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1786, 08, n. 31-34 (5, 12, 19, 26 août)
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts ; les Avis particuliers , &c . &c.
SAMEDI 5 AOUT 1786.
BOTE
THE
CHÂTE
PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , Nº. 17.
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
PIÈCES
Du mois de Juillet 1786.
IECES FUGITIVES. gleterre ,
Le Célibat & le Mariage ,
Epitre à Mime la Marquife
de B *** ,
104
Pogonologie , ou Hiftoire Philofophique
de la Barbe , 122 .
Vie de S. Grégoire 49 ,
Difcours prononcé dans l'Académie
Françoife ,
Au Roi , fur fon retour de
Cherbourg . 97
131
165
Impromptu à Mme la Marqui. Oraifon Funebre de Mgr. le
fe d'Ei...
Air de M. Soigne ,
Ode au Roi,
L'Annean perdu ,
Turc ,
La Fable&fes Amans ,
98 Duc d'Orléans ."
ibid. Les Baifers de Zizi ,
145
200
21F
La Vie de Mme de Mainte-
Conte tenon , 226
148 Effai fur l'Hiftoire Medico-
193 Topographique de Paris ,
Charades , Enigmes & Logogryphes
, 9 , 53 , 102 , 163 ,
197
II
NOUVELLES LITTÉR ,
Voyages de M. le Marquis
de Chatellus ,
L'Exemple & les Paffions , 28
Epitre à l'Amitié , 56
Eloge de M. Séguier , de Nif
mes,
73
Hiftoire des progrès de la
Puiffance Navale de l'An-
Variétés ,
,230
30
SPECTACLES.
Académie Roy. de Mufiq. 135
174
Comédie Françoife , 83 , 179 »
233
Comédie Italienne , 37 , 87 ,˜
234
Annonces & Notices , 41 , 99
139. 1892 230
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
qua dela Harpe , près S. Côme,
MUC1
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 5 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE TRIOMPHE DE L'INTÉRÊT ,
Allégorie
L'AMOUR , non cet être fantaſque ,
Né du caprice du moment ,
Délire de nos fens , qui trompe fous le mafque
De l'honneur & da fentiment ;
Mais l'amour pur , franc , loyal & fincère ,
Adoré de nos bons aïeux ,
Précédé du Refpect , un jour quitta les cieux ,
Suivi de l'Eftime fa mère ;
Tous trois chez l'aimable Glicère
Venant pour fixer leur féjour ,
Trouvèrent la Prudence auprès de la Bergère :
L'Eftime , le Refpect , la Prudence & l'Amour
Aij
MERCURE
Doivent être d'intelligence ;
Ainfi fut- il jufqu'au moment
Où de ce quatuor charmant
Glicère bannit la Prudence;
Car auffitôt la frivole Inconftance
La vifita d'abord timidement ;
Puis ayant vu qu'à fa vifite
On fourioit complaiſamment ,
Bientôt chez elle ouvertement
Elle parut , & mit en fuite
L'Eftime & le Refpect ; mais l'Amour outragé ,
Trop foible pour brifer une chaîne fi belle ,
De la bouche de l'infidelle
Voulut entendre fon congé.
Point ne parla Glicère. Un foir que
Tête-à-tête dans fon boudoir ,
d'aventure ,
Le Dieu , fans aigreur , fans injure ,
Lui parloit de fon déſeſpoir ,
La belle à fes raifons parut enfin le rendre ,
Promit de ne plus recevoir
L'odieuſe Inconftance : un regard doux & tendre
Mettoit l'Amour à fes genoux ,
Quand un bruit qui fe fait entendre ,
( Tout eft fufpect en rendez - vous )
Vient le tirer de fon délire,
Il prête l'oreille avec ſoin ,
Et vole où le foupçon l'attire ,
Derrière un rideau, . , dans un coin...
DE FRANCE.
S
( Le croirez-vous , Beauté fenfible & généreuſe ? )
Il trouve l'Intérêt , cette idole honteuse ,
Qu'adore , en fe cachant , l'homme avide & trompeur.
Plus n'en fallut ; avec horreur
Fixant l'indigne objet d'une aveugle tendreffe ,
Il fait en rappelant les Ris ,
Er du boudoir de la traîtreſſe
Il ouvre la perte au Mépris .
( Par M. le Chevalier de Limoges , Lieutenant
des Maréchaux de France. }
A la Rofe qui doit parer VICTOIRE.....
dans un Couvent, lejour de Ste Anne.
OFILLI FILLE de Vénus ! emblême des Amours ,
Si tu veux couronner le plus beau de mes jours ,
Laiffe attacher à ta fuperbe tige
Cette modefte olive , emblême de la paix.
Elle pourra , par un heureux preftige ,
D'un verd pâle & touchant rehauffer tes attraits.
Que ne puis-je te fuivre en l'enceinte facrée
Où gémit Héloïfe à ſa douleur livrée ? ...
Va , ne crains point l'appareil des douleurs :
Bien que tu fois la plus belle des fleurs ,
Les pleurs de la beauté t'embelliront encore...
Hélas ! que ferois- tu fans les pleurs de l'Aurore ?
(Par M. le Comte de Barruel-Beauvert ;
Capitaine de Dragons . )
A- ii)
MERCURE
ACROSTICHE S.
I.
E courage animant ce Soldat magnanime ,
n l'a vu délivrer feul au milieu d'un bois ,
Cne jeune Beauté des attentats du crime.
I eft donc des mortels en ces jours qu'on déprime ,
ur qui de la vertu les charmes ont des droits !
énéreux défenfeur de la foible innocence ,
I donne un nouveau luftre à fa rare vaillance :
a Beauté lui devoit & la vie & l'honneur .
a Beauté vouloit bien être fa récompenfe;
t lui , n'abufant pas de fa reconnoiffance ,
rouve à la refuſer un prix noble & flatteur.
I I.
ES Chevaliers François , pleins d'une noble ardeur,
nt toujours défendu leur pays & les Belles.
Cn Guerrier triomphant trouve peu de cruellès .
left vrai qu'abufant du titre de vainqueur
ouvent il avilit fes lauriers auprès d'elles ....
énéreux & modefte & difcret tour à-tour ,
ntrépide Soldat , rien ne manque à ta gloire :
a valeur de ton bras méritoit un retour ;
t-fans ufer des droits que t'offroit la Victoire ,
Hufus braver la mort & refpecter l'amour.
(Par un Vétéran de la Garnifon de Nifmes. )
DE FRANCE. 7
Ι Ι Ι.
Le Maréchal- de - Logis ramenant la fille
qu'il a délivrée , à fon père ; Acroftiche
à la dragonne.
A voilà , votre fille. Eh , mon Dieu! d'où vientelle
? -
Or, écoutez , papa : je paffois mon chemin ;
Cn cri vient juſqu'à moi , j'avance fabre en main :
l étoit temps , mornom ! il falloit tout mon zèle :
sans moi deux facrépans outrageoient cette Belle.
ueux à pendre... je jure ( & c'étoit bien le cas )
Is enragent tous deux , & pour me pêcher l'ame ,
' un vient avec fon fer : pan , fa joue eft à bas ;
' autre fait feu fur moi : crac , ramaffe ton bras ;
t la voilà. Brave homme , ah ! prenez-la pour
femme ! -
―
outdoux ; je me bats bien , mais je n'époufe pas.
( Par M. Traverfier. )
Acroftiche qu'on propofe :
CHERBOURG.
A iv
MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Devin ; celui
de l'Enigme eft Feu d'Artifice ; celui du
Logogryphe eft Encrier , où l'on trouve
encre , écrire qui fe termine par rire ) , &
rien ( par oppofition à quelque chofe . )
CHARADE.
ON fairde mon premier mon tout & mon fecond ,
L'un pour le Pannetier , l'autre pour l'Échanfon ...
JE
ÉNIG ME.
E reffemble au torrent dont la courſe rapide
Se dérobe à foi - même & s'enfuit loin de ſoi ;
Je fuis de l'Univers le tyran & le Roi ,
Et de tous les humains le père & l'homicide.
Les forces de Milon & les forces d'Alcide
Ont tenté vainement de s'oppofer à moi ;
Les fuperbes Céfars ont fléchi fous ma loi,
Et je n'entreprends rien que le ciel ne me guide.
* On fait alluſion à l'éponge & aux plumes.
DE FRANCE.
་ ༡
3
Tout cède à mon pouvoir , par force ou par amour ;
La lune & le foleil font la nuit & le jour ,
Afin d'entretenir ma puiſſance fuprême.
Fils aîné de Nature & miniftre du fort ,
Je conduis dans le monde & la vie & la mort ,
Et comme le Phénix je renais de moi-même.
Par M. Guérin , à Chevanne Gazean ,
en Nivernois. )
NE
LOGO GRYPHE.
E crains pas , cher Lecteur , qu'un trop long
préambule
Sufpende fans raifon ta curiofité;
Difcourir courir en ce cas , me femble ridicule ,
Un feul mot doit fuffire à ton oeil exercé.
Si tu veux me trouver , tu peux bien , fans fcrupule ,
Me chercher dans ton coeur , s'il eſt ſenſible & bon.
Ce n'eft pas tout , il faut t'armer de patience.
Combine mes huit pieds ; cherche encor dans mon
Dom
L'invifible reffort de ta frêle exiftence;
Un arbre de l'Afie avec foin cultivé ;
Ce qui plaît dans Thémire ; une prifon de France ;
Le fentiment qu'infpire un méchant procédé ;
Un titre rare & cher , des vertus l'affemblage ,
Que l'on donne fouvent fans être mérité ;
Le mois qui fut toujours du plus heureux préſage ;
Av
10
MERCURE
Un fage: Anglois ; un mot qui n'eft guère unités
Des nuances du coeur la plus fidelle image ;
Un quadrupède utile autant qu'il eft rétif,
Et qu'en certain pays l'on met au labourage ;
Deux notes de mufique , un pronom poffeffif.
trop ;; car déjà tu me connois , je penſe ?
Non? Eh bien , cherche encore une ville de France;
Une Province auffi très- fertile en procès.
J'en dirois trop , Lecteur , fi je ne m'arrêtois.
Ne devines -tu pas? En ce cas , recommence.
J'en dis
( Par un Officier d'Infanterie. }
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
LETTRES fur l'Égypte , par M. Savary. A
Paris , chez Onfroy , quai des Auguſtins.
Tomes fecond & troifième , in - 8°.
Nous avons rendu compte du premier
volume de cet Ouvrage ( voir le N°. s de
cette année ). Ce premier volume contenoit
la defcription de la Baffe -Égypte ou du Delta;
le fecond contient celle de la Haute-Egypte
ou du Saïd ; le troiſième , des Obfervations:
fur le climat , fur le Gouvernement , fur les
Habitans , fur le Commerce , fur la Religion
de l'Égypte tous ces objets , décrits & difcutés
par un homme d'un bon efprit , d'une
DE FRANCE. II
imagination brillante , mais fage , qui a vé u
long-temps dans le pays , qui a vu par luimême
, qui a comparé ce qu'il a vu avec ce
que les anciens ont rapporté , ne peuvent
qu'intéreffer beaucoup les Savans , & la manière
de l'Auteur a des agrémens particuliers
faits pour plaire aux gens du monde : autli
fon premier volume a-t'il beaucoup fait defirer
ceux-ci ; il a eu quantité de Lecteurs de
tous les ordres ; les ignorans s'y font inftruits ,
les Savans y ont vu leurs idées , ou confirmées
ou combattues ou modifiées , & prefque
toujours les récits des anciens expliqués
& juftifiés. Si on trouve dans les deux nouveaux
volumes moins de ces deſcriptions vives
, animées , fenties , qui donnoient tant
de charme au premier , c'eft que la matière le
comportoit moins ; c'eft que le Saïd n'eft pas
le Delta; c'eft que des objets plus graves , plus
férieux , plus relatifs à l'antiquité , exigeant
plus de difcuffion , fourniffoient plus à l'érudition
qu'à l'éloquence ou à la poéfie ; mais
on retrouve par - tout le même efprit , la
même horreur de la tyrannie , le même mépris
pour le defpotifme , le même zèle contre
Fignorance fyftématique & l'indifférence deftructive
des Turcs ; on peut dire que ces
regrets fur ce que l'Égypte a été, fur ce qu'elle
eft , fur ce qu'elle pourroit être , fur ce qu'elle
feroit fous des maîtres induftrieux , laborieux ,
amis du bien , font le refrain prefque continuel
de tous les Chapitres ; & ce n'eft point
une critique que nous faifons ici , nous fom
A vi
12 MERCURE
mes bien loin de reprocher à l'Auteur ces répétitions
; car toutes les fois qu'elles reviennent
fous fa plume , il eft prévenu par le Lecteur
qui partage fa jufte indignation contre l'igno
rance , contre l'infouciance , contre le defpotifme.
Le premier lieu remarquable qu'on trouve
en remontant du Caire dans le Saïd , eft Alar
Ennabi , ce qui fignifie les veftiges du Prophète
; on y montre dans la grande Moſquée
une pierre , objet d'un pélerinage fameux ,
& où font , dit-on , empreintes les marques
d'un des pieds de Mahomet. L'Auteur ne l'a
pas vue , mais il parle d'après une Dame Françoife
qui l'a vue. «Je priai , dit- elle , le Cheik
» de me montrer la relique. Deux Turques
» de confidération , entrées au même inftant,
و د
ود
témoignèrent le même defir . Il la décou-
" vrit. Après y avoir brûlé des effences précieufes
en récitant quelques paffages du
Coran , il nous dit : Voyez cette empreinte
» facrée ; admirez les veftiges du plus grand
des Prophètes . Ah ! c'eft bien-là le pied de
» Mahomet ! Les deux femmes répétoient
» avec enthoufiafme : oui , c'eft bien là le
pied de Mahomet, le plus grand des Prophètes.
Pour moi , ajoutoit la Dame Françoife
, je vous affure que malgré l'atten-
» tion la plus fcrupuleufe , je ne vis qu'une
pierre liffe , imbibée de parfums , où je ne
" pus découvrir ni traces de pied ni rien de
femblable. "
ود
"J
ود
و د
C'eft dans la Province d'Arfinoë qu'on
*
DE FRANCE. 13
trouve les reftes du lac Moris & les débris du
labyrinthe. La manière dont l'Auteur évalue
d'après Hérodote , Strabon , Diodore de Sicile
, & c. l'étendue de la circonférence du
lac Maris , n'a rien de ce merveilleux , de cer
impoffible dont on s'eft tant moqué , parce
qu'on l'a tant exagéré ; cette étendue n'eft en
tout que de foixante & quinze lieues , & il
n'y a plus rien-là d'incroyable. Aujourd'hui le
lac Moris n'a plus que cinquante lieues de
circuit, & il a perdu prefque tous les avan
tages.
›
Quant aux éclufes des canaux , lefquelles
s'ouvroient à volonté , ſoit pour introduire,
foit pour faire écouler les eaux , on a reproché
à M. Rollin d'avoir dit , d'après Diodore de
Sicile, qu'il en coûtoit cinquante talens , c'eſtà-
dire , cent cinquante mille livres pour les
ouvrir. Il eft vrai que Diodore de Sicile l'a
dit. Mais on ne conçoit pas , dit M. Savary
ce qui a pu lui faire adopter cette fable. Hé
rodote & Strabon , qui ont été fur les lieux ,
qui ont examiné ces éclufes avec attention ,
n'ont rien dit de femblable; Pline & Pomponius
Méla , qui rapportent ce qu'ont écrit
les anciens au fujet du lac Moris , & qui ,
comme Pobferve toujours M. Savary , n'auroient
pas oublié un fait fi extraordinaire ,
n'en font aucane mention. Tant d'invraifemblance
, joint au filence des Hiftoriens , autres
que Diodore de Sicile , prouve , felon l'Auteur
, que celui- ci s'eft trompé.
Le labyrinthe ne fubfifte plus que dans les
14 MERCURE
ruines de deux endroits fitués un peu audeffus
du lac Moris , & qui s'appellent Balad
Caroun & Cafr Caroun.
›
A propos de ce nom de Caroun , dont les
Grecs ont fait Caron , Batelier des enfers ,
l'Auteur obferve que les Arabes appellent les
ruines dont nous venons de parler, le Palais
de Caron ; il obſerve encore que les Hiftoriens
Arabes nous peignent Caron comme un
homme très-puiffant qui pouvoit charger plufieurs
chameaux , des feules clefs qui ouvroient
les nombreux & vaftes appartemens
où il renfermoit fes tréfors. A travers ces
fables & ces obfcurités il entrevoit une vérité.
Peut-être , dit-il , qu'en Égypte le nom de
Caron étoit une dignité dont on décoroit le
Batelier qui paffoit les corps des Pharaons à
travers le lac Maris , pour les dépofer dans
les caveaux du labyrinthe dont il étoit le
gardien. C'eſt ainfi que , felon l'Auteur , la
plupart des ufages antiques ont leur fource en
Egypte , & nous ajouterons qu'il en démêle
par- tout les traces avec beaucoup de fagacité.
En parlant d'un lieu nommé Benifouef ,
fitué fur le bord du Nil , & affez près d'Arfinoë
, l'Auteur donne par un feul trait une
idée bien révoltante de la tyrannie des Beys
& des autres Gouverneurs de l'Égypte pour
les Turcs. " C'eſt un trait , dit-il , dont M. le
» Comte d'Antragues , qui vient de quitter
» ce pays , a été témoin. Son bateau s'étoit
arrêté près d'un village du Delta. Un des
exacteurs entra dans la cabane d'une pauvre
DE FRANCE.
IS
"3
33
"
» femme qui avoit plufieurs enfans : il la
preffoit de payer la taxe impofée par le
Bey. Elle lui repréſenta fa misère , & lui
» dit qu'elle ne poffédoit qu'une natte &
quelques vafes de terre. Il chercha par-
» tout, & ayant trouvé un fac de riz , il fe
difpofoit à l'emporter. Elle le conjura de
» le laiffer , l'affurant que c'étoit toute fa
» fubfiftance. Voulez-vous donc faire mourir
» de faim , moi , cet enfant que j'allaite &
toute ma famille ? Le barbare , fans être
» ému de ces tendres paroles & des larmes
qu'il faifoit répandre , prit le fac de riz.
» Alors la malheureufe mère , livrée au défefpoir
, arracha le fils qu'elle preffoit
» contre fon fein , & le lançant avec force ,
l'écrâfe contre terre : Tiens , monſtre , tu
répondras de fon fang. Après cette affreuſe
» action fes larmes fe féchèrent tout-à- coup ,
» & elle demeura immobile comme une
ftatue. Le Soldat féroce s'en alla avec fa
» proie fans paroître attendri. Tel eft le fort
» du Peuple d'Égypte. »
"
ود
·
Quel tableau , & combien il fait plaindre
ce malheureux peuple ! on croit voir dans la
Henriade
Cette femme égarée & de fang dégouttante.
Oui , c'est mon propre fils , oui, monftresinhumains,
» C'est vous qui dans fon fangavez trempémes mains.
so Que la mère & le fils vous fervent de pâture.
Craiguez-vous plus que moi d'outrager la Nature ?
16 MERCURE
»Quelle horrenr , à mes yeux , femble vous glacer
» tous?
Tigres , de tels feftins font préparés pour vous. »
Ce difcours infenfé , que fa rage prononce ,
Eft fuivi d'un poignard qu'en fon coeur elle enfonce.
Ce coup de poignard , cette mort de la
mère dans la Henriade , foulagent, pour ainſi
dire, le Lecteur, en délivrant cette infortunée,
& laiffent une impreffion bien moins douloureuſe
que ces larmes féchées tout - à- coup
& cette immobilité horrible de la mère Égyptienne
après fon action . Il n'y a rien de plus
tragique que ces deux traits. Peut - être le
font-ils trop.
On retrouve tout le talent de peindre de
l'Auteur dans la defcription du Mont Colzoum
, où font les grottes de S. Paul, Hermite,
& de S. Antoine , d'où on a fous fes pieds la
mer rouge , & d'où on découvre, par-delà ,
dans le lointain , les monts Oreb & Sinaï.
25 1
L'afpect de ces lieux porte aux graves
» méditations. On contemple autour de foi
» les pays où font nées les grandes Religions
» qui ont tour -à- tour régné fur la terre.
» Celle des Egyptiens ne fubfifte plus. La
Juive n'eft point éteinte malgré les opprobres
d'un peuple réprouvé. La Chré-
» tienne & la Mahométáne fleuriffent d'un
» bout à l'autre de l'Univers. Combien les
" pays , les montagnes , la mer que je con-
» temple de cette élévation , ont été féconds
"
DE FRANCE. 17
» en merveilles ! L'Hiftoire des Nations en
» eft remplie , & les peuples barbares de ces
» contrées en confervent encore la mémoire.
و ر
Les rivages de la mer rouge font cou-
» verts de coquillages fans nombre...... Les
plantes marines tapiffent les rochers , les
» coraux rempliffent les eaux , les uns blancs ,
» les autres rouges comme l'écarlate ; joignez
» à ces objets curieux les marbres divers des
" montagnes , les mines précieuſes qu'elles
» renferment , les plantes qui croiffent le
» long des torrens , les cailloux rares dont
» les fables font parfemés , &c. »
"
33
La defcription des ruines de la fameufe
Thèbes aux cent portes , eft un des morceaux
les plus confidérables de l'Ouvrage ; il y occupe
deux lettres entières , dont il ne faut
rien retrancher ni refferrer , & que par cette
raifon il faut lire dans l'Ouvrage même . L'Auteur
croit que la dénomination de Thèbes aux
cent portes lui vient plutôt des portes de fes
temples que de celles de fon enceinte ; c'eſt
auffi l'opinion de Diodore de Sicile ; & l'Auteur
remarque qu'il paroît que cette Cité fameufe
n'a jamais été fermée de murailles ,
qu'aucun Hiftorien n'en fait mention , &
qu'on n'en trouve point de traces.
L'Hiftoire célèbre d'Ali Bey eft encore ici un
morceau très- important , auquel nous fommes
obligés de renvoyer le Lecteur.
Que la Nature ait fait de l'Égypte un pays
riche , fertile & digne de toute la curiofité
des Voyageurs , la chofe eft évidente ; mais ce
18 MERCURE.
pays eft- il également fain ? c'eft ce que tout
le monde ne penfe pas , & ce qui eft fortement
nié par quelques Auteurs. M. Savary fe
déclare l'Apologifte de l'Égypte , même à cet
égard ; il attefte l'expérience & des renfeignemens
pris fur les lieux. Il convient que fi
la chaleur étoit le principe des maladies , le
Saïd feroit inhabitable ; que les chaleurs de ce
pays furpaffent celles de plufieurs contrées
fituées directement fous l'équateur ; que le
thermomètre de Réaumur y monte quelquefois
à trente- huit degrés au- deffus de la glace ,
& fouvent à trente-fix . La maladie que cette
chaleur paroît le plus fenfiblement occafionner
, eft une fièvre ardente , à laquelle les
Égyptiens font affez fujets , & dont ils fe guériffent
en faifant diète , en buvant beaucoup
d'eau, & en fe baignant dans le Nil. Ils font
d'ailleurs fains & robuftes. On voit parmi eux
un grand nombre de vieillards , & plufieurs
font en état de monter à cheval à quatrevingts
ans. Le régime qu'ils obfervent pendant
la faifon brûlante , contribue beaucoup à la
confervation de leur fanté. Ils ne fe nourriffent
prefque que de végétaux , de légumes &
de lait. Ils ufent fréquemment du bain , mangent
peu, boivent rarement des liqueurs fermentées
, & mêlent beaucoup de jus de citron
dans leurs alimens.
L'Auteur croit auffi que les émanations balfamiques
de la fleur d'orange , des roſes , du
jafmin d'Arabie & des plantes odorantes contribuent
à la falubrité de l'air ; il croit d'ail
DE FRANCE. 19
leurs que les eaux du Nil , plus légères , plus
douces , plus agréables au goût, qu'aucune autre
eau , influent beaucoup fur la fanté. Toute
l'antiquité exalte l'excellence de ces eaux.
Ptolémée Philadelphe ayant marié fa fille
Bérénice à Antiochus , Roi de Syrie , lui en-
-voyoit de l'eau du Nil , la feule qu'elle pût
boire ; les Rois de Perfe fe faifoient apporter
de cette eau; les Égyptiens la confervoient
dans des vafes fcellés ; & lorfqu'elle y avoit
vieilli , ils la buvoient avec le même plaifir
qu'on boit un vin vieux.
La phthifie & les fluxions de poitrine font
inconnues en Égypte ; je fuis perfuadé , dit
l'Auteur , que ceux qui font attaqués de ces
cruelles maladies , recouvreroient la fanté
dans un pays où l'air gras , chaud , humide ,
rempli du parfum des plantes & de l'huile de
la terre , femble très-favorable au poumon.
Les maladies des yeux font les plus communes
dans ce pays , ce que l'Auteur n'attribue
pas feulement à la réverbération d'un
ſoleil ardent , mais à l'uſage où font les Égyptiens
, de dormir en plein air pendant l'été.
La petite- vérole & les hernies font auffi
très-communes en Égypte , fans cependant y
caufer de grands ravages.
L'Auteur examine cette opinion , qui eſt
celle de beaucoup d'Écrivains, que la pefte eft
originaire d'Égypte; il la combat ; & par des
faits & des raifonnemens , il prouve que ce
Hléau eſt étranger à l'Égypte , qu'il y eft toujours
apporté par les Turcs , dans le vafte em20
MERCURE
pire defquels il n'y a pas un feul port où l'on
falfe quarantaine ; par les Turcs , à qui le
fyftême de la fatalité interdit les précautions
par lefquelles ils voyent tous les jours les
François échapper au fléau fous lequel les
Turcs aveugles s'obftinent à fuccomber.
Dans la Lettre où l'Auteur diftingue & caractériſe
les différens peuples qui habitent
l'Égypte , on lira fur- tout avec grand plaiſir
ce qui concerne les Arabes Bédouins : nous y
renvoyons le Lecteur .
L'Auteur traite favamment de la Religion
des Egyptiens ; il croit que des Écrivains , ou
prévenus ou fuperficiels , ont fouvent calomnié
le culte des Nations , & il range vraifemblablement
parmi ces Écrivains Juvénal , lorſqu'il
dit :
Quis nefcit , Volusi Bithinice , qualia demens
Ægyptus portenta colat ? Crocodilon adorat
t
Pars hac; illa pavet faturam ferpentibus Ibin...
Oppida tota canem venerantur.
Porrum & cepe nefas violare &frangere morfu.
Ofanitas gentes , quibus hac nafcuntur in hortis
Numina!
Il demande au contraire comment on veut
que les Egyptiens ayent pu encenfer comme
des Dieux l'oignon & le crocodile ; que le
peuple qui fut nommé fage par excellence ,
qui cultiva les Sciences avec tant de fuccès ,
chez qui Solon alla puifer les loix qu'il donna
aux Athéniens, où Platon apprit à reconnoîDE
FRANCE 21
tre l'immortalité de l'âme , ait été capable
d'inventer ou d'adopter une théologie fi barbare.
Il développe d'après le favant Jablonski ,
leurs opinions religieufes d'une manière qui
leur fait plus d'honneur.
Il finit par donner des idées pour un nouveau
Voyage de l'Égypte , où on vifiteroit &
vérifieroit divers points importans d'érudition
, de géographie , de commerce, qu'il n'a
pu vérifier lui - même , parce que ,
Non omnia poffumus omnes,
MÉMOIRE Couronné le 25 Août 1784 , par
l'Académie Royale des Sciences , Belles-
Lettres & Arts de Bordeaux , fur cette
Queſtion : Quel feroit le meilleur procédé
pour conferver le Mais ou Blé de Turquie?
Et quelsferoient les différens moyens d'en
tirer parti dans les années abondantes
indépendamment des ufages connus & ordinaires
dans cette Province ? Par M. Parmentier
, Cenfeur Royal, &c. A Bordeaux ,
& le trouve à Paris , chez Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins , in-4° . de
164 pages , 1785.
→
Il ne faut pas confondre cette utile differtation
avec la foule d'Ouvrages vainement
fcientifiques ou de compilations fur l'Agriculture
, qui ont opéré le très- grand mal de
dégoûter les véritables Agriculteurs de rien
chercher , de rien apprendre dans les Livres.
22 MERCURE
Au contraire , on doit s'attendre à retrouver
ici l'efprit patient d'obfervation , le jugement
droit & les lumières qui ont diftingué les dif
férens Écrits de M. Parimentier. Ses recherches
& fes effais ont jufqu'ici moins eu pour
objet d'endoctriner des payfans , dont les
préjugés même font prefque toujours le fruit
de l'expérience , que d'étendre les ufages des
denrées les plus ordinaires , que d'en multiplier
& d'en améliorer les préparations , que .
de préfenter enfin , de nouvelles fubfiftances
falubres au confommateur , par une pratique
plus parfaite , par des procédés plus écono
miques. Perfonne ne s'eft occupé de ces objets
d'une manière plus laborieufe & plus
conftante que M. Parmentier; il a donné de
nouvelles preuves de fon zèle , l'année dernière
, dans la difette de fourrages qui a affligé
les campagnes. Son Mémoire fur le Maïs eft
intéreflant pour une claffe très-nombreufe de
Lecteurs.
Dans l'article III , l'Auteur à recueilli les
notions les plus exactes fur l'origine de ce
végétal, auquel tant de peuples doivent une
nourriture auffi agréable que facile à multiplier.
Le Mais eft une production du nouveau
monde. Les Portugais le tranſplantèrent
en Afrique , d'où on l'a cru originaire trèslégèrement
; & il y a grande apparence que
les Africains doivent la connoiffance de cette
plante à l'infâme trafic d'efclaves que les Européens
allèrent acheter en Afrique pour la
culture des Antilles. Le Manioc , au conDE
FRANCE. 23
traire , formoit de temps immémorial la nourriture
des Nègres , & il n'eft pas également
certain qu'il fût connu dans l'Archipel Américain
, avant l'arrivée des eſclaves qui ont
fervi à le fertilifer.
"
"
ל כ
"
Après avoir décrit la nature du Maïs , fes
efpèces & fes variétés , M. Parmentier en
défigne les maladies , dont la plus commune
eft celle appelée le charbon. « Les caractères
auxquels on le reconnoît , font une augmen-
» tation confidérable de volume dans l'épi ,
» dont les feuilles recouvrent un affeinblage
» de tumeurs fongueufes d'un blanc rou-
» geâtre à l'extérieur , qui rendent d'abord
une tumeur aqueufe , & fe convertiffent ,
en fe defféchant , en une pouffière noirâ-
» tre , femblable à celle que renferme le lyco
» perdon , ou vefce de loup. Les tumeurs
» charnues qui varient de grandeur & del
» forme , font quelquefois de la groffeur.
» d'un oeufde poule , mais rarement au- delà.
» On les apperçoit , tantôt à la tige & aúx
feuilles , tantôt à l'épi , & même aux étamines
des fleurs, »
33
"
ود
»
Que cette maladie ait pour caufe la piqûure
des infectes , ou des brouillards malfaifans ,"
ou , comme l'a foupçonné M. Tillet , une furabondance
de sève qui fe porte avec affluence
vers certaines parties & qui les engorge , la
pouffière de charbon de Mais ne paroît nullement
nuifible à l'économie animale , comme
M. Imhof s'en eft affuré par des expériences
réitérées. Le remède du charbon confifte à en24
MERCURE
"
lever àpropos ces tumeurs fans offenfer la tige.
M. Parmentier paffe enfuite à la culture du
-Maïs , aux préparations qu'il exige , aux pratiques
ufitées dans différentes Provinces , aux
femailles , aux labours , à la récolte. " Le pro-
» duit ordinaire du Maïs en Europe , dit-il ,
» eft de deux épis dans les bons terreins , &
» d'un feul dans ceux qui font médiocres ,
» ou quand chaque pied n'eft pas efpacé ou
» travaillé fuffifamment...... M. le Comte
» Ch. Fred. Wied de Nenwied , qui prend
» en général un intérêt particulier à tout ce
» qui peut foulager la claffe la plus malheureufe
, m'a écrit que le Mais étoit infiniment
plus productif que le froment & le
feigle , qu'ilen avoit retiré d'un arpent huit.
» mattes , mefure pefant environ 300 liv.
"
2
"
Le Chapitre III de cette Differtation, expofe
les différens emplois du Mais . On voit
par ce détail qu'il eft peu des préparations
variées de la farine du froment , dont le blé de
Turquie ne foit fufceptible . Cet aliment
d'ailleurs , eft de la plus inconteftable falubrité.
Tous les peuples qui en font un ufage
habituel , jouiffent & de la force & de la fanté.
Les Gafcons & les Béarnois font d'une taille.
» affez avantageufe , d'une complexion forte ,
» d'un teint frais , d'un courage mâle ; leur
» nourriture la plus ordinaire confifte dans
» la bouillie & le pain préparés avec ce grain;
» s'ils confomment un boiffeau de froment ,
» ils en mangent quatre de Maïs. Ce que
» nous difons de nos Provinces méridionales ,
s'applique
"
"
DE FRANCE.
s'applique également aux Bourguignons
» aux Comtois , &c. &c.
» Les bons effets du Mais le manifeftent
» auffi chez les animaux. Il n'y a rien que les
12
23
beftiaux & les volailles aiment autant , &
» qui leur profite davantage que ce grain ,
dont ils font très-friands. On le leur donne .
fous diverfes formes , tantôt à deffein de
les nourrir , & tantôt pour les engrailler..
» Leur chair eft fine , tendre & délicate ;
leur graille , ferme , abondante & fayoureufe.
Un Vice- Roi de Tolède difoit que
le Férou poffedoit deux grandes richeſſes ,
le Maïs & le bétail. »
"
"
H
抓
Des nombreux ufages du Maïs , il faut
excepter cependant celui du pain & des préparations
analogues de pâtes fermentées.
Écoutons , dit , fort bien M. Parmentier ,
» écoutons les Compilateurs dont le fiècle
» abonde. Rien n'eft plus facile , felon eux ,
» que de faire du pain de Maïs comparable
" pour la légèreté à celui de froment ; & fi
» on les en croit , c'eſt toujours fous cette
forme que ce grain fert de nourriture aux
» différens peuples de la terre ; mais ce pré-
» tendu pain n'eft qu'une véritable galette ;
» après avoir broyé le Mais , on mêle fa
farine avec l'eau pour en former , fans le,
» concours d'aucun levain , une pâte qu'on
" cuit fur le champ & qu'on mange toute
chaude en fortant du four, »
"
"2
23
L'eftimable Auteur a lui- même multiplié
les expériences & les opérations chimiques
No. 31,5 Août 1786.
B
26 MERCUREA
pour conduire la farine de Maïs au point né
ceffaire à la panification ; mais ces travaux
l'ont conduit au réſultat fuivant. « L'abfence
"3
de la matière glutineufe dans le Mais , ren-
» dra toujours la pâte de ce grain courte , &
» peu propre à obéir , fars fe rompre , au
mouvement de la fermentation panaire ;'
peut-être l'art pourra- t'il fuppléer à ce défaut
par l'addition de quelque fubſtance
» vifqueufe , en fuppofant cependant qu'on
» ne rendra point l'opération plus coûteufe ;
» car la plus légère dépenfe dans la prépara-
" tion de l'aliment journalier pour le riche,
» en devient bientôt une très- confidérable
» pour la claffe indigente. Il feroit donc poffible
que , par la fuite , on pût obtenir des
refultats plus fatisfaifans ; mais quels qu'ils
» foient , j'ofe affurer , fans crainte d'être
» jamais démenti , que la farine de Mais
» manquera toujours de ce liant & de cette
"
"
glutinofué fi bien caractérisée dans le fro-
» ment , fi effentielle à la fermentation de la
pâte & à la bonne qualité du pain ; que
celui dont il s'agit aura conftamment une
» nuance jaunâtre , qu'il fera conpatte &
gras , &c. &c. »
N. B. M. Parmentier vient de rédiger ,
d'après les principes de ce Mémoire , une
Inftruction fur l'Agriculture & les ufages du
Mais , publiée par la Société Royale d'Agriculture
8-8
DE FRANCE.
27.
HISTOIRE de Kentucke , nouvelle Colonie &
l'Ouest de la Virginie , avec une Carte j
Ouvrage pour fervir de fuite aux Lettres
d'un Cultivateur Américain , traduit de
l'Anglois de M. John Filfon ; par M. Parraud.
vol. in- 8 °. Prix , ; liv . broché , &
liv. 10 fols broché franc de port par
pofte dans tout le Royaume . On affranchit
Pargent & la lettre d'avis. A Paris , chez
Buillon , Libraire , hôtel de Mefgrigny, rue
des Poitevins , Nº. 13. /
3 la
L'ESPRIT de découvertes qui s'eft introduit
heureufement dans notre fiècle , & qui a
multiplié les voyages & les expériences , en
agrandiffant nos idées , a multiplié aufli nos
connoiffances , étendu les limites des Sciences ,
& fur-rout de la Phyfique & de la Géogra
phie. Que de contrées qui , jufqu'à préfent ,
avoient été totalement ignorées , ou fur lef
quelles on n'avoit que des notions faulles
ou imparfaites , qui font , pour ainfi dire ,
forties du chaos par les recherches & les travaux
de ces hardis Navigateurs dont notre
fiècle s'honore !
Il en eft peu de moins connues que l'intérieur
de l'Amérique Septentrionale . Ce vaſte
continent, coupé par une infinité de fleuves
& de rivières , par des lacs d'une étendue immenfe
, par de grandes chaînes de montagnes,
par des forêts auffi anciennes que le monde ,
habité par des peuples fauvages ou par des
Bij
28 MERCURE
*
8
bêtes féroces , femble préfenter un obſtacle
éternel à la curiofité des Voyageurs avides de
connoitre la nature & les hommes de ces
contrées lointaines ; deux objets dignes
d'occuper les loiſirs , d'un Philoſophe obſervateur.
Nous devons favoir gré à ces hommes hardis
& intrépides, qui ne craignent pas d'affronter
toutes ces difficultés qu'oppofent la nature
& les hommes , pour pénétrer dans des
régions inconnues & nous en doaner des relations
fidelles & intéreflantes. Sans parler des
Auteurs plus anciens , nous pouvons citer
Adair , Smith & Carver, tous les trois Anglois
, qui à peu près dans le même temps
parcouroient les mêmes pays , & décrivoient
les moeurs & coutumes des mêmes peuples.
Il faut joindre à cette lifte l'Auteur de l'Ouvrage
que nous annonçons , qui a parcouru le
pays & obfervé lui-même les lieux dont il
nous donne la defcription.
Ce pays eft Kentucke , nom peu connu ,
mais qui le deviendra fans doute , & fera bientôt
compté parmi les États- Unis de l'Amérique.
Kentucke eft un vaſte territoire à l'Oueſt
de la Virginie , borné au Nord & au Nord-
Queft par l'Ohio , ou la belle rivière. Son nom
lui viert d'une des principales rivières qui
Parrofent , connue auffi fous le nom de Kuttawa.
Il a environ 250 milles du Nord au
Sud , & 200 de l'Eft à l'Oueft. Peu de Voyageurs
font parvenus jufques là ; & ceux qui
ont defcendu ou rémonté l'Ohio , comme
DE FRANCE. 29
Charlevoix , n'ont vu que les parties arrofées
par cette rivière.
Notre Auteur commence par nous faire
connoître l'époque où Kentucke a été connu
des blancs ; celle où l'État de Virginie acheta
des Sauvages le territoire qu'ils avoient habité
jufqu'alors. Delà il paffe à la deſcription
topographique du pays ; les productions naturelles
, le climat , le fol, le commerce &
autres objets relatifs , font traités dans des
articles féparés. On ne peut s'empêcher , en
voyant l'heureufe expofition , la douceur du
climat , la fertilité du terrein , de penfer
qu'un jour Kentucke deviendra un des pays
les plus fréquentés & les plus peuples.
On peut même juger dès-à - préfent de fon importance
, par fa population actuelle , qui
monte à 30000 ames ; & , ce qui furprendra
sûrement , c'est que les premiers établiſſemens
n'ont eu lieu qu'en 1775 , & pendant
les troubles de la dernière guerre .
Cette première Partie eft fuivie des aventures
du Colonel Boon , un des premiers Cofons
de Kentucke , contenant une relation
hiftorique des guerres que l'État de Virginie
eut à foutenir contre les Sauvages. On lit avec
plaifir cette relation , écrite d'un ftyle fimple ,
& dans laquelle on trouve des morceaux touchans
& des réflexions juftes . Tel eft celui où
le Colonel Boon & fon frère fe trouvent feuls
au milieu des déferts de Kentucke , expofés à
tout moment à être pris cu tués par les Sauvages
, ou à devenir la proie des bêtes féroces.
Biij
30 MERCURE
-
Nous allons citer un morceau qui donnera
une idée de la narration. « Le 1er Mai 1770 ,
» m ›n frère , à mon grand regret , retourna
» dans fa famille , pour aller chercher des
chevaux & des munitions , me laiffant feul
» à moi- même , fans pain , fans fel ni fucre ,
fans compagnie d'être raisonnable , pas
» même d'un cheval ou d'un chien. J'avoue
que jamais je ne m'étois trouvé dans une
plus grande néceffité d'exercer ma philofophie
& mon courage. Je reftai plufieurs
jours inconfolable. L'idée d'une épouse &
d'une famille chéries , de leur inquiétude
fur mon abfence & ma facheufe pofition ,
faifoit fur mon coeur une impreflion profonde.
Mille objets effrayans le préfentoient
à mon imagination , & m'auroient
certainement jeté dans la plus affreufe mélancolie
fi je m'y fuffe livré plus long-
1
5 .
temps.
Un jour j'entrepris une courſe à travers
le pays ; la diverfité & la beauté de la Nature
que je voyois dans une auffi agréable
» faifon , chaffa de mon efprit toutes les pen-
ةود
> fées triftes & fàcheufes. Le jour baiffa , les
» zéphirs fe retirèrent & laifsèrent l'air dans
» un calme profond ; pas le moindre fouffle
qui agitât les feuilles les plus légères des
» arbres. Je gagnai le fommet d'une hauteur
qui dominoit fur le pays; & regardant tout
autour, dans un étonnement délicieux , je
» voyois fous mes pieds de vaftes plaines ,
a une immenfe étendue de payfage le plus
DE FRANCE.
31
ود
و د
ود
و د
» charmant. D'un autre côté , je voyois la
magnifique rivière d'Ohio , roulant fes
» eaux dans un filence majeftueux , & tra-
» çant à l'Oueft les limites de Kentucke.
» Dans le lointain j'appercevois les monta
» gnes élevant leurs tétes fuperbes jufqu'aux
» nues. Je pouvois encore jouir de la vue
de ce magnifique fpectacle. J'allumai du
feu près d'une fource d'eau douce ; j'y fis
» rôtir une longe d'un chevreuil que j'avois
" tué peu d'heures auparavant , & je m'en
régalai. Les ombres de la nuit couvrirent
bientôt tout l'hémisphère , & la térre fem-
» bloit foupirer apres la douce rofée. La
» courſe que j'avois faite pendant le jour
» avoit fatigué mon corps & diverti mon
imagination. Je m'étendis fur un tas de
feuilles , où je dormis profondément , &
» ne me réveillai que lorfque le foleil eut
» chaffé la nuit. Je me levai , je continual
ma courſe , & en peu de jours je parcourus
» une partie confidérable du pays , toujours
» avec autant de plaifir que le premier
jour. ❞
93
2
ور
"
و د
ر و
Après cette relation , on lit le Difcours d'un
Chef Américain aux Ambaffadeurs des Sauvages
Piankushaws , & la réponſe du Chefde
ces Sauvages , que nous regrettons de ne pouvoir
rapporter ici .
Une énumération fuccincte des Nations
Sauvages qui habitent dans les limites des
États- Unis ; un expofé, de leurs moeurs &
coutumes , & des réflexions fur leur origine,
BAV
32 MERCURE
terminent l'Ouvrage de l'Auteur Anglois ,
auquel le Traducteur a ajouté , par forme de
fupplément , 10. une déclaration & une ordonnance
du Congrès , concernant l'érection
de nouveaux États , & la manière dont il doit
être difpofé des terres à l'Oueft des États-
Unis ; 2. des paffages de Diodore de Sicile ,
d'Ariftote , de Platon , &c, qui prouvent que
l'Amérique étoit connue ou foupçonnée des
anciens ;. un morceau fur le gouvernement
des Sauvages ; fur leurs confeils , leur éloquence
, & plufieurs difcours que nous
avouons n'avoir pu lire fans intérêt ; 4 ° . enfin ,
'un extrait de la relation du Capitaine Ifaac
Stewart.
Tels font les objets traités dans l'Hiftoire
de Kentucke , qui ne peut manquer d'être
accueillie favorablement , par les chofes curieufes
, intereffantes & variées qu'elle préfente
aux Lecteurs . L'Ouvrage eft de plus accompagné
d'une Carte fort bien gravée , qui
offre au fimple coup - d'oeil l'afpect d'une des
plus belles contrées du nouveau continent.
MEMOIRE fur ' a Fortification perpen
diculaire , par plufieurs Officiers du Corps-
Royal du Génie . in- 4° . Prix , 21 liv. br. &
24 liv. relié. A Paris , chez Nyon , l'aîné ,
Libraire , rue du Jardiner , près celle
Mignon .
CET Ouvrage eft un examen rigoureux de
celui de M. le Marquis de Montalembert ,
DE FRANCE. 3.3
intitulé la Fortification perpendiculaire , en
cinq volumes in-4 . Les Auteurs de ces Memoires
ont eu pour but de rendre à M. de
Vauban l'honneur que lui contefte M. le
Marquis de Montalembert , d'avoir enfeigné
la meilleure fortification connue jufqu'à
préfent.
M. le Marquis de Montalembert , difent
» les Auteurs de cet Ouvrage , plus heureux
dans fes productions que tous les autres fi
nombreux Auteurs d'Ouvrages du même
» genre , eft parvenu à faire adoptèr, partie
» de fes idées par des Miniftres d'Etat , &2
par des hommes dont les fuffrages portent
» un caractère à entraîner nécellairement
» ceux de beaucoup d'autres Militaires. Il
s'agit dans ces idées de queftions fur lef
quelles certaines erreurs , propagées fans
» réclamation , deviendroient dangereufes
» pour la défenfe du Royaume. Notre fer-
» Ment d'Officiers nous oblige donc à les dé-
» truire .
و ر
"
و د
»
Il ne nous appartient pas de prononcer
entre les deux parties. C'eft aux perfonnes
de l'Art à examiner les divers principes dont
elles s'étayent & fe combattent réciproquement.
Mais nous croyons que cette difcuffion
peut être utile , & peut jeter des lumières fur
une fcience qui influe fi évidemment fur le
bien de l'État .
BY
34
MERCURE
TABLEAUX des Anciens Grecs , des
Romains & des Nations contemporaines ,
où l'on trouve le Ceremonial , la Vie
privée , l'état Politique , Cvil & Militaire ,
les Sciences & les Arts de l'antiquité, avec
figures coloriées ; première Livraiſon . A
Paris , chez M. Remy , rue des Grands
Auguftins , près celle Chriftine , & chez
Mufier , Libraire , quai des Auguftins.
ACET Ouvrage doit préfenter , dans un feul
corps d'Ouvrage , ce que tous les Érudits ,
tous les Savans de l'antiquité ont découvert
de plus curieux , de plus piquant , & qu'on
ne trouve que dans des milliers de volumes.
Cette première livraifon renferme d'abord
un difcours préliminaire , où l'Auteur confidère
la marche de la politique chez les
anciens , & la compare à celle des modernes.
Il prétend que tout eft action & invention
chez les premiers , & répétition ou imitation
parmi nous , foit dans les Arts , foit dans
Part de gouverner les Nations. Ces âges paroiffent
à l'Auteur l'âge de la virilité de l'ef
pèce humaine & de l'adolefcence , tandis que
Europe moderne la montre dans l'âge de la
retenue, quelquefois de la pufillanimité , c'eftà-
dire , dans l'âge du vieillard .
On ne trouve plus , dit auffi l'Auteur ,
dans la politique Européenne , cette force
& cette fierté des anciens peuples ; on ne
voir plus de Séfoftris qui parcoure l'Orient
DE FRANCE.
35
en vainqueur , ni d'Alexandre qui renverfe
des Trônes , ni une autre ville de Rome
qui travaille pendant cinq fiècles à conquérir
le monde. L'ancienne paffion des
conquêtes qui caractérifa tant de peuples,
paroît affoiblie dans l'efpèce humaine.
Il faut lire auffi dans l'Ouvrage comment les
Gouvernemens ont perdu l'ancienne férocité
de leurs principes , & comment l'opinion &
une autre politelle ont influé fur la tranquillité
des citoyens. Suit un difcours fur l'efprit
poétique des anciens & fur Homère , le Prince
des Poëtes , avec fon portrait : vient un ellai
hiftorique fur la religion des Romains , depuis
Numa jufqu'au triomphe du Chriftianifme.
Le tableau enluminé de l'Augure eft de toute
beauté ; & la découverte des fupercheries facrées
par les anciens philofophes y eft bien
conduite. On trouve enfuite une hiftoire de
tout ce qu'on fait de sûr au fujet des Amazones,
avec la figure enluminée & le coftume,
de ces femmes célèbres. Puis vient le tableau
du foldat romain & une hiftoire de l'Infanterie
Romaine. Une histoire des femmes.
Spartiates, fort curieufe & très philofophique,
& l'hiftoire des Romains dans l'état de mariage
terminent ce volume. On applaudita
aux vues morales de l'Auteur fur l'état de
mariage ; il'le confidère chez les Romains
dans leur âge de vertu , de décadence , de
corruption , & dans le moment où ils furent
anéantis . Le contrafte des moeurs privées des
Romains et un tableau intéreffant..
[
སྙ་ ་ ་*
Bvj
36
MERCURE
L'Auteur avertit qu'à la fin de l'Ouvrage
en affemblant tous les articles felon l'ordre
qu'il etablira , on aura un tableau court , mais
fidèle , de ce qu'on fait de plus inftructif & de
plus vrai fur l'antiquité. Cet Ouvrage nous
paroît utile encore à la jeunetle , parce que
joignant à l'inftruction un tableau bien deffiné
& enluminé des ufages , coftumes &
cérémonies , l'inftruction devient plus facile
pour les enfans.
8
VARIÉTÉ
S.
OBSERVATIONS fur une Opinion de
M. PAW , dans fes Recherches fur les
Américains.
ON a déjà réfuté plufieurs erreurs de M. Paw
femées dans divers Ouvrages qu'il a publiés. Mais
ify en a une principale dans les Recherches fur les
Américains , qui n'a pas , ce me femble , été relevée
, & qui mérite de l'être. Nous nous croyons
d'autant plus autorisés à la dénoncer , que bien des
gens l'adoptent encore
L'erreur dont il s'agit confifte dans l'opinion qu
eft M. Paw , que la nature des terres & les qualités
de l'athmosphère en Amérique ne font point favos,
rables à l'efpèce humaine ; que les indigènes font des
hommes d'une conftitution inférieure , foibles de
corps & d'efprit , & que les defcendans des Européens
éprouvent tellement l'influence de ce climat ,
qu'on ne doit efpérer d'eux rien de grand ni dans
DE FRANCE. 37
les Arts , ni dans les Sciences , ni dans la Guerre , ni
dans les Lettres . Il cite (pécialement pour exemple ,
à l'appui de fon affertion , les Colonies Angloifes
établies für le continent , defquelles , quoique nombreufes
& très- peuplées , il n'eft forti , dit- il , jufqu'au
remps où il écrivoit , aucun perfonnage quit
fe foit diftingué.
On détruiroit ailément ce ſyſtême dans toures fes
parties . Il faudroit pour cela s'engager dans de trop
longs détails . Je me bornerai à remarquer combien
il est dénué de fondement dans ce qui regarde les
Créoles .
Outre l'exemple de nos Canadiens & des defcendans
des François dans les Ifles à fucre , qui ont
donné tant de preuves de bravoure & d'intelligence
fur terre & fur mer durant les guerres de Louis XIV;
un grand événement dont les yeux ont été les témoins
, dément d'une manière éclatante les préven
tions défavantageufes que M. Paw a répandues fur
le caractère moral & fur la conftitution phyfique des
hommes nés en Amérique.
Certes , la révolution qui vient d'affranchir les
Colonics Angloifes établiès fur le continent da
Nouveau-Monde , & d'en former une Puiffance
indépendante , annonce dans les hommes que produifent
ces contrées toutes les facultés propres à
l'espèce humaine , & les plus capables de lui faire
honneur. Chez quels peuples anciens ou modernes
l'Hiftoire offre- t'elle plus de vertus , de raiſon , de
capacité que les Américains n'en ont fait voir durant
la guerre qu'ils ont foutenue contre leur mère-contrée?
Courage fans fanatifme , conftance au milieu
des dangers & des revers , prudence & fermeté dans
les confeils , habileté dans l'exécution , patience à
l'épreuve des fatigues & des privations , tout ce qui
rend digne de triompher a éclaté dans leur con
duite.
38
MERCURE
Eh ces hommes qui fe font ainfi montrés ,
qu'étoient- ils ? De fimples particuliers , Marchands
ou Cultivateurs. Ils étoient pauvres , dénués d'armes
, de munitions , ils manquoient d'Arts & preſque
de toutes les espèces de manufactures. Ils n'avoient
ni expérience militaire , ni artillerie , ni vaiffeaux de
guerre. On avoit tenu leur induftrie enchaînées on
ne leur laiffoit fabriquer ou produire que ce que
l'on ne pouvoit pas leur fournir ou leur faire payer.
Ils ont ofé cependant fecouer le joug d'une Puiffance
formidable par fes Troupes , par fes Arts , par
fa Marine , par les richeffes , & le fuccès a couronné
leurs efforts.
Tout- à-coup s'eft développée chez eux une foule
de Généraux , de Négociateurs , de Chefs d'Admis
niftration dans tous les genres , d'Entrepreneurs de
Fabriques diverses , de Marins intrépides, Parmi ces,
perfonnages diftingués, s'eft élevé un WASHINGTON,
comparable , peut- être fupérieur à ce que tous les
âges ont eu de plus célèbre & de plus, refpectable ;
mortel prefque divin , vertueux comme Ariftide &{
Cincinnatus , fage comme Fabius , habile comme
Turenne , uniflant comme Catinat à ces grandes
qualités une philofophie douce un caractere fimple
, un coeur bienfaisant rempli d'humanité, capi
Les Actes du Congrès Américain , ceux des Aſſem→,
blées générales des différens États Unis , femblent!
Pocevre de la fageffe même. On niy remarque aucune
exaltation , aucune affectation d'héroïſme.
Mais il y règne une raifon profonde & fublime , les,
vues les plus faines , les fentimens, les , plus beaux ,
les plus juftes qui puiffent naître dans le coeur hu-,
main. Tout cela énoncé avec une expreſſion , tout,
chante , fans recherche , qui fait voir que les Auteurs [
de ces Actes font ce, qu'ils paroiffent , que leur amer
s'y répand , & qu'ils fuivent , en les concevant , la
pente d'une excellente nature.
LE FRANCE. 39
Jamais Rome , Athènes ni Sparte , jamais aucune
Nation moderne , fans excepter les Anglois , n'ont
auffi bien connu les devoirs & les droits de Citoyen,
n'ont autant refpecté l'humanité , n'ont eu des notions
fi nettes fur l'organisation d'une grande fo
ciété , n'ont fi bien fu concilier la fubordination
convenable au maintien de la paix publique , aux
fuccès des opérations falutaires du Gouvernement ,
avec la plus grande liberté néceffaire au bonheur
d'un État comme à fa profpérité.
Les peuples anciens dont on nous cite les grandes
actions , étoient en général foutenus dans leurs principes
par des opinions religieufes , des fictions facrées
, des oracles impofans , qui , dès l'enfance
échauffoient l'imagination , fafcinoient l'efprit , &
pour ainfi dire , dénatuoient l'homme. Une forte
d'enchantement , fi je puis me permettre cette façon
de parler , agiffoit fur ces peuples , les enivroit. Leurs
vertus , plus factices que naturelles , leur étoient bien
moins propres qu'elles n'étoient l'effet d'une éducation
artificieuſe , d'une espèce de prestige. C'eſt à
peu près ainfi que le vieil de la Montagne changeoit
fes vils efclaves en dévoués intrépides , & que
dans l'Inde une folle piété donne aux faquirs le courage
de fouffrir avec joie des tortures effroyables
dont ils s'impofent la peine par efprit de mortification.
Mais les Américains , à l'abri des influences
de la fuperftition , n'admettant que des idées vraies ,
épurées, tiennent d'eux - mêmes de la trempe native
de leur ame & de leur efprit l'énergie & les qualités
fupérieures qu'ils ont déployées.
Voilà des traits fuffifans pour contredire avec
avantage l'opinion de M. Paw. Mais de plus , dans
les Lettres , dans les Arts , dans les Sciences , les
Américains comptent parmi eux des Philofophes &
des Écrivains dont l'Europe s'honoreroit. C'eſt à
Francklin , cet homme doué d'une fagacité éton
40
MERCURE
nante & d'une ame forte , qui joint le titre de Savant
à tant d'autres titres glorieux , que nous devons la
découverte de l'électricité des nuages ; découverte
importante , qui révèlera les derniers fecrets de la
Nature , fi jamais ils peuvent être pénétrés , & qui
place fon Auteur à côté de Buffon , au rang des
génies immortels qui ont éclairé le monde.
Aucun Ouvrage ne brûle d'une éloquence plus
pénétrante que les Lettres de Dickinſon . Aucun Ouvrage
n'eft recommandable par une logique plus
ferrée , des raifonnemens plus profonds , plus pref
fans , des apperçus plus fins , un ftyle plus clair .
plus entraînant que le Sens commun de Payne.
L'Angleterre n'a point aujourd'hui de meilleurs.
Peintres que Weft & Copley, nés tous les deux en
Ainérique , & dont les tableaux , gravés & copiés,
par tout , font univerfellement eftimés .
Il paroir depuis peu en France un Poëme d'un
Officier Américain , qui peut difputer de verve & de
beautés avec les meilleures pièces de vers Angloifes,
M. Humphrey, de qui eft cet Ouvrage , l'a com
pofé au milieu des troubles de la guerre & dans le
tumulte des camps. Il exhorte fes compatriotes à
perfévérer dans leur réſiſtance à l'ennemi qui vou
loit les opprimer , d'plore leurs défaftres paffés ,
célèbre leurs fuccès préfens , & leur montre dans un
avenir prochain , pour prix de leurs travaux , la
profpérité la plus brillante. Le fameux Poëme d'Addiffon
, intitulé the campaign , eft du même genre
que celui de M. Humphrey , & ne lui eft point fupérieur.
Si le Poëte Anglois , qui n'avoit à décrire
que des victoires , a mis plus de vigueur & de feu
dans fes tableaux , le Poëte Américain , en fe conformant
à fon fujet , a mis dans les fiens plus de
variété & de fenfibilité . Ceux qui ne peuvent le lire
dans fa langue, font en état de l'apprécier par l'excel
lente Traduction qu'en a faite M. le Marquis de
DE FRANCE. 41
Châtellux , Officier Général , également célèbre dans
la carrière des armes & dar.s celle des Mufes . C'eft
déjà un motif de fe prévenir en faveur de la Pièce de
M. Humphrey , que de voir un homme de la répu
tation de M. de Châtellux prendre la peine de la traduire
; & la manière brillante dont il s'en eft acquitté ,
en prouvant beaucoup de goût , de verve & de talent
dans le Traducteur , ne laiffe point lieu de révoquer
en doute le mérite de l'original.
Qu'un peuple auffi nouveau que les Américains ,
ait tardé jufqu'à ces derniers temps à le préfenter
dans la lice des Belles- Lettres & des Beaux- Aits , c'eſt
l'effet du bon efprit dont la Nature l'a partagé. Il
avoit à fe livrer à des objets plus effentiels . Il faloit
d'abord confolider fon établiffement , défricher les
terres , dreffer des routes , régler le Gouvernement ,
jeter en un mot les fondemens de l'édifice , avant de
s'occuper du refte .
Les rapides progrès qu'il a faits dans ces parties
importantes , avant & depuis l'époque de fon indépendance
,font encore une preuve évidente que l'efpèce
humaine ne dégénère point en Amérique ; ils
font dûs beaucoup plus aux Créoles qu'aux Émigrans
d'Europe. On en peut juger par l'accroiffement
extraordinaire des établiffeinens de Vermont
& de Kentucki , tout récens , & dont les habitans
, affez nombreux déjà pour prétendre à former
deux ÉTATS particuliers , font prefque tous nés en
Amérique. Voyez dans la relation fi intéreffante des
Voyages du même Marquis de Châtellux , dont nous
venons de parler , avec quelle ardeur & quel fuccès
les jeunes gens quirtent de toutes parts la maifon
paternelle pour aller au loin fonder de nouvelles
habitations. Ils ont franchi les Monts Apalaches ,
en deçà defquels l'Abbé Raynal affuroir qu'ils devoient
refter ; ils defcendent l'Ohio ; ils s'étendront
bientôt jufqu'aux rives du Miffiffipi .
42 MERCURE
t
Qu'on ne dife pas , pour diminuer le prodige
d'une Puiffance élevée fi fubitement au milieu des
déferts , & pour atténuer le mérite de ces peuples ,
qu'ils ont profité des Arts , des lumières que leurs
pères ont apportés avec eux , & que le génie de
l'Europe les anime encore. Il eft bien certain que ,
dans le peu de temps écoulé depuis leur établiſſement,
ils n'auroient
pas fait les progrès
qui nous
étonnent
, s'ils s'étoient
vus dans la néceffité
d'inventer
eux- mêmes les pratiques
& les inftrumens
dont ils fe font aidés , & qui contribuent
fi puiffamment
au bonheur
du genre-humain. Ils doivent
inconteftablement
ces fecours au pays d'où ils tirent
leur origine. Mais la Grèce moderne
, la Moldavie
,
JUkraine
, la Pologne
, font fituées au fein de l'Europe
même , font placées plus près des connoiffances
qui illuftrent
cette partie du monde; & ces grandes
contrées
n'en ont tiré aucun parti. Leurs habitans
n'ont point fu fe fouftraire
au fceptre de fer
qui les écrâfe. Une misère profonde
les abâtardit
;
les fiècles paffent fans qu'ils améliorent
leur fituation
, fans qu'ils fortent de la barbarie & de la pauvreté.
* Une confidération relève de plus en plus à mes
yeux les Américains . Ils uniffent la bonté , le fleg
me , la douceur, au génie & à la hardieffe néceffaires
pour les grandes affaires & les hautes entrepriſes . La
douceur , la modération , la tranquillité d'ame font
la marque propre & diftinctive de ce peuple . Avec
de telles difpofitions , lorfqu'elles font accompa
gnées , comme elles le font chez lui , de la fermeté ,
du courage , de la conftance , du jugement exquis ,
on eft bien près de pofféder un caractère parfait.
les
Telle eft l'idée que donnent des Américains ,
faits publics de leur Hiftoire & les détails que l'on
connoît de leurs murs & de leur vie privée, par les
Livres publiés depuis quelques années , fur - tout par
DE FRANCE. 43
les Voyages du Marquis de Châtellux dans l'Amérique
Septentrionale , déjà cités plus hauts Ouvrage
fans prétention , écrit avec fimplicité , & cependant
très-agréable , qui , fans événement , fans aventure
remarquable, attache & fe fait live par le charme
d'un ftyle naturel , par la vérité des tableaux , &
par les traits échappés à l'Auteur , qui peignent à fon
infçu prefque à chaque page fon aimable caractère .
que
C'eft dans ces Voyages qu'on voit bien l'état intérieur
des vaftes Provinces de l'Amérique devenues
indépendantes , & les moeurs , les idées , les fentimens
des hommes qui les habitent. C'eſt-là l'on
voit ce qu'on doit attendre d'eux par ce qu'ils ont
déjà fait. A juger de l'avenir par le préfent & par
le paffé , on peut préfager que rien n'arrêtera leurs
pas vers la plus grande profpérité. I's effaceront
peut être toutes les Nations par leur fageffe , & ne
le céderont à aucute dans aucun genre de gloire.
M. Paw s'eft trop hâté de le décider à leur égard.
« Sans doute lui-même il le reconnoîtroit & changeroit
de langage , s'il écrivoit aujourd'hui fes Recherches.
$
ANNONCES ET NOTICES.
Te
RATTE des Matières Féodales & Cenfuelles , par
M. Hervei , Avocat. A Paris , chez Knapen , Imprimeur
Libraire , Tomé V.
A
Ily a plus d'un an que M. Hervei a publié les
quatre premiers Volumes de cet Ouvrage , & l'Onvrage
entier eft complerté par ce cinquième Volume
r'qu'il publie aujourd'hui . On fait beaucoup de Livres
fur ces matières , parce que les mêmes loix , les
mêmes ftyles & coutumes peuvent être compilés de
44 MERCURE
cent manières différentes , fans qu'aucune de ces
compilations répande la moindre lumière fur les
textes des coutumes & des loix . L'Ouvrage de M.
Hervei ne peut être trop diftingué de ces inutiles ou
funeftes compilations . C'eft l'Ouvrage d'un excellent
efprit fur les monumens de notre Legiſlation &
de notre Hiftoire. C'eft une des plus belles & des
plus heureufes applications qu'on ait faites de la Phi
lofophie de notre fiècle , aux traditions & aux loix que
nous avons reçues des fiècles précédens , & il ne faut
pas le méprendre à ce mot de Philofophie : ce n'eft
pas celle qui, par quelques principes hardis & vagues ,
par quelques lieux communs d'une morale générale,
croit pouvoir juger ce qu'elle ne connoît point, &-
éclairer ce qu'elle n'a pas étudié La Philo ophie de
M. Hervei eft cette logique d'un e prit droit &
étendu, qui fe fait toujours des idées juftes , parce
que fes connoiffances font profondes & nettes ; il ne
prend pas le ton.d'un réformateur ; il ne s'arrête pas
déclamer fur les vices des loix féodales, & fur la
barbarie de ce fyftême focial renversé à demi , mais
dont les ruines même font encore une partie de notre
Légiflation . M. Hervei part des monumens qui faut
admettre ; s'il y répand une clarté qu'ils n'ont jamais
eue , il ne forme de fyftême ni en faveur de la Nobleffe
, ni en faveur du Clergé , ni en faveur du
Tiers État; il cherche & trouve dans les monumens
ce qu'ils prononcent fur les droits & les devoirs refpectifs
de toutes les claffes de la Société . Le Seigneur
feudataire apprendra dans le Livre de M. Hervei à
connoître l'étendue & les bornes de fes juftes prétentions
, le Citoyen celles de fes obligations , le Magiftrat
& l'Avocat y apprendront ks loix qu'ils do!-
vent invoquer ou appliquer Dans un pays tel que le
nôtre . tels que ceux de prefque toute l'Europe , où
tout le monde eft plus ou moins fous l'empire des
loix féodales , on ne voit pas à quelle claffe de
DE FRANCE. 45
Citoyens le Livre de M. Hervei pourroit être indifférent
& inutile . Ce cinquième Volume traite du
Cens , & par le feul rapprochement des textes , des
chartes & des coutumes, l'Auteur éclaircit toujours &
termine forvent toutes les conteftations qui fe font
élevées & fur l'origine & fur la nature du Cens. Il
combat Montefquieu , & il paroît avoir raifon ,
même contre le génie qui a créé l'Esprit des Loix.
Voilà bien des éloges , & on en fera sûrenient la remaque.
Nous n'avons qu'une chofe à répondre ,
Яous les croyons tous mérités ; & lorfque les Ouvrages
d'un mérite diftingué font pre'que toujours
défigurés & déchirés par le Critique , lorfque la médiocrité
achette ou obtient fi aifément des éloges ,
nous croyons que c'eſt un devoir facré de rendre une
juftice entière au vrai mérite , & de ne fe laiffer intimider
dans fon eftime ni par l'indifférence qui dédaigne
tout , ni par l'envie qui attaque tout ce qui
eft bon. Nous n'avons pu donner encore l'Extrait de
l'Ouvrage de M. Hervei , parce qu'un tel Extrait
mérite d'être réfléchi & médité , & parce que nous ne
croyons pas qu'on puiffe apprécier dans deux ou trois
matinées des Ouvrages qui ont coûté des années de
travaux , mais nous nous propofons de donner de ce
Livre tout neuf une analyfe qui juftifiera nos éloges ;
nous prouverons combien ils font fincères par nes
critiques mêmes.
K
LE Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fees & autres Contes merveilleux ornés
de Figures , quatorzième Livraiſon, Tomes XXVII,
XXVIII , XXIX & XXX , contenant la fuite des
Veillées de Theffalie , l'Hiftoire du Prince Titi, &
les Contes des Génies ou les charmantes leçons.
d'Horam , fils d'Afin ar.
Cette intéreffante Collection formera 36 vol . in 8º
dont le prix eft de 3 liv . 12 fols le Volume bro46
MERCURE
ché avec trois Planches , fans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices fur la Vie des Auteurs.
Le fuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition
en 36 Volumes in- 12 , avec les mêmes Figures de
l'in-8°. , dont le prix eft de 2 liv . 8 fols le Volume
broché ; & pour une autre en 36 Volumes in - 12
fans Figures , dont le prix eft de 1 liv. 15 fols le
Volume broché. Il en paroît actuellement feize
Volumes.
On s'inferit pour ces diverfes Editions à Paris ,
chez Cuchet , Libraire - Editeur des OEuvres de le
Sage & Présoft ; & à Genève , chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
EUVRES choifies de Poffuet , Evêque de Meaux,
par M. l'Abbé de Sauvigny , Tome IV , in-4° .
Prix , 12 liv. 10 fols broché , 12 liv . en feuilles. A
Nifmes , chez Pierre Beaume , Imprimeur - Libraire ,
grande rue.
Ce Volume complette la première moitié de cette
importante Collection. Il contient : Le Traité de
l'expofition de la Doctrine de l'Eglife Catholique ,
l'Inftruction Paftorale fur les promeffes faites à
l'Eglife , la troifième Partie du fixième Avertiffement
aux Proteftans , & la Conférence, avec le Miniftre
Claude fur la matière de l'Eglife.
L'eſtimable Editeur de ces OEuvres rapporte dans
un Avis l'anecdote de l'Abbé de Brueis , Auteur comique
connu par le Grondeur & autres Comédies
& qui avoit débuté par être grand Controverfifte.
Il fit , dit l'Editeur , fes premières armes contre
Boffuet. Pour toute réponſe le Prélat convertit fon
adverfaire, qui devint un zélé défenfeur des véri
» tés qu'il avoit combattues. Nous avons de lui
deux Ouvrages Polémiques , pour lesquels il ob
DE FRANCE. 47
"
tint une penfion de Louis XIV , & une auſſi du
Clergé, »
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France. Volumes dixhuitième
& dix- neuvième. ༣ སི
Ces deux Volumes contiennent les Mémoires
de Meffire Martin du Bellay, On foufcrit toujours
au Bureau , rue d'Anjou - Dauphine , n°. 6. A
Paris. Prix , 48 liv. Les Soufcripteurs de Province
payent de plus 7 liv. 4 fols.
L'ACTE d'Humanité, peint par Jean de Fraine ,
gravé par R. Delaunay le jeune. Prix , liv. A,
Paris , chez l'Auteur , rue & Porte Saint Jacques , la
porte-cochère près le petit Marché , nº. 112.
Le fujet de cette Eftampe eft une Dame de qualité
qui , pendant la plus rigoureufe faifon , fe rend ,
accompagnée de fon Garde- de- chaffe, dans la chaumière
d'un père de famille, villageois , attaqué d'une
maladie dangereufe , voit un père entouré de cinq
enfans prefque nuds , & une vieille femme paralytique,
ne peut retenir fes larmes , prodigue les confolations
& les fecours , rend un fils à fa mère , un
père à fes enfans , & un Citoyen à l'Etat.
Cette Eftampe intéreffante eft la fixième de la
finite très-connue fous les titres du Mariage rompu ,
Mariage conclu , &c.
$
SYMPHONIE à grand Orchestre pour deux
Violons , Alto, Baffe , deux Hauts- Bois , deux
Cors, Baffon & Timbales ad libitum , par M.
Morlot de Montillot. Prix , 4 liv. 4 fols port franc
partout le Royaume. Numéros 21 , 22 , 23 &
24 de la Mufe Lyrique , avec Accompagnement de
Guittare , Journal dont il paroît deux feuilles par
mois. Abonnement 15 & 181.- Numéros 10, 11 , 14
43 MERCURE
& 13 du Recueil d'Airs nouveaux François & Etran="
gers en Quatuors concertans , ou Journal de Violon ,
Flûte , Alto & Baffe. Abonnement pour 24 Cahiers,
24 liv. port franc , & 21 liv. à Paris . On fooferit
pour ces Journaux chez Mme Baillon & M. Porro ,
rue Neuve des Petits - Champs , au coin de celle de
Kichelieu , à la Mufe Lyrique.
L'Auteur de ce Journal , M. Porro , fait préfent à
fes Abonnés , pour cette année ſeulement , d'un
autre Journal intitulé : Délaffemens de Polymnie
ou petits Concerts de Paris , contenant l'Ariette du
jour , les Romances & Chanfons de fociété , avec
Violon & Baffe chiffrée . On fouferit auffi pour ce
Journal féparément , moyennant 12 liv. port franc
pour 24 Cahiers , qui paroiffent le 15 & le 30 de
chaque mois. Prix, féparément 1 liv. 4 fols , même
Adreffe.
A la Rofe
Acroftiches ,
TABLE.
LE Triomphe de l'Intérêt , 3 | Hiftoire de Kentucke ,
Charade, Enigme & Logogry- Tableaux des Anciens Grecs.
27
Mémoire fur la Fortification
6perpendiculaire, 321
phe
8 & c. 34
Lettresfur l'Egypte, 10 Variétés,
Mémoirefur le Maïs , 21 Annonces & Notices,
APPROBATIO N.
JAT lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 5 Août 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 4 Août 1786. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 12 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
L'HOROSCOPE accompli ; à Mme DE ***
pour le jour de fa Fête.
bark
IL eft un nom dérivé du latin ,
Qui fignifie ou Perle ou Marguerite :-
Or , ton Curé , dans le Temple Divin .
Ou tu lui fis ta première vifite ,
Fut infpiré par quelque Séraphin ,
Prédit dès -lors quel feroit ton mérite ,
Et te donna ce nom à double fin.
DEPUIS ce jour , fuivant ta deſtinée ,
Tu fus d'abord la Perle des enfans :
Puis fous le joug du plus tendre hyménée
Tu fus auſſi là Perle des mamans
Nº. 32 , 12 Août 1786.
C
10 MERCURE
Et tu goûtas le bonheur d'être aimée :
Puis tes vertus , ta ſenſibilité ,
Ton enjoûment , ta franchiſe parfaite
Plurent fi bien , qu'en ta fociété
De Perle encor tu reçus l'épithète ;
Et ta maison où folâtrent les Ris ,
Qu tu pourreis compter autant d'amis
Qu'avoit d'amans la chafte Pénélope ,
Confirme affez ce que promit jadis
Le bon Curé que fit ton horofcope.
LE BILLET ou L'ART D'ÉCRIRE
Conte.
Le beau Zéphis diſoit un jour :
Ole bel Art que l'Art d'écrire !
C'eft par lui qu'aujourd'hui Thémire
Me fait connoître fon amour.
Billet charmant , où cette Belle
De fa main traça mon bonheur ,
Ta place fera fur mon coeur
Si tu n'en es chaffé par élle.
MAUDIT Art , difoit Euphémos ,
Pourquoi t'ai-je appris à ma fille ?
Au déshonpeur de ma famille
Je travaillois en vieux,barbon, llois
DE FRANCE. ji
Billet fatal , où cette infâme
Donne à Zéphis un rendez- vous ,
Objet affreux de mon courroux
Je veux te livrer à la flamine.
MALHEUR à moi , crioit Zéphis !
J'ai perdu la lettre chérie
Ou tout le bonheur de ma vie
En deux lignes étoit compris.
Billet fatal ! pourquoi Thémire
S'expofoit- elle à nous trahir?
Falloit-il pour nous découvrir
Que cette belle sût écrire !
J'AVOIS tort , diſoit le vieillard :
Je fais heureux que la fillette
Ait livré fa flamme fecrette
Au papier , jouet du hasard.
Billetheureux ! fans to fans doute
Thémire m'eût caché fon coeur;
Et pour la conduire au bonheur ,
Toi feul tu m'indiques la route .
EUPHEMON , dit le beau Zéphis ,
Tu fais que j'adore ta fille.
Oui , Zéphis , & dans ma famille
Je brûle de te voir admis.
Demain je te donne Thémire.
-Digne Euphémon ! je fuis aux cieux.
C₁
52
MERCURE
Puis ils s'écrièrent tous deux :
Ole bel Art que l'Art d'écrire !
Le lendemain on s'époufa ;
On ne penfa qu'à la bombance ,
Aux feftins , aux jeux , à la danfe ;
Et la nuit on fe furpaffa .
Nos deux époux toujours s'aimèrent,
Et toujours d'un amour parfait ;
Et fouvent de l'heureux billet
Avec le père ils badinèrent ,
PUISSENT tous les billets galans
Etre furpris par de tels pères !
Heureux mille fois les enfans
Qui , pour eux , n'ont point de mystères !
Heureux le couple qui pourra,
Comme Zéphis & fa Thémire
Crier , en lifant ſon contrat :
Ole bel Art que l'Art d'écrire!
(Par le Chevalier de C***)
DE FRANCE.
33
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Boiffeau ; celui
de l'Enigme eft Temps ; celui du Logogryphe
eft Humanité , où l'on trouve ame , thé ,
main, Ham, haine, ami , Mai , Hume , item ,
mine , âne, ut , mi , ma , thim , Maine.
CHARADE.
UN élément nourrit dans fon fein mon premier ;
Dans un fecond fe répand mon dernier ;
Mon tout enfin , qui vit dans un troiſième ,
N'en fort que pour aller fort près du quatrième.
ÉNIGM E.
QUOIQUE filles de même mère ,
Nous différons par la couleur ,
La tournure & le caractère :
L'une a la parole légère ,
L'autre s'exprime avec lenteur :
Nous raifonnons beaucoup enfemble ,
Souvent jufte , quelquefois faux ;
Tour-à- tour le bas ou le haut
Nous défunit ou nous raffemble ;
Ciij
14
MERCURE
Et ce n'eft point notre défaut ;
Nous aimons un peu qu'on nous flatte
Légèrement fans nous bleffer ;
Un fouffle , hélas ! peur nous changer ;
Notre nature eft délicate ;
En fyncope on nous fait tomber.
Mais croira-t'on qu'il foit poffible
Qu'étant faites pour les plaifirs,
Au milieu des tendres foupirs
Il n'en foit qu'une de fenfible ?
Le fait eft vrai , chacun le dit :
Nous avons bien d'autres méthodes ;
Entre-autres nous fuivons les modes ,
N'ayant pourtant qu'un feul habit.
Je vais dévoiler un mystère
Qui fait peu d'honneur à ma mère,
Et fera rire à les dépens ;
Pour mieux feconder fes allures ,
Elle donne à tous les amans
Les clefs de nos appartemens ,
Et nous entrons dans fes mefures.
(Par Mlle B.... de Toul. )
LOGOGRYPHE.
I E plus bean don qu'ait pu me faire la Nature ,
C'eft de bons yeux , une courte ftature ;
Pour un air grave.... non ; pure inutilité ;
DE FRANCE.
On riroit fi j'avois un air de gravité ,
Sur-tout lorsque je fais notre petit office...
Si quelque bon Chanoine enclin à certain vice ,
Avoit befoin de moi pour conferver les jours,
On me verroit bientôt voler à fon fecours ,
Et le plus humblement je lui rendrois fervice.
Lecteur , fois attentif & tu me connoîtras :
En combinant mes pieds de diverfes manières , "
Je préfente un poiffon qui naît dans les rivières ;
La maison où Noë fauva fouris & rats ;
Une Beauté dont Iímène eſt la mère ,
Forcée après dix ans de céder à vingt Rois ;
Un Auide léger ; un vale néceffaire
Au malade qui par fois
A certaine entrevue avec l'Apothicaire ;
L'animal ennemi du peuple fouriquois ;
Le fufil des Chaffeurs qui portoient un carquois
Un métal qui meut tout dans la machine ronde ;
Un fleuve qui jadis vit embrâſer ſon onde.
Mes onze pieds , Lecteur , vont encore t'offrir
Ce pays pour lequel il eft doux de fouffrir ;
Ce qu'il faut qu'un Chrétien , dit la Sainte-Écriture ,
Traite comme un efclave un fouet à la main ;
Ce qu'il faut qu'un Poëte allie à la Nature ;
Un inftrument guerrier ; un Pontife Romain ;
L'être auquel maint Auteur fait mainte dédicace,
Et qui , comme l'a dit Horace ,
Sait tout fans rien favoir , fe connoît en bons vers ,
Civ
36 MERCURE
Etjuge toujours bien en jugeant de travèrs ;
Un ornement d'Architecture ;
L'afyle des vaiffeaux ; un fruit; une voiture §
Enfin cet animal dont le cône tronqué
Va labourant le globe terraqué.
( Par M. Buffon , Elève des Ponts & Chauffées. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION du Théâtre Anglois , depuis
l'origine des Spectacles jufqu'à nos jours.
12 volumes in -8 °. A Paris , chez la Veuve
Ballard & fils , rue des Mathurins ; Mérigot
l'aîné , Boulevard S. Martin ; Belin , Libr. ,
rue S. Jacques ; Regnault , Libraire , même
rue , & au Bureau du Théâtre Anglois ,
rue Ste Apolline , Nº. 6 .
C'EST principalement dans les Ouvrages
Dramatiques qu'on apprend à connoître le
génie , le goût , les moeurs & les ufages des
Nations. Molière en France , & Shakeſpeare
en Angleterre , ont donné , par leurs Pièces
de Théâtre , une idée plus jufte des ridicules
de Londres & de Paris , que tous les
Écrivains Moraliftes ou fatyriques qui les
avoient précédés ; parce que les caractères
qui fe développent par le double moyen .
du dialogue & de l'action , fe font bien
DE FRANCE. 57
·
plus aifément fentir que ceux dont les portraits
exacts , mais inactifs , n'offrent , pour
ainfi dire , que la furface . Cependant les tableaux
que la Scène préfente font fufceptibles
de vieillir ; les moeurs changent ou fe modifient
en proportion des révolutions qu'éprouvent
les Empires ; & l'homme qui joint à un
grand génie une philofophie profonde , a feul
l'avantage d'écrire dans fon fiècle pour la gé
nération préfente & pour celles à venir. Molière
vit encore tout entier ; il a peint
l'homme , non-feulement comme il étoit ,
mais comme il devoit toujours être ; & Shakefpéare
, en confervant le laurier tragique
dont il s'eft couronné , a perdu quelque chofe
de fa réputation comique , parce qu'il avoit
plus d'imagination que de goût, plus d'exaltation
dans les idées que de philofophie dans
l'ame , plus de chaleur dans l'efprit que d'exactitude
dans l'obfervation . Depuis fa mort , le
Théâtre Anglois s'eft beaucoup perfectionné ;
la Tragédie y eft moins monftrueufe , la Comédie
eft devenue plus vraie ; on en a banni
un grand nombre des caricatures dégoûtantes
qui la défiguroient ; & fi la Scène Britannique
eft encore fubordonnée quelquefois au goût
habituel, nous ditions prefque originel du peuple
de Londres , elle eft fouvent digne aufli de
a
* Nous ne parlons que des Ouvrages où Molière
écrit pour les efprits éclairés , & non de ceux où il
a facrifié à lignorance.du peuple ; quoique ces der
niers foient encore admirables dans plufieurs parties .
C v
MERCURE
parler à des hommes , à des obfervateurs.
C'est donc une idée heureufe , une idée utile
à ceux des François qui ne voyagent point ,
qui ignorent les langues étrangères , ques
celle d'une Collection capable de faire connoitre
la polition actuelle du Théâtre Anglois
, & comminent il s'eft infenfiblement déponillé
de fa barbarie depuis le célèbre Shakeipéare
jufqu'à nos jours . C'eſt à Mme la
Baronne de Valle & à MilfWouters , c'eft à
deux foeurs unies par les triples noeuds dur
fang , de l'amitié & des talens , à deux Angloifes
, que nors fommes redevables de cette
idée & de fon exécution . M. de la Place , dans:
un très- bon Ouvrage , dans un Ouvrage de- ,
venu claffique , nous avoit déjà familiarifés,
avec une grande partie du Théâtre d'une Na- ,
tion rivale de la être dans tous les genres de.
gloire : la traduction de Mme de Valle & de
MiffWouters achevera ce qu'il a fi bien com- ;
mencé. *
Il feroit très-difficile que nous fiffions une
analvfe exacte des douze volumes que nous
annonçons ; nous ne pouvons que parcourir
la galerie de tableaux qu'ils préfentent , &
c'eſt à quoi nous fixerons notre travail ,
puifque les bornes d'un article nous en funt
la loi.
>
Cette traduction eft divifée en trois épo-
Il ne faut point oublier que Mme Riccoboni atra…
duit quelques Pièces Angloifes, dont le choix & le flyle
font également honneur à fon geû. & à fa plume.
DE FRANCE. 59
ques. La première comprend trois Pièces de
Ben-Johnfon : Chaque Homme dans fon caractère
, Comédie , Séjon , Tragédie , & Catlina
, Fragédie ; deux Tragédies de Nicolas:
Rowe : la Marátre , ambit eufe , & Jane .
Shore; les Événemens Imprévus , Comedie ,
par Fletcher & Beaumont ; le Prodige , Comédie,
par Miftriff Cent Livre ; le Maripouffe
à bout , Comedie , par Vanbrugh & Cibber ,
& les Amans Genéreux , Comédie , par Sir
Richard Steele..
L'intrigue de chaque Homme dens fon
caractère est très compliquée & très difficile ,
à fuivre ; l'attention d'ailleurs y eft fatiguée
par le jeu continuel d'un amas de caractères,
qui fe heurtent , fe croiſent & nuifent fans
ceffe à l'effet les uns des autres : quelque mérite
qu'ait un Ouvrage , il eft mal aifé de ne,
pas prendre d'humeur contre celui qui
D'un divertiffement nous fait une fatigue.
La Tragédie de Séjan a trente - quatre Acteurs
, fans compter les Tribuns , les Héraults ,
les Licteurs , les Sacrificateurs , les Muficiens
& les Gardes. Elle n'eut point de fuccès dans
fa nouveauté ; on la regarde aujourd'hui
comme un chef - d'oeuvre. Elle développe
d'une manière effrayante toutes les infamies
toutes les atrocités , toutes les horreurs qui fe
tramoient & s'exécutoient dans la Cour du
lâche & cruel Tibère. Le caractère de cet
Empereur eft bien tracé ; celui de Séjan a
quelquefois l'audace & l'opiniâtreté qui lui
Cvj
60 MERCURE
conviennent ; mais on y remarque auffi trop
d'exaltation & d'enflure.
Les perfonnages font à- peu-près auffi nombreux
dans Catilina que dans Séjan. La Scène
où Catilina reçoit les fermens des Conjurés ,
& les fait boife tour- à- tour dans une coupe
enfanglantée , n'infpire pas la terreur , mais
l'horreur & le dégoût : cette Tragédie a pour-
-tant un vrai mérite ; les caractères connus de
Catilina , de Céfar , de Caron , de Cicéron ,
yfont bien deffinés , & le but de l'Ouvrage a
dû affurer fon fuccès chez un peuple jaloux
de fa liberté.
Nous avons remarqué avec plaifir dans la
vie de Ben-Jonhfon , d'abord qu'il trouva un
protecteur généreux , un ami dans Shakeſpéare
, fon maître & fon rival ; enfuite que
s'étant apperçu du déclin de fon génie , il eut
le bon efprit de renoncer à écrire , deux traits.
qui ne guériront pas beaucoup d'Écrivains des
tourmens de la jaloufie ni des inconvéniens de
l'orgueil.
La Marâtre ambitieufe , Tragédie de Nicolas
Rowe , a de grandes beautés. Artémiſe ,
feconde femme d'Arface , veut dépouiller Artaxercès
du droit de fuccéder à fon père , pour
en revêtir Artaban , fon propre fils ; les intrigués
de cette femme artificieuſe , & les idées
vindicatives & fanguinaires de Mirza, premier,
Miniftre d'Arface , amènent une foule d'événemens
tragiques dont la Scène Angloife s'accommode
fort bien, & qui feroient très dépla
cés fur la nôtre. Artaban monte fur le Trônes
DE FRANCE. 61
il n'oublie pas qu'Artémife eft fa mère ; mais
il la réduit à commander dans fon palais , fans
pouvoir troubler le repos de l'État. Les Traduc
teurs obfervent que cette Tragélie , repréfentée
en 1700 , a une grande conformité avec
la Tragédie de Roxelane & Muftapha , jouée
fur le Théâtre François en 1785. On pourroit
obferver avec plus de raifon que la Tragédie
de Rowe , jouée en 1700 , a une grande conformité
avec le Cofroës de Rotrou , repréfenté
en 1648 .
Le fujet de Jane Shore eft fimple & déchirant.
Édouard IV avoit enlevé Jane à fon
mari ; à la mort de ce Prince , Richard , Duc
de Glocefter , voulant ufurper la Couronne ,
chercha à gagner Lord Haftings , dont il connoiffoit
le crédit , & qui étoit amoureux de
Jane . Fidèle à Édouard , même après la mort ,
l'infortunée refufa de feconder les projets de
Richard. Lord Haftings fut condamné fur
une accufation de magie ; Jane le fut comine
adultère * . Rowe a trop négligé peut- être les
développemens du caractère de Richard ;,
mais il a tiré le plus grand parti de la rivalité
d'Alicie , maîtreffe d'Haftings , & de Jane
Shore. Il a donné à cette dernière les remords
les plus intéreffans. Le mari de Jane , qui ,
fous un nom fuppofé , vient au fecours de la
femme qui l'a outragé , préfente un perſon-
En Angleterre , les Loix défendoient alors
fous peine de la vie , d'accorder à une adultère l'afyle,
le pain & l'eau.
62
MERCURE
nage neuf, & dont nous ne connoillons de
modèle fur aucun Théâtre. Tour Paris vient
d'accorder des larmes à la doulet r d'une femme
à qui la perte de fon amant à ôté l'ufage
de la raifon ; mais ces larmes font ftériles. A
Londres , celles qu'arrache la deftinée de Jane
font éloignées de l'être. Quand on voit cette
malheureufe victime de la féduction , belle ,
fentible & dechirée de remords ; quand on
l'entend s'écrier avec l'accent affoibli d'une
défaillance totale : « Daignez m'accorder un
» morceau de pain & une goutte d'eau ; »
alors on fe retrace le caractère atroce du Duc
de Glocefter , qui fut depuis Richard III ; tous
les coeurs indignés fentent fe réveiller en eux
le fentiment de haine que la poftérité doit à
ce fcélérat couronné . Ah ! qu'il feroit à defirer
que chaque Scène Nationale repréſentât ainfi ·
des traits hiftoriques capables de rappeler à la
mémoire les crimes dès monftres qui ont
deshonoré le trône & l'humanité ; ce feroit
alors que le Théâtre concourroit utilement
avec l'Hiftoire au fupplice moral des tyrans .
L'intrigue des Événemens Imprévus eft
dans la manière Espagnole . Deux femmes qui
portent le nom de Conftantia donnent lieu à
des méprifes , à des enlèvemens , à des incidens
dont la fin eft un double mariage . Fletcher
& Beaumont , Auteurs de cet Ouvrage
& de plufieurs autres , étoient très - licencieux
dans leurs Écrits ; ils ont partagé entre - eux
leur gloire Littéraire à peu-près comme Brueys
& Palaprat.
DE FRANCE. 63
Le Prodige , ou la Femme Difcrette , par
Miftrill Cent Livre , a fourni à feu M. d'Hell le
fonds de l'Amant Jatoux. Miftriff Cent Livre ,
dont le nom eft Suzanna Fréeman , perdit
fon père en bas - âge , fut obligée de fuir à
douze ans le courroux d'une marâtre , devint
prefqu'auflitôt la proie d'un feducteur , ſe
maria à feize ans , devint veuve à dix-fept , fe
remaria bientôt , devint une feconde fois
veuve après dix- huit mois de mariage , travailla
pour le Théâtre , fe fit Comédienne , fe'
maria une troifième fois avec Jofeph Cent
Livre , Chefdes Cuifines de la Reine Anne,
& mourut à quarante- frois ans , généralement
eftimée & regrettée. Elle devoit tout à
fon génie, & rien à l'éducation .
Le Mari poffe à bout & le Voyage de
Londres , Comedie en cinq Actes , contient
deux intrigues. La premi re eft du fameux'
Comédien Colley Cilber. La feconde eft de
fir John Vanbrugh . Celle- ci n'eft qu'un amas
de caricatures miférables ; l'autre eft eftimable,
& le but moral en eft bon : elle gagneroit
à être ifolée.
Les Amans Généreux de Richard Steele, ne '
demanderoient pas un travail bien confidérable
pour être portés avec fuccès fur la Scène
Françoife. L'intrigue fent un peu le Roman ;.
mais l'intérêt effice ce défaut , que d'ailleurs il
eft pollible d'atténuer beaucoup . Steele eft un
des hommes les plus extraordinaires que l'Angleterre
ait produits. Il avoit l'e prit inquiet ,
remuant , fatyrique , & la plus grande infou64
MERCURE
t
ciance pour les affaires domeftiques . Voici un
trait qui le fera connoître. « Cherchant à cé-
» lébrer la fête de fa femme , il invità tous
*
fes amis ; mais au moment où ils alloient
» ſe rendre chez lui , arrivent des Huiffiers
» pour s'emparer de fa maifon. Ne voulant
» pas que leur afpect troublât la fête , & ne
" pouvant les congédier , il les engage à fe
» revêtir de fa livrée , & à le fervir pendant
» le repas ; ils y confentent. Steele ne fon-
" geant plus à ménager fes furveillans , fe
facha de leur mal -adreffe, & les menaça
» de les renvoyer . Un des Huiffiers , piqué
d'être traité comme un Laquais , fe fait
» connoître. Adifſon ſe lève , s'informe de la
dette , l'acquitte , & rentre pour prendre
» part aux faillies dont Steele égayoit fes
» convives à propos de cet événement. » On
croiroit ce trait volé au caractère de notre
joyeux Dufreny.
Cock
و ر
La feconde époque du Théâtre Anglois
contient le Marifoupçonneux , Comédie , pa
Benjamin Hoadley ; Médée , Tragédie , par
M. Glover , & fept Ouvrages du fameux David
Garrick, dont plufieurs étoient déjà connus
en France.
La Fille de quinze ans eſt une imitation de
la Parifienne , de Dancourt ; le Mariage
Clandeftin a été imité deux fois fans fuccès
fur nos Théâtres ; la première en 1768 , fous
le titre du Mariage caché ; la feconde en
1775 , fous fon premier titre. Garrick a fait
cet Ouvrage en fociété avec M. Colman , Les
DE FRANCE. 65
Valets Singes de leurs Maitres ont été accom >
modés pour un de nos Spectacles fubalternes ,
ils y font tombés. Le Valet Menteur eft une
Comédie d'intrigue, que M. Mercier a imitée
pour le Théâtre Italien , fous le titre de la
Demande Imprévue. Lilliput eft une critique
très-fine de l'influence des moeurs fur les événemens
publics. Il y a de la pompe , du fpectacle
, de la grace & des événemens intéreffans
dans Cymon , Paftorale Dramatique. Le
Bon Ton ou les Meurs du Temps , Comédie
très-morale , a pour but de prouver que la
diffipation & la dépravation des moeurs font
fuivies d'un long repentir. On fait que David
Garrick , plus renommé encore pour les ta
lens de Comédien que pour fon mérite Littéraire
, a été enterré dans l'Abbaye de Weſtminfter
, avec une pompe vraiment royale.
Le Mari foupçonneux , du Docteur Hoadley
, eft une très bonne Comédie. Le caractère
du mari eft comique & intéreſſant malgré
fes folies. Il ne feroit pas difficile de l'arranger
pour notre Théâtre , en élaguant les
perfonnages inutiles & en refpectant l'unité
de lieu.
La traduction de la Médée de M. Glover,
dont nous allons parler , eft l'Ouvrage de M.
de Saint- Amant. La Préface qui la précède ,
les notes qui la fuivent , le ftyle du Traducteur
annoncent un Littérateur très - éclairé &
un homme de goût. La Médée de M. Glover
eft la plus intéreffante de celles qu'on a portées
au Théâtre ; elle n'eft point noircie de
66
MERCURE
crimes avantle meurtre de fes enfans , elle le
commet dans le délire de la jaloufie , & comme
pouflée par une fatalité invincible. Toute
la Pièce eft penfée & écrite avec force ; la
Scène où Jafon apprend la deſtinée de fes fils ,
eft terrible & déchirante ; la rapidité du dialogue
ajoute encore à ſon effet ..
Nous pafferons très rapidement fur les
Pièces qui compofent la troifième époque. On
y lira avec intérêt Afrida , Tragédie fur le
modèle des Tragédies Grecques , par William.
Mafon ; c'eft l'aventure d'Edgar , Roi d'Angleterre
, avec la fille d'Orgar , Comte de
Devonshire. Ce fujet a fourni le fonds d'une
Comédie en France. Voilà comme la différence
des génies fait enviſager les chofes fous
des alpects différens.On feroit, avec de l'adreffe
& de l'art , une très-bonne Tragédie Lyrique
de Caractacus , Tragédie du même William
Mafon. La Nymphe des Chênes , Divertillement
dramatique , par le Général Burgoyne,
prouve qu'en Angleterre l'homme qui
fert l'Etat de fon fang, peut fe préfenter avec
honneur dans la carrière des Arts. On diftin
guera à cette époque deux Comédies de M.
Brindley Sheridan; les Rivaux & l'Ecole de la
Médifance , ainfi que deux autres Comédies
de Miftriff Cowley : la Belle Artficieuse , &
Qui préférera- t'elle ? Ily a trop peu de bouffonnerie
dans les Rivaux , mais l'intrigue eft.
attachante , & l'intérêt s'y joint fouvent au
comique des fituations . L'Ecole de la Médi
fance eft très- compliquée ; mais on ne peut
DE FRANCE. 67%
trop admirer dans fon Auteur la richeffe de
l'imagination , les reffources de l'eſprit , &
l'art d'enchaîner les fils de fon action . La
Scène où Charles Surface , après avoir diffipé
fon bien , vend à fon oncle Sir Oliver , qu'il
ne reconnoit point , & qu'il prend pour un
ufurier , la collection des portraits de fes
aieux , eft d'un comique propre à tous les
Théâtres. La Belle Artificieufe eft eftimable ,
principalement par les détails; le fonds eft peu
de chofe. Une jeune perfonne qui fait l'Agnès
en préſence de l'homme qu'elle doit époufer ,
parvient à lui infpirer fous le mafque , une
pallion très - vive toute l'action fe réduit à
cela. Nous aimons mieux la Comédie qui a
pour titre : Qui préférera-t'elle ? Un grand
Seigneur infolent , lâche , fat & faux , qui facrifie
tout à fes paffions ; un jeune homme
brave , loyal , fenfible & reconnoiffant ; une .
femme encore jeune , dupe un moment des
grandeurs & de la vanité , ramenée au bonheur
par l'amour , & qui préfère l'indigent
honnête au Lord méprifable : tels font les
principaux perfonnages de cette Pièce trèsgaie
, très - piquante & très originale. Le
douzième volume eft terminé par le Comte ,
de Narbonne , Tragédie de Robert Jephfon.
Le fujer eft un des plus tragiques que nous.
connoiflions. La marche de l'action eft fimple
, les incidens font bien amenés, & la ca ,
taftrophe où le Comte poignarde fa fille , en
croyant punir une maîtreffe inadelle , briferoit
le coeur le plus endurci.
2
65 MERCURE
Les éloges que nous avons donnés aux Ouvrages
dont on vient de lire les notices , font
plus relatifs à l'effet qu'ils produisent à Londres
, qu'à celui qu'ils pourroient produire à
Paris. Les Anglois ont leurs formes , ils les
aiment , ils les confervent parce qu'elles tiennent
à leur goût & à leur génie. Gardons les
nôtres , puifqu'elles nous conviennent ; mais
ne portons pas le ridicule jufqu'à vouloir foumettre
les productions de l'efprit & du
génie des Nations étrangères à notre compas
& à notre meſure. Nous ne pouvons mieux
appuyer ces réflexions que par les fuivantes:
elles font tirées du Difcours Préliminaire ,
imprimé par M. de la Place , à la tête de fon
Théâtre Anglois . « Indépendamment des loix .
générales prifes de la nature & de la raiſon ,
» qui font de tous les pays , il y a pour plaire
" ou toucher , des degrés & des nuances qui
» varient fuivant les différens caractères des
» Nations dont ils font en partie l'effence.
» Les coeurs de tous les peuples , quoique
» formés par la même main , n'ont pas tous
» le même uniffon ; & , par une conféquence
néceffaire , la vérité du fentiment n'eft pas
abſolument la même pour toutes les Na-
» tions. Ce qui fuffit pour attendrir l'une ,
» peut quelquefois à peine émouvoir l'autre.
» C'eft aux Auteurs à étudier & à faifir tous
» les points qui rempliffent cet intervalle.
Cette connoiffance doit être la règle de
» leurs productions.
"
و د
( Cet Article eft de M. de Charnois. )
DE FRANCE. 69
RECHERCHES Phyfiologiques & Philofophiques
fur lafenfibilité ou la vie animale ,
par M. de Seze , Docteur en Médecine de
l'Univerfité de Montpellier , Agrégé à la
Faculté de Bordeaux , de l'Académie des
Sciences de la même ville , &c. A Paris ,
chez Prault , Imprimeur du Roi , Quai des
Auguftins , à l'Immortalité. in - 8° . de
334 pages.
LA fenfibilité eft , fans contredit , de tous
les phénomènes de la Nature , le plus digne
d'occuper la penſée de l'homme , & le plus
capable même de l'étonner. Notre ame paroît
fe familiarifer en quelqué forte avec tous les
autres effets naturels , qui , pour n'être que
des réfultats variés des combinaifons de la
matière inanimée , n'en font peut- être guères
moins inconcevables . L'attraction & l'impulfion
échappent bien fans doute à la fagacité
de notre efprit , puifqu'elles font pour nous
des propriétés générales de cette matière ,
qu'il ne peut comparer à rien de ce qui eft.
Cependant , ces forces puiffantes , mais aveu
gles , en rapprochant ou en éloignant les
corps , n'établiffent entre- eux que des relations
de maffe & de pofition ; & à quelque
degré de rapprochement ou de diftance que
ces forces les placent , ils n'en reftent pas
moins ifolés & étrangers les uns aux autres ;
mais la fenfibilité nous lie intimement à tout
ce qui nous environne , elle étend notre exif70
MERCURE
>
tence , ou plutôt nous n'exiftons que par elle ,
puifqu'elle nous donne le fentiment de nousmêmes
& de ce qui n'eft point nous
qu'elle nous fait connoitre nos rapports , &
que par fon moyen chaque être animé devient
un centre où toute la Nature va fe
réunir. Auffi c'eft dans l'étude approfondie
de cette faculté de fentir que l'homme doit
Te chercher. Cette propriété qui diftingue les
êtres animés , doit , comme l'attraction , avoir
fes loix, c'est- à-dire , des déterminations conftantes
& générales , d'après lefquelles on peut
fixer jufqu'à un certain point les règles de nos
actions , & même celles de nos plaifirs . Soit
que le principe actif qui nous anime déploye
fon énergie contre les caufes intérieures qui
le bleffent , foit qu'il fe porte avec impétuofité
vers les objets extérieurs qui lui conviennent
, ou qu'il fe concentre pour le dérober
à leur action , il fuit toujours une marche
déterminée. Ainfi la Médecine & la morale
portent fur la même baſe ; l'une & l'autre
font fondées fur la connoiffance de nos affections
primitives , dont le développement
conftitue le fyftême phyſique & mors! de
T'homme. Si cette connoiffance nous montre
le but des mouvemens par lefquels notre
corps tend à rétablir fon organifation altérée ,
elle peur feule aufli nous donner la mefurt
du coeur humam , & nous mettre en état de
démêler le príncipe de nos actions extérieures
; de forte que les règles qu'on doit nous
preferire pour bien agir , comme pour nous
DE FRANCE. 71
bien porter , doivent être allorties à notre
organiſation , à notre manière de fentir , &
par confequent être tirées du même fonds.
Ainfi M. de Seze ne pouvoit pas choifir un
fujet plus important pour fon premier etlai ,
& fes Lecteurs conviendront fans peine qu'il
a fu ajouter à l'intérêt de la matière par l'élégance
de fon ftyle & la fineffe de fes penfees.
Il commence par examiner la vie animale en
général , & les differens fyftemes anciens &
modernes auxquels elle a donné lieu. Une
érudition très étendue ne produit point ici
fon effet ordinaire , qui eft de répandre des
ténèbres fur des ténèbres ; elle ne s'y fait fentir
que par le charme de la variété qui l'accompagne
néceffairement. M. de Seze n'admet
dans les plantes , de commun avec les
animaux , que cette combinaiſon d'élémens
qui , dans les uns & dans les autres, conftitue
la fibre. Il borne l'irritabilité ou la faculté de
fe contracter, à la fibre animale , & n'accorde
aux végétaux qu'un mouvement tonique , qu'il
eft fi difficile de diftinguer de l'irritabilité, qu'il
auroit bien fait de ne pas hafarder certe
diftinction. Une propriété qui , felon M. de
Seze , établit une ligne de féparation plus
marquée entre la plante & l'animal , c'eft la
fenfibilité. Il faut avouer encore que nous
manquons de moyens pour déterminer juf
qu'où peut s'étendre cette faculté ; les fignes
qui nous la font reconnoître font équivoques ;
& fi quelqu'un foutenoit que les plantes qui
s'agitent fous l'aiguillon qui les bleffe,ont des
72
MERGUR
perceptions , & qu'elles ne manquent que
d'organes pour les manifefters on ne voit pas
trop ce qu'on auroit à lui répondre.
M. de Seze penfe que le fentiment tient à
un principe indépendant de l'organiſation ; il
ne feroit pas éloigné de croire que ce principe
eft unefubftance étrangère au corps , quiunif
fant les propriétés d'un efprit pur aux propriétés
de la matière , peut cependant avoir,
fous uneforme matérielle , despropriétés dont
la matière ordinaire ne jouille pas. Il fuit
donc l'opinion de ceux qui admettent plufieurs
principes d'actions dans la machine humaine
, opinion oppofée à celle de Stahl ,
qui , voyant la liaiſon intime de nos affections
morales , avec l'état phyſique de nos organes ,
a cru que l'ame étoit l'unique mobile de
toutes nos fonctions. Ses adverfaires , pour
rendre fon opinion ridicule , lui font dire que
l'ame dirige fes fonctions par des actes d'une
volonté réfléchie , comme fi Stahl avoit pu
ignorer ou fu diffimuler qu'elle s'en acquittoit
tout auffi bien avant qu'elle eût une volonté
, & qu'elle fûr capable de réflexion.
C'eft comme fi on l'accufoit de dire que les
gens d'efprit favent mieux digérer que les
fots , qui réfléchiffent moins que les premiers.
L'opinion de Stahl , dont on a mal interprété
les idées , nous paroît la plus probable & la
plus sûre. Dans quel embarras ne fe jette- on
pas fi on fuppofe un double principe d'action
dans le corps ? On eft forcé , contre l'expérience
& contre l'irréfiftible témoignage du
Lentiment,
DE FRANCE. 73
fentiment , de foutenir que les paffions & les
rêves font étrangers à l'ame ; on ôte à l'homme
fon unité, & même fa moralité ; car que
peut-il y avoir de moral entre deux forces
oppofées ? Avec les termes d'homme double,
d'homme intérieur & d'homme extérieur , de
fens matériel & de fens moral , on confond
toutes les notions de la métaphyfique , & on
fait du fyfteme de l'homme un labyrinthe
inextricable.
Quoi qu'il en foit , M. de Seze, après avoir
expofe fes idées fur la nature du principe ac
tif qui anime nos organes , en développe l'in
fluence dans les différentes fonctions de la
vie , en commençant par celle qui nous la
donne. Il n'ofe point fe permettre de nouvelle
hypothèſe fur ce point de phyfiologie , em
voyant le fort des anciennes ; les forces intérieures
qu'a admifes M. de Buffon , pour arran
ger fes molécules organiques dans un ordre
toujours régulier , lui paroiffent avoir un caractère
trop femblable aux forces méchaniques
; de forte que s'il falloit admettre une
force occulte , il aimeroit mieux recourir à la
puillance plastique des anciens. M. de Seze
infifte principalement , & avec raifon , fur
l'activité de la matrice dans l'oeuvre de la génération
. Mais peut - être s'eft- il à cet égard
un peu trop livré aux idées de Van- helmont.
Ce Médecin , qui mêloit des rêveries aux
conceptions du génie , les exprimoit avec tant
d'énergie , qu'on eft tenté fouvent de prendre
fer expreffions à la lettre. Chaque partie
Nº . 32 , 12 Août 1786. – D
74
MERCURE
du corps lui paroît jouir d'une vie particulière
, avoir les goûts , fes pallions , fes caprices
, en un mot , être un animal
dans un autre
animal. Son énergie
redouble
lorsqu'il
peint les difpofitions
particulières
de la matrice.
Tout cela fignifie
feulement
que chaque
organe
, felon fa conftitution
, fait éprouver
au principe
fenfitif
des affections
plus ou
moins vives ; car de ce que l'oeil perçoit
la
lumière
, & l'oreille
les fons exclufivement
,
qui eft- ce qui conclura
que ces deux organes
font deux animaux
différens
? Et qui ne voit
que les diverfes
impreffions
dont ils font affectés
, vont fe confondre
dans cette unité
fenfitive
qui conftitue
le moi dans chaque
être vivant ? Le célèbre
Bordeu
avoit donné
trop d'importance
à ces idées de Van- helmont
; c'eft de lui qu'il avoit pris auffi fon idée
desforces ipigaftriques
, idée à laquelle
M. de
Seze donne pareillement
trop d'étendue
.
Toutes les autres fonctions par lesquelles
l'économie animale fe maintient & affure fa
durée , font des fonctions de la ſenſibilité ,
felon M. de Seze. Il les expofe avec une
clarté peu commune , & leur explication eft
accompagnée d'un grand nombre de vérités
de détail heureufement exprimées , qui rendent
fon Livre auffi inftructif qu'agréable. On
trouvera également des réflexions auffi profondes
que vraies dans le Chapitre qui traite
des fenfations & des paffions . Comme la fenfibilité
n'eſt point une qualité abfolue , &
qu'elle eft relative à la difpofition phyſique
C
DE FRANCE.
75
de nos organes , on fent que toutes les caufes
qui peuvent modifier celle- ci , doivent néceffairement
influer fur la fenfibilité , & lui donner
un caractère particulier. M. de Seze a
bien faifi & bien préfenté les modifications
progreffives que les differens âges lui impriment.
La fenfibilité de ce fexe , qui a tant de
pouvoir fur la nôtre , eft aufli préfentée dans
fon Ouvrage avec les traits qui la caractériſent
& la rendent intérellante. Enfin les effets de
cette cauſe d'autant plus puiffante qu'elle agit
fans ceffe fur nos organes , qui varie l'afpect
& la nature des végétaux , comme la forme &
l'inftinct des animaux , & qui prépare les
habitudes & le caractère des peuples ; en un
mot , de l'élément que nous refpirons , &
dans lequel nous fommes plongés , font développés
avec autant de favoir que de juftelle.
M. de Seze , perfuadé , d'après Van- helmont
, la Caze & Bordeu , que chaque organe
jouit d'une vie particulière , termine
fon Ouvrage par des confidérations fur celui
du cerveau , qui méritoit en effet un article à
part. Il convient lui - même que des trois
foyers où la fenfibilité réunit fes forces actiyes,
& d'où elle jette des radiations ignées
le cerveau eft leplus important. Si M. de Seze
n'avoit pas été fi prévenu en faveur des idées
de Van- helmont , il auroit dit que le cerveau
eft le centre unique de la fenfibilité . C'eft
Forgane des organes , il femble être le feul
vivant par fon effence ; il modère , il anime
Dij
76 MERCURE
ou ralentit l'action de tous les autres. C'eſt
dans cet organe que réfide le moi , & que
vont fe confondre les impreflions de tous les
fens. Sans lui nous n'aurions point le fentiment
de notre exiftence : femblables à ces
êtres imparfaits , tels que les végétaux , les
zoophites , & peut- être beaucoup d'espèces
d'infectes, qui, n'ayant point de centre de fenfibilité
diftinct, ne jouillent que d'une vie obfeure
& équivoque. En nous mettant en état
de comparer nos fenfations actuelles avec nos
fenfations paffées , il conftitue l'unité de notre
être ; tandis que los zoophites , & tout ce
qui leur reflemble , bornés à des impreffions
momentanées , fans pouvoir en tirer aucun
réfultat permanent , & exiftant dans chaque
point & dans chaque inftant , fans pouvoir
lier toutes ces exiftences , n'en ont, pour ainfi
dire , aucune. Le créateur ayant voulu
les
opérations les plus fpirituelles de notre ame
fuffent fubordonnées à la conftitution phyfique
du cerveau , on peut dire que c'eft de
cet organe que font émanés tous les prodiges
de la penfée. En effet, elle en fuit tous les
différens états ; facile & pure comme les
mouvemens de cet organe dans la fanté , elle
s'obfcurcit dans la maladie , s'égare dans le
délire , ou s'éclipfe dans le fommeil , pour
reprendre fon éclat & fa vivacité , lorfque le
cerveau revient à fa manière d'être accoutumée.
que
L'effet fenfible que les paffions vives font
éprouver dans la région de l'eftomac , eſt ce
DE FRANCE.
77
qui a féduit Van-helmont & ceux qui fuivent
fa doctrine. Mais avec un peu de réflexion il
eft ailé de voir que le fentiment pénible &
douloureux dont cette partie eft affectée
lorfque l'anie eft émue , n'eft qu'une impreffion
réfléchie du cerveau ; car la paflion la
plus impétueufe eft fondée fur un jugement
de l'ame vrai ou faux. Le voyageur furpris ,
qui pâlit & recule fubitement à l'afpect d'un
ferpent; & la femme qui s'évanouit en voyant
une fouris ou une araignée , ne font l'un &
l'autre affectés qu'en confequence d'un jugement
antérieur de l'ame ; & fi leur diaphrag
me , contracté fortement , gêne ou fufpend
leur refpiration , c'eft parce que leur cerveau
eft agité. C'eft ainfi que les maux de l'ame
prennent un caractère phyfique. La violence
de fes émotions fe communique à tous les
organes par les innombrables filets qui les
tiennent fous l'empire du cerveau ; elle va
retentir avec plus de force fur l'organe de la
refpiration ; mais dans ce défordre de l'ame ',
toutes les parties du corps font plus ou moins
froifices,
Il ne faut pas fe faire illufion fur la foi de
quelques expériences ifolées & équivoques ,
d'après lefquelles il fembleroit que le fenti
ment a lieu dans quelques parties qui n'ont
point de nerfs , & qui par conféquent font
indépendantes du cerveau. Il eft encore plus
évident que prefque toutes les parties du
corps ont vifiblement des nerfs , que la trame
de nos folides en eft pénétrée jufques dans la
Diij
-8 MERCURE
fubftance la plus dure des os . On a dit auffi ,
pour faire voir qu'on peut exifter fans cerveau
, que des hommes avoient vécu avec un
cerveau détruit ou réduit en eau . Cela prouve
qu'on peut vivre quelque temps avec un ceryeau
malade , comme avec un poumon ulcéré
; mais , excepté des foetus , qu'on peut
regarder comme affociés à la vie de leur
mère , on n'a vu nulle part des hommes fans
tête , bonne ou mauvaife , fi ce n'eft dans
Hiftoire Naturelle de Pline, & dans la Cité de
Dieu de S. Auguftin ; & ce n'eft pas la feule
choſe qui , dans ce monde , ne fe rencontre
que dans les Livres. Enfin la tête eft néceffaire
même aux imbécilles , qui paroiffent en faire
fi peu d'ufage. M. de Seze , pour appuyer
l'opinion où il eft , qu'on peut fentir indépendamment
du cerveau , rapporte une obfervation
de Diderot , contignée dans la Lettre
fur les Aveug es. L'Auteur de cette Lettre
dit qu'il lui eft arrivé , dans les agitations
» d'une paffion violente , d'éprouver un friffonnement
dans toute la main , de fentir
» l'impreffion des corps qu'il avoit touchés
» long-temps auparavant , s'y réveiller auffi
» vivement que s'ils euffent été préfens à
fon attouchement. » Ce fait ne nous paroît
point prouver que la fenfation dont il s'agit
fût ifolée dans la main de l'obfervateur. L'ame
fortement émue , pouvoit très bien alors rapporter
à cette partie une fenfation qu'elle
avoit reçue par fon entremife , puifque dans
des momens plus tranquilles elle rapporte
DE FRANCE. 79
fouvent le fentiment de la douleur à des mem-.
bres qui n'exiftent plus. D'ailleurs , Diderot
avoit bien mal pris fon temps pour faire fs
obfervations ; Minerve , dans un pareil moment,
jetteroit même un Philofophe dans Feau
pour le rendre à lui-même.
la
Les deux états les plus remarquables du
cerveau , celui de la veille & du fommeil , .&
les gradations par lefquelies cet organe palle
de l'un à l'autre , font peints par M. de Seze
d'une manière intérellante & vraie. Les caufes
qu'il affigne aux altérations du cerveau , ainfi
que les effets qui en réfultent , font très - bien
développés par ce Médecin , qui paroît avoir
vu & médité plus que pour l'ordinaire on n'a
fait à fon âge. Mais , encore un coup , il
mêle trop fouvent le centre phrénique à l'explication
des divers phénomènes. Il dit que
région de l'épigoftre concourt puiſſamment
aux travaux de l'efprit. Il eft certainement.
très- difficile d'entendre cela . Il eſt bien certain
qu'après des inéditations longues & pénibles
, l'épigaftre le trouve fatigué , mais
c'eft de la fatigue du cerveau , ne fût- ce que
par l'effet de ce rapport fympathique mani- .
fefte , qu'on fait être entre ces deux organes :
rapport qui les met en état de fe communiquer
leurs affections. Cet effet d'ailleurs peut
rapporter cette autre loi de la ſenſibilité ,
qui fait que lorfqu'elle fe concentre trop dans
un organe , elle manque plus ou moins aux
autres , dont les fonctions fouffrent alors néceffairement
de cette privation. C'eft préci
•
fe à
Div
80 MERCURE
•
fément la raifon très vraisemblable que M. de
Seze donne des phénomènes finguliers que
préfente la manie. Ceux qui font affectés de
cette maladie femblent avoir gagné en force
& en mouvement ce qu'ils ont perdu en fenfibilité.
Comme nos facultés font bornées
fans doute par la nature de notre organifation
, elles fe balancent , & le moindre défaut
d'équilibre, altère néceflairement l'exercice
de ces facultés. C'eft , comme le dit très bien
M. de Seze , la caufe principale des maladies
des Gens-de - Lettres & de tous ceux en qui
une trop longue contention d'efprit fixe les
forces vitales dans la tête. Nous ne croyons
pas cependant que l'action du cerveau, à quelque
degré d'intenfité qu'elle foit portée ,
puiffe nous repréfenter les événemens futurs.
A la vérité , Arétée & Cicéron difent que
certaines maladies donnent quelquefois la
faculté de prédire. Tous les Médecins s'accordent
à regarder ces prédictions comme un
figne faneſte ; fi on peut appeler prédictions
ces preffentimens vagues d'une ame profondément
affectée par le défordre organique
du corps ; preffentimens qui ne fe rapportent
guères qu'à l'iffue que doit avoir la maladie :
à cela près , il eft bien difficile de dire jufques
à quel point il faut être malte pour devenir
prophète...
L'Ouvrage de M. de Seze eft fi rempli
d'idées & de détails intéreflans , qu'il eft impollible
de les faire connoître dans les bornes ,
d'un extrait. On trouvera mieux fon compte
DE FRANCE. 88
dans l'Ouvrage même , que dans l'analyſe que
nous pourrions en faire. Le Public regardera,
comune un à- propos très- heureux l'hommage
que l'Auteur en fait à M. Dupaty. Un Ouvra
ge fur la Senfibilité ne pouvoit être plus convenablement
dédié qu'à un Magiftrat dont le
nom feul rappelle cet inftinct précieux qui
nous identifie avec nos femblables , fans fequel
la fociété ne feroit qu'une confédération
intéreffée , qui mène à la juſtice , & qui va
plus loin qu'elle.
LETTRES Philofophiques & Politiques fur
l'Hiftoire de l'Angleterre , depuis fon
orgine jufqu'à nos jours , traduires de
' Anglois , avec cette Epigraphe ; Ut non
* modo cafus eventufque rerum , qui plerumque
fortuitifunt . fed rat o etiam caufeque
nofcantur. Tacit. A Londres, & fe trouvent
à Paris , chez Regnault , Libraire , rue
S. Jacques , vis-a - vis la rue du Plâtre.
2 vol. in- 8 ° . Prix , 7 liv . to fols .
PARMI les Sciences cultivées en Angle
terre, l'Hiftoire a eu les plus brillans fuccès ,
& a produit les plus grands Ecrivains. Les
noms des Rapin - Thoyras , des Milton , des
Hume , des Robertfon , des Macaulay , des
Litletonfont , à jufte titre , célèbres par toute
FEurope. C'est à ce dernier Écrivain qu'on
doit les Lettres dont nous annonçons
duction . Elles ont eu un fuccès prodigieux en
Angleterre ; & depuis vingt ans environ que
la tras
Dv
82 MERCURE
la première Édition en a paru , il s'en eft fait
un grand nombre d'autres. La Gazette Litté
raire de l'Europe en fit l'éloge lorfqu'elles fe
répandirent dans le continent ; & l'on fait que
cette Gazette étoit dirigée par des Hommes,
de Lettres dont le goût étoit auffi sûr que les
connoiffances étendues.
Cer
Aujourd'hui même que l'Angleterre comp- .
te beaucoup d'Hiftoriens Nationaux , on regarde
ces Lettres comme le tableau le plus
philofophique des révolutions qui ont agité.
Ile. Marquer les changemens dans la
Conftitution , oblerver l'accroiffement des
Arts & des Sciences , peindre les moeurs , obferver
les altérations des Loix , indiquer les
pas que la Nation a faits vers la liberté ou l'efclavage
, lier perpétuellement les cauſes aux
effers voilà ce qui caractériſe une bonne
Hiftoire, & ce qu'on trouve dans ces Lettres.
On y voit
peu
de
batailles
, peu
de ces
grands
événemens du moment , très- petits aux yeux
du fage; mais en récompenfe , on fuit à la trace
les révolutions dans les moeurs , les loix , le
Gouvernement , les connoiffances , le commerce
de la Grande Bretagne ; & à l'inftruction
qu'on y puife , fe joint un vif intérêt que
fait naître la manière brillante de l'Auteur.
Ces Lettres tiennent véritablement le milieu
entre l'Hiftoire de Hume & celle de
Mme Macaulay. Lord Lytleton n'a ni l'enthoufiafime
exceffif du Républicaniſme qu'on
reproche à la dernière , & il n'a pas toujours
F'efprit courtifan de Hume. Il eft plus Philo
DE FRANCE. S3
fophe que l'une , plus patriote que l'autre , &
il a prefque toujours plus d'impartialité que
tous deux.
Le Lord Lytleton a un autre ayantage qui
le rend bien fupérieur à tous les Écrivains du
continent qui ont travaillé fur l'Hiftoire de
fon pays ; c'eft qu'il eft infiniment mieux i iftruit
qu'eux , parce qu'il a été à portée de puifer
dans desfources qui leur étoient inconnues.
Le Traducteur de ces Lettres intéreflantes
en développe le mérite dans une Préface , où
il envifage l'Hiftoire d'une manière tout-àfait
neuve & bien énergique. Il prévient qu'il
s'eft permis de corriger fouvent le texte. Le
Lord Lytleton penche vers l'aristocratie ;
fon Traducteur le réforme ou met en garde
les Lecteurs contre fes erreurs politiques. II
paroît avoir choifi principalement pour guide
Mme Macaulay, foit dans fes notes, foit dans
les Lettres qu'il a ajoutées à celles de Lord
Lytleton pour compléter cette Hiftoire de
puis 1763 jufqu'en 1784. Avec un pareil
guide , il n'a pu manquer de répandre une
grande énergie dans cet Ouvrage ; & c'eft auffi
fon principal caractère. Cette Hiftoire eft au
nombre des Livres claffiques en Angleterre :
elle mérite d'avoir ce rang parmi les nôtres ,
car nous n'avons rien qui en approche. Pour
donner une idée de cet Ouvrage , nous citerons
quelques morceaux de la cinquantequatrième
Lettre , qui concerne l'état de la
Littérature Angloife au commencement du
dix-huitième fiècle.
Dvj
34
MERCURE
"
--
Je ne vous ai rien dit jufqu'à préfent de
la Littérature Angloife à cette epoque memode
rable ; j'ai voulu tracer cet article feparément.
Quoique les Gens- de- Lettres fuffent pen encouragés
par les derniers Princes , jamais ils.
ne furent plus nombreux , plus eftimés ni plus
dignes de l'être. L'efprit philofophique , né .
au milieu des difcuflions du dernier fiècle ,
commençoit à fe répandre par- tout , & pénétroit
jufques dans la théologie. Alterbury
& Clarke fe diftinguoient fur tout dans cette
ference. Alterbury joignoir à une imagination
ardente , impétueufe , l'eloquence & les grâces
de la declamation . Il paffoit pour le premier
Qrateur de fon fiècle , & fes Sermons font
encore aujourd'hui regardés comme des chefd'oeuvres.
Dédaignant les charmes de l'éloquence
, Pauftère Clarke ne facrifioir qu'à la
dialectique. Il portoit dans la métaphyfique.
les rigoureufes démonftrations de la geométrie.
Cependant ni lui ni Cudworth, dont on
lit encore l'ingénieux Roman fur la métaphyfique
, n'égaloient le célèbre Locke , qui réforma
l'art de raifonner , le débarraffa de cet
jargon fcholaftique avec lequel on prouvoit t
les chofes les plus extravagantes : il apprit aux
hommes à ne plus fe payer de mots.
}
Le Lord Bolingbrock eut autfi quelque ré- ›
putation pour les recherches métaphyfiques.
Ses amis , fes créatures l'élevoient jufqu'aux
nues ; & tant qu'il n'écrivit point , le Public
erut volontiers à fon mérite ; mais en puDE
FRANCE. 85
bliant fes Ouvrages , il perdit dans l'opinion
publique....
Friend & Mead faifoient de leur côté faire
quelques pas à la Médecine vers la perfection
. Leur amitié fingulière eft encore plus
célèbre que les théories qu'ils publièrent ,,
quoiqu'elles fuffent profondes & elegantes ,
Mais dans un grand Homme , on aime plus,
l'ame que l'efprit , & les traits fublimes fe
gravent mieux dans la mémoire que les théoriesfublimes....
Congrève n'obtint pas de fon fiècle , pour
fes excellentes Comédies , toute la juſtice
qu'il méritoit ; mais la poftérité en dédommagea
fa mémoire , en le regardant comme
le Térence de l'Angleterre.
Citer le Spectateur , c'eft nommer Steele ,
qui en partagea la gloire avec Additfon . Ses
Comédies font élégantes , chaftes & pleines
de fel . Steele fut malheureux : il étoit prodi-,
gue ; & pour fournir à fes prodigalités , il
imagina mille projets , dont aucun ne réuffir.
Il eut , ainfi qu'Addiffon , un terrible antagoniſte
dans le Docteur Swift. On cite encore
ce dernier comme le Rabelais de l'Angleterre.
Swift n'en a pas toute la fineffe. Il est plus
fec , plus fatyrique. Ses phrafes font , comme
fes idées , nerveufes & concifes. Ce n'eft paslà
Rabelais.
D'autres Poëtes fe diftinguèrent encore à
cette époque. Prior , trop vanté par Voltaire ,
& qui imita trop les François ; Towe , qui
n'eft furpalle que par Shakespeare & Otway,
86 MERCURE
mais qui n'a pas leur moralité , en ayant fouvent
le pathétique & le fublime. Il faut encore
citer les Fables de Gay & le Poëme de
l'Hermite de Parnel . Le règne de la Poéfie
Angloife finit à Pope , c'eft dire qu'il finit
d'une manière brillante. Ses idées font grandes
, pleines de nerf; fon ftyle eft pur , harmonieux.
Pope a dit quelque part qu'il étoit
la dernière Mufe de l'Angleterre , & il a dit
vrai ; car depuis,à peine peut-on citer un feul
Poëte.
LES Dangers de la ville , ou Hiftoire
effrayante & morale d'Urfule , dite la
Payfanne pervertie , &c. publiée par l'Auteur
du Paysan perverti ; 4 vol . in- 12 , à
la Haie , & fe trouve à Paris chez la
Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques.
On fe fouvient encore du grand fuccès
du Payfan perverti. Une nature bien obfervée
& rendue avec énergie , la connoiffance
du coeur humain , & des caractères bien deffinés
: tel étoit le mérite de ce roman ; &
tel eft celui du nouvel ouvrage que nous annonçons,
& qui eft moins la fuire que le
complément du premier. Il y a même plufeurs
événemens de celui ci qui font partie
du précédent . Ainfi M.étif de la Bretonne
aura offert aux deux fexes un préſervatif
contre les differens dangers qui menacent
Fun & l'autre dans l'enceinte des grandes
DE FRANCE. 87
villes ; il aura fait voir par quels degrés infenfibles
, on peut arriver au comble de la
dépravation , & de -là tomber dans les plus
grands malheurs qui en font la fuite infeparable.
L'Héroïne du nouveau roman , Urfule ,
foeur du Payfan, montre de bonne heure un
penchant à la coquetterie. Des indifcrétions
d'abord , bientôt des imprudences , puis des
fautes , enfin des excès la conduifent au der
nier degré du plus honteux aviliffement. C'eft
la nature dans toute fa dégradation phyfique
& morale ; car l'Auteur a voulu montrer le
vice également puni par la honte & la douleur.
Les tableaux qu'il en a tracés avec fon
énergie ordinaire , impriment à l'ame la plus
profonde terreur.
Lorfqu'Urfule a tout perdu , il lui reſte
encore le courage de rougir d'elle - même , de
fe réfugier dans un des afyles publics ouverts
à l'indigence , d'expier fes égaremens par les
remords & les auftérités ; & elle parvient
jufqu'à époufer un jeune Marquis , l'auteur
de fa première faute , qui , en réparation , fe
fait un devoir de venir lui offrir la main.
Quoiqu'Urfule ait beaucoup fouffert des
fuites de fes défordres , fi le roman fe terminoit
là , l'Auteur n'auroit pas cru avoir rempli
fon but moral . Le dénouement qu'il a
imaginé achève le châtiment du vice. Le
Frère d'Urfule, mal- inftruit , ignorant la pureté
des noeuds qui l'uniffent au Marquis
88 MERCURE
emporté par un reflentiment qu'il croit légi
me , finit par aflatliner fa foeur.
Bien que le but principal de M. Rétifde
la Bretonne ait éte de préfenter le tableau
effrayant du vice , & du vice puni , il s'eft.
pourtant ménagé quelques contraftes qui
repofent de temps- en-temps l'ame du lecteur ;
telles font les lettres de Fanchon , belle- four
d'Urfule , qui font pleines d'aménité & de
candeur.
On fait que l'Auteur de cet Ouvrage ne
peint pas toujours une nature bien choisie ,
& qu'il abufe fouvent de l'originalité de fon
talent . Des termes nouveaux , une nouvelle
orthographe , dont on ne devine pas même le
fyftême , arrêtent fouvent le lecteur. Mais ,
dans l'humanité , il y a tels défauts qui tiennent
à telles qualités ; & il faut permettre à
M. Rétif de la Bretonne de fe livrer à quel
ques accès de bizarrerie , pour conferver fa
phyfionomie originale , & cette vigueur de
pinceau qui diftingue toutes fes productions.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
IE
E Samedi 29 Juillet , on a repréfenté ,
pour la première fois, ie Mariage d'Antonio ,
DE FRANCE. 89
Divertiffement en un Acte & en profe mêlée
d'ariettes.
Tous ceux qui ont vu repréſenter Richard-
Caur-de-Lion , favent qu'Antonio eft un
jeune garçon que Blondel le Meneftrel a
pris pour guide , quand il a feint d'être
aveugle pour chercher fon bon Maître fans
éveiller les foupçons. La million d'Antonio
eft remplie ; le Roi eft retrouvé , il eſt
libre , tant par les foins de Blondel , que
par ceux de la Princeffe Marguerite , fon
amante. Le jeune garçon retourne à fon village
pour affifter aux noces de fon frère Antoine
, qui va époufer Thérèſe , le jour même
que fon grand- père & fa grand -mère vont ,
après cinquante ans , renouveler leur mariage.
Antonio voudroit bien que ce même jour le
vit unir à la petite Colette , qu'il aime , &
dont il eft aimé , mais l'extrême jeuneffe des
deux amans eft un obſtacle à leur hymen , &
la mère de Colette n'y veut point confentir.
Antonio fe défefpère ; un Page envoyé par le
Chevalier Blondel , lui apporte , en fon nom
& de la part du Roi & de la Princeffe , trois
bourfes d'or , pour le récompenfer de fes
peines & de fa fidélité ; le jeune amant les
accepte triftement , & en difpofe en faveur
de l'Amitié , de l'Amour & de la Nature : il
en donne une à fon frère , une à Colette &
l'autre à fon grand père. Ce trait de déſintéreffèment
émeut tous les coeurs : on fe réunit
auprès de la mère de Colette , qui s'attendrit ,
& confent enfin au mariage des deux enfans
90 MERCURE
L'Auteur de cet Ouvrage eft Mme de Beaunoir.
Ce n'est qu'une bagatelle , dont l'efprit
& la grace font tous les frais. Il eſt évident
qu'il a dû le jour au feul defir de donner à une
jeune Virtuofe le moyen d'effayer fes talens
fous les yeux du Public : au moins cette intention
nous paroît- elle fuffifamment démontrée
par le titre modefte de Divertiffement que
Mme de Beaunoir a donné à fa Pièce . D'après
cela , toute obfervation devient inutile.
N
·
La mufique eft de Mlle Lucile Grétry , âgée
de treize ans , & fille du célèbre M. Grétry.
Le jour de la première repréſentation du
mariage d'Antonio , on a imprimé dans le
Journal de Paris une Lettre de cet aimable
Compofiteur , dont il nous femble néceffaire
de dire quelque chofe. Après avoir annoncé
que la mufique de la nouvelle Pièce eft de fa
fille , M. Grétry ajoute : Je dois dire qu'ayant
» elle -même compofé tous les chants avec
» leur baffe & un léger accompagnement de
harpe , j'ai écrit la partition , qu'elle n'étoit
» pas en état de faire. Les morceaux d'enfemble
ont été rectifiés par moi ; cette
compofition exigeant une connoiffance du
Théâtre que je ferois bien fâché qu'elle eût
acquife.
"
k
"
20
ود
Cette déclaration annonce la franchiſe d'un
homme à talent , d'un homme incapable de
chercher à en impofer au Public par les reffources
de l'adreffe & du charlatanifme : elle
laiffe appercevoir d'ailleurs ce que l'on doit
d'encouragemens & d'éloges à Mlle Grétry.Son
DE FRANCE. 94
chant eft facile & pur, il y a de la grace & de la
fineffe : on doit fur - tout y remarquer une
manière de phrafer qui annonce autant d'intelligence
que de goût ; & ils ne faut pas douter
que de fi heureufes difpofitions ne fe développent
très -heureufement fous l'oeil d'un
père fenfible & éclairé. Les accompagnemens
ont tout l'éclat qu'ils doivent avoir pour foutenir
le chant ; mais jamais ils ne lui peuvent
nuire: ils font au contraire ménagés avec tant
d'art , qu'ils le rendent plus brillant fans altérer
fa pureté. A cette attention on reconnoît
le tact d'un homme familier avec toutes les
délicateffes de l'Art & la tendre follicitude
d'un père. Revenons à la Lettre.
«Si fes chants font quelquefois déclamés
» avec vérité , cela provient fans doute de la
» manière dont je l'inftruis..... Lorfqu'elle
"
و د
m'apporte un morceau que je juge n'être
» pas faili muficalement dans le fens des
paroles , je ne lui dis pas : votre chant eft
» mauvais ; mais , voici ce que vous avez exprimé
. Alors je chante fon air fur des paroles
que j'y crois analogues , & je donne
» une vérité d'expreffion à ce qui n'étoit que
❞ vague ou à contre-fens. »
و ر
و د
M. Grétry a bien raifon de regarder cette
méthode d'éducation comme la meilleure
elle éclaire l'amour- propre au-lieu de l'humilier
, elle eſt encourageante , elle ne peut
que hâter les progrès d'un Élève dans la connoiffance
de l'Art , de la vérité & de l'expreffion
. Il feroit à defirer qu'elle pût être adoptée
92 MERCURE
par tous les Maîtres ; mais il faudroit pour
cela que les notions méchaniques du métier
fullent foutenues par beaucoup d'efprit , de
fineffe , de goût & de raifon , qualites rares
chez les Inſtituteurs de tout genre : peutêtre
devons-nous ajouter que la tendreffe paternelle
peut feule donner la patience inébranlable
qu'exigent les détails d'une pareille
éducation.
ANNONCES ET NOTICES,
QUESTION fur un point d'Economie Ruftique qui
tient à l'Agriculture générale : Peut- on nourrir les
chevaux d'une manière plus économique & plus faina
qu'or ne le fait ordinairement ? Genève , 1785 ; &
fe trave à Paris , chez Cuflac , Libraire , rue &
carrefour Saint Benoît.
Dans cette Brochure de 32 pages , l'Auteur rend
compte de fes propres expériences , & s'en étaye
pour propofer deux changemens utiles à l'Agricul
ture & à la nourriture des chevaux, Il prouve trèsbien
le bénéfice confidérable qu'il y auroit à con
vertir un terrein de prés ordinaire en terreins à bleds ,
en compofant de paille à peu près la moitié de la
nourriture du cheval. Après avoir établi les incouvéniens
de la méthode actuelle , il expofe la fienne ,
qui confifte dans un mélange de douze livres de
foin haché , de dix livres de paille auffi hachée , de
fix livres d'avoine & d'une livre & demie de fon ,
lequel divifé en trois repas , feroit chaque jour la
nourriture d'un cheval. La réforme qu'indique enfaite
l'Auteur fur la forme des écuries n'eft pas
DE FRANCE. 93
moins judicieufe que fes premières obfervations , &
fon Écrit fera lu avec beaucoup de fruit par les Agriculteurs
tentés de s'éclairer fur cette branche de
l'Économie Rurale.
NOUVELLES Obfervations fur l'Édit portant
eréation des Confervateurs des Hypothèques , &
abrogation des Décrets volontaires . Donné à Verfailles
au mois de Juin 1771. On y a joint à la fin
un Recueil des Edits , Déclarations & Arrêts fur la
même matière , in- 12 de 500 pages. Prix - 2 liv.
10 fols broché. A Paris , chez Knapen & fils , Imprimeur
Libraires, au bas du Pont Saint Michel.
L'HEROINE Américaine , Pantomime en trois
Actes , par M. Arnould , repréfentée pour la première
fois fur le Théâtre de l'Ambigu-Comique à la
Foire Saint- Germain , le 16 Mars 1786. Prix ,
12 fols . A Paris , chez Guillot , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cette intéreffante Pantomime jouit d'un fuccès
foutenu.
L'ART de prolonger la vie & de conferver a
fanté , oo Traité d'Hygienne, par M. Preflavin ,
Gradué de l'Univerfité de Paris , Membre du Collége
Royal de Chirurgie de Lyon , & ancien Démonftrateur
en matière Médico - Chirurgicale , in-8° .
Prix , 4 liv. broché , s liv . relié. A Lyon , chez J. S.
Grabit , Libraire , rue Mercière ; & fe trouve à
Paris , chez Cuchet , Libraire , rue & hôtel Serpente.
La Médecine préfervative a toujours été moins
conjecturale que la Médecine curative . Il n'eft
comme dit l'Auteur de cet Ouvrage , qu'une manière
d'être en parfaite (anté , il en eft mille d'être malade.
On ne trouvera dans cet Ecrit aucun fyltême
94 MERCURE
dangereux ; il eft rédigé d'après des principes reconnus.
EPITRE fur la Mort du Prince Maximilien-
Jules- Léopola de Brunswick. Prix , 18 fols , in- 4 .
A Meaux , de l'Imprimerie d'Auguftin - Ponce Courtois
, & le trouve chez Charles , Libraire ; & à
Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint Jacques ; la
Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques ;
Bailly , Libraire , rue Saint Honoré ; Hardouin , Libraire
, au Palais Royal.
GALERIE Hiftorique Univerfelle , par M. de
P ** . Prix , 3 liv . 12 fols . A Paris , chez Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins. A Valenciennes
, chez Giard , & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
Ce troisième Cahier contient les Portraits de
d'Alembert, de Charles XII , de Cromwel, de
Démosthène , de Léon X, de Mengs , de Ruyter &
de Mine de Sevigné."
DEMONSTRATION de la Commenfurabilité de
la Diagonale, & de fun rapport exact avec le côté
du Quarré, par René Alexandre , deuxième du
noin , Marquis de Culant , Meftre- de - Camp de
Dragons . Bochure de huir pages. A Cologne ; &
fe trouve à Paris , chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés.
HYMNES du nouveau Bréviaire de Paris , traduites
en vers François . Prix , 3 liv . relié. A Paris ,
chez Vente , Libraire , rue des Anglois , & Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins.
DESCRIPTION & ufage du Refpirateur antiDE
FRANCE.
95
méphitique , imaginé par feu M. Pilatre de Rozier,
avec un Précis des Expériences faites par ce Phyfi
cien fur le méphitifme des foſſes d'aifance , des cuves
à bière, &c. , par M. de Laulnaye , Brochure de
32 pages. A Paris , chez Laurent , Libraire , rue de
Tournon ; Defenne , Libraire , arcades du Palais
Royal, no . 216 , & le trouve au Lycée , & chez
Cloufier.
A
NINA, ou la Folle par Amour , Comédie en un
Acte & en profe mêlée d'Ariettes ; par M. M. D. V.
Mufique de M. Dalayrac , repréſentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , le 15 Mai 1786. Prix , 1 liv . 4 fols . A Paris ,
chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , près la
Comédie Italienne .
Cette Pièce jouit encore du plus brillant fuccès.
Le fujet en eft intéreffant ; la fituation étoit difficile
à foutenir long temps au Théâtre avec fuccès ,
& ceft un motif d'éloge pour l'Auteur , qui eft
connu par d'autres productions cftimables.
METAPHYSIQUE de la Langue Françoife , ou
Développement des Principes fur lesquels eft établie
la contexture de cette Langue , à l'ulage des Inftituteurs
& des Pères de famille , par M. Fauleau . Prix ,
div. broché , in- 8 ° . A Paris , chez l'Auteur ,
du gros Chenet , au coin de la rue de Cléry
n°. 2 .. Méquignon le jeune , rue de Richelieu-
Sorbonne , au coin de la rue de la Harpe.
rue
?
NUMEROS 6 , 7 & 8 du Journal de Violon ,
dédié aux Amateurs , pour deux Violons ou Violoncelles
, compofé des Airs les plus nouveaux . Tout le
Chant eft dans le premier Deffus. Chaque Cahier
de huit pages le vend féparément 2 liv. Abonnement
pour douze Cahiers 15 & 18 liv. A Paris , chez
96 MERCURE
M. Bernel l'aîné , Profeffeur de Mufique & de Violon,
rue Tiquetonne , nº . 10.
-
OUVERTURE de la Dot pour le Forte- Piano ,
Violon ad libitum , par M. C. Fodor, Prix , 2 liv.
8 fols. Cinquième Pot-pourri pour le Forte-
Piano , par le même. Prix , 2 liv . 8 fols . Première
Symphonie concertante pour Clarinette & Baffon
, avec Violons , Alto , Buffe , Cors & Haut-
Bois , exécutée au Concert Spirituel par M. Ozy ,
Muficien ordinaire du Roi. OEuvre V. Prix , 6 liv.
-
Troisieme Concerto de Baffon , exécuté au Concert
Spirituel , & compofé par le même , Cavre VI.
Prix, 4 liv. 4 fols . A Paris , chez M. Boyer, rue de
Richelieu , à la Clef d'or , paffage du Café de Foy ,
& Mme Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or.
TABLE.
L'Horoſcope accompli , 49 | Philoſophiques fur la Sen-
Le Billet ou l'Art d'Ecrire ,
Conte ,
69 fibilité ,
so Lettres Philofophiques & Po-
Iniquesfur l'Hiftoire de
l'Angleterre,
Charade, Enigme & Logo
gryphe , 53
Traduction du Théâtre An Les Dangers de la ville ,
glois , 56 Comédie Italienne
Recherches Phyfiologiques &\ Annonces & Norices ,
APPROBATIQ N.
81
86
88
92
Þar lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Août 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui prife en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 11 Août 1936. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
LE COUCOU ET LA FAUVETTE ,
Fable.
AIMABLE Philofophe , ô fage La Fontaine ,
Je reviens chaque jour à ton Livre enchanteur.
Combien je l'aime! & comme il parle au coeur !"
Ta naïve éloquence & me touche & m'entraîne.
Chez toi les animaux nous font, de vrais fermons :
Leur morale eft auftère , & point du tout lauvage;
Pour nous faire aimer fes leçons ,
[
La Sageffe , fans doute , emprunta ton langage.
Parmi les animaux & les oifeaux divers
Qui nous inftruifent dans tes vers ,
Je cherche le Coucou ; mais ta plume difcrette,
Ne dit mot de fes airs, de fon humeur coquette ;
No. 32 , 19 Août 1786 .
*E
MERCURE
1
En nous parlant de ce perfide oifeau,
Aurois- tu craint d'être un peu trop févère ?
En nous peignant fes moeurs , fon affreux caractère,
Aurois- tu craint de fouiller ton pinceau? Do
Si j'avois un rayon de ton divin génie ,
Je dirois : écoutez , ô Citadins railleurs ,
"
Je veux vous faire , au moins une fois en ma vie,
Une leçon utile pour vos moeurs.b
DANS une plaine & riante & féconde ,
Dans le fein des plaiſirs & de l'oifiveté ,
Un Coucou fe donnoit tous les airs du beau monde.
Sa devife chérie étoit la liberté.
Il étoit lefte , vif & d'un très-beau plumage :
Il éclipfoit les oifeaux d'alentour ;
Dans le verger , dans le bocage do dar
Sans ceffe allant , venant , il chantoit tout le jour.
Son humeur enjouée , & galante & volage ,
Troubloit fouvent les plus tendres amours ;
Il portoit la difcorde au fein d'un bon ménage ,
Et s'applaudiffoit de les tours.
Il n'étoit rien qu'un parfait hypocrite ;
Il railloit les époux & leur chafte lien ;
C'étoit un agréable , un charmant Sybarite ;
Toujours l'air amoureux , au fond il n'aimoit rien.
Un jour , las de chanter dans le coin d'un bois fombre,
Il voit une Fauverte ; elle couvoit à l'ombre.
Sur un jeune arbriffeau fon nid étoit placé ,
Bien tapiffé de mouſſe & bien entrelacé¡
DE FRANCE.
A la douce Fauvette , à la tendre couveafe , G
D'un air de petit maître & d'un ton cajoleur , A
C'eft ainfi que parla le galant perfiffleur :
Vous êtes- là , ma divine chanteufe !
Eh quei ! l'on n'entend plus vos accords raviffans ?
Dans la faifon d'aimer , dans la faifon de plaire ,
Vous ſuſpendez vos plaifirs & vos chants ,
Vous devenez tout- à- coup folitaire ? rant
Dans la retraite , au fond d'un bois ,
Faut-il ainfi triftement ſe mørfondre?
Sous le joug de l'Hymen , fous fes auftères loir ,
Faut -il daus le bel âge & s'ennuyer & pondre ?
Ah! que Vous êtes bonne ! hélas ! je le vois bien ,
Les doux noeuds de l'amour , le tendre nom de mère,
Tout cela vous féduit. Vous vous trompez ,
zma chère ;
Vive la liberté! tout le refte n'eft rien.
དེ་ ན
Un jour vous fentirez tout le poids de vos chaînes.
Le temps , le temps encore augmentera vos peines.
Que je vous plains ! hélas ! qu'allez - vous devenir
Quand il faudra veiller , quand il faudra nourris
Cette nombreufe & gourmande couvée ?
Ah ! vous ne favez pas quelle eft cette corvée!
D'ennuis & de fatigue il vous faudra périr. has fr
Quittez ce nid , fi vous voulez me croire ;
Venez dans ces bofquets , dans ces vergers fleuris :
Vous chanterez l'amour ; les oiſeaux réunis
Célébreront vos plaifirs , votre gloire.
Avant de terminer fon diſcours indécent ,
Eit
100 MERCURE
Le beau parieur fit encor le plaifant.
De la fenfible tourterelle
Il railla la conftance & le ton langoureux ;
De la plaintive Philomèle
Il perfiffla les accens douloureux .
La Fauvette à la fin fut laffe de l'entendre ;
Elle fut lui répondre , & fans beaucoup d'humeur :
Elle a le corur fi bon ! elle a l'ame fi tendre !
Malheureux , lui dit- elle , ah ! quelle eſt ton erreur !
Quoi ! ton coeur ne connoît amitié ní tendreffe ;
Et tu veux des plaifirs , tu parles de bonheur !
Le bonheur en eft - il fans amour , fans lagefle ?
Aux plus doux fentimens , quoi ! tu fermes ton coeur!
Être ifolé dans la Nature ,
De l'Amour , de l'Hymen troublant la douce loi ;
Volage , ingrat , infidèle , parjure , ...
Tu fais tous nos malheurs , & ne vis que pour toi
Retourne à tes plaifirs , va , fuis , & laiffe-moi
Goûter dans ces beaux lieux une volupté pure.
Garde pour toi ta fauffe liberté ;
Mon coeur eft fatisfait de fa félicité.
Bientôt , bientôt j'irai voltiger dans la plaine ;
Autour de moi j'aurai tous mes enfans .
Oh ! mes enfans ! je ferai votre Reine.
Vos chants joyeux charmeront mes vieux ans ;
Et toi , pour prix d'une oifive jeuneſſe ,
Sans parens , fans amis , dans l'arrière-faifon ,
Tu languiras dans un trifte abandon ,
DE FRANCE. 101
Et les remords troubleront ta vieilleffe.
Tu gémiras en vain , &, victime du fort,
Tu mourras ; mais n'attends pas que l'on donne
Des regrets à tes maux , ni des pleurs à ta mort.
Ton trépas defiré n'affligera perfonne.
( Par M. Lamarque de Sort de Saint- Séver
Cap , de Gascogne. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Poiffon ; celui
de l'Enigme eft les Notes de Mufique ; celui
du Logogryphe eft Apothicaire , où l'on
trouve carpe , arche , Io , Troie , air ( un
vaſe , l'anagramme d'Hyppocrate ) , chat , arc ,
or , Pó , patrie , chair , art , cor , pie , riche ,
tore , port , poire , char ou chariot, porc.
CHARA DE.
Mon premier fe repaît de Bergers & de Kois ;
Mon fecond tous les ans ne fleurit qu'une fois ;
Et mon tout vient fouvent d'amour & de fes loix.
(Par M. le Chevalier de Meude- Monpas . )
>
E j
102 MERCURE
ENIG ME.
DE la chair des mortels nos cinq bouches font
pleines ,
Et nous en jouiffons en hiver à fouhait }
Si nous perdons un frère , alors chacun nous hait ,
Et nous jette en un coin au rang des chofes vaines ;
Sans cela nous faifons , par l'ordre des humains ,
Prefque tout ce qu'ils font avec leurs propres mains.
(Par M. G.... l'aîné , du Bas- Nivernois. )
LOGOGRYPHE.
Nous femmes , cher Lecteur , d'un genre fort
#odaccomique ; al in cap olmasa
Chacun de nous , avec un corps étique
Par divers mouvemens annonce la gaîté ,
Le mot pour rire & la frivolité.
Toutefois , douze pieds compofent notre enfemble ;
Veux-tu nous deviner , cherche , fi bon te femble.
Nous préfentons d'abord à ton oeil curieux
Le rival fortuné du Forgeron des Dieux ;
Le noir féjour de tout efprit immcnde ;
Un gouffre ardent ; un habitant de l'onde ;
Ce que jeune Beauté d'un voile féduifant
Sait cacher avec art aux yeux de fon amant ;
Ce qui forme le fiècle , & ce qui fait l'année ;
DE 1193
FRANCE
Du peuple Juif la ville révérée ;
Le cher & tendre objet qui te donna le jour;
L'empire du trident ; le joli mois d'amour ;
D'un fameux impofteur le Diſciple & l'Apôtre ;
Ce qu'un demi-favant croit avoir plus qu'un autre
Le préfent le plus beau de la Divinité ;
Up phénix à la Cour ; ce qu'y cherche un Abbé ;
Un métal précieux aux champs comme à la ville ;
Un autre plus comman , & non pas moins utile ;
L'arbitre de nos maux comme de nos fuccès ;
Ce qui fuit devant nous ; deux noms chers aux
François ;
Un mets : un fruit d hiver , l'écueil inévitable
Qui fait la peur des Grands , & l'effroi du coupable ;
Ce dont un malheureux fe fert avec effort ;
Ce qu'un Auteur met rarement d'accord ;
Le bon humain qui fit le premier coche ;
Ce que fouvent tu portes à ta poche ;
Autrefois dans la Grèce un Sage refpecté ,
( Dieu veuille t'accorder fes jours & la fanté! )
Une rivière enfin , & trois villes de France.
Pour nous connoître à fond , c'en eft, affez , je penſe.
Adieu, Lecteur , fans compliment ;
Reço is nos voeux : bon jour , bon an,
E iv
(104 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE BONHEUR dans les Campagnes.
C'eft la Cour qu'on doit fuir , c'eſt aux champs qu'il
faut vivre. VOLT. Epure fur l'Agricult.
A Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins , 1785.
J'AI vu les maux des campagnes , & j'en ai
' cherché les remèdes , dit l'Auteur. Voilà en
deux mots le but & le plan de cet Ouvrage ;
c'en eft auffi toute la Préface & toute l'Introduction
, & c'eft ainfi qu'on ne devroit dire
que ce qu'on a véritablement à dire,
و د
33
Les principales caufes de la misère des campagnes
font à la Cour & dans la Capitale.
L'exc's du luxe , l'abus du pouvoir , la négligence
de ceux que le Gouvernement
prépofe pour adminiftrer les Provinces ; la
» manière inégale , arbitraire , injuſte , dont
les impofitions font réparties , & l'extrême
» dureté avec laquelle fouvent elles font
çues ; les corvées , & les pertes qu'elles en-
» traînent : voilà les principes de la misère
» des campagnes.
ود
و ر
92
per-
« L'État s'obère , dit l'Auteur , parce que
les diftinctions , les honneurs ne fuffifent
plus pour marquer la faveur , pour récomDE
FRANCE. 105
29
و د
}
penfer les fervices réels ou prétendus. Il
faut que le trefor public foit ouvert aux favoris
, & double ou triple les émolumens
des places. Ces places , quoique les penfions
, les gratifications fortes s'y joignent ,
font loin de fuffire aux dépenfes qu'elles
entraînent; on veut pourtant fournir aux
" frais énormes de la repréfentation , &
• même au defir de la rendre chaque jour
plus magnifique encore . Par quels moyens
y parvient on ? Les larmes du créancier
trompé , les cris de l'ouvrier qui ne reçoit
pas fon falaire , les plaintes des fubalternes
qui regrettent leurs préfens , &c. &c . peu-
❞ vent nous en inftruire. »
"
4
t
Il n'eft plus d'équilibre entre les revenus
& les dépenfes ; toutes les fituations font forcées
; & , pour les foutenir , tous les moyens
font extrêmes ou honteux. Les plus grands
Seigneurs eux- mêmes n'ont plus affez de richeffes....
Les reffources épuifées , on en
cherche de nouvelles , & c'eft toujours le
peuple qui les fournit . Toujours preffé par
la dépenſe
on eft dans l'impoflibilité
d'avoir égard à fa fituation , aux circonftan-
» ces & à fes befoins. "
و ر
ور
و د
ود
Y
Le vice général , c'eft l'union de la prodigalité
fans retenue , avec la cupidité fans bornes.
L'argent eft devenu le prix de tout. Pour
de l'argent , il n'eft rien qu'on ne vende ; avec
de l'argent , il n'eft rien qu'on n'achette .
Après une énumération effrayante des
abus, des excès , des défordres du luxe , elu
Ev
106 MERCURE
bien ! s'écrie l'Auteur avec confiance , que le
Roi dife: je ne veux plus qu'ils fe commettent;
ils ne fe commettront plus. Il eft une fimplicité
noble , une économie fage , qui s'allient
avec la majefté du Trône ; & cette majesté
même , pourquoi veut- on la faire dépendre
de la pompe & de la magnificence ? L'Auteur
ne pouffe pas cependant la févérité de fa doc
trine jufqu'à interdire aux Rois ce qu'il appelle
les décorations néceffaires du Trône ; mais ,
ajoute-t'il , qu'ils n'en laiffent pas approcher
la profufion . " Ah ! fi les Rois favoient com
» bien la ftérile gloire de briller à leurs fêres
» caufe de trouble , fait répandre de larmes ,
» ôte la poffibilité d'être généreux & humain ,
"
ils arrêteroient cette émulation de dépenſe
» d'autant plus ruineufe , qu'elle fe porte fur
» de plus frivoles objets. »
Les remèdes généraux que l'Auteur propofe
, font donc d'abord que le Souverain témoigne
de l'indifférence & même du mépris
pour le fafte & le luxe ; qu'il choififfe pour
l'adminiftration , foit de l'État entier , foit des
différentes Provinces , les hommes les plus
incorruptibles , les plis vertueux , les plus
éclairés, que les Commandans de Provinces
les Intendans & les Évêques fentent la néceffité
d'habiter les pays qu'ils font chargés de
conduire , d'éclairer & de régir.
Une des fources les plus fecondes & des
caufes les plus puiffantes du bonheur des campagnes
, feroit , felon l'Auteur , l'établiffementdes
États Provinciaux : le feud féjour des
DE FRANCE.
£07
elles Seigneurs dans leurs Terres , feroit
feroit pour
un bienfait ; il vivifieroit les campagnes. Ici ,
l'Auteur expofe tout le bien que le fejour de
M. de Voltaire a fait à Ferney , & celui que
fait à Montbar le fejour de M. de Buffon .
" La politique ombrageufe & defpotique de
Richelieu , arracha les Grands & les Nobles
de leurs châteaux ; & les campagnes fe font
» appauvries & dépeuplées. Que la fageffe
» plus éclairée de Louis XVI les y ramènes
& dans toute la France , avec les moeurs
" douces & fimples , & les vertus domef
tiqués , renaîtra la profpérité. »
23
992
"
རལ
L'Auteur propofe un ordre patriotique en
faveur des protecteurs du peuple , c'eft-àdire
, de ces feigneurs de terre qui , vivant déformais
dans leurs châteaux , au lieu de livrer
leurs vaffaux en proie aux déprédations
de fermiers avides , s'attacheroient à rendre
ces vaffaux plus laborieux , plus intelligens
& plus heureux , & qui fe diftingueroient
avantageufement par cette adminiftration vi
vifiante ; mais qu'on fe garde bien de profaner
cette fainte inftitution , qu'on n'accorde
jamais à la faveur une récompenfe dûe
à la feule vertu. L'Auteur développe fon
plan , mais ce font des détails qu'il faut lire
dans l'ouvrage , ainfi que ce qui concerne la
Religion , les Évêques , les Curés , & le parti
qu'on en pourroit tirer pour le bonheur des
peuples , fur- tout en fuppofant les Évêques
déformais plus fidèles à la loi de la réfidence.
Quant aux Curés , cent écis , cinq cents
E vj
·108 MERCURE
K
francs , dit-il , voilà la richeffe d'une foule
de Prêtres auxquels il eft commandé
d'être charitables , tandis qu'il leur eft prefque
ordonné par la misère , d'implorer la
charité. Il veut que dans chaque paroiffe il
y ait un Curé & un Vicaire , qui , indépendamment
des autres avantages , feront une
reffource & une fociété convenable l'un pour
l'autre , le Curé auroit cent louis ou mille
écus de rente , le Vicaire , douze ou quinze
cents francs. Quatre mille cinq cents livres
fagement dépenfées dans une paroiffe par
deux Prêtres religieux & charitables , en éloigneront
la misère. Mais où prendre des
fonds ? Le voici que les riches bénéficiers.
ne s'alarment pas , dit l'Auteur , je ne veux
pas qu'on les dépouille. Mais il veut qu'on
employe à cette dotation des Curés & des
Vicaires , les biens des Jéfuites , Grandmon
tains , Céleftins , & autres Ordres & Maifons
Religieufes fupprimés , ou qui le feront par
la fuite , ou qui tomberont faute de fujets ,
ce qui arrivera à prefque tous les Ordres Religieux
; de plus il fupprime toutes les Col
légiales dans les Villes , il envoie les Chanoines
dans les campagnes; ce feront eux qui
feront déformais les Curés & les Vicaires de
nos villages ; ils y porteront , ils y confommeront
les revenus de leurs canonicats ou
prébendes , jufqu'à l'extinction entière ou
preque entière de ces Chanoines. L'Auteur
montre par des calculs que ces reſſources
feront plus que fuffifantes pour leur deftina
DE " FRANCE 109
tion . Il propofe à cet égard beaucoup d'ar- ·
rangemens , de dérails pouf perfectionner le
plan général. Autre objet important , auquel
les mêmes fonds fuffiront , l'inftruction ; mais
une inftruction adaptée aux vrais befoins des
campagnés , des écoles , en un mot , où on enfergneroit
la meilleure manière de cultiver les
terres , & les moyens , tant généraux que
particuliers , d'en tirer le plus grand parti
pollible. Autre article plus important encore ,
Les fecours tout bien eft poffible , dit l'Auteur
, quand l'attention eft grande & la volonté
forte: prévoir , éclairer , fecourir , voilà
les devoirs du Gouvernement : recueillir ,
profpérer , s'éternifer ; voilà fa récompenfe.
Outre les deux Pafteurs , l'Auteur demande
dans chaque Paroiffe un Religieux de la Charité,
Ordre qu'il veut qu'on cherche à étendre par
toute forte de moyens , & deux Soeurs
de la Charité. L'inftruction & les fecours
marchent de front. L'Auteur demande que
dans toutes les villes Épifcopales il y ait des
cours de Chirurgie , de Médecine élémentaire
, de l'art Vétérinaire , & même un enfeignement
particulier pour les accouche
mens , où chaque femme qui voudra devenir
accoucheufe dans les villages , fera obligée
de s'inftruire. On demandera toujours où
trouver des fonds ? L'Auteur compte qu'il lui
en reftera fur la fuppreffion des Collégiales
& fur les revenus des Ordres Religieux , ou
fupprimés par l'autorité , ou naturellement
éteints par le défaut de fujets ; il compte
110 MERCURE
d'ailleurs fur la charité des fidèles , fur le
zèle des Citoyens , fur la vanité même des
gens riches : voici d'ailleurs une mine féconde
qu'il prétend ouyrir.
Poccupés
, ne
Indépendamment des revenus des Ordres
Religieux fupprimés ou à fupprimer ,
les
feules réunions occafionnées par la rareté des
fujets , font abandonner dans plufieurs Villes
des maifons & des emplacemens confidérables
, qui , lorfqu'ils étoient
fourniffoient que l'habitation & une partie
de la fubfiftance des Religieux , mais fans
revenus : qu'on vende tous ces terreins dans
les Villes ; & voilà des fonds qui fuffiront
à tous les établiffemens propofés. Il faut voir
dans l'ouvrage même les objections que l'Auteur
prévoit , les réponfes qu'il y fait , les
moyens de détail qu'il propofe. Nous y renverrons
aufli pour ce qui concerne les travaux
, les biens communaux , les Adminiftrateurs
, que l'Auteur veut qu'on établiffe dans
chaque communauté pour la régie & l'adminiftration
de ces biens.
>
L'article des amufemens eft ici très - important
; l'Auteur veut avec raifon qu'on préfere
ceux qui , en exerçant les forces , néceflitent
l'adreffe , comme la courfe , l'arc ,
la bague , le battoir , les joûtes fur l'eau dans
les lieux voifins des grandes rivières ; il réferve
la danfe pour l'hiver , & pour les jours.
où le temps ne permettra pas de s'exercer
en plein air. Le croiroit-on Il admet les
fpectacles jufques dans les villages , mais non
DE FRANCE. 111
J
pas ces pernicieux fpectacles de nós boulvards
, fource de diffipation , école de cor
ruption ; il veut que ces fpectacles foient
rares , réfervés pour des fêtes folemnelles ;
il veut que ce foient des écoles de vertus ,
& des vertus adaptées aux campagnes &
aux moeurs fimples. Le corrupteur du peu
ple , dit-il , feroit auffi coupable que le féducteur
de l'enfance ; mais avec quel atten
driffement des ames pures ne verroient - elles
pas dans ces fpectacles » le bon pere- de- fa
mille , entraîné par fon coeur , dirigé par
fa prudence , partager fes foins & la tendreffe
entre une femme eftimable , des .
» enfans foumis & des domeftiques fidèles ;
» le payfan charitable , toujours prêt à don
» ner de bons confeils , à rendre des fer-
» vices , à porter des fecours ; le bon ami ,
» le bon fils , la bonne mère , le bon maître,
» le domeftique zélé , le feigneur bienfai-
» fant , le curé généreux , & c. aug
""
»
L'Auteur demanderoit un Théâtre pour le
Peuple à M. Rétif de la Bretonne , qu'il appelle
un homme d'un véritable génie, & pour
les talens duquel il fait profeflion d'une eftime
profonde, nous ne critiquons point ce
jugement , nous l'obfervons. Parmi les pièces
déjà faites , il cite les trois Fermiers , les Aoif
fonneurs, quelques fcènes de Nanine , & ne dit
pas un mot du Théâtre d'Education , ni du
Théâtre de Société. Nous obfervons cet ou→
bli , & certes nous le condamnons . Où l'Auteur
pouvoit -il trouver de plus parfaits mo
112 MERCURE
dèles du genre vertueux & touchant qu'il recommande
? Qu'efpère-t- il de mieux , par
exemple , que la Rofière de Salency ?
Au refte , il eft dû beaucoup d'éloges à
cet ouvrage : l'Auteur montre par tout le
bien , & le montre toujours poflible ; il ne
craint que la frivolité , que ce penchant malheureux
à trouver ridicule tout ce qui eft
nouveau ; il dit aux plaifans , ris , mais examine
, comme Thémiftocle difoit : frappe
mais écoute; il obferve que quand on rit
de tout , on ne rougit de rien ; il s'écrie : dans
Penthoufiafme & dans l'amour du bien : Ah !
files Monarques voyoient , favoient & vouloient
! Enfin , fon ouvrage eft celui d'un
parfaitement honnête homme , dont les lumières
peuvent être utiles.
LES Soirées Provençales , ou Lettres de
M. Bérenger , écrites à fes amis pendant
fes voyages dans fa Patrie ; 3 vol. in- 12 .
A Paris , chez Nyon l'aîné , Libr. , rue du
Jardinet , avec trois gravures repréfentant
la Fontaine de Vauclufe , le Port de Toulon
& celui de Marfeille , gravés par Feffard
avec le plus grand fein. Prix , 7 liv. 10 fols.
Nous ne redirons pas ici ce que tous les
Journaux ont répété en parlant de M.
Bérenger , que né avec une imagination vive
& une âme fenfible , il eft un de nos Écrivains
qui poſsèdent le mieux le talent de peindre
, & le talent plus rare d'intéreffer. Quand
DE FRANCE . 113
il écrit en vers , on le croit né pourla poéfié.
Écrit-il en profe ; il lui donne un caractère
très-piquant par la vivacité de fon ſtyle &
les tableaux dont il l'anime. L'Ouvrage que
nous annonçons en eft une preuve nouvelle.
Plufieurs morceaux de differens genres vont
juftifier notre opinion . La meilleure manière
de louer M. Bérenger, c'eft de le citer. Voyonsle
d'abord tracer le portrait des habitans de
la Province qu'il parcourt.
" Rien de plus vif, de plus brillant que
l'imagination de ces Provençaux fi péculans ,
fi généreux , fi enjoués. Chez ce Peuple aimable
, l'activité eft un privilége national ,
la gaieté un héritage commun , le talent poétique
ou le don de l'éloquence , une reffource
qui les confole de l'injuftice de la fortune ,
& qui fouvent devient entre leurs mains un
noble moyen de la réparer. Nul langage n'eſt
plus figuré , plus elliptique , plus pallionné ,
plus propre à la poélie. Les tropes de route
efpèce , les images , les feriens échauffent
leurs moindres récits. Nul peuple n'eft plus
facile à émouvoir par des idées acceffoires . Sa
mobile imagination , fa prompte fagacité
faifit toutes les relations des objets , franchir,
fupplée tous les intermédiaires. Vous ouvrez
la bouche ; n'achevez pas : ils vous devinent.
Un gefte expreflif, un regard plein d'intelligence
peignent leur réponſe en traits de
feu , & rendent énergiquement la vivacité
naturelle de leurs paffions. Je conviendrai
fans doute, (paffez - moi , je vous prie , la com
.
114 MERCURE
paraifon ) que les millionnaires en ce genre
ne font pas multipliés à l'infini dans notre
Province; mais il eft conftant que les fortunes
aifées y font très-communes. La fomme des
richeffes poétiques y eft certainement plus
confidérable que dans les contrées où tout
s'accumule fur la tête d'un feul. Dire d'un
Marfeillois qu'il a de l'efprit ou de l'imagination,
c'eft prefque lui faire une épigramme;
de même , dit Colardeau en parlant de Montefquieu,
qu'il y auroit une efpèce de ridicule
à louer l'efprit d'un homme de génie. » t . 1.
p. 262 & 263.
Ce dernier trait paroîtra fans doute exagéré
; nmis en général , on peut dire ici , en
fe fervant des propres expreffions de M.
Bérenger, que rien n'eft plus vif, plus bril
lant que ce morceau , & qu'on y trouve à
chaque inftant cette imagination mobile ,
cette fagacité prompte , ce langage elliptique
& figuré qui caractérisent les Provençaux.
Perfonne ne jouit plus que lui de ce privilége
national.
$
Les mêmes qualités fe reproduifent dans
le morceau fuivant, L'Auteur y parle des
femmes d'Arles , & principalement de leur
coftume , ( lettre 7. t. 1. p. 82 & 83. ) " L'habillement
le plus curieux & le plus lefte ,
celui qui paroît avoir le plus de rapport avec
le coftume des anciennes grecques , c'eft la
robe des femmes d'Arles , d'Avignon & de
prefque tout le Comtat. Ces perrettes- là font
d'une vivacité, d'une pétulance à défoler. LaDE
FRANCE. 115
borieufes , actives , gaies , une draperie lourde
& embarraffante ne fauroit leur convenirs
un jupon fimple & court tombe à moitié fur
des jambes chauffées de fins bas de foie
blancs & de fouliers fans talons. Leurs boucles
de fouliers , de tout temps larges &
grandes , parent leurs pieds & les font paroître
plus petits, Une robe nommée drolet ,
de couleur noire ( & blanche en été ) laifle
leurs bras prefqu'à nud , & careffe leur taille
qu'elle deffine avec le plus coquet avantage.
Cette robe eft partagée en quatre pointes ,
& ne defcend que jufqu'au mollet ; elle rapp
pelle les foles flottantes des Lacédémoniennes;
& dans les monumens antiques , les Déelles
& les Nymphes ne font pas autrement repréfentées.
Les bras des Arlifiennes & des Avignonaifes
font ornés de bracelets à l'antique,
compofés d'un fil d'or plus ou moins gros ,
& de quelques petits cercles qui y font entrelacés.
Le collier eft dans le même genre ,
avec une grande croix , à peu - près comme
celle de Malthe. Prefque toutes les femmes
portent pour coëffure un mouchoir de foie
peint en vert foncé , avec des fleurs & une
petite bordure jaune . Ces mouchoirs font en
ufage dans les Illes de l'Archipel : c'eſt le voile
ancien rapetiffé & relevé fur la tête . Elles
ont confervé l'ufage des corps à baleines , mais
ils font fouples & très- dégagés . En général ,
le fang eft très-beau dans cette contrée : les
formes y fatisfont le Peintre & le Sculpteur
(fans déplaire aux Poëtes . ) Les drolets, bruns
116 MERCURE
ou noirs , relèvent l'éclat des carnations : de
grands yeux noirs , des fourcils bien arqués ,
des joues rondes & fraîches comme des pommes
d'apis , le plus joli fourire du monde , &
une prodigieufe mobilité dans les mufcles
du vilage; tels font les propres que ces charmantes
créatures ( je parle du peuple ) apportent
prefque toutes en dot à leurs époux.
Joignez à ces biens un jargon d'une naïveté ,
d'une douceur infinie , des expreffions careffantes
, un accent féducteur , l'ufage des diminutifs
les plus mignards ; & voyez fi l'on
peut tenir à tant d'enchantemens ; voyez fi
c'eft à tort que Vénus étoit anciennement la
Patronne des femmes d'Arles. ود
On diflinguera auffi un tableau du lever
du foleil , digne des Peintres les plus exercés.
"
Si on peut faire un reproche à ce tableau,
c'eft d'être trop magnifique & trop pompeux.
L'Auteur femble avoir cherché à épuifer
toutes les idées, & fur- tout toutes les images
que fon fujet pouvoit lui fournir. Thompſon
a auffi placé un lever dufoleil au commencement
du chant de l'été , v. 43 & fuiv .; mais
il est beaucoup moins prodigue que M.
Bérenger , fans être moins intéreffant. Nous
oferons encore lui reprocher quelques expreflions
que lui a fait hafarder le defir de
peindre par des traits nouveaux , & qui manquent
de cette jufteffe à laquelle l'image
poétique même doit être foumife . Nous n'aimons
pas, par exemple, la chaleur qui lance le
rajeuniffement & la joie dans les profondes
DE FRANCE. 117
entrailles de la terre , & les regards du foleil
qui dardent la fécondité dans fon fein. Au
refte , il faut avouer, car nous devons être
juftes contre nous - mêmes , que cette dernière
expreffion eft prefque confacrée par l'exemple
du Poëte Anglois que nous venons de
citer , quand il dit , chant du printemps , v.
77,78 & 79:
Thepenetrativefun ,
His force deep darting to the dark retreat
Of vegetation , fets , &c.
Quelquefois M. Bérenger peint avec des
teintes plus fortes ; telle eft la defcription de
l'Arſenal de Toulon. ( Lettre 4. p. 32. )
Un des charmes de cet Ouvrage , c'eft la
variété qui y règne. Les tableaux s'y fuccèdent
avec une grande rapidité , trop grande , peutêtre,
& M. Bérenger ne ceffe d'être Peintre ,
que pour devenir obfervateur. Quelquefois
il difcute avec fagefle des intérêts importans.
On en trouve un exemple dans la cinquième
lettre du premier volume. Il s'agit des droits
du Pape für Avignon . L'Auteur en caufe avec
un Anglois qu'il rencontre près de Vauclufe.
T
Se peut- il , difoit Milord , M..., que la
France ait rendu cette belle Province ! La
Nature la lui a donnée, Ce pays , dépendant
d'un autre Souverain , forme un voisinage
dangereux pour les malfaiteurs , pour les
marchands frauduleux & pour des légions de
filles perdues . C'eft une école des maximes
ultramontaines , qui peut perpétuer les plus
its MERCURES
-
ridicules des préjugés , & les étendre delà
dans toute la France. C'eft une barrière pour
votre commerce , par les bureaux & les droits
des différentes Monarchies qui arrêtent &
gênent vos opérations ; enfin , il est étonnant
que les Avignonois eux - mêmes ne follicitent
pas leur réunion. → Qui , très- étonnant t
mais , lui dis - je , on prétend en effet qu'ils
defirent d'être réunis. Il eft vrai que la Nature
a incorporé ce pays à la Monarchie Fran
çoife , fans laquelle il ne peut fubfifter , &
Rome devroit être la première à le reconnoître
: fon intérêt ett nul. Et fon titre
dit Milord en fecouant la tête ? - Son titre !
ne parlons point de cela , Milord. Le titre
du Pape fur Avignon eft plus légal que celui
de tous les Rois conquérans. Vous êtes sûre
ment allez philofophe pour n'en pas douter.
Le Comtat eſt une très - belle ferme , que les
Papes ont eue à très-bon marché , j'en conviens
; mais enfin , un contrat de vente , une
quittance font, je penfe , d'affez bons titres.
Je parle du premier tie , dit Milord
prefqu'en fe fachant. N'eft- ce pas une excommunication
contre le Comte de Tou❤
louſe Soit ; mais Jeanne vendit.
Jeanne étoir folle , c'eſt-à-dire , amoureuſe" ;
Jeanne étoit Reine ; Jeanne étoit mineure.
La Souveraineté n'eft elle pas elle-même un
obftacle à l'aliénation ? Les États ont- ils confenti
-Oh non , vraiment , & j'avoue que
cette démarche alla directement contre leurs
woeux mais Jeannereçut très-bien de Clément
DE FRANCE 119
VII les 80,000 florins , bien trebuchans d'or
de Florenced Mordieu ! c'eft ce prix qui
efted'une modicité ridicule. Un pareil pays
tant de belles villes , tant de fertiles plaines ,
de vignobles fameux , de canaux admirables
pour 6 à 700,000 liv...! Cela eft fou, -
Mais vous ignorez peut- être , Milord , que
la Reine ( mineure ) a fait , par le même acte,
donation de la plus-value: Encore plus
abfurde. Voilà qui prouve clairement que la
léfion étoit connue de l'acheteur. De pareilles
précautions font préfumer la fraude , & décrient
nécellairement le marché. D'ailleurs
vo iftoriens prétendent que cette fomme
n'a jamais été payée. Les Hiftoriens fe
trompent : ce n'eft pas une merveille. L'Hif
torien de Provence ( M. Papon ) voyageant
dernièrement en Italie pour prendre communication
des chartes relatives à fon travail,
a retrouvé , dans la bibliothèque du Roi de
Naples , la quittance des 80,000 florins. Ce
fait fera configné dans le volume III de fa
favante Hiftoire, & la publication de cette
pièce , fi long - temps inconnue , fera fans
doute grand plaifir à la Cour de Rome . -
Eh bien , il faut rembourfer la Cour de
Rome : il faut ... N'eft- il pas injuſte qu'une
multitude d'hommes foit privée , par cette
obftination , des avantages que leur donne
le fol & le climat ? Les inconvéniens que les
Contadins éprouvent par le défaut d'émulation
& de circulation , rejailliffent , ce me
femble, fur toutes les autres Provinces . Le
120 MERCURE ·
Roi n'eft - il pas le père commun de tous fes
fujets Plus il y a de facilité dans les communications
, d'union entre les différens
membres du corps politique , d'accord dans
les loix , d'arrondiffement dans les États ,
plus il y aura de profpérité , d'ordre & de
force. Ce Pays n'eft pas peuplé à raiſon de
fa fertilité ; cela faute aux yeux : les villes
y font mortes ; les villages rares ; les bords
des rivières , ailleurs fi couverts de hameaux ,
font ici fans habitans ; & cependant , que
d'hommes ces contrées pourroient faire naître,
& nourrir & multiplier ! Vous raiſonnez
en politique , Milord ; mais daignez , je vous
prie , obferver en philofophe. Qu'importe ,
après tout , que ce pays- ci puiffe renfermer
plus d'habitans ? Il s'agit de favoir ſi ceux
qui l'habitent font heureux. Or , voyez &
jugez : ici , l'homme réduit aux 40 écus
paye , il eft vrai , fa capitation , mais on lui
fait grace , &c. &c. Ici , les moiflons ne font
pas dévorées par un camp volant de commis
& de collecteurs , plus cruels , plus dévaftateurs
que la grêle & les fauterelles : les
Publicains n'y travaillent pas le pays en
Finance. Le' tabac vaut 2 fols l'once , le fel
fix liards la livre ; le vin 2 fols le grand pot;
le pain & la viande y font taxés à un prix
raifonnable qui accommode tout - à - la fois le
propriétaire & le confommateur. Ces plaines,
couvertes de verts mûriers , fourniffent une
énorme quantité de fort belle foie aux manufactures
de Lyon & du Languedoc. Ces
longues
DE FRANGE. 121
-vous ,
longues , allées d'Ormes , d'Amandiers , d'Oliviers
; ces mille avenues de Saules donnent
le bois de chauffage , produifent des huiles
& des fruits en abondance , & fuppléent
au manque de forêts. Tous ces canaux
bien ménagés , les eaux du Rhône , les bras
de la Durance , ces faignées de la Sorgue
avivent ces treffles & ces luzernes , & font
comme les veines & les artères de ces pâturages
féconds en herbes & en troupeaux : delà
, les laines , les engrais , le bétail qui laboure ,
& le lait qui nourrit le laboureur. Penfez-
Milord , que la belle culture de tant
d'héritages puiffe exifter dans cet état florif
fant , fans une population, convenable , fans
économie politique , fans bonheur ? Je fuis
loin de le croire : je regarde au contraire
ce pays- ci comme une des plus heureufes
contrées du monde , & il faut que la plupart
de vos compatriotes en faffent la même
eftime , puifque toutes ces campagnes font
actuellement habitées par des Anglois , &
louées à bail. Ici , Milord , propriété, sûreté,
liberté , ne font pas de vains mots , on y redoutoit
jadis l'Inquifition ; mais on n'a jamais
eu fujet d'y faire le livre que vous tenez là ,
Pardonnez ma chaleur ; & je crois défendre
la vérité , & j'aime, ce pays ci avec paflion.
J'y vois , quoi qu'on en dife , des moeurs
douces , de la joie , de l'aifance , du calme ,
l'air fatisfait & tranquille annonceroit- il , à
votre avis , moins de félicité que cette turbulence
inquiette, ces regards avides , cette
No. 33 , 19 doût 1786,
F
122 MERCURE
ardeur âpre & cupide des habitans des villes
commerçantes ?»
On lit dans le troifième volume de cet
Ouvrage , une lettre de M. François de
Neufchâteau à M. B ... , dans laquelle il lui
fait la relation de fon voyage au Cap. Cette
lettre avoit été imprimée auparavant & lue
avec grand plaifir dans ce Journal. On n'en
aura pas moins à y lire une differtation de
M. Bernardi fur les loix de Provence , où
la fageffe de la difcuffion & la force du
raifonnement ne ceffent jamais d'être unies
à la profondeur des connoiffances. Ce volume
eft terminé par quelques poéfies
toutes d'un genre très - agréable. Nous citerons
quelques ftrophes d'une pièce intitulée :
Ma Solitude , & c'eft par elles que nous
terminerons cet extrait .
DOUCES erreurs de ma jeuneffe ,
Ou fe livroit mon coeur féduit !
Votre charme eft enfin détruit
Par le flambeau de la fageffe.
3.
L'AMOUR ! heureux qui le connoît !
Plus heureux encor qui l'ignore !
Pourquoi des peines qu'il caufoit
Le fouvenir plaît- il encore ?
La vanité n'eft qu'un tourment
La gloire une vaine fumée ;
Et les douceurs du fentiment
Valent mieux que la renommée.
DE FRANCE
125
PRENDS part aux plaifirs de mon coeur
Souris-moi , bofquet folitaire."
Joe Que tout refpire , pour me plaire ,
La pure joie & le bonheur.
Que j'aime à voir ces champs paiſibles
Et leurs heureux Cultivateurs !
Il eft , parmi ces coeurs fenfibles ,
Il eſt des vertus & des moeurs.
Ja fens qu'une ame fimple & pure,
Dont le goût n'eft point corrompu ,
En vivant près de la Nature
Vit bien plus près de la vertu.
ÉTAT Naturel des Peuples , ou Effai fur
les Points les plus importans de la Société
Civile & dela Société Générale des Nations.
Ouvrage divifé en trois Parties.
3 volumes in - 8 ° . A Paris , chez la Veuve
Hériffant, Imprimeur- Libraire , rue neuve
Notre- Dame , & chez Th . Barrois , Libraire,
rue du Hurepoix.
UNE année entière de méditation fuffiroit
à peine à l'examen d'un Traité auffi vaſte que
celui - ci. Après l'avoir lu , on fent la néceffité
de le relire ; & cette lecture , pour ſe faire
avec fruit , doit embraffer encore celle de
vingt volumes. Il faut donc fe renfermer
dans l'analyſe très fuccincte de cette biblio‐
Fij
124
MERC. URE
thèque d'opinions fur le Droit des Gens , en
recommandant aux Lecteurs ferieux la pa→
tience de fon Auteur.
Le titre de fou Livre eft trop encyclopédique
; il n'exprime pomt allez précifément la
difcuilion effentielle qu'il a pour objet ; mais
dans fon introduction , le favant Auteur nous
montre le terrein particulier qu'il a parcouru.
"
"
»
93
ןכ
.
Le Droit de la Guerre , dit- il , eft de toutes
» les erreurs la plus ancienne , la plus au-
» torifée , & peut être regardée comme le
principe de beaucoup d'autres. Le droit des
gens , tel que les Auteurs nous l'ont donné ,
» & qui lui fert de bafe , eft la plus fauffe &
» la plus funefte des doctrines , par rapport
au maintien des fociétés civiles & de la
fociété générale des Nations : je me propofe
donc d'employer toute la première
Partie de mon Ouvrage à prouyer ces deux
verités. Dans la feconde Partie , je traiterai
» des autres grandes erreurs des peuples . On
» verra l'influence de l'état civil fur le droit
des gens ; & venant à développer ce même
état civil en général , je parlerai de la peine
de mort , du droit de conquête ou de fervirude
, des proportions kr Me
les fortunes & les biens , du prêt à intéfêt ,
de la polygamie , du divorce , &c . &c.....
Enfin je croirois n'avoir rempli que la
moitié de ma tâche , fi je ne fraitois pas de
la poffibilité & des moyens de réduire en
» pratique ma théorie : c'eft ce qui frá le
fu et de ma troifième Partie . "
"
ל כ
32
و د
">
pa
de
DE FRANCE. 125
La première eft un combat en fix fections
contre Grotius , Puffendorf, Barbeyrac fon
Commentateur , Wolf & Wattel. L'Auteur"
s'attache principalement à ce dernier comme
au plus raiſonnable , & en detruifant les
principes de ce publicifte Neuchâtelois , il
fe flatte d'entrainer dans fa chute les Ecrivains
antérieurs. Les citations précèdent ici .
les réponfes ordinairement volumineufes
& quelquefois embarraffees de queftions
acceffoires qui laiffent peu de repos à l'intelligence
du Lecteur . Il nous femble que l'Auteur
a beaucoup trop étendu cette controverfe furannée
. Que la guerre dérive ou ne dérive
pas d'un droit , quelconque , elle ne s'en fait
pas moins, les Souverains ne s'avilent guères
de compofer leurs Manifeftes d'après la métaphyfique
obfcure des Philofophes : l'Ufage
& les Traités , voilà les feuls titres confultes.
Il en eft refulté un Code , artificiel fi l'on
veut , contraire au droit naturel , à la raifon
à la religion , mais auquel la coutume a donné
force de loi . Rien n'eft donc plus inutile que
les argumentations des difcoureurs fur cette
matière ; le Droit des Gens n'eft autre chofe
qu'un fyftême de faits & de coutumes ; Grotius
& fes fucceffeurs ont employé une immenfe
érudition à les déduire ; ils les ont appliqués
à une infinité de cas poflibles. Sous ce
rapport , & jufques- là , leur travail étoit utile ;
mais ils ont voulu introduire le Droit naturel
au milieu de ce monuinent ; faire de la juftice
fon architecte & fa divinité ; transformer en
Fij
126 MERCURE
*
droits lesufages , bâtir des doctrines fur le fable,
& prefcrire comme autant de règles éternelles
des modes accidentels , formés , réformés
admis ou méprifés felon les viciffitudes de la
fociété civile. Delà ces fyftêmes auffi inintelhgibles
que cruels , ces maximes des Rois préfentées
comme les maximes de la Nature , les
us des Cananéens & des Teutons comme les
voies de la Providence , & ce mélange de
fcience & de déraifon , quien étayant
les principes des Grecs par ceux des Hébreux ,
& les vers d'Homère de paffages de la Bible ,
a fait de Grotius & de quelques autres , des
ennemis méthodiques du genre-humain .
1 2
Au-lieu de fe perdre avec eux , & en les
réfutant , dans un fatras de diftinctions ; de
s
de
préceptes
&
de
raifonnemens
,
il
faut
préférer
d'établir
folidement
foi
-même
la
morale
des
Nations
. Peut
- être
encore
la
fimple
Hiftoire
du
droit
des
gens
eft
- elle
plus
inftructive
que
la
Jurifprudence
arbitraire
des
Auteurs
. Il
eft
vrai
qu'à
la
tête
de
cette
Hif
toire
,
on
pourroit
placer
l'enfeigne
de
ce
Marchand
Hollandois
dont
parle
Léibnitz
,
qui
, ayant
mis
pour
titre
: A
la
paix
perpétuelle
,
fit
peindre
dans
le
tableau
un
cimetière.
Si je ne me trompe , l'Ouvrage qui nous
оссире , n'offre pas toujours des objections
péremptoires aux principes de Wattel , Écrivain
ordinairement judicieux , quoique trop
amoureux encore de la politique métaphyfique.
C'eft une vérité démontrée , dit -il ,
DE FRANCE. 127
» que les Nations étant compofées d'hommes
» naturellement libres & indépendans &
qui , avant l'établiffement des fociétés ci-
و د
وو
ود
ور
"3
viles , vivoient enſemble dans l'état de na- h
» ture , les Nations ou les États Souverains.
doivent être confidérés comme autant de
perfonnes libres qui vivent entre elles dans
» l'état de nature. » Comment concilier ,
demande le Critique , avec l'idée d'égalité &
d'indépendance , celle de pouvoir être récite
proquement attaqué? Conçoit-on que l'indé )
pendance fubfifte avec le fort commun de
s'entre-détruire ? " Du moment qu'on peut
» m'attaquer , la sûreté de mon état eſt me-
» nacée ; je fuis affervi ; car la véritableindépendance
n'a rien à craindre. » Ce
n'eft -là qu'une argutie de grammaire. Il
ne s'agit pas de définir l'indépendance ,
qui eft toute définie depuis long - temps. Pas
un être animé n'eft fans doute dans une
indépendance abfolue & métaphyfique.
Les animaux , les oifeaux , les Sauvages
fans règle fociale , s'il en eft , font foumis à
mille influences phyfiques , même à celle de
l'inégalité de forces entre-eux ; mais il fuffic
qu'ils ne foient fubordonnés à aucune fujétion
civile , à aucunes conventions réciproques .
à aucuns rapports néceffaires d'autorité &
d'obéiffance , pour être parfaitement libres.
L'Auteur confond ici l'indépendance phyfique
avec l'indépendance morale , qu'il devoit
confidérer feule ; mais il y avoit une meilleure
réponſe à faire à Wattel : c'eft que les
C
Fiv
128
MERCURE
relations externes des différens peuples foumifes
à l'empire d'une infinité de befoins , de
communications , de liens , d'intérers refpectifs
, excluent nécellairement les droits illimités
de l'état de nature.
Après avoir attaqué , avec une furabondance
d'argumens , les principes , ou plutôt ..
les prétextes de la guerre offenfive , l'Avocat.
de la paix propofe les moyens de concorde ,
univerfelle. Il ôre aux Souverains le droit de
fe faire juftice eux-mêmes , c'eft-à - dire , felon
un illuſtre Écrivain , le précieux droit d'être .
injuftes quand il leur plaît , mais il eft plus
aifé de démontrer l'abfurdité & l'illegitimité
de la guerre que de la prévenir. L'Auteur prétend
que le grand & unique moyen , c'eft.
l'arbitrage , c'eft de fe conftituer des juges , &.
de fe foumettre d'avance à leur décifion. Ea
cas de befoin , on pourroit établir fubfidiairement
dans chaque état un corps de refpectables
Citoyens , confommés par l'âge & par
Pexpérience , & chargés de terminer les
relles nationales. Les deux corps s'affembleroient
pour juger définitivement leurs Nations.
que-
Ces propofitions font refpectables , mais
du
genre de celles qui ne font pas refpectées.
Elles renchériffent fur la Diète univerfelle de.
l'Abbé de Saint - Pierre. Du moins cet Écrivain
, en confédérant ainfi tous les Potentats
de l'Europe , donnoit à leur Congrès le pouvoir
de réprimer la turbulence des perturbateurs
, & de punir les refractaires. Au conDE
FRANCE. 129
traire , les Arbitres choifis par l'Auteur de
1 tat Naturel des Peuples , font les bâtons,
flottans de La Fontaine. Leur fentence rendue,
qui l'exécutera ?
La difficulté fut d'attacher le grelot.
On fent bien que ce Chapitre politique , fins
autorite coactive & coercitive , feroit méprife
des puiflans ; il opprimeroit les foibles ; il ref
fembleroit à ces Garanties dont notre Droit
Public eft furchargé , & qui n'ont jamais gatanti
que le droit de convenance . Si l'Auteur
yeut donc mettre fon inftitution en activité ,
il doit procurer de bons canons & unegrande
armée à fon tribunal , qui mettra la partie
réfiftante au ban de l'Europe , ainfi que le
Corps Germanique fait exécuter le ban de
l'Empire avec les troupes des Cercles.
Dans la feconde Partie , FAuteur s'eft étu
dié à établir la conformité du Droit des Gens
avec le droit naturel , en détruifant les rapports
prétendus avec le droit civil , dont on a
mal à - propos fuivi les principes. Cette déduction
amène des digreffions fur le droit de
yie & de mort que l'Auteur refufe aux Sou
verains , fur l'efclavage , la conquête , la polygamie
, la propriété. C'eſt un cours de Droi
Naturel , rempli d'idées faines , parmi lefquelles
il s'en trouve d'outrées , d'autres trop
fuperficielles. Chemin faifant , l'Auteur heurte
tous les obftacles de fa route ; à chaque pas
le Lecteur s'arrête avec lui , & tous enfemble
cheminent dans une fondrière , fans trop pre
Fv
130 252M ER CURE
voir quand ils arriveront au but de leurd
voyage.copolo sarhie als zug mmaasider Ma 40
&
La poffibilité & les moyens de réduire en
pratique la théorie précédente , forment la
troifième & dernière partie de ce Recueil. On
fera peut- être fort étonné d'entendre ici l'Au--
teur redemander pour les Monarchies l'égalité
des biens , celle des perfonnes , & la vertus
politique que le pénétrant Montefquieu a
exclufivement affectée aux Démocraties. " La
» vraie vertu , dit le Critique de l'Eſprit des
Loix , eft une qualité douce qui s'étend
» fur tout , & qui ne confifte que dans l'amour
» & la pratique de fon devoir : c'eft-là , ajoute
pas
t'il , ce qu'on peut rencontrer fous le gou-
» vernement d'un feul. » On ne peut nier
qu'en effet les vertus ne foient très- douces
dans quelques Monarchies ; mais il n'eft
queftion de douceur dans Montefquieu . Il a
dit que l'amour de la Patrie étoit naturel dans
les Républiques , parce qu'on aime fa propriété
, la chofe dont on fait partie , le Gouvernement
dont on eft membre ; on aime la
République par la même raifon que par - tout
ailleurs on aime l'autorité. Il dit que l'amour
de l'égalité entroit dans cet amour de la patrie,
& cela doit être, puifque les diftinctions choqueroient
le principe même de l'inftitution
politique, à la confervation de laquelle chaque
Citoyen eft immediatement intéreffé . Or ,
ees vues , confirmées par une expérience univerfelle
, nous femblent avoir échappé à l'Auteur
de l'Etat Naturel , dont les réflexions
DE FRANCE. 131
d'ailleurs annoncent un efprit courageux &
beaucoup de philantropie.
On ne refufera pas de juftes éloges à fes
intentions , à fes principes , au but infiniment
louable qu'il s'eft propofé . Peut- être l'eût- il
mieux rempli , en évitant la diffufion , fouvent
pire que l'obfcurité. Du refte , fi ce n'eft
pas ici un Livre amufant , c'eft un Livre de
Bibliothèque , un Livre bon à être recherché
par les Publiciftes , & même par les Philofophes.
C'eſt le fruit d'un long & faftidieux travail
, entrepris & confommé au milieu des
occupations honorables du commerce , par
un Négociant qui s'eft acquis de légitimes
droits à l'eftime de tous fes Lecteurs.
་ མཱ
14
Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
Of
ÉLOGE de Louis XII , furnommé le Père
du Peuple , Difcours qui a concouru pour
le Prix de l'Académie Françoife en 1785
par M. l'Abbé Michel , Avocat en Parlement.
A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Royez , quai des Auguſtins , près du
** pont neuf.
CET Ouvrage n'eft pas , à beaucoup près ,
exempt de défauts ; mais on y remarque des
traits heureux , une touche de fentiment qui
attache & foutient l'intérêt du Lecteur; on
diroit fouvent que l'Auteur à pénétré jufques
dans les replis les plus cachés du coeur de fon
vi
1109
091
134
MERCURE !
Héros , pour développer avec plus de vérité
les refforts fecrets des actions fublimes qu'il
retrace. On y trouve auffi des defcriptions
pleines de nobleffe & de vivacité , & toujours
à la fuite , des réflexions fages qui annoncent
une méditation profonde du fyftême de gouvernement
d'alors. En voici un exemple :
l'Auteur préfente l'état de la France à l'époque
où Louis XII monta fur le trône, :
Un Royaume endetté & chargé d'impôts,
» épuifé même par les malheureuſes guerres
» d'Italie ; l'Agriculture languiffante & dé-
و د
couragée ; le Commerce fans activité &
» fans induftrie ; les Finances en défordre ;
une armée de Commis levant des tributs
» fur le peuple avec autant de dureté que
s'ils euffent exigé des contributions d'un'
ennemi ; les Gens d'armes indiciplinés &
» fouvent oppreffeurs ; les habitans des campagnes
rançonnés impitoyablement par les
Seigneurs , & implorant en vain le fecours
» des Loix ; l'ignorance enveloppant de fes.
» ténèbres épaiffes tous les états ; les barbares
& ridicules épreuves de l'eau bouil
و ر
lante & du fer chaud, admifes pour décider
» de l'innocence des accufés ; de grandes
» Provinces privées de Tribunaux , où lajuftice
pût réclamer fes droits ; des Magiftrats
ignorans & inappliqués , un Clergé corr
ron pu; les Arts inconnus & méprilés ; des
» préjugés de toute efpèce , & des abus fans
nombre : voilà , Mellieurs , l'état de la
DE FRANCE. 133
France lorfque Louis monta fur le Trône
» d'où Charles VIII venoit de defcendre. -
Ce récit a de la nobletſe & de la rapidité ;'
il annonce un vrai talent ; mais ce qui doit
fur- tout donner une plus haute idée du mé
rite de l'Auteur , ce font les reflexions profondes
qu'il fait fur la retraite force du mak
heureux Frédéric dans l'Ile d'Ifchia , apres la
conquête du Royaume de Naples par les
François .
22
" Que l'ifle d'Ifchia préfentoit alors aux
» yeux du Philofophe fentible , un frappant
» fpectacle de la vanité , des grandeurs & de
» l'inftabilité des chofes humaines ! que d'il
» luftres malheureux réunis dans un petit
» coin de la terre ! que de grandes victimes
» la fortune dans les jeux tragiques avoit pris
plaifir à s'immoler & à raflembler dans
» cette Ifle devenue l'afyle du malheur ,
» l'école des Rois , le tombeau des vaines &
» ambitieufes penfees , & l'inépufable fujet
» des réflexions de l'être méditatif & pen
ود
و د
fant ! Une Princeffe , Reine autrefois de
» deux Royaumes , & réduite alors à la plus
affreufe misère , l'infortunée Beatrix , répu
diée par l'ingrat Ladiflas , qui lui devoit le
trône de Hongrie , la déplorable Ifabelle ,
fille d'Alphonfe , Roi de Naples , & veuve
» de Galeas , Duc de Milan , empoisonné par
» le cruel Ludovic , privée de fes États & de
» fon fils , que l'ufurpateur avoit arraché de
» fes bras pour l'enfermer dans un Monaf
ر د
134
MERCURE
"
و د
" tère ; un Roi détrône , le malheureux Fré-
» déric , avec fon époufe & quatre petits enfans
, fans compter l'aîné qu'il avoit envoyé
à Tarente , & que fes yeux paternels
» ne devoient plus revoir : voilà , Meffieurs ,
» le fpectacle que l'Ile d'Ifchia offroit aux
regards de l'humanité compatillante. O
Grands , ô Rois , ô hommes , qui que vous
foyez , qu'un pareil fpectacle ne foit pas
perdu pour vous ! d'un coup -d'oeil & d'une
feule penfée , vous pouvez faifir ici la vie
toute entière ; qui vous inftruira , fi ces
grandes & terribles leçons du malheur font
perdues pour vous? »
ל כ
و ر
"3
Quelle nobleffe d'images & de fentimens !
quelle énergie & quel choix dans les expreffions
ons ! Ce morceau me paroît digne de nos
grands Maîtres.
11
En jetant un coup-d'oeil attentif fur cet
Ouvrage , on pourra reprocher à l'Auteur
quelques expreffions hafardées , des détails
dont l'exceffive fimplicité eft choquante ; on
defirera qu'il eût été retouché , mais je crois
que le Public impartial jugera au moins que
PAuteur mérite des encouragemens.
DE FRANCE.
135
>
VOYAGES en Europe , en Afie & en
Afrique , contenant la Defcription des
Maurs , Coutumes , Loix , Productions
Manufactures de ces contrées , & l'état
actuel des poffeffions Angloifes dans l'Inde ;
commencés en 1777 & finis en 1781 , par
M. Makintosh ; fuivis des Voyages du
Colonel Capper dans les Indes , au travers
de l'Egypte & du grand défert , par Suez
& par Baffora , en 1779 , traduits de l'Anglois
, & accompagnés de Notes fur l'ori- *
ginal & de Cartes géographiques. 2 vol.
in- 8° . Prix , 9 liv. A Londres ; & à Paris ,
chez Regnaut , Libraire , rue S. Jacques.
Il faut avouer , à l'honneur de notre Nation
, que depuis quelque temps on s'attache
à traduire dans notre langue les bons Ouvrages
que l'Angleterre produit journellement ; ce
qui prouve qu'infenfiblement le goût des ob-'
jets folides l'emporte fur celui des Livres frivoles.
Il eft bien à defirer que cette communication
établie entre les deux Nations les
plus inftruites , aille toujours en augmentant.
Qu'on juge par le trait fuivant , de l'igno
rance où elles étoient l'une & l'autre au
commencement même de ce fiècle , & du
mal que cette ignorance a caufé. Ce fut en
1717 que le trop fameux Law parvint à faire
adopter fon fyftême de Banque. En 1719 , il
fit banqueroute à la France , & en 1720 fon
fyftême fut reffufcité en Angleterre , fous le
1:36 MERCURE
nom de la Compagnie de la Mer du Sud ; fut
appuyé comme le fien fur des illufions & des
chimères , prit avec le même engouement, le
même délire , & porta de même la Nation
Angloife fur le penchant de fa ruine . Les
Charlatans Anglois n'euffent pas eu le même
fuccès , s'il eût exifté comme aujourd'hui une
communication entre les deux Nations . Il eſt
donc important pour toutes deux de la foutenir
& de l'étendre.
Les Voyages dont nous annonçons la traduction
, confirment la remarque que nous
venons de faire. Ils font propres à nous procurer
les plus grandes lumières fur la fituation
actuelle , foit des établiffemens Anglois ,
foit des autres Puiffances des Indes Orientales.
Les poffeffions que nous y avons , le commerce
que nous y faifons , notre intérêt
connoitre les forces , les richeffes de nos voifins
& les fources de ces richeffes , tout doit
infpirer aux Francois éclairés la plus vive curipfité
pour cet Ouvrage.
L'Auteur paroît ne s'être pas borné à ſes
propres obfervations ; il a travaillé fur les
Mémoires de quelques Membres du Confeil
de Calcutta , & entre autres de M. Francis ,
cer adverfaire redoutable de M. Hafting
dans l'Inde , qui joue aujourd'hui un rôle
confidérable dans le Parlement d'Angleterre.
C'eft d'après ces Mémoires qu'il donne les
détails les plus inftructifs fur les forces des
trois Préfidences de l'Inde , de Calcutta , de
DE FRANCE 137
Bombay , de Madras ; fur leurs revenus ,
leurs Chefs & leur régime.
•
fur
L'Hiftoire des guerres que les Anglois ont
foutenues dans les derniers temps , foit contre
les Marattes , foit contre Hyder Aly , foit
contre les Rohillas , y occupe un grand efpace.
Les détails qu'elle renferme font entièrement
neufs , & paroiflent mériter la plus grande,
confiance .
Les moeurs , les ufages , le caractère , les
principes religieux , politiques , civils des
Gentoux , n'échappent point à la plume du ,
Voyageur Anglois. Il en entre-mêle le tableau
d'anecdoses curieufes..
Le commerce, attire auffi fes regards : on
y voit les itamenfes fommes que les Anglois
y, confacrent ; les branches diverfes qu'il embrale
, on remarque fur- tout une Lettre inf .
tructive fur le Commerce du Bengale avec
l'Arabie. On en diftingue une autre fur la
police de Calcutta.
Ileft une claffe de Lecteurs qui s'attache à
connoître les grands perfonnages qui jouent.
un rôle important, fur le théâtre du monde.
La curiofire de cette eſpèce de Lecteurs
trouve ici de l'aliment. Elle verra en action ,
les Anglois célèbres qui , depuis vingt ans ,
gouvernent l'Indoftan. Il faut convenir que
la partialité a quelquefois emporté le voyageur
, mais fes écarts font rectifiés dans les
notes dont l'éditeur de cette traduction l'a
accompagnée . Les connoiffances qu'il paroit
poffeder fur la fituation des Indes Orien138
MERCURE
tales , l'ont mis à portée de corriger l'Auteur
Anglois.
Cet Ouvrage eft fuivi d'un autre qu'il n'importe
pas moins aux François de connoître &
de lire : c'eft celui fait par M. Capper , au travers
du grand défert , par Suez & par Baffora.
On fait combien ce paffage eft utile , en temps
de guerre , aux Puiffances Européennes qui
veulent faire parvenir promptement des nouvelles
à leurs établiffemens.
M. Capper a traverfé plufieurs fois ce défert,
& il a cru être utile à fes compatriotes,
en leur apprenant la manière dont ils devoient
le comporter dans ce Voyage. Ces confeils
peuvent être également utiles aux François
que leur curiofité ou les ordres du Gouvernement
conduifent dans ces contrées . Ce
Voyage offre d'ailleurs des obfervations neuves
fur les moeurs & la vie des Arabes
moeurs dont on aime , dont on recherche le
tableau , parce qu'elles s'approchent plus de
la fimplicité de la Nature & de la première
bonté de l'homine.
Ce Voyage eft terminé par des fragmens
d'un Voyage au Cap de Bonne- Efpérance, du
favant Suédois Sparrian , que la mort a trop
promptement enlevé aux Sciences. Il accompagna
MM. Fofter dans leur Voyage autour
du monde , & ramaffa dans ce Voyage , furtout
dans fon féjour au Cap , une foule d'obfervations
& de faits importans pour l'Hiftoire
Naturelle , la Botanique & la connoiffance
des hommes.
DE FRANCE. 149
ANNONCES ET NOTICES.
LUNDI prochain , 21 du courant > on mettra en
vente à l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins , N ° . 17 ,
la Dix neuvième Livraifon de l'Encyclopédie ,
compofée du Tome fixième , première Partie de la
Jurifprudence ; du Tome deuxième , deuxième Pattie ›
des Mathématiques ; du Tome deuxième , deuxième
Partie de la Marine , & du Tome deuxième , première
Partie de l'Économie Politique & Diplomatique,
Le prix de cette Livraiſon eft de 24 liv . brochée ,
& de 22 liv. en feuilles. Le port eft au compte des
Soufcripteurs.
MARIE , Nouvelle traduite de l'Anglois.
Ce petit Ouvrage ayant eu beaucoup de fuccès
en Angleterre, on a lieu d'efpérer qu'il ne plaira pas
moins en France ; l'on s'empreffe d'en annoncer la
Traduction , qui doit paroître inceffamment , dans
la crainte que fi quelqu'un s'en occupoit , il n'ait le
défagrément d'être prévenu .
PETITE Bibliothèque des Théâtres. A Paris , au
Bureau , rue des Moulins , Butte Saint Roch , nº . II ,
où l'on foufcrit , ainfi que chez Belin , Libraire , rue
Saint Jacques , & chez Brunet , Libraire , rue de
Marivaux , Place du Théâtre Italien.
C'est le huitiène Volume de la troisième année
de cette intéreffante Collection . Il contient deux
Comédies de Bourfault : le Mercure Galant & les
Fables d'Efope , avec des morceaux analogues qui
fuppofent toujours les mêmes recherches.
140 MERCURE
ELEMENS de Chimie Doctmaſtique à Pufage
des Orfèvres , Efayeurs & Affineurs , in- 8 °.
Prix ,
3 liv. 12 fols broché , 4 liv. 10 fols relié , & 4 liv.
broché franc de port par la pofte. A Paris , chez,
Builon , Libraire , rue des Poitevins , hôtel de Mef .
grigny.
Cet Ouvrage eft un Traité Élémentaire deftiné ;
aux Artiſtes qui travaillent les matières d'or & d'argent
, & particulièrement aux Orfèvres. Il doit les
guider dans la pratique des divers procédés à employer,
foit, comme le dit l'Auteur , pour s'affurer
du titre des métaux , foit pour les amener au degré
de pureté requis par les Ordonnances , foit enfin
pour les féparer les uns des autres. Cet Ouvrage
peut être utile.
Ess A1 fur le Mouvement , par J. B. Chamboiffier
, Docteur en Médecine de la . Faculté de Montpellier
, de la Socié é Royale des Sciences , Arts & ..
Belles Lettres de Clermont- Ferrand , in - 12 . A
Londres; & fe trouve à Paris , chez Jombert jeune,
Libraire , fue Dauphine , & à Lyon , chez Grabit ,
Libraire , rue Mercière.
Discovas fur le Droit Maritime ancien , moderne
, François , Etranger , Civil & Militaire , &
fur la manière de l'étudier ; par M. Groult , Docteur
en Droit , Membre de plufieurs Académies . Corref
pónfant de l'Académie Rovale de la Marine , &
Procureur du Roi de l'Amirauté de Cherbourg , in-
8°. de 48 pages.
Cer Onvrage paroît avec une approbation trèshonorable
de l'Aca lémie Royale de la Marine; ce qui
doit établir en fa faveur un préjugé très-avantageux.
L'ART de tenir les Livres en parties doubles , ou
la Science de faire écriture de toutes les négociations
DE FRANCE. 141
de banque ou de commerce, par Jean - Jacques Imhoof
d'Arau , A Genève , chez Ba: de , Manget &
Compagnie , Imprimeurs- Libraires ; & à Paris , chez
Buillon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevins , in 4°. Prix , 10 liv . bioché , & 12 liv.
relié.
Cet Ouvrage , dont le titre défigne l'utilité , eft
divifé en deux Parties : la première contient un
Traité iaifonné qui enfeigne la manière de coucher
fur les livres tous les objets relatifs au commerce , &
celle de tenir les écritures avec ordre & exactitude ,
&c.; la feconde contient le Calcul des fractions , rendu
facile & à la portée de tout le monde , & enfin une
Inftruction fur la méthode de faire les écritures concernant
l'économie rurale , &c.
CATHECUMENAL Clerical , in - 12 . A Paris , chez
Berton , Libraire , rue Saint Victor.
Cet Ouvrage contient des Inftructions faites de
vive voix pour préparer les jeunes gens à l'état Eccléfiaftique
, avec deux Retraites & des Exemples. Il
eft divifé en deux Parties , qui forment vingt-fix
Leçons.
·
L'ART des Arpenteurs rendu facile , ou Méthode
pour apprendre par une lecture réfléchie de trois
heures, le moyen de mefure exactement toutes les
figures de terreins poſſibles , & d'en donner les Plans
Jans fe fervir d'autres inftrumens que de l'échelle &
du compas , paf M. LA Didier premier Arpenreur
len
1a Maîtrife des Eaux & Forets de Crecy en
Brie , augmenté de quelques Notions néceffaires &
très- abrégées pour la pratique des nivellemens ordinaites
, in 4°. de dix - huit pages. A Meaux , chez
Charles , Libraire , rue Saint Remy ; & fe trouve à
Paris , che Belin , Libraire , rue Saint Jacques,
Cet Ouvrage eft imprimé pour la quatrième fois."
142
MERCURE
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou-Dauphine , n°. 6.
Ce Volume eft le huitième des Romans , & contient
les Amours de Rhodante & de Doficlès ; &
pour compléter la Collection des Romans Grecs , les
Editeurs ont réuni quelques Extraits d'Ouvrages de
ce genre , puifés dans le Confervateur.
La foufcription , pour les vingt quatre Volumes
reliés , eft de 72 liv. , & de 54 liv. pour les Volumes
brochés.
Il vient de paroître un nouveau Volume , qui eſt
300 le dixième de l'Hiftoire.
SUPPLEMENT au Tome Cinquième de la Fortification
Perpendiculaire , par M. le Marquis de
Montalembert, Maréchal- des- Camps & Armées du
Roi , de l'Académie Royale des Sciences & de celle
de Pétersbourg. A Paris , chez Jombert , rue Dauphine
, Nº. 116 , & chez le Suiffe de l'hôtel Montalembert
, à la Raquette.
Ce Supplément a pour objet de completter les
preuves par lesquelles l'Auteur a prétendu établir la
fupériorité de fon fyftême , dont on a déjà adopté
une partie.
Cet Ouvrage , qui paroît fous les aufpices de
l'Académie des Sciences , nous ſemble confolider la
réputation de fon Auteur , & mérite d'être lu par
tous ceux qui fuivent la même carrière. Le format
dans lequel il a été réduit met tous les Officiers à
même de fe le procurer & de s'éclairer fur une partie
qui tient de fi près à leur profeffion.
BU
L'Asus de la Crédulité , peint par E. Aubry ,
Peintre du Roi , & gravé par N. Delaunay , Graveur
du Roi. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Auteur,
DE FRANCE. 143
Graveur des Académies Royales de Paris & de
Copenhague , rue de la Bucherie, nº . 26.
eft
Certe Eftampe , qui repréfente une vieille femme
qui dit à une jeune perfonne fa bonne aventure ,
la huitiène de la fuite connue fous les titres de
l'Heureufe Fécondité , Dites - nous donc s'il vous
plait , les Begnets , l'Enfant Chéri , le Bonheur du
Ménage , la Gaité Conjugale & la Félicité Villageoife
. Elle ett gravée avec cette fermeté qui diftingue
le burin de fon Auteur.
VENUS liant les ailes de l'Amour, gravée par
C. G. Schultz , d'après le tableau original de L. C.
Vigée Lebrun ; dédiée à Mgr. Comte d'Artois.
Cette gravure . rappelle l'efprit de la compofition
originale: le ton en eft harmonieux , les tailles fermes
fans être dures ; le caractère des têtes eft doux
& piquant , & les acceffoires font rendus avec une
intelligence rare. Elle fe vend à Paris , chez Bazan ,
rue & hôtel Serpente. Prix , 12 liv.
ROMANCES tirées du Roman de Caroline , par
M. L. Prix , 1 liv . 16 fols. Numéro 17 de Pièces
d'Harmonie , contenant des Ouvertures pour Clarinettes
, Cors & Baffons ; par M. Vanderhagen .
Chaque No. 6 ; abonnement pour 12 Numéros
48 liv. , le tout port franc. - Vingt -feptième Suite
d'Airs d'Opéras comiques en Quatuors pour Violons
, Alto & Baffe de Richard- Coeur- de- Lion , par
M. Alexandre. Prix , 6 liv. On diftribue cette Collection
par Opéra féparé. Troisième Recueil des
Soirées de la Comédie Italienne pour Clavecin , par
les meilleurs Auteurs. Prix , 6 liv. port franc.
Numéro 7 du Journal de Clavecin , par les meil.
leurs Maîtres , cinquième année. Prix , féparément
3 liv. Abonnement 15 liv. port franc. Numéros
33 à 41 du Journal Hebdomadaire , & 23 à 31 du
< £44
MERCURE
·Journal de Harpe , par les mouleurs Maîtres . Prix ,
chaque Numéro 12 fols . Abonnement pour chaque
Journal 15 liv. port franc. On foufcrit à Paris ,
chez Leduc , au Magafin de Mufique & d'Inftrumchs
, rue du Roule , n° 6 .
LA Traduction du Théâtre Anglois , dont on a
rendu compte dans le dernier Mercere , fe Conve
-Laufi chez Mérigot jeune , Libraire , quai des Auguftins
.
ERRATA du dernier Mercure.
Page 66 , ligne 10. Afrida , lifez : Elfrida.
Page idem. , ligne 29 , trop peu de Bouffonerie ,
lifez trop de Bouffonnerie..
TABLE.
LE Coucou & la Fauverte , Les Soirées Provençales , 112
Fable ,
Charade, Enigme & Logogy Floge de Louis XII ,
97 Etar Naturel des Peuples , 123
*
131
phe
Le Bonheur dans les Campa- & en Afrique ,
104 Annonces & Norices ,
101 Voyages en Europe , en fie
" gnes ,
APPROBATION.
3135
149
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 19 Août 1786, Jé n'y
ai zien trouvé, qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 18 Août 1786. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 26 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE d'un Célibataire à M. le Vicomte
DE V *** , Confeiller au Parlement de
Provence , au fujet de fon Mariage avec
Mlle DE P***;
AM1 , j'ai vu cette Pauline
Dont l'Hymen va pour toi recevoir le ferment ;
Je bats des mains , & j'imagine
Que tu feras un tendre amant,
Quel tréfor précieux ton deſtin te réſerve !
Beauté , maintien modefte & fourire ingénu.
Quoi ! l'Enfant de Cythère eft- il fi retenu ?
Mais à l'École de Minerve
L'Amour prend l'air de la Vertu .
En vain dans l'Univers il promène fes charmes
Nº . 32 , 26 Août 1786.
G
146 MERCURE
fes armes ;
Des mains de l'Innocence il emprunte
Elle feule nous attendrit.
La beauté plaît aux fens , la candeur plaît à l'ame ,
Et le pouvoir qui nous enflamme
N'eft que la pudeur qui fourit.
Sous l'oeil de fes parens aux vertus confacrée ,
Tu verras chaque jour ton épouſe adorée
Te retraçant les moeurs de fes nobles aïeux ,
Dans le fein du bonheur renouveler tes feux.
Depuis long-temps le mariage
N'étoit à mes regards qu'une affreuse prifon
Où l'homme , ennuyé d'être fage ,
Aux pieds d'une compagne enchaînoit fa raiſon.
Je voyois les fombres querelles
Enlacer les ennuis autour du noeud fatal;
L'Amour naiffant dormir fur le lit nuptial ;
Les doux baifers des tourterelles
Des griffes du vautour devenir le fignal ;
Et comparant mes feux aux pâles étincelles
Que darde lentement le flambeau conjugal ,
Je croyois que l'Amour devoit avoir des ailes :
Je voyois chaque jour Thaïs changer fes traits ,
Et fe décompofant pat la mode trompée ,
Étaler l'attirail d'une tête ufurpée ;
Et dans une boutique achetant fes attraits ,
Ruiner fon mari pour être une poupée.
J'ai vu Lais vrai mannequin ,
Montrer dans un repas les tranfports d'une orgies,
DE
FRANCE.
149
Et fur un front jauni , qui n'eft qu'un parchemin ,
Au milieu de l'hiver faire naître un jardin.
J'ai vu la fade Isbé , maffe bien épaiffic ,
D'une Nymphe légère
empruntant les atours ,
Appliquer la torture à fes membres trop lourds ;
Orphife s'étouffer pour fa taille chérie ;
Life avec du poifon polir fa peau ternie ,
Et d'un fard métallique employant le fecours
Se procurer la mort pour paroître jolie.
Je veux fouftraire à mon burin
La prude à l'humeur turbulente;
L'indolente , dont le refreiner
Eft de fe dire bonne avec un coeur d'airain;
La fotte babillarde érigée en favante,
Et qui prend chez autrui ſon eſprit qu'elle vante ;
La vaporeuſe-en proie au ténébreux chagrin
Que fait gémir fans ceffe une fanté briliante ;
Celle qui , fe croyant un talent tout divin ,
S'occupe d'un panache ou d'un noeud qu'elle invente.
Froide pour fon époux & folle d'un ferin.
Malgré tous ces travers , écoute mon deffein:
Qu'une Pauline fe préfente ,
Et je fuis engagé demain.
Vole donc à l'Autel , où j'apperçois la trace
De l'encens dont l'Hymen va confacrer l'odeur.
Déjà les doux tranſports exhalés de ton coeur
Ont rajeuni le front d'un père qui t'embraffe ;
De l'auteur de fes jours un fils fait le bonheur,
Gij
148
MERCURE
D'un monde corrompu repouffant l'impoſture,
Des innocens plaifirs n'écoute que la voix :
Plus ils font près de la Nature,
Plus ils méritent notre choix .
Digne de ton ardeur extrême ,
Que ton épouſe foit le terme de tes voeux ,
Et que toujours nouvelle , & cependant la même ,
Elle s'honore enfin par des enfans nombreux :
Ils font de la beauté les bijoux précieux .
Quand leur troupe aimable & chérie
Montrera des defirs vers la vertu tournés ,
Tu diras , embraffant ton épouſe attendţie :
moitié de mon coeur , doux charme de ma vie!
Non , ce n'eft pas pour nous que ces êtres font nés ;
Si l'Amour nous les a donnés ,
C'eft pour les rendre à la Patrie.
( Par M. Sabatier de Cavaillon
Ancien Profeffeur d'Eloquence. >
RÉPONSE A LA QUESTION :
Quelle eft la Veuve la plus excufable enfe
remariant , celle qui eut à fe plaindre , ou celle
qui eut à fe louer de fespremiers noeuds ? 7
I.
ROSINE a connu d'un époux
Le dur & tyrannique empire ;
i
DE FRANCE. 149
Comment fe peut- il entre nous
Qu'elle s'expofe à prendre pire?
Elle veut fe venger de fon premier mari ,
«Et ce qu'elle a fouffert , le rendre à celui-ci. »>
( Par M. le Vicomte de Gal.... )
I I.
La veuve à qui l'Hymen fit un fort malheureux ,
En fe liant encor renonce à la prudence ;
Celle qui fut heureufe , en formant d'autres nouds ,
A trahi la reconnoiffance .
(Par un Habitant du Bas- Boulonnois . )
I I I.
Le mariage eft une loterie
D'où l'on voit rarement de bons billets fortir.
Qui fut heureuſe une fois dans la vie
Peut le flatter de l'être à l'avenir.
Mais nous devons taxer pour le moins d'imprudence
La trop téméraire Babet
Qui veut tenter encor la chance ,
Quoiqu'une trifte expérience
Lui préfage un mauvais billet.
( Par M. de Boislorent , près le paffage
de la Guenne.)
I V.
CHAQUE Veuve après tout me paroît excufable
De choisir un époux aimable ,
Giij
150
MERCURE I
L'une afin de goûter un plaifir ignoré,
L'autre pour en jouir après l'avoir trouvé.
( Par M. G. P. , Peintre. )
V.
BIEN folle , à mon avis , celle qui fe rengage ,
Lorfqu'elle a de l'Hymen éprouvé la douceur !
Après l'orage on peut efpérer le bonheurg
Mais après de beaux jours on doit craindre l'orage.
( Par M. H.... , Commis de la Guerre à Versailles. )
V I.
SUR cette queftion voici quel eft mon mot :
L'Hymen , à mon avis , eft une loterie.
. Il ne faut plus y mettre ayant eu le gros lot ;
Y remettre , en perdant , c'eft plus grande folie.
(Par M. le Chevalier de Meude-Monpas. )
V I I
GASCONADE.
QUANT à la queftion qué lé Journal annoncé ,
Meffieurs lés Rédacteurs , récévez ma réponſe ,
Qu'au Mercure prochain infcrirez faus rétard :
Le mariage en tout n'eft qu'un jeu de haſard ;
Quand je gagne , fandis , né fût-ce qu'une obole ,
J'empoche les enjeux , & content du profit
Jé fais prompte retraite & cours mé mettre au lit. )
Quand je perds, au contraire, & n'importe la fomme,
DE FRANCE.
#54
Fût- ce cent mille écus , fans démander crédit ,
Jé prendrois ma révanche , ou le diable m'affomme ;
Car enfin lé malheur, à cé qué chacun dit ,
N'affiège pas toujours la porte d'un pauvre homme.
( Par un Abonné d'Avranches. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE,
Un homme gai est - il plus propre qu'un
hommme mélancolique à confoler un ami
affligé?
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Vertige ; celui
de l'Enigme eft les Gants ; celui du Logogryphe
eft Marionnettes , où l'on trouve
Mars , Ténare, Etna , Triton , fein , ans ,
mois , Sion , mère , mer, Mai, Omar, mérite,
áme , ami , mitre , or , étain , fort , tems,
Roi , Reine , maron , rôți , mort , rame ,
rime , raifon , Noë , main , Neftor , Marne
Rennes , Riom , Reims .
Giv
152
MERCURE
CHARA DE.
PERSONNE encor n'a vu mon premier raboteux ;
L'on tourne quelquefois mon fecond avec grace ;
Mon tout , oeuvre fublime , eft l'ouvrage des Dieux !
Et ce tout fut toujours renfermé dans l'efpace .
( Par M. le B. de P. )
ENIGM E.
BIEN avant les ballons je parcourois les airs ;
Bien avant les vaiffeaux je traverfois les mers ;
Quand ton oncle en mourantte fit fon légataire ,
C'est moi qui lui prêtai mon fecours falutaire.
J'étois avec Iris quand par un billet doux
Elle te fit favoir l'heure du rendez - vous.
Que deviendroit fans moi la tendre tourterelle ?
Le renard la prendroit en courant après elle .
Entends - tu dans ton parc le chant du roffignol ?
C'est moi qui vers ces lieux ai dirigé ſon vol.
Tu vois par ce tableau combien je fuis utile ;
On me connoît aux champs , à la Cour , à la ville.
Ne vas pas me chercher chez le peuple poiffon ,
Quoiqu'au fond des étangs je fuive le plongeon ;
Mais tu peux me trouver au nid de la fauvette ,
DE FRANCE. 153
Sur la tête d'Églé , fous fa molle couchette..
Enfin , mon chef à bas , tu peux encor me voir
Où tu m'as mis , Lecteur , dedans le pot au noir.
Mon fexe me trahit , & je viens d'en tant dire ,
Que tu m'as deviné fans finir de me lire.
(Par M. le Viconte de Gal... )
LOGOGRYPH E.
JE trouve tous les jours de nouveaux courtians ;
J'ai l'art de les fixer , je vois peu d'inconftans.
On me veut à la mode , eh bien je m'y conforme ;
Car fouvent je diffère en couleur comme en forme.
Chacun de mes amis , quand j'ai le ventre plein ,
'Autour de moi s'empreffe & me fait un larcin.
Quand j'ai le dedans creux , je reçois au contraire ;
Maisce n'eft qu'en cadeau qu'on compte mefouftraire.
Veux- tu fur mon fujet t'amufer plus long- temps ?
Tranſpoſe mes neuf pieds , place les en tout fens ;
Chez moi tu pourras voir une triple couronne ;
Un très- petit réduit qui ne plaît à perfonne ;
Un bon mers pour le chat ; une conjonction ;*
D'un naturel fougueux la vive émotion ;
Ce qui fufpend la guerre; une note ; un légume ;
Un liquide qu'on boit malgré fon amertume ;
Ce
que laiffe après foi chaque coup de pinceau.
Veux-tu me deviner fans creufer ton cerveau ?!
Gr
2
154
MERCURE'
Aux cercles on me voit , je fuis commune en ville,
t peut-être , Lecteur , te ſuis-je très-utile ?
( Par M. Robert Defroches. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
CONSIDÉRATIONSfur l'Influence du Génie
de Vauban dans la balance des forces de
l'État. 1786. Se trouve à Paris chez
Jombert , Libraire , rue Dauphine.
JE vois la plupart des efprits de mon temps,
» dit Montaigne , faire les ingénieux à obf-
» curcir la gloire des belles & généreufes
ود
ور
actions , leur donnant quelqu'interpréta-
» tion vile , & leur controuvant des occa-
» fions & des caufes vaines. » Ces efprits
du fiècle de Montaigne ont laiffé une nombreufe
poftérité. Sur quoi donc s'exerceroit
la dévorante contagion de confier fes penſées
, au Public , s'il ne reftoit qu'à confirmer
les jugemens des fiècles antérieurs ? Quels
vivans à célébrer , fi les morts illuftres ont
mérité leur gloire ? Quels paradoxes inventer
fi des vérités anciennes font devenues imprefcriptibles
?
Quoique nous foyons accoutumés , dèpuis
quelque temps , à entendre foutenir
des opinions bizarres avec un faux enthouDE
FRANCE. 155
fiafme , & à voir dégrader des réputations
que l'unanimité des fuffrages fembloit avoir
refpectées , on ne devoit guères s'attendre
à trouver un jour le Maréchal de Vauban
fur cette lifte de profcriptions. L'Hiftoire ,
la tradition , l'examen , l'expérience , avoient
perpétué le fouvenir de fes vertus & confacré
fes fervices , fans qu'une voix fe
fût encore élévée contre cette éclatante approbation
. Quel preſtige en eût donc impofé
aux contemporains de Vauban & à leur poftérité?
Comment ce grand Citoyen eût-il réuni
en fa faveur les témoignages menteurs de
la flatterie & de l'ignorance , en faisant taire
ceux de l'envie & de la malignité ? « L'intérêt
, la faveur ou l'intrigue , dit fort bien
» l'habile Auteur des Confidérations , n'empoifonnèrent
jamais à fon égard la pureté
des fuffrages ; on ne vit point une fuite
» de parens ambitieux , intéreffés à prolonger
» l'illufion d'un nom fameux , pour élever
» des coloffes de fortune . »
"
"
و د
ود
Un Hiftorien , à qui l'on a reproché , peutêtre
fort injuftement , un excès de franchife
& de févérité , l'intègre Abbé de Saint-Pierre,
que les noms, les éloges , la fauffe grandeur.
n'éblouiffoient guères , a peint en traits fort
durs les Maréchaux de France de la promotion
de 1703 ; mais fa plume véridique excepta
Vauban de cette cenfure générale. Il l'appelle
excellent Officier de guerre , excellent
Citoyen , protecteur zélé des malheureux qui
avoient du mérite. Pas une ligne d'impro-
Gvj
156 MERCURE
bation n'avoit encore démenti ce témoignage.
C'étoit celui de tous les Grands Hommes
du fiècle de Louis XIV. A leur autorité s'eſt
réunie celle d'un Corps célèbre , en touttemps
diftingué par fes lumières & par fes
fervices , & qui s'eft honoré d'être le dépofitaire
de la gloire , ainfi que l'héritier des
principes de Vauban . L'Académie Françoiſe
qui , dans les exercices qu'elle propoſe à
l'éloquence des jeunes Écrivains, dans le choix
de fes Éloges , obéit à la voix publique, qu'elle
ne pourroit ni corrompre ni même déterminer
, l'Académie Françoife a mis au concours
la gloire de Vauban. Un homme a pris
la plume contre cette fanction de deux fiècles,
& cet homme eft M. Choderlos de la Clos ,
Auteur d'un Roman connu.
Ce n'eft pas la première fois que l'Académie
Françoife a eu à fe plaindre d'une pareille
infurrection . Qu'on fe rappelle les écrits
& les fingularités qui furent mifes au jour ,
lorfque les noms de l'Hopital & de Colbert
parurent dignes d'être expofés de nouveau à
la vénération publique .
M. de la Clos eft Capitaine d'Artillerie .
Les efprits difficiles ont trouvé ce titre infuffifant
pour difputer fur le génie de Vauban .
Quoiqu'un bourgeois de Venloo eût imaginé
les bombes, un Moine la poudre à canon ,
un Militaire l'Imprimerie , il eft certain qu'en
général , felon la remarque ingénieufe de
l'Auteur des Confidérations , &c. « Dieu ne
» révèle les fecrets de la Géométrie qu'à des
DE FRANCE. 157
T
»
→→ Géomètres ; que pour être heureux en Chi-
» mie , il faut mériter de l'être par des travaux
pénibles , difpendieux & long-temps
foutenus ; fi l'on en peut dire autant de
» tous les Arts , cette vérité fe manifefte fur-
» tout dans les choſes militaires ; & cela , par
30 une raifon trop rarement apperçue : c'eft
qu'à ce jeu de la guerre , les difpofitions
phyfiques font invinciblement liées aux
» fituations morales ; & l'on conçoit affez
» que ces fituations , variées à l'infini , ne font
» pas même foupçonnées par ceux qui ne
les ont pas éprouvées.
-99
"
Les Confidérations fur l'influence du Génie
de Vauban ne font pas , à proprement parler ,
une réfutation de la brochure de M. de la
Clos. Son nom n'y eft pas même prononcé ;
à chaque page , l'Auteur montre fon dédain
pour des hoftilités légères , qu'il juge indignes
d'occuper l'attention des perfonnes éclairées.
Il fe montre , il eft vrai , avec des forces qui
juftifient cette indifférence. On découvre ici
unhomme profondément verfé dans la fcience
de Vauban; exercé, par une longue expérience
& une longue méditation , dans un genre de
connoiffances militaires , dont il a faifi d'autant
mieux l'étendue qu'il en a jugé parfaitement
les bornes , & qui , doué plus que
perfonne du génie d'invention , fait à merveille
ce qu'il faut penfer des inventeurs fyftématiques
, & des chimères qui , à une certaine
époque , fuccèdent néceffairement aux
doctrines fondamentales. Cet Ouvrage , d'ail1,8
MERCURE
leurs , eft plein de vues générales qui réfultent
d'une grande malle de faits & d'obfervations
, & qui fuppofent dans l'Auteur l'étude
des grands rapports , qui lient le fyftême
des places fortes aux objets les plus importans
de la défenſe publique.
Je me garderai bien de hafarder aucune
déciſion fur le principal fujet de cette étrange
controverfe , favoir , fur le mérite de
Vauban , confidéré comme fortificateur. Il
faut éviter le ridicule de certains Gens - delettres
empreffés à donner leur avis qu'on ne
leur demande point , & à étayer de leur
frêle autorité des opinions au-deffus de leur
intelligence.
Bornons- nous à repréſenter , avec l'Auteur
des Confidérations , ce que la France doit à
Vauban , ce qui conftitue l'importance de fes
vues militaires , & la puérilité de certaines
imputations auxquelles il vient d'être en
butte, après un fiècle de reſpects publics.
Vauban , a-t-on dit , nefut l'inventeur d'aucan
fyflême ; les baftions exiftoient avant lui,
il conferva les baftions. " Rappelons , ob-
» ferve à ce fujet l'Auteur des Confidérations
, une notion auffi fimple qu'elle eſt
» peu répandue : c'eft que l'Art de fortifier
» n'eft point , ne doit jamais être un ſyſtême ;
» ce n'eft qu'un problême à réfoudre , d'après
و ر
ود
plufieurs données .» Les conditions élémentaires
de la défenſe d'une enceinte , établiſſent
d'abord la ligne baftionnée , fans qu'il foit
poffible de s'en écarter. C'est une difpofition
DE FRANCE. 759
"
"
forcée , mais qui eft bien loin encore de conftituer
le mérite des combinaiſons de cet Art.
C'eſt ainfi qu'on indiqueroit la circonfé-
» rence d'un cercle parfait , fi l'on demandoit
quelle eft la ligne la plus courte que l'on
» puiffe employer pour enceindre un elpace
déterminé. Le reproche fait au Maréchal
» de Vauban , d'avoir confervé les baſtions ,
» eft donc précisément de même nature que
» celui que l'on feroit à Descartes , de n'a
» voir pu changer , malgré toutes fes créa
tions , les propriétés de l'ellipfe & de la
» parabole. »
2 Mais à cette baſe néceſſaire d'une ligne régulièrement
flanquée, il faut fixer de juftes pro
portions , déterminer celles-ci d'après la portée
des armes en ufage , les exécuter en les conciliant
avec la sûreté , la folidité , l'économie ,
la fimplicité. Ce nouveau problême , Vauban
le réfolut , & une fois pour toutes , tant que
Ja portée des armes ne fubira pas de changement.
Cent mille fois des- lors les uns &
و ر
les autres ont effayé de faire mieux ; ce-
» pendant il a fallu revenir toujours fur ces
premières bafes , finoninventées , du moins
réglées , calculées & pofées par Vauban. »
Une critique injufte met quelquefois en
évidence des titres de gloire foiblement aps
perçus jufqu'alors. En jetant les yeux fur
cette enceinte du Royaume , garantie par
'une multitude de fortereffes dont la conf-
Truction , la réparation , les accelloires femblent
annoncer une difproportion entre les
160
Y
MERCURE
avantages de ces barrières & la prodigalité
qui les éleva , on s'effraye d'une dépenfe ,
dont l'imagination peut à fon aife groflir l'énormité.
Aufli le détracteur du Maréchal de
Vauban ne craint pas d'évaluer à quatorze
cents millions ce que coûtèrent à la France
les erreurs nuifibles de cet Artiſte ; c'eſt la
moitié de la dette publique contractée par
Louis XIV. Affurément une idée auffi originale
a befoin de preuves décifives. Cependant
fon Inventeur a ſubſtitué à la démonftration
, ce qu'on appelle des apperçus : méthode
qui fait aujourd'hui une logique univerfelle
; méthode fort commode pour les
efprits légers qui raifonnent , & pour les
ignorans qui lifent.
Lorfqu'on confidère l'effrayante maffe de
tréfors que la fauffe grandeur , le faux éclat ,
le luxe de la fouveraineté & les illufions coûtèrent
à Louis XIV ; lorfque , parmi les dépenfes
utiles de ce Monarque magnifique ,
on en retrouve tant d'un effet paffager ;
lorfqu'on voit les flottes , les armées , les alliances
chèrement payées , difparoître avant
la mort même du Souverain , & la ligne de
remparts élevée par Vauban toujours fubfiftante
, ainfi qu'une multitude de créations
indifpenfables à la protection de l'État , auxquelles
ce Génie tutélaire donna l'exiſtence ;
de toutes les diffipations du dernier fiècle ,
celle des prétendus quatorze cents millions
transformés en citadelles , infpireroit les regrets
les plus modéres. Mais ce qui ajoute au
DE FRANCE. 161
refpect de ces monumens , c'eft qu'au mérite
de la durée , ils joignirent celui de l'économie
de leur confection . Vérité indifpuable , que
l'Auteur des Confidérations met au- deffus de
tout fophifme.
"
و د
و د
« Il faut obferver , dit- il , que M. de Vauban
fut Commiffaire- Général des fortifications
pendant trente années ; en forte qu'on lui
» auroit fourni pour fa feule partie , ( d'après
le calcul de M. de la Clos ) environ so
» millions par an : dans un temps où les revenus
de l'État n'étoient pas la moitié de
» ce qu'ils font aujourd'hui , lorfqu'une puiffance
maritime naiffante devint tout- à- coup
formidable ; lorfque Louis XIV , pour fou-
» tenir une guerre ruineufe contre l'Europe
entière , entretenoit fur pied soo mille
» hommes de troupes réglées , dans le temps
où il faifoit fleurir tous les Arts par des
récompenfes d'éclat ; lorfqu'il bâtiffoit Verfailles
, Marly , les Invalides , &c. »
ود
و د
.
"
و د
ور
Ce calcul de fantaifie a été étayé d'une erreur.
Vauban , a-t- on avancé , fortifia 300
places de guerre. « Il eft vrai , continue fon
défenfeur , qu'il fit travailler à 300 places ;
mais il eft fort différent de les fortifier,
» ou de les réparer , ou feulement de les
» armer en guerre . De cette différence réfulte
déjà un mécompte énorme ; il devient
» monftrueux , lorfqu'on vient à confidérer
» que plus de 20 de ces places furent conf-
» truites ou réparées aux dépens de nos ennemis,
& fort en deltors des limites actuel-
ور
162 MERCURE
» les. C'eft ainfi que MM. les Maréchaux de
" Broglie , de Vaux & autres , ont maintenu
» nos armées au centre de l'Allemagne , en
» faiſant fortifier un grand nombre de places
» ou de poftes ; & affurément jamais le Con
ور
trôleur-Général de nos Finances n'a en-
» tendu parler de cet objet de dépenſe . De
» compte fait , Vauban n'a jamais édifié que
" 33 places neuves , dont les deux tiers furent
" exécutés avec l'argent & les corvées des
>> ennemis. »
Obfervons ici que M. de la C. évalue à 800
mille livres la dépenſe d'un front de fortification
, tel qu'en conftruifoit Vauban. Des
Ingénieurs qui fe font fignés , lui ont objecté
un fait pofitif, conftaté par le prix des toifés ,
qu'un tel front aujourd'hui ne coûteroit pas
400 mille liv. & qu'au fiècle dernier , il
n'en coûtoit pas 200 mille.
Enfin , pour trancher fur cette queſtion
oifeufe , onafait au Dépôt de la Guerre le dé
pouillement des fommes employées aux fortifications,
durant le Commiffariat de Vauban,
le total des dépenfes extraordinaires fut de 95
millions. En yjoignant les dépenfes annuelles
d'entretien , on fe rapprochera des relevés les
plus exacts de différens Auteurs , entr'autres
de M. de Forbonnais. Ce favant & judicieux
Écrivain a enrichi fon Ouvrage des Recherches
& Confidérations fur les Finances de France ,
des Tables détaillées de recette & de dépense
annuelles , durant la plus grande partie du
règne de Louis XIV. Il en résulte que , depuis
DE FRANCE. 163
1678 jufqu'en 1707 , époque des travaux du
Maréchal de Vauban en qualité de Commiffaire-
Général , l'article des fortifications abforba
141 millions . ( 1 ) C'eft environ 270 milhions
de nos jours.
Et remarquons que , prefqu'en totalité , les
dépenfes de l'Artillerie font portées ici au
compte des fortifications. Le pénétrant Apologifte
de Vauban a donc bien raifon de dire
que ce réfultat donne une idée frappante des
reffources économiques de ce génie univerfel .
" En effet , quand il n'y auroit point de
» fortereffes en France , toujours faudroit- il
» des armées , & par conféquent des cafernes,
» des Hôpitaux , des fours , des magaſins à
» poudre , des arfenaux , des hangards , & c.
" Or , tous ces objets furent pris fur la fomme
» totale des 141 millions. ( 2)
"
Nous ne pensons pas qu'on puiffe férieufement
mettre en parallèle dans ce cas- ci ,
l'autorité d'un calcul imaginaire fait par M.
de la C. , avec celle de M. de Forbonnais,
dont les relevés ont fait règle dans l'hiftoire
de l'économie publique du dernier fiècle , &
qui , ayant fouillé les meilleures fources , fe
( 1 ) Voyez l'édition de Liége , 1758 , en 5 vol.
in-8 °. t. III p. 251 , t . IV . p . 38 , 145 & 291 , ou
ces tables font rapportées.
(2) L'Auteur en compte 151 ', mais c'est évidemment
une faute d'impreffion ; nous nous en fommes
affurés , en vérifiant ce compte fur les tables de
Forbonnais.
164 MERCURE
rencontre avec les états confervés dans chaque
Département.
M. de la C. a infirmé lui- même fon autorité
par des inattentions dont il eft difficile
de rendre compte. Par exemple , il cite le
premier fiège de Caffel , fi courageufement défendue
par M. le Comte de Broglio dans la
guerre de 1756 ; & afin d'ôter à une enceinte
baftionnée le mérite d'une efficace réfiſtance ,
il affirme que la nouvelle ville n'etoit fermée
que d'une fimple muraille , ( 1 ) avec des redoutes
& un camp retranché en avant. Il en
conclut que les Alliés , qu'il appelle un Corps
Hanovrien , firent le blocus , & non le fiège
de Caffel. Ce récit , que l'Auteur intitule un
fait hiftorique , eft controuvé prefque dans
tous les détails. La ville neuve n'avoit point
de murailles : celles qui fubfiftent aujourd'hui
n'ont été conſtruites que depuis la paix ; le
Rédacteur de cet article a été témoin oculaire
de cette conftruction , qui n'étoit pas
achevée en 1772. Cette ville neuve ne fut
nullement attaquée par les Alliés qui portèrent
tous leurs efforts fur la ville vieille fortifiée.
( 1 ) Cette définition de Ville vieille & de ville
neuve , adoptée par M. de la C. & par fon adverfaire,
n'eft pas exacte. Une partie de la Ville neuve même,
nommée la ville Allemande , étoit enveloppée dans
l'enceinte fortifiée,, aujourd'hui rafée ; l'autre , habitée
par la Colonie des François réfugiés , étoit un
Fauxbourg ouvert , & forme une des plus belles villes
de l'Europe
.
DE FRANCE.
165
Les attaquans développèrent plus de trois mille
toifes de tranchées. Le petit Corps qui les
compofoit étoit de 28 mille hommes ; aucun
fiège ne fut plus régulier ; & fi les Alliés l'abandonnèrent
au bout de trois femaines , on
dut cet abandon à l'intrépidité & aux bonnes
difpofitions de M. le Comte de Broglio , &
au retour de l'armée victorieufe du Maréchal
du même nom.
Nous regrettons vivement de ne pouvoir
extraire des Confiderations , celles qui développent
, d'une manière auffi lumineuſe que
profonde , l'étendue des idées de Vauban ,
le rapport qui lie toutes fes inventions , le
caractère de fécondité , de sûreté , de fageffe
qui les diftingue. L'Auteur démontre dans
ces morceaux , que l'attaque aura toujours fur
la défenfe la fupériorité du fort fur le foible ;
que fi Vauban a laiffé l'un de ces deux Arts
dans un état fubordonné à celui de l'attaque ,
cela dut réfulter de la nature mêmedes chofes,
& que la plus grande fottife feroit fans doute
d'imaginer qu'il peut exifter des moyens de
faire prédominer la défenfe , autrement que
par des proportions de forces qui feroient
que la défenſe ne feroit plus la défenſe. Il
'ajoute fort bien , que demander où est le mérite
de ces fortifications qui ne donnent pas
plus d'avantage aux affiégés qu'aux affiégeans
, c'eft demander où eft le mérite d'une
Artillerie de cent canons qui ne peut nous
donner aucun avantage contre une autre
166 MERCURE
C
Artillerie de cent canons ? Enfin il paroît en
droit de demander où font les fyftêmes fimples
, grands , économiques , à préférer fous
quelque rapport ? Si on reconnoîtra jamais
ces fyftêmes préférables dans une fécondité
de fortifes quife réduiſent à groffir des volumes
?
ود
On en feroit un de la multiplicité d'emplois
auxquels s'appliqua le génie de Vauban.
" Les levées, les moles , les éclufes , les jetées
, l'art des fondations fur les fols les plus
ingrats , fur les fonds inconnus de la mers
le defféchement des marais , la réunion
» des plus vaftes magaſins d'eau , les fleuves
» contenus & refferrés dans leurs lits ; par-
39
tout il déploya le grand art de preferire
» des loix aux élémens fougueux , & avec un
» tact fi sûr , que les théories les plus fubtiles
de l'hydraulique l'ont à peine remplacé.
"3 23
Et de fi prodigieux travaux , exécutés par
Vauban , Ingénieur & Méchanicien , ne compofent
encore qu'une partie de la gloire. Citoyen
, Homme d'État , Économiste humain
autant que ftudieux , il fe prefente à la reconnoiffance
des peuples avec des titres que
perfonne , depuis lui , n'obtint en France au
même degré. « C'eft fur-tout dans fes ré-
» clamations fur les befoins de l'intérieur ,
fur la misère des Peuples , fur le défaut de
proportion dans la répartition des charges ,
» qu'on reconnoît l'ame de Vauban, Le Roi
"
--9
DE FRANCE. 167
»
» lifoit fes Mémoires , les apoftilloit de fa
main....Dans l'un de ces Mémoires adreffés
au Miniftre des Finances , le 27 Janvier
» 1695 , il traite de plufieurs objets d'admi-
» niſtration générale ; il déplore des mal-
» heurs , il en indique les remèdes , il ré-
» clame fans ceffe en faveur des Peuples
→ malheureux . »
"
M. de Voltaire , & après lui , une foule
d'échos , ont difputé à Vauban le projet
de la dixme royale. Cependant l'Abbé de
Saint- Pierre , dans fes Annales , avoit dit
pofitivement que le Maréchal lui avoit com
muniqué fes idées à ce fujet. Par la citation
du Mémoire précédent , l'Auteur des Confidérations
, &c. a confirmé fans réplique l'al
légué de l'Abbé de Saint-Pierre. Dans cet
écrit , M. de Vauban dit au Miniftre qu'une
dixme royale fur toute espèce de revenus ,
feroit meilleure que la Capitation , & il lui
annonce le développement de fes idées fur
cette matière.
Le Public, qui a paru fe reffentir du mépris
avec lequel on s'eſt enhardi à traiter ces recherches
& ces études politiques de Vauban ,
le reconnoîtra fans doute au tableau de main
de Maître qu'en a tracé l'Auteur des Confidérations.
« L'énumération de fes talens
» & de fes vertus , fes connoiffances fur une
» multitude d'objets , la conception de tant
» de projets utiles difcutés à fond ; l'appli-
» cation continuelle d'un efprit occupé de
vues grandes & générales , & que ne purent
168 MERCURE
"
"
jamais rétrécir les détails immenfes dont
» il étoit rempli ; le contraſte qui refulte de
» tant de genres ftudieux , avec l'intrépidité
» de fon ame dans les périls de la guerre ;
» cette foule d'idées toutes claffées dans une
organiſation qui embraffoit tout , compofent
ce tableau .... La fimplicité prit dans fon
» âme un caractère d'élévation bien rare : il
» n'eut point cette timidité qui rend la vertu
" même fi fouvent inutile ; mais une mo-
» deftie active , & qui pour , les chofes juftes
qui ne le regardoient pas , en fit le folli
citeur le plus ardent , &c. &c. »
ور
و د
و ر
20
(Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
1
CONFESSION générale de l'année 1785. A
Ifpahan , & fe trouve à Paris , chez Buiffon ,
Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevins , No. 13.
Le plan de cette petite brochure eft original
& heureux. On peut faire entrer dans fon
cadre une fatire de nos moeurs , & un tableau
en même temps des travaux qui ont fignalé
l'année. L'Auteur s'eft borné à la première
divifion , & fans vouloir rien approfondir,
il a été léger , gai , & quelquefois plaifant ;
fans avoir un ftyle foigné ni des prétentions ,
il fe fait lire , & on fourit par intervalles . Il
fentoit qu'il n'écrivoit qu'une feuille du mo
ment , & il s'eft borné à y jeter la meſure
de
DE FRANCE. 169
de fel & de chofes qui étoit fuffifante. Nous
l'invitons , dans le cas où il auroit le projet
de continuer fes confellions chaque
année , à reunir dans fon cadre tout ce qui
doit y entrer, & à profiter de mille traits
qui peindroient agréablement nos moeurs &
nos folies. Cet Ouvrage pourroit devenir plus
intereffant que ce premier ellai ne ſemble
l'annoncer. Nous allons en extraire les paffages
les plus remarquables.
C'eft l'année 1785 qui , avant d'expirer
, va le confeffer à Saturne , & rendre
compte de l'emploi de fes momens. L'année,
-1786 qui lui fuccède , l'en preffe.
"
"
"
"3
"
" N'estil
pas temps , lui dit- elle , de mettre ordre
» à votre confcience ? Vous avez fait votre
teftament , j'en conviens ; vous m'avez
légué votre mobilier qui , foit dit en paffant
, ne vaut pas grand chofe ; toutes vos
acquifitions ne font que du viager ; en fait
» de patrimoine , rien du tout ; car , Dieu
» merci , vous avez tout dénaturé , tout
aliéné , tout diffipé .... Voulez - vous faire
"} comme tant d'années , vos ayeules , qui
font mortes dans l'impénitence ? Voyez
l'année de la Pharfale , qui mit le monde
aux fers , celles du maflacre des Saxons
» des vêpres Siciliennes , de la Saint- Bar-
" thélemi ? Allons , un peu de courage . Don--
» nez un bon exemple . Si la mode prend que
les années fe confeffent , nos petites nièces
en feront plus fages.
""
"3
23
""
Saturne paroit , & c'eft à lui que l'année
No. 35 , 26 Août 1786.
H
176 MERCURE
•
expirante s'accufe de tous les torts . Elle commence
par avouer qu'elle a mal fait de ramener
le premier Janvier. Jamais , dit-elle ,
je n'ai été plus fauffe , plus menteufe que
ce jour là, J'embraffois à tort & à travers des
gens que je ne connoiffois pas ; j'allois vifirer
des grands dont je méditois la chûte , des
parens dont je convoitois la fucceffion , & à
qui je fouhaitois de longs jours , &c. &c.
Elle fe confeffe d'avoir violé les règles de
la pudeur , d'avoir accouché de quelques Journaux
qui , bambins à la vérité, ne font pas
encore grand bruit dans le monde.
J'ai rempli , dit- elle , l'Europe de libelles
indécens , de brochures infipides , dont les
moindres défauts font des plagiats & d'étermelles
répétitions.
Je crains bien d'avoir offenfé la Religion ,
en fufcitant quelques prédicateurs dont les
phrafes ne contenoient que de jolis mots.
J'ai répandu un efprit de vertige chez
prefque tous les Auteurs , qui leur perfuade
qu'un Ouvrage n'eft bon que lorſqu'il eft
hardi; on fronde en conféquence ce qu'on
doit refpecter .
Je m'accufe d'avoir ramené le règne des
charlatans , pour montrer comme il eft facile
de fubftituer à la raifon le fanatifme le plus
outré, Le temps des enchantemens eft revenu,
& l'on a mieux aimé croire aux extravagances
qu'aux vérités éternelles,
C'est moi qui dans les airs ai incendié
Pilâtre du Rofier , pour démontrer au Pu
DE FRANCE. 171
blic que l'Abbé *** eut bien plus de génie
en faifant brûler à terre fon balon..
d
Ses devancières lui avoient appris que le
décorateur d'un boudoir étoit un artifte plus
précieux que l'architecte favant qui bàtit
jadis le théâtre de Marcellus. Et elle a imité
L'exemple de fes devancières. Elle a annoncé
au Public des pygmées comme des géans ,
laiffé les grands talens dans l'oubli , pour
ne vanter que des misères , & c. & c. & c. -
Cette tirade finit par un trait piquant.
Je n'ai pu faire , au fein de la France , un
éloge de Louis XII qui méritât la couronne
académique.
-
La réception d'un Avocat célèbre à l'Académie
Françoife , devient un motifde confeffion.
Pardonnez moi , dit l'année , d'a
voir introduit un Avocat à l'Académie. -
Saturne lui répond : un Avocat ! auriez vous
donc penfé qu'elle auroit un jour befoin d'un!
défenfeur !
L'année pafe enfuite en revue les modes.
des femmes , les coeffures en harpie , en Richard
coeur de lion. J'ai arlequiné , dit- elle ,
le coftume des hommes ; j'ai couvert leurs :
petits fouliers de boucles coloffales ; leurs petites
têtes de chapeaux gigantefques ; leurs
foibles doigts de larges bagues. Le tour des
hommes vient enfuite. L'année a mis malicieuſement
fur leurs boutons les lettres de
l'alphabet , pour les renvoyer à l'A B.C. Ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eft queje donnois
à tout cela un vernis Anglomane . Paris
----
Hy
172 MERCUREA
lui répond Satume , ne doit pas vous en favoir
gré. Un Romain qui fe feroit montré
jadis à Rome en habit carthaginois , auroit
eré joliment accueilli par fes concitoyens !
L'année s'accufe enfuite de quelques événemens
politiques , des émeutes , des féditions
qui ont été excitées depuis Conftantinople
, jufqu'à Londres & à la Haye. Cette
partie des confeflions auroit pu être plus intéreffante
& plus gaie. Il y avoit bien des
chofes à dire , & elles n'auroient pas été la
partie la moins recommandable de l'Ouvrage.
Nous engageons l'Auteur à ne pas dédaigner
à l'avenir ce riche fonds , & qui peut être
mis en oeuvre d'une manière originale . Ne
feroit-il pas plaifant , en effet , d'entendre les
confeffions des années des miniftères de Richelieu
, de Mazarin , de Louvois , du Prorectorat
de Cromwel & de tant d'autres. On
les prefereroit à coup sûr à la critique ( quoi
que bien fondée ) des honneurs rendus
Marfeille à une cantatrice , à un danfeur à
Londres , & des tableaux expofés au Louvre ,
& des drames qui n'amufent les femmes qu'en
les faifant pleurer. Des drames ! repond
Saturne , elles y ont du plaifir ! c'eft bien
François.
L'année s'accufe de la mort d'un Miniftre.
(On devine qu'elle veut parler du Duc de
Choifeul. ) Saturne pleure cette mort ; depuis
la mort d'Agrippail n'avoit verfé de laimes phis
amères. Celle du Duc Léopold de Brunſwick
fur l'Oder, remplit cependant Satuine d'inDE
FRANCE. 173
dignation. Il est prêt à repouller & à maudire
l'année , qui obtient fa grace en faveur du
rachat des Captifs & de la naiffance du Duc
de Normandie , à condition qu'elle recommanderoit
à fa fille ( l'année 1786 ) d'être plus
fage qu'elle.
L'AMINTE du Taffe , Traduction nouvelle,
1 vol. in -8º . A Paris , de l'Imprimerie de
Ph. D. Pierres , prémier Imprimeur ordinaire
du Roi , rue S. Jacques.
L
CETTE Traduction eft précédée d'une vie
du Talle fort bien faire , & de la Traduction
de la Préface compofée par Gilles Menage
en 1655.
Nous avons
eja beaucoup de verfions de
cette Paftorale , ainfi que des autres Poemes
claffiques de l'Italie , aucune n'eſt reſtee
parce qu'on a enfin adopté un meilleur fyftême
de Traduction que celui qui avoit prévalu
jufqu'ici . Il eft démontré aujourd'hui
qu'il eft impoffible de rendre en profe les
graces , le coloris de la poélie , prétention
qui feule avoit pu infpirer & foutenir le fyftême
des Traductions libres. On s'en tient
donc , lorfqu'on ne traduit pas en vers , au
projet plus raisonnable & plus utile , de ne
rendre que les penfees du Poere , en fe rapprochant
le plus qu'il eft poffible de fes tournures
, en laiffant à l'imagination du Lecteur
le foin de fuppofer & de rétablir les fornies
brillantes qu'on a été obligé de facrifier. La
Hij
174 MERCURE
Traduction en profe eft alors à un Poëme ce
que la gravure eft à un tableau ; elle en rend
les traits auffi purement que le permet letalent
de l'Artifte ; elle indique les ombres & les
clairs ; mais elle n'en exprime pas les couleurs.
On traduit aujourd'hui , feulement pour faire
connoître un Ouvrage à ceux qui en ignorent
la langue originale , ou pour en faciliter l'intelligence
à ceux qui ne la connoiffent que
foiblement. Ce genre de verfion , ordinairement
accompagné du texte , eft beaucoup
plus difficile que les Traductions libres , quand
on veut que la littéralité ne détruife pas l'élégance
; mais aufli il a infiniment plus de mé
site , & fur tout plus d'utilité.
་ ་
L'Ouvrage que nous annonçons eft d'un
jeune homme qui paroît bien poffeder la langue
du Taffe , & qui écrit la fienne avec affez
d'élégance & de correction . Cependant comme
cette verfion paroît n'être pour lui qu'un
objet d'étude fur lequel il s'eft exercé , dans le
deffein de fe préparer à des entrepriſes plus
confidérables , qu'il nous permette , en lui
accordant les encouragemens qu'il mérite , de
lur faire quelques reproches dictés par le feul
intérêt que fon Ouvrage nous a infpiré. Dans
de certains momens il s'écarte de la fidélité
qu'il paroît s'être propofée dans tout le reſte ,
& nous avons remarqué que ces momens
étoient ceux qui préfentoient quelque difficulté.
Au-lieu de s'attacher à la rendre , il
m'emploie fouvent que des phrafes vagues
comme pour l'éluder ; quelquefois même
DE FRANCE. 175
la fupprime tout - à - fait. Son ftyle , en général
trop fec & trop découpé , convient peu furtout
au genre de la Paftorale , qui demande
plus de molleffe & de fluidité que de précifion.
Ces défauts cependant ne fe font pas fentir
dans tout l'Ouvrage. Il y a plufieurs morceaux
qui font écrits avec grace & fe font lire avec
plaifir. Nous allons en citer un qui peut juf
tifier à -la- fois nos critiques & nos éloges ;
mais nous prévenons l'Auteur que nous ne
fommes fi févères que pour l'engager à l'être
avec lui- même, s'il entreprend quelque jour
un Ouvrage plus important. Ses Lecteurs lui
accorderont sûrement plus d'indulgence , &
nous convenons qu'il nous en paroît digne.
Dans la première Scène , Daphné condamne
les rigueurs de Sylvie pour Aminte , & veut
engager cette jeune Nymphe à fe rendre à
l'Amour. Tout téméraire , dit Sylvie, que
» tu appelles du nom d'amant , deviendroit
» mon ennemi .
DAFNE
Stimi dunque nemico.
Il monton dell'agnella ?
De là giovenca il toro ?
Stimi dunque nemico
Il tortore a la fida tortorella ?
Stimi dunque ftagione
Di nimi.izia e d'ira
La dolce prima vera
901
Hiv
176 MERCURE
C'hor allegra e ridente ,
Riconfiglia ad amare
Il mondo , e gl'animali ,
E gl'uomini e le donne : enon t'accorgi
Come tutte le cofe
Hor fono innamorate
D'un amor pien di gioia e di falute ?
Mina là quel colombo
Con che dolce fufurro lufingando
Baccia la fua
compagna ;
Odi quel affignaolo
Che va di ramo in ramo
Cantando , io amo , io amo e le nol fai,
La bifcia lafcia il fuo veleno , e corre
Cupida al fuo amante:
Van le tigri in amore :
Ama il leon fuperbo ; e tu fol fiera
Più che tutte le fiere
Albergo g'i dinteghi nel ruo petto."
Ma che dico leoni , e tigri , & ferpi ,
Che pur han fentimento ! amano ancora
Gli alberi. Veder puoi con quanto affetto
La vite s'avviticchia al fuo marito ;
L'abete ama l'abete : il pino il pino ;
L'orno per l'orno , e per la falce il falce
E l'un per l'altro faggio arde e fofpira.
Quella quercia , che pare
Si ravida e felvaggia ,
Fr
DE FRANCE. 177
و د
ود
*
Sente anch'ella il potere.
De l'amorefo foco é fe tu avelli®
Spirto e fenfo d'amore , intendereſti
Į fuoi muti ſoſpiri , hor tu da meno
Effer vuoi de le piante
Per non effer amante ?, sanat-
Cangia , cangia configlio ,
Pazzarella che ſei, totheds
DAPHN É.
Tu
crois donc
que
le mouton
eft l'en-
» nemi
de la brebis
, le taureau
de la géniſſe
?
» Tu penfes
donc
que
le tourtereau
eft l'ef-
» froi
de fa fidelle
tourterelle
? Tu vois
done
» le doux
printemps
comme
la faifon
des
» haines
& des
fureurs
, lui dont
la beauté
.
toujours
nouvelle
, invite
à l'amour
la Na-
» ture
entière
? Tu n'apperçois
pas comme
" tout
ce qui refpire
eft entlammé
des
feux
» les plus
ardens
? Admire
ce pigeon
, avec
" quel
doux
roucoulement
il carelle
& baife
» la compagne
, Ecoute
,cel
Ecoute
, ce Rollignol
qui
» faute
de rameau
en rameau
, en chantant
la couleuvre
j'aime
, j'aime
. Sais
-tu que quitte
fon venin
pour
s'élancer
avec
ardeur
» vers
fon
amant
: Les tigres
aiment
; le lion
fuperbe
rugit
d'amour
. Toi
feule
, plus
fère
que
tous
les animaux
, tu nourris
les
dedans
dans
ton coeur
. Tu peux
voir
avec
quelle
ardeur
la vigne
s'entrelace
avec
fon
» époux
. Le fapin
tend
fes rameaux
vers
le
""
f
ور
ور
و ر
3.
Hv
178
MERCURE
"9
fapin ; le pin defire le pin ; l'orme foupire
» pour l'orme ; le faule brûle pour le faule ,
» le hêtre pour le hêtre. Ce chêne qui te
33
paroit fi vieux & fi fauvage , obéit encore
» aux loix de l'amour. Si tu en connoiffois
» les fentimens & les délices , tu entendrois
» tous leurs muers foupirs. Mais tu veux ,
» pour réfifter avec plus de force à tous fes
» attraits , avoir moins de fenfibilité que les
» plantes. Ah ! change , je t'en prie , de con-
» duite , petite folle , change de conduite. »
Tu crois donc , &c. Cette phrafe & les
fuivantes , tournées ainfi en exclamation
ont moins de vivacité que celles de l'original
qui font en interrogation. Daphné , pour exprimer
l'étonnement que lui caufe la façon
de penfer de Sylvie , lui demande : crois - tu
donc , &c. On doit fentir cette nuance. Peutêtre
ne falloit il pas varier l'expreffion dans
ces différentes phrafes ; tu crois donc , tu
penfes donc, tu vois dorc. La répétition dans
Foriginal a une grace qu'il étoit bon de conferver.
Lui dont la beauté , &c . On ne
peut guère appliquer ce pronom à un être
inanimé , à moins qu'on ne le perfonniffe ;
mais ce qui eft plus grave , c'eft le peu d'exactitude
du fens. Il y a dans l'original : regardes-
tu donc comme une faifon defureur
& d'inimitié le doux printemps qui , maintenant
riant & joyeux , inspire de nouveau
Pamour aux animaux , aux humains ; d'
toute la Nature ? Le mot maintenant , omis
par le Traducteur , n'eft pas inutile ; il donne
ر
DE FRANCE. 179
un degré de force à l'argument de Daphné
qui confeille d'autant plus à Sylvie d'aimer ,
que la faifon même l'y invite : des feux ies
plus ardens , n'eft pas exact non plus ; ces
mots, pien di giora e di falute , portent une
idée de bonheur que ne rend pas le mot
ardens . Admire n'eft pas le mot propre. Mira
fignifie feulement regarde. Cet objet ne doit
pas en effet exciter l'admiration de Sylvie.
Toi feule , pius fière que tous les animaux.
Il y a dans le texte une oppofition dans ces
mots : fierae fiere , qu'il falloit conferver. Toi
feule , plus fauvage que les plus fauvages ani❤
maux, l'auroient rendue . Tu nourris les dédains
dans ton coeur , eft une métaphore
fubftituée à une autre fans néceffité. L'original
dit: tu lui refufes uneplace dans ton coeur;
ce qui feroit tout auffi bien. Il y a ici deux
vers du texte fupprimés , on ne fait pourquoi.
Mais non-feulement les lions , les tigres , les
ferpens, qui du moins font des êtres fenfibles
Les arbres même refentent l'amour. Tout le
refte eft très bien rendu , excepté la dernière
phrafe. Ah! change , je t'en prie , &c. D'abord
elle manque tout- à- fait d'harmonie . Je t'en
prie, n'eft point dans le texte ni dans la vérité.
Daphné n'a aucun intérêt à prier Sylvie
de fe rendre à l'amour ; il le lui confeille
feulement. Ce n'eft pas de conduite non plus
qu'il l'invite à changer , mais de fentiment ,
de manière de penfer. Enfin , le mot de
petite folle n'eft nullement du ton de la fitua
tion. Cette expreffion appartient uniquement
Hvj
180
MERCURE
à la gaîté , & c'eft fort férieufement que
Daphne parle. Le mot pazzarella eft bien
un diminutif , mais il ne fert à exprimer
que la difference d'âge entre Daphné &
Sylvie. Jeune infenfée étoit le mot propre ,
& malheureuſement celui de petite folle eft
répété plufieurs fois dans la fcène , & y pro
duit par- tout un mauvais effet.
Voilà fans doute de bien rigoureuſes critiques
; quelques-unes même pourront paroitre
vétilleufes ; mais fi elles prouvent que
nous n'en avons pas de plus effentielles à
faire, elles ne nuiront pas au fuccès de l'Ouvrage
, & cette raifon , jointe aux motifs que
nous avons expofés plus haut , doit engager
l'Auteur à nous les pardonner.
( Cet Article eft de M. Framery. )
LE LYCÉE de la Jeuneffe , ou les Études
réparées ; nouveau Cours d'inftruction d
Pufage des Jeunes Gens de l'un & de l'autre
fexe, & particulièrement de ceux dont les
études ont été interrompues ou négligees ;
par M. Moustalon , 2 vol. in- 12 . A Paris ,
chez Servière , Libraire , rue Saint- Jean - de
Beauvais.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties.
La première , fous le titre de Graminaire
Françoife , renferme un tableau hiftorique de
l'origine & des révolutions de notre Lan- A
gue , une expofition nette & précife des
DE FRANCE. 181
principes raifonnés qui en font aujourd'hui
la bafe ; la folution des principales difficultés
qui peuvent fe rencontrer en parlant ou en
écrivant ; un traité d'orthographe & de ponctuation
; enfin , les règles de notre verification..
La deuxième offre un précis de Mythologie ,
fuffifant pour n'être point arrêté à la lecture
des ouvrages en vers.
La troisième est une Rhétorique deſtinée
particulièrement àorner la mémoire des jeunes
gens , par des exemples tirés des Auteurs anciens
& modernes. Il n'y a pas un mot latin
qui ne foit traduit en note.
La quatrième enfin contient les règles propres
à chaque genre de Littérature. Leur expofition
eft prefque toujours accompagnée
de l'hiftoire du genre dont l'Auteur parle ,
& de la notice des principaux Ouvrages qu'il y
a fait naître chez les Grecs , chez les Romains
& parmi nous.
Le Cenfeur de cet Ouvrage , après en avoir
donné une idée fuccincte , ajoute : « Je crois
que le Public recevra avec plaifir l'impref
" fion d'un livre qu'on peut regarder comme
» un Cours complet de Belles- Lettres , &
qui doit être très -néceffaire à ceux qui
» veulent être inftruits , & utile même à
» ceux qui le feroient déjà.
وو
· Cet éloge ne nous a point paru exagéré ;
l'Ouvrage doit faire honneur à fon Auteur ,
& doit être utile à la jeuneſſe .
182 MERCURE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
LE Concert du Mardi 15 de ce mois , a été
l'un des plus beaux de cette année. Le Sacrifice
de Jephté , Scène nouvelle de M. Deshayes ,
a fait un très - grand plaifir . Elle a paru d'une
expreffion pleine de chaleur & vivement
fentie. M. Deshayes , qui s'eft déjà diſtingué
dans des genres où l'on eft à peine apperçu ,
donne l'espoir d'être compté un jour dans
le petit nombre de Compofiteurs que la Nation
Françoife oppofe à fes rivales ; & cet
efpoir feroit peut être déjà rempli , s'il avoit
trouvé les occafions de mettre fes talens en
évidence ; mais ces occafions font trop rares à
Paris : & c'eft peut- être leur difette , plus que
toute autre railon , qui s'oppofera long- temps
à ce que la France obtienne le rang auquel
elle pourroit prétendre dans l'empire mufical ,
Un jeune Artifte perd à folliciter l'exécution
de fes premiers eflais , le temps qu'il pourroit
employer à fe perfectionner ; toute émulation
eft étouffée , & l'on néglige néceffairement
un talent dont on ne peut eſpérer de
recueillir les fruits. Ces réflexions où nous a
conduits M. Deshayes , nous ont éloignés de fa
DE FRANCE. 183
1
Scène, qui a été fort bien chantée par Mlle
Vaillant. Nous invitons cette jeune Canta
trice , qui eft maintenant au deffus des encouragemens
, à fe rendre encore plus maîtreffe
de fa voix ; à ne la pas jeter dans les cordes
hautes , mais à l'y porter avec douceur ; à
foigner davantage la déclamation du récitatif,
& fur-tout à s'exercer fur des paroles Françoifes.
Il ne faut pas qu'elle oublie qu'elle n'eft
point Italienne , & que c'eft fur fa langue feule
qu'elle peut obtenir une réputation. Elle n'en
fauroit avoir aucune parmi les Chanteufes de
Italie , tandis qu'elle doit efpérer parmi les
nôtres une place diftinguée , fi elle peut
fournir fon porte - feuillé de morceaux auffi
bons que celui de M. Deshayes. Nous eſpérons
que Mlle Vaillant nous faura gré de ces
confeils. Nous aurions craint de les lui donner
il y a quelques années ; mais fon talent
formé & fes fuccès mérités , la rendent digne
aujourd'hui de les recevoir.
Mme Garnier Canavas a chanté un rondeau
Italien , & a exécuté fur le piano - forté
une fonate de Clementi. Sa voix eft trèsjolie
, & fa manière de chanter foit bonne ;
elle chante en Muficienne & avec préciſion;
il a paru feulement qu'elle manquoit un peu
d'habitude. Quelques études encore , particulièrement
à l'égard de fon intonation , &
nous croyons pouvoir lui préfager un trèsgrand
talent. Nous ne dirons rien de fon
exécution fur le piano - forté , qui a paru cependant
sûre & brillante ; mais l'inftrument
184
MERCURE
étoit fi difcord qu'il a été impoflible d'en bien
juger.
Le Te Deum , nouveau Moret de M. Philidor
, a fait la fenfation la plus vive. Une
fuperbe facture , mérite ordinaire de ce Compofiteur
, uni au chant le plus mélodieux &
le plus flatteur, a ravi tous les fuffrages . Plufieurs
morceaux ont été diftingués , particulièrement
un Cantabile chanté par M. Laïs
avec une perfection rare ; un petit choeur
d'un chant charmant , dont le même M. Laïs
a exécuté le coryphée avec un mérite égal ,
& fur-tout le verfet Judex craderis qui , par
un favant défordre d'harmonie, très - analogue
aux paroles , a ému , tranfporté tous les Spectateurs.
Si quelque chofe pouvoit ajouter à la
réputation , à la gloire de cet habile Maître ,
ce feroit ce Te Deum. C'eft fur de pareilles
épreuves qu'il faut juger un Compofiteur, &
non lorfqu'il eft affervi à des paroles qui , par
le plus ou le moins d'intérêt qu'elles infpirent
, décident ſeules de fa chûte ou de fon
fuccès.
DE FRANCE. 185
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON ne fauroit confidérer la remife qui
vient d'être faite , le Samedi ƒ de ce mois , de
la Tragédie de Sertorius , que comme un
hommage rendu par les Comédiens au génie
du grand Corneille. Le goût eft tellement
changé en matière de fpectacle depuis quelques
années , qu'on néglige aujourd'hui ce
qu'on aimoit autrefois. Il eft paffé le temps
où les connoiffeurs nombreux alloient admirer
les belles Scènes de Sertorius & de Nicomède
, où la profondeur , l'étonnante logique
, les connoillances politiques , les reffources
de l'imagination du créateur de la
Tragedie Françoife trouvoient dans les Amateurs
du Théâtre des appréciateurs éclairés.
Du fafte dans les decorations , du luxe dans
les habits , de la pompe dans l'enfenible de la
repréſentation , des marches , des combats ,
des mouvemens rapides , des fituations mattendues
, des jeux de poignard ; en un mot
toutes les reffources de la pantomime : voilà
ce que le Public applaudit & recherche , voilà
ce qu'on ne trouve point dans les Pièces de
Corneille , & encore moins dans celles où il
a voulu paroître avec les feules reffources du
genre admiratif. Il faut donc répéter ce que
´nous avons dit ; ce n'eft point dans l'espoir
d'amener l'affluence , par conféquent de bonnifier
leurs recettes que les Comédiens aut
186 MERCURE
rèmis Sertorius , c'eft pour honorer la mémoire
de Corneille ; nous les en félicitons.
Ileft beau d'immoler quelquefois fes intérêts
à la gloire d'un grand Homme , & ce facrifice
étoit digne du premier Théâtre de la Nation.
Il faut pourtant en convenir ; Sertorius
n'eft point un Ouvrage fait pour être goûté
par tout le monde . On y rencontre des beautes
fublimes ; mais l'intérêt en eft prefque
nul. Pompée y fait quelquefois un perfon
nage au-deffous de fon nom ; l'amour de Sertorius
pour Viriate , fes irréſolutions , fa ja
loufie glacée & paffive , dégradent fouvent fon
caractère ; Perpenna eft prefque toujours d'un
ridicule qu'on fouffriroit à peine dans la Comédie
; Ariftie eft un perfonnage qui ne fait
qu'embarraffer l'action , & Aufide eft d'une
baffeffe dégoûtante. Lorfque Corneille fit repréfenter
Sertorius ( en 1662 ) la Nation
avoit affez de goût , elle étoit affez éclairée
pour diftinguer tous ces défauts ; mais comme
des révolutions fucceffives avoient long- tems
tourné les idées vers la politique , on fuivoit
avec intérêt les développemens du caractère
fier & impofant de la Reine Viriate , on admiroit
la Scène de Pompée & de Sertorius au
troifième Acte , & toutes les Scènes où la
majefté des idées eft foutenue par la force du
raifonnement , par l'énergie & par la nobleffe
du ftyle ; on applaudifoit avec tranſport ces
vers de Viriate, en parlant de Sertorius :
J'aime en Sertorius ce grand art de la guerre,
DE FRANCE. 187
Qui foutient un banni contre toute la terres
J'aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers ,
Ce front qui fait trembler les plus braves Guerriers ,
Ce bras qui femble avoir la victoire en partage ;
L'amour de la verta n'a jamais d'yeux pour l'âge ;,
Le mérite a toujours des charmes éclatans ;
È quiconque peut tout eft aimable en tout temps.
C'étoit avec enthoufiafme qu'on entendoit
Sertorius dite à Pompée :
Je n'appelle plus Rome un enclos de murailles
Que les profcriptions comblent de funérailles ;
Ces murs , dont le deftin fut autrefois fi beau ,
N'en font que la prifon , ou plutôt le tombeau ;
Mais pour revivre ailleurs dans fa première force,
Avec les faux Romains elle a fait plein divorce ;
Et comme autour de moi j'ai tous fes vrais appuis,
Rome n'eft plus dans Rome , elle eſt toute où je ſuis,
Ces morceaux , & beaucoup d'autres qu'il
feroit trop long de citer , faifoient oublier les
morceaux foibles & négligés ; & en faveur du
grand parti que dans fa fécondité fublime , le
génie avoit tiré d'un fujet trifte , ingrat &
froid , on pardonnoit les défectuofités, on faifoit
grâce aux incorrections. Aujourd'hui on
eft bien éloigné de ce fyftême. Raffafiés de
jouiffances , accoutumés aux excès , inftruits
en apparence , ignorans par le fait , dédaigneux
par ton , & frivoles par habitude autant que
par caractère , nos Spectateurs reffemblent à
288 ME RECURE
$
ces gourmets blafés qui prennent leur dégoût
pour de la délicateffe.
cr
Ce qui nuit encore à l'effet des Ouvrages
de Corneille , c'eft , comme l'a dit Voltaire ,
» le défaut d'Acteurs dignes de les repré
fenter . On n'encourage peut être pas allez
» cette profeffion , qui demande de l'efprit ;
! » une connoiffance affez grande de la langue,
» & tous les talens extérieurs de l'art ora-
» toire. Mais quand il fe trouve des Artiſtes
» qui réuniflent tous ces mérites , c'eft alors
que Corneille paroît dans toute fa
gran
» deur. S'il falloit des preuves pour foute
tenir cette opinion , nous citerions à l'appui
l'illuftre Lekain & Mlle Clairon.
ور
»
ANNONCES ET NOTICES,
LETTRES
ETTRES à M. D *** , Étudiant en Chirur
gie , par M. Fabre , Profeffeur aux Ecoles Royales de
Chirurgie , &c. pour fervir de fupplement à ( on traité
des maladies vénériennes . A Édimbourg , & fe trouve
à Paris , chez Théophile Barrois le jeune , Lib. quai
des Auguftins , Nº. 18.
Ces Lettres font écrites à l'occafion d'un Ouvrage
que M. Peyrithe , Pref- fleur de Chimie & de Botanique
aux Écoles Royales de Chirurgie , vient de
publier fur la vertu anti -vénérienne de l'alkali volatil.
« C'eft là , dit cet Aureur , une de cesidées auxquelles
on ne doit le rendre qu'après le plus févère exa-
»» men & les réflexions les plus mûres ; j'invite les
» Maîtres de l'Art à s'y livrer ; fi c'cft une vérité , il
DE FRANCE.. 189
» importe qu'elle foit répandue ; fi c'eſt une erreur ,
» il faut la diffiper dès la naiffance. »
C'eft d'après cette invitation que M. Fabre s'eft
cru obligé d entrer en lice avec M. Peyrilhe ; mais
auparavant , il juge à propos de faire connoître à font
Correfpondant les différentes fources où il a puife
fes principes : c'eft le fujet de fa première Lettre...
Dans la feconde Lettre , M. Fabre expofe leprécis
du fyftéme de M. Pey ille fur ces fortes de maladies.
#
Dans les Lettres fuivantes , M. Fabre développe
les ravages que fait cette maladie , & par quel procédé
le remède ufité la détruit dans la perfonne qui
en eſt affectée : c'eft aux'vrais Maîtres de l'Art à ap-
Frécier cet Ouvrage qui intéreffe réellement l'huma
nité , dans la circonftance préfente fur tout , où tant
de Charlatans, fous des noms qui peuvent en impofer,
cherchent à tendre des pièges au Public . Pour nous
fuivant les feules lumières de la raifon , nous ne dou
tons pas que ces Maîtres de l'Art ne rendent à M.
Fabre toute la justice qu'il nous a paru mériter à cet
égard. - སྒྲོདས བྲིམན་ ༈ ཀྱང ན སྙ རྣམས
TRAITÉ Hiftorique de tous les Animaux qui
habitent la France , par M. Buc'hoz , Médecin de
MONSIEUR &c. , in 4º . , Tome II . A Paris , chez
l'Auteur , rue de la Harpe , au- deffus du Collège
d'Harcour.
RECHERCHES fur la nature & les caufes de la
richeffe des Nations ; traduit de l'Anglois de M,
Smith , 6 Vol. - in- 12. A Londres ; & fe trouve à
Paris , chez Poinçot , Libraire , rue de la Hatpe ,
près Saint Côme,
Ce n'eft pas ici un Ouvrage frivole ; auffi n'a- til
pas un fuccès de vogue . C'eft un de ces Ecrits
auffi utiles que férieux ; & le nom de fon Auteur
}
190 MERCURE
établiroit feut en fa faveur un préjugé avantageux.
Quant au mérite intrinsèque de l'Ouvrage , voici ce
qu'en avoit dit le Journal des Savans en 1777 avant
que ce Livre eût été traduit : « On reconnoît dans
ce grand Ouvrage la fupériorité de génie & de
talens à laquelle nous devons la théorie des fentiso
mens moraux , réimprimée depuis peu en Angle
terre pour la dixième fois. Les queſtions économiques
les plus importantes y font traitées avec
» toute la netteté, l'ordre & la profondeur dont
» elles font fufceptibles ; & l'Auteur, dans le choix ,
la nouveauté , la jufteffe de fes obfervations , &c.
dans les conféquencesqu'il en tire, montre par tout
» un degré de difcernement & de fagacité qu'on ne
peut s'empêcher d'admirer , parce qu'il eft extrê
mement rare . 35
+
Poisson Aérien vu par les Auteurs de l'Aréof
tai,placé au Moulin de Javelle , & par M. Montgolfier
dans le courant d'Octobre 1785 par Louis
Bulliot , Chanoine de l'Eglife Col'égiale de Semur
en Auxois . Se vend à Paris , chez M. Guyot , Concierge
de l'Académie d'Architecture , au Louvre.
Prix, 1 fols.
MEMOIRE pour fervir à l'Eloge du Maréchal
de Vauban , par M. le Chevalier de Curel , Brochure
in- 8°. de 23 pages. A Bruxelles ; & fe trouve à
Paris , chez M. Lambert , Imprimeur - Libraire , rue
de la Harpe , près Saint Côme,
Cette Brochure peut être utile à ceux qui concourent
pour le Prix que vient de propoſer l'Acadé
mie Françoife.
"
pot,
MANUEL eu Vocabulaire des Moulins à
orné de quatre figures en taille douce , in 8 ° . de
109 pages. Prix, 1 liv. 16 fols broché, A AmfterDE
FRANCE. 191
dam ; & fe trouve à Paris , chez Lejay , Libraire , rue
Neuve des Petits - Champs , près celle de Richelieu.
Ce Manuel contient l'explication des termes techniques
, & de ce qui eft plus néceffaire à connoître
pour tous Meuniers & Propriétaires de Moulins.
ONZIEME Cahier des Effais Hiftoriques fur
Hiftoire de France , par M. de Sauvigni. A Paris ,
chez Cloufier , Imprimeur - Libraire , rue de Sorbonne.
Ce Cahier complette la Traduction des Epitomes
de l'Hiftoire des Francs C'est un Abrégé qui commence
à l'origine des Francs , vers 240 de l'aire vulgaire
, & va jufqu'à la mort de Chilperic. Cet Ouvrage
, effentiel à notre Hiftoire , n'avoit jamais été
traduit ; il offre des lacunes auxquelles M de Sauvigni
a fupplée , en y inférant plus de foixante paffages
d'Auteurs contemporains , qui éclairciffent des
faits importans. Ces paffages , pour la plupart , ne
fe trouvent dans aucun de nos Hiftoriens , pas
même dans l'immenfe Colection de Dom Bouquet.
SEIZE Cahiers des Jardins Chinois en trente
Planches, dont vingt huit Châteaux de l'Empereur
de la Chine , les Jardins de Caumartin près Dijon ,
celui de M. le Comte d'Espagnac à Paris. Prix ,
12 liv.
On donne un quart de remife fur la Collec
tion entière , qui eft préfentemeat de 135 liv. A
Paris , chez Lerouge , rue des grands Auguftins.
Ceux qui prennent la Collection font priés de fe
faire inferire , puifqu'ils ont le droit d'avoir les
Cahiers à un quart de moins à mesure qu'ils paroîtront.
On trouve chez lui le Plan de Manheim avec
les environs , par Denis Cape , Ingénieur de l'Electeur
, chef- d'oeuvre , à 13 lignes pour 100 toiles.
Prix , 6 liv, en blanc , 12 liv. lavé.
"
192 MERCURE
Cear qui veulent que leurs Jardins paroiffent gra
vés, n'ont qu'à les envoyer au fieur Lerouge.
1
mile en
PARTITION de Nina , ou la Folle par Amour
Comédie en un Acte & en profe , mulique
par M. d'Al *** , Prix , 18 liv .; les Parties (e vendent
féparément 9 liv. OEuvre 5 .
Le fuccès brillant de cette Piècé doit répondre de
celui de cette Partition , qui fe vend à Paris , chez
Leduc , au Magafin de Mufique & d'Inftrumens
rue du Roule , Ѻ. 6 .
FEUILLES de Terpfychore , Numéros 31 à 39 ,
formant un Journal pour la Harpe & un pour le
Clavecin . Prix , chaque Numéro 1 liv. 4 fols . Abonnement
pour cinquantedeux Numéros de chaque
Journal 30 liv. A Paris , chez Coufineau père &
fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
EPITRE
TABLE.
PITRE d'un Célibataire à Confeffion générale de l'année.
M.le Vicomte de V..., 14
Réponse dla Queſtion , 148 L'Aminte du Taffe ,
Charade, Enigme & Logo Le Lycée de la Jeuneffe ,
gryphe , 142 Concert Spirituel ,
Confiderations fur l'Influence Comédie Françoiſe,
du génie de l´auban , 154 Annonces & Notices ,
APPROBATION.
168
1731
180
182
185
188
J'ai lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Août 1786. Je n'y
aj rien trouvé qui puiße en emoêcher l'impreffion. A
Paris , le 25 Août 1986. GUIDI.
19
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
3
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 20 Juillet.
LE Prince Héréditaire de Danemarck eft
revenu le 6 à Copenhague . du camp
de
Scanie , & avec toute fa fuite. Le Roi de
-Suede l'a décoré de l'Ordre des Séraphins ,
& a fait préfent d'une bague enrichie à chacun
des Princes d'Auguftenbourg. Le 8 , ce
Monàrque lui même paffa d'Helfingbor à Elfener
, & arriva a Copenhague fous le nom
de Comte de Haga . Il dina à Marienluft
avec toute la Famille royale , & fe rembarqua
le foir pour Gothembourg , au bruit (
d'une falve d'artillerie .
Le 14 Mai , la Cour de Pruffe a répondu
en ces termes au Mémoire de la Cour de
Ruffie , touchant l'affaire de Dantzick.
Le Roi avoit cru pouvoir le flatter qu'à la fin
la ville de Dantzick fe contenteroit des facrifices
confidérables & des avantages non moins importans
qui lui ont été faits & accordés de la part .
No. 31,5 Août 1786.
N®.31,5 a
( 2 )
de la Cour de Berlin , non - feulement par la Convention
du 22 Février 1785 , mais auffi par la temeur
du Mémoire qui a été remis à M. le Prince
Dolgoroucki , en date du 15 Septembre de la même
année ; & qu'enfin elle mettroit une fois pour
toutes un terme à toutes prétentions ultérieures ;
qu'en revenche elle commenceroit à mettre la fufdite
Convention à exécution , & à en jouir effectivement
, ainfi qu'il a toujours dépendu d'elle de
le faire . C'est donc avec déplaifir que S. M- a dû
voir par le nouveau Mémoire , que M. le Prince
Dolgoroucki a remis à fon Miniftere au commencement
du mois d'Avril , & par la lettre qui y
étoit jointe de la part de M. le Vice - Chancelier
d'Offermann , en date du 14 Mars , que S. M. Im.
périale a accepté à la vérité les avantages nouvellement
accordés à la ville de Dantzick ; mais
qu'en même- tems Elle a jugé à propos d'infifter
encore, qu'il fût permis au Magiftrat de Dantzick
de percevoir à fon bureau de douane près du Blockhaus
, fur fes fujets Pruffiens , non-feulement un
équivalent pour la douane du Nouveau - Fahrwaffer
, mais auffi un autre pour la douane à Ford an
& que S. M. Imp. croit effectuer par- là un équilibre
parfait à l'égard du commerce & des douanes
entre la Pruffe & les Dantzickois , pendant que
cet équivalent , qui devoit fe payer au Blockhaus
de Dantzick pour la douane de Fordan , eft
fixé à huit pour cent , déduction faite des
deux pour cent pour la douane du Nouveau- Fahrwaffer.
Le Roi fouhaite très- ardemment de montrer en
tout ce qui eft aucunement poffible , fa déférence
pour la refpectable médiation de S. M. l'Impératrice
de toutes les Ruffies ; & S. M. croit avoir
déja donné , durant tout le cours de cette conteltation
, que la ville a & inutilement fait naître ,
( 3 )
>
des preuves non - ambigues de la vérité de ces fentimens
qui l'animent ; mais dans l'occafion préfente
, Elle ne fauroit entrer , de quelque façon
que ce foit , dans une prétention abfolumen : mal
fondée , & dont la ruine totale du commerce de
fes fujets de la Pruffe occidentale feroit la fuite
immanquable : elle ne fauroit abfolument aller
au-delà de ce qu'Elle a déja accordé à la ville de
Dantzick par le Mémoire du15 Septembre 1785 .
Au contraire elle s'y tiendra invariablement . La
Cour de Berlin croit avoir répondu déja d'avance
par ce Mémoire fuffifaniment à toutes les raiſons
par lefquelles dans la nouvelle note de M. le Prince
d'Olgoroucki on a voulu appuyer les propofitions
qui y font faites. Ainfi l'on ne répétera pas
ici tout le contenu de ce Mémoire ; mais l'on ſe
contentera dé s'y référer , principalement au troifieme
article. Un court extrait de la fubftance de
ce Mémoire montrera en attendant combien peu
l'on doit admettre la modification propofée dans
la derniere note , fans bleffer d'une façon tout -àfait
étrange non -feulement les droits & les intérêts
du Roi & de fes fujets , mais auffi ia convention
du 22 Février , que la ville de Dantzick allegue
à cette occafion à tort en fa faveur.
Il eft univerfellement connu & fuffisamment
prouvé que la ville de Dantzick n'a jamais eu un
droit exclufif au commerce de la Pologne ou à la
navigation de la Vitule , ni par des accords ou
des privileges , ni par une poffeffion fondée fur
des titres légitimes ; que le Roi & fes fujets , par
la poffeffion légitime du port & de la pius grande
partie de la Viftule , ont au contraire un droit du
moins égal, finon meilleur , que les Dantzickois à
la navigation illimitée fur cette riviere & au
commerce de la Pologne ; & que fi l'on accorde
aux Dantzi.kois lelibre paffage du territoire Prufa
2
( 4 )
que laville
fien , l'on peut exiger de cecôté - ci , en vertu
du droit de réciprocité , une liberté de pal
fage égale le territo re de Dan- zick ; liberté
n'a contettée que depuis quelques
années aux fujets Pruffiens que par pure chicane ,
comme c'eft auffi par le meme efprit de chicane
qu'elle a fait naître le diférend connu avec Sa
Majefté.
Le Roi , dans la vue de prouver à S. M. l'Impératrice
de toutes les Ruffies toute l'étendue de fa
déférence pour fa médiation , & pour la protection
qu'Elle veut bien accorder à la ville de
Dantzick , a donné les mains à l'accommodement
conclu le 22 Février de l'année derniere , quelqu'onéreux
& défavantageux qu'il foit pour fes
fujets. Par cette convention Sa Majeſté , fans y
être obligée en aucune maniere , a facrifié entiérement
le commerce d'exportation de la Pologne
par le Nouveau - Fahrwaffer, qui eft d'une importance
univerfellement reconnue , & qui furpaffe
de beaucoup le commerce d'importation ; & Elle
l'a exclufivement abandonné à la ville de Dantzick.
C'eft feulement au commerce d'importation par
cette embouchure de la Viftule que S. M. a réfervé
la concurrence en faveur de fes fujets , plus
pour l'approvifionnement de la Prufle même qu'eu
égard au commerce de la Pologne , qui eft impoffible
aux fujets Pruffiens en concurrence avec les
habitans d'une ville auffi riche & auffi avantageufement
fituée que l'eft Dantzig . Pour affurer cependant
auffi à l'égard de ce commerce d'importation
de la Pologne la prépondérance aux Danczickois
, S. M. a confenti par l'art. 4 de la tion du 22 Février 1785 , que le Mnven
de
Dan zick pourroit ériger près de fon Blockhaus un
Bureau de douane , pour lever fur les marchandifes
& effets que les fujets Prufhiens importeroient
( s )
en
par le Nouveau- Fahrwaffer , te's droits de douane
& de tranfit qui ne pafferoient pas le taux des
droits de douane pruffiens. L'on n'a qu'à lire fans,
préjugé ni partialité l'art. 4 de la convention ,
pour le convaincre qu'il a été feulement queftion
d'accorder au Magiftrat de Dantzick un équivalent
pour les droits que le Roi perçoit au Nouveau-
Fahrwaffer. C'eft de ces droits feuls qu'il a été
fait ment on dans la convention ; mais aucune des
Parties contractantes n'a eu l'idée , même la plus
éloignée , d'étendre cet équivalent à toutes les
autres douanes que le Roi poffede dans fes Etats.
& que peut- être jamais un navire de Dantzick
ne peut paffer : fpécialement n'a- t- on pas cu cette
idée à l'égard de la douane de Fordan , qui exifte
de tems immémorial à une grande diftance de
Dantzick, que le Roi a acquite par la ceffion de la
Pruffe ci- devant Pelonoife , qui lui a été confirmée
par un tarif de commerce dont S. M. eft convenue
avec la République de Pologne ; enfin qui
f leve' fur les feuls Polonos , & nee peut toucher
les Dantzickois que d'une maniere très - indirc&e .
Ni dans la convention , ni dans tout le cours de la
négociation , la douane de Fordan n'a été nommée
; ce qui néanmoins , dans le cas d'une extenfion
fi finguliere , auroit été abfolument néceffaire
, puifqu'alors le Roi n'y auroit certainement
pas confenti. Si aujourd'hui on veut la faire naître
par interprétation , & par une conféquence tirée
du prétendu équilibre du commerce des Pruffiens
& des Dantzickois , le Roi attend de la juftice & de
l'amitié de S. M. l'Impératrice de Ruffie qu'Elle
ne changera point fon droit de garantir les articles
clairs & manifeftes de la convention en un
droit de les interpréter feule , & qu'Elle ne fera
pas toujours cette interprétation en faveur de la
ville de Dantzick . Sa Majefté Le croit plutôt en
a 3
( 6 )
droit , comme Partie contractante principale de
la convention , d'entreprendre Elle-même l'inrerprétation
d'un article litigieux de la convention
avec la ville de Dantzick , & d'y renoncer
plutôt en entier , fi les Parties ne peuvent s'accorder
à ce fujct .
La fin à l'ordinaire prochain.
Dans l'après midi du 25 Juin, un orage
terrible , accompagné de grains de grêle
dont la plupart étoit de la groffeur d'un oeuf
de poule , a dévasté la Baronnie de Lehn
dans la Fionie . En plufieurs endroits , les
grelons étoient entaffés à la hauteur d'une
demie aune.
Dans plufieurs diftricts de la Norwege &
de la Suede un infecte [ phalena graminis
Linnæi ] fait des ravages allarmans.
La Compagnie Afiatique de Copenhague
a reçu la nouvelle que fes vaiffeaux la Princeffe
royale , Cap. Junge ; le Mars , Capit.
Bagge , & la Princeffe Charlotte Cap . With ,
font en chemin pour revenir de l'Inde.
On écrit d'Embden , que le vaiſſeau
Pruffien , le Prince Frédéric Guillaume y
eft arrivé heureufement , venant de Canton
en Chine ; la cargaifon qu'il a apportée
fera vendue au commencement du mois
prochain.
On apprend de Rendsbourg , que le Baron
de Guldencrone , le fieur Bruning &
plufieurs autres perfonnes , en fe promenant
dans un bateau fur la riviere d'Eyder ; ont
( 78 )
eu le malheur d'être renversés par un coup
de vent & de périr.s
Le nombre des fabricans de marchandifes
d'ambre jaune à Stolpe dans la Poméranie
citérieure , monte actuellement à 71 ; il ;
tirent ce foffile tant des magaſins de Koenigsberg,
que des environs de Stolpe , & en
fabriquent des colliers , des boîtes , des
marchandifes de modes , &c. La plupart
des rognures paffe dans la Turquie , où elles
fervent à encenfer les Mofquées .
Il vient de mourir près de Landfcrone
une veuve dans la 118e. année de fon âge ;
le filage fut fon occupation jufqu'à l'âge de
116 ans.
DE BERLIN , le 19 Juillet.
Le Roi a affigné un fonds de 80,000 rixd .
pour rendre plus profonde l'embouchure de
la riviere de Havel , du côté où elle fe jette
dans l'Elbe .
Le Chambellan , Baron de Keller , nom-"
mé pour aller réfider à Pétersbourg , en
qualité de Miniftre Plénipotentiaire , fe prépare
à fe rendre inceffamment à fa deftination
.
DE FRANCFORT , le 26 Juillet.
La Soufcription ouverte à Berlin pour
l'érection d'un monument au Duc Léopold
a 4
( 8 )
?
de Brunswick étoit , il y a trois mois , de:
6650. rixdalers. Ce monument , ainfi que
nous le rapportâmes , eft une fondation en
faveur de l'Ecole militaire de la garnifon de
Francfort fur l'Oder , inftituée par le géné
reux Duc. Le 27 Avril dernier , à la premiere
célébration de l'Anniverfaire de la mort du
Prince , les Eleves de cette école , au nombre
de 300 , fe raffemblerent à 10 heures du
matin. A leur tête marchoient vingt enfans
des deux fexes , les plus âgés de l'Ecole,
& habillés de neuf par la Fondation. L'Aumônier
du Régiment adreila aux Eleves &
à leurs parens un difcours , dans lequel il
rappella l'origine & le but de cette fête ,
ainfi que les devoirs qui en réfultoient. Enfuite
on diftribua cent volumes à l'Ecole ;
chacun des enfans reçut un gâteau & un
gros en argent. Les vingt Eleves en habits
neuf dînerent avec leur Précepteur ; celui - ci
eut également un préfent. Après le repas ,
il conduifit le College fur le lieu où leur
bienfaiteur facrifia fa vie. C'eft là fans doute
le plus fimple & le plus éloquent éloge fu
nebre.
Dans le château de Blankenburg, qui appartient
au Duc regnant de Brunſwick , on
conferve plufieurs deffeins de la main du
dernier Roi de Pruffe. Au bas , ce Monarque
y avoit écrit ces mots , Fredericus Wilhelmus
in doloribus pinxit. Il ne deffinoit jamais
que dans fes accès de goutte.
*
( و
*
Pour encourager l'établiffement des Manufactures
dans les Etats , le Landgrave de
Heffe Caffel vient d'accorder aux Fabricans
nationaux tous les avantages dont avoient
joui jufqu'à préfent les étrangers feuls. —La
durée des foires de Caffel a été auffi prolongée.
à
L'Empereur a décidé d'établir dans toutes
les Abbayes & les Couvens du Royaume
de Hongrie des Abbés commendataires ,
l'inftar de ceux que S. M. I. a nommés dans
fes Etats d'Allemagne
.
L'Evêque d'Augsbourg ayant reconnu l'inutilité
des fermons de controverfe , les a
fupprimés dans tout le diocefe.
On prétend que l'Archevêque de Salzbourg
qui , en fe rendant à Spa , a été à
Ratisbonne , Wirzbourg , Mayenne , Treves
, Cologne , & c. n'a fait ce voyage que
pour conférer avec les Archevêques de ces
fieges fur les entreprifes de la Cour de Rome
, relatives à la Jurifdiction Epifcopale en
Allemagne. On fcait que les griefs de ce
genre de la nation Germanique font nombreux
, & qu'en 1777 les Cours Electorales
du Rhin avoient formé le projet de les réprimer
elles ont auffi fait paffer à cette épo
que le Mémoire de leurs plaintes à la Cour
Impériale.
Le nombre des Carés Chapelains qui fe
trouvent actuellement dans les Eta's de
l'Empereur , la Hongrie , la Lombardie y
a.s
( 10 )
les Pays-Bas exceptés , monte à 10,000 dont
plus de la moitié lont de la nouvelle création.
Il faut encore au moins 4000 fujets
pour remplir les nouvelles Cures & Chapelainies
, & dans le nombre des Moines il
s'en trouve à peine 1500 qui puiffent être
emploiés. On a remarqué que depuis un an
il ne s'eft pas fait un feul Religieux dans tout
le diocefe de Vienné.
On écrit de Saint-Goar , dans le Comté
de Catzenelnbogen , que depuis le 5 de ce
mois , il y avoit regné un vent violent
d'oueft , & que le 10 à 10 heures du foir on
y reffentit deux fecouffes de tremblemens
de terre.
On lit dans l'hiftoire chronologique des
inondations de la Saxe , occafionnées par le
débordement de l'Elbe , que depuis le fixieme
fiecle jufqu'en 1784 inclufivement , leur
nombre a été de 188 .
Un Journal de commerce offre les détails
fuivans fur le commerce des toileries à Lanfhut
dans la Silésie .
Cette ville eft la feconde dans la Sibérie pour
le commerce des toiles & du fil. Elle fait des affaires
confidérables avec l'étranger . Depuis deux
cents ans , les toiles font connues & recherchées ;
mais la fociété des Marchands ne date que de
l'année 1677. Voici un petit état des fommes que
ce commerce lui a procurées , favoir , 626,095 .
rixdalers en 1779 , 544,674 en 1780 , 615,544
en 1781 , 892,249 en 1782,1,018,820 en
1783 , & 1,026,343 en 1784. Le Vendredi de
chaque femaine fe tient la foire des toiles & fils ;
il y eft apporté cha que fois environ 4000 Schok
1 )
de toile & 200 fchok de fil. Il est défen lu aux
Marchands d'acheter de la toile & du fil avant
midii., Les grandes foires dans l'année font
au nombre de quatre , favoir , à la Chandeleur ,
à Jubilate , à la S. Pierre & S. Paul & à la Saint
Matthias. La Société des Marchands eft composée
de foixante- cinq Membres , dont dix environ
font la majeure partie des affaires . Un Tribunal
particulier établi dans la ville juge exclufivement
toutes les affaires relatives à la fabrication
, la blanchifferie & le commerce des toiles
& fils ; eft compofé d'un Préfident , d'un Syndic
, de deux Affeffeurs & de deux Examinateurs
Jurés.
·
--
DE VIENNE , le 19 Juillet.
Une lettre de Belgrade du rs Juin , dont
on affirme l'authenticité , parle en ces termes
des hoftilités entre les Tartares Lesghis
des environs du Caucafe , & les Georgiens
protégés par la Ruffie .
59
+
« Il y a peude tems que les Lesghis ont rem-
» porté des avantages très -considérables fur les
deux Princes Géorgiens , que la protection &
» l'affiftance de la Ruffie n'ont pu fouftraire à des
dommages immenfes. Plus de trois mille per-
» fonnes , hommes & femmes , de la Georgie, ont
été faits prifonniers , enlevés de leur pays &
vendus comme efclaves par les Lesghis. Une
grande partie de ces malheureux a été tranſportée
ici , & vendue à des prix très - hauts : ce
commerce injurieux à l'humanité s'accroît tous'
" les jours , parce que tous les jours il arrive de
nouveaux tranfports. L'Envoyé Ruffe à la
Porte ne pouvant voir d'un oeil indifférent ces
avantages des Tartares fur un peuple qui s'eft
» mis immédiatement fous la protection de la Rufá
6
( 12 )
•
2
fie , a dépêché courier fur courier pour en in-
» former la Cour. Il ne s'en eft pas tenu là , il
fait des repréfentations réitérées au Miniftere.
» Enfin il a demandé une conférence particuliere
» à ce fujet ; qui a eu lieu le 19 Mai , à la maiſon
» de campagne du Reis - Effendi. Les débats y
» ont été très-vifs. Le Miniftre Ruffe s'eft plaint
» particulièrement de ce que la Porte permettoit.
» que les Georgiens prifonniers fuffent tranfportés,
par la mer Noire , à Belgrale , & que fans
aucun ménagement ils y fuffent vendus. Le Miniftre
a réclamé le Traité de Kaimargique , par
» lequel il eft défendu aux Turcs de faire des ef-
» claves en Georgie , & de les retenir : il s'eft fondé
fur ce Traité pour faire les plus vifs reproches
∞ d'infidélité au Miniftere Ottoman. On affure
» même que l'Envoyé de Ruffie s'eft tellement
» abandonné au zele avec lequel il plaitoit la
caufe des Georgiens , qu'il a menacé les Minif
so tres du Grand- Seigneur d'une invafion totale
des troupes Rules dans le Cuban pour le foumettre
à fa Souveraine , & en augmenter
fes
» vaftes Etats ; & que fi le Grand Seigneur né
» vouloit écouter à aucun arrangement pour ar-
>> rêter les déprédations des Tartares du Cuban ,
l'Impératrice fe verroit forcée d'en faire la
conquête, Les Miniftres Ottoman ont reçu cette
déclaration avec beaucoup de froideur , &
fans relever ce qu'elle a d'extraordinairé & d'incompréhensible
, ils ont perfifté à répondre que
» le Gouvernement étoit fe mement réfolu à
conferver la plus exacte neutralité . Ceft ainfi
que finit cette conférence La Porte , après la
» tenue d'un grand Confeil extraordinaire chez
le Mufti , a réfolu de laiffer faire les Tartares
de regarder cette affaire comme abfolument
étrangere : on affure que le Miniftere eft ferme
»
( 13 )
>> & inébranlable. On fait effectivement que la
» Ruffie ne fauroit effectuer fee menaces , puifque
» il eft phyfiquement impoffible de faire paffer
des troupes régulieres , & de les faire agir dans
des défilés entre des montagnes prodigieufement
hautes à peine y a - t - il quelques fentiers
» étroits , connus des feuls Tartares. Toute
l'armée Ruffe , engagée dans ces coupe- gorges,
" y périroit d'elle- même , fans que les Tartares
fuffent obligés de fe donner d'autre peine queu
de faire rouler quelques pieces détachées des ***
rochers efcarpés qu'ils grimpent avec autant
de facilité que des chevreuils . Annibal , dont
le paffage des Alpes a été célébré avec raifon
comme un prodige , auroit échoué au pied du
» Caucafe ».
Le régiment de Preiff a reçu l'ordre de
fe mettre en marche pour la Hongrie . Il fera
fuivi de quelques autres Régimens qui font
en garnifon dans la Stirie.
Les dommages caufés par la derniere
inondation aux environs de Linz ont été
évalués à la fomme de 50,000 florins . A l'oc
cafion de ce malheureux événement , un
foldat du régiment de Tillier, nommé Hory,
s'eft diftingué par fon courage & par fon
humanité, ayant fauvé la vie à 9 perfonnes.
au nombre defquelles étoit une femme en
couche avec fon enfant.
A Scharding la violence des eaux a entraîné
le pont fur l'Inn , plufieurs maiſons &
un grand chantier . Les dégâts caufés à Braunau
font auffi très - confidérables , de même
que ceux occafionnés par le débordement
dans l'Esclavonie.
( 14 )
L'exportation du lin des Pays - Bas Autrichiens
, qui avoit été défendue , vient d'être
permife de nouveau .
L'Empereur a affigné un fonds de 600
flor. pour l'établiffement d'une Bibliotheque
publique à Lemberg .
ESPAGNE.
DE MADRID , le 8 Juillet.
Le Roi avoit fait armer à Cadix la frégate
la Sainte- Marie , de 36 can . , fous le
commandement du Capitaine Antoine de
Cordova-y - Lafo , chargé d'examiner & rectifier
les relations connues du détroit de'
Magellan, La Gazette de cette ville a publié
un récit fuccinct des opérations de ce
Navigateur.
Le 9 Octobre dernier , il fortit du port de Cadix
, & après avoir fouffert beaucoup du mauvais
tems , & perdu trois ancres & leurs cables , il emboucha
le détroit le premier de Janvier. Malgré
les obftacles & les dangers , il releva les caps , les
ports ou anfes , & tous les objets qui fe trouvent
fur les deux côtes , fur un plan aſtronomique cù
font marquées les latitudes & longitudes , ninfi
que les diftances des principaux points , & paffant
d'un écueil à unautre , il arriva le 5 Février au
port de St. Jofeph , autrement dit Galante , le
plus méridional du continent . Sur une Iminence
du circuit de ce port , on a découvert un monu
ment que l'on croyoit devoir contenir quelque
particularité , & l'ayant reconnu , on y trouva
( is )
deux bouteilles contenant le paffage de M, de
Bougainville par ce détroit . Les Officiers ont
copié l'infcription , & y en ont ajouté une de leur
voyage , écrite en fix Langues différentes . Enfuite
D. Cordova s'embarqua dans fa chaloupe
avec trois de fes Officiers , & dirigeant fa route
pour le canal de Sainte- Barbe , qui efl à trois
lieues du fufdit port , la côte de Feu ( del Fuego
) , ils y trouverent la communication qu'ils
fuppofoient être avec la mer du Sud . Après avoir
reconnu la partie occidentale du détroit , appellée
le grand partage, jufques au cap Lunes , celui
de la Providence , éloignés de onze lieues de
ceux appellés les Piliers & la Victoire , qui forment
l'embouchure où fe trouve le port dit du
Chandelier , ils revinrent au port de St. Jofeph .
Comme ils n'avoient plus que deux cables trèsendommagés
, qu'il y avoit apparence de mauvais
tems & de plus grands dangers encore ,
& croyant avoir bien rempli leur miflion ,
ils mirent à la voile le 11 de Mars ; neuf jours
après ils débouquerent le détroit , & arriverent
à Cadix le 11 du mois dernier , après huit mois
de navigation , dont trois ont été paffés dans
l'intérieur du détroit. Dans un fi long & pénible
vvoyage , ils n'ont eu que deux morts & feize
malades.
Durant le féjour de cette frégate dans le détroit
, les Officiers fe font entretenus plufieurs
fois avec les Indiens appel és Péchiris & Patagons
, dont deux font reftés à bord : l'un d'eux
ayant prononcé quelques mots Espagnols , on
en a inféré qu'il étoit un de ceux que l'on avoit
conduit à la baie de Saint - Julien , à Montevideo
.
Au rapport du Commandant , ces peuples font
d'un caractere paifible. Leur teint eft de la couleur
( 16 )
du cuivre , & leur chevelure blanchâtre ; ils
n'ont pas une corporance gigantefque comme on
l'avoit fuppofé , ils font corpulens , & la plupart
de fix fept pieds de haut . fe on qu'on l'a remarqué
dans cinq ou fix cents qui fe font préfentés
, on en a mesuré un qui avoit fept pieds &
un pouce , & remarqué d'autres qui furpaffoient
celui- là de 3 à 4 pouces.
Il fait obferver que les Patagons qui habitent
la terre Magellanique font féparés, par
le détroit, des Pécherais qui habitent la Terre
de Feu , & que l'illuftre Cook nous a dépeints
comme les plus miférables individus
de l'efpece humaine.
ITALIE.
DE VENISE , le 8 Juillet.
Le Bey de Tunis , bien loin de s'être
trouvé abattu par le dernier bombardement
de Sfax , a au contraire formé de nouvelles
prétentions , en déclarant que pour en venir
à un accomodement avec notre République ,
il veut qu'elle lui donne 50,000 fequins au
delà des 100,000 qu'il exigeoit d'abord , &
cela pour le dédommager des pertes que
cette place a effiyées. Il a protefté en
outre qu'il demanderoit à l'avenir une pa:
reille fomme pour chaque bombardement
qu'exécuteroit l'efcadre Vénitienne contre
quelque place que ce puiffe être de fa domination.
Si eft vrai , ce dont on doute encore
, il paroît que le Bey s'inquiete fort
( 17 )
peu de la guerre , & qu'il conferve toujours
fon tempérament fougueux & altier.
On a publé dans cette Capitale une proclama
tion relativement au cours que devront avoir
à l'avenir les efpeces d'or & d'argent des pays
étrangers. Ce qui a principalement donné lieu
à un reglement auffi fage , c'eft l'avidité & la
malice des changeurs , qui cherchant toujours à
éluder le grand nombre des loix émanées de l'autorité
publique , ont depuis quelque tems introduit
clande tinement dans 1 Erat différentes pieces
de monnoies probibées , ce qui a caufé un
préjudice confidé able au commerce , & jetté la
confufion & le défordre dans la maffe monétaire
en général.
Une lettre écrite de Malte , le 14 Juin ,
à bord du vaifleau de notre efcadre la Fama
que monte l'Amiral Emo , contient les particularités
fuivantes fur l'état de notre efcadre.
Tous nos équipages jouiffent de la fanté la plus
parfaite. Les foins Général pour nous préferver
de tous les accidens de la mer , & même du
mal que pourroit nous faire l'ennemi , ont tellement
réuffi , que nous n'avons dans toute l'ef
cadre que quatre perfonnes malades de la fievre ,
& deux bleffes. On travaille à la plupart de nos
vaiffeaux , dont plufieurs font déja réparés . En
général toure l'efcadre fera en état de remettre
a la mer fous une vingtaine de jours. Les affuts
dés obufiers ont été pareillement réparés , & on
en a meme fait venir de neufs , qui font mis en
réſerve pour s'en ' ervir au befoin . Notre vaif
feau eft rempli d'ouvriers qui travaillent aux forges
, de charpentiers, de plongeurs, de calfats, &c .
1
( 18 )
On croit que nous partirons auffi - tôt après l'arrivée
du Cupido attendu de Livourne ; mais per-.
fonne ne fait encore pour quelle deſtination .
Le fieur Auguftin Gorgoni a écrit de
Tunis à notre Général, par la voie du fieur
Bellato , Conful de la République à Tripoli..
Ses dépêches reçues hier portent que , fi le
bombardement de Sfax eut duré un jour de
plus , il ne feroit pas refté la moindre trace
des édifices de cette ville , où notre feu a
tué plus de 200 perfonnes.
DE ROME , le 7 Juillet.
On affure que le Souverain Pontife a accordé
à S. M. C. la liberté de faire la réforme
qu'elle jugera néceffaire dans le Clergé
de fes Etats , que cette réforme doit avoir
lieu très inceffamment , & qu'elle fera taite ,
autant qu'il fera poffible , de la même maniere
& fur le même plan que dans les Etats
Autrichiens.
Une partie de l'ancienne Filla Adriana à Tivoli
, appartient actuellement à un particulier
d'Afcoli. Les fouilles faites depuis peu dans,
ce terrein pour le compte du Prélat Maréfofchi
ont procuré le recouvrement de plufieurs ouvrages
précieux de l'antiquité . On cite entr'autres
une très -bel'e colonne de breche jaune , de neuf
palmes environ de longueur fur deux de diametre
, deux chambres parées de l'efpece de pierre
appellée affricana , dont les carreaux ont plus de
deux pouces d'épaiffeur , & deux palmes quartées ;
( 19 )
enfin une ftatue de marbre de Paros , repréfentant
un Efculape Cep e ftatue , haute d'environ neuf
palmes , manque de tête ; mais comme on a trouvé
depuis dans ces fouilles plufieurs têtes du
mêmemarbre , on efpere que celle de l'Efculape
pourra être du nombre .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 21 Juillet.
armarthen
,
Le Général Sir Guy Carleton,le Chev.Harbord
Harbord , & Lord Delaval , Pair Irlandois ,
ont été élevés à la Pairie Angloife . Le Chevalier
Harbord, Baronet de la Comté de Norfolck
, a repréfenté pendant 30 ans la ville de
Norwich dans la Chambre des Communes.
Le Marquis de principal Secrétaire
d'Etat au département de l'Etranger,
d'une part , & le Chevalier D. Bernardo del
Campo , Miniftre - Plénipotentiaire du Roi
d'Espagne , de l'autre , ont figné , le 14 , une
Convention relative à l'évacuation de certains
Territoires Efpagnols fur le continent
de l'Amérique par les Colons Anglois qui s'y
étoient établis , & à la retraite de ces Colons
dans un diftrict prefcrit , conformément au
dernier Traité définitif entre S. M. Britan . &
le Roi d'Efpagne : ce Traité a également
étendu les limites du diftrict mentionné, ainfi
que les priviléges des Sujets Britanniques qui
y réfident.
( 20 )
L'Impregnable , vailleau neuf de 90 can.
eft arrivé de la Tamile à Plymouth , où il
fera mis en ordinaire. Le nombre des vailfeaux
, actuellement en ordinaire dans ce
port, eft de 33. 8 de ligne , 2 de 50, 11 frégates
& 4 floops.
Tous les Commis employés au département
de l'Artillerie , dont le Duc de Richmond
eft Grand Maître , ont reçu la défenſe
expreffe de fe livrer à aucune occupation.
quelconque , étrangere aux fonctions de leur
place , fous peine d'en être deftitués .
Le 12 de ce mois , toutes les maifons de
Brightelmftone ont été illuminées en l'honneur
du Prince de Galles , dont le nom précedé
de voeux pour fa profpérivé , fut répété
avec acclamation & enthoufiafme par tous
les habitans de la ville.
pas
S. A. R. n'a confervé , dit-on , de toute fa
maiſon , au- delà du néceffaire , que fes Muficiens.
Quoique leur falaire total n'excede
5oo liv. fterl. , cependant il eft des gens qui
trouvent cette dépense déplacée dans le lyftême
d'économie que ce Prince vient d'adop
ter, d'autant mieux qu'il n'a jamais été ama
teur de musique.
Suivant l'Univerfal Régifter , les affaires
de S. A. R. feront très promptement arrangées
par les foins d'en certain nombre de
perfonnes qui travaillent à cet objet. Mylord
Loughborough , Chef de Juftice des Plaids(
21 )
Communs , a été mis par le Prince à la tête de
certe liquidation.
Les paragraphes ne difcontinuent point
touchant cet événement ; en voici un des
moins déraifonnables.
On ne fçauroit affez exalter la conduite noble
& exemplaire du Prince de Galles . Sa refolution
prouve la bonté de fon cocur , & en même temps
qu'il a une jufte idée de la véritable nignité. Ceux
qui auparavant ne le regardoient que comme un
Prince destiné par fa naiffance à monter fur le
Trône de la Grande- Bretagne , peuvent admirer
en lui aujourd'hui le Philofophe & le Sage .'
Sa conduite , fans exemple dans l'Hiftoire des
Princes , y tiendra vraisemblablement un jour
une place diftinguée. Les jeunes Seigneurs qui ,.
en affectant de le prendre pour modele dans
les chofes , ou peut etre il méritoit quelque cenfure
, ont également nui à leur réputation & à
leur fortune , auront aujourd'hui bien un autre
exemple à fuivre ; & autant il leur convenoit peu
alors de s'affimiler à lui , autant aujourd'hui ils
auroient de mérite à l'imiter. De pareils facrifices
fauveroient bien des familles des malheurs
attachés à la débauche & à l'inconduite , & conferveroient
des patrimoines confidérables , qui
feront diffeminés au premier jour pour devenir
la proie de Gens d'affaires , & de Créanciers,
avides.
Le Lord Chancelier a déclaré , dit- on ,
qu'à moins que fa fanté ne fe rétabliſſe entiérement
, il réfignera les Sceaux , lorfque
les procès actuellement pendans devant la
Cour , auront été jugés . Ce fera une perte
( 22 )
inapréciable pour le Cabinet , pour la
Chambre Haute & pour la Juftice.
Lord Grantham , ancien Ambaſſadeur en
Efpagne , & ci- devant l'un des Secretaires
d'Etat , eft mort le 20 au matin dans fa maifon
de Putney.
Le nombre des Pairs créés , & des autres
dignités conférées par le Roi actuel , & tel
qu'il fuit.
Ducs ,
Marquis ,
Comtes ,
Vicomtes ,
Barons , ·
Baronnets ,
2 .
2.
18 .
9.
42.
128 .
La Société d'Humanité a informé le
Public que dans le courant du mois dernier
, treize noyés ont été rappellés à la
vie , par le fecours de la Médecine , &
que onze perfonnes ont été fauvées par le
moyen des harpons dépofés dans les maifons
de campagne fitués fur les bords de la
Tamife , aux dépens de la Société.
Encore un effet de fa dépravation des
mours. La femaine derniere , un jeune homme,
revenu des Indes-orientales , s'eft coupé
la gorge dans Bond Stret. Depuis quelques
jours , on l'avoit vu profondément mélancolique
, & l'on a fu que fon déſeſpoir étoit oc(
23 )
calionné par la ruine de fa fortune qu'il avoit
dillipée avec une célebre Courtifanne.
Les White Boys ( enfans blancs ) eſpèce de
brigands qui commirent , il y a quelques années
, les plus horribles déprédations en Irlande
, viennent de s'y armer & de s'y répandre
de nouveau . Ils ont même publié
dans quelques diftricts des Comtés du midi ,
un Manifefte , où tout en égorgeant , en
faccageant , en brûlant , ils invoquent la
vertu , l'humanité , la patrie & la liberté.
On apprend de Limerick , que le 11 Juillet
, vers le midi , 200 d'entr'eux , armés , ſe
font affemblés près de Rathkeal . Craignant
quelque attaque de leur part , le Major Scanan
féfolut de les difperfer , avec un parti
nombreux de Dragons du huitieme régiment
; il laiffa la garde de la Ville à une
partie du vingt- feptieme régiment. La polition
des Withe Boys dans un lieu couvert de
buiffons & de haies ne lui paroiffant pas
favorable , il fit un détour & vint fe pofter
dans la plaine. Les Withe-Boys commencerent
les premiers à tirer , & blefferent un
cheval. La Cavalerie répondit vivement à
ce feu. Elle tua 5 ou 6 de ces perturbateurs ,
& en bleffa environ 40 , & rentra en triomphe
dans la Ville,
Les mêmes Montagnards , au nombre de
100 , ont paru armés , le 6 de ce mois , au
marais de Newtown , Paroiffe de Croagh ,
( 24 )
où M. Wilfon faifoit couper du gazon dans
la campagne ; mais ce particulier s'étant
préparé à les recevoir , & les ayant menacé
de les repoufler s'ils approchoient , ils fe font
retirés en tai ant mille imprécations & fe
promettant de fe venger de lui à la premiere
occafion .
Quelques troupes de ces gens , la plupart
Catholiques Romains , paroillent cependant
être animées par des motifs plus légitimes
que le refte de ces White Boys ; ils le plaignent
avec raifon de l'avidité de leurs Prêtres.
qui les rançonnent en dîmes & en extorfions.
Auffi les Chefs de l'Eglife Catholique de la
Province de Munfter ont i's adreflé une verte
remontrance publique à ceux de ces Prêtres
qui abufoient fi indignement de leurs prérogatives
.
S'il en faut croire tous nos Papiers , le
Chevalier Robert Ainfiie , Miniftre Britanni
que à Conftantinople , négocie en ce moment
avec la Porte un Traité qu'on dit fort
avantageux à la Grande Bretagne.
Ce commerce de l'Angleterre à Conftantinople
& dans la Turquie entiere , fe fait par un cer
tain nombre de Marchands Anglois , dépendants
de la Compagnie de Londres , pour le commerce
de la Turquie , qui lui font paffer une feule
fois par an la qualité & la quantité des marchandifes
qu'elle juge pouvoir vendre ou échange :
facilement . Cette précaution empêche laperte
que
( 25 )
que trop grande abondance pourroit faire
éprouver dans les prix des marchandifes , &
maintient la grande vogue qu'ont toujours eue
les marchandifes apportées d'Angleter e . Les
principaux articles de ce commerce fort , le
plomb , l'étain , les montres , toutes fortes d'ouvrages
d'horlogerie , la quincaillerie , les étoffes
de laine de différentes qualités , les épiceries &
la verrerie . Il confifte principalement en marchan
lifes de grand prix , & dont la vente eft affurée
, raison pour laquelle toutes les Maifons.
Angloifes établies en Turquie font opulentes .
3
Le Gouvernement adopte tous les jours
de nouveaux moyens pour arrêter la contrebande.
Il fera ordonné , dit on , dans peu , às
tout Maître de bâtiment marchand de
déclarer par ferment , entre les mains du
Conful Britannique , au port où il chargera,
le contenu de fa cargaifon . Dans le cas où la
déclaration des Maîtres ne feroit pas conforme
à la vérité , ils feront punis très févérement
, & les marchandifes non déclarées feront
confifquées...
L'une des difpofitions qui a le plus contribué
à éteindre la contrebande fur les côtes
, et d'avoir placé des détachements de
Cavalerie à des poftes connus. Ils font à
porté de donner main forte aux Employés
du revenu. Auparavant , ceux ci o oient à
peine a taquer les Contrebandiers , dès qu'ils
les favoient un peu nombreux.
Lord Lansdown , dit le Morning Herald
avoue que dans la candeur de fon caractere
il s'eft laiffé engager à prêter à M. Jennings
N°. 31 , 5 Août 1786 .
b
( 26 )
les papiers relatifs à Saint - Euftaché , à la follicitation
de fon ami le Docteur Price , contre lequel
Jennings avoit parié qu'ils ne contenoient
aucune correfpondance avec l'Ennemi , ou du
moins aucune correſpondance qui pût être regardée
comme une trahifon . Mais ce Lord n'a
point d'idée que ces papiers n'aient pas été remis
dans leur dépôt.
Un Officier de la garniſon du fort Hermer
fur l'Ohio , donne dans une de fes lettres
, la relation fuivante d'un monftre amphibie
, appellé par les Sauvages Oqueo . Il
a deux têtes , privilege qui femboit réfervé
jufqu'ici aux animaux de la fable. Sa queue
a 15 pieds de long & la forme totale approche
affez de celle de la tortue. Il paroît rarement
de jour , fe tenant au fond des eaux ;
mais la nuit il fort four chercher de la nourriture
. Le cerf eft fa proie favorite , & voici
la maniere dont il parvient à la faifir. Il fe
blotit dans les fentiers où les cerfs ont coutume
de paffer , & fe tenant fans aucun
mouvement , il femble être plutôt un corps
informe qu'une créature vivante. Lorsqu'il
eft dans cette pofition , fi un cerf vient à
paffer , il lance fur lui fa queue , lui en entrelaffe
le corps & l'entraîne malgré tous fes
efforts à la premiere riviere , où il le noie &
le dévore. Un Soldať a découvert, la ſemaine
derniere de grand matin , un de ces Oqueo qui
emportoit fa proie. Plufieurs perfonnes étant
raffemblées le rejoignirent d'autant plus aifément
que cet animal eft fort lourd. Il fallut
( 27
près de deux heures pour le tuer à coups de
bâ on , il n'abandonna fa proie qu'au dernier
a moment. Sans cette circonftance on auroit
couru le plus grand danger en l'attaquant.
Ses yeux font remplis de feu. Ce monflre
pefoit 444 livres. On croira ce qu'on voudra
de cette relation qui vient de loin.
On apprend de New-Yorck , que les Juin ,
M Temple , Conful du Roi en cette ville , y a
donné une
Fête aux Perfonnes les plus diftinguées
, pour célébrer l'anniverfaire de la naiffance
de Sa Majefté.
Congrès a dit-on , dreffe un Etat des
dettes de l'Union jufqu'au premier Janvier dernier.
Elles fe montent à cinquante - quatre
millions de piaftres . On a calculé que fix quatorziemes
de cette fomme étoient dues à la
France ; trois quatorziemes à la Hollande
deux quatorziemes à l'Angleterre , & le refle à
des Nationaux . Le revenu public a été auffi fixé
à fix millions de piaftres..
"
Un bateau de pêcheur de la ville de Rusch
a découvert fur la côte de l'Irlande , un banc
fi abondant en poffon , qu'en moins de 48
heures il a pris 800 merluches , 400 raies &
plus de 5oo cabillaux & anguilles de mer.
Cette découverte importante pour les Pêcheurs
de la côte , leur promet la pêche la
plus heureafe.
On va confruire deux nouveaux Hôpitaux
pour le fervice de la Marine , l'un à Deal & l'autre
à Sheerneff. Il y a long - temps que l'on auroit
dû faire cet établiffement , dont là privation
s'eft fouvent fait fentir , fur- tout pendant la
h 2
( 28 )
derniere guerre avec la Hollande , & notamment
après le combat des Amiraux Hyde Parker
& Zoutman , à la hauteur de Doggerbanck.
Dans cette circonftance , il y avoit fi peu de
place pour les malades & les bieffés , qu'on fut
obligé de louer des maifons particulieres pour
les y dépofer , ce qui a occafionné beaucoup
d'embarras & de dépenses ,
+
On apprend de Gibraltar , en date du 20
Juin 1786 , que le bricq le Sally de Liverpool
, ayant échoué à la pointe du Cabrito ,
en voulant paffer le détroit , il a été fecouru
par la frégate l'Orphée & plufieurs chaloupes
de l'efcadre du Como fore Cosby, Partie
de la cargaifon ayant été verfée dans les
chaloupes , le Bâtiment a été mis à flot &
eft rentré dans la baie avec très-peu de dommage.
Il y a déja long- tems qu'un certain M. Uncles
avoit annoncé au Public un moyen de direction
pour les Aéroftats . Ce procédé confiftoit dans le
fecours de quatre aigles attelés au Ballon , & que
le nouvel Aéronaute avoit dreflés à cette manoeuvre.
Au jour fixé pour l'expérience , une
foule innombrable de curieux s'eft affemblée
pour jouir de ce fpectacle , & il auroit fans doute
eté très-brillant , fans un perit incident qui a un
peu troublé la fête . Déja les fpectateurs preflés
P'un fur l'autre , & le cou tendu fixoient attenti
vement le lieu de la fcene , comme s'ils euffent
craint de perdre le moindre mouvement de l'af
cenfion Déja le cocher aérien du haut de fon
fige , ou plutôt de fon trône , contemploit avec
complaifance cette foule immenfe de fpectateurs
, dont un grand nombre étoient fes contri(
29 )
C
buables ( 1 ). Les aigles eux-mêmes , quoiqu'un
peu honteux de remplacer là de lourds moutons ,
leurs indignes prédéceffeurs , lembloient par
leurs batremens d'ailes , partager l'impatience
du Public. Enfin l'heure fixée ionne , le fignal
fe donne, tous les coeurs trefaillent , toutes les
lorgnettes fe braquent , & le Ballon ........
refte paifiblement fur l'échauffaud qui lui fert de .
théatre. Vainement on fouffle l'Aérofta , on le
délefte , on le démeuble de toutes fes provifions,
on fupprime le char mème , au grand murmure
des Spectateurs , la lourde mach ne pefe opiniâ
trémen: fur la charpente . Alors le cocher remon
te , non pas fur fon fiege , mais fur un efcabot
& âche , comme Neptune , d'appaifer les flots
feditieux . Mais plus débonnaire que ce Dieu lorf
qu'il dit avec Virgile : Quos ego ? il ne menaça
perfonne de fon courroux. Au contraire , il s'ex
cufa de la meilleure grace du monde , & annon
ça pour la ſemaine prochaine une nouvelle repréfentation.
Cette propofition ne fut pas trop
bien accueillie ; mais malgré la mauvaiſe humeur
de l'auditoire , il fallut bien en paffer
par- là.
L'Univerfité d'Edimbourg vient de conférer
le grade de Docteur au célebre Herfchel,
& vu le mérite éminent de la plupart
des Membres de cette Univerfité , cet honneur
ne déshonore point M. Herfchel. Voici
le Diplôme qu'il a reçu , traduit fur l'original
latin.
« L'honneur eft le prix du mérite , & toutes
» les Académies font dans l'ufage de décerner les
こ
(1) Tous ceux qui étoient dans l'enceinte avoient
payéleur place 6 liv.
•
b3
( 30 )
+
3)
כ כ
و ر
plus grands éloges & les diftinctions les plus
éclatantes aux hommes qui s'élevent au deflus
» des autres par l'efprit , les moeurs & la connoifa
fance des Beaux -Arts. Or comme Guillaume
Herfchel , Aftronome auffi zélé qu'infatigable &.
heureux , a montré un génie & un Art égale-
» ment admirables en portant le télek ope de
Newton à une perfection que l'inventeur lui
'même n'avoit pas efpérée : comme il a le premier
foumis à l'oeil de l'homme une planette
placée bien loin par- delà l'orbe de Sturne ,
qu'il a le premier démontré la révolution de
Cette planette autour du Soleil ; que le pre-
>>"mier il a découvert une infinité d'altres perdus
dans des espaces incommenfurab'es , & qui
» n'avoient encore été vus par aucun mortelge
que même au milieu de cette multitude de
» mondes , & dans cette immenfité de la nature .
il ofe fe préparer à chercher la place & la pori
fition réelles du Soleil , & qu'en fin , par les
» découvertes qu'il a déja faites , illa donné aux
hommes une plus grande idée de la magnificence
de la nature & de la majefté de la fupréme Pui
fance : En conféquence , & dans la crainte qu'il
Do n'exiflât aucun monument de la confidération
que nous avons pour un auffi grand homme
Nous , Principal & Profeffeur de l'Univerfité
» du Roi Jacques , à Edimbourg , voulons qu'il
foit attefté par les Préfentes , que , de notre
propre mouvement , nous lui avons conféré le
degré de Docteur en l'un & l'autre Droit , tant
civil que canonique , & lui avons accordé les
privileges, droits & immunités qu'il eft d'ufage,
» tant ici qu'ailleurs , d'accorder aux perfornes
élevées à ce grade. Et pour donner à ces Préfentes
une plus grande authenticité , après y
» avoir appofé le fceau de l'Univerſité , nous y
55
פכ
( 31 )
» avons mis no re fignature. A Elimbourg , l'an
de grace mil fest cent quatre vingt- fix , le qua-
» trieme jour avant les Ides d'Avril ( le 10
>> Avril ).
Signé par le Principal Robertfon , & par
les Profeffeurs de l'Univerfité..
On trouve dans un des Journaux un détail
affez curieux des prérogatives du Grand-
Veneur ( Mafter of the Hounds ) des anciens
Souverains de la Principauté de Galles.
Le Grand Veneur étoit entretenu , avec fes
valets & fes chiens , pendant tout le tems de
l'année où l'on peut chaffer , par les fermiers qui
tenoient des terres immédiatement du Roi . On
chaffoit la biche depuis la mi-Février jufqu'au
mois d'Août , & le cerf depuis cette époque jufqu'à
la mi -Octobre. Enfin depuis le 9 Novem
bre jufqu'à la fin du mois on chaffoit le fanglier.
Le Grand- Veneur amenoit tous les équipages de
chaffe à la Cour le premier Novembre , pour les
foumettre à l'Inspection du Roi . Enfuite on pae
tageoit , d'après une proportion fixe , les peaux
des animaux qu'ils avoient tués dans toure la faifon
, entre le Roi lui-même & les gens. Quelques
jours avant Noël , il venoit réfider à la Cour ,
pour y tenir fon rang & jouir de fes privileges.
Pendant fon féjour à la Cour , il logeoit auprès
de fes chiens. Il avoit pour cor de chaffe une
corne de boaf évaluée à une livre fterling.
Toutes les fois qu'il étoit requis de faire fer-
Inent , il juroit par fon cor , fes chiens & fes
leffes. On ne pouvoit l'appeller en juftice que le
matin de moment , de très -bonne heure , & après
qu'il étoit bot'é . Les valets de la Vénerie , ou
toute autre perfonne qui partageoit avec le Roi ,
ayoit droit de faire les parts , & le Roi celui de
b.4
( 32 )
La
choifir. Le Gran Veneur avoit droit d'accompa
a mée dans le marches & d'y forner l'alarone
&le fign me fignal de bataille avec fon cor . Sa jurif
dition s'étendoit dans tour le pays d'ou Toù le fon de
fon cordch. ffe pouvoit être enten u.
marte ou fouine , le caftor & que ques au res
animaux apparteno ent exclufivement au Roi par
des loix du Royaume , & leurs peaux lui étoient
toutes destinées . Une piece de caftor étoit taxée
10 shellings.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Juillet.
Le Comte de Scey , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préfenté au Roi , a
eu, le 19 de ce mois , celui de monter dans
Tes voitures de Sa Majefté & de la fuivre à
la chaffe .
Le Roi & la Famille Royale ont figné ,
le 23 , le contrat de mariage du Marquis de
Peyrelongue , Ecuyer de Sa Majefté & Capitaine
au régiment du Roi , Cavalerie ,
avec Demoifelle de Coquet.
Ce jour , Dom Précheur , Religieux ,
Procureur général de la Congrégation de
Saint Vannes , eut l'honneur de prefenter au
Roi , au nom de l'Abbaye de Saint Hubert
des Ardennes , des chiens de chafle & des
faucons. Ce préfent que l'Abbé de Saint-
Hubert eft dans l'ufage de faire annuellement
à Sa Majefté , fut reçu par le Comte
de Vaudreuil, Grand Fauconnier de France ,
( 33 )
& par le Chevalier de Forget, Capitaine du
Vol du Cabinet du Roi..
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus fatisfaifant , Sa Majefté a vu ,
le 23 , les Miniftres & les Perfonnes qui ,
par leurs charges , ont les entrées de la
Chambre , tant chez le Roi que chez la
Reine ; & le 25 , toutes les Perfonnes qui
jouiffent des mêmes entrées chez LL . MM.
Le fieur Robert de Heffeln , Géographe
de la ville de Paris & Cenfeur royal , a eu
l'honneur de prélenter au Roi & à la Famille
Royale , qui l'ont honoré de leurs foufcriptions
pour la nouvelle Topographie ou
Defcription détaillée de la France , la premiere
Carte de la contrée Nord.
DE PARIS , le 2 Août.
Il vient de paroître une nouvelle Ordonnance
du Roi concernant la Déſertion , que
fon étendue , de 37 pages , ne nous permet
pas de rapporter en entier. Nous nous bornerons
à en extraire quelques difpofitions ,
notamment celles qui ont les peines pour
objet. S. M. abolit celles de la chaîne , en
ufage depuis quelques années , & y fubftitue
, felon la gravité du cas , ou la peine de
mort , ou les galeres foir perpétue les , oit
à temps , ou le fouer & la marque par le
Bourreau , ou les baguettes avec prolongation
de fervice , ou enfin cette fimple probs
( 34 )
longation. Le Titre III. des Déferteurs ar
rétés détermine en ces mots l'échelle des divers
cas de défertion & des châtimens cor--
refpondans.
2. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant de ferté pendant la
paix paffera dix tours de baguettes par cent
hommes , & il fe : vira huit années au - delà de fon
engagement .
>
3. S'il a déferté pendant la guerre , il paffera
quinze tours de baguettes par deux cens hommes
, & il lervira feize années au - delà de fon
engagement .
4. S'il a déferté à l'Ennemi , il fera paffé par
les armes
5. S'il a déferté de l'Armée la veille ou le
jour d'une bataille , ou s'i a défer é d'un détachement
de guerre ou d'une place affiégée , ou
dune tranchée ; il fera fouetté par le Bourreau ,
marqué d'un P. à l'épaule , & condamné aux
galeres pour trente ans
6. Si dans les mêmes circonstances il a déferté
à l'Ennemi , il fera pendu.
7. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & efcaladé des
remparts , paffera quinze tours de baguettes par
deux cens hommes , & il fervira dix années audelà
de fon engagement , s'il a déierté pendant
la paix :
Et fi c'eft pendant la guerre , il fera condamné
à être pendu.
8. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & emporté les
armes à feu , fubira les mêmes peines prononcées
par l'article ci - deffus .
9. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
} ( 35 )
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté étant de fervice
, pendant la paix , fera ccoonnddaammnnéeaauuxx galeres
pour quinze ans .
Et aux galeres perpétuelles , s'il étoit en
faction.
10. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaſſeur arrêté , ayant déferté étant de fervice
pendant la guerre , fera condamné à être
pendu.
It. Tout Déferteur pris les armes à la main
contre les Troupes du Roi , ou enrôlé dans les
Troupes ennemies , fera condamné à avoir le
poing coupé & à être pendu.
12. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & reconnu pour
avoir été Chef de complot , fera marqué par le
Bourreau d'un D. fur l'épaule , & condamné aux
galeres perpétuelles.
13. Celui qui fera convaincu d'avoir été le
Chef d'un complot de déferter , quoique ce complot
n'ait pas été exécuté , fera paffé par les bretelles
de fufil , fi c'eft un Soldat ou Chaffeur à
pied ; ou par les courroies , fi c'eft un Cavalier ,
Huffard , Dragon ou Chaffeur à cheval : il fera
enfuite chaffé avec une cartouche jaune .
14 Celui qui aura participé au complot de
déferter , & pris jour avec le Chef, fans que ce
complot ait été exécuté , paffera cing tours de
baguettes par cent hommes , & il fera quatre
années de fervice au- delà de fon engagement.
15. Celui qui , fans avoir participé au complot
de déferter , en aura eu connoiffance & ne
Paura pas déclaré , recevra trois jours de fuite ,
cinquante coups de plat de fabre , & fera obligé
de faire quatre années de fervice au -delà de fon
engagement.
16. SA MAJESTÉ accorde à tout Soldat , Cab
6
( 36 )
valier , Húfard , Dragon ou Chaffeur , qui fera
la dénonciation d'un complot de déferter , Ceng
livres de gratification & fon congé abfolu . Cette
fomme lui fera payée & fon congé abfolu délivré
, auffi -tôt après les preuves acquifes de la
réalité du complot ; & le Secrétaire d'Etat de la
guerre , à qui ces preuves feront adreffées , fera
rembourfer la fufdite fomme de Cent livres à la
Maffe des Recrues , qui l'aura avancée .
17. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & volé , fera
fouetté par le Bourreau , marqué à l'épaule des
lettres D. & V. & condamné aux galeres perpétuelles.
18. Tout Cavalier , Huffard , Dragon ou Chaf
feur à cheval arrêté , ayant déferté avec on cheval ,
fera condamné aux peines ordonnées par l'article
précédent , s'il a déſerté pendant la paix : Si c'eſt
en temps de guerre il fera pendu.
19. Celui qui , en défertant , aura emmené
un autre cheval que le firen , ou plufieurs chevaux
, foit en temps de paix , foit en temps de
guerre , fera pendu.
20. Si un Dé erteur eft arrêté en fe défendant
à main armée contre la Maréchauffée ou contre
un détachement des Troupes du Roi , fon procès
lui fera fait par le Prévôt , & il fera condamné à
éire pendu .
·
Mais fi ce détachement des Troupes du Roi
étoit de fon régiment ou de fa garnison , il y
feroit ramené pour être jugé par le Confeil de
guerre , & de même condamné à être pendu .
21. Si un Déferteur eft arrêté par des Bourgeois
ou Payfans ou par des Employés des
Fermes , & qu'il fe foit défendu contr'eux à
main armée , il fera ramené à fon Régiment pour
y paffer quinze tours de baguettes par deux cens
( 37 )
•
hommes ; & il fervira fix années au- delà de la
prolongation qu'il auroit encourue par ſa ſeule
défertion.
S'il avoit tué quelqu'un defdits Bourgeois
Payfans ou Employés , il fera jugé par le Prévős
& condamné à être pendu.
22. Tout Déferteur arrêté déguifé , paffera
dix tours de baguettes par deux cens hommes ,
& il fervira douze années au - delà de fon engagement.
23. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur , qui fera arrêté pour la feconde fois
comme Déserteur , fera condamné aux galeres
pour quinze ans.
24. Celui qui aura déferté plus de deux fois ,
fera fouetté par le Bourreau , marqué d'un D.-
à l'épaule , & condamné aux galeres perpé
tuelles.
25. Si un Déferteur s'eft engagé , qu'enfuite
il ne foit pas déclaré , & qu'il n'ait pas profité de
la grace de l'Article 28 du Titre II , qui le fait
participer à celle du retour volontaire , ledit
Déferteur , s'il eft découvert dans le Régiment
où il fera engagé , fera reconduit à fon premier
Régiment , & il y fera condamné , fi toutefois les
circonftances de fa défertion ne lui ont pas fait
encourir des peines plus fortes à celle de quinze
tours de baguettes par deux cens hommes ; il fervira
enfuite feize années au- delà de l'engagement
qu'il y avoit contracté .
26. Si le Déferteur a escaladé des remparts ou
s'il a déferté avec des armes à feu , il fera condamné
aux galeres pour dix ans ; pour vingt ans,
s'il a déferté étant en faction : fi c'eft pendant la
guerre qu'il a deferté avec ces mêmes circonftances
, il fera pendu.
27. Si le Défertear , engagé & découvert dans
( 38 )
un autre Régiment , & reconduit en conféquence
à fon premier Régiment , avoit volé ; il feroit
foueté par le Bourreau . marqué à l'épaule des
lettres D. & V. , & condamné aux galeres per
pétuelles.
-4 装
28. Toutes les fois qu'un Déferteur fera dans
le cas de fubir une peine afflictive ou celle de mort
par la main du Bourreau , il fera dégradé des armes
avant de la ft bir.
29. Toutes les fois que les circonstances compliquées
de la défertion fe rapporteront à la fois à
différens articles de cette Ordonnance , le Déferteur
fera jugé d'après les circonstances les
plus graves , & condamné aux peines les plus
fortes.
30. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , & fe trouvant dans le cas
de faire une prolongation de fervice , fera mis à
la queue de fa compagnie , & privé pendant huit
ans de tout congé limité ou de femeftre. Il reftera
fufceptible des hautes- payes & honneurs militaires
, à compter du premier jour de fon nouveau
fervice .
Le Titre II. a pour objet le retour volontaire
des Déferteurs. Le foldat qui manque
à l'appel fera puni fimplement de difcipline
de corps , s'il entre avant l'inftant où il
doit être infcrit comme Défenteur , & dénoncé.
S'il rentre enfuite , formis feulement
à une prolongation de fervice. Quant aux
Délerteurs actuels , S. M. prolonge de fix
mois l'Amniftie accordée par l'Ordonnance
du 17 Décembre 1784 , jufqu'au 1 Janvier
1785 A l'égard de ceux détenus actuellement
à la chaîne , l'intention de S. M. eft
I
399
qu'ils achevent de fubir la punition à la
quelle ils ont été condamnés,
Pendant le courant du mois de Juin , un navire
a été lancé dans le port de Bordeaux ; un
Pautre a été mis en conftruction ; quatorze ont
été mis en coutume , ou en chargement , &
vingt cinq étoient fur divers chantiers.
Pendant ce mois il est entré dans le
même port dix - huit navires venant des Illes
françoiles , favoir , fept du Cap , quatre du Portau-
Prince , quatre de la Martinique & trois de la
Guadeloupe leurs chargemens confiftoient en
fucre , café , coton , indigo , cacao , bois de
campê he & de gayac , gingembre , &c . Il eft
auffi entré cent foixante bâtimens de petit cabotage
françois & trois du grand , ainfi que foixantecing
navires étrangers , chargés de bled , mér-.
rain , planches , poutres , fer , bierre , chanvre .
beurre , fromage , &c. & la plus grande partie
fur leur left.
Ce même mois , il eft forti du port feize navires
françois , deftinés pour nos colonies , favoir ,
huit à Saint-Domingue , deux à la Martinique
deux à l'ifle de France , un au Port- au- Prince, un
à la Guadeloupe , & un à l'ifle de France & Mozambique
: leurs chargements confiftoient en vin ,
farine , boeuf , beurre , eau - de - vie , lard , marchandifes
feches , &c. Il eft auffi forti du port
cent vingt-cinq bâtimens de cabotage françois ,
& quatre de grand , ainfi que quarante - quatre navires
étrangers , chargés de vin , fucre , eau -devie
, café , fyrop , &c .
Le Roi d'Eſpagne vient de faire publier
une Pragmatique Sanction , par laquelle il
met à l'abri de l'emprifonnement pour detses
tous les Artiftes , Manufacturiers ou La(
40 )
boureurs , & défend de faire fur eux la faifie
de leurs outils , métiers & uftenfiles néceffaires
à l'exercice de leurs profeffions.
Cette nouvelle Loi a été déterminée par le
nombre effrayant d'ouvriers enlevés à leurs
métiers & à leurs créanciers ; S. M. ayant
très fagement obfervé que les exécutions &
les contraintes n'avoient le plus fouvent que
l'effet d'opérer la ruine des débiteurs fans
produire aucun avantage réel pour les
créanciers .[ Journal de Provence. ]
Une femme de trente deux ou trente- quatre
ans , nous écrit-on de Creil , fort délicate en apparence
, enceinte de cinq mois , & pour la quatrieme
fois , offrit un fpectacle bien hideux &
allez nouveau . Sur les fept heures du foir , en
voulant foulever un fardeau , elle fe rouvrit une
cicatrice , qu'elle avoit au côté gauche depuis
long-temps. Auffi tôt une partie de fes inteftins
s'échappe par cette ouverture . Elle ne fe déconcerte
point ; elle les releve , les foutient dans
fes mains , & court appeller fes voisines . Les
premieres qui fe préfentent pour la fecourir ,"
tombent évanouies ...... Elle les laiffe , pour
s'adreffer à d'autres qui foient plus capables de
voler à trois quarts de lieue de - là , & lui amener
un ou plufieurs Chirurgiens . Le fieur Verrier arri
ve de Creil , & le fieur Parfait , Curé de Liancourt ,
où il eft honoré de la confiance & de l'eftime de
M. le Duc de la Rochefoucault . Ils ne peuvent
.commencer l'opération qu'à une heure du ma
tin après avoir fait adminiftrer à leur malade
les derniers Sacremens : ils ruffiffent . Mais lor
que M. Parfait reparoît le lendemain , même
défordre , & nouvel embarras , les bandages &
( 41 )
严
les compreffes ont manqué , & cette mere infortunée
eft difpofce mettre au monde l'enfant
qu'elle porte dins les flanes déchirés . Il nat trèsheureufement
; on le porte à l'Eglife , & il vit
´encore cinq heu es après avoir baptife. On
a recommencé & achevé cette operation difficile
& p - rilieuſe ,
P
Je viens de la voir , nous écrit notre Correfpondant
, cette femme forte & fi intéreffante . J'ai
converfé avec elle ; elle m'a confirmé ce que cent
bouches m'avoient répété dans le Canton , & notamment
l'Eccléfiaft que refpectable qui l'avoit
affiftée .
On diroit qu'elle a oublié fes douleurs & le
danger qu'elle a couru , pour ne plus s'occuper
que de fon Chirurgien . Elle en parle avec attendriffement
& une forte de vénération . Il me
femble n'il m'rite bien auffi de fa part cette
reconnoiffance . I faifoit une lieue & demie
Ja nuit comme le jour , & très - fréquemment
pour voir ce qu'il y avoit à craindre ou à
espérer.
Dans fa derniere vifite , il s'apperçut de l'inquiétude
& de l'embarras des Sieur & Dame
Achette ( c'eft leur nom ) . I les devina ...
« Vous pensez , peut - être , leur dit il , à me demander
mon mémoire ? Je n'en ai point à
vous préfenter. Je me crois bien payé de mes
foins , de mes veilles , de mes courfes , & c.
per le plaifir & le bonheur que j'ai de vous
» conferver la vie. Tout ce que je vous de-
» mande, c'eft que vous veniez inceffamment av
» moi à Paris . Vous ne me paroillez pas fortunés,
& cet accident vous conftitue en dépenses.
Recevez quelqu'argent de ma main ; aidez-
Vous & foyez tranquille ».
55
avec
La précieufe utilité de la poudre anti(
42 )
hémorragique du fieur Jacques Faynard
& dont il eft l'inventeur , eft aujourd'hui
univerfellement reconnue.
Les fuccès multipliés de cette Poudre , tant en
'Angleterre qu'en France fa patrie , lui ont fait.
mériter de Sa Majesté bienfaiſante un privilége
exclufif de trente années.
Rien n'attefte micux la propriété de cette Podre
que les fournitures qu'il continue d'en faire
dans les Hôpitaux de la Guerre , de la Marine &
des Colonies Françoiſes , & il vient encore d'ob .
tenir de Sa Majefté les ordres d'approvisionner
tous les Hôpitaux de Charité du Royaume ; le
Roi voulant fairejouir fes fujets d'un fecours auffi
précieux pour le bien de l'humanité.
Cette Poudre eft fupérieure à tout ce qui a paru
jufqu'à préfent dans ce genre ; elle a la vertu
d'arrêter toutes hémorrhagies , tant internes
qu'externes , vomiflemens & crachemens de
fang ; elle arrête & guérit les pertes des femmes,
les faignemens de néz , & c. &c. &c. , >
Dans les amputations , il ne faut pas de ligatures
& fur toutes coupures quelconques , la
plaie fe guérit fans autre application que ladite
Poudre ; elle ne caufe aucune inflammation ni irritation
Combien de perfonnes perdent la vie fur le
champ de bataille par la perte de leur fang ! quel
grand fecours que cette Poudre pour les Militaires
dans une bataille ou dans un combat naval !
Toutes perfonnes devroient avoir une boîte de
cette Poudre dans leur maifon ; elle feroit la fureté
de leur vie , puifqu'elle leur tiendroit lieu de
Médecin & de Chirurgien , n'ayant pas ces MM.
à leur portée dans le moment d'un accident , foit
en voyage ou dans leur maison .
Le dépôt de ladite Poudre eft à Paris , chez M,
( 43 )
Billette , Receveur de la Loterie Royale de
France , rue de la Ferronnerie , en entrant par
celle S. Denis.
Elle fe vend auffi chez le fieur Faynard qui en
eft l'Auteur , rue Beaubourg , no. 75.
A Verfailles , chez M. Lavallée , à la Brafferiej
avenue de Paris .
Et à Amiens , chez M. Dufetél , rue au Lin .
Les perfonnes qui lui feront l'honneur de lui
écrire , font priées d'affranchir leurs lettres .
Il y ades boîtes de deux prix , de 12 liv . & de
24 liv.
Le Bailli de Freflon , Colonel du régiment
de Malte & Premier Ecuyer du Grand-
Maître , y eft mort le 22 Mai dernier , d'une
, y
fieyre maligne , qu'il avoit prife en vifitant
les foldats malades à l'Hôpital . Ce Chevalier
, ci-devant Lieutenant colonel du régiment
Maréchal de Turenne , au fervice de
France , s'étoit fixé à Malte depuis la dépu
tation dont il avoit été honoré par les Etats
de la province de Bretagne , pour féliciter
le Grand Maître fur fon avénement au Magiftere.
Les prieres dans les Eglifes de la
ville & de la campagne , qui n'ont pas ceffé
pendant fa maladie , prouvent l'eftime &
les regrets du Prince , de l'Ordre & du pays.
On a inféré récemment dans quelques Papiers
étrangers l'extrait d'une lettre prétendue
écrite de Malte , fauffement attribuée à
ce Bailli , & datée de 12 jours après fa mort.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le de ce
mois , font : 77 , 15 , 84 , 17 , & 2 .
3 .
( 44 )
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES, le 30 Juillet .
D'après la deman le de la Régence d'Aixla
Chapelle , 4 o hommes des troupes de
l'Electeur Palatin s'étoient mifes en marche
de Duffeldorf ; mais depuis elles ont reçu
contr'orde , & font rentrées dans leurs
quartiers. On attend encore la réponſe de
Empereur fur le même objet.
Le Stathouder ne reviendra point à la
Haye , & en quittant la Zélande , il fe rendra
au château de Loo en Gueldres. M. de
Maillebois eft parti pour fon gouvernement
de Breda .
Le Colonel de Muller , chef du nouveau Régiment
Suiffe au fervice de Pruffe , que nous devons
avoir ici en garnifon , écrit- on de Xanten ,
ainfi qu'a Goch & à Calcar , a paffé derniérement
par cette ville. Cet Officier joint au caractere
ouvert & franc de fa nation , une amabilité & ·
une honnéteté particuliere. Une partie de fes
Officiers fe trouve déjà à Wefel pour recevoir
les recrues. Le Régiment de Muller fera compofé
de 1800 hommes , le Roi lui ayant ordonné de
l'augmenter de 200 .
L'Académie Royale des Sciences & Belles-
Lertres de Pruffe a publié le Programme
fxivant des Prix qu'elle propofe pour 1788.
La Claffe de Mathématique , en propofant le
fujet du Prix de l'année 1786 , avoit demandé
une théorie claire & précife de ce qu'on appelle
INFINI en Mathématique.
L'Académie a reçu beaucoup de Pieces fur ce
( 45 )
fujet. Leurs auteurs ont tous oublié d'expliquer.
comment on a déduit tant de théorèmes vrais d'une
fuppofition contradictoire , comme l'eft celle d'une
quantité infinie. Ils fe font tous , plus ou moins ,
écartés de la clarté , de la fimplicité , & -fur-tout
de la rigueur qu'on exigeoit . La plupart n'ont pas
même vû que le principe demandé devoit être ,
non pas borné au calcul infinitéfimal , mais ét - ndu
à l'Algèbre & à la Géométrie traitée à la maniere'
des Anciens.
Le fentimentde l'Académie eft donc, que fa demande
n'a reçu aucune réponſe complette .
Cependant elle a trouvé que celui qui a le plus
approché de fes intentions , eft l'Aureur d'une
Piece françoife , dont l'Auteur eft M. Lhuilier,
Citoyen de Geneve , Membre de la Société
d'éducation à Varfovie. L'Académie lui a adjugé
le prix .
La Claffe de Philofophie expérimentale avoit
renvoyé à l'année 1786 le Prix fur la théorie de la
fermentation ; mais n'ayant rien reçu de fatisfai-
Lant , elle abandonna la Queftion .
La Claffe de Belles - Lettres propofa pour le Prix
de 1788 , la Queſtion fuivante :
Comment l'imitation des Ouvrages de littérature
étrangere , tant ancienne que moderne , peut- elle
développer & perfectionner le goût national ?
Le Prix confifte en une Médaille d'or du poids
de cinquante ducats. Les Pieces écrites d'un caractere
lifible , feront adre flées , franches de port, à
M. le Confeiller privé Formey , Secrétaire perpétuel
de l'Académie ,
Le terme pour les recevoir eft fixé juſqu'au 1
de Janvier 1788.
La Claffe de Philofophie fpéculative a propofé
pour le Prix de 1787 la Queftion fuivante :
Quels font dans l'état de nature les fondemens
( 46 )
& les bornes de l'autorité des parens fur les enfans?
Y a- t-il de la différence entre les droits
du pere & ceux de la mere ? Jufqu'à quel point
les loix peuvent- elles étendre ou limiter cette
autorité ?
Les Pieces envoyées au concours feront reçues
jufqu'au de Janvier 1787.
La Claffe de Philofophie expérimentale a propofé
une nouvelle Queftion relative au Prix
fondé par feu M. Eller. En voici l'énoncé .
>
1º. Si l'on peut introduire par- tout la nourriture
des bêtes à cerne , des brebis & des chevaux ,
dans les étables , en abolifant les près naturels
& les pâturages ? Ou fi cela ne ſe peut
point?
2. Par quelles obfervations & principes on pourroit
prouver que dans le cas affirmatif , le rapport
des biens de campagne feroit le plus confidérable ,
Jans que cela nuife à quelque autre befoin de
T'Etat?
3°. Quelles obfervations pourroit- on oppofer aux
avantages de la nourriture du bétail dans les érables
? Et quelles fuites défavantageufes auroit on
à en craindre?
Les Pieces feront reçues jufqu'au 1 Janvier
1787 ; & le Prix de cinquante ducats fera adjugé
dans l'Affemblée publique du 31 Mai fuivant,
Paragraphes extraits des Papiers Anglois autres.
«Suivant une lettre de Bruxelles , du premier
courant , Lord Torrington réuffit dans les négociations
auprès du Gouvernement Autrichien . II
a été convenu qu'on reverroit le fyfteme zuel
de cor merce entre les Pays - Bas & la Grande-
Bretagne , pour adopter enluite de cet examen ,
( 47 )
telles mefutes qui feront jugées les plus convena
bles aux deux pays. ( London Eveningpoft . )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE.
Demande en nullité de donation , & fubfidiaire
ment en entérinement de lettre de refcifion contre
cette même donation .
Cette Caufe eft doublement intéreffante , & par
la fingularité des faits qu'elle préfente , & par les
queftions que les faits donnent lieu d'agiter. -
François Gorge , marié en 1746 , à Gercat en
Auvergne , eut de fon mariage une fille nommie
Amable Gorge , elle n'avoit que fix mois
lorfqu'elle perdit fa mere . Peu de jours après ,
fon pere l'expofa devant la porte de l'Hôpital .
de Clermont - Ferrand , ayant attaché fur fa poitrine
, avec un ruban vert , en papier fur lequel
étoient écrits ces mots : l'Enfant fe recommande
à vos foins , il eft âge de deux mois . La
fille Gorge eft reftée vingt ans dans l'Hôpital , ou
bliée de fon pere , & inconnue à elle - même : enfin,
en 1772, l'ayeul & l'ayeule maternels de l'enfant
étant morts , & laiffant une fucceffion a Tez
confidérable , à laquelle la fille Gorge le trouvoit
appellée par repréfentation de fa mere , le pere le
rendit à l'Hôpital avec un Notaire , pour chercher
fa fille & la reprendre fur les indications
qu'il donna : le motif du pere étoit , qu'étant ufufruitier
des biens de fa fille , fuivant la Coutume
d'Auvergne , il falloit qu'il juftifiât de fa
qualité à fes cohéritiers , qui ignoroient qu'il eût
une fille . La fille Gorge retourna donc
dans la maison paternelle ; Pufufruit fut adjugé
au pere , & elle refta avec lui à peu près 18 mois ;
mais foit qu'elle éprouvât des durerés dans fon
nouvel afyle , foit qu'elle ne pût fe plaire ailleurs
que dans les lieux où elle avoit pallé toute
( 48 )
La vie , elle retourna dans fon Hôpital , où elle
demeura ignorée une feconde fois jufqu'en 1778.
A cette époque , François Gorge qui s'étoit
marié en fecondes noces, peu de tems après l'expofition
de fa fille devant l'Hôpital de Clermont ,
conçut le projet de faire paffer à fes enfans la propriété
, des biens dont il étoit uſufruitier . Alors on
va trouver la file Gorge , on a mene chez un
Notaire , & là , elle fait une donation de tous fes
biens à fes freres & foeurs confanguins . Dès que
l'acte eft paffé on la remene dans fa demeure ordinaire
, d'où elle n'eft plus fortie , & d'où elle
a formé la demande contre les donataires , lorf
qu'elle a appris la mort de fon pere .
Elle a
commencé par préfenter une Requéte au Lieutenant
Général de la Sénéchauff e de Riom , &
a foutenu la nullité de la donation qu'elle avoit
faite , foit à caufe de l'incapacité des donataires
, foit parce que fon confentement lui avoit
été extorqué par l'erreur ou par la fraude.
Enfuite & lorfque la procédure fut plus avancée
, elle prit fubfidiairement des lettres de refcifion
, fondée fur l'erreur & la ſurpriſe , & en
demanda l'entérinement. Sentence eft intervenue
le 2 Sept mbre 1734 , qui a débouté
la fille Gorge de la demande en nullité de refcifion
, & qui a donné afte aux donataires de leurs ,
offres de la nourrir po r lui tenir lieu de la penfion
de dix liv . La fille Gorge s'est rendue .
appellante de cet e Sentence , & a demandé la
nullité de la donation , & fubfidiairement l'entérinement
de lettres de refcifion . Arrêt u
30 Mars 1786 , qui entérine en tant que befoin
les lettres de refcifion , &c.
---
7
-
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 27 Juillet .
E Roi de Danemarck a figné le 14 Juil-
Lier le nouvel Octroi de la Compagnie de
la Baltique & de Guinée , à laquelle S. M. a
accordé de nouveaux avantages .
On a pu remarquer par le pré.is que
nous avons donné des opérations de la
Diete de Suede , le peu d'harmonie qui
a regné entre le Roi & cette Aflemblée nationale
. Elle n'a adopté définitivement aucune
des réfolutions propofées par le Monarque
; elle a refufé de prendre connoif
fance des dettes de la Couronne qu'elle n'a
point confidérées comme dettes de l'Etat ,
en annonçant affez fes difpofitions futures
fur cet objet. Il fera très -aifé de juger du
mécontentement qu'a reffenti le Roi , en
éprouvant une pareille réfiftance , lorsqu'on
N°. 32 , 12 Août 1786.
с
( so )
1
fira le difcours de S. M. à la clôture de la
Diete. En voici la traduction .
NOBLES , VÉNÉRABLES , &C.
L'avantage du Royaume & le foin de votre
propre bien - être ont été les uniques motifs
de la convocation de la Diète , à laquelle je
vais mettre fin aujourd'hui ; la conduite que
j'ai tenue devant cette affemblée > a pu vous
fervir pareillement de preuve convaincante
de l'amour fincere , qui m'anime envers la Patrie.
Puifqu'une défiance mal - fondée en ellemême
, peu méritée à l'égard de celui qui
vous a rendus libres , & qui vous a raſſemblés
uniquement pour avancer votre bonheur ;
puifque , dis- je , une crainte imaginaire s'eft
élevée , comme une lueur trompeuſe ou un
feu follet , & a menacé de troubler l'union &
la concorde , que j'ai tâché depuis 14 ans de
maintenir de toutes les manieres & avec tant de
peine , même en oubliant mes propres intérêts
, je ne faurois regarder cette méfiance
que comme un nuage qui s'éleve après une
Tongue & douce férénité, mais qu'une conf
zante patience voit bientôt s'évanouir . En ef
fet la vérité doit toujours triompher , & même
à mesure qu'on fait de plus grands efforts
pour l'obfcurcir , elle brille avec d'autant plus
d'éclat , & fes rayons percent avec fplendeur
le voile dont on vouloit les couvrir.
•
Nos Annales confirment ce que je viens
de dire. Un de mes plus grands Prédéceffeurs
le Roi dont j'ai l'honneur de porter le nom
Guftave Erichfon , le Sauveur de fa Patrie
éprouva plus d'une fois , derant fon glorieux
Regne, cette efpece de fatalité : Cependant
il vit la vérité triompher à la fin ; & fon illuftre
( 51 )
Nom eft encore l'objet de l'admirtion de la
Postérité , quoique la jaloufie , l'intérêt par
ticulier , une ambition mal- placée , la légèreté
, & l'envie de dominer s'efforçaffent , comme
à l'envi , de flétrir fon Regne , fi digne d'éloges
, & même de lui ravir le Sceptre qu'il
avoit arraché aux mains d'un tyran .
C'est au Tribunal de la postérité que doivent
être jugés les Souverains : la poſtérité ſeule
peut prononcer avec impartialité. Le jugement
des contemporains , leur blâme ou leurs louanges,
font pour la plupart également injuftes
ou peu mérités : ils fe fondent fur des préju
gés ; mais le jugement de la postérité répofe
fur une bafe beaucoup plus folide . L'âge préfent
regarde fouvent un bon Roi comme foi
ble , un Roi jufte comme trop févere : la tolé
rance à fes yeux eft une trop grande foibleffe ;
& un Roi ferme & conftant , il le peint des
couleurs d'un Monarque ambitieux mais la
poflérité , fans baine & fans envie , prononce
une fentence plus jufte : c'eft elle qui portera
un jour fon arrêt fur les diverfes diffenfions
qui ont agité la préfente Diète , & fur les
vues de ceux qui s'y font le plus fait remarquer
c'eft elle auffi qui me fera juftice , &
qui rendra témoignage à ma condefcendance
exemplaire , à ma douceur , & à la confiance
que j'ai tâché de vous infpirer , tandis que je
me fuis montré prêt à tout ce qui pouvoit fer
vir à votre liberté & à votre sûreté , & que j'ai
foigneulement écarté tout ce qui pouvoit
tendre en quelque façon à échauffer les ef
prits ou à troubler vos délibérations ; car
tout ce qui me concerne perſonnellement ,
je le facrifie volontiers & de bon coeur ¹à
f'amour qui m'anime pour mon Royaume ,
+
C 2
( 52 )
& à notre commune Patrie. Ce font ces : fentimens
, qui reglent conftaminen: ma conduite
, & que j'ai fuivis dès le commencement
de mon Regne. Il est vrai , que mes pas dans
ce chemin ont fréquemment été femés d'épines
, & que ma follicitule pour votre bienétre
ainfi que l'exemple de mes illuftres Prédéceffeurs
ont pu feuls m'y raffermir : mais je
regarde l'efpoir , que je nourris , comme une
récompenfe affez précieufe de toutes mes
peines ; favoir , que je pourrois employer les
moyens , que vous m'avez mis entre les mains
à ma requifition , à vous garantir des funeftes.
effets d'une mauvaiſe récolte , dans le cas
qu'il plût au Tout Puiffant de nous vifiter de
nouveau par ce fléau. Vraiment , je porte
avec moi un coeur plein de fenfibilité pour
Vous cft ce que j'ai déjà prouvé plus d'une
fois ; & cette fenfibilité , je ne la perdrai jamais.
A préfent il ne tient qu'à vous d'y répondre
, ainfi qu'il convient , par votre obéif
fance , par votre refpect pour les Loix , & pour
mes ordres, & par votre confiance envers moi:
je crois ê re en droit de l'attendre & de l'exiger
de votre part. Animés de ces fentimens ,
retournez à vos demeures . Soyez-y utiles à
vous- mêmes , à moi , au bien - être de la
Patrie reprenez dès à préfent chacun fa vacation
; mais avant que vous vous fépariez , je
veux vous donner encore en cette place une
nouvelle preuve, de ma follicitude pour vous.
Je vous fais rémiffion de la quatrieme année
du Subfide que vous m'aviez accordé .
Mes fujets , fouffrant de la rigueur des tems
ont befoin de ce foulagement , afin de pouvoir
fe refaire en des années plus favorables ;
·
( 53 )
& ce m'eft un plaifir particulier de pouvoir y
contribuer d'une maniere efficace.
La fituation préfente du Royaume me fait
efpérer la continuation du repos & de la Paix ;
elle me promet une longue fuite d'années ,
pendant lefquelles aucune circonstance n'exigera
plus votre convocation . Pus donc que
nous nous féparons pour long - tems , je vous
fouhaite les bénédictions les plus précieufes du
Très haut , que chacun de vous embraſſe
les fiens avec joie , & je refterai conftamment
pour vous tous enfemble , & pour chacun de
Vous en particulier , votre Roi tiès - affectionné.
-
On affure que le Contr'Amiral , Chevalier
de Kinsbergen , dégoûté du fervice de la
Hollande , a accepté les offres de l'Impératrice
de Ruffie qui le reprend à fon fervice ,
& qui lui donnera la direction du département
de fa Marine fur la Mer Noire , où
M. de Kinsbergen a été employé antérieurement.
Fin de la Réponse du Roi de Pruffe au
Mémoire de la Cour de Ruffie fur la ville de
Dantrick.
L'induction tirée de la balance de Commerce ,
ne repofe au refte dans le vrai que for des principes,
qu'on a admis fans preuves ; & elle condui
roit bien au delà de l'efprit & du but de la Convention.
La ville de Dantzick a déjà la balance en
fa faveur par le Monopole extrêmement important
du Commerce d'exportation de la Pologne. Sa fituation
& la richeffe des habitans lui affurent encore
le commerce d'importation , L'on peut auffi
prouver par les liftes des Douanes Proffiennes , &
C 3,
( 54 )
en appeller à cet égard au témoigtage même du
Magiftrat de Dantzick , que, pendant tout le cours
de ces différends , les Sujets Pruffiens n'ont prefque
pas importé de marchandifes en Pologne; que leur
fituation & leur peu de facultés le leur interdifent
abfolument , & que leur petit Commerce s'eft 10ujours
borné uniquement & fe bornera toujours à
l'intérieur de la Pruffe . Si , fous prétexte de maintenir
l'équilibre contre la grande ville de Dantzick
& les pauvres habitans des petits Bourgs Pruffiens
, qui en font voifins , ces derniers devroient
payer au Magiftrat de Dantzick l'équivalent nonfeulement
de la Douane au Nouveau-Fahi waffer,
mais encore de celle à Fordan , ils devroient acquitter
en effet près du Blockhaus de Dantzick des
droits d'un Commerce , qu'à la vérité ils peuvent
faire par Fordan avec la Pologne , mais qu'ils
n'ont pas fait jufqu'à préfent ni ne feront peut - être
jamais : & dans la réalité ces droits ne tomberoient
que fur le commerce intérieur de la Pruffe & für
des marchandifes , dont ce Royaume eft approvifionné
par fes propres habitans . Il ne s'agit
pas tant ici de la queftion , fi les Dantzickois ne
profiteront point de la balance de Commerce ,
qu'ils obtiendroient par l'équivalent de la Douane
de Fordan , pour s'emparer auffi entiérement du
Commerce intérieur de la Pologne , auquel ils n'ont
déjà que trop de part par une contrebande , qu'il
eft impoffible d'empêcher. La demande la plus
effentielle & facile à réfoudre eft bien plutôt celleci
: file Magiftrat de Dantzick , en fe faifant payer
l'équivalent de la Douane de Fordan , ne leveroit
pas ces Impôts fans aucun droit ni néceffité fur le
Commerce intérieur de la Pologne ; fi par le
moyen de ce double Droit il ne mettroit pas les
Sujets Pruffiens dans l'impoffibilité abfoluc de faire
le commerce de leur propre Pays , & fi ceux ci
( 55 )
ne fe verroient pas forcés à le pourvoir de leurs
befoins d'auffi loin que d'Elbing, ou à les acheter
des Dantzickois à un prix arbitraire ? Ce facrifice
feroit trop confidérable , pour que le Roi puiffe
l'impofer à fes Sujets , auxquels il a déjà fait facrifier
le Commerce d'exportation de la Pologne,
fans y être obligé en aucune façon , uniquement
par modération & par déférence pour le defir de
S. M. l'Impératrice de Ruffie . La convention du
22 février 1785, n'offre aufli pas un feul avantage
réel pour les fujets Pruffiens , vu qu'on ne leur
accorde qu'un paffage fort limité fur le Territoire
de Dantzick ; paffage auquel ils étoient déjà fuffifamment
autorisés par le droit de réciprocité.
Veut on les contraindre aujourd'hui à acheter la
liberté du paffage , qui déjà leur appartenoit de
foi-même , & qui a été formellement reconnue,
au prix de la perte totale du Commerce de la Pologne,
& même implicitement du Commerce avec
leur propre Pays , qui feroit la fuite abfolument
néceffaire de la perception du double Droit au
Blockhaus ? De cette façon il feroit beaucoup plus
avantageux aux Sujets du Roi de s'abstenir tout
à fait du paffage par le Territoire de Dantzick.
Que chaque partie rentre alors dans fes Droits
primitifs , & que la convention foit regardée
comme non - avenue.
La ville de Dantzick peut choisir de cette alternative
ce qu'elle croit lui être le plus avantageux ,
ou de renoncer à la convention & de remettre tout
fur l'ancien pié , ou de s'en tenir à la convention
& de nelever au Blockhaus que l'équivalent des
Droits du Nouveau Fahrwaffer , mais non pas de
ceux de Fordan . Dans le dernier cas le Roi n'empêchera
point la ville de Dantzick de jouir de tous
les avantages de la convention du 22 février , &
ne demandera nullement un paffage illimitépour
c 4
( 56 )
fes Sujets , comme auffi S. M. ne l'a pas fait jufqu'à
préfent , tandis que jufqu'aujourd'hui le Magiftrat
de Dantzick a acquiefcé de bon gré & de fon
propre mouvement à l'arrangement qui a été fait
par interim . fans y avoir été contraint en aucune
façon par la Cour de Berlin . Auffi depuis bien du
tems l'on n'a entendu parler ici d'aucuns différends
ni d'aucun mécontentement entre les deux Parties
, ni que la ville de Dantzick ſe ſoit plainte du
paffage ou du Commerce trop étendu des Sujets
Prufliens ; de forte que la ville paroît être revenue
de fes préjugés & de fes craintes , & que la nouvelle
prétention , qu'on veut mettre en avant aujourd'hui
, ne tire apparemment fon origine que
d'un mal entendu ; de forte que , fi on la laiffoit '
tomber , la convention reprendroit toute la force ,
& le repos & la bonne harmonie , fi avantageux
pour les deux Parties , feroient rétablis & fe
maintiendroient pour long- tems .
Dans cette attente S. M. agrée auffi très - volontiers,
que, conformément à la Propofition de la
Cour de Petersbourg , les Réfidens refpe &tifs à
Dantzick, avec aljonction de quelques Députés du
Magiftrat, examinent le chemin par le Ganfekrug,
& conviennent , tant pour le préfent que de tems
en tems à l'avenir , fur les réparations néceffaires
à y faire , tandis que S. M. doit fe réſerver en
même- tems , que , fi malgré cette précaution ce
chemin devenoit tôt ou tard dans la fuite impra
ticable , les Sujets Pruffiens conferveroient n'anmoins
la liberté de paffer , dans tel cas de néceffité
, du moins dans les fauxbourgs de Dantzick.
Le Roi fe promet de l'amitié de S. M. l'Impératrice
, ainfi que de fa pénétration & des fertimens
de juftice , d'équité & d'impartialité , qui
forment le caractere réel de cette grande Souveraine
, qu'après avoir pefé encore une fois les prin
( 57 )
cipes établis , tant en cette réponse que dans le
Mémoire du 15 feptembre , Elle ne leur refufera
pas plus long- tems fon aveu , & qu'Elle n'étendra
pas la garantie & la protection , dont Eile honoré
la ville de Dantzick , au préjudice trop notable
des droits & des intérêts d'une Puiffance amie ,
mais que bien plutôt Elle confeillera au Magiftrat
de la fufdite ville , de fe contenter des conditions
convenables & déjà trop avantageufes, qui lui ont
été accordées ; d'exécuter la Convention du 22
février dans fon fens vrai & non forcé ; enfin de
mettre une fois pour toutes fin à une conteftatión ,
qui n'a déjà duré que trop long-tems au très - grand
préjudice de toutes les Parties intéreffées .
DE VIENNE , le 26 Juillet .
L'Itinéraire de l'Empereur n'ayant offert
jufqu'à ce jour , que les noms des villes &
des diftricts qu'il a parcourus , nous avons
cru devoir fupprimer cette nomenclature ,
dont nous donnâmes la table générale au
départ de S. M. I. Il paroît aujourd'hui que
ce Prince a abandonné le voyage de Galicie.
Le camp de Peft a dû commencer le
o ; il eft compofé de 36 à 38 mille hommes
, & une foule d'étrangers s'y font rendus.
L'Empereur , chemin faifant , a reçu
un grand nombre de Requêtes qu'il a ren
voyées aux Départemens refpectifs , chargés
de lui en faire le rapport.
Il s'eft répandu , d'après quelques avis
fufpects de la Croatie , que vers le commencement
de Juin , il y eut un engagement en
c5
( 58 )
Dalmatie , entre les fujets Ottomans & Vénitiens
. Voici le précis de ces rumeurs dont
chacun peut apprécier l'invraiſemblance.
Les Turcs avoient défendu à leurs fujet
Chrétiens toute liaifon de commerce avec les
Venitiens , & en même- tems la fortie des
grains ; ce qui auroit dans peu affamé ces
derniers , accoutumés de tirer leurs provifions
de ce côté de la Turquie. En conféquen
ce, un corps de plus de 1000 habitans de la
Dalmatie Venitienne fe transporta en armes
fur le territoire des Turcs , pour forcer
´´ceux - ci à lui vendre des vivres . Ils n'en eurent
pas plutôt eu avis qu'ils s'attrouperent
& furent à la rencontre de leurs voifins . II
refta du côté des Turcs 800 , & de celui des
Venitiens 300 hommes fur la place . On eft
curieux d'apprendre de quel oil la Porte
envifagera cette aggreffion manifefte ; mais il
eft probable qu'elle n'a été faite que pour
donner lieu à une déclaration de guerre , que
les alliés des Venitiens defirent , & dont ils fauront
profiter.
La Chancellerie de Hongrie a expédié
pour ce Royaume plufieurs ballots de modeles
& de formulaires , deſtinés à l'établiffement
du nouveau fyftême d'impofitions ,
auquel on travaille fans relâche.
DB FRANCFORT , le 2 Août.
Le Docteur Zimmermann eft revenu à
Hanovre , après un féjour de trois ſemaines
à Sans Souci. On lui prête divers propos fur
la fanté du Roi de Pruffe , propos que très(
59 )
vraisemblablement il n'a point tenus , qui
ne jetteroient d'ailleurs aucune lumiere certaine
fur le véritable état de S. M. P. , &
qu'il eft par conféquent très inutile de rapporter.
Il y a toujours une alternative de
bien & de mal dans la fanté de ce Monarque
fi intéreffant. Les avis varient fouvent
d'un courrier à l'autre , & le temps feul peut
réalifer les efpérances qu'on n'a pas totalement
perdues du rétablillement du Roi . Un
nouveau Médecin , le fieur Fritze d'Halberf
tadt, ancien Médecin de l'armée du Prince
Henri en Saxe , dans la derniere guerre , a
été mandé depuis le départ de M. de Zimmermann.
Le Baron de Hertzberg , Miniftre
d'Etat , a paffé plufieurs jours à Sans Souci
où il a travaillé habituellement avec S. M.
L'Impératrice de Ruffie pofséde un portrait
précieux de ce Monarque . Il eft repré
fenté affis , & écrivant au Maréchal de
Schwerin , après la perte d'une bataille , les
mots fuivans : mes troupes ne font point à
blamer , je fuis feul en faute.
La Princeffe Douairiere de Saxe Hildbourghaufen
, née Princeffe de Saxe - Weimar
eft morte à Hildburghaufen , dans la
46e. année de fon âge.
La réduction des Couvens dans la Hongrie,
eft , dit-on , un des objets arrêtés par l'Empereur.
Jufqu'à préfent on n'y a fupprimé
que quatre couvens de Camaldules , fix maifons
de Religieufes , & les couvens des Paulins
, dont il y en avoit quatorze dans ce
с б
( 60 )
Royaume. En 1781 on compta 221 couvens ,
dont 217 pour hommes & quatorze pour femmes
dans la Hongrie , la Croatie , l'Esclavonie
, la Dalmatie & la Tranfylvanie . Les couvens
dans le feul royaume de Hongrie , monferent
à 141 pour les hommes & 13 couvens
de femmes .
Il a paru àVienne
un Libelle
contre
l'Empereur
, au fujet de la condamnation
du
malheureux
Comte
de Szekely. Cet écrit intulé
: Obfervations
impartiales
fur le crime
& la punition
du Lieutenant
Colonel
de Szekely
, a été envolé
à S. M. I. qui , de fa
propre
main , a écrit aux Cenfeurs
qu'elle
permettoit
la vente de cette brochure
, parce
qu'elle
n'offenfoit
que fa perfonne
; mais
qu'elle
défendoit
la brochure
concernant
la
punition
de Zalheim
, parce
qu'elle
offenfoit
fes Tribunaux
. L'Empereur
, en paffant
par Szegedin
, a rendu
la liberté
au
Comte
de Szekely
, que les Gazettes
ont
fat mourir
depuis
d'apoplexie
.
On lit dans un Journal de commerce ,
que depuis 1782 , les Manufactures de coton
& d'indiennes établies à Augsbourg
font moins occupées qu'auparavant. Cependant
en 1784 , les tifferands de cette
ville ont fourni encore environ 100,000
pieces de toile de coton , & on peut éva-
Juer à 75,000 pieces les toiles qu'ils fabriquent
une année portant l'autre. Les fabriques
de montres font depuis quelque temps
des affaires affez confidérrbles. Le commer(
61 )
ce d'orfévrerie de cette ville est toujours
floriffant ; & il paffe beaucoup de bijoux &
de vaiffelle d'argent dans la Ruffie..
On a publié à Berlin , un ouvrage intéreſfant
fous le titre de Recueil de matieres
• de Phyfique , Economie , de Minéralogie de
Chymie & de Statistique de l'Empire Ruffe &
des Pays limitrophes , par le Profeffeur Herman.
Entr'autres articles , celui concernant l'Empire
de la Chine , fes Productions , fes Manufactures
, fes Pêcheries , paroît renfermer
beaucoup de chofes neuves. La furface de
cet Empire y eft porté à 110,000 milles car
rés d'Allemagne ; on y compte 1566 villes ,
12,742,279 familles , & 104,069,254 habitans
, ce qui feroit 946 par mille carré ; le
quart des habitans eft ccntribuable ; & uh
foixante- dixieme eft foldat . Le béné
fice net des mines dans la Ruffie , felon lemêmes
Auteur , a monté en 1779 , pour la Couronne
, à 3.400,595 ' roubles , & à 1,346,905
celui pour les particuliers.
3
PORTUGAL.
a !
DE LISBONNE , le 30 Juin.
Le Prince de Brefil , invité par la Reine
au Confeil d'Etat , n'y a point encore paru .
Outre la bèlle maifon de l'Infantado qui lui
eft accordée , & dont les revenus paffent
1200 mille liv . tournois , il jouit encore de
400 mille liv. en penfions & en Commanderies
, que S: M. lui a affignées . Le double
département des Affaires de l'Etranger & de
( 62 )
la Guerre , qu'occupoit M. de Mello , eft
toujours vacant depuis la mort de ce Miniftre
, auquel la voix publique continue à
donner pour fucceffeur le Chevalier Pinto ,
actuellement notre Miniftre à Londres.
Le Navire l'Angeja , arrivé ici de Madras ,
en cinq mois de trajet , a apporté des lettres
du 18 Janvier , qui contiennent les particu
larités fuivantes de la mort de Tippoo- Saib.
Ayes- Saïve ou Ayes- Saïb , Général de
Tippoo Saïb , ayant reçu quelques dégoûts ?
quitta le fervice de ce Prince, qui, de fon côté,
le déclara Rebelle & le traita comme tel. Les
Anglois profiterent de cette occafion pour pren
dre leur revanche de leur ancien ennemi Tippoo
- Saib ; & , ayant animé Ayes - Saïve à
lever des troupes , il raffembla avec leur fecours
une armée de so inille hommes , qu'il
tint réunie à Chambala. Tippoo l'ayant appris
, fe mit en mouvement pour réduire ce
Rebelle ; & , ayant réuffi à traverser le pays
des Marattes , après différentes rencontres ,
dont il fortit toujours victorieux , il pénétra
jufques fur le territoire Portugais. Se
croyant des forces fuffifantes pour pouffer
fon entreprise , il fe détermina à attaquer
Ayes- Saïve , & il le tentá à differentes reprifes
dans les environs de Maifur ; mais chaque
fois il fut repouffé. A la fin dilbentreprit
d'emporter, l'épée à la main , une Batterie
& dans cette attaque il perdit nonfeulement
deux mille hommes , mais il fut
bleffe mortellement . On le conduifit à Seringapatan
, où il mourut , laiffant pour Sucoeffeur
un fils en bas - âge , ſous la Tutelle
( 63 )
•
·
& la Régence d'un de fes coufins , nommé
Camarodin. Cependant Carime - Saïve , fils
puîné de Hyder- Aly & frere cadet de Tippoo ,
peu content de cette difpofition , s'oppofa à
la Régence de Camaródin , & en fit la déclaration
le fix janvier : elle fut fuivie de
beaucoup de querelles & de troubles à Seringapaian
, qui coûterent la vie à nombre
de perfonnes . Plufieurs Généraux furent affaffinés
; & au nombre de ceux qui périrent
l'on compte les Chefs même des deux Partis ,
Carime-Saive & Camarodin. En conféquence
deux Miniftres du défunt Hyder Aly , l'un
nommé Burniac , Brachman ou Bramine de
Camara , l'autre nommé Kifnac , prirent en
mains les rênes du Gouvernement , fuivant
les uns pour les intérêts du fils de Tippoo-
Saib & pour lui conferver fes Etats paternels
, felon d'autres pour s'en emparer euxmêmes
, en affaffinant le jeune Héritier du
Trône. Quoi qu'il en foit , leur adminiftration
arétabli le calme dans l'intérieur du
Pays , ci devant occupé par Hyder Aly ;
mais il n'en eft pas de même à l'égard des
nations voisines. Effectivement l'on affure ,
que les Marattes , qui déjà avant la mort
de Tippoo avoient raffemblé une affez nombreufe
armée , fe font mis en marche pour
paffer la rivrere de Kifna , & fe réunir avec
les troupes de Nifan Aly , dans le deffein
de s'emparer des Etats de Tippoo & de les
partager entre eux. Ils paroiffoient avoir ultérieurement
le deffein d'établir . Ayes- Saïve fus
la côte de Malabar , dans la vue qu'il garderoit
ce pays pour eux , parce qu'ils manquent
d'un nombre fuffifant de Troupes pour
le défendre , & de rétablir en même tems
les anciennes familles de Hiafac , fous condi
1
( 64 )
3
tion que les uns & les autres feront obligés
à payer un tribut annuel aux Marattes & à.
Nifan Aly.
ITALI E.
DE MILAN , le 10 Juillet .
Le 24 du mois dernier , on a publié une
Convention , fignée entre la République de
Venife & le Gouvernement de la Lombardie
Autrichienne , par laquelle les deux Etats
s'accordent réciproquement la reddition des
malfaiteurs & gens fans aveu.
GRANDE - BRETAGNE.
2
DE LONDRES , le 31 Juillet.
Le Chevalier Guy Carleton a fait , le 26 , fes
remercimens à S. M. qui l'a créé Marquis de
·Dorchester , titre qui appartenoit au Duché de
Kingston , & dont perfonne n'avoit été revêtu
depuis la mort du dernier Duc de Kingston.
L'Amphion , de 32 can , a été défigné par
les Lords de l'Amirauté pour la ftation de la
Jamaique; le Southampton , de 32 , pour celle
de la Méditerranée ; le Solbar , de 32 pour
les ifles , & le floop la Fortune , de 16 , pour
sla côte d'Irlande .
I
On équipé à Chatham l'Affurance de 44
can. , auffi deſtiné pour la Jamaïque . Ce vaiffeau
doit remplacer le Janus , de même force,
rentré depuis peu en Angleterre.
( 65 )
L'Amirauté à fait détacher des chantiers
du Roi à Portſmouth un certain nombre
d'ouvriers qu'on va faire paffer à Gibraltar.
Les Gazettes Minifterielles renferment
l'article fuivant.
«Les Négocians de ce Royaume n'ont
rien à appréhender , relativement au Traité
de commerce avec la Ruffie. L'ancien Traité
fubfifte toujours , & avant qu'il foit expiré , il
eft probable qu'il en fera fait un autre , dont il
réfultera les mêmes avantages pour la Nation
. »
Lord Hawkesbury , ci devant Mr. Jenkin-
Jon , ne fera point nommé Secrétaire d'Etat
à la place du Marquis de Carmarthen , ainfi
que les Papiers publics l'avoient arrangé ;
mais premier Lord du Confeil de Commerce
; place qui lui donnera la direction de
toutes les affaires commerciales de l'Angleterre.
Lord Amiral Keppel eft revenu d'Italie ;
fa fanté eft parfaitement rétablie. Il a fait fa
traverfée fur la fregate l'Andromaque , qui l'a
débarqué à Portsmouth le 24 de ce mois.
Le Prince de Galles a fait vendre publiquement
fes chevaux , fes voitures , tous les meubles
, tous les effets les plus précieux . Ces facrifices
oftenfibles produifent l'effet politique
que quelques gens fuppofent qu'on en attendoit.
On plaint le Prince , on l'admire & on
murmure de la févérité du Roi , de celle de
fes Miniftres , & nombre de voix s'élevent
( 66 )
pour que la Chambre des Commites obtienne
du Roi , à fa rentrée , la permillion de
libérer les revenus dont l'Héritier du Trône
s'eft privé avec tant de nobleffe.
Il s'en faut bien cependant , que ces mefures
éclatantes aient l'approbation unanime.
On diſpute au Prince jufqu'à l'idée même
de cette réforme , dont les Gazettes Minif
térielles attribuent le plan & le mérite au
Roi lui - même , qui n'a laiffé à S. A. R. que
l'honneur de l'exécution .
On rapporte à ce fujet un très - long précis
de la lettre du Monarque , où S. M. dit entr'autres
chofes à l'Héritier de la Couronne ,
que les facrifices qu'il fera de la pompe & de
l'appareil de fon rang, bien loin de le dégrader,
l'honoreront aux yeux de la Nation ; que
dans un moment où les claffes les plus opulentes
des citoyens font obligées de dérober
à leurs plaifirs & leurs amuſemens , ce qu'elles
donnent aux befoins de l'Etat, ceferoit une action
peu digne d'un Prince ou d'un Patriote
appartenant à la Famille Royale , de folliciter
de nouveaux moyens d'entretenir fon
Luxe ; qu'un Prince eft fait pour donner & non
pour recevoir des leçons de patriotisme , &
que fa dignité doit confifter moins dans l'éclat
de la Cour, que dans le bien - être & l'aifance
du Peuple , enfin , que la fplendeur de la
Couronne même , à laquelle fes Prédéceffeurs
avoient été accoutumés depuis plufieurs
fiécles , n'avoit point paru affez néceffaire
pour contrebalancer les raifons d'économie ,
( 67 )
qui ont engagé le Parlement à diminuer confidérablement
cette fplendeur, parla fuppreffion
d'un grand nombre de charges dans la
Maiſon Royale.
La vente des haras & écuries du Prince a
rendu un peu plus de 7000 guinées ; l'achat
primitif en avoit coûté plus de 40,000 ;
c'eft ainfi qu'achetent les grands Seigneurs.
Les Amateurs des courfes de New Market ,
fur- tout Lord Grofvenor , M. Bullock& c. ont
été les principaux acheteurs . Le Rockingham
fameux cheval de courſe , payé par S. A. R.
deux mille guinées , a été livré pour 800;
mais toutes ces hiftoires de chevaux nous
paroiffent beaucoup moins dignes d'être préfentées
à des Lecteurs raifonnables , que la
lettre fuivante adreffée au Prince de Galles
dans le Morning Chronicle. En voici l'exacte
traduction .
Monfeigneur , l'une des prérogatives accordées
aux Pairs par la Conftitution Britannique , eft
d'être les Confeillers nés du Royaume , & de
jouir dans tous les tems du droit de fe préfenter
devant le Trône pour aider le Roi de leurs avis.
Ce privilege eft fans doute très- précieux ; cependant
il en exifte un infiniment plus important,
qui appartient à tous les citoyens in diftinctement ;
celui de pouvoir , par l'organe des papiers publics
, faire paffer fes opinions au Prince.
Je ne viens point folliciter l'attention de Vatre
Alteffe Royale , pour porter une nouvelle at
teinte à fa fenfibilité , ni acquérir une réputation
par la cenfure de votre conduite ; mais fentant
la fituation critique dans laquelle fe trouve en co
.
( 68 )
moment l'Héritier préfomptif de la Courorine ,
je fuis obligé de vous faire paller cette Adreffe ,
comme il convient à un vrai Breton .
L'époque actuelle de votre vie a fixé les regards
de toure la Nation ; elle attend avec une
attention mêlée d'anxiété fi elle doit vous blâmer
ou vous applaudir ; elle defire avec ardeur
de pouvoir prendre le dernier partis : prête à
faifir toutes les circonftances , elle cherche à
percer l'obfcurité des nuages qui lui dérobent
la vue de votre horifon , pour juger fi le méridien
de votre regne futur fera remarquable par
fon éclat , ou chargé de ténebres .
VOUS
Libre par le droit de nature , libre comme Anglois
& encore plus libre comme Prince ,
n'êtés en ce moment comptable envers perfonne
de vos actions . Vos ordres feuls impriment fur
elles un caractere de dignité ; elles préfagent ou
le bonheur , ou le malheur à venir de ce Royaume
& de vous même. Jufqu'à préfent votre conduire
a été équivoque , du moins aux regards du
Public ; votre jeuneffe n'a rien fourni qui puiffe
déterminer un jugement précis : c'eft encore une
queftion fi la fageffe ou la folie a dirigé vos démarches
, fi vous avez des moeurs ou fi vous en
manquez , fi vos inclinations font nobles ou fi
elles font efféminées ; mais dans la crife actuelle
cette queftion va ceffer d'être problématique .
Quoique ma naiffance ne m'ait point fait le
Confeiller de Votre Alteffe Royale , ni mon état
un Courtifan , vous ne regarderez pas , j'efpere ,
mes avis comme indifcrets ; nonobftant ma maniere
de publier mes fentimens , méthode que je
me ferois interdite , fi je n'euffe été maîtrisé par
l'importance du moment , & privé par ma pofition
des moyens de vous les communiquer en
particulier.
( 69 )
>
Quod honeftum fit id folum bonum effe , fut une
maxime de l'ancienne Philofophie . Les Rois , je
le fais , auffi bien que nos Politiques , ont beaucoup
reculé les limites du devoir. La théorie
de Machiavel , & la pratique conftante de
fes nombreux imitateurs ont fait autorité.
Que l'honnêteté eft la meilleure raifon d'Etat
, c'eft un axiome aujourd'hui abandonné
au vulgaire ; mais quoique banni de la Poli
tique Européenne , je le trouve exprimé avec
for e & élégance par un fage , par un héros qui
a moifonné de juftes lauriers au-delà des mers
Atlantiques. « L'honnêteté , dit M. Washington ,
" en parlant à fa nouvelle République , paroîtra
toujours , après l'expérience , la véritable &
» la meilleure politique ». Gardez -vous donc
de vous laiffer égarer par aucun de ces miférables
Moralides techniques : toutes les fois qu'ils oferont
s'approcher de votre Perfonne Royale
qu'ils éprouvent un accueil auffi févere que celui
qu'ils ont effuyé derniérement devant une Cour,
de Juftice de cet Empire ( 1 )..
сс
La derniere démarche de Votre Al : effe Royale
peut être le réfultat de l'honneur & de la délicatelle
, ou celui d'une affectation de ces qualités ,
ou d'un accès d'humeur. 1
Monfeigneur , montrez à la Nation à laquelle
vous êtes destiné à commander , que fon Chef à
venir eft incapable de fe déterminer par d'autres
motifs que les premiers , & qu'inftruit que les
loix vraisemblablement re déploieroient pas contre
vous leur rigueur , vous avez fu prendre fur
vous même un afcendant proportionné à la certitude
que vous aviez de leur indulgence.
Ĉ (1) Par le Mattre des Rôles , d'une maniere auffi
noble qu'énergique , dans une décifion récente .
('70`))
C'eft avec un véritable regret que j'apprends
par les papiers publics la maniere dont vous avez
quitté Londres. J'efpere que ce récit eft infidele
; car avec 25,000 liv . fterl . de revenu
Votre Alteffe Royale peut certainement conferver
un équipage & des chevaux. Si un extravagance
, affurément très- excufable (pourvu qu'elle
ne foit pas pouffée trop loin ) , a porté votre jeuneffe
royale à renoncer un moment à l'appareil de
la royauté , vous en êtes le maître ; prenez bien
garde cependant à ne pas renoncer à toute matque
de dignité & d'indépendance . Si l'abandon
d'une partie de votre revenu pouvoit vous réduire
à une telle fituation , à coup sûr il mériteroit
d'être cenfuré. Mais lorfque guidé par une
nobleffe de fentimens , louable en apparence , cet
abandon vous laiffe encore de quoi fubfifter décemment
, on ne s'eft jamais attendu qu'avec ce
qui vous refe , vous puiffiez vous propofer de
jouer l'Avare ou le Cinique.
L'ame vraiment grande eft comme l'eau ; féparée
de l'Océan , ou revenant s'y mêler , elle
tend toujours à fon niveau , & fe trouve continuellement
en équilibre avec elle même. Si les
-rayons de la Royauté font des émanations de votre
perfonne , ils vous accompagneront à Brigh
theimflone , & débarraffé comme vous l'êtes des
nuages de la pompe & de la repréfentation , ils
brilleront d'un double éclat ; au lieu que s'ils
n'ont été que l'effet de ce qui vous environnoit ,
ils s'évanouiront par votre fuite du Palais de Carleton.
Puiffe la conduite de Votre Alteffe Royale
prouver le contraire ! Puiffe- t- elle montrer què
vous n'êtes jamais plus digne de la Royauté que
lorfque fon cortege vous abandonne , jamais plus
grand que lorfque veus vous montrez honnête ,
1
( 71)
jamais plus heureux qu'en faisant ce qui eft jufte :
que le fyftême de votre conduite préfente n'est
point un effort pénible, ni une vaine parade ; mais
un plaifir & un fincere facrifice .
Si , par un plan de mesquinerie , vos intentions
étoient de jetter quelque opprobre fur la Nation ,
& de la forcer à faire une addition à vos revenus
, je craindrois que l'opprobre ne rejaillit fur
celui qui ne fait pas jouir de ce qu'il poffede ,
& le Prince qui difpofe mal de 25,000 liv. flerl .
ne fera pas moins blâmé que celui qui en diffi-
Foit 165,000. Si fon but étoit de retrancher fur
le néceffaire de quoi fuffire aux jouillances , il
feroit également digne de blâme : au contraire ,
en voyant le Prince fe mouvoir avec dignité dans
Ja fphere étroite que fa propre magnanimité s'eft
circonfcrite; s'il en fent les bornes fans les franchir,
fifon ame lui eft fupérieure , & qu'alors la Nation
ferme les yeux fur le mérite de cette conduite , &
refferre fa munificence, tandis que les demandes du
prince fe trouveroient juflifiées par un partage noble
des bienfaits du peuple avec des hommes dignes
de les recevoir , au lieu d'être prodigués aux
Couries de New Market, ou à penfionnerde mauvais
fujets ; alors , dis-je , l'ignominie retombera
& ne pourra retomber que fur la Nation même .
Mais fi cette nation généreufe ne peut fe réfoudre
à fubir une pareille honte , alors Votre
Alteffe Royale voudra bien appercevoir dans notre
conduite la preuve de cette maxime que j'ai
d'abord avancée , favoir , que d'après l'expérience ,
chacun trouvera , depuis celui qui conduit une
charrette jufqu'au Prince qui doit occuper un
Trône , d'une maniere médiate ou immédiate
directe ou indirecte , que l'honnêteté ( ra xar )
eft l'unique & la meilleure politique .
το καλον
JUNIUS JUNIOR .
( 72 )
Pour apprécier la jufteffe du mot de
Swift , qui a dit que l'efprit Anglois éroit
toujours à la cave ou au grenier , il faut dire
que les Papiers de l'Oppofition attribuent la
moitié des dettes du Prince , à fes efforts
pour faire élire dans la derniere élection générale
, des Membres du Parlement contrai
res au Roi & à fes Miniftres : ils comparent
S. A. R. à Cincinnatus labourant fes champs,
à Ithuriel qui prend ſes ennemis dans leurs
propres embûches , &c. &c. Tel eft le langage
de l'Univerfal Regiſter, du Gazetter, &c.
Le Duc d'Yorck , Evêque d'Ofnabruck ,
annonce un caractere & des principes bien
oppofés à ceux du Prince de Galles . Au lieu
de dépenser fes revenus , il les a accumulés ,
& fes économies l'ont mis en état d'acheter
pour la fomme de 100,000 liv . fterl tous
les biens du Lord Galway , dans le Comté
d'Yorck . De ces comparaifons , naiffent des
argumens journaliers pour ou contre la fupériorité
de l'éducation Allemande fur celle
d'Angleterre , des exemples qu'on reçoit à
Hanovre & à Gottingue , & de ceux qu'on
reçoit à Londres ..
Les Directeurs de la Compagnie des
Indes ont reçu avis qu on attendoit de jour
en jour quatre autres vaiffeaux de la Chine ,
cinq dans le courant du mois de Septembre,
& fix autres avant la fin de l'année ; ce qui
fera en tout 30 vaiffeaux arrivés cette année .
La fituation de cette Compagnie eft beaucoup
meilleure qu'elle n'a été depuis maintes années.
L'acte
( 73 )
L'Ade des thés de M. Pitt , non feulement l'a
fauvée de la ruine , mais l'a élevée à un degré d'opulence
qu'elle n'avoit jamais éprouvé. En ne
vendant que 16 millions de thés par an , à
un fcheling de bénéfice net par livre , elle fera
tous les ans un bénéfice de près d'un million fterling
; tandis que les revenus dans l'Inde, au moyen
du nouveau régime établi par le dernier Acte ,
font continuellement apliquées à folder les dettes
contractées pendant la guerre . Les actions de la
Compagnie font actuellement à 6 pour cent de
gain , & les contrats gagnent 3 liv . fterl . Le Gouvernement
lui paie annuellement un intérêt de
36,000 liv. qui au prix actuel des annuités ( 4
pour cent ) , équivaut au capital de 900,000 liv.
Tous les jours lon commerce des thés s'accroît.
Ses dettes diminuent dans la même proportion ,
& quoiqu'elle cherche à augmenter les capiraux,
c'eft uniquement pour fe mettre en état de faire
un commerce plus étendu . On a vu les effets de
la Compagnie à 280 pour cent , avec un dividende
de 12 pour cent à une époque où les affai
ros étoient même dans le plus g and défordre.
Quoi qu'en difent fes ennemis , la Compagnie 'verra
profpérer les affaires auffitôt que le public
fera revenu fur fon compte.
•
Le Miniftere eft actuellement occupé d'une
affaire très- importante ; c'eft le renouvellement
de tous les traités de commerce entre la Cour de
Londres & celle de Lisbonne. L'Irlande eft une
des parties les plus intéreflées à cette négocia i n;
auffi le Parlement de ce Royaume a - t - il reçu la
promeffe la plus pofitive qu'elle feroit terminée,
finon d'une mani re conforme aux voeux de la
nation , au moins dans très peu de temps. M.
Orde eft actuellement à Londres pour affifter
aux conférences qui fe tiennent à ce fujer avec M.
No. 32 , 12 Août 1786 .
( 741 )
le Chevalier Pinto Miniûre de la Reine de
Portugal . It a décia é dans la Chambre des Communes
d'irlande que I on recevroi dans peu la
réponte définitive cu Minittere Portugais &
qu'elle feroit auſſi tot communiquée au Partement.
On allure aujourd'hui que 4a négociation
prend la tournure ja plus favorable , & qu'on est
fur le point de conclure dist aités qui teront ega.
lement farisfaitans pour les Negocians d'Angleterre
, d'Irande & de Portugal .
Le 22 de ce mois , Elifabeth Wade , accufée
d'avoir mis le feu à fon logement , a
été jugée aux Seffions du Comté de Midlefex.
Des témoins très - refpectables ayant
été ouïs, ils ont prouvé qu'on avoit trouvé de
la poudre à canon & d'autres combuftibles
répandas dans des boëtes , des tirois , &c.
de fon appartement. Qu'une demi - heure
avant l'incendie , elle éroit lortie , fous prétexte
d'aller à la campagne , & que le feu
avoit commencé par une explotion. Que
peu de temps avant l'accident , elle avoit
fait aflurer par a Com agnie de Londres
une fomme de 150pli , tandis que les
effets & meubles qu'elle avoit dans fon appartement
n'en valoient pas 20. Les Jurés
après un examen de plufieurs heures , confidérant
que Fact on étoit aurant plus cri
minelle que , incendie n'avoit pas été
éteint à temps , tous ceux qui fe trouvoient
dans la malon couroient rifque de perdre la
vie, juge ent cette femmecoupable. Enconféquence
ele a été, condamnée à payer une
amen le d'un fcheling & à être déténue en
prifon pendant un an.
( 75 )
P. S. du 3 Août. Il a paru le 2 une Gagette
extraordinaire de Londres , datée du Palais
de S. James , & qui contient ce qui fuit :
« Ce matin , à l'inftant où le Roi defcendoit
de voiture à la porte du Palais
» de St. James , une femme qui l'attendoit ,
fous le prétexte de lui préfenter une Placet
, a frappé S. M. d'un coup de couteau ,
dont , graces à la Providence , S. M. n'a
» point été bleflée. Certe femme a été im-
» médiatement mife fous bonne garde , &
» à l'examination , elle a paru être en dé-
» mence. >>
Nous ajouterons à cet article les circonftances
fuivantes revêtues d'authenticité.
La ma heureufe qui a commis cer affieux
attentat , fe nomme Marguerite Nicholson ,
elle elt âgée de 36 ans , & naquit dans le
Comté de Durham. Elle a un fère d'un
caractère honnête , qui tient une Taverne
dans le Strand ; elle- même a fervi dans plufieurs
bonnes maifons ; depuis quelque temps
elle faifoitun petit commerce de mercerie . Un
peu avant l'arrivée du Roi à la porte du jardin
, vis à vis de l'hôtel du Duc de Marlborough
, dans le Parc St. James , elle fe
plaça entre deux femmes , avec lefquelles
elle entra un moment en converfation . “ A
l'approche du carroffe , elle les pria de ne
pas l'empêcher de remettree un Mémo e à
S. M. La porte de la voiture ouverte , & te
Roi defcendu , elle s'avança & préfenta fon
Papier à S. M. qui le reçut avec beaucoup
( 76 )
d'affabilité. A ce moment , elle tira un couteau
, caché fous fon mantelet de taffetas
blanc , & le pouffa contre le fein du Roi . Sa
Majefté fe recula affez heureufement pour
efquiver le coup , qui , cependant , porta
entre l'habit & la vefte. Elle alloit redoubler,
lorfque M. Lodge , un des Yéomen ( 1 ) ,
la faifit par le bras , & l'un des Valets de
pied la défarma . Tenant fon Papier de la
main droite , elle avoit frappé de la gauche ,
circonstance à laquelle on a peut - être dû la
confervation de S. M. L'inftrument étoit un
couteau de deffert , dont on avoit aminci
l'extrémité , & qui paroiffoit avoir été fraîchement
aiguifé. On conduifit cette femme
à la Salle des Gardes , où diverfes perfonnes
la queftionnèrent ; elle répondit à tous qu'ils
n'avoient pas le droit de l'interroger , &
qu'elle répondroit devant fes Juges légitimes.
?
L'on a admiré le fang froid & le calme
de S. M. Dans le premier moment, elle cria:
Je n'ai aucun mal ! Je n'ai aucun mal! Qu'on
prennefoin de cette pauvre femme qui a perdu
la raifon ! Dans la foirée , le Roi retourna à
Windfor , l'efprit tranquille , & l'on commanda
4 Yéomen , & 6 Grenadiers à cheval
pour fe trouver à la portière du carroffe
de S. M. , au moment où elle y monteroit
& à celui où elle en defcendroit.
(1) Efpece de Gardes de la Porte q i reſſembl、n: aux Cent-
Suiffes en France,
( 77)
A cinq heures du foir , on examina la détenue
au Bureau du Tapis- verd , en préfence
du Procureur Général , du Solliciteur-
Général , du Maître des Rôles , de M. Pitt ,
du Marquis de Carmarthen , du Grand-
Chambellan & de quelques Magiftrats qu'on
avoit envoyé chercher.
La Coupable ne perdit nullement contemance
, & n'eut pas un inftant d'embarras ;
elle dit qu'elle avoit eu deffein d'obtenir les
fins de fa Pétition , en effrayant le Roi ; &
fur ce qu'on lui repréfenta que fon Papier
ne contenoit rien d'écrit , elle repliqua
qu'ayant préfenté une précédente Pétition ,
le Roi étoit inftruit de fon objet ; on chercha
cette Pétition qui étoit remplie d'extravagances.
Quoique les propos de cette femme
X
trois lettres qu'on a trouvées chez elle ,
adreffées aux Lords Mansfield & Loughbotough
& au Général Branham , & toutes
les apparences , indiquent une tête dérangée
; deux témoins dans la maison defquels
elle a logé fucceffivement , depuis quelques
années jufqu'à ce jour , ont dépofé
n'avoirjamais apperçu en elle aucune trace de
déraifon &de folie. Il y a huitans que lemême
Monarque, aufli juftement chéri que respecté
de fes Sujets de tous les rangs , fut expofé à
un accident pareil , par une femme en démence
qu'on renferma , & à laquelle le Roi
fait une penfion fur fa caffette.
d. 3:
( 78 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 2 Août.
'Le Duc de Saxe Tefchen & la Ducheffe
fon époute , Gouverneurs genéraux des
Pays Bas Autrichiens , qui voyagen fous le
nom de Comte & de Comteffe de Bély , à'
ler arrivée ici le 29 di mois deiner , fe
font ndus chez Leurs Maj ftes .
Le Comte: O Kelly , Minire plénipotent
are du Roi pès l'Electeur de Mayence ,
qui étoit de retour en cette Cou par congé,
a eu , le 30 d. même mo's , l'honneur de
prende congé de Sa Majefté our re ou ner
fael inarian , etant préfenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeit royal des
finances , M niftre & Secrétaire d Etat ayant
le département des Affaires étrangeres .
DE PARIS , le 10 Août.
Déclaration du Roi , portant faculté de
convextir en contrats les Billets au porteur
de l'Edit de Déc mbie 1784. Du premier
Jin 1786.
Déclaration du Roi , du 18 Avril 1786 ,
qui maintent les Receveurs des Impofitions ,
les Colecteurs des Tail es , & les Fermiers
& Réifleurs des Droits de S. M. dans la
faculté de pouvoir fe fervir de tels Huilliers
& Sergens que bon ' eur femblera , pour faire
les ventes des effets faifis fur les contribuab'es
& les redevables des Droits du Roi :
maintient ces Jurés Prifeurs dans leurs émo
lumens .
( 79 )
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , dá 7
Juillet 1786 , qui ordonne que le Chapitre
ordinaire des Cordeliers conventuels de la
Province de France , fera tenu au Couvent
de Pontoife , en préfence des Commiffaires
qui feront nommés par S. M.
Autre du 31 Mai 1786 , concernant l'envoi
& chargement des lettres & effets par la .
voie des Poftes , & qui fixe le dédommagement
qui fera payé aux Particuliers , en
cas de perte des lettres & paquets chargés .
Le premier article de cet Arrêt confi me & renouvelle
les défenfes faites par les Réglemens
antérieurs , à toutes perfonnes d'envoyer par la
voie des Poftes , & de renfermer dans leurs paquets
de lettres aucunes elpeces , matieres d'or
ou d'argent , billets de la caiffe d'efcomp e ou
autres ffets , bijoux , dentelles , à moins d'en
être convenu de gré à gré avec les Adminiftrateurs
des Poftes ou leurs Préposés auxquels il eft
défendu de s'en charger au deffous d'une r mife
de cinq pour cent de la valeur , & leur ordonne
d'en répondre alors .
f
Le fecond article ordonne que fi aucun particulier
, au préjudice des difpofitions de l'article
premier , renfermoit dans fes lettres ou paquets
de ler res aucunes valeurs fans les déclarer , &
qu'il fe contentat de faire charger , comme il a
été pratiqué jufqu'à préfent , lefdits paquets de
lettres & papiers fans déclaration de ce qu'ils
renfermeroient en payant le double port ordonné
par la Déclaration de 1759.
Dans les cas où les lettres ou paquets ne pourroient
être repréſentés ( le cas de vol par force
majeure excepté ) les Adminiſtrateurs des Poftes
d 4
( 80 )
& leurs Prépofés feront condamnés au paiement
d'une forme de 150 liv . en faveur des particu
fiers qui auront fait charger leflites lettres &
paquets égarés , perdus ou détruits.
LL. AA. RR. Madame l'Archiducheffe
Marie Chriftine & le Duc de Saxe - Tefchen
fon époux , Gouverneurs des Pays - Bas Autrichiens
, arriverent en cette Capitale , le
28 du mois dernier , & prirent leur logement
à l'Hôtel du Grand Confeil , rue de
Vivienne,
Exttait d'une Lettre de Cherbourgdu 28 Juillet.
Le 25 de ce mois M. de Ceflart a fait couler
un dixieme cône , avec le plus grand fuccès . Si
vous voulez juger de la folidité de ces maffes impofartes
, & de la réfiftance qu'elles doivent préfenter
à la fureur des flots , lifez les détails fuivans
qui m'ont été donnés par un homme de l'art .
Chaque cône a 142 pieds de diametre à ſa baſe,
& 60 à fa partie fupérieure , fur 60 pieds de hauteur.
La charpente qui compofe le cône avec les
tonnes qui le foutiennent fur l'eau , pele feule
2,850,000 livres , & dès l'inftant qu'il a été conduit
au lieu où il doit être coulé , après l'avoir
débarraflé des tonnes qu'il porte , on l'enveloppe
extérieurement de 30 toifes de pierres , pour le
fixer au fond de la mer , fans quoi la marée montante
pourroit le déplacer. Cette premiere opération
n'exige pas plus d'une heure de temps ,
enfuite on remplit l'intérieur , par trente fa bords
ménagés à différentes hauteurs & qui facilitent
l'abord des barques chargées de pierres . Bientôt
cette maffe rendue folide par le gluten de la mer
& par l'adjonction des coquillages , forme un feul
rocher de 250 toifes cubes dont le poids eft alors
( 81 )
de 96,015,000 livres. On croit que ce cône fera
le dernier qui fera coulé cette année. On a
commencé de placer de l'artillerie au fort Royal ,
& cette nouvelle citadelle qu'on a conftruit fur
l'ifle Pelée fera garnie de 110 bouches à feu
tant canons que mortiers.
Nous avons parlé ci devant du projet de
M. Jaillier de Savault , Architecte du Roi ,
pour faire conftruire à Breft une Place publique
, décorée de la Statue du Roi , conformément
à la délibération des Etats de
Bretagne. Ce projet vient d'être agréé du
Gouvernement ; des raifons de circonftance.
ayant porté l'Auteur à défavouer la publicité
de ceprojet * , dans le N°. de ce Journal
du 15 Juillet dernier , & ces circonstances
n'exiftant plus , il eft jufte de publier la nou
velle rétractation de cet Architecte , qui reprend
aujourd'hui la gloire de cette entreprife.
14
La nuit du 20 au 21 Juillet , un incendie
a confumé une partie confidérable des fauxbourgs
de Granville. Au premier bruit du
feu , toute la garnifon , compofée du fecond
bataillon de l'Ile de France , a volé au fecours
des malheureux , dont quelques - uns
ont été la proie des flammes ; d'autres ont
tout perdu. Les foldats , fuivant l'exemple
Par une lettre formelle qu'il nous a adreffée , &
après laquelle il a ofé néanmoins faire imprimer dans le
Journal de Paris , que nous nous étions trompés , en inférant
ce défaveu . C'eft le centiéme tour de ceue efpece
que le Rédacteur éprouve depuis deux ans.
•
( 82 )
de leurs Chefs , fe font diftingués par leurs
travaux , par leur fenfibilité , par leur générofité.
On leur doit la confervation du rette
du fauxbourg . Ils ont couronné leur zele
par un trait digne d'éloges . En reconnoiffance
de leurs fervices , la Ville leur fit offrir
un tonneau de vin qu'ils euferent , en
priant qu'on en diftribeât la valeur aux ini
cendiés. On leur a auflitôt envolé 240 liv .
qu'ils ont également remis dès l'infant au
Vicaire de Granville , pour être données à
fes Paroilliens.
ete
L'état général de la population du Dé
partement de Flandres & d'Artois pour
l'année 1785 , préfente un total de 31057
naiffanes , dont 15987 garçons & 15070
filles . Le nombre des mariages eft de 7648 ,
& celui des morts dans le même départe
ment , a été de 29272 , dont 150si hom.
& 14,231 femmes . Il y a eu 169 Profeffions
en Religion. La population de la ville de
Lille en particulier , [ néanmoins compriſe
dans l'état général ci -deffus ] donne un réfultat
de 2568 naiffances , & de 2235 morts.
Le nombre des mariages a été dans cette
ville de 652. Comparaifon faire du préfent
état avec celui de 1774 , il réfulte que
la population eft augmentée de 1785 in li
vidus , dont 333 dans la ville de Lille en
particulier.
PAYS- BA S.
a
DE BRUXELLES , le 6 Août.
Une Feuille périodique des Pays - Bas ,
( 83 )
ordinairement bien informée des événemens
qui le paffent dans les contrées volfines ,
vient de publier de nouve les particulari és
to chant l'affaire d'Aix la Chapelle . Ces détails
font ex raits d'une lettre écrite de cette
Ville , & l'on y refute les premiers bruits
fur la nature & fur la caufe des movemens
populaires qui ont entraîné la démillion du
Bourguemeftre Dauvins . Dans cette lettre ,
on attribue ces moemen, aux efforts d'un
Adverfaire de ce Borguemeftre , nommé
M. de L. & qui lui -même briguoit cette
place.
Nous avons quatre Bourguemeftres , dit l'Ecrivain
, & c'eft à l'Epiphanie que l'on en choisit
deux nouveaux ; l'un du côté de la bourgeoisie ,
Tautre du côté des Echevins . Ce font des Officiers
de ville , membres du Magiftrat , qui font
ce choix , & eux- mêmes font élus tous les ans le
24 Juin. Si M. de L. avoit pu parvenir à ne faire
élire que de fes gens pour Officiers de ville ,
très- certainement il eût été Bourguemeftre aux
Rois prochains ; il eût alors remplacé M. Brammertz
, & ce n'eût été tout au plus qu'aux Rois
de 1788 , qu'il feroit parvenu à faire dépofer M.
Dauven. Mais M. de L. malgré fes moyens de
corruption , a eu le malheur de ne point réut
fir auffi complettement qu'il le falloit pour al
fouvir fon ambition. Le 24 du paffé , jour de
l'élection des Officiers , il vit que le choix feroit
contre lui , & il conçut la crainte ou de perdre
l'argent qu'il avoit déjà déposé , ou d'être forcé
de rifquer de nouvelles fommes avec auffi peu de
fuccès , & par là de fe ruiner entierement . I
perdit la tête ; un fignal fe donna à la Grand(
84 )
Chambre du Confeil où la fouveraineté ſe trouvoit
affemblée , & voilà que 600 perfonnes , non
de la bourgeoifie , mais de la lie du peuple , de
ces gens fans aveu , qui n'ont aucune patrie , &
que M. de L. avoit entretenus pendant fix femaines
au cabaret , montent à la Maifon- de- ville ,
ferment les portes de la Chambre du Confeil
bleffent tous les Confeillers , même quelquesuns
mortellement , y paffent toute la nuit , & y
trouvent à boire & à manger autant qu'ils le
peuvent defirer. Je vous laille à deviner qui faifoit
les frais de la fête.
*
D'après ces détails , vous voyez qu'il n'y a
plus de raifon de douter fur la légitimité ou la
non légitimité de la dépofition du Bourguemef
tre, puifqu'elle n'a pas eu lieu ; mais il eft vrai
que M. Dauven a abdiqué fon pofte. Dans l'aprèsmidi
qui fuivit cette matinée horrible & honteufe
pour notre ville , quelques perfonnes du
parti de M. de L. fe font tranfportées chez le
Bourguemeftre , alors fort incommodé , ce qui
n'eft as étonnant après les tracafferies , les infultes
, les outrages in,ufles qu'il avoit efluyés.
Ils l'ont tenu bloqué dans fa propre maiſon , lui
ont fait des menaces de traitemens plus durs , s'il
ne donnoit la démiſſion ; & il a bien fallu qu'il
y foufcrive, pour fe tirer de leurs mains , &c. &c.
La réponse de l'Empereur à la demande
de fa médiation armée qu'a faite la ville,
d'Aix la Chapelle , eft attendue journellement.
Il y a grande apparence que pour
n'avoir pas fu garder de mefure dans fes réclamations
, & d'avoir voulu , à l'exemple
des Villes de Wyck , d'Utrecht , & c . fe paffer
de tout moyen légal pour arriver à fes fins
le peuple d'Aix fe trouvera un peu plus mal
qu'auparavant.
( 85 )
Le 27 du mois dernier , la queftion du
commandement de la Haie a été décidée
par les Etats de Hollande contre le Starhouder
, ainfi qu'on l'avoit prévu . L. N.P.
ont réfolu de s'en tenir à leur arrêté du 5
Novembre 1785 , qui attribue ce commandement
au College des Confeillers députés.
Le Parti anti - Stathouderien ne l'a emporté
que d'une voix : il a eu en la faveur
celles des dix Villes de Dordrecht , Hartem
, Leyden, Gouda , Gorcum , Schiedam
Schoonhoven , Aikmaër , Monnikendam &
Purmerend, contre les neut fuffrages de
l'Ordre Equeftre , de Delft , Amfterdam , Rotterdam
, la Brille , Hoorn , Enkhuifen , Edam
& Medenblick.
Il eft encore très incertain fi l'aventure fe
terminera de même pour les habitans de
Wyck. Dans la féance des Etats d'Utrecht, le
3 du mois dernier , l'Ordre Equeftre prit une
réfolution dans laquelle il eft dit :
Que ce n'eft point en fomentant une fédition
qu'on peut travailler à une réforme ; que fi le
pouvoir que fe font arrogé quelques efprits inquiets
, pouvoir que l'on peut regarder comme
une forte de defpotifme , triomphe & prévaut ,
la liberté de ceux qui évitent de partager ce fol ,
enthouſiaſme ne fera point en fûreté . Il eft clair
qu'il y a dans ce moment une oppofition publique
& déclarée contre le Gouvernement légal :
Que doit faire un Souverain dans un pareil cas ?
Il ne lui reste plus d'autre reffource , & il eft
même forcé d'y pourvoir d'une maniere efficace,
Ceci doit abfolument s'appliquer à la ville de
( 86 )
Wick; un nombre de Bourgeois gémit fous le
detporifme de leurs concitoyens , & alpirent à en
être délivrés , fans o'er s'expliquer publiquewen:
à cet égard. Ne fait on pas que c'eft à l'inf
tigation de quelques étrangers que cet e perie
ville a fait & fait encore les démarches extraordinaires
dont nous fommes les témoins , & qu'elle
les couvre du pr texte de maintenir fes droits &
fes privileges ? Il eft donc ind penſable d'y envoyer
une commiffion de l'Etat , elcoriée d'un
détachement militaire. Elle n'eft pas affez confidérable
pour qu'il foit befoin d'implorer l'affiftance
des Conf dérés ; perfonne d'ailleurs n'a
jamais douté de la fouverair été des Etats fur cette
petite ville . Cependant , comme les lettres cir
culaires , écrites dernierement aux Confédérés ,
ont accrédité le bruit que la liberté des habitans
étoit en danger , le corps Equeftre , fe confor
mant à l'idée de la ville d'Utrecht , confent que
MM. les Confeillers Députés écrivent égales
ment aux Confédérés une lettre circulaire , eù
en détaillant dans l'exacte vérité l'affaire de
Wyck , on les mette à même de décider . C'eſt
quan l'Adminiftration eft trouble dans les fonctions
que la liberté court des rifques , & que la
liberté ceffe . Les habitans de Wyck qui , pour
n'avoir point fuivi le torrent , font opprimés ,
méritent la compaffion du Souverain ; mais il
faut efpérer que tôt ou tard les auteurs du défordre
feront punis.
·
Depuis la révolution qui a affuré la fouveraineté
des Etats- Unis d'Amérique , on a
fait en Europe des tableaux tantôt enthoufiaftes
, tantôt lamentables de leur fituation.
Cette différence de pinceau tient évidem
ment à cette diverfité d'opinions , & l'on
a
( 87 )
peut affirmer fans crainte que l'esprit de parti,
la ahon , & la politique ont inventé les trois
quarts de ces defcriptions, Pour faifir quelques
lueurs au travers de cette fumée , ilfau
droit qu'elles fuffent rapportées par un homme
bien défintéreffé , ce qui n'eft pas facile à
rencontrer. En attendant qu'il le trouve ,
nous allons mettre fous les yeux de nos
Lecteurs l'extrait d'un petit Ecrit qu'on attri
bue au Docteur Francklin , & qui peut fervir
à décréditer certains préjugés.
« C'eſt une tradition de ce pays que , lorsqu'on
défricha la Nouvelle - Angleterre , fes premiers
Colons eurent à fouffrir de grandes fatigues , des
difficultés fans nombre , comme il arrive généra
lement toutes les fois qu'un peuple civilité ent e
prend de s'établit dans une terre déferte . Etant
pieulement difpofés , ils s'adrefferent au Ciel ,
pour en obtenir l'adouciffement de leurs peines ;
ils firent au Seigneur le facrifice de leurs détreffes
& de leurs fouffrances , & ils établirent des jours
fréquens de jeunes & de prieres. Ces méditations
continuelles fur des fujets auffi triftes ; ces lugabres
cérémonies quileur rappelloient fans ceffe
leur mifere , rendirent leurs efprits fombres &
chagrins , & augmenterent leur mécontentement
au point qu'à l'imitation des enfans d'Ifraël , ils
avoient déja projetté de retourner dans cette
Egypte dont la tyrannie & la perfécution les
avoient contraints de fuir.
» Un jour cependant que l'on avoit proposé à
l'affemblée de proclamer un nouveau jeûne , un
fermier de bon fens fe leva , & fit remarquer que
les inconvéniens qu'ils avoient foufferts , & pour
lefquels ils avoient fi fouvent fatigué le Ciel de
( 83 )
Feurs complaintes , n'étoient point auffi confidérables
qu'ils auroient dû s'y attendre , & diminuoient
au contraire tous les jours , à meſure
que la Colonie s'étendoit ; que la terre commençoit
à les récompenfer de leurs travaux , &
à fournir libéralement à leur fubfiftance , que
les mers & les rivieres étoient pleines de poiffons
, l'air très- pur , le climat fort fain ; &
qu'au- deffus de tout , ils y trouvoient la pleine
jouiffance de la liberté civile & religieufe , il
penfoit donc qu'il feroit beaucoupplus confolant de
méditer fur ces objets , qui ne pouvoient que leur
donner les plus flatteufes efpérances pour leur fituation
future , & qu'ils donneroient une preuve
plus grande de leur gratitude envers l'Etre Divin
, fi , au lieu d'un jour de jeûne , ils proclamoient
un jour de réjouiffance & de folemnelles
actions de graces. Ce fage avis fut fuivi . Depuis
ce jour jufqu'aux nôtres , chaque année a fourni
des fujets de félicité publique fuffifans pour remplir
, avec joie & contentement , ce jour d'actions
de graces , qui a été en conféquence proclamé
conftamment &religieufement obfervé.
» Je vois dans les Papiers-nouvelles de diffé
rens Etats , des complaintes fréquentes fur la
dureté des tems , la langueur du commerce , la rareté
des efpeces , & c. Ce n'eft point mon intention d'avancer
& de foutenir que ces complaintes font entiérement
dénuées de fondement . Il n'y a peutêtre
point de pays ni de nation exiftante au monde
, dans laquelle il n'y ait des gens qui fe trouvent
dans des circonftances dures , pour qui les
reflources de fubfiftance font pénibles " qui manquent
de moyens de commerce ou d'induftrie profitables
, & qui ne voient des efpeces que rarement
, faute d'avoir de quoi donner en échange.
Jettons un coup-d'oeil rapide fur l'état général de
( 89 )
nos affaires , & peut être que la perſpective en paroitra
beaucoup moins fombre qu'on ne fe l'efſt
imaginé.
La grande occupation de ce continent eft
l'agriculture. Pour un Artifan ou un Marchand ,
je fuppofe que nous avons au moins cent Fermiers
, la plupart cultivateurs de leurs propres
terres. Ils tirent de cette terre féconde nonfeulement
toutes les chofes néceffaires à leur
fubfiftance , mais encore tous les matériaux de
leurs vêtemens , de forte qu'ils n'ont que trèspeu
befoin des fecours étrangers , tandis qu'il
leur refte un furplus confidérable de denrées
dont le produit augmente graduellement leur
opulence . Telle a été la bonté de la divine Providence
, telle est la fécondité de ce climat , que
depuis les trois ou quatre années de gêne qu'éprouverent
nos ancêtres , au commencement de
leur établiffement , jamais parmi nous on n'a entendu
parler de famine & de difette. Au contrai
re , malgré que quelques - unes des années dernieres
aient été moins abondantes que les autres ,
nous avons toujours eu affez de denrées pour
notre confommation , & il en eft resté encore une
grande quantité pour le commerce. Les liftes des
prix courans peuvent certifier que le cultivateur
n'a pas vendu pour moins dans ces années foibles
que l'année paffée , dont la récolte a été
cependant copieufe. Auffi la valeur de ces
terres augmente t- elle continuellement , de même
que la population ; auffi n'y a - t il pas dans
l'ancien continent aucune contre où le labou
reur mercenaire gagne d'auf bons gages que
dans les Etats Unis de l'Amérique , où il foit
auffi bien nourri auffi bien vêtu , auffi bien logé
, auffi bien payé .
» Si nous entrons dans les villes , nous trouvons
90 )
que depuis la révolution , les propriétaires des
marfon & des fonds qui-redent à bâtir , en obi
tiennent des intérets beaucoup plus confi térablest
Ls rentes s'y font accrées à un degré étonnant ;
& I encouragement qui én réfulte rour la conttruction
de nurux édifices , a proceré du
travail a une fond d'imitans, en même tems qu'il
a augmenté les comprendres , le uxe , la magnificence
des habitans devenus plus riches . Ces artifans
demanden & reçoivent des falaires beaucoup
plus forts que dans aucure autre partie du
mon e cornu. Cette claffe dhommes n'a donc
pas à le plain re de la direté des tems , & elle
fait une
partie très - confiderable des habitans des
ville..
» A la diſtance où je réfide des pécheries américaines
, je n'en puis par'er vec une certitude
complette. Mais jean ai pas en er du dire que la
claffe des citoyens qui y font - employés foir plus
mal payée , & obtienne moins de fuccès qu'avant
la révolution . A la vérité , les pêcheurs de baleine
ont été privés d'un marché pour la vente de
leur huile ; mais j'apprends qu'un autre vi nt de
leur être ouvert , & j eſpere qu'il leur ſera encore
plus avantageux.
11 refte la claffe des Marchands & gens tenan's
boutique. Quoiqu'ils ne faffent qu'une petite
partie de lanation , leur nombre , il faut l'avouer,
eft encore trop grand , trop confidérable pour les
affaires qu'ils peuvent faire ; car la confommation
des marchandifes a fes limites dans chaque
pays . Les befoins du peuple qui l'habite , les
moyens qu'il a d'acheter & de payer , ne peuvent
égaler qu'une certaine quantité de denrées. Si les
Marchands calculent mal d'après cette propor- .
tion , s'ils importent beaucoup au delà de la con-.
Commation poffible , ils vendront néceſſairement
( 91 )
à perte , & alors ils diront que le commerce languit
; mais ne doutons point que l'expérience les
rendra plus avifés , & que bientô les importations
fe mettront au niveau des befoins & des facultés.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Paragraphes extraits des Papiers Ang!. & autres.
כ כ
« La grande quantité de Confuls que la Roffie
a affe de placer dans ton les ports même
dins les plus petits de la Turquie , donne de
l'ombrage au Gouvernement Turc . Les funt s
pernicie fes du Traité e Commerce con lu
avec la Porte fe font finir de plus en plus . La
» liberté de la navigation , accorée par force anx
» Ruffes , rend les vivres plus rares & plus chers
» qu'auparavant ; les trouble coiue's que ette
libre navigat on occafionne , les fraudes perpé
uelles que es Ruffe fe permettent dans l'ex-
» portation des articles'ils enlevende nos provinces
, fisent auio rd'hui toute l'attent on du
» Gouvernement. Il fe tient journel emen des
Dé ibrations fur ce fijet , & il eft infaillible
» qu'on va prendre des pécautions pour y pour-
» voir & régler toutes chofes fur un pied perma¬
nent. [ Gazerie d'Amfterdam , nº. 60. ]
« On avoit annoncé epuis quelque tems que
l'Espagne alloit accéder au Traité d'Alliance de
notre République avec la France ; on croit favoir
que cette grande affaire n'eft pas encore affez
av rcée pour pouvoir même s'en promettre une e
réuffite infaillible . La Province de Zélande &
quelques villes de Hollande , où il y ads Chambres
par iculieres de la Compagnie des Indesorientales
, font des difficultés très - férieufes fur
l'Article que l'Eſpagne propoſe comme condition
( 92 )
principale de fon acceffion. Cette condition.confifte
en ce qu'il foit permis aux navires Eſpagnols,
faifant le commerce des Philippines , de toucher.
au Cap de Bonne- Efpérance , foit en allant , foit
en revenant , pour s'y rafraîchir & y prendre ce
dont ils pourroient manquer. La Zélande prétend
que cette conceffion pourroit , avec le temps ,
achever de ruiner le commerce de notre Compa
gnie des Grandes- Indes . » [ Idem . ]
« Le Corps franc de la Haye vient d'effuyer
une petite mortification , à laquelle tous les Vry-
Corps en général font finguliérement fenfibles .
Ce Corps [ qui n'eft compofé ici que d'environ 150
individus parmi lefquels fe trouvent des Bourgecis
d'une claffe très-honnête , outre plufieurs
Membres honoraires du premier rang ] avoit formé
le plan de sexercer publiquement dans un
lieu nommé Koekamp , territoire de la Jurifdiction
du Confeil - Comité. Une permiffion conditionnelle
avoit été accordée , des tentes avoient
été dreffées & garnies de rafraîchiffemens pour
les Membres des Corps francs des environs qui
avoient été invités ; enfin , l'on n'avoit rien négligé
pour donner à cet exercice un air d'appareil
& de fête propre à narguer les Stadhoudériens
, lorfqu'un ordre fubit eft venu leur défendre
de s'affembler , & d'exercer non-feulement
dans ledit lieu , mais même dans tout autre , jul
qu'à ce que l'Etat ait prononcé fur leur exiftence
légale , ou leur aboliffement. Cet obftacle imprévu
a eu pour caufe les repréfentations de la majorité
des Membres du Confeil-Comité , par qui il a été
réfolu , après de vifs débats , qu'il ne conveno t
pas que le Vry- Corps exerçât , pendant que fa
réforme totale étoit en délibération . Cet ordre a
été intimé par l'organe de M. le Grand- Penfionnaire
lui-même , Les principaux Membres dudit
( 93 )
Corps , piqués de ce revers , ont tenu une affemblée
, dans laquelle il a été réfolu , dit - on , que
l'on enverroit une députation à Amfterdam pour
s'informer de la Régence même de ladite ville ,
des motifs & raifons qui l'ont portée à demander
l'anéantiflement des Corps francs dans toute la
Province. Ces railons font déja fi connues dans le
Public , qu'il femble que ces Meffieurs auroient
pu s'épargner la peine d'une telle enquête . Au
refte , il paroît qu'on a fait fagement d'empêcher
ledit exercice ; car la populace de la Haye , qui
ne voit pas ces guerriers poftiches de bon ceil, avoit
déja fait provifion de pierres pour les affaillir au
milieu de leur triomphe ; ce qui , dans tous les cas,
eût produit infailliblement un très - grand tu
multe. » Courier de l'Europe , n°. 7. ]
« Il eſt décidé que la difcorde établira fon trône
dans ce pays - ci , écrit - on de Hollande . On la diroit
de mode fur tous les Théâtres , jufqu'à celui de
nos Comédiens François. Nous y avons en ce moment
la faction bleue & la faction blanche . Deux Actrices
rivales partagent le Public ; & en attendant
qu'il fe foit décidé pour l'une ou l'autre , les deux
Cantatrices fe déchirent à belles dents . » I. G. de
l'E. n°. 178. ] 7
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres ( 1 );
Succeffion réclamée dans les Colonies.
Par l'importance qu'on attache à la fortune & à
l'ordre des fucceffions , rien de plus délicat que la
fonction de Curateur aux biens vacans ; c'eft - à dire,
de l'Officier public , chargé de conferver pour les
familles , & de remettre aux légitimes héritiers les
fucceffions éventuelles des Colonies ; ou , à leur
défaut , de laiffer le fifc s'en emparer , par le droit
qu'a le Roi fur les biens fans maître , ou laiffès
fous la domination par l'étranger qui ne jouit pas
du privilege des régnicoles. Depuis que l'AmériT94
)
que eft ouverte à l'Europe , le plus grand nombre
des nouveaux émigrans du continent y font entraînés
par l'un de ces deux motifs , ou la néceſſité
, ou l'intérêt . Tantôt , c'eſt un ſujet mécontent
de fa famille , ou agité de fa p opre inconftance ,
ou par le befoin d'une fortune qu'il ne tuve pas
amaffée autour de fon berceau ; qui cherche, fous
un autre ciel , l'oubli de fon injure & des torts de
la fortune ; tantôt , c'eft la famille elle même qui,
mécontente d'un de fes jeunes rejettons éloigne
ou le force à s'éloigner de fa patrie , où elle le
voit avec inquiétude , & le tranfplante dans ces
climats lointains , dans l'efpoir que le changement
de lieux & d'objets changeront les moeurs & fon
caractere , où dans l'indifférence d'un fort qui ,
quel qu'il foit , nè l'affectera plus dans un fi grand
éloignement.
Que d'événemens ! que de hafards concourent
effacer les veftiges de leurs pas dans ces émigrations
, & à faire oublier juſqu'à leur existence dans
leur mere - patrie ! S'ils traînent une vie errante &
obfcure , ils épaiffiflent eux-mêmes les té èbres
pour cacher leur mifere , & ne font guè es portés
à infruire de leur infortune , dis parens dont ils
n'ont aucun -fecours à attendre. S'ils profperent ,
leur fortune nouvelle déguiſe elle feule leur indigence
pr mitive. Des ref'entimens formés dans la
jeunefle fe fortifient par l'abience même , dont la
lorgue durée anéantit fouvent jufqu'à 'amitié
même les changemens de fort & de nom efficent
toutes les traces de leur origine ; & parvenus par
leur indufrie , à des é a lifemens qu'ils ne divent
qu'à eux feuls , its fe vengent , par l'oubli &
par un filence profond , de la famile qui les a abandonnés
ou reiettés de for fein .
S'ils confervent plus de nature !, plus d'attachement
à leur patrie , & l'esprit de retour ,
ils re
mettront fouvent au tems de ce retour le foin de
( 95 )
rechercher les membres difperfés de leur famille ,
d'en renouer les liens ufés par l'abfence , & de dif.
fiper les nuages dont l'individu s'eft couvert dans
le long cours de fes err urs & de fes aventures .
Mais foit que leur patrie leur foit encore
chere , ou qu'elle leur foit devenue in flé ente ;
foit qu ils nourriffent ou qu'ils repouffent l'idée &
le defir d'y rapporter leurs cendres , la mort les
moiffonne ou les furprend fréquemment , avant
qu'ils aient eux- mêmes travaillé à éclaircir leur
origine , leurs anciennes relations , & levé le voile
que le tems ou eux-mêmes ont for né.
A leur mort , c'est dans les mains du Carateur
aux biens vacans que tombent toutes les fortunes
ifolées , en attendant qu'elles trouvent un maitre .
On conçoit , dès lors , l'abus qui peut exifter , fi
ce dépositaire public eft négligent , intéreffé , infidèle.
Il femble qu'au lieu d'établir leur propre
fortune fur la longue & obfcure poffeffion de ces
féquestres , il faudroit , au contraire , la faire dépendre
de leur activité & de leur promptitude à
s'en débarraffer , & régler leur falaire en raifon
inverſe du tems de leur jouiffance.
Si , au contraire , les gardiens de ces toifons
dorées cherchoient à effacer les traces qui conduisent
à ces tréfors , à épaiffir les ténèbres de
leur enceinte , & à fermer tou es les avenues à la
lumiere , comment percer le nage dont ils fe
feroient enveloppés ? Comment les parties intéreffées
parviendroient-elles à prouver leurs droits
fur un héritage caché , dont ils ne peuvent pas
même foupçonner l'exiflence ? Qui apprendra à
une famille pauvre , perdue dans la foule de la
Capitale , ou cachée dans le fond d'une Province,
qu'il eft mort dans les Colonies un parent do telle
a perdu la trace & même le fouvenir , & dont le
nom & l'exiſtence font fouvent ignorés du jeune
( 26 )
héritier qui fe trouve lurvivre au tems deſa mort?
Si quelques renfeignemens , rapportés par le
hafard , l'autorilent à former des doutes probables
, qui le mettra en état d'en fuivre le fil , &
d'arriver jufqu'à la vérité , parmi tant d'obſtacles
que multiplient la diflance des lieux , l'ignorance
des affaires , l'impuiffance des moyens , & l'indifférence
publique pour les intérêts d'autrui ? Les
faits importans , les premieres folutions de ce problême
fout à deux mil e lieues de l'héritier ; elles .
réfident , en quelque forte , dans les mains & les
devoirs du Curateur aux biens vacans ; c'eſt à lui
qu'aboutillent les premieres tentatives , les premieres
lettres qu'on hafarde . S'il les accueille
avec prévention , s'il les repouffe par intérêt
s'il n'aide pas lui-même à la vérité à ſe manifeſter,
le découragement fuit, les années s'écoulent ,
les traces s'effacent de plus en plus , & le Roi devient
, malgré lui , & contre les intentions juftes
& bienfaifantes , l'héritier d'un bien ufurpé par
l'invigilance ou l'infidélité d'un Agent qu'il avoit
créé , plutôt pour l'intérêt de fes Sujets que pour
le fien. Ces réflexions fages font , on ne peut pas
mieux , placées au commencement d'une Caufe
dont l'événement a changé fubitement par le
zèle de M. François de Neufchâteau , Procurear-
Général au Confeil- Supérieur du Cap. Les faits
de cette Caufe font très fimples . Un habitant .
étoit mort , ab inteftat . Le Curateur s'étoit emparé
de la fucceffion ; quelque tems après , fes parens
fe préfenterent . Le Curateur prétendit que le défunt
étoit Efpagnol d'origine , fous prétexte que
fon nem avoit été défiguré dans ſon extrait mortuaire
; mais M. le Procureur Général , dont le
zèle & les talens font connus , dévoila ce myfe
tere & fit triompher la réclamation des héritiers,
Par Arrêt du 28 Avril 1784 , la fucceffion leur
fut adjugée.
JOURNAL POLITIQUE
Ad
DE BRUXELLES.
1
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 6 Juillet.
ES déplacemens d'Officiers d'Etat font
La fréquens depuis quelques années ,
qu'on peut les regarder comme formant le
cours ordinaire des chofes dans cet Empire.
Rien ne prouve plus fortement que cette
inftabilité , l'extrême foibleffe de l'Adminif
tration fuprême. Le 1s du mois dernier, b
on a dépofé & exilé le Stamboul Effendi,
( Juge de Police en cette Capitale s Cette
difgrace a eu fa fource , à ce qu'on dit , dans
celle d'un Capigi Bafchi , qui s'étant permis
de frauder l'approvifionnement des vivres
deftinés à la flotte , a été décapité fur les
plaintes du Capitan Pacha . Sa tête & fon
corps ont été expofés à la porte du Serrails
l'un des bifcuits gâtés attaché fur la poitrine
du cadavre. Le Stambout Effendi palloit
pour avoir connivé à cette malverſation . Le
N°. 33 19 Août 1786.
( 98 ))
Kiaja Bey ou Lieutenant du Grand Vifir eft
également déposé , & remplacé par le Reis-
Effendi, loit Miniftre des Affaires étrangeres.
DANEMAR CK.
DE COPENHAGUE , le 28 Juillet.
La Réfolution royale du 14 , concernant
la Compagnie de la Baltique & de Guinée
eft trop étendue pour être rapportée en entier
; nous extrairons feulement la fubftance
dės principaux articles , afin qu'on puiffe
juger de la nouvelle forme fous laquelle va
exifter cette Compagnie.
Le Roi promet de payer à la Compagnie la
fomme de 400,000 rixdalers qu'elle avoit avancée
à la Banque ; le crédit de 250,000 rixdalers
qu'avoit fur la Banque la Compagnie du Canal ,
eft tranfporté à la Compagnie de la Baltique &
de Guinée .
Les Actionnaires pourront limiter le nombre
des Actions , & en rembourser une certaine quan
tité.
On prendra les mesures convenables pour mettre
la Compagnie en état d'entretenir les forts &
les établiffemens fur la côte de Guinée , & d'y
faire un commerce avantageux.
Indépendamment des avantages qui ont été ac➡
cordés à la Compagnie par l'octroi , on lui en
affure de nouveaux relativement au commerce
des bleds,
Le Roi promet de donner à la Compagnie juf
qu'à la fomme de 400,000 rixdalers , pour l'aider
dans fon commerce avec des matériaux
bruts .
( 99 )
La Direction fera compofée de cinq Membres
qui feront élus à la pluralité des voix ; le Miniftre
des Finances affiftera aux Affemblées des Directeurs.
La nouvelle Direction aura les mêmes pouvoirs
que l'ancienne.
Tous les entrepôts fuperflus de marchandifes
feront vendus , & la principale branche de commerce
s'étendra fur le commerce & les produc
tions nationales.
Les Actionnaires pourront divifer leurs A &tions
en plufieurs parts.
La Direction pourra affembler les A&tionnaires
dans des circonstances importantes ; la pluralité,
décidera dans ces affemblées.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 3 Août.
Le 6 du mois dernier , Lars Wahlftroem ,
ancien Emploié dans le Jardin Botanique
d'Upfal , eft mort à Gothenbourg , dans la
1ose. année de fon âge.
Le prix des grains, fur-tout celui du feigle
hauffe confidérablement dans toute la
Ruffie ; l'Impératrice prend pour les maga
fins le feigle deftiné à l'exportation , & elle
en fait payer aux propriétaires 10 pour 100
au delà du prix qui leur avoit été offert.
DE BERLIN le 31 Juiller.
Ceft d'après l'avis du Docteur Zimmer
mann , que le Roi a mandé d'Halberstadt le
e 2
( 100 ).
Docteur Fritze , dont nos avons parlé. Ce
Médecin , d'un mérite diflingué , a publié
un excellent ouvrage fur adminiſtration
des Hôpitaux militanes , dont il critique
avec force , & d'après fon expérience , les
abus , les friponneries , les négligences . On
fent bien que ce livre très utile lui a fait peu
d'amis. Probablement , en approchant le
Roi , il aura occafion de l'entretenir de ces
abus , & d'y faire porter remede ; car la
connoiffance du mal & fa fuppreflion fe fuivent
ici immédiatement. M. Fritze , à fon
arrivée à Potzdam , a été nommé premier
Médecin des Armées , avec des appointemens
annuels de foo thalers par an.
Le Roi a fait figner par le Baron de Thulemeyer
, fon Envoié extraordinaire à la
Haye , avec MM. Adams , Franklin & Jefferton
, Miniftres du Congrès Américain ,
un Traité de commerce , en date du 10
Septembre 1785. Ce Traité renferme entr'autres
deux ftipulations bien remarquables
, & qui doivent faire époque dans l'hiftoire
du Droit public en Europe : la premiere
porte :
сс
Que fil'une des Parties contractantes eft en
guerre avec une autre Puiffance , la libre correfpondance
& le commerce des fujets ou citoyens
de la Partie qui demeure neutre envers les Puiffances
belligérantes , ne feront point interrompus
; au contraire les vaiffeaux de la partie neutre
pourront naviguer en toute fûreté dans les ports
& fur les côtes des Parties belligérantes Les
( 101 )
vaiffeaux libres rendront les marchandifes libres,
quand même ces effets appartiendroient à l'ennemi
de l'autre ; pour prévenir les difficultés &
les difcuffions qui furviennent ordinairement par
rapport aux marchandifes ci - devant appellées
contrebandes , telles que munitions , armes &
autres provifions de guerre , aucun de ces articles
chargés à bord des vaiffeaux appartenans
aux fujets d'une Partie , & deſtinés pour l'ennemi
de l'autre , ne fera cerfé de contrebande , au point
d'impliquer confifcation , & d'entraîner la perte des
indivi lus . Néanmoins il fera perm´s d'arrêter ces
fortes de vailleaux & effets , & de les retenir
pondant tout le tems que le preneur croira néceffaire
pour prévenir les inconvéniens & dommages
qui pourroient en réfulter ; mais dans ce cas on
accordera une compenfation raisonnable pour les
pertes qui auront été occafionnées par la faifie : il
fera auffi permis aux preneurs d'employer à leur
fervice les munitions de guerre détenues , en
payant aux propriétaires la pleine valeur , fuivant
le prix qui aura cours dans l'endroit de leur
deftination .
Un autre article de ce traité mémorable porte :
« Qu'aucun fujet de l'une des deux Parties contractantes
n'acceptera d'une Puiffance avec laquelle
l'autre pourroit être en guerre , ni commillions
, ni lettres de marque , pour arrêter en
courſe contre cette derniere , fous peine d'être
puni comme pirate. S'il furvenoit une guerre
entre les Parties contractantes mêmes , les femmes
& les enfans , les gens de lettres de toutes les facultés
, les cultivateurs , artifans manufacturiers
& pêcheurs qui ne font point armés & qui
habitent des villes , villages , ou places non fortifiés
, & en général tous ceux dont la vocation
tend à la fubfiftance & à l'avantage commun du
>
e3 .
{ ( 3021 )
-
genre humain , auront la liberté de continuer
leurs profeffions refpectives , & ne feront point
moleftés en leurs perfonnes , ni leurs maiſons ou
leurs biens incendiés , ou autrement détruits , ni
leurs champs ravagés par les armées de l'ennemi
au pouvoir duquel ils pourroient tomber par les
- événemens de la guerre ; mais fi l'on fe trouve
dans la néceffité de prendre quelque chofe de
leurs propriétés pour l'ufage de l'ennemi , la
valeur en fera payée à un prix raisonnable . Tous
les vaiffeaux marchands & commerçans employés
à l'échange des productions des différens endroits
deftinés à faciliter & à répandre les néceffités , les
commodités & les douceurs de la vie , pafferont
librement & fans être moleftés ; & les deux
Puiffances contractantes s'engagent à n'accorder à
des vaiffeaux armés en courfe aucune commifion qui
les autorife à prendre ou a détruire ces fortes de vaiffeaux
marchands , ou à interrompre le commerce.
1
Ces jours derniers on a coulé à la Fonderie
royale la Statue coloffale en bronze de
l'Impératrice de Ruffie , commandée par
cette Souveraine en 1782 au celebre Sculpteur
Meyer ; la fonte a eu le plus grand
fuccès , & cette Statue de 10 pieds de hauteur
, paffe pour être parfaitement exécutée.
DE VIENNE , le 2 Août.
373
Le 18 du mois dernier , arriva ici un Garde
Noble avec un grand nombre de Placets
préfentés à l'Empereur , durant la premiere
partie de fon voyage , & dont la plupart
étoient marqués pour qu'il en foit fait un
rappert particulier à S. M. Plufieurs de ces
(( (2303) )
fuppliques font en langue Turque , & ont
été remifes à l'Empereur par des Ottomans ;
elles ont le commerce pour objet . Accompagné
du Commandant , & entouré d'une
foule de Turcs attirés par la curiofité , notre
Monarque vifita à Semlin tous les établif-
Memens publics. Il avança même dans le Danube
, fur un petit navire , & très-près de
Belgrade , dont il examina les fortifications
avec beaucoup de foin.
Lorfque S. M. I. paſſa à Gratz , l'Evêque
Comte d'Arka fe jetta à fes genoux , en le
priant de convertir la peine du jeune fauffaire
Comte de Pozdazki en un emprifonnement
dans une fortereffe. L'Empereur
accorda cette grace à l'Evêque , frere de la
malheureuſe & refpectable mere du Coupable.
>
La principale objection faite contre la punition
du Comte Szekely a été que le
Souverain avoit aggravé la Sentence de la
Juſtice , au lieu de l'adoucir. Il paroît que
S. M. en effrayant le Criminel , a eu deffein
de rendre plus forte l'impreffion de fon châtiment
, & ce Monarque s'eft vengé en Grand
Homme des libelles répandus fur cette affaire
, en rendant à Szekely fa liberté , avec
50 ducats ; mais il lui eft défendu d'approcher
des trois capitales de Vienne , de Prefbourg
& d'Ofen .
On a calculé qu'avant la fuppreffion des
couvens dans la Monarchie Autrichienne ,
€ 4
( 104 )
les revenus annuels du Clergé s'élevoient à
18 millions de florins , lefquels à 4 pour 100,
formoient un capital de 150 millions. La
Caiffe de religion poffede maintenant une
grande partie de cette fomme. On ne fauroit
encore fixer précisément les moyens ;
mais on peut les fuppofer d'après les dépenfes
qu'on lui connoît , & qui doivent ba-
Jancer à peu près les revenus. Elle ftipendie
quatre nouveaux Evêques & leur chapitre ,
objet de 200,000 fl . pour le moins ; elle entretient
10 mille tant Curés que Chapelains
locaux , qui à 600 fl . l'un dans l'autre , exigent
une fomme de 6 millions ; qu'on ajoute
à cela les penfions des Religieux & Religieufes
fupprimés , l'entretien des féminaires
généraux , celui de quelques hôpitaux &
autres maifons de charité , les dépenfes néceffitées
par la bâtiffe d'un grand nombre
de nouvelles églifes , & l'on pourra alors
apprécier avec quelque jufteffe , & à leur véritable
valeur les conjectures tant de fois réchauffées
au fujet de cette Caiffe de religion .
Le projet remis il y aa quelque temps à
Empereur , dans la vue de donner en emphytheofe
tous les biens eccléfiaftiques , a
été confié au Confeiller de Holzmeifter , qui
doit en faire le rapport à S. M. I. , dès qu'elle
fera de retour.
On écrit d'Agram dans la Croatie , qu'un
incendie a réduit en cendres plas de cent
édifices , le 16 de Juillet. Un violent vent
( 105 )
du nord a rendu inefficaces les fecours donnés
fur le champ. Plufieurs perfonnes ont
perdu la vie dans ce défaftre .
Le Gouvernement de l'Autriche intérieure
a fait publier de la part de S. M. I. Térection
d'un nouvel Evêché à Leoben en Stirie
, & dont le diocefe s'étendra fur les
cercles de Bruk & de Indenburg. S. M. y a
nommé le Prélat Comte d'Engel . Les Patentes
d'érection font du 29 Mai dernier.
DE FRANCFORT , le 9 Août.
Vers la fin du mois dernier , il s'eft élevé
ici quelques troubles excités par les garçons .
railleurs . Quatre cens d'entr'eux , joints à
plufieurs centaines d'ouvriers de différens
métiers abandonnerent le travail & la ville.
Ils fe retirerent au village de Bockenheim
qui appartient au Landgrave de Heffe , &
d'où la Régence de Hanau les fit aller plus
loin. Depuis ils fe ont réfugiés dans un bois ,
fur les frontieres conjointes de l'Electo at de
Mayence & des Etats de Heffe ; comme
cette maladie pourroit gagner d'autres corps
de métiers , la garnifon de cette ville a reçu
ordre de fe mettre fous les armes . Ces mouvemens
font occafionnés par une conteftation
fur les falaires.
Le 16 du mois de Juillet , la Colonie des
Réfugiés François à Erlang , dans le Margraviat
de Bayreuth , a célébré le Jubilé de
fa fondation.
es
( 106 )
..Les trois Princes d'Angleterre ont été reçus
à Gottingue avec la plus grande fimplicité.
Les cérémonies fe font réduites à la
parade d'une compagnie de troupes réglées
qui a battu aux champs à l'arrivée de ces
auguftes Hôtes. Tous trois font d'une belle
figure , ainfi que leurs aînés. Chacun d'eux
a fon Gouverneur féparé , fous un Gouverneur
en chef , le Général Grenville , feul Anglois
emploié dans cette éducation . Jufqu'aux
laquais font Hanovriens. Chaque
Prince a un appartement de trois pieces ; en
commun ils ont une falle à manger & un
fallon de compagnie. Leurs meubles , trèsfimples
, font venus d'Hanovre. Le Roi
d'Angleterre a expreffément ordonné d'éloigner
toute efpece de luxe & de dépenfes inutiles
. La table des Princes & de toute leur
maiſon eſt fixée à 600 rixdalers par femaine
[ 2400, liv. tournois ] . Deux fois par femaine
, ils y reçoivent des Profeffeurs & des
Etudians , dont il leur eft ordonné de ne fe
diftinguer en aucune maniere. Ils fe perfectionnent
dans l'Allemand qu'ils favent peu ;
le Profeffeur Maïer leur donnera en cette
langue des leçons fous l'infpection du célébre
Heyne. Celui ci fera fes leçons en latin ;
M. Leff les inftruira dans la Religion ; obfervons
qu'il eft Luthérien , ainfi que toute
l'Univerfité. M. Feler leur enfeignera la
morale ; chacun de ces Inftituteurs recevra
mille rixdalers par année.
( 107 )
Le Landgrave de Heffe Caffel pourfuit
fes réformes, & perfévere dans fes plans. Il
s'occupe beaucoup de fes troupes qu'il exerce
journellement. Il a confervé coux des
Miniftres & des Confeillers de fon pere qu'il
a regardés comme d'honnêtes gens. La Société
des Antiquités renoncera dorénavant à
toutes fes difcuffions futiles , & doit s'occuper
de l'hiftoire d'Allemagne , particulierement
de celle de la Heffe, de la defcription du
Mufæumde Caffel ; &c. M. Gafparfon a remplacé
le Marquis de Luchet dans la place de
Secrétaire perpétuel de cette Société. On a
donné auffi un fucceffeur à M. de Luchet ,
dans la direction du Mufæum , de la Gallerie
de Peinture , & d'autres collections ,"
maintenant confiée à M. de Feltheim , Commandeur
de l'Ordre Teutonique. L'Univerfité
de Marbourg vient d'acquérir fix nouveaux
Profeffeurs , & dans peu l'on efpere
qu'elle deviendra l'une des plus floriffantes
de l'Allemagne . Plufieurs Confeillers de
guerre ont été arrêtés à Caffel pour caufé
de malverfations , & ils ont tout à craindre
de la févere juftice du Landgrave.
*
On vient de caractérifer d'une maniere
affez conforme à la vérité le Prince héréditaire
de Pruffe. « Frédéric Guillaume , Prince
» de Pruffe , dit l'auteur de ce portrait , eſt
» d'un extérieur agréable , populaire , & qui
cependant infpire du refpect . Il eft d'un
>> caractere affez froid & naturellement fé-
בכ
e 6
( 108 )
-
» rieux , ce qui tient peut être à beaucoup
» de réserve . Plus pénétrant , qu'on ne le
"fuppoferoit au premier coup doeil , il
» cherche à acquérir en filence des connoif-
" fances utiles ; fon jugement eft droit , &
> il eſt ennemi du faux brillant comme des
» prétentions Sans vanité & fimple , il hait
» la baffefle & la flaterie qui l'oblé tent
» comme tous les Princes . Il fera le bonheur
» de tes peuples , s'il eft toujours entouré
»d'honnêtes gens , s'il écarte les hypocrites
» de bonté & de vertu , qui abuſeroient de
» on bon naturel . Ceux qui fe perfuadent
» qu'il fera des changemens confidérables à
» fon avénement au trône , pourroient bien
» le tromper. Pénétré d'admiration pour le
» génie de fon Oncle , il fait trop bien que
» dans un fyftême lié comme l'eft celui de
» la Pruffe , les changemens doivent être
" préparés de longue main. Il fera mieux ;
» ii fu vra les principes du Roi , qui ſe réu-
> niffent au fond à celui d'augmenter le bien-
» être de fes fuers , & de les rendre par degrés
fufceptibles de jouir d'une liberté
» plus étendue. A fon avénement aw trône ,
»le Prince Royal étonnera bien des gens.
" Ceux qui croyent avoir la plus grande
» influence à cette époque , pourront bien
» être écartés , & c.
Le Margave regnant de Bade a fait ériger
un monument près de Carlfruhe ,
paylan qui a defféché un terrain maréca
à un
t
( 109 )
geux , & encouragé d'autres Cultivateurs
par fon exemple.
Le 18 Juillet , la Ducheffe regnante de
Saxe Weimar eft heureufement accouchée
d'une Princeffe , qui a été nommée au bap
tême Caroline- Louife.
D'après les registres de la Compagnie
d'affurance pour incendie , dans le Margraviat
d'Anfpach , la valeur des maifons affurées
monte à la fomme de 12,729,800 flor..
Par un état porté à la Dictature de la Diete de
Ratisbonne , on voit que les Etats de l'Empire ont
payé , depuis le 30 Septembre 1785 juſqu'au 15
Mai dernier , 60,638 rixdalers pour l'entretien
de la Chambre Impériale de Wetzlar , & que ,
déduction faite des appointemens payés pour fix
mois , & du fonds de 120,000 rixdalers placé à
intérêts , i refte encore actuellement en caiffe la
fomme'de 57.719 rixdalers. L'entretien annuel
de cette Chambre forme un objet d'environ 90000
rixdalers.
Le 24 Juillet , 8 minutes après midi , &
par un temps très calme , on a éprouvé à
Bonn pendant 2 fecondes plufieurs fecouffes
de tremblement de terre.
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 9 Juillet.
La fregare Espagnole l'Affomption a conduit
à Cadix le fixieme million de piaftres
retiré du S. Pedro d'Alcantara, & la frégate
la Sanda Barbara eft arrivée de Cadix à
( 110 )
Péniche pour charger le feprieme million.
Une lettre d'Alger , du 19 Juin , contient
les particularités fuivantes.
«Enfin le Comte d'Expilly , envoyé par la
Cour de Madrid pour traiter de la paix avec notre
Régence , a réuffi dans fa négociation . Le
traité de paix avec l'Efpagne a été figné hier , &
aujourd'hui M. d Expilly eft parti à bord d'un
brigantin efpagnol pour Alicante ; afin d'y porter
lui- même le traité de S. M. Catholique. Cependant
il n'a pu convenir d'un point acceffoire , favoir
, le prix du rachat des Efclaves Espagnols.
Le Dey l'a porté à un prix exorbitant . Ildemande
1200 piaftres pour chacun des Efclaves appartenans
à la fortereffe d'Oran , 1300 pour
chaque Matelot , 3500 pour les Capitaines de
navires , & 4000 pour chaque femme , outre le
remboursement de divers frais qui peuvent aller
encore à 15 pour cent au- delà du prix du rachat.
Lorfque M. d'Expilly prit congé du Dey , il lui
demanda s'il n'y avoit rien à rabattre de cette fixation
: mais le Chef de notre Régence fe contenta
de lui dire , « que M. d'Expilly devoit effectuer au
» préalable que S. M. Catholique s'acquittât de
» ce qu'Elle avoit promis pour obtenir la paix ,
& que lorfque l'Efpagne auroit rempli fes engagemens
, il verroit ce qu'il y auroit à faire par
→ rapport au rachat des Eſclaves » .
«Lesdeux Négociateurs venus ici pour traiter
de la part des Etats- Unis de l'Amérique de la
paix avec notre Régence , n'ont pas eu le même
fuccès. Lorfqu'ils arriverent fur la fin du mois de
Mars , ils prirent leur logement chez le Conful
de France : deux jours après ils eurent audience
du Dey : il les reçut à la vérité avec affabilité;
mais il ne voulut pas entendre parler de paix,
( 111 )
"
"
difant , & qu'il ne pouvoit entrer en des liaifons
amicales avec le Congrès Américain , avant
que celui- ci ne fût convenu à ce fujet avec le
Grand- Seigneur ».Cependant il ajouta, « qu'ils
pouvoient racheter leurs dix-neuf compatriotes
» qui fe trouvent ici dans l'efclavage , moyen-
>> nant une fomme de 28 mille piaftres , outre les
» frais ». Les deux Députés n'ofant prendre fur
eux de payer une fi groffe.fomme pour délivrer
ces malheureux , l'un d'eux eft parti d'ici à bord
d'un brigantin efpagnol , peut-etre pour aller
prendre de nouvelles inftructions ».
« Il n'eft pas étonnant que la Régence Algérienne
devienne plus difficile à manier depuis fon
accommodement avec les Espagnols. Cette Nation
étant la plus voifine , offroit par conféquent
plus d'aliment que les autres à l'entretien des
corfaires. Privés de cette occafion facile & journaliere
, ils redoubleront néceffairement d'âpreté
à l'égard des autres Nations. Le 26 du mois
dernier , il fortit de notre port onze corfaires ,
dont un chebec de 34 canons , un de 24 , un de
18 , un petit de 4 , une barque de 30 , une de 28.
une de 24 , une de 22. & une de 18 canons , outre
2 galiotes. Tous ces bâtimens firent route pour
les côtes d'Italie. Le 10 Mai un de ces corfaires
avoit conduit ici un bâtiment fous pavillon ruffe ,
dont il s'étoit emparé dans le golfe de Valence :
ce navire appartenoit au port d'Archangel , où il
alloit avec une cargaifon de vin & d'eau- de- vie.
L'équipage confiftoit en dix -huit hommes , dont
huit Ruffes , fix Hollandois & quatre Allemands ,
qui tous ont été réduits à l'efclavage . Le Capitaine
, natif de Frife ,, s'adreffa à M. Fraiffinet
Conful des Provinces - Unies : mais comme il avoit
été pris fous pavillon étranger , & qu'il avoit navigué
fans pavillon ni paffeport des Etats : Géné(
112 )
1
3.
faux , tout ce que M. Fraiffinet put faire en fa
faveur , par refpect pour l'Impératrice de Ruffie ,
ce fut de le loger chez lui avec fes gens , & de lui
procurer tous les adouciffemens poffibles dans fa
fituation. Au refte , la Nation Hollandoife n'a
pas à fe plaindre du Dey. Lorsqu'au mois d'Avril
dernier l'on vit arriver dans notre port le vaiffeau
de guerre hollandois le Batave , commandé par le
Capitaine Spengler , avec la frégate l'Aigle ,
Capitaine
Mafichop , ils furent fatuts par vingt - un
coups de canon de nos forts ; & le lendemaia
lorfque les deux Capitaines furent préfentés au
Dey par M. Fraiffinet , il les reçut de la maniere
la plus gracieufe , déclrant « que tout ce dont
leurs vaiffeaux auroient befoin leur feroit fourni
fans payer de droits , puifque la Nation Hollandoife
étoit fon amie ». Les Danoisjouiffent
de la même amitié , au prix de préfens confidérables
qu'ils font annuellement à la Régence. Le
bâtiment qui les avoit à bord arriva ici ces jours
derniers : ils confiftet en poudre , boulets , bois
de conftruction , cordages , voiles , & tout ce qui
eft néceffaire pour l'équipement de la Marine algérienne
: l'on a déja commencé le débarquement
de ces munitions , & conduit entr'autres à terre
780 barils de poudre. Ces préfens font de nature
à mieux fatisfaire notre Régence que ceux que le
Conful de Venife lui offrit le mois dernier au
nom de fa République : ceux- ci confiftoient en
8500 fequins en efpece , un montre d'or à répétition
avec la chaîne de même métal , le tour.
enrichi de diamans , une bague avec un brillant
très précieux , un caffetan , & diverfes étoffes
magnifiques , &c. A peine le Conful Vénitien
fit- il de retour chez lui , que le Dey lui renvoya
ces préfens , à l'exception des fequins qu'il
garda ; il lui fit dire en même tems que ces pré(
113 )
"
fens n'étoient pas tels qu'il put les accepter ;
qu'il lui donnoit un délai de deux mois pour en
procurer de plus acceptables , & que , ce délai expiré
, la Régence orendroit un parti à l'égard de
la République. Tous les Miniftres & autres cour
tifans fuivirent Pexemple du Dey , en renvoyant
au Conful les préfens qu'ils leur avoient faits
également. Cependant le terme de deux mois
étant trop court pour que le Conful puiffe avoir
dans cet intervalle des inftructions ultérieures
de fa République , il fe trouve par-là dans le
plus grand embarras. Non- feulement il eft hors
de doute qu'au lieu d'effets précieux le Dey veut
que les Vénitiens lui fourniffent des armes & des
munitions navales ; mais il demande encore le
paiement de la valeur d'un bâtiment chargé de
toiles & venant de la côte de Bougie , que le
Chevalier Emo enleva l'année derniere fur la
côte de Tunis. Il fe trouvoit fur ce bâtiment ,
lors de fa capture , deux Juifs qui furent tués
dans la rencontre. Pour la perte de ces Ifraelites ,
le Dey exige de plus un dédommagement 'de
deux mille fequins. Il a auffi mandé l'Agent
de Ragufe , & la chargé d'informer le Sénat de
cette République , que la Régence algériense
defiroit qu'elle lui envoyât des préfens , comme
le font les autres Nations qui naviguent dans la
Méditerranée , faute de quoi elle lui déclareroit
la guerre . &c. &c.
En effet M. d'Expilly eft arrivé à Madrid
avec ce Traité que le Roi n'a point encore
ratifié , mais qu'il a remis à l'examen du
Confeil fuprême de Caftille . La priſe du navire
Ruffe , valant au moins 80 mille piaftres
fortes , eft également confirmée. On
efpere peu de fuccès ici de la négociation de
( 114 )
notre Cour avec ces brigands maritimes ,
dont l'audace , la fortune & l'impunité font
l'opprobre de l'Europe. It faudroit un Cromwell
pour les châtier , comme cet illuftre
Protecteur le fit de fon temps . Son Amiral
, le valeureux Blake foumit tous ces
Barbarefques , & les força de reſpecter à
l'avenir le pavillon Anglois . Il arracha du
Dey d'Alger des dédommagemens , il détruifit
les forts de Tunis & fes vaiffeaux , &
eût incendié la ville , fans la foumiffion du
Bey infolent. Tripoli éprouva à peu près le
même fort .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Août.
Nous avons peu de détails ultérieurs &
importans à donner fur la tentative de Marguerite
Nicholfon contre la vie de S. M. Elle
a fubi différens interrogatoires pardevant les
Jurifconfultes de la Couronne , le Juge de
paix & le Confeil Privé. Tout abfolument
concourt à prouver l'état de démence de
cette femme. La plupart de fes réponſes
ont été inintellig bles. Elle a revendiqué des
droits à la Couronne ; elle a dit que l'autorité
des Lords Mansfield & Lougborough appuyoit
fes prétentions , & qu'elle mourroit
convaincue de la juftice de fa caufe. Le
Docteur Munro & fon fils appellés pourexaminer
l'état phyfique de Marguerite Nichol
{
( 115 )
fon , ont déclaré , après l'avoir fuivie plufieurs
jours , qu'elle leur paroiffoit attaquée
de folie. En conféquence , le Confeil a ordonné
d'épargner à cette malheureuſe de
nouveaux interrogatoires.
"
On a feulement envoyé deux Meffagers
d'Etat fur les lieux où elle a demeuré , pour
conftater fa fituation aux époques antérieures.
On ne l'a point emprifonnée , elle eſt
fimplement fous la garde d'un Meffager d'Etat,
& l'on a eu pourelle tous les égards d'huma
nité que prefcrit la Jurifprudence criminelle
d'Angleterre. Si elle eft reconnue folle , on
la renfermera dans un hôpital jufqu'à la prochaine
Seffion du Parlement , qui ordonnera
fa détention ultérieure : dans le cas contraire
elle fera jugée felon les formes ordinaires, A
la nouvelle de cet accident , le Prince de
Galles accourut de Brigthelmſtone à Windfor
, où il eut une entrevue touchante avec
le Roi. On chantera inceffamment un Te
Deum pour la confervation de sa Majefté ,
& la Cité prépare un Adreſſe de félicitation
qui fera portée au Roi dans la plus grande
pompe.
Le Chevalier Richard Bickerton a reçu
de l'Amirauté la commiffion de Commodore
de l'efcadre Rouge , & de Commandant
des forces navales de S. M. ans l'Inde .
Il doit fe rendre inceffamment à Sheerneff
pour faire hiffer fon pavillon à bord du Jupiter
de so can.
( 116 )
Il n'y a point d'apparence que les vailfeaux
de garde rentrés depuis peu à Portf
mouth , retournent en rade cette année ; la faifon
eft trop avancée . Le pavillon de Lord
Hood eft toujours arboré fur le Triumph de
de 74 can .
?
Il eft queftion de faire fervir une partie
du régiment Royal d'Artillerie , à bord des
vaiffeaux du Roi, en temps de guerre. Dans
l'état actuel des chofes , les Commandans
des vaiffeaux font obligés d'employer tous
les meilleurs matelots aux batteries , tandis
que la manoeuvre languit abandonnée à des
recrues.
Le Barwell , vaiffeau de la Compagnie
des Indes , eft arrivé fauf à Douvres ces
jours derniers. Il avoit appareillé de Portfmouth
au mois de Mars 1785 .
Le 2 de ce mois , M. Adams , Minifire Plénipotentiaire
des Etats - Unis d'Amérique , a pris
congé du Roi pour fe rendre en Espagne. Ce
Miniftre , à fait , dit -on , une repréſentation au
Miniflere Anglois fur l'injuftice avec laquelle les
vaiffeaux de guerre ftationnés aux ifles de l'Amérique
faififfoient les bâtimens Américains , qui
ne faifoient que paffer à la vue desdites ifles . On
cite entr'autres captures de cette efpece , celle
d'un bâtiment deftiné pour Bofton , & qui fortoit
de Saint -Pierre de la Martinique . On ajoute
que M. Adams a fignifié au Miniflere que fi l'on
ne dédommageoit point les propriétaires de ce
bâtiment , la Cour de France prendroit connoiffance
de cette affaire , attendu qu'une partie de
fa cargaison appartenoit à des fujets de Sa Maj.
Très -Chrétienne.
( 117 )
Les Commiffaires autorités par le Parle
ment à procéder à la réduction de la dette
nationale , ont commencé le 2 leur opération
, en faifant racheter à la Bourfe pour
7100 liv. fterl. d'Annuités de la mer du Sud ;
ces fonds -là , par leur bas prix actuel , étant
les plus avantageux aux acheteurs . Chaque
jour on continuera ces achats réguliers de
la même valeur dans divers fonds publics ;
méthode généralement approuvée , parce
qu'en foutenant le crédit des Actions , elle
arrachera les propriétaires , sûrs de vendre
au befoin , aux fpéculations des Agioteurs.
La réduction de 40 à 30 fchellings de prime
par tonneau , en faveur des bâtimens
baleiniers , n'a eu aucunes des fâcheufes
conféquences que quelques períonnes en
appréhendoient. La pêche de la baleine a
été encore plus confidérable cette année
que les précédentes , & l'acte de réduction
économife 30,000 l. ft. du revenu public annuel.
Aux dernieres Seffions de l'Old- Bailey.
Samuel Burt , convaincu d'avoir contrefait
une lettre de change , fut amené devant fes
Juges , & condamné ; mais comme il avoit
donné quelques preuves d'infanité , les Jurés
le recommanderent à la clémence du Roi.
Lorfqu'on lui demanda , felon l'ufage , ce
qu'il avoit à dire pour la défenſe , il répon
dit aux Juges qu'il étoit fort loin de vouloir
fe juftifier , que la mort feule le fouftrairoit
aux chagrins que lui avoit attiré fon incon(
118 )
་
duite , qu'il avoit commis le crime dont il
étoit convaincu , dans le deffein d'en rece
voir le châtiment , & que fi S. M. lui accordoit
la vie , il rendroit ce bienfait inutile ,
en fe défaitant lui même. Après cet étrange
difcours , le Juge lui parla en ces termes :
« Samuel Burr , comme vous paroiffez entendre
encore les cris de votre conſcience , & avoir
quelque idée de la foumiffion que vous devez às
votre créateur , & d'une vie à venir , je crois qu'il
eft de mon devoir de vous dire quelques mots en
particulier fur la trifte fituation dans laquelle
Vous vous trouvez . Vous avez montré de la foumiffion
aux loix de votre pays , ce qui est trèslouable
; mais vous ne devez pas vous tromper
vous -même , en imaginant que le defir de mourir
feit une véritable foumiffion. Il eſt du devoir
de ceux qui ont violé les loix , de ſe réſigner avec
patience à la punition qu'elles infligent ; mais
c'eft un crime contre votre pays , que de fouhaiter
de vous dé ivrer de la vie ; il n'eft que trop
évident , & par ce que vous venez de dire , & par
quelques circonftances de votre procès , que c'eft
ce malheureux defir qui vous a porté à commettre
un crime capital . Si c'étoit là votre motif,
Vous vous êtes trompé vous même , en ſuppoſant
que ce n'étoit point un crime de vous précipiter
vers celui qui vous a crée, fans être appellé par
lui. Ce n'eft pas à vous à décider fi vous avez
rempli votre carriere . Cette présomption eſt des
plus criminelles . Si votre gracieux fouverain
vouloit mitiger votre fentence , & prolonger votre
exiſtence , il eft de vo re devoir de récevoir ,
avec gratitude , & de Dieu & de lui , cette faveur.
Il ne me refte qu'à pronocer votre fentence
, à laquelle vous devez vous foumettre,
non la defirer >>.
( 119 )
A fon dernier voyage d'Irlande , M. Fox
eut la permiffion de fiéger parmi les Membres
du Parlement de ce Royaume , afin
de pouvoir mieux entendre les debats. L'at
tention qu'il porta aux difcuffions qui occupoient
la Chambre , lui fit bientôt oublier
qu'il n'étoit point en Angleterie ; fe pénétrant
de plus en plus du fuer difcuté , il ſe
leva au milieu du débat pour parler à fon
tour. Il alloit même commencer , lorfque
fon voifin le fit reffouvenir qu'il étoit au
Parlement d'Irlande .
La célébre Tragédienne Miftreff Siddons
vient de s'engager pour la prochaine ſaiſon
au Théâtre de Covent Garden , avec un appointement
de so liv. fterl . par femaine !
Jufqu'ici , les Navigateurs les plus hardis
ne s'étoient guères élevés , encore même trèsrarement
, qu'au 80 à 85e. degré de latitude
feptentrionale , dans leurs voyages au Pôle
Arctique. Le Capitaine Wyatt , commandant
le bâtiment le Whale , ( la Baleine ) vient de
furpaffer ces expéditions , pendant fon dernier
féjour au Spitzberg , où il pêchoit la
baleine . Ce Marin courageux a profité de
fes connoiffances pour faire quelques obfer
vations , dont il rend compte en ces termes
à l'un de fes amis à Londres ; fa lettre eft
datée de la rade de Leith , le 24 Juillet dernier.
Me trouvant le 28 Mai dernier à la hauteur de
la pointe Hakluyt , au Spitzberg , je réfolus de
doubler ce cap & de m'avancer vers le Nord autant
( 120 )
que je le pourrois . Nous fimes route au Nordnord-
Ouest , environ dix lieues , puis au Nord
dix lieues , enfuite au Nord- nord Eft , & enfin au
Nord par un vent frais de la partie du dud ; le
temps clair & le ciel fans nuage. Nous fumes
très-lurpris , étant parveno au 87º de latitude
Nord , de ne point rencontrer de glaces . Encou
ragé par ce fuccès , je me propofai d'avancer encore
; fçachant bien que fi j'avois le bonheur de
trouver quelque paffage , je ferois pleinement dédommagé
de mes peines ; d'ailleurs le bâtiment
m'appartenant , je n'en étois refponfable qu'à
moi- même. Nous trouvant enfin par les 89° . de
lat. , nous fûmes allarmés d'un bruit fourd , mais
lointain , femblable à celui du tonnerre. Le vent
étoit foible , quoique toujours du même rhumb.
Je jugeai à propos de faire ferrer toutes mes voiles
& de refter fous les huniers . Plus nous avançions
vers le Nord & plus le bruit que nous entendions
augmentoit . Il étoit déjà exceffivement
fort , lorfque nous découvrimes une espéce de
mont de glace de l'avant à nous à trois lieues environ.
Les vigies ayant crié tere nous fondâmes
par foixante brallès d'eau , & continuâmes à te--
nir le cap fur la terre , la fondeNàola main. Arrivés
à environ une lieue au large, nous mouillâmes
dans dix braffes d'eau . Le rivage fembloit
être d'un accès facile , mais abfolument blanc &
très - glillant , la côte s'étendoit en forme circulaire.
Je fis mettre ma chaloupe en mer . Je
réfolus de defcendre à terre , & d'y faire mes
obfervations , je pris des vivres & des couvertunes
pour nous couvrir au befoin , le froid étant
très aigu . Nous monrâmes avec facilité la colline,
aſſez élevée , mais quel fut mon étonnement ,
lorfque nous fumes arrivés au fommet , de voir
pour ainfi dire les élémens en guerre , & une ma.
tiere
( 121 )
--
tiere fort blanche s'élevant dans les airs avec une
force prodigieu e vers le Nord ! Il tomba à mes
pieds plufieurs fragmens d'une fubftance cryftallifée
, qui réfléchilloit la lumiere : ils étoient de
forme hexagone ; en les goûtant , je m'apperçus
•que c'étoit da nitre. J'en raflemblai quelques-
uns que je mis dans un flacon ; pendant affez
long temps ,
ce nitre continua à reluire dans
l'obscurité . Ceci explique fort clairement les aurores
boréales du pole arctique Il n'y avoit
pas long- temps que nous étions fur la colline ,
lorfqu'il furvint une érup ion terrible , qui a heva
de me prouver que nous étions dans la cir
conférence d'un volcan.
:
Nous defcendimes à la hate & revinmes à
bord je fis auffi tôt couper le cable & mis à la
voile , le cap au Sud ; il s'étoit élevé fort à propos
dans l'intervalle un petit vent de Nord.
Quoique mes efpérances de trouver un paffage,
au Nord , aient été pleinement détruites , mn
expédition aura du moins fervi à prouver l'exiftence
d'un grand volcan au Pole.
Je cont nuai fort heureufement ma route vers
le Sud , & je commençai ma pêche vers le 80°.
de latitude je fuis rentré dan ce port
avec trois baleines. J'efpere , Monfieur & ami ,
que vous folliciterez pour moi la récompenfe
que le Parlement deftine à ceux qui ont paffé
certaines latitudes.
J'ai l'honneur d'être , & c.
JAMES WYATT.
Il eft à defirer que M. Wyatt publie une
relation plus circonftanciée de fon voyage
& de fes obfervations. Nous avons fupprimé
de fa lettre les conféquences phyfiques
qu'il déduit de la découverte , comme trop
No. 33 , 19 Août 1786.
f
( 122 )
peu développées & comme fufceptibles
d'objections. Toujours reftera t-il démontré
, fi ce récit eft exact , que quelques Naturaliftes
fe font trop hâtés de nier l'exiſtence
des volcans près du Pôle feptentrional
dont , queiques Voyageurs avoient fait mention
avant Mr. Wyatt.
ETATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE.
Du 26 Juin 1786 ( 1 ) .
L'établiffement du Papier monnoie a trouvé
par tout des Avocats. Le Nouveau -Jerfey,
New Yorck , Rhode Island & la Penfylvanie
l'ont adopté. L'Affemblée de New-Yorck ,
dans la conceffion de l'impôt demandé par
le Congrès , a ftatué , que le produit de cet
impôt feroit payé en Papier monnoie . L'Affemblée
de Rhode Island , en créant pour
100,000 dollars de Papier- monnoie , a autorifé
tous les citoyens de l'Etat à offrir ce
Papier en paiement de leurs dettes , tant pré-
(1 ) Nous devons avertir le Public , & fur-tout les Enthoufiaftes
qui nous écrivent des injures , lorfque ces nouvelles
d'Amérique contredifent leurs rêveries , que ces
nouvelles ne font nullement prifes des Papiers Anglois ,
comme ils le difent , mais littéralement extraites des Papiers
Américains même, Sans doute, ils font auffi menteurs
& auffi partiaux que les Papiers Anglois ; mais ils ne
peuvent en impofer fur des actes legiflatifs . D'ailleurs ,
nous nous fommes toujours interdits , & nous le ferons
encore , pour cable , toute efpece de remarques fur les événgmens
& fur les actes de cette nouvelle République.
( 1235)
fentes qu'à venir ; & fi quelque créancier le
refufe , le débiteur aura le droit de le lui
faire recevoir par le ministère d'un Juge ,
de la maniere fuivante. Le Juge ordonnera
au créancier de venir recevoir la fomme qui
lui eft dûe ; au cas de refus , il fera publier
fa fommation dans tous les Papiers de l'Etat,
& fi le créancier ne fe préfente point dans
l'espace de trois mois , la fomme fera confifquée
au profit de l Etat. Des loix auffi arbitraires
, aufli oppreffives , n'ont point paffé
fans une vigoureufe oppofition de la part
des bons efprits . Le célèbre Payne a démontré,
dans un Pamphlet , que l'expédient du
Papier monnoie n'avoit pour but que la fraude
& l'oppreffion . Il a engagé les Etats à le
profcrire ; mais fes remontrances n'ont produit
aucun effet ; elles ont feulement aigri
les efprits contre ce Philofophe & contre
ceux qui avoient adopté fes principes. Une
populace effrénée a brûlé , à New- Yorck &
dans le Nouveau Jerfey , le portrait des Magiftrats
qui s'étoient oppofés àl'établiſſement
du Papier. Il paroît que les bons citoyens
voient avec douleur ces fortes d'excès qui
annoncent plutôt l'anarchie que la liberté.
Dans le N°. prochain , nous donnerons
l'analyfe de cet Ectit de M. Payne , après la
lecture duquel cette érection du Papier- monnoie
paroîtra à tous les yeux un acte , affurément
bien extraordinaire.
La Banque de Philadelphie n'a pu fe fouf
2
ર 1 ( 124 )
tenir , elle est détruite, Son Capital montoit
à.870,400 dollars , divifés en 2,176 Actions
de 400 dollars chacune. Il eft probable que
les Banques établies dans les autres Etats au
ront le même fort avant la fin de l'année. i
L'état de New- York a réglé le tarif de l'éva
Juation des monnoies étrangeres . Voici l'extrait
de cet acte :
Tarif de l'évaluation des monnaies étrangeres dans
Etat de New -York,
90 Parun acte de l'E at de New York , paffé en
1786 , il a été réglé que la guinée angloife teroit
reçue dans cet Etat pour
20 L'écu de 6 liv. de France , ou
l'écu ( couronne ) d'Angleterre ,
pour
Et toutes les autres monnoies an.
gloifes d'or & d'argent en proporsion.
23sh . 4d.
La piastre forte eſpagnole , pours
Et la portugaife , pour . 40
6.
Le bruit a couru qu'un Détachement de
troupes Américaines avoit furpris un Fort
Anglois dans la partie occidentale ; que la
nuit fuivante , ce Fort avoit été repris par
les Anglois & les Sauvages , & que les Americains
qui s'y étoient retirés , avoient été
maffacrés , à l'exception de deux , affez heyreux
pour pouvoir prendre la fuite. Cette
nouvelle cependant n'a point été confirmée ;
mais en attendant , on a levé deux Compagnies
dans la Penfylvanie pour la défenfe
des poftes fur les frontieres. Elles font parties
le is fous les ordres du Colonel Harmer. Il
( 123 )
doit aufli partir inceffamment du Nouveau
Je fey une Compagnie d'Infanterie pour la
même deftination ; celle ci fera commandée
par le Capitaine Mercer."
Un parti de cinquante Sauvages , accompagnés
de leurs femmes & de leurs enfans , ont eu une
conférence au commencement d'Avril dernier ,
avec les Commandans Américains du fort Pit
& du fort Mackintosh. Ils ont informé ces Offciers
que les Anglois de Niagara les avoient invités
à conclure avec eux un traité ; mais que
n'ayant pas grande confiance dans leurs promelles
, ils avoient préféré l'amnié & l'alliance
des Américains leurs freres: Le Commandang
les a fort bien accueillis , & leur a fait donner fur
le champ du Rhum , des grains & des inftrumens
d'agriculture qu'ils avoient demandés . WT
Le Major Wy lyff , Commandant du fort
Mackintosh , ayant pris fur lui pour arrêter
la défertion de fes troupes , de condammer
à mort , en Janvier dernier , trois foldats
déferreurs , le Congrès , par un Arrêté du 27
unet
Mars fuivant , a ordonné que cet Officier
fut mis aux arrêts jufqu'à nouvel ordre. Il a
nommé un autre Commandant , & a fait
élargir les trois déferteurs , comme ayant été
illégalement condamnés à mort par le même
Officier .
Suivant une lettre de Lincoln dans la Virginie,
en date du 19 Avril , le Colonel William Chriftian
a été tué par les Sauvages . Cet Officier ayant
graversé l'Ohio avec un paroi d'environ 20 hemmes
fut enveloppé lui quatrieme,par un corps con
fidérable de fauvages , & périt dans cette action
avec un autre de fa troupe. Les fauvages fe font
((126 )
enfuite rendus à fon habitation , où ils ont tué
plufieurs perfonnes & pris fes chevaux. Les prin
cpaux habitans de tout ce pays fe difpofent à
fa re une grande expédition contre ces barbares ,
qui depuis le commencement du printems ne
ceffent de commettre des brigandages . Ces hoftilités
font commifes par les Wabafth , & par
Yes Checamagoes établis fur les bords de
rohio depuis affez de tems, Ces derniers ', par
mi lefque s on ne compte guerre que foixantedix
guerriers , ont enlevé prefque tous les che
vaux des établiffemens de Lincftone & de Lic
king.
FRANCE .
DE VERSAILLES , le 6 Août.
L'état de la Reine ne laiffant plus rien
à defirer , Sa Majefté , après avoir entendu ,
le 4 de ce mois , la Meffe chez elle , s'eft
rendue à la Chapelle du Château , où elle
a été relevée par l'Evêque Duc de Laon
fon Grand Aumônier ; & le 6 , Sa Majefté
a admis à lui faire leur cour tous les Seigneurs
& Dames de la Cour.
DB PARIS , le 17 Août.
Déclaration du Roi , concernant les Reconftitutions
des Rentes. Verfailles , le 23
Février 186 ; régiftrées en Parlement le 19
Mai audit an. Voici le difpofitif de cette
Déclaration .
1º . Nous avons révoqué & révoquons nos Dé
clarations des 2 Juillet 1765 & 4 Février 17809
( 127 )
& toutes autres difpofitions par lefquelles les réñtes
par Nous dues ne pouvoient être rembour
fées par la voie de la reconftitution , lorfqu'elles
fe trouvoient chargées de douaire ou grevées de
fubftitution.
2º Le Garde du Tréfor royal d'exercice chaque
année , fera tenu de recevoir les fommes qui lui
Leront, offertes par ceux qui voudront acquérir par'
la voie de la reconftitution , de rentes , intérêts
augmentations de gages & autres charges annuelles
, dont le paiement fe fait & eft ordonné
en l'Hôtel de.notre bonne ville de Paris ; & lef
dites fommes feront employées par ledit Garde,
du Tréfor royal à rembourfer ceux des propriétaires
defdites rentes & autres charges , qui en
defireront le remboursement .
•
3°. Il fera libre à toutes perfonnes , foit de
porter au Tréfor royal leurs deniers , à l'effet
d'acquérir lesdites rentes & autres charges , foit
d'y recevoir le remboutlement de celles dont el
les font propriétaires , & pour le rachat de quel
les il aura été fourni des deniers néceffaires ; même
elles pourront fe faire reconflituer à ellesmêmes
& en leurs noms les rentes & autres charges
qui leur appartiennent , en obfervant les
mêmes formes que celles ci après prefcrites .
4°. Permettons pareillement aux gens de mainmorte
, Hôpitaux , Colleges , Fabriques & autres
, de fe faire reconftituer à eux- mêmes les
rentes & autres charges femblables qui leur appartiennent
, pourvu toutefois que les nouvelles
conftitutions foient au nom & au profit des mêmes
perfonnes ou établiffemens que ceux auxquels
Icfdites rentes & charges appartiennent , & contiennent
les déclarations néceffaires pour indiquer
l'origine & la deftination des objets remboursés.
5. Toutes lefdites rentes & autres charges ,
f 4
( 128 )
pourront, à la volonté des acquéreurs , être réu
nies ou divifées en un ou plufieurs contrats ,
quelles que foient leurs créations & leurs différentes
notures , pourvu feulement qu'elles pient
également exemptes de retenues & impofitions ,
ou qu'elles foient fujerres à des retenues pareilles.
6. Pour recevoir leur remboursement par la
voie de la reconftiturion , les propriétaires def
dites rentes & charges paffront leurs quittances
de remboulement à la déch rge du garde du Tréfor
royal , fur le pied du capital du denier vingt
du produit actuel de fdites rentes & charges , fans
aucune déduction fur leur capital pour raifon des
retenues , & ils lui remettront leurs cor trats on
quittances de finance & urs titres nouvels ; le
tout déchargé à l'ordinaire , avec l'établiffement
de leur propriété & certificats , tan : des Confervateurs
des hypo : heques , conformément à l'artice
XI de l'Edit d'Acût 1784 , que des Payeurs
defuites rentes & charges , juftificatifs qu'il ne
fubfifte aucune oppofition fur les objets rembourfes
.
7. Sur lefdites quittances de remboursement ;
il fera délivré par le Garde du Tré or royal autant
de quittances de finances que les acquéreurs le des
fireront , contenant que la forme y portée provient
de capitaux de rentes remboursées , fans cependant
aucune énonciation des parties éteintes, &
portant qu'il fera conftitué auxd ts acquéreurs
pareilles fommes de rentes que celles rembourfées
, exemples ou fujertes aux mêmes retenues
& rachetables au denier vingt du pro uit , fans déduction
fur le capital pour raifon defdites retenués
, &c . & c.
. Lettres - Patentes du Roi , relatives aux
( 129 ) ( 129
2
Reconſtitutions des Rentes. Du 19 Juillet
Aaron). As a para 1786.
9.
-
and La Foire de Beaucaire a été moins bonne
cette année que les précédentes. Les Catalans
& les Mahonnois n'y ont point fait leur
approvifionnement. Les laines & les foies
ont été très abondantes . Les mouffelines
claires , & fur tout les unies , ont totalement
manqué. La toilerie a augmenté de dix pour
scent. Plufieurs barques chargées de favon
& de poiffons , n'ont pu y arriver , à caufe
d'un vent du nord oueft qui a régné plufieurs
jours avant la Foire ; ce qui a rendu
ces articles rares . En général , les den ées
& les marchandifes fe font bien vendues ;
& l'on évalue les ventes qui fe font faites
à cette Foire , à 24 millions. ( Journal de
Nimes. )
* S
Les Feuilles d'Auvergne & les Affiches de
Dauphiné rapportent une lettre de la Chaife-
Dieu , datée du 28 Juillet , & conçue en ces
termes.
« Notre ville a été menacée , Vendredi dernier
, d'un incendie général . Sur les dix heures
du foir , le feu prit à une maiſon qui , conftruite
en fapin comme toutes les autres , fut
mbientôt en cendres : M. le Cardinal de Rohan,
» qui , pendant tout le jour , avoit lenti de grandes
douleurs à fon genou malade , venoit de fe
coucher & dormoit ; mais réveillé bientôt par
le fon des cloches qui appelloient au fecours
des malheureux incendiés , il parut au lieu de
» l'incendie , portant lui-même un baquet plein
d'eau. M. le Vice -Amiral fon frere , l'avoit
f 5.
( 130 )
כ כ
prévenu : l'arrivée de ces Princes , leur zele
» fe porter aux lieux les plus menaçans , & l'intrépidité
avec laquelle ils s'expofoient à tous
les dangers , éleva le courage de tous nos ha-
"bitans. M. le Prince de Montbazon voulut bien
diriger leur travail ; & les manoeuvres qu'il
» ordonna réuffirent au point de faire naître l'ef
» pérance que ce malheur n'auroit pas les terri❤
bles fuites qu'on redoutoit . Pour M. le Cardi
nal , il fe montroit par- tout où il y avoit quel-
» ques fervices à rendre ; on l'a vu plus d'une
fois dans l'eau jufqu'au genou , & à travers
des morceaux de débris enflammés , ar-
« racher aux flammes les pauvres meubles des
malheureux incendiés à l'exemple du Prince,
» fes gens s'expofoient aux plus grands dangers..
Son cuifinier fe fit fufpendre à une corde pour
couper une poutre qui alloit communiquer le
feu à une maiſon voifine , que cette hardieffe
» fauva ; il fut impoffible d'engager S. A. S. à
fe retirer avant le moment où l'on pûr affurer
qu'il n'y avoit plus de danger ; ce qui n'eut lieu
99 que fur les deux heures après minuit : la fatigue
augmenta fes fouffrances & le força de
garder le lit jufqu'à cinq heures un quart du
foir . Son premier foin fut de porter des fecours
» & des confolations aux malheureufes victimes
» de l'incendie ; il a déja donné les ordres néceffaires
pour la reconftruction des bâtimens
brûlés , & la réparation de ceux qui n'ont été
» qu'endommagés. Tous nos habitans font allés
» Dimanche le remercier , & jamais remercie-
» ment ne fut plus fincere ; auffi les larmes fu
22
93
53
כ כ
rent prefque les feuls interpretes des fentimens
» qu'on a pour lui : il n'eft prefque point de jour
où ce bon Prince ne mette quelqu'un de nous
dans le cas d'en verfer d'attendriffement & de
( 131 )
reconnoiffance , par fen affabilité , fon extrême
» bonté & les bienfaits fans nombre.
J'ai l'honneur d'être , & c .
J
Le 27 du mois dernier, en venant à Paris ,
Madame l'Archiducheffe Chriftine , Gouvernance
Générale des Pays - Bas , & M. le
Duc de Saxe- Tefchen , fon époux , arriverent
incognito à Magny la Folfe , & parcoururent
en bateau la partie du canal fouterrain
de Picardie , qui eft percée vis à vis
de ce village. Leurs Alteffes ont paru frappées
d'admiration à la vue du morceau fini
en grand , & ont daigné faire témoigner
au fieur Laurent de Lionne , Directeur de ce
canal , combien elles étoient fatisfaites de
leur vifite , & d'apprendre que S. M. avoit
ordonné la continuation d'un ouvrage auffi
vafte & auffi hardi.
M. l'Abbé Bertholon , Profeffeur de Phyfique
Expérimentale des Etats de Languedoc
, nous adreffe en ces termes une réclamation
que fon objet & le nom de fon
Auteur rendent doublement intéreffante .
2
Monfieur , l'Académie des Sciences de Rouen ,
propofa il y a quelques années , un Concours
fur les moyens de réceper fous l'eau , dont il eft roujours
couvert un rocher de 60 à 80 pieds de longueur
, Jur 30 à 40 de largeur , qui interrompt ou
inquiete la navigation de la Seine , au pied de
Quellebeuf. Mon Mémoire fur ce fujet fut remis
au Sécrétariat des Sciences de l'Académie de
Rouen , le onzieme de Juin 1769 ; il fut cotté
N° . 6 , & l'ép graphe que j'avois choifie , étoit
in aquis ut in terra.
£ 6
( 132 )
F *
Après avoir indiqué les inftrumens & la ma
nquere néceffaires pour percer , charger &
bourer les mines dans ce rocher, & après avoir
preferit un tuyau pour fervir de lumiere & porter
le feu jufqu'à la cartouche pleine de poudre , qui
occupe la cavité de la mine : je traite d'un autre
moyen également propre à remplir l'objet propofé.
Il confifte à miner les rochers, en employant
des cartouches , placées dans des rochers fous
T'eau , remplies de poudre , fermées convenablement
par un bouchon de fer , d'une conftruction
particuliere. NO P
C bouchon eft armé de deux grands fils des
fer qui le traverfent pour communiquer jufqu'à
la poudre qu'on allume pour la commotion élec
trique , tranfmife par le moyen des appareils
convenables d'électricité , placés fur le rivage. Je
vais même plus loin , & je dis : « Seroit-on charomé
de voir partir à la fois tout le rocher ? rien
» de plus aifé. Pour cet effet , il faut former au.
» tant de trous que cela fera jugé néceffaire , & m
les charger tous à la fois alors on aura foin
d'établir des communications entre tous les
trous , en formant la chaîne ou le circuit élec◄
5trique aux fils de fer refpectifs de chaque bouchon
, & par le moyen de l'électricité , on fera
so fauter tout le rocher. C'eft la même expé
50rience que celle de la chaîne formée par plu→
fieurs perfonnes qui fe donnant toutes la main
tiennent chacune extrémité de plufieurs 'fila
de fer , afin de donner plus d'étendue au circuit
électrique , dans l'expérience de la commotion
. &c. . J'ai parlé d'un moyen analogue:
à celui-ci , dans non Ouvrage del'Electricité des
égétaux ( 1 ) , & on en voit la figure dans la troifeme
planche.
J
(1) On letrouve chez Croulbois , nº. 46 ,orpe et
( 133 )
g
L'Académie des Sciences de Rouen , déclara
enfuite dans fa féance publique , du 4 Aoûr
1779 , que le Mémoire cotte No. 6 , portans
pour épigraphe , in aquis ut in terra , meritoit
des éloges , comme très intéreflant par fon
mérudition , par le détail des fuccès obtenus à
» Carlscrone , & par les moyens ingénieux
qu'il fuggéroit ». Depuis cette époque , mon
Mémoire eft resté déposé au Sécrétariat des Scien
ces : mais par une lettre que M. Dambourney a
reçue de Rouen en dernier lieu , j'ai demandé que
l'Académie conftatât , 1 ° . Que l'électricité avoit
été propofée dans le Concours de 1779 , dans le
Mémoire cotté No. 6, avec l'épigraphe , in aquis
ut in terrâ , & 2°. que j'en étois l'auteur. Le Sé
crétaire perpétuel , au nom de l'Académie , a
dreffé un procès - verbal , dont on ne cite ici que
quelques phrafes. « Par une lettre adreffée à M.
Dambourney.., M. l'Abbé Bertholon , s'eft
» déclaré l'Auteur de ce Mémoire , dont il a de- re
❤mandé un extrait certifié , pour conftater que
» dès lors , il avoit propofé l'électricité , comme
un moyen de porterle feu à la mine. Cepen→
» dant l'austérité des formes ne permettant pas
» au Sécrétaire , de décacheter le billet clos , il
> a cru devoir , dans la féance du lendemain ,
≫ préfenter à l'Académie affemblée , & le billet
& le Mémoire , portant pour épigraphe , in
» aquis ut in terra , dont après délibération , le ce
cachet a été brifé , & l'on a la fur le billet ,
Do contenant la répétition de l'épigraphe , puis M.
Bertholon de S. Lazare , des Académies de
» Béziers , Montpellier , Lyon , Marſeilles ,
» & c... ».
des Mathurins , ainfi que la nouvelle édition de
Electricité du corps humain , enrichie de près de
50 figures , qui paroît dans le moment ()
( 134 )
» La Compagnie convaincue alors que l'Auteur
de la lettre étoit auffi celui du Mémoire
→ dont il demandoit l'extrait , a fait mention fur
fes regiftres de l'autorifation qu'elle donnoit à
fes Secrétaires , de délivrer à M. Bertholon
l'extrait ci- deffus , lequel nous fouffignés aux-
» dites qualités , certifions exact & véritable ,
» & nous y appofons le fceau ordinaire de l'Aca-
» démie ». A Rouen , ce 20e . jour de Juillet
1786. Dambourney , Sécrétaire-perpétuel au Département
des Sciences , Haillet , Secrétaire-perpétuel
, &c.
Après le Jugement de l'Académie , qui a trouvé
que mon Mémoire « méritoit des éloges ,
» comme très - intéreffant par fon érudition , par
« le détail des fuccès obtenus à Carlscrone , &
"
par les moyens ingénieux qu'il fuggéroit dès
l'année 1779 ; rien ne me flate plus que de voir
un habile ingénieur fe rencontrer enfuite avec
moi , ( phénomene qui n'eft pas rare dans l'hiftoire
des Sciences ) , comme il confte par la lettre
que vous avez inférée dans le N ° . 27 , du Mereure
de Franee de cette année , page 81 &
qui eft ainfi terminé : » d'eù il fuit qu'il eft polfible
de faire des mines dans le rocher , ſous
» l'eau , à des profondeurs confidérables , par le
moyen de l'électricité , & d'appliquer aing
cette fcience , à un art très utile à la naviga-
» tion , en détruifant des écueils qui la rendent
dangereufe : ces expériences fervent d'appui a
un Mémoire que j'ai dreffé , fur les moyens
» d'exécuter des rottages à des profondeurs cone
fidérables fous l'eau ».
J'ai l'honneur d'être , & c..
P. S. En annonçant l'existence du nouveau
Journal de Saintonge , rédigé par un
( 135 )
homme de goût & très- verfé dans la Littérature
folide , nous avons oms de prévenir
qu'on foufcrit pour cette Feuille chez
P. Touffaints , rue S. Maur , à Saintes ; le
prix eft de 6 liv. pour Saintes , & de 7 liv.
Io f.
pour le refte de la France , port franc.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 20 , 49 , 22 , 76 , & 7.
?
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES, le 13 Août.
Les Etats- Généraux ont congédié finale
ment le Corps de troupes légères du Rhine
grave de Salm ; mais les Etars de Hollande ,
pénétrés de reconnoiffance pour les fervices
particuliers de ce Rhingrave , ont proteſté
contre cette décifion fouveraine , & ont
réfolu de garder le Corps , malgré la République
, pour leur propre compte , & juf
qu'au mois de Décembre prochain .
9.
Une autre affaire plus férieufe , dans lar
quelle cette même Province va fe trouver
en conflit avec le refte de la République ,
eft la Réponse à faire aux Mémoires des
Cours de Londres & de Berlin , qui paroiffent
ne pas s'endormir fur cet objet. Deux
projets de Réponse ont été remis fur le Bu
reau de LL HH. PP. , & les Députés des
Provinces en ont pris copie. Dans la crainte
que la Généralité ne prît un avis là deffus ,
( 136 )
fans les entendre , les Era's de Hollande ,
moins preffes de s'expliquer , ont ordonné à
leurs Députés de quitter l'Affemblée , en
cas qu'on réfolût quelque chofe pendant
leurs Délibérations.
:
Enfin , les Bourgeois d'Utrecht ont caffé
& chaffé leur Régence , & d'une maniere
trop finguliere pour être paffée fous filence .
Voici ce qu'on mande d'authentique fur cet
événement , en date du 2 Août.
en
Les Bourgeois ayant été convoqués hier
divers endroits , tant dans les Eglifes qu'ailleurs ,
& fe trouvant en partie raffemblés , il fut en-
~voyé & rendu le même foir aux maiſons de chacun
des Membres du Confeil , Pintimation fuivante
, mais fans être fouffignée.
De la part des Bourgeois des huit Compagnies
de cette Ville , & ainfi en la préfente Prin .
cipaux MM. les Bourguemaîtres & Confeillers du
Vreedschap ) , Confeiliers de la Vil'e , conjointement
avec leurs Secrétaires , font intimés de
comparoître demain , 2 Août 1786 , à dix heures
du matin , fur la Place du Neude , pour , en préfence
de la Bourgeoifie, & à la réquifition d'icelle,
y recevoir fous ferment le College des Tribuns
ou Comités de la Bourgeoisie , conformément
au contenu du Réglement fermenté , pour autant
que cela regarde la navigation de la Régence de
la Viile ; felon la teneur dudit Réglement : &
que par continuation du refus &comparution defdits
Bourguemaîtres & Confeillers , les Bourgeois
, en vertu de leurs droits , procéderont à
recevoir en ferment les fufdits Comités & à
Jeur inftallation en forme . nubis (3 22 ok
Les huit compagnies Bourgeoifes furent en
( 137 )
?
2
même tems convoquées à "' eurs places refpectives
pour le matin , & s'y rendirent au Neude , où fe
trouvoit une table & des chi e pour les Confeillers
, efpérant qu'ils s'y rendroient. Deux fauteuils
étoient deftinés pour les deux Bourguemaîtres.
Mais il n'y vint que des Membres du
Confeil.
1
Le fieur Gordon , Général en Chef de la fociété
Pro Patria & Libertate indiqua aux cing Membres
fufdits leurs p'aces , faifant affecir MM.
Eyck & Ven Senden , dans les deux fauteuils , &
les inftallant ainfi Bourguemaires. Ces M - fleurs
fe déclarerent non- competens à recev it le ferment
du Collège des Comités ou Tribuns ; &
conféquemment à l'inftaller, déclarant qu'ils laiftoient
à la Bourgeoifie le foin d'agir à cet égard
fuivant la volonté ; enfuite ils fe retirerent. Alors
ledit fieur Gordon , devenu depuis peu Bourgeois
de la Ville , fit lever la main aux Comités , &
prit leur ferment. Après cela la réfolution fut
prife & fignée de déclarer les Confeillers abfens ,
déchus de leurs places ; enfuite les tambours
ayant battu la caiffe , les Comités furent pris
folemnellement à ferment, & conduits par les huit
Compagnies à la Chambre des métiers , pour y
tenir féance , après s'être rendus par menaces
maîtres des clefs de cette Chambre.
Il a été donné dans l'après- midi , connoillance
à chacun defdits Confeillers , par une Commi
st fion , de la réfolution prife le matin , avec défenfe
rigoureufe de fe mêler déformais des affaires
du Confeil , laiffant cependant la liberté à ceux
qui font employés aux Commiffions , de les occuperju
qu'au 12 Octobre prochain , mais ajoutant
qu'on les en démettroit auffi fur le champ
s'ils tentoient de s'oppofer à la réfolution .
(1)
1
?
Enfin ce Gordon fut inftallé par les Bourgeois ,
19 G.
( 138 )
& reçu ferment , comme Gouverneur de la Ville ,
dont les clefs feront actuellement gardées par
lui , & non par le Bourguemaître - Préſident.
La Régence d'Aix la Chapelle , prête
être culbutée comme cele d'Utrecht , &
par des charlatans qui couvrent aujourd'hui
leurs vues d'ambition & d'autorité du nom.
de Liberté, comme autrefois , on le couvroit
de celui de la Religion , a invoqué le fecours
de l'Empereur , Chet fuprême de l'Empire
, & ayant droit d'interpofer fon autorité
dans les Villes Impériales , lofqu'il y
a violation de la paix publique. S. M. Imp . a
accordé des troupes qui doivent partir inceffamment
pour Aix ; mais le Parti oppofé
à la Régence a eu recours à la Chambre Impériale
de Wetzlar. Celle-ci , on ne fait trop
à quel titre , a adreffé des Lettres- Patentes
Impériales aux Magiftrats d'Aix , en fuite &
difperfés , & leur a enjoint de reprendre
leurs fonctions dans 15 jours , avec défenfes
de recourir à l'affiftance des Etats voifins, &c.
Fin des obfervations attribuées à M. Fran
klin fur l'état actuel de l'Amérique.
מ
S'il y a déja trop d'Artifans dans les villes
& que les habitans des campagnes , artirés auffi
par Fefpoir d'y vivre plus commodement , viennent
encore en accroître le nombre , alors les affai
res de cette efpece fe partageant entre tous , il en
devra échoir une plus forte portion pour chacun ;
la trop grande concurrence diminuera les profits ;
il y aura même des pertes ; il en résultera des
plaintes fur la langueur du commerce , & l'on
attribuera cette inaction à la rareté des efpeces ,
( 139 )
randis qu'elle n'eft que la fuite néceffaire du petit
nombre des acheteurs , autant que la multiplicité
exceffive des vendeurs. Si au contraire tous ces
hommes retournoient dans les campagnes , & confentoient
à reprendre les travaux de la charrue ,
en laiffant à leurs femmes & files les foins du
négoce , celles- ci y fuffiroient abondamment ,
& leurs gains réunis donneroient à tous une hon
nête aifance.
ככ
Quiconque a voyagé dans les différentes parties
de l'Europe , & y a obſervé combien la proportion
des gens qui vivent dans l'abondance eft
foible à l'égard de ceux qui gémiffent dans la
pauvreté & la mifere ; combien eft petit le nombre
de propriétaires riches & opulens & combien
eft grande au contraire la multitude des laboureurs
pauvres, fans aucune propriété , fans prefque
des reffource , réduits à la derniere abjection ,
à moitié payés , à moitié vêtus , à moitié nourris,
dévorés de befoins & de défeſpoir ( 1 ) ; & jette ent
fuite fes regards fur ce pays , & y voit l'heureufe
médiocrité qui regne en général dans ces Etats ,
où le laboureur cultive les champs qui lui appartiennent
, & trouve dans les travaux de quoi fou
tenir la famille dans une abondance fuffifante , Ah!
je n'en doute pas , celui-là ne verra ici que des
raifons de bénir la Divine Providence , qui a
mis une différence fi grande & fi évidente en no
tre faveur ; & il demeurera convaincu qu'il n'y
a fur terre aucune nation connue qui jouiffe d'une
profpérité comparable à la nôtre,
( 1 ) Il y abien de l'exagération à faire de cette
peinture de quelques contrées , le tableau général
de l'Europe. Il eft affurément très -faux d'un grand
nombre de pays que l'Auteur n'a point vus , ou qu'il
a vus avec lesyeux de la prévention.
( 140 )
Ileft vrai que plufieurs de nos Etats font d
vilés par l'esprit de parti & de difcorde ; mais jet
tonsun coup--dd'oeil en arriere , & examinons fi jamais
nous avons été fans taction. Elies habitent
par-tout où habite la diceré peut- être , hélas !
lont-elles néceffaires à la confervat on ! car c'eft
par la col ifion des differens fentimens , que s'échappe
l'étincelle de la vérité , & que le flambeau
de la faine politique s'allume & propage fa
lumiere. Les fet ons diverſes qui nous divifent
actuellement ont toutes le bien public pour but ;
il n'y a de différence que dans les formes . Penfées
, actions , mefures , tout fe préfente à l'ef
prit des hommes fous des points de vue fi variés ,
qu'il n'eft guere poffible que nous avons tous à la
fois les mêmes idées fur le même fujer , ni ſous
vent que le même homme conferve dans tous
les tems fes mêmes opinions. L'oppofition des
partis femble donc être le lot commun de l'humanité
, & l'on ne fauroit dire que ceux de notre
pays foient plus funeftes ou moins avantageux
que ceux des autres contrées , des autres fiecles
des autres nations , qui ont joui au même degré
que nous , des faveurs inappreciables de la liberté
politique.c
»Quelques perfonnes diront peut être qu'elles
n'ont point tant d'inquiétude fur l'état actuel de
nos affaires , que d'appréhenfion pour l'avenir.
L'aceroiffement du luxe les alarme , & elles
s'imaginent que nous fommes par- là dans le
grand chemin de la perdition. Elles obfervent
que, fans économie , les revenus les plus folidès
ne peuvent fuffire ; que fans économie , les richeffes
les plus abondan'és de toute une nation ,
Jes fruits précieux de fes productions naturelles
feront diffipés en vaines & ftéri es dépenses , &
qu'aina la pauvreté & la difette remplaceront
( 141 )
de tout.
bientôt chez cette nation l'opulence & l'affluence
Cela peut être . Ce malheur eft cependant
rarement arrivé ; car il me femble que
dans chaque nation bi meſure de l'industrie & de
la frugalité qui tenient à l'enrichir , l'emporte
toujours fur celle de l'oifiveté & de la prodigali
té qui amenent l'indigence ; & qu'ainfi il s'y fait
une accumulation continuelle de richelles. Con.
fidérons ce qu'étoient du tems des Rontains FEEpagne
, la Gaule , l'Allemagne & la Grande-
Bretagne.... des contrées habitées par des peu
ples beaucoup moins riches que ne le font nos
Sauvages ; & confidérons enfuite l'opulence
qu'elles offrent aujourd'hui dans des villes nombreules
, immenfes & bien bâies , dans leurs
campagnes améliorées , dans leurs riches ameublemens
, dans les vaftes magafins où les objets
les plus précieux de toutes for es de manufactures
font , pour ainfi dice , entallés , fans parler des
vaiffelles d'or & d'argent , des bijoux , ni des
elpeces monnoyées ; & tout cela malgré leurs
Gouvernemens oppreffifs , diffipateurs, dévorans,
malgré leurs guerres deftructives , malgré qu'au
cune loi n'y reftreigne les excès extravagans du
luxe. Dun autre côté , ex minons le grand
nombre de cultivateurs indufirieux & économes
qui habitent les parties intérieures des Etats Amēricains
, & qui forment , à proprement parler ,
le gros de la nation ; & jugeons s'il eft poffible
que le luxe de nos ports de mer fuffiſe pour ruinér
ce pays.
» Si l'importation des objets de luxe étrangers
pouvoit ruiner une nation , il y auroit certes
long-tems que ce pays le eroit . Car les Anglois
prétendoient avoir le droit , & en uſvient amplement
, d'importer chez nous non -feulement
les fuperfuités de leurs propres denrées , mais
( 142 )
encore celles de toutes les Nations exiftantesfous
le Ciel . Nous les achettions , nous les confommions
, & cependant nous n'avons point ceffé de
profpérer & de nous enrichir. Mais aujourd'hui
que nos Gouverneurs indépendans font ce qu'ils
ne pouvoient point faire alors , aujourd'hui que
ces importations lont découragées par des droits
onéreux , ou prévenues par des prohibitions formelles
, nous allons donc fleurir davantage , &
devenir plus riches ; fi toutefois ( ce qui mériteroit
bien d'être difcuté ) l'attrait des jouiffances ,
le defir d'être logé , meublé , vêtu plus commodément
,, plus élégament , plus magnifiquement ,
n'eft pas un aiguillon étrangement ftimulant
pour exciter le travail & l'indufirie , & donner
par conféquent une valeur d'autant plus grande
aux productions qui font l'objet de cette induftrie
.
» La culture des terres & les pêcheries de Etats-
Unis font les grandes fources où nous devons puifer
pour augmenter nos richeffes Celui qui confie
un grain à la terre en est toujours récompenfé
avec ufure , & en reçoit au moins quarante à la
récolte ; & celui qui tire un poiffon hors de nos
eaux en retire toujours une piece d'or.
» Faifons donc une férieufe attention à toutes
ces chofes , & fi nous le faifons , alors toutes les
puiffances de nos rivaux , malgré tous leurs actes
de gêne, de reftriction , de prohibition , ne peurront
prévaloir contre nous . Nous fommes enfans
de la terre & des mers . Semblables à l'Antée de
la fable , fi en Juttant avec Hercule nous recevons
quelque bleffure , le fimple attouchement
de cette mere toujours féconde , toujours vivifiante
, nous communiquera bientôt une vigueur
& une force toute nouvelle , pour recommencer le
combat & le rendre plus animé ».
( 143 )
3
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS . GRAND CHAMBRE .
Caufe entre les Officiers du Bailliage de B ... & M.
R... pourfu vant fi ré.eption en l'offie de Lieutenant
particulier au même Siege. Oppofition
d'un Siege à la réception d'ur Officier
fondée fur la prétendue baffeffe de l'origine du
Candidat.
Il importe , fans doute , à la dignité & à l'honneur
d'un Tribunal , que les premieres places
n'y foient pas remplies par des perfonnes nées
de parens obfcurs , & d'un état mépriſable ; mais
auffi ne faut- il pas que l'intrigue & la cabale
cherchent à déshonorer , par un injufte refus , un
Citoyen iffu de parens honnêtes , dont la conduite
& les moeurs font également irréprochables :
tel eft le point de vue fous lequel cette Caufe
doit être confidérée . Me . R ... , Avocat,
fils d'un pere qui remplit avec diftinction plufieurs
places honorables dans la ville de B... ,
comme celle d'Echevin & d'Adminiftrateur de
l'Hôpital , jouiffant d'une fortune honnête , a
traité de la Charge de Lieutenant particulier ;
il peut même ajouter que lorfque fes vues fur
cet office ont été connues , il a reçu du Lieutenant
général & des autres Officiers , des té- .
moignages de leur fatisfaction ; il a donc été
reçu dans cette Charge au Parlement de Paris ,
& il ne lui reftoit plus qu'à fe faire inftaller ,
lorfqu'il a vu les difpofitions des Officiers du
Siege abfolument changées à fon égard. Ils fe
⚫ font oppofés à l'enregistrement de fon Arrêt
de réception en la Cour , & il a été obligé d'en
( 144 )
obtenir un autre , qui ordonne qu'il fera procédé
à fa réception & inftalla ion. Lorique Me,
R... a fait fignifier cet Arrêt aux Officiers du
Bailliage , ils y ont formé oppofition . Leurs
motifs éto ent que Me . R... étoit fiis de Marchand
de chevaux , que lui- même avoit fait ce
commerce ; & qu'enfin fon origine étoit un
obftacle à ce qu'il fut reçu dans un office ho
norable.- Me. R... résondoit qu'il n'étoit
pas exact de dire qu'il fût fils de Marchand
de chevaux , que fon pere n'avoit jamais fait
ce commerce ; qu'il avoit été Contrôleur des
Actes , & fucceffivement Echevin , & Adminif
traceur de l'Hôpital ; que fa mere , il eft vrai
étoit fille d'un Marchand de chevaux ; qu'il
avoit eu , de la fucceffion de fon ayeul , des recouvremens
à faire de ia fuite de ce commerce ,
mais qu'on ne pouvoit pas en conclure que luimême
eût été Marchand de chevaux ; que d'ailleurs
il tenoit fon origine de fon pere , que
cela feul étoit à confidérer. Me. R... oppofoit
enfin aux Officiers de B ... leurs propres lettres
& les témoignages de leur fatisfaction , lortqu'ils
avoient appris qu'il vouloit entrer dans
feur Compagnie. Ces moyens ont prévalu
, & par Arrêt du 26 Juin 1786 , les Offciers
du Bailliage de B... ont été déboutés de
leur oppofition ; il a été ordonné que Me. R ...
feroit reçu & inftallé dans l'office de Lieutenant
particulier ; & que les termes injurieux dont on
s'étoit fervi contre lui & fa famille , feroient fupprimés
; que l'Arrét feroit imprimé & affiche ;
enfin , les Officiers du Bailliage ont été condamnés
aux dépens.
B
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 18 Juillet.
L'Impératrice regne fur la Riffie depuis
24 ans. Le 9 de ce mois , on a célébré
l'Anniverfaire de fon avénement au trône ,
& cetre folemnité a été accompagnée de
beaucoup de graces pécuniaires & de promotions.
Le Général Comte de Muffin Pufchkin
& le Comte de Schuvalof ont été décorés
de l'Ordre de S. André. Le de n'er a
reçu en même temps une- g arification de
60 mile robes ; le Con eiler Privé ,
Comte Besborodko , une terre de 3800
payſans , évaluée 300,000 roubles , &c . &c.
Les Commiffaires de l'Amira té ont paffé
en revue l'eſcadre de la Batique , actuellement
en rade devant C on adt . Eile confifte
ens vaiffeaux de ligne & 5 frégates ,
auxquelles il s'en jó ndia 5 autres inceffamment
N°. 34 , 26 Août 1786. go
( 146 )
Le corps de Calmoucks va être confidérablement
augmenté, & portera à l'avenir le
nom de corps de Mongal.
L'on parle avec inquiétude du projet
qu'on attribue au département des Finances
de mettre en circulation trente millions de
roubles en Papier-Monnoie , par billets de
Banque de 25 , 30 & 100 roubles chacun.
Le Général Comte de Bruce a demandé
& obtenu fa démiffion de la place de Gouverneur
général de Mofcou , dont l'Impératrice
a difpofé en faveur du Confeiller - privé
de Jeropkim.
S'il faut en croire un Journal de Commerce
qui n'indique pas fes autorités , en 1780 , la
valeur des marchandifes d'importation , à Peterfbourg
, fut de
Et celle des marchandifes
d'exportation de
En 1781 , les importations
s'éleverent à •
•
Et les exportations à
En 1782 , les importations
furent de .
Et les exportations de .
•
En 1783 , les importations
defcendirent à .
8,656,379
Roubles.
10,941,138
•
9,532,352
12,954,440
• 12,204,482
11,467,347
· 11,664,120
Et les exportations à 10,099,797
En 1784 , les importations
remonterent à . • • 12: 941,545
Et les exportations à
· 12,172,345
En 1785 , les importations
furent de •
Et les exportations de
( La conformité des chiffres de ces dernieres
12,172,345
.
12,941,545)
( 147 )
années , fait préfumer quelque erreur de calcul
de la part du Journalife. )
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Août.
Le Roi de Danemarck a établi une commiffion
pour la liquidation des dettes actives
& pallives de la Compagnie des Indes
Occidentales ; elle eft compofée du Comte
de Schimmelman , Ministre des Finances , &
des Confeillers Heinrichs & Wend.
Le 28 Juillet , les vaiffeaux de la Compagnie
d'Afie , le Prince Royal & le Mars arriverent
à Copenhague en bon état , venant
des Indes Orientales.
Une efcadre Françoife , compofée de 13
vaiffeaux de guerre , & commandée par le
fieur Albert de Rioms , Chef d'efcadre , entra
le 12 de Juillet dans le port d'Eleckcroe
diftant d'une lieue de Chriftianfund.
Depuis quelque temps une fociété d'Anglois
s'eft établie à Harbourg , vis -à- vis de
nous , & y a fait des fpéculations de commerce
pour les deux Indes. Si ces entreprifes
ont du fuccès , leur établiffement ne fera
pas indifférent aux Négocians des villes Anféatiques.
Un Recueil d'économie commerciale préfente
en ces termes quelques détails curieux
fur le commerce de l'Irlande. Plufieurs articles
ne font pas abfolument exacts ; mais ils
approchent de la vérité. ✨
g 2
( 148 )
Dans les bonnes années , comme le fut celle
de 1782 , lexportation des Toiles d Irlande
monte a 25 millions d'aunes . En 1782 , l'Angleterre
en reçut 24,692.072 qui valoient
1,646,138 livres ferlings. Cette marchandiſe
feule balance prefque entiérement l'importation
des marchandifes Angloifes en Irlande .
Les laireries de cette derniere Ifle , n'ont pas
encore atteint la perfection de celles d'Angleterre
; quoique depuis 1780 , l'Irlande faffe
oeuvrer la plus grande partie de fes laines. Ia
Pêche du hareng fur les côtes du Nord - oueft
augmente confiderablement d'année en année ;
mais jufqu'à ce moment les Ecoffois ont fu
tirer e meilleur parti de cette Pèche . Cependant
depuis que les Irlandois s'en mêlent , l'importation
du Hareng Suédois , eft diminuée de
la moitié ; & l'Irlande a pu exporter de fes
barengs jufqu'à 24,200 tonneaux .
nufactures des foieries font auffi des progrès.
La ville de Dublin occupe 1500 ouvriers à
cette branche d'induftrie. L'importation de la
foie crue & filée venant d'Angleterre , a monté
jufqu'à préfent depuis 80 jufqu'à 10,000 liv.
pefant ; en 1783 , cette importation s'éleva juf
qu'a 114,798 livres pefant ; mais , malgré l'induftrie
nationale des Irlandois , ils ne peuvent
Sencore fabriquer fuffifamment de foierie pour
fe patler de celles d'Angleterre. Les Ma-
Les Manufactures
de coton deviennent très importantes
; elles occupent près de 30,000 individus ;
le chef lieu de ces Manuf dures eft la ville
de Profperous dans le Comté de Kildare .
Les Fabriques de fer font amélioréés dans ce
Royaume , néanmoins elles ne s'éleveront jamais
à l'état forifant des Fabriques Angloifes , parce
que les Irlandois n'ont pas les mêmes moyens de
( 149 )
les faire fleurir. En 1783 il a été importé en
Irlande 164,187 quintaux de fer brut , dont
83 ;489 de la Sued , & 61,943 de l'Angleterre.-
Les Verreries en Irlande font en bon état , &
elles envoient beaucoup de ma chandifes e
Amérique & en Portugal. L'Irlande ne fabrique
pas encore fufflamment de bas pour fa
pro re confommation. En 1783 ,
elle reçut de
l'Angleterre 23,744 pires de coton , 60,570
de fil , & 7.944 de laine.- On croit communément
que l'Irlande perd dans fon commerce
avec l'Angleterre , mais c'est une erreur ; au
contraire e le gagne fur l'Angleterre , une année
portant l'autre , de 4 à 800,00 liv. ft..
Voici la fource de cette erreur aux Douanes
d'Angleterre , les toiles Irlandoifes font évaluées.
beaucoup au - deffous de leur véritable valeur ;
l'aune, n'y étant portée qu'à la valeur de 8
pences , tandis qu'elle en vaut réellement
15 à 17. L'Irlan le achete de l'Angleterre
beaucoup de ma chandifes des Indes orientales.
Depuis 1781 , jufqu'en 1783 , elle en avoit fait
venir pour 1,056,050 liv . ít . Le feul Thé faifoit
un objet de 815,399 liv . f.- - L'Irlande
paye avec fon beurre prefque toutes les marchandifes
qu'elle reçoit de Portugal ; en 1782 ,
elle y en a envoyé 46,000 quintaux , & pour
37,000 liv ft . de marchandifes de lainerie. La
France reçoit de l'Irlande , une année portant
l'autre , entre ༡༠ à 80,000 tonneaux de viande
falée , & plus de 20,000 quintaux de beurre.
L'importation des eaux - de - vie , du papier , &c.
de France en Irlande , eft diminuée : en 1765 .
l'importation des eaux - de - vie de France monta
à 739 854 gallons , & feulement à 386,000 en
Le commerce de l'Irlande avec les
Etats du Nord eft à fon défavantage En 1783
1777 .
a
8 3
( 150 )
les befoins de ce royaume exigerent un fubfide de
1,098,184 I'v . ft.; les revenus montoient alors
à 1,329,880 lv. ft .; mais dans cette fomme eft.
comprise celle de 145,000 liv . de dettes arriérées
.. La dette nationale forme un objet de
2,131 , G25 liv . ft .
DE VIENNE , le 9 Août.
L'Empereur arriva le 17 Juillet à Hermanftadt,
& le lendemain il fe rendit au
camp affemblé près de cette ville , où il a
féjourné jufqu'au 21 .
Dans fa traverfée en Croatie , ce Monarque
s'est rendu à Zeng , par la nouvelle
route Jofephine , qui traverfe la haute montagne
de Capella , & longue de dix milles.
Ce grand chemin eft peut être le plus beau
qu'il y ait en Europe . A chaque mille fe
trouve placée une petite colonne de marbre
blanc , ornée d'un cadran folaire , & entourée
de tilleuls . Tous les deux milles on voit
une pyramide du même marbre , & auffi ornée
d'un cadran & entourée de tilleuls ; ces
pyramides fervent en même temps de fonzaines
qui fourniffent de la bonne eau ; dans
leur voifinage fe trouvent des baffins pour
a encore établi
fur cette route des cabarets de diftance en
diſtance.
abreuver les beftiaux . Ones
Un courrier de Pétersbourg a apporté le
20 Juillet des dépêches à l'Ambaſſadeur de
cette Cour , qui les a remifes fur le champ
( 151 )
Prince de Kaunitz . Ces dépêches ont été
envoiées auffi-tôt à l'Empereur par un courier
, qui a reçu l'ordre d'aller à Lemberg.
Par un billet de la main , S. M. I. a témoigné
au Magiftrat de cette Capitale
qu'elle verroit avec plaifir , qu'on engageât
les divers corps de métiers à recevoir en apprentiffage
les jeunes Juifs , afin de rendre
par ce moyen cette portion de fes fujers plus
utile à l'Etat. Ceux des Métiers qui fe con
formeront aux vues de S. M. recevront des
marques particulieres de fa fatisfaction .'
•
La conftitution de la Hongrie vient de
fubir de nouveaux changemens très -importans
. Divers petits Comitats ont été réunis
en un feul , & ces grands départemens feront
régis par des Commiffaires , foit vice-
Palatins. Voici de plus la fubftance d'une
Ordonnance plus générale , relative à l'Adminiftration
Provinciale de ce Royaume ,
qui fera dorénavant abfolument fubordonnée
à l'autorité fuprême.
1 ° . Les Congrégations générales & particulie
res des Comitats n'auront lieu que lorsque les
Etats auront à choifir les députés pour les diettes
& à rédiger les inftructions . 2º . Dans ces cas feulement
, les Comitats affemblés pourront fe fer
vir du formulaire nos univerfitas. 3 ° . Les Congrégations
étant abolies , les Etats ne nomme
ront plus à l'avenir les employés des Comitats.
Les deputés des diettes , que l'on tiendra plus fréquemment
, pourront porter des plaintes contre
ces employés , & recommander des fujets capables.
4. Les affaires de Juftice feront féparées
#
g 4
( 152 )
des affaires politiques ou d'adminiſtration , & les
Employés des Comitats ne pourront fe meler que
dé, dernieres . 5º . Les Vice - Palatins feront à la
nomination du Souverain ; Is feront fubordonnès
aux principaux Commiffaires royaux , en recevront
les inftructions , & feront exécuter les or ·
dres qui ku front adreffés. 6º . Les Vice Palatin
tiendront des journaux de toutes les affaires
qu ' is a ront exp : diées , & les enverront tous les
quinze jars à l'in pection des principaux Commiflaires
royaux . 7° . Les Vice - Palatins auront
chacun un Adjoint qui fera 1s fonctions de la
place en cas de maladie ou d'abſence des Vice-
Palatins . 8 ° . Le nombre des employés aux Comi
ta s fera confervé juſqu'à nouvel ordre . 9º . La
correfpon lance immédiate des villes libres &
royales avec le Gouvernement cellera , & elles
s'adrefferont à l'avenir aux Comitats pour les
affaires politiques , & à l'adminiſtration des domeines
fubor lonnés aux Commiffaires royaux ,
pour les affaires des Finances . 10 ° . La correfpon
da ce des Comitats avec a Chancellerie de Hongre
& de Tranfyivanie ceffera également , &
on ne pourra pas avoir recours au Trône au
nom des Comitats , mais il fera libre à chaque
Communauté . même à chaque particulier , de
recourir au Trône & d'y faire parvenir les griefs .
1. Les papiers relatis à la Juftice feront reti.és
des arch ves des Comitars , & envoyés au Tribunal
fupérieur de chaque diftri &t. 12° . Les Commiffaires
royaux auront le po voir de nommer
& de deftituer les Employés des Comitats.
DE FRANCFORT , le 16 Août.
Lord Darlymple , Eavoié de S. M. Bri-
•
( 153 )
tannique à la Cour de Berlin , eft arrivé à
Calel , où il eft chargé de remettre au Landgrave
regnant les marques de 1 Ordre de la
Jarretiere .
Les nouvelles améliorations que l'on exé-
Citera dans la Marche Electorale pour l'avantage
de l'agriculture , feront un objet de
tro s mill ons d'écus que le Roi de Pruffe a
déja allignés .
Le célébre Graveur Chodowicki à publie
une belle eftampe de la mort héroïque du
Duc Léopold de Brunswick . Elle s'eit vendue
un ducat ; mais l'Auteur en a diftribué le
profit entier aux malheureux qui ont fouffert
par l'inondation dans la quelle le Prince
a perdu la vie.
Le Prince Charles de Meklenborg Strelitz
ay nt deman lé & obtenu di Roid An
gletere la démiffion de fa place de Comman
lant de Hanovre , le Roi y a nommé le
Feld Maréchal Ba on de Rh den . S. M. a
en même temps con éré au Prnce Edouard
le Regimen vacant des Gardes Hanovériennes
à pied.
La PrinceTe Palatine de Birkenfeld eft
accouchée dan Prince à Landshut , le rer.
de ce mois . Certe Princeffe eft foeur d Duc
regnant des Deux Ponts. Si la ligne des
Deux Ponts veno t à s'éte n¹re , ce le de Birkenfell
eloit appe ée a la fucceffion de la
Man Palaine.
On vient de tirer d'un fouterrein , dans
g5
( 154 )
Je Couvent des Minimes de Cologne , un
Religieux qui y étoit enfermé depuis 24 ans.
On préfume que c'eft le même individu
dont le Nonce précédent avoit adouci le
fort , en ordonnant qu'il lui fût donné une
chambre & une nourriture faine , & que
l'on aura renvoié dans fon cachot après la
vifite du Nonce. Ce malheureux , dont le
crime étoit d'avoir quitté fans permiffion
plufieurs maiſons , & emporté avec lui quelqu'argent
, a été trouvé nud dans la cave ,
& attaché à la terre avec une chaîne de fer.
Le Prince nouveau né , Jofeph George-
Charles Frédéric de Hildbourghaufen , eft
mort le 30 Juillet.
On écrit de Vienne , que la Régie du tabac
s'est engagée à fournir 30,000 quintaux
de tabac de Hongrie qui feront tranfportés
à Marfeille ; elle paye le quintal , livré à
Peft, a raifon des flor.
Le Profeffeur Lomonoffofde Pétersbourg
écrit qu'en Ukraine , en faifant couler la
feve des bouleaux dans un creux , garni au
fond & aux côtés d'une espece d'argile
graffe , on fait prendre à cette feve la confiftance
& la couleur de l'ambre jaune , &
qu'enfuite on en fabrique toutes fortes de
vafes & de petites marchandifes .
ITALI E.
DE ROME , le
31 Juillet.
Un particulier d'Ariola , auprès de cette
( 155 )
Métropole , étoit fruitré depuis long - temps
de plufieurs biens-fonds confidérables dont
il avoit hérité de fes parens , & ufurpés par
un homme riche & accrédité de la même
ville . Après d'inutiles & d'itératives inftan - i
ces auprès du fpoliateur, pour en obtenir au
moins une exiſtence tolérable , la partie léfée
porta fa cauſe aux Tribunaux. Le procès
traîna en longueur pendant 20 années ,"
& le plaignant ayant diffipé en frais les dé- .
bris de fon patrimoine , fut réduit à fe faire.
palefrenier. Enfin le Tribunal de la Vicarie
remit cet infortuné en poffeffion de tous
fes biens. Il fe rendit auffi tôt avec un ami
à Ariola pour chaffer l'ufurpateur & faire
exécuter Sentence. Son adverfaire ayantappris
fa condamnation , faifit dans fa furear
un fufil qu'il trouva fous , fa main ,)
& d'un feul coup tenverfa morts les deux
amis . Effraié de fon crime, il fe rendit à
Rome, dans l'efpérance de n'y être pas re-,
connu ; mais une parente du défunt l'a fait
arrêter. Il eft actuellement dans les priſons
de la Vicarie.
Le vice de notre fyftême actuel des Finances ,
& les véxations arbitraires auxquelles il donne
lieu , ont excité plufieurs réclamations . Le
nouveau directeur des Douanes récemment
établies dans la Romagne , vient d'en fournie
un exemple . Peu verfé dans l'art difficile , de
lire & d'écrire , ce Maltotier croit fe faire pardonner
fon ignorance par un zèle particulier ,
& par un attachement inviolable aux intérêts
de fon Commettant . Derniérement il s'eft prés
8
6
fenté à fa barriere une charretée d'ais ( affi ) ;
ou bois fcié en plan hes Le Di ecteur eft a lé
fur le clamp confulter on registre d'impofitions
; il a feuillet avec ce foin qui caractrife
un homme jaloux de remplir fcrupuleufenient
ce qu'il regarde comme fon devoir.
Après quelques recherches , il est tombé ſur ces
mo's ( afa fetida , ) qu'il a pris pour affa
feliata a cray vor le tarif de ce qu'en
doit payer pour les ais ( affi ) , & a demandé
les douze pour cent dont eft cha gée
l'entrée de la ftila . Le propriétaire du bois
s'eft échauff ne pouvant concevoir qu'on
exigeât des droits fi confidérables pour des
planches. Convaincu de fon côté d'avoir bien
lû , le Directeur eſt demeuré intraitable , & a
décidé , pour mettre fin à la conteftation , ques
le bois eteroit en d pot à la Douane jufqu'à
ce qu'il le für aidé des lumieres de les Supérieurs
; un cas aufli compliqué exigent à ce
qu'il pré endot un voyage à Rome , d'où devoit
ém ner la d'ction fans appel. Cette anecdote
eft parfaitement certaine &
>
> ce qu'a dit un illuftre Adminiſtratey, fiée par
des
prifes de tout genre qui doivent échaper aux Di-
Lecteurs des Douanus compliquées .
L'Archevêque de Milan a déclaré , fe'on
Pin en ion de S. M. I. , qu'à l'avenir per
lonne ne fero t admis dans la lombardie.
à prendre les ordres , fans avor anna avant
étudié quatre ans la Théologie dans l'Uni-.
verfité de Pavie , & y avoir remporté quetque
rix . En outre es fujers de ront oafferà
Milan une autre année , au bout de laquelle
Ils recevront les ordres , à titre de bénéfice.
(157 )
DE LIVOURNE , le 28 Juillet.
Nous apprenons d'Alger la capture du
bâtiment le Griffon , parti d'ici pour Barcelonne
, fous pavilon Malthois. Ce navire
naviguot fur fon eft , ayant à bord 40 matelos
, dont les deux tiers font nos com atriotes.
Le Corfaire Algérien les a mis dans
les ars, après leur avoir fait effuyer les ou
trages les plus infignes , & les avoir mis abfolument
nuds. Iis partagent ce fort affreux
avec d'autres malheureux de toutes les nations
; car les Barbarelques ont pris depuis
peu un navire Allemand , un Ruffe , un Géneis
, plusieurs Napolrains & un Américain,
portant le pavillon des Etats - Unis .
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 15 Août.
t
Il le tint le 9 un Confeil extraordinaire aut
Burea du Marquis de Carmarthen , auquel
aflifterent ce Miniftre , je Lord Chancelier
M. Pitt Lord Sydney, l'Archevêque de Canto
bery , le Solliciteur & le Procureur Gé
néral , & c. , pour examiner définitivement
l'affa re de Marguerite Nicholfon , & en taire,
le apport à S. M. M. Fisk , propriétaire de la
maifon où eme roit cette femme , Anne
Southey , qui occupoit un logement yoitin ,
furent interrogés. Its répondirent uniformé
( 158 )
ment que cette femme leur avoit paru d'un
efprit tranquille, excepté que de tems en tems
elle parloit toute feule. Piufieurs autres témoins
furent examinés , particuliérement M.
Watfon , Chapelain dans Bond Street , &
leurs dépofitions furent à peu près les mêmes.
Les Docteurs Munro , pere & fils , qui avoient)
obfervé plufieurs jours l'état de cette malheureufe,
le Meffager d'Etat Coates , fa femme
, & une garde donnée à Miftriff Nicholfon',
confirmerent tous la démence de cette
femme. En conféquence , il fut réfolu , avec
l'agrément du Roi , de la renfermer à l'Hôpital
de Bethleem ( Bedlam ) .
Le Meffager d'Etat , Coates , la conduifit
donc le jour même à cet Hôpital des Fous
accompagnée de la Dame Coates , d'une autre
femme & d'une garde. Le con lucteur ayant dit
à fa prifonniere qu'ils alloient en partie de
plaifir , & qu'il croyoit qu'elle ne défaprou
veroit pas qu'il l'accompagnât : elle répondit
qu'elle y confentoit de tout fon coeur , & pendant
le chemin parut être de fort bonne humeur
arrivée aux murs de Bed am , on lui
demanda fi elle favoit où elle étoit ; oui , répondit
elle , je le fais parfaitement bien ? L'Econome
de l'hôpital la fit dîner avec lui , &
pendant tout le tems du dîner elle parut dans
fon bon lens , mais quand on lui nomma le
Roi , elle dt qu'elle espéroit de recevoir bientôt
Ja vifite. Quand on lui demanda enfuite,fi elle.
fe fournettroit volontiers aux réglemens établis
dans cette maiſon : elle répondit , très certaine
ment , à la perfonne qui l'interrogenit. Le St.
Coates lui ayant dit que fi elle le defroit , on
( 159 )
lui donneroit du papier , des plumes & de
l'encre , elle parut ne pas faire attention à
cette offre. A fix heures elle fut conduite dans
fa chambre , & on l'enchaîna par une jambe
à un anneau fixé à fon plancher , avec une
chaîne légère , affez longue pour qu'elle puiffe
aller dans tous les endroits de la chambre ;
pendant qu'on l'enchaînoit , elle ne témoigna
aucun figne de doul ur. On lui demanda
fi la chaîne ne la bleffoit point ; elle répondit
que non , avec tranquillité.
Le Sr. Coates prit alors congé d'elle ; mais
elle le rappela , en lui difant , qu'il lui avait
promis du papier , des plumes , & de l'encre , &
qu'elle le prioit de lui en envoyer , ayant à
Ecrire plufieurs lettres . On lui en apporta dans
l'inftant , mais le Sr. Coates ayant attendu
pendant plus d'un heure , elle n'écrivit pas , &
il fe retira.
Comme les loix ne prononcent rien fur le
régicide commis par une perfonne en démence,
& que celle ci ne peut être renferméet
qu'autant de temps qu'elle a l'efprit aliéné ,
l'autorité feule du Légiflateur pourra éternifer
la captivité de Marguerite Nicholson , &.
dans la prochaine Seffion , le Parlement rendra
un Acte qui légalifera cette détention .
L'origine de la folie de cette infortunée a
augmenté la pitié qu'elle infpire. Très - rétervée
& de meurs fages , elle avoit déplu par
' ces qua'ités mêmes aux autres domeftiques
dune maison , dans laquelle elle fervoit , il y
a quelques années. On la railloit fur fa pruderie
, & malheureufement , la découverte de
fon inclination pour le valet- de - chambre de
fon maître , fembla juftifier ces railleries : on
( 160 )
les épia , on les furprit , & ils furent congé
dies. Ils pafferent enfemble à un autre fervice;
leur liaifon fe foutint que que temps ; mais
l'amant donna le premier l'exemple de l'infidélité.
Il fe maria avec une femme dans l'aifance
, & abandonna la pauvre Nicholſon ,
qui , naturellement tendre & mélancolique ,
ne put fupporter cet événement. Sa aifon en
fut auffi affectée que fon coeur , & de ce mo
ment , elle donna des fignes d'aliénation .
Le Roi a reçu les témoignages les plus ,
touchans de l'affection publique. Une foule
de Seigneurs & de Particuliers font revenus
de la campagne pour affifter au lever. Un
peuple immenfe s'eft porté au Palais St. - James
pour y voir S. M. , & tous les Partis fe
font réunis dans cet empreflement. Le 11
S. M. reçut en perfonne l'Adreffe du Corps-
Municipal , ayant le Lord Maire à fa tête , &
celle du Bourg de Southwarck. Laville de Southampton
a déja imité cet exemple , qui fera
fuivi par la plupart des villes du Royaume.
M. Adams , Miniftre Plénipotentiaire des
Etats-Unis auprès de notre Cour , n'eft point
allé à Madrid , mais à la Haye , où il doit
trouver, dit on , les Commilaires de la Cour
de Berlin, chargés d'échange le Traité définitif
de commerce entre S. M. Pruffienne &
les Etats - Unis .
Peu avant fon départ , ce Miniftre , à ce que
fent ou qu'inventent quelques uns de nos papiers ,
fe rendir chez le Sécrétaire d'Etat , pour lui
faire favoir que le Congrés voyoit avec beau(
161 )
coup de peine , que les Forts fitués dans les par
ties extérieures du Canada , ne fuient point
rendus conformément aux conditions du Traité ,
& que fi ces conditions n'etoient pas remp ies
dans os leurs points , le Congrés toit déterminé
à ufer de repréfall es à l'égard du Commerce
Anglois en Amérique & aux Ifles.
%
Le bruit s'eft répandu qu'un jeune Offcier
de la Marine , de la plus haute naulance ,
dans n accès de colere contre le cuifin er
do vaiffeau à bord duquel il fervoir , a eu
le malheur de lui donner un coup d'e ée. Il
a été mis aux arrêts fur le champ. On ne
fait po nt encore fi le cuifinier eft mort de
fa beture. La conduite précédene de ce
jeune Officier, & les preuves authentiques
de talens & de bravoure q ' il a données
l'ont rendu fi cher au corps de la Marine &
à toute la Nation , qu'il n'eft perfonne en
Angleterre , qui ne faffe des voeux pour que
ce rapport foit totalement faux , ou du
moins exagéré.
Le Dutton , vaiffeau de la Compagnie des
Indes , eft arrivé fauf à la hauteur de Portland
; il étoit parti du Bengale le 17 Février ,
& a ramené un affez grand nombre de Paffagers
. Chemin fa fant , il a rencontré le Tyger
qui revenoit de la pêche de la baleine , dans
la Mer du Sud.
On arme actuellement à Deptford on vaiffeau
qui doit faire le tour du Monde. Il appartient
à deux Particulies , dont l'on era ,
dit -on , lui même ce voyage. Ce bâtiment ,
( 162 )
eft du port de 500 tonneaux , & n'aura que
40 hommes d'équipage , avec des provifions
pour 4 ans . Il relâchera d'abord à l'Amérique
Méridionale & fe rendra de -là à la Chine &
au Japon. Enfuite , il ira chercher des pelleteries
dans les parages que le Capitaine Cook
a vifités vers le détroit de Behring , pour les
échanger au Japon . Les Armateurs fondent
de grandes efpérances fur cette expédition ,
faite avec le plus grand foin & avec l'équipa
ge le mieux choifi .
La découverte , célébrée dans toutes les
Gazettes , d'un nouvau procédé trouvé par
un Américain , pour extraire de l'eau douce
excellente de l'eau de mer , paffe aujourd'hui
pour une impofture. Des expériences récen-
Les ont prouvé , à ce qu'on affure , que cette
prétendue invention n'eft qu'un fecret d'émpirique.
Jofeph Mitchell eft mort le 4 de ce mois à
Kentish-Town , âgé de 100 ans révolus .
Nous avons parlé à plufieurs reprifes de
M. Howard , dont les vertus , les facrifices ,
l'héroïsme ont mérité de la part des Anglois
une ſtatue , à l'érection de laquelle le genre
humain entier devroit concourir. Le dévouement
à jamais immortel du Duc Léopold de
Brunfwick , eft peut être moins étonnant ,
plus rare , & fur tout moins utile que celui
de M. Howard. Les citoyens qui fe font réunis
pour lui dreffer une ftatue , dont on ornera
l'une des places publiques de Londres
viennent de publier l'avis fuivant.
( 163 )
STATUE A ÉLEVER A M. HOWARD.
Plufieurs perfonnes , pénétrées d'une admiration
fincere pour M. Howard , l'Ami du genre
humain , le Citoyen du monde , craignant que no
tre fiecle ne néglige de s'acquitter de la reconnoiffance
qu'il lui doit pour fa Philantropie fublime
, & ne laffe à la poftérité le foin de lui
rendre un hommage trop tardif , annoncent
qu'elles vont lui ériger une Statue . Quoique M.
Howard n'attende pas fa récompenfe des hommes
, ils fe doivent à eux mêmes d'être juftes envers
la vertu , d'en perpétuer la mémoire par un
monument , & de rendre à l'homme qui honore
le plus le nom d'homme les plus grands honneurs.
Ceux qui connoiffent fa moleftie , craindroient
avec raison qu'elle ne s'oppofât à des diftinctions
dont les refus même prouveroient qu'il eft digne.
M. Howard eft abfent : ſemblable à une Divinité
fecourable qui parcourt la terre pour y repandre
fes bienfaits , il eft paffé en Turquie dans
l'intention & avec l'espérance d'arrêter les ravages
de la pefte. Si l'envie ofoit demander quels
font fes titres à cette Statue , on lui répéteroit
avec quel courage infatigable M. Howard a déjà
parcouru un grand nombre de contrées , en fai-
Tant par- tout du bien ; comme il a confacré une
grande partie de fa vie & de fa fortune à faire des
vifites multipliées dans la plupart de ces naifons
de mifere & d'infection , les prifons de l'Europe ;
& combien de malheureux habitans de ces affreux
féjours, affaiflés fous le poids de leurs maux , n'ont
pu le voir fans le bénir , pour avoir écarté au
moins quelques- unes des horreurs dont ils étoient
entourés ; pour avoir foulagé, quelques - unes des
angoiffes qui les déchiroient dans les fers .
( 164 )
9
En conféquence , les perfonnes qui , fentant
comme hommes , comme Chrétiens , comme
Bretons , combien M. Howard fait d'honneur à
leur nature , à leur religion & à leur patries
voudront profiter de fon apfence pour témoigner
, fans bleffer, fa modeſtie tous les fentimes
dont ils font pénétrés , en co tribuant en
quelque chofé à l'érection d'en monument qui
ferve à prouver la reconnoiffance publique , &
à encourager les hommes à une vertu auffi fublime
, font invitées par le Comité des Soufcripteurs
à envoyer leur contribution avant la
fin de Sprembre , a MM. R. & F. Golling
Banquiers, dans Fleet- ft eet ; au Docteur Lettſom,
dans le Bafingh li- ftree ; ou à M. Nichols , Imprimeur
, paffage du Lion- rouge , dans Fleet-
Atreet , & c. &c.
On a imprimé la lifte des premiers foufcripteurs
; plus de 300 liv . fterl. font déja
livrees. Divers Particuliers ont foufcrit pour
dix guiné s . Raprellons à cette occafion
l'extrait d'on difcours que prononça M.
Burke à l'Hôtel de Ville de Brifto . en 1780.
Je ne puis nommer ce Gentilhomme ( M.
Howard ) fans faire remarquer que les travaux
& fes écrits ont beaucoup contribué à ouvrir les
yeux & les coeurs des hommes les plus durs . Il a
vifié tute l'Europe , non pour admirer la fomptuofi
é des Palais & la majefté des temples ; non
pour mefurer forupuleufement les debris de la
granteur des anciens ; non pour tracer la carte
des curiofits dues a l'art des mo ' ernes ; non pour
former une collection de in dailles , ou pour comparer-
& co lationner des manufcrits , mais pour
defcendre dans la profon ieur des cachots , pour
( 165 )
s'envelopper de la vapeur infecte des hôpitaux ;
pour examiner le féjour de la douleur & de la
peine ; pour prendre les dimenfions de la mifere ,
de l'abbaiffement & du mépris ; pour faire fonger
à des êtres oubliés , pour s'occuper de ceux qu'on
négligeeit ; pour visiter les délaiffés & pour confronter
, fi j'ofe m'exprimer ainsi , les détrelles
de tous les hommes dans toutes les contrées . Son
plan eft original , & auffi plein de génie que d'humanité.
C'est un voyage de découverte qu'il a
entrepris , un tour du monde infpiré par la charité.
Il n'eft point de pays qui n'ait déjà fenti les
effets bienfaifans de fes travaux : j'efpere qu'il
anticipera fur la récompenfe finale qui do t lui
en revenir , par le bonheur de voir fon plan entiérement
réalisé pour l'avantage de fa patrie .
Nous avons rapporté avec foin les différens
actes du Gouvernement , relatifs aux
pêcheries d'Ecoffe , les travaux de divers
Particuliers pour remplir ces vues falutaires ,
& lémulation des Seigneurs Ecoffois à y
concourir. Ce concert de mefures a deja eu ,
& aura par la fuite de grands effets. Aucun
peuple n'étoit plus digne de cette attention
que les habitans des côtes occidentales de l'Ecoffe
& des ifles Hebrides : ils réunifient toutes
les vertus , patience , courage à l'épreuve
de mille dangers , habitude aux atigues de
tout genre , fidélité , probité , hoſpitalite au
milieu de la mifere , telle qu'on la chercheroit
bien vainement dans nos faftrenfes capitales
. Ce tableau n'eft ni tomanefque ni
exagéré. En preuve de fa fidéliré , nous invitons
nos lecteurs à lire le paffage fuivant ,
( 166 )
tiré d'un ouvrage nouveau , très patriotique
, fur l'état préfent des Hébrides , par le
Do&eur Anderſon.
Ces Montagnards , dit-il , et les habitans des
Ines Wefternes, font aujourd'hui auffi bien civilisés
quant aux moeurs , et auffi subordonnés aux loix
que quelqu'autre peuple que ce foit ; mulle part
la propriété n'est plus en sûreté , & les violences
contre les loix plus rares qu'aux Hébrides.
Un feul Officier de paix, fans fuite, fans armes,
peut exécuter fans difficultés & fans danger pour
lui-même , quelque commiffion qu'exigent les
fonctions de fon Miniftere. Un Etranger peut
parcourir ce pays & aller où bon lui femble
avec une fécurité entiere , & s'il fe conduit avec
politeffe et décence , non -feulement il ne fera
pas infulté , mais où qu'il aille , il y trouvera
une hofpitalité abfolument gratuite.
Il arrive quelquefois des naufrages fur ces
côtes inconnues : non - feulement on fauve les
Matelots quand cela n'eft pas abſolument impoffible
, & on leur donne tous les feceurs dont
ils peuvent avoir befoin; mais on conferve leur
propriété avec un foin qui fait honneur à la
probité des Naturels de ces Ifles. J'ai eu occafion
d'apprendre plusieurs traits de ce genre.
je demanderai la permiffion d'en citer quelquesuns
, propres à confirmer la bonne opinion que
j'ai donnée du carattere de ces peuples .
>
Durant la derniere guerre , un vaisseau de
Liverpool qui avoit été très- endommagé à la
mer , entra dans le Havre de Loch Tarbat , dans
I'lle d'Harris ; le Capitaine ne jugeant pas sûr
de le remettre en mer fans y avoir fait des
réparations confidérables , pour lesquelles il né
( 167 )
trouvoit pas de fecours fuffifans dans l'endroit ,
fe trouva forcé d'abandonner le vaiffeau & fa
cargaifon , & d'aller à Liverpool prendre des
inftructions des Armateurs. Tous les gens de
l'équipage le fuivirent, à l'exception d'un feul ,
qu'il parvint à faire refter dans le navire pour
veiller fur la cargaifon . Le vaiffeau fut aiffé
près de deux ans dans cet endroit fous la garde
d'un feul homme , fans qu'on en enlevât la
moindre chofe , ou de force , ou clandeftinement.
Pendant le dernier hyver de 1784 à 85 , un
Vailleau Danois toucha un rocher à l'oueft d'Icolmkile;
l'équipage , qui ne connoifloit point du
tout ces côtes , craignant de couler bas , mit le
canot à la mer & tâcha de gagner l'Ile , abandonnant
le Vaiffeau , voiles dehors , & au
courant : quelques - uns des Naturels voyant ce
Vaiffeau marcher au hafard , & fans avoir l'air
d'être conduit , fe rendent à bord , & n'y trouvant
perfonne , prennent poffeffion de ce Navire abandonné
, qu'ils conduisent à Loch Sheridan , dans
l'Ifle de Mull. Les Matelots réclament leur Vaiffeau
, ramené fi heureusement , on les en remet
en poffeffion fans hésiter , fans conteftation ; ils
ne paient ni Salvage , ni droit de rachat , & ils
en font quittes pour quelques fchellings , à partager
entre les Infulaires qui ont réuffi à le fauver
. Le Vaiffeau fut confié avec la cargaison à un
Fermier dans le voisinage du port cet honnête
homme fe chargea pour une bagatelle , d'affurer
toute la cargaifon aux proprié aires qui la reçurent
plufieurs mois après, à leur réquifition , entiérement
complerte & dans le meilleur état. Un
autre Vaiffeau échoua à - peu - près dans le même
tems fur l'Ile deMull . L'hofpitalier , Mr. M'Lean,
( 168 )
Chef & [ Laird ] Seigneur de cette Ifle , fauva
& garantit de mémne la cargaiſon de ce Navire ,
fans exiger aucun argent des propriétaires .
A- peu- près à la même époque , deux grands
Vailleaux Américains atlant à Cyde , toucherent
à l'Ifle d'Ilay ; un de ces bâtimens avoit à bord
dix mille livres fterl . en espéces ; comme c'étoit
uniquement la maladie & la foiblefie de
l'équipage , qui empechoit qu'ils ne continuaflent
leur route , car le tems n'étoit point orageux ,
on en retira les effets qu'on plaça du mieux qu'on
put fur le rivage : les vaiffeaux furent mis à l'abri
, & quand on raffembla les différens articles
qui formosent les deux cargaisons, il ne manquoit
qu'un baril de goudron qui avoit probablement
gliffé de deffus le pont , & s'étoit perdu par la
négligence de l'équipage. Je ne puis me refufer
au plaifir de citer encore une preuve de l'honnêteté
des habitans des Hébrides ; elle a d'ailleurs
quelque chofe de fingulier.
Il y a quelques années qu'un Navire venant
d'Irlande échoua près les côtes d-Ilay . La charge
de ce vaiffeau confiftoit en filaffe de lin : le tems
étant venu à s'appifer , on retira la cargaison ;
mais comme elle étoit toute trempée d'eau de
la mer , il fallut la bien laver dans l'eau douce,
pour en enlever le fel . On fit certe opération dans
une riviere voifine , & on étendit en uité la fi affe
pour la faire fécher fur la pente d'une colline de
fable , elle y refta plufieurs jours on empleya
pendant quelques femaines à cet ouvrage plufieurs
centaines de perfonnes , dont p s une ne poffedoit
de filafle de in : c'étoit en quelque forte un
magafin à manufacture , pour les besoins de 1 Iffe
qui en manque.
La tentation de s'en emparer devoit être trèsvive
, & en pareille circonftance il auroit été difficile
( 169 )
ficile de découvrir les auteurs du vol : cependant,
quand on eut raffemblé le tout , il ne manqua ,
au grand étonnement des interreffés , que quelques
écheveaux de lin , cinq à fix environ , &
qui pouvoient valoir deux ou trois fchelings ;
quant à l'argent on n'y avoit pas touché .
Je me complais à rapporter ces traits de probité
, d'emprellement à rendre fervice de la maniere
la plus amicale , qui honorent un peuple
auffi eftimable qu'il eft pauvre . Les Naturels de
ces Ifles & de la côte d'Ecoffe , fe piquant de con
ferver fans tache leur réputation à cet égard ,
je cro qu'il feroit injufte & cruel de ne pas leur
accorder toute la confiance qu'ils méritent. Je ne
prétends pas cependant que chaque individu de
ces côtes , foit abfolument inébranlable à toute
tentation ; je me crois feulement bien fondé à
affurer qu'il n'eft aucune partie du monde , où un
homme qui a le malheur de faire naufrage
puiffe rencontrer plus de fecours , & les obtenir à
auffi peu de frais.
Les Américains , & particulierement les
habitans de l'Etat de Matfachuffett voient
avec une espece de jalcufie l'établiſſement
d'une Compagnie qui s'eft formée à Halifax
pour la pê he de la baleine. Les fonds
de cette Compagnie , qui doivent être de
60,000 liv . fteri . , font prefqu'entierement
remplis . On a déja commencé les magafins
, & l'efprit d'entreprife eft généralement
répandu dans cette ville.
On mande d'Irlande que les Pêcheries ,
établies fur la côte nord - ouest du Comté de
Donégai , prennent toujours plus de confiflance ."
Le très- honorable Guillaume Conyngham , fur
No. 34 , 26 Août 1786.
h
( 170 )
les terres de qui la plus grande partie de
cette côte eft fituée , a fail cette occafion de
donner à fon pays une nouvelle marque du
patriotifme éclairé qui l'anime . Il offrit , en
1784, au Gouvernement d'employer une fomme
de 20,000 livres sterling ( ou 200, coo florins
-de Hollande ) en établiffements néceffaires
pour la pêche fi la nation vouloit en confacrer
une pareille. Cette offre devint l'objet
d'un Bi 1 , par lequel le Parlement d'Irlande mit ,
en 1785 , la fomme demandée à la difpofition
d'un comité chargé de pourvoir aux établiſſemens
en queſtion . Ces deux fommes , qui forment
un capital de 400 mille florins de Hollande
s'emploient avec une intelligence & une
libéralité fans exemple à cet objet fi intéreſfant
pour ce pays. Des quais ont été conftruits
fur les bords de l'Atlantique , au lieu nommé
les Roffes , dans le centre de la pêche. Une
ville appellée Rutland s'y bâtit en l'honneur
du Vice - Roi qui a honoré cette entrepriſe de
la protection la plus fpéciale ; les chemins qui
y rendent font dans le meilleur ordre ; près
de 100 familles de marchands & d'artiſans de
tout genre s'y font déjà établies. Tous les magafins
néceffaires à la conftruction des navires ,
a la pêche & à la falaifon & préparation de
poiffon font achevés & en activité ; quelques
bâtimens fons prêts à être lancés . A la der
niere campagne d'hiver on y comptoit plus de
zoo Bâtimens à voile , Irlandois , Anglois ,
Koffois , & des Iles de Man & de Guernesey ,
erre plus de mille chaloupes : actuellement
chicore, une multitude rentre tous les jours
rade,chargées des plus belles morues & des
leurs harengs, Un négociant Hollandois ,
sau fait de la pêche , s'étant rendu fur les
de
( ( 171 )
lieux pour juger par lui même des avantages
qu'elle promet , dit n'ayoir jamais rien vu de
pareil à ce qu ' ffre cette côte d'environ 30 a
40 milles d'étendue. Les poiffons y font d'une
telle abondance qu'une flo:te entiere pourroit
s'en charger chaque jour des 1 Janvier au dernier
de Décembre fans les épuifer : quant à
leur groffeur & qualité ils furpaffent tous ceux
qu'il a vus en Hollande ; ils font pour ainfi
dire fous la main & l'on peut les prendre fans
s'éloigner de plus d'un mille des côtes. Des
circonstances heureuſes , jointes aux encou
ragemens qu'il a reçus de M. Conyngham
qui , tant par lui que par les amis , lui a
fait un fonds de 1000c livres sterling , ont
engagé ce négociant à fe fixer dans ce pays ,
où
>
il va entreprendre la pêche à la maniere
Hollandoife , fur un plan vafte qui promet les
plus grands fuccès. Tous les étrangers qui
peuvent être utiles font reçus ; on leur donne
des terres fous , la plus modique redevance : on
leur double même tous les capitaux qu'ils apportent
& qu'ils emploient à bâtir des maifons
ou à quelque art ou commerce utile .
La vente des thés a commencé le 25 Juillet.
Elle produira plus de 500,000 l. ft . dans le
cours de deux mois. La moitié de cette fomme
fera employée immédiatement par la
Compagnie à acheter les thés qui lui manquent.
Il existe encore aujourd'hui dans la Jurifprudence
criminelle de l'Angleterre une forme
finguliere , qui s'eft confervée depuis
plufieurs fiecles. Lorfque quelqu'un eft accufé
, avant de commencer fon procès , on
h2
1
( 172 )
lui demande comment il veut être jugé. On
voit clairement que cette formule a pris fon
origine dans les temps où l'on pouvoit être
jugé par le combat judiciaire, par les épreuves
ou par fes pairs. Mais aujourd'hui , il n'eft
qu'une maniere de l'être , & tous les citoyens
doivent defirer qu'elle ne foit jamais
abolie.
Le caractere moral de Tippoo- Saïb offroit des
fingularités & des contraſtes frappans : voici le
portrait qu'on en a tracé. Il étoit efclave des
plaifirs , quoiqu'attaché aux affaires par inclination
; fuperftitieux , quoique fans religion ; tan êt
affable , généreux & bienfaisant , tantôt orgueilleux
, cruel & morole . Ses cruautés étoient toutes
le fruit de fon emportement , & fes bonnes
actions l'effet du caprice d'un moment. Il étoit
orgueilleux fans dignité , généreux fans bienfai
fance , compâtiffant fans être fenfible .
Ce portrait , à la maniere des Hiftoriens modernes
, eft abfolument de fantaifie ; Tippoo-
Saib n'étoit guere cependant un fujet d'antithefes.
Le Docteur Swift voyageant à pied en Angleterre
, arriva un foir à une Ville de Marché
où il réfolut de paffer la nuit. Toutes les Auberges
étoient remplies d'Etrangers , parce qu'il y
avoit eu le veille une Foire dans la Ville. Swift
ne put trouver qu'avec peine une malheureuſe
Gargotte , où il fut obligé faute de lit , de confentir
à coucher avec un Fermier arrivé avant -
lui . Quoique défolé de ce contre temps , il n'en
témoigna rien . A peine couchés , le bon Fermier
ennuyé de ne pas dormir , entama la converfation.
Il apprit à fon camarade qu'il avoit
3
( 173 )
3
сс
5,
eu le bonheur de faire à la foire plufieurs excel
lens marchés . « Quant à moi » , dit Swift
je ne fuis pas fi heureux que vous , je n'en ai
» accroché que fept depuis l'ouverture des Affizes
». « Comment accrochés » , dit le Fermier
? « Quel est donc votre métier ? Ma foi
répondi: Swift , « ç'en eft un par fois affez bon ;
je fuis le Bourreau de la Comté » . « Eft- il
poffible ? Vous le Bourreau ! s'écria le Fermier
effrayé ». Oui , répondit Swift , « Et je
» compte en pendre encore neuf famedi prochain
à Tyburn , dont un fera écartelé » ,
Le Fermier fans en écouter davantage , fe précipita
hors du lit , enfonça la porte , fe jetta en
bas de l'efcalier dans l'obfcurité , & réveilla toute
la maifon. L'Hôte accouru , lui demanda ce qu'il
avoit. « Ce que j'ai , dit- il , par tous les diables ,
vous êtes un coquin , vous m'avez mis cou
» cher avec le Bourreau , & je viens feulement
de m'en appercevoir ; eft- ce ainfi qu'on traite
d'honnêtes gens ? Ouvrez- moi la porte à l'inf
tant que je me fauve de cette maifon maudite
». L'Hôte croyant cet homme fou ,
mit à la porte tout nud , tandis que Swift refle
tranquillement dans fon lit , & jouit du fruit de
fa fupercherie.
сс
ETATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE.
le
Voici l'extrait que nous avons promis de
l'ouvrage de M. Payne contre l'établiffement
du Papier - Monnoie. Il faur obferver
que les argumens irréfutables de l'Ecrivain
ne regardent ni ne peuvent regarder les
Billers de Banque reçus comme monnoie
dans quelques Etats de l'Europe , puifque
h3
( 174 )
La Banque qui les délivre ne doit être con
fidérée que comme un particulier qui fait
des billets exigibles , & dont la valeur doit
être comptée au créancier , à l'inſtant de la
préfentation , s'il le requiert. Le Papier-
Monnoie créé par les Américains et de toute
autre nature ; & ce n'eft pas une choſe indifférente
à remarquer , que , l'Ecrit de M.
Payne dont chaque ligne porte évidence ,
non feulement n'ait produit aucun bien ;
mais ait encore animé contre lui la Pluralité
qui a déterminé l'établiffement de ce Papier.
... Je me rappelle une espece de fentence
d'un Fermier Allemand , qui renferme entrèspeu
de mots tout ce qu'on peut dire fur le
papier-monnoie : l'argent eft de l'argent , &
le papier du papier. Toutes les inventions de
P'homme ne peuvent rien changer à cela ; il
faut que l'Alchimiste abandonne fon laboratoire
& renonce pour jamais à la recherche de la
pierre philofophale , s'il eft poffible de métamor
phofer le papier en or & en argent ', ou de l'appliquer
aux mêmes uſages dans tous les cas .
Le papier , confidéré comme matière propre
à faire de l'argent , n'a aucunes des qualités requifes
pour cet objet ; il eft trop abondant , &
puifqu'on
le procurer par- tout , & prefque pour rien .
d'une acquifition trop facile , peut le
Le feul ufage convenable qu'on puiffe faire
du papier pour tenir lieu d'argent , eft d'y écrire
des billets & des obligations de paiement en efpeces.
Un papier ainfi écrit & figné , vaut la
Tomme pour laquelle il eft donné , fi celui qui
le donne eft en état de la payer ; parce que dans
ce cas , la loi l'y obligera ; mais fi celui qui l'a
( 175 )
foufcrit eft infolvable , fon papier ne vaut pas
mieux que lui en conféquence , la valeur d'un ::
tel effet n'exifte point dans la matiere , puifqu'il
n'eft que du papier & une promeffe ,
mais dans la perfonne obligée de la racheter
avec de l'or ou de l'argent.
Le papier circulant de cette maniere & pour
cet objet , arrive fans ceffe à la place & à la
perfonne où & de laquelle l'argent doit être
tiré ; & revenant enfin à fa fource , il ouvre là
caiffe de fon maître , & paie le porteur.
Mais lorsqu'un Etat entreprend de faire une
émiffion de papier comme argent , il renverle de
font en comble l'édifice de la sûreté publique,
& la propriété n'eft plus qu'un vain nom , puif .
que le propriétaire n'en conferve plus aucun
gage certain. Il y a une grande différence entre
des papiers donnés & pris de particulier à particulier
comme promeffe de paiement , & des pa
piers mis en circulation par un Etat comme argent:
cette derniere opération reffemble beaucoup
à ces fantômes qu'enfinte la fuperftition & la
crédulité ; de loin c'eft quelque chofe , & de
près ce n'eft rien .
Quant au bel axiôme qu'un peuple vertueux
n'a befoin ni d'or ni d'argent , c'eft le propos
d'un hypocrite ou d'un romancier ; l'expérience
n'en a que trop démontré la fauffeté . Quelque
penchant que puiffent avoir les belles ames à voir
les chofes fous ce point de vue , il n'en eft pas
moins certain que les fripons ont toujours tenu
ce langage.
•
On a prétendu juftifier l'émiffion du Papier-
Monnoie en difant qu'elle étoit néceffitée par
la rareté de l'or & de l'argent ; mais cette difette ,
bien loin d'autorifer une telle mefure , dévoit
au contraire la profcrire.
h4
( 176 )
L'or & l'argent n'étant pas des productions de
l'Amérique feptentrionale , font par cette raifon
même des articles d'importation ; & l'établiffement
d'une Manufacture de Papier - Monnoie ou
argent ne peut fervir : s'il fert à quelque chofe
c'eft à repouffer l'importation des efpeces, ou à les
faire reffortir de l'Etat auffi promptement qu'elles
y feront entrées. On voit par-là que cette méthode
ne tend qu'à nous dépouiller progreffivement
de tout l'or & l'argent monnoié qui eft entre
nos mains , & par conféquent à empirer de
plus en plus le mal au lieu de le guérir..
Quant au droit que peut s'arroger quelque
Etat de donner au papier- monnoie , ou de toute
autre dénomination quelconque , une obligation
légale , foit en d'autres termes une force coactive
de paiement , c'eft une entrepriſe des plus
audacieufes du pouvoir arbitraire . Un tel droit
ne peut exifter dans un Gouvernement républicain
. Une autorité de cette nature détruit toute
liberté de propriété , de fureté ; tout Comité qui
fe chargera de faire un rapport tendant à cette
fin ; tout Député qui en fera ou fecondera la
motion , mérite qu'on lui falle fon procès , &
doit tôt ou tard s'y attendre.
De toutes les différentes fortes de mennoles
de bas aloi , le papier- monnoie eft fans contredit
la derniere & la plus vile , Parmi toutes
celles qui peuvent remplacer l'or & l'argent ,
il n'en eft point qui ait une moindre valeur intrinfeque.
Celle d'un clou ou d'un morceau de
fer quelconque lui eft infiniment fupérieure , &
ces objets feroient infiniment plus fufceptibles
que le papier de la force coactive qu'on prétend
donner à ce dernier.
Si quelque chofe avoit ou pouvoit avoir une
valeur égale à l'or & à l'argent , on n'auroit pas
( 177 )
befoin de loi coactive pour lui donner cours
& par conféquent toutes ces loix coactives font
tyranniques & injuftes , puifqu'elles n'ont pour
but que la fraude & l'oppreffion .
Les avocats de ces loix font pour la plupart
des débiteurs infolvables ou de mauvaife foi ,
qui veulent profiter pour être ainfi débarraffés
de leurs obligations , & voler impunément leurs
créanciers . Mais comme aucune loi ne peut autorifer
une action illégitime , le meilleur parti
à prendre dans le cas ou des loix auffi extravagantes
auroient la fanétion de quelques affemblées
, feroit d'inftruire le procès de ceux qui
auroient fait ou appuyé fa propofition , & de les
punir de mort , en mettant le débiteur & le créan
cier dans la même fituation où ils étoient refpectivement
avant l'enregiftrement d'une loi contraire
à tous les principes de l'équité naturelle
& civile . Il n'eft perfonne qui ne doive frémir à
l'idée feule d'un tel excès d'audace & d'injustice .
Tant qu'un projet de cette nature ne fera pas prof
crit pour jamais des Etats-Unis fur la réprobation
la plus générale , la plus authentique & la
plus éclatante , c'eft en vain qu'on parlera de
rétablir le crédit national , ou qu'on fe répandra
en lamentations fur l'impoffibilité d'emprunter
de l'argent à un intérêt légal.
Quant au papier monnoie , fous quelque point
de vue qu'on puiffe l'envifager , ce n'eft tout au
plus qu'une vaine chimere ; mais en fuppofant
qu'on le confidere comme propriété , n'eſt- i ! pas
déraisonnable de fuppofer que le fouffle d'une
affemblée dont l'autorité expi e avec l'année ,
puifle donner au papier la valeur & la confil
tance de l'or ? Elle ne peut même ga amir que
l'affemblée prochaine le reçoive pour les axes &
mais l'exemple car l'autorité eft nulle dans tou ~
( 178 )
res ces opérations , ) l'exemple , dis- je , d'une
édition de papier-monnoie ordonnée par une af
femblée , peut engager une autre aſſemblée à en
faire autant ; & cette imitation fucceffive porsera
les chofes au point de ruiner fans retour la
confiance & le crédit , à l'époque même où le
décri général de ce papier fera fentir , mais trop
tard , le danger de ce funefte expédient .
Un très grand nombre d'émigrans Anglois
& Irlandois , qui étoient paffés en
Amérique depuis 1782 , font , dit- on , retournés
dans leur patrie où ils ont fait le tableau
le plus déplorable de la fituation &.
de la détreffe où le trouvent les Etats - Unis.
La vérité eft que les gens de cette claffe ,
lorfqu'ils font chez eux , s'imaginent que'
Jes richeffes s'acquierent en Amérique , fans
qu'on fe donne aucune peine. Celui qui a
paffé peut- être 20 ou 30 ans à planter quel-
રે
ques choux , ou à cultiver un quart d'acre
en pommes de terre , eft effrayé , lorsqu'il
s'agit de mette feulement en valeur deux
ou trois cents acres , qui , après 4 ou 5 ans
de travail , le rendroient heureux & indépendant.
"
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 16 Août.
Le fieur Béranger , Miniftre du Roi près
la Diete générale de l'Empire , a eu , le 13
de ce mois , l'honneur de prendre congé de
Sa Majefté pour ſe rendre à fa deſtination ;
( 179 )
il a été préfenté par le Comte de Vergennes,
Chefdu Confeil royal des finances , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le lendemain , le fieur Delneuf, Recteur
de l'Univerfité de Paris , accompagné des
quatre plus anciens de la même Univerfité
a eu l'honneur de remettre au Roi , à Monfieur
& à Monſeigneur Comte d'Artois , fuivant
l'ufage , la diftribution qui a été faite
des Prix pour cette année.
Le 15 , fête de l'Affomption de la Vierge,
le Roi & la Famille Royale affifterent , dans
la Chapelle du Château , à la grande Meſſe
célébrée par l'Evêque de Noyon , & chantée
par la Mufique de Sa Majesté . La Comteffe
de la Fare , Dame de compagnie de
Madame Comteffe d'Artois , fit la quête.
L'après midi , le Roi , accompagné de la Famille
Royale , fe rendit à la Chapelle , &
affifta à la Preceffion qui a lieu tous les
ans pour l'accompliffement du Voeu de
Louis XIII.
DB PARIS, le 24 Août..
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 10
Juin 1786 , qui maintient les Marchands &
Négocians dans l'exemption des Droits des
Bois defiinés à la conftruction des navires ;
& prefcrit les formalités qui doivent être
fuifies par les propriétaires , pour jouir de
ladite exemption.
h 6
( 180 )
Idem du 14 Juillet 1786 , qui proroge juli
qu'au 10 Février 1787 le délai accordé pour
la vente & le débit des Mouffelines rayées ,
cadilées & brochées , des gazes & des linons
de fabrique étrangere , dont les Propriétaires
ont fait leur déclaration.
La Maison Royale de Saint - Cyr ayant été fondée
par Louis XIV , en 1686 , les Dames & les
Eleves qui avoient été nommées par le Roi , en
prirent poffeffion le premier Août de cette même
année . Parvenue aujourd'hui à la révolution
du fiecle de fa fondation , cette époque a été
célébrée le premier de ce mois par un Te
Deum en mufique , de la compofition du fieur
Affelin , de Versailles , & la fête a été terminée
par un très beau feu d'artifice qui a été
coinpose & exécuté par le fieur Morizan , Artifi
cier du Roi & Entrepreneur du Ranelagh, Ces
témoignages de joie ont été la clôture des huit
jours qui ont été confacrés à des actions de graces
& à des prieres , pour demander à Dieu la confervation
des jours précieux du Roi , de la Reine,
de enfans de France , de toute la famille Royale,
& la perpétuité de cet établiſſement public & national
, fi digne de la grandeur & de la munifie
cence de nos Rois & fi précieux à toute la No.
blefie du Royaume. Pendant les trois premiers
jours , il y a eu expofition du S. Screment ,
Grand Melle & Salut en mufique de la compofi
tion de l'Abbé Dugué , Maître de mefique du
Chapitre de Notre - Dame de Paris , qui a été
exécutée par les Eleves de la Maifon.
Le premier jour , l'Archevêque de Paris a
officié ; l'Abbé Lenfant , Prédicateur ordinaire
du Roi a prêché un difcours analogue à la cir
conftance.
( 181 )
Le fecond jour, le Supérieur général de la
Congrégation de la Miffion de S. Lazare a officié
& le feur François , Prêtre de cette même
Congrégation a prêché.
Le troiheme jour , l'Evêque de Chartres ,
Evêque Diocefain & Supérieur de la Maiſon , a
efficié ; l'Abhé Duterre Figon a preché.
Madame Elizabeth a honoré de la préfence le
premier jour de ces fêtes. Cette augufte Princelle
a également affifté au Te Deum & aufeu
d'artifice . Le fieur Dormeffon , Confeiller d'E
tat & Chef du Confeil établi par le Roi pour
la direction du temporel de cette Maiſon , & rous
les membres qui compofent ce Confei : le font
trouvés à cette cérémonie . Toutes les anciennes
Eleves de cette Maifon , qui étoient à portée de
St. Cyr , s'y font rendues avec empreff ment.
Du rette , il y a eu pendant ces huit jours un
grand concours de monde .
On obferve que depuis l'étahliffement de cette
Maifon nos Rois y ont placé 30do Demoiselles
& qu il y en eft mort 400. De 121 Religieutes qui
ont fait les voeux folemnels , il in refte 46 de vivantes
dont une a été Fleve de cette Maiſon du “
Berme de Madame de Mantenon .
La Lettre fuivante trouvera fans doute
beaucoup d'incrédules , & en mérite , pa ce
qu'elle n'est pas a Tez circonstanciée ; le phénomene
qu'on y rapporte en ces termes neft
cependant pas no veau , aux comparaiſons
près que nous ne croyons pas exactes.
3
« Il y a près de teux mois que dans cette
partie de la Province ( Perriers , Diocefe de
» Coutance en Bffe - Normanie. ) , il n'eſt tom❤
bé d'eau ; l'on n'a éprouvé de gran tes chaleurs
que les 9 , 10 & 11 de ce m is . Le thermometre
s'eft foutenu pendant ces trois jours à
»
( 182 )
DJ
dix- neuf degrés , le barometre à 28 pouces 6
lignes. Pendant la nuit du 11 au 12 , il eft
defcendu à 27 pouces dix lignes , & le ther
mometre à 17 degrés le temps calme , le
» vent à l'oueft . Etant à la campagne le 12 , à
huit heures un quart de la matinée , l'horifon
» étant couvert par -tout d'un nuage peu épais ,
» j'entendis , ainfi que mes travailleurs , dans le
nord- eft , comme un coup de carabine , qui fut
» bientôt fuivi d'un fecond , d'un troifieme , &c.
» Le bruit continuant en vîteffe & en force , les
carabines fe changerent bientôt en pieces de
» 4 , de 8 , de 12 , & cela finit par une falve
» d'artillerie de 24 : cela a duré deux minutes ,
les échos répétant ce fracas , il s'enfuivit un
roulement qui a fait croire à beaucoup de
» monde que ce pouvoit être un tremblement de
terre ; mais il n'y a eu aucune commotion , &
orien ne reffembloit davantage à la bataille de
Clofter-Camp , où je me trouvai en 1760. Sur
les dix heures & demie , le temps s'étant couvert
davantage , il eft tombé quelques gouttes
de
'eau qui n'ont point diftrait les moionneurs
jufqu'à une heure que la pluie eft devenue
abondante. Nous n'avons point eu d'orage depuis
le 22 Juin , & hier l'on n'a point entendu
de coup de tonnerre ni avant ni après la
» cannonade.
ל כ
22.
>
« Si ce météore méritoit l'attention des Phy-
» ficiens & des Aftronomes , & que vous vou-
» luffiez bien en faire part à M. de la Lande , le
Public ainfi que moi , Monfieur , feroit cu-
» rieux d'en voir affigner les caufes par un Aca-
" démicien dont les talens font connus de l'Eu-
» rope favante. J'ai l'honneur d'être , &c. »
REGNAULT , Maître en Pharmacie ,
à Perriers.
14 Août 1786.
( 183 )
Un particulier a conçu l'idée fuivante
que nous rendons publique , pour le fatiffaire
, quoiqu'elle foit déja exécutée à Berlin
avec beaucoup moins de fafte & plus de générosité
par un fimple Graveur , ainfi qu'on
peut s'en affurer , en lifant l'article de Franc
fort.
Un Graveur célebre devroit fe charger d'exécuter
le portrait du Prince pofé fur un bas - relief
, repréfentant l'action du 27 Avril 1785.
Cette eftampe , propofée par ſouſcription au prix
de la valeur , tel par exemple que 12 ou 24 liv.
ne feroit délivrée qu'au moyen du paiement en
fus d'une fomme de 24 liv. La maffe réſultante
de ces 24 liv. d'excédant , feroit employée à
fonder un ou plufieurs prix annuels , pour récompenfer
, dans la claffe indigente des citoyens ,
celui qui auroit mérité la préférence par le
témoignage unanime d'une bonne conduite , ou
par quelqu'action généreufe. L'idée d'une fondation
de ce genre n'eft pas nouvelle affurément
, mais qu'importe ; la diftribution de ce
prix feroit fixée au jour de l'anniverfaire de la
mort du Héros , dont il rappelleroit le fouvenir ,
sil étoit poffible qu'il s'effaçât de la mémoire
des hommes.
Maximilien - Antoine Armand de Béthune
, Duc de Béthune & de Sully , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , premier
Baron de l'Orléanois & de l'Artois
Comte de Béthune , Avoué d'Arras , Marquis
de Lens , Comte de Montgomery ,
Baron d'Efcots , Vignats , Verneillet , Meflefur-
Sarthe , la Chapelle d'Angillon , Vicomte
de Breteuil , Francaftel & autres lieux , eft
( 184 )
mort le 8 de ce mois , dans fa 56e, année ,
en fon château de Sully-fur- Loire.
Alphonfe - Louife- Julie Felice d'Egmont-
Pignatelli , époufe de L. Gonzague Pignatelli
de Gonzagua d'Arragon de Moncayer
de Fernandes de Heredia , Comte de Fuentes
, Marquis de Cofcojuela & de Mora,
Duc de Solpherino , Grand- d'Efpagne de la
premiere Claffe , Prince du Saint Empire
Romain, Mestre de camp du régiment de
Schomberg , Dragons , eft morte à Paris le
10 de ce mois.
La Dame de Pannier , dite de Sainte - Cécile ,
Religieufe Chanoineffe Réguliere du Couvent de
Colommiers en Brie , a célébré fa cinquantieme
année de Religion le 6 Août 1786 , & a renouvellé
fes voeux par une fete folemnelle en l'Eglife
, en préfence de fa famille & de toute la
ville.
er
Le 1. du mois d'Acût , Bernard Roye
& Catherine Boiffel ; Jean Marquaix &
Marie Teiffier , de Caftel en Périgord ,
Diocèfe de Sarlat , ont renouvellé la cinquantiéme
annee de leur mariage au châtear
de la Roque , même Diocèle. Marie Dindet ,
âgée de 15 ans , a fait les honneurs du repas
, où il y a eu des tables de 265 couverts.
Cette femme , parvenue à un are fi avancé
, n'a jamais été malade ; elle mange, bot
& dort bien. Son principal remède , lorfqu'elle
eft attaquée de quelque mal léger ,
eft de boire de l'eau fraîche ; elle a fait en
trajet de 4 lieues pour alliter à la noce ,
( 185 )
tantôt à pied , tantôt en bateau fur la Dor
dogne , & lorfqu'elle a été fur les terres du
Comte de Beaumont , elle a été conduite
dans une des voitures du Comte , au fon du
tambour , des fifres , des hautbois , juſques
au château de la Roque.
La célébrité que l'expérience donne depuis
long-temps aux Eaux du-Mont- d'or , fituées dans
la province d'Auvergne , à huit lieues à l'oueft
de la ville de Clermont , faifoit defirer une communication
facile entre cette ville & le lieu de
fa fource. Sa pofition au centre des plus hautes
montagnes rendoit fon abord impraticable pour
les voitures , & extrêmement difficile & dangereux
pour les litieres , dont les malades étoient
forcés de faire ufage. Depuis cinq à fix ans,
M. l'Intendant d'Auvergne s'occupoit des moyens
de lever un obftacle qui rebutoit les étrangers,
& les privoit d'un remède auffi falutaire . Mais des
circonftances particulieres fe font opposées pendant
les premieres années à l'exécution de fon
projet. Parvenu enfin à diftinguer & à écarter les
véritables caufes qui avoient contrarié les vues
dès cet inftant il a conçu l'espoir de les réalifer ;
& portant une attention fuivie fur cet objet, intéreffant
, en moins de deux années , il a fait ouvrir
une route , qui offre dans ce moment au
Public un accès également sûr & commode à
toute forte de voitures.
•
Il eft peu de perfonnes qui ignorent l'afe de
bienfaifance exercé à Paris par la femme Mente
ainfi que la récompenfe dont elle a été gratifiée
par ordre du Gouvernement. Un fait arrivé récemment
à Strasbourg prouve que les bords du
Rhin font habités par des perfonnes dont la ferfi(
186 )
bilité & la charité ne cédent en rien aux vertus
de celles qui habitent la capitale.
Il y a environ 25 ans , que Pierre Grimaillier ,
Tourneur à Strasbourg , & Marie Barthelemy fa
femme , vivans en partie d'aumônes , à caufe de
leurs infirmités , reçurent chez eux une fille encore
au maillot , appellée Charlotte Rouffeau : la
modique penſion qu'ils recevoient de les parens
les aidoit un peu dans les premieres années; cette
penfion ayant ceffé , parce que les parens de la
fille Rouffeau l'ont abandonnée , les nourriciers.
compatiffans au fort de cette infortunée l'ont
adoptée & élevée avec leurs enfans , dont le nombre
eft confidérable ; cette fille eft fi difgraciee
de la nature & fi infirme , qu'elle a toujours été
hors d'état de rendre le moindre ſervice à la famille
Grimaillier.
Parvenue à l'âge de 26 ans , elle est tombée
dans un état de langueur , qui a fait conjecturer
aux Médecins qu'elle étoit attaquée d'hydropifie ;
& c'eft fur ce pied qu'elle a été traitée pendant
9 mois , au bout defquels , dans un moment où
la femme Grimaillier vouloit la transférer d un
lit à un autre , elle accoucha d'un garçon qu'elle
déclara être des oeuvres dun ouvrier fourd &
muet. La femme Grimaillier a pris par charité
le même foin de l'enfant que de la mere , & ces
deux individus font encore à ſa charge .
Les perfonnes charitables qui voudront fou'a
ger cette famille indigente , qui à tant de titres
mérite la bienfaifance des ames fenfibles , pourront
adreffer directement leurs charités à M. le
Curé de S. Etienne à Strasbourg , dans la Paroiffe
duquel elle demeure.
Lettre au Rédacteur de ce Journal.
» Pe: mettez- moi , Monfieur , de me fer
» vir de la voie de votre Journal , pour dé
( 187 )
» tromper les perſonnes qui veulent abfolus
» ment que ce foit moi qui ai acheté le
» Moulin Joli. Plufieurs Gazettes étrangeres
l'ont imprimé ; & d'après leur affer-
» tion , tout le monde me fait compliment
fur cette acquifition . Veuillez donc bien ,
>> Monfieur , apprendre tant aux Rédac-
>> teurs des Gazettes étrangeres qu'aux Lec-
» teurs qu'ils ont abufé fur cet article , que
je ne fuis point propriétaire du Moulin-
» Joli , & que c'eft à M. Gondran , Négo-
>> ciant de Marfeille , qu'il appartient depuis
» près d'un mois.
J'ai l'honneur d'être , & c.
L. E. VIGÉE LE BRUN.
20 Août 1786.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres .
Pendant fon voyage l'Empereur a fait diverfes
promotions, Son Secrétaire du cabinet , M.
de Bourguignon , n'avoit encore que le rang de
Capitaine. Sa Majefté l'éleva au grade de Lieutenant
Colonel ; mais Elle voulut avoir le plaifir
de le lui annoncer Elle- même , & d'être le témoin
de fa furprife , & pour cela Elle fe fervit
d'un petit ftratagême. Ce fut d'écrire à un autre
Secrétaire à Vienne, d'envoyer, avec les premieres
dépêches , une vefte uniforme brodée pour
M. de Bourguignon , & d'y joindre le brevet de
Lieutenant- Colonel , qui étoit tout préparé d'avance.
Les dépêches vinrent de Vienne ; & l'Empereur
ne manque point d'être préfent à leur ouverture.
Lorsque la vefte parut avec fon adreffe ,
le monarque appella fon Secrétaire qui ne fe doutoit
de rien. a Bourguignon , dit S. M. , d'où
» vient cette vefte brodée dans le paquet ? eft(
188 )
elle déjà à vous ? auriez- vous pris les avances ?
En tous cas emportez-la toujours ». Non
Sire , répondit Bourguignon , je ne fuis encore que
fimple Capitaine ; & je n'ai aucune vefte brodée ».
Peut être ceci nous expliquera ce myftere
, repliqua l'Empereurs voici encore des
papiers pour vous : prenez & lifez » . Le Secrétaire
ouvrit , trouva le brevet qui lui donnoit
déformais le droit de porter la vefte brodée , &
comme on s'en doute bien , remercia fon augufte
bienfaiteur , avec les tranfports de la joie la plus
vive ». ( Gazette de Berlin , N°. 85. )
Il a paru depuis peu dans les feuilles publiques
Autrichiennes , une nouvelle computation des
revenus de la partie des Pays- Bas , qui appartient
à la Maifon d'Autriche . Elle paroît venir de
fource, & mérite d'autant plus qu'on y faffe attention
, qu'elle porte cette évaluation beaucoup
plus haut , qu'on ne l'avoit fuppofé dans les ma
nifeftes publiés par la Cour de Berlin , relativement
à l'échange de la Baviere.
D'après cette note , les revenus publics des
Pays- Bas Autrichiens ont été , en 1780 , de
7,536,929 florins argent courant de Brabant , ce
qui fait environ 5,652,696 florins d'Allemagne.
Tel fut à cette époque le produit net du revenu ,
déduction faite des charges & frais. Mais comme,
depuis le premier Janvier dernier , on a du y
comprendre lerapport du Bureau de St. Philippe ,
ainfi que ceux de la pofte du Brabant , qui n'ont
point été affermés ; comme d'ailleurs le bénéfice
de la Loterie s'eft accru confidérablement ,
l'on
peut évaluer le revenu net des Pays - Bas , à
huit millions & quelque chofe de plus que cent
mille florins , argent courant de Brabant .
Les Miniftres plénipotentiaires des Etats - Unis.
font , dit-on , chargés de négocier dans toute
( 189 )
l'Europe un Traité de confédération contre les
Etats Barbarefques & autres qui infeftent la Méditerranée
, & interrompent le commerce de
l'Europe avec l'Amérique. On a propofé à ce
fujet deux plans différens. Selon le premier ,
chacune des parties contractantes fe chargeroit
d'équiper à fon tour , & de ftationner une efcadre
fuffifante pour protéger efficacement le commerce
de toutes les Puiffances Européennes . Selon
l'autre projet , on inviteroit l'Ordre de Malthe
à prendre fur lui la défenfe des vaiffeaux de chacune
des parties contractantes , au moyen d'une
fomme annuelle que chacune d'elles paieroit à
l'Ordre. Ces deux projets plaifent également aux
Rois d'Espagne & des deux Siciles , mais on affure
que la France & l'Angleterre n'ont encore
donné aucune réponſe fur ce point . [ Général
Advertifer.
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres ( 1 ) .
Réclamation de voeux.
J'ai fait , difoit le Religieux qui réclamoit
contre les voeux , un partie de mes études au college
de Pamiers .
Je venois d'y achever la Rhétorique , lorfque
fes Capucins firent une Miffion au lieu d'Erce en
Couzerans , ma patrie.
Le R. P. Jofeph de Marfat , aujourd'hui Provincial
, étoit à la tête des Miffionnaires : beaucoup
de piété & de lumieres , mais un zele exceffif
pour la propagation de l'Ordre , font le partage
de ce Religieux.
Les exercices de la Miffion furent fuivis avec
empreffement par la jeuneffe d'Erce & de tout le
canton. Le fieur Ruffier , natif de Maffat , lieu
voifin d'Erce , & compatriote du Pere Jofeph , ne
fut pas des derniers à fuivre ces exercices. J'étois
étroitement lié avecRuffier, que jene quittai point.
( 190 )
Notre ferveur , notre fimplicité , notre ignorance
du monde , notre âge fi fufceptible d'impreffion ,
notre admiration pour les Miffionnaires , augmentés
par les éloges qui leur étoient prodigués
de toutes parts , peut être le defir de recueillir
un jour de pareils éloges , enfin les foins du Pere
Jofeph completterent notre illufion . Nous crumes
être appellés à l'état monaftique , & nous
promîmes au Pere Jofeph de nous rendre à Touloufe
, pour y prendre l'habit de fon Ordre.
Eu effet , nous arrivâmes , Ruffier , quatre autres
jeunes gers & moi , au Monaftere des Capucins
de cette ville , le 19 Juin 1773 , fur les
huit heures du foir. Porteurs d'une lettre du
Pere Jofeph , nous fûmes - bien accueillis , & on
nous donna l'habit , après que nous eûmes figné
du nom qu'on nous fit prendre , un papier qui
nous fut préfenté.
Nous demeurâmes le reste de l'année 1773 au
Noviciat ; mais Rffir & trois autres de nos
compatriotes , moins foibles que moi , ayant
abdiqué , mes Supérieurs caignirent que leur
exemple ne m'entraînât , & ils me firent voyager.
J'allai fucceffivement à Cazeres en Galcogne
, à Gaillac en Albigeois , à Caftres en Languedoc
; à Thuir en Rouffilion , où il y a des
maifons de l'Ordre .
Pour completter la féduction , on me permit
de porter l'habit de Profès , que je n'ai plus
quitté.
En 1776 , je fuis revenu à Toulouse , où je
donnai une nouvelle fignature , & je demeurai
avec les Novices , mais habillé en Profès ; j'étois
plutôt leur fous Maître que leur compagnon.
Dans les premiers jours de l'année 1777 , je
fouferivis un ade de profeflion , toujours fous
( 191 )
le nom de Mathieu ; & on me fit ajouter quelques
mots au bas de mon acte de Noviciat .
Je fus envoyé de fuite à Alby , de là à Peytes ,
à Perpignan , à Foix. Je fus employé dans cette
derniere ville à une Miffion . J'eus le bonheur ,
ou plutôt le malheur [ car c'eft'là la fource de
toutes les vexations que j'ai éprouvées ) ; j'eus
donc le malheur de m'attirer l'eft me & l'attachement
du public ; je fus dès- lots jaloufé par
quelques Religieux , qui parvinrent à en impofer
au Gardien. Défenfes , privations , envois
en pénitence , humiliations , rien ne fut oublié
pour me punir du crime chimérique qu'on avoit
ofé m'imputer , ou , pour mieux dire , pour
alouvir le dépit de mes ennemis. On me refufa
mon veftiaire . On eut la cruauté de mander
au Provincial que j'avois voulu apoftafier
& que je m'étois préfenté à un Capitaine qui
avoit refufé Je m'enrôler. C'étoit une calomnie.
Je demandai la convocation d'un chapitre général
de la Province , que je n'obrins qu'avec
beaucoup de peine. J'y fis entendre una foible
voix contre mes parfécuteurs ; l'innocence prévalut
& ma juftification fut accueillie.
Mais ce triomphe inattendu ne fut pas de
longue durée. Le chapitre fini , je demeurai à
la merci des partiſans de mes ennemis.
Au lieu de m'envoyer à Montpellier , comme
tous mes compagnons , pour y continuer mes
études , je fus obligé de partir pour Notre- Dame
d'Orient en Rouergue ; Monaftere agrefte , où
le plus fouvent on manque de tout.
J'écrivis au Provincial; je lui adreffai plufieurs
fuppliques ; je ne vis jamais de réponſe ;
ma correfpondance étoit interceptée ; enfin , au
bout d'un an de larmes & de défefpoir , je touchai
ma Communauté ; elle s'affembla , & j'en
( 192 )
obtins une lettre , que je fus porter moi-même
au Provincial.
Je le trouvai à Servien , auprès de Béziers ;
il me reçut bien , fut pénétré de mes malheurs
& m'amena à Ceret , où il faifoit fa réfidence
ordinaire.
Réfléchiffant fur les circonftances de mon entrée
en Religion , je me fuis apperçu que je ne
tenois par aucun lien à la vie religieufe. En
effet : 1 ° , le registre des vêtures ne contient aucun
acte capitulaire : 29. celui des profeffions
commence par un acte capitulaire daté de 1773 ,
quoique le Greffier m'ait certifié qu'il a été fait
en 1778 ; auffi n't- il pas figné par le Gardien
de 1773 , ni coté & paraphé pat lui fur chaque
feuillet ; on voit au contraire le paraphe fucceffif
de plufieurs Religieux , & les feuillets ne
font pas tous cotés par premier & dernier :
3. les registres font biffes & bâtonnés en plufieurs
endroits ; 4. les regiftres ne font pas
complets ; il y manque des actes : yo. Auriac &
Canuc , prétendus témoins de mon acte de Noviciat
, étoient des domestiques du Couvent ,
que j'ai toujours vus occupés à leurs fonctions
ferviles ; 6. mon acte de vêture le trouve fou
crit de deux fignatures , l'une F. Mathieu , novice
; & l'autre , un peu effacée , le Frere Mathieu:
je n'ai pas fait celle-ci ; 7°. mon acte de noviciat
contient plufieurs chiffres & plufieurs interlignes ;
entr'autres cet interligne : fixieme Janvier 1776 ,
qui donne à cet acte une date de jour & mois
qu'il n'avoit point lorsqu'il a été rédigé ; 8° . mon
acte de profeffion contient auffi des ratures & des
interlignes.
Telles étoient les irrégularités que ce Religieux
invoquoit pour être reftitué . Sa jufte récla
mation a été accueillie par l'Official de Toulouſe
DE
FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits ,
Arrêts ; les Avis particuliers , &c . &c.
SAMEDI 5 AOUT 1786.
BOTE
THE
CHÂTE
PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , Nº. 17.
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
PIÈCES
Du mois de Juillet 1786.
IECES FUGITIVES. gleterre ,
Le Célibat & le Mariage ,
Epitre à Mime la Marquife
de B *** ,
104
Pogonologie , ou Hiftoire Philofophique
de la Barbe , 122 .
Vie de S. Grégoire 49 ,
Difcours prononcé dans l'Académie
Françoife ,
Au Roi , fur fon retour de
Cherbourg . 97
131
165
Impromptu à Mme la Marqui. Oraifon Funebre de Mgr. le
fe d'Ei...
Air de M. Soigne ,
Ode au Roi,
L'Annean perdu ,
Turc ,
La Fable&fes Amans ,
98 Duc d'Orléans ."
ibid. Les Baifers de Zizi ,
145
200
21F
La Vie de Mme de Mainte-
Conte tenon , 226
148 Effai fur l'Hiftoire Medico-
193 Topographique de Paris ,
Charades , Enigmes & Logogryphes
, 9 , 53 , 102 , 163 ,
197
II
NOUVELLES LITTÉR ,
Voyages de M. le Marquis
de Chatellus ,
L'Exemple & les Paffions , 28
Epitre à l'Amitié , 56
Eloge de M. Séguier , de Nif
mes,
73
Hiftoire des progrès de la
Puiffance Navale de l'An-
Variétés ,
,230
30
SPECTACLES.
Académie Roy. de Mufiq. 135
174
Comédie Françoife , 83 , 179 »
233
Comédie Italienne , 37 , 87 ,˜
234
Annonces & Notices , 41 , 99
139. 1892 230
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
qua dela Harpe , près S. Côme,
MUC1
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 5 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE TRIOMPHE DE L'INTÉRÊT ,
Allégorie
L'AMOUR , non cet être fantaſque ,
Né du caprice du moment ,
Délire de nos fens , qui trompe fous le mafque
De l'honneur & da fentiment ;
Mais l'amour pur , franc , loyal & fincère ,
Adoré de nos bons aïeux ,
Précédé du Refpect , un jour quitta les cieux ,
Suivi de l'Eftime fa mère ;
Tous trois chez l'aimable Glicère
Venant pour fixer leur féjour ,
Trouvèrent la Prudence auprès de la Bergère :
L'Eftime , le Refpect , la Prudence & l'Amour
Aij
MERCURE
Doivent être d'intelligence ;
Ainfi fut- il jufqu'au moment
Où de ce quatuor charmant
Glicère bannit la Prudence;
Car auffitôt la frivole Inconftance
La vifita d'abord timidement ;
Puis ayant vu qu'à fa vifite
On fourioit complaiſamment ,
Bientôt chez elle ouvertement
Elle parut , & mit en fuite
L'Eftime & le Refpect ; mais l'Amour outragé ,
Trop foible pour brifer une chaîne fi belle ,
De la bouche de l'infidelle
Voulut entendre fon congé.
Point ne parla Glicère. Un foir que
Tête-à-tête dans fon boudoir ,
d'aventure ,
Le Dieu , fans aigreur , fans injure ,
Lui parloit de fon déſeſpoir ,
La belle à fes raifons parut enfin le rendre ,
Promit de ne plus recevoir
L'odieuſe Inconftance : un regard doux & tendre
Mettoit l'Amour à fes genoux ,
Quand un bruit qui fe fait entendre ,
( Tout eft fufpect en rendez - vous )
Vient le tirer de fon délire,
Il prête l'oreille avec ſoin ,
Et vole où le foupçon l'attire ,
Derrière un rideau, . , dans un coin...
DE FRANCE.
S
( Le croirez-vous , Beauté fenfible & généreuſe ? )
Il trouve l'Intérêt , cette idole honteuse ,
Qu'adore , en fe cachant , l'homme avide & trompeur.
Plus n'en fallut ; avec horreur
Fixant l'indigne objet d'une aveugle tendreffe ,
Il fait en rappelant les Ris ,
Er du boudoir de la traîtreſſe
Il ouvre la perte au Mépris .
( Par M. le Chevalier de Limoges , Lieutenant
des Maréchaux de France. }
A la Rofe qui doit parer VICTOIRE.....
dans un Couvent, lejour de Ste Anne.
OFILLI FILLE de Vénus ! emblême des Amours ,
Si tu veux couronner le plus beau de mes jours ,
Laiffe attacher à ta fuperbe tige
Cette modefte olive , emblême de la paix.
Elle pourra , par un heureux preftige ,
D'un verd pâle & touchant rehauffer tes attraits.
Que ne puis-je te fuivre en l'enceinte facrée
Où gémit Héloïfe à ſa douleur livrée ? ...
Va , ne crains point l'appareil des douleurs :
Bien que tu fois la plus belle des fleurs ,
Les pleurs de la beauté t'embelliront encore...
Hélas ! que ferois- tu fans les pleurs de l'Aurore ?
(Par M. le Comte de Barruel-Beauvert ;
Capitaine de Dragons . )
A- ii)
MERCURE
ACROSTICHE S.
I.
E courage animant ce Soldat magnanime ,
n l'a vu délivrer feul au milieu d'un bois ,
Cne jeune Beauté des attentats du crime.
I eft donc des mortels en ces jours qu'on déprime ,
ur qui de la vertu les charmes ont des droits !
énéreux défenfeur de la foible innocence ,
I donne un nouveau luftre à fa rare vaillance :
a Beauté lui devoit & la vie & l'honneur .
a Beauté vouloit bien être fa récompenfe;
t lui , n'abufant pas de fa reconnoiffance ,
rouve à la refuſer un prix noble & flatteur.
I I.
ES Chevaliers François , pleins d'une noble ardeur,
nt toujours défendu leur pays & les Belles.
Cn Guerrier triomphant trouve peu de cruellès .
left vrai qu'abufant du titre de vainqueur
ouvent il avilit fes lauriers auprès d'elles ....
énéreux & modefte & difcret tour à-tour ,
ntrépide Soldat , rien ne manque à ta gloire :
a valeur de ton bras méritoit un retour ;
t-fans ufer des droits que t'offroit la Victoire ,
Hufus braver la mort & refpecter l'amour.
(Par un Vétéran de la Garnifon de Nifmes. )
DE FRANCE. 7
Ι Ι Ι.
Le Maréchal- de - Logis ramenant la fille
qu'il a délivrée , à fon père ; Acroftiche
à la dragonne.
A voilà , votre fille. Eh , mon Dieu! d'où vientelle
? -
Or, écoutez , papa : je paffois mon chemin ;
Cn cri vient juſqu'à moi , j'avance fabre en main :
l étoit temps , mornom ! il falloit tout mon zèle :
sans moi deux facrépans outrageoient cette Belle.
ueux à pendre... je jure ( & c'étoit bien le cas )
Is enragent tous deux , & pour me pêcher l'ame ,
' un vient avec fon fer : pan , fa joue eft à bas ;
' autre fait feu fur moi : crac , ramaffe ton bras ;
t la voilà. Brave homme , ah ! prenez-la pour
femme ! -
―
outdoux ; je me bats bien , mais je n'époufe pas.
( Par M. Traverfier. )
Acroftiche qu'on propofe :
CHERBOURG.
A iv
MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eft Devin ; celui
de l'Enigme eft Feu d'Artifice ; celui du
Logogryphe eft Encrier , où l'on trouve
encre , écrire qui fe termine par rire ) , &
rien ( par oppofition à quelque chofe . )
CHARADE.
ON fairde mon premier mon tout & mon fecond ,
L'un pour le Pannetier , l'autre pour l'Échanfon ...
JE
ÉNIG ME.
E reffemble au torrent dont la courſe rapide
Se dérobe à foi - même & s'enfuit loin de ſoi ;
Je fuis de l'Univers le tyran & le Roi ,
Et de tous les humains le père & l'homicide.
Les forces de Milon & les forces d'Alcide
Ont tenté vainement de s'oppofer à moi ;
Les fuperbes Céfars ont fléchi fous ma loi,
Et je n'entreprends rien que le ciel ne me guide.
* On fait alluſion à l'éponge & aux plumes.
DE FRANCE.
་ ༡
3
Tout cède à mon pouvoir , par force ou par amour ;
La lune & le foleil font la nuit & le jour ,
Afin d'entretenir ma puiſſance fuprême.
Fils aîné de Nature & miniftre du fort ,
Je conduis dans le monde & la vie & la mort ,
Et comme le Phénix je renais de moi-même.
Par M. Guérin , à Chevanne Gazean ,
en Nivernois. )
NE
LOGO GRYPHE.
E crains pas , cher Lecteur , qu'un trop long
préambule
Sufpende fans raifon ta curiofité;
Difcourir courir en ce cas , me femble ridicule ,
Un feul mot doit fuffire à ton oeil exercé.
Si tu veux me trouver , tu peux bien , fans fcrupule ,
Me chercher dans ton coeur , s'il eſt ſenſible & bon.
Ce n'eft pas tout , il faut t'armer de patience.
Combine mes huit pieds ; cherche encor dans mon
Dom
L'invifible reffort de ta frêle exiftence;
Un arbre de l'Afie avec foin cultivé ;
Ce qui plaît dans Thémire ; une prifon de France ;
Le fentiment qu'infpire un méchant procédé ;
Un titre rare & cher , des vertus l'affemblage ,
Que l'on donne fouvent fans être mérité ;
Le mois qui fut toujours du plus heureux préſage ;
Av
10
MERCURE
Un fage: Anglois ; un mot qui n'eft guère unités
Des nuances du coeur la plus fidelle image ;
Un quadrupède utile autant qu'il eft rétif,
Et qu'en certain pays l'on met au labourage ;
Deux notes de mufique , un pronom poffeffif.
trop ;; car déjà tu me connois , je penſe ?
Non? Eh bien , cherche encore une ville de France;
Une Province auffi très- fertile en procès.
J'en dirois trop , Lecteur , fi je ne m'arrêtois.
Ne devines -tu pas? En ce cas , recommence.
J'en dis
( Par un Officier d'Infanterie. }
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
LETTRES fur l'Égypte , par M. Savary. A
Paris , chez Onfroy , quai des Auguſtins.
Tomes fecond & troifième , in - 8°.
Nous avons rendu compte du premier
volume de cet Ouvrage ( voir le N°. s de
cette année ). Ce premier volume contenoit
la defcription de la Baffe -Égypte ou du Delta;
le fecond contient celle de la Haute-Egypte
ou du Saïd ; le troiſième , des Obfervations:
fur le climat , fur le Gouvernement , fur les
Habitans , fur le Commerce , fur la Religion
de l'Égypte tous ces objets , décrits & difcutés
par un homme d'un bon efprit , d'une
DE FRANCE. II
imagination brillante , mais fage , qui a vé u
long-temps dans le pays , qui a vu par luimême
, qui a comparé ce qu'il a vu avec ce
que les anciens ont rapporté , ne peuvent
qu'intéreffer beaucoup les Savans , & la manière
de l'Auteur a des agrémens particuliers
faits pour plaire aux gens du monde : autli
fon premier volume a-t'il beaucoup fait defirer
ceux-ci ; il a eu quantité de Lecteurs de
tous les ordres ; les ignorans s'y font inftruits ,
les Savans y ont vu leurs idées , ou confirmées
ou combattues ou modifiées , & prefque
toujours les récits des anciens expliqués
& juftifiés. Si on trouve dans les deux nouveaux
volumes moins de ces deſcriptions vives
, animées , fenties , qui donnoient tant
de charme au premier , c'eft que la matière le
comportoit moins ; c'eft que le Saïd n'eft pas
le Delta; c'eft que des objets plus graves , plus
férieux , plus relatifs à l'antiquité , exigeant
plus de difcuffion , fourniffoient plus à l'érudition
qu'à l'éloquence ou à la poéfie ; mais
on retrouve par - tout le même efprit , la
même horreur de la tyrannie , le même mépris
pour le defpotifme , le même zèle contre
Fignorance fyftématique & l'indifférence deftructive
des Turcs ; on peut dire que ces
regrets fur ce que l'Égypte a été, fur ce qu'elle
eft , fur ce qu'elle pourroit être , fur ce qu'elle
feroit fous des maîtres induftrieux , laborieux ,
amis du bien , font le refrain prefque continuel
de tous les Chapitres ; & ce n'eft point
une critique que nous faifons ici , nous fom
A vi
12 MERCURE
mes bien loin de reprocher à l'Auteur ces répétitions
; car toutes les fois qu'elles reviennent
fous fa plume , il eft prévenu par le Lecteur
qui partage fa jufte indignation contre l'igno
rance , contre l'infouciance , contre le defpotifme.
Le premier lieu remarquable qu'on trouve
en remontant du Caire dans le Saïd , eft Alar
Ennabi , ce qui fignifie les veftiges du Prophète
; on y montre dans la grande Moſquée
une pierre , objet d'un pélerinage fameux ,
& où font , dit-on , empreintes les marques
d'un des pieds de Mahomet. L'Auteur ne l'a
pas vue , mais il parle d'après une Dame Françoife
qui l'a vue. «Je priai , dit- elle , le Cheik
» de me montrer la relique. Deux Turques
» de confidération , entrées au même inftant,
و د
ود
témoignèrent le même defir . Il la décou-
" vrit. Après y avoir brûlé des effences précieufes
en récitant quelques paffages du
Coran , il nous dit : Voyez cette empreinte
» facrée ; admirez les veftiges du plus grand
des Prophètes . Ah ! c'eft bien-là le pied de
» Mahomet ! Les deux femmes répétoient
» avec enthoufiafme : oui , c'eft bien là le
pied de Mahomet, le plus grand des Prophètes.
Pour moi , ajoutoit la Dame Françoife
, je vous affure que malgré l'atten-
» tion la plus fcrupuleufe , je ne vis qu'une
pierre liffe , imbibée de parfums , où je ne
" pus découvrir ni traces de pied ni rien de
femblable. "
ود
"J
ود
و د
C'eft dans la Province d'Arfinoë qu'on
*
DE FRANCE. 13
trouve les reftes du lac Moris & les débris du
labyrinthe. La manière dont l'Auteur évalue
d'après Hérodote , Strabon , Diodore de Sicile
, & c. l'étendue de la circonférence du
lac Maris , n'a rien de ce merveilleux , de cer
impoffible dont on s'eft tant moqué , parce
qu'on l'a tant exagéré ; cette étendue n'eft en
tout que de foixante & quinze lieues , & il
n'y a plus rien-là d'incroyable. Aujourd'hui le
lac Moris n'a plus que cinquante lieues de
circuit, & il a perdu prefque tous les avan
tages.
›
Quant aux éclufes des canaux , lefquelles
s'ouvroient à volonté , ſoit pour introduire,
foit pour faire écouler les eaux , on a reproché
à M. Rollin d'avoir dit , d'après Diodore de
Sicile, qu'il en coûtoit cinquante talens , c'eſtà-
dire , cent cinquante mille livres pour les
ouvrir. Il eft vrai que Diodore de Sicile l'a
dit. Mais on ne conçoit pas , dit M. Savary
ce qui a pu lui faire adopter cette fable. Hé
rodote & Strabon , qui ont été fur les lieux ,
qui ont examiné ces éclufes avec attention ,
n'ont rien dit de femblable; Pline & Pomponius
Méla , qui rapportent ce qu'ont écrit
les anciens au fujet du lac Moris , & qui ,
comme Pobferve toujours M. Savary , n'auroient
pas oublié un fait fi extraordinaire ,
n'en font aucane mention. Tant d'invraifemblance
, joint au filence des Hiftoriens , autres
que Diodore de Sicile , prouve , felon l'Auteur
, que celui- ci s'eft trompé.
Le labyrinthe ne fubfifte plus que dans les
14 MERCURE
ruines de deux endroits fitués un peu audeffus
du lac Moris , & qui s'appellent Balad
Caroun & Cafr Caroun.
›
A propos de ce nom de Caroun , dont les
Grecs ont fait Caron , Batelier des enfers ,
l'Auteur obferve que les Arabes appellent les
ruines dont nous venons de parler, le Palais
de Caron ; il obſerve encore que les Hiftoriens
Arabes nous peignent Caron comme un
homme très-puiffant qui pouvoit charger plufieurs
chameaux , des feules clefs qui ouvroient
les nombreux & vaftes appartemens
où il renfermoit fes tréfors. A travers ces
fables & ces obfcurités il entrevoit une vérité.
Peut-être , dit-il , qu'en Égypte le nom de
Caron étoit une dignité dont on décoroit le
Batelier qui paffoit les corps des Pharaons à
travers le lac Maris , pour les dépofer dans
les caveaux du labyrinthe dont il étoit le
gardien. C'eſt ainfi que , felon l'Auteur , la
plupart des ufages antiques ont leur fource en
Egypte , & nous ajouterons qu'il en démêle
par- tout les traces avec beaucoup de fagacité.
En parlant d'un lieu nommé Benifouef ,
fitué fur le bord du Nil , & affez près d'Arfinoë
, l'Auteur donne par un feul trait une
idée bien révoltante de la tyrannie des Beys
& des autres Gouverneurs de l'Égypte pour
les Turcs. " C'eſt un trait , dit-il , dont M. le
» Comte d'Antragues , qui vient de quitter
» ce pays , a été témoin. Son bateau s'étoit
arrêté près d'un village du Delta. Un des
exacteurs entra dans la cabane d'une pauvre
DE FRANCE.
IS
"3
33
"
» femme qui avoit plufieurs enfans : il la
preffoit de payer la taxe impofée par le
Bey. Elle lui repréſenta fa misère , & lui
» dit qu'elle ne poffédoit qu'une natte &
quelques vafes de terre. Il chercha par-
» tout, & ayant trouvé un fac de riz , il fe
difpofoit à l'emporter. Elle le conjura de
» le laiffer , l'affurant que c'étoit toute fa
» fubfiftance. Voulez-vous donc faire mourir
» de faim , moi , cet enfant que j'allaite &
toute ma famille ? Le barbare , fans être
» ému de ces tendres paroles & des larmes
qu'il faifoit répandre , prit le fac de riz.
» Alors la malheureufe mère , livrée au défefpoir
, arracha le fils qu'elle preffoit
» contre fon fein , & le lançant avec force ,
l'écrâfe contre terre : Tiens , monſtre , tu
répondras de fon fang. Après cette affreuſe
» action fes larmes fe féchèrent tout-à- coup ,
» & elle demeura immobile comme une
ftatue. Le Soldat féroce s'en alla avec fa
» proie fans paroître attendri. Tel eft le fort
» du Peuple d'Égypte. »
"
ود
·
Quel tableau , & combien il fait plaindre
ce malheureux peuple ! on croit voir dans la
Henriade
Cette femme égarée & de fang dégouttante.
Oui , c'est mon propre fils , oui, monftresinhumains,
» C'est vous qui dans fon fangavez trempémes mains.
so Que la mère & le fils vous fervent de pâture.
Craiguez-vous plus que moi d'outrager la Nature ?
16 MERCURE
»Quelle horrenr , à mes yeux , femble vous glacer
» tous?
Tigres , de tels feftins font préparés pour vous. »
Ce difcours infenfé , que fa rage prononce ,
Eft fuivi d'un poignard qu'en fon coeur elle enfonce.
Ce coup de poignard , cette mort de la
mère dans la Henriade , foulagent, pour ainſi
dire, le Lecteur, en délivrant cette infortunée,
& laiffent une impreffion bien moins douloureuſe
que ces larmes féchées tout - à- coup
& cette immobilité horrible de la mère Égyptienne
après fon action . Il n'y a rien de plus
tragique que ces deux traits. Peut - être le
font-ils trop.
On retrouve tout le talent de peindre de
l'Auteur dans la defcription du Mont Colzoum
, où font les grottes de S. Paul, Hermite,
& de S. Antoine , d'où on a fous fes pieds la
mer rouge , & d'où on découvre, par-delà ,
dans le lointain , les monts Oreb & Sinaï.
25 1
L'afpect de ces lieux porte aux graves
» méditations. On contemple autour de foi
» les pays où font nées les grandes Religions
» qui ont tour -à- tour régné fur la terre.
» Celle des Egyptiens ne fubfifte plus. La
Juive n'eft point éteinte malgré les opprobres
d'un peuple réprouvé. La Chré-
» tienne & la Mahométáne fleuriffent d'un
» bout à l'autre de l'Univers. Combien les
" pays , les montagnes , la mer que je con-
» temple de cette élévation , ont été féconds
"
DE FRANCE. 17
» en merveilles ! L'Hiftoire des Nations en
» eft remplie , & les peuples barbares de ces
» contrées en confervent encore la mémoire.
و ر
Les rivages de la mer rouge font cou-
» verts de coquillages fans nombre...... Les
plantes marines tapiffent les rochers , les
» coraux rempliffent les eaux , les uns blancs ,
» les autres rouges comme l'écarlate ; joignez
» à ces objets curieux les marbres divers des
" montagnes , les mines précieuſes qu'elles
» renferment , les plantes qui croiffent le
» long des torrens , les cailloux rares dont
» les fables font parfemés , &c. »
"
33
La defcription des ruines de la fameufe
Thèbes aux cent portes , eft un des morceaux
les plus confidérables de l'Ouvrage ; il y occupe
deux lettres entières , dont il ne faut
rien retrancher ni refferrer , & que par cette
raifon il faut lire dans l'Ouvrage même . L'Auteur
croit que la dénomination de Thèbes aux
cent portes lui vient plutôt des portes de fes
temples que de celles de fon enceinte ; c'eſt
auffi l'opinion de Diodore de Sicile ; & l'Auteur
remarque qu'il paroît que cette Cité fameufe
n'a jamais été fermée de murailles ,
qu'aucun Hiftorien n'en fait mention , &
qu'on n'en trouve point de traces.
L'Hiftoire célèbre d'Ali Bey eft encore ici un
morceau très- important , auquel nous fommes
obligés de renvoyer le Lecteur.
Que la Nature ait fait de l'Égypte un pays
riche , fertile & digne de toute la curiofité
des Voyageurs , la chofe eft évidente ; mais ce
18 MERCURE.
pays eft- il également fain ? c'eft ce que tout
le monde ne penfe pas , & ce qui eft fortement
nié par quelques Auteurs. M. Savary fe
déclare l'Apologifte de l'Égypte , même à cet
égard ; il attefte l'expérience & des renfeignemens
pris fur les lieux. Il convient que fi
la chaleur étoit le principe des maladies , le
Saïd feroit inhabitable ; que les chaleurs de ce
pays furpaffent celles de plufieurs contrées
fituées directement fous l'équateur ; que le
thermomètre de Réaumur y monte quelquefois
à trente- huit degrés au- deffus de la glace ,
& fouvent à trente-fix . La maladie que cette
chaleur paroît le plus fenfiblement occafionner
, eft une fièvre ardente , à laquelle les
Égyptiens font affez fujets , & dont ils fe guériffent
en faifant diète , en buvant beaucoup
d'eau, & en fe baignant dans le Nil. Ils font
d'ailleurs fains & robuftes. On voit parmi eux
un grand nombre de vieillards , & plufieurs
font en état de monter à cheval à quatrevingts
ans. Le régime qu'ils obfervent pendant
la faifon brûlante , contribue beaucoup à la
confervation de leur fanté. Ils ne fe nourriffent
prefque que de végétaux , de légumes &
de lait. Ils ufent fréquemment du bain , mangent
peu, boivent rarement des liqueurs fermentées
, & mêlent beaucoup de jus de citron
dans leurs alimens.
L'Auteur croit auffi que les émanations balfamiques
de la fleur d'orange , des roſes , du
jafmin d'Arabie & des plantes odorantes contribuent
à la falubrité de l'air ; il croit d'ail
DE FRANCE. 19
leurs que les eaux du Nil , plus légères , plus
douces , plus agréables au goût, qu'aucune autre
eau , influent beaucoup fur la fanté. Toute
l'antiquité exalte l'excellence de ces eaux.
Ptolémée Philadelphe ayant marié fa fille
Bérénice à Antiochus , Roi de Syrie , lui en-
-voyoit de l'eau du Nil , la feule qu'elle pût
boire ; les Rois de Perfe fe faifoient apporter
de cette eau; les Égyptiens la confervoient
dans des vafes fcellés ; & lorfqu'elle y avoit
vieilli , ils la buvoient avec le même plaifir
qu'on boit un vin vieux.
La phthifie & les fluxions de poitrine font
inconnues en Égypte ; je fuis perfuadé , dit
l'Auteur , que ceux qui font attaqués de ces
cruelles maladies , recouvreroient la fanté
dans un pays où l'air gras , chaud , humide ,
rempli du parfum des plantes & de l'huile de
la terre , femble très-favorable au poumon.
Les maladies des yeux font les plus communes
dans ce pays , ce que l'Auteur n'attribue
pas feulement à la réverbération d'un
ſoleil ardent , mais à l'uſage où font les Égyptiens
, de dormir en plein air pendant l'été.
La petite- vérole & les hernies font auffi
très-communes en Égypte , fans cependant y
caufer de grands ravages.
L'Auteur examine cette opinion , qui eſt
celle de beaucoup d'Écrivains, que la pefte eft
originaire d'Égypte; il la combat ; & par des
faits & des raifonnemens , il prouve que ce
Hléau eſt étranger à l'Égypte , qu'il y eft toujours
apporté par les Turcs , dans le vafte em20
MERCURE
pire defquels il n'y a pas un feul port où l'on
falfe quarantaine ; par les Turcs , à qui le
fyftême de la fatalité interdit les précautions
par lefquelles ils voyent tous les jours les
François échapper au fléau fous lequel les
Turcs aveugles s'obftinent à fuccomber.
Dans la Lettre où l'Auteur diftingue & caractériſe
les différens peuples qui habitent
l'Égypte , on lira fur- tout avec grand plaiſir
ce qui concerne les Arabes Bédouins : nous y
renvoyons le Lecteur .
L'Auteur traite favamment de la Religion
des Egyptiens ; il croit que des Écrivains , ou
prévenus ou fuperficiels , ont fouvent calomnié
le culte des Nations , & il range vraifemblablement
parmi ces Écrivains Juvénal , lorſqu'il
dit :
Quis nefcit , Volusi Bithinice , qualia demens
Ægyptus portenta colat ? Crocodilon adorat
t
Pars hac; illa pavet faturam ferpentibus Ibin...
Oppida tota canem venerantur.
Porrum & cepe nefas violare &frangere morfu.
Ofanitas gentes , quibus hac nafcuntur in hortis
Numina!
Il demande au contraire comment on veut
que les Egyptiens ayent pu encenfer comme
des Dieux l'oignon & le crocodile ; que le
peuple qui fut nommé fage par excellence ,
qui cultiva les Sciences avec tant de fuccès ,
chez qui Solon alla puifer les loix qu'il donna
aux Athéniens, où Platon apprit à reconnoîDE
FRANCE 21
tre l'immortalité de l'âme , ait été capable
d'inventer ou d'adopter une théologie fi barbare.
Il développe d'après le favant Jablonski ,
leurs opinions religieufes d'une manière qui
leur fait plus d'honneur.
Il finit par donner des idées pour un nouveau
Voyage de l'Égypte , où on vifiteroit &
vérifieroit divers points importans d'érudition
, de géographie , de commerce, qu'il n'a
pu vérifier lui - même , parce que ,
Non omnia poffumus omnes,
MÉMOIRE Couronné le 25 Août 1784 , par
l'Académie Royale des Sciences , Belles-
Lettres & Arts de Bordeaux , fur cette
Queſtion : Quel feroit le meilleur procédé
pour conferver le Mais ou Blé de Turquie?
Et quelsferoient les différens moyens d'en
tirer parti dans les années abondantes
indépendamment des ufages connus & ordinaires
dans cette Province ? Par M. Parmentier
, Cenfeur Royal, &c. A Bordeaux ,
& le trouve à Paris , chez Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftins , in-4° . de
164 pages , 1785.
→
Il ne faut pas confondre cette utile differtation
avec la foule d'Ouvrages vainement
fcientifiques ou de compilations fur l'Agriculture
, qui ont opéré le très- grand mal de
dégoûter les véritables Agriculteurs de rien
chercher , de rien apprendre dans les Livres.
22 MERCURE
Au contraire , on doit s'attendre à retrouver
ici l'efprit patient d'obfervation , le jugement
droit & les lumières qui ont diftingué les dif
férens Écrits de M. Parimentier. Ses recherches
& fes effais ont jufqu'ici moins eu pour
objet d'endoctriner des payfans , dont les
préjugés même font prefque toujours le fruit
de l'expérience , que d'étendre les ufages des
denrées les plus ordinaires , que d'en multiplier
& d'en améliorer les préparations , que .
de préfenter enfin , de nouvelles fubfiftances
falubres au confommateur , par une pratique
plus parfaite , par des procédés plus écono
miques. Perfonne ne s'eft occupé de ces objets
d'une manière plus laborieufe & plus
conftante que M. Parmentier; il a donné de
nouvelles preuves de fon zèle , l'année dernière
, dans la difette de fourrages qui a affligé
les campagnes. Son Mémoire fur le Maïs eft
intéreflant pour une claffe très-nombreufe de
Lecteurs.
Dans l'article III , l'Auteur à recueilli les
notions les plus exactes fur l'origine de ce
végétal, auquel tant de peuples doivent une
nourriture auffi agréable que facile à multiplier.
Le Mais eft une production du nouveau
monde. Les Portugais le tranſplantèrent
en Afrique , d'où on l'a cru originaire trèslégèrement
; & il y a grande apparence que
les Africains doivent la connoiffance de cette
plante à l'infâme trafic d'efclaves que les Européens
allèrent acheter en Afrique pour la
culture des Antilles. Le Manioc , au conDE
FRANCE. 23
traire , formoit de temps immémorial la nourriture
des Nègres , & il n'eft pas également
certain qu'il fût connu dans l'Archipel Américain
, avant l'arrivée des eſclaves qui ont
fervi à le fertilifer.
"
"
ל כ
"
Après avoir décrit la nature du Maïs , fes
efpèces & fes variétés , M. Parmentier en
défigne les maladies , dont la plus commune
eft celle appelée le charbon. « Les caractères
auxquels on le reconnoît , font une augmen-
» tation confidérable de volume dans l'épi ,
» dont les feuilles recouvrent un affeinblage
» de tumeurs fongueufes d'un blanc rou-
» geâtre à l'extérieur , qui rendent d'abord
une tumeur aqueufe , & fe convertiffent ,
en fe defféchant , en une pouffière noirâ-
» tre , femblable à celle que renferme le lyco
» perdon , ou vefce de loup. Les tumeurs
» charnues qui varient de grandeur & del
» forme , font quelquefois de la groffeur.
» d'un oeufde poule , mais rarement au- delà.
» On les apperçoit , tantôt à la tige & aúx
feuilles , tantôt à l'épi , & même aux étamines
des fleurs, »
33
"
ود
»
Que cette maladie ait pour caufe la piqûure
des infectes , ou des brouillards malfaifans ,"
ou , comme l'a foupçonné M. Tillet , une furabondance
de sève qui fe porte avec affluence
vers certaines parties & qui les engorge , la
pouffière de charbon de Mais ne paroît nullement
nuifible à l'économie animale , comme
M. Imhof s'en eft affuré par des expériences
réitérées. Le remède du charbon confifte à en24
MERCURE
"
lever àpropos ces tumeurs fans offenfer la tige.
M. Parmentier paffe enfuite à la culture du
-Maïs , aux préparations qu'il exige , aux pratiques
ufitées dans différentes Provinces , aux
femailles , aux labours , à la récolte. " Le pro-
» duit ordinaire du Maïs en Europe , dit-il ,
» eft de deux épis dans les bons terreins , &
» d'un feul dans ceux qui font médiocres ,
» ou quand chaque pied n'eft pas efpacé ou
» travaillé fuffifamment...... M. le Comte
» Ch. Fred. Wied de Nenwied , qui prend
» en général un intérêt particulier à tout ce
» qui peut foulager la claffe la plus malheureufe
, m'a écrit que le Mais étoit infiniment
plus productif que le froment & le
feigle , qu'ilen avoit retiré d'un arpent huit.
» mattes , mefure pefant environ 300 liv.
"
2
"
Le Chapitre III de cette Differtation, expofe
les différens emplois du Mais . On voit
par ce détail qu'il eft peu des préparations
variées de la farine du froment , dont le blé de
Turquie ne foit fufceptible . Cet aliment
d'ailleurs , eft de la plus inconteftable falubrité.
Tous les peuples qui en font un ufage
habituel , jouiffent & de la force & de la fanté.
Les Gafcons & les Béarnois font d'une taille.
» affez avantageufe , d'une complexion forte ,
» d'un teint frais , d'un courage mâle ; leur
» nourriture la plus ordinaire confifte dans
» la bouillie & le pain préparés avec ce grain;
» s'ils confomment un boiffeau de froment ,
» ils en mangent quatre de Maïs. Ce que
» nous difons de nos Provinces méridionales ,
s'applique
"
"
DE FRANCE.
s'applique également aux Bourguignons
» aux Comtois , &c. &c.
» Les bons effets du Mais le manifeftent
» auffi chez les animaux. Il n'y a rien que les
12
23
beftiaux & les volailles aiment autant , &
» qui leur profite davantage que ce grain ,
dont ils font très-friands. On le leur donne .
fous diverfes formes , tantôt à deffein de
les nourrir , & tantôt pour les engrailler..
» Leur chair eft fine , tendre & délicate ;
leur graille , ferme , abondante & fayoureufe.
Un Vice- Roi de Tolède difoit que
le Férou poffedoit deux grandes richeſſes ,
le Maïs & le bétail. »
"
"
H
抓
Des nombreux ufages du Maïs , il faut
excepter cependant celui du pain & des préparations
analogues de pâtes fermentées.
Écoutons , dit , fort bien M. Parmentier ,
» écoutons les Compilateurs dont le fiècle
» abonde. Rien n'eft plus facile , felon eux ,
» que de faire du pain de Maïs comparable
" pour la légèreté à celui de froment ; & fi
» on les en croit , c'eſt toujours fous cette
forme que ce grain fert de nourriture aux
» différens peuples de la terre ; mais ce pré-
» tendu pain n'eft qu'une véritable galette ;
» après avoir broyé le Mais , on mêle fa
farine avec l'eau pour en former , fans le,
» concours d'aucun levain , une pâte qu'on
" cuit fur le champ & qu'on mange toute
chaude en fortant du four, »
"
"2
23
L'eftimable Auteur a lui- même multiplié
les expériences & les opérations chimiques
No. 31,5 Août 1786.
B
26 MERCUREA
pour conduire la farine de Maïs au point né
ceffaire à la panification ; mais ces travaux
l'ont conduit au réſultat fuivant. « L'abfence
"3
de la matière glutineufe dans le Mais , ren-
» dra toujours la pâte de ce grain courte , &
» peu propre à obéir , fars fe rompre , au
mouvement de la fermentation panaire ;'
peut-être l'art pourra- t'il fuppléer à ce défaut
par l'addition de quelque fubſtance
» vifqueufe , en fuppofant cependant qu'on
» ne rendra point l'opération plus coûteufe ;
» car la plus légère dépenfe dans la prépara-
" tion de l'aliment journalier pour le riche,
» en devient bientôt une très- confidérable
» pour la claffe indigente. Il feroit donc poffible
que , par la fuite , on pût obtenir des
refultats plus fatisfaifans ; mais quels qu'ils
» foient , j'ofe affurer , fans crainte d'être
» jamais démenti , que la farine de Mais
» manquera toujours de ce liant & de cette
"
"
glutinofué fi bien caractérisée dans le fro-
» ment , fi effentielle à la fermentation de la
pâte & à la bonne qualité du pain ; que
celui dont il s'agit aura conftamment une
» nuance jaunâtre , qu'il fera conpatte &
gras , &c. &c. »
N. B. M. Parmentier vient de rédiger ,
d'après les principes de ce Mémoire , une
Inftruction fur l'Agriculture & les ufages du
Mais , publiée par la Société Royale d'Agriculture
8-8
DE FRANCE.
27.
HISTOIRE de Kentucke , nouvelle Colonie &
l'Ouest de la Virginie , avec une Carte j
Ouvrage pour fervir de fuite aux Lettres
d'un Cultivateur Américain , traduit de
l'Anglois de M. John Filfon ; par M. Parraud.
vol. in- 8 °. Prix , ; liv . broché , &
liv. 10 fols broché franc de port par
pofte dans tout le Royaume . On affranchit
Pargent & la lettre d'avis. A Paris , chez
Buillon , Libraire , hôtel de Mefgrigny, rue
des Poitevins , Nº. 13. /
3 la
L'ESPRIT de découvertes qui s'eft introduit
heureufement dans notre fiècle , & qui a
multiplié les voyages & les expériences , en
agrandiffant nos idées , a multiplié aufli nos
connoiffances , étendu les limites des Sciences ,
& fur-rout de la Phyfique & de la Géogra
phie. Que de contrées qui , jufqu'à préfent ,
avoient été totalement ignorées , ou fur lef
quelles on n'avoit que des notions faulles
ou imparfaites , qui font , pour ainfi dire ,
forties du chaos par les recherches & les travaux
de ces hardis Navigateurs dont notre
fiècle s'honore !
Il en eft peu de moins connues que l'intérieur
de l'Amérique Septentrionale . Ce vaſte
continent, coupé par une infinité de fleuves
& de rivières , par des lacs d'une étendue immenfe
, par de grandes chaînes de montagnes,
par des forêts auffi anciennes que le monde ,
habité par des peuples fauvages ou par des
Bij
28 MERCURE
*
8
bêtes féroces , femble préfenter un obſtacle
éternel à la curiofité des Voyageurs avides de
connoitre la nature & les hommes de ces
contrées lointaines ; deux objets dignes
d'occuper les loiſirs , d'un Philoſophe obſervateur.
Nous devons favoir gré à ces hommes hardis
& intrépides, qui ne craignent pas d'affronter
toutes ces difficultés qu'oppofent la nature
& les hommes , pour pénétrer dans des
régions inconnues & nous en doaner des relations
fidelles & intéreflantes. Sans parler des
Auteurs plus anciens , nous pouvons citer
Adair , Smith & Carver, tous les trois Anglois
, qui à peu près dans le même temps
parcouroient les mêmes pays , & décrivoient
les moeurs & coutumes des mêmes peuples.
Il faut joindre à cette lifte l'Auteur de l'Ouvrage
que nous annonçons , qui a parcouru le
pays & obfervé lui-même les lieux dont il
nous donne la defcription.
Ce pays eft Kentucke , nom peu connu ,
mais qui le deviendra fans doute , & fera bientôt
compté parmi les États- Unis de l'Amérique.
Kentucke eft un vaſte territoire à l'Oueſt
de la Virginie , borné au Nord & au Nord-
Queft par l'Ohio , ou la belle rivière. Son nom
lui viert d'une des principales rivières qui
Parrofent , connue auffi fous le nom de Kuttawa.
Il a environ 250 milles du Nord au
Sud , & 200 de l'Eft à l'Oueft. Peu de Voyageurs
font parvenus jufques là ; & ceux qui
ont defcendu ou rémonté l'Ohio , comme
DE FRANCE. 29
Charlevoix , n'ont vu que les parties arrofées
par cette rivière.
Notre Auteur commence par nous faire
connoître l'époque où Kentucke a été connu
des blancs ; celle où l'État de Virginie acheta
des Sauvages le territoire qu'ils avoient habité
jufqu'alors. Delà il paffe à la deſcription
topographique du pays ; les productions naturelles
, le climat , le fol, le commerce &
autres objets relatifs , font traités dans des
articles féparés. On ne peut s'empêcher , en
voyant l'heureufe expofition , la douceur du
climat , la fertilité du terrein , de penfer
qu'un jour Kentucke deviendra un des pays
les plus fréquentés & les plus peuples.
On peut même juger dès-à - préfent de fon importance
, par fa population actuelle , qui
monte à 30000 ames ; & , ce qui furprendra
sûrement , c'est que les premiers établiſſemens
n'ont eu lieu qu'en 1775 , & pendant
les troubles de la dernière guerre .
Cette première Partie eft fuivie des aventures
du Colonel Boon , un des premiers Cofons
de Kentucke , contenant une relation
hiftorique des guerres que l'État de Virginie
eut à foutenir contre les Sauvages. On lit avec
plaifir cette relation , écrite d'un ftyle fimple ,
& dans laquelle on trouve des morceaux touchans
& des réflexions juftes . Tel eft celui où
le Colonel Boon & fon frère fe trouvent feuls
au milieu des déferts de Kentucke , expofés à
tout moment à être pris cu tués par les Sauvages
, ou à devenir la proie des bêtes féroces.
Biij
30 MERCURE
-
Nous allons citer un morceau qui donnera
une idée de la narration. « Le 1er Mai 1770 ,
» m ›n frère , à mon grand regret , retourna
» dans fa famille , pour aller chercher des
chevaux & des munitions , me laiffant feul
» à moi- même , fans pain , fans fel ni fucre ,
fans compagnie d'être raisonnable , pas
» même d'un cheval ou d'un chien. J'avoue
que jamais je ne m'étois trouvé dans une
plus grande néceffité d'exercer ma philofophie
& mon courage. Je reftai plufieurs
jours inconfolable. L'idée d'une épouse &
d'une famille chéries , de leur inquiétude
fur mon abfence & ma facheufe pofition ,
faifoit fur mon coeur une impreflion profonde.
Mille objets effrayans le préfentoient
à mon imagination , & m'auroient
certainement jeté dans la plus affreufe mélancolie
fi je m'y fuffe livré plus long-
1
5 .
temps.
Un jour j'entrepris une courſe à travers
le pays ; la diverfité & la beauté de la Nature
que je voyois dans une auffi agréable
» faifon , chaffa de mon efprit toutes les pen-
ةود
> fées triftes & fàcheufes. Le jour baiffa , les
» zéphirs fe retirèrent & laifsèrent l'air dans
» un calme profond ; pas le moindre fouffle
qui agitât les feuilles les plus légères des
» arbres. Je gagnai le fommet d'une hauteur
qui dominoit fur le pays; & regardant tout
autour, dans un étonnement délicieux , je
» voyois fous mes pieds de vaftes plaines ,
a une immenfe étendue de payfage le plus
DE FRANCE.
31
ود
و د
ود
و د
» charmant. D'un autre côté , je voyois la
magnifique rivière d'Ohio , roulant fes
» eaux dans un filence majeftueux , & tra-
» çant à l'Oueft les limites de Kentucke.
» Dans le lointain j'appercevois les monta
» gnes élevant leurs tétes fuperbes jufqu'aux
» nues. Je pouvois encore jouir de la vue
de ce magnifique fpectacle. J'allumai du
feu près d'une fource d'eau douce ; j'y fis
» rôtir une longe d'un chevreuil que j'avois
" tué peu d'heures auparavant , & je m'en
régalai. Les ombres de la nuit couvrirent
bientôt tout l'hémisphère , & la térre fem-
» bloit foupirer apres la douce rofée. La
» courſe que j'avois faite pendant le jour
» avoit fatigué mon corps & diverti mon
imagination. Je m'étendis fur un tas de
feuilles , où je dormis profondément , &
» ne me réveillai que lorfque le foleil eut
» chaffé la nuit. Je me levai , je continual
ma courſe , & en peu de jours je parcourus
» une partie confidérable du pays , toujours
» avec autant de plaifir que le premier
jour. ❞
93
2
ور
"
و د
ر و
Après cette relation , on lit le Difcours d'un
Chef Américain aux Ambaffadeurs des Sauvages
Piankushaws , & la réponſe du Chefde
ces Sauvages , que nous regrettons de ne pouvoir
rapporter ici .
Une énumération fuccincte des Nations
Sauvages qui habitent dans les limites des
États- Unis ; un expofé, de leurs moeurs &
coutumes , & des réflexions fur leur origine,
BAV
32 MERCURE
terminent l'Ouvrage de l'Auteur Anglois ,
auquel le Traducteur a ajouté , par forme de
fupplément , 10. une déclaration & une ordonnance
du Congrès , concernant l'érection
de nouveaux États , & la manière dont il doit
être difpofé des terres à l'Oueft des États-
Unis ; 2. des paffages de Diodore de Sicile ,
d'Ariftote , de Platon , &c, qui prouvent que
l'Amérique étoit connue ou foupçonnée des
anciens ;. un morceau fur le gouvernement
des Sauvages ; fur leurs confeils , leur éloquence
, & plufieurs difcours que nous
avouons n'avoir pu lire fans intérêt ; 4 ° . enfin ,
'un extrait de la relation du Capitaine Ifaac
Stewart.
Tels font les objets traités dans l'Hiftoire
de Kentucke , qui ne peut manquer d'être
accueillie favorablement , par les chofes curieufes
, intereffantes & variées qu'elle préfente
aux Lecteurs . L'Ouvrage eft de plus accompagné
d'une Carte fort bien gravée , qui
offre au fimple coup - d'oeil l'afpect d'une des
plus belles contrées du nouveau continent.
MEMOIRE fur ' a Fortification perpen
diculaire , par plufieurs Officiers du Corps-
Royal du Génie . in- 4° . Prix , 21 liv. br. &
24 liv. relié. A Paris , chez Nyon , l'aîné ,
Libraire , rue du Jardiner , près celle
Mignon .
CET Ouvrage eft un examen rigoureux de
celui de M. le Marquis de Montalembert ,
DE FRANCE. 3.3
intitulé la Fortification perpendiculaire , en
cinq volumes in-4 . Les Auteurs de ces Memoires
ont eu pour but de rendre à M. de
Vauban l'honneur que lui contefte M. le
Marquis de Montalembert , d'avoir enfeigné
la meilleure fortification connue jufqu'à
préfent.
M. le Marquis de Montalembert , difent
» les Auteurs de cet Ouvrage , plus heureux
dans fes productions que tous les autres fi
nombreux Auteurs d'Ouvrages du même
» genre , eft parvenu à faire adoptèr, partie
» de fes idées par des Miniftres d'Etat , &2
par des hommes dont les fuffrages portent
» un caractère à entraîner nécellairement
» ceux de beaucoup d'autres Militaires. Il
s'agit dans ces idées de queftions fur lef
quelles certaines erreurs , propagées fans
» réclamation , deviendroient dangereufes
» pour la défenfe du Royaume. Notre fer-
» Ment d'Officiers nous oblige donc à les dé-
» truire .
و ر
"
و د
»
Il ne nous appartient pas de prononcer
entre les deux parties. C'eft aux perfonnes
de l'Art à examiner les divers principes dont
elles s'étayent & fe combattent réciproquement.
Mais nous croyons que cette difcuffion
peut être utile , & peut jeter des lumières fur
une fcience qui influe fi évidemment fur le
bien de l'État .
BY
34
MERCURE
TABLEAUX des Anciens Grecs , des
Romains & des Nations contemporaines ,
où l'on trouve le Ceremonial , la Vie
privée , l'état Politique , Cvil & Militaire ,
les Sciences & les Arts de l'antiquité, avec
figures coloriées ; première Livraiſon . A
Paris , chez M. Remy , rue des Grands
Auguftins , près celle Chriftine , & chez
Mufier , Libraire , quai des Auguftins.
ACET Ouvrage doit préfenter , dans un feul
corps d'Ouvrage , ce que tous les Érudits ,
tous les Savans de l'antiquité ont découvert
de plus curieux , de plus piquant , & qu'on
ne trouve que dans des milliers de volumes.
Cette première livraifon renferme d'abord
un difcours préliminaire , où l'Auteur confidère
la marche de la politique chez les
anciens , & la compare à celle des modernes.
Il prétend que tout eft action & invention
chez les premiers , & répétition ou imitation
parmi nous , foit dans les Arts , foit dans
Part de gouverner les Nations. Ces âges paroiffent
à l'Auteur l'âge de la virilité de l'ef
pèce humaine & de l'adolefcence , tandis que
Europe moderne la montre dans l'âge de la
retenue, quelquefois de la pufillanimité , c'eftà-
dire , dans l'âge du vieillard .
On ne trouve plus , dit auffi l'Auteur ,
dans la politique Européenne , cette force
& cette fierté des anciens peuples ; on ne
voir plus de Séfoftris qui parcoure l'Orient
DE FRANCE.
35
en vainqueur , ni d'Alexandre qui renverfe
des Trônes , ni une autre ville de Rome
qui travaille pendant cinq fiècles à conquérir
le monde. L'ancienne paffion des
conquêtes qui caractérifa tant de peuples,
paroît affoiblie dans l'efpèce humaine.
Il faut lire auffi dans l'Ouvrage comment les
Gouvernemens ont perdu l'ancienne férocité
de leurs principes , & comment l'opinion &
une autre politelle ont influé fur la tranquillité
des citoyens. Suit un difcours fur l'efprit
poétique des anciens & fur Homère , le Prince
des Poëtes , avec fon portrait : vient un ellai
hiftorique fur la religion des Romains , depuis
Numa jufqu'au triomphe du Chriftianifme.
Le tableau enluminé de l'Augure eft de toute
beauté ; & la découverte des fupercheries facrées
par les anciens philofophes y eft bien
conduite. On trouve enfuite une hiftoire de
tout ce qu'on fait de sûr au fujet des Amazones,
avec la figure enluminée & le coftume,
de ces femmes célèbres. Puis vient le tableau
du foldat romain & une hiftoire de l'Infanterie
Romaine. Une histoire des femmes.
Spartiates, fort curieufe & très philofophique,
& l'hiftoire des Romains dans l'état de mariage
terminent ce volume. On applaudita
aux vues morales de l'Auteur fur l'état de
mariage ; il'le confidère chez les Romains
dans leur âge de vertu , de décadence , de
corruption , & dans le moment où ils furent
anéantis . Le contrafte des moeurs privées des
Romains et un tableau intéreffant..
[
སྙ་ ་ ་*
Bvj
36
MERCURE
L'Auteur avertit qu'à la fin de l'Ouvrage
en affemblant tous les articles felon l'ordre
qu'il etablira , on aura un tableau court , mais
fidèle , de ce qu'on fait de plus inftructif & de
plus vrai fur l'antiquité. Cet Ouvrage nous
paroît utile encore à la jeunetle , parce que
joignant à l'inftruction un tableau bien deffiné
& enluminé des ufages , coftumes &
cérémonies , l'inftruction devient plus facile
pour les enfans.
8
VARIÉTÉ
S.
OBSERVATIONS fur une Opinion de
M. PAW , dans fes Recherches fur les
Américains.
ON a déjà réfuté plufieurs erreurs de M. Paw
femées dans divers Ouvrages qu'il a publiés. Mais
ify en a une principale dans les Recherches fur les
Américains , qui n'a pas , ce me femble , été relevée
, & qui mérite de l'être. Nous nous croyons
d'autant plus autorisés à la dénoncer , que bien des
gens l'adoptent encore
L'erreur dont il s'agit confifte dans l'opinion qu
eft M. Paw , que la nature des terres & les qualités
de l'athmosphère en Amérique ne font point favos,
rables à l'efpèce humaine ; que les indigènes font des
hommes d'une conftitution inférieure , foibles de
corps & d'efprit , & que les defcendans des Européens
éprouvent tellement l'influence de ce climat ,
qu'on ne doit efpérer d'eux rien de grand ni dans
DE FRANCE. 37
les Arts , ni dans les Sciences , ni dans la Guerre , ni
dans les Lettres . Il cite (pécialement pour exemple ,
à l'appui de fon affertion , les Colonies Angloifes
établies für le continent , defquelles , quoique nombreufes
& très- peuplées , il n'eft forti , dit- il , jufqu'au
remps où il écrivoit , aucun perfonnage quit
fe foit diftingué.
On détruiroit ailément ce ſyſtême dans toures fes
parties . Il faudroit pour cela s'engager dans de trop
longs détails . Je me bornerai à remarquer combien
il est dénué de fondement dans ce qui regarde les
Créoles .
Outre l'exemple de nos Canadiens & des defcendans
des François dans les Ifles à fucre , qui ont
donné tant de preuves de bravoure & d'intelligence
fur terre & fur mer durant les guerres de Louis XIV;
un grand événement dont les yeux ont été les témoins
, dément d'une manière éclatante les préven
tions défavantageufes que M. Paw a répandues fur
le caractère moral & fur la conftitution phyfique des
hommes nés en Amérique.
Certes , la révolution qui vient d'affranchir les
Colonics Angloifes établiès fur le continent da
Nouveau-Monde , & d'en former une Puiffance
indépendante , annonce dans les hommes que produifent
ces contrées toutes les facultés propres à
l'espèce humaine , & les plus capables de lui faire
honneur. Chez quels peuples anciens ou modernes
l'Hiftoire offre- t'elle plus de vertus , de raiſon , de
capacité que les Américains n'en ont fait voir durant
la guerre qu'ils ont foutenue contre leur mère-contrée?
Courage fans fanatifme , conftance au milieu
des dangers & des revers , prudence & fermeté dans
les confeils , habileté dans l'exécution , patience à
l'épreuve des fatigues & des privations , tout ce qui
rend digne de triompher a éclaté dans leur con
duite.
38
MERCURE
Eh ces hommes qui fe font ainfi montrés ,
qu'étoient- ils ? De fimples particuliers , Marchands
ou Cultivateurs. Ils étoient pauvres , dénués d'armes
, de munitions , ils manquoient d'Arts & preſque
de toutes les espèces de manufactures. Ils n'avoient
ni expérience militaire , ni artillerie , ni vaiffeaux de
guerre. On avoit tenu leur induftrie enchaînées on
ne leur laiffoit fabriquer ou produire que ce que
l'on ne pouvoit pas leur fournir ou leur faire payer.
Ils ont ofé cependant fecouer le joug d'une Puiffance
formidable par fes Troupes , par fes Arts , par
fa Marine , par les richeffes , & le fuccès a couronné
leurs efforts.
Tout- à-coup s'eft développée chez eux une foule
de Généraux , de Négociateurs , de Chefs d'Admis
niftration dans tous les genres , d'Entrepreneurs de
Fabriques diverses , de Marins intrépides, Parmi ces,
perfonnages diftingués, s'eft élevé un WASHINGTON,
comparable , peut- être fupérieur à ce que tous les
âges ont eu de plus célèbre & de plus, refpectable ;
mortel prefque divin , vertueux comme Ariftide &{
Cincinnatus , fage comme Fabius , habile comme
Turenne , uniflant comme Catinat à ces grandes
qualités une philofophie douce un caractere fimple
, un coeur bienfaisant rempli d'humanité, capi
Les Actes du Congrès Américain , ceux des Aſſem→,
blées générales des différens États Unis , femblent!
Pocevre de la fageffe même. On niy remarque aucune
exaltation , aucune affectation d'héroïſme.
Mais il y règne une raifon profonde & fublime , les,
vues les plus faines , les fentimens, les , plus beaux ,
les plus juftes qui puiffent naître dans le coeur hu-,
main. Tout cela énoncé avec une expreſſion , tout,
chante , fans recherche , qui fait voir que les Auteurs [
de ces Actes font ce, qu'ils paroiffent , que leur amer
s'y répand , & qu'ils fuivent , en les concevant , la
pente d'une excellente nature.
LE FRANCE. 39
Jamais Rome , Athènes ni Sparte , jamais aucune
Nation moderne , fans excepter les Anglois , n'ont
auffi bien connu les devoirs & les droits de Citoyen,
n'ont autant refpecté l'humanité , n'ont eu des notions
fi nettes fur l'organisation d'une grande fo
ciété , n'ont fi bien fu concilier la fubordination
convenable au maintien de la paix publique , aux
fuccès des opérations falutaires du Gouvernement ,
avec la plus grande liberté néceffaire au bonheur
d'un État comme à fa profpérité.
Les peuples anciens dont on nous cite les grandes
actions , étoient en général foutenus dans leurs principes
par des opinions religieufes , des fictions facrées
, des oracles impofans , qui , dès l'enfance
échauffoient l'imagination , fafcinoient l'efprit , &
pour ainfi dire , dénatuoient l'homme. Une forte
d'enchantement , fi je puis me permettre cette façon
de parler , agiffoit fur ces peuples , les enivroit. Leurs
vertus , plus factices que naturelles , leur étoient bien
moins propres qu'elles n'étoient l'effet d'une éducation
artificieuſe , d'une espèce de prestige. C'eſt à
peu près ainfi que le vieil de la Montagne changeoit
fes vils efclaves en dévoués intrépides , & que
dans l'Inde une folle piété donne aux faquirs le courage
de fouffrir avec joie des tortures effroyables
dont ils s'impofent la peine par efprit de mortification.
Mais les Américains , à l'abri des influences
de la fuperftition , n'admettant que des idées vraies ,
épurées, tiennent d'eux - mêmes de la trempe native
de leur ame & de leur efprit l'énergie & les qualités
fupérieures qu'ils ont déployées.
Voilà des traits fuffifans pour contredire avec
avantage l'opinion de M. Paw. Mais de plus , dans
les Lettres , dans les Arts , dans les Sciences , les
Américains comptent parmi eux des Philofophes &
des Écrivains dont l'Europe s'honoreroit. C'eſt à
Francklin , cet homme doué d'une fagacité éton
40
MERCURE
nante & d'une ame forte , qui joint le titre de Savant
à tant d'autres titres glorieux , que nous devons la
découverte de l'électricité des nuages ; découverte
importante , qui révèlera les derniers fecrets de la
Nature , fi jamais ils peuvent être pénétrés , & qui
place fon Auteur à côté de Buffon , au rang des
génies immortels qui ont éclairé le monde.
Aucun Ouvrage ne brûle d'une éloquence plus
pénétrante que les Lettres de Dickinſon . Aucun Ouvrage
n'eft recommandable par une logique plus
ferrée , des raifonnemens plus profonds , plus pref
fans , des apperçus plus fins , un ftyle plus clair .
plus entraînant que le Sens commun de Payne.
L'Angleterre n'a point aujourd'hui de meilleurs.
Peintres que Weft & Copley, nés tous les deux en
Ainérique , & dont les tableaux , gravés & copiés,
par tout , font univerfellement eftimés .
Il paroir depuis peu en France un Poëme d'un
Officier Américain , qui peut difputer de verve & de
beautés avec les meilleures pièces de vers Angloifes,
M. Humphrey, de qui eft cet Ouvrage , l'a com
pofé au milieu des troubles de la guerre & dans le
tumulte des camps. Il exhorte fes compatriotes à
perfévérer dans leur réſiſtance à l'ennemi qui vou
loit les opprimer , d'plore leurs défaftres paffés ,
célèbre leurs fuccès préfens , & leur montre dans un
avenir prochain , pour prix de leurs travaux , la
profpérité la plus brillante. Le fameux Poëme d'Addiffon
, intitulé the campaign , eft du même genre
que celui de M. Humphrey , & ne lui eft point fupérieur.
Si le Poëte Anglois , qui n'avoit à décrire
que des victoires , a mis plus de vigueur & de feu
dans fes tableaux , le Poëte Américain , en fe conformant
à fon fujet , a mis dans les fiens plus de
variété & de fenfibilité . Ceux qui ne peuvent le lire
dans fa langue, font en état de l'apprécier par l'excel
lente Traduction qu'en a faite M. le Marquis de
DE FRANCE. 41
Châtellux , Officier Général , également célèbre dans
la carrière des armes & dar.s celle des Mufes . C'eft
déjà un motif de fe prévenir en faveur de la Pièce de
M. Humphrey , que de voir un homme de la répu
tation de M. de Châtellux prendre la peine de la traduire
; & la manière brillante dont il s'en eft acquitté ,
en prouvant beaucoup de goût , de verve & de talent
dans le Traducteur , ne laiffe point lieu de révoquer
en doute le mérite de l'original.
Qu'un peuple auffi nouveau que les Américains ,
ait tardé jufqu'à ces derniers temps à le préfenter
dans la lice des Belles- Lettres & des Beaux- Aits , c'eſt
l'effet du bon efprit dont la Nature l'a partagé. Il
avoit à fe livrer à des objets plus effentiels . Il faloit
d'abord confolider fon établiffement , défricher les
terres , dreffer des routes , régler le Gouvernement ,
jeter en un mot les fondemens de l'édifice , avant de
s'occuper du refte .
Les rapides progrès qu'il a faits dans ces parties
importantes , avant & depuis l'époque de fon indépendance
,font encore une preuve évidente que l'efpèce
humaine ne dégénère point en Amérique ; ils
font dûs beaucoup plus aux Créoles qu'aux Émigrans
d'Europe. On en peut juger par l'accroiffement
extraordinaire des établiffeinens de Vermont
& de Kentucki , tout récens , & dont les habitans
, affez nombreux déjà pour prétendre à former
deux ÉTATS particuliers , font prefque tous nés en
Amérique. Voyez dans la relation fi intéreffante des
Voyages du même Marquis de Châtellux , dont nous
venons de parler , avec quelle ardeur & quel fuccès
les jeunes gens quirtent de toutes parts la maifon
paternelle pour aller au loin fonder de nouvelles
habitations. Ils ont franchi les Monts Apalaches ,
en deçà defquels l'Abbé Raynal affuroir qu'ils devoient
refter ; ils defcendent l'Ohio ; ils s'étendront
bientôt jufqu'aux rives du Miffiffipi .
42 MERCURE
t
Qu'on ne dife pas , pour diminuer le prodige
d'une Puiffance élevée fi fubitement au milieu des
déferts , & pour atténuer le mérite de ces peuples ,
qu'ils ont profité des Arts , des lumières que leurs
pères ont apportés avec eux , & que le génie de
l'Europe les anime encore. Il eft bien certain que ,
dans le peu de temps écoulé depuis leur établiſſement,
ils n'auroient
pas fait les progrès
qui nous
étonnent
, s'ils s'étoient
vus dans la néceffité
d'inventer
eux- mêmes les pratiques
& les inftrumens
dont ils fe font aidés , & qui contribuent
fi puiffamment
au bonheur
du genre-humain. Ils doivent
inconteftablement
ces fecours au pays d'où ils tirent
leur origine. Mais la Grèce moderne
, la Moldavie
,
JUkraine
, la Pologne
, font fituées au fein de l'Europe
même , font placées plus près des connoiffances
qui illuftrent
cette partie du monde; & ces grandes
contrées
n'en ont tiré aucun parti. Leurs habitans
n'ont point fu fe fouftraire
au fceptre de fer
qui les écrâfe. Une misère profonde
les abâtardit
;
les fiècles paffent fans qu'ils améliorent
leur fituation
, fans qu'ils fortent de la barbarie & de la pauvreté.
* Une confidération relève de plus en plus à mes
yeux les Américains . Ils uniffent la bonté , le fleg
me , la douceur, au génie & à la hardieffe néceffaires
pour les grandes affaires & les hautes entrepriſes . La
douceur , la modération , la tranquillité d'ame font
la marque propre & diftinctive de ce peuple . Avec
de telles difpofitions , lorfqu'elles font accompa
gnées , comme elles le font chez lui , de la fermeté ,
du courage , de la conftance , du jugement exquis ,
on eft bien près de pofféder un caractère parfait.
les
Telle eft l'idée que donnent des Américains ,
faits publics de leur Hiftoire & les détails que l'on
connoît de leurs murs & de leur vie privée, par les
Livres publiés depuis quelques années , fur - tout par
DE FRANCE. 43
les Voyages du Marquis de Châtellux dans l'Amérique
Septentrionale , déjà cités plus hauts Ouvrage
fans prétention , écrit avec fimplicité , & cependant
très-agréable , qui , fans événement , fans aventure
remarquable, attache & fe fait live par le charme
d'un ftyle naturel , par la vérité des tableaux , &
par les traits échappés à l'Auteur , qui peignent à fon
infçu prefque à chaque page fon aimable caractère .
que
C'eft dans ces Voyages qu'on voit bien l'état intérieur
des vaftes Provinces de l'Amérique devenues
indépendantes , & les moeurs , les idées , les fentimens
des hommes qui les habitent. C'eſt-là l'on
voit ce qu'on doit attendre d'eux par ce qu'ils ont
déjà fait. A juger de l'avenir par le préfent & par
le paffé , on peut préfager que rien n'arrêtera leurs
pas vers la plus grande profpérité. I's effaceront
peut être toutes les Nations par leur fageffe , & ne
le céderont à aucute dans aucun genre de gloire.
M. Paw s'eft trop hâté de le décider à leur égard.
« Sans doute lui-même il le reconnoîtroit & changeroit
de langage , s'il écrivoit aujourd'hui fes Recherches.
$
ANNONCES ET NOTICES.
Te
RATTE des Matières Féodales & Cenfuelles , par
M. Hervei , Avocat. A Paris , chez Knapen , Imprimeur
Libraire , Tomé V.
A
Ily a plus d'un an que M. Hervei a publié les
quatre premiers Volumes de cet Ouvrage , & l'Onvrage
entier eft complerté par ce cinquième Volume
r'qu'il publie aujourd'hui . On fait beaucoup de Livres
fur ces matières , parce que les mêmes loix , les
mêmes ftyles & coutumes peuvent être compilés de
44 MERCURE
cent manières différentes , fans qu'aucune de ces
compilations répande la moindre lumière fur les
textes des coutumes & des loix . L'Ouvrage de M.
Hervei ne peut être trop diftingué de ces inutiles ou
funeftes compilations . C'eft l'Ouvrage d'un excellent
efprit fur les monumens de notre Legiſlation &
de notre Hiftoire. C'eft une des plus belles & des
plus heureufes applications qu'on ait faites de la Phi
lofophie de notre fiècle , aux traditions & aux loix que
nous avons reçues des fiècles précédens , & il ne faut
pas le méprendre à ce mot de Philofophie : ce n'eft
pas celle qui, par quelques principes hardis & vagues ,
par quelques lieux communs d'une morale générale,
croit pouvoir juger ce qu'elle ne connoît point, &-
éclairer ce qu'elle n'a pas étudié La Philo ophie de
M. Hervei eft cette logique d'un e prit droit &
étendu, qui fe fait toujours des idées juftes , parce
que fes connoiffances font profondes & nettes ; il ne
prend pas le ton.d'un réformateur ; il ne s'arrête pas
déclamer fur les vices des loix féodales, & fur la
barbarie de ce fyftême focial renversé à demi , mais
dont les ruines même font encore une partie de notre
Légiflation . M. Hervei part des monumens qui faut
admettre ; s'il y répand une clarté qu'ils n'ont jamais
eue , il ne forme de fyftême ni en faveur de la Nobleffe
, ni en faveur du Clergé , ni en faveur du
Tiers État; il cherche & trouve dans les monumens
ce qu'ils prononcent fur les droits & les devoirs refpectifs
de toutes les claffes de la Société . Le Seigneur
feudataire apprendra dans le Livre de M. Hervei à
connoître l'étendue & les bornes de fes juftes prétentions
, le Citoyen celles de fes obligations , le Magiftrat
& l'Avocat y apprendront ks loix qu'ils do!-
vent invoquer ou appliquer Dans un pays tel que le
nôtre . tels que ceux de prefque toute l'Europe , où
tout le monde eft plus ou moins fous l'empire des
loix féodales , on ne voit pas à quelle claffe de
DE FRANCE. 45
Citoyens le Livre de M. Hervei pourroit être indifférent
& inutile . Ce cinquième Volume traite du
Cens , & par le feul rapprochement des textes , des
chartes & des coutumes, l'Auteur éclaircit toujours &
termine forvent toutes les conteftations qui fe font
élevées & fur l'origine & fur la nature du Cens. Il
combat Montefquieu , & il paroît avoir raifon ,
même contre le génie qui a créé l'Esprit des Loix.
Voilà bien des éloges , & on en fera sûrenient la remaque.
Nous n'avons qu'une chofe à répondre ,
Яous les croyons tous mérités ; & lorfque les Ouvrages
d'un mérite diftingué font pre'que toujours
défigurés & déchirés par le Critique , lorfque la médiocrité
achette ou obtient fi aifément des éloges ,
nous croyons que c'eſt un devoir facré de rendre une
juftice entière au vrai mérite , & de ne fe laiffer intimider
dans fon eftime ni par l'indifférence qui dédaigne
tout , ni par l'envie qui attaque tout ce qui
eft bon. Nous n'avons pu donner encore l'Extrait de
l'Ouvrage de M. Hervei , parce qu'un tel Extrait
mérite d'être réfléchi & médité , & parce que nous ne
croyons pas qu'on puiffe apprécier dans deux ou trois
matinées des Ouvrages qui ont coûté des années de
travaux , mais nous nous propofons de donner de ce
Livre tout neuf une analyfe qui juftifiera nos éloges ;
nous prouverons combien ils font fincères par nes
critiques mêmes.
K
LE Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fees & autres Contes merveilleux ornés
de Figures , quatorzième Livraiſon, Tomes XXVII,
XXVIII , XXIX & XXX , contenant la fuite des
Veillées de Theffalie , l'Hiftoire du Prince Titi, &
les Contes des Génies ou les charmantes leçons.
d'Horam , fils d'Afin ar.
Cette intéreffante Collection formera 36 vol . in 8º
dont le prix eft de 3 liv . 12 fols le Volume bro46
MERCURE
ché avec trois Planches , fans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices fur la Vie des Auteurs.
Le fuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition
en 36 Volumes in- 12 , avec les mêmes Figures de
l'in-8°. , dont le prix eft de 2 liv . 8 fols le Volume
broché ; & pour une autre en 36 Volumes in - 12
fans Figures , dont le prix eft de 1 liv. 15 fols le
Volume broché. Il en paroît actuellement feize
Volumes.
On s'inferit pour ces diverfes Editions à Paris ,
chez Cuchet , Libraire - Editeur des OEuvres de le
Sage & Présoft ; & à Genève , chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
EUVRES choifies de Poffuet , Evêque de Meaux,
par M. l'Abbé de Sauvigny , Tome IV , in-4° .
Prix , 12 liv. 10 fols broché , 12 liv . en feuilles. A
Nifmes , chez Pierre Beaume , Imprimeur - Libraire ,
grande rue.
Ce Volume complette la première moitié de cette
importante Collection. Il contient : Le Traité de
l'expofition de la Doctrine de l'Eglife Catholique ,
l'Inftruction Paftorale fur les promeffes faites à
l'Eglife , la troifième Partie du fixième Avertiffement
aux Proteftans , & la Conférence, avec le Miniftre
Claude fur la matière de l'Eglife.
L'eſtimable Editeur de ces OEuvres rapporte dans
un Avis l'anecdote de l'Abbé de Brueis , Auteur comique
connu par le Grondeur & autres Comédies
& qui avoit débuté par être grand Controverfifte.
Il fit , dit l'Editeur , fes premières armes contre
Boffuet. Pour toute réponſe le Prélat convertit fon
adverfaire, qui devint un zélé défenfeur des véri
» tés qu'il avoit combattues. Nous avons de lui
deux Ouvrages Polémiques , pour lesquels il ob
DE FRANCE. 47
"
tint une penfion de Louis XIV , & une auſſi du
Clergé, »
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France. Volumes dixhuitième
& dix- neuvième. ༣ སི
Ces deux Volumes contiennent les Mémoires
de Meffire Martin du Bellay, On foufcrit toujours
au Bureau , rue d'Anjou - Dauphine , n°. 6. A
Paris. Prix , 48 liv. Les Soufcripteurs de Province
payent de plus 7 liv. 4 fols.
L'ACTE d'Humanité, peint par Jean de Fraine ,
gravé par R. Delaunay le jeune. Prix , liv. A,
Paris , chez l'Auteur , rue & Porte Saint Jacques , la
porte-cochère près le petit Marché , nº. 112.
Le fujet de cette Eftampe eft une Dame de qualité
qui , pendant la plus rigoureufe faifon , fe rend ,
accompagnée de fon Garde- de- chaffe, dans la chaumière
d'un père de famille, villageois , attaqué d'une
maladie dangereufe , voit un père entouré de cinq
enfans prefque nuds , & une vieille femme paralytique,
ne peut retenir fes larmes , prodigue les confolations
& les fecours , rend un fils à fa mère , un
père à fes enfans , & un Citoyen à l'Etat.
Cette Eftampe intéreffante eft la fixième de la
finite très-connue fous les titres du Mariage rompu ,
Mariage conclu , &c.
$
SYMPHONIE à grand Orchestre pour deux
Violons , Alto, Baffe , deux Hauts- Bois , deux
Cors, Baffon & Timbales ad libitum , par M.
Morlot de Montillot. Prix , 4 liv. 4 fols port franc
partout le Royaume. Numéros 21 , 22 , 23 &
24 de la Mufe Lyrique , avec Accompagnement de
Guittare , Journal dont il paroît deux feuilles par
mois. Abonnement 15 & 181.- Numéros 10, 11 , 14
43 MERCURE
& 13 du Recueil d'Airs nouveaux François & Etran="
gers en Quatuors concertans , ou Journal de Violon ,
Flûte , Alto & Baffe. Abonnement pour 24 Cahiers,
24 liv. port franc , & 21 liv. à Paris . On fooferit
pour ces Journaux chez Mme Baillon & M. Porro ,
rue Neuve des Petits - Champs , au coin de celle de
Kichelieu , à la Mufe Lyrique.
L'Auteur de ce Journal , M. Porro , fait préfent à
fes Abonnés , pour cette année ſeulement , d'un
autre Journal intitulé : Délaffemens de Polymnie
ou petits Concerts de Paris , contenant l'Ariette du
jour , les Romances & Chanfons de fociété , avec
Violon & Baffe chiffrée . On fouferit auffi pour ce
Journal féparément , moyennant 12 liv. port franc
pour 24 Cahiers , qui paroiffent le 15 & le 30 de
chaque mois. Prix, féparément 1 liv. 4 fols , même
Adreffe.
A la Rofe
Acroftiches ,
TABLE.
LE Triomphe de l'Intérêt , 3 | Hiftoire de Kentucke ,
Charade, Enigme & Logogry- Tableaux des Anciens Grecs.
27
Mémoire fur la Fortification
6perpendiculaire, 321
phe
8 & c. 34
Lettresfur l'Egypte, 10 Variétés,
Mémoirefur le Maïs , 21 Annonces & Notices,
APPROBATIO N.
JAT lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 5 Août 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 4 Août 1786. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 12 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
L'HOROSCOPE accompli ; à Mme DE ***
pour le jour de fa Fête.
bark
IL eft un nom dérivé du latin ,
Qui fignifie ou Perle ou Marguerite :-
Or , ton Curé , dans le Temple Divin .
Ou tu lui fis ta première vifite ,
Fut infpiré par quelque Séraphin ,
Prédit dès -lors quel feroit ton mérite ,
Et te donna ce nom à double fin.
DEPUIS ce jour , fuivant ta deſtinée ,
Tu fus d'abord la Perle des enfans :
Puis fous le joug du plus tendre hyménée
Tu fus auſſi là Perle des mamans
Nº. 32 , 12 Août 1786.
C
10 MERCURE
Et tu goûtas le bonheur d'être aimée :
Puis tes vertus , ta ſenſibilité ,
Ton enjoûment , ta franchiſe parfaite
Plurent fi bien , qu'en ta fociété
De Perle encor tu reçus l'épithète ;
Et ta maison où folâtrent les Ris ,
Qu tu pourreis compter autant d'amis
Qu'avoit d'amans la chafte Pénélope ,
Confirme affez ce que promit jadis
Le bon Curé que fit ton horofcope.
LE BILLET ou L'ART D'ÉCRIRE
Conte.
Le beau Zéphis diſoit un jour :
Ole bel Art que l'Art d'écrire !
C'eft par lui qu'aujourd'hui Thémire
Me fait connoître fon amour.
Billet charmant , où cette Belle
De fa main traça mon bonheur ,
Ta place fera fur mon coeur
Si tu n'en es chaffé par élle.
MAUDIT Art , difoit Euphémos ,
Pourquoi t'ai-je appris à ma fille ?
Au déshonpeur de ma famille
Je travaillois en vieux,barbon, llois
DE FRANCE. ji
Billet fatal , où cette infâme
Donne à Zéphis un rendez- vous ,
Objet affreux de mon courroux
Je veux te livrer à la flamine.
MALHEUR à moi , crioit Zéphis !
J'ai perdu la lettre chérie
Ou tout le bonheur de ma vie
En deux lignes étoit compris.
Billet fatal ! pourquoi Thémire
S'expofoit- elle à nous trahir?
Falloit-il pour nous découvrir
Que cette belle sût écrire !
J'AVOIS tort , diſoit le vieillard :
Je fais heureux que la fillette
Ait livré fa flamme fecrette
Au papier , jouet du hasard.
Billetheureux ! fans to fans doute
Thémire m'eût caché fon coeur;
Et pour la conduire au bonheur ,
Toi feul tu m'indiques la route .
EUPHEMON , dit le beau Zéphis ,
Tu fais que j'adore ta fille.
Oui , Zéphis , & dans ma famille
Je brûle de te voir admis.
Demain je te donne Thémire.
-Digne Euphémon ! je fuis aux cieux.
C₁
52
MERCURE
Puis ils s'écrièrent tous deux :
Ole bel Art que l'Art d'écrire !
Le lendemain on s'époufa ;
On ne penfa qu'à la bombance ,
Aux feftins , aux jeux , à la danfe ;
Et la nuit on fe furpaffa .
Nos deux époux toujours s'aimèrent,
Et toujours d'un amour parfait ;
Et fouvent de l'heureux billet
Avec le père ils badinèrent ,
PUISSENT tous les billets galans
Etre furpris par de tels pères !
Heureux mille fois les enfans
Qui , pour eux , n'ont point de mystères !
Heureux le couple qui pourra,
Comme Zéphis & fa Thémire
Crier , en lifant ſon contrat :
Ole bel Art que l'Art d'écrire!
(Par le Chevalier de C***)
DE FRANCE.
33
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEmot de la Charade eft Boiffeau ; celui
de l'Enigme eft Temps ; celui du Logogryphe
eft Humanité , où l'on trouve ame , thé ,
main, Ham, haine, ami , Mai , Hume , item ,
mine , âne, ut , mi , ma , thim , Maine.
CHARADE.
UN élément nourrit dans fon fein mon premier ;
Dans un fecond fe répand mon dernier ;
Mon tout enfin , qui vit dans un troiſième ,
N'en fort que pour aller fort près du quatrième.
ÉNIGM E.
QUOIQUE filles de même mère ,
Nous différons par la couleur ,
La tournure & le caractère :
L'une a la parole légère ,
L'autre s'exprime avec lenteur :
Nous raifonnons beaucoup enfemble ,
Souvent jufte , quelquefois faux ;
Tour-à- tour le bas ou le haut
Nous défunit ou nous raffemble ;
Ciij
14
MERCURE
Et ce n'eft point notre défaut ;
Nous aimons un peu qu'on nous flatte
Légèrement fans nous bleffer ;
Un fouffle , hélas ! peur nous changer ;
Notre nature eft délicate ;
En fyncope on nous fait tomber.
Mais croira-t'on qu'il foit poffible
Qu'étant faites pour les plaifirs,
Au milieu des tendres foupirs
Il n'en foit qu'une de fenfible ?
Le fait eft vrai , chacun le dit :
Nous avons bien d'autres méthodes ;
Entre-autres nous fuivons les modes ,
N'ayant pourtant qu'un feul habit.
Je vais dévoiler un mystère
Qui fait peu d'honneur à ma mère,
Et fera rire à les dépens ;
Pour mieux feconder fes allures ,
Elle donne à tous les amans
Les clefs de nos appartemens ,
Et nous entrons dans fes mefures.
(Par Mlle B.... de Toul. )
LOGOGRYPHE.
I E plus bean don qu'ait pu me faire la Nature ,
C'eft de bons yeux , une courte ftature ;
Pour un air grave.... non ; pure inutilité ;
DE FRANCE.
On riroit fi j'avois un air de gravité ,
Sur-tout lorsque je fais notre petit office...
Si quelque bon Chanoine enclin à certain vice ,
Avoit befoin de moi pour conferver les jours,
On me verroit bientôt voler à fon fecours ,
Et le plus humblement je lui rendrois fervice.
Lecteur , fois attentif & tu me connoîtras :
En combinant mes pieds de diverfes manières , "
Je préfente un poiffon qui naît dans les rivières ;
La maison où Noë fauva fouris & rats ;
Une Beauté dont Iímène eſt la mère ,
Forcée après dix ans de céder à vingt Rois ;
Un Auide léger ; un vale néceffaire
Au malade qui par fois
A certaine entrevue avec l'Apothicaire ;
L'animal ennemi du peuple fouriquois ;
Le fufil des Chaffeurs qui portoient un carquois
Un métal qui meut tout dans la machine ronde ;
Un fleuve qui jadis vit embrâſer ſon onde.
Mes onze pieds , Lecteur , vont encore t'offrir
Ce pays pour lequel il eft doux de fouffrir ;
Ce qu'il faut qu'un Chrétien , dit la Sainte-Écriture ,
Traite comme un efclave un fouet à la main ;
Ce qu'il faut qu'un Poëte allie à la Nature ;
Un inftrument guerrier ; un Pontife Romain ;
L'être auquel maint Auteur fait mainte dédicace,
Et qui , comme l'a dit Horace ,
Sait tout fans rien favoir , fe connoît en bons vers ,
Civ
36 MERCURE
Etjuge toujours bien en jugeant de travèrs ;
Un ornement d'Architecture ;
L'afyle des vaiffeaux ; un fruit; une voiture §
Enfin cet animal dont le cône tronqué
Va labourant le globe terraqué.
( Par M. Buffon , Elève des Ponts & Chauffées. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRADUCTION du Théâtre Anglois , depuis
l'origine des Spectacles jufqu'à nos jours.
12 volumes in -8 °. A Paris , chez la Veuve
Ballard & fils , rue des Mathurins ; Mérigot
l'aîné , Boulevard S. Martin ; Belin , Libr. ,
rue S. Jacques ; Regnault , Libraire , même
rue , & au Bureau du Théâtre Anglois ,
rue Ste Apolline , Nº. 6 .
C'EST principalement dans les Ouvrages
Dramatiques qu'on apprend à connoître le
génie , le goût , les moeurs & les ufages des
Nations. Molière en France , & Shakeſpeare
en Angleterre , ont donné , par leurs Pièces
de Théâtre , une idée plus jufte des ridicules
de Londres & de Paris , que tous les
Écrivains Moraliftes ou fatyriques qui les
avoient précédés ; parce que les caractères
qui fe développent par le double moyen .
du dialogue & de l'action , fe font bien
DE FRANCE. 57
·
plus aifément fentir que ceux dont les portraits
exacts , mais inactifs , n'offrent , pour
ainfi dire , que la furface . Cependant les tableaux
que la Scène préfente font fufceptibles
de vieillir ; les moeurs changent ou fe modifient
en proportion des révolutions qu'éprouvent
les Empires ; & l'homme qui joint à un
grand génie une philofophie profonde , a feul
l'avantage d'écrire dans fon fiècle pour la gé
nération préfente & pour celles à venir. Molière
vit encore tout entier ; il a peint
l'homme , non-feulement comme il étoit ,
mais comme il devoit toujours être ; & Shakefpéare
, en confervant le laurier tragique
dont il s'eft couronné , a perdu quelque chofe
de fa réputation comique , parce qu'il avoit
plus d'imagination que de goût, plus d'exaltation
dans les idées que de philofophie dans
l'ame , plus de chaleur dans l'efprit que d'exactitude
dans l'obfervation . Depuis fa mort , le
Théâtre Anglois s'eft beaucoup perfectionné ;
la Tragédie y eft moins monftrueufe , la Comédie
eft devenue plus vraie ; on en a banni
un grand nombre des caricatures dégoûtantes
qui la défiguroient ; & fi la Scène Britannique
eft encore fubordonnée quelquefois au goût
habituel, nous ditions prefque originel du peuple
de Londres , elle eft fouvent digne aufli de
a
* Nous ne parlons que des Ouvrages où Molière
écrit pour les efprits éclairés , & non de ceux où il
a facrifié à lignorance.du peuple ; quoique ces der
niers foient encore admirables dans plufieurs parties .
C v
MERCURE
parler à des hommes , à des obfervateurs.
C'est donc une idée heureufe , une idée utile
à ceux des François qui ne voyagent point ,
qui ignorent les langues étrangères , ques
celle d'une Collection capable de faire connoitre
la polition actuelle du Théâtre Anglois
, & comminent il s'eft infenfiblement déponillé
de fa barbarie depuis le célèbre Shakeipéare
jufqu'à nos jours . C'eſt à Mme la
Baronne de Valle & à MilfWouters , c'eft à
deux foeurs unies par les triples noeuds dur
fang , de l'amitié & des talens , à deux Angloifes
, que nors fommes redevables de cette
idée & de fon exécution . M. de la Place , dans:
un très- bon Ouvrage , dans un Ouvrage de- ,
venu claffique , nous avoit déjà familiarifés,
avec une grande partie du Théâtre d'une Na- ,
tion rivale de la être dans tous les genres de.
gloire : la traduction de Mme de Valle & de
MiffWouters achevera ce qu'il a fi bien com- ;
mencé. *
Il feroit très-difficile que nous fiffions une
analvfe exacte des douze volumes que nous
annonçons ; nous ne pouvons que parcourir
la galerie de tableaux qu'ils préfentent , &
c'eſt à quoi nous fixerons notre travail ,
puifque les bornes d'un article nous en funt
la loi.
>
Cette traduction eft divifée en trois épo-
Il ne faut point oublier que Mme Riccoboni atra…
duit quelques Pièces Angloifes, dont le choix & le flyle
font également honneur à fon geû. & à fa plume.
DE FRANCE. 59
ques. La première comprend trois Pièces de
Ben-Johnfon : Chaque Homme dans fon caractère
, Comédie , Séjon , Tragédie , & Catlina
, Fragédie ; deux Tragédies de Nicolas:
Rowe : la Marátre , ambit eufe , & Jane .
Shore; les Événemens Imprévus , Comedie ,
par Fletcher & Beaumont ; le Prodige , Comédie,
par Miftriff Cent Livre ; le Maripouffe
à bout , Comedie , par Vanbrugh & Cibber ,
& les Amans Genéreux , Comédie , par Sir
Richard Steele..
L'intrigue de chaque Homme dens fon
caractère est très compliquée & très difficile ,
à fuivre ; l'attention d'ailleurs y eft fatiguée
par le jeu continuel d'un amas de caractères,
qui fe heurtent , fe croiſent & nuifent fans
ceffe à l'effet les uns des autres : quelque mérite
qu'ait un Ouvrage , il eft mal aifé de ne,
pas prendre d'humeur contre celui qui
D'un divertiffement nous fait une fatigue.
La Tragédie de Séjan a trente - quatre Acteurs
, fans compter les Tribuns , les Héraults ,
les Licteurs , les Sacrificateurs , les Muficiens
& les Gardes. Elle n'eut point de fuccès dans
fa nouveauté ; on la regarde aujourd'hui
comme un chef - d'oeuvre. Elle développe
d'une manière effrayante toutes les infamies
toutes les atrocités , toutes les horreurs qui fe
tramoient & s'exécutoient dans la Cour du
lâche & cruel Tibère. Le caractère de cet
Empereur eft bien tracé ; celui de Séjan a
quelquefois l'audace & l'opiniâtreté qui lui
Cvj
60 MERCURE
conviennent ; mais on y remarque auffi trop
d'exaltation & d'enflure.
Les perfonnages font à- peu-près auffi nombreux
dans Catilina que dans Séjan. La Scène
où Catilina reçoit les fermens des Conjurés ,
& les fait boife tour- à- tour dans une coupe
enfanglantée , n'infpire pas la terreur , mais
l'horreur & le dégoût : cette Tragédie a pour-
-tant un vrai mérite ; les caractères connus de
Catilina , de Céfar , de Caron , de Cicéron ,
yfont bien deffinés , & le but de l'Ouvrage a
dû affurer fon fuccès chez un peuple jaloux
de fa liberté.
Nous avons remarqué avec plaifir dans la
vie de Ben-Jonhfon , d'abord qu'il trouva un
protecteur généreux , un ami dans Shakeſpéare
, fon maître & fon rival ; enfuite que
s'étant apperçu du déclin de fon génie , il eut
le bon efprit de renoncer à écrire , deux traits.
qui ne guériront pas beaucoup d'Écrivains des
tourmens de la jaloufie ni des inconvéniens de
l'orgueil.
La Marâtre ambitieufe , Tragédie de Nicolas
Rowe , a de grandes beautés. Artémiſe ,
feconde femme d'Arface , veut dépouiller Artaxercès
du droit de fuccéder à fon père , pour
en revêtir Artaban , fon propre fils ; les intrigués
de cette femme artificieuſe , & les idées
vindicatives & fanguinaires de Mirza, premier,
Miniftre d'Arface , amènent une foule d'événemens
tragiques dont la Scène Angloife s'accommode
fort bien, & qui feroient très dépla
cés fur la nôtre. Artaban monte fur le Trônes
DE FRANCE. 61
il n'oublie pas qu'Artémife eft fa mère ; mais
il la réduit à commander dans fon palais , fans
pouvoir troubler le repos de l'État. Les Traduc
teurs obfervent que cette Tragélie , repréfentée
en 1700 , a une grande conformité avec
la Tragédie de Roxelane & Muftapha , jouée
fur le Théâtre François en 1785. On pourroit
obferver avec plus de raifon que la Tragédie
de Rowe , jouée en 1700 , a une grande conformité
avec le Cofroës de Rotrou , repréfenté
en 1648 .
Le fujet de Jane Shore eft fimple & déchirant.
Édouard IV avoit enlevé Jane à fon
mari ; à la mort de ce Prince , Richard , Duc
de Glocefter , voulant ufurper la Couronne ,
chercha à gagner Lord Haftings , dont il connoiffoit
le crédit , & qui étoit amoureux de
Jane . Fidèle à Édouard , même après la mort ,
l'infortunée refufa de feconder les projets de
Richard. Lord Haftings fut condamné fur
une accufation de magie ; Jane le fut comine
adultère * . Rowe a trop négligé peut- être les
développemens du caractère de Richard ;,
mais il a tiré le plus grand parti de la rivalité
d'Alicie , maîtreffe d'Haftings , & de Jane
Shore. Il a donné à cette dernière les remords
les plus intéreffans. Le mari de Jane , qui ,
fous un nom fuppofé , vient au fecours de la
femme qui l'a outragé , préfente un perſon-
En Angleterre , les Loix défendoient alors
fous peine de la vie , d'accorder à une adultère l'afyle,
le pain & l'eau.
62
MERCURE
nage neuf, & dont nous ne connoillons de
modèle fur aucun Théâtre. Tour Paris vient
d'accorder des larmes à la doulet r d'une femme
à qui la perte de fon amant à ôté l'ufage
de la raifon ; mais ces larmes font ftériles. A
Londres , celles qu'arrache la deftinée de Jane
font éloignées de l'être. Quand on voit cette
malheureufe victime de la féduction , belle ,
fentible & dechirée de remords ; quand on
l'entend s'écrier avec l'accent affoibli d'une
défaillance totale : « Daignez m'accorder un
» morceau de pain & une goutte d'eau ; »
alors on fe retrace le caractère atroce du Duc
de Glocefter , qui fut depuis Richard III ; tous
les coeurs indignés fentent fe réveiller en eux
le fentiment de haine que la poftérité doit à
ce fcélérat couronné . Ah ! qu'il feroit à defirer
que chaque Scène Nationale repréſentât ainfi ·
des traits hiftoriques capables de rappeler à la
mémoire les crimes dès monftres qui ont
deshonoré le trône & l'humanité ; ce feroit
alors que le Théâtre concourroit utilement
avec l'Hiftoire au fupplice moral des tyrans .
L'intrigue des Événemens Imprévus eft
dans la manière Espagnole . Deux femmes qui
portent le nom de Conftantia donnent lieu à
des méprifes , à des enlèvemens , à des incidens
dont la fin eft un double mariage . Fletcher
& Beaumont , Auteurs de cet Ouvrage
& de plufieurs autres , étoient très - licencieux
dans leurs Écrits ; ils ont partagé entre - eux
leur gloire Littéraire à peu-près comme Brueys
& Palaprat.
DE FRANCE. 63
Le Prodige , ou la Femme Difcrette , par
Miftrill Cent Livre , a fourni à feu M. d'Hell le
fonds de l'Amant Jatoux. Miftriff Cent Livre ,
dont le nom eft Suzanna Fréeman , perdit
fon père en bas - âge , fut obligée de fuir à
douze ans le courroux d'une marâtre , devint
prefqu'auflitôt la proie d'un feducteur , ſe
maria à feize ans , devint veuve à dix-fept , fe
remaria bientôt , devint une feconde fois
veuve après dix- huit mois de mariage , travailla
pour le Théâtre , fe fit Comédienne , fe'
maria une troifième fois avec Jofeph Cent
Livre , Chefdes Cuifines de la Reine Anne,
& mourut à quarante- frois ans , généralement
eftimée & regrettée. Elle devoit tout à
fon génie, & rien à l'éducation .
Le Mari poffe à bout & le Voyage de
Londres , Comedie en cinq Actes , contient
deux intrigues. La premi re eft du fameux'
Comédien Colley Cilber. La feconde eft de
fir John Vanbrugh . Celle- ci n'eft qu'un amas
de caricatures miférables ; l'autre eft eftimable,
& le but moral en eft bon : elle gagneroit
à être ifolée.
Les Amans Généreux de Richard Steele, ne '
demanderoient pas un travail bien confidérable
pour être portés avec fuccès fur la Scène
Françoife. L'intrigue fent un peu le Roman ;.
mais l'intérêt effice ce défaut , que d'ailleurs il
eft pollible d'atténuer beaucoup . Steele eft un
des hommes les plus extraordinaires que l'Angleterre
ait produits. Il avoit l'e prit inquiet ,
remuant , fatyrique , & la plus grande infou64
MERCURE
t
ciance pour les affaires domeftiques . Voici un
trait qui le fera connoître. « Cherchant à cé-
» lébrer la fête de fa femme , il invità tous
*
fes amis ; mais au moment où ils alloient
» ſe rendre chez lui , arrivent des Huiffiers
» pour s'emparer de fa maifon. Ne voulant
» pas que leur afpect troublât la fête , & ne
" pouvant les congédier , il les engage à fe
» revêtir de fa livrée , & à le fervir pendant
» le repas ; ils y confentent. Steele ne fon-
" geant plus à ménager fes furveillans , fe
facha de leur mal -adreffe, & les menaça
» de les renvoyer . Un des Huiffiers , piqué
d'être traité comme un Laquais , fe fait
» connoître. Adifſon ſe lève , s'informe de la
dette , l'acquitte , & rentre pour prendre
» part aux faillies dont Steele égayoit fes
» convives à propos de cet événement. » On
croiroit ce trait volé au caractère de notre
joyeux Dufreny.
Cock
و ر
La feconde époque du Théâtre Anglois
contient le Marifoupçonneux , Comédie , pa
Benjamin Hoadley ; Médée , Tragédie , par
M. Glover , & fept Ouvrages du fameux David
Garrick, dont plufieurs étoient déjà connus
en France.
La Fille de quinze ans eſt une imitation de
la Parifienne , de Dancourt ; le Mariage
Clandeftin a été imité deux fois fans fuccès
fur nos Théâtres ; la première en 1768 , fous
le titre du Mariage caché ; la feconde en
1775 , fous fon premier titre. Garrick a fait
cet Ouvrage en fociété avec M. Colman , Les
DE FRANCE. 65
Valets Singes de leurs Maitres ont été accom >
modés pour un de nos Spectacles fubalternes ,
ils y font tombés. Le Valet Menteur eft une
Comédie d'intrigue, que M. Mercier a imitée
pour le Théâtre Italien , fous le titre de la
Demande Imprévue. Lilliput eft une critique
très-fine de l'influence des moeurs fur les événemens
publics. Il y a de la pompe , du fpectacle
, de la grace & des événemens intéreffans
dans Cymon , Paftorale Dramatique. Le
Bon Ton ou les Meurs du Temps , Comédie
très-morale , a pour but de prouver que la
diffipation & la dépravation des moeurs font
fuivies d'un long repentir. On fait que David
Garrick , plus renommé encore pour les ta
lens de Comédien que pour fon mérite Littéraire
, a été enterré dans l'Abbaye de Weſtminfter
, avec une pompe vraiment royale.
Le Mari foupçonneux , du Docteur Hoadley
, eft une très bonne Comédie. Le caractère
du mari eft comique & intéreſſant malgré
fes folies. Il ne feroit pas difficile de l'arranger
pour notre Théâtre , en élaguant les
perfonnages inutiles & en refpectant l'unité
de lieu.
La traduction de la Médée de M. Glover,
dont nous allons parler , eft l'Ouvrage de M.
de Saint- Amant. La Préface qui la précède ,
les notes qui la fuivent , le ftyle du Traducteur
annoncent un Littérateur très - éclairé &
un homme de goût. La Médée de M. Glover
eft la plus intéreffante de celles qu'on a portées
au Théâtre ; elle n'eft point noircie de
66
MERCURE
crimes avantle meurtre de fes enfans , elle le
commet dans le délire de la jaloufie , & comme
pouflée par une fatalité invincible. Toute
la Pièce eft penfée & écrite avec force ; la
Scène où Jafon apprend la deſtinée de fes fils ,
eft terrible & déchirante ; la rapidité du dialogue
ajoute encore à ſon effet ..
Nous pafferons très rapidement fur les
Pièces qui compofent la troifième époque. On
y lira avec intérêt Afrida , Tragédie fur le
modèle des Tragédies Grecques , par William.
Mafon ; c'eft l'aventure d'Edgar , Roi d'Angleterre
, avec la fille d'Orgar , Comte de
Devonshire. Ce fujet a fourni le fonds d'une
Comédie en France. Voilà comme la différence
des génies fait enviſager les chofes fous
des alpects différens.On feroit, avec de l'adreffe
& de l'art , une très-bonne Tragédie Lyrique
de Caractacus , Tragédie du même William
Mafon. La Nymphe des Chênes , Divertillement
dramatique , par le Général Burgoyne,
prouve qu'en Angleterre l'homme qui
fert l'Etat de fon fang, peut fe préfenter avec
honneur dans la carrière des Arts. On diftin
guera à cette époque deux Comédies de M.
Brindley Sheridan; les Rivaux & l'Ecole de la
Médifance , ainfi que deux autres Comédies
de Miftriff Cowley : la Belle Artficieuse , &
Qui préférera- t'elle ? Ily a trop peu de bouffonnerie
dans les Rivaux , mais l'intrigue eft.
attachante , & l'intérêt s'y joint fouvent au
comique des fituations . L'Ecole de la Médi
fance eft très- compliquée ; mais on ne peut
DE FRANCE. 67%
trop admirer dans fon Auteur la richeffe de
l'imagination , les reffources de l'eſprit , &
l'art d'enchaîner les fils de fon action . La
Scène où Charles Surface , après avoir diffipé
fon bien , vend à fon oncle Sir Oliver , qu'il
ne reconnoit point , & qu'il prend pour un
ufurier , la collection des portraits de fes
aieux , eft d'un comique propre à tous les
Théâtres. La Belle Artificieufe eft eftimable ,
principalement par les détails; le fonds eft peu
de chofe. Une jeune perfonne qui fait l'Agnès
en préſence de l'homme qu'elle doit époufer ,
parvient à lui infpirer fous le mafque , une
pallion très - vive toute l'action fe réduit à
cela. Nous aimons mieux la Comédie qui a
pour titre : Qui préférera-t'elle ? Un grand
Seigneur infolent , lâche , fat & faux , qui facrifie
tout à fes paffions ; un jeune homme
brave , loyal , fenfible & reconnoiffant ; une .
femme encore jeune , dupe un moment des
grandeurs & de la vanité , ramenée au bonheur
par l'amour , & qui préfère l'indigent
honnête au Lord méprifable : tels font les
principaux perfonnages de cette Pièce trèsgaie
, très - piquante & très originale. Le
douzième volume eft terminé par le Comte ,
de Narbonne , Tragédie de Robert Jephfon.
Le fujer eft un des plus tragiques que nous.
connoiflions. La marche de l'action eft fimple
, les incidens font bien amenés, & la ca ,
taftrophe où le Comte poignarde fa fille , en
croyant punir une maîtreffe inadelle , briferoit
le coeur le plus endurci.
2
65 MERCURE
Les éloges que nous avons donnés aux Ouvrages
dont on vient de lire les notices , font
plus relatifs à l'effet qu'ils produisent à Londres
, qu'à celui qu'ils pourroient produire à
Paris. Les Anglois ont leurs formes , ils les
aiment , ils les confervent parce qu'elles tiennent
à leur goût & à leur génie. Gardons les
nôtres , puifqu'elles nous conviennent ; mais
ne portons pas le ridicule jufqu'à vouloir foumettre
les productions de l'efprit & du
génie des Nations étrangères à notre compas
& à notre meſure. Nous ne pouvons mieux
appuyer ces réflexions que par les fuivantes:
elles font tirées du Difcours Préliminaire ,
imprimé par M. de la Place , à la tête de fon
Théâtre Anglois . « Indépendamment des loix .
générales prifes de la nature & de la raiſon ,
» qui font de tous les pays , il y a pour plaire
" ou toucher , des degrés & des nuances qui
» varient fuivant les différens caractères des
» Nations dont ils font en partie l'effence.
» Les coeurs de tous les peuples , quoique
» formés par la même main , n'ont pas tous
» le même uniffon ; & , par une conféquence
néceffaire , la vérité du fentiment n'eft pas
abſolument la même pour toutes les Na-
» tions. Ce qui fuffit pour attendrir l'une ,
» peut quelquefois à peine émouvoir l'autre.
» C'eft aux Auteurs à étudier & à faifir tous
» les points qui rempliffent cet intervalle.
Cette connoiffance doit être la règle de
» leurs productions.
"
و د
( Cet Article eft de M. de Charnois. )
DE FRANCE. 69
RECHERCHES Phyfiologiques & Philofophiques
fur lafenfibilité ou la vie animale ,
par M. de Seze , Docteur en Médecine de
l'Univerfité de Montpellier , Agrégé à la
Faculté de Bordeaux , de l'Académie des
Sciences de la même ville , &c. A Paris ,
chez Prault , Imprimeur du Roi , Quai des
Auguftins , à l'Immortalité. in - 8° . de
334 pages.
LA fenfibilité eft , fans contredit , de tous
les phénomènes de la Nature , le plus digne
d'occuper la penſée de l'homme , & le plus
capable même de l'étonner. Notre ame paroît
fe familiarifer en quelqué forte avec tous les
autres effets naturels , qui , pour n'être que
des réfultats variés des combinaifons de la
matière inanimée , n'en font peut- être guères
moins inconcevables . L'attraction & l'impulfion
échappent bien fans doute à la fagacité
de notre efprit , puifqu'elles font pour nous
des propriétés générales de cette matière ,
qu'il ne peut comparer à rien de ce qui eft.
Cependant , ces forces puiffantes , mais aveu
gles , en rapprochant ou en éloignant les
corps , n'établiffent entre- eux que des relations
de maffe & de pofition ; & à quelque
degré de rapprochement ou de diftance que
ces forces les placent , ils n'en reftent pas
moins ifolés & étrangers les uns aux autres ;
mais la fenfibilité nous lie intimement à tout
ce qui nous environne , elle étend notre exif70
MERCURE
>
tence , ou plutôt nous n'exiftons que par elle ,
puifqu'elle nous donne le fentiment de nousmêmes
& de ce qui n'eft point nous
qu'elle nous fait connoitre nos rapports , &
que par fon moyen chaque être animé devient
un centre où toute la Nature va fe
réunir. Auffi c'eft dans l'étude approfondie
de cette faculté de fentir que l'homme doit
Te chercher. Cette propriété qui diftingue les
êtres animés , doit , comme l'attraction , avoir
fes loix, c'est- à-dire , des déterminations conftantes
& générales , d'après lefquelles on peut
fixer jufqu'à un certain point les règles de nos
actions , & même celles de nos plaifirs . Soit
que le principe actif qui nous anime déploye
fon énergie contre les caufes intérieures qui
le bleffent , foit qu'il fe porte avec impétuofité
vers les objets extérieurs qui lui conviennent
, ou qu'il fe concentre pour le dérober
à leur action , il fuit toujours une marche
déterminée. Ainfi la Médecine & la morale
portent fur la même baſe ; l'une & l'autre
font fondées fur la connoiffance de nos affections
primitives , dont le développement
conftitue le fyftême phyſique & mors! de
T'homme. Si cette connoiffance nous montre
le but des mouvemens par lefquels notre
corps tend à rétablir fon organifation altérée ,
elle peur feule aufli nous donner la mefurt
du coeur humam , & nous mettre en état de
démêler le príncipe de nos actions extérieures
; de forte que les règles qu'on doit nous
preferire pour bien agir , comme pour nous
DE FRANCE. 71
bien porter , doivent être allorties à notre
organiſation , à notre manière de fentir , &
par confequent être tirées du même fonds.
Ainfi M. de Seze ne pouvoit pas choifir un
fujet plus important pour fon premier etlai ,
& fes Lecteurs conviendront fans peine qu'il
a fu ajouter à l'intérêt de la matière par l'élégance
de fon ftyle & la fineffe de fes penfees.
Il commence par examiner la vie animale en
général , & les differens fyftemes anciens &
modernes auxquels elle a donné lieu. Une
érudition très étendue ne produit point ici
fon effet ordinaire , qui eft de répandre des
ténèbres fur des ténèbres ; elle ne s'y fait fentir
que par le charme de la variété qui l'accompagne
néceffairement. M. de Seze n'admet
dans les plantes , de commun avec les
animaux , que cette combinaiſon d'élémens
qui , dans les uns & dans les autres, conftitue
la fibre. Il borne l'irritabilité ou la faculté de
fe contracter, à la fibre animale , & n'accorde
aux végétaux qu'un mouvement tonique , qu'il
eft fi difficile de diftinguer de l'irritabilité, qu'il
auroit bien fait de ne pas hafarder certe
diftinction. Une propriété qui , felon M. de
Seze , établit une ligne de féparation plus
marquée entre la plante & l'animal , c'eft la
fenfibilité. Il faut avouer encore que nous
manquons de moyens pour déterminer juf
qu'où peut s'étendre cette faculté ; les fignes
qui nous la font reconnoître font équivoques ;
& fi quelqu'un foutenoit que les plantes qui
s'agitent fous l'aiguillon qui les bleffe,ont des
72
MERGUR
perceptions , & qu'elles ne manquent que
d'organes pour les manifefters on ne voit pas
trop ce qu'on auroit à lui répondre.
M. de Seze penfe que le fentiment tient à
un principe indépendant de l'organiſation ; il
ne feroit pas éloigné de croire que ce principe
eft unefubftance étrangère au corps , quiunif
fant les propriétés d'un efprit pur aux propriétés
de la matière , peut cependant avoir,
fous uneforme matérielle , despropriétés dont
la matière ordinaire ne jouille pas. Il fuit
donc l'opinion de ceux qui admettent plufieurs
principes d'actions dans la machine humaine
, opinion oppofée à celle de Stahl ,
qui , voyant la liaiſon intime de nos affections
morales , avec l'état phyſique de nos organes ,
a cru que l'ame étoit l'unique mobile de
toutes nos fonctions. Ses adverfaires , pour
rendre fon opinion ridicule , lui font dire que
l'ame dirige fes fonctions par des actes d'une
volonté réfléchie , comme fi Stahl avoit pu
ignorer ou fu diffimuler qu'elle s'en acquittoit
tout auffi bien avant qu'elle eût une volonté
, & qu'elle fûr capable de réflexion.
C'eft comme fi on l'accufoit de dire que les
gens d'efprit favent mieux digérer que les
fots , qui réfléchiffent moins que les premiers.
L'opinion de Stahl , dont on a mal interprété
les idées , nous paroît la plus probable & la
plus sûre. Dans quel embarras ne fe jette- on
pas fi on fuppofe un double principe d'action
dans le corps ? On eft forcé , contre l'expérience
& contre l'irréfiftible témoignage du
Lentiment,
DE FRANCE. 73
fentiment , de foutenir que les paffions & les
rêves font étrangers à l'ame ; on ôte à l'homme
fon unité, & même fa moralité ; car que
peut-il y avoir de moral entre deux forces
oppofées ? Avec les termes d'homme double,
d'homme intérieur & d'homme extérieur , de
fens matériel & de fens moral , on confond
toutes les notions de la métaphyfique , & on
fait du fyfteme de l'homme un labyrinthe
inextricable.
Quoi qu'il en foit , M. de Seze, après avoir
expofe fes idées fur la nature du principe ac
tif qui anime nos organes , en développe l'in
fluence dans les différentes fonctions de la
vie , en commençant par celle qui nous la
donne. Il n'ofe point fe permettre de nouvelle
hypothèſe fur ce point de phyfiologie , em
voyant le fort des anciennes ; les forces intérieures
qu'a admifes M. de Buffon , pour arran
ger fes molécules organiques dans un ordre
toujours régulier , lui paroiffent avoir un caractère
trop femblable aux forces méchaniques
; de forte que s'il falloit admettre une
force occulte , il aimeroit mieux recourir à la
puillance plastique des anciens. M. de Seze
infifte principalement , & avec raifon , fur
l'activité de la matrice dans l'oeuvre de la génération
. Mais peut - être s'eft- il à cet égard
un peu trop livré aux idées de Van- helmont.
Ce Médecin , qui mêloit des rêveries aux
conceptions du génie , les exprimoit avec tant
d'énergie , qu'on eft tenté fouvent de prendre
fer expreffions à la lettre. Chaque partie
Nº . 32 , 12 Août 1786. – D
74
MERCURE
du corps lui paroît jouir d'une vie particulière
, avoir les goûts , fes pallions , fes caprices
, en un mot , être un animal
dans un autre
animal. Son énergie
redouble
lorsqu'il
peint les difpofitions
particulières
de la matrice.
Tout cela fignifie
feulement
que chaque
organe
, felon fa conftitution
, fait éprouver
au principe
fenfitif
des affections
plus ou
moins vives ; car de ce que l'oeil perçoit
la
lumière
, & l'oreille
les fons exclufivement
,
qui eft- ce qui conclura
que ces deux organes
font deux animaux
différens
? Et qui ne voit
que les diverfes
impreffions
dont ils font affectés
, vont fe confondre
dans cette unité
fenfitive
qui conftitue
le moi dans chaque
être vivant ? Le célèbre
Bordeu
avoit donné
trop d'importance
à ces idées de Van- helmont
; c'eft de lui qu'il avoit pris auffi fon idée
desforces ipigaftriques
, idée à laquelle
M. de
Seze donne pareillement
trop d'étendue
.
Toutes les autres fonctions par lesquelles
l'économie animale fe maintient & affure fa
durée , font des fonctions de la ſenſibilité ,
felon M. de Seze. Il les expofe avec une
clarté peu commune , & leur explication eft
accompagnée d'un grand nombre de vérités
de détail heureufement exprimées , qui rendent
fon Livre auffi inftructif qu'agréable. On
trouvera également des réflexions auffi profondes
que vraies dans le Chapitre qui traite
des fenfations & des paffions . Comme la fenfibilité
n'eſt point une qualité abfolue , &
qu'elle eft relative à la difpofition phyſique
C
DE FRANCE.
75
de nos organes , on fent que toutes les caufes
qui peuvent modifier celle- ci , doivent néceffairement
influer fur la fenfibilité , & lui donner
un caractère particulier. M. de Seze a
bien faifi & bien préfenté les modifications
progreffives que les differens âges lui impriment.
La fenfibilité de ce fexe , qui a tant de
pouvoir fur la nôtre , eft aufli préfentée dans
fon Ouvrage avec les traits qui la caractériſent
& la rendent intérellante. Enfin les effets de
cette cauſe d'autant plus puiffante qu'elle agit
fans ceffe fur nos organes , qui varie l'afpect
& la nature des végétaux , comme la forme &
l'inftinct des animaux , & qui prépare les
habitudes & le caractère des peuples ; en un
mot , de l'élément que nous refpirons , &
dans lequel nous fommes plongés , font développés
avec autant de favoir que de juftelle.
M. de Seze , perfuadé , d'après Van- helmont
, la Caze & Bordeu , que chaque organe
jouit d'une vie particulière , termine
fon Ouvrage par des confidérations fur celui
du cerveau , qui méritoit en effet un article à
part. Il convient lui - même que des trois
foyers où la fenfibilité réunit fes forces actiyes,
& d'où elle jette des radiations ignées
le cerveau eft leplus important. Si M. de Seze
n'avoit pas été fi prévenu en faveur des idées
de Van- helmont , il auroit dit que le cerveau
eft le centre unique de la fenfibilité . C'eft
Forgane des organes , il femble être le feul
vivant par fon effence ; il modère , il anime
Dij
76 MERCURE
ou ralentit l'action de tous les autres. C'eſt
dans cet organe que réfide le moi , & que
vont fe confondre les impreflions de tous les
fens. Sans lui nous n'aurions point le fentiment
de notre exiftence : femblables à ces
êtres imparfaits , tels que les végétaux , les
zoophites , & peut- être beaucoup d'espèces
d'infectes, qui, n'ayant point de centre de fenfibilité
diftinct, ne jouillent que d'une vie obfeure
& équivoque. En nous mettant en état
de comparer nos fenfations actuelles avec nos
fenfations paffées , il conftitue l'unité de notre
être ; tandis que los zoophites , & tout ce
qui leur reflemble , bornés à des impreffions
momentanées , fans pouvoir en tirer aucun
réfultat permanent , & exiftant dans chaque
point & dans chaque inftant , fans pouvoir
lier toutes ces exiftences , n'en ont, pour ainfi
dire , aucune. Le créateur ayant voulu
les
opérations les plus fpirituelles de notre ame
fuffent fubordonnées à la conftitution phyfique
du cerveau , on peut dire que c'eft de
cet organe que font émanés tous les prodiges
de la penfée. En effet, elle en fuit tous les
différens états ; facile & pure comme les
mouvemens de cet organe dans la fanté , elle
s'obfcurcit dans la maladie , s'égare dans le
délire , ou s'éclipfe dans le fommeil , pour
reprendre fon éclat & fa vivacité , lorfque le
cerveau revient à fa manière d'être accoutumée.
que
L'effet fenfible que les paffions vives font
éprouver dans la région de l'eftomac , eſt ce
DE FRANCE.
77
qui a féduit Van-helmont & ceux qui fuivent
fa doctrine. Mais avec un peu de réflexion il
eft ailé de voir que le fentiment pénible &
douloureux dont cette partie eft affectée
lorfque l'anie eft émue , n'eft qu'une impreffion
réfléchie du cerveau ; car la paflion la
plus impétueufe eft fondée fur un jugement
de l'ame vrai ou faux. Le voyageur furpris ,
qui pâlit & recule fubitement à l'afpect d'un
ferpent; & la femme qui s'évanouit en voyant
une fouris ou une araignée , ne font l'un &
l'autre affectés qu'en confequence d'un jugement
antérieur de l'ame ; & fi leur diaphrag
me , contracté fortement , gêne ou fufpend
leur refpiration , c'eft parce que leur cerveau
eft agité. C'eft ainfi que les maux de l'ame
prennent un caractère phyfique. La violence
de fes émotions fe communique à tous les
organes par les innombrables filets qui les
tiennent fous l'empire du cerveau ; elle va
retentir avec plus de force fur l'organe de la
refpiration ; mais dans ce défordre de l'ame ',
toutes les parties du corps font plus ou moins
froifices,
Il ne faut pas fe faire illufion fur la foi de
quelques expériences ifolées & équivoques ,
d'après lefquelles il fembleroit que le fenti
ment a lieu dans quelques parties qui n'ont
point de nerfs , & qui par conféquent font
indépendantes du cerveau. Il eft encore plus
évident que prefque toutes les parties du
corps ont vifiblement des nerfs , que la trame
de nos folides en eft pénétrée jufques dans la
Diij
-8 MERCURE
fubftance la plus dure des os . On a dit auffi ,
pour faire voir qu'on peut exifter fans cerveau
, que des hommes avoient vécu avec un
cerveau détruit ou réduit en eau . Cela prouve
qu'on peut vivre quelque temps avec un ceryeau
malade , comme avec un poumon ulcéré
; mais , excepté des foetus , qu'on peut
regarder comme affociés à la vie de leur
mère , on n'a vu nulle part des hommes fans
tête , bonne ou mauvaife , fi ce n'eft dans
Hiftoire Naturelle de Pline, & dans la Cité de
Dieu de S. Auguftin ; & ce n'eft pas la feule
choſe qui , dans ce monde , ne fe rencontre
que dans les Livres. Enfin la tête eft néceffaire
même aux imbécilles , qui paroiffent en faire
fi peu d'ufage. M. de Seze , pour appuyer
l'opinion où il eft , qu'on peut fentir indépendamment
du cerveau , rapporte une obfervation
de Diderot , contignée dans la Lettre
fur les Aveug es. L'Auteur de cette Lettre
dit qu'il lui eft arrivé , dans les agitations
» d'une paffion violente , d'éprouver un friffonnement
dans toute la main , de fentir
» l'impreffion des corps qu'il avoit touchés
» long-temps auparavant , s'y réveiller auffi
» vivement que s'ils euffent été préfens à
fon attouchement. » Ce fait ne nous paroît
point prouver que la fenfation dont il s'agit
fût ifolée dans la main de l'obfervateur. L'ame
fortement émue , pouvoit très bien alors rapporter
à cette partie une fenfation qu'elle
avoit reçue par fon entremife , puifque dans
des momens plus tranquilles elle rapporte
DE FRANCE. 79
fouvent le fentiment de la douleur à des mem-.
bres qui n'exiftent plus. D'ailleurs , Diderot
avoit bien mal pris fon temps pour faire fs
obfervations ; Minerve , dans un pareil moment,
jetteroit même un Philofophe dans Feau
pour le rendre à lui-même.
la
Les deux états les plus remarquables du
cerveau , celui de la veille & du fommeil , .&
les gradations par lefquelies cet organe palle
de l'un à l'autre , font peints par M. de Seze
d'une manière intérellante & vraie. Les caufes
qu'il affigne aux altérations du cerveau , ainfi
que les effets qui en réfultent , font très - bien
développés par ce Médecin , qui paroît avoir
vu & médité plus que pour l'ordinaire on n'a
fait à fon âge. Mais , encore un coup , il
mêle trop fouvent le centre phrénique à l'explication
des divers phénomènes. Il dit que
région de l'épigoftre concourt puiſſamment
aux travaux de l'efprit. Il eft certainement.
très- difficile d'entendre cela . Il eſt bien certain
qu'après des inéditations longues & pénibles
, l'épigaftre le trouve fatigué , mais
c'eft de la fatigue du cerveau , ne fût- ce que
par l'effet de ce rapport fympathique mani- .
fefte , qu'on fait être entre ces deux organes :
rapport qui les met en état de fe communiquer
leurs affections. Cet effet d'ailleurs peut
rapporter cette autre loi de la ſenſibilité ,
qui fait que lorfqu'elle fe concentre trop dans
un organe , elle manque plus ou moins aux
autres , dont les fonctions fouffrent alors néceffairement
de cette privation. C'eft préci
•
fe à
Div
80 MERCURE
•
fément la raifon très vraisemblable que M. de
Seze donne des phénomènes finguliers que
préfente la manie. Ceux qui font affectés de
cette maladie femblent avoir gagné en force
& en mouvement ce qu'ils ont perdu en fenfibilité.
Comme nos facultés font bornées
fans doute par la nature de notre organifation
, elles fe balancent , & le moindre défaut
d'équilibre, altère néceflairement l'exercice
de ces facultés. C'eft , comme le dit très bien
M. de Seze , la caufe principale des maladies
des Gens-de - Lettres & de tous ceux en qui
une trop longue contention d'efprit fixe les
forces vitales dans la tête. Nous ne croyons
pas cependant que l'action du cerveau, à quelque
degré d'intenfité qu'elle foit portée ,
puiffe nous repréfenter les événemens futurs.
A la vérité , Arétée & Cicéron difent que
certaines maladies donnent quelquefois la
faculté de prédire. Tous les Médecins s'accordent
à regarder ces prédictions comme un
figne faneſte ; fi on peut appeler prédictions
ces preffentimens vagues d'une ame profondément
affectée par le défordre organique
du corps ; preffentimens qui ne fe rapportent
guères qu'à l'iffue que doit avoir la maladie :
à cela près , il eft bien difficile de dire jufques
à quel point il faut être malte pour devenir
prophète...
L'Ouvrage de M. de Seze eft fi rempli
d'idées & de détails intéreflans , qu'il eft impollible
de les faire connoître dans les bornes ,
d'un extrait. On trouvera mieux fon compte
DE FRANCE. 88
dans l'Ouvrage même , que dans l'analyſe que
nous pourrions en faire. Le Public regardera,
comune un à- propos très- heureux l'hommage
que l'Auteur en fait à M. Dupaty. Un Ouvra
ge fur la Senfibilité ne pouvoit être plus convenablement
dédié qu'à un Magiftrat dont le
nom feul rappelle cet inftinct précieux qui
nous identifie avec nos femblables , fans fequel
la fociété ne feroit qu'une confédération
intéreffée , qui mène à la juſtice , & qui va
plus loin qu'elle.
LETTRES Philofophiques & Politiques fur
l'Hiftoire de l'Angleterre , depuis fon
orgine jufqu'à nos jours , traduires de
' Anglois , avec cette Epigraphe ; Ut non
* modo cafus eventufque rerum , qui plerumque
fortuitifunt . fed rat o etiam caufeque
nofcantur. Tacit. A Londres, & fe trouvent
à Paris , chez Regnault , Libraire , rue
S. Jacques , vis-a - vis la rue du Plâtre.
2 vol. in- 8 ° . Prix , 7 liv . to fols .
PARMI les Sciences cultivées en Angle
terre, l'Hiftoire a eu les plus brillans fuccès ,
& a produit les plus grands Ecrivains. Les
noms des Rapin - Thoyras , des Milton , des
Hume , des Robertfon , des Macaulay , des
Litletonfont , à jufte titre , célèbres par toute
FEurope. C'est à ce dernier Écrivain qu'on
doit les Lettres dont nous annonçons
duction . Elles ont eu un fuccès prodigieux en
Angleterre ; & depuis vingt ans environ que
la tras
Dv
82 MERCURE
la première Édition en a paru , il s'en eft fait
un grand nombre d'autres. La Gazette Litté
raire de l'Europe en fit l'éloge lorfqu'elles fe
répandirent dans le continent ; & l'on fait que
cette Gazette étoit dirigée par des Hommes,
de Lettres dont le goût étoit auffi sûr que les
connoiffances étendues.
Cer
Aujourd'hui même que l'Angleterre comp- .
te beaucoup d'Hiftoriens Nationaux , on regarde
ces Lettres comme le tableau le plus
philofophique des révolutions qui ont agité.
Ile. Marquer les changemens dans la
Conftitution , oblerver l'accroiffement des
Arts & des Sciences , peindre les moeurs , obferver
les altérations des Loix , indiquer les
pas que la Nation a faits vers la liberté ou l'efclavage
, lier perpétuellement les cauſes aux
effers voilà ce qui caractériſe une bonne
Hiftoire, & ce qu'on trouve dans ces Lettres.
On y voit
peu
de
batailles
, peu
de ces
grands
événemens du moment , très- petits aux yeux
du fage; mais en récompenfe , on fuit à la trace
les révolutions dans les moeurs , les loix , le
Gouvernement , les connoiffances , le commerce
de la Grande Bretagne ; & à l'inftruction
qu'on y puife , fe joint un vif intérêt que
fait naître la manière brillante de l'Auteur.
Ces Lettres tiennent véritablement le milieu
entre l'Hiftoire de Hume & celle de
Mme Macaulay. Lord Lytleton n'a ni l'enthoufiafime
exceffif du Républicaniſme qu'on
reproche à la dernière , & il n'a pas toujours
F'efprit courtifan de Hume. Il eft plus Philo
DE FRANCE. S3
fophe que l'une , plus patriote que l'autre , &
il a prefque toujours plus d'impartialité que
tous deux.
Le Lord Lytleton a un autre ayantage qui
le rend bien fupérieur à tous les Écrivains du
continent qui ont travaillé fur l'Hiftoire de
fon pays ; c'eft qu'il eft infiniment mieux i iftruit
qu'eux , parce qu'il a été à portée de puifer
dans desfources qui leur étoient inconnues.
Le Traducteur de ces Lettres intéreflantes
en développe le mérite dans une Préface , où
il envifage l'Hiftoire d'une manière tout-àfait
neuve & bien énergique. Il prévient qu'il
s'eft permis de corriger fouvent le texte. Le
Lord Lytleton penche vers l'aristocratie ;
fon Traducteur le réforme ou met en garde
les Lecteurs contre fes erreurs politiques. II
paroît avoir choifi principalement pour guide
Mme Macaulay, foit dans fes notes, foit dans
les Lettres qu'il a ajoutées à celles de Lord
Lytleton pour compléter cette Hiftoire de
puis 1763 jufqu'en 1784. Avec un pareil
guide , il n'a pu manquer de répandre une
grande énergie dans cet Ouvrage ; & c'eft auffi
fon principal caractère. Cette Hiftoire eft au
nombre des Livres claffiques en Angleterre :
elle mérite d'avoir ce rang parmi les nôtres ,
car nous n'avons rien qui en approche. Pour
donner une idée de cet Ouvrage , nous citerons
quelques morceaux de la cinquantequatrième
Lettre , qui concerne l'état de la
Littérature Angloife au commencement du
dix-huitième fiècle.
Dvj
34
MERCURE
"
--
Je ne vous ai rien dit jufqu'à préfent de
la Littérature Angloife à cette epoque memode
rable ; j'ai voulu tracer cet article feparément.
Quoique les Gens- de- Lettres fuffent pen encouragés
par les derniers Princes , jamais ils.
ne furent plus nombreux , plus eftimés ni plus
dignes de l'être. L'efprit philofophique , né .
au milieu des difcuflions du dernier fiècle ,
commençoit à fe répandre par- tout , & pénétroit
jufques dans la théologie. Alterbury
& Clarke fe diftinguoient fur tout dans cette
ference. Alterbury joignoir à une imagination
ardente , impétueufe , l'eloquence & les grâces
de la declamation . Il paffoit pour le premier
Qrateur de fon fiècle , & fes Sermons font
encore aujourd'hui regardés comme des chefd'oeuvres.
Dédaignant les charmes de l'éloquence
, Pauftère Clarke ne facrifioir qu'à la
dialectique. Il portoit dans la métaphyfique.
les rigoureufes démonftrations de la geométrie.
Cependant ni lui ni Cudworth, dont on
lit encore l'ingénieux Roman fur la métaphyfique
, n'égaloient le célèbre Locke , qui réforma
l'art de raifonner , le débarraffa de cet
jargon fcholaftique avec lequel on prouvoit t
les chofes les plus extravagantes : il apprit aux
hommes à ne plus fe payer de mots.
}
Le Lord Bolingbrock eut autfi quelque ré- ›
putation pour les recherches métaphyfiques.
Ses amis , fes créatures l'élevoient jufqu'aux
nues ; & tant qu'il n'écrivit point , le Public
erut volontiers à fon mérite ; mais en puDE
FRANCE. 85
bliant fes Ouvrages , il perdit dans l'opinion
publique....
Friend & Mead faifoient de leur côté faire
quelques pas à la Médecine vers la perfection
. Leur amitié fingulière eft encore plus
célèbre que les théories qu'ils publièrent ,,
quoiqu'elles fuffent profondes & elegantes ,
Mais dans un grand Homme , on aime plus,
l'ame que l'efprit , & les traits fublimes fe
gravent mieux dans la mémoire que les théoriesfublimes....
Congrève n'obtint pas de fon fiècle , pour
fes excellentes Comédies , toute la juſtice
qu'il méritoit ; mais la poftérité en dédommagea
fa mémoire , en le regardant comme
le Térence de l'Angleterre.
Citer le Spectateur , c'eft nommer Steele ,
qui en partagea la gloire avec Additfon . Ses
Comédies font élégantes , chaftes & pleines
de fel . Steele fut malheureux : il étoit prodi-,
gue ; & pour fournir à fes prodigalités , il
imagina mille projets , dont aucun ne réuffir.
Il eut , ainfi qu'Addiffon , un terrible antagoniſte
dans le Docteur Swift. On cite encore
ce dernier comme le Rabelais de l'Angleterre.
Swift n'en a pas toute la fineffe. Il est plus
fec , plus fatyrique. Ses phrafes font , comme
fes idées , nerveufes & concifes. Ce n'eft paslà
Rabelais.
D'autres Poëtes fe diftinguèrent encore à
cette époque. Prior , trop vanté par Voltaire ,
& qui imita trop les François ; Towe , qui
n'eft furpalle que par Shakespeare & Otway,
86 MERCURE
mais qui n'a pas leur moralité , en ayant fouvent
le pathétique & le fublime. Il faut encore
citer les Fables de Gay & le Poëme de
l'Hermite de Parnel . Le règne de la Poéfie
Angloife finit à Pope , c'eft dire qu'il finit
d'une manière brillante. Ses idées font grandes
, pleines de nerf; fon ftyle eft pur , harmonieux.
Pope a dit quelque part qu'il étoit
la dernière Mufe de l'Angleterre , & il a dit
vrai ; car depuis,à peine peut-on citer un feul
Poëte.
LES Dangers de la ville , ou Hiftoire
effrayante & morale d'Urfule , dite la
Payfanne pervertie , &c. publiée par l'Auteur
du Paysan perverti ; 4 vol . in- 12 , à
la Haie , & fe trouve à Paris chez la
Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint-
Jacques.
On fe fouvient encore du grand fuccès
du Payfan perverti. Une nature bien obfervée
& rendue avec énergie , la connoiffance
du coeur humain , & des caractères bien deffinés
: tel étoit le mérite de ce roman ; &
tel eft celui du nouvel ouvrage que nous annonçons,
& qui eft moins la fuire que le
complément du premier. Il y a même plufeurs
événemens de celui ci qui font partie
du précédent . Ainfi M.étif de la Bretonne
aura offert aux deux fexes un préſervatif
contre les differens dangers qui menacent
Fun & l'autre dans l'enceinte des grandes
DE FRANCE. 87
villes ; il aura fait voir par quels degrés infenfibles
, on peut arriver au comble de la
dépravation , & de -là tomber dans les plus
grands malheurs qui en font la fuite infeparable.
L'Héroïne du nouveau roman , Urfule ,
foeur du Payfan, montre de bonne heure un
penchant à la coquetterie. Des indifcrétions
d'abord , bientôt des imprudences , puis des
fautes , enfin des excès la conduifent au der
nier degré du plus honteux aviliffement. C'eft
la nature dans toute fa dégradation phyfique
& morale ; car l'Auteur a voulu montrer le
vice également puni par la honte & la douleur.
Les tableaux qu'il en a tracés avec fon
énergie ordinaire , impriment à l'ame la plus
profonde terreur.
Lorfqu'Urfule a tout perdu , il lui reſte
encore le courage de rougir d'elle - même , de
fe réfugier dans un des afyles publics ouverts
à l'indigence , d'expier fes égaremens par les
remords & les auftérités ; & elle parvient
jufqu'à époufer un jeune Marquis , l'auteur
de fa première faute , qui , en réparation , fe
fait un devoir de venir lui offrir la main.
Quoiqu'Urfule ait beaucoup fouffert des
fuites de fes défordres , fi le roman fe terminoit
là , l'Auteur n'auroit pas cru avoir rempli
fon but moral . Le dénouement qu'il a
imaginé achève le châtiment du vice. Le
Frère d'Urfule, mal- inftruit , ignorant la pureté
des noeuds qui l'uniffent au Marquis
88 MERCURE
emporté par un reflentiment qu'il croit légi
me , finit par aflatliner fa foeur.
Bien que le but principal de M. Rétifde
la Bretonne ait éte de préfenter le tableau
effrayant du vice , & du vice puni , il s'eft.
pourtant ménagé quelques contraftes qui
repofent de temps- en-temps l'ame du lecteur ;
telles font les lettres de Fanchon , belle- four
d'Urfule , qui font pleines d'aménité & de
candeur.
On fait que l'Auteur de cet Ouvrage ne
peint pas toujours une nature bien choisie ,
& qu'il abufe fouvent de l'originalité de fon
talent . Des termes nouveaux , une nouvelle
orthographe , dont on ne devine pas même le
fyftême , arrêtent fouvent le lecteur. Mais ,
dans l'humanité , il y a tels défauts qui tiennent
à telles qualités ; & il faut permettre à
M. Rétif de la Bretonne de fe livrer à quel
ques accès de bizarrerie , pour conferver fa
phyfionomie originale , & cette vigueur de
pinceau qui diftingue toutes fes productions.
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
IE
E Samedi 29 Juillet , on a repréfenté ,
pour la première fois, ie Mariage d'Antonio ,
DE FRANCE. 89
Divertiffement en un Acte & en profe mêlée
d'ariettes.
Tous ceux qui ont vu repréſenter Richard-
Caur-de-Lion , favent qu'Antonio eft un
jeune garçon que Blondel le Meneftrel a
pris pour guide , quand il a feint d'être
aveugle pour chercher fon bon Maître fans
éveiller les foupçons. La million d'Antonio
eft remplie ; le Roi eft retrouvé , il eſt
libre , tant par les foins de Blondel , que
par ceux de la Princeffe Marguerite , fon
amante. Le jeune garçon retourne à fon village
pour affifter aux noces de fon frère Antoine
, qui va époufer Thérèſe , le jour même
que fon grand- père & fa grand -mère vont ,
après cinquante ans , renouveler leur mariage.
Antonio voudroit bien que ce même jour le
vit unir à la petite Colette , qu'il aime , &
dont il eft aimé , mais l'extrême jeuneffe des
deux amans eft un obſtacle à leur hymen , &
la mère de Colette n'y veut point confentir.
Antonio fe défefpère ; un Page envoyé par le
Chevalier Blondel , lui apporte , en fon nom
& de la part du Roi & de la Princeffe , trois
bourfes d'or , pour le récompenfer de fes
peines & de fa fidélité ; le jeune amant les
accepte triftement , & en difpofe en faveur
de l'Amitié , de l'Amour & de la Nature : il
en donne une à fon frère , une à Colette &
l'autre à fon grand père. Ce trait de déſintéreffèment
émeut tous les coeurs : on fe réunit
auprès de la mère de Colette , qui s'attendrit ,
& confent enfin au mariage des deux enfans
90 MERCURE
L'Auteur de cet Ouvrage eft Mme de Beaunoir.
Ce n'est qu'une bagatelle , dont l'efprit
& la grace font tous les frais. Il eſt évident
qu'il a dû le jour au feul defir de donner à une
jeune Virtuofe le moyen d'effayer fes talens
fous les yeux du Public : au moins cette intention
nous paroît- elle fuffifamment démontrée
par le titre modefte de Divertiffement que
Mme de Beaunoir a donné à fa Pièce . D'après
cela , toute obfervation devient inutile.
N
·
La mufique eft de Mlle Lucile Grétry , âgée
de treize ans , & fille du célèbre M. Grétry.
Le jour de la première repréſentation du
mariage d'Antonio , on a imprimé dans le
Journal de Paris une Lettre de cet aimable
Compofiteur , dont il nous femble néceffaire
de dire quelque chofe. Après avoir annoncé
que la mufique de la nouvelle Pièce eft de fa
fille , M. Grétry ajoute : Je dois dire qu'ayant
» elle -même compofé tous les chants avec
» leur baffe & un léger accompagnement de
harpe , j'ai écrit la partition , qu'elle n'étoit
» pas en état de faire. Les morceaux d'enfemble
ont été rectifiés par moi ; cette
compofition exigeant une connoiffance du
Théâtre que je ferois bien fâché qu'elle eût
acquife.
"
k
"
20
ود
Cette déclaration annonce la franchiſe d'un
homme à talent , d'un homme incapable de
chercher à en impofer au Public par les reffources
de l'adreffe & du charlatanifme : elle
laiffe appercevoir d'ailleurs ce que l'on doit
d'encouragemens & d'éloges à Mlle Grétry.Son
DE FRANCE. 94
chant eft facile & pur, il y a de la grace & de la
fineffe : on doit fur - tout y remarquer une
manière de phrafer qui annonce autant d'intelligence
que de goût ; & ils ne faut pas douter
que de fi heureufes difpofitions ne fe développent
très -heureufement fous l'oeil d'un
père fenfible & éclairé. Les accompagnemens
ont tout l'éclat qu'ils doivent avoir pour foutenir
le chant ; mais jamais ils ne lui peuvent
nuire: ils font au contraire ménagés avec tant
d'art , qu'ils le rendent plus brillant fans altérer
fa pureté. A cette attention on reconnoît
le tact d'un homme familier avec toutes les
délicateffes de l'Art & la tendre follicitude
d'un père. Revenons à la Lettre.
«Si fes chants font quelquefois déclamés
» avec vérité , cela provient fans doute de la
» manière dont je l'inftruis..... Lorfqu'elle
"
و د
m'apporte un morceau que je juge n'être
» pas faili muficalement dans le fens des
paroles , je ne lui dis pas : votre chant eft
» mauvais ; mais , voici ce que vous avez exprimé
. Alors je chante fon air fur des paroles
que j'y crois analogues , & je donne
» une vérité d'expreffion à ce qui n'étoit que
❞ vague ou à contre-fens. »
و ر
و د
M. Grétry a bien raifon de regarder cette
méthode d'éducation comme la meilleure
elle éclaire l'amour- propre au-lieu de l'humilier
, elle eſt encourageante , elle ne peut
que hâter les progrès d'un Élève dans la connoiffance
de l'Art , de la vérité & de l'expreffion
. Il feroit à defirer qu'elle pût être adoptée
92 MERCURE
par tous les Maîtres ; mais il faudroit pour
cela que les notions méchaniques du métier
fullent foutenues par beaucoup d'efprit , de
fineffe , de goût & de raifon , qualites rares
chez les Inſtituteurs de tout genre : peutêtre
devons-nous ajouter que la tendreffe paternelle
peut feule donner la patience inébranlable
qu'exigent les détails d'une pareille
éducation.
ANNONCES ET NOTICES,
QUESTION fur un point d'Economie Ruftique qui
tient à l'Agriculture générale : Peut- on nourrir les
chevaux d'une manière plus économique & plus faina
qu'or ne le fait ordinairement ? Genève , 1785 ; &
fe trave à Paris , chez Cuflac , Libraire , rue &
carrefour Saint Benoît.
Dans cette Brochure de 32 pages , l'Auteur rend
compte de fes propres expériences , & s'en étaye
pour propofer deux changemens utiles à l'Agricul
ture & à la nourriture des chevaux, Il prouve trèsbien
le bénéfice confidérable qu'il y auroit à con
vertir un terrein de prés ordinaire en terreins à bleds ,
en compofant de paille à peu près la moitié de la
nourriture du cheval. Après avoir établi les incouvéniens
de la méthode actuelle , il expofe la fienne ,
qui confifte dans un mélange de douze livres de
foin haché , de dix livres de paille auffi hachée , de
fix livres d'avoine & d'une livre & demie de fon ,
lequel divifé en trois repas , feroit chaque jour la
nourriture d'un cheval. La réforme qu'indique enfaite
l'Auteur fur la forme des écuries n'eft pas
DE FRANCE. 93
moins judicieufe que fes premières obfervations , &
fon Écrit fera lu avec beaucoup de fruit par les Agriculteurs
tentés de s'éclairer fur cette branche de
l'Économie Rurale.
NOUVELLES Obfervations fur l'Édit portant
eréation des Confervateurs des Hypothèques , &
abrogation des Décrets volontaires . Donné à Verfailles
au mois de Juin 1771. On y a joint à la fin
un Recueil des Edits , Déclarations & Arrêts fur la
même matière , in- 12 de 500 pages. Prix - 2 liv.
10 fols broché. A Paris , chez Knapen & fils , Imprimeur
Libraires, au bas du Pont Saint Michel.
L'HEROINE Américaine , Pantomime en trois
Actes , par M. Arnould , repréfentée pour la première
fois fur le Théâtre de l'Ambigu-Comique à la
Foire Saint- Germain , le 16 Mars 1786. Prix ,
12 fols . A Paris , chez Guillot , Libraire , rue Saint
Jacques.
Cette intéreffante Pantomime jouit d'un fuccès
foutenu.
L'ART de prolonger la vie & de conferver a
fanté , oo Traité d'Hygienne, par M. Preflavin ,
Gradué de l'Univerfité de Paris , Membre du Collége
Royal de Chirurgie de Lyon , & ancien Démonftrateur
en matière Médico - Chirurgicale , in-8° .
Prix , 4 liv. broché , s liv . relié. A Lyon , chez J. S.
Grabit , Libraire , rue Mercière ; & fe trouve à
Paris , chez Cuchet , Libraire , rue & hôtel Serpente.
La Médecine préfervative a toujours été moins
conjecturale que la Médecine curative . Il n'eft
comme dit l'Auteur de cet Ouvrage , qu'une manière
d'être en parfaite (anté , il en eft mille d'être malade.
On ne trouvera dans cet Ecrit aucun fyltême
94 MERCURE
dangereux ; il eft rédigé d'après des principes reconnus.
EPITRE fur la Mort du Prince Maximilien-
Jules- Léopola de Brunswick. Prix , 18 fols , in- 4 .
A Meaux , de l'Imprimerie d'Auguftin - Ponce Courtois
, & le trouve chez Charles , Libraire ; & à
Paris , chez Belin , Libraire , rue Saint Jacques ; la
Veuve Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques ;
Bailly , Libraire , rue Saint Honoré ; Hardouin , Libraire
, au Palais Royal.
GALERIE Hiftorique Univerfelle , par M. de
P ** . Prix , 3 liv . 12 fols . A Paris , chez Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins. A Valenciennes
, chez Giard , & chez les principaux Libraires
de l'Europe.
Ce troisième Cahier contient les Portraits de
d'Alembert, de Charles XII , de Cromwel, de
Démosthène , de Léon X, de Mengs , de Ruyter &
de Mine de Sevigné."
DEMONSTRATION de la Commenfurabilité de
la Diagonale, & de fun rapport exact avec le côté
du Quarré, par René Alexandre , deuxième du
noin , Marquis de Culant , Meftre- de - Camp de
Dragons . Bochure de huir pages. A Cologne ; &
fe trouve à Paris , chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés.
HYMNES du nouveau Bréviaire de Paris , traduites
en vers François . Prix , 3 liv . relié. A Paris ,
chez Vente , Libraire , rue des Anglois , & Mérigot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins.
DESCRIPTION & ufage du Refpirateur antiDE
FRANCE.
95
méphitique , imaginé par feu M. Pilatre de Rozier,
avec un Précis des Expériences faites par ce Phyfi
cien fur le méphitifme des foſſes d'aifance , des cuves
à bière, &c. , par M. de Laulnaye , Brochure de
32 pages. A Paris , chez Laurent , Libraire , rue de
Tournon ; Defenne , Libraire , arcades du Palais
Royal, no . 216 , & le trouve au Lycée , & chez
Cloufier.
A
NINA, ou la Folle par Amour , Comédie en un
Acte & en profe mêlée d'Ariettes ; par M. M. D. V.
Mufique de M. Dalayrac , repréſentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires du
Roi , le 15 Mai 1786. Prix , 1 liv . 4 fols . A Paris ,
chez Brunet , Libraire , rue de Marivaux , près la
Comédie Italienne .
Cette Pièce jouit encore du plus brillant fuccès.
Le fujet en eft intéreffant ; la fituation étoit difficile
à foutenir long temps au Théâtre avec fuccès ,
& ceft un motif d'éloge pour l'Auteur , qui eft
connu par d'autres productions cftimables.
METAPHYSIQUE de la Langue Françoife , ou
Développement des Principes fur lesquels eft établie
la contexture de cette Langue , à l'ulage des Inftituteurs
& des Pères de famille , par M. Fauleau . Prix ,
div. broché , in- 8 ° . A Paris , chez l'Auteur ,
du gros Chenet , au coin de la rue de Cléry
n°. 2 .. Méquignon le jeune , rue de Richelieu-
Sorbonne , au coin de la rue de la Harpe.
rue
?
NUMEROS 6 , 7 & 8 du Journal de Violon ,
dédié aux Amateurs , pour deux Violons ou Violoncelles
, compofé des Airs les plus nouveaux . Tout le
Chant eft dans le premier Deffus. Chaque Cahier
de huit pages le vend féparément 2 liv. Abonnement
pour douze Cahiers 15 & 18 liv. A Paris , chez
96 MERCURE
M. Bernel l'aîné , Profeffeur de Mufique & de Violon,
rue Tiquetonne , nº . 10.
-
OUVERTURE de la Dot pour le Forte- Piano ,
Violon ad libitum , par M. C. Fodor, Prix , 2 liv.
8 fols. Cinquième Pot-pourri pour le Forte-
Piano , par le même. Prix , 2 liv . 8 fols . Première
Symphonie concertante pour Clarinette & Baffon
, avec Violons , Alto , Buffe , Cors & Haut-
Bois , exécutée au Concert Spirituel par M. Ozy ,
Muficien ordinaire du Roi. OEuvre V. Prix , 6 liv.
-
Troisieme Concerto de Baffon , exécuté au Concert
Spirituel , & compofé par le même , Cavre VI.
Prix, 4 liv. 4 fols . A Paris , chez M. Boyer, rue de
Richelieu , à la Clef d'or , paffage du Café de Foy ,
& Mme Lemenu , rue du Roule , à la Clef d'or.
TABLE.
L'Horoſcope accompli , 49 | Philoſophiques fur la Sen-
Le Billet ou l'Art d'Ecrire ,
Conte ,
69 fibilité ,
so Lettres Philofophiques & Po-
Iniquesfur l'Hiftoire de
l'Angleterre,
Charade, Enigme & Logo
gryphe , 53
Traduction du Théâtre An Les Dangers de la ville ,
glois , 56 Comédie Italienne
Recherches Phyfiologiques &\ Annonces & Norices ,
APPROBATIQ N.
81
86
88
92
Þar lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Août 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui prife en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 11 Août 1936. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 19 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
LE COUCOU ET LA FAUVETTE ,
Fable.
AIMABLE Philofophe , ô fage La Fontaine ,
Je reviens chaque jour à ton Livre enchanteur.
Combien je l'aime! & comme il parle au coeur !"
Ta naïve éloquence & me touche & m'entraîne.
Chez toi les animaux nous font, de vrais fermons :
Leur morale eft auftère , & point du tout lauvage;
Pour nous faire aimer fes leçons ,
[
La Sageffe , fans doute , emprunta ton langage.
Parmi les animaux & les oifeaux divers
Qui nous inftruifent dans tes vers ,
Je cherche le Coucou ; mais ta plume difcrette,
Ne dit mot de fes airs, de fon humeur coquette ;
No. 32 , 19 Août 1786 .
*E
MERCURE
1
En nous parlant de ce perfide oifeau,
Aurois- tu craint d'être un peu trop févère ?
En nous peignant fes moeurs , fon affreux caractère,
Aurois- tu craint de fouiller ton pinceau? Do
Si j'avois un rayon de ton divin génie ,
Je dirois : écoutez , ô Citadins railleurs ,
"
Je veux vous faire , au moins une fois en ma vie,
Une leçon utile pour vos moeurs.b
DANS une plaine & riante & féconde ,
Dans le fein des plaiſirs & de l'oifiveté ,
Un Coucou fe donnoit tous les airs du beau monde.
Sa devife chérie étoit la liberté.
Il étoit lefte , vif & d'un très-beau plumage :
Il éclipfoit les oifeaux d'alentour ;
Dans le verger , dans le bocage do dar
Sans ceffe allant , venant , il chantoit tout le jour.
Son humeur enjouée , & galante & volage ,
Troubloit fouvent les plus tendres amours ;
Il portoit la difcorde au fein d'un bon ménage ,
Et s'applaudiffoit de les tours.
Il n'étoit rien qu'un parfait hypocrite ;
Il railloit les époux & leur chafte lien ;
C'étoit un agréable , un charmant Sybarite ;
Toujours l'air amoureux , au fond il n'aimoit rien.
Un jour , las de chanter dans le coin d'un bois fombre,
Il voit une Fauverte ; elle couvoit à l'ombre.
Sur un jeune arbriffeau fon nid étoit placé ,
Bien tapiffé de mouſſe & bien entrelacé¡
DE FRANCE.
A la douce Fauvette , à la tendre couveafe , G
D'un air de petit maître & d'un ton cajoleur , A
C'eft ainfi que parla le galant perfiffleur :
Vous êtes- là , ma divine chanteufe !
Eh quei ! l'on n'entend plus vos accords raviffans ?
Dans la faifon d'aimer , dans la faifon de plaire ,
Vous ſuſpendez vos plaifirs & vos chants ,
Vous devenez tout- à- coup folitaire ? rant
Dans la retraite , au fond d'un bois ,
Faut-il ainfi triftement ſe mørfondre?
Sous le joug de l'Hymen , fous fes auftères loir ,
Faut -il daus le bel âge & s'ennuyer & pondre ?
Ah! que Vous êtes bonne ! hélas ! je le vois bien ,
Les doux noeuds de l'amour , le tendre nom de mère,
Tout cela vous féduit. Vous vous trompez ,
zma chère ;
Vive la liberté! tout le refte n'eft rien.
དེ་ ན
Un jour vous fentirez tout le poids de vos chaînes.
Le temps , le temps encore augmentera vos peines.
Que je vous plains ! hélas ! qu'allez - vous devenir
Quand il faudra veiller , quand il faudra nourris
Cette nombreufe & gourmande couvée ?
Ah ! vous ne favez pas quelle eft cette corvée!
D'ennuis & de fatigue il vous faudra périr. has fr
Quittez ce nid , fi vous voulez me croire ;
Venez dans ces bofquets , dans ces vergers fleuris :
Vous chanterez l'amour ; les oiſeaux réunis
Célébreront vos plaifirs , votre gloire.
Avant de terminer fon diſcours indécent ,
Eit
100 MERCURE
Le beau parieur fit encor le plaifant.
De la fenfible tourterelle
Il railla la conftance & le ton langoureux ;
De la plaintive Philomèle
Il perfiffla les accens douloureux .
La Fauvette à la fin fut laffe de l'entendre ;
Elle fut lui répondre , & fans beaucoup d'humeur :
Elle a le corur fi bon ! elle a l'ame fi tendre !
Malheureux , lui dit- elle , ah ! quelle eſt ton erreur !
Quoi ! ton coeur ne connoît amitié ní tendreffe ;
Et tu veux des plaifirs , tu parles de bonheur !
Le bonheur en eft - il fans amour , fans lagefle ?
Aux plus doux fentimens , quoi ! tu fermes ton coeur!
Être ifolé dans la Nature ,
De l'Amour , de l'Hymen troublant la douce loi ;
Volage , ingrat , infidèle , parjure , ...
Tu fais tous nos malheurs , & ne vis que pour toi
Retourne à tes plaifirs , va , fuis , & laiffe-moi
Goûter dans ces beaux lieux une volupté pure.
Garde pour toi ta fauffe liberté ;
Mon coeur eft fatisfait de fa félicité.
Bientôt , bientôt j'irai voltiger dans la plaine ;
Autour de moi j'aurai tous mes enfans .
Oh ! mes enfans ! je ferai votre Reine.
Vos chants joyeux charmeront mes vieux ans ;
Et toi , pour prix d'une oifive jeuneſſe ,
Sans parens , fans amis , dans l'arrière-faifon ,
Tu languiras dans un trifte abandon ,
DE FRANCE. 101
Et les remords troubleront ta vieilleffe.
Tu gémiras en vain , &, victime du fort,
Tu mourras ; mais n'attends pas que l'on donne
Des regrets à tes maux , ni des pleurs à ta mort.
Ton trépas defiré n'affligera perfonne.
( Par M. Lamarque de Sort de Saint- Séver
Cap , de Gascogne. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Poiffon ; celui
de l'Enigme eft les Notes de Mufique ; celui
du Logogryphe eft Apothicaire , où l'on
trouve carpe , arche , Io , Troie , air ( un
vaſe , l'anagramme d'Hyppocrate ) , chat , arc ,
or , Pó , patrie , chair , art , cor , pie , riche ,
tore , port , poire , char ou chariot, porc.
CHARA DE.
Mon premier fe repaît de Bergers & de Kois ;
Mon fecond tous les ans ne fleurit qu'une fois ;
Et mon tout vient fouvent d'amour & de fes loix.
(Par M. le Chevalier de Meude- Monpas . )
>
E j
102 MERCURE
ENIG ME.
DE la chair des mortels nos cinq bouches font
pleines ,
Et nous en jouiffons en hiver à fouhait }
Si nous perdons un frère , alors chacun nous hait ,
Et nous jette en un coin au rang des chofes vaines ;
Sans cela nous faifons , par l'ordre des humains ,
Prefque tout ce qu'ils font avec leurs propres mains.
(Par M. G.... l'aîné , du Bas- Nivernois. )
LOGOGRYPHE.
Nous femmes , cher Lecteur , d'un genre fort
#odaccomique ; al in cap olmasa
Chacun de nous , avec un corps étique
Par divers mouvemens annonce la gaîté ,
Le mot pour rire & la frivolité.
Toutefois , douze pieds compofent notre enfemble ;
Veux-tu nous deviner , cherche , fi bon te femble.
Nous préfentons d'abord à ton oeil curieux
Le rival fortuné du Forgeron des Dieux ;
Le noir féjour de tout efprit immcnde ;
Un gouffre ardent ; un habitant de l'onde ;
Ce que jeune Beauté d'un voile féduifant
Sait cacher avec art aux yeux de fon amant ;
Ce qui forme le fiècle , & ce qui fait l'année ;
DE 1193
FRANCE
Du peuple Juif la ville révérée ;
Le cher & tendre objet qui te donna le jour;
L'empire du trident ; le joli mois d'amour ;
D'un fameux impofteur le Diſciple & l'Apôtre ;
Ce qu'un demi-favant croit avoir plus qu'un autre
Le préfent le plus beau de la Divinité ;
Up phénix à la Cour ; ce qu'y cherche un Abbé ;
Un métal précieux aux champs comme à la ville ;
Un autre plus comman , & non pas moins utile ;
L'arbitre de nos maux comme de nos fuccès ;
Ce qui fuit devant nous ; deux noms chers aux
François ;
Un mets : un fruit d hiver , l'écueil inévitable
Qui fait la peur des Grands , & l'effroi du coupable ;
Ce dont un malheureux fe fert avec effort ;
Ce qu'un Auteur met rarement d'accord ;
Le bon humain qui fit le premier coche ;
Ce que fouvent tu portes à ta poche ;
Autrefois dans la Grèce un Sage refpecté ,
( Dieu veuille t'accorder fes jours & la fanté! )
Une rivière enfin , & trois villes de France.
Pour nous connoître à fond , c'en eft, affez , je penſe.
Adieu, Lecteur , fans compliment ;
Reço is nos voeux : bon jour , bon an,
E iv
(104 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE BONHEUR dans les Campagnes.
C'eft la Cour qu'on doit fuir , c'eſt aux champs qu'il
faut vivre. VOLT. Epure fur l'Agricult.
A Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins , 1785.
J'AI vu les maux des campagnes , & j'en ai
' cherché les remèdes , dit l'Auteur. Voilà en
deux mots le but & le plan de cet Ouvrage ;
c'en eft auffi toute la Préface & toute l'Introduction
, & c'eft ainfi qu'on ne devroit dire
que ce qu'on a véritablement à dire,
و د
33
Les principales caufes de la misère des campagnes
font à la Cour & dans la Capitale.
L'exc's du luxe , l'abus du pouvoir , la négligence
de ceux que le Gouvernement
prépofe pour adminiftrer les Provinces ; la
» manière inégale , arbitraire , injuſte , dont
les impofitions font réparties , & l'extrême
» dureté avec laquelle fouvent elles font
çues ; les corvées , & les pertes qu'elles en-
» traînent : voilà les principes de la misère
» des campagnes.
ود
و ر
92
per-
« L'État s'obère , dit l'Auteur , parce que
les diftinctions , les honneurs ne fuffifent
plus pour marquer la faveur , pour récomDE
FRANCE. 105
29
و د
}
penfer les fervices réels ou prétendus. Il
faut que le trefor public foit ouvert aux favoris
, & double ou triple les émolumens
des places. Ces places , quoique les penfions
, les gratifications fortes s'y joignent ,
font loin de fuffire aux dépenfes qu'elles
entraînent; on veut pourtant fournir aux
" frais énormes de la repréfentation , &
• même au defir de la rendre chaque jour
plus magnifique encore . Par quels moyens
y parvient on ? Les larmes du créancier
trompé , les cris de l'ouvrier qui ne reçoit
pas fon falaire , les plaintes des fubalternes
qui regrettent leurs préfens , &c. &c . peu-
❞ vent nous en inftruire. »
"
4
t
Il n'eft plus d'équilibre entre les revenus
& les dépenfes ; toutes les fituations font forcées
; & , pour les foutenir , tous les moyens
font extrêmes ou honteux. Les plus grands
Seigneurs eux- mêmes n'ont plus affez de richeffes....
Les reffources épuifées , on en
cherche de nouvelles , & c'eft toujours le
peuple qui les fournit . Toujours preffé par
la dépenſe
on eft dans l'impoflibilité
d'avoir égard à fa fituation , aux circonftan-
» ces & à fes befoins. "
و ر
ور
و د
ود
Y
Le vice général , c'eft l'union de la prodigalité
fans retenue , avec la cupidité fans bornes.
L'argent eft devenu le prix de tout. Pour
de l'argent , il n'eft rien qu'on ne vende ; avec
de l'argent , il n'eft rien qu'on n'achette .
Après une énumération effrayante des
abus, des excès , des défordres du luxe , elu
Ev
106 MERCURE
bien ! s'écrie l'Auteur avec confiance , que le
Roi dife: je ne veux plus qu'ils fe commettent;
ils ne fe commettront plus. Il eft une fimplicité
noble , une économie fage , qui s'allient
avec la majefté du Trône ; & cette majesté
même , pourquoi veut- on la faire dépendre
de la pompe & de la magnificence ? L'Auteur
ne pouffe pas cependant la févérité de fa doc
trine jufqu'à interdire aux Rois ce qu'il appelle
les décorations néceffaires du Trône ; mais ,
ajoute-t'il , qu'ils n'en laiffent pas approcher
la profufion . " Ah ! fi les Rois favoient com
» bien la ftérile gloire de briller à leurs fêres
» caufe de trouble , fait répandre de larmes ,
» ôte la poffibilité d'être généreux & humain ,
"
ils arrêteroient cette émulation de dépenſe
» d'autant plus ruineufe , qu'elle fe porte fur
» de plus frivoles objets. »
Les remèdes généraux que l'Auteur propofe
, font donc d'abord que le Souverain témoigne
de l'indifférence & même du mépris
pour le fafte & le luxe ; qu'il choififfe pour
l'adminiftration , foit de l'État entier , foit des
différentes Provinces , les hommes les plus
incorruptibles , les plis vertueux , les plus
éclairés, que les Commandans de Provinces
les Intendans & les Évêques fentent la néceffité
d'habiter les pays qu'ils font chargés de
conduire , d'éclairer & de régir.
Une des fources les plus fecondes & des
caufes les plus puiffantes du bonheur des campagnes
, feroit , felon l'Auteur , l'établiffementdes
États Provinciaux : le feud féjour des
DE FRANCE.
£07
elles Seigneurs dans leurs Terres , feroit
feroit pour
un bienfait ; il vivifieroit les campagnes. Ici ,
l'Auteur expofe tout le bien que le fejour de
M. de Voltaire a fait à Ferney , & celui que
fait à Montbar le fejour de M. de Buffon .
" La politique ombrageufe & defpotique de
Richelieu , arracha les Grands & les Nobles
de leurs châteaux ; & les campagnes fe font
» appauvries & dépeuplées. Que la fageffe
» plus éclairée de Louis XVI les y ramènes
& dans toute la France , avec les moeurs
" douces & fimples , & les vertus domef
tiqués , renaîtra la profpérité. »
23
992
"
རལ
L'Auteur propofe un ordre patriotique en
faveur des protecteurs du peuple , c'eft-àdire
, de ces feigneurs de terre qui , vivant déformais
dans leurs châteaux , au lieu de livrer
leurs vaffaux en proie aux déprédations
de fermiers avides , s'attacheroient à rendre
ces vaffaux plus laborieux , plus intelligens
& plus heureux , & qui fe diftingueroient
avantageufement par cette adminiftration vi
vifiante ; mais qu'on fe garde bien de profaner
cette fainte inftitution , qu'on n'accorde
jamais à la faveur une récompenfe dûe
à la feule vertu. L'Auteur développe fon
plan , mais ce font des détails qu'il faut lire
dans l'ouvrage , ainfi que ce qui concerne la
Religion , les Évêques , les Curés , & le parti
qu'on en pourroit tirer pour le bonheur des
peuples , fur- tout en fuppofant les Évêques
déformais plus fidèles à la loi de la réfidence.
Quant aux Curés , cent écis , cinq cents
E vj
·108 MERCURE
K
francs , dit-il , voilà la richeffe d'une foule
de Prêtres auxquels il eft commandé
d'être charitables , tandis qu'il leur eft prefque
ordonné par la misère , d'implorer la
charité. Il veut que dans chaque paroiffe il
y ait un Curé & un Vicaire , qui , indépendamment
des autres avantages , feront une
reffource & une fociété convenable l'un pour
l'autre , le Curé auroit cent louis ou mille
écus de rente , le Vicaire , douze ou quinze
cents francs. Quatre mille cinq cents livres
fagement dépenfées dans une paroiffe par
deux Prêtres religieux & charitables , en éloigneront
la misère. Mais où prendre des
fonds ? Le voici que les riches bénéficiers.
ne s'alarment pas , dit l'Auteur , je ne veux
pas qu'on les dépouille. Mais il veut qu'on
employe à cette dotation des Curés & des
Vicaires , les biens des Jéfuites , Grandmon
tains , Céleftins , & autres Ordres & Maifons
Religieufes fupprimés , ou qui le feront par
la fuite , ou qui tomberont faute de fujets ,
ce qui arrivera à prefque tous les Ordres Religieux
; de plus il fupprime toutes les Col
légiales dans les Villes , il envoie les Chanoines
dans les campagnes; ce feront eux qui
feront déformais les Curés & les Vicaires de
nos villages ; ils y porteront , ils y confommeront
les revenus de leurs canonicats ou
prébendes , jufqu'à l'extinction entière ou
preque entière de ces Chanoines. L'Auteur
montre par des calculs que ces reſſources
feront plus que fuffifantes pour leur deftina
DE " FRANCE 109
tion . Il propofe à cet égard beaucoup d'ar- ·
rangemens , de dérails pouf perfectionner le
plan général. Autre objet important , auquel
les mêmes fonds fuffiront , l'inftruction ; mais
une inftruction adaptée aux vrais befoins des
campagnés , des écoles , en un mot , où on enfergneroit
la meilleure manière de cultiver les
terres , & les moyens , tant généraux que
particuliers , d'en tirer le plus grand parti
pollible. Autre article plus important encore ,
Les fecours tout bien eft poffible , dit l'Auteur
, quand l'attention eft grande & la volonté
forte: prévoir , éclairer , fecourir , voilà
les devoirs du Gouvernement : recueillir ,
profpérer , s'éternifer ; voilà fa récompenfe.
Outre les deux Pafteurs , l'Auteur demande
dans chaque Paroiffe un Religieux de la Charité,
Ordre qu'il veut qu'on cherche à étendre par
toute forte de moyens , & deux Soeurs
de la Charité. L'inftruction & les fecours
marchent de front. L'Auteur demande que
dans toutes les villes Épifcopales il y ait des
cours de Chirurgie , de Médecine élémentaire
, de l'art Vétérinaire , & même un enfeignement
particulier pour les accouche
mens , où chaque femme qui voudra devenir
accoucheufe dans les villages , fera obligée
de s'inftruire. On demandera toujours où
trouver des fonds ? L'Auteur compte qu'il lui
en reftera fur la fuppreffion des Collégiales
& fur les revenus des Ordres Religieux , ou
fupprimés par l'autorité , ou naturellement
éteints par le défaut de fujets ; il compte
110 MERCURE
d'ailleurs fur la charité des fidèles , fur le
zèle des Citoyens , fur la vanité même des
gens riches : voici d'ailleurs une mine féconde
qu'il prétend ouyrir.
Poccupés
, ne
Indépendamment des revenus des Ordres
Religieux fupprimés ou à fupprimer ,
les
feules réunions occafionnées par la rareté des
fujets , font abandonner dans plufieurs Villes
des maifons & des emplacemens confidérables
, qui , lorfqu'ils étoient
fourniffoient que l'habitation & une partie
de la fubfiftance des Religieux , mais fans
revenus : qu'on vende tous ces terreins dans
les Villes ; & voilà des fonds qui fuffiront
à tous les établiffemens propofés. Il faut voir
dans l'ouvrage même les objections que l'Auteur
prévoit , les réponfes qu'il y fait , les
moyens de détail qu'il propofe. Nous y renverrons
aufli pour ce qui concerne les travaux
, les biens communaux , les Adminiftrateurs
, que l'Auteur veut qu'on établiffe dans
chaque communauté pour la régie & l'adminiftration
de ces biens.
>
L'article des amufemens eft ici très - important
; l'Auteur veut avec raifon qu'on préfere
ceux qui , en exerçant les forces , néceflitent
l'adreffe , comme la courfe , l'arc ,
la bague , le battoir , les joûtes fur l'eau dans
les lieux voifins des grandes rivières ; il réferve
la danfe pour l'hiver , & pour les jours.
où le temps ne permettra pas de s'exercer
en plein air. Le croiroit-on Il admet les
fpectacles jufques dans les villages , mais non
DE FRANCE. 111
J
pas ces pernicieux fpectacles de nós boulvards
, fource de diffipation , école de cor
ruption ; il veut que ces fpectacles foient
rares , réfervés pour des fêtes folemnelles ;
il veut que ce foient des écoles de vertus ,
& des vertus adaptées aux campagnes &
aux moeurs fimples. Le corrupteur du peu
ple , dit-il , feroit auffi coupable que le féducteur
de l'enfance ; mais avec quel atten
driffement des ames pures ne verroient - elles
pas dans ces fpectacles » le bon pere- de- fa
mille , entraîné par fon coeur , dirigé par
fa prudence , partager fes foins & la tendreffe
entre une femme eftimable , des .
» enfans foumis & des domeftiques fidèles ;
» le payfan charitable , toujours prêt à don
» ner de bons confeils , à rendre des fer-
» vices , à porter des fecours ; le bon ami ,
» le bon fils , la bonne mère , le bon maître,
» le domeftique zélé , le feigneur bienfai-
» fant , le curé généreux , & c. aug
""
»
L'Auteur demanderoit un Théâtre pour le
Peuple à M. Rétif de la Bretonne , qu'il appelle
un homme d'un véritable génie, & pour
les talens duquel il fait profeflion d'une eftime
profonde, nous ne critiquons point ce
jugement , nous l'obfervons. Parmi les pièces
déjà faites , il cite les trois Fermiers , les Aoif
fonneurs, quelques fcènes de Nanine , & ne dit
pas un mot du Théâtre d'Education , ni du
Théâtre de Société. Nous obfervons cet ou→
bli , & certes nous le condamnons . Où l'Auteur
pouvoit -il trouver de plus parfaits mo
112 MERCURE
dèles du genre vertueux & touchant qu'il recommande
? Qu'efpère-t- il de mieux , par
exemple , que la Rofière de Salency ?
Au refte , il eft dû beaucoup d'éloges à
cet ouvrage : l'Auteur montre par tout le
bien , & le montre toujours poflible ; il ne
craint que la frivolité , que ce penchant malheureux
à trouver ridicule tout ce qui eft
nouveau ; il dit aux plaifans , ris , mais examine
, comme Thémiftocle difoit : frappe
mais écoute; il obferve que quand on rit
de tout , on ne rougit de rien ; il s'écrie : dans
Penthoufiafme & dans l'amour du bien : Ah !
files Monarques voyoient , favoient & vouloient
! Enfin , fon ouvrage eft celui d'un
parfaitement honnête homme , dont les lumières
peuvent être utiles.
LES Soirées Provençales , ou Lettres de
M. Bérenger , écrites à fes amis pendant
fes voyages dans fa Patrie ; 3 vol. in- 12 .
A Paris , chez Nyon l'aîné , Libr. , rue du
Jardinet , avec trois gravures repréfentant
la Fontaine de Vauclufe , le Port de Toulon
& celui de Marfeille , gravés par Feffard
avec le plus grand fein. Prix , 7 liv. 10 fols.
Nous ne redirons pas ici ce que tous les
Journaux ont répété en parlant de M.
Bérenger , que né avec une imagination vive
& une âme fenfible , il eft un de nos Écrivains
qui poſsèdent le mieux le talent de peindre
, & le talent plus rare d'intéreffer. Quand
DE FRANCE . 113
il écrit en vers , on le croit né pourla poéfié.
Écrit-il en profe ; il lui donne un caractère
très-piquant par la vivacité de fon ſtyle &
les tableaux dont il l'anime. L'Ouvrage que
nous annonçons en eft une preuve nouvelle.
Plufieurs morceaux de differens genres vont
juftifier notre opinion . La meilleure manière
de louer M. Bérenger, c'eft de le citer. Voyonsle
d'abord tracer le portrait des habitans de
la Province qu'il parcourt.
" Rien de plus vif, de plus brillant que
l'imagination de ces Provençaux fi péculans ,
fi généreux , fi enjoués. Chez ce Peuple aimable
, l'activité eft un privilége national ,
la gaieté un héritage commun , le talent poétique
ou le don de l'éloquence , une reffource
qui les confole de l'injuftice de la fortune ,
& qui fouvent devient entre leurs mains un
noble moyen de la réparer. Nul langage n'eſt
plus figuré , plus elliptique , plus pallionné ,
plus propre à la poélie. Les tropes de route
efpèce , les images , les feriens échauffent
leurs moindres récits. Nul peuple n'eft plus
facile à émouvoir par des idées acceffoires . Sa
mobile imagination , fa prompte fagacité
faifit toutes les relations des objets , franchir,
fupplée tous les intermédiaires. Vous ouvrez
la bouche ; n'achevez pas : ils vous devinent.
Un gefte expreflif, un regard plein d'intelligence
peignent leur réponſe en traits de
feu , & rendent énergiquement la vivacité
naturelle de leurs paffions. Je conviendrai
fans doute, (paffez - moi , je vous prie , la com
.
114 MERCURE
paraifon ) que les millionnaires en ce genre
ne font pas multipliés à l'infini dans notre
Province; mais il eft conftant que les fortunes
aifées y font très-communes. La fomme des
richeffes poétiques y eft certainement plus
confidérable que dans les contrées où tout
s'accumule fur la tête d'un feul. Dire d'un
Marfeillois qu'il a de l'efprit ou de l'imagination,
c'eft prefque lui faire une épigramme;
de même , dit Colardeau en parlant de Montefquieu,
qu'il y auroit une efpèce de ridicule
à louer l'efprit d'un homme de génie. » t . 1.
p. 262 & 263.
Ce dernier trait paroîtra fans doute exagéré
; nmis en général , on peut dire ici , en
fe fervant des propres expreffions de M.
Bérenger, que rien n'eft plus vif, plus bril
lant que ce morceau , & qu'on y trouve à
chaque inftant cette imagination mobile ,
cette fagacité prompte , ce langage elliptique
& figuré qui caractérisent les Provençaux.
Perfonne ne jouit plus que lui de ce privilége
national.
$
Les mêmes qualités fe reproduifent dans
le morceau fuivant, L'Auteur y parle des
femmes d'Arles , & principalement de leur
coftume , ( lettre 7. t. 1. p. 82 & 83. ) " L'habillement
le plus curieux & le plus lefte ,
celui qui paroît avoir le plus de rapport avec
le coftume des anciennes grecques , c'eft la
robe des femmes d'Arles , d'Avignon & de
prefque tout le Comtat. Ces perrettes- là font
d'une vivacité, d'une pétulance à défoler. LaDE
FRANCE. 115
borieufes , actives , gaies , une draperie lourde
& embarraffante ne fauroit leur convenirs
un jupon fimple & court tombe à moitié fur
des jambes chauffées de fins bas de foie
blancs & de fouliers fans talons. Leurs boucles
de fouliers , de tout temps larges &
grandes , parent leurs pieds & les font paroître
plus petits, Une robe nommée drolet ,
de couleur noire ( & blanche en été ) laifle
leurs bras prefqu'à nud , & careffe leur taille
qu'elle deffine avec le plus coquet avantage.
Cette robe eft partagée en quatre pointes ,
& ne defcend que jufqu'au mollet ; elle rapp
pelle les foles flottantes des Lacédémoniennes;
& dans les monumens antiques , les Déelles
& les Nymphes ne font pas autrement repréfentées.
Les bras des Arlifiennes & des Avignonaifes
font ornés de bracelets à l'antique,
compofés d'un fil d'or plus ou moins gros ,
& de quelques petits cercles qui y font entrelacés.
Le collier eft dans le même genre ,
avec une grande croix , à peu - près comme
celle de Malthe. Prefque toutes les femmes
portent pour coëffure un mouchoir de foie
peint en vert foncé , avec des fleurs & une
petite bordure jaune . Ces mouchoirs font en
ufage dans les Illes de l'Archipel : c'eſt le voile
ancien rapetiffé & relevé fur la tête . Elles
ont confervé l'ufage des corps à baleines , mais
ils font fouples & très- dégagés . En général ,
le fang eft très-beau dans cette contrée : les
formes y fatisfont le Peintre & le Sculpteur
(fans déplaire aux Poëtes . ) Les drolets, bruns
116 MERCURE
ou noirs , relèvent l'éclat des carnations : de
grands yeux noirs , des fourcils bien arqués ,
des joues rondes & fraîches comme des pommes
d'apis , le plus joli fourire du monde , &
une prodigieufe mobilité dans les mufcles
du vilage; tels font les propres que ces charmantes
créatures ( je parle du peuple ) apportent
prefque toutes en dot à leurs époux.
Joignez à ces biens un jargon d'une naïveté ,
d'une douceur infinie , des expreffions careffantes
, un accent féducteur , l'ufage des diminutifs
les plus mignards ; & voyez fi l'on
peut tenir à tant d'enchantemens ; voyez fi
c'eft à tort que Vénus étoit anciennement la
Patronne des femmes d'Arles. ود
On diflinguera auffi un tableau du lever
du foleil , digne des Peintres les plus exercés.
"
Si on peut faire un reproche à ce tableau,
c'eft d'être trop magnifique & trop pompeux.
L'Auteur femble avoir cherché à épuifer
toutes les idées, & fur- tout toutes les images
que fon fujet pouvoit lui fournir. Thompſon
a auffi placé un lever dufoleil au commencement
du chant de l'été , v. 43 & fuiv .; mais
il est beaucoup moins prodigue que M.
Bérenger , fans être moins intéreffant. Nous
oferons encore lui reprocher quelques expreflions
que lui a fait hafarder le defir de
peindre par des traits nouveaux , & qui manquent
de cette jufteffe à laquelle l'image
poétique même doit être foumife . Nous n'aimons
pas, par exemple, la chaleur qui lance le
rajeuniffement & la joie dans les profondes
DE FRANCE. 117
entrailles de la terre , & les regards du foleil
qui dardent la fécondité dans fon fein. Au
refte , il faut avouer, car nous devons être
juftes contre nous - mêmes , que cette dernière
expreffion eft prefque confacrée par l'exemple
du Poëte Anglois que nous venons de
citer , quand il dit , chant du printemps , v.
77,78 & 79:
Thepenetrativefun ,
His force deep darting to the dark retreat
Of vegetation , fets , &c.
Quelquefois M. Bérenger peint avec des
teintes plus fortes ; telle eft la defcription de
l'Arſenal de Toulon. ( Lettre 4. p. 32. )
Un des charmes de cet Ouvrage , c'eft la
variété qui y règne. Les tableaux s'y fuccèdent
avec une grande rapidité , trop grande , peutêtre,
& M. Bérenger ne ceffe d'être Peintre ,
que pour devenir obfervateur. Quelquefois
il difcute avec fagefle des intérêts importans.
On en trouve un exemple dans la cinquième
lettre du premier volume. Il s'agit des droits
du Pape für Avignon . L'Auteur en caufe avec
un Anglois qu'il rencontre près de Vauclufe.
T
Se peut- il , difoit Milord , M..., que la
France ait rendu cette belle Province ! La
Nature la lui a donnée, Ce pays , dépendant
d'un autre Souverain , forme un voisinage
dangereux pour les malfaiteurs , pour les
marchands frauduleux & pour des légions de
filles perdues . C'eft une école des maximes
ultramontaines , qui peut perpétuer les plus
its MERCURES
-
ridicules des préjugés , & les étendre delà
dans toute la France. C'eft une barrière pour
votre commerce , par les bureaux & les droits
des différentes Monarchies qui arrêtent &
gênent vos opérations ; enfin , il est étonnant
que les Avignonois eux - mêmes ne follicitent
pas leur réunion. → Qui , très- étonnant t
mais , lui dis - je , on prétend en effet qu'ils
defirent d'être réunis. Il eft vrai que la Nature
a incorporé ce pays à la Monarchie Fran
çoife , fans laquelle il ne peut fubfifter , &
Rome devroit être la première à le reconnoître
: fon intérêt ett nul. Et fon titre
dit Milord en fecouant la tête ? - Son titre !
ne parlons point de cela , Milord. Le titre
du Pape fur Avignon eft plus légal que celui
de tous les Rois conquérans. Vous êtes sûre
ment allez philofophe pour n'en pas douter.
Le Comtat eſt une très - belle ferme , que les
Papes ont eue à très-bon marché , j'en conviens
; mais enfin , un contrat de vente , une
quittance font, je penfe , d'affez bons titres.
Je parle du premier tie , dit Milord
prefqu'en fe fachant. N'eft- ce pas une excommunication
contre le Comte de Tou❤
louſe Soit ; mais Jeanne vendit.
Jeanne étoir folle , c'eſt-à-dire , amoureuſe" ;
Jeanne étoit Reine ; Jeanne étoit mineure.
La Souveraineté n'eft elle pas elle-même un
obftacle à l'aliénation ? Les États ont- ils confenti
-Oh non , vraiment , & j'avoue que
cette démarche alla directement contre leurs
woeux mais Jeannereçut très-bien de Clément
DE FRANCE 119
VII les 80,000 florins , bien trebuchans d'or
de Florenced Mordieu ! c'eft ce prix qui
efted'une modicité ridicule. Un pareil pays
tant de belles villes , tant de fertiles plaines ,
de vignobles fameux , de canaux admirables
pour 6 à 700,000 liv...! Cela eft fou, -
Mais vous ignorez peut- être , Milord , que
la Reine ( mineure ) a fait , par le même acte,
donation de la plus-value: Encore plus
abfurde. Voilà qui prouve clairement que la
léfion étoit connue de l'acheteur. De pareilles
précautions font préfumer la fraude , & décrient
nécellairement le marché. D'ailleurs
vo iftoriens prétendent que cette fomme
n'a jamais été payée. Les Hiftoriens fe
trompent : ce n'eft pas une merveille. L'Hif
torien de Provence ( M. Papon ) voyageant
dernièrement en Italie pour prendre communication
des chartes relatives à fon travail,
a retrouvé , dans la bibliothèque du Roi de
Naples , la quittance des 80,000 florins. Ce
fait fera configné dans le volume III de fa
favante Hiftoire, & la publication de cette
pièce , fi long - temps inconnue , fera fans
doute grand plaifir à la Cour de Rome . -
Eh bien , il faut rembourfer la Cour de
Rome : il faut ... N'eft- il pas injuſte qu'une
multitude d'hommes foit privée , par cette
obftination , des avantages que leur donne
le fol & le climat ? Les inconvéniens que les
Contadins éprouvent par le défaut d'émulation
& de circulation , rejailliffent , ce me
femble, fur toutes les autres Provinces . Le
120 MERCURE ·
Roi n'eft - il pas le père commun de tous fes
fujets Plus il y a de facilité dans les communications
, d'union entre les différens
membres du corps politique , d'accord dans
les loix , d'arrondiffement dans les États ,
plus il y aura de profpérité , d'ordre & de
force. Ce Pays n'eft pas peuplé à raiſon de
fa fertilité ; cela faute aux yeux : les villes
y font mortes ; les villages rares ; les bords
des rivières , ailleurs fi couverts de hameaux ,
font ici fans habitans ; & cependant , que
d'hommes ces contrées pourroient faire naître,
& nourrir & multiplier ! Vous raiſonnez
en politique , Milord ; mais daignez , je vous
prie , obferver en philofophe. Qu'importe ,
après tout , que ce pays- ci puiffe renfermer
plus d'habitans ? Il s'agit de favoir ſi ceux
qui l'habitent font heureux. Or , voyez &
jugez : ici , l'homme réduit aux 40 écus
paye , il eft vrai , fa capitation , mais on lui
fait grace , &c. &c. Ici , les moiflons ne font
pas dévorées par un camp volant de commis
& de collecteurs , plus cruels , plus dévaftateurs
que la grêle & les fauterelles : les
Publicains n'y travaillent pas le pays en
Finance. Le' tabac vaut 2 fols l'once , le fel
fix liards la livre ; le vin 2 fols le grand pot;
le pain & la viande y font taxés à un prix
raifonnable qui accommode tout - à - la fois le
propriétaire & le confommateur. Ces plaines,
couvertes de verts mûriers , fourniffent une
énorme quantité de fort belle foie aux manufactures
de Lyon & du Languedoc. Ces
longues
DE FRANGE. 121
-vous ,
longues , allées d'Ormes , d'Amandiers , d'Oliviers
; ces mille avenues de Saules donnent
le bois de chauffage , produifent des huiles
& des fruits en abondance , & fuppléent
au manque de forêts. Tous ces canaux
bien ménagés , les eaux du Rhône , les bras
de la Durance , ces faignées de la Sorgue
avivent ces treffles & ces luzernes , & font
comme les veines & les artères de ces pâturages
féconds en herbes & en troupeaux : delà
, les laines , les engrais , le bétail qui laboure ,
& le lait qui nourrit le laboureur. Penfez-
Milord , que la belle culture de tant
d'héritages puiffe exifter dans cet état florif
fant , fans une population, convenable , fans
économie politique , fans bonheur ? Je fuis
loin de le croire : je regarde au contraire
ce pays- ci comme une des plus heureufes
contrées du monde , & il faut que la plupart
de vos compatriotes en faffent la même
eftime , puifque toutes ces campagnes font
actuellement habitées par des Anglois , &
louées à bail. Ici , Milord , propriété, sûreté,
liberté , ne font pas de vains mots , on y redoutoit
jadis l'Inquifition ; mais on n'a jamais
eu fujet d'y faire le livre que vous tenez là ,
Pardonnez ma chaleur ; & je crois défendre
la vérité , & j'aime, ce pays ci avec paflion.
J'y vois , quoi qu'on en dife , des moeurs
douces , de la joie , de l'aifance , du calme ,
l'air fatisfait & tranquille annonceroit- il , à
votre avis , moins de félicité que cette turbulence
inquiette, ces regards avides , cette
No. 33 , 19 doût 1786,
F
122 MERCURE
ardeur âpre & cupide des habitans des villes
commerçantes ?»
On lit dans le troifième volume de cet
Ouvrage , une lettre de M. François de
Neufchâteau à M. B ... , dans laquelle il lui
fait la relation de fon voyage au Cap. Cette
lettre avoit été imprimée auparavant & lue
avec grand plaifir dans ce Journal. On n'en
aura pas moins à y lire une differtation de
M. Bernardi fur les loix de Provence , où
la fageffe de la difcuffion & la force du
raifonnement ne ceffent jamais d'être unies
à la profondeur des connoiffances. Ce volume
eft terminé par quelques poéfies
toutes d'un genre très - agréable. Nous citerons
quelques ftrophes d'une pièce intitulée :
Ma Solitude , & c'eft par elles que nous
terminerons cet extrait .
DOUCES erreurs de ma jeuneffe ,
Ou fe livroit mon coeur féduit !
Votre charme eft enfin détruit
Par le flambeau de la fageffe.
3.
L'AMOUR ! heureux qui le connoît !
Plus heureux encor qui l'ignore !
Pourquoi des peines qu'il caufoit
Le fouvenir plaît- il encore ?
La vanité n'eft qu'un tourment
La gloire une vaine fumée ;
Et les douceurs du fentiment
Valent mieux que la renommée.
DE FRANCE
125
PRENDS part aux plaifirs de mon coeur
Souris-moi , bofquet folitaire."
Joe Que tout refpire , pour me plaire ,
La pure joie & le bonheur.
Que j'aime à voir ces champs paiſibles
Et leurs heureux Cultivateurs !
Il eft , parmi ces coeurs fenfibles ,
Il eſt des vertus & des moeurs.
Ja fens qu'une ame fimple & pure,
Dont le goût n'eft point corrompu ,
En vivant près de la Nature
Vit bien plus près de la vertu.
ÉTAT Naturel des Peuples , ou Effai fur
les Points les plus importans de la Société
Civile & dela Société Générale des Nations.
Ouvrage divifé en trois Parties.
3 volumes in - 8 ° . A Paris , chez la Veuve
Hériffant, Imprimeur- Libraire , rue neuve
Notre- Dame , & chez Th . Barrois , Libraire,
rue du Hurepoix.
UNE année entière de méditation fuffiroit
à peine à l'examen d'un Traité auffi vaſte que
celui - ci. Après l'avoir lu , on fent la néceffité
de le relire ; & cette lecture , pour ſe faire
avec fruit , doit embraffer encore celle de
vingt volumes. Il faut donc fe renfermer
dans l'analyſe très fuccincte de cette biblio‐
Fij
124
MERC. URE
thèque d'opinions fur le Droit des Gens , en
recommandant aux Lecteurs ferieux la pa→
tience de fon Auteur.
Le titre de fou Livre eft trop encyclopédique
; il n'exprime pomt allez précifément la
difcuilion effentielle qu'il a pour objet ; mais
dans fon introduction , le favant Auteur nous
montre le terrein particulier qu'il a parcouru.
"
"
»
93
ןכ
.
Le Droit de la Guerre , dit- il , eft de toutes
» les erreurs la plus ancienne , la plus au-
» torifée , & peut être regardée comme le
principe de beaucoup d'autres. Le droit des
gens , tel que les Auteurs nous l'ont donné ,
» & qui lui fert de bafe , eft la plus fauffe &
» la plus funefte des doctrines , par rapport
au maintien des fociétés civiles & de la
fociété générale des Nations : je me propofe
donc d'employer toute la première
Partie de mon Ouvrage à prouyer ces deux
verités. Dans la feconde Partie , je traiterai
» des autres grandes erreurs des peuples . On
» verra l'influence de l'état civil fur le droit
des gens ; & venant à développer ce même
état civil en général , je parlerai de la peine
de mort , du droit de conquête ou de fervirude
, des proportions kr Me
les fortunes & les biens , du prêt à intéfêt ,
de la polygamie , du divorce , &c . &c.....
Enfin je croirois n'avoir rempli que la
moitié de ma tâche , fi je ne fraitois pas de
la poffibilité & des moyens de réduire en
» pratique ma théorie : c'eft ce qui frá le
fu et de ma troifième Partie . "
"
ל כ
32
و د
">
pa
de
DE FRANCE. 125
La première eft un combat en fix fections
contre Grotius , Puffendorf, Barbeyrac fon
Commentateur , Wolf & Wattel. L'Auteur"
s'attache principalement à ce dernier comme
au plus raiſonnable , & en detruifant les
principes de ce publicifte Neuchâtelois , il
fe flatte d'entrainer dans fa chute les Ecrivains
antérieurs. Les citations précèdent ici .
les réponfes ordinairement volumineufes
& quelquefois embarraffees de queftions
acceffoires qui laiffent peu de repos à l'intelligence
du Lecteur . Il nous femble que l'Auteur
a beaucoup trop étendu cette controverfe furannée
. Que la guerre dérive ou ne dérive
pas d'un droit , quelconque , elle ne s'en fait
pas moins, les Souverains ne s'avilent guères
de compofer leurs Manifeftes d'après la métaphyfique
obfcure des Philofophes : l'Ufage
& les Traités , voilà les feuls titres confultes.
Il en eft refulté un Code , artificiel fi l'on
veut , contraire au droit naturel , à la raifon
à la religion , mais auquel la coutume a donné
force de loi . Rien n'eft donc plus inutile que
les argumentations des difcoureurs fur cette
matière ; le Droit des Gens n'eft autre chofe
qu'un fyftême de faits & de coutumes ; Grotius
& fes fucceffeurs ont employé une immenfe
érudition à les déduire ; ils les ont appliqués
à une infinité de cas poflibles. Sous ce
rapport , & jufques- là , leur travail étoit utile ;
mais ils ont voulu introduire le Droit naturel
au milieu de ce monuinent ; faire de la juftice
fon architecte & fa divinité ; transformer en
Fij
126 MERCURE
*
droits lesufages , bâtir des doctrines fur le fable,
& prefcrire comme autant de règles éternelles
des modes accidentels , formés , réformés
admis ou méprifés felon les viciffitudes de la
fociété civile. Delà ces fyftêmes auffi inintelhgibles
que cruels , ces maximes des Rois préfentées
comme les maximes de la Nature , les
us des Cananéens & des Teutons comme les
voies de la Providence , & ce mélange de
fcience & de déraifon , quien étayant
les principes des Grecs par ceux des Hébreux ,
& les vers d'Homère de paffages de la Bible ,
a fait de Grotius & de quelques autres , des
ennemis méthodiques du genre-humain .
1 2
Au-lieu de fe perdre avec eux , & en les
réfutant , dans un fatras de diftinctions ; de
s
de
préceptes
&
de
raifonnemens
,
il
faut
préférer
d'établir
folidement
foi
-même
la
morale
des
Nations
. Peut
- être
encore
la
fimple
Hiftoire
du
droit
des
gens
eft
- elle
plus
inftructive
que
la
Jurifprudence
arbitraire
des
Auteurs
. Il
eft
vrai
qu'à
la
tête
de
cette
Hif
toire
,
on
pourroit
placer
l'enfeigne
de
ce
Marchand
Hollandois
dont
parle
Léibnitz
,
qui
, ayant
mis
pour
titre
: A
la
paix
perpétuelle
,
fit
peindre
dans
le
tableau
un
cimetière.
Si je ne me trompe , l'Ouvrage qui nous
оссире , n'offre pas toujours des objections
péremptoires aux principes de Wattel , Écrivain
ordinairement judicieux , quoique trop
amoureux encore de la politique métaphyfique.
C'eft une vérité démontrée , dit -il ,
DE FRANCE. 127
» que les Nations étant compofées d'hommes
» naturellement libres & indépendans &
qui , avant l'établiffement des fociétés ci-
و د
وو
ود
ور
"3
viles , vivoient enſemble dans l'état de na- h
» ture , les Nations ou les États Souverains.
doivent être confidérés comme autant de
perfonnes libres qui vivent entre elles dans
» l'état de nature. » Comment concilier ,
demande le Critique , avec l'idée d'égalité &
d'indépendance , celle de pouvoir être récite
proquement attaqué? Conçoit-on que l'indé )
pendance fubfifte avec le fort commun de
s'entre-détruire ? " Du moment qu'on peut
» m'attaquer , la sûreté de mon état eſt me-
» nacée ; je fuis affervi ; car la véritableindépendance
n'a rien à craindre. » Ce
n'eft -là qu'une argutie de grammaire. Il
ne s'agit pas de définir l'indépendance ,
qui eft toute définie depuis long - temps. Pas
un être animé n'eft fans doute dans une
indépendance abfolue & métaphyfique.
Les animaux , les oifeaux , les Sauvages
fans règle fociale , s'il en eft , font foumis à
mille influences phyfiques , même à celle de
l'inégalité de forces entre-eux ; mais il fuffic
qu'ils ne foient fubordonnés à aucune fujétion
civile , à aucunes conventions réciproques .
à aucuns rapports néceffaires d'autorité &
d'obéiffance , pour être parfaitement libres.
L'Auteur confond ici l'indépendance phyfique
avec l'indépendance morale , qu'il devoit
confidérer feule ; mais il y avoit une meilleure
réponſe à faire à Wattel : c'eft que les
C
Fiv
128
MERCURE
relations externes des différens peuples foumifes
à l'empire d'une infinité de befoins , de
communications , de liens , d'intérers refpectifs
, excluent nécellairement les droits illimités
de l'état de nature.
Après avoir attaqué , avec une furabondance
d'argumens , les principes , ou plutôt ..
les prétextes de la guerre offenfive , l'Avocat.
de la paix propofe les moyens de concorde ,
univerfelle. Il ôre aux Souverains le droit de
fe faire juftice eux-mêmes , c'eft-à - dire , felon
un illuſtre Écrivain , le précieux droit d'être .
injuftes quand il leur plaît , mais il eft plus
aifé de démontrer l'abfurdité & l'illegitimité
de la guerre que de la prévenir. L'Auteur prétend
que le grand & unique moyen , c'eft.
l'arbitrage , c'eft de fe conftituer des juges , &.
de fe foumettre d'avance à leur décifion. Ea
cas de befoin , on pourroit établir fubfidiairement
dans chaque état un corps de refpectables
Citoyens , confommés par l'âge & par
Pexpérience , & chargés de terminer les
relles nationales. Les deux corps s'affembleroient
pour juger définitivement leurs Nations.
que-
Ces propofitions font refpectables , mais
du
genre de celles qui ne font pas refpectées.
Elles renchériffent fur la Diète univerfelle de.
l'Abbé de Saint - Pierre. Du moins cet Écrivain
, en confédérant ainfi tous les Potentats
de l'Europe , donnoit à leur Congrès le pouvoir
de réprimer la turbulence des perturbateurs
, & de punir les refractaires. Au conDE
FRANCE. 129
traire , les Arbitres choifis par l'Auteur de
1 tat Naturel des Peuples , font les bâtons,
flottans de La Fontaine. Leur fentence rendue,
qui l'exécutera ?
La difficulté fut d'attacher le grelot.
On fent bien que ce Chapitre politique , fins
autorite coactive & coercitive , feroit méprife
des puiflans ; il opprimeroit les foibles ; il ref
fembleroit à ces Garanties dont notre Droit
Public eft furchargé , & qui n'ont jamais gatanti
que le droit de convenance . Si l'Auteur
yeut donc mettre fon inftitution en activité ,
il doit procurer de bons canons & unegrande
armée à fon tribunal , qui mettra la partie
réfiftante au ban de l'Europe , ainfi que le
Corps Germanique fait exécuter le ban de
l'Empire avec les troupes des Cercles.
Dans la feconde Partie , FAuteur s'eft étu
dié à établir la conformité du Droit des Gens
avec le droit naturel , en détruifant les rapports
prétendus avec le droit civil , dont on a
mal à - propos fuivi les principes. Cette déduction
amène des digreffions fur le droit de
yie & de mort que l'Auteur refufe aux Sou
verains , fur l'efclavage , la conquête , la polygamie
, la propriété. C'eſt un cours de Droi
Naturel , rempli d'idées faines , parmi lefquelles
il s'en trouve d'outrées , d'autres trop
fuperficielles. Chemin faifant , l'Auteur heurte
tous les obftacles de fa route ; à chaque pas
le Lecteur s'arrête avec lui , & tous enfemble
cheminent dans une fondrière , fans trop pre
Fv
130 252M ER CURE
voir quand ils arriveront au but de leurd
voyage.copolo sarhie als zug mmaasider Ma 40
&
La poffibilité & les moyens de réduire en
pratique la théorie précédente , forment la
troifième & dernière partie de ce Recueil. On
fera peut- être fort étonné d'entendre ici l'Au--
teur redemander pour les Monarchies l'égalité
des biens , celle des perfonnes , & la vertus
politique que le pénétrant Montefquieu a
exclufivement affectée aux Démocraties. " La
» vraie vertu , dit le Critique de l'Eſprit des
Loix , eft une qualité douce qui s'étend
» fur tout , & qui ne confifte que dans l'amour
» & la pratique de fon devoir : c'eft-là , ajoute
pas
t'il , ce qu'on peut rencontrer fous le gou-
» vernement d'un feul. » On ne peut nier
qu'en effet les vertus ne foient très- douces
dans quelques Monarchies ; mais il n'eft
queftion de douceur dans Montefquieu . Il a
dit que l'amour de la Patrie étoit naturel dans
les Républiques , parce qu'on aime fa propriété
, la chofe dont on fait partie , le Gouvernement
dont on eft membre ; on aime la
République par la même raifon que par - tout
ailleurs on aime l'autorité. Il dit que l'amour
de l'égalité entroit dans cet amour de la patrie,
& cela doit être, puifque les diftinctions choqueroient
le principe même de l'inftitution
politique, à la confervation de laquelle chaque
Citoyen eft immediatement intéreffé . Or ,
ees vues , confirmées par une expérience univerfelle
, nous femblent avoir échappé à l'Auteur
de l'Etat Naturel , dont les réflexions
DE FRANCE. 131
d'ailleurs annoncent un efprit courageux &
beaucoup de philantropie.
On ne refufera pas de juftes éloges à fes
intentions , à fes principes , au but infiniment
louable qu'il s'eft propofé . Peut- être l'eût- il
mieux rempli , en évitant la diffufion , fouvent
pire que l'obfcurité. Du refte , fi ce n'eft
pas ici un Livre amufant , c'eft un Livre de
Bibliothèque , un Livre bon à être recherché
par les Publiciftes , & même par les Philofophes.
C'eſt le fruit d'un long & faftidieux travail
, entrepris & confommé au milieu des
occupations honorables du commerce , par
un Négociant qui s'eft acquis de légitimes
droits à l'eftime de tous fes Lecteurs.
་ མཱ
14
Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
Of
ÉLOGE de Louis XII , furnommé le Père
du Peuple , Difcours qui a concouru pour
le Prix de l'Académie Françoife en 1785
par M. l'Abbé Michel , Avocat en Parlement.
A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Royez , quai des Auguſtins , près du
** pont neuf.
CET Ouvrage n'eft pas , à beaucoup près ,
exempt de défauts ; mais on y remarque des
traits heureux , une touche de fentiment qui
attache & foutient l'intérêt du Lecteur; on
diroit fouvent que l'Auteur à pénétré jufques
dans les replis les plus cachés du coeur de fon
vi
1109
091
134
MERCURE !
Héros , pour développer avec plus de vérité
les refforts fecrets des actions fublimes qu'il
retrace. On y trouve auffi des defcriptions
pleines de nobleffe & de vivacité , & toujours
à la fuite , des réflexions fages qui annoncent
une méditation profonde du fyftême de gouvernement
d'alors. En voici un exemple :
l'Auteur préfente l'état de la France à l'époque
où Louis XII monta fur le trône, :
Un Royaume endetté & chargé d'impôts,
» épuifé même par les malheureuſes guerres
» d'Italie ; l'Agriculture languiffante & dé-
و د
couragée ; le Commerce fans activité &
» fans induftrie ; les Finances en défordre ;
une armée de Commis levant des tributs
» fur le peuple avec autant de dureté que
s'ils euffent exigé des contributions d'un'
ennemi ; les Gens d'armes indiciplinés &
» fouvent oppreffeurs ; les habitans des campagnes
rançonnés impitoyablement par les
Seigneurs , & implorant en vain le fecours
» des Loix ; l'ignorance enveloppant de fes.
» ténèbres épaiffes tous les états ; les barbares
& ridicules épreuves de l'eau bouil
و ر
lante & du fer chaud, admifes pour décider
» de l'innocence des accufés ; de grandes
» Provinces privées de Tribunaux , où lajuftice
pût réclamer fes droits ; des Magiftrats
ignorans & inappliqués , un Clergé corr
ron pu; les Arts inconnus & méprilés ; des
» préjugés de toute efpèce , & des abus fans
nombre : voilà , Mellieurs , l'état de la
DE FRANCE. 133
France lorfque Louis monta fur le Trône
» d'où Charles VIII venoit de defcendre. -
Ce récit a de la nobletſe & de la rapidité ;'
il annonce un vrai talent ; mais ce qui doit
fur- tout donner une plus haute idée du mé
rite de l'Auteur , ce font les reflexions profondes
qu'il fait fur la retraite force du mak
heureux Frédéric dans l'Ile d'Ifchia , apres la
conquête du Royaume de Naples par les
François .
22
" Que l'ifle d'Ifchia préfentoit alors aux
» yeux du Philofophe fentible , un frappant
» fpectacle de la vanité , des grandeurs & de
» l'inftabilité des chofes humaines ! que d'il
» luftres malheureux réunis dans un petit
» coin de la terre ! que de grandes victimes
» la fortune dans les jeux tragiques avoit pris
plaifir à s'immoler & à raflembler dans
» cette Ifle devenue l'afyle du malheur ,
» l'école des Rois , le tombeau des vaines &
» ambitieufes penfees , & l'inépufable fujet
» des réflexions de l'être méditatif & pen
ود
و د
fant ! Une Princeffe , Reine autrefois de
» deux Royaumes , & réduite alors à la plus
affreufe misère , l'infortunée Beatrix , répu
diée par l'ingrat Ladiflas , qui lui devoit le
trône de Hongrie , la déplorable Ifabelle ,
fille d'Alphonfe , Roi de Naples , & veuve
» de Galeas , Duc de Milan , empoisonné par
» le cruel Ludovic , privée de fes États & de
» fon fils , que l'ufurpateur avoit arraché de
» fes bras pour l'enfermer dans un Monaf
ر د
134
MERCURE
"
و د
" tère ; un Roi détrône , le malheureux Fré-
» déric , avec fon époufe & quatre petits enfans
, fans compter l'aîné qu'il avoit envoyé
à Tarente , & que fes yeux paternels
» ne devoient plus revoir : voilà , Meffieurs ,
» le fpectacle que l'Ile d'Ifchia offroit aux
regards de l'humanité compatillante. O
Grands , ô Rois , ô hommes , qui que vous
foyez , qu'un pareil fpectacle ne foit pas
perdu pour vous ! d'un coup -d'oeil & d'une
feule penfée , vous pouvez faifir ici la vie
toute entière ; qui vous inftruira , fi ces
grandes & terribles leçons du malheur font
perdues pour vous? »
ל כ
و ر
"3
Quelle nobleffe d'images & de fentimens !
quelle énergie & quel choix dans les expreffions
ons ! Ce morceau me paroît digne de nos
grands Maîtres.
11
En jetant un coup-d'oeil attentif fur cet
Ouvrage , on pourra reprocher à l'Auteur
quelques expreffions hafardées , des détails
dont l'exceffive fimplicité eft choquante ; on
defirera qu'il eût été retouché , mais je crois
que le Public impartial jugera au moins que
PAuteur mérite des encouragemens.
DE FRANCE.
135
>
VOYAGES en Europe , en Afie & en
Afrique , contenant la Defcription des
Maurs , Coutumes , Loix , Productions
Manufactures de ces contrées , & l'état
actuel des poffeffions Angloifes dans l'Inde ;
commencés en 1777 & finis en 1781 , par
M. Makintosh ; fuivis des Voyages du
Colonel Capper dans les Indes , au travers
de l'Egypte & du grand défert , par Suez
& par Baffora , en 1779 , traduits de l'Anglois
, & accompagnés de Notes fur l'ori- *
ginal & de Cartes géographiques. 2 vol.
in- 8° . Prix , 9 liv. A Londres ; & à Paris ,
chez Regnaut , Libraire , rue S. Jacques.
Il faut avouer , à l'honneur de notre Nation
, que depuis quelque temps on s'attache
à traduire dans notre langue les bons Ouvrages
que l'Angleterre produit journellement ; ce
qui prouve qu'infenfiblement le goût des ob-'
jets folides l'emporte fur celui des Livres frivoles.
Il eft bien à defirer que cette communication
établie entre les deux Nations les
plus inftruites , aille toujours en augmentant.
Qu'on juge par le trait fuivant , de l'igno
rance où elles étoient l'une & l'autre au
commencement même de ce fiècle , & du
mal que cette ignorance a caufé. Ce fut en
1717 que le trop fameux Law parvint à faire
adopter fon fyftême de Banque. En 1719 , il
fit banqueroute à la France , & en 1720 fon
fyftême fut reffufcité en Angleterre , fous le
1:36 MERCURE
nom de la Compagnie de la Mer du Sud ; fut
appuyé comme le fien fur des illufions & des
chimères , prit avec le même engouement, le
même délire , & porta de même la Nation
Angloife fur le penchant de fa ruine . Les
Charlatans Anglois n'euffent pas eu le même
fuccès , s'il eût exifté comme aujourd'hui une
communication entre les deux Nations . Il eſt
donc important pour toutes deux de la foutenir
& de l'étendre.
Les Voyages dont nous annonçons la traduction
, confirment la remarque que nous
venons de faire. Ils font propres à nous procurer
les plus grandes lumières fur la fituation
actuelle , foit des établiffemens Anglois ,
foit des autres Puiffances des Indes Orientales.
Les poffeffions que nous y avons , le commerce
que nous y faifons , notre intérêt
connoitre les forces , les richeffes de nos voifins
& les fources de ces richeffes , tout doit
infpirer aux Francois éclairés la plus vive curipfité
pour cet Ouvrage.
L'Auteur paroît ne s'être pas borné à ſes
propres obfervations ; il a travaillé fur les
Mémoires de quelques Membres du Confeil
de Calcutta , & entre autres de M. Francis ,
cer adverfaire redoutable de M. Hafting
dans l'Inde , qui joue aujourd'hui un rôle
confidérable dans le Parlement d'Angleterre.
C'eft d'après ces Mémoires qu'il donne les
détails les plus inftructifs fur les forces des
trois Préfidences de l'Inde , de Calcutta , de
DE FRANCE 137
Bombay , de Madras ; fur leurs revenus ,
leurs Chefs & leur régime.
•
fur
L'Hiftoire des guerres que les Anglois ont
foutenues dans les derniers temps , foit contre
les Marattes , foit contre Hyder Aly , foit
contre les Rohillas , y occupe un grand efpace.
Les détails qu'elle renferme font entièrement
neufs , & paroiflent mériter la plus grande,
confiance .
Les moeurs , les ufages , le caractère , les
principes religieux , politiques , civils des
Gentoux , n'échappent point à la plume du ,
Voyageur Anglois. Il en entre-mêle le tableau
d'anecdoses curieufes..
Le commerce, attire auffi fes regards : on
y voit les itamenfes fommes que les Anglois
y, confacrent ; les branches diverfes qu'il embrale
, on remarque fur- tout une Lettre inf .
tructive fur le Commerce du Bengale avec
l'Arabie. On en diftingue une autre fur la
police de Calcutta.
Ileft une claffe de Lecteurs qui s'attache à
connoître les grands perfonnages qui jouent.
un rôle important, fur le théâtre du monde.
La curiofire de cette eſpèce de Lecteurs
trouve ici de l'aliment. Elle verra en action ,
les Anglois célèbres qui , depuis vingt ans ,
gouvernent l'Indoftan. Il faut convenir que
la partialité a quelquefois emporté le voyageur
, mais fes écarts font rectifiés dans les
notes dont l'éditeur de cette traduction l'a
accompagnée . Les connoiffances qu'il paroit
poffeder fur la fituation des Indes Orien138
MERCURE
tales , l'ont mis à portée de corriger l'Auteur
Anglois.
Cet Ouvrage eft fuivi d'un autre qu'il n'importe
pas moins aux François de connoître &
de lire : c'eft celui fait par M. Capper , au travers
du grand défert , par Suez & par Baffora.
On fait combien ce paffage eft utile , en temps
de guerre , aux Puiffances Européennes qui
veulent faire parvenir promptement des nouvelles
à leurs établiffemens.
M. Capper a traverfé plufieurs fois ce défert,
& il a cru être utile à fes compatriotes,
en leur apprenant la manière dont ils devoient
le comporter dans ce Voyage. Ces confeils
peuvent être également utiles aux François
que leur curiofité ou les ordres du Gouvernement
conduifent dans ces contrées . Ce
Voyage offre d'ailleurs des obfervations neuves
fur les moeurs & la vie des Arabes
moeurs dont on aime , dont on recherche le
tableau , parce qu'elles s'approchent plus de
la fimplicité de la Nature & de la première
bonté de l'homine.
Ce Voyage eft terminé par des fragmens
d'un Voyage au Cap de Bonne- Efpérance, du
favant Suédois Sparrian , que la mort a trop
promptement enlevé aux Sciences. Il accompagna
MM. Fofter dans leur Voyage autour
du monde , & ramaffa dans ce Voyage , furtout
dans fon féjour au Cap , une foule d'obfervations
& de faits importans pour l'Hiftoire
Naturelle , la Botanique & la connoiffance
des hommes.
DE FRANCE. 149
ANNONCES ET NOTICES.
LUNDI prochain , 21 du courant > on mettra en
vente à l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins , N ° . 17 ,
la Dix neuvième Livraifon de l'Encyclopédie ,
compofée du Tome fixième , première Partie de la
Jurifprudence ; du Tome deuxième , deuxième Pattie ›
des Mathématiques ; du Tome deuxième , deuxième
Partie de la Marine , & du Tome deuxième , première
Partie de l'Économie Politique & Diplomatique,
Le prix de cette Livraiſon eft de 24 liv . brochée ,
& de 22 liv. en feuilles. Le port eft au compte des
Soufcripteurs.
MARIE , Nouvelle traduite de l'Anglois.
Ce petit Ouvrage ayant eu beaucoup de fuccès
en Angleterre, on a lieu d'efpérer qu'il ne plaira pas
moins en France ; l'on s'empreffe d'en annoncer la
Traduction , qui doit paroître inceffamment , dans
la crainte que fi quelqu'un s'en occupoit , il n'ait le
défagrément d'être prévenu .
PETITE Bibliothèque des Théâtres. A Paris , au
Bureau , rue des Moulins , Butte Saint Roch , nº . II ,
où l'on foufcrit , ainfi que chez Belin , Libraire , rue
Saint Jacques , & chez Brunet , Libraire , rue de
Marivaux , Place du Théâtre Italien.
C'est le huitiène Volume de la troisième année
de cette intéreffante Collection . Il contient deux
Comédies de Bourfault : le Mercure Galant & les
Fables d'Efope , avec des morceaux analogues qui
fuppofent toujours les mêmes recherches.
140 MERCURE
ELEMENS de Chimie Doctmaſtique à Pufage
des Orfèvres , Efayeurs & Affineurs , in- 8 °.
Prix ,
3 liv. 12 fols broché , 4 liv. 10 fols relié , & 4 liv.
broché franc de port par la pofte. A Paris , chez,
Builon , Libraire , rue des Poitevins , hôtel de Mef .
grigny.
Cet Ouvrage eft un Traité Élémentaire deftiné ;
aux Artiſtes qui travaillent les matières d'or & d'argent
, & particulièrement aux Orfèvres. Il doit les
guider dans la pratique des divers procédés à employer,
foit, comme le dit l'Auteur , pour s'affurer
du titre des métaux , foit pour les amener au degré
de pureté requis par les Ordonnances , foit enfin
pour les féparer les uns des autres. Cet Ouvrage
peut être utile.
Ess A1 fur le Mouvement , par J. B. Chamboiffier
, Docteur en Médecine de la . Faculté de Montpellier
, de la Socié é Royale des Sciences , Arts & ..
Belles Lettres de Clermont- Ferrand , in - 12 . A
Londres; & fe trouve à Paris , chez Jombert jeune,
Libraire , fue Dauphine , & à Lyon , chez Grabit ,
Libraire , rue Mercière.
Discovas fur le Droit Maritime ancien , moderne
, François , Etranger , Civil & Militaire , &
fur la manière de l'étudier ; par M. Groult , Docteur
en Droit , Membre de plufieurs Académies . Corref
pónfant de l'Académie Rovale de la Marine , &
Procureur du Roi de l'Amirauté de Cherbourg , in-
8°. de 48 pages.
Cer Onvrage paroît avec une approbation trèshonorable
de l'Aca lémie Royale de la Marine; ce qui
doit établir en fa faveur un préjugé très-avantageux.
L'ART de tenir les Livres en parties doubles , ou
la Science de faire écriture de toutes les négociations
DE FRANCE. 141
de banque ou de commerce, par Jean - Jacques Imhoof
d'Arau , A Genève , chez Ba: de , Manget &
Compagnie , Imprimeurs- Libraires ; & à Paris , chez
Buillon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevins , in 4°. Prix , 10 liv . bioché , & 12 liv.
relié.
Cet Ouvrage , dont le titre défigne l'utilité , eft
divifé en deux Parties : la première contient un
Traité iaifonné qui enfeigne la manière de coucher
fur les livres tous les objets relatifs au commerce , &
celle de tenir les écritures avec ordre & exactitude ,
&c.; la feconde contient le Calcul des fractions , rendu
facile & à la portée de tout le monde , & enfin une
Inftruction fur la méthode de faire les écritures concernant
l'économie rurale , &c.
CATHECUMENAL Clerical , in - 12 . A Paris , chez
Berton , Libraire , rue Saint Victor.
Cet Ouvrage contient des Inftructions faites de
vive voix pour préparer les jeunes gens à l'état Eccléfiaftique
, avec deux Retraites & des Exemples. Il
eft divifé en deux Parties , qui forment vingt-fix
Leçons.
·
L'ART des Arpenteurs rendu facile , ou Méthode
pour apprendre par une lecture réfléchie de trois
heures, le moyen de mefure exactement toutes les
figures de terreins poſſibles , & d'en donner les Plans
Jans fe fervir d'autres inftrumens que de l'échelle &
du compas , paf M. LA Didier premier Arpenreur
len
1a Maîtrife des Eaux & Forets de Crecy en
Brie , augmenté de quelques Notions néceffaires &
très- abrégées pour la pratique des nivellemens ordinaites
, in 4°. de dix - huit pages. A Meaux , chez
Charles , Libraire , rue Saint Remy ; & fe trouve à
Paris , che Belin , Libraire , rue Saint Jacques,
Cet Ouvrage eft imprimé pour la quatrième fois."
142
MERCURE
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames. A
Paris , rue d'Anjou-Dauphine , n°. 6.
Ce Volume eft le huitième des Romans , & contient
les Amours de Rhodante & de Doficlès ; &
pour compléter la Collection des Romans Grecs , les
Editeurs ont réuni quelques Extraits d'Ouvrages de
ce genre , puifés dans le Confervateur.
La foufcription , pour les vingt quatre Volumes
reliés , eft de 72 liv. , & de 54 liv. pour les Volumes
brochés.
Il vient de paroître un nouveau Volume , qui eſt
300 le dixième de l'Hiftoire.
SUPPLEMENT au Tome Cinquième de la Fortification
Perpendiculaire , par M. le Marquis de
Montalembert, Maréchal- des- Camps & Armées du
Roi , de l'Académie Royale des Sciences & de celle
de Pétersbourg. A Paris , chez Jombert , rue Dauphine
, Nº. 116 , & chez le Suiffe de l'hôtel Montalembert
, à la Raquette.
Ce Supplément a pour objet de completter les
preuves par lesquelles l'Auteur a prétendu établir la
fupériorité de fon fyftême , dont on a déjà adopté
une partie.
Cet Ouvrage , qui paroît fous les aufpices de
l'Académie des Sciences , nous ſemble confolider la
réputation de fon Auteur , & mérite d'être lu par
tous ceux qui fuivent la même carrière. Le format
dans lequel il a été réduit met tous les Officiers à
même de fe le procurer & de s'éclairer fur une partie
qui tient de fi près à leur profeffion.
BU
L'Asus de la Crédulité , peint par E. Aubry ,
Peintre du Roi , & gravé par N. Delaunay , Graveur
du Roi. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Auteur,
DE FRANCE. 143
Graveur des Académies Royales de Paris & de
Copenhague , rue de la Bucherie, nº . 26.
eft
Certe Eftampe , qui repréfente une vieille femme
qui dit à une jeune perfonne fa bonne aventure ,
la huitiène de la fuite connue fous les titres de
l'Heureufe Fécondité , Dites - nous donc s'il vous
plait , les Begnets , l'Enfant Chéri , le Bonheur du
Ménage , la Gaité Conjugale & la Félicité Villageoife
. Elle ett gravée avec cette fermeté qui diftingue
le burin de fon Auteur.
VENUS liant les ailes de l'Amour, gravée par
C. G. Schultz , d'après le tableau original de L. C.
Vigée Lebrun ; dédiée à Mgr. Comte d'Artois.
Cette gravure . rappelle l'efprit de la compofition
originale: le ton en eft harmonieux , les tailles fermes
fans être dures ; le caractère des têtes eft doux
& piquant , & les acceffoires font rendus avec une
intelligence rare. Elle fe vend à Paris , chez Bazan ,
rue & hôtel Serpente. Prix , 12 liv.
ROMANCES tirées du Roman de Caroline , par
M. L. Prix , 1 liv . 16 fols. Numéro 17 de Pièces
d'Harmonie , contenant des Ouvertures pour Clarinettes
, Cors & Baffons ; par M. Vanderhagen .
Chaque No. 6 ; abonnement pour 12 Numéros
48 liv. , le tout port franc. - Vingt -feptième Suite
d'Airs d'Opéras comiques en Quatuors pour Violons
, Alto & Baffe de Richard- Coeur- de- Lion , par
M. Alexandre. Prix , 6 liv. On diftribue cette Collection
par Opéra féparé. Troisième Recueil des
Soirées de la Comédie Italienne pour Clavecin , par
les meilleurs Auteurs. Prix , 6 liv. port franc.
Numéro 7 du Journal de Clavecin , par les meil.
leurs Maîtres , cinquième année. Prix , féparément
3 liv. Abonnement 15 liv. port franc. Numéros
33 à 41 du Journal Hebdomadaire , & 23 à 31 du
< £44
MERCURE
·Journal de Harpe , par les mouleurs Maîtres . Prix ,
chaque Numéro 12 fols . Abonnement pour chaque
Journal 15 liv. port franc. On foufcrit à Paris ,
chez Leduc , au Magafin de Mufique & d'Inftrumchs
, rue du Roule , n° 6 .
LA Traduction du Théâtre Anglois , dont on a
rendu compte dans le dernier Mercere , fe Conve
-Laufi chez Mérigot jeune , Libraire , quai des Auguftins
.
ERRATA du dernier Mercure.
Page 66 , ligne 10. Afrida , lifez : Elfrida.
Page idem. , ligne 29 , trop peu de Bouffonerie ,
lifez trop de Bouffonnerie..
TABLE.
LE Coucou & la Fauverte , Les Soirées Provençales , 112
Fable ,
Charade, Enigme & Logogy Floge de Louis XII ,
97 Etar Naturel des Peuples , 123
*
131
phe
Le Bonheur dans les Campa- & en Afrique ,
104 Annonces & Norices ,
101 Voyages en Europe , en fie
" gnes ,
APPROBATION.
3135
149
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 19 Août 1786, Jé n'y
ai zien trouvé, qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 18 Août 1786. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 26 AOUT 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE d'un Célibataire à M. le Vicomte
DE V *** , Confeiller au Parlement de
Provence , au fujet de fon Mariage avec
Mlle DE P***;
AM1 , j'ai vu cette Pauline
Dont l'Hymen va pour toi recevoir le ferment ;
Je bats des mains , & j'imagine
Que tu feras un tendre amant,
Quel tréfor précieux ton deſtin te réſerve !
Beauté , maintien modefte & fourire ingénu.
Quoi ! l'Enfant de Cythère eft- il fi retenu ?
Mais à l'École de Minerve
L'Amour prend l'air de la Vertu .
En vain dans l'Univers il promène fes charmes
Nº . 32 , 26 Août 1786.
G
146 MERCURE
fes armes ;
Des mains de l'Innocence il emprunte
Elle feule nous attendrit.
La beauté plaît aux fens , la candeur plaît à l'ame ,
Et le pouvoir qui nous enflamme
N'eft que la pudeur qui fourit.
Sous l'oeil de fes parens aux vertus confacrée ,
Tu verras chaque jour ton épouſe adorée
Te retraçant les moeurs de fes nobles aïeux ,
Dans le fein du bonheur renouveler tes feux.
Depuis long-temps le mariage
N'étoit à mes regards qu'une affreuse prifon
Où l'homme , ennuyé d'être fage ,
Aux pieds d'une compagne enchaînoit fa raiſon.
Je voyois les fombres querelles
Enlacer les ennuis autour du noeud fatal;
L'Amour naiffant dormir fur le lit nuptial ;
Les doux baifers des tourterelles
Des griffes du vautour devenir le fignal ;
Et comparant mes feux aux pâles étincelles
Que darde lentement le flambeau conjugal ,
Je croyois que l'Amour devoit avoir des ailes :
Je voyois chaque jour Thaïs changer fes traits ,
Et fe décompofant pat la mode trompée ,
Étaler l'attirail d'une tête ufurpée ;
Et dans une boutique achetant fes attraits ,
Ruiner fon mari pour être une poupée.
J'ai vu Lais vrai mannequin ,
Montrer dans un repas les tranfports d'une orgies,
DE
FRANCE.
149
Et fur un front jauni , qui n'eft qu'un parchemin ,
Au milieu de l'hiver faire naître un jardin.
J'ai vu la fade Isbé , maffe bien épaiffic ,
D'une Nymphe légère
empruntant les atours ,
Appliquer la torture à fes membres trop lourds ;
Orphife s'étouffer pour fa taille chérie ;
Life avec du poifon polir fa peau ternie ,
Et d'un fard métallique employant le fecours
Se procurer la mort pour paroître jolie.
Je veux fouftraire à mon burin
La prude à l'humeur turbulente;
L'indolente , dont le refreiner
Eft de fe dire bonne avec un coeur d'airain;
La fotte babillarde érigée en favante,
Et qui prend chez autrui ſon eſprit qu'elle vante ;
La vaporeuſe-en proie au ténébreux chagrin
Que fait gémir fans ceffe une fanté briliante ;
Celle qui , fe croyant un talent tout divin ,
S'occupe d'un panache ou d'un noeud qu'elle invente.
Froide pour fon époux & folle d'un ferin.
Malgré tous ces travers , écoute mon deffein:
Qu'une Pauline fe préfente ,
Et je fuis engagé demain.
Vole donc à l'Autel , où j'apperçois la trace
De l'encens dont l'Hymen va confacrer l'odeur.
Déjà les doux tranſports exhalés de ton coeur
Ont rajeuni le front d'un père qui t'embraffe ;
De l'auteur de fes jours un fils fait le bonheur,
Gij
148
MERCURE
D'un monde corrompu repouffant l'impoſture,
Des innocens plaifirs n'écoute que la voix :
Plus ils font près de la Nature,
Plus ils méritent notre choix .
Digne de ton ardeur extrême ,
Que ton épouſe foit le terme de tes voeux ,
Et que toujours nouvelle , & cependant la même ,
Elle s'honore enfin par des enfans nombreux :
Ils font de la beauté les bijoux précieux .
Quand leur troupe aimable & chérie
Montrera des defirs vers la vertu tournés ,
Tu diras , embraffant ton épouſe attendţie :
moitié de mon coeur , doux charme de ma vie!
Non , ce n'eft pas pour nous que ces êtres font nés ;
Si l'Amour nous les a donnés ,
C'eft pour les rendre à la Patrie.
( Par M. Sabatier de Cavaillon
Ancien Profeffeur d'Eloquence. >
RÉPONSE A LA QUESTION :
Quelle eft la Veuve la plus excufable enfe
remariant , celle qui eut à fe plaindre , ou celle
qui eut à fe louer de fespremiers noeuds ? 7
I.
ROSINE a connu d'un époux
Le dur & tyrannique empire ;
i
DE FRANCE. 149
Comment fe peut- il entre nous
Qu'elle s'expofe à prendre pire?
Elle veut fe venger de fon premier mari ,
«Et ce qu'elle a fouffert , le rendre à celui-ci. »>
( Par M. le Vicomte de Gal.... )
I I.
La veuve à qui l'Hymen fit un fort malheureux ,
En fe liant encor renonce à la prudence ;
Celle qui fut heureufe , en formant d'autres nouds ,
A trahi la reconnoiffance .
(Par un Habitant du Bas- Boulonnois . )
I I I.
Le mariage eft une loterie
D'où l'on voit rarement de bons billets fortir.
Qui fut heureuſe une fois dans la vie
Peut le flatter de l'être à l'avenir.
Mais nous devons taxer pour le moins d'imprudence
La trop téméraire Babet
Qui veut tenter encor la chance ,
Quoiqu'une trifte expérience
Lui préfage un mauvais billet.
( Par M. de Boislorent , près le paffage
de la Guenne.)
I V.
CHAQUE Veuve après tout me paroît excufable
De choisir un époux aimable ,
Giij
150
MERCURE I
L'une afin de goûter un plaifir ignoré,
L'autre pour en jouir après l'avoir trouvé.
( Par M. G. P. , Peintre. )
V.
BIEN folle , à mon avis , celle qui fe rengage ,
Lorfqu'elle a de l'Hymen éprouvé la douceur !
Après l'orage on peut efpérer le bonheurg
Mais après de beaux jours on doit craindre l'orage.
( Par M. H.... , Commis de la Guerre à Versailles. )
V I.
SUR cette queftion voici quel eft mon mot :
L'Hymen , à mon avis , eft une loterie.
. Il ne faut plus y mettre ayant eu le gros lot ;
Y remettre , en perdant , c'eft plus grande folie.
(Par M. le Chevalier de Meude-Monpas. )
V I I
GASCONADE.
QUANT à la queftion qué lé Journal annoncé ,
Meffieurs lés Rédacteurs , récévez ma réponſe ,
Qu'au Mercure prochain infcrirez faus rétard :
Le mariage en tout n'eft qu'un jeu de haſard ;
Quand je gagne , fandis , né fût-ce qu'une obole ,
J'empoche les enjeux , & content du profit
Jé fais prompte retraite & cours mé mettre au lit. )
Quand je perds, au contraire, & n'importe la fomme,
DE FRANCE.
#54
Fût- ce cent mille écus , fans démander crédit ,
Jé prendrois ma révanche , ou le diable m'affomme ;
Car enfin lé malheur, à cé qué chacun dit ,
N'affiège pas toujours la porte d'un pauvre homme.
( Par un Abonné d'Avranches. )
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE,
Un homme gai est - il plus propre qu'un
hommme mélancolique à confoler un ami
affligé?
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Vertige ; celui
de l'Enigme eft les Gants ; celui du Logogryphe
eft Marionnettes , où l'on trouve
Mars , Ténare, Etna , Triton , fein , ans ,
mois , Sion , mère , mer, Mai, Omar, mérite,
áme , ami , mitre , or , étain , fort , tems,
Roi , Reine , maron , rôți , mort , rame ,
rime , raifon , Noë , main , Neftor , Marne
Rennes , Riom , Reims .
Giv
152
MERCURE
CHARA DE.
PERSONNE encor n'a vu mon premier raboteux ;
L'on tourne quelquefois mon fecond avec grace ;
Mon tout , oeuvre fublime , eft l'ouvrage des Dieux !
Et ce tout fut toujours renfermé dans l'efpace .
( Par M. le B. de P. )
ENIGM E.
BIEN avant les ballons je parcourois les airs ;
Bien avant les vaiffeaux je traverfois les mers ;
Quand ton oncle en mourantte fit fon légataire ,
C'est moi qui lui prêtai mon fecours falutaire.
J'étois avec Iris quand par un billet doux
Elle te fit favoir l'heure du rendez - vous.
Que deviendroit fans moi la tendre tourterelle ?
Le renard la prendroit en courant après elle .
Entends - tu dans ton parc le chant du roffignol ?
C'est moi qui vers ces lieux ai dirigé ſon vol.
Tu vois par ce tableau combien je fuis utile ;
On me connoît aux champs , à la Cour , à la ville.
Ne vas pas me chercher chez le peuple poiffon ,
Quoiqu'au fond des étangs je fuive le plongeon ;
Mais tu peux me trouver au nid de la fauvette ,
DE FRANCE. 153
Sur la tête d'Églé , fous fa molle couchette..
Enfin , mon chef à bas , tu peux encor me voir
Où tu m'as mis , Lecteur , dedans le pot au noir.
Mon fexe me trahit , & je viens d'en tant dire ,
Que tu m'as deviné fans finir de me lire.
(Par M. le Viconte de Gal... )
LOGOGRYPH E.
JE trouve tous les jours de nouveaux courtians ;
J'ai l'art de les fixer , je vois peu d'inconftans.
On me veut à la mode , eh bien je m'y conforme ;
Car fouvent je diffère en couleur comme en forme.
Chacun de mes amis , quand j'ai le ventre plein ,
'Autour de moi s'empreffe & me fait un larcin.
Quand j'ai le dedans creux , je reçois au contraire ;
Maisce n'eft qu'en cadeau qu'on compte mefouftraire.
Veux- tu fur mon fujet t'amufer plus long- temps ?
Tranſpoſe mes neuf pieds , place les en tout fens ;
Chez moi tu pourras voir une triple couronne ;
Un très- petit réduit qui ne plaît à perfonne ;
Un bon mers pour le chat ; une conjonction ;*
D'un naturel fougueux la vive émotion ;
Ce qui fufpend la guerre; une note ; un légume ;
Un liquide qu'on boit malgré fon amertume ;
Ce
que laiffe après foi chaque coup de pinceau.
Veux-tu me deviner fans creufer ton cerveau ?!
Gr
2
154
MERCURE'
Aux cercles on me voit , je fuis commune en ville,
t peut-être , Lecteur , te ſuis-je très-utile ?
( Par M. Robert Defroches. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
CONSIDÉRATIONSfur l'Influence du Génie
de Vauban dans la balance des forces de
l'État. 1786. Se trouve à Paris chez
Jombert , Libraire , rue Dauphine.
JE vois la plupart des efprits de mon temps,
» dit Montaigne , faire les ingénieux à obf-
» curcir la gloire des belles & généreufes
ود
ور
actions , leur donnant quelqu'interpréta-
» tion vile , & leur controuvant des occa-
» fions & des caufes vaines. » Ces efprits
du fiècle de Montaigne ont laiffé une nombreufe
poftérité. Sur quoi donc s'exerceroit
la dévorante contagion de confier fes penſées
, au Public , s'il ne reftoit qu'à confirmer
les jugemens des fiècles antérieurs ? Quels
vivans à célébrer , fi les morts illuftres ont
mérité leur gloire ? Quels paradoxes inventer
fi des vérités anciennes font devenues imprefcriptibles
?
Quoique nous foyons accoutumés , dèpuis
quelque temps , à entendre foutenir
des opinions bizarres avec un faux enthouDE
FRANCE. 155
fiafme , & à voir dégrader des réputations
que l'unanimité des fuffrages fembloit avoir
refpectées , on ne devoit guères s'attendre
à trouver un jour le Maréchal de Vauban
fur cette lifte de profcriptions. L'Hiftoire ,
la tradition , l'examen , l'expérience , avoient
perpétué le fouvenir de fes vertus & confacré
fes fervices , fans qu'une voix fe
fût encore élévée contre cette éclatante approbation
. Quel preſtige en eût donc impofé
aux contemporains de Vauban & à leur poftérité?
Comment ce grand Citoyen eût-il réuni
en fa faveur les témoignages menteurs de
la flatterie & de l'ignorance , en faisant taire
ceux de l'envie & de la malignité ? « L'intérêt
, la faveur ou l'intrigue , dit fort bien
» l'habile Auteur des Confidérations , n'empoifonnèrent
jamais à fon égard la pureté
des fuffrages ; on ne vit point une fuite
» de parens ambitieux , intéreffés à prolonger
» l'illufion d'un nom fameux , pour élever
» des coloffes de fortune . »
"
"
و د
ود
Un Hiftorien , à qui l'on a reproché , peutêtre
fort injuftement , un excès de franchife
& de févérité , l'intègre Abbé de Saint-Pierre,
que les noms, les éloges , la fauffe grandeur.
n'éblouiffoient guères , a peint en traits fort
durs les Maréchaux de France de la promotion
de 1703 ; mais fa plume véridique excepta
Vauban de cette cenfure générale. Il l'appelle
excellent Officier de guerre , excellent
Citoyen , protecteur zélé des malheureux qui
avoient du mérite. Pas une ligne d'impro-
Gvj
156 MERCURE
bation n'avoit encore démenti ce témoignage.
C'étoit celui de tous les Grands Hommes
du fiècle de Louis XIV. A leur autorité s'eſt
réunie celle d'un Corps célèbre , en touttemps
diftingué par fes lumières & par fes
fervices , & qui s'eft honoré d'être le dépofitaire
de la gloire , ainfi que l'héritier des
principes de Vauban . L'Académie Françoiſe
qui , dans les exercices qu'elle propoſe à
l'éloquence des jeunes Écrivains, dans le choix
de fes Éloges , obéit à la voix publique, qu'elle
ne pourroit ni corrompre ni même déterminer
, l'Académie Françoife a mis au concours
la gloire de Vauban. Un homme a pris
la plume contre cette fanction de deux fiècles,
& cet homme eft M. Choderlos de la Clos ,
Auteur d'un Roman connu.
Ce n'eft pas la première fois que l'Académie
Françoife a eu à fe plaindre d'une pareille
infurrection . Qu'on fe rappelle les écrits
& les fingularités qui furent mifes au jour ,
lorfque les noms de l'Hopital & de Colbert
parurent dignes d'être expofés de nouveau à
la vénération publique .
M. de la Clos eft Capitaine d'Artillerie .
Les efprits difficiles ont trouvé ce titre infuffifant
pour difputer fur le génie de Vauban .
Quoiqu'un bourgeois de Venloo eût imaginé
les bombes, un Moine la poudre à canon ,
un Militaire l'Imprimerie , il eft certain qu'en
général , felon la remarque ingénieufe de
l'Auteur des Confidérations , &c. « Dieu ne
» révèle les fecrets de la Géométrie qu'à des
DE FRANCE. 157
T
»
→→ Géomètres ; que pour être heureux en Chi-
» mie , il faut mériter de l'être par des travaux
pénibles , difpendieux & long-temps
foutenus ; fi l'on en peut dire autant de
» tous les Arts , cette vérité fe manifefte fur-
» tout dans les choſes militaires ; & cela , par
30 une raifon trop rarement apperçue : c'eft
qu'à ce jeu de la guerre , les difpofitions
phyfiques font invinciblement liées aux
» fituations morales ; & l'on conçoit affez
» que ces fituations , variées à l'infini , ne font
» pas même foupçonnées par ceux qui ne
les ont pas éprouvées.
-99
"
Les Confidérations fur l'influence du Génie
de Vauban ne font pas , à proprement parler ,
une réfutation de la brochure de M. de la
Clos. Son nom n'y eft pas même prononcé ;
à chaque page , l'Auteur montre fon dédain
pour des hoftilités légères , qu'il juge indignes
d'occuper l'attention des perfonnes éclairées.
Il fe montre , il eft vrai , avec des forces qui
juftifient cette indifférence. On découvre ici
unhomme profondément verfé dans la fcience
de Vauban; exercé, par une longue expérience
& une longue méditation , dans un genre de
connoiffances militaires , dont il a faifi d'autant
mieux l'étendue qu'il en a jugé parfaitement
les bornes , & qui , doué plus que
perfonne du génie d'invention , fait à merveille
ce qu'il faut penfer des inventeurs fyftématiques
, & des chimères qui , à une certaine
époque , fuccèdent néceffairement aux
doctrines fondamentales. Cet Ouvrage , d'ail1,8
MERCURE
leurs , eft plein de vues générales qui réfultent
d'une grande malle de faits & d'obfervations
, & qui fuppofent dans l'Auteur l'étude
des grands rapports , qui lient le fyftême
des places fortes aux objets les plus importans
de la défenſe publique.
Je me garderai bien de hafarder aucune
déciſion fur le principal fujet de cette étrange
controverfe , favoir , fur le mérite de
Vauban , confidéré comme fortificateur. Il
faut éviter le ridicule de certains Gens - delettres
empreffés à donner leur avis qu'on ne
leur demande point , & à étayer de leur
frêle autorité des opinions au-deffus de leur
intelligence.
Bornons- nous à repréſenter , avec l'Auteur
des Confidérations , ce que la France doit à
Vauban , ce qui conftitue l'importance de fes
vues militaires , & la puérilité de certaines
imputations auxquelles il vient d'être en
butte, après un fiècle de reſpects publics.
Vauban , a-t-on dit , nefut l'inventeur d'aucan
fyflême ; les baftions exiftoient avant lui,
il conferva les baftions. " Rappelons , ob-
» ferve à ce fujet l'Auteur des Confidérations
, une notion auffi fimple qu'elle eſt
» peu répandue : c'eft que l'Art de fortifier
» n'eft point , ne doit jamais être un ſyſtême ;
» ce n'eft qu'un problême à réfoudre , d'après
و ر
ود
plufieurs données .» Les conditions élémentaires
de la défenſe d'une enceinte , établiſſent
d'abord la ligne baftionnée , fans qu'il foit
poffible de s'en écarter. C'est une difpofition
DE FRANCE. 759
"
"
forcée , mais qui eft bien loin encore de conftituer
le mérite des combinaiſons de cet Art.
C'eſt ainfi qu'on indiqueroit la circonfé-
» rence d'un cercle parfait , fi l'on demandoit
quelle eft la ligne la plus courte que l'on
» puiffe employer pour enceindre un elpace
déterminé. Le reproche fait au Maréchal
» de Vauban , d'avoir confervé les baſtions ,
» eft donc précisément de même nature que
» celui que l'on feroit à Descartes , de n'a
» voir pu changer , malgré toutes fes créa
tions , les propriétés de l'ellipfe & de la
» parabole. »
2 Mais à cette baſe néceſſaire d'une ligne régulièrement
flanquée, il faut fixer de juftes pro
portions , déterminer celles-ci d'après la portée
des armes en ufage , les exécuter en les conciliant
avec la sûreté , la folidité , l'économie ,
la fimplicité. Ce nouveau problême , Vauban
le réfolut , & une fois pour toutes , tant que
Ja portée des armes ne fubira pas de changement.
Cent mille fois des- lors les uns &
و ر
les autres ont effayé de faire mieux ; ce-
» pendant il a fallu revenir toujours fur ces
premières bafes , finoninventées , du moins
réglées , calculées & pofées par Vauban. »
Une critique injufte met quelquefois en
évidence des titres de gloire foiblement aps
perçus jufqu'alors. En jetant les yeux fur
cette enceinte du Royaume , garantie par
'une multitude de fortereffes dont la conf-
Truction , la réparation , les accelloires femblent
annoncer une difproportion entre les
160
Y
MERCURE
avantages de ces barrières & la prodigalité
qui les éleva , on s'effraye d'une dépenfe ,
dont l'imagination peut à fon aife groflir l'énormité.
Aufli le détracteur du Maréchal de
Vauban ne craint pas d'évaluer à quatorze
cents millions ce que coûtèrent à la France
les erreurs nuifibles de cet Artiſte ; c'eſt la
moitié de la dette publique contractée par
Louis XIV. Affurément une idée auffi originale
a befoin de preuves décifives. Cependant
fon Inventeur a ſubſtitué à la démonftration
, ce qu'on appelle des apperçus : méthode
qui fait aujourd'hui une logique univerfelle
; méthode fort commode pour les
efprits légers qui raifonnent , & pour les
ignorans qui lifent.
Lorfqu'on confidère l'effrayante maffe de
tréfors que la fauffe grandeur , le faux éclat ,
le luxe de la fouveraineté & les illufions coûtèrent
à Louis XIV ; lorfque , parmi les dépenfes
utiles de ce Monarque magnifique ,
on en retrouve tant d'un effet paffager ;
lorfqu'on voit les flottes , les armées , les alliances
chèrement payées , difparoître avant
la mort même du Souverain , & la ligne de
remparts élevée par Vauban toujours fubfiftante
, ainfi qu'une multitude de créations
indifpenfables à la protection de l'État , auxquelles
ce Génie tutélaire donna l'exiſtence ;
de toutes les diffipations du dernier fiècle ,
celle des prétendus quatorze cents millions
transformés en citadelles , infpireroit les regrets
les plus modéres. Mais ce qui ajoute au
DE FRANCE. 161
refpect de ces monumens , c'eft qu'au mérite
de la durée , ils joignirent celui de l'économie
de leur confection . Vérité indifpuable , que
l'Auteur des Confidérations met au- deffus de
tout fophifme.
"
و د
و د
« Il faut obferver , dit- il , que M. de Vauban
fut Commiffaire- Général des fortifications
pendant trente années ; en forte qu'on lui
» auroit fourni pour fa feule partie , ( d'après
le calcul de M. de la Clos ) environ so
» millions par an : dans un temps où les revenus
de l'État n'étoient pas la moitié de
» ce qu'ils font aujourd'hui , lorfqu'une puiffance
maritime naiffante devint tout- à- coup
formidable ; lorfque Louis XIV , pour fou-
» tenir une guerre ruineufe contre l'Europe
entière , entretenoit fur pied soo mille
» hommes de troupes réglées , dans le temps
où il faifoit fleurir tous les Arts par des
récompenfes d'éclat ; lorfqu'il bâtiffoit Verfailles
, Marly , les Invalides , &c. »
ود
و د
.
"
و د
ور
Ce calcul de fantaifie a été étayé d'une erreur.
Vauban , a-t- on avancé , fortifia 300
places de guerre. « Il eft vrai , continue fon
défenfeur , qu'il fit travailler à 300 places ;
mais il eft fort différent de les fortifier,
» ou de les réparer , ou feulement de les
» armer en guerre . De cette différence réfulte
déjà un mécompte énorme ; il devient
» monftrueux , lorfqu'on vient à confidérer
» que plus de 20 de ces places furent conf-
» truites ou réparées aux dépens de nos ennemis,
& fort en deltors des limites actuel-
ور
162 MERCURE
» les. C'eft ainfi que MM. les Maréchaux de
" Broglie , de Vaux & autres , ont maintenu
» nos armées au centre de l'Allemagne , en
» faiſant fortifier un grand nombre de places
» ou de poftes ; & affurément jamais le Con
ور
trôleur-Général de nos Finances n'a en-
» tendu parler de cet objet de dépenſe . De
» compte fait , Vauban n'a jamais édifié que
" 33 places neuves , dont les deux tiers furent
" exécutés avec l'argent & les corvées des
>> ennemis. »
Obfervons ici que M. de la C. évalue à 800
mille livres la dépenſe d'un front de fortification
, tel qu'en conftruifoit Vauban. Des
Ingénieurs qui fe font fignés , lui ont objecté
un fait pofitif, conftaté par le prix des toifés ,
qu'un tel front aujourd'hui ne coûteroit pas
400 mille liv. & qu'au fiècle dernier , il
n'en coûtoit pas 200 mille.
Enfin , pour trancher fur cette queſtion
oifeufe , onafait au Dépôt de la Guerre le dé
pouillement des fommes employées aux fortifications,
durant le Commiffariat de Vauban,
le total des dépenfes extraordinaires fut de 95
millions. En yjoignant les dépenfes annuelles
d'entretien , on fe rapprochera des relevés les
plus exacts de différens Auteurs , entr'autres
de M. de Forbonnais. Ce favant & judicieux
Écrivain a enrichi fon Ouvrage des Recherches
& Confidérations fur les Finances de France ,
des Tables détaillées de recette & de dépense
annuelles , durant la plus grande partie du
règne de Louis XIV. Il en résulte que , depuis
DE FRANCE. 163
1678 jufqu'en 1707 , époque des travaux du
Maréchal de Vauban en qualité de Commiffaire-
Général , l'article des fortifications abforba
141 millions . ( 1 ) C'eft environ 270 milhions
de nos jours.
Et remarquons que , prefqu'en totalité , les
dépenfes de l'Artillerie font portées ici au
compte des fortifications. Le pénétrant Apologifte
de Vauban a donc bien raifon de dire
que ce réfultat donne une idée frappante des
reffources économiques de ce génie univerfel .
" En effet , quand il n'y auroit point de
» fortereffes en France , toujours faudroit- il
» des armées , & par conféquent des cafernes,
» des Hôpitaux , des fours , des magaſins à
» poudre , des arfenaux , des hangards , & c.
" Or , tous ces objets furent pris fur la fomme
» totale des 141 millions. ( 2)
"
Nous ne pensons pas qu'on puiffe férieufement
mettre en parallèle dans ce cas- ci ,
l'autorité d'un calcul imaginaire fait par M.
de la C. , avec celle de M. de Forbonnais,
dont les relevés ont fait règle dans l'hiftoire
de l'économie publique du dernier fiècle , &
qui , ayant fouillé les meilleures fources , fe
( 1 ) Voyez l'édition de Liége , 1758 , en 5 vol.
in-8 °. t. III p. 251 , t . IV . p . 38 , 145 & 291 , ou
ces tables font rapportées.
(2) L'Auteur en compte 151 ', mais c'est évidemment
une faute d'impreffion ; nous nous en fommes
affurés , en vérifiant ce compte fur les tables de
Forbonnais.
164 MERCURE
rencontre avec les états confervés dans chaque
Département.
M. de la C. a infirmé lui- même fon autorité
par des inattentions dont il eft difficile
de rendre compte. Par exemple , il cite le
premier fiège de Caffel , fi courageufement défendue
par M. le Comte de Broglio dans la
guerre de 1756 ; & afin d'ôter à une enceinte
baftionnée le mérite d'une efficace réfiſtance ,
il affirme que la nouvelle ville n'etoit fermée
que d'une fimple muraille , ( 1 ) avec des redoutes
& un camp retranché en avant. Il en
conclut que les Alliés , qu'il appelle un Corps
Hanovrien , firent le blocus , & non le fiège
de Caffel. Ce récit , que l'Auteur intitule un
fait hiftorique , eft controuvé prefque dans
tous les détails. La ville neuve n'avoit point
de murailles : celles qui fubfiftent aujourd'hui
n'ont été conſtruites que depuis la paix ; le
Rédacteur de cet article a été témoin oculaire
de cette conftruction , qui n'étoit pas
achevée en 1772. Cette ville neuve ne fut
nullement attaquée par les Alliés qui portèrent
tous leurs efforts fur la ville vieille fortifiée.
( 1 ) Cette définition de Ville vieille & de ville
neuve , adoptée par M. de la C. & par fon adverfaire,
n'eft pas exacte. Une partie de la Ville neuve même,
nommée la ville Allemande , étoit enveloppée dans
l'enceinte fortifiée,, aujourd'hui rafée ; l'autre , habitée
par la Colonie des François réfugiés , étoit un
Fauxbourg ouvert , & forme une des plus belles villes
de l'Europe
.
DE FRANCE.
165
Les attaquans développèrent plus de trois mille
toifes de tranchées. Le petit Corps qui les
compofoit étoit de 28 mille hommes ; aucun
fiège ne fut plus régulier ; & fi les Alliés l'abandonnèrent
au bout de trois femaines , on
dut cet abandon à l'intrépidité & aux bonnes
difpofitions de M. le Comte de Broglio , &
au retour de l'armée victorieufe du Maréchal
du même nom.
Nous regrettons vivement de ne pouvoir
extraire des Confiderations , celles qui développent
, d'une manière auffi lumineuſe que
profonde , l'étendue des idées de Vauban ,
le rapport qui lie toutes fes inventions , le
caractère de fécondité , de sûreté , de fageffe
qui les diftingue. L'Auteur démontre dans
ces morceaux , que l'attaque aura toujours fur
la défenfe la fupériorité du fort fur le foible ;
que fi Vauban a laiffé l'un de ces deux Arts
dans un état fubordonné à celui de l'attaque ,
cela dut réfulter de la nature mêmedes chofes,
& que la plus grande fottife feroit fans doute
d'imaginer qu'il peut exifter des moyens de
faire prédominer la défenfe , autrement que
par des proportions de forces qui feroient
que la défenſe ne feroit plus la défenſe. Il
'ajoute fort bien , que demander où est le mérite
de ces fortifications qui ne donnent pas
plus d'avantage aux affiégés qu'aux affiégeans
, c'eft demander où eft le mérite d'une
Artillerie de cent canons qui ne peut nous
donner aucun avantage contre une autre
166 MERCURE
C
Artillerie de cent canons ? Enfin il paroît en
droit de demander où font les fyftêmes fimples
, grands , économiques , à préférer fous
quelque rapport ? Si on reconnoîtra jamais
ces fyftêmes préférables dans une fécondité
de fortifes quife réduiſent à groffir des volumes
?
ود
On en feroit un de la multiplicité d'emplois
auxquels s'appliqua le génie de Vauban.
" Les levées, les moles , les éclufes , les jetées
, l'art des fondations fur les fols les plus
ingrats , fur les fonds inconnus de la mers
le defféchement des marais , la réunion
» des plus vaftes magaſins d'eau , les fleuves
» contenus & refferrés dans leurs lits ; par-
39
tout il déploya le grand art de preferire
» des loix aux élémens fougueux , & avec un
» tact fi sûr , que les théories les plus fubtiles
de l'hydraulique l'ont à peine remplacé.
"3 23
Et de fi prodigieux travaux , exécutés par
Vauban , Ingénieur & Méchanicien , ne compofent
encore qu'une partie de la gloire. Citoyen
, Homme d'État , Économiste humain
autant que ftudieux , il fe prefente à la reconnoiffance
des peuples avec des titres que
perfonne , depuis lui , n'obtint en France au
même degré. « C'eft fur-tout dans fes ré-
» clamations fur les befoins de l'intérieur ,
fur la misère des Peuples , fur le défaut de
proportion dans la répartition des charges ,
» qu'on reconnoît l'ame de Vauban, Le Roi
"
--9
DE FRANCE. 167
»
» lifoit fes Mémoires , les apoftilloit de fa
main....Dans l'un de ces Mémoires adreffés
au Miniftre des Finances , le 27 Janvier
» 1695 , il traite de plufieurs objets d'admi-
» niſtration générale ; il déplore des mal-
» heurs , il en indique les remèdes , il ré-
» clame fans ceffe en faveur des Peuples
→ malheureux . »
"
M. de Voltaire , & après lui , une foule
d'échos , ont difputé à Vauban le projet
de la dixme royale. Cependant l'Abbé de
Saint- Pierre , dans fes Annales , avoit dit
pofitivement que le Maréchal lui avoit com
muniqué fes idées à ce fujet. Par la citation
du Mémoire précédent , l'Auteur des Confidérations
, &c. a confirmé fans réplique l'al
légué de l'Abbé de Saint-Pierre. Dans cet
écrit , M. de Vauban dit au Miniftre qu'une
dixme royale fur toute espèce de revenus ,
feroit meilleure que la Capitation , & il lui
annonce le développement de fes idées fur
cette matière.
Le Public, qui a paru fe reffentir du mépris
avec lequel on s'eſt enhardi à traiter ces recherches
& ces études politiques de Vauban ,
le reconnoîtra fans doute au tableau de main
de Maître qu'en a tracé l'Auteur des Confidérations.
« L'énumération de fes talens
» & de fes vertus , fes connoiffances fur une
» multitude d'objets , la conception de tant
» de projets utiles difcutés à fond ; l'appli-
» cation continuelle d'un efprit occupé de
vues grandes & générales , & que ne purent
168 MERCURE
"
"
jamais rétrécir les détails immenfes dont
» il étoit rempli ; le contraſte qui refulte de
» tant de genres ftudieux , avec l'intrépidité
» de fon ame dans les périls de la guerre ;
» cette foule d'idées toutes claffées dans une
organiſation qui embraffoit tout , compofent
ce tableau .... La fimplicité prit dans fon
» âme un caractère d'élévation bien rare : il
» n'eut point cette timidité qui rend la vertu
" même fi fouvent inutile ; mais une mo-
» deftie active , & qui pour , les chofes juftes
qui ne le regardoient pas , en fit le folli
citeur le plus ardent , &c. &c. »
ور
و د
و ر
20
(Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
1
CONFESSION générale de l'année 1785. A
Ifpahan , & fe trouve à Paris , chez Buiffon ,
Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevins , No. 13.
Le plan de cette petite brochure eft original
& heureux. On peut faire entrer dans fon
cadre une fatire de nos moeurs , & un tableau
en même temps des travaux qui ont fignalé
l'année. L'Auteur s'eft borné à la première
divifion , & fans vouloir rien approfondir,
il a été léger , gai , & quelquefois plaifant ;
fans avoir un ftyle foigné ni des prétentions ,
il fe fait lire , & on fourit par intervalles . Il
fentoit qu'il n'écrivoit qu'une feuille du mo
ment , & il s'eft borné à y jeter la meſure
de
DE FRANCE. 169
de fel & de chofes qui étoit fuffifante. Nous
l'invitons , dans le cas où il auroit le projet
de continuer fes confellions chaque
année , à reunir dans fon cadre tout ce qui
doit y entrer, & à profiter de mille traits
qui peindroient agréablement nos moeurs &
nos folies. Cet Ouvrage pourroit devenir plus
intereffant que ce premier ellai ne ſemble
l'annoncer. Nous allons en extraire les paffages
les plus remarquables.
C'eft l'année 1785 qui , avant d'expirer
, va le confeffer à Saturne , & rendre
compte de l'emploi de fes momens. L'année,
-1786 qui lui fuccède , l'en preffe.
"
"
"
"3
"
" N'estil
pas temps , lui dit- elle , de mettre ordre
» à votre confcience ? Vous avez fait votre
teftament , j'en conviens ; vous m'avez
légué votre mobilier qui , foit dit en paffant
, ne vaut pas grand chofe ; toutes vos
acquifitions ne font que du viager ; en fait
» de patrimoine , rien du tout ; car , Dieu
» merci , vous avez tout dénaturé , tout
aliéné , tout diffipé .... Voulez - vous faire
"} comme tant d'années , vos ayeules , qui
font mortes dans l'impénitence ? Voyez
l'année de la Pharfale , qui mit le monde
aux fers , celles du maflacre des Saxons
» des vêpres Siciliennes , de la Saint- Bar-
" thélemi ? Allons , un peu de courage . Don--
» nez un bon exemple . Si la mode prend que
les années fe confeffent , nos petites nièces
en feront plus fages.
""
"3
23
""
Saturne paroit , & c'eft à lui que l'année
No. 35 , 26 Août 1786.
H
176 MERCURE
•
expirante s'accufe de tous les torts . Elle commence
par avouer qu'elle a mal fait de ramener
le premier Janvier. Jamais , dit-elle ,
je n'ai été plus fauffe , plus menteufe que
ce jour là, J'embraffois à tort & à travers des
gens que je ne connoiffois pas ; j'allois vifirer
des grands dont je méditois la chûte , des
parens dont je convoitois la fucceffion , & à
qui je fouhaitois de longs jours , &c. &c.
Elle fe confeffe d'avoir violé les règles de
la pudeur , d'avoir accouché de quelques Journaux
qui , bambins à la vérité, ne font pas
encore grand bruit dans le monde.
J'ai rempli , dit- elle , l'Europe de libelles
indécens , de brochures infipides , dont les
moindres défauts font des plagiats & d'étermelles
répétitions.
Je crains bien d'avoir offenfé la Religion ,
en fufcitant quelques prédicateurs dont les
phrafes ne contenoient que de jolis mots.
J'ai répandu un efprit de vertige chez
prefque tous les Auteurs , qui leur perfuade
qu'un Ouvrage n'eft bon que lorſqu'il eft
hardi; on fronde en conféquence ce qu'on
doit refpecter .
Je m'accufe d'avoir ramené le règne des
charlatans , pour montrer comme il eft facile
de fubftituer à la raifon le fanatifme le plus
outré, Le temps des enchantemens eft revenu,
& l'on a mieux aimé croire aux extravagances
qu'aux vérités éternelles,
C'est moi qui dans les airs ai incendié
Pilâtre du Rofier , pour démontrer au Pu
DE FRANCE. 171
blic que l'Abbé *** eut bien plus de génie
en faifant brûler à terre fon balon..
d
Ses devancières lui avoient appris que le
décorateur d'un boudoir étoit un artifte plus
précieux que l'architecte favant qui bàtit
jadis le théâtre de Marcellus. Et elle a imité
L'exemple de fes devancières. Elle a annoncé
au Public des pygmées comme des géans ,
laiffé les grands talens dans l'oubli , pour
ne vanter que des misères , & c. & c. & c. -
Cette tirade finit par un trait piquant.
Je n'ai pu faire , au fein de la France , un
éloge de Louis XII qui méritât la couronne
académique.
-
La réception d'un Avocat célèbre à l'Académie
Françoife , devient un motifde confeffion.
Pardonnez moi , dit l'année , d'a
voir introduit un Avocat à l'Académie. -
Saturne lui répond : un Avocat ! auriez vous
donc penfé qu'elle auroit un jour befoin d'un!
défenfeur !
L'année pafe enfuite en revue les modes.
des femmes , les coeffures en harpie , en Richard
coeur de lion. J'ai arlequiné , dit- elle ,
le coftume des hommes ; j'ai couvert leurs :
petits fouliers de boucles coloffales ; leurs petites
têtes de chapeaux gigantefques ; leurs
foibles doigts de larges bagues. Le tour des
hommes vient enfuite. L'année a mis malicieuſement
fur leurs boutons les lettres de
l'alphabet , pour les renvoyer à l'A B.C. Ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eft queje donnois
à tout cela un vernis Anglomane . Paris
----
Hy
172 MERCUREA
lui répond Satume , ne doit pas vous en favoir
gré. Un Romain qui fe feroit montré
jadis à Rome en habit carthaginois , auroit
eré joliment accueilli par fes concitoyens !
L'année s'accufe enfuite de quelques événemens
politiques , des émeutes , des féditions
qui ont été excitées depuis Conftantinople
, jufqu'à Londres & à la Haye. Cette
partie des confeflions auroit pu être plus intéreffante
& plus gaie. Il y avoit bien des
chofes à dire , & elles n'auroient pas été la
partie la moins recommandable de l'Ouvrage.
Nous engageons l'Auteur à ne pas dédaigner
à l'avenir ce riche fonds , & qui peut être
mis en oeuvre d'une manière originale . Ne
feroit-il pas plaifant , en effet , d'entendre les
confeffions des années des miniftères de Richelieu
, de Mazarin , de Louvois , du Prorectorat
de Cromwel & de tant d'autres. On
les prefereroit à coup sûr à la critique ( quoi
que bien fondée ) des honneurs rendus
Marfeille à une cantatrice , à un danfeur à
Londres , & des tableaux expofés au Louvre ,
& des drames qui n'amufent les femmes qu'en
les faifant pleurer. Des drames ! repond
Saturne , elles y ont du plaifir ! c'eft bien
François.
L'année s'accufe de la mort d'un Miniftre.
(On devine qu'elle veut parler du Duc de
Choifeul. ) Saturne pleure cette mort ; depuis
la mort d'Agrippail n'avoit verfé de laimes phis
amères. Celle du Duc Léopold de Brunſwick
fur l'Oder, remplit cependant Satuine d'inDE
FRANCE. 173
dignation. Il est prêt à repouller & à maudire
l'année , qui obtient fa grace en faveur du
rachat des Captifs & de la naiffance du Duc
de Normandie , à condition qu'elle recommanderoit
à fa fille ( l'année 1786 ) d'être plus
fage qu'elle.
L'AMINTE du Taffe , Traduction nouvelle,
1 vol. in -8º . A Paris , de l'Imprimerie de
Ph. D. Pierres , prémier Imprimeur ordinaire
du Roi , rue S. Jacques.
L
CETTE Traduction eft précédée d'une vie
du Talle fort bien faire , & de la Traduction
de la Préface compofée par Gilles Menage
en 1655.
Nous avons
eja beaucoup de verfions de
cette Paftorale , ainfi que des autres Poemes
claffiques de l'Italie , aucune n'eſt reſtee
parce qu'on a enfin adopté un meilleur fyftême
de Traduction que celui qui avoit prévalu
jufqu'ici . Il eft démontré aujourd'hui
qu'il eft impoffible de rendre en profe les
graces , le coloris de la poélie , prétention
qui feule avoit pu infpirer & foutenir le fyftême
des Traductions libres. On s'en tient
donc , lorfqu'on ne traduit pas en vers , au
projet plus raisonnable & plus utile , de ne
rendre que les penfees du Poere , en fe rapprochant
le plus qu'il eft poffible de fes tournures
, en laiffant à l'imagination du Lecteur
le foin de fuppofer & de rétablir les fornies
brillantes qu'on a été obligé de facrifier. La
Hij
174 MERCURE
Traduction en profe eft alors à un Poëme ce
que la gravure eft à un tableau ; elle en rend
les traits auffi purement que le permet letalent
de l'Artifte ; elle indique les ombres & les
clairs ; mais elle n'en exprime pas les couleurs.
On traduit aujourd'hui , feulement pour faire
connoître un Ouvrage à ceux qui en ignorent
la langue originale , ou pour en faciliter l'intelligence
à ceux qui ne la connoiffent que
foiblement. Ce genre de verfion , ordinairement
accompagné du texte , eft beaucoup
plus difficile que les Traductions libres , quand
on veut que la littéralité ne détruife pas l'élégance
; mais aufli il a infiniment plus de mé
site , & fur tout plus d'utilité.
་ ་
L'Ouvrage que nous annonçons eft d'un
jeune homme qui paroît bien poffeder la langue
du Taffe , & qui écrit la fienne avec affez
d'élégance & de correction . Cependant comme
cette verfion paroît n'être pour lui qu'un
objet d'étude fur lequel il s'eft exercé , dans le
deffein de fe préparer à des entrepriſes plus
confidérables , qu'il nous permette , en lui
accordant les encouragemens qu'il mérite , de
lur faire quelques reproches dictés par le feul
intérêt que fon Ouvrage nous a infpiré. Dans
de certains momens il s'écarte de la fidélité
qu'il paroît s'être propofée dans tout le reſte ,
& nous avons remarqué que ces momens
étoient ceux qui préfentoient quelque difficulté.
Au-lieu de s'attacher à la rendre , il
m'emploie fouvent que des phrafes vagues
comme pour l'éluder ; quelquefois même
DE FRANCE. 175
la fupprime tout - à - fait. Son ftyle , en général
trop fec & trop découpé , convient peu furtout
au genre de la Paftorale , qui demande
plus de molleffe & de fluidité que de précifion.
Ces défauts cependant ne fe font pas fentir
dans tout l'Ouvrage. Il y a plufieurs morceaux
qui font écrits avec grace & fe font lire avec
plaifir. Nous allons en citer un qui peut juf
tifier à -la- fois nos critiques & nos éloges ;
mais nous prévenons l'Auteur que nous ne
fommes fi févères que pour l'engager à l'être
avec lui- même, s'il entreprend quelque jour
un Ouvrage plus important. Ses Lecteurs lui
accorderont sûrement plus d'indulgence , &
nous convenons qu'il nous en paroît digne.
Dans la première Scène , Daphné condamne
les rigueurs de Sylvie pour Aminte , & veut
engager cette jeune Nymphe à fe rendre à
l'Amour. Tout téméraire , dit Sylvie, que
» tu appelles du nom d'amant , deviendroit
» mon ennemi .
DAFNE
Stimi dunque nemico.
Il monton dell'agnella ?
De là giovenca il toro ?
Stimi dunque nemico
Il tortore a la fida tortorella ?
Stimi dunque ftagione
Di nimi.izia e d'ira
La dolce prima vera
901
Hiv
176 MERCURE
C'hor allegra e ridente ,
Riconfiglia ad amare
Il mondo , e gl'animali ,
E gl'uomini e le donne : enon t'accorgi
Come tutte le cofe
Hor fono innamorate
D'un amor pien di gioia e di falute ?
Mina là quel colombo
Con che dolce fufurro lufingando
Baccia la fua
compagna ;
Odi quel affignaolo
Che va di ramo in ramo
Cantando , io amo , io amo e le nol fai,
La bifcia lafcia il fuo veleno , e corre
Cupida al fuo amante:
Van le tigri in amore :
Ama il leon fuperbo ; e tu fol fiera
Più che tutte le fiere
Albergo g'i dinteghi nel ruo petto."
Ma che dico leoni , e tigri , & ferpi ,
Che pur han fentimento ! amano ancora
Gli alberi. Veder puoi con quanto affetto
La vite s'avviticchia al fuo marito ;
L'abete ama l'abete : il pino il pino ;
L'orno per l'orno , e per la falce il falce
E l'un per l'altro faggio arde e fofpira.
Quella quercia , che pare
Si ravida e felvaggia ,
Fr
DE FRANCE. 177
و د
ود
*
Sente anch'ella il potere.
De l'amorefo foco é fe tu avelli®
Spirto e fenfo d'amore , intendereſti
Į fuoi muti ſoſpiri , hor tu da meno
Effer vuoi de le piante
Per non effer amante ?, sanat-
Cangia , cangia configlio ,
Pazzarella che ſei, totheds
DAPHN É.
Tu
crois donc
que
le mouton
eft l'en-
» nemi
de la brebis
, le taureau
de la géniſſe
?
» Tu penfes
donc
que
le tourtereau
eft l'ef-
» froi
de fa fidelle
tourterelle
? Tu vois
done
» le doux
printemps
comme
la faifon
des
» haines
& des
fureurs
, lui dont
la beauté
.
toujours
nouvelle
, invite
à l'amour
la Na-
» ture
entière
? Tu n'apperçois
pas comme
" tout
ce qui refpire
eft entlammé
des
feux
» les plus
ardens
? Admire
ce pigeon
, avec
" quel
doux
roucoulement
il carelle
& baife
» la compagne
, Ecoute
,cel
Ecoute
, ce Rollignol
qui
» faute
de rameau
en rameau
, en chantant
la couleuvre
j'aime
, j'aime
. Sais
-tu que quitte
fon venin
pour
s'élancer
avec
ardeur
» vers
fon
amant
: Les tigres
aiment
; le lion
fuperbe
rugit
d'amour
. Toi
feule
, plus
fère
que
tous
les animaux
, tu nourris
les
dedans
dans
ton coeur
. Tu peux
voir
avec
quelle
ardeur
la vigne
s'entrelace
avec
fon
» époux
. Le fapin
tend
fes rameaux
vers
le
""
f
ور
ور
و ر
3.
Hv
178
MERCURE
"9
fapin ; le pin defire le pin ; l'orme foupire
» pour l'orme ; le faule brûle pour le faule ,
» le hêtre pour le hêtre. Ce chêne qui te
33
paroit fi vieux & fi fauvage , obéit encore
» aux loix de l'amour. Si tu en connoiffois
» les fentimens & les délices , tu entendrois
» tous leurs muers foupirs. Mais tu veux ,
» pour réfifter avec plus de force à tous fes
» attraits , avoir moins de fenfibilité que les
» plantes. Ah ! change , je t'en prie , de con-
» duite , petite folle , change de conduite. »
Tu crois donc , &c. Cette phrafe & les
fuivantes , tournées ainfi en exclamation
ont moins de vivacité que celles de l'original
qui font en interrogation. Daphné , pour exprimer
l'étonnement que lui caufe la façon
de penfer de Sylvie , lui demande : crois - tu
donc , &c. On doit fentir cette nuance. Peutêtre
ne falloit il pas varier l'expreffion dans
ces différentes phrafes ; tu crois donc , tu
penfes donc, tu vois dorc. La répétition dans
Foriginal a une grace qu'il étoit bon de conferver.
Lui dont la beauté , &c . On ne
peut guère appliquer ce pronom à un être
inanimé , à moins qu'on ne le perfonniffe ;
mais ce qui eft plus grave , c'eft le peu d'exactitude
du fens. Il y a dans l'original : regardes-
tu donc comme une faifon defureur
& d'inimitié le doux printemps qui , maintenant
riant & joyeux , inspire de nouveau
Pamour aux animaux , aux humains ; d'
toute la Nature ? Le mot maintenant , omis
par le Traducteur , n'eft pas inutile ; il donne
ر
DE FRANCE. 179
un degré de force à l'argument de Daphné
qui confeille d'autant plus à Sylvie d'aimer ,
que la faifon même l'y invite : des feux ies
plus ardens , n'eft pas exact non plus ; ces
mots, pien di giora e di falute , portent une
idée de bonheur que ne rend pas le mot
ardens . Admire n'eft pas le mot propre. Mira
fignifie feulement regarde. Cet objet ne doit
pas en effet exciter l'admiration de Sylvie.
Toi feule , pius fière que tous les animaux.
Il y a dans le texte une oppofition dans ces
mots : fierae fiere , qu'il falloit conferver. Toi
feule , plus fauvage que les plus fauvages ani❤
maux, l'auroient rendue . Tu nourris les dédains
dans ton coeur , eft une métaphore
fubftituée à une autre fans néceffité. L'original
dit: tu lui refufes uneplace dans ton coeur;
ce qui feroit tout auffi bien. Il y a ici deux
vers du texte fupprimés , on ne fait pourquoi.
Mais non-feulement les lions , les tigres , les
ferpens, qui du moins font des êtres fenfibles
Les arbres même refentent l'amour. Tout le
refte eft très bien rendu , excepté la dernière
phrafe. Ah! change , je t'en prie , &c. D'abord
elle manque tout- à- fait d'harmonie . Je t'en
prie, n'eft point dans le texte ni dans la vérité.
Daphné n'a aucun intérêt à prier Sylvie
de fe rendre à l'amour ; il le lui confeille
feulement. Ce n'eft pas de conduite non plus
qu'il l'invite à changer , mais de fentiment ,
de manière de penfer. Enfin , le mot de
petite folle n'eft nullement du ton de la fitua
tion. Cette expreffion appartient uniquement
Hvj
180
MERCURE
à la gaîté , & c'eft fort férieufement que
Daphne parle. Le mot pazzarella eft bien
un diminutif , mais il ne fert à exprimer
que la difference d'âge entre Daphné &
Sylvie. Jeune infenfée étoit le mot propre ,
& malheureuſement celui de petite folle eft
répété plufieurs fois dans la fcène , & y pro
duit par- tout un mauvais effet.
Voilà fans doute de bien rigoureuſes critiques
; quelques-unes même pourront paroitre
vétilleufes ; mais fi elles prouvent que
nous n'en avons pas de plus effentielles à
faire, elles ne nuiront pas au fuccès de l'Ouvrage
, & cette raifon , jointe aux motifs que
nous avons expofés plus haut , doit engager
l'Auteur à nous les pardonner.
( Cet Article eft de M. Framery. )
LE LYCÉE de la Jeuneffe , ou les Études
réparées ; nouveau Cours d'inftruction d
Pufage des Jeunes Gens de l'un & de l'autre
fexe, & particulièrement de ceux dont les
études ont été interrompues ou négligees ;
par M. Moustalon , 2 vol. in- 12 . A Paris ,
chez Servière , Libraire , rue Saint- Jean - de
Beauvais.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties.
La première , fous le titre de Graminaire
Françoife , renferme un tableau hiftorique de
l'origine & des révolutions de notre Lan- A
gue , une expofition nette & précife des
DE FRANCE. 181
principes raifonnés qui en font aujourd'hui
la bafe ; la folution des principales difficultés
qui peuvent fe rencontrer en parlant ou en
écrivant ; un traité d'orthographe & de ponctuation
; enfin , les règles de notre verification..
La deuxième offre un précis de Mythologie ,
fuffifant pour n'être point arrêté à la lecture
des ouvrages en vers.
La troisième est une Rhétorique deſtinée
particulièrement àorner la mémoire des jeunes
gens , par des exemples tirés des Auteurs anciens
& modernes. Il n'y a pas un mot latin
qui ne foit traduit en note.
La quatrième enfin contient les règles propres
à chaque genre de Littérature. Leur expofition
eft prefque toujours accompagnée
de l'hiftoire du genre dont l'Auteur parle ,
& de la notice des principaux Ouvrages qu'il y
a fait naître chez les Grecs , chez les Romains
& parmi nous.
Le Cenfeur de cet Ouvrage , après en avoir
donné une idée fuccincte , ajoute : « Je crois
que le Public recevra avec plaifir l'impref
" fion d'un livre qu'on peut regarder comme
» un Cours complet de Belles- Lettres , &
qui doit être très -néceffaire à ceux qui
» veulent être inftruits , & utile même à
» ceux qui le feroient déjà.
وو
· Cet éloge ne nous a point paru exagéré ;
l'Ouvrage doit faire honneur à fon Auteur ,
& doit être utile à la jeuneſſe .
182 MERCURE
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL
LE Concert du Mardi 15 de ce mois , a été
l'un des plus beaux de cette année. Le Sacrifice
de Jephté , Scène nouvelle de M. Deshayes ,
a fait un très - grand plaifir . Elle a paru d'une
expreffion pleine de chaleur & vivement
fentie. M. Deshayes , qui s'eft déjà diſtingué
dans des genres où l'on eft à peine apperçu ,
donne l'espoir d'être compté un jour dans
le petit nombre de Compofiteurs que la Nation
Françoife oppofe à fes rivales ; & cet
efpoir feroit peut être déjà rempli , s'il avoit
trouvé les occafions de mettre fes talens en
évidence ; mais ces occafions font trop rares à
Paris : & c'eft peut- être leur difette , plus que
toute autre railon , qui s'oppofera long- temps
à ce que la France obtienne le rang auquel
elle pourroit prétendre dans l'empire mufical ,
Un jeune Artifte perd à folliciter l'exécution
de fes premiers eflais , le temps qu'il pourroit
employer à fe perfectionner ; toute émulation
eft étouffée , & l'on néglige néceffairement
un talent dont on ne peut eſpérer de
recueillir les fruits. Ces réflexions où nous a
conduits M. Deshayes , nous ont éloignés de fa
DE FRANCE. 183
1
Scène, qui a été fort bien chantée par Mlle
Vaillant. Nous invitons cette jeune Canta
trice , qui eft maintenant au deffus des encouragemens
, à fe rendre encore plus maîtreffe
de fa voix ; à ne la pas jeter dans les cordes
hautes , mais à l'y porter avec douceur ; à
foigner davantage la déclamation du récitatif,
& fur-tout à s'exercer fur des paroles Françoifes.
Il ne faut pas qu'elle oublie qu'elle n'eft
point Italienne , & que c'eft fur fa langue feule
qu'elle peut obtenir une réputation. Elle n'en
fauroit avoir aucune parmi les Chanteufes de
Italie , tandis qu'elle doit efpérer parmi les
nôtres une place diftinguée , fi elle peut
fournir fon porte - feuillé de morceaux auffi
bons que celui de M. Deshayes. Nous eſpérons
que Mlle Vaillant nous faura gré de ces
confeils. Nous aurions craint de les lui donner
il y a quelques années ; mais fon talent
formé & fes fuccès mérités , la rendent digne
aujourd'hui de les recevoir.
Mme Garnier Canavas a chanté un rondeau
Italien , & a exécuté fur le piano - forté
une fonate de Clementi. Sa voix eft trèsjolie
, & fa manière de chanter foit bonne ;
elle chante en Muficienne & avec préciſion;
il a paru feulement qu'elle manquoit un peu
d'habitude. Quelques études encore , particulièrement
à l'égard de fon intonation , &
nous croyons pouvoir lui préfager un trèsgrand
talent. Nous ne dirons rien de fon
exécution fur le piano - forté , qui a paru cependant
sûre & brillante ; mais l'inftrument
184
MERCURE
étoit fi difcord qu'il a été impoflible d'en bien
juger.
Le Te Deum , nouveau Moret de M. Philidor
, a fait la fenfation la plus vive. Une
fuperbe facture , mérite ordinaire de ce Compofiteur
, uni au chant le plus mélodieux &
le plus flatteur, a ravi tous les fuffrages . Plufieurs
morceaux ont été diftingués , particulièrement
un Cantabile chanté par M. Laïs
avec une perfection rare ; un petit choeur
d'un chant charmant , dont le même M. Laïs
a exécuté le coryphée avec un mérite égal ,
& fur-tout le verfet Judex craderis qui , par
un favant défordre d'harmonie, très - analogue
aux paroles , a ému , tranfporté tous les Spectateurs.
Si quelque chofe pouvoit ajouter à la
réputation , à la gloire de cet habile Maître ,
ce feroit ce Te Deum. C'eft fur de pareilles
épreuves qu'il faut juger un Compofiteur, &
non lorfqu'il eft affervi à des paroles qui , par
le plus ou le moins d'intérêt qu'elles infpirent
, décident ſeules de fa chûte ou de fon
fuccès.
DE FRANCE. 185
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON ne fauroit confidérer la remife qui
vient d'être faite , le Samedi ƒ de ce mois , de
la Tragédie de Sertorius , que comme un
hommage rendu par les Comédiens au génie
du grand Corneille. Le goût eft tellement
changé en matière de fpectacle depuis quelques
années , qu'on néglige aujourd'hui ce
qu'on aimoit autrefois. Il eft paffé le temps
où les connoiffeurs nombreux alloient admirer
les belles Scènes de Sertorius & de Nicomède
, où la profondeur , l'étonnante logique
, les connoillances politiques , les reffources
de l'imagination du créateur de la
Tragedie Françoife trouvoient dans les Amateurs
du Théâtre des appréciateurs éclairés.
Du fafte dans les decorations , du luxe dans
les habits , de la pompe dans l'enfenible de la
repréſentation , des marches , des combats ,
des mouvemens rapides , des fituations mattendues
, des jeux de poignard ; en un mot
toutes les reffources de la pantomime : voilà
ce que le Public applaudit & recherche , voilà
ce qu'on ne trouve point dans les Pièces de
Corneille , & encore moins dans celles où il
a voulu paroître avec les feules reffources du
genre admiratif. Il faut donc répéter ce que
´nous avons dit ; ce n'eft point dans l'espoir
d'amener l'affluence , par conféquent de bonnifier
leurs recettes que les Comédiens aut
186 MERCURE
rèmis Sertorius , c'eft pour honorer la mémoire
de Corneille ; nous les en félicitons.
Ileft beau d'immoler quelquefois fes intérêts
à la gloire d'un grand Homme , & ce facrifice
étoit digne du premier Théâtre de la Nation.
Il faut pourtant en convenir ; Sertorius
n'eft point un Ouvrage fait pour être goûté
par tout le monde . On y rencontre des beautes
fublimes ; mais l'intérêt en eft prefque
nul. Pompée y fait quelquefois un perfon
nage au-deffous de fon nom ; l'amour de Sertorius
pour Viriate , fes irréſolutions , fa ja
loufie glacée & paffive , dégradent fouvent fon
caractère ; Perpenna eft prefque toujours d'un
ridicule qu'on fouffriroit à peine dans la Comédie
; Ariftie eft un perfonnage qui ne fait
qu'embarraffer l'action , & Aufide eft d'une
baffeffe dégoûtante. Lorfque Corneille fit repréfenter
Sertorius ( en 1662 ) la Nation
avoit affez de goût , elle étoit affez éclairée
pour diftinguer tous ces défauts ; mais comme
des révolutions fucceffives avoient long- tems
tourné les idées vers la politique , on fuivoit
avec intérêt les développemens du caractère
fier & impofant de la Reine Viriate , on admiroit
la Scène de Pompée & de Sertorius au
troifième Acte , & toutes les Scènes où la
majefté des idées eft foutenue par la force du
raifonnement , par l'énergie & par la nobleffe
du ftyle ; on applaudifoit avec tranſport ces
vers de Viriate, en parlant de Sertorius :
J'aime en Sertorius ce grand art de la guerre,
DE FRANCE. 187
Qui foutient un banni contre toute la terres
J'aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers ,
Ce front qui fait trembler les plus braves Guerriers ,
Ce bras qui femble avoir la victoire en partage ;
L'amour de la verta n'a jamais d'yeux pour l'âge ;,
Le mérite a toujours des charmes éclatans ;
È quiconque peut tout eft aimable en tout temps.
C'étoit avec enthoufiafme qu'on entendoit
Sertorius dite à Pompée :
Je n'appelle plus Rome un enclos de murailles
Que les profcriptions comblent de funérailles ;
Ces murs , dont le deftin fut autrefois fi beau ,
N'en font que la prifon , ou plutôt le tombeau ;
Mais pour revivre ailleurs dans fa première force,
Avec les faux Romains elle a fait plein divorce ;
Et comme autour de moi j'ai tous fes vrais appuis,
Rome n'eft plus dans Rome , elle eſt toute où je ſuis,
Ces morceaux , & beaucoup d'autres qu'il
feroit trop long de citer , faifoient oublier les
morceaux foibles & négligés ; & en faveur du
grand parti que dans fa fécondité fublime , le
génie avoit tiré d'un fujet trifte , ingrat &
froid , on pardonnoit les défectuofités, on faifoit
grâce aux incorrections. Aujourd'hui on
eft bien éloigné de ce fyftême. Raffafiés de
jouiffances , accoutumés aux excès , inftruits
en apparence , ignorans par le fait , dédaigneux
par ton , & frivoles par habitude autant que
par caractère , nos Spectateurs reffemblent à
288 ME RECURE
$
ces gourmets blafés qui prennent leur dégoût
pour de la délicateffe.
cr
Ce qui nuit encore à l'effet des Ouvrages
de Corneille , c'eft , comme l'a dit Voltaire ,
» le défaut d'Acteurs dignes de les repré
fenter . On n'encourage peut être pas allez
» cette profeffion , qui demande de l'efprit ;
! » une connoiffance affez grande de la langue,
» & tous les talens extérieurs de l'art ora-
» toire. Mais quand il fe trouve des Artiſtes
» qui réuniflent tous ces mérites , c'eft alors
que Corneille paroît dans toute fa
gran
» deur. S'il falloit des preuves pour foute
tenir cette opinion , nous citerions à l'appui
l'illuftre Lekain & Mlle Clairon.
ور
»
ANNONCES ET NOTICES,
LETTRES
ETTRES à M. D *** , Étudiant en Chirur
gie , par M. Fabre , Profeffeur aux Ecoles Royales de
Chirurgie , &c. pour fervir de fupplement à ( on traité
des maladies vénériennes . A Édimbourg , & fe trouve
à Paris , chez Théophile Barrois le jeune , Lib. quai
des Auguftins , Nº. 18.
Ces Lettres font écrites à l'occafion d'un Ouvrage
que M. Peyrithe , Pref- fleur de Chimie & de Botanique
aux Écoles Royales de Chirurgie , vient de
publier fur la vertu anti -vénérienne de l'alkali volatil.
« C'eft là , dit cet Aureur , une de cesidées auxquelles
on ne doit le rendre qu'après le plus févère exa-
»» men & les réflexions les plus mûres ; j'invite les
» Maîtres de l'Art à s'y livrer ; fi c'cft une vérité , il
DE FRANCE.. 189
» importe qu'elle foit répandue ; fi c'eſt une erreur ,
» il faut la diffiper dès la naiffance. »
C'eft d'après cette invitation que M. Fabre s'eft
cru obligé d entrer en lice avec M. Peyrilhe ; mais
auparavant , il juge à propos de faire connoître à font
Correfpondant les différentes fources où il a puife
fes principes : c'eft le fujet de fa première Lettre...
Dans la feconde Lettre , M. Fabre expofe leprécis
du fyftéme de M. Pey ille fur ces fortes de maladies.
#
Dans les Lettres fuivantes , M. Fabre développe
les ravages que fait cette maladie , & par quel procédé
le remède ufité la détruit dans la perfonne qui
en eſt affectée : c'eft aux'vrais Maîtres de l'Art à ap-
Frécier cet Ouvrage qui intéreffe réellement l'huma
nité , dans la circonftance préfente fur tout , où tant
de Charlatans, fous des noms qui peuvent en impofer,
cherchent à tendre des pièges au Public . Pour nous
fuivant les feules lumières de la raifon , nous ne dou
tons pas que ces Maîtres de l'Art ne rendent à M.
Fabre toute la justice qu'il nous a paru mériter à cet
égard. - སྒྲོདས བྲིམན་ ༈ ཀྱང ན སྙ རྣམས
TRAITÉ Hiftorique de tous les Animaux qui
habitent la France , par M. Buc'hoz , Médecin de
MONSIEUR &c. , in 4º . , Tome II . A Paris , chez
l'Auteur , rue de la Harpe , au- deffus du Collège
d'Harcour.
RECHERCHES fur la nature & les caufes de la
richeffe des Nations ; traduit de l'Anglois de M,
Smith , 6 Vol. - in- 12. A Londres ; & fe trouve à
Paris , chez Poinçot , Libraire , rue de la Hatpe ,
près Saint Côme,
Ce n'eft pas ici un Ouvrage frivole ; auffi n'a- til
pas un fuccès de vogue . C'eft un de ces Ecrits
auffi utiles que férieux ; & le nom de fon Auteur
}
190 MERCURE
établiroit feut en fa faveur un préjugé avantageux.
Quant au mérite intrinsèque de l'Ouvrage , voici ce
qu'en avoit dit le Journal des Savans en 1777 avant
que ce Livre eût été traduit : « On reconnoît dans
ce grand Ouvrage la fupériorité de génie & de
talens à laquelle nous devons la théorie des fentiso
mens moraux , réimprimée depuis peu en Angle
terre pour la dixième fois. Les queſtions économiques
les plus importantes y font traitées avec
» toute la netteté, l'ordre & la profondeur dont
» elles font fufceptibles ; & l'Auteur, dans le choix ,
la nouveauté , la jufteffe de fes obfervations , &c.
dans les conféquencesqu'il en tire, montre par tout
» un degré de difcernement & de fagacité qu'on ne
peut s'empêcher d'admirer , parce qu'il eft extrê
mement rare . 35
+
Poisson Aérien vu par les Auteurs de l'Aréof
tai,placé au Moulin de Javelle , & par M. Montgolfier
dans le courant d'Octobre 1785 par Louis
Bulliot , Chanoine de l'Eglife Col'égiale de Semur
en Auxois . Se vend à Paris , chez M. Guyot , Concierge
de l'Académie d'Architecture , au Louvre.
Prix, 1 fols.
MEMOIRE pour fervir à l'Eloge du Maréchal
de Vauban , par M. le Chevalier de Curel , Brochure
in- 8°. de 23 pages. A Bruxelles ; & fe trouve à
Paris , chez M. Lambert , Imprimeur - Libraire , rue
de la Harpe , près Saint Côme,
Cette Brochure peut être utile à ceux qui concourent
pour le Prix que vient de propoſer l'Acadé
mie Françoife.
"
pot,
MANUEL eu Vocabulaire des Moulins à
orné de quatre figures en taille douce , in 8 ° . de
109 pages. Prix, 1 liv. 16 fols broché, A AmfterDE
FRANCE. 191
dam ; & fe trouve à Paris , chez Lejay , Libraire , rue
Neuve des Petits - Champs , près celle de Richelieu.
Ce Manuel contient l'explication des termes techniques
, & de ce qui eft plus néceffaire à connoître
pour tous Meuniers & Propriétaires de Moulins.
ONZIEME Cahier des Effais Hiftoriques fur
Hiftoire de France , par M. de Sauvigni. A Paris ,
chez Cloufier , Imprimeur - Libraire , rue de Sorbonne.
Ce Cahier complette la Traduction des Epitomes
de l'Hiftoire des Francs C'est un Abrégé qui commence
à l'origine des Francs , vers 240 de l'aire vulgaire
, & va jufqu'à la mort de Chilperic. Cet Ouvrage
, effentiel à notre Hiftoire , n'avoit jamais été
traduit ; il offre des lacunes auxquelles M de Sauvigni
a fupplée , en y inférant plus de foixante paffages
d'Auteurs contemporains , qui éclairciffent des
faits importans. Ces paffages , pour la plupart , ne
fe trouvent dans aucun de nos Hiftoriens , pas
même dans l'immenfe Colection de Dom Bouquet.
SEIZE Cahiers des Jardins Chinois en trente
Planches, dont vingt huit Châteaux de l'Empereur
de la Chine , les Jardins de Caumartin près Dijon ,
celui de M. le Comte d'Espagnac à Paris. Prix ,
12 liv.
On donne un quart de remife fur la Collec
tion entière , qui eft préfentemeat de 135 liv. A
Paris , chez Lerouge , rue des grands Auguftins.
Ceux qui prennent la Collection font priés de fe
faire inferire , puifqu'ils ont le droit d'avoir les
Cahiers à un quart de moins à mesure qu'ils paroîtront.
On trouve chez lui le Plan de Manheim avec
les environs , par Denis Cape , Ingénieur de l'Electeur
, chef- d'oeuvre , à 13 lignes pour 100 toiles.
Prix , 6 liv, en blanc , 12 liv. lavé.
"
192 MERCURE
Cear qui veulent que leurs Jardins paroiffent gra
vés, n'ont qu'à les envoyer au fieur Lerouge.
1
mile en
PARTITION de Nina , ou la Folle par Amour
Comédie en un Acte & en profe , mulique
par M. d'Al *** , Prix , 18 liv .; les Parties (e vendent
féparément 9 liv. OEuvre 5 .
Le fuccès brillant de cette Piècé doit répondre de
celui de cette Partition , qui fe vend à Paris , chez
Leduc , au Magafin de Mufique & d'Inftrumens
rue du Roule , Ѻ. 6 .
FEUILLES de Terpfychore , Numéros 31 à 39 ,
formant un Journal pour la Harpe & un pour le
Clavecin . Prix , chaque Numéro 1 liv. 4 fols . Abonnement
pour cinquantedeux Numéros de chaque
Journal 30 liv. A Paris , chez Coufineau père &
fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
EPITRE
TABLE.
PITRE d'un Célibataire à Confeffion générale de l'année.
M.le Vicomte de V..., 14
Réponse dla Queſtion , 148 L'Aminte du Taffe ,
Charade, Enigme & Logo Le Lycée de la Jeuneffe ,
gryphe , 142 Concert Spirituel ,
Confiderations fur l'Influence Comédie Françoiſe,
du génie de l´auban , 154 Annonces & Notices ,
APPROBATION.
168
1731
180
182
185
188
J'ai lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Août 1786. Je n'y
aj rien trouvé qui puiße en emoêcher l'impreffion. A
Paris , le 25 Août 1986. GUIDI.
19
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
3
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 20 Juillet.
LE Prince Héréditaire de Danemarck eft
revenu le 6 à Copenhague . du camp
de
Scanie , & avec toute fa fuite. Le Roi de
-Suede l'a décoré de l'Ordre des Séraphins ,
& a fait préfent d'une bague enrichie à chacun
des Princes d'Auguftenbourg. Le 8 , ce
Monàrque lui même paffa d'Helfingbor à Elfener
, & arriva a Copenhague fous le nom
de Comte de Haga . Il dina à Marienluft
avec toute la Famille royale , & fe rembarqua
le foir pour Gothembourg , au bruit (
d'une falve d'artillerie .
Le 14 Mai , la Cour de Pruffe a répondu
en ces termes au Mémoire de la Cour de
Ruffie , touchant l'affaire de Dantzick.
Le Roi avoit cru pouvoir le flatter qu'à la fin
la ville de Dantzick fe contenteroit des facrifices
confidérables & des avantages non moins importans
qui lui ont été faits & accordés de la part .
No. 31,5 Août 1786.
N®.31,5 a
( 2 )
de la Cour de Berlin , non - feulement par la Convention
du 22 Février 1785 , mais auffi par la temeur
du Mémoire qui a été remis à M. le Prince
Dolgoroucki , en date du 15 Septembre de la même
année ; & qu'enfin elle mettroit une fois pour
toutes un terme à toutes prétentions ultérieures ;
qu'en revenche elle commenceroit à mettre la fufdite
Convention à exécution , & à en jouir effectivement
, ainfi qu'il a toujours dépendu d'elle de
le faire . C'est donc avec déplaifir que S. M- a dû
voir par le nouveau Mémoire , que M. le Prince
Dolgoroucki a remis à fon Miniftere au commencement
du mois d'Avril , & par la lettre qui y
étoit jointe de la part de M. le Vice - Chancelier
d'Offermann , en date du 14 Mars , que S. M. Im.
périale a accepté à la vérité les avantages nouvellement
accordés à la ville de Dantzick ; mais
qu'en même- tems Elle a jugé à propos d'infifter
encore, qu'il fût permis au Magiftrat de Dantzick
de percevoir à fon bureau de douane près du Blockhaus
, fur fes fujets Pruffiens , non-feulement un
équivalent pour la douane du Nouveau - Fahrwaffer
, mais auffi un autre pour la douane à Ford an
& que S. M. Imp. croit effectuer par- là un équilibre
parfait à l'égard du commerce & des douanes
entre la Pruffe & les Dantzickois , pendant que
cet équivalent , qui devoit fe payer au Blockhaus
de Dantzick pour la douane de Fordan , eft
fixé à huit pour cent , déduction faite des
deux pour cent pour la douane du Nouveau- Fahrwaffer.
Le Roi fouhaite très- ardemment de montrer en
tout ce qui eft aucunement poffible , fa déférence
pour la refpectable médiation de S. M. l'Impératrice
de toutes les Ruffies ; & S. M. croit avoir
déja donné , durant tout le cours de cette conteltation
, que la ville a & inutilement fait naître ,
( 3 )
>
des preuves non - ambigues de la vérité de ces fentimens
qui l'animent ; mais dans l'occafion préfente
, Elle ne fauroit entrer , de quelque façon
que ce foit , dans une prétention abfolumen : mal
fondée , & dont la ruine totale du commerce de
fes fujets de la Pruffe occidentale feroit la fuite
immanquable : elle ne fauroit abfolument aller
au-delà de ce qu'Elle a déja accordé à la ville de
Dantzick par le Mémoire du15 Septembre 1785 .
Au contraire elle s'y tiendra invariablement . La
Cour de Berlin croit avoir répondu déja d'avance
par ce Mémoire fuffifaniment à toutes les raiſons
par lefquelles dans la nouvelle note de M. le Prince
d'Olgoroucki on a voulu appuyer les propofitions
qui y font faites. Ainfi l'on ne répétera pas
ici tout le contenu de ce Mémoire ; mais l'on ſe
contentera dé s'y référer , principalement au troifieme
article. Un court extrait de la fubftance de
ce Mémoire montrera en attendant combien peu
l'on doit admettre la modification propofée dans
la derniere note , fans bleffer d'une façon tout -àfait
étrange non -feulement les droits & les intérêts
du Roi & de fes fujets , mais auffi ia convention
du 22 Février , que la ville de Dantzick allegue
à cette occafion à tort en fa faveur.
Il eft univerfellement connu & fuffisamment
prouvé que la ville de Dantzick n'a jamais eu un
droit exclufif au commerce de la Pologne ou à la
navigation de la Vitule , ni par des accords ou
des privileges , ni par une poffeffion fondée fur
des titres légitimes ; que le Roi & fes fujets , par
la poffeffion légitime du port & de la pius grande
partie de la Viftule , ont au contraire un droit du
moins égal, finon meilleur , que les Dantzickois à
la navigation illimitée fur cette riviere & au
commerce de la Pologne ; & que fi l'on accorde
aux Dantzi.kois lelibre paffage du territoire Prufa
2
( 4 )
que laville
fien , l'on peut exiger de cecôté - ci , en vertu
du droit de réciprocité , une liberté de pal
fage égale le territo re de Dan- zick ; liberté
n'a contettée que depuis quelques
années aux fujets Pruffiens que par pure chicane ,
comme c'eft auffi par le meme efprit de chicane
qu'elle a fait naître le diférend connu avec Sa
Majefté.
Le Roi , dans la vue de prouver à S. M. l'Impératrice
de toutes les Ruffies toute l'étendue de fa
déférence pour fa médiation , & pour la protection
qu'Elle veut bien accorder à la ville de
Dantzick , a donné les mains à l'accommodement
conclu le 22 Février de l'année derniere , quelqu'onéreux
& défavantageux qu'il foit pour fes
fujets. Par cette convention Sa Majeſté , fans y
être obligée en aucune maniere , a facrifié entiérement
le commerce d'exportation de la Pologne
par le Nouveau - Fahrwaffer, qui eft d'une importance
univerfellement reconnue , & qui furpaffe
de beaucoup le commerce d'importation ; & Elle
l'a exclufivement abandonné à la ville de Dantzick.
C'eft feulement au commerce d'importation par
cette embouchure de la Viftule que S. M. a réfervé
la concurrence en faveur de fes fujets , plus
pour l'approvifionnement de la Prufle même qu'eu
égard au commerce de la Pologne , qui eft impoffible
aux fujets Pruffiens en concurrence avec les
habitans d'une ville auffi riche & auffi avantageufement
fituée que l'eft Dantzig . Pour affurer cependant
auffi à l'égard de ce commerce d'importation
de la Pologne la prépondérance aux Danczickois
, S. M. a confenti par l'art. 4 de la tion du 22 Février 1785 , que le Mnven
de
Dan zick pourroit ériger près de fon Blockhaus un
Bureau de douane , pour lever fur les marchandifes
& effets que les fujets Prufhiens importeroient
( s )
en
par le Nouveau- Fahrwaffer , te's droits de douane
& de tranfit qui ne pafferoient pas le taux des
droits de douane pruffiens. L'on n'a qu'à lire fans,
préjugé ni partialité l'art. 4 de la convention ,
pour le convaincre qu'il a été feulement queftion
d'accorder au Magiftrat de Dantzick un équivalent
pour les droits que le Roi perçoit au Nouveau-
Fahrwaffer. C'eft de ces droits feuls qu'il a été
fait ment on dans la convention ; mais aucune des
Parties contractantes n'a eu l'idée , même la plus
éloignée , d'étendre cet équivalent à toutes les
autres douanes que le Roi poffede dans fes Etats.
& que peut- être jamais un navire de Dantzick
ne peut paffer : fpécialement n'a- t- on pas cu cette
idée à l'égard de la douane de Fordan , qui exifte
de tems immémorial à une grande diftance de
Dantzick, que le Roi a acquite par la ceffion de la
Pruffe ci- devant Pelonoife , qui lui a été confirmée
par un tarif de commerce dont S. M. eft convenue
avec la République de Pologne ; enfin qui
f leve' fur les feuls Polonos , & nee peut toucher
les Dantzickois que d'une maniere très - indirc&e .
Ni dans la convention , ni dans tout le cours de la
négociation , la douane de Fordan n'a été nommée
; ce qui néanmoins , dans le cas d'une extenfion
fi finguliere , auroit été abfolument néceffaire
, puifqu'alors le Roi n'y auroit certainement
pas confenti. Si aujourd'hui on veut la faire naître
par interprétation , & par une conféquence tirée
du prétendu équilibre du commerce des Pruffiens
& des Dantzickois , le Roi attend de la juftice & de
l'amitié de S. M. l'Impératrice de Ruffie qu'Elle
ne changera point fon droit de garantir les articles
clairs & manifeftes de la convention en un
droit de les interpréter feule , & qu'Elle ne fera
pas toujours cette interprétation en faveur de la
ville de Dantzick . Sa Majefté Le croit plutôt en
a 3
( 6 )
droit , comme Partie contractante principale de
la convention , d'entreprendre Elle-même l'inrerprétation
d'un article litigieux de la convention
avec la ville de Dantzick , & d'y renoncer
plutôt en entier , fi les Parties ne peuvent s'accorder
à ce fujct .
La fin à l'ordinaire prochain.
Dans l'après midi du 25 Juin, un orage
terrible , accompagné de grains de grêle
dont la plupart étoit de la groffeur d'un oeuf
de poule , a dévasté la Baronnie de Lehn
dans la Fionie . En plufieurs endroits , les
grelons étoient entaffés à la hauteur d'une
demie aune.
Dans plufieurs diftricts de la Norwege &
de la Suede un infecte [ phalena graminis
Linnæi ] fait des ravages allarmans.
La Compagnie Afiatique de Copenhague
a reçu la nouvelle que fes vaiffeaux la Princeffe
royale , Cap. Junge ; le Mars , Capit.
Bagge , & la Princeffe Charlotte Cap . With ,
font en chemin pour revenir de l'Inde.
On écrit d'Embden , que le vaiſſeau
Pruffien , le Prince Frédéric Guillaume y
eft arrivé heureufement , venant de Canton
en Chine ; la cargaifon qu'il a apportée
fera vendue au commencement du mois
prochain.
On apprend de Rendsbourg , que le Baron
de Guldencrone , le fieur Bruning &
plufieurs autres perfonnes , en fe promenant
dans un bateau fur la riviere d'Eyder ; ont
( 78 )
eu le malheur d'être renversés par un coup
de vent & de périr.s
Le nombre des fabricans de marchandifes
d'ambre jaune à Stolpe dans la Poméranie
citérieure , monte actuellement à 71 ; il ;
tirent ce foffile tant des magaſins de Koenigsberg,
que des environs de Stolpe , & en
fabriquent des colliers , des boîtes , des
marchandifes de modes , &c. La plupart
des rognures paffe dans la Turquie , où elles
fervent à encenfer les Mofquées .
Il vient de mourir près de Landfcrone
une veuve dans la 118e. année de fon âge ;
le filage fut fon occupation jufqu'à l'âge de
116 ans.
DE BERLIN , le 19 Juillet.
Le Roi a affigné un fonds de 80,000 rixd .
pour rendre plus profonde l'embouchure de
la riviere de Havel , du côté où elle fe jette
dans l'Elbe .
Le Chambellan , Baron de Keller , nom-"
mé pour aller réfider à Pétersbourg , en
qualité de Miniftre Plénipotentiaire , fe prépare
à fe rendre inceffamment à fa deftination
.
DE FRANCFORT , le 26 Juillet.
La Soufcription ouverte à Berlin pour
l'érection d'un monument au Duc Léopold
a 4
( 8 )
?
de Brunswick étoit , il y a trois mois , de:
6650. rixdalers. Ce monument , ainfi que
nous le rapportâmes , eft une fondation en
faveur de l'Ecole militaire de la garnifon de
Francfort fur l'Oder , inftituée par le géné
reux Duc. Le 27 Avril dernier , à la premiere
célébration de l'Anniverfaire de la mort du
Prince , les Eleves de cette école , au nombre
de 300 , fe raffemblerent à 10 heures du
matin. A leur tête marchoient vingt enfans
des deux fexes , les plus âgés de l'Ecole,
& habillés de neuf par la Fondation. L'Aumônier
du Régiment adreila aux Eleves &
à leurs parens un difcours , dans lequel il
rappella l'origine & le but de cette fête ,
ainfi que les devoirs qui en réfultoient. Enfuite
on diftribua cent volumes à l'Ecole ;
chacun des enfans reçut un gâteau & un
gros en argent. Les vingt Eleves en habits
neuf dînerent avec leur Précepteur ; celui - ci
eut également un préfent. Après le repas ,
il conduifit le College fur le lieu où leur
bienfaiteur facrifia fa vie. C'eft là fans doute
le plus fimple & le plus éloquent éloge fu
nebre.
Dans le château de Blankenburg, qui appartient
au Duc regnant de Brunſwick , on
conferve plufieurs deffeins de la main du
dernier Roi de Pruffe. Au bas , ce Monarque
y avoit écrit ces mots , Fredericus Wilhelmus
in doloribus pinxit. Il ne deffinoit jamais
que dans fes accès de goutte.
*
( و
*
Pour encourager l'établiffement des Manufactures
dans les Etats , le Landgrave de
Heffe Caffel vient d'accorder aux Fabricans
nationaux tous les avantages dont avoient
joui jufqu'à préfent les étrangers feuls. —La
durée des foires de Caffel a été auffi prolongée.
à
L'Empereur a décidé d'établir dans toutes
les Abbayes & les Couvens du Royaume
de Hongrie des Abbés commendataires ,
l'inftar de ceux que S. M. I. a nommés dans
fes Etats d'Allemagne
.
L'Evêque d'Augsbourg ayant reconnu l'inutilité
des fermons de controverfe , les a
fupprimés dans tout le diocefe.
On prétend que l'Archevêque de Salzbourg
qui , en fe rendant à Spa , a été à
Ratisbonne , Wirzbourg , Mayenne , Treves
, Cologne , & c. n'a fait ce voyage que
pour conférer avec les Archevêques de ces
fieges fur les entreprifes de la Cour de Rome
, relatives à la Jurifdiction Epifcopale en
Allemagne. On fcait que les griefs de ce
genre de la nation Germanique font nombreux
, & qu'en 1777 les Cours Electorales
du Rhin avoient formé le projet de les réprimer
elles ont auffi fait paffer à cette épo
que le Mémoire de leurs plaintes à la Cour
Impériale.
Le nombre des Carés Chapelains qui fe
trouvent actuellement dans les Eta's de
l'Empereur , la Hongrie , la Lombardie y
a.s
( 10 )
les Pays-Bas exceptés , monte à 10,000 dont
plus de la moitié lont de la nouvelle création.
Il faut encore au moins 4000 fujets
pour remplir les nouvelles Cures & Chapelainies
, & dans le nombre des Moines il
s'en trouve à peine 1500 qui puiffent être
emploiés. On a remarqué que depuis un an
il ne s'eft pas fait un feul Religieux dans tout
le diocefe de Vienné.
On écrit de Saint-Goar , dans le Comté
de Catzenelnbogen , que depuis le 5 de ce
mois , il y avoit regné un vent violent
d'oueft , & que le 10 à 10 heures du foir on
y reffentit deux fecouffes de tremblemens
de terre.
On lit dans l'hiftoire chronologique des
inondations de la Saxe , occafionnées par le
débordement de l'Elbe , que depuis le fixieme
fiecle jufqu'en 1784 inclufivement , leur
nombre a été de 188 .
Un Journal de commerce offre les détails
fuivans fur le commerce des toileries à Lanfhut
dans la Silésie .
Cette ville eft la feconde dans la Sibérie pour
le commerce des toiles & du fil. Elle fait des affaires
confidérables avec l'étranger . Depuis deux
cents ans , les toiles font connues & recherchées ;
mais la fociété des Marchands ne date que de
l'année 1677. Voici un petit état des fommes que
ce commerce lui a procurées , favoir , 626,095 .
rixdalers en 1779 , 544,674 en 1780 , 615,544
en 1781 , 892,249 en 1782,1,018,820 en
1783 , & 1,026,343 en 1784. Le Vendredi de
chaque femaine fe tient la foire des toiles & fils ;
il y eft apporté cha que fois environ 4000 Schok
1 )
de toile & 200 fchok de fil. Il est défen lu aux
Marchands d'acheter de la toile & du fil avant
midii., Les grandes foires dans l'année font
au nombre de quatre , favoir , à la Chandeleur ,
à Jubilate , à la S. Pierre & S. Paul & à la Saint
Matthias. La Société des Marchands eft composée
de foixante- cinq Membres , dont dix environ
font la majeure partie des affaires . Un Tribunal
particulier établi dans la ville juge exclufivement
toutes les affaires relatives à la fabrication
, la blanchifferie & le commerce des toiles
& fils ; eft compofé d'un Préfident , d'un Syndic
, de deux Affeffeurs & de deux Examinateurs
Jurés.
·
--
DE VIENNE , le 19 Juillet.
Une lettre de Belgrade du rs Juin , dont
on affirme l'authenticité , parle en ces termes
des hoftilités entre les Tartares Lesghis
des environs du Caucafe , & les Georgiens
protégés par la Ruffie .
59
+
« Il y a peude tems que les Lesghis ont rem-
» porté des avantages très -considérables fur les
deux Princes Géorgiens , que la protection &
» l'affiftance de la Ruffie n'ont pu fouftraire à des
dommages immenfes. Plus de trois mille per-
» fonnes , hommes & femmes , de la Georgie, ont
été faits prifonniers , enlevés de leur pays &
vendus comme efclaves par les Lesghis. Une
grande partie de ces malheureux a été tranſportée
ici , & vendue à des prix très - hauts : ce
commerce injurieux à l'humanité s'accroît tous'
" les jours , parce que tous les jours il arrive de
nouveaux tranfports. L'Envoyé Ruffe à la
Porte ne pouvant voir d'un oeil indifférent ces
avantages des Tartares fur un peuple qui s'eft
» mis immédiatement fous la protection de la Rufá
6
( 12 )
•
2
fie , a dépêché courier fur courier pour en in-
» former la Cour. Il ne s'en eft pas tenu là , il
fait des repréfentations réitérées au Miniftere.
» Enfin il a demandé une conférence particuliere
» à ce fujet ; qui a eu lieu le 19 Mai , à la maiſon
» de campagne du Reis - Effendi. Les débats y
» ont été très-vifs. Le Miniftre Ruffe s'eft plaint
» particulièrement de ce que la Porte permettoit.
» que les Georgiens prifonniers fuffent tranfportés,
par la mer Noire , à Belgrale , & que fans
aucun ménagement ils y fuffent vendus. Le Miniftre
a réclamé le Traité de Kaimargique , par
» lequel il eft défendu aux Turcs de faire des ef-
» claves en Georgie , & de les retenir : il s'eft fondé
fur ce Traité pour faire les plus vifs reproches
∞ d'infidélité au Miniftere Ottoman. On affure
» même que l'Envoyé de Ruffie s'eft tellement
» abandonné au zele avec lequel il plaitoit la
caufe des Georgiens , qu'il a menacé les Minif
so tres du Grand- Seigneur d'une invafion totale
des troupes Rules dans le Cuban pour le foumettre
à fa Souveraine , & en augmenter
fes
» vaftes Etats ; & que fi le Grand Seigneur né
» vouloit écouter à aucun arrangement pour ar-
>> rêter les déprédations des Tartares du Cuban ,
l'Impératrice fe verroit forcée d'en faire la
conquête, Les Miniftres Ottoman ont reçu cette
déclaration avec beaucoup de froideur , &
fans relever ce qu'elle a d'extraordinairé & d'incompréhensible
, ils ont perfifté à répondre que
» le Gouvernement étoit fe mement réfolu à
conferver la plus exacte neutralité . Ceft ainfi
que finit cette conférence La Porte , après la
» tenue d'un grand Confeil extraordinaire chez
le Mufti , a réfolu de laiffer faire les Tartares
de regarder cette affaire comme abfolument
étrangere : on affure que le Miniftere eft ferme
»
( 13 )
>> & inébranlable. On fait effectivement que la
» Ruffie ne fauroit effectuer fee menaces , puifque
» il eft phyfiquement impoffible de faire paffer
des troupes régulieres , & de les faire agir dans
des défilés entre des montagnes prodigieufement
hautes à peine y a - t - il quelques fentiers
» étroits , connus des feuls Tartares. Toute
l'armée Ruffe , engagée dans ces coupe- gorges,
" y périroit d'elle- même , fans que les Tartares
fuffent obligés de fe donner d'autre peine queu
de faire rouler quelques pieces détachées des ***
rochers efcarpés qu'ils grimpent avec autant
de facilité que des chevreuils . Annibal , dont
le paffage des Alpes a été célébré avec raifon
comme un prodige , auroit échoué au pied du
» Caucafe ».
Le régiment de Preiff a reçu l'ordre de
fe mettre en marche pour la Hongrie . Il fera
fuivi de quelques autres Régimens qui font
en garnifon dans la Stirie.
Les dommages caufés par la derniere
inondation aux environs de Linz ont été
évalués à la fomme de 50,000 florins . A l'oc
cafion de ce malheureux événement , un
foldat du régiment de Tillier, nommé Hory,
s'eft diftingué par fon courage & par fon
humanité, ayant fauvé la vie à 9 perfonnes.
au nombre defquelles étoit une femme en
couche avec fon enfant.
A Scharding la violence des eaux a entraîné
le pont fur l'Inn , plufieurs maiſons &
un grand chantier . Les dégâts caufés à Braunau
font auffi très - confidérables , de même
que ceux occafionnés par le débordement
dans l'Esclavonie.
( 14 )
L'exportation du lin des Pays - Bas Autrichiens
, qui avoit été défendue , vient d'être
permife de nouveau .
L'Empereur a affigné un fonds de 600
flor. pour l'établiffement d'une Bibliotheque
publique à Lemberg .
ESPAGNE.
DE MADRID , le 8 Juillet.
Le Roi avoit fait armer à Cadix la frégate
la Sainte- Marie , de 36 can . , fous le
commandement du Capitaine Antoine de
Cordova-y - Lafo , chargé d'examiner & rectifier
les relations connues du détroit de'
Magellan, La Gazette de cette ville a publié
un récit fuccinct des opérations de ce
Navigateur.
Le 9 Octobre dernier , il fortit du port de Cadix
, & après avoir fouffert beaucoup du mauvais
tems , & perdu trois ancres & leurs cables , il emboucha
le détroit le premier de Janvier. Malgré
les obftacles & les dangers , il releva les caps , les
ports ou anfes , & tous les objets qui fe trouvent
fur les deux côtes , fur un plan aſtronomique cù
font marquées les latitudes & longitudes , ninfi
que les diftances des principaux points , & paffant
d'un écueil à unautre , il arriva le 5 Février au
port de St. Jofeph , autrement dit Galante , le
plus méridional du continent . Sur une Iminence
du circuit de ce port , on a découvert un monu
ment que l'on croyoit devoir contenir quelque
particularité , & l'ayant reconnu , on y trouva
( is )
deux bouteilles contenant le paffage de M, de
Bougainville par ce détroit . Les Officiers ont
copié l'infcription , & y en ont ajouté une de leur
voyage , écrite en fix Langues différentes . Enfuite
D. Cordova s'embarqua dans fa chaloupe
avec trois de fes Officiers , & dirigeant fa route
pour le canal de Sainte- Barbe , qui efl à trois
lieues du fufdit port , la côte de Feu ( del Fuego
) , ils y trouverent la communication qu'ils
fuppofoient être avec la mer du Sud . Après avoir
reconnu la partie occidentale du détroit , appellée
le grand partage, jufques au cap Lunes , celui
de la Providence , éloignés de onze lieues de
ceux appellés les Piliers & la Victoire , qui forment
l'embouchure où fe trouve le port dit du
Chandelier , ils revinrent au port de St. Jofeph .
Comme ils n'avoient plus que deux cables trèsendommagés
, qu'il y avoit apparence de mauvais
tems & de plus grands dangers encore ,
& croyant avoir bien rempli leur miflion ,
ils mirent à la voile le 11 de Mars ; neuf jours
après ils débouquerent le détroit , & arriverent
à Cadix le 11 du mois dernier , après huit mois
de navigation , dont trois ont été paffés dans
l'intérieur du détroit. Dans un fi long & pénible
vvoyage , ils n'ont eu que deux morts & feize
malades.
Durant le féjour de cette frégate dans le détroit
, les Officiers fe font entretenus plufieurs
fois avec les Indiens appel és Péchiris & Patagons
, dont deux font reftés à bord : l'un d'eux
ayant prononcé quelques mots Espagnols , on
en a inféré qu'il étoit un de ceux que l'on avoit
conduit à la baie de Saint - Julien , à Montevideo
.
Au rapport du Commandant , ces peuples font
d'un caractere paifible. Leur teint eft de la couleur
( 16 )
du cuivre , & leur chevelure blanchâtre ; ils
n'ont pas une corporance gigantefque comme on
l'avoit fuppofé , ils font corpulens , & la plupart
de fix fept pieds de haut . fe on qu'on l'a remarqué
dans cinq ou fix cents qui fe font préfentés
, on en a mesuré un qui avoit fept pieds &
un pouce , & remarqué d'autres qui furpaffoient
celui- là de 3 à 4 pouces.
Il fait obferver que les Patagons qui habitent
la terre Magellanique font féparés, par
le détroit, des Pécherais qui habitent la Terre
de Feu , & que l'illuftre Cook nous a dépeints
comme les plus miférables individus
de l'efpece humaine.
ITALIE.
DE VENISE , le 8 Juillet.
Le Bey de Tunis , bien loin de s'être
trouvé abattu par le dernier bombardement
de Sfax , a au contraire formé de nouvelles
prétentions , en déclarant que pour en venir
à un accomodement avec notre République ,
il veut qu'elle lui donne 50,000 fequins au
delà des 100,000 qu'il exigeoit d'abord , &
cela pour le dédommager des pertes que
cette place a effiyées. Il a protefté en
outre qu'il demanderoit à l'avenir une pa:
reille fomme pour chaque bombardement
qu'exécuteroit l'efcadre Vénitienne contre
quelque place que ce puiffe être de fa domination.
Si eft vrai , ce dont on doute encore
, il paroît que le Bey s'inquiete fort
( 17 )
peu de la guerre , & qu'il conferve toujours
fon tempérament fougueux & altier.
On a publé dans cette Capitale une proclama
tion relativement au cours que devront avoir
à l'avenir les efpeces d'or & d'argent des pays
étrangers. Ce qui a principalement donné lieu
à un reglement auffi fage , c'eft l'avidité & la
malice des changeurs , qui cherchant toujours à
éluder le grand nombre des loix émanées de l'autorité
publique , ont depuis quelque tems introduit
clande tinement dans 1 Erat différentes pieces
de monnoies probibées , ce qui a caufé un
préjudice confidé able au commerce , & jetté la
confufion & le défordre dans la maffe monétaire
en général.
Une lettre écrite de Malte , le 14 Juin ,
à bord du vaifleau de notre efcadre la Fama
que monte l'Amiral Emo , contient les particularités
fuivantes fur l'état de notre efcadre.
Tous nos équipages jouiffent de la fanté la plus
parfaite. Les foins Général pour nous préferver
de tous les accidens de la mer , & même du
mal que pourroit nous faire l'ennemi , ont tellement
réuffi , que nous n'avons dans toute l'ef
cadre que quatre perfonnes malades de la fievre ,
& deux bleffes. On travaille à la plupart de nos
vaiffeaux , dont plufieurs font déja réparés . En
général toure l'efcadre fera en état de remettre
a la mer fous une vingtaine de jours. Les affuts
dés obufiers ont été pareillement réparés , & on
en a meme fait venir de neufs , qui font mis en
réſerve pour s'en ' ervir au befoin . Notre vaif
feau eft rempli d'ouvriers qui travaillent aux forges
, de charpentiers, de plongeurs, de calfats, &c .
1
( 18 )
On croit que nous partirons auffi - tôt après l'arrivée
du Cupido attendu de Livourne ; mais per-.
fonne ne fait encore pour quelle deſtination .
Le fieur Auguftin Gorgoni a écrit de
Tunis à notre Général, par la voie du fieur
Bellato , Conful de la République à Tripoli..
Ses dépêches reçues hier portent que , fi le
bombardement de Sfax eut duré un jour de
plus , il ne feroit pas refté la moindre trace
des édifices de cette ville , où notre feu a
tué plus de 200 perfonnes.
DE ROME , le 7 Juillet.
On affure que le Souverain Pontife a accordé
à S. M. C. la liberté de faire la réforme
qu'elle jugera néceffaire dans le Clergé
de fes Etats , que cette réforme doit avoir
lieu très inceffamment , & qu'elle fera taite ,
autant qu'il fera poffible , de la même maniere
& fur le même plan que dans les Etats
Autrichiens.
Une partie de l'ancienne Filla Adriana à Tivoli
, appartient actuellement à un particulier
d'Afcoli. Les fouilles faites depuis peu dans,
ce terrein pour le compte du Prélat Maréfofchi
ont procuré le recouvrement de plufieurs ouvrages
précieux de l'antiquité . On cite entr'autres
une très -bel'e colonne de breche jaune , de neuf
palmes environ de longueur fur deux de diametre
, deux chambres parées de l'efpece de pierre
appellée affricana , dont les carreaux ont plus de
deux pouces d'épaiffeur , & deux palmes quartées ;
( 19 )
enfin une ftatue de marbre de Paros , repréfentant
un Efculape Cep e ftatue , haute d'environ neuf
palmes , manque de tête ; mais comme on a trouvé
depuis dans ces fouilles plufieurs têtes du
mêmemarbre , on efpere que celle de l'Efculape
pourra être du nombre .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 21 Juillet.
armarthen
,
Le Général Sir Guy Carleton,le Chev.Harbord
Harbord , & Lord Delaval , Pair Irlandois ,
ont été élevés à la Pairie Angloife . Le Chevalier
Harbord, Baronet de la Comté de Norfolck
, a repréfenté pendant 30 ans la ville de
Norwich dans la Chambre des Communes.
Le Marquis de principal Secrétaire
d'Etat au département de l'Etranger,
d'une part , & le Chevalier D. Bernardo del
Campo , Miniftre - Plénipotentiaire du Roi
d'Espagne , de l'autre , ont figné , le 14 , une
Convention relative à l'évacuation de certains
Territoires Efpagnols fur le continent
de l'Amérique par les Colons Anglois qui s'y
étoient établis , & à la retraite de ces Colons
dans un diftrict prefcrit , conformément au
dernier Traité définitif entre S. M. Britan . &
le Roi d'Efpagne : ce Traité a également
étendu les limites du diftrict mentionné, ainfi
que les priviléges des Sujets Britanniques qui
y réfident.
( 20 )
L'Impregnable , vailleau neuf de 90 can.
eft arrivé de la Tamile à Plymouth , où il
fera mis en ordinaire. Le nombre des vailfeaux
, actuellement en ordinaire dans ce
port, eft de 33. 8 de ligne , 2 de 50, 11 frégates
& 4 floops.
Tous les Commis employés au département
de l'Artillerie , dont le Duc de Richmond
eft Grand Maître , ont reçu la défenſe
expreffe de fe livrer à aucune occupation.
quelconque , étrangere aux fonctions de leur
place , fous peine d'en être deftitués .
Le 12 de ce mois , toutes les maifons de
Brightelmftone ont été illuminées en l'honneur
du Prince de Galles , dont le nom précedé
de voeux pour fa profpérivé , fut répété
avec acclamation & enthoufiafme par tous
les habitans de la ville.
pas
S. A. R. n'a confervé , dit-on , de toute fa
maiſon , au- delà du néceffaire , que fes Muficiens.
Quoique leur falaire total n'excede
5oo liv. fterl. , cependant il eft des gens qui
trouvent cette dépense déplacée dans le lyftême
d'économie que ce Prince vient d'adop
ter, d'autant mieux qu'il n'a jamais été ama
teur de musique.
Suivant l'Univerfal Régifter , les affaires
de S. A. R. feront très promptement arrangées
par les foins d'en certain nombre de
perfonnes qui travaillent à cet objet. Mylord
Loughborough , Chef de Juftice des Plaids(
21 )
Communs , a été mis par le Prince à la tête de
certe liquidation.
Les paragraphes ne difcontinuent point
touchant cet événement ; en voici un des
moins déraifonnables.
On ne fçauroit affez exalter la conduite noble
& exemplaire du Prince de Galles . Sa refolution
prouve la bonté de fon cocur , & en même temps
qu'il a une jufte idée de la véritable nignité. Ceux
qui auparavant ne le regardoient que comme un
Prince destiné par fa naiffance à monter fur le
Trône de la Grande- Bretagne , peuvent admirer
en lui aujourd'hui le Philofophe & le Sage .'
Sa conduite , fans exemple dans l'Hiftoire des
Princes , y tiendra vraisemblablement un jour
une place diftinguée. Les jeunes Seigneurs qui ,.
en affectant de le prendre pour modele dans
les chofes , ou peut etre il méritoit quelque cenfure
, ont également nui à leur réputation & à
leur fortune , auront aujourd'hui bien un autre
exemple à fuivre ; & autant il leur convenoit peu
alors de s'affimiler à lui , autant aujourd'hui ils
auroient de mérite à l'imiter. De pareils facrifices
fauveroient bien des familles des malheurs
attachés à la débauche & à l'inconduite , & conferveroient
des patrimoines confidérables , qui
feront diffeminés au premier jour pour devenir
la proie de Gens d'affaires , & de Créanciers,
avides.
Le Lord Chancelier a déclaré , dit- on ,
qu'à moins que fa fanté ne fe rétabliſſe entiérement
, il réfignera les Sceaux , lorfque
les procès actuellement pendans devant la
Cour , auront été jugés . Ce fera une perte
( 22 )
inapréciable pour le Cabinet , pour la
Chambre Haute & pour la Juftice.
Lord Grantham , ancien Ambaſſadeur en
Efpagne , & ci- devant l'un des Secretaires
d'Etat , eft mort le 20 au matin dans fa maifon
de Putney.
Le nombre des Pairs créés , & des autres
dignités conférées par le Roi actuel , & tel
qu'il fuit.
Ducs ,
Marquis ,
Comtes ,
Vicomtes ,
Barons , ·
Baronnets ,
2 .
2.
18 .
9.
42.
128 .
La Société d'Humanité a informé le
Public que dans le courant du mois dernier
, treize noyés ont été rappellés à la
vie , par le fecours de la Médecine , &
que onze perfonnes ont été fauvées par le
moyen des harpons dépofés dans les maifons
de campagne fitués fur les bords de la
Tamife , aux dépens de la Société.
Encore un effet de fa dépravation des
mours. La femaine derniere , un jeune homme,
revenu des Indes-orientales , s'eft coupé
la gorge dans Bond Stret. Depuis quelques
jours , on l'avoit vu profondément mélancolique
, & l'on a fu que fon déſeſpoir étoit oc(
23 )
calionné par la ruine de fa fortune qu'il avoit
dillipée avec une célebre Courtifanne.
Les White Boys ( enfans blancs ) eſpèce de
brigands qui commirent , il y a quelques années
, les plus horribles déprédations en Irlande
, viennent de s'y armer & de s'y répandre
de nouveau . Ils ont même publié
dans quelques diftricts des Comtés du midi ,
un Manifefte , où tout en égorgeant , en
faccageant , en brûlant , ils invoquent la
vertu , l'humanité , la patrie & la liberté.
On apprend de Limerick , que le 11 Juillet
, vers le midi , 200 d'entr'eux , armés , ſe
font affemblés près de Rathkeal . Craignant
quelque attaque de leur part , le Major Scanan
féfolut de les difperfer , avec un parti
nombreux de Dragons du huitieme régiment
; il laiffa la garde de la Ville à une
partie du vingt- feptieme régiment. La polition
des Withe Boys dans un lieu couvert de
buiffons & de haies ne lui paroiffant pas
favorable , il fit un détour & vint fe pofter
dans la plaine. Les Withe-Boys commencerent
les premiers à tirer , & blefferent un
cheval. La Cavalerie répondit vivement à
ce feu. Elle tua 5 ou 6 de ces perturbateurs ,
& en bleffa environ 40 , & rentra en triomphe
dans la Ville,
Les mêmes Montagnards , au nombre de
100 , ont paru armés , le 6 de ce mois , au
marais de Newtown , Paroiffe de Croagh ,
( 24 )
où M. Wilfon faifoit couper du gazon dans
la campagne ; mais ce particulier s'étant
préparé à les recevoir , & les ayant menacé
de les repoufler s'ils approchoient , ils fe font
retirés en tai ant mille imprécations & fe
promettant de fe venger de lui à la premiere
occafion .
Quelques troupes de ces gens , la plupart
Catholiques Romains , paroillent cependant
être animées par des motifs plus légitimes
que le refte de ces White Boys ; ils le plaignent
avec raifon de l'avidité de leurs Prêtres.
qui les rançonnent en dîmes & en extorfions.
Auffi les Chefs de l'Eglife Catholique de la
Province de Munfter ont i's adreflé une verte
remontrance publique à ceux de ces Prêtres
qui abufoient fi indignement de leurs prérogatives
.
S'il en faut croire tous nos Papiers , le
Chevalier Robert Ainfiie , Miniftre Britanni
que à Conftantinople , négocie en ce moment
avec la Porte un Traité qu'on dit fort
avantageux à la Grande Bretagne.
Ce commerce de l'Angleterre à Conftantinople
& dans la Turquie entiere , fe fait par un cer
tain nombre de Marchands Anglois , dépendants
de la Compagnie de Londres , pour le commerce
de la Turquie , qui lui font paffer une feule
fois par an la qualité & la quantité des marchandifes
qu'elle juge pouvoir vendre ou échange :
facilement . Cette précaution empêche laperte
que
( 25 )
que trop grande abondance pourroit faire
éprouver dans les prix des marchandifes , &
maintient la grande vogue qu'ont toujours eue
les marchandifes apportées d'Angleter e . Les
principaux articles de ce commerce fort , le
plomb , l'étain , les montres , toutes fortes d'ouvrages
d'horlogerie , la quincaillerie , les étoffes
de laine de différentes qualités , les épiceries &
la verrerie . Il confifte principalement en marchan
lifes de grand prix , & dont la vente eft affurée
, raison pour laquelle toutes les Maifons.
Angloifes établies en Turquie font opulentes .
3
Le Gouvernement adopte tous les jours
de nouveaux moyens pour arrêter la contrebande.
Il fera ordonné , dit on , dans peu , às
tout Maître de bâtiment marchand de
déclarer par ferment , entre les mains du
Conful Britannique , au port où il chargera,
le contenu de fa cargaifon . Dans le cas où la
déclaration des Maîtres ne feroit pas conforme
à la vérité , ils feront punis très févérement
, & les marchandifes non déclarées feront
confifquées...
L'une des difpofitions qui a le plus contribué
à éteindre la contrebande fur les côtes
, et d'avoir placé des détachements de
Cavalerie à des poftes connus. Ils font à
porté de donner main forte aux Employés
du revenu. Auparavant , ceux ci o oient à
peine a taquer les Contrebandiers , dès qu'ils
les favoient un peu nombreux.
Lord Lansdown , dit le Morning Herald
avoue que dans la candeur de fon caractere
il s'eft laiffé engager à prêter à M. Jennings
N°. 31 , 5 Août 1786 .
b
( 26 )
les papiers relatifs à Saint - Euftaché , à la follicitation
de fon ami le Docteur Price , contre lequel
Jennings avoit parié qu'ils ne contenoient
aucune correfpondance avec l'Ennemi , ou du
moins aucune correſpondance qui pût être regardée
comme une trahifon . Mais ce Lord n'a
point d'idée que ces papiers n'aient pas été remis
dans leur dépôt.
Un Officier de la garniſon du fort Hermer
fur l'Ohio , donne dans une de fes lettres
, la relation fuivante d'un monftre amphibie
, appellé par les Sauvages Oqueo . Il
a deux têtes , privilege qui femboit réfervé
jufqu'ici aux animaux de la fable. Sa queue
a 15 pieds de long & la forme totale approche
affez de celle de la tortue. Il paroît rarement
de jour , fe tenant au fond des eaux ;
mais la nuit il fort four chercher de la nourriture
. Le cerf eft fa proie favorite , & voici
la maniere dont il parvient à la faifir. Il fe
blotit dans les fentiers où les cerfs ont coutume
de paffer , & fe tenant fans aucun
mouvement , il femble être plutôt un corps
informe qu'une créature vivante. Lorsqu'il
eft dans cette pofition , fi un cerf vient à
paffer , il lance fur lui fa queue , lui en entrelaffe
le corps & l'entraîne malgré tous fes
efforts à la premiere riviere , où il le noie &
le dévore. Un Soldať a découvert, la ſemaine
derniere de grand matin , un de ces Oqueo qui
emportoit fa proie. Plufieurs perfonnes étant
raffemblées le rejoignirent d'autant plus aifément
que cet animal eft fort lourd. Il fallut
( 27
près de deux heures pour le tuer à coups de
bâ on , il n'abandonna fa proie qu'au dernier
a moment. Sans cette circonftance on auroit
couru le plus grand danger en l'attaquant.
Ses yeux font remplis de feu. Ce monflre
pefoit 444 livres. On croira ce qu'on voudra
de cette relation qui vient de loin.
On apprend de New-Yorck , que les Juin ,
M Temple , Conful du Roi en cette ville , y a
donné une
Fête aux Perfonnes les plus diftinguées
, pour célébrer l'anniverfaire de la naiffance
de Sa Majefté.
Congrès a dit-on , dreffe un Etat des
dettes de l'Union jufqu'au premier Janvier dernier.
Elles fe montent à cinquante - quatre
millions de piaftres . On a calculé que fix quatorziemes
de cette fomme étoient dues à la
France ; trois quatorziemes à la Hollande
deux quatorziemes à l'Angleterre , & le refle à
des Nationaux . Le revenu public a été auffi fixé
à fix millions de piaftres..
"
Un bateau de pêcheur de la ville de Rusch
a découvert fur la côte de l'Irlande , un banc
fi abondant en poffon , qu'en moins de 48
heures il a pris 800 merluches , 400 raies &
plus de 5oo cabillaux & anguilles de mer.
Cette découverte importante pour les Pêcheurs
de la côte , leur promet la pêche la
plus heureafe.
On va confruire deux nouveaux Hôpitaux
pour le fervice de la Marine , l'un à Deal & l'autre
à Sheerneff. Il y a long - temps que l'on auroit
dû faire cet établiffement , dont là privation
s'eft fouvent fait fentir , fur- tout pendant la
h 2
( 28 )
derniere guerre avec la Hollande , & notamment
après le combat des Amiraux Hyde Parker
& Zoutman , à la hauteur de Doggerbanck.
Dans cette circonftance , il y avoit fi peu de
place pour les malades & les bieffés , qu'on fut
obligé de louer des maifons particulieres pour
les y dépofer , ce qui a occafionné beaucoup
d'embarras & de dépenses ,
+
On apprend de Gibraltar , en date du 20
Juin 1786 , que le bricq le Sally de Liverpool
, ayant échoué à la pointe du Cabrito ,
en voulant paffer le détroit , il a été fecouru
par la frégate l'Orphée & plufieurs chaloupes
de l'efcadre du Como fore Cosby, Partie
de la cargaifon ayant été verfée dans les
chaloupes , le Bâtiment a été mis à flot &
eft rentré dans la baie avec très-peu de dommage.
Il y a déja long- tems qu'un certain M. Uncles
avoit annoncé au Public un moyen de direction
pour les Aéroftats . Ce procédé confiftoit dans le
fecours de quatre aigles attelés au Ballon , & que
le nouvel Aéronaute avoit dreflés à cette manoeuvre.
Au jour fixé pour l'expérience , une
foule innombrable de curieux s'eft affemblée
pour jouir de ce fpectacle , & il auroit fans doute
eté très-brillant , fans un perit incident qui a un
peu troublé la fête . Déja les fpectateurs preflés
P'un fur l'autre , & le cou tendu fixoient attenti
vement le lieu de la fcene , comme s'ils euffent
craint de perdre le moindre mouvement de l'af
cenfion Déja le cocher aérien du haut de fon
fige , ou plutôt de fon trône , contemploit avec
complaifance cette foule immenfe de fpectateurs
, dont un grand nombre étoient fes contri(
29 )
C
buables ( 1 ). Les aigles eux-mêmes , quoiqu'un
peu honteux de remplacer là de lourds moutons ,
leurs indignes prédéceffeurs , lembloient par
leurs batremens d'ailes , partager l'impatience
du Public. Enfin l'heure fixée ionne , le fignal
fe donne, tous les coeurs trefaillent , toutes les
lorgnettes fe braquent , & le Ballon ........
refte paifiblement fur l'échauffaud qui lui fert de .
théatre. Vainement on fouffle l'Aérofta , on le
délefte , on le démeuble de toutes fes provifions,
on fupprime le char mème , au grand murmure
des Spectateurs , la lourde mach ne pefe opiniâ
trémen: fur la charpente . Alors le cocher remon
te , non pas fur fon fiege , mais fur un efcabot
& âche , comme Neptune , d'appaifer les flots
feditieux . Mais plus débonnaire que ce Dieu lorf
qu'il dit avec Virgile : Quos ego ? il ne menaça
perfonne de fon courroux. Au contraire , il s'ex
cufa de la meilleure grace du monde , & annon
ça pour la ſemaine prochaine une nouvelle repréfentation.
Cette propofition ne fut pas trop
bien accueillie ; mais malgré la mauvaiſe humeur
de l'auditoire , il fallut bien en paffer
par- là.
L'Univerfité d'Edimbourg vient de conférer
le grade de Docteur au célebre Herfchel,
& vu le mérite éminent de la plupart
des Membres de cette Univerfité , cet honneur
ne déshonore point M. Herfchel. Voici
le Diplôme qu'il a reçu , traduit fur l'original
latin.
« L'honneur eft le prix du mérite , & toutes
» les Académies font dans l'ufage de décerner les
こ
(1) Tous ceux qui étoient dans l'enceinte avoient
payéleur place 6 liv.
•
b3
( 30 )
+
3)
כ כ
و ر
plus grands éloges & les diftinctions les plus
éclatantes aux hommes qui s'élevent au deflus
» des autres par l'efprit , les moeurs & la connoifa
fance des Beaux -Arts. Or comme Guillaume
Herfchel , Aftronome auffi zélé qu'infatigable &.
heureux , a montré un génie & un Art égale-
» ment admirables en portant le télek ope de
Newton à une perfection que l'inventeur lui
'même n'avoit pas efpérée : comme il a le premier
foumis à l'oeil de l'homme une planette
placée bien loin par- delà l'orbe de Sturne ,
qu'il a le premier démontré la révolution de
Cette planette autour du Soleil ; que le pre-
>>"mier il a découvert une infinité d'altres perdus
dans des espaces incommenfurab'es , & qui
» n'avoient encore été vus par aucun mortelge
que même au milieu de cette multitude de
» mondes , & dans cette immenfité de la nature .
il ofe fe préparer à chercher la place & la pori
fition réelles du Soleil , & qu'en fin , par les
» découvertes qu'il a déja faites , illa donné aux
hommes une plus grande idée de la magnificence
de la nature & de la majefté de la fupréme Pui
fance : En conféquence , & dans la crainte qu'il
Do n'exiflât aucun monument de la confidération
que nous avons pour un auffi grand homme
Nous , Principal & Profeffeur de l'Univerfité
» du Roi Jacques , à Edimbourg , voulons qu'il
foit attefté par les Préfentes , que , de notre
propre mouvement , nous lui avons conféré le
degré de Docteur en l'un & l'autre Droit , tant
civil que canonique , & lui avons accordé les
privileges, droits & immunités qu'il eft d'ufage,
» tant ici qu'ailleurs , d'accorder aux perfornes
élevées à ce grade. Et pour donner à ces Préfentes
une plus grande authenticité , après y
» avoir appofé le fceau de l'Univerſité , nous y
55
פכ
( 31 )
» avons mis no re fignature. A Elimbourg , l'an
de grace mil fest cent quatre vingt- fix , le qua-
» trieme jour avant les Ides d'Avril ( le 10
>> Avril ).
Signé par le Principal Robertfon , & par
les Profeffeurs de l'Univerfité..
On trouve dans un des Journaux un détail
affez curieux des prérogatives du Grand-
Veneur ( Mafter of the Hounds ) des anciens
Souverains de la Principauté de Galles.
Le Grand Veneur étoit entretenu , avec fes
valets & fes chiens , pendant tout le tems de
l'année où l'on peut chaffer , par les fermiers qui
tenoient des terres immédiatement du Roi . On
chaffoit la biche depuis la mi-Février jufqu'au
mois d'Août , & le cerf depuis cette époque jufqu'à
la mi -Octobre. Enfin depuis le 9 Novem
bre jufqu'à la fin du mois on chaffoit le fanglier.
Le Grand- Veneur amenoit tous les équipages de
chaffe à la Cour le premier Novembre , pour les
foumettre à l'Inspection du Roi . Enfuite on pae
tageoit , d'après une proportion fixe , les peaux
des animaux qu'ils avoient tués dans toure la faifon
, entre le Roi lui-même & les gens. Quelques
jours avant Noël , il venoit réfider à la Cour ,
pour y tenir fon rang & jouir de fes privileges.
Pendant fon féjour à la Cour , il logeoit auprès
de fes chiens. Il avoit pour cor de chaffe une
corne de boaf évaluée à une livre fterling.
Toutes les fois qu'il étoit requis de faire fer-
Inent , il juroit par fon cor , fes chiens & fes
leffes. On ne pouvoit l'appeller en juftice que le
matin de moment , de très -bonne heure , & après
qu'il étoit bot'é . Les valets de la Vénerie , ou
toute autre perfonne qui partageoit avec le Roi ,
ayoit droit de faire les parts , & le Roi celui de
b.4
( 32 )
La
choifir. Le Gran Veneur avoit droit d'accompa
a mée dans le marches & d'y forner l'alarone
&le fign me fignal de bataille avec fon cor . Sa jurif
dition s'étendoit dans tour le pays d'ou Toù le fon de
fon cordch. ffe pouvoit être enten u.
marte ou fouine , le caftor & que ques au res
animaux apparteno ent exclufivement au Roi par
des loix du Royaume , & leurs peaux lui étoient
toutes destinées . Une piece de caftor étoit taxée
10 shellings.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Juillet.
Le Comte de Scey , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préfenté au Roi , a
eu, le 19 de ce mois , celui de monter dans
Tes voitures de Sa Majefté & de la fuivre à
la chaffe .
Le Roi & la Famille Royale ont figné ,
le 23 , le contrat de mariage du Marquis de
Peyrelongue , Ecuyer de Sa Majefté & Capitaine
au régiment du Roi , Cavalerie ,
avec Demoifelle de Coquet.
Ce jour , Dom Précheur , Religieux ,
Procureur général de la Congrégation de
Saint Vannes , eut l'honneur de prefenter au
Roi , au nom de l'Abbaye de Saint Hubert
des Ardennes , des chiens de chafle & des
faucons. Ce préfent que l'Abbé de Saint-
Hubert eft dans l'ufage de faire annuellement
à Sa Majefté , fut reçu par le Comte
de Vaudreuil, Grand Fauconnier de France ,
( 33 )
& par le Chevalier de Forget, Capitaine du
Vol du Cabinet du Roi..
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus fatisfaifant , Sa Majefté a vu ,
le 23 , les Miniftres & les Perfonnes qui ,
par leurs charges , ont les entrées de la
Chambre , tant chez le Roi que chez la
Reine ; & le 25 , toutes les Perfonnes qui
jouiffent des mêmes entrées chez LL . MM.
Le fieur Robert de Heffeln , Géographe
de la ville de Paris & Cenfeur royal , a eu
l'honneur de prélenter au Roi & à la Famille
Royale , qui l'ont honoré de leurs foufcriptions
pour la nouvelle Topographie ou
Defcription détaillée de la France , la premiere
Carte de la contrée Nord.
DE PARIS , le 2 Août.
Il vient de paroître une nouvelle Ordonnance
du Roi concernant la Déſertion , que
fon étendue , de 37 pages , ne nous permet
pas de rapporter en entier. Nous nous bornerons
à en extraire quelques difpofitions ,
notamment celles qui ont les peines pour
objet. S. M. abolit celles de la chaîne , en
ufage depuis quelques années , & y fubftitue
, felon la gravité du cas , ou la peine de
mort , ou les galeres foir perpétue les , oit
à temps , ou le fouer & la marque par le
Bourreau , ou les baguettes avec prolongation
de fervice , ou enfin cette fimple probs
( 34 )
longation. Le Titre III. des Déferteurs ar
rétés détermine en ces mots l'échelle des divers
cas de défertion & des châtimens cor--
refpondans.
2. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant de ferté pendant la
paix paffera dix tours de baguettes par cent
hommes , & il fe : vira huit années au - delà de fon
engagement .
>
3. S'il a déferté pendant la guerre , il paffera
quinze tours de baguettes par deux cens hommes
, & il lervira feize années au - delà de fon
engagement .
4. S'il a déferté à l'Ennemi , il fera paffé par
les armes
5. S'il a déferté de l'Armée la veille ou le
jour d'une bataille , ou s'i a défer é d'un détachement
de guerre ou d'une place affiégée , ou
dune tranchée ; il fera fouetté par le Bourreau ,
marqué d'un P. à l'épaule , & condamné aux
galeres pour trente ans
6. Si dans les mêmes circonstances il a déferté
à l'Ennemi , il fera pendu.
7. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & efcaladé des
remparts , paffera quinze tours de baguettes par
deux cens hommes , & il fervira dix années audelà
de fon engagement , s'il a déierté pendant
la paix :
Et fi c'eft pendant la guerre , il fera condamné
à être pendu.
8. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & emporté les
armes à feu , fubira les mêmes peines prononcées
par l'article ci - deffus .
9. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
} ( 35 )
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté étant de fervice
, pendant la paix , fera ccoonnddaammnnéeaauuxx galeres
pour quinze ans .
Et aux galeres perpétuelles , s'il étoit en
faction.
10. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaſſeur arrêté , ayant déferté étant de fervice
pendant la guerre , fera condamné à être
pendu.
It. Tout Déferteur pris les armes à la main
contre les Troupes du Roi , ou enrôlé dans les
Troupes ennemies , fera condamné à avoir le
poing coupé & à être pendu.
12. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & reconnu pour
avoir été Chef de complot , fera marqué par le
Bourreau d'un D. fur l'épaule , & condamné aux
galeres perpétuelles.
13. Celui qui fera convaincu d'avoir été le
Chef d'un complot de déferter , quoique ce complot
n'ait pas été exécuté , fera paffé par les bretelles
de fufil , fi c'eft un Soldat ou Chaffeur à
pied ; ou par les courroies , fi c'eft un Cavalier ,
Huffard , Dragon ou Chaffeur à cheval : il fera
enfuite chaffé avec une cartouche jaune .
14 Celui qui aura participé au complot de
déferter , & pris jour avec le Chef, fans que ce
complot ait été exécuté , paffera cing tours de
baguettes par cent hommes , & il fera quatre
années de fervice au- delà de fon engagement.
15. Celui qui , fans avoir participé au complot
de déferter , en aura eu connoiffance & ne
Paura pas déclaré , recevra trois jours de fuite ,
cinquante coups de plat de fabre , & fera obligé
de faire quatre années de fervice au -delà de fon
engagement.
16. SA MAJESTÉ accorde à tout Soldat , Cab
6
( 36 )
valier , Húfard , Dragon ou Chaffeur , qui fera
la dénonciation d'un complot de déferter , Ceng
livres de gratification & fon congé abfolu . Cette
fomme lui fera payée & fon congé abfolu délivré
, auffi -tôt après les preuves acquifes de la
réalité du complot ; & le Secrétaire d'Etat de la
guerre , à qui ces preuves feront adreffées , fera
rembourfer la fufdite fomme de Cent livres à la
Maffe des Recrues , qui l'aura avancée .
17. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , ayant déferté & volé , fera
fouetté par le Bourreau , marqué à l'épaule des
lettres D. & V. & condamné aux galeres perpétuelles.
18. Tout Cavalier , Huffard , Dragon ou Chaf
feur à cheval arrêté , ayant déferté avec on cheval ,
fera condamné aux peines ordonnées par l'article
précédent , s'il a déſerté pendant la paix : Si c'eſt
en temps de guerre il fera pendu.
19. Celui qui , en défertant , aura emmené
un autre cheval que le firen , ou plufieurs chevaux
, foit en temps de paix , foit en temps de
guerre , fera pendu.
20. Si un Dé erteur eft arrêté en fe défendant
à main armée contre la Maréchauffée ou contre
un détachement des Troupes du Roi , fon procès
lui fera fait par le Prévôt , & il fera condamné à
éire pendu .
·
Mais fi ce détachement des Troupes du Roi
étoit de fon régiment ou de fa garnison , il y
feroit ramené pour être jugé par le Confeil de
guerre , & de même condamné à être pendu .
21. Si un Déferteur eft arrêté par des Bourgeois
ou Payfans ou par des Employés des
Fermes , & qu'il fe foit défendu contr'eux à
main armée , il fera ramené à fon Régiment pour
y paffer quinze tours de baguettes par deux cens
( 37 )
•
hommes ; & il fervira fix années au- delà de la
prolongation qu'il auroit encourue par ſa ſeule
défertion.
S'il avoit tué quelqu'un defdits Bourgeois
Payfans ou Employés , il fera jugé par le Prévős
& condamné à être pendu.
22. Tout Déferteur arrêté déguifé , paffera
dix tours de baguettes par deux cens hommes ,
& il fervira douze années au - delà de fon engagement.
23. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur , qui fera arrêté pour la feconde fois
comme Déserteur , fera condamné aux galeres
pour quinze ans.
24. Celui qui aura déferté plus de deux fois ,
fera fouetté par le Bourreau , marqué d'un D.-
à l'épaule , & condamné aux galeres perpé
tuelles.
25. Si un Déferteur s'eft engagé , qu'enfuite
il ne foit pas déclaré , & qu'il n'ait pas profité de
la grace de l'Article 28 du Titre II , qui le fait
participer à celle du retour volontaire , ledit
Déferteur , s'il eft découvert dans le Régiment
où il fera engagé , fera reconduit à fon premier
Régiment , & il y fera condamné , fi toutefois les
circonftances de fa défertion ne lui ont pas fait
encourir des peines plus fortes à celle de quinze
tours de baguettes par deux cens hommes ; il fervira
enfuite feize années au- delà de l'engagement
qu'il y avoit contracté .
26. Si le Déferteur a escaladé des remparts ou
s'il a déferté avec des armes à feu , il fera condamné
aux galeres pour dix ans ; pour vingt ans,
s'il a déferté étant en faction : fi c'eft pendant la
guerre qu'il a deferté avec ces mêmes circonftances
, il fera pendu.
27. Si le Défertear , engagé & découvert dans
( 38 )
un autre Régiment , & reconduit en conféquence
à fon premier Régiment , avoit volé ; il feroit
foueté par le Bourreau . marqué à l'épaule des
lettres D. & V. , & condamné aux galeres per
pétuelles.
-4 装
28. Toutes les fois qu'un Déferteur fera dans
le cas de fubir une peine afflictive ou celle de mort
par la main du Bourreau , il fera dégradé des armes
avant de la ft bir.
29. Toutes les fois que les circonstances compliquées
de la défertion fe rapporteront à la fois à
différens articles de cette Ordonnance , le Déferteur
fera jugé d'après les circonstances les
plus graves , & condamné aux peines les plus
fortes.
30. Tout Soldat , Cavalier , Huffard , Dragon
ou Chaffeur arrêté , & fe trouvant dans le cas
de faire une prolongation de fervice , fera mis à
la queue de fa compagnie , & privé pendant huit
ans de tout congé limité ou de femeftre. Il reftera
fufceptible des hautes- payes & honneurs militaires
, à compter du premier jour de fon nouveau
fervice .
Le Titre II. a pour objet le retour volontaire
des Déferteurs. Le foldat qui manque
à l'appel fera puni fimplement de difcipline
de corps , s'il entre avant l'inftant où il
doit être infcrit comme Défenteur , & dénoncé.
S'il rentre enfuite , formis feulement
à une prolongation de fervice. Quant aux
Délerteurs actuels , S. M. prolonge de fix
mois l'Amniftie accordée par l'Ordonnance
du 17 Décembre 1784 , jufqu'au 1 Janvier
1785 A l'égard de ceux détenus actuellement
à la chaîne , l'intention de S. M. eft
I
399
qu'ils achevent de fubir la punition à la
quelle ils ont été condamnés,
Pendant le courant du mois de Juin , un navire
a été lancé dans le port de Bordeaux ; un
Pautre a été mis en conftruction ; quatorze ont
été mis en coutume , ou en chargement , &
vingt cinq étoient fur divers chantiers.
Pendant ce mois il est entré dans le
même port dix - huit navires venant des Illes
françoiles , favoir , fept du Cap , quatre du Portau-
Prince , quatre de la Martinique & trois de la
Guadeloupe leurs chargemens confiftoient en
fucre , café , coton , indigo , cacao , bois de
campê he & de gayac , gingembre , &c . Il eft
auffi entré cent foixante bâtimens de petit cabotage
françois & trois du grand , ainfi que foixantecing
navires étrangers , chargés de bled , mér-.
rain , planches , poutres , fer , bierre , chanvre .
beurre , fromage , &c. & la plus grande partie
fur leur left.
Ce même mois , il eft forti du port feize navires
françois , deftinés pour nos colonies , favoir ,
huit à Saint-Domingue , deux à la Martinique
deux à l'ifle de France , un au Port- au- Prince, un
à la Guadeloupe , & un à l'ifle de France & Mozambique
: leurs chargements confiftoient en vin ,
farine , boeuf , beurre , eau - de - vie , lard , marchandifes
feches , &c. Il eft auffi forti du port
cent vingt-cinq bâtimens de cabotage françois ,
& quatre de grand , ainfi que quarante - quatre navires
étrangers , chargés de vin , fucre , eau -devie
, café , fyrop , &c .
Le Roi d'Eſpagne vient de faire publier
une Pragmatique Sanction , par laquelle il
met à l'abri de l'emprifonnement pour detses
tous les Artiftes , Manufacturiers ou La(
40 )
boureurs , & défend de faire fur eux la faifie
de leurs outils , métiers & uftenfiles néceffaires
à l'exercice de leurs profeffions.
Cette nouvelle Loi a été déterminée par le
nombre effrayant d'ouvriers enlevés à leurs
métiers & à leurs créanciers ; S. M. ayant
très fagement obfervé que les exécutions &
les contraintes n'avoient le plus fouvent que
l'effet d'opérer la ruine des débiteurs fans
produire aucun avantage réel pour les
créanciers .[ Journal de Provence. ]
Une femme de trente deux ou trente- quatre
ans , nous écrit-on de Creil , fort délicate en apparence
, enceinte de cinq mois , & pour la quatrieme
fois , offrit un fpectacle bien hideux &
allez nouveau . Sur les fept heures du foir , en
voulant foulever un fardeau , elle fe rouvrit une
cicatrice , qu'elle avoit au côté gauche depuis
long-temps. Auffi tôt une partie de fes inteftins
s'échappe par cette ouverture . Elle ne fe déconcerte
point ; elle les releve , les foutient dans
fes mains , & court appeller fes voisines . Les
premieres qui fe préfentent pour la fecourir ,"
tombent évanouies ...... Elle les laiffe , pour
s'adreffer à d'autres qui foient plus capables de
voler à trois quarts de lieue de - là , & lui amener
un ou plufieurs Chirurgiens . Le fieur Verrier arri
ve de Creil , & le fieur Parfait , Curé de Liancourt ,
où il eft honoré de la confiance & de l'eftime de
M. le Duc de la Rochefoucault . Ils ne peuvent
.commencer l'opération qu'à une heure du ma
tin après avoir fait adminiftrer à leur malade
les derniers Sacremens : ils ruffiffent . Mais lor
que M. Parfait reparoît le lendemain , même
défordre , & nouvel embarras , les bandages &
( 41 )
严
les compreffes ont manqué , & cette mere infortunée
eft difpofce mettre au monde l'enfant
qu'elle porte dins les flanes déchirés . Il nat trèsheureufement
; on le porte à l'Eglife , & il vit
´encore cinq heu es après avoir baptife. On
a recommencé & achevé cette operation difficile
& p - rilieuſe ,
P
Je viens de la voir , nous écrit notre Correfpondant
, cette femme forte & fi intéreffante . J'ai
converfé avec elle ; elle m'a confirmé ce que cent
bouches m'avoient répété dans le Canton , & notamment
l'Eccléfiaft que refpectable qui l'avoit
affiftée .
On diroit qu'elle a oublié fes douleurs & le
danger qu'elle a couru , pour ne plus s'occuper
que de fon Chirurgien . Elle en parle avec attendriffement
& une forte de vénération . Il me
femble n'il m'rite bien auffi de fa part cette
reconnoiffance . I faifoit une lieue & demie
Ja nuit comme le jour , & très - fréquemment
pour voir ce qu'il y avoit à craindre ou à
espérer.
Dans fa derniere vifite , il s'apperçut de l'inquiétude
& de l'embarras des Sieur & Dame
Achette ( c'eft leur nom ) . I les devina ...
« Vous pensez , peut - être , leur dit il , à me demander
mon mémoire ? Je n'en ai point à
vous préfenter. Je me crois bien payé de mes
foins , de mes veilles , de mes courfes , & c.
per le plaifir & le bonheur que j'ai de vous
» conferver la vie. Tout ce que je vous de-
» mande, c'eft que vous veniez inceffamment av
» moi à Paris . Vous ne me paroillez pas fortunés,
& cet accident vous conftitue en dépenses.
Recevez quelqu'argent de ma main ; aidez-
Vous & foyez tranquille ».
55
avec
La précieufe utilité de la poudre anti(
42 )
hémorragique du fieur Jacques Faynard
& dont il eft l'inventeur , eft aujourd'hui
univerfellement reconnue.
Les fuccès multipliés de cette Poudre , tant en
'Angleterre qu'en France fa patrie , lui ont fait.
mériter de Sa Majesté bienfaiſante un privilége
exclufif de trente années.
Rien n'attefte micux la propriété de cette Podre
que les fournitures qu'il continue d'en faire
dans les Hôpitaux de la Guerre , de la Marine &
des Colonies Françoiſes , & il vient encore d'ob .
tenir de Sa Majefté les ordres d'approvisionner
tous les Hôpitaux de Charité du Royaume ; le
Roi voulant fairejouir fes fujets d'un fecours auffi
précieux pour le bien de l'humanité.
Cette Poudre eft fupérieure à tout ce qui a paru
jufqu'à préfent dans ce genre ; elle a la vertu
d'arrêter toutes hémorrhagies , tant internes
qu'externes , vomiflemens & crachemens de
fang ; elle arrête & guérit les pertes des femmes,
les faignemens de néz , & c. &c. &c. , >
Dans les amputations , il ne faut pas de ligatures
& fur toutes coupures quelconques , la
plaie fe guérit fans autre application que ladite
Poudre ; elle ne caufe aucune inflammation ni irritation
Combien de perfonnes perdent la vie fur le
champ de bataille par la perte de leur fang ! quel
grand fecours que cette Poudre pour les Militaires
dans une bataille ou dans un combat naval !
Toutes perfonnes devroient avoir une boîte de
cette Poudre dans leur maifon ; elle feroit la fureté
de leur vie , puifqu'elle leur tiendroit lieu de
Médecin & de Chirurgien , n'ayant pas ces MM.
à leur portée dans le moment d'un accident , foit
en voyage ou dans leur maison .
Le dépôt de ladite Poudre eft à Paris , chez M,
( 43 )
Billette , Receveur de la Loterie Royale de
France , rue de la Ferronnerie , en entrant par
celle S. Denis.
Elle fe vend auffi chez le fieur Faynard qui en
eft l'Auteur , rue Beaubourg , no. 75.
A Verfailles , chez M. Lavallée , à la Brafferiej
avenue de Paris .
Et à Amiens , chez M. Dufetél , rue au Lin .
Les perfonnes qui lui feront l'honneur de lui
écrire , font priées d'affranchir leurs lettres .
Il y ades boîtes de deux prix , de 12 liv . & de
24 liv.
Le Bailli de Freflon , Colonel du régiment
de Malte & Premier Ecuyer du Grand-
Maître , y eft mort le 22 Mai dernier , d'une
, y
fieyre maligne , qu'il avoit prife en vifitant
les foldats malades à l'Hôpital . Ce Chevalier
, ci-devant Lieutenant colonel du régiment
Maréchal de Turenne , au fervice de
France , s'étoit fixé à Malte depuis la dépu
tation dont il avoit été honoré par les Etats
de la province de Bretagne , pour féliciter
le Grand Maître fur fon avénement au Magiftere.
Les prieres dans les Eglifes de la
ville & de la campagne , qui n'ont pas ceffé
pendant fa maladie , prouvent l'eftime &
les regrets du Prince , de l'Ordre & du pays.
On a inféré récemment dans quelques Papiers
étrangers l'extrait d'une lettre prétendue
écrite de Malte , fauffement attribuée à
ce Bailli , & datée de 12 jours après fa mort.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le de ce
mois , font : 77 , 15 , 84 , 17 , & 2 .
3 .
( 44 )
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES, le 30 Juillet .
D'après la deman le de la Régence d'Aixla
Chapelle , 4 o hommes des troupes de
l'Electeur Palatin s'étoient mifes en marche
de Duffeldorf ; mais depuis elles ont reçu
contr'orde , & font rentrées dans leurs
quartiers. On attend encore la réponſe de
Empereur fur le même objet.
Le Stathouder ne reviendra point à la
Haye , & en quittant la Zélande , il fe rendra
au château de Loo en Gueldres. M. de
Maillebois eft parti pour fon gouvernement
de Breda .
Le Colonel de Muller , chef du nouveau Régiment
Suiffe au fervice de Pruffe , que nous devons
avoir ici en garnifon , écrit- on de Xanten ,
ainfi qu'a Goch & à Calcar , a paffé derniérement
par cette ville. Cet Officier joint au caractere
ouvert & franc de fa nation , une amabilité & ·
une honnéteté particuliere. Une partie de fes
Officiers fe trouve déjà à Wefel pour recevoir
les recrues. Le Régiment de Muller fera compofé
de 1800 hommes , le Roi lui ayant ordonné de
l'augmenter de 200 .
L'Académie Royale des Sciences & Belles-
Lertres de Pruffe a publié le Programme
fxivant des Prix qu'elle propofe pour 1788.
La Claffe de Mathématique , en propofant le
fujet du Prix de l'année 1786 , avoit demandé
une théorie claire & précife de ce qu'on appelle
INFINI en Mathématique.
L'Académie a reçu beaucoup de Pieces fur ce
( 45 )
fujet. Leurs auteurs ont tous oublié d'expliquer.
comment on a déduit tant de théorèmes vrais d'une
fuppofition contradictoire , comme l'eft celle d'une
quantité infinie. Ils fe font tous , plus ou moins ,
écartés de la clarté , de la fimplicité , & -fur-tout
de la rigueur qu'on exigeoit . La plupart n'ont pas
même vû que le principe demandé devoit être ,
non pas borné au calcul infinitéfimal , mais ét - ndu
à l'Algèbre & à la Géométrie traitée à la maniere'
des Anciens.
Le fentimentde l'Académie eft donc, que fa demande
n'a reçu aucune réponſe complette .
Cependant elle a trouvé que celui qui a le plus
approché de fes intentions , eft l'Aureur d'une
Piece françoife , dont l'Auteur eft M. Lhuilier,
Citoyen de Geneve , Membre de la Société
d'éducation à Varfovie. L'Académie lui a adjugé
le prix .
La Claffe de Philofophie expérimentale avoit
renvoyé à l'année 1786 le Prix fur la théorie de la
fermentation ; mais n'ayant rien reçu de fatisfai-
Lant , elle abandonna la Queftion .
La Claffe de Belles - Lettres propofa pour le Prix
de 1788 , la Queſtion fuivante :
Comment l'imitation des Ouvrages de littérature
étrangere , tant ancienne que moderne , peut- elle
développer & perfectionner le goût national ?
Le Prix confifte en une Médaille d'or du poids
de cinquante ducats. Les Pieces écrites d'un caractere
lifible , feront adre flées , franches de port, à
M. le Confeiller privé Formey , Secrétaire perpétuel
de l'Académie ,
Le terme pour les recevoir eft fixé juſqu'au 1
de Janvier 1788.
La Claffe de Philofophie fpéculative a propofé
pour le Prix de 1787 la Queftion fuivante :
Quels font dans l'état de nature les fondemens
( 46 )
& les bornes de l'autorité des parens fur les enfans?
Y a- t-il de la différence entre les droits
du pere & ceux de la mere ? Jufqu'à quel point
les loix peuvent- elles étendre ou limiter cette
autorité ?
Les Pieces envoyées au concours feront reçues
jufqu'au de Janvier 1787.
La Claffe de Philofophie expérimentale a propofé
une nouvelle Queftion relative au Prix
fondé par feu M. Eller. En voici l'énoncé .
>
1º. Si l'on peut introduire par- tout la nourriture
des bêtes à cerne , des brebis & des chevaux ,
dans les étables , en abolifant les près naturels
& les pâturages ? Ou fi cela ne ſe peut
point?
2. Par quelles obfervations & principes on pourroit
prouver que dans le cas affirmatif , le rapport
des biens de campagne feroit le plus confidérable ,
Jans que cela nuife à quelque autre befoin de
T'Etat?
3°. Quelles obfervations pourroit- on oppofer aux
avantages de la nourriture du bétail dans les érables
? Et quelles fuites défavantageufes auroit on
à en craindre?
Les Pieces feront reçues jufqu'au 1 Janvier
1787 ; & le Prix de cinquante ducats fera adjugé
dans l'Affemblée publique du 31 Mai fuivant,
Paragraphes extraits des Papiers Anglois autres.
«Suivant une lettre de Bruxelles , du premier
courant , Lord Torrington réuffit dans les négociations
auprès du Gouvernement Autrichien . II
a été convenu qu'on reverroit le fyfteme zuel
de cor merce entre les Pays - Bas & la Grande-
Bretagne , pour adopter enluite de cet examen ,
( 47 )
telles mefutes qui feront jugées les plus convena
bles aux deux pays. ( London Eveningpoft . )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE.
Demande en nullité de donation , & fubfidiaire
ment en entérinement de lettre de refcifion contre
cette même donation .
Cette Caufe eft doublement intéreffante , & par
la fingularité des faits qu'elle préfente , & par les
queftions que les faits donnent lieu d'agiter. -
François Gorge , marié en 1746 , à Gercat en
Auvergne , eut de fon mariage une fille nommie
Amable Gorge , elle n'avoit que fix mois
lorfqu'elle perdit fa mere . Peu de jours après ,
fon pere l'expofa devant la porte de l'Hôpital .
de Clermont - Ferrand , ayant attaché fur fa poitrine
, avec un ruban vert , en papier fur lequel
étoient écrits ces mots : l'Enfant fe recommande
à vos foins , il eft âge de deux mois . La
fille Gorge eft reftée vingt ans dans l'Hôpital , ou
bliée de fon pere , & inconnue à elle - même : enfin,
en 1772, l'ayeul & l'ayeule maternels de l'enfant
étant morts , & laiffant une fucceffion a Tez
confidérable , à laquelle la fille Gorge le trouvoit
appellée par repréfentation de fa mere , le pere le
rendit à l'Hôpital avec un Notaire , pour chercher
fa fille & la reprendre fur les indications
qu'il donna : le motif du pere étoit , qu'étant ufufruitier
des biens de fa fille , fuivant la Coutume
d'Auvergne , il falloit qu'il juftifiât de fa
qualité à fes cohéritiers , qui ignoroient qu'il eût
une fille . La fille Gorge retourna donc
dans la maison paternelle ; Pufufruit fut adjugé
au pere , & elle refta avec lui à peu près 18 mois ;
mais foit qu'elle éprouvât des durerés dans fon
nouvel afyle , foit qu'elle ne pût fe plaire ailleurs
que dans les lieux où elle avoit pallé toute
( 48 )
La vie , elle retourna dans fon Hôpital , où elle
demeura ignorée une feconde fois jufqu'en 1778.
A cette époque , François Gorge qui s'étoit
marié en fecondes noces, peu de tems après l'expofition
de fa fille devant l'Hôpital de Clermont ,
conçut le projet de faire paffer à fes enfans la propriété
, des biens dont il étoit uſufruitier . Alors on
va trouver la file Gorge , on a mene chez un
Notaire , & là , elle fait une donation de tous fes
biens à fes freres & foeurs confanguins . Dès que
l'acte eft paffé on la remene dans fa demeure ordinaire
, d'où elle n'eft plus fortie , & d'où elle
a formé la demande contre les donataires , lorf
qu'elle a appris la mort de fon pere .
Elle a
commencé par préfenter une Requéte au Lieutenant
Général de la Sénéchauff e de Riom , &
a foutenu la nullité de la donation qu'elle avoit
faite , foit à caufe de l'incapacité des donataires
, foit parce que fon confentement lui avoit
été extorqué par l'erreur ou par la fraude.
Enfuite & lorfque la procédure fut plus avancée
, elle prit fubfidiairement des lettres de refcifion
, fondée fur l'erreur & la ſurpriſe , & en
demanda l'entérinement. Sentence eft intervenue
le 2 Sept mbre 1734 , qui a débouté
la fille Gorge de la demande en nullité de refcifion
, & qui a donné afte aux donataires de leurs ,
offres de la nourrir po r lui tenir lieu de la penfion
de dix liv . La fille Gorge s'est rendue .
appellante de cet e Sentence , & a demandé la
nullité de la donation , & fubfidiairement l'entérinement
de lettres de refcifion . Arrêt u
30 Mars 1786 , qui entérine en tant que befoin
les lettres de refcifion , &c.
---
7
-
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 27 Juillet .
E Roi de Danemarck a figné le 14 Juil-
Lier le nouvel Octroi de la Compagnie de
la Baltique & de Guinée , à laquelle S. M. a
accordé de nouveaux avantages .
On a pu remarquer par le pré.is que
nous avons donné des opérations de la
Diete de Suede , le peu d'harmonie qui
a regné entre le Roi & cette Aflemblée nationale
. Elle n'a adopté définitivement aucune
des réfolutions propofées par le Monarque
; elle a refufé de prendre connoif
fance des dettes de la Couronne qu'elle n'a
point confidérées comme dettes de l'Etat ,
en annonçant affez fes difpofitions futures
fur cet objet. Il fera très -aifé de juger du
mécontentement qu'a reffenti le Roi , en
éprouvant une pareille réfiftance , lorsqu'on
N°. 32 , 12 Août 1786.
с
( so )
1
fira le difcours de S. M. à la clôture de la
Diete. En voici la traduction .
NOBLES , VÉNÉRABLES , &C.
L'avantage du Royaume & le foin de votre
propre bien - être ont été les uniques motifs
de la convocation de la Diète , à laquelle je
vais mettre fin aujourd'hui ; la conduite que
j'ai tenue devant cette affemblée > a pu vous
fervir pareillement de preuve convaincante
de l'amour fincere , qui m'anime envers la Patrie.
Puifqu'une défiance mal - fondée en ellemême
, peu méritée à l'égard de celui qui
vous a rendus libres , & qui vous a raſſemblés
uniquement pour avancer votre bonheur ;
puifque , dis- je , une crainte imaginaire s'eft
élevée , comme une lueur trompeuſe ou un
feu follet , & a menacé de troubler l'union &
la concorde , que j'ai tâché depuis 14 ans de
maintenir de toutes les manieres & avec tant de
peine , même en oubliant mes propres intérêts
, je ne faurois regarder cette méfiance
que comme un nuage qui s'éleve après une
Tongue & douce férénité, mais qu'une conf
zante patience voit bientôt s'évanouir . En ef
fet la vérité doit toujours triompher , & même
à mesure qu'on fait de plus grands efforts
pour l'obfcurcir , elle brille avec d'autant plus
d'éclat , & fes rayons percent avec fplendeur
le voile dont on vouloit les couvrir.
•
Nos Annales confirment ce que je viens
de dire. Un de mes plus grands Prédéceffeurs
le Roi dont j'ai l'honneur de porter le nom
Guftave Erichfon , le Sauveur de fa Patrie
éprouva plus d'une fois , derant fon glorieux
Regne, cette efpece de fatalité : Cependant
il vit la vérité triompher à la fin ; & fon illuftre
( 51 )
Nom eft encore l'objet de l'admirtion de la
Postérité , quoique la jaloufie , l'intérêt par
ticulier , une ambition mal- placée , la légèreté
, & l'envie de dominer s'efforçaffent , comme
à l'envi , de flétrir fon Regne , fi digne d'éloges
, & même de lui ravir le Sceptre qu'il
avoit arraché aux mains d'un tyran .
C'est au Tribunal de la postérité que doivent
être jugés les Souverains : la poſtérité ſeule
peut prononcer avec impartialité. Le jugement
des contemporains , leur blâme ou leurs louanges,
font pour la plupart également injuftes
ou peu mérités : ils fe fondent fur des préju
gés ; mais le jugement de la postérité répofe
fur une bafe beaucoup plus folide . L'âge préfent
regarde fouvent un bon Roi comme foi
ble , un Roi jufte comme trop févere : la tolé
rance à fes yeux eft une trop grande foibleffe ;
& un Roi ferme & conftant , il le peint des
couleurs d'un Monarque ambitieux mais la
poflérité , fans baine & fans envie , prononce
une fentence plus jufte : c'eft elle qui portera
un jour fon arrêt fur les diverfes diffenfions
qui ont agité la préfente Diète , & fur les
vues de ceux qui s'y font le plus fait remarquer
c'eft elle auffi qui me fera juftice , &
qui rendra témoignage à ma condefcendance
exemplaire , à ma douceur , & à la confiance
que j'ai tâché de vous infpirer , tandis que je
me fuis montré prêt à tout ce qui pouvoit fer
vir à votre liberté & à votre sûreté , & que j'ai
foigneulement écarté tout ce qui pouvoit
tendre en quelque façon à échauffer les ef
prits ou à troubler vos délibérations ; car
tout ce qui me concerne perſonnellement ,
je le facrifie volontiers & de bon coeur ¹à
f'amour qui m'anime pour mon Royaume ,
+
C 2
( 52 )
& à notre commune Patrie. Ce font ces : fentimens
, qui reglent conftaminen: ma conduite
, & que j'ai fuivis dès le commencement
de mon Regne. Il est vrai , que mes pas dans
ce chemin ont fréquemment été femés d'épines
, & que ma follicitule pour votre bienétre
ainfi que l'exemple de mes illuftres Prédéceffeurs
ont pu feuls m'y raffermir : mais je
regarde l'efpoir , que je nourris , comme une
récompenfe affez précieufe de toutes mes
peines ; favoir , que je pourrois employer les
moyens , que vous m'avez mis entre les mains
à ma requifition , à vous garantir des funeftes.
effets d'une mauvaiſe récolte , dans le cas
qu'il plût au Tout Puiffant de nous vifiter de
nouveau par ce fléau. Vraiment , je porte
avec moi un coeur plein de fenfibilité pour
Vous cft ce que j'ai déjà prouvé plus d'une
fois ; & cette fenfibilité , je ne la perdrai jamais.
A préfent il ne tient qu'à vous d'y répondre
, ainfi qu'il convient , par votre obéif
fance , par votre refpect pour les Loix , & pour
mes ordres, & par votre confiance envers moi:
je crois ê re en droit de l'attendre & de l'exiger
de votre part. Animés de ces fentimens ,
retournez à vos demeures . Soyez-y utiles à
vous- mêmes , à moi , au bien - être de la
Patrie reprenez dès à préfent chacun fa vacation
; mais avant que vous vous fépariez , je
veux vous donner encore en cette place une
nouvelle preuve, de ma follicitude pour vous.
Je vous fais rémiffion de la quatrieme année
du Subfide que vous m'aviez accordé .
Mes fujets , fouffrant de la rigueur des tems
ont befoin de ce foulagement , afin de pouvoir
fe refaire en des années plus favorables ;
·
( 53 )
& ce m'eft un plaifir particulier de pouvoir y
contribuer d'une maniere efficace.
La fituation préfente du Royaume me fait
efpérer la continuation du repos & de la Paix ;
elle me promet une longue fuite d'années ,
pendant lefquelles aucune circonstance n'exigera
plus votre convocation . Pus donc que
nous nous féparons pour long - tems , je vous
fouhaite les bénédictions les plus précieufes du
Très haut , que chacun de vous embraſſe
les fiens avec joie , & je refterai conftamment
pour vous tous enfemble , & pour chacun de
Vous en particulier , votre Roi tiès - affectionné.
-
On affure que le Contr'Amiral , Chevalier
de Kinsbergen , dégoûté du fervice de la
Hollande , a accepté les offres de l'Impératrice
de Ruffie qui le reprend à fon fervice ,
& qui lui donnera la direction du département
de fa Marine fur la Mer Noire , où
M. de Kinsbergen a été employé antérieurement.
Fin de la Réponse du Roi de Pruffe au
Mémoire de la Cour de Ruffie fur la ville de
Dantrick.
L'induction tirée de la balance de Commerce ,
ne repofe au refte dans le vrai que for des principes,
qu'on a admis fans preuves ; & elle condui
roit bien au delà de l'efprit & du but de la Convention.
La ville de Dantzick a déjà la balance en
fa faveur par le Monopole extrêmement important
du Commerce d'exportation de la Pologne. Sa fituation
& la richeffe des habitans lui affurent encore
le commerce d'importation , L'on peut auffi
prouver par les liftes des Douanes Proffiennes , &
C 3,
( 54 )
en appeller à cet égard au témoigtage même du
Magiftrat de Dantzick , que, pendant tout le cours
de ces différends , les Sujets Pruffiens n'ont prefque
pas importé de marchandifes en Pologne; que leur
fituation & leur peu de facultés le leur interdifent
abfolument , & que leur petit Commerce s'eft 10ujours
borné uniquement & fe bornera toujours à
l'intérieur de la Pruffe . Si , fous prétexte de maintenir
l'équilibre contre la grande ville de Dantzick
& les pauvres habitans des petits Bourgs Pruffiens
, qui en font voifins , ces derniers devroient
payer au Magiftrat de Dantzick l'équivalent nonfeulement
de la Douane au Nouveau-Fahi waffer,
mais encore de celle à Fordan , ils devroient acquitter
en effet près du Blockhaus de Dantzick des
droits d'un Commerce , qu'à la vérité ils peuvent
faire par Fordan avec la Pologne , mais qu'ils
n'ont pas fait jufqu'à préfent ni ne feront peut - être
jamais : & dans la réalité ces droits ne tomberoient
que fur le commerce intérieur de la Pruffe & für
des marchandifes , dont ce Royaume eft approvifionné
par fes propres habitans . Il ne s'agit
pas tant ici de la queftion , fi les Dantzickois ne
profiteront point de la balance de Commerce ,
qu'ils obtiendroient par l'équivalent de la Douane
de Fordan , pour s'emparer auffi entiérement du
Commerce intérieur de la Pologne , auquel ils n'ont
déjà que trop de part par une contrebande , qu'il
eft impoffible d'empêcher. La demande la plus
effentielle & facile à réfoudre eft bien plutôt celleci
: file Magiftrat de Dantzick , en fe faifant payer
l'équivalent de la Douane de Fordan , ne leveroit
pas ces Impôts fans aucun droit ni néceffité fur le
Commerce intérieur de la Pologne ; fi par le
moyen de ce double Droit il ne mettroit pas les
Sujets Pruffiens dans l'impoffibilité abfoluc de faire
le commerce de leur propre Pays , & fi ceux ci
( 55 )
ne fe verroient pas forcés à le pourvoir de leurs
befoins d'auffi loin que d'Elbing, ou à les acheter
des Dantzickois à un prix arbitraire ? Ce facrifice
feroit trop confidérable , pour que le Roi puiffe
l'impofer à fes Sujets , auxquels il a déjà fait facrifier
le Commerce d'exportation de la Pologne,
fans y être obligé en aucune façon , uniquement
par modération & par déférence pour le defir de
S. M. l'Impératrice de Ruffie . La convention du
22 février 1785, n'offre aufli pas un feul avantage
réel pour les fujets Pruffiens , vu qu'on ne leur
accorde qu'un paffage fort limité fur le Territoire
de Dantzick ; paffage auquel ils étoient déjà fuffifamment
autorisés par le droit de réciprocité.
Veut on les contraindre aujourd'hui à acheter la
liberté du paffage , qui déjà leur appartenoit de
foi-même , & qui a été formellement reconnue,
au prix de la perte totale du Commerce de la Pologne,
& même implicitement du Commerce avec
leur propre Pays , qui feroit la fuite abfolument
néceffaire de la perception du double Droit au
Blockhaus ? De cette façon il feroit beaucoup plus
avantageux aux Sujets du Roi de s'abstenir tout
à fait du paffage par le Territoire de Dantzick.
Que chaque partie rentre alors dans fes Droits
primitifs , & que la convention foit regardée
comme non - avenue.
La ville de Dantzick peut choisir de cette alternative
ce qu'elle croit lui être le plus avantageux ,
ou de renoncer à la convention & de remettre tout
fur l'ancien pié , ou de s'en tenir à la convention
& de nelever au Blockhaus que l'équivalent des
Droits du Nouveau Fahrwaffer , mais non pas de
ceux de Fordan . Dans le dernier cas le Roi n'empêchera
point la ville de Dantzick de jouir de tous
les avantages de la convention du 22 février , &
ne demandera nullement un paffage illimitépour
c 4
( 56 )
fes Sujets , comme auffi S. M. ne l'a pas fait jufqu'à
préfent , tandis que jufqu'aujourd'hui le Magiftrat
de Dantzick a acquiefcé de bon gré & de fon
propre mouvement à l'arrangement qui a été fait
par interim . fans y avoir été contraint en aucune
façon par la Cour de Berlin . Auffi depuis bien du
tems l'on n'a entendu parler ici d'aucuns différends
ni d'aucun mécontentement entre les deux Parties
, ni que la ville de Dantzick ſe ſoit plainte du
paffage ou du Commerce trop étendu des Sujets
Prufliens ; de forte que la ville paroît être revenue
de fes préjugés & de fes craintes , & que la nouvelle
prétention , qu'on veut mettre en avant aujourd'hui
, ne tire apparemment fon origine que
d'un mal entendu ; de forte que , fi on la laiffoit '
tomber , la convention reprendroit toute la force ,
& le repos & la bonne harmonie , fi avantageux
pour les deux Parties , feroient rétablis & fe
maintiendroient pour long- tems .
Dans cette attente S. M. agrée auffi très - volontiers,
que, conformément à la Propofition de la
Cour de Petersbourg , les Réfidens refpe &tifs à
Dantzick, avec aljonction de quelques Députés du
Magiftrat, examinent le chemin par le Ganfekrug,
& conviennent , tant pour le préfent que de tems
en tems à l'avenir , fur les réparations néceffaires
à y faire , tandis que S. M. doit fe réſerver en
même- tems , que , fi malgré cette précaution ce
chemin devenoit tôt ou tard dans la fuite impra
ticable , les Sujets Pruffiens conferveroient n'anmoins
la liberté de paffer , dans tel cas de néceffité
, du moins dans les fauxbourgs de Dantzick.
Le Roi fe promet de l'amitié de S. M. l'Impératrice
, ainfi que de fa pénétration & des fertimens
de juftice , d'équité & d'impartialité , qui
forment le caractere réel de cette grande Souveraine
, qu'après avoir pefé encore une fois les prin
( 57 )
cipes établis , tant en cette réponse que dans le
Mémoire du 15 feptembre , Elle ne leur refufera
pas plus long- tems fon aveu , & qu'Elle n'étendra
pas la garantie & la protection , dont Eile honoré
la ville de Dantzick , au préjudice trop notable
des droits & des intérêts d'une Puiffance amie ,
mais que bien plutôt Elle confeillera au Magiftrat
de la fufdite ville , de fe contenter des conditions
convenables & déjà trop avantageufes, qui lui ont
été accordées ; d'exécuter la Convention du 22
février dans fon fens vrai & non forcé ; enfin de
mettre une fois pour toutes fin à une conteftatión ,
qui n'a déjà duré que trop long-tems au très - grand
préjudice de toutes les Parties intéreffées .
DE VIENNE , le 26 Juillet .
L'Itinéraire de l'Empereur n'ayant offert
jufqu'à ce jour , que les noms des villes &
des diftricts qu'il a parcourus , nous avons
cru devoir fupprimer cette nomenclature ,
dont nous donnâmes la table générale au
départ de S. M. I. Il paroît aujourd'hui que
ce Prince a abandonné le voyage de Galicie.
Le camp de Peft a dû commencer le
o ; il eft compofé de 36 à 38 mille hommes
, & une foule d'étrangers s'y font rendus.
L'Empereur , chemin faifant , a reçu
un grand nombre de Requêtes qu'il a ren
voyées aux Départemens refpectifs , chargés
de lui en faire le rapport.
Il s'eft répandu , d'après quelques avis
fufpects de la Croatie , que vers le commencement
de Juin , il y eut un engagement en
c5
( 58 )
Dalmatie , entre les fujets Ottomans & Vénitiens
. Voici le précis de ces rumeurs dont
chacun peut apprécier l'invraiſemblance.
Les Turcs avoient défendu à leurs fujet
Chrétiens toute liaifon de commerce avec les
Venitiens , & en même- tems la fortie des
grains ; ce qui auroit dans peu affamé ces
derniers , accoutumés de tirer leurs provifions
de ce côté de la Turquie. En conféquen
ce, un corps de plus de 1000 habitans de la
Dalmatie Venitienne fe transporta en armes
fur le territoire des Turcs , pour forcer
´´ceux - ci à lui vendre des vivres . Ils n'en eurent
pas plutôt eu avis qu'ils s'attrouperent
& furent à la rencontre de leurs voifins . II
refta du côté des Turcs 800 , & de celui des
Venitiens 300 hommes fur la place . On eft
curieux d'apprendre de quel oil la Porte
envifagera cette aggreffion manifefte ; mais il
eft probable qu'elle n'a été faite que pour
donner lieu à une déclaration de guerre , que
les alliés des Venitiens defirent , & dont ils fauront
profiter.
La Chancellerie de Hongrie a expédié
pour ce Royaume plufieurs ballots de modeles
& de formulaires , deſtinés à l'établiffement
du nouveau fyftême d'impofitions ,
auquel on travaille fans relâche.
DB FRANCFORT , le 2 Août.
Le Docteur Zimmermann eft revenu à
Hanovre , après un féjour de trois ſemaines
à Sans Souci. On lui prête divers propos fur
la fanté du Roi de Pruffe , propos que très(
59 )
vraisemblablement il n'a point tenus , qui
ne jetteroient d'ailleurs aucune lumiere certaine
fur le véritable état de S. M. P. , &
qu'il eft par conféquent très inutile de rapporter.
Il y a toujours une alternative de
bien & de mal dans la fanté de ce Monarque
fi intéreffant. Les avis varient fouvent
d'un courrier à l'autre , & le temps feul peut
réalifer les efpérances qu'on n'a pas totalement
perdues du rétablillement du Roi . Un
nouveau Médecin , le fieur Fritze d'Halberf
tadt, ancien Médecin de l'armée du Prince
Henri en Saxe , dans la derniere guerre , a
été mandé depuis le départ de M. de Zimmermann.
Le Baron de Hertzberg , Miniftre
d'Etat , a paffé plufieurs jours à Sans Souci
où il a travaillé habituellement avec S. M.
L'Impératrice de Ruffie pofséde un portrait
précieux de ce Monarque . Il eft repré
fenté affis , & écrivant au Maréchal de
Schwerin , après la perte d'une bataille , les
mots fuivans : mes troupes ne font point à
blamer , je fuis feul en faute.
La Princeffe Douairiere de Saxe Hildbourghaufen
, née Princeffe de Saxe - Weimar
eft morte à Hildburghaufen , dans la
46e. année de fon âge.
La réduction des Couvens dans la Hongrie,
eft , dit-on , un des objets arrêtés par l'Empereur.
Jufqu'à préfent on n'y a fupprimé
que quatre couvens de Camaldules , fix maifons
de Religieufes , & les couvens des Paulins
, dont il y en avoit quatorze dans ce
с б
( 60 )
Royaume. En 1781 on compta 221 couvens ,
dont 217 pour hommes & quatorze pour femmes
dans la Hongrie , la Croatie , l'Esclavonie
, la Dalmatie & la Tranfylvanie . Les couvens
dans le feul royaume de Hongrie , monferent
à 141 pour les hommes & 13 couvens
de femmes .
Il a paru àVienne
un Libelle
contre
l'Empereur
, au fujet de la condamnation
du
malheureux
Comte
de Szekely. Cet écrit intulé
: Obfervations
impartiales
fur le crime
& la punition
du Lieutenant
Colonel
de Szekely
, a été envolé
à S. M. I. qui , de fa
propre
main , a écrit aux Cenfeurs
qu'elle
permettoit
la vente de cette brochure
, parce
qu'elle
n'offenfoit
que fa perfonne
; mais
qu'elle
défendoit
la brochure
concernant
la
punition
de Zalheim
, parce
qu'elle
offenfoit
fes Tribunaux
. L'Empereur
, en paffant
par Szegedin
, a rendu
la liberté
au
Comte
de Szekely
, que les Gazettes
ont
fat mourir
depuis
d'apoplexie
.
On lit dans un Journal de commerce ,
que depuis 1782 , les Manufactures de coton
& d'indiennes établies à Augsbourg
font moins occupées qu'auparavant. Cependant
en 1784 , les tifferands de cette
ville ont fourni encore environ 100,000
pieces de toile de coton , & on peut éva-
Juer à 75,000 pieces les toiles qu'ils fabriquent
une année portant l'autre. Les fabriques
de montres font depuis quelque temps
des affaires affez confidérrbles. Le commer(
61 )
ce d'orfévrerie de cette ville est toujours
floriffant ; & il paffe beaucoup de bijoux &
de vaiffelle d'argent dans la Ruffie..
On a publié à Berlin , un ouvrage intéreſfant
fous le titre de Recueil de matieres
• de Phyfique , Economie , de Minéralogie de
Chymie & de Statistique de l'Empire Ruffe &
des Pays limitrophes , par le Profeffeur Herman.
Entr'autres articles , celui concernant l'Empire
de la Chine , fes Productions , fes Manufactures
, fes Pêcheries , paroît renfermer
beaucoup de chofes neuves. La furface de
cet Empire y eft porté à 110,000 milles car
rés d'Allemagne ; on y compte 1566 villes ,
12,742,279 familles , & 104,069,254 habitans
, ce qui feroit 946 par mille carré ; le
quart des habitans eft ccntribuable ; & uh
foixante- dixieme eft foldat . Le béné
fice net des mines dans la Ruffie , felon lemêmes
Auteur , a monté en 1779 , pour la Couronne
, à 3.400,595 ' roubles , & à 1,346,905
celui pour les particuliers.
3
PORTUGAL.
a !
DE LISBONNE , le 30 Juin.
Le Prince de Brefil , invité par la Reine
au Confeil d'Etat , n'y a point encore paru .
Outre la bèlle maifon de l'Infantado qui lui
eft accordée , & dont les revenus paffent
1200 mille liv . tournois , il jouit encore de
400 mille liv. en penfions & en Commanderies
, que S: M. lui a affignées . Le double
département des Affaires de l'Etranger & de
( 62 )
la Guerre , qu'occupoit M. de Mello , eft
toujours vacant depuis la mort de ce Miniftre
, auquel la voix publique continue à
donner pour fucceffeur le Chevalier Pinto ,
actuellement notre Miniftre à Londres.
Le Navire l'Angeja , arrivé ici de Madras ,
en cinq mois de trajet , a apporté des lettres
du 18 Janvier , qui contiennent les particu
larités fuivantes de la mort de Tippoo- Saib.
Ayes- Saïve ou Ayes- Saïb , Général de
Tippoo Saïb , ayant reçu quelques dégoûts ?
quitta le fervice de ce Prince, qui, de fon côté,
le déclara Rebelle & le traita comme tel. Les
Anglois profiterent de cette occafion pour pren
dre leur revanche de leur ancien ennemi Tippoo
- Saib ; & , ayant animé Ayes - Saïve à
lever des troupes , il raffembla avec leur fecours
une armée de so inille hommes , qu'il
tint réunie à Chambala. Tippoo l'ayant appris
, fe mit en mouvement pour réduire ce
Rebelle ; & , ayant réuffi à traverser le pays
des Marattes , après différentes rencontres ,
dont il fortit toujours victorieux , il pénétra
jufques fur le territoire Portugais. Se
croyant des forces fuffifantes pour pouffer
fon entreprise , il fe détermina à attaquer
Ayes- Saïve , & il le tentá à differentes reprifes
dans les environs de Maifur ; mais chaque
fois il fut repouffé. A la fin dilbentreprit
d'emporter, l'épée à la main , une Batterie
& dans cette attaque il perdit nonfeulement
deux mille hommes , mais il fut
bleffe mortellement . On le conduifit à Seringapatan
, où il mourut , laiffant pour Sucoeffeur
un fils en bas - âge , ſous la Tutelle
( 63 )
•
·
& la Régence d'un de fes coufins , nommé
Camarodin. Cependant Carime - Saïve , fils
puîné de Hyder- Aly & frere cadet de Tippoo ,
peu content de cette difpofition , s'oppofa à
la Régence de Camaródin , & en fit la déclaration
le fix janvier : elle fut fuivie de
beaucoup de querelles & de troubles à Seringapaian
, qui coûterent la vie à nombre
de perfonnes . Plufieurs Généraux furent affaffinés
; & au nombre de ceux qui périrent
l'on compte les Chefs même des deux Partis ,
Carime-Saive & Camarodin. En conféquence
deux Miniftres du défunt Hyder Aly , l'un
nommé Burniac , Brachman ou Bramine de
Camara , l'autre nommé Kifnac , prirent en
mains les rênes du Gouvernement , fuivant
les uns pour les intérêts du fils de Tippoo-
Saib & pour lui conferver fes Etats paternels
, felon d'autres pour s'en emparer euxmêmes
, en affaffinant le jeune Héritier du
Trône. Quoi qu'il en foit , leur adminiftration
arétabli le calme dans l'intérieur du
Pays , ci devant occupé par Hyder Aly ;
mais il n'en eft pas de même à l'égard des
nations voisines. Effectivement l'on affure ,
que les Marattes , qui déjà avant la mort
de Tippoo avoient raffemblé une affez nombreufe
armée , fe font mis en marche pour
paffer la rivrere de Kifna , & fe réunir avec
les troupes de Nifan Aly , dans le deffein
de s'emparer des Etats de Tippoo & de les
partager entre eux. Ils paroiffoient avoir ultérieurement
le deffein d'établir . Ayes- Saïve fus
la côte de Malabar , dans la vue qu'il garderoit
ce pays pour eux , parce qu'ils manquent
d'un nombre fuffifant de Troupes pour
le défendre , & de rétablir en même tems
les anciennes familles de Hiafac , fous condi
1
( 64 )
3
tion que les uns & les autres feront obligés
à payer un tribut annuel aux Marattes & à.
Nifan Aly.
ITALI E.
DE MILAN , le 10 Juillet .
Le 24 du mois dernier , on a publié une
Convention , fignée entre la République de
Venife & le Gouvernement de la Lombardie
Autrichienne , par laquelle les deux Etats
s'accordent réciproquement la reddition des
malfaiteurs & gens fans aveu.
GRANDE - BRETAGNE.
2
DE LONDRES , le 31 Juillet.
Le Chevalier Guy Carleton a fait , le 26 , fes
remercimens à S. M. qui l'a créé Marquis de
·Dorchester , titre qui appartenoit au Duché de
Kingston , & dont perfonne n'avoit été revêtu
depuis la mort du dernier Duc de Kingston.
L'Amphion , de 32 can , a été défigné par
les Lords de l'Amirauté pour la ftation de la
Jamaique; le Southampton , de 32 , pour celle
de la Méditerranée ; le Solbar , de 32 pour
les ifles , & le floop la Fortune , de 16 , pour
sla côte d'Irlande .
I
On équipé à Chatham l'Affurance de 44
can. , auffi deſtiné pour la Jamaïque . Ce vaiffeau
doit remplacer le Janus , de même force,
rentré depuis peu en Angleterre.
( 65 )
L'Amirauté à fait détacher des chantiers
du Roi à Portſmouth un certain nombre
d'ouvriers qu'on va faire paffer à Gibraltar.
Les Gazettes Minifterielles renferment
l'article fuivant.
«Les Négocians de ce Royaume n'ont
rien à appréhender , relativement au Traité
de commerce avec la Ruffie. L'ancien Traité
fubfifte toujours , & avant qu'il foit expiré , il
eft probable qu'il en fera fait un autre , dont il
réfultera les mêmes avantages pour la Nation
. »
Lord Hawkesbury , ci devant Mr. Jenkin-
Jon , ne fera point nommé Secrétaire d'Etat
à la place du Marquis de Carmarthen , ainfi
que les Papiers publics l'avoient arrangé ;
mais premier Lord du Confeil de Commerce
; place qui lui donnera la direction de
toutes les affaires commerciales de l'Angleterre.
Lord Amiral Keppel eft revenu d'Italie ;
fa fanté eft parfaitement rétablie. Il a fait fa
traverfée fur la fregate l'Andromaque , qui l'a
débarqué à Portsmouth le 24 de ce mois.
Le Prince de Galles a fait vendre publiquement
fes chevaux , fes voitures , tous les meubles
, tous les effets les plus précieux . Ces facrifices
oftenfibles produifent l'effet politique
que quelques gens fuppofent qu'on en attendoit.
On plaint le Prince , on l'admire & on
murmure de la févérité du Roi , de celle de
fes Miniftres , & nombre de voix s'élevent
( 66 )
pour que la Chambre des Commites obtienne
du Roi , à fa rentrée , la permillion de
libérer les revenus dont l'Héritier du Trône
s'eft privé avec tant de nobleffe.
Il s'en faut bien cependant , que ces mefures
éclatantes aient l'approbation unanime.
On diſpute au Prince jufqu'à l'idée même
de cette réforme , dont les Gazettes Minif
térielles attribuent le plan & le mérite au
Roi lui - même , qui n'a laiffé à S. A. R. que
l'honneur de l'exécution .
On rapporte à ce fujet un très - long précis
de la lettre du Monarque , où S. M. dit entr'autres
chofes à l'Héritier de la Couronne ,
que les facrifices qu'il fera de la pompe & de
l'appareil de fon rang, bien loin de le dégrader,
l'honoreront aux yeux de la Nation ; que
dans un moment où les claffes les plus opulentes
des citoyens font obligées de dérober
à leurs plaifirs & leurs amuſemens , ce qu'elles
donnent aux befoins de l'Etat, ceferoit une action
peu digne d'un Prince ou d'un Patriote
appartenant à la Famille Royale , de folliciter
de nouveaux moyens d'entretenir fon
Luxe ; qu'un Prince eft fait pour donner & non
pour recevoir des leçons de patriotisme , &
que fa dignité doit confifter moins dans l'éclat
de la Cour, que dans le bien - être & l'aifance
du Peuple , enfin , que la fplendeur de la
Couronne même , à laquelle fes Prédéceffeurs
avoient été accoutumés depuis plufieurs
fiécles , n'avoit point paru affez néceffaire
pour contrebalancer les raifons d'économie ,
( 67 )
qui ont engagé le Parlement à diminuer confidérablement
cette fplendeur, parla fuppreffion
d'un grand nombre de charges dans la
Maiſon Royale.
La vente des haras & écuries du Prince a
rendu un peu plus de 7000 guinées ; l'achat
primitif en avoit coûté plus de 40,000 ;
c'eft ainfi qu'achetent les grands Seigneurs.
Les Amateurs des courfes de New Market ,
fur- tout Lord Grofvenor , M. Bullock& c. ont
été les principaux acheteurs . Le Rockingham
fameux cheval de courſe , payé par S. A. R.
deux mille guinées , a été livré pour 800;
mais toutes ces hiftoires de chevaux nous
paroiffent beaucoup moins dignes d'être préfentées
à des Lecteurs raifonnables , que la
lettre fuivante adreffée au Prince de Galles
dans le Morning Chronicle. En voici l'exacte
traduction .
Monfeigneur , l'une des prérogatives accordées
aux Pairs par la Conftitution Britannique , eft
d'être les Confeillers nés du Royaume , & de
jouir dans tous les tems du droit de fe préfenter
devant le Trône pour aider le Roi de leurs avis.
Ce privilege eft fans doute très- précieux ; cependant
il en exifte un infiniment plus important,
qui appartient à tous les citoyens in diftinctement ;
celui de pouvoir , par l'organe des papiers publics
, faire paffer fes opinions au Prince.
Je ne viens point folliciter l'attention de Vatre
Alteffe Royale , pour porter une nouvelle at
teinte à fa fenfibilité , ni acquérir une réputation
par la cenfure de votre conduite ; mais fentant
la fituation critique dans laquelle fe trouve en co
.
( 68 )
moment l'Héritier préfomptif de la Courorine ,
je fuis obligé de vous faire paller cette Adreffe ,
comme il convient à un vrai Breton .
L'époque actuelle de votre vie a fixé les regards
de toure la Nation ; elle attend avec une
attention mêlée d'anxiété fi elle doit vous blâmer
ou vous applaudir ; elle defire avec ardeur
de pouvoir prendre le dernier partis : prête à
faifir toutes les circonftances , elle cherche à
percer l'obfcurité des nuages qui lui dérobent
la vue de votre horifon , pour juger fi le méridien
de votre regne futur fera remarquable par
fon éclat , ou chargé de ténebres .
VOUS
Libre par le droit de nature , libre comme Anglois
& encore plus libre comme Prince ,
n'êtés en ce moment comptable envers perfonne
de vos actions . Vos ordres feuls impriment fur
elles un caractere de dignité ; elles préfagent ou
le bonheur , ou le malheur à venir de ce Royaume
& de vous même. Jufqu'à préfent votre conduire
a été équivoque , du moins aux regards du
Public ; votre jeuneffe n'a rien fourni qui puiffe
déterminer un jugement précis : c'eft encore une
queftion fi la fageffe ou la folie a dirigé vos démarches
, fi vous avez des moeurs ou fi vous en
manquez , fi vos inclinations font nobles ou fi
elles font efféminées ; mais dans la crife actuelle
cette queftion va ceffer d'être problématique .
Quoique ma naiffance ne m'ait point fait le
Confeiller de Votre Alteffe Royale , ni mon état
un Courtifan , vous ne regarderez pas , j'efpere ,
mes avis comme indifcrets ; nonobftant ma maniere
de publier mes fentimens , méthode que je
me ferois interdite , fi je n'euffe été maîtrisé par
l'importance du moment , & privé par ma pofition
des moyens de vous les communiquer en
particulier.
( 69 )
>
Quod honeftum fit id folum bonum effe , fut une
maxime de l'ancienne Philofophie . Les Rois , je
le fais , auffi bien que nos Politiques , ont beaucoup
reculé les limites du devoir. La théorie
de Machiavel , & la pratique conftante de
fes nombreux imitateurs ont fait autorité.
Que l'honnêteté eft la meilleure raifon d'Etat
, c'eft un axiome aujourd'hui abandonné
au vulgaire ; mais quoique banni de la Poli
tique Européenne , je le trouve exprimé avec
for e & élégance par un fage , par un héros qui
a moifonné de juftes lauriers au-delà des mers
Atlantiques. « L'honnêteté , dit M. Washington ,
" en parlant à fa nouvelle République , paroîtra
toujours , après l'expérience , la véritable &
» la meilleure politique ». Gardez -vous donc
de vous laiffer égarer par aucun de ces miférables
Moralides techniques : toutes les fois qu'ils oferont
s'approcher de votre Perfonne Royale
qu'ils éprouvent un accueil auffi févere que celui
qu'ils ont effuyé derniérement devant une Cour,
de Juftice de cet Empire ( 1 )..
сс
La derniere démarche de Votre Al : effe Royale
peut être le réfultat de l'honneur & de la délicatelle
, ou celui d'une affectation de ces qualités ,
ou d'un accès d'humeur. 1
Monfeigneur , montrez à la Nation à laquelle
vous êtes destiné à commander , que fon Chef à
venir eft incapable de fe déterminer par d'autres
motifs que les premiers , & qu'inftruit que les
loix vraisemblablement re déploieroient pas contre
vous leur rigueur , vous avez fu prendre fur
vous même un afcendant proportionné à la certitude
que vous aviez de leur indulgence.
Ĉ (1) Par le Mattre des Rôles , d'une maniere auffi
noble qu'énergique , dans une décifion récente .
('70`))
C'eft avec un véritable regret que j'apprends
par les papiers publics la maniere dont vous avez
quitté Londres. J'efpere que ce récit eft infidele
; car avec 25,000 liv . fterl . de revenu
Votre Alteffe Royale peut certainement conferver
un équipage & des chevaux. Si un extravagance
, affurément très- excufable (pourvu qu'elle
ne foit pas pouffée trop loin ) , a porté votre jeuneffe
royale à renoncer un moment à l'appareil de
la royauté , vous en êtes le maître ; prenez bien
garde cependant à ne pas renoncer à toute matque
de dignité & d'indépendance . Si l'abandon
d'une partie de votre revenu pouvoit vous réduire
à une telle fituation , à coup sûr il mériteroit
d'être cenfuré. Mais lorfque guidé par une
nobleffe de fentimens , louable en apparence , cet
abandon vous laiffe encore de quoi fubfifter décemment
, on ne s'eft jamais attendu qu'avec ce
qui vous refe , vous puiffiez vous propofer de
jouer l'Avare ou le Cinique.
L'ame vraiment grande eft comme l'eau ; féparée
de l'Océan , ou revenant s'y mêler , elle
tend toujours à fon niveau , & fe trouve continuellement
en équilibre avec elle même. Si les
-rayons de la Royauté font des émanations de votre
perfonne , ils vous accompagneront à Brigh
theimflone , & débarraffé comme vous l'êtes des
nuages de la pompe & de la repréfentation , ils
brilleront d'un double éclat ; au lieu que s'ils
n'ont été que l'effet de ce qui vous environnoit ,
ils s'évanouiront par votre fuite du Palais de Carleton.
Puiffe la conduite de Votre Alteffe Royale
prouver le contraire ! Puiffe- t- elle montrer què
vous n'êtes jamais plus digne de la Royauté que
lorfque fon cortege vous abandonne , jamais plus
grand que lorfque veus vous montrez honnête ,
1
( 71)
jamais plus heureux qu'en faisant ce qui eft jufte :
que le fyftême de votre conduite préfente n'est
point un effort pénible, ni une vaine parade ; mais
un plaifir & un fincere facrifice .
Si , par un plan de mesquinerie , vos intentions
étoient de jetter quelque opprobre fur la Nation ,
& de la forcer à faire une addition à vos revenus
, je craindrois que l'opprobre ne rejaillit fur
celui qui ne fait pas jouir de ce qu'il poffede ,
& le Prince qui difpofe mal de 25,000 liv. flerl .
ne fera pas moins blâmé que celui qui en diffi-
Foit 165,000. Si fon but étoit de retrancher fur
le néceffaire de quoi fuffire aux jouillances , il
feroit également digne de blâme : au contraire ,
en voyant le Prince fe mouvoir avec dignité dans
Ja fphere étroite que fa propre magnanimité s'eft
circonfcrite; s'il en fent les bornes fans les franchir,
fifon ame lui eft fupérieure , & qu'alors la Nation
ferme les yeux fur le mérite de cette conduite , &
refferre fa munificence, tandis que les demandes du
prince fe trouveroient juflifiées par un partage noble
des bienfaits du peuple avec des hommes dignes
de les recevoir , au lieu d'être prodigués aux
Couries de New Market, ou à penfionnerde mauvais
fujets ; alors , dis-je , l'ignominie retombera
& ne pourra retomber que fur la Nation même .
Mais fi cette nation généreufe ne peut fe réfoudre
à fubir une pareille honte , alors Votre
Alteffe Royale voudra bien appercevoir dans notre
conduite la preuve de cette maxime que j'ai
d'abord avancée , favoir , que d'après l'expérience ,
chacun trouvera , depuis celui qui conduit une
charrette jufqu'au Prince qui doit occuper un
Trône , d'une maniere médiate ou immédiate
directe ou indirecte , que l'honnêteté ( ra xar )
eft l'unique & la meilleure politique .
το καλον
JUNIUS JUNIOR .
( 72 )
Pour apprécier la jufteffe du mot de
Swift , qui a dit que l'efprit Anglois éroit
toujours à la cave ou au grenier , il faut dire
que les Papiers de l'Oppofition attribuent la
moitié des dettes du Prince , à fes efforts
pour faire élire dans la derniere élection générale
, des Membres du Parlement contrai
res au Roi & à fes Miniftres : ils comparent
S. A. R. à Cincinnatus labourant fes champs,
à Ithuriel qui prend ſes ennemis dans leurs
propres embûches , &c. &c. Tel eft le langage
de l'Univerfal Regiſter, du Gazetter, &c.
Le Duc d'Yorck , Evêque d'Ofnabruck ,
annonce un caractere & des principes bien
oppofés à ceux du Prince de Galles . Au lieu
de dépenser fes revenus , il les a accumulés ,
& fes économies l'ont mis en état d'acheter
pour la fomme de 100,000 liv . fterl tous
les biens du Lord Galway , dans le Comté
d'Yorck . De ces comparaifons , naiffent des
argumens journaliers pour ou contre la fupériorité
de l'éducation Allemande fur celle
d'Angleterre , des exemples qu'on reçoit à
Hanovre & à Gottingue , & de ceux qu'on
reçoit à Londres ..
Les Directeurs de la Compagnie des
Indes ont reçu avis qu on attendoit de jour
en jour quatre autres vaiffeaux de la Chine ,
cinq dans le courant du mois de Septembre,
& fix autres avant la fin de l'année ; ce qui
fera en tout 30 vaiffeaux arrivés cette année .
La fituation de cette Compagnie eft beaucoup
meilleure qu'elle n'a été depuis maintes années.
L'acte
( 73 )
L'Ade des thés de M. Pitt , non feulement l'a
fauvée de la ruine , mais l'a élevée à un degré d'opulence
qu'elle n'avoit jamais éprouvé. En ne
vendant que 16 millions de thés par an , à
un fcheling de bénéfice net par livre , elle fera
tous les ans un bénéfice de près d'un million fterling
; tandis que les revenus dans l'Inde, au moyen
du nouveau régime établi par le dernier Acte ,
font continuellement apliquées à folder les dettes
contractées pendant la guerre . Les actions de la
Compagnie font actuellement à 6 pour cent de
gain , & les contrats gagnent 3 liv . fterl . Le Gouvernement
lui paie annuellement un intérêt de
36,000 liv. qui au prix actuel des annuités ( 4
pour cent ) , équivaut au capital de 900,000 liv.
Tous les jours lon commerce des thés s'accroît.
Ses dettes diminuent dans la même proportion ,
& quoiqu'elle cherche à augmenter les capiraux,
c'eft uniquement pour fe mettre en état de faire
un commerce plus étendu . On a vu les effets de
la Compagnie à 280 pour cent , avec un dividende
de 12 pour cent à une époque où les affai
ros étoient même dans le plus g and défordre.
Quoi qu'en difent fes ennemis , la Compagnie 'verra
profpérer les affaires auffitôt que le public
fera revenu fur fon compte.
•
Le Miniftere eft actuellement occupé d'une
affaire très- importante ; c'eft le renouvellement
de tous les traités de commerce entre la Cour de
Londres & celle de Lisbonne. L'Irlande eft une
des parties les plus intéreflées à cette négocia i n;
auffi le Parlement de ce Royaume a - t - il reçu la
promeffe la plus pofitive qu'elle feroit terminée,
finon d'une mani re conforme aux voeux de la
nation , au moins dans très peu de temps. M.
Orde eft actuellement à Londres pour affifter
aux conférences qui fe tiennent à ce fujer avec M.
No. 32 , 12 Août 1786 .
( 741 )
le Chevalier Pinto Miniûre de la Reine de
Portugal . It a décia é dans la Chambre des Communes
d'irlande que I on recevroi dans peu la
réponte définitive cu Minittere Portugais &
qu'elle feroit auſſi tot communiquée au Partement.
On allure aujourd'hui que 4a négociation
prend la tournure ja plus favorable , & qu'on est
fur le point de conclure dist aités qui teront ega.
lement farisfaitans pour les Negocians d'Angleterre
, d'Irande & de Portugal .
Le 22 de ce mois , Elifabeth Wade , accufée
d'avoir mis le feu à fon logement , a
été jugée aux Seffions du Comté de Midlefex.
Des témoins très - refpectables ayant
été ouïs, ils ont prouvé qu'on avoit trouvé de
la poudre à canon & d'autres combuftibles
répandas dans des boëtes , des tirois , &c.
de fon appartement. Qu'une demi - heure
avant l'incendie , elle éroit lortie , fous prétexte
d'aller à la campagne , & que le feu
avoit commencé par une explotion. Que
peu de temps avant l'accident , elle avoit
fait aflurer par a Com agnie de Londres
une fomme de 150pli , tandis que les
effets & meubles qu'elle avoit dans fon appartement
n'en valoient pas 20. Les Jurés
après un examen de plufieurs heures , confidérant
que Fact on étoit aurant plus cri
minelle que , incendie n'avoit pas été
éteint à temps , tous ceux qui fe trouvoient
dans la malon couroient rifque de perdre la
vie, juge ent cette femmecoupable. Enconféquence
ele a été, condamnée à payer une
amen le d'un fcheling & à être déténue en
prifon pendant un an.
( 75 )
P. S. du 3 Août. Il a paru le 2 une Gagette
extraordinaire de Londres , datée du Palais
de S. James , & qui contient ce qui fuit :
« Ce matin , à l'inftant où le Roi defcendoit
de voiture à la porte du Palais
» de St. James , une femme qui l'attendoit ,
fous le prétexte de lui préfenter une Placet
, a frappé S. M. d'un coup de couteau ,
dont , graces à la Providence , S. M. n'a
» point été bleflée. Certe femme a été im-
» médiatement mife fous bonne garde , &
» à l'examination , elle a paru être en dé-
» mence. >>
Nous ajouterons à cet article les circonftances
fuivantes revêtues d'authenticité.
La ma heureufe qui a commis cer affieux
attentat , fe nomme Marguerite Nicholson ,
elle elt âgée de 36 ans , & naquit dans le
Comté de Durham. Elle a un fère d'un
caractère honnête , qui tient une Taverne
dans le Strand ; elle- même a fervi dans plufieurs
bonnes maifons ; depuis quelque temps
elle faifoitun petit commerce de mercerie . Un
peu avant l'arrivée du Roi à la porte du jardin
, vis à vis de l'hôtel du Duc de Marlborough
, dans le Parc St. James , elle fe
plaça entre deux femmes , avec lefquelles
elle entra un moment en converfation . “ A
l'approche du carroffe , elle les pria de ne
pas l'empêcher de remettree un Mémo e à
S. M. La porte de la voiture ouverte , & te
Roi defcendu , elle s'avança & préfenta fon
Papier à S. M. qui le reçut avec beaucoup
( 76 )
d'affabilité. A ce moment , elle tira un couteau
, caché fous fon mantelet de taffetas
blanc , & le pouffa contre le fein du Roi . Sa
Majefté fe recula affez heureufement pour
efquiver le coup , qui , cependant , porta
entre l'habit & la vefte. Elle alloit redoubler,
lorfque M. Lodge , un des Yéomen ( 1 ) ,
la faifit par le bras , & l'un des Valets de
pied la défarma . Tenant fon Papier de la
main droite , elle avoit frappé de la gauche ,
circonstance à laquelle on a peut - être dû la
confervation de S. M. L'inftrument étoit un
couteau de deffert , dont on avoit aminci
l'extrémité , & qui paroiffoit avoir été fraîchement
aiguifé. On conduifit cette femme
à la Salle des Gardes , où diverfes perfonnes
la queftionnèrent ; elle répondit à tous qu'ils
n'avoient pas le droit de l'interroger , &
qu'elle répondroit devant fes Juges légitimes.
?
L'on a admiré le fang froid & le calme
de S. M. Dans le premier moment, elle cria:
Je n'ai aucun mal ! Je n'ai aucun mal! Qu'on
prennefoin de cette pauvre femme qui a perdu
la raifon ! Dans la foirée , le Roi retourna à
Windfor , l'efprit tranquille , & l'on commanda
4 Yéomen , & 6 Grenadiers à cheval
pour fe trouver à la portière du carroffe
de S. M. , au moment où elle y monteroit
& à celui où elle en defcendroit.
(1) Efpece de Gardes de la Porte q i reſſembl、n: aux Cent-
Suiffes en France,
( 77)
A cinq heures du foir , on examina la détenue
au Bureau du Tapis- verd , en préfence
du Procureur Général , du Solliciteur-
Général , du Maître des Rôles , de M. Pitt ,
du Marquis de Carmarthen , du Grand-
Chambellan & de quelques Magiftrats qu'on
avoit envoyé chercher.
La Coupable ne perdit nullement contemance
, & n'eut pas un inftant d'embarras ;
elle dit qu'elle avoit eu deffein d'obtenir les
fins de fa Pétition , en effrayant le Roi ; &
fur ce qu'on lui repréfenta que fon Papier
ne contenoit rien d'écrit , elle repliqua
qu'ayant préfenté une précédente Pétition ,
le Roi étoit inftruit de fon objet ; on chercha
cette Pétition qui étoit remplie d'extravagances.
Quoique les propos de cette femme
X
trois lettres qu'on a trouvées chez elle ,
adreffées aux Lords Mansfield & Loughbotough
& au Général Branham , & toutes
les apparences , indiquent une tête dérangée
; deux témoins dans la maison defquels
elle a logé fucceffivement , depuis quelques
années jufqu'à ce jour , ont dépofé
n'avoirjamais apperçu en elle aucune trace de
déraifon &de folie. Il y a huitans que lemême
Monarque, aufli juftement chéri que respecté
de fes Sujets de tous les rangs , fut expofé à
un accident pareil , par une femme en démence
qu'on renferma , & à laquelle le Roi
fait une penfion fur fa caffette.
d. 3:
( 78 )
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 2 Août.
'Le Duc de Saxe Tefchen & la Ducheffe
fon époute , Gouverneurs genéraux des
Pays Bas Autrichiens , qui voyagen fous le
nom de Comte & de Comteffe de Bély , à'
ler arrivée ici le 29 di mois deiner , fe
font ndus chez Leurs Maj ftes .
Le Comte: O Kelly , Minire plénipotent
are du Roi pès l'Electeur de Mayence ,
qui étoit de retour en cette Cou par congé,
a eu , le 30 d. même mo's , l'honneur de
prende congé de Sa Majefté our re ou ner
fael inarian , etant préfenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeit royal des
finances , M niftre & Secrétaire d Etat ayant
le département des Affaires étrangeres .
DE PARIS , le 10 Août.
Déclaration du Roi , portant faculté de
convextir en contrats les Billets au porteur
de l'Edit de Déc mbie 1784. Du premier
Jin 1786.
Déclaration du Roi , du 18 Avril 1786 ,
qui maintent les Receveurs des Impofitions ,
les Colecteurs des Tail es , & les Fermiers
& Réifleurs des Droits de S. M. dans la
faculté de pouvoir fe fervir de tels Huilliers
& Sergens que bon ' eur femblera , pour faire
les ventes des effets faifis fur les contribuab'es
& les redevables des Droits du Roi :
maintient ces Jurés Prifeurs dans leurs émo
lumens .
( 79 )
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , dá 7
Juillet 1786 , qui ordonne que le Chapitre
ordinaire des Cordeliers conventuels de la
Province de France , fera tenu au Couvent
de Pontoife , en préfence des Commiffaires
qui feront nommés par S. M.
Autre du 31 Mai 1786 , concernant l'envoi
& chargement des lettres & effets par la .
voie des Poftes , & qui fixe le dédommagement
qui fera payé aux Particuliers , en
cas de perte des lettres & paquets chargés .
Le premier article de cet Arrêt confi me & renouvelle
les défenfes faites par les Réglemens
antérieurs , à toutes perfonnes d'envoyer par la
voie des Poftes , & de renfermer dans leurs paquets
de lettres aucunes elpeces , matieres d'or
ou d'argent , billets de la caiffe d'efcomp e ou
autres ffets , bijoux , dentelles , à moins d'en
être convenu de gré à gré avec les Adminiftrateurs
des Poftes ou leurs Préposés auxquels il eft
défendu de s'en charger au deffous d'une r mife
de cinq pour cent de la valeur , & leur ordonne
d'en répondre alors .
f
Le fecond article ordonne que fi aucun particulier
, au préjudice des difpofitions de l'article
premier , renfermoit dans fes lettres ou paquets
de ler res aucunes valeurs fans les déclarer , &
qu'il fe contentat de faire charger , comme il a
été pratiqué jufqu'à préfent , lefdits paquets de
lettres & papiers fans déclaration de ce qu'ils
renfermeroient en payant le double port ordonné
par la Déclaration de 1759.
Dans les cas où les lettres ou paquets ne pourroient
être repréſentés ( le cas de vol par force
majeure excepté ) les Adminiſtrateurs des Poftes
d 4
( 80 )
& leurs Prépofés feront condamnés au paiement
d'une forme de 150 liv . en faveur des particu
fiers qui auront fait charger leflites lettres &
paquets égarés , perdus ou détruits.
LL. AA. RR. Madame l'Archiducheffe
Marie Chriftine & le Duc de Saxe - Tefchen
fon époux , Gouverneurs des Pays - Bas Autrichiens
, arriverent en cette Capitale , le
28 du mois dernier , & prirent leur logement
à l'Hôtel du Grand Confeil , rue de
Vivienne,
Exttait d'une Lettre de Cherbourgdu 28 Juillet.
Le 25 de ce mois M. de Ceflart a fait couler
un dixieme cône , avec le plus grand fuccès . Si
vous voulez juger de la folidité de ces maffes impofartes
, & de la réfiftance qu'elles doivent préfenter
à la fureur des flots , lifez les détails fuivans
qui m'ont été donnés par un homme de l'art .
Chaque cône a 142 pieds de diametre à ſa baſe,
& 60 à fa partie fupérieure , fur 60 pieds de hauteur.
La charpente qui compofe le cône avec les
tonnes qui le foutiennent fur l'eau , pele feule
2,850,000 livres , & dès l'inftant qu'il a été conduit
au lieu où il doit être coulé , après l'avoir
débarraflé des tonnes qu'il porte , on l'enveloppe
extérieurement de 30 toifes de pierres , pour le
fixer au fond de la mer , fans quoi la marée montante
pourroit le déplacer. Cette premiere opération
n'exige pas plus d'une heure de temps ,
enfuite on remplit l'intérieur , par trente fa bords
ménagés à différentes hauteurs & qui facilitent
l'abord des barques chargées de pierres . Bientôt
cette maffe rendue folide par le gluten de la mer
& par l'adjonction des coquillages , forme un feul
rocher de 250 toifes cubes dont le poids eft alors
( 81 )
de 96,015,000 livres. On croit que ce cône fera
le dernier qui fera coulé cette année. On a
commencé de placer de l'artillerie au fort Royal ,
& cette nouvelle citadelle qu'on a conftruit fur
l'ifle Pelée fera garnie de 110 bouches à feu
tant canons que mortiers.
Nous avons parlé ci devant du projet de
M. Jaillier de Savault , Architecte du Roi ,
pour faire conftruire à Breft une Place publique
, décorée de la Statue du Roi , conformément
à la délibération des Etats de
Bretagne. Ce projet vient d'être agréé du
Gouvernement ; des raifons de circonftance.
ayant porté l'Auteur à défavouer la publicité
de ceprojet * , dans le N°. de ce Journal
du 15 Juillet dernier , & ces circonstances
n'exiftant plus , il eft jufte de publier la nou
velle rétractation de cet Architecte , qui reprend
aujourd'hui la gloire de cette entreprife.
14
La nuit du 20 au 21 Juillet , un incendie
a confumé une partie confidérable des fauxbourgs
de Granville. Au premier bruit du
feu , toute la garnifon , compofée du fecond
bataillon de l'Ile de France , a volé au fecours
des malheureux , dont quelques - uns
ont été la proie des flammes ; d'autres ont
tout perdu. Les foldats , fuivant l'exemple
Par une lettre formelle qu'il nous a adreffée , &
après laquelle il a ofé néanmoins faire imprimer dans le
Journal de Paris , que nous nous étions trompés , en inférant
ce défaveu . C'eft le centiéme tour de ceue efpece
que le Rédacteur éprouve depuis deux ans.
•
( 82 )
de leurs Chefs , fe font diftingués par leurs
travaux , par leur fenfibilité , par leur générofité.
On leur doit la confervation du rette
du fauxbourg . Ils ont couronné leur zele
par un trait digne d'éloges . En reconnoiffance
de leurs fervices , la Ville leur fit offrir
un tonneau de vin qu'ils euferent , en
priant qu'on en diftribeât la valeur aux ini
cendiés. On leur a auflitôt envolé 240 liv .
qu'ils ont également remis dès l'infant au
Vicaire de Granville , pour être données à
fes Paroilliens.
ete
L'état général de la population du Dé
partement de Flandres & d'Artois pour
l'année 1785 , préfente un total de 31057
naiffanes , dont 15987 garçons & 15070
filles . Le nombre des mariages eft de 7648 ,
& celui des morts dans le même départe
ment , a été de 29272 , dont 150si hom.
& 14,231 femmes . Il y a eu 169 Profeffions
en Religion. La population de la ville de
Lille en particulier , [ néanmoins compriſe
dans l'état général ci -deffus ] donne un réfultat
de 2568 naiffances , & de 2235 morts.
Le nombre des mariages a été dans cette
ville de 652. Comparaifon faire du préfent
état avec celui de 1774 , il réfulte que
la population eft augmentée de 1785 in li
vidus , dont 333 dans la ville de Lille en
particulier.
PAYS- BA S.
a
DE BRUXELLES , le 6 Août.
Une Feuille périodique des Pays - Bas ,
( 83 )
ordinairement bien informée des événemens
qui le paffent dans les contrées volfines ,
vient de publier de nouve les particulari és
to chant l'affaire d'Aix la Chapelle . Ces détails
font ex raits d'une lettre écrite de cette
Ville , & l'on y refute les premiers bruits
fur la nature & fur la caufe des movemens
populaires qui ont entraîné la démillion du
Bourguemeftre Dauvins . Dans cette lettre ,
on attribue ces moemen, aux efforts d'un
Adverfaire de ce Borguemeftre , nommé
M. de L. & qui lui -même briguoit cette
place.
Nous avons quatre Bourguemeftres , dit l'Ecrivain
, & c'eft à l'Epiphanie que l'on en choisit
deux nouveaux ; l'un du côté de la bourgeoisie ,
Tautre du côté des Echevins . Ce font des Officiers
de ville , membres du Magiftrat , qui font
ce choix , & eux- mêmes font élus tous les ans le
24 Juin. Si M. de L. avoit pu parvenir à ne faire
élire que de fes gens pour Officiers de ville ,
très- certainement il eût été Bourguemeftre aux
Rois prochains ; il eût alors remplacé M. Brammertz
, & ce n'eût été tout au plus qu'aux Rois
de 1788 , qu'il feroit parvenu à faire dépofer M.
Dauven. Mais M. de L. malgré fes moyens de
corruption , a eu le malheur de ne point réut
fir auffi complettement qu'il le falloit pour al
fouvir fon ambition. Le 24 du paffé , jour de
l'élection des Officiers , il vit que le choix feroit
contre lui , & il conçut la crainte ou de perdre
l'argent qu'il avoit déjà déposé , ou d'être forcé
de rifquer de nouvelles fommes avec auffi peu de
fuccès , & par là de fe ruiner entierement . I
perdit la tête ; un fignal fe donna à la Grand(
84 )
Chambre du Confeil où la fouveraineté ſe trouvoit
affemblée , & voilà que 600 perfonnes , non
de la bourgeoifie , mais de la lie du peuple , de
ces gens fans aveu , qui n'ont aucune patrie , &
que M. de L. avoit entretenus pendant fix femaines
au cabaret , montent à la Maifon- de- ville ,
ferment les portes de la Chambre du Confeil
bleffent tous les Confeillers , même quelquesuns
mortellement , y paffent toute la nuit , & y
trouvent à boire & à manger autant qu'ils le
peuvent defirer. Je vous laille à deviner qui faifoit
les frais de la fête.
*
D'après ces détails , vous voyez qu'il n'y a
plus de raifon de douter fur la légitimité ou la
non légitimité de la dépofition du Bourguemef
tre, puifqu'elle n'a pas eu lieu ; mais il eft vrai
que M. Dauven a abdiqué fon pofte. Dans l'aprèsmidi
qui fuivit cette matinée horrible & honteufe
pour notre ville , quelques perfonnes du
parti de M. de L. fe font tranfportées chez le
Bourguemeftre , alors fort incommodé , ce qui
n'eft as étonnant après les tracafferies , les infultes
, les outrages in,ufles qu'il avoit efluyés.
Ils l'ont tenu bloqué dans fa propre maiſon , lui
ont fait des menaces de traitemens plus durs , s'il
ne donnoit la démiſſion ; & il a bien fallu qu'il
y foufcrive, pour fe tirer de leurs mains , &c. &c.
La réponse de l'Empereur à la demande
de fa médiation armée qu'a faite la ville,
d'Aix la Chapelle , eft attendue journellement.
Il y a grande apparence que pour
n'avoir pas fu garder de mefure dans fes réclamations
, & d'avoir voulu , à l'exemple
des Villes de Wyck , d'Utrecht , & c . fe paffer
de tout moyen légal pour arriver à fes fins
le peuple d'Aix fe trouvera un peu plus mal
qu'auparavant.
( 85 )
Le 27 du mois dernier , la queftion du
commandement de la Haie a été décidée
par les Etats de Hollande contre le Starhouder
, ainfi qu'on l'avoit prévu . L. N.P.
ont réfolu de s'en tenir à leur arrêté du 5
Novembre 1785 , qui attribue ce commandement
au College des Confeillers députés.
Le Parti anti - Stathouderien ne l'a emporté
que d'une voix : il a eu en la faveur
celles des dix Villes de Dordrecht , Hartem
, Leyden, Gouda , Gorcum , Schiedam
Schoonhoven , Aikmaër , Monnikendam &
Purmerend, contre les neut fuffrages de
l'Ordre Equeftre , de Delft , Amfterdam , Rotterdam
, la Brille , Hoorn , Enkhuifen , Edam
& Medenblick.
Il eft encore très incertain fi l'aventure fe
terminera de même pour les habitans de
Wyck. Dans la féance des Etats d'Utrecht, le
3 du mois dernier , l'Ordre Equeftre prit une
réfolution dans laquelle il eft dit :
Que ce n'eft point en fomentant une fédition
qu'on peut travailler à une réforme ; que fi le
pouvoir que fe font arrogé quelques efprits inquiets
, pouvoir que l'on peut regarder comme
une forte de defpotifme , triomphe & prévaut ,
la liberté de ceux qui évitent de partager ce fol ,
enthouſiaſme ne fera point en fûreté . Il eft clair
qu'il y a dans ce moment une oppofition publique
& déclarée contre le Gouvernement légal :
Que doit faire un Souverain dans un pareil cas ?
Il ne lui reste plus d'autre reffource , & il eft
même forcé d'y pourvoir d'une maniere efficace,
Ceci doit abfolument s'appliquer à la ville de
( 86 )
Wick; un nombre de Bourgeois gémit fous le
detporifme de leurs concitoyens , & alpirent à en
être délivrés , fans o'er s'expliquer publiquewen:
à cet égard. Ne fait on pas que c'eft à l'inf
tigation de quelques étrangers que cet e perie
ville a fait & fait encore les démarches extraordinaires
dont nous fommes les témoins , & qu'elle
les couvre du pr texte de maintenir fes droits &
fes privileges ? Il eft donc ind penſable d'y envoyer
une commiffion de l'Etat , elcoriée d'un
détachement militaire. Elle n'eft pas affez confidérable
pour qu'il foit befoin d'implorer l'affiftance
des Conf dérés ; perfonne d'ailleurs n'a
jamais douté de la fouverair été des Etats fur cette
petite ville . Cependant , comme les lettres cir
culaires , écrites dernierement aux Confédérés ,
ont accrédité le bruit que la liberté des habitans
étoit en danger , le corps Equeftre , fe confor
mant à l'idée de la ville d'Utrecht , confent que
MM. les Confeillers Députés écrivent égales
ment aux Confédérés une lettre circulaire , eù
en détaillant dans l'exacte vérité l'affaire de
Wyck , on les mette à même de décider . C'eſt
quan l'Adminiftration eft trouble dans les fonctions
que la liberté court des rifques , & que la
liberté ceffe . Les habitans de Wyck qui , pour
n'avoir point fuivi le torrent , font opprimés ,
méritent la compaffion du Souverain ; mais il
faut efpérer que tôt ou tard les auteurs du défordre
feront punis.
·
Depuis la révolution qui a affuré la fouveraineté
des Etats- Unis d'Amérique , on a
fait en Europe des tableaux tantôt enthoufiaftes
, tantôt lamentables de leur fituation.
Cette différence de pinceau tient évidem
ment à cette diverfité d'opinions , & l'on
a
( 87 )
peut affirmer fans crainte que l'esprit de parti,
la ahon , & la politique ont inventé les trois
quarts de ces defcriptions, Pour faifir quelques
lueurs au travers de cette fumée , ilfau
droit qu'elles fuffent rapportées par un homme
bien défintéreffé , ce qui n'eft pas facile à
rencontrer. En attendant qu'il le trouve ,
nous allons mettre fous les yeux de nos
Lecteurs l'extrait d'un petit Ecrit qu'on attri
bue au Docteur Francklin , & qui peut fervir
à décréditer certains préjugés.
« C'eſt une tradition de ce pays que , lorsqu'on
défricha la Nouvelle - Angleterre , fes premiers
Colons eurent à fouffrir de grandes fatigues , des
difficultés fans nombre , comme il arrive généra
lement toutes les fois qu'un peuple civilité ent e
prend de s'établit dans une terre déferte . Etant
pieulement difpofés , ils s'adrefferent au Ciel ,
pour en obtenir l'adouciffement de leurs peines ;
ils firent au Seigneur le facrifice de leurs détreffes
& de leurs fouffrances , & ils établirent des jours
fréquens de jeunes & de prieres. Ces méditations
continuelles fur des fujets auffi triftes ; ces lugabres
cérémonies quileur rappelloient fans ceffe
leur mifere , rendirent leurs efprits fombres &
chagrins , & augmenterent leur mécontentement
au point qu'à l'imitation des enfans d'Ifraël , ils
avoient déja projetté de retourner dans cette
Egypte dont la tyrannie & la perfécution les
avoient contraints de fuir.
» Un jour cependant que l'on avoit proposé à
l'affemblée de proclamer un nouveau jeûne , un
fermier de bon fens fe leva , & fit remarquer que
les inconvéniens qu'ils avoient foufferts , & pour
lefquels ils avoient fi fouvent fatigué le Ciel de
( 83 )
Feurs complaintes , n'étoient point auffi confidérables
qu'ils auroient dû s'y attendre , & diminuoient
au contraire tous les jours , à meſure
que la Colonie s'étendoit ; que la terre commençoit
à les récompenfer de leurs travaux , &
à fournir libéralement à leur fubfiftance , que
les mers & les rivieres étoient pleines de poiffons
, l'air très- pur , le climat fort fain ; &
qu'au- deffus de tout , ils y trouvoient la pleine
jouiffance de la liberté civile & religieufe , il
penfoit donc qu'il feroit beaucoupplus confolant de
méditer fur ces objets , qui ne pouvoient que leur
donner les plus flatteufes efpérances pour leur fituation
future , & qu'ils donneroient une preuve
plus grande de leur gratitude envers l'Etre Divin
, fi , au lieu d'un jour de jeûne , ils proclamoient
un jour de réjouiffance & de folemnelles
actions de graces. Ce fage avis fut fuivi . Depuis
ce jour jufqu'aux nôtres , chaque année a fourni
des fujets de félicité publique fuffifans pour remplir
, avec joie & contentement , ce jour d'actions
de graces , qui a été en conféquence proclamé
conftamment &religieufement obfervé.
» Je vois dans les Papiers-nouvelles de diffé
rens Etats , des complaintes fréquentes fur la
dureté des tems , la langueur du commerce , la rareté
des efpeces , & c. Ce n'eft point mon intention d'avancer
& de foutenir que ces complaintes font entiérement
dénuées de fondement . Il n'y a peutêtre
point de pays ni de nation exiftante au monde
, dans laquelle il n'y ait des gens qui fe trouvent
dans des circonftances dures , pour qui les
reflources de fubfiftance font pénibles " qui manquent
de moyens de commerce ou d'induftrie profitables
, & qui ne voient des efpeces que rarement
, faute d'avoir de quoi donner en échange.
Jettons un coup-d'oeil rapide fur l'état général de
( 89 )
nos affaires , & peut être que la perſpective en paroitra
beaucoup moins fombre qu'on ne fe l'efſt
imaginé.
La grande occupation de ce continent eft
l'agriculture. Pour un Artifan ou un Marchand ,
je fuppofe que nous avons au moins cent Fermiers
, la plupart cultivateurs de leurs propres
terres. Ils tirent de cette terre féconde nonfeulement
toutes les chofes néceffaires à leur
fubfiftance , mais encore tous les matériaux de
leurs vêtemens , de forte qu'ils n'ont que trèspeu
befoin des fecours étrangers , tandis qu'il
leur refte un furplus confidérable de denrées
dont le produit augmente graduellement leur
opulence . Telle a été la bonté de la divine Providence
, telle est la fécondité de ce climat , que
depuis les trois ou quatre années de gêne qu'éprouverent
nos ancêtres , au commencement de
leur établiffement , jamais parmi nous on n'a entendu
parler de famine & de difette. Au contrai
re , malgré que quelques - unes des années dernieres
aient été moins abondantes que les autres ,
nous avons toujours eu affez de denrées pour
notre confommation , & il en eft resté encore une
grande quantité pour le commerce. Les liftes des
prix courans peuvent certifier que le cultivateur
n'a pas vendu pour moins dans ces années foibles
que l'année paffée , dont la récolte a été
cependant copieufe. Auffi la valeur de ces
terres augmente t- elle continuellement , de même
que la population ; auffi n'y a - t il pas dans
l'ancien continent aucune contre où le labou
reur mercenaire gagne d'auf bons gages que
dans les Etats Unis de l'Amérique , où il foit
auffi bien nourri auffi bien vêtu , auffi bien logé
, auffi bien payé .
» Si nous entrons dans les villes , nous trouvons
90 )
que depuis la révolution , les propriétaires des
marfon & des fonds qui-redent à bâtir , en obi
tiennent des intérets beaucoup plus confi térablest
Ls rentes s'y font accrées à un degré étonnant ;
& I encouragement qui én réfulte rour la conttruction
de nurux édifices , a proceré du
travail a une fond d'imitans, en même tems qu'il
a augmenté les comprendres , le uxe , la magnificence
des habitans devenus plus riches . Ces artifans
demanden & reçoivent des falaires beaucoup
plus forts que dans aucure autre partie du
mon e cornu. Cette claffe dhommes n'a donc
pas à le plain re de la direté des tems , & elle
fait une
partie très - confiderable des habitans des
ville..
» A la diſtance où je réfide des pécheries américaines
, je n'en puis par'er vec une certitude
complette. Mais jean ai pas en er du dire que la
claffe des citoyens qui y font - employés foir plus
mal payée , & obtienne moins de fuccès qu'avant
la révolution . A la vérité , les pêcheurs de baleine
ont été privés d'un marché pour la vente de
leur huile ; mais j'apprends qu'un autre vi nt de
leur être ouvert , & j eſpere qu'il leur ſera encore
plus avantageux.
11 refte la claffe des Marchands & gens tenan's
boutique. Quoiqu'ils ne faffent qu'une petite
partie de lanation , leur nombre , il faut l'avouer,
eft encore trop grand , trop confidérable pour les
affaires qu'ils peuvent faire ; car la confommation
des marchandifes a fes limites dans chaque
pays . Les befoins du peuple qui l'habite , les
moyens qu'il a d'acheter & de payer , ne peuvent
égaler qu'une certaine quantité de denrées. Si les
Marchands calculent mal d'après cette propor- .
tion , s'ils importent beaucoup au delà de la con-.
Commation poffible , ils vendront néceſſairement
( 91 )
à perte , & alors ils diront que le commerce languit
; mais ne doutons point que l'expérience les
rendra plus avifés , & que bientô les importations
fe mettront au niveau des befoins & des facultés.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Paragraphes extraits des Papiers Ang!. & autres.
כ כ
« La grande quantité de Confuls que la Roffie
a affe de placer dans ton les ports même
dins les plus petits de la Turquie , donne de
l'ombrage au Gouvernement Turc . Les funt s
pernicie fes du Traité e Commerce con lu
avec la Porte fe font finir de plus en plus . La
» liberté de la navigation , accorée par force anx
» Ruffes , rend les vivres plus rares & plus chers
» qu'auparavant ; les trouble coiue's que ette
libre navigat on occafionne , les fraudes perpé
uelles que es Ruffe fe permettent dans l'ex-
» portation des articles'ils enlevende nos provinces
, fisent auio rd'hui toute l'attent on du
» Gouvernement. Il fe tient journel emen des
Dé ibrations fur ce fijet , & il eft infaillible
» qu'on va prendre des pécautions pour y pour-
» voir & régler toutes chofes fur un pied perma¬
nent. [ Gazerie d'Amfterdam , nº. 60. ]
« On avoit annoncé epuis quelque tems que
l'Espagne alloit accéder au Traité d'Alliance de
notre République avec la France ; on croit favoir
que cette grande affaire n'eft pas encore affez
av rcée pour pouvoir même s'en promettre une e
réuffite infaillible . La Province de Zélande &
quelques villes de Hollande , où il y ads Chambres
par iculieres de la Compagnie des Indesorientales
, font des difficultés très - férieufes fur
l'Article que l'Eſpagne propoſe comme condition
( 92 )
principale de fon acceffion. Cette condition.confifte
en ce qu'il foit permis aux navires Eſpagnols,
faifant le commerce des Philippines , de toucher.
au Cap de Bonne- Efpérance , foit en allant , foit
en revenant , pour s'y rafraîchir & y prendre ce
dont ils pourroient manquer. La Zélande prétend
que cette conceffion pourroit , avec le temps ,
achever de ruiner le commerce de notre Compa
gnie des Grandes- Indes . » [ Idem . ]
« Le Corps franc de la Haye vient d'effuyer
une petite mortification , à laquelle tous les Vry-
Corps en général font finguliérement fenfibles .
Ce Corps [ qui n'eft compofé ici que d'environ 150
individus parmi lefquels fe trouvent des Bourgecis
d'une claffe très-honnête , outre plufieurs
Membres honoraires du premier rang ] avoit formé
le plan de sexercer publiquement dans un
lieu nommé Koekamp , territoire de la Jurifdiction
du Confeil - Comité. Une permiffion conditionnelle
avoit été accordée , des tentes avoient
été dreffées & garnies de rafraîchiffemens pour
les Membres des Corps francs des environs qui
avoient été invités ; enfin , l'on n'avoit rien négligé
pour donner à cet exercice un air d'appareil
& de fête propre à narguer les Stadhoudériens
, lorfqu'un ordre fubit eft venu leur défendre
de s'affembler , & d'exercer non-feulement
dans ledit lieu , mais même dans tout autre , jul
qu'à ce que l'Etat ait prononcé fur leur exiftence
légale , ou leur aboliffement. Cet obftacle imprévu
a eu pour caufe les repréfentations de la majorité
des Membres du Confeil-Comité , par qui il a été
réfolu , après de vifs débats , qu'il ne conveno t
pas que le Vry- Corps exerçât , pendant que fa
réforme totale étoit en délibération . Cet ordre a
été intimé par l'organe de M. le Grand- Penfionnaire
lui-même , Les principaux Membres dudit
( 93 )
Corps , piqués de ce revers , ont tenu une affemblée
, dans laquelle il a été réfolu , dit - on , que
l'on enverroit une députation à Amfterdam pour
s'informer de la Régence même de ladite ville ,
des motifs & raifons qui l'ont portée à demander
l'anéantiflement des Corps francs dans toute la
Province. Ces railons font déja fi connues dans le
Public , qu'il femble que ces Meffieurs auroient
pu s'épargner la peine d'une telle enquête . Au
refte , il paroît qu'on a fait fagement d'empêcher
ledit exercice ; car la populace de la Haye , qui
ne voit pas ces guerriers poftiches de bon ceil, avoit
déja fait provifion de pierres pour les affaillir au
milieu de leur triomphe ; ce qui , dans tous les cas,
eût produit infailliblement un très - grand tu
multe. » Courier de l'Europe , n°. 7. ]
« Il eſt décidé que la difcorde établira fon trône
dans ce pays - ci , écrit - on de Hollande . On la diroit
de mode fur tous les Théâtres , jufqu'à celui de
nos Comédiens François. Nous y avons en ce moment
la faction bleue & la faction blanche . Deux Actrices
rivales partagent le Public ; & en attendant
qu'il fe foit décidé pour l'une ou l'autre , les deux
Cantatrices fe déchirent à belles dents . » I. G. de
l'E. n°. 178. ] 7
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres ( 1 );
Succeffion réclamée dans les Colonies.
Par l'importance qu'on attache à la fortune & à
l'ordre des fucceffions , rien de plus délicat que la
fonction de Curateur aux biens vacans ; c'eft - à dire,
de l'Officier public , chargé de conferver pour les
familles , & de remettre aux légitimes héritiers les
fucceffions éventuelles des Colonies ; ou , à leur
défaut , de laiffer le fifc s'en emparer , par le droit
qu'a le Roi fur les biens fans maître , ou laiffès
fous la domination par l'étranger qui ne jouit pas
du privilege des régnicoles. Depuis que l'AmériT94
)
que eft ouverte à l'Europe , le plus grand nombre
des nouveaux émigrans du continent y font entraînés
par l'un de ces deux motifs , ou la néceſſité
, ou l'intérêt . Tantôt , c'eſt un ſujet mécontent
de fa famille , ou agité de fa p opre inconftance ,
ou par le befoin d'une fortune qu'il ne tuve pas
amaffée autour de fon berceau ; qui cherche, fous
un autre ciel , l'oubli de fon injure & des torts de
la fortune ; tantôt , c'eft la famille elle même qui,
mécontente d'un de fes jeunes rejettons éloigne
ou le force à s'éloigner de fa patrie , où elle le
voit avec inquiétude , & le tranfplante dans ces
climats lointains , dans l'efpoir que le changement
de lieux & d'objets changeront les moeurs & fon
caractere , où dans l'indifférence d'un fort qui ,
quel qu'il foit , nè l'affectera plus dans un fi grand
éloignement.
Que d'événemens ! que de hafards concourent
effacer les veftiges de leurs pas dans ces émigrations
, & à faire oublier juſqu'à leur existence dans
leur mere - patrie ! S'ils traînent une vie errante &
obfcure , ils épaiffiflent eux-mêmes les té èbres
pour cacher leur mifere , & ne font guè es portés
à infruire de leur infortune , dis parens dont ils
n'ont aucun -fecours à attendre. S'ils profperent ,
leur fortune nouvelle déguiſe elle feule leur indigence
pr mitive. Des ref'entimens formés dans la
jeunefle fe fortifient par l'abience même , dont la
lorgue durée anéantit fouvent jufqu'à 'amitié
même les changemens de fort & de nom efficent
toutes les traces de leur origine ; & parvenus par
leur indufrie , à des é a lifemens qu'ils ne divent
qu'à eux feuls , its fe vengent , par l'oubli &
par un filence profond , de la famile qui les a abandonnés
ou reiettés de for fein .
S'ils confervent plus de nature !, plus d'attachement
à leur patrie , & l'esprit de retour ,
ils re
mettront fouvent au tems de ce retour le foin de
( 95 )
rechercher les membres difperfés de leur famille ,
d'en renouer les liens ufés par l'abfence , & de dif.
fiper les nuages dont l'individu s'eft couvert dans
le long cours de fes err urs & de fes aventures .
Mais foit que leur patrie leur foit encore
chere , ou qu'elle leur foit devenue in flé ente ;
foit qu ils nourriffent ou qu'ils repouffent l'idée &
le defir d'y rapporter leurs cendres , la mort les
moiffonne ou les furprend fréquemment , avant
qu'ils aient eux- mêmes travaillé à éclaircir leur
origine , leurs anciennes relations , & levé le voile
que le tems ou eux-mêmes ont for né.
A leur mort , c'est dans les mains du Carateur
aux biens vacans que tombent toutes les fortunes
ifolées , en attendant qu'elles trouvent un maitre .
On conçoit , dès lors , l'abus qui peut exifter , fi
ce dépositaire public eft négligent , intéreffé , infidèle.
Il femble qu'au lieu d'établir leur propre
fortune fur la longue & obfcure poffeffion de ces
féquestres , il faudroit , au contraire , la faire dépendre
de leur activité & de leur promptitude à
s'en débarraffer , & régler leur falaire en raifon
inverſe du tems de leur jouiffance.
Si , au contraire , les gardiens de ces toifons
dorées cherchoient à effacer les traces qui conduisent
à ces tréfors , à épaiffir les ténèbres de
leur enceinte , & à fermer tou es les avenues à la
lumiere , comment percer le nage dont ils fe
feroient enveloppés ? Comment les parties intéreffées
parviendroient-elles à prouver leurs droits
fur un héritage caché , dont ils ne peuvent pas
même foupçonner l'exiflence ? Qui apprendra à
une famille pauvre , perdue dans la foule de la
Capitale , ou cachée dans le fond d'une Province,
qu'il eft mort dans les Colonies un parent do telle
a perdu la trace & même le fouvenir , & dont le
nom & l'exiſtence font fouvent ignorés du jeune
( 26 )
héritier qui fe trouve lurvivre au tems deſa mort?
Si quelques renfeignemens , rapportés par le
hafard , l'autorilent à former des doutes probables
, qui le mettra en état d'en fuivre le fil , &
d'arriver jufqu'à la vérité , parmi tant d'obſtacles
que multiplient la diflance des lieux , l'ignorance
des affaires , l'impuiffance des moyens , & l'indifférence
publique pour les intérêts d'autrui ? Les
faits importans , les premieres folutions de ce problême
fout à deux mil e lieues de l'héritier ; elles .
réfident , en quelque forte , dans les mains & les
devoirs du Curateur aux biens vacans ; c'eſt à lui
qu'aboutillent les premieres tentatives , les premieres
lettres qu'on hafarde . S'il les accueille
avec prévention , s'il les repouffe par intérêt
s'il n'aide pas lui-même à la vérité à ſe manifeſter,
le découragement fuit, les années s'écoulent ,
les traces s'effacent de plus en plus , & le Roi devient
, malgré lui , & contre les intentions juftes
& bienfaifantes , l'héritier d'un bien ufurpé par
l'invigilance ou l'infidélité d'un Agent qu'il avoit
créé , plutôt pour l'intérêt de fes Sujets que pour
le fien. Ces réflexions fages font , on ne peut pas
mieux , placées au commencement d'une Caufe
dont l'événement a changé fubitement par le
zèle de M. François de Neufchâteau , Procurear-
Général au Confeil- Supérieur du Cap. Les faits
de cette Caufe font très fimples . Un habitant .
étoit mort , ab inteftat . Le Curateur s'étoit emparé
de la fucceffion ; quelque tems après , fes parens
fe préfenterent . Le Curateur prétendit que le défunt
étoit Efpagnol d'origine , fous prétexte que
fon nem avoit été défiguré dans ſon extrait mortuaire
; mais M. le Procureur Général , dont le
zèle & les talens font connus , dévoila ce myfe
tere & fit triompher la réclamation des héritiers,
Par Arrêt du 28 Avril 1784 , la fucceffion leur
fut adjugée.
JOURNAL POLITIQUE
Ad
DE BRUXELLES.
1
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 6 Juillet.
ES déplacemens d'Officiers d'Etat font
La fréquens depuis quelques années ,
qu'on peut les regarder comme formant le
cours ordinaire des chofes dans cet Empire.
Rien ne prouve plus fortement que cette
inftabilité , l'extrême foibleffe de l'Adminif
tration fuprême. Le 1s du mois dernier, b
on a dépofé & exilé le Stamboul Effendi,
( Juge de Police en cette Capitale s Cette
difgrace a eu fa fource , à ce qu'on dit , dans
celle d'un Capigi Bafchi , qui s'étant permis
de frauder l'approvifionnement des vivres
deftinés à la flotte , a été décapité fur les
plaintes du Capitan Pacha . Sa tête & fon
corps ont été expofés à la porte du Serrails
l'un des bifcuits gâtés attaché fur la poitrine
du cadavre. Le Stambout Effendi palloit
pour avoir connivé à cette malverſation . Le
N°. 33 19 Août 1786.
( 98 ))
Kiaja Bey ou Lieutenant du Grand Vifir eft
également déposé , & remplacé par le Reis-
Effendi, loit Miniftre des Affaires étrangeres.
DANEMAR CK.
DE COPENHAGUE , le 28 Juillet.
La Réfolution royale du 14 , concernant
la Compagnie de la Baltique & de Guinée
eft trop étendue pour être rapportée en entier
; nous extrairons feulement la fubftance
dės principaux articles , afin qu'on puiffe
juger de la nouvelle forme fous laquelle va
exifter cette Compagnie.
Le Roi promet de payer à la Compagnie la
fomme de 400,000 rixdalers qu'elle avoit avancée
à la Banque ; le crédit de 250,000 rixdalers
qu'avoit fur la Banque la Compagnie du Canal ,
eft tranfporté à la Compagnie de la Baltique &
de Guinée .
Les Actionnaires pourront limiter le nombre
des Actions , & en rembourser une certaine quan
tité.
On prendra les mesures convenables pour mettre
la Compagnie en état d'entretenir les forts &
les établiffemens fur la côte de Guinée , & d'y
faire un commerce avantageux.
Indépendamment des avantages qui ont été ac➡
cordés à la Compagnie par l'octroi , on lui en
affure de nouveaux relativement au commerce
des bleds,
Le Roi promet de donner à la Compagnie juf
qu'à la fomme de 400,000 rixdalers , pour l'aider
dans fon commerce avec des matériaux
bruts .
( 99 )
La Direction fera compofée de cinq Membres
qui feront élus à la pluralité des voix ; le Miniftre
des Finances affiftera aux Affemblées des Directeurs.
La nouvelle Direction aura les mêmes pouvoirs
que l'ancienne.
Tous les entrepôts fuperflus de marchandifes
feront vendus , & la principale branche de commerce
s'étendra fur le commerce & les produc
tions nationales.
Les Actionnaires pourront divifer leurs A &tions
en plufieurs parts.
La Direction pourra affembler les A&tionnaires
dans des circonstances importantes ; la pluralité,
décidera dans ces affemblées.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 3 Août.
Le 6 du mois dernier , Lars Wahlftroem ,
ancien Emploié dans le Jardin Botanique
d'Upfal , eft mort à Gothenbourg , dans la
1ose. année de fon âge.
Le prix des grains, fur-tout celui du feigle
hauffe confidérablement dans toute la
Ruffie ; l'Impératrice prend pour les maga
fins le feigle deftiné à l'exportation , & elle
en fait payer aux propriétaires 10 pour 100
au delà du prix qui leur avoit été offert.
DE BERLIN le 31 Juiller.
Ceft d'après l'avis du Docteur Zimmer
mann , que le Roi a mandé d'Halberstadt le
e 2
( 100 ).
Docteur Fritze , dont nos avons parlé. Ce
Médecin , d'un mérite diflingué , a publié
un excellent ouvrage fur adminiſtration
des Hôpitaux militanes , dont il critique
avec force , & d'après fon expérience , les
abus , les friponneries , les négligences . On
fent bien que ce livre très utile lui a fait peu
d'amis. Probablement , en approchant le
Roi , il aura occafion de l'entretenir de ces
abus , & d'y faire porter remede ; car la
connoiffance du mal & fa fuppreflion fe fuivent
ici immédiatement. M. Fritze , à fon
arrivée à Potzdam , a été nommé premier
Médecin des Armées , avec des appointemens
annuels de foo thalers par an.
Le Roi a fait figner par le Baron de Thulemeyer
, fon Envoié extraordinaire à la
Haye , avec MM. Adams , Franklin & Jefferton
, Miniftres du Congrès Américain ,
un Traité de commerce , en date du 10
Septembre 1785. Ce Traité renferme entr'autres
deux ftipulations bien remarquables
, & qui doivent faire époque dans l'hiftoire
du Droit public en Europe : la premiere
porte :
сс
Que fil'une des Parties contractantes eft en
guerre avec une autre Puiffance , la libre correfpondance
& le commerce des fujets ou citoyens
de la Partie qui demeure neutre envers les Puiffances
belligérantes , ne feront point interrompus
; au contraire les vaiffeaux de la partie neutre
pourront naviguer en toute fûreté dans les ports
& fur les côtes des Parties belligérantes Les
( 101 )
vaiffeaux libres rendront les marchandifes libres,
quand même ces effets appartiendroient à l'ennemi
de l'autre ; pour prévenir les difficultés &
les difcuffions qui furviennent ordinairement par
rapport aux marchandifes ci - devant appellées
contrebandes , telles que munitions , armes &
autres provifions de guerre , aucun de ces articles
chargés à bord des vaiffeaux appartenans
aux fujets d'une Partie , & deſtinés pour l'ennemi
de l'autre , ne fera cerfé de contrebande , au point
d'impliquer confifcation , & d'entraîner la perte des
indivi lus . Néanmoins il fera perm´s d'arrêter ces
fortes de vailleaux & effets , & de les retenir
pondant tout le tems que le preneur croira néceffaire
pour prévenir les inconvéniens & dommages
qui pourroient en réfulter ; mais dans ce cas on
accordera une compenfation raisonnable pour les
pertes qui auront été occafionnées par la faifie : il
fera auffi permis aux preneurs d'employer à leur
fervice les munitions de guerre détenues , en
payant aux propriétaires la pleine valeur , fuivant
le prix qui aura cours dans l'endroit de leur
deftination .
Un autre article de ce traité mémorable porte :
« Qu'aucun fujet de l'une des deux Parties contractantes
n'acceptera d'une Puiffance avec laquelle
l'autre pourroit être en guerre , ni commillions
, ni lettres de marque , pour arrêter en
courſe contre cette derniere , fous peine d'être
puni comme pirate. S'il furvenoit une guerre
entre les Parties contractantes mêmes , les femmes
& les enfans , les gens de lettres de toutes les facultés
, les cultivateurs , artifans manufacturiers
& pêcheurs qui ne font point armés & qui
habitent des villes , villages , ou places non fortifiés
, & en général tous ceux dont la vocation
tend à la fubfiftance & à l'avantage commun du
>
e3 .
{ ( 3021 )
-
genre humain , auront la liberté de continuer
leurs profeffions refpectives , & ne feront point
moleftés en leurs perfonnes , ni leurs maiſons ou
leurs biens incendiés , ou autrement détruits , ni
leurs champs ravagés par les armées de l'ennemi
au pouvoir duquel ils pourroient tomber par les
- événemens de la guerre ; mais fi l'on fe trouve
dans la néceffité de prendre quelque chofe de
leurs propriétés pour l'ufage de l'ennemi , la
valeur en fera payée à un prix raisonnable . Tous
les vaiffeaux marchands & commerçans employés
à l'échange des productions des différens endroits
deftinés à faciliter & à répandre les néceffités , les
commodités & les douceurs de la vie , pafferont
librement & fans être moleftés ; & les deux
Puiffances contractantes s'engagent à n'accorder à
des vaiffeaux armés en courfe aucune commifion qui
les autorife à prendre ou a détruire ces fortes de vaiffeaux
marchands , ou à interrompre le commerce.
1
Ces jours derniers on a coulé à la Fonderie
royale la Statue coloffale en bronze de
l'Impératrice de Ruffie , commandée par
cette Souveraine en 1782 au celebre Sculpteur
Meyer ; la fonte a eu le plus grand
fuccès , & cette Statue de 10 pieds de hauteur
, paffe pour être parfaitement exécutée.
DE VIENNE , le 2 Août.
373
Le 18 du mois dernier , arriva ici un Garde
Noble avec un grand nombre de Placets
préfentés à l'Empereur , durant la premiere
partie de fon voyage , & dont la plupart
étoient marqués pour qu'il en foit fait un
rappert particulier à S. M. Plufieurs de ces
(( (2303) )
fuppliques font en langue Turque , & ont
été remifes à l'Empereur par des Ottomans ;
elles ont le commerce pour objet . Accompagné
du Commandant , & entouré d'une
foule de Turcs attirés par la curiofité , notre
Monarque vifita à Semlin tous les établif-
Memens publics. Il avança même dans le Danube
, fur un petit navire , & très-près de
Belgrade , dont il examina les fortifications
avec beaucoup de foin.
Lorfque S. M. I. paſſa à Gratz , l'Evêque
Comte d'Arka fe jetta à fes genoux , en le
priant de convertir la peine du jeune fauffaire
Comte de Pozdazki en un emprifonnement
dans une fortereffe. L'Empereur
accorda cette grace à l'Evêque , frere de la
malheureuſe & refpectable mere du Coupable.
>
La principale objection faite contre la punition
du Comte Szekely a été que le
Souverain avoit aggravé la Sentence de la
Juſtice , au lieu de l'adoucir. Il paroît que
S. M. en effrayant le Criminel , a eu deffein
de rendre plus forte l'impreffion de fon châtiment
, & ce Monarque s'eft vengé en Grand
Homme des libelles répandus fur cette affaire
, en rendant à Szekely fa liberté , avec
50 ducats ; mais il lui eft défendu d'approcher
des trois capitales de Vienne , de Prefbourg
& d'Ofen .
On a calculé qu'avant la fuppreffion des
couvens dans la Monarchie Autrichienne ,
€ 4
( 104 )
les revenus annuels du Clergé s'élevoient à
18 millions de florins , lefquels à 4 pour 100,
formoient un capital de 150 millions. La
Caiffe de religion poffede maintenant une
grande partie de cette fomme. On ne fauroit
encore fixer précisément les moyens ;
mais on peut les fuppofer d'après les dépenfes
qu'on lui connoît , & qui doivent ba-
Jancer à peu près les revenus. Elle ftipendie
quatre nouveaux Evêques & leur chapitre ,
objet de 200,000 fl . pour le moins ; elle entretient
10 mille tant Curés que Chapelains
locaux , qui à 600 fl . l'un dans l'autre , exigent
une fomme de 6 millions ; qu'on ajoute
à cela les penfions des Religieux & Religieufes
fupprimés , l'entretien des féminaires
généraux , celui de quelques hôpitaux &
autres maifons de charité , les dépenfes néceffitées
par la bâtiffe d'un grand nombre
de nouvelles églifes , & l'on pourra alors
apprécier avec quelque jufteffe , & à leur véritable
valeur les conjectures tant de fois réchauffées
au fujet de cette Caiffe de religion .
Le projet remis il y aa quelque temps à
Empereur , dans la vue de donner en emphytheofe
tous les biens eccléfiaftiques , a
été confié au Confeiller de Holzmeifter , qui
doit en faire le rapport à S. M. I. , dès qu'elle
fera de retour.
On écrit d'Agram dans la Croatie , qu'un
incendie a réduit en cendres plas de cent
édifices , le 16 de Juillet. Un violent vent
( 105 )
du nord a rendu inefficaces les fecours donnés
fur le champ. Plufieurs perfonnes ont
perdu la vie dans ce défaftre .
Le Gouvernement de l'Autriche intérieure
a fait publier de la part de S. M. I. Térection
d'un nouvel Evêché à Leoben en Stirie
, & dont le diocefe s'étendra fur les
cercles de Bruk & de Indenburg. S. M. y a
nommé le Prélat Comte d'Engel . Les Patentes
d'érection font du 29 Mai dernier.
DE FRANCFORT , le 9 Août.
Vers la fin du mois dernier , il s'eft élevé
ici quelques troubles excités par les garçons .
railleurs . Quatre cens d'entr'eux , joints à
plufieurs centaines d'ouvriers de différens
métiers abandonnerent le travail & la ville.
Ils fe retirerent au village de Bockenheim
qui appartient au Landgrave de Heffe , &
d'où la Régence de Hanau les fit aller plus
loin. Depuis ils fe ont réfugiés dans un bois ,
fur les frontieres conjointes de l'Electo at de
Mayence & des Etats de Heffe ; comme
cette maladie pourroit gagner d'autres corps
de métiers , la garnifon de cette ville a reçu
ordre de fe mettre fous les armes . Ces mouvemens
font occafionnés par une conteftation
fur les falaires.
Le 16 du mois de Juillet , la Colonie des
Réfugiés François à Erlang , dans le Margraviat
de Bayreuth , a célébré le Jubilé de
fa fondation.
es
( 106 )
..Les trois Princes d'Angleterre ont été reçus
à Gottingue avec la plus grande fimplicité.
Les cérémonies fe font réduites à la
parade d'une compagnie de troupes réglées
qui a battu aux champs à l'arrivée de ces
auguftes Hôtes. Tous trois font d'une belle
figure , ainfi que leurs aînés. Chacun d'eux
a fon Gouverneur féparé , fous un Gouverneur
en chef , le Général Grenville , feul Anglois
emploié dans cette éducation . Jufqu'aux
laquais font Hanovriens. Chaque
Prince a un appartement de trois pieces ; en
commun ils ont une falle à manger & un
fallon de compagnie. Leurs meubles , trèsfimples
, font venus d'Hanovre. Le Roi
d'Angleterre a expreffément ordonné d'éloigner
toute efpece de luxe & de dépenfes inutiles
. La table des Princes & de toute leur
maiſon eſt fixée à 600 rixdalers par femaine
[ 2400, liv. tournois ] . Deux fois par femaine
, ils y reçoivent des Profeffeurs & des
Etudians , dont il leur eft ordonné de ne fe
diftinguer en aucune maniere. Ils fe perfectionnent
dans l'Allemand qu'ils favent peu ;
le Profeffeur Maïer leur donnera en cette
langue des leçons fous l'infpection du célébre
Heyne. Celui ci fera fes leçons en latin ;
M. Leff les inftruira dans la Religion ; obfervons
qu'il eft Luthérien , ainfi que toute
l'Univerfité. M. Feler leur enfeignera la
morale ; chacun de ces Inftituteurs recevra
mille rixdalers par année.
( 107 )
Le Landgrave de Heffe Caffel pourfuit
fes réformes, & perfévere dans fes plans. Il
s'occupe beaucoup de fes troupes qu'il exerce
journellement. Il a confervé coux des
Miniftres & des Confeillers de fon pere qu'il
a regardés comme d'honnêtes gens. La Société
des Antiquités renoncera dorénavant à
toutes fes difcuffions futiles , & doit s'occuper
de l'hiftoire d'Allemagne , particulierement
de celle de la Heffe, de la defcription du
Mufæumde Caffel ; &c. M. Gafparfon a remplacé
le Marquis de Luchet dans la place de
Secrétaire perpétuel de cette Société. On a
donné auffi un fucceffeur à M. de Luchet ,
dans la direction du Mufæum , de la Gallerie
de Peinture , & d'autres collections ,"
maintenant confiée à M. de Feltheim , Commandeur
de l'Ordre Teutonique. L'Univerfité
de Marbourg vient d'acquérir fix nouveaux
Profeffeurs , & dans peu l'on efpere
qu'elle deviendra l'une des plus floriffantes
de l'Allemagne . Plufieurs Confeillers de
guerre ont été arrêtés à Caffel pour caufé
de malverfations , & ils ont tout à craindre
de la févere juftice du Landgrave.
*
On vient de caractérifer d'une maniere
affez conforme à la vérité le Prince héréditaire
de Pruffe. « Frédéric Guillaume , Prince
» de Pruffe , dit l'auteur de ce portrait , eſt
» d'un extérieur agréable , populaire , & qui
cependant infpire du refpect . Il eft d'un
>> caractere affez froid & naturellement fé-
בכ
e 6
( 108 )
-
» rieux , ce qui tient peut être à beaucoup
» de réserve . Plus pénétrant , qu'on ne le
"fuppoferoit au premier coup doeil , il
» cherche à acquérir en filence des connoif-
" fances utiles ; fon jugement eft droit , &
> il eſt ennemi du faux brillant comme des
» prétentions Sans vanité & fimple , il hait
» la baffefle & la flaterie qui l'oblé tent
» comme tous les Princes . Il fera le bonheur
» de tes peuples , s'il eft toujours entouré
»d'honnêtes gens , s'il écarte les hypocrites
» de bonté & de vertu , qui abuſeroient de
» on bon naturel . Ceux qui fe perfuadent
» qu'il fera des changemens confidérables à
» fon avénement au trône , pourroient bien
» le tromper. Pénétré d'admiration pour le
» génie de fon Oncle , il fait trop bien que
» dans un fyftême lié comme l'eft celui de
» la Pruffe , les changemens doivent être
" préparés de longue main. Il fera mieux ;
» ii fu vra les principes du Roi , qui ſe réu-
> niffent au fond à celui d'augmenter le bien-
» être de fes fuers , & de les rendre par degrés
fufceptibles de jouir d'une liberté
» plus étendue. A fon avénement aw trône ,
»le Prince Royal étonnera bien des gens.
" Ceux qui croyent avoir la plus grande
» influence à cette époque , pourront bien
» être écartés , & c.
Le Margave regnant de Bade a fait ériger
un monument près de Carlfruhe ,
paylan qui a defféché un terrain maréca
à un
t
( 109 )
geux , & encouragé d'autres Cultivateurs
par fon exemple.
Le 18 Juillet , la Ducheffe regnante de
Saxe Weimar eft heureufement accouchée
d'une Princeffe , qui a été nommée au bap
tême Caroline- Louife.
D'après les registres de la Compagnie
d'affurance pour incendie , dans le Margraviat
d'Anfpach , la valeur des maifons affurées
monte à la fomme de 12,729,800 flor..
Par un état porté à la Dictature de la Diete de
Ratisbonne , on voit que les Etats de l'Empire ont
payé , depuis le 30 Septembre 1785 juſqu'au 15
Mai dernier , 60,638 rixdalers pour l'entretien
de la Chambre Impériale de Wetzlar , & que ,
déduction faite des appointemens payés pour fix
mois , & du fonds de 120,000 rixdalers placé à
intérêts , i refte encore actuellement en caiffe la
fomme'de 57.719 rixdalers. L'entretien annuel
de cette Chambre forme un objet d'environ 90000
rixdalers.
Le 24 Juillet , 8 minutes après midi , &
par un temps très calme , on a éprouvé à
Bonn pendant 2 fecondes plufieurs fecouffes
de tremblement de terre.
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 9 Juillet.
La fregare Espagnole l'Affomption a conduit
à Cadix le fixieme million de piaftres
retiré du S. Pedro d'Alcantara, & la frégate
la Sanda Barbara eft arrivée de Cadix à
( 110 )
Péniche pour charger le feprieme million.
Une lettre d'Alger , du 19 Juin , contient
les particularités fuivantes.
«Enfin le Comte d'Expilly , envoyé par la
Cour de Madrid pour traiter de la paix avec notre
Régence , a réuffi dans fa négociation . Le
traité de paix avec l'Efpagne a été figné hier , &
aujourd'hui M. d Expilly eft parti à bord d'un
brigantin efpagnol pour Alicante ; afin d'y porter
lui- même le traité de S. M. Catholique. Cependant
il n'a pu convenir d'un point acceffoire , favoir
, le prix du rachat des Efclaves Espagnols.
Le Dey l'a porté à un prix exorbitant . Ildemande
1200 piaftres pour chacun des Efclaves appartenans
à la fortereffe d'Oran , 1300 pour
chaque Matelot , 3500 pour les Capitaines de
navires , & 4000 pour chaque femme , outre le
remboursement de divers frais qui peuvent aller
encore à 15 pour cent au- delà du prix du rachat.
Lorfque M. d'Expilly prit congé du Dey , il lui
demanda s'il n'y avoit rien à rabattre de cette fixation
: mais le Chef de notre Régence fe contenta
de lui dire , « que M. d'Expilly devoit effectuer au
» préalable que S. M. Catholique s'acquittât de
» ce qu'Elle avoit promis pour obtenir la paix ,
& que lorfque l'Efpagne auroit rempli fes engagemens
, il verroit ce qu'il y auroit à faire par
→ rapport au rachat des Eſclaves » .
«Lesdeux Négociateurs venus ici pour traiter
de la part des Etats- Unis de l'Amérique de la
paix avec notre Régence , n'ont pas eu le même
fuccès. Lorfqu'ils arriverent fur la fin du mois de
Mars , ils prirent leur logement chez le Conful
de France : deux jours après ils eurent audience
du Dey : il les reçut à la vérité avec affabilité;
mais il ne voulut pas entendre parler de paix,
( 111 )
"
"
difant , & qu'il ne pouvoit entrer en des liaifons
amicales avec le Congrès Américain , avant
que celui- ci ne fût convenu à ce fujet avec le
Grand- Seigneur ».Cependant il ajouta, « qu'ils
pouvoient racheter leurs dix-neuf compatriotes
» qui fe trouvent ici dans l'efclavage , moyen-
>> nant une fomme de 28 mille piaftres , outre les
» frais ». Les deux Députés n'ofant prendre fur
eux de payer une fi groffe.fomme pour délivrer
ces malheureux , l'un d'eux eft parti d'ici à bord
d'un brigantin efpagnol , peut-etre pour aller
prendre de nouvelles inftructions ».
« Il n'eft pas étonnant que la Régence Algérienne
devienne plus difficile à manier depuis fon
accommodement avec les Espagnols. Cette Nation
étant la plus voifine , offroit par conféquent
plus d'aliment que les autres à l'entretien des
corfaires. Privés de cette occafion facile & journaliere
, ils redoubleront néceffairement d'âpreté
à l'égard des autres Nations. Le 26 du mois
dernier , il fortit de notre port onze corfaires ,
dont un chebec de 34 canons , un de 24 , un de
18 , un petit de 4 , une barque de 30 , une de 28.
une de 24 , une de 22. & une de 18 canons , outre
2 galiotes. Tous ces bâtimens firent route pour
les côtes d'Italie. Le 10 Mai un de ces corfaires
avoit conduit ici un bâtiment fous pavillon ruffe ,
dont il s'étoit emparé dans le golfe de Valence :
ce navire appartenoit au port d'Archangel , où il
alloit avec une cargaifon de vin & d'eau- de- vie.
L'équipage confiftoit en dix -huit hommes , dont
huit Ruffes , fix Hollandois & quatre Allemands ,
qui tous ont été réduits à l'efclavage . Le Capitaine
, natif de Frife ,, s'adreffa à M. Fraiffinet
Conful des Provinces - Unies : mais comme il avoit
été pris fous pavillon étranger , & qu'il avoit navigué
fans pavillon ni paffeport des Etats : Géné(
112 )
1
3.
faux , tout ce que M. Fraiffinet put faire en fa
faveur , par refpect pour l'Impératrice de Ruffie ,
ce fut de le loger chez lui avec fes gens , & de lui
procurer tous les adouciffemens poffibles dans fa
fituation. Au refte , la Nation Hollandoife n'a
pas à fe plaindre du Dey. Lorsqu'au mois d'Avril
dernier l'on vit arriver dans notre port le vaiffeau
de guerre hollandois le Batave , commandé par le
Capitaine Spengler , avec la frégate l'Aigle ,
Capitaine
Mafichop , ils furent fatuts par vingt - un
coups de canon de nos forts ; & le lendemaia
lorfque les deux Capitaines furent préfentés au
Dey par M. Fraiffinet , il les reçut de la maniere
la plus gracieufe , déclrant « que tout ce dont
leurs vaiffeaux auroient befoin leur feroit fourni
fans payer de droits , puifque la Nation Hollandoife
étoit fon amie ». Les Danoisjouiffent
de la même amitié , au prix de préfens confidérables
qu'ils font annuellement à la Régence. Le
bâtiment qui les avoit à bord arriva ici ces jours
derniers : ils confiftet en poudre , boulets , bois
de conftruction , cordages , voiles , & tout ce qui
eft néceffaire pour l'équipement de la Marine algérienne
: l'on a déja commencé le débarquement
de ces munitions , & conduit entr'autres à terre
780 barils de poudre. Ces préfens font de nature
à mieux fatisfaire notre Régence que ceux que le
Conful de Venife lui offrit le mois dernier au
nom de fa République : ceux- ci confiftoient en
8500 fequins en efpece , un montre d'or à répétition
avec la chaîne de même métal , le tour.
enrichi de diamans , une bague avec un brillant
très précieux , un caffetan , & diverfes étoffes
magnifiques , &c. A peine le Conful Vénitien
fit- il de retour chez lui , que le Dey lui renvoya
ces préfens , à l'exception des fequins qu'il
garda ; il lui fit dire en même tems que ces pré(
113 )
"
fens n'étoient pas tels qu'il put les accepter ;
qu'il lui donnoit un délai de deux mois pour en
procurer de plus acceptables , & que , ce délai expiré
, la Régence orendroit un parti à l'égard de
la République. Tous les Miniftres & autres cour
tifans fuivirent Pexemple du Dey , en renvoyant
au Conful les préfens qu'ils leur avoient faits
également. Cependant le terme de deux mois
étant trop court pour que le Conful puiffe avoir
dans cet intervalle des inftructions ultérieures
de fa République , il fe trouve par-là dans le
plus grand embarras. Non- feulement il eft hors
de doute qu'au lieu d'effets précieux le Dey veut
que les Vénitiens lui fourniffent des armes & des
munitions navales ; mais il demande encore le
paiement de la valeur d'un bâtiment chargé de
toiles & venant de la côte de Bougie , que le
Chevalier Emo enleva l'année derniere fur la
côte de Tunis. Il fe trouvoit fur ce bâtiment ,
lors de fa capture , deux Juifs qui furent tués
dans la rencontre. Pour la perte de ces Ifraelites ,
le Dey exige de plus un dédommagement 'de
deux mille fequins. Il a auffi mandé l'Agent
de Ragufe , & la chargé d'informer le Sénat de
cette République , que la Régence algériense
defiroit qu'elle lui envoyât des préfens , comme
le font les autres Nations qui naviguent dans la
Méditerranée , faute de quoi elle lui déclareroit
la guerre . &c. &c.
En effet M. d'Expilly eft arrivé à Madrid
avec ce Traité que le Roi n'a point encore
ratifié , mais qu'il a remis à l'examen du
Confeil fuprême de Caftille . La priſe du navire
Ruffe , valant au moins 80 mille piaftres
fortes , eft également confirmée. On
efpere peu de fuccès ici de la négociation de
( 114 )
notre Cour avec ces brigands maritimes ,
dont l'audace , la fortune & l'impunité font
l'opprobre de l'Europe. It faudroit un Cromwell
pour les châtier , comme cet illuftre
Protecteur le fit de fon temps . Son Amiral
, le valeureux Blake foumit tous ces
Barbarefques , & les força de reſpecter à
l'avenir le pavillon Anglois . Il arracha du
Dey d'Alger des dédommagemens , il détruifit
les forts de Tunis & fes vaiffeaux , &
eût incendié la ville , fans la foumiffion du
Bey infolent. Tripoli éprouva à peu près le
même fort .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 8 Août.
Nous avons peu de détails ultérieurs &
importans à donner fur la tentative de Marguerite
Nicholfon contre la vie de S. M. Elle
a fubi différens interrogatoires pardevant les
Jurifconfultes de la Couronne , le Juge de
paix & le Confeil Privé. Tout abfolument
concourt à prouver l'état de démence de
cette femme. La plupart de fes réponſes
ont été inintellig bles. Elle a revendiqué des
droits à la Couronne ; elle a dit que l'autorité
des Lords Mansfield & Lougborough appuyoit
fes prétentions , & qu'elle mourroit
convaincue de la juftice de fa caufe. Le
Docteur Munro & fon fils appellés pourexaminer
l'état phyfique de Marguerite Nichol
{
( 115 )
fon , ont déclaré , après l'avoir fuivie plufieurs
jours , qu'elle leur paroiffoit attaquée
de folie. En conféquence , le Confeil a ordonné
d'épargner à cette malheureuſe de
nouveaux interrogatoires.
"
On a feulement envoyé deux Meffagers
d'Etat fur les lieux où elle a demeuré , pour
conftater fa fituation aux époques antérieures.
On ne l'a point emprifonnée , elle eſt
fimplement fous la garde d'un Meffager d'Etat,
& l'on a eu pourelle tous les égards d'huma
nité que prefcrit la Jurifprudence criminelle
d'Angleterre. Si elle eft reconnue folle , on
la renfermera dans un hôpital jufqu'à la prochaine
Seffion du Parlement , qui ordonnera
fa détention ultérieure : dans le cas contraire
elle fera jugée felon les formes ordinaires, A
la nouvelle de cet accident , le Prince de
Galles accourut de Brigthelmſtone à Windfor
, où il eut une entrevue touchante avec
le Roi. On chantera inceffamment un Te
Deum pour la confervation de sa Majefté ,
& la Cité prépare un Adreſſe de félicitation
qui fera portée au Roi dans la plus grande
pompe.
Le Chevalier Richard Bickerton a reçu
de l'Amirauté la commiffion de Commodore
de l'efcadre Rouge , & de Commandant
des forces navales de S. M. ans l'Inde .
Il doit fe rendre inceffamment à Sheerneff
pour faire hiffer fon pavillon à bord du Jupiter
de so can.
( 116 )
Il n'y a point d'apparence que les vailfeaux
de garde rentrés depuis peu à Portf
mouth , retournent en rade cette année ; la faifon
eft trop avancée . Le pavillon de Lord
Hood eft toujours arboré fur le Triumph de
de 74 can .
?
Il eft queftion de faire fervir une partie
du régiment Royal d'Artillerie , à bord des
vaiffeaux du Roi, en temps de guerre. Dans
l'état actuel des chofes , les Commandans
des vaiffeaux font obligés d'employer tous
les meilleurs matelots aux batteries , tandis
que la manoeuvre languit abandonnée à des
recrues.
Le Barwell , vaiffeau de la Compagnie
des Indes , eft arrivé fauf à Douvres ces
jours derniers. Il avoit appareillé de Portfmouth
au mois de Mars 1785 .
Le 2 de ce mois , M. Adams , Minifire Plénipotentiaire
des Etats - Unis d'Amérique , a pris
congé du Roi pour fe rendre en Espagne. Ce
Miniftre , à fait , dit -on , une repréſentation au
Miniflere Anglois fur l'injuftice avec laquelle les
vaiffeaux de guerre ftationnés aux ifles de l'Amérique
faififfoient les bâtimens Américains , qui
ne faifoient que paffer à la vue desdites ifles . On
cite entr'autres captures de cette efpece , celle
d'un bâtiment deftiné pour Bofton , & qui fortoit
de Saint -Pierre de la Martinique . On ajoute
que M. Adams a fignifié au Miniflere que fi l'on
ne dédommageoit point les propriétaires de ce
bâtiment , la Cour de France prendroit connoiffance
de cette affaire , attendu qu'une partie de
fa cargaison appartenoit à des fujets de Sa Maj.
Très -Chrétienne.
( 117 )
Les Commiffaires autorités par le Parle
ment à procéder à la réduction de la dette
nationale , ont commencé le 2 leur opération
, en faifant racheter à la Bourfe pour
7100 liv. fterl. d'Annuités de la mer du Sud ;
ces fonds -là , par leur bas prix actuel , étant
les plus avantageux aux acheteurs . Chaque
jour on continuera ces achats réguliers de
la même valeur dans divers fonds publics ;
méthode généralement approuvée , parce
qu'en foutenant le crédit des Actions , elle
arrachera les propriétaires , sûrs de vendre
au befoin , aux fpéculations des Agioteurs.
La réduction de 40 à 30 fchellings de prime
par tonneau , en faveur des bâtimens
baleiniers , n'a eu aucunes des fâcheufes
conféquences que quelques períonnes en
appréhendoient. La pêche de la baleine a
été encore plus confidérable cette année
que les précédentes , & l'acte de réduction
économife 30,000 l. ft. du revenu public annuel.
Aux dernieres Seffions de l'Old- Bailey.
Samuel Burt , convaincu d'avoir contrefait
une lettre de change , fut amené devant fes
Juges , & condamné ; mais comme il avoit
donné quelques preuves d'infanité , les Jurés
le recommanderent à la clémence du Roi.
Lorfqu'on lui demanda , felon l'ufage , ce
qu'il avoit à dire pour la défenſe , il répon
dit aux Juges qu'il étoit fort loin de vouloir
fe juftifier , que la mort feule le fouftrairoit
aux chagrins que lui avoit attiré fon incon(
118 )
་
duite , qu'il avoit commis le crime dont il
étoit convaincu , dans le deffein d'en rece
voir le châtiment , & que fi S. M. lui accordoit
la vie , il rendroit ce bienfait inutile ,
en fe défaitant lui même. Après cet étrange
difcours , le Juge lui parla en ces termes :
« Samuel Burr , comme vous paroiffez entendre
encore les cris de votre conſcience , & avoir
quelque idée de la foumiffion que vous devez às
votre créateur , & d'une vie à venir , je crois qu'il
eft de mon devoir de vous dire quelques mots en
particulier fur la trifte fituation dans laquelle
Vous vous trouvez . Vous avez montré de la foumiffion
aux loix de votre pays , ce qui est trèslouable
; mais vous ne devez pas vous tromper
vous -même , en imaginant que le defir de mourir
feit une véritable foumiffion. Il eſt du devoir
de ceux qui ont violé les loix , de ſe réſigner avec
patience à la punition qu'elles infligent ; mais
c'eft un crime contre votre pays , que de fouhaiter
de vous dé ivrer de la vie ; il n'eft que trop
évident , & par ce que vous venez de dire , & par
quelques circonftances de votre procès , que c'eft
ce malheureux defir qui vous a porté à commettre
un crime capital . Si c'étoit là votre motif,
Vous vous êtes trompé vous même , en ſuppoſant
que ce n'étoit point un crime de vous précipiter
vers celui qui vous a crée, fans être appellé par
lui. Ce n'eft pas à vous à décider fi vous avez
rempli votre carriere . Cette présomption eſt des
plus criminelles . Si votre gracieux fouverain
vouloit mitiger votre fentence , & prolonger votre
exiſtence , il eft de vo re devoir de récevoir ,
avec gratitude , & de Dieu & de lui , cette faveur.
Il ne me refte qu'à pronocer votre fentence
, à laquelle vous devez vous foumettre,
non la defirer >>.
( 119 )
A fon dernier voyage d'Irlande , M. Fox
eut la permiffion de fiéger parmi les Membres
du Parlement de ce Royaume , afin
de pouvoir mieux entendre les debats. L'at
tention qu'il porta aux difcuffions qui occupoient
la Chambre , lui fit bientôt oublier
qu'il n'étoit point en Angleterie ; fe pénétrant
de plus en plus du fuer difcuté , il ſe
leva au milieu du débat pour parler à fon
tour. Il alloit même commencer , lorfque
fon voifin le fit reffouvenir qu'il étoit au
Parlement d'Irlande .
La célébre Tragédienne Miftreff Siddons
vient de s'engager pour la prochaine ſaiſon
au Théâtre de Covent Garden , avec un appointement
de so liv. fterl . par femaine !
Jufqu'ici , les Navigateurs les plus hardis
ne s'étoient guères élevés , encore même trèsrarement
, qu'au 80 à 85e. degré de latitude
feptentrionale , dans leurs voyages au Pôle
Arctique. Le Capitaine Wyatt , commandant
le bâtiment le Whale , ( la Baleine ) vient de
furpaffer ces expéditions , pendant fon dernier
féjour au Spitzberg , où il pêchoit la
baleine . Ce Marin courageux a profité de
fes connoiffances pour faire quelques obfer
vations , dont il rend compte en ces termes
à l'un de fes amis à Londres ; fa lettre eft
datée de la rade de Leith , le 24 Juillet dernier.
Me trouvant le 28 Mai dernier à la hauteur de
la pointe Hakluyt , au Spitzberg , je réfolus de
doubler ce cap & de m'avancer vers le Nord autant
( 120 )
que je le pourrois . Nous fimes route au Nordnord-
Ouest , environ dix lieues , puis au Nord
dix lieues , enfuite au Nord- nord Eft , & enfin au
Nord par un vent frais de la partie du dud ; le
temps clair & le ciel fans nuage. Nous fumes
très-lurpris , étant parveno au 87º de latitude
Nord , de ne point rencontrer de glaces . Encou
ragé par ce fuccès , je me propofai d'avancer encore
; fçachant bien que fi j'avois le bonheur de
trouver quelque paffage , je ferois pleinement dédommagé
de mes peines ; d'ailleurs le bâtiment
m'appartenant , je n'en étois refponfable qu'à
moi- même. Nous trouvant enfin par les 89° . de
lat. , nous fûmes allarmés d'un bruit fourd , mais
lointain , femblable à celui du tonnerre. Le vent
étoit foible , quoique toujours du même rhumb.
Je jugeai à propos de faire ferrer toutes mes voiles
& de refter fous les huniers . Plus nous avançions
vers le Nord & plus le bruit que nous entendions
augmentoit . Il étoit déjà exceffivement
fort , lorfque nous découvrimes une espéce de
mont de glace de l'avant à nous à trois lieues environ.
Les vigies ayant crié tere nous fondâmes
par foixante brallès d'eau , & continuâmes à te--
nir le cap fur la terre , la fondeNàola main. Arrivés
à environ une lieue au large, nous mouillâmes
dans dix braffes d'eau . Le rivage fembloit
être d'un accès facile , mais abfolument blanc &
très - glillant , la côte s'étendoit en forme circulaire.
Je fis mettre ma chaloupe en mer . Je
réfolus de defcendre à terre , & d'y faire mes
obfervations , je pris des vivres & des couvertunes
pour nous couvrir au befoin , le froid étant
très aigu . Nous monrâmes avec facilité la colline,
aſſez élevée , mais quel fut mon étonnement ,
lorfque nous fumes arrivés au fommet , de voir
pour ainfi dire les élémens en guerre , & une ma.
tiere
( 121 )
--
tiere fort blanche s'élevant dans les airs avec une
force prodigieu e vers le Nord ! Il tomba à mes
pieds plufieurs fragmens d'une fubftance cryftallifée
, qui réfléchilloit la lumiere : ils étoient de
forme hexagone ; en les goûtant , je m'apperçus
•que c'étoit da nitre. J'en raflemblai quelques-
uns que je mis dans un flacon ; pendant affez
long temps ,
ce nitre continua à reluire dans
l'obscurité . Ceci explique fort clairement les aurores
boréales du pole arctique Il n'y avoit
pas long- temps que nous étions fur la colline ,
lorfqu'il furvint une érup ion terrible , qui a heva
de me prouver que nous étions dans la cir
conférence d'un volcan.
:
Nous defcendimes à la hate & revinmes à
bord je fis auffi tôt couper le cable & mis à la
voile , le cap au Sud ; il s'étoit élevé fort à propos
dans l'intervalle un petit vent de Nord.
Quoique mes efpérances de trouver un paffage,
au Nord , aient été pleinement détruites , mn
expédition aura du moins fervi à prouver l'exiftence
d'un grand volcan au Pole.
Je cont nuai fort heureufement ma route vers
le Sud , & je commençai ma pêche vers le 80°.
de latitude je fuis rentré dan ce port
avec trois baleines. J'efpere , Monfieur & ami ,
que vous folliciterez pour moi la récompenfe
que le Parlement deftine à ceux qui ont paffé
certaines latitudes.
J'ai l'honneur d'être , & c.
JAMES WYATT.
Il eft à defirer que M. Wyatt publie une
relation plus circonftanciée de fon voyage
& de fes obfervations. Nous avons fupprimé
de fa lettre les conféquences phyfiques
qu'il déduit de la découverte , comme trop
No. 33 , 19 Août 1786.
f
( 122 )
peu développées & comme fufceptibles
d'objections. Toujours reftera t-il démontré
, fi ce récit eft exact , que quelques Naturaliftes
fe font trop hâtés de nier l'exiſtence
des volcans près du Pôle feptentrional
dont , queiques Voyageurs avoient fait mention
avant Mr. Wyatt.
ETATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE.
Du 26 Juin 1786 ( 1 ) .
L'établiffement du Papier monnoie a trouvé
par tout des Avocats. Le Nouveau -Jerfey,
New Yorck , Rhode Island & la Penfylvanie
l'ont adopté. L'Affemblée de New-Yorck ,
dans la conceffion de l'impôt demandé par
le Congrès , a ftatué , que le produit de cet
impôt feroit payé en Papier monnoie . L'Affemblée
de Rhode Island , en créant pour
100,000 dollars de Papier- monnoie , a autorifé
tous les citoyens de l'Etat à offrir ce
Papier en paiement de leurs dettes , tant pré-
(1 ) Nous devons avertir le Public , & fur-tout les Enthoufiaftes
qui nous écrivent des injures , lorfque ces nouvelles
d'Amérique contredifent leurs rêveries , que ces
nouvelles ne font nullement prifes des Papiers Anglois ,
comme ils le difent , mais littéralement extraites des Papiers
Américains même, Sans doute, ils font auffi menteurs
& auffi partiaux que les Papiers Anglois ; mais ils ne
peuvent en impofer fur des actes legiflatifs . D'ailleurs ,
nous nous fommes toujours interdits , & nous le ferons
encore , pour cable , toute efpece de remarques fur les événgmens
& fur les actes de cette nouvelle République.
( 1235)
fentes qu'à venir ; & fi quelque créancier le
refufe , le débiteur aura le droit de le lui
faire recevoir par le ministère d'un Juge ,
de la maniere fuivante. Le Juge ordonnera
au créancier de venir recevoir la fomme qui
lui eft dûe ; au cas de refus , il fera publier
fa fommation dans tous les Papiers de l'Etat,
& fi le créancier ne fe préfente point dans
l'espace de trois mois , la fomme fera confifquée
au profit de l Etat. Des loix auffi arbitraires
, aufli oppreffives , n'ont point paffé
fans une vigoureufe oppofition de la part
des bons efprits . Le célèbre Payne a démontré,
dans un Pamphlet , que l'expédient du
Papier monnoie n'avoit pour but que la fraude
& l'oppreffion . Il a engagé les Etats à le
profcrire ; mais fes remontrances n'ont produit
aucun effet ; elles ont feulement aigri
les efprits contre ce Philofophe & contre
ceux qui avoient adopté fes principes. Une
populace effrénée a brûlé , à New- Yorck &
dans le Nouveau Jerfey , le portrait des Magiftrats
qui s'étoient oppofés àl'établiſſement
du Papier. Il paroît que les bons citoyens
voient avec douleur ces fortes d'excès qui
annoncent plutôt l'anarchie que la liberté.
Dans le N°. prochain , nous donnerons
l'analyfe de cet Ectit de M. Payne , après la
lecture duquel cette érection du Papier- monnoie
paroîtra à tous les yeux un acte , affurément
bien extraordinaire.
La Banque de Philadelphie n'a pu fe fouf
2
ર 1 ( 124 )
tenir , elle est détruite, Son Capital montoit
à.870,400 dollars , divifés en 2,176 Actions
de 400 dollars chacune. Il eft probable que
les Banques établies dans les autres Etats au
ront le même fort avant la fin de l'année. i
L'état de New- York a réglé le tarif de l'éva
Juation des monnoies étrangeres . Voici l'extrait
de cet acte :
Tarif de l'évaluation des monnaies étrangeres dans
Etat de New -York,
90 Parun acte de l'E at de New York , paffé en
1786 , il a été réglé que la guinée angloife teroit
reçue dans cet Etat pour
20 L'écu de 6 liv. de France , ou
l'écu ( couronne ) d'Angleterre ,
pour
Et toutes les autres monnoies an.
gloifes d'or & d'argent en proporsion.
23sh . 4d.
La piastre forte eſpagnole , pours
Et la portugaife , pour . 40
6.
Le bruit a couru qu'un Détachement de
troupes Américaines avoit furpris un Fort
Anglois dans la partie occidentale ; que la
nuit fuivante , ce Fort avoit été repris par
les Anglois & les Sauvages , & que les Americains
qui s'y étoient retirés , avoient été
maffacrés , à l'exception de deux , affez heyreux
pour pouvoir prendre la fuite. Cette
nouvelle cependant n'a point été confirmée ;
mais en attendant , on a levé deux Compagnies
dans la Penfylvanie pour la défenfe
des poftes fur les frontieres. Elles font parties
le is fous les ordres du Colonel Harmer. Il
( 123 )
doit aufli partir inceffamment du Nouveau
Je fey une Compagnie d'Infanterie pour la
même deftination ; celle ci fera commandée
par le Capitaine Mercer."
Un parti de cinquante Sauvages , accompagnés
de leurs femmes & de leurs enfans , ont eu une
conférence au commencement d'Avril dernier ,
avec les Commandans Américains du fort Pit
& du fort Mackintosh. Ils ont informé ces Offciers
que les Anglois de Niagara les avoient invités
à conclure avec eux un traité ; mais que
n'ayant pas grande confiance dans leurs promelles
, ils avoient préféré l'amnié & l'alliance
des Américains leurs freres: Le Commandang
les a fort bien accueillis , & leur a fait donner fur
le champ du Rhum , des grains & des inftrumens
d'agriculture qu'ils avoient demandés . WT
Le Major Wy lyff , Commandant du fort
Mackintosh , ayant pris fur lui pour arrêter
la défertion de fes troupes , de condammer
à mort , en Janvier dernier , trois foldats
déferreurs , le Congrès , par un Arrêté du 27
unet
Mars fuivant , a ordonné que cet Officier
fut mis aux arrêts jufqu'à nouvel ordre. Il a
nommé un autre Commandant , & a fait
élargir les trois déferteurs , comme ayant été
illégalement condamnés à mort par le même
Officier .
Suivant une lettre de Lincoln dans la Virginie,
en date du 19 Avril , le Colonel William Chriftian
a été tué par les Sauvages . Cet Officier ayant
graversé l'Ohio avec un paroi d'environ 20 hemmes
fut enveloppé lui quatrieme,par un corps con
fidérable de fauvages , & périt dans cette action
avec un autre de fa troupe. Les fauvages fe font
((126 )
enfuite rendus à fon habitation , où ils ont tué
plufieurs perfonnes & pris fes chevaux. Les prin
cpaux habitans de tout ce pays fe difpofent à
fa re une grande expédition contre ces barbares ,
qui depuis le commencement du printems ne
ceffent de commettre des brigandages . Ces hoftilités
font commifes par les Wabafth , & par
Yes Checamagoes établis fur les bords de
rohio depuis affez de tems, Ces derniers ', par
mi lefque s on ne compte guerre que foixantedix
guerriers , ont enlevé prefque tous les che
vaux des établiffemens de Lincftone & de Lic
king.
FRANCE .
DE VERSAILLES , le 6 Août.
L'état de la Reine ne laiffant plus rien
à defirer , Sa Majefté , après avoir entendu ,
le 4 de ce mois , la Meffe chez elle , s'eft
rendue à la Chapelle du Château , où elle
a été relevée par l'Evêque Duc de Laon
fon Grand Aumônier ; & le 6 , Sa Majefté
a admis à lui faire leur cour tous les Seigneurs
& Dames de la Cour.
DB PARIS , le 17 Août.
Déclaration du Roi , concernant les Reconftitutions
des Rentes. Verfailles , le 23
Février 186 ; régiftrées en Parlement le 19
Mai audit an. Voici le difpofitif de cette
Déclaration .
1º . Nous avons révoqué & révoquons nos Dé
clarations des 2 Juillet 1765 & 4 Février 17809
( 127 )
& toutes autres difpofitions par lefquelles les réñtes
par Nous dues ne pouvoient être rembour
fées par la voie de la reconftitution , lorfqu'elles
fe trouvoient chargées de douaire ou grevées de
fubftitution.
2º Le Garde du Tréfor royal d'exercice chaque
année , fera tenu de recevoir les fommes qui lui
Leront, offertes par ceux qui voudront acquérir par'
la voie de la reconftitution , de rentes , intérêts
augmentations de gages & autres charges annuelles
, dont le paiement fe fait & eft ordonné
en l'Hôtel de.notre bonne ville de Paris ; & lef
dites fommes feront employées par ledit Garde,
du Tréfor royal à rembourfer ceux des propriétaires
defdites rentes & autres charges , qui en
defireront le remboursement .
•
3°. Il fera libre à toutes perfonnes , foit de
porter au Tréfor royal leurs deniers , à l'effet
d'acquérir lesdites rentes & autres charges , foit
d'y recevoir le remboutlement de celles dont el
les font propriétaires , & pour le rachat de quel
les il aura été fourni des deniers néceffaires ; même
elles pourront fe faire reconflituer à ellesmêmes
& en leurs noms les rentes & autres charges
qui leur appartiennent , en obfervant les
mêmes formes que celles ci après prefcrites .
4°. Permettons pareillement aux gens de mainmorte
, Hôpitaux , Colleges , Fabriques & autres
, de fe faire reconftituer à eux- mêmes les
rentes & autres charges femblables qui leur appartiennent
, pourvu toutefois que les nouvelles
conftitutions foient au nom & au profit des mêmes
perfonnes ou établiffemens que ceux auxquels
Icfdites rentes & charges appartiennent , & contiennent
les déclarations néceffaires pour indiquer
l'origine & la deftination des objets remboursés.
5. Toutes lefdites rentes & autres charges ,
f 4
( 128 )
pourront, à la volonté des acquéreurs , être réu
nies ou divifées en un ou plufieurs contrats ,
quelles que foient leurs créations & leurs différentes
notures , pourvu feulement qu'elles pient
également exemptes de retenues & impofitions ,
ou qu'elles foient fujerres à des retenues pareilles.
6. Pour recevoir leur remboursement par la
voie de la reconftiturion , les propriétaires def
dites rentes & charges paffront leurs quittances
de remboulement à la déch rge du garde du Tréfor
royal , fur le pied du capital du denier vingt
du produit actuel de fdites rentes & charges , fans
aucune déduction fur leur capital pour raifon des
retenues , & ils lui remettront leurs cor trats on
quittances de finance & urs titres nouvels ; le
tout déchargé à l'ordinaire , avec l'établiffement
de leur propriété & certificats , tan : des Confervateurs
des hypo : heques , conformément à l'artice
XI de l'Edit d'Acût 1784 , que des Payeurs
defuites rentes & charges , juftificatifs qu'il ne
fubfifte aucune oppofition fur les objets rembourfes
.
7. Sur lefdites quittances de remboursement ;
il fera délivré par le Garde du Tré or royal autant
de quittances de finances que les acquéreurs le des
fireront , contenant que la forme y portée provient
de capitaux de rentes remboursées , fans cependant
aucune énonciation des parties éteintes, &
portant qu'il fera conftitué auxd ts acquéreurs
pareilles fommes de rentes que celles rembourfées
, exemples ou fujertes aux mêmes retenues
& rachetables au denier vingt du pro uit , fans déduction
fur le capital pour raifon defdites retenués
, &c . & c.
. Lettres - Patentes du Roi , relatives aux
( 129 ) ( 129
2
Reconſtitutions des Rentes. Du 19 Juillet
Aaron). As a para 1786.
9.
-
and La Foire de Beaucaire a été moins bonne
cette année que les précédentes. Les Catalans
& les Mahonnois n'y ont point fait leur
approvifionnement. Les laines & les foies
ont été très abondantes . Les mouffelines
claires , & fur tout les unies , ont totalement
manqué. La toilerie a augmenté de dix pour
scent. Plufieurs barques chargées de favon
& de poiffons , n'ont pu y arriver , à caufe
d'un vent du nord oueft qui a régné plufieurs
jours avant la Foire ; ce qui a rendu
ces articles rares . En général , les den ées
& les marchandifes fe font bien vendues ;
& l'on évalue les ventes qui fe font faites
à cette Foire , à 24 millions. ( Journal de
Nimes. )
* S
Les Feuilles d'Auvergne & les Affiches de
Dauphiné rapportent une lettre de la Chaife-
Dieu , datée du 28 Juillet , & conçue en ces
termes.
« Notre ville a été menacée , Vendredi dernier
, d'un incendie général . Sur les dix heures
du foir , le feu prit à une maiſon qui , conftruite
en fapin comme toutes les autres , fut
mbientôt en cendres : M. le Cardinal de Rohan,
» qui , pendant tout le jour , avoit lenti de grandes
douleurs à fon genou malade , venoit de fe
coucher & dormoit ; mais réveillé bientôt par
le fon des cloches qui appelloient au fecours
des malheureux incendiés , il parut au lieu de
» l'incendie , portant lui-même un baquet plein
d'eau. M. le Vice -Amiral fon frere , l'avoit
f 5.
( 130 )
כ כ
prévenu : l'arrivée de ces Princes , leur zele
» fe porter aux lieux les plus menaçans , & l'intrépidité
avec laquelle ils s'expofoient à tous
les dangers , éleva le courage de tous nos ha-
"bitans. M. le Prince de Montbazon voulut bien
diriger leur travail ; & les manoeuvres qu'il
» ordonna réuffirent au point de faire naître l'ef
» pérance que ce malheur n'auroit pas les terri❤
bles fuites qu'on redoutoit . Pour M. le Cardi
nal , il fe montroit par- tout où il y avoit quel-
» ques fervices à rendre ; on l'a vu plus d'une
fois dans l'eau jufqu'au genou , & à travers
des morceaux de débris enflammés , ar-
« racher aux flammes les pauvres meubles des
malheureux incendiés à l'exemple du Prince,
» fes gens s'expofoient aux plus grands dangers..
Son cuifinier fe fit fufpendre à une corde pour
couper une poutre qui alloit communiquer le
feu à une maiſon voifine , que cette hardieffe
» fauva ; il fut impoffible d'engager S. A. S. à
fe retirer avant le moment où l'on pûr affurer
qu'il n'y avoit plus de danger ; ce qui n'eut lieu
99 que fur les deux heures après minuit : la fatigue
augmenta fes fouffrances & le força de
garder le lit jufqu'à cinq heures un quart du
foir . Son premier foin fut de porter des fecours
» & des confolations aux malheureufes victimes
» de l'incendie ; il a déja donné les ordres néceffaires
pour la reconftruction des bâtimens
brûlés , & la réparation de ceux qui n'ont été
» qu'endommagés. Tous nos habitans font allés
» Dimanche le remercier , & jamais remercie-
» ment ne fut plus fincere ; auffi les larmes fu
22
93
53
כ כ
rent prefque les feuls interpretes des fentimens
» qu'on a pour lui : il n'eft prefque point de jour
où ce bon Prince ne mette quelqu'un de nous
dans le cas d'en verfer d'attendriffement & de
( 131 )
reconnoiffance , par fen affabilité , fon extrême
» bonté & les bienfaits fans nombre.
J'ai l'honneur d'être , & c .
J
Le 27 du mois dernier, en venant à Paris ,
Madame l'Archiducheffe Chriftine , Gouvernance
Générale des Pays - Bas , & M. le
Duc de Saxe- Tefchen , fon époux , arriverent
incognito à Magny la Folfe , & parcoururent
en bateau la partie du canal fouterrain
de Picardie , qui eft percée vis à vis
de ce village. Leurs Alteffes ont paru frappées
d'admiration à la vue du morceau fini
en grand , & ont daigné faire témoigner
au fieur Laurent de Lionne , Directeur de ce
canal , combien elles étoient fatisfaites de
leur vifite , & d'apprendre que S. M. avoit
ordonné la continuation d'un ouvrage auffi
vafte & auffi hardi.
M. l'Abbé Bertholon , Profeffeur de Phyfique
Expérimentale des Etats de Languedoc
, nous adreffe en ces termes une réclamation
que fon objet & le nom de fon
Auteur rendent doublement intéreffante .
2
Monfieur , l'Académie des Sciences de Rouen ,
propofa il y a quelques années , un Concours
fur les moyens de réceper fous l'eau , dont il eft roujours
couvert un rocher de 60 à 80 pieds de longueur
, Jur 30 à 40 de largeur , qui interrompt ou
inquiete la navigation de la Seine , au pied de
Quellebeuf. Mon Mémoire fur ce fujet fut remis
au Sécrétariat des Sciences de l'Académie de
Rouen , le onzieme de Juin 1769 ; il fut cotté
N° . 6 , & l'ép graphe que j'avois choifie , étoit
in aquis ut in terra.
£ 6
( 132 )
F *
Après avoir indiqué les inftrumens & la ma
nquere néceffaires pour percer , charger &
bourer les mines dans ce rocher, & après avoir
preferit un tuyau pour fervir de lumiere & porter
le feu jufqu'à la cartouche pleine de poudre , qui
occupe la cavité de la mine : je traite d'un autre
moyen également propre à remplir l'objet propofé.
Il confifte à miner les rochers, en employant
des cartouches , placées dans des rochers fous
T'eau , remplies de poudre , fermées convenablement
par un bouchon de fer , d'une conftruction
particuliere. NO P
C bouchon eft armé de deux grands fils des
fer qui le traverfent pour communiquer jufqu'à
la poudre qu'on allume pour la commotion élec
trique , tranfmife par le moyen des appareils
convenables d'électricité , placés fur le rivage. Je
vais même plus loin , & je dis : « Seroit-on charomé
de voir partir à la fois tout le rocher ? rien
» de plus aifé. Pour cet effet , il faut former au.
» tant de trous que cela fera jugé néceffaire , & m
les charger tous à la fois alors on aura foin
d'établir des communications entre tous les
trous , en formant la chaîne ou le circuit élec◄
5trique aux fils de fer refpectifs de chaque bouchon
, & par le moyen de l'électricité , on fera
so fauter tout le rocher. C'eft la même expé
50rience que celle de la chaîne formée par plu→
fieurs perfonnes qui fe donnant toutes la main
tiennent chacune extrémité de plufieurs 'fila
de fer , afin de donner plus d'étendue au circuit
électrique , dans l'expérience de la commotion
. &c. . J'ai parlé d'un moyen analogue:
à celui-ci , dans non Ouvrage del'Electricité des
égétaux ( 1 ) , & on en voit la figure dans la troifeme
planche.
J
(1) On letrouve chez Croulbois , nº. 46 ,orpe et
( 133 )
g
L'Académie des Sciences de Rouen , déclara
enfuite dans fa féance publique , du 4 Aoûr
1779 , que le Mémoire cotte No. 6 , portans
pour épigraphe , in aquis ut in terra , meritoit
des éloges , comme très intéreflant par fon
mérudition , par le détail des fuccès obtenus à
» Carlscrone , & par les moyens ingénieux
qu'il fuggéroit ». Depuis cette époque , mon
Mémoire eft resté déposé au Sécrétariat des Scien
ces : mais par une lettre que M. Dambourney a
reçue de Rouen en dernier lieu , j'ai demandé que
l'Académie conftatât , 1 ° . Que l'électricité avoit
été propofée dans le Concours de 1779 , dans le
Mémoire cotté No. 6, avec l'épigraphe , in aquis
ut in terrâ , & 2°. que j'en étois l'auteur. Le Sé
crétaire perpétuel , au nom de l'Académie , a
dreffé un procès - verbal , dont on ne cite ici que
quelques phrafes. « Par une lettre adreffée à M.
Dambourney.., M. l'Abbé Bertholon , s'eft
» déclaré l'Auteur de ce Mémoire , dont il a de- re
❤mandé un extrait certifié , pour conftater que
» dès lors , il avoit propofé l'électricité , comme
un moyen de porterle feu à la mine. Cepen→
» dant l'austérité des formes ne permettant pas
» au Sécrétaire , de décacheter le billet clos , il
> a cru devoir , dans la féance du lendemain ,
≫ préfenter à l'Académie affemblée , & le billet
& le Mémoire , portant pour épigraphe , in
» aquis ut in terra , dont après délibération , le ce
cachet a été brifé , & l'on a la fur le billet ,
Do contenant la répétition de l'épigraphe , puis M.
Bertholon de S. Lazare , des Académies de
» Béziers , Montpellier , Lyon , Marſeilles ,
» & c... ».
des Mathurins , ainfi que la nouvelle édition de
Electricité du corps humain , enrichie de près de
50 figures , qui paroît dans le moment ()
( 134 )
» La Compagnie convaincue alors que l'Auteur
de la lettre étoit auffi celui du Mémoire
→ dont il demandoit l'extrait , a fait mention fur
fes regiftres de l'autorifation qu'elle donnoit à
fes Secrétaires , de délivrer à M. Bertholon
l'extrait ci- deffus , lequel nous fouffignés aux-
» dites qualités , certifions exact & véritable ,
» & nous y appofons le fceau ordinaire de l'Aca-
» démie ». A Rouen , ce 20e . jour de Juillet
1786. Dambourney , Sécrétaire-perpétuel au Département
des Sciences , Haillet , Secrétaire-perpétuel
, &c.
Après le Jugement de l'Académie , qui a trouvé
que mon Mémoire « méritoit des éloges ,
» comme très - intéreffant par fon érudition , par
« le détail des fuccès obtenus à Carlscrone , &
"
par les moyens ingénieux qu'il fuggéroit dès
l'année 1779 ; rien ne me flate plus que de voir
un habile ingénieur fe rencontrer enfuite avec
moi , ( phénomene qui n'eft pas rare dans l'hiftoire
des Sciences ) , comme il confte par la lettre
que vous avez inférée dans le N ° . 27 , du Mereure
de Franee de cette année , page 81 &
qui eft ainfi terminé : » d'eù il fuit qu'il eft polfible
de faire des mines dans le rocher , ſous
» l'eau , à des profondeurs confidérables , par le
moyen de l'électricité , & d'appliquer aing
cette fcience , à un art très utile à la naviga-
» tion , en détruifant des écueils qui la rendent
dangereufe : ces expériences fervent d'appui a
un Mémoire que j'ai dreffé , fur les moyens
» d'exécuter des rottages à des profondeurs cone
fidérables fous l'eau ».
J'ai l'honneur d'être , & c..
P. S. En annonçant l'existence du nouveau
Journal de Saintonge , rédigé par un
( 135 )
homme de goût & très- verfé dans la Littérature
folide , nous avons oms de prévenir
qu'on foufcrit pour cette Feuille chez
P. Touffaints , rue S. Maur , à Saintes ; le
prix eft de 6 liv. pour Saintes , & de 7 liv.
Io f.
pour le refte de la France , port franc.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 20 , 49 , 22 , 76 , & 7.
?
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES, le 13 Août.
Les Etats- Généraux ont congédié finale
ment le Corps de troupes légères du Rhine
grave de Salm ; mais les Etars de Hollande ,
pénétrés de reconnoiffance pour les fervices
particuliers de ce Rhingrave , ont proteſté
contre cette décifion fouveraine , & ont
réfolu de garder le Corps , malgré la République
, pour leur propre compte , & juf
qu'au mois de Décembre prochain .
9.
Une autre affaire plus férieufe , dans lar
quelle cette même Province va fe trouver
en conflit avec le refte de la République ,
eft la Réponse à faire aux Mémoires des
Cours de Londres & de Berlin , qui paroiffent
ne pas s'endormir fur cet objet. Deux
projets de Réponse ont été remis fur le Bu
reau de LL HH. PP. , & les Députés des
Provinces en ont pris copie. Dans la crainte
que la Généralité ne prît un avis là deffus ,
( 136 )
fans les entendre , les Era's de Hollande ,
moins preffes de s'expliquer , ont ordonné à
leurs Députés de quitter l'Affemblée , en
cas qu'on réfolût quelque chofe pendant
leurs Délibérations.
:
Enfin , les Bourgeois d'Utrecht ont caffé
& chaffé leur Régence , & d'une maniere
trop finguliere pour être paffée fous filence .
Voici ce qu'on mande d'authentique fur cet
événement , en date du 2 Août.
en
Les Bourgeois ayant été convoqués hier
divers endroits , tant dans les Eglifes qu'ailleurs ,
& fe trouvant en partie raffemblés , il fut en-
~voyé & rendu le même foir aux maiſons de chacun
des Membres du Confeil , Pintimation fuivante
, mais fans être fouffignée.
De la part des Bourgeois des huit Compagnies
de cette Ville , & ainfi en la préfente Prin .
cipaux MM. les Bourguemaîtres & Confeillers du
Vreedschap ) , Confeiliers de la Vil'e , conjointement
avec leurs Secrétaires , font intimés de
comparoître demain , 2 Août 1786 , à dix heures
du matin , fur la Place du Neude , pour , en préfence
de la Bourgeoifie, & à la réquifition d'icelle,
y recevoir fous ferment le College des Tribuns
ou Comités de la Bourgeoisie , conformément
au contenu du Réglement fermenté , pour autant
que cela regarde la navigation de la Régence de
la Viile ; felon la teneur dudit Réglement : &
que par continuation du refus &comparution defdits
Bourguemaîtres & Confeillers , les Bourgeois
, en vertu de leurs droits , procéderont à
recevoir en ferment les fufdits Comités & à
Jeur inftallation en forme . nubis (3 22 ok
Les huit compagnies Bourgeoifes furent en
( 137 )
?
2
même tems convoquées à "' eurs places refpectives
pour le matin , & s'y rendirent au Neude , où fe
trouvoit une table & des chi e pour les Confeillers
, efpérant qu'ils s'y rendroient. Deux fauteuils
étoient deftinés pour les deux Bourguemaîtres.
Mais il n'y vint que des Membres du
Confeil.
1
Le fieur Gordon , Général en Chef de la fociété
Pro Patria & Libertate indiqua aux cing Membres
fufdits leurs p'aces , faifant affecir MM.
Eyck & Ven Senden , dans les deux fauteuils , &
les inftallant ainfi Bourguemaires. Ces M - fleurs
fe déclarerent non- competens à recev it le ferment
du Collège des Comités ou Tribuns ; &
conféquemment à l'inftaller, déclarant qu'ils laiftoient
à la Bourgeoifie le foin d'agir à cet égard
fuivant la volonté ; enfuite ils fe retirerent. Alors
ledit fieur Gordon , devenu depuis peu Bourgeois
de la Ville , fit lever la main aux Comités , &
prit leur ferment. Après cela la réfolution fut
prife & fignée de déclarer les Confeillers abfens ,
déchus de leurs places ; enfuite les tambours
ayant battu la caiffe , les Comités furent pris
folemnellement à ferment, & conduits par les huit
Compagnies à la Chambre des métiers , pour y
tenir féance , après s'être rendus par menaces
maîtres des clefs de cette Chambre.
Il a été donné dans l'après- midi , connoillance
à chacun defdits Confeillers , par une Commi
st fion , de la réfolution prife le matin , avec défenfe
rigoureufe de fe mêler déformais des affaires
du Confeil , laiffant cependant la liberté à ceux
qui font employés aux Commiffions , de les occuperju
qu'au 12 Octobre prochain , mais ajoutant
qu'on les en démettroit auffi fur le champ
s'ils tentoient de s'oppofer à la réfolution .
(1)
1
?
Enfin ce Gordon fut inftallé par les Bourgeois ,
19 G.
( 138 )
& reçu ferment , comme Gouverneur de la Ville ,
dont les clefs feront actuellement gardées par
lui , & non par le Bourguemaître - Préſident.
La Régence d'Aix la Chapelle , prête
être culbutée comme cele d'Utrecht , &
par des charlatans qui couvrent aujourd'hui
leurs vues d'ambition & d'autorité du nom.
de Liberté, comme autrefois , on le couvroit
de celui de la Religion , a invoqué le fecours
de l'Empereur , Chet fuprême de l'Empire
, & ayant droit d'interpofer fon autorité
dans les Villes Impériales , lofqu'il y
a violation de la paix publique. S. M. Imp . a
accordé des troupes qui doivent partir inceffamment
pour Aix ; mais le Parti oppofé
à la Régence a eu recours à la Chambre Impériale
de Wetzlar. Celle-ci , on ne fait trop
à quel titre , a adreffé des Lettres- Patentes
Impériales aux Magiftrats d'Aix , en fuite &
difperfés , & leur a enjoint de reprendre
leurs fonctions dans 15 jours , avec défenfes
de recourir à l'affiftance des Etats voifins, &c.
Fin des obfervations attribuées à M. Fran
klin fur l'état actuel de l'Amérique.
מ
S'il y a déja trop d'Artifans dans les villes
& que les habitans des campagnes , artirés auffi
par Fefpoir d'y vivre plus commodement , viennent
encore en accroître le nombre , alors les affai
res de cette efpece fe partageant entre tous , il en
devra échoir une plus forte portion pour chacun ;
la trop grande concurrence diminuera les profits ;
il y aura même des pertes ; il en résultera des
plaintes fur la langueur du commerce , & l'on
attribuera cette inaction à la rareté des efpeces ,
( 139 )
randis qu'elle n'eft que la fuite néceffaire du petit
nombre des acheteurs , autant que la multiplicité
exceffive des vendeurs. Si au contraire tous ces
hommes retournoient dans les campagnes , & confentoient
à reprendre les travaux de la charrue ,
en laiffant à leurs femmes & files les foins du
négoce , celles- ci y fuffiroient abondamment ,
& leurs gains réunis donneroient à tous une hon
nête aifance.
ככ
Quiconque a voyagé dans les différentes parties
de l'Europe , & y a obſervé combien la proportion
des gens qui vivent dans l'abondance eft
foible à l'égard de ceux qui gémiffent dans la
pauvreté & la mifere ; combien eft petit le nombre
de propriétaires riches & opulens & combien
eft grande au contraire la multitude des laboureurs
pauvres, fans aucune propriété , fans prefque
des reffource , réduits à la derniere abjection ,
à moitié payés , à moitié vêtus , à moitié nourris,
dévorés de befoins & de défeſpoir ( 1 ) ; & jette ent
fuite fes regards fur ce pays , & y voit l'heureufe
médiocrité qui regne en général dans ces Etats ,
où le laboureur cultive les champs qui lui appartiennent
, & trouve dans les travaux de quoi fou
tenir la famille dans une abondance fuffifante , Ah!
je n'en doute pas , celui-là ne verra ici que des
raifons de bénir la Divine Providence , qui a
mis une différence fi grande & fi évidente en no
tre faveur ; & il demeurera convaincu qu'il n'y
a fur terre aucune nation connue qui jouiffe d'une
profpérité comparable à la nôtre,
( 1 ) Il y abien de l'exagération à faire de cette
peinture de quelques contrées , le tableau général
de l'Europe. Il eft affurément très -faux d'un grand
nombre de pays que l'Auteur n'a point vus , ou qu'il
a vus avec lesyeux de la prévention.
( 140 )
Ileft vrai que plufieurs de nos Etats font d
vilés par l'esprit de parti & de difcorde ; mais jet
tonsun coup--dd'oeil en arriere , & examinons fi jamais
nous avons été fans taction. Elies habitent
par-tout où habite la diceré peut- être , hélas !
lont-elles néceffaires à la confervat on ! car c'eft
par la col ifion des differens fentimens , que s'échappe
l'étincelle de la vérité , & que le flambeau
de la faine politique s'allume & propage fa
lumiere. Les fet ons diverſes qui nous divifent
actuellement ont toutes le bien public pour but ;
il n'y a de différence que dans les formes . Penfées
, actions , mefures , tout fe préfente à l'ef
prit des hommes fous des points de vue fi variés ,
qu'il n'eft guere poffible que nous avons tous à la
fois les mêmes idées fur le même fujer , ni ſous
vent que le même homme conferve dans tous
les tems fes mêmes opinions. L'oppofition des
partis femble donc être le lot commun de l'humanité
, & l'on ne fauroit dire que ceux de notre
pays foient plus funeftes ou moins avantageux
que ceux des autres contrées , des autres fiecles
des autres nations , qui ont joui au même degré
que nous , des faveurs inappreciables de la liberté
politique.c
»Quelques perfonnes diront peut être qu'elles
n'ont point tant d'inquiétude fur l'état actuel de
nos affaires , que d'appréhenfion pour l'avenir.
L'aceroiffement du luxe les alarme , & elles
s'imaginent que nous fommes par- là dans le
grand chemin de la perdition. Elles obfervent
que, fans économie , les revenus les plus folidès
ne peuvent fuffire ; que fans économie , les richeffes
les plus abondan'és de toute une nation ,
Jes fruits précieux de fes productions naturelles
feront diffipés en vaines & ftéri es dépenses , &
qu'aina la pauvreté & la difette remplaceront
( 141 )
de tout.
bientôt chez cette nation l'opulence & l'affluence
Cela peut être . Ce malheur eft cependant
rarement arrivé ; car il me femble que
dans chaque nation bi meſure de l'industrie & de
la frugalité qui tenient à l'enrichir , l'emporte
toujours fur celle de l'oifiveté & de la prodigali
té qui amenent l'indigence ; & qu'ainfi il s'y fait
une accumulation continuelle de richelles. Con.
fidérons ce qu'étoient du tems des Rontains FEEpagne
, la Gaule , l'Allemagne & la Grande-
Bretagne.... des contrées habitées par des peu
ples beaucoup moins riches que ne le font nos
Sauvages ; & confidérons enfuite l'opulence
qu'elles offrent aujourd'hui dans des villes nombreules
, immenfes & bien bâies , dans leurs
campagnes améliorées , dans leurs riches ameublemens
, dans les vaftes magafins où les objets
les plus précieux de toutes for es de manufactures
font , pour ainfi dice , entallés , fans parler des
vaiffelles d'or & d'argent , des bijoux , ni des
elpeces monnoyées ; & tout cela malgré leurs
Gouvernemens oppreffifs , diffipateurs, dévorans,
malgré leurs guerres deftructives , malgré qu'au
cune loi n'y reftreigne les excès extravagans du
luxe. Dun autre côté , ex minons le grand
nombre de cultivateurs indufirieux & économes
qui habitent les parties intérieures des Etats Amēricains
, & qui forment , à proprement parler ,
le gros de la nation ; & jugeons s'il eft poffible
que le luxe de nos ports de mer fuffiſe pour ruinér
ce pays.
» Si l'importation des objets de luxe étrangers
pouvoit ruiner une nation , il y auroit certes
long-tems que ce pays le eroit . Car les Anglois
prétendoient avoir le droit , & en uſvient amplement
, d'importer chez nous non -feulement
les fuperfuités de leurs propres denrées , mais
( 142 )
encore celles de toutes les Nations exiftantesfous
le Ciel . Nous les achettions , nous les confommions
, & cependant nous n'avons point ceffé de
profpérer & de nous enrichir. Mais aujourd'hui
que nos Gouverneurs indépendans font ce qu'ils
ne pouvoient point faire alors , aujourd'hui que
ces importations lont découragées par des droits
onéreux , ou prévenues par des prohibitions formelles
, nous allons donc fleurir davantage , &
devenir plus riches ; fi toutefois ( ce qui mériteroit
bien d'être difcuté ) l'attrait des jouiffances ,
le defir d'être logé , meublé , vêtu plus commodément
,, plus élégament , plus magnifiquement ,
n'eft pas un aiguillon étrangement ftimulant
pour exciter le travail & l'indufirie , & donner
par conféquent une valeur d'autant plus grande
aux productions qui font l'objet de cette induftrie
.
» La culture des terres & les pêcheries de Etats-
Unis font les grandes fources où nous devons puifer
pour augmenter nos richeffes Celui qui confie
un grain à la terre en est toujours récompenfé
avec ufure , & en reçoit au moins quarante à la
récolte ; & celui qui tire un poiffon hors de nos
eaux en retire toujours une piece d'or.
» Faifons donc une férieufe attention à toutes
ces chofes , & fi nous le faifons , alors toutes les
puiffances de nos rivaux , malgré tous leurs actes
de gêne, de reftriction , de prohibition , ne peurront
prévaloir contre nous . Nous fommes enfans
de la terre & des mers . Semblables à l'Antée de
la fable , fi en Juttant avec Hercule nous recevons
quelque bleffure , le fimple attouchement
de cette mere toujours féconde , toujours vivifiante
, nous communiquera bientôt une vigueur
& une force toute nouvelle , pour recommencer le
combat & le rendre plus animé ».
( 143 )
3
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS . GRAND CHAMBRE .
Caufe entre les Officiers du Bailliage de B ... & M.
R... pourfu vant fi ré.eption en l'offie de Lieutenant
particulier au même Siege. Oppofition
d'un Siege à la réception d'ur Officier
fondée fur la prétendue baffeffe de l'origine du
Candidat.
Il importe , fans doute , à la dignité & à l'honneur
d'un Tribunal , que les premieres places
n'y foient pas remplies par des perfonnes nées
de parens obfcurs , & d'un état mépriſable ; mais
auffi ne faut- il pas que l'intrigue & la cabale
cherchent à déshonorer , par un injufte refus , un
Citoyen iffu de parens honnêtes , dont la conduite
& les moeurs font également irréprochables :
tel eft le point de vue fous lequel cette Caufe
doit être confidérée . Me . R ... , Avocat,
fils d'un pere qui remplit avec diftinction plufieurs
places honorables dans la ville de B... ,
comme celle d'Echevin & d'Adminiftrateur de
l'Hôpital , jouiffant d'une fortune honnête , a
traité de la Charge de Lieutenant particulier ;
il peut même ajouter que lorfque fes vues fur
cet office ont été connues , il a reçu du Lieutenant
général & des autres Officiers , des té- .
moignages de leur fatisfaction ; il a donc été
reçu dans cette Charge au Parlement de Paris ,
& il ne lui reftoit plus qu'à fe faire inftaller ,
lorfqu'il a vu les difpofitions des Officiers du
Siege abfolument changées à fon égard. Ils fe
⚫ font oppofés à l'enregistrement de fon Arrêt
de réception en la Cour , & il a été obligé d'en
( 144 )
obtenir un autre , qui ordonne qu'il fera procédé
à fa réception & inftalla ion. Lorique Me,
R... a fait fignifier cet Arrêt aux Officiers du
Bailliage , ils y ont formé oppofition . Leurs
motifs éto ent que Me . R... étoit fiis de Marchand
de chevaux , que lui- même avoit fait ce
commerce ; & qu'enfin fon origine étoit un
obftacle à ce qu'il fut reçu dans un office ho
norable.- Me. R... résondoit qu'il n'étoit
pas exact de dire qu'il fût fils de Marchand
de chevaux , que fon pere n'avoit jamais fait
ce commerce ; qu'il avoit été Contrôleur des
Actes , & fucceffivement Echevin , & Adminif
traceur de l'Hôpital ; que fa mere , il eft vrai
étoit fille d'un Marchand de chevaux ; qu'il
avoit eu , de la fucceffion de fon ayeul , des recouvremens
à faire de ia fuite de ce commerce ,
mais qu'on ne pouvoit pas en conclure que luimême
eût été Marchand de chevaux ; que d'ailleurs
il tenoit fon origine de fon pere , que
cela feul étoit à confidérer. Me. R... oppofoit
enfin aux Officiers de B ... leurs propres lettres
& les témoignages de leur fatisfaction , lortqu'ils
avoient appris qu'il vouloit entrer dans
feur Compagnie. Ces moyens ont prévalu
, & par Arrêt du 26 Juin 1786 , les Offciers
du Bailliage de B... ont été déboutés de
leur oppofition ; il a été ordonné que Me. R ...
feroit reçu & inftallé dans l'office de Lieutenant
particulier ; & que les termes injurieux dont on
s'étoit fervi contre lui & fa famille , feroient fupprimés
; que l'Arrét feroit imprimé & affiche ;
enfin , les Officiers du Bailliage ont été condamnés
aux dépens.
B
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 18 Juillet.
L'Impératrice regne fur la Riffie depuis
24 ans. Le 9 de ce mois , on a célébré
l'Anniverfaire de fon avénement au trône ,
& cetre folemnité a été accompagnée de
beaucoup de graces pécuniaires & de promotions.
Le Général Comte de Muffin Pufchkin
& le Comte de Schuvalof ont été décorés
de l'Ordre de S. André. Le de n'er a
reçu en même temps une- g arification de
60 mile robes ; le Con eiler Privé ,
Comte Besborodko , une terre de 3800
payſans , évaluée 300,000 roubles , &c . &c.
Les Commiffaires de l'Amira té ont paffé
en revue l'eſcadre de la Batique , actuellement
en rade devant C on adt . Eile confifte
ens vaiffeaux de ligne & 5 frégates ,
auxquelles il s'en jó ndia 5 autres inceffamment
N°. 34 , 26 Août 1786. go
( 146 )
Le corps de Calmoucks va être confidérablement
augmenté, & portera à l'avenir le
nom de corps de Mongal.
L'on parle avec inquiétude du projet
qu'on attribue au département des Finances
de mettre en circulation trente millions de
roubles en Papier-Monnoie , par billets de
Banque de 25 , 30 & 100 roubles chacun.
Le Général Comte de Bruce a demandé
& obtenu fa démiffion de la place de Gouverneur
général de Mofcou , dont l'Impératrice
a difpofé en faveur du Confeiller - privé
de Jeropkim.
S'il faut en croire un Journal de Commerce
qui n'indique pas fes autorités , en 1780 , la
valeur des marchandifes d'importation , à Peterfbourg
, fut de
Et celle des marchandifes
d'exportation de
En 1781 , les importations
s'éleverent à •
•
Et les exportations à
En 1782 , les importations
furent de .
Et les exportations de .
•
En 1783 , les importations
defcendirent à .
8,656,379
Roubles.
10,941,138
•
9,532,352
12,954,440
• 12,204,482
11,467,347
· 11,664,120
Et les exportations à 10,099,797
En 1784 , les importations
remonterent à . • • 12: 941,545
Et les exportations à
· 12,172,345
En 1785 , les importations
furent de •
Et les exportations de
( La conformité des chiffres de ces dernieres
12,172,345
.
12,941,545)
( 147 )
années , fait préfumer quelque erreur de calcul
de la part du Journalife. )
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Août.
Le Roi de Danemarck a établi une commiffion
pour la liquidation des dettes actives
& pallives de la Compagnie des Indes
Occidentales ; elle eft compofée du Comte
de Schimmelman , Ministre des Finances , &
des Confeillers Heinrichs & Wend.
Le 28 Juillet , les vaiffeaux de la Compagnie
d'Afie , le Prince Royal & le Mars arriverent
à Copenhague en bon état , venant
des Indes Orientales.
Une efcadre Françoife , compofée de 13
vaiffeaux de guerre , & commandée par le
fieur Albert de Rioms , Chef d'efcadre , entra
le 12 de Juillet dans le port d'Eleckcroe
diftant d'une lieue de Chriftianfund.
Depuis quelque temps une fociété d'Anglois
s'eft établie à Harbourg , vis -à- vis de
nous , & y a fait des fpéculations de commerce
pour les deux Indes. Si ces entreprifes
ont du fuccès , leur établiffement ne fera
pas indifférent aux Négocians des villes Anféatiques.
Un Recueil d'économie commerciale préfente
en ces termes quelques détails curieux
fur le commerce de l'Irlande. Plufieurs articles
ne font pas abfolument exacts ; mais ils
approchent de la vérité. ✨
g 2
( 148 )
Dans les bonnes années , comme le fut celle
de 1782 , lexportation des Toiles d Irlande
monte a 25 millions d'aunes . En 1782 , l'Angleterre
en reçut 24,692.072 qui valoient
1,646,138 livres ferlings. Cette marchandiſe
feule balance prefque entiérement l'importation
des marchandifes Angloifes en Irlande .
Les laireries de cette derniere Ifle , n'ont pas
encore atteint la perfection de celles d'Angleterre
; quoique depuis 1780 , l'Irlande faffe
oeuvrer la plus grande partie de fes laines. Ia
Pêche du hareng fur les côtes du Nord - oueft
augmente confiderablement d'année en année ;
mais jufqu'à ce moment les Ecoffois ont fu
tirer e meilleur parti de cette Pèche . Cependant
depuis que les Irlandois s'en mêlent , l'importation
du Hareng Suédois , eft diminuée de
la moitié ; & l'Irlande a pu exporter de fes
barengs jufqu'à 24,200 tonneaux .
nufactures des foieries font auffi des progrès.
La ville de Dublin occupe 1500 ouvriers à
cette branche d'induftrie. L'importation de la
foie crue & filée venant d'Angleterre , a monté
jufqu'à préfent depuis 80 jufqu'à 10,000 liv.
pefant ; en 1783 , cette importation s'éleva juf
qu'a 114,798 livres pefant ; mais , malgré l'induftrie
nationale des Irlandois , ils ne peuvent
Sencore fabriquer fuffifamment de foierie pour
fe patler de celles d'Angleterre. Les Ma-
Les Manufactures
de coton deviennent très importantes
; elles occupent près de 30,000 individus ;
le chef lieu de ces Manuf dures eft la ville
de Profperous dans le Comté de Kildare .
Les Fabriques de fer font amélioréés dans ce
Royaume , néanmoins elles ne s'éleveront jamais
à l'état forifant des Fabriques Angloifes , parce
que les Irlandois n'ont pas les mêmes moyens de
( 149 )
les faire fleurir. En 1783 il a été importé en
Irlande 164,187 quintaux de fer brut , dont
83 ;489 de la Sued , & 61,943 de l'Angleterre.-
Les Verreries en Irlande font en bon état , &
elles envoient beaucoup de ma chandifes e
Amérique & en Portugal. L'Irlande ne fabrique
pas encore fufflamment de bas pour fa
pro re confommation. En 1783 ,
elle reçut de
l'Angleterre 23,744 pires de coton , 60,570
de fil , & 7.944 de laine.- On croit communément
que l'Irlande perd dans fon commerce
avec l'Angleterre , mais c'est une erreur ; au
contraire e le gagne fur l'Angleterre , une année
portant l'autre , de 4 à 800,00 liv. ft..
Voici la fource de cette erreur aux Douanes
d'Angleterre , les toiles Irlandoifes font évaluées.
beaucoup au - deffous de leur véritable valeur ;
l'aune, n'y étant portée qu'à la valeur de 8
pences , tandis qu'elle en vaut réellement
15 à 17. L'Irlan le achete de l'Angleterre
beaucoup de ma chandifes des Indes orientales.
Depuis 1781 , jufqu'en 1783 , elle en avoit fait
venir pour 1,056,050 liv . ít . Le feul Thé faifoit
un objet de 815,399 liv . f.- - L'Irlande
paye avec fon beurre prefque toutes les marchandifes
qu'elle reçoit de Portugal ; en 1782 ,
elle y en a envoyé 46,000 quintaux , & pour
37,000 liv ft . de marchandifes de lainerie. La
France reçoit de l'Irlande , une année portant
l'autre , entre ༡༠ à 80,000 tonneaux de viande
falée , & plus de 20,000 quintaux de beurre.
L'importation des eaux - de - vie , du papier , &c.
de France en Irlande , eft diminuée : en 1765 .
l'importation des eaux - de - vie de France monta
à 739 854 gallons , & feulement à 386,000 en
Le commerce de l'Irlande avec les
Etats du Nord eft à fon défavantage En 1783
1777 .
a
8 3
( 150 )
les befoins de ce royaume exigerent un fubfide de
1,098,184 I'v . ft.; les revenus montoient alors
à 1,329,880 lv. ft .; mais dans cette fomme eft.
comprise celle de 145,000 liv . de dettes arriérées
.. La dette nationale forme un objet de
2,131 , G25 liv . ft .
DE VIENNE , le 9 Août.
L'Empereur arriva le 17 Juillet à Hermanftadt,
& le lendemain il fe rendit au
camp affemblé près de cette ville , où il a
féjourné jufqu'au 21 .
Dans fa traverfée en Croatie , ce Monarque
s'est rendu à Zeng , par la nouvelle
route Jofephine , qui traverfe la haute montagne
de Capella , & longue de dix milles.
Ce grand chemin eft peut être le plus beau
qu'il y ait en Europe . A chaque mille fe
trouve placée une petite colonne de marbre
blanc , ornée d'un cadran folaire , & entourée
de tilleuls . Tous les deux milles on voit
une pyramide du même marbre , & auffi ornée
d'un cadran & entourée de tilleuls ; ces
pyramides fervent en même temps de fonzaines
qui fourniffent de la bonne eau ; dans
leur voifinage fe trouvent des baffins pour
a encore établi
fur cette route des cabarets de diftance en
diſtance.
abreuver les beftiaux . Ones
Un courrier de Pétersbourg a apporté le
20 Juillet des dépêches à l'Ambaſſadeur de
cette Cour , qui les a remifes fur le champ
( 151 )
Prince de Kaunitz . Ces dépêches ont été
envoiées auffi-tôt à l'Empereur par un courier
, qui a reçu l'ordre d'aller à Lemberg.
Par un billet de la main , S. M. I. a témoigné
au Magiftrat de cette Capitale
qu'elle verroit avec plaifir , qu'on engageât
les divers corps de métiers à recevoir en apprentiffage
les jeunes Juifs , afin de rendre
par ce moyen cette portion de fes fujers plus
utile à l'Etat. Ceux des Métiers qui fe con
formeront aux vues de S. M. recevront des
marques particulieres de fa fatisfaction .'
•
La conftitution de la Hongrie vient de
fubir de nouveaux changemens très -importans
. Divers petits Comitats ont été réunis
en un feul , & ces grands départemens feront
régis par des Commiffaires , foit vice-
Palatins. Voici de plus la fubftance d'une
Ordonnance plus générale , relative à l'Adminiftration
Provinciale de ce Royaume ,
qui fera dorénavant abfolument fubordonnée
à l'autorité fuprême.
1 ° . Les Congrégations générales & particulie
res des Comitats n'auront lieu que lorsque les
Etats auront à choifir les députés pour les diettes
& à rédiger les inftructions . 2º . Dans ces cas feulement
, les Comitats affemblés pourront fe fer
vir du formulaire nos univerfitas. 3 ° . Les Congrégations
étant abolies , les Etats ne nomme
ront plus à l'avenir les employés des Comitats.
Les deputés des diettes , que l'on tiendra plus fréquemment
, pourront porter des plaintes contre
ces employés , & recommander des fujets capables.
4. Les affaires de Juftice feront féparées
#
g 4
( 152 )
des affaires politiques ou d'adminiſtration , & les
Employés des Comitats ne pourront fe meler que
dé, dernieres . 5º . Les Vice - Palatins feront à la
nomination du Souverain ; Is feront fubordonnès
aux principaux Commiffaires royaux , en recevront
les inftructions , & feront exécuter les or ·
dres qui ku front adreffés. 6º . Les Vice Palatin
tiendront des journaux de toutes les affaires
qu ' is a ront exp : diées , & les enverront tous les
quinze jars à l'in pection des principaux Commiflaires
royaux . 7° . Les Vice - Palatins auront
chacun un Adjoint qui fera 1s fonctions de la
place en cas de maladie ou d'abſence des Vice-
Palatins . 8 ° . Le nombre des employés aux Comi
ta s fera confervé juſqu'à nouvel ordre . 9º . La
correfpon lance immédiate des villes libres &
royales avec le Gouvernement cellera , & elles
s'adrefferont à l'avenir aux Comitats pour les
affaires politiques , & à l'adminiſtration des domeines
fubor lonnés aux Commiffaires royaux ,
pour les affaires des Finances . 10 ° . La correfpon
da ce des Comitats avec a Chancellerie de Hongre
& de Tranfyivanie ceffera également , &
on ne pourra pas avoir recours au Trône au
nom des Comitats , mais il fera libre à chaque
Communauté . même à chaque particulier , de
recourir au Trône & d'y faire parvenir les griefs .
1. Les papiers relatis à la Juftice feront reti.és
des arch ves des Comitars , & envoyés au Tribunal
fupérieur de chaque diftri &t. 12° . Les Commiffaires
royaux auront le po voir de nommer
& de deftituer les Employés des Comitats.
DE FRANCFORT , le 16 Août.
Lord Darlymple , Eavoié de S. M. Bri-
•
( 153 )
tannique à la Cour de Berlin , eft arrivé à
Calel , où il eft chargé de remettre au Landgrave
regnant les marques de 1 Ordre de la
Jarretiere .
Les nouvelles améliorations que l'on exé-
Citera dans la Marche Electorale pour l'avantage
de l'agriculture , feront un objet de
tro s mill ons d'écus que le Roi de Pruffe a
déja allignés .
Le célébre Graveur Chodowicki à publie
une belle eftampe de la mort héroïque du
Duc Léopold de Brunswick . Elle s'eit vendue
un ducat ; mais l'Auteur en a diftribué le
profit entier aux malheureux qui ont fouffert
par l'inondation dans la quelle le Prince
a perdu la vie.
Le Prince Charles de Meklenborg Strelitz
ay nt deman lé & obtenu di Roid An
gletere la démiffion de fa place de Comman
lant de Hanovre , le Roi y a nommé le
Feld Maréchal Ba on de Rh den . S. M. a
en même temps con éré au Prnce Edouard
le Regimen vacant des Gardes Hanovériennes
à pied.
La PrinceTe Palatine de Birkenfeld eft
accouchée dan Prince à Landshut , le rer.
de ce mois . Certe Princeffe eft foeur d Duc
regnant des Deux Ponts. Si la ligne des
Deux Ponts veno t à s'éte n¹re , ce le de Birkenfell
eloit appe ée a la fucceffion de la
Man Palaine.
On vient de tirer d'un fouterrein , dans
g5
( 154 )
Je Couvent des Minimes de Cologne , un
Religieux qui y étoit enfermé depuis 24 ans.
On préfume que c'eft le même individu
dont le Nonce précédent avoit adouci le
fort , en ordonnant qu'il lui fût donné une
chambre & une nourriture faine , & que
l'on aura renvoié dans fon cachot après la
vifite du Nonce. Ce malheureux , dont le
crime étoit d'avoir quitté fans permiffion
plufieurs maiſons , & emporté avec lui quelqu'argent
, a été trouvé nud dans la cave ,
& attaché à la terre avec une chaîne de fer.
Le Prince nouveau né , Jofeph George-
Charles Frédéric de Hildbourghaufen , eft
mort le 30 Juillet.
On écrit de Vienne , que la Régie du tabac
s'est engagée à fournir 30,000 quintaux
de tabac de Hongrie qui feront tranfportés
à Marfeille ; elle paye le quintal , livré à
Peft, a raifon des flor.
Le Profeffeur Lomonoffofde Pétersbourg
écrit qu'en Ukraine , en faifant couler la
feve des bouleaux dans un creux , garni au
fond & aux côtés d'une espece d'argile
graffe , on fait prendre à cette feve la confiftance
& la couleur de l'ambre jaune , &
qu'enfuite on en fabrique toutes fortes de
vafes & de petites marchandifes .
ITALI E.
DE ROME , le
31 Juillet.
Un particulier d'Ariola , auprès de cette
( 155 )
Métropole , étoit fruitré depuis long - temps
de plufieurs biens-fonds confidérables dont
il avoit hérité de fes parens , & ufurpés par
un homme riche & accrédité de la même
ville . Après d'inutiles & d'itératives inftan - i
ces auprès du fpoliateur, pour en obtenir au
moins une exiſtence tolérable , la partie léfée
porta fa cauſe aux Tribunaux. Le procès
traîna en longueur pendant 20 années ,"
& le plaignant ayant diffipé en frais les dé- .
bris de fon patrimoine , fut réduit à fe faire.
palefrenier. Enfin le Tribunal de la Vicarie
remit cet infortuné en poffeffion de tous
fes biens. Il fe rendit auffi tôt avec un ami
à Ariola pour chaffer l'ufurpateur & faire
exécuter Sentence. Son adverfaire ayantappris
fa condamnation , faifit dans fa furear
un fufil qu'il trouva fous , fa main ,)
& d'un feul coup tenverfa morts les deux
amis . Effraié de fon crime, il fe rendit à
Rome, dans l'efpérance de n'y être pas re-,
connu ; mais une parente du défunt l'a fait
arrêter. Il eft actuellement dans les priſons
de la Vicarie.
Le vice de notre fyftême actuel des Finances ,
& les véxations arbitraires auxquelles il donne
lieu , ont excité plufieurs réclamations . Le
nouveau directeur des Douanes récemment
établies dans la Romagne , vient d'en fournie
un exemple . Peu verfé dans l'art difficile , de
lire & d'écrire , ce Maltotier croit fe faire pardonner
fon ignorance par un zèle particulier ,
& par un attachement inviolable aux intérêts
de fon Commettant . Derniérement il s'eft prés
8
6
fenté à fa barriere une charretée d'ais ( affi ) ;
ou bois fcié en plan hes Le Di ecteur eft a lé
fur le clamp confulter on registre d'impofitions
; il a feuillet avec ce foin qui caractrife
un homme jaloux de remplir fcrupuleufenient
ce qu'il regarde comme fon devoir.
Après quelques recherches , il est tombé ſur ces
mo's ( afa fetida , ) qu'il a pris pour affa
feliata a cray vor le tarif de ce qu'en
doit payer pour les ais ( affi ) , & a demandé
les douze pour cent dont eft cha gée
l'entrée de la ftila . Le propriétaire du bois
s'eft échauff ne pouvant concevoir qu'on
exigeât des droits fi confidérables pour des
planches. Convaincu de fon côté d'avoir bien
lû , le Directeur eſt demeuré intraitable , & a
décidé , pour mettre fin à la conteftation , ques
le bois eteroit en d pot à la Douane jufqu'à
ce qu'il le für aidé des lumieres de les Supérieurs
; un cas aufli compliqué exigent à ce
qu'il pré endot un voyage à Rome , d'où devoit
ém ner la d'ction fans appel. Cette anecdote
eft parfaitement certaine &
>
> ce qu'a dit un illuftre Adminiſtratey, fiée par
des
prifes de tout genre qui doivent échaper aux Di-
Lecteurs des Douanus compliquées .
L'Archevêque de Milan a déclaré , fe'on
Pin en ion de S. M. I. , qu'à l'avenir per
lonne ne fero t admis dans la lombardie.
à prendre les ordres , fans avor anna avant
étudié quatre ans la Théologie dans l'Uni-.
verfité de Pavie , & y avoir remporté quetque
rix . En outre es fujers de ront oafferà
Milan une autre année , au bout de laquelle
Ils recevront les ordres , à titre de bénéfice.
(157 )
DE LIVOURNE , le 28 Juillet.
Nous apprenons d'Alger la capture du
bâtiment le Griffon , parti d'ici pour Barcelonne
, fous pavilon Malthois. Ce navire
naviguot fur fon eft , ayant à bord 40 matelos
, dont les deux tiers font nos com atriotes.
Le Corfaire Algérien les a mis dans
les ars, après leur avoir fait effuyer les ou
trages les plus infignes , & les avoir mis abfolument
nuds. Iis partagent ce fort affreux
avec d'autres malheureux de toutes les nations
; car les Barbarelques ont pris depuis
peu un navire Allemand , un Ruffe , un Géneis
, plusieurs Napolrains & un Américain,
portant le pavillon des Etats - Unis .
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 15 Août.
t
Il le tint le 9 un Confeil extraordinaire aut
Burea du Marquis de Carmarthen , auquel
aflifterent ce Miniftre , je Lord Chancelier
M. Pitt Lord Sydney, l'Archevêque de Canto
bery , le Solliciteur & le Procureur Gé
néral , & c. , pour examiner définitivement
l'affa re de Marguerite Nicholfon , & en taire,
le apport à S. M. M. Fisk , propriétaire de la
maifon où eme roit cette femme , Anne
Southey , qui occupoit un logement yoitin ,
furent interrogés. Its répondirent uniformé
( 158 )
ment que cette femme leur avoit paru d'un
efprit tranquille, excepté que de tems en tems
elle parloit toute feule. Piufieurs autres témoins
furent examinés , particuliérement M.
Watfon , Chapelain dans Bond Street , &
leurs dépofitions furent à peu près les mêmes.
Les Docteurs Munro , pere & fils , qui avoient)
obfervé plufieurs jours l'état de cette malheureufe,
le Meffager d'Etat Coates , fa femme
, & une garde donnée à Miftriff Nicholfon',
confirmerent tous la démence de cette
femme. En conféquence , il fut réfolu , avec
l'agrément du Roi , de la renfermer à l'Hôpital
de Bethleem ( Bedlam ) .
Le Meffager d'Etat , Coates , la conduifit
donc le jour même à cet Hôpital des Fous
accompagnée de la Dame Coates , d'une autre
femme & d'une garde. Le con lucteur ayant dit
à fa prifonniere qu'ils alloient en partie de
plaifir , & qu'il croyoit qu'elle ne défaprou
veroit pas qu'il l'accompagnât : elle répondit
qu'elle y confentoit de tout fon coeur , & pendant
le chemin parut être de fort bonne humeur
arrivée aux murs de Bed am , on lui
demanda fi elle favoit où elle étoit ; oui , répondit
elle , je le fais parfaitement bien ? L'Econome
de l'hôpital la fit dîner avec lui , &
pendant tout le tems du dîner elle parut dans
fon bon lens , mais quand on lui nomma le
Roi , elle dt qu'elle espéroit de recevoir bientôt
Ja vifite. Quand on lui demanda enfuite,fi elle.
fe fournettroit volontiers aux réglemens établis
dans cette maiſon : elle répondit , très certaine
ment , à la perfonne qui l'interrogenit. Le St.
Coates lui ayant dit que fi elle le defroit , on
( 159 )
lui donneroit du papier , des plumes & de
l'encre , elle parut ne pas faire attention à
cette offre. A fix heures elle fut conduite dans
fa chambre , & on l'enchaîna par une jambe
à un anneau fixé à fon plancher , avec une
chaîne légère , affez longue pour qu'elle puiffe
aller dans tous les endroits de la chambre ;
pendant qu'on l'enchaînoit , elle ne témoigna
aucun figne de doul ur. On lui demanda
fi la chaîne ne la bleffoit point ; elle répondit
que non , avec tranquillité.
Le Sr. Coates prit alors congé d'elle ; mais
elle le rappela , en lui difant , qu'il lui avait
promis du papier , des plumes , & de l'encre , &
qu'elle le prioit de lui en envoyer , ayant à
Ecrire plufieurs lettres . On lui en apporta dans
l'inftant , mais le Sr. Coates ayant attendu
pendant plus d'un heure , elle n'écrivit pas , &
il fe retira.
Comme les loix ne prononcent rien fur le
régicide commis par une perfonne en démence,
& que celle ci ne peut être renferméet
qu'autant de temps qu'elle a l'efprit aliéné ,
l'autorité feule du Légiflateur pourra éternifer
la captivité de Marguerite Nicholson , &.
dans la prochaine Seffion , le Parlement rendra
un Acte qui légalifera cette détention .
L'origine de la folie de cette infortunée a
augmenté la pitié qu'elle infpire. Très - rétervée
& de meurs fages , elle avoit déplu par
' ces qua'ités mêmes aux autres domeftiques
dune maison , dans laquelle elle fervoit , il y
a quelques années. On la railloit fur fa pruderie
, & malheureufement , la découverte de
fon inclination pour le valet- de - chambre de
fon maître , fembla juftifier ces railleries : on
( 160 )
les épia , on les furprit , & ils furent congé
dies. Ils pafferent enfemble à un autre fervice;
leur liaifon fe foutint que que temps ; mais
l'amant donna le premier l'exemple de l'infidélité.
Il fe maria avec une femme dans l'aifance
, & abandonna la pauvre Nicholſon ,
qui , naturellement tendre & mélancolique ,
ne put fupporter cet événement. Sa aifon en
fut auffi affectée que fon coeur , & de ce mo
ment , elle donna des fignes d'aliénation .
Le Roi a reçu les témoignages les plus ,
touchans de l'affection publique. Une foule
de Seigneurs & de Particuliers font revenus
de la campagne pour affifter au lever. Un
peuple immenfe s'eft porté au Palais St. - James
pour y voir S. M. , & tous les Partis fe
font réunis dans cet empreflement. Le 11
S. M. reçut en perfonne l'Adreffe du Corps-
Municipal , ayant le Lord Maire à fa tête , &
celle du Bourg de Southwarck. Laville de Southampton
a déja imité cet exemple , qui fera
fuivi par la plupart des villes du Royaume.
M. Adams , Miniftre Plénipotentiaire des
Etats-Unis auprès de notre Cour , n'eft point
allé à Madrid , mais à la Haye , où il doit
trouver, dit on , les Commilaires de la Cour
de Berlin, chargés d'échange le Traité définitif
de commerce entre S. M. Pruffienne &
les Etats - Unis .
Peu avant fon départ , ce Miniftre , à ce que
fent ou qu'inventent quelques uns de nos papiers ,
fe rendir chez le Sécrétaire d'Etat , pour lui
faire favoir que le Congrés voyoit avec beau(
161 )
coup de peine , que les Forts fitués dans les par
ties extérieures du Canada , ne fuient point
rendus conformément aux conditions du Traité ,
& que fi ces conditions n'etoient pas remp ies
dans os leurs points , le Congrés toit déterminé
à ufer de repréfall es à l'égard du Commerce
Anglois en Amérique & aux Ifles.
%
Le bruit s'eft répandu qu'un jeune Offcier
de la Marine , de la plus haute naulance ,
dans n accès de colere contre le cuifin er
do vaiffeau à bord duquel il fervoir , a eu
le malheur de lui donner un coup d'e ée. Il
a été mis aux arrêts fur le champ. On ne
fait po nt encore fi le cuifinier eft mort de
fa beture. La conduite précédene de ce
jeune Officier, & les preuves authentiques
de talens & de bravoure q ' il a données
l'ont rendu fi cher au corps de la Marine &
à toute la Nation , qu'il n'eft perfonne en
Angleterre , qui ne faffe des voeux pour que
ce rapport foit totalement faux , ou du
moins exagéré.
Le Dutton , vaiffeau de la Compagnie des
Indes , eft arrivé fauf à la hauteur de Portland
; il étoit parti du Bengale le 17 Février ,
& a ramené un affez grand nombre de Paffagers
. Chemin fa fant , il a rencontré le Tyger
qui revenoit de la pêche de la baleine , dans
la Mer du Sud.
On arme actuellement à Deptford on vaiffeau
qui doit faire le tour du Monde. Il appartient
à deux Particulies , dont l'on era ,
dit -on , lui même ce voyage. Ce bâtiment ,
( 162 )
eft du port de 500 tonneaux , & n'aura que
40 hommes d'équipage , avec des provifions
pour 4 ans . Il relâchera d'abord à l'Amérique
Méridionale & fe rendra de -là à la Chine &
au Japon. Enfuite , il ira chercher des pelleteries
dans les parages que le Capitaine Cook
a vifités vers le détroit de Behring , pour les
échanger au Japon . Les Armateurs fondent
de grandes efpérances fur cette expédition ,
faite avec le plus grand foin & avec l'équipa
ge le mieux choifi .
La découverte , célébrée dans toutes les
Gazettes , d'un nouvau procédé trouvé par
un Américain , pour extraire de l'eau douce
excellente de l'eau de mer , paffe aujourd'hui
pour une impofture. Des expériences récen-
Les ont prouvé , à ce qu'on affure , que cette
prétendue invention n'eft qu'un fecret d'émpirique.
Jofeph Mitchell eft mort le 4 de ce mois à
Kentish-Town , âgé de 100 ans révolus .
Nous avons parlé à plufieurs reprifes de
M. Howard , dont les vertus , les facrifices ,
l'héroïsme ont mérité de la part des Anglois
une ſtatue , à l'érection de laquelle le genre
humain entier devroit concourir. Le dévouement
à jamais immortel du Duc Léopold de
Brunfwick , eft peut être moins étonnant ,
plus rare , & fur tout moins utile que celui
de M. Howard. Les citoyens qui fe font réunis
pour lui dreffer une ftatue , dont on ornera
l'une des places publiques de Londres
viennent de publier l'avis fuivant.
( 163 )
STATUE A ÉLEVER A M. HOWARD.
Plufieurs perfonnes , pénétrées d'une admiration
fincere pour M. Howard , l'Ami du genre
humain , le Citoyen du monde , craignant que no
tre fiecle ne néglige de s'acquitter de la reconnoiffance
qu'il lui doit pour fa Philantropie fublime
, & ne laffe à la poftérité le foin de lui
rendre un hommage trop tardif , annoncent
qu'elles vont lui ériger une Statue . Quoique M.
Howard n'attende pas fa récompenfe des hommes
, ils fe doivent à eux mêmes d'être juftes envers
la vertu , d'en perpétuer la mémoire par un
monument , & de rendre à l'homme qui honore
le plus le nom d'homme les plus grands honneurs.
Ceux qui connoiffent fa moleftie , craindroient
avec raison qu'elle ne s'oppofât à des diftinctions
dont les refus même prouveroient qu'il eft digne.
M. Howard eft abfent : ſemblable à une Divinité
fecourable qui parcourt la terre pour y repandre
fes bienfaits , il eft paffé en Turquie dans
l'intention & avec l'espérance d'arrêter les ravages
de la pefte. Si l'envie ofoit demander quels
font fes titres à cette Statue , on lui répéteroit
avec quel courage infatigable M. Howard a déjà
parcouru un grand nombre de contrées , en fai-
Tant par- tout du bien ; comme il a confacré une
grande partie de fa vie & de fa fortune à faire des
vifites multipliées dans la plupart de ces naifons
de mifere & d'infection , les prifons de l'Europe ;
& combien de malheureux habitans de ces affreux
féjours, affaiflés fous le poids de leurs maux , n'ont
pu le voir fans le bénir , pour avoir écarté au
moins quelques- unes des horreurs dont ils étoient
entourés ; pour avoir foulagé, quelques - unes des
angoiffes qui les déchiroient dans les fers .
( 164 )
9
En conféquence , les perfonnes qui , fentant
comme hommes , comme Chrétiens , comme
Bretons , combien M. Howard fait d'honneur à
leur nature , à leur religion & à leur patries
voudront profiter de fon apfence pour témoigner
, fans bleffer, fa modeſtie tous les fentimes
dont ils font pénétrés , en co tribuant en
quelque chofé à l'érection d'en monument qui
ferve à prouver la reconnoiffance publique , &
à encourager les hommes à une vertu auffi fublime
, font invitées par le Comité des Soufcripteurs
à envoyer leur contribution avant la
fin de Sprembre , a MM. R. & F. Golling
Banquiers, dans Fleet- ft eet ; au Docteur Lettſom,
dans le Bafingh li- ftree ; ou à M. Nichols , Imprimeur
, paffage du Lion- rouge , dans Fleet-
Atreet , & c. &c.
On a imprimé la lifte des premiers foufcripteurs
; plus de 300 liv . fterl. font déja
livrees. Divers Particuliers ont foufcrit pour
dix guiné s . Raprellons à cette occafion
l'extrait d'on difcours que prononça M.
Burke à l'Hôtel de Ville de Brifto . en 1780.
Je ne puis nommer ce Gentilhomme ( M.
Howard ) fans faire remarquer que les travaux
& fes écrits ont beaucoup contribué à ouvrir les
yeux & les coeurs des hommes les plus durs . Il a
vifié tute l'Europe , non pour admirer la fomptuofi
é des Palais & la majefté des temples ; non
pour mefurer forupuleufement les debris de la
granteur des anciens ; non pour tracer la carte
des curiofits dues a l'art des mo ' ernes ; non pour
former une collection de in dailles , ou pour comparer-
& co lationner des manufcrits , mais pour
defcendre dans la profon ieur des cachots , pour
( 165 )
s'envelopper de la vapeur infecte des hôpitaux ;
pour examiner le féjour de la douleur & de la
peine ; pour prendre les dimenfions de la mifere ,
de l'abbaiffement & du mépris ; pour faire fonger
à des êtres oubliés , pour s'occuper de ceux qu'on
négligeeit ; pour visiter les délaiffés & pour confronter
, fi j'ofe m'exprimer ainsi , les détrelles
de tous les hommes dans toutes les contrées . Son
plan eft original , & auffi plein de génie que d'humanité.
C'est un voyage de découverte qu'il a
entrepris , un tour du monde infpiré par la charité.
Il n'eft point de pays qui n'ait déjà fenti les
effets bienfaifans de fes travaux : j'efpere qu'il
anticipera fur la récompenfe finale qui do t lui
en revenir , par le bonheur de voir fon plan entiérement
réalisé pour l'avantage de fa patrie .
Nous avons rapporté avec foin les différens
actes du Gouvernement , relatifs aux
pêcheries d'Ecoffe , les travaux de divers
Particuliers pour remplir ces vues falutaires ,
& lémulation des Seigneurs Ecoffois à y
concourir. Ce concert de mefures a deja eu ,
& aura par la fuite de grands effets. Aucun
peuple n'étoit plus digne de cette attention
que les habitans des côtes occidentales de l'Ecoffe
& des ifles Hebrides : ils réunifient toutes
les vertus , patience , courage à l'épreuve
de mille dangers , habitude aux atigues de
tout genre , fidélité , probité , hoſpitalite au
milieu de la mifere , telle qu'on la chercheroit
bien vainement dans nos faftrenfes capitales
. Ce tableau n'eft ni tomanefque ni
exagéré. En preuve de fa fidéliré , nous invitons
nos lecteurs à lire le paffage fuivant ,
( 166 )
tiré d'un ouvrage nouveau , très patriotique
, fur l'état préfent des Hébrides , par le
Do&eur Anderſon.
Ces Montagnards , dit-il , et les habitans des
Ines Wefternes, font aujourd'hui auffi bien civilisés
quant aux moeurs , et auffi subordonnés aux loix
que quelqu'autre peuple que ce foit ; mulle part
la propriété n'est plus en sûreté , & les violences
contre les loix plus rares qu'aux Hébrides.
Un feul Officier de paix, fans fuite, fans armes,
peut exécuter fans difficultés & fans danger pour
lui-même , quelque commiffion qu'exigent les
fonctions de fon Miniftere. Un Etranger peut
parcourir ce pays & aller où bon lui femble
avec une fécurité entiere , & s'il fe conduit avec
politeffe et décence , non -feulement il ne fera
pas infulté , mais où qu'il aille , il y trouvera
une hofpitalité abfolument gratuite.
Il arrive quelquefois des naufrages fur ces
côtes inconnues : non - feulement on fauve les
Matelots quand cela n'eft pas abſolument impoffible
, & on leur donne tous les feceurs dont
ils peuvent avoir befoin; mais on conferve leur
propriété avec un foin qui fait honneur à la
probité des Naturels de ces Ifles. J'ai eu occafion
d'apprendre plusieurs traits de ce genre.
je demanderai la permiffion d'en citer quelquesuns
, propres à confirmer la bonne opinion que
j'ai donnée du carattere de ces peuples .
>
Durant la derniere guerre , un vaisseau de
Liverpool qui avoit été très- endommagé à la
mer , entra dans le Havre de Loch Tarbat , dans
I'lle d'Harris ; le Capitaine ne jugeant pas sûr
de le remettre en mer fans y avoir fait des
réparations confidérables , pour lesquelles il né
( 167 )
trouvoit pas de fecours fuffifans dans l'endroit ,
fe trouva forcé d'abandonner le vaiffeau & fa
cargaifon , & d'aller à Liverpool prendre des
inftructions des Armateurs. Tous les gens de
l'équipage le fuivirent, à l'exception d'un feul ,
qu'il parvint à faire refter dans le navire pour
veiller fur la cargaifon . Le vaiffeau fut aiffé
près de deux ans dans cet endroit fous la garde
d'un feul homme , fans qu'on en enlevât la
moindre chofe , ou de force , ou clandeftinement.
Pendant le dernier hyver de 1784 à 85 , un
Vailleau Danois toucha un rocher à l'oueft d'Icolmkile;
l'équipage , qui ne connoifloit point du
tout ces côtes , craignant de couler bas , mit le
canot à la mer & tâcha de gagner l'Ile , abandonnant
le Vaiffeau , voiles dehors , & au
courant : quelques - uns des Naturels voyant ce
Vaiffeau marcher au hafard , & fans avoir l'air
d'être conduit , fe rendent à bord , & n'y trouvant
perfonne , prennent poffeffion de ce Navire abandonné
, qu'ils conduisent à Loch Sheridan , dans
l'Ifle de Mull. Les Matelots réclament leur Vaiffeau
, ramené fi heureusement , on les en remet
en poffeffion fans hésiter , fans conteftation ; ils
ne paient ni Salvage , ni droit de rachat , & ils
en font quittes pour quelques fchellings , à partager
entre les Infulaires qui ont réuffi à le fauver
. Le Vaiffeau fut confié avec la cargaison à un
Fermier dans le voisinage du port cet honnête
homme fe chargea pour une bagatelle , d'affurer
toute la cargaifon aux proprié aires qui la reçurent
plufieurs mois après, à leur réquifition , entiérement
complerte & dans le meilleur état. Un
autre Vaiffeau échoua à - peu - près dans le même
tems fur l'Ile deMull . L'hofpitalier , Mr. M'Lean,
( 168 )
Chef & [ Laird ] Seigneur de cette Ifle , fauva
& garantit de mémne la cargaiſon de ce Navire ,
fans exiger aucun argent des propriétaires .
A- peu- près à la même époque , deux grands
Vailleaux Américains atlant à Cyde , toucherent
à l'Ifle d'Ilay ; un de ces bâtimens avoit à bord
dix mille livres fterl . en espéces ; comme c'étoit
uniquement la maladie & la foiblefie de
l'équipage , qui empechoit qu'ils ne continuaflent
leur route , car le tems n'étoit point orageux ,
on en retira les effets qu'on plaça du mieux qu'on
put fur le rivage : les vaiffeaux furent mis à l'abri
, & quand on raffembla les différens articles
qui formosent les deux cargaisons, il ne manquoit
qu'un baril de goudron qui avoit probablement
gliffé de deffus le pont , & s'étoit perdu par la
négligence de l'équipage. Je ne puis me refufer
au plaifir de citer encore une preuve de l'honnêteté
des habitans des Hébrides ; elle a d'ailleurs
quelque chofe de fingulier.
Il y a quelques années qu'un Navire venant
d'Irlande échoua près les côtes d-Ilay . La charge
de ce vaiffeau confiftoit en filaffe de lin : le tems
étant venu à s'appifer , on retira la cargaison ;
mais comme elle étoit toute trempée d'eau de
la mer , il fallut la bien laver dans l'eau douce,
pour en enlever le fel . On fit certe opération dans
une riviere voifine , & on étendit en uité la fi affe
pour la faire fécher fur la pente d'une colline de
fable , elle y refta plufieurs jours on empleya
pendant quelques femaines à cet ouvrage plufieurs
centaines de perfonnes , dont p s une ne poffedoit
de filafle de in : c'étoit en quelque forte un
magafin à manufacture , pour les besoins de 1 Iffe
qui en manque.
La tentation de s'en emparer devoit être trèsvive
, & en pareille circonftance il auroit été difficile
( 169 )
ficile de découvrir les auteurs du vol : cependant,
quand on eut raffemblé le tout , il ne manqua ,
au grand étonnement des interreffés , que quelques
écheveaux de lin , cinq à fix environ , &
qui pouvoient valoir deux ou trois fchelings ;
quant à l'argent on n'y avoit pas touché .
Je me complais à rapporter ces traits de probité
, d'emprellement à rendre fervice de la maniere
la plus amicale , qui honorent un peuple
auffi eftimable qu'il eft pauvre . Les Naturels de
ces Ifles & de la côte d'Ecoffe , fe piquant de con
ferver fans tache leur réputation à cet égard ,
je cro qu'il feroit injufte & cruel de ne pas leur
accorder toute la confiance qu'ils méritent. Je ne
prétends pas cependant que chaque individu de
ces côtes , foit abfolument inébranlable à toute
tentation ; je me crois feulement bien fondé à
affurer qu'il n'eft aucune partie du monde , où un
homme qui a le malheur de faire naufrage
puiffe rencontrer plus de fecours , & les obtenir à
auffi peu de frais.
Les Américains , & particulierement les
habitans de l'Etat de Matfachuffett voient
avec une espece de jalcufie l'établiſſement
d'une Compagnie qui s'eft formée à Halifax
pour la pê he de la baleine. Les fonds
de cette Compagnie , qui doivent être de
60,000 liv . fteri . , font prefqu'entierement
remplis . On a déja commencé les magafins
, & l'efprit d'entreprife eft généralement
répandu dans cette ville.
On mande d'Irlande que les Pêcheries ,
établies fur la côte nord - ouest du Comté de
Donégai , prennent toujours plus de confiflance ."
Le très- honorable Guillaume Conyngham , fur
No. 34 , 26 Août 1786.
h
( 170 )
les terres de qui la plus grande partie de
cette côte eft fituée , a fail cette occafion de
donner à fon pays une nouvelle marque du
patriotifme éclairé qui l'anime . Il offrit , en
1784, au Gouvernement d'employer une fomme
de 20,000 livres sterling ( ou 200, coo florins
-de Hollande ) en établiffements néceffaires
pour la pêche fi la nation vouloit en confacrer
une pareille. Cette offre devint l'objet
d'un Bi 1 , par lequel le Parlement d'Irlande mit ,
en 1785 , la fomme demandée à la difpofition
d'un comité chargé de pourvoir aux établiſſemens
en queſtion . Ces deux fommes , qui forment
un capital de 400 mille florins de Hollande
s'emploient avec une intelligence & une
libéralité fans exemple à cet objet fi intéreſfant
pour ce pays. Des quais ont été conftruits
fur les bords de l'Atlantique , au lieu nommé
les Roffes , dans le centre de la pêche. Une
ville appellée Rutland s'y bâtit en l'honneur
du Vice - Roi qui a honoré cette entrepriſe de
la protection la plus fpéciale ; les chemins qui
y rendent font dans le meilleur ordre ; près
de 100 familles de marchands & d'artiſans de
tout genre s'y font déjà établies. Tous les magafins
néceffaires à la conftruction des navires ,
a la pêche & à la falaifon & préparation de
poiffon font achevés & en activité ; quelques
bâtimens fons prêts à être lancés . A la der
niere campagne d'hiver on y comptoit plus de
zoo Bâtimens à voile , Irlandois , Anglois ,
Koffois , & des Iles de Man & de Guernesey ,
erre plus de mille chaloupes : actuellement
chicore, une multitude rentre tous les jours
rade,chargées des plus belles morues & des
leurs harengs, Un négociant Hollandois ,
sau fait de la pêche , s'étant rendu fur les
de
( ( 171 )
lieux pour juger par lui même des avantages
qu'elle promet , dit n'ayoir jamais rien vu de
pareil à ce qu ' ffre cette côte d'environ 30 a
40 milles d'étendue. Les poiffons y font d'une
telle abondance qu'une flo:te entiere pourroit
s'en charger chaque jour des 1 Janvier au dernier
de Décembre fans les épuifer : quant à
leur groffeur & qualité ils furpaffent tous ceux
qu'il a vus en Hollande ; ils font pour ainfi
dire fous la main & l'on peut les prendre fans
s'éloigner de plus d'un mille des côtes. Des
circonstances heureuſes , jointes aux encou
ragemens qu'il a reçus de M. Conyngham
qui , tant par lui que par les amis , lui a
fait un fonds de 1000c livres sterling , ont
engagé ce négociant à fe fixer dans ce pays ,
où
>
il va entreprendre la pêche à la maniere
Hollandoife , fur un plan vafte qui promet les
plus grands fuccès. Tous les étrangers qui
peuvent être utiles font reçus ; on leur donne
des terres fous , la plus modique redevance : on
leur double même tous les capitaux qu'ils apportent
& qu'ils emploient à bâtir des maifons
ou à quelque art ou commerce utile .
La vente des thés a commencé le 25 Juillet.
Elle produira plus de 500,000 l. ft . dans le
cours de deux mois. La moitié de cette fomme
fera employée immédiatement par la
Compagnie à acheter les thés qui lui manquent.
Il existe encore aujourd'hui dans la Jurifprudence
criminelle de l'Angleterre une forme
finguliere , qui s'eft confervée depuis
plufieurs fiecles. Lorfque quelqu'un eft accufé
, avant de commencer fon procès , on
h2
1
( 172 )
lui demande comment il veut être jugé. On
voit clairement que cette formule a pris fon
origine dans les temps où l'on pouvoit être
jugé par le combat judiciaire, par les épreuves
ou par fes pairs. Mais aujourd'hui , il n'eft
qu'une maniere de l'être , & tous les citoyens
doivent defirer qu'elle ne foit jamais
abolie.
Le caractere moral de Tippoo- Saïb offroit des
fingularités & des contraſtes frappans : voici le
portrait qu'on en a tracé. Il étoit efclave des
plaifirs , quoiqu'attaché aux affaires par inclination
; fuperftitieux , quoique fans religion ; tan êt
affable , généreux & bienfaisant , tantôt orgueilleux
, cruel & morole . Ses cruautés étoient toutes
le fruit de fon emportement , & fes bonnes
actions l'effet du caprice d'un moment. Il étoit
orgueilleux fans dignité , généreux fans bienfai
fance , compâtiffant fans être fenfible .
Ce portrait , à la maniere des Hiftoriens modernes
, eft abfolument de fantaifie ; Tippoo-
Saib n'étoit guere cependant un fujet d'antithefes.
Le Docteur Swift voyageant à pied en Angleterre
, arriva un foir à une Ville de Marché
où il réfolut de paffer la nuit. Toutes les Auberges
étoient remplies d'Etrangers , parce qu'il y
avoit eu le veille une Foire dans la Ville. Swift
ne put trouver qu'avec peine une malheureuſe
Gargotte , où il fut obligé faute de lit , de confentir
à coucher avec un Fermier arrivé avant -
lui . Quoique défolé de ce contre temps , il n'en
témoigna rien . A peine couchés , le bon Fermier
ennuyé de ne pas dormir , entama la converfation.
Il apprit à fon camarade qu'il avoit
3
( 173 )
3
сс
5,
eu le bonheur de faire à la foire plufieurs excel
lens marchés . « Quant à moi » , dit Swift
je ne fuis pas fi heureux que vous , je n'en ai
» accroché que fept depuis l'ouverture des Affizes
». « Comment accrochés » , dit le Fermier
? « Quel est donc votre métier ? Ma foi
répondi: Swift , « ç'en eft un par fois affez bon ;
je fuis le Bourreau de la Comté » . « Eft- il
poffible ? Vous le Bourreau ! s'écria le Fermier
effrayé ». Oui , répondit Swift , « Et je
» compte en pendre encore neuf famedi prochain
à Tyburn , dont un fera écartelé » ,
Le Fermier fans en écouter davantage , fe précipita
hors du lit , enfonça la porte , fe jetta en
bas de l'efcalier dans l'obfcurité , & réveilla toute
la maifon. L'Hôte accouru , lui demanda ce qu'il
avoit. « Ce que j'ai , dit- il , par tous les diables ,
vous êtes un coquin , vous m'avez mis cou
» cher avec le Bourreau , & je viens feulement
de m'en appercevoir ; eft- ce ainfi qu'on traite
d'honnêtes gens ? Ouvrez- moi la porte à l'inf
tant que je me fauve de cette maifon maudite
». L'Hôte croyant cet homme fou ,
mit à la porte tout nud , tandis que Swift refle
tranquillement dans fon lit , & jouit du fruit de
fa fupercherie.
сс
ETATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE.
le
Voici l'extrait que nous avons promis de
l'ouvrage de M. Payne contre l'établiffement
du Papier - Monnoie. Il faur obferver
que les argumens irréfutables de l'Ecrivain
ne regardent ni ne peuvent regarder les
Billers de Banque reçus comme monnoie
dans quelques Etats de l'Europe , puifque
h3
( 174 )
La Banque qui les délivre ne doit être con
fidérée que comme un particulier qui fait
des billets exigibles , & dont la valeur doit
être comptée au créancier , à l'inſtant de la
préfentation , s'il le requiert. Le Papier-
Monnoie créé par les Américains et de toute
autre nature ; & ce n'eft pas une choſe indifférente
à remarquer , que , l'Ecrit de M.
Payne dont chaque ligne porte évidence ,
non feulement n'ait produit aucun bien ;
mais ait encore animé contre lui la Pluralité
qui a déterminé l'établiffement de ce Papier.
... Je me rappelle une espece de fentence
d'un Fermier Allemand , qui renferme entrèspeu
de mots tout ce qu'on peut dire fur le
papier-monnoie : l'argent eft de l'argent , &
le papier du papier. Toutes les inventions de
P'homme ne peuvent rien changer à cela ; il
faut que l'Alchimiste abandonne fon laboratoire
& renonce pour jamais à la recherche de la
pierre philofophale , s'il eft poffible de métamor
phofer le papier en or & en argent ', ou de l'appliquer
aux mêmes uſages dans tous les cas .
Le papier , confidéré comme matière propre
à faire de l'argent , n'a aucunes des qualités requifes
pour cet objet ; il eft trop abondant , &
puifqu'on
le procurer par- tout , & prefque pour rien .
d'une acquifition trop facile , peut le
Le feul ufage convenable qu'on puiffe faire
du papier pour tenir lieu d'argent , eft d'y écrire
des billets & des obligations de paiement en efpeces.
Un papier ainfi écrit & figné , vaut la
Tomme pour laquelle il eft donné , fi celui qui
le donne eft en état de la payer ; parce que dans
ce cas , la loi l'y obligera ; mais fi celui qui l'a
( 175 )
foufcrit eft infolvable , fon papier ne vaut pas
mieux que lui en conféquence , la valeur d'un ::
tel effet n'exifte point dans la matiere , puifqu'il
n'eft que du papier & une promeffe ,
mais dans la perfonne obligée de la racheter
avec de l'or ou de l'argent.
Le papier circulant de cette maniere & pour
cet objet , arrive fans ceffe à la place & à la
perfonne où & de laquelle l'argent doit être
tiré ; & revenant enfin à fa fource , il ouvre là
caiffe de fon maître , & paie le porteur.
Mais lorsqu'un Etat entreprend de faire une
émiffion de papier comme argent , il renverle de
font en comble l'édifice de la sûreté publique,
& la propriété n'eft plus qu'un vain nom , puif .
que le propriétaire n'en conferve plus aucun
gage certain. Il y a une grande différence entre
des papiers donnés & pris de particulier à particulier
comme promeffe de paiement , & des pa
piers mis en circulation par un Etat comme argent:
cette derniere opération reffemble beaucoup
à ces fantômes qu'enfinte la fuperftition & la
crédulité ; de loin c'eft quelque chofe , & de
près ce n'eft rien .
Quant au bel axiôme qu'un peuple vertueux
n'a befoin ni d'or ni d'argent , c'eft le propos
d'un hypocrite ou d'un romancier ; l'expérience
n'en a que trop démontré la fauffeté . Quelque
penchant que puiffent avoir les belles ames à voir
les chofes fous ce point de vue , il n'en eft pas
moins certain que les fripons ont toujours tenu
ce langage.
•
On a prétendu juftifier l'émiffion du Papier-
Monnoie en difant qu'elle étoit néceffitée par
la rareté de l'or & de l'argent ; mais cette difette ,
bien loin d'autorifer une telle mefure , dévoit
au contraire la profcrire.
h4
( 176 )
L'or & l'argent n'étant pas des productions de
l'Amérique feptentrionale , font par cette raifon
même des articles d'importation ; & l'établiffement
d'une Manufacture de Papier - Monnoie ou
argent ne peut fervir : s'il fert à quelque chofe
c'eft à repouffer l'importation des efpeces, ou à les
faire reffortir de l'Etat auffi promptement qu'elles
y feront entrées. On voit par-là que cette méthode
ne tend qu'à nous dépouiller progreffivement
de tout l'or & l'argent monnoié qui eft entre
nos mains , & par conféquent à empirer de
plus en plus le mal au lieu de le guérir..
Quant au droit que peut s'arroger quelque
Etat de donner au papier- monnoie , ou de toute
autre dénomination quelconque , une obligation
légale , foit en d'autres termes une force coactive
de paiement , c'eft une entrepriſe des plus
audacieufes du pouvoir arbitraire . Un tel droit
ne peut exifter dans un Gouvernement républicain
. Une autorité de cette nature détruit toute
liberté de propriété , de fureté ; tout Comité qui
fe chargera de faire un rapport tendant à cette
fin ; tout Député qui en fera ou fecondera la
motion , mérite qu'on lui falle fon procès , &
doit tôt ou tard s'y attendre.
De toutes les différentes fortes de mennoles
de bas aloi , le papier- monnoie eft fans contredit
la derniere & la plus vile , Parmi toutes
celles qui peuvent remplacer l'or & l'argent ,
il n'en eft point qui ait une moindre valeur intrinfeque.
Celle d'un clou ou d'un morceau de
fer quelconque lui eft infiniment fupérieure , &
ces objets feroient infiniment plus fufceptibles
que le papier de la force coactive qu'on prétend
donner à ce dernier.
Si quelque chofe avoit ou pouvoit avoir une
valeur égale à l'or & à l'argent , on n'auroit pas
( 177 )
befoin de loi coactive pour lui donner cours
& par conféquent toutes ces loix coactives font
tyranniques & injuftes , puifqu'elles n'ont pour
but que la fraude & l'oppreffion .
Les avocats de ces loix font pour la plupart
des débiteurs infolvables ou de mauvaife foi ,
qui veulent profiter pour être ainfi débarraffés
de leurs obligations , & voler impunément leurs
créanciers . Mais comme aucune loi ne peut autorifer
une action illégitime , le meilleur parti
à prendre dans le cas ou des loix auffi extravagantes
auroient la fanétion de quelques affemblées
, feroit d'inftruire le procès de ceux qui
auroient fait ou appuyé fa propofition , & de les
punir de mort , en mettant le débiteur & le créan
cier dans la même fituation où ils étoient refpectivement
avant l'enregiftrement d'une loi contraire
à tous les principes de l'équité naturelle
& civile . Il n'eft perfonne qui ne doive frémir à
l'idée feule d'un tel excès d'audace & d'injustice .
Tant qu'un projet de cette nature ne fera pas prof
crit pour jamais des Etats-Unis fur la réprobation
la plus générale , la plus authentique & la
plus éclatante , c'eft en vain qu'on parlera de
rétablir le crédit national , ou qu'on fe répandra
en lamentations fur l'impoffibilité d'emprunter
de l'argent à un intérêt légal.
Quant au papier monnoie , fous quelque point
de vue qu'on puiffe l'envifager , ce n'eft tout au
plus qu'une vaine chimere ; mais en fuppofant
qu'on le confidere comme propriété , n'eſt- i ! pas
déraisonnable de fuppofer que le fouffle d'une
affemblée dont l'autorité expi e avec l'année ,
puifle donner au papier la valeur & la confil
tance de l'or ? Elle ne peut même ga amir que
l'affemblée prochaine le reçoive pour les axes &
mais l'exemple car l'autorité eft nulle dans tou ~
( 178 )
res ces opérations , ) l'exemple , dis- je , d'une
édition de papier-monnoie ordonnée par une af
femblée , peut engager une autre aſſemblée à en
faire autant ; & cette imitation fucceffive porsera
les chofes au point de ruiner fans retour la
confiance & le crédit , à l'époque même où le
décri général de ce papier fera fentir , mais trop
tard , le danger de ce funefte expédient .
Un très grand nombre d'émigrans Anglois
& Irlandois , qui étoient paffés en
Amérique depuis 1782 , font , dit- on , retournés
dans leur patrie où ils ont fait le tableau
le plus déplorable de la fituation &.
de la détreffe où le trouvent les Etats - Unis.
La vérité eft que les gens de cette claffe ,
lorfqu'ils font chez eux , s'imaginent que'
Jes richeffes s'acquierent en Amérique , fans
qu'on fe donne aucune peine. Celui qui a
paffé peut- être 20 ou 30 ans à planter quel-
રે
ques choux , ou à cultiver un quart d'acre
en pommes de terre , eft effrayé , lorsqu'il
s'agit de mette feulement en valeur deux
ou trois cents acres , qui , après 4 ou 5 ans
de travail , le rendroient heureux & indépendant.
"
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 16 Août.
Le fieur Béranger , Miniftre du Roi près
la Diete générale de l'Empire , a eu , le 13
de ce mois , l'honneur de prendre congé de
Sa Majefté pour ſe rendre à fa deſtination ;
( 179 )
il a été préfenté par le Comte de Vergennes,
Chefdu Confeil royal des finances , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le lendemain , le fieur Delneuf, Recteur
de l'Univerfité de Paris , accompagné des
quatre plus anciens de la même Univerfité
a eu l'honneur de remettre au Roi , à Monfieur
& à Monſeigneur Comte d'Artois , fuivant
l'ufage , la diftribution qui a été faite
des Prix pour cette année.
Le 15 , fête de l'Affomption de la Vierge,
le Roi & la Famille Royale affifterent , dans
la Chapelle du Château , à la grande Meſſe
célébrée par l'Evêque de Noyon , & chantée
par la Mufique de Sa Majesté . La Comteffe
de la Fare , Dame de compagnie de
Madame Comteffe d'Artois , fit la quête.
L'après midi , le Roi , accompagné de la Famille
Royale , fe rendit à la Chapelle , &
affifta à la Preceffion qui a lieu tous les
ans pour l'accompliffement du Voeu de
Louis XIII.
DB PARIS, le 24 Août..
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 10
Juin 1786 , qui maintient les Marchands &
Négocians dans l'exemption des Droits des
Bois defiinés à la conftruction des navires ;
& prefcrit les formalités qui doivent être
fuifies par les propriétaires , pour jouir de
ladite exemption.
h 6
( 180 )
Idem du 14 Juillet 1786 , qui proroge juli
qu'au 10 Février 1787 le délai accordé pour
la vente & le débit des Mouffelines rayées ,
cadilées & brochées , des gazes & des linons
de fabrique étrangere , dont les Propriétaires
ont fait leur déclaration.
La Maison Royale de Saint - Cyr ayant été fondée
par Louis XIV , en 1686 , les Dames & les
Eleves qui avoient été nommées par le Roi , en
prirent poffeffion le premier Août de cette même
année . Parvenue aujourd'hui à la révolution
du fiecle de fa fondation , cette époque a été
célébrée le premier de ce mois par un Te
Deum en mufique , de la compofition du fieur
Affelin , de Versailles , & la fête a été terminée
par un très beau feu d'artifice qui a été
coinpose & exécuté par le fieur Morizan , Artifi
cier du Roi & Entrepreneur du Ranelagh, Ces
témoignages de joie ont été la clôture des huit
jours qui ont été confacrés à des actions de graces
& à des prieres , pour demander à Dieu la confervation
des jours précieux du Roi , de la Reine,
de enfans de France , de toute la famille Royale,
& la perpétuité de cet établiſſement public & national
, fi digne de la grandeur & de la munifie
cence de nos Rois & fi précieux à toute la No.
blefie du Royaume. Pendant les trois premiers
jours , il y a eu expofition du S. Screment ,
Grand Melle & Salut en mufique de la compofi
tion de l'Abbé Dugué , Maître de mefique du
Chapitre de Notre - Dame de Paris , qui a été
exécutée par les Eleves de la Maifon.
Le premier jour , l'Archevêque de Paris a
officié ; l'Abbé Lenfant , Prédicateur ordinaire
du Roi a prêché un difcours analogue à la cir
conftance.
( 181 )
Le fecond jour, le Supérieur général de la
Congrégation de la Miffion de S. Lazare a officié
& le feur François , Prêtre de cette même
Congrégation a prêché.
Le troiheme jour , l'Evêque de Chartres ,
Evêque Diocefain & Supérieur de la Maiſon , a
efficié ; l'Abhé Duterre Figon a preché.
Madame Elizabeth a honoré de la préfence le
premier jour de ces fêtes. Cette augufte Princelle
a également affifté au Te Deum & aufeu
d'artifice . Le fieur Dormeffon , Confeiller d'E
tat & Chef du Confeil établi par le Roi pour
la direction du temporel de cette Maiſon , & rous
les membres qui compofent ce Confei : le font
trouvés à cette cérémonie . Toutes les anciennes
Eleves de cette Maifon , qui étoient à portée de
St. Cyr , s'y font rendues avec empreff ment.
Du rette , il y a eu pendant ces huit jours un
grand concours de monde .
On obferve que depuis l'étahliffement de cette
Maifon nos Rois y ont placé 30do Demoiselles
& qu il y en eft mort 400. De 121 Religieutes qui
ont fait les voeux folemnels , il in refte 46 de vivantes
dont une a été Fleve de cette Maiſon du “
Berme de Madame de Mantenon .
La Lettre fuivante trouvera fans doute
beaucoup d'incrédules , & en mérite , pa ce
qu'elle n'est pas a Tez circonstanciée ; le phénomene
qu'on y rapporte en ces termes neft
cependant pas no veau , aux comparaiſons
près que nous ne croyons pas exactes.
3
« Il y a près de teux mois que dans cette
partie de la Province ( Perriers , Diocefe de
» Coutance en Bffe - Normanie. ) , il n'eſt tom❤
bé d'eau ; l'on n'a éprouvé de gran tes chaleurs
que les 9 , 10 & 11 de ce m is . Le thermometre
s'eft foutenu pendant ces trois jours à
»
( 182 )
DJ
dix- neuf degrés , le barometre à 28 pouces 6
lignes. Pendant la nuit du 11 au 12 , il eft
defcendu à 27 pouces dix lignes , & le ther
mometre à 17 degrés le temps calme , le
» vent à l'oueft . Etant à la campagne le 12 , à
huit heures un quart de la matinée , l'horifon
» étant couvert par -tout d'un nuage peu épais ,
» j'entendis , ainfi que mes travailleurs , dans le
nord- eft , comme un coup de carabine , qui fut
» bientôt fuivi d'un fecond , d'un troifieme , &c.
» Le bruit continuant en vîteffe & en force , les
carabines fe changerent bientôt en pieces de
» 4 , de 8 , de 12 , & cela finit par une falve
» d'artillerie de 24 : cela a duré deux minutes ,
les échos répétant ce fracas , il s'enfuivit un
roulement qui a fait croire à beaucoup de
» monde que ce pouvoit être un tremblement de
terre ; mais il n'y a eu aucune commotion , &
orien ne reffembloit davantage à la bataille de
Clofter-Camp , où je me trouvai en 1760. Sur
les dix heures & demie , le temps s'étant couvert
davantage , il eft tombé quelques gouttes
de
'eau qui n'ont point diftrait les moionneurs
jufqu'à une heure que la pluie eft devenue
abondante. Nous n'avons point eu d'orage depuis
le 22 Juin , & hier l'on n'a point entendu
de coup de tonnerre ni avant ni après la
» cannonade.
ל כ
22.
>
« Si ce météore méritoit l'attention des Phy-
» ficiens & des Aftronomes , & que vous vou-
» luffiez bien en faire part à M. de la Lande , le
Public ainfi que moi , Monfieur , feroit cu-
» rieux d'en voir affigner les caufes par un Aca-
" démicien dont les talens font connus de l'Eu-
» rope favante. J'ai l'honneur d'être , &c. »
REGNAULT , Maître en Pharmacie ,
à Perriers.
14 Août 1786.
( 183 )
Un particulier a conçu l'idée fuivante
que nous rendons publique , pour le fatiffaire
, quoiqu'elle foit déja exécutée à Berlin
avec beaucoup moins de fafte & plus de générosité
par un fimple Graveur , ainfi qu'on
peut s'en affurer , en lifant l'article de Franc
fort.
Un Graveur célebre devroit fe charger d'exécuter
le portrait du Prince pofé fur un bas - relief
, repréfentant l'action du 27 Avril 1785.
Cette eftampe , propofée par ſouſcription au prix
de la valeur , tel par exemple que 12 ou 24 liv.
ne feroit délivrée qu'au moyen du paiement en
fus d'une fomme de 24 liv. La maffe réſultante
de ces 24 liv. d'excédant , feroit employée à
fonder un ou plufieurs prix annuels , pour récompenfer
, dans la claffe indigente des citoyens ,
celui qui auroit mérité la préférence par le
témoignage unanime d'une bonne conduite , ou
par quelqu'action généreufe. L'idée d'une fondation
de ce genre n'eft pas nouvelle affurément
, mais qu'importe ; la diftribution de ce
prix feroit fixée au jour de l'anniverfaire de la
mort du Héros , dont il rappelleroit le fouvenir ,
sil étoit poffible qu'il s'effaçât de la mémoire
des hommes.
Maximilien - Antoine Armand de Béthune
, Duc de Béthune & de Sully , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , premier
Baron de l'Orléanois & de l'Artois
Comte de Béthune , Avoué d'Arras , Marquis
de Lens , Comte de Montgomery ,
Baron d'Efcots , Vignats , Verneillet , Meflefur-
Sarthe , la Chapelle d'Angillon , Vicomte
de Breteuil , Francaftel & autres lieux , eft
( 184 )
mort le 8 de ce mois , dans fa 56e, année ,
en fon château de Sully-fur- Loire.
Alphonfe - Louife- Julie Felice d'Egmont-
Pignatelli , époufe de L. Gonzague Pignatelli
de Gonzagua d'Arragon de Moncayer
de Fernandes de Heredia , Comte de Fuentes
, Marquis de Cofcojuela & de Mora,
Duc de Solpherino , Grand- d'Efpagne de la
premiere Claffe , Prince du Saint Empire
Romain, Mestre de camp du régiment de
Schomberg , Dragons , eft morte à Paris le
10 de ce mois.
La Dame de Pannier , dite de Sainte - Cécile ,
Religieufe Chanoineffe Réguliere du Couvent de
Colommiers en Brie , a célébré fa cinquantieme
année de Religion le 6 Août 1786 , & a renouvellé
fes voeux par une fete folemnelle en l'Eglife
, en préfence de fa famille & de toute la
ville.
er
Le 1. du mois d'Acût , Bernard Roye
& Catherine Boiffel ; Jean Marquaix &
Marie Teiffier , de Caftel en Périgord ,
Diocèfe de Sarlat , ont renouvellé la cinquantiéme
annee de leur mariage au châtear
de la Roque , même Diocèle. Marie Dindet ,
âgée de 15 ans , a fait les honneurs du repas
, où il y a eu des tables de 265 couverts.
Cette femme , parvenue à un are fi avancé
, n'a jamais été malade ; elle mange, bot
& dort bien. Son principal remède , lorfqu'elle
eft attaquée de quelque mal léger ,
eft de boire de l'eau fraîche ; elle a fait en
trajet de 4 lieues pour alliter à la noce ,
( 185 )
tantôt à pied , tantôt en bateau fur la Dor
dogne , & lorfqu'elle a été fur les terres du
Comte de Beaumont , elle a été conduite
dans une des voitures du Comte , au fon du
tambour , des fifres , des hautbois , juſques
au château de la Roque.
La célébrité que l'expérience donne depuis
long-temps aux Eaux du-Mont- d'or , fituées dans
la province d'Auvergne , à huit lieues à l'oueft
de la ville de Clermont , faifoit defirer une communication
facile entre cette ville & le lieu de
fa fource. Sa pofition au centre des plus hautes
montagnes rendoit fon abord impraticable pour
les voitures , & extrêmement difficile & dangereux
pour les litieres , dont les malades étoient
forcés de faire ufage. Depuis cinq à fix ans,
M. l'Intendant d'Auvergne s'occupoit des moyens
de lever un obftacle qui rebutoit les étrangers,
& les privoit d'un remède auffi falutaire . Mais des
circonftances particulieres fe font opposées pendant
les premieres années à l'exécution de fon
projet. Parvenu enfin à diftinguer & à écarter les
véritables caufes qui avoient contrarié les vues
dès cet inftant il a conçu l'espoir de les réalifer ;
& portant une attention fuivie fur cet objet, intéreffant
, en moins de deux années , il a fait ouvrir
une route , qui offre dans ce moment au
Public un accès également sûr & commode à
toute forte de voitures.
•
Il eft peu de perfonnes qui ignorent l'afe de
bienfaifance exercé à Paris par la femme Mente
ainfi que la récompenfe dont elle a été gratifiée
par ordre du Gouvernement. Un fait arrivé récemment
à Strasbourg prouve que les bords du
Rhin font habités par des perfonnes dont la ferfi(
186 )
bilité & la charité ne cédent en rien aux vertus
de celles qui habitent la capitale.
Il y a environ 25 ans , que Pierre Grimaillier ,
Tourneur à Strasbourg , & Marie Barthelemy fa
femme , vivans en partie d'aumônes , à caufe de
leurs infirmités , reçurent chez eux une fille encore
au maillot , appellée Charlotte Rouffeau : la
modique penſion qu'ils recevoient de les parens
les aidoit un peu dans les premieres années; cette
penfion ayant ceffé , parce que les parens de la
fille Rouffeau l'ont abandonnée , les nourriciers.
compatiffans au fort de cette infortunée l'ont
adoptée & élevée avec leurs enfans , dont le nombre
eft confidérable ; cette fille eft fi difgraciee
de la nature & fi infirme , qu'elle a toujours été
hors d'état de rendre le moindre ſervice à la famille
Grimaillier.
Parvenue à l'âge de 26 ans , elle est tombée
dans un état de langueur , qui a fait conjecturer
aux Médecins qu'elle étoit attaquée d'hydropifie ;
& c'eft fur ce pied qu'elle a été traitée pendant
9 mois , au bout defquels , dans un moment où
la femme Grimaillier vouloit la transférer d un
lit à un autre , elle accoucha d'un garçon qu'elle
déclara être des oeuvres dun ouvrier fourd &
muet. La femme Grimaillier a pris par charité
le même foin de l'enfant que de la mere , & ces
deux individus font encore à ſa charge .
Les perfonnes charitables qui voudront fou'a
ger cette famille indigente , qui à tant de titres
mérite la bienfaifance des ames fenfibles , pourront
adreffer directement leurs charités à M. le
Curé de S. Etienne à Strasbourg , dans la Paroiffe
duquel elle demeure.
Lettre au Rédacteur de ce Journal.
» Pe: mettez- moi , Monfieur , de me fer
» vir de la voie de votre Journal , pour dé
( 187 )
» tromper les perſonnes qui veulent abfolus
» ment que ce foit moi qui ai acheté le
» Moulin Joli. Plufieurs Gazettes étrangeres
l'ont imprimé ; & d'après leur affer-
» tion , tout le monde me fait compliment
fur cette acquifition . Veuillez donc bien ,
>> Monfieur , apprendre tant aux Rédac-
>> teurs des Gazettes étrangeres qu'aux Lec-
» teurs qu'ils ont abufé fur cet article , que
je ne fuis point propriétaire du Moulin-
» Joli , & que c'eft à M. Gondran , Négo-
>> ciant de Marfeille , qu'il appartient depuis
» près d'un mois.
J'ai l'honneur d'être , & c.
L. E. VIGÉE LE BRUN.
20 Août 1786.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres .
Pendant fon voyage l'Empereur a fait diverfes
promotions, Son Secrétaire du cabinet , M.
de Bourguignon , n'avoit encore que le rang de
Capitaine. Sa Majefté l'éleva au grade de Lieutenant
Colonel ; mais Elle voulut avoir le plaifir
de le lui annoncer Elle- même , & d'être le témoin
de fa furprife , & pour cela Elle fe fervit
d'un petit ftratagême. Ce fut d'écrire à un autre
Secrétaire à Vienne, d'envoyer, avec les premieres
dépêches , une vefte uniforme brodée pour
M. de Bourguignon , & d'y joindre le brevet de
Lieutenant- Colonel , qui étoit tout préparé d'avance.
Les dépêches vinrent de Vienne ; & l'Empereur
ne manque point d'être préfent à leur ouverture.
Lorsque la vefte parut avec fon adreffe ,
le monarque appella fon Secrétaire qui ne fe doutoit
de rien. a Bourguignon , dit S. M. , d'où
» vient cette vefte brodée dans le paquet ? eft(
188 )
elle déjà à vous ? auriez- vous pris les avances ?
En tous cas emportez-la toujours ». Non
Sire , répondit Bourguignon , je ne fuis encore que
fimple Capitaine ; & je n'ai aucune vefte brodée ».
Peut être ceci nous expliquera ce myftere
, repliqua l'Empereurs voici encore des
papiers pour vous : prenez & lifez » . Le Secrétaire
ouvrit , trouva le brevet qui lui donnoit
déformais le droit de porter la vefte brodée , &
comme on s'en doute bien , remercia fon augufte
bienfaiteur , avec les tranfports de la joie la plus
vive ». ( Gazette de Berlin , N°. 85. )
Il a paru depuis peu dans les feuilles publiques
Autrichiennes , une nouvelle computation des
revenus de la partie des Pays- Bas , qui appartient
à la Maifon d'Autriche . Elle paroît venir de
fource, & mérite d'autant plus qu'on y faffe attention
, qu'elle porte cette évaluation beaucoup
plus haut , qu'on ne l'avoit fuppofé dans les ma
nifeftes publiés par la Cour de Berlin , relativement
à l'échange de la Baviere.
D'après cette note , les revenus publics des
Pays- Bas Autrichiens ont été , en 1780 , de
7,536,929 florins argent courant de Brabant , ce
qui fait environ 5,652,696 florins d'Allemagne.
Tel fut à cette époque le produit net du revenu ,
déduction faite des charges & frais. Mais comme,
depuis le premier Janvier dernier , on a du y
comprendre lerapport du Bureau de St. Philippe ,
ainfi que ceux de la pofte du Brabant , qui n'ont
point été affermés ; comme d'ailleurs le bénéfice
de la Loterie s'eft accru confidérablement ,
l'on
peut évaluer le revenu net des Pays - Bas , à
huit millions & quelque chofe de plus que cent
mille florins , argent courant de Brabant .
Les Miniftres plénipotentiaires des Etats - Unis.
font , dit-on , chargés de négocier dans toute
( 189 )
l'Europe un Traité de confédération contre les
Etats Barbarefques & autres qui infeftent la Méditerranée
, & interrompent le commerce de
l'Europe avec l'Amérique. On a propofé à ce
fujet deux plans différens. Selon le premier ,
chacune des parties contractantes fe chargeroit
d'équiper à fon tour , & de ftationner une efcadre
fuffifante pour protéger efficacement le commerce
de toutes les Puiffances Européennes . Selon
l'autre projet , on inviteroit l'Ordre de Malthe
à prendre fur lui la défenfe des vaiffeaux de chacune
des parties contractantes , au moyen d'une
fomme annuelle que chacune d'elles paieroit à
l'Ordre. Ces deux projets plaifent également aux
Rois d'Espagne & des deux Siciles , mais on affure
que la France & l'Angleterre n'ont encore
donné aucune réponſe fur ce point . [ Général
Advertifer.
Caufe extraite du Journal des Caufes célébres ( 1 ) .
Réclamation de voeux.
J'ai fait , difoit le Religieux qui réclamoit
contre les voeux , un partie de mes études au college
de Pamiers .
Je venois d'y achever la Rhétorique , lorfque
fes Capucins firent une Miffion au lieu d'Erce en
Couzerans , ma patrie.
Le R. P. Jofeph de Marfat , aujourd'hui Provincial
, étoit à la tête des Miffionnaires : beaucoup
de piété & de lumieres , mais un zele exceffif
pour la propagation de l'Ordre , font le partage
de ce Religieux.
Les exercices de la Miffion furent fuivis avec
empreffement par la jeuneffe d'Erce & de tout le
canton. Le fieur Ruffier , natif de Maffat , lieu
voifin d'Erce , & compatriote du Pere Jofeph , ne
fut pas des derniers à fuivre ces exercices. J'étois
étroitement lié avecRuffier, que jene quittai point.
( 190 )
Notre ferveur , notre fimplicité , notre ignorance
du monde , notre âge fi fufceptible d'impreffion ,
notre admiration pour les Miffionnaires , augmentés
par les éloges qui leur étoient prodigués
de toutes parts , peut être le defir de recueillir
un jour de pareils éloges , enfin les foins du Pere
Jofeph completterent notre illufion . Nous crumes
être appellés à l'état monaftique , & nous
promîmes au Pere Jofeph de nous rendre à Touloufe
, pour y prendre l'habit de fon Ordre.
Eu effet , nous arrivâmes , Ruffier , quatre autres
jeunes gers & moi , au Monaftere des Capucins
de cette ville , le 19 Juin 1773 , fur les
huit heures du foir. Porteurs d'une lettre du
Pere Jofeph , nous fûmes - bien accueillis , & on
nous donna l'habit , après que nous eûmes figné
du nom qu'on nous fit prendre , un papier qui
nous fut préfenté.
Nous demeurâmes le reste de l'année 1773 au
Noviciat ; mais Rffir & trois autres de nos
compatriotes , moins foibles que moi , ayant
abdiqué , mes Supérieurs caignirent que leur
exemple ne m'entraînât , & ils me firent voyager.
J'allai fucceffivement à Cazeres en Galcogne
, à Gaillac en Albigeois , à Caftres en Languedoc
; à Thuir en Rouffilion , où il y a des
maifons de l'Ordre .
Pour completter la féduction , on me permit
de porter l'habit de Profès , que je n'ai plus
quitté.
En 1776 , je fuis revenu à Toulouse , où je
donnai une nouvelle fignature , & je demeurai
avec les Novices , mais habillé en Profès ; j'étois
plutôt leur fous Maître que leur compagnon.
Dans les premiers jours de l'année 1777 , je
fouferivis un ade de profeflion , toujours fous
( 191 )
le nom de Mathieu ; & on me fit ajouter quelques
mots au bas de mon acte de Noviciat .
Je fus envoyé de fuite à Alby , de là à Peytes ,
à Perpignan , à Foix. Je fus employé dans cette
derniere ville à une Miffion . J'eus le bonheur ,
ou plutôt le malheur [ car c'eft'là la fource de
toutes les vexations que j'ai éprouvées ) ; j'eus
donc le malheur de m'attirer l'eft me & l'attachement
du public ; je fus dès- lots jaloufé par
quelques Religieux , qui parvinrent à en impofer
au Gardien. Défenfes , privations , envois
en pénitence , humiliations , rien ne fut oublié
pour me punir du crime chimérique qu'on avoit
ofé m'imputer , ou , pour mieux dire , pour
alouvir le dépit de mes ennemis. On me refufa
mon veftiaire . On eut la cruauté de mander
au Provincial que j'avois voulu apoftafier
& que je m'étois préfenté à un Capitaine qui
avoit refufé Je m'enrôler. C'étoit une calomnie.
Je demandai la convocation d'un chapitre général
de la Province , que je n'obrins qu'avec
beaucoup de peine. J'y fis entendre una foible
voix contre mes parfécuteurs ; l'innocence prévalut
& ma juftification fut accueillie.
Mais ce triomphe inattendu ne fut pas de
longue durée. Le chapitre fini , je demeurai à
la merci des partiſans de mes ennemis.
Au lieu de m'envoyer à Montpellier , comme
tous mes compagnons , pour y continuer mes
études , je fus obligé de partir pour Notre- Dame
d'Orient en Rouergue ; Monaftere agrefte , où
le plus fouvent on manque de tout.
J'écrivis au Provincial; je lui adreffai plufieurs
fuppliques ; je ne vis jamais de réponſe ;
ma correfpondance étoit interceptée ; enfin , au
bout d'un an de larmes & de défefpoir , je touchai
ma Communauté ; elle s'affembla , & j'en
( 192 )
obtins une lettre , que je fus porter moi-même
au Provincial.
Je le trouvai à Servien , auprès de Béziers ;
il me reçut bien , fut pénétré de mes malheurs
& m'amena à Ceret , où il faifoit fa réfidence
ordinaire.
Réfléchiffant fur les circonftances de mon entrée
en Religion , je me fuis apperçu que je ne
tenois par aucun lien à la vie religieufe. En
effet : 1 ° , le registre des vêtures ne contient aucun
acte capitulaire : 29. celui des profeffions
commence par un acte capitulaire daté de 1773 ,
quoique le Greffier m'ait certifié qu'il a été fait
en 1778 ; auffi n't- il pas figné par le Gardien
de 1773 , ni coté & paraphé pat lui fur chaque
feuillet ; on voit au contraire le paraphe fucceffif
de plufieurs Religieux , & les feuillets ne
font pas tous cotés par premier & dernier :
3. les registres font biffes & bâtonnés en plufieurs
endroits ; 4. les regiftres ne font pas
complets ; il y manque des actes : yo. Auriac &
Canuc , prétendus témoins de mon acte de Noviciat
, étoient des domestiques du Couvent ,
que j'ai toujours vus occupés à leurs fonctions
ferviles ; 6. mon acte de vêture le trouve fou
crit de deux fignatures , l'une F. Mathieu , novice
; & l'autre , un peu effacée , le Frere Mathieu:
je n'ai pas fait celle-ci ; 7°. mon acte de noviciat
contient plufieurs chiffres & plufieurs interlignes ;
entr'autres cet interligne : fixieme Janvier 1776 ,
qui donne à cet acte une date de jour & mois
qu'il n'avoit point lorsqu'il a été rédigé ; 8° . mon
acte de profeffion contient auffi des ratures & des
interlignes.
Telles étoient les irrégularités que ce Religieux
invoquoit pour être reftitué . Sa jufte récla
mation a été accueillie par l'Official de Toulouſe
Qualité de la reconnaissance optique de caractères