARIS, le 4 Octobre.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 21
Septembre 1786 , qui porte à Quarante millions
les fonds de la Compagnie des Indes ,
& qui prolonge à quinze années de paix , la
durée de fon Privilege , fixé à fept années
par l'Artêt du Confeil , du 14 Avril 1785.
Voici le préambule de cet Arrêt.
Le Roi s'étant fait rendre compte , en fon
Confeil , de la fituation préfente de la Compagnie
des Indes , établie par fon Arrêt du 14
Avril 1785 , Sa Majefté a reconnu , par le
détail des expéditions confidérables que ce te
Compagnie a déja faites , & de celles qui doivent
avoir lieu inceffamment qu'elle a employé
tous les moyens dont elle pouvoit faire
( 33 )
ufage , pour fournir des marchandifes d'Afie ,
en proportion des befoins du Royaume , &
qu'il y a fujet d'efpérer que le développement
ultérieur de fon commerce , le mettra dans
le cas d'affurer aux Manufactures > un approvifionnement
mieux aflorti & moins cher
que les achats précédemment faits par les particuliers
, en concurrence libre , ne pouvoient
le leur procure . Sa Majesté en a été d'autant
plus fatisfaite , que le fuccès des premiers efforts
des Adminiftrateurs a déja fervi à remplir
les vues qui l'avoient déterminée à prohiber les
marchandifes étrangeres de ce gente , dont l'introduction
fans bornes ne pouvoit qu'être préjudiciable
à l'état ; ces motifs & la connoiffance
qui a été donnée à Sa Majefté du nombre des
vaiffeaux que la Compagnie eft fur le point
d'armer pour la feconde expédition l'ont déterminée
à confolider fon établiſſement , donr
les premieres opérations annoncent ce qu'on peut
attendre du zele avec lequel elle fe propofe de
les continuer ; & Sa Majeſte a jugé que le moyen
d'en affurer la réuffite , en fixant invariablement
l'existence de cette Compagnie étoit
d'augmenter un capital qui , dès , le principe
avoit paru infuffifant : mais qu'il n'eût pas été
prudent d'étendre davantage dans le premier
moment & avant que l'expérience pût fonder
la confiance du Public dans l'intelligence &
l'activité de l'Adminißration à laquelle ce commerce
eft confié. Pour mettre la Compagnie en
état de retirer de cet accroiffement de fonds
tous les avantages que l'on doit s'en promet -
tre. Sa Majefté a bien voulu prolonger la jouilfance
de fon privilége , & le proportionner à
l'importance de les nouveaux moyens ; mais en
même-temps qu'Elle lui donne cette nouvelie
<
b5 :
( 34 )
preuve de la protection particuliere qu'Elle lu
accorde , Elle n'a point perdu de vue la confervation
des droits des anciens Actionnaires &
Elle a trouvé jufte de leur affurer dans la ré-
' partition des nouvelles portions d'intérêt , une
péférence qui femble leur être due , en rai-
1on des risques qu'ils ont courus & des avances.
qu'ils ont faites. A quoi voulant pourvoir.
*
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 22
Septembre 1786 , qui en confirmant les difpofitions
de ceux des 7 Août & 2 Octobre
1785 contre l'Agiotage , y ajoute la défenſe
de faire des marchés à terme d'effets royaux ou
d'autres effets publics,ayant coursà la Bourfe,
dont la livraifon s'étende au-delà de 2 mois.. -
[ Cet Arrêt établit une Comriiffion compolée
de trois Confeillers d'Etat & de quatre
Maîtres des Requêtes , pour juger fommairement
& fans frais toutes les conteftations
qui pourroient s'élever fur cette espece
de marchés. 1
Idem du 27 Mai 1786 , portant réduction
des droits fur les vins d'Aunis qui font exportés
à l'Etranger.
Idem du 10 Septembre 1785 , qui exempte
du.Droit de Tranfit tous les vins ,qui arri
veront dans les ports de la Sénéchauffée de
Bordeaux , pour y être embarqués .
Suivant le Journal de Guienne , on a publié
à Bordeaux les Lettres- Patentes du Roi ,
concernant les alluvions , attériffemens &
relais formés fur les bords des rivieres navigables
, données à Verfailles le 28 Juillet
1786, & enregistrées le 29 du même mois.
Telle en eft la conclufion .
( 35 )
73 » Ordonnons que l'enrégiftrement fait de
» notre très exprès commandement , le 30 mai
» dernier , de nos Lettres patentes du 14 mai
» dernier , concernant la recherche & la véci-
» fication des ifles , iflots , attériffemens , allu-
» vions & relais formés dans les rivières de
" Gironde , Garonne & Dordogne , & fur fa
» côte de Mé loc , depuis la pointe de la Gran-
" ge jufqu'à Soulac , fera exécuté felon fa for-
» me & teneur ; Ordonnons en conféquence
au grand Maître des Eaux & Forêts de Guiente,
» de procéder aux procès -verbaux & arpentages
prefcrits par nofdites Lettres- patentes ,
fans néanmoins que l'on puiffe en induire que les
alluvions , attériffemens & relais , formés fur les
bords defdites rivières , ni d'aucune rivière navi ·
gable , puiffent appartenir qu'aux propriétaires
des fonds adjacens à la rive defdites rivières , &
"3
·ɔ
כ כ
A NOUS LORSQUE LA RIVE SERA ADJACENTE A
» DES FONDS DE TERRE FAISANT PARTIE DE
ဘ
" NOTRE DOMAINE N'entendons que , fous prétexte
de rechercher & de verifier les terreins
dépen tans de notre domaine , on trouble les
propriétaires dans la pofefion & jouiffance des
fiefs , terres , Seigneuries & autres propriétés
qu'ils poffedent d'ancienneté par eux ou par leurs
» auteurs , & que rien n'annonce faire partie de
notre domaine , &c . ( Journal de Guienne.
Journal général de France. )
و ر
ככ
On a exécuté à Marseille , le 11 Août , en
vertu' d'un Arrêt du Parlement d'Aix , Pafchal
Efcure , Négociant , Armateur , convaincu
d'avoir formé le complot , de concert.
avec fon Capitaine , de faire périr fon Navire
chargé de fauffes marchandifes, qu'ils avoient
eu fon de taire affurer pour une fomme trèsb
6"
( 36 )
forte , garantie par les Capitaliſtes de cette
place & par des étrangers. Efcure a été condamné
au fouet , à la marque & à 30 ans de
galères ; fon Capitaine a reçu la même peine,
mais avec 3 ans de galères feulement. Cette
utile févérité , exécutée très à propos, raffure
les places de Commerce , agitées d'une jufte
défiance , & fur-tout expofées depuis longà
des piéges de toute efpece. [ Affiches temps
de Touloufe. ]
La Société d'Emulation de Bourg - en-
Breffe a tenu le 4 Septembre une Séance
publique.
M. Riboud , Secrétaire perpétuel , a fait l'ouverture
par un difcours dans lequel il a rendu
compte des Ouvrages & Mémoires lus dans les
féances particulieres depuis le mois de Décembre
1785. M. Riboud a exprimé dans le même
difcours les fentimens de reconnoiffance dont
la deociété
eft
pénétrée
envers
l'Adminiflr
tion de la Province , à laque le la ville de Bourg.
doit une collection précieufe d'inftrumens de
Phyfique . Il a parlé du Cours public d'Anato
mie que la Société a fait donner par un de fes
membres , & de l'établiffement d'un Bureau de
charité tendant à profcrire la mendicité de la
ville de Bourg , ce qui fait voir que cette Compagnie
ne ceffe de s'occuper de ce qui peut être
utile à la Breffe .
M. Piquet , Avocat du Roi , a lu un Mémoire
comprenant le détail & les réfultats d'expé
riences qui tendent à prouver que le rouiffage
du chanvre dans l'eau ne procure pas du chanvre
plus beau & de meilleure qualité , & qu'il
a de fi grands inconvéniens qu'on ne devroit
point hésiter à en profcrire la méthode .
( 37 )
Ce Mémoire a été fuivi d'une differtation de
M. Perier fur la puiffance paternelle confidérée
comme réglement politique.
M. l'Abbé Barquet a lu enfuite un Mémoire
fur le degré de falubrité de l'air à Bourg dans
le courant de l'année 1785. Cet ouvrage contient
des obfervations fuivies faites avec l'endiometre
& leur comparaifon avec celles qu'on
fe procure par le fecours des autres inftrumens
météorologiques.
Après ce Mémoire , M. Riboud a lu un éloge
de M. Poivre, ancien Intendant des îles de France
& de Bourbon , Commiffaire Ordonnateur de la
Marine , & celui de M. Maret , Docteur en Médecine
, Secrétaire perpétuel de l'Académie de
Dijon , tous deux Membres de la Société d'émulation
.
Enfin M. Riboud a annoncé que le prix promis
à celui qui feroit le premier conftruire en
Breffe un four de forme elliptique pour cuire
les briques & la tuile , a été adjugé à M. Berther ,
Receveur des Gabelles à Pontdeveaux , qui a
rempli en ce point les conditions du programe
dans fa Fabrique de Chaffagne . Cette forme procure
plus d'égalité dans la cuiffon des briques &
une économie confidérable dans la confommationdu
bois.
« Le 31 Juillet dernier , le Grand Con-
» feil de Gênes a infcrit au Livre d'or de la
» Nobleffe de cette République , la famille
» Grillo , établie à Arles dans le 16e . fiècle .
fous le nom de Grille , & l'a réintégrée
» dans les droits & honneurs dont jouif-
20 foient leurs ancêtres . [ Article envoyé. ]
Le célèbre Ecrivain Anglois , M., William
Coxe , nous a demandé de publier une Ré-
»
( 38 )
clamation importante de fa part , & nous
nous faifons un devoir de rendre cette juftice
à un Etranger d'un fi grand mérite , en
plaçant ici la Lettre qu'il nous a écrite .
Monfieur , ayant lu dans un Mémoire du
Comte de Caglioftro , figné de Me. Tilorier ,
» Avocat au Parlement de Paris , & dans quelques
écrits répandus en France , un paffage
» concernant le Comte de Caglioftro , qu'on
dit extrait de mes Lettres fur la Suiffe , je
» dois prévenir le Public que ce paffage commençant
par ces mots , cet homme fingulier ,
étonnant , &c. ne fe trouve nulle part dans
mes Lettres fur la Suiffe , mais qu'il eft extrait
de l'Ouvrage français intitulé , Voyage d'un
Français en Suiffe , &c. en z vol . in- 8 ° . 1783.
N'ayant jamais connu ni vu le Comte de Caglioftro
, je n'ai pu en dire ni bien ni mal.
Signé , WILLIAM COXE.
>>
و د
33
Paris , ce 14 Septembre 1785 .
C'est un fpectacle curieux pour les Obfervateurs
, que de voir dans cette Capitale l'induſtrie
fars ceffe excitée par le luxe , inventer ou com
biner de nouvelles formes dans toutes les productions
des Arts.
Le feur Garcelon , maître Poélier , offre à la
curiofité publique , & foumet au goût des Amateurs
un grand Poële hydraulique & économique ,
très - agréable. Le corps du Poële forme un pieddeftal
rond orné de deux guirlandes de feuilles
de chêne , & de deux têtes de belier à chaque
côté. Sur ce pieddeftal repofe un vafe Arabeque
d'une belle proportion , dans lequel fe met
l'eau qui doit bouillir & répandre la chaleur. Ce
vafe eft furmonté d'une flamme colorée , qui fort
( 39 )
de couronnement à toute la pièce . Elle eft partie
dorée , partie peinte en laque , de façon à faire
ornement dans une vafte falle à manger ou antichambre.
Le fieur Garcelon demeure rue de Bourban , au
coin de la rue du Bac.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 2 de ce
mois , font : 59,19 , 68 , 29 , & 82.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 30 Septembre.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres ( 1 ).
Les Etats de Hollande & de Weft-Frife
ont repris le 18 leur Affemblée , dont les délibérations
roulent actuellement fur deux
Rapports qui y ont été faits Samedi dernier
par des Commiffions établies à cet effet. Le
premier rend à révoquer provifoirement la
Réfolution du 8 Mars 1766 , par laquelle la
difpofition de toutes les Charges Militaires ,
depuis le grade d'Enfeigne jufqu'à celui de
Colonel , à la répartition de la Hollande ,
avoit été déférée au Capitaine Général . En
attendant , il a été réfolu , « qu'il feroit enjoint
au Capitaine Général de ne pas conférer
, durant les délibérations de L. N. &
G. P. à ce fujet , des Charges Militaires à la
paye de la Hollande. » Et un Huiffier
[1] M. Mallet du Pan , Rédacteur ordinaire de ce Journal
, répe:e à fes Lecteurs , qu' ne participe en aucune
maniere à la confection & à là 'publication de ces extraks,
(( 40 )
2.
d'Etat eft parti pour le Château de Loo avec
la Lettre qui contient cette Réfolution . Le
fecond Rapport a pour objet de fupprimer le
Corps des Cent- Suiffes de la Garde du Stathouder
, en accordant leurs appointemens
en penfion à ceux qui occupent actuellement
ces places. En effet , ce Corps , uniquement
de parade , & plus propre à augmenter le
fafte d'une Cour de Souvera n qu'à fervir à la
sûreté d'un Stathouder , eft devenu d'autant
plus inutile aujourd'hui , & par conféquent ,
d'une dépenfe d'autant moins néceffaire pour
la Province de Hollande , qui l'entretient ,
que Mgr. le Prince d'Orange paroît fermement
réfolu à n'y plus revenir. Il a fixé fon
féjour d'hiver au Château de Nimègue , où il
eft arrivé avec Madame fon Epoufe , les
Princes leurs Fils , & la Princeffe leur Fille ,
Lundi dernier. Ce jour- là , 11 Septembre ,
les Etats de Hollande arrêterent , « que pro-
» vifoirement & jufqu'à nouvel ordre , les
» Chefs ou Commandans des Régimens à
leur répartition n'enverroient plus à S. A. S.
» des Rapports ou Liftes de l'érat de leurs
Corps. Gazette de Leyde , nº . 76. ]
L'adreffe fuivante , envoyée par les Habitans
qui fent reftés à Elbourg , aux Etats
-de Gueldre , mérite d'être connue ; en voici
la teneur.
« Donnons à connoître avec refpect &
vraie obéiffance , que nous Bourgeois &
Habitans de la ville d'Elbourg, depuis longtemps
maltraités d'une maniere cruelle par
( 41)
les foi difant Patriotes , n'avons été expofés
a danger de perdre notre vie & nos biens ,
que pour avoir refufé de coopérer à l'exécution
des deffeins bominables de ces gens.,
C'eft pour cette raifon , que nous croyon
devoir remercier V. N. P. de la précaution
qu'elles ont prife de nous envoyer des troupes
pour notre repos. Dieu qui eft jufte ,
& qui ne laiffe point triompher la méchan-
-ceté , a fait évanouir les complots qui menaçoient
notre tranquillité. Les troubles ont
ceffé ; nous vivons aujourd'hui dans la fécurité.
Elbourg , le 10 Septembre 1786. »
[ Courier du Bas - Rhin , nº . 76. ]
"
On parle d'un Congrès qui doit fe tenir ici
entre les Miniftres de quelques Puiffances &
divers membres de notre Gouvernement , pour
avifer aux moyens de mettre fin aux troubles
qui agitent la République , & de rétablir l'or.
dre. Ce qu'il y a de certain , c'est que le Baron
de Reifchach , Miniftre de l'Empereur auprès
des Etats- Généraux , qui s'étoit rendu à
fa Terre de Vieux- Jonc , près de Maeftricht ,
pour y paffer quelque tems , a eu ordre de
revenir à fon pofte ; ce qui fait fuppofer
avec affez de vraifemblance que les circonftances
actuelles ont part à ce départ précipité .
Idem .
Son Excellence M. le Comte de Goertz ,
Miniftre d'Etat , Envoyé Extraordinaire &
Miniftre Plénipotentiaire de Sa Majesté le
Roi de Pruffe , a été Vendredi dernier en
conférence avec M. le Préſident de l'Affemblée
de Leurs Hautes Puiffances , & a remis
à cette occafion ce Mémoire fuivant :
>
( 42 )
35
HAUTS & PUISSANS SEIGNEURS !
« Le Souffigné Miniftre d'Etat , Envoyé-
>> Extraordinaire & Miniftre - Plénipo en-
» tiaire de Sa Majesté le Roi de Pruffe , a
» l'honneur de prier Vos Hautes Puiffances ,
» qu'elles veulent bien accorder un l'affeport
» pour un Courier qu'il fera partir ce foir
» pour Berlin. Il fe voit dans la néceffité de
>> prendre cette précaution , ayant appris que
" le Colonel de Genfan , envoyé en Angle-
» terre par le Roi fon Maître , avec une
» Commiffion particulière , de retour de ce
» voyage , a rencontré des obftacles à fon
» paffage par la ville de Woerden , au point
» même d'avoir manqué d'être fouillé.
Le Souffigné fufpend de porter plainte
» miniftérielle de ce fait extraordinaire , vou-
>> lant attendre les ordres ultérieurs de Sa
» Majefté fur cet objet.
» A la Haye , le 22 Septembre 1786. "
( etoit figné ) Le Comte de GGoOeErRtTzZ..
[ Gazette de la Haye , no. 115. ]
Nous avons répété de bonne foi ce que tant
d'autres papiers publics , accrédités dans le pays
ont dit d'une maniere plus affirmative encore ,
que S. E M. le Baron de Reifsbach étoit retourné
à fon pofte , fur un ordre exprès de la
Cour apporté par un Courier. Le fit eft , &
nous en fommes inftruits authentiquement , que
l'ordre n'existe pas , & que ledit Courier n'eft
jamais arrivé. Cette nouvelle entre ainfi dans
la claffe des erreurs peut être volontairement
inventées. Idem
Les Etats-Généraux ayant délibéré fur la lettre
( 43 )
du Roi de Pruffe , M. le Comte de Goertz a été
reconnu en qualité d'Envoyé- Extraordinaire &
Miniftre Plénipotentiaire de S. M. Pruffienne ;
& copie de la lettre ci - deffus a été prife par les
Députés des Provinces de Gueldre , Zeelande ,
Utrecht , Over-Yffel , & Groningue , pour être
communiquée aux Etats, leurs Commettans : elle
a été de plus envoyée à l'examen du Commité
de L. H. P. pour les affaires étrangeres. Les
Députés de la Hollande ont inhéré à ce sujet
la déclaration , qu'ils avoient faite le 9 Septembre
, concernant tous mémoires ou lettres , que
des Puiffances étrangeres adrefferoient dorénavant
aux Etats - Généraux , relativement aux
affaires domestiques de notre Patrie . En effet ,
il n'eft gueres poffible de croire , que jamais
P'intérêt ou la dignité de la République permettent
une médiation formelle entre l'autorité
Souveraine & celui qui à tous égards eft
tenu de lui obéir ; médiation fur- tout , laquelle
auroit pour bafe de rendre de prétendues prérogatives
, qui n'ont jamais été des droits , & dont
dans ces derniers temps des abus infignes ont
prouvé fi évidemment le danger , que , fi même
des membres du gouvernement vouloient retablir
tout fur l'ancien pied , la Nation les accuferoit
hautement de l'avoir trahie . It ne paroît pas
même que M. le Comte de Goertz veuille faire
croire , qu'il foit question d'une pareille médiation
; & fes liaifons tant avec le Minifire d'Angleterre
qu'avec divers individus , connus par
leur zele pour l'autorité Stadhoudérienne prouvent
que fa miffion fe borne à fervir de fes lumieres
, de fes confeils & de fes bons offices ,
une maiſon fi étroitement liée par les liens du
fang & de l'amitié avec celle du Roi , fon ma
tre. ( Gazette de Leyde No. 77. )
Les Etats de Hoilande & de Weft- Frife fe
( 44 )
font téparés avant hier , pour commencer Mercredi
prochain leur affemblée ordinaire . Le 22,
leurs nobles & Grandes - Puiffances ont réfolu
d'approuver le rapport fait à l'affemblée
le 16 de ce mois , pour décharger définiti-
» vement les troupes à la répartition de la Province
du ferment qu'elles ont prêté au Prince
d'Orange en qualité de Capitaine Général de
la Hollande , & de les difpenſer de toute
obéiffance à fes ordres , afin de prévenir l'in-
» Aluence , que le Capitaine - Général pourroit
savoir fur les troupes à la répartition de la
» Province ; influence , que L. N. & Gr. Puïf-
Jances ne pouvoient plus regarder que com-
» me incompatible avec la sûreté publique ;
39
و و
enfin de fufpendre l'effet de la réfolution du
" 8 Mars 1766 , par laquelle la difpofition des:
» charges militaires depuis le grade d'Enfeigne.
» jufqu'à celui de Colonel avoit été déférée
à Son Alteffe . Cette réfolution , par laquelle
Mr. le Prince d'Orange eft deſtitué juſqu'à
nouvel ordre de l'exercice de fes fonctions
militaires en Hollande , a été priſe à la pluralité
de 16 contre 3 voix . Ces dernières , qui ont
protefté , font , dit on , l'Ordre Equeftre avec
les villes de la Brille & de Hoorn. Le même
jour, ila été réfolu à la pluralité de 17 con-
Tre 2 voix de fupprimer le Corps des Cent-
Suiffes , comme inutile & difpendieux pour la
Hollande qui le payoit. ( Idem . )
Les Seigneurs Etats de Frife ont répon du
à la lettre qu'ils ont reçue des Seigneurs Etats
de Hollande , que les raifons alléguées ne
» leur paroiffoient pas affez convaincantes ,
» pour défendre à leurs troupes d'agir dans
» des conteftations civiles . [ Gazette de la
Haye, N° 116 de Leyde , No. 77. ]
כ כ
1
( 45 )
On lit dans un des Papiers publics , au
torifés de ce pays , un article où il eft dit ,
qu'il regne un accord parfait entre les cours
de Vienne & de Pruffe. Un autre Papier .
prétend que les Etats de Gueldre demandent
le fecours de la Pruffe. [ Idem . ]
Les Seigneurs Etats de Zélande ont fait à
l'affemblée des Etats - Généraux la propofition
d'écrire à Mgr. le Capitaine Général ,
de ne point employer des forces militaires
dans les préfentes conteftations civiles , &
qu'il foit envoyé par Leurs Hautes Puiffances
quelques Députés dans les provinces de
Gueldre & d'Utrecht , à l'effet d'y terminer
les différends furvenus , par un arrangement
amical. Idem. ]
GAZETTE ABREGÉE DES TRIBUNAUX (1);
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre l'Hôtel - Dieu de Vierzon , les fieurs
Coufin , Me. Lair , Notaire , & le fieur Beaugeard,
Tréforier-général des Etats de Bretagne ,
Notaire , garant & refponfable du fait de fes
' Clercs.
91
Cette vérité qu'il importe de maintenir pour
le foutien de la confiance & de la tranquillité ↑
publique , vient d'être confirmé dans cette caufe.
La ville de Vierzon , propriétaire d'un contrat
de conftitution de Rente de 1500 liv. au principal
de 30000 liv. fur les Etats de Bretagne
qui tomboit en remboursement , a chargé le,
fieur Coufin d'une procuration pour recevoir ,
cette fomme. Celui- ci eut recours à Me, Lair
Notaire , pour rédiger & figner la quittance néceffaire
pour toucher les 30000 liv. Le fieur B ...
alors fecond Clerc de Me. Lair , dreffa la quit
( 46 )
tance , la fit figner au Notaire , & le préfenta
aux Etats de Bretagne , pour remettre au Tréforier
la quittance & les Pieces juftificatives de
propriété , de celui au nom duquel étoit faite
cette quittance.- Perfonne n'ignore qu'il eft
d'ufage de laiffer pendant plufieurs jours , fous
récépiffé , aux Chefs de ces Bureaux , les titres
de propriété , en vertu defquels on s'y préfente
pour être examinés. Le fieur B..... remit
effectivement en février 1785 , la quittance & les
titres dont il s'agit ; & fur la certitude que le
remboursement feroit opéré le 22 mars , il mit
en ufage pendant cet intervalle toutes les précautions
qu'il avoit préméditées pour abufer de
la confiance de Me Lair.- Dès le 20 mars
il l'avoit prévenu , qu'ayant trouvé une place
avantageufe auprès d'un Seigneur étranger , qui
alloit partir à la fin du mois , il vouloit auparavant
aller à Montmorency voir fa famile ;
deux jours après il ceffa de defcendre dans l'étude
, s'occupant uniquement des préparatifs de
ſon voyage.- Le 21 mars il fit fes adieux au
Notaire & aux Clercs , fit enlever fes ma les
& alla louer un cheval pour le lendemain ,
donnant pour motif au loueur de chevaux un
voyage de trois jours à Montmorency , où réfide
fa famille. Le 22 il fe préfenia au Bu-
/ reau des Etats de Bretagne , fous le même habit
qu'il portoit toutes les fois qu'il y étoit alle
négocier le remboursement en queſtion ; ainfi
connu par le Tréforier & le Caiffier pour le
Clerc de Me. Lair , il toucha les 30000 liv.
& paffa en pays étranger. Quelques jours
après le loueur de chevaux ne voyant pas revenir
fon cheval , alla s'informer à l'étude de
Me. Lair , où il apprit la fortie du fieur B.... ,
s'adrefla enfuite à fes párens à Montmorency ,
•
( 47 )
qui ne purent lui donner aucunes nouvelles de
ce jeune homme.- Peu de jours après le fieur
Coufin vint chez Me. Lair s'informer du remburſement
, & ce ne fut que de ce moment
qu'on fut inftruit qu'il avoit été fait au fieur
B.... le 22 mars . Alors plainte rendue tant par
le fieur Coufin en vol des 30000 liv. que par
le loueur de chevaux en . vol de fon cheval.
La ville de Vierfon & le fieur Coufin formerent
enfuite contre Me. Lair une demande en garantie
. Ce Notaire s'étoit d'abord propofé de
défendre à cette demande , fur le fondement
que le fieur Coufin ne l'avoit prié que de dref
fer & figner la quittance , pour toucher le remboursement
; qu'il s'étoit enfuite a lreffé à l'étude
, & avoit chargé le fieur B .... nommément
de toutes les démarches qui reftoient à
faire ; que dès - lors le fieur Cousin ne devoit
accufer que lui feul de n'avoir pas retiré les
pieces , immédiatement après la fignature du
Notaire , & furveillé lui - même toutes les opérations
qui devoient précéder le rembourfement.
Le fieur Coufin foutint an contraire ,
qu'un Notaire étoit refponfable du fait de fes
Cleres & de tout ce qui fe paffoit dans fon étude
comme de fon fait perfornel ; que la confiance,
la fûreté , la tranquillité publique l'exigeoient
ainfi.- Me. Lair ayant reconnu fans peine la
vérité de ces principes , demanda qu'il lui fût
donné acte de ce qu'il prenoit le fait & caufe
de l'Hôpital de Vierfon & du fieur Coufin ,
& confentoit à payer la fomme de 30000 liv .
emportée par fon Clerc ; & de ce qu'il denonçoit
la demande contre lui formée au Tréforiergénéral
des Etats de Bretagne , & concluoit contre
lui à ce qu'il fût tenu de le garantir & indemnifer
des 30000 liv. capital de la Rente de
>
( 48 )
----
1500 liv. appartenante à l'Hôpital de Vierfon ,
rembourlée au nommé B... qui avoit cellé d'être ,
fon Clerc plufieurs jours avant le rembourfement.-
Le Tréíorier des Etats de Bretagne
foutint de fon côté , qu'il ne pouvoit être condamné
à payer une feconde fois une fomme
dont il avoit une quittance en forme , dont le
paiement étoit reconnu & avoué par Me. Lair
Jui méme , avoir été fait à un de fes Clercs
chargé , felon l'ufage qui fe pratique chez tous
les Notaires , de recevoir les rembourfemens ;
qu'il étoit contradictoire de la part de Me .
Lair , de fe reconnoître par un même A&e
débiteur & garant du fait de fon Clerc , & de
vouloir rendre refpon able du délit de ce Clerc
le débiteur nanti d'une quittance bien en regle.
Après un délibéré d'une heure , Arrêt du
premier feptembre 1785 , qui donne Acte à
Me . Lair , de ce qu'il déclare prendre le fait &
caufe du fieur Coufi & de l'Hôtel - Dieu de
Vierfon , & confent à leur payer la fomme de
30000 liv. provenante du remboursement du
capital de la Rerte appartenante audit..Hôtel-
Dieu , fait à B... ci- devant fon Clerc , & par
lui emportée ; fans s ' rrêter ni avoir égard à
la demande en garantie , formée par Me . Lair
contre le Tréforier des Etats de Bretagne , l'y
déclare non-recevable & mal fondé , & le condamne
aux dépens envers toutes les Parties ;
faifant droit fur les Couclufions de M. le Procureur-
général , ordonne que le Procès commencé
au Châtelet , fur la Plainte en vol de
la fomme de 300co liv . contre le nommé B...
fera continué jufqu'à jugement définitif, tauf
l'appel en la Cour en état de prife - de - corps.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 27 Septembre.
A Diete ordinaire de Pologne fe tiendra
vers la fin de l'année , & les élections des
Diétines ont commencé. Jufqu'ici ces Affemblées
provinciales n'ont pas été paisibles .
L'oppofition des volontés s'y eft tellemen
manifeftée , que la Dietine de Kaminieck ,
compofée des mille Gentilshommes , s'eft
partagée en deux partis ; l'un ayant à fa têre
le Prince Général de Podolie , a tenu fa
Téance dans la Cathédrale ; l'autre dans l'Eglife
des Dominicains , & il en eſt réfulté
une double élection de Nonces .
La Princeffe , époufe du Prince héréditaire
de Danemarck , eft accouchée d'un
Prince à Copenhague , le 18 .
Suivant un Journal Allemand de com
merce , le meilleur fafran d'Europe eft celu
l'on cultive en Angleterre : on a calcul
Nº . 41 , 14 O& obre 1786 .
que
C
( 50 )
9
qu'un acre de terrain peut porter 400,000
oignons , & produire huit liv . pefant de fafran
feché. La livre de fafran d'Angleterre
fe vend à Amfterdam jufqu'à 18 florins . Le
meilleur fafian croît dans les champs de
Cambridge , & du côté feptentrional d'Effex
; on en cultive aufli dans la province de
Norfolk , & fur tout près de Walfigham .
Un homme d'Etat vient de rédiger un tableau
inftructif de recette & de dépenfe dans
l'Electorat de Saxe. Ce tableau n'offre pas
le bilan particulier du tréfor de l'Etat , mais
bien celui de la Nation en général , il détermine,
article par article , la valeur & le
rapport de l'argent importé & de l'argent exporté
; en forte qu'on puiffe juger fi la richeffe
nationale augmente ou diminue. Ce
tableau n'eft pas fait pour être lu , nous le
fentons ; mais il n'eft pas inutile à confulter
: il peut même fervir d'exemple pour en
dreffer de pareils en d'autres pays . La difficulté
eft de le compofer d'après des notions
certaines , & on nous laiffe ignorer celles
qui ont fervi à l'Auteur de la nomenclature
fuivante.
Recette en argent comptant.
Rentes des capitaux placés dans l'Etranger
, & autres revenus venant de
J'étranger.
Dépenfes des Miniftres étrangers &
des voyageurs.
Bénéfice des Négocians, Commiflionmaiges
, Courtiers , Banquiers , Voitu
rixdalers.
150,760.
.148,060.
( 51 )
riers. $490,796 .
Droits fur l'achat de 166,141 onces
d'argent , tirées des monnoies étrangeres
.
Contingent annuel des étrangers affociés
dans l'exploitation des mines.
Dépenfes des étrangers aux Univerfités
& autres inftitutions publiques dans
l'Ele&orat .
Emprunts faits chez l'étranger fur des
biens- fonds.
8,3126
102,1090
61,701.
.300,000.
Succeffions & dots de mariage venant
de l'étranger, ...
Penfions venant de l'étranger.
Mife des étrangers dans les loteries &c .
Recette du regne végétal,
·
30,200
• 25,676 .
9,879 .
1,327,484.
Lin ferance. 8,012 .
Fil. 21,412
Dentelles de fil & de foie , brocard
. 168,898.
& imprimée.
Toile de coton & de foie peinte
Fil de coton blanc & teint .
1,174,662 .
16,520.
Etoffes de coton bas & bonnets
de coton . 335,171
Blé. 354,578.
Amidon.
Plantes de teinture .
Rois de diverfes efpeces.
Goudron...
Potaffe , cendre & foude..
"Marchandiſes de paille..
Papier.
Vin , vinaigre & fruits .
6,300.
7,757.
160,968
3,150
I 407
29150
6,088
25720
C 2
( 52 )
Teile cirée...
16,025
2,254,819
•Recette provenant des articles du regne animal.
Bérail de boucherie ...
fs , beurre , poillons , gibier .
Chevaux ..
Laine écruc ..
168,898
36,175
5,195
195,264
Laine filée ....
Etoffes de laine .
Peaux & cuirs .
Pelleterie.....
Savon , chandelle .
34,515
289,159
{
25.354
4.360
39590
759,815-
Recette des articles du regne minéral.
Pour 443,680 onces d'argent à 6 1.
10 f. Ponce ....
720,980
Etaim brut & ouvré .. 66,042 /1/
Plomb , litharge & dragée .
18,115
Cuivre.... 120,169
Laiton , fimilor , & c ..
42,168
Fer blanc & noir ou en tole . 200,544
Fil de fer 11,168
Armes .... 10,225
Pierre ollaire façonnée .
Pierres , meules , tuiles .
Porcelaine ....
2,622
1z , 0194
163,030/1/
Fayence & poterie.. 10,810
Alun . 48,801
Arfenic & foufre rouge . 44,640
Soufre . 6,4022
Vitriol & huilé de vitriof. 2,950
Bifmuth.
765 *
Sel ....
8,274-
Bleu de Cobalt , & c . 300,540
( 53 )
Tourbe , charbon de terre .
16.790
1,808,0394
Autre Recette.
Drogues de Pharmacie ... 8,020
Bénéfice dans le commerce de la
Librairie.....
39,6022
Pierres précieufes , broderies , marchandifes
de modes ..... 22,840
Marchandifes de Paffementiers . 69,788
Ouvrages d'Areiftes...
•
49,740
Tableaux & eftampes .... 5,280
195,270
,
Nous donnerons la dépenfe fommaire &
le balance dans le Journal prochain.
DE BERLIN le 25 Septembre.
Le Roi eft arrivé à Koenigsberg , le 17 ,
précédé d'un cortege des principaux Bourgeois
à cheval & en uniforme , qui étoient
allés le recevoir à une lieue & demie de la
ville . Une décharge générale de toute l'ar
tillerie des bâtimens pavoifés , qui croifolent
dan le Haff , annonça l'entrée de S. M.
Elle defcendit de voiture , monta à cheval ;
fuivie du Lieutenant général de Goertz &
de fes aides de camp , & traverfa la ville au
petit pas , aux acclamations de tout le peu
ple & des Huzzas des matelots .
I
S. M. eft atten lue ici aujourd'hui ou demain.
Le 4 Octobre elle partira pour la Si
Lélie , & arrivera le 't à Breslau ; le r cette
Capitale dir Duché de Siléfie lui rendra foi
& hommage. M. de Hertzberg recevra celul
c 3
( 54 )
de toutes les villes de la Pomérante au nom
'du Roi; & le Baron de Reck , Miniftre d'Etat
& de Juſtice , remplira la même commiffion
dans les provinces de Magdebourg ,
de Halbe ftadt & de Weftphalie.
I
જેમ
Le College de fanté ayant fait connoître
au Roi l'étendue dee ravages de l'épizootie ,
& propofé en même temps des préfervatifs
,
S. M. a ordonné qu'ils feroient emploiés &
rendus publics par les Gazettes. Ces préfervatifs
confiftent dans un mélange égal de
fel commun de cuifine , & de grains de
genievre , que l'on aura foin de piler & de
réduire en groffe peudre. On donnera de
ce mélange tous les jours une fois , ou au
moins deux fois la femaine , autant que la
main peut en contenir à chaque piece de bétail
à corne ; on en feraa ili manger aux mou
tons , qui le lécheront dans de petites auges.
Il eft recommandé en même temps aux fermiers
d'avoir foin que le foin foit emmaga
finé bien fec , & de l'étendre fur des perches
dans des temps pluvieux , à l'époque de la
récolte , par couches longues & étroites , &
à une certaine élévation de la terre , afin
que l'air puiffe le pénetrer & circuler librement.
A l'exemple du feu Roi , qui à fon avénement
au trône , avoit annullé toutes les
expectatives pour des fiefs & d'autres biens ,
S. M. a fait publier , que de pareilles lettres
qui auroient été accordées fous le dernier
( 55 )
régne , refteront fans effet pour l'avenir , &
moins que ceux qui les ont obtenues , ne
foient actuellement en poffeffion des fiefs
ou biens promis. Dans le même Edit , Sa
Maj. déclare auffi qu'elle ne donnera aucunes
expectatives , & qu'elle ne ditpofera
des fiefs ou biens qu'à leur vacance.
Les différends , relativement aux limites
entre la Siléfie & le territoire de Pologne ,
ont été terminés à la fin de cet Eté par la
Commiffion établie il y a quelques années.
On a tiré une ligne de démarcation , en fuivant
la convention conclue l'hiver dernier à
Varfovie.
DE VIENNE , le 26 Septembre.
9
م ت
L'Empereur ayant quitté le le camp de
Brunn , arriva le lendemain à celui de Prague
, ou de Hlaupietin. Le 12 il a fait la
revue générale des Régimens , dont il a été
très fatisfait. Le 15 , la Cavalerie a exécuté
les grandes manoeuvres .
Les dernieres lettres de Conftantinople ,
en date du 25 Août , contiennent une nou
velle intéreffante que la Porte venoit de recevoir
& de publier. Le Capitan Pacha qui
avoit adroitement répandu le bruit que fon
but étoit de croifer comme de coutume dans
l'Archipel , & de faire rentrer enfuite dans
le devoir le Gouverneur de Scutari , parut
à l'improvifte fur la côte d'Egypte, & ayant
€ 4
( 56 )
débarqué un corps de troupes d'environ 3
mille hommes , tous d'élite , il tomba tellement
à l'improvifte fur les Beys rébelles ,
qu'il tailla en pieces une partie de leurs trou
pes , & difperfa le refte . Cette victoire a eu
des fuites trè.- heureufes , toute l'Egypte s'eft
d'abord foumise au vainqueur , & les habitans
ont témoigné au Capitan Pacha leurs
anciens fentimens de fidélité , Celui ci , après
avoir rétabli la tranquillité dans cette province
, donna les ordres les plus vigoureux
pour aller à la pourfuite du peu de rébelles
échappés. Cette expédition exécutée avec
autant de célérité que de fecret , fair le plus
grand honneur à l'Amiral Ottoman , & releve
le courage de la nation.
Dernierement on a arrêté ici le Confeiller
Cetto de Cronfiorf, accufé d'avoir fabriqué
une obligation de 15,000 florins , comme
appartenante à fa maitreffe , & dans la vue
de faciliter à cette femme un emprunt qu'elle
defiroit de faire , & dont le prétendu billet
auroit fervi d'hypotheque . On s'attend à
voir bientôt ce Sénateur balayant les rues
de la Capitale.
On a notifié au Couvent des Irlandois à
Prague le décret de fa fuppreffion.
A commencer du premier Novembre
prochain , le papier fin & à lettres payera à
fon entrée dans l'Autriche 2 florins par rame;
le papier à minute 20 creutzers , celui
pour l'impreffion 5 creutzers ; celui pour
( 37 )
emballage 30 creutzers , & le papier de diverfes
couleurs . 1 flor. & 10 creutzers .
..Le ro de ce mois on a célébré à Bude la
fête féculaire de la reprife de cette ville fur
les Furcs , qui en furent, maîtres pendant
160 ans. L'Empereury a ordonné l'etablif
fement d'un canle pour les pauvres , femblable
à celle dé Vianne, siochd ann
Th
On affure que les fortificacions de la ville
de Comore , bdans la shaute-Hongrie , qui
depuis quelques annéesar beaucoup fouts
fert des commotions fouterraines , feront
réparties entre les habitans .
| 23 Fe
no) ob gǝvoli al suo abidetur , eśni agleid o
DE FRANCFORT , le 4 Octobre.A
alonet gi sa aibalam Al it , busiliste 90 a
2th holoquC)
ר ד י י נ ש
eRapide Pruffe falfanume vifite des ge
Août auPrinee Henri , fe fit lire l'article de
la Gazette de Berlin , qui annonçoit la mot
du feu Roi , & à cette occafion il donna or
dre qu'à l'avenir on laiffat à cette Gazette la
plus grande heré , afin qu'en, rapportant
toutes fes actions , elle mit fes fujets à por
tée d'en être les témoins & les juges,
Tous les matins à heures , ce Monarque
affifte à l'exercice de la garnifon ; il travaille
enfuite jufqu'à midi après le diner , il va
chez la Reine-douairiere à Schoenhaufen , ou
fe livre à des délaffemens utiles à 6 heures
& demie il reçoit ordinairement une petite
fociété de 8 perfonnes , on s'entretient qufqu'à
neuf heures , & l'on fert un › collation
1 5858 )
de huit plats. A dix heures S. M. và fe coucher.
Peu de jours après fon avénement au trône
, le Roi de Pruffe reçut la Lettre fuivante
du Poëte Gleim , dont nous avons parlé
plus d'une fois. on a bayou
SIRE. Dans les nombre des millions d'hom-
» mes , que l'efpoir de vivre fous les loix de Vo
tre Majefté confole de la perte qu'ils viennent
de faire , fe trouve un vieillard , connu
fous le cara&ere fi renommé d'un Grénadier
» Pruffien , qui dans les années à jamais mé
morables de 1756 & 1757 employoit fes mo-
» mens de repos à chanter les événemens in-
» croyables de cette guerre , & compofoit des
» Fables très- croyables pour le Neveu de fon
» Roi.
Ce vieillard , fi la maladie ne le retenois
pas , s'emprefferoit d'a ler offrir fes homma-
≫ges au nouveau Pere des Peuples ; le zèle
de fon coeur patriotique l'emporteroit ; & il
épieroit le moment heureux où il pourroit
fe préfenter devant l'altre bienfaifant qui fe
leve , & il lui diroit : les Mufes Allemandes
» ont eu feules à fe plaindre de Frédéric l'Unique.
Elles vouloient le célébrer dans leurs chants
immortels ; mais par la préférence qu'il marqua
pour les Mufes Errangeres , il les rédu fit aufilence.
Le Siecle de Frédéric l'Unique a été l'age
d'or du bon goût & des fciences comme ceux
d'Alexandre , d' Augufte , de Léon , de Charles
& de Louis. Mais il eft réfervé à V. M. de créer
sle fixieme fiecle des Mufes.
Puifle V. M. donner cette confolation à un
vieillards , d'emporter dans le tombeau un
p doux efpoir , dont avant fon Regne , il n'a-
?
59
1
#voit ofè fe flatter fenf ! & qu'Elle daigne rece
voir les voeux pars & finceres du plus zélé , du
plus refpectueux & du plus dévoué de les
Sujets.
GLEIM. ככ
Halberstadt , le 23 Août 1786.
Sa Majefté fit cette réponſe .
Très-Digne , Cher & Fidele ! En réponse à
votre priere ; vous pouvez affurer les Mufes
» Allemandes dont vous me préfentez les
voeux avec une noble franchiſe , dans votre
Lettre du 23 courant , que je leur accorde
ma protect on avec tout le plaifir poffible ;
principalement fr tous les compofiteurs Alle-
" mands s'efforcent de vous égalers, & fi chacun
dans fa partie fait des ouvrages auffi finis que
» les vôtres.
Je ſuis votre Roi très - affe&ionné.
Berlin , le 27 Août 1786 .
» On lit dans la Gazette eccléfiaftique de
Vienne, que le Pere Huberti eft Provin
» cial fecret des Jéfuites pour les Pays Bas ,
& le Pere Hell , Aftronome , Provincial.
pour l'Autriche ; que l'on vient de confta-
>> ter cette découverte , & que l'on ne peut
plus douter que l'Ordre ne fe foutienne
» clandeftinement , qu'il conferve fes Provinciaux
, fes caiffes , & c .
»
Un Profeffeur Autrichien , nommé Deluca,
dont nous avons rapporté quelques calculs
économiques , vient de donner généreufement
cinq millions d'habitans à la Monarchie
Autrichienne , c'eft à -dire , qu'en 1780
on n'y comptoit , felon le Profeffeur , que
20,5530000 perfonnes , & qu'aujourd'hui
( 60 )
elle en renferme 25 , 643 , 966 ames. Le
Profefleur n'apporte ancune preuve de
l'exactitude de ce dénombrement à coups de
plume. Le Clergé régulier dans les Etats
Autrichiens en 1775 étoit compofé de
64,890 individus , réduits maintenant à
44,280.
Un Auteur Alleman a publié le précis
fuivant de l'état actuel de l'Ordre Teutonique
.
>
Cet Ordre , riche autrefois de poffeffions con- .
fidérables , fut anciennement affez puiffant pour
foutenir des guerres contre des royaumes ; mais
il les perdit fucceffivement , & i ne poffede plus
que les feigneuries de Freudenthal , d'Eulemberg .
& de Langendorf en Siléfie , qui compofent le
Domaine de la grande Maîtrife , & les onze Bailliages
ou Provinces fuivans , favoir : les Bailliages
d'Alface & de Bourgogne , d'Autriche , de
Coblentz , d'Erfche ou de Tyrol , de Franconie
de Heffe , d'Althenbiffen , de Weftphalie , de
Thuringe , de Lorraine & de Saxe. Il exifle à la
vérité un autre Bailliage , celui d'Utrecht , dont
les Chevaliers peuvent le marier ; mais ces Chevaliers
ne font point reconnus par l'Ordre. Les
Bailliages d'Alface , de Coblentz , de Franconie
& de Weftphalie , jouiffent du droit des Etats
immédiats dans l'Empire Germanique, & les Com
mandeurs provinciaux dans ces Baillinges ont.
voix de féance aux affemblées des Cercles où ils
font incorporés . Les plus riches Bailliages font
ceux d'Alface , de Franconie , d'Autriche & d'Altenbiffen.
Chaque Bailliage eft composé d'un
Chef , qui eft le Commandeur provincial de
Capitulaires & Chevaliers ; les derniers ne poffedent
pas de Commanderies . Le feul Bailliage
( 61 ) }
de Thuringe n'a qu'un Commandeur provincial
fans Capitulairés & fans Chevaliers. A la mort
d'un Commandeur provincial , les membres du
Bailliage tiennent Chapitre , y élifent par le
fcrutin trois Sujets , & le Grand - Maître en choifit
enfuite un pour remplir cette dignité.
Les membres de chaque Bailliage font obligés
de tenir Chapitre à des époques fixes , d'y délibérer
fur les affaires qui regardent le Bailliage
& de préfenter enfuite leurs arrêtés au Grand-
Maitre , pour en avoir la confirmation . Les Commandeurs
provinciaux font les Confeillers conftitutionnels
du Grand Maître qui , dans des cas .
importans , eft tenu de les confulter & de demander
la voix capitulaire. Les Bailliages ont le
droit de recevoir des novices ; mais il faut cependant
que le Grand Maître y donne fon confentement.
Après la réception d'un novice , le
Grand - Maître lui affigne un endroit pour faire
fon noviciat , qui dure uns année , & l'arme,
Chevalier. La convocation d'un Chapitre général
n'a lieu que pour des cas extraordinaires
le dernier fut tenu en 1780 à Mergentheim à l'oc
cafion de l'intronifation du Grand Maître actuel
. Les Chevaliers Teutoniques font liés par les
voeux de chafteté , d'obéiffance , & en quelque
maniere auffi par celui de pauvreté , puifqu'à leur
décès leur fucceffion appartient au Grand - Maître ,
à moins qu'ils n'aient obtenu une permiflion parti
culiere de faire un teftament . L'autorité du Grand-
Maître fur les membres de l'Ordre eſt très étendue
; il existe près de Mergentheim une fo të pri- ,
fon , où plus d'une fois des Chevaliers , qui avoient
manqué aux regles & à la fubordination , ont
expié leurs fautes : on puniffoit autrefois trèsrigoureufement
les Chevaliers qui avoient enfreint
le voeu de chafteté .
La Suite à l'Ordinaire prochain.
( (62 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 30 Septembre.
Le Comte de Lufi , Envoyé Extraordinaire
de la Cour de Berlin , a préfenté au
Roi fes nouvelles Lettres de créance.
Des dépêches du Chevalier Harris , notre
Miniftre à la Haye , concernant la fituation
actuelle de la Hollande , ont occafionné un
Confeil tenu le 28 chez le Marquis de Carmarthen
, Secrétaire d'Etat. Il y a été pris
une réfolution , communiquée à Sa Majefté
à Windfor , & en vertu de laquelle on a
expédié des inftructions au Chevalier Harris .
Deux frégates & un floop, ont reçu ordre
de mettre à la voile de Portſmouth pour la
Méditerranée. Ces vaiffeaux doivent fe joinde
à l'efcadre du Commodore Colby.
Le Thésée , vaiffeau neuf de 74 canons ,
a été lancé le 25 de ce mois à Blackvall .
Le lendemain , on a lancé du même chantier
un vaiffeau de 1800 tonneaux pour le
fervice de la Compagnie des Indes. C'eſt
le plus gros vaiffeau qui ait encore été employé
à ce commerce.
Les autres vaiffeaux de ligne , prêts à être
lancés , font le Prince , de 90 can , à Woolwich
; le Captain de 74 can. , à Limehoufe ;
le Swiftfure , de 74 can. , à Rotherhithe , le
Coloffus , de 74 can. , à Gravefend ; le Vaz
guard , de 74 can, à Deptford, en .
( 63 )
Le 25 au foir , l'Amirauté a reçu plufieurs
dépêches du Commodore Elliot qui còmmande
la ftation de Terre -Neuve. Les vents
ont été très-violens fur les bancs , & plufieurs
vaiffeaux ont été endommagés ; mais il n'en
a péri qu'unfeul , dont l'équipage néanmoins
a été fauvé , ainfi qu'une grande partie de fa
cargaifon. Le Commodore fe propofoit de
ne partir de St. Jean qu'au commencement
d'Octobre & de renvoyer auparavant en
Angleterre quelques uns des vaiffeaux de
fon efcadre. La plus grande partie des bâtimens
ont fait une pêche abondante , &
plufieurs de ceux arrivés les premiers à Terre-
Neuve , ont fait deux voyages.
Le Capitaine Philipps , nommé Commodore
de la flottile qui tranfportera & efcor->
rera les malfaiteurs à Botany Bay , reftera
dans cette nouvelle Colonie en qualité de
Gouverneur , aux appointemens de soo liv .
fterl. , outre fa paie de Capitaine . Il aura fous
lui un Commandant en fecond qui fera les
fonctions de Lieutenant-Gouverneur , & qui
recevra 300 livres fter!. de paie annuelle . Le
convoi portera à la Nouvelle-Hollande 850
malfaiteurs , dont 150 femnies.
L'intention du Gouvernement eft de réduire
l'intérêt légal de l'argent à 4 p. 150 ,
à l'ouverture de la Seffion prochaine . La
Banque va auffi réduire l'efcompte à 4 &
demi ou 4 pour cent. La Compagnie des
Indes , en réduisant l'intérêt de fes billetsy.
.
( 64 )
a prouvé que la Banqué pouvoit alfément
faire le même facrifice.
Plufieurs Papiers , en annonçant la figna
ture du Traité de Commerce entre la Grande
Bretagne & la France , rapportent que
l'Angleterre en a déja conclu plufieurs avec
cette Puiffance. Le premier , en 1606 , entre
Henri IV & Jacques I. Il fut confirmé par
Louis XIII au mois d'Avril 1623. Ce Prince
défendir en uite à fes fijets , par une Procla
mation en date du 8 Mai 1627 , tout com
merce avec les fujets Britanniques ; mais en
1629 , il révoqua cete prohibition . Sous le
regne de Charles ler . , il y eut un Traite de
Commerce , figné à St. German en Laye en
1632. Louis XIV en fit in troifiéme avec
Charles II en 1677.
Le Commerce de l'Efpagnej ajoutent ces
Papiers , a été dans tous les tems , & fera tou ,
jours infiniment plus avantageux à l'Angleterre
que celui qu'elle peut faire avec la France.
Si l'on examine le Commerce d'Espagne , on
verra que cette Puiffance reçoit notre Poiffon ,
nos Serges & d'autres étoffes , tous objets qui
occupent des Ouvriers fans nombre . Nous prenons
en retour des marieres premieres indife
penfables à nos Manufactures , favoir : de la'cochenille
, de l'indigo , du coton , des laines & de
la foude. Enfin , T'Efpagne verfe des femmes
immenfes de numéraire en Angleterre . Ces con .
fidérations importantes ont dû porter le Miniftere
à conclure avec cette Puillance les arrangemens
les plus folides & les plus permanens,
Nous apprenons par des lettres arrivées
165 )
récemment du Bengale , qu'on a ouvert à
Calcutta une foufcription de 80,000 livres ,
deſtinée à entreprendre un commerce de
fourrures trées du Kamtfchatka , & de la
côte oppofée de l'Amérique pour être tranfportées
à la Chine & dans l'Inde , d'après le
plan du feu Capitaine Cook. Deux vaiffeaux
de 150 tonneaux chacun ont en conféquence
fait voile de Calcutta , le 28 Février
dernier , & ils font commandés par le
Capitaine Mears , natif de Dublin .
Le Capitaine Cochran , frere de Mylord
Dundonald , a imaginé & va exécuter le projet
de tranfporter à Londres le poiffon d'Ecoffe
dans la glace , où il fe confervera trèsfrais.
Si cette entrepriſe réuffit , le prix de
cette denrée baiffera dans la Capitale , vu
l'abondance de poiffon qui peuple les mers
d'Ecoffe.
L'Amirauté a fait informer le Public ;
qu'un bâtiment François , nommé l'Aimable
Marthe , allant du Sénégal au Havre - de-
Grace , avec un chargement de gomme &
d'ivoire , a échoué , le 14 de ce mois , fur
l'écueil de Laugharne , dans le Comté de
Carmarthen , & que fa cargaifon eft entiérement
perdue.
Plufieurs Familles Hollandoifes, fe font
retirées ici depuis quelques femaines , & nos
Banquiers reçoivent journellement de groffes
remifes d'Amfterdam & d'autres places de
la République.
Le Docteur Clarke d'Edimbourg indique
( 66 )
un remede, qu'il prétend très efficace pour
la goutte. C'eft de manger à fouper deux ou
trois harengs bouillis , fans fe permettre aucune
autre nourriture. Les malades qui
éprouvent pendant la nuit une foif trop violente
, pourront mâcher du foin ou de la
paille . La falivation qui s'enfuivra bientôt
les foulagera. Si ce remede ne guérit pas
parfaitement la goutte , du moins il en diminue
confidérablement les douleurs.
Un Irlandois , établi à la Jamaïque , reçut il
y a plufieurs années , de la Société des Arts de
Londres , une demi - douzaine de graines de Cortonnier
Chinois , dont on tire les cotons avec
lefquels on fabrique , fans teinture , l'étoffe
connue en Europe fous le nom de Nankin . Ces
graines , cultivées très-foigneufement , ont réuffi
au-delà des efpérances. Cc Planteur Irlandois
avoit l'année paffée un acre entier de ces Cotonniers
; mais un ouragan les détruifit prefque
tous. Cependant il eft parvenu à fauver affez
de graines pour femer cette année environ 12
acres de terre. Ce particulier voulant que fon
Pays fût le premier de l'Europe où le Nankin
véritable fût fabriqué , a fit paffer à Dublin
quelques livres de ce coton que l'on va manu
facturer.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le
4 Octobre.
Le fieur de Cambon , que le Roi a nommé
Procureur général au Parlement de Toulouſe
, a eu , le 24 , l'honneur de faire fes
( 64)
remercimens à Sa Majefté , étant préfenté
par le Garde des Sceaux de France.
Le Roi a nommé à l'Abbaye réguliere
de Moncé , Ordre de Citeaux , Diocèfe de
Tours , la Dame de Roucy , Religieufe
profeffe du Prieuré de Saint Nicolas de
Pontoife ; & à celle des Clairets , même
Ordre , Diocèfe de Chartres , la Dame de.
Villeneuve , Religieu e - profefle de l'Abbaye,
d'Hieres , Diocèfe de Toulon , fur la nomination
& préfentation de Monfieur
vertu de fon apanage.
en
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné, le 17 du mois dernier, le contrat de
mariage du fieur Danty , Confeiller d'honneur
à la Cour des Monnoies de Paris , avec
Demo fele de Vaudeuil , fille du fieur de
Vaudeuil, Confeiller d'Etat , ancien Premier
Préfident du Parlement de Touloufe ; & le
rer. de ce mois , celui du fieur de Colonia ,
Maître des Requêtes , Intendant au département
des Fermes générales , avec Demoife ie
Manoury.
Ce jour, la Comteffe Chriftophe François
de Beaumont a eu l'honneur d'être préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Baronne de Beaumont.
Le ter. de ce mois , le Baron de Clugny ,
Gouverneur général de la Guadeloupe , &
le fieur roulquier , Intendant de la Martinique
, fe difpofant à retourner à leurs fonctions
, ont eu l'honneur de prendre congé de
( 68 )
S. M. , préfentés par le Maréchal de Caftries,
Miniftre & Secrétaire d'Etat au département
de la Marine.
La Cour partira d'ici le 6 pour aller à
Choify , d'où elle fe rendra le 9 à Fontainebleau.
5)
-5
DE PARIS , le 11 Odobre.
D'après les réfolutions de l'affemblée géné-
>> rale de Virginie , le fieur Houdon a été chargé
» de faire deux buftes du Marquis de la Fayette
l'un pour être placé à côté du Général Wa
» shington dans le Capitole de l'Etat , & l'autre
pour étre préfenté au nom de la République
à la ville de Paris par le Miniftre plénipo-
» tentiaire des Etats - Unis. Cette cérémonie a
» eu lieu le 28 du mois dernier de la maniere
» fuivante .
» MM. les Prévôt des Marchan is , Echevins ,
» Confeillers de Ville & Quarteniers s'étant ren-
>> dus dans la grande falle de l'Hôtel- de - Ville ,
l'on y a introduit M. Short , ancien membre
du Confeil d'Etat de Virginie ( M. Jefferson ,
Miniftre Piénipotentiaire étant retenu chez lui
par les fuites d'une chute ] , il a préfenté à l'affemblée
le bufte , ainfi que les réfolutions d'Etat
& une lettre de M. Jefferſon , dont voici
la copie.
» MM. La République de Virginie , en re
» connoiffance des fervices du Major - Général
Marquis de la Fayette . a réfolu d'élever fon
bufie dans le Capitole de l'Etat , & defirant
placer un monument pareil de fon mérite &
de l'opinion de la République dans le pays
auquel elle a l'obligation de fa railfance , elle
( 69 )
အ
» efpere que la Ville de Paris voudra bien devenir
dépofitaire de ce fecond témoignage de
fa gratitude. Chargé par elle de l'exécution
de les intentions , j'ai l'honneur de prier MM .
20 les Prévôt des Marchands & Echevins repré-
» fentans la Ville de Paris d'accepter ce buſte
» & de le placer dans l'endroit le plus honorable
» pour le Marquis , & le plus fatisfaisant pour
» les fentimens d'une nation alliée .
» C'eſt avec un vrai plaifir que j'obeis à la
République , en repréfentant fon jufte hom-
» mage par un caractere fi grand dans les premiers
développemens de fa vie , qu'ils au-
» roient honoré la fin de telle vie que ce pût
» être .
P
» Notre pays couvert par une armée peu nombreuſe
contre une plus confidérable , des ta-
» lens qui ont fu fuppléer à l'épuiſement de nos
» moyens , des manoeuvres qui ont fini une lon-
" gue campagne par obliger nos ennemis de
» s'enfermer dans un point marqué pour rendez-
> vous aux Alliés & Confédérés qui devoient le
ככ
réunir contre eux , de maniere qu'un feul coup
» ait décidé de cette guerre qui s'étoit répan-
» due dans les quatre parties du monde , & pen-
» dant toute cette conduite l'attention la plus
» foutenue pour les loix civiles & les droits des
citoyens ; tels font les faits qui euffent ajouté
» à la gloire des plus grands caracteres , & qui
expliquent parfaitement la chaleur des fenti-
» mens dont j'ai en cette occafion l'honneur d'être
→ l'organe.
52
"
و د » Il eût été plus agréable pour moi d'avoir
exécuté cet office en perfonne , d'avoir mêlé
le tribut de ma reconnoillance particuliere à
» celle de mon pays , de préfenter moi - même à
» votre honorable Corps l'hommage de mon ref
و د
( 70 )
» pect ; mais puifqu'un accident grave me prive
» de remplir un devoir fi cher , M. Short , an-
» cien membre du Confeil d'Etat de Virginie ,
> aura l'honneur de vous remettre cette lettre
b avec les réfolutions de l'Etat , de vous pré-
» fenter le bufle ; il vous offrira auffi les fen-
» timens de vénération , &c.
» M. Pelletier de Morfontaine , Confeiller
» d'Etat & Prévór des Marchands , après un dif-
ود
cours dans lequel il annonçoit le fujet de l'af-
»femblée , fit faire la lecture de la lettre de
» M. Jefferſon , des réſolutions de l'Etat , &
» d'une lettre de M. le Baron de Breteuil , Mi-
» niftre d'Etat au département de Paris , qui
»annonçoit l'approbation du Roi ; & M.-Euris
» de Corny , Avocat & Procureur du Roi , termina
un difcours en requérant la tranfcription
des pieces ci- deſſus fur les registres de la Ville ,
l'acceptation du bufte qui fut placé dans la
grande fale au bruit des applauditfemens &
» d'une mufique militaire .
91
( Article envoyé au Rédacteur).
Les Affiches de Lille & celles de Normandie
rapportent l'événement fuivant .
Nous tirons ce fait des Affiches de Lille. Un
petit enfant de 13 à 14 ans ,
a été brûlé vif ces
jours derniers au milieu de la riviere. Voici le
mot de l'énigme : Ce petit garçon venoit de voler
quelques pierres de chaux vive ; pour cacher
fon larcin il les avoit mifes dans fon fein . A une
petite diftance où il l'avoit commis il rencontra
un de fes camarades qui menoit , boire plufieurs
chevaux ; il exige de lui de le laiffer monter fur
un ; l'autre y confentit. Arrivé à l'ab, euvoir le
cheval que ce malheureux montoit fe couche au
milieu de l'eau, y précipite l'enfant . La chaux fermente
bientôt dans fon fein , & cet infortuné, qui
( 71 )
+
erloit de toutes les forces au fecours , qu'il fe
brûloit , excitoit le rire des fpectateurs plutôt
que la compaffion , parce qu'on ne pouvoit s'imaginer
fon imprudence. Comme il nageoit fort
bien , tantôt il fe foutenoit fur l'eau , & tantôt
les fouffrances aigues le faifoieut plonger . On regardoit
ce prétendu jeu comme une poliffonnerie
de fon âge ; mais , hélas ! on ne tarda pas à
être défabufé. La chaux avoit tellement cautériſé
le ventre de ce petit malheureux , que les entrailles
ne tarderent pas à paroître fur l'eau . On alla
alors à fon fecours , mais inutilement , & il expira
dans les douleurs les plus affreuſes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AUBRY.
Les obfervations de Mr. Patte fur les
caufes de mort dans les noyés & fur les
fecours qu'on leur adminiftre , ont donné
lieu à plufieurs repliques , qu'il feroit trop
long & même inutile de rapporter. Nous
nous contenterons d'en citer deux ;
la premiere
, qui conftate l'efficacité des fecours ,
tels qu'on les adminiftre ici , nous a été adreffée
par M. Pia , Promoteur & Directeur de
l'établiffement en faveur des noyés de Paris.
M. Patte , d t ce zélé citoyen , n'a vraisemblablement
pas cherché à fe mettre au fait de la
marche & des réfultats de l'établiffement formé à
Paris en faveur des Noyés ; on le pratique dans la
Capitale avec un tel fuccès que s'il l'eût connu ,
il ne pourroit s'empêcher de convenir qu'il n'eft
gueres poffible d'en obtenir ni ambitionner de
plus nombreux ; car de 701 noyés , ( depuis 1772
jufques & compris 1785 , ) auxquels on a adminiftré
les fecours preferits par l'établiffement ,
599 ont échappé à une mort prefque certaine ; ce
( 72 )
qui réduit à 102 , le nombre de ceux qui ont fuccombé
malgré les fecours qui leur ont été donnés.
Je ne comprends dans ce calcul que les deux premieres
clalles dont j'ai fait mention dans mes
détails des fuccès de l'établiffement , & je ne parle
pas de la troisième claffe , parce qu'elle ne préiente
que
des cadavres , qui retirés de l'eau ap: ès
une très- longue fubmerfion , ont été regardés tellement
fans reffource , qu'on n'a pas cru qu'il fût à
propos de tenter fur eux aucuns des moyens
ufités pour effayer de les faire revivre ; ainfi , il
refulte que les fix feptièmes des noyés ayant éprouvé
les fecours adoptés , ont été rendus à la vie.
Mais , pour rendre l'établiffement formé à Paris
auffi précieux qu'il eft conftant dans les réfu!-
tats , il faudroit encore bien connoître toutes les
caufes naturelles qui s'opposent à la réuffite des
fecours d'ufage ; alors , on verroit clairement que
la plupart des 102 victimes de la fubmerfion dont
il vient d'être queſtion , ont été bleffés mortellement
en tombant fur des corps durs , qui le font
rencontrés dans leur chûte , ou mutilés par les
Crocs & autres inftrumens qui ont fervi à les
repêcher; & qu'enfin , il eft poffible que la peur
& le froid de l'eau , en y tombant leur ait occafionné
une apoplexie mortelle , & c. & c.
Voici la fecon le obfervation au fujet des
réflexions de Mr. Patte . Nous rapportons la
lettre entiere de l'Auteur , parce qu'il y avance
une objection fur un autre objet ; objection
à laquelle nous devons répondre.
En lifant dans votre n° . 38 , la conjecture
de M. Patte , fur la caue de la mort des
Noyés , je me fuis rappelle que M. Tiffot avoit
traité cette queftion dans fon Avis au peuple ,
édition de 1780. En effet , le Chapitre 28 , ſe-
Cour's
( 73 )
cours pour les Noyés , prouve que la conjecture de
M. Patte , eft une vérité reconnue par les Maîtres
de l'Art , ce qui tue les Noyes , dit M. Tillot , c'eſt
la fuffocation par le défaut d'air , & l'eau qui paffe
dans le poumon. L'ouvrage de ce Médecin eft fi
répandu que cette courte citation fuffit ; tout le
Chapitre eft employé à caractérifer les effets de
cette caufe , & à indiquer les remedes qui leur
conviennent.
Permettez - moi , Monfieur , de vous communiquer
une autre obfervation fur une mariere toute
différente , en parlant des deux voyages faits depuis
peu au fommet du Montblanc , les Journa-
Tiftes ont avancé que cette Montagne eft la plus
haute de l'ancien Monde , comme Chimboraço au
Pérou eft la plus haute de l'Univers. Celle - ci ,
mefurée par les Académiciens , eft élevée de
3220 toifes fur le niveau de la mer , ( la Condamine
, pag. 59 , ) & fuivant les cartes les plus
eftimées , le Montblanc l'eft de 2391 toifes , ou
2400 pour faire un compte rond avec les Jour
naliftes : or fuivant les mêmes cartes , le Mont-
Saint -Gothard , qui n'eft éloigné du Montblanc
que de 25 lieues , & d'où fortent deux grands
fleuves & trois grandes rivieres , car le Mont-
Furca qui en fait partie, eft élevé de 2700 toifes ; il
elt donc plus haut de 3co toifes que le Montblanc,
& celui ci n'eft pas le donjon de l'ancien Monde .
On n'ignore pas fans doute ce point de Geogra
phie à Geneve ; voudrez vous bien nous décider
à qui nous devons croire des Journaux , ou
des cartes.
J'ai l'honneur d'être , &c .
L'Abbé DES GRANGES.
Iffy 2 Octobre 1786.
Si Mr. l'Abbé des Granges avoit voulu
N°. 41 , 14 Octobre 1786.
d
( 74 )
prendre la reine de lire le Voyage aux Alpes
de M. de Sauffure , que nous avions indiqué à
nos Lecteurs, il y eut trouvé des notions qui
Tauroient difpenféd'écrire ſa lettre . Je ne fais
quelles font les Cartes eftimées dont parle Mr.
des Granges. Il n'en exifte aucune des montagnes
de la Suiffe , pas plus que de Carte générale
de cette contrée , qui mérite d'etre
confultée. Ces Cartes même , tuffent - elles
auffi exactes qu'elles le font peu , ne devroient
pas être citées pour la mefure des
montagnes ; car le Phyficien qui en détermine
l'élévation par des opérations trigonométriques
ou barométriques , n'a rien de
commun avec le Géographe de Paris ou
de Nuremberg , qui trace ene Carte plane
dans fon cabinet. Il eft vrai que dans une
de ces Cartes générales de la Suiffe , faites
hors de la Suiffe , on s'eft avifé de mettre
en marge , il y a 20 ans , de prétendues eftimations
de la hauteur des principales montagnes
des Treize Cantons . 1.e Géographe
avoit fuivi la Carte de Scheutzer , & les me
fures prifes par M. Micheli du Creft , de la
fortereffe d'Arbourg , où étoit enfermé ce
Génevois , célèbre par fes talens & par
fes malheurs. Il ne connoiffoit ni les noms ,
ni la diftance des montagnes qu'il mefuroit
de fort loin avec un niveau de fon inventien
. Auffi , fes calculs furent ils erronnés ,
comme il en étoit convenu lui - même. Il
s'en faut bien que la Fourche ait l'élévation
(( 75 )
que lui donne M. l'Abbé des Granges ; &
quant à celle du Mont Blanc , il n'eft pas
queftion ici de compte rond , mais d'obfervations
réitérées , faites avec toute la jufteffe
poffible , par M. de Luc , M. le Chevalier
Schuckburgk , de la Société Royale de Londres,
& MM. de Sauffure & Picet de Genève.
Ces derniers ont trouvé le Mont - Blanc de
2,426 toifes au-deffus du niveau de la mer.
La très petite différence qui s'eft rencontrée
entre les obfervations de ces différens Phyficiens
, eft une preuve certaine de leur exactitude.
M. l'Abbé des Granges peut recourir
à leurs Ouvrages qui font de meilleurs guides
que des Cartes géographiques..
Nous nous empreffons de publier l'annonce
d'un établiffement , dont l'Instituteur
généreux nous écrit en ces termes :
Je defirerois bien, pour l'amour de l'humanité ,
que vous vouluffiez communiquer aux hommes
fenfibles , en l'inférant dans vos Journaux , la
destination qu'un Propriétaire aifé , de Mont-
Réal, Baillage d'Avallon en Bourgogne , fait de
la moitié des revenus de fon bien , à perpétuité;
Jaquelle ne peut commencer qu'en 1790 & 1791 ,
& , fera préfidée & adminiftrée par ce Pro
priétaire , ou fon Héritier , &c . MM. le Curé ,
le Procureur du Roi & l'Echevin , tant pour les
recettes & dépenfes que pour le choix , & les abus,
en deux feules féances annuelles ; l'une , le Dimanche
après le 1er. Mai , l'autre , le Dimanche
après le 1er. Septembre.
1. De deux en deux ans , à la pluralité
des voix de la Communauté fufdits jours ,
en
d2
( 76 )
préfence defdits Adminiftrateurs, il fera choifi
entre les Manouvriers & Laboureurs feuls , 7.
trois jeunes hommes de 14 ans , dont le fort
décidera d'un , pour , après avoir demandé
leur intention , lui faire apprendre un des
feuls métiers de Maréchal , Serrurier , Taillandier
ou Charon , pour lequel il fera payé
72 liv . après l'apprentiffage , revient annuellement
à · • • 36.
2º. Idem , de deux en deux ans , comme
deffus , tous garçons de 18 à 20 ans , reconnu
pofféder le plus éminemment les qualités
d'homme , tels que , la force , le courage , la
prudence , la fidélité , le génie , l'adreife , la
fobriété , aura 100 liv. , fait annuellement .. 50.
Idem , pour une fille de 15 à 18 ans , 50
liv . 256
30. Tout garçon de 20 à 21 ans , & filles
de 18 , fe mariant loyalement , auront 300 l . , l'an
aprèsle jour de leur mariage , annuel .... 300.
4 ° . Idem , de deux en deux ans , comme
deffus , il fera fait choix dans les feuls Manouvriers
prêts à marier , ou nouvellement
mariés avant 21 ans , de trois hommes , dont
le fort décidera d'un , & il lui ſera acheté
quatre boeufs , une charue & une charette
garnie , dont il rendra la moitié du prix fix
ans après peut faire annuellement, déduction
de moitié.
5. Tous hommes & femmes ayant légitimement
cinq enfans les cinq premieres années
de leur mariage , auront chacun an
pendant trois ans , 30 liv.; peut revenir
annuellement à.
6. Aux deux vieillards de l'un & de l'autre
fexe , âgés de plus de 80 ans , fera donné
annuellement à chacun pour leur foul ge-
1.25.
80.
( 77 )
ment , 30 liv. •
79. Tous les ans , deux fois après les Vêpres
des fufdits jours , les Préfidens- Adminiftrateurs
feront une proceffion avec les
jeunes gens de l'un & l'autre fexe de l'endroit
& d'ailleurs , depuis 12 ans juſqu'à z1
ans ; auxquels oa donnera un ruban rouge
, & aux filles un bleu , & un repas frugal ,
faire annuellement. peut .
•
89. Tous les Dimanches & Fêtes après
Vêpres , depuis cinq heures jufqu'à fix , la
jeunelle ci deffus , danfera au beau milieu
de la place publique , au fon de deux violons
à laquelle feule en commençant il y fera
diftribué quatre pines de vin & deux pains ,
& nul autre ne pourra prétendre à ce droit
dan ce momen ; ce qui peut monter pour
la mufique & joie publique , annuellement
à 100 , ci. •
.60.
80.
100.
Le tout peut faire une dépenſe an- ---
nuelle & perpétuelle de 856 liv.
Le Propriétaire qui a l'honneur de vous écrire,
Monfieur , n'a pas , comme un Abbé , un revenu
pour conftruire & fonder des Ecoles , des Académies
, des Manufactures , des Hôpitaux , des
Acqueducs , des chemins , & fe borne à être heureux
; il fait les dons ci - deflus , & des fouhaits
pour les femblables.
N. B. Cet établifiement s'appelle le Rofier de
Mont-Réal.
Nous recevons la Lettre fuivante , fans
prendre fur nous de donner la moindre
auro ifation à fon énoncé ,
J'ai l'honneur de vous prier d'anoncer dans
un de vos premiers Journaux , que j'ai fait la découverte
d'une machine très - utile pour les per
d : 3
(778 )
fonnes qui font obligées d'entreprendre de longues
routes à pied . Cette machine , à qui j'ai
donné le nom de graditive , facilite tellement
la marche , qu'un homme , même peu vigoureux
, peut , avec fon fecours , parcourir l'ef
pace de foixante toiles en moins d'une minute ,
& davantage , fuivant l'action qu'on fauroit don
ner à la machine. La conftruction en eft très
fimple & très- facile ; ce qui en fait le principal
uérite d'ailleurs la modicité de fon prix fa met
à portée de tout le monde. Il n'est point de
petite bourgade où il ne puiffe fe rencontrer des
Ouvriers affez adroits & affez intelligens pour
l'exécuter avec jufteffe , précision & folidité,
Cette machine peut encore utilement fervir à
des perfonnes qui ayant été eftropiées , ont de
la difficulté à marcher , à ceux qui ayant des
corps aux pieds , font fenfibles à la marche;
elle peut être utile aux perfonnes de l'un &
l'autre fexe. Quoique cette découverte n'ait ni
le mérite ni le brillant des voitures aériennes ,
elle a plus de foli lité & de reffources. Je me
propofe d'en faire graver le modele , d'y joindre
le détail néceffaire pour s'en fervir utilement.
Cette gravure & ces dé ails feront l'objet d'une
foufcription au nombre de cinq mille exemplaires.
Le prix fera de 4 liv. 4 Cols , & j'intiquerai
, par la voie de votre Journal , un Notaire
à Paris chargé d'en recevoir le prix ; il fera pareillement
annoncé par la voie de votre Mercure
, le nombre des foufcripteurs.
DE LA BRYETE , Phyficien à Tours.
On a fait , le 20 du mois dernier , dans la
grande Salle de l'Hôtel de Ville de Paris , en
préfence des Prévôt des Marchands & Eche(
6791)
vins , le tirage des 400 Primes attribuées aux
2000 billets de la Loterie royale , établie par
Arrêt du Confeil du 29 Octobre 1780 , fortis
au tirage du fer. Mai 1786. Le montant des
Primes eft
men
de
320,000
liv. Les
rembourfemens
des billets de ladite Loterie échéant le
1er. Janvier prochain , ainfi que les Primes
qui leur font échus par le dernier tirage , fe
feront chez le fieur Darras , Trélorier de la
Caifle des Amortiffemens , place de Louisle
Grand , les Lundi & Vendredi de chaque
femaine , à compter dus Janvier prochain ,
jufqu'au 30 Mars luivant.
On vient de faire des cadrans horizontaux de
fix pouces , divités de cinq en cinq minutes ,
& où l'on a gravé l'équation du tems de dix
en dix jours . Cela eft d'autant plus utile , qu'actuellement
le goût de la précifion fe répand , &
bien des perfonnes reglent leurs pendules fur
le tems moyen , le feul qui foit uniforme & exact :
les cadrans folaires & les méridiennes ne don
nent que le tems vrai ou le tems du foleil , qui
peut tromper de demi -heure fur la marche d'une
pendule dans l'espace de quelque mois..
Ces cadrans font d'un métal affez folide pour
pouvoir être placés fur une fenêtre & dans un ,
jardin . On trouvera de ces cadrans chez le fieur
Moffy , conftru&teur de thermometres , de l'Acacadémie
des Sciences , quai Pelletier. Prix 12 1 .
L'Académie de Montauban propoſe pour
fujet du Prix qu'elle diftribuera le 3 Mai
1787 : De déterminer les inconvéniens ou les
avantages de la culture du bled de Turquie.
Les Ouvrages feront adreffés francs de port ,
d 4
( 80 )
en deux copies , à M. Lade , Tréforier de
France , & ne feront reçus que juſqu'au 1er.
Mars. Ce terme eft de rigueur.
Le Public eft averti , qu'à commencer du
rer. Octobre 1786 , il fera expédié fix Couriers
par femaine pour le Dauphiné , la Pro
vence , le Forez , le Vivarais , les Cévennes ,
le Gévaudan & le Bas- Languedoc , au-lieu
de trois qui faifoient précédemment le fervice
de ces Provinces.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 7 Octobre.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
Pour le juftifier aux yeux de la Nation ,
la plu alité des Etats de Gueldre a publié une
efpece de Manifefte , en date du 16 Septem
bre . Cette Piéce , écrite d'un ftyle pefant &
émbrouillé , ne contient abfolument rien que
des généralités . L'on s'y autorife de quelques
abus , comm's par des gens imprudens &
peu réfléchis , pour juftifier la défenſe générale
faite aux Citoyens de préfenter en Corps
des Requêtes , ou de faire près de l'Autorité
Souveraine des démarches refpectueuses , afin
d'obtenir légalement un jufte redreffement
de griefs. [ Gazette de Leyde , nº. 78. ].
On affure que la Majorité des Etats de
Gueldre a fait parvenir une lettre aux Etats
de Hollande & de Weft-Frile , qui annon(
81 )
ceroit des mefures bien propres à mettre le
comble à la conduite défefpérée de la tufdite
Majorité Gueldroite. Le Manifeite infignifiant
, entortillé , incompréhenfible , &
même inintelligible dans quelques paffages ,
avoit affez démontré que cette Majorité ne
penſe , ni ne réfléchit fur les fuites de la
con luite qu'e'le tient dans l'Affemblée des
Etats -Provinciaux . Sil eft vrai , comme on
l'affure , que la lettre , lue hier à l'Affemblée
des Etats de Hollande , porte une réfolution
férieufe de fe féparer de l'UNION , au
cas que L. N. & G. P. ne veuillent pas révoquer
la fu'penfion de l'exercice de la charge
de Capitaine- Général , faite par la Réfolution
Souveraine des Etats de Hollande & de Wet-
Frife , s'il eft vrai que les Etats de Gueldre
alent fait cette démarche & qu'ils l'aient faite
dans l'intention de la réalifer , on ne doit plus
être furpris de l'inconféquence de toutes les
autres réfolutions prifes par eux , depuis la
naiffance des ces troubles domeftiques . [ Gazette
d'Amfterdam , nº: 79. ]
Voici la teneur littérale du Manifefte des
Etats de Gueldre , qualifié dans les deux
articles qu'on vient de lire.
Les Etats de la Principauté de Gueldre & de
Zutphen , favoirfaifons. Nous n'avons appris qu'avec
la plus vive douleur , les bruits aufi mal
fondés que malicieux , répandus non feulement
dans cette province , mais de toutes parts , au
fujet des véritables raifons qui nous ont portés
à notre résolution du 31 Août , relative aux
( 82 ) 2
villes de Hattem & d'Elburg; bruits tendans
à nous attribuer des deffeins auxquels nous n'avons
jamais penfé , & à infpirer aux bons citoyens
& habitans de cette République une défiance
de notre fincere inclination à maintenir
chacun dans fes droits & privileges légitimes , &
à prêter l'oreille à toute plainte jufte . A ces caufes
pour effacer toute impreffion de cette nature &
prévenir les malheurs qui pourroient en être
la fuite , nous avons cru également important
& néceffaire d'inftruire tous & chacun de la
véritable nature & de la marche de cette affaire
par l'expofé public qu'on va lire.
"
Lorfque l'année derniere 1735 , il nous fut
pré enté plufieurs requêtes fous le nom de diverfes
perfonnes des quartiers de Zutphen & de
la Veluve , dans lesquelles les requérans s'ingé
raient d'une maniere auffi violente qu'illégale
dans le Gouvernement de la République en gé .
néral & de cette province en particulier , dont
le but étoit d'infpirer de la défiance contre nous
& contre les Seigneurs Etats des autres provinces
, nos Hants Alliés , de faire méprifer l'autorité
des divers Colleges & de fomenter la diffenfion
entre les citoyens & habitans , nous fîmes
une recherche exa &e des qualités de ceux qui
avoient figne lefdites requêtes & des circonftances
qui avoient accompagné ces fignatures :
Nous découvrîmes que ceux qui avoient figné
n'étoient pour la plupart que des enfans , des
mineurs , des perfonnes pauvres fubfiftant de charités
, des garçons manoeuvres , pour la plupart
ignorant abfolument ce qu'ils avoient demandé.
& figné , & qu'ils ne l'avoient fait qu'à la perfuafion
& par la féduction d'autres perfonnes.
Après avoir demandé préalablement à ce
fujet les avis des Confeillers de ces Principauté &
CC
( 83 )
Comté , nous avons bien voulu ufer de la clémence
& de la douceur dont nous avons toujours
donné des preuves , en pardonnant à des fujets
leurs entreprifes fouverainement coupab.es , ainfi
que nous en avons été pleinement convaincus.
par les recherches que nous avons faites. Cependant
nous avons jugé néceffaire , pour le repos
de nos bons citoyens & habitans , de prexdre
pour l'avenir des mefures convenables & abfolument
conformes à la nature de notre Conftitution
, fans toutefois ôter aux citoyens & habitans
l'occafion de pouvoir s'adreffer à nous dans
la fuite dune maniere décente & digne du refpect
qui nous eft dú , fuivant la formule prefcrite
par les loix . C'eft dans ces vues que nous
avons arrêté , le 11 Ma de cette année ; une.
publication que nous avons envoyée à nos Confeil
ers , pour la faire publier & afficher conve
nablement & fuivant l'ufage.
« La Cour , pour fatisfaire à cet ordre , envoya
le nombre requis d'exemplaires aux Offi-
Clers & Magiftrats de cette province , pour les
faire publier & afficher par- tout où il appar
tient . Deux membres du Magiftrat d'Elbourg ,
conjointement avec les Jurés de la Bourgeoife
& quelques habitans , s'y oppoferent d'abord
ouvertement. Quoique les fix autres membres &
par confiquent la grande pluralité du Magif
trat fe fuffen: déclarés fans difficulté , prêts à
faire cette publication , felon l'ufage , cependant ,
les deux autres membres , par une prétendue
pluralité de voix des membres de la Bourgeoifie
, qu'ils avoient appellée de leur propre autorté
à ce te délibération qui , concernant
une affaire de jurifdiction , ne pouvoit jamais
être cenfée de leur reffort , fe font permis de
fe refufer à cette publication , l'ont empêchée
>
d 6
( 84 )
criminellement , en s'oppofant à nos ordres ,
en le révolant contre l'autorité de leur légitime
Souverain.
» Ce refus ayant donné lieu au Monboir &
fous -Monboir [ Procureur général & fon Subftitut]
de ces pays , d'en informer , felon leur ferment ,
les Confeillers de ces Principauté & Comté , nos.
repréfentans en notre abfence , & auxquels le
maintien de l'autorité & de la juftice du pays ,
& l'exécution de nos loix & ordonnances font
particulièrement confiés , la Cour a trouvé bon
de requérir du magiftrat d'Elbourg une relation
véridique de cette affaire , & des motifs qui y
avoient donné lieu .
fait au
» Les deux membres fufdits du Magiftrat
n'ont pas craint d'en agir à cet égard de la
même maniere , & fans faire attention qu'on
demandoit ce rapport uniquement du Magif
trat , ils en ont envoyé à la Cour un ,
nom du Magiftrat & des Jurés de la bourgeoifie
, contenant non-feulement l'aven qu'ils avoient
refufé de faire annoncer & afficher cette publication
, & de refpecter nos ordres & mendemens
; mais encore une prétendue juflification
de cet e conduite indécente , accompagnée de
la menace audacieuſe de maintenir ce refus par
des voies de force , au cas qu'on entreprît de les
contraindre à l'obéiffance requife .
La Cour ayant préalablement demandé les
avis des Monboir & fous Monboir de ces pays ,
nous a donné connoiffance de cette affaire. Nous
avons vu non-feulement combien notre autorité
légitime étoit méprifée de la maniere la plus
outrageante , & la plus propre à détruire tout
ordre & toute police dans un Etat de régence
bien confiitué ; mais qu'en outre le repos & la
sûreté des bons & paffibles citoyens de ladite
( 837
Ville étoient troublés d'une maniere affreufe ,
tant par les efprits inquiets & turbulens qui s'y
trouvent , que par des gens armés , des foi difant
corps-francs qui y font venus d'autres Provinces.
En conféquence , nous nous fommes
trouvés dans la néceffité indifpenfable d'y pourvoir
convenablement , tant pour le maintien de
notre Souveraineté léfée , & de notre haute autorité
, que pour le rétabliffement du repos & du
bon ordre , le foutien & la protection de l'autorité
du Magiftrat.
·
། ་
↑
» Dans cette vue feule , & par nul autre motifque
celui du bien-être même de la ville d'El
bourg & de fes citoyens nous avons cru ,
en premier lieu , devoir demander & requérir par
écrit S. A. , comme Capitaine - général de cette
Province , de pourvoir ladite Ville de garnifón
militaire . Nous avons enfuite été informés des
mouvemens tumultueux & entreprites criminelles
qui avoient lieu à Hattem , à l'imitation de
ceux d'Ebourg , lefquels ne cendoient pas moins
qu'à l'affoibliffement de notre Souveraineté
& à l'infradion ouverte des loix établies ; &
que l'on y foutenoit & encourageoit de même
de foi- difans corps francs qui s'y étoient rendus
des Provinces voisines , nous nous fommes trouvés
dans la néceffité d'y pourvoir de la même
maniere , & dans les mêmes intentions légales &
pures.
Ayant appris en attendant avec la plus jufle
indignation , que dans les deux dites villes , on
ofoit entreprendre de le mettre en état de défenſe,
afin de s'oppoſer ultérieurement par la violence
à nos mandemens , & de repouffer la milice qui
devoit y être envoyée par nos ordres : fans nous
expofer à voir notre autorité légitime entièrement
foulée aux pieds , à perdre toute idée de
( 86 )
fouveraineté, & nous rendre ainfi refponfables
de notre conduite envers la poſtérité , nous ne
pouvions méconnoître l'indifpenfable obligation
de remédier à un pareil défordre ; & dans le cas
d'une réfiftance criminelle , où l'on en viendroit
du côté de ces deux villes à pareille extrêmité ,
de repouffer alors la force par la force. Par fuite
des informations certaines à nous parvenues , que
dans ces deux villes , & pour exécuter les projets
de rébellion , on ne craignoit non feulement pas
d'établir des fortifications , de fe pourvoir de
canons , de toures fortes de munitions de guerre ,
& de dreffer des batteries , mais que même
on y faifoit vnir des fecours du dehors , nous
avens cru devoir prendre des mesures néceffaires
pour prévenir que les troupes de l'Eat
ne fuffent pas légèrement facrifiées , & que
nos ordres reЛaffent lans effet : c'est pour cette
raifon , & pour elle feule , que nous avons dû
pourvoir à tout ce qui pouvoit contribuer à prévenir
& rendre nulles , une refiftance & une oppofition
auffi violentes & auffi criminelles . »
Nous n'en avons pas moins donné des preuves
réitérécs de notre douceur & de notre patience ,
en exhortant les deux villes , par lettres exprelles ,
de retourner à leur devoir & à leur obéiffance due
à nos ordres , quoique par une denonciation pus
blique & par les plus fortes menaces elles nous
aient déclaré vouloir perfilter dans leur défobéiffance
invincible & dans le mépris de notre au
torité. com
» Comme fi ce n'eût pas été encore affez ,
avant que de faire mettre à exécution les ordres
décrétés , nous avons expédié dans les deux villes
un manifefte pour y être publié , & dans lequel
nous nous fommes efforcés de ramener à leur
devoir par la perfuafion & la raison , en leur ac
( 87 )
cordant 3 heures pour déliberer & prévenir les
fuites inévitables qu'elles provoquercient ellesmêmes
, par
la continuation d'une réfiftarce opiniâtre
& infenfée , déclarant en outre formellement
notre defir & bonne volonté , de vouloir
ufer de clémence & faire grace aux personnes
dejà coupables , au cas qu'elles rentraffent dans
le devoir. »
» Mais on a eu auffi peu d'égard à ce manifcfte
qu'à toutes les exhortations antérieures : on l'a
réçu au contraire dans la ville de Hattem avec
un tel mépris , qu'au lieu de le faire publier , on
a ofé même avant l'expiration des trois heures
accordées , y répondre en faifant feu du canon
de la ville fur les troupes qui avoient été envoyées
par nos ordres , pour y tenir garaifon ,
& fans qu'elles euffent tiré un feul coup . Il en
eft réfulté que ces troupes n'ont eu d'autre reffource
, pour fatisfaire à nos ordres d'entrer dans
la ville , & d'y placer une garnifon fuffifante ,
que celle de repouffer une pareille violence , par
une violence fem'lable , quoiqu'en ufant de toute
la modération poffible . Graces à la bonté divine
& aux foins de fa providence , nous avons eu la
fatisfaction d'apprendre , par des informations
très- sûres, que perfonne , tant dedans que hors de
la ville, n'a été tué , ni bleflé ; ce qui eft d'autant
plus furprenant , qu'outre le feu violent qu'on
avoit déjà fait fur les troupes avant qu'elles fuffent
entrées dans la ville , on a continué de tirer
de la maniere la plus hoftile , tant fur ces troupes ,
que fur la ville même , après que la garnifon y
fut entrée , au moyen d'une batterie dreffée de
l'autre côté de la riviere , fur le territoire d'OveryJeln.
Telle étant donc la nature de cette affaire ,
que nous n'avons fait que rapporter en ſubfance ,
mais dont nous nous réservons de donner au pu(
88 )
blic une relation plus ample & détaillée dans
toutes fes circonstances , nous nous affurons que
toute perfonne impartiale & dégagée de préjugés ,
après avoir mûrement refléchi fur cet Expofé, fera
pleinement convaincue , que nous ne nousfommes
point portés à de pareilles mefures dans l'intention
de nous fervir du bras militaire pour fáire
naître des diffenfions civiles , foit entre les régens .
& les bourgeois , foit entre ces derniers , auxquels
nous avons toujours ouvert & ouvrirons la voie
de la juftice : que jamais nous n'avons eu ni aurons
de pareilles vues ; & que même on ne fçayroit
nous les prêter avec quelque apparence de
fondement ; mais que nous avons été uniquement
engagés à ces démarches par l'obligation qui
nous eft impofée , comme au fouvera n légitime
de cette province , de maintenir le repos , le bon
ordre & la sûreté de nos bons habitans , & faire
refpecter notre autorité légale , par l'exécution
des loix & réglemens de la province ; fans prétendre
au refte à aucune direction dans l'économie
privée des villes , & n'ayant agi à cet égard , que
comme nous croyons que tout Souverain eft obligé
& tenu d'en agir , fuivant la nature & les propriétés
de toute fouveraineté , & felon fon devoir
de veiller à la confervation du bon ordre & de
la tranquillité. C'eft ainfi , dans de pareils cas ,
qu'en ont agi nos pré léccffeurs , ainfi que les
Sgrs. Etats des autres provinces , nos alliés ,
foit dans des tems reculés ou plus récens , &
même quelques -uns d'entr'eux , encore depuis
peu ».
Nous ofons donc attendre de l'amour de la
vérité , de la tranquillité & de la concorde , de la
part de tout citoyen bien intentionné dans ces
pays , que , comme nous pouvons déclarer en
Hos confciences & devant Dieu , de n'avoir eu
( 89 )
par notre réfolution du 31 Août , d'autres vues
que celles que nous avons manifeftées ci -devant
lefdits citoyens & habitans étant ainfi mieux inftruits
, & d'une maniere conforme à la vérité , cefferont
d'avoir des foupçons conre nos perfonnes
& nos deffeins ; qu'ils ne fe laifferont plus féduire
par des infinuations fauffes & finiftres , par
des prétex es ma'icieux qu'inventent des boutefeux
, intéreſſés à répan re & à fomenter des fémences
de difcorde & de haine ; & qu'ils ne concevront
plus à l'avenir le moindre doute , la moindre
inquiétude fur des fentimens qui n'ont jamais
eu lieu chez nous , puifqu'on peut être affuré que
nous ne cefferons jamais de maintenir chacun
dans les droits & priviléges légitimes ; à quoi
nous employerous toutes les facul és & toute la
puiffance que Dieu nous a accordées ».
Ainfi fait & arrêté dans une diete extraordinaire ;
tenue à Zutphen , le 16 Septembre 1786 .
( Signé ) Par ordonnance de L. N. P.
Paraphé. F. W. van der Steen .
Le Canton de Berne a donné connoiffance
par lettre aux Etats Généraux , que les Régimens
Suiffes , à la folde de la République ,
ayant capitulé avec L. H. P. , ne pouvoient
reconnoître aucuns ordres des Etats de Hollande.
[ Gazette d'Amfterdam , nº. 79. ]
On a propofé à l'affemblée des Etats d'Utrecht,
de défendre aux Bourgeois de chaffer , afin de prévenir
les malheurs qui pourroient arriver , fi les
Bourgeois , fous prétexte de cet amuſement ,
parcouroient les campagnes avec des armes . La
publication que les Etats ont envoyée ici , ainfi
qu'à Wyck contient en ſubſtance : Que L. N. P.
ne peuvent repofer leurs regards fur les troubles
qui défolent la Province , fans une affliction pro(
90 )
fonde ; que depuis long- tems elles ont fait le fa
jet de leurs délibérations , afin de trouver les
moyens de les diffiper ; qu'elles avoient d'abord
efpéré que les Habitans , avant d'en ven r à des
faits , attendroient la réfoletion des Etats , mais
que l'expérience leur a démontré que plufieurs
fanatiques , beaucoup d'étrangers entr'autres , qui
n'ont rien à perdre dans la ruine de la Province,
avoient , fous le prétexte impofant de l'amour de la
patrie & de la défenfe des privileges , fai : agir les
habitans pour leur intérêt propre qu'on en a le
trifte exemple dans la ville de Wyck & dans , celle
d'Utrecht , où l'on ne s'eft pas borné à deftituer
le plus grand nombre de Régens , mais où les
habitans fe font permis de faire des infinuations
aux membres des Etats , & au College des Confeillers
députés ; infinuations , qui , pour cette
raifon , ent néceffité la tranflation de l'affemblée
législative de la ville d'Utrecht à celle d'Amersfort.
Cette conduite mettant des entraves à
l'exercice de l'autorité légale & de la juftice.
L. N. P. ont dû prendre des meſures propres
détruire ces obftacles . L. N. P. ayant en outre
remarqué que des gens armés non- ( eulement de
cette province , mais des provinces voifines , entroient
, à leur infu , & fans leur confentement
dans la ville d'Utrecht , & violoient par cette conduite
le territoire de la province , elles ont jugé
à propos de demander au Capitaine - général, de
leur envoyer quelques régimens pour leur propre
füreté. Cependant L. N. P. déclarent qu'elles
n'ont point l'intention d'étouffer la voix du peu
ple & d'ufurper fes privileges . Elles l'exhortent
à être dans la plus grande fécurité à cet égard ,
en lui promettant de ne point employer les trou ;
pes fusdites contre Utrecht & Wyck, mais elles défendent
à tous Bourgeois de paller , fans lear conà
( 91 )
fentement , en armes , fur le territoire de la pro
vince , fous peine d'être punis , fuivant les loix ,
comme perturbateurs du repos public , & ordon -
nent à tous bourgeois armés étrangers , qui fe
trouvent dans la province , de la quitter dans
trois jours , à compter de la date de la publication.
( Courier du Bas Rhin , nº . 77. ) ל כ"
I es Etats de Zélande ont répondu à la
lettre de ceux de Hollande du 4 Septembre.
Ils témoignent à ces derniers la fatisfaction
que leur a donnée leur réfolution du 25 du
mois dernier. Ils difent qu'ils avoient prévu
les troubles qui divifent la province d'U
trecht , & qu'ils avoient offert leur médiation
pour les prévenir , mais qu'elle avoit
été refufée. Ils ont droit fans doute de le
plaindre du peu d'égards qu'on leur a mont
tré ; mais dans l'état critique où font les affaires
, ils oublient leur mécontentement;
ils viennent de donner ordre au Capitainegénéral
de ne point emploier leurs troupes
dans les démêlés des provinces de Gueldres
& d'Utrecht. Cependant ils repréfentent à
L. N. & G. P. , que dans les circonftances
actuelles elles auroient pu leur donner avis
des ordres qu'elles ont expédiés aux Régimens
en garnifon fur le territoire de la Zélande
, par rapport au feraient que ces troupes
ont prêté à la Province & aux villes . Ils
pient L. N. & G. P. d'expliquer leur maniere
de penfer à cet égard ; car il eft de la
derniere importance que les états de chaque
province fachent quel fonds ils doivent faire
Y
( 92 )
für les militaires , qui font cantonnés fur leur
territoire , fans être à leur paie. ( Idem.
Caufe extraite du Journal des Caufes célebres ( 1) .
Manque de refpe&t au Juge fur fon tribunal.
Le Procureur fiſcal & fon Subftitut font deftitués
de leurs offices dans le Bailliage de la ville de
Château Meillant . Ces deux Officiers forment
oppofition à leur révocation , & trouvent de l'appui
dans deux seigneurs. Le fieur Chapaud ,
Avocat au même Siege , fe joint aux malheu
reux , & voilà une ligue formée contre le Juge.
Une Sentence du Bailliage d'Iloudun autorife ,
par provifion , les deftitués à continuer leurs fone
tions, & fait défenfe aux nouveaux pourvus d'exercer.
Cette premiere victoire eft fuivie d'une autre
& d'une Sentence qui interdit les nouveaux
pourvus.
Le triomphe paroît complet , & la difgrace du
Juge confirmée . Mais ces feccès n'ont pas encore
paflé par l'épreuve du Tribunal fouverain. Le
Juge appelle de ces Sentences au Parlement de
Paris , expofe les raifons & les motifs qui l'ont
déterminé à prononcer la deftitution des deux Officiers
de la juftice : elles font approuvées par les
Magiftrats les Sentences d'Iloudun font infirmées
, les révocations confirmées , & les nouveaux
Officiers établis à la place des anciens. Le fieur
Chapaud , Avocat , ne jugea pas à propos de fouforire
à cette décifion , A l'audience de fon petit
[1 ] Le Bureau de ce Journal eft actuellement rue du
Theatre François , la dernière porte cochere près la Place ,
chez M. Dejefarts , Avocat, & chez Mérigot le jeune ,
Libraire, Quai des Auguſtins , Prix , 18 liv , pour Paris ,
14 liv pour la Province.
( 93 )
Tribunal , il voulut occuper la place du Procu
reur- fifcal , & le repréfenter , quoique préfent.
Le Bailli lui fit des remontrances : elles furent
mal reçues. L'Avocat répondit à fon Juge , fans
relpect ni mefure , & caufa un trouble fcandaleux
à l'audience , devant le public , que ces querel
les amufent. Le Bailli oppofa la douceur à un
emportement , l'engagea à fe modérer , & lui pardonna
ſon écart. L'Avocat , fier de cette modération
, la paya d'une nouvelle infolence , & dit
qu'il ne demandoit pas de grace . Alors le Juge fit
dreffer procès - verbal de ces actes d'irrévétence
ils donnerent lieu à des conclufions du miniftere
public , & le feur Chapaud fut interdit , & réduit
au filence pour deux audiences . Le fieur Chapaud
courageux & jovial , ne s'eft pas tenu pour vaincu
Il s'eft pourvu au Bailliage d'iffoudun , & y a obtenu
une fentence portant défense d'exécuter celle
du 14. Il a gardé cette piece en poche jufqu'à l'audience
fuivante , qui s'eft tente le 28. Il a attendu
que les Officiers fuflent montés à l'auditoire
pour la faire fignifier au domicile du Greffier ,
après quoi il eft lui -même monté à l'auditoire , a
fait en entrant une inclination très -profonde au
Juge , & d'autres inclinations à chacun des Offciers
, fans excepter l'Huiffier qui étoit en face
du Juge , de façon qu'en faluant l'Huiffier , il
montroit fon derriere au fieur Poiffonnier , Juge ;
enfuite il le tourna vers celui - ci , & lui fit une
nouvelle inclination jufqu'à terre.
>
Ces révérences multipliées & infolites cauferent
le plus grand fcandale dans l'auditoire .
Le fieur Poiffonnier demanda au fieur Chapaud
pourquoi il fe préfentoit à l'audience , après l'interdiction
prononcée contre lui à celle du 14. Il
tui répondit ironiquement qu'ayant été interdic
pour caufe d'irrévérence à la Juftice , il avoit cru
( 94 )
1
豐
racheter fa faute par les humbles révérences qu'il
avoit faites ; qu'au furplus il avoit fait fignifier
quelque chofe au Greffe.
Ces injures nouvelles faites à la Juftice jufques
dans fon fanctuaire , ont encore donné lieu à un
requifitoire du miniftere public , d'après lequel
le fieur Chapaud a été condamné eu une amende
de 12 livres payable fans déport .
Il étoit dans l'ordre que le fieur Poiffonnier ,
qui venoit de prononcer cette Sentence , ordonnât
à l'Huiffier de fervice de la mettre à exécution.
Illeva enfuite le fiege , & , comme il demeure à
près de huit lieues du Château de Meillan , il par
tit le même jour pour fe rendre chez lui , fans aucunement
fe méler de l'exécution de la Sentence
qu'il avoit rendue .
Le feur Chapaud fommé de payer l'amende à
Jaquelle il avoit été condamné , refufa , & P'Huiffier
le conduifit en prifon.
Cet Avocat a obtenu au Bailliage d'Iffcudun ,
de 28 Février 1785 , une Sentence qui a annullé
celle des 14 & 28 Janvier , & l'emprisonnement
fait de fa perfonne.
D'après cette Sentence , il a obtenu au Parlement
, le 3 Juin', un arrêt , qui lui a permis de
prendre à parte le feur Poiffonnier. En vertu de
cet Arrêt , il l'a fait affigner , & il conclut contre
Pui à une réparation & à des dommages & intérets;
mais par arrêt du 28 Février 1785 , le Parlement
a mis un terme à cette petite guerre , en déclarant
d'un côté l'emprisonnement de M. Chapaud
mul , & de l'autre en le déboutant de fa demande
en prife à partie , en lui enjoignant d'ê re plus
circonfpe&t à l'avenir , & de porter honneur &
refpect à Juftice , & pour y avoir manqué , l'a
condamné en 50 liv. de dommages & intérêts , &
en tous les dépens.
93
( 95 )
GAZETTE ABREGÉ DES TRIBUNAUX ( 1).
+
PARLEMENT DE TOULOUSE .
Grand Chambre.
Oppofition d'un Pere au mariage de fon fils,
Le fieur de .... Capitaine au Régiment de ...
n'avoit que 20 ans , lorsqu'en 1770 il palla en
Amérique avec fon Corps ; fon pere , Chevalier
de S. Louis , retiré du fervice , & dont il étoit
l'unique enfant , lui donna à cette époque une
Procuration en blanc devant deux Notaires de
Verfailles , pour confentir au mariage qu'il pourroit
faire . Le fieur de..... fils , revint en
France fur la fin de l'année 1774 , & fe rendit
auprès de fon pere , qui avoit fixé fa réfidence à
Beziers. C'est dans cette ville où il fit connoiffance
avec la demoiſelle P. , née de parens honnêtes
, mais peu aifés . Ayant voulu accomplir
avec cette Demoiselle un mariage , dont les loix
de l'honneur , fes promelés réitérées lui faifoient
un devoir , il demanda à fon pere fon COEfentement
, qui lui fut refufé. fi alors trois
fommations refpectueules , à trois jours différens ,
à fon pere qui garda un profond filence,
--
obtint de M. l'Evêque de Beziers la difpenfe de
la publication de deux bans ; on alloit publier le
troifieme , lorfque le Curé reçut une oppofitian
à la requête du sieur de... , qui prétendoit que
fon fils étoit déja marié au Port -au - Prince avec
la Demoifelle de M... Le sieur de .... fils
s'adreffa au Sénéchal , & lui demanda que , fans
s'arrêter à l'oppofition , il fût permissa Curé de
paffer outre à la célébration de fon mariage avec
Ja demoiselle P..., & que l'Ordonnance qui interviendroit
feroit prov'foirement exécutée. --La
1
( 96 )
Requête ayant été renvoiée en Jugement , il
intervint a l'audience un appointement confor
me aux conclufions du sieur De ... Son pere en
appeila auffitôt enda Cour , où il donna requête,
tendante à ce que , par provision , il fût fursis à
l'exécution de l'appointement du Sénéchal ; & il
demanda qu'il lui fût accordé un délaî pour rapporter
la preuve fuffifante du mariage de fon
fils. -Celui - ci demanda de fon côté l'exécu
tion provifoire de l'appointement ci deffus. Arrêt
qui renvoya les Parties à l'Audience.
-Le
pere expofa l'intérêt fensible qu'il avoit de s'oppofer
au mariage que vouloit contracter fon fils ,
qu'il foutenoit être marié au-delà des mers ; il
insiftoit fur-tout fur la flétriffure qu'un crime
femblable à celui de Bigamie , & la condamnation
qui pourroit en être la fuite , imprimeroient
fur un brave vieillard , iffu d'ayeux nobles & fans
tache , & qui porte à fa boutonniere le témoignage
diftinctif des bleffures honorables qu'il a
reçues au fervice de fon Prince & de fa Patrie.
Le fils foutenoit que fon prétendu mariage
avec la demoiſelle M .... habitante du Port-au-
Prince , n'étoit qu'une chimere , dont fon pere
vouloit colorer fon opposition , faute d'autre
moyen ; & pour la faire évanouir , il employoit
la Procuration qui lui avoit été donnée par fen .
pere en 1770 , pour confentir au mariage qu'il
pourroit faire dans les Colonies où il alloit fe
renáre : cette Procuration étoit encore en blane ;
certainement si le sieur De .... fils eût épousé
la Demoifelle de M..., il eût été obligé de
faire ufage de la Procuration , qui non- feulement
été remplie , mais eût demeuré dans
un dépôt public. Arrêt du 22 Mai 1783 qui
a déboutéle sieur De ... pere de fon appel , avec
amende , dépens compenfes...
#5 AVKIN
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG ; le 4 Octobre: i
A
l'état qué nous avons donné d'après un
Auteur Allemand , des revenus particuliers
de la Saxe , nous joindrons celui des
dépenfes , & la balance qui en réfulte.
Dépenfe en argent comptant.
Pour rentes viageres & perpétuelles
& autres fommes pour l'acquit- Rixdalers:
tement des dettes. 2,667,641
Pour appanages. & penfions. 240,105
Pour les Miniftres aux Cours étran..
geres. 145,787
Dépenfe de la Nobleffe qui voyage
en pays étranger. 196,000
Dépenfe pour l'inveftiture des fiefs
en pays étranger . ....... 4,949
Bénéfice que retirent des mines les
Affociés étrangers.
Mifes dans les loteries étrangeres
& les emprunts à rentes viageres :
dots & fucceffions. qui fortent
No. 42 , 21 Octobre 1786 .
3,176
( 98 ) /
Rixdalers.
du pays.
46,000
TOTAL.
2,303,658
Dépense pour des articles du regne végétal.
POUR coton.
....
Fils de coton teint.
300,160
18,040
Lin Sérancé. ... 8,302
Fil . . . . . .
50,030
Chanvre ferancé à l'uſage des Cordiers.
21,296
Eau -de-vie . 12,964
Chardons à foulon .
3,152
Houblon . .... 17,047
Bois de toutes efpeces.
Huile de lin & de navette.
Bled , fruits....
...
59.334
115,210
• 12,930
Soude pour les verreries , &c. 54,136
Papier & carton .
.....
14,311
'Amidon,
3,408
TOTAL. 690,322
Dépenfe pour des articles du regne animal,
POUR poil de chevre.
Cire.
Laine filée blanche & teinte .
Broffe laine .
Ivoire & baleine .
Miel.
Cire & bougies..
Harengs.
... •
•
Poiffons falés & fecs.
17,505
45,030
12,530
29,195
. 11,220
w /++ /+ for
6,055 2
18,999
36,092
I1,426
8,5 17 2/20
Fromages.
Cuirs & peaux. ·
149,858
Sayon.
no 3,226
1991
Suif.
Rixdalers
Huile de poiffon.
Bétail de boucherie .
Chevaux.
TOTAL.
47,035
18,134
190,950
58,0.22/
661 , 16
Dépense pour des articles du regne mineral.
POUR Chaux . 1,088
Fil d'or & d'argent . ..
20,350
Cuivre. 206173
Pomb & litharge.
3,198
Etain .
3.931
Acier. 25.024
Fer forgé & de fonte. 62,432
Petites marchand . fes de fer , cuivre
& d'acier. 82,950
Vérres & glaces.
9.215
Fayence. 15,629
Vitriol, tartre , falpêtre , fel ammoniac
, borax.
16,005
Sel. 159.704
Tourbe. 4,006
Creufets . 10,020
TOTAL. 433-7174
Dépenfe pour des articles tirés des trois regnes.
POUR des ingrédiens de teinture
.
Drogues de pharmacie.
.. •
Ouvrages des beaux arts.
Ouvrages de divers métiers.
70,841
18,666
13,080 /
60,480
163,067 TOTAL.
e 2
( 100 )
Rixdalers.
Tabac. 308,020
Syrop , fucre , thé , café . 489,5 4
Epicerie . 32,024
Argenterie venant de l'étranger. 10,495
Etoffes & autres marchandifes de
foie. 88,834
Pierres précieuſes . 20,662
Marchandifes de modes.
22,095
Huile , effences , citrons , poiffons
de mer. 31,133
Caroffes & meubles venant de l'étranger.
11,170
Vins & liqueurs .
218,970
Cartes à jouer .
..
3,015
Pelleterie . 58,497
Diverfes marchandifes de laine extrafine
.
45,820
TOTAL. 2,342,289
RÉSUM É.
Recette.
Argent. comptant. 1,327,484
Du regne végétal . 2,254,819
A animal .
minéral.
759 815
1.808,039
De tous les trois regnes. 195,270
TOTAL. 6,345,448
Dépenfe.
Argent comptant. 2,303,658
Du regne végétal. 698,322
animal .
663,816
minéral.
433,717
De tous les trois regnes, 163,067
( 101 )
Matchandifes de luxe. 1,341,289
TOTAL. 5,596,870
Bénéfice pour la Saxe électorale.. 748,578
DE BERLIN , le 2 Octobre .
Le Roi eft de retour de fon voyage en
Pruffe depuis le 26 du mois dernier. Il s'eft
rendu au château de Charlottenbourg précédé
de l'élite des Bourgeois de cette ville à cheval
& en Uniforme .
C'est le 18 Septembre que fe fit à Koënigsberg
la cérémonie de la preftation de la
foi & hommage.
Les divers Miniftres d'Etat & Chefs des
départemens refpectifs fe raffemblerent au
château , ainfi que les Evêques de Wa mie
& de Culm avec leurs fuffragans , & les
quatre Plénipotentiaires des Evêques de
Gnefne , Pofnanie , Plock & Cujavie. Les
Etats de la Pruffe , qui s'étoient raffemblés
dans l'Eglife du château , prirent place fur
les échafaudages établis fur la place du
château , & couverts de drap noir.
Le Roi , accompagné des Evêques , Gé
néraux & Miniftres d'Etat , monta à 10 hr.
fur le Trône , placé au château , & également
couvert de drap noir. Alors le Comte
de Finckenſtein , Miniftre - Privé - d'Etat &
de Juftice , Chancelier & Préfident de la
Régence , prononça un Difcours , auquel le
e 3
( 102 ) .
Préfident d'Oftau répondit au nom des Etats
de la Pruffe Orientale , & le Baron de Schrotter
pour les Erats de la Pruffe Occidentale.
Enfuite les uns & les autres prêterent le ferment
de fidélité , dont lecture fut faite pour
ceux de la Pruffe Orientale en Langue Allemandle
, & pour ceux de la Pruffe Occidenta'e
en Langue Latine. Le ferment ayant
été prêté , M. de Hertzberg lut aux Etats
un acte de sûreté & de promeffe , figné de la
man du Roi , par lequel S. M. promettoit
de maintenir les privileges , libertés & droits
de fes fujets , de leur faire adminiftrer une
Juftice exacte & impartiale , &c . Enfin Sa
Maj. fit publier devant fon trône par M. de
Hertzberg les faveurs & les grâces qu'elle
accordot , dans cette occafion folemnelle ,
à diverfes perfonnes & familles de la Pruffe ,
qui ont bien mérité de fon augufte Maifon
treize ont été élevés au rang de Comte
; fix décorés du titre de Nobleffe , & 17
nommés Chambellans. Le treizieme , dont
le Roi avot ajouté le nom de fa propre
main , et M. le Baron de Hertzberg , Miniftre
d'Erat & du Cabinet. A l'iffue de la
cérémonie , l'Aſſemblée afliſta au Te Deum
folemnel , qui fut chanté dans l'Eglife du
château , & après lequel le Roi dîna avec
fes Miniftres d'Etat , Généraux & autres
perfonnes du premier rang , tandis que les
deux Ordres Equeftres , les Députés des
villes , &c. furent régalés dans la grande
falle , dite de Mofcovie , à 12 tables de so
( 103 )
Couverts chacune. Pendant le dîner il fut
diftribué une médaille , frappée en or & en
argent d'un côté elle porte l'effigie fort
reflemblante du Roi : fur le revers les mots :
Nova fpes Regni ; & dans l'Exergue : Fides
Pruffiæ præftita Regiomonti d. 19 Sept. 1786 .
La clémence du Roi a rendu la liberté à
quatre -vingt prifonniers enfermés à Frie lericsberg
, à Pillau , à Memel , ainfi qu'à plu
fieurs de ceux enfermés dans les prifons de
Koenigsberg. Le fieur Glave , ancien Confeiller
de Regence , condamné l'année der
nere aux travaux publics pour concuffion ,
péculat & abus de juftice , a été libéré de la
chaîne , & renfermé dans une priſon d'Etat.
S. M. a de plus fignalé fon féjour en Pruffe
par une infinité de cadeaux & de graces pé
cuniaires.
Jeudi dernier , l'Académie royale des Sciences
de cette ville tint , à l'occafion du jour anni
verfaire de la naiſſance du Roi , une féance extraordinaire
en préſence de L. A. R. le Prince
de Pruffe , & le Prince Louis , fon augufte frere
de S. A. S. le Duc Frédéric de Brunſwick , ainfi
que d'une nombreufe & brillante affemblée
composée de la plus grande partie des Miniftres
étrangers & autres perfonnes de diftinction qui
fe trouvent dans la capitale . S. Ex . M. le Comte
de Hertzberg , Miniftre privé d'Etat & du Ca
binet , quoique de retour le même jour de fon
voyage de la Pomeranie & de la Nouvelle - Marche
, où il avoit reçu la foi & hommage de ces
provinces, au nom de S. M. , ouvrit la féance
par la lecture d'un difcours où il pronostiqua
€ 4
( 104 )
les éloges qu'il auroit bientôt à donner au nou
yeau regne,
DE VIENNE , le 3 Octobre .
On apprend de Prague , que le 22 Septembre
au matin , l'Empereur en eft parti
pour aller vifiter les fortereffes de Théréfienftadt
, Koenigsberg & Pleff. On ne l'at-.
tend ici que vers le milieu du mois . Les
deux , cutters que S. M. I. a fait venir d'Oftende
, font arrivés à Triefte les de ce mois .
Leur deſtination eft de garder la côte , &
de protéger le commerce.
La Régence de la Baffe Autriche vient de
faire publier , que tant que les mines dans
les Etats héréditaires ne fourniroient, pas l'é
tain dont on aura befoin , l'importation de
l'étain étranger fera permile , moyennant un
droit de 4 florins & 30 creutzers par quintal..
On a publié dans le royaume de Hongrie
une Déclaration interprétative de l'Edit de
tolérance , datée du 8 Août ; elle porte que
les Communions Acatholiques , qui n'ont
point d'Eglife particuliere, feront annexées
à d'autres Communions qui en ont ; qu'il
fera permis aux Acatholiques de faire prononcer
des difcours funebres hors de leurs
Oratoires , & qu'ils pourront fe fervir des
cloches pour appeller au Service divin.
Une Ordonnance du 12 Août défend
dans ce Royaume de fonner les cloches à
l'approche d'un orage.
( 105 )
Les dernieres lettres de Conftantinople
portent qu'il regne toujours du mécontentement
parmi le peuple . Suleiman , ancien
Kiaja Bey , a été rappellé à la Cour , &
nommé Garde des Sceaux . Abdi , Pacha de
Romélie , a été nommé au commandement
de Siliftrie , & Melik Pacha , qui dans la
derniere guerre contre les Ruffes avoit rempli
le pofte de vice - Grand - Viſir , à celui de
Widin.
DE FRANCFORT , le 11 Octobre.
,
y
On raconte que le Roi de Pruffe , en revenant
des funérailles
de fon Oncle à Potzdam
fortit le foir de Charlottenbourg
,
fans être remarqué par la garde. Il apperçut
une fentinelle qui mangeoit dans fon pofte ,
& lui fouhaita
un bon appétit. Le foldat
effrayé s'évanouit
en appercevant
le Roi ,
qui envoya quelques
perfonnes
à fon fecours
, lui fit préfent de quelques
rixdalers
pour avoir de quoi fe raffalier à fon gré ; &
à fa demande , il lui expédia fon congé . Ce
Ce Prince n'a encore figné aucune fentence
de mort. Deinierement
on lui en préfenta
une pareille contre une infanticide
, & il
commua
la peine capitale en prifon de dix
ans dans une maifon de force. i
On dit que le Comte Frédéric d'Anhalt,
Lieutenant - Général au fervice de Ruffie ,
retournera à celui de Pruffe , avec l'agrés
( 106 )
ment de l'Impératrice. C'eft un Général
très eftimé. Il quitta la Pruffe pour s'attacher
à l'Electeur de Saxe , du fervice duquel
il paffa à celui de Ruffie , il y a quelques
années.
Il paroît un Ouvrage Allemand qui fait
la plus grande fenfation , fous le titre de
Tableau du Jéfuitifme d'aujourd'hui , de l'état
des Rofecroix , des pratiques pour gagner des
Profelytes , & pour réunir les Religions . Entr'autres
anecdotes fingulieres de ce livre,
on y trouve celle- ci ; que le Général actuel
des Jéfuites eft l'Abbé Romberg , qui en
1773 étoit Affiftant de la Nation Germanique
, enfermé dans le temps avec le Général
P. Ricci , & vivant aujourd'hui à Rome.
'Anciennement il avoit été Profeffeur &
Recteur du College d'Ingolftadt qui , depuis
l'origine de l'Ordre , fut le vrai Séminaire
des Jéfuites Allemands. Ce College en
contenoit 150 ; il eft actuellement entre les
mains de l'Univerfité. Lorsqu'on en fouilla
les archives , on les trouva vuides ; il n'y
étoit refté que quelques registres de confef
frons , parmi lesquelles étoit celle d'un grand
Prince avant fa mort , & un glaive fur lequel
étoient écrits ces mots : hoc ferrum centum
& decem reis capita demeſſuit. L'Auteur
prétend que les Jéfuites Allemands étoient
dans l'ufage d'écrire d'abord en latin la
confeffion des perfonnes diftinguées , & de
les envoyer au Recteur ou Supérieur qui les
dépofoit dans les archives.
( 107 )
La ville de Magdebourg , lit- on dans un
Journal , renfermoit avant l'an 1947 , époque
où elle fut profcrite par l'Empereur ,
une popu'ation de 40,000 ames. La malheureufe
guerre de 30 ans y réduifit le nombre
des bourgeois à 1400, & en 1631 on
n'y comptoit plus que 140 maiſons. Actuellement
le nombre des maifons dans cette
ville monte à 3285 , & on y compte une
population de 26,269 ames.
On doit établir dans les Etats du Roi de
Pruffe un Tribunal du Point-d'honneur fur
les bafes fuivantes.
" La pluralité des voix décidera dans ce Tribunal
, & il n'y aura point d'appel de fes décifions.
- Un Officier ou un Gentilhomme qui
s'oubliera , au point de donner à une perfonne
de fon état & de fa naiffance des coups de canne
ou de fouet
? fera regardé comme infâme , &
condamné à être enfermé à perpétuité dans une
fortereffe. Si l'offenfé a provoqué l'offenfeur par
des injures , il fera caffé & envoyé dans une
fortereffe pendant trois ou fix années , — Celui
qui , fans porter fes plaintes à ce Tribunal d'une
offenfe reçue , appelle l'offenfeur en duel , fera
enfermé dans une fortereffe pour trois ou fix
années. Il en eft de même de ceux qui ne fe
conformeront pas aux jugemens du Tribunal ou
qui accepteront le défi . Si le duel a eu lieu ,
& que l'un des combattans foit tué , le furvivant
fera regardé comme un alfaffin , & puni de
mort. Mais dans le cas où aucun des combattans
ne reſteroit fur la place , ils feront tous les deux
envoyés dans une fortereffe pour dix ans &
même à perpétuité . Celui qui dans une dif
,
e 6
( 108 )
-
pute fe faifit d'une arme , fera condamné à trois
ans de fortereffe , quand même il n'auroit point
commis de voie de fait. - Celui qui menace
un autre de duel ou d'une offenſe injurieuſe
fera regardé comme un perturbateur , & envoyé
en prifon pour une ou deux années. Celui
des combattans qui fe fera fauvé par la fuite , perdra
la jouiffance de fes biens tant qu'il vivra ,
fon effigie fera attachée au pilori . Celui qui
affiftera à un duel comme fecond , fera puni de
cinq années de forterelle , fi aucun des combattans
n'eft refté fur la place , & de dix années fr
l'un d'eux eft tué . Celui qui animera & engagera
un autre à demander fatisfaction par un
duel , fera puni d'une ou de plufieurs années de
fortereffe. La même punition fubiront ceux qui
feront des reproches aux parties fur leur accommodement
, ou fur la fuite qu'elles auront donné
à la décifion du Tribunal , ou qui lui montreront
du mépris ; ils feront en outre deftitués
de leurs emplois. Les cas extraordinaires &
très -graves feront portés par le Tribunal au
Trône.
Nous renvoyons à l'Ordinaire fuivant la
fin du précis relatif à l'Ordre Teutonique.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 25 Septembre.
Il est arrivé dernierement dans nos ports
plufieurs navires du Méxique richement
chargés ; & pendant le feul mois d'Août ,
on a reçu d'Amérique 2,700,000 [ réaux
apparemment en or & en argent.
7.109 )
Dans la nuit du 19 au 20 Août , on a
reffenti à Carthagene une vive fecouffe de
tremblement de terre , qui cependant n'a
pas caufé de dommage.
Un grand nombre de foldats du régiment
Suiffe qui eft ici en garnifon , avoit formé , ces
jours derniers , le projet de déferter ; en conféquence
ils furprirent la garde de la porte Tolede
, lui enleverent les armes , & allerent , pour
vus d'une quantité fuffifante de poudre & de
plomb , prendre pofte dans la forêt du Pardo
près de cette ville , ils eurent même foin de
s'y fortifier ; cependant un nombre fupérieur de
Cavalerie envoiée à leur trouffe parvint à les
foumettre , après en avoir tué un grand nombre
& bleffé les autres au point qu.ils font tous morts
depuis à l'hôpital . Ce même régiment Suiffe
ayant déja commencé auparavant à donner dans
des excès criminels , on en a mis à mort avanthier
deux foldats ; plufieurs autres durent paffer
par les verges. Enfin pour éloigner de la ville
un corps fi dangereux , on l'a fait partir pour
le camp de S. Roch : il fera remplacé ici par le
régiment de Milan.
Nous favons que le 14 Août neuf Corfaires
Algériens , de 18 à 34 canons , ont
mis en mer. Le Dey a déclaré au Conful.
Danois , qu'à l'avenir on prendroit tous les
navires de Lubeck , de Dantzick , de Hambourg
& autres , qui arbore oient le pavillon
Danois.
Une lettre de Gibraltar du 11 Septembre
porte ce qui fuit :
9 La Frégate Portugaife , le Triton tenoit
bloqué dans fon Port , un Chebec Algérien ,
( 110 )
de 16 pieces de Canon , & de 140 hommes
d'équipage ce Bâtiment Barbarefque faifoit
Quarantaine près du nouveau Môle depuis 15
jours ; le vent d'Eft l'avoit empêché de remettre
en Mer. Le 3 au matin , à huit heures
, le Vent étant dans la partie de l'Ouest ,
le Corfaire leva l'Ancre , & fortit de la Baye ,
dirigeant fon_cours vers la Côte d'Afrique.
La Frégate Portugaife étoit mouillée derriere
le Rocher , près la Pointe d'Europe . Les Algériens
étant au large , découvrirent la Frégate
Portugaife , qui déja le canonnoit , mais fans
leur faire grand mal ; ils efpérerent pouvoir
lui échapper par la fuite ; mais le vent tournant
à l'EA & continuellement canonné
par les Portugais , le Corfaire prit le parti de
rentrer dans la Baye. Les courants l'entrainerent
près de l'Ifthme , à la Pointe feptentrionale
du Rocher. Les Portugais s'approchant
alors du Corfaire & faifant . feu fur lui , l'attaquerent
fous les Batteries de la Place , qui ne
firent aucune mine de s'y oppofer ; à trois
heures de l'après midi , les Algériens abandonnerent
leur Vaiffeau & s'enfuirent dans
leurs Chaloupes à la Pointe de l'Ifthme & y
prirent Terre. Peu après , les Portugais vinrent
dans deux Chaloupes & mirent le feu au
Navire à une portée de fufil du Quai . Il y a
eu deux hommes de tués fur le Corfaire . Le 4
à porte ouvrante , les Algériens font tous entrés
dans la ville , où on leur avoit préparé déja une
maiſon , en attendant qu'on ait frêté un Bâti¬
ment pour les ramener à Alger.
Voici encore quelques circonstances qui rendent
cette Affaire plus délicate . Le Chef d'Eſcadre
Portugais , Don Jofeph de Mello , étoit venu
dans la place le 2 dans la nuit : auffi tôt que
( II )
·
le 3 au matin , il entendit tirer le premier
coup , il entra dans fa Chaloupe & fe fit porter
à l'Ifthme , fur la partie du Terrein qui eft
neutre , pour y voir lui - même , l'attaque du
Corfaire ; il affure qu'il avoit pris avec lui tous
les Signaux néceffaires , pour faire ceffer toute
hoftilité auffi-tôt qu'il s'appercevroit que la
Place donneroit le plus petit figne de protection
au Corfaire . D'abord après que le Vaiffeau
Algérien eut été abandonné , ce fut luimême
qui ordonna aux Chaloupes de la Frégate
le Triton , d'aller mettre le feu au Che-
Bec Algérien , ce qui fut exécuté à une petite
portée de fufil , de Terre. Notre Gouverneur
accufe le Chef d'Efcadre d'avoir
violé impunément le Territoire de fon Gouvernement
; M. de Mello s'excufe de ce reproche
, en difant , que les Algériens , ayant
amené leur Pavillon , le Chebecq étoit de bonne prife,
& qu'en conféquence il pouvoit le brûler partout
où il lui fembleroit bon de le faire. Pour
fermer la bouche au Gouverneur , M. Mello
lui cita l'exemple même des Anglois , qui en
1758 , traiterent de même le Vaiffeau François ,
commandé par M. de la Clue
fous la protection
des Forts Portugais , qui faifoient feu
fur eux . & cela fur la Côte même du Royaume
d'Algarve , à une très - petite distance de
Terre. Quoi qu'il en foit , le Général Elliot a
fait fignifier à M. de Mello , qui vouloit venir
à terre le 4 , que lui , ni aucun des Portugais
qui fe trouvent fur la Frégate , ne feroientplus
admis ; qu'il le prioit de refter à ſon bord , lui
offrant néanmoins tout ce qu'il auroit befoin ,
tant pour fon Vaiffeau que pour l'Equipage .
P. S. Le Chef d'Efsadre , de Mello a fait voila
pour Lisbonne , & le Commodore Cosby a expédié la
›
( 112 )
Frégate le Sphinx pour l'Angleterre. On efpere,
que cette affaire s'arrangera à l'amiable.
GRANDE - BRETAGNE;
DE LONDRES , le 6 Octobre .
Le 3 , il a été expédié du Bureau du Marquis
de Carmarthen deux Meffagers d'Etat ,
J'un au Chevalier Harris , à la Haye , & l'autre
à M. Eden , à Paris .
Cinq jours avant , l'Envoyé de Portugal
s'étoit rendu chez le même Miniftre , avec
lequel il eut une conférence de deux heures ,
en lui communiquant des dépêches reçues de
Liſbonne. M. Faukener , que le Roi a nommé
fon Miniftre pour conclure le Traité de commerce
entamé avec la Cour de Portugal , a
pris congé de S. M. & s'embarque pour Lisbonne
fur la frégate le Southampton .
La Convention entre l'Angleterre & l'ETpagne
, qui vient d'être ratifiée , eft uniquement
relative au commerce des Anglois fur
la côte des Mofquites . Sa Majefté Catholique
a cédé à l'Angleterre une étendue de pays
beaucoup plus confidérable que celle où les
Anglois ont jufqu'ici fait la coupe des bois de
teintures ; mais ils n'auront pas la liberté d'y
faire aucun établiſſement défenfif. Voici la
teneur de ce Traité.
ART. Ier. Les fujets de S. M. B. & les autres
qui ont joui jufqu'à préfent de la protection de
' Angleterre , évacuéront le pays des Mofquitos,
( 113 )
auffi bien que le continent en général , & les
ifles adjacentes , fans exception , fituées au dehors
de la ligne ci - après marquée , comme devant
fervir de frontiere à l'étendue du territoire
accordé par S. M. C. aux Anglois , pour les
ufages fpécifiés dans le IIIme. article de la préfente
convention , & en addition aux pays qui
leur font déjà accordés en vertu des ftipulations
dont les commiffaires des deux couronnes font
convenus en 1783 .
II. Le Roi Catholique , pour prouver de fon
côté au Roi de la Grande Bretagne , la fincérité
de fes fentimens d'amitié envers Sa Maj
& la nation Britannique , accordera aux Anglois
des limites plus étendues que celles fpécifiées
dans le dernier traité de paix : & lefdites limites
du terrein ajouté par la préfente convention
feront déformais entendues de la maniere fuivante
:
La ligne Angloife , en commençant de la
mer , prendra le centre de la riviere Sibun ou
Jabon , par où elle continuera jufqu'à la fource
de ladite riviere ; delà elle traverfera en ligne
droite , la terre intermédiaire jufqu'à ce qu'elle
occupe la riviere Waillis ; & par le centre de
celle- ci , ladite ligne defcendra chercher le milieu
du courant , jufqu'au point où elle doit joindre
la ligne déja établie & marquée par les
commiffaires des deux couronnes en 1783 ; lef
quelles limites , fuivant la continuation de ladite
ligne , feront obfervées , comme ci - devant.
ftipulé par le traité définitif.
III. Quoiqu'il n'ait été queftion juſqu'à préfent
d'autres avantages que celui de la coupe de
bois de teinture , cependant S. M. C. pour une
plus grande marque de fa difpofition à complaire
au Roi de la Grande -Bretagne , accor
( 114 )
dera aux Anglois la liberté de couper tout aus
tre bois , fans même en excepter celui d'Acajou
, auffi bien que de prefofiter de tout fruit ,
ou produit de la terre , purement naturel & fans
culture , qui pourroit ailleurs , étant transporté
dans fon état naturel , dev.nir un objet d'utili
té , ou de commerce , foit pour des provifions
de bouche , foit pour des minufi&tures : mais il
eft expressément convenu , que cette ftipulation
ne doit jamais fervir de prétexte pour établir
dans ce pays li aucune culture de fucre , café,
cacao ou autres chotes femblables , ni aucune
fabrique ou manuf &ture , par le moyen des
moulins ou autrement , ( cette reftriction pourtant
ne regarle pas l'ufage des moulins à fcie,
pour 1 coupe ou autre travail du bois ) puifqu'étant
incontestablement reconnu , que les terreins
en qution appartiennent tous en propriété
à la couronne d'Espagne , des établiffemens
de cete efpece , & la population qui s'enfuivroit
ne pourroient pas avoir lieu .
>
Il fera permis aux Anglois de transporter &
conduire tous ces bois , & autres produits du local
, dans leur état naturel & fins culture , par
la riviere jufqu'à la mer , fans jamais outrepaffer
pourtant les limites qui leur foar prefcrites
par les ftipulations ci - deffus accordées & fans
que cela puille donner occation pour monter
lefdites rivieres hors de leurs tornes , dans les
contrées appartenants à l'Espagne.
>
>
IV Les Anglois auront la permiffion d'occuper
la petit ifle connue fous les noms de Cafina
St. George's Key , ou Cayo - Cafina , eú égard à
la circonftance que la partie des côtes vis à- vis
de cette fle eft reconnue fujette à des maladies
dangereufes mais cette occupation ne doit être
que pour des ufages d'une honnête utilité : &
( 115 )
comme on pourroit faire de cette permiffion un
grand abus , non moins contraire aux intentions
du gouvernement Britannique , qu'aux intérets
effentiels de l'Espagne , il eft flipulé ici , comme
condition indifpenfable , qu'on n'y fera dans
aucun temps la moindre fortification ou défenfe
, qu'on n'y établira aucun corps de troupes,
& qu'il n'y aura même aucune piece d'artillerie ;
& afin de vérifier de bonne foi Faccompliffement
de cette condition fine qud non ( à laquelle de
fimples particuliers pourroient contrevenir fans
connoiffance du gouvernement Britannique ) on
admettra , deux fois par an , un officier ou commiffaire
Efpagnol , accompagné d'un commiffaire
ou officier Anglois , duement autorifés ,
pour vérifier l'état des chofes.
V. La nation Angloife jouira de la liberté
de radouber fes vaiffeaux marchands dans le
triangle Méridional , compris entre le point
Cayo- Cafina & le grouppe des petites ifles qui
font fituées vis - à-vis la partie de la côte occupée
par les coupeurs , à la diftance de huit
i eues de la riviere Wallis , fept de Cayo- Cafina,
& trois de la riviere Sibun ; endroit qui a toujours
été reconnu comme très - propre pour ledit
objet. A l'effet de quoi on pourra bâtir les
édifices & magafins abfolument indifpenfables
pour ce fervice : mais cette conceffion comprend
auffi la condition expreffe de ne point y élever
en aucun temps de fortifications placer
des troupes , ou conftruire aucun ouvrage
militaire ; & pareillement qu'il ne fera pas permis
d'y fixer des bâtimens de guerre , ou d'y
ériger un arfenal ou autre édifice qui puiffe
avoir pour objet la formation d'un établiffe ment
naval.
›
VI. Il eſt auffi ftipulé , que les Anglois pour
( 116 )
ront faire librement & tranquilement la pêche
fur la côte du terrein qui leur fut affigné par le
dernier traité de paix , & de celui qu'on leur
ajoute par la préfente convention ; mais fans aller
au- delà de leurs bornes , en fe limitant à
la diftance fpécifiée dans l'article qui précde .
VII. Toutes les reftrictions ſpécifiées dans le
dernier Traité de 1783 , pour conferver en fon
entier la propriété de la Souveraineté Espagnole
fur le pays , dont on n'accorde aux Anglois que
la faculté de fe fervir des bois de différentes
efpèces , des fruits & d'autres productions dans
leur état naturel , font confirmées ici , & les
mêmes reftrictions feront auffi obfervées à l'égard
de la nouvelle conceffion . Par conféquent
les habitans de ces pays s'emploieront fimplement
à la coupe & au transport defdits bois ,
à la récolte & au transport des fruits , & fans
fonger à d'autres établiffemens plus grands , ni
à la formation d'un fyftême de Gouvernement
militaire ou civil , au - delà de tels réglemens que
Leurs Majeftés Britannique & Catholique pourront
ci-après juger à propos d'établir , pour maintenir
la tranquillité & le bon ordre parmi leurs
Sujets refpe&tifs.
•
&
au-
VIII. Comme il eft généralement reconnu
que les bois ou forêts fe confervent , & même
fe multiplient par des coupes réglées & exécutées
avec méthode les Anglois obferveront
tant qu'il fera poffible , cette maxime ; mais fi ,
malgré toutes leurs précautions , il arrivoit à la
fuite du tems , qu'ils auroient befoin ou du bois
de teinture , ou de celui d'Acajou , dont les poffeffions
Espagnoles pourroient être pourvues ,
le Gouvernement Espagnol ne fera aucune diffi
culté d'en fournir aux Anglois , à un prix jufte &
raisonnable.
117 )
IX. On obfervera toutes les précautions poffibles
pour empêcher la contrebande , & les Anglois
auront foin de fe conformer aux réglemens
que le Gouvernement Espagnol jugera à propos
d'établir parmi fes Sujets , dans toute communication
qu'ils pourroient avoir avec ceux - ci , à
condition cependant que lesdits Anglois foient
laiffés dans la jouillance tranquille des différens
avantages inférés en leur faveur dans le dernier
Traité , ou ftipulé par la préfente convention
.
X. Les Gouverneurs Efpagnols auront ordre
d'accorder auxdits Anglois difperfés , toutes les
facilités poffibles pour qu'ils puiffent fe transférer
aux établiffemens convenus par la préfente
convention , felon les ftipulations du fixieme
article du Traité définitif de 1783 , à l'égard du
pays approprié à leur ufage par ledit article.
XI . Leurs Majeftés Britannique & Catholique ,
afin d'éviter toute efpèce de doute à l'égard de
la véritable conftruction de la préſente convention
, jugent néceffaire de déclarer que les conditions
de ladite convention devront être obſervées
felon leur intention fincere d'affurer , &
d'augmenter l'harmonie & la bonne intelligence
qui fubfiftent fi heureufement à préfent entre
Leurfdites Majeſtés.
Dans cette vue , S. M. B. s'engage de donner
les ordres les plus pofitifs pour l'évacuation des
pays ci- deffus mentionnés , par tous fes Sujets
de toutes dénominations quelconques. Mais fi
malgré cette déclaration , il y avoit encore des
perfonnes affez hardies pour ofer , en fe retirant
dans l'intérieur du pays , tâcher de s'oppofer à
l'entière évacuation déja convenue , S. M. B. ,
bien loin de leur prêter le moindre fecours , ou
même protection , les défavouera de la maniere
( 118 )
la plus folemnelle , comme elle le fera également
à l'égard de ceux qui par la fuite pourront tenter
de s'établir fur le territoire appartenant à la dénomination
Espagnole.
XII. L'évacuation convenue fera complettemenc
effectuée dans l'efpace de fix mois , après
l'échange des ratifications de cette convention
ou plutôt fi faire ſe pourra.
XIII. On eft convenu que les nouvelles conceffion:
marquées dans les articles précédens , en
faveur de la Nation Angloife , devront avoir lieu
auffi -tôt que la fufdité évacuation ſera vérifiée
en entier.
XIV. S. M. C. ne confultant que les fentimens
d'humanité , promet au Roi d'Angleterre
qu'elle n'exercera aucun acte de févérité fur les
Mofquites , habitans en partie les pays qui devront
être évacués en vertu de la préſente convention
, à caufe des liaifons qui peuvent avoir
fubfifté entre lesdits Indiens & les Anglois ; & S.
M. B. , de fon côté , défendra rigoureuſement à
tous les fujets de fournir des armes, ou munitions
de guerre , aux Indiens en général , fitués ſur les
frontieres des poffeffions Elpagnoles.
XV. Les deux Cours fe remettront mutuellement
les duplicata des ordres qu'elles doivent expédier
à leurs Gouverneurs & Commandans refpectif.
en Amérique , pour l'accompliffement de
la préfente convention ; & l'on deſtinera de chaque
côté une frégate ou bâtiment de guerre convenable
, pour veiller enſemble & de commun
accord à ce que les chofes s'exécutent avec le
meilleur ordre poffible , & avec cette cordialité
& bonne foi dont les deux Souverains ont bien
voul donner l'exemple.
XVI. La préfente convention fera ratifiée par
leurs Majeftés Britannique & Catholique , & les
( 1195
ratifications échangées dans l'espace de fix femaines
, ou plutô:, fi faire fe peut.
En foi de quoi , nous fignés , Miniftres plénipotentiaires
de leurs Majeftés Britannique & Ca
tholique , en vertu de nos pieins pouvoirs refpectifs
, avons figné la préfente convention , & y
avons fait appofer les cachets de nos armes.
Fait à Londres , ce quatorziéme jour de Juillet
mil fept cent quatre- vingt - fix .
L. S.
L. S.
CARMARTHEN.
Le Ch. del Campo.
Au moment de changer les ratifications de nos
Souverains de la convention fignée le 14 Juillet
dernier ; Nous les fouffignés Min.ftres plénipotentiaires
, fommes convenus que la vifite des
Commiffaires Anglois & Elpagnols , dont fait men.
tion l'article IV de ladite convention , par rapport
à l'ifle Cayo-Cafina , doit s'étendre pareil ement
à tous les autres endroits , ſoit dans les Illes , ou
fur le continent , où les coupeurs Anglois feront
fitués. En foi de quoi , nous avons figné cette déclaration
, & y avons appolé les cachets de nos
armes.
A Londres , ce 1er .
L. S.
L. S.
Septembre 1786.
CARMARTHEN.
Le Ch. del CAMPO.
L'Archiduc Ferdinand & l'Archiducheffe
font partis hier pour Douvres & doivent ,
dans leur route , vifiter les chantiers de Chatham
qui leur feront ouverts. Avant leur départ
, ils ont été voir l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , où ils furent reçus en cérémonie
par le Préfident & les Directeurs . Ils
furent frappés de la beauté & du nombre des
marchandifes étalées dans les magafins. Le
Préfident pria l'Archiducheffe d'accepter une
( 120 )
piece de fuperbe mouffeline pour elle , &
deux autres pour les deux Dames de fa fuite ,
en la priant de choifir elle même celles qui
Jui plairofent davantage. S. A. R. , au milieu
de ces richelles , étoit embarraffée à quelles
mouffelines donner la préférence ; fofqu'elle
eut expliqué les intentions , on porta les piéces
à l'Hôtel où logeoit l'Archiduc.
Le Dublin & le Winterton , venant du Bengale,
font arrivés faufs , l'un à Douvres , Fautre
à Portſmouth , avec un grand nombre de
paffagers.
Lundi dernier , le Vicomte Amiral Keppel
eft mort dans fa 62 °. année , à fa Terre d'Eldon-
Hall , au Comté de Suffolk. L'année
derniere , il avoit recouvré à Naples un inftant
de fanté qui n'a pas été long. Il étoit
fecond fils du Comte d'Albermale , qui avoit
eu 15 enfans de Lady Anne , foeur de Charles
Lenox , premier Duc de Richmond. Mylord
Keppel , adolefcent, fe trouvoit à bord de l'efcadre
du Commodore Anfon , dans la mer du
Sud ; il affifta à la prife de Paita , & y courut
même un danger imminent , par un boulet
de canon qui perça la pointe de faredingote.
Dans la guerre de 1741 , il fut nommé Capitaine
de Haut- bord , & fervit avec diftinétion.
En 1751 , il commanda en qualité de Commodore
un efcadre dans la Méditerranée , &
mit le Dey d'Alger à la raifon. En 1755 , on
le chargea de l'expédition contre Gorée ,
qu'il prit à difcrétion le lendemain de fon arrivée.
( 121 )
rivée. A la bataille de Belle Ifle , le 20 Novembre
1759 , il fervoit fous l'Amiral Hawke,
& fon vaifleau le Torbay , de 74 can . , coula
à fond le Thésée , auffi de 74 can . En récompenfe
de fes fervices , on le nomma, en 1760,
Colonel des Troupes de Marine à Plymouth.
Il commandoit l'efcadre qui s'empara de
Belle Ifle en 1762. Trois ans après , il devint
un des Lords de l'Amirauté , & depuis , de
gra le en grade , Amiral de l'efcadre Blanche.
Les événemens qui le concernent dans la
de niere guerre font affez connus pour n'avoir
pas befoin d'être rappellés. Le 23 Avril 1782,
le Roi le créa Pair tous le titre de Vicomte
Keppel , & à deux repriſes , nous l'avons vu
premier Lord de l'Amirauté. Il laiffe une fille
unique & une fortune affez modique. Son
titre eft éteint. Le Comte d'Albermale , mineur,
& le Duc de Bedford font fes neveux .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 7 Octobre.
Le fieur Marcefcheau , Docteur de l'Uni
verfité de Médecine de Montpellier , ancien
Médecin de l'Hôpital de Château-du-Loir ,
nommé Médecin de Monfieur , fer ant par
quartier , fur la démiffion du fier Gerbier,
qui a obtenu la furvivance & adjonction à
l'exercice , a prêté ferment le 6 du mois dernier
, & a eu , le 22 , l'honneur d'être préfenté
à Monfieur par le fieur le Monnier , Premier
Médecin.
Le fieur Bel , Libraire de Londres , qui
No. 42 , 21 Octobre 1786.
Nº . f
( 122 )
précédemment avoit eu l'honneur de préfenter
à Monfieur un exemplaire de la belle
édition de Shakespeare , a eu , e 28 du
mois dernier , celui de préfenter à la Reine
une Collection complette de fa précieuſe
édition des Poëtes Anglois , depuis Chaucer
jufqu'a Churchill inclufivement ; Sa Majefté
a daigné lui en témoigner ſa ſatisfaction avec
cette bonté qui lui eft fi paturelle .
DB PARIS , le 18 Octobre.
Ordonnance du Roi du 1er. Janvier 1786,
concernant les Officiers de port dans les
Colonies orientales & occidentales .
Idem. Du 30 Juillet 1786 , pour proroger
jufqu'au 1er . Janvier 1788 l'exécution
des Ordonnances qui fixent le prix des chevaux
de pofte à 30 fols , au-lieu de 25 fols
-payés précédemment.
Lettres Patentes du Roi , du zo Avril
1786 , pour l'enrégiſtrement de la Convention
fignée le 19 Février 1778 , entre S. M,
& le Margrave de Brandebourg. Anspach &
Bareith, pour l'exemption du droit d'Aubaine
en faveur des fujets refpectifs. Régiftrées en
Parlement le 7 Juillet audit an. ( En abolif
fant le droit d'Aubaine entre les fujets des
deux Etats , cette Convention y fibftitue un
droit uniforme de dix pour cent de la valeur
du Capital , foit meubles , foit immeubles ,
en cas d'exportation des hérédités recueillies
dans les Eta's refpectifs. )
Ordonnance du Roi , du 10 Août 1786 ,
pour établir une Ecole d'éducation militai(
123 )
valides.
re , en faveur de cent enfans de foldats In-
Cette Ecole , qu'on nommera
Ecole des Enfans de l'armée , fera établie à
Liancourt , & M. le Duc de Liancourt en
eft créé Inspecteur. )
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 31
Août 1786 , qui ordonne l'acquifition au
profit du Roi , tant de la ville de l'Orient
que des terres du Châtel , Carman & Recou- 、
vrance , appartenantes à la Maifon de Rohan-
Guéménée ; & qui nomme des Commiffaires
pour l'accepter au nom de Sa Majesté &
confommer toutes opérations relatives ."
à
Par l'Article premier de cet Arrêt , il fera acquis
au rom de Sa Majefté , & à fon profit , du
Prince de Rohan & du Prince de Guémené ,
titre d'échange , la feigneurie fief & juftice de
la ville d'Orient , ainfi qu'ils fe pourfuivent &
-comportent dans l'enceinte des murs qui entou-
-rent cette Ville , & fuivant le plan arrêté en
fon Confeil ; duquel plan un double fera annexé
au contrat , enfemble la rente de dix- huit mille
fept cent cinquante livres , affignée fur le Domaine
de Bretagne ; au moyen de quoi ladite
rente fera rayée des états de charges & rentes
affectées fur le Domaine de Sa Majefté :
Et les Commiffaires ci après nommés par Sa
Majefté , céderont pour Elle & en fon nom en
contr'échange :
,
Les domaines , terres , juftice & feigneuries de
Trévoux , Villeneuve , Mon hieux & Ambrieux,
-Mon mercle , Thoifey , Chalamont , Lens , &
autres lieux , formant l'ancienne principauté
'éteinte de la Dombes ; terres , prés , bois , cens ,
rentes , abençvis , lods & ventes , mouvances &
f 2
( 1245)
directes , droits de leide , péage , chaffe , pêche,
moulins , étargs , & généralement tous les droits
& revenus appartenans dans lefdits lieux à Sa
Majefté , à titre de feigneurie , & à l'exception
des Poftes & Melf geries , de la faculté de vendre
& débiter toutes forts de poudres & plombs
à tirer & à falpêtre , & de tous autres droits
régaliens & d'impofitions , lefquels demeureront
réfervés à Sa Majefté , aux conditions par les
Acquéreurs de payer les charges ordinaires dont
lefdits biens & domaines peuvent être tenus ,
pour jouir des objets échangés , à compter du
premier Janvier 1786 ; & néanmoins ne feront ,
tant Sa Majefté , que les Princes de Rohan &
de Guémené , mis en poffeffion des objets échangés
, qu'à compter du premier Janvier 1787 , à
la charge de fe rendre respectivement compte des
revenus de l'année courante.
.
>
Sur l'Article III , il fera fait vente dans le même
contrat , au profit de Sa Majeſté , par le
Prince de Guémené , des terres , feigneuries &
domaines du Châtel , Carman , Recouvrance
avec leurs annexes ci conftances & dépen.
dancès , par lui acquifes du Duc de Lauzun
ainfi & dans le même état que le trouvent aujourd'hui
lesdites terres ; à la charge que les
cens , rentes & redevances dûs par les Adéagiftes
, en vertu des titres nouvellement donnés par
ledit Prince de Guémené ou fes Fondés de
pouvoir , feront & demeureront à Sa Majesté ,
& à cet effet , un état defdits Afféagemens , arrêté
en fon Confeil , fera annexé au contrat ;
Ordonne Sa Majesté que les Commiffaires fipuleront
la non - réunion au domaine , & à la résve
expreffe pour Sa Majefté , de la facul é ,
pendant dix ans , conformément à l'Ordonnance
de 1566 , de difpofer de tout ou partie desdites
Bytes,
( 125 )
IV. Sa Majefté a fixé à douze millions cinq
cent mille livres , la fomme payable , tant pour
la valeur defdices terres , que pour la convenance
que préfentent à fon Etat & à les Finances
, les objets de fon acquisition ; déclare Sa
Majefté qu'Elle ne porte à cette fomme l'évaluation
de ces objets & de leur convenance ,
qu'à la charge expreffe qu'elle ne fera divifée
, appliquée & payée qué dans la forme & fous
les conditions ci -après énoncées,
4
驴
Y
il
V Ordonne Sa Majefté , que fur les douze
millions cinq cent mille livres , il fera prélevé
quatre millions applicables au paiement des
Créanciers qui ont , ou en faveur defquels )
a été ftipulé des privileges fur les terres , acquifes
du Duc de Lauzun , conformément à l'état
dénominatif agréé par Sa Majesté , & qui fera
annexé au contratangiang pas),
>
Art. VIII . Quant aux huit millions cinq cent
mille livres de furplus , veut Sa Majesté qu'ils
foient payés , favoir ; jufqu'à concurrence de
cinq millions , moins cependant ce qui auroit
été payé d'avance par Sa Majefté , pour venir par
anticipation au fecours des Créanciers , en rente
viagere à dix pour cent fur une tête & à neuf
pour cent fur deux têtes , fans aucune retenue
dont les conftitutions feront paffées au profit des
rentiers viagers dudit Prince & de la Princeffe
de Guémené ; & pour les trois millions cina
cent mille livres , reftans , en pareilles conftitutions
viageres , fur telles autres têtes indiftinctement
choifies & préfentées ; mais , qui pour
rembourfer d'autres Créanciers , porteurs , foit
des contrats de rente perpétuelle , foit de tires
de créance exigible , auront fourni des deniers
équivalens , le tout pour jouir defdites rentes
viageres par les Cranciers & par les Acqué-
32
( 126 )
reurs à compter dudit jour premier Janvier
1786.
Pour confommer l'échange & la vente , accepter
& ftipuler toutes les conventions & clatt->
fes ci -deffus prefcrites , Sa Majefté a commis
& commet les fieurs Lenoir , Confeiller d'Etat ;*
de Crofne , Lieutenant géntral de Police ; Debonnaire
de Forges , & Albert , Maîtres des Requêtes
.
Idem. Du 2 Septembre 1786 , concernant
la demande faite aix Bénéficiers , de la pre
tation des foi & hommage, aveux & dénombremens
pour les Fiefs dépendans des Bénéfices
dans la mouvance du Roi.
a
Sa Majefté à reconnu que les repréſenta
tions faites par le Clergé de fon Royaume , au'
fojet des difpofitions de la Déclarations du 20
Novembre 1725 , n'ont pas pour objet de prétendre
que l'exemption des foi & hommage ,
aveux & dénombremens , fort propre & per
fonnelle aux Eccléfiaftiques , & inféparable de
leur étar ; que le Clergé convient au contraire
, qu'il n'a pas d'autres privileges , que
ceux que lui donnent les Loix , les Coutumes ,
la Jurifprudence & des titres particuliers ; qu'en
conféquence , il ne fonde fa réclamation que
fur la nature des biens dont les bénéfices fu-*
rent dotés avant l'établiſſement de la féodalité
fur la préfemption foutenue de fa part , que'
les biens qui lui ont été donnés poftérieurement,
l'ont été en franc- aleu ou en franche aumône
& enfin fur les effes qu'il attribue , tant aux titres
de franche aumône qu'aux amortiflemens
qui ont été fucceffivement accordés : Er Sa
MAJESTÉ AYANT CONSIDERE que les coutumes ,
les ufages & la jurifprudence qui ont eu lieu
en divers tems , dans les différentes Provinces
·
( 127 )
& dans les différentes Cours de fon Royaume ,
doivent influer fur la décifion des queftions
aufli importantes , Elle auroit jugé qu'avant de
faire un Réglement général qui pût maintenir
dans leur intégrité les droits de la Couronne
fans porter atteinte aux droits légitimes du
Clergé de fon Royaume , il étoit de fa fageffe
& de fa juftice , de raffembler les inftructions
qu'Elle a droit d'attendre des lumieres & de
l'expérience des Mag.ftrats qui compofent fes '
Cours . A quoi voulant pourvoir :
LE ROI ÉTANT en son Conseil , en préſence
& de l'avis defdits fieurs Commiffaires , a or-:
donné & ordonne que , par M. le Garde des
Sceaux , il fera adreffé à tous fes Parlemens
Confeils fupérieurs & Chambres des Comptes ,
un Mémoire contenant l'expofé des objets , fur
lefquels Sa Majesté juge à propos d'ordonner à
fefdites Cours , de lui envoyer des éclairciffemens
concernant les droits & devoirs féodaux
auxquels les biens Eccléfiaftiques peuvent être
aflujettis , ou dont ils peuvent être exempts ,
felon les loix , coutumes & ufages particuliers de
leurs refforts , pour , fur les réponses defdites
Cours , & fur le compte qui en fera rendu au
Roi , en fon Confeil , par ledit fieur Tolozan ,
être par Sa Majefté , en préſence & de l'avis
dedefdits fieurs Commiffaires , ordonné ce qu'il
appartiendra ; & cependant fait Sa Majesté trèsexpreffes
inhibitions & défenfes à fes Procureurs
généraux ès Chambres des Comptes , à
fes Procureurs ès Bureaux des Finances , même
à fes Procureurs ès Commiffions établies pour,
la confection des Terriers & réformation de fefdits
Domaines , & à tous autres , de faire aucunes
pourfuites contre lefdits Bénéficiers , Corps
& Communautés Eccléfiaftiques , jufqu'à ce
£ 4
( 128 )
>
7 qu'il en ait été autrement par Elle ordonné .
Les Ingénieurs font occupés, dans la Próvince
du Limoufin & dans celle du Berry , à
prendre les niveaux , à calculer les hauteurs
des collines & Féloignement des rivieres ,
pour fornier le projet d'un Canal qui réuniroit
la Loire à la Garonne , en trayerfant le
Limoulin & en debouchant dans la Vergne
& la Dordogne d'une part , & de l'autre dans
la Vienne. Ce fera un nouveau monument ,
à la gloire de notre augufte Monarque , à
ajouter à celui du port de Cherbourg. Le
Canal de Bourgogne fe creafe auffi avec
une activité incroyable , & l'on efpere qu'il
fera achevé fous ce règne heureux , comme
celui du Languedoc l'a été fous le règne de
Louis XIV. Affiches de Limoges & de Touloufe.
]
VG SA
L'Abbé Boffut , l'Abbé Rochon & le Marquis
de Condorcet , de l'Académie Royale des Sciences,
chargés de l'examen du canal que le Gouvernement
fait conftruire en Nivernois , pour l'approvifionnement
de Paris , ont préfenté leur rapport
le 2 du mois dernier. Ils obfervent d'abord l'utilité
fentie depuis long- tems d'établir une communication
de la haute Loire à la Seine , dont
le Président Jeannin s'occupa fous Henri IV, mais.
qui fut abandonné , parce que l'étang d'Aron.
choifi pour fervir de point de partage à cette
communication , eft élevé de 284 pieds au-deffus
de la Loire , élévation qui rendoit difficile de
raffembler dans l'étang la maffe d'eau néceffaire
pour alimenter une navigation floriffante , &
qu'il eût fallu racheter par un grand nombre
d'éclufes ; ils expofent enfuite le projet du
( 1294)
fieur Menaffier , Maître des Eaux & Forêts
d'Auxerre , qui fubftitue l'étang de Baye à celui
d'Aron , pour établir entre la haute Loire &
l'Yonne , une communication qui, deviendra ,
importante après la confection du canal de Charolois.
L'étang de Baye , plus bas que celui
d'Aron de 179 pieds , préfente le double avantage
de procurer à moins de frais une plus grande
quantité d'eau , & de diminuer le nombre des
eclufes. Comme il a pour feuil du côté de
'Yonne la petite montagne de Colancelle ,
haute de 84 pieds , large de 400 toiles , il a
propofé de la percer , pour opérer à moins de
frais la communication , obtenir une plus grande
paffe d'eau , un port plus vafte & plus commole.
Ces avantages ayant été démontrés , le Gouver
nement a ordonné ce percement ; fept puits qui
ont facilité cette excavation , renouvelleront
l'air du canal , & donneront affez de lumiere
pour la conduire des bateaux . L'Auteur a difpofé
avec intelligence des chantiers commodes ; il
convertit en canal de navigation le ruiffeau par
lequel l'étang de Baye verfe fes eaux dans la
haute Loire ; & par le moyen d'éclufes à Sa ,
alimentées par les eaux de cet étang & d'autres
fupérieurs , il peut envoyer fes bateaux fe charger
de bois jufques dans la Loire ; il évalue la
quantité qu'on le procurera annuellement par ce
moyen , à 76 à 80,000 cordes , qu'il eftime le
quart de l'approvifionnement de Paris . Il fe propofoit
de profiter de la faifon des pluies , du
trop plein des étangs , pour jeter dans l'Yonne
par un canal de flottage , les bois qui auroient
été transportés dans les chantiers de l'étang de
Baye ; & alors le canal fouterrein n'auroit été
qu'un canal de flottage . Les Académiciens jugent
qu'il ne faut pas s'y borner , & fe priver d'une
f£ 5.
( 130 )
belle & importante communication entre la haute
Loire & la Seine , puifqu'on peut continuer le
can I de navigation depuis la Colantelle jufqu'à
Cravant , lieu où l'Yonne commence à être na - 1
vigable. Ces vues n'ont po'nt échappé au fieur de
Forges , Maître des Requêtes , Intendant au département
des Domaines & Beis ; & quoiqu'il
né faffe pas exécuter dès à préfent dans la partie
fouterreine le canal de navigation , il fait faire
J'ouverture fupérieure & le percement de la
montagne dans les proportions néceffaires pour
des bateaux de 45 torneaux.
Le Corps des Carabin ers de Monfieur a
été paffé en revue le 6 , dans les environs de
Brunoy par Monfieur , & le 8 par S. M.. II,
et parti le 12 pour Saumur & Chinon .
Pendant le féjour des Carabiniers à Brunoy,
on a préfenté à Monfieur , dit- on , un vieil
lard qui a fervi dans ce Corps , & quità la
bataille de Lawfelt fit pri onnier le Géné
ral Ligonnier. Ce Carabinier refufa la bourfe
& un diamant que fon prifonnier lui of
frit pour le relâcher. Pour cette belle action
il reçut une penfion & le brevet le plus honorable.
Monfieur a fort , bien accueilli ce,
brave homme , qu'on avoit revêtu de l'ha
bit uniforme de Carabinier , & S. M. à qui
Monfieur l'a préfenté , lui a témoigné le
plus grand intérêt , & lui a fait donner une
récompenfe. Après la revue générale du
Corps , S. M. a vu manoeuvrer dans la cour
du Château de Brunoy un efcadron de 262
Carabiniers , tous Vétérans , & qui ont
chacun plus de 24 ans de fervice
( 131 )
Lettre adreffée au Rédacteur.
Monheur , nous n'avons pas vu fans furpriſe
& fans indignation le libelle affreux , ouvrage
de jaloufie & de perfilie , qui a été diftri ué & vendu
clandeftinement contre M. Le Cauchois , notre
généreux bienfaiteur , & dans lequel l'iniquité
nous a compromis. Auffi nous fommes - nous préfentés
à la juftice des Requêtes du Palais à Paris
en intervenant au procès honteux qu'on a ofé
faire à M. Le Cauchois à caufe de nous . C'eſt
pourquoi nous prenons fon fait & fa caufe . Nous
avions d'abord été alarmés fer la maladie qu'il
vient d'éprouver ; mais la Providence , toujours
jufte dans les effets , nous rend ce fecond pere ,
cet ami de l'humanité. Sans doute qu'elle prévoit
l'utilité dont il peut être à d'autres infortunés que
nous. Une raiſon encore , pour laquelle nousvous
prions auffi , Monfieur , & avec inſtance , d'inférer
notre réclamation dans votre ouvrage , c'eft
que nous fommes inftruits que la calomnie a dif
tribué , même dans les Provinces , que nous étions
brouillés avec M, Le Cauchois. Eh ! pourquoi
donc ferions-nous brouilles avec l'homme d'honneur
qui a tout facrifié pour nous rendre au bonheur
dont nous jouiffons ? La vie , l'honneur & la
fortune de moi , Salmen ; la liberté , l'état & le
bonheur de moi Savary : Tels font les titres
que M. Le Cauchois a fur nous ; rien ne
pourra les effacer , ils font gravés dons nos
coeurs.
Nous fommes &c.
SALMON , femme SAVARY.
SAVARY , Garde- général
des Canaux de S. A. S.
Mg. le Duc d'Orléans.
L'Académie Royale da Marfeille a tenu
le 25 Août , jour de Saint-Louis , fa Séance
publique d'ufage.
£ 6
( 132 )
Le Marquis Defpennes , Directeur , en a
fait l'ouverture par un difcours analogue aux
Sujets propofés pour les Prix de Poefie & d'Eloquence.
Il a annoncé qu'elle avoit couronné
l'Ode fur l'Ele&ricité , qui a pour devife :
Audax japyte genus. Hor, & dont l'Auteur eft
M. Malot , Avocat & Procureur du Roi à
Avallon en Bourgogne . Il a exprimé les regrets
que l'Académie avoit de ne pouvoir cou
ronner également les Eloges du célebre Cap.
Cook. Dans le nombre de ceux qui ont été
envoyés au Concours cetie année , l'Académie
en a diftingué trois , qui ont pour deviſe :
Deus fecit , Cook dedit.
Defcripfit totum qui gentibus orbem.
Audax omnia perpeti. 11
M. le Directeur a annoncé pour fujet du
'difcours de l'année prochaine 1787 , cette Queftion
: « Si l'extrême ſévérité des loix diminue
> le nombre & l'énormité des crimes dans une
nation déjà dépravée ».
M. Lantier , élu Affocié cette année , a prononcé
fon Difcours de réception .
M. le Directeur dans fa réponſe a félicité le
Récipiendaire fur le développement de fes
talens.
M. Seimandy à la l'Ode couronnée .
M. Marin a fait enfuite lecture d'un morceau
extrait d'un plus grand Ouvrage , intitulé :
Effai fur la Poëfie orientale.
M. le Bailli de Refféguier a terminé la
Séance par le cinquieme Chant d'un Poëme de
fa composition intitulé : La prise de Rhodes.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 67,49 , 26 , 51 , & SS.
( 133 )
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 14 Octobre.
Sa Maj . l'Empereur vient de divifer les
Pays- Bas en Cercles , comme la Bohême &
l'Autriche, ils feront au nombre de 9 , ayant
chacun un Capitaine ou Intendant : voici la
divifion de ces Cercles : 1 °. le Brabant ; 2°. la
Province de Limbourg & le quartier de Ruremonde
; 3 ° . le Marquifat d'Anvers, & la
Seigneurie de Malines ; 4°. le Luxembourg ;
5 °. la Province de Namur ; 6 ° . Tournay , le
Tournefis & la Flandre retrocédée ; 7°. les
quartiers de Bruges & d'Oftende ; 8 °. Gand
& le refte de la Flandre ; 9°. le Hainaut ..
Les Confeillers-Inténdans de ces Cercles
auront rang de Confeiller au Confeil Royal ,
& jouiront de 4000 flor. d'Allemagne d'appointemens.
Ils doivent être rendus dans
leurs départemens au premier de Novembre
; & c'est alors que s'opéreront de plus
grands changemens dans les Provinces Belgiques
, fur-tout dans l'adminiftration de la
Juftice.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
Les Etats de Frife , & non point ceux de
Gueldres , comme on l'a dit par erreur dans
quelques papiers publics , viennent de rendre
, à la pluralité de 43 voix contre 21 , &
de faire afficher une publication dont voici
la fubftance.
1º. On avertit les habitans de ſe méfier des
calomnies répandues dans les Papiers nouvelles.
2º. La réimpreffion de ces papiers eft défendue
en Frife. 3. Il eft défendu d'imprimer & de dé;
( 134 )
biter dans la Province , tout papier qui loue ou
qui blâme les Régences de Frite ou des autres
Provinces. 4°. Il eft défendu d'expofer des requêtes
à figner , fur quel fujer que ce puiffe être ,
fauf le droit à chaque citoyen de fe pourvoir
vis- à-vis des Régences , de toute autre maniere
& fuivant l'ufage louable & ancien du pays. 5º . 11
eft défendu aux compagnies bourgeoifes & corpsfrancs
d'exercice , de fe mêler des autres Provinces
, & s'y rendre pour y porter du fecours
foit armés , foit défarmés. 6°. Toutes les affemblées
des corps d'exercice font défendues ; les
actes , réſolutions & conventions qui y font
dreffés , ou qui y feront arrêtés , feront caffés &
annullés . (Gaz, dela Haye . Courier du Bas- Rhin ,
N°. 79. ]
Les Etats de Gueldres ont adreffé à ceux
de Hollande une nouvelle lettre , dont voici
le contenu :
"
Nobles Puiffans Seigneurs.
Quoique nous nous fuffions flattés que ·les
lettres que nous avons écrites à V. N. P. les 4 &
7 de ce mois euffent fait affez d'impreffion fur V.
N. P. pour les défabuſer entiérement des fauffes
idées qu'elles ont conçues fur les véritables raifons
& motifs qui nous ont porté à prendre notre
réfolution du 31 du mois dernier, à l'égard des viles
de Hattem & d'Elbourg , nous avons appris avec
beaucoup de regret tout le contraire par la lettre
de V. N. P. du 11 de ce mois , où elles manifeftent
n'avoir fait aucune réflexion à nos repréſentations
auffi jutes que férieufes , lefquelles font paffées
fous un profond filence , tandis que V. N. P.
même entreprennent de vouloir condamner nos
act ons & nos réfolutions , & de nous en demander
combte. »
En vérité , N. & P. S. nous ne favons , fi nous
( 135 )
devons être plus indignés de l'adreffe faite à V. N.
P. de la part de quelques habitans de notre province
, que frappés de la teneur de la lettre de V.
N. P. qui accompagnoit l'adreffe qu'elles nous:
ont envoyée. »
» C'eſt à juste titre que nous fommes indignés
de ce que quelques- uns de nos habitans , parmi
lefquels fe trouvent des membres de la régence ,
aient oft fe plaindre de nous , leurs fouverains légitimes
, auprès de V. N. P. , & nous a tribuer &
reprocher des deffeins dont nous fommes fi fort
éloignés , & que nous défapprouvons autant qu'aucun
de nos aliiés. »
« V. N. P. ne doivent pas attendre de nous
que nous réfutions des prétextes & des fuppofitions
que l'on repréfente d'une maniere indigne &
fauffe. »
» Notre maniere d'agir & les réſolutions que
nous avons prifes dès le commencement des malheureux
troubles & divifions qui fe font élevés
dans cet état autrefois fi florillant , mais à préſent
fi fort déchu , font trop connues pour qu'elles aient
befoin d'aucune juftification ,
» Mais nous devons être furpris de ce que V.
N. Pont pu le réfoudre d'accepter & d'écouter
une adreffe fi indigne , de quelques habitans de
ceste province , dans laquelle ils paffent toutes
les bornes du refpe &t que l'on nous doit , & qui .
ne contenant que des exclamations vagues , auroit
dû fuffire pour convaincre V. N. P de la frivolité.
de ce qui y eft expofé ; & de ce que V. N. P. en
outre ont pu trouver bon de s'exprimer dans leur
lettre à notre égard d'une maniere fi peu convenable
à la difcrétion & à l'amitié qui doivent avoir
lieu entre deux alliés fi étroitement unis , & à la
dignité d'une province fouveraine , & même
d'y joindre une menace trop offenfante pour
* A 136 )
notre autorité & notre indépendance fouveraines
>>
» Lorfque V. N. P. , non-feulement dans les
tems précédens , mais auffi pendant les troubles &
les divifions qui agitent préfentement ce pays ,
dans des circonftances bien moins importantes
peut-être, ont employé la mitice dans leur provin
ce , nous ne nous y fommes jamais mêlés ou immifiés
, & nous n'aurions jamais pu nous imaginer
que V. N. P. euffent voulu s'immifcer à préfent
dans la direction de nos affaires provinciales d'une
pareille nature .
4
»Par conféquent nous regardons la démarche
de V. N. P. comme étant d'une nature & d'une
conféquence à ne pouvoir d'un côté nous difpenfer
d'en donner connoiffance à nos autres alliés
, afin que par leurs concours nous puiffions
perfuader V. N. P. de fe défifter de leur procédé
irrégulier , puifque nous devons déclarer , que
de toutes les pofitions , celle de fe foumettre à des
loix prefcrites par un allié nous conviendroit le
moins. :
D'un autre côté nous devons demander à
V. N. P.une explication plus claire des raifons de
la commination faite à la fin de la lettre de V. N.P,
& quel pourroit être leur deffein & intention , afin
que dans la fuite nous puiffions prendre nos mefures
là deffus . »
2 53
Cependant nous espérons que les inftances que
nous penfons faire auprès de nos autres alliés , auront
fur V. N. P. le fuccès & l'influence que nous
defirons, puifqu'autrement nous aurions la douleur
de voir comme prochain , le moment fatal de la
diffolution de la confédération , & en même tems
de celle de la patrie , à quoi nous ne pouvons penfer
qu'avec horreur , & que nous prions Dieu de
vouloir prévenir. Toutefois nous aurons dans un
cas fiinefpéré la tranquillité confolante d'une conf(
137 )
Genee pure , & la fatisfaction de n'y avoir ja--
mais donné le moindre fujet ,
رد
A Zutphen , ie 19 lept . 1785. ( Gazette de la
Haye , d'Amfterdam , Courier du Bis Khia. )
Il a été conclu avant hier ( ie 6 ) , à l'Affemblée
des Etats de Hollande & de Weft-
Frife , & il a été donné connoiffance aux
Etats d'Amersfort , « qu'en cas qu'on fir
ufage de la force militaire contre la ville
» d'Utrecht , oi contre tout autre de la Pro-
» vince , les Etats de Hollande ont donné
» ordre au Général Major van Ryffel , d'en-
> trer dans la Province d'Utrecht avec les
» troupes Hollandoifes , a premier mouve-
» ment des troupes des autres Provinces
s qu'on appercevroit , & de repouffer la for-
» ce militaire pat la force militaire . » Il a été
donné communication de cette réfolution
dès le foir même , à la ville d'Utrecht . Les
ordres donnés au Général Major van Ryffelfont
fi généraux , qu'ils s'étendent même
contre les troupes à la folde de la Gueldre ,
fi elles fe préfentent dans la Province . [ Gazette
d'Amfterdam , n° . 81. ]
On mande de Loo , que le Détachement
des Gardes - Dragons qui y eft , a été confidérablement
renforcé ; le Régiment du Prince
Héréditaire eft cantonné à Appeldoorn ; le
fecond bataillon des Gardes Suiffes , qui
étoit en garnifon à Breda , eft auffi aux environs
de Loo ; 60 hommes du Régiment
de Onderwater , qui font à la folde de la Hollande
, & qui n'étoient venus à Wageningen
que pour peu de temps , afin de rentrer dans.
( 138 )
la Hollande , felon l'ordre qu'ils en avoienc
reçu , y font encore , fans avoir été relevés ;*
on ne fair que penfer de la deftination de fes
forces raffemblées autour du Château de
Loo ; mais heureufement , il n'y a rien à
craindre de leur part ; on a fagement pourvu
à toute entrepriſe violente & à tout coup de
main. [ Idem. ]
L'Ordre Equeftre & des Nobles de la
Province de Hollande a protefté en ces termes
contre la réfolution des Etats de Hollande
des 22 & 28 Septembre.
L'Ordre fait annoter ultérieurement & déclarer
être abfolument d'opinion , que S. A. S. re:
fauroit être fufpendue en qualité de Capitainegénéral
de la Province , ni ladite charge lui être
otée , pas même provifionnellement , en entier
ni en partie , comme lui ayant été déférée par
une réfolution d'Etat avec unanimité , fur tout
point fans pareille unanimité , & fur des fondemens
inconteftables & pleinement convaincans
clairs & prouvés en juftice , que S.-A. S. fe
feroit de maniere ou autre rendue coupable de
négligence en fon devoir , & par conféquent
qu'elle auroit manqué au ferment qu'elle a
prêté , en acceptant cette haute charge , tant
à l'Union en général , qu'à cette Province en
particulier.
Que les Seigneurs du Corps Equeftre , en
vertu de cette derniere confidération , fe trouvent
forces de fommer tous les Membres de
cette haute Affemblée , qui ont donné occafion
ou concouru à la prise de cette réfolution , de
la maniere la plus férieufe & la plus forte , comme
i's le font par la préfente , de produire clairement
& en ordre tous les points d'accufation ,
( 139 )
avec les vérifications defdits points contre fon
Alseffe , en vertu defquels ils ont compris que.
fadze Alteffe avoit mérité le traitement qu'on
lui a fait d'autant qu'il eft ent érement oppofé,
à toute bonne juflice & police , autant qu'à la
sûreté de l'honneur , vie & poffeffions légiti
mes d'un chacun des habitans du pays , depuis
le plus grand jufqu'au plus petic , fuivan les:
loix fonda ventales , de porter à qui que ce foit,
une flétriffare telle que S. A. S. en a effuyé une
par dice fofpenfion , fins expofer les acculations
, en vertu de quelles cela s'eft fait , fans les
appuyer fur des preuves valables , & donner parlà
occafion à l'accufé de s'en juftifier.
Que les Seigneurs du Corps Equeftre n'ont
jufqu'ici pas vu paroître le moindre point prouvé
, pas même vraisemblable , d'accufations
contre fon Alteffes qu'en conféquence ils doivent
protefter de la maniere la plus forte contre
la Rétolution , mais fe trouvent encore obligés
de déclarer ouvertement qu'il leur a paru par
tout ce qui eft arrivé , que S. A. S. n'a em aucune
manière mérité la défiance montrée , &
le traitement qu'il doit effuyer à la vue de la
Nation ; qu'ils peuvent bien moins comprendre
comment on peut refufer à S. A. S. ce qu'elle
a demandé en termes convenables par la Miffive
du 26 Septembre à LL. NN. & GG. PP . afin
d'avoir l'occafion de fe j . ftifier d'une manière
convenable devant toute la Nation & le monde
impartial , & de mettre clairement fon innocence
au jour. Gaz . de la Haye , N °. 112Jun 27 se
" On apprend que les Seigneurs Etats d'U
trecht ont écrit à Leurs Hautes Puiffances les
Seigneurs Etats Généraux une Lettre , dans
laquelle ils déclarent qu'ils acceptent la mé
diation des fix autres Provinces. Idem.
( 140 )
Lorfque les patriotes de Thiel partirenc
pour aller au fecours de Hattem & d'Elbourg
, la populace de la ville les pourfuivit
à coups de pierres . Cependant quelques.
foldats qui fe trouvoient parmi cette multitude
, furent conduits en prifon . Quelques
momens après cette émeute il parut un
ordre qui défendoit aux Bourgeois de fortir
armés de la ville. Les patriotes n'en fortirent
pas moins , mais fans armes , & fe rendirent!
Wyk. [ Gazette d'Utrecht. Courier du Bas-
Rhin , no. 79. ]
LL. EE. du canton de Berne ont écrit le
19 Septembre aux Etats Généraux une lettre
qui porte :
Qu'ils avoient appris , avec une inquiétude
extrême , que LL. HH. PP . , après avoir détourné
par des fages metures les dangers
dont elles furent menacées au - dehors , étoient
troublées par des divifions intérieures , mal
heur qui avoit toujours les fuites les plus dan-
» gereufes pour des Républiques .
כ כ
בנ
Que dans une fituation auffi critique des
affaires , dont les Commandans de leurs deux
Régimens leur avoient rendu compte , ils
» étoient de leur côté dans l'attente certaine ,
& efpéroient fermement que leurs troupes ,
au fervice de LL. HH. PP . , ne feroient point
» employées d'une maniere contraire àà la teneur
» & intention du Traité avec les Etats Généraux
des Provinces - Unies , & avec la Capitulation
faite avec eux ; & que LL. HH . PP.
voudroient bien prendre telles mesures que
» leurfdites troupes , ( ainfi que les ordres expédiés
par la Province de Hollande le faifoit
( 141 )
craindre ) ne fe voyent pas obligées d'entrer
en campagne les unes contre les autres .
" Que dans cette attente fondée , ils avoient
fait parvenir les ordres néceffaires à leurs
Colonels defdits Régimens au service de LL.
» HH . PP. , portant qu'ils ne fe mêlent en aucune
maniere dans les différends actuels , &
» de ne refpecter aucuns ordres que ceux qui leur
viendroient directement de LL. HH. PP.
puifque eux , Avoyer , Petit & Grand Confeil
de Berne avoient fait leur engagement , non
» avec une Province particuliere , mais avec les
Etats Généraux « . (Gaz, de la Haye , N² . 112.)
Les troupes Suiffes , à la folde des Etats-
Généraux , font compofées des régimens
de Maye , de Sherler Bernois ; d'Efcher , de
Zurich , de Schmidt Grifons , & du régiment
des Gardes Suiffes . Les régimens Bernois
font de 20 Compagnies , de 120 homnies
chacune.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Le droit qu'a un enfant de la Nature , de connoître
fon pere & de lui demander des alimens , peut -il
dépendre d'une condamnation prononcée contre le
la Mere en fon propre nom?
La Dile. B... avoit eu des liaifone avec le
Sieur D... Elle avoit fuccombé ; elle étoit devenue
Mere. Le fieur D... dénia la paternité ;
elle eut recours aux Tribunaux , & préfenta
requête au Siege royal de... le 29 Septembre
1780 , tendante à ce qu'il fût condamné , 1 ° .d
Lui payer une fomme de 1200 florins , tant à titre de
defloration , que de frais de couches ; 2 °. de fe shar(
142 )
par
ger de l'enfant , en payant fa penfion depuissa naif-
Jance , &c Sot que l'Enquête des faits de
bonne conduite & de familiarité ait été mal dirigée
, foit que les Juges aient erré , la Dlle. B...
fut déboutée de fes fins & conclufions par Sentence
du 20 Décembre 1782. Enfuite fous la
qualité de Tutrice de fon enfant , elle préfenta
une nouvelle Requête au méme Siege , le 24
Mars 1783 , afin d'obtenir pour fon enfant
une penfion annuelle de 600 florins ; mais le
fieur D ... ne manqua pas d'oppoſer à cette demande
la Sentence du 20 Décembre 1782 , 2&
il voulut en faire réfulter une fin de non recevoir.
Par autre Sentence du 12 Juillet 1783 , il
fut déclaré non-fondé dans la fin de non recevoir
lui proptfée , & il fut ordonné qu'il comtefteroit
au principal Appel au Parlement. La con-
" teflation y devient intéreffante par fon objet &
par la maniere dont elle fut traitée . Voici de
quelle maniere le Défenfeur de la Dile: B ...
préfenta la Caufe , ---- « Lorſqu'une fille soft.
laiffée féduire ; lorfqu'abufée par des promef
fe trompeufes , & fi l'on veut , lorfqulentraînée
par cette impulfion fympathique que ,
» la nature a voulu employer pour rapprocher
» les êtres & concourir à fes vues ; lorfqu'enfin ,
quel que foit le motiffecret qui l'égare, une fille
» a perdu cette fleur précieuſe , le plus bel orne-
» ment de fon fexe , quels font le : effe: s qui
dans l'ordre judiciaire doivent réfulter de fa
- foibleffe ? C'eſt d'un côté la réparation du
dommage caufé par la défloration ; c'eft de
Pautre , la fubfifiance due au fruit de fon
» égarement, Ces deux objets font indépendans
> l'un de l'autre . La Mere peut abandonner fon
action , fans que pour cela l'enfant puifle être
privé de la fienne ; elle peut , dans la theſe
පා
( 143 )
">
» générale , être indigne de la réparation qu'elle
follicite , & Penfant ne point perdre le droit
qui lui eft acquis par la nature : elle peut négliger
fa preuve ; les Juges peuvent fe trom-
» per , rejeter la demande , fans que pour cela
l'enfant en foir la vittime . Son droit plus facré
n'el jamais confondu avec celui de la Mere ;
& fi quelq efois le Juge balance avec févérité
les préten.ions de l'une ; fi , rebuté par des
réclamations devenues peut - être trop fréquen
» t« , il n'accorde qu'avec une forte de regret ,
les dommages intérêts qu'elle follicite, toujours
il accueille la priere de l'innocent qui lui demande
du pain. Si les tentatives de la Mere
» ont été vaines pour elle , il ouvre à cet inno-
» cent la carriere que lui feul doit fuivre pour
» atteindre la preuve qu'il veut entreprendre.
Si une femme voluptueufe , après avoir couru
elle-même au - devant du plaifir , pénétroit
» dans le temple de la Juftice pour y demander
» des dommages- intérêts , fa demande , dirat-
on , feroit tout de tuite rejetée ; mais fi fon
enfant , guidé par la juftice , l'innocence &
ɔ la miſere , venoit à fon tour implorer le fe-
» cours des Lox ; profterné aux pieds de fes
Juges , il leur diroit : Je dois l'existence à un
penchant que vous avez condamné dans ma
Mere ; vous l'avez éconduite de ce Sanctuaire
, parce que vous l'avez jugée repréhensible:
tout m'infpire à cet égard un filence refpectueux.....
Mais moi je n'y ai pas commis de
faute .... Rejetterez-vous mes plaintes ? Je fuis
dans l'indigence ; je n'ai d'autre reffource pour
m'en délivrer que de réclamer mon pere ; j'ai
pour m'en faire reconnoître , les moyens que
» les Loix ex gent ; ne me fermez pas la voix
→ qui peut rendre ces moyens authentiques ! Pour-
>>
20
30:416 A
1.17:
( 144
)
» roit- on répondre à cet enfant Votre Mere d
fuccombé dins fa demande , vous n'êtes pas rece-
» vable dans la vôtre. Non”, fans doute ; la caule
de fa Mere n'eft pas la fienne . 11 feroit admis
fà faire la preuve qui le concerne ; & cette
preuve faite , les Juges s'emprefferoient à lui
» allurer les droits par lui réclamés .
>>
Si une
fille honnête , mais victime de la féduction
» entraînée par la mifere , ofoit demander à la
» Juftice la réparation due à fa crédulité trompée
, fa demande fero t auffi tôt accueillie ;
» mais fi , dans le cours de l'instruction , cette
fille indigente ne pouvoit raffembler 1's preu-
>> ves exiftan: es de fon malheur ; fi enfin fa caufe
mal-inftruite , elle étoit déboutée de fes conclufions
, fon enfant feroit il pour cela dépouillé
du droit d'intenter l'action qui lei eft fpécia
lement a cordée ? Ne pourroit-il pas dire à fes
Juges : Ma Mere a fuccombé , parce que la
légitimité de fa demande n'a pas été mife dans
tout fon jour ; ce qu'on n'a point fait pour
elle , on le fera pour moi je ferai mieux de-
" fendu , & j'obtiendrai de votre juftice , ce que
و ر
در
*Y
cette même juftice vous a confiraints de refu-
5 fer à ma Mere ? Oui , fans doute , il le
»pourroit , & fa demande feroit accueillie , parce
que deux actions , quoiqu'émanées du même
fait , font indépendantes l'une de l'autre , &
ne peuvent s'entre détruire . Numquam actiones
de eadem re concurrentes , alia aliam confumit.
Par Arrêt rendu le 9 Janvier 1786 ,
Sentence du 12 Juillet a été confirmée ; & fur la
revifion intentée par le fieur de.... , Arrêt le 12
Mai 17863 toutes les Chambres affemblées , qui
déclare qu'erreur n'eft point intervenue en celui
du 9 Janvier précédent.
+
ta
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE..
DE HAMBOURG , le 11 Octobre.
I'Impératrice de Ruffie , a nommé le
Comte de Besborodkin à la place de
Maitre de fa Maifon & de fa Cour. Cette
charge eft immédiatement au- deffous de
celle de Grand-Maître de la Cour. S. M. I.
a encore diftribué différentes grâces à la famille
du Prince Potemkin , & une gratification
de 100 mille roubles au Prince Vafemskoy.
Le Prince de Heffenftein , Gouverneur
de la Pomeranie Suédoife , continue avec
une attention fuivie à améliorer toutes les
parties de l'adminiftration de cette Province
, & à en augmenter l'induftrie & la
population. Non feulement les revenus
royaux ont été prefque doublés ; mais on a
encore effectué plufieurs établiffemens utiles
fans rien ajouter aux charges publiques.
N°. 43 , 28 Octobre 1786. g
·
( 146 )
Cette Province eft aujourd hui en état de
fe foutenir feule ; & elle n'a plus be on
d'aucuns fecours de la Suede. Le crédit y
eft établi : on trouve de l'argent à 4 pr. 100 ,
en donnant des sûretés fuffifantes ; les Manufactures
, & fur tout celles de lainerie &
toile commencent à fe relever : depuis que
les corvées ont été modérées , & que les
grandes fermes domaniales ont été divifées
& données en emphyteofes , l'agriculture a
tait des progrès . La population s'accroît
également en 1782 on comptoit dans cette
province 101,584 habitans , & en 1785
103,345 , fans le Militaire.
Il eft arrivé le mois dernier à Pétersbourg
un Courier de Conftantinople , avec des dépêches
dont le contenu paroît être de la plus
grande importance , puifqu'immédiatement
après il a été tenu plufieurs Confeils , à l'iffue
defquels l'on a expédié un Courier pour
Vienne & un autre pour Conftantinople. On
dit dans le Public que la Porte Ottomane fe
refufe abfolument aux prétentions de la Cour
de Ruffie .
Le Général d'Artillerie de Muller a reçu
ordre de faire un voyage à Narva , Revel ,
Pernau , Riga , Plelcow , Smolensko & Polotz
, pour y examiner l'état des magaſins &
les arfenaux.
Le Docteur Bufching préfente en ces termes
dans foa Journal hebdomadaire l'état
de l'lflande.
Cette ifle eft fituée entre les 18e & 27e degrés
( 147 )
de longitude occidentale du Méridien de Paris
s'étend au nord un peu au- delà de 3 dégrés & demi,
depuis le63e . degré de latitude . Sa furface renferme
1400 milles carrés d'Allemagne ; par conf
quent , elle excede de 320 milles celte du Dane→
marck & deHolftein ; mais la partie habitée de cette
ifle peut être eftimée tout au plus à 450 milles carrés.
En 1783 , la population mon oit à 47,287 habitans;
ce qui donne 105 individus pour chaque mille
carré habité . Dans le rie . fiecle,la population d'If
lande montoit à plus de 100,000 habitans & le
nombre s'étoit même accrâ par la fuite ; mais des -
mala lies peftilentielles détruifirent , dans le 15e.
fiecle au delà des deux tiers des habitans & des
beftiaux. En 1704 , on compta dans cette Ifle
7,537 familles ou 50,444 habitans ; mais les maladies
qui y ont régné dans les années 1707,1758 ,
1750 & 1758 , en ont emporté plufieurs milliers .
Cependant , malgré cette nouvelle perte , la population
, en 1769, s'eft trouvée de 46,201 ames ,
& elle est allée en augmentant juſqu'en 1783 ,
époque de dégats horribles & d'une nouvelle mor
talité, occafionnées par des éruptions volcaniques.
Il n'y a ni villes , ni villages dans cette Ifle ;
on n'y voit que des fermes & des habitations ifo
lées. En 1760 , on avoit compté 6,674 fermes habitées
& 2,906 délaiffées. Au commencement dé
1783, le nombre des têtes à corne étoit de 21,457
& celui des moutons , de 232,731 ; mais les bêtes
à corne font diminuées jufqu'à 9,996 , & on ne
compte plus actuellement que 42,343 moutons.
Les impofitions de cette Ifle montent , évaluées
en argent , à 48,341 rixdalers , argent de
Danemarck ; les domaines royaux rapportent aux
Fermiers 5,201 rixdalers ; le Roi en reçoit 2,352 .
Le monopole du commerce de cette Ille
eft caufe en partie de la mifère qui y regne . Des
g 2
( 148 )
perfonnes éclairées l'ont dit depuis long- temps
mais leurs voeux en faveur de cette Ifle malbeureufe
n'ont été exaucés que cette année ; le Roi
ayant rendu libre le commerce de ce pays à tous
les fujets par l'Edit du 18 Août dernier,
DE BERLIN , le 9 Octobre.
Le 2 de ce mois le Roi a reçu avec les
cérémonies ufitées la preſtation de foi &
hommage de cette Capitale , & de toute la
Marche Electorale repréfentée par ſes Deputés
. Le lendemain , S. M. accompagnée
du Lieutenant Général Comte de Goertz
s'eft miſe en route pour Breslau , où le Duhé
de Siléfie rendra foi & hommage.
Il fe répand qu'après le retour du Roi , le
Duc regnant de Brunſwick fera nommé
Feldt -Maréchal , & que le Duc Frédéric
de Brunfwick , ainfi que les Lieutenans-
Généraux de Wurms & de Mollendorf pafferont
aux grades de Généraux d'Infanterie.
Le Comte de Hertzberg , Miniftre d'Etat
& du Cabinet , a reçu , aut nom du Roi , le 25
Septembre , à Stettin , les foi & hommages
des Etats & Sujets de la Poméranie & des
pays de I auenbourg & de Butow , & le 27 à
Cuftrin , ceux de la Nouvelle - Marche..
а
Le Roi a nommé le Comte de Donhof ,
Miniflre Privé d'Eat & de Guerre au dépar
tement de la Pruffe Orientale . S. M. a
décoré le Lieutenant Général de Platen du
grand Ordre de l'Aigle Noir,
( 149 )
Toutes les affignations pécuniaires du feut
Roi pour divers objets d'amélioration dans
les Provinces , ont été confirmées par le nou
veau Monarque.
S. M. a ordonné quelques changemens
dans les fortifications de la nouvelle fortereffe
de Graudenz , & a affigné pour la con
tinuation des travaux la fomme de 700,000
rixdahlers.
DE VIENNE , le 9 Octobre.
L'Empereur eft attendu ici dans peu de
jours. A la fin du mois dernier , il fe trouvoit
à Pieff avec le Général Pel'egrini , Chef
du Corps du Génie , & Directeur général
des fortifications , & les Feldt Maréchaux
Lafcy & Laudoin. En fe rendant de Tharas
à Hlaupietin , S. M. a fait tracer auprès d'Iglau
en Moravie un camp de 80 mille hom
mes. On préfume que ce camp fera raffemblé
dans le cours de l'été pròchan , & les
nouvellites y amenent d'avance le Roi de
Pruffe , l'Impératrice de Ruffie , le Roi & la
Reine des deux Siciles ; il fe pourroit même
que le Grand - Seigneur y affiftât incognito.
Cefjour de l'Imperatrice de Ruffie & du Roi
de Pruffe au camp d'Iglau ne fera au refte
que le délaffement d'une autre courfe ; car
les Gazetiers affirment férieufement que ces
deux têtes couronnées , ainfi que l'Empereur,
arriveront au Camp à leur retourde Cherfon ,
où l'Impératrice fe fera inftaller Reine de
Tauride.
8 3
( 150 )
Le Confeiller Ceilo , dont nous avons
parlé , a été condamné à être pendu ;
mais la fentence n'eft pas encore exécutée ,
& l'on foupçonne que l'Empereut la com
muera.
=
Les dépêches , apportées ici par un Cou
sier de Pétersbourg , ont été envoy es fur le
champ à S. M. Imp. L'Ambaitadeur de
Ruffie a eu à cette occafion une longue conférence
avec le Chancelier d'Etat Prince de
Kaunitz.
DE FRANCFORT , le 18 Octobre.
L'Auteur Allemand qui traire du régime
de l'Ordre Teutonique continue en ces
termes :
·
Le Gouvernement de cet Ordre , dont les
Membres & les poffeffions font difperfés dans
toute l'Allemagne , reffe mb'e infiniment à celui
de l'Empire Germanique. On peut mettre en
parallèle le Grand- Maître avec le Chef de l'Empire
, les Commandeurs & Chevaliers avec les
Princes & Etats d'Allemagne , le Chapitre Général
avec la Diéte , telle qu'elle fe tenoit anciennement
, & les Chapitres Provinciaux avec les
Affemblées des Cercles de l'Empire . Le pouvoir
du Grand - Maître eft limité ; il ne peut agr en
Souverain que dans le Domaine affecté à la dis
gnité. La résidence du Grand - Maître eft à Mergentheim
, où fiégent fon Lieutenant ou Stadthal
ier ; ua Tribunal de Juftice & ure Chambre des
Finances. Le Lieutenant & ces deux Chambres
dépendert abfolument du Grand- Maître , & il
n'eft permis à aucun Membre de l'Ordre de fe
( 151 )
.
gne ,
meler des affaires qui concernent leur adminiftration.
Le Grand Maitre prend fon rang parmi les
Princes d'Allemagne , immédiatement après le
Prince-Evêque de Salzbourg , Primat d'Allema-
& il a voix & féance à la Diéte & aux
Affemblées du Cercle de Franconie. Autrefois
, cet Ordre choififfoit toujours fon Chef parmi
fes Membres ; mais depuis qu'il eft déchu de fa
premiere grandeur , & qu'il a perdu un grand
nombre de fes poffeffions ? on a eu foin d'élire
pour Chef un Prince d'une grande Mailon , qui
par fa naiffance & fes propres revenus puille
foutenir certe dignité éminente. Qué ques
Ecrivains ont porté les revenus annuels du Grand-
Maître à la fomme de 400,000 florins ; mais ce
ca'cul eft exagéré. On ne peut les évaluer , y
compris même le produit du Domine de la
Grande - Maitrife , qu'à 80,000 florins , & tole
au plus à 100,000 , en y comprenant quelques autres
petits revenus arbitraires ,
Quelques papiers publics viennent de rapporter
le trait fuivant , qui n'eft pas de fraîche
date , attribué au dernier Roi de Pruffe.
Un Lieutenant Colonel Pruffien , réformé à la
fin de la guerre de 1756 , ne ceffoit de fo liciter le
Roi pour fon remplacement ; il devint fi importun
, que S. M. défendit qu'on le laifsât approcher
d'elle. Il parut un libelle contre le Monarque. Tel
indulgent que fût le grand Frédéric à cet égard ,
l'audace de l'Ecrivain l'offenfa au point qu'il promit
50 frédérics d'or à celui qui le dénonceroit ;
le Lieutenant- Colonel fe fait annoncer au Roi ,
comme ayant un rapport intéreffant à lui faire . II
eft admis. Sire , vous avez promis 50 frédérics
d'or à celui qui déclareroit l'auteur d'un tel libelle:
« C'est moi . J'apporte ma téte à vos pieds ;
g4
( 152 ) .
mais tenez votre parole Royale , & pendant que
vous punirez le coupable , envoyez à ma pauvre
femme & à mes malheureux enfans la récompenſe
promife au dénonciateur ... » Le Roi connoifit
deja l'auteur du libelle ; il lut frappé de l'extrêmité
à laquelle le befoin portoit un Officier eftimable
d'ailleurs. N'importe , il avoucit coupable.
Rendez - vous fur le champ à Spandau , & attendez
Tous les verroux de cette fortereffe leseffets du jufte
courroux de votre Souverain . Jobéis , Sire ;
mais les so frédérics d'or ? ... dans deux heures ,
votre femme les recevra . Prenez ce te lettre , &
remettez- la au Commandant de Spandau , qui ne
doit l'ouvrir qu'après le diner. Le Lieutenant- Co-
Jonel arrive au terrible château qui lui étoit aligné
pour demeure , & s'y déclare prifonnier. Au
deffert, le Commandant ouvre la lettre ; elle contenoit
ces mots : « Je donne le commandement
de Spandau au porteur de cet ordre. Il verra bientôt
arriver fi femme & fes enfans avec les 50 frédérics
d'or. Le Commandant actuel de Spandau
ira à B... en la même qualité . Je lui accorde
cet avancement en récompenfe de fes fervices .
FRÉDÉRIC. »
On écrit de Liége qu'il y regne une fermentation
qui peut avoir des fuites tâcheufes
, fi on ne parvient pas à concilier les
efprits . Le peuple réclame fes anciens priviléges
& prétend que d'après les loix fondamentales
, l'exercice du pouvoir législatif
n'appartient pas exclufivement au Prince ;
mais que les Etats doivent être confultés fur
ce point. Le Prince Evêque a convoqué à ce
fujet un Chapitre général , dans lequel on a
arrêté de nommer des Commiffaires pour
examiner les prétentions du peuple .
( 153 )
ITALI E;
DE VENISE , le 30 Septembre.
Un Député d'Alger s'eft préfenté ces
jours derniers au Confeil des Cinq Sages du
Commerce , pour réclamer de la République
la reftitution d'une Saïque , prife dans les
eaux de Tunis par l'Amiral Emo , & qu'il
prétend être une propriété Algérienne , de la
valeur plus qu'ufuraire de cinq mille fequins.
Ce Député demande en outre , de la part de
fa Régence , une augmentation des préfens
ftipules par les Traités . Le Sénat paroît trèsdécidé
à refufer cette infolente réquifition .
L'un des Membres da Gouvernement fit
même derniérement la propofition de fecouer
le joug humiliant impofé à la République
par les divers Traités de paix conclus
avec les Puiffances Barbarefques . Il s'attacha
à prouver que les fommes employées en préfens
à ces Régences , fufhiroient à l'entretien
des forces navales , néceffaires à la protection
du commerce, de la République. Le Sénat
n'a encore pris aucun arrêté fur cet avis ;
il s'eft contenté de charger un de fes Membres
de lui préfentet l'état des dépenfes annuelles
qu'exige la confervation de la paix
avec ces Régences.
DE ROME , le 27 Septembre.
La nouvelle de la fignature du Traité
8 S
( 154 )
1
conclu entre le Saint - Siége & la Cour de
Naples fe foutient. L'on prétend que Mgr.
Galeppi reftera à Naples avec le titre, de
Légat , mais que cette dignité fera dépouillée
des prérogatives juridiques qui y étoient attachées.
L'on affure auffi que le Cardinal
Spinelli fera nommé Miniftre de la Cour
de Naples auprès du Saint Siége .
On mande de Naples l'hiftorie te fuivante
qui faifoit le fujet de toutes les converfat'ons.
Un Médecin de Naples très - connu , ordorna
dernierement à l'un de fes gens de fe trouver
à telle heure avec tous fes camarades , parce
qu'il avoir quelque chofe à leur communiquer .
Les ordres furent exécutés fur le champ ils
intriguerent beaucoup les domeftiques . L'idée
d'une expulfion générale fe préfepta naturellement
à eux. Enfin s'étant rendus chez leur Maître
à l'heure indiquée , ils le trouverent étendu fur
un canapé. Les voyant tous réunis , il leur adreſſa
ces paroles « fach z , mes amis , que demain
fur les dix heures , j'éprouverai un accident auquel
je ne furvivrai point ; voici men teftament,
Je n'ai point oublié , en le faifant , la récompenfe
due à vos eles fervices » . Il leur fit
figne alors de fe retirer . Les domeftiques crurent
que leur M.ître avoit voulu s'égayer à leurs
dépens . Vers le feir , il fe fit apporter de l'eau
chaude pour fe laver les pieds , & il leur dit à
cette occafion : « ne croyez pas que je fois occupé
en ce moment à chercher des moyens propris
à me fouftraire à la mort dont je fuis menacé.
Je veux feulement me mettre en état de recevoir
l'Extrême-Onation qui me fera adminiftrée ce
( 155 )
foir lur les dix heures , ce qui eut lieu en effet.
L'heure étant . venne où il devoit reffentit une
attaque qui devoit terminer les jours , il
comba comme il l'avoit prédit.
Y
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 13 Octobre .
fuc-
Le Chancelier de l'Echiquier a annoncé
la fignature du Traité de Commerce entre la
Grande-Bretagne & la France , par une lettre
circulaire aux principales Villes man factu
rières des différens Comtés. En général , il
paroît avoir en fa faveur jufqu'ici l'opinion
publique le Corps très nombreux & trèspuiffant
du commerce, & des Fabriquans s'en
promet trop de fuccès pour ne pas feconder
de toutes fes forces le Miniftere, contre l'oppofition
qu'il pourra rencontrer a1 Parlement.
» Notre Commerce s'accroît fans ceffe , die
un de nos Papiers du matin , & fe maintiendra
probablement dans le degré de fupériorité qu'il
s'eft acquis. Ceux qui ont cru que la feparation
des Etats - Unis de l'Amérique & de la Mère-
Patrie porteroit un coup funefte à fa profpérité
fe font bien groffièrement trompés ; la preuve
en eft evidente par rapport au Commerce . Depu s
fept ans il n'avoit pas été auffi florillant avec
ces Provinces qu'il l'eft actuellement . Le nombre
des vaiffeaux Anglois qui fréquentent les Côtes
de l'Amérique- Unis , de 652 qu'il étoit ci- devar t
eft porté aujourd'hui à 762 , & emploie 4 mille
matelots. Les remifes en efpèces faites du même
g 6
( 156 )
·
pays depuis la paix de 1783 jufqu'à la mi-année
1786 , montent à 1,260,000 liv . ft . Il est même
encore arrivé depuis peu un navire de Boſton ,
dont la valeur n'eft pas au deffous de 20 mille
liv. ft. témoignage frappant qui démontre que
ces mêmes Botoniens , fi aigris contre nous ,
cherchent à renouveller leurs anciennes liaifons
de Commerce .
La prote&ion dont notre Gouvernement gratifie
de plus en plus la Compagnie des Indes
l'a aufli fait revivre ; elle reprend infenfiblement
fon ancienne fplendeur ; on pourroit même ajouter
qu'elle eft plus brillante que jamais ; car elle
occupe maintenant 7 mille måtelors , & 70 à 80
navires , faifant plus de 63000 tonneaux , ce qui
eft un cinquième de plus que de coutume . Suivant
les apparences , l'on croit même qu'elle employera
l'année prochaine jufqu'à 100 navires ,
qui feront une pépiniére de 10 mille matelots.
Les revenus de la Compagnie au Bengale font
de quarante millions & demi , & få dette ci devant
de 10 millions , vient d'être réduite à 9 ; encore
efpere t on avant la fin de l'année pouvoir en
amortir une partie p'us confidérable .
>
La pêche du hareng fur les côtes du Nord-
Oueft de Pirlande , a été , pendant cette faiſon ,
extraordinairement riche ; elle a occupé dix mille
mate'os , & le produit de ce qui en a été exporté
à l'étranger , a été de cent cinquante
mille tonneaux en nature. Il a été équipé dans
les divers Ports de ce Royaume , deux cents navires
pour la pêche de la baleine en Groenlande.
Infenfib lement notre Marine fe repeuple ,
& chaque jour s'accroît en vaiffeaux neufs.
Les nombreufes conftructions ordonnées
depuis la paix font la plupart achevées. Le
( 157 )
-Bellerophon , de 74 canons , a été lancé le 7 ,
du chantier particulier de Frinsbury , dans
la rivière de Medway. On a renvoyé de lancer
au printems prochain le Prince , de 90
canons , entiérement conftruit à Woolwich.
Le Coloffus , de 74 canons , & l'Excellent
de 74 , ont été mis à flot , le même jour
que le Bellerophon ; le premier à Gravelend ,
& le fecond à Harwich.
"
L'un de nos Journaux a publié récemment
les remarques fuivantes fur les divers perfectionnemens
de la pompe à vapeur , due
à la fagacité & au génie de MM . Watt &
Bolton. Ces ingénieux Méchaniciens ne font
pas les feals Anglois qui fe foient occupés
de varier les forces & les applications de
ces pompes , comme on le verra par la notice
dont nous allons préfenter la fubftance.
La découverte la plus précieufe peut - être qui
ait été faite dans la Méchanique depuis la premie
e invention de la machine à vapeur , eft
l'application que l'on en a faite pour produire
un mouvement de rotation . On peut la regarder
avec raifon comme la découverte d'une nouvelle
puiffance motrice , dont on peut tirer un
parti très -avantageux pour les moulins & pour
toutes les machines d'un grand poids . A Carron
en Ecoffe & dans d'autres endroits , on s'en
fert depuis long- tems pour élever l'eau néceffaire
au fervice de ces machines ; mais c'eſt
l'eau qui , à Carron , eft la puiffance motrice .
La méthode au moyen de laquelle l'on convertit
le mouvement perpendiculaire d'une machine
lequel fe fait alternativemeut de haut en bas &
>
( 158 )
de bas en haut , en un mouvement circulaire ,
uniforme & égal . eût d'une date très - récente.
Il s'opere au moyen d'un levier qui fe meut
en fens contraire , & qui , fixé à l'extrémité de
la feche , agit für le cran d'un balancier de
fer , dont le poids regle le mouvement & le contient
, lorfque le levier fe trouve dans ces deux
points du cercle où il ne peut plus agir fur.
le cran.
Pour rendre ceci plus intelligible au Lecteur,
qu'il fe rappelle le méchanifme de la roue d'un
tour à tourner : cette roue eft mife en mouvement
de la même maniere au moyen de la preffion
du pied de l'Ouvrier , à la difference feulement
que le levier de la machine agit fur le
balancier dans fon mouvement d'afcenfion d'un
côté , ainfi que dans fa defcente de l'autre côté.
Il eft clair que cette maniere d'appliquer la
puiffance de la machine feroit préférable à l'autre
, ne fût - ce qu'à raifon de fa plus grande
fimplicité ; mais on fentira combien elle lui eft
fupérieure dans fes effets , fi l'on obferve qu'aucune
machine hydraulique n'élève au- delà des
deux tiers de l'eau néceffaire pour la mettre
en mouvement à la même hauteur que celle d'où .
cette eau tombe. En s'en tenant à la premiere.
méthode , on perd donc un tiers de la puif
fance par le frottement des pompes , tandis qu'en
adoptant la feconde , cette puiflence agit fans
aucune diminution fur le balancier .
C'est d'après ce nouveau principe que les
moulins fameux connus fous le nom d'Albion-
Mill's ont été conftruits fous la dire &ion de
MM. Watt & Belton de Birningham. Les propriétaires
ont interdit aux étrangers l'accès de
ces moulins.
On ne croit pas que ces Artiftes aient fait
( 159 )
des changemens effentiels à la conftruction des
moulins a moudre le grain , ni qu'ils aient bezus
coup fimp'ifiéJ'ufage de ces machines; des Lettres
Patentes leur affurant le privilege exclufif de
faire l'application du principe & du méchaniſme
de leur puiflance motrice , leurs précautions dans
ce cas étoient fuperflues ; fi au contraire ils ont
eſpéré s'en réſerver la jouiffance exclufive en les
tenant cachés aux yeux des étrangers , ils ont
été déçus dans leur attente. 3
M. Cameron de Green Dragon-Wharf a perfectionné
non feulement la machine à feu , mais
auffi la maniere de
communiquer le mouvement
au balancier. Nous avons vu un moulin de fon
invention à Batterfea , deſtiné à faire tourner
un moulin à huile appartenant à M. Barrow .
Quoique cette machine ne foit pas , à beaucoup
près , auffi étonnante que le font les mouling,
d'Albion Mills nous ne craignons pas d'avancer
qu'on n'en a jamais conftruit de cette efpece ,
plus fimple , plus folide & plus parfaite. La chaudire
, le cylindre & toutes les pieces qui en
dépendent font difpofées de la mauiere la plus
commode ; les affemblages font fi parfaits , qu'il
ne le fait pas la moindre perte de vapeur L'ap
pareil pour ouvrir & fermer les foupapes et
extrêmement fimple & ingénieux. L'Auteur a
imaginé un moyen pour accélérer ou ralentir
la ma hine fans augmenter · ou
diminuer
l'action du feu. Le ferrice de ce te machine
D'exige que la préfence d'un feul Ouvrier. Le
cylindre eft conftruit fur un plan très - différent
de celui de M. Watt ; l'eau obtenue par le moyen
de la vapeur condenſée le porte à la partie fu
périeure. Les coups de piston font courts & rapides
: le balancier autant que nous avons pu
en juger en le voyant en mouvement , a en
,
( 160 )
viron quatorze pieds de diametre , & il accomplit
vingt neuf ou trente révolutions en une minute.
Cette machine fait agir deux cylindres
d'acier deſtinés à broyer , & quatre pierres qui
fervent à triturer la graine de lin : on y a adapté
en outre des pilons , des cribles , & c. Elle confume
depuis un & demi jufqu'à deux boiffeaux
de charbon par heure .
M. Cameron eft actuellement employé à conftruire
une machine de cette eſpèce près de Newcastle
, pour tirer le charbon des mines. Des
machines à vapeur devroient naturellement être
préférées pour cet objet , attendu que la principale
dépenfe de ces machines roule fur la confommation
des matieres propres au chauffage .
On doit obferver ici que plufieurs gens de l'art
s'occupent en ce moment de la recherche d'un
moyen , pour produire un mouvement circulaire
immédiatement par l'action de fa vapeur.
Cette découverte intéreffe particuliérement
ceux qui ont des plantations dans nos îles de
P'Amérique. En général elles ont peu de ruiffeaux ;
d'ailleurs pendant la faifon où l'on fabrique les
fucres , il ne fait que peu de vent , & dans les
bonnes années , la récolte fournit plus de cannes
qu'on n'en peut manufacturer , vu le manque de
moulins. Il ne fe préfente que deux objections
contre l'ufage des machines à feu aux Iles ; favoir ,
la rareté des matieres pour le chauffage , & le
défaut d'ouvriers propres à les tenir en bon état .
Il eft difficile , j'en conviens , de répondre à ces
objections. Quant à l'obftacle que préfente la premiere
, on pourroit le vaincre ou au moins le diminuer
; mais celui qui fait naître la feconde objection
, ne difparoîtra qu'avec l'abominable fyf
tême de l'esclavage.
( 161 )
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIque .
Du 18 Août 1786-
Les Etats -Unis , affemblées en Congrès ,
ont pris les arrêtés fuivans , dans leur Séance.
du 14 Juin.
·CC Que le Congrès confidere la Confédération
comme un pacte entre les différens Etats , pour
leur avantage mutuel.
» Que l'Union , fous l'autorité de ce pate , a
droit de demander à chaque Etat , les impofitions
dont il eft redevable , & qui font énoncées par les
articles dudit pacte.
Que la premiere réclamation du tout fur fes
parties , eft que l'on effectue la formation de la
Souveraineté , attendu que cette circonstance eft
effentielle à l'exécution des objets de la Confédération,
ככ
Que les Etats ont le droit de nommer leurs
Délégués fujets aux qualifications du cinquieme
article de la Confédération , ainfi qu'ils le jugent
à propos.
ככ
Que cette nomination étant faite , conformé
ment à la Confédération , il eft du devoir des Etats
d'envoyer , dans le tems convenable , leurs Délégués
au Congrès , & que l'Etat qui négli
geroit de fe mettre en régle fur cet objet ,
deviendroit refponfable à l'Union des délais &
des maux que pourroit caufer cette négligence «.
Ces Arrêtés étoient dirigés contre plufieurs
Etats qui ont négligé de fe faire
repréfenter dans le Congrès. Mais depuis
qu'ils ont été paffés , tous les Etats ont
( 162 )
envoyé leurs Députés ; & en conféquence,,
la grande affaire de finance , pour laquelle
on n'attendoit que la repréfentation complette
, a été terminée le 2 Août. Ce jour ,
les Etats Unis , affemblés en Congrès , ont
arrêté , qu'afin de pourvoir au fervice de la
préfente année, à un paiement d'intérêt & de
deux rembourfemens de capitaux fur les em ·
prunts de la France & de la Hollande , payables
au commencement de l'année prochaine,
& au paiement de l'intérêt d'une année fur la
dette domeftique , il étoit néceſſaire qu'il fût
verfé dans le tréfor public une fomme de
3 millions fept cens loixante-dix- fept mille
foixante deux piaftres 42 90me, avant le 1er.
Janvier prochain , pour être appliquée , ainfi
qu'il fuit:
Pour le Département Civil...
Contingences.
Militaire . ....
Piafires
.169,352 86
·168,274 so ·
94,294 65
Affaires concernant les Sauvages ..... 6,000
Pour le département du Géographe ... 8,953.
Dette étrangere ; favoir :
Pour le payement
de l'inérêt
de cette année fur
les emprunts de la
France & de la Piafires
Hollande ,
Pour le paye .
ment du principal
& intérêts dûs en
317,985 10
( 163 )
1787 , auxquels il
faut pourvoir cette
année ,
Balance due fur
l'emprunt de l'E(-
pagne ....
Pour l'intérêt
1,392,059 17 1,723,626 47
2,396 55
d'une année dû aux
Officiers étran
gers ... 11,185 55.
Dette domeftique , intérêt
d'une année 1,606.560 6$
Total .. 3,777,062 43
Sur laquelle fomme la quote - part de chaque
Etat fra ainfi qu'il fuit :
New Hampshire
Maffachuffet .
En papier En efpěces.
56.452 ....... 76,268
240,370. .324,746
Connecticut
Rhode Island .34,613..
142,474
New-Yorck .
New- Jersey
•
137,434
.89,279 .. •
Penfylvanie .
Delaware
Maryland
Virginie ..
•
Caroline du Nord .
Caroline du Sud .
Géorgie ...
•
·
219,765..
24,037
151,570.
274,767
.116,749 .
103,105
་
46,764
.191,135
185,567
120,619
296,908
·
32,475
.206,775
· •
371136
157-732
... • 139,017
..17,167 .... 23,288
En papier..
En efpeces.....
.1,606,632 .
..2,170,430
Total...Piaftres .. 3,777,062
2,170,430
Il eft à defirer que chacun des Etats veuille
( 164 )
fe conformer ponctuellement à cette réquifition
.
La grande affaire de la formation de nouveaux
Etats , admis à la Confédération générale , a été
enfin terminée dans la féance du Congrés , du
Juillet dernier. Après differentes motions fur
cet objet , les Etats - Unis ont pris l'arreté fuivant
:
כ כ
« Il fera recommandé à la Légiflature de Virginie
, de prendre en confidération fon acte de
ceffion , & d'y faire les changemens néceffaires
pour autorifer les Etats - Unis affemblés en
Congrès, à partager le territoire des Etats-
» Unis , fitué au Nord & à l'Oneſt du fleuge
Ohio , en Etats Républicains diftincts , qui ne
» pourront être plus de cinq ni moins de trois ,
» fuivant ce qui pourra être requis par la fituation
des Pairs & par les circonftances futures . Ces
Etats deviendront par la fuite membres de l'Union
fédératrice , & ils auront les mêmes droits
de Souveraineté , liberté & indépendance que
les Etats primitifs , conformément à l'arrêté du
Congrés , du 10 octobre 1780. «
Les défordres & les troubles que l'émilfion
du Papier-monnoie a occafionné dans
l'Etat de Rhode Island , augmentent tous
les jours , & deviennent de plus en plus alarmants.
Le commerce & les affaires font interrompus
, & , ce qu'il y a de plus extraordinaire
, la Loi pénale qui avoit été donnée en
dernier lieu , eft journellement tranfgreffée.
Un grand nombre de riches Négocians ,
établis dans l'Etat de Rhode Island , fe difpofent
à tranfporter ailleurs leur commerce.
Cette émigration n'a d'autre caule que le
( 165 )
Papier monnole & l'état précaire où il met
toutes les fortunes. MM. Jones & Halfey ,
dont les maifons étoient connues à la Providence
par les grandes affaires qui s'y faifoient
, en font déja partis avec leurs effets..
L'un eft allé à Bofton, & l'autre à Darmouth,
dans l'Etat de Maffachuffett..
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 18 Octobre.
Le Marquis de Pons , Ambaffadeur du
Roi près Sa Majesté le Roi de Suède , de
retour par congé , a eu , à fon arrivée icile
14 de ce mois , l'honneur d'être préfenté à
Sa Majesté par le Comte de Vergennes
Chef du Confeil royal des Finances , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangères.
DE PARIS , le 23 Octobre.
Les articles principaux du Traité de
Commerce entre la France & la Grande-
Bretagne font aujourd'hui affez authentiquement
connus pour être rapportés : en voici
la fubftance.
I. Les divers Articles du traité de commerce
d'Utrecht , concernant le détail des Privilèges
& Réglemens Mercantiles , font révifés & con
firmés.
II . Tous les Articles non fpécifiés au Tarif,
( 166 )
qui fait partie du Traité , feront importés réciproquement
aux conditions de la Nation la plus
favorifée.
III. Les divers Articles , mentionnés ci - après
comme étant couchés fur le Tarif, pourront être
importés aux taux fuivans :
Les vins de France , au lieu de 96 liv . fterl .
ne payeront plus par tonneau , pour tous droits ,
que ceux auxquels font aflujeitis actuellement
les vins de Portugal , favoir , 40 liv. fterl.
Les mêmes vins importés en Irlande payeront
30 liv. fterl.
Les vinaigres , au lieu de 67 liv. fterl. , n'en
payeront que 33 .
Les droits fur les Eaux de - vie ont été diminués
d'un tiers ; ils paieront à l'avenir 7 fchellings
& une fraction par gallon ou 4 quartes ,
mefure d'Angleterre."
4. L'Huile d'olive ne payera que les mêmes
Droits que les Nations les plus favoriſées.
5. La Bierre payera pour être importée dans
chacun des deux Pays 30 pour cent de la valeur.
6. Les Droits fur la Quincaillerie , la Coutelerie
, les ouvrages d'Ebéniste & de Tourneur
& de tous les Articles pefans ou légers , de Fer ,
d'Acier , de Cuivre & d'Airain feront claffés
& le plus haut n'excédera pas le dixième pour
cent de fa valeur.
7. Toutes les fortes d'Etoffes de Coton & de
Lane , y compris la Bonneterie, pourront être importées
, en payant 12 pour cent réciproquement ,
à l'exception des Manuf &tures où il entre de la
Soie , qui font prohibées de part & d'autre .
8. Les Toiles de Cambrai, les linors & les Batiftes
leront importées réciproquement , en payant un
droit de 5 fch . la demi - pièce de 7 verges 3 quar:s ,
aunage d'Angleterre : & les Toiles de la Grande(
167 )
Bretagne & de France s'importeront réciproquement
, au même droit que payent actuellement
celles de Hollande & de Flandre , & les Toiles
de toute forte en Irlande & en France , s'impor.
teront réciproquement à des droits qui ne pafferont
pas ceux que payent actuellement les Toiles
de Hollande & de Flandre en Irlande.
9. Les Articles de Sellerie ne payeront réciproquement
que 15 pour cent de leur valeur.
10. Les Gazes payeront réciproquement 10
pour cent de leur valeur.
11. Les Articles de mode , formés de Mouffeline
, Batifte , Gazes & autres Articles admis
en vertu du Tarif , payeront réciproquement
12 pour cent. Les articles non énoncés dans le
Ta- if payeront comme la nation la plus favosifée.
12. La Porcelaine , la Fayence & la Poterie
payeront réciproquement 12 pour cent de leur
valeur.
13. Le Verre de toute eſpèce payera 12 pour
cent de fa valeur .
Si l'un des deux Souverains accorde des
primes , l'autre pourra hauffer at prorata les
droits d'importation fur la même marchandife.
Ce Traité aura fon effet en France par raport
à la Grande Bretagne & l'Irlande , dès que le
Pouvoir Législatif de la Grande- Bretagne & de
I'Irlande aura paffé en Loi les Règlemens y rela
tifs , qui ont befoin de fa fanion .
Les deux Souverains font convenus de
rectifier à l'amiable les erreurs qui pourraient
s'être gliffées dans le Réglement des droits .
Les deux Souverains fe font réservés fa
1
( 168 )
faculté d'ajouter les droits intérieurs à ceux
du nouveau Tarif , à l'égard de quelques efpeces
de marchandifes : avoir , le Roi de
France , à l'égard des cotons , des fers & de
la bierre ; & le Roi d'Angleterre , à l'égard
des toiles peintes & teintes , de la bierre &
du fer.
Le préambule du Traité indique les principes
qui lui ont fervi de bafe , ainfi que les
vues dans lefquelles il a été rédigé. L'intention
des deux Souverains eft de rapprocher
davantage deux Nations qui fe haillent depuis
des ficcles , & de confolider la paix
entr'elles , en confundant leurs intérêts ;
d'un autre côté , on a cru devoir mettre un
frein à la contrebande , qui tous les jours
devenoit plus exceflive , & contre laquelle
on n'a pu jufqu'à préfent trouver , dans aucun
pays , des remedes qui puflent être
adoptés par une Adminiftration medérée.
Il paroît que ce font les frais de la contrebande
qui ont donné la mefure des droits :
de cette maniere les Manufactures nationales
n'éprouveront aucun changement à leur
défavantage ; & les deux Etats auront un
accroiffement de revenu . Il eft étonnant que
ce principe , dont on prêche depuis fi longtemps
l'utilité , n'ait pas été adopté plutôt
par toutes les nations commerçantes.
Les tempêtes de l'équinoxe ont occafionné
beaucoup d'accidens fur les côtes de la
Manche. Un bâtiment Anglois & un navire
de
( 169 )
de Dieppe , venant de la pêche de la morue,
ont fait naufrage près de Saint- Vallery fur-
Somme. Le Capitaine du dernier de ces
vaiffeaux & hommes de l'équipage font
noyés ; les 6 autres fe font fauvés dans la
chaloupe. On efpere fauver une partie de la
cargaison.
La famille d'Argouges , auffi célébre dans
d'épée que dans la robe , vient de s'éteindre
en la perfonne du Marquis d'Argouges ,
Lieutenant- Général des Armée du Roi , qui
eft mort ces jours derniers. Il ne refte de
cette mailon qu'une fille unique , mariée au
Prince de Talmont fils , puîné de M. le
Duc de la Tremoille.
Le Roi a accordé, le 24 du mois dernier ,
afieur Colombier , Infpecteur général des
Hôpitaux civils & des Prifons du Royaume,
tum brevet de Confe ller d'Eat , comme unfe
marque de fa fatisfaction des fervices qu'il
a rendus , & qu'il continue de rendre dans
cette place.
Un Agriculteur des environs de Bernai en
Normandie nous adreffe les obfervations
fuivantes , concernant la carie du ble !.
2
« Différentes expériences , dit - il , que j'ai faites
dans le cours de cette année & de la précé-
» dente , jointes à destemarques de plus ancienne
ɔ date , m'ont évidemment démontré que cette
corruption des bleds , qui a fait un fi grand
fort à nos deux dernieres récoltes , fe réproduit
d'elle-même par la pouffiere noire, & fétide
que contiennent les grains cariés , lauelle
N°. 43 , 28 Octobre 1786. hᏂ
( 170 )
ود
fe répandant fur les bons grains , & s'attachant
à leur extrémité veloutée , les infecte
» & donne une femence vitiée pour la femaifon
fuivante ; enforte qu'une des principales cau
" (es du mal , eft le mal lui -même. Apparemment
que le virus de la pouffiere noire , adhérente
à la fuperficie des grains , s'infinue en
→ dedans avec les fucs de la terre , & attaque le
33 germe. Un moyen für d'empêcher cette contagion
, feroit fans doute d'eplucher les épis
" gâtés avant de livrer les gerbes au batteur ;
mais la longueur de cette opération doit la
rendre en quelque façon impraticable , furtout
dans des années où il y a autant de bled
noir que nouss en avons eu ces deux dernières .
J'en ai effayé une autre plus praticable ; & que
je regarde comme affez efficace pour mériter
d'être propofée & confeillée aux cultivateurs .
Il ne s'agit que de laver fa femence à l'eau
fimple , afin d'en déterger la pouffiere contagieufe.
De la femence ainfi lavée & dénoircie
m'a produit tous épis parfaitement fains ;
tandis que de la femence toute pareille , mais
qui n'avoit pas fubi pareille lotion , & étoit
reftée avec la moucheture , m'a donné plus
d'un tiers d'épis cariés . Cette derniere n'a pas
produit trois bons épis par chaque grain ; la
premiere en a produit plus de fix. Les deux
avoient été mifes en terre le même jour ,
p côté l'une de l'autre. Cette épreuve , à la vérité
, n'avoit été faite que fur une vingtaine
de grains ; mais n'y a- t-il pas lieu de fe promettre
un pareil fuccês fur une plus grande
quantité ? On objectera peut-être qu'il eft fort
* poffible de bien laver & de noircir une ving
taine de grains , & qu'il n'en feroit pas de
même s'il falloit faire cette opération fur des
و ر
5)
53
à
1
( 171 )
37
>
boiffeaux ou fur des fommes. Mais des boil
feaux & des fommes fe lavent fort bien aufii ;
& c'est ce que font quelques uns au bled
trop moucheté , qu'ils veulent vendre ou
» mettre en pain . Il faudra obferver , en lavant
fa femence , de ne pas la laiffer s'imprégner.
» d'eau de telle forte que l'humidité introduisit
avec elle les parties virulentes de la
pouffiere noire. On pourroit peut- être mixtionner
dans l'eau quelques ingrédiens qui
» augmenteroient fa qualité déterfive . Cette méthode
a le mérite d'être très fimple , trèsfacile
; je la crois préférable à tous égards à
l'ancienne pratique de l'échaudage dont on
" commence à fe dégoûter , & qui effectivement
eft de la plus grande incommodité pour
le femeur , à caufe de la pouffiere de chaux
» qu'il refpire , & qui lui fatigue extrêmement &
les yeux & la poitrine .
»Je confeillerai encore l'ufage du moulin à
» vanner , qui eft très propre pour enlever la
" pouffiere noire . J'ajouterai que cette efpèce de
van a l'avantage d'être plus expéditif que le
van ordinaire , & qu'il ne toie mieux le fro
ment de fes grains maigres , ainfi que des
graines étrangeres. Il eft plus cher que le van
» commun ; mais il ne revient pas à plus de dix
→ à douze écus , Peut- être eft - il moins commode
pour de petits Laboureurs ; mais il est beaucoup
plus avantageux dans des exploitations un peu
confidérables ; c'eft ce que j'éprouve depuis plus
de trente ans.
20
5
Comme je me crois en état d'affirmer que la
caufe à laquelle j'attribue ici la corruption du
,, froment , eft véritablement une des principales
; que cette caufe connue eft un grand acheminement
à la connoiffance du remede , qu'elle
h 2
( 172 )
"
eft généralement ignorée , qu'à peine même
eft - elle foupçonnée , ainfi que j'ai eu plu
fieurs fois occafion de le remarquer dans des
converfations que j'ai eues à ce fujet avec des
Laboureurs des plus intelligens , je penfe ,
Monfieur, que la publication de cette Note ne
peut qu'être utile , & qu'en lui donnant place
7 dans un de vos Numéros avant le tems de
a la femaille , vous ferez plaifir à la partie efti
mable de vos Lecteurs qui s'occupent de la cul
» ture de leurs terres. «.
L'Académie des Sciences , Belles- Lettres
& Arts de Lyon, dans la Séance publique ,
du 29 Août , a procédé à la proclamation
des Prix qu'elle avoit propofés pour l'année
1786 .
Le fujet des prix d'Hiftoire naturelle , fondés
par M. ADAMOLI , étoit énoncé ainfi : Quelles
font les diverfes espèces de LICHENS dont on peut
faire ufage en medicine & dans les arts ? On demandoit
aux Auteurs de déterminer les propriétés de
ces plantes , par de nouvelles recherches & des expétiences.
L'Académie a décerné au Mémoire Nº . 4 , le
premier Prix ; confifiant en une Médaille d'or ,
dont l'Auteur eft M. G. François HoFFAIAN ,
Docteur en Médecine de l'Univerſité d'Erlang
Auteur de l'Enumeratio Lichenum , de l'Hiftoria
Salicum , &c. à Erlang , en Franconie.
2
La Médaille d'argent ou le fecond Prix , a été
adjugée au Mémoire N° . 3 , dont l'Auteur eft
M. AMOREUX , fils , Doct. Méd. en l'Univerfité
de Montpellier , Membre de plufieurs Académies.
L'acceffita éte donné au Mémoire N° . 2. L'Au
( 173 )
teur eft M. WILLEMET , pere , Démonftateur de
Botanique à NANCY , affocié de l'Académie de
Lyon.
L'Académie a abandonné le concours du Prix
des Arts , fondé par M. CHRISTIN. Le fujet inté
reffoit particulièrement la Ville de Lyon : Quels
font les moyers d'augmenter la valeur des foies nationales
en perfectionnant le tirage ?
L'Académie avoit renvoyé à la même époque ,
la diftribution du Prix dont M. le Duc de Villeroy,
fon protecteur , a fourni la Médaille & le
fujet conçu en ces termes :
Les expériences fur lesquelles Newton établit la
différente réfrangibilité des rayons hétérogenes , fontelles
décifives ou illufoires ? On dermandoit aux Agreurs
qui l'examen dans lequel ils entreroient fåt
approfondi , & leurs affertionsfondées fur des expériences
fimples , dont les résultats fuffent uniformes
& conftants .
Le concours , par fon mérite , arépondu à l'importance
de la queftion. On y a admis huit
Mémoires , dont quatre attaquent la théorie
Newtonienne , & quatre la défendent . Deux des
premiers & deux des feconds étoient évidem
ment trop inférieurs aux autres , pour foutenir
Ja concurrence. Le vrai concours n'a eu lieu
en effet qu'entre deux favans Mémoires oppofés
à Newton , & deux qui confirment fes expériences
& fa théorie . Toutes les éxpériences ont
été foigneufement répétées avec les inftrumens
que le zele de quelques Académiciens a fournis.
Les Commiffaires y en ont ajouté de nouvelles
; les résultats ont été conftamment en
faveur du célebre Phyficien Anglois ; & l'Acadé-
› mies'eft félicitée d'avoir à couronner deux défenfeurs
de fa doctrine , vraiment dignes de ce grand
homme.
h3:
( 174 )
Elle a décerné la Médaille d'or au Mémoire
côté No. 4, qui eft de M. Flaugergues, fils , corref
pondant de la Société Royale de Médecine de
Paris , de la Société Royale des Sciences de Montpellier
, & du Mufée de Paris ; à Viviers , en
Vivarais.
L'Acceffit a été donné au Mémoire latin
côté N° . 3. L'Académie a témoigné un vrai regret
de n'avoir pas un autre Prix à accorder à
cet important ouvrage. Il défend la théorie de
Newton avec des armes également victorieuſes ;
mais l'étendue du travail a mérité la préférence
au précédent.
L'Auteur eft M. Ant . Brugmans , profeffeur de
Philofophie & de Mathématiques , & de plufieurs
Académies favantes , à Groningue , dans les Pro
vinces-Unies.
L'Académie a arrêté , par délibération , que les
deux Mémoires , ainfi que le rapport de fes Commiffaires
, feroient imprimés & publiés aufi - tôc
qu'il le pourra.
SUJETS proposés pour l'année 1787.
Le Prix des Mathématiques , fondé par M.
CHRISTIN , devoit être adjugé en 1784 , à l'Auteur
du meilleur Mémoite fur le fujet fuivant :
1°. Expofer les avantages & les inconvéniens des
voutes fur- baillées dans les différentes conftructions ,
foit publiques , foit particulieres , où l'on eft en ufage
de les employer.
2º. Conclure de cette expofition , s'il eft des cas où
elles doivent être préférées aux voûtes à plein ceintre,
& quels font ces cas.
3 °. Déterminer géométriquement quelle feroit
la courbure qui leur donneroit le moins d'élévation , en
leur confervant la folidité néceffaire .
( 175 )
L'Acidémie reçut quatre Mémoires ; qui tous
mériterent des éloges ; mais aucun ne parut rem
plir fuffi Camment les différentes vues indiquées
dans le programme . Ces confidérations & l'impor
tance du fujet déciderent l'Académie à doubler
le Prix propofé, & à proroger le concours jufqu'au
1 Avril 1787.
Les Paquets feront adreffés , francs de port ,
Lyon , à M. DE LA TOURETTE , Secrétaire perpétul
, pour la claffe des Sciences , rue Boiffac ;
Ou à M. DE BORY , ancien Commandant de
Pierre fcize , Secrétaire perpétuel pour la cliffe
des Belles-Lettres , & Bibliothécaire , rue Sainte-
Hélene ;
Ou cher AIME DE LA ROCHE , Imprimeur- Libraire
de l'Académie , maifon des Halles de la
Grenette.
?
1
Le Prix confifte en deux Médailles d'or du
prix chacune de 300 livres , & fera délivré en
1787 , dans la féance publique de l'Académie ,
le premier Mardi apres la fête de S. Louis. Les
Mémoires ne feront admis au concours , que juſqu'au
premier Avril de la même année , le terme
étant de rigueur.
PRIX extraordinaires.
Un père de famille , citoyen plein de zele &
de lumieres , a defiré que l'Académie s'occupat
d'un fujet relatif aux voyages & à l'éducation de La
jeuneffe . Il lui a demandé de propofer un prix de
600 liv. dont il fait le fonds , à l'Auteur , qui au
jugement de l'Académie , aura mieux rempli fes
vues. Cette Compagnie s'eft empreffée de propofer
le fujet , ainfi qu'il fuit ;
LES VOYAGES peuvent- ils être confidérés comme
un moyen de perfectionner l'éducation ?
h 4
( 176 )
Le Prix de 600 v. fe diftribuera en 1987 ;
après la Fête de S. Louis. Les Mémoires feront
admis au concours jufqu'au premier Avril de la
méme année , fous les mêmes conditions que
ci-deffus .
A la même époque , l'Académie proclamera le
Prix de 1200 liv. dont M. l'Abbé RAYNAL a fait
Jes fonds , & dont le fujet a été continué & précédemment
annoncé en ces termes :
La découverte de Amérique a- t - elle été utile ou
nuifible a gene humain ?
S'il en refilte des liens , quels font les moyens de
les conferver & de les accroîtie ?
Si elle a produit des maux , quels font les moyens
d'y remédier ?
Les Auteurs qui ont déja concouru , feront admis
à envoyer , fous leur premiere devile , les
chargemens qu'ils croiront converables ; cependant
une nouvelle copie parett préférable.
On n'almettra au concours que les Difcours
ou Mémoires qui feront envoyés avant le prémier
Mars 1787 ; le terme eft de rigueur. Les autres conditions
, fuivant l'ufage.
SUJETS propófés pour l'année 1788.
Pour le prix de Phyfique de la fondation de M.
CHRISTIN , qui fera double , l'Académie , après
avoir couronné un favant Mémoire , qui a démontré
les dangers évidents qui réfultent de la mixtion de
Palun dans le vin , defirant la folution complette
d'un problême qui lui paroît de la plus grande
importance pour le bien de l'humanité , a propofé
le fujet qui fuit :
Quelle eft la maniere la plus fimple , la plusprompte,
& la plus exacte , de reconnoître la prefence
de l'alun & fa quantité , lorsqu'il eft en diffolution
( 177 )
dins le vin , furtout dans un vin rouge trèscoloré?
On demande des expériences conftantes , fimples &
fa iles à répéter
Le Prix confifte en deux Médailles d'or , de la
valeur chacune de 300 liv. Il fe diſtribuera en
1788 , à l'époque & aux conditions ordinaires.
L'Académie , pour les prix d'Hiftoire naturelle ,
fon tés par M. ADAMOLI , demande ,
Quels font les différens infectes de la France , réputes
venimeux ? Quel'e eft la nature de leur venin ?
Quelsfont les moyens d'en arrêter les effets ?
Les Auteurs , en annonçant les infectes qu'ils
voudront défigner , en détermineront le genre &
l'efpece.
On leur demande effentiellement de nouvelles re-
•·cherches & des expériences.
Les conditions comme ci - deffus. Les prix ,
confiſtant en une Médaille d'or de la valeur de 300
liv. , & une Médaille d'argent , frappée au même
, feront décernés en 1788 , après la Fête de ་
S. Pierre.
La même année , l'Académie diffribuera extraordinairement
le prix double de la fondation
de M. CHRISTIN , qu'elle a réfèrvé , concernant
les Arts . Elle propofe en conféquence le fujer /
fuivant :
FIXER fur les matières végétales ou animales , ou
fur leurs tiffus , en nuances également vives & variées ,
ta couleur des LICHENS , & Spécialement celle que
produit l'ORSEILLE c'est- à- dire , teindre les matieres
végétales ou animales , ou bien leurs tiffus , de
maniere que les couleurs qui en résulteront notamment
celles que donne l'ORSEILLE , puiffent être répuréesde
BON- TEINT,
Ꮒ
hs
>
( 178 )
ON DEMANDE que les procédés de teinture &
ceux d'épreuves , foient accompagnés d'échantil
lons , tels qu'on puiffe inférer de leur étit de comparaifon
, ce que telle ou telle couleur & telle ou telle
nuance, peuventSupporter de l'action de l'air ou des
Lavages.
Lettre au Rédacteur.
Monfieur , beaucoup de perfonnes font ufage
d'acides pour blanchir les dents ; on ne peut pas
trop s'élever contre un pareil moyen qui eft fait
pour en accélérer la perte ; cet abus eft affez
fréquent pour exciter la réclamation des Artiſtes
deftinés à l'entretien de la bouche. Nous fommes
journellement confultés fur des rámolliffemens de
dents , qui n'ont pas d'autre caufe ; & je me propofe
de publier une differtation fur cet objet . Tout
le monde connoît l'effet de l'ofeille fur les dents :
cet agacement eft l'effet d'une très - vive action
qu'ils exercent fur l'émail ; c'eſt un diminutif de
celle que produifent les acides minéraux , tels que
l'acide vitriolique , & l'acide marin : on a beau les
dulcifier par l'addition de l'esprit de vin ; on ne
détruit pas l'action diffolvante de ces acides ; qu'on
mette en effet une dent dans l'efprit de fel , quoiqu'il
foit le moins actif des acides minéraux , on
verra , en peu d'inftans , la dent attaquée , & dans
24 heures elle fera entièrement diffoute , ce qu'il
y a de fingulier dans cette expérience , c'est que
l'émail qui couvre la couronne de la dent , quoique
compacte , & par- conféquent plus dure eft le
premier diffous . La dent finit par difparoître en
iérement ; & convertit la diffolution en une
gelée.
Il n'en est pas de même des eaux que préparent
les Dentiftes; celle que je diftribue jo it d'une
réputation méritée & confirmée par un fuccès
( 179 )
conflant ; du refle je la foumets aux épreuves les
plus rigoureufes des Chimiftes . Cette eau eft com
pofée de fubftances aromatiques & vulnéraires,
dont l'effet eft de fortifier les gencives , & de cal
mer les douleurs des dents .
Me permettrez- vous , Meffieurs , de réclamer
contre une erreur qui m'eft préjudiciable ? La
mort de mon pere a fait croire que c'étoit moi ;
je préviens les perfonnes qui m'accordent leur
confiance , que je demeure rue St. Honoré , près
celle de l'Arbre-fec , maifon de M. Cadet , Apothicaire.
J'ai l'honneur d'être &c.
LEROY DE LA FAUDIGNIERE , Chirurgien-
Dentifte de Paris & de Rouen.
Marie de Macnemara , veuve du fieur
Blondeau de Combas , Brigadier des Armées
du Roi , eft morte à Limoges , le 8 de de
mois , âgée de 59 ans.
PAY S - B A S.
De BruxellES , le 21 Octobre.
M. de Berg , Amman ou Grand - Mayeur
de cette ville , diftingué par fon mérite perfonnel
& par quelques Ouvrages d'utilité
publique , a été nommé par l'Empereur Directeur
Général de la Police des Pays- Bas-
Autrichiens.
Le Prince Héréditaire de Portugal ,
é crit on de Lisbonne , a couru un très-grand
danger le 7 de ce mois à Caldas , ouS . A. R..
I 6
( 180 )
prend les bains. La tente eft dreffé à trois
quarts de mille environ fur la plage. Ce
jour- là les flots étoient fort agités & la mer
plus haut qu'à l'ordinaire. Le matelot qui
conduifoit le Prince fur une efpece de radeau
, prit la liberté de lui repréfenter que
le moment n'étoit pas favorable pour fe
baigner ; le jeune Prince qui y trouvoit
beaucoup de plaifir , & qui ne croyoit pas le
danger bien grand , voulut aller mais ce
qu'avoit prévu le matelot arriva , la mer
devenue de plus en plus orageufe , renverſa
la tente , & entraîna le Prince , qui voulant
s'attacher à un Chambellan , le fit tomber.
avec lui ,
lot
s'étant aufli- tôt précipi-
Le
té pour les fecourir , eut le bonheur de faifir
Je Prince par les cheveux , & le ramena au
radeau . Son Alreffe Royale étoit déjà fort
enfoncée fous l'eau, & auroit indubitable-.
ment péri fans la rapidité des fecours du
matelor.
$
La nouvelle de la fignature du Traité de
Commerce a été reçue avec la plus grande
joie en Angleterre par les Manufacturiers
des trois Royaumes. M. Pitt le leur a fait
annoncer officiellement ; & dès ce moment
l'activité a redoublé dans tous les atre iers ,
afin que la matiere des échanges fe trouve
prête au premier moment de l'exécution de
ce Traité. On affure que le Parlement rentrera
dans les premiers jours de Novembre,
& que M. Pitt préfentera en même temps
4181 1
aux deux Chambres trois Traités de Commerce
; l'un avec la Fiance , l'autre avec la
Ruffie , & le troifieme ave: le Portugal.
Enfin il mettra fur le tapis la convention qui
a été conclue avec l'Efpagne , au fujet d'une
augmentation de territoire & de commerce ,
& pour confolider la paix , il a été réciproquement
fecondé au-dehors ; & cependant
on s'attend à voir le parti de l'Oppofition
élever encore quelques cris contre des artangemens
auffi utiles , tant le bien fe fait avec
des peines infinies.
Suivant les derniers avis reçus de l'Inde
en Angleterre , la Grande Bretagne a actuellement
dans ces contrées une armée de
plus de 80 mille Cypaies , dont tous les
Officiers & les bas Officiers font Anglois ; &
cette armée , divifée en différens corps , couvre
fes poffeffions contre toute entreprife de ..
la part des Nababs & Rajahs du pays , de-..
puisle Bengale jufques à la côte de Malabar.
lav
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres.
Les Etats d'Utrecht ont adreffé la lettre
fuivante à Leurs Hautes Puiffances les Etats-
Généraux.
Dans le temps que nous avons la fatisfaction de
voir que tous les Confédérés fe font déclarés être
* portés à términer , par leur interceffion amicale
& conforme à la Conftitution & aux vrais inté
rêts de cette Province , les différends qui s'y font
1
( 182 )
élevés , nous nous trouvons d'intention d'accep
ter, non feulement cette offre amicale de bons
voifins , avec les plus vifs fentimens de reconnoiffance
, mais auffi d'infifter férieulement auprès
defdits Confédérés , vu que le défordre aug
mente de plus en plus , & que s'il continue ,
il caufera la ruine totale de cette Province ,
de nommer au plutôt poffible des Députés , afin
de parvenir à ce but défirable , & de commencer
les conférences , comme nous l'avons compris
dans la circulaire , dont nous avons l'honneur
de joindre ici la copie ; nous avons jugé
néceffaire d'en donner connoiffance à Vos Hautes
Puiffances : vous priant inflamment d'appuyer
, par votre influence , auprès de tous les
hauts Confédérés , notre invitation préfente , de
la manière que V. H. P. jugeront la plus convenable.
A Amersfoort , le 3 Octobre 1786. ( Gazette
de la Haye. No. 123. )
Lettre circulaire de LL . NN. PP. les Etats du
Pays d'Utrecht aux Etats des autres Provinces.
Ayant la fatisfaction de voir que les Confedérés
ont déclaré , fur notre invitation , être
portés à terminer par leur médiation un arrangement
amical & conforme à la conftitution &
aux vrais intérêts de la Province , par lequel
il foit mis fin aux différends qui fe font élevés
& aux troubles qui vont toujours en augmentant
dans cette Province : nous déclarons que c'eft
avec des fentimens vifs de reconnoiffance que
nous acceptons les bons offices des Confédérés
que V. H. P, nous ont procuré ; & vu que
defordres augmentent , & que la ruine de la Province
femble s'approcher de plus en plus , nous
ई
( 183 )
nous trouvons obligés de folliciter , auffi férieufement
que l'exigent l'importance de l'affaire &
la confervation de la Province , auprès de V.
N. P. pour qu'elles veuillent bien nous prêter le
plutôt poffible cette médiation amicale de bons
voifins , & de nommer pour cet effet des Députés,
afin de commencer au plutôt les Conférences ,
foit à Amersfoort où nous fommes encore obligés
de nous affembler , foit en tel autre endroit que
l'on jugera pouvoir conférer librement & en fu
reté. Nous fommes affurés que V. N P. qui font
pleinement informées par diverfes lettres circulaires
que nous avons écrites , de la malheureuſe
fituation des affaires , voudront bien prendre en
bonne part nos infances réitérées , & être con
vaincues que les affaires de cette Province font
parvenues à cette extrémité ( nous le diſons avec
regret & douleur ) , qu'il n'y a qu'une prompte
intervention de nos Confédérés qui femble pouvoir
prévenir , fous la Bénédiction Divine , la
ruine totale de la Province. Avec quoi , Nobles
& Puiffans Seigneurs &c. & c. Idem .
Aujourd'hui 12 , conformément à la coutume
, s'eft faite l'inftallation de la Régence
d'Utrecht , avec une pompe & une folemnité
qui n'avoit pas encore eu d'exemple . Le Réglement
de 1674 a été entiérement profcrit,
quant à ce qui regarde l'Adminiſtration Municipale
de notre ville ; le Réglement , arrêté
depuis un an , a été finalement introduit , &
l'obfervation ponctuelle en a été jurée publiquement
par la Magiftrature entrée en exercice
, & par la Bourgeoifie en Corps , qui a
nommé , inftallé & proclamé les Magiftrats
qui doivent fervir un an entier , à compter
( 184 )
du 12 Ottobre 1786 , au 12 Octobre 1787.
[ Gazette d'Amfterdam , nº. 83. ]
Le Général van Reyffel , Commandant
du Cordon des Troupes de la Province fur
les frontieres d Utrecht , a reçu une quantité
de munitions de guerre fufflante pour agir
en conféquence de fes ordres , fi le cas le requiert
; mais tour annonce qu'on ne fera pas
obligé d'en venir à cette extrémité [ Idem. ]
Le Confeil d'Etat des Provinces-Unies a écrit
le 29 S prembre dernier une lettre aux Etats- Généraux
dans laquelle il déclare que pluſieurs évé-,
nemens qui ont eu lieu depuis quelques femaines
dans cette République , & fur- rout à l'égard de
la Milice , lui avoient fait remarquer une grande
confufion dans l'adminiftration publique , & plu .
fieurs démarches tendant à renverser la Conftitution
; ce qui lui fait prévoir avec certitude
que l'édifice de l'union d'écroulera infalibles
à moins que l'on n'y porte de prompts 3
remedes.
"
Que dins une lettre du 12 de ce mois , il
avoit déjà repréfenté ces confidérations à Leurs
Hautes Puiffances , confidérations que d'ailleurs
elles ne pouvoient pas ignorer , & fur- tout les
ordres qui fe donnent de toutes parts dans la
République , & qui font également contradic
toires & peu conformes à la Conflitution , tant
parce qu'ils font donnés féparément aux troupes
& en violation du territoire des Provinces
de la République , que pour l'évacuation des
places de frontiere qui , dégarnies de munitions
de guerre , fe trouvent fans défenfe , & exposées
aux fuites funeftes qui fe font déjà manifeftées.
Que pour ne pas augmenter les diffenfions ,
le Confeil d'Etat , quoiqu'obligé de veiller aux
( 185 )
Infractions de la Constitution de l'Etat , n'entrera
pour cette fois dans aucune difcuffion
& fe contentera fimplement , pour fatisfaire à
ce qu'il croit fe devoir à lui-même , de me tre
ces confidérations fous les yeux de L. H. P.
& de tous les confédérés ; afin que fon filence
ne foit pas regardé comme un aven des démar
ches inconftitutionelles , & qu'on n'en puiffe
jamais tirer aucune conféquence préjudiciable à
fa charge.
Que d'ailleurs il conjure les Provinces Unies
par tout ce qu'il y a de plus faint , de faire enforte
que tout foit bientôt rétabli d'une maniere
tranquille & amicale fur les fondemens anciens
& folides de la Conftitution.
Le 29 du mois dernier, on afficha à Hat.
tem une publication des Etats de Gueldre ,
qui cont ent en fubftance , que L. N. P.
ayant appris les excès auxquels s'étoient portés
les fo dats , elles enjoignent à ceux qui
en ont été les victimes , de former far le
champ une lifte bien fpécifiée des effets avariés
& perdus , & de l'adreffer aux Etats.
Le 30 , on fit également la publication
qui prononce une amniftie en faveur de ceux
qui voudron: revenir dans 6 femaines : cette
publication exhorte encore les Bourgeois à la
tranquillité. [ Gazette de la Haye , nº . 123. ]
Les Etats de Frife ont écrit en ces termes
aux Etats de Hollande.
Plus nous confidérons attentivement la fituation
préfente de notre République , plus nous
nous inquiétons fur le fort qui la menace : l'idée
-épouvantable de fa ruine prochaine fe montre
de plus en plus vraisemblable , fi on n'emploie
( 186 )
fans dé'ai les remedes qui pourront la préveź
nir. Nous avons reçu , tant par la communication
de la Correfpondance qui a eu lieu entre
V. N. P. & les Seigneurs Etats de Gueldre , à
Pégard de ce qui s'eft paffé à Hattem & El
bourg , que par les lettres des Seigneurs Etats
d'Utrecht écrites à V. N. P. fur des matières
non moins importantes , de nouvelles raifons de
nous allarmer & de craindre le deftin le plus
affreux pour la chere patrie.
En effet , N. & P. S. nous tremblons , lorfque
nous confidérons à quel point font montés de là
les divifions qui ont eu lieu entre V. N. P. &
les Provinces fusdites : & nous croirions manquer
à notre devoir comme confédérés , & nous
rendre refponfables , tant à l'égard des citoyens
actuels du Pays , que de la postérité , fi nous
gardions plus long- tems le lence , & fi nous ne
communiquions les vrais fentimens de notre
coeur , à l'égard des circonftances actuelles , à
V. N. P. & à nos autres confédérés.
Nous prions donc V. N. P. de vouloir bien
peler avec nous fi l'éloignement qui exifte à
préfent , & qui doit augmenter de plus en plus ,
ne pourroit avoir dans peu ces fuites dangereufes
, que des Puiffances étrangeres ( croyant que
leurs affaires y font intéreflées ) le mêleront de
ces différens , & qu'apparemment prenant parti
entre Province & Province , en viendront a ouvrir
le théâtre de la guerre dans le fein de norre
Patrie ; guerre dont l'iffue fera la deftru& ion
des fondemens fur lefquels repofant toute notre
prospérité , rompra fans remede les liens de la
Confédération & caufera la ruine totale de cette
République jadis fi floriffante.
C'eft , N, & P. S. , c'eft en confidérant cet avemir
fatal , ces circonstances dangereuses , que
( 187 )
Nous nous trouvons vivement preffés de nous
adreffer à V. N. P, & aux autres confédérés ,
de leur expofer la fituation dangereufe des affaires
, de présenter à V. N. P. , ainfi qu'aux Etats
de Gueldre & d'Utrecht , notre médiation &
nos bons offices formels , avec cette participa
tion fincere , ces vues défintéreffées , ce vrai
amour pour la patrie , qui pourront toujours
faire connoître un vrai. Confédéré de cette Ré
publique , avec l'affurance la plus folemnelle
que rien ne feroit aufli defirable pour nous que
de pofer les fondemens d'une réconciliation qui
bannira toutes les divifions , écartera toute fatale
influence étrangere , détruira tout foupçon , &
feroit revivre l'harmonie entre les Confédérés.
Nous nous confions trop dans la cordialité &
Pamour de la Patrie de V. N. P. , pour douter
un moment qu'elles n'acceptent des offres qui
n'ont d'autre but quelconque que la conferva
tion du pays. Avec quoi , &c.
· GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1 ),
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre entre le fieur J... , Notaire Royal , &
la demoifelle J... , fille majeure.
Oppofition d un mariage.
Il n'eft gueres poffible d'empêcher une ma-
(1) On fouferit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix eſt de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue de la Harpe , Nº. 20.
( 188 )
jeure de contracter un mariage , même mal af
forti ; la famille me peut que le re arder , &*
lorfque la Juftice reconnoît que des motifs rai
fonnables font agir des parens de celle qui veut
fe métallier , elle s'empreffè de concourir avec
eux à prolonger les délais , pour donnet le tems
à la perfonne veuglée se faire des réflexions
falutaires. Voici le fait. La demoiſelle J..
fille majeure , née d'une famille honnête dang
la Bourgeoisie , dont les Parens , "Avocats , Notaires
, jouiflent de leftime & de la confidération
publique , avoit formé le projet de fe marier
avec le nommé B. , ci -devant Maître - d'é - ¨˜
cole de la ville de P. , main enant fans état j
fils d'un Ouvrier Maçon , renvoyé , die on, d'un
Seminaire , frere enfin d'un homme condamné
au bannillement par contumace. - Le pore dé
ła demoiselle J. n'ayant pas voulu entendre par
ler de ce mariage , elle fit des fommarions ref
pectueules ; & craignant les vivacités d'on pere
irrité , elle fortit de la maifon paternel e , fans
qu'on ait pu favoir où elle s'étoit refugiée .
Le pere a formé oppofition au mariage , & toute
la famille s'eft réunie à lui pour empêcher une
union auffi peu convenable. Une Sentence des
premiers Juges prononça néanmoins la main.
levée des oppofitions. Appel de ce Jugement :
Arrêt du 2 Septembre 1786 , qui , ayant faire
droit , a ordonné qu'il feroit furfis de trois moís
à ftatuer fur l'appel , pendant lequel tems , la
demoiſelle J. feroit tenue de fe retirer dans le
Couvent qui feroit ordonné par l'ordinaire , on
le père, fuivant les offres , lui pieroit fa penhon
& fon entretien , dépens réservés.
CHATELET DE PARIS, PARC CIVIL
Caufe entre le fieur Le ... Doyen du College &
( 389 )
Et le fieur Le... Académie Royale de ..
Banquier.
: Alimens demandés par un pere à fonfils.
pere
2
Qu'il foit du devoir d'un fils de venir au fe
Cours de fon dans l'indigeace , c'eâ un ſen-
Liment que perfonne n'ofera contefter ; mais ce
devoir n'eſt pas toujours généreux ; fouvent
même il calcule trop exactement ; & alors , au
lieu d'acquitter la dette précieuſe de la nature
il produit une injure grave , qu'il eft difficile de
pardonner. Il eft trifte que dans un fiecle
de Bienfaifance , où les Citoyens de tous les
ordres concourent au foulagement des malheuoù
une Société formée donne habituellement
des fecours aux Octogénaires indigens , las
Tribunaux retentiffent encore des plaintes d'un
pere plus qu'octagénaire , qui eft obligé de demander
à fon fils opulent une augmentation de
penfion que fon grand âge & les infirmités lui
rendent néceſſaire . Tel étoit l'objet de cette
Caufe. En voici les circonstances.
reux ,
Le
heur Le ... s'étoit marié trois fois ; il avoit en
plufieurs enfans de fes différens mariages. Il
avoit épousé en troifiemes noces la Dile. Drancy ,
qui ne lui avoit apporté que 4000 liv, en dot.
Son âge commençoit à s'avancer ; les occupations
diminuoient cette dor & 1300 liv. empruntées
de la mere de fa troifieme femme
furent bientôt confommées à l'entretien du ménage
& de trois enfans nés du dernier mariage.
Ainfi le feur Le ... vayoit la fortune fe déranger
, tandis que celle de deux enfans du premier
lit s'arrondifloit de jour en jour. L'un de fes
enfans , ci- devant Notaire , avoit fait un mariage
très -riche , & avoit vendu fa charge 230000
( 190 )
liv. Depuis , il a fait la Banque , & jouit , dit on
maintenant , de 30000 liv. de rente. Dès
la fin de 1782 , le fieur Le ... fut forcé de demander
des fecours à fes enfans . Ses deux fils du
premier lit fe font réunis pour lui faire volontirement
une penfion de 600 liv. payable à raifon
de 50 liv . par mois : elle a été fournie
exactement. Mais cette penfion , devenue infuffifante
, le fieur Le ... a follicité une augmentation
. Un de ſes fils , Capitaine de navire , étoit
abfent . Il s'adreffa à celui qui avoit été Notaire
, qu'il voyoit à la tête d'une brillante fortune.
Ce fils s'y étant refufé , le pre a pris le
parti de le faire affigner , pour le faire condamner
à lui payer une penfion de 2400 liv.
—
Ses moyens étoient fond's fur la nature ; fa
détreffe , fon grand âge , & la fortune de fon
fils , fervoient de baſe pour fixer la penfion demandée.
La defenfe du fils le réduisait àpeu
- près à ceci . Sans doute un fils doit
venir au fecours de fon pere ; mais lorsqu'il a
été volontairement au devant de fes defirs , qu'il
s'eft engagé librement à lui payer une penfion
que le pere lui -même a arbitrée , qu'il l'a payée
exactement , ce pere n'eft pas recevable à venir
fe plaindre en Juftice , & à demander une augmentation.
Au furplus , ce devoir de fubvenir
aux befoins de fon pere eft commun à tous les
enfans ; pourquoi la demande en est-elle formée
contre un feul ? La détreffe de mon pere n'eſt
pas telle qu'il la dépeint ; le bien de fa fenime ,
le produit de fon etat , fa penfion de Doyen du
College dont il eft membre ; tout cela forme
plus de coco liv . de rente . L'opulence dont
mon pere prétend que je jouis , n'eft pas auffi
confidérable qu'il la fuppofe . Ma fortune n'eft
rien moins que réalitée : elle peut difparoî.re
( 191 )
d'un jour à l'autre ; j'ai les charges de ma maifon
, des enfans à établir , le mariage récent
de ma fille m'a néceffairement géné.
on répondoit pour le pere ..
?
- Mais
Le devoir de
le fecourir eft une dette dont tous les enfans
font tenus folidairement fauf le recours de
celui qui la paie contre les autres . Les revenus
du pere font imaginaires , & fes befoins font
réels ; la fortune de fon fils n'en eft que plus
confidérable pour être dans fon porte- feuille.
Il n'a que deux enfans ; ;une fille mariée & dotée
90000 liv. fait préfumer une fortune confiderable
, foit pour marier le fecond enfant foit
pour foutenir l'état d'une maison. La Sentence
dus Juillet 1785 , a condamné le fizur
Le ... fils , ancien Notaire , à payer à fon pere
une penfion alimentaire & viagere de 1800 liv.
payable par quartier & d'avance , fauffon recours
contre fes freres & loeurs pour la portion contri
butoire , & aux dépens.
ㅓ
"
PARC CIVIL. Caufe entre les mêmes Parties.
Penfion alimentaire eft -elle fujette à la rete-
-
nue des impofitions royales ?
La Sentence dus Juillet 1785 , a été fignifie
le 19 du même mois . Le lendemain , commandement
de payer le premier quartier de la
penfion . Le fieur Le ... fils obferva qu'il convenoit
de faire deux déductions la premiere
de so liv. pour pareille fomme qu'il avoit payée
au mois de Mai , fur la penfion volontaire qu'il
faifoit ; la feconde de 72 liv . pour raiſon des
impofitions royales. L'on convint pour le pere
de la justice de la premiere déduction : mais on
foutint qu'une penfion alimentaire n'étoit point
fujette à retenue . Les Parties infifierent . Référé
( 192 )
du fils avec la déduction ; & pour la décifion du
fond , renvoya les Parties à l'Audience. La Caufe
plaidée de nouveau , le fils rappella l'Edit d'impofition
du dixieme & du vingtieme denier , qui
dit formellement , Art . 8 , feront fujettes à la dédust
on des impofitions royales toutes les rentes perpé
ruelles ou viageres , douaires , ufufruits , eu penfions
créespar contrat , jugement , obligation ou autrement.
Il tira de cette Loi la conclufion de la juſtice de
fa demande. Le pere fou:int que l'intention
du Législateur n'avoit pu être d'aflujettir des
penfions alimentaires à ces impofitions ; parce
que les alimens , ftrictement pris & néceffaires
pour vivre , ne peuvent éprouver ces déductions ,
que les befoins de l'Etat rendent néceffaires , &
qui peuvent , felon l'exigence des cas , augmenter
ou diminuer. Il argumenta d'ailleurs de l'Art.
9 de l'Edit du virgrieme , qui autor fe les Propriétaires
des fonds à retenir les impofitions
rosales fur les rentes perpétuelles ou viageres ,
dont les fonds peuvent être chargés , en juftifrant
qu'ils ont payé fur leurs biens les impoftions.
Or , ajouta til , le fils a dit dans fa défenfe
n'avoir aucuns biens fonds : donc ne payant
point dimpofitions royales fur fes biens , il eft .
non recevable à vouloir les défalquer fur une
penfion alimentaire qu'il fair à fon pere:
La Sentence du Août 1785
4
a débouté le
fils de fa demande , à fin de déduction de la retenue
des impofitions royales , & le condamne
aux dépends.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères