→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1786, 07, n. 26-30 (1, 8, 15, 22, 29 juillet)
Taille
24.00 Mo
Format
Nombre de pages
547
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célebres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI I JUILLET 1786 .
DEU
APARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 17..
Avec Approbation & Brevet du Rea
TABLE
Du mois de Juin 1786 .
PIÈCES
FUGITIVES.
4
49
A Mme Dugazon ,
Romance de Nina ,
Ode fur l'Infenfibilité ,
Vers fur l'arrivée de M. le
Comie de Nellembourg, 53
Réponse à l'Epitre de M.
de C.,
Bouts-rimés, 101
Confeils à mon jeune Ami ,
97
145
Lettre au Rédacteur du Mercure
, 151
Charades , Enigmes & Logo
gryphes , 6, 54 , 105 , 154
NOUVELLES LITTER .
Lettre à MM. de l'Académie
Francoife ,
Collection Univerfelle de Mé
moires Hiftoriques relatifs à
l'Hiftoire de France ,
8
501
Les Deux Mentors ,
Bibliothèque Phyfico - Economique,
72
107
Difcours prononcés dans l'Académie
Françoife ,
Mémoires d'Anne de Gonzague,
124
L'hypocrite démafqué , 134
Effais , choix de petits Romans
,
Euvres de M. de Saint- Marc,
Variétés ,
156
168
14 , 173
29
SPECTACLES.
Concert Spirituel ,
Académie Roy. de Mufiq. 31 ,
Comédie Françoiſe ,
Comédie Italienne ,
Annonces & Notices , 44 ,
77
179
39
139 , 186
▲ Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
que dela Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI I JUILLET 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE CELIBAT ET LE MARIAGE,
Le jeune E jeune homme entraîné par un vain tourbillon ,
Volant de fleurs en fleurs , inconftant papillon ,
Se livre au fol élan de l'ardente jeuneſſe.
Orgueilleux d'être libre , H craint de s'engager,
Si la prévoyante Sageſſe ,
Du célibat lui montrant le danger ,
Lui dit mariez - vous ; l'Infenfé la fait taire.
DANS une petite maiſon ,
Entre le Dieu du Vin & celui de Cythère ,
L'ivreffe des plaifirs vient troubler fa raifoa ,
Sous les roles voit- il les épines cruelles
Qui fe feront fentir ,dans l'arrière-faifon ?
Lorfqu'à ce papillon le Temps coupant les ailes ,
A i
4
MERCURE
En fait une chenille ; on l'évite , on le fuit ;
Des ruelles l'Amour le chaffe ;
Et des plaifirs prenant la place ,
L'ennui le gagne & le pourſuit.
UN garçon qui le dit : après moi je ne laiſſe
Point de femme , d'enfant ; ne fe refuſe rien ,
Et , faute de compter , diffipant tout fon bien ,
Il fe refufe tout dans l'affreufe vieilleffe .
Peut-être les meilleurs amis ,
A la trifte indigence après l'avoir foumis ,
Le livreront à fa détreffe .
Amis ! que dis -je , hélas ! depuis le fiècle d'or
Eft- il de vrais amis encor?
Où retrouver un Pilade , on Orefte ?
Dès-long-temps le nom d'Amitié ,
Nom profané , prefque oublié ,
D'un fentiment fi doux eft tout ce qui nous reſte.
CETTE perfide liberté
Dont abufe up Célibataire ,
Par des excès nombreux altère fa fanté ;
Jeune vieillard , fouffrant & grabataire ,
Il croit quitter le monde alors qu'il eft quitté,
Lorfque fon dernier jour l'éclaire ,
Le malheureux eft entouré
D'héritiers , fes parens au vingtième degrés
Autour de fon lit funéraire
Il vojt ces.vautours aux aguets ,
DE FRANCE. S
Sans attendre la mort , faifant fon inventaire ,
Déjà de fon convoi minuter les billets.
A LA merci de fes Valets ,
De fes collatéraux , ah ! qu'un Célibataire
Infirme & vieux , eft malheureux !
Que ces titres fi doux & d'époux & de père ,
Sont confolans dans ces momens affreux ,
Où cette femelle hideuſe ,
D'une main décharnée arrêtant le fuſeau
Que tourne la vieille fileufe ,
Sur l'acier de fa faulx aiguiſe ſon cifeau !
Qu'un époux de ſes jours ait vu s'ufer la trame ;
De fes regards éloignant ce tableau ,
Par les plus tendres foins , des enfans , une femme
Ralentiront fes pas s'il defcend au tombeau .
Un père adoré va revivre
Dans fes enfaus chéris , appui de fes vieux ans ;
Et le Célibataire au défefpoir fe livre ,
Quand il voit les derniers inftaus.
CELUI qui dans le mariage
Croit ne voir qu'un dur esclavage ,
N'a pas vu le bonheur des époux bien unis.
Mais , hélas ! dira- t'il , combien de temps fubfifte
Cette union fi tendre ? eft il vrai qu'elle exifte ?
Du temple de l'Hymen les amours font bannis,
SA chaîne , croyez- moi , feroit plus fortunée ,
Si l'homme étoit plus jufte ; il ne tiendroit qu'à vous ,
A iij
6 MERCURE
( Je parle à Meffieurs les époux )
Que toujours on vit l'hyménée
Des myrtes de l'Amour la tête couronnee.
QUAND pour en tracer le tableau ,
L'époux toujours amant conduira le pinceau ,
Reffemblant à peu - près à fon aimable mère,
Il plaira comme lui , peut- être un peu moins beau.
La beauté plaît aux yeux ; c'eſt au coeur qu'il doir
plaire.
Dépouillé de fon air auftère ,
De l'Amour il aura le fourire enchanteur ,
Et fon regard plein de douceur,
Auffi tendre , mais plus fincère ,
Mais fans caprice plus conftant ,
Comme lui , d'une aile légère ,
He prenant point l'effor fitôt qu'il eft contents
De l'aveugle enfant de Cythère
Il empruntera le bandeau ,
Bandeau par fois plus néceſſaire
Aux époux, qu'aux amans faits pour tout voir enbeau.
Mais , victime de l'hyménée ,
Sous fes loix une femme en efclave enchaînée ,
Accufe de menfonge un fi riant tableau.
Trop inftruite à le méconnoître ,
Sous fon joug defpotique ayant long-temps gémi ,
Hélas ! elle n'a vu qu'un maître , amb
Qu'un froid tyran , dans l'époux qui doit être
Et fon égal & fon ami.
*
DE FRANCE. 7
S'IL faut s'en rapporter aux hommes ,
Il eft des Philémon , même au ſiècle où nous fommes ;
Mais, hélas ! diront-ils , quel eft l'heureux pays
Où l'on pourroit encor trouver une Baucis ?
De la femme en traçant l'efquiffe ,
Quelque mauvais plaifant , ou quelque plat bouffon,
Nous la peindroit fans ame & fans raifon :.
A ce fexe charmant rendons plus de juftice.
La femme a des défauts , il faut en convenir ;
Mais c'eft par la raifon qu'on la fait revenir ,
C'est la raison qui la corrige.
Voulez-vous être oui ; parlez raifon , vous dis- je.
Mais vous qui raifonnez fi bien ,
Me diront les maris , daignez donc nous apprendre
Quel eft le parti qu'il faut prendre
Lorfque la raifon n'y fait rien.
Meffieurs , il peut très - bien le faire
Qu'elle n'y faffe rien quand elle est trop févère.
Par la douceur il faut perfuader :
Le ton brufque , grondeur ne fait qu'intimider.
A la longue il révolte , aigrit le caractère.
Du ciel pour vous ſi libéral ,
Quoi! vous reçûtes feuls la raifon en partage ?
Vous le dites , Meffieurs ; mais vous le prouvez mal,
On va vous contefter un fi noble avantage ,
Lorfque cette raison , jouet d'un goût fatal ,
Auprès d'une Circé viendra faire naufiage;
Lorfque fortant d'un fouper clandeftin ,
A iv
8 MERCURE
Vous trouvez chez vous le matin
Une femme qui vous adore
Et qui vous cache le chagrin
Qui nuit & jour en fecret la dévore ;
Qui prend pour vous un air ferein ,
D'une main effuyant fes larmes ,
Et vous préfentant l'autre avec un doux fouris ;
Lerfqu'enfin dédaignant la tendreffe & fes charmes,
A l'infidélité vous joignez le mépris ,
Perfides & cruels maris ,
Dans vos égarémens ferez-vous pardonnables ?
Serez vous feuls alors juftes & raiſonnables ?
CONCLUONS donc qu'avant de s'unir par l'hymen ,
De part & d'autre on devroit faire
Un très -férieux examen
Et du coeur & du caractère.
En prenant femme , un homme rifque peu ;
D'un fexe doux & foible il fera toujours maître.
Pour la femme , c'est trop gros jeu ;.
Elle eft , après ce trifte aveu ,
Ce que l'hymen lui permet d'être.
(ParM. Dulondel, Secrétaire des Commandemens.
de Mgr. le Duc de Penthièvre. )
DE FRANCE.
و
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eſt Ballot ; celui
de l'Énigme eft Mode ; celui du Logogryphe
eft Poulet , où l'on trouve poule , pou ,
Pô.
CHARADE.
Si j'étois Roi , je ferois mon premier :
Chacun alors bénifant mon dernier ,
A fon voifin gaiment donneroit mon entier.
(Par Mile E. D. F.
ENIGM E.
E fuis rouge fur mer , blanc , verd ou noir en France,
Ovale , rond , quarré , long ou petit ou grand :
On dit qu'aux fots je donne la fcience ;
Mais n'en crois rien , Lecteur ; un ignorant ,
En me payant bien cher , ne devient qu'impudent.
Je fers également l'Artifte & le Poëte ,
Le Guerrier & l'Abbé , le Prélat , le Robin ,
Le Prince & le Berger , Madame & fa Soubrette.
Tu me cherches le foir , & me fuis le matin.
Je prends foin de tesjours pendant que tu formeilles ;
Av
10 MERCURE
Un cruel abandon eft le fruit de mes veilles.
Dans un recoin poudreux tu me mets au maillot.
Pour me fêter , jadis tu courois à Jeannot.
L'hermaphrodite Hortenfe
Plus encore que toi m'offenſe.
Elle daignoit jadis me charger d'ornemens
De cent colifichets , de pompons , de rubans ;
C'eft à moi que fouvent elle dut la conquête
D'un Mylord , fes ducats & fes beaux diamans ;
L'ingraze , mille fois je la vis toute en flamme
Prodiguer les appas , les plaifirs , les fermens
Au plus volage des amans ;
Jamaisje n'en dis mot à fon époux Pyrame;
La folle,en me quittant croit ceffer d'être femme!
( Par M. l'Abbé de la Reynie. )
JA1
LOGO GRYPH E.
A cinq pieds , cher Lecteur. On me fait à l'Églife ;
Renverse les derniers , on m'entend à l'Églife.
(Par M. H.... )
DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES.
VOYAGES de M. le Marquis de Chaftellux ,
dans l'Amérique Septentrionale , pendant
les années 1780,81 & 82 , avec cette épigraphe:
Multorum hominum vidit urbes, & mores
cognovit, Odyffée , lib. 1. A Paris , chez
Prault, Imprimeur du Roi , quai des Auguf
tins. 1786. 2 vol . in-8°..
LES
ES Voyages font peut-être de toutes les
compofitions littéraires celles qu'on juge
avec le plus d'indulgence. On en peut , je
penfe , affigner deux raifons ; la modeftie &
la fimplicité du genre , d'une part , & de
l'autre , la forte d'intérêt qu'il infpire.
Pour ne comparer aux voyages que le feul
genre de l'hiftoire , j'obferverai que l'Hiftorien
entreprend de tracer de grands tableaux ,
de mettre fous vos yeux de grands événemens
, la deftinée des Empires , les changemens
dans les loix , dans les moeurs , dans la
conftitution , ainfi que les caufes & les fuites
futures de ces révolutions; il s'annonce enfin
avec l'appareil & l'importance que lui donne
la dignité de l'hiftoire.
Le Voyageur, plus modefte, ne fe préſente
que comme allant vous raconter ce qu'il a
vu , & vous tranfmettre les impreffions qu'il
A vj
** MERCURE
a reçues des objets qui ont paffé fous fes
yeux ; il n'entreprend de vous dire que ce
qu'un autre auroit pu vous dire comme lui ,
après avoir parcouru les mêmes pays. Enfin ,
il fe montre avec plus de fimplicité & moins
de prétention .
Cette différence entre les deux genres, nous
conduit naturellement à juger l'Hiftorien
plus févèrement que le Voyageur , & à demander
au premier beaucoup plus , parce
qu'il nous promet davantage .
pour
Une autre raifon de notre indulgence
l'Écrivain-Voyageur, eft la forte d'intérêt
qu'il nous infpire ; pour peu que fon ſtyle
foit , je ne dis pas élégant & pur , mais feulement
vrai , if nous tranfporte avec lui dans.
les pays qu'il parcourt ; nous partageons fes
travaux & fes jouiffances , fes dangers & la
joie de fa délivrance , fes peines & ſes plaifirs;
nous nous identifions , pour ainfi dire ,
avec lui , nous adoptons fa manière de voir.
les objets , nous éprouvons jufqu'à fes affections
; les moindres détails nous intéreffent ,
parce qu'ils nous font devenus perfonnels.
Si les Voyageurs parviennent ainſi à attacher
les Lecteurs à des faits particuliers qui
ne font pas communément en eux-mêmes
d'un grand intérêt , à plus forte raiſon la
lecture d'un ouvrage de ce genre fera-t- elle
agréable , lorfqu'aux détails qui atteſtent &
caractérisent la vérité des récits & nous
affectionnent au Voyageur , on trouvera
Joints l'importance des événemens , le déDE
FRANCE. 13
veloppement de leurs caufes & de leurs
fuites, enfin , les caractères les plus intéreſfans
de l'Hiftoire ; & nous ne craignons pas
de dire que cette réunion eft le mérite particulier
des Voyages de M. le Marquis de
Chaftellux .
Dans le premier , M. le M. de C. part de
Newport , appartenant à l'État de Rhode-
Ifland , fe porte à Philadelphie , remonte
enfuite vers le nord jufqu'au Fort Édouard ,
d'où il revient à Newport.
Dans le fecond , l'Auteur part de Williamsburg
, en Virginie, & va vifiter la Haute-Virginie
& une partie des Apalaches.
Dans le troifiène , le point de départ du
Voyageur eft Hartford , dans l'État de Connecticut
, d'où il va à Portſmouth , dans
Newhampshire , & revient par Bofton , Providence
, Suffex & à Philadelphie.
Ce recueil nous offre enfin une lettre à
M. Maddiſfon , un fupplément à la defcription
du pont naturel qu'on trouve dans le fecond
Voyage , & quelques détails d'hiſtoire
naturelle relatifs à l'opoffum.
Nous ne pouvons qu'indiquer rapidement
quelques- uns des endroits nombreux qui
dans cet ouvrage , peuvent & doivent attirer
l'attention du Lecteur.
Le premier , fur lequel je m'arrêterai , eſt
le tableau de la formation des nouveaux établiffemens
dans ces grands pays , ci- devant
incultes & abandonnés à un petit nombre
d'hommes & ' animaux également fauvages ,
14 MERCURE
qui y laiffoient inutile & endormie la fécondité
d'un fol impatient de verfer fes richeffes
aux premières mains qui viendroient les lui
demander. Là , le Voyageur s'élevant à une
vue générale , obferve le contrafte de la lenteur
du travail de la nature , qui emploie.
des milliers de fiècles à rendre la terre habitable
, avec l'activité d'un ſeul homme qui,
dans l'efpace d'un petit nombre d'années ,
féconde & couvre de productions utiles , &
d'animaux & de familles forties de fon fein ,
de vaftes terreins conquis par fes travaux.
Quelques montagnes que j'aye gravies, dit-il ,
quelques forêts que j'aye traverfees , quelques
chemins détournés que j'aye fuivis , je n'ai
jamais fait trois milles , fans trouver un nouvel
établiffement , ou commençant à fe former,
ou déjà en valeur.
Il faut lire dans l'ouvrage même , p . 39 ,
le détail des foibles moyens qui , dans les
mains d'un Colon laborieux , opèrent cette
grande & rapide métamorphofe . Mais ce qui
achève ce tableau , eft une note qu'on trouve
aux p. 48 & 49 , où l'on voit l'Auteur repaffant
, après deux ans , dans les mêmes endroits
& dans un espace de plus de 200 lieues ,
trouvant le nombre des maifons prefque
doublé, de nouvelles auberges établies, les chemins
ouverts & fréquentés , tous les ouvriers
utiles à la culture & aux Voyageurs , &c. ; .
à quoi il ajoute cette remarque piquante
que la rapidité de ces progrès a été l'effet
de la guerre elle - même , & fur tout de la
DE FRANCE.
manière cruelle dont les Anglois l'ont faite ;
car , maîtres feulement de la mer & de quelques
côtes , & ne pouvant s'établir dans
l'intérieur , ils ne faifoient que des excurtions
déprédatoires , qui n'avoient pour objet que
les ravages & les incendies dans les lieux
où ils pouvoient fe porter. Delà il eft arrivé
que beaucoup de Citoyens ont abandonné
les plantations qu'ils avoient près des côtes
& de l'embouchure des rivières , pour trouver
un afyle dans l'intérieur du pays, & qu'en
y portant leurs petits capitaux , ils ont étendu
la culture & la population fur des terres
qui feroient reftées long - temps en friche ,
& qui font aujourd'hui cultivées avec un fuccès
qui ne permet plus de les abandonner.
Obfervation confolante , en ce qu'elle nous
montre l'homme comme la nature , tirant le
bien du mal.
C'eft en parcourant ces pays nouveaux
conquis fur la nature fauvage , que notre
Voyageur trouve dans un pofte un petit
camp d'une centaine de Soldats Américains ,
retranchés dans des hures , prefque fans
vêtemens , fupportant les fatigues militaires
& la rigueur de la faifon avec une conftance
que le patriotifme femble pouvoir ſeul
donner. Ces honnêtes gens , dit l'Auteur ( car
je ne dirai pas ces malheureux , ils favent
trop bien fouffrir & fouffrent pour une caufe
trop noble ) n'étoient vraiment pas vêtus ;
mais leur maintien affuré , leurs armes en
bon état , fembloient couvrir leur nudité, &
16 MERCURE
ne laiffer voir. que leur courage & leur
patience . C'eft - là , peindre un fentiment
noble avec autant de fenfibilité que de nobleife.
On lira , fans doute , avec un extrême intérêt
les defcriptions des Forts de Weft- Point,
de Verplanks - Point , de Stoney-Point , &c.
où les détails militaires , les incidens du
voyage , les réflexions & les vues générales ,
& des mouvemens toujours vrais , infpirés
par les objets mêmes , foutiennent conftamment
l'attention & le plaifir du Lecteur.
و ر
و ر
L'Auteur arrive au camp du Général
Washington ; il fe défend d'abord de faire
le portrait de ce grand homme , & nous
renvoie au pays qui a été le théâtre de fes
triomphes & de fes vertus : grand livre ,
dit- il , où chaque page offre fon éloge. Il cède
enfuite au defir de fes Lecteurs , & ceux- ci
doivent lui en favoir gré. « Ce qui caractérife
, dit-il , cet homme refpectable , c'eſt
l'accord parfair qui règne entre fes qualités
phyfiques & morales ; une feule peut
» faire juger des autres ; comme fi l'on découvre
parmi des ruines , la tête ou quelque
membre d'un Apollon antique , on eft
für que tout le refte eft d'un Dieu . Cette
comparaifon , continue - t - il , n'eft point
» l'effet de l'enthoufiafme , que l'idée d'un
» enfemble parfait repoufferoit plutôt , puif-
» que le propre de la proportion eft de dimi-
» nuer l'idée de la grandeur. Brave fans té-
ود
"
ور
و د
ور
23
mérité, actif fans ambition , généreux fans
DE FRANCE. 17
prodigalité , noble fans orgueil , vertueux
» fans févérité , il femble toujours s'être
» arrêté en-deçà de cette limite où les ver-
» tus , en fe revêtant de couleurs plus vives ,
» mais plus changeantes & plus douteuſes ,
peuvent être prifes pour des défauts.

ور
"
و ر
Sa taille eft noble & élevée , fa phyfio-
» nomie douce & agréable ; on ne parlera
» en le quittant d'aucun de fes traits , mais
» il reftera le fouvenir d'une belle figure . Il
» n'a l'air ni grave ni familier ; on voit quelquefois
fur fon front l'impreffion de la
penfée , mais jamais celle de l'inquiétude:
en infpirant le refpect , il infpire la con-
» fiance ; fon fourire eſt toujours celui de
» la bienveillance. Général dans une Répu-.
blique, il n'a pas le fafte impofant d'un
» Maréchal de France qui donne l'ordre
» mais il excite une autre forte de refpect
qui femble naître de cette feule idée que le
» falut de chaque individu eft attaché à fa
perfonne. On ne louera point , dit-il encore
, le Général Washington comme on a
loué Turenne , Eugène & Catinat , mais
» on dira de lui : Il a commandé long- tems
» l'armée & obéi au Congrès ; & à la fin
» d'une longue guerre civile , il n'eut rien
à fe reprocher. »
و ر
"
C'est tout naturellement qu'après nous
avoir fait connoître le Général Washington ,
l'Auteur nous entretient de M. le Marquis
de la Fayette ; rapprochement qui devient
feul un éloge , & que l'hiftoire fera comme
18 MERCURE
nous. On aime à entendre louer dignement
par fon ami , fon parent & fon ancien dans
la carrière militaire , ce généreux & vertueux
jeune homme , qu'on a vu avec étonnement,
dans l'âge des paffions vives , des plaifirs
corrupteurs & des penfers frivoles , former
feul , fans confeil & fans confident , le projet
d'aider un grand peuple à recouvrer fa
liberté , faifant de fa jeunelfe , de fon nom,
de fa richelle , autant d'inftrumens de ce
noble deffein , & atteignant la gloire dans
un âge où c'est encore un mérite de la pourfuivre
& de l'efpérer ; en qui , dit M. le
Marquis de Chat. , on ne fait qu'admirer le
plus , qu'un jeune homme ait donné tant de
preuves de talent , ou qu'un homme tellement
éprouvé laiffe encore defi longues efpérances.
Le féjour de l'Auteur à Philadelphie , offre
aux Voyageurs un modèle du choix des objets
qui peuvent les occuper , d'attention à
les obferver, & du meilleur emploi de l'efprit
& du tems. M. le Marquis de Chaftellux
n'oublie rien de ce qui intéreſſe les
moeurs , l'état des fciences , la connoiffance
des hommes , celle de la nature . C'eft- là
qu'on trouve ce trait qui rappelle le patriotifme
des femmes de Sparte & de Rome:
l'Auteur va rendre vifite à Madame Beech ,
la fille du refpectable Franklin , & trouve
chez elle raffemblées 2200 chemiſes fournies
& faires par les mains des Dames de Philadelphie
, pour les Soldats Américains. C'eft- :
là qu'il apprend ce beau mot d'un Cultivateur
DE FRANCE. 19
Américain , qui , ramenant au Général Stirling
fes deux enfans déferteurs , & voyant
le Général leur faire grace , lui dit , les larmes
& la reconnoiffance dans les yeux , ces
mots fimples & touchans : C'eft plus queje
n'avois efpéré. C'eft delà qu'on le voit fe
tranfportant à tous les lieux voifins qui ont
été le théâtre de quelque opération ou action
militaire , décrire le combat de Germantown
& la bataille de Brandywine , la défaite des
Heffois au fort de Redbank , d'une manière
nette & en même-tems fi animée , qu'elle
attache les perſonnes à qui l'art militaire eft
le plus étranger, en même tems que les gens
du métier y reconnoiffent la vérité & y
trouvent l'inftruction.
Une converfation de l'Auteur avec M.
Adams , préſente anc difcuffion très-profonde
de la Conftitution de Penfylvanie , que le
Voyageur François blâme ( avec réſerve )
comme trop démocratique , & que le Citoyen
Américain défend par des raifons plaufibles.
Un entretien avec un M. Benezet , donne
occafion à l'Auteur de parler des Quakers.
Quelques perfonnes penfent qu'il ne leur
rend pas juftice. Nous doutons auffi que les
reproches qu'il leur fait,puiffent être généra
lement mérités. Les principes religieux de ces
gens ne les conduifent pas à avoir une mauvaiſe
morale, & il paroît difficile que la leur diffère
de celle du refte de leurs concitoyens ,
20 MERCURE
qui eft toujours le réſultat de la Légiflation
& de la Conftitution.
Le récit de la défaite du Général Bur
goyne eft , dans ce même volume , un de ceux
qu'on lit avec le plus de plaifir : on fuit tous
les mouvemens , on reconnoît toutes les por
fitions , on voit le danger des Anglois & les
efpérances des Américains augmenter à chaque
pas , jufqu'à ce moment , qui a vraifemblablement
décidé du fort de l'Amérique ,
où l'Armée Angloife enfermée entre la Fish-
Kill , les montagnes & la rivière d'Hudſon,
& voyant toutes les iffues qu'elle pouvoit
avoir , occupées par des corps de Tronpes
Américaines , eft forcée de défiler , les armes
bas , devant ces mêmes ennemis que le Général
Burgoyne regardoit comme une troupe
de payfans fans courage & fans difcipline ,
& qu'il avoit traités , peu de mois aupara
vant , dans un Manifefte infultant , avec un
fi orgueilleux mépris.
A ces récits de guerre , l'Auteur a mêlé des
traits touchans qui forment d'heureux contraftes
: tel eft le mot de l'époufe du Géné
ral Brunfvikois , Madame de Riedezel , qui ,
fe trouvant au pouvoir des Américains avec
fes deux jeunes enfans , & les voyant caref
fés par le Général Américain Schuyler , lui
dit : Vous êtes fenfible ; vous êtes donc géné-
& je fuis heureufe d'étre tombée entre
vos mains ; & le mot de Burgoyne , qui , reçu
à Albany avec tous les foins de l'hofpita
reux ,
DE FRANCE. 21
.
lité la plus noble , par ce même Général
Schuyler , dont il venoit de dévafter les poffeffions
& de brûler la maifon à Saratoga ,
s'écrie avec un foupir : En verité , c'est trop
faire pour celui qui a ravagé leurs terres &
détruit leur afyle ! enfin , le trait d'un enfant
de fept ans , fecond fils de M. Schuyler
qui , entrouvrant la porte de la falle où le
Général Burgoyne & les Officiers font raffemblés
, éclate de rire , & refermant la porte
leur dit : Vous êtes tous mes Prifonniers ;
naïveté que les circonftances rendoient
cruelle.
Le fecond volume n'eft pas moins riche
de faits & d'idées . On fuit l'Auteur dans la
Virginie , & il nous la fait connoître . Il
féjourne à Monticello , chez M. Jefferſon ,
Membre , pendant deux ans , du premier
Congrès , ( celui auquel on doit la révolution
) enfuite Gouverneur de Virginie , dans
le même tems où ce pays eft devenu le principal
théâtre de la guerre ; vivant , alors rétiré
des affaires , dans une maifon dont il á
été l'architecte & l'ouvrier , qu'il a einbellie
d'une riche bibliothèque , & d'ouvrages &
d'inftrumens de tous les Arts , cultivant
à la fois des poffeflions étendues &
toutes les connoiffances utiles . Là , le Vovageur
trouve , dans la converfation de fon
hôre , une ample moiffon & y fait participer
le Lecteurs. C'est un avantage pour l'ouvrage
d M. le Marquis de C. , que M. Jefferfon:
font venu parmi nous en qualité de Mi-
-
22 MERCURE
niftre Plénipotentiaire des États- Unis ; car
en retrouvant dans l'Étranger tous les traits
avantageux fous lefquels il eft peint , on
prend plus de confiance à l'exactitude du
Voyageur François ; & la reffemblance de ce
portrait avec l'original , nous donne lieu de
croire à celle de tous les autres.
Le récit que fait M. le Marquis de Chat.
de l'affaire de Copwens , où le Colonel Tarleton
, qui devoit , avec le Général Cornwal
lis , confommer la conquête de l'Amérique
& qui , avec 1200 hommes de troupes réglées
, fut défait par 800 hommes de milice
commandés par le Général Morgan , & perdit
800 hommes , tués ou prifonniers ; ce
récit , dis-je , eft remarquable non-feulement
par l'intérêt des détails , mais par la bonne
foi avec laquelle l'Auteur ajoute en note une
obfervation qu'il a tenue du Général Morgan
lui-même, & qui détruit en partie l'explication
qu'il avoit donnée dans le texte ;
exemple auffi bon à donner aux Hiftoriens
qu'aux Voyageurs.
Nous ne pouvons non plus que renvoyer
à l'ouvrage,même pour y lire en entier la defcription
du pont naturel , à laquelle il faudra
joindre ce que l'Auteur en dit encore à la
page 302 du même volume. On y trouvera
une explication très - fatisfaifante & très complette
, en même tems qu'un tableau trèsvrai
de ce grand phénomène. L'Auteur avertit
lui-même qu'il a profité des vues que M.
Jefferſon a répandues fur cet objet , dans
DE FRANCE. 23
fon ouvrage intitulé : Notes ou Virginia,
dont on promet une traduction , que les
lenteurs des Imprimeurs ont feules retardée
jufqu'à-préfent.
A la page 106 , l'Auteur fe trouve avec une
jeune femme defcendante de Pocahunta ,
fille d'un Roi fauvage de ces contrées , dont
il fait l'hiftoire vraiment touchante , en y
répandant l'intérêt d'un roman."
A la page 133 & fuiv. M. le Marquis de
Chat. s'élevant à des objets plus importans ,
trace le caractère des Virginiens & le tableau
de leur conftitution , comparée avec celle
des autres États de l'Amérique. Il prétend
établir par cette comparaifon cette maxime ,
qu'il regarde comme un principe que tout
ce qui eft participe de ce qui a été ; que les
Etats comme les individus naiffent avec une
complexion particulière , dont le régime &
les habitudes peuvent prévenir les mauvais
effets , mais qu'on ne peut entièrement changer.
La difcuffion dans laquelle il entre à ce
fujet , pourroit fournir feule la matière d'un
grand ouvrage , où même , en combattant
fon opinion , on ne pourroit fe difpenfer
de rendre juftice à la fineffe de fes idées ,
& à la profondeur de la plupart de fes
yues.
De là l'Aureur eft conduit naturellement
à parler des Noirs , qui font en Virginie au
nombre de 200 mille , & dont l'existence
affecte néceffairement la Légiflation & la
conftitution du Pays. **
24 MERCURE
Le fyftême de M. le Marquis de Chat. eft
tel qu'on peut l'attendre d'une philoſophie
auffi humaine que fage. Il propofe d'affranchir
les Noirs qui naîtront après une époque
déterminée ; de les élever & de les inftruire,
aux frais du Public , dans tous les arts utilesde
l'Europe ; & en leur donnant des propriétés
dans l'intérieur des terres , d'en former
une peuplade féparée : on éviteroit par
là le mélange de la race noire avec la blanche
, qui ne peut être qu'au détriment de
celle- ci.

Le troisième Voyage du Marquis de Chat.
ne fe lit pas avec moins d'intérêt . J'y diftinguerai
d'abord le détail de l'affaire de Concorde
, à la fuite de la violence faite par les
Anglois à Lexington , où ils tirèrent le premier
coup de fufil , qui a été le fignal de
la guerre qui leur a coûté l'Amérique .
Un trait que je ne puis me difpenfer de
rapporter , eft celui d'un Nègre qui fuivant
fon Maitre, le Colonel Langhedon , à Saratoga,
où celui-ci fe rendoit , fur la nouvelle de
l'approche du Général Burgoyne , lui dit :
Maître , vous donner vous bien du mal , mais
yous combatirepour liberté , moifouffrir cuffi
avecpatience , fi moi avoir liberté à défendre.
Eh bien , je te la donne , dit le Colonel , &
le Nègre le fuit , fe conduit avec courage , &
il ne l'a pas quitté depuis.
Je ne citerai plus que le récit du combat
de Bunkers- hill , qui décida , comme on fait ,
de la liberté de l'Ainérique. L'Auteur énonce
L
à
DE FRANCE. 25
à cette occafion une conjecture que fa fingularité
n'empêche pas d'être très-vraiſemblable.
Il pense que li le fuccès des Américains
avoit été plus complet , & qu'ils euffent
forcé les Anglois d'évacuer Boston , l'indépendance
n'étant pas encore proclamée , la
négociation fe feroit fubftituée aux armes ,
& qu'il fe feroit fait un accommodement.
J'aime cette conjecture , qui déroute les
calculs de la politique , auxquels on attribue
trop fouvent plus de certitude qu'ils n'en ont.
Je ne toucherai point à la lettre de M.
le Marquis de Chat. à M. Madifion . Elle a
principalement pour objet les progrès que
les Sciences & les Arts doivent faire en
Amérique , & l'influence que ces progrès
auront fur les moeurs & les opinions. Les
queftions attenantes à ce fujet font fi délicates
& fi profondes , qu'il n'eft pas poſſible
d'en donner une idée dans un extrait , que
les bornes de ce Journal nous forcent continuellement
de refferrer. Nous ne pouvons
que renvoyer aux voyages mêmes.
J'ajouterai quelques obfervations générales
qui pourront fervir à faire mieux connoître
le mérite & le caractère de l'ouvrage
de M. le Marquis de Chat. Je trouve d'abord
qu'il eft remarquable par la philantropie
qui s'y montre par tout ; & par ce
mot philantropie , je n'entends pas feulement
ce fentiment qui attache l'homme à l'humanité
en général , mais l'inclination qui lui
fait voir avec intérêt , avec bienveillance
N°. 26 , 1 Juillet 1786. B
26 MERCURE
avec indulgence au- moins , les individus avec
lefquels il a affaire. J'entends fur-tout cette
difpofition aimable à reconnoître & à louer
avec abandon & avec chaleur le mérite &
le talent , & à les montrer aux autres . Cette
excellente qualité de l'efprit & de l'âme à
la fois , dicte conftamment les jugemens
que porte M. le Marquis de Chaftellux , des
hommes qu'il rencontre. C'eft avec eftime
qu'il parle de l'homme de mérite & de talent
, c'eft avec un enthouſiaſme vrai & un
intérêt qui fe communique au Lecteur , qu'il
peint l'homme d'un grand mérite & d'un
grand talent .
Je rendrai encore une juftice à l'Ouvrage ,
ou plutôt à l'Auteur. Il étoit Major-Général
de l'Armée Françoife , il en a commandé
une des divifions pendant long- temps , &
notamment dans les favantes marches qui
ont préparé l'inveftiffement d'York - town
& dans le fiége même ; il pouvoit dire de
ces grands événemens , quorum pars magna
fui , & on ne le voit en aucun endroit de.
fon livre , fe montrer fous ce point de vue
avantageux; de forte que fi la publicité des
faits de cette guerre ne le fauvoit pas de
cette forte d'oubli de lui- même , les Lecteurs
ne fauroient point , d'après fon voyage ,
qu'il a rempli avec autant de fuccès que de
zèle les fonctions importantes & honora ,
bles dont il a été chargé ; mais c'eft le caractère
du mérite de ne pas fe produire ,
parce qu'il croit n'avoir rempli qu'un devoir;
DE FRANCE. 27
& celui du talent, de s'ignorer lui-même ,
parce qu'il trouve fimple & facile tout ce
qu'il fait.
Voici ma dernière obſervation : M. le
Marquis de Chaſt. a fourni à fes Lecteurs un
moyen de tirer plus aifément de fon Ouvrage
, toute l'utilité dont il peut être. Ce
moyen , aujourd'hui trop négligé par la plupart
des Auteurs , eft une table très-complette
de tous les objets qui ont arrêté le
Voyageur ; de forte que cette lecture . ,
Vous rmontre tracé , comme dans une
forte de carte , tout le pays que vous avez
parcouru, & que vous y reconnoiffez les principaux
points qui ont attiré votre attention &
excité vos réflexions . Cette table , qui eft
dans l'Ouvrage un mérite de plus , en fait
connoître auffi le prix , parce qu'on y voit
clairement à combien d'objets intéreffans
l'Auteur a touché dans fa route. Il y a peu
d'Ouvrages de ce genre qui fupportaffent
avec le même fuccès cette épreuve d'être
jugés par leur table , qui accuferoit feule la
petiteffe & la ftérilité , & qui , dans le
Voyage de M. le Marquis de Chaſt. , montre
la variété & l'étendue des connoillances
de l'Auteur , & l'utile emploi qu'il fait de
fes talens .
Bij
28 MERCURE
L'EXEMPLE & les Paffions , ou Aventures
d'un Jeune Homme de Qualité , pat
M. de M.……., Officier d'Infanterie . 2 vol.
in-12 . A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Delalain le jeune , Libraire , rue
S. Jacques,
ON voit , par la Préface de cet Ouvrage ,
que l'Auteur eft un jeune homme ; & l'on
voit par l'Ouvrage même que c'eft un homme
d'efprit. Le talent qu'on y trouve mérite allez
d'eftime pour nous autorifer à des critiques
que l'âge de l'Auteur peut rendre fructueufes.
و د
"
M. de M.... a voulu donner , non pas la
vie complette d'un jeune homme , mais
feulement celle d'un jeune étourdi qui eſt
» ne avec un bon naturel , & dont l'éduca-
» tion n'a pas été foignée ; qui crut fouvent
» que l'exemple étoit toujours une règle
d'équité , & dont l'imagination fut facile à
» exalter. ,
ןג
""
Il a divifé fon Roman en feize Contes ;
mais il a conçu fon plan de manière qu'on
puiffe lire chacun des Contes féparément ,
quoiqu'enſemble ils forment une hiftoire
complette.
Ce plan repofe naturellement l'attention
du Lecteur ; mais il a gêné l'Auteur pour le
choix des fujets , qui ne font pas tous également
heureux. Il eft vrai qu'on s'apperçoit
aifément qu'il n'a pas voulu faire des efforts
DE FRANCE. 29
d'imagination , & qu'il a mieux aimé aller à
fon but par fes réflexions que par les récits.
Le troisième Conte , l'inconfequent , eft
plus plaifant que vraisemblable ; le cinquième
, intitulé les Amis dans le plaifir ,
offre des peintures fidelles ; & la moralité en
eft vraie & naturellement appliquée .
Nous préférerions le Séducteur. Ce Conte
eft un des plus intéreffans . La multiplicité des
intrigues que Félix y mène de front , la variété
des caractères & des incidens font dignes
de beaucoup d'éloges.
Une faute qu'on peut reprocher à l'Auteur
, & qui eft un inconvénient de fon plan ,
c'eft que voulant traiter de toutes les paffions
, & peindre tous les travers , il a donné
tour- à-tour à fon Héros tous les caractères ;
ce qui n'eft pas très -vraisemblable.
Mais nous croyons fur-tout devoir l'avertir
de s'obferver fur fa manière d'écrire ; fon
ftyle a toujours les mêmes formes , & il écrit
toujours avec prétention : l'efprit s'y montre
trop fouvent , au défaut du naturel.
La moindre réflexion de la part de M. de
M.... lui prouvera la vérité de cette obfervation
; & il montre affez de talent pour nous
faire un devoir de lui parler avec cette fincérité.
Au refte , on trouve dans fon Ouvrage
nombre de détails ingénieux ; & l'on voit
qu'il a déjà le talent d'obferver & de réfléchir.
Bin
30
MERCURE
VARIÉTÉ S.
LETTRE à MM. les Rédacteurs du
Mercure de France.
Vous avez eu la bonté , Meffieurs , d'imprimer
les obfervations que je vous ai adreffées , les deux
années précédentes , fur les Tableaux , Deffins , & c.
expofés dans la place Dauphine , par les Élèves de
la Feinture , le jour de l'Octave de la Fête- Dieu ;
j'espère donc que vous voudrez bien accueillir
celles que je vous adreffe fur l'expofition de cette
année. Je commence , non pas fans préambule ;
car , outre que mon goût naturel me porte à répandre
celles de mes réflexions que je cruis utiles , j'aime
encore à profiter de celles du Public quand elles font
impartiales , juftes & railonnables .
J'entre Jeudi 22 de ce mois dans la place Dauphine,
& mon premier foin eft de faire le tour de la galerie ;
j'apperçois un grand nombre de portraits , je les examine
, & j'entends répéter autour de moi a plufieurs
reptiles : c'est le portrait de Mlle .... , peint par ellemême.
Un inftant après j'entends encore dire &
répéter. On peut juger des ressemblances , car les
originaux font ici , regardez aux fenêtres : vous les
verrez. Je lève les yeux , & je vois en effet une
demi douzaine de balcons chargés de jeunes perfonnes
parées les unes de leurs charmes naturels ,
les autres de tous les embelliffemens de la toilette ,
& j'avouerai que ce fpectacle me fembloit pour le
moins auffi intére flant que celui dont il m'avoit
détourné. La tête haute , la lorgnette braquće , je
DE FRANCE. 31
כ כ
90
jouiffois délicieuſement du tableau qui s'offroit à
mes regard quand un homme d'une phyfionomie
douce , quoique grave , & que je reconnus à la fin
pour un Artilte , vint m'enlever à mon extale , en
parlant comme vous allez voir. « Je remarque
» avec chagrin que les femmes qui bordent ces fe-
» nêtres font , pour la plupart , les originaux &
» les auteurs des tableaux que nous voyons. D'où
» vient ce defir de fe montrer ? A quoi peut- il fer-
» vir ? A faire tenir des difcours malins, & à donner
» une idée peu favorable de la modeſtie de celles
qui fe mettent ainfi en fpectacle. Le véritable ta-
» fent eft inquiet & timide ; il redoute le grand
jour , il appréhende fars ceffe de n'avoir point
» affez bien fait ; & loin d'expofer fa perfonne aux
regards de la critique , il attend dans le filence
& dans la retraite que le jugement public lui ap-
» prenne ce qu'il a fait ou ce qu'il devoit faire pour
fa réputation. Qu'un Élève , n'importe de quel
» fexe , caché fous un grand chapeau , fe mêle
» obfcurément dans la foule pour y recueillir des
lumières & des confeils dans les difcours des connoiffeurs
; cela me paroît naturel , louable , &
» même courageux ; car pour un bon avis on rencontre
bien des remarques chagrinantes ; mais
qu'il fe produife ainfi comme pour braver ou
pour féduire l'opinion publique , qui neft jamais
jufte & fatisfaifante que quand elle eft libre ,
» cela me paroît au moins inconféquent. D'ailleurs
j'augure toujours mal du talent qui a de la coquetterie,
Frappé de la jufteffe de ces obfervations
, j'ai enfoncé mon chapeau dans ma tête , &
j'ai oublié les auteurs dont les yeux alloient dicter
monjugement , pour ne plus m'occuper que de leurs
productions.
כ כ
53

"
»
לכ
ל כ
Parmi les Élèves qui ont exposé cette année ,
j'ai : etrouvé des perfonnes avec lesquelles je vous ai
Biv
32
MERCURE
déjà fait faire connoiffance , & qui ont fait , à mon
avis , des progrès fenfibles.
Mlle Verrier , Mlle Alexandre & Mlle Rofemond
font de ce nombre : la première fur- tout développe
chaque année fon talent d'une manière plus
intéreffante. Elève de Mme Guyard , je ne lui dois
que des encouragemens , parce que les confeils de
fon maître lui feront plus utiles que les miens. Il en
fera de même de Mile Alexandre ; mais j'obferverai
à Mile Rofemond que le caractère de fes têtes eft
généralement froid , que le ton de couleur eft fade
& mou, & que fes chairs n'ont pas le coloris de la
nature. Ses étoffes font vraies & bien rendues ;
mais on eft revenu avec raifon , de l'habitude de
louer comme un mérite ce qui n'eft qu'une petite
difficulté matérielle & très- furmontable.
Mlle Bernard a expofé plufieurs petits deffins
coloriés de différente grandeur : il n'y a pas partout
de la correction ; mais il y a de l'efprit dans le
caractère des têtes , du goût dans les attitudes , & de
la fineffe dans la touche ,
Je dois les mêmes éloges à Mile H...., âgée de
13 ans. Ses deffins d'après l'antique annoncent l'indécision
, la foibleſſe naturelles à fon âge ; mais on
s'apperçoit que fon crayon peut devenir large &
ferme , & qu'il ne lui manque que de l'ufage pour
donner à fes deffins une manière plus prononcée.
Je ne vous parlerai de M. P.... que pour
faire
aux jeunes Artiftes une obfervation qui n'eft point
indifférente. M. Greuze , comme Peintre de genre ,
a un faire neuf, original , & digne de tous les éloges
qu'il a reçus. En conféquence du fuccès que ce
genre a obtenu fous le pinceau de cet Artifte , les
imitateurs font venus en foule , & comme d'imitateurs
en imitateurs la dégradation eft forcée , on en
eft venu à un genre de peinture qui ne tient de l'art
que l'avantage malheureux de rendre la nature enDE
FRANCE.
tourée de tout ce qui la dégrade , en la préfentant
avec tous les défauts & toutes fes taches. il eft une
borne à tout. Ou l'art n'eft plos que le fervile copifte
de fon modèle , ou il renonce à l'embellir de
fes reflources , fans cefler d'être fidèle ; l'art ceffe
d'exifter. Les caricatures font l'écume de la Peinture ;
& quand on n'a d'autre mérite que celui d'en faire ,
il faut
Avec Faret
Couvrir defon talent les murs d'un cabaret.
Un tableau de nature morte fait honneur à M.
Créville , par l'exactitude de l'imitation , & par le
choix des objets raffemblés.
M. Delaney a expoté quelques tableaux , parmi
lefquels j'en ai diftingué un grand , repréfentapt
une femme entourée de fes enfans , dont elle
tient le plus jeune fur les genoux , & derrière elle
fon mari debout , qui jouit doucement de ce ſpectacle
enchanteur . Il y a de la compofition & de
l'harmonie. La figure du mari eft un peu froide ,
celle de la femme exprime d'une manière trop
contrainte le fentiment qui doit l'animer. Le ton de
couleur eft mou ; mais l'Auteur est très jeune , dit-
& les défauts de fon ouvrage n'empêchent pas
de concevoir de fon talent des efpérances heureufes.
on ,
MM. Duval , l'aîné & le jeun , ont mérité des
éloges l'année dernière ; on leur en doit encore cette
année. Un paylage du premier offre un beau fite ,
de la vérité dans la lumière , de la tranfparence dans
les caux ; mais la manière dont elles bouillonnent
fur des lignes parallèles dans le premier plan du ta-
Bleau , leur donne l'air d'une décoration de théâtres
en brifant les lignes , il eft facile de faire difparoître
ce défaut. Deux paysages du fecond font auffi efti
mables ; mais les verds y font employés d'une ma
Bv
34
MERCURE
nière trop crue. Deux tableaux de nature morte de
M. Duval le jeune , méritent auffi d'être cités .
Les deux meilleurs payfages de l'expofition fent ,
le premier , de M. Schmid , que je vois ici pour la
premiere fois l'autre de M. Cazin , dont je vous
ai parlé l'année dernière avec diftinction . La touche
de M. Schmid eft légère , agréable & facile, fes
plans font bien diftribués , & avec de l'étude je ne
doute pas qu'il ne devienne un habile Artifte. M.
Cazin continue de prendre M. Vernet pour modèle :
on ne peut pas en choifir un meilleur . Le tableau ,
moitié marine & moitié payfage qu'il a expofé , eft
d'une touche plus ferme & pius prononcée que celle
de fes précédens tableaux ; les oppofitions font bien
fenties , & l'effet général de l'ouvrage a du charme .
Mlle Duvivier a expofé deux tableaux. Le premier
eft fon portrait peint par elle- même : il eft
frappant de reffemblance ; mais les acceffoires ſentent
le travail , & le ton de couleur n'eft point
agréable. Le fecond eft le portrait d'une femme
d'un certain âge : il eft deffiné avec correction ; la
phyfionomie a du jeu , & la couleur en eft bonne.
Je paffe fous filence une foule de deffins & de tableaux
qui ne m'ont point paru mériter d'obſervations.
Je viens à trois compofitious qui font dignes
d'être citées.
La première eft le Portrait de Mlle Leroulx de la
Ville , peint par elle même. La figure , aflife & coftumée
dans le genre antique , a de la grâce , de l'inté
rêt & de la nobleffe . Le caractère de tête eft fpirituel
& piquant ; le ton de couleur est vrai & bon .
J'ai remarqué pourtant que le bras qui tient le pinceau
eft roide & gêné ; que la draperie qui couvre le genou
gauche eft lourde , & que les proportions de la
figure ne font pas exactes depuis les hanches jufqu'à
l'extrémité des cuiffes . Légère & facile par le
haut , elle m'a paru trop forte & trop pefante par le
DE FRANCE.
35
bas. Ces détails critiques ne m'empêcheront point de
donner à Mile de la Ville les juftes éloges qu'on lui
doit. Ce Tableau eft fort au - deffus de tout ce
qu'elle a expofé jufqu'ici , & elle doit être fùre d'acquérir
bientôt de la réputation , fi à fes difpofitions
naturelles elle ajoute le travail & l'étude , für- tout fi
elle profite des leçons du favant Maitre qu'el e a
choifi en quittant l'atelier de Mme Lebrun : je
veux parler de M. David.
La feconde eft un Tab'eau de Milc eret
cadette . Il repréfente Michel- Ange aveugle , fe fai.
fant conduire devant le torfe antique . Si le choix du
fujet eft de Mlle Gueret , il fait honneur à fon courage
& à fon imagination : s'il eft du choix de fon
Maître ( M. Danloux ) cet Artifte auroit dû fenir
qu'il étoit au- deffus des forces de fon Elève . Il
eft facile de fe figurer l'expreffion vigoureuſe &
mâle que doit avoir le vieux Michel Ange devant
les debris d'un chef d'oeuvre antique . Quel feu
n'exige pas le caractère de la tête ! quelle rapidité ,
quelle chaleur ne faut- il pas donner aux mouvemens
de l'homme de génie qui fe dédommage par le
tact , du tourment de ne plus jouir par les yeux !
Tout cela eft fort fupérieur au talent d'un Elève.
Pour avoir trop entrepris , Mlle Gueret n'eft pas
néanmoins faite pour être découragée : ôtez à la
figure le nom de Michel - Ange ; elle eft bonne , &
fon action eft jufte quoique lente & foible. Je ne
parlerai point des autres figures du Tableau ; j'inviterai
feulement Mlle Gueret à choifir des fujets plus
à fa portée , & j'ofe lui promettre des fuccès.
La troisième eft de Mlle Gueret l'aînée. C'eft un
Tableau qui représente une femme portant à fon mari ,
ruiné par les fuites du jeu , un écrin qu'il refufe de
prendre. Il y a de l'âme , de l'action , de la vie dans
cette compofition . La figure de la femme porte la
B vj
36
MERCURE
double empreinte de la douleur & de la générofité
confolante. Celle du mari eft bien depuis la tête ,
dont une main cache l'exprellion , juſqu'à la ceinture.
La cuiffe gauche eft trop raccourcie , la jambe
eft hors du plan qui lui convient , & elle est trop
écartée de la première. Il eft des attitudes qui font
quelquefois vraies dans la Nature , mais que l'Art
doit repouffer. Au refte , le ton de couleur cft bon ,
les jours font ménagés adroitement , & la compofi- :
tion et harmonieufe.
Ne foyons pas étonnés , Meffieurs , de voir la
jaloufie armer les uns contre les autres les rivaux déjà
célèbres qui afpirent au premier rang dans la renommée!
Le croiriez - vous ? Ces Elèves , ces foibles
Auteurs de quelques foibles Eilais , font déjà divifés
entre-eux . Ils forment contre leurs fuccès refpectifs des
cabales dont les chefs vont parlant , critiquant , déchirant
ceux qui montrent des difpofitions intéresfantes.
Je voyois Jeudi dernier les petits groupes des
détracteurs fe divifer , fe raffembler & s'agiter en
cent manières différentes , pour parvenir à l'honneur
de nuire en répandant le fiel de la fatyre. L'homme
généralement jaloux de fon femblable , devient il
donc néceffairement envieux quand il entre dans la
carrière des Arts ? Si cela eft , c'eſt une triſte
vérité.
J'ai l'honneur d'être , &c .
DE FRANCE. 37
SPECTACLE S.
COMÉDIE ITALIENNE.
LORSQUE dans le N° . 19 de ce Journal nous
avons rendu compte du Théâtre de M. Rochon
de Chabannes , nous avons donné l'analyſe
du Duel , Comédie en un acte & en profe ,
imitée de l'Allemand ; nous avons auffi annoncé
qu'un jeune Auteur , ignorant fans
doute que l'Ouvrage , imité comme il l'étoit,
appartenoit plus à M. de Chabannes qu'à la
Scene Allemande , venoit de traiter ce fujet
pour la Comédie Italienne . Nous ignorions
alors nous - mêmes que le Duel , imité de
l'Allemand en François , avoit été retraduit
du François en Allemand : c'eft au moins ce
que
le fecond imitateur du Due! nous apprend
dans une Lettre publiée par le Journal de .
Paris , le 20 de ce mois. Ainfi , c'eft fur un
Manufcrit Allemand , confié à M. Lieutaud ,
que celui-ci a imité le Duel , avant de connoître
l'imitation originale de M. de Chabannes.
Tout cela n'a pas le mérite d'être
bien clair ; auffi l'événement eft-il affez rare
pour qu'un peu d'obfcurité foit une chofe
facile à concevoir.
Quoi qu'il en foit, M. Lieutaud a imité le
Duel, en trois actes en vers ; il y a introduit
38
MERCURE
deux nouveaux Perfonnages , y a femé de
nouveaux incidens , & en ajoutant quelques
idées à celles de l'Original , & aux créations
de M. de Chabannes , il a fait un Cuvrage
un peu long , mais intéreflant , écrit avec de
l'abandon , de l'énergie & de la chaleur , &
qui a obtenu un beau fuccès.
>
Nous avons fait connoître l'action de la
Pièce ; nous ne parlerons que des changemens
faits par M. Lieutaud. Le Marquis &
le Chevalier de Villeneuve s'appellent ici le
Marquis & le Chevalier de Blemont : Morgan
s'appelle Merval , le Marquis de Montbriffon
s'appelle le Marquis de Valbins. Voilà
pour les noms. Le Marquis de Valbins a un
père chez M. Lieutaud ; il n'en a point dans
l'Allemand ni dans l'Ouvrage de M. de Chabannes.
Ce père eft un perfonnage nul , qui
projette une furpriſe à la famille , qui ne
fait rien de ce qui fe paffe dans la maiſon
qui va , vient , revient , retourne , le tout
pour aller , venir , courir & ne rien faire ,
que donner à la fin de la pièce un brevet de
Colonel à fon fils , & un autre de Capitaine
au frère de fa bru , quand les deux rivaux
font réconciliés . Le fecond perſonnage eft
utile : s'il n'agit pas beaucoup fous les yeux
du Spectateur , il agit derrière la fcène , &
produit des évènemens qui ajoutent , non
pas à l'intérêt de l'Ouvrage , mais à celui
qu'infpire le caractère noble de M. de Valbins
; c'eft un M. Brillant , Jouaillier. Ce
M. Brillant a une Sentence contre le Che-
>
DE FRANCE.
39
valier de Blémont ; à la follicitation d'un
vieux Domeftique de M. de Valbins , qui
lui affure qu'il rendra un fervice important à
fon Maître , il fait arrêter le Chevalier à
l'inftant où il fort pour aller fe battre contre
fon beau-frère. M. de Valbins , inftruit de
la détention , mais non pas de la caufe ,
redoute les difcours méchans des oififs &
des mal- intentionnés ; il fait chercher Brillant
, acquitte le Chevalier , opère fa délivrance
, & va fortir une feconde fois avec
lui , quand ils font encore arrêtés par la préfence
du Marquis de Blémont.
Le dénouement n'eft pas abfolument le
même dans l'ouvrage de M. Lieutaud que
dans celui de M. Rochon. Voici comme il
eft amené par le fecond imitateur.
Morgan- Merval , après avoir attendu inutilement
ces deux rivaux , a fu qu'un d'eux
étoit arrêté pour dettes ; il a couru chez fes
amis, il a emprunté la fomme néceffaire pour
le rendre libre : arrivé à la prifon, il n'a trouvé
perfonne. Revenu chez M. de Blémont , il
dit au Chevalier qu'il connoît fon libérateur ,
& nomme Valbins. Il n'eft pas pofitivement
fûr du fait , mais il connoît affez le Marquis
pour l'en croire & l'en affurer l'auteur.
Le trouble de Valbins le trahit : le Chevalier
, confondu , fe précipite aux genoux
de fon beau frère , qui le relève pour le
ferrer dans fes bras & le preffer contre
fon coeur.
Il faut mettre chaque chofe à fa place . Le
40 MERCURE
Chevalier de Villeneuve nous paroît plus
grand , plus noble , que le Chevalier de
Blémont , lorfque , chez M. Rochon , entraîné
feulement par la voix de fon père , par le
fentiment de fes torts & par l'afcendant du
véritable honneur , il s'écrie avec enthouſiafme
: L'honneur m'offre un moyen de conciliation
, &c. Mais la fituation choifie par M. Lieutaud
eft intéreffante , fans être auffi noble , &
elle offre un tableau très - touchant , lorfque
la famille alarmée arrivant auprès des deux
rivaux , dont elle redoute la violence & l'opiniâtreté
, fuite malheureuſe d'un préjugé
féroce , elle les trouve dans les bras l'un de
l'autre , fe prodiguant à l'envi les marques de
la plus tendre amitié. Cette idée dramatique
& attendriffante fait honneur au goût & à
la fenfibilité de M. Lieutaud.
L'Ouvrage , écrit avec facilité , l'eft trop
fouvent aufli avec négligence.
M. Lieutaud , dans fa Lettre au Journal de
Paris , dit que le rôle de Morgan eft de l'invention
de M. de Chabannes ; & deux lignes
plus bas il ajoute qu'il n'eft qu'indiqué dans
Poriginal Allemand. Cela implique contradiction.
Croyons que ce caractère a été créé
par M. Rochon, puifque cet eftimable Écrivain
l'a annoncé dans la Préface mife à la
tête defon Duel.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICES,
ANECDOTES
NECDOTES Hiftoriques fur les principaux
Perfonnages qui jouent maintenant un rôle en Angleterre.
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Hardouin , Libraire , au Palais Royal , fous les arcades
, nº . 14.
On fera étonné, en lifant ce titre , d'apprendre que
le Lord Chatam , mort il y a plufieurs années , eft un
des Perfonnages qui jouent maintenant un rôle en
Angleterre ; on fera pus étonné peut- être encore
d'apprendre qu'il n'y a dans tout cet Ouvrage qu'une
feule Anecdote bien curieufe concernant le Lord
Rodney , & que l'Auteur prévient , par une Note inférée
à la première page du Li re, que cette Anecdote
eft auffi fauffe que ridicule. Quant à la manière de
développer fes pensées , de tracer fes portraits , elle
eft un peu particulière à l'Auteur ; & pour donner
une idée de cette manière & pour faire connoître le
ftyle , il nous fuffira de rapporter des traits pris au
hafard. Par exemple , l'Auteur dit : « qu'un Général
Conway s'acquit beaucoup de gloire , & qu'il fe
diftingua ; qu'an Chancelier Thurlow possède
cette vivacité dans le jugement , ainfi qu'une minière
réfléchie d'obtenir de fang- froid un alcen-
» dant fur l'imbécillité » ; que la Chambe
Haute du Parlement, à la mort de Guillaume Pitt, fat
« très- affectée de cet événement mélancolique ;
» que M. Burke joint à une imagination des pis
brillantes un efprit également foré.-M. Fox
pouffa , à ce que dit l'Auteur , le luxe dans les ha-
» bits fi loin , que c'eft à lui que les petits Maîtres
30
و د
-
-
42
MERCURE
ככ
Anglois font redevables du renouvellement des
talons rouges » ; ―
& par-deffus tout cela des
fautes d'impreffion à toutes les pages .
LES Moeurs , Poëme en fept Chants , avec des
Notes , in - 8°. A Amfterdam , chez Changuion ,
Libraire ; & fe trouve à Paris , chez Durand l'aîné ,
Libraire , rue Galande , & Bailly , Libraire , rue
Saint Honoré.
MELANGES de Littérature étrangère , Tome IV,
in- 12 . A Paris , chez Née ce la Rochelle , Libraire ,
rue du Hurepoix , près du Pont Saint Michel.
Cet Ouvrage , vraiment intéreffant , ne paroît ni
à des époques fixes , ni par foufcription ; on n'a qu'à
fe faire infcrie chez le Libraire avec fon adrefle .
Chaque Volume , d'environ dix feuilles , coûte
I liv. 16 fols pris à Paris . & 2 liv. franc de port en
Province ; mais par la difficulté de recevoir une
fomme fi modique , le Libraire demande qu'on lui
fafle payer fix Volumes à-la - fois , à partir de celui
dont on aura befoin.
ABREGE du Dictionnaire de l'Académie Françoife
, avec un Vocabulaire Géographique trèsétendu,
2 Vol. in- 8 ° . Prix , 12 liv. reliés en veau.
A Paris , chez Volland , Libraire , quai des Auguftins
.
à
Cet Ouvrage est néceffaire , même à ceux qui ont
le grand Dictionnaire de l'Académie Françoiſe ,
caufe du Vocabulaire , & de plus de onze cent mots
qui ne fe trouvent point ailleurs .
ANNALES Poétiques , depuis l'origine de la
Poéfie Françoife , Tome XXXV. A Paris , chez les
Editeurs , rue de la Juffienne , vis - à - vis le Corps-deDE
FRANCE. 43
garde , & chez Mérigot le jeune , Libraire , quai des
Auguftins.
Cette Collection , qui doit être précieuſe aux
Amateurs de notre Poéfie , fe continue toujours
avec le même fuccès.
TESTAMENT de Jérôme Sharp , Profeffeur de
Phyfique amufante , où l'on trouve parmi plufieurs
tours de fubtilité qu'on peut exécuter fans aucune
dépenfe, des préceptes & des exemples fur l'art de
faire des Chanfons Impromptu , pour fervir de
Complément à la Magie Blanche dévoilée , par M.
Decremps , du Muffe de Paris , deuxième Edition ,
avec foixante- neuf figures . Prix , a liv .
Cet Ouvrage a eu le fuccès qu'il nous a été facile
de prédire quand nous avons annoncé la première
Edition ,
L'Ouvrage complet coûte ro liv . 10 fols envoyé
franc de port par la pofte dans tout le Royaume, à
tous ceux qui s'adreffent directement à Paris , à M.
Decremps , rue des Rats , en affranchiffant l'argent
& la lettre d'avis.
BIBLIOTHEQUE Universelle des Dames ,
Théatre, Tome IV. A Paris , rue d'Anjou - Dau
phine.
Ce Volume contient Polyeute & le Menteur ,
avec quelques Morceaux analogues La foufcription
pour les vingt quatre Volumes relés eft de 72 liv. ,
& 54 liv.
pour
les Volumes broches.
PotsIES de M. Bérenger , 2 petits Volumes. A
Londres ; & fe trouv . nt à Paris .
Le talent de M. Bérenger eft connu , & fa réputation
juftifiée depuis long temps. Il écrit avec grace
& avec délicateffe la profe & les vers . Cette nou
44 MERCURE
velle Édition renferme peu de morceaux neufs ;
mais tout a été retouché , & a gagné par les corrections.
L'Édition d'ailleurs eft agréablement exécutée .
PRESENS des Courtifannes , ou Galanteries de
Cythère , Brochure de 100 pages. A Paris , chez
l'Auteur , rue de Cléry , n ° . 128 , & chez les Libraires
qui vendent les Nouveautés.
M. L ** , Auteur de cette Brochure , a déjà écrit
fur la curation des fuites cruelles de l'Amour , qu'il
appelle la Maladie de Cythère. Il propofe fon remède
, qu'il a employé avec fuccès . Il faut lire
non les vers qui font au commencement de cet
Écrit , mais les approbations de plufieurs Facultés
qui le terminent.
LE Théologien Philofophe , 2 Vol. in 8º . Frix ,
7 liv. 4 fols brochés , 9 liv . reliés . A Paris , chez
Guillot , Libraire , rue Saint Jacques.
сс
Voici l'approbation que M. l'Abbé Guyot a
donnée à cet Ouvrage : « Ces OEuvres , où la vraie
Religion eft repréfentée avec les avantages ,
offrent un objet traité par des Ecrivains célèbres ,
mais qui l'eft ici par M. l'Abbé Pontaillier avec
une fupériorité de raifonnemens & de ftyle qui
annonce dans l'Ecrivain des controiffances éten-
» dues , un efprit jufte , une manière fage , & lorfqu'il
le faut , une imagination brillante . »
ל כ
30
RECUEIL de Secrets sûrs & expérimentés à
Pufage des Artiftes , par M. Buc'hez , Auteur de.
différens Ouvrages économiques , Tome III , in- 12 .
A Paris , chez Guillot , Libraire , rue Saint Jacques ,
en face de celle des Mathurins .
Ce Volume fait fuite à un Ouvrage que nous
avons annoncé à meſure.
DE FRANCE. 45
RECUEIL de Pièces lurs dans les Séances publiques
de l'Académie établie à Rouen fous le titre
de l'Immaculée Conception , pour les années 1776 ,
1777 , 1778.1779 , 1780 & 178 , fous la principauté
de M. le Duc d'Harcour , in 8 ° . A Rouen ,
chez Leboucher le jeune , Libraire , rue Ganterie ; à
Paris , chez Berton , Libraire , rue Saint Victor , &
chez Lefclapart , Libraire , rue du Roule .
La forme néceffitée de ces fortes de Recueils eft
défavorable au plaifir du Lecteur . Tous ces Programmes
qui reviennent fouvent avec leurs formules
ufités ces Prix qu'on remet jufqu'à quatre ou cinq
Concours , & dont il faut à chaque fois répéter le
fujet avec l'explication ; ces avis donnés aux Concurrens
malheureur ; ces confeils qui ne font ordinairement
que des remarques locales & portant fur
des Ouvrages qui n'exiftent point pour le Lecteur ;
tout cela raffemblé dans un aifez court efpace fatigue
l'efprit , & affoiblit l'intérêt de la lecture . Cet inconvénient
fait perdre de leur effet aux Pièces eſtimables
que renferme ce Volume, & aux principes de
Laine littérature qu'on trouve dans les divers Difcours
préliminaires .
CRYPTOGRAPHIE Univerfelle , ou Effai fur la
Cryptographie , par N. D. L. P. D. V. A Amfterdam
; & fe trouve à Paris , chez Monory , Libraire ,
rue de la Comélie Françoife. Prix , 1 liv. 4 fols.
Cryptographie fignifie écriture en chiffres ou caractères
déguisés.
On trouve chez le même Libraire l'Esprit de la
Fable , ou la Mythologie rendue à fes principes ,
Brochure de 46 pages.
RECUEIL de Généalogies pour fervir de Suite ou
de Supplément au Dictionnaire de la Nobleffe de
M. de la Chenaye Desbois , in-4° . , Tome XV ou
46 MERCURE
III des Supplémens. A Paris , chez M. Badier ,
Éditeur & Continuateur de cet Ouvrage , rue Saint
André- des- Arcs , nº . 78. Prix , 15 liv . broché en
carton , & 13 liv . 12 fols en continuant la foufcription
, pour laquelle il fera délivré une reconnoiffance
fignée du Continuateur.
Cet Ouvrage eft auffi connu qu'il eft utile. Les
Soufcripteurs ainfi que les Perfonnes qui en ont une
partie, font invités à fe procurer le plus tôt poffible
la fuite & les trois Volumes de Supplémens , qui
forment les treize , quatorze & quinzième Tomes
de cette Collection , parce qu'il n'en a été imprimé
qu'un nombre à peu près fuffifant pour compléter
celui des Exemplaires qui en a été vendu .
Ce quinzième Volume renferme , comme les précédens
, un grand nombre d'illuftres Maifons ; dont
les Généalogies n'ont point encore paru..
ABREGE des Tranfactions Philofophiques de la
Société Royale de Londres , rangé par ordre de Ma
tières; Ouvrage traduit de l'Anglois , & rédigé par
M. Gibelin , Docteur en Médecine , Membre de la
Société Médicale de Londres , de l'Académie de
Marſeille , & c. &c . , 10 Vol in- 8 ° . , avec des Planches
en taille - douce , propofés par Inſcription . On
ne paye rien d'avance .
C'eft fans doute une Entreprife utile que l'Abrégé
que nous annonçons ; les Tranfactions Philofophiques
jouiffent d'une eftime profonde & méritée. On
fe propofe de mettre toutes les claffes de Lecteurs à
portée de connoître & de méditer les Découvertes &
Obſervations en tout genre que contient cet Ouvrage
depuis fon origine jufqu'à ce jour. On n'ex◄
clut que la partie Mathématique , qui n'eft à l'uſage
que d'un petit nombre de perfonnes.
Cet Ouvrage formera dix Volumes in - 8 ° . , avec
des Planches en taille- douce. Chaque Volume aura
DE FRANCE. 47
au moins 500 pages , caractère de Cicero neuf. On
délivrera les Volumes deux à deux . La première Livraiſon
fera faite en Août prochain ; la feconde en
Décembre ; la troisième en Avril 1787 ; la quatrième
en Août fuivant , & la cinquième & dernière
en Décembre de la même année. Le prix de chaque
Livraifon , compofée de deux Volumes brochés , eft
de 9 liv. , & franc de port par la pofte dans tout le
Royaume , 10 liv. Le prix de chaque Volume relié
en veau eft de 5 liv . 10 fols . La Pofte ne fe charge
que des Livres brochés. Au premier Juin prochain
le prix des Volumes fera augmenté pour les Perfonnes
qui n'auront pas foufcrit.
On ne demande pont d'argent à l'avance ; on
prie feulement les Perfonnes qui defireront s'inferire,
d'adreffer à Paris , au fieur Buiffon , Libraire , hôtel
de Mefgrigny , rue des Poitevins , nº. 13 , un Engagement
pour prendre l'Ouvrage à meſure. On
s'inferit auffi chez tous les principaux Libraires &
chez les Directeurs des poftes du Royaume & de
l'Europe , & pour toute la Suiffe , chez les fieurs Barde ,
Manget & Compagnie , Imprimeurs - Libraires à
Genève.
L'INNOCENCE reconnue de Marie - Françoife-
Victoire Salmon , gravée par Duthe. Prix , 12 fols.
A Paris , chez Legrand , rue du Plâtre Saint- Jacques,
n °. 13 .
Ce Portrait eft dédié à M. Lecauchoy , Avocat
au Parlement , & Défenfeur de cette femme intéreffante
.
Tous les Airs & Entre- Actes de Panurge pour le
Piano , Violon ad libitum , par M. Javureck .
Prix, 6 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue Neuve
Guillemain , maifon de Mme Chandor , & Mlle
Lebeau , au Palais Royal , no. 161 .
48
MERCURE
Six Duos de > taire du
Cabinet
le par M. Bernard Secré-
Stanillas , OEuvre I.
Prix , 6 liv. A Paris , chez M. Camand , Marchand
de Mufique , rue de la Monno: e , à la Nouveauté.
NUMÉROS 30 , 31 & 12 du Journal Hebdomadaire
, compofé d'Airs pour le Clavecin , par les
meilleurs Auteurs. Le Numéro 34 contient la Romance
de Nina. Numéros 20 , 21 & 22 du
Journal de Harpe , idem. Le Numéro 21 comtient
la même Romance. Ces deux Journaux , qui paroiffent
tous les Dimanches , coûtent 12 fois par
Cahier féparé. L'Abonnement pour cinquante - deux
Cahiers eft de 15 liv . port franc. Numéros du
Journal de Clavecin , par les meilleurs Auteurs .
Prix , féparément 3 liv. Abonnement pour douze
Cahiers is liv . A Paris chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule , à la
Croix d'or , n?, 6.
TABL E.
LE Célibat & le Mariage , 3 L'Exemple & les Paſſions , 28
Charade, Enigme & Logo Variétés ,
Comédie Italienne ,
gryphe ,
Voyages de M. le Marquis Annonces & Nauces ,
de Chaftellux , II
30
-37:
41
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Garde das Sceaux , le
Mercure de France , peut le Samedi 1 Juiller 1926. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 30 Juin 1786. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 8 JUILLET 1786.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE à Mme la Marquife DE B ***.
L'ON
'ON fait très-bien que les Poëtes
Avec gloire ont jadis chanté
Et la valeur & la beauté ;
Mais de nos jours , en vérité ,
Les vers paffent pour des fornettes
trop peu flatté. Dont on femble
*
C'eſt fans doute un travers que caufent
Quelques foi-difant Beaux efprits ,
Qui dans le Journal de Paris
Inhumant leurs petits Écrits ,
Périodiquement s'expofent
A tous les dégoûts du mépris;
Mais par une erreur indifcrette
Na
27, 8 Juillet 1786....
So
MERCURE
Faut-il auffi que l'on rejette
L'ouvrage qui peut être bon ?
Faut- il qu'on place fans raifon:
Voltaire à côté de Gacon ,
Et Saint- Lambert près de ...... ?
Vous , Madame , vous faites mieux ;
Et des Chantres mélodieux
De la Grèce & de l'Aufonie ,
Vous appréciez l'harmonie ,
Ainfi que les fons gracieux
De ces François audacieux
Qu'échauffe un lyrique génie .
Puis votre fuffrage brillant
Forme, enhardit & développe
L'aimable & timide talent
Du jeune Traducteur de Pope.
Bien plus vers moi vous defcendez;
Votre voix touchante m'infpire ;
Et d'un regard vous me rendez
L'effor de mon premier délire?
Mais reprendrai- je le pinceau ?
Dois-je , pour vous prouver mon zèle,
Tenter de tracer un tableau
Qui feroit trop loin du modèle ?
Eh ! qui peut dignement louer
L'efprit ingénieux , fublime ,
Et la vertu fi magnanime
Dont le ciel daigna vous douer ?
DE su
FRANCE.
En vous montrant fenfible , affable ,
En difant qu'avec dignité
Vous fignalez votre bonté
Et votre douceur ineffable ,
Ces traits remplis de vérité
Auroient prefque l'air d'une fable.
Vous favez toujours avec goût ,
Parmi de mobiles nuances,
Choisir ce ton des convenances
Qui charme & réuffit par- tout,
Dans les tourbillons du grand monde ,
Dans ces foupés fi délicats ,
Où chacun s'excite à la ronde ,
Et prend pour joie un vain fracas ,
Où l'on perfiffle , médit , fronde ,
Où bien qu'en erreurs on abonde ,
On croit pourtant , fur tous les cas ,
Avoir une raifon profonde ;
Livrée à fes égaremens,
La foule étourdie , empreffée ,
Laiffe extravaguer la pensée,
Et perd tous les plus beaux momens }
L'on cite des Clubs , des Romans ,
Le Panthéon & le Lycée ,
La Thiare , le Caducée ,
Les plus nouveaux ajuſtemens ,
Rodope & tous les diamans ,
Une Actrice à grands fentimens ,
Ci
MERCURE
Une Ducheffe intéreffée .
Une Prude & fes fix amans ;
L'on parle d'un projet utile
Qu'on prétend réduire à Zero ,
De Gluck , de Meſmer , de Préville ,
De du P..... , de Cagliostro ,
Des champs , de la Cour , de la ville,
D'un fermon & de Figaro.
Mais vous que la raifon éclaire ,
Vous daignez nous dédommager
D'une turbulence légère ;
Ces fous à qui vous favez plaire
Vous favez aufli les juger.
inle Tendre époufe , mère prudente,
En goûtant l'attrait féducteur
D'une fociété brillante ,
Du plaifir vous cueillez la fleur
Sans que l'épine vous tourmente ;
Et l'on voit bien que votre coeur
N'en fonge pas moins au bonheur
De votre famile charmante.
Aussi , tout Paris enchanté
Vante , admire votre beauté ,
Vos graces & votre décence ;
Et nous fomines certains d'avance
Que , par un honneur mérité ,
L'équitable Postérité
Saura vous placerà côté
DE
33
FRANCE
D'un Guerrier vengeur de la France ,
Er des fiers Anglois redouté.
)
Quand on peint le Héros d'Itaque ,
L'on peine fa digue époule encor p
Peut- on parler du brave Hector ( .
Sans citer la belle Andromaque ? *529 Í
( Par M. de Cußßerály
LILJA
Explication de la Charade , de l'énigme &
du Logo ,phe du Mercure precedent.
LE mot de la Charade eft Bonjour ; celui
de l'Enigme ef Bonnet ; celui du Logogryphe
eft Hymen , où l'on trouve Hymne.
CHARADE.
Dès que l'ombre paroît, la diligente Iris
Prend mon premierbien vite & fe met à l'ouvrage ;
Phébus a fonvent fait moitié de fon paffage ,
Que mon dernier retient l'indolente Cloris..
Si vous voulez mon tout , Lecteur , tour homme fage
Ne le commes jamais de peur d'être, repris
( Par M. de Montry , Contrôleur de la Régie. )
Cij
54
MERCURE
ENIGME
C'EST moi qui de la race humaine
Autrefois caufai tous les maux ;
Sans moi , fes jours exempts de peine
S'écouleroient dans le plus doux repos.
Je règne dans les Cours , à la Ville , au Village ;
Et mes chers favoris ,
Bien fouvent dans Paris ,
Viennent me rendre hommage ;
Je fais voyager mes enfans
Les freluquets & les favans ,
Chez les premiers je fuis futile ;
Chez les derniers je fuis utile ;
Sur la place de Grêve on me voit tous les ans
Conduire bien des gens ;
Et plus d'un malheureux n'a payé de la vie.
Mon cher Lecteur , c'est vous en dire affez ;
Si de me deviner vous avez quelqu'envie ,
Vous êtes sûr alors que vous me connoiffez.
( ParM. le Comte de J. Officier d' Artillerie. )
LOGO GRYPH E.
SANS recourir à la parole ,
Sans employer ni crayons ni pinceaux ,
J'offic de l'un à l'autre pôle ,
DE FRANCE.
Par un charme inconnu , les plus frappans tableaux.
Oui , Lecteur , je peins de votre ame
Les mouvemens impétueux ;
Par moi l'indifférent s'enflamme ,
Le poltron devient belliqueux ;
J'infpirai l'orgueilleux Satyre
Qui défia le Dieu des vers ;
Par le preftige d'une lyre
A l'Amour j'ouvris les enfers ;
Dans l'Olympe , Mortels , je portai vos hommages ;
Ici-bas j'adoucis vos moeurs les plus fauvages.
Comment ne pas avoir un peu de vanité ?
Dans mes fept pieds une Divinité
Ne dédaigne pas de paroître ;
Deux fignes de mon Art fe font auffi connoître.
Au dernier de mes pieds ajoutez un accent ;
Otez mon coeur : ô Dieux ! quel changement !
Je marque d'un être frivole
La plus futile qualité
Qui de tout temps fut fon idole :
Excufez ma fincérité.
( Par M. R..... de Narbonne , Ancien Capitaine
Aide-Major au Régiment de Bourgogne. )
C iv
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EPITRE à l'Amitié , lue, à l'Académie
Francoife lejour où M. le Comte de Gaibert
y eft venu prendre féance à la place de
M. Thomas , par M. Ducis , Secrétaire de
MONSIEUR , de l'Académie Françoiſe ; avec
cette Épigraphe tirée de Fenélon : Il feroit
à defirer que tous les bons amis s'entendif
fent pour mourir enfemble le même jour.
in-4° . A Paris , chez Demonville , Impr.-
Libraire , rue Chriftine.
LES Poetes antiques & modernes , & en
général tous les grands Ecrivains ont dit de
Pamitié des chofes admirables. C'eft un fentiment
que l'homme peint avec complaiſance ,
parce qu'en le peignant & en femontrant capable
d'amitié , un homme fe rend infiniment
eftimable à fes propres yeux , & refpectable
à ceux des autres . C'eft peut-être là un
des plus heureux détours de l'amour-propre ,
que de s'aimer dans autrui fans pouvoir être
accufé du plus léger intérêt . Mais il ne faut
pas croire que l'amitié eût obtenu tant de
vénération , & que l'amour propre eût tiré
un fi grand parti de ce fentiment , fi c'étoit la
Nature qui en eût fait les frais , comme de
l'amour ou de la tendreffe maternelle ; & en
effet , quel amant voudroit qu'on lui sût gré
d'adorer fa maîtreffe ? Quelle mère a jamais
siré vanité de fa tendrelle pour les enfans ?
-
DE FRANCE.
C'eft donc parce que l'amitié eft d'inftitution
humaine , parce qu'elle eft une vertu fociale ,
que l'homine s'en eft fait honneur , il a careffé
fon Ouvrage ; & oppofant l'amitié à l'amour ,
il a voulu futter avec la Nature ; il a cru
que l'amitié feroit pour l'hiver de l'âge ce
qu'eft Famour pour la jeuneffe ; mais comme
on ne fait rien fans la Nature , il eft arrivé
que les hommes ne fe font jamais ' bien entendus
fur ce qu'ils appellent amitié ; que trèspeu
d'entre-eux en ont donné des modèles ; &
qu'enfin il n'eft pas de fentiment qui ait fait
plus d'hypocrites que celui-là , & fofe dire des
hypocrites plus diftingués.
Je vois d'un premier coup- d'oeil trois fortes
d'amitiés parmi les hommes . Ce n'eft fou
vent qu'une eftime accompagnée de quelque
bienveillance ; fentiment qu'éprouvent
l'une pour l'autre deux perfonnes . de mérite ,
& qui fait qu'elles aiment à fe rencontrer , à
fe rendre juftice , ou même à fe favorifer en
toute occafion . J'ai dit eftime accompagnée de
bienveillance ; car l'eftime toute fimple peut
exifter entre ennemis ; c'eft un fentiment
calme & froid qui s'accommode merveilleufement
bien de l'abfence , & je ne lui donnerai
pas le beau nom d'amitié. Ces fortes d'amis ,
fans chaleur & fans verve , qui s'eftiment &
s'aiment de loin , font pourtant fort com
muns. Ce font eux qui parlent fans ceffe de
fervices, de bienfaits , d'obligations & de reconnoiffances
: fortes de mots qui ne fe trous
vent pas dans le répertoire de l'amitié,
Cy
58
MERCURE
Il y a une feconde efpèce d'amitié qui fubfifte
fans eftime d'un côté , & c'eft le fentiment
qui nous faifit quelquefois pour une
perfonne aimable & méprifable à - la- fois.
Nous connoiffons fes vices , nous déplorons
fes égaremens ; mais comme nous ne pouvons
renoncer à ſa ſociété , nous nous fattons
de fa converfion , & nous en faifons notre
affaire. Dans un tel commerce , le vertueux
joue le beau rôle , & ne cherche que le bien
de fon ami ; il le cherche à fes périls , & ils
finiffent fouvent tous deux par perdre l'eftime
publique. Ce fentiment , bien qu'il ait fon
héroïlme , ne mérite pas le nom d'amitié , ou
ne le conferve pas long- temps ; car il ne faut
pas que le foible emporte le fort : ce qui arriveroit
fi le vicieux entraînoit celui qui eft
bon , alors ce n'eft plus qu'une foibleſſe , un
attachement aveugle : les deux contractans fe
quittentou fe perdent enfemble. Cette amitié
n'eft pas commune , mais elle exifte .
Enfin , s'il fe trouvoit deux hommes affez
égaux en âge , en fortune , cui mérite , pour
être indépendans l'un de l'autre , fi ces deux
hommes , en fe voyant , en fe tâtant l'un l'au
tre , fentoient tomber ce mur de féparation
que la défiance entretient fouvent pendant le
cours de la vie entre deux gens de mérite
entre deux coeurs faits pour s'aimer , & à qui
il n'a manqué peut- être que d'ofer fe le dire,
fi , dis-je , toutes les communications fe trouvant
libres & sûres , il fe faifoit entre - eux un
mariage d'ames , alors vous auriez deux vrais
DE FRANCE.
ر و
amis , deux amis inféparables : voilà les Orefte
& les Pylade , les Pyrrithous & les Théfée ;
ils vont porter enfemble le fardeau de la vie;
ils braveront la mort l'un pour l'autre ; & ,
qui pis eft , l'opinion & le mépris ; car ils ne
feparent ni leurs exiftences ni leurs réputations.
Non - feulement vous eftimerez votre ami
comme la chofe la plus précieufe que vous ayez
aumonde ; mais vous l'aimerez comme le plusaimable;
vous aimerez fa perfonne , fon efprit ,
fes manières , le fon de fa voix ; fes atômes vous
feront bons : vous pourrez impunément vous .
enfermer avec lui ; & votre union réfiftera aux
longues intimités fi funeftes aux amis ordinaires
& aux amans. "Quand je me demande ,
» dit Montaigne , d'où vient cette joie , cet
ور
1
و د
aife , ce repos que je fens lorfque je vois
» mon ami , c'eft que c'eft lui , c'eft que c'eft
moi ; c'eft tout ce que je puis dire. » Voilà.
en effet la véritable , la parfaite , la fainte.
amitié ; c'eft-là ce fentiment pur & facré , ce
fruit fi rare & fi defiré , l'amitié de la fable ,
puifqu'il faut le dire : on l'a dotée de tout ce
qu'on a pu arracher à l'amour ; j'entends à
l'amour moral , qui eft auffi l'ouvrage de
l'homme , enté fur celui de la Nature. Une
telle amitié , quand elle a de l'éclat , eſt tou -¨
jours un peu calomniée dans un fiècle pervers
, à moins que l'âge & le mérite bien
reconnus ne ferment la bouche aux méchans.
Au refte, l'amitié ainfi définie ne peut convenir
qu'à des ames d'une certaine trempe ,
& , pour tout dire , à deux hommes. Elle ne
Cvj
60 MERCURE
--
peut exifter entre un homme & une femme,
entre deux femmes , entre un père & un fils ,
entre Mentor & Télémaque , entre Alexandre
& Épheſtion , entre le riche & le pau
re , l'homme d'efprit & le fot ; elle eft inuile
aux malheureux courbés vers les ferviles
occupations de la vie , & qui n'ont pu culriver
leur ame : je crains de délayer les raifons
de tout cela. Mais , direz-vous , où eftalle
donc cette amitié ? Où la trouver ? Je
répondrai qu'elle exifte comme l'équilibre ,
dans un point unique ; en - deça & au- delà
c'eft autre chofe ; & fi vous trouvez que je
l'aye trop compliquée , & qu'elle foit d'une
combinaifon trop difficile , je vous dirai que
l'homme focial eft auffi lui-même un être forr
compofé; que pour former deux amis , il
faut des relations prefqu'idéales , des ingré
diens dont l'amalgame eft en effet très-difficile.
Si vous me preffiez , je croirois pourtant
que deux frères , deux Hommes de-Lettres
deux Militaires, ( & obfervez que je les prends
toujours dans la même carrière ) feroient bien
capables de nous offrir le phénomène de
l'amitié; car ils pourroient s'immoler mutuellement
de grandes victimes , telles que l'intérêt
, l'ambition , l'envie , & fceller leur
union par de tels facrifices ; mais cet événement
eft trop rare , & les tracas de la fociété ,
Pat des petites paffions , & fur - tout
famour de l'argent, alliégent fi bien les avenues
du coeur humain , que l'amitié trouve
toujours la place prife ; fans compter que les
DE FRANCE. 601
hommes en général vivent dans un état de
nullité habituelle , & n'ont de coeur & d'ef
prit que ce qu'il faut pour être médiocrement
heureux ou malheureux . Mais l'amitié
en veut aux grandes ames , qui ne favent ni
jouir ni fouffrir comme les autres.
Heureufement que cette pallion n'eft pas
fi néceffaire au bonheur du commun des
hommes qu'on affecte de le dire : l'amour'
dans la jeuneffe , des liaiſons agréables dans
un autre âge , l'aifance , les Beaux -Arts , laréputation
, les honneurs compofent les deftins
ordinaires , & donnent aflez de charinet
à la vie pour qu'en la quittant les hommes
la regrettent. Si l'amitié étoit d'une facile acquifition
, ou qu'elle fût un befoin univerfel
de l'efpèce humaine , l'odieufe maxime de
vivre avec fon ami comme s'il devoit unjour
être notre ennemi , ne pafferoit pas pour la
plus fage des maximes ; & c'eft ici que paroît
tout le deffein de la Nature , qui ne s'en eft
pas plus fiée à nous pour notre bonheur que
pour notre exiftence.
Je fens bien que ces courtes réflexions .
vont affliger tous les hypocrites de ce monde:
ils veulent bien fe tromper entre-eax , mais
ils ne veulent pas qu'on les démafque ; ils
diront que c'eft dégrader l'humanité que '
c'eft rendre la terre inhabitable. En effet , les
hommes n'aiment pas à s'approfondir jufqu'à
un certain point , ils vivent au jour la journée
avec leur confcience. C'eft fur-tout dans les
fiècles corrompus qu'on fe fcandalife aifé62
7
MERCURE
ment , & qu'on exige des livres qu'ils nous
donnent bonne opinion de nous- mêmes ; on
voudroit être flatté par des Philofophes ; mais
des hommes fimples & droits fupporteroient
fans horreur la diffection du coeur humain. Je.
déplairai donc d'un côté à ces coeurs faciles
& frivoles , qui paffent leur vie à nouer & à
dénouer des amitiés ; à ces enthouſiaſtes à tête
chaude, qui s'enflamment plutôt qu'ils ne s'attachent
, & auxquels il eft plus facile d'idolâtrer
vingt amis que d'en aimer un feul : je
déplairai de l'autre à ces poltrons de morale ,
fi difficiles en liaifons , & qui affectent de
s'alarmer de tout ; fi fcrupuleux, qu'ils ne permettent
pas à leur petite probité de croire à
celle des autres.
J'avouerai aux premiers qu'il exiſte effectivement
des liaiſons fondées fur l'intérêt ou
le plaifir , qui font fouvent par leur intimité
& par leur durée le fcandale de la véritable
amitié; mais qu'ils fachent que deux hommes
liés par l'intérêt , ne font que deux complices
& non pas deux amis. Et quant aux liaiſons de
plaifirs , on me difpenfera , j'imagine , d'ac
corder le faint nom d'amitié à cette , familiarité
, à ces épanchemens de l'indifcrétion
auxquels les jeunes gens font trop fujets , &
qui n'empêchent pas ces tendres camarades
de s'égorger tous les jours pour une baga- .
telle.... Je dirai enfuite aux petits rigoriftes :
qui font tant les difficiles , que le premier .
venu a encore plus de vertus qu'il n'en faut
pour être leur ami.
DE FRANCE. 63
66
Quand j'ai parlé des hypocrites en amitié ,
je ne devois pas oublier les dupes ; & ceci
s'adreffe aux amnes fenfibles & vaines , qui recherchent
trop l'amitié des hommes à répu
tation & des Grands. Si un Prince vous dit :
Soyons amis, car nous fommes égaux : vous
» avez mis fur la focieté l'impôt de l'efprit
» & des talens , comme moi celui de la for-
» tune & de la naiffance ; & nous fomines
» deux puiffances en ce monde. " Hommede-
Lettres , ne vous y fiez pas : ce Grand, fûtil
de bonne- foi , & lui euliez - vous infpiré la
noble paffion de l'amitié , ne peut que vous
induire dans l'erreur où il eft tombé lui-même.
En vain fa philofophie le fera deſcendre juf- ..
qu'à vous , & la vôtre vous élevera- t'elle
jufqu'à lui : une livrée nombreuſe , un palais ,
des cliens , des refpects qui ne feront que :
pour votre ami , tout cela parlera plus haut !
que le vain fophifme de l'égalité des hommes.
Ce qui prouve bien cette vérité , c'eſt que
le Prince fera plein de ménagemens & de
meſure avec vous , de peur que fa familiarité
ne vous paroiffe hauteur ou négligence ,
& que vous ferez familier avec lui , de peur.
que votre circonſpection ne lui femble baffeffe.
Et fi ce Prince eft Roi , comment oferez-
vous contracter avec lui ? Il eft fur le
trône , & vous dans la pouffière ! ne favezvous
pas , imprudent , que les Rois font toujours
avec vous dans l'état de pure nature ,
quand vous êtes devant eux chargé de toutes
les entraves de la fociété , & qu'ils ne vous
64 MERCURE
doivent rien quand vous leur devez tour ?
Mais , dira-t'on , Alexandre & Henri IV auroient
regardé comme un malheur d'être Rois
fi Épheftion & Sully ne le leur avoient pardonné.
Un Roi eft un grand Acteur force de
figurer fur la fcène du monde ; mais il revient
en cachette dépofer la majefté & ſe faire
homme avec fon ami ..... Ah ! j'ignore ce que
c'eft que ces amis à la dérobée ; & l'amitié
entre le Monarque & le Sujet doit toujours
trembler , comme cette Nymphe de la Fable ,
que Jupiter ne s'oublie un jour , & ne lui apparoiffe
environné de foudres & d'éclairs.
Enfin votre Mécène & votre ami ne fût - ik
qu'un Financier , vous vous appercevrez bientôt
de l'influence & de l'afcendant que prend
tous les jours fur nous celui qui tient la fortune
en main: de quelque fincérité qu'il fe
pique , la balance penchera malgré lui , & it
rompra à fon infçu un contrat dont l'égalité
n'eft pas la première claufe. Il n'y a que
Famour au monde qui s'accommode de l'inégalité
des conditions & des fortunes. Il faut
donc convenir que les Gens- de- Lettres étant
le plus grand luxe des Princes , ce n'eft que
fur ce pied qu'ils doivent ftipuler enfemble. *
* Tout ce qu'on pourroit dire de plus favorable
à ces lisions de protecteur à protégé , & du grand
au petit , feroit de les comparer à celle de l'homme
& du chich , la plus parfaite union qui exiſte en ce
monde , & dans laquelle on voit l'un des contractans
annoblir fa baſſeſſe en la portant juſqu'à l'héDE
FRANCE 65
:
Les efprits tranfcendans , & en général les
hommes extraordinaires, offrent en amitié les
mêmes inconvéniens que les Grands de la
terre. Un homme commun doit approcher un
grand Hommie comme on approche les Rois ;
& pour réduire la chofe en maxime , les fots
devroient avoir pour les gens d'efprit une
méfiance égale au mépris que ceux - ci ont pour
eux. Cela eft auffi , dita- t'on ; mais quelquefois
la vanité l'emporte fur l'inftinct ; on re
garde les gens d'efprit comme des Rois détrônés
, puifque la fottife règne en ce monde,
& on fe familiarife avec eux ; on veut monter
fur les épaules d'un grand Homme pour s'en
faire un piédeftal ; quelquefois mêine on fe
flatte de les mener , & on leur donne des avis ,
comme fi ceux qui voient le bon & l'excellent
en tout , n'étoient pas incorrigibles. Je
ne connois point , en un mot, d'allociation
plus inégale que celle des gens d'efprit & des
fots : il faut que les chênes croiffent avec les
chênes , & les rofeaux avec les rofeaux.
Il femble donc que c'eft entre les grands
Hommes que l'amitié devroit fleurir & fe
montrer dans tout fon éclat , puifqu'ils ont
feuls cet excédent de coeur & d'ame qu'exige
un tel fentiment. Mais on fait par quelle fataroïfine.
En effet , de quelque inégalité d'humer
qu'un homme ufe envers fon chien , ou à quelque
degré de faveur qu'il l'élève , le chien ne fe dément
ou ne fe méconnoît jamais ; ce que le protecteur ne
peut le promettre de fa créature.
66 MERCURE
lité les grands talens font pour l'ordinaire plus
rivaux qu'amis; ils croiffent & vivent feparés
, de peur de fe faire ombrage : les moutons
s'attroupent , & les lions s'ifolent Eh , quòi !
direz -vous , les Voltaire & les Rouleau , ces
ames brûlantes & fublimes , qui nous ont
laiffé de l'amitié des peintures fi raviffantes ,
en auroient ignoré le charme ! ils auroient
vécu fans amis ! Hélas ! il eft certain qu'ils ne.
fe font pas plus aimés que les Boffuet & les
Fénélon, & qu'ils n'ont eu parmi les hommes
que des enthoufiaftes ou des détracteurs. Les
orages de l'amour , les illufions de la gloire &
les travaux de l'efprit ont abforbé leur vie. Ce
n'eft pas qu'ils n'ayent fenti l'amitié ; ils ent
ont eu une idée admirable ; mais ils ne l'ont
appliquée à perfonne. Semblables en cela aux
Chevaliers errans , qui fe donnoient une maîtreffe
imaginaire , & fe la figuroient fi
faite , qu'ils la cherchoient toujours fans la
trouver jamais : ils n'ont eu qu'une théorie
d'amitié .
par-
Je ne m'étendrai pas davantage fur les
gens d'efprit , quelque charme qu'on éprouve
à parler d'eux ; & de toutes ces réflexions je
n'appliquerai à M. Ducis & à feu M. Thomas
que ce qui peut honorer l'un & l'autre. Ils
étoient heureufement fitués tous deux pour
être amis ; courant la même carrière , mais
dans des fentiers différens , ils n'étoient pas
expofés à fe heurter , & M. Ducis n'a pas eu
à fe priver des lauriers dont il couronne fon
ami.
DE FRANCE. 67
Cet Auteur débute par une apoftrophe en
forme épique à l'Amitié ; ce qui le prive d'une
grande reffource , je veux dire de l'aimable
familiarité permife dans une Épître . Les vers
qui fuivent l'invocation ont pourtant du
charme , & promettent de l'abandon & du
fentiment :
2
Le ciel te fit pour l'homme , & tes charmes touchans
Sont nos derniers plaiſirs , font nos preiniers penchans .
Qui de nous lorfque l'ame , encor naïve & pure ,
Commence à s'émouvoir , & s'ouvre à la Nature ,
N'a pas fenti d'abord , par un inftinct heureux
Le befoin enchanteur , ce befoin d'être deux ?
Mais tout-à-coup M. Ducis s'embarque dans
une allégorie qui le force à des images incohérentes
, & qui manque de clarté & de rapidité.
On y trouve ces deux vers :
Je veux , le front couvert , de la feinte ennemi ,
Voir briller mon bonheur dans les yeux d'un ami .
De la feinte ennemi , eft un phraſe incidente
mal jetée je fais cette petite obfervation
, parce que ce défaut eft dans la manière
de M. Ducis & de nos Verificateurs
modernes. Quant à la rime d'ami & ennemi,
qu'on retrouve plufieurs fois dans cette Épître
, j'obferverai aux Amateurs que Malherbe ,
le premier qui ait fait une étude férieufe de la
verfification Françoife , non - feulement ne
vouloit pas qu'on fit rimer enſemble les fimples
& les compofés , comme ami & ennemis
68 MERCURE
écrire & décrire , & c. mais encore les mots
trop analogues , comme montagne & campa
gne , il faut, pour que la rime foit un plaifir,
& non une fatigue , qu'elle foit un peu inefpérée
.
י א
Dans nos champs , le matin , deux lys venant d'éclose,
Brillent-ils à nos yeux des larmes de l'Aurore ;
Nous difòns : « c'eft ainſi que nos coeurs rapprochés ,
» L'un vers l'autre , en na fant , ſe font d'abord
penchés.
"3
Ces vers ont je ne fais quelle mignardiſe qui
amollit trop l'amitié : ils rappellent ceux- ci du
même Auteur:
J'aurois porté panetière & houlette ,
On auroit dit Ducis comme on dit Timarette.
De tels vers faits avec la meilleure intention ,
peuvent expofer , au ridicule , fur tout en
France. En voici de plus dignes d'une amitié
mâle , & de la bonne poéfie :
-
Voyons-nous dans les airs , fur des rochers fauvages ,
Deux chênes s'embraffer pour vaincre les orages;
Nous difons; « C'eft ainfi que du deftio jaloux , ནོ་ཞ ༧ས ོ
» L'un par l'autre appuyés, nous repouffons les coups.
» Même fort nous unit , même lieu nous raffemble.
Avec les mêmes goûts nous vieilliffons enfemble.
» Le ciel , qui de fi près approcha nos berceaur ,
» Ne voudra pas faus doute éloigner nos tembeaux. »
M. Ducis s'abandonne bientôt à une defcription
de l'Amour , qu'il oppoſe à l'Amitié.
DE 69
+
FRANCE.
Il n'y a rien de neuf dans ce morceau , qui fe
trouve répété foixante vers plus bas. La defcription
de l'enlèvement de Déjanire , eft
chargée d'ornemens ambitieux. A quoi bon
décrire l'attitude du centaure , & fon cou &
fes muſcles ? & c.
Mais déjà comme un ſonge a paſſé la jeuneſſe.
Je vois fuirloin de moi cette ifle enchantereffe ,
Certe ifle où mon regard , trop long- temps arrêté,
Avec un long foupir cherche encor la beauté.
A travers mille écueils , à travers les tempêtes ,
Je touche enfin ce port où, brillant fur nos têtes ,
Ces deux aftres amis , les gémeaux radieux ,
M'éclairent fans fatigue , & confolent mes yeux.
Que de fois j'ai béni leur clarté douce & sûre!
Les gémeaux , conftellation de l'amitié ,
font une idée ingénieufe & touchante , emprumptée
de Caſtor & Pollux.
Vous qui ne foupirez que pour l'or du Pactole.
Ces images ufées ôtent toute fraîcheur au
ftyle ; il faut quitter le vieil homme en poéfie .
M. Ducis fait enfuite le conte d'un riche
qui voulut marchander le chien d'un pauvre
, & qui fut refufe. Cette tirade manque
d'aifance , & paroît fatiguée. Au refte , L'Auteur
penſe comme nous fur la forte d'amitié
qui exifte entre l'homme & fon chien,
qu'Achille , jadis emporté par la rage ,
Achille en apparence oubliant la pitié ,
MERCURE
»
Par un excès plus noble honora l'Amitié !
De ce lion ſanglant que la fureur eft tendre !
Ce dernier vers eft d'un beau jet.
... Quoi ! faut- il , fur ce globe où vous ſommes ,
Quand on veut les aimer , craindre toujours les hommes
,
Se dire en gémiffant , mais éclairé trop tard :
Les voilà tous enſemble , & les coeurs font à part?
Le fentiment & la grande idée que contient
ce quatrième vers , peuvent faire pardonner
cent vers mal écrits.
de
vague.
Dans le récit que fait M. Ducis , du malheur
qui lui arriva fur je ne fais quelle montagne
la Suiffe , on trouve de l'embarras & du
Mais ce rocher fatal va bientôt difparoître ,
eft une tranfition mal- adroite , pour dire
qu'on le tranfporte du précipice où il étoit
tombé , dans une maifon de campagne près
de Lyon , où il trouve M. Thomas. Ils y paffent
quelques jours enſemble.
Là , dans tes entretiens , fur d'humbles tapis verts ,
J'écoute avidement & ton ame & tes vers.
Là , ta fimple vertu rempliffant ma mémoire ,
Me fait prefque oublier tes talens & ta gloire.
Ils vont fe quitter , & M. Thomas va partir
pour le Comte de Nice. Il y a ici des vers fur
la mer de Provence qui font un peu maniérés.
On trouve plus bas :
De vie & de bonheur chargez l'air qu'il reſpire.
DE FRANCE.
71
६. Ce vers , répété deux fois dans la Pièce ,
n'a pas réutli , quoi qu'il ait de l'intention ,
& qu'il foit d'un bon mécanifme : cela vient
fans doute de ce que l'Auteur l'adreffe à des
Zéphyrs , & que l'expreffion , charger l'air de
bonheur , eft en effet peu agréable .
Pour prix de vos bienfaits , vous entendrez fa lyre ,
Ne raccommode pas la période , quand on
fonge que c'eft aux Zéphyrs que l'Auteur promet
cette récompenfe .
Ah ! du bord de l'abyme où je t'ai vu deſcendre ,
Mon bras , mon foible bras , vers toi n'a pu s'étendre,
Et j'invoquois pour lui les faveurs du printemps !
On ne fait trop ce que fignifie cette exclamation
, & le dernier vers ne s'y lie pas.
Hélas ! en la chantant ( l'Amitié ) j'ai perdu fon
modèle.
Ce vers qui termine la tirade , jette du
froid dans ces obfcurités ; mais ce n'eſt pas
frigus opacum. On eft plus fatisfait des
vers fur M. l'Archevêque de Lyon , rendant
les derniers devoirs à M. Thomas , qui
meurt entre fes bras d'une mort prématurée.
M. Ducis appelle au tour du cercueil de fon
ami tous les grands Hommes dont il a fait les
éloges. Les vers für feu Mgr. le Dauphin font
très - embarraffes , & ont cet air de difgrace
qui règne à peu- près fur toute l'Épître . Les
éloges Académiques que M. Ducis appelle
des bronzes invifibles , où font fondus les
grands Hommes , la galerie du Louvre , que
72 MERCURE
M. d'Angiviller prépare à ces grands Hommes ,
e Portrait de ce Miniftre , l'allufion au Poëme
Epique auquel M. Thomas travailloit , tous
ces morceaux font d'un malheur achevé.
M. Ducis s'y eft abandonné à fon goût pour
les idées acceffoires , qui nuifent tant à l'idée
principale ; il va , vient & revient , fairs pouvoir
s'arrêter . C'eſt là qu'il demande des lauriers
& des fleurs , pour en accablerfon ami
& en couvrirfa cendre ; mais il avoue que ces
lauriers pourront orner la tombe & non pas
la rouvrir. Il reffufcite même pour un inftant
frami ; mais cela n'a pas d'autre fuite.
Nous avouons qu'en général cette Épître ,
ou ce Poëme fur l'Amitie , qui a près de cinq
cent vers , n'a pas beaucoup réulli. Les gens
du monde ont prétendu qu'une Épître de
cinq cent vers à un ami étoit une Épître d'ennemi.
On peut leur répondre que M. Ducis
n'a prononcé cette Épître qu'en pleine Académie,&
fur la tombe de M.Thomas : il n'a point
imité cet Auteur égoïfte , qui exigea avec tant
de dureté que fon ami mourant écoutât fa
Pièce. D'ailleurs , l'amitié a fes épanchemens;
on ne demande point dans un tel fujet la précifion
& la clarté qu'exigent les chofes d'efprit
ou de raifonnement. Enfin M. Ducis peut obtenir
une place fur le Théâtre François , fans
être compté parmi nos Écrivains Claffiques ;
témoin Crébillon & du Belloy. C'eft le peuple
des Lecteurs qui eft redoutable pour les Écrivains
Dramatiques ; ils ont meilleur marché
des Spectateurs. Deux Scènes d'OEdipe chez
Admète ,
DE FRANCE. 734
Admère , ont prouvé ce que peut M. Ducis ,
lorfqu'il abandonne les monftres de Shakefpéar
, pour s'attacher aux belles formes
ques.
grec- .
ÉLOGE de M. Séguier , de Nîmes , lu à la
Séance publique de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres , le 15 Novembre
1785 , par M. Dacier , Secrétaire Perpétuel
de certe Académie.
4
UNE médaille d'Agrippa en bronze , tombée
entre les mains de M. Séguier , âgé alors
de dix ans , fit de lui un Antiquaire . De ce
moment on le voit intrépide & infatigable ,
bravant tout , facrifiant tout , toujours prêt
à fe facrifier lui-même pour l'objet de fon
goût ; tantôt deſcendre dans un puits au péril
de fa vie , & y paffer une nuit entière , pour
fe procurer quelques médailles Romaines
échappées à toutes les recherches , tantôt tomber
malade de douleur de n'avoir pu payer
une médaille qu'il jugeoit précieufe , mais
dont le prix demandé étoit , quoique modique
, trop au- dellus de fa portée. « Ce fut
» du moins pour lui une leçon utile , qui
lui apprit à maîtrifer ſes defirs & à fouffrir ,
"3
"
finon fans regret , du moins fans chagrin ,
» les privations les plus amères. Son goût
dominant fut , felon l'ufage , contrarié par
fon père , qui lui deftinoit fa charge de Confeiller
au Préfidial de Nifmes, & qui , en conféquence
, ne lui permettoit d'autre étude
No. 27 , 8 Juillet 1786. D
74 MERCURE
que celle de la Jurifprudence. Les parens ne
comprendront- ils jamais qu'en faifant ainfi
pour leurs enfans le choix d'un état , & en
s'oppofant à ces goûts & à ces penchans par
lefquels la Nature annonce les difpofitions
dont elle a gratifié chaque individu , ils dérobent
, autant qu'il eft en eux , à la Patrie & à
la Société une partie des reffources que certe
Nature bienfaifante leur avoit ménagées ? Si
un attrait invincible , fi une force irrefiftible
rend les enfans rebelles aux vues de leur famille
, qu'ont fait les parens , finon de compromettre
l'autorité paternelle ? Or , il importe
au maintien de l'ordre que l'autorité pa
ternelle foit refpectée ; & pour cela , il importe
qu'elle foit toujours refpectable & toujours
jufte. Si la piété filiale l'emporte , fi elle
a le pouvoir de détourner les enfans des rou
tes indiquées par la Nature , qu'ont fait les
parens , finon de condamner à n'être que
imédiocres & bornés dans un genre étranger ,
des hommes que la Nature deftinoit à reculer
les bornes de la fcience ou de l'art auquel
elle les avoit appelés ? Au -lieu de deſtiner
d'avance les enfins à un état auquel ils ne feront
peut-être jamais propres , il faudroit étu
dier avec foin en eux ces indications de la
Nature , & les feconder de tout fon pouvoir.
Il arriveroit peut être quelqueteis que le fils
d'un Militaire , d'un Magiftrat , d'un Orateur
fameux , d'un Homme-de Lettres , d'un fujet
diftingué dans l'exercice d'un art libéral
n'auroit de talent que pour un art mécanique :
ג
DE FRANCE. 75
la vanité des parens en fouffriroit peut être ;
mais la Société en feroit mieux fervie , les
Arts mieux cultivés , les connoiffances plus
étendues , les jouiffances augmentées & multipliées.
Règle générale & règle importante !
on ne fait bien que ce qu'on aime à faire , &
il importe à la Société que tout foit aufli bien
fait qu'il peut l'être; c'eft lui faire tort , c'eſt
l'appauvrir,que de mettre obftacle à ce mieux
pollible dans quelque genre que ce puiffe être.
M. Séguier prit un parti mitoyen entre la
révolte & l'obéiffance aveugle ; il fuivit fes
goûts , & ne négligea point la Jurifprudence ;
il fit des collections de médailles ; il apprit à
fond la botanique , autre fcience qui avoit
pour lui beaucoup d'attraits ; il fut Antiquaire
& Naturalifte , parce que la Nature l'avoit
voulu ; mais il eut aufli les connoiffances d'un
Jurifconfulte , parce que fes parens le vouloient
: il apprit par coeur les quatre Livres des
Inftituts de Juſtinien , & il ne les oublia jamais.
7.
En 1732 , le Marquis de Maffei vint à
Nifmes pour examiner les antiquités que
cette ville renferme ; il vit le jeune Séguier
il vit de quel amour il étoit enflammé comme
lui pour les Lettres & les belles connoiffances
: c'étoit l'homme qu'il cherchoit depuis
long- temps ; il le demande a fon père , il l'ob→
tient, il en fait le compagnon de fes voyages,
de fes études , de fa gloire.
Le goût des Infcriptions tient de fi près à
celui des médailles , qu'il en eft infeparable.
Il paroît , dit M. Dacier , que les Légiſla
Dij
76 MERCURE
2
»
"
و ر
22
و د
teurs cherchèrent d'abord à fixer l'attention
des peuples fur les objets dont ils vouloient
perpétuer le fouvenir , par des images &
» des fymboles , enfuite par des inftructions
» confiées à des matières qui en devoient
éternifer la durée. Les Républiques de la
» Grèce gravèrent fur la pierre & fur l'airain
leurs loix , leurs traités d'alliance , les mar-
» ques d'honneur qu'elles fe décernoient
mutuellement , les époques les plus remarquables
de leur hiftoire , les fuites chronologiques
des Miniftres des Autels , les dé-
» tails de l'adminiftration , ceux des cérémo-
» nies religieufes , les noms des vainqueurs
aux jeux publics , les noms des Citoyens
morts les armes à la main pour la Patrie ,
» les décrets infamans portés contre ceux
» qui l'avoient trahie , les maximes les plus
pures de la morale , les remèdes appropriés
» à certaines maladies , tous les objets enfin
qui pouvoient éclairer un homme libre fur
» fes droits , fes devoirs & fes befoins »
"
ور
ود
2
ور
M. Dacier fuppofe que tous les Hiftoriens
& tous les Auteurs par lefquels l'Hiftoire Romaine
nous eft connue , euffent péri ; il fait
voir & rend fenfible comment , par les feules
infcriptions,on auroit pu retrouver une partie
de l'Hiftoire de ce Peuple-Roi , & les divers
caractères qui l'ont diftingué , foit dans les
temps de la République , foit fous les Empereurs
Romains : ce morceau eft à- la -foisingénieux
& favant , & nous avons regret
que fon étendue nous prive de l'avantage
3.1
DE FRANCE. 77
d'en orner cet extrait ; nous n'en citerons que
ce dernier trait.
"On verroit que pendant quelques fiècles
la langue des monumens n'annonça des
» victoires qu'avec une noble concifion &
» une orgueilleufe fimplicité , & qu'elle devint
exagérée & prolixe , lorfque la flatterie
» des peuples eut augmenté dans la même
proportion que leur fervitude & la foibleffe
» des Princes.
ور
""
""
ود
و د
ود
و ر
ور
و د »Ces réflexions , ajoute M. Dacier , nous
arrachent des regrets que nous pouvons
laiffer éclater dans ces lieux. La plupart des
infcriptions que les Grecs & les Romains
» avoient deftinées à la poftérité , ont ceffé
» d'exifter ; plufieurs de celles que l'on con-
» noiffoit il y a deux fiècles , ont difparu . Ce
» n'eft pas la faulx du Temps qui les à détraites
, c'eſt celle de l'Ignorance , à qui cet
» attribut conviendroit encore mieux qu'au
Temps. Les unes ont péri fous le marteau
» des Ouvriers ; les autres font rentrées dans
» le fein de la terre , d'où le hafard les avoit
» tirées. Les Voyageurs fe plaignent ſouvent
» des outrages que les monumens reçoivent
» tous les jours dans la Grèce & en Egypte ,
cependant les barbares du Levant ne por-
» tent pas l'offenfe plus loin que les barbares
des pays les plus civilifés de l'Europe. »
Excellente leçon, capable de nous apprendre
à prodiguer moins aux autres le titre de barbares
, & à le mériter imoins nous- mêmes !!
C'eft à ce double ravage , & de l'ignorance
53
و ر
و ر
D iij
78
MERCURE
& du temps , qu'on a cherché à remédier
pat
des collections d'infcriptions de tous les pays
& de tous les âges. " Qui l'eût dit, qu'il vien-
> droit un temps où l'on feroit obligé de confier
à une matière auffi fragile que le papier
, les dépôts que le marbre & le bronze
» ne pouvoient conferver? »و د
Tel eft l'heureux effet de l'invention de
Imprimerie , qui a le double avantage & de
multiplier & de reproduire les Ouvrages. C'eft
à préfent que l'Auteur d'un bon Livre , d'un
beau Poëme peut dire véritablement :
Exegi monumentum are perennius ,
Regalique fitu pyramidum altius ;
Quod non tempus edax , non Aquilo impotens
Poffit diruere, aut innumerabilis.
&1 Annorum ferics , & fuga temporum.
C'eft à préfent qu'Ovide pourroit dire auffibien
qu'Horace :
Jamque opus exegi quod nec Jovis ira , nec ignes
Nec poteritferrum , nec edax abolere vetuftas.
C'est à préfent qu'on peut promettre l'immortalité
aux grands Hommes & aux grandes
actions , aux talens , aux vertus ; c'eft à pré
fent qu'il n'y a plus d'érernel oubli..
Non cgo te meis
Chartis inornatum filsbo ,
Torve tuos patiar labores
Impune.... carpere lividas
Obliviones,
DE FRANCE. 79..
Il ne reste plus à la barbarie , pour rentrer
dans tous fes droits , qu'à faire oublier jufqu'à
l'Art de l'Imprimerie ; & c'eft à quoi elle
voudroit bien parvenir.
و د
M. le Marquis de Maffei & M. Séguier tra
vailloient à raffembler en un feul corps les
infcriptions recueillies par divers Antiquaires
, & auxquelles ils en auroient ajouté un
grand nombre , lorfque la collection de Muratori
parut en 1739. Alors M. Séguier fe tourna
principalement vers la Botanique & l'Hiftoire
Naturelle ; il publia en 1740 fa Bibliotheca
Botanica ; en 1745 , fes Planta Veronenfes.
" Il avoit confervé dans l'âge mûr la même
intrépidité qu'il avoit montrée pour les
» Sciences dans fa jeuneſſe .... Ayant trouvé
» dans les environs de Vérone une espèce
» de champignon qu'il n'avoit point encore
» vue , il ofa en goûter pour en connoître
les propriétés , & tomba prefque auffitôt
privé de fentiment . C'en étoit fait de fa vie,
fi des payfannes, accourues àfon fecours, ne
» lui euffent fait avaler de l'huile d'une lam
» pe qui brûloit devant une Madone , & qui
» avoit dans le pays la réputation de guérir
les maux les plus incurables. On ne pou-
» voit heureufement lui adminiftrer un meil
» leur remède . Cette huile gralle & rance
eut débarraflé dans un inftant fon efto-
» mach du fatal champignon , & fa guérifon
» toute naturelle fur ajoutée à la longue lifté
» des miracles opérés par cette lampe mer
» veilleufe.
"
و د
"
و د
"
Div
So MERCURE
Les habitans des montagnes du Vicentin
voulurent le brûler comme forcier, il fat cmprifonné
à Volterre comme un voleur , parce
qu'il cherchoit à enlever pendant la nuit une
pétrification qu'il avoit remarquée dans la
partie antique des murailles de la ville.
M. Dacier a eu raifon de ne pas négliger le
1. fait fuivant , qui eft un trait de caractère bien
ntarqué dans un genre bien rare. M. Séguier
vifitoir avec le Marquis Maffei un cabinet
d'antiquités en Allemagne ; on leur montra
on un monument fur lequel étoient gravées quel
ques lettres grecques que perfonne n'avoit
pu encore interprêter ; le Marquis Maffei
avoua qu'il n'en devinoit pas le fens , &
demanda du temps pour y réfléchir. « M. Séguier
, dans un premier mouvement , kailla
échapper quelques mots qui firent penfer
» qu'il favoit ce que les lettres fignificient ,
» & ille favoit réellement ; mais il fe retint
auffitôt , & ce fut en vain qu'on le preffa
d'en dire fon avis. Il aima mieux qu'on
» crût qu'il s'étoit avancé témérairement, que
de paroître favoir quelque chofe que fon
» maître ignoroit. »
"
כ
"9
Il palla vingt ans avec lui dans la plus douce
union ; il le perdit en 1755 , & revint chercher
au fein de fa famille & de fes anciens
amis les confolations dont il avoit befom .
Ce fut peu de temps après fon retour à
Nifmes , qu'il retrouva l'infcription de la maifon
carrée. Peyrefc & d'autres Antiquaires
savoient efpéré cette découverte ; mais le
DE FRANCE. : 81
Marquis Maffei qui , en 1733 , avoit examiné
çe monument , avoit prononcé que la découverte
étoit impoflible. M. Séguier , qui
ne fe permettoit jamais d'être plus habile
que fon maître , avoit adopté la même opinion
, & s'y étcit confirme de plus en
plus
par fes propres obfervations ; cependant
P'Académie des Belles Lettres s'occupa de cer
objet en 1757. M. l'Abbé Barthelemy qui ,
en paffant à Nifmes , avoit reconnu plufieurs
lettres du bas de l'édifice , étoit perfuadé
qu'on pourroit reftituer l'infcription à la faveur
d'un deffin figuré , où les trous irrégulièrement
femés fur lentablement , feroient
placés dans leur exacte correfpondance . Un
autre Académicien ( feu M. Ménard ) en écrivit
aux Magiftrats de Nifines ; ils firent conftruire
un échafaud , M. Séguier y monta , &
par une fuite d'opérations & de combinaifens
fcrupuleufement exactes , il parvint ,
contre fon attente , à reftituer l'infcription
entière. On fut enfin ce qu'on avoit ignoré
jufqu'alors , ce que c'étoit que la maiſon carrée
: ce n'étoit ni un Capitole , ni une maiſon
Confulaire , ni un Prétoire , &c. comme on
l'avoit conjecturé ; c'étoit un temple élevé
en l'honneur des Céfars Caïus & Lucius ,
petits-fils d'Augufte. C'est ce que démontra
M. Séguier , " dans une differtation où le favoir
eſt toujours uni à la méthode & à la
clarté , & qui parut en 1759. Il femble que
» fa fortune littéraire fut en quelque forte
» attachée à la famille d'Agrippa : une mé-
33
Dv
82 MERCURE
» daille de cet illuftre Romain lui infpira le
goût de l'antiquité ; le temple confacré à
» fes fils eft devenu un monument de fa
gloire.
رو
Il fut nommé en 1772 Affocié Libre Regnicole
de l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres ; l'Académie de Nifmes , dont
il étoit le bienfaiteur , & un des principaux
ornemens , & à laquelle il avoit donné fon
cabinet d'histoire naturelle , fa bibliothèque
& fon Recueil d'Antiquités & de Médailles ,
le nomma par acclamation fon protecteur
après la mort de M. de Becdelièvre , Évêque:
de Nifmes: " Il n'a pas joui long- temps de-
» ce titre faftueux qu'on l'avoit contraint:
d'accepter, & qui contraftoit d'une manière
fi frappante avec fa fimplicité & fa
» modeftie.. » Il mourut le 1er Septembre
1784 , dans fa quatre-vingt-unième année..
"3
Les Éloges que M. Dacier a compofés:
depuis qu'il eft Secrétaire de l'Académie des
Belles- Lettres , méritent toute l'attention &
des Gens- de- Lettres & des gens du monde ;;
ils font écrits d'un ftyle pur , élégant , plein
de goût ; its offrent des extraits bien faits ,
des précis lumineux , des réfultats excellens ;.
ils rendent l'inftruction aimable ; avantage qui
manque prefque toujours à l'inftruction , &
qui en retarde confidérablement les progrès..
DE FRANCE. 83.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
DEPUIS la rentrée des Théâtres , la Comédie
Françoife a remis quatre Pièces de fon an
cien répertoire , dont trois Comédies, & une
Tragédie.
10. La Coquette & la Fauffe Prude , Comédie
de Baron , en cinq Actes , & en profe.
Cydalife a trois amans ; elle en trompe
deux , & défefpère le troifième. Céphife , fa
tante , condamne fes mceurs , fa coquetterie,
& néanmoins elle aime celui des trois amans
de fa nièce , qui eft le moins trompé, Cydalife
oblige cet amant à feindre de l'amour
pour Céphife ; il eſt forcé d'obéir : la Prude
écrit à fon vainqueur ; la Coquette s'empare
du billet , démafque fa perfecutrice aux yeux
de fon époux ; & réfléchiffant fur fa conduite
paffée , elle y renonce , & époufe Érafte.
Cette Comédie a été repréſentée , pour la
première fois , le 28 Décembre 1686 : elle
eut alors du fuccès & vingt - cinq repréſentations.
Depuis elle a été remife plufieurs
fois , & n'a pas été vue fans plaifir ; mais à
force de reparoltre fur le répertoire & fur
le Théâtre , le plus fouvent d'une manière
très -négligée , non- feulement elle a ceffé de
plaire , mais encore les repréfentations en
Dv
84
MERCURE
font devenues défertes . Après l'avoir aban- !
donnée pendant cinq ans , les Comédiens ont
voulu la reprendre , fa remife n'a point eu de
fuccès. On remarque pourtant dans cet Ouvrage
du mérite, de la connoiffance du monde,
& de la gaité ; mais fi nos moeurs , fous un
certain afpect, font toujours les mêmes, elles
n'ont plus les mêmes formes qu'en 1686 ;
d'ailleurs les caractères des valers , & ceuxdes
deux amans ridicules qui en conftituent
le principal comique , font outrés , & hors
de la vraisemblance . En voilà plus qu'il n'en
faut pour motiver le fuccès de la Coquette
en 1686 , & fa chûte un fiècle après.
2º. Les Tuteurs , Comédie de M. Paliffot ,
en deux Actes , & en vers. Il y a trois ans
que cet ouvrage a été remis ; nous en avons
rendu compte ; il eft inutile de répéter ce que
nous een avons dit.
3° ر . L'Obftacle imprévu ou l'Obftacle !
fans Obftacle , Comédie de Néricault Deftouches
, en cinq Actes , & en profe.
Léandre devoit époufer Julie ; mais n'étant
point affez riche pour elle , il eft parti décidé
à ne revenir qu'après avoir fait fortune.
Pendant fon abfence , Julie eft demandée en
mariage par M. Lifimon , enfuite par Valère ,
fon fils , qui a d'autres engagemens avec Angélique
, fille de Mme la Comteffe de la Pépini
re. Enfin Léandre revient au troifième
acte , plus amoureux que jamais , veuf d'une
femme âgée , qui lui a laiffé toute la fortune.
Le vieillard Licandre , cru oncle de JuDE
FRANCE 85
4
.
lie , arrive au quátrième , & confent au mariage
des deux amans ; mais tout-à- coup ce
mariage rencontre un obftacle. La femme
dont Léandre eft veuf, eft la Comteffe de
la Filandière , & cette femme a toujours paffé,
pour la mère de Julie. Heureufement tout
s'explique ; Licandre eft le père de Julie ; il
raconté en partie l'étrange hiftoire de fon.
mariage , & les deux amans font heureux.
Angélique , méprifée , a renoncé à Valère ,
& Valère prend la fuite , au déſeſpoir d'avoir
manqué deux mariages.
Cette Comédie a été jouée , pour la premère
fois , le 10 Octobre 1717 : elle n'eut
alors que fix repréſentations. Elle a été remife
en 1735 , avec des corrections , & ne fut repréfentée
que cinq fois : depuis elle a été jouće
de loin en loin , & toujours avec peu de
fucccès.
L'intrigue de cet ouvrage eft trop compliquée
; fon enchaînement échappe à l'attention.
la plus fuivie , parce que les événemens ne
font pas liés avec affez d'art elle annonce
néanmoins de l'imagination , & une grande
connoiffance des effets de la fcène. Le dénouement
eft forcé , invraifemblable , & ridiculement
romanefque. Le perfonnage de la
Comteffe de la Pépinière eft très original ,
très-faillant , mais il demande à être très- ,
bien joué , fans quoi il devient une caricature.
L'intrigue fecondaire entre Crifpin , Nérine
& Tafquin - eft extrêmément phifante.
Le premier , amant de Nérine , l'alaiffée fille
J
868 MERCURE
en partant avec Léandre fon maître ; à for
retoar il la trouve femme du fecond. De - là
des fcènes & des fituations quelquefois un
peu boufonnes , mais qui jettent beaucoup
de gaieté dans l'action. La pièce d'ailleurs eft
écrite avec foin ; le ftyle en eft facile , brillant
, & plein de traits heureux , fur- tout dans
le premier Acte . Elle a été fort applaudie , &
P'on peut préfumier que cette repriſe aura plus
de fuccès que toutes celles qui font précedée.
4. Guillaume Tell , Tragédie de M. Lemierre
, de l'Académie Françoife , en cinq
Actes , & en vers.
Cette Tragédie eft trop connue , ainfi que
le fait hiftorique qui en a fourni le fonds
pour que nous en donnions l'analyfe. Repréfentée
, pour la première fois , le 17 Décembre
1766 , remife en 1763 , elle a tou
jours été confidérée comme un ouvrage trèseftimable
; mais peut- être n'a- t- on point affez
tenu compte à l'Auteur , de l'art avec lequel
il a vaincu les difficultés néceffairement attachées
à fon fujet. Un chapeau qu'un Tyran
fait élever au milieu d'une Place publique ,
avec ordre à tout Citoyen de fléchir le genou
en paffant devant lui ; une pomme qu'on fait
pofer fur la tête d'un enfant, en contraignant
fon père à l'abattre avec une flèche , au péril
d'être le bourreau de fon fils ; tout cela ne
paroît pas d'abord entrer dans nos idées dramatiques
, & notre goût dédaigneux le res
garde comme un tiffu de moyens indignes
de la Tragédie ; mais aufli tour cela tient . aix
DE FRANCE. 87
fujet choisi par M. Lemierre ; tout cela
a produit une grande révolution en Suiflè ,
& il falloit beaucoup de talent & d'adreſſe
pour annoblir , par l'énergie des caractères ,
des incidens aufli peu admiffibles au Théâtre ,
quoique très-intéreffans dans l'Hiftoire. On
doit fur cet article de grands éloges à M. Lemierre
, principalement pour celui de Guil
laume Tell , que la fierté , l'intrépidité , le
patriotifme , & l'enthoufiafine de la liberté
développent de la manière la plus avanta
geufe . Ce rôle a été très-fupérieurement rendu
dans l'origine , par le célèbre le Kain ; M. la
Rive s'y montre le digne fucceffeur d'un homme
juftement illuftre , notamment dans les
trois derniers Actes ; & le Public , en le demandant
après la fecon de repréfentation , a
payé fes travaux par les applaudiflemens les
plus flatteurs.
COMÉDIE ITALIEN NE.
Le lundi 26 Juin, on a repréſenté , pour la
première fois , la Double- Clef, cu Colombine
Commiffaire , Comédie-Parade en deux
Actes , mêlée d'ariettes..
Léandre & Pierrot , amans d'Iſabelle & de
Colombine , font introduits par celle- ci dans.
-la maifon de Caffandre , pendant fon ab
fence. Un déjeûné tout fervi , une robe de
Palais qui fe trouve là tout-à- propos , donnent
lieu à des facéties affez ridicules , dont la pluss
remarquable eft la façon d'un contrat de mar
88 MERCURE
riage rédigé par Colombine , affublée de la' ,
robe noire. M. Callandre va . rentrer ; les
amans prennent la fuite en oubliant leurs
manteaux : les bon - homme les vifite , & y
trouve les preuves d'un projet de fuite ,
concerté entre les quatre amans. Il enferme
les deux femmes dans un appartement
dont il a la clef. M. Caffandre a mandé
un ouvrier , afin de lui difpofer un endroit
propre à cacher fon argent , & à enfermer
fa pupille . Pierrot & Léandre viennent pendant
la nuit avec d'autres manteaux ; M. Caf
fandre les prend pour les ouvriers qu'il attend
, leur confie fa caffette , & les engage
à travailler , ce qu'ils ne font pas , ce qu'ils
ne peuvent point faire , car ils font fans lumière
, & il eft nuit . Colombine , qui a une
double clef de la chambre où elle eft enfermée
avec Ifabelle , fort , prend le manteau
de Pierrot , comme Ifabelle celui de Léandre
: Callandre rentre , les amans fe cachent.
Trompé une feconde fois par les manteaux
, le vieillard remercie les prétendus
ouvriers , d'un travail qu'ils n'ont point fait ,
& ouvre lui- même la porté à fa pupille &
à fa fuivante. Il reconnoît enfin qu'on l'a
trompé , & même volé ; il demande un Commiffaire;
Colombine fe préfente avec une
énorme perruque ; & après tous les lieuxcommuns
ufités en pareil cas , Caffandre eft
forcé de confentir au mariage d'Ifabelle avec
Léandre.

La Comédie- Parade n'eft pas nouvelle en
DE FRANCE. 89
1
France elle a dû fon origine aux moialités
, aux fotties que les enfans de la joie ,
la Bazoche , les Confrères de la patiion , & la
troupe du Prince des fots, repréfentoient dans
les marchés , lors des événemens publics.
Elle a infecté le Théâtre François dans fa
naiffance on l'en a infenfiblement bannie ,
mais pas abfolument , car elle y reparoit de
temps en temps. Nos pères , grands amis de
la groffe gaieté , à laquelle on pourroit donner
une épithère plus jufte , & moins honnête ,
recherchèrent la Comédie- Parade , quoique
le goût s'épurât ; mais elle n'obtint & ne conferva
qu'un certain genre de fpectateurs.
Elle jouit pourtant de la faveur générale
pendant quelque temps , parce que des gens
de beaucoup d'efprit cachèrent , fous fa groffière
enveloppe , de la philofophie , de la morale
& de la critique enfin elle est tombée
dans le népris. On s'efforce néanmoins depuis
fix ans de lui donner droit de bourgeoifie à
la Comédie Italienne ; il eft vraifen: blable
qu'on n'y réuffira pas . Le public , féduit d'a
bord par l'appât de la gaieté , a paru adopter
de nouveau un genre qu'il avoit repouffé ,
mais il eft revenu fur fes pas , & nous ne
pouvons que le féliciter fur la conftante fermeté
, par laquelle il marque la Comédie-
Parade du fceau de la profcription . Colombine
- Commiffaire eft un de ces ouvrages qui
ne méritent pas la critique nous n'embaurions
point parlé , fans la néceffité de rappeler
les réflexions que l'indulgence accordée à ce
>
MERCURE
miférable genre nous a fouvent fait imprimer.
MM. les Comédiens Italiens éclairés
par leur expérience & à leurs dépens , voudront
bien , fans doute , revenir für leur goût
pour les parades , & ne forceront pas les Ainateurs
à ailimiler leur Théâtre aux plus miférables
tréteaux de la foire & des remparts.
ANNONCES ET NOTICES,
NOUVEAU Traité d' Architecture - Pratique , con>
cernant la manière de bâtir folidement , avec les
Obfervations néceffaires fur le choix , la qualité ,
l'emploi & le prix des matériaux , far le falaire de
chaque efrèce d'Ouvriers ; faivi d'un Traité de Géomérie
, par J. F. Mourcy , Appareilleur , Infpecteur
& Toifeur des Bâtimens du Roi . 1 Vol. in - 8° .
avec huit Planches . Il contient la maçonnerie , char
pente , couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaife , vuidange , pavés de grès & blocage.
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conftruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & publié au mois d'Avril der
nier; c'eft à ce moment même que la vente s'en eft
trouvée tout- à- coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Peronne qui eft restée chargée d'en fuivre le
débit , ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Quvrage eft jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture , & même aux Ouvriers , a cru
devoir le fixer au prix le plus bas . c'eft pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de fe
débiter au prix de 4 liv. broché & s liv. relié. A
DE FRANCE. 91
Paris , chez la Veuve de l'Auteur , rue S. Antoine ,
au coin de celle de Jouy ; chez M. Mareux , & chez
L. Cellot , Imprimeur Libraire , rue des grands Auguftins
; Alexandre Jombert jeune , Libraire , rue
Dauphine , n° . 116 ; Prault , quai de Gêvres.
PRECIS de la Prononciation Angloife pour les
voyelles fimples a , e , i , o , u , y , en profe & ens
vers, à l'ufage des Dames , par M. Drobecq , Membre
du Musée de Paris , & Correfpondant du Cercle
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in- 8 °. A Paris , chez l'Auteur , rue Dau
phine , au Mufée de Paris .
C'est le commentement d'un Ouvrage dont l'Au →
teur donnera la fuite , fi ce premier ` Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CONFESSION générale de l'année 1785 , Brochure
in- 16 de 46 pages. A Ipahan ; & fe trouve à
Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de Melgrigny ,
rue des Poitevins .
Le but de cette bagatelle eft de faire paffer en
revue fous la forme d'une Confeflion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'efprit
& de gaîté.
DES Moyens de conferver la fanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l'Amérique. in - 8 ° . A St- Domingue ; & fe trouve à
Paris , chez Méquignon l'aîné , Libraire , rue des
Cordeliers . 1
Cer Ouvrage a été fait fur les lieux mêmes ; ce
qui eft un préjugé , pour les obfervations que
rapporte l'Auteur , & pour les méthodes curatives.
qu'il indique.
92 MERCURE
TABLETTES de Bouillon, économiques , propres
aux ufages domeftiques & pour la Marine. A Paris ,
chez le fieur de Lavoiepierre , rue Saint Honoré ,
hôtel des Américains. Prix , 8 liv. la livre ou les
trente -deux Tablettes .
On fait que le fieur de Lavoiepierre a toujours
eu pour objet de procurer au Public les comeftibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables , & fon zéle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public .
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon , il
s'eft appliqué à leur fabrication , & fon fuccès ne lui
Jaifoit plus rien à defirer quant à la qualité , mais le
prix exceffif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuffent
aboudantes , à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
ily a formé avec un de fes Correfpondans , à qui il
a communiqué fes procédés , un établiffement pour
la composition de ces Tablettes .
Avantages des Tablettes de Bouillon . On peut ,
par leur moyen , feprocurer en un moment , partout
où l'on le trouve , un Bouillon ou un Potage auffi
fain & auffi agréable que te Bouillon le mieux fair.
Elles foutiennent le paffage de l'Equateur , & fe confervent
plufieurs années en les tenant renfermées &
au fec dans les bretes avec lefquelles on les vend .
La manière de les employer cft fimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette de demi - once
pour chaque demi - feptier 7 ou demie livre ) d'eau
bouillante , y ajoutant une pincée de fel ; on remue
avec la cuiller , & le Bouillon eft fait. L'on en fait
une foupe ou un tage à fa volonté.
7
Outre les avantages ci d. ffus , les circonstances
où ces Tablettes peuvent être utiles font à l'infini ,
pui qu'elles peuvent toujours remplacer le Bouillon ,
& qu'elles fervent dans bien des cas où le Bouillon
n'eft pas fuffifant.
DE FRANCE.
93
Le Bouillon ordinaire eft fouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis affez de viande ; ou parce
qu'elle n'a pas é cuite afler long - temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût , & c.
Les perfonnes qui en demanderont, voudront bien
joindre à leur lettre en mandat fur quelque mailon
à Paris , pour en recevoir le payement.
TRAITÉ de la Pêche , ou l'Art de foumettre les
Poiffons à lempire de l'homme , par M. Buc'hoz ,
Auteur de diffirens Ouvrages économiques , Volume
in - 12. Prir , 2 liv. broché. A Paris , chez Guillor,
Libraire , rue Saint Jacques.
SIGEVART , dédié aux Ames fenfibles ; Roman
traduit de l'Allemand , par M. de Lavaux . A Paris ,
chez Volland , Libraire , quai des Auguftins .
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Village de Souabe , deftiné dès fa première jeuneffe
par fon goût & la volonté de fes parens , a la
Profeffion Religieufe chez les Capucins de leur Vil
lage , partit de chez lui pour aller faire fes premières
études à Hambourg ; de-là il paffa dans l'Univerfité
d'Ingolftad , où il fe prit d'une vive paffion pour la
fille d'un Confeiller auquel il avoit été recommandé :
ce goût lui fit bientôt oublier fa première deftination
; il rechercha les moyens de vivre dans le
monde , & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageait fon amour. Les divers événemens
que Sigevart éprouva pendant le cours de les études ,
& le malheureux fuccès de fes amours , le contraignirent
de revenir à fes anciens projets , & à prendre
T'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de merveilleux
dans ce plan . Les divers événemens qui forment
l'Cuvrage, excitent de temps en temps la cutiofité
; mais on n'y remarque rien , pas même le
i
94
MERCURE
"
ftyle , qui puiffe faire mettre ce Roman au - deffus de
la claffe fi nombreufe de ceux qui le font lire avec
quelque plaifir , & dont il ne refte rien dans la mémoire.
LES Femmes comme il convient de les voir , ou
Apperçu de ce que les Femmes ont été , de ce qu'elles
font & de ce qu'elles pourroient étre. A Londres ; &
fe trouve à Paris , paffage des Jacobins , rue Saint
Jacques.
Les Hommes & les Femmes ont , en fortant des
mains de la Nature , les mêmes moyens & les mêmes
difpofitions , & la feule éducation occafionne les différences
qu'il y a entre les deux fexes : voilà ce que
l'Auteur voudroit prouver dans la première Partie de
fon. Ouvrage.
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui fe font rendues célèbres chez les
divers Peuples.
neurs ,
La troisième préfente l'examen particulier de ce
que les Femmes font actuellement en France , & de
ce qu'elics pourroient y être enfin l'Auteur propofe
un Etablidement au moyen duquel les Femmes
feroient affociées à la gloire de leurs maris , & pourroicht
par conféquent partager avec eux les Honles
Grades , les Cordons , &c. On fait combien
on a déjà écrit , & combien on pourroit écrire
encore fur cette matière , même après avoir lu cet
Ouvrage , qui nous a páru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyons d'ailleurs que quelques-
uns des moyens qu'il propofe en élevant un
fexe , humilieroient bien l'autre. Il feroit plaifant
en effet de voir une femme Maréchale de France ,
& décorée du Cordon Bleu , tandis que fon mari
auroit à peine la Croix de S. Louis.
PARIS & la Province , Choix des plus beaux
DE FRANCE.' .95
Monumens d'Architecture anciens & modernes en
France, deffiné par M. Teftard , & gravé en couleur
par J. A. Lecampion , quartier de la Cité, Prix ,
6 liv . A Paris , chez l'Auteur , rue Saint Jacques ,
n°. 8 , & Leſclapart , Libraire , rue du Roule ,
n°. II.
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécutée
, & l'on y lit des explications qui offrent des détails
curieux & des obfervations piquantes.
LE Cabinet des Fées , ou Collection choifie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux ornis
de Figures , treizième Livraifon , Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
par M le Comte de Caylus , les Contes de Montcrif,
la Reine fantafque de J. J Rouffeau , la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theffalie.
Cette Collection formera 31 Volumes in 8 ° . ,
dont le prix eft de 3 liv . 12 fols le Volume broché
avec 3 Planches .
Le faccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
31 Volumes in- 12 avec les mêmes Figures de l'in-
8. , dont le prix eft de 2 liv . 8 fols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 31 Volumes
in- 1 2 fans Figures , dont le prix eft de 1 liv. 15 fols
le Volume broché . Il en paroît actuellement 12 Vol.
On s'inferit pour les diverfes Editions à Paris ,
chez Cacher , Libraire- Editeur des OEuvres de le
Sage & Prévoft ; & à Genève , chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs--Libraites .
Nota. On prévient MM. les Scufcripteurs qu'il
y aura un Supplément de fix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiffer. Au moyen de ce
Supplément , la Collectionentière aura 36 Volumes
tant in- 8 ° , qu'in - 12 , fans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices fur la Vie des Auteurs..
96
MERCURE
NUMEROS 28. à 33 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix , 1 liv. 4 fols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante - deux Numéros
30 liv . pour chaque Inftrument. A Paris , chez Coufineau
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des
Poulies.
TRIO concertant pour le Clavecin , Flûte &
Alto , par M. A. Kuhn , OEuvre V. Prix , ' 3 liv.
12 fols , faifant le Numéro 30 du Journal de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs . Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violoncelle , par M.
Jofeph Hayden , Cavre XLV , neuvième Livre de
Clavecin. Prix ,, liv . 4 fols. Six Romances &
fix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe , deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille ,
Cavre IV. Prix , 7 liv. 4 fols . A Paris , chez M.
Boyer , Marchand de Mufique, rue de Richelieu ,
ancien Café de Foy , & Mme Lemenu , rue du
Roule , à la Clef d'or.
-
TABLE.
EPITRE à Mme la Marquife Eloge de M. Séguier , de Nif- de B ***
Charade, Enigme & Logogry- Comédie Françoiſe ,
ph ,
Epitre à l'Amitié,
49! mnes 73
83
53 Comédie Italienne
56 Annonces & Notices ,
87
J'AI
APPROBATION.
'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 8 Juillet 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puite en empêcher l'impreffion . A
Paris . le 7 Juillet 1786. RAULIN.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI IS JUILLET 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Au Ro1, fur fon retour de Cherbourg.
Du port qui de Céfar tient fon nom * glorieux , U
LOUIS revient plus grand & plus cher à nos yeux.
Arbitre révéré de la paix des Deux- Mondes , **
Il a vu l'Océan lui foumettre les ondes.
Sous fon règne fertile en prodiges divers ,.
Vingt Dédales nouveaux ont vogué dans les airs.
De Bellone fa voix fit taire la trompette ;
Le Ciel bénit les feux pour l'augufte Antoinette.
Protecteur d'Apollon , dans les loifirs de Mars ,
D'un regard créateur il féconde les Arts.
(Par M. le Comte de Bacon.)
Cherbourg. Cafaris Burgus
** Louis XVI a donné la paix aux Deux - Mondes à
28 ans.
N. 28
, 15-Juillet 1736 .
98 MERCURE
INPROMPTU à Mme la Marquife D'El...
QUEL fort eft comparable au vôtre ?
Plaire aux deux fexes tour- à- tour ;
Quand vous forcez l'un à l'amour ,
Vous avez l'amitié de l'autre.
(Par M. Sabatier de Cavaillon . )
A1R de M. SOIGNET.
J'AI ME les champs, les prés & les bois
fombres , jai- me la Paix
qui regne en ce val lon ;
·
DE FRANCE.
oui , je me pais dans l'é pais- feur des
ombres , à tous les bois je
dois u - ne chan fon, -
tous les bois je dois u- ne chanfon;
dans les détours où
E i)
ICO MERCURE
chante Phi- lo - me- le
tout ce qu'on
voic nous in-vi - te au plai- fir ,
au tout ce qu'on voit plai - fir nous rappel-
le 3 & c'en eft un que de s'en
fou - ve- nir , tout ce qu'on
DE FRANCE. 101
voit au pai- fir nous rap- pel- lejs
}
& ce eft un que de s'en fou - venir
, que de s'en fou venir , que
de s'en fouvenir.
J
VASTE forêt, afyle folitaire ,
Vous que jamais ne pénètre le jour ,
Le doux rayon , le feul qui vous éclaire ,
Semble échappé du flambeau de l'Amour.
E iij
102
MERCURE
Doit- on aux Dieux d'être amant d'une Belle ;
Au fond d'un bois on aime à s'égarer :
Si par malheur on perd une infidelle ,
C'est dans les bois qu'on aime à la pleurer.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Délit ; celui
de l'énigme eft Curiofité ; celui du Logogryphe
eft Mufique , où l'on trouve Mufe ,
mis fi , que , mufque.
CHARADE.
ON n'apperçoit que trop de jeunes étourdis ,
De molleffe énervés , fur mon premier affis ,
Dans mon fecond ſouvent écrafer leurs femblables .
Et par leurs cruautés ſe rendre haïffables ;
Eux de qui les ayeux , pefant fur mon entier ,
N'avoient pas de ces fous le caractère altier.
( Par M. le Chevalier de Meude- Monpas. )
ERRATA, Dans la précédente Charade , au lieu de
dès que l'ombre parot , lifez : dès que l'aube parois , &x.
DE FRANCE. 103
ENIGM E.
ON doute N doute fi je viens des cieux ou des enfers , fi
Tant j'apporte aux humains de plaifirs & de peines !
J'infpire l'efpérance & les craintes foudaines ,
Et rends l'esclave libre au milieu de fes fers.
Aux plus néceffiteux mes préfens font offerts ;
Mais on ne voit jamais que leurs mains en foient
pleines ;
Je n'ai de leurs vrais biens que les images vaines ,
Et flatte feulement les maux qu'ils ont foufferts.
Je fuis , comme l'Amour, fujet à l'inconftance ;
J'aime comme ce Dicu la nuit & le filence ,
Et ne chéris pas moins les antres & les bois .
Je fuis un enchanteur qui , fans force & fans arines ,
Triomphe également des Peuples & des Rois ,
Etrien n'eft fi facile à rompre que mes charmes.
( Par M. Guérin du N***ois. 】
LOGO GRYPH E.
Mes quatre pieds font tout mon bien ;
Le dernier vaut mon tout , & mon tout ne vaut rien .
( Par M. Th .M )
E iv
104 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE des progrès de la Puiffance Navale
de l'Angleterre , par M. le Baron de
Sainte- Croix , de l'Académie des Infcriptions
& Belles-Lettres , 2 vol. in- 8°. A
Pars , chez Debure l'ainé , Quai des Auguftins
, 1786 .
IL exiſtoit en François , depuis bien des añnées
, une Traduction en 3 vol. in- 4°. de l'Hiftoire
de la Marine d'Angleterre , par Lediard ;
compilation fouvent inftructive , mais diffuſe ,
mais chargée de dénombremens de vaiffeaux
& de relations de combats maritimes , circonftanciés
jufqu'au dégoût , fouvent même
avec la plus déraifonnable partialité. Un Ouvrage
plus intéreffant , & fur- tout plus utile ,
eût éré celui où en développant Paccroiffement
fucceffifdes forces navales de la Grande-
Bretagne , on auroit expofé les caufes de ces
grands effets ; où l'on eût montré comment
le génie de ces Infulaires feconda la nature
de leur pofition , qui les appeloit à fe
former un empire fur l'Océan ; ce qui retarda
chez eux cet efprit d'entreprife , & ce qui
contribua à l'animer ; Finfluence qu'eurent
fur le commerce les révolutions qui donnèrent
au peuple , une exiftence politique ;
l'influence encore de la liberté de ce peu-
;
A
DE FRANCE. ་ 105
ple fur fes loix maritimes , & de l'activité
d'une grande navigation marchande fur
la force nationale ; comment enfin , par
une légiflation toujours perfectionnée , par
la dépendance où l'autorité des Négocians a
tenu l'Autorité publique & la politique extérieure
, par le befoin de foutenir enfuite une
Puiffance que fon étendue rendɔit fi dangereufe
, l'Angleterre fanglante , bouleverſée
de factions , fixa au milieu d'elle & des débris
du Trône , cette prépondérance navale
qu'on avoit vu paffer fucceflivement de Tyr
à Carthage , de Carthage à l'Archipel , de
l'Archipel à l'Italie , & de celle-ci aux marais
de la Hollande.
M. le Baron de Sainte - Croix n'a point embraffé
un plan fi vafte ; mais fon Livre fervira
puiffamment à ceux qui tenteroient de l'exécuter.
Cet eftimable Hiftorien s'eft contenté
de lier les principaux événemens de la politique
générale de l'Europe , à ceux de la Marine
Angloife ; il a réuni en deux volumes
Abrégé des Révolutions de la Guerre fur
mer entre les diverfes Puiffancés qui fe font
difputé cet élément , aufli mobile que la
fortune des Érats & que leurs maximes.
En 1782 , l'Auteur publia une première
Édition de cette Hiftoire , à laquelle on reprocha
de la féchereffe & des inexactitudes.
Il étoit aifé à un Écrivain favant & laborieux
de faire difparoître celles- ci ; & lorfqu'on joint
le talent à l'érudition , on est sûr de mieux
faire en refaifant . La nouvelle Édition juftifie
Ey
دمح
106 MERCURE
ce préjugé. M. de Sainte - Croix a fu employer
avec choix , avec méthode , avec intérêt , les
nombreux matériaux dont il a fait ufage. Les
Anglois lui en offroient une vafte moillon;
aucun peuple n'a fur fon Hiftoire Militaire
plus d'Ecrits & de Recueils qu'ils n'en pofsèdent
fur l'Hiftoire de leur Marine. La pur
blicité des Journaux de l'Amirauté , les difcuffions
Parlementaires , & l'intérêt , pouffé
jufqu'au fanatifme, qu'infpirent àla Nation ces
murailles de bois dont elle a fait , avec raifon
, le boulevard de la sûreté , ont fourni
aux Hiftoriens des fources abondantes , plus:
fidelles que des rélations altérées par une
fauffe raifon d'État .
A ces documens multipliés , l'Auteur a
ajouté le fecours de plufieurs lettres origi
males enfevelies dans les dépôts de la Marine
Françoife , & les inftructions de quelques
témoins oculaires. Ces pièces manufcrites
eclairciroient plufieurs faits , fi des dépêches
officielles étoient toujours des organes de
vérité.
Dans l'introduction de fon Ouvrage , divifé
en fix Livres , M. de Sainte - Croix rappelle
fommairement les viciffitudes de la puillance
navale des divers peuples , qui , tour- à-tour ,.
ont triomphe fur les mers. Les Anglois paroiffent
fort tard fur cette arène , l'Hiſtorien
penche à les croire abfolument étrangers à la
navigation lors de la conquête d'une partie
de leur Ifle par les Romains , auxquels ils réftèrent
300 ans. Cependant, à cette époque,,
DE FRANCE. 107
Londres femble avoir été déjà un entrepôt
renommé ; & en parlant de cette ville fameufe
, Tacite la dit célèbre par l'étendue de
fon trafic & par le nombre de fes Négocians. *
Jufqu'au quatorzième fiicle , les Puillances
occidentales de Europe , & l'Angleterre
particulièrement , fans Commerce , fans Colonies
, fans Marine Militaire , fe contentèrent
de fe défoler par des pirateries . Tat.dis
que le pavillon des Italiens , nos devanciers
& nos maîtres dans la navigation , comme ils
le furent dans la Littérature & dans les Beaux-
Arts , flottoit avec gloire fur la Méditerranée
& dans les mers du Levant , les Anglois , les
François bornoient encore leur induftrie à
des faccagemens de côtes ou à des brigandages
ifolés. Lorfqu'ils commencèrent à s'attaquer
en règle fur l'Océan , ils empruntèrent
les fecours de Chefs étrangers , fur- tout des
Flamands , dont la navigation marchande
s'étendoit alors du Nord au Midi . La première
action maritime entre ces deux peuples
digne d'être rapportée , remonte au règne
d'Édouard III.
Un célèbre . Écrivain , qui a mis dans l'Hi
toire plus d'impartialité que d'exact.tude , a
dit en parlant de cette longue rivalite : « Les
» Anglois eurent fur les François , la fupériorité
par mer dans tous les temps. Ils
» avoient detruit notre marine en 1741 ; ils
★ Londinum copiâ negotiatorum & commeatuum
maximè celebre. Annal, Lib . XIV...
Evj
108
MERCURET
ود
» avoient anéanti celle de Louis XIV dans la
guerre de la fucceffion d'Efpagne ; ils
» étoient les maîtres des mers du temps de
Louis XIII , de Henri IV , & encore plus
dans les temps infortunés de la Ligue. Le
Roi d'Angleterre , Henri VIII , eut le même
avantage fur François Ier. Si vous remontez
aux temps antérieurs , vous trouverez que
» les flottes de Charles VI & de Philippe de
Valois , ne tiennent pas contre celles des
» Rois d'Angleterre , Henri V & Édouard
» III. *...
-33
ور
On découvre déjà la force de la Marine Angloife
fous ce dernier Prince , à la fameufe bataille
de l'Éclufe , en 1340; M. de Ste- Croix en
rend un compte détaillé. Telle étoit alors
Pignorance du fervice maritime , qu'un des
principaux Chefs de l'Armée Navale de Philippe-
le-Bel étoit un Corfaire de Porto Venere,
nommé Barbevaire. Ce Corfaire prédit à
l'Amiral François qu'il feroit battu en confervant
fa pofition ; cet avis fut méprifé , &
Févénemant le juftifia. Peu de defaites ont.
été plus défaftrenfes la plus grande partie de
la flotte Françoife fut détruite , prife ou difperfee
; elle perdit dix mille hommes ;
Edouard commandoit la fienne en perfonne ;
celle de fes ennemis ne portoit que des Chefs
divifés entre- eux ; & quoique M. de Sainte-
Croix attribue la défaite à cette méfintelligence
dont les exemples fe font & fréquem-
APCcis du fiècle de Louis XV. Voltaire.
DE FRANCE. 109
ment renouvelés , il eft certain qu'en cette
occafion , comme en tant d'autres , la fcience
l'emporta fur l'intrépidité peu eclairée . La
célérité d'Édouard à raflembler fa flotte ,
l'ordre de divifion très- regulier qu'il adopta ,
l'avantage du vent qu'il fut le procurer , & la
fagefle de fes manoeuvres , prouvent autant
que les fautes groffieres de les ennemis , fa
fupériorité dans cette tactique encore naiffante.
Sans gagner de bataille , le prudent Charles
V recula par fes armemens les nouveaux
avantages qu'obtinrent les Anglois fous fon
fucceffeur. Malheureux héritier d'une Monarchie
qu'il vit déchirer er moins de temps , que
fon père n'en avoit mis à la reftaurer , Charles
VI prépara une defcente fur les côtes d'Angleterre
; préparatifs qui coûtèrent $ 1 millions
de nos jours , & qui eurent le fort de toutes
les expéditions de cette efpèce . Ce fut fous
ce règne déplorable qu'on commença à employer
l'artillerie fur les vaiffeaux. On fait
affez tous les défaftres de la France à cette
époque ; & qu'à l'inftant où elle perdoit la
bataille d'Azincourt , fa flotte fut détruite
par le Duc de Bedford . Inutilement , des Génois
expérimentes avoient amené au fecours
des vaincus des bâtimens de leur Nation ; la
plupart furent enlevés pour fervir de modèle.
aux Anglois à agrandir la forme & les dimenfions
de leurs vailleaux.
Mais fa principale force , la Marine Angloife
la reçut de Henri VII , qui , le premier,
110 MERCURE
éveilla l'efprit d'induftrie & de commerce
repeupla d'Ouvriers Flamands les villes défertes
des côtes de la Manche , & appliqua à
la navigation marchande cette aptitude inquiette
que les Anglois , jufqu'alors , n'avoient
employée qu'à la rapine , ou a combattre pour
la caufe de leurs Rois. Ce ne fut pas le feul
bienfait envers le peuple, de ce Monarque qui
fut vaincre & gouverner , & auquel M. de
Sainte- Croix ne nous paroît pas rendre aflez
de juſtice.
Le récit que fait l'Auteur des hoftilités maritimes
entre François I & Henri VIII , offre
à la tête de la flotte Françoife un Amiral de
Cour : c'étoit Annebault , choifi par faveur ,
"& en vertu de fon habileté aux exercices de
la chaffe. Quoique brave , dit FHiftorien ,
ce Général paroilloit plus propre à mener
des Veneurs & des Valets de Limiers , qu'à
conduire des Matelots. Il n'avoit jamais
» fait qu'une campagne au Levant ; encore
ne l'entreprit-il , felon les Mémoires de
و ر

Vieuxville, que de gaieté de coeur, aù milieu
» de l'été , par un temes beau & calme. » Les
opérations de ce Chaffeur répondirent ordinairement
à fa campagne du Levant. M. de
Sainte-Croix en termine le détail par un retour
fur les manoeuvres de la marine dans ce
fiècle.com
Die On n'y connoiffoit pas, dit-il , toutes les
» différentes manières de former , de changer
& de rétablir les ordres de marche , de ba
taille & de retraite , en quoi confifte l'art
DE FRANCE.
» des évolutions ; mais on commençoit à
» favoir régler les mouvemens d'une flotte ,
& la mettre en ligne par divifions . L'habi
leté d'un Général fe réduifoit depuis longtemps
à gagner le vent & à profiter de la
» marée...... Hormis quelques circonftances
délicates , où des bâtimens légers portoient
» les ordres du Commandant , il paroit que
» pour les défigner , on fe contentoit de déployer
certaines voiles , d'allumer des feux ,
» & de tirer un nombre déterminé de coups
» de canon. »
33:
Les événemens de cette Hiftoire augmentent
d'intérêt fous le règne à jamais mémorable
d'Élifabeth , Princeffe qui ,
ainfi que
d'autres Souverains très-célèbrés , fut redevable
de fa grandeur au génie de fa Nation ,
qu'elle eut le talent de connoître & d'exalter..
L'émulation & le patriotiſme avoient rendu
ce peuple auffi induftrieux qu'entreprenant :
à ces deux refforts , comprimés fous les règnes
précédens , PAngleterre dût ce nombre de
hardis Navigateurs , les Cavendish , les For
bisher, les Hawkins , les Drake , les Raleigh ,
exécutant à leurs dépens les expéditions les
plus périlleufes , grands hommes de mer &
grands Citoyens , à l'école defquels fe formèrent
des Amiraux & des équipages , dignes
de donner à leur patrie cette prépondérance:
maritime que Louis XIV affoiblit un moment,
& qu'il vit renaître avant de defcendre
au tombeau. Ce für par les talens de ces
Particuliers illuftres , & par les fecours de fon
112 MERCURE
Peuple, qu'Elifabeth , avec fix cent mille liv.
fterlings de revenu , écrâfa la Puillance navale
du plus opulent comme du plus artificieux
des Princes . M. de Sainte-Croix s'eft
fort étendu fur le defaftre de cette fameufe
Invincible ; détails déjà expofés dans d'autres
Hiftoires , entre-autres dans celle de Philippe
II , par l'Écoffois Watfon ; mais peut - être
fera-t'on faché de voir ce tableau terminé par
le reproche que fait l'Hiftorien à Élifabeth ,
d'avoir mis de l'oflentation dans un triomphe
qu'elle devoit aux élémens. Certainement ,
cette Reine ne dut point aux élémens un
armement de cent quarante vaiffeaux , commandés
par les Chefs les plus habiles , dirigés
"par les confeils de Drake , Navigateur dont
Piliuftration n'a été furpaffée en Europe que
par celle du Capitaine Cook. Elle ne dut pas
aux élémens les manoeuvres de fa flotte , qui
ne vit pas une des fautes des Espagnols fans
en profiter ; qui les battit dans quatre engagemens
, & leur détruifit fous Gravelines autant
de vaiffeaux que la tempête en difperfa
les jours fuivans . Le mot fameux de Philippe ,
dans lequel l'Hiftorien trouve de la grandeur
d'ame , n'étoit qu'une bravade d'égoïfte ,
puifque l'Armada fut vaincue par les Anglois
comme par les vents. Lorfqu'on rapproche
cet orgneilleux fang- froid d'un Monarque
caché à l'Efcurial , de la conduite d'Elifabeth ,
-haranguant à cheval le camp de Tilbury , &
difant aux Soldats : Je viens vivre ou mourir
avec vous ; je mettrai ma gloire à verfer la
DE FRANCE. 113
dernière goutte de mon fang pour mon Royaume&
pour mon Peuple , il eſt aifé de preifentir
à qui la victoire dût refter..
و د
و ر
C
Le troifième Livre de cette Hiftoire comprend
le Protectorat de Cromwell & le règne
de Charles II. Ce fut l'inftant du duel maritime
le plus opiniâtre & le plus meurtrier
qui ait enfanglanté les mers. « Cromwell , dit
J'Hiftorien , courbant la tête de fes complices
fous un joug defer, avoit à craindre
" que la haine ne réveillât chez eux de dan-
» gereux remords ; c'est pourquoi il réſolut´
d'occuper par une guerre étrangère l'efprit
inquier de fa Nation. » Cette conjecture
eft contredite par les Mémoires & par
l'efprit du temps. Il s'en faut prodigieufement
que les complices de Cromwell, comme les appelle
M. de Sainte-Croix , euffent des remords.
Cet ufurpateur qui, en faisant tomber illégale
ment la tête d'un Monarque, apprit à l'Angleterre
à mieux limiter la prérogative de la Couronne
, déclara la guerre aux Hollandois par
des motifs très - différens . Il vouloit fe venger
de la protection ouvertement accordée à Charles
II dans cette République. Le Parlement
lui-même ſouſcrivit à ces hoftilités , dans la
vue de porter fur mer les forces nationales
que Cromwell occupoit fur terre à cimenter
fon autorité. On connoit les actions valeureufes
de Blake , de Monk , de Tromp , de
Ruyter. La Marine Hollandoife foutint moins
avantageufement cette première guerre , que
fa querelle avec Charles II M. de Sainte-
RatedCare
114 MERCURE
1
Croix raconte fuccinctement ces combats
terribles , fuivis de combats plus terribles encore
peut- être eût-on defiré de plus grands
détails perfonnels fur les Amiraux fameux de
ce temps-là , qui , chez aucune Nation , ne
furent égalés depuis. Après la bataille de Portland
, Blake écrivit au Parlement : " Deux
» jours auparavant nous étions en prières ,
» & le 18 , nous remarquâmes que Dieu
» nous apprenoit où étoient les ennemis
par le texte de l'Écriture qu'on lifoit :
Pars, & va contre-eux , &c. » L'Hiftorien
ajoute à cette Lettre : « Ce langage d'une
dévotion fanatique, étoit devenu alors celui
des Héros ; & fans hypocrifie , nul triomphe
ne pouvoit être méritoire aux yeux de
la Nation Angloiſe. » Perfonne , avant M.
de Sainte- Croix , n'avoit reproché à Blake de
l'hypocrifie au contraire la perfuafion
feule & l'enthoufiafme l'avoient attaché aux
deftructeurs de la Royauté. Républicain inflexible
, il fe fit refpecter de toutes les factions
, le langage de la fienne , qu'on retrouve
dans la lettre citée , étoit l'expreffion d'un
zélateur ; mais je doute que la raifon feule
faffe de plus vertueux Citoyens & de meildeurs
Guerriers que l'Amiral Blake.
Obfervons que l'Auteur nomme également
Cromwell un tyran hypocrite. C'eſt aller plus
loin que Hume lui - même , le plus favorable
des Hiftoriens Anglois à la Maifon de Stuart ,
le plus partial des Écrivains fous le manteau
de l'impartialité , le plus fyftématique fous
DE FRANCE. 115
l'apparence de l'exactitude , éternel accufateur
des paffions les plus nobles , ne croyant
jamais au fanatifme de liberté , parce qu'il
n'avoit pas une étincelle de ce fentiment , &
voyant l'hypocrifie par- tout où il ne rencontre
ni les moeurs du dix-huitième ſiècle , ni les
opinions d'un Philofophe d'Édimbourg.
Sous le règne de Charles II , l'Histoire de
la Marine Angloife fe confond de nouveau
avec celle de la Marine des Provinces- Unies.
En 1665 , fe donne la bataille de Leftoff , entre
le Duc d'Yorck , depuis Jacques II , &
l'Amiral Opdam . L'un & l'autre avoient à conduire
100 vaiffeaux de guerre ; 4000 canons
formoient l'artillerie de chaque flotte ; elles
étoient montées de 22000 hommes . Trois
des Commandans Hollandois , entre lefquels
l'Amiral en Chef& 3000 hommes , perdirent
la vie dans cette journée ; 20 de leurs vaiffeaux
furent pris ou détruits. Pour conclure ,
le bourreau vint trancher au Texel les têtes
de quatre des Officiers échappés à ce carnage ,
& en déshonorer un plus grand nombre.
D'après les Lettres de de Witt , M. de Sainte-
Croix attribue la défaite des Hollandois à
l'imprudence de leur Amiral ; mais le témoignage
du grand Penfionnaire eft ici extrêmement
fufpect . Opdam étoit attaché à la Maifon
d'Orange. Inférieur aux Anglois , contrarié
par les vents , il attendoit une occafion
favorable d'attaquer l'ennemi : les États - Généraux
, gouvernés par de Witt , le menacerent
de le faire exécuter à fon retour s'il ne
116 MERCURE
combattoit pas : il combattit en défefpéré ,
perdit fon vaiffeau , la vie & la bataille : on
le pleura , après l'avoir affafliné par une défiance
dont la République fut la victime.
L'année fuivante , une rencontre non moins
acharnee & des pertes auffi confidérables ,
quoique plus égales , fignalent encore l'animofité
des deux Nations; leurs Amiraux meurent
tour-à- tour , foit par le canon , foit à
l'abordage , foit dans l'incendie de leurs vaiffeaux.
En 1672 , la rade de Solebay eſt couverte
des mêmes débris & teinte du même
fang. Céroit un combat à mort. Pour abréger
méme, & pour s'épargner l'amarinage des
vaiffeaux pris , on les faiioit fauter, Nul Officier
n'ofoit fe rendre. Auffi à cette bataille de
Solebay , le Comte de Sandwich , entouré de
400 homines de fon équipage étendus morts
à fes côtés , s'enfevelit fous les décombres de
fon vailleau en flammes. Tel étoit alors le
caractère de la guerre maritime , qu'en lifant
ces effrayantes relations , les affaires navales ,
depuis cette époque , paroiffent des Naumachies
ou des évolutions fimulées .
A cette brillante époque de la Marine Hollandoife
,fuc.ède bientôt celle de fon dépériffement
; mais l'Angleterre trouve à combattre
un autre pavillon oublié fur les mers , &
à qui Louis XIV donne l'éclat d'un règne
fous lequel , felon la remarque d'un Hiftorien
illuftre , tant de chofes eurent leur levant
& leur couchant. Peur apprécier les fervices
que rendit à la Marine Françoife ce MonarDE
FRANCE. 117
que , à la véritable gloire duquel les Panégyriftes
ont nui encore plus que les Détracteurs
, il faut lire ce que rappelle M. de
Sainte- Croix .
و و
-93
" La France , dit- il fort bien , n'avoit ni
arfenaux , ni munitions navales , ni bois de
» conftruction , ni même de ports. La diftite
étoit fi grande , qu'on étoit dépourvu de
» pattes d'ancres , de cordages , de voiles ;
enfin, jufqu'à de la poudre & des mèches ,
" tout y manquoit. Bientôt on fut en état de
» fe paffer de fecours étrangers. Des Provinces-
Unies arrivèrent des Conftructeurs ;
de Suède , des Maitres Mâteurs & des Forgerons
d'ancres ; Riga , Hambourg &
» Dantzick envoyèrent des Cordiers , des
Tilferands. Tous ces Ouvriers eurent des
Élèves François qui les furpafsèrent en peu
» de temps. Soixante mille gens de mer furent
claffes . On bâtit cinq arfenaux , &
plufieurs vaiffeaux furent conftruits fur les
chantiers de France ..... Le génie de Colbert
opéra ce prodige.
93
Les événemens qui fuivent ces créations
rapides , font confignés dans toutes les Hiftoires
, & trop connus pour être rapportés.
Soir par un motif de grandeur d'ame qui mit
enfuite la France fur le penchant de fa uine ,
foit par l'effet d'une longue inimitié contie
Guillaume III , Louis XIV prêta le fecoursde
fa puillance à Jacques 11 , il croyoit cette
puiflance invincible , & il ne fit que cimenter
celle du nouveau Roi d'Angleterre. M. de
118
MERCURE
Sainte-Croix peint ce dernier Prince fous les
couleurs de la prévention. Il ſe borne à repréfenter
ce règne comme une époque de corrup
tion & de ruine. « Pour gagner les fuffrages de
la Nation , Guillaume employa des moyens 23
وو
qui en altérèrent les moeurs ; & pour fub-
» venir aux frais de la guerre , il fe fervit de
» la funefte relfource d'emprunter fur des
» fonds éloignés. » Cette corruption étoit
bien antérieure à Guillaume III. Sous Charles
II , elle fut fi effrénée , que divers Membres
du Parlement eurent l'infamie de fe laiffer
acheter par les préfens de Louis XIV. On
n'a pas revu depuis , ce commerce criminel
avec une Puiffance étrangère ; commerce dont
les dépêches de Barillon , rapportées par le
Chevalier Dalrymple , font connoître l'étendue.
Aucun Roi d'Angleterre ne fut d'ailleurs
plus févèrement traité du Parlement que
Guillaume III. Sous lui , & malgré lui , le
fameux bill des droits fut converti en acte
légiflatif; les Parlemens devinrent triennaux ;
le pouvoir difpenfatif fut aboli ; le droit de
préfenter des pétitions , & la liberté de la
preffe folidement établis , Guillaume , il eft,
vrai , trouva moins d'oppofitions à lever des
fubfides prodigieux ; mais ce Parlement , qui
venoit de fceller le grand exemple d'un contrat
formel entre le Peuple & fon Souverain ,
eût peut-être fait éprouver à Guillaume III le
fort de fon beau-père , fi les efforts de celuici
pour remonter fur un Trône qu'on venoit
d'enchaîner , & fi l'alliſtance que lui donnoit
DE FRANCE. 119
Louis XIV n'euffent rallié tous les partis
contre un ennemi étranger , qui leur faifoit la
guerre pour les remettre fous un joug que la
Nation en corps venoit d'abjurer.
"3
"3
L'Hiftorien a jugé Robert Walpole avec
plus d'équité ; mais il lui fair un reproche
mal fondé , celui d'avoir acheté une partie de -
la Nation aux dépens de l'autre. Le véridique
Abbé de Saint - Pierre penfe bien différemment
de ce Miniftre Anglois & de cette
vénalité. Le plan de Gouvernement de
» Robert Walpole , par lequel , dit- il , il a
» trouvé le moyen d'être néceffaire au Roi
» & utile à fa Nation , eft très-fimple & trèsbien
imaginé. Pour plaire au Roi , il faut
qu'il foit sûr dans la Chambre Baffe de la
pluralité des voix , lorfqu'elle délibère fur
» les petites augmentations de la lifte civile ;
il faut donc acheter quelques voix , & payer
quelques penfions. Four plaire à la Nation ,
» il faut prendre dans la Chambre- Baffe les
partis qui font réellement les plus avanta-
» geux au Public ; car les Anglois non paf-
» fionnés & attachés au bien général , font
toujours en plus grand nombre , & ten-
» dent alors à foutenir un Ministère qu'ils
» voyent prefque toujours attaché aux grands
» intérêts de la Nation ..
ود
ود
ور
"
ود
Rien de plus fenfé que cette réflexion . C'eft
fans doute un mal & une honte que cette corruption
quelconque ; fes moyens , cependant,
& fes effets font très- imparfaitement connus de
la plupartdes Étrangers. Ils imaginent qu'avec
120 MERCURE
des pentions , un Miniftre, quoi
qu'il propofe , eft toujours maitre du Parlement
; mais l'influence de la Couronne ne
fair que mettre en équilibre fon Parti avec
celui de l'Oppofition ; les Membres indépendans,
& dans ce nombre il faut compter la
grande pluralité des reprefentans de Comtés ,
déterminent feuls les réfolutions. Tout Miniftre
donc qui en propoferoit d'oppreffives ,
ou de contraires à la Conftitution & à l'inté
ret general , auroit bientôt les fuffrages contre
lui. L'Hiftoire d'Angleterre , depuis 20
ans , offre cent exemples de cette vérité.
des places & E
Les remarques que je viens d'expofer ne
rendent nullement à déprimer un Ouvrage
aufli recommandable que celui de M. de Ste-.
Croix. Il y montre des connoiffances folides
& étendues , de l'activité dans fes recherches ,
& des principes judicieux. Des Obfervations
fur le fameux Acte de Navigation & fur le
Traité de 1763 , terminent ces deux volumes ,
à chacun defquels fe trouvent jointes des.
preuves juftificatives , dont plufieurs étoient.
encore ignorées.
Quelques Lecteurs , & nous avouons être
du nombre , regretteront de trouver dans
cette Hiftoire auffi peu de particularités fur
tant d'hommes fameux qui ont fait la gloire,
de la Marine Angloife . Anfon & fon voyage
occupent à peine une demi - ligne. Différentes
expéditions exigeoient , ce me femble , d'être
plus circonftanciées , telle , par exemple, que
Celle de l'Amiral Saunders , dans le Fleuve
S. Laurent
DE FRANCE. 121
S. Laurent , l'une des plus hardies , des plus
favantes opérations maritimes , & dans laquelle
le Capitaine Cook fit le premier effai
de ces talens qui étonneront tous les âges.
Peut-être encore M. de Sainte- Croix n'a-t'il
donné qu'une attention trop paffagère aux
vraies fources de la Puillance Navale dont il
raconte les progrès , aux armemens du commerce,
à la difcipline , au fyftême de conftruction
, aux divers établiffemens , à l'adminiftration
de la Marine Angloife. Ces détails peu
connus, euffent été recherchés des hommes curieux
de s'inftruire , & auxquels l'Hiftorien
étoit digne de donner de l'inftruction . Sa balance
nous femble quelquefois manquer d'égalité
; il n'a pu fe défendre paffim d'une partialité
qui perce malgré lui : de-là peut- être
ces réticences fur des faits éclatans , ces jugemens
qui ne font pas toujours affez autorifés
par l'Hiftoire , ces opinions qui décèlent trop
celles de l'Écrivain . Lorfqu'on traite d'une
Nation étrangère , il ne faut pas en juger les
actions fur les principes ou fur les préjugés
d'une Nation toute différente. Le ftyle de cet
Ouvrage , clair , naturel , élégant , a plus de
rapidité que de nobleffe ; il tient d'ailleurs à
des règles de goût qu'on ne confulte plus dans
les amphigouris recherchés & dramatiques ,
qu'on a fubftitués à l'élocution de Sallufte &
de Tite-Live.
( Cet Article eft de M. Mallet au Pan . )
No. 28 , 15 Juillet 1786.
F
122 MERCURE
POGONOLOGIE , ou Hiftoire Philofophique
de la Barbe , par M. J. A. D *** . L'uſage
nous dérobe le vrai vifage des chofes. Mont.
A Conftantinople, & fe trouve à Paris ,
chez Lejay, Libraire , rue Neuve des Petits-
Champs , près celle de Richelieu.
-I
C'EST un lieu commun devenu trivial , de
répéter aujourd'hui combien les modes ont
d'empire fur neus. De tout temps la Nation
Françoile a été citée pour fon goût à les inventer,
& pour la rapidité avec laquelle elles fe fuccèdent
chez elle . Mais foit que cette Nation ,
par fa pofition politique , ou par l'élégance
de fcs inventions , ait toujours eu le pouvoir
d'entraîner les autres , feit qu'il foit naturel à
T'homme d'aimer la variété dans les ajuftemens
, on a vu prefque tous les peuples , particulièrement
en Europe , changer de coftume
de fiècle en fiècle , de manière à ce que l'Hiftoire
pourroit dater de certaines parures ,
comme elle date de certaines époques remarquables
; & qu'au lieu de dire , par exemple ,
dans le temps des guerres de la fronde , on
pourroit dire , dans le temps des Vertugadins.
сс
Si l'on étoit bien perfuadé, dit M. D. ,
» que la plupart des modes nouvelles font
inventées pour couvrir quelques fecrettes
imperfections du corps.... peut-être y attacheroit-
on moins d'importance... La pre
» mière femme qui porta autrefois le ver-
93
DE FRANCE. A 125
19
و ر
و د
-H
*
» tugadin , voulut dérober aux yeux les fruits
» indifcrets de fon amour..... Toutes les
» Dames fuivirent bientôt ce bel exemple ,
» & chaque Belle agiffoit comme fi fon
amant l'avoit mife dans le cas de fon pre-
» mier modèle. Geoffroi Plantagen:t ,
» Comte d'Anjou , un des plus galans & des
plus beaux hommes de fon fiècle , avoit au
bout du pied une excroiffance de chair con-
» fidérable ; il imagina de porter des fouliers
dont le bout étoit recourbé ; cette mode
fut fi avidement accueillie , que les différentes
longueurs de ces bouts de fouliers
diftinguoient les differens états des Citoyens.
Ces fouliers , qu'on nommoit à la
Poulaine , n'avoient chez les gens du com-
» mun qu'un bout de fix pouces de longueur.
» Ceux des gens de qualité n'avoient jamais.
moins de deux pieds. Delà eft venu le pro-
» verbe, être ſur un grand pied.... On fit des
» fermons & des ordonnances contre ces fouliers;
le Clergé les anathématifa , & Char-
" les V les fit défendre expreffément. »
199
و ر
30
و د
33
ود
"
है
M. D. voudroit qu'on fit un Dictionnaire
-de nos modes , « qui , dit- il , en vaudroit bien
» un autre. Parmi les noms des anciens pa-
» niers , on trouveroit la gourgandine , le
» boute-en-train , le tátez-y, la culbute.... Je
» ne voudrois pas qu'on oubliât au mot canon
, la méprife d'un Auteur Allemand
» qui , ayant traduit les Précieufes Ridicules ,
fe trouva fort embarralle pour, expliquer
la fignification de ce mot. Après avoir mi-
Fij
124
MERCUREC
و ر
» rement examiné le cas , notre Traducteur
» fe décida à faire mettre dans la poche de
Mafcarille des piftolets qu'il devoit mon-
" trer dans l'inftant où il demande : Que dites-
" vous de mes canons ?
» Dans une des révolutions qu'ont éprou
vées les têtes des femmes , voici ce que
" Mme de Laffay écrivoit à fon amie :"
Mainte courte Beauté s'en plaint , gronde , tempêtes
Et pour fe ralonger , confultant les deftins ,
Apprend d'eux qu'on retrouve en hauffant les patins ,
La taille que l'on perd en abaiffant la tête.
Voilà le changement extrêmeso , mab
Qui met en mouvement nos femmes de Paris .
Pour la coëffure des maris
Elle eft ici toujours la même .
V
Ce premier Chapitre de l'Ouvrage de M,
D,, qui lui fert à entrer en matière , contient ,
comme le refte , des anecdotes curieufes ,
contées agréablement. Il en vient enfin à la
barbe , qui tient un rang diftingué dans l'hiftoire
des révolutions des modes , & qui même
a plus d'une fois caufé des troubles , des guerres
, des perfecutions, unor e
Le Chapitre 2 eft deſtiné à l'éloge de la
barbe ,
& M. D. s'attache à rechercher tous
les peuples qui ont témoigné de la vénération
pour cette marque diftinctive de la virilité.
Si le fujet étoit affez important pour mériter
une difcuffion , on pourroit oppofer à l'Auteur
tous ceux qui n'ont regardé cet ornement ,
DE FRANCE. 125
felon lui fi majeftueux , que comme une fuperfluité
incommode , & qui ont mis autant
de foin à s'en défaire que les autres à le garder
; leur nombre , qui eft au moins auffi
grand , pourroit rendre la queftion fort in
certaine. M. D. les cite fouvent lui- même ;
caril dit tout, & paroît n'avoir oublié aucun
des Auteurs qui ont traité de attaché à fon opinion , ilne fujet; mais
cite ces peuples
qu'en blâmant leur conduite ; & c'eft la ma
tière de fon troifième Chapitre. Au refte
le ton de plaifanterie qui règne dans cet Ouvrage
, & la frivolité du fujet même , défendent
d'en examiner la logique avec rigueur.
Continuons de le faire connoître.
Le Chapitre 4 traite des femmes barbues
& il nous apprend à ce fujet des chofes affez
curieuſes. « Cicéron lui- même rapporte une
» loi tirée des Douze Tables , inftituée pour
ود
»
s'oppofer à ce que les femmes parvìnf-
» fent enfin à fe procurer de la barbe. Mulieres
genas ne radunto ; que les femmes fe
gardent bien de fe rafer les joues.... Il eft
conftant que les femmes de ce temps - là
étoient bien éloignées d'avoir la barbe en
» horreur. La Vénus de Cypris , que les an-
» ciens Grecs avoient repréſentée avec une
barbe épaiffe au menton, femble renforcer
» cette vérité.
Pendant fes campagnes , Charles XII
» avoit dans fon armée un Grenadier femme,
» ce n'étoient ni la barbe ni le courage qui
» lui manquoient pour être homme. Elle fut
Fiij
126
AME
RACIURE
prife à la bataille de Pultawa , & amenée
» eniuite à Pétersbourg , où elle fur prefentée
au Czar en 1724. Sa barbe , que l'on
mefura , avoit une aune & demie de lon-
" gueur , mefure de Ruffie.... "
Enfin l'Auteur n'oublie aucune des femmes
qui fe font fait honneur de leur barbe ,
jufqu'à cette Héroïne de nos jours , dont
» les dignités de Guerrier , de Jurifconfulte,
de Littérateur , d'Homme d'Etat , ainfi que
» fon menton barbu , dérobèrent long- teins
le fexe à fes compatriotes. "
M. D. prétend non- feulement que la barbe
eft néceflaire pour conferver à l'homme l'em
pire que la Nature lui a concédé fur l'autre
fexe , &c. il affure qu'elle lui eft utile même
pour fa confervation & fa fanté. Il fonde
cette opinion fur des témoignages nombreux
de Médecins célèbres. Ce font fur-tour les
maux de deres qu'il faut attribuer à fa fuppreffion.
Il croit d'ailleurs que le retour de la
barbe pourroit détruire quelques ufages nuifibles
, entre autres celui du tabac ; & il cite
contre l'ufage de cette plante M. Bazoux , qui
le préfente en effet d'une manière bien effrayante.
Le tabac , dit-il , nuit aux tempé
» ramens fecs , bilieux & chauds ; il enivre ,
ور
dérange les fonctions du cerveau , procure
» le vomiffement , énerve l'eftomach , irrite
les nerfs , diminue les facultés de l'efprit
» détruit la mémoire , gâte l'odorat , échauf
fe , trouble le fommeil , caufe des vapeurs
» & des vertiges , & conduit à l'apoplexie &
. و د
DELFRANCE. 127
• à la déthargie. Une parcille énumération
feroit bien propre à le faire tout-à - coup paffer
de mode, fi une longue expérience , qu'on
pourroit oppofer à ces effets funeftes , ne ral-
Turoit pas un pell.
Pour fonder davantage fon fyftême ſur le
reſpect qu'on doit à la barbe , M. D. rapporte
tous les peuples , tous les hommes célèbres
qui , faute d'en avoir une véritable , en ont
voulu du moins avoir une poftiche. Il traite
auffi affez au long des mouftaches qui repréfentent
la barbe entière , & il invite très- férieufement
nos Grenadiers à conferver précieulement
ce refte de beauté. « Ah ! François ,
» s'écrie- t'il en terminant ce Chapitre , vous
» avez tout perdu en perdant vos mouf-
» taches. "
531
Les Espagnols & es Portugais font les Nations
de l'Europe qui ont éré les plus curicufes
de barbe & de moustaches. " Sous Catherine ,
» Reine de Portugal , le courageux Jean de
Caftro venoit de délivrer dans l'Inde le
château de Dici. Victorieux , mais man-
» quant de tout , il fe vit forcé de demander
mille piftoles aux habitans de Goa , pour le
foutien de fa flotte ; & pour garant de
» cette fomme , il leur envoya une de fes
» mouftaches , & leur dit ; tout l'or du monde
» ne peut apprécier cet ornement naturel de
" ma bravoure ; je vous le contigne pour
» sûreté du prêt. Toute la ville fut pénétrée
de cet héroïfme ; chacun s'intéreffoit au
» fort de cette mouftache précieufe ; les fem-
Fiv
128
MERCURE
و د » mes même vvoulurent donner des
» ques de leur zèle pous un fi brave homme.
Plufieurs vendirent leurs braffelets pour
» grofiir la fomme demandée , & les habitans
de Goa lui envoyerent fur le champ
& l'argent & la moustache.
Le Chapitre de la barbe des Prêtres eft
fans contredit , le plus intereffant par la multiplicité
des révolutions que les barbes ont
éprouvées dans le monde eccléfiaftique , &
par la bizarrerie des caufes qui les ont operées.
L'Auteur y fait parade d'une érudition
immenfe. Depuis les Paralipomènes jufqu'au
Moyen de parvenir , il n'eft guère d'Auteurs
que celui de cet Ouvrage n'ait mis à contribution
; peut-être fes connoiffances , fon
temps & fon travail auroient- ils pu être employés
plus utilement. Quoi qu'il en foit , il
cite les différens Conciles où la barbe dés
Prêtres a été tour-à-tour préconifée , tolérée ,
ordonnée , anathématifée. Henri II fut obligé
d'écrire au Clergé de Troye pour l'engager
à recevoir pour Evêque Ant. Caracciole ,
qui portoit une longue barbe. « Je vous
» prie , leur difoit- il , de ne vous pas arrêter à
cela , mais l'en tenir exempt , d'autant que
nous avons délibéré de l'envoyer en brief
en quelque endroit hors du Royaume
pour affaires qui nous importent , où nous
» ne voudrions qu'il allat fans fadite barbe.
و د ا
Enfin l'Auteur conclut non- feulement
par nous confeiller de reprendre l'ufage de
porter la barbe dans toute la longueur , mais
DE FRANCE. 129
mêine par prédire que cette mode reviendra
peut -être dans peu. Sera- ce un avantage ?
Oui , fans doute , s'il en faut croire l'Auteur ,
qui paroit y être très - attaché. Il eſt certain
qu'une longue barbe inſpire la vénération &
le refpect , & qu'elle fied infiniment mieux à
un vieillard que des joues pendantes & ridées
dont elle cacheroit la difformité. Il eft certain
qu'une barbe adolefcente donneroit à la jeuneffe
un air mâle & recommandable qui influeroit
peut - être fur la conduite , trop fouvent
aufli efféminée que fa figure. Il eft certain
, ou du moins très probable , comme le
dit l'Auteur & comme le confirment les citations
qu'a faites M. l'Abbé de Saint-L ***
dans une feuille périodique , à- propos de cet
Ouvrage , que Pufage de porter la barbe feroit
bien plus falutaire que celui de fe la faire
rafer. Il n'eft pas moins certain que cette dernière
opération , longue , defagréable , ſouvent
douloureufe , eft d'autant plus incom
mode qu'elle fe répète plus fréquemment ; &
que le foin qu'exigeroit la barbe en la confervant
, ne feroit pas comparable à celui de la
faire difparoître.
En attendant que la prédiction de M.D.fe
vérifie , il feroitintéreffant de favoir ce qu'eft
devenue cette eau dont parle M. l'Abbé de
S. L. dans le mème article , eau qui fut annoncée
en 1736 dans la Gazette d'Utrecht ,
& dont la propriété étoit de réduire la barbe
en pouſſière , fans douleur ni dommage au
menton. Ce feroit une découverte précieuſe
Fv
136 MERCUR EI
& digne peut-être des recherches de nos Sa+
vans.On connoit la compofition des pommades
épilatoires qu'employent nos baigneurs. C'eſt
un mélange d'orpin & de chaux éteinte ; mais
fi cette pommade agit en allez peu de temps
fur le poil léger du corps , pour ne pas endom .
mager la peau , elle n'auroit pas tant de pou
voir für une barbe que le rafoir a depuis longtemps
endurcie , & fon ufage pourroit être
dangereux. Le cofmétique annoncé par la
Gazette d'Utrecht , devoit être d'une autre
nature. Il eft difficile de concevoir comment
il n'a pas eu allez de fuccès pour être confervé
. Peut être effaçoit il trop bien juſqu'aux
moindres traces de la barbe ; & quoi qu'en
dife M. D. , les hommes ont toujours eu la
prétention de garder au moins l'apparence de
cette marque diftinctive de leur fupériorité.
te Celle que les Dames recherchent n'eft pas
du même genre ; & malgré les exemples
qu'il rapporte, & qu'on peut regarder cornme
des exceptions , elles ne feront jamais jalouſes
de reffembler aux hommes de ce côté. Ce
n'eft donc pas leur faire aufli mal fa cour qu'il
le croit , de faire l'apologie d'un ornement
qui ne ferviroit qu'à marquer plus diftinctement
la différence des fexes .
Cette nouvelle production de M. D. fuppofe
en lui beaucoup de connoiffances, de lecture
& une grande patience à faire des re
cherches. Il eft éerit avec efprit , ainsi qu'on
peut le voir d'après tout ce que nous en avons
siré. Peut -être l'érudition y eft - elle un peu
DE FRANCE. 131
affectées peut-être auffi le fujer exigeoit- il
plus de gaieté , des détails plus faillans . « Il a ,
» dit-il , le caractère de la nouveauté. » Cette
prétention pourroit lui être conteſtée d'après
la quantité d'Ouvrages qu'il cite lui - même
fur cet objet , à moins qu'il ne regarde comme
une nouveauté d'avoir envifagé ce fujet frivole
& badin ſous un jour philofophique.
( Cet Article eft de M. Framery. )
VIE de S. Grégoire , Évêque de Tours ,
par M. de Sauvigny , Chevalier de S. Louis ,
Cenfeur Royal, &c. A Paris , chez Cloufier
Imprimeur-Libraire , rue de Sorbonne.
CETTE Vie , extraite des différens Écrits de
S. Grégoire , forme un Ouvrage complet , &
fait en même- temps partie de la grande entre
prife de M. de Sauvigny. S. Grégoire de Tours,
qui s'eft diftingué par fon zèle pour la Reli
gion , eft aufli le père de notre Hiftoire; il a
été chargé de négociations importantes ; &
fon Traducteur , en recueillant les principaux
traits de fa vie, a pris foin de les approprier
aux connoiffances & au goût du fiècle.
Nous avons plufieurs Vies de S. Grégoire ,
l'une , entre- autres , de l'Évêque de la Ravalière
, qui , quoique inférée dans le Recueil
précieux des Mémoires de l'Académie des
Belles - Lettres , n'en eft pas moins remplie
d'inexactitudes ; une autre de Baillet , qui ,
comme le dit très -bien M. de Sauvigny , n'a
cru faire que la vie d'un Saint; une autre at
F vj
132
MERCURE
*
tribuée à Saint- Odon , Abbé de Cluny. Celleei
, digne production du dixième fiècle , contient
de fauffes dates fur la naillance & fur
la mort de S. Grégoire ; un voyage à Rome
qu'il n'a pas fait , & beaucoup de miracles
toujours malade &
Foujours guéri par S. Martin ,
quiprouvent
sur
toi
Celle que nous annonçons contient auffi
des miracles, & fans doute il le falloit bien.
puifqu'à l'époque où vivoit S. Grégoire , rien
n'étoit plus ordinaire. Les temps font bien
changés , il faut en convenir ; mais c'eſt par
cela même que ces rapprochemens intéreffent
; & M. de Sauvigny, qui s'eft proposé de
nous faire connoître les moeurs & la vie pri
vée des François dans ces temps reculés , auroit
manqué fon but s'il n'avoit pris tout ce
qui pouvoit les caractériſer.
Cette vie de S. Grégoire eft renfermée
dans quatre Livres , qui forment cinq cahiers.
Les bornes d'un extrait ne nous permettent
que de les parcourir rapidement ; d'ailleurs
nous avons déjà parlé de quelques uns à l'épo
que des différentes Livraiſons.
Le premier contient des détails intéref.
fans fur la naiffance & fur l'éducation de Gré
goire de Tours , & plufieurs anecdotes qui
deviennent encore plus piquantes par la ma
nière à-la -fois élégante & naïve dont elles
font racontées , entre-autres celle des Amans
de Clermont."
Dans le fecond Livre , on trouve l'Hifeire
de l'Eglife d'Auvergne & des Évêques qui en
DE FRANCE 133
ont occupé le fiège. On y voit un trait de
cruauté qui fait frémir ; c'eft celui d'un Eveque
qui , pour s'approprier l'héritage d'un
malheureux Prêtre , le fait enfermer vivant
dans un tombeau , cependant il ne périt point,
il échappe à cette fin deplorable , & obtient
juftice du Roi Clotaire.
Le troilième offre d'abord quelques parti
cularités fur la vie de Gregoire ; enfuite la
touchante anecdote d'Atale & de Leon , qui
forme un épisode qu'on ne peut lire fans le
plus vifintérét : ce feroit le gâter que de l'extraire
; nous nous contenterons donc d'exhor
ter nos Lecteurs à le lire dans l'Ouvrage même,
Ils trouveront à la fuite de cette aventure celle
de l'Évêque Prétextat , qui- fat accufé , par
Chilpéric , " d'avoir volé deux valifes remplies
de joyaux , & un fac qui contenoit
près de deux mille pièces d'or . L'accufé fe
» défendit , en difant qu'il ne s'étoit chargé
» de toutes ces chofes précieufes que pour la
» Reine Brunehau , & par fon ordre. »
"
و ر
"
S. Grégoire prit vivement fa défenſe ; il,
réfifta même aux follicitations de Frédégonde ,
qui lui fit offrir de l'argent pour fe declarer
contre Prétextat ; mais Prétextat finit par
s'avouer coupable , & Grégoire ne le défendit
plus.
Le quatrième Livre renferme les contradictions
qu'éprouva Grégoire de la part d'un
certain Leudite , dont il eft queftion dans
les Livres précédens. Ce Leudafte l'accufa près ,
de Chilpéric d'avoir voulu livrer la ville de
434
MERCURE
Tours au fils de Sigibert , & en outre d'avoir
foutenu que la Reine brûloit d'une flamme .
adultère pour l'Evêque Bertrand : il y eut de
faux temoins qui foutinrent ces calomnies.
Les Evêques du Royaume s'affemblèrent pour
juger Grégoire ; & , ce qui doit paroitre bien ;
fingulier , c'eft que l'Evêque Bertrand étoit
du nombre des juges. Leur jugement ne le
paroîtra pas moins. Ils prétendirent que le
témoignage d'un inférieur ne pouvoit l'einporter
fur celui de fon Evêque; ils opinèrent .
donc qu'ils s'en rapporteroient à l'affertion
de Grégoire , lorfqu'après les Meffes , & fur
trois autels differens , il auroit juré de dire
vérité.
"
Je ne faurois paffer fous filence ( ajoute
le bon S. Grégoire ) l'intérêt touchant que la
Reine Rigonte , fille du Roi , prit à mes chagrins
; car jufqu'au moment où l'un de fes
ferviteurs lui annonça que j'avois rempli les
conditions impofées , cette Princeffe , par.
bonté pour moi , obferva & fit obferver un
jeûne très rigoureux à tous les ferviteurs de
fa maifon.
و د
On trouve dans les Chapitres fuivans la fin
tragique du Comte Leudafte ; le détail d'une
fédition qui s'élève à Tours , & que Grégoire
appaife par fa prudence & par les largeffes ;
la relation d'un diné qu'il donne au Roi Gontran
, pendant lequel quelques Prêtres chantent
le pfeaume refponfoire des Meffes de la
veille , concert qui , fans doute , étoit plus
propre à édifier qu'à récréer l'efprit du Mo-
1
DE FRANCE. 135
narque. Les autres Chapitres contiennent la
mort de l'intéreffante Radegonde , les détails
de l'Ambaffade dont Grégoire de Tours fat
chargé par Childebert auprès du Roi Gontran.
Enfin ce Livre eft terminé par un tableau
chronologique & hiſtorique des Evêques qui
ont précedé S. Grégoire dans le fiège épifcopal
de Tours.
M. de Sauvigny a joint à la fuite de cet
Ouvrage une divifion des Gaules ', tirée de
diverfes notices , & differentes genéalogies
des premiers Roi de France , d'après les manufcrits
les plus précieux.
Nous ne répérerons pas ici des éloges juftement
mérités ; le fuccès de l'entreprife de
M. de Sauvigny juftifie nos conjectures , & .
nous difpente de lui donner de nouveaux encouragemens
; ils ne pourroient qu'être luper
Alus après ceux qu'il a reçus du Public , & de
l'augufte Monarque auquel il a fait hommage
de fon travail.
SPECTACLES
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Avis à MM. les Maîtres de Mufique de
Paris & des Provinces du Royaume..
L'ACADÉMIE Rovale de Mufique s'occupant
de plus en plus d'affurer le fervice du Roi &
136
MERCURE
celui du Public , propofe à MM . les Maîtres
de Mufique de Paris & des Provinces du
Royaume,une penfion de trois cents livres de
rente viagere pour chaque Sujet ayant une
voix décidée de Haute-contre & les qualités
ci -après.
Le Sujet préfenté doit la 1 favoir mufique
au point de folfier très - couramment.
Il ne doit point avoir plus de 22 à 23 ans
ni moins de 18 à 19 ans.
Sa taille ne doit point être au - deffous de
5 pieds 3 pouces , ni au - deffus des pieds
4à 5 pouces au plus , à moins qu'il n'eût une
fuperbe voix.
Il faut qu'il ait une figure agréable , ou du
moins une figure noble , fans défauts dans les
yeux , dans les jambes , & généralement aucune
difformité naturelle.
Le Maitre qui propofera un Sujet chantant
la Haute - contre , ou ayant une voix décidée
de ce genre , & qui remplira toutes les conditions
propofées ci- deffus , en donnera avis
au Directeur Général de l'Académie Royale
de Mufique , avec des détails biens circonftancies
, pour qu'il en foit rendu o
au
Miniftre , qui donnera des ordres pour faire
partir le Maître & le Sujer propofé. On leur
payera leur voyage ; & lorfque le Sujer aura
été reçu , on donnera au Maitre l'ailurance
de fa penfion viagère de trois cents livres ,
après quoi l'on payera audit Maître les frais
de fon voyage pour fon retour ; on y joindra
une gratification proportionnée à la dépenfe
DE FRANCE. 137
qu'il aura faite à Paris dans l'intervalle de la
réception du Sujet , à qui l'on donnera dans
l'inftant des appointemens fuffifans pour le
mettre dans le cas de ne s'occuper que de
fon talent.
Un père qui préfenteroit à l'Académie un
Sujet ayant une belle voix de Haute - contre ,
avec l'âge & les qualités énoncées ci - deffus ,
pourroit , comme les Maîtres de Mufique ,
de trois cents
livres , pourvu que le Sujet sût au moins
folfier.
prétendre à la penfion viagere
SCIENCES ET ARTS.
DESCRIPTION d'une nouvelle Preffe d'Im-
3 primerie approuvée par l'Académie Royale
des Sciences , & imprimée fous fon Privilége
, par M. Pierres , premier Imprimeur
Ordinaire du Roi , & c. Membre de plus
fieurs Sociétés Littéraires. A Paris , imprimée
chez l'Auteur par fa nouvelle Preffe,
sin-4°. figures.and as tree wig warmi
"
DANS un fiècle où tous les Arts à l'envi fe dif
putent l'honneur de fe perfectionner , on ne peut
voir qu'avec la plus grande fatisfaction celui de
l'Imprimerie , long - temps engourdi , fe ranimer &
prendre, pour ainfi dire, un nouvel être. Les efforts
foutenus de quelques- uns de nos Typographes , leur
zèle , leur noble émulation les ont portés à tenter
4
1138
MERCURE
des moyens nouveaux pour parvenir à maintenir en
France la fupériorité dont cet Art a toujours joui.
Déjà dans plufieurs Imprimeries on a établi des
Preffes d'après les principes de M. Pierres.
Il paroît que l'Académie a jugé cette Preffe affez
intéreſſante pour mériter de fa part une attention
particulière . Le Rapport qui fuit cette Defcription
eft très- étendu. Les bornes de ce Journal ne nous
permettant pas de le tranfcrire tout entier comme
nous le defirerions , nous nous contenterons de citer
feulement ce qui le termine.
Après avoir détaillé les avantages de cette Preffe ,
MM. les Commiffaires de l'Académie s'expriment
ainfi : « Nous ne parlerons pas ici des autres avanrage:
qui résultent de la conftruction de la nouvelle
Prefle , nous finirons par dire que le prix ex•
» cédera de eu celui des Preffes ordinaires ; ce qui
» eft très effentiel pour que les Imprimeurs le déterminent
à adopter des changem.ns dont les
» avantages feroient balancés par les grandes dé-
» penſer de conftruction qu'ils occafionnero:ent.
35
up Dans l'intention de rendre fon travail ville à
» fes Confrères, M. Pierres a pris le parti de publier
maintenant la Defcription de fa nouvelle
Preffe , qu'il a luc à l'Académie , & fur laquelle il
defire d'avoir aufli fon jugement. Cette Defcription
nous a paru très claire & très méthodique. Il
y montre la forme exacte de toutes les pièces qui
entrent dans la conftruction de chaque mécanifme
; de manière non feulement à en faire con-
» noitre les ufages , mais encore à diriger ceux des
» Artiftes qui fe propoferoient de les copier. Lorfsqu'il
expofe les avantages de fes changemens & de
» fes réformes , il le fait fans les exagéret , & en indiquant
nettement les befoins de l'Art qu'il a remplis
par ces nouveaux moyens : en un mot , nous
coyens que cette Defcription annonce fort avan-
"
DE FRANCE. 139
tageufement l'Art de l'Imprimerie , dont elle doit
faire partie.
» En conféquence , nous penfons que la nouvelle
Preffe de M. Pierres mérite l'Approbation de
so l'Académie , & la Defcription qu'il en a faite d'être
imprimée, comme l'Auteur le defire , fous le Pri-
» vilége de l'Académie. ,
و د
Fait au Louvre , ce 18 Mars 1786. Signé ,
» Bochart de Saron , le Duc de la Rochefoucauld,
Boffus & Defmaretz. »
ANNONCES ET NOTICES.
E1001 Logs de l'Impératrice- Reine Marie- Thérèfe,
par M. l'Abbé Frifi , traduit de l'Italien par M.
l'Abbé M. A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Leroy , fuccefleur du fieur Lottin le jeune , Libraire ,
rue S. Jacques , vis - à - vis la rue de la Parchemineris.
Héroit difficile de préfenter un Précis ifrorique
des traverses , des vertus & des talens de cette augafte
Souveraine , fans intéreffer toutes les claffes des
Lecteurs, Cet Eloge ne fara que confirmer dans la
haute opinion qu'on avoit conçue de cette Princeffe
dans toute Europe , opinion qui a été confirmace par
quarante ans de travaux , & qui ne s'est point démentie
dans les derniers momens où les Rois ne laiffent
guère entrevoir que leur foibleffe . Le tableau des
gerres que Marie Thérèſe a foutenues pour la
défenfe de fes drois , eft préfenté avec clarté , & fi
nous nous permettons quelques critiques dans un fujet
.qui femble ne devoir obtenir que des é oges , nous
obferverons que l'Auteur a un peu trop multiplié les
comparaifons. Ge défaut eft d'autant plus grand , que
l'Héroine n'avoit befoin que d'être comparée à elle140
MERCURE
même pour exciter l'eftime , l'attendriffement & la
vénération des Peuples ..
La traduction mérite auffi des éloges : & ce qui
doit la rendre plus intéreffante encore , c'eft qu
l'Auteur , après l'avoir faite dans la captivité , ſe
retrouve encore dans la détention par de nouvelles
circonftances ; ce qui peut engager à acquérir cet
Ouvrage par un motif plus poiffant que la curiofité.
SEPTIEME Livraifon des Effais Hiftoriques fur
les Maurs des François , par M. de Sauvigny , Chevalier
de Saint Louis , Cenfeur Royal , & c. , quatrième
Cahier de la Vie de Grégoire de Tours.
O fouferit pour cet intéreffant Ouvrage à Paris ,
chez Cloufier , Imprimeur Libraire , rue de Sor-
& au Bureau des Effais Hiftoriques , rue
Saint- Guillaume , vis -à- vis l'hôtel Mortemar.
MANUEL des Huiffiers , ou nouvelles Inftruc
tions , par M. Ouin , ancien Huiffier à cheval as
Châtelet de Paris ; nouvelle Edition , revue , corri
gée & augmentée confidérablement par le fieux
Brayer , Huiffier - Audiencier au Bailliage de Saint-
Martin- des- Champs , in- 12 . Frix , 3 liv . relié. A
Paris , chez Michel Saurin , Libraire , quai des Auguftins
, près la rue Git - le- cocur.
Les augmentations rouvelles donnent un nouveau
prix à cet Ouvrage. Le même Libraire vend
imprimés féparément tous les Actes renfermés dans
ce Volume.
MÉLOGE de M. Pilatre de Rozier, lu dans
l'Affemblée publique de la Société Royale de Phyfique
, d'Hiftoire Naturelle & des Arts d'Orléans ,
le 6 Décembre 1785 , par M. Huet de Froberville ,
Secrétaire perpétuel de cette Société, A Orléans , de
DE FRANCE. 141
l'Imprimerie de M. Couret de Villeneuve , Impri
meur du Roi.
Cet Eloge eft fait avec fageffe . L'Auteur retrace
fidellement les talens & les qualités perfonnelles de
fon Héros. On reconnoît dans fon Ouvrage ce
courage intrépide né d'un extrême ainour pour la
gloire , ce courage qui dégénéra en témérité , & qui
borna fitôt une vie qui auroit pu être utile au progrès
des Sciences . Son Éloge fe fait lire avec intérêt.
Essats fur les facultés de l'âme, confidérées dans
leurs rapports avec la fenfibilité & l'irritabilité de
nos organes, par M. Fabre , Profeffeur aux Ecoles
Royales de Chirurgie , &c. , in - 12. A Amfterdam ;
& fe trouve à Paris , chez Vente , Libraire , rue des
Anglois ; Mérigot jeune , Libraire , quai des Auguf
tins , & Buiffon , Libraire , rue des Poitevins , hôtel
de Mefgrigny.
C'eft un fyftême nouveau fur le fiége de l'âme.
Elle reftera là jufqu'à ce qu'il plaife à quelqu'un de
la déplacer. Que ce foit un rêve ou une décou
verte, cet Ouvrage eft curieux à lire.
PETITE Bibliothèque des Theatres , contenant
un Recueil des meilleures Pièces du Théâtre François
, tragique , comique , lyrique & bouffon , depuis
l'origine des Spectacles en France jufqu'à nos jours.
A Paris , au Bureau , rue des Moulins , Butte Saint
Roch , n . 11 , où l'on foufcrit.
Les Livraiſons de cette intéreſſante Collection fe
font avec la plus grande exactitude . Les Editeurs
font fortis de leur deuxième année , & ont entamé
la troisième. Leurs recherches , leur zèle , des fácrifices
même d'intérêt qu'ils ont faits pour le plaifir
de leurs Soufcripteurs juftifient le fuccès qu'ils ont
obtenu. Nous reviendrons fur cet Ouvrage , pour
141 MERCURE
lequel on foufcrit aufi chez Behin , Libraire , rue
Saint Jacques , & chez Brunet , Libraire , Place da
Théâtre Italien .
LE Danger des Règles dans les Arts , Poëme
fuivi d'une Traduction libre en vers d'un morceau
dufeizième chant de l'Iliade , qui a concouru pour
le Prix de l'Académie des Sciences , & d'une Elégie
fur la Nuis, par M. F.... de l'Académie de Peinture
& de Sculpture ; Brochure in -4°. Prix , I liv
4 fols. A Venife ; & à Paris , chez les Marchands
de Nouveautés..
Tout le monde fait que la Poéfie & la Peinture
font foeurs , & tout le monde entend le ſens de cette
allégorie : en effet , il faut qu'un Poëte foit Peintre ,
c'est-à-dire , qu'il donne à chaque fentiment , à
chaque defcription la couleur qui lui convient ; il
faut qu'un Peintre foit Poëte , c'eft- à- dire , que le
même feu l'anime , & que le même génie règle le
plan & l'exécution de fes Ouvrages . C'eft fans doute
ce qui a engagé M. T... , cornu par fon talent
pour la Peinture , à s'exercer dans la Poéfie ; mais il
y a tout lien de croire que ce n'eft pas vers ce dernier
Art que les principales études fe font dirigées .
On trouve pourtant dans les trois Pièces que nous
annquçons quelques vers affez bien tournés .
NOUVELLE Carte Chorographique & très- détaillée
de la Généralité d'Auvergne , divifée par Eleetions
, dreffée d'après nombre de Cartes , Plans &
Mémoires particuliers , affujettie aux Obſervations
Aftronomiques de MM . de l'Académie Royale des
Sciences , dédiée à M. de Chazerat , Intendant de la
Province, Prix , 1 liv. 5 fois . A Paris , chez Dezauche
, fucceffeur des fieurs Delifle & Phil. Buache ,
premiers Géographes du Roi & de l'Académie
Ryale des Sciences , rue des Noyers.
DE FRANCE. 143
th
NOUVELLES Hiftoires & Paraboles , par l'Aud
teur du Catéchifme- Pratique. Prix , 1 liv. 16 fols
relié . A Paris , chez l'Auteur , rue du Cherche-
Midi , nº. 57 , & chez Mérigot le jeune , Libraire ,
quai des Auguftins ; in 12.
Cet Ouvrage fert de fuite aux Hiftoires & Para
boles du P. Bonaventure Girandeau.
LB Lycée de la Jeune Te , ou les Etudes prépa
rées , norveau Cours d'infraction à l'afage des
jeunes gens de l'un & de l'autre jèxe , & particuliè
rement de ceux dont les Études ont été interrompues
ou négligées , par M. Mouftalon , du Musée de
Paris , 2 Vol. in- 12. Prix , 6 liv. reliés, A Paris ,
chez Servières , Libraire , rue Saint Jean de Beauvais
.
Ce Traité a de la clarté & de la méthode , & peut
former un Cours de Belles - Lettres.
INSTRUCTION Villageoife , peint par de Rucourt
, Peintre de l'Académie Royale , gravé par
E. J. Glairon Mondet. Prix , 4 liv. La Conver
fation Flamande , gravée par le même , d'après Jean
Leduc. Prix , 4 liv. A Paris , chez l'Auteur , au coin
de la rue Saint Honoré , chez le Marchand Bonngtier
, à l'ancien Opéra , maiſon du Lycée .
Ces deux Eftampes , dont le ton a de la vigueur ,
font d'un effet pittorefque.
CRIS & Costumes de Paris ; deffiné par Watteau ,
gravé en couleur par Guyot ; première Livraison.
Prix , 4 liv. A Paris , chez Lecampion frères , rue.
Saint Jacques , nº. 8 , & chez l'Auteur , même rue ,
n°. 9 , & chez Leſclapart , Libraire , rue du Roule ,
n°. II.
THÉMISTOCLE , Tragédie Lyrique en trois
144
MERCURE
Ates , paroles de M. Morel , repréfentée à Fontainebleau
devant LL. MM . le 13 Octobre 1785 , &
à Paris le 3 Mai 1786 , dédiée à M. Sylveftre Richer,
Caiffier du Roi aux Parties Cafuelles , mife en mufique
par M. A. D. Philidor. Prix , 24 liv. A Paris ,
chez l'Auteur , rue de la Michodière , nº. 1 .
Le fuccès qu'a eu jufqu'ici cet Ouvrage , ne doit
point être & ne fera point fans doute la meſure de
l'empreffement que mettront les Amateurs à fe procuret
cette Partition . Mille caufes particulières qui
peuvent influer fur l'effet dramatique , n'ont pas le
même pouvoir dans les Concerts , & cet Opéra offre
une foule de morceaux très-propres à y réulfir. D'ailleurs
, la manière très - extraordinaire & très -favante
dont cette Mufique eft écrite , doit être pour les jeunes
Ecrivains & pour tous ceux qui s'occupent de
fition , un objet d'étude infiniment précieux.
compo.
TABLE.
Αν Roi , furfon retour de Puissance Navale de l'An-
Cherbourg
97 gleterre ,
104
Impromptu à Mme la Marqui- Pogonologie , ou Hiftoire Phi-
Je d'Ei... ,
AardeM. Soigne ,
Charade, Enigme &
gryphe,
Hiftoire des progrès
J'AT IN
98 lofophique de la Barbe , 122
ibid.Vie de S. Grégoire , 138
Logo Académie Roy. de Mufiq. 135
102 Annonces & Notices,
de la
APPROBATIO N.
139
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 15 Juillet 1986. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 14 Juillet 1986. RAULIN.
م س
SUPPLÉMENT
AU MERCURE
LE fieur FROULLE , Libraire à Paris , quai
des, Auguftins , prévient le Public , qu'il
vient de mettre en vente l'Ouvrage fuivant
:
MÉTHODE NOUVELLE ET FACILE de gué-
RIR LA MALADIE VENÉRIENNE ; fuivic ,
1º. d'un Traité pratique de la Gonorrhée ;
2°. d'Obfervations für les ABCES & fur la
CHIRURGIE en général & Médicale ; 3°
* Certe Peuille de Supplément eft deſtinée à la publi→
cation des Profpectus & Avis particuliers de la Librairie .
MM. les Libraires peuvent y joindre leurs Catalogues ,
leurs nouvelles Acquifitions , & tout ce qui peut intéreffer
leur commerce.
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus fe confer
veront au moins autant que chaque Mercure , & quatrevingts
à cent mille perfonnes en prendrone connaiſſance
toutes les femaines. Il y a plus , les frais de ces Profpectus
& Annonces fe trouveront confidérablement diminués ;
une partie de la compofition , du titage , du pliage , &c.
devenant une dépenfe commune pour chacun deux.
Les frais pour une Feuille reviennent à 504 livres ; 12
Pages , 252 liv.; 6 Pages , 126 liv .; 4 Pages , 84 liv .; &
2 Pages feulement, 42 liv. On doit s'adre et à M MOUTARD
pour infertion & le payement des objets . Outre le prix
ci- deffus , on donnera au Rédacteur du Mercure un exem-
-plaire des objets nouveaux annoncés dans chaque Pral
pectus.
Supplém. No. 28. 15 Juillet 1786.
( 2 )
June Lettre à M. BUCH AN fur l'INOCUL
LATION ,fur la PETITE VÉROLE , &fur
Les ABCES VARIOLEUX. Par M. CLARE ,
Chirurgien. Traduit de l'anglais par M. J. D.
D. M. H. D. M. C. D. A. vol. in - 8°
avec figures. Prix 4 liv. broch , liv. rel.
Ce volume eft précieux par l'importance
des objets dont il traite, La nouvelle méthode
de guérir la Maladie vénérienne
que l'Auteur appelle Méthode d'abforption ,
& qu'on trouve ici expofée avec autant de
défintéreffement que de précision , eft fondée
fur des loix phyfiologiques fi connues
& fi bien développées , qu'il n'eft perfonne
qui , du premier abord , n'en prévoyent
Les avantages ; & la manière de faire ufage
de cette méthode , abfolument neuve , eft
fi fimple , fi facile , fi peu difpendieufe &
d'un fuccès i certain , d'après les témoignages
nombreux de gens de l'Art , faits
pour faire autorité , tels que le célèbre
d'HUNTER , & c. que fi elle était généralement
adoptée , on ne douterait plus de la
poffibilité de voir enfin cette odieuſe maladie
difparaître de la furface de la terre.
Le Traité pratique de la Gonorrhée
qu'on trouve enfuite , porte les mêmes caractères
de favoir & de bienfaifance dans
fon Auteur. La méthode preferite ici , eft
celle des injections. Mais perfonne , avant
M.CLARE , n'avait cherché , dans la nature
même de cette maladie , la caufe de préfé
rence qu'il faut donner à la Méthode qu'il
onfeille , far la manière vulgaire de la trai?
ter. D'ailleurs la recette de ces injections
appartient abfolument à l'Auteur. Cet Opuf
cule eft donc intéreffant , & par la manièré
dont il traite de fon objet , & par les
fervices importans qu'il mettra à même de
rendre à l'humanité fouffrante.
Les Obfervations fur les Abcès , fur les
Plaies , Jur les Fractures & fur la Chirurgie,
&c. qu'on lit après , annoncent le Praticient
confommé dans on Art; & l'on con
viendra qu'il était difficile de trouver , en
auffi peu de pages , plus de connaiffances ,
plus de vérités utiles . Enfin , la Lettre fur
L'Inoculation , &c. donne les confeils les
plus fages pour traiter la petite vérole , foit
inoculée , foit naturelle.
Ce volume mérite donc l'attention des
Médecins , des Chirurgiens , & du Publie
en général.
( 4 )
ABONNEMENT LITTÉRAIRE pour
port franc des Livres,
1 LES perfonnes qui veulent faire paffer en
Province les Nouveautés diftribuées dans
Paris , peuvent les remettre au Bureau de
l'Abonnement Littéraire , & elles parviendront
à l'adreffe donnée , par la Pofte , &
port franc , dans toutes les villes de France,
& dans les villes étrangères où il y a Directeur
de Pofte Françaiſe. Le Bureau e
ouvert tous les jours depuis huit heures
juſqu'à une heure.
On peut expédier par cette voie les Tragédies
, Comédies , Opéras , &c.; les Euvres
de Mufique , les Mémoires imprimés
des Avocats , les Ouvrages de Science , de
Littérature , d'Hiftoire & d'Arts , & les
Brochures de toute efpèce qui fe vendent par
volume , par cahier , les Catalogues de Livres
, de Meubles , de Tableaux , de Gravu
de Curiofités , de Bibliothèques ; les
Avis , Profpectus , les Affiches qu'on veur
faire appliquer dans les villes de Province .
Les perfonnes de Province recevront , par
la Pofte & port franc , les mêmes articles
aux prix auxquels ils feront vendus dans
Paris , en s'adreffant , par lettre affranchie,
à M. DE BOISJERMAIN , rue S, André,
des-Arts , N° . 45. On joindra au prix des
demandes le fou pourlivre de commiffion.
Tous les articles font adreffés par le Buteau
de l'Abonnement Littéraire, Pofle reftante.
Un avis de départ affranchi accom
pagne chaque paquet. La date de l'avis de
départ eft celle du jour où chaque article
a été déposé à la Pofte de Paris . Le premier
numéro indique la feuille fur laquelle
il a été chargé , le fecond numéro eft celui
du regiftre du Bureau de l'Abonnement Lit
téraire..
Ceux qui demanderont au Bureau de l'Abonnement
, par lettre affranchie , le Cours
de Langue Italienne , à l'aide duquel on peut
apprendre cette Langue chez foi , en deux
mois de lecture , fans le fecours d'un Maî
tre , des Grammaires , des Dictionnaires.
Quatorze cahiers , 26 liv . s . f. port franc.
Le Cours de Langue Anglaife , à l'aide
duquel on peut apprendre chez foi , fans le
fecours des Maîtres , des Grammaires & des
Dictionnaires , en deux ou trois mois de
lecture , à expliquer les Livres écrits en
Anglais , à lire & prononcer correctement
les mots de cette Langue. Vingt- deux cahiers
, 41 liv. 5. f. port franc , ne paycront
point le fou pour livre de leurs demandes ,
les Propriétaires actuels de ces deux Ouvrages
fe chargeant d'acquitter les droits de com
miffion au Bureau de l'Abonnement : Litté
raire.
( 6 )
;
ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE
DES VOYAGES , contenant ce qu'ily a
de plus remarquable , de plus utile & de
mieux avéré dans les pays où les Voya
geurs ont pénétré les moeurs des Habitans
, la Religion , les Ufages , Arts &
Sciences , Commerce , Manufactures ; enrichie
de Cartes géographiques & de Figures
: 21 volumes in 8° . avec un Atlas,
format in-4° . Relié , 131 l . 5 f. Br. 1114
Bl.
105.
LES Anglais ont les premiers formé le

projet d'une Collection complète de toutes
les relations de Voyages publiées dans
toutes les Langues de l'Europe. M. l'Abbé
Prévôt en entreprit la traduction dans notre
Langue , à mefure que les feuilles Anglaifes
fortaient des preffes de Londres : il fit plus ;
les Anglais ayant abandonné leur projet au
fixième volume , il eut le courage de le
continuer ; cependant , de l'aveu même de
M. l'Abbé Prévôt , fon Ouvrage n'était &
ne pouvait être qu'une compilation in
forme , dans laquelle il n'avait pu que raf
fembler les ínatériaux à mefure qu'ils fe
préfentaient ; & en effet , il n'y a nul
choix , nullo fobriété dans l'emploi de ces
matériaux , tout y eft également mis en oeu
vre. Pour un voyage vraiment digne d'attention
par une découverte importante par
( 7 )
des connaiffances exactes , par des détails
artachans , il y en a dix qui ne contiennent
que des aventures communes , des vûcs fuperficielles
, des defcriptions rebattues, On
a fur-tour entaffé les uns fur les autres , de
fimples Journaux de Navigation. Les répétitions
font fans nombre , & tout l'Ouvrage
manque abfolument d'ordre & de méthode ;
cependant quelle lecture plus attachante
que celle des Voyages ! Quel fonds d'intérêt
plus piquant & plus varié ! N'est- ce
donc pas rendre fervice au Public que de
le lui préfenter fous une forme plus agréable
, & à un prix affez modéré , pour que
l'acquifition en devienne facile à un plus
grand nombre de Lecteurs ?
L'Ouvrage de l'Abbé Frévôt , en y comprenant
les volun: es publiés par MM. de
Leyre & de Querlon , & deux nouveaux
volumes qu'on doit publier inceffamme
eft de 21 volumes in-4 ° . On peut juger du
nombre de fuperfluités qui ont paru devoir
être élaguées , puifque les 21 tomes in- 49.
font réduits à 21 volumes in- 8 ° . dans lef
quels on a compris tous les Voyages autour
du Monde , entrepris dans ces derniers
temps ; Voyages qui doivent immortalifer
les noms de Cook , Banks , Solander , Wallis
, Byron , & c.
Cet abrégé , rédigé par un Ecrivain connu
& diftingué , devient un Ouvrage propre à
toutes les claffes de Lecteurs , aux jeunes
perfonnes comme aux grandes ; il doit être
* iv
( 8 )
lu par quiconque veut s'amufer ou s'inftruire
; on en a fupprimé tout ce qui n'était
fait que pour occuper un petit nombre
d'hommes & pour ennuyer le plus grand
nombre. Tout ce qui s'appelle Journal de
Navigation a été entièrer ent retranché. Toutes
les répétitions , toutes les fuperfluités ,
toutes les circonftances indifférentes , toutes
les aventures vulgaires , ont été fupprimées.
On a mis le plus d'ordre & de clarté
qu'il a été poffible dans la diftribution des
différens Voyages , de manière qu'on ne perdît
pas un pays de vue , fans en avoir appris
tout ce qu'il pouvait offrir de curieux
& d'intérellant.
On s'eft attaché d'ailleurs à mettre , dans
cette méthode , toute la variété dont elle
était fufceptible , en plaçant toutes les fois
qu'on l'a pu , fans blefler lordre , un Voyage
d'aventures , après des defcriptions de
maurs & de lieux. Quand un Voyageur ,
qui s'eft vu dans des fituations extraordinaires
, raconte lui - même , on s'eft bien
gardé de prendre fa place : on l'a laiffé parler
fans rien changer ni ajouter à fon récit.
On n'a fait non plus que très-peu de
changemens dans les defcriptions de lieux
& de moeurs , dans les détails phyfiques
& d'Hiftoire naturelle , afin de n'en point
altérer la verité.
L'Ouvrage eft divifé en quatre parties.
Les Voyages d'Afrique , divifés en fix livres ,

forment les trois premiers volumes de cer
Abrégé. Ceux d'Afie , divifés en fept livres ,
forment, fix volumes. Ceux d'Amérique ,
partagés en douze livres , forment auffi fix
volumes. Les Voyages autour du Monde
& aux Pôles rempliffent les fix derniers
tomes de cet Abrégé.
M. LA PORTE , Imprimeur - Libraire ,
rue des Noyers , vient d'acheter un nombre
d'exemplaires de cet Ouvrage ; & c'eſt à lui
qu'on doit s'adreffer pour le procurer cette
importante Collection . :
Le même Libraire vient de faire l'acquifition
des Principes généraux des Belles - Let
tres , par M. Domairon , Profeffeur à l'Ecole
Royale Militaire. Cet Ouvrage , imprimé
& adopté pour l'inftruction des Cadets Gentilshommes
de cette Ecole , a été annoncé
avec éloge dans les Journaux , & favorable+
ment accueilli du Public. Il renferme tous
les objets qui concernent les Belles-Lettres ,
depuis les premiers élémens de la Langue
Françaife , jufqu'aux règles du Poëme épique.
Deux parties en font la divifion . Dans
la première , l'Auteur traite de l'Art de bien
écrire , qui confifte à écrire correctement ;
agréablement , & pathétiquement. Il y déve
loppe d'abord les principes de notre Langue,
en expliquant la nature des mots , & leur
arrangement dans le difcours. Il fait connaître
enfuite les ornemens dont on peut
l'embellir , en parlant des qualités du ftyle
& de fes différentes espèces , ce qui lui

(('ro))
donne occafion de parcourir les principales
figures , & de citer des morceaux choifis ;
fait en profe , foit en vers. Enfin , après
avoir parlé du pathétique , qui comprend
le ftyle fublime , & ce qu'on appelle proprement
le fublime , il fait voir en quoi confifte
l'éloquence , & quels en font les divers
genres.
Un tableau raccourci des quatre âges de
la Littérature , eft à la tête de la deuxième
Partie , où l'Anteur traite des Productions
littéraires. Il y trace d'abord les règles des
différens Ouvrages en profe ; du Difcours
oratoire en général ; des Difcours facrés ;
des Difcours du Barreau ; des Difcours Académiques
; des Difcours politiques ; du
genre hiftorique , ceft-à-dire , de la manière
d'écrire l'Hiftoire , & de fes différentes
efpèces ; enfin , des Ouvrages didactiques
& du Roman. Il expofe enfuite avec beaucoup
plus d'étendue dans le fecond volume ,
les règles des différens Ouvrages en vers:
1. de tous ceux qui peuvent être compris
fons le titre de Poefies fugitives ; tels que
FEpigramme , le Madrigal , le Sonnet , le
Rondeau , le Triolet , l'Epitaphe , l'Infcription
, l'Epithalame , & la Chanfon : 2. des
petits Poëmes , tels que l'Apologué , l'Eglogue
& l'Idylle , l'Epître , la Satire , l'Elégie,
& l'Ode : 3 ° . des grands Poëmes ,
c'eft-à-dire , du Poëme didactique , du Poëme
dramatique en général, de la Coinédie ,
de la Farce , des Pièces à fcènes détachées

(1 )
de la Parodie , de l'Opéra comique , de la
Tragédie proprement dite , de la Tragédielyrique
ou Opéra , & enfin du Poëme épique.
Les exemples font , dans cet Ouvrage ,
toujours placés à côté des règles ; & l'on a
généralement trouvé que le choix en avait
'été fait avec goût. Chaque article eft terminé
par une notice plus ou moins longue
des plus célèbres Ecrivains , foit anciens ,
foit modernes , qu'on peut regarder comme
des modèles. L'objet du Profeffeur a été de
'faire une Grammaire , une Rhétorique &
une Poétique complettes , qui fullent à la
portée des jeunes gens , & des perfonnes qui
ont étéprivées , par une éducation négligée ,
des connaiffances auxquelles il n'eft plus
permis de paraître étranger. Le prix des
deux volumes eft de 5 liv. br. & 6 liv. rel
en bafane,
( 12 )
TRAITÉ DES DROITS, Fonctions , Franchifes
, Exemptions , Prérogatives & Priviléges
annexés en France à chaque dignité
, à chaque office & à chaque état ,
Joit civil , foit militaire , foit eccléfiaftique.
Ouvrage compofé par plufieurs Jurif
confultes & Gens de Lettres ; & publié par
M. GUYOT , Ecuyer , ancien Magiftrat.
A Paris , chez VISSE , Libraire , rue de
la Harpe , près la rue Serpente.
APPERÇU DE CET OUVRAGE.
DEFENDRE un Etat contre les entrepriſes
du dehors , & maintenir le bon ordre dans
Pintérieur de cet Etat , font les grands objets
qui doivent continuellement fixer l'attention
du Souverain ; mais il ne peut les remplir
qu'en employant une multitude de refforts ;
& c'eft par l'action plus ou moins bien combinée
de ces refforts , que la fomme du
bonheur public augmente ou diminue.
Si l'on confidère l'Etat dans fes rapports
avec l'Etranger , on conçoit qu'il peut être
voifin d'une Puiffance ambitieufe qui ferait
prompte à faifir l'occafion d'y étendre fa
domination : il faut donc mettre obſtacle à
fes vûes; & les moyens dont le Souverain
a coutume de faire ufage pour cet effet
font les négociations qui lui procurent des
alliés , & les armées qu'il met fur pied pour
( 13 )
repouffer la force par la force. De là dé
rive la néceffité d'entretenir des Amballadeurs
ou des Miniftres dans les Cours étran
gères , & de former des foldats & des Offi
ciers militaires de différens grades.
L'Océan baigne les côtes de l'Etat , & il
en part des flottes qui vont au loin lever
des tributs dus à l'induftrie nationale : mais
ces flottes pourraient fouvent devenir la
proie de l'ennemi , fi , pour les protéger , le
Souverain n'avait pas une marine militaire
conduite & commandée par des Amiraux ,.
des Chefs d'efcadre , des Capitaines , &c.
La tranquillité publique ferait journellement
compromife dans le fein de l'Etat , f
on laiffait un libre effor aux paffions de
chaque individu : la plupart ne confultant
- que leur intérêt , leurs befoins ou leurs
plaifirs , voudraient jouir des avantages de
la Société, fans renoncer à la portion de
liberté dont le facrifice eft néanmoins indifpenfable
pour fervir de bafe au contrat
focial : il a donc fallu que la fageffe du Sou
verain fixât les bornes au delà defquelles
l'action de la force individuelle ne pourrait
pas être étendue ; & , pour empêcher que
l'intérêt perfonnel ne parvint à reculer ces
bornes , il a été néceffaire d'établir une
garde capable de repouffer avec fuccès tous
les efforts qu'il pourrait faire . En France ,
cette garde eft compofée des Magiftrats qui
expédient les affaires dans les Cours , dans
les Bailliages , & dans les autres Jurifdic
$
( 14 )
tions. Armés du glaive de la Juftice que le
Roi leur a confié , ils doivent s'en fervir
pour venger l'innocence , pour punir le
crime , & pour empêcher que le Citoyen
ne foit troublé dans la jouiffance des chofes
qui lui appartiennent.
Il fallait , pour que la Juftice fût bien adminiftrée
, qu'il y eût des gens intelligens ,
capables d'expliquer aux Juges los atteintes
qui feraient portées à l'exercice de la propriété
ou des droits de chaque individu ,
& l'on a adopté pour cet effet le ministère
des Avocats & des Procureurs. Ce font eux
qui difcutent les intérêts des Parties , &
dont la voix & les écrits doivent tendre
dans ceffe à faire briller la vérité , que la
chicane & la mauvaiſe foi couvrent fouvent
du plus épais nuage.
La néceflité de rédiger par écrit les Sentences
& les Arrêts , & de les conferver dans
des dépôts , a fait établir des Greffiers ; &
pour exécuter les ordres de la Juftice ,, on
a créé des Huiffiers & des Sergens.
Il importait que les conventions des Particuliers
euffent , en certains cas , un caractère
d'authenticité , qui fût une preuve
convaincante qu'elles n'étaient l'ouvrage ni
du dol ni de la furprife , & les Notaires
ont été établis pour y imprimer ce carac
tère.
Il y a des parties d'administration qui
exigent une attention fuivie , une vigilance
active , des déciſions promptes : le Souve
( x5 )
rain les a confiées à l'inspection & aux foins.
des Officiers de Police.
La confervation , la régie & la percep
tion des droits on revenus du Souverain
Fallierte & le recouvrement des impofitions
, la comptabilité des deniers publics ,
Fadminiftration des eaux & forêts , les voya→
ges , la pêche , & les contrats maritimes , &
la punition des délits relatifs à ces divers
objets , ont donné lieu à l'établiffement d'un
grand nombre d'Officiers & de Tribunaux ,
tels que les Greniers à fel , les Juges des traites
, les Elections , les Maîtrifes des Eaux
& Forêts , les Amirautés , les Receveurs
tant généraux que partieuliers des Finances ,
les Tables de Marbre , les Tréforiers de
France , les Cours des Aides , les Chambres
des Comptes , &c.
Les affaires de commerce ne pouvant fup
porter que des frais modérés , & exigeant
des formes fimples & peu compliquées , le
Légiflateur les a foumifes à des règles particulières
, dont il a confié la manutention
aux Juftices Confulaires..
Lesbiens , les revenus des Villes , des Communautés
, font régis & adminiftrés par des
Officiers Municipaux , que furveillent ordinairement
les Intendans des Provinces.
Les échanges en nature étant devenus impraticables
par la multiplication des hommes
& des befoins , on a imaginé d'employer les
métaux les moins communs , & fingulièrement
l'or & l'argent , pour être des lignes
( 16 )
reprefentatifs des denrées & des marchan
difes ; & , pour que le Public donnât fa
confiance aux pièces compofées de ces métaux
, on a appliqué à chacune une marque
authentique de fon poids & de fon
titre mais comme ces pièces font fufcep
tibles d'être contrefaites , & que les mé
taux peuvent être altérés par différentes
proportions d'alliage , le Souverain a créé
-les Juges des Monnoies pour maintenir
l'ordre dans cette partie.
*
Des criminels de tous les genres pou
vaient répandre l'effroi & la confternation
dans les villes & dans les campagnes : on a
établi une troupe pour les arrêter , & des
Officiers pour les juger en certains cas ; c'eſt
la Maréchauffée..
Tous ces différens Corps ou Officiers
qui font , avec plus ou moins d'étendue , dépofitaires
de l'autorité publique , reçoivent
médiatement ou immédiatement du Légifla
teur les règles qu'ils doivent obferver dans
.l'exercice de leurs fonctions. Ces règles font
concertées dans le Confeil du Souverain .
Ce Confeil , compofé des Miniftres , des
Secrétaires d'Etat , des Confeillers d'Etat ,
& des Maîtres des Requêtes , eft divifé en
différentes féances appliquées à difcuter fous
les yeux du Roi les affaires les plus importantes
, & en général tout ce qui peut intéreffer
le Gouvernement.
Le Trône eft environné des grands' Offi
ciers de la Couronne , de divers autres Off
( 17 )
eiers , & de plufieurs Corps militaires non
moins brillans que diftingués , qui annoncent
aux Nations la puiffance du Prince au
fervice duquel ils font employés.
11 eft dû des récompenfes proportion-
-nées à l'étendue & à l'importance des fervices
rendus à l'Etat ; les Ordres de Chevalerie,
la nobleffe , les titres d'honneur dont le
Souverain décore les Héros & les grands
Magiftrats , rempliffent cet objet.
La garde des autels élevés à l'Être Suprême
, cft confiée , fous la protection du
Prince , aux Miniftres de la Religion. Ils
compofent le premier Ordre de l'Etat ; &
en même temps qu'ils adreffent leurs voeux
au Ciel pour la profpérité de l'Empire , ils
font chargés de l'honorable fonction d'inftruire
les peuples & de les conduire à la
vertu , tant par des préceptes que par des
exemples.
Les Belles -Lettres , les Sciences & les
Arts , enfans du Génie, concourant merveilleufement
au bonheur public , on a créé
pour les rendre de plus en plus floriffans ,
les Univerfités , les Colléges , les Académics.
Ón conçoit qu'indépendamment des
droits , des fonctions , des priviléges qui font
propres à chaque dignité , à chaque Corps,
à chaque Office , il exifte entre les uns & les
autres certains rapports de préféance, de prééminence
, de juriſdiction , qui doivent don(
18 )
f
ner lieu à de fréquentes difficultés dans un
Royaume où l'honneur préfide fingulièrement
aux actions publiques. Nous avons
cru qu'il était poffible de faire évanouir la
plupart de ces difficultés , en indiquant les
limites dans lesquelles chacun doit fe contenir
pour ne point troubler l'harmonie de
la Société. L'objet du Traité que nous pu
blions a donc été d'expofer avec ordre &
précifion , jusqu'où ceux qui font revêtus
d'une dignité ou d'un office quelconque
peuvent étendre leurs prétentions fans bleffer
les droits d'autrui Les Ordonnances du
Souverain , les Arrêts des Cours , les ufages
confacrés , les exemples fondés fur des principes
avoués , & l'analogie , font les guides
que nous avons fuivis pour remplir la tâ
che importante & délicate que nous nous
fommes impofée.
Audétail des droits , des fonctions , des
prérogatives & des priviléges annexés à
chaque dignité , à chaque office & à chaque
état , nous avons ajouté les rapports qu'il
ya entre les pères & les enfans , les maris
& les femmes , les maîtres & les domeffiques
, les Seigneurs & leurs vallaux , &
nous avons ainfi parcouru tout le cercle des
devoirs & des obligations auxquels cha
que individu eft aflujetti , pour conferver
au corps politique une longue & vigoureufe
fanté.
( 19 )
3
DISTRIBUTION DES MATIÈRES.
L'OUVRAGE eft diftribué en douze Livres,"
dont le premier , plus étendu qu'aucun autre
, concerne le Roi & fa Maiſon ha
Reine & fa Maiſon , Monſeigneur le Dauphin
, les Enfans de France , les Princes du
Sang, la Régence du Royaume , la Pairie ,
le Confeil & les Miniftres du Roi , les Am
baffadeurs & les autres Envoyés , les Intendans
& Commiffaires départis dans les Pro
vinces , &c.
Le fecond Livre à pour objet minif
tration de la Juftice : on y envifage en premier
lieu , les Offices de Judicatuire en géné
ral enfuite on y traite de la Grande Chancellerie
de France ; des Cours de Parlements
des Confeils Souverains d'Alface & de Rouf
fillon ; des Confeils Supérieurs des Ifles &
Colonies Françaifes ; du Grand Confeil; de
la Jurifdiction des Requêtes de l'Hôtel ; du
Confeil Provincial d'Artois ; des Chancelleries
près des Cours ; des Préfidiaux ; -des
Chancelleries près des Préfidiaux , & autres
Siéges inférieurs ; du Châtelet de Paris ; des
Bailliages & autres Siéges Royaux ; des Juges
Seigneuriaux ; des Officialités , &c.
Le troisième Livre concerne la Police , le
gouvernement des Villes & Communau
tés d'Habitans , l'adminiftration des Hô
pitaux , la Voitie , la Connétablie , la Maréchauffée
, & le Tribunal du point d'honneur.
( 20 )
>
Le quatrième Livré traite de l'adminiftration
des finances & des revenus publics ainfi
que des Tribunaux & des Offices qui y ont
rapport , tels que les Chambres des Comptes
, les Chambres tant fouveraines qu'ordi
naires des décimes , les Cours des Aides ,
les Etats de différentes Provinces & les Affemblées
Provinciales , les Elections , les
Greniers à fel , les Juges des traites , les Receveurs
généraux & particuliers des Finan
ces , &c .
Le cinquième Livre a pour objet l'admi
niftration des forêts , les Capitaineries , la
chaffe & la pêche.
Le fixième , les Monnoies , les Arts &
Métiers , le Commerce , les Poftes & Meffageries
, & les Jurifdictions concernant ces
objets.
Le feptième traite de la Marine , des
Amirautés , & de tous les offices qui y ont
rapport.
Le huitième concerne les différens corps
de troupes , & tous les grades ou offices qui
y ont rapport ; & l'on y traite auffi de l'Ho
tel Royal des Invalides , & de l'Ecole Royale
Militaire.
Le neuvième a pour objet la Nobleffe
les Seigneuries , les Ordres de Chevalerie ,
& les Gouvernemens militaires des Provin→
ces & des villes .
Le dixième traite du Clergé , tant fécu
lier que régulier , des Economats , des Ban
quiers expéditionnaires en Cour de Rome ,
1
( 21 ) !
des Confiftoires d'Alface , & des Rabbins
des Juifs .
Le onzième concerne les Colléges , les
Univerfités , les Académies , & les Arts libéraux.
Enfin , le douzième & dernier Livre traite
des rapports établis entre les pères & les
enfans , les maris & les femmes , les maî
tres & les domeftiques , les Seigneurs &
leurs vaffaux .
CONDITION 6 DL LA VENTE.
COMME il eft jufte qu'un acheteur ne foit.
point indait en erreur , & qu'il connaiſſe l'objet
de fon acquifition , on prévient , ceux qui voudront
fe procurer l'Ouvrage que nous annonçons
qu'à compter du jour de la reconnaiffance qui
leur aura été donnée , ils auront deux mois pour
Fexaminer ; s'ils ne le trouvent pas tel qu'ils l'auraient
voulu , ils pourront le faire remettre chez
le Libraire , & il leur rendra leur argent.
Les perfonnes qui fe feront procuré le volume
que nous publions actuellement , avant que le
fuivant foit en vente , recevront gratis le dernier
volume.
Le prix de chaque volume in -4° . en feuilles ,
fera de 10 livres jufqu'à la publication du dernier
volume ; mais à cette époque ,' on augmen¬
tera le prix de l'Ouvrage .
La reliure en veau coute 45 fous , en balang
33 fous , & la brochure en carton 19 fous par.
volume,
( 22 )
Life alphabétique des Jurifconfultes & Gens de
"Lettres qui ont , jusqu'à préfent , coopéré avec
[Editeur à la compofition de l'Ouvrage.
AANMESSIEURS
BOUCHER D'ARGIS , père , Avocat au Parlement
de Paris , & Confeiller au Confeil Souverain de
Bouillon.
BOUCHER D'ARGIS , fils , Confeillerau Châtelet
de Paris.
DE SEZE , Avocat au Parlement de Paris , &
précédemment au Parlement de Bordeaux.
GARRAN DE COULON , Avocat au Parlement
de Paris.
HENRION DE PENSEY , Avocat au Parlement
de Paris.
MERLIN Avocat au Parlement de Flandres
Secrétaire du Roi , Maiſon & Couronne de
France.
ROBIN DE MOZAS , Avocat au Parlement de
Paris , & précédemment au Parlement de Grenoble.
TREILHARD , Avocat au Parlement de Paris >
& Infpecteur général du Domaine de la Con-
Tonne.
NOUVELLES RÉCRÉATIONS Phyfiques
& Mathématiques . Par M. GUYOT3 vol.
in-So. Prix , 21 liv, br. 24 rel. avecfig.
non enluminées ; chez Gueffier , Libraire
Imprimeur , au bas de la rue de la Harpe
à Paris.
LA troifième édition de cet Ouvrage que
Pon préfente au Public , a été revue & com
( 23 )
rigée avec le plus grand foin ; elle eft aug
mentée d'un grand nombre d'amuſemens
particulièrement fur l'Aimant , l'Electricité
& l'Air inflammable , & eft ornée de 102
planches neuves bien gravées , & rendues
avec affez de préciſion pour exempter de
les faire enluminer.
Chaque Récréation fe trouve placée à la
fuire de l'explication des Principes de Phyfique
ou de Mathématique dont elle dépend
; ce qu'on n'avait pu obferver régu
liérement dans la feconde édition , où les -
amuſemens ont été , pour ainfi dire , imprimés
périodiquement , à mesure qu'ils étaient
imaginés,
Les Principes des différentes parties ( 1 )
de la Phyfique & des Mathématiques , qui
fervent de bafe à ces amuſemens , font décrits
dans cet Ouvrage de manière à don-
Her une connaiffance fatisfaifante de ces
deux Sciences , fans qu'il foit befoin d'une
grande application . Ceux qui regardent la
Phyfique , font conformes aux fyftêmes les
plus généralement adoptés,
Le détail exact dans lequel on eſt entré
fur la conftruction de ces amuſemens , joint
(a) Ces parties font l'Aimant , l'Electricité , l'Air
inflammable , l'Air , l'Eau , le Feu , la Perfpective
, la Géométrie , l'Optique , la Catoptrique ,
la Dioptrique , la Mécanique , la Science des
nombres , l'Ecriture occulte , l'adreffe des mains,
&c. &c.
( 24 )
au fecours des planches , peuvent mettre
tout le monde à portée d'en conftruire foimême
une grande partie. Il eft d'ailleurs
beaucoup d'amuſemens qui n'exigent pas de
dépenfe , ou du moins très - peu ; mais d'un
autre côté , il faut acquérir de l'adreffe pour
les bien exécuter.
On n'entend pas apprécier ici le mérite
de cet Ouvrage ; c'eft au Public inftruit à
en juger. On croit cependant qu'il remplit
affez bien fon objet , qui eft de plaire
d'inftruire & d'amufer. Il peut auffi guérir
de la fotte crédulité , en faifant connaître
que les chofes qui paraiffent les plus extraordinaires
, font fouvent fimples , & n'ont
d'autre mérite que la forme ingénieufe fous
laquelle elles font déguiſées , & la manière
de les préfenter , ou par quelques autres
fubtilités.
Au refte , cet Ouvrage ayant été favora
blement accueilli , même des Etrangers ,
puifque la première édition , qui était bien
inférieure & beaucoup moins étendue que
celle- ci , a été traduite en anglais , en allemand
& en hollandais , nous fait eſpérer
que le Public recevra avec plaifir cette nouvelle
édition , qu'on s'eft efforcé de rendre
fupérieure à bien des égards.
Lu & approuvé. De Sauvigny...
Permis d'imprimer & de diftribuer. DE CROSNE
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 22 JUILLET 1786.
PIECES FUGITIVES
ENVERS ET EN PROSE.
ODE AU Ro1 , fur le Voyage que
Sa Majefte vient de faire à Cherbourg.
' EUROPE a vu long- tems fes Rois demi- barbares ,
De leur farouche afpect fuperbement avares ,
* Cachés dans leurs palais fans en franchir le feuil ;
Ou s'ils l'abandonnoient , armés de leur tonnerre
Ils alloient ravager la terre
Écrafant leurs Sujets du poids de leur orgueil.
Mais , fière déformais de fes droits qu'elle attefte ,
L'Humanité relève un front noble & modefte ;
Et les Rois , de leur foudre ont dépouillé leurs mains.
La Sagelle a conduit aux rives de la Seine-
De Marcellus du Borifthène ,
L'Antonin de Stockolm , le Céfar des Germains.
No. 29, 22 Juillet 1786.
G
146 MERCURE
1
1
Nous te devons bien plus , ô puiffante Sageffe !
D'un Prince magnanime éclairant la jeuneffe ,
Tu règles avec lui le deftin des François ;
Et dès le même inftant qu'il monta fur le Trône ,
A ta voix foumettant Bellone ,
Il apprit à compter fes jours par fes fuccès.
DÈS LORS nos pavillons , promenés fur les ondes ,
Devinrent les garans du bonheur des deux mondes;
Près d'eux , les léopards rampèrent abattus ;
Et Louis fut fonder , au nord de l'Amérique ,
L'immenfe & fage République ,
Monument immortel de ſes hautes vertus,
QUE vois -je? tout - à-coup il femble fuir Verfailles,
Entend-il retentir le fignal des batailles ?
Mère-t'il au combat fes Guerriers triomphans ?
Non, Dépofant l'éclat de la grandeur fuprême ,
Il va voir des Sujets qu'il aime ,
Comme un père adoré vifite fes enfans.
AU DEVANT du Héros la douce bienfaiſance ,
Aux Neuftriens charmés annonçant fa préſence ,
Vers les bords de Cherbourg vient de le diriger ;
Cherbourg , vafte rivage , où la mer découverte,
Des nochers préparant la perte ,
Leur préfente , en grondant , un abri menfonger !
MAIS LOUIS les protège & diffipe leur crainte,
Il parle. Un port foudain forme une large enceintes
DE FRANCE. 147
De fuperbes remparts vont embraffer la mer.
Lebronze y tonne au loin par cent bouches terribles ,
Et nos vaiffeaux , vainqueurs paifibles ,
Bravent & leurs rivaux & les tyraus de l'air.
AH! fi l'un des Bourbons , au pied des Pyrénées ,
Vit fe joindre à la voix les deux mers , étonnées
Qu'un mortel eût conçu cette étrange union
Lous ait plus : il dompte une mer mogillante ;
Et dans Cherbourg fa main puiſſante
Renferme le dépôt des terreurs d'Albion,
Quoi ! ce Roi par les yeux veut tout voir , tout connoître
?
Mer , tu fens le plaifir d'avoir porté ton maître ?
Tes flots ont treffailli fous un fi noble poids !
Et toi qui le reçis , vaiſlean cher à la France ,
Ne démens point fa confiance :
Dans les jours du danger fais refpecter les loix !
MAIS que dis -je ? écartons une trifte penſée.
Devons- nous craindre encor la difcorde infenfée ?
Louis veille au repos d'un peuple généreux ;
Et tandis qu'on le voit parcourir fon Empire ,
L'enthousiasme qu'il infpire
Ranime en lui l'ardeur de faire des heureux.
POUR moi , fur l'Océan , au milieu des alarmes ,
J'ai chanté, jeune encor , la gloire de tes armes ,
Gij
148
MERCURE
Et prédit de tes fils les deftins éclatans.
Grand Roi ! fouffre aujourd'hui que ma lyre enhardie
Grâce à ton nom , foit applaudie,
Et fe fauve avec lui du naufrage des temps.
( Par M. de Caftera. )
L'ANNEAU perdu , Conte Turc.
L'A vertueuſe Zambac , veuve du grand
Baffa d'Alexandrie , pleuroit depuis près de
quinze lunes fur le fort de fon fils Néangir ,
que la perte de fon talifman * avoit réduit à
l'état le plus déplorable. Languiffant & fans
courage , fes genoux plioient fous le poids de
fon corps , fes yeux avoient perdu leur vivacité.
Les fibres motrices de fa langue ne lui
permettoient plus cette articulation ferme
& vigoureufe qui annonce l'homme & le
Turc de vingt ans. Il étoit défoffé , & cet
accident l'empêchoit d'époufer la belle Zélide , -
à laquelle il étoit deſtiné depuis la naiſſance.
Zambac avoit fait confulter le Livre des
deftinées , & on avoit lu : Malheur à Néangir
lorfqu'il perdra fon talifman ; il ne fera
heureux qu'après avoir bu l'elixir d'amour
parfait.
Zambac fit chercher de tous côtés cet élixir-
Ce talifman étoit un anneau d'or de la forme
d'un collier de chien , fur lequel étoit gravé en fépt
angues différentes : J'appartiens à la belle Zélider
DE FRANCE 149
précieux ; mais il ne s'en trouvoit plus dans
toute Alexandrie .
,
; -
Il y avoit alors en cette ville deux Juifs
fils jumeaux , dont l'aîné fe nommoit Ifouf,
le cadet Ifaf , l'un & l'autre allez verfés pour
leur ufage dans la fcience cabaliftique ; ils
alloient vendant confciencieufement par toute
la ville des bijoux , de l'écorce pyramidale ,
des diamans & des favonnettes . Mais fur-tout
on les foupçonnoit de faire un grand commerce
de ces anneaux nommés j'appartiens ,
femblables à celui de Néangir. Ils en vendoient
confidérablement à toutes les femmes
qui vouloient appartenir à quelqu'un ; & par
une vertu magique , ces anneaux vendus revenoient
en leurs mains tous les Samedis
foir , enforte qu'ils en avoient toujours à revendre.
. Mais ce qui étoit encore plus étonnant ,
c'eft qu'il exiftoit entre ces deux frères une
fi parfaite fympathie, que l'un ne recevoit pas
un coup de bâton qu'il ne vint à l'inftant une
tumeur à l'autre , quand l'un rioit , l'autre ſentoit
de la joie ; & lorfqu'Ifa , comme il étoit
plufieurs fois arrivé , fe trouvoit faifi par la
patrouille du Cady pour quelque friponnerie
de jeuneffe , Ifouf avoit coutume de prendre
un bâton de cèdre du poids de foixante livres ,
dont il affommoit le premier troupeau de
pourceaux qui lui tomboit fous là main ;
il arrivoit alors qu'Ifaf affommoit de même
les archers qui vouloient le retenir ; & ce fecret
étoit d'un grand fecours dans leur état.
G iij
MERCURE
On ne doutoit pas que le talifman de Néangir
ne fût tombé entre les mains de ces deux
Juifs ; mais on n'en avoit point de preuves , &
d'ailleurs , depuis quelque temps , on ne les
voyoit plus à Alexandrie.
On vint annoncer un jour à Zambac que
deux Danfeufes Circaffiennes , nouvellement
arrivées , poffedoient un plein flacon d'élixir
d'amour parfait. Zambac ordonne qu'on les
cherche à l'inftant par toute la ville ; mais ,
hélas , dit-elle , vous verrez qu'on les cherchera
en vain ! Je fuis fi malheureuſe ! Souveraine
lumière de ma vie , dit le jeune Page
Azémi qui avoit entendu ces derniers mots
d'un coin de l'appartement , fi vous me permettez
de parler , je dirai que deux Danfeuſes
font infiniment plus aifées à trouver que deux
Juifs. La réflexion d'Azémi parut imperti→
nente. On lui dit de fortir de l'appartement.
H fortit en effet , & revint quatre minutes
après , tenant de fes deux mains les deux Circaffiennes
que Zambac croyoit introuvables.
-
- De
Zambac les accueillit gravement , mais
avec politeffe : aimables étrangères , leur ditelle,
vous avez , m'a-t'on dit , un flacon d'élixir
d'amour parfait ? Nous l'avons eu , répondit
l'aînée des deux foeurs ; mais nous
l'avons troqué contre un j'appartiens.
grâce , dites-moi donc où je pourrois le trouver.
Ayez pitié de deux malheureux amans &
d'une mère infortunée dont le fils eft défoffé.
Rendez la paix à deux familles défolées . —
Nous , ma foeur, s'écria l'aînée avec un ton
-
DE FRANCE. 151
d'humeur , que nous rétabliſſions la paix dans
les familles ! Si c'eft pour cela que l'on nous
appelle ici , Zambac , je vous déclare que nous
ne dépendons de perfonne , que ma foeur a
trempé fes lèvres dans l'élixir d'amour par
fait , que ina tête eft devenue légère par fes
déplacemens réitérés , & qu'après nos malheurs
nous ne confentirons jamais à contribuer
au bonheur de deux amans.
Zambac ne comprit pas bien ce que figni →
fioit ce difcours ; mais étonnée de cette humeur
bizarre , elle pria la Circaffienne de
s'expliquer un peu plus clairement , & de lui
raconter quelles malheureuſes aventures les
avoient conduites à cette réfolution . Elles s'af
firent l'une & l'autre fur une pile de carreaux ;
& l'aînée , après avoir confulté les yeux de fa
foeur , parla en ces termes :
>
Si vous êtes curieufe , fublime Zainbac
préparez -vous à être émerveillée du récit de
notre hiftoire ; car quoique ma foeur & moi
foyons jeunes encore , il nous eft arrivé une
foule de ces aventures qui n'arrivent à perfonne.
Je me nomme Dely , & ma foeur
Tezile , natives l'une & l'autre de Circallie.
Nos parens , qui nous deftinoient à l'honneur
d'être admifes au Sérail du Souverain des
Croyans , nous firent inftruire dans tous les
Arts agréables. On nous apprit à chanter , à
jouer des inftrumens ; mais fur-tout à danfer ;
& je crois bien que nous ferions aujourd'hui
triftement confondues parmi les Odalisques ,
file Prince Candide & fon ami Télamig ,
Giv
152 MERCURE
plus alertes que les pourvoyeurs du Grand
Sultan , ne fuffent venus changer le cours de
nos deftinées . Candide étoit fils & héritier
du Roi de l'Ifle Hautaine , fituée au milieu de
la mer noire. Il s'étoit échappé de la Cour de
fon père , parce qu'on vouloit lui faire époufer
une Princeffe Okimpare , jeune , belle &
riche , mais pour laquelle il avoit une forte
antipathie , parce qu'elle avoit l'oeil gauche
un tant foit peu plus petit que l'oeil droit.
Candide avoit bien vu que mes deux yeux
étoient parfaitement égaux. Télamir , 'd'un
autre côté , étoit fort content de ceux de ma
feur. Ils trouvèrent moyen de s'introduire.
un matin dans notre appartement ; & jugez
ce que c'eft qu'un Prince & fon ami dans
l'appartement de deux jeunes perfonnes qui
voyoient des hommes pour la première
fois !
Oh ! je conçois , dit Zambac , qui , malgré
fa trifteife, commençoit à s'amufer de ce récit,
que rien au monde n'eft plus dangereux.
Tous deux étoient jeunes , vifs , aimables ;
ils nous tinrent des difcours fi perfuafifs , nous
infpirèrent tant d'horreur pour le Sérail , que
nous confentimes à partir avec eux dès lè
lendemain.
Nous nous rendimes fur le rivage avant le
jour , & nous voilà tous quatre voguant à
pleines voiles pour l'Ifle Hautaine , n'emmenant
avec nous qu'une vieille efclave , dont
la fidélité m'étoit connue. Après quelques
jours d'une heureufe traverfée, nous arrivâDE
FRANCE. 153
mes dans l'Ifle , & Télamir nous conduifit....
A la Cour , fans doute ?
Nous nous en gardâmes bien..... Dans un
château ifolé, à l'autre bout de l'ifle , & qui
appartenoit au Prince Candide. Auflitôt qu'il
parut , les habitans le reconnurent , & s'emprefsèrent
à nous recevoir. Le château étoit
fitué dans le plus beau climat du monde ;
les arbres étoient toujours verds ou fleuris ;
l'édifice étoit conftruit d'un marbre fi poli ,
que les murs réfléchiffoient l'image des fontaines
, des fleurs & de la verdure dont il étoit
environné. Les appartemens étoient vaftes &
frais. Il y avoit entre- autres un petit appartement
meublé en jaune & argent que je me
réfervai , parce que , comme j'ai les cheveux
bruns , je trouvois qu'il me rendoit belle à
ravir. Vingt - quatre efclaves des deux fexes
étoient deftinés à nous fervir , & nous n'étions
occupés que du foin de varier & de perpétuer
nos plaifirs.
Un jour que j'étois affife auprès de mon
cher Candide dans une grotte de palmiers ,
qu'il tenoit ma main dans les fiennes , & que
fa joue étoit près de mon épaule : Ah ! Dely ,
difoit-il , l'aftre du jour a moins d'éclat que
vos yeux , l'aurore eft moins fraiche que votre
teint. Candide , lui répondois - je , votre bouche
eft vermeille comme le corail , votre haleine
eft pure comme le Zéphyr . A peine
avois-je dit ces derniers mots , que nous entendîmes
quelque bruit derrière nous , & en
nous retournant un même coup de cou-
>
GY
154 MERCURE
telas nous abattit la tête à tous les deux.
Par le faint Prophère Mahomet , s'écria
Zambac en riant , vous le méritiez bien , & je
voudrois de bon coeur qu'on en fit autant à
tous ces difeurs de riens *, d'infipides lieux .
communs , dont Alexandrie fourmille. Si vous
euffiez dit quelque chofe de raifonnable , cela
ne vous fût pas arrivé ; mais continuez , je
vous prie.
Pour achever , reprit la Circaffienne , dès
qu'on nous eut abattu la tête , j'entendis
celle de Candide qui me crioit d'une voix foible
: Dely , Dely , je me meurs , adieu , chère
Dely. La mienne lui répondoit : hélas, hélas !
Alors une main que nous ne reconnûmes pas
d'abord , replaça les deux têtes fur nos épaules
; & au moyen d'une paſtille magique
qu'elle nous mit dans la bouche , elles reprirent
fi exactement , qu'il étoit impoffible de
s'appercevoir de la coupure. Mais quelle fut
ma furpriſe , lorfque portant la main à mon
front , au-lieu des fleurs dont j'ornois ordinairement
ma tête , je la fentis couverte d'un
turban , & que je m'apperçus que la vieille
efclave que j'avois amenée de Circaffie , ( car
c'étoit elle -même qui avoit fait cette merveilleufe
opération ) au lieu de replacer la tête
du Prince fur fes épaules , l'avoit replacée fur
les miennes , & que ma tête avoit paſſé ſur
celles du Prince . Je la regardai avec des yeux
* L'Auteur Turc efpère qu'on voudra bien faire
quelque exception en fa faveur.
DE FRANCE. 155
irrités , mais en s'approchant de moi : calmezvous
, chère maîtreffe , me dit- elle . Vous favez
fi je vous ai toujours été fidelle . J'ai vu que
votre coeur devoit tôt ou tard vous égarer , je
yous ai paffè la tête d'un homme pour vous
conduire. Ce Prince n'a plus qu'une tête de
femme , vous en ferez tout ce que vous voudrez.
Faites -vous un jeu de tous les Candides
du monde ; ne fongez qu'à vous- même ; & fi
jamais vous étiez encore une fois décapitée ,
ces deux autres paftilles magiques remettront
les chofes dans leur état naturel. Quant à votre
foeur , dont l'ame eft moins active , je vous
laiffe pour elle ce flacon d'élixir d'amour parfait
, qu'elle en imbibe feulement le bout de
fa langue , fans en avaler , cela fuffira. Bénif
fez- moi , ma chère maîtreffe , & profpérez .
Ce trait de morale de l'efclave me parut
fort fenfé. Candide ne fut
d'abord trop
pas
fatisfait de cet échange ; mais je fus lui faire
entendre raifon.
De ce jour même le défordre commença
régner dans le château . Les efclaves , qui ne
reconnoiffoient plus leur Prince , devinrent
rebelles & fainéans ; les jardins demeurèrent
fans culture. La fortune du Prince fe fondoit
de jour en jour. A chaque inftant de la journée
mon ancienne tête conduifoit le corps de
Candide , comme par diſtraction , dans mon
appartement jaune & argent ; c'étoit une fuite
de quiproquos interminables. Mais j'avois
fongé à moi , d'après les confeils de ma vieille
efclave , & à tout événement il me reftoit
Gvj
156
MERCURE
quelques écrains remplis de pierreries affez
précieuſes.
Je commençois à me laffer de ce genre de
vie , lorfque nous apprîmes que le Roi de
l'Ifle Hautaine venoit de mourir , & je
m'écriai dans ma joie : immanquablement me
voilà Reine. Nous partimes du château , &
nous allâmes réclamer la Couronne ; mais , ô
bizarrerie de ma deſtinée ! on ne reconnut
plus Candide ; on nous condamna . l'un &
l'autre, comme des impofteurs, à avoir la tête
tranchée ; on nous la trancha.
Mais il vous reftoit vos deux paftilles magiques
, dit Zambac. Fort heureufement, continua
Dely: ma foeur s'élance fur l'échafaud ,
met dans ma bouche une de ces paſtilles , replace
fur mes épaules ma véritable tête , qui
reprit parfaitement; Télamir en fait autant
de celle de Candide ; mais au moment où je
criôis à la foule étonnée : peuples , voilà Candide
, reconnoiffez votre Roi , je m'apperçus ,
hélas....
Ici Dély n'eut plus la force de continuer.
Une épaifle vapeur couvrit les yeux. Le récit
qu'elle venoit de faire avoit réveillé dans le
coeur des deux foeurs le vif fentiment de leur
infortune , & elles tombèrent en défaillance
l'une & l'autre.
Zambac , à qui toute cette hiftoire n'apprenoit
encore rien fur le flacon d'élixir , affligée
de ce contre- temps , fit tranfporter les deux
évanouies dans un appartement voifin , ordonna
qu'on les foulageât & qu'on ne les
DE FRANCE 157
laifsât pas fortir ; & comme il étoit tard , tout
le monde alla fe mettre au lit.
Le Page Azémi , dont nous avons déjà parlé ,
avoit roulé toute la nuit dans fa tête je ne fais
quel projet de Page. L'image de Dely revenoit
fans ceffe à fon efprit ; mais de plus , tandis
qu'elle racontoit fon hiftoire , il avoit apperçu
au doigt de la Circaffienne un anneau
d'or, qu'il croyoit bien fermement être l'anneau
même de Néangir. Il ne douta pas que
s'il parvenoit à s'en faifir , il n'eût de Zambac
au moins mille fequins de récompenfe. Il
s'étoit levé de grand matin , & étoit defcendu
au jardin rêvant à fon projet. Comme il paffoit
derrière le berceau de la fontaine le plus
éloigné du Palais , il entendit deux voix de
femme, dont l'une difoit à l'autre : Comment
ferai-je? c'eft ce foir que mon j'appartiens
retournera au Juif Ifouf. Je ne faurois pourtant
m'en paffer. - Sois tranquille , répon
doit l'autre; ne fais- tu pas combien Ifaf eft
amoureux de moi ? Compte que je lui rattraperai
ce foir même & l'anneau de Néangir &
notre flaccon d'elixir , ou je ne m'appelle pas
Tezile. Azemi reconnut les deux Circafliennes.
Comme elles fe croyoient feules , elles étoient
fans contrainte. Tezile avoit retrouffé les
manches de fa robe , & entrelaçoit avec des
fleurs les cheveux de fa foeur. Après avoir
contemplé quelques momens les beaux bras
de la Circaflienne , éclatans de blancheur
comme la neige au milieu de la verdure , il
leur eria à voix baffe : Belle Tezile, charmante
158 MERCURE
-
Dely. Effrayées & furpriſes , elles firent an
mouvement pour fuir. Aimables foeurs ,
pourquoi m'éviter ? Je fuis Azemi. Hé
bien, que nous veut Azemi ? Permettez-
-
-
-
vous que j'approche ? Non vraiment .
Dely , Dely, la fin de votre récit d'hier eft fi
touchante ; j'en ai la larme aux yeux. - Vous
mentez. Ma foeur , dit Tezile , il femble
avoir un bon coeur , & puis , vois donc comme
il eft joli. - Allons , approchez , puifque vous
êtes compatiffant. Il s'affit auprès de Dely, &
lui baifa la main tout exprès pour fon plaifir ,
& encore dans une autre vue. Il ne douta plus
que l'anneau qu'elle avoit au doigt ne fût
celui de Néangir. De grace , charmante
Dely, achevez - moi donc votre récit . — Volontiers
, où en étois-je reftée ? - Vous en
étiez fur l'échafaud , à la tête de Candide. -
Ah , oui. La tête de Candide replacée maladroitement
par Telamir ne put reprendre
bien exactement. Une artère du col refta coupée.
Il perdit fon fang, & expira. Dans un accès
de déſeſpoir je faifis le cimeterre du bourreau
; j'en frappai en aveugle à droite & à
gauche , & le coup porta dans le coeur de Te
lamir, qui tomba de même expirant à côté du
Prince.
La Princeffe Okimpare, devenue Reine de
l'Ifle Hautaine par la mort de Candide , nous
condamna , ma foeur & moi , à danſer & à
chanter dès le foir même dans un grand fpectacle
qu'elle donnoit au Peuple. Je danfai
avec tant de légèreté que tout le monde en fut
DE FRANCE. 159
émerveillé. Ma four chanta toute une Tra
gédie qui faifoit foupirer d'ennui ; mais nous
y mêlâmes des danfes affez gaies , & cela fut
trouvé charmant. C'eft alors que nous fimes
le ferment de rendre tous les amans auffi
malheureux que nous l'avions été , & d'enle
ver à toutes ces petites habitantes de l'Ifle
feurs plus jolis galans. Okimpage , à qui
nous en avions enlevé plus d'un , nous fit enfin
repaffer à Alexandrie.
Mais vous aviez bien raifon de dire , reprit
Azemi , que vous aviez la tête légère. Il
étoit impoffible que dans ces différens paffages
elle ne fe fût pas un peu éventée. Vous
vous fâchez , vous riez , vous tuez les gens ,
vous danfez ; cela fait une variété charmante.
A-propos , j'efpérois qu'aujourd'hui vous vous
feriez encore évanouie. Cela m'auroit fait
plaifir. -Comment donc ? - Oui , je crois
qu'il feroit charmant de fe trouver mal fous
ce berceau. Finiffez , Azémi. - Vous difiez
donc que voyant le Prince Candide perdre
fon fang....- Finiffez , vous dis - je , en
lui mettant la main fur la bouche. Ne favezvous
intéreffer les femmes qu'en les faifant
tomber en défaillance. Fi donc , Azémi ; c'eſt
l'expédient des magnétifeurs. Il y a tant d'autres
moyens plus fimples. Mais comment
faire ?N'avez-vous pas juré de rendre tous les
amans malheureux ? Oui , ceux des autres ,
répartit Tezile en riant , mais les nôtres , cela
devient différent. Ma très - chère Dely,
dites-moi donc par quels moyens on peut vous
-
--
160 MERCURE
-
-
plaire ? Faut-il fe mettie à vos pieds ? Faut- il
fe battre Faut- il pleurer ? Faut-il .... — Non ,
rien de tout cela. Il ne s'agit que de petits foins,
de la difcrétion,rendre quelques petits fervices
à ce qu'on aime. Nous favons , dit Tezile ,
encore un autre moyen qu'on nous a appris
dans l'ifle Hautaine. Quel eft il-
Mais c'eft.... de faire des préfens. Rien ne
touche le coeur d'une femme comme les préfens.
Des échanges , voulez - vous dire ,
reprit Azémi. Vous m'y faites fonger. Je veux ,
belle Dely , échanger ce diamant contre votre
j'appartiens. Mais y penfez-vous ? Votre
diamant vaut plus de trente anneaux comme
celui-là . N'importe , je le veux . Dely , qui
favoit que fon anneau ne feroit plus à elle
dans quelques heures , ne fut point fâchée de
l'échanger contre le diamant du Page . Maintenant
, continua Azémi , belle Tezile , voulez
vous rendre un petit fervice à votre foeur ?
Quel fervice , s'il vous plaît ? - Ces giroflées
font fannées ; vous en trouverez d'infiniment
plus belles à l'autre bout du jardin. Je
vous en prie , Tezile , je vous domerai plutôt
un autre anneau qui me refte. - Voyons
l'anneau.- Ah , ma four , un anneau d'argent.
En vérité voilà un cadeau bien digne
d'un Page. De l'argent à des femmes comme
nous ! un anneau d'argent !
--
-
En ce moment , ils furent diftraits par une
grande rumeur qu'ils entendirent dans le palais
de Zambac. Dely ratacha promptement
fa chevelure avec une épingle d'or , & tous
DE FRANCE. 161
les trois accoururent voir quelle en étoit la
caufe ; elles apperçurent dans une des falles.
deux hommes garottés , & tenus par plufieurs'
efclaves. C'étoient les deux Juifs Ifouf &
Ifaf, que le Cady avoit fait faifir , & qu'il
amenoit à Zambac. Eft- il donc vrai , leur difoit-
il , que quand l'un de vous deux a faim ,
l'autre a grand appétit ? Oui , c'eft la vérité.
Que fi l'un de vous deux danfe ,
l'autre a grande envie de danfer ?
-
·
-

Oui ,
c'eſt la vérité. Enforte que fi l'on pendoit
l'un de vous deux , on ne feroit pas obligé
de faire les frais d'une corde pour l'autre ?
Je ne fais pas bien quelle doit être notre deftinée
, mais il eſt probable que la choſe arriveroit
comme vous le dites . Cependant dai
guez , Seigneur Cady , fufpendre votre jugement
jufqu'à demain ; je promets de rendre
ce foir même l'anneau conftellé de Néangir.
Il comptoit en effet que l'anneau ne pouvoit
manquer de revenir à lui comme de coutume.
-Moi, s'écria Azémi en écartant la foule , je
m'engage à le rendre tout- à -l'heure, & il préfenta
à Zambac l'anneau qu'il avoit échangé
avec la Circaffienne . Zambac le reconnut
pour être celui de fon fils , & embraffa Azémi
avec transport. Moi , s'écria Tezile , qui ne
doutoit pas de fon empire fur le coeur d'Ifaf,
je promets de donner ce foir même à Zambac
le flacon d'élixir d'amour parfait . Et moi , dit
plus haut le Juif Ifaf, je m'engage à le donner
tout-à-l'heure : il fit figne qu'on fouillât
dans fa poche , & en effet on l'ytrouva.
162 MERCURE
Ravie de tant d'heureufes circonstances ,
Zambac fit venir à l'inftant fon fils Néangir &
la belle Zélide. Elle ordonna qu'on déliât les
deux Juifs ; elle les fit proclamer gens de bien
& irréprochables , & leur dit qu'ils pouvoient
lui demander tout ce qu'ils defireroient.
Tout ce que nous defirons , répondirent les
Juifs , c'eft que vous daigniez nous accorder
en mariage ces deux belles Circaffiennes dont
mon frère & moi fommes amoureux.
Zambac demanda aux Circafliennes fi elles.
vouloient y confentir. Elles réfléchirent un
inftant , & Tezile dit : Sublime Zambac ,
après tous nos malheurs il ne nous eſt pas
permis de choifir notre deftinée . Nous fui-
Vrons vos volontés , pourvu toutefois que ces
deux hommes veuillent embraffer la loi du
Prophète.
Tout le monde applaudit à ce difcours.
Azémi feul parut être fort mécontent de l'arrangement
; mais il dit deux mots à l'oreille
de Dely & de fa foeur , & fe retira avec un air
fatisfait. Zambac lui donna mille fequins
pour fes menus plaifirs . Elle affigna une riche
dot aux deux Circafliennes ; on remit l'anneau
conftellé au doigt de Néangir , qui redevint
tout ce qu'il avoit été. On lui fit boire à lui
& à Zélide une bonne doſe d'amour parfait.
On en préfenta aux deux Juifs ; Ilouf feul en
but pour lui & pour fon frère ; enfuite aux
deux Circaffiennes , qui en burent tant qu'elles
épuisèrent le flacon , & n'en laiſsèrent pas
DE FRANCE. 164
une feule goutte pour toutes les Danfeufes
qui font venues après elles.
(Par M. de la Mare. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
E Le mot de la Charade eft Charrue ; celui
de l'Enigme eft Songe ; celui du Logogryphe
eſt Zéro .
CHARADE.
MON
ON tout partagé món derniér,
Et tu peux chanter mon premier.
( Pur M. Gratton de Saint - Gilles ,
Capitaine de Canonniers . )
ENIGME.
SOUVENT ,
OUVENT , quoique léger , je laffe qui me porte;
Un mor de ma façoi vaut un ample difcours;
J'ai fous Louis - le- Grand commencé d'avoir cours ;
Mince , long , plat , étroit , d'une étoffe peu forte.
Les doigts les moins favans me taillent de la forte.
Sous mille noms divers je parois tous les jours ;
Aux valets étourdis je fuis d'un grand fecours ;
Le Louvre ne voit point ma figure à ſa porte ;
164
MERCURE
Une groffière main vient la plupart du temps
Me prendre de la main des plus honnêtes gens .
Civil , officieux , je fuis né pour la ville.
Dans le plus rude hiver j'ai le dos toujours nu ;
Et quoique fort commode , à peine m'a-t'on vu ,
Qu'auffitôt négligé je deviens inutile.
( Par M. Guérin de Chevanne Gazeau ,
en Nivernois . )
LOGO GRYPH E.
JE ne pofsède rien ; ifolé , fans appui ,
Je fuis contraint , hélas de vivre chez autrui ;
On m'y livre toujours une guerre cruelle ;
Au moindre petit bruit ma peur fe renouvelle ;
Je crois voir l'ennemi , fes bataillons fanglans
Qui viennent me forcer dans mes retranchemens.
Je me fauve en fuyant ; fi je n'étois agile ,
Ma défaite feroit toujours sûre & facile .
Dans mes fix pieds , Lecteur , par quelque changement
,
Tu verras ce qu'on fait quelquefois en dormant ;
Une note du chant , & le bord des rivières ;
Le dépôt du favoir & des erreurs groffières ;
Un inftrument qui fert à faire plus d'effort ,
Avec ce qui nous quitte au moment de la mort ;
Ce qui nous fait verfer des larmes dès l'enfance ;
Un article ; un vieux mot ; une ville de France ;
DE FRANCE. 165
L'état d'un malheureux abruti par le vin ;
Un infecte rampant ; un adverbe latin ;
Un inftrument commun ; un moment agréable
Lorfqu'il eft précédé d'un calme favorable ;
Certain droit établi pour diftinguer les rangs ,
Et qu'on voit tous les jours à la fuite des Grands.
Si tu ne me tiens pas , notre commune mère
Finira d'éclaircir à tes yeux ce mystère.
Par M. le Vicomte de Ga .... , Offic. de Marine. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Jeudi 28 Avril 1786 , à la
réception de M. Sedaine. A Paris , chez
Demonville, Imprimeur-Libraire de l'Académie
Françoife , rue Chriftine.
ON a fouvent remarqué avec quelque malin
plaifir, que les Difcours prononcés dans
les réceptions Académiques , n'offrent guères
qu'un protocole de refrains louangeurs , qu'on
diftribue avec une extrême générofité , &
qui font rendus avec une excellive reconnoiffance.
Cette obfervation fe juftifie plus d'une
fois. Mais s'il n'eft pas impoffible de rectifier
ce vieil ufage , à coup sûr il eft plus facile encore
de l'affubler de plaifanteries.
Quand les Triomphateurs Romains fai166
MERCURE
foient dans Rome leur entrée folemnelle ,
falloit- il choifir ce moment pour venir les entretenir
de leurs fautes , & attrifter ainſi , par
des reproches même légitimes , la jouiffance
de leur gloire ? C'étoit le moment du culte ,
& le culte n'admet aucun mélange de cenfure.
Les honneurs Académiques font le triomphe
des Littérateurs. Ce n'eft pas le moment
de leur parler de leurs défauts , c'eſt celui de
publier les titres de leur célébrité .
Chaque Récipiendaire fe fait d'ordinaire
un devoir de temperer l'éclat de fon triomphe
, en ne l'attribuant qu'à l'indulgence de
fes juges ; il veut intéreffer par fa modeftie ,
dans un jour qui ne femble deftiné qu'a faire
éclater fa gloire . Il faut convenir aufli qu'ordinairement
cette forte de modeftie tend bien
plus à faire valoir l'amour- propre qu'à l'affliger;
ce font de ces aveux fi vagues , qui étant
répétés par-tout le monde , ne peuvent être
appliques à perfonne ; de manière qu'on ne
hafarde rien , en fe reconnoiffant indigne de
la place qu'on vient occuper , comme par la
formule epiftolaire , on ne craint jamais de ſe
compromettre , en s'honorant du nom deferviteur
, envers celui qu'on rougiroit de reconnoître
pour fon égal.
La modeftie de M. Sedaine , en venant
prendre à l'Académie la place de M. Watelet ,
's'eft montrée avec un ton de franchiſe qui
fort de la formule ordinaire. Son remerciement
commence par un aveu qu'on pourroit
DE FRANCE. 167
accufer d'exagération , & qu'on ne peut foupçonner
d'hypocrifie. Aulli eft- ce avec un intérêt
mêlé de furpriſe & d'attendriffement ,
qu'on l'a entendu s'écrier : « Peu de pureté
dans mon ftyle , peu de correction , encore
» moins d'élégance : voilà mes fautes ; la conf-
» tance feule que j'ai mife à folliciter votre
fuffrage , a pu les faire excufer. »
י נ כ
Voilà ce que M. Sedaine a dit de la manière
la mieux articulée ; mais ce qu'il auroit
pu dire plus affirmativement encore , c'eſt
que dans le genre auquel il a confacré les talens
, cette pureté elt moins nécellaire , &
'en même tems plus difficile à obtenir , à caufe
des entraves que le Muficien donne au Poëtë;
& nous devons ajouter nous-mêmes que dans
les Ouvrages qui ont mérité à M. Sedaine des
fuccès fi multipliés , les fuffrages du Public ,
& l'adoption de l'Académie , le naturel du
dialogue , la vérité des peintures & des carac-
'tères , l'étude du coeur humain , & l'art d'amener
fans ceffe l'effet dramatique , doivent
faire toujours , nous ne dirons pas feulement
excufer , mais oublier tout- à- fait les négli
gences dont il s'accufe.
M. Sedaine a fu ajouter à l'intérêt de cet
aveu , par ce mot ingénieux fur fon prédéceffeur
: « Je me vois accueilli par vous , Mef-
» fieurs , pour remplir la place de M. Watelet
, dans l'âge même où il étoit parvenu
lorfque la mort l'a féparé de vous : il fem-
» ble que vous m'ayez donné la tâche hono-
33
و د
168 MERCURE
"
rable d'achever la carrière que la Nature
» auroit dû lui accorder. »
Après des réflexions judicieufes fur le
Théâtre Lyrique , M. Sedaine paffe à M. Watelet
, dont il apprécie le talent ; & il s'arrête
fur- tout à fon Poëme & à fon Dictionnaire
fur la Peinture. Ce dernier Ouvrage lui fournit
une face réflexion . Après avoir dit avec
vérité que ce ne font point les préceptes ,
mais la méditation & la préfence des chefd'oeuvres
d'un Art qui forment des Artiſtes ,
il ajoute :"M. Watelet étoit auffi perfuadé que
moi de cette vérité , mais il penfoit avec
» raifon que fi les préceptes ne peuvent
» créer des Artiftes ; des obfervations juftes,
folides & fines , peuvent répandre parmi la
» Nation le goût des Arts , & fervir à appré-
» cier le mérite de ceux qui les cultivent.
"
"9
Ce même degré de jufteffe ne fe trouve
point dans l'éloge que fait M. Sedaine de l'Encyclopédie
, monument qui méritoit bien
d'être loué , mais qu'il falloit louer autrement.
" Ce monument immortel , dit-il , qui , s'il
3
50
eût été tenté dans le fiècle d'Alexandre ou
» d'Augufte , & s'il eût furvécu aux Nations
qu'il auroit inftruités , nous eût confolés de
la perte de tous les Livres de l'antiquité. »
Il falloit dire : de tous les Livres de fcience ;
car l'Encyclopédie pourroit bien nous enfeigner
à apprécier le mérite de la poéfie & de
l'éloquence , mais ne nous tiendroit jamais
lieu des grands Orateurs & des grands Poëtes
de l'antiquité.
Terminons
DE FRANCE. 166
Terminons l'analyfe de ce Difcours par l'éloge
de notre Monarque, éloge aufli fimple qu'il
eft intéreflant & vrai, & qui fembloit prophérifercelui
qui vient d'être répété par- tout avec
tant d'enthoufiafme fur la route de Cherbourg
: « Oui , le vieillard en mourant , rele-
» vera fa paupière affaiffée ; & jetant fur fes
» enfans & fur leurs rejetons un coup - d'oeil
fatisfair & tranquille , il leur dira : ne pleurez
pas ; regardez le Trône ; contemplez le
» Monarque qui l'occupe ; voyez fon augufte
Compagne : ils nous aiment ; ils font dans
» la force de l'âge , & vous ferez long- temps
heureux . >>
و ر
و ر
و ر
ON ne pouvoit répondre avec plus de grâce .
& d'efprit que M. Lemière en a mis dans
fon Difcours. Ayant à louer fon ami, il devoit
à la vérité de ne pas outrer la louange ,
mais il devoit aufli à l'amitié de ne rien oublier
de ce qui étoit digne d'éloge ; auffi a-t'il
rempli ce double devoir avec autant de juſteffe
que d'amabilité.
Il rappelle à fon nouveau Confrère fon
premier goût pour l'Architecture ; ce qui
amène cette réflexion auffi ingénieuſe que
vraie.
ور
4
" En payant à l'Art des Vitruves le tribu
» d'admiration dû au mérite des Arts en tour
genre , il faut en convenir , la fenfation
» que produit la vue des beaux édifices ne
» va point jufqu'à l'ame. C'eft plutôt de leurs
» débris qu'on eft ému ; plus le temps les a
No. 29 , 22 Juillet 1786. H
170
MERCURE
و د
و د
وو
» marqués de fon empreinte , plus ils acquiè
rent de majefté ; & l'irrégularité qui ré-
» fulte de leur dépériffement , ajoute à l'admitation
qu'ils infpiroient , une forte de
» vénération , foit par un retour de triſteſſe
fur la caducité des chofes humaines , foit
» par le droit qu'ont à nos regrets les grands.
» Hommes mêmes que nous n'avons point
" vus , & que nous reprochons à la Nature
d'avoir fairs mortels ; en forte que ces mo-
» numens fameux n'exiftent jamais plus que
» dans leurs ruines , & que l'on voit bien
» moins ce que le temps en a détruit , ce
» qu'il doit en détruire encore, que ce qu'il
» en a refpecté. »
»
La manière dont M. Lemière apprécie le
talent de M. Sedaine , peut être utile à ceux
qui courent la même carrière ; en analyfant
fes Ouvrages , il révèle les fecrets de l'Art
même , il en développe les principes ; chacun
des éloges qu'il donne eft une vérité , & chaque
vérité eft une leçon.
Tel eft le coup-d'oeil que jette M. Lemière
fur le Théâtre de fon ami. Avec quelle délicateffe
il retrace le caractère que M. Sédaine
a donné à fa Victorine du Philofophe fans le
favoir! " Au milieu de ce grand intérêt , ditil
, on remarque un caractère neuf, la paffion
de l'amour fous le voile de l'ingénuité.
" Cn avoit montré plus d'une fois l'accord
» de l'amour & de l'innocence ; on n'avoit
و ر
point encore préfenté cet amour d'inſtinct ,
feulement indiqué , qu'une jeune perfonne
DE FRANCE. 171
"
eft difpenfée de combattre , parce qu'en
l'éprouvant elle l'ignore; caractère fugitif,
difficile à tracer , qui demandoit une adrefle
" continuelle pour le renfermer dans fes limites
; efquiffe délicate & légère , dont il
falloit laiffer achever le tableau au Spectateur.
»
Il n'échappe à M. Lemière qu'un trait fur
la rofe du Magnifique ; mais ce trait eft une
penſée très -heureufe. « Là , c'eft une rofe
39
ingénieufe qu'une jeune Pupille laifle tom-
" ber négligemment ; & fi cette fleur n'eft
pas , comme à Salency , le prix de la fageffe ,
» elle fert à- la-fois de fauve- garde à la pu-
» deur , & d'interprête à l'amour. »
Citer beaucoup , feroit ici le moyen le plus
adroit pour faire lire cet article avec intérêt ;
mais la néceflité de nous reftreindre nous fait
une loi de renoncer à cette forte de féduc
tion.
On fait que les fuccès de M. Sedaine ont
été quelquefois tardifs , & , pour ainſi dire
arrachés. Voici comment M. Lemière tâche
d'expliquer dette fingularité. « C'eſt une re-
» marque , dit- il , qui n'eft pas indifférente
» pour l'honneur même de vos compofitions ,
» que vous avez rarement emporté les fuffra-
» ges à la première repréſentation ; vous ai-
» mez à peindre d'après Nature ; trait de
reffemblance que vous avez avec l'inimitable
Molière ; & comme la Nature & la
» vérité ne font pas ce qui fe préfente d'abord
» en écrivant , on pourroit dire que dans les
"
"
و ر
Hij
172 MERCURE
ور
و د
לכ
"
"
و ر
grandes villes où l'Art & la mode prédominent
, où il y a moins de moeurs que de
manières , une forte de corruption d'efprit
fait que les beautés fimples ne produifent
qu'une impreffion légère , & que le Spectateur
a befoin de revoir plufieurs fois les
» tableaux naturels , pour les reconnoître &
» pour les goûter. Aufli vos productions ,
» après un accueil peu favorable , ont obtenu
l'approbation la plus décidée ; & quelquefois
mêine ce qui avoit paru déplaire au
premier jugement , a réuffi dans la fuite
jufqu'à l'enthoufiafme : l'Ouvrage eſt reſté
» le même , rien n'a changé que l'opinion .
ود
و ر
ور
ور
"
و و
M. Lemière , fuivant l'ufage , a jeté auffi
quelques fleurs fur la tombe de M. Watelet.
Il remarque que cet Académicien avoit fait
quelques Ouvrages que fa modeſtie ne lui
avoit pas permis d'expofer au grand jour ; &
il loue fon défintéreffement pour la gloire ;
défintéreffement , dit-il , qui peut avoir fa
" nobleffe , mais qu'auront peine à concevoir
ceux fur-tout qui cultivent les Arts d'agré-
се
" ment.
و د
و ر
ور
Il n'en eft pas des talens comme de la
» vertu ; fon caractère eft de fe cacher ; fa
gloire eft dans la retraite , dans le filence ;
» elle fe fuffit à elle-même ; elle vit de fa
» propre fubftance ; elle concentre en elle
" fes fatisfactions ; elle craint comme une
profanation les regards publics ; fi elle doit
l'exemple , c'eft autour d'elle ; fi elle brille
» au loin , les circonftances l'ont trahie,
و د
32
DE FRANCE. 173
-
"
» Les talens , au contraire , font faits pour
paroître , pour le produire , pour occuper
d'eux , pour le bruit , pour la renommée ;
ils n'exiftent que par la communication ;
» ils ne s'alimentent que de fuffrages ; ils
» tiennent à l'opinion ; ls veulent captiver
la multitude & les connoilleurs ; ils font
faits pour exciter l'émulation , l'enthoufiafime
, l'envie même. »
ود
"3
"
Ce qui répand un intérêt de plus fur ces
deux Difcours , c'est le fentiment qui unit les
deux Auteurs. Trop fouvent on a vu la rivalité
des talens brifer les nauds de l'amitié ,
noeuds facrés qui auroient dû être plus refferrés
encore par l'eftime ; trop fouvent le jeune
Littérateur , qui ne voyoit de loin , qui ne
preffentoit , au-lieu d'une dangereufe concurrence
, qu'une douce fraternité , défenchanté
avec douleur , pleurant amèrement
fes illufions détruites , s'eft vu forcé de méfeftimer
, de méprifer les Dieux qu'il s'étoit
créés lui-même. Quel gré ne doit- il pas favoir
à ceux qui , par le fpectacle de l'union des
coeurs & des talens , reproduisent à fes yeux
quelques pages du délicieux Roman qu'avoit
enfanté fon imagination ! cette vue charme
quelques momens fes regrets ; & il goûte
encore l'efpoir d'affocier , dans le fentier de
la gloire , les plaiſirs du coeur aux jouiffances
de l'amour- propre .
( Cet Article eft de M. Imbert. )
Hiij
174
MERCURE
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a donné Vendredi 14 de ce mois , la
première repréſentation de Kofine , Opéra
en trois Actes , paroles de M. Gerfain , muſique
de M. Goffec. Voici quel eſt le ſujet de
eet Ouvrage.
Saint-Fal , Seigneur d'un village , & Colonel
d'un Régiment , eft devenu amoureux
d'une payfanne nommée Rofine , femme de
Germond, Laboureur. L'attachement extrême
de cette jeune femme pour fon mari , la rend
infenfible aux feux & aux follicitations
du Colonel. Son Valet , Delorme , perfuadé
qu'il y va de fon intérêt de fervir , & même
d'animer la paffion de fon Maître , a fu profiter
d'un moment d'ivreffe où il a fait tomber
Germond; il lui a fait figner un engage
ment , & déjà il eft parti de fon village . C'eſt
ici que l'action commence.
Le Théâtre repréfente un payfage dans
lequel font préparés différens jeux : quelques
tables fur le devant de la Scène, un cabaret à
côté. Germond feul , revenu de fon ivreffe ,
commence à fentir tout le malheur de fon
deftin.
Quoi ! d'une épouſe qui m'adore ,
DE FRANCE. 175
Ai je pu fi long temps me tenir éloigné !
Ciel ! j'ai pu me réfoudre .... O trop coupable ivreffe !
Par des traîtres , hélas ! dans le piége arrêté ,
Germond a tout perdu , juſqu'à ſa liberté.
Delorme , ce Valet du Seigneur , qui a luimême
engagé Germond pour l'éloigner de
Rofine , vient l'inviter à fe livrer à la joie que
doit infpirer la fête célébrée dans le village où
ils fe trouvent. Le payfan , en lui montrant
fa cocarde , lui fait des reproches mérités de
fa trahifon :
Quand vous deviez guider mon efprit égaré ,
Par vous feul je leur fus livré.
Cruel ! du fein de mon village
Ne m'avez-vous conduit ici
Que pour me perdre & m'accabler ainfi ?
Delorme refté feul , expofe l'intérêt qui l'a
déterminé à cette action. Un Soldat vient annoncer
la fête. Delorme dit :
Il fuffit ; mais fur tout que Germond promptement
Rejoigne votre Régiment.
Celui de Monfeigneur demain paffe en fes terres ;
Avec honneur il doit le recevoir :
Mes foins lui feront néceffaires ;
Ainfi vers lui je me rendrai ce foir.
Cette fête confifte en un prix propofé par le
Bailli aux jeunes gens qui tireront à l'arc ,
' tandis que des Invalides jouent aux dames ,
H
176 MERCURE
& les autres Soldats au pharaon . Les cartes &
le damier font apportés par Fanchette , Servante
de cabaret , que Delorme , qui l'appelle.
ma charmante amie , fait affeoir à côté de lui
pour lui porter bonheur. Germond fe livre
toujours à la douleur la plus profonde , ce qui
n'empêche pas qu'on ne parvienne à l'obliger
d'être banquier du Pharaon. On joue deux
louis qu'il gagne ; il- en perd enfuite douze ,
tandis que la partie de dame fe continue ,
ainfi que le jeu de l'arc , dont on a des nouvelles
de temps en temps, Colin a le prix de
l'arc . Tous les payfans fortent , & vont demander
pour lui fa maîtreffe en mariage . Les
Soldats enmènent Germond de leur côté , en
lui promettant
Qu'il retrouvera dans le vin
Sa première ardeur pour la gloire .
Au fecond Acte on voit le hameau de
Germond. Un vieillard déplore fon abfence ,
& fe retire avec d'autres payfans en voyant
paroître le Seigneur & fon valet. Celui - ci
rend compte à Saint-Fal de l'exécution de fon
projet. Le Colonel a peu d'efpoir de fléchir le
eoeur de Rofine , trop occupée de fon époux
qu'elle cherche par tout , accompagnée de fon
fils . Scène de la mère & de l'enfant. Rofine lui
exprime fa douleur , fes inquiétudes. L'enfant
fatigué s'endort en demandant fon père.
Rofine lui chante une partie de la Romance
fi connue de M. Berquin : Dors mon enfant.
Saint- Fal revient , & propofe à cette épouſe
DE FRANCE. 177
défolée des confolations qui font mal reçues ;
le Seigneur finit par être attendri , & fort en
fe propofant d'étouffer une ardeur criminelle.
Roline rentre auffi. Germond revient. Il eft
toujours accablé de remords , & n'a pas voulu
partir fans embraffer encore une fois fa
femme. Elle accourt à fes cris , tombe dans
fes bras ; il recule , lui fait fentir la nécellité
où il eft de l'abandonner , & ne peut fe réfoudre
à lui en dire la raifon . Rofine l'entraîne
dans fa chaumière , pour tâcher de
l'attendrir , en lui faifant revoir fon fils. Les
payfans qui ont ouvert cet Acte reviennent ,
& touches du fort de Germond , ils conviennent
de le changer.
Le troisième Acte fe paffe dans une avenue
du Château du Seigneur. Saint - Fal , à qui le
retour de Germond faifoit perdre un refte
d'efpoir , eft de nouveau encouragé par
Delorme. Le payfan fort de fa chaumière ,
& fe dégageant des bras de fon fils & de fon
époufe , qui veulent le retenir malgré lui , il
fait de vifs reproches à fon Seigneur , qui en
fent la jufteffe, & qui d'ailleurs eft extrêmement
ému de ce fpectacle ; cependant Delorme
eft allé avertir les foldats , qui viennent
pour chercher Germond , & l'obliger de partir
malgré les pleurs & les cris de Rofine . Cette
tendre épouse embraffe les genoux de Saint-
Fal pour tâcher de le fléchir : elle y réuffit.
Cependant les payfans du hameau qui fe font
cotifés pour acheter l'engagement de Germond
, viennent le lui apporter. Saint-Fal ,
Hv
178
MERCURE
entièrement ramené par ce trait , ne veut pas
être effacé en générosité , & rend lui - meine
à Germond fa liberté , en lui promettant fa
protection , ainsi qu'à fa femme & à fon fils.
Sur ces entrefaites arrive fon Régiment, &
l'Opéra finit par des évolutions militaires.
*
Cet Ouvrage a peu réuffi à la première
repréſentation . Le perfonnage du Valet , &:
même celui du Seigneur , ont paru odieux.
On a trouvé que les acceffoires nombreux
qui obftruent le premier Acte , obſcurfiffoient
l'expofition , s'oppofoient au déve
loppement de l'intrigue , & nuifoient par
conféquent d'avance à l'intérêt qu'on auroit
pu prendre aux Actes fuivans . On a auffi paru
choqué du mélange d'expreflion tragique , &
beaucoup trop élevée pour les perfonnages ,
avec un ton trop bas dans quelques autres ,
& des détails trop familiers encore inconnus
à ce Théâtre , & qui n'y feront peut- être jamais
bien placés. Il faut un goût bien sûr &
une réputation déjà folidement établie , pour
faire adopter un genre nouveau. Cet Ouvrage
a fait naître dès le commencement , parmi les
Spectateurs , une difpofition très défavorable
qui les a empêchés de fentir le mérite d'un
grand nombre de morceaux de muſique. Il y
en a cependant plufieurs qui ont été applau
dis généralement ; particulièrement un cantabilé
& une eſpèce d'air de bravoure , parfai
tement chantés par M. Lainez.
Si cet Opéra eft peu donné , on en regret
tera fur tout les Ballets, qui font fort agréables.
DE FRANCE. 179
Celui du premier Acte eft de M. Gardel le
jeune , & méritoit un meilleur cadre. Le Divertiffement
de la fin eft de M. Gardel l'aíné ;.
il y a introduit une pantomime fort gaie , exécutee
par Miles Guimard & Dorival & M.
Nivelon , avec leur talent ordinaire. Il y a un
Soldat ivre , une espèce de Montauciel , danfé
avec infiniment de grâce & de galanterie par
M. Goyon. Cette pantomime a eu le plus
grand & le plus jufte fuccès.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LA Mort de Virginie offre un des traits les
plus intéreffans de l'Hiftoire Romaine : elle
mit fin au pouvoir de dix Tyrans qui , fous le
nom de Décemvirs , déchiroient le fein de la
République ; elle releva la liberté mourante &
prefqu'anéantie. Il étoit difficile qu'un évènement
de cette importance ne tentât pas la verve
de quelques- uns de nos Auteurs Dramatiques ;
auffi à peine le génie de Corneille eut- il en
nobli la Tragédie fur le Théâtre François ,
que ce fujer y fut porté.
En 1641 , un M. du Teil , Auteur d'une
Traduction de Suétone , fit repréſenter l'Injuftice
punie , Tragédie : c'eft , difent MM.
Parfait , l'Hiftoire de Virginie , enlevée par
le Décemvir Appius , &c. La conduite & lę
ftyle de cet Cuvrage font également condamnables
, même pour le temps où il fut compofé.
II vj
180 MERCURE
En 1645, le Clerc , qui fut depuis de l'Académie
Françoiſe, fit repréfenter la Virginie
Romane , Tragedie. Il y a de la fageffe & de
l'ordre dans la marché de cette Pièce ; mais il
y a peu d'intérêt. Les caractères font tracés
d'après l'Hiftoire.
La Virginie Romaine eut du fuccès ; elle
donna de fon Auteur une idée très - avanta→
tageufe ; mais trente années de filence , & la
chûte de fa Tragédie d'Iphigénie , jouée en
1675 , étouffèrent abſolument la petite répu
tation de le Clerc.
En 1683 , Campiſtron débuta dans la carrière
Dramatique par Virginie , Tragédie en
cinq Actes. L'Ouvrage n'eut qu'un très - médiocre
fuccès , & il n'en méritoit pas un plus
brillant.
Nous ne dirons rien de quelques Ouvrages
imprimés depuis trente ans , dont Virginie
eft l'Héroïne : ils font pour la plus
grande partie au - deffous du médiocre , &
ne méritent pas une mention particulière.
Occupons- nous de celui qu'on a repréſenté
pour la première fois le mardi 1 de ce
mois.
Quoiqu'on ait imprimé fouvent que la
mort de Virginie n'étoit pas un fujet
dramatique , nous ne fommes point de cet
avis ; nous la croyons , au contraire , tant par
elle même , que par les événemens qui y
font attachés , fufceptible d'un très- grand intérêt
, & de beaucoup d'effet. Exammons le
fujet avec un peu d'attention , & voyons dans
DE FRANCE. 181
l'Hiftoire même de quelles reffources il eft
entouré.
Un Magiftrat dépofitaire de la fuprême
autorité, cachant fous le mafque de la douceur
& de l'affabilité populaire , la fcélerateffe
la plus profonde , ( 1 ) foulant aux pieds
les loix les plus facrées , les fentimens les
plus refpectables , pour parvenir à la fatisfaction
d'un appétit brutal ( 2 ) . Une jeune perfonne
, aufli intéreffante par fa fageffe que
par fa beauté , arrachée à fes foyers par les
intrigues d'un perfide , pour être dévouée à
l'infamie. Un jeune homme plein d'honneur
& d'amour , oppofant aux fureurs d'un Tyran
toute l'énergie de fon courage , le fouvenir
de fes fervices paffés , & implorant le fecours
des loix , pour une femme adorée dont il
doit être l'époux. Un vieillard qui a verſe ſon
fang pour la patrie , que l'on veut dépouiller
du titre de père , & des douceurs de la pa
ternité , & qui fe voit enfin obligé d'être
le meurtrier de fa fille , pour l'arracher au
déshonneur. Voilà les quatre principaux perfonnages
que l'Hiftoire préfente au premier
afpect , dont les caractères font tous indiqués
, & qui ne demandent plus que des
développemens. Ajoutons y la pofition où
fe trouvoient alors le Sénat & le Peuple
(1) Voyez Tite Live & Tacire.
( 2 ) Pofquàm om ia pudore fepta animadverterat
, ad crudelem fuperbamque vim animum convertit.
Tit. Liv. }
182 MERCURE
Romain. Le premier , jaloux de la puiffance
du Peuple , cédant d'abord par jaloufie , &
enfuite par foibleffe , à dix citoyens devenus
des tyrans , un pouvoir fous lequel il eft opprime
lui-même ; le fecond , écrafé fous les
plus horribles vexations , condamné fur de
fauffes accufations intentées par des gens aux
gages de fes oppreffeurs , voyant outrager fes
femmes & fes filles , & la plainte même interdite
aux malheureux : tous deux cherchant
à fe relever du honteux aviliffement
qui les expofe au mépris des Nations voifines
; rappelant , l'un fa dignité première ,
l'autre , la connoiffance de fes droits ; enfin
joignons y la défection de l'armée , la liberté
Romaine renaiffante du fang de Virginie ,
la prifon d'Appius , fa mort , l'exil des Décemvirs
, & tous les ordres de l'État rétablis
dans leurs droits prinitifs . Voilà , certes , de
grands intérêts réunis , des intérêts néceffairement
liés les uns aux autres , & qui peuvent
être la matière d'un bon Ouvrage , d'une
Tragédie très attachante. Les événemens font
nombreux , fans doute , mais les uns ont eu
lieu avant le commencement de la Pièce , les
autres en forment l'action , & il fuffit au dénouement
de laiffer fortement efpérer les derniers
, pour que le fujet foit complettement
traité . Telle eft , à peu de chofe près , la marche
qu'a fuivie l'Auteur de la Virginie dont
nous allons rendre compte , & on ne peut
que lui favoir gré de l'avoir adoptée.

Le Sénat & le Peuple gémiffent depuis .
LE FRANCE. 183
"
long - temps de la tyrannie des Décemvirs.
Valérius veut rendre aux Patriciens leur dignité
; Icilius voir rétablir le peuple dans fes
droits. Celui-ci , amant aimé de Virginie , eft
fur le point de l'époufer ; il va , malgré l'ab
fence de fon père , qui defire cet hynien ,
la recevoir des mains de Plautie , femme
de Virginius , ( 1 ) lorfque Clodius , Miniftre
infame des débauches d'Appius , fuppofe que
la fille de Virginius étant morte , ( 2 ) une
nourrice infidelle lui a fubftitué l'enfant né
d'une de fes efclaves : il réclame Virginie à ce
titre. Appius ordonne qu'on l'enlève à fa
mère , & qu'elle foit conduite à fon palais.
Plautie , au defefpoir , redemande fa fille ;
malgré le témoignage de la nourrice qu'on
a féduite, elle perfifte à fe croire la mère de Virginie
, elle en attefte .
Ce fentiment fublime , invincible , éternel ,
Qui n'a jamais inenti dans un coeur maternel.
Le traître Appius affecte de plaindre Plautie ,
feint de gémir de la rigueur de la loi dont
(1 ) La mère de Virginie étoit morte lors de la
funefte aventure de fa fille ; mais l'Auteur a eu raifon
de placer ce perfonnage dans fon action il
ajoute aux convenances dramauques & à l'intérêt.
des fituations.
( 2 ) lolius ou Claudius ne réclama point Virginie
comme un erf n échangé , mais comme une file que
la femmede Virginius , laffe de fa ftérilisé avoit fait
enlover de fa maifon , & elever comme fa propre
file. Voyez lite- Live.
184 MERCURE
il eft le dépofitaire ; il veut que la cauſe foit
portée fur le champ devant fon Tribunal. Icilius
s'oppose à tant de précipitation ; il parle
au nom d'un père , d'un citoyen qui a fervi
l'État de fon fang & de fon courage , & qu'on
ne peut dépouiller d'un bien aufli précieux ,
tandis qu'il combat pour la Patrie. Appius
paroît donner des ordres pour hâter fon retour
; il en donne de contraires ; mais un
ami d'Icilius eft déjà parti pour le camp ,
& le Décemvir eft prévenu . L'enlèvement
de Virginie a affermi Valérius dans fa réfolution
de relever l'honneur du Sénat ; il va '
tout entreprendre. Icilius démafque Appius ,
& dans une Scène très- bien faite , lui prouve
qu'il connoît la véritable caufe des perfécu
tions qu'éprouve Virginie : Clodius n'eft que
le vil agent des projets d'un monftre puiffant ;
On l'apperçoit à peine au fein de fa baffeffe.
Le coupable, l'homme atroce qui veut dévouer
Virginie à fes infames plaifirs , c'eft Appius.
La fermeté dédaigneufe & accablante d'Icilius
révolte le Décemvir , qui le fait faifir
´par les Licteurs , & traîner dans les fers. Le
Peuple indigné s'attroupe , brife les portes
de la prifon , délivre Icilius , qui , fans perdre
un moment , marche à la tête de ce Peuple
exalté , & arrache Virginie au palais d'Appius
, pour
la remettre dans les bras de fa
mère. Enfin Virginius arrive : au récit de
toutes les atrocités auxquelles fa fille a été en
proie , fon coeur fe brife & fe déchire ; il
DE FRANCE. 185
craint tout de la part d'un Tyran fans frein
& endurci au crime par une longue impunité
; mais il défendra fes droits , & veillera
fur l'honneur de fa fille . Appius paroît fur
Ce Tribunal oppreffeur , homicide ,
Où le crime impuni s'aflied infolemment.
Il parle au nom de Clodius. Virginius veut
prouver le menfonge : le Décemvir ne l'écoute
qu'avec la plus grande impatience , ( 1 )
& ordonne que Clodius s'empare de fon efclave.
En vain Plautie , Icilius , une partie
du Peuple veulent s'y oppofer : les Licteurs
s'approchent ; ils vont faifir leur victime.
Virginius , au déſeſpoir , embraſſe fa fille , lui
plonge un poignard dans le coeur , & s'écrie
en la montrant à Appius , la voil ì ! Il dévoue
le Décemvir aux dieux infernaux . Le
Peuple s'émeur , Valérius paroît , il ordonne ,
au nom du Sénat , & fort de l'appui des legions
qui s'approchent , qu'on arrête Appius ;
celui- ci fe poignarde ; l'Empire des Tyrans
eft détruit , & quand Virginius , dans le tranfport
de fa douleur , demande , en regardant
fa fille , qui me payera ce fang ? Valérius
répond : la liberté de Rome.
Cet Ouvrage a eu , fauf quelques légers
murmures , un fuccès très brillant : l'Auteur
en eft inconnu . Il paroît s'être bien pénétré
(1) Tite-Live dit qu'Appius , aveuglé par la paffion
, interrompit les défenfeurs , & décida que Virginic
appartenoit à Clodius..
186 MERCURE
de toutes les reffources que lui offroit l'Hi
toire , mais peut être s'eft- il trop attaché aux
caractères qu'elle lui préfentoit. On a re
proché aux Tragiques Grecs d'avoir defliné
trop exactement , d'après Homère , les Héros
que ce grand-homine a peints dans l'Iliade ,
& l'on a eu raifon , parce qu'au Théâtre les
traits de chaque phyfionomie doivent être
plus fortement prononcés que dans un
Poëme Épique , & dans l'Hiftoire. Ainfi
quoique Valérius Potitus eût effectivement
l'ame douce & populaire , il falloit lui donner
l'énergie propre à réveiller un Sénat endormi
, il falloit le rendre plus agillant :
ainfi , à côté de l'hypocrifie , qui fert de
mafque à l'infame Appius , il falloit placer
une paffion emportée , dévorante , capable
de le conduire plutôt au bouleversement de
de la république , que de s'amortir ou de
s'éteindre ; il falloit que Virginie fût plus Romaine
; enfin , pour préparer le ſpectateur
au coup affreux qui forme la cataſtrophe , il
falloit peindre Virginius avec les traits de
la plus auftere févérité , de toute la férocité
Républicaine, & faire ainfi preffentir qu'il
n'étoit rien dont il ne fût capable , pour
fauver fa fille de l'infamie,
:
Les trois premiers Actes ont fait un plaifir,
univerfel le quatrième eft lent & fans
action ; le cinquième a du mouvement ; le
dénouement eft d'un effet terrible , la fituation
du malheureux Virginius eft déchirante ,
elle imprime la terreur & la pitié , les deux
DE FRANCE. 187
premiers mobiles du genre Tragique. On
a été choqué de voir Appius fe poignarder ;
on auroit défiré que défarmé par les Licteurs ,
il eût été chargé de fers , & traîné dans la
demeure des criminels. Au Théâtre , où tout
eft illuſion , on aime à fe flatter qu'un
fcélérat peut périr du fupplice refervé à fes
femblables.
Il est bien temps , fans doute , d'arrêter
les obfervations critiques , & de donner à
l'Auteur les juftes éloges qu'on lui doit . Sa
fable eft grandement conçue , fon expofition
eft claire & bien motivee ; l'incident qui
forme le noeud , eft d'une intention fière ,
noble , attachante , & faite pour intéreller
la curiofité : la fcène entre Appius & Icilius
, qui amène la détention de celui - ci ,
eft digne d'un maître ; le caractère d'Icilius
a toute la fermeté d'un citoyen Romain , &
toute l'audace d'un jeune homme. Le ſtyle,
où l'on trouve un peu de déclamation &
quelques négligences , eft en général ferme ,
bon , & Tragique ; il annonce une plume
déjà exercée , & nourrie des grands modèles.
Parmi les vers faillans , & quelques penfées
brillantes que l'on y rencontre , on ne trouve
jamais de mauvais goût ; obfervation qui n'a
point échappé aux perfonnes inftruites , &
qui a fait faire , fur le nom de l'Auteur ,
des fuppofitions peut être fauffes , mais
vraisemblables.
Les rôles de Virginie & de Plautie ont fait
honneur à Mile Vanhove & à Mile Raucourt;
188 MERCURE
M. Saint- Phal a rendu avec beaucoup de chafeur
& de nobleffe le rôle d'Icilius . Au total ,
la Pièce eft jouée avec foin.
Nous ne pouvons finir cet article fans parler
de l'indécente opiniâtreté avec laquelle le
parquet a demandé l'Auteur après la première
repréſentation . Parce qu'un Écrivain
veut encourir les hafards du fuccès fans
fe faire connoître , parce qu'il eft décidé
à garder l'anonyme fans donner à perfonne
le fecret de fon nom , faut- il rendre les Comédiens
refponfables de fa réfolution , & porter
jufqu'au fcandale les excès d'une curiofité
qu'on ne peut fatisfaire ? Quand le Public
voudra-t'il fe perfuader que fi les Ouvrages
qu'on repréfente fous fes yeux lui appartiennent,
la perfonne des Auteurs ne lui appartient
point , & qu'il n'a aucun droit fur elle ?
En fommes-nous donc venus à ce point de dégradation,
que les Artiftes doivent être les efclaves
de la volonté capricieuſe , de la première
boutade opiniâtre de quelques jeunes
têtes exaltées ? Si cela eft , Gens- de - Lettres ,
quittez une carrière où l'on veut vous avilir
, & ceflez de travailler pour les plaifirs
des ingrats qui ne favent payer vos veilles que
par des humiliations. Spectateurs indifcrets !
Vous vous plaignez tous les jours de la févérité
avec laquelle on veille fur vous; ceffez donc
de prouver , par de nouveaux excès , combien
il eft néceffaire de redoubler les entraves
qui vous entourent , fi l'on veut arracher
les Artiftes à l'aviliffement , & réta
DE FRANCE. 189
blir dans les Théâtres la tranquillité , publique
.
ANNONCES ET NOTICES.
P
ETITE Bibliothèque des Théâtres. A Paris , rue
des Moulins , Butte Saint Roch , n°, 11 , où l'on
foufcrit , ainfi que chez Belin , Libraire , rue Saint
Jacques ; Brunet , Libraire , rue de Marivaux , Place
du Théâtre Italien .
Il paroît de cette intéreffante Collection les Numéros
4 & 5 de la troisième année . Les recherchés
des Editeurs méritent toujours les mêmes éloges.
DISSERTATION fur le Fraifier , fes différentes
races ,fa culture , fes propriétés & préparations alimentaires
& médicinales. A Paris , chez l'Auteur ,
M. Buc'hoz , rue de la Harpe , au-deffus du Collége
d'Harcour. Prix , 6 liv . avec figures coloriées .
Cette Differtation fait fuite à beaucoup d'autres
que l'Auteur diftribue fucceffivement.
MÉMOIRES de Chimie de M. C. W. Schéele ,
tirés des Mémoires de l'Académie Royale de
Stockholm , traduits du Suédois & de l'Allemand. A
Dijon , chez Mailly ; à Paris , chez Théophile Barrois
jeune , Libraire , quai des Auguftins , 2 Parties
in- 12 . Prix , 3 liv. 12 fols brochées .
Les Chimiftes connoiffoient déjà une partie des
découvertes du célèbre Schéele fur la manganèfe ,
le fpat fluor , les acides de l'ai fenic , du fucre de
lait , de la tungstène , &c . &c . par ce que M. Bergman
en avoit dit dans fes Opufcules publiés en
François par M. de Morveau ; mais il n'exiftoit
190 MERCURE
point de Collection des Mémoires de M. Schéele :
c'eſt donc un vrai fervice que Mme Picarder a
rendu aux Savans en les traduifant & les faifant imprimer
dans une forme qui les met à la portée de
tous les Lecteurs . On verra fur-tout avec intérêt les
expériences fur les éthers & l'analyfe du bleu de
Pruffe , qui occupent une grande partie du fecond
volume ; prefque toutes les Differtations font accompagnées
de Remarques où l'on rappelle les Ouvrages
des Chimiftes François & Etrangers qui ont
traité les mêmes matières .
JULIE & Colin , ou le Tribut du Sentiment ,
Comédie en deux Actes & en profe , mêlée de Vaudevilles
, par M. le Chevalier de Limoges , Lieutenant
des Maréchaux de France , de l'Académie des Arcades
de Rome.
Cette Comédie eft écrite avec efprit & facilité . Le
dialogue en eft agréable ; mais il faudroit en refferrer
l'intrigue , dont le fonds ne comporte pas deux
Actes : un feul auroit fuffi pour lui donner l'étendue
néceffaire ; elle a été jouée avec fuccès en fociété &
en Province , & l'Auteur l'a dédiée à M. le Chevalier
de Cubières.
NOUVEAU Calendrier Perpétuel , approuvé par
M. Pingré , de l'Académie Royale des Sciences , &
M. de Lalande , Profeffeur Royal d'Aftronomie.
Prix, papier ordinaire avec le Supplément , 7 lv.
4 fols , papier d'Annonay, 12 liv. A Paris , chez
l'Auteur , le fieur Maffon , rue Saint André des
Arcs , maifon du Mercier , prefque en face de la rue
Git -le Coeur , nº . 26.
Ce Calendrier eft revêtu d'une approbation trèshonorable
.
L'Auteur eft inftruit « que l'on a déjà contrefait
» fon Calendrier ; mais il a l'honneur de prévenir
DE FRANCE. 191
❤le Public
30
33
23.
29
que non-feulement la gravure des ornemens
& de la lettre eft mal faite dans la contrefaçon;
mais , ce qui eft plus effentiel , que les calculs
font inexacts , & les dates fauffes pour la
plupart , atten lu la précipitation avec laquelle
» cette copie a été faite. Il prévient donc que le feul
» véritable ne fe vend que chez lui, & chez les ficurs
Maffon , Libraire , rue Saint Denis , près celle aux
» Ours , n . 178 , & Belin , Libraire , rue Saint
Jacques , près Saint Yves ; & pour diftinguer en-
» core mieux fon Ouvrage d'avec la copie , il pré-
» vient que tous les Exemplaires qui ne feront pas
marqués des lettres initiales E. D. M. avec pa-
» raphes , font des Exemplaires contrefaits. »
גכ
30
*
و د
MEMOIRES de Madame de Warens & de
Claude Anet, pour fervir de fuite aux Confeffions
de J. J. Rouffeau , in - 8 ° . Prix , 2 liv . 10 fols . A
Chambéry ; & fe trouve à Paris , chez Leroy , Libraire
, rue Saint Jacques.
Voilà des noins que celui de J. J. Rooffeau a
rendu bien célèbres. Ces Mémoires font diftinés à
réfuter ce que le Citoyen de Genève a dit de Mme
de Warens & de Claude Anet. Le débit en eſt rapide,
& il doit l'être ; il convient à tous ceux qui
ont les OEuvres ou les Confeſſions de J. J. Rouſſeau.
PORTRAIT de M. du Paty , Préfident à
Mortier au Parlement de Bordeaux , gravé par M.
Gaucher , des Académies Royales de Rouen , Caën ,
Londres , & c. , d'après le Delfin de M. Notte .
Au mérite de la reffemblance , l'Auteur a fu joindre
ce foin , ce fini qui diftingue tous fes Ouvrages.
L'éloquente fenfibilité de M. du Paty eft trop généralement
connue pour que fon Portrait ne foit point
accueilli du Public ; il eft de format in-4°. , & peut
être joint au Mémoire de ce célèbre Magiftrat.
192 MERCURE
PORTRAIT de M. Legrand de Laleu , Avocat
au Parlement , gravé par M. Choffard , Deffinateur
& Graveur de L. M. I. & du Roi d'Espagne , d'après
le Deffin de M. Notte.
Les talens diftingués de M. Choffard ne laiffent
rien à defirer dans ce Portrait , foit pour la reffemblance
, foit pour l'effet. Il eft de la même grandeur
que le précédent , auquel il peut fervir de pendant.
Ces deux Eftanipes le trouvent à Paris , chez M.
Gaucher , rue Saint Jacques , vis - à- vis Saint Yves ;
M. Choffard , quai & maiſon neuve des Théatins ,
& chez Deflenne , Libraire , au Palais Royal, Prix ',
I liv. 4 fols pièce.
LE Serment d'Amour , gravé par J. Mathieu ,
d'après le Tableau de H. Fragonard , Peintre du
Roi. Prix , 6 liv. A Paris , chez l'Auteur , Cloître
Saint Benoît , maifon de M. Démarteau.
Cette Eftampe , qui eft agréablement gravée , fait
pendant à la Bonne - Mère , gravée par Delaunay ,
d'après M. Fragonard.
ODEDE au Roi ,
TABL E.
L'Anneau perdu ,
Turc ,
165
145 Difcours prononcé dans l'Aca-
Conte démie Françoife.
148 Acad. Royale de Mufiq. 174
Charade, Enigme& Logogry Comédie Françoife ,
phe, 163 Annonces &Notices,
AP PROBATION.
179
189
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 22 Juillet 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puille en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 21 Juillet 1986. RAULIN.
IC
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 29 JUILLET 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LA FABLE ET SES AMANS.
LA Fable , m'a-t'on dit , pauvre fille d'Élope ,
Voulut courir le monde avant de ſe lier.
Un voile transparent lui fervoit d'enveloppe ;
Habit commode & fimple , & point du tout groffier,
Coinme elle étoit jeune & jolie,
Elle fut très-bien accueillie ;
Quoiqu'il foit au moins fingulier
De voir courir les champs fillette à marier.
A Roine elle arriva tout au fortir d'Athène .
Un ami de fon père , aerti , la guéta ,
Lui donna des foins, l'arrêta ,
Et la vêtir à la Romaine.
Jufte aifé , propre & fans éclat ,
N° 39 , 29 Juillet 1786.
194
MERCURE
Ce coftume modefte alloit à fon langage;
Elle cut toujours un air conforme à ſon état ,
Et n'en charma que davantage.
Son affranchi d'époux mourut bientôt après
Elle parut inconfolable ,
Fit comme toute veuve un vacarme de diable ,
Et pour calmer fon deuil vifita les François ,
Paris reçut la Pélerine
Sans lui faire d'abord un accueil bien brillant,
Elle n'engoua point ce peuple fémillant .
Quand elle defcendoit la montagne latine ,
On lui trouvoit un air étranger & pédant
Qui déceloit fon origine.
Elle moralifoit d'une façon chagrine ;
Cela ne prenoit pas. Un bonhomme pourtant
La recueille , la forme , & par les foins fait tant
Qu'elle devient bientôt une femme divine
Qui charme quoiqu'elle endoctrine :
Femme d'un goût parfait & d'un ton excellent.
Elle convole donc avec Jean La Fontaine ,
Doux & franc Champenois , fe croyant peu d'efprit :
Elle , du fien , n'eft ma foi pas plus vaine ,
Et c'eft fans y fonger qu'elle plaît & féduit.
A Rambouillet bientôt La Mothe la produit ;
Elle voit , elle inftruit la célèbre du Maine ,
Qui d'abord lui trouva , dit- on ,
Beaucoup d'air de la Maintenon.
— « Vous pouvez , vous devez lui dit-elle , Madame,
DE FRANCE. 195
Jouer un rôle déformais ;
Avec votre esprit & votre ame ,
Et fur-tout vos piquans attraits ,
Vous allez faire aimer la morale aux François.
Conſervez ce ton fimple & naïf qui nous touche ,
Et cet air enjoué qui préviendra l'ennui :
Du cenfeur qui nous prêche avec un ton farouche ,
Vousle voyez , Madame , on fe moque aujourd'hui,
Élève juſqu'ici de la bonne nature ,
Peut-être vous avez trop peu confulté l'Art ;
Mais fréquentez La Mothe-Houdart ,
Il est tout efprit , je vous jure , »
La Fable voulut profiter
De ce confeil de la Ducheffe ;
Mais elle faillit fe gâter :
Graces & fentiment valent mieux que
AU SORTIR de cette cour là ,
fineffe.
Un Chanoine de Tours en ces mots lui parla :
-
Mon coeur ! vous êtes bien gentille !
Quel airfripon , quelle taille voilà !
( Il la prenoit pour une fille . )
Je veux vivre avec vous , dit- il , & vous former;
Je vous apprendrai l'art d'aimer ,
L'art de... Taifez - vous vilain P.....
Lui dit la Fable ; allez , vous me faites horreur.
Vos obfcènes
difcours font frémir la pudeur.....
Retire- toi ,.vil corrupteur ,
I j
196 MERCURE
Et devant moi jamais garde toi de paroître.
Notre Roger-bon- Temps rit , & retourne au choeur
Méditer in petto Philotanus le traître.
Soudain mille amans empreffés
Accourent auprès de la Belle ;
Les uns fans façon auprès d'elle ,
D'autres petits - maîtres pincés.
Celui- ci pindarife & chante en ſtyle épique ;
Celui- là , fombre Lycophron ,
Prend le ftyle apocalyptique
Afin de paroître profond.
L'un , Collégial pédagogue ,
Veut clouer la morale aux plus communs rébus ;
Et , rival de Pibrac & de Noftradamus ,
Toujours en quatre vers vous dit fon apologue.
L'autre , fans naturel , mais non pas fans Phébus,
Met chaque fcène en dialogue.
Auffi jugez , ami Lecteur ,
Quelle devoit être l'humeur
De la veuve de La Fontaine !
Elle fuyoit déjà vers la plage Africaine ,
Lorsqu'elle vit venir , plein d'efprit & d'amour ,
Certain Duc Philofophe , oifeau rare à la Cour....
C'est encor fon époux , c'eft fa voix , fon langage.-
Dieux ! quels jolis bambins folâtrent fur vos pas ,
Madame ! pardonnez , ils font à vous , je gage .
L'Enfant bien corrigé , Fanfan avec Colas ',
Ont l'air... de La Fontaine , époux.... un peu volage,
DE 197
FRANCE.
Vengez -vous. Que l'Hymen de nouveau vous engage ,
Allons , Madame , allons , décidez - vous , Imbert
Doit confo'er enfin votre douleur mortelle ;
Et fi Thalie un jour le rendoit infidèle ,
Pour dernier fucceffeur donnez -lui Saint-Lambert.
( Par M. Bérenger. * )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Minuit ; celui
de l'Enigme eft Billet de Vite ; celui du
Logogryphe eft Lièvre , où l'on trouve rêve ,
ré, rive, livre , levier , vie , lire , le , ire , Vire ,
ivre , ver , verè , vièle , réveil , livrée , Eve.
CHARADE.
SUIVANT
UIVANT ton bizarre langage
Un article , Lecteur , compofe mon premier.
Le Prêtre à l'autel fait ufage
Chaque matin de mon dernier ;
Je possède un autre avantage :
Tu voudrois être mon entier.
( Par M. Roger le Manchet , Ingénieur- Fendifte
de M l'Evêque de toutances . )
* Cette Fable eft la première d'un Recueil in - 8 ° . que
P'Auteur fe propoſe de publier bientôt .
I iij
98
MERCURE
L
ENIGM E.
JE nais fans bruit , je meurs avec éclat :
Voilà , Lecteur , mon fort & mon état.
Par mon auteur voyant trancher ma vie,
De me pleurer tu n'eus jamais l'envie.
En cent façons , cent fois me tortillant ,
Aux jours fêtés je tiens un rang brillant;
Mais de Phébus évitant la lumière ,
Toujours j'attends la fin de fa carrière.
Par moi la France aux Bourbons tour-à- tour
Plus d'une fois a marqué fon amour.
J'en ai trop dit , je garde le filence ;
A me chercher amuſe ta fcience.
( Par M. de Barjon , Officier au Régiment
d'Artois Infanterie. )
LOGO GRYPH E.
Nut n'cht UL n'eft auffi nègre que moi ;
Nice Chanteur que Renard goguenarde ,
Ni l'Africain qui de charbon fe farde ,
Ni même enfin l'infernal Roi.
Mon corps de plomb , fouvent de verre ,
Suivant qu'on le croit nécefaire ,
Endoffe un habit fpongieux :
DE 199 FRANCE.
Cela vous ſemble extraordinaire !
Eft- ce pour les temps pluvieux ,
Me direz-vous ? - Tout au contraire ;
Cet habit ne m'eft falutaire
Qu'autant qu'il eft humide , aqueux ;
Autrement ma lymphe s'altère ,
Et mon teint n'en noircit que mieux,
Oh ! oh ! voilà plaiſante affaire !
Mais ce n'eft tout ; ouvrez les yeux :
Dans mon habit maint alvéole
Reçoit un plumage emprunté ;
Plus heureux que le geai frivole,
Qui fe fit paon par vanité ,
Er paya cher fa gloriǝle ,
Moi, mon pennage à volonté
Peut m'être ôté , je m'en confole ;
Et s'il m'eft rendu par bonté ,
On ne craint pas que je m'envole.
A la toife ajoutez un pied ,
C'eft pour ma taille quelque chofe ;
Avec cinq , je ne fuis pas rofe ,
Mais d'un beau geai qui bien me fied ;
En cet état comme fluide ,
Pompé par un bec gracieux ,
Et coulant au gré d'un bon guide ,
Je peindrai la parole aux yeux.
Mais avant tout il faut vous dire
Que ce bon guide doit favoir
Liv
200 MERCURE
Ce qu'en moi fix pieds vous font voir ,
Ce qui ne fe dit pas fans fire ;
Bref, ce qui nous fait tous lire.
Enfin au Lecteur abufé
Qui voudroit encor quelque chofe ,
Sur quatre pieds , & ce pour cauſe ,
Je n'offre ici que l'oppofé.
(Par M. R... T. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ORALON Funèbre de Très - haut , Trèspuiffant
& Très - excellent Prince Mgr.
Louis - Philippe d'Orléans , Premier Prince
du Sang , prononcée dans l'Églife de l'Abbaye
Royale du Val - de- Grace , lieu de fa
fépulture , le Vendredi 17 Février 1786 ,
en préfence de Mgr. le Duc d'Orléans , de
Mgr. le Duc de Bourbon & de Mgr. le Duc
d'Enghien ; par M. l'Abé de Verninac de
Saint- Maur , Vicaire - Général de Rhodez .
A Paris , chez Knapen & fils , Imprimeurs-
Libraires , au bas du Font S. Michel.
CETTE Oraifon Funèbre , qui , fans doute
par la modeftie de l'Auteur , n'a été imprimée
que long- temps après avoir été prononcée ,
eft peut être celle qui méritoit le plus d'être
publiée. C'eſt le coup d'effai d'un jeune EccléDE
FRANCE. 201
fiaftique quifemble réunir les talens du Lycée
à l'éloquence de la chaire ; on peut très - bien
lui dire avec le grand Corneille:
Vos pareils à deux fois ne fe font pas connoître ,
Et pour leurs coups d'effai veulent des coups
maître.
de
Il eft un genre d'éloquence adopté depuis
plufieurs années dans les Difcours Académiques
, & dont on a quelquefois abufé . Il confifte
en une foule d'ornemens en quelque
forte étrangers , qui fuivent ou qui précèdent
chaque trait de la vie du Héros. Ces ornemens
oratoires ne pouvoient être mieux adaptés
qu'à l'éloge d'un Prince dont la vie offre
peu d'événemens ; d'ailleurs , dans cette multitude
de réflexions où l'Orateur a déployé
toutes les reffources de l'Art , jamais il ne
perd de vue fon objet principal ; jamais les
traits qui doivent peindre le Duc d'Orléans
ne font effacés par des morceaux d'apparat.
On y reconnoît toujours le bon Prince , fans
fafte dans les actions & dans fes paroles , fes
moeurs douces , fa fenfibilité affable & bienfaifante.
Le texte eft bien choifi. Indépendamment
des vérités profondes qu'il rappelle , il annonce
, pour le but de l'Orateur , la reffemblance
de l'Homme avec la Divinité. Dieu
eft grand , il eft bon : voilà les qualités les
plus éminentes de fon être fouverain. Comment
le Prince , objet de cet éloge, lui a-t'ill
reflemblé « Il a été refpecte ; c'eft dire qu'il ?
Iv
202 MERCURE
" a été grand : il a été aimé ; c'eſt dire qu'il a
» été bon. " On n'adopta jamais une diviſion
plus heureuſe.
و و
و د
"
L'exorde doit peindre en raccourci le Héros
qu'on célèbre. D'après ce principe oratoire ,
M. l'Abbé de Verninac trace avec rapidité le
portrait de Mgr. le Duc d'Orléans ; & les couleurs
font auffi brillantes que fidelles. « Je
» vais...... vous montrer un Prince aimable ,
» exerçant dans toute l'étendue de fa carrière
les vertus les plus chères aux hommes ,
» accueillant l'infortune , la foulageant par
fes bienfaits , & , ce qui eft plus rare , la
» confolant lui-même par fes paroles ; furpaffant
au milieu des camps par fa modeftie
» & fon humanité , ceux qu'il furpalloit par
» fes grades & fa valeur ; zélé pour la juftice ,
» éclairant auprès du Trône l'amour du Sou-
» verain pour fes Sujets , fonction courageufe
dans les circonftances délicates ; fenfible
à l'amitié , la cultivant avec l'attention
d'un mortel ordinaire , exact dans les dé--
penfes , ne faifant jamais attendre les gages
» à fes Officiers pour fatisfaire des goûts frivoles
, ou raffafier des paífions dévorantes ;
religieux fans fanatifme , édifiant par de-
» voir , & non par politique..... niourant
» enfin , ou plutôt s'endormant comme un
fage.» Le Panégyrifte fe concilie enfuite les
fuffrages de ceux qui l'entendent, par des précautions
oratoires adaptées à fon texte & à
fon fiècle.
و د
ود
39
ود
و د
30
33
"
Dans la première partie , M. l'Abbé de
DE FRANCE. 201
Verninac expofe les véritables titres à la
grandeur. Amour de la Patrie , amour des
Loix , amour des Beaux-Arts , amour de la
Religion : voilà les qualités qui diftinguent
les grands Hommes ; mais il faut écouter
l'Orateur lui -même.
" On n'eft plus abuſé fur le caractère de la
» véritable grandeur ; on ne la fait plus con-
» fifter dans ce farouche orgueil qui exige
و د
l'éloignement & les profternations ; on ne
» la fait plus confifter dans ce courage bar-
» bare qui agite des glaives & des chaînes
» fur le globe , & force les mortels au filence
» d'une admiration ftupide. On ne la fait
plus confifter dans ce faux enthouſiaſme
qui brave fans raifon les tourmens & la
» mort. Celui - là feul eft grand , qui connoît
» toute l'étendue de fes devoirs & les remplit
» avec zèle ; qui aime la Patrie , & s'arme
» pour fa défenfe ; qui aime les Loix & veille
» à leur foutien ; qui aime les Beaux- Arts &
» les encourage ; qui aime la Religion &
l'honore par fes moeurs. Le Duc d'Orléans
a été fidèle à ces divers engagemens de la
» grandeur. »
ور
و د
"
Ces idées font rajeunies par le ftyle , &
heureufement appliquées . Mais les réflexions
fur la jeuneffe des Princes & des Grands font
neuves , & fuppofent le talent de penſer autant
que de bien écrire.
« On peut regarder la jeuneffe de la plu-
» part des hommes comme les landes de leur
» hiftoire . Elle n'offre que l'efpérance des
Ivj
204 MERCURE
"
35
ور
» vertus ; heureufes encore les familles ou
» luit cette douce efpérance ! Il n'en eſt pas
ainfi de la jeuneffe des Princes. Des maîtres
plus habiles , leur élévation d'où ils plon-
» gent dans la fociété , & découvrent un
plus grand nombre d'objets ; les Arts qui
» viennent entourer leur berceau & jouer
» avec eux , les images de leurs ancêtres of-
» fertes par -tout à leurs regards , la gloire
» qui les environne , la Religion plus élo-
» quente qui vient les entretenir de fes promeffes
immortelles , tout contribue à développer
leur ame & à leur donner une
» vie précoce , enforte qu'ils fe connoiffent
» avant que nous ayons , pour ainſi dire , ou-
» vert les yeux fur nous-mêmes, &c. »
و د
En parlant du courage du Duc d'Orléans
pour la défenſe de la Patrie , M. l'Abbé de
Verninac nomme la guerre , & laiffe échapper
le fentiment d'un coeur ami de la paix.
La guerre ! je frémis à cet horrible nom ;
il me rappelle le carnage , le défeſpoir , les
hurlemens , la mort. Quel eft le barbare
qui , le premier , aiguifa des armes ? Que
» la terre le vomille à mes yeux , & qu'au
» nom de l'humanité je lui dife : anathême !
و و
» & c. »
Voilà les véritables mouvemens de l'éloquence.
On lira avec intérêt les détails fur
les campagnes & les vertus militaires de
M. le Duc d'Orléans. La manière dont l'Orateur
parle de l'accident d'Aftemberck , ne
peut manquer de plaire . L'éloge du Prince
1
DE FRANCE. 205
de Condé s'y trouve adroitement mêlé ; il eft
amené avec autant de grace que de nobleſſe.
Qui n'applaudiroit pas au vou qui termine
la re fous- diviſion :
32
» Je laiffe volontiers aux Peintres de l'Hiftoire
à tracer plus en détail la jeuneſſe
guerrière du Duc d'Orléans. Le récit des
» batailles fatigue un Miniftre Évangélique.
» Comment pourroit- il décrire tous les mou-
" vemens des Guerriers , lui qui ne connoît
» d'autre glaive que celui de la parole fainte ,
» d'autres combats que ceux de la grace, d'autres
victoires que celles des pallions. Hélas !
jufqu'à quand , pour compofer une belle
vie , ferons- nous obligés de l'embellir de
» funeftes lauriers ? Ne verrons -nous jamais
» luire ce jour heureux où la juftice s'affiéra
» fur un trône univerfel , & jugera les diffé-
» rends des Nations.... Ce voeu fi cher à tous
» les Politiques citoyens , je l'ofe , ô men
"";
23
Dieu , renouveler en face de vos autels .
» Que la paix & la vérité enchaînent aujourd'hui
l'Univers ! Sit pax & veritas in
» diebus meis. Cette Maifon puiffante que
> vous faites régner fur la moitié du globe
avec tant de fplendeur , ne pourroit- elle
» exécuter fous vos aufpices un auffi grand
projet ? C'eft une gloire digne d'elle , & la
» feule peut-être qui lui refte à acquérir. Siz
" pax & veritas in diebus meis . »
59
Dans l'article où M. l'Abbé de Verninac
peint l'amour du Duc d'Orléans pour la juf
tice , on remarquera des idées réfléchies.
206 MERCURE
Il y avoit là un écueil qu'il a fu éviter avec
prudence . La gloire de fon Héros étoit intéreffée
à retracer les malheurs de la Magiſtrature.
L'Orateur s'en eft tiré avec beaucoup
d'art.
ود
و د
و د
» Lorfque le Tout-puiffant veut punir les
» Nations par des châtimens vulgaires , il
appelle les tempêtes , leur ordonne de fou-
» lever les mers , d'engloutir les vaiffeaux :
» il appelle les orages , leur ordonne de fon-
» dre fur les campagnes , d'enlever les moiffons.
Mais veut- il exercer une vengeance
plus terrible , il jette un efprit de divifion
» parmi les Citoyens ; il ébranle les fonde-
» mens du Trône & des Loix ; il menace du
» chaos anarchique les peuples défolés . Je
» n'ai garde de m'élever ici en juge des affai-
" res d'État, & de rappeler cette grande cauſe
qui divifa le dernier Monarque & les dépofitaires
de la juftice. Le ministère Évangélique
a fes bornes . Je fais gémir des maux
» de ma Patrie , conjurer le Dieu qui la frap-
" pe , & fermer les yeux fur les inftrumens
» dont il fe fert. »
ور
و ر
ود
L'amour des Beaux- Arts dans M. le Duc
d'Orléans , fournit à l'Orateur une 3 fousdivifion.
Il diftingue les Arts utiles des Arts
d'agrément. Il nous peint fon Héros , ainfi
que tous les grands Hommes , animé de la
noble paffion des Arts , mais donnant toujours
la préférence à ceux qui intéreffent
davantage l'humanité. « Si ce nom pouvoit
» être entendu dans ce temple, je nommerois
DE FRANCE. 207
33
Tronchin , & l'inoculation qu'il exerça
» avec tant de fuccès fous les aufpices du
» Duc d'Orléans. C'eft donc au Duc d'Orléans
que nous devons les progrès d'un Art
qui délivre l'humanité du fléau le plus terrible
, & qui nous a raffurés fur les jours
» & la Famille de nos auguftes Maîtres. »
"3
"
Le véritable efprit de religion eft un efprit
de foi & d'amour. Le Duc d'Orléans le
poffeda. Toutes les époques de fa vie ſe reffemblent
à cet égard. Tout ce qui intéreſſoit
la Religion l'intérelfoit ; fes dogmes , fa mo
rale , fes Miniftres. Mais il fut toujours éloigné
du zèle perfécuteur & de l'oftentation
religieufe. Il goûtoit en filence ces dogmes
» fraternels qui repréfentent le genre - hu-
» main comme une feule famille , dont Dieu
» eft le père ; ces dogmes confolateurs qui
" nous offrent le pain des Anges fous des ap-
" parences communes , ces dogmes fublimes
r
qui nous ouvrent le ciel & l'immortalité. »
Il eft des plaifirs que la Religion condamne,
& dont M. le Duc d'Orléans fut défabufé dans
la principale époque de fa vie. M. l'Abbé
de Verninac efquiffe à ce fujet un double
tableau plein d'effet. C'est le parallèle du vo
luptueux & de l'homme tempérant .
Une réflexion très -morale fur les vices des
Grands, termine la première Partie. « Les foi-
» bleffts.des Grands font toujours des ftan-
» dales. Le monde corrompu les voit , les exagère
, les fait fervir à fon apologie . Le peuple
, hélas fi malheureux quand il n'a
و ر
ןכ
208 MERCURE
2
point de moeurs , tombe dans l'incertitude
& le découragement. La vertu , la gran-
» deur perdent à fes yeux leur majefté. Il
» faut donc publier le retour des Grands à la
fageffe; il faut célébrer les victoires qu'ils
ont remportées fur eux- mêmes , comme
» celles qu'ils ont remportées fur les enne-
» mis de l'Empire.
"
ود
On peut juger par ces citations , que l'éloquence
de M. l'Abbé de Verninac eft pleine
d'éclat & d'ornemens. Son Difcours eft écrit
dans le haut ſtyle , nourri d'expreflions fortes ,
& fouvent animées du beau feu de la poélie.
Elle femble avoir elle même infpiré l'Orateur
, lorfqu'il en trace les caractères , p . 13
de fon Difcours . Elle ne pouvoit être défignée
par des traits plus brillans , & à-la -fois plus
religieux.
23
La feconde Partie eft entièrement confacrée
à l'éloge de la bonté. Le Panégyrifte
montre fon Héros dans les différentes fituations
de fa vie. « Suivez-le à la Cour , à la
» ville , dans fes retraites , à la campagne ,
dans le tumulte des armées , dans la paix
» de fon commerce domeftique : par- tout il
» montre un caractère de bonté qui en-
» chante. » Les premiers objets de fes fentimeus
furent les Princes de la Famille Royale.
Tout ce qui arrivoit d'heureux à nos Monarques
le tranfportoit de joie , les événemens
facheux l'accabloient de douleur. On fe fouvient
de cette fête folennelle que le Due
d'Orléans donna dans le parc de S. Cloud aux
DE FRANCE. 209

habitans de la Capitale , à la convalefcence
du fils unique de Louis XV. L'Orateur en retrace
le fouvenir avec l'éloquence la plus touchante.
و د
"
L'efprit de charité dont le Prince fut animé
eft rendu par ce feul mot : " Il voudroit pou-
» voir s'envelopper de l'invifibilité de Dieu
» même , afin de mieux exercer la miféricor-
» de. » Le mouvement oratoire qui accompa
gne le récit de fes aumônes fecrettes eft admirable.
Mille infortunés fecourus par les bienfaits
du Duc d'Orléans , interrogent l'Envoyé
de ce Prince. Ils demandent avec reconnoiffance
le nom de leur Bienfaiteur ; mais un
filence mystérieux leur tient lieu de réponſe.
" Ah ! difons , diſons - leur aujourd'hui , s'écrie
» l'Orateur , quelle main augufte les a rele-
» vés des bras de la mort , & les a fi longtemps
confervés à la vie ; ils accourront , ils
» forceront les avenues de ce temple , ils fe
» jetteront aux pieds de ce tombeau , ils l'arroferont
de leurs larmes: nos coeurs feront
émus ; nous pleurerons avec eux. »
و د
"
و ر
"3
Si les bornes d'un extrait le permettoient ,
je citerois les paffages relatifs au mariage de
M. le Comte de T.... , aux établiflemens de
Trial , de Fontainebleau , de Joyeuſe , de
Salles . Je voudrois bien fur-tout tranfcrite ce
qui regarde le féjour & les bienfaits du Duc
d'Orléans à la campagne . On fait quelle étoit
la popularité de ce Prince. Il fortoit fort fouvent
de fes châteaux pour entretenir un Laboureur
, un Artifan , & ne rentroit jamais
210 MERCURE
fans avoir fait quelque acte de bonté. Il faut
entendre là-deffus l'Orateur lui - même; il a
l'art de lier une morale touchante à des faits
touchans par eux- mêmes. L'Hiftoire du Chev.
Dettinghen accueilli fur le champ de bataille ,
honore l'humanité du Prince & l'éloquence
du Panégyrifte.
و د
ور
O récit plus touchant encore , s'écrie
» l'Orateur après avoir rapporté ce trait ! vous
le favez , Meffieurs , fouvent par une négligence
barbare de malheureux bleffés de
» meurent parmi les morts fur le champ de
» bataille.... Généraux d'Armées , vous tous
qui conduifez des Soldats vers le but enfanglanté
de la victoire , écoutez , écoutez
» ce que je vais dire . Le Duc d'Orléans ne fe
» contente pas de donner des ordres pour
» l'enlèvement des bleffés ; il va lui - même ,
ور
ور
il parcourt les champs de la mort, il glane
» les malheureux qui ont échappé à la faulx
» homicide. » Cette expreffion eft à -la- fois
religieufe , neuve & fublime.»
و ر
Une fin douce & tranquille fuccède à cette
vie bienfaifante. « Il fourit à la mort comme
» à l'amitié qui l'environne. » Il a été honoré
de véritable regrets à la Cour & à la Ville. Il
nous laiffe pour confolation le fouvenir de
fes bienfaits & de fes vertus. S'il en eft une
autre pour ceux qui pleurent ce bon Prince ,
c'eft de retrouver la bonté dans l'ame de fes
Héritiers. M. l'Abbé de Verninac a terminé
l'Oraifon Funèbre du père par l'éloge du fils.
Les dernières paroles de l'Orateur font reDE
FRANCE. 211
marquables . " Souvenez - vous toujours des
autels , des malheureux , du tombeau , de
» l'avenir. "
و د
Ainfi finit ce Difcours , digne de l'attention
des Lecteurs. Ils y trouveront beaucoup d'élégance
, un ton plein de nobleffe , des tranfitions
heureuſes , la manière des grands Maîtres
, des pensées qui partent d'un efprit élevé ,
folide , exercé par la réflexion , quelques idées
neuves ; & la chaire doit compter un Orateur
de plus.
LES RAISERS DE ZIZI , Poëme.
Liquidis immifi fontibus apros.
Virg. Buc, 2 .
A Paris , chez Royez , qui des Auguftins
, & chez les Marchands de Nouveautés.
L'AUTEUR Anonyme de ce petit Poëme ſe
défigne ainfi lui- même :
De l'Océan j'ai fu franchir l'efpace ,
Et parcourir ces rivages lointains
Où tant de fois les Piquers , les d'Eftaings
Ont fignalé leur belliquenfe audace ;
J'ai célébré ce rival du Dieu Mars ,
Bouillé , brifant les faftueux remparts
Qui de Rodney virent fouiller la g'oire;
Et j'ai porté mes avides regards
Aux champs d'Yorck , fur ces grands boulevards
212 MERCURE
Où Washington enchaîna la Victoire ,
Et fut dompter les fougueux Léopards ;
J'errai long- temps dans la vafte Amérique ,
J'étudiai le caractère unique
Des fils de Penn & de la Liberté ,
Peuple dévot , bizarre & pacifique ,
Fou de la bible & de l'égalité.
Mais la fageffe à la valeur unie ,
Mars , Apollon , Amphitrite , Uranie
N'écartoient point ma fecrette langueur ,
Ils pouvoient bien amufer mon génie ,
Et non remplir le vide de mon coeur.
Enfin , laffé d'une courfe incertaine ,
Sauvé des flots & des vents orageux ,
Et revenu fur les bords de la Seine ,
Au fein des Arts , des Plaifirs & des Jeux ,
Près de Zizi le tendre Amour m'enchaîne.
Parmi ces vers , dont le ton eft noble , qui
ont tous de l'harmonie & du nombre , il en,
eft de jolis , tel que celui- ci :
Fou de la bible & de l'égalité.
Le fecret de ces rapprochemens inattendus
a été donné par Voltaire dans fes Poéfies fugitives,
où il peint fouvent une Nation en parlant
à une jolie femme; mais on n'imite point ainſi
l'efprit de Voltaire , fans en avoir foi même.
Ces courfes fur l'Océan & dans plufieurs parties
du nouveau Monde, ces peuples que le
Poëte a vifités, ces grands événemens dont il
DE FRANCE. 213
a été ou le témoin ou le chantre , tout cela
répand de l'intérêt fur l'Auteur & fur l'Ouvrage.
Tous ceux qui viennent faire des vers
à Paris , n'ont pas vu communément tant de
chofes , & ils parlent fouvent des deux Mondes
fans en avoir vu aucun. L'Auteur de ce
petit Poëme , qui a parcouru l'ancien monde
& le nouveau , en parle peu , & parle beaucoup
de Zizi ; & cela prouveroit , s'il en étoit
befoin , que la femme qu'on aime intéreífe
plus encore que les deux hémisphères. Mais
en traçant le portrait de Zizi , qu'il a trouvée
au fein des Arts & des plaifirs de Paris , il
peint ces plaifirs , il parle de ces Arts pour
lefquels il paroît avoir beaucoup de goût ; il
mêle des portraits fatyriques à des peintures
voluptueufes : au fein de fon bonheur , il ſe
rit de nos ridicules ; mais il rit & ne hait point ;
la fatyre d'un homme heureux ne peut pas
être bien amère. Pour adoucir la mordante
hyperbole de Juvénal , il n'eût fallu peut- être
que lui donner une maîtreffe. L'Auteur des
Baifers de Zizi , s'il peint un foupé de Paris ,
en peint les délices avant les travers.
Les végétaux par nos Marins acquis
A Céilan , à Timor , à Surate ,
Sont répandus dans vingt ragoûts exquis..
Il eft trop vrai , la fariété blâfe ;
Mais qui n'a point quelques defirs nouveaux
En contemplant les fucculens vanneaux ,
La caille née aux plaines de Lemnos ,
214 MERCURE
L'oifeau brillant qu'a révér cle Thafe ,
Et les perdrix à pieds de cardinaux ?
Qui n'aime point les préfens de Pomone
Et tous les dons de l'amant d'Érigone ?
Ces vins charmans , fruit des côteaux ambrés ,
L'Aï-brillant à la sève mouſſeuſe ,
Et du Ségur la liqueur favoureufe
Qui rend fans ceffe une vigueur heureuſe
Aux eftomachs par le temps délabrés.
Dans tous ces vers on voit l'homme qui a
beaucoup lu les vers de Voltaire ; dans quelques-
uns qui font trop négligés , on voudroit
le voir davantage ; mais voici une peinture
neuve :
Le feul Narfés , que la goutte condamne
A fe priver de ces bien précieux ,
Va fe plonger au fond d'une ottomane ,
C Loin d'un bonheur qui fatigue fes yeux ;
Et pour tromper les heures paréffeufes
Dont la lenteur le fait ſouvent gémir ,
A fes côtés douze aimables berceufes
En le flattant tâchent de l'endormir,
De ce bien précieux font des mots vagues
qui ne peignent point du tout ou qui peignent
mal ces mets : ces vins exquis , dont le Poëte
vient de parler ; en le flattant n'eft pas non
plus fans doute ce que le Poëte vouloit dire
& ce que les berceufs font. Il falloit un mot
qui fit de l'ottomane comme un berceau que
DE FRANCE. 215
l'on balance. C'eft le choix ou la rencontre de
ces mots qui fait de la Poéfie & de toute efpèce
de ftyle une fuite de vives peintures .
Mais la gaieté brille au fein des convives :
La médifance a rappelé les ris ;
Et dès l'inftant qu'on ouvre les archives ,
On apperçoit nos Dames attentives ,
Et l'on eft sûr de plaire aux beaux- efprits.
Le fol Inchal , armé de fix lorgnettes ,
Grand chroniqueur des foupirs de Paris ,
Vient nous citer l'hiftoire des toilettes
Et des foyers les romans favoris ;
Car chaque jour les courfes dûment faites.
Il a tout vu , tout lorgné , tout appris .
Ces vers font corrects & purs , ils ont l'efpèce
d'élégance qu'ils peuvent avoir ; & voilà
le ftyle de la fatyre telle qu'un honnête homme
peut fe la permettre. L'Auteur peint quel
quefois le tourbillon entier de Paris fous des
couleurs plus brillantes & plus poétiques.
Là , tu le fais , rofe fraîche & brillante ,
Honneur nouveau d'un fuperbe jardin ,
Des papillons le voltigeant effain ,
Et des Zéphirs la foule careffante ,
Plein de l'espoir d'un amoureux larcin ;
Rendent hommage à ta beauté naiſſante.
A nos regards huit portiques ouverts
Mènent enſemble à ce palais immenſe
Qu'ont élevé le goût & l'opulence ,
1
216 MERCURE
Et dont Philippe a fait la réfidence.
Là , tous les biens épars dans l'Univers
Sont par le luxe à nos defirs offerts.
Là , tous les Arts , avec magnificence ,
Out raffemblé leurs miracles divers ;
Le voyageur , des limites du monde
Y vient fixer fa courſe vagabonde.
Nous y pouvons contempler fous leurs traits ,
Perfans & Turcs , & le Ruffe & l'Anglois ;
De Nations ce fuperbe mélange ,
Plaît à nos yeux fans avoir rien d'étrange ,
Car nos plaifirs en ont fait des François.
Par les Amours & les Grâces parées ,
Là , nos Beautés à flots tumultueux ,
Dans ce fallon dont la voûte des cieux
Eft le lambris , vont paffer leurs foirées.
Pour admirer de plus près fes appas ,
Dans ces beaux lieux , dès que Zizi ſe montre
Tous les amans s'empreffent fur fes pas ,
Ou d'un pied vif courent à fa rencontre.
La defcription du fallon de Narsès , fi l'Auteur
en effaçoit quelques taches , offriroit
encore des beautés de verfification & de
poéfie. On voit par-tout que pour faire trèsbien
, il ne manque peut-être à l'Auteur que
de faire avec plus de peine . Ce qu'on y defire
, ce font ces beautés & cette perfection
qu'on ne trouve que lorfqu'on eft arrêté par
les difficultés ; ces idées piquantes , par lefquelles
DE FRANCE. 217
quelles on échappe aux idées communes qui
vous environment ; ces expreffions hardies
qui prennent la place d'une expreflion neghgee
qui nous a long-temps affligés ; ces tournures
enfin & ces aflociations de mors par
leiquelles un mot que la poefie ne fembloit
pas pouvoir admettre , devient le plus poctitique
de tous. L'Auteur , qui a un fentiment
tiès-heureux & très- délicat de la langue des
vers, eft fait pour connoître tous ces fecrets de
l'art d'ecrire , & pour les pofféder. Ce qu'on
aime encore dans le début de cet Écrivain ,
c'eft qu'en écrivant même la fatyre , il paroît
fe plaire à rendre juftice aux talens & aux vertus
, bien plus encore qu'à faire juftice des
travers & des vices. On n'a pas eu raifon de
dire que ces deux difpofitions naiffent des
mèmes fentimens de l'ame ; l'une eft un mouvement
naturel & prefqu'irréfiftible dans
toutes les ames vivement touchées du mérite
; l'autre eft tout au plus un devoir pénible
qu'elles s'impofent. L'éloge dans les Baifers
de Zizi n'eft pas rare ; & lors même que l'Auteur
ne nomme pas ce qu'il admire , aux traits
dont il le caractérife , on fent qu'il loue tout
ce qu'il y a de plus eftimable & de plus aimable.
Vous le favez , ô vous jeune.
Vous qui pour eux méprifante & févère ,
Par un regard confondez leur orgueil ;
Mais qui daignez charmer d'un doux accueil
Les bons efprits qui font faits pour vous plaire
Nº. 30 , 29 Juillet 1786.
K
218
MERCURE
Vous qui , fous l'air d'un léger papillon
Cachez une ame & fi grande & fi bonne ;
Vous qui, toujours vive , douce & mignone ,
Joignez la grace à la noble raiſon ;
Vous qui favez égaler Amphion
Quand fous vos doigts le clavecin réfonne ,
Et de Grétry voler jufqu'à Buffon.
Je cite peu les vers où il n'eft question que
de Zizi ; & en cela je femble me conformer
an veu de l'Auteur lui-même. Il dit prefque
dès les premiers vers :
Il faut pourtant vous conter mon hiſtoire,
Et de l'amour vous peindre l'afcendant ;
Mais en fecret gardez- en la mémoire ;
Car votre ami n'a point la vaine gloire
D'ofer prétendre , amoureux imprudent ,
Que le Public foit cru fon confident.
L'on berne tant la manie indifcrette
De ces Meffieurs qui , dans leurs petits vers,
Voulant fe peindre en Héros de toilette ,
Par leurs ardeurs glacent tout l'Univers !
Tel fut Porat , ce fameux Coryphée
Des Écrivains accueillis à Paphos :
Il ne puifoit dans fa tête échauffée
Qu'un vain jargon & des fentimens faux,
Sans ceffe il eut la fureur de paroître
Fin perfiffleur & léger petit-maître ,
Prompt à vanter les prétendus appas
De cent Laïs qu'il ne connoiffoit pas ;
DE FRANCE. 219
Suivant la rime il varioit leur forme :
Tout fut changé fitôt qu'il les chanta .
La vieille Iris , malgré la taille énorme ,
Entre dix doigts dans ſes vers s'ajuſta ,
Et bien qu'elle cût un nez long & difforme ,
D'un nez fripon fa Muſe la dota.
Qu'on foit ou non ami de la mémoire de
Dorat , quand on feroit même l'Éditeur de
fes Euvres , on doit convenir que ces vers ,
où il eft un peu maltraité, ont du mérite, qu'ils
ont de la facilité , de la tournure , & fur-tout
le ton & le ftyle du genre. C'eſt enfuite une
chofe à examiner jufqu'à quel point ils font
vrais. Que toutes les Beautés chantées par
M. Dorat ayent été imaginaires ou laides , je
ne croirai ni l'un ni l'autre. M. Dorat , qui
s'eft entendu dire de pareilles chofes , lui vivant
, crioit avec beaucoup d'intérêt & de
modeftie à l'un de fes Cenfeurs rigoureux :
Grace , grace , mon cher Cenfeur !
Je m'exécute , & livre à ta main vengereſſe
Mes vers , ma profe & mon brevet d'Auteur ;
Je puis fort bien vivre heureux fans lecteur :
Par pitié feulement laiffe- moi ma maîtreffe.
C'étoit d'autant plus jufte , qu'il eſt telle maîtreffe
dont la fidélité ne réfifte pas peut-être à
une épigramme contre fon amant , lorfque
cette épigramme eft bien faite , & qu'elle
a du fuccès ; ce qui , foit dit en paffant ,
Kij
220 MERCURE
eft affez malheureux pour tout Écrivain un
peu renommé , parce qu'il eft plus sûr
encore que fa renommée lui procurera de
bonnes épigrammes que des maîtreffes trèsfidelles
. Mais ce n'étoit pas une maîtrelle feulement
qu'avoit M. Dorat ; il s'en donnoit
quelquefois trois dans le même temps , ç'a
alloit quelquefois jufqu'à cinq ; & même le
nombre de toutes celles qu'il chante dans fes
yers n'eft pas facile à compter. Il eft permis de
croire que parmi ce nombre toutes n'étoient
pas charmantes comme l'allurent fes vers , &
qu'il ne connoiffoit pas même beaucoup toutes
celles qu'il adoroit. L'Auteur des Baifers, de
Zizi n'a pas fans doute prétendu autre chofe.
Quant au mérite des Poéfies de Dorat , dire
qu'elles n'expriment que des fentimens faux
paroît prefqu'une injuftice inexcufable ; mais
dire que fes fentimens font quelquefois peu
naturels , & fes expreffions fouvent recherthées
& précieuſes , c'eft être de l'avis de tous
ceux qui ont le droit d'en avoir un. Les paffons
ramènent au naturel , a dit quelqu'un ,
& je ne fais fi ce n'eft pas La Bruyère. L'amour
fembleroit être celle qui a davantage ce pouvoir
; mais ce pouvoir , il ne l'avoit pas fur
M. Dorat. Voyez ces vers où il peint une de
fes maîtreffes :
Tes dents , ces perles que j'adore ,
D'où s'échappe à mon oeil trompé
Ce fourire développé,
Transfuge des lèvres de Flore.
DE FRANCE. 221
On croit entendre l'homme au Sonnet.
Tes yeux font deux foyers ardens
Où j'ai falli brûler mes ailes ,
Et d'où partent mille étincelles
Sur le falpêtre de mes fens.
3
Il eft clair que dans ces vers M. Dorat eft
l'Amour lui -même ; il a des ailes , c'eft un
falpêtre. Voila comme on écrit lorfqu'on veut
être charmant ; mais on a un autre ſtyle &
d'autres expreffions lorſqu'on eſt amoureux ,
qu'on l'a été ou qu'on peut l'être . Le malheur
de M. Dorar eft venu peut- être de ce qu'en
entrant dans le monde & dans la Littérature ,
il avoit pris un rôle , & le moins poétique
de tous , le moins naturel , celui de petitmaître
, d'homme à bonnes fortunes . Dans les
Pièces fugitives il parle prefque toujours ,pour
fon compte , comme un Auteur Comique fait
parier fur le théâtre le fat qu'il veut rendre
ridicule. Le Verfac des Égaremens du coeur &
de l'efprit , le Blanze des Contes Moraux &
M. Dorat , ont précisément le même ton , le
même langage. Ce ton de la galanterie , qui
adreffe à toutes les femmes ce qu'une feule
peut infpirer , peut être admis dans un foupé,
dans le monde , où il reproduit l'image , au
moins , de ce qu'on voudroit fentir to jours.
Lorfqu'on emprunte la langue de la poéfie
pour parler aux hommes de tous les pays &
de tous les fiècles , il faut reproduire ce qu'il
ya de plus vrai dans tous nos fentimens , &
Kiij
222 MERCURE
non pas ce qui n'en eft que l'image & le menfonge.
M. Dorat n'eft pas feulement galant
dans fes vers avec toutes les femmes ; il eft ,
pour être plus charmant encore , impertinent
avec un très- grand nombre. Je n'ai pas fes
Fantaifies près de moi , & je ne m'en fuis
pas rempli la mémoire ; mais je me rappelle
une Épître à une certaine Syphillis , je crois
Le Poëte commence par fe plaindre des rigueurs
ou des infidélités de fa Syphillis. Il la
conjure au nom de tous les Dieux de faire
ceffer fon martyre , d'être ou plus conftante
ou plus humaine. Tout cela , s'il n'eft pas
très - paflionné , paroît au moins très- férieux :
il ajoute qu'il fera le foir à l'Opéra , qu'elle le
verra au balcon le teint pâle , le vifage blême ,
& qu'elle fera sûrement touchée fi elle le
regarde. La Pièce finit par les vers fuivans :
1
Mais fi tu combles mon.martyre ,
Si ta rigueur vient m'accabler ,
Permets - moi quelqu'éclat de rire
Pour m'aider à m'en confoler.
Voilà , fans doute , une impertinence pour
Syphillis ; mais j'ofe dire que c'en eft une
encore pour tous les Lecteurs qui ne peuvent
pas prendre un grand intérêt à voir comment
la vanité de M. Dorat fe joue & fe moque de
la vanité d'une coquette. Ce ne font pas-là
les fentimens qui fe tranfmettent d'une ame
dans une autre : je puis écouter avec intérêc
les peintures d'un amour qui n'eft pas le mien ,
DE FRANCE. 223
mais l'amour - propre d'un autre ne m'inté
reffera pas ; il pourra même réveiller le
mien & le bleffer. Qu'Horace , & mêrae
Chaulieu , que M. Dorat fe flattoit peutêtre
d'égaler ou de furpaffer , ont bien d'autres
fentimens & un autre langage ! Je me
rappelle deux petites Pièces de ces deux Poëtes
, dont la fin eft également inattendue ,
& femble contredire tout ce qui précède.
Dans fes ftances à la Solitude de
Fontenai , pleines d'un fentiment fi profond ,
fi doux & fi mélancolique , Chaulieu femble
perdre dans cette retraite jufqu'au fouvenir
des erreurs & des félicités des paffions du
jeune âge. Il dit aux grottes de Fontenai :
Grotte d'où fort ce clair ruiffeau ,
De mouffe & de fleurs tapiffée ,
N'entretiens jamais ma pensée
Que du murmure de ton cau .
Il dit aux arbres de fes longues allées :
Beaux arbres qui m'avez vu naître ,
Bientôt vous me verrez mourir.
Et tout- à - coup lorfque l'ame eft attendrie par
ces images mélancoliques , il la laiffe égarer ,
& la fixe fur des images plus heureuſes.
Mais je vois revenir Liſette ,
Qui d'une coëffure de fleurs ,
Avec fon teint & leurs couleurs
Fait une nuance parfaite.
Kiv
224 MERCURE
ور
"
Egayons ce refte de jours
Que la bonté des Dieux nous laiſſe ;
Parlons de plaifirs & d'amours :
C'eft le confeil de la fageffe.
Horace , dans l'Hymne à Vénus , qui ouvre
le quatrième Livre des Odes , parle d'abord
comme un homme qui ne veut plus & ne
doit plus aimer. " Pourquoi , Vénus , me rappeler
à des combats prefqu'oubliés ? Épargue
- moi , Déeffe ; je ne fuis plus ce que
j'étois fous l'empire de la facile Cynarée.
» Mère cruelle des tendres Amours , ceffe
d'exercer ta puiffance fur un coeur que dix
luftres ont endurci contre tes voluptés.Vole
» où t'appellent les prières de la jeuneffe de
» Rome : va brûler de tes feux ce Paul dont
»
ود
"
و ر
26
tous les Arts 3 tous les talens ornent l'adolefcence
, dont la voix éloquente defend
déjà les malheureux , Chez lui , fur les
bords du lac Albin , tu refpireras l'encens
→ dans un temple conftruit de bois parfumés ;
» tu feras invoquée dans des vers pleins de
" grace accompagnés de cette lyre qu'en-
» tendirent d'abord les Monts de la Phrygie.
» Pour moi , Déeffe , il ne me convient plus
» ni de ceindre mon front de fleurs nouvelles
, ni de me mêler aux combats de la
» table , ni d'eſpérer l'amour d'une maîtreffe
...... Mais pourquoi , Glycère , pourquoi
des larmes rares & pénibles coulent-
» elles le long de mes joues ? Pourquoi , au
» milieu de ces paroles pleines de courage ,
و ر
و د
90
DE FRANCE. 225
» ma foible voix expire-t'elle dans le filence ?
» Dans les fonges de toutes les nuits je crois
» te preifer dans mes bras ; tu m'echappes ,
» & je te pourfuis à travers la verdure du
"3 champ de Mars , à travers les ondes mo-
» biles du Tibre . » Quelle poétie charmante !
mais quelle peinture vraie des mouvemens
du coeur humain ! Tous les hommes de cinquante
ans à qui des paffions heureufes ou
malheureuſes auront laiffe un coeur fenfible ,
& de ces regrets qui n'ont plus de terme , retrouveront
leur coeur dans ces vers d'Horace ;
& ceux même qui n'ont pas cinquante ans en
feront touchés ; car il a été donné aux ames
tendres de fentir encore avec les impreffions de
leur âge toutes celles qu'elles doivent éprouver
unjour ; elles devinent la vie entière. Ce font
ces fentimens vrais & touchans qui manquent
trop fouvent à M. Dorat , & qu'il lui arrive
même quelquefois de bleffer & de contredire.
Pour en penfer ainfi , il ne faut être d'aucune
fociété; il fuffit de fentir jufte & d'avoir vécu
quelque temps dans la fociété de Tibulle ,
d'Horace , de Chaulieu. Voilà ce qu'on a
voulu dire dans un autre Journal ; & on a
ajouté , non-feulement parce qu'il faut être
jufte , mais parce qu'on fe plaît à l'être , parce
qu'on s'en fait un bonheur autant qu'un devoir
, on a , dis-je , ajouté que malgré ces reproches
qu'il mérite , & qui ont beaucoup
fait tomber fa réputation , M. Dorat étoit un
homme d'efprit & de talent. Dans ces mêmes
Fantaifies il fe trouve un affez grand nombre
Kv
226 MERCURE
de Pièces infiniment agréables , telles que
l'épire fur un Déménagement , le Cenge,
& c . & c . & c. On annonce une Édition de fes
OEuvres réduites à trois volumes ; on ne feroit
point étonné qu'elle fit bien accueillie
du Public. Mais il a laiffe des Euvres pour
vingt volumes au moins ; & il fe peut que tous
les défauts qu'on lui a reprochés fuffent dans
les dix -fept volumes qu'on fupprime.
A F. aux R. , près du Pieffis Piquet.
LA Vie de Mme de Maintenon , Inftitutrice
de la Royale Mafon de S. Cyr , o née de
fon portrait. A Paris , chez Buiffon , Libr . ,
rue des Poitevins , hôtel de Meſgrigny.
I vol. in- 12 . de 534 pages. Prix broché ,
3 liv.; relié , 3 liv. 12 fols.
CET Ouvrage manquoit peut-être à la
gloire de Mme de Maintenon . Il met toutes
fes vertus , toutes fes qualités éminentes dans
leur véritable point de vue , & la venge d'une
manière victorieufe des outrages que lui fit
la prévention. Il eft fait fur un plan trèsfage
, & la méthode que l'Auteur a fuivie
y correfpond parfaitement. Les réflexions judicieufes
& les penſées extraites de fes Lettres
mêmes , femées par-tout avec adreffe ,
répandent fur cette Hiftoire un nouvel intérêt
, & la rendent très - attachante. On y
parcourt les différentes époques de la vie de
cette Femme célèbre , dont la deſtinée fut fi
fingulière; pas un trait ne manque au tableau.
DE FRANCE. 227
Ses fentimens religieux fur - tout , font ceux
que l'Auteur s'eft plu davantage à développer ;
& dans tous les événemens extraordinaires
qu'elle éprouve , on la voit toujours fourniſe
aux décrets de la Providence , toujours occupée
des moyens d'être utile au genre- humain.
""
و د
ود
Son mariage avec Scarron eft rapporté de
la manière la plus propre à donner une idée
jufte de l'un & de l'autre perfonnage. « D'un
côté , dit l'Auteur , une riche taille , une
» brillante figure , toutes les graces de la jeu-
» neile , tous les appas de la candeur ; de l'au-
» tre , un corps raccourci de plus de moitié ,
» un vifage livide , des bras décharnés ; ici ,
» toute la raifon ; là , toute la bouffonnerie.
" Mais ce mariage entroit dans les deffeins de
» la Providence : c'eft le ridicule attaché aux
poéfies de Scarron qui frappe Louis XIV ,
quand la veuve lui préfente un placet , &
qui devient le principe d'une élévation
qu'on a peine à comprendre.
ود
ود
>>
ود
و د
" Son veuvage , continue l'Auteur , en la
» mettant aux prifes avec la fortune , l'éleva
» au-deffus de fon fexe. Il ne lui refta de fon
» établiffement que des dettes & des plaifanteries
confignées dans le Roman comique
» & dans le Virgile traveſti , au point qu'il
» lui fallut paffer par ces épreuves , pour ar-
» river au faite des grandeurs , & pour de-
» venir l'Inftitutrice de S. Cyr . - C'eft - là ,
dit - il encore , que tendoient toutes les
» vues de Mme de Maintenon , & qu'on
» trouve la folution de fa conduite , ainfi que
K vj
228 MERCURE
"
"
la raifon des motifs qui l'attachèrent à la
gloire de Louis- le- Grand. »
Son mariage avec ce Monarque , ou plutôt
les indices qui ont fervi à le faire croire , font
préfentés dans cet Ouvrage d'une manière
plaufible, & en même- tems très-circonfpecte.
Comme il ne refte aucun veftige de cette .
union , fort étonnante fans doute , & trèspropre
à faire naitre la défiance , l'Hiftorien
ne pouvoit trop infifter fur cet article. Il devoit
de même appuyer fur les fentimens religieux
qui occupèrent Mme de Maintenon
toute fa vie , qui déterminèrent toutes fes
actions , & qui eurent même une influence
générale fur tout le Royaume.
Les détails dans lefquels entre l'Auteur , à
l'égard de la Maifon de S. Cyr , font autant de
morceaux utiles fur l'éducation , & dont les
Colléges , ainfi que les Penfionnats , pourront
également profiter. Les parens qui deſtinent
leurs enfans à être élevés à S. Cyr , trouveront
beaucoup de renfeignemens utiles dans
cet Ouvrage. lis y verront fur- tout avec plaifir
, fans doute , que l'orgueil qu'infpire la
naiſſance , eft un des vices qu'on s'attache
principalement à détruire dans cette reſpectable
Maifon.
L'affaire du Quiétifme contient trois Chapitres
, & ne laille rien à defirer. On y fait
contrafter Boffuet & Fénélon d'une manière
très intéreffante , en donnant à chacun le
caractère qui lui appartient.
-
Le mariage de Mile d'Aubigné , nièce de
DE FRANCE. 229
Co
Mine de Maintenon , avec le Comte d'Ayen ,
fils du Maréchal de Noailles , donne occafion
à l'Auteur de dire avec beaucoup de verité :
Que Mme de Maintenon s'applaudir beau-
» coup de cette alliance , perfuadce qu'en
» entrant dans la Maifon de Noailles , c'étoit
» trouver les vertus fur leur propre fol , où
elles font héréditaires comme les hon- "
" neurs. "
сс
و د
ور
و د
gran-
Le tableau de la Cour de Louis - le- Grand ,
fon teſtament , fa mort , femblent donner au
ſtyle de l'Auteur une nouvelle énergie . Il le
peint fur- tout avec force à fon heure dernière."
C'eft alors , dit- il , que ce grand Roi oubliant
les titres , fes jouiffances , fes
deurs , prit la plume , & traça fes difpofi-
» tions avec le même calme qu'il eût figné
le plus brillant Traité ; de forte qu'on peut
» dire que fi fes conquêtes le familiarisèrent
» avec la gloire , fes entretiens avec Mme de
» Maintenon l'apprivoisèrent avec la mort.
Tandis que les Courtifans lui promettoient
» un fiècle de vie , elle lui lifoit ce Livre
divin qui ne flatte point les Rois , &
qui dit expreffément que les années de
l'homme ne s'étendent pas au - delà de
» quatre-vingt . »
و د
ور
ود
و ر
ود
ور

و د
La vie privée de Mme de Maintenon à
S. Cyr , fait connoître des faits qui répandent
le plus grand fuftre for fa mémoire. Après
avoir parlé de la vifite que lui firent Pierrele-
Grand & le Régent , l'Hiftorien arrive au
moment de fa mort , & fait un tableau tou230
MERCURE
chant des regrets de la Maifon de S. Cyr,
qu'il repréfente immobile & accablée du
poids de fa douleur. L'Auteur de cet Ouvrage
le termine par l'épitaphe faite par l'Abbé de
Vertot , qu'on lira fans doute avec plaifir. En
général nous croyons la lecture de cette nouvelleVie
de Mme de Maintenon , auffi inftruc
tive qu'édifiante . Nous penfons qu'elle doit
plaire , même après celle de la Beaumelle , en
ce qu'on y trouve plus d'exactitude & moins
de recherches d'efprit.
ESSAI fur l'Hiftoire Médico-Topographique
de Paris , ou Lettres à M. d'Aumon fur
le Climat de Paris , fur l'état de la Médecine
, fur le caractère , le traitement des
Maladies , &particulièrementfur la Petite-
Vérole & l'Inoculation ; par M. Menuret
de Chambaud , Docteur en l'Univerfité de
Médecine de Montpellier , &c. A Paris ,
chez Cuchet , rue & hôtel Serpente.
LE climat , a dit Polybe , forme la figure ,
la couleur , le tempérament & les moeurs
des Nations ; il maîtrife les êtres , ajoute M.
Bailly , par la température & les idées , par
le caractère qu'il impofe aux Peuples. On
fait jufqu'à quel point cette opinion a été
pouffée par le célèbre Montefquieu ; & peutêtre
eft- il bien difficile de défigner celui où
elle ceffe d'être vraie ; mais quelque étendue
qu'on puiſſe lui donner , ou quelques limites
DE FRANCE.
231
qu'on lui doive preferire , au moins eft - il
certain que la diverfité des climats influe
étonnamment , & fur le phyfique & fur le.
moral des hommes. Le père de la Médecine
ne doutoit pas de cette vérité , lorſqu'il recommandoit
à celui qui arrive dans une ville
qui lui eft inconnue , pour y exercer cet art ,
d'étudier d'abord fa fituation relativement au
foleil , à l'air, à l'eau & à la terre.
Vous examinerez , difoit -il , de quelle
manière le foleil l'éclaire & l'échauffe , quelle
eft la conftiturion de l'atmoſphère , l'état , la
force & la direction des vents ; quelle eft
la quantité , la qualité des eaux , foit de celles
qui y coulent en fontaines ou rivières , qui
peuvent y féjourner ou croupir , & foriner
des marais , foit de celles qui fourniffent à
la boiffon; & enfin quelle eft la nature du
fol qui fert à l'habitation. C'eſt de ces caufes
réunies que dérivent les tempéramens qu'on
peut appeler en quelque façon locaux ; c'eft
par elles que la fanté reçoit une efpèce de
difpofition uniforme , & les maladies une
première modification générale.
Ces préceptes , importans en tout lieu , le
font bien plus fpécialement dans une ville
aufli immenfe que Paris. Nos célèbres Médecins
s'y conformoient fans doute ; mais
n'eft- il pas étonnant qu'il nous manquât
encore un ouvrage claffique fur un pareil
objet ? Les Phyficiens & les Médecins le defiroient
également ; M. Menuret nous le
donne enfin , & nous croyons pouvoir le
232
MERCURE
feliciter du fervice qu'il rend au Public ; fervice
d'autant plus utile , qu'il a fu mettre à la
portée des Lecteurs les plus communs , &
les connoiffances qu'il a acquifes , & les préceptes
qu'il nous donne.
Quoique le titre de fon livre n'annonce
qu'un effai, il renferme au moins toutes les
obfervations que chaque particulier doit faire
relativement au fol qu'il habite , pour y proportionner
fa manière de vivre , quelque
part qu'il foit , & fpécialement celle qu'exige
le féjour de Paris . Renonçant fagement au
ftyle barbare de l'école , il expofe dans fes
premières lettres tout ce que chacun doit
favoir en général fur le climat qu'il habite ;
il nous donne enfuite l'Hiftoire Phyſique de
la Ville de Paris , & c . &c. Suivent des obfervations
fur l'homme phyfique & moral;
article qu'on lira fur - tout avec intérêt.
De nouvelles lettres nous marquent l'effet
des faifons fur les maladies , & les divers
traitemens qu'elles exigent. Il y en a deux
fur la petite vérole & linoculation , &c. &c.
L'on ne fauroit trop recommander la lecture
de cet Ouvrage , nous ne dirons pas à ceux
qui , par état , doivent avoir au moins la
plupart des connoiffances qu'il renferme ,
mais à tout patriculier jaloux de connoître
les moyens les plus fimples de conferver fa
fanté , ou de la recouvrer par un régime &
des remèdes conformes au climat qu'il habite.
Un des grands avantages de fon Auteur , eft
de favoir éviter les longueurs , d'avoir en
DE FRANCE. 233
même-temps , & cette méthode & cette
clarté qui le mettent à la portée de ceux qui
n'ont pas même étudié les premiers élémens
de la Médecine. Ses recherches ont paru
i téreffantes , même à un Cenfeur très- diftingué
dans la même carrière ; que ne ferontelles
pas pour le Public ! Mais pouvoit-on
moins attendre d'un Auteur déjà fi avantageufement
connu par divers Mémoires couronnés
, & qui , dès fa jeunelſe , avoit ſu nous
donner dans l'Encyclopédie un grand nombre
d'excellens articles fur la Médecine ?
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Repréſentations de Virginie continuent
d'exciter l'intérêt & la curiofité des Amateurs
du Théâtre : l'Auteur paroît s'obtiner à ne
point quitter le voile de l'anonyme , malgré
le faccès dont jouit fon ouvrage. Les petits
changemens qu'il a faits à la fin du cinquième
Acte depuis la première repréſentation , ont
ajouté à l'effet du dénouement. Le Décemvir
ne fe poignarde plus , il eft entraîné par
les Soldats , pour aller dans les fers attendre
une mort ignominieufe ; mais fon fupplice
eft déjà commencé: la mort de Virginie le
prive du fruit de toutes fes fureurs. Cette
234
MERCURE
fin eft plus fatisfaifante que celle dont nous
avons parlé dans le dernier Mercure ; elle
le feroit encore davantage , fi MM . les Comédiens
mettoient plus de pompe à l'arrivée
de Valérius , & fi l'on voyoit un parti de
Soldats un peu nombreux fe répandre dans le
Forum par l'ordre du Sénat , pour oppofer
la force de la liberté renaiffante à la force de
la tyrannie.
Segniùs irritant animos demiffa per aures ,
quàm qua funt oculis fubjecta.
COMÉDIE ITALIENNE.
Nous fommes fidèles à la promeffe que
nous avons faite à nos Lecteurs ; nous ne les
entretenons point des fujets qui débutent
fur nos Théâtres fans y apporter du talent ,
ou fans en montrer l'efpérance. Parmi les
débuts dont nous parlons , il en eſt même
fur lefquels nous pourrions garder le filence ,
car l'apparence du talent eft bien fouvent
trompeufe chez les débutans ; & le Public,
qui croit encourager des difpofitions naiffantes
, n'applaudit la plupart du temps que
des leçons données , reçues , répétées laborieufement
, & dont l'effet ne s'étend pas
hors des bornes du rôle repréfenté : mais
il vaut mieux être dupe quelquefois du charlatanifme
de la médiocrité , que de s'armer
toujours d'une févérité décourageante.
DE FRANCE. 235
Madame Saint- Aubin , dont nous allons
annoncer le fuccès , a debuté , le jeudi 29
Juin dernier , par le rôle de Marine dans la
Colonie , & de Denife dans l'Epreuve villageoife
. Le talent qu'elle montre & l'efpoir
bien fondé qu'il donne aux connoiffeurs , la
placent dans le petit nombre des ſujets intéreffans
qui ont paru depuis deux ans fur
le Théâtre Italien. Sa figure eft aimable ,
piquante & fpirituelle , fa voix eft brillante ,
facile & sûre ; fon chant a de la méthode ,
du goût & de l'expreffion ; fon maintien a
de l'aifance & de la grâce , & fon débit a de
la vérité. Elle a parcouru fucceffivement tous
les rôles de l'emploi qu'elle a adopté ; & pour
faire fon éloge , il fuffira de dire qu'elle a
donné à chacun d'eux une phyfionomie abfolument
différente. Nous avons rarement
une pareille obfervation à publier , car nous
n'appercevons guères chez toutes nos Actrices
lyriques que Mlle telle ou Mme telle
préfentant aujourd'hui fous l'habit d'une
payfanne , le caractère qu'elle avoit la veille
fous celui d'une Marquife , & qu'elle aura
encore demain fous le coftume d'une étrangère.
Nous ne croyons pas qu'il foit néceffaire
de prodiguer les confeils à Mme Saint-
Aubin ; fon efprit , fa fineffe & fon jugement
font les meilleurs guides qu'elle puiffe fuivre :
nous devons pourtant l'exhorter d'abord à
nuancer fon débit avec plus d'adreffe , & à
varier davantage les formes de fa diction ;
enfuite à réformer la manière trop décidée de
236 MERCURE
fon jeu habituel. Il faut fans doute qu'une
Actrice prononce un peu fortement au Théâ
tre les traits du perfonnage qu'elle repréfente ,
mais elle doit conferver les habitudes de décence
, nous dirions prefque de pudeur , dont
la Nature a fait le principal apanage de fon
fexe : cette attention ajoute à l'intérêt d'une
jolie figure & aux charmes du talent. On
eft quelquefois conduit un peu loin par
l'amour de fon état & par le defir d'obtenir
des fuccès ; nous invitons Mme Saint- Aubin
y prendre garde : la vérité meurt où l'excès à
commence.
On a repréſenté pour la premiere fois le
vendredi 21 de ce mois , le Hon Parent ,
Comédie en un acte & en profe . Encore trois
ou quatre Ouvrages de cette nature ; & le
Public oubliera fans retour qu'on joue la
Comédie Françoife fur le Theatre Italien.
Nous l'avons déjà dit aux Comédiens de ce
Spectacle; l'indulgence a fes bornes : en outrer
l'uſage , c'eſt la proſtituer.
ANNONCES ET NOTICES.
TRAIT
d'Architecture
RAITÉ d'Architecture , comprenant les cinq
Ordres des Anciens établis dans une jufte propor
tion entre-ecz ; on y a joint les Pilaltres d'Autique de
chaque Ordre , des Tables de proportion pour déDE
FRANCE. 237
terminer les hauteurs des Soubaffemens , Statues ,
Balustrades & Pilaftres d'Attique relativement à la
progreflion des cinq Ordres d'Architecture depuis
dix pieds de hauteur jufqu'à foixante ; un Cours de
Géométrie Pratique & des différentes elpèces de
Moulures à l'ufage non -feulement des Ordies , mais
encore de tous les Membres d'Architecture employés
féparément à la Décoration extérieure & intérieure
des Édifices , avec la manière de les tracer
au compas ; un Traité d'Arithmétique pour parvenir
au Toité des Figures géométriques ; un Traité de la
mefure des Surfaces Planes & des Solides ; un Plan
d'Etude fur l'Architecture & les Sciences qui y font
relatives ; un Cours de Perfpe &tive , dans lequel on
donne les procédés les plus fimples & les plus expéditifs
pour repréfenter divers objets , tant réguliers
qu'irréguliers ; une Inftruction fur les différentes
manières de deffiner le Paysage , & de faire connoître
par quels moyens le mélange & la combinaifon
des jours & des ombres rendent la vérité de la
Nature ; plus , celle de le deffiner dans plufieurs
genres , à l'encre de la Chine , le même mélangé de
biftre , au lavis colorié , à la plume , au crayon
noir & rouge , à la mine de plomb d'Angleterre , de
le peindre à gouache , & de préparer & mélanger
les couleurs , par C. Dupuis , Architecte , 2 Vol.
in- 4° . avec Planches & Figures en taille - douce.
Prix , 24 liv. encartonnés. A Paris , chez la Veuve
Hériffant , Imprimeur- Libraire , rue Neuve Notre-
Dame ; Théophile Barrois jeune , Libraire , rue du
Hurepoix , nº. 18 .
>
Cei Ouvrage peut être de la plus grande utilité
aux Elèves de l'Art dont il traite. Les principes y
font développés avec juſteſſe , & la précifion n'y
nuit point à la clarté . L'Auteur y a joint des Notices
d'autres Sciences analogues . Pour completter & juftifier
cet éloge , nous allons rapporter la Lettre que le
238 MERCURE
Secrétaire de l'Académie d'Architecture a écrite à
l'Auteur fur fon Ouvrage .
« J'ai eu , Monfieur , l'honneur de préfenter à
l'Académie d'Architecture , en fa dernière Séance ,
» votre Traité d'Architecture en deux Volumes ,
» qu'elle a reçu avec fatisfaction ; elle ne peut qu'applaudir
aux efforts d'un Artifte qui confacre fes
» travaux à rendre clairs , précis & inftructifs les
» Elémens d'un Art plus recommandable encore par
» fon utilité que par fes agrémens .
50
33
NUMA Pompilius , fecond Roi de Rome , par
M. de Florian , Capitaine de Dragons , & Gentilhomme
de S. A. S. Mgr . le Duc de Penthièvre , de
l'Académie de Madrid , &c. ; feconde Edition ,
2 Vol. in- 18 , papier velin , avec fig. Prix , 12 liv.
brochés , papier ordinaire avec fig. 8 liv. A Paris ,
chez Didot l'aîné , Imprimeur- Libraire , rue Pavée-
Saint - André Debure , Libraire , quai des Auguftins;
Didot fils aîné & Jombert jeune , Libraires ,
rue Dauphine .
Pour peu qu'on tarde à analyfer des Ouvrages de
M. le Chevalier de Florian , on a bientôt une
feconde Edition à annoncer avant d'avoir parlé de
la première. C'eſt ce qui nous arrive pour Numa.
Des circonstances ont retardé le compte qu'on doit
en rendre dans ce Journal.
Cette nouvelle Edition eſt fort bien exécutée , &
l'on fera content des treize Gravures dont elle eft
enrichie.
Ess41 Poétique fur quelques Pièces du Théâtre
Italien , Hommage à Mme Dugazon , par M. Bonner ;
Brochure in- 8 °. de 16 pages. A Paris , de l'Imprimerie
de MONSIEUR .
L'Auteur de cet Ouvrage fuit Mme Dugazon dans
prefque tout fon Répertoire , & lui donne des éloges
DE FRANCE. 239
mérités. Ce cadre ne nous paroît pas avantageux. Lá
verfification en eft facile.
TABLEAU des Révolutions de la Littérature an .
cienne & moderne , par M. l'Abbé de Cournand ,
Lecteur du Roi , & Profeffeur de Littérature Françoife
au Collège Royal ; Volume in 8 ° . de 400 pag.
A Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de Mefgrigny
, rue des Poitevins.
Nous reviendrons fur cet Ouvrage , dont l'Auteur
eft déjà connu par d'autres productions eftimables.
LE Décameron Anglois , on Recueil des plus
jolis Contes traduits de l'Anglois , par Miss Mary.
Wouters , Ouvrage complet en fix Parties in- 18.
Prix , 4 liv. 10 fois brochées. On vend ſéparément
les dernières Parties pour completter ceux qui ont
acheté les premières. A Londres ; & ſe trouve à
Paris , chez Regnault , Libraire , rue Saint Jacques ,
en face de celle du Plâtre.
REVERENDISSIMUS D. D. Petrus Chauvier,
Regi à Confiliis Eleemofynis ac concioribus Orainarius
, major ac Generalis Minifter totius Ordinis Canonicorum
Regularium San&tiffima Trinitatis pro
redemptione Captivorum , electus in Capitulo generali
habito apud Cervum frigidum die Mali XI
anno M. D. CC. LXXXI. E P. Kymti pinxit.
C. Eugenne Duponchel fculpfit . Prix , 6 liv. A
Paris , chez l'Auteur , rue Saint Jacques , maifon de
la Veuve Duchefne , Libraire.
Ce Portrait ne peut que faire beaucoup d'honneur
au talent de l'Artifte . If eft d'un beau fini , qui ne
fait rien perdre à l'effet.
QUATRE Divertiffemens pour le Clavecin , avec
Accompagnement de deux Violons & un Auto , dé.
240 MERCURE
diés à M. de Rayneval , Confeiller d'État , & c. , par
M. Edelmann , OEuvre XV . Prix , 9 liv. Paris 1786 ,
chez l'Auteur , rue du Temple , nº . 27 , & c .
SIX Quatuors pour deux Violons , Alio &
Baffe obligés , dédiés à M. le Baron de Bagge , par
M Bérardo Porta , OEuvre I. Prix , 9 liv. A Paris,
chez l'Auteur , maifon de M. David , Peintre du
Roi , au Louvre .
,
AIR de Danfe dans le Bazard de la Caravane
pour le Clavecin , Violon obligé , par M. Pouteau ,
Organilie & Maître de Clavecin . Prix , 1 liv. 4 fols.
Recueil de Pots- Pourris d'Airs connus pour deux
Clarinettes , deux Hauts - Buis , deux Baffons &
deux Cors , par M. Beinet, Muficien au Régiment
des Gardes - Suiffes. Prix , 3 liv . A Paris , chez M.
Bouin , Marchand de Mufique & de cordes d'inftrumens
, rue Saint Honoré, près Saint Roch , au
Gagne- petit; Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires ;
M. Blaizot , rue Satory, à Verſailles.
TA BL E.
LA Fable &fes Amans , 193 tenon , 226
Charade, Enigme & Logo Effai fur l'Hiftoire Medico-
197 Topographique de Paris , gryphe,
Oraifon Funèbre de Mgr. le
Duc d'Orléans. 200 Comédie Françoife ,
Les Baifers de Zizi, 211 Comédie Italienne ,
La Vie de Mme de Mainte- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
230
233
234
236
Pariu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 29 Juillet 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 28 Juillet 1986. RAULIN.
SUPPLÉMENT
AU MERCURE
*
d
LIBRAIRIE ACADÉMIQUE ,
Strasbourg. Catalogue raifonne des Livres
nouveaux qui paraiffent en Allemagne.
PROSPECTUS.
LES Chef-d'oeuvres de l'Espagne & de l'Ita
lie ont tour à tour attiré l'attention des Français.
Voltaire a commencé , parmi eux , la
* Cette Feuille de Supplément eft deſtinée à la publieation
des Prospectus & Avis particuliers de la Librairie.
Au moyen de cette Feuille , les Profpectus qui cidevant
fe perdaient & n'étoient pas lus du Public , fe conferveront
au moins autant que chaque Mercure. Il y a plus ,
leurs frais fe trouveront confidérablement diminués ; une
partie de la compolition , du tirage , du pliage , &c . devenant
une dépenfe commune pour chacun d'eux .
La partie littéraire du Mercure n'étant compofée que de
deux feuilles , on ne pouvait auffi y parler que très- impar
faitement des Ouvrages concernant les Sciences & les Ans.
On pourra dans les Profpectus s'étendre particulièrement
fur ces objets.
42
On doit s'adreffet à M. MOUTARD pour l'infertion & le
payement. Les frais pour 2 pages reviennent à liv.
4 pages 84 liv . , & c. Outre le prix ci-deffus , on doit
donner au Rédacteur du Mercure un exemplaire des Livres
nouveaux annoncés dans chaque Profpectus,
Supplém. No. 30. 29 Juillet 1786, *
( 2 )
fortune de la Langue Anglaife , que la deri
nière guerre femble avoir affurée ,
1
Mais jufqu'à préfent nous n'avons fait
entrer la Langue Allemande que dans l'édu
cation de quelques Militaires , & nous
étions bien loin de foupçonner qu'elle nous
offrit un aufli grand nombre d'Ouvrages
utiles & agréables .
Enfin , grace à quelques traductions &
imitations , la plupart imparfaites ; à l'éloge
de quelques Gens de Lettres , dont le fuffrage
paraît nous en impofer ; à notre goût
pour les Sciences phyfiques , qui nous a fait
découvrir en Allemagne une foule de Naruraliftes
& de Phyficiens du premier mé
rite , nous convenons aujourd'hui que la
Langue Allemande , l'une des plus riches ,
des plus utiles , des plus difficiles , & des
plus régulières de l'Europe , eft digne d'être
étudiée par toutes les Nations inftruites.
Mais le défir de mieux connaître toutes
les Productions de l'Allemagne & du Nord
ne fuffifait pas , il fallait encore qu'on
nous facilitât les moyens de communication
, jufqu'à préfent difficiles,
Tel a été le but de la Librairie Académique
, que le fieur Saltzman a établie à
Strasbourg. Pourvue de tous les Livres qui
paraiffent annuellement aux deux foires de
Leipfick , & de toutes les Nouveautés qui
paraiffent en France , elle ne néglige aucun
moyen de faire connaître aux deux Nations
Productions l'une de l'autre , & elle e
( 3 )
portée de fournir en très-peu de temps
toutes les demandes que l'on lui fait.
Elle publie chaque femaine un Catalogue
raifonné des Livres nouveaux qui paraiffent
en France. Ce Catalogue eft écrit en alle-,
mand , & deſtiné à être répandu dans les
différentes contrées de l'Allemagne & du
Nord.
Elle donne également en françois un catalogue
hebdomadaire & raifonné , de huit
pages in-8 ° , par femaine , dans lequel elle
fait connaître aux Français les Nouveautés
de l'Allemagne & du Nord , avec leur
prix , principalement les Livres de Phyque
, de Chimie, de Minéralogie , d'Hiltoire
naturelle , les Romans , Poëmes , Hiftoires
, &c. Elle le fait d'une manière allez
détaillée pour fuppléer aux différens Journaux
de cette Nation .
On peut s'abonner pour ce Catalogue , ou
en s'adreflant directement à la Librairie Académique
à Strasbourg , ou chez MUSIER
rue Pavée Saint- André , au coin du quai
des Auguftins, à Paris ; ou à tous les Bureaux
de Pofte du Royaume. Le prix pour
l'année eft , pour Paris & Strasbourg , de
12 liv. , & de 13 liv. 4. f. pour la Province
, rendu franc de port par la Pofte.
C
Pour ajouter encore à ces établiſſemens ,
elle propofe aux Amateurs de la Littérajare
Allemande , & à tous ceux qui défireraient
de cultiver cette Langue , ou à tous
les poffeffeurs de grandes bibliothèques ,
* ij
1 ( 4 )
qui font charmés de raffembler tous les
Chef- d'oeuvres de toutes les Nations , une
Bibliothèque Allemande ou Collection choifie
des meilleurs Auteurs Allemands dans
tous les genres de Littérature.
Les éditions feront toutes originales , &
plufieurs feront ornées d'Eftampes,
On fera libre de prendre ces Ouvrages en
feuilles , ou en reliure allemande en papier ,
ou en marroquin .
Pour fe procurer cette Bibliothèque Allemande
, il faut s'adreffer directement à la
Librairie Académique à Strasbourg , qui
débite en même temps une defcription méthodique
des Ouvrages qui entrent dans
Cette Collection.
On eft prié d'affranchir les lettres & l'ar
gent,
CATALOGUE des Livres Français ;
Latins & Grecs , qui font de fond ou en
grand nombre à la LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
, à Strasbourg , 1786.
ANALECTA veterum Poëtarum Græcorum ,
edidit R, F, Ph . Brunck , 8. Maj . 1785 ;
3 vol.
Ejufdem libri volumen quartum , triplicem
indicem & verfionem latinam complectens.
Auctore Seybold , Prof. Buxovillan
in-8° . maj . fub proelo .
vis au Peuple de la campagne touchant l'és
( 5 )
3
ducation de la Jeuneffe , relativement à
PAgriculture. in-8 ° . Berne , 1781 .
Brunck ( R. F. Ph. ) gnomici Poëtæ Græci ,
ad optimorum exemplarium fidem emendati
, gr. & lat. 1784.
Format in-4°. à 12 liv.
Format in-8 ° . Charta præftantiori , à 5 liv . '
Format in - 8° . Charta communi ſcriptoria ,
à z liv. 3
Hiftoire de la Réformation de l'Eglife Chré
tienne en Allemagne , par le Baron de
Seckendorf , abrégée par MM. Junius &
Roos , trad. en fr. fuivie d'un abrégé
de l'Hiftoire des anciennes Eglifes Efclavonnes
& Vaudoifes , s vol. in- 8° .
1783 , 1785 , 10 liv.
Hiftoire de l'Art de l'antiquité , par M.
Winkelmann , trad. de l'all. par M. Huber
, in- 4° . 3 vol . fig. 1781. 30
liv.
Introduction à l'Analyſe des infiniment petits
de M. Euler , trad. du lat . par MM.
Pezzi , Officier d'Artillerie , & Kramp
Docteur en Médecine , précédée de l'Eloge
d'Euler , lu à l'Académie des Sciences
de Paris , le 6 Février 1785 , par M.
le Marquis de Condorcet , Secrétaire perpétuel
de l'Académie , &c. &c . , & fuivie
d'un troisième volume ; tome I. - les
deux autres paraîtront dans le courant
de l'année 1786. Le premier volume ne
fe vend féparément que pour ceux qui
payent en même temps le fecond , qui
iij
( 6)
paraîtra au mois d'Août prochain. Le prix
des deux volumes eft de 12 liv.
Mémoire touchant la fupériorire impériale
fur les villes de Gênes & de S. Rémo ,
ainfi que fur toute la Ligurie , avec les
pièces juftificatives , in 8° . 2 vol . 7 liv.
10 f.
Philonis Judæi opera omnia græcè & latinè ,
ad editionem Thome Mangey , collatis
aliquot manufcriptis edenda curavit Auguftus
Fridericus Pfeffer , tomus 1 , in-8 °.
1785 , 6 liv.
Tableau de la Phyſique avec l'Hiftoire Littéraire
de cette Science , par M. Schurer ,
deux parties in -8 ° . 1786. Partie première ,
3 liv.
Verfio ( nova) Græca Librorum Salomonis
Danielis , Ruth , &c. ex unico S. Marci
codice Veneto nunc primùm edita & notis
illuftrata à J. B. Gafp. d'Anfe de Villorfon
, Reg. Acad. Infcrip . Soc. in-8º . 1784.
Charta maj . 6 liv . Charta min. 3. liv.
Virgilii (P. ) Maronis Bucolica , Georgica ,
& Eneis , ad optimorum exempl . fidem .
emendavit F. R. P. Brunck , 1785 , in- 8 ° .
max. charta fplendidiff. Angl. 12 liv .
Charta præftanti Gallica , in- 8° . 8. liv .
Vues pittorefques de l'Alface , gravées à
l'eau -forte & terminées au biftre , par M.
Walter , accompagnées d'un texte hiftorique
, par M. l'Abbé Grandidier , in fol.
premier cahier, br. 4 liv . 10 f. en papier
( * )
d'Hollande , 8 liv. Il en paraîtra tou
les trois mois un cahier.
Zapfii ( G. G. ) Annales Typographie Auguftanæ
, ab ejus origine 1466 , ufque ad
annum 1630 , in-4 ° . 1778 , c . fig. 4 liv.
On trouve chez Mufier Libraire , rue Pavée
Saint-André , du côté du quai des Auguftins ,
Nº. 28 , maiſon de M. Didot l'aîné ; Impri
meut :
TABLEAUX des anciens Grecs & Romains ,
2. vol. in- 4°. fig.
Les Tableaux que nous préfentons au Public
font un abrégé des Hiftoires générales de l'Antiquité.
On
y trouvera réuni , fous un même
point de vue , tout ce qu'il intéreffe de ſavoir ſur
la vie tant publique que privée , les cérémonies
publiques & religieufes , les magiftratures , le
militaire de tous les anciens Peuples.
Ce répertoire eft utile à l'éducation de la
Jeuneffe , qui fe familiarifera avec la forme , la
figure de ces Nations dont elle apprend l'Hiftoire
, néceffaire aux Artiftes pour fixer leurs
idées fur les coftumes des fujets hiftoriques
qu'ils auront à traiter . Il épargnera au Savant
une recherche longue & ennuyeufe dans une
immenfité de Livres.
Cet Ouvrage fe donne par cahier in - 40 . de
fix fujets , accompagnés de fix Tableaux il y
en a de trois façons .
En papier raifin , avec les figures tirées en
noir , 6 liv .
Le même , avec les figures proprement colo
riées , 9 liv . , 9
* iv
( 8 )
En gaand papier , dit Nom de Jéfus , avec
les figures également coloriées , 12 liv.
Quoique nous foyons dans la ferme réfolufion
de ne ménager ni peine ni dépense pour
porter de plus en plus cette entrepriſe à fon
plus haut point de perfection , nous ne demandons
aucun argent d'avance. Mais nous prévenons
que pour faire jouir nos premiers acquéreurs
d'un bénéfice réel , & nous procurer une
rentrée qui nous mette à portée de fuivre plus
vivement notre befogne , à trois mois de date
de l'annonce de chaque cahier , par le Journal
de la Librairie , inféré dans la Gazette de France ,
le prix de chaque cahier fera augmenté d'un
tiers , fans aucune espérance de diminution .
Lu & approuvé , ce 21 Juillet 1786. DE SAUVIGNY.
Yul'Approbation , permis d'imprimer , ce 21 Juillet 1986,
DE CROSNE.
( 9 )
ETAT actuel de l'Herbier de la France.
JL paraît aujourd'hui foixante-neuf Cahiers
de l'Herbier de la France; chaque Cahier
contient les Figures de quatre Plantes , def
finées & décrites avec l'exactitude la plus
fcrupuleufe , & repréfentées par de nouveaux
procédés (*) , avec leurs couleurs naturelles
; leurs détails anatomiques , & une
defcription qui indique d'une manière sûre
leurs noms français & latins ; la claffe &
(*) Tout le monde connaît aujourd'hui le parti
avantageux que l'Auteur de cet Ouvrage , M.
BULLIARD , a fu tirer pour l'exécution de fon
entreprife , de deux Arts également utiles &
intereffans , & cependant bien négligés , celui
de l'Impreffion en couleur , & celui de la Gra
vure à l'imitation du pinceau. Il fallait , il eft vrai ,
les rendre plus fimples qu'ils ne l'étoient pour une
entrepriſe comme celle- ci, & il fallait leur donner
une bafe folide qu'ils n'avaient pas. Pour cet
effet , M. BULLIARD a raffemblé chez lui & à
fes frais , un nombre d'Artiftes intelligens , à
qui le foin de cette execution a été confié ; & ,
dès les premiers effais , il a vu , avec fatisfaction ,
que cet Art de colorier penvait répondre à
fes vûes par une exactitude foutenue , par une
célérité étonnante , par plus d'uniformité , de
fraîcheur & de folidité dans le coloris , & en
offrant en outre des moyens économiques qui
ne fe rencontrent dans aucun autre procédé
conmi, ko
( 10 )
l'ordre dans lefquels fe trouvent rangées
ces Plantes , fuivant le SYSTÊME SEXUEL
DE LINNÆUS , & la MÉTHODE ANALYTIQUE
de M. le Chevalier DE LA MARK ; les lieux
où elles fe trouvent , leur durée , le temps
où elles font en fleur & en fruit , & leurs
propriétés comme aliment , comme médicament
, ou comme utiles dans les Arts .
Chaque année il paraît douze Cahiers : l'on
ne reçoit point d'argent d'avance ; l'on n'eſt
même tenu à aucun engagement , il ſuffie
de fe faire infcrire : l'on paye chaque Cahier
3 liv. 10 fous ; une fois que l'on eft au
Courant des livraiſons , on ne le paye plus
que 3 liv. Les perfonnes qui ne prennent
qu'une partie de cette Collection , payent
20 fous chaque Plante. 1

L'Introduction à l'Herbier de la France forme
un volume, qui a pour titre Dictionnaire
élémentaire de Botanique : cet Ouvrage eft
le plus complet qu'il y ait dans ce genre.
On y trouve tous les préceptes de cette
fcience , tous les termes , tant français que
latins , confacrés à l'ufage des Botaniftes
& un nombre confidérable de Figures def
tinées à faciliter l'intelligence de chaque
terme , & à aider à faire une jufte application
de chaque précepte. Ces Figures font
deffinées d'après nature , & coloriées de la
même manière que celles qui compofent
les Cahiers de l'Herbier. Ce volume eft
comme tout le refte de l'Ouvrage , format
petit in-folio ; il fe vend féparément 15 liy.
2
( 11 )
L'Herbier de la France , dans fon enfemble
, formera un Cours complet de Botanique
pour les Plantes naturelles ou naturalifées
à notre climat feulement. Ces
Plantes s'y trouveront rangées dans un ordre
fimple dont tout le monde pourra faire
ufage ; mais pour la facilité des perfonnes
à qui une partie de cette Collection convient
mieux que ne leur conviendrait la
totalité , & pour fatisfaire au défir de celles
pour lesquelles cette Collection entière ferait
trop difpendieufe , on a cru néceffaire
de faire des coupes ou divifions dans lefquelles
on a raffemblé les Figures d'un cer
tain nombre de Plantes , dont la connaiſfance
eft indifpenfable aux uns, & conforme
au goût des autres ; telles font l'Hiftoire
des Plantes vénéneufes (*) , celle des
(*) L'Hiftoire des Plantes vénéneufes , formant
la première divifion de l'Herbier de la
France , eft terminée ; elle a pour principal objet
de bien faire connaître certainės Plantes dons
l'ufage pourrait devenir la fource de quelques
accidens plus ou moins graves ; de prévenir fur
F'efpèce de danger auquel chacune de ces Plantes
expofe ; d'indiquer les fignes propres à telle
ou telle forte d'empoifonnement , & d'enfeigner
enfuite les moyens les plus prompts &
les plus efficaces de remédier aux accidens caufés
par les poifons végétaux & par des poifons
analogues , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Cer Ouvrage forme un volume , enrichi de &
Figures on diftribue enfemble ou féparément
* vj
( 12 )
Champignons , celle des Plantes médicinales
, celle des Plantes alimentaires , celle des
Plantes propres au meilleur fourrage , celle
des Plantes utiles dans les Arts , & c. & c.
Chacune de ces divifions formera un Ouvrage
complet conformément à fon titre ,
fera accompagnée d'un difcours où l'on trou
vera réuni ce que les Auteurs les plus dignes
de foi auront écrit fur le mênie fujet ,
avec ce que des expériences faites avec le plus
grand foin nous auront appris de plus concluam
, & fera délivrée ſéparément àraifon de
20 fous chaque Plante. L'on pourra auffi fe
procurer au même prix un nombre de Plantes
dont on aura fait choix , ou un nombre
quelconque de la même Plante dont on
croirait néceffaire d'ajouter la Figure à un
Ouvrage , foit pour en rendre facile l'inbes
Figures & le Difcours ; les Figures feules
coutent 85 liv . ; le Difcours , 6 liv.; & le tout
réuni , difpofé par ordre en un volume broché
en carton , 94 liv . - L'Hiftoire des Champignons
, déjà entre les mains des premiers Botaniftes
de l'Europe , fera terminée dans un am
ou environ ; elle fera accompagnée d'un Difcours
fur les propriétés de ces Plantes , jufqu'ici
inconnues pour la plus grande partie , & d'une
Méthode analytique , au moyen de laquelle cette
partie de la Botanique pourra être cultivée avec
autant de facilité qu'aucune autre . L'Hiftoire
des Plantes médicinales eft auffi très -avancée ;
l'on verra paraître fucceffivement toutes les
Plantes du Royaume dans de femblables divifions
, afin que le Public puiffe jouir en attendan
la fin de cette entreprife.
( 13 )
telligence , foit pour étayer les fondemens
de quelques nouvelles méthodes botaniques
ou curatives.
On fe fait infcrire à Paris chez l'Auteur ,
-M. BULLIARD , rue des Poftes , au coin de
celle du Cheval - vert , & chez les fieurs
DIDOT jeune , BARROIS jeune , & BELIN ,
Libraires.
Obfervations. Pour la facilité des perfonnes
qui n'ont pas connu cet Ouvrage à
fon origine , & qui défireraient en faire l'acquifition
, on leur délivrera deux , trois
ou quatre Cahiers par mois , qu'elles payeront
à mefure à raifon de 3 liv. 10 f. cha
que , & de 3 liv. feulement lorfqu'elles feront
au courant des livraiſons , ou bien un nombre
de Plantes à raifon de 20 fous chaque.
L'on prévient les perfonnes qui habitent
la Province , que fi elles veulent qu'on leur
envoye de fuite & francs de port les Cahiers
toutes les fois qu'il y en aura fix à expédier
, il eft néceffaire qu'elles foient em
avance de 36 liv . On leur tiendra un compte
exact de cette fomme par un dernier envoi
; fi elles ont quelqu'un de confiance à
Paris qui veuille fe charger de recevoir les
Cahiers aux époques où ils paraiffent , i eft
inutile qu'elles falfent aucune avance. On
voudra bien auffi affranchir le port de l'argent
& des lettres.
Lu & approuvé , ce 21 Juillet 1786. DE SAUVIGNY.
Ful'Approbation permis d'imprimer , ce 21 Juillet 1786
DE CROSNE..
3
( 14 )
PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé : La
vraie manière d'apprendre une Langue
quelconque , vivante ou morte , par le
moyen de la Langue Françaife. A Paris ,
chez MORIN , Libraire , rue S. Jacques ;
à la Vérité. - Chez LA PORTE , Imprimeur
- Libraire , rue des Noyers. Chez
PICHARD, Libraire , quai des Théatins.
- Et chez l'Auteur , rue Sainte- Catherine,
No. 16 , au coin de la rue Saint-Dominique
, près du Luxembourg.
-
L'AUTEUR partant d'un principe univerfellement
reçu , favoir , que dans les connaiffances
que l'on veut acquérir , il faut
toujours aller du connu à l'inconnu , a pris
la Langue Françaiſe pour bafe fondamentale
de toutes celles que l'on voudrait apprendre.
En conféquence , il a donné au Public les
Ouvrages qui fuivent :
1º. Une Grammaire Française à l'ufage
des Dames , qui renferme tout ce qu'il faut
favoir de la Grammaire univerfelle com
mune à toutes les Langues poffibles , pour
fe mettre en état d'apprendre promptement
& aifément toute autre Langue étrangère .
Cette brochure eft accompagnée d'un
Avant-propos , qu'il faut lire , très - propre
à exciter la confiance des perfonnes qui
n'ont fait jufqu'ici que peu de progrès par
( 15 )
les méthodes ordinaires . Elle ne contient
que foixante - huit pages , qui renferment
tout ce qui eft néceffaire pour apprendre
POrthographe , les définitions de toutes les
parties du difcours , & leur conftruction refpective
, & pour fe rendre capable d'étudier.
de foi-même & fans Maîtres toute autre
Langue vivante ou morte , à la prononciation
près , qui ne peut s'acquérir que
par l'oreille. L'Avant propos eft fuivi
d'une manière nouvelle de montrer à lire
aux enfans , auffi amufante qu'expéditive ,
fans leur parler de lettres & de fyllabes.
Cepremier volume eft terminé par untableau
de la déclinaifon & conjugaifon françaiſe
très-bien exécuté.
-
2º. Une Grammaire latine , qui fuit pas
à pas la françaiſe dans tous fes articles , indiquant
clairement en quoi les deux Langues
fe reffemblent , & en quoi elles diffèrent.
L'Auteur fuppofe que l'on fait parfaitement
fa petite Grammaire françaiſe ,
avant que d'entreprendre l'étude de la latine
il ne répète aucune des définitions
énoncées dans la françaiſe ; les mêmes exemples
font employés dans toutes deux ;
& , pour ne point fatiguer inutilement les
commençans par les difficultés de l'inverfion
latine , les exemples latins font accompagnés
d'une traduction françaife parfai
ment littérale ; de façon que c'eft fur la
Langue connue, fur le français , que tom
( 16 )
bent les difficultés , qui fe lèvent fur le
champ d'elles-mêmes , en jetant un coup
d'ail fur la Grammaire françaiſe , qui redreffe
la conftruction renverfée dans la
latine. Pour faire comprendre & retenir
la marche de la conjugaifon & déclinaifon
latine , l'Auteur fe fert d'une tournure
nouvelle , très-propre à hâter les progrès des
perfonnes ftudieufes , fans leur donner prefque
aucune peine. Enfin , ce fecond YOlume
eft terminé auffi par un grand tableau
des terminaiſons tant des noms que des
verbes , aufli bien exécuté que celui de la
Grammaire françaiſe .
3º. Un Opufcule latin & français , diftribué
en deux volumes . Le premier eft intitulé
: Quatre Chapitres publiés en faveur de
ceux qui apprennent la Langue Latine par
la méthode de la Grammaire françaiſe univerfelle
à l'ufage des Dames. Le fecond volume
eft intitulé : Les quatre Chapitres tout
court.
Le premier volume préfente un latin
conftruit comme le français , fans aucune
inverfion. Sur la page vis- à- vis , on voit un
français conftruit à la latine , & prefque
inintelligible au premier aſpect , à caufe de
l'inverfion ; mais cette première vue ne doit
point effrayer un commençant; car à peine
a- t- il fait quelques pas , qu'il eft tout étonné
de fe trouver fi habile.
Le fecond volume contient le latin & le
( 17 )
français à coté l'un de l'autre dans leur
ordre naturel. Au refte , la matière fur laquelle
roulent ces quatre Chapitres , ainh
nommés par excellence à caufe de leur im
portance , eft , fans contredit , la plus intéreffante
de toute la Morale. Le premier
Chapitre traite de la Raifon ; le fecond ,
de l'Amour de foi ; le troifième , de l'Amour
du prochain , & le quatrième , de la
Vertu, dont on parle beaucoup fans favoir
ce que c'ek. Ces quatre points de Morale
font traités d'une manière fimple ,
claire & vraie dans un fort grand nombre
de définitions nettes , courtes & exactes.
Les Lecteurs attentifs les ont regardés comme
tout à -fait neufs , & ont penfé que fi quelque
Gouvernement s'avifait de prendre ce
petit Ouvrage pour Catéchifme politique
de la Nation , les moeurs , en trois ou quatre
générations , fe purifieraient au point de
rendre cette même Nation tout à fait méconnaiſlable.
On ne craint point d'avancer,
d'après ce jugement , que ce Livret ne peut
être que très - utile pour l'éducation de la
Jeuneffe de l'un & l'autre fexe , & que
chaque famille ne peut s'exempter de fe le
procurer au moins en français , dont on a
tiré des exemplaires à part fans le latin .
4. Une Grammaire italienne , calquée
exactement fur la françaiſe avec les mêmes
exemples , & un grand tableau de la déclinaifon
& conjugaifon italienne ; par le
( 18 )
moyen de laquelle on doit favoir plus d'italien
en moins de trois mois , que l'on n'en
fait communément aubout d'un an; pourvu
néanmoins que d'avance l'on fache parfaitement
la Grammaire françaiſe , qui fert
de bafe à celle- ci.
5. Les Fables de Phedre , vers blancs
italiens , accompagnés d'une conſtruction à
la francaife & d'un Dictionnaire continu
par le fecours duquel on peut traduire auffi
aifément d'italien en français , que de français
en italien , & fe familiarifer avec l'inverfion
italienne , qui eft la feule difficulté
qui fe rencontre en cette Langue : car pour la
prononciation elle n'en a aucune , fi on lit
avec quelque attention le peu de règles qui fe
trouvent au commencement de la Grammaire
italienne dont on vient de parler.
Ces cinq Ouvrages font imprimés , &
fe trouvent chez les Libraires fufdits. Ils
feront fuivis dans peu , 1º . d'une Grammaire
anglaife; 2 °. d'une autre allemande ,
toutes deux calquées auffi fur la Grammaire
françaife ; 3 ° . des Fables latines de Phedre ,
arrangées comme les quatre Chapitres ;
4°. d'une traduction littérale d'Horace , qui
fervira à faire entendre cet excellent Auteur
, fans le fecours d'aucun Maître ; 5º.
d'une traduction littérale de l'Adrienne de
Térence.
( 19 )
Le but de l'Auteur , dans l'Ouvrage dont
on vient de voir les différentes parties , eft
de tâcher , s'il eft poffible , de donner une
nouvelle tournure aux études de la Jeuneffe.
On l'occupe pendant fix ou fept ans à celle
du latin uniquement , tandis qu'un an doit
fuffire , & fuffit effectivement , pour en acquérirune
connaiffance fort fupérieure à celle
qu'on remporte ordinairement par la méthode
vulgaire. On pourrait citer plufieurs
exemples de la facilité avec laquelle l'italien
, l'anglais & le latin ont été appris
par de jeunes perfonnes du fexe. Deux
jeunes Dames Religieufes d'une célèbre Abbaye
, à Paris , en fe fervant de la nouvelle
méthode que l'on propofe , font parvenues ,
en moins de deux ans , à entendre leur
Bréviaire auffi bien que les Chanoines
quoique leurs occupations ne leur permif
fent de donner qu'une heure par jour à
leurs études. (Il eft étonnant qu'un fi beau
modèle n'ait pas encore été fuivi dans d'autres
Maifons religieufes , où l'on paffe la
moitié de la journée à chanter ou à réciter
du latin que l'on n'entend pas (*) ) . Une
jeune Comteffe , âgée de douze ans , parlait
hardiment l'italien au bout de fix mois. Une
(*) Il y a encore quelque chofe de plus furprenant
; c'eft que l'Auteur de la nouvelle Méthode,
qui offrait de faire gratis des élèves dans une
Maifon célèbre, que l'on ne veut point nommer,
ait été refufé.
( 20 )
1
autre entendait fon Virgile au bout de 62
leçons. Une jeune fille de treize ans , après
avoir vu Virgile , expliquait Horace indifféremment
de latin en français & de français
en latin , au bout d'un an d'étude, Un
jeune homme , qui avait de la vocation pour
l'état religieux , & qui ne pouvait la fuivre
faute de favoir le latin a été trouvé capable
, au bout de neuf ou dix mois , d'être
reçu dans une Abbaye , par la feule étude
des Grammaires françaife & latine & des quatre
Chapitres. On pourrait rapporter d'autres
exemples encore plus extraordinaires
de perfonnes qui , en peu de temps , ont
fait de merveilleux progrès en différentes
Langues ; mais l'expérience perfonnelle apprendra
au Public beaucoup mieux que
tous les exemples , ce qu'on doit attendre
d'une étude fondée fur la connaiſſance de
la Grammaire générale , acquife dans la
Langue que l'on parle , & qu'il eft fi facile
d'adapter à toute autre Langue étrangère .
Si donc les jeunes gens , au lieu d'em
ployer fix ou fept ans à apprendre le latin
pouvaient le favoir en deux ans , voilà donc
quatre ou cinq ans de gagnés , pendant lef
quels ils pourraient étudier les Langues
vivantes de l'Europe , qui leur feraient
pour le moins aufli utiles qu'une Langue
morte. Quel eft le Voyageur qui ne ferait
pas bien aife de favoir parler allemand en
Allemagne , anglais en Angleterre , italien
en Italie , &c. Les parens ne regrette(
21 )
raient plus alors les frais confidérables qu'ils
font obligés de faire pour l'éducation de
leurs enfans. Par-là les connaiſſances s'étendraient
immenfément par la lecture des
Livres étrangers , & les fujets plus inftruits
deviendraient des membres plus utiles à la
Société.
Que l'on pèfe ces réflexions , & l'on fentira
la néceffité d'une prompte réforme ,
que tous les parens défirent , & à laquelle
l'Auteur du préfent Ouvrage ferait trèsflatté
d'avoir contribué par fon travail , qui
na d'autre objet que le bien public.
·
ر
*On trouve auffi chez MORIN, rue Saint-Jacques :
Les trois Héroïnes Chrétiennes , ou Vies édifiantes
de trois jeunes Demoifelles , par M.
l'Abbé *** . troifieme édition , rel .. 2 liv.
Cruzamente , ou la Sainte Amante de la Croix
par l'Auteur des Entretiens d'Angélique , &
du Voyage de Sophie & d'Eulalie au Palais
du vrai Bonheur. in 12. rel . . . . 2 liv . 10 f.
Vie de M. Boudoife , premier Prêtre de la Communauté
& Séminaire de Saint - Nicolas du
Chardonneret , feconde édition , in- 12 . rel.
2 liv. 10 f.
Lu & approuvé , ce 21 Juillet 1786. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation . permis d'imprimer , ce 21 Juillet 1786.
DE CROSNE.
( 22 )
COSTUMES des grands Théatres de Paris
accompagnés de Notices intereffantes &
curieufes.
MM. les Abonnés qui n'ont foufcrit
que pour trois mois , font priés de renouveler
leur abonnement.
Les entraves qui environnent à leur naiffance
les Ouvrages périodiques , étant furmontés
, l'exécution de celui- ci fe perfectionnera
dejour en jour , & l'on ne négligera rien
pour fatisfaire le goût éclairé des Soufcripteurs.
Ce Journal paraît tous les huit jours avec
exactitude,
Il contient , 1 ° . les Coftumes & les figu
res des Acteurs dans les rôles où ils ont
réuni les applaudiffemens.
2. La mufique des principaux airs de
chant & de danfe.
3 °. Les débuts & retraites des Acteurs ,
les Extraits & Annonces des Pièces nouvelles
, les Anecdotes dramatiques , & des
Réflexions littéraires fur les Pièces anciennes
ou nouvelles
4. Les caractères des diverfes paffions
dramatiques , & des modèles des divers Coftumes
gravés d'après l'Antique & d'après les
Voyageurs
Chaque année fera terminée par un Dif
cours hiftorique fur les Beaux- Arts,
( 23 )
La première partie de cet Ouvrage fuffie
pour prouver le foin que l'on prend d'y faire
entrer tout ce qui peut réunir l'amuſement à
l'utilité , fans s'écarter de l'objet principal ,
qui eft l'Art dramatique. Le quatorzième
Numéro paraît actuellement.
font
Le Portrait de M. PRÉVILLE eft le plus reffemblant
& le plus agréable que l'on ait de
cet Acteur célèbre . Mefdames DU GAZON &
VESTRIS , MM. CAILLOT & BRISARD ,
auffi très-bien repréfentés. Les autres figures
ont au moins le mérite du Coftume , & font
pour la plupart agréablement coloriées.
CONDITIONS DE L'ABONNEMENT.
Le prix de l'Abonnement pour l'année ,
format in-4 . , fera , à compter du premier
Novembre , de 42 liv . pour Paris , & de
48 liv. pour la Province , franc de port.
Les perfonnes qui foufcriront avant le
mier Novembre , ne payeront que 36 liv.
pour Paris , & 42
franc de port.
pre
liv. pour
la
Province
,
Il y a des exemplaires en papier fuperfin ,
L'Abonnement pour l'in- 8° . fera de 30
liv. par an pour Paris , & de 36 liv. pour
la Province jufqu'au premier Novembre ,
& à compter de cette époque il fera renchéri
de 6 liv.
On fouferit au Bureau du Journal des
Coftumes des Théatres , au Palais Royal ,
au deffus du Caveau & du Sallon des Arts.
( 24 )
Et en Province , chez les principaux Li
braires , & les Directeurs de la Poite.
C'est à M. CHEVREY , au Bureau de ce
Journal' , qu'il faut s'adreffer pour tout ce
qui concerne la rédaction où la diftribution.
Lu & approuvé , ce 21 Juillet 1786. DE SAUVIGNY.
Vu l'Approbation , permis d'imprimer , ce 21 Juillet 1786.
DE CROSne.
LIVRES nouveaux qui fe trouvent chez MOUTARD,
Imprimeur - Libraire de la REINE , Hôtel de
Cluni , rue des Mathurins.
NOUVEAUX Synonymes Français , en forme
de Dictionnaire , Ouvrage dédié à l'Académie
Françaiſe , par M. l'Abbé ROUBAUD .
Quatre vol. in- 8° . rel . 21 liv. Idées fur la nature , la forme & l'étendue
des fecours à donner aux Pauvres
malades
dans une grande ville . Un vol. in-8 °. de 64 pa- ges .
15 f .
Ces Idées avaient été jetées fur le papier uniquement
par les Commiffaires de l'Académie ; ils ont
jugé qu'il pourrait être utile de les publier , & l'Auteur
s'eft conformé à leur intention.
Neuf Satires , précédées d'un Difcours fur la
Satire , & fuivies des Perfifleurs perfiflés ,
Dialogue dramatique . Par M. CLÉMENT..
in- 8°. de 175 pages. • I liv . 16 f.
LE GLERC , Syndic
JOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 6 Juin.
Ne Ordonnance du 12 Avril à fupprimé
l'impôt qu'on avoit levé jufqu'à préfent
fur le tabac fabriqué , & y a fubftitué une
taxe fur le tabac lors de fon entrée.
·
Le Roi a nommé le Prince héréditaire de
Holftein - Sonderbourg Auguftenbourg
Membre du Confeil d'Etat , & S. M. lui a
envoié en même temps la décoration de
l'Ordre de l'Eléphant richement montée en
brillans .
Le vaiffeau de la Compagnie d'Afie , la
Louife - Augufte , eft arrivé avant hier des Indes
Orientales.
La frégate le Store Belt , Cap. de Briand ,
ayant à bord des Cadets de Marine , a mis à
la voile pour la Baltique.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 17 Juin..
On avoit appris de Pétersbourg, que de-
No. 26 , 1 Juillet 1786. a
(2)
puis quelques femaines , le Confeiller d'Etat
Bakunin , Secrétaire du département
des Affaires étrangeres , & dont la faveur
paroiffoit éminente , avoit reçu ce qu'on appelle
en Ruflie , une permiffion de voyager:
aujourd'hui des lettres du 26 Mai annoncent
M. Bakunin dans un état défelpéré , à la
fuite d'une maladie qui a duré trois jours.
Les mêmes Lettres rapportent en ces termes
la nouvelle fuivante.
Pendant la Semaine Sainte il a été expédié un
Ukhafe ou ordre de la Chancellerie pour Ukraine
, qui ordonne que les Couvens & Communautés
Ruffiennes y feront fupprimés , à la réferve de
3 maifons , & que les biens eccléfiaftiques defdices
Communautés feront réunis au Domaine Impérial
; les individus jouiront d'une penfion annuelle,
proportionnée à leurs places & à leurs befoins .
Cette opération produit à la Couronne un grand
accroiffement de biens territoriaux , & fur-toug
de payfans , montant au moins à 120 mille mâles.
Le projet de cette fuppreffion a été teru dans le
plus grand fecret jufqu'au moment de l'exécution,
& l'on a attendu exprès la Semaine Sainte , parce
que pendant cette femaine , tous les Tribunaux
étant vacans , aucune vente ni tranfport de biens
ne peuvent être légalifés : cette précaution a été
prife pour qu'on ne pût détourner, au détriment
de la Couronne , aucun defdits biens . A ces
120 mille payfans , l'Impératrice en a ajouté 80
mille de l'Ukraine , pour lever parmi eux une
nouvelle Brigade de Grenadiers , & en tirer de
plus annuellement les recrues néceffaires .
L'on mande de Conftantinople , que le
jour même du départ de l'efcadre , comman
( 3 )
dée par le Capitan Pacha , & vers le foir ,
le teu fe déclara dans la Capitale dont il confuma
12 maifons. Le lendemain l'incendie
fe répéta au Fauxbourg de Galata avec le
même dommage. Plufieurs particuliers &
So Gardes de police ont péri dans ces momens
, qui ont failli être funeftes au Grand-
Vifir ; ce Miniftre , en dirigeant les travaux
de fecours , a été légerement bleffé à la tête.
Le lendemain de ces deux incendies qu'on
croit prémédités , le Teftetdar ou Grand-
Tréforier , & le Chef de l'Artillerie ont été
désolés.
On connoît l'étendue du commerce de
toiles que faitla Siléfie . Un Journal de commerce
préfente en ces termes le détail de ces
fabrications .
Les Manufactures de toile ont commencé à
fleurir dans la Siléfie , depuis 1759 , époque à
laquelle le Roi fit défendre l'exportation du fil.
Ce pays paroft être deftiné particuliérement par
fa natura pour la fabrication des toiles . Les grains
n'y réuffiffent guères , à caufe des montagnes &
des forêts. Les bois dont il abonde , & les rivieres
d'eau limpide qui y coulent , le rendent très - propre
aux toileries & au blanchiffage . Tous les vil
Jages font remplis de tifferands , qui fe rendent en
grand nombre toutes les femaines aux marchés de
Hirschberg , de Landshut , de Greifenberg , de
Waldenbourg , &c. pour y porter aux Marchands
ou Commiffionnaires leurs toiles écrues . Les Marchands
font blanchir les toiles & leur donnent la
coupe & la forme , fuivant leur deftination . Les
noms que portent ces tiles, prouvent que ce font
a 2
4 )
Les
des toiles faires à la françoife. Auffi , les appelle
t-on en France des toiles contrefaites , & les François
s'en fervent pour faire des affortimens . Voici
la dénomination des diverfes toiles de Siléfie , leur
prix & leur destination . Les Rouennes font des piéces
de 80 aynes (1 ) de Silélie ; elles coûtent fur la
place de 9 a 14 rixdalers piece , & la plupart paffent
aux Indes- occidentales & à Guinée.
Bretagnes font des pieces de 58 aunes de long, fur
8 quarts de large ; ces toiles écrues coûtent la pié
çe de 6 à 10 rixdalers. Une partie confidérable de
ces toiles paffe par le commerce interlope des
Hollandois , Anglois & Efpagnols dans les fles
des Indes-occidentales & dans l'Amérique . Les
Silefies , Tandems & Linons font des pieces de 58
aunes ; la plupart paffent en Angleterre Les
Platilles font des pieces de 58 à Go aunes ; ces
toiles écrues coûtent de 5 à 10 rixdalers piece.

Les Sangalettes , ou toiles faites à la maniere
de S, Gall , ont 70 aunes de long, fur 7 quarts de
large ; lorfqu'elles font écrues , on les paie de 4 à
6 vixdalers piece . Les Eftopilles , Batiftes
Cambrai , portent 54 aunes ; ces toiles , dont laplu
part font envoyées d'Hirschberg dans l'Etranger ,
reviennent , lorfqu'elles font écrues , de 20 à 40
rixdalers piece. Les Créas font des pieces de
110 annes de long , fur une largeur de 6 quarts.
Les fufdites marchandifes paffent principa
lement par Hambourg en Hollande , en France,
en Espagne , en Portugal , en Sicile , à Naples &
en Amérique. Les autres toiles de Siléfie que l'on
envoie encore en Italie par Lindau & Trieste , font
les Tele- Cavalline , de 60 aunes de long, fur une
largeur de 6 quarts ; on les paie écrues jufqu'à 20
rixdalers piece. Les linons à raies & à fleurs , les
( 1 ) L'aune porte un pied de Roi 8 pouces & 3 lignės.
( 5.)
;
1
mouchoirs de poche & toiles pour linge de table,
de 12 à 200 florins le fervice. La longueur or
dinaire des toiles de Siléfie eft de 60 aunes'; lorfqu'elles
paffent cette mefure , en les appelle en
alleman Gewebe Leinwand. Beaucoup de ces toiles
, lorfqu'elles foni banchies , font coupées en
plufieurs parties , felon
qu'on en veut faire. 1 ut deftination
& Pulage
Bretagnes , par exemple ,
fout coupées de maniere & faite deux chenrifes aux
negres de Colonies ; un pareil coupon sappele
une Patille Indépendamment des fuldites efpeces
de toile , on en fabrique encore d'autres qui
palent de Breslau dans la Pologne , la Ruffie &
l'Alemagne , Le commerce des toiles de Sile
he roule par an fur un objet de 5 millions de rixdalers
, dont 4 & demi fervent à payer les cultiva
teurs de lin , le filage , les Tifferands , les Blan
chiffeurs , les Voituriers , les droits de Douane &
autres , &c.; le reſte eft le bénéfice pour les Commiffionnaires
. On compte que les Négociants
Hambourgeois , Hollandois , Angois & Efpagnols
qui commercent avec ces toiles , gagnent
dans ce commerce de 50 à 100 pour cent,
DE VIENNE , le 16 Juin.
L'Empereur, à ce qu'on débite , doit quitter
Laxembourg au premier moment. Le
Public envoie de là S. M. I. au camp de Pettau
en Styrie , & fucceffivement à tous les
camps qu'on pourra former durant l'été. On
en afligne un à Hermanftadt , un autre à
Peft , un troifieme en Moravie , puis en
Bohême , à Minkindorf; mais il eft douteux
que les Maréchaux- des logis qui détermia
3
( 6 )
nent ainfi dans les Gazettes la tournée de
S. M. foient ceux de ce Monarque :
L'Impératrice de Ruffie lui a fait préſent
'des cartes nouvellement dreffées de la Georgie
, de la Crimée & de toutes les poffelfions
dé cette Souveraine depuis le Caucafe
aux anciennes frontieres de la Ruffie.
Tous les Commandans des troupes de
frontieres ont été mandés ici . On dit que
ces troupes auront une folde réglée , & que
dorénavant elles paieront des impofitions
fur leurs terres comme les autres fujets.
Le Comte Wenceslas de Collorédo , Lieutenant-
Général , a été nommé Commandant
Général des troupes Efclavonnes.
On a expédié des ordres au Commandant
Général de Carlstadt , de tenir prêts à marcher
plufieurs Régimens des Troupes de
frontieres .
L'Empereur a fupprimé de nouveau plufieurs
'Abbayes dans l'Autriche intérieure , favoir , les
Chapitres de Wightringen & de Triferen dans la
Carinthie , & ceux de Lambrecht , de Neuberg ,
de Stanz , de Crotman & de Pollau dans la Styrie.
Plufieurs Couvents de Capucins , de Récollets
& de Dominicains ont été auffi fupprimés dans ces
Provinces.
DE FRANCFORT , le 21 Juin .
Le Roi de Pruffe à nommé M. Dhom, fi
connu par fes Ouvrages & par fes connoiffances
politiques , à la légation près des
( )
Cours Electorales de Trêves & de Cologne,
& à l'emploi de C onfeiller Directorial aux
Cercles du Bas -Rhin & de Weftphalie , Légation
vacante par la mort du précédent
Miniftre Plénipotentiaire , M. de Emninghaus .
Le Prince Charles de Heffe - Cafel , Golverneur
de Holſtein , eft arrivé à Cailel le 25
du mois dernier. Le Prince Ferdinand de
Brunfwick , qui avoit aufli rendu une vifice
au Landgrave , eft allé voir le Duc régnant
de Bruntwick fon neves . Ce dernier a préfidé
aux revues de Magdebourg ; le Duc de
Saxe Weimar, le Duc de Saxe Gotha , & le
Prince d'Anhalt Deflau s'y étoient rendus.
Le Catalogue des Livres Allemands qui ont
paru à la derniere foire de Leipfig , eft de dixfept
feuilles in-4° . il y a 2067 articles , parmi
lefquels 1839 livres nouveaux , 48 nouvelleséditions
de livres déja imprimés , & 128 traductions
. On y trouve 323 livres de Théologie ,
126 de Jurifprudence , 156 de Médecine , 79 de
Philofophie , 108 de Pédagogie , 69 de Sciences
politiques , 102 d'économie , 70 de Phyfique ,
47 de Mathématiques , 63 d'histoire - Naturelle ,
117 de Géographie , 170 d'Hiftoire , 307 de
Beaux-Arts , 73 de Sciences gammaticales & de
Langues , 28 d'Hiftoires littéraires , 229 d'Ecrits
mêlés , périodiques , populaires , à l'ufage des
femmes , macaroniques , polémiques, Parmi les
livres de Théologie , on en trouve 107 de Sermons
& Afcétiques ; à l'article Pédagogies , il
y a 64 livres de lecture pour les enfans ; à l'article
de Giographie , 43 relations de voyages ;
à l'article Beaux-Arts , 70 articles de Théatres ,
Comédies &c. 85 articles de livres populaires
a Ꮞ .
( (8e ))
& à l'ufage des femmes ; 26 Ecrits fur la Maçona
nere,
Cette abondance eft fans doute une vraie
ftérilité , fur tout l'on obferve que ce Catalogue
fe publie deux fois par an , aux deux
toires de Leipfick , & que ceci eft la moitié
feulement des écrits imprimés en Allema
gne , à chaque révolution de l'écliptique. Lạ
France , Angleterre , l'Italie , n'imitent pas
mal cette fuperlétation; ainfi l'on peut appréciet
l'effroyable maffe de papier , dilapidé
chaque année à mettre en lumieres les pen
fées de deux ou trois cents perfonnes en Europe.
M. Bafch vient de publier dans un Journal
qui s'imprime à Hambourg, un morceau
très Curieux fur l'hiftoire des lettres - de-change
. Il montre fort bien le peu de fondement
des opinions reçues , touchant l'ancienneté &
l'origine de cette maniere d'acheter une valeur
, dont la lettre - de change eft le prix ou
la repréfentation. Dans le privilege donné
par Frédéric I , en 1181 , à la Ville de Hambourg
, & cité par Anderfon , il eft manifeltement
queftion du change de l'argent , &
non point de lettres de change. Il eft auffi
inexact , felon M. Bafch , d'en attribuer l'invention
aux Juifs chaffés de France , & aux
Gibelins expulfés de l'Italie . Sans doute les
uns & les autres firent paffer leur argent par
affignation ; mais celles - ci étoient fort antérieures
aux lettres de change, & ne doivent
pas être confondues avec elles : il n'eft nulle(
194)
no
ment vraisemblable qu'on eût accordé à des
Profcrits un droit pareil à celui qui dérive de
la lettre de change , & qui la conftitue.
Pourun pays qui a une balance de commerce
en fa faveur , comme le Levant l'a toujours
eu , les ferrres de change font difficiles
à obtenir ; ainfi les Croifa les , comme l'ont
penfé légerement quelques Ecrivains
peuvent avoir été l'occafion de cette nou
veauté. Elle paroît avec plus de fondement
appartenir à l'Italie . Cette contrée renfermoit
beaucoup de villes de commerce pet
éloignées les unes des autres ; ce qui ent
multiplier les occafions fréquentes d'échant
ger & de vendre des dettes refpectives. Cependant
la premiere trace indubitable d'une
lettre de change fe trouve en Angleterre.
Anderfon cite un ordre d'Edouard I , en
1307 , par lequel ce Monarque exige que
l'envoi à Rome des revenus du Pape en Angleterre
ne fe fafle que, per viam Cambii. Bal
dus a rapporté une lettre de change de l'année
1328 , tirée par Borromeo de Boromtis
fur Alexandre Borromée ; elle eſt en ces termes
: Pagate per quefta prima lettera à Luca
de Goro libre 45 , fons per la valuta qui de
Maffio , è ponete al mio conto. On connoît le
fragment d'un Réglement de Charles Quinc
fur les affaires de change à Anvers , de l'annie
1541. En 1554 un Négociant de Londres
, le célébre Thomas Gresham reçit des
éloges des Miniftres d'Elifabeth , pour quelques
négociations avantageufes au Gouvera
5
( 110 )
nement on connojffoit donc déja l'art de
fpéculer fur les lettres de change, Ces remercimensfaits
à Gresham , pour ledire en paffant
, ont accrédité le conte abfurde , répété
par beaucoup d'Hiftoriens très modernes ,
qu'en s'adreflant à fes correfpondans de Gênes
& ailleurs , Gresham fit protefter &
manquer les remifes de Philippe II. Le plus
ancien Réglement connu en Allemagne fur
les lettres de - change , eft celui de Ham .
bourg en 1603 .
Nous eûmes occafion l'année derniere
de parler de l'invitation de l'Impératrice de
Ruffie au célébre de Zimmerman , Médecin
du Roi d'Angleterre à Hanovre , qu'elle
voulut attirer auprès d'elle , après qu'il eut
publié fon ouvrage très-philofophique fur la
Solitude ( 1 ) . A ce fujet , M. de Zimmerman
écrivoit à un de les amis une lettre dont
nous poffédons une copie authentique , &
dont quelques paffages peuvent fervir à détruire
des préjugés accrédités par toutes les
Gazettes. Voici ces paffages filélement traduits
de l'original Allemand .
La grace dont m'avoit honoré l'Impératrice
de Ruffie , en Janvier 1785 , occafionna chez
beaucoup de perfonnes l'idée peu fondée que
l'Impératrice de Ruffie avoit voulu payer par- à
(1) Le 26 Janvier on remit à M. de Zimmerman de la
part de l'impératrice de Ruffie , une boëte dans laquelle fe
trouvoient une bagué d'un feul brillant très - riche , yne
médaille , & un billet de l'Impératrice , portant : 4 M. de
Z. par reconnoiffance des belles recettes qu'il ordonne à l'hu-
- manité dans fon livre de la Solitude .
Σ
( 11 )
les fervices que je lui avois rendus , comme Médecin
. Plufieurs me dirent à moi même qu'll
étoit pourtant queftion de recettes dans le billet
de l'impératrice , & qu'il étoit par conféquent
clair que j'en avois envoyé , & que l'Impératrice
étoit malade déjà quelque temps auparavant.
Le bruit s'étoit répandu à Paris , & avoit paífe
de-là à toutes les autres Cours de l'Europe , que
Pimpératrice de Ruflie étoit mortellement malade.
On trouva cette nouvelle dans toutes les
Gazettes imprimées , &manufcrites . On peut trouver
cependant quelque chofe pour excufer cette
fauffe nouvelle généralement répandue . En 1784
une Dame Ruffe fit confulter plufeurs Medecins
à Paris fur une maladie très - dangereufe ;
& elle promit vingt mille roubles à celui qui
guériroit cette maladie . Il est vrai qu'on n'offre
pas fouvent vingt mille roubles à un Médecin
pour guérir une maladie. On conclut donc à
Pais que la Dame Ruife malade ne pouvoit être
que l'Impératr ce même. Cette conclufon étoit
fauffe. L'impératrice jouit d'une fanté parfaite ,
& la Dame qui a offert ces vingt mille roubles ,
eft connue à Petersbourg , aufli - bien que fa maladie.
Mais les fauffetés qui intéreffent l'humanité
d'une maniere ou d'autre , & dont on peut
tirer des confequences importantes , ne font pas
faciles à fupprimer. Il étoit donc clair que dès
que l'Impératrice me parloit dans fon billet des
recettes que j'avois ordonnées à l'humanité dans mon
Livre de la Solitude , il falloit abfolument que
l'on eût ordonné à l'Impératrice de Ruffie des
recettes contre une maladie très- dangereufe . Les
fables Pariñennes ne me firent taire que lorfque
le Miniftre Raffe , à Hambourg , m'enroya en
Janvier 1735 le préfent de l'Impéatrice de Ruf
fie ; il m'écrivit en même temps que fa Sou-
26
( 12. )
veraine fouhaitoit me connoître perfonnellement
, qu'elle m'invitoit de venir le printems
ou l'été prochain , pour quelque tems , à St. Pétersbourg
, qu'elle paieroir tous les frais du
voyage , & qu'elle écriroit elle- même au Roi
d'Angleterre , pour en obtenir la permiffion de
ce voyage. Dans ma réponse à l'Impératrice je
n'acceptai , ni ne refufai fes offres , mais je repréfentai
au Minifire Ruffe , à Hambourg , de
la manière la plus ouverte , & avec le plus de 3
fincérité , que ce voyage feroit très - dangereux.
pour ma fanté : cependant j'ajoutois , que l'Im--
pératrice infiftit , je ferois le voyage. L'Impé
ratrice me tira de cette perplexité de la maniere
la plus gracieufe & la plus humaine . Elle m'écrivit
le 22 Février , de fa propre main " une
Jongue lettre dans laquelle elle m'affure que
c'étoit fur- tout mon Livre fur la Solitude qui
avoit excité en e le le fouhait de me voir & de
s'entretenir avec moi ; elle me dit très -gracieufement
: Tout bon Médecin devroit infcrire ce
Livre precieux fur le registre des prefcriptions defon
Art , & fouvent il fera plus efficace que bien des
drogues pour lefquelles mon Médecin pourra rous
dire que je ne fuis point du tort portée de façon
que les comptes annuels de l'apothicairerie pour
mon perfonnel paffent rarement trente fous. Lim
pératrice ajoute dans la fuite : Quoique les Ga
Zettes m'aient dite morte , mourante , agonifante ,
dans un é:ar valétudinaire rien de tout cela
n'a exifté jufqu'ici. Auffi , lorfque j'avois fouhaité
que vous vinffiez ici , aucune confultation de l'art ne
guidoit ce defir , mais bien celui de faire votre connoiffance
& de jour de voire converfation .

Mais, comme je vois que vous ne pouvez vous expofer
,fans rifque pour votre fanté , au mouvement
de la voiture , durant un auffi long voyage , & le
1%
( 13 )
*
voyage de mer pouvant auffi avoir fes rifues , je me
fais une confcience de vous preffer davantagefur cet
article , d'autant que peut-être la vie d'un grand
nombre de vos malades dépend de vos habi es foins ,
& qu'ici , quoique je ne vous parlerois pas un mot
de Medecine , affurément d autres vous accableroient
de confultations , & par conséquent vous rendroient,
moins heureux quejene défirerois de vous voir. Je préfere
donc , quoiqu'à regret , ce qu'il y a de plus sûr
pour vous , an plaifir de vous voir , que qu'envie que
j'en aie. Tant de grace & de bonté me pénétra
d'autant plus , que j'avos refufé la vocation
que j'avois reçue de fa part en Juin 1784 , en
qualité de Médecin de Sa Majefté Impériale ,
avec le tire de Confeiller d'Etat Eff &if.
Je remeriai cette Princeffe par une lettre du
29 Mats , dans laquelle j'ofois lui peindre
ce qui fe paffoit dans mon coeur , & l'admiration
dont j'étois pénétré pour elle . Le 9 Mai
je reçus une longue lettre de la propre main
de l'Impératrice , dans laquelle elle me témoigna
de nouveau fa fatisfaction . Cette lettre
é oit accompagnée de deux médailles du poids de
300 ducats.
Le 14 Mai , M. de Zimmerman a reçu le
portrait de l'Impératrice , accompagné d'une
Lettre très polie. Cette Souveraine eft peinte
dans l'ancien Costume Grec , & décorée
de l'Ordre de Wolodimir. Elle eſt devant
un Autel , & fait un facrifice à la Juftice.
Aux pieds de celle - ci on voit le médaillon
de Solon. Entre l'Impératrice & l'Autel re
pofe fur quelques livres un Aigle , qui porte
la foudre dans une de fes ferres , & dans fon
bec une branche de laurier. ada
( 14 )
Le dernier grand concert exécuté dans la
Cathédrale de Berlin , en l'honneur de Handel
, a prod it 2637 rixdalers ; le bénéfice
net ett monté à 1111 rixdalers , dont 820 ont
été placés au profit de pauvres veuves & orphelins
de Muficiens , & le refte hier a été
diftribué fur le champ .
On écrit de Schleiden , dans le Comté d'Aremberg
, que le Duc a accordé aux Proteftans qui y
demeurent , la permiffion du libre exercice du
cule de leur Religion , & qu'il leur a cédé pour
cet objet une grante falle dans fon châ cau
jufqu'à ce que l'Eglife qu'ils ont commencé à
batir foit achevée .
ITALI E.
DE MILAN , le 4 Juin.
La femaine derniere notre Archevêque
publia dans la Cathédrale les ordres de Sa
Maj. Imp. pour la réduction des Fêtes dans
le Diocefe .
Les feules Fêtes de préceptes que l'on obfervera
dorénavant, feront la Fête de Pâques & le Lundi
fuivant , la Pentecôte & le jour fuivant ; tous les
Dimanches , le jour de Noël , la Circoncifica ,
l'Epiphanie , l'Afcenfion & la Fête - Dieu ; la Purification
, l'Annonciation , PAffomption , la Nativité
& la Conception de Notre - Dame. Les jours
de S. Pierre & S. Paul , la Touffaints , S Etienne
Martyr & de S. Ambroife , qui fera l'unique Fête
d'obfervance dans tout le Diocèfe , comme Fête
Patronale. Quant aux Vigiles , on retien tra celles
qui précédent les fufdits jours ; mais celles des Fe
}
tes fupprimées le feront auffi , au - lieu defquelles
on jeûnera dans les quatre & fixième Féries des
quatre femaines de l'Avent. Il n'y aura plus tien
d'innové jufqu'à l'obligation de jeûne du Carême,
des Quatre- tems & des 3 jours des Rogations . Dans
le premier jour de Fête d'après S. Pierre & S. Paul ,
on fera la Commémoration de tous les Apôtres ,
& le jour de S. Etienne , celle de tous les Martyrs .
DE NAPLES , le 30 Mai.
Depuis quelque temps on a enfermé un
affez grand nombre de prifonniers d'Etat de
tout rang & de toute condition ; de ce
nombre font :
D Dominique Spinelli de Carlari , transféré le
21 de ce mois de la prifon d'Etat de Naples à la
fortereffe de Meffine ; Jean -Baptifte Trapani ,
Major au Régiment des Gardes , envoyé à la
fortereffe de Longone ; le Prêtre D. Jean Gaite ,
à celle de Lipari ; D. Salvator Ceri , premier Secretaire
du Marquis Caraccio'o , à celle d'Orbitello
; D. Xavier Létard , fecond Secretaire dudit
Marquis , à Gaeta ; & D. Jofeph Garzia , Secretaire
de Légation près de l'Ambaffade Scilienne
à Madrid , à la fortereffe de Trani ; les quatre
derniers ayant tous les fers aux pieds & aux
mains. Quelques - uns des prifonniers ayant été
bannis à perpétuité du Royaume.
Ceux qu'on vient de nommer furent arrê
tés le 13 ; le 12 , un détachement de Gre
nadiers s'étoit faifi , fur le chemin de Cafer-
.te , du Courrier de la Cour , & l'on s'empara
de toutes les lettres dont il étoit porteur.
( 16 )
J
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 20 Juin .
Le 14 de ce mois , le Comte de Kageneck
, Envolé extraordinaire & Miniftre plé
nipotentiaire de l'Empereur auprès de notre
Cour , a pris congé du Roi , & le même.
jour, le Comte de Rewicki , qui fuccede à
M. de Kageneck , a remis fes lettres de
créance .
Le Commodore Elliot s'eft embarqué à
Porfmouth, à bord du Salisbury de so can.
qui eft prêt à appareiller pour Terre Neuve.
Les autres vaiffeaux qui doivent former cette
efcadre ont déja mis à la voile , entr'autres
la frégate le Pégafe qui porte en Amérique le
Prince Williams- Henri. Le Dover , vaiffeau
neuf de 44 can . vient de fortir des chantiers
de M. Adam , & mis en ordinaire. C'eft un
des plus fins voiliers de notre marine.
Les vaiffeaux de garde de Chatham & de
Sheerneff on ordre de fe rendre au Nore
où ils pafferont l'Eté , & où l'on exercera
les vaiffeaux & les équipages . Ceux de Portf
mouth fe rendront à Spithead pour le même
effet , & ceux de Plymouth pafferont dans
le Sound . L'expérience , dit on , a démontré
que les vaiffeaux pourriffent beaucoup plus
promptement dans les eaux dormantes des
ports , que dans les rades.
Le paquebot le Speedy , venu en 34 jours
(17)
de New Yorck à Falmouth , n'a point apporté
la confirmation de la nouvelle , répandue
à l'arrivée de la frégate le Mercury, que .
quelques Erats du Nord de l'Amérique s'étoient
armés pour envahir les poftes fur les
lacs fupérieurs qui leur ont éré cédés par le
dernier Traité de paix.
Le 13 de ce mois , les Communes fe font
formées en comité général pour continner
l'examen des articles d'accufation à la char
ge de M. Haftings . Cette fois ci , M. Barke
ayant laiffé à M. Fox le foin d'introduire &
d'établir la motion , ce dernier Membre le
fit , felon fa coutume , avec beaucoup d'é
loquence & d'animofité , beaucoup d'exagérations
& d'argumens plaufibles. Dans ce
difcours de trois heures , dont voici l'abrégé
, M. Fox dit :
t
Que l'objet fur lequel il defiroit , fixer l'attention
de la Chambre , étoit la conduite de
M. Haftings , relativement aux évènemens de
Bénarés. Après avoir expofé dans le plus grand
détail les faits importans que préfente cette affaire
, les conféquences fâcheufes qui en peuvent
réfulter , & par conféquent le jugement que
l'on doit porter de celui qui s'eft permis de tels
excès. Il réfuma en difant que dans l'efpace de
3 ans Warrens Haftings avoit fait les révolutions
les plus completres dans l'état de Bénarés. 1 ° . En
deftituant le Gouverneur de ce pays , fous l'adminiftration
duquel un revenu confidérable , sûr
& proportionné aux moyens du pays , étoit payé
avec la plus grande ponctualité . 2 °. En traitant
de même d'autres Gouverneurs ou Adminiftra(
18 )
teurs effectifs de la province , qu'il avoit nom
més lui - même , d'où il étoit réfulté que la province
étoit dans un état réel d'anarchie & de
confufion . Il rappella à la Chambre , que nonfeulement
l'honneur de la Nation , mais fon intérêt
, comme celui de la Compagnie dépendoient
de la réfolution des Communes für cet
objet , puifqu'il étoit trés - certain qu'on re devoit
plus compter fur les poffeffions , nipar conféquent
fur le commerce Britannique dans P’Afie
, fi l'on ne faifoit pas une juftice éclatante
dans l'homme qui avoit violé à la fois les loix
de fon pays & celles du devoir des gens & de
l'humanité en général . Enfin il termina un difcours
de près de trois heures par la motion fuivante
.
" Le Comité ayant pris en confidération l'article
de la révolution de Benarés & après avoir
entendu les témoins fur cet objet , penfe qu'elle
eft fuffifammèntautorifée à accukr Warens Haf
tings de grands crimes & de prévarication fur
cet article.
M. Francis appuya la motion par de nouveaux
raifonnemens , que M. Pitt combattit
enfuite , en ramenant la Chambre au feul
point qui pouvoit légitimer l'accufation . Ce
difcours judicieux , dicté par l'équité , & ſi
honorable pour M. Pitt , mérite d'être connu
avec quelque étendue.
Il débuta en obfervant qu'il avoit prêté la
plus férieu'e attention à tout ce qui avoit été
dit dans le débat , parce que ce fuje : lui parolffoit
de la plus grande importance , & que l'honneur
& la dignité de la Chambre des Communes
de la Grande- Bretagne y étoient intéreffés , ainfi
que la caufe. générale de l'humanité. Il avoit
( 19 )
entendu plufieurs argumens pour & contre , qu'il
fe croyoit indifpenfablement obligé de réfuter.
Și fon devoir lui avoit permis de fuivre fon inclination
, il auroit fcrupuleufement évité d'être
préfent à la difcuffion d'une affaire dont la déci
fion étoit d'une nature d'autant p'us delicate ,
qu'elle tenoit de très- près aux principes & aux
ufages Indieus , & qu'elle devoit être portée par
des hommes nourris dans les fentimens libres
qu'infpirent la conftitution britannique. Cependant
ces difficultés , bien loin de le décourager ,
n'avoient fervi qu'à lui faire faire de plus grands
efforts pour le rendre entiérement maire du fujet.
A force de recherches , il étoit enfin parve
nu à fe former une opinion décisive fur cette
queftion ; opinon qui fatisfaifoit fa confcience ,
& qu'il foumettoit au comité , en évitant avec
foin cet efprit de partialité qui fembloit avoir
animé plufieurs membres , & fur- tout l'honorable
moteur , qui en donnant la torture aux paroles
& aux argumens de l'accufé , en avoit tiré
des conféquences fur fes motifs & fes principes ,
propres à le faire paroître plus criminel que les
accufations ne l'avoient repréfenté.
Après ce préambule , M. Pitt entra en matiere,
& commença par faire part à la Chambre de l'idée
générale qu'il s'étoit formée de la fituation des
Zémindars de l'Inde , & du degré de dépendance
fous lequeli's font de leurs Seigneurs fuzerains.
Les opinions , obfervat il , avoient été différentes
fur la forme fous laquelle les Zémindars de
l'Indoftan tenoient leurs poffeffions. Les uns les
avoient regardés comme les propriétaires réels
des torres , les autres comme de fimples agens
pour leur Seigneur fuzerain , n'ayant ancune efpece
de droit au produit , ou à la valeur des´terres
, excepté ce qui leur étoit alloué pour leur
( 20 )
fubfiflance. Selon quelques uns , ils n'étoient que
d- s propriétaires à vie , tandis que felon d'autres,
leurs poffeffions étoient héréditaires . Au refle ,
il importolt fort peu de favoir quels étoient
leurs titres . Il lui fuffifois de pouvoir conclure
de la nature des chofes , & de plufieurs circonftinces
particulieres , qu'ils étoient affuertis à des
demandes pour certains fecours extraordinaires ,
dans le cas où la Nation avoit des befoins . La
maniere la plus ordinaire & la plus naturelle
d'obtenir cette reffource , avoit été , dans les tems
les plus reculés du fyftême féodal , de demander
le fervice perfonnel & militaire des differens.
vaffaux de l'Empire , Ce droit étoit une maxime
fondamentale dans chaque Gouvernement . Ces
fervices perfonnels des propriétaires des terres
avoient été , avec le tems , commués en argent ,
pour la commodité du Gouvernement & des in
dividus. De- là , le principe d'après lequel chaque
Chefde Communauté étoit obligé de contribuer
en proportion des avantages qu'il retiroit de l'af
fociation politique. Les inftitutions féodales de
1'Europe , & fur- tout en Angleterre , juftifioient
la jufteffe de ces obfervations . Dans un danger
imprévu & foudain , outre les revenus fixes , &
les fervices dus à la Couronne , elle avoit droit
de demander aux tenanciers un fervice particu
lier& extraordinaire , d'une nature perionnelle
ou pécuniaire ; les Comtes Palatins n'en étoient
pas même exempts , quoique les propriétaires
jouiffent de toute efpece de Jurifdiction inté
rieure , d'une maniere auffi étendue qu'aucun des
Zémindars Indiens . Le même fyflême de féoda
lité avoit été adopté & pratiqué dans l'Empire de
l'Indoftan . Ce qui le prouvoit , c'eft que Coffin
Aly Kan avoit reçu en préfens , de fes différens
vallaux , plus d'un million & demi fterling pour
L
( 21 )
les dépenfes de fes opérations militaires . Ces
préfens étoient à - peu près femblables aux dons
gratuits des anciens vaffaux militaires de l'Angleterre
, & des autres pays de 1 Europe , au
moyen defquels ils fe rachetoient de leurs fervices
perfennels . Cheyt Sing lui - même avoit été
obligé de fournir à fon premier Seigneur Sujah
Dovlah un fecours confidérable d'hommes &
d'argent pour l'expédition contre les Rohillas.
Les loix des anciens Légiflateurs Indiens venoient
à l'appui de ces remarques. L'Empereur Acbar ,
un des plus fameux Monarques de l'Indoftan , en
faifant des conceffions à fes Zémindars , les aloit
bien expreffément exemptés de payer aucun fubfide
au-delà de leur contribution ordinaire ; mais
il ne s'en étoit pas moins réfervé le droit , en
cas de néceffité publique , de faire contribuer
ces mêmes Zémindirs pour le fervice mili
taire .
Il conclut de ces obfervatiocs , qu'il étoit par
faitement convaincu que les Zémindars de l'Inde
étoient obligés de fournir , dans toutes les néceffités
urgentes , une quote- part proportionnée
àleurs facultés & aux befoins du public.
M. Pitt examina enfuite s'il avoit été fait quelque
ftipulation particuliere en faveur de Cheyt-
Sg, qui l'exemptât du devoir général impofé
à tous les autres tributaires des Souverains de
l'Inde. Il prouva , par le fimple récit hiftorique ,
que la Compagnie avoit indubitablement le droit
de demander au Roi des fubfides extrordinaires,
dans fes befoins urgers , puifque Bullwart
Sing , pere de Cheyt Sing , en avoit fourni au
Nabab d'Oude fon Seigneur luzerain , & que
Cheyt Sing lui même , à la mort de fon pere ,
en avoit également fourni. La Compagnie , en
fuccédant àla fazeraineté du Zémindarat de Be(
22 )
narès , avoit fuccédé à tous les droits qui y
étoient inhérens. L'honorable Membre (M, Fox)
avoit parlé , continua M. Pitt , de l'indépendance
accordée par la Compagnie à Cheyt Sing; mais
avoit-il prouvé que ladite Compagnie avoit cédé
au Rajah tous fes droits de luzeraineté ? Que
fignifioit donc ces mots inférés dans le traité ?
сс
qu'il devoit obéiflance à l'autorité de fon Sou-
» verain ». Au refte , l'honorable Membre ( MT.
Francis ) qui avoit fecondé la motion , n'étoit pas
ennemi de la pratique d'exiger des Zémindars &
Aumils des fubfides extraordinaires , nonobftant
les ftipulations expreffes pour les paiemens fixes
& réguliers . Il exiftoit fur les journaux du Confeil
une propofition qu'il avoit faite , dans laquelle
il recommandoit de mettre toutes les dépendances
du Bengale fur le même pied que
celle de Renarès , de les affujettir à un tribut ânnuel
, régulier & conftant , en obfervant «< que
» les demandes extraordinaires pourroient être
fournies par des expédiens momentanés ». Ce
Membre croyoit donc que Cheyt Sing étoit fujet
à ces demandes extraordinaires , outre fon tribut
dans le cas des befoins preffans de l'Etat . 11
s'agifloit de favcir fi les affaires de la Compagnie
dans l'Inde , étoient dans une fituation à juflifier
l'exercice de ce droit de fouveraineté , fait par
M. Haftings à l'égard du Rajah . M. Pitt le prouva
, en difant que la guerre qui venoit d'éclater
avec la France , & les craintes les p'us alarmantes
qu'infpiroient les animofitts & le reffentiment
des Puiffances de l'Inde , voifines du territoire de
la Compagnie , avoient rendu cet exercice néceffaire
, &c.
5>
3
Le Chancelier de l'Echiquier paffa enfuite à la
feconde partie du chef d'accufation , intitulée ,
Dejeins de M. Haftings de perdre le Rajah de
( 23 )
Benares. Il y étoit dit , continua M. Pitt , que
M. Haflings ne s'étoit pas plutôt vu en poflerfion
de la majorité du Confeil , par la mort du
Général Clavering & celle du Colonel Monfon
, qu'il avoit aufli- tôt fait ufage de fon pouvoir
pour forcer Cheit- Sing à payer un fubfile
extraordinaire , afin de fe procurer les moyens
d'allouvir fa vengeance contre ce Prince . Etoite
il poßible , demanda M. Pitt , de porter une
accufation plus noire N'étoit ce pas vouloir
infinuer que cet acte de M. Haftings avoit été
l'effet d'une méchanceté réfléchie , & que ce
Gouverneur n'attendoit depuis long-temps que
l'occafion de pouvoir fe livrer à fa cruauté & à
l'injustice la plus manifefie . He croyoit pas
qu'il fût néceffaire de faire aucune réflexion fur
une imputation auffi maligne : il fe contenteroit
feulement de rappeller au Comité , que
deux jours avant que la réfolution d'exiger de
Cheit-Sing lacs de roupies cût été propofée
au Confeil , M. Haftings avoit reçu la nouvelle
de la rupture avec la France. Cette circonftance
feule fuffifoit pour effacer toute impreffion défavorable
, que la malignité de l'accufation avoit
pu faire fur les efprits . Que falloit il donc penfer
de la candeur & de l'intégrité de P'honorable
accufateur , pour avoir fupprimé une circonftance
auffi frappante , & avoir prêté à M.
Haulings un motif auffi coupable.
M. Pitt prouva enfin que le fubfide démandé
n'avoit pas été au deffus des facultés de Cheitfing
, puifqu'il s'étoit trouvé dans le château
de Bidgigur au moins 25 lacques de roupies ;
ce qui faifoit un million & demi- fterling.
Il me paroît donc , ajouta M. Pitt , que le
Confeil de Bengale étoit parfaitement en droit
de demander un fubfide extraordinaire à Cheyt
( 24 )
1
Sing , dans les circonftances menaçantes où le
trouvoit la Compagnie , & que ce fubfide n'étoit
point au deffus des facultés de ce Rajah : mais
en admettant ces points là comme au deffus de
to te controverfe , je n'en trouve pas moins un
fujet d'accufation dans quelques parties de la conduite
de M. Haftings durant cette affaire . Quoique
les principes des Gouvernemens Indiens
foient arbitraires & defpotiques , nos adminiſtrateurs
n'en font pas moins tenus aux regles de
juftice & de liberté. Ils ne doivent point faire
jeur doctrine des loix de Tamerlan , ou de quelque
autre Delpote Oriental ; ils font obligés d'obéir
à une autorité plus puiffante , celle du
droit de nature & du bon fens . Sur cet article je
ne puis abfoudre M. Haftings de l'accufation . Il
aufé trop arbitraitement des pouvoirs que lui donnoit
la nature du Gouvernement de l'Inde. Convaincu
qu'il n'a été ponifé à cet abas que par un
trop grand zele pour les intérêts de fes Commettans
, je le fuis auffi qu'il a agi en cette occurrence
d'une maniere qui répugne à la politique
& à la juftice. Cheyt.Sing étoit certainement coupable
envers la Compagnie ; mais fa punition a
excédé la proportion qu'elle devoit avoir avec le
délit. L'amende à laquelle il fut condamné étoit
exorbitante , tyrannique : à cet égard , j'adopte
ie fens de la motion , & je ne puis en confcience
me difpenfer de lui donner mon affentiment.
M. Dempfter , Lord Mulgrave , le Major
Scott , M. Grenville , le Procareur Général ,
furent d'un avis différent ; mais nonobſtant
leurs argumens , la motion de M. Fox , pour
décréterM. Hastings, relativement à l'affaire de
Bénarès,patla à la pluralité de 119 voix , contre79.
Au refte , les Papiers Anglois ont rapporté
( 25 )
porté ou défiguré , chacun à leur maniere , le
difcours de M. Pitt. Cela devoit être , dans
une queftion abfolument traitée par l'efprit
de parti , mais nous avons fuivi celui de ces
Papiers le Morning Chronicle ) , le plus
exat ordinalement & le plus étendu dans
fes relations parlementaires.
Le 16 , M. Burke demanda l'opinion de la
Chambre fur la pourfuite de cette affaire , en
infinuant que la fin d'une Seffion , époque où
un grand nombre de Membres n'alliftent plus
aux Séances , lui paroiffoit peu propre à
continuer cet examen . Quel que fût l'avis des
Communes à ce fujet, il annonça que la
premiere charge qu'il leur foumettro t , feroit
celle relative au traitement des Princeffes
d'Oude. Le Major Scott s'éleva très - vivement
contre toute idée de proroger cette difcuffion
; & il ajouta que le fort des Anglois
dans l'Inde dépendoit de la décifion de cette
affaire , le plus
promptement rodible
. Quelques
Membres , ennuyés fans doure de cette
procédure, ayant adhéré à l'avis de V. Burke,
le Major Scott répéta fon affertion avec plus
de force , & dit que les nouvel es qu'il venoit
de recevoir de l'Inde , devoient faire trembler
la Chambre , de différer cette conclufion.
Alors , M. Fox propofa un appel général de
la Chambre; M. Pitt fe rangea à cet avis ,
ainfi que la pluralité, & Mercredi prochain ,
on difcutera la troisième charge .
Le même jour, Lord Sydney préfenta à la
No. 26 , 1 Juillet 1786.
b
( 26 )
Chambre des Pairs un Meffage du Roi , relatit
aux Terres de la Couronne , par lequel
S. M. demande au Parlement de concourir
avec elle à déterminer les moyens de mettre
en valeur & de rendre utiles au fervice public
les Forêts , les Bois , & les Terres de la Couronne.
Les Pairs voterent là - deffus une
Adreffe de remercîmens à S. M. M. Pitt préfenta
le même Meffage à la Chambre des
Communes , qui accorda la permiflion de
préfenter un bill pour nommer des Commiffaires
chargés de répondre aux vues de S. M.
Hier , 19 , on a jugé à la Cour des Plaids-
Communs , présidée par Lord Loughborough ,
la plainte de M. Fox contre le Grand Baillif
de Westminster , à l'occafion du fcrutin de la
derniere élection. Les Confeils de M. Fox
demanderent pour lui 100,000 liv. fte :l. de
dommages & intérêts ; les Jurés unanimes lui
en ont adjugé deux mille .
L'année derniere & l'hiver paffé , nous eûmes
occafion de parler des faits & geftes de
M. George Robert Fitz- Gerald , noble Irlandois
, de la plus haute naillance , qui , à la
fuite de divers brigandages à main armée ,
après avoir affiégé fon propre pere dans fon
château , & l'y avoir retenu prifonnier, échapé
cependant à la main de la Juſtice , affalfina
, au mois de Février , un de fes сстра-
triotes , M. M'Donnel , au milieu même de
fes foyers, dont l'affaffin s'étoit emparé, avec
l'affiftance de quelques bandits. Bleflé , dans
cette journée , & arrêté enfuite , Mr. Fitz(
27 )
à mort ;
Gerald a été jugé par une Commiffion fpéciale
qui l'a déclaré coupable , & condamnét
fa Sentence doit être exécutée en ce
moment. Le Criminel appartient aux familles
les plus puiffantes de l'Irlande ; il eft allié au
Duc de Leinster , neveu du Comte de Briſtol,
coufin de Lord Mulgrave , beau frere de Mr.
Conolly du Confeil Privé , de la Comteffe
de Bucking hampshire , de Lady Howe , &c.
Sa fortune étoit d'environ 3000 liv. fterl. par
an. Il étoit poli , agréable , petit - maître ,
( man offashion) mais auffi violent que dangereux
, irafcible , vindicatif, débauché , ayant
en un mot , tous les tons & les vices du bel
air qui , avec un pareil caractere , conduitent
ordinairement à des forfaits de cette efpece.
Sa malheureufe mere eft une des Dames
d'Honneur de la Princeffe Amélie.
L'accroiffement de la profpérité de ce pays
paroît provenir non feulement de la hauffe des
fonds publics & du change avec les pays étrangers,
qui eft par tout confidérablement en faveur
de la Grande - Bretagne ; mais auffi de la grande
circulation du numéraire . C'eft ce dont il eft aifé
de fe convaincre , d'après le haut prix de la vente
des terres. Les biens terreins de fauchée ont été
vendus depuis peu à Edimbourg 35,000 , & ceux
de Bannockburn 29,000 . La hauffe dans la valeur
des fonds des différentes Compagnies de Banque
& de Commerce , eft une autre preuve de la
grande généralité du numéraire .
L'attention duPublic & celle de la calomnie
font fixées en ce moment fur un événce.
ment qui paroîtroit fort fimple en d'autres
b 2
( 28 )
circonstances ; mais que celles du jour rendent
fingulier. Il s'agit d'un diamant remis au
Roi par M. Haftings , le jour même qu'il fut
décidé par la Chambre des Communes d'obliger
cet Adminiftrateur à répondre de fa
conduite à Bénarès . Voici le fait véritable ,
fur lequel les impofteurs , à la Feuille , dont
Angleterre abonde , mais que la liberté de
la preffe donne le moyen de confondre trèsailément
, ont exercé leur imagination.
Nizam , Ally Kawn , Souba du Décan , avoit
envoyé au Bengale une boëte cachetée de
fon Sceau , dans laquelle fe trouvoit enfermé
un diamant de la premiere groffeur ,
adreffée à M. Haftings , qu'il avoit prié de remettre
ce prélent au Roi à fon arrivée en
Angleterre. Lorfque la boëte fut à Calcutta ,
M. Haftings étoit déja parti pour l'Europe .
En conféquence , on confia le paquer à M.
Church , Capitaine du 101e. Régiment qui dévoit
s'embarquer à bord du Hichinbrooke. Cet
envoi avoit fait du bruit dans le Bengale , &
l'on favoit qu'il étoit d'une valeur immenfe.
Lorfque le vaiffeau le Hinchinbrooke périt dans
la riviere du Bengale , un Lafcar força les coffes
du Capitaine Church & fe faifit du paquet.
Inftruit à tems du fit , on parvint cependant
a ravoir la boëte avant que ce Lafcar l'eût
ouverte , & on la remit à M. Crofts
, agent
de M. Johnstone , réſident à la Cour de Nizam.
M. Crofts envoya les diamans en Angleterre par
le premier vailleau , & les adreffa à Londres à
M. Blair , beau - frere de M. Johnstone. L'envoi
fut bientôt remis à M. Haflings qui a chargé
l'autre jour le Major Scott de la remettre au
Lord Sidney qui l'a préſenté au Roi,
( 29 )
Depuis quelques jours , les Maifons Hope,
d'Amfterdam , Gurnel , Howe & Harman ,
Berens & Muilman , de Londres , ont acheté,
environ un million fterling des 3 pour cent
confolidés , à l'ouverture du dividende , pour
le compte des Hollandois .
Magnus Reid eft mort le 7 à Dunbar en
Ecoffe , âgé de 114 ans . Jufqu'à 80 , il avoit
laboure la terre . Depuis , il devint Colporteur
, & l'étoit encore deux mois avant la
fin de fa longue existence .
Les Directeurs de la Compagnie des Indes
ont engagé un Botaniſte éclairé à fe rendre
dans l'Inde avec la flotte prochaine ; il voyagera
dans l'Indoftan fous les aufpices du
nouveau Gouverneur du Bengale , le Comte
de Cornwallis , pour décrire & pour raffembler
les plantes inconnues de cette partie du
Monde , depuis le Cap Comorin , jufqu'aux
montagnes du Thibet.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 21 Juin.
Le 15 de ce mois , jour de la Fête D'eu ,
le Roi , accompagné de Monfieur , de Madame
, de Monfeigneur Comte d'Artois , de
Madame Comteffe d'Artois & de Madame
Elifabeth de France , s'eft rendu à l'Eglife
de la paroifle Notre Dame , où , après avoir
affifté à la Proceffion du Saint -Sacrement ',
Sa Majefté , ainfi que les Princes & Prin
b 3.
( 30 )
ceffes, ont enrendu la grand' Meffe , célébrée
par le fieur Jacob , Curé de cette paro
ffe. L'après midi , la Cour a affifté au Salut
dans la Chapelle du Château.
L'Archiduc Ferdinand , Gouverneur de
la Lombard e Autrichienne , & l'Archiducheffe
fon épouse , qui étoient ici ſous le
titre de Comte & Comtefle de Nellembourg,
prirent , le 17 , congé de Leurs Majeftés.

Le fieur de Fourcroy , de l'Académie des
Sciences , Maréchal de camp , Grand -Croix
de l'Ordre de Saint - Louis , l'un des Directeurs
du Corps royal du Génie , a eu l'honneur
de prefenter au Roi un Mémoire fur la
Fortification perpendiculaire , compolé par
plufieurs Officiers du Génie.
Le 18 , la Maruife de Beaumont de la
Bonn niere & la Vicomtefle Henri de Ségur
ont eu l'honneur d'être préfentées à Leurs
Majeftés & à la Famille Royale , la premiere
, par la Marquife de Montmorin , & la
feconde , par la Comteffe de Ségur.
DE PARIS , le 29 Juin.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , concernant
les raffineries de fucres établies dans les
différene ports du Royaume , du 25 Mai
1786.
ART. I. A compter du jour de la publication
du préfent Arrêt , tous les fucres bruts , provenant
des Colonies Françoifes en Amérique , & qui au-
` ront été rafinés dans un des ports du Royaume ,
( 31 )
jouiront à leur exportation à l'Etranger , ou dans
les provinces de France affimilées à l'Etranger , de
la reftitution de la totalité des droits qu'ils auront
acquittés comme fucres bruts à leur arrivée ,
même de ceux de Domaine d'Occident , & de tous
autres , fous quelque dénomination que ce puiffe
être ; & pour prévenir toute difficulté dans l'évaluation
dubit remboursement , un quintal de fucre
raffiné fera confidéré repréfenter deux cens vingtcinq
liv. de fucre brut. Tout Négociant ou Raffi .
neur qui aura expédié à ladite deftination , foit
par mer , foit par terre , des facres raffinés , ainfi
qu'il eft dit ci-deffus , obtiendra , indépendamment
du rembourfement de droits ordonné par le précédent
article , une prime de 4 livres par quintal
defdits fucres , fous la condition cependant qu'il
ne pourra réclamer le paiement de ladite prime ,
ni ledit remboursement , qu'après avoir conflaté
par des certificats en bonne forme , que leftits fu
cres feront parvenus à la deftination qu'il aura déclarée.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 18
Mai 1786 , qui ordonne qu'à compter du
premier Juillet prochain , toutes les couvertures
de foie & coton , ou mêlangées defdites
matieres , feront revêtues à l'un des Chefs
Teulement , du plomb prefcrit par Fart . II
de l'Arrêt du 7 Septembre dernier , pour les
étoffes de fabrication libre.
Autre dit , dus Janvier 1786 , qui affranchit
de la confignation ordonnée par
l'Arrêt du 13 Novembre 1785 , celles des
Voitures étrangeres qui entrent dans le
Royaume , fans indice qu'elles doivent y
être vendues.
b4
( 32 )
Le Roi s'étant fait repréfenter , en fon Confeil,
l'Arrêt rendu en icelui le 13 Novembre dernier ,
par lequel S. M. , dans la vue d'empêcher l'introduction
frauduleufe des Voitures étrangeres , deftinées
à être vendues dans le Royaume , au préjudice
de l'induftrie nationale , a ordonné que les
Voy geurs qui entreroient dans les Etats , avec
des Voitures faires en pays étranger , paieroient
par forme de confignation , la fomme de 1200 liv.
qui leur fero t remboursée à la fortie du Royaume :
Et S. M. ne voulant pas que ce qui n'a été ordonné
que pour prévenir l'abus des fauffes déclarations
, devienne une gêne incommode pour les
Voyage rs , a jugé à propos de faire connoître fes
intentions à ce fujet . A quoi voulant pourvoir, & c .
LE ROI ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné & ordonne
: Que dans tous les cas où il n'y aura aucun.
indice qui donne lieu de croire que les Voitures.
étrangeres , entrant dans le Royaume , font deftinées
à y être vendues , il ne fera exigé des Voyageurs
aucune confignation , ni aucun cautionnement
; à la charge feulement , que par une déclaration
figne d'eux & contenant leurs noms , qualités
& domicile , qu'ils remettront aux Prépofés
de la Ferme générale, dans les Bureaux d'entrée ;
ils le foumettront à faire fortir du Royaume lefdires
Vo tures , dans l'efpace d'un an , fauf les
prolongations de délai qui pourront leur être accordées
, s'il y a lieu .
Edit du Roi , portant création des Offices
de Directeur général des Haras , des Poftes
aux chevaux , Relais & Meffageries , & attribution
des fonctions , droits & gages qui
y font attachés ; du mois de Décembre 1785 .
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , qui autorife
les Administrateurs des Domaines , à
( 33 )
emprunter jufqu'à concurrence de douze "
millions fur leurs Billets folidaires , du g
Juin 1786.
Sur le compte qui a été rendu au Roi , en fon
Confeil , de la délibération prife par les Admini
trateurs des Domaines , le 1er . de ce mois , contenant
qu'ils font inftruits qu'il a été fait des offres
à S. M. pour l'aliénation des offices de Conferva
teurs des hypothèques ; que leur zèle pour les intérêts
du Roi ne leur permet pas de fe difpenfer
de repréfenter qu'il pourroit être avantageux
pour S. M. de ne point diftraire cette partie de fes
revenus de l'adminiftration de fes Domaines , &
de continuer à la faire régir à fon profit , attendu
l'accroiffement dont elle eft fufceptible ; & qué
pour remplacer les fonds qui proviendroient de
l'aliénation defdits offices , ils offrent de verfer- au
Tréfor royal une fomme de douze millions , dont
ils feront autorisés à faire l'emprunt : Oui le rapport
, &c. LE ROI ÉTANT EN SON CONSEIL , a approuvé
& approuve ladite délibération ; en conféquence
, a autorifé & autorife les Adminiftrateurs
de fes Domaines à emprunter la fomme de douze
millions , fur leurs billets folidaires de quatre
mille liv. chacun au plus , & à un an d'échéance ,
dont le paiement fe fera annuellement par douziéme
, & à raifon d'un million par mois, à compter
du er. Juillet 1787. Ordonne Sa Majefié que'
lefdits billets feront délvivrés & fignis par le Receveur
général de l'Adminiftration , & vifés par *
trois Adminiſt ateurs.
M. Tetu , jeune Phyficien très eftimable
& très - zélé, a fait dernierement une expérience
aeroflatique , dont il a rendu compte
en ces termes dans l'une des Feuilles publi
ques de cette Capitale.
B5
( 34 )
M'étant occupé depuis la naiffance des Aërof
tars , des moyens de rendre le taffetats imperméable
& y étant parvenu , j'ai fait un Aeroftat
de 27 pieds de diametre , dans lequel je fuis
parti du terrein du Luxembourg , en préfence
de M. le Comte de Nellembourg & d'un noirbreux
concours , le 18 de ce mois à 4 h. 5' m.
avec une force afce fionnelle de cinq livres
n'ayant pu me munir que de très-peu de left ,
porce que l'air inflammable dont mon Aeroftat
a été rempli , ou n'avoit pas la légèreté (pécifique
convenable , ou étoit mêlé d'air atmof
phérique ; cependant ne voulant avoir rien à me
reprocher , j'avois employé la manufacture de
javelle
>
Lors de mon départ , le barometre étoit à 27
pouces 10 lignes , le thermometre marquoit 23
degrés au- deffus de zéro , l'hygrometre 65 degrés
; le foleil ne fe montroit que par intervalle
travers des nrages épais.
Ayant acquis de la légéreté , parce que la
chaleur avoit defféché mon filet qui avoit été
mouillé par la pluie qui étoit tombée le matin
je defcendis , à l'aide de mes rames , dans la plaine,
de Montmorency , à 5 heures 26 minutes , pour
pour y prendre du left . La curiofité fit accourir
de toutes parts ; on m'entoura. Le Propriétaire
du champ , accompagné des Meffiers du
lieu , me voulurent faire payer le dégat que les
curieux avoient fait en marchant dans fon '
champs J'employai les prieres & les menaces
& parvins à m'échapper avec perte d'air enflam-
'mable , parce qu'on avoit ouvert ma foupape en
tirant mes cordes. J'en fus quitte pour mes rames
caffées , mon manteau & mon marteau qui
me furent pris .
A 6 heures 45 minutes , je m'abaiffai aux en(
35 )
1
virons de l'Abbaye de Royaumont , & t'ns pendant
un certain tems à très - peu de hauteur de
terre , en fuivant 1 riviere d'Oife . 12 minutes
après , je jettai du lefte & m'éievai à 374 toifes
; le thermometre étoit à 15 degrés , l'hygrometre
a 45 degrés . A 8 heures je mis pied
à terre entre Ecouen & Warville pour me débarraffer
du port de mes rames & me munir
de left . J'y fus apperçu par des Chaffeurs , qui
accoururent à moi , & qui m'inftruifirent du licu
où j'étois . En partant de ce lieu , je me trouvai
à la hauteur de 773 toifes dans des nuages électriques
, au-deffus defquels je m'élevai ; le ther
mometre étoit à 5 degrés au - de Tous de la congellation
; les bords de mon char étoit couvert
de gréil , j'étois obligé d'en rejetter la neige &
les gelons qui m'app fantiffoient .
La nuit étant arrivée , je m'abaiffai un peu &
me trouvai au milieu de nuages d'où partolent
à chaque inftant des éclairs accompagnés d'unes
tonnerre violent. Je me trouvois attiré & repoussé
par les nuages , chargés en plus ou moins d'électricité.
Mon pavillon , qui portoit les armes de
France en or , é oit étincelant de lumiere. Suivant
l'élévation où je me portois , je connoiffois
l'électricité pofitive o negative , à l'aide d'une
pointe de fer placée dans mon char. I fortoit
de cette ponte une gerbe de fu , lorfque l'élearicité
étoit pofitive ; quand je m'élevois un
peu plus haut dans le nuage , la pointe de fern'offroit
qu'un point lumineux , parce que l'élec--
tricité étoit négative.
Je reftai plus de trois heures dans le nuage
orageux , fans éprouver d'autre accident que la
perte l'une partie de la dorure de mon drapeau ,.
qui fut troué par la force de l'électricité natu--
relle. On voit que le tonnerre m'a fait beaus
5 6
( 36 )
coup moins de mal que le Payfan de Montmorency.
Le calme ayant fuccédé à l'orage , je reftai
long-tems comme ftationnaire . Je profitai de ce
calme pour manger , en attendant le jour : alors
me trouvant manquer de left je defcend's à
quatre heures moins un quart du matin dans le
village de Campremi , où je fus accueilli de la
maniêre la plus affable par le Curé de ce lieu . Les
habitans de Breteuil , diftant de deux lieues , viarent
me chercher & me conduifirent chez eux,
avec la plus grande joie , en criant vive le Roi ,
vive la Reine. MM . les Béné ictins de Breteuil
me reçurent & m'acceni! lirent de la maniere la
plus honnête.
Si je ne reftai qu'une heure en l'air , fi , pen
dant cet espace de temps , je n'ai fait qu'environ
vingt cinq lieues , c'eft que j'ai été contrarié
par l'orage & par les caufes dont j'ai rendu compte
dans le commencement de cette relarion . Qucique
j'aie exercé des manoeuvres qui confirment
une partie de ce que j'ai conçu fur la direction
des Aeroftats , je ne les expofe pas ici , parce
qu'il faut plus d'une expérience pour les bien
conftater.
Conformément aux ordres de la Cour , -
l'efcadre d'obfervation a mis à la voile de
Breft , le 12 à 9 heures du foir , pour fe rendre
à Cherbourg.
Elle est compofée , dit une lettre de Breſt
du vaiffeau le Patriote de 74 canons , cloué ,
che villé & doublé en cuivre , & commandé' par-
M. Renaud d'Aleins , Capitaine de pavillon de
A le Comte d'Albert de Rioms , Commandant
& Chef d'Efcadre . Ce Général a eu
me fur le pavillon de Lieutenant-Gée
A 6 heuri
JA
( 37 )
néral . Deux frégates , la Félicité , par M. de
Treceffon , Capitaine de pavillon de M. de
Soulages , Chef d'Efcadte ; la Junon , par M. d'Ethy
, Capitaine de M. de Charitte , Chef d'Ercadre
: fix corvettes , la Fleche , par M de St. Félix
; la Favorite , par M. de Flotte ; l'Alouette ,
par M. de Thromelin ; la Blonde , par M. Riviere ; ´
la Cérès , par M. de Belizal ; & la Louette , par
M. de St. Vallier ; le Lougre le malin , par M.
d'Orvilliers ; deux avifos le Furet , par M. de Maur
ville & le Pavillon , par M. de Meffeme , & la
Gabarre la Vigilante , par M. Ifmar de Canenlade.
La Corvette la Brune , de Toulon , & qu'on
attend de Maroc , ira joindre fur le champ TEG
cadre de Cherbourg , ainfi que la Profélite , dès
que fon doublage en cuivre fera terminé.
A cette Efcadre fe font jointes les fix gabar
res ou flûtes fuivantes , deftinées pour la Baltique
; le Néceffaire , commandé par M. de Concife
; le Mulet , par M. de Bizieu de Langon ; la
Lamproie , par M. de Jonquieres ; ie. Barbeau ,
par M. de Rouexic ; la Lionne par M. Derly , &
le Dromadaire , par M. Bolle,
On a embarqué fur le Néceffaire de très - grands
canots , ainfi que des pavillons royaux .
On embarqué auffi des armemens & des fufils
pour les Eleves de la premières claffe , qui auront
la garde de la perfonne du Roi , quand S. M.
féra en mer . Les Muficiens du Corps Royal des
Canoniers Matelots ont été auffi embarqués.
La Dorade & une autre gabarre , à bord
defquelles on a mis des lampions , vont en radé
cette nuit pour fe rendre à Cherbourg .
Hier les comptes des divifions ont été rendus
dans le Confeil d'Adminiftration , où préfideles
( 38 )
M. le Comte d'Hector , & le fervice eft monté
en tout point fuivant les nouvelles Ordon--
narc -s.
Ce matin M. 1 Comte d'Hector eft parti
pour Cherbourg à neuf heures du matin ; il
amene avec lui M. de Mar gny , Capita ne de
vaiffezu .
En l'abfence de ce Commandant M. de la
Porte ezins , commandera ici , & jufqu'à
fon arrivée le comman ement fra dévolu à
M. de Cil'art qui prendra enfuite les fonctions
de Direct ur- Général de ce Port .
On voit par l'état ci-deffus que l'Eſcadre
de
Cherbourg
fera de 23 voies .
La découverte du pont Notre Dame a
rendu hideux l'aspect de l'enceinte formée
entre le pont & le pont au Change. La rue
qui aboutit au Petit Pont pa oît fort érranglée
; enfin tout le quartier bas de la Cité
qui to che à S. Denis de la Châtre femb e
plus obfcur & plus étouffé que jamas . On
s'occupe actuellement d'un plan , au moyenduquel
il feroit formé un Quai depuis le
pont No re - Dame jufqu'au pont Roge , &
on placeroit le Châtelet fur le terrein de
S. Denis de la Châtre. Enfin ou feroit un
Pont de pierre pour réunir lifle S. Louis à
celle de Notre -Dame.
» Le 13 de Mai , la petite fille Leclair
» romba dans l'eau , au- deffous du pont des
» Treilles à Angers , & fut auffi tôt empor-
» tée par le courant . Michel Duchefne , âgé
» de 12 ans , qui étoit à quelques pas de
» diftance , eft averti par fa foeur de cet acci-
ל כ
( 39 )
» dent ; il voit encore l'enfant fe débattre
» dans l'eau , & difparoître . Auffitôt it ſe
» jette dans l'eau tout habillé : il eft affez
» heureux , en plongeant , de la faifir par fes
» vêtemens au fond de l'eau , & de la rame-
→ ner vivante
» MM. les Officiers Municipaux , touchés
» d'une action aufli courageufe dans un enfant
de cet âge , ont délibéré de lui faire
apprendre un métier à leurs dépens , les
» parens de l'enfant étant pauvres . [ Affiches
d'Angers. ]
ל כ
Les Sciences ont perdu , le 11 Juin ,
M. Maret , Médecin de Dijon , Secrétaire
perpétuel de l'Academie de cette ville . Le
Gouvernement l'avoit envoié au fecours de
la Paroiffe de Frefne Saint Mametz , en proie
à une épidémie meurtriere , dont il a été atteint
lui-même , & dont il eft mort dix - huit
jours après fon retour à Dijon..
« Dans les premiers jours du mois de Mai , le
fieur François Guillermont , Maître Cordonnier ,
habitant de cette Ville , âgé de foixante - quinze
ans ; & Virgine Cublier , fa femme , âgée de
foixante -cinq ont renouvellé leur cinquantiere
année de mariage . Guillermont avoit des plaies
aux jambes dupvis long tems , qui fe font fermees
nature lement , & fa femme étoit atteinte
d'un afthme humide. Le huit de ce mois , fur
les dix heure du foir , Guillermmeonrt dit à fa
fille avec laquelle il étoit , qu'il fe trouvoit mal ,
& mourut avant qu'elle eût pu appeller. Sa mere
qui , au cri de fa fille , n'eut que le tems de s'affeoir
, mourut auffi fur le champ » ( Affiches de
Dauphiné ) .
( 40 )
Le 12 Mai dernier , Jean Duguet , de la
paroiffe de Villars , près Cognac , eſt mort`
avec fa femme & fix enfans , après 5 heures
des douleurs les plus aiguës , pour avoir
mangé des champignons.
Marie-Magdeleine Huette , dite de S. Benoît ,
Religieufe de l'Abbaye Royals de Notre Dame
d'Hieres , diocefe de Paris , a renouvellé le 12
du mois de Juin , entre les mains de Madame de
Franclieux , fon Abbeffe , la profeffion de fes
voeux , & célébré fa cinquantieme année dè
profeffion , après le Difcours relatif à la cérémonie
, fait par le fieur Chenue , Curé de Brie-
Comte - Robert.
Le Baron d'Andleau , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint-Louis , ancien Brigadier des Armées
du Roi , l'un des quatre premiers Chevaliers
du Saint-Empire , Reichs Vogt de la Prévôté
ci -devant Impériale de Keiferfberg & autres
Villes en dépendantes , ancien Dir &eur aut
Directoire du Corps de la Nobleffe immédiate de
la Baffe -Alface , Seigneur de la Ville d'Andleau ;
Chef & Porteur des Fiefs de cette Maifon , efti
mort à Colmar , le 3 Juin , âgé de quatre-vingttrois
ans.
PAYS - BAS
DE BRUXELLES , le 25 Juin..
Le Stathouder , parti du château de Dier
ren en Gueldre , & ayant pris la route de
Zélande par Breda & Berg- op Zoom , eft
arrivé à Midelbourg le 18 avec fa famille.
A Rammekens il fut falué du canon du fort:
( 41 )
& des navires. Une foule immenfe d'habitans
de la ville & de la campagne , ornés de
rubans & de cocardes Oranges , attendoit le
Prince à fon paffage. Il parut fur le pont
pour le montrer au peuple , qui entonna en
chorus l'air fameux confacré à la gloire de
Guillaume de Naffau , Libérateur de la République
. Vainement on voulut attacher
des chevaux aux yachts pour les faire entrer
dans le port ; les habitans les y tirerent euxmêmes
.
Les troubles de la Province d'Utrecht
font au dernier période. Ce n'eft plus ni
avec le Stathouder , ni avec les Régences
particulieres que le peuple eft aujourd'hui
aux prifes ; c'eft avec les Etats même de la
Province , auxquels on difpute l'exercice de
leur Souveraineté. La bourgade de Wyck
ayant renversé fa Régence & fes Réglemens
conftitutifs , ainfi que nous le rapportâmes.
dans le temps , les Etats d'Utrecht ont envoié
à cette ville fous leur fuprématie , un
Huiffier ou Meffager d'Etat ; la Bourgeoifie
a fait emprisonner ce Miffionnaire . Cette vi
rile défobéiffance ne laiffoit au Souverain
que le parti de fe foumettre à la ville de
Wyck , ou celui de la foumettre elle même
militairement à fon devoir. Les Etats s'étoient
affemblés le 10 pour prendre cette
derniere réfolution ; mais la Bourgeoifie
d'Utrecht fit auffi fes difpofitions militaires ;
elle réfolut de s'emparer des portes & de les
termer , fi les Etats concluoient à molefter
( 42 )
MM. de Wyck. Huit Officiers feuls de la
Bourgeoilie trouverent que le Souverain méritoit
un peu plus de refpect , & proteſterent
contre ce plan. Il a eu l'effet defiré ; & dans
la crainte d'événemens finiftres , les Etats
ont renvoié au 10 Juillet de prendre une
réfolution fur cette affaire . La ville de Wyck
a intercédé , dit - on , les autres Provinces de
l'Union , d'employer leur médiation , ce
qu'on doute fort que la plupart veuillent
faire il n'eft pas à préfumer fur-tout , que
les Etats de Hollande , fi jaloux de leur Sou .
veraineté , fi vigilans fur les moindres atteintes
qu'elle peut recevoir , autorilent ailleurs
ce qu'ils puniroient exemplairement chez
eux .
Voici encore quelques détails curieux fur
Stiepan Annibale , tirés de l'ouvrage de M.
de Cloots , que nous avons cité l'Ordinaire
dernier.
« Il profite , dit l'Auteur , des troubles de la
Pologne ; il va diftribuer des Couronnes à dixfept
grands Seigneurs , & les ducats pleuvent
chez lui. Il débuta non loin des frontieres de la
Siléfie , chez un Palatin dont le nom m'échappe ,
le Comte Adam .... Je vous apporte la Couronne
dans une lettre ; mais j'ai besoin de soco
ducats. Le Comte n'en avoit que 3000 , fes bleds
n'étoient pas vendus . Mais vous êtes Tréforier
de la Chapelle miraculeufe de Cazentochow;
ne pourriez - vous pas emprunter deux mille du
cats â la Sainte Vierge ? Le Comte eft dévot .
Il falloit gagner fon Confeffeur , un commode
Ex- Jéfuite , qui , moyennant quarante ducats &
M
( 43 )
de bonnes paroles , perfuade au Palatin de faire
le voyage de Cazentochow , & de confulter les
Religieux de l'endroit . Le Prince d'Albanie &
le Comte Adam fe confeffent & communient
avant de partir , & ils en font autant à Cozentochow
( 1 ) . Les Moines vendus au Patriarche ,
leverent tous les fcrupules du Comte , & la Mas
donne prêta de bon coeur les 2000 ducats . Le
Comte fut fi content de fa Couronne , qu'il
ajouta un beau préfent à la fomme ftipulée.
Comme les Hollandois , continue l'Auteur ,
penfent & réfléchiffent beaucoup , il ne pouvoit
pas choifir de prifon plus funefte que celle d'Am
terdam ; d'autant plus qu'un commerce univerfel
y met à même d'analyfer la trame la mieux
our lie & la plus compliquée . Il n'en impofera
pas au Magiftrat très -judicieux & très- éclairé de
cette grande Ville- ci , comme à celui de Hambourg
, où il fe tira très- habilemen d'un procès
de On frémiroit fijera , portois toutes
les turpitudes de fon imagination dérégle.
Il fe fit paffer pour un faint en Baviere auprès
de l'hermite Emmeran- Probf , ma'gré fes
débauches fecrettes . Le vieux folitaire fervoit
le Patriarche genoux ; ile mena un jour chez
trois bons hermites dont l'un avoit près ce cent
ans . Ils fe profterneren tous & reçurent la bénédiction
patri rchale. L'Ang lus fonne , on fe rend
à l'Eglife. Le Prince voyant une jolie laitiere
་་
(1 ) La riviere de Warta prend fa fource dans un canton
; & comme le Prince y commença les exploits en
Pologne , il fe fit appeller Warta. Si ce Caméléon , ce
Protée avoit eu autant de talent pour conferver que pour
acquérir , feroit aujourd'hui un très riche particulier:
mais la manie de fe donner les airs de Prince , lui faifoit
› diffiper en trois femaines ce qu'il avoit acquis par de lonques
Lufes,
( 44 )
agenouillée dans un coin , dit aux hermites que
le rituel oriental ne leur permettoit pas de par
ler à Dieu en préfence d'un Patriarche , & qu'ils
devoient pfalmo ' ier dans un angle oppofé & les
yeux tournés vers la muraille . Pour lui , il va
fe recueillir & prier fort haut à côté de la payfanne.
La priere finie , il alla relever les hermites
, en leur faifant des fignes de croix & des
excufes fur la longueur de fon oraiſon . On mangea
un morceau & l'on s'en retourna chez foi
avec toutes les fimagrées de la plus grande dévation
.
"
Il crut fe déguifer encore mieux par une
impudence inouie , par un front d'a rain. Il
dit au Prince dOrange , qui par mégarde l'ap
pelloit Monfieur : fachez que je m'appelle Prince
d'Albanie , & non pas Monfieur , & que fi les
Etats Généraux ne me paient pas un million
je fuis homme à vous aller chercher jufqu'à
Batavia pour me battre en duel avec vous. Et
dans fes Mémoires au Souverain , il menace formellement
de pren ' re , piller , détruire tous les
navires & équipages Hollandois qui oferoient
paroître fur les côtes de fes vaftes E ats ....
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres.
Le Lord Mansfield , dont la ſanté ſe rétablit
de jour en jour , fe rendit à la Cour le jour de
l'anniversaire de la naiffance de S. M. B. En entrant
dans la falle , une foule d'amis l'environnerent
en lui demandant avec le plus grand empref.
fement des nouvel es de fa fanté , fur laquelle
ils avoient eu les plus grandes inquiétudes. « Je
» n'ai point changé le projet que j'avois de faire
« le grand voyage , leur dit ce Seigneur , avec
fa gaieté ordinaire. Je fuis très- aiſe de pous
( 45 )
» voir encore une fois vous voir affemblés , &,
» de prendre publiquement congé de mes amis,
avant de partir » Morning Herald. ) .
Le Chevalier Keith , Envoyé du Roi de la
Grande Bretagne , près d'Emperenr , a fait au
même Prince de Kaunitz , de la part de fa
Cour , des ouvertures pour un Traité de commerce
, & pour délivrer les objets de manufac
-tures angloifes , de l'impôt onéreux de foixante
pour cent , promettant que du côté de l'Angleterre
on accorderoit les mêmes facilités à l'acier
de Styrie , aux vins ds Hongrie , & autres objets
des productions autrichientes . Le Chancelier a
répondu de la bonne volonté de l'Empereur ,
quant au traité de commerce ; mais en même
tems il a affuré M.1 Envoyé que S. M. feroit inflexible
fur le fecond article Gaz, de Cologne ).
> On dit qu'un des Secretaires du Roi de Pruffe
auffi âgé que lui , ayat été derniérement frappé
d'apoplexie dans 1 appartement & même en préfence
du Monar que , il est mort à l'inftant , &
que S. M. a dit avec émotion : « voilà mon précurfeur
! Il est bien heureux d'en être quitte » .
Le Prince héréditaire s'eft empreffé , au retour
de fes revues , d'aller préfen er à fon oncle des
notes écrites fur tout ce qui s'y étoit paffé : il a
bailé la main du Roi , qui lui a o fervé : « Je vous
fais bien attendre ; mais je fouhaite que vous
» faffiez autant attendre votre fucceffeur » : puis
le regardant avec intérêt , il a ajouté :
<<<Vous
» ne ferez jamais mon maître ; mais inceffame
» ment vous ferez mon égal . ( Gaz. de Brux..
n° . 49.
« Le Confeil de Guerre extraordinaire tenu en
dernier lieu à Vienne , en date du 27 Mai , a eu
pour objet les différends qui exiftoient entre
notre Cour & la Porte ; enfuite de ce Confeit ,
( 46 )
le Commandant général de Carlſtadt a reçu
l'ordre exprés de faire toutes les difpofitions néceffaires
pour que les Régimens d'Ottochan , de
Likán , de Szlicin , & le premier Régiment de
frontiere du Bannat fuffent prêts à fe mettre en
marche au premier figuel , & que les munitions
de touche néceffaires puffent être transportées
fue la riviere de Save , fans cependant raffembler
encore ledits Régimens ; on doit attendre
à cet égard des ordres ultérieurs , que l'Empereur
donnera probablement en perfonne , lors de fon®
voyage dans cette partie de fes Erats . On a envoyé
en même tems au Comman ant général de
Carlitatd l'ordre de marche des Régimens Hongrois
qu'on fera paffer de ce côté pour renforcer
les troupes dont nous avons parlé plus haut , &
former une armée de cette réunion . Les ordres
pour la marche font fi fricts , qu'ils doivent être
mis en execution au premier fignal. ( Courier du
Bas Rhin , r ° . 48 ).
De: Ouvriers creufant dernierement les fondemens
' e quelques maifons , dans la paroiffe de
Saint-Sauveur , à Londres , rencontrerent une
pierre de marbre de 7 pieds de long fur 5 & demi
de large ; le Guide des travaux qui ſe trouva préfint
, fit prendre toutes les précautions poffibles
pour ne point l'endommager : on la débarraffa
entierement de la terre qui la couvroit & du mortier
qui la fcelloir ; on l'enleva & on découvrit
une ouverture dans laquelle on defcendit avec
des flambeaux ; on fuivit une allée fouterraine
longue de 190 verges , qui aboutifloit à une efpece
d'amphithéâtre rond , de 25 v rges de diamerre
, dont la coûte en avoit 12 d'élévation &
éreir foutenue par 9 colonnes de marbre veiné ,
d'un ordre tofcan ; le long du paffage il y avoit
de chaque côté , de 6 pieds en 6 pieds , des ni(
47 )
ches où étoient des figures de Papes & de Saints
de marbre blanc ; dans l'amphitéâtre il y avoit
auffi des niches avec des Saints de marbre veiné ;
on y trouva auffi plufieurs pieces d'or & d'argert
avec la tête de Jules Céfar . On s'attache à conferver
ce monument , qui mér.te d'être examiné ,
fur l'antiquité & fur l'utage duquel on n'a en cre
que des conjectures . Au bout de l'amphithéâtre
il y avoit un gros crapaud vivant qu'on en retira
, mais qui mourut auffitôt qu'il fut à l'air ;
il pefois 11 ivres & 9 onces.
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1).
CONSEIL DU ROI.
Le plus sûr moyen de faire connoître la Jurif
prudence , eft de publier des Arrêts qui ont prononcé
fur des points de Droit , après qu'ils ont
effayé toutes les épreuves de la contradiction .
Une femme fait fon tedament en Provence ,
par lequel elle inftitue la dame Mille , fon arnie
pour fon héritiere en tout ce qu'elle aura à fon
décès , dans le pays & Comté de Provence tant feulement
; elle ne fait aucun héritier . De - là eft née
la question d'accroiffement en vertu duquel la
dame Mille , fondée fur la regle qui régit les pays
de Droit écrit , nemo partim teftatus , & par.im
inteftatus de edere poreft , a réclaméi'hérédité toute
entiere .
Dans ce teftament , la teftatrice n'appelle point
fa mere qui vivit a ors , & à qui la Loi lui commandoit
de laiffer la légitime , avec titre d'inftitrtions
Quoique cette teftatrice ait furvécu plus de
deux ans à fa mere , le fieur Monnier , fon frere ,
dont elle n'avoit pas dit non plus un mot dans ton
teftament , a prérendu que cetre prétérition de
leur mere commune annulloit radicalement le
( 48 )
teftament ; & aprés une conteftation très-vive ,
il l'a fait ainfi prononcer par une Sentence de la
Sénéchauffée de Lyon . Appel de la dame Mille
au Parlement , où les deux queftions d'accroiffement
& de prété ition ont été renouvellées &
difcurées . Il a été rendu compte , dans le N° . 34
de la Gazette des Tribunaux de l'année derniere ,
page 113 , des moyens refpectifs , & on a rap .
porté l'Arrêt rendu le 19 Acût 1785 , en la
Grand'Chambre , qui ir firme la Sentence de
Lyon , confirme le teftament , & condamne le
fieur Monnier à délivrer à la dame Mile tout ce
qui dépend de la fucceffion dont il s'ag t , avec
reftitution des fru ts , & dépens. Le fieur Monnier
s'eft pourvu en caflation contre cet Arret , & a
foutenu que l'attri .ution fite à la dame Mille
de toute la fucceffior , violeit la lettre du teftament
, qui reftre gnot la fubftiturion à ce que
la teftatrice avroi pu avoir en Frovence tant feulement
; elle n'y a rie laiffé , a - t - on dit , air fi la
prétention du roit d'accroff ment eft une chimere
. Pour opérer un accroiffement , il faut qu'il
exifte un principal auquel l'acceffoire vienne fe
réunir . Or, dès que la fucceffion étois zéro en Provence
, les biens de la fucceffion qui n'exiftoit véritablement
qu'à Lyon , ne pouvoient pas s'y
réunir.
Sur la question de prétérition , l'Arrêt avoit ,
fuivant le fieur Mourier , violé la difpofition du
Droit Romain & l'Ordonnance de 1735. Le teftament
étoit infecté d'un vice radical que le prédécès
de la mere n'avoit pu effacer . Le fils
l'un des héritier, de fa mere , peut donc relever
ce vice , & agir ex perfona præteriti . Avoir écarté
fa demand , c'efi avoir violé les Loix Romaines
& Françoifes fur cette matiere. Cependant le
24 Mai 1785 , la Requête en caffation du fieur
Mounier a été rejettée,
-
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE..
DE PETERSBOURG , le 6 Juin .
Mr. Bakunin , Confeiller Privé , Miniftre
& Secrétaire d'Etat a département des
Affaires étrangeres
, dont la maladie ne laiffoit
plus d'efpérance , eft mort le 28 Mai .
Depuis long- temps i étoit tombé dans la
langueur , & devoit changer de climat pour
effayer fon rétabliffement. It eft remplacé
aux Affaires étrangères par M. de Marcof,
ci devant Miniftre de Rufie en France & à°
la Haye , & Envoié actuel de fa Cour à
Stockolm , où le Confeiller Privé Comte
de Rafumofski le remplacera . La Légation
de Danemarck dont ce dernier étoit pourvu
paffe au Baron de Krudner.
Le vice-Amiral Borissow a donné fa dé
million par des motifs qui restent inconnus .
L'efcadre en armement à Cronftadt fora forte ,
de 10 vaiffeaux de ligne & de 6 fiégates ;
N° . 27, 8 Juillet 1786.
C
( ( 30) )
on ignore encore qui en aura le commandement
: mais loin d'être deftinée à patler
dans la Méditerranée , elle fe bomera , felon
toute apparence, à des évolutions dans la
* Baltique . t
ALLEMAGNE. A
DB HAMBOURG , le 24 Juin.
Les premieres Séances de la Diete de
Suede le font écoulées en difcuffions de
points de forme , fur lefquels l'opinion du
Gouvernement a prévalu , fans rencontrer
aucune oppofition . Cette déférence , dit on,
a été moins unanime , lorfqu'on a propolé
à la Diete , & de la part du Roi , d'accorder
des gratifications extraordinaires aux
troupes , pendant la durée des campemens &
exercices annuels. Cette demande a été rejettée
par la grande pluralité dans l'Ordre
de la Nobleffes celui de la Bourgeoifie lui a
été plus favorable ; le Clergé & les Payfans
paroiffent auffi difpofés à s'y foumettre ;
mais le refus d'un feul des Colleges de la
Diete fuffit pour empêcher de prendre une
réfolution dégale.
Le Comte Henri- Chriſtophe de Baudiffin
, Général de l'Infanterie de l'Electeur de
Saxe , Gouverneur de Drefde , & Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle blanc , eft mort le 4 à
Rixdorf dans le Holftein , dans la 776. année
( ( $1))
de fon âge. Il fervit la maiſon Electorale
-pendant 53 ans , & affifta aux campagnes de
Pologne , du Rhin , de Hongrie , de Bohême
& de Saxe .
L'année derniere nous préfentâmes un état
technique de la compofitien de l'armée
Ruffe. D'après l'Ordonnance de l'Impératrice
, en date du 10 Septembre 1785 , cette
armée et répartie sen fept Divifions & en
deux grands Corps , & commandée par les
Généraux fuivans .
ob quitualit Premiere Divifion.
A Pétersbourg & aux environs , elle et fous
les ordres du Feld - Maréchal Rafumosfli
Généraux en chef..
Nicolas Soltikof.
Le Baron Elmt.
Quatre Lieutenans Généraux , fix Majors Gé
néraux & feize Régimens.
29. Seconde Divifion.
Dans l'Ukraine eft le Gouvernement de Mohilof,
fous les ordres du Général Feld- Maréchal
Comte Romanzof Sudunaiskoi .
Général en chef.
Michaila Kaminskoi .
Trois Lieutenans Généraux , neuf Majors Généraux
& vingt deux Régimens .
Oak Stopang Toifieme Divifion.
Dans le Gouvernement de Tauride , dans le
Cuban , au Caucafe , & c. fous les ordres du Général
Feld - Maréchal Prince Potemkin ,
Généraux en chef.
Michaila Kachocoskoi .
Le Prince Dolgorakof.abs
%
4900Sous ces Chefs font un Lieutenant Général ;
C 2
(( 52 )
3
vingt-trois Majors Généraux , & cinquante - un
Régimens , tant de Cavalerie & de Dragons que
d'Infanterie & de Chaffeurs.
Corps particulier du Caucafe annexé à cette Divifion.
Lieutenant Général Potemkin .
Six Majors Généraux & quatorze Régimens .
Quatrieme Divifion.
A Mofcou & aux environs , fous les ordres du
Général Feld- Maréchal de Bruce.
Trois Majors Généraux & huit Régimens.
Cinquieme Divifion.
A Woldimir , fous les ordres du Général en
chef Prince Soltikof.
Trois Majors Généraux & fx Régimens.
Sixieme Divifion.
A Smolensko , fous les ordres du Général en
ChefPrince Repnin .
Un Lieutenant Général , trois Majors Généraux
& fept Régimens.
Septieme Divifion.
A Pleskof & Polozk , fous les ordres du Général
en chef Mufin- Puskin .
Un Lieutenant Général , deux Majors Généranx
, & fept Régimens ..
Corps d'Oremburg , fous les ordres du Lieuterant
Général Baron d'Igelftrohm .
Une Major Général , huit Régimens , dont
quatre de Colaques , & quelques Bataillons de
campagne,
Corps de Sibérie.
Major Général , Michaela Fredzew.
IMES
Cinq Régimens & fix Bataillons de campagne .
Le Général Feld- Maréchal Prince Poten kin
Jeft Inſpecteur-Général de toute l'armée . Il y a
fous lui deux autres Inspecteurs , dont il peut
augmenter le nombre felon les circonftances.
( 53 )
Les Régimens de Grenadiers qui n'étoient
compofés jufqu'à préfent que de deux baraillons
, feront portés à quatre.
Le nombre d'hommes des Régimens de Dragons
a été augmenté confidérablement .
DE VIENNE , le 23 Juin.
Depuis quelques jours l'Empereur étoit de
retour en cette Capitale , où il a donné l'inveftiture
de la Principauté de Liege , avec
les cérémonies d'ufage , à l'Envoié du Prince
Evêque , lorfque S. M. nous a quittés de
nouveau , étant partie le 16 pour la Styrie.
M. Rogrerion , Anglois , & premier Médecin
de l'Impératrice de Ruffic , a paffé
dans cette Capitale , & a reçu de l'Empereur
un accueil diftingué. Trois fois il a eur
l'honneur de dîner à Laxembourg , & s'eft
entretenu avec S. M. I. En prenant congé
du Monarque , il en a reçu une bague en
brillans , de la valeur de 2000 flor. , une tabatiere
avec le portrait de S. M. & 1000
ducats.
La fentence du Lieutenant- Colonel Szekely le
condamné à être mis trois jours de fuite au pilori
, pendant deux heures , avec un écrite u
contenant ces mots Officier infidele , & à travailler
enfuite durant quatre ans , aux fortifications
de Segedin après lequel tems il fera exilé. La
même fentence le déclare infamae & privé de tout
emploi. Tous fes biens ont été confifqués . Le
déficit qu'il a laiffé dans la caiffe qui lui étoit
confiée eft de 92,400 flor. , fes dettes particulieres
montent à 35,000 flor . Son époufe poffede à
C3
SUDHU
Oedembourg une maifon & un capital de 20,000
florins , auquel Szekely n'a jamais pu toucher ; °
les Etats de Hongrie accordent à cette infortunée
les appointemens de fon mari de premier Lientemaht
des Gardes-Nobles Hongroiles pour elle &
Les enfans.barab poor , sodashnu'si
Le 7 de ce mois , un violent incendie confuma
onze maifons dans le fauxbourg de
Lichtenhal ; onze autres maifons à demi brûlées
furent abattues pour arrêter la communication
des flammes. S. M. qui fe trouvoit
à Laxembourg précipita fon arrivée au lieu
de l'incendie , & y donna en perfonne les
ordres néceffaires . Argen
S. M. vient de régler par une Ordonnance
les fucceffions ab inteftat , en les étendant
jufqu'au fixieme degré des branches collatérales.
L'Empereur a érigé en Duché la Princi
pauté de Raudniz en Bohême , appartenante
depuis plufieurs fiecles aux Princes de Lobkowitz.
DE FRANCFORT , le 28 Juin.
La Princeffe héréditaire de Bade , née
Princeffe de Heffe-Darmstadt , & l'une dés
femmes d'Europe les plus intéreffantes , a
heureufement accouché d'un Prince , le 8
de ce mois. Cet événement a occafionné la
plus vive allégreffe dans le Margraviat , &
dans la maifon de Bade , dont jufqu'ici il
ne reftoit aucun rejetton mâle. On a com(
55 )
muniqué lTahenaiſſance du Prince nouvea 1 né
à toutes les Cours alliées de celle de Calfruhe
, & principalement à celle de Berlin.
Le Chapitre de Paderborn a élú pour)
Coadjuteur du Prince regnant , le Baron de
Furstenberg , Prévôt de la Cathédrale , &
Coadjuteur de Hildesheim , &c.
En 1784 , le Docteur Henri WWagner publia
en François une Brochure très bien
faite fur le nevieme Electorat , & dans laquelle
il établiffoit les titres de la maifon de
Heffe à cette nouvelle dignité. Un jeune Pu
blicifte du Wirtemberg a réfuté cet Ecrit ,
en plaidant la caufe du Duc de Wirtemberg ,
mais fans détruire les principaux argumens
que tiroit fon adverfaire de la plus grande
ancienneté de la maifon de Heffe ; de la différence
confidérable , à l'avantage de celleci
, des revenus , des forces militaires , & c.
Le Jurifte Wirtembergeois prétend que les
droits de la ligne de Heffe - Darmstadt feroient
léfés par cette promotion de la ligne de
Heffe Caffel au neuvieme Electorat . C'eft
une erreur. La premiere de ces Maifons relteroit
avec la feconde dans le même rapport
que celle de Brunswick - Wolfembutet
avec la maifon de Brunswick Hanovre. Les
pactes de famille fubfikeroient ; & en cast
d'extinction de la ligne de Heffe Caffel , celle
de Darmstadt hériteroit du pays auquel Jay
dignité Electorale feroit attachée .
La célébre Société Helvétique de Schinz
C 4
456 )
1
Anach s'eft affemblée au mois de Mai à Olten
près de Soleurre. Elle a délibéré & réſolu
de propofer un prix de 20 louis d'or au
meilleur Mémoire fur l'état actuel tant des
Inftituts publics que de l'éducation domeſtique
dans les Républiques Helvétiques , &
fur les moyens d'améliorer cette éducation.
La Société a nommé des Commiſſaires pour
recevoir les Mémoires , pour les examiner ,
& pour en faire le rapport. On ne veut ici
ni amphigouris Académiques , ni doctrines
générales , nilieux communs déclamatoires ;
chaque Auteur devra fe borner à l'examen
hiftorique de l'éducation en Suiffe , & des
plans propres au pays qui peuvent rendre un
changement ile. La Société a également
propofé un prix de 35 louis d'or pour l'année
1789 , fur la Queftion fuivante : Quels
feroient les avantages d'un Inftitut d'éducation
nationale , générale , la meilleure forme de
cet Inftitut , & le plus sur moyen d'y parvenir?
Il feroit à fouhaiter de voir propofer de pareilles
folutions dans chaque pays , pourvu
toutes fois qu'on ne féparat jamais les principes
généraux de leur application particuliere.
On affure que le Duc Louis Erneft de
Brunswick doit fixer fa réfidence à Eifenach
en Thuringe , où il doit être arrivé le 22
de ce mois auprès de fa four , la Ducheffe
Douairiere de Saxe Weymar..
Le Landgrave de Heffe Caffel a arrêté
( $7 )
de réduire fon Corps d'armée . On licenciera
15 hommes par Compagnie , ce qui
rendra environ 3000 hommes à l'agriculture.
Les émigrations des environs du Rhin fe
multiplient chaque jour. Pour les arrêter ,
l'Electeur de Treves a fait publier de notvelies
défenfes , avec menace de punition
févere contre les embaucheurs que l'on découvrira.
Le 27 Mai , l'Affemblée du Cercle de-
Souabe a accordé au Prince de la Tour &
Taxis féance fur le banc des Princes , dans
les Affemblées de ce Cercle.
Les détails qu'on va lire touchant les Régimens
Suiffes au fervice de France , nous
ont paru affez exacts pour être rapportés.
Depuis la guerre avec la Hollande en 1672 ,la
France a toujours eu une petite armée de Suifles
à fa folde. Cette armée eft montée plufieurs.
fois à 25000 hommes ; aftuellement , au milieu
de la paix , elle eft de 15600 Les douze
Régimens Suiffes confiftent en partie en Compagnies
avouées , & en partie en Compagnies
ambulantes. Les Compagnies avouées font celles
pour lesquelles il existe une Capitulation avec
l'un des Etats Helvétiques , lequel eft obligé de:
recruter la Compagnie les places d'Officiers ne
peuvent être donnés qu'à fes Citoyens & à fes
Sujets . Les Compagnies ambulantes n'appar
tiennent point exclusivement à aucun des Etats-
Heivêtiques , n'ont point de capitulation particuliere
, mais le Roi les donne à des Officiers
de mérite de cette nation , felon fa volonté ;
€ S
9
(( 58 ))
C
& ces Officiers fe fervent de leur crédit à
dans leur patrie pour obtenir la permiffion, d'y
recruters par tolérance & d'y complerter leurs
Compagnies. Parmi les douze Régimens Suif
fes , cinq dépendent uniquement d'un feul e
"Erat helvétique , ils font compofés des bourgeois
& fujets de cet Etat , & ont une capitu-
Ition générale pour tout le Corps. Les fept
autres Régimens font compofés de différentes :
Compagnies qui appartiennent à des Etats différens
& qui ont des capitulations particulieres
dans les Régimens de la preniiere claffe quis
dépendent d'un feul Etat ; l'Eat Major du Régiment
eft compris dans la capitulation . Dans les
autres Régimens le Roi donne à volonté Jes
places de Colonel , de Lieutenant - Colonel , de
Major & d'Aide- Major , mais cependant toujours
à des Officiers nationaux ( Suiffes ) . Laz
première troupe Suiffe à la folde de la France
eft la Compagnie des cent - Suilles de la garde
du Roi , érigée en 1496. Cette Compagnie a
cela de particulier que fon Capitaine eſt toujours
un François , les autres Officiers font mois
tié François , moitié Suifles. Le Duc de Briffac
en eft aujourd'hui le Capitaine - Colonel Elles
n'a point de capitulation on la recrute en
partie par les Suilles qui viennent à Paris pour
y faire fortune , en partie du Régiment des Gardes
, en partie par elle même. Les cent -Suiffes.
font le feul corps militaire Suiffe qui ne dépends
point du Colonel général des Suifles & Grifons
auquel font foumis les douze autres Régimens.
Cette charge de Colonel - général des Suifles &
Grifons fut créée en 1571 , & elle a été toujours
occupée par des hommes de fa premiere naiffance.
En 1656 , le Duc de Carignan , pere du célebre
Prince Eugene l'obtint en 1674 , le Duc du
( 59 )
Maine, filunaturel de Louis XIV auquel fuc
céda en 1736 fon fils le Prince de Dombes , &
cn 17555 te frere de celui-ci le Comte d'Eu .
En 1762 , le Duc de Choifeul occupa cette place
& la céda en 1770 à M. Comte d'Artois . La
premiere troupe qui dépend du Colonel - général
s'appelle la Compagnie-générale , elle fut établie
en 1596. Elle a fon propre Etat Major , & elle
ne dépend d'aucun Etat en particulier , mais de
toute la République helvétique , auffi toutes des
Compagnies Suilles qui fe trouvent à la folde de
la France font obligées de recruter cette Compagnie
alternativement. Quant au fervice , elle eff
liée au Régiment des Gardes Suiffes , elle marche
à la tête de ce Régiment , dont elle eft res
gardée comme la premiere Compagnie ; elle confifte
en 200 hommes. Le Régiment des Gardes
Suiffes eft établi depuis 1616 , il a été formé du
Régiment de Campagne Gallatz . Il confifte en
11 Compagnies ou en douze fi on y comprend la
Compagnie générale . Les onze Compagnies
fourniffent les hommes néceffaires pour former
quatre Compagnies de grenadiers. Les 16 Come
pagnies font divifées en 4 Bataillons. Tout le
Régiment eft de 2349 hommes. La France a capitulé
pour ce Régiment avec toute la République
helvétique ; les Compagnies font ambulantes;
mais chaque Erat helvétique reconnoît la Compagnie
qui échoit à un de fes compatriotes & la
laille recru erchez lui. Le Colonel actuel eft M. le
Comte d'Affry de Fribourg. Les 11 Régimens
de campagne ont tous la même formation . Cha
cun confifte en 16 Compagnies , & des Compa
gnies de grenadiers qui font tirées des précéden
tes. Chaque Régiment pendant le paix confiftesen
1195 foldats pendant la guerre chaque Compa
gnie eft de 100 hommes.1 , Erneft érigé en 16711.
·
& 6
( 60 )
I
-
?
appartient au canton de Berne . 2 , Sali
Samade, érigé en 1672 ; il contient's Compagnies
d'Underwald , de Bále , 2 de Soleure , I des
Grifons , i de l'Abbaye St. Gall , 1 de la Principauté
de Neuchâtel , 2 ambulantes . Le Colone !
actuel M. Salis Samade des Grifons.3 , Sonnenberg,
érigé en 1672 ; il contient 7 Compagnies de
Lucerne , 2 d'Uri , i de Zug , I de Glaris , 3 de
Fribourg , r de la Principauté de Neuchâtel , 1
de la ville de Mulhäufen . Le Colonel actuel M. de
Sonnenberg cfte Lucerne . Caftella , érigé en
1672 ; il contient r Compagnie d'Ury , 6 de
Glaris , 2 de Fribourg , 1 de Scleure ide
l'Abbaye de St. Gall , de la Principauté de
Neuchâtel , ambulante ; le Colonel M de Caf
tella eft de Fribourg. 5 , Vigier , de 1673 ; il
contient i Compagnie de Glaris , 4 de Frahourg ,
3 de Soleure , i de Schaffhoufe , 1 de l'Abbaye
St. Gall , 2 de la ville St. Gall , 1 de la Principauté
de Neuchâtel , i de Mulhaufen , 2. ambulantes;
le Colen 1 M. de Vigier eft de Soleure.→→
6 , Lullin de Chateauvieux, érigé en 1676 ; il contient
3 Compagnies de Lucerne , i d'Underwald ,
1 de Zug , 2 de Bâle , 1 de Fribourg , I d'Appenzel
, 2 de l'Abbaye St. Gall , de Geneve ,
2 ambulantes. Le Colonel M. Lullin de Chateauvieux
eft Genevois.7 Diesbach érigé en 1689,
il contient 5 Compagnies de Fribourg , 1 de
Schafthoufe , 3 d'Appenzell , 2 des Grifons , I
de la Principauté de Neuchâtel , 2 de Geneve ,
a ambulantes ; le Colonel M de Diesbach eft Fribourg
ois. Courten , érigé en 1689 appartient
à la République de Valais . Le Colonel
actuel ,M. de Courten eft le 5me . de fa famille
qui à la tête de ce Régiment , n'a jamais chan
gé de nom depuis la création.19, Salis ,
érigé en 1734. appartient à la République des
}
161
Grifens ; le Colonel actuel eft M. de Salis de
Marfchlins. 1o, Steiner, depuis 1743 , apparau
canton de Zurich, -- Schoenau entra
en 1758 au fervice de France , il appartient
à l'Evêque de Bâle ; deux Compagnies font def
tinés à des bourgeo's de Bienne. , Les onze
Régimens de campagne confiftent , donc en 176
Comp agnies dont Zurich en fournit 16 , Berne 16 ,
Lucerne to , Uri 3 Underwad 6 , Zug 2
Glaris 8 , Bâle 6 , Fribourg 16 , Soleure 7 "
Schaffhoufe 2 , Appenzell 4 , les Grifons 191
le Vallais 16 , l'Abbaye de St. Gall , la ville
de St. Gall , la Principauté de Neuchâtel 7 ,
l'Evêché de Bâ e 16 , Mulhaufen Geneve 53%
les 9 autres Comp gnies font ambulantes. Le
Canton de Schwitz n'a plus de Compagnies depuis
1765 , mais d'après la nouvelle alliance de
la Suiffe avec la France , une des Compagnies
des Gardes Suiffes, fera donnée à un des citoyens
du canton de Schwitz .
ITALIE.
2.9
DE ROME , le 9 Juin.
3
Notre Cour vient d'adopter un projet
fifcal, dont beaucoup de gens révoquent
en : doute Futilité. Pour fppléer au deficit
des Finances de la Caifle Apoftolies
que , un Elit récent jent d'établir 81 doua- d
nes , & n im ôt de 60 pour cent fur to tes
les ma chandifes étrangeres , importées dans
l'Erat Eccléfiaftique.
b
A D'AN C ONE , le S Juin .
Le nouvel Edit du S. Siege für l'augmen(
628)
tation des droits de Douane , a caufé une
telle fermentation , que la plus grande partie
des Négocians de cette ville ont réfolu
defe rendre en d'autres places de commerce.
Ils ont même envoié un Mémoire au Sou
verain Pontife , où ils lui font connoître ou
vertement leurs intentions à ce fujet , dans
le cas où les privileges de port franc demeu
reroient fupprimés , comme ils le font par
le nouvel Edit.
Un bâtiment Grec étoit venu de la Morée
pour faire quarantaine ici avec fes mar
chandifes , & les conduire enfuite à la foire
de Sinigaglia : mais fur la nouvelle des nou
veaux droits il a remis auffi-tôt en mer
pour fe rendre à Triefte. Ce dernier événement
a porté au comble le mécontentement
du peuple , & fur tout celui des ouvriers ,
dont la fureur eft telle , qu'on a lieu d'en
craindre des fuites funeftes.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 27 Juin.
Vendredi dernier , par ordre de l'Amirauté
, le yacht l'Augufta a appareillé de la
riviere pour Gravefend. Là il prendra les
provifions néceffaires à la traversée des trois
jeunes Princes de la Famille Royale , qui
s'embarquent mercredi prochain , & fe rendront
par Helvoetfluis à Hanovre , d'où ils
pafferont à l'Univerfité de Gottingue
( 63 )
On a également envoié des ordres à Chatam
pour l'équipement du cutter le Brazen ,
qu'on deſtine à une expédition preflante.
On a vendu fur ce même chantier de Chatam
le vaiffeau de ligne le Solitaire , de 64
can, pour la fomme de 625 liv. fterl.
יד
Le Bristol de so canons , monté par le
Commodore Hughes , la frégate l'Active &le
floop le Cygnet lont arrivés de Bombay au
Cap , à la fin de Février dernier , après une
très-courte traverfée. Le Commodore ne fe
propofoit pas de remettie à la voile avant le
commencement d'Avril, atten lu qu'un grand
nombre de matelots , attaqués du fcorbut ,
avoient été mis à terre. Il ne reste plus aux
Indes que deux floops de 15 canons chacun ;
mais dans peu , on y enverra de nouvelles
forces navales.
Le 21 de ce mois , M. Hamilton propofa
de nouveau un appel de la Chambre , afin
de terminer l'affaire de M. Haftings dans
cette fellion, & L
De quelque côté , obferva- t il , que la Chambre
penche dans fa décision , cela , doit être déterminé
inceffamment. Une décifion lente eft
contraire à la juftice & à l'humanité , & fi quel
qu'un a droit à cette juftice , c'eft celui qui a
paffé la meilleure partie de fa vie dans des poftes
éminens au fervice de fa patrie , qui eft maintenant
avancé en âge , & dont la fanté est trèsdélabrée
. Si fa conduite a été infame , marquezle
d'infamie , & qu'il reçoive le châtiment qu'il
mérite. Au contraire , s'il eft innocent pour
quoi ne pas le délivrer d'une attente longue &
:
( 64 )
pénible ? N'a -t- il pas été long- tems dans la fituation
d'un homme perfécuté & accufé ? Eft il
jule que le châtiment précede la condamnation
?
Il ajouta que cette affaire pouvant fe conclure
dans deux mois au plus , les Membres avoient
d'autant moins raifon de délai de prorogation ,
qu'ils devoi nt cette attention à la dignité de la
chambre , & au droit que M. Haftings avoit de
connoître enfin fon fort à l'avenir ; qu'au refte ,
i fupplioit les Membres de le foutenir dans fa
motion , dont il étoit disposé à prendre fur lui
tout l'odieux & tout le blâme . Il finit en propofant
que l'appel , de la Chambre fut fait d'aujour
d'hui en quinze.
M. Dempfter feconda la motion.
M. Sheran s'y oppofa , parce qu'il étoit perfuadé
, dit- il , que nonobftant l'intrépide détermination
de l'honorable Membre , de fupporter
tout l'odieux de l'appel , il en rètomberoit encore
aff z fur ceux qui le feconderoient dans une motion
, dont l'effet feroit d'obliger les Membres
qui étoient déja à la campagne , & qui avoient
fait leurs arrangemens pour y paffer l'été , de
revenir en ville pour un espace de tems qu'il
n'étoit guere poffible de déterminer. Au refte ,
ce n'étoit pas que ni fon honorable ami ( M.
Fox ) qui étoit abfent , euffent la moindre répuztnonce
à poursuivre l'affaire jufqu'à fa conclufion
; mais l'importance de la caufé demandoit
qu'on pût s'affurer d'un nombre fuffifant de
Membres , pour ne pas fournir à la partie qui
fuccombero't le prétexte de récriminer & de
condamner le jugement de la Chambre . Il favoit
qu'un honorable Membre ( M. Scott ) s'éroit déja
fervi d'un pareil argument . I fe fouvenoit
qu'un autre Membre ( M. Pitt ) avoit proposé
( 69 )
-Bau commencement de cette enquête , d'en ren
voyer la continuation à la feffion prochaine , fi
elle devoit trainer trop , & que l'ami de M. Haf
tings ( le Major Scott ) qui étoit alors préfent ,
n infifta pas pour que l'affaire fût terminée dans
cette feffion . Ses motifs , pour preffer cette conclufion
, avoient donc changé dans l'efpace d'un
mois ? Il avoit déclaré emphatiquement que le
fort de l'Inde en dépendoit , Mais d'où tiroit - il
cette information ? Vencit- elle de lui arriver tout
récemment de l'Inde ? le Bureau du contrôle
l'avoit- il auffi reçue ? Quant à lui , il avait eu
cod beau faire des recherches fur l'état de l'Inde ,
depuis la derniere décision de la Chambre , il
n'avoit rien appris ; toutes les nouvelles qu'il
avoit pu recueillir étoient celles d'un gros dia
mant envoyé , dit- on , à M. Hastings , pour être
préfenté à S. M. , & qui l'avoit été dans une
circondance bien critique & bien extraordinaire...
J
M. Sheridan releva enfuite les épithetes de
perfécuté & d'accufé , que l'honorable moteur avoit
appliquées à M. Haftings. Il convint que cet
ex-gouverneur étoit dans la fituation d'un homme
accufé. Mais en quoi eft il perfécuté , demanda
t-il ? Sans doute on vent faire allufion au
vote donné conrre lui dans l'affaire de Benarès.
En ce cas , je fuis affis auprès de plufieurs des
perfécuteurs de M. Haftings , qui pourront mieux
juftifier leur vote , qu'il ne me conviendroit d'entreprendre
de le faire pour eux , & c. Il conclut
en s'oppofant à la motion .
Le Major Scott repliqua à M. Sheridan qu'il
n'avoit jamais cru que l'enquête dût être prolongée
au delà de la feffion préfente ; la conduite
de M. Haflings avoit été certainement le fujet de
beaucoup de recherches , foit ici , foit dans l'Inde;
( 66 )
dans tous les partis , on l'avoit accuſé & defendu.37
Il avoit trouvé alternativement dans les mêmes:
perfonnes des partifans zélés & des adverfaires
redoutables , qui à différentes époques avoiem
eu des opinions différentes fur fon compte ; & ceux 7
qui s'étoient montrés les plus ardens à le pour
fuivre , avoient enfuite trouvé des raisons der
changer de fentiment , & avoient fubftitué les
éloges les plus pompeux aux cenfures qu'ils lui
deftinoient
Il cita à cette occafion quelques paffages d'un
difcours prononcé par M. Hardinge le 16 Dé
cembre 1783 , dans lefquels M. Haflings eft re -5
préfenté comme un homme étonnant , comme le
Chatam de l'Inde , & c . & c.
Ce qui Pavcit porté à dire que le fort de l'Inders
étoit attaché à la décifion de l'affaire de M. Haftings
, c'est qu'il avoit cru & qu'il croyoir encore.
que l'événement détruiroit l'autorité qu'on devoit
maintenir dans l'Inde , fi l'on vouloit conſerver
de l'influence fur les Zemindars , & les autres
Princes Tributaires , qui ne manqueroient pas
de tirer parti de la dernière décifion de la Cham-{
bre , pour refufer de fournir leur contingent >>
ftipulé dans les cas de néceffité publique , & c .
Ces principes ne furent pas adinis par M. Pitt , "
qui étoit bien loin , dit- il , de convenir que la
deftinée de l'Inde tînt à un fil auffi mince que
l'étoit celui du fort de M. Haftings. La derniere
décifion de la Chambre ne pouvoit pas avoir les
fuites que l'honorable Membre fembloit appré
hender. Les détails venus de l'Inde étoient de
plus en plus favorables . Quant à la motion ,
étoit d'avis qu'elle fût retirée . Il étoit jufte que
les Membres puffent vaquer à leurs affaires particulieres
, après avoir rempli les longs & pénibles
devoirs dans le Parlement . M. Haftings
( 67 ) )
ne pouvoir pas fe plaindre d'un délai , qui n'ag- -
graveroit point fon état , &c.
M. Dempfter foutint que la conduite de M.
Haftings dans l'Inde avoit été conforme à fes devoirs
& à la fituation dans laquelle il fe trouvoit;
que la Grande Bretagne ne poffédant le Bengale
que par le droit de la force , le Gouvernement avoit
agi conformément aux principes néceffaires pour
maintenir une poffeffion ainfi acquife. Il fit quelques
allufions au Rajah de Tanjaour, & conclut en
difant qu'à fon avis la poffeffion de fon pays ne
pourroit jamais être d'un avantage durable pour
ce Royaume.
Cette maniere de décider fur certains points
délicats parut dangereufe à M. Dandas , qui obferva
que la foule fécurité que l'Angleterre avoit
pour fes poffeffions indiennes , étoit l'exercice de
fon pouvoir; que cette fituation précaire mettoit
quelquefois dans la néceffité de piller , de
faire la guerre , même de dévafter , pour conferver
ce que l'on poffédoit.
Enfinla chambre fe divifa fur la motion , trente
Membres voterent pour l'appel , & quatre vingtdix-
neuf contre.
M. Burke propofa enfuite de révoquer l'ordre
pour l'examen des témoins ; mais comme M.
I'Alderman le Mefurier repréfenta que le Major
Williams devoit partir pour l'Inde avec la pro
chaine flotte , la Chambre fe forma en comité.
& le Major Williams fut appellé à la barre , où il
fubit un long examen relativement aux Bé
gums ,
Le 23 , il a été préſenté un Bill aux Communes
pour continuer les procédures actuelles
contre M. Haftings , nonobftant toute
prorogation du Parlement. Jufqu'ici la
Cour générale des Actionnaires de la Com-
+
}
( 68 )
pagnie des Indes , voit avec le plus vif mé
contentement cette pourfuite odieufe , légitime
peut-être de la part des Indiens euxmêmes
, mais abfurde , venant d'un Gouvernement
qui lui même s'eft mis depuis
long- temps dans la néceflité de conduire le
régime de l'Inde , fur des principes bien
différens de ceux qui regnent en Angleterre.
La Cour générale qui fait qu'elle
doit abfolument & exclufivement aux fervi
ces de M. Haftings , le falut de fes poffelfions
Afiatiques , ne reftera pas tranquille ,
fi le Décret a lieu contre l'ancien Gouverneur
général . On doit propofer à cette Cour
de nommer un Comité fecret pour feconder
l'Accufé dans fes défenſes .
La femaine derniere , on a pendu une
jeune femme de 30 ans , nommée Phoebé
Harris , dont le cadavre a été jetté dans les
flammes après l'exécution. Elle étoit coupa
ble d'avoir fait de la fauffe monnoie . A cette
occafion , M. Wilberforce a proposé un Bill
aux Communes , pour fupprimer cette partie
de la Loi pénale , qui ordonne de brûler
le corps d'une femme après l'avoir pendue ,
dans les cas de petite trahifon.
La Compagnie des ludes a reçu, dit on , par
le Britannia des nouvelles authentiques qui
confirment la mort de Tippoo- Saïb ; ce Prince
a reçu fur le champ de bataille une bleffie
mortelle , non de l'ennemi , mais de fes propres
troupes . Voici les détails que l'on donne
( 69 ):
de cet événement, qui cependant nous paroît
encore fost incertain . Tippoo- Saïb raffembla
une armée nombreulepour agir contre les Marattes
; mais avant de rien entreprendre , il fe
détermina à attaquer Hyet - Saïb qui livra
Bednore au Géné al Matthews. Hyet Saib
étoit fortement retranché , & la droite de
fon retranchement fe trouvoit couverte par
un fort , fitué au milieu d'un marais . Tippoo-
Saib fit attaquer ce fort ; fes troupes turent
repouffées deux fos , & il perdt 2000 hommes
Il donna l'ordre alors d'avancer une
troifiéme fois & d'attaquer le fort , l'épée à
la main ; au - lieu d'obéir , la plus grande partie
de fon armée fe tourna fur le champ contre
lui & fit une décharge de moufqueterie
dont il reçut une bleffure mortelle. Il fut
transporté à Seringapatan , où il est mort.
Le feu D.c de Northumberland a laiffé
une forme de mille liv. fterlings aux pauvres
de différentes Paroiffes & de fes terres ;
legs qui leur ont été paiés le lendemain de
l'enleveliffement du Duc.
On va conftruire dans la riviere de Sonthampton
6 gros vaiffeaux pour le fervice de
la Compagnie des Indes . Les plantations de
chênes , faites , il y a 15 ans , dans la nouvelle
forêt, ont le plus grant fuccès. Si cet ufage
de faire tous les ans de nouvelles planirations
fubfifte , on aura dans 20 01 30 ans une
reffource affurée pour la conftruction de petits
vaiffeaux de guerre.
+
Il eft forti Samedi dernier du port de Gra
( ($ 701 )
K
vefend deux fmacks neufs de 60 tonneaux
chacun , pour le rendre à la pêche du turbot ,
fur le Dogger- Bank. Ces petits navires font
équipés d'après la maniere Hollandoife, avec
quelques améliorations . Ils appartiennent à
des particuliers qui veulent faire un effai de
cette branche de pêche , dont les Hollandois
font entièrement en poffeffion depuis un
grand nombre d'années , & qui leur produit
tous les ans plus de 20,000 liv . fterl . qu'ils
emportent en Hollande en efpeces . L'équipage
de ces fmacks confifte en 10 hommes,
en y comprenant le patron . Ils portent des
canons de 4 , pour fe garantir des infultes ;
car il eft très-probable , dit le Morning Chronicle,
d'où nous irons cet article , que les
pêcheurs Hollandois qui font dans ce tempsci
très nombreux dans ces parages , chercheront
d'autant plus à les inquiéter , qu'ils regarderont
peut- être cette tentative.comme
une invafion de leurs droits. Au reste , ajoute
la même Feuille, tes Gardes côtes Anglois
ont les ordres les plus précis de protéger nos
pêcheurs de la maniere la plus étendue & la
plus particuliere.
Quelques papiers publics ont donné la
lifte fuivante des fortunes rapportées par des
Particuliers , des Préfidences du Bengale
,
de Bombay & de Madras .
M. Rumbold ena rapporté , dit- on , 350,000
fterlings , & M. Sykes 300 coo . M. Barwell
god.oco . M. Dupré 250,000 . M. Winch
62100200,000. M. Monckton 200,000. M. Stracey
((871 )
200,000 M. Verelft 200,000. M. Haftings
300,000 . M. Middleton 250 000. M. Spencer
» 200,000 . M. Carnac 150,000 . M. Holmes
ec 130,000 . M. Watherstone 150,000 . M. Law
100,000. M. Kallandar 150,000. M. Morley
100,005. M. Howes ico, 000 . M. R mfay
150,000 . M. Hull 150,000. M. Paxton
» 100,000, M. Draper 150,000 . M. Francis
» 200,000 . M. Stackhoufe 150,000 . M. Riley
100,000 . M. Scott 100,000 . M. Wraxall
» 100,000 , & M. Bond 100,000 . L'on peut
ajouter qu'il y a au moins cinquante fortunes
au- deffous de 1oo mille livres , & audeffus
de 300,000 , qui ne font pas mentionnées
dans cette life , dans laquelle on a éga-
» lement oublié le Chevalier Hughes & fon
Secrétaire , à qui tout le monde donne au
moins un million pour leur part ; on ne parle
pas non plus des fortunes de ceux qui , réfidant
dans l'Inde , font annuellement des remifes
à leurs Agens. Le Gouverneur de Ma-
» dras , & en général tous les Militaires font
» également oubliés «.
ככ
לכ
Tous ces bilans font fort hafardés , & la
plupart très-exagérés .
Les lettres de Caftlebar , du 12 de ce
mois , annoncent en ces termes l'exécution
de Fitz Gerald & celle de Brecknock , fon
complice.
** Brecknock , qui a été exécuté avec Fitz-
Gerald , a paru très agité & plein de craintes
fur fa fin prochaine. Son complice s'en étant
apperçu , l'exhorta à fe comporter en homme
, en lui, difant qu'ils mourroient enſemble
. On les ramena en prifon , & à 6 heures
( 72 )
- -
du foir , ils furent conduits au lieu de l'exé.
cution , fur l'em nence qui eft près du châreau
de Caftlebar. Fitz- Gerald parut alors
fort tranquille , & abfolument réfigné.
« Brecknock fut exécuté le premier
montra un courage & une fermeté dignes
d'une meilleure caufe.
3
«Fitz Gerald monta enfuite fur l'échelle ,
& s'armant dans ce moment de tout fon
courage , il s'élança de lui- même avec tant
d'impétuofité , que la corde cafla ; il fe releva
enfuite & en demanda une plus forte au
shérif , remonta fur l'échaffand , s'élança de
nouveau & expira peu de minutes après .
« En 1782 , il avoit engagé un homme à
tuer fon propre frere. Heureufement , l'affaffin
le manqua ; fentant des remords , il alla
trouver Fitz - Gerald , & lui dit que fa confcience
ne lui permettoit pas d'achever fon
crime . Sur quoi , pour prévenir toute découverte
, Fitz Gerald tua ce malheureux
d'un coup de fufil , & l'ente ra tout habillé ,
avec l'afiflance d'Andrew Craig , qui a dévoilé
ce crime dans fa dépofition.
« Ce fut dans cette même année qu'il fut
jugé & condamné à une longue priſon , & à
une amende confidérable , pour avoir fait enfermer
fon propre pere , & l'avoir traité de la
maniere la plus cruelle & la plus indigne ,
afin de lui arracher un teftament en fa faveur.
FitzGerald avoit obtenu fon pardon du
Gouvernement , durant l'adminiftration du
Lord
1.73 )
Lord Temple ; mais fon malheureux père
ne lui a jamais pardonné : l'ayant rencontré
un jour par hafard dans la rue , il fe mit à
genoux pour maudire ce fils dénaturé ; on
affure qu'il fit tout haut des voeux au ciel
pour qu'il pérît fur un échaffaud . » ..
FRANCE.
De VersailLES , le 2 Juillet .
Le Roi , de retour du voyage qu'il vient
de faire à Cherbourg & au Havre , arriva ici
le 29 du mois dernier , vers les trois heures
après midi. L'empreffement avec lequel le
Peuple s'eft porté en foule dans tous les
endroits où Sa Majefté a paffé & féjourné
pendant le cours de fon voyage , & les dé .
monftrations éclatantes de joie qu'il a fait
paroître en voyant fon Souverain , ont montré
par-tout l'amour , l'attachement & la fi
délité dont tous les François font pénétrés
pour leur Roi. Sa Ma efté a daigné répondre
à ces fentimens fi chers à fon coeur , par
les témoignages les plus multipliés de cette
fenfibilité & de cette bonté qui la caracté
rifent. Le Roi a été accompagné dans fon
voyage , en allant , par le Prince de Poix ,
Capitaine des Gardes - du Corps en quartier ,
par le Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre en exercice , par le
Duc de Coigny , Premier Ecuyer de S. M. ,
& par le Duc d'Harcourt , Gouverneur gé-
No. 27 , 8 Juillet 1796. d
( 74 )
néral & Commandant de la province de
Normandie , que le Roi avoit pris à Harcourt
; auxquels de font joints , pour le retour
de Sa Majefté , le Maréchal de Caftries,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
de la Marine , le Maréchal de
Ségur , Miniftre & Secrétaire d'Erat ayant
le département de la guerre , le Duc de Liancourt
, Grand - Maître de la Ga: de robe de
Sa Majefté , & le Marquis de la Fayette.
Gazette de France. )
DE PARIS le 5 Juillet.
On apprend de Cherbourg que Sa Maj . y
eft arrivée le jeudi à onze heures du foir; le
temps paroiffant favorable four placer le
lendemain un cône , le Roi en donna l'ordre.
La marée fixoit le départ de ce cône ,
vers quatre heures du matin ; Sa Majeſté s'y
rendit auparavant , pour en fuivre toute l'opération.
Lorfque ce cône fut à flot , le Roi
s'embarqua , & le fuivit quelque temps ;
après quoi , Sa Majefté fut voir la difpofition
dans laquelle d'efcadre d'évolution
commandée par le Comte d'Albert de Roms,
étoit mouillée , elle monta fur le vaiffeau le
Patriote , fe fit rendre compte de tous les
objets qui parurent intéref er fon fervice , &
après les avoir tous examinés , elle fe rembarqua
pour aller fe placer fur le cône le
plus voifin de l'emplacement deftiné à celui
qui aloit être établi, Sa Majeſté vit de -là
(87575
toute l'opération qui fut exécutée avec toute
Ja précision poffible ; elle fut au fort de l'île
Pelée ; après l'avoir examiné dans le plus
grand détail , le Roi fe
rembarqua pour
l'Abbaye, auprès de Cherbourg , où Sa Maj.
eft logée : Elle trouva à fon
débarquement
toute la plage couverte de peuples ; elle y
fut reçue aux acclamations les plus vives , &
fut accompagnée ainfi jufqu'à ton logement.
(Gazette de France. )
Le navire le Dauphin , que les Gazettes
Angloifes & des Agioteurs avoient fauffement
annoncé perdu fur les côtes de Siam ,
eft arrivé fauf à l'Orient.
Pendant le courant de Mai , il eft entré dans le
port de Bordeaux vingt trois navires venant des
Colonies françoifes favoir : deux de la Pointe- à-
Pitre , quatre du Port -au- Prince , trois de la
Martinique , un de Cayenne , neuf du Cap , trois
de la Guadeloupe , un des Caies Saint - Louis.
Leurs chargemens confiftoient en fucre , café ,
indigo , cacao , coton , bois de gayac gingem
bre , &c ; ce mêine mois il eft entré cent foixan
re- fix bâtimens de petit cabotage françois , &
trois de grand , ainsi que quarante - trois navires
étrangers chargés de bled , merrain , planches ,
poutres , fer, bierre , chanvre , beurre , boeuf,
fromage , &c. & la plus grande partie fur leur
left.
Pendant le cours du même mois il eft forti du
même port vingt un Navires françois deftinés
pour les Colonies , favoir un à Méinde , cinq à
Saint- Domingue , deux au Port-au - Prince , deux
à la Guadeloupe , cinq au Cap , trois à la Mare
tinique , un à la Pointe- à- Pitre , un à l'Ile -ded
2
( 76 )
France , un à Saint- Marc ; leurs chargemens confiftoient
en vin , farine , boeuf , beurre , eau - devie
, lard , marchandifes feches , &c. Ce même
mois , il eft forti du port cent quarante - cinq bâtimens
de petit cabotage françois & trois de grand ,
ainfi que quatre - vingt - trois navires étrangers ,
chargés de vin , fucre , eau- de-vie , café , fyrop
, & c .
Le 13 de ce mois , vers 8 heures du foir
la chaleur ayant été très forte , & le temps.
très accablant toute la journée , un orage
menaçant venant de l'oueft , fe déploya fur
Ta ville d'Agen & les environs. Les pronof
tics effrayans qui précéderent cet orage ne
tarderent pas à fe vérifier. Une pluie qui
tomboit par toriens , un vent furieux , une
grêle affreufe , dont la groffeur moyenne
égaloit celle d'un oeuf de poule ordinaire ,
produifirent d'épouvantables ravages dans
la campagne , changerent totalement fon
afpećt en plufieurs endroits , moiffonnerent
partout , dans l'efpace d'une heure , l'efpérance
d'une année de travaux , & enleverent
au moment d'en jouir , la plus belle récolte
qui de mémoire d'homme ait été promife
au cultivateur. Cet orage toujours pouffé
par le vent d'oueft a porté fes ravages beaucoup
plus loin. Soixante Paroiffes de l'Age
nois ont été totalement ruinées. Plufieurs
familles de payfans dénuées de reffources
puifque tous les fruits de la terre viennent
de leur être ravis , font à la veille d'aller
chercher leur fubfiftance journaliere hors
( 77 )
d'un canton où la mifere va s'étendre fur
toutes les claffes des habitans. Parmi les
fenes attendriffantes auxquelles ce terrible
défaftre a donné lieu , on ne peut s'empêscher
de remarquer celle qui fuit . On a vule
valet d'un métayer des environs d'Agen ,
forcé par les effets de l'orage d'aller fubfifter
ailleurs , citer fon maître devant MM.
les Officiers Municipaux , pour lui demander
de falaire de onze jours de travail , ce
qui pouvoit s'élever environ à un écu de
trois livres ; on a vu le métayer dans l'impoffibilité
de fatisfaire fon créancier , lui of
frir en paiement devant fes Juges l'entiere
récolte de la métairie , en bled , vin , chanvre
& productions de toure efpece , & ce
dernier l'a refufée comme infuffifante , quoi
que la portion de cette récolte dont jouit le
propriétaire , & qui eft égale à celle du métayer,
foit affermée annuellement la femme
de 1200 liv.
Depuis ce premier défaftre , l'atmoſphere
s'eft tellement dérangé , qu'il ne s'eft point
écoulé de journée , fans qu'on ait éprouvé
Agen , ou aux environs , plufieurs orages ,
la plupart fuivis de grêles qui ont occafion .
né des pertes nouvelles , ou comblé les anciennes
. On peut imaginer facilement d'après
ces triftes détails , à quel point doit s'augmenter
de jour enjour la calamité de ce pays ,
qui femble dévoué à la défolation. La foudre
eft tombée fur plufieurs maifons ; d'aud
3
( 78 )
res ont été démolies , & leurs matériaux difperlés
. Enfin deux hommes furpris aux por
tes d'Agen los du premier orage ont tellement
fouffert des effets de la grêle , qu'ils
font regardés par les Gens de l'art comme
fans reffourée un autre entraîné par les
eaux s'eſt noié fans qu'on ait pu lui prêter
fecours,
Une lettre de Lannion en Baffe-Bretagne ,
du 20 Juin , rapporte l'anecdote fuivante ,
de la vérité de laquelle nous n'avons d'autre
autorité que celle de l'Ecrivain de la lettre
dont voici l'extrait :
Marle Recteur de la Paroiffe de Buhulieu , près
Lannion en Balle- Bretagne , fut appellé le 15 du
mois dernier pour adminiftrer une femme à la÷
quelle il avoit porté le faint Viatique les jours
précédens. Le Recteur dinoit lorsqu'entrale
mari de la malade , qui lui dit poliment : M. fe
Recteur achevez votre diner , je vais prendre
les devans pour préparer ce qui est néceffaire ;
mais je vous prie de ne point tarder ; car mon
époufe eft à l'extrémité. Le Recteur part deux
minutes après. A quinze pas de chez lui , i!
voit un jeune homme fur le feuil de fa porte , qui
fourbilloit un piftolet ; il le prend , en lui diſant •
mon ami ,je tede rendrai à mon retour . Il conti
nue fa route d'un pas ferme. A moitié chemin ,
c'eft -à- dire à un gros quart de licue de fon Prefbytere
, fon chien lui annonce des hommes qu'il
ne tarde pas à voir paroître. A l'abord , on lui
demande d'un oil menaçant , où il alloit , Il leur
rapporte le fujet de fon voyage. pas que
tion de cela , lui repliqua-t-on , il nous faut de
l'argent. Le Recteur leur répond d'un fang froid
( 79 )
(
admirable mes bons amis , vous avez pu favoit
que tout mon argent a été volé il n'y a pas plus
de dix jours. Un des trois s'avance pour te colle
ter ; le Recteur le frappe de fon bâton da is l'ef
tomac & le renverse. Dans le meme inftant , ik
tire fon piſtolet , & menace de brûler la cerveile
au premier qui l'approche oit . Ces gens qui
eroyoient fon pistolet charge , prirent la fui e
précipitamment. Débarrafle de ces deux hommes,
il donna une falutaire bâtonnade fur les bras de
celui qui giffoit encore à terre , bleffé à l'eftomac
de la pointe de fer du bâton. Le patient le fupplia
, au nom de Dieu , de lui lailler la vie , à
caufe de fes enfans. Combien en as tu , lui demande
le Recteur ? Six , Monsieur . Tu fais , lui
dit-il , un mauvais métier pour leur procurer du
pain ; car il te conduira directement à la potence.
It tire fa bourfe , lui donne une piece de douze
fols , & continue fa rome d'un pas égal , mais
ferme. Il étoit tems qu'il arrivât , car à peine
cut il adminiftré cette femme , qu'il fut dins le
cas de dire un De profundis pour ie repos de fon
ame. Avant de fe retirer , il tire encore fa
bourfe , & y trouve en tout quinze fols & deux
liards qu'il laiffa fur la table .
I eft très- conftant , Monfieur , que le Recteur
fut volé en plein jour à l'époque ci - deſſus marquée
; appellé à fa porte pour y donner l'aumône
à plufieurs pauvres qui s'y trouvoient , il oublia
la clef tans fon armoire , & paffa dans fon jardin
pour y continuer fon Bréviaire. Sa domestique
étoit abfente légitimement. Un coquin profita de
ces momens pour fouiller fon armoire , y trouva
& emporta quarante-quatre écus qui formoient
tout fon tréfor, Quelle perce pour un modique
Bénéficier ! Les pauvres en font très - touchés ,
car il eft aumônier , malgré la modicité de fon
d
4
( 80 )
Bénéfice. M. le Comte de C .... fon aimable & ´
très - refpectable Paroiffien , l'a mis dans le cas de
continuer les aumônes ; car dès qu'il fut inftruit
de cet événement , il lui fit envoyer une fomme
de 24 liv. &c . &c.
Dernierement la femme du nommé Durand
, fermier de M. le Confeiller de Sinard ,
a accouché de trois enfans mâles , bien portans
& pleins de vie. L'accouchement a été
très heureux , quoiqu'elle ait eu beſoin des
fecours de l'art pour les deux derniers. Le
Chirurgien affure n'avoir trouvé qu'un placenta
, ou du moins qu'il étoit d'un feul
corps , par tout très adhérent. La mere jouit
de la meilleure fanté. On remarque que déja
elle avoit fait deux filles dans une de fes promieres
couches ; & que fa mere avoit fait
auffi , il y a trente- cinq ans , une couche de
-trois enfans , de différens fexes. ( Affiches du
Dauphiné. )
La lettre qu'on va lire eft relative à la def
tinée d'un homme , qui a été connu à Paris
& dans plufieurs contrées voifines de la
France , où on l'a vu mendier littérairement,
en offrant des foufcriptions d'un ouvrage
imaginaire.
Il exiftoit un homme , nous écrit- on de Vitré ,
qui fe donnoit pour favant ; il a dit avoir fourni
au Mercure de France & au Journal de Paris
quelques morceaux de fa façon ; il avoit entête
un Ouvrage qu'il annonçoit par un Prospectus ,
fous le titre d'Annales du Citoyen ; il parcouroit le
Royaume depuis plufieurs années , & cherchoit
des foufcripteurs. Sa foufçription n'étoit point
( 81 ) .
chere , puifque pour trois livres on s'infcrivoit
dans fon livre , fur lequel on a trouvé pour en -
viron 13.000 livres de reçus ; enfin , ennuyé de
fes recherches , & ayant laflé le Public de différentes
Provinces , notamment de Bretagne , il
prenoit le parti de retourner à Paris ; mais
n'ayant point d'argent , il voyageoit accablé de
trifteffe , il quitte entre Vitré & Rennes un hommechargé
de fon porte - manteau , & s'approche de
la riviere . Je ne fais s'il avoit deffein de s'y défalterer
; mais il y perdit la vie : le Samedi de
Pâques dernier , on le trouva noyé . Le même
jour , & après les formalités de Juftice , il fut
enterré dans le Cimetiere de Châteaubourg , petite
Paroiffe à trois lieues de Vitré , & enregistré
fous le nom de M. Fromage de Longueville , natif
de Laon . On a appris par fes papiers qu'il étoit
Avocat au Parlement de Paris , & que durant
quelque tems , il s'étoit fait Ecrivain public dans
cette Capitale , &c .
M. Ifnard, Ingénieur des Ponts & Chauffées
au département d'Evreux , a fait dernierement
une expérience très - curieuſe , dont
il nous fait part en ces termes ;
Le 13 Avril 1786 , le temps étant très - clair
& l'air très- fec , après quatre gélées de nuit , le
vent étant au Nord-nord Eft & fouflant avec
une force moyenne, le barometre étant, à Evreux ,
28 pouces 2 lignes , j'ai mis immédiatement
fur le bord de la riviere une Boëte de fer-blanc
cylindrique , de 28 lignes de diametre , & de 3
pouces de hauteur avec un feul fond : la Boëte
étoit fermée dans le haut par un bouchon de
Liége; dans le bouchon étoient adaptés deux fils de
fer d'une ligne de diametre, qui étoient tous deux
pliés en bec à corbin dans l'intérieur de la Boëte
d s
( 82 )
& préfentoient leurs ex rêmités f'un à l'autre à
quatre lignes de diſtance.
"La Boete contenoît près d'une demi- livre de
poudre , que j'avois fait fécher pendant trois heu
res au foleil , & à laquelle j'avois mêlé de la li
maile acier, & la Boëre étoit parfaitement
remplic.
Le bouchon & les deux fils de fer qui le pénétroient
, étoient maitiqués avec une compofition
de parties égales de cire & de réfine , & d'une
demi- partie d'ocre rouge.
Des deux fils de fer , Pun
garniture extérieure d'une muniquoit à la
batterie électrique ,
par le moyen d'un fil de fer de vingt - cinq pieds de
longueur & d'une ligne de diametre qui étoit
dans l'eau , & d'une chaîne de foixante pieds de
longueur, dont les vinges derniers pieds formoient
un bout fuperflu au de là de la garniture extérieure
; l'autre communiquoit à la boucle qui a
fervi à tirer l'étincelle par un fil de fer de vingtcinq
pieds de longueur & d'une ligne de diametre
qui étoit dans l'eau , & une chaîne de vingt - quatre
pieds de longueur.
La batterie électrique étoit compofée de quinze
jarres , dont chacune a près d'un pied quarré &
demie de garniture.
Après avoir chargé la batterie pendant vingt
minutes , avec une machine à plateau de quaforze
pouces de diametre , & fuppléé à un plus
grand appareil en mettant de l'amalgame fur les
frottoirs de trois minutes en trois minutes , j'ai tiré
une étincelle avec la boucle de la chaîne de vingtquatre
pieds ; la poudre s'eft er flammée par la
décharge électrique , à midi & quelques minutes.
Le 3 Mai la même expérience a été répétée ,
le barometre étoit à vingt-fept pouces huit lignes;
rait étoit très fec après plufieurs belles journées , E
5 ( 83 )
& le ciel commenço t à fe couvrir dans toute l'é
tendue de l'amolphere par un vent du midi , Les
fils de fer conducteurs avoient les mêmes die
menſions , fauf les deux parties plongées dans
F'eau de part & d'autre , de la Boete de poudre
qui n'avoient chacune que dix - neuf pieds de lon
gueur.
La Boere de poudre a été mife dans la riviere ,
mais à raison du bouchon de Lige & du martre ,
elle furnageoit étant couche fur le côté : tout
le reste étoit au même état que dans la premiere
exprience ; la batterie a été chargée pendant
douze minutes , & la poudre s'eft enflammée par
la décharge à environ onze heures & demie du
matin.
་ ་
Le 1 Mai la même expérience a été répétée ,
le barometre étoit à vingt -fept pouces dix lignes
& demie , l'air étoit médiocrement fec , le vent
au midi & fouftoit avec affez de force après plufieurs
jours d'orage, de grêle au de pluie , & le
ciel étoit en par le couvert de gros nuages : tout
le refte étoit dans le même état que dans l'expérience
précédente , excepté la Boere à laquelle
il avoit été attaché un poids pour qu'elle fût plongée
au fond de la riviere ; elle étoit couverte de
dix- huit pouces de hauteur d'eau , la batterie a
été chargée pendant quinze minutes , & la pou
dre s'eft enflammée par la décharge électrique à
onze heures vingt minutes.
La fenêtre de la chambre dans laquelle s'eft
faite la charge au premier é age , avoit été ouverte
pendant toute la matinée , & a été ouverte
pendant la charge.
L'explofion de cette derniere expérience a produit
un effet affez curieux , en foulevant une
gerbe ou colonne d'eau d'environ quinze pieds
de hauteur & un pied de diametre dans un petit
d 6
( 84 )
tourbillon de fumée. Ce bruit a été très-fourd &
moindre que celui d'un coup de fufil ordinaire :
il s'eft produit dans la terre , fous la Boete , un
trou de plus d'un pied de profondeur , & on a fenti
dans la maifon où fe faifoit l'expérience, un trem
blement qui a donné aux Spectateurs une com
motion affez forte dans les pieds .
On est entré dans les plus grands détails pour
rappo : ter ces expériences , parce qu'avec un aufli
petit appareil , on ne peut efpérer de produire
l'inflammation dans tous les états quelconques ,
de l'amoſphere.
Il réfulte de ces expériences qu'une boëte de
poudre , étant placée dans un cercle électrique.
de fil de fer de plus de cent pieds de longueur ,
dont trente- huit ou cinquante pieds font dans une
grande maffe d'eau, l'électricité, en parcourant , ce
conducteur y conferve affez fa vertu ignée pour
enflammer la poudre. D'où il fuit qu'il eft pof-
Gble de faire des mines dans le rocher fous l'eau,
à des profondeurs confidérables , par le moyen de
l'électricité , & d'appliquer ainfi cette Science à un
Art très- utile à la navigation , en détruifant les
écueils qui la rendent dangéreufe : ces expériences
fervent d'appui à un mémoire que j'ai dreffé , fur
les moyens d'exécuter des roctages à des profondeurs
confidérables fous l'eau . ·
» Piriac eft une Paroiffe , au bord de la
» mer en Bretagne , à 2 lieues de Guerrande
» & du Croific , qui avoit anciennement un
» port détruit enfuite par la mer ; les Etats
» de Bretagne avoient donné 15000 liv.
» pour le rétablir , à caufe de fa grande uti-
» lité ; comme cette fomme n'étoit pas fuf
>> fifante , il étoit refté imparfait. M. Eudo
( 85 )
"
» de Komant , qui demeuroit auprès de l'Orient
, eft venu fixer fa demeure à Piriac
> il a fait reconſtruire la digue à laquelle on
» a travaillé pendant huit mois : elle a été
finie, le 31 Mai dernier ; plus de 50. ou-
» vriers qui n'avoient pas de pain y ont
>> trouvé leur fubfiftance .
Les Affiches de Touloufe viennent de
publier l'état fuivant de la Population dans
la Subdélégation de cette Capitale du Languedoc
en 1785. On doit defirer que toutes
Tes Feuilles de Province dreffent de pareilles
nomenclatures.
NAISSANCES.
Touloufe , Garçons , . . 1,001 . Filles , .. 966.
Gardiage , Garçons ,
Campagnes , Garçons ,
·
251. Filles ,
2,061 . Filles ,
Total des nailfances , 99 de plus qu'en
1784 ,
MARIAGES.
113.
1,820.
6,112 .
Toulouſe , 429. Gardiage , 53. Campagnes , 827.
39 de moins qu'en 1784 ,
MORTS.
1,390.
Toulouse , Hommes , 678. Femmes , 631. 1,309.
Gardiage , Hommes , 111. Femmes , 75.. 186.
Campagnes , Hommes , 1,381 . Femmes , 1,348 .
2,729.
Hôpital des Malades , Hommes , 298. Femmes ,
228. 526.
Hôpital de la Grave , Hommes , 38 , Femmes , 44 .
Total des morts , 54 de moins qu'en 1784 ,
82.
4,832 .
Profeffions en Religion , Hommes , 16. Femmes , 8 .
3 de moins qu'en 1784 , ... 24.
( ( 86 )
Morts en Religion , Hommes , 11. Femmes, 18 .
10 de moins qu'en 17846 « 29.
Supplices , Hommes , 1 de plus qu'en 1784. 8.
Sépultures par Ordonnance de Police , Hommes , 8.
Femmes , 2 , 2 de plus qu'en 1784 10.
2
1
N. B. Dans le N°. 21 de ce Journal nous
avons parlé de la preftation de ferment du
Baron de Sémur pour la Lieutenance de
Roi du Bourbonnois . Nous fommes priés
d'avertir que cette Province a deux Lieutenans
de Roi; le département où le trouve
Moulins eft occupé par le Comte de Viry.
Jules Marc -Antoine de Morel , Marquis
d'Aubigny , Maréchal des Camps & Armées
du Roi, ci devant Colonel du régiment de
Lorraine , eft mort le 8 du mois dernier, au
château de Falaife en Normandie.
Le nommé Louis Pancou , Laboureur
habitant de la paroiffe de Saint Berfou , pros
Figeac en Quercy , y eft mort le 28 Mai
dernier , âgé de 108 ans & quelques jours.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le de ce
mois , font : 4, 64, 57 , 32 , & 10.
PAY SB AS.
DE BRUXELLES , le 2 Juillet.
Le Gouvernement vient de publier un
Refcrit de l'Empereur , portant Réglement
pour tous les Chapitres de Chanoineffes
dans les Pays Bas. kuesion
1
( 87 )
On ne recevra aucune Chanoineffe avant l'âge
de 18 ans en entrant , elle s'engagera par ferment
, auffi long-tems qu'elle demeurera" dans le
Chapitre , à fe conformer exactement aux regles.
Les nouvelles Chanoineffes devront être abfolu-
Thent fans fortune ; elles ne pourront pofféder en
même tems aucune autre Prébende ; mais elles
conferveront , comme propriété , tout ce qu'elles
pourront avoir par héritage ou par acquifition légitime
, après leur réception . Ce que l'on appelle
année d'école , année de refidence ftricte , eft fuppri
mé ; la nouvelle Chanoineffe , au moment de fa
réception , jouira des mêmes avantages & droits
des anciennes. On fupprime leur chant au choeur.
Leurs exercices de piété confilleront à réciter à
haute voix , tous les ans , le jour des Trépallés ,
l'Office des Morts pour les défunts de la Maifon
d'Autriche , & les jours anniverfaires des obfeques
des Prince: fouverains du pays ; elles réciteront le
même Office le jour des obféques d'une Chanoineffe
; tous les jours elies entendront la Meffe , & c.
Elles ne porteront , foit chez elles , foit à l'Eglife,
fot dans la ville , que des robes noires de taffetas
en été , & de gros- de-tours en hiver ; elles pourront
mettre des négligés de couleur chez elles &
à la campagne. Elles feront réunies dans une
même maiton ; chacune au a fon logement , fes
domeftiques , & foignera fon propre ménage à
fon gré ; en conféquence , il n'y aura plus de
Chanoineffe ménagere en titre , &c.
#
L'Archiduc Ferdinand Charles & l'Archi
ducheffe fon époufe font arrivées ici le 21
Juin. eb brow
* La ceffion du pays de Dalhem à l'Empe
reur , ftipulée par le dernier Traité de Fontainebleau
, s'eft effectuée le 10Juin par lesCom
( 88 )
milaires des Provinces- Unies , MM . L'ECtevenon
de Berkenrode & van der Perre , à
MM. de Brou & Franquinet , Commiffaires
Impériaux , qui , le 12 , ont remis aux Dépu
tés de la République le pays de Valkenburg.
On fera fans doute très empreffé de connoître
les détails du voyage du Roi de
France à Cherbourg. Sans garantir en tout
la parfaite exactitude des moindres circonftances
, nous croyons faire plaifir au lecteur
de placer ici une relation de ce voyage.
Sa Majefté , en partant de Rambouillet
le 21 Juin , fut conduite par fes chevaux
jufqu'à Houdan , où elle prit des chevaux
de pofte. Là , étant defcendue pour donner
le temps d'arranger quelque chofe dans la
voiture , une femme , qu'on dit être la femme
d'un Chirurgien du lieu , fe jetta à fes
pieds , en lui témoignant combien elle étoit
heureufe de le voir & d'embraffer fes genoux;
qu'elle mourroit contente, puifqu'elle
avoit le bonheur de voir fon Roi. S. M. la
releva avec bonté. Cette femme , dans le
tranfport de la joie , embraffa S. M,, qui
reçut cette marque naïve d'amour avec
beaucoup de fenfibilité , & l'embraſſa à fon
tour : le Peuple applaudit par des acclamations
unanimes . Le Roi demanda à cette
femme fi elle defiroit quelque chofe de lui ;
non , mon Roi , répondit elle , je n'ai besoin
de rien ; je vous ai vu , je ne defire plus rien.
( 89 )
Mais j'ai une voifine qui a douze enfans ,
bónne mère de famille , eftimée de tout le
monde , qui eft pauvre. Je vous entends :
qu'elle vienne me préfenter un Mémoire à tel
endroit le Roi le lui indiqua ) , & à votre
recommandation , je ferai quelque chofe pour
elle.
Au moment de l'arrivée de S. M. à Cherbourg, le
Jeudi 22 , le chemin depuis la Montagne juſqu'au
Gouvernement étoit , illuminé , ainli que tous
les bâtimens qui étoient dans la rade. Le Roi
avoit dans fon carroffe MM . le Prince de Poix ,
les Ducs d'Harcourt , de Villequier & de Co.-
gny. En arrivant au Gouvernement , il ne fit
pas peu fupris d'y trouver Madame la Duchefe
qui avoit devancé S. M. en quittant la veil e
le Château d'Harcourt immédiatement après le
foupé. MM. le Duc de Beuvron le Marqu's
d'Harcourt , les Maréchaux de Caftries & de
Ségur s'y trouverent auffi avec MM. les Ducs
de Chabot , de Liancourt , de Mortemar , de
Polignac & de Guiche , les Marquis de la Fayet
te , de Guerchy , le Prince de Léon , & plufieurs
autres Seigneurs.
2
Le 23 , à 9 heures du matin ; le Roi s'eft
levé , a entendu la Meffe , & s'eft rendu dans
un canot doré , avec les Seigneurs de fa fuite
, à l'endroit où le cône devoit être placé ;
& après avoir examiné toutes les difpofitions
faites pour la conduite du Cône , il monta
fur celui qui a été coulé le premier à 50 toifes
de diftance . On y avoit placé une tente en
forme de pavillon Chinois , fous lequel étoit
dreffé une table en forme de fer-à- cheval. C'eft
delà que S. M. vit toute l'opération du pla .
cement du Cône , & qu'elle jouit du beau fpec(
90 )
+
tacle de la mer à la plus grande vne pof-
Able.
Cependant un nombre infini de barques
entourerent le Cône fur lequel étoit placé le
Roi. Parmi ces bâtimens on diflingua une cor
vette Angloife , & plufieurs bat eaux de la même
nation. Le monde qui étoit à bord de ces
bâtimens faifoit retentir l'air des cris de vive
le Roi , & la fymphonie embarquée du régiment
de la Reine qui fe méloit aux a clemations , l'en
ceinte des batteaux aux pieds du Côn :, les
vaiffeaux de l'efcadre , tous payoifés , cer enfemble
formoit un fpectacle raviſſant . non
+
Il fut interrompu un moment par l'accident
d'un cabellan qui fe rompit en lançant le
Cône , trop de précipi ation cauía de malheur.
On remarqua que le Roi détourna la tête &
fe couvrit le vifige avec les mains avec l'expreffion
de la plus vive douleur , & il s'empreffa
d'envoyer des fecosts aux infortunés qui furent
bleffés dans cette occafion .
Cependant à peine le Cône fut- il placé qu'il
fut entouré de barques chargées de pierres pour
le remplir. Pendant tout ce tems les canons
du fort & de l'efcadre ne cefferent de faire
des laives dart : lier:e & le peuple de répéter
fes acclamations
J ་
On fervit à diver fous le pavillon , & le
Boi fit placer à fes côtés Madame la Ducheffe
d'Harcourt & Madame la Marquise de Guer
chy.
A heures le Roi s'embarqua dans fon canot
avec fa fuite , M. le Duc d'Harcourt fit
diriger la route le long des cônes , & S. M.
remarqua en même-tems la digue de pierres
qui étoit alors découverte par la baffe - mer ,
aqui unit les cônès les uns aux autres. Enfin
( 91 )
On arriva à l'Ife Pelée à laquel'e S. M. donna
le nom de Fort Royal . Elle en examina les dif
férens ouvrages & s'en montra extremement fatisfaite
; e le voulut qu'on fit en la préſence
la manoeuvre du canon de cafemates , & une
décharge générale sé l'artillerie qu'elle ordonna
no caufa pas le moindre ébranlement aux
voûtes.
Le Roi étant rentré dans fan canot , alla
vifiter le port Bucquet où on charge les pierres ,
enfuite il parcourut toute la rade . Le peuple
qui bordoit le rivage fuivoit tous les mouvemens
du canot , & quand il approcha du chantier
des constructions , pus de 150 enfans fe
mirent à la nage autour de S. M. & mêlerent
leurs acclam tions à celles qui ne ceffoient de
partir du rivage. Le Rois très fenfible à cette
marque d'empreffement , exhorta avec bonté
ces enfans à ne pas s'expofer ; enfuite il paſſa
devant les forts Longuer & du Gallet , & il
débarqua à l'endroit appellé la Foffe du Gallet.
On y doit former le baffin de la Marine, En
cer endroit la mer a trente pieds d'eau.
En quittant la mer le Roi fut falué d'une
triple décharge de l'artillerie des forts & de
l'elcaore , & in voiture entourée du peuple ne
put arriver qu'au petit pas au Gouvernement.
Le tems ne fut jamais plus beau & la mer
jamais plus calme que ce jour , ce qui ajouta
á la beauté du fpectacle qu'il préfenta.
Le 24 , après fon lever , S. M. reçut les hom
mages de tous les corps militaires de la place
& dix huit Anglois de marque ayant demandé
à lui être préfentés , on prit leurs noms , & S. M.
les accueillit parfaitement bien . Parmi ces Anglois
étoit le fils du Duc de Richment.
Le Roi entendit la Meffe , déjeůna & s'em(
92 )
barqua enfuite pour fe rendre à bord du vai
feau le Patriote , commandé par M. d'Albert
de Rioms ; dès qu'il y fut , le fignal d'appareil
fut donné , & l'efcadre compofée du Patriote &
de douze frégates ou corvettes mit en mer.
Parvenue à environ quatre pieds de hauteur ,
il s'engagea un combat fimulé entre les bâti
mens les plus avancés , le Roi prit plaifir à
voir la célérité de toutes les manoeuvres , le
combat devint général , & vers 5 heures il fut
terminé par le fignal de ralliement ; l'eſcadre
rentra à fept heures du foir en rade , & S. M.
revint à terre dans fon canot.
>
La journée du 25 fut employée à visiter le
fort du Hommet , auquel S. M. a donné le
noin du Fort d'Artois ; Elle s'étoit embarquée
dès fix heures du matin & Elle alla à la
pointe de Querqueville où l'on doit conftruire
une citadelle. La mer étant baffe , le Roi s'eft
promené fur la digue des côtes qui étoit découverte
; enfuite il a monté à bord de différentes
frégates , & il s'eft arrêté à bord du
Patriote où il a dîné. L'après midi S. M. a
vifité les magazins , les attelliers , & tous les
établiffemens faits pour le fervice de la Ma
rine , ainfi que les ballins pour la marine marchande
, & les plans des autres travaux .
&
La fin d l'ordinaire prochain .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS . GRAND CHAMBRE .
Caule entre les Officiers de la Bazoche du Palais d
Paris , & le fieur Vigier , Clerc au Palais,
ourfuivant fa réception en l'Office de Procureur
au Parlement.
La Cour difpenfe , quand elle le juge à pro(
93 )
>
pos , de l'exécution rigoureufe des Réglemens ,
qui fixent le tems de la Cléricature ; & la Bazoche .
eft non recevable à former oppofition aux Arrêts
qu'elle veut bien accorder quelquefois en certains
cas , à de jeunes Eleves ; d'ailleurs ces Afrets
ne font jamais rendus qu'en grande connoiffance
de caufe , & après que l'afpirant a produit des
pieces juftificatives de fa capacité. Tel eft le
point de Jurisprudence qui vient d'être jugé.
Le fieur Vigier , après avoir travaillé pendant fix
ans chez des Procureurs de Province , eft arrivé
à Paris en 1779 ; il eft entré fucceffivement chez
Me. Dartis de la Fontille & chez Me . Rouffeu
Procureurs en la Cour ; il a fait dans ces Etudes
les fonctions de principal Clerc pendant près de
fix ans . En 1785 , il a traité de l'Office de Me.
Roaffeau ; alors il a levé un extrait de fon infcription
fur les registres de la Bazoche , & a demandé
aux Officiers de cette Jurifdiction un certificat de
tems d'étude , qui lui a été refufé . Sur la fommas
tion qu'il leur a faite le 28 Juin 1785 , de déclarer
les motifs de leur refus , ils ont répondu qu'ils
n'en avoient point d'autres que le défaut de dix
ans de Cléricature requis par les Réglemens..
Alors le fieur Vigier a obtenu de l'indulgence de
la Cour , & fur les conclufions de M. le Procu- .
reur- Général , à qui il a juftifié de fes moeurs &
de fa capacité , un Arrêt le 11 Février 1786 ,
qui , par grace & fans tirer à conféquence , le .
difpenfe du tems de Palais requis par les anciens
Réglemens de la Cour. Les Officiers
de la Bazoche ont formé oppofition à cet Acret ,
ils ont invoqué le Réglement de 1744 , & ont
prétendu que rien ne pouvoit difpenfer de fon .
exécution . Le feur Vigier a répondu que
l'Arrêt de 1744 n'exigeoit pas formellement ja
demeure de dix ans chez les Procureurs de la ,
-
---
( 94 )
Cour , mais feulement chez les Procureurs en
général ; & fous ce point de vue , il foutenoit
qu'il n'avoit pas ftrictement befoin de difpenfe ,
ayant travaillé douze ans dans les Etudes , tant à
Paris qu'en Province. Enfin par Arrêt rendu
fur les conclufions de M. l'Avocat - Général
Séguier , le 24 Mai 1786. La Cour , fans s'arrêter
à l'oppofition des Officiers de la Bazoche , a ordonné
que l'Arrêt du 11 Février feroit exécuté
felon fa forme & teneur.
Caufe entre la Communauté des Marchards Limonadiers
, la veuve I EGRAND , Marchande Limonadiere
, & le fieur DUMONT , Marchant Epicier.
·Boutique occupée , moitié par un Epicier, moitié
par un Limon dier , faifant chacun leur commerce
Séparément , avec double infcription au deffus de la
`porte ; occafion de fa fie.
La veuve Legrand , Marchande Limonadiere ,
demeuroit dans une maiſon , rue des Foffés Montmartre
, appartenante au fieur Dumont , Marchand
Epicier. Celui- ci , obligé de déménager au commencement
de l'année 1783 , d'une autre maifon
qu'il occupoit, fe détermina à loger dans la fienne ;
mais comme le bail de la veuve Legrand ne finiffoit
qu'à la fin de l'année 1783 , le fieur Dumont
lui propofa de s'arranger pendant ce court efpacede
tems , de mani - re à pouvoir tous deux occuper
la boutique par moitié , & faire leur commerce
féparément ; ce qui fut exécuté. La Communau &
des Limonadiers crut voir dans cet arrangement":
le cumul de deux états , & dès lors , cherrba le
moyen de trouver l'Epicier ou la Limonadiere en
contravention ; elle envoya deux particuliers qui
lui étoient affidés , demander deux verres d'eaudanis
à la veuve Legrand , dans un moment où elle
( 95 )
s'étoit abfentée de fa portion de boutique , pour
monter dans la chambre . Le fieur-Dumont
Epicier , crut alors pouvoir quitter lon comptoir
pour rendre fervice à fa vo fine , & donner les
deux verres de liqueur. A peine furent-ils verfés,
que les Syndics & Gardes de la Communauté des
Limonadiers , qui étoient en embuscade aux environs
, entrevent à l'inftant pour faifir & dreffer
procès-verbal contre le fieur Dumont ; celui ci eut
beau déclarer que ce n'étoit pas pour fon compte
qu'il avoit vendu la 1 queur, mais bien pour celui
de la veuve Legrand , qui avoit le droit d'en vendre
, comme Matreile Limonadiere , qui ne s'étoit
abſentée que pour un moment ; cette explication
ne put empêcher la fife. La Communauté
des Limonadiers fit fignifier le procès - verbal au
fieur Dumont , & le fit affigner pour en voir prononcer
contre lui la validité , la confiſcation des
chofes faifics & ure condamnation d'amende . Le
fieur Dumont foutint au contraire la nullité de la
faifie , fur le fondement qu'elle avoit été f ite ,
Super nos Domino. La veuve Legrand demanda
à être reçue partie intervenante ; la nullité de la
faifie , la reftitution des chofes faifies , des dommages
-intéréts & dépens contre la Communauté,
-
·Par Arrêt du 26, Janvier 1785 , confirmatifde
la Sentence des premiers Juges , la veuve Legrand
a été reçue partie intervenante ; la faifie a été déclarée
nulle , injurieufe & vexatoire ; la reftitution
des chofes faifies a été ordonnée , & la Commu
nauté des Limonadiers condamnée en 10 liv . de
dommages- intérêts & aux dépens envers le fieur
Dumons & la veuve Legrand,
Caufe entre le Corps des Marchands de vins de Paris ,
& la veuve dufieur GARDEL , Garde de la Ville.
Les Gardes de la Ville ont- ils le droit de débiter
3
798 )
maris
du vin , fans être reçus Marchands , & fans être
inquiétés par les Syndics & Gardes des Marchands
de vins ? Le droit des veuves des Gårdes de
la Ville eſt il réduit à l'année de leur viduité , ou
peuvent elles continuer d'en jouir , tant qu'elles
font propriétaires des Offices qu'exerçoient leurs
Tel étoit l'objet de la Caufe. Le
feur Gardel jouiffoit d'un droit attaché à fon Of
fice de Garde de la Ville , celui de vendre & débiter
du vin , fans être reçu Marchand. Sa veuve
n'a point vendu l'Office de fon mari ; elle le conferve
pour fon fils , & fait faire le ſervice par un
homme qu'elle a donné à la Ville & qu'elle paie ;
elle continucit , en conféquence , de jouir du
droit attaché à cet Office , de pouvoir vendre &
débiter du yin , lorfque les Syndics & Adjoints
de la Communauté des Marchands de vins ont
jugé à propos de faifir , chez cette veuve , le vin
qui étoit dans fa cave , & d'en dreffer procèsverbal.
La veuve Gardel , affignée en validité de
faifie , en a demandé la nullité , attendu qu'elle
a le droit de vendre du vin , comme veuve d'un
Garde de la Ville , & propriétaire de l'Office
dont fon mari étoit revêtu ; elle a conclu contre
Les Marchands de vins en des dommages- intérêts
$ & dépens . Les moyens de la veuve Gardet.
ont été adoptés par la Sentence & confirmés par
l'Arrêt du 26 Janvier 1785 , qui a déclaré la
faifie nulle , ordonné la reftitution des chofes faifies
, condamné la Communauté des Marchands
de vins aux dépens pour tous dommages & intérêts,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMAR C K.
DE COPENHAGUE , le 24 Juin .
E Prince Royal , accompagné des Gé-
Linéraux de Huth & d' Ahlefeld, s'eft rendu
le 21 , à Neſtved & à Slagelle , pour y paffer
en revue plufieurs régimens de Cavalerie.
·
La Société Royale des Sciences vient de
faire imprimer à les fraix l'ouvrage ſuivant :
Relation du Voyage fait par ordre du Roi
dans les années 1782 & 1783 , par Paul de
Loewern , Adjudant Général & Capitaine-
Lieutenant de lafrégate le Proeven, [ l'Epreuve]
pour examiner des pendules marines de longitudes
, exécutées en Danemarck. Cet ouvrage ,
rempli de beaucoup d'obfervations intéreſfantes
, eft enrichi de deux grandes planches
pour l'intelligence du texte.
Deux Patrons de cette ville ont tranfporté
de Lubeck à Riga , dans le mois de
No. 28 , 15 Juillet 1786.
e
( 98 )
Mai , 250 perfonnes qui vont s'établir dans
la Crimée. La plupart de ces émigrans font
de la Weftphalie & des frontieres de la Hollande.
DE HAMBOURG , le 30 Juin.
***
Le château ducal de Glucksbourg , où
réfide le Duc de Brunfwick - Bevern , a été
incendié le 31 du mois dernier. Heureufement
le Duc étoit abfent ; mais les flammes
ont confumé tous les bâtimens extérieurs
du château .
Par une Ordonnance récente , l'Impératrice
de Ruffie a défendu de fe fervir doréna
vant dans les Suppliques , du mot de Tſchelobitnaja
, relatif à l'ancien ufage de toucher
la terre avec fon front , en préfentant une
Requête. A la fin de ces Suppliques & écrits
de même genre , on ne doit plus employer
également le terme avilifiant de Valet , mais
bien celui de fujet,
Cette Souveraine a déterminé l'érection
de trois nouvelles Univerfités à Pleskoff ,
Tfchernigof & Penfa ; on en bannit les
chaires de Théologie , & on y cultivera
fpécialement l'étude de la Médecine , encore
très peu avancée en Ruffie.
La Diete de Suede s'étant affemblée après
les fêtes de la Pentecôte , elle s'eft occupée
de 8 Jin , des objets fuivans ,
1. D'accorder 100 mille rixdalers à lever de
( 99 )
la Banque pendant fix ans , pour l'achat des bleds ,
& il a paru par le rapport des Commiffaires de la
Banque , que ce te fomine s'y trouvoit de refte :
mais la Banque rabattra , en remettant cette fomme
au Roi , 3 pour cent pour les intérêts , & 3
pour cent pour les débours de ce capital.
II. La dietes a deané fon confentement aux
charges & impôts , tels qu'ils ont été taxés juf
qu'ici , mais feulement pour le tems de quatre
annies. Du refte , il n'a encore été rien conclu
fur le rétabliffement des mines de fer , & la propofition
du Roi à cetégard trouve beaucoup d'oppofition.
I. L'ordre des payfans ayant voté pour redreffer
l'impôt fur les brafferies de genievre , reglé
annuellement à une fomme de treize tonnes
d'or , ( environ un million trois cent mille livres
tournois ) : l'Ordre Equeftre s'eft trouvé dans l'embarras
à cet égard , & il y a eu des débats fur les
plans remis pour cette affaire . On efpere que la
déclaration du Roi portée fur la table levera les
difficultés.
Suivant un état envoié de Conftantinople,
la Marine Ottomane confiftoit au mois
d'Avril , en 13 vaiffeaux de ligne , 4 frégates
, 3 barques longues , 3 corvettes , 7 galiottes
& 17 avifos . Parmi les vaiffeaux de
ligne , un de 72 can. & de 750 hommes
d'équipage , 2 de 66 can. & de 650 hom.
4 de 58 can. & de sfo hom. & 6 de
& de soo ou de 475 hom .; il y en a 9 à
Conftantinople , 2 dans l'Archipel , 1 à Satalie
& 1 à Alexandrie. On conftruit à Conf
tantinople 3 vaiffeaux , dont 2 de 74 can. ,
4 à Metelino & à Butru.
52 can.
e 2
C
Le même Journal Allemand qui nous a
déja fourni plufieurs notices d'économie pu
blique, expofe en ces termes la nature de
l'Adminiſtration de la Banque de Suede.
Cette Banque fut établie en 1668 , fous la garantie
des trois premiers états du Royaume , l'Etat
ou l'Ordre des payfans n'y ayant pas concouru.
Lors de l'affemblée des Etats , la Banque fe trouve
fous leur adminiſtration immédiate . On établit
un Comité de trente- fix Membres , dont dix -huit
font tirés de la Nobleffe , neufdu Clergé , & neuf
de la Bourgeoifie . Ce Comité reçoit les inftructiors
des Etats , qui rectifient enfuite fes opérations
. Dans l'intervalle d'une Diete à l'autre , l'ad
miniftration de la Banque eft confiée à neuf Députés
; avoir , trois pour chaque Etat ou Ordre,
conformément aux arrêtés des Dietes de 1769
& 1778. L'adminiftration des Députés ceffe lor
que les Etats font affemblés , & à la fin de la
Diete les mêmes Députés font confirmés dans
leurs emplois , ou remplacés par d'autres . Dans
le cas où l'un des Dépurés meurt , ou donne la
démiffion pendant l'intervalle d'une Diete à
l'autre , le Directoire des Chevaliers & de la
Nobleffe , le Chapitre d'Upfal & le Magiftrat de
Stockholm nomment un autre à fa place. A la
Diete de 1778 , les Etats ont jugé à propos d'établir
des Réviseurs de la Banque qui font chargés
d'en examiner l'adminiftration . Les Révifeurs
au nombre de vingt- quatre , dont douze de la
claffe des Chevaliers & de la Nobleffe , fix du
Clergé & fix de la Bourgeoifie , font tenus de
s'affembler tous les trois ans le premier Octobre ,
dans les intervalles des Dietes. A leur affemblée
après avoir prêté ferment , ils examinent
( 101 )
tous les points de l'adminiftration de la Banque
depuis la tenue de la derniere Diete , ou la tenue
de la derniere révision , & fe font rendre compte
des Députés , des Commiffaires & autres Eployés
de la Banque , de toutes les opérations
quelconques. S'ils trouvent de la négligence ou
du défordre dans l'adminiftration , leur devoir es
de réprimer ces abus , & de faire enforte qu'il n'en
réfulte aucune fuite fâcheufe pour la Banque .
Lorfque les Députés demandent confeil aux Révifeurs
dans des affaires ,importantes , ils doivent
le donner conformément aux principes de la conf
tirution de la Banque. Les Réviſeurs n'ont pas le
droit de difpofer des fonds de la Banque fous
quelque prétexte que ce foit ; ils ne peuvent pas
non plus faire des avancemens dans les emplois ,
augmenter le nombre des Employés , & accorder
des penfions , mais ils connoiffent des plaintes &
griefs des Employés , & rendent juftice fur ce
point. Leur affemblée eft de la durée de deux
mois',, pen lant lefquels on leur alloue un rixdaler
par jour ; on leur paie en outre le voyage. A la
fin de chaque réviſion , les douze Réviseurs de la
Nobleffe élifent , conjointement avec le Directoire
, doaze autres Révifeurs pour la révifion prochaine;
on en choifit quatre dans chacune des
trois claffes de la Nobleffe . Le Clergé procede
à cet égard de la maniere fuivante ; favoir , les
fix Réviseurs de cet Ordre font élus fucceffivement
par tous les Confiftoires dans le Royaume ,
d'après l'ordre qui a été établi parmi eux , de
forte que d'abord les Réyifeurs font tirés des fix
premiers Confiftoires , & ainfi de fuite jufqu'à ce
que tous les Confiftoires aient nommé à cette commiffion.
L'Ordre de la Bourgeoife fait fon élec
tion de la maniere fuivante : favoir ; la ville de
Stockholm nomme toujours undes fix Réviseurs
e 3
( 102 )
de cet Ordre , & les autres villes du Royaume les
cinq autres , d'après la claffification adoptée par
les Etats le 30 Janvier 1770 , qui repartit ces
villes en cinq claffes , dont chacune a le droit
d'élire un Révifeur . Six mois avant la révifion ,
le Magiftrat de Stockholm affemble les cinquante
Anciens , & en leur préfence on procede , par
forme de loterie , à l'hôtel- de - Ville , au choix
des villes qui doivent nommer des Réviseurs ';
les noms des villes font écrits chacun für un billet ,
& jettés enfuite dans une roue ; on en tire un billet
, & la ville qui eft écrite deffus nomme un
Réviseur. Cette opération est répétée cinq fois :
fi une ville renonçoit à fon droit , le Magiftrat
choifit une autre de la même maniere ; la ville
qui a fourni un Réviſeur , ne participe plus au
fort jufqu'à ce que toutes les autres Villes de la
même claffe aient auffi donné des Révifeurs . Un
Réviseur de la Nobleffe peut être choifi deux
fois , & il en eft de même de celui pour la ville
de Stockholm. La premiere révifion de la Banque
eut lieu le premier Octobre 1782 , & la feconde
le premier Octobre 1785. A l'affemblée générale
des Révifeurs , le plus ancien Comte porte la
parole. Les Réviseurs fe partagent en deux divifians
, dont l'une eft appellée le Comité du
Comptoir , & l'autre le Comité de la Chancellete.
DE VIENNE , le 29 Juin.
L'Empereur qui a quitté Vienne le 17 ,
fera de retour à la fin d'Août. Avant fon
départ , ce Prince a fait une vifite au Prince
de Kaunitz , à qui les affaires feront adreffées.
S. M. I. , accompagnée du Général
( 103 )
Brown parcourra la Styrie , ira jufqu'à Sem
lin , paffera en Tranfylvanie , puis en Gallicie
, d'où il reviendra à Laxembourg en
traverfant la Hongrie.
Le Comte de Podztazki , Chambellan de
l'Empereur & fabricateur de faux Billets de
Banque , a été dégradé de toutes fes dignités
, déclaré incapable d'hériter , condamné
à balayer les rues avec la chaîne , & à tirer
les bateaux qui remontent le Danube dans
le Bannat , pendant l'efpace de 10 ans.Le 16
& le 17 , une foule immenfe de fpectateurs
a vu ce Chambellan , déblayant les immondices
de la Capitale , avec toutes les mar
ques de la Aétriffure. Son féjour ici n'a pas
été long , car il eft déja parti pour Peterwaradin.
Le Graveur des faux billets a paru le
16 au pilori , & le 17 il a reçu so coups de
bâton pendant 20 ans , il fera emploié au
tirage des vaiffeaux. Le Dénonciateur qui
avoit donné aux Coupables la premiere idée
de leur crime , jouit de la rente des 10,000
florins qui lui avoient été promis ; il ne peut
difoofer qu'en moutant du capital .
Le nombre des Suicides augmentant journellement
, on vient d'ordonner que le
cadavre d'un jeune homme qui s'eft tué
dans fon lit d'un coup de piftolet , folt jetté
par les fenêtres , & traîné ignominieuſe -
ment fur la claie par le bourreau .
Le Baron van Swieten , fils du célébre
Médecin de ce nom , & ci- devant Miniftre
€ 4
( 104 )
de l'Empereur à Berlin , a reçu ordre de
préfenter à S. M. I. le Catalogue des Savans
& des Auteurs Autrichiens , avec un examen
de leur mérite littéraire & perfonnel; on en
choifira les plus recommandables , pour leur
donner des emplois affortis à leurs connoiffances.
Il a été publié une Ordonnance qui interdit
à chacun de donner l'aumône aux prifonniers
qui balayent les rues , & à ceux- ci
de recevoir aucunes de ces charités.
Trois Anglois qu'on dit être de la garde du
Roi de la Grande-Bretagne , fe rencontrerent dans
leur cabriolet vis - à - vis d'un voiturier de Neuftad
,dans quelque paffage étroit d'un fauxbourg . Le
voiturier ne fe rangeant pas affez vîte au gré de
ces Meffieurs , l'un des trois faute de fa chaife , &
à coups de poing enfonçe quelques dents au voiturier.
La Police accourut au bruit , arrêta les
trois Anglois , & les conduifit au Tribunal Criminel
de la ville , en les traitant avec toute la
civilité poffible ; mais on leur repréſenta encore
plus poliment que ce n'étoit pas la coutume à
Vienne de faire le coup de poing dans les rues ,
& l'on condamna l'athlete à une amende de douze
ducats au profit du voiturier , qu'on pria cependant
d'être moins ruftre à l'avenir . L'Anglois
paya volontiers la fomme , & eut même la générofité
de témoigner qu'il étoit content de la maniere
dont on rendoit juſtice à Vienne .
On avoit débité que le Prince Dietrichftein
, Grand - Ecuyer de l'Empereur , qui
voyage en Italie avec fon époufe , étoit
tombé dans un précipice , & bleffé mor(
105 )
tellement. Cet accident a été fort exagéré
; en effet le Prince a fait une chûte en
venant de Terracine à Naples ; mais les fuites
n'en font pas auffi fâcheufes , & le
Prince eft à peu près rétabli.
DE FRANCFORT, le $ Juillet.
Les nouvelles certaines de la fanté du Roi
de Pruffe font plus tranquillifantes . Ce Monarque
eft monté à cheval ; il reçoit fes Miniftres
qui vont fucceffivement à Potzdam
lui rendre compte des affaires de leurs départemens.
Quant aux bulletins fallacieux
& aux hiftoriettes qui circulent dans les Ga
zettes , au fujet de l'état de ce Prince , de
fes bons mots , de tout ce qui fe dit dans
fes impénétrables appartemens , on n'y doit
ajouter aucune foi . Le Roi a fait préfent de
12000 rixdalers [ 45600 liv . tournois ] à la
veuve du Baron de Riedefel , fon ancien
Miniftre à Vienne. Il a pareillentent donné
7000 rixdalers au Général de Mollendorf ,
au dernier féjour qu'a fait à Potzdam ce
Gouverneur de Berlin.
S. A. R. le Prince Ferdinand de Pruffe
qui étoit tombé dangereufement malade il y
a un mois , eft actuellement en convalefcence
, & l'on efpere que dans peu elle fera
parfaitement rétablie.
On apprend d'Ulm , que les anciens démêlés
entre le Magiftrat & la Bourgeoifie
ont été terminés à l'amiable le 17 Mai .
( 106 )
La navigation fur le Rhin entre Mayence
& Cologne eft abfolument interrompue.
Les Patrons Mayençois avoient demandé
une augmentation de fret , mais elle leur a
été refufée de la part de l'Electeur , qui lear
a fait enjoindre d'aller chercher des marchandifes
à Cologne. Les Patrons de Mayence
s'y font rendus en effet , mais ils ne veulent
charger aucune marchandife pour l'ancien
prix , & par conféquent les envois de
Hollande arrivés à Cologne y reftent , ne
pouvant être chargés là , d'après le Réglement
, que par des bâtimens Mayençois .
Hier écrit on de Weilbourg, en date du ide
ce mois, les Proteftans réformés, établis dans
cette ville , ont célébré pour la premiere fois
le fervice divin, dans l'Eglife des Proteftans
Luthériens. Cette permiflion leur a été accordée
par le Confiftoire , à la follicitation.
de toute la Bourgeoifie
Il s'eft élevé à Wetzlar une difcuffion qui
intereffe tout l'Empire . Durant le cours d'un
procès , où il étoit queftion s'il feroit décidé
par la Chambre Impériale de Wetzlar , ou
par le Confeil Aulique , l'Empereur demanda
les Actes du Procès à la Chambre Impériale
de Wetzlar ; & ce tribunal les envoia
fans difficulté. La Cour de Hanovre s'en eft
plainte dans un refcrit du 24 Février 1786 ,
ainfi que la Cour de Berlin dans un autre du
3 Mars 1786. On y marque le plus grand
étonnement fur la propofition de l'Empexeur
, comme fur la complaifance de la
( 107 )
Chambre de Wetzlar ; ce tribunal tenant
fon pouvoir & fa conftitution de l'Empereur
& de l'Empire , repréfentant non -feulement
l'Empereur , mais auffi les Electeurs ,
Princes & Etats de l'Empire ; étant foumis à
Finfpection & au pouvoir légiflatif de l'Empire
étant obligé à tout l'Empire par ferment
de lui rendre compte de la manutention
de la Juftice : la démarche de l'Empe
rear eft repréfentee comme contraire à la let
tre des loix de l'Empire , des Réglemens de .
Ja Chambre Impériale , des recès de l'Empire
, & fur tout de la Conftitation Impériale
. On affure que les Cours de Saxe & de
Caffel ont envolé des refcripts femblables
au tribunal de Wetzlar. On a déja publié
plufieurs écrits à ce fujet,
Au mois de Mai il fe pafa à Wurtzbourg une
fcene affez inftructive. Les Bouchers s'étoiene
avifés d'exiger abfolument une augmentation du
prix de la viande. On la leur refufa . Les Bouchers
fermerent fur le champ leurs boutiques , & ne voulurent
plus délivrer de viande;illeur fut même défendu
de le faire de la part de la Communauté, fous
peine d'une amende de dix rixdalers . Les riches
étoient obligés de manger de la volaille , & les
pauvres de faire carême. Le Gouvernement
trouva ce caprice un peu trop fort ; il répandit
par-tout des Houfards , & fit afficher à toutes
les portes que tout le monde , Chrétien ou Juif,
avoit la permillion d'amener des beftiaux à la
Ville , & de ven re de la viande . On donnt des
gar
les à ceux qui voulurent vendre de la viande ,
on en vendit de la meilleure à l'ancien prix
Te Gus
( 108
alors les bouchers fe raviferent , ouvrirent leurs
boutiques , & yendirent à l'ancien prix .
Une lettre d'Aix-la - Chapelle parle en ces
termes des troubles récens qui fe font élevés
dans cette ville Impériale.
L'on étoit mécontent depuis quelques années
de la Régence ; un Bourgue-meftre qui s'étoit
perpétué long-tems dans cette place , & qui s'étoit
enrichi , excita l'envie de ceux qui probablement
vouloient , comme lui , avoir part au gâteau ; on
cuvrit les yeux fur fon adminiftration ; on crut
s'appercevoir de ventes , d'aliénation , de levée
de deniers dont il n'avoit pas rendu la ville parti
cipant; on le fomma de rendre fes comptes, & tou
jours inutilement ; l'époque de renouveller la Magiftrature
approchant , il fe forma un nouveau parti
qui prétendit en remplir les charges à l'exclufion
de l'ancienne , & depuis fix femaines toute la ville
étoit en rumeur , partagée entre deux factions oppofées.
Finalement le nouveau parti l'a emporté , &
auffi tôt tout le peuple , le 22 dans l'après- midi ,
a été inveftir la maifon de l'ancien Bourg meltre
; on s'eft faifi des papiers importans qu'il vouloit
fouftraire , & emporter hors ville en s'évadant
lui-même. On entoura fa maiſon de fentinelles
, & il cft aujourd'hui déposé de fa place ,
gardé pe.fonnellement à vue , & on parle de lui
faire fon procès dans les regles. Tout cela n'a
fe faire fans de grands tumultes & quelques mêlées
, parmi lesquelles il y en a eu , dit - on , de
très -fanglantes.
ITALI E.
DE VENISE , le 21 Juin.
pu
Le bruit court que le Sénat a réſolu de
( 109 )
fufpendre les hoftilités contre la Régence
de Tunis. L'élection qu'on a faite du Chevalier
Emo , pour remplir l'une des places
de Procureur de S. Marc , vacante par la
mort du Chevalier Contarini , femble confirmer
cette nouvelle , cependant très - dou
teuſe encore.
Diverfes Gazettes ont imprimé ou répété
l'article fuivant .
» Les dernieres nouvelles de la Dalmatie
» ne font pas très favorables. Les forces du
» Bacha de Scutari augmentent tous les
» jours , & ce qui eft encore plus fâcheux ,
» c'est qu'une quantité de Chrétiens même
» embraffent fon parti. Au refte la Républi
>> que a fait paffer des munitions de toute
» efpece dans la place de Cattaro , dont la
» garnifon eft dans ce moment- ci de dix
» mille hommes,
>>
Rien n'eft plus faux que ces affertions .
Les nouvelles reçues de Conftantinople par
le Sénat , font raffurantes de plus en plus ,
& l'on penfe à retirer une partie de la garnifon
de Cattaro . Elle n'eft actuellement que
de 9000 hommes ; fcavoir , 5600 de troupes
réglées & 2400 miliciens. Il s'y trouve
de plus un vaiffeau de 74 can. , 1 de so ,
un chebec de 36 can. , 7 galeres & un effaim
de galiotes .
' I
L'ancien Baile de la République à la
Porte a déposé avoir rencontré la flotte du
Capitan Pacha , cinglant vers la Morée ;
( 110 )
9.
une partie de cette efcadre avoit été déta
chée à Alexan drie .

DE ROME , le 15 Juin. aut
150
Nos Provinces font en proie à deux fléaux
également défolans : Tun , de fecoafles fréquentes
de tremblemens de terre qui ont
caufé beaucoup de dommages à Terni
Na ni , Santo Gemini , Morlupo , & c. mais
particulierement dans ce dernier endroit
où des Religieux ont été contraints d'abandonner
leur Couvent , l'autre , de fauterelles
qui ravagent les campagnes , malgré
la vigilance avec laquelle on cherche à
les détruire , & malgré les prieres ferventes
qui ont été ordonnés pour les détourner."
Sa Sainteté n'a point encore reçu la Haquenée
que la Cour de Naples eft dans l'ufage
de lui envoler. On ne fcait que conjecturer
de ce retard .
Il paffe pour certain que Sa Sainteté tiendra
un Confiftoire pour conférer le Chapeau
de Cardinal au nouveau Patriarche de Poctugal
, à la demande de S. M. T. F. , après
avoir obtenu préalablement le confentement
des Cours refpectives.

Il a été enfin décidé , après beaucoup de
débats & d'affemblées tenues en préfence
du Tréforier , que le port d'Ancone continu
eroit à jouir de la franchiſe qui lui a été
accordée & confirmée par tant de Souvetains
Pontifes.
Nous avons appris de Carpegna par
une lettre du 26 Mai , des détails ultérieurs
fur les bandits qui inteftent la campagne , &
dont nous avons parlé précédemment.
Thomas Rina dini , Chef de ces malfaiteurs ,
après fa défaite de Montebello , fe réfugia avec
dans
lais du Comte Carpegna Ce château , quoique
fitué dans les mon agnes , eft très - vafle , &
d'une fort belle Architecture . Le Cardinal Carpegna
qui le fit élever , y dépenfa 140 mille écus.
Rinaldi fe croyois en sûreté dans ce fief impérial ,
& s'y tenoit tranquillement , lorsqu'il fut attaqué
, le 17 Mai , par le Lieutenant Riccori, avec
cent quarante Sbirres , quarante foldats Corfes
& cent foixante Miliciens . Ce Lieutenant avoit
eu la précaution d'arrêter le Gouverneur du
& les gens , pour prévenir tout mouvement
en faveur des bandits qu'il attaquoit. Enfuite
i fit mettre le feu au château , & nourrit
l'incendie en y faifant porter continuellement
du bos. Le feu qui avoit déja gagné les
combles de l'édifiee , força les affiégés de fe
réfugier dans une falle voûtée , où ils avoient
eu foin de conferver leur poudre . On continua
cette espece de blocus pendant deux jours
fans que perfonne ofât pénétrer dans le châreau.
Enfin un Sbirre & un foldat fe propoferent
les premiers , & s'y hafarderent avec un gros
chien de garde. A leur approche , Rinaldini tua
de Shirre d'un coup de fufil , défarma le foldat en
le bleffant à la cuiffe , & mit le chien hors de
combat d'un coup de poignard. La nuit du 20 , il
futvint un orage violent de pluie & de vent qui
éteignit tous les feux . Rinaldini voulut mettre
à profit cemoment , & tenta de s'échapper avec
fix de les plus braves
compagnate
e pa-
>
( 112 ) F
les fiens , en fe gliffant par un cable qu'ils trouverent
dans le château ; mais en le jettant à terre
, le bruit du cable fit affez de bruit pour alarmer
les fentinelles Ce moyen leur ayant manqué
, & le trouvant d'ailleurs affamés & fans
reffources , Rinaldini & les fiens demanlerent à
capituler le 21 à midi . Ils parurent prefque nuds,
plus morts que vifs , & à moitié brûlés. Rinaldini demanda
le Curé de Carpegna , auquel il fe confeffa
. Il tira enfuite de lui la promeffe qu'on ne
fouffriroit point qu'il lui fût fait aucun outrage,
non plus qu'à fes camara les , pendant leur tranf
lation en prifon . Alors il fe remit entre les mains
du Lieutenant , qui lui tint la promeffe qui lui
avoit été faite. Rinaldini & un de fes camarades
ont été conduits à Pefaro , & les autres à Ravenne.
Les dommages qu'a effuyé le Palais Carpegna
font très - confidérables. Les meubles , les
tableaux , l'archive même , ont été prefqu'entiérement
détruits. La perte eft eftimée à trentemille
écus , & le Comte Carpegna a fair les plus
vives réclamations à ce fujet . On a arrêté
auffi dans le voisinage de Montebello Trémone ,
autre fameux bandit , qui a été livré par une fille
qui lui avoit fait prendre de l'opium dans du
vin .
sa
Ces jours derniers , à ce qu'on écrit de
Rimini , on a condamné à mort un nommé
Aldobrando Mazotti , de Campo Saraceno ,
à la lecture de fon Arrêt il a d'abord donné
les marques du plus violent défelpoir ; mais
reprenant bientôt un fang froid qu'il a confervé
jufqu'au fupplice. « C'en eft donc fait ,
» a - t il dit , je fuis condamné à mourir ! Je
» m'y attendois bien ; car celui- ci , a - t- il
» ajouté , en montrant l'Avocat fiſcal Bafa-

( 113 )
"
» ni , m'avoit affuré que de quelque maniere
» que tournât le procès , je pouvois ête bien
» fûr de n'en pas réchapper, & pourtant la vé
» rité eft queni moi ni les témoins n'avons rien
déposé qui fuffie pour me faire condam-
>> ner . ( En effet le Juge en premiere inftance
n'avoit pu trouver de caufes de mort )
« Eh bien , Meffieurs , dit il en fe tournant
>> vers les affiftans , je mourrai tranquille &
» fatisfait fi j'obtiens une grace de vous ,
» avant d'aller au fupplice : je vous conjure
» d'écrire en mon nom au Pape qu'il ne fe
" faffe plus d'inftruction criminelle fans deux
>> ou trois témoins , afin que celui- ci , en
» montrant toujours l'Avocat , ne puiffe faire
» dire à l'accufé tout ce qu'il juge à pro-
» pos. »
Les gazettes Italiennes dont nous tirons
ce fait , joignent leur voeux à ceux de cet infortuné
pour qu'on prenne à l'avenir cette
fage précaution , ou celles qu'on jugera les
plus expédientes . Il eft d'autant plus impor
tant que Sa Sainteté & fon Confeil foient
avertis de ce qui s'eft paffé , que la Cour de
Rome s'occupe actuellement de la réformation
de fon Co le criminel , qui en a grand
befoin , ainfi que celui de la plupart des Gouvernemens
de l'Europe .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 4 Juillet.
Le Parlement , qu'on s'attend à voir pro(
4 )
roger dans 15 jours , a preffé en conféquence
l'expédition des affaires publiques fou
mifes à fon autorité. Entre les divers Bills
qui ont été admis , celui qui doit autorifer
le fecours ou plutôt l'emprunt demandé par
la Compagnie des Indes , a été le plus vivement
débattu dans les deux Chambres.
Cette difcuffion offrant quelques faits hiftoriques
, & des lumieres fur le véritable état
du commerce , du revenu & de la dette de
la Compagnie dans le Bengale , en voici
Fabrégé . Le rapport du Comité fur ce Bill
ayant été préfenté à la Chambre des Communes
, le 26 Juin , on fit la premiere lecture
des amendemens , & M. She ridan s'oppofa
à leur admiffion .
En débutant , il dit que plus il examinoit ce
rapport , plus il avoit de raifons de fe plaindre
qu'on l'eût renvoyé à un terme fi avancé de la
feffion ; délai imaginé fans doute pour prévenir
les difcuffions , & éluder la découverte des faulfetés
fur lefquelles le bill étoit fondé.
Il entra enfuite dans des recherches für les
deux grandes queftions qui divifoient fon opinion
de celle de M. Dundas , favoir , la quanti é
ou le montant des remiles faites à la Chine par
le Bengale , & le montant du furplus des revenus
de cette Province ; il cita un grand nombre de
réfultats de différens rapports foumis à la Chambre
, comme autant de témoignages que , quoique
dans le premier débat on eût prétendu que l'Inde
( fourniffoit à la Chine une remife de deux cents
foixante & quinze mille livres fterlings , cela fe
réduifoit pourtant à fix ou fept mille. Après avoir
༣ །
difcuté fort longuement ce premier point , il entrepritle
fecond , & employa beaucoup de raifonnements
ingémeux à prouver qu'on ne pouvoit
compter fur un furplus dans le revenu du Bengale
, qui excédât 140,000 liv. fterl . appliquables
au foulagement des autres Préfidences , & à être
verfées dans leurs caiffes . Il cita une brochure
qu'il regardoit comme faifant ' autorité , puifqu'elle
fortoit de la plume d'un homme qui favorifoit
l'opinion du très honorable Membre fon
Adverfaire. Cette brochure avoit été écrite par
M. Hatings qui la fupprima après une mûre réflexion
. L'extrait de ce pamphlet établiffoit que
ce qu'on tiroit du Bengale devoit toujours s'employer
dans la Province même , & que tout ce
qu'on en pouvoit attendré montoit à un crore de
roupies , ou un million fterling. Il ajouta qu'il
elpéroit ne plus entendre M. Pitt parler des
275000 liv. envoyées de l'Inde à la Chine , à
moins qu'il ne voulût contredire le papier imprimé
, que la Compagnie des Indes avoit
préfenté avec fa motion. Dans le cours de fon
di cours , M. Sh, fe récria contre l'immense
quan
tité de bi lets tirés de l'Inde fur la Compagnie à
Londres , déclarant que dans l'efpace de dix ans ,
ces billets formeroient une dette de douze millions
. Il demanda files Lords de la Trésorerie ne
garantiroient pas à la Compagnie le renouvellement
de fon privilege quand il feroit près d'expirer
, puifqu'ils permettoient une fi grande quantité
de billets , à une échéance fi reculée , & d'une
valeur fi considérable. Il raifonna fur les effets
probables d'une dette fi onéreufe , & prétendit
qu'e le ruineroit la Compagnie. Après beaucoup
de calculs , d'argumens & de remarques , M.
Sheridan parla de la déclaration faite par M.
Dundas , dans un des derniers débats ; déclaration
?
( 116 )
portant qu'on ne garantiroit pas au Public l'emprunt
fait par la Compagnie des Indes orientales :
il ajouta que fi la chofe étoit ainfi, elle ne fauroit
être trop bien comprife ; qu'en conféquence il
fai oit la motion d'inférer une clauſe , " qui déclarât
expreffément que ni le préfent bill , ni
aucun autre antérieur , relatif à la Compagnie ,
quoique revêtu de la fanction de la Chambre
ne garantifoit en aucune maniere au Public les
capitaux empruntés par cette Compagnie.
M. Dundas s'étant levé pour répondre à M.
Sheridan & au Chevalier Grey Cooper , qui
avoit appuyé la motion , dit qu'il avoir efpéré un
examen plus détaillé & plus févere des principes fur
lefquels portoit le bill . Il ajouta qu'il étoit aifé
de prouver que l'honorable Membre s'étoit formé
des idées très - fauffes des remises envoyées
de l'Inde en Chine , auffi bien que du furplus
probable des revenus du Bengale ; il entra dans
une difcuffion profonde & détaillée fur le premier
article , pour démontrer qu'il s'élevoit à la
fomme confidérable de 275,000 liv.; il nia qu'il
eût jamais prétendu que la remife fe fit en efpeces
, il favoit trop bien que non . Elle fe faitoit
d'une maniere avantageufe à la Compagnie ,
puifque c'étoit en grande partie par l'exportation
de fon opium , & par celle du coton , dont
on verfoit le prix dans la caiffe de la Compagnie à
la Chine. Il établit que l'augmentation d'exportation
d'opium & de coton fuivoit la même proportion
que celle du commerce de Canton .
Quant au furplus du revenu du Bengale , M.
Dundas déclara qu'en enviſageant l'effet de la
réduction des établiffemens aduels , il étoit perfuadé
que ce furplus montoit à dix- huit lacks ,
ou 1,800,000 liv. f ; mais que quoiqu'il n'en
fût venu à cette opinion que par un examen ſcru(
117 )
puleux & détaillé , ce n'étoit pourtant pas fur
cette façon de penfer feule qu'il vouloit établir
la juftification du préfent Bill .
Il vouloit bien admettre que des dépenses imprévues
pourroient enlever le tiers de cette
fomme , & la réduire à 1,200,000 fterl , deſtinées
à être envoyées dans la métropole . Il convenoit
volontiers que M , Haflings étoit pour lui une autorité
favorite , parce que c'étoit une autorité
à laquelle on pouvoit fe fier; mais que fur la citation
particuliere de l'honorable Membre , qui
dans prefque toutes les occafions faifoit profeffion
de difputer le crédit dû à M. Haftings , il
prendroit la liberté de n'être pas de l'avis de ce
même M. Haftings , fans cependant avoir eu l'intention
de jetter la moindre imputation fur fes
raifonnemens. Quand M. Haftings a mis en avant
& Loutenu qu'un crore de roupies feroit le feul
tribut qu'on pouvoit attendre & tirer du Bengale
, il avoit fondé fon calcul ur les frais qu'entraînoient
alors les établiffemens du Bengale ;
mais que les réductions ordonnées depuis par les
Chefs réfidans à Londres avoient été fi importantes
& fi efficaces , qu'elles avoient totalement
changé l'état des chofes.
L'honorable Membre avoit reproché aux Bureaux
de la Tréfore: ie de permettre qu'on tirât
fur la Compagnie à Londres des billets de l'Inde
qui montoient à une femme très - conſidérable ,
au lieu de les renvoyer. Les Lords de la Tréforerie
avoient fans doute ce pouvoir ; mais en en
ufant , ils euffent agi de la maniere la plus folle ,
la plus injufte , la moins politique . Aucun des
honorables Membres voudroit- il foutenir férieufement
qu'après avoir fait ufage des fortunes des
ferviteurs de la Compagnié dans l'Inde ; après
avoir acheté des cargaifons avec leurs deniers , &
( 18 )
tiré un profit confidérable de la vente de ces
marchandises à Londres , il fût jufte ou fage de
leur rendre leurs billets , & de leur renvoyer
le paiement dans l'inde ? Affurément perfonne
ne voudroit prendre fur lui de fe charger de
tout l'odieux d'une telle propofition . Meffieurs
Sheridan & Cooper avoient auffi parlé de Taccroiflement
énorme de la detre de la Compagnie
à Londres , & avoient prétendu que dans dix ans
elle monteroit à douze millions : éroit - ce la laverité
? Affurément non. Au lieu de douze millions
de dettes , il fe formoi un nouveau capi
tal montant à douze millions. A mesure qu'il
s'accroifloit , il fe verfoit dans la même proport
tion dans la caiffe de la Compagnie à Londres ,
& les moyens de folder la dette accompagnoient
conftamment l'accumulation de ce capital.
Après avoir réfuté dans le plus grand détail le
tableau lugubre tracé par M. Sheridan , M.
Dundas finit en difant , qu'il efpéroit voir l'Inde
avec une puffante armée ( de laquelle dépêndoit
fon existence ) , un Gouvernement civil économe
& fachant fe borner , un accroiffement de revenus
, des dépenfes modérées , de grandes exportations
, un commerce floriffant ; que P'Inde feroit
encore une poffeflion très- avantageufe pour
la Grande-Bretagne , aux intérêts de laquelle ,
on étoit forcé d'en convenir , les fiens tencient
par les liens les plus forts & les plus étroits ; que
quelque part qu'un nerf du Corps Britannique
vint à craquer la convulfion étoit mutuelle
que, quelque part qu'un coup fut reffenti il l'étoit
bientôt dans les deux parties du globe , & cela
peu de tems après qu'il avoit frappé dans l'ene ;
mais qu'il fe fattoit qu'une pareille circonfiance
étoit encore très éloignée & que l'Inde & l'Angleterre
avoient encore à goûter long-tems une
paix longue , heureufe & utile.
L
( 119 )
; Le Major Scott ajouta quelques remarques aux
argumens de M. Dundas , en refutant ceux de M.
Francis. L'honorable Membre , dit-il , ( M.
Francis ) avoir mis en fait que l'orium étoit une
denrée prohibée à la Chine & dont en conféquence
le commerce étoit auffi inutile que dan
gereux pour la Compagnie . Sûrement l'opium
étoit prohibé , mais il prioit l'honorable
Membre de fe rappeler que , quoiqu'il y eût
défenfe d'en importer à la Chine , cette loi étoit
enfreinte publiquement à toute heure aux yeux
de tout le monde . On ne faifoit pas entrer l'opium
à la Chine comme les autres marchandises prohibées
par des Contrebandies , mais à la face de
la Nation & au fçu du Gouvernement. L'honorable
Membre devoit favoir , en outre , que la
quantité d'opium que produifoient Baher &
Purnia étoit confidérable , puifqu'on en avoit
vendu l'année derniere pour près de 20 lacks
de roupies & qu'on en avoit tiré à la Chine
275,000 liv.; femme dont la Compagnie avoit
befoin ; que l'opium n'étoit pas envoyé directement
à la Chine , mais qu'on l'échangeoit dans
les Illes Orientales , où on recevoit en retour de
l'étain , du poivre , plufieurs autres articles , &
même des dollars vendus avantageulement à la
Chine ; qu'enfin l'honorable Membre n'ignoroit
pas non plus que ce n'étoit pas du Bengale
qu'on troit le coton qu'on envoyoit à la
Chine , mais de Bombay , de Surate & de Gu
zarate , puisque le Bengale même tiroit fes fourntures
en ce genre de ces places & des parties
fupérieures de l'Inde ..
Le Major Scott avoua qu'il y avoit très - peu
de numéraire en circulation dans le Bengale ;
mais qu'il avoit à donner à l'honorable Membre
une réponse , valable & dont il fentiroit
( 120 )
bien toute la force. Il paroiffoit par les papiers
mis fur le Bureau qu'on avoit envoyé 52 lacks
entre Mai & Décembre 1785 , & 12 ou 15 en
une feule fois à Madras dans le mois de Janvier ,
dans un tems où les befoins étoient urgens ;
que l'honorable Membre favoit les effets qu'une
telle exportation de numéraire avoit fur les
natifs de Calcutta , qui étoient dans l'ufage d'entaffer
leur argent ; mais il eſpéroit que ce numéraire
reparoîtroit & rentreroit de nouveau
dans la circulation . Quant au commerce du
Bengale , il s'étoit fort accru & étoit encore
fufceptible d'extenfion ; celui qu'on faifoit dans
les Golphes s'étoit ranimé à la paix & on en
ouvriroit un fort avantageux avec le Thibet :
bien plus il fe faifoit un plaifir de prévenir la
Chambre que le Thibet pourroit fournir en retour
des marchandiſes du Bengale , ce dont on avoit
le plus de be'oin , une grande quantité d'or
natif pur , qu'il en avoit vu un échantillon
dans une lettre que M. Haftings avoit reçue
depuis quelques jours du grand Lama , par le
vaiffeau le Royal George.
Le Major Scott termina fon difcours par l'hiftoire
du diamant remis au Roi ; hiſtoire dont
nous avons donné précédemment un précis
exa&.
M. Dempfter fuivit le Major Scott. Le Budget
du Bengale , dit- il , avoit enfin été ouvert &
préfentoit un tableau affez gai avec une bordure
d'or enrichie de diamans . D'après une perf
pective fi riante , un avenir plus fombre ne pouvoit
manquer d'exciter quelque attention . Ici
M. Dempfter complimenta M. Dundas , for les
informations qu'il venoit de donner à la Chambre
comme offrant une preuve de fon application
à l'étude des affaires de l'Inde à l'avenir. Il com
para
( 121 )
"
para l'état de l'Inde & de la Grande Bretagne
par rapport à la dette publique , & finit par
affurer que des deux Royaumes , l'Inde avoit
l'avantage ; fa dette n'excédant pas trois années
de fon revenu ; il établit cette particularité
comme une preuve du mérite du dernier Gouvernement
général , qui , quoiqu'il n'ait pas
marché abfolument droit dans un petit nombre
de circonftances particulieres , ni agi précisément
felon les regles rigides de la juftice & felon la
marche de la prudence , avoit cependant établi
fon caractère comme celui d'un bon économe général
, d'un homme entendu dans les Finances
d'un prudent Directeur des revenus , d'an politique
habile , d'un Gouverneur général plein
de vigueur , & enfin d'un ami zélé des intérêts
de fes commetcans M. Dempfter dit
qu'il n'avoit point intention de louer M. Haftings
; mais que l'occafion de lui rendre une
forte de juftice s'étant préſentée fi naturellement
il n'avoit pu s'y refufer.
L'Oppofition n'a pas eu plus de fuccès
dans la Chambre Haute , où le Bill fut dif
cuté hier. Celui préfenté par le Comte de
Stanhope pour mieux régler les Elections
Parlementaires dans les Comtés , & en prévenir
les abus , les dépenfes énormes , &c.
fut pris en confidération le 29 Juin ; &
quoique Lord Sydney , Secrétaire d'Etat ,
eût voté pour renvoyer l'examen de ce
Bill à la prochaine Seffion , cette motion ,
quoique ministérielle , fut rejettée à une pluralité
de voix contre 4. Le Marquis de
Caermarthen , les Lords Rodney, Walfingham
, Chatam , le Duc de Richmond fu
N°. 28 , 15 Juillet 1786.
१.
f
( 122 )
rent au nombre des 11 partifans du Bill.
Le fils de Tippoo -Saïb , felon les mêmes
lettres qui nous ont appris la mort de cet
Indién , devoit fuccéder à fon pere , & Comvordien
Cawn avoit été nommé Régent ;
mais un fils d'Hyder - Aly s'oppose à cette
fucceffion , & le bruit couroit à Madraff que
ce fils d'Hyder & Comvordien Cawn avoient
été tués. Les Marattes & Nizam avant réuni
leurs forces ont traverfé depuis le Kriftra ,
& probablement l'éclat du vafte Empire
d'Hyder touche à fa fin ; il a été propoté de
remettre entre les mains de Hyet Saïb les
conquêtes d'Hyder fur la côte de Malabar ,
& de rétablir l'ancienne famille du Rajah de
Myflore , en la rendant tributaire des Marattes
. Cette révolution apporteroit un grand
changement dans la politique générale de
l'Inde.
Le Duc de Richmond s'eft rendu le 27
Juin à Portsmouth. Ce Grand- Maître de
l'Artillerie eft allé préparer de nouveaux projers
de détenfe , qu'on foumettra à la Chambre
des Communes dans la prochaine feffion
. Le Duc vifitera dans le même deſſein ,
les ifles de Jerſey & de Guernesey .
Le Roi & la Reine ont donné le même
jour 27 , à Kew , une petite fête aux Princes
Erneft , Adolphe & Augufte qui vout achever
leurs études à l'Univerfité de Goettingute .
Ces Princes ont pour Gouverneur le Général
Grenville , & ils conferveront leur Pré(
123 )
cepteur actuel , M. Hughes, Le Duc d'York
& les Princes Guillaume & Edward , fils de
LL. MM. ont étudié dans la même Univerfité,
Fondée par George II , elle a aujourd'hui
26 Profeffeurs fans.compter les Honoraires
; fa Bibliotheque eft très riche , particuliérement
en livres fur les Sciences ; elle
a compté dans fon fein les hommes les plus
diftingués , tels que Haller , Heyne , Pütter
& beaucoup d'autres ; & il n'eft point d'Univerfité
en Europe qui juftifie mieux fa célébrité
. Elle eft fréquentée habituellement
par un grand concours d'étrangers de toute
nation . Goëttingue eft entre Caffel & Hanovre.
Les Princes fe font embarqués le 28 ,
à Gravefend . Le Général Grenville eft chargé
de remettre le collier de la Jarretiere au
Landgrave de Heffe Caffel .
Le Chevalier Pinto , Miniftre de Portugal
, a notifié à LL. MM. la mort du Roi
fon Maître. Le même jour , le nouveau
Duc de Northumberland a remis au Roi
PO-dre de la Jarretiere dont fon pere étoit
décoré. Lord Algernon Percy , frere du
Duc a été préfenté à S. M. , fous le titre de
Lord Lovaine , qui lui donne la Pairie . Un
trait fera connoître le caractere du Duc actel
de Northumberland , ci devant Comte
de Percy. Il étoit l'un des Lieutenans Généraux
emploiés au commencement de la
guerre d'Amérique . Après la bataille de
Bunker's Hill , il diftribua mille liv , fter .
-
f 2
( 124 )
2
aux femmes & aux veuves des bleffés & dos
morts . Pendant qu'il étoit Colonel du se.
Regiment , jamais il ne touchoit fa paie ;
elle paffoit aux foldats du Corps chargés de
famille. Auffi pendant très long temps , la
plus lévere punition qu'on pût leur infliger ,
c'étoit deleur témoigner le mécontentement
du Colonel.
M. Howard , qui s'eft fait une fi grande &
fi jufte réputation , en vifitant les prifons de
ce Royaume & de l'Europe , imbu de l'idée
qu'il avoit trouvé un moyen de prévenir les
ravages de la pefte , eft paffé à Conftantinople
, pour conférer avec les Turcs , & pour
les déterminer à faire des expériences dans le
but d'arrêter les progrès de cet horrible fléau.
Il a été propofé , dans un de nos Papiers publics
, d'élever une ftatue en l'honneur de M.
Howard , & M. Nicoll , Editeur & Imprimour
de ce Papier , s'eft offert de recevoir
les contributions juſqu'à la fin de Juin , où
il fera nommé des Banquiers entre les mains
defquels l'argent fera dépofé . Jamais honneur
nefut mieux mérité. L'Angleterre donnera
le premier exemple d'une ftatue érigée au
Philofophe bienfaifant. M. Howard a facrifié
25,000 liv. ft. au moins ( près de 600,000k
toninois ) à parcourir toute l'Europe , en fe
faifant ouvrir les verroux des priſons publiques
, & les Fortes des hôpitaux , verfant fes
aumônes & étudiant nes moeurs , nos cruels
ufages , les maladies dans ces triftęs domi
( 125 )
ciles. A fon retour , il a publié un grand
Orage fur cet objet; Ouvrage qui a puiffamment
contribué à la réforme des prifons
en Angleterre.
Samedi dernier, la femme d'Abfalon Bluit
maître de danie à Kelfo , a accouché d'un
enfant , qui eft la onzieme progénitare de
fa mere, dans l'efpace de 12 ans. De fa premiere
femme, le mari avoit eu 20 enfans en
21 ans de mariage. De ces trente- un rejet -
tons , il n'en refte que trois de vivans.
Le voyage de Carver dans l'Amérique feptentrionale
, offre la defcription d'un ancien retranchement
fur les bords du Miffiffipi , à quelques
lieues au- deffous du lac Pépin , qui paroir fort
extraordinaire dans un pays qui , fuivant l'opinion
générale , n'a été jufqu'à préfent que la
fejour d'Indiens barbares & groffiers , dont toute
la fcience militaire , depuis deux fiecles , ne s'é
tend pas au - delà de l'art de bander un arc , & de
fe retrancher derriere un buiffon . On ne trouvera
pas moins étrange une autre découverte faite près
de l'Ohio , décrite ainfi dans une lettre du fort
Hamer , en date du 7 Février dernier , que nous
fournit le Magafin de Worcefter :
« Je ne terminerai pas ma lettre fans vous
faire part d'un fait qui ne vous paroîtra pas moins
extraordinaire qu'à moi . Nous avons découvert
les ruines d'une ville très - ancienne ; elle forme
un quarré entouré de murailles qu'on reconnoît
encore , qui ont trente- trois pieds d'épaiffeur , &
cinq à fix de hauteur en quelques endroits . On
peut juger de l'antiquité de ce murpar l'épaiffeur
& le nombre des couches de terre qui le recouvrent
les arbres qui fe font élevés au deffus ont
f3
( 126 )
près de fept , pieds de diametre. Je ne puis vous
donner une defcription exacte du lieu , audroit
le definer , & je n'en ai pas le tems . Entre
la ville & l'Obio , il y a des traces de fortifications
régulieres , avec des tours d'obfervation ,
des lignes de défenfe , & c. Dans l'intérieur on
voit des tertres élevés , fur lefquels on monte
par des efpeces de rampes qui y font pratiquées ;
je fuppofe qu'ils formoient les l'eux destinés au
culte. Il y a un canal qui fervoit à conduire les
eaux hors de la ville ; de chaque côté font les
reftes d'un mur dont quelques parties offrent encore
trente pieds de haut. Nous avons fait toutes.
fortes de queflions aux Indiens du voisinage ; mais
ils n'ont pu rien nous apprendre ; leurs peres n'ont
eu aucur e tradition fur ce fajet : on ne peut donc
former que des conjectures; il eft certain que te
n'eft pas l'ouvrage de la Nature , & il ne l'eft
pas moins que les Indiers , dans leur état actuel ,
en font incapables . Il faut donc fuppofer on que
ces Indiens defcendent de Nations qui ont autrefois
connu les Arts , ou que ce continert a ét
habité par des peuples inconnus , que les révolutions
des tems ont entièrement détruits . Quoi
qu'il en foit de ces coniectures , il eft toujours
très vrai que nous ne favons que peu de chofe
de la maniere dont l'Amérique a été d'abord
peuplée , & rien de l'état de fes premiers habitans
» .
La Compagnie des Indes vend cette année
feize millions de thé ; elle en attend 1,8
millions de livres . 12 de fes vaiffeaux font
arrivés ; il en refte 20 en route , dont le retour
eft peu éloigné.
Le Juin , Thomas Hand , Tailleur à Spalding
, dans le Comté de Lincoln , en buvast
( 127 )
dans une Taverne , propofa aux affiftans de leur
vendre fa femme. Il fortit un inftant après
& revint avec un cordonnier du lieu , nommé
Hirdy. Ils demanderent une pinte d'aile , & en
la vuidant , ils conclurent leur marché , favoir
que lui Hand , vendoit à Hardy fa femme Elifabeth
, moyennant cinq shellings , la marchandife
devant être livrée en préience de la compagnie
; fous réserve , cependant , de l'approbation
d'Elifabeth. L'acheteur alla chercher cette
femme qui arriva dans la Taverne , tous trois
s'enfermerent dans un appartement , & à l'amiable
convinrent de leurs faits . Trois témoins
furent appellés , & pardevant eux , Hand prenan
fa femme par la main , la livra à Hardy ,
en difant : « Maintenant , ma chere , je vous li→
vre à T. Hardy , invoquant pour vous les
bénédictions du Ciel , & priant pour votre
bonheur commun . » Hardy répéta le même
compliment & prit la main de fa nouvelle
moitié ; Venez , ma chere , lui dit- il , que je
vous reçoive avec un baifer , & vous , Hand
donnez- lui- en un pour dernier adieu. « La céré
monie fe paffa avec beaucoup de fang- froid
de part & d'autre : les Contractans dreiferent
une minute quittancée de la vente , & ´la fignerent
ainfi que les trois témoins . Suivit
aprés , un dîné cordial de neufs couvers ; la mariée
y repréfenta avec beaucoup de dignité , &
l'on fe fepara gais & contens .
3)
Un vaiffeau dernierement arrivé à la Jamaïque
, a perdu fix negres de grand prix
par l'imprudence du Capitaine qui engagea
le Chirurgien à difféquer le corps d'un negre
qui venoit de mourir . Plufieurs negres ayant
été témoins de l'opération , furent tellement
f4
( 128 )
révoltés de ce fpectacle qu'ils fe jetterent à
la mer. Leurs camarades avoient projetté de
les venger ; parmi les femmes que l'Etat-
Major avoit choifies pour fes plaifirs , plufieurs
s'étoient armées de couteau dans le deffein
de poignarder leurs tyrans pendant la
nuit ; mais l'une d'elles , d'un naturel fans
doute compatillant , découvrit à temps le
complot au Capitaine .
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE ,
Précis des Nouvelles de l'Amérique Septentrionale
, du 10 Mai 1786 .
Le Gouverneur de la Caroline méridionale
a été requis , le 27 Février , d'informer
le Conful de France , que la Légiflature
s'occupoit d'un Bill pour liquider une partie
plus confidérable de la fomme due à Sa Maj.
T. C., que celle qui fut arrêtée par l'Acte
de l'année derniere. Il lui a été enjoint d'ordonner
à l'Agent nommé pour délivrer les
fommes qui doivent être paiées pour l'acquittement
des dettes étrangeres , d'accélérer
le rembourfement de S. M. T. C. auffitôt
que les fonds appliqués à ces dettes pourront
le permettre .
L'Etat de Rhode- Iſland a auffi accédé à l'établiffement
de l'impôt & de fon fupplément , conformément
à la réquifition du Congrès. Les regards
n'étoient donc plus fixés que fur l'Etat de
NewYorck , qui perfifto à refufer de payer
( 129 )
l'impôt , mais enfin l'Affemblée générale de eet
Etat a paffé un Ace , par lequel elle accéde à
la demande du Congrès. Ainfi cette grande affaire
qui a tant divife l'Amérique , eft terminée .
La Légiflature de l'Etat de Virginie a
paffe une loi , qui déclare crime de haute
trahifon de former ou d'établir , ou de faire
former ou établir aucun Gouvernement féparé
ou indépendant dudit Etat dans fes propres
limites , à moins que ce ne foit par Acte
de la Légiflature.
Le premier Mars de cette année fera un jour
à jamais mémorable dans les faftes de l'Etat de
New Jersey & dans ceux de l'humanité , par
l'Acte que le Corps législatif de cet Etat a paffé
pour défendre l'importation des Negres , autorifer
l'affranchiffement de ceux qui font efclaves
& prévenir les vexations auxquelles ces malheureux
font trop fouvent exposés .
En vertu de cet Acte , toute perfonne qui
amenera dans l'Etat un Noir tiré d'Afrique , dc-
" puis l'année 1776 , foit pour le vendre , ou pour
s'en fervir comme efclave , payera une amende
de so liv. fterl . Si le Noir n'eft pas né en Afrique
, ou s'il en eft forti avant cette époque , l'amende
fera réduite à 20 liv . Ces difpofitions
feront de rigueur pour les contrevenans à l'exception
de quelques cas énoncés dans la Loi ;
mais alors niême , il faudra que ces Noirs aient
été tirés d'Afrique avant l'année 1776 , & leurs
Maitres auront feulement le privilége de les
der fans pouvoir les vendre.
9
gar-
Les Maitres qui voudront donner la liberté à
leurs Efclaves , pourront le faire par un Acc
écrit de leurs mains , & fcellé de leurs armes , &
ils ne feront plus tenus de veiller à la fubfiff
S
( 130 )
tance de ces Efe'aves ainfi affranchis , à moins
que ceux- ci n'aient moins de vingt - un ans ou
plus de trente- trois . Mais il leur eft enjoint de
prendre un certificat des Infpe &eurs des Pauvres
, & de deux Juges , qui atteftent que le Noir
eft bien portant , & en état de pourvoir lui-même
à fa ful-fiftance .
Le Bill qui crée pour 100,000 liv. fterl.
de Papier- monnole par emprunt , & qui a
réglé la forme des renibourfemens , a paflé
le 9 Mars dans l'Affemblée générale à Tienton.
Le même jour il a été remis au Confeil
pour y être examiné.
La Chambre de commerce de New -Yorck
a préfenté au Corps légiflatif de cet Erat une
Requête contre un Bill propofé à cette Affemblée
, pour autorifer une pareille émiſfion
de Papier monnoie. On doute que
cette oppofition produife quelque effet. La
dangereufe reffource du Papier monnoie eſt
devenue un mal néceffaire , la rareté des efpeces
étant exceffive.
Le Gouverneur & le Confeil de la Virginie
ont reçu une copie du Traité définitif conclu par
les Commiffaires des Etats - Unis le 28 Novembre
dernier , à Hopewell , fur la Riviere de
Kawec , avec les Cheroquis . Il a été convenu
que les Prifonniers faits pendant la guerre feroient
refpectivement rendus . Les Sauvages reftitueront
en outre les Negres & autres Propriétés
qu'ils ont enlevés aux Citoyens des Etats-
Unis . Le Traité a été figné par trente - cinq
Chefs Cheroquis .
La navigation intérieure de la riviere Pa(
131 )
towmack vient d'être encouragée , & les
différentes Légiflations du Maryland , de la
Penfylvanie & des autres Gouvernemens fe
font réunies pour nommer des Commiffaires
, à l'effet d'ouvrir une communication
entre , les baies Chefapsack & Delaware .
Enfin le commerce établi fur la Jufquehannah
qui fe jette dans la baie Chefapeack ,
achevera de faciliter le commerce des nombreux
habitans de ces quartiers du continent.
On a découvert dernierement une mine
très riche aux environs de Liveret , Comté
d'Hampshire , dans l'Etat de Maffachuffet .
Quoique jufqu'à préfent elle n'ait pas été
examinée par des Minéralogiftes affez inftruits
, pour déterminer d'une maniere précife
la nature du métal qu'elle contient , il
n'en eft pas moins conftant que ce métal
quelconque est très précieux , & que l'exploitation
de cette mine procurera un benéfice
confidérable à fes propriétaires .
Un Méchanicien de la Caroline Méridionale
vient d'imaginer un Machine hydraulique , qui
éleve de 50 à 100 gallons d'eau dans une minute
à la hauteur de 200 pieds. Il a auffi inventé différentes
Pompes , dont les unes peuvent remplir
les cuves à indigo dans une minute ; d'autres ,
fervir à bord des vaiffeaux ; d'autres enfin aux incendies
, & c. L'induftrie de ce Mé.banicien promet
de grands avantages à l'Agriculture.
On vient d'établir dans la Caroline méridionale
une Société pour l'encouragement
& l'amélioration de Bagriculture & des auf
6
( 132 ) -
tres branches de l'économie rurale. Cette
Société a déja des fonds confidérables deſtinés
à récompenfer le zele de ceux qui auront
remporté les prix qu'elle doit propofer.
Sa Majefté Catholique a envoie au Général
Woshington un très beau cheval Efpagnol.
M. John Jay , Secrétaire des Affaires
étrangeres , a été chargé de faire paffer
ce cheval au Général qui eft à fa terre de
Mont Vernon,
Une Lettre de Saint - Eustache , datée du 12
Février , contient les détails d'une ſcène horrible
qui s'eft paffée, dans cette ifle , le 6 du même
mois. Un efclave Negre força la porte de la
chambre de fon maître ; il y prit un large couteau
, courut auffitôt dans une Ecole voifine de
la maifon , maffacra inhumainement une petite
fille , & en bleffa deux autres mortellement , It
fortit enfuite dans la rue , & ponrfuivit un homme
qui étoit à cheval , mais voyant qu'il ne
pouvoit pas le joindre , il s'arrêta & fe précipita
dans une maifon : heureuſement le maître de
cette maifon le trouvoit chez lui : voyant ce for
cené arriver , il fit entrer les femmes dans fa
chambre , & attendit l'aflaflin de pied ferme ,
quoiqu'il n'eût point d'armes pour le défendre.
Ce malheureux l'attaqua , & voulut lui
plufieurs coups ; ils furent parés avec une chaife ,
& l'homme attaqué faififfant un moment favorable
, en donna un coup fi rude fur le front du
Negre , qu'il en fut étourdi ; & tomba à terre ;
plufieurs perfonnes qui étoient accourues , profiterent
du moment pour s'en faifir. On affure
que ce monftre n'avoit donné précédemment aucune
marque de folie. Il n'y a encore rien de
porter
IL
( 133 )
-
décidé fur le genre de mort qu'on lui fera fubir ,
mais il n'en eft point de trop cruel pour lui .
Lorsqu'il eut déchargé le premier coup fur la
tête de l'enfant , la pauvre petite créature: tomba
, il la crut morte , & alleit affouvir farage
fur un autre objet , lorsqu'elle donna quelques
fignes de vie. Alors il revint fur elle , & lu
donna deux ou trois coups de couteau fur le col ,
qui lui féparerent prefque la tête du corps .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 5 Juillet.
Le Roi a nommé à l'Abbaye Princiere
de Murbach & de Lure , dioceſe de Befançon
, l'Abbé d'Andelau , Chanoine de Lure.
Le Baron de Makau , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftre près le Cercle de
Souabe , de retour par congé , a eu , à fon
arrivée ici le 2 de ce mois , l'honneur d'être
préſenté à Sa Majefté par le Comte de Vergennes
, Chef du Confeil royal des finances
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
département des Affaires étrangeres.
Hier , le Comte de Souza de Coutinho ,
Ambaffadeur de Portugal , étant en long
manteau de deuil , a eu du Roi une audience.
particuliere, dans laquelle il a remis à S. M.
une lettre de fa Cour , en notification de
la mort du Roi de Portugal. Cet Ambafladeur
a été conduit à l'audience de S. M. par
le fieur de la Garenne , Introducteur des
( 134 )
Ambaffadeurs ; le fieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi pour la conduite
des Ambaffadeurs précédoit..
La Cour prendra , le 9 , le deuil pour 21
jours , à l'occafion de cette mort .
DE PARIS , le 12 Juillet.
La Reine , qui avoit reffenti quelques
douleurs dans la matinée du 9 , eft accouchée
très heureufement à fept heures & demie
du foir à Verfailles , d'une Princefle
très bien portante. Cette Princeffe , que le
Roi a nommé MADAME SOPHIE , a été
baptifée le même jour à huit heures & demie
du foir.
La fanté de la Reine eft auffi bonne que
fon état le permet.
Lettres patentes du Roi , du 14 Mai
1786 , révoquant la miffion donnée au Chevalier
de Peftel , Grand- Maître des Eaux &
Forêts de Guyenne , dont le but unique
étoit de recueillir des éclairciffemens fur différens
terrains indiqués , comme pouvant -
appartenir au Domaine , annullent la plainte
rendue à cette occafion par le Procureur-
Général du Roi , & toutes les procédures
faires en conféquence .
Lettres patentes du Roi , du 14 Mai 1786 ,
qui ordonnent la recherche & la vérification
des Ifles , Iflots , attériffemens , Alluvions
& Relais formés dans une partie des
rivieres de Gironde , Gatonne & Dordo(
135 )
-
gne reglent la forme de ces opérations , &
annoncent les intentions de S. M. par rapport
aux conceffions , s'il y a lieu , d'aucuns
defdits térreins.
Cette opération , dit S. M. dans ces Lettres-
Patentes adreifies au Parlement de Bordeaux , a
également pour objet la confervation de notre
domaine , & la tranquillité de ceux qui judifie
roient de leur propriété , puifqu'en contatant la
confiftance de tous les fonds domaniaux , elle
mettra pourtoujours à l'abri de toute recherche
ceux qui auront fubi cette épreuve ; que l'intention
dans laquel'e nous fommes de traiter faverablement
ceux qui poffédant fans titre , mais de
bonne foi , demanderoient , en même tems qu'ils
reconnoîtroient les droits du domaine , à être
maintenus dans leurs poffeffions , nous port's à
écarter les formes & les jugemens néceffairement
rigoureux des Tribunaux, pour leur fubftituer une
opération toute entiere d'ordre & d'adminiftration
, qui laiffât l'exercice le plus libre à notre
bienfaifince ; & que nous nous fommes même
propofé de faire tourner à l'avantage des pays &
à différentes améliorations que fon intérêt ſoilicite
, les reffources pécuniaires qui pourroient
résulter de cette opération ; que ce plan doit être
lui même un für garant des ménagemens que
nous avons voulu qui fuflent employés dans la
vérification ; que bien loin d'avoir permis que
l'on portât aucune atteinte aux propriétés , nous
n'avons pas même conçu le projet qu'on a fuppoté
fans fondement , de faire à aucune Compagnie
ni à aucun Entrepreneur , la conceffion des
droits dans l'exercice defquels nors pourrions
fentrer; mais que nous avons réfolu de les exercer
directement ; & qu'en nous réſervant la con136
)
noiffance des vérifications par nous ordonnées ,
nous n'écouterens , pour en juger la légitimité
que le fentiment de notre juftice ; pour en régler
l'effet , que les mouvemens de notre bienfaifance
; & pour déterminer l'emploi des produits
, que le defir que nous aurons toujours d'af
1urer de plus en plus la profpérité d'une Province
auffi importante & qui nous eft auffi chere que la
Guyenne .
Suivant le difpofitif de ces Lettres Patentes
les Détenteurs fans titre d'aucunes portions defdits
terreins , qui feront dans les trois mois de
la date de l'enregistrement des préfentes
déclaration au Greffe de la Maitrife , de la
quantité de terres qu'ils pofledent , & leur foumiffion
de payer à l'avenir & à compter du
premier Janvier 1787 , les cens & redevances
qui feront réglés ; lefdits cens emportant lods &
ventes aux mutations fuivant la coutume des
lieux , feront confirmés dans leur poffeffion &
jouiffance.Le Ro : préférera pour la conceffion
des terreins , dont perfonne n'eft encore en poffeffion
, les offres de ceux des Propriétaires riverains
, qui les ont faites par acte déposé au Greffe
de la Maîtrife , dans le même délai de trois mois ,
à compter de la date de l'enrégiftrement des préfentes
, & qui y auront également joint leur foumiffion
d'acquitter les redevances & cens qui
feront fixés , lefdits cens emportant auffi lods &
yentes à chaque mutation . Les frais defdits
plan & procès- verbaux feront réglés par ledit
Grand- Maître , & le payement en fera fait par
P'Adminiftration générale de nos domaines.
En cas de conteftation for l'exécution de ces
préfentes , le Roi s'eft réservé la connoillance &
à fon Confeil , icelle l'interdifant au Parlement
( 137 )
J
de Bordeaux & à tous autres Juges ; fous telles
peines qu'il appartiendra.
Le 30 Mai , le Comte de Fumel , Commandant
en chef de la Province de Guyenne,
s'eft tranfporté au Parlement de Bordeaux
, & y a fait enregistrer ces Lettrespatentes
, du très exprès commandement
du Roi. Par ua Arrêt poftérieur , la Cour
eft revenue contre l'enregistrement fait en
préſence du Comte de Fumel .
Voici la fin de la relation du Voyage de
S. M. , commencée au N°. précédent.
Pendant fon féjour à Cherbourg , S. M. a
répandu des graces fans nombre , & Elle a reçu
Elle même Chevaliers de St. Louis, fept Officiers
de la Marine auxquels il manquoit quelques mois
de fervice ; Elle a nommé Lieutenant de vaiffeau
le premier Eleve de la premiere claſſe qui étoit
à bord du Patriote ; Elle a donné plus de 12000
liv. de gratification aux Equipages du vaiffeau
le Patriote & du refte de l'Eſcadre ; Elle a fait des
préfens à tous les Chefs ; enfin Elle a donné
600 liv. au Curé de Cherbourg , & Elle l'a
chargé d'annoncer au prône à fes paroiffiens
combien Elle avoit été touchée des marques
d'attachement & d'affection qu'Elle avoit reçues
de fon peuple. Cette bonté s'étoit déjà manifeftée
par la fenfibilité du Roi , dans toutes les actions
où le peuple le fuivoit avec des acclamations.
Tandis que l'Efcadre fimuloit un combat , le
Roi fut furpris de voir que le vaiffeau le Patriote
qu'il montoit ne faifoit pas feu ; M. d'Albert
de Rioms lui répondit que l'étiquette ne permettoit
pas qu'il y eût ni feu ni poudre à bord
d'un vaiffeau honoré de fa préfence. S. M. dé(
138 )
truifit l'étiquette , & voulut voir l'effet du rico
chet des boulets fur la mer ; on tira a boulet ,
& les Forts ainfi que toute l'Efcedre prirent ces
coups de canon pour fignal de falut ; auffi - tôt
toutes les batteries firent une triple falve .
Le 26 au matin , le Roi partit pour Caen ou
il fut reçu au bruit des acclamations d'un peuple
immenfe ; il fe rendit à pied aux cafernes qu'on
conftruit dans cette ville pour fon Régiment
d'infanterie , & en pofa la premiere pierre ; il
accorda la grace de fix déferteurs ; il donna
8000 liv . à l'hôpital ; il dota une orpheline que
le Corps de Ville lui préfenta , & il termina la
journée en foupant fous une tente dreilée dans
le jardin de l'hôtel de M. le Duc d'Harcourt ; il
permit que tout le peuple le vit fouper.
Le 27 , S. M. partit pour Honfleur ; les Officiers
Municipaux avoient fait conftruire , à l'entrée
de la ville , un arc de triomphe dans l'ordre
icnique & dreffer une tente à la chinoife fur la
jettée , près l'endroit où S. M. devoit s'embarquer
; toutes les rues étoient couvertes de fable ;
deux Compagnies compofées des principaux Habitans
, en habits uniformes , formoient deux
hayes ; un peuple immenfe s'eft porté à tous les
endroits où S. M. a paflé ; le bruit du canon , le
1on des cloches , & c. les cris de vive le Roi fe
font fait entendre de tous côtés ; mais les habitans
ne jouirent pas long tems de la fatisfaction
de pofféder leur Souverain ; la mer avoit déja
baiffé de deux pieds , & S. M. fut forcée de s'embarquer
au moment de fon arrivée pour le rendre
au Havre fur la Corvette qui lui étoit deftinée .
Ce bâtiment étoit commandé par M. de la Touche,
& fon Equipage formé d'Officiers de la Marine
marchande ; la traversée jufqu'au Havre fut un
peu altérée par deux grains . A l'arrivée de S. M.
( 139 )
3
le rivage fut bordé de peuple qui fuivoit S. M.
en criant vive le Roi , jufques chez M. le Duc
de Beuvron , où Elle alla decenire ,
Le 28 , S. M. partit pour Rouen ; toute la rue
de Grand Pont étoit tendue en tapifleries &
bordée d'orangers , au mi ieu étoit élevé un are
de triomphe , & plus loin un pavillon où S. M.
reçu les harangues du Parlement & des autres
Corps. Une Compagnie de 400 jeunes gens , en
uniforme , précédoit la marche du Roi , S. M. fe
rendit à la Cathédrale , où Elle fut reque avec
les honneurs qui lui font dûs , & le foir Elle parpour
Gaillon où Elle foupa & coucha cheż M.
le Cardinal de la Rochefoucault .
tit
cc
Le lendemain Elle fe mit en route pour Vers
failles où elle arriva à trois heures trois quarts.
M. de la Lande ayant fait de nouvelles
>> recherches fur la theorie de Mercure , aver
» tit les Aftronomes d'être artentis à obferver
cette planette aux environs du 9 Août
» & du 24 Septembre , où e le era aphélie
périhélie , en même temps que dans fes
plus grandes digredlions , circonftancés
>> rares & les feules cependant où l'on
» puiffe bien déterminer la grandeur & la
figure de l'obire du Mercule , for lamel-
» le i refte encore un petit degré d ncer-
» titude , comme on l'a vuar e paffage
fur le foleil , dus Mai , qui eft arrivé
» quarante minutes plus tard qu'on ne l'at-
» tendoit , d'après les tables de M. de la
» Lande , qui étoient cependant les meilleures
cette obfervation lui a donné lieu
d'en faire de nouvelles qui ne feront plus
» ſvjettes à de pareilles erreurs. »
( 140 )
M. Jallier de Savault , Architecte , auquel
on a attribué dans le Public le projet d'une
place à Breft , défavoue abfolument cette
fauffe attribution , & defire que ce défaveu
foit rendu public.
N. B. MM. Marfy & de Guy , indiqués
dans la Lettre de M. Sacchini , N. 23 de
ce Journal , demeurent rue de l'ancienne
Comédie Françoiſe , à côté de la cour dụ
Commerce , à Paris.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 9 Juillet.
Les allarmes des Etats de Hollande fur
les difpofitions du Peuple , à l'égard du
Stathouder , fe renouvellent. Malgré les Pla
cards comminatoires on s'eft livré très ouvertement
à la Haye à toutes les expreffions
publiques du dévouement aux intérêts de
S. A. S. En conféquence , aux défenfes antérieures
d'arborer des drapeaux & des rubans
Orange , les Etats ont joint celle de
porter des cordons de montre , de canne, & des
"glands même de cette fatale couleur . Par
ces importantes mefures , on elpere dompter
l'efprit de révolte."
Une lettre de Péniche , en date du 3
Tuin , rapporte les détails fuivans des opérations
tentées pour fauver le S. Pierre
d'Alcantara.
( 141 )
Le Commerce de Cadix avoit demandé Guil-
Jaume Braithwaite & fes deux fils , Anglois de
Nation , qui ont réuffi à retirer de la mer
l'Artillerie fubmergée à Gibraltar , par le moyen
d'une machine de leur invention , dont on projettoit
de faire ufage pour fauver le tréfor du
navire le St. Pierre d'Alcantara.
?
Les de Mai , Guillaume partit de Salé pour
venir ici avec les fils , ayant des lettres de
recommandation de M. Fernand - Nuzen , Ambaffadeur
d'Espagne , pour le Capitaine de
vailleau D. François Munoz y-Goolens , qui
les conduifit au bâtiment naufragé. Ces Anglois
virent d'abord les difficultés dans la profondeur
de l'eau & dans le mauvais tems ;
difficultés qui déja avoient retardé les travaux ;
mais ils comprirent que malgré cet obftacle ,
ils pourroient travailler avec la machine , quoiqu'ils
doutaffent de l'ufage qu'ils pourroient
faire de leur belandre , pour l'y furprendre.
Le Commandant Munoz leur donna un moyen
de furmonter les difficultés leur offrant
fes grands bateaux , qui font faits exprès pour
defcendre & élever ou foutenir quelque michine.
9
en
#
Enfuite , il fut queftion de tomber d'accord
avec les Députés du commerce qui étoient à
Peniche ; les Machiniftes demanderent dix pour
cent des efpeces monnoyées d'argent ou d'or
qu'ils retireroient de la mer ; cinq pour cent
de celui en caiffe , & un tiers pour le cuivre .
La grande différence de prime dont on étoit
convenu par contrat avec les plongeurs , qui
ne revenait pas à un demi pour cent , les progrès
rapides que ces derniers avoient faits
jufqu'alors , leur fincérité & fidélité , & enfia
l'efpoir bien fondé de pouvoir tout retirer fans
( 142 )
au
d'autre fecours ; toutes ces raifons déterminerent
la députation à n'offrir aux Machiniftes
qu'autant qu'elle donnoit aux plongeurs , parce
que s'is pouvoient , comme ils le difoient ,
expédier p us promptement leur travail
moyen de cette machine , ils auroient toujours
gagné davantage que les plongeurs . Les Machinites
ne s'étant pas accommodes de ces offres ,
ils s'en retournerent à Lisbonne pour paffer à
Cadix , où le commerce Elpagnol leur paya
les fraix de leur voyage , comme il convenoit.
" nous Quelque mérite qu'ait la machine
n'en pouvons rien dire , parce que fes Auteurs
ne l'ont pas laiflé voir ici . On admire
Padreffe & le courage des plongeurs , qui ,
fans d'autre fecours que leurs bras , ont retiré
de la mer jufqu'aujourd'hui , en 294 heures
employées en 61 jours ; favoir en or & argent
6,122,562 écus forts ; 1878 barres de cuivre ;
cinquante canons de 36 , 18 , 12 & 6 : 553 bralfes
de cable ; 590 braffes de cordage de moindre
grolleur , & autres gréments & uftenfiles de
vaiffeau .
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres.
«Derniérement la fille d'un riche bourgeois
» de Vienne , fe promenoit dans les jardins de
» Laxembourg, elle étoit très bien vêtue , & un
corps fortement ferré contribuoit à fa re paroître
fa taille plus élégante. Le Monarque , en-
» nemi de toute contrainte femblable , à laquelle
la nature s'oppofe , n'eut pas plutôt apperçu
cette demoiselle , qu'il lui fit demander , d
quel Régiment de Cuiraffers elle appartenoit
Cette plaifanterie aura probablement plus d'ef
5)
( 143 )
» fet que toute les Ordonnances qui profcrivent
un ufage auffi nuifible à la fanté ».
« Le Roi de Pruffe a pris tous les jours de la
femaine dernière , l'exercice de la promenade à
cheval : Vendredi même S. M. l'a pris deux fois ,
avant & après- midi .L'on peut juger par - là que les
forces du corps ne l'ont point abandonné . Quant
à celles de l'efprit , l'activité avec laquelle S. M.
expédie tout ce qu'on lui réfere des divers Départemens
, prouve qu'elles font encore en pleine
vigueur. La femaine derniere , les cing Miniflres-
Dirigens d'Etat lui firent , felon la coutume annuelle
, à l'iffue des revues , le rapport circonftancié
de leur geftion . Le Monarque en fur trèscontent
, & leur témoigna , dans les termes les
plus flatteurs , qu'il étoit fatisfait , & qu'il leurfou
haitoit toute forte de bonheur & deprofpérité. Il prit
ce congé d'un ton qui les affecta extrêmement.
Au refte , durant l'Audience , le Roi les écouta
avec son exa&itude accoutumée . Et un mot
S. M. ne néglige aucune part e de l'Adminiftration.
Cependant comme Elle a eu derniérement
un nouvel accès , femblable à celui du
mois d'Avril , quoique moins fort & moins long ,
Elle a réfolu de confulter le célebre Docteur
Zimmermann , Médecin de S. M. Britannique ,
en qualité d'Electeur de Hanover , & ce favant eft
attendu inceffamment à Potziam, Il faut eſpérer
que les confeils contribueront à mettre le Roi
en état de faire en perfonne la revue de Siléfie '.
ainfi qu'il en a pris la réfolution . Déja il a été
donné quelques ordres pour ce voyage. Gaz.de
Loyde , 11°. 52.
>
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
CONSEIL DU Roi.
Dans le n°. 4 de la Gazette des Tribunaux de
T'année 1785 , il a été rendu compte d'une quef
( 144 )
tion qui confiftoit à favoir fi une donation faire
dans un contrat de mariage en pays de droit écrit ,
par unefemme à un enfant du premier lit de fon mari,
étoit irrévocable. Une Sentence de la Sénéchauffée
de Lyon avoit jugé pour l'affirmative ,
en faveur des donataires , qui étoient les fieur &
dame Charelle. Sur l'appel en la Cour,
où la daine Grangé , veuve du fieur Moulin , do
nataire , expofa les vrais principes de cette matiere
, intervint Arrêt le 6 Juillet 1784 , qui ,
fans s'arrêter aux demandes , fins & conclufions
des fieur & dame Charelle , infirme la Sentence
de Lyon , entérine les Lettres de refcifion prifes
par la dame veuve Moulin , tant contre la donation
que contre un traité par lequel elle l'avoirconfirmée
& ratifiée , lui donne acte de la déclaration
par elle faite de révoquer cette donarion ; en
conféquence condamne les fieur & dame Charelle
à lui reftituer les biens compris en icelle , avec
fruits du jour de la demande. Les fieur
& dame Charelle s'étant pourvus, en caffation au
Confeil du Roi , Arrêt intervint au commencement
de 1785 , qui rejetta la Requête.
PARLEMENT DE TOULOUSE.S
Arrêt du Parlement , du 11 Février 1786 , qui
condamne Louis Boiffonnade , Serrurier du lieu
de Saint-Laurent d'Olt en Rouergue , accufé &
convaincu d'avoir infulté & maltraité le cadavre
de fon pere , en haine de ce qu'il avoit difpofé de
fes biers en faveur de fa fille , foeur dudit Louis
Boiffonade , à faire amende honorable devant la
porte de l'Eglife de Saint Etienne de cette ville ,
la hart au cou , conduit par l'Exécuteur de la
Haute Juftice , au banniffement du Reffort de la
Cour pendant dix ans , & à payer une fomme de
Too liv. qui feront employées à faire faire des
prieres pour le repos de l'ame de fon pere dans
l'Eglife dudit Saint - Laurent.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 6 Juillet.
La Cour
E Prince Gallitzin , Grand - Maréchal de
la Cour de Ruflie , frere du feu Feldt-
Maréchal de ce nom & de l'Ambafladeur
Ruffe à Vienne , eft mort à Pétersbourg
d'une attaque d'apoplexie.
. La conteftation fubfiftante entre le Roi
de Pruffe & la ville de Dantzick femble fe
perpétuer par de nouvelles difcuffions . La
Cour de Ruffie paroît trouver équitable ,
ainsi que les Dantzickois , qu'il existe une
égalité de droits pour les fujets Pruffiens &
pour ceux de la Ville ; égalité qui feule peut
maintenir celle du commerce entre les deux
Eats . Le Comte Serge de Romanzof, Envoié
extraordinaire de la Cour de Ruffie à
Berlin , où il eft arrivé dernierement , a vifité
en paffant à Dantzick , les lieux où les
Douanes en queftion font établies , & l'on
N°. 29, 22 Juillet 1786. g
( 146 )
ne peut douter de l'intérêt que prend l'Imperatrice
à cette affaire , en lifant la Nore
fuivante , qu'elle a fait remettre à la Cour
de Berlin.
Il ne fauroit échapper à la pénétration du Roi
que la protection que l'Impératrice & fes prédéceffeurs
ont accordée de tous tems à la ville de
Dantzick; fa garantie des traités de 1772 & 1773 ,
liée avec la derniere convention ; garantie dont
Elle s'eft chargée avec le propre agrément de S. M.
le Roi de Pruffe , & à la priere de la Ville , ne
permettent pas à S. M. Impériale d'abandonner
l'intérêt qu'Elle prend au Toit de la Ville de
Dantzick; mais fi , dans tout le cours des négociations
préfentes , l'Impératrice a montré conftam❤
ment la confidération la plus attentive pour les intérêts
de S. M. Pruffienne , Elle eft convaincue
qu'Elle en donne aujourd'hui une nouvelle preuve
au Roi , par les moyens de conciliation qu'Elle
Jui propofe , & dans lesquels Ele a borné la ville
exactement à ce que le maintien de fon commerce
a paru exiger indifpenfablement & de toute
péceffité . -C'est ce que prouveront évidemment
les explications fuivantes.
I. Il paroit très - jufte & équitable que , pui
que la Cour de Berlin confent , par le premier ar
ticle de fa réponse , à ce que les fues Pruffiens.
s'abftiennent du paflage par la ville & les fauxbourgs
de Dantzick , & fe contentent du feul palfage
par le Ganfe -Krug , cette Cour defire en mê
me tems que le chemin foit praticable . A l'effet
de s'allurer une fois pour toutes de bon état de ce
chemin , le meilleur moyen qu'on paroiffe pouvoir
employer , & que propofe la Cour Impériale
de Rufie , c'eft d'ordonner à leurs Réfidens ref
pectifs d'examiner ce chemin de concertavec
( 147 )
une députation du Magiftrat de Dantzick, & de
convenir entr'eux des améliorations indifpenfables
dont il pourroit avoir befoin , ainfi que de
celles qu'on pourroit y faire de tems à autre.
Par cet arrangement , & par l'obligation que
contracteroit ainfi le Magiftrat de Dantzick , de
veiller conftamment à l'entretien du chemin par
le Ganfe-Krug , les fujets de S. M. Pruffienne ne
feroient jamais expofés au danger de trouver ce
chemin impraticable.
11. L'on ne fauroit regarder que comme trèsjufte
la conceffion faite à ceux de Dantzick d'avoir
fur leur propre territoire des Gardes ou Inf
pecteurs ; & fi la ville de Dantzick a infifté fur
ce point , certainement elle n'en a pas eu d'autre
motif que la néceffité d'empêcher par ce moyen
la contrebande non- feulement des fujets Pruffiens,
mais auffi des propres habitans de la Ville ,
tendu que , fi l'on n'y veilloit , les uns & les
autres déchargeroient leurs marchandiſes entre
le Nouveau- Fahrwaffer & le Blockhaus ; qu'en™
évitant ains ce nouveau paffage , & prenant la
Foute par terre , ils pourroient par- là fe fouftraire
à la perception des droits qu'ils font tenus d'y ac
quiter.
at-
III. Pour ce qui concerne le refus fait par l'art.
3 de la Réponte de la Cour de Berlin , d'accorder
à ceux de Dantzike ( outre les droits qui fe
perçoivent à la douane du Nouveau - Fahrwaffer )
l'établiffement d'autres droits à la douane de Fordan,
fur toutes les marchandifes importées par les
fujets Pruffiens , ce refus fe fonde fur les principes.
fuivans ; 19. parce qu'il n'a rien été ftipulé à cec
égard par la convention ; 2° . parce que la douane
(Pruffienne ) près de Fordan tombe plus à charge
aux Polonois qu'à ceux de Dantzick, 3 °. parce que
la concurrence n'en fouffriroit rien , quand même
8 2
(-48 )
la ville n'auroit point d'équivalent pour la douane
près de Fordan , attendu que la ville , par fes
ticheffes , & par fa fituation avantageufe pour le
commerce avec la Pologne , aura toujours l'avantage
fur les fujets Prulliens ; 4°. parce que , fillon
accordoit à la ville d'établir aufli par réciprocité
une douane près de Fordan , il s'enfuivroit que
les fujets Pruffiens paieroient au Roile furplus de
2 pour cent pour la douane fur le Nouveau- Fabr
waffer , & qu'en outre ils acquitteroient à ceux de
Dantzick un nouveau droit de 10 pour cent, nonfeulement
fur toutes les marchandifes deftinées
pour la Pologne , mais auffi fur celles qu'ils importeroient
pour la confommation intérieure des
Etats Prufiens. Lorfqu'on examine ces différentes
raiſons avec l'attention requiſe , d'on doit
croire que la Cour de Berlin elle- même n'a pas
attaché beaucoup de poids aux deux premieres. En
effet , il paroît être de toute évidence
11
1°. Que quoique dans la convention même , it
ne foit pas fait mention expreffe de la douane près
de Fordan , elle parle pourtant en général de tous
droits de douane établis pour le tranfit par la
territoire pruffien ; ce qui exclut fi peu la douane
près de Fordan , qu'au contraire la concurrence
parfaite en vertu de laquelle le paiement réciproque
de ces droits a été ftipulé en faveur de la ville
de Dantzick , y eft compriſe , & qu'auffi tôt que
ceux de Danfzick feroient obligés de payer , fans
aucune compenfation quelconque , à la douane de
Fordan 10 pour cent de plus que les fujets Pruffiens
, la balance du commerce d'importation
devroit être ordinairement en faveur de ces dermiers.
2°. Que quoique les droits de la douane ( pruffienne
) à Fordan tombé en général plus à la
charge des Polonois que de ceux de Dantzick , ils
( 149 )
¿
feroient néanmoins un veritable fardeau pour ces
derniers ; & que fi du moins l'on accord it à la
ville un équivalent pour ces droits , les fujets
Pruffiens auroient d'autant plus le commerce
d'importation de la Pologne en leur pouvoir , que
dans l'alternative d'acheter les mêmes marchandifes
des fujets Pruffien's ou des Dantzickois les
Polonois aimeroient toujours beaucoup mieux
les prendre de ceux qui pourroient les leur
fournirà 10 pour cent meilleur marché , & que les
Pruffiens font déja en poffeffion de l'avantage prépondérant
de pouvoir fournir une grande partie
de la Pologne de ces mêmes marchandises , en
payant moins de droits par les ports d Elbing ,
de Konigsberg & de Memet.
La find l'ordinaire prochain.
Le Roi de Pruffe a répondu à ce Mémoire
par une contre-Note que nous rapporterons
dans l'un des Numéros fuivans.
DE VIENNE , le 5 Juillet.
3
Suivant l'itinéraire de S. M. I. , elle a
paffé fucceffivement à Gratz , à Marbourg,
à Pettau & à Agram. L'on attend ce Prince
à Laxembourg , le 26 Août, & immédiatement
après on commencera les grandes manoeuvres
au camp de Minkendorf.
Le 21 de Juin , l'Archiduc François , accompagné
du Général Comte de Lamberti
& de M. Rollin , s'eft rendu à Stein pour af
fifter aux exercices de fon régiment de
Léopold Tofcane , à la tête duquel il fe rendra
enfuite au camp de Peft.
« Ayant été dans le courant de Mai dernier
g 3
( 150 )
à Neuftadt , pour y vifiter l'Académie Théré
henne, S. A. R. voulut y parci re en uniforme académique.
Quand le Prince arriva , tous les jeunes
Eleves étoient fous les armes pour le recevoir , &
ils firent en fa préſence diverfes évolutions militaires
. Ces exercices finis , le jeune Archiduc fit
l'accueil le plus gracieux à chacun des Eleves en
particulier , & avant de les quitter , il leur adreſſa
ce compliment :
Je fuis bien content , Meffieurs , d'avoir fait
votre connoiffance , & de vous avoir pour émules
dans le grand art de la guerre , c'eſt- à - dire , l'art
de défendre la patrie , dont les avantages & lés
fuccès me feront toujours plus chers que la vie. Je
reviendrai parmi vous dans peu , pour y foutenir
mes examens fur les différentes parties des fcien-.
ces qui s'enfeignent dans cette Académie , & vous
ferez , Meffieurs , mes examinateurs . Je defire ardemment
que mes réponses aux questions que vous
me propoferez , puiffent me mériter votre eftime
& accroître l'émulation qui vous anime déja . 53
La femme , enceinte , du Graveur de faux
Billets de banque , s'étant jettée aux genoux
de l'Empereur , en implorant fa
commifération , ce Prince lui répondit :
Je procurerai de la fubfiftance à vos enfans
, y compris celui que vous portez , & je
vous donne un écu par mois . Allez prendre du
fervice , & vivez en honnéte femme.
Le Lieutenant Colonel Szekely, qui avoit
été condamné à la tranfportation en Hongrie
, eft mort fur la route d'une attaque d'apoplexie.
Lorfqu'on eut prononcé la Sentence
rigoureufe de ce malheureux vieillard ,
en de fes domeftiques préfenta une Suppli
( 151 )
que à l'Empereur , en lui demandant la gra
ce de fuivre en Hongrie fon maître , qui ,
plus que jamais , avoit befoin des fecours
& des confolations d'un fidele ferviteur.
L'Empereur touché lui accorda fa priere , &
a fait afligner à la veuve de Szekely une
penfion de soo flor.
S. M. I. a donné la clef de Chambellan
que portoit le Comte Pozdaski au frere cadet
de ce malheureux , dont la famille inno .
cente ne fouffrira aucunement du crime d'un
de fes membres.
Le dernier féjour de Laxembourg a été dégagé
de cérémonial . La haute Nobleffe qui s'y eft trou
vée , étoit vêtue fort fimplement , à l'exemple du
Souverain . On n'y a vu ni galons , ni broderies ;
le feul grand Fauconnier , Comte de Julien , portoit
habit & bandouillere brodés ; encore étoit - ce
parce que c'eft la marque diftinctive de fa charge.
L'on permit aux domestiques étrangers de fervir,
leurs maîtres à table , conjointement avec les
valets de pied de la Cour ; ce qui ne s'étoit jamais
vu. La liberté y fut même fi grande , qu'on n'obferva
aucun rang à table , où chacun fe plaçoit
comme bon lui fembloit .
Le dernier incendie a donné lieu à plufieurs
réglemens utiles de Police. On a don
né d'abondans fecours aux incendiés ; les
Francs- Maçons entr'autres leur ont envolé
une affignation fur la caiffé des pauvres , de
400 ducats.
A la derniere féance de Inftitution des
Sourds & Muets , fous la direction de l'Abbé
de Storck , cet Emule eftimable de l'Abbé"
g 4
( 152 )
de l'Epée , a prononcé deux difcours , dans
lefquels il a célébré les bienfaits de l'Empereur,
& le zele de M. l'Abbé de l'Epée ; il a
dit en parlant de ce dernier :
ور
05
« Avec quelle reconnoiffance n'adrefferonsnous
pas nos voeux au Ciel pour la confervation
de cet homme précieux ! qui a préparé
la naiffance de cet Etabliffement , qui
» le premier , vivement touché de la triste condition
des fourds & muets , inventa les moyens
de les inftruire , de M. l'Abbé de l'Epée , mon
inftituteur & mon ami , dont la postérité me
prononcera jamais le nom qu'avec amour &
refpe& , & n'oubliera jamais que fa méthode ,
fondée fut des principes certains , & éprouvée
par une longue expérience , a ouvert aux
fourds & muers la carriere du bonheur qui leur
» étoit fermée pour toujours ; en vain , quelques
perfonnes fe font efforcées de diminuer le
mérite de fon invention , il en a foutenu
» contre eux victorieufement les ayantages , en
Grammairien & en Philofophe ; leur filence
a été l'aveu de fon triomphe.
OD
20
59
Ces dernieres lignes font fans doute allufion
aux diatribes de M. Nicolaï , fur lefquelles
nous ne penfons prendre aucun parti
, en rapportant la maniere dont l'Abbé de
Storck envifage cette querelle .
L'Empereur vient de confirmer la nouvelle
Banque d'affurances & de contrats
maritimes établie à Triefte. Son fonds , qui
eft exempt des taxes de fucceffion & d'intérêt
, eft de 400, ooo florins. Les contrats ou
lettres de cette Banque auront la qualité &
l'effet des lettres de change ordinaires.
153
Le corps de Bombardiers nouvellement
levé eft composé de mille hommes. Il viendra
ici , & fera logé dans les cafernes de
cette Capitale.
DE FRANCFORT , le 12 Juillet.
3
Le Landgrave de Heffe - Caffel vient de
défendre à tous fes fujets de porter le deuil.
Dans le Réglement publié fur cet objet ,
S. A. S. expofe les inconvéniens de laiffer
fubfifter une pratique , qui a dégénéré en
luxe très onéreux aux veuves & aux orphelins.
Elle défend en conféquence à toutes
perfonnes , de quelque rang & condition
qu'elles foient , de porter aucun habillement
ni parure de deuil ; permettant fimplement
aux hommes un crêpe noir autour du bras ,
& aux femmes un ruban noir fur la tête .
Tous les repas de deuil , frais d'enfeveliffement
font également interdits , & ne devront
coûter que 14 rixdalers au plus , pour
la claffe la plus relevée .
"
Le Prince Dolgoroucki , Miniftre plénipotentiaire
de Ruffie à Berlin , & le Comte
de Romanzof , fon fucceffeur , fe font rendus
à Potzdam où ils ont été préfentés au
Roi par le Comte de Finkenſtein , Miniftre
d'Etat. Le premier a pris congé de S. M. ,
& M. de Romanzof a remis fes lettres de
créance.
On écrit de Vienne , que le Chevalier
8 S
( 154 )
Keith , Miniftre plénipotentiaire de la Cour
de Londres , eft chargé d'entamer avec la
Cour Impériale des négociations pour un
Traité de commerce.
On fait actuellement la Confcription militaire
dans les Bailliages de l'Autriche antérieure
de la même maniere qu'elle fe fait
dans les autres Etats héréditaires. 3
Le bruit court de nouveau , que la Cour
de Vienne eft en négociation avec l'Archevêque
de Salzbourg , pour la ceffion des
poffeffions de cet Archevêché dans le Duché
de Carinthie.
Suivant des lettres de Spa , depuis quelques
jours le Duc & la Ducheffe de Cumberland
, fous le nom de Comte & Comtefe
de Dublin, y font arrivés . On y attendoit
aufhi dans peu de jours l'Electeur de Cologne
, l'Archiduc Ferdinand & l'Archiducheffe
fon épouſe , & l'Archevêque de Salzbourg.

Le Docteur Bufching a inféré dans le
N° 26 de fon Journal hebdomadaire , la
Note fuivante qu'il a extraite. d'une lettre
qu'on lui avoit adreffée.
« Le Chevalier de Mainvillier , François de na
tion , & Auteur de la Pétronale , ou de Pierre le
Créateur , a fait à pied de grands voyages. Il arriva
de cette maniere , en 1776 , de Pétersbourg à
Stolzenberg , près de Dantzick. Les registres de
F'Eglife de Nakel , dans le diſtrict de la Ñez , atteftent
qu'il y vint le 12 Juin au foir ; que le lendemain
, on le trouva mort dans fon lit, & que
( ass )
le même jour , il fut enterré au cimetière des Catholiques.
Le fieur Nooz , Receveur des Accifes ,
fit une quête pour faire inhumer convenablement
le Chevalier de Mainvillier ; il garda l'Exemplaire
du fufdit Ouvrage qu'il avoit trouvé dans une dés
poches de l'habit du Chevalier, & dans lequel font
infcrits les noms de tous ceux dont M. de Main
villier fit la connoiffance dans fon voyage. Ce
même Exemplaire eft actuellement dans les mains
du fieur Serre , Contrôleur - Provincial des Accifes
& Péages du Roi à Bromberg. Je publie cette
note , ajoute M. Bufching, dans la vue d'apprendre
le fort du Chevalier de Mainvillier aux perfonnes
qui pourroient avoir intérêt de le favoir. »
M. Schloëzer a donné dans fon excellent
Journal l'état fuivant des revenus du Pape
jufqu'à ce jour.
1. Les plus anciens font ceux qui proviennent
du denier de S. Pierre ; on les évaluoit au commencement
de ce fiecle à 930co écus , on péut
les compter maintenant au nombre
rond de , Ecus Romains "
2. La gabelle de la Capitale , impôt
fur le fel
100000
350000
3. Des fujets de l'Etat Ecléfiaftique 300000
4. Impôts divers fous la dénomination
de Quadrino di Carne
5. Droit d'ancrage à Civita Vecchia ,
qui fe paie à la petite douane
6. Autre impôt fur le fel pour Rome
7. Les grains qu'achette la Chambre
Pontificale pour revendre enfuite
droits de mefurage & de mouture .
8. les poftes
9. Les luminaires de Tolfa ont rapporté
& valent annuellement , tantôt
150000
36000
30000
64000
6000
g 6
( 156 )
plus , tantôt moins , environ
10. Impôt fur les chandelles
11. Ce que paie le Clergé féculier
12. Les Moines réguliers ont payé
jufqu'ici .
13. Les fubfides de l'Ombrie & Peruggia
, de la Marche d'Ancône , de la
Campanie & du Patrimoine de S. Pierre
14. Impôt fur les chevaux
15. Les Tréforeries
16. Les gabelles du Duché de Spolete
17. La douane d'Ancône
18. La douane de Civita - Nuoya
pâturage des moutons
19. La ferme de Liéda
20. Ses gabelles , les péages & autres
contributions à Bologne
21. Produit du Lombard
22. Impôt fur le bled dans tout l'Etat ,
Eccléfiaftique •
23. La Daterie produit année commune
190000
9000
10000
91989
1
500000
318200
321000
10000
15000%
400000 :
3000
719630
50000
90000
200000
24. Les minutes de la Chancellerie 400000
25. Divers objets qui n'ont point de
noms .
26. Collectes étrangeres connues cidevant
fous le nom d'annates
"
500000
400000
Ecus Romains 4729618
Ce qui fait environ 6 millions de rixdal . ,
ou 24 millions de liv. tournofs Les dettes
de la Chambre Apoftolique font confidérables
, & abforbent une grande partie du reyenu
que nous venons de détailler.
(157 )
ITALI E.
DE VENISE , le 24 Juin.
Le Gouvernement a fait publier, non une
relation officielle du dernier bombardement
de Sfax , le 4 Mai ; mais la lettre d'un Offcier
de l'efcadre du Chevalier Emo , qui
doit en tenir lieu : elle eft datée des côtes
de Tunis , le 17 Mai.
» L'ardeur qu'on mit dans cette derniere attaque
fut furprenante , dit cet Officier , &
elle a comblé de gloire notre valeureufe efcadre.
L'ennemi ne put réfifter à un feu auffi vif, &
la diminution du fien démontra clairement la
confufion qui devoit y régner. Un débarquement
fur la plage , que feignirent de tenter quelques
unes de nos barques , acheva de décourager les
Tunifains. Ils dirigerent fur ces barques tout
leur feu , mais elles n'en reçurent aucun dommage
, à caufe de la trop grande diſtance des
batteries ennemies.
» Au contraire le nombre & le fuccès de
nos décharges , accroiffant de plus en plus leur
confternation , ils abandonnerent en la partie
, & cefferent abfolument de tirer . Les nôtres
profitant alors de ce précieux moment , firent
de nouveaux efforts pour achever de détruire
cette malheureuſe ville , à quoi ils réuffirent en
grande partie , & au point que tous les habitans
l'abandonnerent, Après quatre jours de cette
vive attaque , le Commandant fatisfait du fuccès
, ordonna , le 8 , que toute l'efsadre mit à
la voile pour Malte. Il n'y eut de notre côté que
( 158 )
quatre morts & peu de bleffés ; mais la perte
d'hommes a dû être très grande , du côté des
ennemis , de même que les ravages du feu . Car
on 'a vu la ville toute enflammée pendant une
nuit entiere ,
& la fumée continua encore durant
tout le jour fuivant . Leurs batteries cependant
avoient des canons de 40 à 60 ; & elles
étoient bien fervies , ayant outre les foldats
Tunilains venus des places voifines , des artilleurs
François qui avoient fait les dernieres campagnes
aux Indes , fous le Bailli de Suffren . D'aitleurs
les ennemis avoient placé deux corps de
cavalerie aux deux extrémités , avec les ordres
de tuer fans miféricorde . tous ceux que la
frayeur exciteroit à la fuite. Le nombre des
coups tirés par notre efcadre fut au moins de
dix mille , d'où l'on doit juger fuffisamment les
dommages , qu'ont foufferts les ennemis .
"... Aujourd'hui , ajoutent d'autres avis de
Venife du 17 Juin , le Sénat s'affemble malgré
les vacances , pour délibérer fur les affaires de
Tunis. Le Chevalier Emo pourroit tenter une
nouvelle attaque fans autres renforts , puifqu'il
trouvera à Malte des provifions en abondance.
Mais l'on ne fait encore quelles inftructions
lui feront envoyées , ni fi elles arriveront ,
avant qu'il n'ait pris de lui- même le parti de
retourner fur les côtes d'Afrique . Le courage
que cet Amiral a montré dans la derniere attaque
eft extraordinaire , même exceffif , puifqu'il
a eu l'intrépidité de ne point quitter les
batteries pendant toute la durée du feu , &
qu'il ne voulut jamais céder aux prieres des
Officiers , qui le fupplloient de fe retirer du
danger. C'étoit avec fondement ; puifqu'en y
reftant , il faillit d'en être la victime , un boulet
de canon ayant effleuré fon chapeau. On
( 159 )
fait également l'éloge des difpofitions qu'il prit
pour l'attaque , & il en reçut la pus digne
récompenfe , la réuffite ayant juftifié completteinent
la bonté de fon plan . L'on prétend que
fila tête extravagante du jeune Bey de Tunis
s'opiniâtre encore , malgré ces mauvais fuccès ,
à ne point démordre de fes folles prétentions ,
on changera cette guerre ouverte , en guerre
fourde , le contentant de laiffer quelques vaiffeaux
en croifere dans les eaux de Tunis , pour
intercepter & ruiner tout fon commerce , auffà
bien que pour affurer notre navigation.

PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 12 Juin.
Jufqu'à préfent on ne connoît pas de tef
tament du feu Roi Pierre III. Si cette fucceffion
refte ab inteftat , la moitié en fera
adjugée à la Reine , & l'autre moitié à fes
enfans . On l'évalue à 9 millions tournois en
elpeces ; le mobilier & les diamans forment
encore un objet confidérable . Le Marquis
de Lourical, notre Ambaffadeur à Madrid ,
eft rappelé ici , & le bruit public le place à
1 tête du Miniftere.
Les Commis de la Douane de Madrid écrit
on de cette Capitale , ont fait , au commencement
de Juin , une découverte bien importante
pour eux ; celle de plufieurs ballots
de contrebande , à l'adreffe de Monfeigneur le
Nonce du Pape . Ils contenoient des mouffelines
& autres étoffes de coton , du tabac , & c . embarqués
fur un bâtiment dans le port de la
( 160 )
Spezia près de "Gênes , on les mit à terre à Alicante
, fans aucun empê hement des employés
à la Douane de cette ville . De- là on les roitura
par terre jufqu'à Madri . Au lieu d'en
faire la vifite à la Douane royale , on préféra
de les faire fuivre par les Commis , qui ar riverent
en même tems que les caiffons au palais du
Nonce. Ils les firent ouvrir l'un après l'autre
devant eux , & y trouverent à la fuperficie des
images , des reliques de Saints , &c. & enfuite
les reliques d'une autre espece que nous avons
dites. Les procès - verbaux dreffés , & la marchandife
confifquée , on reçut les proteftations
de Monfeigneur , qu'il n'avoit aucune part à
cette fraude , & qu'elle le faifoit à fon infçu.
On en foupçonne violemment fon Secrétaire ,
& celui du précédent Ministre de Gênes.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Juillet.
Mylord Comte de Stanhope avoit propofé
un Bill fort fage , concernant les Elections
des Représentans de Comtés . Nous
avons rapporté l'oppofition infructueufe de
Lord Sydney, Secrétaire d'Erat , à la pre
miere lecture de ce Bill . Son auteur avoit
également réuffi à le faire lire une feconde
fois mais il a échoué à la troifieme lecture
faite le io. Plufieurs Pairs font revenus de
leurs terres , & ont formé une pluralité de
3.8 contre 5.
Le Bill pour nommer des Commiſſaires
chargés d'examiner l'état actuel des terres
( 161 )
& des forêts de la Couronne a paffé dans la
Chambre haute , par une pluralité de 28
contre 18 .
Sa Majesté s'eft rendue hier à la Chambre
des Pairs , où elle a donné fon confen
tement à différens Bills , & après avoir prononcé
le difcours d'ufage , le Parlement a
été prorogé au jeudi 14 Septembre. Le dif
cours de S. M. a été très - court. Elle a approuvé
la conduite du Parlement pendant
la feffion , & elle a remercié les Communes
des fubfides accordés. S. M. dit enfuite que
les affurances qu'elle continuoit de recevoir
des Puiffances étrangeres lui donnoient tout
lieu d'efpérer & de croire que l'harmonie
qui fubfifte, act tellement entre les différens
Souverains de l'Europe ne feroit probab.ement
pas troublée .
Le Commodore Hughes , venant de l'Inde
fur le Briftol, a débarqué à Portſmouth ,
& eft arrivé à l'Amirauté.
Les vaiffeaux fuivans que cet Amiral a
ramenés doivent être retirés de commillion ;
favoir , le Bristol , de so can . à Portſmouth ,
l'Active de 3 2 à Chatham , & le floop le Cyg ·
net à Deptford.
Tous les Papiers de ce jour renferment
le Paragraphe fuivant. » Le's de ce mois , le
Comte de Southampton a remis au Prince de
Galles une longue Lettre du Roi , par laquelle
S. M. lui fignifioit qu'elle étoit abfolument
déterminée à ne point donner fa
( 162 )
fanction à aucune augmentation du revenu
de S. A. R. , ni pour le préfent , ni dans au-'
cun temps à venir. En conféquence de cette
lettre , le Prince de Galles a pris le lende--
main la réfolution fuivante.
"
לכ
» De réformer fa maifon , de fufpendre
les travaux pour les augmentations pro-
» jettées à fon Palais de Carleton , & de
» vendre fes voitures & fes chevaux pour
payer fes dettes . S.A. R. a de plus arrêté,
qu'à compter du premier Octobre pro-
» chain , le revenu de 40,000 liv. fterl . dont
il jouit , feroit appliqué au même ufage ,
jufqu'à parfait remboursement , & qu'il
»feroit nommé quatre perfonnes de fon
» Confeil , pour veiller à ce que ces fonds
» foient appliqués comine il convient à leur
» objet.
לכ
Conformément à ces réfolutions , il a été
expédié des circulaires aux principaux Offi
ciers du Prince , pour les prévenir que Son'
Alt. Royale. les difpenfoit pour le moment
de leurs fervices. Sur cette nouvelle Lord
Southampton & plufieurs autres ſe rendirent
auflitôt chez le Prince , en le fuppliant avec
toutes les expreffions du plus tendre dévouement
, de vouloir bien difpofer de ce
qui pourroit leur être dû de leurs appointemens.
S. A. R. a été extrêmement fenfible à
ce procédé de la part du Comte de Southampton
, & elle a déclaré hautement qu'elle
n'en perdroit jamais le fouvenir.
( 163 )
Le Prince fe propofe de quitter Londres
Il s'eft rendu le 7 chez la Reine à Windfor
, où après lui avoir fait part de fa
réfolution , il a pris congé de Sa Majesté
& des Princelles fes fecurs . Le Prince fe
rendra d'abord à Brighthelmftone , où il
doit paffer quelques femaines. Il ne fera accompagné
que d'un très - petit nombre de
domeftiques , & il vivra comme un fimple
Gentilhomme , fans exiger aucun cérémonial.
Le Public , dans ce moment , a les yeux
fixés fur une affaire très extraordinaire , dans
laquelle la Chambre Haute vient d'intervenir.
On fe rappelle de quelle maniere Lord
Rodney & le Général Vaughan traiterent
les Négocians de St. Euftache , qu'on les
accufa , dans toutes les Gazettes , d'avoir,
fpoliés de la maniere la plus atroce , contre
le droit de la guerre & les inftructions
même du Gouvernement Britannique . Les
Partifans de ces deux Généraux publierent
alors qu'on avoit trouvé une infinité de
lettres de ces Marchands Hollandois ou Anglois
, établis à St. Euftache , qui prouvoient
une correfpondance illicite avec l'ennemi ,
& qui autorifoient la confi'cation de leurs
fortunes ; puifque les premiers violoient ouvertement
la foi des traités , en faifant de
S. Euftache l'arfenal des François & des
Américains , & les feconds leur ferment de
fidélité envers leur patrie. Les correfpondances
de ces traîtres furent envoiées par
( 164 )
l'Amiral Rodney à Lord George Germaine ,
Secrétaire d'Etat au département des Colonies.
Elles tendoient à juftifier les actes de
rigueur exercés contre S. Euftache , & à
mettre les Capteurs à l'abri des réclamations.
Sous le Miniftere fubféquent du Comte de
Shelburne, ces papiers furent enlevés du
Bureau où ils étoient dépofes ; & d'après
les informations prifes, on foupçonne qu'ils
furent remis à l'Agent connu des Améri
cains. Cet événement a enhardi les Marchands
Anglois dont on avoit faili les pro
priétés à S. Euftache. Dans l'efpoir d'échapper
aux preuves de leur trahifon , ils ont
interjetté plus de foixante appels contre
Lord Rodney & le Général Vaughan. La
Cour des Pairs ayant été appellée à rendre
un Bill à ce fujet , lorfqu'on en fit
la feconde lecture , les de ce mois , les
Confeils des Partics étant à la barre , Lord
Rodney fe leva , & s'oppofa aux progrès
ultérieurs du Bill , par les rajons qu'on
va lire .
Lorfqu'on prit St. Euftache , dit- il , une partie
confidérable des propriétés de cettelle appartenoit
à des fujets Britanniques , dont les uns rfidoient
en Angleterre , les autres dans les Indes occidentales
. Parmi leurs effets , on trouva des regiftres
, des lettres , des papiers , qui contato ent
clairement les preuves d'une correfpondance cri
minelle de ces fujets Britanniques avec les Infurgens
, auxquels ils fourniffoient , par l'intermé
diaire de St. Euftache , des armes , des munitions
, des approvifionnemens pour faire la gueme
( 165 )
à la Métropole. Les François étoient pourvus de
la même maniere & par les mêmes mains . Ce
trafic avoit pour agens principaux des Marchands
Anglois étab is dans les 1.s , particuliérement à
Antigoa & à St. Chriftophe. D'après la conviction
de leur trahifon , deux d'entr'eux nommés
Gouverneur & Curzon , furent envoyés prifonniers
en Angleterre . Tous les papiers rela
tifs à cette découverte furent tranfmis au Se
cretaire de l'Amirauté pour étre déposés au
Bureau du Secretaire d'Etat , & préſentés à
la premiere demande , foit au Roi , foit au Parlement
, foit aux Cours de Juftice . S. S. avoit
efpéré juftifier pleinement par le contenu de ces
Papiers , que la confifcation étoit la moindre
peine qu'avoient méritée des traîtres de St. Euf
tache. Pour fon propre compte elle n'avoit pas
un demi-fchelling à attendre de cette dépouille ,
dont il avoit remis la difpofition à S. M.
Quelque tems après l'arrivée de S. S. en Angleterre
, diverfes actions furent intentées par les
coupables devant les Lords d'Appel . S. S. elle
même fe tranfporta à l'Office du Secretaire d'E
tat pour y demander le dépôt des papiers en
question on lui répon lit qu'ils étoient introuvables.
« Vos Seigneuries , ajouta Lord Rodney ,
» peuvent fe figurer ma furprife & mon indigna-
» tion. Elles voudront bien entendre la lecture
de l'Affidavit ( déclaration affermentée ) que
အ .
j'ai faite devant le Juge , ainfi que le Général
» Vaughan, » On Jut cet affidavit contenant le
détail le plus circonftancié & le plus authentique
de l'envoi & de la réception des papiers perdus.
Lord Rodney, demanda enfuite la permiffion de
faire entendre un témoin effentiel , ce qui fut
accordé.
Ce témoin eft M. Knox, ancien Sous
( 166 )
Secrétaire d'Etat au département de Lord
Germaine. Le Chancelier lui ayant demande
s'il avoit reçu des papiers relatifs à la pile
de S. Euftache en 1783 , il répondit affirmativement
, & ajouta :
Que les premiers de ces papiers avoient été
apport s par la frégate la Vénus , à bord de
laquelle étoient pareillement arrivés MM. Gouverneur
& Curzon , tous deux accufés de trahiton
; le fecond envoi fuivit quelques jours
après ; le Chevalier Sampfon Wright , Juge de
paix , auquelil eut ordre de s'adrefier , fit mettre
l'un des accufés à Newgate , & l'autre foulement
fous la garde d'un Meffager d'Eat , à
caufe du delabrement de fa fanté. Les cho´es
reftèrent dans cet état jufqu'au changement
furvenu dans le Miniftere ; préfumant a ors
& d'après le fiftéme des nouveaux Miniftres ,
que les accufés ne tarderoient pas à être remis
en liberté , & qu'en conféquence il feroit
poursuivi pour raifon de leur emprisonnement
, il féqueftra ceux de leurs papiers qui
prouvoient leurs crimes ; l'évenement ayant
juftifié les conjectures , & les accufés redemandant
leurs papiers , il ne leur rendit que
ceux qui étoient étrangers à l'affaire , & cacha
avec foin les autres dont il ne parla jamais à
Lord Shelburne , & c. deux des Commis du bus
reau , par ordre de M. Thompfon , l'un des Chefs ,
en commencerent l'extrait & le dépouillement
très-avancés lorqu'il quitta l'office : qu'au fur->
plus , lui dépofam ne peut le rappeler exactement
le contenu de ces papiers mais qu'ils
tendoient à charger certaines perfonnes de pratiques
de trahisons , de correfpondances criminelles
avec les ennemis de l'Angleterre , & qu'ils
,
( 167 )
fourniffoient des munitions de guerre & de
bouche , & c.
Lord Rolney ayant demandé à M Knox s'il
fe reffouvenoit d'avoir vu deux paquets de lettres
dans le nombre de ces papiers , & s'il en avoit
été fait des extraits ; le témoin répondit qu'il
avoit vu les deux paquets ; mais qu'à fa connoillance
, on n'en avoit pas fait d'extrait,
Le Duc de Manchefler l'interrogea auffi fur
la nature des papiers qu'il tenoit a la main ; il
répondit que c'étoient des duplicata de connoiffemens
pour des munitions de guerre , envoyées
aux Américains par MM. Gouverneur & Curzon.
Lord Rodney dit enfuite , qu'il ne tatigueroit
pas la Chambre de témoignages ultérieurs
que la remife de ces Papiers , fous
la garde des Miniftres de S. M. étoit fuffifamment
établie , & qu'il laiffoit à LL. SS.
de fe déterminer en conféquence . Alors ,
on propofa de renvoyer à deux mois la feconde
lecture du bill , ce qui fut agréé unanimement.
Le Chancelier remarqua , que vu
la gravité du témoignage que la Chambre
venoit d'entendre , cette affaire lui paroiffoit
devoir donner lieu à l'impeachment ( décret
d'accufation ) ; Lord Rodney promit tous
fes foins pour percer les profondeurs de ce
myftere & pour livrer les coupables quelconques
à la Juftice..
Les différentes pieces qui ont été publiées
à ce fujet , pouvant fervir à l'hiftoire de cette
fameule prife de St. - Euftache , nous rapporterons
ici une lettre officielle , écrite dans le
temps par l'Amiral Rodney à M. Stephens ,
Secrétaire de l'Amirauté,
( 168 )
A bord du Sandwich , à Saint - Euftiche , 26
Mars 1781.
MONSIEUR ,
Depuis ma derniere du 17 du courant , remife
au vaiffeau de Sa Majefté la Venus ; j'ai à vous
prier de prévenir Leurs Seigneuries , que le Capitaine
Cadogan , montant la frégate de Sa
Majefté la Licorne , a mis à la voile avec la
Flotte marchande de la Jamaïque pour la convoyer
, & que la Martinique continue à être bloquée
de près par l'Efcadre de Sa Majefté , fous
le Commandement du Contre - Amiral Sir Samuel
Hood. Jai appris dernierement une anec
dote , que je crois très néceffaire de faire connoite
à Mylords , & qui prouve les fentimens
que portent à la Mere Patrie les Habitans établis
dans cette ille , qui ofent prendre le nom d'An
glois , quoiqu'indignes des nobles Privileges
de ce non , depuis que d'anciens Citoyens de la
Grande Bretagne , ils font devenus des Bourgeois
Hollandois .
Il étoit bien connu que la Flotte de Sa Majeſté
employée dans ces Mers , où la fatigue , le dépériffement
des vaiffeaux , font bien plus confidérables
que dans celles d'Europe , a eu fouvent
befoin de toutes fortes de cordages , fur tout à
la fuite du dernier grain & de l'ouragan furieux
éprouvés par la Flotte que j'ai fous mes
ordres en quittant la cóte d'Amérique.
Le trifte état de mon E cadre m'obligea de
donner ordre au Garde - Magafin des Chantiers
de Sa Majesté à Antigoa , d'acheter des corda .
ges pour ragréer mes vaiffeaux , Quelques efforts
qu'il ait faits par lui- même & par les Députés ,
pour s'en procurer à Saint - Eustache ; la mauvaife
volonté des Habitans de cette Ifle a été
selle , qu'on n'a pu s'en procurer , fous prétexte,
qu'ils
( 169 )
qu'ils n'en avoient point en magafin ; tandis qu'à
la prife de l'Ifle , & en s'emparant de ces mêmes
magafins , on y en a trouvé plufieurs centaines
de tonneaux , dépofés depuis un temps confidé.
rable , feulement pour en fournir les Ennemis
publics de Sa Majeftè , & fes Sujets rebelles .
On s'eft emparé d'environ cinquante vaiffeaux
Américains depuis la prife de l'Ile ; & on a
trouvé à bord un grand nombre de Lettres , qui
prouvent clairement que la carcaffe , & les mâts
exceptés , tout le refte de leur armement , tels
qu'agrès , gouvernails , canons , poudres , munitions
& provifions de toute efpece , néceflaires
pour les faire naviguer , leur étoit envoyé de
cette Ifle , fans le fecours de laquelle les Américains
n'auroient pu tenir long - temps la mer.
Tels font , Monfieur , les faits inconteftables ,
& qu'on pourroit prouver par une foule de Let
tres de correfpondance entre Saint - Eustache &
l'Amérique , auffi bien que par les regiftres des
Marchands envoyés en Angleterre fur le vaiffeau
de Sa Majesté la Venus , pour être mis fous les
yeux des miniftres du Roi .
C'eft auffi ouvertement & avec cette audace
, que fe font conduits les Habitans de cette
Ifle , en fourniffant aux Ennemis de Sa Majefté ,
des provifions de guerre & des agrès , fans lelquels
ils n'auroient pu te maintenir long- temps
dans ces Mers. Ils fe font toujours montiés
eux-mêmes fi ennemis du fervice de Sa Majefté ,
que M. Moncklon , Garde-Magafin à Antigoa ,
m'a alfuré qu'on n'avoit jamais pu tirer , en
plufieurs années , & dans les befoins les plus
urgens de cordages , plus de trente tonnes en
tout , de cette efpece de provifion , des magafins
de cette Ile.
A
Le Convoi pour la Grande Bretagne fera voile
N°. 29 , 22 Juillet 1786.
h
( 170 )
d'après les directions de Leurs Seigneuries.
( Signé ) G. B. RODNEY.
Le Chevalier Guy Carleton paffe à Québec,
à bord de la frégate le Perfée , de 28 can .
commandée par S. A. R. le Prince Williams-
Henri.
Il s'eft tenu les une affemblée générale
à l'Hôtel de la Compagnie des Indes , dans
le deffein de confirmer la nomination d'un
Agent qui doit réfider au nom de la Compagnie
au grand Caire en Egypte , y gérer
les affaires de la Compagnie , & faire paffer
par la voie de terre les dépêches apportées
des différentes réfidences dans l'Inde & celles
que l'on y envoie. Cette place d'Agent
fera occupée par M. George Baldwin.
A l'iffue de cette affemblée , on a expédié
plufieurs dépêches qui doivent être envoyées
par le Caire & la Mer Rouge à
Bombay & de là à Madrafs & au Bengale,
en traverfant la Péninfule de l'Inde.
L'Amirauté vient de mettre en commilfion
3 cutters pour croifer dans la Manche.
Un Fermier des environs de Birmingham
avoit perdu , depuis plufieurs années , toutes
Les récoltes de turneps par les ravages des
pucerons . Il effaya inutilement différens
procédés pour le garantir de ces infectes
deftructeurs ; le feul qui réuffit fut le fuivant.
I mêla 4 onces de foufre vif & 11
onces de foutre blanc , avec 6 livres de graimes
de turneps. Les pucerons n'ont point
paru , & les récoltes ont été très - abondan(
171 )
tes dans les champs de turneps , dont les
graines ont été traitées de cette maniere.
Un Irlandois , nommé M. Dent, réfidant
à Bridge Town , à la Barbade , vient de
découvrir le procédé que l'on a fi longtemps
cherché pour teindre les nanquins.
Il a fait fes expériences devant la Société
des Arts de cette Ifle . La piece qu'il avoit
teinte , fut lavée dans des acides minéraux
& végétaux , fans perdre de fa couleur ; on
a cru même obferver que l'acide minéral
avoit en quelque forte embelli fa teinte , de
maniere qu'on efpere bientôt égaler les
Chinois dans cette branche de manufacture.
Suivant le General Advertifer , avant la
motion de Lord Rodney , fur l'affaire de
St.-Euftache , on a envoyé au Marquis de
Lanfdown , ( Lord Shelburne ) un Exprès
à fa terre de Bowood, pour l'engager à fe rendre
à Londres , ce que S. S. a refufé , vu fa
mauvaife fanté.
En vertu des réfolutions du Parlement ,
au fujet des débiteurs infolvables , 100 de
ces malheureux viennent d'être élargis par
la Cour des Plaids Communs.
Miff Burney , connue par les deux Romans
agréables de Cecilia & d'Evelina , a
été nommée à l'une des places de Dame de
la toilette de la Reine , avec 200 liv. fterl.
d'appointemens annuels , fon logement au
Palais de Sa Majefté , l'ufage d'un carrofle
& quelques autres avantages. Cette récomh
2
( 172 )
penſe des talens a été juſtement applaudie.
Telle est maintenant la preuve que le bill
de M. Pitt a produit l'effet qu'il en efpéroit ,
pour fouftraire les malheureux Indiens au defpotilme
de la Compagnie Angloife, Le 3 Décembre
1785 , la nouvelle Cour fuprême s'affembla
pour juger une action intentée par un Indien de
la cafte des Bramines , contre T. Motte , & E.
Maxwell , tous deux Ecuyers , tous deux Surintendans
de la Police , tous deux accufés d'avoir
abufé de leur miniftere , en empriſonnant à tort
ce malheureux Indien. Le plaignant comparut
devant fes Juges , & leur dit : « Je fuis accufé
d'avoir fait une infuite à quelqu'un , pardevant
les défendans ; je leur demandai un jour de délai
, pour produire mes témoins du contraire.
Is le refuferent ; j'offris de donner caution ;
on me mit en prifon ; je fis préſenter aux défendans
une fupplique pour obtenir ma délivrance
; je reçus pour réponſe vingt coups de
2 bâtons. J'ai des témoins , qui appuieront cette
dépofition , & j'implore juftice. » Les défendans
n'ayant pu rien alléguer en leur faveur
qui pût contrebalancer les preuves de l'Indien
es Juges furent unanimes pour les condamner ;
mais ils varierent fur les dommages à rendre à la
partie lézée . Finalement il condamnerent les Qfficiers
de Police à payer 2000 roupies.
3

Plus d'une fois , nous avons eu occafion
de faire remarquer l'acharnement des ennemis
de M. Haftings , le peu de délicateffe
qu'ils mettoient dans leurs procédés , &
l'audace de leurs calomnies journalieres ,
contre un homme qui devroit aujourd'hui
leur être facré , puifqu'il eft en jugement.
Le 6 Juillet , le Morning Herald , Feuille
( 173 )
dévouée à Mylord North & à fon Parti
quel qu'il foit , eut l'effronterie d'imprimer
le Paragraphe fuivant.
Le Lord Sydney . l'un des Secrétaires d'Etat ,
s'eft rendu de la part du Roi chez M. Haftings's
& lui a témoigné combien S. M. étoit mécontente
tant de l'obfcurité qui régnoit dans
le récit du Major Scott , fur la maniere dont
on avoit fauvé le diamant que Nizain avoit
chargé M. Haftings d'offrir à S. M. , que des
contradictions & des infinuations fpécieuſes ,
dont la lettre de M. Haflings étoit remplie
Que ces confidérations avoient décidé S. Mà
rendre le diamant à M. Haftings qui paroiffoit
en être le vrai propriétaire , & qu'elle efpéroit
, en prenant ce parti , faire ceffer les bruits
qu'on avoit répandus , pour perfuader au public
que l'hiftoire du diamant, n'étoit qu'une fupercherie
de M. Haftings , pour l'engager à accepter
le diamant. M. Haftings à afluré lord
Sydney , qu'il donneroit dans peu de jours au
Roi les détails les plus circonftanciés de cetté
affaire , & qu'en attendant , il fupplioit S. M. de
ne point prêter l'oreille aux calomnies de fes
ennemis , mais de différer quelques jours la réfolution
qu'Elle avoit prife .
A la lecture de cet article , le Major Scott
a pris la plume , & a écrit en ces mots à
Mylord Sydney.
Cavendish Squarre , jeudi matin , 6 Juillet.
« Je fuis très-fâché , Mylord , de me trou
ver dans la défagréable néceffité d'abuſer pour
un moment du tems de V. S. & fur- tout de
une époque où elle doit être très - occupée; mais
un paragraphe du Morning Herald de ce jour ,
( que Mylord trouvera ci inclus & dont il pourra
h 3.
( 174 )
prendre lecture ) me paroît d'une nature ſi ſérieuſe
, & intéreffer tellement M. Haftings , actuellement
abfent de Londres , que je crois devoir
prier Mylord de m'informer s'il a été
inféré par lui ou par fon ordre ; ou enfin
s'il y a quelque fondemement à une affertion
énoncée d'une maniere auffi pofitive :
je dois me juftifier auprès de Mylord de lui faire
une pareille queftion , ne doutant prefque pas
que le fait ne foit faux , puifque j'ai vu M. Haftings
hier au foir ; mais , Mylord , fi vous faites
attention combien d'infâmes faufletés on a har
diment avancées fur ma conduite dans cette affaire
depuis le jour que j'ai eu l'honneur de
vous voir , je fuis sûr que vous aurez la bonté
d'excufer mon inquiétude en cette occafion.
Le Miniftre a répondu ce qui fuit , le
même jour.
MONSIEUR ,
Albermale Street , 6 Juillet 1786.
J'ai lu le paragraphe dont je vois que vous
voulez parler ; je n'ai qu'une chofe à vous affurer,
c'eft qu'il ne contient pas un mot de vrai ; jamais
de la vic je n'ai mis le pied chez M. Haftings ;
jamais je n'ai eu la moindre converſation au ſujet
du diamant. Je fuis , &c. SYDNEY .
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 12 Juillet .
Les douleurs que la Reine avoit reffenties
dans la matinée du 9 de ce mois , devenant
progreffivement plus fortes vers les trois
heures après midi , Sa Majefté donna ordre
que l'on allât avertir la Princeſſe de Chimay ,
( 175 )
fa Dame d'honneur , qui fe rendit fur le
champ auprès de la Reine.
Les douleurs de la Reine continuant , le
Roi , qui étoit à Vêpres avec la Famille
Royale , fut averti , & fe rendit auffitôt
chez Sa Majesté.
Monfieur, Madame , Monfeigneur Comte
d'Artois , Madame Comteffe d'Artois , Madame
Adelaïde & Madame Victoire de
France , qui avoient été avertis en même
temps que le Roi , fe rendirent auffi chez la
Reine .
Le Garde des Sceaux de France , ainfi
que les Miniftres & Secrétaires d'Etat , fe
rendirent au même inftant dans le grand
Cabinet de la Reine.
Sa Majefté accoucha très -heureufement ,
à fept heures & demie du foir , d'une Princeffe
, dont la force & la fanté donnent les
efpérances les mieux fondées pour la confervation
de fes jours.
Après que l'on eut donné , en préfence du
Roi, les premiers foins à la Princeffe , le Roi
rentra chez la Reine , & lui annonça qu'elle
étoit accouchée d'une Princeffe , qui , fur
le defir que Sa Majesté témoigna de la voir ,
- lui fut apportée par la Ducheffe de Polignac ,
Gouvernante des Enfans de France , accompagnée
des Sous - gouvernantes .
Ce jour , à huit heures & demie du foir ,
la Princeffe , que le Roi a nommé Madame
Sophie , reçut de plus les noms d'Héleneh
4
( 176 )
Beatrix au baptême , qui fut fait par l'Evêque
de Metz , Grand - Aumônier de France ,
en présence du fieur Jacob , Curé de la paroiffe
Notre-Dame. Elle fut tenue fur les
fonts de baptême par Monfieur , au nom de
l'Archiduc Ferdinand , Gouverneur de la
Lombardie Autrichienne , & par Madam
Elifabeth de France ; le Roi & la Famille
Royale étant préfens , ainsi que le Duc
d'Orléans , le Duc de Bourbon , le Prince
de Conti & le Duc de Penthievre .
Auffi tôt que la Reine fut accouchée , le
Chevalier de Montefquiou Fézenfac , Souslieutenant
des Gardes du Corps du Roi , de
fervice auprès de la Reine , fut député , de
la part du Roi , pour aller annoncer la naiffance
de la Princeffe , au Corps de ville de
Paris.
Le Comte de Vergennes , Chef du Confeil
royal des finances , Miniftte & Secrétaire.
d'Etat , ayant le département des Affaires
étrangeres , étant rentré chez lui , dépêcha
des Courriers extraordinaires aux Ambaffadeurs
& aux Miniftres du Roi dans les Cours
étrangeres. Les autres Miniftres firent égale
ment part de cette nouvelle , chacun dans
leurs départemens.
Le Roi & la Famille Royale ont figné ,
le 9 de ce mois , le contrat de mariage du
Comte de Chambors , Gentilhomme d'honneur
de Monfeigneur Comte d'Artois &
Meftre de camp en fecond du régiment
( 177 )
d'Infanterie Maréchal - de- Turenne , avec
Demoifelie Gabrielle de Polignac , & celui
du Comte de Gaffet de Mondragon , avec
Demoiselle de Tournon .
Le même jour , le Comte d'Adhémar
Ambaffadeur du Roi près Sa Majefté le Roi
dela Grande - Bretagne , qui eft de retour par
congé , a eu l'honneur d'être préfenté à Sa
Majefté par le Comte de Vergennes , Chef
du Confeil royal des finances , Miniftre &
Secrétaire d'Etat ayant le département des
Affaires étrangeres.
Le Marquis de Savonnieres , ci - devant
Meftre -de - camp en fecond du régiment de
Dragons de Monfieur , a eu , ce jour ,l'honneur
d'être préfenté au Roi par le Duc de
Villeroi , Capitaine des Gardes-du Corps de
Sa Majefté , en qualité de Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi , en la feconde
Compagnie Françoife,
Le Comte de Caire , Lieutenant - colonel
au Corps royal du Génie , a eu , le 30 du
mois dernier, l'honneur d'être préfenté a
Rei.
DE PARIS , le 19 Juillet.
S. M. ayant porté au nombre de quinze
les places de Penfionnaires dans l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles Lettres
au lieu de dix qui ont exiſté juſqu'à préſent ,
Académie , le 20 Juin , a élu pour occuper
les cinqnouvelles places MM . Ameilkon,
hs
( 178 )
Bouchaud, Gautier de Sibert , de Rochefort &
le Roy , comme les plus anciens de la claffe
des Affociés,
Le bourg de Vandoeuvres en Champagne.
a effuyé la nuit du 20 au 21 Juin les ravages
d'une inondation. L'eau du torrent qui l'a
occafionnée s'éleva dans les maiſons depuis
4 pieds jufqu'à 7. 2000 toifes de murailles
furent abattues ; des granges , des écuries ,
tous les ponts fur la riviere de Berle emporrés
, une infinité de beftiaux fubmergés , les
bleds , les vignobles détruits , & les prairies
couvertes de fable . Suivant le premier procès
-verbal dreffé par le Subdélégué de
Bar-fur Aube , la perte générale montoit à
100,400 livres ; mais elle eft- beaucoup plus
confidérable encore . Heureufement , per-
Yonne n'a péri , graces aux foins courageux
fe font donnés divers particuliers pour
fauver les perfonnes en danger.
que
M. le Curé de Colombey en Baffigny
nous rapporte en ces termes les triftes circonftances
d'un orage qui a défolé fa Paroiffe
& celles circonvoifines , le 18 Juin.
Un vent de Sud. Eft ayant porté fur ma Paroiffe
une nuée dont nous étions ménacés , la grêle
tomba en fi grande abondance , elle étoit d'une
groffeur fi énorme , que mes vitres furent brifées
avant que d'avoir penfé à les mettre à l'abri :
les bleds qui donnoient l'efpérance de la plus
belle & de la plus abondante recolte , ont été
totalement faccagés : la grande partie des héritages
ne rendra qu'à peine la femence qu'elle
( 179 )
a reçue ; plufieurs ne rendront rien du tout : s'il
y a encore une certaine quantité d'épis qui font
reftés droits , c'est parce que la grêle ne les a
frappés qu'obliquement , ils n'en font pas moins
perdus en avançant vers le village , l'orage a
continué les dévaftations ; les chanvres répandus
l'entour , les légumes , les arbres mêmes dans
les jardins , ont été hachés ; les vitres de l'Eglife
& de la plupart des habitations ont eu à -peu près
le même fort que les miennes : les moindres
grains de grêle étoient de la groffeur d'une groffe
noix , la plupart comme des oeufs un Fermier
de Morimont n'a dit en avoir amaffé de la groffeur
de fon poing ; les avoines étant plus éloignées
, ont été moins endommagées . Ces nuages
fe font fuccédés fans interruption jufqu'à cinq
heures du matin , & depuis , la pluie n'a ceffè
quelques momens que pour faire place à un foleil
brûlant qui a achevé de détruire les foibles
reftes des efpérances. J'ai vifité moi - même le
dommage , & j'ai eu la douleur de le trouver plus
grand qu'on ne me l'avoit dit : la campagne
n'offre plus qu'un fpectacle de défolation qui
arrache les larmes : qu'on juge de l'affreufe fitua
tion de ma malheureuſe Paroiffe ! l'année derniere
n'a fourni ni fourages , ni aucune espèce
de grains de carême ; les bleds étant de mauvaife
qualité n'ont point eu de cours ; elle
contoit fur la recolte prochaine pour fortir d'embarras
, & la voilà plongée dans un abîme de mifere
; elle étoit déja la plus pauvre de la Province
, quoique dans un pays fertile & agréable ;
elle est compofée d'environ cent foixante - dix habitans
, elle renferme au moins cent familles qui
ne vivent que d'aumônes toutes les propriétés
réunies produiroient à peine 4cco liv . de rente
les impofitions excédent fes facultés.
h 6
( 180 )
Le même défaftre vient d'affliger un canton
de la Bourgogne. Le 15 Juillet , à 2 h.
après midi , un orage affreux , fuivi d'une
grêle prodigieufe fans mélange de pluie , a
faccagé les villages d'Ongy , Colombier &
Breffe , diocefe de Châlons -fur Saone . Plus
de 30 autres villages , dans l'efpace de 15 à
18 lieues , ont fubi le même fort. L'on fauche
les bleds ; les vignes & les arbres hachés
ne laiffent aucune efpérance de récolte :
les malheureux habitans font dans la confternation
& dans l'impoffibilité de fubfifter
fi l'on ne vient pas à leur fecours .
Dom Pradine , Religieux de l'Abbaye de
Froidmont , Ordre de Cîteaux , connu par
fes travaux utiles , entr'autres par des modeles
de pont en fer & en bois , d'une feule
arche de 400 à 430 pieds d'ouverture , vient
de nous adreffer un Mémoire utile fur la
qualité des fers caffans à chaud , & de ceux
caffans à froid.
C'eft à l'arfénic , dit ce Religieux , que M.
Brandt attribue cette mauvaiſe qualité des fers
caffants lorfqu'ils font refroidis. En effet , ce
minéral s'unit très intimement avec le fer par
la fufion , & il eft enfuite très difficile de l'en
féparer . Ce qui prouve le fentiment de M.
Brandt , c'eft que le fer caffant à froid eft trèsfufible
, & que de toutes les fubftances minérales
, aucune ne facilite davantage la fufion
que l'arfénic ; le moyen le plus fûr de prévenir
cette union de fer & de l'arfénic , c'eſt de
griller foigneufement la mine avant que de la
faire fondre ; car il eft plus facile de faire
7181 J
> >
partir ainfi la partie arfénicale ; qu'à l'aide des
additions , telle que les alkalis , les pierres
calcaires le foufre &c. D'autant plus que
l'arfénic ne s'en va en fumée que quand il ne
rencontre point de fubftance à laquelle il s'atta
che & qu'il mette en fufion.
Mais pour que ce grillage foit plus exact , M.
fierement avec la mine qu'on veut faire griller
, afin que la chaleur foit affez forte pour
en expulfer la plus grande partie de l'arfénic .
Quant à la propriété que le fer a quelquefois
de caffer quand il eft rougi , M. Brandt
l'attribue à l'acide du foufre , qui n'a pas été
fuffifamment dégagé par le grillage. C'eft auffi
pourquoi le fer de cette efpece eft plus difficile
à mettre en fufion . Pour remédier à cet
inconvénient , il faut faire effuyer à ce métal
un grand feu dans les premieres opérations ;
& pour que la maffe de fer fonda foit mieux
pénétrée dans le fourneau , il faut avoir attention
que le fol n'en foit trop profond.
,
Le fer caffant à chaud , que l'on appelle
Fer Rouverain fe connoît à des gerçures qu'on
voit traverser les quarrés des barres ; il eft
pliant malléable à froid , & caffant à chaud ,
il rend une odeur de foufre à la forge. Si on
le frappe , il en fort des étincelles femblables
à de petites flammes en étoiles ; quand on le
chauffe un peu plus blanc que couleur de cerife
rouge , il s'ouvre à chaud & prefque tout
Brandt confeille de mêler du charbon pilé grofen
travers de la barre fur tout lorfqu'on le bat ,
ou qu'on le ploie ; il est encore fujet à avoir
des pailles ou des grains : c'est le défaut du fer
d'Espagne
.
Quelques perfonnes prétendent que la propriété
du zinc eft de s'amalgamer avec les
parties de fer dans la fufion , qu'il doit ren
( 182 )
dre par conféquent le fer caffant à chaud &
à froid , j'affirmerai avec certitude le contraire.
Le zinc et un demi métal qui , à l'extérieur
, eft un peu plus blanc que le plomb ,
quand ce méral a été quelque tems expofé à
Fair ; mais à l'intérieur il eft rempli de facettes
blenâtres , il a de la ténacité & fouffre les coups
de marteaux jufqu'à un certain point , ce qui
fait qu'on ne peut point le pulvériler ; il entre
promptement en fufion avant que de rougir ;
après quoi il s'allume , & fait une flamme d'un
beau verd clair , ce qui pronve qu'il est trèschargé
de parties inflammables : par la déflagration
il fe réduit en une fubftance légere &
volatile , que l'on nomme fleurs de ginc : mais
Je caractere qui le diftingue , c'eft fur- tout la
propriété qu'il a de jaunir le cuivre ; d'où je
conclus que le zinc ne s'amalgame point avec
le fer , & par conféquent il n'influe point fur
fes mauvaises qualités.
L'acier n'eft autre chofe qu'un fer très - pur ,
& dans lequel , par différens moyens , on a fait
entrer le plus de phlogistique qu'il eft poffible :
ainfi pour convertir le fer en acier , il n'eft
queftion que d'augmenter le phlogistique qu'il
contient dé à , en lui joignant dans des vaiffeaux
fermés des fubftances qui contiennent
beaucoup de matiere graffe ; telles que de la
corne & d'autres fubftances animales ou végétales
fort chargées du principe inflammable.
Je pourrai donc affurer le public , par les
principes que je viens de développer fur l'acier
, que le vice qui fe rencontre dans la qualité
de quelques efpeces de fer ne provient que
de la mine amalgamée avec les parties arfé(
183 )
nicales & fulphureufes qui rendent le fer caf
fant à chaud & à froid ;, que le moyen le plus
für pour lui donner une bonne qualité , eft
de lui donner du phlogistique par le moyen
d'une trempe dans le fuif , répétée deux ou
trois fois. Cette affertion eft appuyée par différentes
expériences que j'ai faites invitant les
ferruriers , lorfqu'ils douteront de la qualité
du fer qu'ils auront forgé de le faire recuire
& le tremper auffi- tôt dans le fuif & l'y laiffer
refroidir . Egalement les maréchaux lorfqu'ils
feront incertains de la qualité du fer des effieux
, ils pourront , à l'aide d'un auget ou
petite caifle de fer d'une longueur fupérieure
à l'effieu , laquelle aura fept à huit pouces de
largeur fur autant de profondeur
couvercle de fer , faire rougir leurs effieux également
dans toute la longueur , avec du charbon
ou feu de bois , le tremper dans cette
caifle remplie de fuif , l'y laiffer un quartd'heure
renfermé , répéter jufqu'à deux fois
cette trempe , l'on fera afluré que les effieux
ne cafferont point , obfervant avant la trempe
une feconde fois de les préfenter fur l'enclu
me afin de les dépouiller avec le marteau de
leur craffe qui paroît fur toute leur furface
, & c.
*
" avec un
L'Académie des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon avoit propofé , pour le fujet
d'un prix , qu'elle devoit diftribuer dans fa féance
publique du mois d'Août 1786 , de déterminer
par leurs propriétés refpect ves la différence
effentielle du phlogistique & de la matiere de la
chaleur.
Ayant procédé à l'examen des Mémoires envoyés
, elle n'en a trouvé aucun qui remplît
fes vues. Un feul des concurrens a cité le
( 184 )
Traité du feu de M. Schéele ; au furplus il
n'a fait , ainfi que les autres , aucune mention
des expériences de MW. Black , Wilcke , Crawford
, Lavoifier , de la Place , Kirwan , &c. &c .
c'eft à dire , qu'ils n'ont connu ni les faits , ni
les opinions qu'il falloit difcuter , & qui ont
fait naître cette queſtion , dont la folution eſt
attendue par tous les Savans , comme pouvant
feule rendre une bafe folide à toutes les théo
ries chymiques , ébranlées par les nouvelles dé
Couvertes.
L'Académie a arrêté en conféquence de propofer
le même problème pour le fujet du prix
double qu'elle aura à décerner dans fa féance
du mois d'Août 1789.
Les Mémoires écrits en françois ou en latin
feront remis ou envoyés francs de port à
M. de Molveau , Chevalier & Secrétaire perpé
tuel de l'Académie , ou à M. Caillet , Secré
taire Adjoint , avant le 1 Avril 1789 ; ce terme
eft de rigueur.
Antoine - Louis Bellanger , Confeiller d'E
tat , Confeiller d'honneur de la Cour des
Aides , Vicomte d'Oftel & autres lieux , eft
mort à Bourbonne - les - bains , le 25 Juin ,
âgé de 68 ans.
N.Marie Elifabeth de Conty , épouse de
N. Jofeph , Comte de Fumel , Lieutenant
général des Armées du Roi , Grand- Croix
de l'Ordre royal & militaire de Saint- Louis ,
Gouverneur d: Château- Trompette , Commandant
en chef en baffe Guyenne , eft
morte à Bordeaux , le 14 Juin.
Il fe tient annuellement à Marseille une foire
franche qui commence le trente-un Août , jour
( 185 )
de la fête de Saint-Lazare , & dure quinze jours ;
cette foire confifte principalement dans la vente
de tous les objets de modes , bijouteries , merceries
, quincailleries , toileries , porcelaines
fayences , orféveries , & c. &c . &c .
Jufqu'à ce jour les Marchands qui ont fréquenté
cette foire , n'ont eu pour
sûreté perfonnelle
& confervation de leurs marchandifes ,
que des cabanes peu folides & mal conkruites ,
qu'ils étoient obligés de fabriquer eux - mêmes;
ils étoient expofés à des incommodités continuelles
, & leurs marchandifes à un dépériffement
certain .
M. Lequin de la Tour, Architecte, & une Compagnie
d'Entrepreneurs privilégiés font autorilés
à remplacer ces cabanes par des boutiques
uniformes & folides. La furface du grand & du
petit cours de Marfeille fera donc à l'avenir
divifée en plus de deux cent boutiques qui y
feront élevées à chaque foire . La divifion intérieure
de ces boutiques également propre &
bien peinte , fera faite d'après la demande des
Marchands avec fon n° . & une table deffinée
à recevoir l'enfeigne ou le nom du locataire.
Ces boutiques auront un avancement confidérable
, qui formera une galerie couverte & difpenfera
les Marchands de recourir aux tentes ,
en même tems q'uelle les garantira de la pluie.
Les Marchands étrangers qui fréquentant la
foire , étoient obligés de venir à Marseille
long- tems avant fon ouverture pour dreffer leurs
échopes , feront à l'avenir difpenfés de venir
avant l'inftant d'étaler ; il fuffira qu'ils faffent
louer leurs boutiques par un Correfpondant.
La variété du prix dans la location dépendra
de celle de l'emplacement .
Le bureau de location eft à Marseille dans
( 186 )
la maifon de M. Pouge , l'un des Entrepreneurs
rue du Tabaneau , vis - à- vis l'hôtel de Paris
il fera ouvert depuis le premier jufques au douze
Août inclufivement .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 17 de ce
mois , font: 67 , 56 , 66 , 48 , & 59.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 16 Juillet.
M. le Chevalier Harris , Envoié extraordinaire
de la Cour de Londres à la Haye
a remis , les de ce mois , aux Etats Généraux
un Mémoire , dont voici la teneur :
»
« Toutes les démarches que S. M. Britannique
a faites auprès de Vos Hautes.
» Puiffances , depuis l'heureufe époque de
» la Paix , n'ont eu d'autre but que celui
» de leur donner des preuves non douteu-
» fes de l'amitié fincere qu'elle leur porte.
» Elle n'a laiffé échapper aucune occa-.
fion pour chercher à renouveller cette
» bonne harmonie , qui pendant un fiécle a
» contribué fi efficacement à leur profpérité
» réciproque , & elle a pris fur- tout à tâche
» d'effacer les traces des diffenfions malheureufes
, qui pendant un temps l'ont
interrompue.
ל כ
» Le Roi s'eft foigneufement abftenu de
» rien faire qui ait pu influer fur les délibé-
>> rations intérieures de l'Etat ; & quoique
( 187 )
» nullement infenfible aux troubles qui l'ont
agité , S. M. a cru devoir le borner à faire
» des voeux pour fon bien être & pour le
» rétabliffement de la concorde . Mais com-
» me depuis peu , deux Puiffances refpecta-
» bles , amies & voifines de la République ,
» ont déclaré à V. H. P. leurs fentimens
>> relatifs à fa pofition actuelle , S. M. croi-
» roit manquer à ceux dont elle eft conf-
» tamment animée , autant qu'à la confian-
» ce qu'elle defire d'infpirer à V. H. P. , fi
» elle tardoit à exprimer les voeux finceres
qu'elle forme pour la tranquillité intérieu
» re & extérieure de la République , ainfi
» que pour le maintien de la conftitution
» actuelle .
»
» Le Roi croit en même temps devoir
déclarer , que rien ne fauroit être plus
» contraire à fes intentions , que de donner
» un exemple auffi dangereux à la tranquil-
» lité & à l'indépendance des Provinces-
» Unies , que feroit celui d'une intervention
étrangere dans les affaires intérieures de
» la République , dont S. M. fouhaite que
» la libre direction foit toujours confervée
entre les mains de ceux à qui elle a été
confiée par la Conftitution , & fondée fur
» des principes établis par l'aveu unanime
» de la Nation elle - même.
כ כ
» S. M. n'aura jamais d'autre objet que
» de tenir la conduite la plus impartiale ,
» & telle qu'on doit naturellement attendre
( 188 ).
ל כ » d'un bon ami & voifin , à qui par les in-
» térêts de la Religion Proteftante , de politi-
» que , du commerce & de pofition locale
» des deux Pays & par les liens de pa-
» renté avec le Prince , à qui V. H. P. ont
» confié les charges éminentes de l'Etat, il im-
» porte fi effentiellement qu'aucune atteinte
» ne foit portée à la liberté & a l'indépen-
» dance de la République. A la Haye , le 5
» Juillet 1786.(Signe) Le Chevalier HARRIS."
Dans leur Affemblée du 5 , les Etats d'Utrecht
paroiffent avoi renoncé à toute voie
de force , pour faire rentrer la bourgade de
Wyck dans l'obéiffance au Souverain . Les
Etats ont fimplement réfolu de communiquer
cette affaire aux autres Confédérés de
l'Union , fans réclamer néanmoins leur médiation.
Le Stathouder a offert la fienne
& les Etats font difpofés à des conférences
à ce fujet avec S. A. S.; mais les Infurgens
d'Utrecht & de Wyck ont bien d'autres
vues , & ne veulent pas entendre parler ,
pour leur compte , d'accommodement avec
leur Régence , ni avec leur Souverain . Ils
ont envoié un Manifefte aux fix autres Provinces
de l'Union , & aux diverfes Bourgeoifies
; une députation de ces Bourgeoifies
a même remis une copie de çe Mémoire
, à M. le Marquis de Verac , Ambaffadeur
de France , en le priant de la faire parvenir
au Roi fon maître.
Tous les Papiers Anglois, & d'après eux ,
( 189 )
les Gazettes étrangeres , ont imprimé de
prétendus Articles préliminaires d'une convention
de commerce entre la France & la
Grande-Bretagne ; ce Traité de Gazette eft
abfolument imaginaire , & n'a exifté que
dans la tête des Rédacteurs.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
La mort de Tippoo - Saïb portera un coup
funefte aux François dans l'Inde , atrendu que
non-feulément ils ont perdu en lui un puiffane
Allié , mais encore que la famille des anciens
Rois de Myfore , fe trouvant rétablie fur le
Trône , répugnera à contracter une alliance avec
une puiffance qui a été fi étroitement liée à
celle de l'Ufurpateur. On ne peut pas encore
dire fi cette révolution occafionnera quelques
troubles parmi les Princes Indiens des environs,
& fur- tout fi le puiffant Fezane de Dewn ne
prétendra pas entrer dans le partage des dépouilles
; il n'eft pas à fuppofer non plus que
le Chef fortuné contre lequel Tippoo a perdu
la vie restera tranquille fpectateur. Les Indiens
ont pour l'homme qu'ils regardent comme le
favori du ciel , une vénération qu'ils pouffent
jufqu'à la fuperftition . Ils fe raffemblent en
foule fous fes drapeaux , & fes ennemis paroiffent
être hors d'état d'agir en fa préfence . Comme
il paroît que c'eft un homme courageux & entreprenant
? on ne peut point douter qu'il ne
cherche à établir une nouvelle principauté fur
les ruines de Myfore , fur- tout fa propre sûreté
devant le déterminer à employer tous les moyens
poffibles pour accroître fon pouvoir . Il n'y a
( 190 )
pas dans ce pays , pour un homme qui fe trouve
dans fa pofition , d'autre alternative que le
Trône ou la mort . La compagnie des Indes
doit réfléchir mûrement avant de fe décider
fur le parti qu'elle prendra , foit d'agir efficacement
, foit de s'établir comme arbitre , ou d'obferver
la plus ftricte neutralité. Une chofe à
laquelle on doit s'attendre , c'eft que fi elle
prend un parti , elle aura à contrebalancer toutle
poids des François & des Hollandois ; & ce
qui rend fa pofition encore plus critique , c'eft
que fi elle ne s'entremêle point dans cette
affaire , les François le feront certainement ,
non - feulement d'après les fentimens naturels ,
mais même d'après tous les principes de la
faine politique , puifque dans l'état actuel des
chofes , ils ont beaucoup à gagner & rien à
perdre .
« La Chancellerie doit envoyer toutes les femaines
deux Eftafettes à l'Empereur , avec les
» expéditions des affaires courantes de l'Etat :
» Elle doit en outre tenir toujours un Garde
prêt à partir , dans le cas où il arriveroit de la
part d'une Puiffance étrangere des dépêches
adreffées dire&ement au Monarque , ou quelques
nouvelles d'une importance abfolue. La
» veille du départ de l'Empereur , le Prince de
Gallitzin ayant eu l'honneur de lui fouhaiter
un heureux voyage , S. M. dit à ce Miniftre :
Monfieur l'Ambaffadeur , un voyage à Petersbourg
ou à Cherfon , me feroit fans doute plus
agréable que celui que je vais entreprendre ; mais
» affurez votre Souveraine , que ce qui eft différé
n'eft pas perdu ; & que fi , dans ma route it
furvenoit quelque chofe qui pât l'intéreſſer , je ne
manqaerai pas de l'en informer aufitôt ». ( Gazette
de la Haye ).
>>
5)
5
5)
DJ N
"
לכ

( 191 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE TOULOUSE.
"
Arrêt de Parlement , di 23 Février 1786 , qui
condamne Michel Belou , Colporteur , à trois
jours de carcan & à fix ans de galeres , avec
flétriflure , pour avoir a téré & falfifié des liftes
de Loterie , pour les adapter à des billets , & avoir
efcroqué par ce moyen certaines fommes à deux
particuliers .
PARLEMENT DE PARIS. GRAND'CHAMBRE .
Caufe entre le fieur Ch ... fils , la Dame Ch ...
Ja mere & fa tutrice & le fieur BELIME ,
Bijoutier.
>
Les engagemens contracés par un Mineur
ratifiés par fes parens & tuteurs , font va'ables ,
& ne font pas dans le cas d'être annullés , furtout
lorfque les effets qui ont été la cauſe de ces
engagemens fubfitient & font preuve qu'ils
n'ont pas été diffipés , ni donnés pour fournir d'alimens
à fes paffions. Ce principe a été confacré
par l'Arrêt rendu en cette Caufe. Le fieur
Ch ... mineur , âgé de vingt ans , avoit acheté
à crédit du fieur Belime une tabatiere d'or , du
prix de 1040 livres ; il en avoit fait préfent à la
Dame fa mere , ου du moins la lui avoit remife.
Le Marchand , non payé , écrivit quelque temps
après à la Dame Ch .... , pour la prévenir que
fon fils lui devoit la fomme de 1040 liv. , pour
le prix d'une boëte d'or par lui vendue à crédit ,
& la pria de lui en procurer le paiement.
La
( 192 )
1
Dame Ch..... répondit autli-tôt au fieur Be
lime , qu'elle avoit entre fes mains la boëre d'or
achetée par fon fils . Elle l'engagea à n'être point
inquiet du paiement , & à paffer le lendemain chez
elle , pour prendre des arrangemens convenables.
Le Marchand s'étant rendu chez la Dame
Ch ... le fieur Ch ... en préſence de fa
mere & fa tutrice , arrêta le compe du fieur
Belime à la fomme de 1040 liv. , & dans le même
écrit , pria la Dame fa mere de vouloir bien ,
payer cette fomme en fon acquit , fur les premiers
fonds qu'elle toucheroit pour lui , dont il promit lui
tenir compte. L'arrêté eft daté & figné , & à la
fuite de cet écrit , la mère accepte ladite délégation
faite par fon fils , promet en conféquence ,
payer au feur Belime la fomme de 1040 liv . fur
les premiers fonds qu'elle touchera pour fon dit.
fils. Ceci fe paffa en Août 1781. En 1783 ,
le
Marchand fit affigner le fieur Ch .... & la Dame
fa mere , pour être payé de la fomme de 1100 l. ,
y compris 60 liv de fournitures faites au fils ,
depuis l'arrêté de 1040 liv. Pour défendre
à cette demande , le feur Ch .... prit des Lettres
de refcifion contre l'arrêté , pour caufe de
léfion & minorité , & en a demandé l'enthérinement.
Une Sentence du Châtelet les a enthérinées
, & a déclaré ledit arrêté nul , & débouté te
fieur Belime de fa demande. Celui ci én a interjetté
appel. La Caufe portée à l'Audience ;
Arrêt du 21 Juin 1786 , qui a infirmé la Sentence
, & a condamné le fieur Ch ……… . & la
Dame fa mere à payer au fieur Belime la fomme
de 1040 liv . , montant de l'arrêté de compte , &
aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
LA
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 30 Juin.
A Dieté s'eft fermée le 22 , & l'on a annoncé
fa clôture au bruit des trompettes
& des timbales . Cette diffolution fut accélérée
par un billet du Roi qui annonçoit
fon defir de voir les affaires terminées , avant
fon départ. Trois des quatre propofitions
remiſes aux Etats par S. M. à leur ouverture
, ont été rejettées , & la quatrieme qui
concerne l'établiflement de greniers publics ,
a été remife. On a confenti à continuer les
impôts fur le pied actuel.
Le Roi eft parti le 26 pour le camp de
Scanie , où le Prince Royal l'avoit précédé.
Le Roi ayant fondé , pour fon Académie des
Belles- Lettres , de l'Hiftoire & des Antiquités.
quatre Prix annuels , cette Académie a propofé
les fujets fuivans pour l'année 1787 .
Hiftoire.
Difcours fur le Commerce , les Traités & les
N°. 30 , 29 Juillet 1786.
i
( 194 )
liaifons des Villes Antéatiques avec la Suede ;
quelle a été l'influence de leur pouvoir & de leur
crédit fur la profpérité du Royaume , & dans quel
tems cette influence a ceffé. Ce fujet doit être
traité en Suédois .
Eloquence & Poefie.
Eloge du célebre Charles de Linnée ( Linnæus) ,
premier Médecin du Roi , &c . & c.
Les Concurrena auront le choix de compofer
cet Eloge en profe ou en vers , en Latin , en François
ou en Italien .
Antiquités.
Difcours fur les anciennes Monnoies de Suede .
depuis le commencement de la Monarchie jufqu'à
la fin du douzieme fiecle . Il doit être compoféen
Suédois.
Infcriptions & Médailles.
Epitaphe du Chancelier Axel Oxenfierna ,
Infcription fur la Doque ( les baflins ) de Carlfcrone
.
Infcription pour le monument du Maréchal
'Augufte Comte d'Ehrenfward à Swemborg.
On pourra fe fervir du Suédois , du Latin , du
François ou de l'Italien.
Projets de Médailles ou Jettons qui porteront
l'empreinte des Grands Hommes de la Suede
qui ont illuftré les regnes de Guftave - Adolphe &
de Chriftine. Il eft permis de choisir pour objet
de la Médaille le cara& ere & le mérite diftin&tif
du Grand Homme qu'elle doit rappeller , cu de
s'en tenir à quelque action ou à quelque événement
principal de fa vie. On pourra alors l'indiquer
à fon gré par des infcriptions , des emblêmes
, des fymboles ou des devifes. Le Suédois
, le Latin , le François , l'Italien feront admis
au concours .
Les Etrangers peuvent concourir avec les Ré(
195 )
gnicoles. Les Prix fent des médailles d'or , & les
acceffit les mêmes médailles en argent . Les Prix
devant être adjugés le 20 Mars 1787 , ceux qui
voudront concourir doivent envoyer leurs Ecrits
à l'Académie avant le 20 Janvier de la même année.
DANEMARC K.
DE COPENHAGUE , le 8 Juillet.
Le premier de ce mois , le Comte de
Schlik Envoié de la Cour de Vienne , eut
du Roi fa premiere audience , dans laquelle
il remità S. M. fes lettres de créance ; il fut
sconduit enfuite à l'audience du Prince royal
& de toute la Famille royale
<

Le Prince Royal , accompagné des deux
Princes de Holftein Auguftenbourg , s'elt
embarqué, à Hellingor fur la frégate l'Honorable
, commandée par le Capitaine Luiken.
S. A. R. & les deux Princes de Holleih
vont en Scanje où ils affifteront aux mancuvres
des troupes Suédoises .
༧- ་
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 13 Juillet.
Les trois Princes d'Angleterre qui viennent
faire leurs études en Allemagne , font
arrivés le premier de ce mois à Stade , à
bord du yacht Augufta , & accompagnés
du Général Grenville . Quelques heures
i 2
( 196 )
après leur débarquement , le Duc d'Yorck ,
Evêque d'Olnabruck , arriva à Stade pour
les recevoir. Ils ont pris le 2 , la route d'Hanovre
, doù ils fe rendront à Gortingué ,
où ils acheveront leur éducation , comme de
fimples Gentilshommes.

La difette & la multiplicité des taxes ont
fait & fond fortir: jourellement un grand
nombre de paylans Ruffes , voifins des frontieres
de la Pologne . Le Miniftere a redemandé
ces fugitifs au Roi & à la République
de Pologne ; mais comme ils font armés
& retranchés dans les bois , il a fallu
faire marcher des troupes pour les réduire
comme des pieces de gibier sle
9
Voici la fin du Mémoire remis à la Cour
de Berlin par le Miniftre de Ruffje , au fujet
des affaires de Dantzick.
cd
3 °. Qu'une telle inégalité dans les droits à payer
porte à la concurrence une atteinte manifefte ,
que , quoiqu'on puifle dire des richeffes & de la
Atuation avantageufe de la ville de Dantzick ,fon
commerce a déja fouffert depuis l'existence de cette
inégalité une diminution notoire & confidérable
& qu'encore tous les jours il fe voit menacé d'una
plus grande décadence.
4°. Pour ce qui eft du quatrieme argument , fur
lequel la Cour de Bérlin appuie fon refus de payer
ce que ceux de Dantzick defirent percevoir à
Fordan , l'on ne
fauroit contefter que , fi les ſujets
Pruffiens paient déjaau Roi un droit de 2 pour
cent au Nouveau - Fahrwaffer, ils ne fauroient ac .
quitter en faveur de la ville deDantzick un double
droit au Nouveau- Fahrwaffer & à Fordan , fans
( 197 )
que leur propre concurrence ne foit furchargée de
2 pour cent dans le commerce d'importation de la
Pologne. Il eft parconféquent jufte de rabattre 2
pour cent de la douane à Fordan , avant que l'établiffement
n'en ſoit accordé à ceux de Dantzik
& d'en réduire le montant à 8 pour cent. Com→
me par-là il fera fixé un équilibre parfait entre les
fujets Pruffiens qui demeurent à l'embouchure de
la Viftule & les Dantzickois , relativement au commerce
d'importation de la Pologne , qu'ils partagent
entr'eux , il s'enfuit néceflairement que co
moyen feul peut maintenir une concurrence véritable
& réelle entre les deux parties.
Quant à l'objection de la Cour de Berlin , que
les droits de douane à payer de cette manière à
la ville , par les fujets Pruffiens , à Fordan , fans
diftinction , fur toutes les marchandifes qu'ils importcroient
par le Nouveau- Fahrwaffer , haufferoient
de 8 pour cent les marchandifes deftinées
pour la confommation intérieure du Pays ; que ce
fardeau ajouté aux droits que les fajets Pruf
fiens payent déja au Roi , les accableroit trop &
porteroit le plus grand préjudice à leur concur
rence ; cette objection s'ébranle par des circonf
tances dont il eft impoffible de nier la réalité .
Effectivements, pour ne pas dire ici que S. M.
Pruffienne ne fauroit aucunement s'en prendre
aux Dantzickois de ce que fes propres fujets font
tenus envers Elle ; que les groffes fommes de droits
que le Roi lese fur la Ville de Dantzick font un
dédommagement plus que fuffifant pour le médiocre
bénéfice de 8 pour cent , qui feroit accordé
à la ville , & qu'il refte aux fujets Pruffiens voifins
dela Viftule d'autres voies , comme par exemple
celle d'Elbing , pour le procurer les objets de
confommation intérieure , tandis que tous les autres
fujets de S. M. le Roide Pruffe , qui font le
13
( 198 )
commerce par Elbing , Konigsberg , Memel, ont
dans la balance générale du commerce de la Pologne
une très grande prépondérance fur. la Ville
de Dantzick , dont l'importation entiere: ( pour le
dire une fois pour toutes ) n'est déja que trop furchargée;
fans faire ces remarques, il n'en eft pas
moins vrai que tandis que les Dantzickois paieroient
les droits de douane , comme ils doivent
être perçus à Fordan , à Schottland , par conféquent
à la vue même de Dantzik , & qu'en outre
leurs bâtimens qui defcendent la Viftule devroient
fe foumettre , avant leur arrivée en Pologne , à
une feconde vifite , ils ne pourroient jamais le
fervir de cet avantage au préjudice des fujets
Pruffiens , ni de leur commerce, & que par con.
féquent , quand même l'on accorderoit à la ville le
droit de douane de 8 pour cent à Fordan , ce droit
ne feroit toujours qu'un équivalent fort foible
pour la perte énorme que la Ville a déja foufferte;
& qu'elle fouffrira toujours depuis la nouvelle po
fition des choſes.
IV. Enfin , par rapport au quatrieme point ,
concernant la reftitution des perfonnes qui fe
feroient retirées du territoire refpectif, reftitution
qui , conformément à la convention , ne fau
roit avoir de force rétroactive , & ne peut fortir
fon effet qu'à compter du jour de la fignature de
ladite convention ; ce point ne laiffe plus rien à
defirer , & il ne peut être regardé que comme
clair & évident.
Après ces nouvelles explications , que l'Impératrice
propofe par la Préfente à S. M. Pruffienne
, & qui ne portent pas moins l'empreinte
de fon amitié fincere envers elle , qu'elles font
conformes à la juftice la plus rigoureuſe & au véritable
but , que S. M. Imp . s'eft proposé dans
toute cette Médiation ; favoir , d'effectuer entre
( 199 )
Jes deux Parties un Accommodement folid : & du
rable ; S. M. Imp . fe flatte , que fi le Roi , de fon
côté, veut prendre pour bafe l'amitié réciproque
envers elle , ainfi que la confiance & la bonne
harmonie , qui ont fubfifté tant d'années entre les
deux Cours , & fi S. M. Pruffienne veut bien
confidérer la médiocrité de l'objet dont il s'agit
ici , relativement à fes intérêts & à ceux de fes
Sujets , elle ne fera point de difficulté de donner
fon entier agrément aux moyens d'Accommodement
propofés , & d'ôter ainfi la derniere pierre
d'achoppement , qui s'oppofe encore à la conclufion
finale de cette affaire .
Remplie de cette agréable attente , l'Impra
trice croit qu'il eft fuperflu de remarquer que l'é
quité de S. M. Pruffienne ne s'oppofera point à ce
que la navigation illimitée de fes Sujets , qui ne
peut que devenir de plus en plus onéreuse pour
la ville de Dantzick , eu égard à l'état d'indéc fion ,
où ce te affaire eft reſtée juſqu'à préfent , foit différée
en tout cas jufqu'à l'ouverture prochaine de
la navigation , comme un arrangement qui ne
feroit accepté que fimplement ad inte im , & dans
la fuppofition certaine qu'il fera bientôt ſuivi d'un
Accommodement définitif.
La navigation de Cherfon a occupé l'année
derniere 122 bâtimens ; favoir , 92 Ot
tomans , 32 Ruffes & 7 Autrichiens ; l'importation
a confifté en fruits , vin , cabelian ,
meubles ; & l'exportation en froment , favon
, chanvre , farine , fer , laine , lin , cordage
, tabac & bois.
Les revenus des poffeffions Efpagnoles du Nouveau-
Monde , lt-on dans un Journal de Commerce
, furent long- temps fecrets & inconnus.
L'Abbé Raynal les a portés dans fon Hiſtoire
i 4
( 200 )
des deux Indes une année dans l'autre , à
17,719,448 liv. de France . Aujourd'hui , les revenus
font beaucoup augmentés , tant par les
nouveaux droits , que par le recouvrement exact
des anciens. Les revenus du Mexique peuvent
être évalués actuellement à 54,000,000 liv . tournois
; ceux du Pérou , à 27,000,000 , & ceux de
Guatimala , de Chili & de Paraguay , à 9,100,000 ;
ce qui fait en tout 90,100,000 liv. La dépenfe ,
dans ces provinces , forme un objet de 56,700,000
livres ; il refte donc net au tréfor la fomme de
34,500,000 livres , à laquelle il faut ajouter
20,584,400 liv. pour les marchandiſes qui paſ-
Lent dans les Colonies & qui en viennent. Ces
fommes n'entrent pas en entier dans les caiffes
royales de la mere-patrie , une partie confidérable
étant emp'oyée dans les iles pour l'admi
niftration , pour la conftruction des vaiffeaux &
pour l'achat du tabac .
Suivant un état , qu'on dit exact , des
marchandiſes qui ont paffé les Dardanelles
en 1785 , pour divers ports de la Ruffie fur
la mer Noire , la valeur totals de ces cargaifons
a été de 806,330 piaftres de 40 paras ,
foit 2,418,990 liv. tournois. La plus grande
partie de ces marchandiſes font des fruits &
des huiles d'Italie , du coton filé & en laine ,
des étoffes de foie & de coton , mais principalement
des vins de l'Archipel. Ce dernier
article forme feul la moitié de la valeur
de ces expéditions. Pendant la même année
1785 , il a été exporté des ports de Ruf
fe fur la mer Noire , par le détroit des Dardanelles
, divers articles montant à la fomme
de 735,117 roubles , foit environ trois
( 201 )
millions neuf cent mille liv, tournois. Ces
cargaifons étoient compofées de fer , de roiles
groflieres , de beurre , de Caviar , de
cuirs , &e.
*
Il vient de paroître à Leipzick une nouvelle
Defcription géographique & ftatistique de l'ifle
de Minerque , par M. Lindemann , qui y a féjourné
pendant plufieurs années. Voici quelques
relevés de fon Ouvrage. Il n'y a point de villages
dans cette ifle , mais des fermes & des
habitations ifolées . En 1781 , fa population
mentoit à 26,365 ames. D'après Diodore de Sicile
, page 17 , les deux illes de Majorque & de.
Minorque avoient , dans ce tems , une population
de 30 , oco ames , Les habitans font ignoraps ,
mis affez induftrieux , quoique leur commerce
fe réduite à très - peu de chofe ; ils cultivent des
oliviers & des vignes , mais ils ne favent pas préparer
les vins. Le Gouvernement fait importer du
bled & le vend aux habitans à bon marché. L'ifle
perd confidérablement dans fon commerce ; l'importation
annuelle pouvant être évaluée à 340 ,COO
rixdalers , & l'exportation à 120,700 leulement.
Toutes les marchandifes y font à très-bas prix ; ce
qu'il faut attribuer au manque de numéraire & à
celui des débouchés pour fes productions . Il eft à
remarquer que , quoique la chaleur foit trèsgrande
à Minorque , les palmiers ne portent pas
de fruits ; peut - être par l'influence des violens
vents du nord.
L'Auteur d'un ouvrage périodique Allemand
porte la population de Conftantino
ple à 700,000 ames. On y compte , fav
lui , 5330 grandes & petites Mofquées .
Hôpitaux , 418 Hôtelleries , 900 ba
is
( 202 )
950 fontaines , 500 grandes Ecoles , 1650
petites Ecoles , 440 Eglifes , dont 2 pour le
fervice des Catholiques , 3800 grandes &
petites rues , 580 moulins & 22 portes d'entrée
; favoir , 6 du côté de la terre , 11 du
côté du port & S5 du côté du Détroit.
DE BERLIN , le 12 Juillet.
Le célébre Docteur Zimmerman , Méde
cin du Roi d'Angleterre à Hanovre , eft actuellement
à Potzdam , où il a été appellé
par S. M.
Le Duc de Courlande eft parti avec la
Ducheffe fon époufe pour la Principauté
de Sagan , dont il va prendre poffeffion .
Suivant un ordre du Général Mollendorf,
Gouverneur de cette ville , le régiment
d'Infanterie de notre garnifon fera
obligé , avant de monter la garde , de marcher
avec les tentes devant la ville , de dreffer
un camp , & de manoeuvrer pendant
quelques heures . "
Le Roi vient d'élever au grade de Majors-
Généraux de Cavalerie le Prince Eugene
de Wirtemberg , les ' Colonels de Wuthenow
, de Schulenbourg
de Schulenbourg , de Grolin , de
Koeszegy & d'Eben.
S. M. a envoié à la Ducheffe - Douairiere
de Brunfwick un préfent de 10,000 rixdal.
& une pareille fomme à la Princeffe Amélie.
Un ordre du Roi vient de profcrire l'importation
du falpêtre étranger dans les Etats
du Roi , en deçà du Wefer ; à moins qu'il
( 203 )
n'y paffe comme fimple marchandiſe de
tranfit.
Le 24 Juin un orage terrible éclata à Bromberg ,
dans le Brandebourg ; le tonnerre tomba fur s
Ecuries des Hullards , & y mit le feu : heureufement
les chevaux étoient dehors dans ce moment;
les Ecuries ont été réduites entiérement en cendres.
Les uniformes pour les nouveaux Régimens de
Chaumont & d'Arnaud , & pour le Régiment.
Suiffe confifteront en un habit brun foncé , la
vefte & la culotte feront de bleu clair ; le Régiment
de Chaumont aura fur les boutons , nº . i ;
le Régiment d'Arnaud nº. 2 , & le Régiment
Suiffe n°. 3 ; les Officiers du premier Régiment
auront de l'or fur l'habit , & ceux des deux autres
Régimens de l'argent .
DE VIENNE , le 12 Juillet.
&
L'Empereur arriva le 22 Juin à Pettau ,
& vit manoeuvrer le camp le 21 , le 22 ,
le 23. Immédiatement après , S. M. I. partit
pour Agram .
Le 24 Juin , S. E. M. André Dolfin ,
nouvel Ambaffadeur de Venife auprès de
notre Cour , eft arrivé en cette Capitale , où
il a rendu fa premiere vifite au Prince de
Kaunitz.
Le Cardinal Archevêque de cette ville a
fait afficher aux portes des Eglifes un Mandement
confiftorial , qui enjoint aux Ecclé
fiaftiques de s'habiller avec plus de décence,
& qui preferit aux Prêtres de ne porter à
i 6
( 204 )
1
l'avenir dans la ville que des habits noirs,
de ne plus faire ufage de bas de foie , de ne
point frifer leurs cheveux , ni de fe fervir
de poudre. Il leur eft permis à la campagne
de mettre un furtout , mais d'une couleur
modefte.
La femaine derniere il arriva ici un Meffager
de la République de Venife , avec des
dépêches pour l'Ambaffadeur ; auffitôt que
ce Courrier eut remis ce paquet , il continua
fa route pour Pétersbourg. On croit
que ces dépêches font relatives aux démêlés
de la République avec la Porte Ottomane ,
& on pourroit bien fe tromper.

Le Confeiller de Dornfeld eft parti pour
Lemberg , où il doit examiner l'état des
Domaines. Le Baron de Maggelik s'y
rendra auffi pour y faire publier & exécuter
plufieurs ordres de l'Empereur , relatifs à
l'adminiftration de la Province.
On affure que lorfque les fortereffes de
Pleff & de Therefienftadt feront achevées ,
on en conftruira auffi une nouvelle dans la
Gallicie.
On écrit de la Buckowine , que la mifere
y eft au dernier point ; malgré les meſures
du Gouvernement , les vivres y font d'une
cherté exceffive ; plus de 4000 perfonnes
ont péri faute de fubfiftance.
L'Empereur a avancé le Genéral Brown ,
neveu du Comte de Lafcy , au grade de
Lieutenant Général , & S. M. I. a conféré
( 205 )
le régiment de Migazzi au Général de Neugebauer.
Le 27 Juin , on a brûlé ici publiquement
pour 60 mille florins de marchandifes
de contrebande.
Les nouvelles des dégâts occafionnés par
le debordement du Danube , font trèsaffligeantes.
Dans plufieurs quartiers de la
ville de Linz les maiſons ont été fubmergées
jufqu'aux toits ; plufieurs menacent de
s'écrouler. Les dommages à la campagne
font inexprimables.
La Gazette de cette ville vient de publier
les relevés fuivans , dreffés à la fin de l'année
derniere.
>
On a compté dans le Margraviat de Moravie
12,071 mariages , 57,362 naiffances dont
29,584 garçons & 27,778 filles , & 50,416
morts , dont 26,450 hommes & 24,966 femmes ,
à Brian , Capitale de cette Province , les mariages
ont été au nombre de 154 , les naiflances
de $ 71 , & les morts de 535. Dans la même année
on a compté dans la Siléfie Autrichienne
2.010 mariages , 9,803 naiffances , dont 5,069
garçons & 4734 filles , & 7,841 morts , dont
3,920 hommes & 3,921 femmes ; le nombre des
naiffances à Troppau , Capitale de cette Province
, a été de 474 , celui des morts de 5149 &
celui des mariages de 1-16 .
DB FRANC FORT , le 19 Juillet .
I'Electeur Palatin , Duc de Baviere , a
chargé fon Miniftre , le Baron de Brentano ,
( 206 )
de la gestion des affaires criminelles à la
Diete pour le Duché de Baviere & la Principauté
de Leuchtenberg. Ce mêine Miniftre
eft auffi chargé des voix pour l'Evêché
de Spire & la Prévôté de Wiffembourg.
M. de Pury , célébre Négociant Suiffe ,
établi à Lisbonne , y eft mort dernierement.
Le Roi de Pruffe avoit annobli l'année paffée
ce généreux Citoyen , qui a retracé un
exemple bien étranger aux moeurs du moment
, bien honteux pour tant de faux Magnifiques
, à qui l'efprit public ne dicte jamais
le moindre acte de libéralité , & qui
cependant font retentir dans tous les Journaux
, les petites aumônes dont ils gratifient
de loin en loin quelque malheureux .. Voici
l'emploi qu'un fimple Négociant a fait de
fa fortune , acquife , non par héritage , non
par intrigues , non par les moyens faciles
de l'abus de la faveur & des dignités ; mais
par une laborieufe induftrie. Mr. de Pury
naquit à Neuchâtel en 1709 , d'un pere qui
a été le fondateur de la Colonie de Purif
bourg , dans la Caroline méridionale. Deftiné
au commerce , il en apprit la ſcience à
Genève & à Londres , où il entra dans la
maifon de M. Simmons , l'une des plus confidérables
en banque & en diamans . Etabli
pour fon compte à Lisbonne , M. de Pury
y manifefta l'efprit d'ordre , d'étendue , de
fuite dans les affaires , dont l'Angleterre lui
avoit donné l'exemple. Il devint le Banquier
de la Cour de Portugal. Célibataire , &
( 207 )
n'ayant aucuns héritiers naturels , M. de
Puryadopta fa patrie &la combla de fes bienfaits.
Comme les conftructions , les femmes ,
le jeu , les fêtes , les chevaux & tous les gafpillages
du luxe & de la folie ne dévoroient
pas fon opulence , il la confacra à l'utilité
publique de fes concitoyens. Neuchâtel
ayant formé une Loterie , le Banquier du
Roi de Portugal prit 100 billets , les donna
à la ville , & les lots réfultans formèrent une .
fomme confidérable. Annuellement , il envoyoit
100 louis à la Maiſon de Charité , &
une fomme pareille aux pauvres honteux .
A l'aide de fes fubfides , on conftruifit , au
travers d'une montagne efcarpée & fur des
précipices effrayans , une grande chauffée ,
infiniment utile au commerce & au tranfport
des marchandifes ; on lui doit un Hôpital trèsvafte,
un nouvel Hôtel de Ville. Enfin, divers
Etabliffemens publics de Neuchâtel viennent
d'hériter de la plus grande partie de fa fortune,
qu'on évalue à 4 millions tournois .
Le Landgrave de Heffe Darmstadt a ordonné
la tranflation des cimetieres hors des
villes , bourgs & villages ; de leur fubftituer
un terrein fpacieux , de faire les foffes de
la profondeur de 6 à 7 pieds , & de ne les
rouvrir qu'au bout de 30 ans . Toutes les
fépultures de famille feront fupprimées fucceffivement.
L'Empereur a réduit le taux de l'intérêt
de l'argent à 4 pour cent dans le Royaume
de Hongrie & fes autres Etats héréditaires.
( 208 )
Des lettres de la Pologne affurent qu'il
y a eu de nouveau quelques efcarmouches
fanglantes entre les troupes Ruffes & les
Tartares fur les frontieres du Cuban.
On apprend de Paffau que le 27 Juin une groffe
pluie a tellement hauflé la riviere d'Inn , qu'eile
à débordé avec violence , & emporté les ponts
de cette ville & de Scherding. De femblables
nouvelles affligeantes font arrivées ici de Salzbourg
& des environs , où la Salza a débordé &
mis fous l'eau toute la campagne .
Un Journal Politique porte les revenus
du Grand- Duché de Tofcane qui font verfés
dans la caiffe générale , à 11 millions de liv.;
ce qui fait 2,400,000 rixdalers , & les dépenfes
, à 9,614,000 liv. D'après ce calcul ,
l'excédant de la recette feroit de 285,000
rixdalers .
ITALI E.
DE FLORENCE , le 3 Juillet.
Le mois dernier , le Grand Duc a envoyé
aux Evêques de fes Etats une Inftruc
tion dreffée de fa main , concernant une
ré orme prochaine dans la difcipline eccléfiaftique
du Grand Duché.
Suivant ce plan , S. A. R. veut , qu'à commencer
de cet été , il foit tenu , au moins tous
les deux ans , des Synodes compofés d'Evêques
& de Curés , qui prendront de concert les me
fres nécefaires pour réformer touts e pece.
d'abus . Les Prieres publiques , Bréviaires & MiG
fels feront corrigés ; on fupprimera les Légendes,
( 209 )
peu authentiques , & l'on achevera la lecture de
toute l'Ecriture - Sainte pendant le cours d'une
année. Le Synode examinera s'il ne feroit pas à
propos de fupprimer la trop fréquente prefation
de fermens , & d'adminiftrer les Sacremens en
langue vulgaire , il décidera quelles difpenfes réfervées
au St.- Siége , pourront être regardées :
comme contraires au pouvoir légitime des Evêques.
Quant aux difpenfes en fait de mariage , on
pourroit fixer certains degrés de parenté , paffé
lefquels , elles ne feroient plus néceffaires du tour.
Pour les autres degrés , l'Evêque du lieu feroit
autorifé à accorder les difpenfes gratis. Comme il
importe beaucoup que les Eccléfiaftiques a ent les
mêmes principes de morale , fur-tout en matiere
de confeffion , il fercit très- utile d'introduire une
uniformité parfaite dans leurs études & dans la
maniere de les inftruire . Perfonne ne pourra être
admis à la tonfure , ni à prendre l'habit eccléfiaf
tique avant la 18e . année écoulée ; aucun ne
pourra avoir plus d'une Prébende , ni être dif
penfe , fous quelque prétexte que ce foit , des
devoirs y attachés.
Les Chapelles des Particuliers dans les villes
feront fupprimées ; celles de la campagne tranf
formées en Eglifes filiales. On remettra en vigueur
les anciennes conftitutions de l'Eglife fur la
conduite du Clergé. Il n'y aura dans chaque Diocèfe
qu'une feule Cathédrale ; quant aux autres
Eglifes Collégiales , il feroit plus convenable de
les changer en Paroiffes & Chapelenies paroiffi
les. Il feroit falutaire d'introduire une uniformité
générale dans le culte extérieur , & d'en barniz
toute espece de luxe & d'oftentation.
en conféquence qu'on pourra laiffer là la quantité
inutile d'ornemens précieux & de cierges , ainfi
que la mufique vocale & inftrumentale , à l'ex
Ceft
( 210 )
ception du chant choral & des orgues. Tous les
exercices de piété feront finis avant la fin du jour.
Le fexe ne pourra paroître dans les Eglifes que
fous une parure décente & féparé des hommes . Il
ne fera dit qu'une feule Mefle à chaque heure déterminée.
On ôtera du Maître - Autel tous les
buftes des Saints , & il n'y aura qu'un Crucifix .
Les Evêques feront ôter des Eglifes tous les
tableaux , les reliques fufpectes , flatues , &c. , qui
peuvent donner lieu à une vénération mal entendue.
Il fera très -bon que le peuple ait des idées
plus faines fur le but des Services pour les morts
& l'effet des interceffions des Saints . C'est pourquoi
on devroit examiner s'il ne conviendroit pas
que , dans chaque Paroiffe & Eglife de Couvent ,
on dît tous les mois une Meite folemnelle de
Requiem pour tous les défunts en général ; &
qu'en revanche , on abolît tous les anniverfaires ,
obféques , &c. Chacun auroit cependant la liberté
de faire dire autant de Meffes baffes qu'il le jugeroit
à propos..
Il faudra fixer aux Curés des revenus fuffifans ,
afin qu'ils ne foient pas tentés d'avoir recours à
des pratiques fuperftitieules ou à d'autres moyens
indignes de leur miniftere. Ils devront exactement
connoître les ouailles confiées à leur vigilance
, avoir le plus grand foin de leur inflruetion
, de leur bien- être , & ne les abandonner
fous quelque prétexte que ce foit .
?
Il feroir à fouhaiter que les Evêques fiffent difparoître
des Eglifes tous les ornemens inutiles ,
par lefquels elles ne deviennent ni plus facrées ,
ni plus dignes de notre vénération ; on pourroit
arranger cet objet de façon , qu'il n'y eût dans
les Eglifes de campagne qu'un feul Autel , ayant
pour tout ornement un Crucifix & tout au plus
Fimage ou le bufte du Patron de la Sainte
>
( 211 )
Vierge , &c. On devroit ôter pareillement les
images miraculeufes , & fur tour les tableaux
peu convenables . Toute efpece de quête dins
les Eglifes , pendant le Sermon ou l'expofition
du St.- Sacrement , fera abſolument in´erd te .
Comme les pauvres n'oferont demander l'aumône
dans l'Eglife , on placera aux portés certaines
perfonnes chargées de quêter pour eux. L'Evêque
bornera le nombre des nouvelles Fêtes le plus
qu'il fera poffible ; ce qui n'empêchera pas qu'on
ne continue de faire le Service divin , le Catéchifme
, le Sermon , comme à l'ordinaire. Toutes
les Proceffions pourront être fupprimées , à l'exception
de celle de la Fête- Dieu , celles de la
veille de l'Afcenfion , du Dimanche des Rameaux
& du Vendredi -Saint . On abolira fur- tout les
Proceffions vers les images miraculeuses , parce
que ces fortes de pélerinages n'ont ordinairement
d'autre but que la bonne chere & des rendez - vous
peu édifians . Avant la Meſſe , le Curé ou Chapelain
adreffera au peuple un difcours fur le faint
Sacrifice , la maniere d'y affifter , & c. : les jours
de folemnités particulieres , ils donneront une
explication des myfteres que l'Eglife célebre , ils
feront tous les exercices fpirituels & les prieres
avec le peuple . La Meffe devra être dite lentement
& à haute voix . La lecture de l'Evangile fe
fera en langue vulgaire ; on l'interprêtera par des
difcours muraux , qui devront être courts , faciles
à comprendre , inftructifs , & contenir une morale
pratique pour le peuple ; par conféquent , on aura
foin de bannir de ces difcours les expofitions mytiques
, les maximes dogmatiques , & c. Les Sermons
pour l'Avent & le Carême pourront être entiérement
fupprimés , à l'exception d'un ou de
deux à faire dans les Eglifes principales des villes ;
on abolira pour toujours les Panégyriques des
( 212 )
Saints , parce qu'ils ne fervent qu'à faire parade
d'une vaine éloquence , fans aucun fruit pour les
auditeurs.
DE ROME, le 30 Juin.
Le nouvel arrangement pour les Douanes
cauſe tant de rumeur & de mécontentement
, que le fieur Miller , Membre de la
Chambre Apoftolique , & Auteur de cette
opération , veut fe démettre de fa place . Il
paroît qu'il n'avoit point prévu les fuites de
cette affaire , ce qui eft d'autant plus éronnant
, qu'il y a treize ans au moins qu'il s'en
оссире.
Les ports de Civita Vecchia, d'Ancone, &
de Sinagaglia ont déja recouvré leurs anciennes
prérogatives , au moins pendant la
foire qui fe tient dans cette derniere place .
Sans cette modification la foire n'auroit pas
eu lieu . Malheureufement le mal eft déja
fait , & un nombre infini de bâtimens déja
partis pour Trieſte.
DE LIVOURNE, le 28 Jain.
Suivant les dernieres lettres de Malthe arrivées
aujourd'hui , le Chevalier Emo venoit
d'y recevoir l'ordre précis de mestre à
la voile le plutôt poffible avec toute fon
efcadre , & de retourner dans la mer Adriatique.
Les Algériens ont actuellement en mer une efcadre
compofée de onze vaiffeaux de guerre ,
( 213 )
favoir , fept chebecs , une barque & trois demigaleres.
Cette efcadre eft en croifiere fur les côtes
d'Italie , & fpécialemen : fur la riviere de Genes ,
tant du ponant que du levant. Il eft certain d'ailleurs
que la République de Venife eft déterminée
à employer toutes fes forces pour faire ceffer , s'il
eft poffible , les pirateries que les Barbarefques
exercent fur les bâtimens chrétiens , fans aucun
refpect pour le droit des gens , ni même pour les
traités les plus authentiques.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Juillet.
Le 11 , S. M. , ainsi que nous l'avons annoncé
dans le N° . précédent , ſe rendit à la
Chambre Haute , & y prorogea le Parlement.
Le Roi y donna auffi fon confentément
à la penfion accordée par les Communes
à la femme & aux fils du Chevalier Guy
Carleton , & à celle qu'a obtenue l'Alderman
Brook Watfon , ancien Commiflaire Général
de l'armée en Amérique. L'Acte pour diminuer
les droits fur les vins & pour en attribuer
la perception au Bureau de l'Excife ,
& divers autres Bills reçurent également la
fanction de S. M. Après cela , elle prononça
le difcours fuivant.
MILORDS ET MESSIEURS ,
Je ne puis mettre fin à cette feffion fans vous
faire connoître combien j'ai été fatisfait de l'atstention
fuivie que vous avez donnée aux affaires
publiques , ainfi que des meſures que vous
( 214 )
avez prifes pour améliorer les reffources de la
Grande - Bre agne.
Meffieurs de la Chambre des Communes ,
Je vous remercie des fubfides que vous ' m'avez
accordés pour le fervice de Fannée préfente
, & du fones que vous avez établi pour acquitter
les charges mifes fur le revenu applicable
aux ufages de mon Gouvernement Civil.
On doit attendre les effets les plus falutaires
du plan adopté pour la réduction de la dette
nationale , objet que je confidere comme lié
par un noud indiffoluble avec les intérêts effentiels
de la Nation .
MILORDS ET MESSIEURS ,
Les affurances que je continue de recevoir
de l'Etranger promettent la continuation de la
tranquillité générale .
Les heureux effets de la paix fe font déja
manifeftés dans l'extenfion du Commerce national
, & je concourrai pour mon compte , avec
bien de l'empreffement , à toutes les meſures qui
tendront à confolider ces avantages & à donner un
nouvel encouragement aux Manufactures & à l'induftrie
de mes fujets.
Alors le Comte Bathurf , par ordre du Roi ,
-prit la parole & dit : iy
MILORDS ET MESSIEURS ,
C'eft la volonté Royale & le bon plaifir de
S. M. que le Parlement foit prerogé au jeudi
qua orzieme jour du mois de Septembre prochain
, pour être alors aflemblé de nouveau
& ce Parlement eft en conféquence prorogé
au jeudi quatorzieme jour du mois de Septembre
prochain.
Pendant cette Seffion ; la Chambre des
Communes a tenu roz Séances ; favoir , 13
( 215 )
de moins que l'année derniere. La plus lori-
Sellion dont on fe fouvienne fut de 135
Séances.
gue
Mardi 13 , le Chancelier de l'Echiquier ,
l'Orateur de la Chambre des Communes , le
Maître des Rôles , & les autres Commiffaires
chargés de recevoir le furplus du revenu public
deftiné au nouveau fonds d'amortiffement
, & de l'employer à la réduction de la
dette nationale , reçurent le diplôme de leur
commiffion , & prêterent le ferment ordonné
par le Bill.
Le 12 , le Chevalier Hurd a reçu ordre de
S. M. d'aller porter au Landgrave de Heffe-
Caffel le Collier de l'Ordre de la Jarretiere.
M. Jenkinfon , créé Pair de la Grande-
Bretagne , fous le titre de Lord Hawkesbury ,
a eu l'honneur d'en faire fes remercîmens à
S. M. le 12 de ce mois.
Le Duc de Queensbury , l'un des 16 Pairs
d'Ecoffe à la Chambre Haute , vient également
d'être fait Pair d'Angleterre , fous le
titre de Lord Dover , Marquis de Beverley ;
titre qui originairement avoit été donné par
la Reine Anne à l'un des ancêtres duDuc actuel
, & qui refa fans effet par l'oppofition
de la Chambre - Haute.
Il a couru différentes rumeurs fur quel
ques divifions & quelques changemens dans
le Cabinet. On difoit le Comte de Salisbury,
Grand Chambellan , deſtiné à remplacer le
Duc de Rutland dans la Vice Royauté d'Ir(
216 )
lande , & le Duc de Dorfet , prêt à devenir
Grand Chambellan ; le Marquis de Carmarthen
lui eût fuccédé dans l'Ambaflade de
France , & l'on varioit fur le fucceffeur de
ce Minitre au Sécrétariat de l'Etranger. Aucun
de ces bruits ne s'eft réalife.
Mylord Comte de Northington , ancien
Vice Roi d'Irlande , eft mort à Paris le de
ce mois , âgé de 40 ans. Sa fort ne paffe
à fes quatre fours , entr'autres à la Com
teffe de Ligonier , & à Lady Eden , mariee
à M. Morton Eden , Envoyé du Roi à Drefde.
L'Ofterley & le Busbridge , vaiffeaux de
la Compagnie des Indes , venant de la Chine ,
font arrivés aux Dunes la femaine derniere.
Les Lords de l'Amirauté doivent faire à
la fin du mois une revue générale des chantiers
de Plymouth. On apprend de ce port,
qu'on doit y mettre en conftruction un vaif
feau neuf du fecond rang. On parle aufli
d'une revue de la flotte à Spithéad , à laquelle
affiftera S. M. Mylord Howe , ajouteton
, a déja envoié les ordres néceffaires à
ce fujet.
On vient de pofer dans les chantiers de
Deptford la quille d'un vaiffeau neuf , de
74 canons , qui fera appellé le Revenge.
Plufieurs frégates mettront inceffamment
à la voile pour Gibraltar ; elles ont ordre
d'embarquer foo tonneaux de differentes
munitions de guerre pour cette place.
On a ordonné d'équiper le Jupiter de so
canons ,
( 217 )
canons , qui a été complettement réparé &
doublé en cuivre à Sheerneff. Ce vaiffeau ,
à bord duquel doit s'embarquer un Commodore
eft destiné pour l'Inde .
La Compagnie des Indes aura à la fin de
cette année plus de cent vaiffeaux emploiés
à fon commerce. Les équipages de ces vaiffeaux
peuvent être fupputés , l'un portant
Fautre , à 100 hommes. Ainfi le total des
matelos de la Compagnie eft de 10,000 .
Cet avantage , entierement dû à l'acte de
M. Pitt fur les thés , augmentera encore ;
les vaiffeaux de la Compagnie devant être
portés l'année prochaine au nombre de 120.
Quatre vailleaux arrivés en dernier lieu
de la pêche du Groënland ont apporté entr'eux
34 baleines & 820 veaux marins.
Le Prince de Galles eft parti le 12 pour
Brightelmftone , en chaife de pofte , avec un
feul domeftique monté fur un cheval de
louage. Le peuple lui a donné de grandes
marques de faveur à fon départ. Plufieurs
Seigneurs s'étoient rendus chez lui , en l'invitant
de paffer dans leurs Terres le reſte de
l'été ; mais le Prince a refufé pour le moment
ces différentes invitations. Il n'eft point vrai ,
d'ailleurs , que ce Prince ait fait le plan de
paffer en France & en Allemagne.
En 1736 , il fe paffa un événement femblable
entre le feu Prince de Galles , pere
du Roi actuel , & George II . Quoique les
circonftances fuffent entiérement différentes
No, 30 , 29 Juillet 1786, k
( 218 )
de celles d'aujourd'hui , les Papiers de l'Oppofition
, avec les Chefs de laquelle on connoît
les liaifons du Prince , ont rapporté ce
fait , orné de commentaires , dont voici l'un
des plus modérés.
On peut comparer , difent -ils , la conduite de
M. Piu avec celle de Lord Chatam fon pere dans
une circonftance femblable . Ce dernier n'étant'
que fimple Particulier , cita les Miniftres de
Georges II, tout-puiflans qu'ils étoient , au
Tribunal de la Nation , & les taxa de reftreindre
d'une maniere indécente les dépenfes de l'héritier
préfomptif de la Couronne. Son Difcours fur fi
véhément , & attaqua tellement le Chevalier
Robert Walpole , que ce Miniftre te vengea en
faifant quitter le fervice à Lord Chatam , qui fe
nommoitalors M. Pitt, & qui n'avoit d'autre titre
que celui de Cornette de Cavalerie . Le fils de ce
grand homme , au contraire, ne fe fait point un
Icrupule de forcer le Prince de Galles à fe réduire
à un revenu qui excede à peine le traitement
du premier Lord de la Trésorerie , & de ne
conferver qu'une habitation qui n'eft certainement
pas auffi agréable que celle de M. Rofe ,
Secretaire de la Tréforerie , & ami de M. Pitt.
Ce Paragraphe & mille autres prouvent
de refte ce qu'il eft fort naturel de fuppofer
qu'en ceci , comme dans tous les cas poffibles
, l'efprit de parti eft en Angleterre le
feul Juge des événemens. D'une part , on célèbre
la générofité & la délicateffe du Prince,
qui a préféré l'intérêt de fes créanciers à celui
de fa dignité; qui a tout facrifié pour donner
un exemple de juftice & d'ordre; qui , amou
reux des plaifirs , y renonce avec un courage
( 219 )
au deffus de fon âge , & que des Particutliers
même auroient bien de la peine à imiter.
On trouve révoltant que l'Héritier préfomptif
de la Couronne en foit réduit , par
la dureté paternelle & les fuggeftions d'une
fauffe économie , à fe retirer dans un village
pour y vivre en Gentilhomme médiocre.
On appelle le refus de S. M. un outrage
la grandeur de l'Empire Britannique , à l'hon
neur d'une Nation opulente , qui ne doit pas
fouffrir de voir le Fils aîné de fon Monarque
dans un pareil abaiſſement.
à
En adoptant les juftes éloges donnés à la
réfolution du Prince , d'autres n'en donnent
pas moins à la conduite du Roi . Ils fouriennent
que pere de 13 enfans ; ayant peine à
fuffire aux dépenfes véritablement très fortes
de la Lifte civile ; obligé d'en diftraire cin
quante mille liv . ferl. annuellement , pour
en former une partie du revenu de l'Héritier
de la Couronne ; ayant recommandé à fes
Miniftres , à fon Parlement , aux Officiers
de fa maiſon , la plus grande économie ,
voyant tous les efforts & toutes les efpérances
tournées vers le grand but de la réduc
tion des dépenfes publiques & de l'accroiffement
du revenu ; ce Monarque n'a pas dû
tolérer , qu'en deux ans , avec un revenu de
près de So mille liv . fter ! . , le Prince de Galles
eût fait 250 mille liv. fterl. de dettes ; qu'il
feroit devenu complice de ces dépenfes extraordinaires
en les payant ; que fa facilité en
k2
( 220 )
eût encouragé de nouvelles ; qu'une trop
grande partie de cette dette étoit réſultée
d'un genre de diffipation , qu'un Roi d'Angleterre
ne peut applaudir ; enfin, que l'utifité
, l'honneur du Prince , & l'avantage na
tional fe rencontreront dans une meſure ,
extraordinaire, il eft vrai , mais qu'il n'appar
tient guères à un Peuple libre , grévé de
lourds fardeaux , de trouver telle.
Les moyens pourvus penjant la ſeſſion pour
remplir les fubfides néceſſaires aux fervices de la
préfente année montent à liv . ft. 12,950,992 15
4 cinq huitiemes. Les fubfides à 12,486,538 17
tinq huitiemes. Excédant des moyens 414,453
183.
Les fubfides de cette année paffent ceux de
l'année précédente , d'environ trois millions ;
difference caufée par le remboursement de
deux millions à la Banque , avancés en 1781 ,
& par les dépenfes des Loyalites Américains ,
qui vont à près de 350 mille liv . fterlings cette
année
!
Plufieurs perfonnes de différentes claffes
s'étant adreflées depuis peu aux Miniftres
étrangers , réfidans en Angleterre , pour fe
faire nommer Secrétaires , domestiques , ou
Officiers de l'un ou de l'autre de ces Minif
tres , & dans le but de jouir de la protection
accordée à ceux qui occupent ces places
; comme une pareille facilité pourroit
donner lieu à beaucoup d'abus , S. M. a ordonné
que , par la fuite , le Secrétaire d'Etat
ne permettra plus que le nom d'aucun de
fes fajets fojt inféré au Bureau du Sheriff ,
( 221 )
fur la lifte des perfonnes qui font cenfées
fous la protection d'aucun Miniftre étran
ger, excepté feulement ceux qui peuvent
être emploiés par lefdits Miniftres étrangers
fous la dénomination de domeftiques fervans.
Une lettre d'Exefter , en date du 12 Juillet ,
porte ce qui fuit : La grande quantité de poiffons
apportée dans les marchés , a fait baiffer
confidérablement le prix de la viande de boucherie
; le miller boeuf , mouton , agneau &
veau ne fe vndent que deux pences & demi la,
livre , la paire de gros poulets 1 fol. 6 den.
& le beure frais 5 fol. la livre . Le prix du
plus beau hareng n'eft que d'un fchelling le
cent , & le meilleur poiffon de différentes autres
efpeces fe paient à proportion auffi bon marché.
Parmi les curiofités du Cabinet de la Ducheffe
de Portland , qui vient d'être vendu ,
étoit une bonicle de cheveux de la Princeffe
Marie , fille de Henri VII , & lemme de
Louis XII , Roi de France. Il y a environ
deux ans que ces cheveux furent coupés fur
le cadavre qui eft dépofé dans l'Eglife de
Sainte Marie de la ville de Bury. La Du
cheffe avoit payé ces cheveux fix guinées au
Chevalier John Cullum , Baronet , qui en
éroit alors propriétaire ,
L'Hyene apportée fur le vaiſſeau de la Compagnie
des Indes , le Lord Cambden , & préſentée
ces jours derniers par M. Gooch , à fon Alteffe
Royale le Prince de Galles , eft à - peu - près de
1 fille d'un grand loup , & a quelque reffembiance
avec cet animal fur-tout par la tête ;
k
3
( 222 )
quant au corps , il eft fait comme celui du cochon
; fa peau a de belles raies noires fur un fond
blanc ; malgré cette riche fourure cet animal
eft d'une diformité & d'une cruauté qu'aucune
expreffion ne fauroit rendre. Plus fauvage & indomptable
que tout autre quadrupede , il pa
roît toujours être dans un accès de rage & de
rapacité ; il rugit toujours , excepté quand il reçoit
fa nourriture ; les yeux étincellent , & les
poils de l'épine de fon dos fe hériffent ; quoiqu'il
ait habituellement
la tête baiſſée , on voit
cependant paroître fes dents ; toutes chofes qui
contribuent à lui donner un air effrayant , encore
augmenté par fes hurlemens épouvantables
; fon
cri eft tout à-fait fingulier , fes premiers accens
reffemblent aux gémifemens
d'un homme , & finiffent comme s'il faifoit des effo ts violens
pour vomir.
Le cri de l'Hyene étant
aigu & fréquent pendant la nuit , il eft probable
qu'on s'y eft trompé , & qu'on l'a pris quel- quefo's pour la yoix d'un homme dans la détreffe
; c'est même ce qui a donné lieu aux récits fabuleux des anciens , qui nous apprennent
que l'Hyene gémit ainfi pour attirer les
voyageurs qui ne font pas fur leurs gardes &
les dévorer. Quoi qu'il en puiffe être , l'Hyene
paroît le plus intraitable , & par fa taille , le plus terrible des animaux carnaffiers ; elle fe défend
contre le lion , ne craint point la Panthere & attaque
l'Once , ce qu'elle fait preſque toujours avec fuccès.
C'eft un animal hideux & folitaire , qu'on
ne trouve gueres que dans les parties défolées
& fans culture de la Zone torride , dont il eft
originaire. L'Hyene habite les cavernes des
montagnes & les fentes des rochers , ou les ta-
Dieres qu'elle même a creufées fous terre ; quel
( 223 )
que jeune qu'on la prenne , on ne fauroit l'ap
privoifer; elle ne vit que de proie , comme le
loup ; mais elle est beaucoup plus forte & plus
courageufe.
Elle attaque par fois les hommes , enleve le
gros bétail , pourfuit les petits troupeaux , s'élance
la nuit dans les bergeries , & les dévafte
avec une voracité infatiable ; fes yeux brillent
dans les tenebres , & on affure , avec affez de
probabilité , qu'elle voit mieux de nuit que de
jour ; quand tout autre aliment lui manque ,
elle fouit les fépultures , en tire les cadavres &
les dévore .
Nonobftant la férocité qu'elle montre à l'égard
des étrangers , M. Gooch , qui l'avoit conftamment
gardée durant fon paffage de l'Inde ,
s'appercevant qu'elle lui étoit échappée au débarquement
, près du Pont de Blackfriars , &
étoit entrée dans un grand magafin , vint droit
à elle avec réfolution , & la força , fans éprouver
de difficultés de fa part , d'entrer dans une
epece de cage de bois , qu'on avoit eu la précaution
de faire pour elle avant le voya
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 19 Juillet.
L'état de la Reine continuant à être de
plus en plus fatisfaifant , Sa Majesté a vu
aujourd'hui toutes les perfonnes qui ont les
grandes entrées chez le Roi & chez la Reine.
Le Roi & la Famille Royale ont figné ,
le 16 de ce mois , le contrat de mariage du
Marquis de Chaumont Quitry , Officier au
k
4
( 224 )
Régiment des Chaffeurs des Alpes , avec la
Comteffe Thays de Caraman .
DB PARIS, le 26 Juillet.
Lettres -Patentes du Roi , relatives à la
reciprocité à établir entre la France & la
Ville Impériale de Francfort , par rapport à
la Jurifprudence des faillites. Du 11 Avril
1786.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , qui défend
d'employer à la préparation des grains
deftinés aux femences , des recettes où il
entre aucune espece de fubftance , capable
de nuire à la fanté. Du 26 Mai 1786. On
voit par cet Arrêt que plufieurs Cultivateurs
préparent leurs femences avec de l'orpiment,
de l'arfénic , du cobalt & du verd - de - gris ,
dans l'espoir d'écarter les infectes. En prohibant
ces pratiques dangereufes , Sa Maj.
recommande l'ufage du chaulage composé
de chaux vive & d'eau.
Autre dit , du 7 Juin 1786 , concernant
le droit de furvivance des Offices des Bureaux
des Finances qui y font dénommés .
Sous l'adminiftration de Mr. Necker , les
Officiers des Bureaux des Finances d'Aix ,
Alençon , Amiens , Auch , Bordeaux , Bourges
, Caen , Châlons , Dijon , Grenoble ,
la Rochelle , Limoges , Lyon , Metz , Montauban
, Montpellier , Moulins , Poitiers ,
Riom , Rouen , Soiffons , Toulouse &
( 2254)
Tours , furent aflujettis au droit du Centiéme
Denier , & autres droits cafuels. Le
préfent Arrêt révoque cette difpofition
moyennant un million que lefdits Officiers
des Finances paieront en deux termes au
Tréforier des revenus cafuels , pour complerter
le rachat de l'annuel , ordonné
Edit de Décembre 1743.
par
Autre dit , du 27 Avril 1786 , qui défend
aux Greffiers des Bailliages , Sénéchauffées
& Préfidiaux , de délivrer aucuns Jugemens
interlocutoires , provifoires ou définitifs ,
qu'ils n'aient été fcellés du Sceau de la Chancellerie
; aux Procureurs , d'en figner les copies
, & aux Huiffiers , de les fignifier , à peine
d'interdiction & de 300 liv. d'amende.
Autre dit, du 10 Juin 1786, qui ordonne
la communication aux Départemens , des
Cartes géographiques , avant de les publier.
Cet Arrêt embrafle dans fa défenſe toutes les
Cartes géographiques quelconques . Il ne fera
plus permis d'en publier d'aucun genre, fans
en avoir remis le deffin ou les épreuves aux
départemens refpectifs , & fans une permiffion
de Mr. le Chancelier ou Garde des
Sceaux , fous peine de 600 liv. d'amende
faifie & confifcation .
Autre dit, du 30 Juin 1786 , portant fuppreffion
du droit local de so fols par quintal
, qui fe perçoit fur les cires & les fucres
dans la ville de Rouen.
( 226 )

Dans les pays même , où l'agiotage femble
autorifé par un long ufage & par l'im
menfe activité des affaires commerciales , if
a fréquemment renverfé les fortunes les plus
affurées; compromis le crédit de la place , quel
quefois même celui de la Nation ; il a fubf
titué à l'efprit de commerce , celui d'un brigandage
clandeftin , que l'opinion même ,
en le flétriffant , n'a pu contenir ; il a dégoûté
les Négocians des entreprifes honorables &
des travaux fuivis , il a diftrait l'emploi de capitaux
que les affaires les plus intéreffantes &
la profpérité du commerce national réclamoient
; il a porté enfin un coup irréparable
aux moeurs publiques , en affociant la
ruine d'un côté , de l'autre une opulence
rapide, fcandaleule par fon étendue comme
par fes moyens . Ces affreux inconvéniens
fe font manifeftés plus particulierement en
France , & cela devoit être , par des raifons
qu'il eft inutile de développer ici . Le carac
tere national , plus fufceptible d'illufions ,
moins réfervé dans fes efpérances , augmen
toit encore ce danger. La fageffe du Gouvernement
a tenté d'en arrêter les progrès .
Tout ce qui peut aller à ce but , que les circonftances
rendent plus urgent , eft un fervice
rendu à l'Etat , aux particuliers, au commerce
, à l'honnêteté publique , à la raifon
même qui s'indigne d'un jeu ' , abfolument
femblable à ceux contre lefquels la févérité
des loix s'eft armée en tout pays. Nous
( 227 )
nous empreffons donc de publier ici l'extrait
d'un difcours plein de fagefle , prononcé
dans la Loge des Changes de Lyon , le
premier Juin 1786 , par M. Tolozan de
Montfort , Prévôt des Marchands , en préfence
des Syndics du Commerce & des Négocians
raffemblés dans la Loge.
-Me fera t-il permis , MM. a dit ce Magiftrat ,
de me livrer encore un moment à quelques obfervations
fur l'agiotage dont je vous ai déja plufieurs
fois faitfentir les dangers & les inconvéniens
pour le commerce de cette Ville .
Les fages mefures que le Gouvernement a prifes
pour arrêter le cours de l'agiotage , & pour
en détruireles veftiges , femblent avoir opéré fur
la place de Lyon les heureux effets qu'on devoit
attendre de la foumiffien aux ordres du Souve
rain , & de la connoiffance réfléchie de fes véritables
intérêts. Le bandeau de l'illufjon eft arraché
; à des péculations incertaines autant que
ruineufes , ont fuccédé des négociations sûres &
paifibles , dont l'influence heureufe ne peut que
ramener la confiance , rendre au commerce fon
activité , & aux propriétés leur valeur. Un vain
preftige , l'espoir d'un gain féduifant & rapide ,
& plus que tout , l'exemple de la Capitale , ont
pu vous abufer quelque tems ; mais cette erreur
devoit être paffagere , & l'utile leçon qu'elle laiffe
après elle étouffera l'égoïfme & tournera pour jamais
à l'avantage général .
Depuis la Banque Royale qui a eu lieu fous la
minorité de Louis XV , le terme d'agiotage , ainfi
que ceux d'agioter & d'agioteurs , ne ſe prononcent
plus qu'avec peine ; ils font prefque regardés
dans les cercles comme des mots injurieux.
k 6
1
( 228 )
L'Agiotage eft un jeu , & dans le jeu on s'aca
coutume à des fineffes , à des diffimulations in- .
compatibles avec l'exacte bonne fi : ainfi les
meurs fe corrompent , & la probité fi recommandée
dans le commerce s'évanouit .
Dans le commerce , le vendeur & l'acheteur
peuvent tous les deux avoir du bénéfice ; dans
l'agiorage , il eft difficile que l'un gagne fans que
l'autre perde ; & de combien de plaintes & d'inquiétudes
n'avons nous pas été témoins !
Cette fureur de l'agio age a paru le ralentir &
même s'éteindre en cette Vile ; mais fi elle ve
noit à fe rallumer ; fi pour ce jeu perfide les Lyonnois
négligeoient encore leur commerce , s'ils
abandonnoient leurs manufactures , dont la fupé ,
riorité fut toujours leur gloire & leur richeffe
s'ils voyoient avec indifférence les Arts méprifés
quitter leur patrie ingrate & la quitter fans retour
, ils auroient faifi l'ombre pour abandonner
la réalité ; cet agiotage auquel ils auroient tous
facrifié , pafferoit de mode & s'évanouiroit ; que
leur refteroit- il alors ? Rien que des regrets ; trop
heureux fileur fortune n'avoit rien fouffert par
les moyens qu'ils auroient employés pour l'auge
menter pidement !
Les malheurs qui pourront menacer cette place
nome feront jamais étrangers ; je me ferai toujours
un devoir de les éloigner , même de les
prévenir ; & en rempliffant cette douce obligation
, j'aurai encore l'avantage de coopérer à l'exé- .
curion des vues du fage Miniftre dont la vigi
lance a fignalé la protection qu'il accorde au commerce,
& fermé l'abîme ouvert fous fes pas.
Enfin , MM. l'opinion que j'ai de votre prudence
, & ma confiance dans la parole que MM.
les Syndics des Agents- de- Change m'ont donnée
deieurs Confreres , de ne prêter leur miniftere à
( 229 )
aucune négociation illicite , femblent affurer à
cette place une fuite continuelle de gloire & de
prospérité.
On affure que la Cour a reçu des nouvelles
de M. de la Peyroufe. Les dépêches de ce
Navigateur font datées de l'Ile Sainte Ca
therine au Bréfil , le 16 Novembre. A cette
époque, ajoute- t-on , il n'avoit pas de malades
à bord de fon équipage.
Durant un orage qu'on effuya le 10 à Pont-
Audemer , le tonnerre tua un payfan , le cheval
qu'il monteit , & un autre cheval à 20 pas
de diftance. Les effets de ce coup , écrit - on ,
ont été très furprenans . Le malheureux qui a été
frappé de la foudre , l'a été à la tête , auprès de
P'oreille ; il avoit une partie de la tête , du
côté où il a été frappé , comme fi les cheveux
en euffent été enlevés avec un rafoir ; une partie
de fes cheveux étoit rouffie , ainfi que de l'autre
côté ; les fourcils & les cils totalement brű-
1's , la poitrine brifée : il paroît que le tonnerre
avoit ſuivi un côté de fon corps & étoit forti par
un de fes fouliers , la femelle ayant été enles
vée de l'empeigne , comme fi on l'eût féparée
avec un tranchet & avant une étoile für fon
pied , comme fi on l'eût marquée avec un fer
chaud ; fes habits , qui étoient très - bons , ont
été mis en lambeaux , & difperfés à plus de vingt
pas de diftance , & lorfqu'on les touchoit ils fe
déchiroient fans aucune réfiflance` , ainfi que
fa chemife qui étoit très bonne ; fon chapeau
a été jetté à plus de quinze pas de lui , par
lambeaux , & brûlé en plus de dix endroits dif.
férens ; fa montre étoit arrêtée à deux heures ,
& l'émail tour brilé ; le cryſtal paroît avoir été
fondu , n'en ayant été trouvé aucun veftige ; la
( 230 )

boîte a été brifée comme avec un marteau , &
paroît avoir été fondue en quelques endroits ,
ainfi que la chaînette en argent d'un des boutons
de fes manches. Quant aux chevaux il
ne paroît aucunes marques extérieures qu'ils
aient été frappés ; le cheval fur lequel il étcit
monté ayant eu feulement le poil de deffus le
garrot un peu rouffi . Il y avoit dans la même
prairie , environ trente hommes qui travailloient
, dort quinze ont été renversés à terre
par une commotion violente qu'ils ont tous reffentie
, fans néanmoins aucun accident . Un autre
eſt tombé à la renverſe dans un foffé , où
il fe feroit noyé fans les fecours très prompts
qui lui ont été adminiftrés ; on l'a transféré chez
un particulier voifin , & il paroît n'avoir pas
été frappé du tonnerre : mais indépendamment
il eft très mal par la peur qu'il a eue , & l'on craint
qu'il n'en périffe.
Nous avons été priés de publier le fait fuivant
, déja annoncé dans d'autres Feuilles
publiques.
M. Faiffole , ancien Chirurgien du Roi à
Lyon , mande de cette ville , que le mardi , 27
Juin dernier , la rencontre de deux bateaux fit
tomber dans le Rhône quatre hommes qui
furent engloutis dans ce fleuve , & difparurent
auffi-tôt. M. le Comte Louis de Narbonne
Chevalier d'honneur de Madame Adélaïde de
France , paffoit par Lyon ce jour- là , pour fe
rendre à fon régiment. Témoin de cet événement
& pénétré de la plus vive douleur
caufée par un tel (pectacle , il prodigua à l'inftant
les encouragemens & les récompenfes ; fa
préfence , fes difcours & le defir ardent de por
ter fecours à ces infortunés , animerent efficace .
( 231 )
ment plufieurs perfonnes , qui s'emprefferent à
montrer leur zèle & qu manevrerent de maniere
qu'en peu de tems ils eurent le bonheur
d'en retirer un qui donnoit encore quelques
foibles fignes de vie ; mais les trois autres

entraînés
au fond par le courant , & ne paroiffant
plus , ils employerent une demi heure de recherches
, & ils furent affez heureux pour en emmener
deux ils étoient fans connoiffance ni
mouvement, A l'égard du quatrieme , ils travaillerent
une autre demi heure pour s'en rendre
maîtres ; mais il étoit mort fans reffource , &
quatre heures d'un traitement pénible n'ont pu
le rappeller à la vie , au lieu que les trois premiers
l'ont été très complettement , & on y avoit
employé beaucoup moins de tems.
MM. Brun & Bugniard , éleves en Chirurgie
, ont opéré ces cures qui leur font honneur
, & M. le Comte Louis de Narbonne oubliant
fes engagemens ailleurs , n'a pas voulu
défemparer qu'il n'ait été convaincu du fuccès.
Le 16 Juin dernier , on fit dans l'Abbaye
de Sainte Colombe , près de Sens , l'effai
d'une pompe à feu , compofée par le fieur
Gadon , natif d'Avallon en Bourgogne , &
élève de Williams Blukei , pompier Anglois .
Voici la defcription de cette machine , telle
que la donnent les Affiches de Sens.
Les parties principales de cette Machine font
deux cylindres d'un pied ou environ de diametre
, dont l'un pofé horizontalement dans un petit
fourneau de briques , fert de chaudiere pour
échauffer la vapeur de l'eau , & l'autre qui communique
au premier par un tuyau d'un pouce de
diametre étant pofé verticalement , fert de
( 232 )
pompe afpirante & foulante , fans le fecours
d'aucun pitton , la vapeur feule en faifant les
fonctions. Cetre Pompe , auffi fimple dans fa
com, ofition , que furprenante dans les effets
éleve foixente feuillettes d'eau en une heure ,
feize pieds de fon niveau , & pourroit , en prolongeant
les deux tuyaux , l'élever à cinquantefix
pieds , fans augmenter les dimenfions actuelles
. Mais fi l'on vouloit exécuter la Machine en
grand , il feroit poffible d'élever jufqu'à fix cens
feuillettes par heure . Il n'y a d'autre frottement
dans toute la Machine que ceux de quatre robinets
mis en mouvement par une baſcule fort
ingénieufe que l'eau de la Pompe même fait
mouvoir , enforte que la premiere impulfion
étant une fois donnée , la Pompe perpétue ellemême
toute fon action , en entretenant feulement
le feu , dont la dépenfe en bois ou en charbon de
terre , eft très- peu confidérable .
Toute la machine pefe environ deux cens cinquante
livres , & eft très portative ; on peut l'établir
par- tout où l'on juge à propos , pourvu que
Ten - roit ne foit pas à plus de vingt- fix pieds &
demi au-deffus du niveau de l'eau . On peut ſe
procurer une Machine pareille à celle qui eft à
Sa nte Colombe pour mille ou douze cens livres ,
& depuis en augmentant les dimenfions & les
effets , jufqu'à trente mille livres . S'adreffer
à Villeneuve-la - Gayard , au fieur Gadan , ou
au fieur Aubé , ſon Aflocié , en affranchiffant les
Lettres.
2
Marie Magdeleine Tournemeule , veuve
Lhofte , née à Crécy , près Laon , le a d'Avril
1686 , avot joui toute fa vie d'une bonne
fanté & de fa préfence d'efprit , n'ayant d'in(
233 )
"
Armité que la vue balle. En fortant de chez
elle pour fe promener, fon pied porta à faux ;
elle tomba fur la tête; les fignes de paralyfie
& d'apoplexie furvinrent, & elle eft morte le
26 Juin dernier , trois jours après fa chûte.
L'Académie des Belles - Lettres de la Rochelle,
décernera , dans les premiers jours du mois de
Septembre 1787. un Prix de la valeur de mille
livres , au meilleur Mémoire qui lui fera préſenté,
fur cette double queſtion :
2
Quel feroit le moyen le plus facile & le
plus économique , dans le pays d'Aunis , de
Suppléer au Bois , pour la diftillation des
Vins , fans nuire à la qualité des Eaux - devies?
Si , à défaut de bois , on peut employer ,
avec fuccès , le Charbon de terre ou tel autre
combustible ; quelle feroit alors la meilleure forme
& la moins difpendieufe à donner aux Fourneaux
& aux Chaudieres ?
Les Mémoires feront adreffés , francs de port ,
ou fous le couvert de M. l'Intendant de la Ro
chelle , à Monfieur Seignette , premier Secrétaire
perpétuel , avant le 20 Juillet 1787 : ce
terme eft de rigueur.
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 23 Juillet.
La Ville Impériale d'Aix , agitée de troubles
inteftins , dont nous avons rapporté la
derniere crife , a envoyé un Courier ici & à
( 234 ).
Vienne , pour demander à l'Empereur fon
intervention armée dans ces différends. Le
Gouverneur - Général des Pays - Bas a ren-,
voyé cette demande à l'Empereur même , &
l'on s'eft contenté de donner des ordres provifoires
à un bataillon du Régiment de Murray
& aux Dragons d'Aiberg. La Régence
d'Aix a eu également recours à l'Electeur
Palatin , de qui elle tient fon Grand - Mayeur
ou Chef de Police. On attend 400 hommes
de troupes de ce Prince . Il feroit difficile
de décider de quel côté font les plus grands
torts , foit de celui du Bourgmeftre déposé
& de fes adhérens , foit de celui de la Bourgeoife.
Ceux qui habitent les lieux mêmes ,
n'ont pas une opinion uniforme là deffus .
L'on apprend de la Haye , que le Général
Sandoz, Commandant par interim de la garniton
de la Haye , eft parti pour Neufchâtel
en Suiffe , fa parrie. C'eft M. de Bootzelaer
Colonel des Gardes Hollandoifes , Infanterie
, qui le remplace.

Le Stathouder a écrit auxEtats d'Utrecht une
lettre , dans laquelle en déplorant les troubles
qui regnent à Wyk & à Utrecht , il offre fa
médiation pour y rétablir l'harmonie. Il déclare
ne vouloir point confentir à l'anéantiffement du
réglement de 1674 , renouvellé en 1747 ; mais
il ne refute pas de contribuer aux réformes
qui pourroient calmer les diffenfions , & ramener
, la tranquillité. Il confent à une conférence
avec une commiffion d'Etat , pour cet effet
, il prie les différentes claffes de vouloir bien
donner leur avis ; il fe plaint de l'ufurpation
( 235 )
de quelques privileges de chaffe qu'on lui dif
pute ; mais il fera out ce qui dépendra de lui ,
pour applanir cette difficulté. &c. &c. Après
la lecture de cette let re , les députés du Clergé
déclarerent qu'ils ne confentiroient jamais à la
réforme du Réglement de 174 ; cependant iis
nommerent MM . Pefters , Cockengen & van
Sterkonbourg , pour la commiffion . Le corps
Equeftre s'expliqua enfuite ; fon avis fut que le
Gouvernement Stathoudérien doit refter tel
qu'il eft ; que , fans le confentement des Etats ,
ni la ville d'Utrecht , ni les autres vi les ne peuvent
faire de changemens ; il confentit auffi à
nommer les députés , pour la commiffion qui
fe tiendra à Utrecht ou à la Haie , afin de con
férer avec S. A. S. & il nomma MM. van
Schonauvwen , Nyevelt & van S.halkwyk . La
ville d'Utrecht nomma à fon tour MM. Eyck
& Van Der Does , pour le même objet ; elle
propoſa de tenir , dans 6 femaines, une affemblée
extraordinaire, pour difcuter cette affaire. La propofition
fut changée en réfolution , & on laiſſa à
S. A. S. la liberté de fixer le lieu de la confé
rence.
>
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres.
Le Comte de Caglioftro a pris ici une grande
maifon. Auffi - tôt que les arrangemens qu'il y fait
feront terminés , elle fera ouverte tous les jours
aux infortunés attaqués de différentes maladies.
Comme la pauvreté eft au nombre des maux qu'il
fe propofe de guérir ou de foulager , on croit
qu'il ne manquera pas de pratiques. Le Comte
fait imprimer l'hiftoire de fa vie. Le Libraire
chargé de cette impreffion a déjà enregistré les
noms de plufieurs milliers de foufcripteurs
(London Chronicle ).
( 236)
>
Les avis de Porzdam font des plus favorables
au fujet de la fanté du Roi de Pruffe . Sa
Majefté fe fert des confeils du celebre Docteur
Zimmermann , premier Médecin de la
Cour de Hanover ; qui s'est trouvé la ſemaine
derniere à Potzdam ; & les eaux dont Elle fait
actuellement ufage , produifeut le meilleur effet.
L'infomnie étoit une des incommodités , qui
atoibliffoit & fatiguoit le plus notre Monarque.
Actuellement il jouit la nuit d'un fommeil
calme & tranquille ; & l'appétit lui eft revenu
avec le repos . Pour preave de l'applica
tion , que S. M. donne non- feulement aux foins
de la Politique & de l'Adminifiration , mais encore
à la Littérature qui a toujours fait fon
délaffement , l'on rapporte , ( & nous le repétons
d'après ce rapport public , ) qu'Elle a relu en
dernier lieu le Dictionnaire de Bayle , & qu'en
le foulignant d'encre rouge , Elle en a marqué
des extraits , dont Elle a ordonné l'impreffion .
il ne faut donc pas être furpris qu'Elle peruste
dans le deffein de faire le voyage de Siléfie & d'y
affifter en perfonne à la revue de fes troupes. Le
feul changement , que notre Souverain a fait dans
fon genre de vie , c'eft qu'il n'admet plus de
grande compagnie à fa table. Lorfque les Miniftres
, dont le directoire - général eft compofé ,
eurent le 16 du mois dernier leur Audience annuelle
à Potzdam , pour rendre compte de leur
geftion & en faire approuver les Etats , ils dinerent
à la vérité , comme de coutume , à la
table du Roi à Sans Souci ; mais S. M. n'y fut pas
préfente & dîna en particulier dans un appar
tement attenant à la falle. ( Gazette de Leyte ,
n °. 56 ).
Le Grand - Maître de Malte a envoyé dernie
rement une paire de riches & précieux braces
( 237 )
> 2
lets de rubis , à Madame Dufrênoi , en confidération
de la conduite brave , héroïque & vraiment
extraordinaire , que cette Dame avoit
tenue quelque tems auparavant lorfqu'un
Corfaire Algérien attaqua le navire , fur lequel
elle étoit pailagere . Ce navire , qui fe rendoit
à Gênes , ayant été attaqué par les corfaires ,
eut le malheur dès la premiere bordée , d'étré
fi maltraité qu'il couroit rifque de couler à fond.
L'équipage du Corfire profitant du défordre
vint à l'abordage , le fabre en main. On allot
fe rendre , lorfque Madame Dufrênoi , faififfant
le fabre d'un matelot bleffé , efpadonna d'eftoc
& de taille avec le courage le plus étonnant ,
L'équipage , animé & excité par un exemple
auffi inattendu , fit à fon tour des prodiges de va
leur , tua un grand nombre d'Algériens , & après
un combat opiniâtre , les força de rentrer dans
leur bâtiment & de fuir à toutes voiles. Lorfque
Madame Dufrênoi débarqua , elle fut reçue par
le Marquis de S. Chrifteaux qui la complimenta ,
la couronna de lauriers , de fes propres mains
envoya fon portrait à la Reine de France.
&
eft
On mande de Cagliari en Sardaigne , que
M. Lockard , Gentilhomme Anglo's , ci- devant
Général au fervice de S. M. l'Empereur , & qui
a féjourné pendant quelque tems à Pife
arrivé depuis peu dans cette Ifle , en a fait le
tour , en a examiné toutes les fortifications avec
l'attention la plus minutieufe , & finalement a pris
des informations exactes fur la nature du fol & fes
productions. Il eft poffible que tout cela ne foit que
l'effet d'une curi fité ; très - ordinaires aux voya➡
geurs Anglois,
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Caufe entre le Marquis de Groflier & fon Fils ,
( 238 )
& la le Marquis de Damas & fon fils ,
Marquis de Vaflin , & la Demoiselle de Vaflin
fa fille , Marquife de Lapcipe.
D'INTERPRETATION DE TESTAMENT.
QUESTION
it- ce au moment de la date du Teftament ,
ou à celui de la mort du Teftateur , qu'on doit
fe fixer pour chercher dans le Légataire la qualité
défignative que le Tefta eur a employée ,
comme motif déterminant du choix de fon Légataire
, non nommé par les noms de baptême ,
qualité que des événemens intermédiaires ont
pu faire paffer fur la tête d'un autre ?
-
Telle étoit la queſtion agitée dans cette Caufe :
l'expofition des faits la rendra plus fenfible.-
Le Marquis de Chevrier n'avoit plus d'efpérance
de postérité , lorfqu'il s'eft occupé en Septembre
1769 , du foin de faire fon Teftament ;
avant d'en faire connoître les difpofitions , il n'eſt
pas indifférent de donner le Tableau de fa famille.
Il avoit pour héritiere plus proche la
Demoiſelle de Chevriers , qui n'étoit plus d'on
âge à fonger au mariage : le furplus de la famille
fe divifoit en trois branches de parens très-éloignés
, & peut être même l'amitié teule lui avoitelle
créé une parenté imaginaire , qui n'étoit
rien moins que confiante , & à laquelle il étoit
également attaché ; favoir , le Marquis & la
Marquise de Damas d'Antigny qui avoient plufieurs
enfans mâles , la Marquife de Vaflin qui
avoit eu deux filles , de l'une defquelles il ignoreit
la mort ; & le Marquis & la Marquife de
Groflier qui avoient alors deux enfans måles.
C'est dans cette pofition de fa famille , qu'il rédige
fon Teftament . Il fait à la Demoifelle de
Chevriers , fa parente , un legs de 8000 livres
de rentes viageres , il nomme enfuite fes Légataires
univerfels en ces termes , très- effen
( 239 )
tiels à faifir. « Je fais & inftitue mes héritiers
» & legataires univerfels , par égales portions ,
le is aîné de M. le Marquis de Damas d'Antigny
, Mefdemoifelles de Vaflin , filles de
feu le Marquis & la Marquife de Vaflin , la
» douairiere , & le fils aîné de M. le Marquis
» de Groflier , à la charge par ce dernier de
"
payer , fur ce qui lui reviendra , à Madame
» de Boutechoux , fa tante , ou à ſes héritiers ,
» la fomme de 24000 liv. Je veux & entends
» ajoute-t-il , que Monfieur & Madame la Mar
» quife de Damas & le furvivant d'eux , aient
chacun à fon égard , la jouiffance , leur vie
durant , de ce qui reviendra à leurs enfans
leur faisant don & legs de ladite jouiffance ».
Le Marquis de Chevriers a furvecu à lon
Teftament jufqu'en 1783 , qu'il eft décédé.-
A cette époque , le Marquis de Damas avoit
encore le même fils ainé qu'il avoit en 1769 ,
lors du Teftament. La Marquife de Vaflin n'avoit
qu'une feule fille , la Marquife de la Poipe ,
l'autre , Mademoiſelle Vaflin , étoit morte deux
ans avant le Teftament ; mais ils avoient un
autre fils unique . - Auffi tôt que le Tef,
tament du Marquis de Chevriers fut connu , le
Marquis & la Marquife de Groflier reclamerent
pour leur fils , le tiers de la fucceffion , en vertu
du legs univerfel qui lui en avoit été fait en
propriété , & dont ils devoient avoir l'ufufruit.
Le Marquis de Damas & la Marquise de Vaflin
refuferent de les admettre au partage , fous
prétexte que le Marquis de Chevriers avoit
inftitué L'gataire le fils ainé du Marquis de
Groflier , & que l'individu qui étoit , au 15
Septembre 1769 , leur fils aîné , étoit décédé ;、
ils prétendirent que le legs , par cette raifon ,
éto devenu caiuc , & devoit accroître 4
( 240 )
part qui , dans l'origine , leur étoit deſtinée.
D'un autre côté , le Marquis de Damas & la
Marquise de Vaflin n'étoient pas d'accord entre
eux , fur la maniere dont ils devoient partager
le legs univerfel . I dame de Vaflin prétendoit
que l'intention du Teftateur , en inftituant Mef
demoifalles de Vall n pour légataires univer
felles , conjointement avec te fils du Marquis
de Damas , celui du Marquis de Groflier , avoit
été de faire quatre légataires univerfels , qu'en
conféquence quoiqu'il n'exiât même , au moment
du Teftament , qu'une demoifelie Vaflin ,
néanmoins le legs univerfel devoit être partagé
par quart. La Caufe plaidée au Bailliage
de Mâcon , Sertence Y elt in ervenue le 19
Juin 1784 , qui a ordonné l'exécution du Tef- ,
tament du Marquis de Chevriers , a envoyé le
fils aîné du Marquis de Damas , la demoifelle
Vaflin , ( Marquife de la Poipe ) , & le fils du.
Marquis de Groflier & les pere & mere , en
poffeffion de la fucceffion du Marquis de Chevriers
, par tiers , aux charges portées par le
Teftament , a condamné le Marquis de Damas ,
& fon fils , la Marquile de Vallin & fa file ,
aux dépens envers le Marquis de Groflier & fon
fils , & a compenfé ceux que la Marquife de
Damas & la Marquise de Vaflin avoient faits
fur la queftion de partage qui leur étoit particuliere.
Sur l'Appel interjetré en la
Cour par le Marquis de Damas & la Marquife.
de Vaflin , Arrêt eft intervenu le 16 Décembre
1784 , qui a confirmé la Sentence du Bailliage
de Mâcon , & condamne les Appellans en l'amende
& aux dépens , envers le Marquis de
Grollier.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le