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1786, 06, n. 22-25 (3, 10, 17, 24 juin)
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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & enprofe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c,
SAMEDI 3 JUIN 1786.
TO
GHAT
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel Th
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Rpi.
TABLE
PRCES
Du mois de Mai 1786 .
IICES FUGITIVES. Difcours prononcés à l'Aca-
Sur la trifte condition de
l'Homme ,
77
Air de l'Amour Filiale ,
Réponse d'un Homme de Cour
à la Dame de Province , 49
A Mademoiselle Contat ,
Réponse à la Queftion ,
Le Petit Marchand de Laine ,
Conte
Stances ,
98
démie Françoife , à la Réception
de M. l'Abbé Morelet
, 114
151
166
Eloge de Greffet ,
L'Oncle & les Tantes , Comédie,
Entretien Socratique fur la ve
racité & la fidélité à remplir
fes engagemens , 170
Chanfons nouvelles de M. de
145
Piisa
.
100
147 Air &Amphytrion ,
Charades , Enigmes & Logo
gryphes , 8 , 52 , 112 , 149
NOUVELLES LITTER
Camille , ou Lettres de deux
Filles de ce fiècle ,
Dix -huitième Livraison de
l'Encyclopédie, 11
Etudes Poétiques, 54
Chabannes 731
Académie Françoife,
SPECTACLES.
176
25
Concert Spirituel , 38
Académie Roy. de Mufiq. 179
Comédie Françoife , 39 , 136,
180
Comédie Italienne, 42,83,182,
Sciences & Arts , 89
Théâtre de M. Rochon de Annonces & Notices , 45 , 90,
142 185
▲ Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
rue dela Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE
SAMEDI 3 JUIN 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PRÓSE.
A Madame DU GAZON , jouant le
rôle de Nina.
GRACE à ton air efpiègle , à ton fripon langage ,
On portoit en riant les chaînes de l'Amour ;
On l'aimoit indifcret , & même un peu volage ;
Au Public , fous tes traits , il jouoit plus d'un tour.
Mais aujourd'hui ce Dieu , fi léger , fi commode ,
Sage dans fa folie , amufe nos loifirs ;
Et tu le remets à la mode
En changeant ſon viſage ainfi que nos plaiſirs.
( Par M. le Chevalier du Puy-des- Iflets, 】
FOR
NEW-YORK
A i
4
MERCURE
ROMANCE de NINA , mufique de
M. d'Aleyrac.
Larghetto.
QUAND le bien-ai- mé re -vien- dra
près de fa lan gulan- te a- mie ,
*Hle
printems a- lois re- nai tra , l'herbe
fe - ra tou- jours fleu - ri - e.
DE FRANCE.
Mais je re- gar - de ,
mais
je regar- de
hélas !
*
hé las le bien aimé ne revient
pas , le bien aimé ne re vient pas..
OISEAUX , Vous chanterez bien mieux ,
Si du bien-aimé la voix tendre
Vous peindrai fes tranfports , fes feux ;
Car c'eft à lui de vous l'apprendre.
A itj
MERCURE
Mais.... mais j'écoute , hélas ! hélas !
Le bien-aimé ne chante pas.
ÉCHо , quej'ai laffé cent fois
De mes regrets , de ma trifteffe ,
Il revient ; peut-être ſa voix
Te demande auffi la maîtreffe.
Paix !.... il appelle ! .... Hélas ! hélas!
Le bien-aimé n'appelle pas.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Vertu ; celui de
l'Enigme eft Limaçon ; celui du Logogryphe
eft Soie.
CHARA D E.
Mon premier chez le fexe eft rarement couverts
Mon fecond aux vaiffeaux tantôt nuit , tantôt fert ;
Frère André voudroit bien que mon tout fût ouvert. ,
( Par un Ecolierdu Collège d'Harcour. }
DE FRANCE 7
+ ENIGM E.
Pour être moins énigmatique ,
J'offre en tout trois acceptions.
Combine mes rapports , parcours mes fonctions ;
Ami Lecteur : voici pratique.
D'abord point d'Artifan qui n'ait befoin de moi
Pour inftrument d'attelier , de boutique.
Puis je couvre le pauvre & le riche & le Roi.
Et fi plus clairement il faut que je m'explique ,
Quand je deviens l'objet d'un regard curieux ,
Mon luftre , mes couleurs me font mille envieux
Et c'eft un grand malhenr fi je fuis four unique,
Enfin je pørte un nom célèbre dans les mers
Sous autant de mafques divers ,
A ma honte je fuis un bizarre Prothée ;
Et fi je me montre à l'envers ,
Je deviens ridicule , & je fuis rejetée.
J'infpire de l'humeur fitôt qu'on me falit;
Malgré tout, on m'emploie & le jour & la nuit ;
L'hiver , l'été , fans moi nul n'oferoit paroître ;
C'eft fur- tout en diminutif
Que je plais au fuperlatif
A l'Élégante , au Petit-maître.
).
( Par un An. Chan, d'Em.ỳ
A iv
MERCURE
LOGOGRYPHE.
° $ * £ Pour me former il faut du feu :
13
Avec cinq pieds je fuis fragile,
Avec quatre je fuis un jeu ,
ent Avec trois une plante utile ,
Avec deux un pronom , avec un ſeul je fuis
Le nombre de mes pieds multipliés par dix.
Par un Dragon du Régiment de Noailles . )
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à MM . de l'Académie Françoife ,
fur l'ElogedeM. le Maréchal de Vauban
propofé pour fujet du Prix d'Eloquence de
L'année 1787 ; par M. Delaclos , Capitaine
d'Artillerie . A Paris , chez Durand neveų,
Libraire, rue Galande. in-8°.
SiI cette Lettre avoit pour objet , comme
l'ont prétendu quelques perfonnes qui ne l'ont
peut- être pas lue , de flétrir la mémoire d'un
Citoyen recommandable , que de longs fervices
ont élevé au grade de Maréchal de France,
& de lui ravir la couronne qu'un Tribunal
éclairé lui a décernée , nous ne pourrions pas
nous difpenfer de mêler nos reproches à ceux
DE FRANCE.
ต
que fe feroit juftement attirés M. Delaclos.
Les Militaires qui liront avec attention &
avecimpartialité la Lettre que nous annonçons,
y reconnoîtront un motif bien différent. Ce
n'eft point la renommée de M. de Vauban que
l'Auteur s'efforce de détruire : quel intérêt
auroit-il a troubler la cendre d'un ancien Général
qui a emporté dans le tombeau les regrets
de la France & l'eftime publique ? Une
idée patriotique a conduit fa plume. Il a voula
tenir les efprits en garde contre l'opinion qui
s'eft élevée en faveur du fyftême de M. de
Vauban pour la défenſe des places . Il a craint
que l'éloge propofe par l'Académie Françoife
ne fût pour la génération préfente , & même
pour la postérité , un acquiefcement à la prédominance
de ce fyftême , & qu'il n'en réfultât
une oppofition abfolue contre tout autre
qui pourroit le furpaffer par un effet plus
utile & moins difpendieux.
Confidérée fous ce véritable point-de-vue ,
la Lettre de M. Delaclos mérite les plus grands
éloges. Il y a fans doute du courage à lutter
avec fes propres forces , contre une opinion
adoptée par un Corps auffi éclairé que l'eft celui
du génie , & qui s'eft confolidée par le temps
& même par des fuccès. On ne peut pas fe
diffimuler que les raifonnemens avec lefquels
M. Delaclos l'a combattue ne foientimpofans.
On regrette même en lifant ce dernier Ou-"
vrage , qu'il ne fe foit pas exercé plus tôt dans
un genre plus grave que celui par lequel il
s'étoit déjà fait connoître.
Αν
ΤΟ MERCURE
1
La grâce & la décence règnent dans fa Lettre
à l'Académie Françoife. Ce qu'il dit relativement
aux prix qu'elle eft dans l'ufage de
diftribuer , nous a paru auffi bien penſé que
noblement exprimé. « On ne voit point fans
» étonnement , je dirai mieux , fans admira-
သ
tion , qu'une inftitution qui , dans l'origine ,
» ne donnoit lieu qu'à des efpèces de compofitions
trop reffemblantes à tous égards à
celles de nos Colléges , foit devenue aujourd'hui
un objet vraiment important
» pour la Nation entière , & l'un des moyens
les plus puillans peut - être de perpétuer
» dans la génération préfente le génie & les
» vertus qui ont illuftré nos ancêtres. » Cette
utile & honorable révolution eft moins due
encore au bel - efprit qui vous diftingue ,
qu'au bon efprit qui vous anime. C'eſt par
lui que rappelant l'éloquence à fes fonctions
originelles & facrées , vous avez voulu que
nos jeunes Orateurs miffent leur gloire à célébrer
celle des grands Hommes dont notre
Nation s'honore. De ce moment l'Académie ,"
que des juges fans doute trop févères n'avoient
regardée long- temps que comme une affemblée
de beaux- efprits plus enviés qu'utiles ,
eft devenue en quelque forte le Tribunal
augufte qui prononce les jugemens de la poftérité
; & la Nation femble avoir confié déformais
à ce Corps refpectable le foin d'acquitter
en fon nom le tribut d'hommages
qu'elle reconnoît devoir à tous ceux qui
ont augmenté fon bonheur , fa puiffance ,
DE FRANCE.
fes lumières ou même fes plaifirs."
Après avoir ainfi préparé les efprits à recevoir
fes obfervations , M. Delaclos entre dans
le détail des opérations de M. le Maréchal de
Vauban. Il prouve que fon fyftême de défenfe
étoit connu dès la fin du quinzième ſiècle ,
qu'il a été exécuté en 1 567 à la citadelle d'An
vers. Pour démontrer la foibleffe de fon plan
de fortification, il cite la ville d'Ath, que M. de
Vauban avoit fortifiée avec le plus grandfoin,
& qui ne put tenir que treize jours de tranchée
ouverte contre ce même Général , forcé luimême
d'en faire le fiége , parce que les ennemis
s'en étoient emparés.
Il ne nous appartient pas d'établir une opinion
dans une matière qui nous eft étrangère.
C'eft aux gens de l'art à juger du mérite ou de
l'infuffifance des fortifications de M. de Vauban
, & fi après avoir reconnu que ſon ſyſtême
ne peut arrêter une attaque bien dirigée
il ne feroit pas de la fageffe du Gouvernement
d'en adopter un autre qui rempliroit plus parfaitement
l'objet qu'on fe propofe en fortifiant
une place de guerre.
, +
Nous croyons feulement pouvoir dire qu'il
paroît que M. de Vauban a porté plus loin
Part de l'attaque que celui de la défenſe , &
qu'il a dû par cela feul attirer fur lui les fa
veurs d'un Roi plus animé de l'efprit de conquête
qu'occupé de conferver ſes États. Combien
Louis XIV devoit chérir un fujet qui le
rendoit le maître de toutes les villes devant
lefquelles il fe préfentoit, & fixolt irrévocable,
A vj
12 MERCURE T
ment le jour où il y entreroit triomphant
La raifon qui eft venueéclairer les homines
fur leurs propres intérêts , leur a fait fentire
que le premier des biens eft de conferver ,
d'améliorer celui que l'on a , & que ce qui
importe le plus à la profpérité , à la durée
d'un Empire , c'eft d'en rendre les limites inacceffibles
à l'ufurpation .
Quel que foit au furplus le jugement
que
l'impartialité
éclairée
portera
du fyftême
de
M. de Vauban , d'après la Lettre
que nous
aunonçons
, on n'oubliera
jamais que ce fut
un homme
recommandable
par fes talens militaires
, & plus encore par fes vertus ; que la
même main qui traçoit des plans d'attaque
&
dedéfenfe
, s'occupoit
dans les loifirs de la paix,
à rédiger
des projets
dans lefquels
fe peint
l'ame d'un bon Citoyen
.
Peut être les lumières acquifes de fon tems
n'ont elles pas permis à M. de Vauban de
porter plus loin la perfection de fon Art ; ce
n'eft donc pas manquer à la vénération qu'on
lui doit,que d'en relever les défauts ; & quand,
après être convenu qu'il mérite nos hommages
pour ce qu'il a fait, on prouve que
l'on
peut encore faire mieux , on n'eft point le
détracteur d'une grande réputation : on démontre,
feulement qu'il eft poflible d'en ac¬
quéfir une autre encore plus méritée .
T
Pour fe & d'injuftice que M. Pour fe convaincre que ce n'eft point dans
un efprit de
Delacos a écrit cette Lettre à l'Académie
Françoile , il fuffit de jeter les yeux fur le
tr
DE FRANCE. 13
"
»
و ر
"7
morceau qui termine fes obfervations. “ Mais,
ajoute- t'il , le même amour de la vérité
» qui m'enhardit à publier cette critique d'un
» homme célèbre , ne me permet pas de ne
» point rappeler en même temps tout ce
» qu'il eut de louable. M. de Vauban a porté
jufqu'à la perfection l'art de l'attaque des
places ; & fi cet art , généralement funefte,
» eft particulièrement encore. plus nuifible
qu'utile à la France , dont l'intérêt est bien
plus de conferver que d'acquérir , cela peut
» diminuer le prix , mais non le mérite de
» l'invention. Il faut y joindre le mérite de
» près de foixante années d'un fervice trèsaffidu
, & fouvent très- dangereux ; le mé-
» rite de l'ordre & de l'économie qu'il a fu
établir dans tous les travaux dont il a eu la
» direction : avantage d'autant plus grand ,
qu'il a toujours fubfifté depuis ; le mérite
» de fon zèle patriotique & de fon attache-
» ment à fon Roi. Il faut joindre même à ce
qu'il a fait de bien , le mérite du bien qu'il
» auroit voulu faire , & fous ce point de vue
» on pourra compter pour quelque chofe fes
» nombreux manufcrits. »
و د
و د
ور
"
ور
Ce n'eft pas- là certainement le ton d'un
Écrivain que l'envie ou d'autres intérêts animeroient
contre l'hommage public rendu à
un Général qui , par fes talens militaires &
fes vertas privées , occupera toujours une
place diftinguée dans le beau fiècle de Louis
XIV .
( Cet Article eft de M. de la Croix, J
14 MERCURE
1.
VARIÉTÉS.
ر VOYAGEauxGlaciersdeChamounien
Savoye , & retour par le Valais & les
bordsdu Lac de Genève, par M. Bérenger. *
LESES Lettres que je vous écris , mon très-cher
ami , des différentes villes de la Suiffe que je par
cours , forment un Volume férieux qui a befoin de
quelques Epifodes moins politiques . J'ai imaginé
d'en tirer deux ou trois du petit voyage que je viens
de faire aux Glaciers de Faucigni. Je reffens une
extrême envie de vous dépeindre les avenues , les
entours & les afpects du Mont- Blanc , ce foyer
éternel des glaces & des neiges qui alimentent inceffamment
les fleuves nourriciers de nos plaines , les
torrens des profondes vallées de la Savoie , & les
rivières qui courent fertilifer l'Italie. Vous me fuivrez
enfuite , la Carte à la main , à travers les chaînes
vraiment alpeftres qui fèparent le Chablais & le
Faucigni , du Valais ; & enfin nous defcendrons le
Rhône fur une frêle barque, pour cingler avec Julie
& Saint-Preux des côteaux enchantés de Clarens
& de Vevai , aux fameux rochers de Meillerie & de
la Chartreuse de Ripaille aux remparts de Genève.
Ce voyage , tant par mer que par terre , dure àpeu-
près dix jours , pendant lefquels on peut avancer
de toutes les manières , en pofte , à cheval , à
pied & à voiles déployées . Avec les petites aberrations
néceffaires , on parcourt un cercle d'environ
cinquante à foixante lieues. On traverſe le territoire
& les villes de trois Républiques & de deux MonarDE
FRANCE. IS
2
}
ehies. On voit l'homme de la Nature & l'homme
civilifé; le Paysan avili par la fervitude , & le Laboureur
cunobli par la liberté. Dans un même
jour on defcend dans des vallées où croiffent & mûriffent
tous les fruits d'Italie , & quelques heures
après on fe trouve élevé à des hauteurs qui offrent
la rigoureuſe température & les affreux fpectacles du
Pole. On gravit , fi l'on veut , fur des belveders de
glaces faillantes à deux mille toifes du niveau des
& dans un feu! jour on a reffenti l'influence
de toutes les faifons , & embraffé tous les climats de
la terre.
mers ,
Il est vrai qu'il ne faut pas s'attendre à parcourir
des chemins unis , doux & roulans comme ceux du
bois de Boulogne. Martialo ne préfide point , à la
cuifine des lieux où l'on gîte * ; enfin l'on ne ren
contre aucune ville Françoife dans des gorges & fur
des monts où l'on reconnoît encore tantôt les defcendans
Aborigènes des anciens Allobroges , tantôt des
Bergers Nomades , reftes des Huns qui fuivoient Ar
tila, & dans les diverfes Bourgades un mélange fortuit
d'Helvétiens , de Francs & d'Italiens ; réſultat
néceffaire de la pofition de ces Peuples & de leurs
diverſes autocraties . Mais en récompenfe on voit
des payfages délicieux , des hameaux paifibles , des
troupeaux nombreux & fuperbes , des Bergers qui
ne font point Pâtres , de vrais Bergers innocens , gais,
& fatisfaits . On rencontre à tous momens des lacs
purs & tranquilles dans des réduits signorés & char
mans ; des caſcades argentées qui vont tombant tout
autour de vous de rochers en rochers , fe cachent ,
reparoiffent , fe précipitent de nouveau , & feréfolvent
en pluie douce & fraîche. A chaque pas on
eft arrêté par des points de vue tour -à- tour fau- ,
* La plupart de ces gîtes n'ont pas même une cuiſine.
16 MERCURE
vages & rians , doux & fiers , nuds & riches , & tou
jours neufs , variés , pittorefques . On foule aux
pieds des plantes rares & balfamiques ; mille fleurs
auffi belies que falataires furprennent , enchantent
les regards. Les o.feaux à grand vol y planent dans
les airs , les daims timides , les chamois au pied léger
y paiffent , l'oeil au guet , dans leurs inacceffibles retraites,
ou , pourfuivis par les aigles , femblent voler
comme elles de cime en cime , & franchir d'un feul .
bond des précipices de deux ou trois mille pieds de
profondeur ; enfin que vous dirai - je , mon bon
ami; les mets de l'âge d'or , du lait plus épais que
notre crême , des fromages aromatiques , du miel
parfumé comme l'ambrofie , des truites délicates ,
& dont l'émail eft auffi vif après la cuiffon qu'au
moment où la ligne les enlève à leurs ondes mater
nelles ; très - fouvent la vraie liberté, l'hofpitalité
patriarchale, & des fervices qui n'ont rien de fervile ;
c'en eft affez fans doute pour dédommager les Sages
des monotones & vénales fuperfluités , des ragoûts
incendiaires , des vins fophiftiqués , & de tous les appâts
qui dans nos hôtelleries
Nous promettent la vie & donnent le trépas.
Mais il eft très - vrai que fi l'on n'eft très - fenfible
aux beautés de la Nature & à la fimplicité des
moeurs champêtres & primitives , que fi l'on n'apporte
ici que des fens & un coeur vuide & blâfé ,
l'on n'éprouvera point ces voluprés pures , ces jouiffances
vives dont l'Amant de Julie peint fi bien les
délices ; on rira même de celui qui ofera les retracer
avec l'enthouſiaſmé qu'elles infpirent encore par
le feul reffouvenir..... Pour moi , j'avouerai qu'il
n'eft point de jour où mon imagination ne m'arrête
leng temps dans ces vallées fortunées , fur ces dômes
hardis tout peuplés de merveilles , & parmi tant de
P
DE FRANCE. 17
grands objets d'étude , de reconnoiffance & d'ad
miration.
Nous partîmes de Genève vers les quatre heures
du foir pour venir coucher à la Bonne -Ville , Capitale
du Faucigni. La porte du spectacle ( Genevois ) ,
falle qu'on a brûlée une fois , étoit afliégée par
une foule d'Élégantes, jaloufes de voir, non pas la
repréſentation de Brutus ou de Guillaume Tell ,
mais nos derniers Opéras - Comiques qui , comme
chacun fait , font , par la liberté qui y règne , dignes
des moeurs & des Républiques modernes .
La promenade de Plein- Palais ( Plana Palus )
étoit préfqué déferte ; nous en cumes moins de re
grets. Il faut convenir qu'on s'en arrache bien malgré
foi le jour où les jeunes Genevoiles , en robe
blanche & flottante , en fimple chapeau de paille ,
qu'elles favent placer d'une manière très-piquante ,
viennent, avec les grâces naturelles qui les diftinguent,
embellir ces longues allées , & fouler en riant les
pelouſes unies de ce délicieux rendez - vous.
La route eft fuperbe & bordée pendant près d'une
lieue de maifons de plaifance , de floriffantes culaures,
de terraffes , de pavillons ; & tour cela refpire
l'aifance & la propreté . Les voitures qui vont &
viennent, ne font pas à la vérité éblouifantes de vernis
& de dorures , ni peintes par les Emules de l'Arétin
; elles ne font pas leftées par derrière de trois
ou quatre efclaves bigarrés qui , du haut de l'échafaud
qui leur fert de trône , regardent avec un flupide
mépris l'Artifan & le Laboureur.... Mais le cocher
fans livrée a l'air d'un ferviteur prudent & fidèle ;'
mais les chevaux font gras & vites , mais les refforts
paro ffent doux & lians ; ce luxe-là vaut bien le nôtre :
qu'en pensez-vous?.
Le village de Chêne , à une petite liene de la
Rome proteftante , eft partagé par un ruiffeau qui
fépare les jardins de la République des champs
18 MERCUREJ
Savoyards. Le contrafte eft faillant & la tranſition
brufque : Gaudet tellus vomere liberos On réfléchit
malgré foi fur 1 influence des Gouvernemens , & l'on
parle ... plus librement qu'on n'écrit.
Le terrein s'élève infe fiblement , les monts fe
découvrent; on ne voit plus le faleve que de profil.
Ses roides efcarpemens laiffent à nud les affifes paral
lèles de fes bancs calcaires ; les vallées s'approfon
diffent , les angles fe correfpondent plus fortement.
On voit çà & là d'énormes blocs de granit que le
grand courant des Alpes a précipités du haut du
Mont Blanc vers le Rhône, lors de la grande débacle
des eaux. Tout annonce , tout attefte cette horrible
tourmente de notre Planète ; tout laiffe encore appercevoir
lés traces à demi effacées des Epoques de la
Nature.
On arrive bientôt au village de Contamine , qui
fe prolonge entre l'Arve & une colline appuyée contre
le môle.
L'Arve eft un volumineux & rapide torrent qui
tombe des Glaciers voifins du Mont Blanc. Ses eaux
font blanches comme de l'orgeat jufqu'aux environs
de Chamouni & de Serves , où des torrens noircis
dans des ardoifieres viennent falir fes fots courroucés
. Il couvre d'immenſes débris les plaines qu'il fubmerge
& ravage. P'ufieurs fois dans ce fiècle fa force
& fa maffe ont fait rebrouffer le cours même du
Rhône , & tourner à contre- fens tous les moulins
établis fur ce fleuve impétueux.
Le môle eft une grande montagne pyramidale
dont le pied eft à cinq lieues de Genève. On la pren◄
droit pour un de ces cônes qu'ont foulevés les volcans
ou enfantés les laves ; mais M. de Sauffure , qui
l'a toute parcourue & fondée , n'a pu y trouver le
moindre veftige de feu . Sa croupe eft recouverte
d'une houffe magnifique ; ce font de vaftes prairies
riches de plantes médicinales , & bordées de forêts
DE FRANCE. f
fombres. Ces pâturages font tous extrêmement féconds
; les troupeaux s'y plaifent , & leurs laitage, y
devient exquis . Lorsque l'herbeft féchée , & qu'on
veut l'emmagafiner , toute lajeuneffe des hameaux
voifins fe rend fur ces plateaux avec de grands filets :
en y renferme le fourrage , & l'on fait rouler ces
ballots du haut en bas de la montagne. Cette récolte
n'eſt pas un travail , mais une vraie fête pour
les habitans des Chalets : tout eft délaffement & jeu
pour des coeurs innocens .
A l'oppofite de la Bonne - Ville & de l'autre côté.
de l'Arve, s'élève à pic le fommet fourcilleux du
Brezon. Ces deur maffes reffemblent à deux fortereffes
qui défendent les avenues des Alpes.
Je ne vous dirai rien de la Bonne- Ville. C'eſt un
trifte village triangulaire , dont les maifons entourent
une place affez fpacieuſe , & qui feroit belle fi
des plantations régulières la décoroient . La plaine
du côté de Genève eft très- fertile , mais pareſſeuſement
cultivée.... Nous ne pumes tenir deux minutes
dans l'Églife du lieu , où l'on avoit inhumé depuis
peu des cadavres puans capables de méphitifer tout
l'air d'une Bafilique auffi grande que Saint-Pierre
de Rome. Au fortir de cette Capitale , qui peut bien
renfermer mille citoyens , il faut paffer l'Arve fur
un pont reftauré par la munificence de Benoît XIV ,
& fur lequel cependant la Cour Ultramontaine n'a
point encore établi de péage.
La vallée ou plutôt le détroit de la Bonne-Ville à
Clufe eft d'environ trois lieues . Les afpects en font
impofans & variés . Par fois , des rochers qui furplombent
le chemin , intimident la route du Voyageur;
tout- à- coup de petites plaines verdoyantes &
bien cultivées réjouiffent fa vue ; de l'autre côté de
la rivière des lifières de bois d'aunes ou de peupliers
, de grands rochers verticalement fendus
quelques ruines de vieux Châtels , dont les bafes :
205 MERCURE
font recouvertes de jeunes arbriffeaux , préfentent
de beaux tableaux aux Amateurs , & de bonnes
Etudes aux Artifles.
Clufe eft encore plus mefquine que la Bonne-
Villes on y paffe rapidement , & je n'y ai rien remarqué
que quelques goîtreux àla voix rauque , au
regard hébêté. Tout y porte l'empreinte & les triftes
livrées de la misère. J'ai pourtant vu quelqués ate
liers d'Horlogers ; mais , à coup-sûr , il n'en eft
de cette vallée comme de celle de Vallangin , d'où
il fort chaque année de douze à quatorze mille
montres , & autant de fromages.
pas
De Clufe à Salenches , ville adoffée contre le
Repofoir , montagne d'une très - belle forme , on :
admire les grands pics que s'allongent dans les nues
les grands debris qui jonchent la vallée , les grands
bais qui protègent les pâturages des croupes tout
le payfage en un mot s'empreint de grandeur & de
majefté. L'air plus agité s'épure , les torrens courent
avec plus de viteffe , les cafcades commencent à fe
déployer fur les flancs des rochers , & entretiennent
étérnéllement à leurs pieds des ruifleaux frais & lim-:
pides , où l'on fe défaltère avec fenfualité. Les hommes
de ces cantons , à travers leur inculte fimplicité ,
loin des Riches qui les humilient & des Seigneurs qui
les écrafent , paro ffent enfin naturels & fiers , &
plufieurs même font Penfeurs.
Les Voyageurs qui nous ont donné des defcriptions
de la grotte de la Balme , à une perite lieue de
Clufe , ne fent pas naître le defir d'y defcendre. Les
Anglois recommandent dans leurs Itinéraires d'y
porter des pétards & des foleils pour en voir ſcintiller
les cryftallifations . Cette contume me paroît étrangement
puérile & égoïste. La fumée a bientôt noirci
ces brillantes & fes productions de la Nature ; &
ceux qui ont le malheur d'arriver dans ces fouterrains
après ces focs artificiers, ne trouvent plus qu'un
DE FRANCE. 21
antre enfumé. Qu'on y porte cinq ou fix flambeaux,
& l'illumination fera tout auffi refplendiffante que
fi l'on y brûloit des ferpentaux & des moulinets....
Au refte , les environs de cette grotte ont de quoi
fatisfaire la curiofité des Naturali@ es . Les rochers y
font dépofitaires de plufieurs pétrifications , témoi
gnages vivans du féjour des mers fur les lieux élevés.
Mais ce qui appelle les regards en haut , ce qui les
charme & les y arrête , c'eft , à une petite lieue de
Maglan , une belle caſcade formée par uu ruiffeau
nommé le Nant d'Arpenas. Le point où l'eau s'échappe
du rocher , eft élevé perpendiculairement audeffus
des prairies , d'environ neuf cent pieds . Ce long
jet d'eau reffemble de loin à un ruban argenté que
le vent ploie & balance mollement dans une ofcillation
de quinze à vingt toifes. La pluie délicieuſe
qui s'éparpille dans tous les environs , forme le long
de la montagne différentes petites cafcades gliffant
de roche en roche , & le réuniffant en un clair ruiffeau
qui , joint au principal courant , femble tomber
à regret dans le lit de l'Arve.
Les couches de cette montagne . (fupérieurement
deffinée par M. Bourrit ) forment des arcs concentriques
tournés en fens contraires . On diroit qu'une
force épouvantable , qu'un bouillonnement volcanique
a violemment foulevé les entrailles de cette profonde
bourfouflure , & creusé dans fon centre une
immenfe caverne. Cette montagne & celles d'alentour
ne laiffent cependant reconnoître aucun veftige
d'anciens volcans . Sa ftructure défordonnée annonce
donc néceffairement des commotions furieufes , des
déchiremens formidables , & quelqu'une de ces terribles
coliques auxquelles il paroît que notre petit
Globe eft fouvent en proie.
On traverfe l'Arve au village de Saint- Martin ,
vis à vis Salenches , fur un affez beau pont de pierre.
Il ne tenoit qu'aux habitans de le conftruire en mar22
MERCURE
bre gris ou noir : les gelées des derniers hivers en
ont détaché des fragmens rhomboïdaux , dont l'ancienne
place cft vifible au haut de ces rochers pelés ,
à plus de quinze centpieds du niveau de l'Arve.
7
Salenches , où l'on trouve une auberge paffable
( à cela près qu'on n'y prend nos louis que pour
feize div . , ) Salenches eft bâtie dans une fituation
tout à fait romantique . Des collines boiſées qui lui
fervent de chevet, font le fond de fon amphithéâtre,
où fe deffinent à l'ail fes quartiers , fes Églifes &
fes brillans clochers. Plus haut s'étendent les verds
tapis des pâturages , & plus haut encore s'entaffent
en petits glaciers les neiges dévallées des rochers
pointus qui dominent tout le pays , & ſemblent lui
fervir de cadre & de rempart.
La plaine unie qui s'étend devant Salenches , aujourd'hui
dévouée aux fureurs de l'Arve , paroît
avoir été jadis un lac charmant où ce torrent clarifioit
fes eaux bourbeufes ; aujourd'hui qu'il fuit à
travers ces terres fans repofer fon cours vagabond ,
il défole tout ce vafte efpace , & fe fraye cent lits
divers au gré de fes fougueux caprices. Que ne
permet on aux induſtrieux Génevois de faire de ce
ravin dévastateur un beau canal navigable qui avi→
veroit foudainement tous les rivages , & faciliteroit
, au profit de trois États différens , l'exportation
& l'importation des plus utiles denrées ! Les Génevois
ont offert plufieurs fois de conftruire ce canal
à leurs fiais , on les a toujours refufés . On m'en a
dit tout bas les prétextes : il faut efpérer , pour
l'honneur de la raifon , que ces abfurdes préjugés
mouriont avec le dix - huitième fiècle.
Encore un mot fur Salenches. Cette ville eft ancienne
, & fes Bourgeois ( on acquiert le droit de
Bourgeoisie pour deux louis ) en font les Seigneurs .
Elle fe divife en quatre quartiers ; le premier commerce
en beftiaux; le fecond en draps & laimes ; le
DE FRANCE.
23
troifième en uftenfiles de cuivre & de fer , & le der
nier fournit à la Savoie des Charpentiers , des Maçons
, des Corroyeurs & des Moines. Voilà l'image
de nos Cités Gauloifes au temps de l'invafion des
Romains & de l'arrivée des Francs. Du refte on a
beau chercher dans fes murs , on n'y trouve ni Con
fifeurs , ni Bijoutiers , ni Fajfeurs de Diamans , ni
Marchandes de Modes , ni Ballons , ni Baquets , ni
Clubs , ni Brochures , ni Balliadères , ni , &c. Un
petit Maître dira fans doute :
Mon cher ami , je confens de grand coeur
D'être feffé dans les murs de Salenches ,
Si je vais là pour chercher le Bonheur.
On revient à Saint-Martin repaffer l'Arve ; il
faut traverſer toute la plaine , & après deux heures
de marche vous arrivez au petit village de Chede :
les environs en font très- agréables. De- là jufqu'à
Paffi tout eft vigne ou jardin . De fréquens ruiffeaux
coupent la route , & vont en hâte abreuver les bas
prés de cette montagne. Ces lieux (ont fertiles en
fruits excellens , & féconds en hommes fains de corps
& d'entendement. Trois villages éparpillés parmi ces
vergers comptent plus de fix cent de leurs enfans à
Paris. Un tiers à -peu près revient au Pays tôt ou
tard avec les modiques épargnes ; l'autre tiers s'y
fixe en condition , & le refte périt dans ce gouffre
infatiable. Les Payfans avec qui je caufis , & que
je queftionnois , m'ont paru doux , officieux , gais
& doués du plus grand fens. Les femmes , vêtues
d'une longue robe brune , & furchargée de longs
plis , y font affez groffièrement agréables : les jeunes
filles ont un air riant & naïf plein de grâces & d'attraits.
Je crois que c'eft dans ces environs ( c'eſt - du
mins en Savoie & fur cette route ) que M. de Sauf-
Lae étant entré dans un verger pour cueillir quelques
poires que la chaleur & la fotf rendoient féduis
24
MERCURE
t
"
fantes , la Maîtreffe parut : fur- le- champ il s'avance
vers elle , & lui dit de ne pas s'inquiéter , qu'il lui
payeroit les poires : Mangez-les feulement , dit la
belle Payfanne , ce n'eft pas pour cela que je viens ;
celui qui a fait ces fruits , ne les a pas envoyés pour
un feul.... Habitans des grandes villes ! Meffieurs
vos Jardiniers vous ont-ils jamais fait une pareille
réponse ?
On vante beaucoup la première vue des pointes
glacées qui commencent à dominer le pays ; mais
il faut pour les découvrir que le ciel foit parfaitement
balayé : d'épais brouillards les voiloient pendant
que je graviffois péniblement cette côte efcarpée.
D'horribles torrens traverfent profondément la
route de gauche à droite , & vont vomir dans les
gouffres de l'Arve d'affreux amas d'une bouc noire
& mêlée de pierrailles que les gens du pays appellent
nant fauvage. Rien de plus hideux , de plus
deftructeur que ces foudaines éruptions ; heureufe
ment elles font rares & courtes les pays qu'elles
parcourent reftent à jamais frappés de ftérilité,
A droite , dans un abyfme mugiffant , véritable
enfer d'eau , roulent tumultaeufement les flots écumans
de l'Arve .. On entend le bruit fourd des roches
qu'elle entraîne, & les fifflemens aigus des vagues
qu'elle pouffe contre les maffes qui obftaclent fon
cours. Le rejailliffement de fes flots brifés élance dans
les airs une bruine perpétuelle , toute couverte
d'arc- en- ciels tournoyans quand le Soleil , dans une
certaine élévation , les frappe de fes fesx.
Bientôt on découvre le Pont- aux « Chèvres , planche
étroite & peu folide qui ne fert qu'aux Bergers
& aux Muletiers . Non loin de ce hardi paffage
l'Arve le précipite de plus de quatre vingt pieds , &
le fracas de fa chûte , répété par les échos , retentit au
loin dans les bois comme une effrayante tempête,
ébranlant les rochers des deux rives oppofées.
Mais
DE FRANCE. 25
+
Mais au-detas de ces précipices horribles , la
bonne mère Nature ménage à fes amis un tableau
ravillant qui repofe l'ame fatiguée de tant de fcènes
bruyantes . C'eft un vrai coup de théâtre , un ſpectacle
à la fois enchanteur & fublime , & peut être le
contraſte le plus fortement prononcé qui exifte dans
les Alpes. En voici l'efquiffe imparfaire ; c'eft aux
Buffons & aux Rouchers qu'il appartient de rendre
fidèlement ces originales beautés.
Les nuages qui flottoient majestueufement autour
du Mont- Blanc , s'élevèrent comme une toile de
théâtre au noment où j'arrivai fur les bords du
-joli lac de Chède ( ou de Servoz . ) J'étois feul avec
mes pensées & ma liberté ; la Nature entière étoit
dans mon coeur. J'avois laiffé dans les baffes régions
le fentiment , & jufqu'au fouvenir de mes
douleurs phyfiques & morales. Je ne fongeois aux
hommes noirs qui m'avoient voulu nuire , que comme
on fe repréſente l'image des ronces & des ferpens
- dont on a toujours tort d'approcher , & avec la na-
-ture defquels le Sage ne fent aucun rapport dans fon
être.
Le réſervoir mystérieux dont j'admirois avec raviffement
la forme heureufe, les petits golphes ver-
-doyans & la diaphane limpidité , réfléchiffait dans
fon baffin les neiges éblouiffantes des trois princi-
-pales fommités du grand mont. D'un côté , fous mes
apieds , s'étendoient mollement des lits de mouffe
fine , terminés par des rochers furmontés d'arbriffeaux,
& entremêlés de bouquets de jeunes Lapins à
taille fvelte ; de l'autre s'élevoient des moiffons ondoyantes
, dont les gros épis vecourbés & penchans
fembloient fe mirer orgueilleufement dans le pur
-cryſtal de cette fource merveilleufe. Un ton de
payfage fi calme, fi gracieux , fi fuave , en oppofition
avec tour ce que les Alpes peuvent offrir de
N°. 22 , 3 Juin 1786. ·
B
26 MERCURES
plus coloffal , de plus fier , de plus fracaffé .
pour les yeux. 2
Voilà
Vu du fite où j'étois placé , ce Mont Blanc, bien
plus gigantefque que l'Atlas auffi vieux que Saturne,
me paroiffoit un cofoffe dent la tête chenue tou
choit aux Cieux , ou plutôt en foutenoit feul la voûte
profonde. Ses épaules , fes hautes épaules étoient
Couvertes d'un manteau d'albâtre , vafte draperie ,
dent les plis largement & négligemment jetés fur
un corps de vingt lieues de bafe , & de quatorze ou
quinze mille pieds d'élévation , defcendoient en franges
d'argent jufqu'aux bords des pâturages & des
blondes moitions des vallées.... Voilà pour l'imagination.
MOUN
Mais comment vous décrirai - je , mon bon ami ,
les idées calmnes , les doux fentimens , les délicieufes
émotions dont s'enivra mon coeur pendant heure
extatique que je paffai fur les bords fleuris. de ce
lac : Heureux du bonheur d'être & dé me favoir
bon , l'efprit ferein , les traits épanouis , je ne fentois
plus cette vague & cruelle inquiétude qui empoifonne
toutes nos jouiflances fociales . Je ne me
comparois à perfonne , j'étois fans envie comme fans
pitié , j'étois rempli d'un bonheur abfolu & fans
relations . Sans vains defis , fans craintives efpéran
ces , je voyois , je fentois la paix & la joie. La faim,
l'avide fain de mon feufible coeur étoit , finon ap
paifée , du moins fufpendue pendant ces momers
fans durée Telle eft fans doute la béatitude des purs
efprits , telle eft peut être la félicité de l'Etre des
êtres , lorfque repiié fur lui-même , il est heureux de
fa propre contemplation.
Hélas ! il fallut enfin m'arracher à cette folitude
Elyfienne : je me levai , j'en fis le tour deux fois mélancoliquement
. L'amertume du regret vint corrompre
ma jouiffance je m'éloigraj le coeur gros , l'oeil
humide, & attachant un long regard fur ces lieux
!
DE FRANCE.
27
-enchantés que je quittois fans doute pour ne les revoir
jamais , & où depuis ce jour l'élan de la penſée
me tranfporte quand je bâtis mes projets de félicité * .
Di ripofo & di pace alberghi veri,
38.
"
Oh ! quanto volontieri
4 riverd rvi io to nerei!
7.12
Tl falloir quelque grand accident pour tirer mon
efprit de l'abforbement où il étoit resté comme
plongé. Les diftractions ordinaires ne l'effleuroient
pas ; les objets du dehors , bien que bizarres & nouveaux
, le laiffoient immobile lorfque tout-à- coup un
des afpects les plus impofans des Alpes vint le réi
veiller & lui donner une commotion forte. L'image
d'une deſtruction vaſte & fubite annoncée par un
déluge de décombres imprime encore aux paffans
qui les contemplent , la terreur que ce bouleverfe
ment prodigieux répardit en 1751 dans toute la
contrée.
Jerez les yeux à gauche , c'est - à- dire , au nord
du Village de Servos , & vous verrez i Texpreffion
de ma furpriſe ne reste pas an- deffous de votre
étonnement : confidérez cette montagne tronquée ,
fes flancs nuds & profondément filionnés , les tore
rens de pierres & d'ardoifes brifées & confondues ;
c'eft de-là que s'écroula un immenſe plateau avec fes
neiges , fes lacs , les bois , fes pâturages & les trou
peaux. La quantité de rochers & de maibies tombant
à grand bruit , & bondiffant lourdement aw
mileu d'un tourbillon de pouſſière & de mille avalanches
plus formidables que le tonnetre, fut de trois
millions de toifes cubes. On crut qu'un volcan déſo-
Ce magnifique afpe&t du lac de Chède a été découvert
& peint par M. Bourrit. Le Tableau original appartient
aujourd'hui à M. Necker, & lui a été donné en
préfent par la République de Genève.
Bij
28 MERCURE
lateur alloit paroître au fommet renversé de -ce
mont; par bonheur ce défaftre , vraisemblablement
caufé par quelque tremblement de terre & par la
mauvaiſe baſe de cette montagne , ne fut qu'un
Aéau paffager. C'eft ainfi que l'édacité du temps
ronge lentement ces malles qu'on croiroit éternelles ;
c'eft ainfi que la chaîne entière des Alpes & de tous
les monts , malgré la folidité de leurs vaftes charpentes
, va , comme les fragiles corps des mortels , de
la décrépitude à la caducité ... Heu ! nos homunculi
indignamur , fi quis noftrûm interit ... cùm uno loco
tot oppidorum & montium cadavera projecta jageant.
(Sulp ad Cic. )
Il faut encore repaffer l'Arve fur un pont non
moins léger que hardi , nommé , je crois , le pont
Peliffier. Je vous fais grâce de mes Notes fur la
mine d'argent qu'on fouille dans la petite plaine de
Servos. Je pénétrai dans ce fouterrain , & je vis avec
angoiffe ces malheureux Savoyards , jadis Bergers &
Laboureurs , transformés en taupes , s'enfevelir fous
terre , & refpirer des vapeurs mortelles pour gagner
quelques miférables fous. Dans peu de temps ces
mines , qui ne paroiffent pas bien riches , s'épuiferont
; les bois des environs feront tous confumés , &
les hommes deviendront rares , fainéans & fripons ;
car voilà quels ont été , font & feront par- tout les
funeftes effets de la recherche de l'or & de l'argent,
Les vraies mines'font fur la furface de la terre , & il
me faut qu'un for pour les exploiter, L'Agriculture
eft une mine inépuisable où la fortune des Pasticutiers
fait toujours celle de l'État.
La fin au Mercure prochain,
DE FRANCE. 29
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du jeudi 25 Mai , jour de l'Afdenfion
, a été extrêmement brillant par les .
morceaux dont il étoit compofe. Deux fu
perbes iymphonies de M. Haydn ; la fymphonie
concertante de M. Berthaume , à laquelle
nous avons déjà donné de juftes éloges
, ainfi qu'à MM . Berthaume & Graffet
qui l'exécutoient ; Phyérodrame de M. le
Berthon , qu'on a entendu avec un nouveau
plaifir , formoient le rempliffage de ce Co.-
cert. Les nouveautés étoient d'abord un Motet
del fignor Schufter , compofé d'un récit
& d'un air à paffages. Ce morceau , extrêmement
agréable , s'approche plus de la forme
dramatique que de celle ordinairement employée
à l'Églife ; mais il n'en eft que plus
propre à réulir parmi nous , qui préférons
avec raifon le feu d'une compofition brillante
, mais fimple & claire , aux froides recherches
des combinaifons d'harmonie. M.
Laïs l'a exécuté avec beaucoup d'adreffe ,
de fageffe & de grâce , furtout avec une
extrême pureté.
Mlles Deſcarfin ont exécuté enfuite différens
morceaux fur la harpe. On les a déjà
Biij
30 MERCURE
entendues à ce Concert , & cependant nous
les comptons au nombre des nouveautés ,
parce que l'étonnement qu'on éprouve à les
entendre , fait toujours croire qu'on les entend
pour la premiere fois. Il eft impoffible
d'avoir un jeu plus fpirituel , plus délicat ,
plus fenfible que l'aînée. La jeune , à qui fon
âge ne doit pas encore infpirer le goût de
ces nuances , y fupplée par une force de fon ',
par une précifion qu'on ne fe laffe point
d'admirer. Quand on fonge que cette aînée
n'a pas quatorze ans, que la plus jeune en a fèpt
ou huit , & qu'elles doivent ces talens prodigieux
aux foins d'un père qui , diftingué
luimême par un autre talent , celui de la
Peinture , a pourtant prefque feul formé celui
de fes filles dans un art fi différent du
fien , on ne peut s'empêcher d'en être encore
plus furpris . Leur exécution a excité un
enthoufiafme dont nous ne pouvons nous
défendre en en parlant.
La derniere nouveauté étoit un oratoire
de M. Sacchini , qu'il a fait à Londres fur
des paroles Françoifes , avant d'être encore
familiarifé avec notre langue , avant de venir
nous enrichir de fes charmantes compofitions.
Il a eu un fuccès très brillant ,
& tel que depuis long - temps on n'en a pas
vu de femblable. Un chant toujours noble ,
toujours rempli d'expreffion & de grace ;
une harmonie pure , claire & cependant
très riche ; des mouvemens inattendus fans
paroître recherchés , & tels que le génie ſeul
DE FRANCE.
les infpire ; un orcheftre délicieux , où les
inftrumens habilement diftribues donnent
au chant une parure éclatante , fans l'offufquer
ni le furcharger ; enfin , le genre de
mérite qui diftingue le plus particulièrement
M. Sacchini parmi les compofiteurs célèbres ,
Le trouve porté dans cet oratoire au plus
haut degré. Dire qu'il étoit dirigé par M.
Réy, c'eft dire affez que l'exécution en a été
parfaite. Les foins qu'il y a donnés ont été
parfaitement fecondes par les choeurs , ainfi
que par les voix de Miles Maillard & Dozon,
& de M. Laïs. 4
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Mardi 23 Mai , on a donné à ce Théâtre
la première répréſentation de Themistocle
Tragédie en trois Actes , poëme de M. M***
mufique de M. Philidor. Voici quel en eft le
fujet.
Xercès , Roi de Perfe , eft allé combattre
les Parthes. Les Prêtres dans le Temple adreffent
pour lui des voeux au Soleil , & implor
rent ce Dieu pour en obtenir la paix. Mandane
, fille de Xerces , vient annoncer le retour
de fon père & de l'armée. Reftée feule
avec fa Confidente , elle lui avoue le feu
fecret dont elle brûle pour un Héros inconnu,
l'appui de fes Etats ; cet inconnu eft Néocle.
Mandane foupçonne qu'elle en eft aimée.
Hélas ! du feu qui le dévore
Biv
32. MERCURE
Sés yeux m'ont exprimé l'ardeur ,
Et fouvent fur la bouche un aveu près d'éclore
Trahiffoit malgré lui le fecret de fon coeur.
Elle combat en vain fa flamme .
Rappelons ma fierté ... Quelle eſpérance vaine !
Eh ! comment réfifter au penchant qui m'entraîne ,
Au feu brûlant qui dévore mon coeur?
J
Néocle paroît ; il a fuivi Xercès , & annonce
fa victoire à la Princeffe . Enhardi par les mar
ques d'intérêt qu'elle daigne témoigner
Pour un fimple Guerrier , un Grec, un étranger,
il hafarde l'aveu de fon amour . Mandane ,
qui le defiroit, ne peut le recevoir avec colère
; máis elle n'ofe lui donner d'efpoir. Xercès
arrive en triomphe. Il fait lui - même devant
fa fille l'éloge de Néocle , qui l'a fauvé
du plus grand danger , en expofant fa vie pour
lui . La main de la Princeffe doit être la récompenfe
de ce fervice. Ah! qu'il eft doux pour
moi , dit Mandane ,
Pour moi qui vous révère ,
D'obtenir pour époux le vengeur de mon père !
Mais avant d'accomplir cet hymen , Xercès
veut venger l'affront qu'il a reçu à la journée
de Salamine ; il veut que Néoele l'aide à dé
truire Athènes :
Themistocle fur- tout par ton bras doit périr.
DE FRANCE.
33
NEOCLE .
Thémistocle , mon père !
Cet à parte inftruit les Spectateurs de la naiſfance
de Neocle ; mais elle refte inconnue aux
Interlocuteurs ; & les bontés de Xercès & de
Mandane pour ce jeune Grec , ne font qu'aggraver
le tourment de fa fituation , par laquelle
l'Acte finit.
Il ouvre le fecond par un monologue dans
- lequel il apprend qu'au commencement de la
guerre entre Athènes & la Perfe , Thémistocle
voulut l'envoyer dans Argos ; mais que , jeté
fur les rivages de la Perfe par la tempête , il
s'eft fait connoître par fon feul courage, & eft
parvenu au faite des grandeurs. Le fort qu'on
lui propofe lui paroîtroit bien flatteur , fans la
cruelle condition qui y eft attachée. Il finit
par s'en rapporter aux Dieux.
Témoins de ma donleur extrême ,
Dieux rendez le calme à mon coeur ;
En m'uniffant à ce que j'aime ,
De mes jours confervez l'Auteur.
Mandane , qui ne fait pas de qui Néocle eft
fils , le félicite de ce que leur bonheur ne dépend
plus que d'une victoire. Son amant lai
avoue enfin fon fecret ; & la Princeffe , plus
amante que politique , prend de ce moment
pour Themiftocle l'intérêt que lui infpire fon
amour. Elle fe flatte de fléchir fon père , qui
arrive. Il vient d'apprendre l'exil de Thémiftocle
, qu'on croit même dans fes États . Il
Bv
34 MERCURE
n'en paroît que plus diſpoſe à la vengeance ;
& fans répondre aux prières que lui font
Néocle & fa fille , de calmer fon reffentiment
, il fe livre à l'efpoir de fatisfaire fon
courroux. 94
On lui annonce un inconnu ; il le prétend
d'Athènes : Xercès eft étonné.
Quelle audace
23 Tla conduit en ces lieux ?
L'INCON NU.
Vous êtes magnanime & je ſuis malheureux.
Il offre au Roi de lui livrer Thémistocle.
C'eft lui-même. Xercès a peine à retenir fa
fureur ; Thémiftocle , toujours tranquille , lui
dit :
Objet de haine & de clémence , 3) Josejā
Le fort te livre ton vainqueur.
Tu devois l'une à ma puiffance ,
Et tu dois l'autre à mon malheur.
De moi qu'attends- tu donc ? dit Xercès. -
La mort. Surpris , & en même temps charmé
de fa vertu , le Roi , par fa générofité , veut
tromper fon attente ; il lui offre un afyle dans
fés Etats. Il le préfente enfuite à Néocle , &
le père & le fils ſe livrent avec tranſport à la
joie que leur caufent cette reconnoiffance &
leur réunion. Themiftocle fur-tout eft touché
des procédés de ce généreux Prince.
Quel injufte portrait je me faifois des Rois !
DE FRANCE.
35
"
On annonce un Ambaffadeur d'Athènes ; il
vientredemander Themiftocle & offrir la paix .
Xercès promet de le rendre , mais à la tête
d'une flotte qui fera commandée par lui. Le
peuple fe réjouit d'avance de l'efpoir de fe
venger des Grecs.
Le troifième Acte commence par une Scène
entre Néocle & Themiftocle , dans laquelle
celui-ci déploie le noble enthouſiaſme dont
on fait que l'amour de la patrie animoit les
Grecs. Son fils lui repréfente en vain tous les
torts d'Athènes ; en vain il lui oppofe les fentimens
de la Nature & leur propre intérêt ;
Thémiftocle , inflexible , refufe obftinément
de combattre contre elle ; il fort dans l'eſpoir
de fléchir le reffentiment de Xercès. Néocle
au défeſpoir eft interrompu par Mandane ,
qui accufe tour - à - tour Thémistocle & fon
amant. On apprend que le Héros de la Grèce
eft dans les fers , & Néocle va tout tenter
pour le délivrer. La Princelle plaide la caufe
de tous deux auprès de Xerces , également
courroucé contre le père & contre le fils. Un
grand bruit fe fait entendre: c'eft Thémistocle
délivré par Néocle , mais qui s'indigne de la
liberté qu'on lui procure , & qui veut fe tuer,
pour punir fes libérateurs d'avoir défobéi au.
Roi. On le défarme ; Xercès eft plus furieux
que jamais contre Néocle. Cependant le four
venir de fes fervices , les larmes , les prières
de fa fille , la vertu même de fon père par
viennent à le fléchir. Il pardonne tout, & unit
Néocle avec Mandane , après avoir accordé
36 MERCURE
la paix aux Grecs . Un divertiffement général
forme la fête de l'hymenée.
Telle eft la inarche de ce Drame , que nous
n'avons interrompue par aucune réflexion.
Nous n'en ferons point encore, jufqu'à ce que
Popinion publique foit mieux fixée qu'elle ne
peut l'être après une feule répréſentation.
Nous remarquerons feulement que fi le fuccès
n'a pas été d'abord auffi brillant qu'il pouvoit
P'être , & qu'il peut encore le devenir , c'eft
qu'aujourd'hui les Amateurs de ce Théâtre ,
accoutumés à des émotions très - vives , reftent
froids devant des intérêts purement politiques
; que la beauté des fêtes , la magnificence
du fpectacle n'eft plus ce qu'on cherche
à l'Opéra ; que la mufique même , quoiqu'on
ait l'air de la juger feule , n'eft pas véritablement
la chofe dont on eft le plus touché
aux premières repréfèntations. On trouve en
général la mufique bonne ou mauvaiſe, felon
qu'on a été plus ou moins affecté par les
fituations que fournit le fujet. Ce n'eft que
par la fuite qu'on en apprécie juftement la valeur
intrinsèque..
Les habits & les décorations , fur-tout la
dernière , font de la plus grande richeffe &
du meilleur goût.
Les Ballets , compofés avec foin , font parfaitement
exécutés par les premiers Sujets de
la Danfe.
pre- L'enfemble de l'orchestre , quoiqu'à la
mière repréfentation , a été auffi parfait qu'on
puiffe l'attendre des foins , du zèle & des ta-
-
DE FRANCE.
37
lens fupérieurs de M. Rey , qui le conduit , &
de ceux des perfonnes qui le compofent. Nous
infiftons fur les éloges qu'on doit à M. Rey ,'
parce que la nature de fon talent , très- bien
connue des compofiteurs , n'eft pas également
à la portée de tout le monde , & qu'il eft bon
d'éclairer le Public fur les obligations qu'il lui a.
En parlant de la mufique dans les Numéros
fuivans , nous entrerons dans de plus grands
détails à l'égard de l'exécution des Acteurs.
En récapitulant les travaux de l'année der
nière à ce Théâtre , on a omis de parler de la
retraite de M. Larrivée. Cet Acteur , qui a
fourni une très-longue carrière dramatique
a toujours été vu avec le plus grand plaifir , &
fa perte doit exciter des regrets . Il débuta
én 1755 , au mois de Mars. Une figure
belle , ouverte & théâtrale ; un maintien toujours
noble & convenable à fes rôles ; une
prononciation accentuée & très-nette , beaucoup
de feu , d'intelligence & de fenfibilité ,
font particulièrement les qualités qui l'ont
fait diftinguer. Il a cette double gloire, qu'il fut
le foutien de l'ancien genre , & le créateur du
nouveau. Enthoufiafmé des compofitions de
M. Gluck , il concourut de tous fes talens à
leur fuccès ; & dans un âge où il pouvoit déjà
fonger à fa retraite , il recommença des études
avec toute l'ardeur d'un jeune Débutant. On
doit faire encore en fa faveur une obfervation
très intéreffante. Seul d'entre les Élèves
38 MERCURE
de M. Gluck , feul des Sujets de la nouvelle
école , il a fu fe défendre d'un défaut effentiel
dont on trouve encore deses traces dans la Ja ina
nière actuelle de chanter à l'Opéra. Nous voulons
parler de ces afpirations continuelles
par lefquelles nos Chanteurs féparent chaque
fyllabe , même dans le récitatif, afin d'augmenter
l'expreffion. Ces faccades de la voix
qui ne marche plus que par bonds , ces liaifons
vicieufes , qui , en confondant le récitatif
avec le chant, répandent fur tout un Ouvrage
un vernis de monotonie , ces chocs de fyllabes
qui fe heurtent , comme fi chacune d'elles
étoit féparée de l'autre par une h , feroient
infupportables à l'oreille , fi le bon goût de la
muſiqué , né en même-temps que ce défaut,
ne lui avoit pas fervi de compenfation.
En l'attribuant aux Élèves de M. Gluck ,
nous ne prétendons pas en accufer ce célèbre
Compofiteur. Une fauffe idée de la manière
de chanter Italienne , & qu'on a cru imiter
en a fans doute été la fource ; & M.
a
tout
ennemi
qu'il
devoit
être
de
cette
Gluck,
ridicule affectation , avoit d'ailleurs tant de
réformes à faire , qu'il s'eft trouvé content
lorfqu'à la méthode traînante & inaccentuée
de l'ancien chant , il en a vu fuccéder une
qui offre au moins l'apparence de l'expreffion
M. Larrivée , qui a cru que l'expreffion devoit
moins dépendre de fon gofier que de fon
âme, a confervé une manière franche &
pure d'attaquer le fon. Auff , lorfqu'il fe permettoit
de préparer la note, ce qu'il réſervoit
DE FRANCE.
39
pour le chant proprement dit , il étoit bien
sûr de produire de l'effet. Paiffent ces réfle-
Xions être fenties par ceux à qui elles s'adref
fent ! Nous les expofons d'autant plus librement
, que nous reconnoiffons aux Acteurs
qui peuvent y donner lieu , tous les talens néceffaires
pour corriger un défaut dont l'effet
pourroit être plus fenfible un jour. Il eft probable
que les nouveaux Sujets de l'École Royale
de Mufique, dirigés par les plus habiles Maîtres
de la Capitale , en auront été garantis par
leurs foins. Il feroit donc à craindre que la
pureté de leur chant, en éclairant le goût du
Public , ne le rendit plus févère , & qu'il n'en
vînt à reprocher à ces Acteurs comme un
manque de talent , ce qui n'eft que l'abus , &,
pour ainfi dire , la furabondance du talent.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 23 Mai , on a donné la première
repréſentation des Ailes de l'Amour , Comédie
en un Acte & en vers mêles de vaudevilles.
Simon & Jeannette ont de l'amour l'un pour
l'autre. Simon voudroit favoir s'il eft aimé ,
mais la pudeur ne permet pas à Jeannette de
lui avouer la tendreffe qu'il infpire . L'Amour
arrivedans le village : Simon le voit, en a peur,
puis prend confiance en lui , & lui demande
fa protection qu'il obtient après avoir fubi
une épreuve dont il fort victorieux . Jeannette
40 MERCURE
le voit à fon tour , en a peur auffi , fe familiarife
avec lui , rettent en la préfence des mouvemens
qu'elle ne diflimule pas, & dont l'aveu
effarouche Simon. Le Dieu rapproche lesdeux
amans , il veut les quitter quand il apprend
qu'ils vont fe marier , parce que , dit- il ,
l'Amour n'a rien à faire avec les époux. Simon
& Jeannette veulent le retenir , ils le faififfent
par fes ailes ; le Dieu leur échappe . Il eft
vraifemblable que les ailes du fils de Vénus ont
une influence fatale fur les flammes amoureufes
; car Simon & Jeannette ne fententplus
rien l'un pour l'autre. Quand l'Amour
leur amène tout le village pour témoin de
leurs noces , ils font froids , triftes & fombres
; mais ils regrettent leurs premiers fentimens
, & le Dieu confent à les leur rendre ,:
en y ajoutant la grâce de paffer avec eux la
première nuit de leur mariage.
Le fonds de cette Fable n'eft pas bien neuf;
mais il eft traité d'une manière neuve & trèsoriginale.
La gaieré , la fimplicité , le goût ,
l'efprit , la grâce & l'imagination fe fuccèdent '
four- à- tour dans les couplers que chantent les
différens perfonnages. On en a fait répéter
plufieurs ; nous avons principalement remarqué
celui où , fous le prétexte de faire le portrait
de Vénus , l'Amour fait un compliment
très- flatteur , très - fpirituel & très - galant à
toutes les femmes qui font préfentes à la repréfentation.
Il eft difficile de citer une fuite
de madrigaux plus neufs , plus piquans & plus
agréables ; le ton de l'Ouvrage varie fuivant le
}
DE FRANCE. 41
caractère des 'Interlocuteurs : Simon eft d'une
naïveté très- franche & très gaie ; Jeannette :
eft fenfible & maligne ; l'Amour e adroit ,
féduifant & voluptueux. Ces trois phyfionomies
contraſtent heureuſement enfemble , &
forment un tableau très -varié ; car on y trouve
toutes les nuances , hors celles du genre fublime
, qui y font étrangères.
蘩
f
L'Auteur eft M. B. de R. , plus connu fous
le nom du Coufin Jacques. Peu d'Écrivains
ont une imagination plus féconde , des idées
plus fraîches & plus riantes. Nous l'invitons
àfe fàcher quelquefois contre fa facilité : fes
productions en acquèrront plus de prix , & il
forcera du moins au filence les gens qui n'ai- ,
ment plus à rire. Parmi les vaudevilles , on a
diftingué de jolis airs nouveaux ; le plus grand
nombre eft de la compofition du joyeux Coufin
, qui a pour tous les Arts un amour dont
il fera payé par des fuccès...
L'Ouvrage eft fort applaudi : il est très- bien
joué. Mlle Desbroffes eft pleine d'intelligence
& d'adreffe dans le perfonnage de Jeannette ;
la manière dont Mile Carline joue l'Amour ,
feroit fourire le Dieu à fon image , & M. Trial
eft dans le rôle de Simon` auffi gai , auffi plaifant
, auffi original que l'eft le Coufin dans fes
piquantes facéties.
LE Vendredi 26 , on a donné pour la premiere
fois le Danger de la Prévention , Comédie
en trois Actes & en profe .
42 MERCURE?
*
M. Dorvigny & M. Dalainval , Négocians
affociés , ont fait leur fortune enfemble. Le
premier eft refté à Paris , s'eft brouillé avec
Ergafte fon neveu , parce que celui- ci n'a
point voulu quitter un commerce avantageux.
Pour venir demeurer avec lui ; &
le fecond , après avoir tout tenté inutilement
pour rapprocher l'oncle du neveu , eft
parti pour l'Amérique. Depuis fon départ ,
Ergaften qui a été très - peu vu de fon
oncle , s'eft préfenté chez lui , au-lieu & fous
le nom de M. Dumont , homme de confiance
propofé à Dorvigny par Dalainval à
fon départ de France. Par fes foins tout eft,
en ordre , tout profpère . Il a trouvé chez M.
Dorvigny une Mme Defroches & fa fille
Julie. Ces deux femmes font d'un caractère
très-oppofé ; Julie eft fenfible & confiante :
Mme Defroches , aigrie par le malheur , eft
inquière & foupçonneufe. Elle regarde Dumont
comme un hypocrite qui trompe fon
bienfaiteur , & l'accufe même d'infidélité ,
parce que pendant la nuit elle l'a vu faire.
enlever des facs d'argent à l'infçu de M. Dorvigny.
Dumont aime Julie , & il en eft aimé :
mais on deftine Julie au Président de Folleville
, jeune infenfé qui a donné dans tous
les excès. Déjà ce mariage eft réfolu ; Dumont
fuit pour n'en pas être témoin. Dalainval
arrive de l'Amérique , on accufe devant
lui Dumont. Avant de croire , Dalainval
veut des preuves ; on cherche les papiers
, les fonds de M. Dorvigny ; on ne
A
DE FRANCE.
trouve rién : voilà Dumont reconnu coupable
ou à peu près ; on fait courir après lui , on
donne fon fignalement partout. Sur ces entrefaites
la ruine de Dorvigny dégoûte le Préfident
de l'alliance projetée , il fe retire. Dumontreparoit
de fon plein gré , il avoue la caufe
de fa fuite. Dalainval rentre , apprend que
Dumont a tout dépofé chez fon Notaire
par des raifons fecrettes ; il reconnoit Ergafte
dans le faux Dumont. Tout s'explique ; on
apprend que non feulement Ergalte a été fidèle
, délicat & fenfible , niais encore qu'il
a été généreux , puifqu'il a confacré à la fatisfaction
particulière de fononcle , une
fomme de cinquante mille écus , que fon
ami Dalainval lui a envoyée de l'Amérique.
L'oncle & le neveu fe réconcilient , & Julie
époufe Ergafte.
La marche de cette Comédie eft lente &
longue le ftyle eft pénible & contraint ;
l'intérêt en eft toujours foible , & fouvent
nul ; l'action eft embarraffée par des détails ,
& même par des perfonnages inutiles ; les
incidens font peu vraisemblables , ou leur
poflibilité eft trop apprêtée ; le dénouement
n'eft qu'un échafaudage de fentimens romanefques
: voilà ce qu'on peut penfer du danger
de la Prevention ; ouvrage qui n'a point
eu de fuccès , & que le Public a repouffe fans
humeur , fans bruit , fans rigueur , & avec
autant de jufteffe que de modération,
44
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
DISSERTATIONS fur les Fievres infectieuſes
& contagieufes , Ouvrage dans lequel on examine
la nature de ces maladies , & où l'on démontre qu'il
ne peut réfulter aucun danger de l'ufage d'enterrer
dans les Eglifes & dans l'enceinte des Villes , par
M.O-Ryan , Docteur-Médecin de l'Univerfité de
Montpellier , Profeffeur en Médecine , Agrégé au
College de Lyon , 1785 , in- 8 ° . Prix , liv.
16 fois broché. A Lyon ; & fe trouve à Paris , chez
Periffe le jeune , Libraire , rue & en face du Marché-
Neuf, à l'entrefol.
I
Le but de l'Auteur de cette Brochure eft de nous
raffurer fur des craintes qui fe font fouvent resou
velées . Nous laifferons aux gens de l'Art à décider
fi la fécurité qu'il veut nous donner eft fondée fur
la raifon & expérience.
PROJET nouveau fur la manière de faire utilement
en France le commerce des grains , par M.
Boudron Defplanches , ancien premier Commis dans
les Finances. A Bruxelles ; & fe trouve à Paris
chez la Veuve Efprit , Libraire , au Palais Royal ,
fous le veftibule du grand eſcalier.
Le fujet de cet Ouvrage eft important. L'Auteur
nous paroît avoir des principes fains : nous ne prononcerons
point fur les inductions qu'il en tire & fur
les moyens qu'il propofe ; mais il prouve que fon
but eft l'utilité publique.
DESCRIPTION générale de la Chine , ou
Tableau de l'état actuel de cet Empire, contenant ,
DE FRANCE.
45
1. la Defcription topographique des quinze Pro
vinces qui le compofent , celle de la Tartarie , des
Ifles & autres Pays tributaires qui en dépendent , le
nombre & la fituation de fes Villes , l'état de fa population
, les productions variées de fon fol , & les
principaux détails de fon Hiftoire Naturelle ; 2 ° . un
Précis des Connoiffances le plus récemment parvenues
en Europe fur le Gouvernement , la Religion ,
les Meurs & les Ufages , les Arts & les Sciences des
Chinois ; Volume in - 4 ° . , rédigé par M. l'Abbé
Grofier , Chanoine de Saint Louis du Louvre. Prix ,
10 liv. broché , 12 liv . relié . A Paris , chez Mou
tard , Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins , hôtel
de Cluni.
Le titre de cet Ouvrage , tel que nous venons de
le tranferire , en fait connoître le plan ; & la rédaction
en eft faite avec autant d'exactitude que de précifion.
CLARISSE HARLOWE , Traduction nouvelle &
Jeule complette , par M. Letourneur , feconde Livraifon
, formant les Tomes 4 , 5 , 6 & 7 in-8º . Prix,
12 liv. 12 fols brochés , & les Tomes 5 , 6 , 7, 8
9 & ro de l'Edition in - 16 . Prix , 7 liv. brochés ,
avec des Planches en taille- douce & le Portrait de
Richardſon, Il y a auffi une Edition en papier fin
format in- 8°. & in- 16. A Genève , chez Barde
Mauget & Compagnie , Imprimeurs - Libraires , &
fe trouve à Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mesgrigny, rue des Poitevins , nº . 13.
NOUVEAU Manuel d'Epiclète , extrait des Cómmentaires
d'Arrion , & nouvellement traduit du
Grec en François , deux Parties in- 16. Prix , liv.
les deux Parties brochées . ( Il y en a quelques Exemplaires
en papier fin . ) Prix , 8 liv. brochées. A
46 MERCURE
Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR , chez Didot
le jeune, Libraire , quai des Auguftins.
7
Cet Ouvrage eft reconnu pour un chef-d'oeuvre
de morale. Ce Philofophe, quoique modefte , eut
une telle réputation qu'après la mort on acheta
trois cens écus de notre monnoic une lampe de
terre dont il fe fervoit. Il ne ſe bornoit pas à écrire
fur la Philofophie ; it la pratiquoit , & l'on scite des
lui un trait de modération affez rare . Son Maître
( car il étoit Efclave ) en jouant avec lui ne ména❤
geoit pas affez une jambe malade de ce Philofophe.
Vous me cafferez la jambe , lui dit ce der
nier. En effet cela arriva. Alors le tournant vers lui :
Je vous l'avois bien prédit , lui dit froidement
Epictère que vous me cafferiez la jambe.
Cette Traduction nous a paru eftimable , & l'im➜
preffion mérite des éloges.
THEORIE des Machines mues par la force de
la vapeur de l'eau , Ouvrage qui a remporté le
Prix proposé par l'Académie Impériale des Sciences
de Saint-Pétersbourg pour l'année 1783 , par M. de
Maillard, Capitaine- Lieutenant au Corps Impérial
& Royal du Génie , in 8 °. Prix , 3 liv. broché. —
Traité de la Pefte , contenant l'hiftoire de celle qui
a régné à Mofcou en 1771 , par Charles de Merleur,
Docteur en Médecine , &c. , Ouvrage publié d'abord
en Latin , actuellement mis en François , & aug.
menté de plufieurs Pièces intéreffantes par l'Auteur ,
in-8 ° . Prix , 2 liv. 10 fols.
Ces deux Ouvrages utiles fe trouvent à Vienne ;
& à Strasbourg , chez les frères Gay , Imprimeurs-
Libraires ; & à Paris , chez Belin , Libraire , rue
Saint Jacques , près Saint Yves.
HISTOIRE de la Vie de Jésus- Chrift , où l'on
trouve dans une narration fuivic , & d'une manière
DE FRANCE. 47
claire , la concorde & l'explication des quatre Evangiles
, le développement de plufieurs Prophéties , & c.,
par M. Compans , F. D. L. M. 2 Vol. in 12. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire , rue Galande,
Berton , Libraire , rue Saint Victor ; Prevoſt ,
Libraire , Place Saint Michel.
23
Cet Ouvrage a paru au Cenfeur « digne d'être
» donné au Public par la clarté & l'onction du
ftyle , la pureté de fa morale , l'ordre des faits
Evangéliques , & la vafte étendue de l'érudition .
» que l'Auteur a puifée dans les fources de l'Anti-
» quité.
33
33
AMUSEMENT du Sultan, Eftampe de 14 pouces
fur 18 , exécutée à la manière noire , par Bonnicu,
Peintre du Roi , d'après le Tableau du même.
Auteur. A Paris dans les nouveaux bâtimens du
Palais Royal , n°. 29 , au deuxième. Prix , 18 liv.
Cette Eftampe eft d'une heurenfe compofition , &
l'Auteur , qui l'a gravée avec beaucoup de foin , a
fu conferver l'effet de fon Tableau.
PORTRAIT de M. Sigaut de la Fond , peint par
Mme Fillieul , gravé par C. F. Letellier. A Paris ,
chez Letellier , Graveur , maifon d'un Boutonnier ,
rue des Vieilles Etuves- Saint Honoré.
ELITE de Chanfons & Ariettes decentes , avec
Accompagnement de Baffe , recueillies des Opéras
& autres Ouvrages des meilleurs Auteurs , dédié
aux Demoiselles. Prix , 12 liv. A Lyon , chez
Guera , Place des Terreaux ; & à Paris , aux Adreifes
ordinaires.
Ce Recueil , entrepris à la follicitation des Reli
gieufes & autres Perfonnes chargées de l'Éducation
des Demoiselles , remplit parfaitement fon objet. Les
48
MERCURE
h
paroles , auxquelles la pudeur ia plus auftère ne peut
rien trouver à réprendre , font foutenues par la mufique
choifie avec goût de MM . Gluck , Piccini ,
Sacchini , Paifiëllo , Philidor , Grétry , &c . Il nous
paroît à cet égard très- utile , & nous ne doutons pas
qu'il n'ait un débit confidérable.
ERRATA du dernier Mercure.
N. B. On a oublié deux lignes entières dans le
compte rendu du Portrait , article Comédie Franfoife
, page 181. Il faut rétablir ainfi la première
phrafe de l'analyfe.
&
Une femme qui prépa oit à ſon mari une ſurpriſe
agréable , en fe faifant peindre à fon infçu , pour lui
faire enfuite hommage de fon portrait , eft trahie par
un indifcret qu'elle a mis dans fa confidence.
Page 184 , ligne 10 , ne devoient pas toujours ;
Alez ne doivent pas,
TABLE.
Romance de Nina ,
A Mme Dugazon ,
Charade, Enigme &
gryphe ,
Logo
31 Variétés ,
4 Concert Spirituel ,
Leure à MM. de l'Académie
- Françoiſe ,
14
29
Académie Roy. de Mufiq, 31
6 Comédie Italienne ,
8
Annonces & Notices ,
39
J'ATIR
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 3 Juin 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
· Paris , le a Juin 1986. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI
*
10 JUN 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERSET EN PROSE.
ODE SUR L'INSENSIBILITÉ. *
FRANKLIN , dont le vafte génie
Dirige un nouvel Univers ,
Et dont la main fage & hardie
De l'esclavage rompt les fers ;
Sparte à ta voix va reparoître ;
La paix que l'on a vu renaître ,
La paix dans ton fein a germé ;
* Note de l'Auteur. L'Auteur de l'Ode , en mettant à
la tète le nom de Franklin , a voulu rendre hommage au
mérite . L'infenfibilité foïque fuppofe la force d'ame &
la conftance ; vertus qui ont brillé dans M. Franklin , &
qui le rendent autant recommandable , que fes lumières &
Les talens l'ont rendu célèbre..
No. 23, 10 Juin 1786. C
50 MERCURE
*
Lorfque je chante le vrai fage ,
Apollon m'offre ton image ;
Après Socrate il t'a nommé.
DILU des vers , à ma voix ftoique
Prête d'harmonieux accens ;
Vois Zénon qui , fous le portique
S'adreffe aux Sages de fon temps,
Je ne viens point avec Lucrèce ,
Plein de la coupe enchantereffe ,
Vanter la douce volupté.
J'oppoſe aux malheurs de la vie
La fuprême philoſophic ,
La froide infenfibilité.
COMME on voit une tour antique
Braver l'aquilon irrité ;
Telle on voit une ame foïque
Triompher de l'adverfité,
Que l'on dégrade Bélifaire ,
Qu'on le prive de la lumière ,
Sa conftance égale fes maux ;
Sénèque meurt , mais fans murmure
;
La mort , l'effroi de la Nature ,
Ne peut
altérer fon repos .
LES vents qui foufflent les orages ,
La foudre qui briſe les tours ,
Sont dirigés par des loix fages
DE
SI
FRANCE.
Comme l'altre qui fait les jours,
Du monde créé le ſyſtême
Attefte de l'Etre Suprême
Et la fageffe & la grandeur ;
La fenfibilité de l'homme
De tous les maux forme la fomme ;
Le mal phyfique eſt une erreur.
L'ERREUR a régné d'âge en âge
Sur votre globe ténébreux ;
Par les tens elle ſe propage ;
Au coeur elle arrive par eux §
L'erreur égare le génie ;
Vainement la philofophie
Dans fon fein porte le flambeau ;
Les yeux du monel infenfible,
Aux paflions inacceffible ,
Peuvent feuls percer fon bandeau .
Sous le rampart de la fageffe ,
Dans l'ombre d'un réduic facré,
Où l'homme cache fa foibleffe
L'Amour a fouvent pénétré.
Il vole au féjour d'Uranie ;
Au Lycée il fuit Polymaie ;
Il pourfuit Mars dans ſes exploits.
Un Sage * monte au rang (uprême ,
• Marc-Aurèle.
Cil
52 MERCURE
Vainqueur de l'Amour , de lui-mêmes
Et l'Univers reçoit les loix.
Au fein d'une douce apathie ,
De moi-même je fais jouir ;
Je vois les tréfors fans envie;
La gloire ne peut m'éblouïr.
A mes yeux la chimère expire ;
Les vaines terreurs qu'elle infpire
Ne troublent point mes jours fereins ;
La perfidie au doux fourire
Qui feint d'aimer pour mieux féduire ,
Tend à mon coeur des piéges vains .
INSENSIBILITÉ propice ,
Bafe éternelle du bonheur ,
Premier appui de la juftice ,
Reçois l'hommage de mon coeur ;
Tu me couvris de ton égide ,
Et d'une colombe timide
Tu fis un lion courageux ;
Je vois planer l'aigle fuperbe,
L'affreux ferpent ramper fous l'herbe ;
Je marche ferme devant eux.
SUR un rocher tu fis ton temple :
Là , j'apperçois au fein de l'air ,
Le fage Franklin qui contemple ,
Bravant & la foudre & l'éclair ;
DE FRANCE.
53
Daphné va s'y changer en arbre ;
Niobé s'y transforme en marbre
Pour éternifer fon pouvoir.
Là , mon coeur devenu de glace ,
A fu fe choifir une place
Où rien ne pourra l'émouvoir.
VERS fur l'Arrivée de M. le Comte
DE NELLEMBOURG à Paris.
LA Samaritaine éplorée ✶
De n'avoir pu fur tous les tons.
Célébrer l'heureuſe arrivée
Du Prince que nous poflédons,
Se plaignoit , quand la Gloire , embouchant la troms
pette ,
Lui dit avec fierté : profane , feuviens- toi
Qu'un mortel adoré , qu'un frère d'Antoinette
Ne doit être en ces lieux annoncéfque par moi .
( Par M. le Marquis de Caraccioli.
* La Samaritaine , qui carillonnoit dans les événemens
joyeux , eft arrêtée depuis long- temps .
Ciij
14
MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Couvent ; celui
de l'Enigme' eft Manche ; celui du Logogrypheeft
Email , où l'on trouve mail,
ail , il, L ( chiffre romain qui exprime
cinquante. )
Aubrai
CHARADE.
U bruit de mon premier le Chaffeur le réveille ?
Mon fecond plaît en tout fans être merveilleux ;
"
Dans les difcours frappe l'oreille ,
Et dans les Arts fixe les yeux.
Mon tout , terme d'architecture ,
Eft un oifeau dans la Nature .
( Par M. de la L... ancien Moufquetaire.Y
RNIG ME.
DANS le monde , vit-on jamais choſe pareille ?
Lecteur , j'ai le talon à côté de l'oreille ;
Tantôt blanc , tantôt gris , & le plus fouvent noir.
La dépouille des morts forme tout mon efpoir ;
DE FRANCE
.
:
STUD
Mes flancs font un cachot d'une noirceur extrême ,
-à-tour
Où mon priſonnier vient s'enfermer de lui- même,
Je ne le quitte pas ; avec lui tour - à -t
Je vais à la campagne , à la villé , à la Cour.
Je me prête à fes goûts ; il marche für ma trace ;
Mais je trouve bien dur de le ſuivre à la chaſſe
J'en reviens haraffé ; ce turbulent plaifir,
S'il revient trop fouvent , me fait enfin périr.
Mais brifous là -deffus .... Il eft temps de paroître.
Frappe du pied , Lecteur , & tu vas me connoître.
(Par M. le Vicomte de Gal... )
LOGOGRYPHE
ADMIRE, ami Lecteur , l'inconftance du fort :
Iei , de toutes parts je fais voler la mort ;
Là , bravant les rigueurs du temps & de la parque ,
Je fais vivre mille ans le Héros , le Monarque.
Les fix pieds qui forment mon nom
Peuvent fo ffir mainte combinaiſon .
Retranche le fecond , & vois un folitaire
Qui , dans certain pays mène une une vie auftère ;
Je t'offre encore un chiffre un vêtements
Un espace fur terre ainfi qu'au firmament ;
Un pombre ; un Patriarche ; une illuſtre Amazone ;
Le nom latin d'un cruel Empereur ,
Civ
MERCURE
vit à Rome fur le Trône;
Qu'on v
Et ce métal puiffant.... Mais tu me tiens , Lecteur.
(Par M. Gillat , Etudiant en Droit des
Facultés de Rennes. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires
Hiftoriques relatifs à l'Hiftoire de France ,
Tomes XIV, XV & XVI. A Londres ; &
ſe trouve à Paris, rue d'Anjou - Dauphine ,
n°. 6.
Nous avons rendu compte des premiers
Volumes de cette Collection. Les Rédacteurs
ne négligent rien pour en faire un monument
authentique , & une reffource pour
tous ceux qui auront à travailler fur l'Hif
toire.
Ces trois Volumes que nous annon
cons , contiennent les Mémoires de Guillaume
de Villeneuve , de la Tremoille , du
Chevalier Bayard de Louife de Savoie. Les
Éditeurs paroiffent émbarraffés de favoir d'où
venoit Guillaume de Villeneuve , ce qu'il
étoit, & à quelle famille il appartenoit.
Guillaume- Louis de Villeneuve defcend
de l'ancienne Maifon de ce nom , alliée à la
DE FRANCE. $7
•
Maiſon Royale , & diftinguée par l'illuftration
des grandes dignités. Romée de Ville
neuve , un des ancêtres de Guillaume , avoit
été premier Miniftre de Raimond Bérenger ,
Comte de Provence , mort en 1250 : c'eſt à
lui qu'on doit le mariage de Béatrix de Provence
avec Charles de France , Comte d'Anjou
, qui procura la réunion de ce Comté à la
Couronne. Guillaume de Villeneuve , Auteur
des Mémoires , étoit Chambellan de Charles
VIII , & commanda fes Armées Navales.
Sa famille fubfifte encore , & s'eft divifée en
plufieurs branches , dont les principales font
établies en Provence , & connues par les dénominations
de Trans , de Bargemont , de
Flayok , d'Esclapon , &c . &c. &c.
Nous connoillions les Mémoires de Guillaume
, & nous fommes perfuadés du travail
que les Rédacteurs ont dû faire pour les rectifier.
Il y a une efpèce de fervice qu'ils rendront
à l'Hiftoire , en relevant chemin faifant
les erreurs géographiques , en fubſtituant
à de vieilles dénominations les noms moder-
'nes des Villes , & en marquant les métamorphofes
que tous les lieux ont fubies. Des Villages
font devenus de grandes Cités ; celles- ci,
défertées & dépeuplées , ont été réduites en
Bourgades. Les Mémoires de Guillaume de
Villeneuve commencent en 1494 , & finiffent
en 1497. Ce n'eft précisément que le récit de
la conquête de Naples , & de la manière dont
les François en furent chaffés. Il les rédigea
durant la captivité & pour éviter l'oifiveté. Le
Cv.
MERCURE
tyle en eft cependant naïf, coulant & d'une
concifion peu commune.
Les Mémoires de Louis II , fieur de la Tremoille
, dit le Chevalier fans reproche , font
joints aux précédens. Les Éditeurs annoncent
que l'Hiftorien appartient à une des plus illuftres
Maifons de France. « La Tremoille
»
"
ל כ
(difent- ils ) , né en 1460 , a vécu fous cinq
» & porté les armes fous quatre Rois. Elevé
» dans le Palais de Louis XI , il fortoit à
peine de l'enfance quand il entendit les cris
de douleur que le remords arracha trop tard
» à la confcience de ce Prince. Charles VIII
l'auroit comblé de bienfaits , fi une mort
inopinée n'eût enlevé ce Monarque à la
» fleur de fon âge. Louis XII qui lui fuccéda ,
auroit pu fe fouvenir que la Tremoille
l'avoit vaincu , & qu'une longue captivité
» avoit été la fuite de fa défaite ; mais on fait
que Louis XII oublia les torts qu'on avoit
eus envers le Duc d'Orléans ; aufline donnat-
il à la Tremoille que des témoignages de
» confiance & d'eftime. »
>
Qu'on nous permette de faire un rapprochement
entre Hugues Capet & Louis XII ,
à l'occafion du pardon généreux de ce dernier.
Hugues Capet, parvenu au Trône, laiffa
croire qu'il étoit difpofé à venger les infultes
qui lui avoient été faites. On l'avoit qualifié
d'ufurpateur , on s'étoit ligué contre lui , on
lui avoit contefté fa defcendance . Caper ,
après avoir joui de la terreur qu'il infpiroit ,
déclara hautement dans une Affemblée puDE
FRANCE .
blique, que ce n'étoit pas au Roi de France a
venger les inimitiés des Comtes de Paris &
d'Anjou. Voyez Favin , page 556. Louis XII
a fans doute le mérite d'avoir fenti la géné
rofité d'un fi beau pardon ; mais il en avoit
reçu l'exemple ; & ce qu'il fit pour la Tremoille,
Capet l'avoit fait en faveur de Gerbert,
Écolâtre de Reims.
Revenons à la Tremoille , qui fous le règne
de ce Roi , commanda les Troupes envoyées
dans le Milanès , dont il fit la conquête ; qui
eut la gloire d'avoir fait reculer l'Armée du
grand Gonfalve , & qui mourut à la bataille
de Favie avec le furnom de Chevalier fans
reproche , furnom qui paroît un peu gratuit
toutes les fois qu'on fe reffouvient du malfacre
qu'il ordonna des Capitaines faits prifonniers
après la défaite du Duc d'Orléans.f
Les Éditeurs ont accordé la préférence aux
Mémoires rédigés par Jean Bouchet, dont ils
ont retranché les acceffoires inutiles. Ils ont
fi bien réuffi , qu'une lecture confufe & pénible
a été rendue claire , facile , fufceptible de
grâces & de beaucoup de naïveté. On doit
leur favoir gré d'un travail qui donne une
idée pratique des motifs qui les ont engagés à
compofer leur Collection. « Bouchet ( difentils
) a mis une attention particulière à la
» peinture des moeurs de fon fiècle , par la
lui feul a recueillies.
Peut - être nous blâmera-t-on de n'avoir
pas affoibli les tournures trop poéti-
» ques qu'il emploje ; mais nous voulions
ور
"
foule , d'anecdotes quee
C vj
MERCURE
» faire connoître fa manière , & nous n'au
rions pu y toucher fans crainte de l'al-
» térer. »
Les Éditeurs ne doivent point craindre
d'être blâmés de refpecter les phyfionomies
des Auteurs , & de conferver à chacun fon attitude.
Le morceau qui fuit prouve qu'ils
ont bien conçu leur tâche & le peu d'éten
due qu'elle doit avoir. « Nous avons été
» bien plus hardis quand il s'eft agi de réta
blir des dates fautives , & elles n'étoient
» que trop fréquentes dans le texte.... Nous
avouons que nous nous fommes arrêtés
» avec une forte de complaifance fur les événemens
qui appartiennent aux fix premières
années du règne de Charles VIII,
autant parce qu'à cette époque la partie
chronologique de notre Hiftoire eft con-
» fufe & ténébreufe , que parce que les Auteurs
des Mémoires ne rempliffent point
» cette lacune. Ceux de la Tremoille font
même les feuls où l'on trouve quelques
détails fatisfaifans fur l'adminiftration
» d'Anne de Beaujon , & fur les différends
qu'elle eut avec le Duc d'Orléans. » Les
Mémoires de la Tremoille comprennent une
période d'environ cinquante ans , depuis 1460
jufqu'en 1 525. Il fut tué à la bataille de Pavie
le 24 Février. Il avoit alors foixante-cinq ans.
Nous obferverons comme une fingularité remarquable
, que la bataille de Pavie fur fingulièrement
funefte aux vieux Généraux. Ils y
mérirent prefque tous. Les jeunes Guerriers
DE FRANCE 61
furent faits prifonniers. Bonivet fut parmi ces
derniers . Un Général y perdit la vie.
Les Mémoires de Bayard rempliffent la
moitié du Tome XIV & le Tome XV . Il n'eft
aucun de nos Lecteurs qui ne treffaille de
joie au nom de Bayard , qui ne compte fur un
plaifir en lifant les Mémoires du Chevalier
fans peur & fans reproche. Les Éditeurs ont
adopté la traduction faite par Guyard de Berville,
& y ont ajouté tout ce qu'offroient
d'intéreffant les annotations de Godefroi , le
め
و ر
22
"
fupplément d'Expilly , les remarques du
» Préſident de Boiflieu. Les Éditeurs ont comparé
les Mémoires de Bayard avec les Hifto-
» riens de fon temps , rectifié les erreurs qui
s'y étoient gliffées ; on a éclairci les portions
» de l'Ouvrage qui avoient befoin de déve-
» loppemens. » C'eſt ainfi qu'ils donneront
des preuves de leur érudition, & que par une
concordance bien éclaircie entre les divers
Hiftoriens , ils auront le mérite d'avoir épuré
des faits que les Auteurs avoient défigurés par
ignorance , par méchanceté , ou par adulation.
Nous ne faurions trop inviter les Éditeurs
à continuer ces rapprochemens entre les
différens Hiftoriens. Ils ont un modèle dans
POuvrage qui a pour titre la Concordance des
temps pour l'intelligence des Auteurs Eccléfiaftiques
des huit premiers fiècles .
Il nous femble qu'ils fe font trompés en af
furant que la Maifon du Terrail n'existe plus ;
celle de Chatelard en defcend par femmes en
ligne directe. Nous croyons même qu'il y a
62 - MERCURE
encore des defcendans du nom de Bayard.
Nous fommes bien fachés qu'ils n'ayent point
eu connoiffance d'un manuferit ayant pour
titre : Admonitions de Meffire Georges du Terrail
, adreffees par lui enforme de Leçons Che
valerefques , àfin neveu Pierre Bayard, qui
fut notre Chevalier ; ils auroient retrouve les
moeurs du temps , l'éducation qu'on donnoit'
aux Gentilshommes dans leurs medeftes châ
tels , & l'affection des vieux Chevaliers pour
leurs enfans. Ils auroient peint ce bon Évêque
de Grenoble , oncle de Bayard, qui fe char-
-gea des frais de fon équipage , difant à fon
neveu : Écoute - moi , tu me répondras
enfuite en confcience comme au Chapelain
qui te confeffe.... Ils auroient annoncé le
trifayeul de Bayard , contemporain de du
Guefclin & de Cliffon , fe diftinguant contré
le méchant Roi de Navarre , contribuant à
placerfur le Trône de Caftille Henri de Tranftamare
, & fuivant la fortune de Charles VI,
à l'occafion duquel l'oncle de Bayard fait certe
réflexion , qui caracterife fi bien le coeur des
François : « Il faut qu'un Roi foit bien nécef-
و د
20
-
faire à la France ! il faut qu'il foit bien iden-
» tifié avec elle , puifqu'elle tomba en lan-
" gueur avec fon Roi languiffant ! tous nos
Braves avoient perdu leur énergie . Hélas !
quand les François n'ont rien à faire , ils
» s'amufent à faire du mal. On fe vendeit -
» publiquement aux Anglois ....» Le bifayeul
de Bayard fut , fous le règne fuivant , l'ami de
Poton & de la Hire , fervit glorieufement
2
DE FRANCE. 63
l'État , laiffa un fils qui fe fignala fous Louis
XI, & fut le père de notre Chevalier Bayard.
On trouve dans les Admonitions que fon oncle
l'Évêque de Grenoble lui donna , tout ce
qui peint le temps & la véritable grandeur.
Je n'ai jamais pu retenir de mémoire , dit - il ,
que trois mots latins : les voici , retiens- les
bien aufii : nobilitas fola atque unica virtus.
Mon enfant , fois noble comme tes pères ,
comme ton trifayeul , qui fut tué aux pieds
du Roi Jean à Poitiers ; comme ton bifayeul ,
qui eut le même fort à Azincourt ; comme
ton père,qui s'acquit tant de gloire en défendant
la patrie, & fut fi fouvent bleffé.
Ce manufcrit eft dans une bibliothèque
de Moines à Grenoble ; il eft relié de velours
violet , avec des agraffes de cuivre. Nous ne
fommes pointaffezinjuftes pour en vouloir aux
Éditeurs de ce qu'ils ont ignoré l'exiſtence de
ce manuſcrit. Nous ferions tentés bien plutôt
de nous récrier contre les Bibliomanes , qui
ont la manie d'enfouir dans leurs bibliothè+
ques des tréfors inutiles , & qui ne jouiffent
que du bonheur honteux de l'avare.
Pierre du Terrail , appelé le Chevalier
Bayard , naquit fous le règne de Louis XI. Son
oncle le préfenta à Philippe , Comte de
Beaugé , qui devint depuis Duc de Savoie, &
qui étoit alors Gouverneur de Lyon . Ce
Prince le reçut Page . Charles VIII paffant par
Lyon pour fa brillante expédition de Naples ,
le demanda à M. de Beauge , & le mena en
Italie en 1495. C'eft ce que les Lditeurs ont
64 MERCURE
omis dans leurs Notices ; ils ont omis de dire
qu'il gagna l'eftime de Dunois , de Gié , de la
Tremoille à la bataille de Fornoue , & que
le Duc d'Orléans crut voir un du Guefclin
dans ce jeune homme. Ce Duc , devenu Roi
fous le nom de Louis XII , voulut avoir Bayard
dans l'armée qu'il conduifit en Milanès , l'an
1499 ; de - là il l'envoya à Naples , où il réſiſta
feul fur un pont à deux cents hommes ; ce qui
le fit furnommer le Coclès François. Il ne
revint en France qu'en 1514 , qu'il fut récompenſé
de la Lieutenance - Générale du Dauphiné.
La bataille de Marignan (en 1515) , connue
fous le nom de la bataille des Géans , fur
due à la fageffe & à la valeur de Bayard , &
nous ajouterons à celle du malheureux Connétable
de Bourbon. François Premier voulut
après le combat être armé Chevalier par
Bayard. Il feroit trop long d'entreprendre le
récit des belles actions de ce Chevalier , dont
les Éditeurs auroient pu remplir leurs Notices.
Il brilla au fiége de Pampelune , vola
enfuite défendre Mézières contre une armée
de cinquante mille hommes , commandée par
Charles-Quint. Enfin , à la retraite de Rebec il
reçut un coup de moufquet qui lui brifa
l'epine du dos. Il tomba en s'écriant : Jéfus
mon Dieu,jefuis mort ! Il fit un acte de contri
tion , baifa la croix de fon épée ; & ne trouvant
point là de Chapelain , il fe confeffa à
fon Ecuyer, & pria qu'on le mît fous un arbre
, qu'on lui posât la tête fur une pierre , &*
qu'on lui tournât le vifage contre l'ennemi.
DE FRANCE. 65
fupplia M. d'Alègre de dire au Roi qu'il mouroit
content, puifqu'il mouroit pour lui. En
fuite il fit fon teftainent militaire ; il le finiffoit
quand il vit arriver à lui le Connétable de
Bourbon, qui lui dit : Ah! mon pauvre Capi
taine Bayard , que je fuis marri de vous voir en
cet état ! Monfeigneur , ce n'eft pas moi
qu'il faut plaindre ; je meurs en homme de
bien ; vous êtes bien plus digne de pitié.
-
Puis d'une voix mourante il l'exhorta à fe réconcilier
avec fon Roi. Le Marquis de Pefcaire
, ce fameux Général de Charles -Quint ,
furvint, & donna des larmes au plus redoutable
de fes ennemis. Ainfi depuis , Montécuculli
pleura notre immortel Turenne. Bayard,
difent les Éditeurs , s'abandonna à certains
écarts. Ces expreffions font un peu hafardées.
On ne lui a connu qu'une foibleffe ; ce fut
dans la feconde campagne d'Italie. On fait de
quelle manière il fe vainquit , & comment il
mérita d'être comparé au plus grand des Scipions
, qui renvoya à fes parens cette belle
Efpagnole fi connue dans l'Hiftoire. On peut
dire de lui ce que Tite-Live écrivoit de fon
Héros. Il remporta cette grande victoire à
l'âge de vingt- quatre ans , & juvenis & coelebs
& victor. Quoique nous ayons une hif
toire particulière de Bayard , nous pouvons
affurer que fon âme n'eft pas encore affez
connue , c'eft l'Épaminondas de la France,
Qui fera fon Plutarque ?
Le Tome XVI commence par les Mémoires
du Maréchal de Fleuranges. Les Édi66
MERCURE
teurs femblent donner à entendre qu'il s'atta
cha au fervice de la France ; mais fon père y
avoit déjà fervi , & en avoit reçu de grandes
récompenfes. On trouve dans les manufcrits
de Dupuy, n°. 743 , " un don à M. de Fleuranges
, fils aîné de Meffire Robert de la
Marck, de la Ville de Château- Thierry , fa
» vie durant feulement ; c'étoit en 1521. Le
» Roi le fit dans la même année Capitaine
des Suiffes de fa Garde , lequel Office étoit
" vacant par la mort de Meffire Guillaume
de la Marck , fils de feu la Grande -Barbe ,
"
"9
qui étoit fon parent. Les Éditeurs pouvoient
placer un rapprochement qui eût été
inftructif, entre ce Sichingen , partifan Allemand,
qui contribua tant à procurer la nomination
de Charles Quint à l'Empire , &
Erard de la Marck, d'abord Évêque de Chartres
, enfuite Évêque de Tournay & de Liége ,
qui s'attacha à Charles-Quint pour fe venger
de François Premier , qu'il accufoit d'avoir
engagé le Parlement à lui faire faifir fon tem
porel, faute de réfidence & à défaut de paye
ment des aumônes accoutumées. Manuferit
de Dupuy, no. 392. Un procès enleva à la
France le Connétable de Bourbon , victime de
la jaloufie de la Ducheffe d'Angoulême, & du
fyftême dangereux du Chancelier Duprat , qui
perfuadoit au Roi que les biens & les perfonnes
de fes fujets lui appartenoient. Un
procès conduifit au gibet le Sur-Intendant
Semblançay. Combien de maux les procès
n'ont- ils pas faits à François Premier ! Les
DE FRANCE. 67
Éditeurs ont parfaitement caractérisé le mérite
& le ton des Mémoires de Fleuranges,
Les obfervations qu'ils y ont ajoutées , les rapprochemens
qu'ils en font avec ceux de la
Tremoille & de Bayard , épurent d'une ma
nière certaine les faits majeurs fur lesquels il
eft important de n'être point trompé.
Les Mémoires ou Journal de Louife de
Savoie, Ducheffe d'Angoulême , terminent
ce Volume , qui préfente le tableau de trois
règnes agités , fouvent malheureux , dans lef
quels on trouve de grandes vertus , des vices
& de brillantes folies.
Louife de Savoie ( felon les Éditeurs ) influa
fur la plupart des grands événemens du
règne de fon fils . Elle ent des partiſans & des
ennemis. Les premiers ont flatté fon portrait,
les autres ont cherché à en ternir les couleurs.
Les Éditeurs gardent une jufte mefure , qu'on
peut prefque nommer timidité , en parlant de
cette Reine , dont la conduite eft fuffifamment
connue : fa galanterie , fa jaloufie , l'ambition
de gouverner , tout cela auroit été une
fource de vertus , fi Louife n'avoit pas eu un
mauvais coeur, fi le defir de la vengeance ne
lui avoit fait facrifier l'intérêt de l'État & fa
propre renommée ; mais elle eut une vertu
dont on n'a point affez parlé : elle aima fon
fils avec excès , & lui infpira ces principes
d'une aimable & refpectueule galanterie , ce
ton de loyauté chevalerefque qu'il porta trop
loin au détriment de la France. La conduite
de Louife de Savoie après la bataille de Pavie,
68 MERCURE
annonce l'énergie de fon caractère , dans un
moment où elle entendoit mille voix qui l'ac
cufoient des malheurs de la France, pour avoir
perfécuté le Connétable de Bourbon. Elle
maintint tous les Corps dans l'obéiffance , &
follicita des fecours avec vivacité. Il eft vrai
que tous les François allèrent au- devant dé
fes defirs , & que le Parlement de Paris fe
fignala par fa fageffe & par fa fermeté. La
France étoit confternée; chacun partagea le
deuil de la Régente; on n'eut pas de peine à
obtempérer à l'Édit du 20 Avril 1525 , qui
ordonnoit de quitter les habits de foie , défendoit
de porter au- delà de la valeur d'une
demi-once d'or , & d'aller en carrolle . Les
Romains n'avoient fait la loi Opia que dans
une circonftance auffi défaftreufe.
Quand les Éditeurs feront parvenus à la
Régence de Catherine de Médicis , ils feront
étonnés des reffemblances que ces deux
Reines ont entre-elles dans le génie , dans la
tendreffe maternelle , dans l'intrigue , dans la
galanterie ; ils ne négligeront point de recueillir
dans les manufcrits de Dupuy, les lettres
qui fervirent à accufer & à juftifier en
même temps Catherine de Médicis , & qui
dans l'un & l'autre cas donnèrent la plus haute
'idée des reffources de fon génie , de fa facilité
à écrire, & de la profondeur de fes plans politiques.
Les Mémoires de Louife font peu inf
tructifs ; mais ils font curieux à lire , & remplis
de naïveté. « L'an 1519 , le 5 Juillet ( ditelle)
Frère François de Paule , des Frères
وي
DE FRANCE. 69
» Mendians Évangéliftes , fut par moi cano-
» nifé , à tout le moins j'en ai payé la taxe . →→→ .
Et ailleurs elle dit : En Août 1520 , le jour
» Saint Laurent , à deux heures après midi , à
» Saint-Germain-en- Laye , fortit du ventre
» de la Reine ma fille , Madelaine , troiſième
» fille du Roi mon fils , & c. & c. &c. »
Nous ne ferions que nous répéter en ajoutant
que cette Collection précieuſe nous
manquoit. On pourra l'oppoſer à l'Hiſtoire ,
dont elle eſt tout - à- la- fois la preuve & la
critique. Nous invitons les Éditeurs à fuivre
leur concordance , & à être très-difcrets fur les
généalogies . Nous defirons fincèrement que
tous les dépôts leur foient ouverts , & qu'ils
trouvent toutes les facilités dont ils ont befoin.
C'eſt à la bienveillance publique à les
foutenir dans leur entrepriſe.
LES Deux Mentors , ou Mémoires pour
fervir à l'Hiftoire des Maurs Angloifes
du dix-huitième fiècle , Traduction libre
de l'Anglois de M. ***, par M. D. la P...
2 vol. in- 12. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins.
ON s'apperçoit bientôt , en lifant ce Roman
, qu'il part d'une main exercée dans ce
genre de Littérature . L'Homme - de- Lettres à
qui nous le devons, ne s'eft pas borné à cefeul
bienfait ; c'eft par lui que nous poffedons l'excellent
Roman de Tom Jones . M. D. la P...
50 MERCURE
3
nous femble avoit arrangé ces Deux Mentors
d'une maniere Libre , qu'il pourroit bien prétendre
à quelque chofe de plus qu'au titre
d'imitateur. Les événemens y font difpofés de
façon à fufpendre l'interêt fans l'affoiblir ; &
les aventures y font multipliées avec cette
adrefle qui foutient l'attention fans la fatiguer.
Le Héros du Roman , Saville , fe trouve
placé entre deux Tuteurs , dont les moeurs
offrent le contrafte le plus marqué , & qui
s'efforcent de tout leur pouvoir , l'un , à le
bien conduire , l'autre à l'égarer. On fent combien
cette fituation doit faire trembler fur le
fort du jeune Saville.
L'un de fes Tuteurs , Richard Munden , le
prefente d'abord dans une maifon qui eft
bien propre à nourrir ces craintes . Il l'abandonne
aux foins éducateurs d'une Lady Eelmour
, qui , en profeffant le bon ton , enfergne
les mauvaifes moeurs ; qui , prétendant
à la gloire de rendre aimables les jeunes gens ,
leur apprend à cefler d'être eftimables ; qui
enfin non contente de les attacher aux vices
par fés leçons , travaille à former de fes propres
mains leurs criminelles chaînes.
Les fages leçons du fecond Tuteur , Johnfon,
lui offrent un prefervatif; mais on fait que
les leçons font foibles contre l'exemple , &
que des yeux frappés des preftiges de la volupté,
ne laiffent guère à l'oreille la faculté
d'entendre la voix qui ordonne de la fuir.
Le coeur de Saville demeure incorruptible.
DE FRANCE I
Affez. fage pour deviner les piéges qu'on lui
tend , il eft allez courageux pour s'y derober.
Il fait plus : non content d'échapper à la corruption
, il avertit deux jeunes coeurs des
dangers qui les menacent; & il a le bonheur
de rendre inutiles pour eux comme pour lui ,
les odieufes manoeuvres de Lady Belmour.
Saville , qui ne puife point fa force dans
un coeur froid & infenfible , ne fe trouve
pas à l'abri d'un amour honnête. Mill Belcombe
, jeune perfonne auffi vertueufe que
belle , fruit d'un mariage fecret , mais reconnue
à la finpar un père riche , & puiffant par
Ton nom , lui infpire les plus tendres fentimens.
L'hiftoire de la naiffance & de l'édu- ´
cation de Milf Belcombe eft très - attachante.
Mais l'intérêt croît bien encore' , lorfqu'un
enlèvement forcé la jette dans les plus vives
alarmes , & livre fon amant au plus cruel
défefpoir.
Quand Saville eft parvenu à la délivrer
l'intérêt s'affoiblit alors , parce que les obftacles
ont ceffé. Mais l'Auteur faut le renouveler
bientôt. La manière dont Milf Belcombe
retrouve fon père , & dont elle réuffit à fe
faire reconnoître publiquement , malgré des
motifs d'intérêt qui engageoient fon père à
cacher ce mariage , fait couler de douces larmes
, & achève de remplir le but de ce Roman
, dont le fonds eft moral & les détails
intéreffans .
72 MERCUREBIBLIOTHÈQUE
Phyfico - Économique
Inflructive & Amufanie ; cinquième année,
ou année 1786 , contenant des Mémoires
Obfervations pratiques fur l'économie rurale
& civile; les nouvelles Découvertes les
plus intéreflantes dans les Arts utiles &
agréables ; la defcription & la figure des
nouvelles machines , des inftrumens qu'on
doit y employer; les pratiques , procédés ,
médicamens nouveaux quipeuvent intereffer
la fanté des hommes & des animaux ; les
moyens d'arrêter les incendies , & en généralfur
tous les objets d'utilité & d'agrément
dans la vie civile & privée , & c. avec
des planches en taille -douce. A Paris , chez
Buiffon , Libraire , rue des Poitevins , hôtel
de Mefgrigny , Nº. 13 .
CET Ouvrage continue depuis cinq années
de jouir d'un fuccès proportionné à fon extrême
utilité. On l'a d'abord compofé de tout
ce que les papiers Nationaux ont publié dé
découvertes importantes ; l'Éditeur , dont
les efforts ont été encouragés , a bientôt
étendu fon plan , & l'a enrichi du relevé des
Ouvrages étrangers ; ainfi , tout ce qui fe publie
de nouveau en Europe fur les différentes
branches de l'Agriculture , de l'Économie ,
des Sciences & des Arts , eft maintenant de
fon domaine.
On ne peut nier que ce ne foit une idée
fort heureufe que de recueillir ainfi , & de
raffembler
DE FRANCE. 71
raffembler en corps d'ouvrage le réfultat des
efforts de l'Artifte & du Savant ; leurs découvertes
confiées à des feuilles fugitives , courent
fouvent le rifque de devenir inutiles ,
faute des moyens de les retrouver au befoin.
Ici , réunies, par le moyen des tables , dans un
ordre alphabétique , on eft , dans quelque
temps que ce foit , à portée de les confulter
& d'en faire ufage.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties
pour y établir plus d'ordre. La quatrième contient
les annonces de fubftances , compofitions
, machines , opérations , dont ceux qui
les vendent font des fecrets pour le Public ; &
l'Éditeur ne les donne que pour ceux qui aiment
à croire , & qui veulent avoir tout ce
qui fe publie en ce genre.
Il fe juftifie du reproche d'avoir publié
quelques procédés dont l'expérience faite par
les Lecteurs n'a pas eu l'effet annoncé. Il eft
poffible que l'expofé n'en ait pas été fait d'une
manière affez exacte par l'Auteur , ou même
que fon mauvais fuccès vienne du peu de
foin de celui même qui l'a tentée. Il voudroit
bien qu'il lui fût poffible d'éprouver lui-même
d'avance tous les procédés qu'il annonce; mais
fouvent le temps s'y refufe; tout ce qu'il peut
faire , c'eft d'accueillir avec reconnoiffance &
de publier les notes & inftructions que voudront
bien lui envoyer les perfonnes que
l'amour du bien public & de la vérité aura
engagées à tenter ces effais . C'eft ce que l'on
trouve en effet dans un avertiſſement à la tête
No. 23 , 10 Juin 1786.
D
74 MERCURE
lit
du fecond volume de cette année. On Y
auffi des réflexions très-fages fur le magnétifie
animal , qu'on y voit apprécié à ſa juſte
valeur.
Indépendamment du mérite connu de cec
Ouvrage , les deux nouveaux volumes que
nous annonçons , ont encore celui de renfermerles
Mémoires & Inftructions que le Gouvernement
& la Société Royale d'Agriculture
de Paris ont publiés l'année dernière fur les
grains , fur les moyens de fuppléer les fourrages
en temps de difette , &c. On les verra
fans doute ici avec fatisfaction raffemblés dans
ces deux nouveaux volumes.
I
L'Ouvrage complet forme actuellement
vol. in-12 . avec 17 grandes planches en
taille-douce ; favoir , l'année 1782 , 1 vol.;
1783 , Į vol.; 1784 , 1 vol.; 1785 , 1 vol.;
1786 , 2 vol.; les cinq années fe vendent enfemble
ou féparément . Le prix de chaque
volume eft de 2 liv. 12 fols broché , rendu
franc de port par la pofte dans tout le Royaume.
On affranchit l'argent & la lettre d'avis ,
qu'on voudra bien envoyer à l'adreſſe déf
gnée plus haut,
DE FRANCE. 75
VARIÉTÉ S.
SUITE duVoyage aux Glaciers de Chamouni
en Savoye , & retour par le Valais & les
bords du Lac de Genève , par M. Bérenger.
ENFIN nous voici fur des montagnes primiti
ves ; nous voici véritablement dans les Alpes. Un
air balfamique & frais , plus refpirable , plus pur, faiz
reffentir une alacrité nouvelle .
*
« Droite & roide eft la côte, & le fentier étroit. »
On peut cependant y monter en cariole ; mais ja
ne confeille à perfonne de s'y hafarder en Phaeton
du matin , comme l'osèrent entreprendre dernièrement
quelques jeunes gens de Paris , en culotte foufrée
& manchettes de filet brodé. La culebute feroit
certaine ; & le char fracaffé n'arriveroit qu'en pièces
au bas de l'effroyable précipice où l'Arve s'eft creusé
fon lit dans le roc. Des arbriffeaux charmans , des
fleurs éclatantes & parfumées croiffent dans ces déferts
. L'aigle à queue blanche s'élançant de fon aire,
femble planer tranquillement fur vos têtes , & fond
comme la foudre fur les marmottes qu'il enlève
dans fes ferres, tandis que fon bec tranchant les déchire
en lambeaux. On monte , on s'élève de plus
en plus ; il eft des momens où les précipices font à
pic fous vos pas. Le chemin fe trouve çà & là pratiqué
fur des espèces de corniches en faillie , & fi jufte
que la petite voiture l'occupe en entier , & fillonne
quelquefois à hauteur d'appui le côté de la montagne
à droite, Prefque par- tout le fol eft âpre & taillé en
Dij
76 MERCURE
pointes de diamant. De noirs fapins , de triftes mélèles
ombragent lugubrernent ce fombre chemin ,
& toute la décoration d'alentour eft étrange & févère
, comme pour rendre plus faillant le contraſte
qui va paroître .
En fortant de ce coupe - gorge on tourne à
ganche , & l'on voit devant foi la vallée de Chamouni.
Ses vertes prairies , fes bois religieux , les
glaciers qui l'entourent , & les hautes pyramides qui
la menacent de leur chûte , forment le coup- d'oeil le
plus frappant & le plus neuf.
Quelle fcène nouvelle étonne mes regards !
Un éternel hiver blanchit ces boulevards ,
J'apperçois fur les roes les longs flots des caſcades
Durcis & fufpendus à l'urne des Nayades ....
J'aime de ces rochers la fauvage fierté ,
Leur front ceint de frimats par le nitre argenté ,
Et le pin confervant fa verte chevelure
Près du chêne honteux de régner fans parure.
Cette vallée , devenue fi intéreſſante depuis les
defcriptions de MM. de Sauffure , Coxe & Ramond ,
doit déformais completter un Voyage en Suiffe . Tout
ce que j'y ai vu & obfervé m'a paru fait pour juftifier
l'enthoufiafme de ces Auteurs célèbres : fon afpect
a vraiment exalté ma verve. Auffi , pour éviter l'efpèce
de ridicule que les fots ne manquent pas de jeter
fur l'expreffion poétique , qui devient cependant l'expreffion
naturelle de tout homme fenfible qui décrit
en préſence ces magnifiques objets , j'ai affecté
de marquer les hauteurs , les profondeurs des pics
& des abyfmes , des cafcades & des glaciers que
j'ai vus , afin qu'on pût comparer , s'il eft poffib'e ,
de telles dimenfions avec celles qui nous font fami
lières. Au refte , j'avertis encore qu'en tout ceci
j'ai pour garants & pour guides MM. de Luc & de
DE FRANCE. 77
Sauffure, dont je lifois les Ouvrages en parcourant
ces déſerts , qui furent le théâtre de leurs périlleufes
expériences & de leurs utiles découvertes.
Rien de plus fraîchement décoré , de plus heureuſement
entremêlé , de plus élégamment agrefte ,
que cette nouvelle Tempé. Des prairies couvertes
d'une herbe drue & forte , de longs champs de
feigle & de méteil , des carrés de lin & de pommes
de terre entourés de petites clôtures ; plus loin des
lifières où s'élèvent le napel en fleur & la gentiane
purpurine ; de diftance en diftance des ruiffeaux
charmans qui s'échappent du pied des rochers &
courent vers le canal de l'Arve ; de jolis plateaux de
verdure bordés d'auricules , d'oeillets , de violettes &
d'anémones , fleurs fimples il eft vrai , mais exhalant
les parfums du lys , de la vanille & du gérofle ; un
air de vie , un tableau paſtoral , des cadres riches
& finguliers ; enfin , un monde d'un afpect tout nopveau
réveillent ici l'idée des jardins les plus fabuleux
, & forment de cette vallée un afyle unique qu
la fageffe & l'amour devroient feuls habiter.
On découvre fucceffivement les trois hameaux &
les trois glaciers qui meublent les côtes de ce long
& étroit berceau. La vallée en effet n'a guères
qu'une petite lieue de large , fur cinq à fix de longueur.
Ses trois principales Parciffes , qui font celle
des Ouches à l'occident , l'Argentière à l'orient , & le
. Prieuré au milieu , contiennent à peu près trois
mille habitans. La bonne foi , le bon fens , la
bonté paroiffent diftinguer ces bonnes gens. Ils ont
de l'efprit , & même des connoiffances , du courage
& de la gaieté. Je leur ai trouvé beaucoup de phyfionomie
, du caractère , & fur- tout de la probité.
Les femmes y font ce qu'elles devroient être partout,
laborienfes , douces , honnêtes , fenfibles &
fécondes. L'hiver elles filent & jalent ; l'été elles
chantent & travaillent aux champs. La première
i
!
D iij
78 MERCURE
1
faifon commence en Octobre , & finit en Mai ; fa
feconde eft courte , affez chaude le jour , mais topjours
fraîche , & ſouvent froide la nuit. J'arrivai au
Prieuré le dernier de Juillet ; il furvint un vent
froid , & je fus couvert de neige & tranfi , malgré la
peau de chevreuil qui me fervoit de manteau ducal.
Heureufement ce temps extraordinaire ne dura pas ;
le foleil parut , & dans l'inftant le bas de la vallée
fut déblanchi ; alors nous jouîmes pleinement des
pompeufes fcènes qu'elle étale de toutes parts.
Je vis d'abord le glacier de Taconar fufpendu fur
une pente rapide ; bientôt celui des Buiffons , qui
defcend directement du Mont - Blanc , arrêta mes
yeax émerveillés ; enfin j'apperçus en face le grand
glacier des Bois , où les bancs de glace ont juſqu'à
cent pieds d'épaiffeur , & cinq à fix lieues d'étendue
en remontant vers les Aiguilles . Je ne pouvois me
laffer de contempler ces longs fleuves dont les vagues
folides circulent parmi de hauts fapins que
leurs blancs obélifques dominent. Je fuivois leurs
divers contours , & je les voyois s'approcher des
moiffons au point qu'en certains endroits on touche
les épis d'une main , & la glace de l'autre . Deux ou
arois torrens furieux m'arrêtèrent férieufement ; l'un
fur- tout, nommé, je crois , le Nant- Nayin , groffiffoit
à vue d'ail ; pendant que je m'amufois a chercher
du jafpe , des pyrites & du cryftal fur la rive
gauche , il emporta brufquement fon pont de bois
& les pierres qui Fétayoient , & il fallut attendre
que fon éruption fût rallentie , pour le paffer fans
rifque , ce qui ne me retarda pourtant que deux
petites heures.
Arrivé au Prieuré , chez Mme Couteran , Hôteffe
attentive & refpectable , je n'eus rien de plus
preffé que de courir à la fameufe fource de l'Arve-
Ton. Je pris un jeune guide , & je m'avançai vers la
tête de la vallée , le long de l'Arve , dont il fallut
DE FRANCE. 79
franchir les ondes tortueufes pour la fixième fois.
Je traverfai le village de Pras , où je rencontrai
deux manières d'Albinos fort laids , que la Nature
a eu le caprice de coëffer d'une espèce de foie blanche.
Je parvins au bois de fapins qui protège ce hameau
& fa petite plaine contre le ravage des avalanches
, & la chûte des blocs de glace qui , dans les
dégels, fe détachent des aiguilles voifines , & tombent
comme des bombes dans les moiffons de ces habitacles
marécageux.
En entrant dans ce bois , dont les arbres s'élancent
à plus de cent pieds fur des tiges droites & robuftes
, on fent fubitement une fraîcheur vive &
délectable , produite par le courant de l'Arveron , &
par le mouvement qu'impriment à l'air deux ou
trois cafcades qui fe précipitent du haut du glacier.
On arrive bientôt dans un labyrinthe inextricable ,
formé par d'immenfes décombres que les glaces ont
conftamment pouffés devant elles ou charriées for
leur dos depuis la cime du Montant- Vert jufqu'au
plan le plus bas de la vallée . Il y a là telle pièce de
granit de dix à douze toifes cubes , qui fut jadis
perchée fur la pointe de ces fameufes aiguilles ( dont
plufieurs ont quinze cent toifes d'élévation. ) Ces
blocs s'écartent , tombent & dévalent d'autant plus
facilement que , felon M. de Sauffure , leurs couches
ne font pas horizontales comme dans les bancs
calcaires , mais perpendiculaires & en forme de grand
artichaut. La plus grande des pyramides d'Egypte,
mife à la place de ces pyramides de la Nature, feroit,
je penfe, un effet très -mefquin , & n'auroit plus que
l'apparence d'un fommet émouffé ; car enfin la plus
grande des trois qui reftent au Caire , n'a que soo
pieds de hauteur perpendiculaire , & environ 2600
pieds de circuit ; ( M. Bourrit donne à l'aiguille du
Dru, qui tranche le ciel de fa cime, environ dix - neuf
cent toiſes d'élévation , ) & cependant cent mille ou
Div
So MERCURE
י כ כ
30
vriers travaillèrent trente années de fuite , ou à préparer
les matériaux , ou à conftruire l'ouvrage des
Egyptiens ; & une infcription apprenoit que pour les
oignons dont on les avoit nourris , il en avoit coûté
à ces imbécilles Souverains près de fept millions de
notre monnoie. « Petits hommes , hauts de fix pieds ,
tout au plus de fept , faut - il s'écrier avec la
Bruyère , qui vous donnez fans pudeur de la hau-
» teſſe & de l'éminence , qui eſt tout ce que l'on
pourroit accorder à ces montagnes voifines du
Ciel , & qui voient les nuages fe former audeffous
d'elles ; efpèce d'animaux glorieux &
fuperbes , qui méprilez toute autre efpèce , qui ne
faites pas même comparaifon avec l'éléphant & la
baleine , approchez , hommes , répondez un peu à
Démocrite.... Quand je vous vois marcher à vos
» combats , vous me faites fouvenir de ces quatre
puces célèbres que montroit autrefois un Charlatan
, fubtil ouvrier , dans une fiole où il avoit
trouvé le fecret de les faire vivre ; il leur avoit mis
» à chacune un cafque en tête , leur avoit paffé un
corps de cuiraffe , mis des braffards , des genouillères
, la lance fur la cuiffe ; rien ne leur manquoit
, & dans cet équipage elles alloient par fauts
& par bonds dans leur bouteille. Feignez un
homme de la taille du mont Athos fi cet homme
avoit la vue affez fub ile pour vous découvrir
quelque part fur la terre avec vos armes offenfives
» & défenfives , que croyez-vous qu'il penferoit de
petits marmoufets ainfi équipés , & de ce que vous
appelez guerre , cavalerie , infanterie , un fiége
mémorable , une fumeuſe journée, &c. ! »
53
Mais je m'apperçois que j'imite , fans le vouloir ,
je nefais quel Voyageur François en Suiffe , lequel ,
ayant de parler de fon objet , differte pendant cinquante
pages fur les pyramides d'Egypte , & fur la
pierre philofophale , &c. Revenons à la fource
DE FRANCE. $ 1
de l'Arveron , & renonçons aux Epiſodes , lorfqu'ils
n'ont pas pour but d'utiles vérités.
Après avoir erré dans ces fentiers & grimpé far
tous ces bancs de fable , de gravier & de morraine ,
on arrive enfin vis - à- vis de l'arcade , du fond de
laquelle l'Arveron fort en furie , fifflant , rejailliffant
, pouffant mi le débris de glaces & de pierres
qui roulent pêle - mêle en s'entrechoquant fous fes
eaux. Je n'ai jamais rien vu , rien admiré de plus
hardi , de plus folidement irrégulier que cette architecture
des Fées. Représentez - vous une ouverture
béanta tranchée en entonnoir dans un mur de glace
vive , deux lourds maſſifs de même matière dont le
ceintre foutient un diadême pyramidal hériffé de
mille pointes de glaces , des arceaux furbaiffés vers
le fond de cet antre magique , & qui en dégradent
la fuite enfoncée , le jeu des couleurs que tous ces
prifies brifent & reflètent en cent façons au moment
que le foleil les effleure de fes rayons d'or :
telle me parut cette grotte enchantée . Les parois
en font d'une glace pure , denfe & bleuâtre , ou
plutôt d'un vert- d'eau clair & tranſparent comme la
plus brillante porcelaine . Son bizarre entablement
cft couronné de longs feftons de glaces minées par
leurs bafes , & laiffant échapper çà & là des filets
d'eau qui reffemblent à une pluie de vif-argent. Je
m'avançai d'ifle en ifle , de bloc en bloc jufqu'audevant
de cet admirable portail de cryftal . Environné
de périls , je me gliffai , foutenu d'un long
bâton ferré, au pied du maffif qui eft à droite. J'interrogeai
l'écho ; je bas de ces eaux reftaurantes , &
dont la falutaire fraîcheur eft le plus excellent des
toniques. Je ramaffai des quarts d'une éblouiffante
blancheur , de petits fragmens da Schorl tranſparent
comme du crystal de roche , & quelques paillettes
d'or.... Je m'étois affis fur un quartier de glace
Dv
82 MERCURE
pour lire un fragment de Thompſon fur les fleuves....
Tout- à- coup j'entends un bruit pareil au retentiffement
d'un tonnerre lointain.... Un des obélifques
de glace rangés par milliers fur la furface du gla
cier , avoit été iné par la chaleur . du jour ; il fe
détache, & tombant fur des rochers faillans, rejaillit
au loin brifé en mille éclats ; quelques fapins en
furent ébranchés ; plufieurs morceaux plats &
tranchans coulèrent jufqu'à la rivière , & mon vifage
fut couvert d'une pluie de glace pulvérisée qui me fit
fentir ma témérité. Je quittai bien vîte une place où
j'étois affiégé par une auffi formidable artillerie , &
je revins au logis après avoir inutilement effayé de
gravir la gliffante croupe que les glaces élevoient
fous le chapeau , le long de l'efcarpement qui monte
vers le hameau d'Etine.
En rentrant dans le village , nous vîmes la porte
de l'auberge affiégée par une foule de jeunes filles
endimanchées , qui nous apportoient dans des corbeilles
garnies de feuillage , des monceaux de fraifes
& de gros bouquets de violettes ; quelques-unes
nous offroient avec empreffement des affiettes d'une
glace pure & vierge comme elles .; d'autres vantoient
leurs petites bottes de génippi des Alpes ,
( efpèce dabfynthe foyeufe , odorante & fouveraine
, dit- on, pour les pleuréfies . ) Leur nombre
augmentoit d'un moment à l'autre ; elles apportoient
de l'amianthe , du cryftal noir & blanc, des
cornes de bouquetins , des rayons de miel ( le miel
de Chamouni égale en blancheur & en parfum celui
de Narbonne ) ; enfin nous nous débarra flames des
inftances de ces pauvres enfans , en achetant quelque
chofe à chacune d'elles , & nous foupames délicieufement
auprès d'un bon feu , buvant à la glace &
nous trouvant très bien des mets des Patriarches ...
Feftins des Rois, vous n'êtes rien auprès !
Le lendemain dès la pointe du jour , éveillé par
DE FRANCE. 83
le bêlement des vaches & les fonnettes des chèvres
qui fe raffembloient pour regagner les hauteurs , je
partis feul pour le Montant- Verd, afin de voir la
fameufe mer de glace étendue dans cette horrible
vallée.
Cette fombre montagne , couverte entièrement de
mélèſes & de fapins , eft coupée vis- à- vis le Prieuré
par une caſcade qui tombe des appendices du Mont-
Blanc & des amas de neiges qui ceignent la bafe des
Aiguilles . Sa pente fcabreufe eft de deux grandes
heures de traversée. Mais combien n'eft- on pas
dédommagé de fes peines lorfqu'on arrive à fon
fommet (1) ! Le Ciel fe découvre ; l'horizon s'agran
dit ; on voit devant foi un innombrable amas de
vagues hériffées qui donnent l'idée d'une mer fubitement
congelée dans l'inftant même où les aquilons
foulevoient fes flots. De profondes crevaffes traverfent
en tout fens ces courans immobiles ; des
ruiffeaux fluides comme l'éther fuient dans ces fentes
(r) « Avec un peu de courage & quelques précautions ,
les Dames qui vont à Chamouni peuvent jouir de ces
» belles vues . Quatre guides forts & adroits les aident à
» monter, en formant un étroit quarré avec leurs bâtons ;
» ou bien l'on ajufte un fauteuil à bras en forme de chaife
» à porteur , obfervant d'employer de gros écheveaux de
» fil crû en guife de bretelles . Par ces moyens faciles elles
> arrivent au haut du Montant-Verd , on au deffus du
» village d'Etine , d'où l'oeil embraffe à la fois les hor
» reurs des glaciers , les neiges du Mont- Blanc & la vallée
» entière de Chamouni avec fes prairies , fes rivières &
» fes villages . C'eft ainfi que l'été dernier ( 1785 ) Mef-
» dames les Ducheffes de Bourbon & de Valentineis ,
attirées par la plus louable curiofité , parvinrent avec
leur fuite au fommet de ces montagnes , & firent connoître
les grâces & la bienfaifance Françoifes aux pau-
» vres Habitans de ces déferts , qui crurent voir dans ces
jeunes Princeffes ces Fées & ces Sylphides à la puiffance
» defquelles tous les Montagnards Suiffes attribuent les
» décorations merveilleufes de leurs grottes & de leurs
n cryftallières . » Dvj
84
MERCURE
polies ; quelques - unes font creusées en ravin , &
aboutiffent à des espèces de fenêtres rondes par où
les eaux s'épanchent dans le vallon. Plus loin l'on
apperçoit les neiges entaffées par les avalanches des
Aiguilles. Ce chaos de montuofités touche aux âpres
déferts qui défendent les approches du Mont Blanc.
On admire avec effroi , on fe p'onge dans un
océan de penſées ; on marche en tremblant fur cet
inerte amas de ruines qu'entaffent les ouragans , &
que les glaces cimentent. « A meſure qu'on avance
vers les régions fupérieures , cette mer eft calme &
» fillonnée feulement par de vaftes ondes : s'échappe
t-elle par un étroit vallon , c'est un torrent furieux
dont les flots fe preffent & fe poursuivent ; tout à
» cette vue rappelle l'idée du mouvement & du
bruit , & cependant le filence & l'immobilité vous
environnent ( 1 ). »
C'est ici qu'il faut s'affeoir , & accueillir avec
une religieufe terreur les grands penfers qui vous
élancent dans les Cieux , & vous font planer fur
l'abyfine des temps. On croit aflifter aux mille révolutions
de ce Globe ; on voit les pas de la deftruetion
empreints fur toutes ces maffes auguftes & difformes
, de même qu'on avoit vu fur les montagnes
fecondaires les traces d'un océan régénérateur qui
roule autour du Globe , & en baigne lentement &
fucceffivement toutes les parties ( 2) .
Cependant cet incalculable amas de neiges &
de glaçons , cet immenfe linceul qui paroît n'enfevelir
que le cadavre , ou plutôt les offemens de la
( 1 ) M. Ramond , Note fur les Glaciers.
(2) Le favant Aftruc & M. le Baron de Servières ont
fupputé que l'étendue des côtes de France depuis la mer
ne s'eft guère accrue par les dépôts du Rhône , de plus de
trois lieues en trois mille ans. Si l'on pouvoit certifi la
jufteffe de ce calcul , on auroit une idée de la lenteur des
●pérations de la Nature.
DE FRANCE. 85
mère commune des êtres , n'eft qu'un voile myſtérieux
fous l'ombre duquel la Nature prépare en
filence fes intariffables refſources . Là , elle taffemble
dans fes laboratoires éternels ces grands fleuves qui ,
précipités de ces dominantes régions , vont porter
par- tout l'abondance & la vie , avec la fubftance des
monts & des principes fertilifans qu'ils épandent :
là , la décompofition des métaux fulfureux produi
fant une chaleur foible , mais égale & continue ,
opère en grand dans les entrailles de la terre les merveilleufes
combinaiſons que l'Art obtient en petit
par les fourneaux du Chimifte : là , fe forment les
cryftaux prifmatiques ou cubiques , tranſparens
comme l'air , ou empourprés de tous les feux du
foleil , foit que les rayons paternels de cet aftre
échauffent & vivifient le fein de la terre à travers les
glaces & les rochers , foit qu'un feu central foit le
principe fécond de cette éternelle fermentation des
corps.... Honneur , gloire , louanges à l'éternel
Architecte de l'Univers ! C'eft ici qu'eût élevé de
Sanctuaire de fon Temple fublime ; c'est ici qu'il ſe
rend fenfible au coeur & à l'intelligence par la magnificence
des objets dont on eft entouré , & par
l'infaillible fageffe des moyens qu'il a choifis pour
perpétuer l'harmonie & la durée de fon Ouvrage.
לכ
La méditation , dit J. J. , prend fur ce théâtre
aërien je ne fais quel caractère grand & fublime
proportionné aux objets qui nous frappent , je ne
fais quelle volupté tranquille qui n'a rien d'âcre
ɔɔ ni de fenfael . Il femble qu'en s'élevant au - deffus
du féjour des hommes , on y laiffe tous les fentimens
bas & terreftres , & qu'à mesure qu'on approche
des régions éthérées, l'âme contracte quel
» que chofe de leur inaltérable pureté . » N. Hel .
ود
Ce feroir ici le lieu d'expliquer l'origine de ces
immortels glaciers , ou du moins de choisir parmi
les explications qu'on en donne , celle qui paroît la
86 MERCURE
plus vraisemblable. M. Ramond , Commentateur
éloquent de M. Coxe , m'a féduit par fon fyftême . Il
eft penfé en grand , & expofé avec la plus noble lucidité.
Les raifons de M. de Sauffure paroiffent cependant
plus plaufibles. Il obferve , il compare , & fes
réfultats ont la force des démonftrations qu'on appuie
fur l'évidence même. Ce Philofophe qui va G
fagement à la quête des faits , nous donne la chaleur
de la terre comme la caufe naturelle & conftante de
la fonte des neiges & des glaces. Il démontre , par
une foule d'obfervations favantes , les admirables
proportions que la Nature a établies entre les forces
génératrices & les forces deftructives par- tout où
elle a voulu entretenir une certaine uniformité.
3
M. Ramond repréfente ces amas de neige qui
s'accumulent fur les têtes du Mont- blanc , comme
obligées par leur poids de rouler inceffamment dans
les vallées voifines , où le foleil commence à les
fondre légèrement. Peu- à - peu ces maffes poreufes
s'imbibent d'eau , ſe gèlent , fe durciffent & fe compriment
toujours en tendant vers les lieux bas , toujours
plus imbibées , & de nouveau furprifes par les
froids de la nuit & des hivers . C'eft dans les abîmes
creufés par le temps & les orages le long de ces
grands rochers décharnés , que les neiges s'entalfent
à des hauteurs prodigieufes , pouflées , preffées
par le poids toujours agiffant des amoncellemens
fupérieurs , & attirées par la rapide pente des ravins
qui leur fervent de lit. C'eft dans ces vallons
qu'aboutiffent toutes les branches des glaciers ; &
les crevaffes profondes qui les fillonnent , font autant
de canaux ui verfent dans le grand torrent , toujours
creufé vers le milieu , des glaces , & roulant
emprisonné fous une croûte épaiffe en certains endroits
de cent toifes. Plus ces maffes fe condenſent ,
plus elies réfiftent aux chaleurs de l'été, qui , dans ces
froides & fombres régions , ne fauroient jamais ba
DE FRANCE. 87
lancer des gelées de près de dix mois . Auffi les glaciers
s'étendent & fe multiplient de jour en jour ,
parce que les entaflemens des neiges s'accumulent
dans des puits où le foleil ne fauroit pénétrer. Des
contrées entières , jadis couvertes de hameaux & de
moiffons , font envahies par les modernes débordemens
des glaciers . Il eft des cantons en Suiffe & en
Savoie où le progrès de ces ufurpations eft de quatorze
toifes par an : viteffe énorme & terrible , qui
heureufement n'eft pas univerfelle , & que le caprice
des faifons anéantit en grande partie après un période
de temps qu'on eftime , pour le flux & reflux ,
d'environ deux fois fept années.
Quittons , il eft temps , ces régions défolées ;
franchiffons cette chaîne de monts altiers qui nous
féparent de l'Italie & du Valais : defcendons vers le
Rhône , & voyons ce qu'il faut rabattre des féduifantes
relations d'un homme de génie qui échauf
foit de tout le feu de fon coeur le théâtre même des
hivers , & favoit embellir des grâces de fon imagination
le féjour dégoûtant de la misère & de l'imbécillité.
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a
N a continué à ce Théâtre les repréfentations
de Thémistocle. La beauté de la faifon &
le peu d'enthoufiafme que la première repréfentation
a excité , concourent à diminuer
l'affluence & à s'oppofer à un plein fuccès. On
ne fait point de reproches marqués à cet Ou88
MERCURE
vrage ; feulement on le reçoit avec froideur
& cette froideur même fert à expliquer pourquoi
il n'a pas plus réuffi : c'eſt que le fujet
en lui-même laiffe l'ame tranquille ; & qu'à
ce Spectacle , depuis fur- tout qu'on en a banni
le merveilleux , ce ne font plus les beautés
de détail qui intéreffent , c'eft un enſemble
attachant , ce font des fituations fortes , des
caractères vigoureux , des paffions violentes ;
beaucoup de mouvement , même de tumulte
& de défordre ; en un mot , un fujet fufceptible
de grands effets . C'eft-là qu'il faut , encore
plus qu'ailleurs , frapper fort plutôt .
que de frapperjufte. On a pu juger , par l'extrait
que nous avons donné de cet Opéra ,
que la marche en eft fage ; on ne peut nier
que le ftyle général de la mufique ne foit
excellent ; qu'il n'y ait beaucoup de morceaux
de mufique charmans , tels que le duo & les
derniers choeurs du premier Ate ; l'air de
Néocle au fecond , celui de Mandane , celui
de Xercès , fière Athènes , qui a excité les
plus grands applaudiffemens ; le morceau de
Théiniftocle , dont le motif eft répété plufieurs
fois très heureuſement ; le choeur qui
termine cet Acte ; un air de Thémiftocle &
un de Néocle au troiſième Acte ; un autre
duo , dont l'accompagnement eft très - extraor
dinaire, & qui a produit beaucoup d'effet, enfin,
tous les airs de danfe & de divertiffement.
On conviendra encore que le fpectacle en eft
fuperbe ; les habits fomptueux & magnifiques
; les décorations très- belles ; les ballets
DE FRANCE. 89
bien deffinés , pas trop longs , & parfaitement
exécutés par les Sujets les plus chéris . Si tant
d'avantages réunis n'ont produit qu'une foible
fenfation , c'eft dono au fujet feul qu'il
faut s'en prendre , & c'eft un nouvel exemple
qui doit rappeler à ceux qui fuivent cette carrière
, combien il leur eft important d'être
févères dans leur choix.
Les Acteurs ont très-bien rempli leur rôle.
Mme Saint- Huberty a prouvé que fi dans des
fituations violentes elle fait fe montrer excellente
Actrice , elle ne fait pas moins bien,
dans des fituations plus calmes , chanter avec .
infiniment de goût & d'art . M. Rouffeau a
mis beaucoup de grâces dans le rôle de
Néocle , & M. Chardini beaucoup de nobleffe
dans celui de Xercès . Cet Acteur, que
fon zèle inépuifable rend propre à tout , a
fait voir, par la manière dont il a chanté l'air
fière Athènes , qu'il ne lui manque que d'être
plus encouragé pour être compté au nombre
des Acteurs les plus diftingués. M. Laïs s'eft
très bien acquitté du rôle de Thémistocle . On
connoît tout le prix de fa voix intéreffante &
de fon excellente manière de chanter.
인 Peut-être , & nous l'efpérons , la repriſe de
cet Opéra fera-t'elle plus heureufe. Ce ne feroit
pas le premier qui , dans des circonftances
femblables , & avec les mêmes avantages ,
auroit ramené les fuffrages à un fecond effai.
C'eft du moins le voeu que doivent inſpirer
les talens très-eftimables de M. Philidor , à
qui l'on n'a peut-être pas de plus grands repro90
MERCURE
ches à faire , que celui d'être un Compofiteur
National , & de s'être laiffé trop long - temps
oublier.
ANNONCES ET NOTICES.
ORAISON Funèbre de très-haut , très puiſſant &
très excellent Prince Louis- Philippe d'Orléans ,
Duc d'Orléans , premier Prince du Sang , prononcée
dans 1 Eglife Royale de Saint Aignan d'Orléans
, le 10 Mars 1786 , en préfence des Compagnies
affemblées , par Meffire François - Benoît Rozier
, Prêtre , Chanoine de ladite Eglife , in- 4° . A
Orléans , de l'Imprimerie de Charles-Abraham-
Ifaac Jacob , rue Bourgogne , vis- à vis Saint Sauveur
; & fe trouve à Paris chez la Veuve Valade ,
Imprimeur- Libraire , rue des Noyers , & chez les
différens Libraires du Palais.
De la fageffe dans les idées & de la correction
dans le ftyle : voilà le caractère & l'éloge de ce
Difcours.
NOUVEAUX Mémoires de l'Académie de Dijon
pour la partie des Sciences & Arts , premierfemeftre ,
1785. A Dijon , chez Cauffe , Imprimeur - Libraire
de la même Académie , Place Saint Etienne ; & à
Paris , chez D dot le jeune , Imprimeur - Libraire ,
quai des Auguftins , & chez Barrois jeune , Libraire ,
même quai . Prix, 6 liv . 12 fols , & 7 liv. 10 fols
franc par la pofte,
RICHARD BODLEY , où la Prévoyance malheureufe
, par Mme de Malarme , 2 Vol. in 12. A
DE FRANCE. 91
-
Londres , chez Thomas Hookham's ; & à Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques.
par
Il feroit impoffible de préfenter l'analyse de ce
Roman. Richard Bodley & Nancy font élevés
comme frère & foeur des raifons inutiles à rapporter.
Ils deviennent amoureux l'un de l'autre fans
le favoir. La mère de Nancy , qui ne s'oppofe pas à
leur union , mais qui veut éprouver leur amour ,
voyager Richard ; mais cette prévoyance livre les
deux Amans aux plus grands malheurs , qui finiffent
néanmoins par leur hymenée.
fait
Voilà l'action principale de ce Roman ; mais elle
eft croifée par tant de fils étrangers, que l'attention la
plus fcrupuleaſe en eft ſouvent déroutée . Il y a de
l'imagination & un intérêt de curicfité. L'Auteur eft
connu par d'autres Ouvrages.
ÉLÉGIE fur la mort de Louis- Philippe d'Or
léans , Duc d'Orléans , premier Prince du Sang , par
M. l'Abbé Amphoux de Marfeille , ancien Aumônier
des Galères du Roi , Auteur de plufieurs Ouvrages
de profe & de poéfies. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Hardouin & Gattey , Libraires ,
au Palais Royal .
MEMORIAL de l'Europe , ou Tableau Chronolo
gique des principaux Evénemens arrivés dans cette
partie du Monde, in- 12 . A Paris , chez Leroy , Libraire
, rue Saint Jacques.
Cet ouvrage offre un choix raifoncé des principaux
faits épars dans tous les Journaux de l'Europe.
Le Volume que nous annonçons contient le
Tableau Politique , Hiftorique & Philofophique de
l'année 1785. Il en paroîtra dorénavant tous les
premiers Février deux Volumes , dont l'un com
prendra le Tableau Hiftorique de l'année , & le
fecond divers Mémoires fur des fujets de Phyſique ,
92 MERCURE
d'Hiftoire Naturelle , de Médecine , d'Economie
Rurale &c. On prie ceux qui voudront contribuer
à la perfection de ce Mémorial, de faire paffer au
Libraire leurs Mémoires francs de port.
Ess A1 fur le Bureau Typographique , ou véri
table Méthode de M. Dumas pour apprendre à lire
aux Enfans , &c. approuvée de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , par le fieur Bruneteau
d'Embreine , ancien Inſtituteur & Directeur d'une
Maifon d'Education Nationale & Militaire , in- 14.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Tour-d'Auvergne,
& Leroy , Libraire , rue Saint Jacques .
On foufcrit pour les Bureaux de l'Auteur à fix
prix différens. Le Bureau de fix rangs coûte 144 liv. ,
celui de quatre 96 liv. , & la Capfule de huit
logettes , à laquelle on joindra les Effais & le Syllabaire
, 18 liv. Ces trois genres de Burcaux font expliqués
dans le Profpectus qu'on trouve chez le même
Libraire. La moitié des diverfes fommes mentionnées
eft payée en ſouſcrivant , l'autre moitié en recevant
le Bureau .
TRAITE fur les abus qui fubfiftent dans les
Hôpitaux du Royaume , & les moyens propres à les
réformer, afin de rendre les Maifons de Charité des
Etabliffemens utiles à l'humanité , & glorieux à la
Nation , par M. l'Abbé de Recalde , Chanoine de
Comines.
Cet Ouvrage intéreffe tout Citoyen vertueux . Il
indique les abus les plus dangereux qui fe commertent
dans les Hôpitaux du Royaume , en développe
les fuites , & fait voir combien il feroit glorieux &
utile à l'Erat de foulager efficacement l'indigence ;
enfin il propofe , pour fecourir la misère & les infirmités
, des moyens qui , fans être onéreux à l'Etat ,
J'acquitteront envers le pauvre ,
DE FRANCE. 93
MAISONS des Pays froids , ou Conftruction de
Maifon propre à garantir des fioids rigoureux de
l'hiver , & même des grandes chaleurs de l'été , avec
les moyens de les échauffer au meilleur marchépoſſible,
in-4 ° . de 16 pages , avec Plan . Prix , 1 liv. 10 fols .
A Paris , chez la Veuve Valade , Imprimeur -Libraire
, rue des Noyers.
Ce Mémoire eft conforme aux principes d'une
faine Phyfique , & d'ailleurs il a un objet d'utilité
fenfible : c'eft ce qu'attefte l'Approbation de l'Académie
Royale des Sciences.
AABBA, ou le Triomphe de l'Innocence. A
Eleutéropolis ; & fe trouve à Paris , chez la Veuve
Gueffier , Libraire , rue du Bouloir.
C'eft une espèce de Roman Mythologique en
quatre Parties. L'Héroïne eft une Bergère qui échappe
à plufieurs dangers que lui fulcite Vénus , parce que
fes parens , à fa naiffance n'ont pas invoqué pour
elle (a divinité. L'Ouvrage , que l'Auteur a dédié à
La fille , refpire l'honnêteté & les bonnes moeurs ,
FIGURES de Hiftoire Romaine , accompagnées
dun Précis Hiftorique au bas de chaque Lampe ;
einquième Livraiſon. Prix , 15 liv.
On fouferit toujours pour cet Ouvrage intéreſfant
, imprimé fur papier vélin , au Palais Royal ,
paffage de Richelieu , n ° . 2 , chez l'Auteur , M.
de Myris , Secrétaire des Commandemens de Mgr.
le Duc de Montpenfier.
GALERIE du Palais Royal, gravée d'après los
tableaux des différentes Écoles qui la compofent ,
avec un abrégé de la vie des Peintres , & une defcription
hiftorique de chaque tableau . Deuxième
Livraiſon.
Cette Livraiſon a été miſe au jour le 15 du mois
94
MERCURE
dernier. Les perfonnes de Province peuvent la faire
retirer ; ou fi elles defirent qu'on la leur envoie , il
faut ajouter aux 12 liv. 15 fols pour la boîte. On
trouve le Jugement de Paris , de Pierre- Paul Rubens
; le Repos en Egypte de Frédéric Baroche ; la
Proceffion du Saint- Sacrement, d'Annibal Carrache ;
Moife Sauvé, de Dom Diègue Vélafquez de Silva ;
S. Jean prêchant dans le Défert , de François Albane
, & la Tonte de Moutons , de Jean Breughel ,
dit Breughel de Velours. Ce fecond Cahier , par fon
exécution, répond à la beauté du premier, & tous deux
font dignes de l'importance de cette riche Collection.
L'explication du texte , qui eft fort bien faite ,
eft de M. l'Abbé de Fontenay.
LA Reconnoiffance de Fonrofe , peint par Étienne
Aubry , Peintre du Roi , & gravé par R. Delaunay
le jeune. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue &
porte S. Jacques , la porte-cochère près le Petit
Marché , N. 112 .
Cette Eftampe , dont le ſujet eft tiré de la Bergère
des Alpes , eft la cinquième de la jolie fuite connue
fous le titre de Mariage rompu , mariage conclu ,
&c. Elle eft gravée avec le même foin , La feizième
paroîtra fous un mois.
L'AMOUR Ramoneur. -Les Amours d'été,
deux Eftampes deffinées par Leroy , gravées par
P. L. Legrand. Prix , 4 liv, 10 fols , 9 liv. imprimées
en couleur. A Paris , chez l'Auteur , rue du
Plâtre-Saint -Jacques , n°. 13.
Ces deux Eftampes , gravées avec foin , font d'un
effet agréable , fur tout celle de l'Amour Ramoneur.
Aux Manes de Louis- Philippe d'Orléans.
Cette Eftampe , qui repréſente un Mauſolée du
feu Duc d'Orléans , dans lequel on voit un Portrait
DE FRANCE.
95
fort reffemblant de ce Prince fi regretté , eft l'ouvrage
d'une jeune Artiſte déjà connue avantageuſement
par fon Eftampe de la Fécondité , dédiée à.
Mme la Comteffe de Vergennes,
Elle fe trouve chez l'Auteur , rue de l'Arbre-fec ,
nº . 77 , à côté du Café Fagard.
On lit au bas le Quatrain fuivant :
Que Philippe en effet mérite bien nos pleurs !
Digne par les vertus du Sang qui le fit naître ,
Il fut être à-la- fois noble & ſimple en ſes moeurs,
Père, ami , citoyen , tendre époux & bon maître.
ARLEQUIN Roi dans la Lune , Comédie en trois
Actes & en profe , repréſentée pour la première fois
à Paris , fur le Théâtre des Variétés , au Palais
Royal , le 17 Décembre 1785. Prix , 1 liv. 4 fols.
A Paris , chez Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue
Galande.
Il y a de la gaîté & des traits faillans dans cette
Comédie. Elle a eu des repréſentations auſſi nombreufes
que fuivies.
NUMERO 1. Symphonie concertante à deux
'Alto principaux , Violons , Alte & Baffe , Cors &
Haut- Bois ad libitum , par M. Prot , Muficien de
la Comédie Françoife . Prix , 4 liv. 4 fols. A Paris ,
chez l'Auteur ( où l'on trouvera fes OEuvres III ,
V & VI de Duos de Violon pour des Commençan
& des Amateurs ) , rue Saint Honoré , près celle
Saint Nicaife , maifon de M. Roblarre , Epicier , &
à la Comédie Françoiſe pendant le fpectacle.
Cette Symphonie eft la première qui ait paru de
ce genre.
I
NUMEROS 1 à 16 de la Mufe Lyrique , ou Jour
mal de Guittare, dédié à la Reine , par M. Porro,
96 MERCURE
-
contenant des Aifs de Pénélope , de Dardanus , de
la Dot , de Richard , &c. Chanfons de Caroline &
autres. On foufcrit à Paris , chez Mme Baillon &
M. Porro , rue Neuve des Petits - Champs , au coin
de celle de Richelieu. Recueil d'Airs nouveaux
François & Etrangers en Quatuors concertans ; ou
Journal de Violon , Flûte , Alto & Baffe , Numéros
8 &,. Abonnement de vingt quatre Cahiers ,
21 & 24 liv. Chaque Cahier féparément 2 liv. -
Les Délaffemens de Polymnie , ou les petits Concerts
de Paris , contenant l'Ariette du jour, les Romances
& Chanfons de fociété, Violon & Baffe chif
frée. Le Journal qui fait partie du précédent , ſe vend
auffi féparément. Abonnement , Iz liv . franc de
port. Chaque Numéro 1 liv. 4 fols . A Paris , même
Adreffe que ci - deffus . Ouverture , avec les
12
Choeurs & Ballets , de Richard- Coeur- de- Lion , par
M. Grétry, en Quatuor pour Violon , Alto , Flûte
& Baffle , par M. Porro . Prix , 3 liv . Même Adreſſe
TABLE.
ODE fur l'Infenfibilité , 49 l'Hiftoire de France ,
Vers fur l'Arrivée de M. le Les Deux Mentors ,
56
69
Comte de Nellembourg . 53 Bibliothèque Phyfico - Econo-
Charade, Enigme & Logogryphe
m'que ,
54 Variétés ,
72
75
Collection Universelle des Me Acad. Royale de Mufiq. 77
moires Hiftoriques relatifs à Annonces & Notices ,
J'AI
AP PROBATION....
AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 10 Juin 1736. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 9 Jain ' 1986. GUID.I.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 17 JUIN 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à l'Épître de M. DE C.
J'ai lu ton Épître légère ,
Le plus aimable de tes dons ;
Je vois que , certaine de plaire ,
Ta Mufe eft faite à tous les tons ;
Soit qu'aux bords où les fiers Bretons
Jadis ont allumé la guerre ,
Elle chante , au bruit des clairons ,
Ou les exploits des Washingtons ,
Ou les malheurs de l'Angleterre ,
Ou les triomphes des Bourbons ;
Soit que , loin des champs de Bellone ,
Pour un joli chapeau de joncs ,
N°. 24 , 17 Juin 1786.
I
A
E
98
MERCURE
Troquant fon cafque d'amazone ,
Aux doux accords de fes chanfons ,
Elle anime fur les gazons
Les pas de quelque jeune Faune.
CEPENDANT , toi que je chéris
Pardonne- moi , je t'en conjure ,
Si j'ai ri de ton aventure,
Eh quoi ! nos Dames de Paris
Sont donc fujettes au parjure ?
Cela m'étonne infiniment ;
Car depuis peu l'on nous affure
Que la mode , en ce lieu charmant,
A fait un nouveau réglement
Sur les devoirs de chaque amant ,
Sur les femmes à fentiment ,
Sur la conftance... & la parure.
MAIS je crains qu'à tes fens aigris
Ceci ne paroiffe un outrage.
Eh bien ! laiffons le perfifflage ,'
Reffource des méchans efprits ,
Qui de bons mots fans ceffe épris ,
Du coeur ignorent le langage ,
Et le font un pur badinage
Des douleurs des amans trahis
DANS le fond de cet hermitage ,
Afyie aimable du repos ,
3
DE
99
FRANCE.
Séjour riant dont un Héros
A fait la demeure d'un Sage ; *
Des loisirs qui font mon partage,
Tu me demandes donc l'ufage ,
Et de mes paffe -temps nouveaux
Tu veux que je t'offre l'image ?
Ami , c'eſt un malin propos ;
Et tu les devines , je gage.
DANS la lice ouverte aux talens ,
Belle , mais trompeuſe carrière ,
Je forme encor des pas tremblans :
Je fais qu'à des yeux indulgens
Un jeune Auteur de dix - huit ans
Peut- être a quelques droits de plaire ;
Ami , je le fais ; mais enfin
Le croiras -tu ? cet Art divin
Qu'exerçoient Racine & Voltaire ,
On le regarde avec dédain .
Oui , de fon arme meurtrière
Le ridicule l'a frappé ;
Je l'ai vu fervir de matière
Aux mauvais plaifans d'un foupé ,
Où maint petit-maître attroupé ,
A maint calembourg éclopé ,
Accordoit liberté plénière.
MAIS le Poëte doit trouver
* Or...., maiſon de camp. de M. le Marquis de.....
E
ICO
MERCURE
eftime : Son bonheur dans fa propre
Ces détracteurs d'un Art fublime ,
Il doit tous les favoir braver ;
Sa gloire, fa gloire fuprême ,
C'eft de reffentir en lui-même
Qu'il eft fier de le cultiver.
IL fe peut qu'un rimeur ftérile
Se voye à bon droit rejeter ;
Mais pour des vers que fait Zoïle ,
Faut-il aux Mufes infulter ,
Et moins aimer ceux de Virgile ?
Laiffons lourdement végéter
Des Cotins la troupe imbécile ,
Et fongeons , pour la fupporter ,
Que parmi nous l'on peut compter
Des Saint- Lambert & des Delille.
ABJURE ton dépit jaloux >
Oublie une femme volage ;
Si Vénus t'a fait un outrage 2
Apollon t'offre un fort bien doux ;
Des bras de ta fauffe mai reffe
Vole dans les bras des Neuf Soeurs
Ce ne fut jamais leur foibleffe
Qui décida de leurs faveurs ;
Et qui jouit de leur, tendreffe ,
Ne la doit point à des erreurs .
( Par M. Sorin. Y
DE FRANCE. 101
Bouts-rimés qu'on avoit propofés.
UN favan
I.
.´´miroir ;'
N' favant nuit & jour pâlit fur un vieux marbré;
Coryne à chaque inftant fourit à fon. . . .
Thibaut fair à fon art affujétir un •
• •
· arbre;
· foir ;
L'avare foupçonneux compte matin &...
Jeune épouse fouvent importune
Mais chacun doit payer un tribut à ſon
Et quel que foit l'état , le goût , l'âge , la
Tout a connu , connoît , ou connoîtra l' .
I I.
•
.. ·
•
QU'UN Juge fe morfonde à fa table de .
Que Life s'extafie auprès de ſon.
Qu'un Berger tout le jour fe gîte au pied d'un
Moi je faute & je ris du marin juſqu'au
Et fillette inconnue à Madame. ·
Lucine ;
tour ;
mine ,
Amour.
• marbre;
miroir;
arbre ;
foir;
Lucine ,
tour.
Aux joujour , aux leçons je me plais tour-à-
Si quelque fot un jour vient ſe prendre à ma
Je l'envoie à Leucate éteindre fon. •
mine ,
amour.
( Par Mlle Elvire de C *** , de Metz. )
I I I.
PLUS heureux fous mon toit qu'en un palais
de. • • marbre,
Le cryftal d'un ruiffeau m'offre un fimple.. miroir ;
E iij
102 MERCURE
Sur unlit de gazon , à l'ombre de cet. • : arbre,
La gaîté du matin me conduit jufqu'au . feir.
Là ,tout plein d'un objet cher aux Dieux , à Lucine ,
Ma femme, mes enfans m'occupent tour- à-
Dans un doux entretien chaque jour le ter
Et chaque foleil voit renaître mon • · •
tour :
mine
amour.
( Par M. le Chevalier de Thui... )
I V.
UNE fille à douze ans poſsède un coeur de marbre;
A treize elle commence à fourire au. • · ·
•
miroir;
Un Roman , à quatorze , affife au pied d'un arbre ,.
Lui donne à réfléchir du matin juſqu'au . foir;
A quinze , on fait déjà ce que c'eſt que... Lucine ;
Crainte , trouble , defir fe croifent tour- à-
A feize , tout eft dit : grands parens font la
tour ;
mine:
Mais qui peut réfifter au pouvoir de l' ... Amour 3
( Par un Habitant de Migneaux . Į
V.
•
BIEN digérer , avoir un coeur de
.... marbre ,
miroir ;
arbre ,
foir ;
Lucine
·
·
Du vrai bonheur c'eſt le parfait .
L'hiver au feu , dans l'été fous un.
Le verre en main , j'attends en paix lę .
Puis à ma porte , Amour , Hymen .
Sont confignés , de peur de quelque.
fouvent lorfqu'un fouci vous. mine,
•
· ·
·
tour ;
Car trop
Qui le produit
? .. Feinme
, enfans
ou l' Amour
.
DE FRANCE.
103
V I.
TELLE affecte à vingt ans d'avoir un coeur de marbre;
Qui s'en repent à trente , & lit dans fon.. miroir
arbre ,
foir.
Lucine ,
Que chaque jour ôte une fleur à l'. ...
Qa'au matin de la vie on plaît mieux que le
Vous qui n'abjurez point le culte de . . . .
Tour paffe , & vos attraits pafferont à leur
Sexe fier , au bon temps prévoyez la fa. mine;
Époufez par raifon , fi ce n'eft par ...
Amour.
..
tour :
( Par M. D. D. de Lyon . )
VII.
Qui pourroit , me voyant , avoir un coeur
de . •
Difoit le beau Lindor , confultant fon. .
• • marbre;
. miroir ?
cet arbre,
•
foir.
Lucine ;
Chaque jour mainte Belle , à l'ombre de
Scupire en m'attendant au rendez - vou du
En leur faifant ma cour , je la fais à. . . .
Je comble leurs defirs ; & chacune à fon.
Affrontant l'oeil jaloux d'un mari qui ful..
Le fait père en mes bras des enfans de l'..
( Par Mine la Marquife de Sainte- Huruge. )
VIII.
•
Je ne fuis point tenté du jafpe ni du ..
Le cryftal d'un ruiffeau metient lieu de.
J'admire la Nature , affis au pied d'un.`..
De plaifirs en plaifiis le jour me mène au
tour ,
mine,
Amour.
marbre;
miroir;
arbre ;
foir.
E iv
104
MERCURE
que J'ai grand foin Vénus fe paffe de
• • Lucine
tour ;
mine :
Je montre l'Amitié , mais je cache l' . Amour.
Je fuis un fin routier expert en plus d'un
En fecret & fans bruit je fais jouer la....
• ·
( Par un Célibataire retiré à la campagne. )
1 X.
• miroir
arbre;
foir.
Lucine ;
tour
LISE en un fein d'albâtre enferme un coeur de marbre;
Life ne veut que plaire , & devant fon.
Şon bufte fatisfait eft planté comme un. .
Se parer eft fon foin du matin jufqu'au.
De la Cour de l'Hymen elle écarte
Life fe montre fage & folle tour- à-
C'eft le fot ou le fat qui fe prend à ſa.
·
mine s
Et vient mettre à fes pieds le Defir, non l' Amour.
(Par M. Guichard. )
Bouts-rimés à remplir pour le mois de Juillet.
PAQUEBOT ,
SOUTANE ,
FAGOT ,
SARBACANE ,
MIGNON ,
GALÈRE ,
GUIGNON ,
CHÈRE.
DE FRANCE. 105
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eft Corbeau ; celui
de l'Enigme eft Soulier ; celui du Logogryphe
eft Bronze , où l'on trouve bonze, zero ,
robe , Zóne , onze , Noë , Eon , Néro , or.
CHARA D E.
DANS les jardins , l'on trouve mon premier ;
Dans les jardins , l'on trouve mon dernier ,
Dans les jardins , l'on trouve mon entier.
( Par la Fille d'un Militaire de Châlonsfur-
Saone. )
ENIGM E.
JE fuis un meuble util
A la campagne ainfi qu'en ville ;
Un chacun me recherche & defire m'avoir ,
Non pour le feul plaifir de m'admirer , me voir.
Un Prince de mon nom , mais de l'Empire indigne ,
Quoique forti d'un Prince & fi fage & fi digne ,
Fut us monftre , un fléau
Qu'on eût bien fait d'étouffer au berceau.
( Par M. de L. G. )
Ev
106 MERCURE
LOGO GRYPH E.
LECTEUR , fais -tu le nom d'une femme charmante
Qui joint à la jeuneſſe , à l'aimable candeur ,
Une figure intéreffante,
L'efprit , la gaîté , la douceur ?
C'est le mien. J'ai huit pieds , & n'en fuis pas moins
belle ;
Un feul de mes regards enivre tous les coeurs ;
L'amant dont je fais le bonheur
Acquiert une gloire immortelle .
On trouve en me décompoſant ,
Cinq villes de la France ;
Un bien qui , par la jouiffance ,
Nous attache plus fortement;
Des Chrétiens & du Muſulman`
Ce qui forme la différence ;
Nom que l'on donne à ce qui nuit;
Surnom qu'on donne au bord d'une rivière ;
Pronom bien doux , quand un hymen proſpère
A l'objet aimé nous unit ;
Meuble tranfparent & fragile
Qui nous tranfmet la lumière du jour ;
Matière molle & ductile
Qui peut
éclairer à fon tour ;
Ce qu'on fait mal dans les ténèbres ;
Un animal qui n'a point de vertèbres ;
DE FRANCE. 107
Un métal précieux ;
Une herbe très-piquante.
C'eſt affez , je t'impatiente ;
Je ne dis plus qu'un mot ou deux .
Dans le fiècle brillant de la Chevalerie ,
Temps heureux de fidélité ,
De courage , de loyauté ,
De conftance & de courtoifie ,
Preux Chevalier s'attachoit à mes pas ;
Il ne ceffoit de me pourſuivre ;
On lifoit fur l'écu qu'il portoit à fon bras :
L'obtenir ou ceffer de vivre.
( Par M. de Launoy , Officier au Régiment
de Cambrefis. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Lundi 13 Février 1786 , à
la reception de M. le Comte de Guibert.
A Paris , chez Demonville , Imprimeur-
Libraire de l'Académie Françoife , rue
Chriftine. in-4°.
C'EST une diſtinction vraiment honotable
pour M. de Guibert , d'avoir été appelé à
l'Académie , comme un Homme de Lettres
particulièrement propre à dignement célébrer
Evj
108 MERCURE
1
la mémoire de fon prédéceffeur. On fait que
ç'a été là un motif de plus dans l'adoption de
Ï'Académie ; & cette attention , en quelque
forte pieufe , pour la gloire de fes Membres
qui ont le plus mérité fes regrets , eft bien
propre à faire encore mieux ratifier fes choix
au Public.
Il n'eft pas néceffaire de reffembler de talent
& de caractère à un homme illuftre, pour
le bien louer ; il fuffit d'avoir en commun
avec lui des paffions qui ayent le même but,
des ordres de penſées qui ſe répondent. Tel
eft le genre de rapport qui exifte entre M.
Thomas & M. de Guibert. Ce dernier a marché
avec gloire dans les deux carrières où la
gloire à le plus d'éclat ; il a étendu les talens
militaires par ceux de l'Homme - de - Lettres ;
& dans ces deux carrières , la voix publique
le défigne comme un de ceux fur qui la
Nation peut fonder de grandes efpérances.
Comme M. Thomas , il a établi ſa réputation
fur un monument de fortes méditations
, de vaftes connoiffances , un monument
d'un efprit fupérieur , d'une utilité publique
; & , ce qui lui eft particulier ,
cet Ouvrage eft la première production de fa
jeuneffe. Comme M. Thomas , il a cultivé
l'éloquence dans le genre des éloges : & il
s'est toujours montré égal à ſes ſujets , en peignant
un grand Légiflateur & un grand Géné
ral , un fage parmi le bruit des armes &
Péclat d'un règne de fplendeur , & un fage
affez intrépide , pour tenir ferme contre les
DE FRANCE. 109
vices de la Cour la plus corrompue , au fein
des difcordes civiles ; comme M. Thomas , il
cultive auffi la poéfie ; mais il lui faut des
fujets qui ayent toute l'énergie du fentiment
de l'honneur , de celui de la liberté , ou toute
la véhémence des pallions. Ni en vers ni en
profe , il n'écrit comme M. Thomas ; mais
par tout il montre de la verve , l'enthoufiafme
des grandes chofes & des grands hommes
, un ardent amour du bien public , un
profond attachement aux Sciences & aux
Lettres , fondé fur tout le bien qu'elles peuvent
faire , un amour de la gloire né des fentimens
qui y conduifent ; s'il l'ambitionne
avec plus d'impétuofité , elle convient à ſon
âge , à fa principale profeffion , à une force de
caractère qui eft le garant des fuccès , comme
le mobile des efforts . Enfin , les défauts qu'on
a reprochés à l'un & à l'autre , tiennent à une
sève trop abondante , qui a befoin de fe calmer
, pour donner les plus beaux fruits . Je ne
fais s'il n'eft pas des hommes à qui les éloges
qui caractérisent le vrai mérite déplaiſent; je
fais feulement qu'on ne peut louer le vrai
mérite qu'avec une eftime fentie ; & je ne
fonge ici qu'a exprimer ce que je penſe.
Le Difcours de M. de Guibert auroit pu
être fait fur un autre plan. L'examen des Ouvrages
de M. Thomas pouvoit être rapporté à
plufieurs vues différentes , par lefquelles ils'
auroient été féparés & rapprochés. M. de
Guibert , par une autre marche, en s'arrêtant
IIG MERCURE
fucceffivement fur les travaux de fon prédéceffeur
, à mesure que l'ordre des temps les
lui préfente, s'eft ôté les moyens de grouper
les objets , de les offrir dans une fucceffion
moins attendue . Il a fans doute connu les inconvéniens
de ce plan ; mais il y trouvoit un
avantage qui lui étoit précieux , celui de pouvoir
former de toutes les parties de fon fujet
autant de grandes maffes . Pour cela , il falloit
une grande étendue , une grande variété,
d'idées , & un ftyle plein de verve & d'un
éclat naturel ; & ce font ces qualités qui rendent
à fon Difcours cette élévation oratoire
que fon plan fembloit lui ravir .
C'eſt par une réflexion auffi noble que touchante
, & par un heureux mouvement , qu'il
entre dans fon fujet.
"De même que plufieurs d'entre vous , Meffieurs ,
pour lefquels ce jour est une cérémonie funèbre , je
n'ai pas le malheur d'avoir à pleurer dans M. Thomas
us ami particulier ; mais l'eſtime & l'admiration ont
auffi leur douleur. Je le connoiffois beaucoup , je le
rencontrois fouvent , je le recherchois toujours : je
m'honore de l'amitié d'une des perfonnes du
monde qu'il aimoit le plus . Enfin , qu'il me foit
permis de me parer ici d'un fouvenir qui me flattera
toute ma vie ; il étoit un des Académiciens qui
m'avoient le plus fouvent invité à me préfenter ; &
fi cette idée touchante de M. d'Alembert , que les
Académiciens euffent , en mourant , le droit de donner
leur voix , avoit eu fon exécution , je puis croire
que M. Thomas , qui n'avoit jamais trahi la vérité ,
qui n'avoit jamais fait des témoignages de fon efDE
FRANCE. III
time une monnoie infidelle , m'auroit affuré ce degs
honorable. »
» Je me hâte , Meffieurs , de vous parler de lui
feul ; car vos regrets , je le fens , doivent plus vous
occuper que ma reconnoiffance. Mais qui fuis - je ,
pour louer dignement M. Thomas , au milieu de
ces murs qu'il a fi fouvent fait retentir d'applaudiffemens
, en préfence d'une affemblée pénétrée d'eftime
pour la mémoire , devant des amis défolés ,
qui trouveront toujours mes expreffions au-deffous
de leur perte ? Qui fuis-je , pour le célébrer comme
Poëte & comme Orateur , à côté du talent qui va
prendre la parole après moi , & qui , fous ces deux
rapports , pourroit fi bien le juger & le peindre ! Oh !
fi l'ame tenoit lieu de ces facultés ! .... Mon imagination
meſure du moins toute l'étendue de la tâche
qui lui eft impofée ; elle s'enflamme à fa vue ;
Elyfée s'ouvre devant moi ; je me fens preffé par
ces grands Hommes que M. Thomas a loués luimême
avec tant d'éclat : leurs ombres reconnoiffantes
m'environnent ; elles me crient : Acquitte notre
dette ; nous fommes - là pour nous plaindre ou pour
t'applaudir. »
Les amis de M. Thomas n'auroient pu exprimer
leurs regrets avec un fentiment plus
profond & plus tendre . Il y a pour lui dans
ce morceau une forte d'enthouſiaſme religieux
, qui ne va pas moins au coeur que les
accens de l'amitié. L'Orateur explique cet
effet, qu'il produit par ce mot charmant , qui
plaira fur-tout à tous les adorateurs des talens
& de la vertu : l'eftime & l'admiration ont
auffi leur douleur. Je ne fache pas qu'on ait
encore exprimé cette affection qui nous attache
perfonnellement à ces hommes d'un mé112
MERCURE
rite éminent , qui ont vécu étrangers à nous.
Il eft glorieux à M. de Guibert d'avoir trouvé
dans fon ame un fentiment fi honorable au
coeur humain.
En commençant par les premiers Ouvrages
de M. Thomas , ( ſes éloges ) ſon fucceffeur
en agrandit encore la renommée , en développant
combien ce nouveau genre d'éloquencé
a répandu d'éclat & d'utilité fur les
Prix de l'Académie ; & combien il étoit néceffaire
à l'établiffement de ce genre d'élo- .
quence ,
de trouver un homme comme M.
Thomas , c'eft- à - dire , qui joignit des connoiffances
fi diverſes, fi profondes, à un talent
fi élevé.
Parmi tous ces éloges , il détache le plus
beau , un des Ouvrages fupérieurs de ce
fiècle par la force de tête & la vigueur de
coloris qui s'y font fentir jufqu'à l'admiration
, l'éloge de Deſcartes. Par les idées , les
fentimens qu'il lui infpire , M. de Guibert
s'approche du talent qui l'a produit. Je ne
puis rien retrancher de ce morceau .
« Entre ces cinq éloges que vous avez couronnés ,
quel Ouvrage fur tout que l'éloge de Defcartes !
quel fuperbe monument élevé aux Sciences ! jufqueslà
, ces fujets févères & abftraits fembloient interdits
à l'éloquence. Qu'il fallut à M Thomas & d'art &
d'efprit , qu'il eut befoin de pofféder profondément
fon fujet, pour allier avec fuccès des genres en quelque
forte ennemis , pour prêter des couleurs brillantes
à des vérités froides , pour affocier des images
à des faits , des comparaiſons à des calculs ; pour
DE FRANCE. 113
faire jaillir du milieu de l'explication d'un fyftème
autfi prodigieux , auffi compliqué , auffi univer el
que celui de Defcartes , tant de grandes idées qui
appartiennent à l'Orateur , & qui cependant ne font
point étrangères au grand Homme qu'il célèbre ! A
travers ce chaos de tourbillons , de foleils , de
mondes , d'immortelles vérités ou d'erreurs fublimes
encore , quels heureux repos pour la peafée du Lecteur
, quelles belles maffes de morale & de philofophie
jetées par intervalle , que ces morceaux fur
l'éducation de Defcartes , fur fes voyages , fur la
perfécution qu'il effuya en Hollande , fur la vie privée
, fur cette infatiable curiofité qui lui fit tout
étudier , tout examiner , tout connoître , pour arriver
à douter & enfuite à créer ! Comme M. Thomas
agrandit , par tous ces détails acceffoires le mérite
principal de Descartes , & fur tout l'idée qu'on avoit
de fon génie Comme il fait fentir que Defcaries ,
en étant tout ce qu'il fur , auroit pu être auffi tout
ce qu'il auroit voulu , fi le hafard ou (on choix lui
euffent donné une autre deſtinée ! Comme il fait
tour- à-tour estimer le caractère de Delcarres & aimer
fon coeur ! Comme on jouit de fon affliction ,
quand il apprend la mort de fon pèrs & des tendres
& pieux remoris qu'il éprouve de ne pas lu avoir
fermé les yeux ! Comme on pleure avec lui cette
Francine , cette enfant , fruit d'une foibleffe qui la
lui tendoit encore plus chère ! Deſcartes , le grand
Defcartes , aby(mé dans fa doulear , au point que la
Nature entière refta pendant quelques mois éclipfée
pour lui , donne l'idée d'un Souverain qui dans fon .
defefpoir , abdiqueroit l'Empire . Par tout dans cet
éloge , M. Thomas laiffe percer ce fentiment fi rare
dans un Orateur , & qui l'unit d'une manière fi touchante
à fon Héros , cer attrait perfonnel d'admiration
& d'amour pour Delcartes . On fent qu'il love
celui dont il fe feroit fait le difciple & l'ami , s'il eût
114
MERCURE
vécu de fon temps . Enfin , au lieu que les talens ordinaires
s'épuifent dans leur fujet , & n'arrivent vers
la fin qu'avec des forces confumées , le génie de
M. Thomas fe trouve encore trop à l'étroit dans ce
bel éloge ; il y ajoute , en forme de notes , un fupplément
peut-être fupérieur à l'Ouvrage même ; &
dans ce fupplément , il prend une autre marche , un
autre ton ; il fe dépouille de tout Fappareil de fon
éloquence , comme d'une force ou d'une parure fuperflue
à fon talent ; il devient le rival de Fonte- .
nelle ; il en prend la fimplicité , la fineffe & l'ingénieufe
clarté ; en forte que fi l'Académie des Sciences
fe fût réunie à l'Académie Françoife , dans la
penfée d'honorer auffi Defcartes par un éloge public ,
M. Thomas , par un Ouvrage analogue à chacune
d'elles , auroit pu remporter les deux couronnes . »
L'Orateur parle de chacun des objets qu'il
parcourt avec le ton qui leur eft propre , chacun
de fes morceaux paroît avoir reçu une
heureufe influence de l'écrit de M. Thomas ,
auquel il s'applique. Écoutons- le fur le Difcours
de réception à l'Académie de fon vertueux
prédéceffeur.
« Vous rappellerai - je , Meffieurs , le jour où M.
Thomas fut admis parmi vous ? Cette réception eut
tout le caractère & tout l'éclat d'un triomphe ; fes
titres étoient vos jugemens , fes fuccès vos propres
palmes. Les Sciences , la Magiftrature , l'Armée , la
Flotte , toutes ces profeffions fur lefquelles fon éloquence
venoit de jeter un nouvel éclat , l'avoient
unanimement recommandé à vos fuffrages . Il entra
ici comme les anciens vainqueurs montoient au Capitole
, précédés de leurs trophées , & aux acclamations
de tous les ordres des Citoyens.
33
» Vous rappellerai- je la belle fin de ce Difcours
DE FRANCE. 115
-
cette péroraifon peut être inufitée , cette espèce
d'élan chevalerefque , ( car tous les enthoufiafmes
nobles doivent ſe rapprocher dans leurs formes )
par lequel il jura dans vos mains de fe dévouer à
jamais à la vérité & à la vertu ? On ofa , dans le
temps , accufer ce mouvement d'emphafe & de
fafte; mais quand un pareil ferment n'étoit que l'expreffion
de fes príncipes , quand il en fit la colonne
fur laquelle il s'appuya toujours , quand à fa mo: t il ,
ne laiffe ni une action ni un écrit qu'on ne puiffe
placer à côté de ce ferment ; chargé de l'honorable
fonction de faire fon éloge , je dois fans doute en
retracer ici le fouvenir. Appelé à lui fuccéder , je
voudrois plus je voudrois avoir le droit de le renouveler
pour moi- même , & de prononcer les
mêmes paroles fur fon tombeau. »
Ón doit favoir gré à M. de Guibert d'avoir
ainfi vengé la vertu de l'outrage qu'on lui
avoit fait , en tournant en dérifion ce noble.
ferment qu'elle avoit infpiré. Avec quelle
dignité l'Orateur le retrace ! comme il le confacre
par le fouvenir de la vie entière de M.
Thomas qu'il en rapproche ! & comme il
s'affocie lui - même , fans fafte & fans em-.
phafe , à la vénération que ce ferment imprime
, en defirant d'avoir le droit de le répétér
pour lui -même ! On ne peut mieux honorer
l'homme de bien , qu'en s'engageant publiquement
à lui reffembler , J'oferai faire ici
l'application d'une idée que je préfenterai dans
un morceau qui fuivra cet extrait. Des Dif
cours , qui ne feroient que des complimens ,
excluroient ces élans , ces épanchemens de
l'ame , & par conféquent ce qu'il y a de plus
116
MERCURE
beau dans le talent de bien dire , qui tient fi
intimement aux fentimens qui portent à bien
faire .
L'Effai fur les Femmes eft apprécié avec
une juttelle parfaite ; ce qui fuppofe l'aveu de
ce qui manque à cet Ouvrage. M. de Guibert ,
pour faire rendre à cet ingénieux & intéreſfant
Ouvrage l'eftime qu'il mérite , a foin
d'en rappeler plufieurs traits de la fineile la
plus piquante , de la délicateffe la plus aimable
; ce qui étoit la meilleure manière de le remettre
en faveur. Ce morceau, plein d'efprit,
mériteroit encore d'être cité tout entier, ainfi
que celui qui regarde le Poüme de Pierre - le-
Grand , dont M. de Guibert prefente le plan-
& annonce les principales beautés.
C'eft fur tout vers l'éloge de Marc- Aurèle
que fe porte l'admiration dans l'éloge de M.
Thomas ; c'eft aufli un des morceaux que M.
de Guibert a le mieux traités. Il emploie ici
une éloquence toute dramatique , pour peindre
une belle création dans ce genre.
J'avoue que je ne trouve pas dans le morceau
de l'Efai fur les Eloges , tous les développemens
que ce monument principal du
grand talent de M. Thomas pouvoit inſpirer
à la philofophie & à l'éloquence de fon fucceffeur.
Il femble avoir affecté la préciſion.
fur cet objet , pour en mieux embraffer tous
les mérites. Mais je crois qu'il n'y a pas
affez de proportion entre un éloge fi court ,
& un Ouvrage qui préfente toute l'hiftoire de
l'éloquence , comme l'obferve M. de Guibert
DE FRANCE. 117
lui-même , entre un examen fi rapide d'un
Ouvrage etendu, & des appréciations plus détaillées
fur les autres Écrits de M. Thomas.
Je dois cependant à la juſtice de remarquer
que ce font les développemens & non les
vues qui manquent dans ce morceau.
Au milieu de cette noble & touchante revue
des travaux de fon fucceffeur , l'Orateur
s'arrête pour nous le montrer enlevé à fes
amis , au Public , à fes travaux , à ſes eſpérances
, à tout ce qu'il pouvoit encore mériter
de gloire & de bonheur ; & cela , au moment
où une fanté toujours chancelante paroiffoit
fe raffermir , où fon ardeur fe ranimoit avec
fes forces ! c'eft l'homme qu'il lui refte à peindre
dans M. Thomas ; c'eft fon portrait perfonnel
qu'il trace , pour adoucir fes regrets ,
ceux de l'Académie & du Public, & pour
laiffer un modèle d'un des plus refpectables
caractères dont les Lettres puiffent s'honorer.
Comment rendrai je donc affez d'hommages à
la vie fans tache de M. Thomas , à fes murs tou
jours conformes à la beauté de fa morale , à ce caractère
élevé qui ne fe démentit jamais , à ce refpe &t
pour l'ordre , qui en même-temps ne dégénéra point
en fervitude , & n'encenfa jamais ni les préjugés ni
les abus ; à cet amour de la paix , qui eit peut- être
la vraie philofophie , & qui l'empêcha conftamment
de s'engager ni dans aucun parti ni dans aucune
querelle d'opinion ; fans doute a fi parce qu'il avoit
réfléchi que l'efprit de parti égare bientôt le jugement,
& que les opinions foutenues avec éclat finit
fent toujours par manquer de iefure ou de juftice,.
118 MERCURE
Homme excellent fous tous les rapports & dans
toute l'étendue de ce mot univerfel , en louant tes
vertus connues , je ne te rends encore qu'une partie
de ce qui t'eft dû ! Je voudrois que , comme dans
l'éloge de Marc-Aurèle , tes amis , tes parens , tout
ce qui eut avec toi quelque relation , cût le droit de
venir ici révéler , & tant de mouvemens intimes , &
tant de nuances précieuſes de ta belle ame. Je ne
touche à ton image qu'en tremblant ; je crains d'affoiblir
ce que je connois , je regrette ce que j'ignore.
Que de traits cachés par la modeftie , ou perdus dans
la folitude où il vivoit ! Une femme de fes amies ,
que l'ingénieufe fineffe de l'obfervation fuivante &
la pureté du fentiment qu'elle renferme, ne manqueront
pas de faire nommer , me parloit , il y a quel
que temps , de la vigilance continuelle de M. Tho
mas fur les défauts . Par exemple , me difoit-elle ,
ilaimoit trop la gloire pour n'être pas quelquefois
agité par les fuccès des autres ; mais je ne furprenois
cette belle foibleffe de fon ame que par l'excès
des éloges dont il accabloit alors fes heureux rivaux.
Il en étoit de même de toutes les imperfections qu'il
pouvoit avoir ; elles lui faifoient toujours embraffer
avec exagération les qualités oppofées ; enforte que
je ne me fuisjamais apperçue de fes défauts que par
fes vertus.
Je crains que certaines perfonnes ne trouvent
qu'en m'arrêtant fur les principales
parties de ce Difcours , je loue toujours &
beaucoup. Je ne puis que leur fouhaiter autant
de lincérité dans leur répugnance à admettre
mes éloges , que j'en mets à les écrire.
Mais je plaindrois celles qui ne goûteroient
pas particulièrement ce dernier morceau , qui
n'en receyroient pas une vive impreffion de
DE FRANCE. 119
refpect pour l'homme qui y eft peint, & pour
l'Orateur qui en parle d'une voix fi touchante .
Quelle onction dans cette invocation aux amis
de M. Thomas ! quelle vérité ! quel charme
dans la fimplicité de ces expreflions d'une
profonde eftime : Je ne touche à ton image
qu'en tremblant ; je crains d'affoiblir ce que
je connois , je regrette ce que j'ignore ! Il eft
doux de fentir ainſi le mérite , il eſt beau de
le louer ainfi.
On a pu reprocher des défauts à ce Dilcours
; trouver , par exemple , que le morceau
fur la gloire qui le termine n'eft pas affez
lié au fujet , qu'il eft trop long ; & que , malgré
de beaux traits , il n'a pas tout l'effet que
promet l'objet éclatant auquel il eſt dédié.
J'abandonne ces critiques à ceux qui veulent
que tout foit également beau ; & je confens
qu'ils n'aiment que des Ouvrages parfaits ,
s'ils en trouvent de tels . Pour moi , fi j'ofe ici
rendre compte de mon fentiment , il me femble
qu'un Difcours où M, Thomas eft mis à
fa hauteur par la conviction que l'on imprime
dans les éloges & la fenfibilité dont on les
anime , où l'on trouve à chaque inſtant un
efprit fupérieur & une ame éloquente , où
l'on rencontre des morceaux qu'on admireroit
dans les meilleurs Livres , donne un titre
de plus aux honneurs Académiques , & mérite
de furvivre à la cérémonie dont il a été
l'occafion .
Quand on loue avec la confiance de faire
partager les émotions qu'on éprouve , on ou
¥20 MERCURE
blie aifément les bornes de l'efpèce d'Ouvra
ge qu'on écrit. Ce plaifir , auquel je viens dé
me livrer , va me faire fentir le regret de ne
pouvoir allez m'arrêter fur la réponſe de M.
de Saint-Lambert.
Le ton tout différent qui la diftingue me
fait appercevoir un principe de goût que je
dois réunir aux idées fur ce genre d'Ouvrages,
que j'oferai préfenter.
Le mérite & le fuccès tiennent ici à des
convenances qu'il faut faifir avec un esprit fin,
& manier avec un talent délicat. Il eft naturel
à celui dont un contentement modefte remplit
l'ame de fe livrer avec enthoufiafine au fujet
que fa fituation lui donne à traiter. En louant
dans fon predéceffeur un beau talent , un noble
caractère , il peut , il doit prendre un
ton élevé , & répandre toute l'abondance de
fes penfées & de fes fentimens. Le Directeur
préfente au Public des hommages plus calmes ,
l'appréciation plus reflechie de fes confrères;
il admire moins , il juge davantage ; l'épanchement
d'une longue eftime , les regrets plus
tendres de l'amitié , ces détails perfonnels
que la confraternité révèle , donnent une au-
'tre forte d'intérêt à fon Difcours. Comme il
loue le prédéceffeur avec cette dignité qu'inf
pire la fonction qu'il remplit , il apprécie le
fucceffeur avec cette fatisfaction qu'on éprouve
, lorfqu'on récompenfe , avec cet intérêt
qui anime une cérémonie , mais auffi avec
cette mefure & cette précifion néceffaires pour
Juftifier un choix ; il peut rendre fa louange
plus
DE FRANCE. 328
plus piquante par ces tours fins & aimables
qu'emploie fouvent la politeffe d'un efprit qui
veut plaire ; mais il doit donner à la louange
même , le poids de la juſtice . Enfin il parle le
fecond fur un même objet ; il ne doit plus
dire les mêmes chofes , ni fur-tout les dire de
la même manière . Alors l'attention de l'Auditeur
, qui échappe aux répétitions , à l'uniformité
qu'il craignoit , fe rattache par la fur
prife . La perfection d'un tel Difcours eft d'éviter
la reffemblance avec un Ouvrage qu'on
goûte & qu'on fait goûter. Je pofe ici les
principes que m'infpire le Difcours plein de
goût & de talent de M. de Saint-Lambert . Il
eft en quelque forte de fa deſtinée de porter.
dans tout ces deux mérites qui naiffent de
l'heureuſe alliance d'une imagination poéti
que & d'une philofophie toujours vraie , qui
font le caractère de tout ce qu'il a écrit en
profe & en vers.
cc
Quand vous avez composé votre Livre , M.
ce Livre , regardé aujourd'hui comme l'un des meil
leurs fur l'Art de la Guerre , vous aviez ving- quatre
ans ; il obtint les fuffrages les plus eftimables ; & ce
qui les vaut tous , celui du Roi de Pruffe . Quelques
Lecteurs , qui confondoient l'expérience avec le long
cours des années , fupposèrent que vous ne pouviez
avoir les lumières qu'elle feule peut donner ; mais
l'expérience eft l'effet de l'emploi du temps , & non
de fa durée. Le jeune Guerrier , amoureux de fon
métier & de la gloire , qui , dans la guerre , toujours
infpiré par fa noble paffion , toujours éclairé parla
raifon , voit , obferve , médite & combat ; celui qui ,
pendant la paix, parcourt nos frontières pour y voir
Nº. 24 , 17 Juin 1786.
122
5
MERCURE
les terreins fur lefquels Turenne , Condé , Luxem
bourg Maurice ont fait mouvoir leurs Armées
ont préparé & remporté des victoires ; celui qui ,
après avoir vu dans le même efprit la Saxe , la Bohême
, la Siléfie , fe rend aux camps de Poſtdam , y
voit les manoeuvres & y entend les ordres du plus
grand des Capitaines ; celui qui paffe les jours de
fon repos à lire Cefar , & qui fe transporte avec les
Hiftoriens aux champs de Leuctre & de Mantinée ;
voilà celui qui a de l'expérience,
33
Ce que j'aime le mieux de ma victoire
difoit Epaminondas après la bataille de
Leuctre, c'eft de l'avoir remportée du vivant de
monpère & de ma mère . M. de Guibert goûtoit
ce bonheur , en recevant la couronne des
talens fous les regards d'un père , dont il peut
s'honorer , & qu'il honore à fon tour . M. de
Saint-Lambert , digne de mêler fon ame à
cette fcène domeftique , l'a bien heureuſement
tranfportée dans la cérémonie du jours
il a de plus procuré au Public l'occafion de
témoigner toute fon eftinie à un de nos plus.
refpectables Guerriers : plaifir auquel on peut
remarquer que le Public n'eft pas moins fen-
Able qu'à la jouiffance des talens .
Sans doute les leçons & les exemples d'un père
refpectable ont dirigé vos premiers pas ; il a fortifié
en vous cet amour des devoirs qui a conduit fa via
entière ; ji reçucille aujourd'hui le prix de fes vertus ,
il veit les vôtres ; & pour prix de fes fervices , il a
le bonheur de rendre heureufe la vieillefe de ces
braves Guerriers avec lefquels il a combattu.
Le Public n'a pas paru moins touché ďum
DE FRANCE.
120
des plus beaux traits de piété filiale , en apprenant
ce fait de la jeuneffe de M. Thomas.
Ses fuccès dans fes études firent penser à fa
famille qu'il pourroit fe diftinguer au Barreau ; mais
l'amour des Lettres le pourfuivit au milieu des formes
de laJurifprudence . Tantôt il commençoit une
Tragédie , tantôt il terminoit une Ode , il s'eflayoit
dans l'épopée , il compofoit des harangues ; fes
amis étoient charmés de fes effais ; & dans l'âge où
le talent doute fi peu de lui-même , il entrevoyoit
la gloire. »
& Il étoit enivré de fes efpérances, lorfque fa mère
vint le trouver & lui reprocher d'oublier l'étude des
leix. Comment pouvoit il négliger les moyens de
parvenir à une fortune qu'il auroit partagée avec
elle & avec les autres enfans ? Elle verfa quelques
larmes. M. Thomas les vit couler . Il affembla tous
Les Ouvrages , il les jetá au feu en préfance de la
mère , & les vit brûler , en fondant en larmes . Il n'a
Jamais fait de facrifice qui lui ait autant coûté ; mais
ila dit , & il faut l'en croire , que le fouvenir de
cette action avoit été , pendant toute la vie , le plus
délicieux de fes fouvenirs. »
Je fuis obligé, pour ne pas fortir des bornes
un , extrait , de fupprimer un grand nombre
de traits intéreffans , d'idées nobles & fines
de morceaux aimables qui s'offrent à moi , en
relifant le Difcours de M. de Saint -Lambert.
Pendant que plufieurs Hommes- de-Lettres
s'occupoient à l'envi de payer un tribut d'eftime
& de regrets à M. Thomas ; la recons
noiffance que je lui devois , & l'amitié donc
il m'honoroit , m'ont dicté auffi un morceau
fur fes Ouvrages & fon caractère ; mais fon
Fij
124
MERCURE
étendue ne permet pas de l'offrir au Publie
dans le Mercure!
( Cet Article eft de M. de L. C. )
MEMOIRES d'Anne de Gonzague , Prin
ceffe Palatine , 1 Volume in - 8°. Prix;
3.liv. broché. A Paris , chez la Veuve Va
lade , Imprimeur-Libraire , rue des Noyers,
Il n'eft pas douteux que les Mémoires n'éclairent
d'un grand jour tous les fecrets de
l'intrigue & ceux de la politique que l'Hif
toire dédaigne, ou dont elle parle trop rapidement;
mais il eft encore plus sûr que le
Rédacteur aliène prefque toujours les Lec
teurs par fa manière de voir & par fa partialité.
Sully lui -même n'eft point à l'abri de ce
reproche en général , on doit lire ces fortes
d'Ouvrages avec circonfpection.
Une feconde réflexion arrête encore le
Lecteur ; c'eft que comme il eft affez difficile
de montrer l'autographe d'un Mémoire
qu'on imprime un demi- fiècle après la mort
de l'Auteur , il arrive fouvent qu'on attribue
à un homme qui fut en place, un Ouvrage
qu'il auroit pu compofer , & que certaine
ment il n'a pas fait . Le teftament politique
du Cardinal de Richelieu , celui d'Albéroni ,
le codicile du Maréchal de Belle- Isle , & c.
&c. &c. peuvent être rangés dans cette hy
pothèſe , ainfi que beaucoup d'autres . Le Pu
blic enfin défabufe de ces fupercheries , pa
DE FRANCE. 123
toiffoit avoir découragé par fon incrédulité
tous les Éditeurs à venir.
Quelques uns ont ofé dans la fuite courir le
même hafard , & nous avons eu les Lettres de
Mme de Maintenon , de Mme de Pompadour,
&c. &c. &c. &c. La Princelle Palatine
étoit , par la naiffance & par le rôle qu'elle a
joué, un perfonnage qu'on pouvoit reffufciter ,
avec une forte de confiance , & il étoit facile,
de lui attribuer des Mémoires. 2
Le Cardinal de Retz l'avoit peinte ainfi.
Madame la Princeffe Palatine eftimoit autant
la galanterie qu'elle en aimoit le folide.
Je ne crois pas que la Reine Élifabeth d'An
gleterre ait eu plus de capacité pour conduire
un État. Je l'ai vue dans la faction , je l'ai vue
dans le cabinet , & je lui ai trouvé par- tout,
également de la fincérité. A la comparaifon
près que le Cardinal fait de la Princeffe à
la Reine Elifabeth, le portrait eft reffemblant.
Boffuet eft moins flatteur fans être moins
yrai , & avoit confirmé ces éloges. Il n'en
falloit pas tant pour promettre des fuccès à un
Éditeur.
Les Mémoires de la Princeffe Palatine ne
font relatifs qu'aux troubles de la Régence ,
& ne s'écartent point des petites intrigues qui
firent monter fur la fcène le Cardinal de
Retz-Mazarin , les Princes , le Duc de Beaufort
, Monfieur , quelques intrigans obfcurs ,
le Parlement & la Régente , & rentrent dans
les Mémoires du Cardinal de Retz , dans ceux
deJoly, même dans ceux de Mme de Motte-
Fiij
MERCURE
•
ville , de Villars , & dans cette foule de libelles
connus fous le titre de Mazarinades. Nous
pouvons affurer qu'on ne trouve dans les Mémoires
de la Princeffe Palatine , rien qui ne
foit déjà dans les Livres que nous venons de
citer. Nous irons plus loin ; nous dirons que
les rapprochemens , les détails , les reffemblances
font fi frappantes qu'on eft bien vitet
convaincu qu'ils ont été compofés avec le
fecours feul de ces Livres. C'eft de ce point
qu'il falloit partir pour juger de la fauffeté des
Mémoires , bien plutôt que de la qualité trop
moderne du ftyle . Il eſt bien vrai qu'en 1668
on avoit des tournures & des expreílions dont
nous ne nous fervons plus. On écrivoit alors
que pour lorfque , lors pour alors , dedans &
deflus pour dans , fus, fous. Fontenelle même
n'écrivoit pas comme on écrit aujourd'hui ,
& à cet égard il est évident que les Mémoires
font de notre fiècle, parce qu'on n'y trouve que
des le cutions affurément très- pures , & cette
correction moderne qui caractérife nos bons
Écrivains. Le ftyle eft ferme , concis, mâle ;
les penfées font fortes , nerveufes , & préfen
tées avec cet art qui n'eft particulier qu'à nos
Auteurs Philofophes , qui penſent fortement,
& qui favent bien écrire.
Le commencement des Mémoires eſt conforme
à l'Hiftoire. Les caractères yfont peints
avec vérite . La Princefle donne d'elle & de
la Princeffe Marie fa four , une idée vraie. I
eft certain que celle- ci n'étoit pas éloignée
d'époufer le grand Écuyer , malgré la difproDE
FRANCE. 127
portion de naiffance ; mais il n'eft pas prouvé,
comme PÉditeur l'affure , que les obftacles
apportés par le Cardinal de Richelieu à ce
mariage , auquel il avoit des raifons de con
fentir, parce qu'il n'aimoit point Madame de
Guife, tante de la Princeffe, ayent conduit le
malheureux Cinq- Mars à l'échafaud . Ce cour
tifan , trop léger & trop brouillon pour garder
long- temps fa faveur , avoit déjà à cette épo
que époufé la fameufe Marion de l'Ornie ,
dont le mariage fut caffe , & donna lieu à
l'Édit fur les mariages clandeftius. La Princeffe
Marie époufa à cette époque le Roi de
Pologne. L'Éditeur auroit dû nous parler de
la grande beauté , & nous apprendre que fa
foeur Anne de Gonzague , avec prefque autant
de charmes , avoit plus d'efprit qu'elle , &
montra peu , dans les premiers reps de fon
entrée à la Cour , cette jufteffe , cet efprit de
conduite , ce bon fens que le Cardinal de
Retz lui donne , & qu'elle mit très-tard en
ufage ; elle eut cependant l'adreffe de choifit
parmi tous les partis celui de la Reine quand
elle fut Régente , & celui de fon Miniftre ,
qu'elle ne quitta jamais , & pour qui elle fir
tout.
Son amour pour le Duc de Guife , qui la
porta à une démarche plus que hafardée , n'eft
ni affez développé , ni affez cara térife. L'É
diteur lui fait écrire : Je lui fis une promelle
de mariage, &je reçus lafienne écrite de fon
fang. L'Editeur eft inftruit à- demi . Il y eut
plus qu'une promeffe. Celle- ci eft datée ( o
Fiv
228 MERCURE
que l'Éditeur ne dit point ) du 19 Juin 16365
mais ily eut une célébration de mariage en
1638, dans une Chapelle de l'hôtel de Nevers,
par un Chanoine de Reims , après que le Duc
eut obtenu du Pape la difpenfe , parce qu'il
étoit parent de la Princeffe au troifième degré
de confanguinité; car elle étoit fille de Catherine
, fille de Duc de Mayenne. Henri II , Duc
de Guife, étoit le fils de celui qui avoit dûépoufer
l'Intante d'Espagne , & partager avec elle
le Trône de France. Il poffedoit quatre cent
nille liv . de revenus eccléfiaftiques , jouiffoit
de l'Archevêché de Reims par un Bref
du Pape, qui lui en avoir accordé lapermillion
pour un nombre d'années fans être obligé de
changer d'état. Le Cardinal de Richelieu , qui
vouloit , à quelque prix que ce fût , être Légat
du Saint- Siège , envioit l'Archevêclié de Reims ;
pour contraindre le Duc à l'abandonner , il
luifufcita tant de tracafferies, qu'il le rendit rebelle.
Le Duc feligua avec leComte de Soiffous
le Duc de Bouillon & l'Eſpagne , & fe retira à
Sedan ; de- là il paffa à Bruxelles , où il devint
amoureux de la Comteffe de Bollu . Une lacune
& des points ont mis l'Éditeur à fon aife, &
il a cru devoir fe difpenfer d'entrer dans ces
détails. Il y eut un procès contre la validité du
fecond mariage. Les Mémoires font volumineux,
& ont été cités dans celui en caffation
du mariage de Gafton de France. Elle fut
mariée en 1645, à Édouard de Bavière , Comte
Palatin du Rhin , non fans quelque répu
nance de la part dur Prince , qui étoit alarmé
DE FRANCE. 129
de la réputation de galanterie qu'elle s'étoit
faite.
Il nous femble que l'Éditeur , auquel on ne
peut certainement point reprocher le talent
de faire des portraits , a oublié celui de la Régente,
dont l'exceffive bonté faifoit dans les
commencemens de la Régence le charme
principal , & qui avoit donné lieu à Beautru
de dire, on ne fait plus à la Cour que ces quatre
mots de la langue : La Reine eft fi bonne ! Elle
l'étoit jufqu'à un tel excès qu'elle ne favoit
rien refufer , même les demandes les plus extravagantes.
Un courtisan eut l'impertinence
de lui demander la permiffion de lever un
impôt fur la Meffe , & elle en expédia le privilége
, que le Parlement ne voulut point
paffer.
L'origine des troubles de la fronde , le caractère
des différens perfonnages font fidèlement
tracés , & avec des vues qui fuppofent
que l'Auteur peut aller loin dans la carrière
Hiftorique. La réflexion fuivante eft profonde.
→ Ce fut, dit l'Éditeur, le bonheur
de la France que perfonne ne fe trouvât doué
du caractère & d'un génie propres à fervir
une grande ambition. Les projets n'avoient
rien de fixe; des qualités brillantes , le cou-
' rage , l'efprit éclatoient dans quelques perfonnes.
Il y avoit des gens habiles dans l'intrigue,
mais pas un chef de parti . Voilà la
fronde définie en peu de mots. Si le Lecteur
veut faire un rapprochement , il verra que
les règnes de Charles IX & de Henri III ne
Fv
930
MERCURE
devinrent fi défaftreux , que parce que les me
mes cauſes trouvèrent plus de moyens dans les
Chefs des différens partis. Il y avoit alors un
Guife . La fronde n'avoit qu'un Duc de Beaufort.
Le Cardinal de Retz étoit peut- être le
feul homme qui eût affez d'ardeur , affez de
mauvaiſe foi ; mais il n'eut point affez. de
ténacité. La Régente trembloit toujours , &
n'oloit fe rendre refponfable de rien . Mazarin
n'avoit pas l'audace infolente du Cardinal
de Lorraine , qui avoit un nom , une clientelle
puiffante , trois Reines pour coufine &
pour nièces , & qui étoit à fa place. Mazarin
reffembloit trop à un aventurier honteux de
fa faveur , auquel perfonne ne fe fioit, & qui
croyoit voir dans le Parlement un Cromwel
prêt à s'élever. Madame de Chevreufe par
loit trop , & menoit trop ouvertement fes Intrigues
, dans lesquelles l'amour jouoit le premier
rôle. Si jamais des courtifans reçurent
des leçons terribles capables de les dégoûter
d'embraffer le parti des Princes, ce furent tous
ceux qui fe prêtoient àl'ambition de Monfieur .
C'est une des leçons que l'Hiftoire n'a pas
affez développée. Ce tableau refte à finir.
Nous reprocherons à l'Éditeur d'avoir trop
refferré fes narrations , & de s'arrêter là où le
fil de l'intrigue a befoin d'être dénoué ou préfenté.
Des lacunes ne font pas une excufe fufflante.
Ce moyen, qui pouvoit donner un
air d'autographe à fon manufcrit , eft nonfeulement
ufé, mais peufait pour nous trom
par.Ily auroit eu beaucoup de mérite à ache
DE FRANCE. 1
yer ce que la Princeffe Palatine étoit cenfee
avoir commencé. Il s'affranchiffoit par-là du
reproche qu'on lui fera de n'avoir dit que ce
que nous avions déjà lu , & d'avoir trop abrégé
ce qu'il difoit.
Son cadre étoit heureux ; car en effet la
Princeffe fut aimée de la Régente , qui ne luí
cachoit pas même fes galanteries , fes rendezvous
, fes aventures & fes fentimens pour le
Cardinal Mazarin . Que de chofes il auroit pu
nous apprendre de ces confidences fecrettes ,
& des légers motifs qui , dans deux jours ,
troubloient & calmoient , foulevoient & ré
primoient les Courtifans , les femmes , le
Cardinal & le Parlement. La conduite de
Monfieur eft bien connue ; mais fes motifs le
font-ils ? En fouillant dans les manufcrits de
M. Dupuy on les auroit trouvés. Anne de
Gonzague étoit Sur-Intendante de la Maifon
de la Reine. Cette place de faveur étoit alors
plus active qu'elle ne l'eft . C'étoit une eſpèce
de Mairie du Palais , & avoit été la récompenfe
de toutes les négociations & des fuccès
de la Princeffe , dont l'Éditeur n'a développé
qu'à demi le caractère : on la voit moins intrigante
, moins vive , moins coquerte qu'elle
n'étoit ; on la voit agir , on ne fait ſouvent
pas quel intérêt ni à quelles fins ; on la voit
trop peu en relation avec le Cardinal Maza
rin , qui la pratiquoit , qui la confultoit , qui
l'aimoit , qui lui rendoit de fi bons offices
auprès de la Reine , & qui par là lui procu
roit un afcendant certain fur le Cardinal de
-
FYj
132 MERCURE
Retz , & fur Mefdames de Chevreule & de
Longueville ; il ne fait point affez connoître
le coeur de la Princeffe , fi ouvert à l'amour, fi
fidèle à l'amitié ; que les ménagemens qu'elle
crut devoir à l'intrigue , ne firent jamais foupçonner
d'oublier fes amis ; qui put les fervir
ouvertement fans déplaire à perfonne ; &
qui fut refpectée même dans ces libelles qui
ménageoient fi peu tous ceux qui étoient
en évidence.
L'Éditeur avance , dans une note , que la
Princelle a été long-temps incrédule , & paroît
placer l'époque de fa converfion à la fin
de fa carrière. Il fe trompe. Anne de Gonzague
n'avoit voulu époufer le Prince Palatin
en 1645 , qu'après qu'il eut été converti à la
foi; & avant cette époque , elle avoit déterminé
fa four Louife , qui fut Abbeſſe de
Maubuiffon , à faire fon abjuration.
La mort de la Reine-Mère la détermina à
la retraite . La manière édifiante avec laquelle
le Cardinal de Retz , à qui elle étoit trèsa
tachée , avoit fini fes jours , avoit réveillé
fa dévotion , jufques - là étouffée par les agitations
de l'intrigue, & par les rêves de la plus
haute faveur. Le Cardinal , après avoir fcandalife
fon Églife , devint un modèle des vertus
Épifcopales. Il avoit adreffé au Pape une
lettre , dans laquelle on eût dit que S. Charles
avoit lui-même tracé le portrait du parfait
Cardinal ; il avoit pouffé l'humilité jufqu'à
vouloit renvoyer fon chapeau. Il avoit payé
fes dettes , qui fe montoient à environ quatre
DE FRANCE. 144
t
1
millions ; & enfin il avoit ordonné que fon
corps fût porté à S. Denis par un feul Prêtre ,
& enterré fans cérémonie hors du choeur.
C'étoit en 1679 , & ce fut l'époque de la retraite
& de la fervente dévotion de la Princeffe.
Elle mit entre- elle & la Cour une telle
diftance , & fut fe rendre tellement folitaire ,
qu'elle ne recevoit perfonne ; fes enfans
n'étoient admis qu'à certains jours de la femaine
, ainfi que Monfieur & Madame , qui
avoient pour elle la plus haute eftime. Son
unique occupation étoit de répandre d'abon
dantes aumônes fur les indigens . Elle vendit
dans l'hiver de 168 ;, ane quantité de meubles
, de tableaux , de bijoux précieux , pour
fecourir les pauvres. Elle multiplia dans fon
teftament les legs aux orphelins , aux hôpi
taux , aux prifons , aux Églifes à fes domeſti
ques. Sa portion de l'héritage qu'elle avoit recueilli
de Charles Ier , Duc de Mantoue , fut
prefque entièrement confacrée à de fembla
bles fondations . Sa dernière maladie dura onze
mois , pendant laquelle elle a fouffert des douleurs
incroyables. Elle avoit défendu toute
pompe; mais la volonté ne fut point fuivie.
Son corps fut inhumé dans le cloître de la.
maifon du Val - de- Grâce , à côté de la Princeffe
Bénédicte , fa four , Abbeffe d'Avenay.
Son coeur fut porté à Farmoutier , où elle avoit
été élevée. Boffuet ne prononça l'Oraifon
Funèbre qu'au bout de l'an , dans l'Églife des
Carmelites S. Jacques.
Nous aurions fu gré à l'Éditeur de nous
134 MERCURE
avoir diſpenſé de le fuppléer dans ces détails ,
qui étoient intéreflans , & nous aurions été
bien plus flattés de n'avoir eu qu'à fourire à
fon travail , s'il avoit voulu déployer toutes
les forces que nous lui foupçonnons. Nous
l'encourageons à tenir la plume de l'Hiftoire,
& à abandonner des fupercheries qui ne peu→
vent que l'enfermer dans un cercle trop étroit ,
deftiné à ces efprits bornés qui fuivent un nom
à la pifte, le deshonorent par des fables, & lui
paîtriflent une tête , un coeur , lui prêtent des
fentimens qu'ils n'ont jamais eus , & lui font
tranfmettre à la poftérité des mémoires dénués
de vérité & de convenance , & des lettres
écrites dans un ftyle d'anti-chambre ou de pedant
de collége. L'Éditeur des Mémoires
d'Anne de Gonzague a fa place , marquée
loin , bien loin de tous ces pitoyables Editeurs
que nous voulons défigner.
L'HYPOCRITE démofqué , ou Félix &
Colombe. 2 vol. in- 12 . A Londres , & à
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire ,
rue S. Jacques.
L'IDÉE , & fur tout le dénouement de ce
Roman , préfente un but moral. M. de k*** ,
fcélérat hypocrite , tient fous fon pouvoir une
pupile , Colombe , qui doit la vie à un inceſte
que fon infâme Tuteur a commis par un horrible
tratagême. Le jeune Félix , égaré un
moment , eft rendu à la vertu par l'amour
que lui infpire Colombe; mais il eft éloigné
DE FRANCE. 135
-
de fa maîtreffe par l'indigne Tuteur , qui ne
furveille la jeune perfonne que par une ja
loufie criminelle & digne de lui.
Le Marquis d'Orchêne , ami de Félix , mais
qui revient fouvent à fes anciennes erreurs ,
avant d'y renoncer tout-à- fait , veut fervir les
amours de fon ami , dont il doit lui- même
époufer la foeur . Sans confier fon projet à
perfonne , i habille en veuve , même en
dévote , une Demoiſelle Victorine Danzel,
jolie perfonne avec laquelle il a confervé des
habitudes très- peu exemplaires. Son deffein
eft de l'employer à feduire le Tuteur , & à le
rendre par- là favorable à l'hymen de Félix.
La féduction a lieu en effet fur le très-combustible
Tureur ; mais Victorine n'a ni le
temps ni le befoin de confommer le projet;
carune autre maîtreffe du Futeur le fait allaf
finer ; & Colombe , libre par ffaa mmoorrtt,, épouse
fon amant.
Nous n'avons cité & nommé que les faits
& les perfonnages dont nous avions befoin
pour faire connoître en peu de mots l'action
de ce Roman , dont le plan nous femble dé
fectuoux.
On eft fâché que ce foit le Marquis qui fe
charge , à peu- près feul, de mener l'action
à fon dénouement ; on eft faché qu'il employé
un Agent tel que la Demoifelle Victorine
Danzel. Ajoutons que les refforts qu'il
fait agir , deviennent invraifemblables par
le peu de développemens que l'Auteur leur
Ja donnés. Il faudroit bien plus de temps pour
136 MERCURE
les faire réuflir , pour faire donner le Tuteur
dans le piége qui lui eft tendu. Un fourbe qui
l'a été fi long-temps fans être démaſqué ,
n'annonce pas un homme qui fe laiffe duper
fi vite ; il doit fe défendre long- temps par la
méfiance & la réſerve.
Encore un autre reproche à faire au carac
tère de ce Tuteur. L'horrible tentative qu'il
fait auprès de l'innocente Colombe , par des
paftilles foporifiques , dont il pofsède le fe
cret , n'eft - elle pas déplacée ? Il la fait , cette
tentative , dans le moment où la fauſſe veuve
Jui a infpiré une paffion dont il doit être occupé.
N'eft-il pas invraiſemblable qu'il choififle
ce moment- là précisément pour ce criminel
effai ? Ou il devroit déjà l'avoit fait, qu
il ne devroit pas le tenter dans cette circonf
tance. Cela demanderoit au moins à être
motivé.
Enfin , le dénouement , qui n'eft opéré ní
par Félix ni par fa famille , ni même par
L'Agent que le Marquis a voulu employer ,
ne fatisfait point le Spectateur. Que l'Auteur
y réfléchiffe , & il verra que fes perfonnages
principaux ne font rien pour faire marcher
Faction ; & les perfonnages fecondaires qui
s'en occupent, n'y influent en rien , ou n'y
influent que par hafard.
Nous ne ferions pas entrés dans ces détails
fi l'Auteur , malgré l'irrégularité de fon plan ,
ne nous avoit femblé annoncer un talent
réel. Son ftyle eft fouvent incorrect , quel
quefois même il pêche contre le goût ; mais il
DE FRANCE. 137
eft prefque toujours ingénieux , quoique laiffant
voir trop fouvent l'envie de l'être. Il
des détails très piquans , & même une apti
tude à tracer des caractères ; ceux qui ont le
plus de vérité & d'originalité , font ceux de
Colombe & de l'oncle de Félix. Enfin , nous
croyons que fi l'Auteur veut fe bien convaincre
de la néceffité de méditer long-temps
le plan d'un Ouvrage , il peut prétendre à des
fuccès dans ce genre de Littérature.
ANNONCES ET NOTICES.
TRADUCTION nouvelle de l'Optique de
Newton , faite fur la dernière Edition originale
ornée de vingt-une Planches , dédiée au Roi , approuvée
par l'Académie Royale des Sciences , &
dont M. Beauzée , de l'Académie Françoiſe , eft
Editeur ; Ouvrage propofé par foufcription fans
exiger aucune avance.
Parmi le petit nombre d'Ouvrages confacrés par
l'admiration publique & les fuffrages de l'Europe
favante , le Traité de Newton fur les Couleurs tient
fans doute le premier rang. Ce bel Ouvrage ne
peut être traduit fans la réunion des profondes couhoiffances
des Langues & de l'Optique : auffi l'a t-il
tonjours été fort mal ; mais la plus défectueufe des
Traductions qu'on nous en ait données, c'eſt la Traduction
Françoiſe .
Celle que l'on propoſe , a mérité l'approbation
de l'Académie Royale des Sciences , & elle eft
l'ouvrage d'un Savant auffi verfé dans l'art d'écrire
que familier avec les expériences de Newton,
138 MERCURE
%
On a donné dans le Profpectus un apperçu du
travail du Traducteur , qui doit établir le préjugé le
plus avantageux ; & il paroît qu'on peut fe flatter de
voir enfin ce chef-d'oeuvre traduit d'une manière
utile aux Sciences & digne de fon Auteur . Le nom de
l'Editeur doit y ajouter un nouveau degré d'intérêt.
L'Ouvrage fortira des Preffes de M. Pierres , premier
Imprimeur du Roi , en 2 Vol . in - 8 ° . , & fera
fur papier vélin & fur grand ca ré double & fuperfin
d'Angoulême. On fouferire pour l'Edition fur papier
vélin broché à raifon de 20 liv . , & pour l'Edi
tion fur papier d'Angoulême à raifon de 12 liv. Le
prix augmentera d'un tiers de la foufe iption pour
ceux qui n'auront pas foufcrit. On donnera à la.
tête de l'Ouvrage la lifte des Soufcripteurs . On n'exige
d'eux qu'un fimple engagement de payer loifque
l'Ouvrage paroîtra.
La foufcription fera ouverte chez Leroy, Libraire,
rue Saint Jacques , vis - à - vis celle de la Parchemine
rie , & chez les principaux Libraires de la France &
de l'Europe , à compter du 15 Juillet 1786 , jufqu'au
premier Septembre fuivant.
L'Ouvrage fera délivré aux Soafcripteurs dans le
cours du mois de Décembre de la même année .
Ceux qui defireroient le recevoir par la pofte , ajoute
ront vingt fois par Exemplaire.
THEATRE Moral, ou Pièces Dramatiques nou.
velles , par M. le Chevalier de Cubières , des Aca.
démies & Sociétés Royales de Lyon , Dijon , Marfeille
, Rouen , Heffe- Caffel , & c . &c. Tome fecond ,
contenant cinq Comédies & un Mélodrame. A Paris ,
chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , rue Galande ,
N. 64 ; Bailli , Libraire , rue S. Honoré , près de
la rue des Petits- Champs ; Belin , Libraire , rue
S. Jacques , près S. Ives .
Les fix Pics que contient ce volume fam
DE FRANCE. 139
précédées d'un Dialogue entre l'Auteur & ux Homme
de Goût , qui peut leur fervir de Préface. Le Dialo
gue & les Pièces font également intéreffans , & nous
ne tarderons pas à en rendre compre.
ESOPE aux Boulevards , Pièce épifodique en un
Acte & en vers , par M. Gabiot de Salins , repréfentée
, pour la première fois , fur le Théâtre de
l'Ambigu - Comique , le 15 Octobre 1784 Prix ,
1 liv. 4 fols. A Paris , chez Belin , Libraire , rue
5. Jacques , près S. Yves.
Cette Pièce a été jouée avec fuccès . Le ton en eft
un peu trop uniforme . On y defireroit des Scènes
plus Dramatiques , & quelques- unes moins férienfes
Mais tout y eft d'une bonne morale , & il y a quel
ques Fables agréables .
DISSERTATION fur les Cornes antiques
modernes , Ouvrage philofophique , Brochure de
48 pages. A Paris , chez Mme Veaufleury , Libraire ,
jardin du Palais Royal , près le baffin , & chez les
Marchands de Nouveautés.
EZOGE de M. Proft de Royer , ancien Echevin
& Lieutenant-Général de Police de la Ville de
Lyon , &c , prononcé à l'ouverture des Audiences
de la Sénéchauffée de Lyon , le 30 Novembre 1784,
par M. Baron du Soleil , Procureur- Général , Honoraire
de la Cour des Monncies de Lyon , Procu
reur du Roi en la Sénéchauffée , de l'académie des
Sciences , & c.
GALERIE Hiftorique univerfelle , par M. de
****.
I
Il paroît déjà deux Livraiſons de cet Ouvrage
qu'on propofe par foufcription , & elles doivent pré126
MERCURE
venir très - favorablement pour la fuite du Recuell
La fidélité des Portraits tirés des meilleures fources
, leur parfaite reffemblance , le genre de gravure
fait pour plaire aux Artiftes & aux véritables Ama
teurs , & le choix impartial , mais fcrupuleux , des
faits hiftoriques qui les accompagnent , font le mé→
rite de cet Ouvrage , auquel on a joint celui de la
partie typographique , qui laiffe d'autant moins à
defirer qu'elle appartient à M. Didot le jeune. Il n'eft
Foint de Collection de ce genre auffi confidérable ,
& done l'exécution foit plus foignée ; & , ce qui eft
remarquer, c'est que Defins , Gravures , Extraits ,
tout eft de la même main.
છે.
La Collection complette fera de mille Portraits ,
divifés en dix Volumes , compofés chacun de cent
Portraits & de trois cent pages de Difcours. On ne
demande qu'une foumiffion pour payer les Livraiſons
à mefute .
La foufcription fera ouverte jufqu'au premier Janvier
1788. Chaque Livraifon , compofée de huis
Portraits & de vingt quatre pages de Difcours , éga
lement encadrées comme les Portraits , telles que
font celles dépofées chez les Libraires où l'on fouf
crit , fe payera 3 liv. 12 fols pour les Soufcripteurs ,
& 4 liv. 10 fols pour les Perfonnes qui n'auront
point fouferit. On foufcrit à Paris , chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguftins ; à Valenciennes,
chez Giard , & chez les principaux Libraires des
Villes du Royaume & de l'Europe.
VIES de Jean d'Eftrées , Duc. & Pair , Mark
chal de France , Vice- Amiral & Vice- Roi de l'Amé
rique ; & de Victor- Marie d'Eftrées fon fils , &c..
par M. Richer, in- 16 . Prix , r liv. 10 fols br. A
Paris , chez Belin , Libraire , rue S, Jacques.
RECUEIL d'Autorités & Réflexions fommaires
DE FRANCE. 741
fur lesfaux & vrais Principes de la Jurifprudence
en matière de Dimes , & fur leurs conféquences ,
par feu M. Gabriel , Doyen & ancien Bâtonnier de
Fordre des Avocats au Parlement de Metz ? À
Bouillon , aux dépens de la Société Typographique;
& à Paris, chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ,
près Saint Yves , in - 12 . Prix , 3 liv . broché.
L'Auteur de cet Oavrage s'eft propofé d'examiner
fi la Jurifpruder ce actuelle en matière de Dîmes,
ne fe reffent pas des anciennes erreurs , & fi elle
n'eft pas fufceptible d'être perfectionnée,
>
- HISTOIRE générale des Animaux , des Végétaux
& des Minéraux qui fe trouvent dans le Royaume,
repréfentés en gravare & deffinés d'après nature ,
avec l'explication auffi gravée au tas de chaque
Planche de ces différentes fubftances , pour fervir
d'intelligence à l'Hiftoire générale & économique
des trois règnes ; Partie première , repréfentant les
Quadrupedes de la France : par M. Pierre-Jofeph
Buc'hoz , de Metz , Auteur de différens Ouvrages
de Médecine , d'Air Vétérinaire , d'Hiftoire Naturelle
& d'Économie Champêtre. Prix , 8 liv, le
Cahier , & 15 liv . colorié. A Paris , chez l'Auteur ,
rue de la Harpe , prefque vis- à-vis la Place Sorbonne.
TRAITE des Injures dans l'ordre judiciaire ,
Ouvrage qui renferme particulièrement la Jurifprudence
du petit criminel , par M. F. Dareau , Avocat
au Parlement & au Préfidial de la Marche, à Guéret,
avec des Obfervations par M, Fournel , Avocat au
Parlement in 12. Prix , 6 liv. les deux Volumes
reliés. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet , quartier Saint- André- des- Arcs .
-
Cette nouvelle Édition d'un Ouvrage eftimé reçoit
un nouveau prix des Notes & Obfervations
inftructives de M. Fournel,
142 MERCURE
HISTOIRE & Mémoires de l'Académie Royale
des Sciences , Infcriptions & Belles Lettres de Touloufe
, Tome II , in -4 ° . A Toulouſe , chez D. Defclaffan
, Maître-ès- Arts , Imprimeur de la même
Académie , & fe trouve à Paris , chez Crapart , Libraire
, Place Saint Michel , à l'entrée de la rue
d'Enfer.
Quoiqu'on ait long - temps difcuté fi les diverfes
Académies font utiles ou nuifibles aux Sciences &
aux Lettres , il n'en eft pas moins vrai qu'elles
offrent au moins quelques moyens de plus à l'émulation,
& les Recueils qu'elles publient peuvent tourner
au profit de la Société . Il fuffit de jeter les yeux
fur la Table du Volume que nous annonçons , pour
fentir combien la publicité peut en être utile.
LE Sieur BURLANDEUX , Perruquier privilégié
rue du Pas-de-la - Mule , Place Royale , Inventeur
des nouvelles Perruques annoncées dans plufieurs
Papiers publics , prévient qu'il fournira aux Amacurs
fes nouvelles Perruques toutes peignées moyennant
le prix convenu , qu'à quelque diflance que
l'on demeure on fera fervi auffi exactement que
Ton habitoit le quartier du feur Burlandeux .
A l'égard des Perfonnes qui voudroient faire peigner
leurs Perruques chez elles par leurs Valets -de-
Chambre: le feur Burlandeur leur fournira les Perruques
aufli à prix convenu.
Les nouvelles Perruques du fieur Burlandeux ,
dont la coëffe eft à jour, n'ont aucun des inconvéniens
que préfentent les Perruques ordinaires , ni
mêm : les Perruques à jour connues depuis environ
trente ans.
Les Perruqu s nouvelles du fieur Burlandeux ,
dont la coeffe eft à jour , font foutenues par trois
refforts très minces & très- légers qui affurent parfaitement
les Perruques fur la tête, dont ils fuivent
DE FRANCE.
143
les mouvemens ; elles fe ferrent & fe relâchent
d'elles - mêmes par le moyen d'une méchanique que
l'Auteur a fubftituée à la boucle ordinaire , & fans
le fecours de la pommade forte , qui nuit à la fanté
en arrêtant la tranfpiration ; elles ne peuvent point
fe déformer ; les bordures en font très minces ; &
le choix des cheveux que l'Auteur emploie , & qui
n'ont été ni bouillis ni féchés au four , empêche
les Perruques de changer de couleur .
Le fieur Purlandeux, en fait de inême pour les
Dames. Il a auffi imaginé des Toupets , auxquels il
a adapté des refforts qui les fixent fur la tête fans le
fecours de pommade ni de gomme , & dont les bordures
font fi minces qu'on ne peut pas reconnoître
Partifice .
&
LE Rudiment de la Mufique , ou Principes de
cet Art mis à la portée de tout le monde, par
demandes & par réponses , par M. Cardon , Penfionnaire
du Roi. Prix , 6 liv . A Ver failles , chez
l'Auteur ; & à Paris , chez Coufineau père & fils ,
Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
Cet Ouvrage contient , outre les principes déjà
connus pour le chant & l'intonation , le diapazon
des voix & des inftrumens à corde & à vent.
4 T
NUMÉROS 25 , 26 & 27 des Feuilles de Terp
Sychore pour la Harpe & pour le Clavecin. Il paroît
tous les Lundis un Cahier pour chaque Inftrument .
Prix , féparément 1 liy. 4 fol . Abonnement pour
chacun 30 liv . A Paris , chez Coufineau , même
Adreffe.
NUMÉROS 27 , 28 & 29 du Journal Hebdoma
daire , compofé d'Airs nouveaux , avec Accompagne
ment de Clavecin , par les meilleurs Maitres .
Numéros 17 , 18 & 19 du Journal de Harpe , par
144
MERCURE
les meilleurs Maîtres. L'Abonnement de cinquantedeux
Cahiers pour chaque eft de ts liv. Il en paroît
un tous les Dimanches . On foufcrit chez Leduc ,
au Magafin de Mufique & d'Inftrumens , rue du
Roule , n°. 6.
CHRONOMETRE inventé par le fieur Renaudin ,
& agréé par l'Ecole Royale de Chant , &c. Nous
avons fait connoître plufieurs fois dans le Journal les
avantages du Chronomètre , favoir de fixer invariablement
les mouvemens dans la Mufique , & dẹ
s'affurer qu'on l'exécutera dans l'intention de l'Aus
teur, Nous ajouterons que beaucoup de Profeffeurs
& tous les Journaux de Mufique en ont déjà adopté
l'uſage. Prix du Chronomètre 60 liv. , Pendule à la
main 6 liv, A Paris , chez l'Auteur , rue Mauconfeil
, vis à - vis la Halle aux Cuirs , & chez les principaux
Marchar.ds de Mufique.
TABL E.
2 107
97 Mémoires d'Anne de Gon
101 zague
REPONSE à l'Epitre de M. cadémie Françoise.
de C. ,
Bouts- rimés,
gryphe , 105 Annonces & Notices,
124
Charade, Enigme & Logo L'Hypocrite démafqué , 134
Difcoursprononcés dans l'A-
139
J'AI IN
APPROBATION.
lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 17 Juillet 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreflion. A
Paris , le 16 Juillet 1786. GUIDI.
MERCURE
f
DE FRANCE.
SAMEDI 24 JUIN 1786 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
C
CONSEILS à mon jeune Ami.
ENFIN élevant vos regards
Vers le temple habité des Belles ,
Vous voulez fous mes étendards
Faire la guerre aux infidèles.
Qui ne doit fe glorifier
De vous avoir pour camarade ?
Par mes mains armé Chevalier ,
Recevez gaîment l'accolade....
SUIVEZ , la lorgnette à la main ,
Ce monde fi gai , fi fantaſque
Qui change du foir au matin
D'efprit , de coftume & de mafque.
No. 25, 24 Juin 1786.May G
146 MERCURE
On y voit l'Amour à l'écart ,
En eveli dans le filence ,
Et d'enfant devenu vieillard ;
Il pleure encor fon innocence ;
Mais , hélas ! il pleure un peu tard!
L'art d'aimer , de plaire , eft un art
Plus difficile qu'on ne penſe ,
Et que , pour
le bien de la France ,
Barthe , fur les pas de Bernard ,
Vient d'efquiffer par complaifance,
C'eft peu dans la fociété
D'avoir de la naiflance , un grade
Qui nous annonce à la Beauté ;
Il faut aux traits d'Alcibiade
Joindre l'efprit , l'aménité.
Jadis paroiffant au Pyrée ,
Sur lui s'arrêtoient tous les yeux ;
fes chants délicieux
Mais par
L'ame encore étoit enivrée ,
Quand le théorbe fous les doigts ,
Plus doux que le chant des firènes ,
Enflammoit les Dames d'Athènes ,
Et rangeoit les coeurs fous fes loix.
De l'amour fur un luth fonore
Exprimez le charme infini ,
Et que chacun de nous encore
Croye entendre un autre Parny
Chanter une autre Éléonore,
DE FRANCE 147
Les billets doux , tracés en vers ,
Dormant peu dans le porte - feuille ;
Un Dieu volage les recueille ,
Er dès lors , vains jouets des airs ,
On les imprime , on les répète ;
Ils courent les boudoirs divers ;
Et leur fortune eft bientôt faite.
Quelle eft la Mafe qui regrette
D'avoir un fi joh travers ?
D'une louange délicate
La fleur préfentée au grand jour
Fléchit même la plus ingrate ;
Et l'amour-propre que l'on flatte
Pardonne d'avance à l'Amour.
Gardez -vous pourtant dans le monde
D'avoir le vifage d'Auteur ;
Ce perfonnage eft peu flatteur ,
Et l'on rit tout bas à la ronde
De l'air empefé d'an Docteur.
Dans le matin de votre vie
Alliez les Arts au bon ton ;
Songez qu'Euterpe & Polymnie
Sont dignes du facré vallon ,
Et que pour l'honneur du génie,
En France l'on veut qu Apollon
Soit encor bone compagnie.
Pour aiguifer la volupté ,
Il faut même de la
parure ,
Gij
148
MERCURE
Et quelquefois de la Nature
Elle corrige l'âpreté .
2
D'une toilette enchantereſſe
L'apprêt avec art concerté ,
Dit qu'on veut plaire à la Beauté,
Et féduit l'oeil d'une maîtreffe ;
Car il ne faut rien négliger
Pour mieux s'affuter de fa proie ;
La femme eft un oiſeau léger
Qu'on prend dans des filets de foie.
En amour foyez méfiant ,
Et ne réveillez pas la brigue ,
Que le fuccès le plus brillant
N'ait déjà couronné l'intrigue.
Du monde on devient l'ennemi
Sitôt qu'on a l'honneur de plaire A * *
Quand fur le trône de Cythèrement
Un amant fe croit affermi ,
Des Céladons du temps jadis
Sachez vous faire des amis ;
Souvent ils nous font trouver grâce
A la toilette de Cypris.
Comme on écoute le Marquis !
De Paris il conte la fable ,
DE FRANCE. 149
Berce en cheveux blancs les Amours ;
Et malgré les vieux calembours ,
Et fon âge très-respectable ,
Nos femmes le trouvent toujours
Délicieuſement aimable.
SUR le char des illufions
Tranfporté d'une aile rapide ,
Foible , & n'ayant , hélas ! pour guide
Que le feu de mes paffions ,
J'errai quelque temps près de Gaide ,
Lorfqu'enfin la vieille Sylphide ,
Fixant de près un étourdi
Qui la lorgnoit d'un air timide ,
Par diftraction fe décide
A le rendre un peu plus hardi.
Conduit de délice en délice ,
Je voyois tout chez elle en beau ;
L'Amour, uf: par le caprice ,
Me paroiffoit , dans fon berceau ,
Simple , ingénu , fans artifice ,
Et le front couvert d'un bandeau.
Je l'admirois avec ivreffe ;
Mes yeux étoient émerveillés ;
Mais par les foins de la Prêtreffe
Ils furent bientôt deffillés ,
Et , grâce à fon heureux manége ,
L'Amour devenu plus malin
>
Gij
150
MERCURE
Aidé de fon riant cortége ,
Plia bagage un beau matin .
Quoique mon fuccès fût très- mince ,
Pour le payer de fes faveurs ,
Je l'honorai de quelques pleurs ;
Car il partoit pour la Province.
Bientôt égayant mon dépit ,
Je volai d'un aile légère
De l'innocente qui rougit ,
A la coquette qui veut plaire,
Et de la prude atrabilaire
Jufqu'à la femme bel - efprit ,
Qui , s'enchaînant à fon pupître ,
Par l'ingénieux talifman
D'un Livre utile , d'un Roman
Dont l'amour honnête eft le titre ,
Se fait corriger gelamment
Par l'époux , la biû'ante Épire
Qui doit favorifer l'amant.
A leurs voeux feignant de me rendre ,
J'avois l'air , fous des traits cachés ,
De plaindre un amour auffi tendre ;
Mes fens n'en étoient point touchés,
Et je bégayois leurs péchés
A ceux qui vouloient les entendre.
Maintenant que le Dieu du jour
A marqué mon cinquième luftre ,
Je ne fonge plus à l'Amour;
DE FRANCE. xsi
Sur un théâtre plus illuftre
Venez briller à votre tour ,
Venez jouer un plus beau rôle ;
Et fi quand d'un monde frivole
Vous connoîtrez le vain écueil ,
Quelque veuve bien infpirée ,
Pour vous quittant l'habit du deuil ,
Des Amours reprend la livrée ;
Fière d'adoucir votre orgueil ,
Vous préfente un doux efclavage
Embeli de vingt mille écus ;
Pardevant l'Amour & Plutus ,
Signez vite le mariage..
( Par M. le Chevalier du Puy- des-Iflets . )
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
CONNOISSEZ - VOUS , Monfieur , le Voyageur
Sentimental ? Je ne le crois pas cet Ouvrage
forti des preffes de Neufchâtel , a para top récemment
pour avoir eu le temps de percer à Paris. Le
titre vous rappelle fans doute le Voyage Sentimental
de Sterne ; & la copie , fi vous la liliez , ne vous
fembleroit pas abfolument indigne de l'original-
L'Auteur eft un jeune homme ( M. Vernes ) , le lieu
de la fcène , le pays de Vaud ; le fujet eft une courſe
faite de Morges à Yverdun pour un bal ; la durée
trois jours , le ftyle..... Vous ailez en juger vousmême
.
" Chemin faifant , je m'accoftai d'un homme
Giv
152
MERCURE
30
dont les habits , autant que le jour naiffant me
permettoit de le voir , portoient l'enfeigne de la
» misère ; enfeigne dont tant d'hommes détournent
» les yeux , parce qu'elle leur donneroit la tentation
d'une bonne cavre ; & que tane d'hommes
» méprifent, parce qu'ils ne favent pas voir le mérite
que fouvent elle cache.
52
D
La figure de cet homme , ainfi que celle d'un
mouton qui le fuivoit , me prévint en la faveur.
Ne venez- vous pas de Morges , mon ami ?...
Qui , Monfieur : j'étois Boucher dans cette
» ville. Quelle raifon , vous en a fait fortir ?
Hélas , Monfieur , ce mouton !... Ce début piqua
ma curioûté , je le preffai de me dire fon hiftoire,
ce qu'il fit 1 de la manière fuivante.
-
Je fuis né de parens pauvres ; on m'obligea
denbraffer la profeffiou de Boucher , à laquelle
je répugnois fort ; mais de fix enfans que nous:
étions dans la famille , aucun n'avoit défobéi aux
» ordres de mon père ; je ne voulus pas être e prenier.
Tant que mon père vécut, je fis affiduement
mon devoir: je l'enife toujours rempli de même
» fi mon inaître n'eût trop exigé de moi . Dans le
» troupeau que je gardois , je m'étois attaché à un
» mouton , il m'aimoit auffi , ( dans cet endroit , de
fa narration , ik donna fur le dos de l'animal qu'il
» conduifoit , deux petits coups qui me difoient:
c'cft lui ; la bonne bête leva bénignement la tête
» vers fon maître , & lui ' lécha les mains d'un air
qui répondoit : c'est moi . ) Il me fuivoit par-
" tout , il me tenoit lieu d'amis , de parens ; je lui
» donnois la moitié de mon pain , & je croyois
l'avoir mangé : il étoit fi bon , le
pauvre animal,
» que vous n'auriez pu vous empêcher de lui don-
» n‹ r du vôtre. Auffi , quand il falloit conduire une
» bête à la tueric , n'étoit- ce jamais lui que je pre-
30
35
"5
1 153 DE FRANCE.
33
sa nois. Peu- à - peu le troupeau s'épuifa , & malgré
» mes prières, mon maître voulut me forcer à
égorger mon mouton . En vain tentai - je d'obéir
quand j'avançois le couteau , le pauvre animal
» me regardoit d'un air !.... Il fembloit me faire
des reproches , puis il me lécheit , les larmes
m'en vencient aux yeux , & le couteau me tom-
» boit de la main .
» Enfin je dis à mon maître qu'on m'égorgeroit
» plutôt moi-même que de me porter à cet affaffinat
; ces mots l'irritèrent , il me traita de gueux ,
» de miférable ; je le traitai d'homme dur , fans
» miféricorde.... Je faifois peut-être mal , mais
» c'étoit par amitié pour ma pauvre bête. Mon
» maître me donna mon congé , j'avois gagné quelque
argent , j'en cus affez pour acheter mon mou-
» ton . Je fais bien pauvre , ajouta t'il en le caref
fant , mais je ne te te reproche pas. »
Je ne crois pas , Monfieur , que Sterne eût défavoué
ce morceau, malheureufement ils ne font 'pas
tous de la même force .
*
J'ai l'honneur d'être ,
Votre très-humble & très - obéiffant
fe viteur , MALLET , Avocat à·
Genève.
Gy
154
MERCU RE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Chou -fleur ; celui
de l'énigme eft Commode ; celui du Logogryphe
eft Victoire , où l'on trouve vie ,
Vire , Vitri , Vitré , Role , Vic , rite , vice ,
rive , toi , vître , cire , voir , ver, or , Ortie.
CHARA D E.
Mon premier fait l'amuſement
De la folle jeuneffe ;
Mon fecond du hafard dépend
Bien plus que de l'adreffe ;
Mon tour cft un pefant fardeau
Qui maint objet comporte j
Ma promenade eft un traîneau ;
Quelquefois on me porte.
ÉNIGM E.
DOLE des François ,
Chez qui je pris naiffance,
J'ai l'art de les fixer par ma teale inconſtance ;
Avec zèle chacun ſe conforme à mes loix ,
DE FRANCE. 155
Et la Grifette & la Comteffe ,
Et la Bourgeoife & la Ducheffe.
Je fuis d'un gran crédit à la Ville , à la Cour ;
On ne me voit guère au village :
J'aime l'éclat & le grand jour ;
Briller & plaire eft mon partage.
( Par un Etudiant en Rhétorique au
College de Nevers. )
LOGOGRYPH E.
Du temps de nos aïeux , la ſuperſtition U
Me donnoit bonnement don de prédiction ;
Ma foi dans ce temps- ci bien autre eft mon uſage ;
A la table , aux amâns ines devoirs je partage.
Lecteur , pour me voir clairement ,
Ote-moi fucceffivement
Quelques membres divers de ma demi - douzaine ;
Par ce moyen tu trouveras fans peine
Ma mère , qui fouvent fert de comparaiſon
A ces petits Meffieurs tranchant du fanfaron ;
Ce qu'on prétend plus rare en France qu'en Espagnes
Ce qui de l'Italie arrofe la campagne.
( Par M. le Chevalier de Bel- Orme. )
Gvj
156 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EssAis , choix de petits Romans , imités de
l'Allemand , fuivis de quelques fais de
Poefies lyriques , dédiés à la Reine , par
N. de Bonneville, in- 12 . A Paris , chez
Théophile Barrois & chez Royez , Libr. ,
quai des Auguftins , 1786 .
CE Recueil , piquant par ſa variété & par
le choix des principaux morceaux qui le compofent
, eft précédé d'une Préface , ou plu
tôt d'une introduction , qui ne reffemble aucunement
aux préambules, de certe eſpèce.
C'eft l'anti - chambre lugubre d'une maiſon
fort gaie , dont le Maitre a gravé au frontifpice
l'infcription infernale du Dante ,
Voi ch'entrate , lafciate ognifperanza . Nous
reviendrons fur cette élégie littéraire , après
avoir parcouru fuccinctement les differentes.
pièces de ce volume.
M. de Bonneville eft un des Gens de
Lettres qui ont cultivé les langues étrangères
avec le plus d'affiduité : grand moyen d'étendre
fes connoiffances , de fortifier fon talent ,
d'écarter les préjugés de routine auxquels font
entraînés les meilleurs efprits , lorfque l'habitude
leur a inculqué le fanatifine exclufif
du goût national. Cette étude du génie des
DE FRANCE. 157
autres Peuples , eft pour le Littérateur ce
que les voyages font pour les Philofophes.
Avantageufement connu par une Traduc-.
tion du théâtre Allemand , qui lui appartient
prefqu'en entier , M. de Bonneville prouve
dans les effais , qu'en ce genre il a droit de
prétendre à des fuccès. Tous ces morceaux
n'ont pas , il eft vrai , un mérite égal : par
exemple , un grand nombre de lecteurs rejetteroient
volontiers de ce Recueil les
letres d'un Gentilhomme Allemand; mais il
eft quelquefois pardonnable de fe tromper
fur une pierre fauffe .
Ce n'en eft point une , que l'anecdote originale
d'Albertine , qui a fourni le fujet de
l'ingénieux roman de Caroline. Elle eft narrée
avec autant de précifion que d'intérêt
& le Traducteur lui a bien confervé ces deux
mérites. On avoit affecté de répandre que
Caroline étoit un plagiat de l'Allemand
qu'on nous donne fouvent de pareils plagiaires
. Le meilleur éloge du roman eft dans
la traduction de l'anecdote ; ces deux ouvrages
prouvent deux talens rares , celui de
l'Auteur Allemand , & celui de Madame
de *****.
4
Le meilleur conte de ce Recueil , conte,
qui reffemble beaucoup à un trait hiftorique ,,
eft celui d'un Général Allemand couvert
de bleffures , & de la gloire inutile de dix
actions valeureufes , oublié quinze ans dans
une place de Major ; enfin , élevé au grade
éminent de Feld - Maréchal , pour avoir fauve
158 MERCURE
ود
du cours d'un torrent , la chienne de la Favorite.
» Il feroit très - facile , dit le héros ,
» qui raconte lui même ce coup de fortune ,
de repréfenter cette belle action dans un
magnifique tableau. Une rivière aflez large,
fur le bord quelques femmes de la Cour
en pleurs , & moi , à cheval au milieu de
» la rivière , tenant un petit chien , vieux
& borgne , je crois , prefque noyé , & dé--
gouttant d'eau de toutes parts. » Des fervices
d'un autre genre avoient remporté auíli
d'autres récompenfes. » Ce bras eftropié que
voici , dit le Feld Maréchal à fon fils , eft "
ود
*
ور
ور
-
un gain fait dans cette bataille , où avec
» autant de génie que de bonheur , je lançai
mon drapeau dans les rangs ennemis . Par
» cer heureux ftratagême , j'arrêtai mon aile
gauche qui fuyoit , au moment oùla droite
commençoit à plier à fon tour ; & je vis
» des prodiges de valeur : les ennemis furent
tailles en pièces. Alors je n'étois que
Major , & je reftai Major. Mon Géné-
» ral , un des premiers qui , pour conferver
fa précieufe vie , fongcoit à prendre la
fuite , reçut une penfion confiderable pour
» cette journée , où il avoit fi noblement
expofe fes jours à la tète de fon Armée
» etonnée de fon courage. Dans cette bataille
, où je tombai de cheval , noyé dans
» mon fang , je fus fait prifonnier , mal
» guéri de ma bleffure ; dans l'echange , on
» m'oublia ; enfin ma rançon a ete payce....
» par moi- même. »
ور
30
و د
ور
و د
ور
"
DE FRANCE. 159
M. Meijner , Auteur de cette anecdote ,
a aulli fourni au Traducteur celle d'une
operation hardie , faite fur Augufte premier,
Roi de Pologne , par fon Chirurgien , Jean
Frederic Weffe , élève du célèbre Petit , &
digne d'un tel maître. Le Roi ayant négligé
un mal d'aventure au doigt du pied , Weitle
apperçut les fymptômes de la gangrêne ; il
propola de couper le doigt ; les Médecins
rejefèrent cet avis , pour adopter celui d'envoyer
un courier à M. Petit , à Paris , en
le priant d'arriver en diligence . Pendant ce
long retard , le mal empire , la vie même
du Monarque eft menacee ; Weffe , tourmenté
d'inquiétudes , prend une réfolution
de vigueur. Il veilioit auprès du lit du Roi :
après l'avoir endormi par une doſe d'opium ,
il ferme à clef la porte de la chambre , s'ap
proche doucement du lit , fort fes inftrumens
, & prend le pied malade. A ce
mouvement Augufte fe réveille à moitié ; il fe
plaint d'un panfement fait à contre -temps ;
Weiffe le raffure , le rendort , & coupe le
doigt avec autant d'adreffe que de courage.
Éveillé par la vivacité de la douleur , le
Roi repète fes plaintes ; fon Sauveur Kappaile
encore , attribue à l'effet du baume cette
fouffrance momentanée , & bientôt l'opium
replonge le Prince dans un profond fommeil.
En en fortant, Augufte reffent des douleurs
aigues ; il demande à être panfe , &
ordonne à fon valet de chambre de lui ap16007
MERCURE
"
porter une glace pour y voir fon doigt malade
au premier coup - d'oeil , il s'apperçoit
de l'amputation. » Qui a fait cela ? deman
" de t-il d'un ton de douleur & de colère
à faire trembler les plus hardis. Moi , Sire !
» répond le Chirurgien, & il tire de fa
poche le doigt coupé. Le voici ! Témé
» raire à mon infçu , & contre ma vo-
» lonté ! Pardonnez , Sire :fi l'on eût at-
» tendu l'arrivé de Petit , la gangrene mor-
» telle eût attaqué le pied de V. M. L'amputation
étoit la feule reffurce ; Petit
» le dira , j'en réponds fur ma tête. »
" .
› A ces mots , le Roi fe calme , ordonne le
fecret , enferme le doigt dans une boëte.
Douze jours après , arrive Petit : au feul récit
des fymptômes , il ordonne l'amputation : la
confufion des Médecins fut extrême , lorfque
Weifle ouvrant la boëte , juſtifia fon courage
& Popinion du Chirurgien François.
Quelques pièces tirées de l'Anglois , entr'autres
les fameux monologues d'Hamlet
& de Rich. rd III, dans Shakeſpeare , fuivent
ces traductions de l'Allemand. Chacun fait
que Voltaire a imité en vers élégans le
premier de ces monologues ; il a également
verfifié en François celui de Caton , dans la
Tragédie d'Addiffon. M. de Bonneville ob
ferve judicieufement que le célèbre Auteur
de Mahomet a traduit ces deux morceaux
de la même manière , & que dans tous deux
c'eft le langage épuré du Portique & de l'Académie.
Or , il eft certain non-feulement
DE FRANCE 161
qu'un jeune Prince de Danemarck , & l'a
vant dernier des Romains , ne doivent point
délibérer de même fur un fuicide dont les
motifs font très différens ; mais encore que
Shakeſpeare a très-bien faifi cette différence.
Hamlet parle en homme ordinaire ; Caton
en Stoïcien. Chez le premier ; on voit des
combats , des incertitudes , des irréſolutions :
le Poëte Anglois , par fes hémiftiches coupés ,
par le pallage brufque des fentimens , marque
ces nuances qui difparoiffent entièrement de
la palette fymmétrique de Voltaire.
Mais M. de Bonneville enjambe fur cette
vérité , & palle à une remarque qui nous
paroît faule. De cette diverfité de ſtyle
entre Hamlet & Caton , il conclud que le
monologue de celui - ci part de la tête , & non
du coeur, que c'eſt le courage qui parle, &
non la Nature ; que tous ces beaux difcours
ne conviennent point à un monologue , où
l'on ne doitparler qu'àfon coeur , &c. Il nous
femble , au contraire , que c'eût été un
énorme contre fens de faire tenir au difciple
de Flaton le langage d'un payfan , & de le
préparer à la mort par les réflexions d'un
jeune homme de vingt ans. Abufera- t- on
éternellement des mots ? Ce n'eft pas la
Nature qui parle ! Affurément Caton s'exprime
très -conformément à fa nature , à fon
caractère , à fon génie , aux principes de fa
fecte , de fon parti , de fon temps, Ainfi ,
ces beaux difcours font autant en place qu'ils
le feroient dans la bouche d'Hamlet. L'on
peu
१.
162 MERCURÈ
ne trouve d'ailleurs dans ce monologue
ni recherche de philofophie , ni apprêt , ni
réflexions métaphyfiques. Celles de Caton
découlent naturellement de la lecture dont
il eft occupé.
M. de Bonneville a rendu au monologue
ď Hamlet fon veritable féns , fans s'écarter
de la littéralité. On peut juger par ce morceau
, combien Voltaire étoit peu exact dans
fes travefiliemens de Shakefpeare , qu'il
appe.oit des traductions , dans ces jeux de
mots burlefques , à l'aide defquels il a fait
des plus belles expreflions du Poëte Anglois ,
des caricatures dont il rioit lui - même , furtout
en voyant une foule d'écrivains dupes
de cette plaifanterie , la commenter , en tirer
des argumens en faveur de Racine & du
goût , &c.
Quelques poéfies lyriques , dont la plupart
étoient deja connues , terminent ce recueil.
On y relit avec plaifir le dialogue du
Payfan & du Seigneur, & la Prophette contre
Tyr, où fe trouve entr'autres , une très- belle
ftrophe , qui finit par ces vers adreſſes à
la Ville de Tyr :
Et faifis à ton nom , de refpect & de crainte ,
Les peuples & les Rois marquoient dans ton enceinte
Le rendez-vous de l'Univers.
La piece intitulée Chants fur la ruine de
Jérufalem , nous femble dépourvue de cette
élévation & de cet enthoufiafme. C'eſt une
DE FRANCE. -163
efpèce de dialogue continuelment interrompu,
entre des Ifraelites delciperés , & qui
ne le defefpèrent affez clarament ni
affez fimplement. Un de tes Ifraelites dit au
foleil.
111
Tonjourire infultant , exécrab'e folei!,
Trouble unfonge d'horreur qui n'a point de réveil!
Ce n'eft pas là , je crois , une heureufe
apoftrophe. Des malheureux ne s'aufent
pas a des execrations de cette efpèce : elles
font frequentes dans ce morceau , que fa
forme rend amphigourique , & dont le ftyle
manque de fimplicité.
La préface de M. de Bonneville , à laquelle
nous avons promis de revenir , et une diatribe
chagrine , quelquefois éloquente ,
vraie à quelques egards , peu réde hie à
d'autres , fur le malheur & Pabandon où
on laiffe les talens littéraires , principalement
les Poëtes naiflans. Au debut de cet épifode
, l'Auteur fe plaint de ce que les Journal
ftes s'n tiennent à l'examen des ouvrages
, & ne font jamais connoître le perfonnel
de l'Auteur. C'eft un filen e funefte
aux jeunes Ecrivains. Mais , comme à fon
avis , les Journaux François font des frivo
lites ou des libelles pleins d'ignorance &
de calomnie , il feroit trop dangereux , je
crois , de confier à de pareils éditeurs le miniftère
auquel M. de Bonneville les appelle.
Ce feroit ajouter au droit de calomnier le
talent , celui de calomnier la perfonne.
164
MERCURE
}
- En Angleterre , cet ufage exifte. Comment
l'abus en eft-il prévenu ou expié ?
Par la fauvegarde de la liberté de la
preffe. Ni intrigues , ni protecteurs , ni follicitations
, ni crédit , ni intérêt de corps ,
ne peuvent arrêter la juſtification de l'Offenfe
. Elle eft prompte , péremptoire , efficace
; parce qu'on ne fuppofe pas qu'il fe
hafarde à mentir , lorfque le lendemain mille
bouches de vérité peuvent s'ouvrir & le confondre.
La liberté de la preffe eft ici la lance
d'Achille ; elle guérit les bleffures qu'elle a
faites. D'ailleurs , les Gens de Lettres en Angleterre
ne formant point , comme en
France , une claffe diftincte & ifolée , étant
très -fréquemment appelés aux emplois civils
, il importe au Public de les connoître ;
la Nation doit exercer fur eux la cenfure à laquelle
font foumis tous les Ordres de l'Etat.
M. de Bonneville rétrace avec fenfibilité ,
& beaucoup de feu , le malheur des Ecrivains
indigens , leur dépendance des Libraires
, les nanoeuvres des entrepreneurs,
des frêlons qui n'ayant pas affez de talent
pour écrite , en ont beaucoup pour ſpéculer ,
& qui fe font une fortune , quelquefois
même une réputation , aux dépens des jeunes
gens dont ils ont exprimé les fucs. Il voudroit
que tous les hommes compatiffent à
cette indigence, qu'ils y arrachaffent de bonne
heure les Poëtes nailfans , & qu'on payât ou
qu'en foutînt les talens à leur aurore , afin de
leur donner la liberté de fe développer.
4
DE FRANCE.
165
C'est avec amertume , il faut en convenir
, qu'on voit les Gens de Lettres implorer
ainfi la commifération publique. Quoi !
parce qu'un adolefcent aura rimé quelques
épitres ou hafardé une comédie , il devra
réveiller des bienfaiteurs fourds aux cris
de tant de familles malheureufes , d'Artifans ,
d'Artiftes utiles & négligés ! Remettons les
chofes à leur valeur. Ceux qui concourent
à l'amulement d'une partie de la fociété
n'ont pas le droit d'en exiger les bienfaits
qu'elle réferve à ceux qui la foutiennent &
qui la fervent. Gray, dit M. de Bonneville ,
n'a faitpendant fa vie que trois Odes & une
Elegie. Je demande fi avec la vente de fes
Pofies , Gray eût pu fubfifter de fon ou
vrage ? Gray n'eût pas fubfifté ; & tant
mieux. Un homme qui au bout d'une carrière
de so ans ne peut montrer à fes fem
blables d'autre emploi de fes facultés que
trois Odes & une Élégie , eft indigne d'avoir
vécu. Jofe le dire , quiconque a penfionné
& enrichi un génie aufli inutile , a commis
un délit de lèfe-fociété. " F
Il eft des époques où il faut aux talens
des encouragemens , des penfions , des récompenfes.
Ce font celles où l'efprit humain
commence à prendre l'effor , où il est néceffaire
d'animer cette émulation naiffante ,
où les lettres ont peu de courtifans , les écrivains
peu de lecteurs , le génie une gloire !
tardive à espérer. Mais lorfque la littérature
eft devenue un métier vers lequel mille at !
166 MERCURE
traits féduifans entrainent la Jeuneffe au
préjudice des profeilions utiles , il importe
peut-être d'arrêter ce débordement ; il importe
d'épargner des gemillemens à tant de
familles honnêtes , des repentirs amers à tant
d'Auteurs aveuglés , qui s'imaginent à tort
qu'il eft beaucoup plus beau de montrer de
l'efprit que de faire de bons fouliers , &
dont la vie infortunee fe diffipe trop fouvent
entre l'indigence & l'inutilité.
* Si Chatterton , dont M. de Bonneville
déplore la deftinée , eût éte plus fage , il ne
fût pas mort aliéné , & de fes propres
mains . Il devoit refter dans la maifon paternelle
, fuivre fon état , méprifer moins.
injurieufement ceux qui lui en donnoient le
confeil , & ne pas croire qu'a dix fept ans ,
on doit défefpérer de tout , parce que de
beaux vers ne nous ont pas mis au deffus
des befoins .
#
Je prends la liberté de déduire ces objections
au voeu de M. de Bonneville , parce
qu'il me femble partager avec trop de chaleur
une opinion qui peut achever de précipiter
les lettres dans le dernier aviliffement.
Sous la livrée d'une mendiante , elles
perdront toute dignité , toute énergie. Elles
font des victimes , il eft vrai ; le nombre en
eft même effrayant; il faut en gémir : mais
quel eft donc l'état à l'abri de ces viciffi-
* Poëte Anglois plein de génie , né à Briſtol en
1752 , & qui fe tua à Londres a l'âge de 18 ans.
DE FRANCE. 167
tudes ? quel en feroit le remède , finon une
moindre affluence d'athlètes fur une arène
baignée de leurs pleurs ; finon plus de réflexions
avant de s'y jeter de préférence à
des états d'où le travail écarte les befoins plus
fûrement; plus d'application aux études folides,
fans lefquelles le talent avorté refte incapable
d'emplois intéretfans?Où eft d'ailleurs l'homme
de genie qu'ont enfanté les gratifications , les
largeffes , les rentes viagères ; monceaux de
chaînes qui accablent l'efprit & l'ame , en
enlevant à l'homme de Lettres fa plus belle
récompenfe , fa plus fûre confolation , le
fentiment de fon indépendance?
La culture des talens embraffe par-tout
deux objets ; des travaux qui contribuent à
l'ornement & aux plaifirs du monde ; des
fervices rendus aux hommes & à l'État. Ces
derniers méritent tous les fecours des Gouvernemens.
Ainfi , en Angleterre , où M. de
Bonnevillegémit de rencontrer un Dryden, un
Chatterton , un Ifaïe tués par la mifère ; on a
vu huit Chanceliers portés à la feconde dignité
du Royaume par des talens littéraires : rior,
Addifon , Newton , Locke , cent particuliers
élevés aux premières places par l'influence
de leur génie, Londres voit à la tête
de fon Clergé un Évêque dont le mérite &
la fcience ont fait l'avancement , & qui n'a
pas dédaigné de compofer une grainmaire ,
Robertfon , Cumberland , Gibbons , Burke ,
un hoinme d'État employé en ce moment
à la plus importante négociation , & vingt
ر
168 MERCURE
autres moins célèbres , ont paffé de leur cabinet
confacré aux Mufes , dans les bureaux
d'Adminiſtration. Voila les penfions & les
bienfaits que doivent ambitionner les Gens
de Lettres qui refpectent leur état. Heureux
ceux qui le refpectent encore après les récompenfes
, & dont on ne peut jamais dire :
Chemin faifant , il vit le cou du chien pelé.
Au refte , ces réflexions générales n'ont
d'autre motif que l'amour des Lettres , & le
zèle de leur véritable dignité. M. de Bonneville
, de qui la jeunelle s'annonce fous des
aufpices fi favorables , a été inſpiré par les
mêmes fentimens. Si je diffère d'opinion avec
lui , je n'en refpecte pas moins fes intentions
, & je finis par lui dire :
Si quid novifti rectius iftis ,
Candidus imperti ; fi non , This utere mecum.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
EUVRES de M. de Saint - Marc , de
l'Académie de Bordeaux. Traifième Édition
, dédiée au Roi de Suède . 2 vol. in-8°.
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR .
ON a rendu compte dans ce Journal d'une
précédente Édition des Euvres de M. de-
Saint Marc , & l'on s'eft plu à donner à fon
talent aimable des éloges qui n'ont pas trouvé
de contradicteurs. Cette Edition nouvelle eft
améliorée
LE FRANCE.. 169
ancorée par des corrections , & augmentée
de nombre d'Ouvrages eftimables.
A
Quand on lit l'Opéra d'Adèle de Ponthieu
& qu'on apprend le fuccès qu'il a eu , on eft
furpris que l'Auteur ait fitct abandonné la
carrière lyrique. Sans revenir fur le bien qui
en a été dit , nous ajouterons que M. de Saint-
Marca prouvé, par les réflexionsfur l'Opéra,
que ce genre lui eft devenu familier par la
méditation; il paroît même s'être fait une idée
exagérée du talent lyrique , difpofition d'ef
prit qui décèle le génie d'un art , & qui eft
peut - être néceffaire aux grands fuccès. En
effet , voici ce qu'on lit dans ces réflexions :
« Ne pourroit- on pas dire que la Tragédie
Lyrique demande autant de talent que la
Tragédie fimple , fi l'on compare le nom-
" bre des Auteurs couronnés dans l'un &
» dans l'autre de ces Drames , fi l'on fe rappelle
que des hommes de génie , & l'on
peut hardiment les nommer fans bleffer
» leur réputation immortelle , que les deux
» Corneilles , & de nos jours , Voltaire ,
après les fuccès les plus brillans , les plus
» répétés dans la feconde , ont paru très juftement
au- deffous d'eux - mêmes dans l'autre
, fur laquelle La Fontaine & Boileau
» n'ont fait que d'inutiles effais? »
"
"
"
99
"
Cette opinion eft un peu hyperbolique . Si
la Tragédie Lyrique demande autant de talent
que la Tragedie fimple , & fi Corneille &
Voltaire y ont échoué , il s'enfuivra que Bernard
eft au - deffus de Corneille , & que Vol-
N° 25, 24 Juin 1786 .
H
170
MERCURE
taire eft au- deffous de Danchet : or , on auroit
de la peine à fe décider à cette étrange,
conclufion. Cependant il feroit peut- être vrai
de dire que nos grands Maîtres ayant attaché
trop peu d'eftime à l'Opéra , y ont travaillé
avec trop de négligence. Ce genre néceflite
un travail minutieux , exige infiniment de
foins à caufe de la coopération du Muficien ,
& des autres Arts que le Poëte doit feconder
faire valoir par des facrifices perfonnels ; & il
faut convenir que fi un Poëme lyrique fuppofe
moins de talent qu'une Tragédie , il
donne aufli plus de peine à fon Auteur.
Parmi les Poéfies ajoutées à cette Édition ,
on diftinguera deux grandes Épîtres ; l'une ,
aux François détracteurs de la France , F'autre
, fur la vie de Paris & de la Campagne.
Parmi les morceaux qui nous ont le plus frappés
dans cette dernière , on remarquera fans
doute ce tableau de Paris :
Eh ! qu'est-ce que Paris ? Qu'une image fidelle
L'expofe aux gens du monde , ou plutôt le rappelle.
Se défaire au matin de quelques créanciers ,
Et, couché dans un char en quittant les foyers ,
Aller chez Dorimène , Orphanis ou Delphire ,
Parler amour , pompons , calomnier , médire ;
De vingt façons onir la nouvelle du jour ,
Et défoeuvrement la conter par à fon tour;
Se rendre chez Florife , où fe lit un Ouvrage
Qui de l'orgueil prié doit avoir le fuffrage ;
Lencontrer des Midas qu'encenfe l'intérêt ;
DE FRANCE. 178
Un Magiftrat au bal méditant un arrêt ;
Des femmes dont l'honneur acheté par la brigue
Va fe proftituer au fuccès de l'intrigue ;
Plus d'un adolefcent , perroquet érudit ,
Qai dit tout ce qu'il fait & ne fait ce qu'il dits
Voir de fots jeunes gens , plus vains , fans politeffe
Ces beaux efprits fi fiers , qu'un oubli , qu'un mot
bleife ;
D'importans grands Seigneurs , des finges de la Cour
Des bouffons fans gaîté , des amans fans amours ,
Tel Guerrier qui , mettant fes fervices à gages
Demande fans pudeur l'impôt de dix villages ;
Au fortir du fpectacle , aller fe mettre au jeu
Qu'interrompt un fouper où l'on demeure peu ;
Jouer , jouer encor , fe retirer enfuite
>
Pourrevoir chaque jour tout le train que l'on quitte, & c.
C'eft l'Épître aux Détrafleurs de la France,
imprimée d'abord féparément , qui rappela
le dévouement fublime du Chevalier d'Affas ,
& qui par- là donna lieu aux honneurs rendus
à ce Héros .
M. de Saint - Marc qui , faifant taire l'amour
paternel , a fupprimé de fon Recueil , une
trentaine de Pièces fugitives , une Comédie
& trois Opéras , y a ajouté auffi deux Comédies
qui font partie d'un petit Théâtre à
l'ufage des jeunes gens , à l'inftar des charmantes
Pièces de Mme la Comteffe de G ** .
à qui il rend un jufte hommage.
L'une de ces deux nouvelles Comédies eft
Hij
172
MERCURE
la Répétition , qui retrace dans la plus grande
vérité les petites rivalités & la converfation
des filles de couvent. L'autre eft l'Amour Filial
, dont nous allons donner ici une légère
idée.Je kopal
La Scène fe paffe dans une penfion que le
Miniftre vient vifiter , pour juger de la capacité
des Élèves. Parmi eux fe trouve un jeune
homme , Damis , élevé aux dépens du Roi ,
& qui , par fes qualités & fon exactitude à fes
devoirs , eft le modèle de la penfion . Mais fes
fuccès & l'eftime de fes maîtres ne peuvent
diffiper en lui un fond de trifteffe habituelle ,
dont on ignore la caufe. Ce qui l'attrifte ainsi ,
c'eft que fes parens font plongés dans une
misère dont le fouvenir le pourfuit fans ceffe.
Ce n'eft qu'avec peine qu'on parvient à lui
arracher fon fecret. Quand je fuis à table ,
» dit-il , quand j'y vois fervir de bons mets
" puis-je ne pas penfer , ne pas me dire : quoi !
» je me trouve dans l'abondance de tout ;
"
23
& peut - être mon père , ma mère , mes
» frères , mes foeurs ont à peine du pain pour
vivre ! Comment pouvoir ou vouloir
éloigner ces cruelles alarmes ? Je penſe au
contraire que le morceau que je prends
fur mon affiette , je l'enlève à la fubfiftance
» de mes parens. Mon coeur alors , mon triſte
» coeur fe ferre ; mes yeux fe rempliffent de
» larmes , & je n'ai plus de befoin que celui
de m'abandonner à ma douleur. »
Le maître de Damis eft touché , attendri
de fon bon naturel , & il en parle au Miniftre ,
DE FRANCE. 173
qui accorde une penfion pour le père , & des
gratifications pour le fils .
L'action de ce petit Drame eft aufli dévé
loppée que ce genre le permet ; le caractère
& la fituation du jeune Damis intéreflent ,
& les perfonnages acceffoires jettent du charme
& de la variété dans les détails.
Toutes les anciennes Pièces de ce Recueil,
foit Drames , foit Poéfies , font retouchées
avec foin ; la critique pourroit peut- être indiquer
quelques autres fuppreflions ou corrections
; mais on y retrouve par- tout ce genre
de talent qui fait aimer également & l'Ou- '
vrage & l'Écrivain .
VARIÉTÉ S.
Sur le SECRET , traduit de l'Anglois.
Commiffumque teges & vino tortus & irâ. HOR.
And let not wine or anger wrest
Th' intruftedfecret from your breaft. FRANCIS.
Nevous laiffez arracher votre Secret ni par
le vin'ni par la colère.
QUINTE - CURCE rapporte que les Perfes eurent
toujours le plus grand mépris pour celui qui avoit
violé les loix du Secret ; car ils penfoient qu'an
homme , quelque dépourvu qu'il fûr de vertus , pouvoir
au moins éviter les défauts ; & que s'il lui étoit
J
Hiij
€74
MERCURE
impoffible de bien parler , il lui étoit facile au moins
de ne point parler du tout.
Puifqu'ils regardoient le Secret comme une chofe
fi aifée, l'indifcrétion leur paroiffoit fans doute non
une perfidie , mais une légèreté. Ils voyoient dans
l'indifcret un homme qui laiffe échapper ce qu'il ne
peut retenir : qui , fans être intimidẻ par des menaces
ou féduit par des promelles , cède uniquement
au plaifir de parler. A la diftance où nous lommes
des Perfes, il ne nous eft pas aifé de favoir s'ils poffédoient
eux-mêmes éminemment cette vertu , dont
ils faifoient un fi grand cas. Nous avons trop peu
de Mémoires de la Cour de Perfépolis , pour connoître
la vie & le caractère de leurs Commis , de
leurs Dames d'Honneur , de leurs Hommes d'Affai¬
res , de leurs Femmes - de - Chambre ou de leurs
Valets.
De nos jours on n'eftime pas plus les indifcrets
que chez les Anciens ; mais on ne leur témoigne pas
le même mépris & la même haine . Il eft fi peu ordinaire
parmi nous de garder le Secret , qu'on peut
croire que les Perfes fe font beaucoup trompés lorfqu'ils
ont jugé qu'il étoit fi facile de fe taite ; i
femble en effet qu'un Secret eft quelque chofe de
fubtil & de volatil qui s'échappe de nos ames au
moindre mouvement qui les agite , & le defir de le
communiquer , une paffion qui fermente avec violence
, & toujours prête à étouffer le coeur qui voudroit
le retenir.
Ceux qui étudient le phyfique ou le moral de
l'homme , voient fouvent la théorie la plus impofante
& la plus flattenfe s'évanouir au jour de l'expé
rience ; & leur orgueil , qui trouvoit tant de plaifir
à conclure les effets d'après les caufes , finit toujours
par être réduit à remonter aux caufes d'après les
effets. Un fpéculateur , du fond de fa retraite , peut
prouver qu'il cft facile d'être fecret , & fe croit en
DE FRANCE
. 179
conféquence autorisé à accorder la confiance. L'homme
du monde voit que cela eft très rare , & il chet.
chera plutôt pourquoi une vertu fi facile & fi importante
à la fociété , manque à tous les hommes.
C'eſt la vanité de faire voir qu'on n'a pas craint
de nous accorder de la confiance , qui nous porte
fur-tout à la trahir ; car quelque abfurde qu'il paroiffe
de ſe vanter d'avoir reçu un fecret, au moment
où on le viole on confent à fe montrer un homme
fans vertu pour le montrer un homme important ; on
aime mieux étaler avec orgueil le cas que les autres
font de nous , que de jouir dans le fecret de fa conf
cience d'une fidélité qui ne peut être connue & louée
que de celui à qui on l'a promife.
Il y a plusieurs manières de dire un Secret , qui
femblent épargner à un homme les reproches de fa
confcience , & qui fatis font fon orgueil fans diminuer
la bonne opinion qu'il a de lui même. Ce que
fon protecteur ou fon ami lui a confié , il le dira feulement
aux perfonnes à qui il ne cache pas les propres
affaires ; il le dira à des perfonnes qui n'ont aucun
intérêt de trahir fa confiance , il le leur dira
après les avoir menacées de la perte de fon amitié ,
ice qu'il leur révèle devient jamais public.
C'est très -fouvent dans la première ardeur de la
bienveillance ou de l'amour , que fe divulguent les
Secrets ; on veut prouver par un fi important facrifice
, qu'on eft tendre ou fincère ; mais ce motif,'
quoique paiffant en lui-même , ne marche pas fans
la vanité , puifque tout homme defire d'être fouverainement
eftimé de ceux qu'il aime , avec qui if
vit , avec qui il paffe fes momens de plaifir , ou chez
qui il va fe repofer des foins & des affaires .
Quand il eft queſtion de découvrir des Secrets , il
faut bien diftinguer entre les nôtres & ceux d'autrui
entre ceux qui ne peuvent compromettre que notre
fort & notre bonheur , & ceux qui peuvent com
Hiv
176 MERCURE
Fromettre le bonheur des perfonnes qui nous ont
hone és leur confiance . En général , c'eft une folie
de dire les nôrres même ; mais cette folie eft fans
crime révéler ceux qui nous ont été confiés ,
perfidie & folie tout-à - la - fois .
: c'eft
Ileft bien vrai qu'il y a eu des fanatiques d'amitié
aff Z peu raisonnables pour foutenir & peut- être
pour croire qu'un ami à droit à tout ce qui eft au
pouvoir de fon ami , & que par conféquent c'eft un
manque d'affection d'excepter un feul Secret de cette
confiance fans bornes. C'eft d'après cette maxime ,
qu'une Femme Miniftre d'État , n'a pas rougi de
nos jours d'informer le monde , que quand elle vou-
Joit tirer quelque chofe de fa Souveraine , elle lui
rappeloit le raifonnement de Montaigne , qui a prononcé
que dire un Secret à un ami , ce n'eft pas manquer
à la confiance , parce qu'un homme & fon ami
n'étant réellement que la même perfonne , ce n'eft
pas augmenter le nombre de ceux qui le favent.
Un raisonnement fi vain & fi trompeur pourroitil
faire illufion à quelqu'un ? Et l'Auteur qui peut
l'avancer montre- t-il autre chofe qu'un déclamateur
jaloux de faire voir jufqu'où il peut étendre fon
imagination , & avec quelle force il peut pouffer fa
thefe ; c'est ce qu'on auroit peine à croire fi certe
Dame n'eût eu la bonté de nous montrer jufqu'à
quel point on peut en impofer à la foibleffe , &
amufer l'indolence. Mais puifqu'il paroît qu'un
fophifme même de cette efpèce foutenu d'une forte
envie de fe repofer tranquillement fur les lumières
d'un autre a été capable de furprendre des intentions
honnêtes & un efprit qui n'eft pas ordinaire , il peut
n'être pas inutile d'obferver qu'entre amis il n'y a
de vraiment commun que ce que chacun pofède de
fon propre droit , & peut aliéner ou détruire fans
faire de tort qu'à lui. Sans cette diftinction la confiance
s'étendra à l'infini. La feconde perfonne pourra
DE FRANCE. 177
dire le Secret à une troifième fur le même principe
qu'il lui a été confié par la première, & la troisième
pourra le fane paller jaqu'à une quatrième , & ainfi
il circulera dans un monde d'amis jufqu'aux perfonnes
mêmes à qui on avoit voulu d'abord le
cacher.
Valcour révèle à Florimond qu'il eftime le Secret
de Blanze ; niais Blanzé méprife Florimond , & fon
Secret le trouve précitément dans les mains auxquelles
il auroit voulu plus le dérober. Quelles que
foient les conféquences de cette indiferétion , Valcour
a compromis le bonheur de fon ami fans néceflité
& fans fermiffion ; it a remis aux mains de la
fortune un dépôt qui n'avoit été confié qu'à la vertu.
Un homme qui dit les affaires d'un autre , doit
s'appercevoir , pour peu qu'il réfléchiffe , combien
les motifs fur lefquels il fe repofe font incertains ,
puifqu'il les voit fans effet fur lui-même. Quand il
donne fa confiance , il , devroit ,penfer qu'i trompe
lui - même celle qu'on lui a donnée ; qu'il attend des
autres une vertu dont il eft lui-m me incapable , &
fa conduite eft abfolument en contradiction avec
fes principes.
que
Chacun fent qu'er pareil cas il regarderoit comme
peu fait pour la confidence un homme qui fe croireit
libre de dire tout ce qu'il fait au premier qu'il
fui plairoit d'en croire digne ; ' c'eft pourquoi Valcour
en partageant avec Florimond un Secret qui
ne fur confié qu'à lui , doit favoir qu'il manque à fa
foi , puifqu'il va contre l'intention de Blanzé à qui il
ra donnée ; car les promeffes de l'amitié font , ainfi
que toutes les autres , inutiles & vaines , fi elles ne
font également obligatoires pour les deux parties.
Je n'ignore pas qu'on peut élever beaucoup de
queftions fur l'obligation de garder le Secret dans
fes affaires publiques qu'on peut croire que de scir
conftances particulières modifient quelquefois ce
Hy
178
MERCURE
devoir & en changent la nature ; que la manière
dont le Secret fut confié diminue l'obligation de le
garder , & que les motifs d'après lefquels on choifit
un homme pour confident ne le lient peut-être pas
toujours également. Mais ces diftinctions , quand
elles ne feroient pas trop compliquées , demandent
un examen trop étendu pour l'objet que je me propofe
actuellement ; elles ne font pas non plus de
nature à fe rencontrer bien fouvent dans le commerce
ordinaire de la vie ; & quoique la théorie
des cas de confcience foit utile en de bonnes mains,
il ne faudroit pas cependant laiffer indiftinctement à
tout le monde le droit de s'en mêler , puifque plu
heurs s'en ferviroient bien plus pour endormir que
pour réveiller leurs confciences , & les fils du raifonnement
auxquels eft fufpendue la vérité , font fouvent
fi déliés qu'ils échappent à des yeux & à un
tact ordinaires.
Le Secret eft quelque chofe de fi embarraffant &
de i dangereux qu'après celui qui eft obligé de fe
fier, je n'en vois pas de plus malheureux que celui à
qui on fe fie ; car il fe trouve fouvent enveloppé dans
des difficultés fut lefquelles il n'a pas la liberté de
s'éclairer ; il eft fouvent entraîné dans le crime fous
L'apparence de l'amitié & de l'honnêteté ; d'autres
pourront révéler ce qu'il ne révèle point , & leur
crime l'expofera à tous les foupçons ; car celui qui a
un confident en a communément plufieurs ; & quand
if efttrai
il ne fait qui il en doit accufer.
Les règles que j'ai à propofer far ce fujet im
portant , & dontje crois qu'il eft dangereux de s'écarter
fans un long & mûr examen , fe bornent done.
à ne jamais demander un Secret ; & quand on nous
l'offie , à ne pas nous en charger légèrement & fans
bien des reftrictions ; enfin , quand on l'accepte , a
le regarder comme un dépôt de la plus haute conéquence
auffi important que la Société , & auffi
DE FRANCE. 179
facré que la vérité , qu'on ne doit pas violer pour
de légers intérêts ou à la première apparence d'une
obligation contraire .
( Cet Article eft de M. Perrière. )
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE
E 30 Juillet 1727 , l'Abbé Pellegrim fit
repréfenter à la Comédie Italienne une
pièce en trois Actes & en vers , intitulée
l'Inconftant , ou les trois Épreuves. Nous
állons donner une idée de cet ouvrage , qui
n'a point été imprimé. Nos Lecteurs , en
comparant fa marche à celle de la Co
médie dont nous rendrons compte en
fuite, verrontcomment deux Auteurs peuvent
traiter le même caractère , & lui donner une
phyfionómie toute différente.
Valère aime Dorimène ; celle- ci , veuve
d'un homme dont l'humeur volage l'a rendue
malheureuſe , veut éprouver la fidélité de fon
amant. A l'ouverture de la Pièce , Valère fubit
la première épreuve , qui confifte à ne point
fortir , pendant huit jours , de l'hôtel garni où
il demeure avec Dorimène. Valère ne fort
point,mais d'abord il conte fleurette à Marton,
enfuite, pour diftraire fes ennuis , il relit les lettres
de fes anciennes maîtreffes. Parmi ces lettres
il retrouve un billet d'une certaine Bélife ,
Hvj
180
MERCURE
qu'il a connue en Bretagne , & qu'il a très
cavalièrement cédée à fon ami Dorante. Son
amour éteint fe réveille , & Dorimène , qui
étoit fortie pour aller rendre vifite à cette
méme Bélife , devenue fon amie depuis quel
que-temps , rentre à l'inftant où Valère laiffe
éclater les tranfports amoureux que lui inf
pire le fouvenir de fon amante Bretonne . Une
rufe de Lolive, fon valet, tire l'Inconftant de ce
mauvais pas. Dorimène inquiète, demande une
feconde épreuve. Il faut voir Belife fans l'ai
mer. Ofez , dit Dorimène à Valère ,:
Ofez braver ces yeux dont vous fûtes charmé :
Mon triomphe eft douteux ; il fera confirmé.
Valère , qui avoit promis à Dorante de
ne point revoir fon ancienne maîtreffe , cède
aux ordres de Dorimène , parce que l'amour ,
dit- il , doit l'emporter fur l'amitié ; mais cet
amour , quel en eft le véritable objet : Il
l'ignore.
Bélife , Dorimène ,
Je doute, en ce moment qui de vous deux m'entraîne.
Ah que j'aime entre vous à voir mon coeur flottant !
"
Et voilà les plaifirs que goûte un inconftaur :
Avant que de choifir , il pèfe , il examine ;
Doucement fufpendu rien ne le détermine ,
Au-lieu qu'un caur fidèle , en efclave enchaîné,
N'a plus rien à choifir fitôt qu'il s'eft donné.
La vue de Bélife rend Valère infidèle à
Dorimène; mais l'intention de la première
DE FRANCE. 181
eft de ne reffaifir fon captif que pour l'ac
cabler de mépris , & pour le démafquer
aux yeux de fa nouvelle conquête. Dorimène
aime ; par conféquent elle eft crédule &
foible , elle ne croit pas que fon amant puiffe
lui manquer de foi. On propofe une troifième
épreuve : c'eft de tenir Valère en fufpens
entre la main de Bélife & celle de Do
rimène. La Bretonne parle la première ; fa
propoſition eft acceptée : Dorimène vient en
fuite , & l'offre que Marton fait en fon
nom , jette Valère dans un embarras dont il
cherche fi mal- adroitement à fe tirer , qu'il
eft convaincu d'inconftance. Dorimène le
quitte , en lui défendant de la revoir jamais ;
il croit s'en confoler avec Bélife , mais celleci
épouse Dorante en fa préfence . Valère
eft d'abord un peu piqué ; il prend néanmoins
fon parti , & finit la Pièce en difant :
Deux maîtreffes de moins ! plaifante bagatelle !
Je puis offrir mon coeur à ìnille autres appas :
Viens , Lolive, demain il n'y paroîtra pas.
Nous ignorons quel a été le fuccès de cer
ouvrage , aujourd'hui prefque ignoré , mais
qui , malgré fes défauts , nous paroît trèsfupérieur
à beaucoup de Comédies plus modernes.
Palfons à l'analyfe de l'Inconftant ,
Comédie en cinq Actes & en vers , qu'on
a repréfentée , pour la première fois , le
mardi 13 de ce mois.
Florimon étoit amoureux d'une veuve
Angloife , nonumée Éliante. Entraîné à Breft
182 MERCURE
par les devoirs de fon état , il y a vu Léo
nore , fille d'un marin nommé M. Ker
vanton , a oublié fes premiers feux , a demandé
fa main , a obtenu l'aveu du père ; puis
tout-à - coup défenchanté , a quitté le père , la
fille , Breft & l'état militaire , pour revenir à
Paris. Il arrive dans un hôtel garni, où il retrouve
Éliante , que des circonftances particulières
ont amenée dans la Capitale : la revoir, repren
dre fa première chaîne , reparler de fes feux ,
plaire , en être inftruit , tout cela eft l'affaire de
quelques minutes . Ivre de bonheur , il reçoit
la vilite d'un oncle qui lui a cent fois reproché
l'inconftance de fon caractère , &
dont il appaife l'humeur , en lui faifant part
du projet qu'il a formé d'époufer une femme
raifonnable & fenfible. L'oncle enchanté promet
fon aveu à cet hymen , fi Éliante eft
digne de Florimon , & il va prendre les informations
néceffaires chez l'Ambaffadeur
de la Cour de Londres. Il revient avec les
meilleurs nouvelles , & fait fur le champ la
demande d'Éliante au nom de fon neveu ;
mais pendant fon abfence tout a changé.
Florimon a été voir un de fes amis nommé
Valmon ; il a vu la foeur de ce Valmon , &
fon coeur volage a tout oublié pour elle.
Éliante eft abandonnée ; l'oncle indigné abandonne
à fon tour Florimon pour jamais. Valmon
, prêt à partir pour la campagne avec fa.
foeur , a mis Florimon de la partie : celui -ci
eſt ravi , tranſporté. Une lettre le prévient
qu'on part le lendemain fon ivreffe redou
DE FRANCE. 183
ble , mais elle s'évanouit abfolument quand
la fin de la même lettre lui apprend que la
foeur de Valmon eft mariée. L'Inconftant veut
retourner à Éliante , mais celle - ci a renoncé
fans retour à un perfide , & le laiffe confondu.
Cependant M. Kervanton , que des
affaires perfonnelles ont amené à Paris , &
qui habite le même hôtel que Florimon
s'eft propofé de ne point retourner en Bretagne
fans avoir dit deux mots au fugitif
amant de fa fille. Il le rencontre : la converfatión
devient vive. Duel , dans lequel
Kervanton eft défarmé ; retour de Florimon ,
excuſes , aveu de fes torts , nouvelle demande
de la main de Léonore ; confente
ment de Kervanton , & convention de partir
pour Breft auffitôt que le inarin aura vu le
Miniftre. Tout change encore dès que Florimon
eft feul avec fes réflexions : il ne le
croit pas propre à un lien tel que celui du
mariage ; il ne fait comment il reprendra fa
parole. On lui annonce que fa chaife eft
prête ; & comme , dans un de fes accès d'inconftance,
il avoit réfolu de voyager en Europe
& en Afie , & demandé des chevaux afin de
partir fans délai , il fe lève , décidé , dit-il ,
à s'embarquer pour commencer fes voyages
par le nouveau monde.
L'action de cette Comédie , dont l'auteur
eft M. Collin , déjà connu par de très -jolies
pièces fugitives , eft un peu nue , & l'intérêt
en eft foible. On peut s'étonner que l'Auteur
n'ait pas tiré un parti plus utile de
184 MERCURE
l'arrivée de M. Kervanton à Paris , & qu'il
ait pas employé la rivalité de Léonore &
d'Eliante , pour fortifier fon intrigue & pour
exciter la curiofité. Le dénouement , fi l'on
peut donner ce nom à l'incident qui ainène,
l'avant-dernière fcène du cinquième Acte
& au brufque parti que Florimon prend à
la dernière eft romanefque & peu fatiffaifant
, enfin , l'ouvrage n'offre point de rés
fultat moral : & cependant il eft certain
qu'on a , ou qu'on doit avoir un but quand
on fait une Comédie de caractère. C'eft fans
doute une entreprife délicate , difficile &
dangereufe , que celle d'une Comédie de ce
genre, en cing Actes & en vers ; fans doute
elle demande de l'indulgence , fur- tout quand
c'eft par elle qu'un écrivain fe préfente pour
la première fois dans la carrière dramatique.
Auffi fommes- nous très- éloignés de vouloir
étendre les obfervations critiqués. D'ail
leurs , M. Collin débute d'une manière fi
brillante , & fa Comédie , malgré les reproches
qu'on peut lui faire , donne de fi
grandes efpérances , que nous nous reprocherions
non-feulement de l'affliger , mais
encore de ne lui pas donner tous les encouragemens
qu'on doit à la naiffance du talent.
Le perfonnage de l'Inconftant annonce infiniment
de reffources dans l'efprit , dans l'imagination
, & une connoillance fort étendue
des traits qui , au Théâtre , definent
développent & prononcent les caractères . On
aime à le voir adopter & repouffer tour- à-tour
DE FRANCE.
185
tous les goûts & tous les fentimens; parler avec
ivreffe d'abord , & enfuite avec dégoût de la
ville , de la campagne, des plaiſirs bruyans, des
plaifirs tranquilles ; prendre , quitter, repren
dre , quitter encore les mêmes idées , & toujours
avec l'apparente réfolution de les adopter
ou d'y renoncer fans retour. Pour faire connoître
à nos Lecteurs combien le perfonnage
de l'Inconftant fait d'honneur à M. Collin ,
il faudroit pouvoir citer des détails , des développemens
, des Scènes même qui mettent
fon caractère en jeu , qui ne tiennent pas
bien néceffairement à l'action , & dont en
conféquence nous n'avons pas pu parler dans
notre analyſe ; mais ce qu'il nous eft impoffible
de faire aujourd'hui , nous le ferons dès
que l'Ouvrage fera imprimé. Le dialogue a de
la vérité , de la précifion & de la rapidité. Le
ftyle eft brillant , fpirituel & facile ; en in
mot , on doit encore plus d'éloges à M. Collin
qu'on ne lui peut faire de reproches.
Le rôle de l'Inconftant eft joué par M.
Molé avec une fupériorité de talent bien rare :
la facilité avec laquelle ce Comédien , toujours
plus aimable , parcourt tous les degrés , la fou
pleffe avec laquelle il fe plie à toutes les nuances
, à toutes les variations de fon caractère ,
font faites pour étonner les Amateurs les plus
familiers avec les reffources de fon talent.
Pour tout dire , le jeu de M. Molé eſt la fable
de Protée réalifée. L'idée de cet éloge n'eft
rien moins que neuve ; mais nous ofons dire
qu'ici elle a un mérite réel , celui de la vérité
186 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
Las Terriers rendus perpétuels , &c . Ouvrage
utile à tous Propriétaires de terres ou fiefs , à tous
Notaires , Régiffeurs , Géomètres , Féodiſtes , & autres
enfin qui fe deftinent à la partie des Terriers.
L'utilité de cet Ouvrage fe fait fentir de plus en
plus. Toujours plein de fon objet , toujours attentif
à ne pas s'en écarter , on voit que l'Auteur cherche
moins à tout dire qu'à nous préfenter ce qu'il y a de
plus intéreflant dans fa matière. Les modèles de
cette Livraiſon font exécutés avec le plus grand foin.
Troisième Liviaifon. A Paris , chez M. Aubry de
Saint-Vibert , rue des Blancs -Manteaux , No. 37.
L'Atlas perpétuel qui en fait panie , n'eft pas
moins intéreffant que le Cueilloir . On eft étonné
de voir qu'un moyen auffi fimple n'ait pas été employé
depuis long-temps . On voit bien que , femblable
au développement progreffif de la végétation
, les Sciences ne font que le fruit tardif de l'obfervation
la plus continue . Combien de temps en
effet M. de Fréminville n'a- t - il pas fait admirer fa
pratique univerfelle des Terriers ? elle laifoit pourtant
beaucoup à defirer ! Mais on doit à ce dernier
la juftice de le confidérer comme le premier qui alt
eu le courage d'écrire fur une matière aufli aride ; &
c'eft un titre qu'acquiert de plus M. A. D. S. V.
à notre reconnoiffance , puifqu'ayant eu les mêmes
difficultés à furmonter , il a fu fe frayer une route
nouvelle.
Le retard qu'a éprouvé cette troiſième Livraiſon
vient de la quantité de Gravures qu'elle contients
nous en avons compté foixante- deux pages in folio ;
DE FRANCE. 187
ee qui a dû exiger un temps confidérable tant pour
T'exécution que pour l'impreflion.
Le prix de l'Ouvrage entier, en fix Livraifons , eft
toujours de 48 liv. pour les Soufcripteurs , & de
60 liv. pour ceux qui n'ont pas foufcrit.
LES Confeffions d'un Anglois , ou Mémoires de
Sir Charles Simpfon , rédigés fur le manuferit original
. A Paris , chez Regnault , Libraire , rue Samt
Jacques , vis- à-vis celle du Plâtre ; 2 Vol. in- 12.
Prix , 3 liv. brochés,
Sir Charles Simpfon joue un rôle très - noble
dans un Roman intitulé : Le Vice & la Foibleffe ,
dont nous avons rendu compte il y a quelques
mois ; celui- ci contient les Aventures de ce Philofophe
cftimable , qui étoient promifes par le premier.
Parmi ces Aventures , il y en a de fimples qui n'en
développent pas avec moins de vérité les feneftes
- effets des liaifons équivoques , de l'inexpérience , &
les caufes de la première dépravation des moeurs ; il
y en a de gaies qui font connoître juſqu'à quel point
la crédulité peut égarer les hommes , & les rendre
dupes de ces femmes auxquelles on veut bien accorder
le nom décent de femmes galantes ; enfin , il y
en a de touchantes , dont le but peut éclairer fur les
ravages que produifent dans les grandes Villes la
vanité , l'orgueil du luxe , l'envie & la jaloufie. Les
épifodes qu'on y rencontre font liés avec beaucoup
d'art au fond du fujer. Nous avons diftingué ceux
du Baron de .... & de Mme G *** . Le caractère
du premier eft un modèle de fermeté pour ceux
qui ont le malheur d'être en butte aux fureurs du crédit
& de la perfécution . L'hiftoire de Mme G***
offre un tableau effrayant des indignités auxquelles
certaines gens ne rougiffent pas d'attacher leur protection
& leurs faveurs . Cet Ouvrage , écrit avec
force , fe fait lire avec intérêt .
188 MERCURE
L'ÉDUCATION Publique , Ode , par M. Duvi,
quet A Compiègne , chez Bertrand , Imprimeur du
Roi ; & fe vend à Paris , chez Varin , Libraire , rue
du petit Pont , au bas de la rue Saint Jacques.
On reconnoît dans cet Ouvrage un jeune Ecri
vain nourri de l'étude des bons modèles . Deux
ftrophes fuffiront pour juftifier cet éloge. Le Poëte
s'adreffe à l'Inſtituteur :
Tu vois ce Magiftrat dont l'amour ou la haine.
Fléchit au poids de l'or la balance incertaine ;
Qui foule aux pieds l'Honneur , la Juftice & la Loi ?
Il eût été l'appui du juke qu'il opprime ;
Toi ſeul tu l'as perdu ; ſa baſſeſſe eſt ton crime ;
Les vertus qu'il n'a pas font des forfaits pour toi.
Si tu n'es point aimé , tu n'as rien fait encore s
C'eft peu d'être obéi , je veux que l'on t'adore ;
Que ton titre auprès d'eux foit toujours oublié :
Pourquoi fans ceffe un joug , des fers , de la contrainte ?
L'esclave dégradé n'obéit qu'à la crainte ;
Mais le coeur de l'enfance eft fait pour l'amitié.....
FIGURES des Fables de La Fontaine , gravées,
par Simon & Coiny , douzième Livraison , chez les
Auteurs , au Bureau du Voyage de la Grèce , rue
Pagevin , n° . 16.
Nous avons annoncé que le Texte de ce charmant
Ouvrage s'imprime actuellement chez Didot l'aîné.
On trouve à la même adreffe la feconde Livraiſon
des Tableaux des Maifons & Jardins de plaifance,
Anglois , avec l'Explication de chacune de ces
Vues , tralaite par M. Havy , Interprète du Roi . Cet
Ouvrage est d'une exécution très- foignée .
TRAITE de Trigonométrie rettiligne & fphérique ,
contenant des Méthodes & des Formules nouvelles ,
DE FRANCE. 189
avec des applications à la plupart des problêmes de
l'Aftronomie , par M. Cagnoli , Citoyen de Vérone ,
Membre de la Société Italienne , &c. traduit de
l'Italien par M. Chompré , & imprimé par Didot
l'aîné avec les nouveaux caractères. A Paris , chez
Didot fils aîné & Jombert jeune , Libraires , rue
Dauphine , près du Pont-Neuf, n ° . 116 , 1 Vol.
in-4 ° . 1786. Prix , 15 liv . relié.
Le Rapport de J'Académie Royale des Sciences ,
du 11 Février 1786 , doit fixer l'opinion du Public
fur l'importance & le mérite de cet Ouvrage. On
y trouve un grand nombre de chofes nouvelles qui
ne peuvent qu'exciter l'attention publique , & le rendre
utile aux Savans. Le Libraire a fait imprimer
féparément le Rapport de l'Académie , qui prouve le
cas qu'on doit faire de cet Ouvrage.
EUVRES complettes d'Homère , Traduction
nouvelle , dédiée au Roi , avec des Notes Littérales ,
Hiftoriques & Géographiqnes , fuivies des Imitations
des Poëtes anciens & modernes , par M. Gin , Confeiller
au Grand - Confeil , nouvelle Edition en huit
Volumes in -4 °. , papier d'Annonay , de l'Imprimerie
de Didot l'aîné , ornée de cinquante Eftampes en
taille -douce & de deux Cartes Géographiques . Le
premier Volume eft en vente chez Didot l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue Pavée - Saint-André- des Arcs.
Il n'en a été tiré que 325 Exemplaires. Prix , 36 liv.
chaque Volume broché en carton . On ajoutera à la
lifte des Soufcripteurs les noms des Perfonnes qui fe
feront inferire chez M. Didot avant la publication du
deuxième Volume , paffé lequel temps le prix de
chaque Volume fera de 48 liv. au lieu de 36 , avec
le texte Grec de 72 liv. au lieu de 54. Les mêmes
grand in - 8 , parier ordinaire tirés à 600 Exemplaires
, enrichis des Cartes Géographiques : Prix ,
7 liv. 10 fols brochés. Il en a été tiré en outre
190 MERCURE
125 Exemplaires papier d'Annonay du prix de
12 liv. broché en carton.
Nous avons parlé dans le temps de cet Ouvrage
eftimable , & le nom de l'Imprimeur répond de la
beauté de la nouvelle Edition .
EUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Amiot , avec des Notes & des Obfervations de
M. l'Abbé Brottier neveu , Tome XVIII , & le
premier des Euvres mêlées. A Paris , chez J. B.
Cuffac , Libraire , rue & Carrefour S. Benoît.
Le même Libraire vient de livrer le troisième
Volume du Théâtre des Grecs. Nous avons parlé de
ces deux Ouvrages , toujours très- bien exécutés .
Mate
HOSPICE de Saint Jacques du Haut- Pas.
Hôtel de la Monnoie. Vue du Théâtre Italien.
Vue du Théâtre François .
rieur de l'Ecole de Chirurgie.
-
Vue de l'inté
Vue de l'extérieur,
Vue de l'intérieur de la Salle au bled.
Vue de l'extérieur.
-
"Ce font autant de petites Gravures en couleur
faifant partie d'une fuite dont nous avons déjà
parlé , des Monumens de la Capitale ; elles fe trouvent
à Paris , chez les frères Campion , rue Saint
Jacques , à la Ville de Rouen.
ANTIQUITES Etrufques , Grecques & Romaines ,
gravées par F. A. David , imprimées & coloriées fur
du papier de Hollande , Tome I , Numéros ƒ & 6.
compofé chacun de douze Planches & Difcours.
Prix , 9 liv . chaque , l'in 4°,, & 6 liv . l'in-8 ° . A
Paris , chez M. David , Graveur de la Chambre &
du Cabinet de MONSIEUR , rue des Cordeliers , au
coin de celle de l'Obfervance.
Çet Ouvrage , pour la facilité des Acheteurs , eft
DE FRANCE. 191
réduit aux formats in 4 ° . & in 8 ° , comme l'ont été
par le même Auteur les Antiquités d'Herculanum .
CARTE de la Généralité de Poitiers , avec les
Provinces adjacentes , divifée dans fes neuf Elections
, & offrant le Tableau des grandes Routes nouvellement
ouvertes , les chemins des Troupes &
ceux de communication , dreffée & perfectionnée .
par les Ingénieurs de la Province , publiée par les
ordres de M. de Bloſſac en 1784 , en une feuille
grand aigle. A Paris , chez M. Dupain- Triel , Cloître
Notre-Dame. Prix , 3 liv.
MEMOIRES de M. le Baron de Tott , in- 4 ° . ,
2 Vol. avec figures . Prix , 33 liv. , papier fin 45 liv.
A Paris , chez Laurent , Libraire , rue de Tournon ,
ainfi que quelques Exemplaires de l'Edition origi
nale , qu'il ne faut pas confondre avec les Edicions
contrefaites , qui font remplies de fautes très - groffières
, & même de contre-fens.
Nous avons parlé dans fa nouveauté de cet Oa- .
vrage très- piquant . Certe Edition nouvelle eft d'une
belle exécution pour les figures & la partie typogra
phique.
Le même Libraire vient de recevoir de Londres
quelques Exemplaires du Siège de Gibraltar , in- 4 ° .
Prix , 36 liv. , le même , grand papier 48 liv .
Il vient aufli d'acquérir quelques Exemplaires de
premières Epreuves du Portrait d'Oudry , Deffinateur
des Figures de la belle Édition des Fables de La
Fontaine , in-folio , 4 Volumes , & que les Amateurs
joignent à cette fuperbe Édition . Prix, 3 liv.
LES Perfonnes qui ont fouferit pour le premier
Volume du Théâtre de M. Ronfin , imprimé au
192
MERCURE
profit de fa belle mère , font price de l'envoyer
chercher chez l'Auteur , rue de Seine , Fauxbourg
Saint Germain , nº . 78.
VARIETES Muficales pour le Piano , avec Accompagnement
de différens Inftrumens à volonté,
choifies dans les meilleurs Ouvrages étrangers &
nationaux , mêlées de chant avec paroles Italiennes
& Françoiſes . Il en paroîtra tous les trois mois un
Cahier de cinquante à foixante pages. Prix, 9 liv.
port franc. Les Perfonnes qui fe feront inferire ne
payeront que 6 liv. par Cahier en le recevant. A
Paris , chez M. Wenck , rue de la Michodière , maifon
de M. Garnier ; M. Boyer , Marchand de Mufique
, rue de Richelieu , paffage du Café de Foy , &
M. Baillon , rue Neuve des Petits -Champs , au coin
de celle de Richelieu.
TABL E.
Lettre au Rédacteur du Mer-
CONSEILS à mon jeune
mans , 156 Ami , 14 Euvres de M. de Saint-Marc,
168
cure , 151 Variétés , 173
179
phe , 154 Annonces & Notices , 186
Charade , Enigme & Logogy- Comédie Françoife ,
Effais , choix de petits Ro-
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 24 Juin 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'inipreffion, A
Paris . le 23 Juin 1786, GUIDI.
SUPPLEMENT
f
AU MERCURE ,
CONTENANT les Profpectus & Avis
particuliers de la Librairie.
LETTRE du Bréveté du Mercure à MM.
les Gens de Lettres , les Imprimeurs &
Libraires.
MESSIEURS ,
LES Profpectus de toutes espèces fe font
fingulièrement multipliés depuis quelque
temps. Leur étendue & leur grand nombre
font caufe qu'on ne peut en parler dans les
Journaux que d'une manière très vague ou
très - abrégée. Aufli les Gens de Lettres &
les Libraires , fentant l'impoffibilité où l'on
eft de les fatisfaire à cet égard , ont- ils pris
le parti de les joindre à prefque tous les Jour
naux & Affiches qui fe diftribuent à Paris &
dans les Provinces ; mais cette diftribution
ne peut encore remplir qu'imparfaitement
l'objet qu'ils ont en vue. Toutes ces Feuilles
volantes fe perdent ; & la plupart ne font pas
lues du Public , parce qu'elles ne font pas
Supplém. No.25. 24 Juin 1786
corps avec les Ouvrages périodiques auxquels
on les joint. Si ces Profpectus , par exemple' ,
faifaient partie du Mercure , il eft probable
que le Public , qui les néglige prefque toujours
dans l'inftant de leur arrivée , y revien
drait , & pourrait s'en occuper dans les momens
où il ferait plus libre. Frappé de l'indifférence
que l'on témoigne aujourd'hui
pour toutes ces Feuilles volantes & Profpectus
, & défirant d'être utile à la Littérature
& à la Librairie , j'offre à toutes les perfonnes
qui font dans le cas de publier des
Profpectus d'Ouvrages nouveaux , de Mufique
, d'Eftampes , d'ajouter toutes les femaines
au Mercure une Feuille , fous le titre
de Supplément au Mercure , contenant les
Profpectus & Avis particuliers de la Librairie.
Ainfi chaque Libraire fera libre déſormais
de faire imprimer fon Profpectus en
entier , ou par partie , à la fin de ce Journal ,
d'y joindre fon Catalogue , fes nouvelles acquifitions
, & tout ce qui pourra intéreffer
fon commerce.
La Partie littéraire du Mercure n'étant
compofée que de deux Feuilles , on ne peut
aufli y parler que très - fuperficiellement
des Ouvrages nouveaux , concernant les
Sciences & les Arts. Les Gens de Lettres &
Libraires pourront , dans leurs Profpectus ,
s'étendre particulièrement fur ces objets , &
en donner des Extraits , des Analyſes auffi
étendus qu'ils le jugeront convenable. On
les prie feulement de ſe borner à en expoſer
( 3 )
le plan & l'objet ; les éloges font très-déplacés
dans un Profpectus , & préviennent
rarement le Public en leur faveur. Il y a de
l'indécence à louer foi- même l'Ouvrage dont
on eft l'Auteur ou l'Imprimeur. On doit ſe
borner à le faire connaître.
Comme cette Feuille , jointe au Mercure ,
n'augmentera point le prix de la foufcription
, elle ne pourra être que très - agréable
au Public , puifqu'elle lui mettra fous les
yeux tous les mouvemens de la Littérature
toutes les nouveautés de la Librairie & de
l'Imprimerie.
誓
Par çet arrangement , les Profpectus fe
conferveront au moins autant que chaque
Mercure; & non feulement les Soufcripteurs
pourront les lire ; mais comme les
Journaux fe prêtent , & qu'il n'y a pas un
Mercure qui ne foit lu par dix perfonnes ,
on fera affuré que quatre- vingts à cent mille
perfonnes en prendront connaiffance toutes
les femaines. Il y a plus , les frais de ces Profpectus
& Annonces fe trouveront confidérablement
diminués ; car chaque Feuille pouvant
en contenir plufieurs , une partie de la
compofition , du tirage , des frais de pliage
de brochure , &c. deviendront une dépenſe
commune pour chacun de ces Proſpectus.
En propofant cet arrangement , je ne prétends
pas m'en faire un objet utile , & il fera
aifé de s'en convaincre à l'examen du Tableau
de la dépenfe. On pourra voir chez
M. MOUTARD ce Tableau , par lequel il cft
* ij
4
arrêté que les frais d'impreffion , de papier
& de diftribution de la Feuille entière
pour onze mille , reviendront à 504 livres ;
mais il n'en coutera aux perfonnes qui n'emploieront
qu'une demi-feuille ou douze pa
ges , que 252 livres ; pour fix pages 126 livres ,
pour quatre pages 84 livres , & pour deux
pages feulement 42 livres . Chaque objet nou
veau doit compofer au moins deux pages ,
ou payer comme s'il les employait.
J'ai prie M. MOUTARD de fe charger de
l'impreffion de ce Supplément : c'eft à lui
feul qu'il faut s'adreffer pour l'infeftion des
objets , ainfi que pour le payement.
Outre le prix ci- deffus , on donnera au
Rédacteur du Mercure un exemplaire des
objets nouveaux , anhoncés dans chaque
Profpectus.
PROSPECTUS.
CHOIX DE CAUSES CÉLÈBRES ,
contenant les cent douze premiers Numé
ros du Journal des Caufes célèbres , réimprimés
avec des changemens & des corrections
, enis vol. in- 12 de joo pages ou en
viron , au prix de 37 liv. 10 f. br. ou 45
liv. rel.
PROPOSÉ PAR SOUSCRIPTION ,
DEPUIS quelques mois , ces cent douze
Numéros manquent , aina on n'a pu fatif
17
faire aux demandes qui en ont été faitesi
On s'occupait des moyens de donner une
nouvelle Edition avec des changemens &
des corrections , lorfqu'on a appris que des
Libraires étrangers avaient ofé annoncer
une Contrefaçon de ces volumes. Outre
que leur Edition ( quoique propofée à un
rabais apparent ) couterait plus cher que
celle de Paris , elle ferait encore privée de
l'avantage des corrections & des changeinens
que la nature de l'ouvrage exige . Om
s'eft donc auffi -tôt déterminé à faire la nouvelle
Edition que le Public paraît défirer
mais pour remplir fes vues ; on a fait les
retranchemens & les corrections néceffaires.
Parmi ces changemens , qui augmenteront
l'intérêt de cette nouvelle Edition , on doit
remarquer celui de placer les Caufes dans
leur ordre chronologique , ce qui était impoffible
dans un Journal : ainfi , au moyen
d'économies typographiques , qui ne changeront
rien au caractère , au format & au
papier qu'on a employés jufqu'ici , on renfermera
ce qu'il y a de plus intérelfant dans
les cent douze premiers Numéros qui manquent
, dans quinze volumes in- 12 d'envi
ron cinq cents pages chacun. Ces volumes ,
qui fe délivrent fucceflivement tous les mois ,
ne couteront aux Soufcripteurs que 37 liv.
10 f. brochés , & 45 1. reliés. On en délivre
actuellement onze volumes , le douzième
fera délivré en Juillet prochain , & ainfi de
fuite chaque mois jufqu'à la fin de la nous
* iij
( 6 )
velle Edition , qui fera terminée par une
Table alphabétique . L'on trouvera les Numéros
qui ont paru depuis le cent douzième
, au Bureau du Journal , chez M.
des Effarts , Avocat , rue du Théatre Français.
On foufcrit pour la nouvelle Edition
chez le fieur Moutard , Imprimeur-Libraire
de la Reine , de Madame , & de Madame
Comteffe d'Artois , rue des Mathurins , Hôtel
de Cluni , qui fe chargera de faire remettre
les volumes , à meſure qu'ils paraî
tront , à l'adreffe des Soufcripteurs , à Paris
feulement , en lui faifant payer 37 liv. 10 ſ.
pour les quinze volumes brochés , ou 45
liv. fi on les veut reliés. Les perfonnes de
province qui voudraient foufcrire , font
priées de s'adreffer aux Libraires des prineipales
villes du royaume , qui fe chargeront
également de recevoir leurs Soufcriptions
, & de remettre les volumes à mefure
qu'ils paraîtront.
Celles qui font éloignées des grandes
villes , & qui voudraient être fervies par la
Pofte , auront la bonté de payer 7 l . 10 f.
pour le port des 15 vol. broch. car la Pofte
ne fe charge pas de Livres reliés .
Le prix de chaque volume fera de 3 liv.
br. & de 3 l. 10 f. rel. pour les perfonnes
qui n'auront pas foufcrit , & qui ne voudraient
payer les volumes qu'à mesure qu'ils
feront imprimés.
. ( 7 )
TROISIÈME VOYAGE abrégé du Capitaine
Cook , dans l'Océan Pacifique ,
avec une Carte générale & l'Eftampe repréfentant
la mort de ce Capitaine ; ou
Hiftoire des dernières découvertes dans la
mer du Sud , pendant les années 1776 ,
1777 1778 1779 & 1780. Trois vol.
in-8° . br. 15. liv. 12 f. , rel. 18 liv. A
Paris , chez MoUTARD , Imprimeur--
Libraire de la REINE , de MADAME
& de Madame Comteffe D'ARTOIS , &
de l'Académie des Sciences , rue des Mathurins
, Hôtel de Cluni.
ES
>
Les deux premiers Voyages du célèbre
Cook avaient déjà enrichi la Géographie
d'une multitude de découvertes : jamais Navigateur
n'employa plus d'ardeur , de talens
& d'intrépidité pour agrandir la fphète
des connaiſſances humaines ; mais les progrès
de la Géographie exigeaient encore l'éclairciffement
d'un point infiniment intéreffant.
Le paffage tant difcuté de la mer
Pacifique dans l'Atlantique par le nord- cft ,
ou celui de la même mer dans la mer du
Nord par le nord oueft , étaient encore un
objet de doute . C'était à l'immortel Cookqu'il
était réfervé de le réfoudre.
Pour la troiſième fois cet illuftre Navigateur
a parcouru l'Océan Pacifique . Il a rectifié
les erreurs échappées dans fes premiers
Voyages ; des obfervations nouvelles ont été
* iv
( 8 )
ajoutées aux obfervations déjà faites ; la dé
couverte de plufieurs Ifles inconnues , & furtout
du grand Archipel, nominé Ifles de Sands
wich , a couronné fes travaux. Il a relevé ave
le plus grand foin vingt- fix degrés , ou environ
douze cents lieues de la côte occidentale
d'Amérique , depuis la Californie juſqu'aux
montagnes de glaces , qui ferment le paffage
au nord. Il a reconnu une partie de
la côte des Tfchutskis , & fixé le gifement
des Ifles fituées entre le Kamtfchatka &
Amérique. Les Relations Efpagnoles étaient
infidelles , les Cartes des Ruffes fourmillaient
d'erreurs. Elles ont difparu , & avee
elles ces Ifles imaginaires , ces terres fuppolées
de Gama , de Staten Island , & l'Iſle
de Jefo , qui n'avaient exifté que dans l'opinion
des Géographes."
Ni les travaux les plus pénibles , ni les
dangers les plus fufceptibles d'étonner le
courage , n'ont pu arrêter ce grand Homme ;
il s'eft avancé jufqu'au foixante-onzième degré
de latitude ; fon audace dans des mers
dangereufes & inconnues , où le naufrage ne
laiffe aucun efpoir , intéreffe autant qu'elle
étonne ; & s'il n'a point trouvé de paffage
pour fortir de cette mer par le Nord, il en
réfulte ou qu'il n'en exifte pas , ou que les
montagnes de glaces , qui y font permanentes
, le rendent abfolument impraticable.
C'est l'hiftoire de ce Voyage , le plus intérellant
de tous , qu'on préfente au Public ;
de ce Voyage , où rempli tout à la fois d'é(
و )
tonnement , d'admiration & de la reconnaif
fance qu'infpirent les travaux hardis de ce
grand Homme , le Lecteur fe trouve tout
à coup fpectateur de fa fin tragique , &
voit l'infortuné Cook terminer fes jours au
milieu d'une carrière qui doit l'immorta
lifer.
Le Journal d'un Marin n'offre en général
que des matériaux à l'Hiftoire . Les Rédac
teurs de l'Abrégé de ce Voyage ont cherché
à faire un corps d'Hiftoire de ce qui n'était
qu'un Journal. Ils fe font appliqués à faire
connaître tous les gifemens des Illes , les
relevés des côtes , les manoeuvres principales
& effentielles , les vents , les marées
& les courans. Ils ont rapporté avec exactitude
les obfervations aftronomiques , ainf
que tout ce qui concerne les moeurs & l'Hif
toire naturelle des contrées que notre célè´
bre Auteur a parcourues.
Il ne faut pas confondre cet Abrégé en
trois volumes in - 8°. avec un prétendu
Abrégé , en un volume , qui a paru , il y
a quelques années , avant même que le grand
Ouvrage de Cook fût publié . L'Abrégé ac
tuel , dont on a fait un corps d'Hiftoire ,
eft extrait en entier du troisième Voyage du
Capitaine Cook , en 4 volumes in- 4°. Cet
Abrégé forme une lecture rapide & fuivie ,
à l'ufage de cette partie du Public qui n'eft
pas dans le cas de fe procurer le grand
Voyage.
C'est d'accord avec M. PANCKOUCKE ,
( 10 ) .
propriétaire du Privilége du troifième Voyage
de Cook, que nous publions cet Abrégé , afin
de mettre le Public à portée de fe compléter
, & de ne pas l'expofer à acheter
deux ou trois fois le même Livre fous des
titres différens.
A
DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE
POLICE , contenant l'origine & les progrès
de cette partie importante de l'Adminiftration
civile en France ; les Loix , Réglemens
& Arrêts qui y ont rapport ; les
droits , priviléges & fonctions des Magiftrats
& Officiers qui exercent la Police ;
enfin , un Tableau hiftorique de la manière
dont elle fe fait chez les principales Nations
de l'Europe. Par M. DES ESSARTS,
Avocat , Membre de plufieurs Académies.
LE Traité de la Police , du Commiſſaire
DE LA MARRE , eft , fans doute , un excellent
Ouvrage , mais , outre que le Plan
du Dictionnaire que nous annonçons eft
beaucoup plus vaffe , nous pouvons ajouter
que le Traité de la Police eft plus curieux
qu'utile ; il eft d'ailleurs incomplet (*) fur
(*) On peut juger de l'étendue des recherches
& du travail que ce Dictionnaire exigeait , par
Fidée générale du Plan que le Commiffaire DE LA
MARRE avait conçu , mais qu'il n'a pas exécuté.
Son Traité de la Police devait être divif en douze
Livres . Les cinq premiers , qui font renfermés
( 11 )
une multitude de parties importantes , malgré
le Supplément qu'on a publié depuis
dans trois volumes in-folio , ont pour objets
favoir le premier Livre , l'origine & les progrès
de la Police ; le fecond , la Religion ; le troifième
, les Moeurs ; le quatrième , la fanté ; & le
cinquième , les vivres. Son Continuateur , M. le
CLERC DU BRILLET , a donné depuis un quatrième
volume in-folio , digne des trois qui l'avaient
précédé. Ce volume contient le fixième Livre ,
concernant la Voirie, Il reftait par conséquent fix
Livres à publier , pour compléter le Traité de la
Police du Commiſſaire DE LA MARRE . Voici les
matières dont il devait s'occuper dans ces fix derniers
Livres. Le feptième était deftiné à tout ce qui a
rapport à la tranquillité publique ; le huitième , aux
Sciences & aux Arts libéraux ; le neuvième , au
Commerce ; le dixième , aux Manufactures & aux -
Arts mécaniques ; Ponzième , aux Domestiques &
aux Manouvriers ; le douzième enfin, aux Pauvres .
Si le Commiflaire DE LA MARRE eût vécu affez
long - temps pour exécuter toutes les parties de fon
Plan , la France pofféderait un des meilleurs Ouvrages
qui aient paru fur la Police' ; mais la mort l'a
enlevé trop tôt , & fon Traité eft refté imparfait.
4
Le Dictionnaire univerfel de Police , dont on
imprime actuellement le fecond volume , contiendra
non feulement les matières traitées dans
les volumes du Commiffaire DE LA MARRE & de
fon Continuateur , mais encore tous les objets qui
devaient entrer dans le Plan du Traité de la Police
, & qui auraient dû y entrer. Il offrira en outre
des additions confidérables fur les parties dont le
Commiffaire DE LA MARRE s'eft occupé , & tous
les changemens qui font arrivés dans la Police ,
depuis près d'un ecle que fon Ouvrage a para
*
vj
la mort de l'Auteur. Ainfi nous avons cru
qu'on nous faurait gré de faire paraître un
Dictionnaire univerfel , qui renfermerait
fous une forme commode pour routes fortes.
de Lecteurs , un dépôt général des connaiffances
néceffaires à l'homme de Loi & au
citoyen , fur une branche de l'adminiſtration
de la Juftice , qui intéreffe auffi effentiellement
la tranquillité publique & la fûreté
des individus ..
Quel eft en effet le but des fonctions:
des Magiftrats de Police ? Ils doivent maintenir
l'ordre & l'harmonie , procurer l'aifance
& la commodité , prévenir les abus :
& les réprimer par des exemples utiles ;
ils doivent enfin faire le bonheur d'une:
population immenfe , fans que chaque par
ticulier s'apperçoive , pour ainfi dire
qu'une Providence terreftre s'occupe fans
ceffe de lui.
C'eft dans les Capitales , & fur-tout dans
Paris , que les fonctions du Magiftrat de
Police font grandes , importantes & difficiles.
Il faut , pour les remplir , une réunionde
qualités précieufes & de talens rares..
La connaiffance des Loix , une attention
fuivie , & le défir de faire le bien , fuffifent
pour former un Lieutenant de Police d'unc:
Ville de Province : mais le Magiftrat de Police
de la Capitale a une carrière bien plus
vafte. Pour la parcourir avec fuccès , il faut
qu'il offre dans fa perfonne l'affemblage:
de tous les talens & de toutes les vertus:
( 13 )
"
qui peuvent concourir au bonheur public
Ceft à lui en effet qu'une vafte Cité ,
qui renferme dans fon enceinte un million
d'habitans , doit l'ordre & l'harmonie qui y
règnent. Auffi ne peut-on micux comparer
les avantages de cet établiffement fublime
qu'à ceux qui réfultent des mouvemens des
corps céleftes. L'homme jouit des effets atta- -
chés à leur régularité fans en connaître la
cauſe , comme l'habitant de la Capitale jouit
des bienfaits du Magiftrat de Police fans
connaître les peines & fes travaux.
» Entretenir ( dit un de nos meilleurs
Écrivains ) dans une Ville , telle que Paris ,
une conſommation immenfe , dont une infinité
d'accidens peuvent tarir la fource ; réprimer
la tyrannie des Marchands à l'égardi
du Public , & en même temps animer leur
commerce ; empêcher les ufurpations mu
tuelles des uns fur les autres , fouvent dif .
ficiles à démêler ; reconnaître dans une foule
innombrable tous ceux qui peuvent fi aifémenty
cacher une induftrie pernicieufe ; en
purger la Société , ou ne les tolérer qu'autant
qu'ils peuvent lui être utiles dans des emplois
, dont d'autres qu'eux ne fe chargeraient
ou ne s'acquitteraient pas fi bien. ;
tenir les abus néceffaires dans les bornes
de la néceffité , qu'ils font toujours prêts à
franchir ; les renfermer dans l'obfcurité à
laquelle ils doivent être condamnés , & ne
les en tirer pas même par des châtimens trop
éclatans ; ignorer ce qu'il vaut mieux igno
(( 14 )
rer que punir , & ne punir que rarement
& utilement ; pénétrer par des conduits fouterrains
dans le fein des familles , & leur
garder leurs fecrets qu'elles n'ont pas confiés
, tant qu'il n'eft pas néceffaire d'en faire
ufage ; être préfent par-tout fans être vu ;
enfin mouvoir ou arrêter à ſon gré une multitude
immenfe & tumultueufe , & être
l'ame toujours agiffante & prefque inconnue
de ce grand Corps ... Voilà quelles font les
afonctions du Magiftrat de Police de la Capitale.
La tranquillité , la falubrité , la propreté
, l'abondance & la fûreté en font les
heureux effets ".
Quiconque partage les bienfaits d'une
inftitution auffi précieufe , fans payer au Magiftrat
qui fe dévoue généreufement au bien
public , le jufte tribut de reconnaiſſance
que
fes talens , fon courage & fes vertus mériatenteft
tent eft indigne de jouir des avantages
d'une Adminiftration auffi utile : c'eft un
ingrat , dont l'indifférence pour le bonheur
de fa Patrie devrait être réprimée , comme
> dans le temps des Cenfeurs , par une de ces
peines d'opinion qui étaient un des germes
les plus féconds des vertus républicaines
du Peuple Roi.
Toutes les Nations, tant anciennes que
modernes , ont fenti la néceffité d'établir
une fage Police ; & , en effet , fans elle il
eft impoflible qu'une fociété nombreuſe
d'individus agités par des paffions différentes
& mus par des intérêts oppofés , puifle
( 15 )
3
fubfifter avec harmonie. Auffi , qu'on remonte
aux temps les plus reculés , on verra
les Souverains & les Peuples s'occuper de
cet objet important. Si les monumens de
Heur Police font groffiers, il faut en accufer la
barbarie des fiècles qui les ont élevés ;
mais ils ne prouvent pas moins que , dans
tous les temps , tous les Peuples civilifés
ént reconnu la néceffité d'une Adminiftration
particulière , qui fût chargée de veiller
à la tranquillité publique & à la fûreté des
individus dans l'enceinte des Villes .
Les Égyptiens avaient des Magiftrats de
Police ; les Hébreux en avaient également';
les Grecs avaient leurs Archontes ; les Lacédémoniens
leur Nomophulaques. Les Romains
, fous leurs Rois , eurent leurs Préfets
de la Ville ; dans le temps de la République
, leurs Préteurs , leurs Édiles ; & ,
fous les Empereurs , leurs Préfets & leurs
Triumvirs nocturnes. Les Gaulois avaient
différens Officiers de Police , qui étaient
connus fous les noms de Curateurs de la
Ville , de Défenfeurs des lieux , de Pères
du Peuple , & c.
Ce détail fuffit pour montrer que , dans
les temps les plus reculés , toutes les Nations
ont regardé l'établiffement d'une Police
fage , comme la première fource de la
félicité publique .
Après avoir donné une idée générale de
l'importance des matières qui feront traitées
dans le Dictionnaire univerfel de Police ,
( 16 )
dine
refte plus qu'à expliquer le plan qu'on
a fuivi pour le rendre tout àla fois cutieux ,
intérellant & utile. Sa nomenclature renfermera
tous les mots qui ont des rapports
rects ou indirects avec la Police. Ainfi l'on
peut dire que ce fera une véritable Encyclopédie
de Police , puifqu'on y raffemblera
généralement tout ce qu'il eft effentiel de
connaître , & tout ce qu'il eft agréable de
favoir fur l'Adminiftration de la Police.
On s'eft attaché à donner des définitions
claires & exactes , & l'on a nis tout en
nfage pour que chaque Article forme un
Traité féparé qui ne laiffe rien à défirer ,
en évitant cependant , avec la même attention
, une trop grande féchereffe & une
abondance inutile , l'une comme un défaut
qui prive les idées du développement dont
elles ont befoin , & l'autre comme un vice
qui fait perdre de vue les objets les plus
importans en les furchargeant de détails
étrangers ou indifférens..
4
Les Magiftrats , les Juges & les Officiers
de Police trouveront dans ce Dictionnaire
tout ce qui a rapport à leurs Charges & à
leurs fonctions. Ils y verront l'origine de
leur établiffement , les différentes vicifli
tudes qu'ils ont éprouvées , & leur état ac
tuel. L'on a eu également foin de rappeler
les titres des priviléges & des prérogatives
dont ils jouiffent , & la nature des obliga
tions que les Loix leur impofent.
-La profpérité du Commerce étant un des
( 17 )
objets les plus intéreffans de l'Adminiftra
tion de la Police , on a rapporté tout ce
qui concerne chaque Corps & chaque Com
munauté d'Arts & Métiers , les règles auxquelles
ils font foumis , leurs droits , leurs
prérogatives , leur régime actuel , enfin tour
ce qui eft relatif à leur difcipline intérieure
& à leurs obligations envers le Public , conformément
aux derniers Statuts qui les gou
vernent.
Le Dictionnaire de Police renfermera en-.
fin une multitude d'Articles hiftoriques fur
la Police des Nations , tant anciennes que
modernes. Tout ce qui a été écrit à cet
égard mérite la confiance des Lecteurs ,
puifqu'il a été tiré des fources les plus ref
pectables. Cette partie doit d'autant plus
piquer la curiofité , qu'elle ne contiendra
point des Romans ; mais l'Hiftoire vérita
ble , plus ou moins étendue , de la Police
de prefque tous les Peuples.
Ainfi , avec le fecours de ce Diction
naire , on réunira toutes les connaiffances
nationales & étrangères , utiles & agréables
, qu'on peut défirer fur la Police.
Il n'eft pas poflible de fixer d'une manière
précife le nombre des volumes dont cet
Ouvrage fera compofé : on croit cependant
qu'il n'excédera pas celui de dix volumes
in-4 ° . de 80 feuilles , en caractère de cicéro
à deux colonnes. Il paraîtra un volume tous
les fix mois , avec la régularité la plus fcrupuleufe.
Le premier a paru en Avril 1786 ,
( 18 )
le fecond paraîtra dans le courant de Sep
tembre , & ainfi de fuite (*).
Chaque volume fera de 10 liv . en feuilles ,
& de 12 liv. pour ceux qui n'auront pas
foufcrit.
On fouferit pour cet Ouvrage , chez
MOUTARD , Imprimeur - Libraire de la
REINE , rue des Mathurins , Hôtel de
Cluni ; l'on n'exige d'autre avance des Soufcripteurs
, que celle de 10 liv . , qui feront
imputées fur le dernier volume , lequel fera
délivré gratis. La Soufcription ne fera ou
Verte que jufqu'au premier Septembre 1786.
(*) Ce n'eft point ici une de ces entrepriſes litté
raires qu'on annonce dans le moment même où
elle vient d'être imaginée , & dont le plan eft à
peine fixé ; ce n'eft point un fimple projet , mais
un Ouvrage dont les matériaux , puifés dans les
premières fources , ont été recueillis pendant dix
années , mis en ordre & employés fous les yeux
même des Adminiftrateurs les plus éclairés : ce n'eft
point enfin un Livre qu'on fe propofe de faire ,
mais un Livre fait , qu'on imprime , & qui n'éprou
vera , pour paraître , que les retards indifpenpenfables
qu'exige le temps néceffaire pour l'im
preffion.
( 19 )
AVIS.
LE CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS
Ouvrage périodique , dédié & préfenté
MADAME.
"
SECONDE ANNÉE.
ON dirait qu'il eft de la deftinée de toutes
les entreprifes utiles d'éprouver des contradictions.
LE CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS ,
moyen de communication fagement établi
entre deux Nations faites pour s'eftimer
d'autant plus qu'elles fe connaîtront mieux ,
n'a point été exempt de cette efpèce de fatalité.
A l'époque du CHANGEMENT DE RÉDACTEUR
(*) , des engagemens difficiles à bien
remplir , & pour l'exécution defquels on
n'avait pas pris d'abord toutes les précautions
néceffaires , les remarques infidieufes , ou le
filence encore plus perfide de beaucoup de
gens intéreffés à empêcher notre réuffire
& quantité d'autres obftacles dont notre
refpect pour le Public nous défend de l'entretenir
, ont fait douter fi cet Ouvrage ſe
foutiendrait. IL S'EST SOUTENU , il a même
réuffi au delà de nos eſpérances . Le zèle des
(*) Depuis le mois de Janvier dernier , M. de
Saufeuil n'a plus aucune part au Privil ge , à la Ré
daction , ou à la Compofition du Cenfeur Anglais.
7201
Gens de Lettres qui veulent bien y coo
pérer , le plaifir des Lecteurs à qui il par
vient , l'opinion générale de toutes les per
fonnes capables de le juger , n'ont pas reçu
la moindre atteinte d'un concours d'évènemens
fâcheux , qu'il était impoffible de prévenir
, mais dont il fallait triompher . Nous
avons eu pour garans de notre fuccès
un grand nombre de nouveaux Soufcripteurs
; & la bonté , l'utilité des Articles confignés
dans nos Feuilles , nous ont été con
firmées par l'emprellement unanime de la
plupart des Journaliſtes à les adopter , foit
qu'ils nous ayent rendu la juftice de nous
citer , foit qu'ils ayent cru pouvoir s'en abftenir.
Nous ne craignons pas d'être démentis ,
´en ofant avancer que , depuis le Cèdre juf
qu'à l'Hyffope , depuis le plus confidéré des
Journaux , jufqu'à la Feuille la plus ignorée ,
ce que les Rédacteurs de ces ouvrages pério
diques ont offert à leurs Abonnés , de plus
inftructif & de plus piquant , par rapport
à l'Angleterre , A ÉTÉ TIRÉ DU CENSEUR
UNIVERSEL ANGLAIS . Par-tout on a réimprimé
mot à mot , ou avec de légères altérations ,
nos Extraits d'ouvrages intéreffans , nos Arti
cles d'Hiftoire ou de Morale ; nos Traductions
de Poéfies ' abfolument ignorées en
France avant nous, les Anecdotes , les Plaifan
teries , dont nous avions fait choix. Loin de
nous en plaindre , nous jouiffons avec plarfir
de cette preuve d'eftime de la part de nos
Confrères , & fi nous en avertiffons le Pu
C
( 21 )
blic , c'eft uniquement pour leur faire hong
neur de la modeftie qui les porte à puifer dans
notre ouvrage , tandis que leurs talens & l'é
tendue de la carrière où il leur eft permis de
les exercer , leur facilitent l'avantage de ne
rien devoir qu'à eux-mêmes.
Mais quoique le champ où nous moifs
founons paraille plus borné que le leur , il
a toute l'extenfion que l'on peut défirer pour
P'utile & l'agréable. Non feulement notre
Journal confiite dans un réſumé fidèle de ce
que renferment de meilleur en tout genre ,
les Magazines , les Reviews & les Papiers
Nouvelles d'Angleterre , qui parcourent li
brement la Littérature de tous les pays , pour
l'avancement du goût & des connaillances;
il embraffe encore l'Hiftoire civile , religieufe
, locale & naturelle de la Grande -Bre
tagne , depuis les temps les plus reculés
fa Littérature depuis qu'elle exifte , les progrès
du Peuple penfeur dans la Morale , le
Commerce , l'Agriculture , la Chimie
-&c. &c. Ces divers objets y font toujours
préfentés dans un ordre méthodique , au
imoyen duquel tout Lecteur peut choifir
ce qui lui plaît , fans être offufqué de ce :
qui ne l'intérefferait pas. Pour rendre ceci
plus fenfible & donner une idée préciſe du
CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS à ceux qui
n'en ont pas connaiffance , nous joignons
ici le tableau des cinq divifions fous lef
quelles nos matériaux font invariablement
slaffes,
( 22 )
La première comprend , fous le titre de
MÉLANGES , des morceaux d'Hiftoire , d'Erudition
, de Phyfique , d'Agriculture , de
Morale , de Chimie , &c.; des Épiſodes
choifis dans les Romans les plus nouveaux ;
enfin , l'expofé des Découvertes artielles ou
favantes , dont il nous importe le plus d'être
inftruits.
La feconde renferme , fous celui de CRITIQUE
, l'analyfe de tous les Livres nouveaux
qu'on publie ou qu'on juge à Londres.
l'Annonce & l'Extrait de toutes les Traductions
d'Ouvrages Anglais , à mefure qu'elles
paraiffent en France.
tions ,
La troisième eft confacrée à la POÉSIE.
Elle contient des Traductions ou des Imitafoit
en profe , foit en vers , des morceaux
les plus propres à flatter l'imagination
ou à émouvoir la fenfibilité. Nous avons
foin de donner l'original , toutes les fois
qu'il n'occupe pas trop d'efpace , en vûe de
faciliter une utile comparaifon ; cette Divifon
renferme auffi la Traduction des morceaux
de Poéfie , qui ont exercé le talent des
Deffinateurs & des Graveurs d'Angleterre.
La quatrième eft compofée du Journal
DE LONDRES , c'eft - à - dire , de toutes ces
Particularités fugitives , qui excitent & fatiffont
la curiofité du moment , de l'apperçu
des Découvertes , de l'Analyfe des Pièces nouvelles
jouées fur les différens Théatres de
cette Capitale , des Anecdotes qui font relatives
à leur repréfentation ; de l'Annonce
( 23 )
des Livres nouveaux , & du prix courant des
denrées en Angleterre .
La cinquième enfin , qui a pour titre
VARIÉTÉS , offre ces plaifanteries à l'Anglaife
, qui font caractérifées dans cette
Langue par le mot Humour , & des Anecdotes
de toute eſpèce.
Rien n'eft épargné pour que ce plan foit
exécuté dans toutes fes branches . La Correfpondance
la plus prompte & la mieux
établie , la permiffion que nous avons obtenue
de puifer dans la Bibliothèque la plus
riche en Livres Anglais , la réunion de plus
de quinze Littérateurs , dont la plupart font
avantageuſement connus , les fecours étrangers
que nous recevons journellement & que
nous continuerons d'employer avec reconnailfance
, nous font commencer avec joie
la feconde Année de ce Journal , certains
qu'aucun autre ne raffemble une auffi grande
variété d'objets , traités avec autant de
foins.
Le Cenfeur Univerfel Anglais forme 52
cahiers par an , chacun de fept demi-feuilles
in-4° . imprimées à deux colonnes.
Le prix de l'Abonnement eft de 30 liv .
pour Paris , & de 33 liv. pour la Province ,
rendu franc de port par tout le Royaume.
Le Bureau de la Soufcription , Rédaction
& Diſtribution , eft ouvert tous les jours
excepté les Fêtes & Dimanches , chez l'Auteur
, au Magaſin de papiers peints , d'Ara(
24 )
befques & autres de MM. WINDSOR , visà-
vis la rue Neuve des Petits-Champs , entre
la rue des Petits -Pères & celle de la Feuil-
Jade , No. 3 , & chez Royez , Libraire , Quai
des Auguſtins , à Paris. C'eft au Bureau , chez
MM. WINDSOR , ' quil faut adreffer , franc
de port , tout ce qui concerne la rédaction
de ce Journal , ainfi que les Livres , Eftampes
, &c, qu'on délirera y faire annon
cer.
On foufcrit également chez tous les Libraires
du Royaume & de l'Etranger , chez
MM. les Directeurs des Poftes , & aux Bureaux
de toutes les Affiches de Province,
On trouve chez MOUTARD , Imprimeur - Libraire de la
REINE , rue des Mathurins , les Articles fuivans :
L'Hiftoire générale de la Chine en deux Parties , in -4 ° .
br. 12 liv & rel . 14 .
La première Partie renferme la Defeription des quinge
Provinces de la Chine , de la Tartarie Chinoife , des Peuples
tributaires, & des nouveaux pays conquis par l'Empereur
actuel en 1774. La feconde contient les Maurs , la Re
ligion & les Arts .
Ce vo ume peut fervir de treizième tome
de la Chine.
aux Annales
Atlas complet de la Chine , & Figures relatives à cette
Hiftoire , en foixante-cinq planches in - fol. br . 15.
Les Cartes de cet Atlas font de feu M. Danville , & fons
près utiles pour l'intelligence de l'Hiftoire de la Chine,
Lu & approuvé DE SAUVIGNY.
E
Permis d'imprimer & de diftribuer. De CROSNE
JOURNAL
POLITIQUE
C
DE
BRUXELLES.
"
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG , le 20 Mát.
Left aujourd'hui certain que le Grand-
I Seigneur a retiré l'Hofpoda: at deValachic à
Draco Sużo , dont la dignité eft accordée à
Nicolas Mauroceni , Interprête du Capitan
Pacha .
Inteniblement toutes les places fe
rempliffent des créatures de ce Grand Amiral
& du nouveau Grand Vifir. De ces mutations
il peut réfulter un changement dans
les maximes actuelles & dans la politique de
la Porte , mais juſqu'à ce jour , ce changeiment
n'eft pas apparent. L'on équippe une
efcadre , c'eft uniquement pour la croifiere
annuelle dans l'Archipel , Les mêmes lettres
de
Conftantinople affurent qu'un Ottomani
ayant eu la criminelle audace de tirer fir
Made Bouligny, Miniftre d'Efpagne auprès
de la Porte , un coup de fuit qui heureu
fement n'atteignit pas cet Envoié , le cou-
N°. 22 , 3 Juin 1786.
a
( 2 )
pable a été découvert , arrêté , étranglé en
quelques minutes , & fon cadavre jetté à la
mer.
L'Impératrice de Ruffie a nomméle Lieutenant
Général Comte d'Anhalt , Chef-
Commandant de tous les Corps de Chaffeurs.
Le nombre des Calléges de Jéfuites dans
la Ruthie blanche étoit de 6 l'année derniere ,
& on y comptoit 172 Religieux . On a fait
récemment l'ouverture d'un nouveau College
dans la ville de Danebourg.
Dans un difcours en Suédois , prononcé
à l'Académie des Sciences de Stockolm , par
M. Thunberg , on diftingue le morceau fujvant
fur le commerce du Japon .
Les Chinois & les Hollandois font les feules
Nations auxquelles il foit permis de commercer
au Japon. Les Hollandois y envoient par an
deux yaiffeaux qui partent de Batavia à la fin de
Juin , & reviennent vers la fin de l'année , Les
principales marchandiles qu'ils exponent du
Japon font les fuivantes , favoir : cuivre , camphre
, cuvrages de bois vernis , porcelaine, étoffes
de foie , riz & faki ou foja . Le cuivre eft fin &
renferme des particules d'or ; il eft fondu en
barres de la longueur d'un quart d'aune , & de
l'épaiffeur d'un doigt ; un côté eft plat & l'autre
rond ; la couleur en est très- belle & luifante, Ces
barres font mifes dans des caiffes , dont chacune
du poids d'environ cent vingt livres ; fix à fept
mille caiffes forment une cargailon . Les marchandifes
que la Compagnie Hollandoife importe
au Japon ſont les fuivantes , ſavoir ; fucre en
farine , ivoire , bois de ceinture , érain & plom
fer en barres , indiennes fines , drias , exmine?
étoffes de foie , cloux de girofle , écaille , quinquina
& coftus arabicus . Les paffagers & Officiers
y importent auffi du faffran , de la thériaque , jus
de régliffe , jones , lunettes , mentres , & c. Cá
l'approche du tems de l'arrivée des vailleaux , le
Gouvernement fait pofter fur les plus hautes
montagnes des fentinelles munies de rélfcones ,
avec ordre d'informer fur - le- champ le Gouver
neur de Nagafaki ( feul port pour les vailleaux
hollandois ) de l'approche des vaificanx, Lorfque
les vaiffeaux font entrés dans le port , fies
Officiers du Gouvernement , accompagnés d'In
terpretes , fe rendent à leur bord , & le fond remettre
de chaque vaiffeau les titres , les rôleside
l'équipage , fix barile de poudre à canon , autant
de bailes & boulets , autant de fufils , autant de
bayonnettes, autant de fabres. Cette munition
de guerre eft tranfportée à terre & gardée jufqu'au
départ des vaiffeaux , Les droits
font inconnu dans le Japon , & on n'en demande
aucuns ; mais pour empêcher l'importation
des marchandifes prohibées , les vaiffeaux
font fouillés très -rigoureufement ; il eſt défendu
, par exemple , d'importer des monnoles & les
lettres ne doivent point être cachetées ; l'impor
tation de tous les livres de religion , & fur- tout
de ceux ornés de figures , eft très dangereule ..
La vifite fur les vailleaux empêche bien le come
merce interlope; mais elle n'empêche pas le
commerce particulier qui fe fait clandeftinement
& pour de l'argent comptant ; les marchandifes
permifes font vendues à l'enchere , & pour d'au
tres marchandifes , jamais pour de l'argent compe
་
tant.
a 2
( 4 )
DE BERLIN , le 17 Mai.
Quoique les nouvelles de la fanté du Roi
foyent plus fatisfaifantes , & que la beile
faifon entretienne les efpérances du rétabliffement
de ce Monarque , il est encore trop
fo b'e cependant, & a befoin de top grands
ménagemens , pour conduire en perionns
les exercices du Printemps . Chaque jour ,
S. M. ordonnera de Sans Souci les différen
tes manoeuvres qui feront exécutées fous les
ordres du Général de Mollendorf.
Il n'y a pas un mot de vrai à tout ce qui a été
dit dans quelques gazettes , au fujet du Médecin
anglois M. Baylies , que S. M. auroit confulté
fur fa maladie & fon état . Ce Docteur vint , il y
a nombre d'années , de Drefde à Berlin . Il y fit
du bruit par quelques inoculations ; ce qui lui
valut le titre de Confeiller- Privé , & une penfin
de 500 écus ; mais le Roi ne s'eft point
fervi de lui en aucun tems . Ce Docteur voit tous
fes compatriotés anglois qui paffent par Berlin ou
qui s'y arrêtent ; mais il n'eft certainement pas
vrai qu'il ait eu la moindre part aux relations,
politiques qui peuvent exifler entre la Pruffe &
PAngleterre . Le feul Médecin qu'ait vu S. M. eft
le Docteur Zelle .
On vient d'orner la place du Prince Guillaume
d'une quatrieme Statue ; c'est celle.
du Feldt -Maréchal Keith qui perdita vie à
la furprife de Hochkirck. Les trois autres
ftatues déja élevées aux trois coins de la
même place , font celles de Schwerin , de
Winterfeldt & de Seidlitz.
( 5 )
L'infecte meurtrier dont nous avons par
lé , & quia tué beaucoup de beftiaux dans
quelques diftricts voifins de Magdebourg ,
n'attaque ni les chiens , ni les porcs , ni les
moutons. Des hommes à pieds nuds en ont
été piqués , fans avoir reffenti d'autre incommodité
qu'une große enflure. Après les années
pluvieutes de 1770 , 1771 & 1772 on
remarqua le même infecte dans les mêmes
contrées ; mais il y fit moins de dégât.
Le Roi vient d'affigner & 4,000 rixdalers
pour l'établiffement d'une éclufe aux envirous
de Freyenwelde , dans le deffein de détourner
les eaux lors des débordemens de
FOller.
Le village de Thalvin a été réd it en
cenes le 18 Avril , à l'exception de 4 majfons
. Un fea d'artifice que tira unjeune geiltilhomme
a occafionné ce malheur.
MM. Bode & Schuln , de l'Académie des
Sciences , ont obfervé le 4 de ce mois le paffage
de Mercure fur le difque du Soleil , &
ils ont vu que cetteplanete n'a quitté le difque,
qu'à 9 heures & 15 minutes du matin .
DE VIENNE , le 20 Mai.
こ
L'Empereur a fait publier dans la Gallicie
un pardon général pour ceux qui ont quitté
cette Province dans la crainte d'être enrôlés.
.. DE FRANCFORT , le 24 Mai.
On lit dans un journal qui fe publie à Berlin
, quelques détails curieux fur la fameufe
a 3
( (6%)
Société fecrette , dont plufieurs papiers pu
blics ont parlé comme réellement exiftante
en Europe , & fur tout en Allemagne. On
porte le nombre des Supérieurs de cette Société
à 3,280 , dont 3 Généra : x , 9 Vice Gế-
néreux , 27 Vicaires , 81 Sous Vicaires , 243
Triumvirs , 729 Directeurs , & 2,187 Sous-
Directeurs.
Chaque jour voit éclorre de nouveaux
écrits pour ou contre ces fociétés fecrettes ,"
auxquelles on fuppofe en Allemagne des vues
auffi étendues que dangereufes . Elle ont mis
les meilleurs efprits en fermentation. M. Nicolar
, Littérateur favant & eftimé de Berlin
, vient de publier un nouvel ouvrage inf
tructif & curieux fur cette matiere , qu'on a
peut être tort de regarder en général trop
légérement.
D'après le dénombrement fait l'année derniere
de la population de Berlin , on y a
compté 112,943 habitans , au nombre defquels
étoient 5,190 François , 1090 Bohé
miens , & 3,374Juifs . La population de cette
ville a reçu depuis dix ans un accroiffement
de 10,000 ames.
Fin du Précis fur le commerce de Ruffie.
Commerce d'Archangel.
Marchandifes d'exportation.
Ces marchandifes font les mêmes qu'à Pés
·
tersboug mais fur tout les articles fuivans !
goodron , graine de lin , bois , bled , &
narchan lifes de Sibérie & de Chine.
poix
Marchantifes d'importation.
Les mêmes qu'a Pétersbourg , mais particulierement
celles propres au commerce de Sibérie
& de Chine.
On ne peut fréquenter ce port que dans les
mois d'été.
Il s'y tient annuellement une foire à laquelle
le font la plupart des affaires..
Commerce de Kola en Laponie.
Ce commerce embraſſe pincipalement la pê-.,
cherie. C'eft de ce port que les Ruffes font leurs
expéditions pour la pêche du cabeliau & de la
baleine.
Les Anglois avoient commencé à faire ici
des entrepriſes avec du bois , mais il n'y ont
pas réuffi
Commerce de Livonie , des ports de Riga , Revel ,
Narva, Kernauld , 5 de l'île d'Oefel
Marchandifes d'exportation.
Bled ( 1 ) , chanvre , graine de lin , étoupes
de chanvre & de lin , voilures , bois de toutes
Jes efpeces pour mâts , de conftruction & de
chauffage , &c. potaffe & vidaffe , fuif , favon ,
cire , miel , pelleteries , houblon , nattes.
(1) Les meilleures provinces à bled font la Livanie
, Efonie , l'Ingrie , Mohilow , Polork , Novograd
, Archangel , Cafan , African , Triovie
Azof. Le lin & le chanvre fons cultivés en abondance
dans les provinces de Livonie , d'Eftonie , de
Mohilow , de Polork , d'Ingrie, de Novogrod , de
Jareslan , de Kaluga , de Cloers & de Cafan. Le
chanvre de Riga piffe pour être le meilleur .
#
a 4
( 8 )
Marchandifes d'importation .
-Plomb , étain , charbon de terre , fromages ,
bierre , harengs , papier , tabac , vins , eauxde-
vie , fel , épicerie , drogues , quincaillerie ,
poition falé & fiché , fer , cuivre , goudton ,
verre , fruits , draps & autres marchandiles de
fabrique.
Commerce de Kamischaika.
Les marchandifes d'exportation confiftent.en
bois de toute efpece & en pelleterie . Les Rulles
les Hollandois & les Japenois font ce commerce .
C'eft do Kamisthacka que les Ruffes ont com
mencé à commercer avec les habitans des cô es
de PAmérique feptentrionale , qui leur vendent
de la pelleterie..
La poffeffion de cette péninfule peut devenir
par la fuite très - importante pour la Ruffic. Ele
eft dans le voifinage de la Chine , du Japon &
de l'Amérique feptentrionale ; & cette fituation
avantageufe lui promet un jour un commerce
confidérable , fi toutefois on s'occupe férieuſement
à établir une navigation fure au nordoucft
, pour pouvoir y aller du port d'Archangel.
Commerce de la mer noire 3
La poffeffion de la Crimée & du Cuban ou de
la Cherfontfe Taurique , ouvre à la Ruffie un
nouveau débouché pour fon commerce, C'eft,
de la mer noire que les Ruffes pourront fire
le commerce de la Turquie , du Levant , de
Italie , de l'Espagne , du Portugal , &c .
མ་;
ITALI E.
DE MILAN le 12 Mai,
Le commerce des grains vient d'être ren(
9 )
du entierement libre dans toute la Lombardie
Autrichienne , per un Edit de l'Empereur,
en date du 4 Avril. Voici le préambule
de ce Décret .
Jofeph II , &c. & c. Les Edits du 31 Dicembre
1771 , & du 30 Février 1776 , avoient établi
dans la police des grains de ces Provinces , différentes
modifications qui tendoient à en faciliter
le commerce podérieurement ; s proriétaires
ont été effranchis de l'obligarion des Notifications
annuelles , ainfi que du foin d'approvifionner
cene ville ; & quoique l'on ait accordé en outre
différentes facilités importantes aux Meuniers ,
aux Marchands & aux Commerçans en grains
nationaux avec les Etrangers , néanmoins il
reftoit encore des entraves qui embarraffoient le
débit des merus grains , & r.tardeient par con-
Téquent le progrès de l'agriculture. Tels étoient
différens droits impofés fur la circulation intérieure
des grains dans la Lombardie Autrichienne
, & la prohibition légale à laquelle l'exportation
des grains de cet état étoit fujete , &
pour laquelle on étoit obligé d'avoir recours au
Département des vivres de Milan , ce qui entrafoit
du temps perlu , & une gêne perlonnelle
pour les vendeurs & pour les acheteurs.
S. M. I. & R. voulant que l'Agriculture nationale
foit encouragée de toutes les manieres , a
crû devoir lever les fufdites entraves , & ordonrer
que , non feulement le Commerce intérieur
d - s
es grains dans la Lombardie Autrichienne foit
exempt de tous droits , mais encore que l'expor
tation de cette denrée chez l'Etranger foit permife
à tout le monde , au moyen d'un droit modique
payable fur les frontieres , tant que les
grains ne monteront point à un prix qui exige
a s
( 10 )
d'en limiter la fortie. En conféquence , nous conformant
à fes ordres fouverains , & abrogeant
toutes les Loix jufqu'à préfent en vigueur pour
la Police des grains , tant dans le Milanez , que
dans le Mantouan , fauf les modifications & les
facultés ultérieures que le bien du Commerce,
de lá chofe publique & de l'état pourront de
mander : Nous avons ordonné & ordonnons ce
qui fuit , pour avoir fon plein effet , à compter
du premier jour du mois de Mai prochain :
&c. & c.
On étoit inquiet depuis quelque temps
fur le foit d'un Teinturier , logé hors de la
ville & trafiquant en roilerie. On ne pouvoit
découvrir ce qu'il étoit devenu. La Police
fit enfin ouvrir la poite de fa maiſon ; on la
trouva entierement démeablée , fans favoir .
comment la chole s'étoit faite. Enfin par
hafard , le premier de ce mois , quelques
perfonnes travaillant à la terre , dans une
campagne peu éloignée de la ville , apper.
çurent une main qu'en courant d'eau avoit
découverte. En creulant on en tira un cadavre
qui fut reconnu quoique défiguré pour
celui du malheureux Teinturier. On n'a pu
trouver aucune trace des auteurs de ce forfait.
GRANDE - BRETAGNE
DB LONDRES , le 23 Mai.
S. M. a élevé Mylord Cambden , Préfident
du Confeil - Privé , à la dignité de
11 )
Comte de la Grande - Bretagne , & de Vicomte
de Bayham , dont fon fils , M. Pratt ,
a pris le torre.
Le Houghton & le Lord Cambden , vailfeaux
de la Compagnie des Indes , viennent
d'arriver à Po tmouth , avec un affez grand
nombre de paflagers.
On équipe à Deptford trois frégates pour
le fervice du Détroit; on croit qu'elles feront
mifes en commillion fous une huitaine de
jours. On travaille toujours dans les Chantiers
avec la plus grande activité.
En vertu d'un ordre da Confeil , il doit
être dre é un état de tous les vaiffeaux en
commilion au rer. Mai, avec leurs différentes
#tations , & l'on y jon fra celui des dernieres
revues qui en ont été faites.
Le floop le Brisk , en radoub à Portf
mouth , a reçu ordre de partir pour Québec ,
& l'on croit que le Chevalier Guy Carleton
paffera au Canada , à bord de ce bâtiment.
Le Gouvernement fait faire une revue générale
des canoniers à Woolwich , & enfuite
on tirera de ce Corps les détachemens qui
doivent être envoyés au- dehors.
On prétend que le nombre des vaiffeaux
en commiffion fera réduit cet Eté ; il n'y aura
plus que 15 vaiffeaux de garde. La ftation de
f'Inde ne fera compofée que d'un vaiffeau de
fo , & de trois autres bâtimens , tant frégates
que corvettes , & celle de la Médirenianée
, d'un vaiffeau de so , de 2 fté rams oth
a
2 )
d'un cutter. Il n'y aura en Itation , für la côte
d'Afrique , qu'un vaiffeau ; dans l'Amérique ,
qu'un de so , 3 trégates & 3 floops ; à la Jamaïque
, un de ço , 3 frégates & un floop ;
aux Iles du Vent , un dejo , 2 frégates & un'
floop , & à Terre- Neuve , un de 50 , 2 frégates
& 2 floops . Le fervice de l'intérieur , c'eftà
- dire , pour les mers du Nord , la Manche
& la ftation d'Irlande , fera à peu près le
même que les années dernieres .
La Séance de la Chambre des Communes,
du iz de ce mois , eft aufli remarquable par
l'affaire importante qui y a été traitée , ques
par un rapprochement entre M. Pitt & M. ,
Fox. Ce dernier , après avoir rappellé que fa,
principale objection contre le bill de M. Pitt,
pour l'amortiffement de la dette publique ,
dérivoit de la crainte que le nouveau fonds .
d'amortiffement ne fût aliéné en temps de
guerre par le Gouvernement , propofa un
expédient qui offriroit un avantage égal à
celui de l'aliénation du fonds , & qui main
tjen droit le crédit de la Commiffion , chargée .
de l'adminiftrer. M. Fox expola ce moyen. ,
Lorfque les Miniftres voudront à l'avenir
créer de nouveaux emprunts , ils propoferont
des taxes fufflantes pour en payer l'intérêt.
Dans ce cas , la Commillion , chargée de l'amortiffe
nent , fera autorifée à foufcrire dans
Je nouvel emprunt pour une fomme égale à
celle qu'elle fe trouvera avoir en efpeces . Par
cette mefure , fi l'emprant eft de 6 millions ,
( 13 )
& que les Commiffaires , avec les fonds du
Public , en achetent pour un million , ils fe
ront profiter leur caiffe du bonus ou douceur
accordée aux Soulcripteurs ordinaires , &
l'Etat n'aura plus à emprunter effectivement
que millions.
M. Pitt approuva , dans les termes les
plus énergiques , la propofition de M. Fox:
Il prouva que les avantages réfultans de
cette claufe étoient encore au deffus de ceux
que M. Fox avoit fait connoître. Le Gouvernement
ayant une reffource affurée dans des
momens où il aura un befoin preffant d'ar
gent , fera moins dans la dépendance des Financiers
, & pourra trairer avec eux plas
avantageufement pour la Nation . La motion
de M. Fox fut en conféquence agréée , & on
inféra dans le bill , que dans le cas où il feroit
fait de nouveaux emprunts , les Commiffaires
, chargés du fonds d'amortiffement , fe
rolent autorifés à en prendre au compte du
Public pour une fomme égale à celle qui fe
trouveio't entre leurs mains . A fa troifiéme
leure , le bill a été approuvé à l'unanimité
de la Chambre , & renvoyé à la Chambre-
Haure.
A liffe de cette Séance , on prétend qu'il
a été expédié un courier au Chevalier Harris
à la Haye , & en même temps , deux à Paris ,
un à Pétersbourg & un à Vienne.
*
Cette rencontre de M. Pitt , avec M. Fox ,
dans une occafion aufi délicate & aufli im(
14 )
portante , a beaucoup dérouté les efprits ,
fur tout ceux de l'Oppolition . Elle a été fort
piquée de voir un de tes Chefs prêter les lumieres
à une opération de Finance propoke
par un Miniftre , & voici de quelle maniere
les Papiers Nouve'les , dévoués à M. Fox ,
excufent fon procédé.
M.Fox, difent-its , a profité du peu de tems.
» qu'il a été en place pour s'inftruire à fond de la
fituation réelle des finances , & des difficultés
» auxquelles le Miniftre , d'ailleurs le plus intelligent
, fe trouve expofé dans une matière
» auffi épineufe, C'est vraisemblablement d'après
ces connoiffances qu'il a feconde M. Fit pour
faire paffer tous les bills de finance.
"
59
Cette harmonie n'a pas été fongue. Le 17,
le Duc de Richmond fit repréfenter à la
Chambre , par M. Pitt , un nouveau projet
de fortifications. Voici le précis des débats
qui précédèrent la négative de l'Affemblée..
Le Miniftre , après quelques excufes préliminaires
fur la liberté qu'il prenoit de remettre
fous les yeux de la Chambre une propofition
qu'elle avoit déja rejettée , & fur laquelle meme
il s'étoit engagé à ne pas revenir , expliqua fes
raifons , de préfenter un nouveau plan de fortification
, fans manquer , ni au refpect dû à la
Chambre , ni à fes propres engagemens . Selon
lui , la Chambre , en rejettant le premier plan ,
n'avoit reprouvé que l'étendue & la dépense du
projet , & non fon objet qui eft d'une néceffité
indifpenfable. Pour mieux établir cette diffé
rence , il entra dans le détail des opérations
auxquelles on s'étoit borné dans le nouveau
plan . Les anciens ouvrages qu'il falloit ache
( x5 )
ver , & les nouveaux à conftruire pour la firs
reté des chantiers de Portſmouth & de Plimouth,
formoient la divifion naturelle de ce travail.
Le premier objet confifte , 1 ° . à renfermer le
chantier & la ville de Portfimouth , ainfi que
le magafin à poud- e ; 2 ° . à faire les travaux
néceflaires , pour mettre le plutôt poffible , le
port de Portsmouth dans l'état de défenfe indifpenfable
à fa fure é ; 3. à rendre impoffible
la defcente de l'ennemi dans quelqu'un des endroits
les plus convenables , pour le débarquement
de la groffe artillerie , des munitions
&c. dans le voisinage de Portfinouth . La feconde
partie du plan , c'eſt à dire , la conftruction de
nouveaux ouvrages à Portſmouth , a pour objet ,
de rendre pareillement le débarquement im
praticable dans quelques endroits où les défenfes
des anc ens ouvrages ne feroient pas fuffi
fantes , d'empêcher une defcente à Stoke , Baye ,,
& de retrécir l'efpace par lequel un ennemi
débarqué à une grande diftance , pourroit appro
cher de cette partie de Porifmouth , affez près
pour pouvoir bombarder le chantier . Il porta
l'eftimation totale , néceffaire à l'achevement
des anciens cuvrages de Portimouth , à 129,140
livres , pour lesquelles il propofa d'appliquer ,
en 1786 , une femme de 35,258 livres. L'eftimation
totale des nouveaux ouvrages eft , felon
M. Pitt , un objet de 139,270 liv. Il ne demande
cette année qu'une fomme de 13,000 liv.
Quant aux travaux néceffaires , pour comple
ter les anciens ouvrages de Plimouth , ils confiftent
; 19. à enfermer le chantier de cette place
; 2 ° . à rendre plus fures les fortifications
qui défendent le port d'Hammauze ; 3 ° à em
pêcher l'ennemi de débarquer de la grofe ar
illerie , des munitions , &c . dans le voilinage de >
i
( 16 )
Plimouth . Lé tout formera un objet de dépenfe
de 8,522 liv . , pour lequel M. Pitt propofa dattribuer
, en 1786 , une fomme de 4,773 liv.
Le feul nouvel ouvrage néceffaire à Plimouth ,
étoit la conftru&tion d'un fort fur la hauteur de
Maker, pour protéger les batteries deftinées à
prévenir une defcente dans la baye de Caufand ;
& pour affurer l'Ifthme du Mont Edge- cumbe
contre un ennemi qui auroit effectué fon débarquement
à une diftance plus éloignée. M. Pitt
évalua la dépenfe totale de ce fort à 119,588 liv.
dont ne feroit payé , en 1786 , que 10,000
livres .
M. For dit qu'en fuppofant qu'il fût néceffaire.
de faire quelques nouvelles fortifications ; on devoit
fe borner aux ouvrages indifpenfables pour
empêcher que fes chantiers de la Grande - Bretagne
ne fuffent furpris par un coup de main ; mais qu'il
paroiffoit par le difcours & les eftimations du
Miniftre , que fon projet étoit bien autrement
étendu , & qu'il ne différoit pas tellement du pre
mier qu'on l'avoit annoncé , puifque la déperfe
montoit à environ 400,000 liv. fans compter
l'achat des terres dont le prix iroit très haut , ce
qui la raprocheroit affez de la forme de 700,000
liv . à laquelle le premier plan avoit été évalné .
Ilfe plaignit beaucoup à ce fujer de la préfomption
infultante par la Chambre , qui avoit enhardi
le Duc de Richmond & le Miniftre , à préfenter
ainfi un projet fi conforme à celui qui avoit
été rejeté avec une réprobation fi éclatante . En
conféquence il s'oppofa à ce que la Chambre fe
format en Comité fur cet objet , ainfi que M. Pitt
l'avoit démandé.
M. Dundas affura que la meilleure politique
étoit de fe prémunir pendant la paix contre les
dangers de la guerre , que ces précautions prife: à
( 17 )
temps étoient d'autan : plus fages qu'elles coûtoient
infigiment moins , & fi quelqu'événement
poffible renouvelloit la terreur panique qu'avoit ›
éprouvée la Nation lorſque l'armée navale combinée
de la France & de l'Espagne menaçoit à
chaque infant nos côtes , la Chambre accorderoitalors
dix fois plus qu'on ne lui demande actuellement.
M. Pitt infiftant toujours pour que la Chambre
adoptât au moins celles des eftimations qui avoient
pour objet des ouvrages indifpenfables à la sûreté
du Royaume , & voyant que la pluralité des Mem-,
bres s'oblinoit à rejetter fa motion fans aucune)
diftinction , demanda que la Chambre préfentât
une adrefle au Roi , pour qu'il lui fût remis une
eftimation des ouvrages indifpenfables .
Plufeers Membres de l'oppofition paroiffoient
peu difpofés à cet expédient , mais M Fox ayant
dit que cette alreffe étoit dans le fond la même
chofe qu'une négative abfolue de la part de la
Chambre , & qu'il falloit laiffer cette confolation,
paérile à la vanité miniftérielle , la motion pour
l'adreffe paffà fans aller aux voix.
L'examen d'un bill propofé par M. Pulteney,
pour fubftituer à la Preffe une nouvelle
méthode de lever les matelots de la
Marine Royale , a été remis à la prochaine
Seffion ; ceile ci étant trop avancée , pour,
qu'on puiffe traiter une affaire aufli importante
.
On a envoyé des ordres du Burean de la
Tréforerie aux Officiers de la Douane , de
former un nouvel état comparatif des imro
tations & exportations de la Grande Breta
gne , depuis 1773 , jufqu'en 1785 , exclukvement.
( 13 )
Le 22 , M. Pitt a préfenté à la Chambre des
Communes le bill pour changer la perception,
d'une partie des droits für le vin , & la tranfporter
des douanes à l'Accife . On a fait enfuite la
première lecture de ce bill , & il a été ordonné
qu'il feroit imprimé. M. Pitt demanda alors
qu'il fût lu une feconde fois le 26 , & certe mo
tion pafla fans aller aux voix , malgré l'oppo-"
fition de M. Sheridan . Ce dernier prétendoit que
cette affaire étoit de la plus grande importance ;
que la plupart des perfonnes intéreffées dans le
commerce des vins préparoient des remontrances
à ce fujet , & que l'on devoit laiffer à la
Chambre le tems convenable pour être inftruite
de l'état réel de la question , & prononcer avec
connoiffance de caule fur cet objet. En conféquence
, il auroit voulu que cette feconde lecture
, au lieu d'être ſi précipitée , fût remiſe au 7
du mois prochain.
Le nombre des Chevaliers de la Jarretiere va
être augmenté , dit -on , par un Réglement femblable
à celui qui a eu lieu derniérement en
France pour l'Ordre du Saint- Efprit , L'intention
de Sa Majefté eft d'admettre dans fon ordre
les Ducs de Dorfet & de Beaufort , le Marquis de
Buckingham , & M. Pitt.
Obfervons bien que ce font là des arrangemens,,
de gazette, ainfi que celui de la nomination de ce
même Marquis de Buckingham àla Vice- royauté
d'Irlande , d'où les Nouvelliftes rappellent le Duc
de Rutland.
Les Directeurs de la compagnie des Indes
Orientales ont préfenté à la Chambre des
Communes un état de dépenfes de leurs divers
établiflemens civils & militaires dans
( 19 )
les Indes , dont voici le détail :
Liv. Stert.
Pour l'établiffement civil du Bengale ,
Idem.
927,945
militaire , 1,078,510
Pour l'établiffement civil de Madras, 104,140
Idem. militaire , 623,605
Pour l'établiffement civil de Bombay, 45,719
Idem.
Pour l'établiffement civil & militaire
de Bencoolen ,
militaire , 226,495
25.478
3,031,892
La récolte de foin fera très bonne cette
année felon les apparences. C'eft à cette circonftance
que nous devons le prix exceffit
des denrées dans ce moment- ci , car les
troupeaux s'étant trouvés très diminués par
la rigueur de l'hyver dernier , les fermiers
ne fe preffent pas de fournir les marchés , &
s'occupent à repeupler leurs pâturages . Cette
difette apparente nous promet cependant
une abondance prochaine. De tous les
moyens qu'on a tentés jufqu'ici pour diminuer
le prix des denrées , le plus efficace
peut être , feroit de former toutes les femaines
un état des prix des denrées dans toutes
les Provinces du Royaume. Cet état
mettroit à portée de juger des différences
étonnantes qui exiftent à cet égard. Il y a
Is jours par exemple , que le beurre fe vendoit
à Malton Mowbray , dans le Comté
( 20 )
de Leiceſter , deniers fterl. la livre feulement
, tandis qu'il valoit à Londres 1 shell
2 den. Ce bourg n'eft cependant qu'à cent
milles de Londres , & le port des voitures
par terre n'eft que d'un'demi'deniet fte :l . par
livre. Ce fait prouve la néceffité d'un pareil
état.
Le Parlement d'itlande a été prorogé au
18 Juillet , & le fera probablement à cette
époque , jufqu'au mois de Novembre. Dans
cette circonftance , Te Lord Lieutenant a
prononcé le Difcours fuivant dans la Chambre
des Pairs.
Mylords & Meffieurs ! « C'eft avec la plus
grande latisfaction , que j'ai été témoin de l'ate
tention conftante , & de l'affiduité peu ordinaire
avec lesquelles vous avez traité les affaires publi
ques. Je fuis en confequence autorité , à vous
accorder quelque relâche , dans vos travaux pars
lementaires. L'harmonie que vous avez mife
dans vos délibérations a doncé aux réſolutions
qui en ont été la fuite ant d'efficacité que de
dignité ; & j'ai la confiance intime que vous por,
terez les mêmes difpofitions pour le bien public ,
chacun dans les lieux de votre réfidence , où vo
tre préfence va encourager l'induftrie du peuple ,
où votre exemple & votre, influence contribue
ront à maintenir le bon ordre général & l'obéi
fance rux Loixen..
Meffieurs de la Chambre des Commtines . « Je
your pemercie au nom de Sa Majaité , pour les
fubfides abon fans que vous lui avez accordés pour
le fervice public , & en général pour le zele gé
néreux avec lequel vous avez fontenu les intéreis
de Sa Majesté . Soyez periuatés que ces fub(
21 )
fides feront fidélement employés pour les ob
jers , auxquels vous les avez deftinés . Ce que
vous avez décidé , afin de maintenir l'exécution
des Loix , concernant la juíte répartition & la levée
des deniers publics , me donne l'espoir le
m'eux fondé , que dé armais , le produit des
taxes me feri point au deffous de l'eftimée qu'on
en a faite ».
M lords & Meffieurs . « L'averfion & l'horreur
décidées que vous avez témoignées , pour les tumultes
editieux & ' autres défordres immodérés ,
ont déjà fait , fans doute , une impreffion utile ,
& les réglemens falutaires ont reçu leur fanction
dans le cours de la feffion actuelle , notamment
ceux qui concernent, le nouveau fyfteme de po
lice , font des preuves diftinguées de votre fagelfe
, de voire modération & de votre prudence .
Sa Majefté a vu avec la plus haute fatisfaction ,
lo zele & la fidélité de fon peuple d'Irlande ; & j'ai
l'ordre exprès de vous annoncer de fa part , en retour
, la promeffe la plus fincere de fa faveur
royale & affection paternelle .
Quant à ce qui me concerne , c'eft un lentiment
profondement grave dans mon coeur , que
Fobligarion où je fuis, de vous confirmer mon
attachment cordial à ce Ryaume . Ce fera Pobjet
conftant de mon adminiftration , & plus vive
impútion de min boeur , de contribuer à Pavancement
de les intérêts , & à l'accroiffement de la
pro périté de l'Empire ».
FRANCE. and
DE VERSAILLES, le 21 Mai,
Le Roi a nommé à l'abbaye de Cpetma ,
( 2222 ))
loen , Ordre de Citeaux , diocele de Quimper
, l'Abbé de Goyon , Vicaire général de
Rennes , à celle du Tronchet , Ordre de
Saint- Benoît , diocefe de Dol , l'Abbé de
Saint-Sauveur , Vicaire général de Vannes ;
à celle de Beaumont , même Ordre , dioceſe
de Tours , la Dame de Virieu , Abbeffe des
Colonnes ; & à celle des Colonnes , mêze
Ordre , diocele de Vienne , la Dame d'Argoalt
, Religieufe proteffe de l'Abbaye des
Hayes , diocefe de Grenoble .
Le Marquis de Geftas & le Marquis de
Châteaubrun , qui avoient précédemment eu
l'honneur d'être préfentés au Roi , ont eu ,
le 20 de ce mois , celui de monter dans les
voitures de Sa Majefté & de la fuivre à la
chaffe.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 21 de ce mois , le contrat de mariage
du Comte de Bafchy , Meftre -decamp
en fecond du régiment de Barrois ,
Jufanterie, avec Dame Emilie de Caraman ,
Chanoineffe du Chapitre noble de Montigny
les Dames , celui du Marquis de Sommery
, Officier au régiment des Gardes-
Françoifes , avec Demoiſelle de Caraman ,
celui du Vicomte de Balincourt , Capitaine
au régiment d'Infanterie de Bourbon , avec
Demoifelle Boutin ; celui du Vicomte de
Ségur Montazeau , avec Bemoifelle de Portelance-
Toury ; celui du Marquis de Pimodan
, Brigadier des Armées du Roi , Lieute
( 23 )
nint général pour Sa Majefté au gouverne .
ment des ville de Toul & pays Toulois ,
avec Demoifelle de Pons ; & celui du fieur
Pin'on de Meherville , Préfident de la Cour
des Aides de Paris , avec Demoifelle Fougetet.
La Comteffe de Beuil a eu l'honneur d'être
préfentée à Leurs Majefés & à la Famille
Royale par la Comteffo de Guerchy.
Le fieur Pierres , Premier Imprimeur du
Roi , a eu l'honneur de préfenterà Sa Majefté
la Defcription d'une nouvelle Preile d'Imprimerie
, approuvée par l'Académie royale
des Sciences , & imprimée fous fon privi
lege.
DB PARIS , le 1 Juin.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 6
Avril 1786 , qui réduit à quinze fols par
muid , mefure rafe de Brouage , & les dix
fois pour livre en fus , les droits qui font
perçus fer les fels provenant des marais de
Ï'Océan , & exportés à l'étranger,
Autre dit du 7 Avril 1786 , qui ordonne
que les Extracteurs de mines de fer. payesont
àl'avenir aux Propriétaires de fonds ,
deux fo's fix deniers pour chac in tonneau
de mine de cinq cent pefant.
Autre dit du 13 Avril 1786 , portant Réglement
pour la vente des marchandifes
provenant du ommerce de l'Inde.
( 24 )
Autre dit, même date , portant exemption
des droits de Traite , à l'entrée des
peaux d'agneaux & de chevreaux , en poil ,
& fixation des droits de fortie fur les peaux
mégifiées & fur les gans fabriqués.
Autre dit , du 24 Avril 1786 , portant Ré-
-glement fur les fonctions & les travaux de
la Société Royale de Médecine , relativemet
aux épidémies .
Autre dit , du 5 Mai 1786 , qui révoque
de privilege du Livre intitulé le Triomphe du
Nouveau Monde , & c. &c.
Autre dit, du 10 Mai 1786 , portant étab.
Tement de Tréforiers payeurs pour le
Roi en Hollande , charges d'acquitter les
effets au porteur , des différens emprunts ou
Loteries y défignées .
+
Edit du Roi , portant création de deux
Offices de Payeurs des charges affignées fur
les Domaines & Bois. Donné à Vertailles au
mois de Mars 1796 , regiftré en la Chambre
des Compres , le 4 Mai fuivant. [ La finance
de l'un de ces offices eft de huit cent
mille liv , l'autre de quatre cent mille liv.
avec intérêt de cinq pour cent , & un'pour
cent de ravations fur le montant des dépenfes
réelles & effectives qui feront allouées
dans les compres des payeurs , &c. ] >>
La Princeffe Anne Charlotte.de Lorrai
ne , Abbeffe de Remiremont , eft morte le
( 25 )
22 de Mai , à la fleur de l'âge , emportant
les regrets de fa famille & de tous ceux qui
avoient eu l'honneur de l'approcher.
Nous avons donné précédemment un
extrait fommaire de la formation du Corps
de la Marine , établie par les nouvelles Ordonnances
, dont nous avons le plus grand
regret de ne pouvoir préfenter à nos lecteurs
qu'un dépouillement aufli imparfait;
mais nous nous prêtons volontiers au defir
de plufieurs perfonnes , en leur offrant l'état
actuel des Officiers en activité , & de ceux
élevés en grade. Nous commençons par les
Chefs des départemens , les Commandans
des efcadres , des divifions , & en général de
I'Etat Major, des Ports ..
A Breft . Le Comte d'Hector , Commandant ;
le Vicomte de Pontevez- Glen , Major général ;
Vidal d'Audiffret , Directeur du Port ; le Large ,
fous-Directeur ; Grognard , Directeur des conftructions
; le Begue , Directeur de l'Artillerie ;
de Kergariou , Commandant des Gardes du Pavillon
; de la Touche , Directeur général des
Ports & Arfénaux ; de Borda , Infpecteur général
des Afpitans conftructeurs ; de Flotte de Beuzidou
Directeur des Eleves du Port.
Escadre de Breft. Commandant de la premiere
M. de Cittard , Major , Bernard de Marigny
Conmandant de la deuxieme , d'Aymar ; Major ,
de Nillebrune ; Commandant de la troifieme ,
Renaud d'Aleins ; Major , de la Galiffonniére ;
Commandant de la quatrieme , de Bruyere Cha-
Jabre ; Major , de Vaug raud ; Commandant de
No. 22 , 3 Juin 1786.
b
·( 26 )
น
la cinquieme , de St. Riveul ; Major , de Gran
dehain.
A Toulon , MM. d'Albert de Rioms , Commandant
; de Roux de Bonneval , Major général ;
Vidal de i ory , Directeur du Port ; Gautier , Directeur
des conſtructions ; Texier de Merbec ,
Directeur de l'Artillerie ; Mery de la Canorgue ,
Directeur des Eleves du Port.
Efcadres de Toulon . Commandant de la Compagnie
de Caftellet ; Major , de Barbazan ; Com
mandant de la feptiente , le Baron de Durfort ;
Major , de la Roque,
A Rochefort. M. de la Touche Tréville , Commandant
; de Mecarty Macteigne , Major géné→
ral ; le Dol Tronchin , Directeur du Port.
Efcadres de Rochefort . Commandant de la huițieme
, dẹ Tilly ; Major , de Marmara ; Commandant
de la neuvieme , le Vicomte de Beau,
mont ; Major , Buor.
Parmi les Capitaines élevés au grade de Chefs
de divifion , i en a été nommé dix- huit au fervice
des neuf Efcadres & qui en commanderont
lesdivifiors ; MM. Deuhy de Treceffon , de Keroulas
, de Flore , Girardin , de Verdun , de Medine
, du Chilleau , d'Entrecafeaux , de Kerfaint ,
de Senneville , Chevalier de Riviére , Chevalier
de Village , Beaudrans, Chauffe gros de Fornoue ,
de Ventimille , Kergarioufoe Maria
Mardi , 23 Mai , le Parlement a jugé dé-
Enitivement Marie Françoife Victoire Salmon
, condamnée à être brûlée vive , comme
empoifonneufe par Sentence du Bailliage de
Caën , en date du 18 Avril 1782 ; Sentence
( 27 )
confirmée vingt jours après par le Parlement
de Rouen. Les fondemens de ces Arrêts
étoient des miettes de Pain béni trouvées
dans la jupe de Victoire Salmon , & que
des Experts déclarerent de l'arfenic . Ces
Experts avoient auffi découvert dans de la
bouillie um fédiment angulaire qui , felon
eux , reffembloit à de l'arfenic. En conféquence
l'infortunée Salmon eût péri du fupplice
du feu, fi M. le Garde des Sceaux
qui fe trouvoit à Rouen , n'eût accordé un
furfis , à la requête du Prêtre & de l'Avocat
qui avoient affifté l'Accufée. Ce furfis ,
adreflé à Caen au Procureur du Roi , ne
fufpendit point les apprêts du fupplice ; il
ne fut communiqué à la victime qu'on alloit
facrifier , que peu d'heures avant l'exécution
du facrifice . Depuis , cette fille innocente
a baigné quatre ans de fes larmes les
mus d'une prifon. Enfin le Parlement
de Paris a couronné les efforts du généreux
Défenfeur de cette fille ( M. le
Cauchois , Avocat de Rouen ) . Non - feulement
l'Accufée a été déchargée de l'accufation
; il lui eft permis de plus , de pourfuivre
en dommages & réparations fes dénonciateurs.
Le Procureur du Roi à Caën fera
tenu de les nommer , ou d'en répondre en
fon nom. La foule étoit immenfe au Palais
lors du Jugement ; les Juges eux-mêmes fe
fone empreffés de verfer des bienfaits fur
cette infortunée. Cer exemple a été fuivi des
fpectateurs & du public , par-tour of Vicb
&
( 28 )
1
toire Salmon s'eft préfentée , & jamais acte
de juſtice n'a été reçu avec des applaudiffemens
plus univerfels.
Le 11 de Mai , à une heure d'après midi ,
le tonnerre occafionna un incendie dans le
village de Pozieres en Picardie . Dix - huit
maifons , l'Eglife & le Presbytere , ainfi que
tous les effets qui y étoient renfermés , furent
réduits en cendres. On a feulement
fauvé les vafes facrés .
Un fecond incendie a caufé de plus grands défaftres
encore dans les terres de M. Barentin , Premier
Préfident de la Cour des Aides . Le premier,
du Vendredi - Saint , avoit confumé à Hardivilliers
, même Province de Picardie , vingt -une
.maifons , & fes progrès furent arrêtés par les
fages mefures de ce Magiftrat , alors à la terre.
Les fecours furent prompts. Tous les momens du
refte du féjour de M. & de Madame Barentin en
Picardie , furent confacrés à réparer cette calamité
, en fourniſſant à ces malheureux habitars
un afyle , du linge , de la nourriture & des travaux.
Ils avoient l'efpérance de pouvoir à la
Jongue effacer les traces de ces malheurs , quand,
Je 16 Mai , le feu prit au village de Maifoncellesles
Tuileries , autre Paroiffe de M. Barentin , &
y confuma en moins d'une heure foixante & trois
maiſons , y compris le presbytere , endommagea
beaucoup l'Eglife , & ne laiffa à foixante quinze
ménages qui les habitoient , ni afyle , ni meubles
, ni linge , ni uftenfiles , ni grains . Le der
、nier incendie , dont la perte effective , avec les
reconſtructions , peut être portée à 200,000 liv .
ne laiffe à leur Seigneur aucune espérance de
rétablir ces malheureux. Ils ont de juſtes titres à
( 29 )
la pitié & à la charité des ames bienfaisantes , qui
font priées d'adreffer leurs fecours à M. Boulard ,
Notaire à Paris , rue S. André - des - Arcs,
M. d'Agay , Intendant de Picardie , informé de
ces défaftres , a fait donner les premiers fecours
aux victimes de cet accident , & leur a fait délivrer
du pain .
Un incendie furveni à Piquigny , le 20
de Mai , y a confumé trente- une maifons
& une grande quantité de meubles & effets,
Le feu a été occafionné par la forge d'un .
ferrurier. M. d'Agay , Intendant de Picardie
, a fait diftribuer des fecours aux incendiés
.
Pour hâter la conftruction d'une nouvelle
Salle de ſpectacle , projettée au Palais Royal,
on a ouvert une foufcription de vingt Actions
de 15000 liv . chacune , rembourfables
en vingt ans , ce qui donnera une fomme de
300,000 liv . Ces Actions porteront un inté
rêt de 5 pour cent , & en outre chaque Actionnaire
jouira d'un quart de loge pendant
20 ans à ce fpectacle , ou de fes entrées à
vie à fon choix. Le concours des acquéreurs
eft fi confidérable , qu'il n'y aura pas d'Actions
pour toutes les perfonnes qui en demanden
. On commence à démolir la galerie
du Palais Royal , fur le terrein de laquelle
la nouvelle Salle fera élevée.
Nous avons publié une Duplique de M.
Gardanne à M. Bruílé , Médecin de Breft ,
fur une question trop importante pour refter
indécife. M. Bruflé a voulu fixer l'opib3
( 30 )
nion , & fe difculper des reproches de fon
adverfaire , par la Lettre que voici , & que
l'équité nous oblige de mettre au jour ;
mals nous prévenons que c'eft la derniere
fois que nous reviendrons à cette difcuffion.
MESSIEURS
;
Après fix mois de filence , & dans un moment
où fans doute M. Gardanne croyoit que le Public
avoit entiérement perdu de vue notre difcuffion
fur la colique des navigateurs , il reparoit pour
m'apprendre ce que je n'avois pas foupçonné )
que j'ai infidieufement attaquéfa réputation , en l'ac
cufant d'avoir occafionné la mort d'une dame , &
des accidens fâcheux à des matelots , par la méthode
de traitement qu'il indique.
Voià , je l'avoue , une inculpation grave; je
ne penfois pas avoir dit un mot de tout cela.
Ce Medecin ajoute que l'erreur que je lui reproche
et un fantôme , un être de raiſon , une
rêverie ; puifqu'il n'a été queſtion , dans fon Mémoire
& dans fes lettres , que de la colique des
Officiers , comparée à celle des Peintres ; & qu'il
n'a jamais prétendu parler de la colique des matelots.
J'ai lieu de croire que cette maniere de
prefenter la queftion fous un nouveau point de
vue , lui a paru plus commode que de défendre
La premiere opinion , & qu'il a deficé que nous ne
puffions pas nous entendre .
Je pou rois demander à M. Gardanne quelle
eft cette expreffion générique de colique des navigateurs
, pour defigner une maladie dont la
claffe entiere des matelots ne feroit point attaquée
? Mais qu'il prenne la peine de relire fa
lettre , inférée dans le Journal de Paris , du 17
( 31 )
Octobre dernier. Voici ce qu'il dit pofitivement.
Les émanations de la peinture , employée
» dans l'intérieur des vaiffeaux , infectent les
» entre ponis. »
כ כ
Quelle eft , parmi les gens de mer , l'efpece
d'homines qui habitent les entre - ponts de tous
les vaiffeaux , qui s'y trouvent expɔtés aux émanations
des molécules faturnines ? Sont.cé les
Officiers ?
« C'est ce qui a donné lieu aux apprésentons
» des marelots. »
Quelle eft certe terreur qu'on leur fuppofe
d'une maladie qu'ils n'éprouvent pas ,?
J'efpere que M. Gardanne le rappellera les.
obfervacions qu'il affure avoir faites , il y a vingt,
ans , dans deux ports voifins , l'un du Roi , l'au
tre du Commerce ; & qu'il troavera dans ces ob- :
fervations , fans doute très importantes , le moyen
de répondre , d'une maniere convenable & honnête
, aux deux queſtions que je prends la liberté
de lui faire.
Si l'on fuppofe avec M. Gardanne , qu'il n'a
fait mention que de la coique des Officiers
comparée à celle des Peintres , je pense que c'eft
également une erreur de croire que ces premiers
y. font auffi fréquemment expofés que M. Gardanne
l'annonce.
Sur cette question , Meffieurs , je ne crains pas
d'en appeller au témoignage des Médecins em-1
ployés dans les départemens de la Mine ; à celui
de M. Defperrieres , dont le fuffrage , fur un fujet ›
qu'il a traité , d'après des recherches auffi favantes'
qu'elles font exactes , ne me paroît pas moins refpectable
qu'à M. Gardanne lui-même. A ces témoignages
, je joins le certificat de M. de Marigay
, Major de la Marine , qui a été attaqué , en
b 4
( 32 )
1775, d'une colique métallique , fur la corvette
le Serin (1 ).
Je crois que de pareilles autorités combattent ,
avec quelque avantage , celle de M. Gardanne ,
tant que nous ne traiterons pas la queftion ellemême.
M. Gardanne me fait un crime d'avoir été 3 ans
fans répondre à fon Mémoire, Peut- être y feroit- il
fondé , fi la méthode qu'il indique pour le traite
ment de la colique des navigateurs s'étoit accréditée
pendant ce temps ; mais les Médecins des diffé
rens départemens ne fe font point écartés , d'après
fon opinion , de leur propre expérience. J'avoue
même , que j'ai moins voulu engager une difpute
polémique , que faire une réclamation très légiti
me ,fur ce qu'il s'eft permis de me citer , fans mon
aveu , comme garant de fa doctrine , dans une
lettre au Journal de Paris , du 17 Octobre dernier ,
deſtinée fans doute à rappeller au Public un Mé
moire imprimé depuis 3 ans , & envoyé , il y a 18
mois, dans le département, par ordre du Miniftre.
Je me propofe , Meffieurs , de donner inceffamment
un Ouvrage fur la colique des navigateurs. En
attendant qu'il puiffe être rendu public , j'invite
les Médecins, que cette question peut intéreffer
de lire ma premiere lettre à M. G... , inférée en
entier dans le Journal Encyclopédique , du 1er.
**
(1 ) Nous , Capitaine des vaiffeaux du Roi , Major de la
Marine au port de Brett , certifions que depuis 1754 , que ,
nous Tomines entrés au fervice de la Marine, jufqu'en 1775 ,
que nous commandions la corvette le Serin , nous ne nous
étions point fentis atteints d'aucune colique dans toutes les
campagnes que nous avions faites fur mer , & qui avoient
précédé celle ci-deffus , dans laquelle , en effet , nous , les",
Officiers de notre Etat- Major , avons été attaqués d'une colique
que nous avons attribuée à la peinture trop fraîche , à
l'époque où nous avons été forcés d'habiter nos chambres
du bord. Signe BERNARD DE MARIGNY,
( 33 )
Janvier dernier , page 95 & fuivantes. Je prie
M. G... lui même de la lire une feconde fois ,
avec quelque arten ion , ainfi que les lettres qu'il
a publiées dans les Journaux ; & je ne doute pas
qu'il ne s'empreffe de rétablir le véritable é at de
la queflion , favoir : 1ª . G la colique tilieufe , à
laquelle les Officiers , ainfi que les Matelots , font
très - fujets , eft produite par les émanations de la
peinture , à bord des vailleaux du Roi, 2 ° . Si la
colique métallique d'oit être connue , dans les départemens
de Marine , fous la dénomination géné
rale de colique des navigateurs , comme elle a été
jufqu'ici défignée à la Charité , fous le nom géné
rique de colique des Peintres . 3 ° . Si la colique des
gens de mer , quelqu'en foit la dénomination ,
doit être traitée , dans le plus grand nombre de
cas , par la méthode & les remedes qu'il indique.
J'ai l'honneur de le prévenir , que je ne répon
drai qu'aux lettres qui traiteront de cette queftion.
même.
J'ignore abfolument à quel titre M. G... m'ob
ferve que je devrois m'occuper de mon état , plu
tôt que de difcuffions pol miques Les Vern ge
les Borden , que l'on fait avoir été des guides trèssûrs
, dans l'art de guérir , auroient pu me donner
ce confeil. Pouvois je m'attendre que M. Gardanne
ne dédaigneroit d'etre mon inftituteur , que
pour me taxer d'être un Medecin peu expérimenté
fur les maladies des gens de mer , lorfque je m'en
occupe depuis 15 ans dans les départemens de la
Marine & fur les vailleaux du Roi ; lui qui fe flatte
d'avoir acquis , dans la Capitale , l'expérience de
ces maladies , de celles qui regnent au - delà des
Trop'ques & fpécialement des maladies des Colons
de l'Amérique.
Je ne terminerai pas cette lettre , fans remer,
b3
( 34 )
cier M. G., de ce qu'ayant apperçu dans mon
Mémoire des con re- fens , des fautes , des inadve
tances , il a eu la générosité de ne pas s'y ar
rêter. Je lui dois , Meffieurs , les mêmes égards ,
& je fuis convaincu qu'il les mérite.
J'ai l'honneur d'être , & c.
BRUSLE.
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres tint fa Séance publique d'après
Pâques , le 25 Avril dernier.
M. Dacier , Secretaire perpétuel , annonça
que le fujet du Prix , propo é pour cette féance ,
confiftit à comparer enfemble Zoroastre , Confucius
& Mahomet ; & les fiecles où ils ont vécu . Ce Prix
a été adjugé au Mémoire de M. Paret , que l'Académie
s'eft affocié depuis quelques mois . Ce
Mémoire avoit été compofé & remis avant l'élection
de M. Paftoret..
L'Académie propofe pour la Saint-Martin de
l'année 1787 , de rechercher quels furent l'origine ,
Les progrès & les effets de la pantomime chez les
Ancien . Le Prix fera une médaille d'or de la valeur
de soo liv. Eile propofe pour Pâques 1788 ,
d'examiner : Quelles ont été les différentes Peuplades
Barbares tranfportées par les Empereurs Romins
fur les frontiers de l'Empire ; en quel tems ,
pourquoi & comment fe font faites ces émigrations ,
& quelle a été l'influence de ces peup ades fur les loix ,
les moeurs , le langage des contrées cù elles fe font
établies ? Le Prix fera une médaille d'or de
400 liv. Les Mémoires feront remis , pour le
premier , avant le premier Juillet , & pour le
fecond , avant le premier Décembre 1787 : ces 、
deux termes font de rigueur.
M. Dacier fit enfuite l'éloge hiftorique du Pere
Paciandi , Théatin , Bibliothécaire de l'Infant
( 354)
Duc de Parme , & Affocié - libre- étranger de l'Aca
lémie. Cer éloge fut fuivi de la lecture d'un
Mémoire de Paftoret, fur la légiflation des Affy
riens. M. Hennin lut enfuite le précis des deux
premieres parties d'un Mémoire fur les Caracteres
& les Inferiptions Runiques. Après avoir donné une
idée des différentes Runes , & cherché à fixer le
tems où cette écriture a été connue en Suede , il
a conclu qu'elle tiroit fon origine de l'Orient
& qu'elle méritoit d'autant plus l'attention des
Savans , qu'elle pourroit être de quelques fecours
pour parvenir à l'explication des plus anciens
caractères ufités en Afie , & particuliérement de
ceux qui fe trouvent fur les ruines de Perfépolis.
2
Après la lecture de ce Mémoire , M. Dacier
fit l'éloge hiftorique de l'Abbé Arnaud. M. let.
Roy lur enfuite un Mémoire intitulé : Nouvelles
recherches fur le Vaiffeau long des Anciens , fur les
voiles latines, & fur les moyens de diminuer les danges
de la navigation .
Ce Mémoire fut fuivi de celui de M. Bailly ,
fur la Chronologie indienne , où il fait voir que
cette Chronologie confignée dans les livres de
ces peuples , elt conforme à celle des peuples
voiſins , & confirmée par l'Aftronomie indienne.
La lecture du troifieme Mémoirefur les problêmes
Ariftote aufujet dela Mufique , par M. de Chaba .
non termina la féance.
L'Académie de Nîmes avoit propofé pour
le Prix double de cette année , la Queſtion
fuivante Quelle a été l'influence de Boileau
furfon fiecle.
:
Dans la féance publique du Mai dernier
elle la décerné ce Prix à la Piece n ° . 4 , portant
b5
( 36 )
pour devife ces mots : fi fortè virum quem. Virg.
Eneid. L. 2. L'Auteur eft M. Daunou , de l'Oratoire
de la Maifon d'Enghien , jadis Montmoren-1
cy , près Paris. Ele propofe pour l'année pro- i
chaine 1787 , cette autre question : Quelsfervient
les moyens defavorifer & d'augmenter le commerce
des Vins & des Eaux de-vie du Bas- Languedoc.
Ce Prix de 300 liv. fera délivré , & l'Ouvrage
qui l'aura mérité fera lu dans la féance publique
de 1787. Les paque s feront adreflés , francs de
port , à M. Razoux , Médecin , Secretaire Perpétuel
de l'Académie : ils ne feront pas reçus
après le premier Mars 1787 inclufivement :
ce terme eft de rigueur...
On a parlé dans le récit du vol fair an
MM. Scherrer & Finguerlin , des heurs Picard
nés à Lyon, & demeurant à la Glacie
re , comme impliqués dans cette affaire.
C'eft une erreur & une grave injuftice. Un
aurre particulier , de même nom que les
fiers Picard , mais abfolument étranger à
leur famille , & à Lyon même, eft celui que
rega de l'accufation.
Un Sergent de la compagnie d'Invalides ,
en garnifon au Fort- Monier dans la Haute-
Alface , ayant voulu traverfer un bras du
Rhin , tomba dan le fleuve , très -profond
en cet en droit ; la rapidiré du co trant l'entraînoit
, & il étoit expofé à un danger évident
de pé ir , lorfque , la Servante d'un
moulin voifin , nommée Anne Marie Mercklin
, s'élança dans l'eau , & eut le bonheur
de l'en retirer. Le péril de cet Invalide étoit
d'autant plus grand , que , couvert de blet(
37 ) .
fures & ayant une jambe de bois , il étoit
ab olument hors d'état de fe fecourir luimême.
L'Intendant de la province , informé
de l'action courage ife de cette fille , lui a
fait remettre une gratification .
Extrait d'une lettre au Rédacteur.
A Rouelles , par Langres , le 12 Mai 1786.
Monfieur ,
Je vous prie de vouloir bien annoncer un ob-*
jet de grande utilité pour la Province de Bourgogne
& pour celle de Champagne , c'est le rétabl
ffement de fa Manufacture des glaces coulées
, appellées de Bourgogne , qui a été établie au
château de Rouelles en 1759 , & qui y a fubfifté
jufqu'en 1779 , fois la protection de S. A. S.
Monfeigneur le Prince de Condé & des Etats de
Bourgogne , qui ont accordé des encouragemens
aflez confidérables : elle avoit d: fcontinué fes
travaux , quoique très lucratifs pour les Actionnaires
, parce que vous favez , Monfieur , les
bénéfices qui résultent de la fabrication du verre.
Le nouveau propriétaire de cette Manufacture a
demandé la protection du Gouvernement pour
cette affaire ; & M. le Contrôleur- Général , fur.
les rapports avantageux qui lui en ont été faits ,
& les vifites les plus fcrupuleufes , a perm s de
former des actions. Nous espérons des tecours
des bontés du Roi . Nous avons même à ce fujet là
de Lettres ministérielles. Nous avons fabriqué
ces glaces fort belles dans la derniere Rigie , &
qui n'étoient nullement comp rabies aux preneres.
Il y en a deux cents vingt qui viennent
e Rouilles, & qui ornent le cabinet d'hiftoire(
38 )
naturalle du Jardin du Roi à Paris . Nous recommencerons
nos travaux inceffamment ; nous réparons
nos bâtimens , nous exploitons nos bois
on travaille à l'extraction de nos foudes : de maniere
que les curieux pourront voir bientôt notre.
Fabrique en pleine activité.
J'ai l'honneur d'être très-parfaitement ,
Monfieur ,
Votre très- humble & très .
obéiffant ferviteur ,
DE LA HAYE,
Directeur de la Manufacture
des Glaces de Bourgogne.
Dans la Lifte générale du troifieme Tirage
de la Loterie Royale , établie рад Arrêt
du Confeil du Roi , du 4 Octobre 1783 ,
Tirage fait les 24 , 25 , 26 , 27 & 28 Avril
dernier , les lots majeurs au- deffus de 2000l.
& les Numéros auxquels ils font échus font
les fuivans :
1.
No. 2892 , 4300 1 .; n° .4280 , 40051.; n . 20946 ,
4000 liv. ; n°. 23238 , 8000 liv .; n° . 26535.
4000 l.; n°.763, 4000 l .; no. 27703 , 20000 ;
nº: 28080 , 8000 liv.; n° . 35231 , 80000 liv .
n37428 : 4000 liv.; n ° . 38316 , 4000 liv . ;
43140 , 4000 liv.; 44974 , 4000 liv.
n . 45814 , 4000 liv.; n° . 51793 , 4550 liv .;
n . 59503 , 40co liv .; n° .630 , 30000 liv.
по
no
N. B. La lettre fur une nouvelle forme
de cheminées , inférée dans ce journal , le ,
( 39 )
20 Mai , article de Paris , & fignée D. H. ,
nous a été adreffée de Verfailles . Elle expofe
, comme on l'a vu , des idées conformes
& antérieures à celles de M. M***
que nous publiâmes au mois d'Avril . Si ce
dernier ve it quitter l'anonyme , nous nous
emprefferons également de lui faire connoître
M. D. H. A la ligne zo de cette lettre , lifet
procureroit , au lieu de prouveroit.
er
Denys François , Comte de Mauroy ,.
Lieutenant général des Armées du Roi , eft
mort le 1. de Mai , en fon château de
Pugny en bas Poitou , âgé de 87 ans &
deni.
Charles - Noël Perille de Moleron , Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de Saint-
Louis , Commiffaire des Guerres & du
Corps - royal d'Artillerie , eft mort à Lille ,
âgé de 69 ans , dont 52 & plus employés
confécutivement & avec diftinction au fervice
militaire. I laiffe 7 enfans , refte de 24
qu'il a eus d'une même femme.
Charles -Guillaume Louis , Marquis de
Broglie , Seigneur du Mefnil- Voifin & autres
lieux , aîné du nom , eft mort le 16 du
même mois , en fon château du Mefnil.
Jofeph- Michel René , Comte du Drefnay,
chef des nom & armes de fa Maiſon , Che-.
valier de l'Ordre royal & militaire de Saint-
Louis , Gouverneur des villes de Saint Pol
de Léon & Rofcoff en Bretagne , eft mort
ici le 18 du même mois , âgé de 80 ans.
( 40 )
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 28 Mai.
Les de ce mois , LL. AA. Royales ont
été naturalifées Brabançonnes par les E ats
de la Province affemblés . Elles avoient demandé
cette naturalifation par une Requête
en forme ordinaire , & Madame l'Archidu
cheffe la remit elle- même au plus ancien
Député . On croit que LL. AA. RR . fe feront
naturalifer dans les autres Provinces
des Pays - Bas , comme elles viennent de le
faire dans le Brabant.
L'Electeur de Baviere vient d'acheter du
Prince de Salm , fa belle terre fituée au village
d'Ifck.
Le 16 de ce mois , le Baron de Thulemeyer,
Miniftre du Roi de Pruffe à la Haye,
a remis à L. H. P. un Mémoire de la teneur
fuivante :
Le fouffigné Envoyé Extraordinaire de S. M.
Pruffienne , eft chargé de renouveller à Vos
Hautes Puiffan es l'affurance de l'amitié fincere
que le Roi fon Maître leur conferve invariablement
, & de témoigner en même tems le plaifir
que ce Monarque reffent des voeux qu'une Palf
fance amie & alliée de la République vient de lui
exprimer , en faveur du rétabliffement de la tanquillité
intérieure des Provinces Unies. S. M.
applaudit & accede fincérement à ces voeux ; Elle
( 41 )
apprendra avec la plus grande fatisfaction qu'on
travaille avec zele & avec impartialité , à mettre
non feulement la véritable Conftitution & la
Souveraineté de l'Etat , mais auffi les droits &
les prérogatives du Stadhouderat Héréditaire ,
hors de toute atteinte , en les établiffant fur une
bafe folide. Le Roi ne prétend pas s'immifcer par
ces voeux dans les affaires intérieures des Provinces
Unies. La conduite paffée de Sa Majefé
en fait preuve ; mais en qualité d'ami & de plus
proche voifin de la République , & comme tel.
effentiellement intéreffé à fon bien- être , Elle
emploiera volontiers fes bons offices , fes confeils
& fon intervention par-tout où cela pourra
convenir , pour concourir à affurer à la Républi
que fon repos intérieur & extérieur.
A la Haye , le 15 Mai 1786.
Signé , DE THULEMEYER,
Le Stathouder a été invité par les Etats
de Zélande à fe rendre dans cette Province,
& l'on fait à Mideibourg de grands préparatifs
pour la réception de S. A. S. & de fa famille
. Les mêmes Etats ont autorilé leurs
Députés aux Etats Généraux à déclarer à
L. H. P. qu'elles ne payeroient leur contingent
aux charges de l'Union que jufqu'au
9 Septembre prochain , fi leurs griefs , & notamment
celui qui a pour objet la nouvelle
Direction de la Compagnie Orientale n'étoient
pas redreffés .
Les Erats de Gueldres affemblés à Arnheim
, ont promulgué un ordre de pourfui(
42)
vre criminellement quiconque formera des
affociations , ou préfentera des Requêtes ,
tendantes à opérer des changemens dan la
Conftitution établie : les Etats voulant la
maintenir invariablement fur le pied où elle
exifte depuis 1752.
L'Etranger qui a pris le nom d'Annibal
Stiepan , Prince d'Albanie , & dont nous
avons rapporté les titres & le Mémoire eft
aujourd'hui au cachor à Amfterdam. Il y
avoit été arrêté pour dettes ; fon Mémoire
qu'on a lu , a eu fi peu d'effet, que fon Arrêt
civil a été converti en détention au criminel.
Le temps nous apprendra la caufe de
cette rigueur.
Divers Papiers Allemands ont rapporté
derniérement l'anecdote fuivante.
On fait que le Grand Guftave - Adolphe , Roi
de Suède , périt à la bataille de Luizen , qu'il
gagna le 16 Novembre 1632 ; mais on ne favoit
encore rien de pofitif fur les circonstances de fa
mor . Les uns prétendoient que le Cardinal de
Richelieu en étoit l'auteur , d'autres qu'il avoit
écé a affinépar le Duc Albert de Louenbourg ,
l'un de fes Généraux , qui fut lui même tué par
les Autrichiens . On a trouvé dernierement dans
les archives de Suede une lettre qui explique
d'une toute autre maniere ce trifle événement .
Elle eft datée du 29 Janvier 1725 , & adrefféo
par M. André Goedging , Prévôt du Chapitre
de Wexio en Suede , à M. Nicolas Hawedfon
Dbal , Secretaire des archives de ce Royaume.
En voici la teneur :
( 43 )
Lorfque j'étois en Saxe , en 1687 , je découvris
, par un heureux haard , les circonftances
de la fin déplorable du Roi Guftave- Adolphe.
Ce grand Prince étoit forti , fans autre fuite que
celle d'un vale , pour aller à la découverte de
l'ennemi. Un brouillard épais qu'il faifoit ce
jour- là , l'empêcha d'appercevoir un détachement
de troupes autrichiennes qui firent feu fur lui ,
& le blefferent fans le tuer, Le valet qui aidoit
le Roi à retourner à fon camp , l'acheva d'un
coup de piftolet , & s'empara d'une paire de lunettes
dont ce Prince , qui avoit la vue fort baſſe ,
fe fervoit conftamment. Jache ai ces lunettes du
Doyen de Naumbourg , lors de mon féjour en
Saxe ; le meurtrier du Roi étoit fort vieux & tiroit
vers fa fin . Les remords qu'une action auffi
atroce devoit néceffairement lui occafionner , ne
lui laiffoient pas un moment de repos. Il envoya
chercher le Doyen dont je viens de parler , &
lui fit l'aveu de fon crime. J'ai appris ces détails
de la bouche même du Doyen , dont j'achetai les
lunettes , que j'ai dépofées dans les archives de
Suede ».
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres.
« Un Fermier Picard travailloit à fon champ ;
" il envoyoit fon fils aux limites de fa piece de ter-
» re , pour chaffer des pigeons qui s'y étoient repofés
. L'enfant obéit ; mais comme il ne revenoit
pas, fon pere eft allé le chercher ; il le trouve en-
» dormi fous un arbre ; il lui donne , pour le réveiller
, un coup de bâton fur la tête . L'enfant
meurt , frappé à la tempe ; le pere le voit expi
rer; il court à fon épouse lui compter fon accidenc
& lui dire qu'il va fe jetter dans fon puits ;
s la payfanne , qui allaitoit un enfant le dépose
( 44 )-
ל כ
» fur une table , pour arrêter fon mari ; elle peut
» l'atteindre , le faifir , comme il étoit prêt de fe
précipiter ; mais il l'entraîne avec lui ; ils
tombent & meurent enſemble. L'enfant dépofé
, ne voyant pas revenir fa mere entre
» en convulfion ; il fe coule & fe précipite fur
le pavé de la chaumiere ». ( Gazette des Pays-
Bas , No. 41.)
Mercredi , entre deux & trois heures du ma-
" tin , Sir Sampfon Wrigt , MM . Addington &
» Bond , & une douzaine d'hommes qui leur
93
prêtoient main- forte , rendirent une visite
» inattendue à une certaine maifon dans Pall-
Mall, où fe tenoit un tripor de pharaon &
autres jeux de hafard . L'une des tenantes fe
trouvoit en bas quand on ouvrit la porte à ces
Meffieurs . Elle ne manqua pas de donner l'a-
» larme aux joueurs affemblés dans une chambre
haure , & tous fort férieufement occupés , les
" uns avec des dés , les autres avec des cartes ,
à courtifer dame fortune , qui cependant n'ac-
Cordoit fes faveurs qu'au propriétaire de la
» maiſon & confors. Cette honorable fraternité
» étonnée d'une vifite auffi brufque , fe barricada
du mieux poffible , & foutin: fiege pendant une`
heure contre les Magiftrars , qui les venoient
» troubler fi mal - à- propos . Ceux - ci vinrent à
» bout cependant de fe rendre maîtres de la place
» & de tous les joueurs , que l'on trouva cachés
» les uns fous les lits , les autres où ils avoient
»pu. L'on s'empara des tables , des dés , des
» cartes , des jettons , &c. & l'on en fit un monceau
, qui fut brifé & brûlé publiquement à
onze heures de la même matinée , afin de
» fervir de memento à tous ceux qui contreve-
" nant aux loix de l'honneur , de la justice & du
( 45 )
pays, feroient tentés de perfilter dans des pratiques
fi pernicieufes & fi funeftes ». ( Loid's
Evening poft ).
Le Lieutenant- Général de Mollendorff , Gouverneur
de cette Réfidence , qui avoit été demandé
près du Roi à Potzdam pour recevoir fes derniers
ordres relativement à la revue , en eft revenu
; & il a notifié avant - hier , a la parade , aux
Officiers refpectifs de notre garnifon , de la part
de Sa Majesté , qu'Elle l'avoit chargé de leur
faite fes très - gracieux complimens , & de leur
dire que , puifqu'Elle ne pouvoit pas affifter
» cette fois - ci à la revue en perfonne , Elle s'af
» furoit que chacun d'entr'eux feroit auffi bien
ور
Сс
fon devoir que fi elle s'y trouvoit préfente » .
Le Roi faifant venir fucceffivement fes Miniftres
à Potzdam , le Baron van des Schulembourg s'y
s'v eft rendu ces jours derniers. (Gazette de Leyde,
n°. 41 ) .
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
CONSEIL DU ROI.
Prébende Préceptoriale.
Par un article de l'Ordonnance d'Orléans ,
tous les Chapitres , fans exception , ont été a
fujettis à réſerver , outre la Prebende Theologale ,
une autre Prébende ou le revenu d'icelle , qui demeureroit
deftiné à l'entreténement d'un Précepteur.
(1) On ſouſcrit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix eft de 15 liv. par an , chez M. Mars , Avocat
zu Parlement , rue & hôtel Serpente.
( 46 )
L'Ordonnance de Blois modifie cette difpolition
, elle reftreint l'obligation de fournir une
Prébende Préceptoriale aux Chapitres compofés de
plus de dix Prebendes , outre la principale dignité.
Quelques Chapitres n'ont exécuté cs loix
qu'en partie ; ils n'ont affecté à la place de Précepteur
, qu'une portion du revenu d'une Prébende
. On demande fi on eft encore à temps
pour les obliger , & fi les Chapitres de fondation
& collation laique n'en font pas exempts ? Cette
queftion vient de fe préfenter au Confeil du Roi.
--
Le Chapitre de Va couleurs étoit compoté de
douze Pretendes , y compris la principale dignité,
lors de la promulgation de l'Ordonnance d'Or
léans. On voit par deux Sentences des 17 Février
1567 & 20 Acût 1570 , que pour éviter l'embarras
de fournir annuellement à un Précepteur le revenu
effectif d'une Prébende , il fit avec celui ci un
abonnement fixé à 120 liv. moyennant lequel une
Prében de fut fupprimée . Plus de deux fiécles
après , les habitans de Vaucouleurs ont interjetté
appel de ces deux Sentences au Parlement de Paris,
& ils ont demandé que le Chapitre fut condamné à
leur abandonner le revenu effectif d'une des Prébendes
, pour payer le Recteur de la ville . Par Arrêt
du 5 Novembre 1780 , les Sentences de 1567
& 1570 ont été infirmées , & il a été ordonné que le
revenu d'une Prétende du Chapitre de Vaucouleurs
feroit & demeureroit affecté au paiement des Précepteur
& Régent de la ville , tant en gros fruits ,
qu'en diftributions annuelles. Le Chapitre de
Vaucouleurs s'eft pourvu en caffation contre cet
Arrêt , & la finguliérement excipé , ¡ º . du laps
de deux fiécles écculs depuis les Sentences dont
le Parlemen avoit reçu l'appel. 2 ° . De ce qu'il
étoit de fondation & collation laïque , mais ces
moyens ont été réfutés avec tant d'avantages pår
--
( 47 )
les habitans de Vaucouleurs , que par Arrêt du
mois de Juin 1785 , le Chapitre a été débuté de fa
demande en caffation , avec amende & dépens.
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE .
w
Cafe entre le Marquis de GUERCHY , Seigneur de
Nangis. Et le fieur VAUDREMER , Noraire-
Royal à la Réfidence de Nangis , & Procureur
poftulant en la même Justice. Poftulation pour
s'exercerfans provifions du Seigneur.
La poftulation eft libre dans les Juftices Seigneuriales
, cù le Seigneur n'a point , par fes
ritres , le droit de créer des Offices de Procureur
poftulant ; & d'ailleurs , le droit d'inftituer des
Officiers de Juftice , n'induit pas celui d'en nommer
pour exercer la peftulation . La poffeffion
même où fercit le Seigneur à cet égard , ne peut
fuppléer aux titres. C'est ce qui a été jugé dans
cette Caufe. Le Comte de Guerchy , pere du
Marquis de ce nom , Seigneur Haut Jefticier de
Nangis , avoit incort Atablement , par fes titres ,
le droit de nominer des Officiers de Juſtice dans fi
Terte de Nangis ; mais les titres ne font aucune
mention de celui d'y rommer des Procureurs poftulans.
Cependant , il parcît que depuis 1709 ,
ceux qui ont exercé la poſtulation à Nangis , ont
voulu la tenir de l'agrémentdu Seigneur dort ils
ont obtenu des provifiors. →→→ Le Geur Vauremer
, Notaire Royal à la Réfidence de Nangis , ne
trouvant pas cet tat fuffifant pour fe foutenir , &
voulant y réunir la poftulation , follicite l'agrément
du Seigneur , & obtint des provifions de Procureur
poftulant , en date du 21 Juillet 1748 , Cet
Officier peut dire qu'il a mérité , dans l'exercice
de fes fnctions , l'eftime & la confiance publique
( 48 )
même celle de la Maiton de Guerchy , puifqu'à la
mort du Comte , la dame fa veuve chargea le
fear Vaudremer de l'adminißration de la turelle du
Marquis de Guerchy fon fils ; elie alla meme juíqu'à
l'engager à prendre la place de Batli du
Marquifat de Nargis . Le feur Vaudremer , qui
'n'oloit rien refofer à la dame de Guerchy , l'accepta
, & l'exerça pendant plufieurs années ; mais
charge de famille , l'état de la fortune ne lui permit
pas de conferver one place qui n'étoit d'aucun
produit , & le privoit de l'exercice & des bénéfices
de la poftulation ; il remercia e Marquis
de Guerchy de l'Office de Baili , & reprit les
fonctions de Procureur poftulant . Il y avoit déja
neufans qu'il en avoit recommencé l'exercice fovs
les yeux de fon Seigneur , & fans provifions de
lui , lorfque le 8 Juillet 1734 , le Marquis de Guerchy
lui fit fignifier un acie de révocation de ROFfice
de Procureur poftulant au Bailliage de Nangis
, quidui avoit été anciennement accordé par
des provifions qu'il le fomme de remettre , èsmairs
de l'Hoiffier , fauf décharge valable , lui
faifont déleufe de plus à l'avenir poftuler audit
Bafiliage comme ci - devant , à peine de toutes
pertas , dépens , domniages & intérêts ; pourquoi
ledi : Seigneur Marquis de Guerchy fait toutes réferves
de droit , ainfi que pour toutes antres
cauſes & raiſons . Le fieur Vaudremer a interjeté
appel de cette révocation ; il en a demandé
la nullité , & à être autorifé à continuer de pofruler.
---- Arrêt du 1er . Avril 1786 , qui a mis
T'appellation & ce au néant , émerdant , a autorifé
Me. Vaudremer à continuer de poftuler en
la Juftice de Nangis , & a condamné le Marquis
de Guerchy aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 25 Avril.
E 21 , le Capitan - Pacha a mis à la voile
avec fon efcadre : il fe rend à Alexandrie
pour rétablir l'ordre en Egypte. Il a fous lui
20 bâtimens , dont 5 galeres & 12 frégates.
Le 18 , on a décapité le fieur Petracki
dont tous les biens ont été confifqués , & le
bourreau a vendu le cadavre à la famille ,
moyennant 250 piaftres . Il étoit accufé d'avoir
volé le Tréfor royal, & de mépris pour .
les ordres du Souverain. L'intrigue paroît
avoir eu encore plus de part au fort de l'In..
fortuné , que fes délits exagérés ; du moins ,
s'il faut ajouter foi à la relation fuivante
qu'on donne de cette affaire .
Pendant l'espace de quatorze ans qu'il s'eft
trouvé à la tête de la monnoie , l'accufé avoit
amaffé des richeffes exorbitantes . Il avoit joui
de la confiance du dernier Grand-Vifir décapité ,
& n'étoit en conféquence nullement attaché aux
Nº. 23 , 10 Juin 1786 . C
( 50 )
-
intérêts du Capitan - Pacha . Animé par l'ambi
tion , la haine & l'avarice , il a eu l'imprudence
de céder aux defirs de plufieurs familles grecques
, & de fe joindre à elles pour contreminer
le plan du Capitan - Pacha & de fon Dragoman
Morofini , que le premier a voulu éle
ver à la dignité de Hofpodar de Valachie , Malgré
la peine de mort attachée à de telles manoeuvres
, Petracki a ofé écrire un mémoire anonime
au Sultan , où le Prince Morofini étoie
noirci d'une maniere odieufe , & le Capitan-
Pacha , ainfi que le Grand Vifir actuel non
moins mal- traités. Le Grand Seigneur leur
ayant communiqué ce Mémoire , les deux Miniftres
n'ont rien négligé pour découvrir le
coupable , qui a bientôt été reconnu , & qui
enfin l'a payé de fa tête . Le Capitan Pacha
pour donner plus d'appareil encore à fa vengeance
, a même difpofé les chofes , de maniere
qu'au même moment que Petracki fubiffoit fon
fupplice , le Divan revêtoit Morofini du Caftan
& de la couronne de Prince de forte qu'en for-
1ant du Divan le nouvel Hofpodar vit fon ennemi
expofé en public dans cet état humiliant .
Le Prince Selin qui s'intéreffoit à ce malheureux
, ainsi que le Miniftre de la Cour de Suede ,
'ont rien pu obtenir en fa faveur.
:
SUÈDE
DE STOCKHOLM, le 9 Mai.
Hier , le Roi , accompagné du Prince
Royal , des Ducs de Sudermanie & d'Of
trogothie , du Maréchal , des Chevaliers,
de la Nobleſſe , fe rendit à la Salle d'af
( 51 )
femblée des Etats , & ouvrit la Diete par un
Difcours. Le Secrétaire d'Etat de Schroederheim
lut enfuite les propofitions que S. M. a
trouvé bon de foumettre à la délibération
des Etats , & les remit au Maréchal de lat
Diete. Après cela , les Orateurs des Erats'
prononcerent des Difcours , & s'étant enfuite
approchés du trône , ils baiſerent la
main de S. M.
Le même jour , le Comte Goran Gillenftierna
, le Prince W. de Heffeftein , le Baron
Frédéric Sparre , le Comte Gabriel-
Oxenftierna , le Baron Malte Ramel & le
Baron Emmanuel de Geer ont prêté le ferment
en qualité de Sénateurs du Royaume .
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE, le 13 Mai.
14 bâtimens chargés de provifions on
fait voile la femaine derniere pour l'Iflande.
Le Roi ayant acquis les titres de créance
que poffédoient les Hollandois fur les habitans
des ifles de Sainte - Croix , S.- Thomas
& S. Jean , a nommé une Commiffion qui
eft chargée de payer aux termes convenus
le capital & les intérêts .
Le vaiffeau neuf de 60 can. , que la Compagnie
d'Afie a fait conftruire pour la Marine
du Roi , porte le nom de Mars .
C 2
( 52 )
La Compagnie d'Afie a tenu avant hier
une affemblée générale , dans laquelle elle a
fixé à so rixdalers par action le dividende
pour cette année. L'année derniere cette
Compagnie a gagné dans fon commerce
neuftonnes d'or.
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 27 Mai.
Les bruits répandus depuis un certain
temps fur une ceffion quelconque du Daché
de Courlande , ont donné lieu à une démarche
finguliere de la Cour de Péterfbourg.
Son Chargé d'affaires à Mittau , le
Confeiller Notbek a remis à la Régence du
Duché une Note , par laquelle il eſt déclaré
au Gouvernement & à la Nobleffe de Courlande.
כ כ »QueS.M.nepouvoitregarderque
» comme contraire à toute vraisemblance le
» bruit répandu , comme fi le Duc Régnant
» auroit deffein d'abdiquer en faveur du
» Prince Louis de Wurtemberg Stuttgard ,
» Général Major au fervice de S. M. Pruf-
» fienne , [ & Frere puîné de Madame la
>> Grand Ducheffe , marié depuis quelque
» temps avec la Princeffe Czartoriska ; ]
» qu'une pareille démarche de la part du
» Duc , quand même elle ne ſe borneroit
» qu'à la fimple volonté , fans avoir d'exé(
53 )
cution , devroit non feulement lui attirer
» le plus jufte déplaifir de la part de S. M. L.
» mais qu'elle fe verroit auffi obligée de
» prendre les mefures les plus efficaces pour
» s'y oppofer ».
Le lendemain , les Confeillers fuprêmes
de Régence ont répondu , » Que le Duc lui-
» même avoit déja contredit , il y a peu de
» temps , d'une maniere expreffe & avec
» fenfibilité, le bruit qu'il alloit réfigner fes
» Erats au Prince Louis de Wurtemberg
» & avoit déclaré qu'il le tenoit pour une
» fiction , contraire à toute vraisemblance.
L'Impératrice de Ruffie vient de nommer
le Comte de Besborodko , emploié depuis
quelque temps dans le département des
Affaires étrangeres , à la place de Membre
du Confeil Privé.
Pendant l'année dernière , il eft arrivé ici
1215 bâtimens de commerce. L'importation
annuelle roule fur 38 à 40 millions de marcs
de banque. La grande partie des marchandifes
d'importation vient de France.
La navigation du port de San Andero a
occupé l'année derniere 741 bâtimens , dont
597 Efpagnols , 83 François , 18 Anglois
11 Hollandois , 1o Portugais & 5 Pruffiens .
DE VIENNE , le 27 Mai.
L'Empereur a fait l'acquifition de l'hôtel
c3
( 54 )
de Bathyani ; il y fera établi une manufaeture
d'armes .
On affure que les revenus de toutes les
fondations dans les Etats de la Maifon d'Autriche
montent à 18 millions de florins ,
dont font emploiés pour l'entretien des
individus des Couvens qui ont été fupprimés.
On a publié dans la Gallicie , dans la
Bohême & l'Autriche, que la jeuneffe Juive ,
qui ne fréquentera pas les Ecoles normales ,
n'obtiendra jamais la permiffion de fe marier.
La Régence de l'Autriche intérieure a publié
Je tableau fuivant des mariages, naiffances & morts
dans la Stirie , la Carinthie & la Carniole , pendant
l'année derniere .
Dans la Stirie , y compris Graz , on a compté
5,781 mariages , 28,035 naiffances , dont 14,338
garçons & 13,697 filles , & 26,230 morts ,
dont
13,295 hommes & 12,935 femmes,
Dans la Carinthie , y compris Clagenfurt , on a
compté 1,913 mariages , 8,948 naiffances , dont
4,631 garçons & 4,3 17 filles , & 7,556 morts , dont
3,861 hommes & 3,687 femmes.
Dans la Carniole , on a compté 2,823 mariages,
15,950 naiffances , dont 8,165 garçons & 7,785
filles , & 13,889 morts , dont 7,089 hommes &
6,800 femmes. Il réfulte de ce calcul , que
l'Autriche intérieure offre pour l'année 1785 ,
52,933 naiſſances , 45,675 morts & 10,517 mariages.
Les fept Hôpitaux que l'Empereur a fupprimés
à Vienne pour les réunir à l'Hôpital
( 55 )
général , avoient un revenu annuel de
880,000 florins .
Selon le bruit public , il paroîtra inceffamment
un Edit de l'Empereur , pour admettre
les enfans illégitimes au partage de la
fucceffion de leurs peres , à moins qu'il
n'existe des pactes de familles qui excluent
les bâtards de toute fucceflion .
Le 1 de ce mois , on a commencé dans
la Hongrie les travaux pour l'établiſſement
de plufieurs nouvelles routes . On conduira
un grand chemin depuis Raab jufqu'à Weſ--
prim , & detà à Papa par Heiligwreuz ; un
autre fera conduit de Wiefelbourg à Oedénbourg
par la chauffée du lac de Neufiedel.
Un Ballon que l'on a lancé le 17 Avril
dans la Seigneurie de Harrach , ayant crevé
dans l'air , eft tombé fur une grange , y a
mis le feu , &l'a réduite en cendres , ainfi
qu'un autre édifice adjacent ; 13 beftiaux
ont péri.
Tous les Papiers publics ont parlé des
projets de l'Empereur, concernant la réfor
me de l'ancien fyftême des Finances & des
contributions dans le Royaume de Hongrie .
Ceux qui voudront apprécier cette réformé
projetée feront peut-être bien aile de trouver
ici quelques détails fur la recette , la dépenle
& le fyftême des finances de ce
Royaume. Les voici :
1. Caiffe générale des
préfectures
2 Caifle de Cafchau
54624 flor.
3140
54624
3140
C 4
( 56 ).
3 Caiffe d'Effek
5861 3861
4 Do naine de Gratiska 11903 5643.
6260
5478
de Batfe 129894 49736 80158
6 de Kipf 20896 2696 18200
de Pe erwaradin 40335 16412 23924
de Morowa 31128
6792 24336
9 -de Grofvaradin 23671 10725 12946
10 ---- de Solyomke 8158 1457 6701
II de Hufzt 4790 3134 1656
12 de Botska 14653 7024 7629
13 de Sowar 6064 5865 199
14 de Raabongyor 51602 19520 32082
IS de Tokai
27642 17992 9650
16 de Hradek 22754 7856 14898
17 de Likar 24004 8632 15372
3374 2197 1177
Croatie
18 de P-kleny
19 douanes de Hongrie,
d'Ffclavonie & de
647239 55258 591981
20 Gabelles
1753830 408600 1345230
21 commerce de Sovar
Total
333236 121928 211308
3218798 751467 2467331
Le furplus de 2.467,331 florins eft employé à
faire face aux dépenfes fuivantes , favoir :
appointemens des Officiers de la couronne
& de la Chancellerie Hongroife
flo .
70400
idem , pour les employés au Gouvernement
50300
idem , pour la Chambre de la Cour & des
Finances 75600
idem , pour l'adminiftration des Finances
de Kips 13040
idem , pour la table feptemvirale 25500
idem , pour la table royale 28900
idem , pour la table des quatre diftricts 23250
( 57 )
idem , pour des employés dans l'étranger
idem , pour les employés de la quaran-
12410
taine 11719
pour penſions 68200
pour bourses , aumônes , &c . 33151
intérêts des anticipations. 126775
intérêts d'autres dettes
17174
intérêts des hypotheques 6688
intérêts des fonds de fondation
24320
pour gratifications de journées 11325
pour fourni ure pour le Confeil de la
Cour & du Gouvernement
fraix de conftruction
idem ,, pour la Chambre des Finances
idem , pour le château de Prybourg
3961
4794.
902.
17505
commiffion de fanté IIIC
pour hôpitaux
1093
frais de procès à la requête du Procureur
fifcal
1836
petites dépenses imprévues 9100
pour le Militaire
3768.
pour la trésorerie fecrette 300000
1500000
Total
pour la Cour
2.443,822
Nota. Les revenus des domaines font affectés
dans le principe , à l'entretien du Roi & de la:
Cour & à l'adminiſtration politique & civile du
Royaume . Les revenus & les dépentes font
augmentés depuis plufieurs années.
En 1765 les revenus de la Hongrie & de la
Tranfylvanie étoient les fulvans :
1. Contributions de la Hongrie.
2. Revenas des domaines
3. Revenus des mines
flor
3900000
4000000
2000000
4. Contributions & domaines dans le
Bannat de Temefwar 1200000)
5. Contribution de la tranſylvanie 15000000
€ 5
( 58 )
6. Revenus
7. Revenus des Seigneuries de Raizkere
& de Bellic
( Ces Seigneuries viennent d'être vendues
à l'Archiducheffe Chriftine pour la
fomme de 1,900,000 florins .
8. Revenus des terres de Holitſch
Saffin , Ovar
9. Revenus de la Milice Croate à laquelle
on a affigné des terres
Total
200000
60000
250000
80000
13,190,000
Aujourd'hui le total des revenus eft porté à 15
millions : la dépense monte prefqu'à la même
fomme , & elle a été confidérablement augmentée
par les nouveaux arrangemens de l'Empereur.
Les Commiffaires perpétuels , par exemple
, coutent par an 45 mille florins plus que
les anciens grands Palatins : la multiplication
des Tribunaux a auffi augmenté la dépense ,
&c. La population du Royaume de Hongrie
eft de cinq millions d'ames , & eft de 8 , en
y comprenant l'Esclavonie , la Croatie & la
Tranfylvanie. La contribution du fujet ou payfan
de la Hongrie eft triple : fçavoir , des fruits
en nature , des corvées & de l'argent au Seigneur
Foncier des corvées & de l'argent au
diftri&t ou comitat , & de l'argent au Roi.
DE BERLIN , le 26 Mai .
La revue de Potzdam a eut lieu le 17 &
le 18 , & a été commandée en chef par le
Prince Royal. Le 21 , la revue générale de
Berlin a été également exécutée fous les ordres
du Prince Frédéric de Brunſwick ,
( 59 )
comme plus ancien Lieutenant Général . La
fanté de S. M. offre peu de variations : cependant
, depuis quelques jours , le Roi a
admis diverfes perfonnes à fa table , comme
elle le faifoit avant fa maladie.
Le fils aîné du Prince Ferdinand de
Pruffe fuccéde à fon Pere dans la Grande-
Maîtrife de l'Ordre de S. Jean.
Le Roi a affigné de nouveau 150 mille
écus pour l'encouragement des fabriques
dans fes Etats , & 200 mille écus pour diverfes
améliorations à faire dans la Marcha
Electorale. Outre la conftruction d'une mu .
raille , qui ceindra une partie de cette Réfi
dence , les autres ouvrages que S. M. a or
donné d'y exécuter durant l'année couran⚫
te , font des cafernes pour le régiment de
Waldeck , un grand Corps - de Garde pour
celui de Lignowski , ce qu'il y avoit à ajou
ter à l'hôpital de la Charité , un Confiftoire
pour la Communauté Françoife , l'hôpital
de l'Eglife de Jérufalem , vingt - fix maifons
particulieres pour le compte de Sa Majeſté .
Le Duc regnant de Brunswick eft nom
mé par le Roi , pour faire la revue des troupes
dans le Magdebourg ; le Général d'E--
glofstein fera celle dans la Pruffe Occiden
tale.
Le Major Général de Warnery , connu
par les ouvrages fur l'Art militaire , eft mort
à Breslau , dans la 67e. année de ion âge. II
étoit né à Morges en Suiffe , & avoit fervi
c 6
60 )
dans les armées du Roi jufqu'en 1758. A
l'avénement au trône du Roi actuel de Pologne
, il entra au fervice de cette République.
DE FRANCFORT , le 31 Mai.
On affure que les Réformés du Palatinat ,
qui depuis long- temps fe plaignent d'oppreffions
, viennent de porter ces plaintes à
la Dete de l'Empire , & d'adreffer un Mémoire
touchant à l'Empereur dont ils récla
ment la protection .
On a fubftitué à Vienne , comme nous
avons eu l'occafion de le dire plus d'une
fois , des peines corporelles , plus légeres en
apparence , à la peine de mort . Aujourd'hui
on attache trois ou quatre criminels à la
même chaîne. Chacun porte un collier de
fer . Ces trois ou quatre colliers fe communiquent
par une barre auffi de fer. Dans cet
état , les malfaiteurs font emploiés en Hongrie
au tirage des bateaux . Nuit & jour ces
colliers & ces barres font attachés ; il fau
droit les limer pour parvenir à les enlever.
Si un des quatre enchainés meurt dans la
marinée , les trois autres font obligés de traîner
avec eux le cadavre jufqu'à midi. Ce cas
ne doit pas être rare , car un témoin oculaire
nous certifie , que d'un nombre confidé
rable de criminels envoiés de cette maniere
en Hongrie l'année derniere , tous font
morts , à l'exception de neuf.
( 61 )
On a appris par des lettres écrites de Zwornick
en Bofnie , & datees du 10 de ce mois ,
que Mahmud , Pacha de Scutari , ayant par une
ma che rapide & fecrette qu'il fit faire à fon
armée , prévenu celle du Pacha de Bofnie , avoit
pris d'emblée & mis au pillage la ville de Preifereno
, nommée par les Turcs Pifrendi , après
avoir fait main-baffe fur tous les Mufulmans qui
s'y trouvoient. En revanche , ajoutent les mêmes
lettres , tous les Chrétiens domiciliés dans la
ville , qui s'étoient retirés durant l'attaque dans
leurs maifons , avoient échappé au fer de l'ennemi
, & en avoient même été traités en amis.
un grand nombre d'entr'eux avoient pris parti
dans l'armée des Arnautes. Mahmud , après un
féjour de 6 jours dans cette ville , & après avoir
envoyé plufieurs détachemens pour aller ramaffer
des vivres & le bétail du plat pays , s'étoit retiré
tranquillement en Albanie , emportant un butin
immenfe & emmenant avec lui toute l'artillerie ,
armes & munitions qu'il avoit trouvées dans Preifereno
: C'est une affez grande ville fituée fur la
frontiere qui fépare la Servie de l'Albanie , où
fiege un Evêque reffortiffant de l'Archevêché
d'Antivaria ,
A cette nouvelle fort peu authentique ,
on joint d'autres détails , vraisemblablement
tout auffi fabuleux que les précédens , fur
le prétendu Prophete Scheich Manfour , ce
Réformateur de l'Alcoran d'après les principes
de la Loi Naturelle . Voici la harangue burlefque
les Gazettes mettent fur le compque
te doce Mufulman , dont l'exiſtence même
eft encore au moins problématique.
» Ecoutez , ô mortels , l'oracle qui vient d'être
prononcé fur le nouvel enfant de la lumiere
( 62 )
"
le vainqueur des ténebres , le dompteur de la
» foudre , l'invincible bras du Tout - puiffant ,
» l'illuminé prophete Scheich - Manfour. Ouvrez
fans délai vos efprits ; defferrez les plus ténébreux
replis de vos coeurs ; & une nouvelle
» lumiere pénétrera en eux; & elle y préfentera ,
» comme dans autant de miroirs étincelans , la
» vive image de vos conſciences : éveillez - vous ,
ô mortels ! & prêtez une oreille attentive à ma
> voix ».
» Les Muſulmans ont étrangement abuſé des
loix qui leur avoient été prefcrites , & que tant
de prodiges éclatans ont fignalées . Malheureux
qu'ils font ils ont trop dégénéré des maximes
de leurs ancêtres , de ces braves Iflamites qui
» ont foutenu mon honneur & mon nom avec
tant de zele . La divifion regne parmi eux ; je
ne les regarde plus pour mon peuple choifi ; &
leurs voeux ne me font plus agréables . Le Grand
Mahomet vient d'être réprouvé dans les fiecles
» éternels , à caufe de fon fanatifme & de fon
orgueil d'mefurés. Follement enflé de la gloire
» de fon vafte Empire , confervée entiere pendant
tant de fiecles , & de la multitude des peuples
qui fuivent fon culte & adorent fon fépulcre
à la Mecque , il a négligé lâchement le foin
» du grand héritage que le très . Haut lui a confié
. Il n'a pris aucun fouci de la Cherfonefe-
Taurique , qui eft paffée fous le joug des infidéles
; & afin de calmer la confcience des vrais
» Mufulmans , il a eu la foibleffe de permettre ,
que l'on publiât dans la réfidence du Grand-
Seigneur , un livre maudit & funefte , qu'on
nomme Encyclopédie , qui n'eft propre qu'à en-
» durcir les coeurs , & refroidir la foi des mortels.
Le corps de ce malheureux Prophete , & celui
de fon Confeiller, l'enthoufiafte moine Sergius ,
>>
က
( 63 )
& ceux des trois Docteurs & amis , Omar, Of-
» man , Bbubeken , ont été chaffés de la Maifon
» célefte , & Mahomet eft réduit maintenant à
fervir , en qualité de page , dans le plus profond
» des abîmes , fon ennemi Aly ; & il y demeurera
jufqu'à l'année augufte & respectable ; & alors
» il n'en fortira , que pour voir des regrets amers
& indécifibles , l'extermination totale de fa
» fecte. Et vous , infortunés Muſulmass ! éclairés
déformais par une lumiere fupérieure
que les délires intrigués des efprits humains ne
» maîtriſent plus vos ames ! recevez , dans la fimplicité
du coeur , les impulfions de l'influence
divine ! au lieu de leurs voies fourdes & trompeufes
, prenez pour guide la nature , cette mere
foigneufe de toutes chofes !
"
» Puifque Mahomet a fouffert , que fes fecta-
» teurs prêtent l'oreille aux projets féducteurs
des conquérans d'une fecte ennemie, qu'il naiffe
donc de nouveaux peuples ! que la terre pro-
» duife de nouvelles générations , qui fideles &
» obéiffantes , comme de timides enfans , ne
s'éloignent pas du droit fentier de la lumiere !
» qu'après tant de révolutions du Courier célefte !
l'infouciant Mahomet foit réprouvé à jamais ,
& toi prends fa place , 6 illuminé Manfour !
éleves- toi comme le fruit nouveau , qui dans
la belle faifon remplit de joie l'impatient cul-
» tivateur de la terre ! apprends que le Ciel t'a
» deſtiné à une fi grande entrepriſe ! viens , & je
te revêtirai d'une vertu fupérieure : approche ,
" & je te donnerai un coeur de diamant : tes yeux
feront deux dards , qui frapperont de mort qui-
» conque ofera te contredire : ton bras d'acierterraffera
les plus furieux ennemis ; tes pieds
» feront plus légers que la foudre : & ta poitrine
plus impénétrable que le bronze . Leve - toi
( 64 )
donc , & ne crains rien , puifque femblable à
» l'arc célefte , tu annonceras aux . mortels des
jours calmes & fereins : écoute , fans tarder ,
» les decrets vénérables & immortels , qui font
→ contenus dans le Narfip : tu fais que c'eft le
livre facré de la bonne & mauvaiſe deftinée de
» chacun ; qu'il eft confié dans la plus fublime
" partie de l'Olympe , à la garde de cent efclaves ;.
& il fera réfervé à toi feui d'y lire »
D'après le Catalogue des Livres de la
foire de Pâques de Leipfic , le nombre de
nouveaux ouvrages qui ont paru dans l'an
née en Allemagne monte à 2423 , dont
219 tant en langue Latine qu'en langue
Alemande , 168 en langues Italienne
Françoife , Angloite , Polonoife & Bohémienne
, & 83 ouvrages de Mufique.
Un Edit du 29 Mars a défendu jufqu'à
nouvel ordre , dans les pays de l'Electorat
d'Hanovre la circulation des Ecus de 6 liv .
de France , des années 1784 & 1785 , & les
Louis d'or neufs de 1785 & 1786.
Le Confeiller Mayer a pris le 6 Avril pof
feffion du Duché de Sagan , en qualité de
Piénipotentiaire du Prince de Hohenlohe.
Les villes du Duché de Meklenbourg
viennent d'établir une fociété d'Affurances
pour les incendies.
On a calculé que depuis 1683 , la Maiſon
d'Autriche a emploié la fomme de quatre
cents quatre vingt fix millions fept cents
trente c nq florins à foutenir différentes guerres
pour le Royaume de Hongrie..
( 65 )
ITALI E.
DE NAPLES , le 12 Mai
On écrit de Naples que les derniers tremblemens
de terre , qui ont eu lieu en Sicile
dans la vallée de Demone , ont été affez violens
pour renverfer de fond en comble le.
Baury de Saint- Pierre , auprès de Patty ,
ainfi que l'Eglife de S. Tindare , & plufieuts
autres édifices. Les malheureux habitans de
ces contrées errent dans la campagne , fans
alyle , & fans autre fecours que ceux de la
charité de leurs voisins.
DE VENISE, le 9 Mai.
Les dernieres dépêches du Général Chevalier
Emo au Sénat font en date du 6
Avril. Il avoit fait une troifieme attaque
contre la ville de Sfax ; mais l'arrivée imprévue
de plufieurs barques Algériennes , &
l'impoffibilité de faire approcher fes batteries
flottantes de la côte , faute de fond , rendirent
tous fes efforts inutiles . Plufieurs batteries
flottantes ont été perdues , & quelques
autres font en très mauvais état Enfin le
Chevalier Emo a manqué lui - même d'être
tué par une bombe de l'ennemi . Malgré cet
événement le Général n'a point abandonné
fon entreprife, & il fait fes difpofitions pour
( 68 )
une nouvelle attaque , auffi- tôt qu'il aura
reçu le bifcuit & l'argent dont il a befoin .
On prétend que la plupart des défenfeurs de
cette place font Européens .
Une lettre du 28 Mars , écrite à bord de
notre escadre , rend en ces termes un compte
plus détaillé de cette attaque infructueufe.
Le 26 Février , toute notre flote fit voile du
port de Malte , à la réserve de la Sirene , qui
refta en croifiere dans le canal , pour protéger
nos navires marchands & fe charger du refte
des munitions qu'on amèneroit de Venife . Comme
le Chevalier Emo ne revele jamais fes def
feins qu'à propos , nous louvoyâmes environ
12 jours entre les ifles de Pantal: rie & Lampadoufe
, fans favoir notre deſtination ; nous crumes
devoir nous rendre à Tunis , lorfque tout-
1 à-coup l'ordre fut donné de cingler vers la rade
de Sfax , où nous arrivâmes heureufement le
12 Mars. En approchant , nous remarquâmes ,
que les Barbarefques avoient élevé une nouvelle
batterie fur le bord de la mer , & fait plufieurs
difpofitions qui annonçoient une vigoureufe défenfe
. Nous nous hâtames en conféquence de
choifir des poftes avantageux pour nos batteries
flottantes, les chaloupes - canonieres & les bombardes
; de forte que tout étant prêt dès la matinée
da 18 , on fe vit en état de commencer
l'attaque ; elle fut des plus vives ; les affiégés
y rifpofterent avec un acharnement qui nous
étonna. Ils nous envoyerent chaque fois une
décharge générale de toute leur artillerie.
Les ennemis tirerent un fi grand nombre de
boulets du côté où le Chevalier donnoit les ordres
en perfonne , que nous crumes un moment
avoir perdu notre Amiral. Ce danger nous
( 67 )
ayant fait reculer un peu , nos batteries redou
blerent leur feu , foutenues de toutes les chaloupes-
canonieres , tandis que nos bombardes
jetterent continuellement des bombes dans la
place , où elles cauferent pour le moins autant de
dégats que nos canons en firent aux ouvrages.
Le nombre des ennemis tués & bleflés eft trèsconfidérable
. Le Chevalier Emo ayant enfin ordonné
la retraite , on l'exécuta fans le moindre
défordre , malgré le feu d'enfer que firent fur
nous les affiégés. Dès que le tems le permettra
nous reviendrons à la charge , elle fera des plus
meurtrieres ; le Chevalier a fait augmenter le
nombre de nos bouches à feu du côté où il fe propofe
de battre la place , nous ferons agir entr'autres
une piece formidable qui eft un mortier
de 200 liv . Les Barbarefques ne font pas reftés
oififs , ils viennent d'élever deux batteries à
fleur d'eau où ils ont tranfporté tous les canons
inutiles qu'ils avoient fur les murs.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 27 Mai.
La nomination de Lord Walfingham à
l'Ambaffade d'Efpagne , paroît jufqu'ici
n'avoir été faite que par les Folliculaires .
S. M. ne l'a point encore ratifiée;le Morning-
Chronicle l'affure pofitivement , & nulle Gazette
de la Cour n'a annoncé cette nomination.
Les mêmes diftributeurs des places
avoient défigné , les uns , M. Cumberland , les
autres , M. Wrafcall , comme Secrétaire dé
sette Ambaffade .
( 68 )
La Chambre Haute , par- devant laquelle
le bill d'amortiffement a été porté , ayant
demandé aux Communes , malgré l'oppofition
du Lord Bathurst , fon Préfident actuel ,
communication des pieces qui ont fondé le
rapport du Comité , les Communes ſe font
refufées à cette demande , contraire aux règles
qui ne permettent pas à l'une des deux
Chambres, d'exiger de l'autre un compte des
raifons qui l'ont déterminée à paffer un bill
quelconque. Sur cette réponſe , les Pairs pafferent
, le 25 , à l'examen du rapport. Le
Comte de Stanhope propofa de fubftituer au
bill de M. Pitt un autre projet de fa façon ;
mais ce projet ne fut pas goûté , & la Chambre
s'ajourna, après avoir admis le bill de M.
Pitt , auquel S. M. a donné avant- hier_la
Sanction Royale.
Selon l'ordre du jour , les Communes s'oc
cuperent , le 24 , de la troifieme lecture du
bill de la Judicature de l'Inde. M. Fox s'y
oppofa dans les termes les plus violens.
On n'en pouvoit juflifier , obferva-t-il , ni le
principe ni les claufes . C'étoit une violation
monftrueufe de la Jurifprudence . Les effets
d'ailleurs ne répondoient point aux vues qu'on
s'étoit propofées en le formant , & il faifoit
une injuftice révoltante aux fujets Anglois établis
dans l'Inde , en les privant du privilège
d'être jugés par leurs pairs. Pour montrer combien
les bafes de ce bill étoient abfurdes originairement
, M. Fox cita la claufe qui forçoit les
Anglois revenus de l'Inde , à donner un état de
leur fortune , claufe qui avoit été abandonnée ,
( 69 )
fans qu'on en eût fait l'expérience . Il conclut
en difant qu'il protestoit donc contre cette mefure
, -puifqu'il ne pouvoit pas avoir la fatisfaction
de la voir retirer.
La réponſe de M. Dundas fut , que l'honorzble
membre ayant admis la néceffité d'une autre
espece de judicature que celle pratiquée dans
l'Inde , il auroit dû dans l'espace de deux ans ,
en propoſer une autre conforme à fes idées de
jurifprudence.
Il foutint que les principes du bill actuel n'étoient
point contraires aux libertés & aux privilèges
des Anglois réfidans dans l'Inde ; & déclara
qu'il avoit abandonné la partie du bill relative
à la déclaration des fortunes faites dans ce pays- '
là , non qu'il fût convaincu de fon impropriété ,
mais parce qu'il avoit jeté les plus grandes alarmes
dans l'Inde , & que la raifon d'état l'avoit
emporté fur fa propre conviction .
Ce raifonnement ne parut pas fuffire à M..
Fox , qui obferva qu'il étoit très - étrange de prétendre
que les membres qui formoient des objections
contre un bill , duffent en propofer un
aurre à la place ; que quant à lui , il avoit propofé
rarement des bills à la Chambre , & que
lorfqu'il l'avoit fait , il n'avoit point épargné
fes peines pour s'inftruire avant de les préfenter,
quoique fes efforts n'euffent pas toujours été cou-i
ronnés du fuccès.
M. Sheridan rappella à M. Dundas , que M."
Francis avoit voulu en préſenter un fur le même
fujet , mais qu'il s'y étoit oppofé , en disant que ,
l'intention de l'adminiflration étoit de s'occuper
de cette affaire . Il blâma enfuite la précipitation
indécente avec laquelle le premier bill
avoit été paffé , fous prétexte qu'un nivire l'attendoit
pour partir , quoiqu'il n'eût fait voile
que trois femaines après.
( 70 )
Nonobftant ces débats déclamatoires , le
bill fut agréé & envoyé à la Chambre des
Pairs.
Le 25 , l'Alderman Watfon préfenta une
Pétition du Corps des Marchands de vin.
Ils demandent à être entendus par le Miniftere
de leurs Confeils fur les difpofitions du
bill qui les concerne. L'Alderman Watson'
fe plaignit avec eux de la précipitation que
l'on mettoit à faire paffer un bill fi important.
MM. Fox , Shéridan & Dempfter déclarerent
que le bill n'ayant été imprimé que le 22 ,
on devoit pour en faire la feconde lecture
attendre des informations réellement fuffi -
fantes & qui , n'en déplaife aux partifans du
Miniftre , n'exiftoient point encore . Mais leur
avis pour remettre en conféquence cette lecture
au 30 de ce mois , ne prévalut point , &
la motion faite à ce sujet par l'Alderman Watfon
, fut rejettée par une majorité de 50 voix.
La Chambre cependant reçut la pétition du
corps des Marchands de vin , & il fut ordonné
que leur confeil feroit entendu fur la diſpoſition
du bill lors de la feconde lecture .
Voici la fubftance de ce bill fur les vins
étrangers , importés dans la Grande - Bretagne.
Le bill après avoir rappellé les actes de Georges
II & du Roi régnant , concernant le commerce
des vins , abolit les droits actuellement
exiftans fur les vins , & en établit de nouveaux
dont la perception fera confiée aux Commiffaires
de l'Accife en Angleterre & en Ecoffe . Voici
d'ailleurs les principales difpofitions du bill. Les
vins avariés font exemptes de tous droits ; les
( 71 )
Commerçans en vins étrangers font obligés de
les déclarer aux Officiers de l'Accife . Les vins
qui n'auront point payé les droits feront vendus ,
& ceux qui auront été débarqués frauduleufement
feront faifis . Les Marchands en gros feront
tenus de prendre des permiffions pour faire ce
commerce , & de les renouveller tous les ans.
A la réserve des privileges des deux commumautés
fuivantes , fçavoir , la compagnie des
Marchands de vin de la cité de Londres , & les
Maires & Bourgeois de Saint -Albans , les magafins
font affujettis à différentes regles . Les Marchands
de vin feront la déclaration de tous leurs
fonds , & les Officiers de l'Accife feront autorifés
à vifiter les caves de ces Marchands , & à
prendre des échantillons de leurs vins . Les
Marchands feront tenus de marquer les vaiffeaux
dans lefquels ils tiendront leurs vins , & de les
montrer aux Officiers de l'Accife . Ils ne pourront
changer lefdits vaiffeaux , ni mettre de
vin en bouteilles fans en donner avis à l'Accife.
Défenfe aux Marchans de tenir des vins ou des
liqueurs de fabrique Angloife. Les Marchands
tiendront régistre de leur vente & en feront
le rapport à l'Accife. Enfin tout accroiffement
de fonds non déclaré fera confifqué .
"
Les vaiffeaux de guerre destinés ppoouurr les
ifles de l'Amérique ont ordre de prendre
leur complet d'hommes comme en temps
de guerre .
Parmi les vaiffeaux qu'on équippe atuellement
pour les différentes ftations du dehors
, il n'y en a pas un deſtiné pour l'Inde ,
fuivant les Gazetiers qui favent toujours
mieux que l'Amirauté même la deftination
des armemens.
( 72 )
Le Miniftre a définitivement réglé le 22 ,
les conditions de la prochaine Loterie Royale.
Mrs. Hankey , Banquiers , fent convenus de
prendre la totalité des billets , à l'exception
de 10 000 qui feront pour la Tréforerie. Le
nombre des billets eft de ço , ooo , & Mrs.
Hankey fe font engagés à donner la fomme
exorbitante de 13 liv. 15 f. 6 d . pour chaque
billet. La Loterie fera tirée au mois de Février
prochain. Le 24 , les billets portoient
une prime de to fchellings fur la place.
On fe dit à l'oreille , à ce que raconte l'Univerfal-
Regifler , que la grande affaire dont le
cabinet Britannique s'occupe actuellement , eft
l'adoption d'un plan arrêté par le Marquis de
Lanfdown , pour peupler la province de la
Nouvelle- Ecoffe de réfugiés Américains. Les
avantages qui réfulteront pour ce pays , ajoute
la même feuille , d'établir dans les provinces qui
nous reftent un nombre confidérable de nos plus
fideles fujets , fortement attachés à l'heureufe
conftitution Britanique , font infinis . Ce plan
s'étend auffi , dit - on , à la population du Canada
, de l'ifle Saint - Jean & du Cap - Bréton . II .
paroit néceffaire de porter dans le Gouvernement
que nous pouvons appeller Amérique
Angloifes , auffi bien que dans celui de nos dépendances
Afatiques , les ufages & la politique
des gouvernemens monarchiques , afin de les
retenir dans la fujétion où doivent être des colonies
éloignées.
20
Le Morning - Chronicle donne l'état fuivant
des revenus & des dépenfes du Prince de
Galles.
Il
( 73 )
Il eſt alloué au Prince annuellement
par le Parlement ,
• •
Les revenus qu'il tire de fon
appanage font d'environ
Ce qui fait
50,000
1. A.
14,000
64,000
Les dépenfes annuelles font
pour les traitemens des Officiers
de fa maifon , & fon établiſſement
domestique ,
•
Pour fa table une fomme
fixe, dont le fieur Weltjie , contrô-
20,000
leur de fa bouche , a l'entreprife , 10,000
Pour les écuries , voitures &
chevaux ,
Total
30,000
€0,000
A ce revenu annuel , dit le Morning Chronicle
, il faut ajouter les revenus cafuels qui
proviennent du renouvellement des baux , de
la coupe des bois , &c. &c. S. A. R. vient de
recevoir 100,000 l . ft . fur le renouvellement
d'un bail, & environ 30,000 l . ft . de la coupe
d'un bois dans le Somerfetshire ; mais d'un
autre côté , il faut ajouter aux dépenfes iné
vitables , celles que S. A. R. eft obligée de
faire en habits , en bâtiffes & en munificence ;
après quoi, l'article des menus-plaifirs le trouvera
encore au dépourvu.
#
La même Feuille contient l'extrait ſuivant
No. 23, 10 Juin 1786. d
( 74 )
d'une lettre de Gibraltar, en date du 23 Avril
dernier.
« Notre brave Gouverneur , non moins a &tif
en tenis de paix qu'en tems de guerre , s'occupe
fans relâche à rendre cette fortereffe de plus en
plus imprenable ».
« Je me rendis Dimanche dernier dars l'endroit
appellé la Gro: te d'Inch : cette fortification
taillée dans le roc , eft une des plus grandes curiofités
que j'aie jamais vues ; il y a vingt- une
embrafures pour autant de canons , au moyen
defquelles on peut caufer beaucoup de domma
ge aux Efpagnols fans aucun danger , à moins
qu'un boulet n'entrât par une embrafure ; &
dans ce cas , tous ceux qui feroient employ és au
fervice du canon périroient néceffairement , attendu
que dans chaque embrafure il n'y a qu'un
petit efpace dans lequel le boulet bondiroit en
rous fens jufqu'à ce qu'il eût perlu fes forces.
Cependant on fe propofe de les matelaffer pour
y remédier , quoiqu'il y ait cent contre un à
parier qu'un boule: n'y entrera pas ; à l'extrémité
de la grotte on trouve une belle falle , dont le
plancher et tout de pierre unie ; on y voit un
bel efcalier tournant , qui conduit à une forte
d'entaillure dans le roc . On creuſe une autre
grotte fous la batterie de Willis , qu'on appellera
la grotte de la Reine , je n'ai pas encore été la
voir ; mais je fais qu'il n'y a encore que deux
embrafures de faites ».
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 31 Mai.
Leurs Majeftés & la Famille Royale one
figné le 25 de ce mois , le contrat de mariage
du Marquis de la Bonniniere de Beaumont,
Capitaine au régiment du Roi, Cavalerie
, avec Demoiselle de Miroménil.
Monfeigneur Comte d'Artois eft parti ,
le même jour , pour aller viliter les travaux
du port de Cherbourg,
3
Le Vicomtes de Gand,, déclaré ! Grandd'Espagne
de la premiere Claffe par, Sa Maj .
Catholique a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi & à la Famille Royale en cette qualité.
1: Dom Coutans , Bénédictin de l'Abbaye
de Saint Pierre de Lagny , Congrégation
de Saint-Maura en honneur.de préfenter
à Leurs! Majeftés , à Monfieur Se à Monteigneur
Comte d'Artois , la 1de partie de
fon OEuvre topographique des environs de
Paris , jufqu'aux extrémités du diocefe.
S
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 28 , le contrat de mariage du Marquis
d'Aloigny , Capitaine de Dragons au
régiment de Boufflers , avec Demoiselle du
-Sauzay celui du Comte de Montléart
auffi Capitaine de Dragons au régiment de
Boufflers , avec Demoiſelle de Saint - Simon ;
& celui du Comte Augufta de Lambertye ,
avec demoiſelle Chandéon de la Vallette .
Gerjour , la Vicomteffe de Gand a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
asta Famille Royale par la Comteffe de
Gand, & a eu en même temps celui de
prendre le taboutet.
d2
('76 )
La Vicomtelle de Lévis & la Marquife
de Pimodan ont eu l'honneur d'être préfenrée
à Leurs Majeftés & à la Famille Roya
le ; la premiere par la Maréchale de Lévis ;
& la feconde par la Marquife de la Fayette .
Le Comte de Flavigny , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Infant d'Efpagne
Duc de Parme, qui étoit de retour par
congé , a eu, le même jour , l'honneur de
prendre congé de Sa Majesté pour retourner
à fa deftination , étant préfenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeil royal des
finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Mores ,
Ordre de Cireaux , diocefe de Langres ,
l'Abbé de Juges Braflac , Vicaire général de
Chartres ; à celle de Lauvaux , même Otdre
, diocefe de Vannes , l'Abbé de Corfin ,
Chanoine de Rennes ; & à celle de Notre-
Dame de Valence , Ordre de Citeaux , diocefe
de Poitiers , l'Abbé Bouchet , Vicante
général de Lavaur , fur la nomination &
préfentation de Monfeigneur Comte d'Attois,
en vertu de fon apanage..
DE PARIS, de 8 Juin, 12 á
34 8
Voici la fuite de l'Etat de la Marine commencé
au Numéro précédent.
Capitaines de vaiffeaux , élevés au giale de
Chefs de divifions. Dans cette promotion , les
rangs ont été aflignés en la forme fuivante.
( 77 )
MM Cillart de Surville , de la Péroule, Comte
Lebegue , Cafteller , Comte d'Aymar , Gardeur
de Tilly , Baron de Duefort , Renaud d'Aleins ,
de Bruyeres , de Saint- Civeul , Vicomte de Beaumont
, de Thy , Chevalier de Tréceffon , Kerou
las , de Cohus , Vidal d'Audiffret , Marquis de
Flotte , Verdun de la Crene , Pontevezgien , de
Medine , Bernard de Marigny , Marquis de Kergariou
, du Chilleau Chevalier de Borda , d'Entrecafteaux
, de Bonneval , de Kerfaint , Kergarida
de Locmaria) , de Säineville , Texier de
Norbec , Chevalier de Riviere , Macarty , Macteigne
, Chevalier de Villayes , de Beaudran , Chauf-
Tegus , de la Villebrune , de Barbazan , de la Ga-
Honiere de Macnemara , de Fornone , de la
Bretonniere , & Vidal de Léry.
I Capitaises en activité de fervice. MM. du
Bouzer de Belizal , de Saint - Félix , Chevalier de
Tanoceara , Chevalier de Cuverville , Chevalier
de Pujer-Bras , de Ligondes , Laveillon , Laroque
Dourdan, Chevalier de Vaugirand , de la Bouche
tiere , Chevalier de Villeneuve- Cillart , Cheva
lier de Lausoy Homelia , Baron de Clugni ,
Buor , Guinovagt , Chevalier de Gallés , le Vaffor
de la Touche , de Flotte de Beuzidan , de Beaurepaire
de Montcabrier , de Saint- Michel Blacon,
de Granchain , d'Orfin , Vicomte de Grafle ,
Groignard , Lelarge de Saint- Ourt , de Langle ,
Gautier , Homelin de la Hune , Rofily , la Ganorgue
, de Cogolin , Comte Charles Dagoute ,
Coiffer du Breuil , de Tenel , de Foligny, Roquart
de Saint-Michel , de Montbas , de Rocheguide , de
Suzannet , d'Eculleville , de Hort , de Lamotte-
Grout , de Raquffet- Seillons , Jacqui des Tecerres.
de Maurville , de Capellis , de la Prévalaye , de la
Bourdonnaye , Chevalier de Caux , de Kerfaint ,
de Froger , Gafton , Durand du Braye , Pas de
3
dz
((78 )
-
Beaulieu , Beaumont , Lemahre der Cöftebelle ;
de Moiffac , de Tillevaille , de la Saille.usée 1
M. Da Four Médecin , & de la Société
Royale de Médecine , nous rend compte de
la maniere fuivante , d'une maladie épidémique
qui a attaque plus de fix cent perfonnes
dans le village de Cus , à deux lieues de
Soiffons , & dont trois adultes feulement
font morts . ob , lɛvolno¤ 25 ,an
Cere maladie , réellement épidémique , puifqu'elle
préfentoit prefique toujours les mêmes ac- 1
cidens chez toutes les perfonnes qu'elle attaquoit ;
préludoit rarement par un mal-être , un accablement
& des douleurs vagues Eile prenoit pour
l'ordinaire , affez brufqiement ; uwléger friffon ,
le plus fouvent accompagne denaufées & dlanstés
, en étoit le printerfymptôme ; la fièvrefuc
cédoir, le poulx écois dans ces premiers momens
irrégulier, quelquefois.cohalf ; i farvenbirúhe
fueur graffe , fétide peu/abondante , lorsqu'elle!
n'étoit point excitée par le poids des couvertures , t
dont on furchargeoit les malades y inconvénient
auquel j'ai cherché à parer dès nid premiere vifite
Vers la fin du fecond jour , quelquefois plutôt , razb
rement plus tard , il fe manifeftoit d'abord à la
face & fur la poitrine , puis fur les bras , & enfin b
far tout le corps des exauthêmes d'un rouge
écarlate , auxquels fe mêloient fouvent des taches
pourprées , & quelquefois une éruption miltaire ,
particulierement chez les femmes nouvellement
accouchées & les nourrices. ( Beaucoup de malal
des ont éprouvé auff des maux de gorge aphteux,
& quelquefois gangléneox ; ils ont cité fur tout
Arès-communs dand tes, mois d'Avrile dvds Mai
J'ai obfervé que chez ceux qui en ons éré attaqués
, l'éruption étoir moins confiderableg & le
( 79 )
danger plus grand. ) L'éruption faite , le pouls
étoit dans un état peu différent de l'état naturel.
Vers le 6e. on 7e, jour , toute la peau ſe couvroit
d'écailles farineufes , qui tombent au plus éger.
frott ment, Cette maladie s'eft préfentée prefque
toujours da
fon principe , avec des fymptômes
de malignité; des fourefauts dans les tendons, des
mouvemens convulfifs dans les muſcles, de la fice
de l'affoupiffement,, un délire tourd ; la préſence
des vers s'eft annoncée fouvent par des faccades.
convulfi.es , des picotemens à la région de l'eftomao,
& une fucur graffe au toucher , & prefque
toujours d'une o leur aigre.
Les caufes déterminantes de cette maladie .
étoient des le ains putriles , dont le foyer exiftoit
dans les prem eces voies , & qui paltoient fubitement
dans les fecondes . Les caufes éloignées ,
mais difpofantes , ont été toutes celles qui donnent
naillance aux épidémies en général . A la
féchereffe qui avoit régné pendant tout le prin
temps & une partie de Tété de 1785 , ant fuccédé
des pluies prefque continuelles , des brouillards ,
des temps prefque toujours humides , qui ont
duré depuis le milieu de l'été jufqu'au commencement
de l'hiver. Ce qui a pu contribuer le plus
dans ce village à cette maladie , c'est le voisinage
des eaux flagnantes , répandues çà & là près des
habitations. Ces eaux,dans lefquelles on fait rouir.
le lin & le chanvre qui fervent aux manufactures
de ce village , exhilent des vapeurs putrides . &
méphitiques , bien propres à donner naiffance à
de pareilles maladies.
Le di gnaftic étoit très- facile . Quant au pro
gnostic ce qui le rendoit le plus fâcheux dans
Te principe , c'étoit la frayeur qui faifoit les
malades dan linvafion de la mila lie. Elle en
a tué plusieurs dans le court efpace de vingtd
4
( 80 )
quatre heures. Les hommes les plus vigoureux
étoient ceux qui , lorfqu'ils étoient attaqués , y
fuccomboient le plus promptement. Les femmes
enceintes ou nourrices , les nouvelles accouchées
en ont été toutes attaquées & ont
couru de grands dangers. La raison en eft le
Caractere particulier de leurs humeurs qui ont
plus de tendance à la putridité . Ce qui annonçoit
une heureufe terminaifon , c'étoit une
alette d'ame tranquille , la régularité du pouls
& la confiftance des forces.
La méthode curative que j'ai cru devoir adop
ter ici , étoit la plus fimple poffible . Elle ne
confiftoit qu'à remplir les indications que préfentoit
la nature chez la plupart des fujets attaqués.
Elle devoit varier fuivant les circonfsances
, le tems , l'âge , le tempérament ;
toujours on a fecondé les vues de la nature ,
en dégorgeant , dès l'invafion de la maladie , les
premieres voies par l'émétique donné en grand
lavage. Ce remede avoit le double avantage
de vuider l'eftomac , de procurer des évacuations
par bas , & de laiffer une difpofition à la
fueur , en pouffant du centre à la circonférence.
Mais il étoit effentiel de profiter des premiers
moments. Cette précaution prife , les boiffor.s
les plus légeres fuffifoient pendant tout le cours
de la maladie. Conftamment l'émétique donné
de la maniere indiquéé , a procuré des éva
cuations abondantes de matieres faburreufes &
bilieufes de différentes couleurs , & fourent
l'éjection de plufieurs vers lambricans & par
haut & par bas. Les antiputrides acides mariés
aux plus doux diaphorétiques , aux authelmeudiques
, ont été les feuls remedes qu'on ait donnés
dans l'état de la maladie. Tous les remedes
chauds & capables de porter Pincendie dans le
( 81 )
3
fang , ont été profcrits . Le bouillon le plus
léger fait avec le veau & des herbes rafraî
chillantes , ne fe permettoit que de 4 en 4
heures . La faignée a été rarement utile . Elle
aréré quelquefois employée pour prévenir des
engargemens inflammatoires & faciliter l'effet
des autres moyens curatifs . Les véficatoires ont
été fouvent, indiqués & ontheu des avantages
marqués , loríqu'on les a appliqués , quand la
fievre & les autres accidens ont été diffipés ,
onsas eu recours aux purgatifs , on y left revenu
plufieurs fois ; on a employé alors les authelmeutiques
les plus forts , les toniques , te's que
le Kina en poudre allié avec le fafran de Mrs,
&c. Les moyens ont parfaitement réuffi , & ont
guéri tous ceux qui les ont employés & qui
n'ont commis aucune imprudence.
Autre Lettre écrite au Rédacteur,
MESSIEURS,
Votre Journal étant confacré depuis longtems
, à annoncer au public tout ce qui peut
contribuer à fon bien-être , j'ai cru devoir vous
faire part d'une découverte très - utile d'un remede
dont j'ai éprouvé , & dont j'éprouve encore
chaque jour les effets les plus falutaires
J'étois tourmenté depuis plusieurs années des
douleurs de la goutte ; cette cruelle ennemie
de mon repos étoit enfin parvenue , au commencement
de l'été dernier , à s'emparer de
tout mon individu : je fouffrois . c'eſt
au- deflus de toute expreflion : un ami vint me
voir & me propofa de faire ufage d'un fpécifique
, dont il me fit les plus grands éloges.
Dégoûté , rebuté même d'avoir déjà pris tant
de drogues de toutes les couleurs , fans en avoir
reçu le moindre foulagement , je ne pus ( mal
d S
( 82 )
gré mes douleurs m'empêcher de rire du ton
affirmatif dont mon ami exaltoit fon remede zi
mais il infifta fr fore que je confentis -à en faires
l'effa .
ر
Ce fut au mois d'août 1785que mon amis
m'amena les fieurs Marty & de Guy, poffefe
feurs de cet antidote , ils m'en donnerent deux
prifes , & les douleurs cefferent en effer.
Je crus qu'au renouveau de la lune fuivante
le mal reviendroit encore avec plus de violen
ce , je frémiffois d'avance dans cette fatale at
tente ..... Elle fut heureufement trompée ; &
grace au fpécifique de ces Meffieurs d'impo
tent que j'étois , me voilà frais & difpos.
Jai continué ce remédelavec d'autant plus
de plaifir & de fécurité , qu'outre que ma propre
expérience m'en garantifoit l'efficacité , un Médecin
dont la plus haute fortune a couronné
Je mérite , m'a dit qu'il connoiffuit ce fpérifique
, queje ne rifquois rien de m'en fervir ,
& qu'il me confeilloit de le continuer. C'eft-là
le cas de dire experto crede Roberto .
2 C'eft mon amour pour l'humanité ,
& nia
vive compaffion pour les malheureux podagres,
qui me portent à rendre public le jufte té
moignage que je dois aux bons effets du remede
de ces Meffieurs. SACCHINI .
>> Dans le courant de Mars 1786 , unen-
» fant de la ville de Soiffons , âgé de douze
» à treize ans , jouant fur le pont de la ville
» d'Aixne avec d'autres jeunes gens de fon
âge , s'apperçut qu'un cheval que l'on
» conduifoit boire , avoit démonté un p
22
ticulier de la ville & l'avoit jette dans
» l'eau ; auffi-tôt il quitte la partie , & s'em(
83 )
">
» parant de l'argent qui étoit fur jeu , pour
» ne rien perde de fes intérêts en fon ab
» fence , il court environ l'efpace de cent
cinquante pas , & en pré ence de plus de
3 ctn perfonnes qui cherchoi n des moyens
" pour parvenir à donner du fecours au
malheureux qui fe noyot , il fe jette à
l'eau to it habillé & le ramene,à bord privé
de connoiffance. La Ville travaille à
» faire un fort à cet enfant. Affiches de
Meaux. )
22
"
« Par une fuite de la trop mémorable fécherefe
de l'année derniere , une grande partie
des denrées de premiere néceflité a renchéri La
livre de viande , qui fe vendoit 10 fols , á été
portée à 12 fols dans la femaine de Pâques , à
caufe du petit nombre des beftiaux qui ont été
conduits au marché de Poiffy , où le fait l'approvifiongement
de Paris . Le prix de la livre
de beurre a été porté juſqu'à 40 fols . Les légames
font d'une cherté exceffive ; & ce qu'on
n'a peut-etre jamais vu dans cette Capitale , une
bot e d'oignons , qui fe vendoit communément
» 6 liards ou 2 fols , fe vend 8 ou 9 fols . On dou
bien imaginer , après cela , que les autres denrées
, à l'exception du p in , dont le prix a un
peu diminué & qui le vend datuellement fols
6 deniers livre chez le Boulanger , doivent
avoir augmenté en proportion. Les perfonaes
ဘ riches peuvent feules manger de la volaille,
»
» Telles font les fuites de cette affreufe féchepreffe
de l'année derniere , il faut que les ravages
ent été bien confidérables, puifqu'on voin dans
les Afiches de la Baffe- Normandie , qui eft caper-
» dant le pays des herbages, que la viande fexend
d 6
( $4 )
59.
50
» à Caen 9 fols 6 deniers la livre. A Senlis , to fols
» la livre à Nantes la livre de la meilleure vian
» de de bauf, & celle de mouton , 8 fols 4 den.; de
» veau , 9 fols. Il y a eu auffi à Metz une augmen-
» tation dans le prix de la viande ; la livre des trois h
efpeces prifes enfemble ou féparément , y vaut
actuellement 7 fols. La livre de viande , preo
mere qualité , fe vend à Dijon 7 fols 6 deniers ;
inférieure , 7 fols , avec défenfe d'y mêler les
extrémités . Selon une Ordonnance de Police ,
rendue à Troies en Champagne , la livre de vian
so de a été taxée à 7 fols 6 deniers ; défenfes font
faites aux Bouchers de la vend e à un plus haut
po prix , quand même il leur feroit offert, fous peine .
5. d'amende arbitraire , comme auffi d'y comprenodre
aucun morceau, appellé agrément ou réjouiffance
, aucun os détaché de la chair , même les
5 têtes ou pieds de veau , fauf à vendre lefdits bas
5 morceaux à la main , & de gré à gré ; défenfes
auffi font faites auxdits Bouchers , d'apporter ,
étaler dans les boucheries , vendre ni débiter au
poids aucune tête , ni pieds de boufou vache ,
fous peine de confifcation & d'amende arbitraire
, & fous plus grande peine , en cas de
récidive. ( Journal général de France. )
Quelques détails de la Notice que nous
avons donnée dans notre dernier No. tou
chant l'affaire intéreffante de la fille Salmon,
n'étant pas exacts , nous nous empreffons de
les rectifier , en publiant la Lettre fuivante
qu'on nous adreffe à ce fujet.
Meffieursio
Je luis obligé de redreffer plufieurs méprifes
qui fe font ghiffées dans votre Extrait , & qui
pourroient bleffer quelques perfonnes contre
votre intention, su 25b eisq ans
La fille Salmon n'avoit pas été condamnée
en conféquence du rapport des Experts , qui avoient
pris des miettes de pain beni pour de l'Arfenic . Ces
Experts , au contraire , ont fort bien diftingué
les miettes de pain , de la fubftance arfenicale ; mais
on a reconnu , par l'inftruction du Procès , què
l'Arfinic , dépoté au Greffe , trouvé dans les
poches de cette fille , & difféminé autour d'elle ,
y avoit été dépofe ; introduit & difféminé , par
des mains étrangeres , pour fournir contr'elle
une espece de conviction.
1
20. En parlant du furfis , obtenu de Sa Ma
jefté ; vous dites qu'il fut accordé à la Requête du
Prêze qui avoit confeffe la fille Salmon & de
fes Avocats ; lorfqu'il n'y a rien au Procès qui
ait autorifé cetre indifcrétion .
30. Vous affurez que le Procureur du Roi
du Bailliage de Caen , eft condamné , fur l'Ara
rêt du Parlement de Paris , à nommer à la fille
Salmon fes Dénonciateurs , finon tenu des dommages
& intérêts , en fon propre noms, & il n'y a
pas un mot de cela dans l'Arrêt comme vous
pouvez d'ailleurs vous en convaincre aifément
par la lecture de l'imprimé qui fe diftribue ac
tuellement dans Paris.
2
4. Enfin , vous ajoutez que cet Arrêt eft du
aux généreux efforts de M. le Cauchois , Avo
cat au Parlement de Rouen .
M. le Cauchois a eu à Rouen , le mérite de
prêter les foins les plus généreux à cerre pauvre
fille.
?
Mais il a fallur d'autres foins & d'autres efforts
, pour arriver à la caffation de l'Arrêt , de
plus ample informé indéfini , en gardant priſon &
il fetoit injufte d'enlever ce mérite à M. Turpin
, Avocat au Confeil qui a déployé , à cette
occafion , autant de talent que de zèle & de gé
aérofité.
( 86 )
ee
Lorfque la fille Salmon eut été enfuite renvoyée
au Parlement de Paris , elle a encore eu
befoin de Défenfeurs nouveaux , & elle a promprement
retrouvé , dans le Barreau du Parle
ment de Paris , les fecours généreux que fa fituat
tion exigeoit.
Tout Paris a connu l'ouvrage intéreffant ;
publie à ce fujet , par M. Fournel , fous le titre
de CONSULTATION pour une jeune Fille condam
née à être brûlée pive , qu'on regarde comme rem
plie de fageffe , de force & de folide raiſonne
ment.7
t
Enfin , Meffieurs , on pouvait auffi nommer
M. Bijo , Procureur au Parlement comme
n'ayant pas été tout - à- fait inutile à la fille Sal+
mon , dans une affaire , où , pour prix de fes foins,
il n'a jamais ambitionné que le bonheur de contribuer
à fon fuccès.
གའུ མ བ བ
- 5 Juin 1786 .
ro st
Un de vos Abonnés. yi
2012
· L'Académie de la Rochelle a tenu le 17
Mai fa Séance publique.
M. De Bauffay , Directeur , en a fait l'ouver
ture par le précis des événemens intéreffans
pour l'Académie depuis la derniere féance , &
par l'éloge de MM. Guettard & de Bonami ,
f'un & l'autre Affociés de cette Académie , dé,
cédés il y a quelques mois, do of
9
M. Delproux a lu une piece de vers intitulée a
Les Illufions Poetiques.
M. l'Abbé Mouffeau a lu , pour M. l'Abbé de
Gafe , Chancelier , les Obfervations hiftoriques &
littéraires fur le Musée du Capitole .
M. De Bauffay a rendu compte des différentes
pieces admifes au concours pour le prix de poéfie
que l'Académie avoit propofe. Il a donné un exe
287) )
trait de celles qui au jugement de l'Académie,
ont mérité une mention honorable.rob
M. Alquier au une piece intitulée : De l'influence
ds Femmes fur les moeurs avec cet e épi
graphe , omnia vincit amor & nos cedamus amoris
qui a partagé l'acceffit , par M. l'Huillier fils ,
Confeiller au Châtelet d'Orléans.
M. De Malartic a lu une Epitre écrite par l'Auteurs
après fon r tour à la campagne , avec cette
épigraphe, Ami, la liberté nous attend dans les bois ,
qui a également, partagé acceffit , par M. de
Boily d'Anglas , de Nifmes, uous i
M.De Bauffay a terminé la féance par la lecture
de l'Ode portant pour devife excelfi montes
excelfior ipfe fur la mort de J, J. Rouffeau , par
M. Duvigneau , Avocat au Parlement de Bor
deaux, aqui le prix a été adjugé.
Nouvelle, Carte Chronologique & très - détaillée
de la Généralité d'Auvergne , divifée, par Elections.
Dreflée, d'après nombre de Cartes , Plans ,
& Mémoires particuliers . Aflujettie aux Obferva
tions aftronomiques de MM . de l'Académie Royale
des Sciences . Dédiée à M. de , Chazerat , Intendant
de la Province, Prix 1 liv . s f.
A Paris chez Dezauche , Succeffeur des fieurs
Delifle & Phil, Bauches premiers Géographes du
Roi & de l'Académie Royale des Sciences. Rue
des Noyers
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le 1 de ce
mois , font : 1 , 27, 46 , 37 , & 29 .
2 P. A Y S - B A S.
I
DE BRUXELLES, le 4 Juin.
Il vient d'être rendu ici un Edit de Sa
( ( 28 ) )
Maj Imp. touchant les Proceffions & les
Jubilés , dont voici la teneur : 0
JOSEPH , par la grace de Dieu , Empereur
des Romains , & c. , & c. vollint faire ceffer.
les abus des proceffions & des les nos
avorts ", de l'avis de notre Confeil privé , & et &.
1° Outre les rogations driinaires il ne pourra
avoir dans chaque paroiffe que deus procef
fions par ans dont l'une au jour de la Fere Dieu,
& l'autre à quelqu'autre jour de fêre à défigner
per l'Ordinaire notre intention ¹éjant , qu'il me
puiffe fe faire aucune proceffi le jour de did
manche , pour ne point déranger le fervice
paroiffial , 2 On ne pourra plus porter desi
•Aatyes harés
de métiers , vétemens Extraordi
tatges ni images que conques , non plus que
des en
C
£
naires ou autres bigarures femblables dans les
proceffions , hi les faire accompagner d'aucune
mufique. Nous agréons , qu'outre les prob
ceffions permifes par l'article premier , celles
que l'ordinaire pourroit permettre & indiquer
dans des circonftances particulie es , effer
d'implorer l'affiftence du Ciel pour la phnebou
le beau tems , pour la confervation de la moif
fon , of pour d'autres néceffités publiques ,
puiffent avoir lieu. 4° Nous interdifons abfoque
41
puite
toute
autre
espece
de
proceffion
, ainf
que tout pélerinage en troupe , vers quel lieu
que ce puiffe être , fous peine contre les contrevenans
d'être punis d'une amende de cent
écus par tête , ou d'une détention de trois
ois en cas d'infolvabilité , & même d'une peine
plus grieve à l'arbitrage du Juge , felon les
circonstances. 5 ° Nous interdifons fous la même
peine, & fupprimons - généralement à perpétuité
route efpece de folemnités , connue fous le
nom de Jubilés.
( 89 )
On ignore encore la durée précife du féfour
que fera le Stathouder à Midelbourg.
Ce Prince eft actuellement à Dieren , d'où
il reviendra un moment à Loo , avant de
partir pour la Zélande .
La Province de Groningue a adhéré par
une réfolution conforme à celle des Provinces
de Gueldres & de Zélande , à la réforme
totale des troupes légeres , la légion
du Rhyngrave de Salm y comprife .
f
Suivant quelques Feuilles de Hollande
le Stathouder a propofé aux Etats- Généraux ,
par une Lettre du 11 Avril , d'élever le
Prince de Heffe Darmstadt au rang de Gé--
néral- Major , ainfi que le Prince Louis de
Waldeck , Colonel depuis dix ans au fervice
de la République . Ce n'eft pas la Zélande
feule qui s'oppose à l'érection d'un
cinquieme Département de Directeurs de la
Compagnie des Indes Orientales , établi
dans la Chambre d'Amfterdam. Les Etats
de Frife viennent de protefter contre cet
arrangement.
La Gazette de la Haye , du 26 Mai , contenoit
une Lettre vraiment curieufe d'un
Baron à un Comte a Paris , fur l'illuftre
Prince d'Albanie , prifonnier à Amsterdam.
Voici les termes magnifiques dans lesquels .
o parloit de ce Grand Homme .
C'est avec le plus grand plaifir que je vous
entretiens d'un homme unique , le célebre Caf
triotto , Prince d'Albanie , Capitaine - Général des
Montenegrins , Patriarche de l'Eglife Grecque ,
( 90 )
Vieux Berger, Magnat de Pologne , Prince du
Saint- Empire Romain , Duc de Saint- Saba , Duc
de Hertzogovine , Noble Vénitien , Grand d'Ef
pagne de la premiere claffe, Grand-Prieur de Mal
the , Grand- Croix de l'ordre de Conftantin , &
onzieme defcendant de Scanderberg , &c. &c .
Ha voyagé avec diftinction en Allemagne , en
Italie ; en France , en Angleterre ; il fait l'italien
, l'anglois , le françois , le latin , le grec &
l'hébreu ce qu'il a lu une fois , il le retient toujours.
Ce ne fut qu'un jeu pour lui d'apprendre,
par coeur les ouvrages d'Homere , d'Héfiode , de
Pindare, de Virgile , d'Ovide , d'Horace, du Danie,
du Taffe , de l'Arifte , de Boileau , de Racine , de
Voltaire, de Pouffeau . Les grands hommes vivans
il les vifita tous les grands hommes moris , il
récita des élégies für leur tombe. Son génie ardent
enfanta des merveilles en vers & en profe : lifez
fon Alcoran des Princes , fon Horofcope politique ,
fon Hiftoire de Scanderberg. Il fervit de fa plume
& de fon épée la Confédération de Bar . Après
plufieurs voyages , il a été vifiter le Prince de
Ligne à Beloeil , où il s'eft enfermé dix mois , fans
fortit della bibliothèque . Il fe rendit enfuite dans
an hermitage en Baviere , où il refta neuf mois ,
par amour pour l'étude . Le voici maintenant
pour la cinquieme fois en Hollande . Il eft venu
offrir un corps
un corps de vingt mille Montenegrins armés
* L. H. P. lors de la guerre qu'Elles craignoient
avec l'Empereur.
Pour terminer fes grandes aventures , le
onzieme defcendant de Scanderberg a abrégé
fa prifon , en fe déchirant l'artere du bras
gauche avec l'aiguillon de la boucle d'un
bandage dont if fe fervoit. Il eft mort immédiatement
après cette opération , empor(
1916 ))
tant avec dui les lumieres qu'une procédure
alloin jetter fur le long cours de les hauts!
farts . Il paroit conftant que cer Aventurier
étoit le Dalmate Zandwich , qui trompa
les fleurs Chomel & Jordan , Négocians
d'Amfterdam , qui trompa enfuite la République
elle même qui la jerra dans une
querelle opiniâtre avec Venife , qui efcroqua
un jour sooo florias à un honnête Libraire
de Francfort far le Mein , dont il avoit promis
d'afbcier la fille à fes Principautés & à
fon hit , & c.
64.
Dans l'inftant , nous recevons la note en- !
tiere & authentique préfemrée par le Minif
tre de Ruffle à l'Aimin tration de la Courlande
, & la Réponse de celle- ci. La Nore
porte zasminel acl bavs
7
C t
Le bruit s'étant repandu depuis quelque tems
que SnA. S. de Duc avoit réfolu de fe démettre
de la Régencedeices Duchés , pour la céder au
Prince Louis dé Wurtemberg-Stuttgard , qui eft
an fervide des M. Peußienney le fouffigné a re-r
ça de Souverainers Fordre de déclarée aux
Membres de la Régencer à toure la Noblefelde
Gourlandet que le bruit fafdit ne peut éisested
gardé par S. M. Imp. que comme invraifem
blable , parce que toute démarche de cette nature
faite de la parada Duc, quand même elle ne
feroit que méditée , non - feulement lui attireroit
lasjufte indignation de l'Impératrice , mais dérermineroit
auffi cette Souveraine à employer contre
cellprojet les mefures les plus efficaces & telles
que l'exigene fal dignité & le bien- être de fon
Empire. S. M. Impériale efpere donc que les
?
( 92 )
Membres de ladite Régence , ainfi que la Nobleffe
& les Etats , ne ie laifferont aucunement
inquiéter par de pareils bruits , mais auffi que de
leur côté ils refuferont toute espece de confentement
, & ne témoigneront pas la moindre condefcendancé
, fi , contre toute attente , on venoit
à faire contre S. M. Impériale quelque tentative
de cette nature , foit en faveur du tufdit Prince de
Wurtemberg , ou de qui que ce puiffe etre ,
puifqu'il leur eft connu que , comme par leur
fermeté ils fe rendent dignes de la bienveillance
& de la protection de S. M. Impériale , leur condefcendance
peu réfléchie à des infinuations &
intrigues étrangeres détermineroit S. M. Imp. å
leur témoigner toute fon indignation . Mittau , le
4 Mai 1786. Signé , W. J. NOTTBECK .
12
La Réponſe étoit de la teneur fuivante :
Convaincus que S. M. l'Impératrice de toutes
les Ruffies , daigne , avec les fentimens les plus
précieux & les plus affectionnés , prendre part aux
événemens qui intéreffent effentiellement la
Courlande , les Souffignés ne fauroient que recevoir
, avec la reconnoiffance la plus refpectueuſe
, le contenu de la note qui leur a été .
remife le 4 par le Confeiller & Chargé d'affaires
de Nottbeck , comme un nouveau témoignage del
fes fentimens généreux ; ils ont en même tems )
l'honneur de notifier à M. le Confeiller & Chargé
d'affaires , que S. A. S. le Duc a contredit depuisi
peu, très formellement & de la maniere la plus
expreffe , le bruit de fa réfignation en faveur du
Prince Louis, de Wurtemberg , & qu'il l'a décla- !
ré par une fiction éloignée de toute vraifemblance
ce de quoi M. le Miniftre Baron de Meſt
macher a été provisoirement informé avant fon
départ pour Pétersbourg, Les Souffignés peuvent
( 93 )
ajouter , avec toute la vivacité que leur infpi
rent la vérité & la fincérité de leurs fentimens ,
qu'ils ne cefferont jamais d'employer leurs efforts
les plus zélés pour mériter par leur conduite
le bonheur des bonnes graces , de la haute
faveur , & de l'ineftimable bienveillance de la
grande & fage Souveraine de la Ruffie.
Mittau , le 5 Mai 1786. Signe , KLOPPMANN ,
Préfident des Etats. TAUBE , Chancelier. SASS ,
Grand- Burgrave. ROSCHULL , Maréchal des
Etats .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
« M. Adams , Miniftre plénipotentiaire des
Etats -Unis de l'Amérique , à Londres, fe rendit
lundi dernier au bureau de l'Amirauté à
» Whitehall , & fit part d'une maniere offisocielle
au lord Howe , en fa qualité de Chef du
département de la Marine , des plaintes con
cernant les prifes de quelques navires Américains
, qui avoient été conduits dans les ports
des ifles Angloifes , dans les Indes Occidenta
les. Les manifeftes des Commandans des navires
pris , étoient accompagnés de repréfentations
de la part du Congrès , qui demande
une enquête. Delà , cet Amballadeur fe resdit
officiellement chez M. Pitt , & chez les
deux Secrétaires d'Etat , pour leur faire part
de la démarche officielle qu'il venoit de faire ,
Courier de l'Europe , nº 329 ).
On parle férieulement d'une révolte qu'il y
auroit eu à Goa , occafionnée par les troupes ;
» on ajoute que le Gouverneur, M. de Souza ,
auroit été obligé de faire mettre aux arrêts
plufieurs Officiers , entre autres 1 : Maréchal
de Wiga , qui remporta des avantages confidé((
914 )) 944 )
*
Srables en 1781 & 1783 fur les Indiens. On
attend les premieres nouvelles qui doivent
arriver de ce pays avec impatience . La Cour
de Lisbonne , dit- on , n'a reçu aucun détail
de cette affaire . »
( Gazette d'Amfterdam , nº . 43 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
C SWA
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
236.3
Caufe entre les nommés Sardot & fa femme , anciens
domestiques de la Dile. de Buffeuil , &
les Adminiftrateurs despauvres de la parciffe de
St. Sulpice , les héritiers de la Dile ,de
Buffeuil. Legs univerfet d'ufufruit fait à des
domestiques confirme.Legs univerfel de
nue propriete , fait aux pauvres , rélu t .
ย C
L'incapacité des domeftiques de recevoir dés
Legs univerfels de leurs maitres , aflez generalement
adoptée , n'eft pas abfolue ; elle fe réduit
à examiner la force do Legs , & la valer
des fervices d'ans , la proportion de leur durée.
Si le Legs n'eft que la jufte récompenſe de
leurs peines , la Juftice n'hésite pas à les confirmer.
A l'égard des Legs univerfe Is fafts
aux pauvres par des particuliers Laics , l'ufage
d'en prononcer la réduction en faveur des fa-
⚫milles entierement dépouillées , " eft affez invariable.
Ces deux points ont été reconnus dans
l'efpece que voici.LaDlle. de Buffeuil ,
cadette d'une maiſon diftinguée , mais fans for-
-
tune , avoit eu Phonneur d'échée à fete
Madame la Princeffe de Conti. bienfants de
cette Princeffe , la penfion qu'elle en avoit feque
, furent long- tems fon unique féflourcè ,&
( 95 )
ils ne fuffifoient pas pour la garantir de la gêne ;
faite inévitable des dépenfes qu'exigeoient fon
rang, & les compagnies dans lesquelles elle
étoit néceffairement répandue. Un Legs de
40000 liv. qui lui fut fait en 1774 , par le
Comte de Fontenay , lui procura dans les dix
dernieres années de fa vie , l'aifance néceffaire
à fon grand âge. Elle avoit depuis longtems
à fon fervice deux filles' domestiques ,
Sordot & fa femme , celle - ci depuis 33 ans , le
mari depuis 20 ans ; ils s'étoient mariés chez
elle ; elle en étoit parfaitement contente ; ces
deux ferviteurs lui avoient donné , plus d'une
fois & dans des tems difficiles , des preuves d'un
attachement bien rare dans les gens de leur
efpece . Le mari avoit quelquefo s fait des avances
pour fa maîtreffe , fur les gages & profits
qu'il avoit amaflés dans d'autres ma fons ; & la
femme avoit fouvent fuppléé par le travail de
fes doigts , à l'infuffilance du revenu de la Dlle.
de Buffeuil. Une fille née du mariage de
ces deux domestiques , dans la maifon de la Dlle.
de Buffeuil , avoit auffi mérité fon amitiéé ;
cette jeune fille étoit regardée comme un enfant
adoptif , qui répondoit par de vives careffes aux
bontés dont elle étoit comblée par la maîtreffe de
fes pere & mere. -- Ce fut cette fatisfaction
rare d'avoir à fon fervice trois domeftiques zélés,
qui dicta le Teftament de la Dlle . du Buffeuil ;
elle connoiffoit l'état de fa famille , elie la favoit
dans l'opulence , & d'ailleurs elle n'avoit pas attendu
pour lui donner des preuves de fon attachement
elle avoit reçu chez elle le Vicomte
de Buffeuil fon neveu , avant qu'il fût admis à
l'Ecole Militaire ; elle lui avoit fait , lorfqu'il
y étoit entré , 1200 liv . de rente , dont il jouit
fur les 40000 liv. du legs de M. de Fontenay
:
( 96 )
Ses nieces étoient mariées richement en Province;
& n'avoient dans leurs voyages de Paris , d'autre
mailon que la fienne dans cette poftion , la
Dlle . de Buffeuil defirant , dit- elle dans fon Teftament
, a récompenfer les longs & fidelles fervices
de fes domeſtiques Sardot & fa femme ,
elle les inflitue fes légataires univerfels en
ufufruit , conjointement avec leur fille , de
la jouiffance de tous fes biens difponibles ,
» avec claufe de reverfion far la derniere des
trois têtes . Elle inftitue enfuite les pauvres de
la paroiffe de St. Sulpice , fes légataires univerfels
de la nue propriété defdits biens après
» le décès des trois ufufruitiers ». La Teftatrice
eft morte peu de tems après, en Août 1783--
L'inventaire fait après fon décès en préfence des
héritiers & d'un Subflitut pour les abfens , ne
porte toute la fucceffion qu'à 28000 liv. donnant
au plus 13 à 1400 liv . de rente . Ea
Décembre 1783 , Sardot & fa femme ont formé
leur demande en délivrance contre la Dame de
Courcenay & le Vicomte de Buffeuil , enfuite
contre la Comteffe de Murats , foeur de la Tef
'tatrice. Sentence par défaut du 26 Novembre
1784 , qui ordonne la dé'ivrance du Legs . Appel
de la part des héritiers. Arrét du 28
Janvier 1786 , qui en ce qui touche l'Appel
de la Sentence , relatif au Legs d'ufufruit fait
aux domeftiques , a mis l'appellation au néant ,
avec amende & dépens. En ce qui touche
I'Appel de la Sentence , relatif au Legs de nue
propriété , fait aux pauvres de St. Sulpice , a
mis l'appellation & ce au néant ; émendant a
ordonné la réduction de moitié du Legs au pro
fit des héritiers , dépens compenfés.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 23 Mai.
'Objet principal du voyage maritime du
L Capitaine Lewendern n'eft pas précitément
la découverte de l'ancien Groenland .
Ses inftructions portent d'examiner plus par
ticulierement l'ifle d'Iflande , de rectifier les
cartes marines des parages de cette ifle &
des mers voifines , & de fubordonner à ces
travaux la recherche du Winlande.
Le Prince Royal fait exécuter tous les
jours des manoeuvres aux Régimens de
nifon en cette Capitale.
gar-
Le nouveau canal de Holftein , qui dans.
divers endroits avoit été endommagé , eft
actuellement réparé , & l'on y navigue depuis
le 13 de ce mois.
Cinq bâtimens Danois ont fait naufrage
près de Cadix , dans le mois d'Avril.
Le nombre des navires entrés dans le
No. 24 , 17 Juin 1786.
e
( 98 )
Sund depuis le 15 jufqu'au 22 de ce mois
inclufivement , monte à 756.
Une lettre de Skalhot en Inlande , datée
du
24 Mars , porte que l'année derniere il
eft mort dans cet Evêché 911 perſonnes , la
plupart de mifere ; qu'on n'y a compté que
76 naiffances ; que la petite vérole , qui ne
s'étoit plus manifeftée dans l'ifle depuis 23
ans , fait des ravages déplorables , & que
les commotions fouterraines continuent toujours
dans l'Arneffyel .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 3 Juin.
L'impératrice de Ruffie , accompagnée
du Grand Duc & de la Grande Ducheffe ,
eft partie de Pétersbourg , le 4 Mai , pour
Czarko-Selo où elle paflera l'Eté.
L'année derniere , il eft entré dans le port de
Stettin 1552 bâtimens , c'eft à -dire 40 de moins
qu'en 1784 dans le nombre ci - deffus on a
compté 72 navires venant de la Hollande & de
la Grande- Bretagne , 72 de France , d'Espagne &
de Portugal , 269 du Danemarck & de la Norvege
, 397 de la Suede & de Meklembourg ,
49 de la Ruffie & de Dantzik , 30 de Hambourg
& de Lubek , 7 d'Italie , 5 d'Emden , & 122 de
la Krulle & de la Poméranie. Le nombre des bâtimens
fortis de ce port a été de 1471 , dont 61
pour la Hollande & la Grande- Bretagne , 39
pour la France , l'Espagne & le Portugal , 249
our le Danemarck & la Norvege , 626 pour la
( 99 )
Suede & le Mecklembourg , 70 pour la Ruffie &
Dantzik , 36 pour Hambourg & Lubek , 4 pour
Embden, & 143 pour la Pryfle & la Poméranie .
Le commerce d'exportation de la Ville d'Elbingue
, pendant 1785 , a monté à la fomme de
3,258,919 rixdalers.
Un Journal qui s'imprime à Berlin , af
firme qu'en 1761 on y a compté 6205 maifons
, & une population de 98,244 perfonnes
; en 1771 le nombre des maiſons étoit
de 6414 , & la population montoit à 105,761
ames ; en 1781 les maifons furent au nombre
de 6541 , & la population montoit à
110,419 ames , & en 1785 le nombre des
maiſons a été de 6644 , & la population de
112,943 habitans.
Pendant l'année 1785 , il eft arrivé à Revel
157 bâtimens , & il en eft parti 161 ; dans le
nombre des premiers , on a compté 90 Suédois ,
20 Danois , 16 Lubekois , 18 Portugais , 3 Italiens
, Hollandois ; le refte étoit des bâtimens
Anglois , Pruffiens , &c . Dans le nombre
des bâtimens fortis de ce port , il y en avoit 90 pour
la Suede , 17 pour Pétersbourg , 16 pour le Da
nemarck , 14 pour Lubek , 6 pour le Portugal ,
le refte pour la Hollande , l'Italie , &c. --
Les bâtimens arrivés dans ce port en 1779 ,
étoient de 107 ; en 1780 , de 1 ; 1 ; en 1782 ,
de 137 . & en 1784 , de 128 .
La recette de la Douane a monté l'année derniere
a plus de 182,000.roubles ; autrefois elle
faifoit un objet de 40 à 80,000 roubles. La caufe
du progrès rapide de ce commerce eft qu'on y
paie les droits avec des roubles , & qu'il faut les
acquitter à Riga avec des écus d'Albert , que
e 2
( 100 )
l'on ne reçoit à la Douane qu'à raison de 125
copeiks piece , tandis que ces écus valent ſqu
vent au- delà de 140 copeiks .
A l'ouverture de la Diete à Stockolm , le
Roi de Suede a prononcé le Difcours fuivant
:
Hauts , bien- nés , nobles , vénérables , favans
eftimables , finceres , & bons Seigneurs & hommes
Suédois !
C'eft avec une affection & une tendreſſe fans
bornes que je vous reçois devant le trône : & les
momens les plus doux de ma vie font ceux - ci , où
je peux verfer mes follicitudes paternelles pour
leur profpérité dans le fein de mes fideles ſujets .
Depuis la derniere affemblée , huit ans fe font.
écoulés , pendant lefquels la paix & la tranquil-
Itié ont été confervées tant au dehors qu'au dedans
du Royaume.
L'union & la confiance réciproque ont été affermies
entre vous & moi . Certe union , fureté du
Royaume , a été une barbarie pour ceux qui par
jaloufie auroient voulu la rompre en effet qui
hazarderoit d'inquiéter un peuple uni , où tous
font pour un , & un pour tous , vifant chacun au
même but? Cette union , cette confiance ont heureuſement
fubfifté pour l'honneur & la gloire de
la patrie.
Mes prédéceffeurs vous ont convoqués plufieurs
fois , pour venger l'honneur du Royaume , ou
affifter nos Alliés à les défendre contre la force ,
foutenir nos freres en religion contre toute oppreffion
, ou pour repouffer les ennemis de nos
propres limites : Aujourd'hui vous êtes uniquement
convoqués pour délibérer avec moi fur le
bien- être général .
Ce n'eft point pour exiger de nouvelles taxes ,
( 101 )
ni impofer de nouvelles charges ; je fuis fatisfait
de ce que vous m'avez donné ; & qui , employé
avec prudence , peut fuffire aux befoins du
Royaume mais c'est pour vous confulter fur votre
propre bien -être , & concerter les moyens de
vous garantir d'une famine dangereufe , lorfque
le Royaume effuye des années de difette. Tel cft
le but & le motif de la convocation.
Si mes Etats font bénis du Ciel par une paix
ftable & durable , fi nous avons joui d'établiffement
avantageux , fi tous les malheurs qui nous
menaçoient à la mort de mon pere ont été éloignés
, de forte que je puis parler maintenant à un
peuple indépendant & uni , fi tout cela , avec la
grace de Dieu , eft mon ouvrage , il n'en eft pas
mo ns vrai que nous avons éprouvé l'inconftance
du fort attaché à l'humanité.
Les productions du pays , premiere fource des
vraies richeffes , nous ont été refuſées pour ainfi
dire pendant les trois dernieres années , & ce malheur
n'a pas peu aggravé le poids de notre Couronne:
car vos peines , chers fujets , font les nôtres
; notre honneur & notre félicité font inféparablement
unis.
Les foins propres à éloigner les fuites de ces
trois dures années augmentant les fecours que j'ai
taché de procurer à ceux qui en fouffroient , vous
avez pules connoître par les opérations & mefures
adoptées , & vous pouvez y trouver des preuves
de ma tendrefle envers vous.
Par l'expofé même dont je vous ferai part ,
ainfi qu'à vos ccnfreres , vous pouvez juger de
l'importance des fecours , & combien il eſt effentiel
de concourir avec moi aux mesures que ces
foins peuvent exiger dans la fuite.
Vous voyez par là que je ne vous ai convoqué
que pour votre bien - être , & que ni l'ambition ,
e 3
( 102 )
ni l'intérêt , ni aucune autre caufe qui ne s'accorderoient
point avec le bien du Royaume , n'a motivé
ma réfolution : car l'Etat jouit de la paix .
avec les voifins , & avec tous les anciens amis de
la Suede.
J'ai entretenu une tendre confiance , & l'ai
rendue refpectable auprès des autres Puiffances
étrangeres par une force militaire capable de
défendre le Royaume , & par une marine qui en
a protégé le commerce : deux fondemens fur lefquels
s'appuyent le repos , l'eftime , & la sûreté
du pays.
Ces caufes ayant donné occafion à la préfente
Diete , il s'y joint auffi un fentiment auffi cher
que tendre , qui eft de vous préfenter un Enfant ,
lequel en plufieurs fens peut être regardé comme
le vôtre ; & comme ayant été témoins de fa naiffance
, defrant vous montrer les progrès qu'il
fait , & vous laiffer juger des efpérances qu'il
promet.
Je confidere comme un bonheur que la premiere
chofe qui s'offre à la vue innocente , & fait
impreffion fur les jeunes années , eft l'objet le plus
propre à enflammer fon coeur des plus hauts fentimens
que dis- je ! fes yeux voyant l'union qui
fubfifle entre un peuple libre mais foumis aux
loix , & un Roi borné par ces mêmes loix , mais
puiffant , ce grand exemple rempliffe fon ame de
la plus grande vénération pour la forme du Gou-~
vernement , ainfi que d'eftime pour la nation : &
que tandis que la naiffance & le bonheur l'élevent.
au deffus de tant d'autres , il apprenne également
à connoître , dès fa plus tendre jeuneffe , l'eftime
qu'il doit à un peuple libre ; & qu'enfin s'il eft
appellé par laprovidence au trône de la Suede , il
n'y eft élevé que pour procurer le bonheur de fes
fujets.
( 103 ).
C'eft fur ces fondemens inaltérables qu'il eft ,
inftruitz des actions de fes prédéceffeurs les grands ,
Rois de Suede , qui en furent pénétrés : mais iorfqu'il
apprendra de plus à connoître la valeur du
peuple fur lequel il doit regner en fon temps ,
alors ces grands exemples s'imprimeront vivement
dans fon coeur , & alors fe rempliront mes ,
fouhaits & vos espérances.
C'eft dans de tels fentimens patriotiques que je
vous ai convoqués , & que j'ouvre aujourd'hui
cette Diete , pour que ces fentimens que je démontre
dans tout mon regne , foient tranfmis à mes
defcendans , par votre confiance en moi , votre
refpe&t pour les loix , votre union , & par la
tranquillité & la concorde qui regnent dans vos
délibérations .
Les propofitions que je vous ferai communiquer
vous mettront à portée de conclure que le
rout tend à la prospérité du Royaume & à votre
bonheur .
Je vous fouhaite la grace du Très Haut pour
vos délibérations , & vous affure à jamais , en
général & en particulier , de mon affection
royale.
Le Roi a porté à la Diete quatre Propofi
tions , dont voici la fubftance :
1º. De convertir la punition de mort pour .
Finfanticide en une prifon perpétuelle , avec la
peine du fouet, une fois par an , le jour que le
crime aura été commis .
2º. De prévenir le partage des grandes Terres ,
à caufe des nombreux inconvéniens qui en réfultent
, en les léguant au fils aîné , & donnant aux
autres enfans foit une penfion annuelle , foit une
autre rétribution à fixer en argent .
3°. D'autorifer le Roi à retirer de la Banque
e 4
( 104 )
un fonds propre à ériger un magafin à bled dans
l'endroit qui fera jugé le plus convenable,
4. D'autorifer également le Roi à retirer
de la Banque un fonds néceffaire pour les frais
des diverfes mines , notamment celles de cuivre
de Falun , qu'il s'agit de débarraffer des eaux
qui les obftruent de jour en jour , & les préferver
par-là d'une ruine inévitable , en dépofant
toutefois à la Banque une valeur égale en
cuivre.
On prévoit que la premiere propofition paffera
fans difficulté ; mais qu'il pourra n'en être
pas ainfi des trois autres : les fentimens des
trois Ordres de l'Etat étant partagés à cet
égard.
Les chevaux & équipages de S. M. partent
pour le camp de Scanic , où ils attendront le
Roi.
On prétend que M. de Marcoff , Miniftre de
Ja Cour de Ruffie en cette Réfidence , fera
rappellé dans peu par l'Impératrice ,
être employé au Miniftere des affaires étrangeres.
DE VIENNE , le 2 Juin.
pour
Depuis le 15 du mois dernier , S. M. I.
eft au château de Laxembourg , où elle
jouit d'une fanté parfaite. Deux fois par femaine
, elle affifte aux délibérations de la
Chancellerie,
Un Décret de l'Empereur , du 21 Avril
permet aux Religieux Dominicains , Récollets
, &c. qui feront emploiés comme Curés
ou Chapelains , de difpofer librement par
( ros )
teftament des épargnes de leurs bénéfices &
des autres acquêts.
Par un autre Décret qui vient d'être publié
, la taxe des fucres rafinés eft réduite de
5 à 3 pour cent.
Autre Décret , du 19 Mai , qui défend
l'importation & la vente dans les Etats héréditaires
, des livres imprimés dans ces
Etats & contrefaits par l'Etranger.
Le 11 Avril l'Empereur a ordonné que
toutes les plaintes relatives aux Eccléfiaftiques
& affaires Eccléfiaftiques , à l'exception
de celles dont l'objet eft la tranfgreffion
des loix émanées du Souverain , feront portées
immédiatement aux Confiftoires refpectifs
, & qu'elles ne pourront être reçues
aux Tribunaux civils , que lorfque les Confiftoires
fe rendront fufpects de négligence
ou de partialité.
Il eft arrivé ici deux Députés de Liege
qui font chargés de recevoir de l'Empereur
l'inveftiture pour les fiefs que le Prince - Evêque
tient de l'Empire.
Une Députation plus extraordinaire eft
celle des Envoiés du Prince de Georgie ,
qui doivent fe rendre dans cette Capitale.
Ils portent de longs caleçons de drap blanc ,
un manteau de même co leur , & leur tête
eft coëffée à la maniere des Hongrois.
Le bruit fe répand que l'Hofpodar de
Moldavie a éprouvé le fort du Defpote de
es
( 106 )
Valachie , qu'il eft dépofé & exilé à l'ifle de
Rhodes.
Le 11I de ce mois , le feu s'étant manifefté
dans la ville de Kaaden , les flammes
ont fait des progrès fi rapides , qu'en peu
de temps 56 édifices ont été entierement
détruits.
DE FRANCFORT , le 7 Juin .
•
Le Roi de Pruffe , s'il faut en croire des
nouvelles peut - être incertaines de Berlin
garde toujours fon appartement où il ne reçoit
que fort peu de perfonnes . Les forces
ne reviennent point , & cependant on fe
flatte que la belle faifon apportera quelque
foulagement à l'état de S. M. Ces jours
derniers le Chirurgien attaché à fon fervice
lui repréfenta , que l'infomnie dont elle fe
plaignoit cederoit fans doute à un changement
de lit. Celui du Roi étoit compofé
d'un matelas fort vieux & fort dur ; ce Monarque
confentit à en avoir un meilleur , &
paffa une très-bonne nuit : le lendemain il
appella fon Chirurgien , & lui donna une
forte gratification en argent.
La revue des troupes à Berlin s'eft terminée
le 23 Mai , & les Régimens tant d'Infanterie
que de Cavalerie font retournés le
24 à leurs cantonnemens refpectifs.
On mande de Bruxelles , que l'Empereur
vient de fupprimer l'Abbaye de Kandem(
107 )
berg , fituée dans cette ville , & que S. M. I.
a donné à l'Abbé 2000 florins d'Allemagne
de penfion. Chaque Religieux en a une de
425 florins de Brabant ; l'Abbaye devoit
être évacuée le 1er. Juin , pour être occupée
par le nouveau Confeil Royal que l'Empe
reur va établir dans le Brabant. On attend
inceffamment de Turin M. Dufour , Prieur
mitré de Nicolsbourg en Muraire , chargé
par S. M. I. d'exécuter dans les Pays - Bas le
plan uniforme d'adminiftration projettée
pour tous les Etats de S. M.
Les Etats du cercle du Haut -Rhin ont
choifi le Landgrave de Heffe Caffel pour
Colonel des troupes du Cercle.
Le Directeur de la Ménagerie de Caffel
a fait une collection de bois en forme de
Bibliotheque , peut - être unique dans fon
genre. Cette finguliere Librairie eft compo-,
fée de livres de différens bois qui fe trouvent
dans les forêts de la Heffe , depuis le format
in folio , jufqu'en in feize le dos de
chaque livre préfente l'écorce de chaque efpece
de bois , les côtés montrent les veines ,
& les extrémites la moëlle ; chaque livre
offre un tiroir dans lequel font renfermées
les feuilles , la fleur , le fruit & la femence de
l'efpece de bois dont le livre eft fait , & on
y trouve encore les moufles qui s'attachent
fur les diverfes écorces , & les infectes qui
s'y nourriffent. Cette bibliotheque eft compofée
actuellement de quelques centaines de
volumes.
еб
( 108
On débite avec approbation de la Cenfure
Impériale , fous le titre d'Efquiffe de Vienne ,
une brochure, dont l'Auteur a voulu imiterun
lourdement le Tableau de Paris, On attribue
cet Ecrit à M. Pezzt , Lecteur du
Prince de Kaunitz.
peu
« Les objets , dit-il , que j'ai particuliérement
» en vue font la peinture des moeurs d'aujour
d'hui , la direction des idées dominantes , la
» fituation de l'efprit national . On a comparé
» Geneve à un médaillon fufpendu à un ruban
ם כ
"
couleur de vert - marin. Si nous vivions encore
>> au tems des paraboles , je comparerois Vienne
à une bague ; au milieu un grand brilant , autour
de lui un cercle d'émeraudes ; le bord ex-,
térieur , une fuite de pierres de toutes couleurs.
>> On dit ordinairement que Londres a 120,000
» maifons , Paris 50,000 , Amfterdam 26,000 ,
Berlin 10000 , Vienne feulement ( 500 ; mais on
compte à Londres dix perfonnes par maifon , à
Paris vingt , à Amfterdam huit , à Berlin quinze,
& à Vienne quarante-fept . Cependant le
nombre des maifons dans les fauxbourgs de
Vienne n'eft pas encore fixé . ( Voici le plan
philofophique de Vienne , tel que le donne
> noire Auteur. ) Une Ville immenſe , une population
de 265,000 ames au moins , une affluence
» de toutes les Nations européennes , des embarras
continuels d'hommes , de chevaux & de
voitures ; une Nobleffe nombreuſe , riche ,
» brillante ; une Bourgeoifie très- aifée ; dix-
» huit millions circulent annuellement . C'eft la
réfidence dupremier Monarque de l'Europe , quit
par fon activité , fe montre digne du Trône
qu'il occups à la tête de la Nation allemande ;
» c'eſt le centre des Etats Autrichiens , d'un Em-
ג כ
C
( 109 )
:
» pire qui doit être rangé parmi les premiers &
» les plus puiffans de la terre . Toutes les claffes
d'hommes peuvent y trouver leur compre , les
» politiques , les foldats , les favans , les artifles ,
les négocians , les amateurs de la fuperftition ,
>> ceux qui cherchent à faire fortune ; ceux qui
» veulent vivre indépendans , les riches , les
pauvres ». Après avoir fait l'apologie des grandes
Villes , l'Auteur paffe au dixieme Chapitre,
intitulé , l'Empereur. » Celui qui , d'après la
lecture des chroniques de Cour , des Dominations
Autrichiennes d'autrefois , croiroit que
» l'Empereur Jofeph eſt enterré dans fon palais ,
caché à tous les yeux , fe tromperoit groffié-
» rement. Il n'y a aucun des Souverains vivans
» qui aient vifité fes pays , & encore beaucoup
» d'autres Etats , d'une maniere auffi infatiga
» ble depuis Bayonne à Mohilow , depuis Naples
» à Pétersbourg.
53
« L'Auteur cite M. de Lucca , qui a évalué , il
y a quelque tems , la population de Vienne dela
maniere fuivante ; habitans de la Ville , 32053 %
habitans des fauxbourgs , 156,989 ; le Clergé ,
2139 ; le Militaire , 12530 ; les Grecs & les
Juifs , 3550 ; les étrangers , 27000. Somme totale
, 254,261 . M. Nicolaï , dans les voyages ,
prétend que c'eft trop ; notre Auteur prétend
que ce n'eft pas affez ; il évalue la population de
Vienne au moins à 265,000 . Vienne a plus de
3000 carroffes particuliers , 599 fiacres numérotés
, 300 carroffes de louage , & encore à-peuprès
300 voitures de campagne qui appartiennent
à des particuliers. Le nombre des chevaux
monte à 22000 ; il en eft qui coûtent 4-5000 fl. ;
& quelques Princes en ont 80 à 100 dans leurs
écuries. Les fiacres font bien meilleurs qu'à
Paris ( ce qui n'eft pas beaucoup dire ) . Il y a
( 110 )
124,000 chiens. En 1783 , on confomma à Vienne
40009 boeufs , 1110 vaches , 63856 veaux ,
& c.
L'Auteur nous donne une idée des différentes
claffes des Viennois , loue leur hofpitalité , peint
leur caractere politique & moral , & les fats des
deux fexes qui s'y trouvent. Il critique la manie
du jeu , qui fait beaucoup de mal à Vienne , mais
qui diminue un peu depuis la nouvelle époque ,
& depuis qu'on exécute plus févérement les loix
contre les jeux de hafard . « La loterie , le plus
» grand & le plus dangereux de tous les jeux de
hafari , y eft cependant encore tolérée , & y
fait d'autant plus de mal , qu'on le joue continuellement
, que toutes les claffes du peuple
» le jouent , & qu'il a plus de charme juftement
pour la claffe la plus pauvre. Ele fut établie à
Vienne en 1750 , & juſqu'à la fin de 1769 elle
» a reçu en mifes 21 millions. De cette fomme ,
7 millions ont été rendus à ceux qui ont gagné
quelque chofe ; la cour en a tiré 3,450,000 fio-
» rins , l'entretien a coûté 2,080,000 florins ; les
לכ
Entrepreneurs & Fermiers ont donc gagné en
» dix- neuf ans 8,000,000 fl . Si d'après la même
→proportion , on compte que d puis 1769 les
» miles "montent encore à 20 millions , la recette
» feroit , en trente-fix années , 41 millions ,
» dont les Entrepreneurs auroient profité à - peuprès
16 millions . Si la chofe n'étoit pas trop lé.
rieufe , on ne pourroit s'empêcher de rire de
>> toutes les folies des amateurs pour deviner les
» cinq numéros. Ce qui eft le plus trifte dans ce
50
jeu de hafard , c'eft qu'il entraîne des Caif-
» fiers à prendre de l'argent public , les peres
o de famille à réduire leurs enfans à la menlicité ,
les domestiques à voler leurs maîtres ; & les extraits
, les ambes & les ternes qu'ils obtiennent
( 111 )
font la caffation , la priſon , la maifon de cord .
" rection ». Après avoir parlé de la manie des
titres à Vienne , & de ce qu'on y voit à chaque
heure du jour , depuis fix heures du matin jufqu'à
deux heures après minuit , il parle des Dimanches
& des jours de fêtes , du 12 Septembre ,
auquel on célébra pour la derniere fois , en
1783 , la délivrance de Vienne en 1683 , & c. & c.
On fçait que la Bourgeoifie de la ville
d'Aix- la -Chapelle eft fort mécontente de
l'adminiſtration du Magiftrat . Il vient de
paroître à ce fujet un Mémoire bien détaillé
des plaintes de la Bourgeoifie , dans
lequel il eft dit entre autres chofes , que
depuis 23 ans les impofitions vont toujours.
en augmentant chaque année , & que depuis
10 ans on n'en a rendu aucun compte.
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 12 Mai.
Le cutter Eſpagnol , commandé par le
Cap. Mendoza , expédié du Ferrol à Péniche
, pour aider aux tranſports de la cargaifon
du San Pedro de Alcantara a été jetté
par un ouragan , le 28 du mois dernier , fur
un rocher où il s'eft brifé . 22 hommes & le
Capitaine ont péri . Au fujet de cette cargaifon
du S. Pedro , la Gazette de cette ville
du 25 Avril nous apprend :
Que le 16 & le 20 de ce mois il eft arrivé
ici deux remiſes en efpeces , retirées de ce
navire ; que le 21 les frégates de S. M. Ca(
112 )
tholique , l'Afomption & le Colon ont mis à
la voile d'ici pour Cadix , emportant chacune
la fomme d'un million de piaſtres , qui
fait partie du capital fauvé. La même
Feuille ajoute , que la perte , dont le naufra
ge du S. Pedro avoit menacé la Place de
Cadix , avoit confidérablement diminué ,
par l'effet des foins paternels de S. M. Catholique
, des difpofitions bien concertées
de fes Miniftres , & du zele infatigable des
perfonnes emploiées à fauver le tréfor & à
le mettre à couvert : enfin que le capital retiré
jufqu'au 19 du courant montoit en total
à 4,066,585 piaftres.
L'on écrit d'Alger , que la Régence a refufé
de fe prêter aux avances de deux Dé
putés des Etats Unis , qui s'étoient rendus à
Alger , pour convenir d'un accord avec ces
Pirates , & procurer aux navires Américains
une navigation sûre dans la Méditerranée.
Ces Députés ont quitté Alger , & depuis
leur départ , le ro Avril , une frégate Algérienne
s'eft emparée de la Philippine , Cap .
Palmer , allant de Philadelphie à Oftende.
ITALI E.
DE TURIN , le 21 Mai.
Par un Réglement du 30 Avril dernier ,
le Roi a augmenté de 150 hommes chacun
des Régimens Provinciaux . Par cette aug
mentation & par la levée de deux nouveaux
( 113 )
Corps , fous le nom de Régimens d'Aix &
de Sufe , il fe trouve actuellement 32 bataillons
de troupes provinciales , renforcés de
3600 hommes.
S. M. a défendu à tous les Eccléfiaftiques
de fes Etats , d'en fortir pour aller faire leurs
études dans l'Etranger.
On écrit de Pavie , qu'il y eft mort dernierement
un homme , âgé de 56 ans , &
qui , fans exagération , pefoit 300 livres de
28 onces,
DE LIVOURNE , le 20 Mai.;
Nous recevons par un bâtiment venant de
Marfeille , des lettres apocryphes de Tunis,
en date du 21 Avril. A cette époque , l'efcadre
Vénitienne étoit toujours à la vue de
Sfax. Quoiqu'elle n'ait point obtenu de
grands avantages ffuurr llaa ppllaaccee ,, elle s'eft cependant
mife en état de faire un fecond
bombardement , & n'attend pour le tenter
qu'un vent favorable. La place d'ailleurs re
çoit continuellement du fecours d'Alger &
de Tripoli. On continue à fortifier tous les
poftes. Le Bey a été faire lui - même la
vilite des fortifications , & encourager les
ouvriers au travail par des diftributions d'argent.
On fond actuellement dans cette place
de nouveaux canons de bronze , fous la
direction d'un Fondeur Turt & d'un Fran-"
çois.
On mande de Piſtoja que le 11 de ce mois ,
T
( 114 )
la femme d'un habitant de Montale , ayant mange
des champignons avec la four & trois de fes
enfans , cette femme enceinte fut travaillée pendant
la nuit par de violentes douleurs de bas
ventre , accompagnées de vomiffemens , que l'on
regarda comme les effets de fa groffeffe . Les
enfans moururent dix heures après ; la four
mourut le famedi , & la femme le Dimanche
fuivant. A peine eut elle rendu le dernier foupir
, qu'on l'ouvrit pour retirer l'enfant qu'elle
portoit ; il fut trouvé mort. Les effets du poiſon
ont été fi violens , que toutes les reffources de
la Médecine font devenues inutiles.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Juin.
Le 2 , le Roi tint un Chapitre de l'Ordre
de la Jarretiere , où le Prince Edouard , le
Prince Augufte Frédéric , le Prince Erneft-
Augufte , le Landgrave de Heffe Caffel , le
Duc de Beaufort , le Marquis de Buckingham
& Lord Cornwallis , furent reçus
Chevaliers de l'Ordre. Le Prince Edouard
fut repréſenté par le Prince Adolphe , & Lord
Cornwallis par M. Hood , Roi d'Armes . Le
Roi fit enregiſtrer dans le même Chapitre un
nouveau Réglement , par lequel tous les fils.
des Rois d'Angleterre feront admis en qualité
de Chevaliers Honoraires ; ainfi , les 25
places de Chevaliers feront remplies uniquement
par les Grands du Royaume & par les
Princes étrangers.
( 115 )
L'Amirauté a donné ordre de conftruire à
Deptfort un vaiffeau de 80 canons , felon la
nouvelle conftruction , c'est-à- dire , à deux
ponts feulement , avec les canons d'un plus
fort calibre que ceux d'aucun des vaiffeaux
du troifiéme rang , actuellement exiſtans . Ce
vaiffeau fera nonimé l'Ofnabruck, & l'on doit
en conftruire encore s autres de même force.
L'Ofnabruck ne fera pas le premier.
Les cutters que l'on équipe actuellement
par ordre de l'Amirauté , font deftinés pour
la Manche & po ired'autres fervices qui exigent
de la célérité.
L'Amirauté a auffi fait paffer à Portſmouth
des dépêches pour le Chevalier Richard Hughes
, Commandant à la ftation des îles fous
le Vent , avec ordre d'expédier auffi tôt un
floop de guerre pour les porter aux îles.
Elle a en même temps envoyé ordre au
Commandant de Sheernefs de faire équiper
en toute diligence une frégate , deux floops
& un cutter , que l'on préfume être deſtinés.
pour le dehors.
L'Ordinaire de la Marine au 31 Mai dernier
fe trouve être tel qu'il fuit, d'après l'étatenvoié
à l'Amirauté.
A Plimouth. 55 vaiffeaux ; favoir , 32 de ligne
de 110 à 64 canons , dont un neuf ; 3 de 50,
14 frégates , & 6 loops.
A Portsmouth. 86 yaiffeaux ; favoir 48 de ligne
, 3 de so, 26 frégates & 9 floops & cutters.
A Chatham, 59 vaiffeaux de guerre ; favoir ,
27 vaiffeaux de ligne , s de 50 , 18 frégates ,
& 10 floops & cutters.
( 116 )
A Sherness. 39 vaiffeaux ; favoir , 6 vaiffeaux
de ligne , i de so , 12 frégates , & 12 floops
& cutters.
A Woo'wich. 39 vaiffeaux de guerre ; favoir
un vaiffeau de ligne neuf , un de 50 , 28 frégates
& floops & cutters .
ADeptford. 21 vaiffeaux de guerre ; favoir ,
15 frégates , & 6 floops & cutters.
L'augmentation des vaiffeaux en ordinaire ce
mois ci confifte en un vaiffeau de ligne lancé
dernierement à Deptford , deux frégates & quatre
floops ou cutters arrivés des ftations du
dehors.
Le total des vaiffeaux en ordinaire au 31 Mai
eft de 290 , dont 114 de ligne , 13 de 50 , 113
frégates , & afloops ou cutters.
La récolte du foin eſt achevée dans prefque
toutes les parties de l'Angleterre . Elle a
été excellente , & le foin , en conféquence ,
a baillé confidérablement de prix .
Le 31 du mois dernier , l'Avocat Général
préfenta à la Chambre des Communes la
Pétition d'un certain nombre de Particuliers
Ecoffois , unis fous le titre de Compagnie
Ecoffoife , qui demandent une Chartre , en
vertu de laquelle ils foient autorisés à appliquer
les fonds de leur Société , &c. , à
former des villages en certains lieux . Cet
établiffement a pour objet de raffembler des
pêcheurs , épars fur les côtes occidentales de
l'Ecoffe , & de les réunir en fociétés ; ce qui
préviendra leur émigration , excitera l'induftrie
, favorifera la civilifation & produira
une infinité d'autres effets également falu--
taires . La Pétition a été admiſe.
( 117 )
Le même jour , il fut propofé de lever
688,75 liv . par voie de Loterie , pour la
quelle on délivreroit 50,000 billets à 13 liv.
is fols chaque. Cette motion paffa , malgré
les obfervations de M. Huffey fur tous les
malheurs phyfiques & moraux qui réſultent
de ces opérations.
Dans la Séance du 2 Juin , les Communes
s'occuperent du Procès de M. Haftings.
On débuta par la difcuffien d'une motion de
M. Burke , portant que le Comité ayant confidé
ré l'article concernant la guerre des Rohillas ,
& entendu les dépofitions fur le même objet ,
penfe qu'il exifte des raifons fuffifantes pour accufer
Waren Haftings de hauts crimes & prévarications.
M. Francis prit alors la parole , & réfuta un des
moyens de défenfe fur lefquels M. Haftings s'eft
le plus appuyé. Selon cet ancien Gouverneur du
Bengale , les Rohillas n'étoient point une Nation
: « Quel nom , s'écria M. Francis , doit- on
donc donner à une fociété d'hommes qui peut
mettre en campagne une armée de foixante mille
combattans ? Quel doit être le nombre du Peuple
, parmi lequel , indépendamment des fem
mes , des vieillards , des enfans & de tous les
autres individus hors d'état de porter les armes ,
on trouve encore foixante mille défenfeurs de la
caufe publique ? C'étoit donc une Nation ', & une
Nation floriffante & heureufe , accoutumée aux
Arts , habitante d'un fol fertile , & qui , par fon
induftrie , favoit en faire valoir toutes les refleurces.
Voilà le Peuple que M. Haftings s'eft
engagé à exterminer par les conditions formellesde
fon traité avec Sujah Dowlah , traité conclu
118 )
contre les ordres exprès de la Compagnie , &
auffi contraire à la politique qu'au droit des
gens & à l'équité naturelle .
fur-
M. Grenville ne fut point de cet avis ,
tout relativement à la politique. Les Rohillas
étoient établis fur les frontières des poffeffions
du Vifir , & ces poffeffions étoient la feule barriere
de la Grande-Bretagne contre les Marates.
Quant à l'autre point , les Rohillas avoient refulé
de payer quarante lacs de roupies au Vifir notre
Allié. Peut- être dans les principes de la ftricte
équité auroit- on dû ſe borner à les forcer de remplir
leurs engagemens ; mais , felon M. Grenville ,
les loix politiques ont une latitude plus étendue
que les loix civiles ; & les Conquérans ( ce font
fes propres expreffions ) ont des privileges autorifés
, finon par le droit , au moins par une
preſcription générale qui en tient lieu . Il cita à
cette occafion plufieurs exemples qui prouvent
en effet que la raifon du plus fort a été de tout
tems un argument irréfiftible . Quant aux cruautés
que l'on reproche à M. Haftings , elles ne
font pas fon ouvrage ; mais celui de Sujah Dovlah
, qui étoit partie principale contre les Rohillas
. Après avoir ainfi établi la queſtion , il en
conclut , que M. Haftings étoit abfolument innocent
du chef d'accufation énoncé dans la motion.
M. Young dit qu'il étoit difficile de voter fur la
motion dans la forme par laquelle elle avoit été
préfentée ; en conféquence , il y propofa un
amendement , en demandant qu'on y ajoutât ,
& pour que M. Haftings foit décreté fur ce fait ».
M. Fox s'oppola à cet amendement , il dit
que c'étoit une propofition infidieu e pour faire
perdre de vue la queftion genérale , qui étoit le
( 119 )
décret , en le liant à la queftion particuliere de
la jufice de la guerre contre les Rohillas.
La propofition pour l'amendement paffa
à la pluralité de 140 voix contre 65 .
Ces débats fe renouvellerent le lendemain
fur le fond de la motion elle même , & à la
pluralité de 119 voix contre 67 , il fut décidé
que M. Haftings n'avoit point mérité
d'être décrété d'Impéachement , pour fa conduite
dans la guerre des Rohillas . Nous donnerons
un précis de ces débats l'Ordinaire
fuivant.
Le 21 Mai , M. Adams , Miniftre Pléni
potentiaire des Etats Unis d'Amérique , a eu
une conférence avec Lord Howe , à qui il a
porté des plaintes , à l'occafion de quelques
bâtimens Américains , arrêtés par les Sujets
de la Grande- Bretagne , & conduits dans les
poits des Ifles Angloifes en Amérique . Les
déclarations des maîtres des navires faifis
étoient accompagnées de repréſentations du
Congrès qui demande une Enquête à ce fujet.
M..Adams s'eft rendu enfuite chez M.
Pitt & chez les deux Secrétaires d'Etat , avec
lefque's il eut un entretien , pareillement ofhciel
, fur le même fujet.
Le Préfident d'une affemblée de Marchands
de vins tenue à la Taverne de Londres le 10
Mai , pour empêcher que la perception des droits
fur les vins ne fût confiée aux employés de l'Accife
, ayant écrit à ce fujet au Bailli d'Ipfvich ,
en a reçu la réponſe ſuivante , datée du 17 de
ce mois.
( 120 )
MONSIEUR ,
J'ai reçu la lettre par laquelle vous me priez
d'engager les repréfentans de cette ville à s'op
pofer au bill qui doit être préfenté au Parlement
pour changer la forme des droits fur les
vins , & pour en confier la perception aux e¹rployés
de l'Accife , dans la crainte , dites- vous ,
que ce bill ne foit préjudiciable au commerce
en général. Je conviens avec vous , Monfieur ,
qu'il feroit dangereux de laiffer l'Accife s'éten
dre trop loin ; mais je crois qu'en cette occafion
, elle ne pourra avoir que de bons effets :
elle mettra un frein aux pratiques frauduleufes
de la contrebande , & donnera les moyens de
fournir au public des vins naturels , bienfaifans
& généreux . En conféquence , je crois devoir
au contraire recommander aux Repréfentans de
cette ville de feconder le bill proposé.
Je fuis , Monfieur , &c.
Signé , CHARLES NORRIS.
La Société d'Agriculture de Jedburgh a
fait , au mois de Mars dernier , la diftribution
des Prix deftinés aux plus habiles Laboureurs.
Les Médailles repréfentoient d'un
côté une charrue , avec cette devife : Que
Dieu la guide , & dans l'exergue , le nom du
Laboureur à qui elles furent décernées . De
l'autre côté de la Médaille eft écrit : Société
d'Agriculture de Jedburgh , & au deffous , la
date de la diftribution des Prix.
Un papier du foir rapporte l'anecdote fuivante
comme très -authentique . Un jeune homme fort
élégant , d'environ dix- huit ans prit , il y a
quelque temps , un logement à la campagne à
quelques milles à l'oueft de Londres. Il étoit
accompagné
( 121 )
accompagné d'un valet , & ne recevoit d'autres
vifites que celles d'un particulier très - connu par
fes voyages aériens . Le jeune homme étoit fort
adroit à la danfe , tiroit également bien des armes
, & fe plaifoit fur- tout à monter à cheval ;
mais malheureufement ayant été renversé de
la felle par une jument très- fougueufe , dans le
Hyde-Park , il y a quelques jours , il reçut une
bleffure affez dangereufe dans les côtes. Pendant
le traitement du jeune homme fuppofé , on a
découvert fon fexe ; & cette perfonne le trouve
être la foeur d'une actrice célebre. Elle a repris
les habits de femme . & eft , dit -on , fur le point
d'époufer un Officier diftingué de la Marine.
« On rapporte dans ce moment - ci une difpofition
teftamentaire d'un particulier du Comté
de Leitrim en Irlande , qui contrafe parfaitement
avec la mode actuelle , de maltraiter les chevaux
, & de les crever à force de courir . Ce
particulier inftitue deux de fes amis exécuteurs
teftamentaires , à l'effet de difpofer d'un clos
connu fous le nom du Park Avafa , avec le logement
& écurie en dépendans , en faveur de
ja jument Loney , & de fon cheval Sultan , dont
il vouloit récompenfer les longs fervices ; la premiere
l'ayant fervi pendant vingt- un ans , &
l'autre pendant dix . Il ordonne que tout le produit
de ladite ferme foit employé uniquement à
leur nourriture . Il laiffe'l'ufage du logement à
fon ancien domeftique Samuel Burne , fa vie
durant , & lui donne la permiffion de monter
Sultan ; mais quant à la jument , il lui ordonne
de la laiffer vivre en paix , de l'exempter de tout
travail , & même de la déferrer , afin qu'elle
jouiffe d'un plus parfait repos . Enfuite il menace
ceux qui pourroient contrevenir à fes difpofitions,
No. 24, 17 Juin 1786.
f
( 122 )
de fe venger d'eux s'il en a la puiſſance dans
l'autre monde , & finit fon teftament par cette
fentence bénévole ; « Puiffe le Ciel accorder la
paix à tous les êtres vivans , de quelque claffe
forme , ou organiſation qu'i's foient ! »
?
L'elpaçe nous ayant manqué jufqu'ici
pour préfenter l'extrait du bill d'amortiflement
qui autoriſe la remifè de certaines fommes
à des Commiffaires , pour être employée
chaque quartier à la réduction de la dette nationale
, nous faififfons cet inftant de difette
pour fuppléer à cette omiffion .
сс
Il eft dit dans le préambule , « que par divers
aces du Parlement , il a été ordonné que tous
les fonds qui , à la fin de chaque quartier de l'année
, proviendroient des furplus refpectifs des
différents fonds publics mentionnés dans lefdits
actes , feroient appropriés & employés comme
fonds d'amortiffement pour payer le principal &
l'intérêt de la dette nationale »,
« Que faute d'avoir pris des mesures pour
l'emploi conftant de cet argent , felon le véri
table but de ces actes , il n'eſt réfulté aucuns des
bons effets qu'on s'étoit propofé ».
GC Que par l'accroiffement de la dette nationale,
il eft maintenant devenu néceffaire d'établir
un plan permanent pour la réduire » .
« Qu'il foit en conféquence ordonné , qu'à la
fin de deux quartiers d'une année , qui finiront le
s de Juillet & le s d'Octobre relpectivement
dans l'année 1786 , & à la fin de chaque quartier
d'année , finiffant le 5 Janvier , les Avril , le s
Juillet & le 5 Octobre de chaque année fuivante
il fera verfé au tréfor de l'Echiquier , conformé
ment la teneur de plufieurs actes , fur les furplus
, &c. compofant les fonds d'amortiſſement ,
( 123 )
une fomme fuffifante pour faire face au jour où
un tel quartier fera échu , à tous les intérêts ,
ou annuités payables fur le fonds d'amortiffement
; & après le paiement de cette fomme , il
fera tiré en outre du même fonds d'amortiffement
, une fomme de 250.000 liv . fter . , ou telle
partie de cette fomme qu'on pourra former des
furplus qui feront alors dans l'Echiquier ».
« Que s'il y a un deficit dans le furplus ,
ce deficit fera porté en dette fur les fonds d'amortiffement
, pour être remplacé tous les 5 de
Janvier »>.
"
« Si l'excédant des fonds d'amortiffement ne
fuffit pas pour faire face à ces deficits , après le
paiement par quartier de 250.000 liv . fter. , dans
ce cas le deficit fera payé à la fin de l'année fur
les fubfides annuels ».
« Orionné que les fonds mis ainfi à part à la
fin de chaque quartier pour le paiement de la
fomme de 250,000 liv . fter . feront payés aux
Gouverneur & Compagnie de la banque d'Angleterre
, & reçus par eux à compte en réduction
de la dette nationale ».
« Les Officiers de l'Echiquier ne préleverone
aucune fomme fur le fonds d'amortiffement , juf
qu'à ce que les fommes indiquées par l'acte aient'
été miles à part ».
«Cette partie du principal ou du capital des
annuités publiques qui font rachetables , qui
fera rachetée ou payée , fera transférée fur le
compte du fonds , duquei elle aura trachetée
.
« Ordonné que toutes les fois que quelqu'une
des annuités publiques viendra à ceffer par l'expiration
des temps pour lesquels elles étoient
refpe&ivement accordées ; dans chacun de ces
des fonds attribués au paiement de ces ancas
›
£ 2
( 124 )
nuités , en vertu de quelque acte du Parlement
que ce foit , continueront à être levés , de la
même maniere , & fous les mêmes réglemens
respectivement qu'ils étoient levés avant la ceffation
refpective de ces anuuités ; & du moment
de leur ceffation , l'argent qui eft maintenant
payable fur ces fortes de rentes fera payé entre
les mains des Gouverneur & Compagnie de la
banque d'Angleterre , & placé au compte defdits
Commiffaires » .
Lorfque les Commiffaires auront intention
d'appliquer quelque partie d'argent que ce foit
au rachat de quelque annuité publique au - deffus
du pair , ils en donneront avis dans la Gazette ,
& ils fpécifieront dans cette annonce la fomme
to ale qu'ils voudront racheter , & le fonds particulier
dans lequel ce rachat doit fe faire ».
<<
Toutes les fois qu'un rachat d'annuités , audeffus
du pair , aura lieu , il fera accordé une portion
égale à tous les Actionnaires vendeurs fur
le dividende courant ».
« Les Commiffaires font autorisés à racheter
toute annuité rachetable au - deffous du pair , s'ils
le croient plus avantageux »,
« L'Orateur de la Chambre des Communes ,
le Chancelier de l'Echiquier de Sa Majefté , le
Greffier en chef de la Chancellerie ( Master of
the Rolls ) , l'Auditeur - Général des comptes de
la Cour de la Chancellerie , & le Gouverneur
& le Député- Gouverneur de la banque d'Angleterre
, pour le temps qu'ils font en charge refpectivement
, feront Commiffaires pour faire exécuter
les réfolutions de cet afte » .
« On réglera les comptes qui feront foumis
tous les ans à l'infpection du Parlement , auffi
bien que les prix payés pour chaque fonds racheté
; & des doubles copies du compte feront
( 125 )
préfentées aux Commiflaires pour en faire l'es
xamen » ,
« Ordonné que lorfque la fomme totale recevable
annuellement par lefdits Commiffaires ,
& y comprenant la fomme de 250,000 liv . fter.
par quartier , payable comme il a été mentionné
ci - deffus fur l'Echiquier auffi bien que les
annuités & dividendes des actions qui feront placés
fur le compte defdits Commiffaires dans les
livres des Gouverneur & Compagnie de la banque
d'Angleterre , monteront en tout à quatre
millions annuels ; les dividendes perçus fur telle
partie du capital , qui fera dorénavant liquidé
par lefdits Commiffaires , de même que les
fommes payables fur ces annuités , qui pourront
dans la fuite ceffer d'être dues , ne feront plus
payés à la recette de l'Echiquier de Sa Majefté ,
mais feront regardés comme rachetés par le Parlement
, & i en fera difpofé de la maniere que le
Parlement l'ordonnera » .
Toute falfification de certificats de la banque
, ou des Commiffaires , fera regardée comme
capitale ».
« La Banque donnera caution , felon le bon
plaifir des Commiffaires , & les Commiffaires
feront autorisés à payer toutes les dépenses
cafuelles ».
FRANCE..
DE
VERSAILLES , le 7 Juin.
La Marquife de la Bourdonnaye a eu ,
le 14 du mois dernier , l'honneur d'être préfentée
à Leurs Majeftés par Madame Elifabeth
de France , en qualité de Dame pour
accompagner cette Princeffe.
f3
( 126 ).
Le Vicomte Henri de Ségur , qui avoit
précédemment eu l'honneur d'être préfenté
au Roi , a eu , le rer de ce mois , celui de
monter dans les voitures de Sa Majesté &
de la fuivre à la chaſſe.
Le 4 de ce mois , jour de la Pentecôte ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint - Efprit , s'étant aflemblés
vers les onze heures & demie du matin dans
le grand Cabinet du Roi , Sa Majefté , devant
laquelle marchoient deux Huilliers de
la Chambre portant leurs maffes , fortit de
fon appartement pour fe rendre à la Chapelle
, précédée de Monfieur , de Monfeigneur
Comte d'Artois, du Prince de Condé ,
du Duc de Bourbon , du Prince de Conti ,
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre . Après
la Meffe , qui fut chantée par la Mufique
du Roi , & célébrée par l'Archevêque de
Narbonne , Prélar Commandeur de l'Ordre,
le Roi fut reconduit à fon appartement ,
en obfervant l'ordre dans lequel il en étoit
forti. Madame , madame Comteffe d'Artois,
& Madame Elifabeth de France , affifterent
dans la Tribune , à la grand'Meffe , à laquelle
la Marquife de Vances fit la quête.
L'après midi , le Roi & la Famille Royale ,
après avoir entendu le Sermon prononcé
par l'Abbé Baccoffe , aflifterent aux Vêpres
chantées par la Mufique du Roi , & auxquelles
l'Abbé de Ganderatz , Chapelain de
la grande Chapelle , officia.
( 137 )
1.
Le même jour , la Comteffe de Montléart
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comteffe
'de Ségur.
Ce jour , le Chevalier du Viviers & le
Marquis de Sainte Croix , Miniftres plénipotentiaires
du Roi , le premier près les Princes
& Etats du Cercle de la baffe Saxe , & le
fecond près le Prince Evêque de Liege , ont
eu l'honneur de prendre congé de Sa Majefté
pour retourner à leurs deftinations
étant préfentés par le Comte de Vergennes ,
Chef du Confeil royal des finances , Minif
tre & Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
DE PARIS , le 15 Juin.
•
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 27
Avril 1786 , qui accorde un nouveau délai ,
jufqu'au premier Août prochain , aux Officiers
des Bureaux des Finances , pour le
paiement du centieme denier.
Autre dit du 21 Mai 1786 , portant nomination
de Commiffaires pour l'examen
des plans & projets relatifs aux rivieres d'Yvette
& de Bievre.
Le Roi étant en fon Confeil , a ordonné &
ordonne que les plans & projets du fieur de Fer ,
ayant rapport aux rivieres d'Yvette & de Bievre
& notamment celui qui a pour objet de conduire
les eaux de la derniere , & des ruiffeaux aboutiffans
à ladite riviere , depuis Amblainvilliers juf
£4
( 128 )
qu'à Paris , feront inceffamment remis aux feurs
Bouvard de Fourqueux , Fargès & Dupleix de
Bacquencourt , Confeillers d'Etat ; Bertier ,
Maître des Requêtes , Intendant de la Généralité
de Paris ; Thiroux de Crofne , Maître des Requétes
, Lieutenant général de Police de la ville
de Paris ; & Chaumont de la Milliere , Maître
des Requêtes , Intendant des Ponts & Chauffées
Turcies & Levées , que Sa Majefté a commis &
députés , commet & députe , à l'effet d'examiner
lefdits plans , projets & cartes y relatives , en
préfence du fieur de Fer & des Membres de
P'Académie des Sciences , au nombre de quatre ,
que lefdits fieurs Commiffaires du Confeil de Sa
Majefté pourront s'affocier , & dont ils préfenteront
les noms à Sa Majeſté , pouvant appeller
auffi les Ouvriers & Gens de l'Art dont ils pourront
avoir befoin , à l'effet de vérifier avec eux
fur les lieux le toifé des diftances , les nivellemens
, les devis & eftimations des ouvrages qui
feroient à faire , foit par excavation , fouille &
tranſport de terre , foit en pilotis , éclufes , ponts ,
voûtes , revêtiffemens , réfervoirs , canaux de
diftribution , construction de toute nature en
pierre , maçonnerie & charpente , & donner fur
le tout leurs obfervations & avis : feront auffi lefdits
fieurs Commiffaires du Confeil l'examen des
devis & états qui leur feront remis par ledit fieur
de Fer , & la comparaifon de fes offres avec les
dépenfes qu'il fera reconnu qu'exigeroit l'exécu
tion defdits projets dans ladite Ville , & l'établiſ
fement des fontaines publiques , ainfi que le prix
du poyce ou de la ligne d'eau dans les maifons
des particuliers ; ils conftateront la folvabilité
dudit fieur de Fer & des affociés qu'il propofe ;
ils entendront fur le tout les Prévôt des Marchands
& Echevins de la ville de Paris , & vérifie(
129 )
ront en fe tranfportant par- tout où befoin fera ,
au nombre de frois au moins , fi des différens
Ouvrages qui feroient à faire fur le cours defdites
rivieres d'Yvette & de Bievres , ainfi que
des ruiffeaux y aboutiffans , il ne réſulte ni inconvéniens
pour les habitans des campagnes , relativement
à l'arro fement de leurs prés , ni la def
truction de moulins néceffaires pour l'approvifionnement
en farines , foit de la Ville de Paris , foit
des Villes & Villages circonvoifins , ni rien de
contraire à la sûreté des carrieres fur le ciel detquelles
lefdits canaux' devront paffer ; defquels
objets lefdits fieurs Commiffaires drefferont des
procès- verbaux , dont après avoir conféré avec
le fieur Baron de Breteuil , Minifire & Secretaire
d'Etat au Département de Paris , & le fieur de
Calonne , Miniftre & Contrôleur général des Fininces
, il fera rendu compte au Roi en fon Confeil
, à l'effet d'être par Sa Majesté ftatué ce
qu'Elle jugera de plus convenable à l'utilité &
à la falubrité de la vi'le de Paris.
On écrit de Fougeres en Bretagne un ac
cident bien terrible , furvenu à M. Groignard
, Capitaine de vaiffeau , & Directeur
des conſtructions à Breft. Cet homme célébre
, fi précieux au département de la Marine
, fe rendoit à Breft . Sur la chauffée de
la Perrine le cheval de fa voiture s'étant em .
porté , le poftillon ne put le maîtriſer. Le
danger de fe voir précipiter détermina M.
Groignard à s'élancer de fa voiture ; il tomba
fur le vifage, en fe caffant plufieurs dents ,
& une des roues lui fracaffa la jambe ganche.
Son Secrétaire refta dans la voiture qui
alla fe brifer au bas de la defcente , fans
( 130 )
qu'il éprouvât lui - même aucune bleffute
Le 16 Avril 1786 , jour de Pâques , Jeanne
Truffenay , fille d'un manoeuvre , ſe rendoit à
Neuilly , à une lieue & demie de Dijon , après
avoir traverfé lariviere d'Ouche fur une planche,
près de ce dernier Village , dont elle n'étoit plus
éloignée que d'une centaine de pas : elle continua
fa route en marchant dans l'eau , qui étoit débordée
; mais elle eut le malheur de tomber
dans un creux dont elle ne s'étoit point apperçue
, & que la riviere avoit formée nouvellement.
Dans le même inftant cette fille fut entrainée par
un courant extrêmement rapide , & alloit périr ,
fans les fecours qui lui furent donnés par Claude
Bouchet , né à Chevigny - Saint - Sauveur , âgé de
vingt- neuf ans.
Če jeune homme , obligé de paffer la riviere
avec une charrette , à vuide , qu'il conduifoit
par ordre de fon maître , fut arrêté par les cris de
quelques enfans qui étoient à la garde du bétail ,
près de l'endroit où l'accident venoit d'arriver :
il porta la vue fur la riviere , & apperçut celle
que les eaux avoient déja emportée bien loin de
lui.
1
Auffi-tôt il ôte fon habit ; & fans être arrêté
par une bleffure confidérable qu'il s'étoit faite à
la jambe , en travaillant fur le grand chemin
ni par le danger auquel il s'expofoit , il fe lance
à la nage dans la riviere , & atteint Jeanne Truffenay
; il la faifit par la coeffe , croyant empoi
gner en même- teins fes cheveux , mais la coëffe
lui refta dans la main , & la fille lui échappa ;
parce que fes cheveux avoient été coupés .
Il ne fe rebute pas , il fait une feconde tentative
, redouble d'efforts , s'accroche aux juppes
de cette fille , & à force de peine & de travail , il
parvient enfin à la tirer hors de l'eau.
( 131 )
L'air étoit vif & piquant , Claude Bouchet en
eft frappé , les forces font prefque épuifées , il a
befoin d'être fecouru lui- même , & d'aller promptement
le réchauffer ; mais il ne fonge qu'à confommer
la bonne oeuvre ; & quoique Jeanne
Truffenay fat fans aucun mouvement , il s'occupe
à lui procurer fans relâche , tous les fecours
propres à la rappeller à la vie , ou plutôt à la lui
rendre ; il prend le cadavre inanimé de cette fille,
le porte jufqu'à l'endroit où il avoit laiffé fa char
rette fur laquelle il le charge , & l'amene chez fon
maître où il le dépole.
Rien ne peut exprimer ni la joie du jeune
homme , lorfqu'il apperçoit Jeanne Truffenay
commençant à donner quelques fignes de vie , ni
l'empreffement de Deniſe Philibeaux , femme de
Claude Bara , à prodiguer à cette malheureufe fille
tous les foins qui pouvoient lui être néceffaires ;
elle a gardé mala de pendant trois jours , après
lefquels fes parens l'ont ramenée bien portante à
Perigny.
M. le Comte de Dracy , Seigneur de Neuilly ,
inftruit de la belle action de Claude Bouchet , ne
Pa pas laiffée fans récompenfe .
Feu M. le Comte de Neuilly ( pere de M.
de Dracy ) , a fondé à perpétuité , fur les revenus
de la terre , un Prix deſtiné au travail & à la
vertu . 2
Ce Prix fe donne chaque année , pendant les
féries de la Pentecôte , alternativement à un
garçon & à une fille des Seigneuries de Neuilly
& Senecey.
II confifte en une médaille d'argent ( avec une
couronne de rofe & un bouquet pour la fille ) ,
( & un chapeau & un bouquet pour le garçon ).
Cette année étant le tour des garçons , M. le
£ 6
( 132 )
Comte de Dracy a defiré que le Prix fût adjugé à
Claude Bou het.
Les habitans de Neuilly & Senecey n'ont fait
aucune difficulté de feconder les vues de juftice &
de bienfaifance dont ils favent que leur Seigneur
eft animé ; en conféquence , dans leur affemblée ,
à la fuite de la tenue des Jours du Lundi 29 Mai
dernier , ils ont décerné unanimement, par accla
mation , le Prix à Claude Bouchet , qui , fuivant
toute apparence , l'auroit également obtenu par
la voie du fcrutin . ( Affiches de Dijon ) .
Les réflexions fuivantes fur les fecours à
donner aux pauvres malades des campagnes
, font le fruit de la lecture d'une Lettre
de M. de la Houffaye fur cet objet , & que
nous avons rapportée.
ככ
Médecin , dit l'Auteur , & ererçant depuis
plufieures années dans une petite ville , je fuis
placé avec un confrere , pour donner des fecours
confolants aux habitans malades de quatrevingt
Paroiffes , lorfqu'ils veulent bien nous
donner leur confiance «<.
» Vingt Chirurgiens s'efforcent de remplir le
même but . Ils fortent de fabriques fituées à
quelques diftances ; on leur délivre pour
foixante livres & moins , des Patentes femblables
probablement à celles que Moliére donne
à fon récipiendaire ».
» Tous fe fervent de différens apperçus pour
avoir de la renommée ; mais un des plus fameux
eft de connoître les maladies , par l'infpection
des urines . Cette efpece de fortilége a
fait faire fortune à quelques - uns . Leur nom a
percé au loin , des étrangers , des habitans voifins
de la capitale font venus confulter ces nouyeaux
dieux d'Epidaure , quoiqu'à la diſtance de
( 133 )
trente lieues. Des perfonnes que leur éducation
leur état , leurs connoiffances , mettent audeffus
du commun , ont pour les Efculapes la
plus grande confiance «.
Voici les moyens que je propofe , qui ne paroiffant
que locaux , pourront avec quelques modifications
, être adaptés à toutes les parties du
Royaume.
"
Quatre-vingt Paroiffes , en prenant un
moyen proportionnel , à 400 habitans chaque ,
donnent une population de 32,000 . Sans entrer
dans des calculs que les bornes d'une lettre ne
permettent pas de faire , il feroit poffible , que
pour 88 liv. par chaque année , une Paroiffe
reçût des fecours pour fes pauvres , d'un Médecin
, d'un Chirurgien , quand cela feroit néceffaire
, d'une Accoucheufe un peu inftruite , & c . «<
Du nombre des pauvres , feroient ceux à
qui leur industrie , & c. ne procureroit point un
carréal équivalent à 4,000 liv. Leur pauvreté
feroit atteftée par le Curé ou par quelques Notables
de la Paroiffe « .
» Les Médecins feroient obligés de tenir des
journaux exacts des malades & des maladies qu'ils
auroient à traiter. Chaque année la Société
Royale de Médecine les recevroit , les examineroit
, & de ces matériaux , pourroit jaillir quelque
lumiere ; & c'eft la feule maniere de connoître
les maladies populaires du Royaume «.
» Sur quoi prendre cette fomme de 88 liv. ?
> Sur les gros Décimateurs & fur le Clergé. Cet
Ordre de l'Etat ne veut que le bien , & il feroit
enchanté de trouver l'occaſion de faire connoître
fon zele « .
Les bornes d'une lettre ne me permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail ; fi je prévoyois
que mon travail fût agréable au Gouvernement
( 134 )
& utile au public , j'entreprendrois de faire voir
comment on peut avoir des Médecins inftruits >
des Chirurgiens habiles , des Apothicaires honnêtes
, &c. au moins dans une des grandes Provinces
du Royaume.
J'ai l'honneur d'être , &c. & c.
MORIN D. M.
A l'Aigle en Normandie ce 31 Mi 1786 .
M. de M. vient de nous adreſſer une réponſe
en ces termes à la lettre de M. D. H.
fur un projet de nouvelles cheminées .
M. j'abandonne de grand coeur à MM. D. H.
& B. l'avantage de l'antériorité qu'ils réclament
dans le Mercure du 20 de ce mois , fur l'invention
d'une cheminée économique accommodée à
notre luxe , pourvu que le bien ſe faffe .
Mais je protefte auffi que je n'ai jamais connu
la cheminée de M. B. , ni rien de ce qu'il a écrit
à ce fujet. Alors la fingularité dont s'étonne
M. D. H. fubfifteroit dans fon entier , fi le mer
veillex n'en difparoiffoit bientôt , en lifant dans
mes obfervations du 29 Mars dernier : Des Religieux
plus particulierement dévoués aux économies de
la pauvreté &c. & grand nombre d'Allemands
ufent du moyen que je propofe.
>
& Voilà donc , Monfieur , ces bons Allemands
& les Capucins , & beaucoup de Breffans tous en
droit de réclamer fur M B. , fur M. D. B. ,
fur moi- même , l'honneur de l'antériorité , &
celui d'avoir remarqué l'abfurdité de nos cheminées
actuelles.
Je dois ajouter , Monfieur , que le premier
feu de grand'garde que j'ai vu à nos armées ,
m'a donné la premiere idée de la cheminée nouvelle
dont vous avez accueilli la defcription dans
votre dix-feptieme N° . de cette année ; & que
( 135 )
j'ai lu cette defcription à une Compagnie favante
il y a plus d'un an.
Sans autre prétention que celle d'être bon à
quelque chofe , félicitons - nous tous de nous être
ainfi rencontrés fur un objet d'utilité publique ,
ce qui , très - heureufement , n'eft point fingulier.
Quant à la maniere d'exprimer les mêmes
idées , on ne peut juger que fur les deux pieces
de comparaifon; & ma piece eft publique .
J'efpere de votre honnêteté que vous voudrez
bien publier encore ma réponse à M. D. H.
de M***.
Marie Marguerite de Rollat , époufe de
François -Abraham , Comte de Reclefne de
Lyonne , eft morte les Mai dernier , au
château de Lyonne , âgée de 48 ans.
Sufanne Genevieve de Pra Pefeuſe
époule de Benoît-Marie , Comte de Nompere
, Capitaine de Cavalerie , eft morte le
12 du même mois au château de Champagny
en Forès , âgée de 21 ans.
Marie François - Eugene Hermant , Comte
d'Hinnifdal , Baron de Fumal , Meftre decamp
commandant du régiment Royal - Alface
, eft mort le 18 Mai , âgé de 37 ans.
Caroline , Comteffe douairiere de Linange
, & c. née Rhingrave de Dhaun , Comteffe
de Salm , & c. eft morte le 26 Mai dans
fon château à Puttelange , âgée de 80 ans.
& 5 mois.
Louis Alloneau , âgé de 32 ans , ayant
quitté depuis le mois de Décembre 1782 le
régiment de la Reine - Dragons , en garniſon
dans la baffe Bretagne ; ceux qui pourront
( 136 )
donner quelques nouvelles de ce jeune hom
me , dont le pere a obtenu le congé abfolu ,
font très inftamment priés de s'adreffer à
M. Girard , Notaire royal à S. Maixent en
Poitou.
PAYS - B A $.
DE BRUXELLES , le 28 Juin .
Par une publication du 25 Mai , les Etats
d'Utrecht ont annullé toutes les permilions
précédentes , dont l'objet avoit été d'armer
les habitans du plat-pays .
La mort volontaire de Zannowich eft
parfaitement confirmée , ainfi que fa véritable
naiffance & fes principales aventures.
Ce prétendu Prince d'Albanie avoit propofé,
comme nous l'avons rapporté , un Corps de
Monténegrins à la Hollande , & l'on peut
juger de l'adreffe de fes artifices par le fuccès
qu'il en obtint. Le 18 Décembre 1784 , les
Etats Généraux prirent à fon fujet la réſolution
fuivante .
« A été entendu le rapport de Mrs. van Haeften
, & autres Députés de L. H. P. pour les affaires
militaires , lefquels , & enfuite , & pour
l'exécution de la réfolution commifforiale du 17
du courant , & conjointement avec , quelques
Mrs. Comités du Confeil d'Etat , ayant exa .
miné ce qui avoit été communiqué par M. Sic- ,
cama , Député de la Province de Stad en Land
touchant une lettre qui lui étoit parvenue de la
part de M. le Confeiller Fonkens , de Gronin
"
( 137 )
gue , du 14 du courant , par où ce Mr. lui envoyoit
une lettre du Prince d'Albanie , &c . & c .
écrite de Ratisbonne , le 30 Novembre paffé ,
offrant un corps de troupes de 10 à 20 mille foldats
Monténégrins , à livrer dans ce pays avant
l'échéance de deux mois , lefquels , fans cela ,
pourroient bien paffer au fervice de l'Empereur;
laiffant lui député , à la délibération de L. H. P.
l'ufage qu'il leur plairoit faire fur cette offre ,
pour le bien de l'Etat ».
>
Sur quoi ayant été délibéré & prifes les confidérations
, & l'avis très- fage de S. A. , il a été
trouvé bon & réfolu de prier le fufdit Député de
répondre au fufit Confeiller Fockens , comme
quoi L. H. P. verront avec plaifir qu'il marquât
au Prince d'Albanie , que L. H. P. ne fauroient
Le déterminer pour le préfent de prendre à leur
fervice les fufdites troupes Monténégrines , &
fur tout un corps fi confidérable de 10 à 20 mille
hommes ; que peut- être bien elles inclinereient
dans la fuite à entrer en négociation pour un
petit nombre de ces troupes ; mais qu'elles defireroient
être auparavant informées fur quel
pied & capitulation on feroit porté de céder quelques-
unes de ces troupes à l'Etat ; qu'en attendant
L. H. P. font fenfibles à la bienveillance du
fufdit Prince d'Albanie pour cet Etat , & que provifionnellement
il leur tera agréable que S. A.,
par fon influence fur le peuple Monténégrin ,
puifle effectuer qu'il ne s'engage point au fervicc
de S. M. I. pendant les méfintelligences avec
la République , & que L. H. P. ne manqueront
pas de confidérer cette démarche comme un fervice
obligeant ; fervice que , lorfqu'il fera rendu
, & qu'elles en auront fenti l'effet , L. H.P.
RECONNOÎTRONT & RECOMPENSERONT avec un
grand plaifir , & felon l'importance de la chofe » .
Signé, D. J. van Heeckeren.
( 138 )
Le corps du Prince d'Albanie a été traîné
fur la claie à Amfterdam , tranſporté aux
fourches patibulaires , & jetté dans la toffe
des malfaiteurs. C'eft la peine du fuicide.
On écrit de Cherbourg , que le 28 du mois
dernier on y a lancé un cône , la journée étoit
très- belle , la mer calme & la rade couverte de
plus de 200 voiles ; une foule immenfe bortoit le
rivage Monfeigneur Comte d'Artois qui étoit
préfent a paru très fatisfait de ce fpectacle ; ce
Prince a déjeuné fnr un des cônes déjà placés.
& a vifité enfuite tous les travaux & la ville ;
a dû repartir de Cherbourg le lendemain .
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres,
L'un des Papiers du matin a rapporté derniere
ment l'accident arrivé à une Princeffe à Paris
en mangeant un ragoût qui avoit été accommodé
dans un vaiffeau de cuivre . On cite à cette
occalion un fait femblable qui a eu lieu tout récemment
dans le Comté d Yorck : de nouveaux
mariés avoient affemblé leurs amis pour célébrer
leurs nôces. On fervit entr'autres mêts une étu -
vée de carpe qui avoit été préparée dans un vaiffeau
de cuivre. Tous ceux qui mangerent de ce
plat ſe trouverent mal fur le champ , & la mariée
& une des tantes de fon époux moururent au
bout de quelques heures , dans les douleurs les
plus affreuses . Les autres perfonnes affectées furent
heureusement guéries. [ London Chronicle. ]
« La fâcheufe nouvelle que le Comte O - Reil
ly , notre Gouverneur , difent les lettres de Cadix
, avoit encouru la difgrace du Roi , a fait une
( 139 )
gran ' e fenfation dans notre Ville. Ce Général a
perdu toutes les dignités & les places dont S. M.
Catholique l'avoit fucceffivement honoré ; & il
n'en a confervé que le grade de Lieutenant Général
, avec une modique penfion. L'on ne fait à
quoi attribuer ce revers inattendu de fortune :
l'on n'ignoroit point que les faveurs dont il a été,
comblé ci - devant , & fa qualité d'étranger lui
avoit fait beaucoup de jaloux , d'envieux ,, & par .
conféquent d'ennemis : l'on favoit également que .
ces ennemis lui reprochoient la malheureufe ex
pédition d'Alger en 1775 , & quelques autres incidens
de fon Gouvernement ; mais il paroit que
de s événemens d'une date auffi ancienne ne fauroient
provoquer une difgrace après dix ans d'intervalle.
Quoi qu'il en foit , nous regrettons beaucoup
la perte de ce Gouverneur , qui par fon
amour pour la juftice , fon adminiftration exacte
& in partiale , fon affabilité , & fa conduite amicale
envers tous les rangs de citoyens , s'étoit concilié
l'attachement de tous les habitans .
Nous attendons ici inceffamment Don Antonio
Oliver , qui fuccede à M. d'O-Reilly dans le
Gouvernement de Cadix : cet Officier jouit de la
meilleure réputation ( Gazetre de Leyde , n°. 44 )
Avant-hier de grand matin , écrit - on de
Venife, nous vîmes arriver un courrier extraor➡
dinaire , venant en toute diligence de Conftantinople
, & qu'on dit être porteur de dépêchés trèsimportantes
, de la part de notre Ambaſſadeur à
la Porte. Quoiqu'à la vérité il n'ait rien tranfpiré
jufqu'ici dans le Public du contenu de ces dépêches
, on a appris qu'au départ de ce courrier de
la capitale Ottomane les efprits y étoient dans la
plus grande fermentation , & qu'une émeute générale
y faifoit appréhender les fuites les plus
( 140 )
fächenfes. Suivant le rapport du même courrier
la deſtination de la flotte fous ies ordres du Capitan
Pacha , qui venoit de faire voile pour l'Archipel
, après avoir pris à bord un grand nombre
de troupes de terre , n'étoit plus un myftere , &
qu'on ne tarderoit pas à en être éclairci. [ Courrier
du Bas-Rhin , No. 44.
« Il fe confirme que les Algériens n'obfervent
pas avec candeur les conditions du Traité qu'ils
» ont conclu avec l'Espagne. Ils y ont fait , en-
» tr'autres , une infraction criante , par la cap-
» ture d'un navire Espagnol qui fortoit de Malaga
, & qu'ils ont pris fous le canon du Fort
» d'Eftapora . C'eft en conféquence de cette nou-
» velle qu'il eft arrivé , le 4 de ce mois , un ordre
20 à Cadix , d'équiper le plus promptement poffible
, 4 frégates & le vaiffeau la Vera Propheta ,
de 50 canons. La deftination de cette flottille
eft d'aller trouver le Dey d'Alger , d'y porter
les plaintes de S. M. Catholique , de demander
» une fatisfaction éclatante pour l'infulte faire à
» fon Pavillon ; & en cas de refus , de faire la
» chaffe à tous les navires de ces Infidèles , par-
» tout où ils fe trouveront . »
« On mande de Munich , du 12 Mai , que le
Prince Evêque de Paffau a quitté cette Capitale
, où il fe trouvoit depuis quelque temps ,
avec l'afurance que fes pourfuites pour la
Coadjutorer e de Ratisbonne feront appuyées
par la Cour Electorale . Les autres Coadjutoreries
, qu'on croit réservées pour les Princes
cadets de la Maifon de Tofcane , font celles de
» Frefingue , Salzbourg , Augsbourg , & c. &
d'autres Evêchés limitrophes de la Baviere. »
و د
( 141 )
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) a
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le fieur CHAFFART , Maître Boulanger
à Paris. Et le fieur le ROUGE , le jeune ,
to
Receveur de Loreries.
Les Receveurs des Loteries peuvent - ils faire crédit
aux Actionnaires pour leur mife , & fe faire confentir
des obligations , billets à ordre ou lettresde-
change ?
Telle eft la queftion que cette Cauſe préſentoit
à juger. Le fieur Chaffart , Maitre Boulanger ,
pere de 8 enfans , avoit commencé à jouer à la
Loterie , argent comptant . C'étoit le Bureau du
fieur le Rouge qu'il avoit adopté pout faire fs
m:fes . Après avoir perdu des fommes confidérables
, il avoit réfolu de ne plus jouer ; mais le Buralifte
lui fit entendre qu'il fe rebutoit trop promp
tement ; qu'il quittoit le jeu à l'inftant où il avoit
le plus d'efpérances , & qu'il ne falloit qu'un
coup heureux pour réparer fes pertes & l'enrichir
à jamais ; il lui offrit des billets à crédit . — Chaffart
accepta l'offre avec reconnoiffance . Il continua
de jouer jufqu'à concurrence d'une fomme
de 1028 liv. pour laquelle le Rouge lui fit foulcrire
un billet à ordre , valeur reçue comptant ,
pour être employée dans fon commerce . Ce billet
fut tracé en caracteres prefque illilibles . Chaffart
ne fait ni lire , ni écrire ; il fe fit conduire la
main. En vertu de ce titre , le Buralifte fit affigner
Chaffart au mois de Juillet 1783 , devant
Jes Juge Confuls de Paris , pour être condamné
par corps à lui payer la fomme de 764 liv. ref
tante , à payer de celle de 1028 liv . par lui prêtée
pour l'employer dans fon commerce , fuivant la
reconnoiffance du 1er. Juillet précédent . Chaffart
s'étant préfenté à l'Audience des Confuls , a fou
tenu en préfence de le Rouge , qu'il ne lui avoit
-
( 142 )
été fourni aucune valeur réelle pour le montant
du billet ; il a fommé le Buralifte de déclarer fi
le billet n'avoit pas pour caufe le jeu de la Loterie
à crédit . Le Rouge a commencé par nier
le fait ; mais enfuite , fur l'interpellation qui lui
fut faite par les Juges , de déclarer quelle valeur
il avoit fournie , il fut forcé de convenir que le
billet n'avoit réellement d'autre caufe que des
billets de Loterie par lui vendus à crédit . D'après
cet aveu , les Juges confidérant les défordres
qu'entraînent de pareils engagemens , ont , par
leur Sentence du 21 Août 1783 , déclaré le billec
nul , & débouté le Rouge de fa demande. Sur
l'appel de la part du Buralifte , Arrêt eft intervenu
le 18 Février 1786 , qui a mis l'appellation
au néant , avec amen ' e & dépens.
CHATELET DE PARIS , PARC CIVIL
Caufe entre les héritiers de Me. Bois de Maiſon-
Neuve , Avocat au Parlement , & la demoiselle
Jacquemet , fa belle fille. -
Demande en
·
nullité des avantages faits par un mari , foit par
donation entre-vifs , foit par teftament à une fille
du premier lit defa femme. Interprétation
de l'art. 28 de la Coutume de Paris .
L'Arrêt qui a déclaré nul le legs univerfel
fait par la fille de M. Lalouette ( la dame Taibout
de Marigny ) aix enfans du premier lit du
fieur Taibout fon mari , a donné lieu aux héritiers
de Me. Bois de Maifon - Neuve de conftater les
avantages qu'il avoit faits , foit entre- vifs , foit par
teftament , à la demoiſelle Jacquemet , fa bellefille
. Si ces héritiers euffent apperçu la différence
qui fe trouve entre la caufe de Lalouettet& la leur,
ils n'auroient pas rifqué d'entreprendre un procès
dont l'événement ne pouvoit leur être favorable .
Etabliffons les faits effentiels de la conteftation,
Me. Bois de Maiſon- Neuye , ancien Bâtonnier de
( 143 )
rOrdre des Avocats , Jurifconfulte diftingué ;
avoit épousé , quarante ans avant fa mort , la dame
Jacquemet , veuve d'un Maître Chirurgien , qui
avoit d'un premier lit une fille alors en bas âge ;
Me . Bois l'a fait élever dans fa maifon ; & elle
lui a rendu avec ufure dans fa vieilieffe les foins
qu'il avoit pris de fon éducation . En effet , la demoifelle
Jacquemet avoit renoncé à toute espece
d'établiffement , pour fe confacrer fans réſerve
aux foins qu'exigeoit la maifon de fon beau -pere
& de la dame fa mere , & elle prodigua à tous
deux les fecours & les confolations qui feules
peuvent rendre les infirmités fupportables. Un
attachement auffi grand méritoit de la part de
Me. Bois , qui n'avoit point d'enfans , fes marques
de reconnoiffance. La demoifelle Jacquemet
n'avoit qu'un revenu de 115 liv . Me . Bois s'eft
contentéde cette modique fomme pour fa penfion,
jufqu'au moment où il est décédé .
Le 28
Avril 1771 , Me . Bois , lors âgé de près de 70
ans, prêta à la demoiselle Jacquemet, une fomme
de 30,000l . pour laquelle elle lui conftitua 1600 !.
de rente viagere , exempte de toute retenue, elle
l'a exactement payée , & rapporté les quittances
de Me. Bois . A une autre époque , cet Avocat
acheta , conjointement avec la belle - fille , &
fous fon nom , trois actions des fermes , moyennant
3000 liv. , avec claufe de retenue de jouif
fance pour lui, & qu'après fon décès , cette jouiffance
, ainfi que la propriété , retourneroit à la
demoiselle Jacquemet. Enfin , Me. Bois , par fon
teſtament , a fait à fa belle - fille trois legs ; le
premier de 12,000 liv. une fois payées , ou de
1200 liv. de rente viagere , au choix de fes héritiers
qui le lui feroient fignifier huit jours après
fon décès ; finon , & à défaut de choix de leur
part dans ce délai , a déféré l'option à ladite de¬
( 144 )
-
moifelle ; le fecond legs , d'une fomme de 1200 1.
une fois payée ; le troifieme , de fa montre & de
fa tabatiere d'or Me. Bois eft mort le 2 Janvier
1784 , avant la dame Bois fon épouſe , qui
lui a furvécu trois mois. Après le décès du teftateur
, fes héritiers , bien inftruits du teftament
& des avantages entre- vifs faits à la demoiſelle
Jacquemet , confentirent l'exécution pure &
fimple du teftament , & firent délivrance à la
demoiſelle Jacquemet des legs y portés ; ils préférerent
même au fervice de la rente viagere de
1200 liv . le paiement en argent de 120001 .
Cependant lors des opérations du partage de la
fucceffion , les héritiers revenant fur leurs pas
attaquerent , 1 °. le placement fait par Me. Bois ,
de la fomme de 30000 liv . pour opérer en ſa faveur
une rente viagere de 1600 liv . , ainfi que
celui de 3000 liv . prix de l'acquifition des trois
actions des Fermes , faits en commun par Me.
Bois & fa belle -fille , avec claufe de retenue de
jouiffance entiere pour lui , & de réunion de la
jouiffance à la propriété après la mort , en faveur
de la demoiſelle Jacquemet. Is prétendirent
voir dans ces deux actes un avantage indirect
d'un mari à fa femme , ou aux enfans de fa
femme , défendu par l'article 283 de la Coutume
de Paris ; ils en demanderent la nullité , & que
le demoiſelle Jacquemet fût condamnée à rapporter
la fomme de 33000 1. ; ils lui demanderent
en outre un fupplément des penfions qu'elle avoit
dû payer chez fon beau - pere ; celle de 115 liv .
par elle payée chaque année étant infuffifante .
Sentence , dont il n'y a pas eu d'appel , eft intervenue
le 28 1785 , qui a déclaré les
héritiers Bois non-recevables & malfondés dans leurs
demandes , conformément à l'Arrêt de Réglement
de 1587 , & les a condamnés aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Juin.
E 19 Mai , eft mort ici Jean Melchior
Goetze , prenfier Pafteur de l'Eglife Lu
thérienne de Sainte Catherine , très fameux
en Allemagne par fon intolérance , & par
fon acharnement contre, les Catholiques ,
contre les Calviniftes , contre tous ceux qui
ne penfoient pas comme lui. On le nom
moit par dérifion le Pape Goetze. Il ne perdit
aucune occafion d'attaquer ceux qui s'in
téreffolent aux progrès de la vérité , entr'autres
le célébre Leffing , avec qui il eut une
querelle qui fournit à Leffing le fujet d'un
excellent ouvrage.
Le 27 Mai , on a célébré à Copenhague
le mariage du Prince héréditaire de Holftein-
Sunderbourg , avec la Princeffe Royale de
Danemarck , Louiſe Augufte.
La crainte que le commerce de Cherfon
No. 25, 24 Juin 1786. N° . go
( ( 146 )
Q
0
ne détruiſe un jour celui de Dantzick saccroît
de jour en jour. Ileft arrivé dans le premier
de ces ports un bâtiment appellé la
Grande- Catherine , venant de Marſeille avec
un chargement de vins & d'autres marchan
difes du commerce de la Méditerranée : un
autre navire , nommé le Prince Potemkin ,
venant de la même mer , eft auffi attendu
inceffamment jufqu'à préfent les pays fitués
entre la Pologne & la mer Noire avoient
tiré des ports de la Baltique les marchandifes
de la Méditerranée dont ils avoient befoin,
On apprend de Genes , que l'année derniere
il y eft arrivé 43 bâtimens , dont 31
Suédois , 14 Hollandois , '74 Anglois , 68
François , 36 Impériaux , 48 Vénitiens, $ 1
Bagufains 36 de Genes même , 9 Napolitains
, 4 du Levant , 9 Efpagnols , is de
Riga , 1 de Ruffie , 1 bâtiment Grec.Un
Journal d'économie politique porte à 45
millions de rixdalers , ou écus d'Empire , les
capitaux dus par les étrangers à l'Etat de
Genes en 1780. Selon le même ouvrage ,
les Anglois tirent par an du Piémont pour
200,000 liv . fterl. de cire.
D'après la nouvelle Géographie de Suede ,
publiée par Erik Tuneld , la furface desce
Royaume eft de 6900 milles carrés de Suede ,
& fa population monte à 2,700,000 ames ,
dont il faut compter 163,000
pour les vildles.
On compte actuellement à Stockolm 4137
147 )
C
•
maifons , & 72,444 habitans. Les revenus
annuels de la Couronne montent à environ
vingt - cinq millions tournois. ? o ab sim
Suivant le dénombrement fait en 1783
dans la Pomeranie Suédoife , la population
de cette Province eft de 101,989 ames ,
dont 48,973 hommes , & 53,016 femmes.
Dans ce nombre on a compté 62,302 individus
libres , & 42,436 ferfs. Les foldats ,
leurs femmes & enfans ne font pas compris
dans ce calcul. La population dans les
villes , y compris les femmes & les enfans
des foldats , montoit à 34,055 ames , & à
la campagne à 70,6939 ab Lustggs a
R
Pendant l'année derniere il eft arrivé à
Rigal 842 bâtimens , dans ce nombre il s'en eft
trouvé 17 de Breme , s de Dantzick , 107 Danois
, 142 Anglois , 14 François de Genies ,
7 de Hambourg , 167 Hollandois 16 de Luelbek
, sod'Oftende , 38 de Petersbourg , Portugais
90 Pruffiens , 32 de Riga , de Roftok
& 187 Suedois. Les navires partis
du même Port ont été au nombre de 833 ,
dont 18 pour Breme , pour Dantzick , 106
pour le Danemarck , 144 pour l'Angleterre ,
14 pour la France , pour Genes , 7 pour
II
Hambourg , 165 pour la Hollande , 17 pour
Lubek , 15 pour Oftende , 32 pour Peterl
bourgspour le Portugal , 88 pour la Pruffe ,
2 pour Roitok , 188 pour la Suede & 30 de
Riga même sealer dogs
3
La valeur des importations à été de 1,503,823
roubles & 87 copeiks ; on a auffi importé 1,408,665 écus d'Albert &
198,232
do
Porté
la
Svaleur des exportations s'eft élevée à 9,239,484
roubles.
g 2
( 148 )
DE VIENNE , le 9 Juin.
Le Gouvernement de l'Autriche . intérieure
a adreffé à tous les Tribunaux du pays
une circulaire , qui porte en ſubſtance ;
Qu'il eft conftant que , de tout temps , on
s'eft attaché à mettre des bornes aux excès & aux
dépenfes extravagantes qui fe commettent à l'oc
cafion des premieres Meffes des Eccléfiaftiques ,
des enterremens , mariages & baptêmes , & à abolir
des abus qui offenfent autant la religion que
les moeurs. Qu'en conféquence , par une circulaire
en date du 8 Juin 1785 , non ſeulement le Gouvernement
défendit toutes fortes de banquets &
de feftins à l'occafion des nôces , enterremens , &c.
mais même il fut ordonné aux Miniftres de la
religion de s'occuper des moyens de difluader le
peuple de toutes les coutumes fuperftitieufes au
moyen defquelles on efpere procurer un foulage
mentiaux ames des défunts. Et pareillement par
autres Ordonnances précédentes , & particulierement
celles du 27 Janvier 1774 & 25 du même
mois 1777, il fut pourvu à la fuppreffion de différens
abus femblables , & à abolir la prétention
qu'avoient quelques Curés de por ir tenir dans
leurs Presbyteres des banquets & feitins pour ces
fortes de cérémonies : que cependant la plus
grande partie de ces abus n'en ont pas moins
fubfifté ; que la paffion pour la boiſſon eſt parvenue
dans des occafions aux plus grands excès ,
& qu'il y a même encore des Pafteurs & des Marguilliers
qui veulent encore forcer dans ces occas
fons de donner de ces fortes de repas chez eux,
Pourquoi , attendu que toutes ces coutumes & ufagesfuperftitieux
, auffi bien que les grands excès
( 149 )
qui fe comme tent dans ces fortés de repas offenfent
également les moeurs & la religion , & que
pareillement il eft indécent que pareils teflins fe
donnent dans les maifons des Curés : en confor
mité du décret du 20 de ce mois , par lequel il a
été reconnu que de pareils abus étoient de nature
à ne pouvoir être foufferts & tolérés par la préfente
il et particuliérement défendu à tous Minif
tres de la religion de tenir aucune espece d'au
berge : & attendu qu'il pourroit arriver que dans
quelque Paroiffe il n'y eût qu'une feule auberge ,
qu'elle appartint au Curé , & qu'elle fit un de
fes principaux revenus , dans ce cas il lui eft accordé
un délai d'un an pour la vendre ou l'affermer
à longues années.
Depuis le 17 du mois dernier , l'Archiduc
Ferdinand de Tofcane eft parti de cette Capitale
pour fon Régiment , en garnifon à
Stein dans la Hongrie . S. A. R. eft accompagnée
des Lieutenants Colonels de Lamberti
& de Rolle . Le Maréchal de Lafcy eft
auffi parti pour la Hongrie .
Le féqueftre qui avoit été m's par ordre
de l'Empereur fur les biens de l'Evêque de
Breflau , fitués dans la Siléfie Autrichienne ,
vient d'être levé. ↑
Le Chapitre de Victing , dans la Carinthie
, eft fupprimé. L'Abbé reçoit une penfion
aunuelle de 1500 florins , & les autres
Eccléfiaftiques 300 florins chacun.
On , vient de publier l'Ordonnance fuivante
, rendue par S. M. I. , le 3 Mai dernier.
Nous JOSEPH II , &c. &c. ayant donné un
83
( 150 )
4
Edite concernant les affaires matrimoniales de
pos fujers Chrétiens , nous le déclarons commun
à nos fujets Juifs quant au contrat civil & fes
effetsy & ordonnons en outre ce qui fuit : 1º. Si
des motifs importans exigent la conclufion d'un
mariage que nous avions défendu dans ledit
Ediaba caufe des la parent , le cas fera propofé
aue Tribunal de la Province qui accordera la
difpenfe néceffaire. 2 °. Ce que nous avons pref
crit dans ledit Edit aux Curés , Paſteurs &
Papes , nous le prefcrivons par la préſente aux
prepofés des Synagogues & autres écoles , la
Paroiffe des Juifs fera leur Synagogue & le
prénom des Juifs ferala même chofe que le
nom de baptême des Chrétiens . 3. Si le contrat
de mariage eft fait conformément à notre
Edit il fera valable , & aucune partie ne pourra
Jelcaffer fans le confentement de l'autre. 4° Nos
Ordonnances précédentes qui font relatives à
ces mariages des Juifs , continueront de fortir
leur effet.
30 Sumith 5urust & juod aub hs skin 195
900
DE
?
Joginsback
Juin.
FRANCFORT le 14 Jul
L'arrivée longtemps
c
ha
d'un Nonce
du Pape à lieu le zo du mois
dernier. Ce jour là , le Prélat Cefar Jules
Zoglio , Archevêque d'Athenes , eft arrivé en
Baviere avec le caractere de Nonce ordi-
Haire & de Légat du S. Siege.
Plufieurs Gazettes ont imprimé dernieresment
le paragraphe fuivant : beri
פכ
Le Miniftere Autrichien s'occupe encore
d'une affaire moins importante par fon objet ,
s qui pourroit le devenir par la tournure
qu'elle femble prendre. Depuis un certain
( 151 )
tems, il s'étoit élevé quelques difficultés, entre
» le Canton de Zurich & la Maifon d'Autriche &
» pourrailon des limites refpe&tives de ce Canton
» & du Comté de Saggienberg en Suabe , qui ap
partient à cette illuftre Maifon, Les Magiftrats
» de Zurich , fe voyant preffés par les inftances
2 de la Cour de Vienne, plus vivement fans doute
qu'ils ne defiroient , viennent , dit-on , de s'a❤
dreffer à S. M. Pruffienne , pour lui propofer
» de fe rendre arbitre du différend. L'on ajoute
qu'il faut attribuer en partie à cette démarche,
la fréquence des derniers Couriers entre Vienne
& Berlin, Mais l'on ne dit point que le Roi de
Pruffe ait encore accédé à la priere desZuricois,
→ & il paroît plus vraisemblable que ce Prince fe
rendra aux propofitions de l'Empereur qui de-
> mande qu'il foit nommé de part & d'autre
des Commiffaires , qui arrangerent paisible-
» ment ce léger différend fur les lieux mêmes .
Nous fommes autorifés à déclarer que
cet article eft d'un bout à l'autre deftitué de
fondement. Ce qui peut y avoir donné
lie , ce font des différends légers entre la
Turgovie & la ville de Conftance , au fujet
de la navigation du lac de ce nom ; différends
plufieurs fois renouvelés , & qui ont été terminés
à l'amiable au commencement de
l'année , fans que directement ou indirectement
, le Roi de Pruffe foit intervenu
dans cette affaire.
ais
Le Hofpodar de Moldavie eft déposé , &
remplacé par le premier Interprete Monolacho
Rossetto. On attribue cette difgrace &
celle de l'Hofpodar de Valachie à la défiance
8 4
( 152 )
de la Porte & aux intrigues de quelques
Grecs , pour fupplanter les Hofpodars difgraciés.
La ville Impériale d'Augsbourg offre un
contrafte remarquable avec celles d'Ulm &
de Nuremberg. Celles - ci ont un territoire
confidérable , exigent des tributs onéreux ,
& font accablées de dettes . Augsbourg eft
prefque fans territoire , ne fupporte que de
légers impôts , & ne doit rien. D'où provient
cette différence ? de celle de l'Adminiftration.
Récemment , un Con eller de la Régence
de Koenigsberg en Pruffe fut accufé de
corruption . Le Roi fit examiner le cas , les
Juges trouveient l'accufé coupable , & le
condamnerent à être enfermé deux ans dans
une fortereffe . Le Confeiller appella du Jugement
, & le Roi la condamné à deux ans
de travaux publics.
Les manoeuvres exécutées le 23 à Berlin
ont fait l'admiration de tous les connoiffeurs.
L'armée , compofée de plus de 30,000
hommes , étoit divifée en deux Corps , dont
l'un commandé par le Duc Frédéric de
Brunswick , & l'autre par le Général de
Mollendorf.
14
Le fieur Wolny , Ecuyer du Roi de
Pruffe , eft parti de Berlin avec plufieurs
chevaux fuperbes , que S. M. envoie au
Duc d'Yorck , Evêque d'Ofnabruck , qui
eft actuellement à Hanovre.
Le Prince Charles-Augufte de Bade
( 153 )
Dourlach & Hochberg , Oncle à la mode
de Bretagne du Margrave regnant de Bade ,
Général Feld : Maréchal , & Général de
l'Artillerie de l'Empire & du Cercle de
Souabe , eft mort à Carlsruhe , le premier
de ce mois , âgé de 74 ans.
Le Landgrave de Heffe Caffel a mis un
impôt d'un rixdaler fur chaque chien ; ceux
de chaffe , de berger , de boucher, & de
garde , feuls exceptés de cette taxe.
Les Députés des Etats du Cercle de Souabe ;
affemblés à Ulm , viennent d'arrêter , que les anciens
louis d'or & écus de 6 liv . continueront à
circuler , conformément au Réglement du 8 Juin
1761 ; que les louis d'or de 1785 & fuivans ne
pourront être reçus qu'à raison de to florins &
24 kreutzers ; que les écus de 6 liv , de 1784 n'auront
cours que pour 2 forins & 45 kreutzers ; &
que dans trois mois , à dater de la publication du
préfent Réglement , les écus de 3 liv. effacés , du
regne précédent, feront mis hors de la circulation.
En 1780 , on évaluoit les revenus nets
des Pays - Bas Autrichiens à la fomme de
7,536.929 florins de Brabant. Aujourd'hui
onprétend qu'ils excedent & millions de flor.
Avant la guerre de 7 ans , la population de la
Saxe Eleorale , dit un Journal Allemand d'Economie
politique , montoit à 1,681,756 ames ; &
depuis la guerre , à 1,663,594 ; les enfans audeffous
de 2 ans ne font pas compris dans ce dénombrement.
On compte à Drefde 44,000 habitans
, & 33,000 à Leipfick Le nombre des grandes
villes , dans la Saxe Electorale , eft de 17 ; celui
des petites villes , de 50 ; celui des bourg , de
243 , & celui des villages , de 6,747 . On comate
g S
(0154 )
f
dans la Saxe 2,373 terres , tant féodales , qu'allodiales.
Les impofitions réelles ou foncieres , dans
ce pays , montent par an , à 10 milions de liv.
tournois , la Capitation & l'Induftrie , à 3 millions
, l'Accife , le Timbre , & c. , à 7,900,000
& les Domaines produifent 5,900,000 ; ce qui
fait en tout un revenu de 27,637,612 liv. ; la dépenfe
monte à 27,439,583 liv .; par conféquent ,
Je revenu excede la dépenfe de 198,029 liv. La
balance du Commerce eft en faveur de la Saxe
pour trois millions .
ITALI E.
ADE VENISE, le 30 Mai.
Si Un valet de chambre du Baile N, N. Zuliani
, expédié de Conftantinople , eſt arrivé
de 14 de ce mois , au foir , avec des dépêches
qui ont donné lieu à deux affemblées
d'Etat , & à de longues & férieufes difcufnfions
dans le Pregadi du 18. Malgré le f
lence que l'on obferve ici , les politiques les
plus pénétrans prétendent que , fuivant ces
dépêches , la Porte Ottomane demande une
déclaration folemnelle de la part de la Ré
publique , qu'elle n'a fait aucune alliance
avec les Cours Impériales , & qu'elle ne fe
propoſe point d'en faire jamais dans telles
circonftances que ce puiffe être : elle exige
en outre des Vénitiens de terminer leur guerre
avec les Tunifiens , en faifant le facrifice
d'une fomme confidérable d'argent, les menaçant
, s'ils s'y refufent , de rompre ouversement
avec eux . Si cela eft ainfi il eft aifé
( 155 )
*
de découvrir la mauvaife foi avec laquelle
s'eft conduit la Porte Ottomane , par rapport
aux affaires de la Dalmatie , & il y a
lieu de craindre que le Capitan Pacha ne
tombe à l'improvifte avec fon efcadre fur la
Dalmatie Vénitienne , comme l'ont toujours
fait les Turcs dans leurs guerres avec la
République ; mais toutes ces divinations de
la Politique font fort hafardées .
PORTUGAL.
DÉ LISBONNE , le 28 Mai.
2
12
L'état du Roi , attaqué depuis quelque
temps de vertiges fucceffifs , donnoit les
Sférieufes inquiétudes . Le 15, furvint
à Sa Majesté un étourdiffement qui dura
plus d'une heute , & qui fut fuivi le
16 d'une rechûte encore plus allarmante. On
adminiftra ce Monarque , & l'on porta en
proceffion les Reliques des Saints. Le Jeudi ,
l'application des fang- fues apporta quelque
foulagement ; l'enflure aux jambes avoit diminué
, lorfque la maladie reprit affez de
violence , pour ôter l'efpérance de conferver
les jours de Sa Majesté. En effet le 25 ,
le Roi eft expiré dans la foixante-neuvieme
année de fon âge. Peu de jours auparavant
il avoit perdu fon premier Ministre M. de
Mello.
Un Négociant de cette ville a communiqué
au Miniftere une Lettre qu'il a reçue d'Alger ,
ga
( 156 )
où on lui mande que jusqu'à la date du 21 Avril ,
aucun corfaire n'étoit encore forti du port , mais
qu'il s'en apprêtoit pour le 1er . de Mai ; & que
M. Landrezet y étoit arrivé ; mais que le peuple.
murmurant hautement contre le Bey , de ce qu'il
faifoit la paix avec tant de Puiffances , & lui ôtoit
par- là le moyen de faire des captures , il étoit
vraisemblable qu'on impoferoit au Portugal des
conditions trop dures pour être acceptées , &
qu'aini , M. Landrezet roit obligé de revenir ,
fans avoir rien effectué .
GRANDE - BRETAGNE .
DE LONDRES , le 13 Juin.
S. M. vient d'élever à la dignité de Baronnets
de la Grande Bretagne différens Particuliers,
entre lefquels on diftingue M. Macpher
fon , Chef actuel par interim du Confeil Suprême
de Bengale , l'Amiral James Douglas ,
le Major Général Green , Ingénieur en Chef
à Gibraltar , l'Amiral Rowley , &c, .
Le Commodore Elliot a pris congé le 9 de
S. M. pour fe rendre à Terre-Neuve , dont il
commandera l'efcadre.
Le Prince Williams Henri s'eft embarqué
le 4 à Plymouth , fur la frégate le Pégafe , accompagnée
de la Rofe , commandée par le
Capitaine Hervey. Ce jeune Officier du Sang
Royal a gagné , pendant fon fejour à Plymouth
, l'eftime & l'attachement de tous les
habitans . On apprend qu'il eft arrivé le 6 à
Guernesey, où il dîna chez le Gouverneur , &
felon le bruit public , il fera voile de cette île
९
(157 )
pour Hallifax & Terre Neuve avec le Comt
modore Elliot .
Samedi dernier , les Ecrivains de l'Alfred ,
venant de la Chine & de la côte de Coroman⚫
del , & du Locko , venant de la Chine , font
arrivés à l'hôtel de la Compagnie des Indes ,
avec la nouvelle de l'entrée de ces vaiffeaux
à Darmouth. Dimanche , la Compagnie apprit
également le retour du navire le Comte de
Chesterfield, arrivé de la Chine à la hauteur de
l'île de Portland , & hier , celui du Roi George,
venant de Bombay & du Bengale , & entré à
la rade de Weymouth. A toute heure , on attend
la Britannia qui a appareillé de Sainte-
Hélene , jours avant le Roi George , & le
Francis qui arrive du Bengale. Quelques
jours auparavant , la Compagnie avoit reçu
des dépêches de Madrafs , apportées par le
Lieutenant Colonel Stirling . Elles contiennent
, à ce qu'on rapporte généralement , la
nouvelle de la mort de Tippoo Saïb : les lettres
particulieres , dit on , ajoutent que ce
Prince ayant été défait , bleffe & fait prifonnier
dans une bataille rangée avec l'un de fes
adverfaires , contre lequel il avoit commencé
les hoftilités , le vainqueur ordonna de le
pendre au premier arbre ; ce qui fur le champ
fut mis à exécution.
La défaite de l'Oppofition dans l'examen
du premier chef d'accufation contre M. Haltings
, fait préfumer une victoire complette
en faveur de celui - ci , dans la fuite de cette
difcuffion. Les débats , cependant , relatifs à
(2138 )
1
la manière dont la Chambre devoit envifager
la conduite de l'Ex- Gouverneur Général
, pendant la guerre des Rohillas , ont été
très - véhémens , très détaillés , & prolongés
durant deux Séances , dont l'une ne fe termina
qu'à 3 heures du matin. Voici en quels
termes M. Burke préſenta fa motion .
Que certains actes , malverfations & crimes
graves ayant été commis par Warren Haftings
, ferviteur de la compagnie des Indes
Angloifes , & préfident de fon confeil- fu-
» prême à Calcutta , dans le mois de Septemmbre
1773 , au mépris de fes devoirs & de la
confiance que l'on avoit en lui , en aidant &
affiftant le Nabab Sujah UI Dowlah à faire
Dla guerre à la nation des Rohillas , entrant
avec lui dans un traité criminel pour exterminer
cette nation , de laquelle la compaghie
n'avoit point eu à fe plaindre , & cela
contre les ordres & les intentions des directeurs
, fons prétexte qu'il étoit dû une femme
d'argent par ces peuples malheureux dont il
ne pouvoit pas être payé pour le compte de
» la compagnie ; laquelle dette étoit défavouée
par les Rohillas , & inconnue aux directeurs :
ledit Warren Haflings en conféquence de ce
I traité clandeſtin qu'il avoit fait avec le Nababy
fous la promeffe d'une fomme de 400
mille liv. ft . envoya un corps de troupes Britanniques
, pour affifter à la deſtruction & à
» l'extermination de ce peuple , ce qui n'auroit
pas pu être fait fans fon affiftance ; il donna
» les ordres d'attaquer malicieufement & traitreufement
à l'improvifte ce malheureux
peuple , fans former la demande de la fomme
qu'il prétendoit lui être due , & fans aucune
(( 159 )
offre d'arranger à l'amiable le prétenda diffé
rend qui s'étoit élevé au fujet de cette dette ,
refufant de fe prêter à aucune des propofitions
d'arrangement qui lui furent faites par
les chefs ; que par fuite de cette guerre injufte
& barbare , les habitans d'un canton
très-vafte de l'Inde , après avoir été pillés
→ de tous leurs effets furent inhumainement
expultés avec leurs femmes & leurs enfans
de leurs demeures & de leurs territoires
fans aucune provifion pour leur fubfiftance ;
les chefs étant eux - mêmes réduits ainsi que
leurs enfans à la plus grande détreffe que
la femme de Hafir Rhamet , l'un deux , avoit
été traînée de place en place de la maniere
la plus indigne & la plus outrageante , pendant
que d'autres chefs de la même nation
étoient induits en erreur par des envoyés du
Nabab , qui leur promettoient publiquement
& fous la foi des traités , la faveur & da
→ protection du gouverneur , comme cela
a eft prouvé par plufieurs lettres. Tous ces
chefs furent également traités , & furent
so compris dans la deftruction générale de cette
malheureufe nation . Un feul , Fizulla Khan ,
fut admis à une capitulation dans fa forte-
So reffe par le colonel Champion , commandant
en chef de l'armée ; laquelle capitulation
fut faite contre la volonté & les inftructions
dudit Warren Haftings , qui dans une de fes
lettres à ce commandant s'exprime ainfi : quant
➡d Fizula Khan , il ne mérite aucune confidération
, puifque le petitfouverain d'un pays eftimé
au plus 6 a 8 lacques de roupies ( 160 ou 80
mille liv. ft. ) ne doit point être un obstacle
aux mesures que nous avons prifes , ni affecter
en aucune maniere la confiftance de notre con(
160 )
duite refufant d'autorifer le commandant de
l'armée à empêcher les effets de ce plan de
» deftruction , & remettant tout le pays à Sujah
Dowlah , fans ftipuler aucune condition en
faveur de ces peuples , ce qui fit du territoire
habité par les Robilias , dans lequel il
ne fe trouvoit pas un feul pouce de terre
» qui ne fût cultivé comme un jardin
un
canton défert & entièrement dépeuplé ; pour
lefquelles offenfes , malverfations , & c . &c.
» ledit Warren Haftings devoit être déclaré
» atteint de crimes graves dont la nation devoit
connoître , & c. &c . »
Cette motion fut défendue avec chaleur
par M. Burke fon auteur , par Mrs. Wilbra
ham , Francis , Wyndham , &c. Mrs. Powis &
Hardinge s'y rangerent également ,mais en mitigeant
leur avis & en rendant juftice aux talens
& aux fervices de M. Haftings. Ce dernier eut
pour principaux Avocats , M. Loyd Kenyon ,
M. W. Grenville , Lord Mornington , Mr.
Nichols , le Lord Avocat d'Ecoffe , & c .
Nous avons rapporté , l'Ordinaire dernier ,
le fort de la motion , rejettée par 119 voix ,
contre 67. La difcuffion de l'affaire de Bénarès
eft appointée à la femaine prochaine , &
fi chacune des charges exige autant de longueurs
, ce procès ne fera pas terminé pendant
la Seffion actuelle.
2
L'objet le plus important , traité depuis ,
dans la Chambre des Communes, eft le bill de
M. Pitt , fur qui l'on doit régler le commerce
des vins , & la foumiffion des Marchands aux
loix de l'Excife. Le Comité a fait à ce bill
( 161 )
plufieurs amendemens , généralement approuvés
; on y a ajouté quelques claufes néceffaires
, & la troifiéme lecture ayant été
faite le 9 , le bill a paffé fans grands debats ,
à la majorité de voix , contre 33 .
Le même jour , la Chambre en grand comité
délibéra fur une Requête de la Compagnie
des Indes , dont M. Pitt expofa en
ces termes & la nature & les motifs .
Il n'y a perfonne , dit- il , qui ne doive être
convaincu que la fituation de la Compagnie des
Indes , eft actuellement bien différente de ce
qu'elle a été jufqu'à préfent , ou de ce que l'on
pouvoit prévoir qu'elle deviendroit, lorfque l'afte
de commutation a été paffé . Il eſt évident d'après
l'accroiflement considérable de fon commerce de
thé , qu'il est néceffaire d'augmenter fon capital ,
pour la mettre en état de fatisfaire. aux demandes ,
qui dans le cours de l'année derniere , ont été
portées plus qu'au double de ce qu'elles avoient
jamais été. La confommation annuelle du thé pour
'Angleterre fe hornoit p récédemment à fix millions
de livres , elle s'eft élevée dans le courant
de l'année derniere à quatorze millions . La Compagnie
s'eft auffi trouvée en état d'envoyer au
déhors des thés , qui fans cette circonstance , feroient
reftés éternellement dans fes magafins.
Mais fi les lettres de change tirées de l'Inde fur
la Compagnie , ont monté à une fomme beaucoup
plus haute qu'on ne s'y attendoit , c'est l'effet
des dépenfes accidentelles & inévitables de
la liquidation des comptes de la guerre ; car
inême dans ce pays , chacun fait combien il étoit
difficile d'évaluer avec une certaine précifion le
montant des dettes contractées pendant une guerre
longue & difpendieuſe .
( 162 )
Dans cet état de chofes , il eft néceffaire dé
donner à la Compagnie les moyens dont elle a
befoin , pour la retirer de l'embarras où elle te
trouve actuellement. En conféquence , fi le Par
lement lui permet de faire ufage de fon pro
pre crédit pour étendre fon capital , je propo
Terai, les Arrêtés que je crois convenables pour
remplir cet ob et. Le premier eft d'autor fer la
Compagnie à vendre certaines annuités qui lui
font dues par la nation , & qui montent à une
fomme de 36,000 liv. Le fecond , eft de l'autorifer
pareillement à étendre fon capital de
3,400,000 liv. à 4,000,000 liv. excédant dont
la réunion produira la fomme dont la Compagnie
a befoin.
M. Sheridan , répondit à M. Pitt , qu'il accufa
de déception dans la maniere de préfenter les
faits , & dans l'époque qu'il choififfoit pour en
tamer une affaire auffi importante. Selon lui , le
but du Miniftre , en rejettant , cet objet à la fin
d'une feffion, étoit d'avoir un prétexte pour précipiter
la conclufion de cette affaire , qui auroit deinandé
la plus mûre délibération . Il eſt évident
dit -il , que l'on veut abfolument facrifier la
nation à la Compagnie des Indes : le Miniftre
a commencé par fon acte de commutation , à
faire abandonner un revenu de 700,000 liv.
par an. Il est très- vrai , que la Compagnie a
gagné gros à cette opération , mais en récompenfe
, la nation y a beaucoup perdu : s'il faut
en croire le rapport infidieux de la Compaon
a tout lieu d'efpérer qu'il fera fait
des remifes confidérables de Bengale en Chine,
pour le payement des cargaifons. Mais le
commerce de Bengale en Chine paſſe rare
>> ment 100,000 , ou tout au plus 150,000 live
Ce font des faits , pour la vérité defquels jen
55
gnier
(( 163 ))
appelle aux perfonnes qui connoiffent beau
» coup mieux les affaires que moi ».
› Après différentes repliques & explications rés
ciproques , les arrêtés de M. Pitt , pafferent
fans aller aux voix , & il fut ordonné que le rapport
fur cette affaire feroit entendu lebr2, 37q
Les fonds ont haufféle g d'un pour cent ,
ee qu'on attribue , fort à l'aventure , à la nouvelle
de la prochaine conclufion du Traité
de commerce avec la France.
Le Miniftre doit paffer un contrat avec la
Compagnie des Indes , pour que celle ci lui
fourniffe 4000 tonneaux de falpêtre au -delà
de la quantité qu'elle a fourni jufqu'ici tous
les ans . La charte de ce marché fera paffée à
Londres à Noël 1789 .
L'Amirauté a donné ordre de conftruire
Deptford , une frégate portant 40 canons
fur un pont feulement . Si cette nouvelle
conftruction réuffit , on fera conftruire 12
autres frégates fur le même plan.
On lit dans plufieurs Feuilles l'extrait fuivant
d'une lettre de Calcutta , en date du
14 Février dernier.
-M. Macpherſon , Gouverneur général du
Bengale , par intérim , ayant reçu avis qu'un
vaiffeau Anglais avoit été jetté à la côte de
Siam , envoya autfi tôt un bâtiment de la Compagnie
avec des Pilotes pour porter du fecours
aux naufragés , & effayer de fauver le vaiffeau &
fa cargaifon. Il s'eft trouvé que ce vailleau n'étoit
point Anglois , mais François. Son nom eft le
Dauphin , & il paroît qu'il étoit parti de France
( 164 )
au mois d'Avril 1785. Les habitans de la côte
ont trouvé parmi les débris du naufrage des let
tres dont une eft adreffée à un M. Lup riɔr , &
l'autre à un M. Moffion ou Mofie. Les dares les
plus fraiches font du 26 & du 30 Mars 1785. Le
Capitaine François , par le confeil des habitans
de Mergui , s'eft rendu dans un petit bâtiment à
Achem avec le refte de fon équipage , dans l'efpérance
de trouver dans ce Port plus de facilité
pour fe rendre à Pondichery .
Les habitans rapportent que 2 heures après
avoir touché , le Dauphin a coulé bas . Son équipage
refta plufieurs jours deftitué de tout fecours ,
n'ayant pu fauver que très- peu de provifions . Les
Matelots ayant mangé à terre des fruits qu'ils ne
connoilloient pas furent attaqués de la dyfenterie
& des fievres , qui firent fuccomber en très - peu
de temps une quantité d'entr'eux .
Le bâtiment de la Compagnie qui a apporté
ces détails à Calcutta , a appris dans les mêmes
parages , qu'un vaiffeau Hollandois , revenant de
Batavia , avoit également péri dans les détroits.
Mais cette nouvelle mérite confirmation ,
-
Il fe répand depuis avant hier , qu'un paquebot
de l'Amérique feptentrionale a apporté
la nouvelle que les Américains , mé
contens de voir l'article du dernier Traité
de paix , concernant la ceflion de certains
forts & territoires aux environs des lacs .
éludé par les Anglois , avoient marché au
nombre de 7000 hommes contre nos poftes,
fur les frontieres du Canada. Cette démarche
, ajoute t on , n'a point eu la fanction du
Congrès ; mais fimplement celle de quelques
Affemblées provinciales. Un rapport , auffi
3
( 165 )
extraordinaire , exige fans doute des autori
tés moins vagues ; on ne tardera pas à favoir
la vérité à ce fujet.
Le 8 au matin , il y a eu un duel près de
Kenſington , entre Mylord Macartney & le
Major Général Stuart , que ce Lord avoit
mis aux arrêts à Madrafs , pendant qu'il commandoit
cet établiffement. Le Colonel Fullarton
accompagnoit Lord Macartney , le
Colonel Gordon , le Général Stuart. Ces Seconds
ont envoyé aux Editeurs des Papiers
publics le rapport authentique & figné de ce
combat. En voici le précis.
» Le lieu & l'heure ayant été choifis ,
» les combattans arrivèrent au rendez - vous
» à quatre heures & demie du matin , &
» fe placerent chacun à la diftance de douze
pas ( 1 ) , mefurés par les feconds , qui délivrerent
à chacune des parties un pifto-
» let. Le Général Stuart interrogea Lord
Macartney , en lui demandant fi favue baffe
» lui permettoit de voir diftinctement fon
» adverfaire; parfaitement bien , reprit Lord
Macartney. Les feconds s'étant mis de
côté , le Général Stuart fit obferver à
» Lord Macartney que fon piftolet n'étoit
» pas armé ; Milord lui fit fes remercî-
» mens & arma . Quand l'un & l'autre
furent prêts , ils firent feu à quelques fe
(2) Ceft- à- dire , à 24 pas de diftance abfolue ;
les deux Champions marchent 12 pas à l'oppofice
Pun de l'autre.
( ( 166 )
C
condes de diftance l'un de l'autre. Les
Seconds appercevant que Milord Macartney
étoit bleffé , allerent à lui & déclarerent
que la chofe devoit en refter là.
» Ce n'eft pas là une fatisfaction fuffifante ,
dit le Général Stuart , en demandant à
fon adverfaire s'il étoit hors d'état de tirer
un fecond coup . Milord répondit
qu'il y confentoit avec plaifir , & il preffa
le Colonel Fullarton d'y confentir également
; mais les feconds déclarerent qu'ils
» ne le permettroient pas. Là-deffus le Général
Stuart dit que c'étoit fimplement
partie remife à un autre moment. Sur
» quoi S. 5. répondit : Si telle eft l'inten-
» tion du Général , il vaut mieux achever
» tout de fuite. Je me trouve ici en Vertu
» d'un cartel du Général Stuart qui me
ས Jau
» demande une fatisfaction perfonnelle
d'une offenfe que je lui ai faite en ma
» qualité d'homme public ; mais pour proul'intérêt
de ma sûreté
ver que
dicte point la déclaration que je n'avois
contre lui aucune inimitié , il peut continuer
comme il le jugera bon. Les Seconds
ayant
mis fin à cette converfation
» les parties refterent fur le terrein jufqu'à
» l'inftant où le Général Stuart , privé de-
» puis long temps de l'ufage d'une jambe ,
fut obligé de s'appuyer contre un arbre.
» MM. Hunter & Home, Chirurgiens
qu'avoit amenés le Colonel Fullarton ,
» s'avancerent , & aidés des deux Colo-
"
"
2016
ne me
61671
» nels , ils déshabillerent Lord Macartney ,
& le firent affeoir. Le Colonel Gordon
quitta enfuite le préau avec le Général
» Stuart, & S. S. fut reconduite chez elle
>> en voiture.
כ
CE
Les Seconds ne peuvent trop exprimer
la fermeté & le fang froid des deux com-
» battans , & ils fe trouvent heureux d'a-
» jouter qu'on a extrait la balle qui avoit
percé l'épaule droite de Lord Macartney,
» fur le rétabliffement duquel on a les plus
2 fortes efpérances. €
Signés W. FULLARTON. A. GORDON.
Depuis l'impreffion de ce récit , l'état de
Lord Macartney s'eft amélioré de jour en
jour, & toute crainte fur fon compte eft difipée.
deat 23
Mardi7 du courant
, eft mort
à fa terre
de Sion , à l'âge
de 74 ans , le
uc de Northumberland
, Comte
de Percy
, Lord
Lieutenant
& Gouverneur
des Comtés
de Midlefex
& de Northumberland
, Chevalier
de
l'Ordre
de la Jarretiere
, Préfident
de divers
Hôpitaux
, & l'un des Gardes
du Mufæum
. II
avoit
réfigné
fes places
à la Cour
en 1781
.
Peu
de
Seigneurs
en Europe
joignoient
autant
de magnificence
à une auffi
grande
générofité
. Ses aumônes
, fes fecours
de tout
genre
, la nobleffe
de fes dépenfes
lui avoient
concilié
l'eftime
univerfelfe
. Ce
Seigneur
dont
la fortune
, l'influence
& le crédit
offroient
peu de comparaiſons
en Angleterre
むさ
( 768 )
& ailleurs , defcendoit du Chevalier Baronet
Hugh-Smithfon dans le Yorckshire. En
1740 il époufa la fille & l'héritiere d'Algernon
Duc de Sommerfet , Comte de Northumberland
, après la mort duquel ce dernier
titre & tous les biens de la maifon de
Percy pafferent au Duc de Northumberland
qui vient de mourir. Le Roi George
III le créa Duc en 1766 ; antérieurement
il avoit été Viceroi d'Irlande , & devint
Grand Ecuyer de la Couronne en 1778 ,
Il laiffe deux fils dont l'aîné eft le Comte
de Percy , Lieutenant- Général , né en Lieutenant - Général ,
1740 , d'abord marié à Ladi Anne troifieme
fille du Comte de Bute , dont il a été féparé
par un divorce. Aujourd'hui il eft remarié
à Miff Burell. Le cadet eft Lord
Algernon Percy , né en 1750 , & marié à
Miff Burell , foeur de la Comtefle de Percy
Le premier hérite de 60,000 liv. fterlings ,
près de 1400,000 tournois de rente en biens
de terre ; le fecond jouira de 10,000 livres
fterling par an. L'ordre qui régnoit dans les
affaires du feu Duc avoit maintenu & augmenté
fa fortune malgré la grandeur de fes
dépenfes. Peu de Souverains ont des maifons
de campagne qui furpaffent celles du
Duc de Northumberland à Alnwick & à
Sion. En bâtimens & en jardins , il avoit
dépensé plus 80,000 liv. Rerlings.
Par le Navire le Waren Haftings , arrivé
de l'Inde derniérement , un des Nababs a
envoié
( 169 )
envoyé à S. M. un préfent de fix oifeaux
couronnés fuperbes , & qui coûtent dans
l'Inde 600 guinées la paire. Ils font du plus
beau bleu , pareil à celui du cou du paon ,
grands comme des oyes , & ornés par la
nature d'une houpe de plumes blanches qui
reffemblent à une chevelure artiftement
poudrée .
Le Lord Cambden , autre Bâtiment de la
Compagnie des Indes , arrivé à Deptford ,
a aufli apporté une hyene mâle. Cet animal
eft plus gros qu'un dogue ; il eft très doux
& fa peau est marquetée de raies noires fur
fond blanc comme celle du zébre .
Cinquante Seigneurs Ecoffois ont déjà
foufcrit des fommes plus ou moins confidérables
pour l'établiffement des pêcheries
& pour la formation des villages fur les
côtes d'Ecoffe. Cette foufcription deviendra
générale , à ce qu'on préfume , dans
toute la Nobleffe , vivement intéreffée à
améliorer le fort de fes Vaffaux.
Le Roi a donné aux Officiers Généraux
du fervice de terre un nouvel Uniforme , qui
confifte en un habit écarlate doublé de blanc ,
revers bleu , & orné d'un large galon d'or ,
mais uni ; vefte & culotte blanches ; les boutons
portant une épée & un bâton en fautoir.
Les Officiers - Généraux ont paru pour
la premiere fois dans cet Uniforme le jour
anniverfaire de la naiffance du Roi.
Il y a actuellement fept détachemens de
Nº. 25, 24 Juin 1786.
h
( 170 )
recrues dans les deux Royaumes , occupés
à lever des hommes pour le fervice de la
Compagnie des Indes . Ces recrues feront
envoiées dans les différens établiffemens de
la Compagnie.
Le Prince Guillaume Henri , actuellement
au fervice de la Marine Royale , fera créé
Pair du Royaume , auffitôt qu'il aura atteint
l'âge compétent ; & il en fera de même des
autres Fils du Roi . On ne dit pas encore ſi
l'on fera revivre les anciens titres , ou fi l'on
en créera de nouveaux .
On croit que le ruban bleu du Duc de
Northumberland fera donné au Prince
Royal de Danemarck,
Selon le Morning Chronicle , le dernier
concert de l'Abbaye de Weftminſter , qui ſe
célébre toutes les années en mémoire d'Handel
a été exécuté par 712 Muficiens , Chanteurs
& Cantatrices , & a rapporté 13 à
14,000 liv. fterl.
Le nombre des Malfaiteurs condamnés à être
transportés augmentant tous les jours , le Minif
tere a porté fon attention fur les moyens de les
diftribuer également dans les Colonies , telles
que le Canada , les Antilles , & la côte d'Afrique.
Ceux qu'on envoyoit à ce dernier endroit y
étoient ci - devant employés comme foldats . Selon
le nouveau projet ils ne feront plus admis dans
le fervice militaire ; on les emploiera au commerce
intérieur des Etabliſſemens.
Lorfqu'il étoit queftion du plan de fortifications
rejetté par le Parlement , on penſoit,
dit- on , à y employer les Forçats qui tra(
1718)
vaillent fur la Tamife . Sur quoi M. Hayley ,
Poëte Anglois de réputation , propofa ce
diftique , pour fervir d'infcription à ces ouvrages.
To raife thofe Bulwark of enormous price ,
The head of Folly us'd the hands of vice .
» Pour élever ces boulevards d'un prix
» énorme , la tête de la Folie a employé les
» mains du Vice.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 14 Juin .
L'Evêque de Metz , [ M. de Montmorenci-
Laval que le Roi a nommé à la place de
Grand Aumônier de France , a prêté a jourd'hui
, entre les mains de Sa Majefté , en cette
qualité , le ferment , dont la lecture a été
faite par le Baron de Breteuil , Miniftre &
Secrétaire d'Etat ayant le département de la
Maifon du Roi : il a en même tems prêté
ferment en qualité de Commandeur de l'O:-
dre du Saint - Efprit. Après avoir eu l'honneur
de faire fes remercîmens à Sa Majeflé ,
le Grand -Aumônier a eu celui de faire fes
révérences à la Reine & à la Famille Royale .
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Cruas ,
Ordre de Saint -Benoît , diocefe de Viviers ,
l'Abbé des Laurents de Beaujeu ; à celle de
Bonnaigues , Ordre de Cîteaux, diocefe de Limoges,
le fieur de la Chaftre , Religieux - profès
du même Ordre , à celle de Beaulieu , Ordre
h 2
( 172 )
de S. Auguftin , diocefe du Mans , l'Abbé de
- Montefquiou , Vicaire général d'Aix , Agent
général du Clergé de France , fur la nomination
& préientation de Monfieur , en vertu
de fon apanage.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 11 de ce mois , le contrat de mariage
du Marquis d'Audiffret , Capitaine au
régiment du Roi , Cavalerie , avec Demoifelle
le Sénefchal .
Le Roi eft parti le 21 de ce mois , pour
aller coucher à Harcourt , d'où Sa Majeſté
fe rendra le lendemain à Cherbourg , pour
y vifiter les travaux ; Sa Majeſté , qui féjournera
le 23 , le 24 & le 25 à Cherbourg , en
repartira le 26 pour aller coucher à Caen ,
d'où elle ira , le 27 , coucher au Havre. Sa
Majefté , après avoir dîné le lendemain à
Rouen , viendra coucher à Gaillon , d'où
elle fe rendra ici le 29 du même mois.
DE PARIS , le 22 Juin.
La femaine derniere , il eft mort aux Jacobins
de la rue S. Jacques , un vieillard nommé
Jofeph Rullier , âgé de 114 ans. Il avoit
fervi fous le Prince Eugene , & étoit encore
fort & bien portant. La mort de ce Centenaire
n'a pas été moins remarquable que fa
longévité , car il a été tué par une chûte ;
les Chirurgiens qui ont vifité fon cadavre ,
ont trouvé tous les vifceres en bon état, Son
pere mourut encore plus âgé , & de même
accidentellement.
( 173 )
Nous avons rapporté que les Etats de
Bretagne avoient décerné une Statue au
Roi , & qu'elle devoit être placée à Breſt.
M. Jalliet de Savanet , Architecte , vient de
publier un projet pour placer ce monument ,
de maniere que , fans exiger des dépenfes
coûteufes en bâtimens , la Statue puiffe commander
également au port , à la rade , au
goulet , & être en vue des deux villes ; d'après
ce projet aucun bâtiment ne pourra entrer
dans la rade , aucun mouvement fe faire
dans le port , aucun falut fe donner , ou fe
rendre , fans être , pour ainfi dire , préfidé
par S. M.
La nature elle -même a indiqué cette difpofition
dans la Cour actuelle du château
de Breft , dont les deux aîles fur le pont feroient
terminées par deux pavillons. Là , fur
les fondemens de la tour de Céfar l'Artiſte
place la Statue.
En parlant pour la premiere fois dans ce
Journal de l'intéreffante victime dont le Par
lement de Paris a conftaté l'innocence , nous
fimes honneur avec raifon à M. le Cauchois,
Avocat de Rouen , du falut de cette infortunée
Marie Françoife Victoire Salmon , qu'il
n'a ceffé de protéger , de guider , de fecourir
, depuis l'inftant où il la retira de l'échaffaud.
Comme la Lettre qui a fuivi notre
premiere notice , a femblé infirmer
ce dévouement généreux de M. le Cauchois,
fa Cliente elle - même réclame aujourd'hui
les droits de fon Défenfeur ; voici fes termes
h3
( 174 )
MONSIEUR :
"
9
Ce que je viens de lire dans deux de vos livres ,
fur-tout dans celui , N ° . 23 , fur le résultat de
mon étonnante affaire me force à rétablir la
vérité au gré de la reconnoiffance qui eft dans
mon coeur. C'eft à l'égard de M. le Cauchois ,
qui depuis près de 5 années me fert de défenfeur
& de pere ; oui , Monfieur , c'eſt à ce refpectable
ami de l'humanité , c'eſt à ce vertueux
citoyen que je dois tout ce que je fuis aujourd'hui.
Les larmes que j'ai verfées dans le fein
d'une perfonne décorée & vénérable de cette ville ,
lorfqu'on cherchoit à me faire croire que je ne
pourrois être défendue à Paris par cet Avocat , &
la fatisfaction que j'ai éprouvée , en lui voyant
furmonter tous les obftacles que l'intrigue élevoit
à cet égard ; ma reconnoiffance enfin , tout
m'engage à répéter ici que M. le Cauchois n'a
ceffé de me fecourir à Rouen , au Confeil , à Paris ,
de fes lumieres & de fes confeils , de fes travaux ,
de fa bourſe ; il a fait plus , il a pris foin de mon
ame. Ainfi , que ne lui dois- je pas ? je crois devoir
ajouter ici que je fuis le cinquiéme perfonnage ,
à qui ce digne défenfeur a fauvé l'honneur & la
vie. Voilà la vérité . Je la rends ; je le dois , &
e vous fupplie, Monfieur , de vouloir bien la ré
péter pour moi. Je fuis , & c.
Paris , ce 13 Juin 1786 .
Marie - Françoife - Victoire SALMON.
On a obfervé à Rouen , comme on a pu
le faire à Paris même , une variation au thermometre,
de 22 degrés dans le mois de Mai
dernier , c'est - à - dire , que le thermometre
fut à zéro au commencement de ce mois -là ,
t
( 175 )
& à 22 degrés au-deffus de zéro , vers fa fit .
Le 28 Décembre 1785 , nous mande Mr.
Auchier , Maître en Chirurgie à Niort , je fus
mandé pour fecourir le nommé Bourolleau , Maître
Boucher , âgé de 3 ans ; je le trouvai à demilieue
de la ville , encore fur les bras de ceux qui
le portoient. Son accident avoit été caufé par
une charrette , chargée de 6 tierçons d'eau - devie
, qui lui avoit paffé deux fois fur les cuiffes ,
fracturées , ou plutôt moulues , tant dans leur par◄
tie fupérieure , qu'inférieure : cette derniere partie
de la gauche étoit non - feulement écrasée ,
mais encore coupée en travers , à la referve des
vaiffeaux poplités , qui feuls avoient été respectés .
Malgré cela , il y avoit une hémorragie très - confidérable.
Je renonçai à l'amputation , à caufe
de la fituation des quatre fractures , compliquées
& multipliées à l'infini.
Cependant , la vie de ce malheureux étoit en
danger ; fes cris , qui annonçoient fes vives douleurs
, me perçoint l'ame. Enfin , autant par
pitié que par devoir , je réfolus de tout tenter pour
foulager & pour arracher à la mort cet infortuné .
Après que j'eus arrêté l'écoulement du fang , &
fait les panfemens indiqués par l'art , je pofai fes
deux cuiffes dans des boëtes , en forme de goutieres
, dont j'avois eu foin d'échancrer la gauche
,, pour faciliter dans la fuite les panfemens
néceffaires. Je continuai ces mêmes foins ; il y
eut dans les commencemens , des accidens terribles
à combattre mais après l'orage , furvint
le calme , à la faveur duquel je parvins à étendre
ce même membre , au point qu'il eft auffi long
que l'autre ; & après deux mois de panfemens ,
les vuides qu'avoient laiffé les pieces d'os qui
s'étoient féparées par la fuppuration , fe remplirent
par les fucs offeux : en forte qu'aujour
:
h 4
( 176 )
d'hui , le malade eft parfaitement guéri , & marche
avec fermeté , fans qu'il foit refté dans les
parties fracturées que très- peu de difformité . Je
raconte cet accident , tel qu'il eft ; plus de 200
perfonnes de la ville qui en ont été témoins ,
pourroient certifier qu'on a vu avec étonnement
les heureux fuccès de mon opération .
J'aurois defiré que les circonftances m'euffent
permis de donner au Public un Journal de ce qui .
s'eft paffé à chaque panfement , jufqu'à parfaite
guériſon.
Le 12 de ce mois a été célébré en la Paroiffe
de S. Martin de la ville de Vendôme ,
le mariage renouvellé au bout de 5 ans , de
M. Godineau de Villemarchais , Avocat au
Bailliage de Vendôme , âgé de 81 ans , & de
Dame de Renuffon fon époufe , âgée de 78
ans. A ce mariage a affifté comme frere &
comme Parrein du mari , M. Godineau ,
Procureur du Roi Honoraire , Confeiller-
Doyen du Bailliage , à l'âge de 92 ans ,
pour lequel on célébra la même cérémonie
il y a quelques années.
L'afcenfion de la dix- huitieme courfe aërienne
de M. Blanchard s'eft faite aujourd'hui à Bruxelles
, à dix heures du matin . Elle a été des plus majeftueufes.
Cet Aéronaute s'eft élevé , par le
moyen d'un ballon de vingt- deux pieds de diametre
, tenant à la main un autre ballon de douze
pieds , auquel étoit attaché un parachûte, chargé
d'un mouton pefant quarante livres . LL. AA.
RR. qui renoient les deux rubans attachés au
char , ont vu , avec la plus gtande fatisfaction ,
qu'ils fe font échappés de leurs mains par la force.
de l'afcenfion , M. Blanchard a tenu la promeffe
( 177 )
>
qu'il avoit faite en partant , de planer dans les
airs à la vue d'un Public immenſe , afin de donner
auffi le ſpectacle de fa defcente . En effet
on a fucceffivent joui de celui de la defcente du
parachûte , qui a été on ne peut pas plus fatisfai
fante . Il l'a abandonné dans les airs à une demilieue
du point de fon départ ; & lui , eft defcendu
à une heure 45 minutes , à deux lieues , dans un
bois appellé le Ballon , le vent s'étant toujours
foutenu N. O. E. Nous avons chargé ces deux
ballons en moins de deux heures , & nous n'avons
employé pour ce travail que les bras de quatre
Manoeuvres. ( Feuilles de Flandres ) .
Encore une réclamation ; nous en demandons
pardon au Public : mais en vérité,
à tel point qu'on pouffe la défiance , il eft
impoffible d'imaginer la hardieffe avec la
quelle on follicite la publication d'une foule
de charlataneries , de plagiats , de fraudes de
toute efpece, que leurs Auteurs n'ont pas
honte de figner. La lettre fuivante en fournit
une nouvelle preuve.
J'ignore , Meffieurs , quels ont été les motifs
de l'Auteur de la Lettre datée de Rouelles , le iz
Mai , & inférée dans le Mercure du 3 Juin ; mais
comme Seigneur & propriétaire de la Terre de
Rouelles , comme propriétaire du privilege de la
Manufacture qui y a été établie , & comme Actionnaire
pour un tiers dans cette entreprise , la
Lettre inférée dans le Mercure m'en procure plufeurs
dans lesquelles on me demande des informations
fur la prétendue reprife de cette Manu
facture.
Je me crois donc obligé de déclarer , 1 ° . que
la Manufacture qui avoit été établie à Rouelles c
h
J
( 178 )
1759 a paflé en 1767 entre les mains de fes créan→
ciers ; que ceux - ci l'ont régie pour le payer de
leurs créances , qu'en 1778 ils ont ceffé la fabrication
, parce que , difoient- ils , ils ne pouvoient
en efpérer des bénéfices qui opéraffent leurs paiemens.
En conféquence , ils firent fignifier en 1781 ,
l'abandon de cette Manufacture , en demandant le
paiement de ce qui leur reftoit dû .
Par Arrêt de 1783 , tous les effets , ´marchandifes
, matieres , matériaux & uftenfiles de ladite
Manufacture ont été vendus au profit de ces créan◄
ciers.
2º. Je déclare & je certifie que depuis le mois
de Juillet 1778 , il n'y a point eu de feu allumé
dans la Manufacture .
3 °. Je déclare & je certifie que depuis la vente
de tous les effets , marchandifes , matieres , matériaux
, outils de toute efpece , vente qui a été
faite en 1783 , il n'a été fait 2 Rouelles , jufqu'à
ce jour , aucunes réparations , aucun remplacement
aucun préparatif qui ait le moindre rapport
au rétabliffement annoncé.
4° . Il eft cependant vrai que le fieur de la
Haye , qui a figné la Lettre dont eft ici queftion ,
a ofé faire mettre la coupe dans le bois de Rouelles
, & qu'en conféquence il a été pourſuivi par
la juftice du lieu ; mais ayant rejetté le délit de
cette entrepriſe fur un particulier qui s'eft dit
avoir acquis les droits du dernier propriétaire de
la Manufacture , mort depuis environ fix mois ;
le fieur de la Haye & ce particulier ont été affignés
devant MM. Collet & le Roy , anciens
Avocats au Parlement de Paris , Commiffaires
nommés par Sa Majesté pour juger toutes les con
+
( 179 )
teftations relatives à la Manufacture de Rouelles
, & c . &c . & c .
Le Baron DE MARIVETZ .
Du Château Royal de Vincennes , le 9 Mai
1786 .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 47 , 14 , 73 , 70 , & 10 .
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 18 Juin.
Il paroît ici une Déclaration de l'Empereur
, en date du 4 Mai , dont voici la fubftance
:
« S. M. ayant reconnu , depuis l'Elit émané le
9 Janvier dernier , concernant les Francs Maçons,
qu'il y auroit de l'inconvénient à autorifer les
loges de cette Société dans toutes les Villes capitales
des Provinces Belgiques , elle a jugé à
propos de concentrer dans la feule Vile de
Bruxelles , fous les yeux du Gouvernement- général
, toute la Franche-Maçonnerie aux Pays-
Bas , & en conféquence elle déclare qu'il ne pourra
fe tenir ailleurs que dans la foule ville de
Bruxelles , aucune loge ou affemblée de Francs-
Maçons ; permet S. M. d'établir dans cette ville
deux ou trois loges . Les lift - s des Membres devront
être remifes , conformément à l'Edit du 9
Janvier, directement au Gouvernement - général,
fous peine de 3oo ducats . 300
Avant de partir pour la Zélande , le Stathouder
a fait une promenade au château de
Dieren , & de-là à Cleves chez la Baronne
h 6
( 180 )
de Spaen née Naſſau. LL. AA. SS . & leur
famille dînerent chez cette Dame , après
avoir vifité le tombeau du Prince Maurice ,
& entendu un Te Deum en leur honneur
dans l'Eglife Collégiale. Les Compagnies
Bourgeoifes furent fous les armes pendant
le féjour de LL. AA . SS . qui furent reçues
& complimentées par les différens Chefs de
la Régence & de l'Adminiſtration.
Les Etats Généraux ont répondu au Mémoire
de l'Ambaffadeur de France , préfenté
le 21 Avril dernier , par une réfolution
remife le 31 Mai au Marquis de Verac
& conçue en ces termes :
"
Il a été trouvé bon & arrêté qu'en réponſe
audit mémoire on fera connoître à M. le Marquis
de Veras que L. H. P. ont reçu , avec les
fentimens de la plus vive gratitude & de la plus
haute confidération, des affurances auffi favorables
& auffi pofitives que celles qu'il a plu à S. M. de
donner de fon attachement invariable à l'Alliance
qui fubfifte fi heureuſement entr'Elle & cette République.
Que L. H. P. ne defirent rien avec plus d'ardeur
que de donner réciproquement à S. M. en
toute occafion les preuves les plus finceres de
leur adhéſion confiante à ladite Alliance , comme
auffi du prix qu'elles attachent à ſon amitié.
Que la déclaration généreufe contenue dans
ledit Mémoire leur donne de nouveau un témoignage
des plus convaincans de cette amitié , puifque
bien loin de vouloir s'immifcer dans la direction
des affaires intérieures de la République ,
S. M. veut bien les affurer qu'Elle fera plutôt
difpofée à conccurir , au befoin , de la maniere la
( 181 )
plus efficace , à toutes les mefures néceffaires
pour empêcher que ni du dehors , ni du dedans ,
on ne les gêne dans l'exercice de cette direction
.
Que cette déclaration de S. M. T. C. paroît à
L. H. P. d'une importance d'autant plus grande ,
que rien ne leur tient plus à coeur que de conferver
leur indépendance , aufli bien que la forme
du Gouvernement de cet Etat en général , & des
Membres qui le compofent en particulier.
"
Qu'ainfi en retour des fentimens que S. M.
daigne exprimer pour le bonheur & la prospérité
de la République , L. H. P. croient devoir l'affurer
, de leur côté , de la façon la plus expreffe ,
de toute la part qu'elles prennent à la profpérité
du regne glorieux de S. M. & des voeux
qu'elles forment du fond de leur coeur , de fe
voir toujours à même de concourir de tout leur
pouvoir à l'avancement des intérêts mutuels des
deux Puiffances alliées , & de donner à S. M. le
preuves les plus fortes de leur difpofition à remplir
auffi de leur côté toute l'étendue des devoirs
d'un ami & d'un allié fidele .
Les vaiffeaux partis des différens ports des
Provinces Unies , pour la pêche de la baleine
, font au nombre de 58 ; ſavoir , 6 de
plus que l'année derniere . Ceux qui aiment
à confulter des états de comparaiſon , ſe
rappelleront que , fuivant l'affertion de M.
Jenkinfon , pardevant la Chambre des Communes
de la Grande - Bretagne , il exiftoit 92
vaiffeaux Anglois en armement pour cette
même pêche, qui autrefois fe faifoit prefque
exclufivement par les Hollandois . Ces derniers
auront cette année 174 navires emploiés
à la pêche du hareng.
( 182 )
Stiepan Annibale qui avoit pris les titres
de Prince d'Albanie , a avoué lui-même à
fes Juges , les Echevins d'Amfter lam , qu'il
étoit un aventur er ; & fon identité avec Stephano
Zanowich fe conftate de plus en plus .
Les différens rôles de cet impofteur , fi extraordinaire
par la nature , par la durée , par
le fuccès de fes impoftures , vient d'être mis
au jour par le Baron de Cloots qui avoit été
fort lié avec lui , qui l'a démafqué , & qui
donne fa brochure comme un fupplément au
livre des Linifons dangereufes . M. de Cloots
rapporte lui même fes propres lettres fur le
Faulaire , adreffées à différentes perfonnes
à Paris. Entr'antres en voici une à la célébre
Ducheffe de K*** .
« J'ai vu le Prince d'Albanie pour la premiere
fois de ma vie le 9 Février , dans une boutique
de Libraire . Nous parlâmes littérature . Je fus
étonné des faillies de fon efprit & des prodiges
de fa mémoire , fans favoir ni fon nom , ni fes
qualités . Nous nous féparâmes fort fatisfaits l'un
de l'autre. Il m'envoya le lendemain fes ouvrages,
& il vint me voir lui même . J'apprends, me dit il ,
que vous êtes Pruffien , Auteur & millionnaire ...
Comme vous demeurez ordinairement à Paris
je comprois vous y trouver , ainfi que Madame
la Decheffe de K ... ; qui obtiendra tout en Rußfie
par mon canal , &c . Il y a deux ans que je fuis
venu en Hollande avec le Comte d'O ... , Grand-
Général de Lithuanie , qui me doit cent mille
écus , & l'expeative de la Couronne de Pologne
Je viens demander un million aux Etat - Généraux
pour les vingt mille hommes que je leur of
fris contre l'Empereur , mon ennemi perfonnel,
( 183 )
J'ai logé trois mois chez M. Fokins , Confeiller
& Bourguemaître de ma Fabrique , à Gronigue ,
& huit à dix jours au Loo , chez le Prince d'O
range , à qui j'ai parlé vertement ... »
...
« Comme il parloit toujours de ma fortune
& de celle de mon oncle & de ma tante , dont
je dois hériter , & chez qui je fuis logé , j'eus dès
les premiers jours la prévoyance de lui dire que
j'étois un riche mal - aifé , & que mes dettes à Paris
me faifoient croquer le marmot à Amfterdam . Je
dois mon falut à cette fauffe confidence . Le fait
eft que je fuis venu en Hollande pour recueillir
une fucceffion . Il m'en a coûté , il eft vrai ; mais
la leçon vaut bien unfromage. Je me trompe ; j'ai
reçu des préfens magnifiques , une peliffe de deux
mille ducats que le Prince avoit reçue de Catherine
II , un manchon de cent ducats , un autre de
150 forins , une chaîne d'or , des antiques , des
étoffes . Malheureufement que les maudits Pelletiers
foutiennent que ces fourures ne valent pas
cent florins. Les autres connoiffeurs atteftent que
la chaine eft de cuivre , & qu'enfin tous ces riches
préfens ne valent pas à beaucoup près les
boucles d'or , la canne à pomme d'or , les chemifes
de toile fuperfine que j'ai eu la complaifance
de remettre à Son Alteffe . Notez M.dame , que
fa dignité de Prince Souverain ne lui permettoit
pas de recevoir aucun préfent d'un particulier ; &
qu'en recevant mes boucls , il les envoya chez les
freres Perrolet , Orfevres , qui les eftimerent
379 fl. Je fus même forcé de recevoir deux poignées
d'efca'ins à compte. Comme les trente
mille ducats de Bolfano , & vos cent mille florins .
Madame , tardoient d'arriver , ma pauvre chatouille
in a fouffert . Tantôt c'étoit quarante
ducat , tantôt trente reiders d'or tantôt plus ,
tantôt moins . Cela s'appelloit pelotter en atten
dant partie »
( 184 )
cc« Le piege le plus terrible & où j'aurois été
pris infailliblement , c'étoit la propofition qu'il
me fit , & que j'acceptai , de voyager avec lui .
Votre tante a de fort beaux diamans : pour peu
qu'elle ait d'ambition , elle ne vous les refufera
pas , afin de paroître avec plus d'avantage dans les
Cours où nous irons . J'ai laiffé mes voitures &
mes gens & mes malles à Groningue ; car j'aime ·
à voyager à pied ; & fi vous êtes de mon avis ,
nous enverrons nos équipages en avant , & nous
ferons la route en nous promenant. Je trouvois
cela charmant. Heureufement que le myflere
d'iniquité s'est dévoilé à tems ; car je fuis certain
maintenant que j'aurois été poignardé , volé ou
empoisonné en chemin ; & ce qui auroit pu m'arriver
de plus heureux , c'eût été de me réveiller
un beau matin dans quelque village écarté ,
avec mon bonnet de nuit pour valife » .
сс
« Cependant Carlovitz difparoît . Le Prince fel
lamente ; perfonne ne fait mieux compoſer fon
extérieur , je ne connois pas de meilleur comédien
. Ah ! le coquin , le fcélérat , s'écrioit - il ;
c'eft la troisieme fois qu'il me joue un tour femblable
! Il annonce dans les papiers publics que
Carlovitz lui a dérobé entr'autres un collier orien
tal de trente fix rubis de quatre carats : & le
Jouaillier Stolting fe trouvant un jour chez le
Prince , medit que c'étoit un ouvrage d'Amfterdam
, & que ces beaux rubis ne valoient pas fix
fols . Il nia au Jouaillier Losbergen d'avoir jamais
reçu aucun bijou de lui ; & les feuls diamans fins
que l'aie vus chez le Prince , appartenoient à
Losbergen , de l'aveu de Son Alteffe . C'est alors
qu'il ne me fut plus permis de douter de la collufion
entre le Prince & fon Secretaire : c'eft alors
que ce que j'avois regardé comme des chimeres
fe changea en réalités , & que les réalités s'éva
( 185 )
nouirent en chimeres : c'est alors que je donnai
l'éveil aux créanciers .
M. de Cloots a également rapporté la lettre
fuivante au Comte O*** Grand Général de
Lithuanie ; elle renferme d'aufli curieufes
particularités.
Monfieur , » Vous avez fans doute appris la catastrophe
du Prince d'Albanie. J'ai vu le paquet
que vous lui avez rendu , & qu'il vous a renvoyé....
Vous lui annoncez la banqueroute de
Britman , à qui vous avançâtes dix- huit mille
ducats , à la recommandation de Caftriotto , qui
en débourfa foi - difant douze mille pour le même
objet. Britman s'établit à Cayenne pour faire un
commerce étendu felon vos intentions : il équippa
trois navires . On tira des lettres - de- change
fur lui ; on vous fit un récit magnifique des fuccès
de cet Anglois ; on grava une belle eftampe pour
vous éblouir davantage . Eh bien , les Négocians
François n'ont jamais pu déterrer ce Britman ,
qui doit même nous avoir annoncé fon mariage ,
& l'acquifition d'une plantation à Cayenne ».
On auroit également cherché long- tems Britman
à Cayenne & dans toute l'Amérique . C'étoit
un Chapelier , logé à Liege à l'hôtel de Flandres ,
d'où il écrivoit fous la dictée de Caftriotto , des
lettres datées de Cayenne , où il étoit queftion du
navire le Prince d'Albanie , de cargaifons , de
plantations , de lettres -de-change , &c. ; fictions
imaginées pour tromper le Grand Général , en
attendant que le onzieme defcendant du grand
Scanderberg le plaçât fur le Trône de Pologne ,
qu'il ne ceffoit de lui promettre. Il faut fans
doute être furieufement amoureux des beaux
yeux d'une couronne , pour s'aveugler au point
de l'attendre d'un homme fans aveu , qui ne po
fédoit pas un pouce de terrein fur le globe ».
186 )
« Il ne fait , continue l'Auteur , ni la langue ,
nila géographie des contrées foumifes à fon iceptre.
Ses erreurs géographiques n'ont pas peu contribué
à me défiller les yeux. Capitaine- Général
de Monténégrins , il divife Monténégro en fix
Provinces , & la Morlaquie ft une de ces Provinces
. Or les Morlaques font à cent lieues des
Monténégrins . C'eft comme qui diroit que la
Goe dre eft un des treize Cantons Suiffes . Le
Monténégro contient fix cents mille ames , felon
lui , & ce pays malheureux n'a qu'à peine dix
lienes dns fa plus grande longueur , & trois
lieues dans fa plus grande largeur . C'eft un tol
ingrat , hérifé d . ro hers , & clair- femé de demi-
fauvages Les Holandois auroient attendu
long - tems les vingi mille Monténégrins que
Mgr. le Patriarche offrit trop généreusement à la
république ».
a
Une Lettre de Philadelphie , du zo Mars ,
dont on nous affirme l'authenticité , s'exprime
comme il fuit :
" La difpofition du peuple à revêtir le Congrès
de pouvoirs plus étendus , augmente journellement
à mesure que la nation s'éclaire davantage ,
& je ne me rappelle pas d'avoir jamais vu dans
tout le cours d'une vie déjà longue , plus de
marques de bonheur public qu'on n'en voit aujourd'hui
dans ce pays. Ces cultivateurs qui fent
le
gros de la nation , ayant eu de tonnes récoltes
qu'on leur paye à haut prix & argent comptant.
Les adreffans reçoivent auffi de bons gages, & la.
valeur de toutes les chofes venales augmente
confidérablement. Les Marchands à la vérité le
plaignent qu'ils ne font pas affez d'affaires ; mais
il est évident que ce n'eft pas là l'effet du petit
nombre d'acheteurs , mais celui du trop grand
nombre de vendeurs , car la confommation des
( 187 )
marchandifes n'a jamais été plus grande , à en
juger par l'habillement , l'ameublement & la maniere
de vivre de toutes les claffes de citoyens ».
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
" La garnifon de Potzdam avoit ordre de faire
fes exercices très-près de Sans - Souci , & même
à une telle proximité , que le Roi pût entendre
chaque coup de fufil . Dans un moment qu'il
croyoit que l'on faifoit feu par bataillon , il parut
très- mécontent des décharges qu'il entendoit , fit
venir auffi - tôt le Général de R .... , & lui fit part
de la caufe de fon chagrin. Le Général remontra
au Roi que le feu qu'il venoit d'entendre , n'étoit
point un feu de bataillon , mais de compagnie .
Le Roi ne revenant pas de fa premiere impreflion,
& prétendant toujours avoir entendu un feu trèsirrégulier
, le Général rapporta au Prince de
Pruffe la converfation , qu'il venoit d'avoir avec
S. M. S. Alteffe Royale , pour éviter à l'augufte
vieillard un chagrin inutile , ordonna , que pour
le lendemain , les décharges ne fe feroient plus
que par bataillon , & eut en outre la précaution
de déclarer que les recrues ne tireroient point.
Cette heureufe attention eut le meilleur effet ;
elle remit le calme dans le coeur du Roi , qui parut
plus content que jamais » .
Le commerce vient de triompher de la Maltôte
, ce qui par malheur ne fe vit pas fouvent.
Il s'agiffoit d'un réglement fuivant lequel les
marchands , débitans par aune , feroient obligés
de délivrer une note contenant leurs profits jour
naliers , dont la régie devoit retirer un trentieme
par cent. En outre par un article de ce réglement,
on fpécifioit que toutes les fois que les données
des marchands ne feroient point aggréées des
( 188 )
commis de la Ferme , ceux- ci feroient autorifés
à faire telles recherches qu'il leur plairoit , dans
les magafins des marchands. Déjà le réglement
étoit fous preffe. Trois marchands réfolus furent
trouver le Roi à Potzdam . Leur fupplique courte
& laconique étoit conçue en ces termes ;
VOTRE MAJESTÉ VEUT DONC NOUS RUINER ?
On la leur rendit apoftillée de ces mots : Je
ne le veux pas ; que tout foit annullé » . FREDERIC .
-
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS.
Tournelle Criminelle
Jeune fille accufée d'empoisonnement , condamnée
à étre brûlée vive , RECONNUE INNOCENTE .
L'intérêt que le Public a montré pour le fort
de cette jeune fille vient de s'accroître au dernier
degré , par le Jugement qu'on a rendu à ſon
fujet. Voici en peu de mots l'hiſtoire de fon procès.
Au mois d'Août 1780. Marie
Salmont , âgée de vingt ans , arrive à Caen pour
fe mettre en ſervice : le même jour au foir , on
lui procure une maifon dans laquelle il y avoit
fept Maîtres à fervir , parmi lefquels il fe trouvoit
un vieillard de quatre- vingt fix ans. Le cinquieme
jour , ce vieillard meurt , & le procès- verbal
d'ouverture du cadavre laiffe croire qu'il a été
empoifonné avec de l'arfénic mêlé avec du vin .
Le lendemain , d'autres perfonnes de la
maifon fe plaignent d'avoir été empoisonnées ,
& elles indiquent la fervante nouvellement à leur
fervice , comme étant l'auteur du crime. Auffitôt
le Procureur du Roi au Bailliage de Caen ,
( 189 )
la fait conduire en prifon & au fecret , & la procédure
fe termine par une Sentence qui la condamne
à être attachée à un poteau avec une chaîne
de fer , pour être brûlée vive , fon corps réduit en
cendres, &c. & c . préalablement appliquée à la
queſtion. -- Le 17 Mai 1782 , cette Sentence
a été confirmée au Parlement de ROUEN ;
l'accufée, ayant été reconduite à Caen pour y fubir
l'exécution de l'Arrêt , elle étoit déjà arrivée
dans la Chambre de la Torture , & le bûcher
préparé , lorfqu'elle arrêta tout par un déclaration
de groffeffe , derniere reffource qui lui avoit été
fuggérée pour retarder le fupplice ; car d'ailleurs
elle n'étoit pas dans la fituation qu'elle fuppofoit.
Le Juge la fait reconduire en prifon
, & remet au 29 Juillet 1782 , l'exécution de
la Sentence , dans le cas où , dans l'intervalle
la groffeffe ne fe feroit pis manifeftée . Le
29 Juillet s'avançoit , & le défaut de groffeffe annonçoit
à l'infortunée Salmon le terme où fon
fupplice devenoit inévitable. Le 29 arrive , le
bûcber eft de nouveau préparé ; elle eft conduite
à la Chambre de la Queftion ; c'eft dans cet inftant
que paroît un Ordre du Roi qui ſuſpend l'exécution
del'Arrêt. Nous ne pouvons nous refufer
au defir de faire connoître à nos Lecteurs la maniere
noble & touchante avec laquelle toutes ces
révolutions font préſentées par M. Fournel dans
une Confultation. c La fille Salmon arrive
a Caen le 26 Mai ; déja le jour de l'exécution
eft indiqué ; le lieu deftiné au fupplice
» reçoit les funeftes apprêts ; la Chambre de la
Queſtion va s'ouvrir pour y entendre les gé-
» miffemens de la malheureuſe Salmon ; préparatifs
illufoires , tout eft arrêté par une déclaration
de groffeffe ; elle refpire donc ; elle voit
» finir cette journée qui devoit la réduire en
( 190 )
cendres , & n'avoir pour elle d'autre lendemain
» que l'éternité ; mais cette journée reviendra le
» 29 Juillet. Quelle main bieufaifante en arrê-
» tera le retour ? Ah ! croyez que la Providence
qui vient de fufpendre le facrifice , faura bien
créer d'autres reffources pour l'anéantir : c'eft
» elle qui fait parvenir juſqu'au Trône la nouvelle
d'une pauvre Servante , condamnée à cinquante
lieves de là , aux tourmens les plus affreux
, pour un crime invraisemblable , &
d'après une procédure monftrueufe ; & foudain
» part de Verfailles un ordre de furfeoir à l'exé-
Les protecteurs de cette
pauvre fille profitent de ce premier fuccès pour
obtenir des Lettres de révifion , qui font adreffées
au Parlement de Rouen . Révifion faite du procès ,
le Parlement de Roun rend Arrêt le 12 Mars
1785 , par lequel il annulle la Sentence du Bailliage
de Caen , & ordonne un plus amplement
informé , l'accufée gardant prifon ; mais ce nouvel
Arret eft caffé par Sa Majefté , qui renvoie le
procès au Parlement de Paris.
cution » .
C'eft dans cet état que la fille Salmon'demanda
la nullité
de la procédure
, la décharge des accufations
, & la permiflion
de prendre à Partie les Officiers du Bailliage de Caen , qui ont fait l'inſtruction
du procès & rendu la Sentence . La Confultation
de M. Fournel a pour objet d'établir l'in nocence de l'accufée fur tous les chefs qui lui ' étoient imputés , & de juftifier les conclufions
qu'elle a prifes à ce fujet. C'eft dans l'Ouvrage même qu'il faut lire les développemens
qui con- duisent à cette conféquence
. Cet Ouvrage afait au Palais & dans le public la plus grande fenfa- tion ; on y retrouve cette gracieuſe
facilité de ftyle , ce ton de décence , de fageffe , cette vi- gueur de raifonnement
qui font le caractere
par(
191 )
ticulier des autres Ouvrages de M. Fournel , &
qui lui ont alluré fa place parmi les Ecrivains
les plus diftingués. Le procès avoit été
mis fur le Bureau le Samedi 22 Mai , à fept
heures du matin ; Meffieurs ne fortirent de la
Chambre que vers les deux heures , & le rapport
fut continué au Lundi fuivant à pareille
heure. Le Lundi , le rapport dura depuis fept
heures jufqu'à une heure , & fut encore continué
au lendemain Mardi matin 25. Le même jour ,
Meffieurs s'occuperent de l'affaire pendant quatre
heures. Le réſultat d'une difcuffion auffi
approfondie , fut l'Arrêt dont nous avons rendu
compte il y a quinze jours. La fille Salmon
, au fortir de l'interrogatoire qu'elle avoit
fubi derriere le Barreau , avoit été conduite dans
la Chambre de S. Louis , pour y attendre fon
jugement ; mais auffi - tôt que l'Arrêt d'abfolution
eut été annoncé , un applaudiffement univerfel
manifefta la joie publique . Tout le monde
voulut voir cette infortunée , que le deftin le plus
bizarre fembloit avoir appellé à des événemens
auffi finguliers . Pour fouftraire cette fille
aux empreffemins qui auroient pu lui faire courir
un nouveau danger , des perfonnes prudentes
la firent entrer dans l'intérieur du Barreau , où
elle le trouva défendue contre l'affluence qui fe
preffoit autour d'elle , mais dans une fituation affez
favorable pour n'être point dérobée aux regards
du Public . Ce fut alors que la fatisfaction générale
éclata de nouveau par des applaudiffemens
continuels & des libéralités abondantes .
un ufage ufité au Palals , qu'un prifonnier déclaré
innocent eft reconduit par la grande porte dite
Belle - Porte , & qui donne fur le grand eſcalier de
la cour du Mai . - Lorfque les gardes qui
devoient accompagner la fille Salmon fe furent
C'eft
( 192 )
mis en devoir de la conduire , la foule qui fe
précipita fur fa route rendit fa marche fi lente ,
qu'il fallut plus d'une heure pour arriver au grand
efcalier , au bas duquel on avoit fait venir un
carroffe de place. L'efcalier & toute la Cour
du Palais fe trouverent en un inftant garnis d'une
fi grande multitude , que ce ne fut qu'avec
beaucoup de peine que la fille Salmon put parvenir
àla voiture : alors la cour du palais offrit un
fpectacle fuperbe & d'autant plus touchant qu'il
étoit plús nouveau . Une jeune fille d'une figure
intéreflante & modefte , defcendoit lentement
les marches du Temple de la Juftice , environnée
de fufilliers & d'hommes en robe , à travers
un cortege nombreux , qui par de grands mouvemens
annonçoit une vive impreffion . La férénité
de cette jeune fille , les fleurs dont elle étoit
parée , l'alegreffe publique , éloignoient toute
idée d'un événement finiftre ; mais , d'un autre
côté , la pompe de cette cérémonie contrarioit
avec l'extérieur fimple de celle qui en étoit l'ob
jet. Ceux qui n'étoient pas inftruits de l'événement
, s'empreffoient de demander à leurs voifins
l'explication de cette énigme , on leur répon
doit « c'eft une jeune fille , qui après avoir été
S
condaínnée à être brûlée vive , & avoir été deux
» fois au moment d'être exécutée , vient d'être
» déclarée innocente par le Parlement de Paris ,
auquel le Roi l'avoit renvoyée . Le Parlement
» la fait reconduire par la Porte d'honneur ; ies
gardes que vous voyez ont ordre de l'escorter
jufqu'à ce qu'elle foit en pleine liberté , & ré- ,
pondent de fa confervation » ..
A ces
mots
les yeux
fe mouilloient
de larmes
, & le
Parlement
étoit
comblé
de bénédictions
.
Depuis
ce tems
la fenfibilité
paroit
s'accroître
de
jour
en jour
fur le fort
de cette
infortunée
, qui
devient
l'objet
de la curiofité
générale
.
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & enprofe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c. &c,
SAMEDI 3 JUIN 1786.
TO
GHAT
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel Th
rue des Poitevins , No. 17.
Avec Approbation & Brevet du Rpi.
TABLE
PRCES
Du mois de Mai 1786 .
IICES FUGITIVES. Difcours prononcés à l'Aca-
Sur la trifte condition de
l'Homme ,
77
Air de l'Amour Filiale ,
Réponse d'un Homme de Cour
à la Dame de Province , 49
A Mademoiselle Contat ,
Réponse à la Queftion ,
Le Petit Marchand de Laine ,
Conte
Stances ,
98
démie Françoife , à la Réception
de M. l'Abbé Morelet
, 114
151
166
Eloge de Greffet ,
L'Oncle & les Tantes , Comédie,
Entretien Socratique fur la ve
racité & la fidélité à remplir
fes engagemens , 170
Chanfons nouvelles de M. de
145
Piisa
.
100
147 Air &Amphytrion ,
Charades , Enigmes & Logo
gryphes , 8 , 52 , 112 , 149
NOUVELLES LITTER
Camille , ou Lettres de deux
Filles de ce fiècle ,
Dix -huitième Livraison de
l'Encyclopédie, 11
Etudes Poétiques, 54
Chabannes 731
Académie Françoife,
SPECTACLES.
176
25
Concert Spirituel , 38
Académie Roy. de Mufiq. 179
Comédie Françoife , 39 , 136,
180
Comédie Italienne, 42,83,182,
Sciences & Arts , 89
Théâtre de M. Rochon de Annonces & Notices , 45 , 90,
142 185
▲ Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
rue dela Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE
SAMEDI 3 JUIN 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PRÓSE.
A Madame DU GAZON , jouant le
rôle de Nina.
GRACE à ton air efpiègle , à ton fripon langage ,
On portoit en riant les chaînes de l'Amour ;
On l'aimoit indifcret , & même un peu volage ;
Au Public , fous tes traits , il jouoit plus d'un tour.
Mais aujourd'hui ce Dieu , fi léger , fi commode ,
Sage dans fa folie , amufe nos loifirs ;
Et tu le remets à la mode
En changeant ſon viſage ainfi que nos plaiſirs.
( Par M. le Chevalier du Puy-des- Iflets, 】
FOR
NEW-YORK
A i
4
MERCURE
ROMANCE de NINA , mufique de
M. d'Aleyrac.
Larghetto.
QUAND le bien-ai- mé re -vien- dra
près de fa lan gulan- te a- mie ,
*Hle
printems a- lois re- nai tra , l'herbe
fe - ra tou- jours fleu - ri - e.
DE FRANCE.
Mais je re- gar - de ,
mais
je regar- de
hélas !
*
hé las le bien aimé ne revient
pas , le bien aimé ne re vient pas..
OISEAUX , Vous chanterez bien mieux ,
Si du bien-aimé la voix tendre
Vous peindrai fes tranfports , fes feux ;
Car c'eft à lui de vous l'apprendre.
A itj
MERCURE
Mais.... mais j'écoute , hélas ! hélas !
Le bien-aimé ne chante pas.
ÉCHо , quej'ai laffé cent fois
De mes regrets , de ma trifteffe ,
Il revient ; peut-être ſa voix
Te demande auffi la maîtreffe.
Paix !.... il appelle ! .... Hélas ! hélas!
Le bien-aimé n'appelle pas.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Vertu ; celui de
l'Enigme eft Limaçon ; celui du Logogryphe
eft Soie.
CHARA D E.
Mon premier chez le fexe eft rarement couverts
Mon fecond aux vaiffeaux tantôt nuit , tantôt fert ;
Frère André voudroit bien que mon tout fût ouvert. ,
( Par un Ecolierdu Collège d'Harcour. }
DE FRANCE 7
+ ENIGM E.
Pour être moins énigmatique ,
J'offre en tout trois acceptions.
Combine mes rapports , parcours mes fonctions ;
Ami Lecteur : voici pratique.
D'abord point d'Artifan qui n'ait befoin de moi
Pour inftrument d'attelier , de boutique.
Puis je couvre le pauvre & le riche & le Roi.
Et fi plus clairement il faut que je m'explique ,
Quand je deviens l'objet d'un regard curieux ,
Mon luftre , mes couleurs me font mille envieux
Et c'eft un grand malhenr fi je fuis four unique,
Enfin je pørte un nom célèbre dans les mers
Sous autant de mafques divers ,
A ma honte je fuis un bizarre Prothée ;
Et fi je me montre à l'envers ,
Je deviens ridicule , & je fuis rejetée.
J'infpire de l'humeur fitôt qu'on me falit;
Malgré tout, on m'emploie & le jour & la nuit ;
L'hiver , l'été , fans moi nul n'oferoit paroître ;
C'eft fur- tout en diminutif
Que je plais au fuperlatif
A l'Élégante , au Petit-maître.
).
( Par un An. Chan, d'Em.ỳ
A iv
MERCURE
LOGOGRYPHE.
° $ * £ Pour me former il faut du feu :
13
Avec cinq pieds je fuis fragile,
Avec quatre je fuis un jeu ,
ent Avec trois une plante utile ,
Avec deux un pronom , avec un ſeul je fuis
Le nombre de mes pieds multipliés par dix.
Par un Dragon du Régiment de Noailles . )
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à MM . de l'Académie Françoife ,
fur l'ElogedeM. le Maréchal de Vauban
propofé pour fujet du Prix d'Eloquence de
L'année 1787 ; par M. Delaclos , Capitaine
d'Artillerie . A Paris , chez Durand neveų,
Libraire, rue Galande. in-8°.
SiI cette Lettre avoit pour objet , comme
l'ont prétendu quelques perfonnes qui ne l'ont
peut- être pas lue , de flétrir la mémoire d'un
Citoyen recommandable , que de longs fervices
ont élevé au grade de Maréchal de France,
& de lui ravir la couronne qu'un Tribunal
éclairé lui a décernée , nous ne pourrions pas
nous difpenfer de mêler nos reproches à ceux
DE FRANCE.
ต
que fe feroit juftement attirés M. Delaclos.
Les Militaires qui liront avec attention &
avecimpartialité la Lettre que nous annonçons,
y reconnoîtront un motif bien différent. Ce
n'eft point la renommée de M. de Vauban que
l'Auteur s'efforce de détruire : quel intérêt
auroit-il a troubler la cendre d'un ancien Général
qui a emporté dans le tombeau les regrets
de la France & l'eftime publique ? Une
idée patriotique a conduit fa plume. Il a voula
tenir les efprits en garde contre l'opinion qui
s'eft élevée en faveur du fyftême de M. de
Vauban pour la défenſe des places . Il a craint
que l'éloge propofe par l'Académie Françoife
ne fût pour la génération préfente , & même
pour la postérité , un acquiefcement à la prédominance
de ce fyftême , & qu'il n'en réfultât
une oppofition abfolue contre tout autre
qui pourroit le furpaffer par un effet plus
utile & moins difpendieux.
Confidérée fous ce véritable point-de-vue ,
la Lettre de M. Delaclos mérite les plus grands
éloges. Il y a fans doute du courage à lutter
avec fes propres forces , contre une opinion
adoptée par un Corps auffi éclairé que l'eft celui
du génie , & qui s'eft confolidée par le temps
& même par des fuccès. On ne peut pas fe
diffimuler que les raifonnemens avec lefquels
M. Delaclos l'a combattue ne foientimpofans.
On regrette même en lifant ce dernier Ou-"
vrage , qu'il ne fe foit pas exercé plus tôt dans
un genre plus grave que celui par lequel il
s'étoit déjà fait connoître.
Αν
ΤΟ MERCURE
1
La grâce & la décence règnent dans fa Lettre
à l'Académie Françoife. Ce qu'il dit relativement
aux prix qu'elle eft dans l'ufage de
diftribuer , nous a paru auffi bien penſé que
noblement exprimé. « On ne voit point fans
» étonnement , je dirai mieux , fans admira-
သ
tion , qu'une inftitution qui , dans l'origine ,
» ne donnoit lieu qu'à des efpèces de compofitions
trop reffemblantes à tous égards à
celles de nos Colléges , foit devenue aujourd'hui
un objet vraiment important
» pour la Nation entière , & l'un des moyens
les plus puillans peut - être de perpétuer
» dans la génération préfente le génie & les
» vertus qui ont illuftré nos ancêtres. » Cette
utile & honorable révolution eft moins due
encore au bel - efprit qui vous diftingue ,
qu'au bon efprit qui vous anime. C'eſt par
lui que rappelant l'éloquence à fes fonctions
originelles & facrées , vous avez voulu que
nos jeunes Orateurs miffent leur gloire à célébrer
celle des grands Hommes dont notre
Nation s'honore. De ce moment l'Académie ,"
que des juges fans doute trop févères n'avoient
regardée long- temps que comme une affemblée
de beaux- efprits plus enviés qu'utiles ,
eft devenue en quelque forte le Tribunal
augufte qui prononce les jugemens de la poftérité
; & la Nation femble avoir confié déformais
à ce Corps refpectable le foin d'acquitter
en fon nom le tribut d'hommages
qu'elle reconnoît devoir à tous ceux qui
ont augmenté fon bonheur , fa puiffance ,
DE FRANCE.
fes lumières ou même fes plaifirs."
Après avoir ainfi préparé les efprits à recevoir
fes obfervations , M. Delaclos entre dans
le détail des opérations de M. le Maréchal de
Vauban. Il prouve que fon fyftême de défenfe
étoit connu dès la fin du quinzième ſiècle ,
qu'il a été exécuté en 1 567 à la citadelle d'An
vers. Pour démontrer la foibleffe de fon plan
de fortification, il cite la ville d'Ath, que M. de
Vauban avoit fortifiée avec le plus grandfoin,
& qui ne put tenir que treize jours de tranchée
ouverte contre ce même Général , forcé luimême
d'en faire le fiége , parce que les ennemis
s'en étoient emparés.
Il ne nous appartient pas d'établir une opinion
dans une matière qui nous eft étrangère.
C'eft aux gens de l'art à juger du mérite ou de
l'infuffifance des fortifications de M. de Vauban
, & fi après avoir reconnu que ſon ſyſtême
ne peut arrêter une attaque bien dirigée
il ne feroit pas de la fageffe du Gouvernement
d'en adopter un autre qui rempliroit plus parfaitement
l'objet qu'on fe propofe en fortifiant
une place de guerre.
, +
Nous croyons feulement pouvoir dire qu'il
paroît que M. de Vauban a porté plus loin
Part de l'attaque que celui de la défenſe , &
qu'il a dû par cela feul attirer fur lui les fa
veurs d'un Roi plus animé de l'efprit de conquête
qu'occupé de conferver ſes États. Combien
Louis XIV devoit chérir un fujet qui le
rendoit le maître de toutes les villes devant
lefquelles il fe préfentoit, & fixolt irrévocable,
A vj
12 MERCURE T
ment le jour où il y entreroit triomphant
La raifon qui eft venueéclairer les homines
fur leurs propres intérêts , leur a fait fentire
que le premier des biens eft de conferver ,
d'améliorer celui que l'on a , & que ce qui
importe le plus à la profpérité , à la durée
d'un Empire , c'eft d'en rendre les limites inacceffibles
à l'ufurpation .
Quel que foit au furplus le jugement
que
l'impartialité
éclairée
portera
du fyftême
de
M. de Vauban , d'après la Lettre
que nous
aunonçons
, on n'oubliera
jamais que ce fut
un homme
recommandable
par fes talens militaires
, & plus encore par fes vertus ; que la
même main qui traçoit des plans d'attaque
&
dedéfenfe
, s'occupoit
dans les loifirs de la paix,
à rédiger
des projets
dans lefquels
fe peint
l'ame d'un bon Citoyen
.
Peut être les lumières acquifes de fon tems
n'ont elles pas permis à M. de Vauban de
porter plus loin la perfection de fon Art ; ce
n'eft donc pas manquer à la vénération qu'on
lui doit,que d'en relever les défauts ; & quand,
après être convenu qu'il mérite nos hommages
pour ce qu'il a fait, on prouve que
l'on
peut encore faire mieux , on n'eft point le
détracteur d'une grande réputation : on démontre,
feulement qu'il eft poflible d'en ac¬
quéfir une autre encore plus méritée .
T
Pour fe & d'injuftice que M. Pour fe convaincre que ce n'eft point dans
un efprit de
Delacos a écrit cette Lettre à l'Académie
Françoile , il fuffit de jeter les yeux fur le
tr
DE FRANCE. 13
"
»
و ر
"7
morceau qui termine fes obfervations. “ Mais,
ajoute- t'il , le même amour de la vérité
» qui m'enhardit à publier cette critique d'un
» homme célèbre , ne me permet pas de ne
» point rappeler en même temps tout ce
» qu'il eut de louable. M. de Vauban a porté
jufqu'à la perfection l'art de l'attaque des
places ; & fi cet art , généralement funefte,
» eft particulièrement encore. plus nuifible
qu'utile à la France , dont l'intérêt est bien
plus de conferver que d'acquérir , cela peut
» diminuer le prix , mais non le mérite de
» l'invention. Il faut y joindre le mérite de
» près de foixante années d'un fervice trèsaffidu
, & fouvent très- dangereux ; le mé-
» rite de l'ordre & de l'économie qu'il a fu
établir dans tous les travaux dont il a eu la
» direction : avantage d'autant plus grand ,
qu'il a toujours fubfifté depuis ; le mérite
» de fon zèle patriotique & de fon attache-
» ment à fon Roi. Il faut joindre même à ce
qu'il a fait de bien , le mérite du bien qu'il
» auroit voulu faire , & fous ce point de vue
» on pourra compter pour quelque chofe fes
» nombreux manufcrits. »
و د
و د
ور
"
ور
Ce n'eft pas- là certainement le ton d'un
Écrivain que l'envie ou d'autres intérêts animeroient
contre l'hommage public rendu à
un Général qui , par fes talens militaires &
fes vertas privées , occupera toujours une
place diftinguée dans le beau fiècle de Louis
XIV .
( Cet Article eft de M. de la Croix, J
14 MERCURE
1.
VARIÉTÉS.
ر VOYAGEauxGlaciersdeChamounien
Savoye , & retour par le Valais & les
bordsdu Lac de Genève, par M. Bérenger. *
LESES Lettres que je vous écris , mon très-cher
ami , des différentes villes de la Suiffe que je par
cours , forment un Volume férieux qui a befoin de
quelques Epifodes moins politiques . J'ai imaginé
d'en tirer deux ou trois du petit voyage que je viens
de faire aux Glaciers de Faucigni. Je reffens une
extrême envie de vous dépeindre les avenues , les
entours & les afpects du Mont- Blanc , ce foyer
éternel des glaces & des neiges qui alimentent inceffamment
les fleuves nourriciers de nos plaines , les
torrens des profondes vallées de la Savoie , & les
rivières qui courent fertilifer l'Italie. Vous me fuivrez
enfuite , la Carte à la main , à travers les chaînes
vraiment alpeftres qui fèparent le Chablais & le
Faucigni , du Valais ; & enfin nous defcendrons le
Rhône fur une frêle barque, pour cingler avec Julie
& Saint-Preux des côteaux enchantés de Clarens
& de Vevai , aux fameux rochers de Meillerie & de
la Chartreuse de Ripaille aux remparts de Genève.
Ce voyage , tant par mer que par terre , dure àpeu-
près dix jours , pendant lefquels on peut avancer
de toutes les manières , en pofte , à cheval , à
pied & à voiles déployées . Avec les petites aberrations
néceffaires , on parcourt un cercle d'environ
cinquante à foixante lieues. On traverſe le territoire
& les villes de trois Républiques & de deux MonarDE
FRANCE. IS
2
}
ehies. On voit l'homme de la Nature & l'homme
civilifé; le Paysan avili par la fervitude , & le Laboureur
cunobli par la liberté. Dans un même
jour on defcend dans des vallées où croiffent & mûriffent
tous les fruits d'Italie , & quelques heures
après on fe trouve élevé à des hauteurs qui offrent
la rigoureuſe température & les affreux fpectacles du
Pole. On gravit , fi l'on veut , fur des belveders de
glaces faillantes à deux mille toifes du niveau des
& dans un feu! jour on a reffenti l'influence
de toutes les faifons , & embraffé tous les climats de
la terre.
mers ,
Il est vrai qu'il ne faut pas s'attendre à parcourir
des chemins unis , doux & roulans comme ceux du
bois de Boulogne. Martialo ne préfide point , à la
cuifine des lieux où l'on gîte * ; enfin l'on ne ren
contre aucune ville Françoife dans des gorges & fur
des monts où l'on reconnoît encore tantôt les defcendans
Aborigènes des anciens Allobroges , tantôt des
Bergers Nomades , reftes des Huns qui fuivoient Ar
tila, & dans les diverfes Bourgades un mélange fortuit
d'Helvétiens , de Francs & d'Italiens ; réſultat
néceffaire de la pofition de ces Peuples & de leurs
diverſes autocraties . Mais en récompenfe on voit
des payfages délicieux , des hameaux paifibles , des
troupeaux nombreux & fuperbes , des Bergers qui
ne font point Pâtres , de vrais Bergers innocens , gais,
& fatisfaits . On rencontre à tous momens des lacs
purs & tranquilles dans des réduits signorés & char
mans ; des caſcades argentées qui vont tombant tout
autour de vous de rochers en rochers , fe cachent ,
reparoiffent , fe précipitent de nouveau , & feréfolvent
en pluie douce & fraîche. A chaque pas on
eft arrêté par des points de vue tour -à- tour fau- ,
* La plupart de ces gîtes n'ont pas même une cuiſine.
16 MERCURE
vages & rians , doux & fiers , nuds & riches , & tou
jours neufs , variés , pittorefques . On foule aux
pieds des plantes rares & balfamiques ; mille fleurs
auffi belies que falataires furprennent , enchantent
les regards. Les o.feaux à grand vol y planent dans
les airs , les daims timides , les chamois au pied léger
y paiffent , l'oeil au guet , dans leurs inacceffibles retraites,
ou , pourfuivis par les aigles , femblent voler
comme elles de cime en cime , & franchir d'un feul .
bond des précipices de deux ou trois mille pieds de
profondeur ; enfin que vous dirai - je , mon bon
ami; les mets de l'âge d'or , du lait plus épais que
notre crême , des fromages aromatiques , du miel
parfumé comme l'ambrofie , des truites délicates ,
& dont l'émail eft auffi vif après la cuiffon qu'au
moment où la ligne les enlève à leurs ondes mater
nelles ; très - fouvent la vraie liberté, l'hofpitalité
patriarchale, & des fervices qui n'ont rien de fervile ;
c'en eft affez fans doute pour dédommager les Sages
des monotones & vénales fuperfluités , des ragoûts
incendiaires , des vins fophiftiqués , & de tous les appâts
qui dans nos hôtelleries
Nous promettent la vie & donnent le trépas.
Mais il eft très - vrai que fi l'on n'eft très - fenfible
aux beautés de la Nature & à la fimplicité des
moeurs champêtres & primitives , que fi l'on n'apporte
ici que des fens & un coeur vuide & blâfé ,
l'on n'éprouvera point ces voluprés pures , ces jouiffances
vives dont l'Amant de Julie peint fi bien les
délices ; on rira même de celui qui ofera les retracer
avec l'enthouſiaſmé qu'elles infpirent encore par
le feul reffouvenir..... Pour moi , j'avouerai qu'il
n'eft point de jour où mon imagination ne m'arrête
leng temps dans ces vallées fortunées , fur ces dômes
hardis tout peuplés de merveilles , & parmi tant de
P
DE FRANCE. 17
grands objets d'étude , de reconnoiffance & d'ad
miration.
Nous partîmes de Genève vers les quatre heures
du foir pour venir coucher à la Bonne -Ville , Capitale
du Faucigni. La porte du spectacle ( Genevois ) ,
falle qu'on a brûlée une fois , étoit afliégée par
une foule d'Élégantes, jaloufes de voir, non pas la
repréſentation de Brutus ou de Guillaume Tell ,
mais nos derniers Opéras - Comiques qui , comme
chacun fait , font , par la liberté qui y règne , dignes
des moeurs & des Républiques modernes .
La promenade de Plein- Palais ( Plana Palus )
étoit préfqué déferte ; nous en cumes moins de re
grets. Il faut convenir qu'on s'en arrache bien malgré
foi le jour où les jeunes Genevoiles , en robe
blanche & flottante , en fimple chapeau de paille ,
qu'elles favent placer d'une manière très-piquante ,
viennent, avec les grâces naturelles qui les diftinguent,
embellir ces longues allées , & fouler en riant les
pelouſes unies de ce délicieux rendez - vous.
La route eft fuperbe & bordée pendant près d'une
lieue de maifons de plaifance , de floriffantes culaures,
de terraffes , de pavillons ; & tour cela refpire
l'aifance & la propreté . Les voitures qui vont &
viennent, ne font pas à la vérité éblouifantes de vernis
& de dorures , ni peintes par les Emules de l'Arétin
; elles ne font pas leftées par derrière de trois
ou quatre efclaves bigarrés qui , du haut de l'échafaud
qui leur fert de trône , regardent avec un flupide
mépris l'Artifan & le Laboureur.... Mais le cocher
fans livrée a l'air d'un ferviteur prudent & fidèle ;'
mais les chevaux font gras & vites , mais les refforts
paro ffent doux & lians ; ce luxe-là vaut bien le nôtre :
qu'en pensez-vous?.
Le village de Chêne , à une petite liene de la
Rome proteftante , eft partagé par un ruiffeau qui
fépare les jardins de la République des champs
18 MERCUREJ
Savoyards. Le contrafte eft faillant & la tranſition
brufque : Gaudet tellus vomere liberos On réfléchit
malgré foi fur 1 influence des Gouvernemens , & l'on
parle ... plus librement qu'on n'écrit.
Le terrein s'élève infe fiblement , les monts fe
découvrent; on ne voit plus le faleve que de profil.
Ses roides efcarpemens laiffent à nud les affifes paral
lèles de fes bancs calcaires ; les vallées s'approfon
diffent , les angles fe correfpondent plus fortement.
On voit çà & là d'énormes blocs de granit que le
grand courant des Alpes a précipités du haut du
Mont Blanc vers le Rhône, lors de la grande débacle
des eaux. Tout annonce , tout attefte cette horrible
tourmente de notre Planète ; tout laiffe encore appercevoir
lés traces à demi effacées des Epoques de la
Nature.
On arrive bientôt au village de Contamine , qui
fe prolonge entre l'Arve & une colline appuyée contre
le môle.
L'Arve eft un volumineux & rapide torrent qui
tombe des Glaciers voifins du Mont Blanc. Ses eaux
font blanches comme de l'orgeat jufqu'aux environs
de Chamouni & de Serves , où des torrens noircis
dans des ardoifieres viennent falir fes fots courroucés
. Il couvre d'immenſes débris les plaines qu'il fubmerge
& ravage. P'ufieurs fois dans ce fiècle fa force
& fa maffe ont fait rebrouffer le cours même du
Rhône , & tourner à contre- fens tous les moulins
établis fur ce fleuve impétueux.
Le môle eft une grande montagne pyramidale
dont le pied eft à cinq lieues de Genève. On la pren◄
droit pour un de ces cônes qu'ont foulevés les volcans
ou enfantés les laves ; mais M. de Sauffure , qui
l'a toute parcourue & fondée , n'a pu y trouver le
moindre veftige de feu . Sa croupe eft recouverte
d'une houffe magnifique ; ce font de vaftes prairies
riches de plantes médicinales , & bordées de forêts
DE FRANCE. f
fombres. Ces pâturages font tous extrêmement féconds
; les troupeaux s'y plaifent , & leurs laitage, y
devient exquis . Lorsque l'herbeft féchée , & qu'on
veut l'emmagafiner , toute lajeuneffe des hameaux
voifins fe rend fur ces plateaux avec de grands filets :
en y renferme le fourrage , & l'on fait rouler ces
ballots du haut en bas de la montagne. Cette récolte
n'eſt pas un travail , mais une vraie fête pour
les habitans des Chalets : tout eft délaffement & jeu
pour des coeurs innocens .
A l'oppofite de la Bonne - Ville & de l'autre côté.
de l'Arve, s'élève à pic le fommet fourcilleux du
Brezon. Ces deur maffes reffemblent à deux fortereffes
qui défendent les avenues des Alpes.
Je ne vous dirai rien de la Bonne- Ville. C'eſt un
trifte village triangulaire , dont les maifons entourent
une place affez fpacieuſe , & qui feroit belle fi
des plantations régulières la décoroient . La plaine
du côté de Genève eft très- fertile , mais pareſſeuſement
cultivée.... Nous ne pumes tenir deux minutes
dans l'Églife du lieu , où l'on avoit inhumé depuis
peu des cadavres puans capables de méphitifer tout
l'air d'une Bafilique auffi grande que Saint-Pierre
de Rome. Au fortir de cette Capitale , qui peut bien
renfermer mille citoyens , il faut paffer l'Arve fur
un pont reftauré par la munificence de Benoît XIV ,
& fur lequel cependant la Cour Ultramontaine n'a
point encore établi de péage.
La vallée ou plutôt le détroit de la Bonne-Ville à
Clufe eft d'environ trois lieues . Les afpects en font
impofans & variés . Par fois , des rochers qui furplombent
le chemin , intimident la route du Voyageur;
tout- à- coup de petites plaines verdoyantes &
bien cultivées réjouiffent fa vue ; de l'autre côté de
la rivière des lifières de bois d'aunes ou de peupliers
, de grands rochers verticalement fendus
quelques ruines de vieux Châtels , dont les bafes :
205 MERCURE
font recouvertes de jeunes arbriffeaux , préfentent
de beaux tableaux aux Amateurs , & de bonnes
Etudes aux Artifles.
Clufe eft encore plus mefquine que la Bonne-
Villes on y paffe rapidement , & je n'y ai rien remarqué
que quelques goîtreux àla voix rauque , au
regard hébêté. Tout y porte l'empreinte & les triftes
livrées de la misère. J'ai pourtant vu quelqués ate
liers d'Horlogers ; mais , à coup-sûr , il n'en eft
de cette vallée comme de celle de Vallangin , d'où
il fort chaque année de douze à quatorze mille
montres , & autant de fromages.
pas
De Clufe à Salenches , ville adoffée contre le
Repofoir , montagne d'une très - belle forme , on :
admire les grands pics que s'allongent dans les nues
les grands debris qui jonchent la vallée , les grands
bais qui protègent les pâturages des croupes tout
le payfage en un mot s'empreint de grandeur & de
majefté. L'air plus agité s'épure , les torrens courent
avec plus de viteffe , les cafcades commencent à fe
déployer fur les flancs des rochers , & entretiennent
étérnéllement à leurs pieds des ruifleaux frais & lim-:
pides , où l'on fe défaltère avec fenfualité. Les hommes
de ces cantons , à travers leur inculte fimplicité ,
loin des Riches qui les humilient & des Seigneurs qui
les écrafent , paro ffent enfin naturels & fiers , &
plufieurs même font Penfeurs.
Les Voyageurs qui nous ont donné des defcriptions
de la grotte de la Balme , à une perite lieue de
Clufe , ne fent pas naître le defir d'y defcendre. Les
Anglois recommandent dans leurs Itinéraires d'y
porter des pétards & des foleils pour en voir ſcintiller
les cryftallifations . Cette contume me paroît étrangement
puérile & égoïste. La fumée a bientôt noirci
ces brillantes & fes productions de la Nature ; &
ceux qui ont le malheur d'arriver dans ces fouterrains
après ces focs artificiers, ne trouvent plus qu'un
DE FRANCE. 21
antre enfumé. Qu'on y porte cinq ou fix flambeaux,
& l'illumination fera tout auffi refplendiffante que
fi l'on y brûloit des ferpentaux & des moulinets....
Au refte , les environs de cette grotte ont de quoi
fatisfaire la curiofité des Naturali@ es . Les rochers y
font dépofitaires de plufieurs pétrifications , témoi
gnages vivans du féjour des mers fur les lieux élevés.
Mais ce qui appelle les regards en haut , ce qui les
charme & les y arrête , c'eft , à une petite lieue de
Maglan , une belle caſcade formée par uu ruiffeau
nommé le Nant d'Arpenas. Le point où l'eau s'échappe
du rocher , eft élevé perpendiculairement audeffus
des prairies , d'environ neuf cent pieds . Ce long
jet d'eau reffemble de loin à un ruban argenté que
le vent ploie & balance mollement dans une ofcillation
de quinze à vingt toifes. La pluie délicieuſe
qui s'éparpille dans tous les environs , forme le long
de la montagne différentes petites cafcades gliffant
de roche en roche , & le réuniffant en un clair ruiffeau
qui , joint au principal courant , femble tomber
à regret dans le lit de l'Arve.
Les couches de cette montagne . (fupérieurement
deffinée par M. Bourrit ) forment des arcs concentriques
tournés en fens contraires . On diroit qu'une
force épouvantable , qu'un bouillonnement volcanique
a violemment foulevé les entrailles de cette profonde
bourfouflure , & creusé dans fon centre une
immenfe caverne. Cette montagne & celles d'alentour
ne laiffent cependant reconnoître aucun veftige
d'anciens volcans . Sa ftructure défordonnée annonce
donc néceffairement des commotions furieufes , des
déchiremens formidables , & quelqu'une de ces terribles
coliques auxquelles il paroît que notre petit
Globe eft fouvent en proie.
On traverfe l'Arve au village de Saint- Martin ,
vis à vis Salenches , fur un affez beau pont de pierre.
Il ne tenoit qu'aux habitans de le conftruire en mar22
MERCURE
bre gris ou noir : les gelées des derniers hivers en
ont détaché des fragmens rhomboïdaux , dont l'ancienne
place cft vifible au haut de ces rochers pelés ,
à plus de quinze centpieds du niveau de l'Arve.
7
Salenches , où l'on trouve une auberge paffable
( à cela près qu'on n'y prend nos louis que pour
feize div . , ) Salenches eft bâtie dans une fituation
tout à fait romantique . Des collines boiſées qui lui
fervent de chevet, font le fond de fon amphithéâtre,
où fe deffinent à l'ail fes quartiers , fes Églifes &
fes brillans clochers. Plus haut s'étendent les verds
tapis des pâturages , & plus haut encore s'entaffent
en petits glaciers les neiges dévallées des rochers
pointus qui dominent tout le pays , & ſemblent lui
fervir de cadre & de rempart.
La plaine unie qui s'étend devant Salenches , aujourd'hui
dévouée aux fureurs de l'Arve , paroît
avoir été jadis un lac charmant où ce torrent clarifioit
fes eaux bourbeufes ; aujourd'hui qu'il fuit à
travers ces terres fans repofer fon cours vagabond ,
il défole tout ce vafte efpace , & fe fraye cent lits
divers au gré de fes fougueux caprices. Que ne
permet on aux induſtrieux Génevois de faire de ce
ravin dévastateur un beau canal navigable qui avi→
veroit foudainement tous les rivages , & faciliteroit
, au profit de trois États différens , l'exportation
& l'importation des plus utiles denrées ! Les Génevois
ont offert plufieurs fois de conftruire ce canal
à leurs fiais , on les a toujours refufés . On m'en a
dit tout bas les prétextes : il faut efpérer , pour
l'honneur de la raifon , que ces abfurdes préjugés
mouriont avec le dix - huitième fiècle.
Encore un mot fur Salenches. Cette ville eft ancienne
, & fes Bourgeois ( on acquiert le droit de
Bourgeoisie pour deux louis ) en font les Seigneurs .
Elle fe divife en quatre quartiers ; le premier commerce
en beftiaux; le fecond en draps & laimes ; le
DE FRANCE.
23
troifième en uftenfiles de cuivre & de fer , & le der
nier fournit à la Savoie des Charpentiers , des Maçons
, des Corroyeurs & des Moines. Voilà l'image
de nos Cités Gauloifes au temps de l'invafion des
Romains & de l'arrivée des Francs. Du refte on a
beau chercher dans fes murs , on n'y trouve ni Con
fifeurs , ni Bijoutiers , ni Fajfeurs de Diamans , ni
Marchandes de Modes , ni Ballons , ni Baquets , ni
Clubs , ni Brochures , ni Balliadères , ni , &c. Un
petit Maître dira fans doute :
Mon cher ami , je confens de grand coeur
D'être feffé dans les murs de Salenches ,
Si je vais là pour chercher le Bonheur.
On revient à Saint-Martin repaffer l'Arve ; il
faut traverſer toute la plaine , & après deux heures
de marche vous arrivez au petit village de Chede :
les environs en font très- agréables. De- là jufqu'à
Paffi tout eft vigne ou jardin . De fréquens ruiffeaux
coupent la route , & vont en hâte abreuver les bas
prés de cette montagne. Ces lieux (ont fertiles en
fruits excellens , & féconds en hommes fains de corps
& d'entendement. Trois villages éparpillés parmi ces
vergers comptent plus de fix cent de leurs enfans à
Paris. Un tiers à -peu près revient au Pays tôt ou
tard avec les modiques épargnes ; l'autre tiers s'y
fixe en condition , & le refte périt dans ce gouffre
infatiable. Les Payfans avec qui je caufis , & que
je queftionnois , m'ont paru doux , officieux , gais
& doués du plus grand fens. Les femmes , vêtues
d'une longue robe brune , & furchargée de longs
plis , y font affez groffièrement agréables : les jeunes
filles ont un air riant & naïf plein de grâces & d'attraits.
Je crois que c'eft dans ces environs ( c'eſt - du
mins en Savoie & fur cette route ) que M. de Sauf-
Lae étant entré dans un verger pour cueillir quelques
poires que la chaleur & la fotf rendoient féduis
24
MERCURE
t
"
fantes , la Maîtreffe parut : fur- le- champ il s'avance
vers elle , & lui dit de ne pas s'inquiéter , qu'il lui
payeroit les poires : Mangez-les feulement , dit la
belle Payfanne , ce n'eft pas pour cela que je viens ;
celui qui a fait ces fruits , ne les a pas envoyés pour
un feul.... Habitans des grandes villes ! Meffieurs
vos Jardiniers vous ont-ils jamais fait une pareille
réponse ?
On vante beaucoup la première vue des pointes
glacées qui commencent à dominer le pays ; mais
il faut pour les découvrir que le ciel foit parfaitement
balayé : d'épais brouillards les voiloient pendant
que je graviffois péniblement cette côte efcarpée.
D'horribles torrens traverfent profondément la
route de gauche à droite , & vont vomir dans les
gouffres de l'Arve d'affreux amas d'une bouc noire
& mêlée de pierrailles que les gens du pays appellent
nant fauvage. Rien de plus hideux , de plus
deftructeur que ces foudaines éruptions ; heureufe
ment elles font rares & courtes les pays qu'elles
parcourent reftent à jamais frappés de ftérilité,
A droite , dans un abyfme mugiffant , véritable
enfer d'eau , roulent tumultaeufement les flots écumans
de l'Arve .. On entend le bruit fourd des roches
qu'elle entraîne, & les fifflemens aigus des vagues
qu'elle pouffe contre les maffes qui obftaclent fon
cours. Le rejailliffement de fes flots brifés élance dans
les airs une bruine perpétuelle , toute couverte
d'arc- en- ciels tournoyans quand le Soleil , dans une
certaine élévation , les frappe de fes fesx.
Bientôt on découvre le Pont- aux « Chèvres , planche
étroite & peu folide qui ne fert qu'aux Bergers
& aux Muletiers . Non loin de ce hardi paffage
l'Arve le précipite de plus de quatre vingt pieds , &
le fracas de fa chûte , répété par les échos , retentit au
loin dans les bois comme une effrayante tempête,
ébranlant les rochers des deux rives oppofées.
Mais
DE FRANCE. 25
+
Mais au-detas de ces précipices horribles , la
bonne mère Nature ménage à fes amis un tableau
ravillant qui repofe l'ame fatiguée de tant de fcènes
bruyantes . C'eft un vrai coup de théâtre , un ſpectacle
à la fois enchanteur & fublime , & peut être le
contraſte le plus fortement prononcé qui exifte dans
les Alpes. En voici l'efquiffe imparfaire ; c'eft aux
Buffons & aux Rouchers qu'il appartient de rendre
fidèlement ces originales beautés.
Les nuages qui flottoient majestueufement autour
du Mont- Blanc , s'élevèrent comme une toile de
théâtre au noment où j'arrivai fur les bords du
-joli lac de Chède ( ou de Servoz . ) J'étois feul avec
mes pensées & ma liberté ; la Nature entière étoit
dans mon coeur. J'avois laiffé dans les baffes régions
le fentiment , & jufqu'au fouvenir de mes
douleurs phyfiques & morales. Je ne fongeois aux
hommes noirs qui m'avoient voulu nuire , que comme
on fe repréſente l'image des ronces & des ferpens
- dont on a toujours tort d'approcher , & avec la na-
-ture defquels le Sage ne fent aucun rapport dans fon
être.
Le réſervoir mystérieux dont j'admirois avec raviffement
la forme heureufe, les petits golphes ver-
-doyans & la diaphane limpidité , réfléchiffait dans
fon baffin les neiges éblouiffantes des trois princi-
-pales fommités du grand mont. D'un côté , fous mes
apieds , s'étendoient mollement des lits de mouffe
fine , terminés par des rochers furmontés d'arbriffeaux,
& entremêlés de bouquets de jeunes Lapins à
taille fvelte ; de l'autre s'élevoient des moiffons ondoyantes
, dont les gros épis vecourbés & penchans
fembloient fe mirer orgueilleufement dans le pur
-cryſtal de cette fource merveilleufe. Un ton de
payfage fi calme, fi gracieux , fi fuave , en oppofition
avec tour ce que les Alpes peuvent offrir de
N°. 22 , 3 Juin 1786. ·
B
26 MERCURES
plus coloffal , de plus fier , de plus fracaffé .
pour les yeux. 2
Voilà
Vu du fite où j'étois placé , ce Mont Blanc, bien
plus gigantefque que l'Atlas auffi vieux que Saturne,
me paroiffoit un cofoffe dent la tête chenue tou
choit aux Cieux , ou plutôt en foutenoit feul la voûte
profonde. Ses épaules , fes hautes épaules étoient
Couvertes d'un manteau d'albâtre , vafte draperie ,
dent les plis largement & négligemment jetés fur
un corps de vingt lieues de bafe , & de quatorze ou
quinze mille pieds d'élévation , defcendoient en franges
d'argent jufqu'aux bords des pâturages & des
blondes moitions des vallées.... Voilà pour l'imagination.
MOUN
Mais comment vous décrirai - je , mon bon ami ,
les idées calmnes , les doux fentimens , les délicieufes
émotions dont s'enivra mon coeur pendant heure
extatique que je paffai fur les bords fleuris. de ce
lac : Heureux du bonheur d'être & dé me favoir
bon , l'efprit ferein , les traits épanouis , je ne fentois
plus cette vague & cruelle inquiétude qui empoifonne
toutes nos jouiflances fociales . Je ne me
comparois à perfonne , j'étois fans envie comme fans
pitié , j'étois rempli d'un bonheur abfolu & fans
relations . Sans vains defis , fans craintives efpéran
ces , je voyois , je fentois la paix & la joie. La faim,
l'avide fain de mon feufible coeur étoit , finon ap
paifée , du moins fufpendue pendant ces momers
fans durée Telle eft fans doute la béatitude des purs
efprits , telle eft peut être la félicité de l'Etre des
êtres , lorfque repiié fur lui-même , il est heureux de
fa propre contemplation.
Hélas ! il fallut enfin m'arracher à cette folitude
Elyfienne : je me levai , j'en fis le tour deux fois mélancoliquement
. L'amertume du regret vint corrompre
ma jouiffance je m'éloigraj le coeur gros , l'oeil
humide, & attachant un long regard fur ces lieux
!
DE FRANCE.
27
-enchantés que je quittois fans doute pour ne les revoir
jamais , & où depuis ce jour l'élan de la penſée
me tranfporte quand je bâtis mes projets de félicité * .
Di ripofo & di pace alberghi veri,
38.
"
Oh ! quanto volontieri
4 riverd rvi io to nerei!
7.12
Tl falloir quelque grand accident pour tirer mon
efprit de l'abforbement où il étoit resté comme
plongé. Les diftractions ordinaires ne l'effleuroient
pas ; les objets du dehors , bien que bizarres & nouveaux
, le laiffoient immobile lorfque tout-à- coup un
des afpects les plus impofans des Alpes vint le réi
veiller & lui donner une commotion forte. L'image
d'une deſtruction vaſte & fubite annoncée par un
déluge de décombres imprime encore aux paffans
qui les contemplent , la terreur que ce bouleverfe
ment prodigieux répardit en 1751 dans toute la
contrée.
Jerez les yeux à gauche , c'est - à- dire , au nord
du Village de Servos , & vous verrez i Texpreffion
de ma furpriſe ne reste pas an- deffous de votre
étonnement : confidérez cette montagne tronquée ,
fes flancs nuds & profondément filionnés , les tore
rens de pierres & d'ardoifes brifées & confondues ;
c'eft de-là que s'écroula un immenſe plateau avec fes
neiges , fes lacs , les bois , fes pâturages & les trou
peaux. La quantité de rochers & de maibies tombant
à grand bruit , & bondiffant lourdement aw
mileu d'un tourbillon de pouſſière & de mille avalanches
plus formidables que le tonnetre, fut de trois
millions de toifes cubes. On crut qu'un volcan déſo-
Ce magnifique afpe&t du lac de Chède a été découvert
& peint par M. Bourrit. Le Tableau original appartient
aujourd'hui à M. Necker, & lui a été donné en
préfent par la République de Genève.
Bij
28 MERCURE
lateur alloit paroître au fommet renversé de -ce
mont; par bonheur ce défaftre , vraisemblablement
caufé par quelque tremblement de terre & par la
mauvaiſe baſe de cette montagne , ne fut qu'un
Aéau paffager. C'eft ainfi que l'édacité du temps
ronge lentement ces malles qu'on croiroit éternelles ;
c'eft ainfi que la chaîne entière des Alpes & de tous
les monts , malgré la folidité de leurs vaftes charpentes
, va , comme les fragiles corps des mortels , de
la décrépitude à la caducité ... Heu ! nos homunculi
indignamur , fi quis noftrûm interit ... cùm uno loco
tot oppidorum & montium cadavera projecta jageant.
(Sulp ad Cic. )
Il faut encore repaffer l'Arve fur un pont non
moins léger que hardi , nommé , je crois , le pont
Peliffier. Je vous fais grâce de mes Notes fur la
mine d'argent qu'on fouille dans la petite plaine de
Servos. Je pénétrai dans ce fouterrain , & je vis avec
angoiffe ces malheureux Savoyards , jadis Bergers &
Laboureurs , transformés en taupes , s'enfevelir fous
terre , & refpirer des vapeurs mortelles pour gagner
quelques miférables fous. Dans peu de temps ces
mines , qui ne paroiffent pas bien riches , s'épuiferont
; les bois des environs feront tous confumés , &
les hommes deviendront rares , fainéans & fripons ;
car voilà quels ont été , font & feront par- tout les
funeftes effets de la recherche de l'or & de l'argent,
Les vraies mines'font fur la furface de la terre , & il
me faut qu'un for pour les exploiter, L'Agriculture
eft une mine inépuisable où la fortune des Pasticutiers
fait toujours celle de l'État.
La fin au Mercure prochain,
DE FRANCE. 29
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du jeudi 25 Mai , jour de l'Afdenfion
, a été extrêmement brillant par les .
morceaux dont il étoit compofe. Deux fu
perbes iymphonies de M. Haydn ; la fymphonie
concertante de M. Berthaume , à laquelle
nous avons déjà donné de juftes éloges
, ainfi qu'à MM . Berthaume & Graffet
qui l'exécutoient ; Phyérodrame de M. le
Berthon , qu'on a entendu avec un nouveau
plaifir , formoient le rempliffage de ce Co.-
cert. Les nouveautés étoient d'abord un Motet
del fignor Schufter , compofé d'un récit
& d'un air à paffages. Ce morceau , extrêmement
agréable , s'approche plus de la forme
dramatique que de celle ordinairement employée
à l'Églife ; mais il n'en eft que plus
propre à réulir parmi nous , qui préférons
avec raifon le feu d'une compofition brillante
, mais fimple & claire , aux froides recherches
des combinaifons d'harmonie. M.
Laïs l'a exécuté avec beaucoup d'adreffe ,
de fageffe & de grâce , furtout avec une
extrême pureté.
Mlles Deſcarfin ont exécuté enfuite différens
morceaux fur la harpe. On les a déjà
Biij
30 MERCURE
entendues à ce Concert , & cependant nous
les comptons au nombre des nouveautés ,
parce que l'étonnement qu'on éprouve à les
entendre , fait toujours croire qu'on les entend
pour la premiere fois. Il eft impoffible
d'avoir un jeu plus fpirituel , plus délicat ,
plus fenfible que l'aînée. La jeune , à qui fon
âge ne doit pas encore infpirer le goût de
ces nuances , y fupplée par une force de fon ',
par une précifion qu'on ne fe laffe point
d'admirer. Quand on fonge que cette aînée
n'a pas quatorze ans, que la plus jeune en a fèpt
ou huit , & qu'elles doivent ces talens prodigieux
aux foins d'un père qui , diftingué
luimême par un autre talent , celui de la
Peinture , a pourtant prefque feul formé celui
de fes filles dans un art fi différent du
fien , on ne peut s'empêcher d'en être encore
plus furpris . Leur exécution a excité un
enthoufiafme dont nous ne pouvons nous
défendre en en parlant.
La derniere nouveauté étoit un oratoire
de M. Sacchini , qu'il a fait à Londres fur
des paroles Françoifes , avant d'être encore
familiarifé avec notre langue , avant de venir
nous enrichir de fes charmantes compofitions.
Il a eu un fuccès très brillant ,
& tel que depuis long - temps on n'en a pas
vu de femblable. Un chant toujours noble ,
toujours rempli d'expreffion & de grace ;
une harmonie pure , claire & cependant
très riche ; des mouvemens inattendus fans
paroître recherchés , & tels que le génie ſeul
DE FRANCE.
les infpire ; un orcheftre délicieux , où les
inftrumens habilement diftribues donnent
au chant une parure éclatante , fans l'offufquer
ni le furcharger ; enfin , le genre de
mérite qui diftingue le plus particulièrement
M. Sacchini parmi les compofiteurs célèbres ,
Le trouve porté dans cet oratoire au plus
haut degré. Dire qu'il étoit dirigé par M.
Réy, c'eft dire affez que l'exécution en a été
parfaite. Les foins qu'il y a donnés ont été
parfaitement fecondes par les choeurs , ainfi
que par les voix de Miles Maillard & Dozon,
& de M. Laïs. 4
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE Mardi 23 Mai , on a donné à ce Théâtre
la première répréſentation de Themistocle
Tragédie en trois Actes , poëme de M. M***
mufique de M. Philidor. Voici quel en eft le
fujet.
Xercès , Roi de Perfe , eft allé combattre
les Parthes. Les Prêtres dans le Temple adreffent
pour lui des voeux au Soleil , & implor
rent ce Dieu pour en obtenir la paix. Mandane
, fille de Xerces , vient annoncer le retour
de fon père & de l'armée. Reftée feule
avec fa Confidente , elle lui avoue le feu
fecret dont elle brûle pour un Héros inconnu,
l'appui de fes Etats ; cet inconnu eft Néocle.
Mandane foupçonne qu'elle en eft aimée.
Hélas ! du feu qui le dévore
Biv
32. MERCURE
Sés yeux m'ont exprimé l'ardeur ,
Et fouvent fur la bouche un aveu près d'éclore
Trahiffoit malgré lui le fecret de fon coeur.
Elle combat en vain fa flamme .
Rappelons ma fierté ... Quelle eſpérance vaine !
Eh ! comment réfifter au penchant qui m'entraîne ,
Au feu brûlant qui dévore mon coeur?
J
Néocle paroît ; il a fuivi Xercès , & annonce
fa victoire à la Princeffe . Enhardi par les mar
ques d'intérêt qu'elle daigne témoigner
Pour un fimple Guerrier , un Grec, un étranger,
il hafarde l'aveu de fon amour . Mandane ,
qui le defiroit, ne peut le recevoir avec colère
; máis elle n'ofe lui donner d'efpoir. Xercès
arrive en triomphe. Il fait lui - même devant
fa fille l'éloge de Néocle , qui l'a fauvé
du plus grand danger , en expofant fa vie pour
lui . La main de la Princeffe doit être la récompenfe
de ce fervice. Ah! qu'il eft doux pour
moi , dit Mandane ,
Pour moi qui vous révère ,
D'obtenir pour époux le vengeur de mon père !
Mais avant d'accomplir cet hymen , Xercès
veut venger l'affront qu'il a reçu à la journée
de Salamine ; il veut que Néoele l'aide à dé
truire Athènes :
Themistocle fur- tout par ton bras doit périr.
DE FRANCE.
33
NEOCLE .
Thémistocle , mon père !
Cet à parte inftruit les Spectateurs de la naiſfance
de Neocle ; mais elle refte inconnue aux
Interlocuteurs ; & les bontés de Xercès & de
Mandane pour ce jeune Grec , ne font qu'aggraver
le tourment de fa fituation , par laquelle
l'Acte finit.
Il ouvre le fecond par un monologue dans
- lequel il apprend qu'au commencement de la
guerre entre Athènes & la Perfe , Thémistocle
voulut l'envoyer dans Argos ; mais que , jeté
fur les rivages de la Perfe par la tempête , il
s'eft fait connoître par fon feul courage, & eft
parvenu au faite des grandeurs. Le fort qu'on
lui propofe lui paroîtroit bien flatteur , fans la
cruelle condition qui y eft attachée. Il finit
par s'en rapporter aux Dieux.
Témoins de ma donleur extrême ,
Dieux rendez le calme à mon coeur ;
En m'uniffant à ce que j'aime ,
De mes jours confervez l'Auteur.
Mandane , qui ne fait pas de qui Néocle eft
fils , le félicite de ce que leur bonheur ne dépend
plus que d'une victoire. Son amant lai
avoue enfin fon fecret ; & la Princeffe , plus
amante que politique , prend de ce moment
pour Themiftocle l'intérêt que lui infpire fon
amour. Elle fe flatte de fléchir fon père , qui
arrive. Il vient d'apprendre l'exil de Thémiftocle
, qu'on croit même dans fes États . Il
Bv
34 MERCURE
n'en paroît que plus diſpoſe à la vengeance ;
& fans répondre aux prières que lui font
Néocle & fa fille , de calmer fon reffentiment
, il fe livre à l'efpoir de fatisfaire fon
courroux. 94
On lui annonce un inconnu ; il le prétend
d'Athènes : Xercès eft étonné.
Quelle audace
23 Tla conduit en ces lieux ?
L'INCON NU.
Vous êtes magnanime & je ſuis malheureux.
Il offre au Roi de lui livrer Thémistocle.
C'eft lui-même. Xercès a peine à retenir fa
fureur ; Thémiftocle , toujours tranquille , lui
dit :
Objet de haine & de clémence , 3) Josejā
Le fort te livre ton vainqueur.
Tu devois l'une à ma puiffance ,
Et tu dois l'autre à mon malheur.
De moi qu'attends- tu donc ? dit Xercès. -
La mort. Surpris , & en même temps charmé
de fa vertu , le Roi , par fa générofité , veut
tromper fon attente ; il lui offre un afyle dans
fés Etats. Il le préfente enfuite à Néocle , &
le père & le fils ſe livrent avec tranſport à la
joie que leur caufent cette reconnoiffance &
leur réunion. Themiftocle fur-tout eft touché
des procédés de ce généreux Prince.
Quel injufte portrait je me faifois des Rois !
DE FRANCE.
35
"
On annonce un Ambaffadeur d'Athènes ; il
vientredemander Themiftocle & offrir la paix .
Xercès promet de le rendre , mais à la tête
d'une flotte qui fera commandée par lui. Le
peuple fe réjouit d'avance de l'efpoir de fe
venger des Grecs.
Le troifième Acte commence par une Scène
entre Néocle & Themiftocle , dans laquelle
celui-ci déploie le noble enthouſiaſme dont
on fait que l'amour de la patrie animoit les
Grecs. Son fils lui repréfente en vain tous les
torts d'Athènes ; en vain il lui oppofe les fentimens
de la Nature & leur propre intérêt ;
Thémiftocle , inflexible , refufe obftinément
de combattre contre elle ; il fort dans l'eſpoir
de fléchir le reffentiment de Xercès. Néocle
au défeſpoir eft interrompu par Mandane ,
qui accufe tour - à - tour Thémistocle & fon
amant. On apprend que le Héros de la Grèce
eft dans les fers , & Néocle va tout tenter
pour le délivrer. La Princelle plaide la caufe
de tous deux auprès de Xerces , également
courroucé contre le père & contre le fils. Un
grand bruit fe fait entendre: c'eft Thémistocle
délivré par Néocle , mais qui s'indigne de la
liberté qu'on lui procure , & qui veut fe tuer,
pour punir fes libérateurs d'avoir défobéi au.
Roi. On le défarme ; Xercès eft plus furieux
que jamais contre Néocle. Cependant le four
venir de fes fervices , les larmes , les prières
de fa fille , la vertu même de fon père par
viennent à le fléchir. Il pardonne tout, & unit
Néocle avec Mandane , après avoir accordé
36 MERCURE
la paix aux Grecs . Un divertiffement général
forme la fête de l'hymenée.
Telle eft la inarche de ce Drame , que nous
n'avons interrompue par aucune réflexion.
Nous n'en ferons point encore, jufqu'à ce que
Popinion publique foit mieux fixée qu'elle ne
peut l'être après une feule répréſentation.
Nous remarquerons feulement que fi le fuccès
n'a pas été d'abord auffi brillant qu'il pouvoit
P'être , & qu'il peut encore le devenir , c'eft
qu'aujourd'hui les Amateurs de ce Théâtre ,
accoutumés à des émotions très - vives , reftent
froids devant des intérêts purement politiques
; que la beauté des fêtes , la magnificence
du fpectacle n'eft plus ce qu'on cherche
à l'Opéra ; que la mufique même , quoiqu'on
ait l'air de la juger feule , n'eft pas véritablement
la chofe dont on eft le plus touché
aux premières repréfèntations. On trouve en
général la mufique bonne ou mauvaiſe, felon
qu'on a été plus ou moins affecté par les
fituations que fournit le fujet. Ce n'eft que
par la fuite qu'on en apprécie juftement la valeur
intrinsèque..
Les habits & les décorations , fur-tout la
dernière , font de la plus grande richeffe &
du meilleur goût.
Les Ballets , compofés avec foin , font parfaitement
exécutés par les premiers Sujets de
la Danfe.
pre- L'enfemble de l'orchestre , quoiqu'à la
mière repréfentation , a été auffi parfait qu'on
puiffe l'attendre des foins , du zèle & des ta-
-
DE FRANCE.
37
lens fupérieurs de M. Rey , qui le conduit , &
de ceux des perfonnes qui le compofent. Nous
infiftons fur les éloges qu'on doit à M. Rey ,'
parce que la nature de fon talent , très- bien
connue des compofiteurs , n'eft pas également
à la portée de tout le monde , & qu'il eft bon
d'éclairer le Public fur les obligations qu'il lui a.
En parlant de la mufique dans les Numéros
fuivans , nous entrerons dans de plus grands
détails à l'égard de l'exécution des Acteurs.
En récapitulant les travaux de l'année der
nière à ce Théâtre , on a omis de parler de la
retraite de M. Larrivée. Cet Acteur , qui a
fourni une très-longue carrière dramatique
a toujours été vu avec le plus grand plaifir , &
fa perte doit exciter des regrets . Il débuta
én 1755 , au mois de Mars. Une figure
belle , ouverte & théâtrale ; un maintien toujours
noble & convenable à fes rôles ; une
prononciation accentuée & très-nette , beaucoup
de feu , d'intelligence & de fenfibilité ,
font particulièrement les qualités qui l'ont
fait diftinguer. Il a cette double gloire, qu'il fut
le foutien de l'ancien genre , & le créateur du
nouveau. Enthoufiafmé des compofitions de
M. Gluck , il concourut de tous fes talens à
leur fuccès ; & dans un âge où il pouvoit déjà
fonger à fa retraite , il recommença des études
avec toute l'ardeur d'un jeune Débutant. On
doit faire encore en fa faveur une obfervation
très intéreffante. Seul d'entre les Élèves
38 MERCURE
de M. Gluck , feul des Sujets de la nouvelle
école , il a fu fe défendre d'un défaut effentiel
dont on trouve encore deses traces dans la Ja ina
nière actuelle de chanter à l'Opéra. Nous voulons
parler de ces afpirations continuelles
par lefquelles nos Chanteurs féparent chaque
fyllabe , même dans le récitatif, afin d'augmenter
l'expreffion. Ces faccades de la voix
qui ne marche plus que par bonds , ces liaifons
vicieufes , qui , en confondant le récitatif
avec le chant, répandent fur tout un Ouvrage
un vernis de monotonie , ces chocs de fyllabes
qui fe heurtent , comme fi chacune d'elles
étoit féparée de l'autre par une h , feroient
infupportables à l'oreille , fi le bon goût de la
muſiqué , né en même-temps que ce défaut,
ne lui avoit pas fervi de compenfation.
En l'attribuant aux Élèves de M. Gluck ,
nous ne prétendons pas en accufer ce célèbre
Compofiteur. Une fauffe idée de la manière
de chanter Italienne , & qu'on a cru imiter
en a fans doute été la fource ; & M.
a
tout
ennemi
qu'il
devoit
être
de
cette
Gluck,
ridicule affectation , avoit d'ailleurs tant de
réformes à faire , qu'il s'eft trouvé content
lorfqu'à la méthode traînante & inaccentuée
de l'ancien chant , il en a vu fuccéder une
qui offre au moins l'apparence de l'expreffion
M. Larrivée , qui a cru que l'expreffion devoit
moins dépendre de fon gofier que de fon
âme, a confervé une manière franche &
pure d'attaquer le fon. Auff , lorfqu'il fe permettoit
de préparer la note, ce qu'il réſervoit
DE FRANCE.
39
pour le chant proprement dit , il étoit bien
sûr de produire de l'effet. Paiffent ces réfle-
Xions être fenties par ceux à qui elles s'adref
fent ! Nous les expofons d'autant plus librement
, que nous reconnoiffons aux Acteurs
qui peuvent y donner lieu , tous les talens néceffaires
pour corriger un défaut dont l'effet
pourroit être plus fenfible un jour. Il eft probable
que les nouveaux Sujets de l'École Royale
de Mufique, dirigés par les plus habiles Maîtres
de la Capitale , en auront été garantis par
leurs foins. Il feroit donc à craindre que la
pureté de leur chant, en éclairant le goût du
Public , ne le rendit plus févère , & qu'il n'en
vînt à reprocher à ces Acteurs comme un
manque de talent , ce qui n'eft que l'abus , &,
pour ainfi dire , la furabondance du talent.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Mardi 23 Mai , on a donné la première
repréſentation des Ailes de l'Amour , Comédie
en un Acte & en vers mêles de vaudevilles.
Simon & Jeannette ont de l'amour l'un pour
l'autre. Simon voudroit favoir s'il eft aimé ,
mais la pudeur ne permet pas à Jeannette de
lui avouer la tendreffe qu'il infpire . L'Amour
arrivedans le village : Simon le voit, en a peur,
puis prend confiance en lui , & lui demande
fa protection qu'il obtient après avoir fubi
une épreuve dont il fort victorieux . Jeannette
40 MERCURE
le voit à fon tour , en a peur auffi , fe familiarife
avec lui , rettent en la préfence des mouvemens
qu'elle ne diflimule pas, & dont l'aveu
effarouche Simon. Le Dieu rapproche lesdeux
amans , il veut les quitter quand il apprend
qu'ils vont fe marier , parce que , dit- il ,
l'Amour n'a rien à faire avec les époux. Simon
& Jeannette veulent le retenir , ils le faififfent
par fes ailes ; le Dieu leur échappe . Il eft
vraifemblable que les ailes du fils de Vénus ont
une influence fatale fur les flammes amoureufes
; car Simon & Jeannette ne fententplus
rien l'un pour l'autre. Quand l'Amour
leur amène tout le village pour témoin de
leurs noces , ils font froids , triftes & fombres
; mais ils regrettent leurs premiers fentimens
, & le Dieu confent à les leur rendre ,:
en y ajoutant la grâce de paffer avec eux la
première nuit de leur mariage.
Le fonds de cette Fable n'eft pas bien neuf;
mais il eft traité d'une manière neuve & trèsoriginale.
La gaieré , la fimplicité , le goût ,
l'efprit , la grâce & l'imagination fe fuccèdent '
four- à- tour dans les couplers que chantent les
différens perfonnages. On en a fait répéter
plufieurs ; nous avons principalement remarqué
celui où , fous le prétexte de faire le portrait
de Vénus , l'Amour fait un compliment
très- flatteur , très - fpirituel & très - galant à
toutes les femmes qui font préfentes à la repréfentation.
Il eft difficile de citer une fuite
de madrigaux plus neufs , plus piquans & plus
agréables ; le ton de l'Ouvrage varie fuivant le
}
DE FRANCE. 41
caractère des 'Interlocuteurs : Simon eft d'une
naïveté très- franche & très gaie ; Jeannette :
eft fenfible & maligne ; l'Amour e adroit ,
féduifant & voluptueux. Ces trois phyfionomies
contraſtent heureuſement enfemble , &
forment un tableau très -varié ; car on y trouve
toutes les nuances , hors celles du genre fublime
, qui y font étrangères.
蘩
f
L'Auteur eft M. B. de R. , plus connu fous
le nom du Coufin Jacques. Peu d'Écrivains
ont une imagination plus féconde , des idées
plus fraîches & plus riantes. Nous l'invitons
àfe fàcher quelquefois contre fa facilité : fes
productions en acquèrront plus de prix , & il
forcera du moins au filence les gens qui n'ai- ,
ment plus à rire. Parmi les vaudevilles , on a
diftingué de jolis airs nouveaux ; le plus grand
nombre eft de la compofition du joyeux Coufin
, qui a pour tous les Arts un amour dont
il fera payé par des fuccès...
L'Ouvrage eft fort applaudi : il est très- bien
joué. Mlle Desbroffes eft pleine d'intelligence
& d'adreffe dans le perfonnage de Jeannette ;
la manière dont Mile Carline joue l'Amour ,
feroit fourire le Dieu à fon image , & M. Trial
eft dans le rôle de Simon` auffi gai , auffi plaifant
, auffi original que l'eft le Coufin dans fes
piquantes facéties.
LE Vendredi 26 , on a donné pour la premiere
fois le Danger de la Prévention , Comédie
en trois Actes & en profe .
42 MERCURE?
*
M. Dorvigny & M. Dalainval , Négocians
affociés , ont fait leur fortune enfemble. Le
premier eft refté à Paris , s'eft brouillé avec
Ergafte fon neveu , parce que celui- ci n'a
point voulu quitter un commerce avantageux.
Pour venir demeurer avec lui ; &
le fecond , après avoir tout tenté inutilement
pour rapprocher l'oncle du neveu , eft
parti pour l'Amérique. Depuis fon départ ,
Ergaften qui a été très - peu vu de fon
oncle , s'eft préfenté chez lui , au-lieu & fous
le nom de M. Dumont , homme de confiance
propofé à Dorvigny par Dalainval à
fon départ de France. Par fes foins tout eft,
en ordre , tout profpère . Il a trouvé chez M.
Dorvigny une Mme Defroches & fa fille
Julie. Ces deux femmes font d'un caractère
très-oppofé ; Julie eft fenfible & confiante :
Mme Defroches , aigrie par le malheur , eft
inquière & foupçonneufe. Elle regarde Dumont
comme un hypocrite qui trompe fon
bienfaiteur , & l'accufe même d'infidélité ,
parce que pendant la nuit elle l'a vu faire.
enlever des facs d'argent à l'infçu de M. Dorvigny.
Dumont aime Julie , & il en eft aimé :
mais on deftine Julie au Président de Folleville
, jeune infenfé qui a donné dans tous
les excès. Déjà ce mariage eft réfolu ; Dumont
fuit pour n'en pas être témoin. Dalainval
arrive de l'Amérique , on accufe devant
lui Dumont. Avant de croire , Dalainval
veut des preuves ; on cherche les papiers
, les fonds de M. Dorvigny ; on ne
A
DE FRANCE.
trouve rién : voilà Dumont reconnu coupable
ou à peu près ; on fait courir après lui , on
donne fon fignalement partout. Sur ces entrefaites
la ruine de Dorvigny dégoûte le Préfident
de l'alliance projetée , il fe retire. Dumontreparoit
de fon plein gré , il avoue la caufe
de fa fuite. Dalainval rentre , apprend que
Dumont a tout dépofé chez fon Notaire
par des raifons fecrettes ; il reconnoit Ergafte
dans le faux Dumont. Tout s'explique ; on
apprend que non feulement Ergalte a été fidèle
, délicat & fenfible , niais encore qu'il
a été généreux , puifqu'il a confacré à la fatisfaction
particulière de fononcle , une
fomme de cinquante mille écus , que fon
ami Dalainval lui a envoyée de l'Amérique.
L'oncle & le neveu fe réconcilient , & Julie
époufe Ergafte.
La marche de cette Comédie eft lente &
longue le ftyle eft pénible & contraint ;
l'intérêt en eft toujours foible , & fouvent
nul ; l'action eft embarraffée par des détails ,
& même par des perfonnages inutiles ; les
incidens font peu vraisemblables , ou leur
poflibilité eft trop apprêtée ; le dénouement
n'eft qu'un échafaudage de fentimens romanefques
: voilà ce qu'on peut penfer du danger
de la Prevention ; ouvrage qui n'a point
eu de fuccès , & que le Public a repouffe fans
humeur , fans bruit , fans rigueur , & avec
autant de jufteffe que de modération,
44
MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
DISSERTATIONS fur les Fievres infectieuſes
& contagieufes , Ouvrage dans lequel on examine
la nature de ces maladies , & où l'on démontre qu'il
ne peut réfulter aucun danger de l'ufage d'enterrer
dans les Eglifes & dans l'enceinte des Villes , par
M.O-Ryan , Docteur-Médecin de l'Univerfité de
Montpellier , Profeffeur en Médecine , Agrégé au
College de Lyon , 1785 , in- 8 ° . Prix , liv.
16 fois broché. A Lyon ; & fe trouve à Paris , chez
Periffe le jeune , Libraire , rue & en face du Marché-
Neuf, à l'entrefol.
I
Le but de l'Auteur de cette Brochure eft de nous
raffurer fur des craintes qui fe font fouvent resou
velées . Nous laifferons aux gens de l'Art à décider
fi la fécurité qu'il veut nous donner eft fondée fur
la raifon & expérience.
PROJET nouveau fur la manière de faire utilement
en France le commerce des grains , par M.
Boudron Defplanches , ancien premier Commis dans
les Finances. A Bruxelles ; & fe trouve à Paris
chez la Veuve Efprit , Libraire , au Palais Royal ,
fous le veftibule du grand eſcalier.
Le fujet de cet Ouvrage eft important. L'Auteur
nous paroît avoir des principes fains : nous ne prononcerons
point fur les inductions qu'il en tire & fur
les moyens qu'il propofe ; mais il prouve que fon
but eft l'utilité publique.
DESCRIPTION générale de la Chine , ou
Tableau de l'état actuel de cet Empire, contenant ,
DE FRANCE.
45
1. la Defcription topographique des quinze Pro
vinces qui le compofent , celle de la Tartarie , des
Ifles & autres Pays tributaires qui en dépendent , le
nombre & la fituation de fes Villes , l'état de fa population
, les productions variées de fon fol , & les
principaux détails de fon Hiftoire Naturelle ; 2 ° . un
Précis des Connoiffances le plus récemment parvenues
en Europe fur le Gouvernement , la Religion ,
les Meurs & les Ufages , les Arts & les Sciences des
Chinois ; Volume in - 4 ° . , rédigé par M. l'Abbé
Grofier , Chanoine de Saint Louis du Louvre. Prix ,
10 liv. broché , 12 liv . relié . A Paris , chez Mou
tard , Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins , hôtel
de Cluni.
Le titre de cet Ouvrage , tel que nous venons de
le tranferire , en fait connoître le plan ; & la rédaction
en eft faite avec autant d'exactitude que de précifion.
CLARISSE HARLOWE , Traduction nouvelle &
Jeule complette , par M. Letourneur , feconde Livraifon
, formant les Tomes 4 , 5 , 6 & 7 in-8º . Prix,
12 liv. 12 fols brochés , & les Tomes 5 , 6 , 7, 8
9 & ro de l'Edition in - 16 . Prix , 7 liv. brochés ,
avec des Planches en taille- douce & le Portrait de
Richardſon, Il y a auffi une Edition en papier fin
format in- 8°. & in- 16. A Genève , chez Barde
Mauget & Compagnie , Imprimeurs - Libraires , &
fe trouve à Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mesgrigny, rue des Poitevins , nº . 13.
NOUVEAU Manuel d'Epiclète , extrait des Cómmentaires
d'Arrion , & nouvellement traduit du
Grec en François , deux Parties in- 16. Prix , liv.
les deux Parties brochées . ( Il y en a quelques Exemplaires
en papier fin . ) Prix , 8 liv. brochées. A
46 MERCURE
Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR , chez Didot
le jeune, Libraire , quai des Auguftins.
7
Cet Ouvrage eft reconnu pour un chef-d'oeuvre
de morale. Ce Philofophe, quoique modefte , eut
une telle réputation qu'après la mort on acheta
trois cens écus de notre monnoic une lampe de
terre dont il fe fervoit. Il ne ſe bornoit pas à écrire
fur la Philofophie ; it la pratiquoit , & l'on scite des
lui un trait de modération affez rare . Son Maître
( car il étoit Efclave ) en jouant avec lui ne ména❤
geoit pas affez une jambe malade de ce Philofophe.
Vous me cafferez la jambe , lui dit ce der
nier. En effet cela arriva. Alors le tournant vers lui :
Je vous l'avois bien prédit , lui dit froidement
Epictère que vous me cafferiez la jambe.
Cette Traduction nous a paru eftimable , & l'im➜
preffion mérite des éloges.
THEORIE des Machines mues par la force de
la vapeur de l'eau , Ouvrage qui a remporté le
Prix proposé par l'Académie Impériale des Sciences
de Saint-Pétersbourg pour l'année 1783 , par M. de
Maillard, Capitaine- Lieutenant au Corps Impérial
& Royal du Génie , in 8 °. Prix , 3 liv. broché. —
Traité de la Pefte , contenant l'hiftoire de celle qui
a régné à Mofcou en 1771 , par Charles de Merleur,
Docteur en Médecine , &c. , Ouvrage publié d'abord
en Latin , actuellement mis en François , & aug.
menté de plufieurs Pièces intéreffantes par l'Auteur ,
in-8 ° . Prix , 2 liv. 10 fols.
Ces deux Ouvrages utiles fe trouvent à Vienne ;
& à Strasbourg , chez les frères Gay , Imprimeurs-
Libraires ; & à Paris , chez Belin , Libraire , rue
Saint Jacques , près Saint Yves.
HISTOIRE de la Vie de Jésus- Chrift , où l'on
trouve dans une narration fuivic , & d'une manière
DE FRANCE. 47
claire , la concorde & l'explication des quatre Evangiles
, le développement de plufieurs Prophéties , & c.,
par M. Compans , F. D. L. M. 2 Vol. in 12. A
Paris , chez Cailleau , Imprimeur-Libraire , rue Galande,
Berton , Libraire , rue Saint Victor ; Prevoſt ,
Libraire , Place Saint Michel.
23
Cet Ouvrage a paru au Cenfeur « digne d'être
» donné au Public par la clarté & l'onction du
ftyle , la pureté de fa morale , l'ordre des faits
Evangéliques , & la vafte étendue de l'érudition .
» que l'Auteur a puifée dans les fources de l'Anti-
» quité.
33
33
AMUSEMENT du Sultan, Eftampe de 14 pouces
fur 18 , exécutée à la manière noire , par Bonnicu,
Peintre du Roi , d'après le Tableau du même.
Auteur. A Paris dans les nouveaux bâtimens du
Palais Royal , n°. 29 , au deuxième. Prix , 18 liv.
Cette Eftampe eft d'une heurenfe compofition , &
l'Auteur , qui l'a gravée avec beaucoup de foin , a
fu conferver l'effet de fon Tableau.
PORTRAIT de M. Sigaut de la Fond , peint par
Mme Fillieul , gravé par C. F. Letellier. A Paris ,
chez Letellier , Graveur , maifon d'un Boutonnier ,
rue des Vieilles Etuves- Saint Honoré.
ELITE de Chanfons & Ariettes decentes , avec
Accompagnement de Baffe , recueillies des Opéras
& autres Ouvrages des meilleurs Auteurs , dédié
aux Demoiselles. Prix , 12 liv. A Lyon , chez
Guera , Place des Terreaux ; & à Paris , aux Adreifes
ordinaires.
Ce Recueil , entrepris à la follicitation des Reli
gieufes & autres Perfonnes chargées de l'Éducation
des Demoiselles , remplit parfaitement fon objet. Les
48
MERCURE
h
paroles , auxquelles la pudeur ia plus auftère ne peut
rien trouver à réprendre , font foutenues par la mufique
choifie avec goût de MM . Gluck , Piccini ,
Sacchini , Paifiëllo , Philidor , Grétry , &c . Il nous
paroît à cet égard très- utile , & nous ne doutons pas
qu'il n'ait un débit confidérable.
ERRATA du dernier Mercure.
N. B. On a oublié deux lignes entières dans le
compte rendu du Portrait , article Comédie Franfoife
, page 181. Il faut rétablir ainfi la première
phrafe de l'analyfe.
&
Une femme qui prépa oit à ſon mari une ſurpriſe
agréable , en fe faifant peindre à fon infçu , pour lui
faire enfuite hommage de fon portrait , eft trahie par
un indifcret qu'elle a mis dans fa confidence.
Page 184 , ligne 10 , ne devoient pas toujours ;
Alez ne doivent pas,
TABLE.
Romance de Nina ,
A Mme Dugazon ,
Charade, Enigme &
gryphe ,
Logo
31 Variétés ,
4 Concert Spirituel ,
Leure à MM. de l'Académie
- Françoiſe ,
14
29
Académie Roy. de Mufiq, 31
6 Comédie Italienne ,
8
Annonces & Notices ,
39
J'ATIR
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 3 Juin 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
· Paris , le a Juin 1986. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI
*
10 JUN 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERSET EN PROSE.
ODE SUR L'INSENSIBILITÉ. *
FRANKLIN , dont le vafte génie
Dirige un nouvel Univers ,
Et dont la main fage & hardie
De l'esclavage rompt les fers ;
Sparte à ta voix va reparoître ;
La paix que l'on a vu renaître ,
La paix dans ton fein a germé ;
* Note de l'Auteur. L'Auteur de l'Ode , en mettant à
la tète le nom de Franklin , a voulu rendre hommage au
mérite . L'infenfibilité foïque fuppofe la force d'ame &
la conftance ; vertus qui ont brillé dans M. Franklin , &
qui le rendent autant recommandable , que fes lumières &
Les talens l'ont rendu célèbre..
No. 23, 10 Juin 1786. C
50 MERCURE
*
Lorfque je chante le vrai fage ,
Apollon m'offre ton image ;
Après Socrate il t'a nommé.
DILU des vers , à ma voix ftoique
Prête d'harmonieux accens ;
Vois Zénon qui , fous le portique
S'adreffe aux Sages de fon temps,
Je ne viens point avec Lucrèce ,
Plein de la coupe enchantereffe ,
Vanter la douce volupté.
J'oppoſe aux malheurs de la vie
La fuprême philoſophic ,
La froide infenfibilité.
COMME on voit une tour antique
Braver l'aquilon irrité ;
Telle on voit une ame foïque
Triompher de l'adverfité,
Que l'on dégrade Bélifaire ,
Qu'on le prive de la lumière ,
Sa conftance égale fes maux ;
Sénèque meurt , mais fans murmure
;
La mort , l'effroi de la Nature ,
Ne peut
altérer fon repos .
LES vents qui foufflent les orages ,
La foudre qui briſe les tours ,
Sont dirigés par des loix fages
DE
SI
FRANCE.
Comme l'altre qui fait les jours,
Du monde créé le ſyſtême
Attefte de l'Etre Suprême
Et la fageffe & la grandeur ;
La fenfibilité de l'homme
De tous les maux forme la fomme ;
Le mal phyfique eſt une erreur.
L'ERREUR a régné d'âge en âge
Sur votre globe ténébreux ;
Par les tens elle ſe propage ;
Au coeur elle arrive par eux §
L'erreur égare le génie ;
Vainement la philofophie
Dans fon fein porte le flambeau ;
Les yeux du monel infenfible,
Aux paflions inacceffible ,
Peuvent feuls percer fon bandeau .
Sous le rampart de la fageffe ,
Dans l'ombre d'un réduic facré,
Où l'homme cache fa foibleffe
L'Amour a fouvent pénétré.
Il vole au féjour d'Uranie ;
Au Lycée il fuit Polymaie ;
Il pourfuit Mars dans ſes exploits.
Un Sage * monte au rang (uprême ,
• Marc-Aurèle.
Cil
52 MERCURE
Vainqueur de l'Amour , de lui-mêmes
Et l'Univers reçoit les loix.
Au fein d'une douce apathie ,
De moi-même je fais jouir ;
Je vois les tréfors fans envie;
La gloire ne peut m'éblouïr.
A mes yeux la chimère expire ;
Les vaines terreurs qu'elle infpire
Ne troublent point mes jours fereins ;
La perfidie au doux fourire
Qui feint d'aimer pour mieux féduire ,
Tend à mon coeur des piéges vains .
INSENSIBILITÉ propice ,
Bafe éternelle du bonheur ,
Premier appui de la juftice ,
Reçois l'hommage de mon coeur ;
Tu me couvris de ton égide ,
Et d'une colombe timide
Tu fis un lion courageux ;
Je vois planer l'aigle fuperbe,
L'affreux ferpent ramper fous l'herbe ;
Je marche ferme devant eux.
SUR un rocher tu fis ton temple :
Là , j'apperçois au fein de l'air ,
Le fage Franklin qui contemple ,
Bravant & la foudre & l'éclair ;
DE FRANCE.
53
Daphné va s'y changer en arbre ;
Niobé s'y transforme en marbre
Pour éternifer fon pouvoir.
Là , mon coeur devenu de glace ,
A fu fe choifir une place
Où rien ne pourra l'émouvoir.
VERS fur l'Arrivée de M. le Comte
DE NELLEMBOURG à Paris.
LA Samaritaine éplorée ✶
De n'avoir pu fur tous les tons.
Célébrer l'heureuſe arrivée
Du Prince que nous poflédons,
Se plaignoit , quand la Gloire , embouchant la troms
pette ,
Lui dit avec fierté : profane , feuviens- toi
Qu'un mortel adoré , qu'un frère d'Antoinette
Ne doit être en ces lieux annoncéfque par moi .
( Par M. le Marquis de Caraccioli.
* La Samaritaine , qui carillonnoit dans les événemens
joyeux , eft arrêtée depuis long- temps .
Ciij
14
MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Couvent ; celui
de l'Enigme' eft Manche ; celui du Logogrypheeft
Email , où l'on trouve mail,
ail , il, L ( chiffre romain qui exprime
cinquante. )
Aubrai
CHARADE.
U bruit de mon premier le Chaffeur le réveille ?
Mon fecond plaît en tout fans être merveilleux ;
"
Dans les difcours frappe l'oreille ,
Et dans les Arts fixe les yeux.
Mon tout , terme d'architecture ,
Eft un oifeau dans la Nature .
( Par M. de la L... ancien Moufquetaire.Y
RNIG ME.
DANS le monde , vit-on jamais choſe pareille ?
Lecteur , j'ai le talon à côté de l'oreille ;
Tantôt blanc , tantôt gris , & le plus fouvent noir.
La dépouille des morts forme tout mon efpoir ;
DE FRANCE
.
:
STUD
Mes flancs font un cachot d'une noirceur extrême ,
-à-tour
Où mon priſonnier vient s'enfermer de lui- même,
Je ne le quitte pas ; avec lui tour - à -t
Je vais à la campagne , à la villé , à la Cour.
Je me prête à fes goûts ; il marche für ma trace ;
Mais je trouve bien dur de le ſuivre à la chaſſe
J'en reviens haraffé ; ce turbulent plaifir,
S'il revient trop fouvent , me fait enfin périr.
Mais brifous là -deffus .... Il eft temps de paroître.
Frappe du pied , Lecteur , & tu vas me connoître.
(Par M. le Vicomte de Gal... )
LOGOGRYPHE
ADMIRE, ami Lecteur , l'inconftance du fort :
Iei , de toutes parts je fais voler la mort ;
Là , bravant les rigueurs du temps & de la parque ,
Je fais vivre mille ans le Héros , le Monarque.
Les fix pieds qui forment mon nom
Peuvent fo ffir mainte combinaiſon .
Retranche le fecond , & vois un folitaire
Qui , dans certain pays mène une une vie auftère ;
Je t'offre encore un chiffre un vêtements
Un espace fur terre ainfi qu'au firmament ;
Un pombre ; un Patriarche ; une illuſtre Amazone ;
Le nom latin d'un cruel Empereur ,
Civ
MERCURE
vit à Rome fur le Trône;
Qu'on v
Et ce métal puiffant.... Mais tu me tiens , Lecteur.
(Par M. Gillat , Etudiant en Droit des
Facultés de Rennes. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires
Hiftoriques relatifs à l'Hiftoire de France ,
Tomes XIV, XV & XVI. A Londres ; &
ſe trouve à Paris, rue d'Anjou - Dauphine ,
n°. 6.
Nous avons rendu compte des premiers
Volumes de cette Collection. Les Rédacteurs
ne négligent rien pour en faire un monument
authentique , & une reffource pour
tous ceux qui auront à travailler fur l'Hif
toire.
Ces trois Volumes que nous annon
cons , contiennent les Mémoires de Guillaume
de Villeneuve , de la Tremoille , du
Chevalier Bayard de Louife de Savoie. Les
Éditeurs paroiffent émbarraffés de favoir d'où
venoit Guillaume de Villeneuve , ce qu'il
étoit, & à quelle famille il appartenoit.
Guillaume- Louis de Villeneuve defcend
de l'ancienne Maifon de ce nom , alliée à la
DE FRANCE. $7
•
Maiſon Royale , & diftinguée par l'illuftration
des grandes dignités. Romée de Ville
neuve , un des ancêtres de Guillaume , avoit
été premier Miniftre de Raimond Bérenger ,
Comte de Provence , mort en 1250 : c'eſt à
lui qu'on doit le mariage de Béatrix de Provence
avec Charles de France , Comte d'Anjou
, qui procura la réunion de ce Comté à la
Couronne. Guillaume de Villeneuve , Auteur
des Mémoires , étoit Chambellan de Charles
VIII , & commanda fes Armées Navales.
Sa famille fubfifte encore , & s'eft divifée en
plufieurs branches , dont les principales font
établies en Provence , & connues par les dénominations
de Trans , de Bargemont , de
Flayok , d'Esclapon , &c . &c. &c.
Nous connoillions les Mémoires de Guillaume
, & nous fommes perfuadés du travail
que les Rédacteurs ont dû faire pour les rectifier.
Il y a une efpèce de fervice qu'ils rendront
à l'Hiftoire , en relevant chemin faifant
les erreurs géographiques , en fubſtituant
à de vieilles dénominations les noms moder-
'nes des Villes , & en marquant les métamorphofes
que tous les lieux ont fubies. Des Villages
font devenus de grandes Cités ; celles- ci,
défertées & dépeuplées , ont été réduites en
Bourgades. Les Mémoires de Guillaume de
Villeneuve commencent en 1494 , & finiffent
en 1497. Ce n'eft précisément que le récit de
la conquête de Naples , & de la manière dont
les François en furent chaffés. Il les rédigea
durant la captivité & pour éviter l'oifiveté. Le
Cv.
MERCURE
tyle en eft cependant naïf, coulant & d'une
concifion peu commune.
Les Mémoires de Louis II , fieur de la Tremoille
, dit le Chevalier fans reproche , font
joints aux précédens. Les Éditeurs annoncent
que l'Hiftorien appartient à une des plus illuftres
Maifons de France. « La Tremoille
»
"
ל כ
(difent- ils ) , né en 1460 , a vécu fous cinq
» & porté les armes fous quatre Rois. Elevé
» dans le Palais de Louis XI , il fortoit à
peine de l'enfance quand il entendit les cris
de douleur que le remords arracha trop tard
» à la confcience de ce Prince. Charles VIII
l'auroit comblé de bienfaits , fi une mort
inopinée n'eût enlevé ce Monarque à la
» fleur de fon âge. Louis XII qui lui fuccéda ,
auroit pu fe fouvenir que la Tremoille
l'avoit vaincu , & qu'une longue captivité
» avoit été la fuite de fa défaite ; mais on fait
que Louis XII oublia les torts qu'on avoit
eus envers le Duc d'Orléans ; aufline donnat-
il à la Tremoille que des témoignages de
» confiance & d'eftime. »
>
Qu'on nous permette de faire un rapprochement
entre Hugues Capet & Louis XII ,
à l'occafion du pardon généreux de ce dernier.
Hugues Capet, parvenu au Trône, laiffa
croire qu'il étoit difpofé à venger les infultes
qui lui avoient été faites. On l'avoit qualifié
d'ufurpateur , on s'étoit ligué contre lui , on
lui avoit contefté fa defcendance . Caper ,
après avoir joui de la terreur qu'il infpiroit ,
déclara hautement dans une Affemblée puDE
FRANCE .
blique, que ce n'étoit pas au Roi de France a
venger les inimitiés des Comtes de Paris &
d'Anjou. Voyez Favin , page 556. Louis XII
a fans doute le mérite d'avoir fenti la géné
rofité d'un fi beau pardon ; mais il en avoit
reçu l'exemple ; & ce qu'il fit pour la Tremoille,
Capet l'avoit fait en faveur de Gerbert,
Écolâtre de Reims.
Revenons à la Tremoille , qui fous le règne
de ce Roi , commanda les Troupes envoyées
dans le Milanès , dont il fit la conquête ; qui
eut la gloire d'avoir fait reculer l'Armée du
grand Gonfalve , & qui mourut à la bataille
de Favie avec le furnom de Chevalier fans
reproche , furnom qui paroît un peu gratuit
toutes les fois qu'on fe reffouvient du malfacre
qu'il ordonna des Capitaines faits prifonniers
après la défaite du Duc d'Orléans.f
Les Éditeurs ont accordé la préférence aux
Mémoires rédigés par Jean Bouchet, dont ils
ont retranché les acceffoires inutiles. Ils ont
fi bien réuffi , qu'une lecture confufe & pénible
a été rendue claire , facile , fufceptible de
grâces & de beaucoup de naïveté. On doit
leur favoir gré d'un travail qui donne une
idée pratique des motifs qui les ont engagés à
compofer leur Collection. « Bouchet ( difentils
) a mis une attention particulière à la
» peinture des moeurs de fon fiècle , par la
lui feul a recueillies.
Peut - être nous blâmera-t-on de n'avoir
pas affoibli les tournures trop poéti-
» ques qu'il emploje ; mais nous voulions
ور
"
foule , d'anecdotes quee
C vj
MERCURE
» faire connoître fa manière , & nous n'au
rions pu y toucher fans crainte de l'al-
» térer. »
Les Éditeurs ne doivent point craindre
d'être blâmés de refpecter les phyfionomies
des Auteurs , & de conferver à chacun fon attitude.
Le morceau qui fuit prouve qu'ils
ont bien conçu leur tâche & le peu d'éten
due qu'elle doit avoir. « Nous avons été
» bien plus hardis quand il s'eft agi de réta
blir des dates fautives , & elles n'étoient
» que trop fréquentes dans le texte.... Nous
avouons que nous nous fommes arrêtés
» avec une forte de complaifance fur les événemens
qui appartiennent aux fix premières
années du règne de Charles VIII,
autant parce qu'à cette époque la partie
chronologique de notre Hiftoire eft con-
» fufe & ténébreufe , que parce que les Auteurs
des Mémoires ne rempliffent point
» cette lacune. Ceux de la Tremoille font
même les feuls où l'on trouve quelques
détails fatisfaifans fur l'adminiftration
» d'Anne de Beaujon , & fur les différends
qu'elle eut avec le Duc d'Orléans. » Les
Mémoires de la Tremoille comprennent une
période d'environ cinquante ans , depuis 1460
jufqu'en 1 525. Il fut tué à la bataille de Pavie
le 24 Février. Il avoit alors foixante-cinq ans.
Nous obferverons comme une fingularité remarquable
, que la bataille de Pavie fur fingulièrement
funefte aux vieux Généraux. Ils y
mérirent prefque tous. Les jeunes Guerriers
DE FRANCE 61
furent faits prifonniers. Bonivet fut parmi ces
derniers . Un Général y perdit la vie.
Les Mémoires de Bayard rempliffent la
moitié du Tome XIV & le Tome XV . Il n'eft
aucun de nos Lecteurs qui ne treffaille de
joie au nom de Bayard , qui ne compte fur un
plaifir en lifant les Mémoires du Chevalier
fans peur & fans reproche. Les Éditeurs ont
adopté la traduction faite par Guyard de Berville,
& y ont ajouté tout ce qu'offroient
d'intéreffant les annotations de Godefroi , le
め
و ر
22
"
fupplément d'Expilly , les remarques du
» Préſident de Boiflieu. Les Éditeurs ont comparé
les Mémoires de Bayard avec les Hifto-
» riens de fon temps , rectifié les erreurs qui
s'y étoient gliffées ; on a éclairci les portions
» de l'Ouvrage qui avoient befoin de déve-
» loppemens. » C'eſt ainfi qu'ils donneront
des preuves de leur érudition, & que par une
concordance bien éclaircie entre les divers
Hiftoriens , ils auront le mérite d'avoir épuré
des faits que les Auteurs avoient défigurés par
ignorance , par méchanceté , ou par adulation.
Nous ne faurions trop inviter les Éditeurs
à continuer ces rapprochemens entre les
différens Hiftoriens. Ils ont un modèle dans
POuvrage qui a pour titre la Concordance des
temps pour l'intelligence des Auteurs Eccléfiaftiques
des huit premiers fiècles .
Il nous femble qu'ils fe font trompés en af
furant que la Maifon du Terrail n'existe plus ;
celle de Chatelard en defcend par femmes en
ligne directe. Nous croyons même qu'il y a
62 - MERCURE
encore des defcendans du nom de Bayard.
Nous fommes bien fachés qu'ils n'ayent point
eu connoiffance d'un manuferit ayant pour
titre : Admonitions de Meffire Georges du Terrail
, adreffees par lui enforme de Leçons Che
valerefques , àfin neveu Pierre Bayard, qui
fut notre Chevalier ; ils auroient retrouve les
moeurs du temps , l'éducation qu'on donnoit'
aux Gentilshommes dans leurs medeftes châ
tels , & l'affection des vieux Chevaliers pour
leurs enfans. Ils auroient peint ce bon Évêque
de Grenoble , oncle de Bayard, qui fe char-
-gea des frais de fon équipage , difant à fon
neveu : Écoute - moi , tu me répondras
enfuite en confcience comme au Chapelain
qui te confeffe.... Ils auroient annoncé le
trifayeul de Bayard , contemporain de du
Guefclin & de Cliffon , fe diftinguant contré
le méchant Roi de Navarre , contribuant à
placerfur le Trône de Caftille Henri de Tranftamare
, & fuivant la fortune de Charles VI,
à l'occafion duquel l'oncle de Bayard fait certe
réflexion , qui caracterife fi bien le coeur des
François : « Il faut qu'un Roi foit bien nécef-
و د
20
-
faire à la France ! il faut qu'il foit bien iden-
» tifié avec elle , puifqu'elle tomba en lan-
" gueur avec fon Roi languiffant ! tous nos
Braves avoient perdu leur énergie . Hélas !
quand les François n'ont rien à faire , ils
» s'amufent à faire du mal. On fe vendeit -
» publiquement aux Anglois ....» Le bifayeul
de Bayard fut , fous le règne fuivant , l'ami de
Poton & de la Hire , fervit glorieufement
2
DE FRANCE. 63
l'État , laiffa un fils qui fe fignala fous Louis
XI, & fut le père de notre Chevalier Bayard.
On trouve dans les Admonitions que fon oncle
l'Évêque de Grenoble lui donna , tout ce
qui peint le temps & la véritable grandeur.
Je n'ai jamais pu retenir de mémoire , dit - il ,
que trois mots latins : les voici , retiens- les
bien aufii : nobilitas fola atque unica virtus.
Mon enfant , fois noble comme tes pères ,
comme ton trifayeul , qui fut tué aux pieds
du Roi Jean à Poitiers ; comme ton bifayeul ,
qui eut le même fort à Azincourt ; comme
ton père,qui s'acquit tant de gloire en défendant
la patrie, & fut fi fouvent bleffé.
Ce manufcrit eft dans une bibliothèque
de Moines à Grenoble ; il eft relié de velours
violet , avec des agraffes de cuivre. Nous ne
fommes pointaffezinjuftes pour en vouloir aux
Éditeurs de ce qu'ils ont ignoré l'exiſtence de
ce manuſcrit. Nous ferions tentés bien plutôt
de nous récrier contre les Bibliomanes , qui
ont la manie d'enfouir dans leurs bibliothè+
ques des tréfors inutiles , & qui ne jouiffent
que du bonheur honteux de l'avare.
Pierre du Terrail , appelé le Chevalier
Bayard , naquit fous le règne de Louis XI. Son
oncle le préfenta à Philippe , Comte de
Beaugé , qui devint depuis Duc de Savoie, &
qui étoit alors Gouverneur de Lyon . Ce
Prince le reçut Page . Charles VIII paffant par
Lyon pour fa brillante expédition de Naples ,
le demanda à M. de Beauge , & le mena en
Italie en 1495. C'eft ce que les Lditeurs ont
64 MERCURE
omis dans leurs Notices ; ils ont omis de dire
qu'il gagna l'eftime de Dunois , de Gié , de la
Tremoille à la bataille de Fornoue , & que
le Duc d'Orléans crut voir un du Guefclin
dans ce jeune homme. Ce Duc , devenu Roi
fous le nom de Louis XII , voulut avoir Bayard
dans l'armée qu'il conduifit en Milanès , l'an
1499 ; de - là il l'envoya à Naples , où il réſiſta
feul fur un pont à deux cents hommes ; ce qui
le fit furnommer le Coclès François. Il ne
revint en France qu'en 1514 , qu'il fut récompenſé
de la Lieutenance - Générale du Dauphiné.
La bataille de Marignan (en 1515) , connue
fous le nom de la bataille des Géans , fur
due à la fageffe & à la valeur de Bayard , &
nous ajouterons à celle du malheureux Connétable
de Bourbon. François Premier voulut
après le combat être armé Chevalier par
Bayard. Il feroit trop long d'entreprendre le
récit des belles actions de ce Chevalier , dont
les Éditeurs auroient pu remplir leurs Notices.
Il brilla au fiége de Pampelune , vola
enfuite défendre Mézières contre une armée
de cinquante mille hommes , commandée par
Charles-Quint. Enfin , à la retraite de Rebec il
reçut un coup de moufquet qui lui brifa
l'epine du dos. Il tomba en s'écriant : Jéfus
mon Dieu,jefuis mort ! Il fit un acte de contri
tion , baifa la croix de fon épée ; & ne trouvant
point là de Chapelain , il fe confeffa à
fon Ecuyer, & pria qu'on le mît fous un arbre
, qu'on lui posât la tête fur une pierre , &*
qu'on lui tournât le vifage contre l'ennemi.
DE FRANCE. 65
fupplia M. d'Alègre de dire au Roi qu'il mouroit
content, puifqu'il mouroit pour lui. En
fuite il fit fon teftainent militaire ; il le finiffoit
quand il vit arriver à lui le Connétable de
Bourbon, qui lui dit : Ah! mon pauvre Capi
taine Bayard , que je fuis marri de vous voir en
cet état ! Monfeigneur , ce n'eft pas moi
qu'il faut plaindre ; je meurs en homme de
bien ; vous êtes bien plus digne de pitié.
-
Puis d'une voix mourante il l'exhorta à fe réconcilier
avec fon Roi. Le Marquis de Pefcaire
, ce fameux Général de Charles -Quint ,
furvint, & donna des larmes au plus redoutable
de fes ennemis. Ainfi depuis , Montécuculli
pleura notre immortel Turenne. Bayard,
difent les Éditeurs , s'abandonna à certains
écarts. Ces expreffions font un peu hafardées.
On ne lui a connu qu'une foibleffe ; ce fut
dans la feconde campagne d'Italie. On fait de
quelle manière il fe vainquit , & comment il
mérita d'être comparé au plus grand des Scipions
, qui renvoya à fes parens cette belle
Efpagnole fi connue dans l'Hiftoire. On peut
dire de lui ce que Tite-Live écrivoit de fon
Héros. Il remporta cette grande victoire à
l'âge de vingt- quatre ans , & juvenis & coelebs
& victor. Quoique nous ayons une hif
toire particulière de Bayard , nous pouvons
affurer que fon âme n'eft pas encore affez
connue , c'eft l'Épaminondas de la France,
Qui fera fon Plutarque ?
Le Tome XVI commence par les Mémoires
du Maréchal de Fleuranges. Les Édi66
MERCURE
teurs femblent donner à entendre qu'il s'atta
cha au fervice de la France ; mais fon père y
avoit déjà fervi , & en avoit reçu de grandes
récompenfes. On trouve dans les manufcrits
de Dupuy, n°. 743 , " un don à M. de Fleuranges
, fils aîné de Meffire Robert de la
Marck, de la Ville de Château- Thierry , fa
» vie durant feulement ; c'étoit en 1521. Le
» Roi le fit dans la même année Capitaine
des Suiffes de fa Garde , lequel Office étoit
" vacant par la mort de Meffire Guillaume
de la Marck , fils de feu la Grande -Barbe ,
"
"9
qui étoit fon parent. Les Éditeurs pouvoient
placer un rapprochement qui eût été
inftructif, entre ce Sichingen , partifan Allemand,
qui contribua tant à procurer la nomination
de Charles Quint à l'Empire , &
Erard de la Marck, d'abord Évêque de Chartres
, enfuite Évêque de Tournay & de Liége ,
qui s'attacha à Charles-Quint pour fe venger
de François Premier , qu'il accufoit d'avoir
engagé le Parlement à lui faire faifir fon tem
porel, faute de réfidence & à défaut de paye
ment des aumônes accoutumées. Manuferit
de Dupuy, no. 392. Un procès enleva à la
France le Connétable de Bourbon , victime de
la jaloufie de la Ducheffe d'Angoulême, & du
fyftême dangereux du Chancelier Duprat , qui
perfuadoit au Roi que les biens & les perfonnes
de fes fujets lui appartenoient. Un
procès conduifit au gibet le Sur-Intendant
Semblançay. Combien de maux les procès
n'ont- ils pas faits à François Premier ! Les
DE FRANCE. 67
Éditeurs ont parfaitement caractérisé le mérite
& le ton des Mémoires de Fleuranges,
Les obfervations qu'ils y ont ajoutées , les rapprochemens
qu'ils en font avec ceux de la
Tremoille & de Bayard , épurent d'une ma
nière certaine les faits majeurs fur lesquels il
eft important de n'être point trompé.
Les Mémoires ou Journal de Louife de
Savoie, Ducheffe d'Angoulême , terminent
ce Volume , qui préfente le tableau de trois
règnes agités , fouvent malheureux , dans lef
quels on trouve de grandes vertus , des vices
& de brillantes folies.
Louife de Savoie ( felon les Éditeurs ) influa
fur la plupart des grands événemens du
règne de fon fils . Elle ent des partiſans & des
ennemis. Les premiers ont flatté fon portrait,
les autres ont cherché à en ternir les couleurs.
Les Éditeurs gardent une jufte mefure , qu'on
peut prefque nommer timidité , en parlant de
cette Reine , dont la conduite eft fuffifamment
connue : fa galanterie , fa jaloufie , l'ambition
de gouverner , tout cela auroit été une
fource de vertus , fi Louife n'avoit pas eu un
mauvais coeur, fi le defir de la vengeance ne
lui avoit fait facrifier l'intérêt de l'État & fa
propre renommée ; mais elle eut une vertu
dont on n'a point affez parlé : elle aima fon
fils avec excès , & lui infpira ces principes
d'une aimable & refpectueule galanterie , ce
ton de loyauté chevalerefque qu'il porta trop
loin au détriment de la France. La conduite
de Louife de Savoie après la bataille de Pavie,
68 MERCURE
annonce l'énergie de fon caractère , dans un
moment où elle entendoit mille voix qui l'ac
cufoient des malheurs de la France, pour avoir
perfécuté le Connétable de Bourbon. Elle
maintint tous les Corps dans l'obéiffance , &
follicita des fecours avec vivacité. Il eft vrai
que tous les François allèrent au- devant dé
fes defirs , & que le Parlement de Paris fe
fignala par fa fageffe & par fa fermeté. La
France étoit confternée; chacun partagea le
deuil de la Régente; on n'eut pas de peine à
obtempérer à l'Édit du 20 Avril 1525 , qui
ordonnoit de quitter les habits de foie , défendoit
de porter au- delà de la valeur d'une
demi-once d'or , & d'aller en carrolle . Les
Romains n'avoient fait la loi Opia que dans
une circonftance auffi défaftreufe.
Quand les Éditeurs feront parvenus à la
Régence de Catherine de Médicis , ils feront
étonnés des reffemblances que ces deux
Reines ont entre-elles dans le génie , dans la
tendreffe maternelle , dans l'intrigue , dans la
galanterie ; ils ne négligeront point de recueillir
dans les manufcrits de Dupuy, les lettres
qui fervirent à accufer & à juftifier en
même temps Catherine de Médicis , & qui
dans l'un & l'autre cas donnèrent la plus haute
'idée des reffources de fon génie , de fa facilité
à écrire, & de la profondeur de fes plans politiques.
Les Mémoires de Louife font peu inf
tructifs ; mais ils font curieux à lire , & remplis
de naïveté. « L'an 1519 , le 5 Juillet ( ditelle)
Frère François de Paule , des Frères
وي
DE FRANCE. 69
» Mendians Évangéliftes , fut par moi cano-
» nifé , à tout le moins j'en ai payé la taxe . →→→ .
Et ailleurs elle dit : En Août 1520 , le jour
» Saint Laurent , à deux heures après midi , à
» Saint-Germain-en- Laye , fortit du ventre
» de la Reine ma fille , Madelaine , troiſième
» fille du Roi mon fils , & c. & c. &c. »
Nous ne ferions que nous répéter en ajoutant
que cette Collection précieuſe nous
manquoit. On pourra l'oppoſer à l'Hiſtoire ,
dont elle eſt tout - à- la- fois la preuve & la
critique. Nous invitons les Éditeurs à fuivre
leur concordance , & à être très-difcrets fur les
généalogies . Nous defirons fincèrement que
tous les dépôts leur foient ouverts , & qu'ils
trouvent toutes les facilités dont ils ont befoin.
C'eſt à la bienveillance publique à les
foutenir dans leur entrepriſe.
LES Deux Mentors , ou Mémoires pour
fervir à l'Hiftoire des Maurs Angloifes
du dix-huitième fiècle , Traduction libre
de l'Anglois de M. ***, par M. D. la P...
2 vol. in- 12. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi ,
quai des Auguftins.
ON s'apperçoit bientôt , en lifant ce Roman
, qu'il part d'une main exercée dans ce
genre de Littérature . L'Homme - de- Lettres à
qui nous le devons, ne s'eft pas borné à cefeul
bienfait ; c'eft par lui que nous poffedons l'excellent
Roman de Tom Jones . M. D. la P...
50 MERCURE
3
nous femble avoit arrangé ces Deux Mentors
d'une maniere Libre , qu'il pourroit bien prétendre
à quelque chofe de plus qu'au titre
d'imitateur. Les événemens y font difpofés de
façon à fufpendre l'interêt fans l'affoiblir ; &
les aventures y font multipliées avec cette
adrefle qui foutient l'attention fans la fatiguer.
Le Héros du Roman , Saville , fe trouve
placé entre deux Tuteurs , dont les moeurs
offrent le contrafte le plus marqué , & qui
s'efforcent de tout leur pouvoir , l'un , à le
bien conduire , l'autre à l'égarer. On fent combien
cette fituation doit faire trembler fur le
fort du jeune Saville.
L'un de fes Tuteurs , Richard Munden , le
prefente d'abord dans une maifon qui eft
bien propre à nourrir ces craintes . Il l'abandonne
aux foins éducateurs d'une Lady Eelmour
, qui , en profeffant le bon ton , enfergne
les mauvaifes moeurs ; qui , prétendant
à la gloire de rendre aimables les jeunes gens ,
leur apprend à cefler d'être eftimables ; qui
enfin non contente de les attacher aux vices
par fés leçons , travaille à former de fes propres
mains leurs criminelles chaînes.
Les fages leçons du fecond Tuteur , Johnfon,
lui offrent un prefervatif; mais on fait que
les leçons font foibles contre l'exemple , &
que des yeux frappés des preftiges de la volupté,
ne laiffent guère à l'oreille la faculté
d'entendre la voix qui ordonne de la fuir.
Le coeur de Saville demeure incorruptible.
DE FRANCE I
Affez. fage pour deviner les piéges qu'on lui
tend , il eft allez courageux pour s'y derober.
Il fait plus : non content d'échapper à la corruption
, il avertit deux jeunes coeurs des
dangers qui les menacent; & il a le bonheur
de rendre inutiles pour eux comme pour lui ,
les odieufes manoeuvres de Lady Belmour.
Saville , qui ne puife point fa force dans
un coeur froid & infenfible , ne fe trouve
pas à l'abri d'un amour honnête. Mill Belcombe
, jeune perfonne auffi vertueufe que
belle , fruit d'un mariage fecret , mais reconnue
à la finpar un père riche , & puiffant par
Ton nom , lui infpire les plus tendres fentimens.
L'hiftoire de la naiffance & de l'édu- ´
cation de Milf Belcombe eft très - attachante.
Mais l'intérêt croît bien encore' , lorfqu'un
enlèvement forcé la jette dans les plus vives
alarmes , & livre fon amant au plus cruel
défefpoir.
Quand Saville eft parvenu à la délivrer
l'intérêt s'affoiblit alors , parce que les obftacles
ont ceffé. Mais l'Auteur faut le renouveler
bientôt. La manière dont Milf Belcombe
retrouve fon père , & dont elle réuffit à fe
faire reconnoître publiquement , malgré des
motifs d'intérêt qui engageoient fon père à
cacher ce mariage , fait couler de douces larmes
, & achève de remplir le but de ce Roman
, dont le fonds eft moral & les détails
intéreffans .
72 MERCUREBIBLIOTHÈQUE
Phyfico - Économique
Inflructive & Amufanie ; cinquième année,
ou année 1786 , contenant des Mémoires
Obfervations pratiques fur l'économie rurale
& civile; les nouvelles Découvertes les
plus intéreflantes dans les Arts utiles &
agréables ; la defcription & la figure des
nouvelles machines , des inftrumens qu'on
doit y employer; les pratiques , procédés ,
médicamens nouveaux quipeuvent intereffer
la fanté des hommes & des animaux ; les
moyens d'arrêter les incendies , & en généralfur
tous les objets d'utilité & d'agrément
dans la vie civile & privée , & c. avec
des planches en taille -douce. A Paris , chez
Buiffon , Libraire , rue des Poitevins , hôtel
de Mefgrigny , Nº. 13 .
CET Ouvrage continue depuis cinq années
de jouir d'un fuccès proportionné à fon extrême
utilité. On l'a d'abord compofé de tout
ce que les papiers Nationaux ont publié dé
découvertes importantes ; l'Éditeur , dont
les efforts ont été encouragés , a bientôt
étendu fon plan , & l'a enrichi du relevé des
Ouvrages étrangers ; ainfi , tout ce qui fe publie
de nouveau en Europe fur les différentes
branches de l'Agriculture , de l'Économie ,
des Sciences & des Arts , eft maintenant de
fon domaine.
On ne peut nier que ce ne foit une idée
fort heureufe que de recueillir ainfi , & de
raffembler
DE FRANCE. 71
raffembler en corps d'ouvrage le réfultat des
efforts de l'Artifte & du Savant ; leurs découvertes
confiées à des feuilles fugitives , courent
fouvent le rifque de devenir inutiles ,
faute des moyens de les retrouver au befoin.
Ici , réunies, par le moyen des tables , dans un
ordre alphabétique , on eft , dans quelque
temps que ce foit , à portée de les confulter
& d'en faire ufage.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties
pour y établir plus d'ordre. La quatrième contient
les annonces de fubftances , compofitions
, machines , opérations , dont ceux qui
les vendent font des fecrets pour le Public ; &
l'Éditeur ne les donne que pour ceux qui aiment
à croire , & qui veulent avoir tout ce
qui fe publie en ce genre.
Il fe juftifie du reproche d'avoir publié
quelques procédés dont l'expérience faite par
les Lecteurs n'a pas eu l'effet annoncé. Il eft
poffible que l'expofé n'en ait pas été fait d'une
manière affez exacte par l'Auteur , ou même
que fon mauvais fuccès vienne du peu de
foin de celui même qui l'a tentée. Il voudroit
bien qu'il lui fût poffible d'éprouver lui-même
d'avance tous les procédés qu'il annonce; mais
fouvent le temps s'y refufe; tout ce qu'il peut
faire , c'eft d'accueillir avec reconnoiffance &
de publier les notes & inftructions que voudront
bien lui envoyer les perfonnes que
l'amour du bien public & de la vérité aura
engagées à tenter ces effais . C'eft ce que l'on
trouve en effet dans un avertiſſement à la tête
No. 23 , 10 Juin 1786.
D
74 MERCURE
lit
du fecond volume de cette année. On Y
auffi des réflexions très-fages fur le magnétifie
animal , qu'on y voit apprécié à ſa juſte
valeur.
Indépendamment du mérite connu de cec
Ouvrage , les deux nouveaux volumes que
nous annonçons , ont encore celui de renfermerles
Mémoires & Inftructions que le Gouvernement
& la Société Royale d'Agriculture
de Paris ont publiés l'année dernière fur les
grains , fur les moyens de fuppléer les fourrages
en temps de difette , &c. On les verra
fans doute ici avec fatisfaction raffemblés dans
ces deux nouveaux volumes.
I
L'Ouvrage complet forme actuellement
vol. in-12 . avec 17 grandes planches en
taille-douce ; favoir , l'année 1782 , 1 vol.;
1783 , Į vol.; 1784 , 1 vol.; 1785 , 1 vol.;
1786 , 2 vol.; les cinq années fe vendent enfemble
ou féparément . Le prix de chaque
volume eft de 2 liv. 12 fols broché , rendu
franc de port par la pofte dans tout le Royaume.
On affranchit l'argent & la lettre d'avis ,
qu'on voudra bien envoyer à l'adreſſe déf
gnée plus haut,
DE FRANCE. 75
VARIÉTÉ S.
SUITE duVoyage aux Glaciers de Chamouni
en Savoye , & retour par le Valais & les
bords du Lac de Genève , par M. Bérenger.
ENFIN nous voici fur des montagnes primiti
ves ; nous voici véritablement dans les Alpes. Un
air balfamique & frais , plus refpirable , plus pur, faiz
reffentir une alacrité nouvelle .
*
« Droite & roide eft la côte, & le fentier étroit. »
On peut cependant y monter en cariole ; mais ja
ne confeille à perfonne de s'y hafarder en Phaeton
du matin , comme l'osèrent entreprendre dernièrement
quelques jeunes gens de Paris , en culotte foufrée
& manchettes de filet brodé. La culebute feroit
certaine ; & le char fracaffé n'arriveroit qu'en pièces
au bas de l'effroyable précipice où l'Arve s'eft creusé
fon lit dans le roc. Des arbriffeaux charmans , des
fleurs éclatantes & parfumées croiffent dans ces déferts
. L'aigle à queue blanche s'élançant de fon aire,
femble planer tranquillement fur vos têtes , & fond
comme la foudre fur les marmottes qu'il enlève
dans fes ferres, tandis que fon bec tranchant les déchire
en lambeaux. On monte , on s'élève de plus
en plus ; il eft des momens où les précipices font à
pic fous vos pas. Le chemin fe trouve çà & là pratiqué
fur des espèces de corniches en faillie , & fi jufte
que la petite voiture l'occupe en entier , & fillonne
quelquefois à hauteur d'appui le côté de la montagne
à droite, Prefque par- tout le fol eft âpre & taillé en
Dij
76 MERCURE
pointes de diamant. De noirs fapins , de triftes mélèles
ombragent lugubrernent ce fombre chemin ,
& toute la décoration d'alentour eft étrange & févère
, comme pour rendre plus faillant le contraſte
qui va paroître .
En fortant de ce coupe - gorge on tourne à
ganche , & l'on voit devant foi la vallée de Chamouni.
Ses vertes prairies , fes bois religieux , les
glaciers qui l'entourent , & les hautes pyramides qui
la menacent de leur chûte , forment le coup- d'oeil le
plus frappant & le plus neuf.
Quelle fcène nouvelle étonne mes regards !
Un éternel hiver blanchit ces boulevards ,
J'apperçois fur les roes les longs flots des caſcades
Durcis & fufpendus à l'urne des Nayades ....
J'aime de ces rochers la fauvage fierté ,
Leur front ceint de frimats par le nitre argenté ,
Et le pin confervant fa verte chevelure
Près du chêne honteux de régner fans parure.
Cette vallée , devenue fi intéreſſante depuis les
defcriptions de MM. de Sauffure , Coxe & Ramond ,
doit déformais completter un Voyage en Suiffe . Tout
ce que j'y ai vu & obfervé m'a paru fait pour juftifier
l'enthoufiafme de ces Auteurs célèbres : fon afpect
a vraiment exalté ma verve. Auffi , pour éviter l'efpèce
de ridicule que les fots ne manquent pas de jeter
fur l'expreffion poétique , qui devient cependant l'expreffion
naturelle de tout homme fenfible qui décrit
en préſence ces magnifiques objets , j'ai affecté
de marquer les hauteurs , les profondeurs des pics
& des abyfmes , des cafcades & des glaciers que
j'ai vus , afin qu'on pût comparer , s'il eft poffib'e ,
de telles dimenfions avec celles qui nous font fami
lières. Au refte , j'avertis encore qu'en tout ceci
j'ai pour garants & pour guides MM. de Luc & de
DE FRANCE. 77
Sauffure, dont je lifois les Ouvrages en parcourant
ces déſerts , qui furent le théâtre de leurs périlleufes
expériences & de leurs utiles découvertes.
Rien de plus fraîchement décoré , de plus heureuſement
entremêlé , de plus élégamment agrefte ,
que cette nouvelle Tempé. Des prairies couvertes
d'une herbe drue & forte , de longs champs de
feigle & de méteil , des carrés de lin & de pommes
de terre entourés de petites clôtures ; plus loin des
lifières où s'élèvent le napel en fleur & la gentiane
purpurine ; de diftance en diftance des ruiffeaux
charmans qui s'échappent du pied des rochers &
courent vers le canal de l'Arve ; de jolis plateaux de
verdure bordés d'auricules , d'oeillets , de violettes &
d'anémones , fleurs fimples il eft vrai , mais exhalant
les parfums du lys , de la vanille & du gérofle ; un
air de vie , un tableau paſtoral , des cadres riches
& finguliers ; enfin , un monde d'un afpect tout nopveau
réveillent ici l'idée des jardins les plus fabuleux
, & forment de cette vallée un afyle unique qu
la fageffe & l'amour devroient feuls habiter.
On découvre fucceffivement les trois hameaux &
les trois glaciers qui meublent les côtes de ce long
& étroit berceau. La vallée en effet n'a guères
qu'une petite lieue de large , fur cinq à fix de longueur.
Ses trois principales Parciffes , qui font celle
des Ouches à l'occident , l'Argentière à l'orient , & le
. Prieuré au milieu , contiennent à peu près trois
mille habitans. La bonne foi , le bon fens , la
bonté paroiffent diftinguer ces bonnes gens. Ils ont
de l'efprit , & même des connoiffances , du courage
& de la gaieté. Je leur ai trouvé beaucoup de phyfionomie
, du caractère , & fur- tout de la probité.
Les femmes y font ce qu'elles devroient être partout,
laborienfes , douces , honnêtes , fenfibles &
fécondes. L'hiver elles filent & jalent ; l'été elles
chantent & travaillent aux champs. La première
i
!
D iij
78 MERCURE
1
faifon commence en Octobre , & finit en Mai ; fa
feconde eft courte , affez chaude le jour , mais topjours
fraîche , & ſouvent froide la nuit. J'arrivai au
Prieuré le dernier de Juillet ; il furvint un vent
froid , & je fus couvert de neige & tranfi , malgré la
peau de chevreuil qui me fervoit de manteau ducal.
Heureufement ce temps extraordinaire ne dura pas ;
le foleil parut , & dans l'inftant le bas de la vallée
fut déblanchi ; alors nous jouîmes pleinement des
pompeufes fcènes qu'elle étale de toutes parts.
Je vis d'abord le glacier de Taconar fufpendu fur
une pente rapide ; bientôt celui des Buiffons , qui
defcend directement du Mont - Blanc , arrêta mes
yeax émerveillés ; enfin j'apperçus en face le grand
glacier des Bois , où les bancs de glace ont juſqu'à
cent pieds d'épaiffeur , & cinq à fix lieues d'étendue
en remontant vers les Aiguilles . Je ne pouvois me
laffer de contempler ces longs fleuves dont les vagues
folides circulent parmi de hauts fapins que
leurs blancs obélifques dominent. Je fuivois leurs
divers contours , & je les voyois s'approcher des
moiffons au point qu'en certains endroits on touche
les épis d'une main , & la glace de l'autre . Deux ou
arois torrens furieux m'arrêtèrent férieufement ; l'un
fur- tout, nommé, je crois , le Nant- Nayin , groffiffoit
à vue d'ail ; pendant que je m'amufois a chercher
du jafpe , des pyrites & du cryftal fur la rive
gauche , il emporta brufquement fon pont de bois
& les pierres qui Fétayoient , & il fallut attendre
que fon éruption fût rallentie , pour le paffer fans
rifque , ce qui ne me retarda pourtant que deux
petites heures.
Arrivé au Prieuré , chez Mme Couteran , Hôteffe
attentive & refpectable , je n'eus rien de plus
preffé que de courir à la fameufe fource de l'Arve-
Ton. Je pris un jeune guide , & je m'avançai vers la
tête de la vallée , le long de l'Arve , dont il fallut
DE FRANCE. 79
franchir les ondes tortueufes pour la fixième fois.
Je traverfai le village de Pras , où je rencontrai
deux manières d'Albinos fort laids , que la Nature
a eu le caprice de coëffer d'une espèce de foie blanche.
Je parvins au bois de fapins qui protège ce hameau
& fa petite plaine contre le ravage des avalanches
, & la chûte des blocs de glace qui , dans les
dégels, fe détachent des aiguilles voifines , & tombent
comme des bombes dans les moiffons de ces habitacles
marécageux.
En entrant dans ce bois , dont les arbres s'élancent
à plus de cent pieds fur des tiges droites & robuftes
, on fent fubitement une fraîcheur vive &
délectable , produite par le courant de l'Arveron , &
par le mouvement qu'impriment à l'air deux ou
trois cafcades qui fe précipitent du haut du glacier.
On arrive bientôt dans un labyrinthe inextricable ,
formé par d'immenfes décombres que les glaces ont
conftamment pouffés devant elles ou charriées for
leur dos depuis la cime du Montant- Vert jufqu'au
plan le plus bas de la vallée . Il y a là telle pièce de
granit de dix à douze toifes cubes , qui fut jadis
perchée fur la pointe de ces fameufes aiguilles ( dont
plufieurs ont quinze cent toifes d'élévation. ) Ces
blocs s'écartent , tombent & dévalent d'autant plus
facilement que , felon M. de Sauffure , leurs couches
ne font pas horizontales comme dans les bancs
calcaires , mais perpendiculaires & en forme de grand
artichaut. La plus grande des pyramides d'Egypte,
mife à la place de ces pyramides de la Nature, feroit,
je penfe, un effet très -mefquin , & n'auroit plus que
l'apparence d'un fommet émouffé ; car enfin la plus
grande des trois qui reftent au Caire , n'a que soo
pieds de hauteur perpendiculaire , & environ 2600
pieds de circuit ; ( M. Bourrit donne à l'aiguille du
Dru, qui tranche le ciel de fa cime, environ dix - neuf
cent toiſes d'élévation , ) & cependant cent mille ou
Div
So MERCURE
י כ כ
30
vriers travaillèrent trente années de fuite , ou à préparer
les matériaux , ou à conftruire l'ouvrage des
Egyptiens ; & une infcription apprenoit que pour les
oignons dont on les avoit nourris , il en avoit coûté
à ces imbécilles Souverains près de fept millions de
notre monnoie. « Petits hommes , hauts de fix pieds ,
tout au plus de fept , faut - il s'écrier avec la
Bruyère , qui vous donnez fans pudeur de la hau-
» teſſe & de l'éminence , qui eſt tout ce que l'on
pourroit accorder à ces montagnes voifines du
Ciel , & qui voient les nuages fe former audeffous
d'elles ; efpèce d'animaux glorieux &
fuperbes , qui méprilez toute autre efpèce , qui ne
faites pas même comparaifon avec l'éléphant & la
baleine , approchez , hommes , répondez un peu à
Démocrite.... Quand je vous vois marcher à vos
» combats , vous me faites fouvenir de ces quatre
puces célèbres que montroit autrefois un Charlatan
, fubtil ouvrier , dans une fiole où il avoit
trouvé le fecret de les faire vivre ; il leur avoit mis
» à chacune un cafque en tête , leur avoit paffé un
corps de cuiraffe , mis des braffards , des genouillères
, la lance fur la cuiffe ; rien ne leur manquoit
, & dans cet équipage elles alloient par fauts
& par bonds dans leur bouteille. Feignez un
homme de la taille du mont Athos fi cet homme
avoit la vue affez fub ile pour vous découvrir
quelque part fur la terre avec vos armes offenfives
» & défenfives , que croyez-vous qu'il penferoit de
petits marmoufets ainfi équipés , & de ce que vous
appelez guerre , cavalerie , infanterie , un fiége
mémorable , une fumeuſe journée, &c. ! »
53
Mais je m'apperçois que j'imite , fans le vouloir ,
je nefais quel Voyageur François en Suiffe , lequel ,
ayant de parler de fon objet , differte pendant cinquante
pages fur les pyramides d'Egypte , & fur la
pierre philofophale , &c. Revenons à la fource
DE FRANCE. $ 1
de l'Arveron , & renonçons aux Epiſodes , lorfqu'ils
n'ont pas pour but d'utiles vérités.
Après avoir erré dans ces fentiers & grimpé far
tous ces bancs de fable , de gravier & de morraine ,
on arrive enfin vis - à- vis de l'arcade , du fond de
laquelle l'Arveron fort en furie , fifflant , rejailliffant
, pouffant mi le débris de glaces & de pierres
qui roulent pêle - mêle en s'entrechoquant fous fes
eaux. Je n'ai jamais rien vu , rien admiré de plus
hardi , de plus folidement irrégulier que cette architecture
des Fées. Représentez - vous une ouverture
béanta tranchée en entonnoir dans un mur de glace
vive , deux lourds maſſifs de même matière dont le
ceintre foutient un diadême pyramidal hériffé de
mille pointes de glaces , des arceaux furbaiffés vers
le fond de cet antre magique , & qui en dégradent
la fuite enfoncée , le jeu des couleurs que tous ces
prifies brifent & reflètent en cent façons au moment
que le foleil les effleure de fes rayons d'or :
telle me parut cette grotte enchantée . Les parois
en font d'une glace pure , denfe & bleuâtre , ou
plutôt d'un vert- d'eau clair & tranſparent comme la
plus brillante porcelaine . Son bizarre entablement
cft couronné de longs feftons de glaces minées par
leurs bafes , & laiffant échapper çà & là des filets
d'eau qui reffemblent à une pluie de vif-argent. Je
m'avançai d'ifle en ifle , de bloc en bloc jufqu'audevant
de cet admirable portail de cryftal . Environné
de périls , je me gliffai , foutenu d'un long
bâton ferré, au pied du maffif qui eft à droite. J'interrogeai
l'écho ; je bas de ces eaux reftaurantes , &
dont la falutaire fraîcheur eft le plus excellent des
toniques. Je ramaffai des quarts d'une éblouiffante
blancheur , de petits fragmens da Schorl tranſparent
comme du crystal de roche , & quelques paillettes
d'or.... Je m'étois affis fur un quartier de glace
Dv
82 MERCURE
pour lire un fragment de Thompſon fur les fleuves....
Tout- à- coup j'entends un bruit pareil au retentiffement
d'un tonnerre lointain.... Un des obélifques
de glace rangés par milliers fur la furface du gla
cier , avoit été iné par la chaleur . du jour ; il fe
détache, & tombant fur des rochers faillans, rejaillit
au loin brifé en mille éclats ; quelques fapins en
furent ébranchés ; plufieurs morceaux plats &
tranchans coulèrent jufqu'à la rivière , & mon vifage
fut couvert d'une pluie de glace pulvérisée qui me fit
fentir ma témérité. Je quittai bien vîte une place où
j'étois affiégé par une auffi formidable artillerie , &
je revins au logis après avoir inutilement effayé de
gravir la gliffante croupe que les glaces élevoient
fous le chapeau , le long de l'efcarpement qui monte
vers le hameau d'Etine.
En rentrant dans le village , nous vîmes la porte
de l'auberge affiégée par une foule de jeunes filles
endimanchées , qui nous apportoient dans des corbeilles
garnies de feuillage , des monceaux de fraifes
& de gros bouquets de violettes ; quelques-unes
nous offroient avec empreffement des affiettes d'une
glace pure & vierge comme elles .; d'autres vantoient
leurs petites bottes de génippi des Alpes ,
( efpèce dabfynthe foyeufe , odorante & fouveraine
, dit- on, pour les pleuréfies . ) Leur nombre
augmentoit d'un moment à l'autre ; elles apportoient
de l'amianthe , du cryftal noir & blanc, des
cornes de bouquetins , des rayons de miel ( le miel
de Chamouni égale en blancheur & en parfum celui
de Narbonne ) ; enfin nous nous débarra flames des
inftances de ces pauvres enfans , en achetant quelque
chofe à chacune d'elles , & nous foupames délicieufement
auprès d'un bon feu , buvant à la glace &
nous trouvant très bien des mets des Patriarches ...
Feftins des Rois, vous n'êtes rien auprès !
Le lendemain dès la pointe du jour , éveillé par
DE FRANCE. 83
le bêlement des vaches & les fonnettes des chèvres
qui fe raffembloient pour regagner les hauteurs , je
partis feul pour le Montant- Verd, afin de voir la
fameufe mer de glace étendue dans cette horrible
vallée.
Cette fombre montagne , couverte entièrement de
mélèſes & de fapins , eft coupée vis- à- vis le Prieuré
par une caſcade qui tombe des appendices du Mont-
Blanc & des amas de neiges qui ceignent la bafe des
Aiguilles . Sa pente fcabreufe eft de deux grandes
heures de traversée. Mais combien n'eft- on pas
dédommagé de fes peines lorfqu'on arrive à fon
fommet (1) ! Le Ciel fe découvre ; l'horizon s'agran
dit ; on voit devant foi un innombrable amas de
vagues hériffées qui donnent l'idée d'une mer fubitement
congelée dans l'inftant même où les aquilons
foulevoient fes flots. De profondes crevaffes traverfent
en tout fens ces courans immobiles ; des
ruiffeaux fluides comme l'éther fuient dans ces fentes
(r) « Avec un peu de courage & quelques précautions ,
les Dames qui vont à Chamouni peuvent jouir de ces
» belles vues . Quatre guides forts & adroits les aident à
» monter, en formant un étroit quarré avec leurs bâtons ;
» ou bien l'on ajufte un fauteuil à bras en forme de chaife
» à porteur , obfervant d'employer de gros écheveaux de
» fil crû en guife de bretelles . Par ces moyens faciles elles
> arrivent au haut du Montant-Verd , on au deffus du
» village d'Etine , d'où l'oeil embraffe à la fois les hor
» reurs des glaciers , les neiges du Mont- Blanc & la vallée
» entière de Chamouni avec fes prairies , fes rivières &
» fes villages . C'eft ainfi que l'été dernier ( 1785 ) Mef-
» dames les Ducheffes de Bourbon & de Valentineis ,
attirées par la plus louable curiofité , parvinrent avec
leur fuite au fommet de ces montagnes , & firent connoître
les grâces & la bienfaifance Françoifes aux pau-
» vres Habitans de ces déferts , qui crurent voir dans ces
jeunes Princeffes ces Fées & ces Sylphides à la puiffance
» defquelles tous les Montagnards Suiffes attribuent les
» décorations merveilleufes de leurs grottes & de leurs
n cryftallières . » Dvj
84
MERCURE
polies ; quelques - unes font creusées en ravin , &
aboutiffent à des espèces de fenêtres rondes par où
les eaux s'épanchent dans le vallon. Plus loin l'on
apperçoit les neiges entaffées par les avalanches des
Aiguilles. Ce chaos de montuofités touche aux âpres
déferts qui défendent les approches du Mont Blanc.
On admire avec effroi , on fe p'onge dans un
océan de penſées ; on marche en tremblant fur cet
inerte amas de ruines qu'entaffent les ouragans , &
que les glaces cimentent. « A meſure qu'on avance
vers les régions fupérieures , cette mer eft calme &
» fillonnée feulement par de vaftes ondes : s'échappe
t-elle par un étroit vallon , c'est un torrent furieux
dont les flots fe preffent & fe poursuivent ; tout à
» cette vue rappelle l'idée du mouvement & du
bruit , & cependant le filence & l'immobilité vous
environnent ( 1 ). »
C'est ici qu'il faut s'affeoir , & accueillir avec
une religieufe terreur les grands penfers qui vous
élancent dans les Cieux , & vous font planer fur
l'abyfine des temps. On croit aflifter aux mille révolutions
de ce Globe ; on voit les pas de la deftruetion
empreints fur toutes ces maffes auguftes & difformes
, de même qu'on avoit vu fur les montagnes
fecondaires les traces d'un océan régénérateur qui
roule autour du Globe , & en baigne lentement &
fucceffivement toutes les parties ( 2) .
Cependant cet incalculable amas de neiges &
de glaçons , cet immenfe linceul qui paroît n'enfevelir
que le cadavre , ou plutôt les offemens de la
( 1 ) M. Ramond , Note fur les Glaciers.
(2) Le favant Aftruc & M. le Baron de Servières ont
fupputé que l'étendue des côtes de France depuis la mer
ne s'eft guère accrue par les dépôts du Rhône , de plus de
trois lieues en trois mille ans. Si l'on pouvoit certifi la
jufteffe de ce calcul , on auroit une idée de la lenteur des
●pérations de la Nature.
DE FRANCE. 85
mère commune des êtres , n'eft qu'un voile myſtérieux
fous l'ombre duquel la Nature prépare en
filence fes intariffables refſources . Là , elle taffemble
dans fes laboratoires éternels ces grands fleuves qui ,
précipités de ces dominantes régions , vont porter
par- tout l'abondance & la vie , avec la fubftance des
monts & des principes fertilifans qu'ils épandent :
là , la décompofition des métaux fulfureux produi
fant une chaleur foible , mais égale & continue ,
opère en grand dans les entrailles de la terre les merveilleufes
combinaiſons que l'Art obtient en petit
par les fourneaux du Chimifte : là , fe forment les
cryftaux prifmatiques ou cubiques , tranſparens
comme l'air , ou empourprés de tous les feux du
foleil , foit que les rayons paternels de cet aftre
échauffent & vivifient le fein de la terre à travers les
glaces & les rochers , foit qu'un feu central foit le
principe fécond de cette éternelle fermentation des
corps.... Honneur , gloire , louanges à l'éternel
Architecte de l'Univers ! C'eft ici qu'eût élevé de
Sanctuaire de fon Temple fublime ; c'est ici qu'il ſe
rend fenfible au coeur & à l'intelligence par la magnificence
des objets dont on eft entouré , & par
l'infaillible fageffe des moyens qu'il a choifis pour
perpétuer l'harmonie & la durée de fon Ouvrage.
לכ
La méditation , dit J. J. , prend fur ce théâtre
aërien je ne fais quel caractère grand & fublime
proportionné aux objets qui nous frappent , je ne
fais quelle volupté tranquille qui n'a rien d'âcre
ɔɔ ni de fenfael . Il femble qu'en s'élevant au - deffus
du féjour des hommes , on y laiffe tous les fentimens
bas & terreftres , & qu'à mesure qu'on approche
des régions éthérées, l'âme contracte quel
» que chofe de leur inaltérable pureté . » N. Hel .
ود
Ce feroir ici le lieu d'expliquer l'origine de ces
immortels glaciers , ou du moins de choisir parmi
les explications qu'on en donne , celle qui paroît la
86 MERCURE
plus vraisemblable. M. Ramond , Commentateur
éloquent de M. Coxe , m'a féduit par fon fyftême . Il
eft penfé en grand , & expofé avec la plus noble lucidité.
Les raifons de M. de Sauffure paroiffent cependant
plus plaufibles. Il obferve , il compare , & fes
réfultats ont la force des démonftrations qu'on appuie
fur l'évidence même. Ce Philofophe qui va G
fagement à la quête des faits , nous donne la chaleur
de la terre comme la caufe naturelle & conftante de
la fonte des neiges & des glaces. Il démontre , par
une foule d'obfervations favantes , les admirables
proportions que la Nature a établies entre les forces
génératrices & les forces deftructives par- tout où
elle a voulu entretenir une certaine uniformité.
3
M. Ramond repréfente ces amas de neige qui
s'accumulent fur les têtes du Mont- blanc , comme
obligées par leur poids de rouler inceffamment dans
les vallées voifines , où le foleil commence à les
fondre légèrement. Peu- à - peu ces maffes poreufes
s'imbibent d'eau , ſe gèlent , fe durciffent & fe compriment
toujours en tendant vers les lieux bas , toujours
plus imbibées , & de nouveau furprifes par les
froids de la nuit & des hivers . C'eft dans les abîmes
creufés par le temps & les orages le long de ces
grands rochers décharnés , que les neiges s'entalfent
à des hauteurs prodigieufes , pouflées , preffées
par le poids toujours agiffant des amoncellemens
fupérieurs , & attirées par la rapide pente des ravins
qui leur fervent de lit. C'eft dans ces vallons
qu'aboutiffent toutes les branches des glaciers ; &
les crevaffes profondes qui les fillonnent , font autant
de canaux ui verfent dans le grand torrent , toujours
creufé vers le milieu , des glaces , & roulant
emprisonné fous une croûte épaiffe en certains endroits
de cent toifes. Plus ces maffes fe condenſent ,
plus elies réfiftent aux chaleurs de l'été, qui , dans ces
froides & fombres régions , ne fauroient jamais ba
DE FRANCE. 87
lancer des gelées de près de dix mois . Auffi les glaciers
s'étendent & fe multiplient de jour en jour ,
parce que les entaflemens des neiges s'accumulent
dans des puits où le foleil ne fauroit pénétrer. Des
contrées entières , jadis couvertes de hameaux & de
moiffons , font envahies par les modernes débordemens
des glaciers . Il eft des cantons en Suiffe & en
Savoie où le progrès de ces ufurpations eft de quatorze
toifes par an : viteffe énorme & terrible , qui
heureufement n'eft pas univerfelle , & que le caprice
des faifons anéantit en grande partie après un période
de temps qu'on eftime , pour le flux & reflux ,
d'environ deux fois fept années.
Quittons , il eft temps , ces régions défolées ;
franchiffons cette chaîne de monts altiers qui nous
féparent de l'Italie & du Valais : defcendons vers le
Rhône , & voyons ce qu'il faut rabattre des féduifantes
relations d'un homme de génie qui échauf
foit de tout le feu de fon coeur le théâtre même des
hivers , & favoit embellir des grâces de fon imagination
le féjour dégoûtant de la misère & de l'imbécillité.
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ON a
N a continué à ce Théâtre les repréfentations
de Thémistocle. La beauté de la faifon &
le peu d'enthoufiafme que la première repréfentation
a excité , concourent à diminuer
l'affluence & à s'oppofer à un plein fuccès. On
ne fait point de reproches marqués à cet Ou88
MERCURE
vrage ; feulement on le reçoit avec froideur
& cette froideur même fert à expliquer pourquoi
il n'a pas plus réuffi : c'eſt que le fujet
en lui-même laiffe l'ame tranquille ; & qu'à
ce Spectacle , depuis fur- tout qu'on en a banni
le merveilleux , ce ne font plus les beautés
de détail qui intéreffent , c'eft un enſemble
attachant , ce font des fituations fortes , des
caractères vigoureux , des paffions violentes ;
beaucoup de mouvement , même de tumulte
& de défordre ; en un mot , un fujet fufceptible
de grands effets . C'eft-là qu'il faut , encore
plus qu'ailleurs , frapper fort plutôt .
que de frapperjufte. On a pu juger , par l'extrait
que nous avons donné de cet Opéra ,
que la marche en eft fage ; on ne peut nier
que le ftyle général de la mufique ne foit
excellent ; qu'il n'y ait beaucoup de morceaux
de mufique charmans , tels que le duo & les
derniers choeurs du premier Ate ; l'air de
Néocle au fecond , celui de Mandane , celui
de Xercès , fière Athènes , qui a excité les
plus grands applaudiffemens ; le morceau de
Théiniftocle , dont le motif eft répété plufieurs
fois très heureuſement ; le choeur qui
termine cet Acte ; un air de Thémiftocle &
un de Néocle au troiſième Acte ; un autre
duo , dont l'accompagnement eft très - extraor
dinaire, & qui a produit beaucoup d'effet, enfin,
tous les airs de danfe & de divertiffement.
On conviendra encore que le fpectacle en eft
fuperbe ; les habits fomptueux & magnifiques
; les décorations très- belles ; les ballets
DE FRANCE. 89
bien deffinés , pas trop longs , & parfaitement
exécutés par les Sujets les plus chéris . Si tant
d'avantages réunis n'ont produit qu'une foible
fenfation , c'eft dono au fujet feul qu'il
faut s'en prendre , & c'eft un nouvel exemple
qui doit rappeler à ceux qui fuivent cette carrière
, combien il leur eft important d'être
févères dans leur choix.
Les Acteurs ont très-bien rempli leur rôle.
Mme Saint- Huberty a prouvé que fi dans des
fituations violentes elle fait fe montrer excellente
Actrice , elle ne fait pas moins bien,
dans des fituations plus calmes , chanter avec .
infiniment de goût & d'art . M. Rouffeau a
mis beaucoup de grâces dans le rôle de
Néocle , & M. Chardini beaucoup de nobleffe
dans celui de Xercès . Cet Acteur, que
fon zèle inépuifable rend propre à tout , a
fait voir, par la manière dont il a chanté l'air
fière Athènes , qu'il ne lui manque que d'être
plus encouragé pour être compté au nombre
des Acteurs les plus diftingués. M. Laïs s'eft
très bien acquitté du rôle de Thémistocle . On
connoît tout le prix de fa voix intéreffante &
de fon excellente manière de chanter.
인 Peut-être , & nous l'efpérons , la repriſe de
cet Opéra fera-t'elle plus heureufe. Ce ne feroit
pas le premier qui , dans des circonftances
femblables , & avec les mêmes avantages ,
auroit ramené les fuffrages à un fecond effai.
C'eft du moins le voeu que doivent inſpirer
les talens très-eftimables de M. Philidor , à
qui l'on n'a peut-être pas de plus grands repro90
MERCURE
ches à faire , que celui d'être un Compofiteur
National , & de s'être laiffé trop long - temps
oublier.
ANNONCES ET NOTICES.
ORAISON Funèbre de très-haut , très puiſſant &
très excellent Prince Louis- Philippe d'Orléans ,
Duc d'Orléans , premier Prince du Sang , prononcée
dans 1 Eglife Royale de Saint Aignan d'Orléans
, le 10 Mars 1786 , en préfence des Compagnies
affemblées , par Meffire François - Benoît Rozier
, Prêtre , Chanoine de ladite Eglife , in- 4° . A
Orléans , de l'Imprimerie de Charles-Abraham-
Ifaac Jacob , rue Bourgogne , vis- à vis Saint Sauveur
; & fe trouve à Paris chez la Veuve Valade ,
Imprimeur- Libraire , rue des Noyers , & chez les
différens Libraires du Palais.
De la fageffe dans les idées & de la correction
dans le ftyle : voilà le caractère & l'éloge de ce
Difcours.
NOUVEAUX Mémoires de l'Académie de Dijon
pour la partie des Sciences & Arts , premierfemeftre ,
1785. A Dijon , chez Cauffe , Imprimeur - Libraire
de la même Académie , Place Saint Etienne ; & à
Paris , chez D dot le jeune , Imprimeur - Libraire ,
quai des Auguftins , & chez Barrois jeune , Libraire ,
même quai . Prix, 6 liv . 12 fols , & 7 liv. 10 fols
franc par la pofte,
RICHARD BODLEY , où la Prévoyance malheureufe
, par Mme de Malarme , 2 Vol. in 12. A
DE FRANCE. 91
-
Londres , chez Thomas Hookham's ; & à Paris ,
chez la Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques.
par
Il feroit impoffible de préfenter l'analyse de ce
Roman. Richard Bodley & Nancy font élevés
comme frère & foeur des raifons inutiles à rapporter.
Ils deviennent amoureux l'un de l'autre fans
le favoir. La mère de Nancy , qui ne s'oppofe pas à
leur union , mais qui veut éprouver leur amour ,
voyager Richard ; mais cette prévoyance livre les
deux Amans aux plus grands malheurs , qui finiffent
néanmoins par leur hymenée.
fait
Voilà l'action principale de ce Roman ; mais elle
eft croifée par tant de fils étrangers, que l'attention la
plus fcrupuleaſe en eft ſouvent déroutée . Il y a de
l'imagination & un intérêt de curicfité. L'Auteur eft
connu par d'autres Ouvrages.
ÉLÉGIE fur la mort de Louis- Philippe d'Or
léans , Duc d'Orléans , premier Prince du Sang , par
M. l'Abbé Amphoux de Marfeille , ancien Aumônier
des Galères du Roi , Auteur de plufieurs Ouvrages
de profe & de poéfies. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Hardouin & Gattey , Libraires ,
au Palais Royal .
MEMORIAL de l'Europe , ou Tableau Chronolo
gique des principaux Evénemens arrivés dans cette
partie du Monde, in- 12 . A Paris , chez Leroy , Libraire
, rue Saint Jacques.
Cet ouvrage offre un choix raifoncé des principaux
faits épars dans tous les Journaux de l'Europe.
Le Volume que nous annonçons contient le
Tableau Politique , Hiftorique & Philofophique de
l'année 1785. Il en paroîtra dorénavant tous les
premiers Février deux Volumes , dont l'un com
prendra le Tableau Hiftorique de l'année , & le
fecond divers Mémoires fur des fujets de Phyſique ,
92 MERCURE
d'Hiftoire Naturelle , de Médecine , d'Economie
Rurale &c. On prie ceux qui voudront contribuer
à la perfection de ce Mémorial, de faire paffer au
Libraire leurs Mémoires francs de port.
Ess A1 fur le Bureau Typographique , ou véri
table Méthode de M. Dumas pour apprendre à lire
aux Enfans , &c. approuvée de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , par le fieur Bruneteau
d'Embreine , ancien Inſtituteur & Directeur d'une
Maifon d'Education Nationale & Militaire , in- 14.
A Paris , chez l'Auteur , rue de la Tour-d'Auvergne,
& Leroy , Libraire , rue Saint Jacques .
On foufcrit pour les Bureaux de l'Auteur à fix
prix différens. Le Bureau de fix rangs coûte 144 liv. ,
celui de quatre 96 liv. , & la Capfule de huit
logettes , à laquelle on joindra les Effais & le Syllabaire
, 18 liv. Ces trois genres de Burcaux font expliqués
dans le Profpectus qu'on trouve chez le même
Libraire. La moitié des diverfes fommes mentionnées
eft payée en ſouſcrivant , l'autre moitié en recevant
le Bureau .
TRAITE fur les abus qui fubfiftent dans les
Hôpitaux du Royaume , & les moyens propres à les
réformer, afin de rendre les Maifons de Charité des
Etabliffemens utiles à l'humanité , & glorieux à la
Nation , par M. l'Abbé de Recalde , Chanoine de
Comines.
Cet Ouvrage intéreffe tout Citoyen vertueux . Il
indique les abus les plus dangereux qui fe commertent
dans les Hôpitaux du Royaume , en développe
les fuites , & fait voir combien il feroit glorieux &
utile à l'Erat de foulager efficacement l'indigence ;
enfin il propofe , pour fecourir la misère & les infirmités
, des moyens qui , fans être onéreux à l'Etat ,
J'acquitteront envers le pauvre ,
DE FRANCE. 93
MAISONS des Pays froids , ou Conftruction de
Maifon propre à garantir des fioids rigoureux de
l'hiver , & même des grandes chaleurs de l'été , avec
les moyens de les échauffer au meilleur marchépoſſible,
in-4 ° . de 16 pages , avec Plan . Prix , 1 liv. 10 fols .
A Paris , chez la Veuve Valade , Imprimeur -Libraire
, rue des Noyers.
Ce Mémoire eft conforme aux principes d'une
faine Phyfique , & d'ailleurs il a un objet d'utilité
fenfible : c'eft ce qu'attefte l'Approbation de l'Académie
Royale des Sciences.
AABBA, ou le Triomphe de l'Innocence. A
Eleutéropolis ; & fe trouve à Paris , chez la Veuve
Gueffier , Libraire , rue du Bouloir.
C'eft une espèce de Roman Mythologique en
quatre Parties. L'Héroïne eft une Bergère qui échappe
à plufieurs dangers que lui fulcite Vénus , parce que
fes parens , à fa naiffance n'ont pas invoqué pour
elle (a divinité. L'Ouvrage , que l'Auteur a dédié à
La fille , refpire l'honnêteté & les bonnes moeurs ,
FIGURES de Hiftoire Romaine , accompagnées
dun Précis Hiftorique au bas de chaque Lampe ;
einquième Livraiſon. Prix , 15 liv.
On fouferit toujours pour cet Ouvrage intéreſfant
, imprimé fur papier vélin , au Palais Royal ,
paffage de Richelieu , n ° . 2 , chez l'Auteur , M.
de Myris , Secrétaire des Commandemens de Mgr.
le Duc de Montpenfier.
GALERIE du Palais Royal, gravée d'après los
tableaux des différentes Écoles qui la compofent ,
avec un abrégé de la vie des Peintres , & une defcription
hiftorique de chaque tableau . Deuxième
Livraiſon.
Cette Livraiſon a été miſe au jour le 15 du mois
94
MERCURE
dernier. Les perfonnes de Province peuvent la faire
retirer ; ou fi elles defirent qu'on la leur envoie , il
faut ajouter aux 12 liv. 15 fols pour la boîte. On
trouve le Jugement de Paris , de Pierre- Paul Rubens
; le Repos en Egypte de Frédéric Baroche ; la
Proceffion du Saint- Sacrement, d'Annibal Carrache ;
Moife Sauvé, de Dom Diègue Vélafquez de Silva ;
S. Jean prêchant dans le Défert , de François Albane
, & la Tonte de Moutons , de Jean Breughel ,
dit Breughel de Velours. Ce fecond Cahier , par fon
exécution, répond à la beauté du premier, & tous deux
font dignes de l'importance de cette riche Collection.
L'explication du texte , qui eft fort bien faite ,
eft de M. l'Abbé de Fontenay.
LA Reconnoiffance de Fonrofe , peint par Étienne
Aubry , Peintre du Roi , & gravé par R. Delaunay
le jeune. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Auteur , rue &
porte S. Jacques , la porte-cochère près le Petit
Marché , N. 112 .
Cette Eftampe , dont le ſujet eft tiré de la Bergère
des Alpes , eft la cinquième de la jolie fuite connue
fous le titre de Mariage rompu , mariage conclu ,
&c. Elle eft gravée avec le même foin , La feizième
paroîtra fous un mois.
L'AMOUR Ramoneur. -Les Amours d'été,
deux Eftampes deffinées par Leroy , gravées par
P. L. Legrand. Prix , 4 liv, 10 fols , 9 liv. imprimées
en couleur. A Paris , chez l'Auteur , rue du
Plâtre-Saint -Jacques , n°. 13.
Ces deux Eftampes , gravées avec foin , font d'un
effet agréable , fur tout celle de l'Amour Ramoneur.
Aux Manes de Louis- Philippe d'Orléans.
Cette Eftampe , qui repréſente un Mauſolée du
feu Duc d'Orléans , dans lequel on voit un Portrait
DE FRANCE.
95
fort reffemblant de ce Prince fi regretté , eft l'ouvrage
d'une jeune Artiſte déjà connue avantageuſement
par fon Eftampe de la Fécondité , dédiée à.
Mme la Comteffe de Vergennes,
Elle fe trouve chez l'Auteur , rue de l'Arbre-fec ,
nº . 77 , à côté du Café Fagard.
On lit au bas le Quatrain fuivant :
Que Philippe en effet mérite bien nos pleurs !
Digne par les vertus du Sang qui le fit naître ,
Il fut être à-la- fois noble & ſimple en ſes moeurs,
Père, ami , citoyen , tendre époux & bon maître.
ARLEQUIN Roi dans la Lune , Comédie en trois
Actes & en profe , repréſentée pour la première fois
à Paris , fur le Théâtre des Variétés , au Palais
Royal , le 17 Décembre 1785. Prix , 1 liv. 4 fols.
A Paris , chez Cailleau , Imprimeur- Libraire , rue
Galande.
Il y a de la gaîté & des traits faillans dans cette
Comédie. Elle a eu des repréſentations auſſi nombreufes
que fuivies.
NUMERO 1. Symphonie concertante à deux
'Alto principaux , Violons , Alte & Baffe , Cors &
Haut- Bois ad libitum , par M. Prot , Muficien de
la Comédie Françoife . Prix , 4 liv. 4 fols. A Paris ,
chez l'Auteur ( où l'on trouvera fes OEuvres III ,
V & VI de Duos de Violon pour des Commençan
& des Amateurs ) , rue Saint Honoré , près celle
Saint Nicaife , maifon de M. Roblarre , Epicier , &
à la Comédie Françoiſe pendant le fpectacle.
Cette Symphonie eft la première qui ait paru de
ce genre.
I
NUMEROS 1 à 16 de la Mufe Lyrique , ou Jour
mal de Guittare, dédié à la Reine , par M. Porro,
96 MERCURE
-
contenant des Aifs de Pénélope , de Dardanus , de
la Dot , de Richard , &c. Chanfons de Caroline &
autres. On foufcrit à Paris , chez Mme Baillon &
M. Porro , rue Neuve des Petits - Champs , au coin
de celle de Richelieu. Recueil d'Airs nouveaux
François & Etrangers en Quatuors concertans ; ou
Journal de Violon , Flûte , Alto & Baffe , Numéros
8 &,. Abonnement de vingt quatre Cahiers ,
21 & 24 liv. Chaque Cahier féparément 2 liv. -
Les Délaffemens de Polymnie , ou les petits Concerts
de Paris , contenant l'Ariette du jour, les Romances
& Chanfons de fociété, Violon & Baffe chif
frée. Le Journal qui fait partie du précédent , ſe vend
auffi féparément. Abonnement , Iz liv . franc de
port. Chaque Numéro 1 liv. 4 fols . A Paris , même
Adreffe que ci - deffus . Ouverture , avec les
12
Choeurs & Ballets , de Richard- Coeur- de- Lion , par
M. Grétry, en Quatuor pour Violon , Alto , Flûte
& Baffle , par M. Porro . Prix , 3 liv . Même Adreſſe
TABLE.
ODE fur l'Infenfibilité , 49 l'Hiftoire de France ,
Vers fur l'Arrivée de M. le Les Deux Mentors ,
56
69
Comte de Nellembourg . 53 Bibliothèque Phyfico - Econo-
Charade, Enigme & Logogryphe
m'que ,
54 Variétés ,
72
75
Collection Universelle des Me Acad. Royale de Mufiq. 77
moires Hiftoriques relatifs à Annonces & Notices ,
J'AI
AP PROBATION....
AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 10 Juin 1736. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 9 Jain ' 1986. GUID.I.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 17 JUIN 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
RÉPONSE à l'Épître de M. DE C.
J'ai lu ton Épître légère ,
Le plus aimable de tes dons ;
Je vois que , certaine de plaire ,
Ta Mufe eft faite à tous les tons ;
Soit qu'aux bords où les fiers Bretons
Jadis ont allumé la guerre ,
Elle chante , au bruit des clairons ,
Ou les exploits des Washingtons ,
Ou les malheurs de l'Angleterre ,
Ou les triomphes des Bourbons ;
Soit que , loin des champs de Bellone ,
Pour un joli chapeau de joncs ,
N°. 24 , 17 Juin 1786.
I
A
E
98
MERCURE
Troquant fon cafque d'amazone ,
Aux doux accords de fes chanfons ,
Elle anime fur les gazons
Les pas de quelque jeune Faune.
CEPENDANT , toi que je chéris
Pardonne- moi , je t'en conjure ,
Si j'ai ri de ton aventure,
Eh quoi ! nos Dames de Paris
Sont donc fujettes au parjure ?
Cela m'étonne infiniment ;
Car depuis peu l'on nous affure
Que la mode , en ce lieu charmant,
A fait un nouveau réglement
Sur les devoirs de chaque amant ,
Sur les femmes à fentiment ,
Sur la conftance... & la parure.
MAIS je crains qu'à tes fens aigris
Ceci ne paroiffe un outrage.
Eh bien ! laiffons le perfifflage ,'
Reffource des méchans efprits ,
Qui de bons mots fans ceffe épris ,
Du coeur ignorent le langage ,
Et le font un pur badinage
Des douleurs des amans trahis
DANS le fond de cet hermitage ,
Afyie aimable du repos ,
3
DE
99
FRANCE.
Séjour riant dont un Héros
A fait la demeure d'un Sage ; *
Des loisirs qui font mon partage,
Tu me demandes donc l'ufage ,
Et de mes paffe -temps nouveaux
Tu veux que je t'offre l'image ?
Ami , c'eſt un malin propos ;
Et tu les devines , je gage.
DANS la lice ouverte aux talens ,
Belle , mais trompeuſe carrière ,
Je forme encor des pas tremblans :
Je fais qu'à des yeux indulgens
Un jeune Auteur de dix - huit ans
Peut- être a quelques droits de plaire ;
Ami , je le fais ; mais enfin
Le croiras -tu ? cet Art divin
Qu'exerçoient Racine & Voltaire ,
On le regarde avec dédain .
Oui , de fon arme meurtrière
Le ridicule l'a frappé ;
Je l'ai vu fervir de matière
Aux mauvais plaifans d'un foupé ,
Où maint petit-maître attroupé ,
A maint calembourg éclopé ,
Accordoit liberté plénière.
MAIS le Poëte doit trouver
* Or...., maiſon de camp. de M. le Marquis de.....
E
ICO
MERCURE
eftime : Son bonheur dans fa propre
Ces détracteurs d'un Art fublime ,
Il doit tous les favoir braver ;
Sa gloire, fa gloire fuprême ,
C'eft de reffentir en lui-même
Qu'il eft fier de le cultiver.
IL fe peut qu'un rimeur ftérile
Se voye à bon droit rejeter ;
Mais pour des vers que fait Zoïle ,
Faut-il aux Mufes infulter ,
Et moins aimer ceux de Virgile ?
Laiffons lourdement végéter
Des Cotins la troupe imbécile ,
Et fongeons , pour la fupporter ,
Que parmi nous l'on peut compter
Des Saint- Lambert & des Delille.
ABJURE ton dépit jaloux >
Oublie une femme volage ;
Si Vénus t'a fait un outrage 2
Apollon t'offre un fort bien doux ;
Des bras de ta fauffe mai reffe
Vole dans les bras des Neuf Soeurs
Ce ne fut jamais leur foibleffe
Qui décida de leurs faveurs ;
Et qui jouit de leur, tendreffe ,
Ne la doit point à des erreurs .
( Par M. Sorin. Y
DE FRANCE. 101
Bouts-rimés qu'on avoit propofés.
UN favan
I.
.´´miroir ;'
N' favant nuit & jour pâlit fur un vieux marbré;
Coryne à chaque inftant fourit à fon. . . .
Thibaut fair à fon art affujétir un •
• •
· arbre;
· foir ;
L'avare foupçonneux compte matin &...
Jeune épouse fouvent importune
Mais chacun doit payer un tribut à ſon
Et quel que foit l'état , le goût , l'âge , la
Tout a connu , connoît , ou connoîtra l' .
I I.
•
.. ·
•
QU'UN Juge fe morfonde à fa table de .
Que Life s'extafie auprès de ſon.
Qu'un Berger tout le jour fe gîte au pied d'un
Moi je faute & je ris du marin juſqu'au
Et fillette inconnue à Madame. ·
Lucine ;
tour ;
mine ,
Amour.
• marbre;
miroir;
arbre ;
foir;
Lucine ,
tour.
Aux joujour , aux leçons je me plais tour-à-
Si quelque fot un jour vient ſe prendre à ma
Je l'envoie à Leucate éteindre fon. •
mine ,
amour.
( Par Mlle Elvire de C *** , de Metz. )
I I I.
PLUS heureux fous mon toit qu'en un palais
de. • • marbre,
Le cryftal d'un ruiffeau m'offre un fimple.. miroir ;
E iij
102 MERCURE
Sur unlit de gazon , à l'ombre de cet. • : arbre,
La gaîté du matin me conduit jufqu'au . feir.
Là ,tout plein d'un objet cher aux Dieux , à Lucine ,
Ma femme, mes enfans m'occupent tour- à-
Dans un doux entretien chaque jour le ter
Et chaque foleil voit renaître mon • · •
tour :
mine
amour.
( Par M. le Chevalier de Thui... )
I V.
UNE fille à douze ans poſsède un coeur de marbre;
A treize elle commence à fourire au. • · ·
•
miroir;
Un Roman , à quatorze , affife au pied d'un arbre ,.
Lui donne à réfléchir du matin juſqu'au . foir;
A quinze , on fait déjà ce que c'eſt que... Lucine ;
Crainte , trouble , defir fe croifent tour- à-
A feize , tout eft dit : grands parens font la
tour ;
mine:
Mais qui peut réfifter au pouvoir de l' ... Amour 3
( Par un Habitant de Migneaux . Į
V.
•
BIEN digérer , avoir un coeur de
.... marbre ,
miroir ;
arbre ,
foir ;
Lucine
·
·
Du vrai bonheur c'eſt le parfait .
L'hiver au feu , dans l'été fous un.
Le verre en main , j'attends en paix lę .
Puis à ma porte , Amour , Hymen .
Sont confignés , de peur de quelque.
fouvent lorfqu'un fouci vous. mine,
•
· ·
·
tour ;
Car trop
Qui le produit
? .. Feinme
, enfans
ou l' Amour
.
DE FRANCE.
103
V I.
TELLE affecte à vingt ans d'avoir un coeur de marbre;
Qui s'en repent à trente , & lit dans fon.. miroir
arbre ,
foir.
Lucine ,
Que chaque jour ôte une fleur à l'. ...
Qa'au matin de la vie on plaît mieux que le
Vous qui n'abjurez point le culte de . . . .
Tour paffe , & vos attraits pafferont à leur
Sexe fier , au bon temps prévoyez la fa. mine;
Époufez par raifon , fi ce n'eft par ...
Amour.
..
tour :
( Par M. D. D. de Lyon . )
VII.
Qui pourroit , me voyant , avoir un coeur
de . •
Difoit le beau Lindor , confultant fon. .
• • marbre;
. miroir ?
cet arbre,
•
foir.
Lucine ;
Chaque jour mainte Belle , à l'ombre de
Scupire en m'attendant au rendez - vou du
En leur faifant ma cour , je la fais à. . . .
Je comble leurs defirs ; & chacune à fon.
Affrontant l'oeil jaloux d'un mari qui ful..
Le fait père en mes bras des enfans de l'..
( Par Mine la Marquife de Sainte- Huruge. )
VIII.
•
Je ne fuis point tenté du jafpe ni du ..
Le cryftal d'un ruiffeau metient lieu de.
J'admire la Nature , affis au pied d'un.`..
De plaifirs en plaifiis le jour me mène au
tour ,
mine,
Amour.
marbre;
miroir;
arbre ;
foir.
E iv
104
MERCURE
que J'ai grand foin Vénus fe paffe de
• • Lucine
tour ;
mine :
Je montre l'Amitié , mais je cache l' . Amour.
Je fuis un fin routier expert en plus d'un
En fecret & fans bruit je fais jouer la....
• ·
( Par un Célibataire retiré à la campagne. )
1 X.
• miroir
arbre;
foir.
Lucine ;
tour
LISE en un fein d'albâtre enferme un coeur de marbre;
Life ne veut que plaire , & devant fon.
Şon bufte fatisfait eft planté comme un. .
Se parer eft fon foin du matin jufqu'au.
De la Cour de l'Hymen elle écarte
Life fe montre fage & folle tour- à-
C'eft le fot ou le fat qui fe prend à ſa.
·
mine s
Et vient mettre à fes pieds le Defir, non l' Amour.
(Par M. Guichard. )
Bouts-rimés à remplir pour le mois de Juillet.
PAQUEBOT ,
SOUTANE ,
FAGOT ,
SARBACANE ,
MIGNON ,
GALÈRE ,
GUIGNON ,
CHÈRE.
DE FRANCE. 105
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercureprécédent.
LE mot de la Charade eft Corbeau ; celui
de l'Enigme eft Soulier ; celui du Logogryphe
eft Bronze , où l'on trouve bonze, zero ,
robe , Zóne , onze , Noë , Eon , Néro , or.
CHARA D E.
DANS les jardins , l'on trouve mon premier ;
Dans les jardins , l'on trouve mon dernier ,
Dans les jardins , l'on trouve mon entier.
( Par la Fille d'un Militaire de Châlonsfur-
Saone. )
ENIGM E.
JE fuis un meuble util
A la campagne ainfi qu'en ville ;
Un chacun me recherche & defire m'avoir ,
Non pour le feul plaifir de m'admirer , me voir.
Un Prince de mon nom , mais de l'Empire indigne ,
Quoique forti d'un Prince & fi fage & fi digne ,
Fut us monftre , un fléau
Qu'on eût bien fait d'étouffer au berceau.
( Par M. de L. G. )
Ev
106 MERCURE
LOGO GRYPH E.
LECTEUR , fais -tu le nom d'une femme charmante
Qui joint à la jeuneſſe , à l'aimable candeur ,
Une figure intéreffante,
L'efprit , la gaîté , la douceur ?
C'est le mien. J'ai huit pieds , & n'en fuis pas moins
belle ;
Un feul de mes regards enivre tous les coeurs ;
L'amant dont je fais le bonheur
Acquiert une gloire immortelle .
On trouve en me décompoſant ,
Cinq villes de la France ;
Un bien qui , par la jouiffance ,
Nous attache plus fortement;
Des Chrétiens & du Muſulman`
Ce qui forme la différence ;
Nom que l'on donne à ce qui nuit;
Surnom qu'on donne au bord d'une rivière ;
Pronom bien doux , quand un hymen proſpère
A l'objet aimé nous unit ;
Meuble tranfparent & fragile
Qui nous tranfmet la lumière du jour ;
Matière molle & ductile
Qui peut
éclairer à fon tour ;
Ce qu'on fait mal dans les ténèbres ;
Un animal qui n'a point de vertèbres ;
DE FRANCE. 107
Un métal précieux ;
Une herbe très-piquante.
C'eſt affez , je t'impatiente ;
Je ne dis plus qu'un mot ou deux .
Dans le fiècle brillant de la Chevalerie ,
Temps heureux de fidélité ,
De courage , de loyauté ,
De conftance & de courtoifie ,
Preux Chevalier s'attachoit à mes pas ;
Il ne ceffoit de me pourſuivre ;
On lifoit fur l'écu qu'il portoit à fon bras :
L'obtenir ou ceffer de vivre.
( Par M. de Launoy , Officier au Régiment
de Cambrefis. )
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Lundi 13 Février 1786 , à
la reception de M. le Comte de Guibert.
A Paris , chez Demonville , Imprimeur-
Libraire de l'Académie Françoife , rue
Chriftine. in-4°.
C'EST une diſtinction vraiment honotable
pour M. de Guibert , d'avoir été appelé à
l'Académie , comme un Homme de Lettres
particulièrement propre à dignement célébrer
Evj
108 MERCURE
1
la mémoire de fon prédéceffeur. On fait que
ç'a été là un motif de plus dans l'adoption de
Ï'Académie ; & cette attention , en quelque
forte pieufe , pour la gloire de fes Membres
qui ont le plus mérité fes regrets , eft bien
propre à faire encore mieux ratifier fes choix
au Public.
Il n'eft pas néceffaire de reffembler de talent
& de caractère à un homme illuftre, pour
le bien louer ; il fuffit d'avoir en commun
avec lui des paffions qui ayent le même but,
des ordres de penſées qui ſe répondent. Tel
eft le genre de rapport qui exifte entre M.
Thomas & M. de Guibert. Ce dernier a marché
avec gloire dans les deux carrières où la
gloire à le plus d'éclat ; il a étendu les talens
militaires par ceux de l'Homme - de - Lettres ;
& dans ces deux carrières , la voix publique
le défigne comme un de ceux fur qui la
Nation peut fonder de grandes efpérances.
Comme M. Thomas , il a établi ſa réputation
fur un monument de fortes méditations
, de vaftes connoiffances , un monument
d'un efprit fupérieur , d'une utilité publique
; & , ce qui lui eft particulier ,
cet Ouvrage eft la première production de fa
jeuneffe. Comme M. Thomas , il a cultivé
l'éloquence dans le genre des éloges : & il
s'est toujours montré égal à ſes ſujets , en peignant
un grand Légiflateur & un grand Géné
ral , un fage parmi le bruit des armes &
Péclat d'un règne de fplendeur , & un fage
affez intrépide , pour tenir ferme contre les
DE FRANCE. 109
vices de la Cour la plus corrompue , au fein
des difcordes civiles ; comme M. Thomas , il
cultive auffi la poéfie ; mais il lui faut des
fujets qui ayent toute l'énergie du fentiment
de l'honneur , de celui de la liberté , ou toute
la véhémence des pallions. Ni en vers ni en
profe , il n'écrit comme M. Thomas ; mais
par tout il montre de la verve , l'enthoufiafme
des grandes chofes & des grands hommes
, un ardent amour du bien public , un
profond attachement aux Sciences & aux
Lettres , fondé fur tout le bien qu'elles peuvent
faire , un amour de la gloire né des fentimens
qui y conduifent ; s'il l'ambitionne
avec plus d'impétuofité , elle convient à ſon
âge , à fa principale profeffion , à une force de
caractère qui eft le garant des fuccès , comme
le mobile des efforts . Enfin , les défauts qu'on
a reprochés à l'un & à l'autre , tiennent à une
sève trop abondante , qui a befoin de fe calmer
, pour donner les plus beaux fruits . Je ne
fais s'il n'eft pas des hommes à qui les éloges
qui caractérisent le vrai mérite déplaiſent; je
fais feulement qu'on ne peut louer le vrai
mérite qu'avec une eftime fentie ; & je ne
fonge ici qu'a exprimer ce que je penſe.
Le Difcours de M. de Guibert auroit pu
être fait fur un autre plan. L'examen des Ouvrages
de M. Thomas pouvoit être rapporté à
plufieurs vues différentes , par lefquelles ils'
auroient été féparés & rapprochés. M. de
Guibert , par une autre marche, en s'arrêtant
IIG MERCURE
fucceffivement fur les travaux de fon prédéceffeur
, à mesure que l'ordre des temps les
lui préfente, s'eft ôté les moyens de grouper
les objets , de les offrir dans une fucceffion
moins attendue . Il a fans doute connu les inconvéniens
de ce plan ; mais il y trouvoit un
avantage qui lui étoit précieux , celui de pouvoir
former de toutes les parties de fon fujet
autant de grandes maffes . Pour cela , il falloit
une grande étendue , une grande variété,
d'idées , & un ftyle plein de verve & d'un
éclat naturel ; & ce font ces qualités qui rendent
à fon Difcours cette élévation oratoire
que fon plan fembloit lui ravir .
C'eſt par une réflexion auffi noble que touchante
, & par un heureux mouvement , qu'il
entre dans fon fujet.
"De même que plufieurs d'entre vous , Meffieurs ,
pour lefquels ce jour est une cérémonie funèbre , je
n'ai pas le malheur d'avoir à pleurer dans M. Thomas
us ami particulier ; mais l'eſtime & l'admiration ont
auffi leur douleur. Je le connoiffois beaucoup , je le
rencontrois fouvent , je le recherchois toujours : je
m'honore de l'amitié d'une des perfonnes du
monde qu'il aimoit le plus . Enfin , qu'il me foit
permis de me parer ici d'un fouvenir qui me flattera
toute ma vie ; il étoit un des Académiciens qui
m'avoient le plus fouvent invité à me préfenter ; &
fi cette idée touchante de M. d'Alembert , que les
Académiciens euffent , en mourant , le droit de donner
leur voix , avoit eu fon exécution , je puis croire
que M. Thomas , qui n'avoit jamais trahi la vérité ,
qui n'avoit jamais fait des témoignages de fon efDE
FRANCE. III
time une monnoie infidelle , m'auroit affuré ce degs
honorable. »
» Je me hâte , Meffieurs , de vous parler de lui
feul ; car vos regrets , je le fens , doivent plus vous
occuper que ma reconnoiffance. Mais qui fuis - je ,
pour louer dignement M. Thomas , au milieu de
ces murs qu'il a fi fouvent fait retentir d'applaudiffemens
, en préfence d'une affemblée pénétrée d'eftime
pour la mémoire , devant des amis défolés ,
qui trouveront toujours mes expreffions au-deffous
de leur perte ? Qui fuis-je , pour le célébrer comme
Poëte & comme Orateur , à côté du talent qui va
prendre la parole après moi , & qui , fous ces deux
rapports , pourroit fi bien le juger & le peindre ! Oh !
fi l'ame tenoit lieu de ces facultés ! .... Mon imagination
meſure du moins toute l'étendue de la tâche
qui lui eft impofée ; elle s'enflamme à fa vue ;
Elyfée s'ouvre devant moi ; je me fens preffé par
ces grands Hommes que M. Thomas a loués luimême
avec tant d'éclat : leurs ombres reconnoiffantes
m'environnent ; elles me crient : Acquitte notre
dette ; nous fommes - là pour nous plaindre ou pour
t'applaudir. »
Les amis de M. Thomas n'auroient pu exprimer
leurs regrets avec un fentiment plus
profond & plus tendre . Il y a pour lui dans
ce morceau une forte d'enthouſiaſme religieux
, qui ne va pas moins au coeur que les
accens de l'amitié. L'Orateur explique cet
effet, qu'il produit par ce mot charmant , qui
plaira fur-tout à tous les adorateurs des talens
& de la vertu : l'eftime & l'admiration ont
auffi leur douleur. Je ne fache pas qu'on ait
encore exprimé cette affection qui nous attache
perfonnellement à ces hommes d'un mé112
MERCURE
rite éminent , qui ont vécu étrangers à nous.
Il eft glorieux à M. de Guibert d'avoir trouvé
dans fon ame un fentiment fi honorable au
coeur humain.
En commençant par les premiers Ouvrages
de M. Thomas , ( ſes éloges ) ſon fucceffeur
en agrandit encore la renommée , en développant
combien ce nouveau genre d'éloquencé
a répandu d'éclat & d'utilité fur les
Prix de l'Académie ; & combien il étoit néceffaire
à l'établiffement de ce genre d'élo- .
quence ,
de trouver un homme comme M.
Thomas , c'eft- à - dire , qui joignit des connoiffances
fi diverſes, fi profondes, à un talent
fi élevé.
Parmi tous ces éloges , il détache le plus
beau , un des Ouvrages fupérieurs de ce
fiècle par la force de tête & la vigueur de
coloris qui s'y font fentir jufqu'à l'admiration
, l'éloge de Deſcartes. Par les idées , les
fentimens qu'il lui infpire , M. de Guibert
s'approche du talent qui l'a produit. Je ne
puis rien retrancher de ce morceau .
« Entre ces cinq éloges que vous avez couronnés ,
quel Ouvrage fur tout que l'éloge de Defcartes !
quel fuperbe monument élevé aux Sciences ! jufqueslà
, ces fujets févères & abftraits fembloient interdits
à l'éloquence. Qu'il fallut à M Thomas & d'art &
d'efprit , qu'il eut befoin de pofféder profondément
fon fujet, pour allier avec fuccès des genres en quelque
forte ennemis , pour prêter des couleurs brillantes
à des vérités froides , pour affocier des images
à des faits , des comparaiſons à des calculs ; pour
DE FRANCE. 113
faire jaillir du milieu de l'explication d'un fyftème
autfi prodigieux , auffi compliqué , auffi univer el
que celui de Defcartes , tant de grandes idées qui
appartiennent à l'Orateur , & qui cependant ne font
point étrangères au grand Homme qu'il célèbre ! A
travers ce chaos de tourbillons , de foleils , de
mondes , d'immortelles vérités ou d'erreurs fublimes
encore , quels heureux repos pour la peafée du Lecteur
, quelles belles maffes de morale & de philofophie
jetées par intervalle , que ces morceaux fur
l'éducation de Defcartes , fur fes voyages , fur la
perfécution qu'il effuya en Hollande , fur la vie privée
, fur cette infatiable curiofité qui lui fit tout
étudier , tout examiner , tout connoître , pour arriver
à douter & enfuite à créer ! Comme M. Thomas
agrandit , par tous ces détails acceffoires le mérite
principal de Descartes , & fur tout l'idée qu'on avoit
de fon génie Comme il fait fentir que Defcaries ,
en étant tout ce qu'il fur , auroit pu être auffi tout
ce qu'il auroit voulu , fi le hafard ou (on choix lui
euffent donné une autre deſtinée ! Comme il fait
tour- à-tour estimer le caractère de Delcarres & aimer
fon coeur ! Comme on jouit de fon affliction ,
quand il apprend la mort de fon pèrs & des tendres
& pieux remoris qu'il éprouve de ne pas lu avoir
fermé les yeux ! Comme on pleure avec lui cette
Francine , cette enfant , fruit d'une foibleffe qui la
lui tendoit encore plus chère ! Deſcartes , le grand
Defcartes , aby(mé dans fa doulear , au point que la
Nature entière refta pendant quelques mois éclipfée
pour lui , donne l'idée d'un Souverain qui dans fon .
defefpoir , abdiqueroit l'Empire . Par tout dans cet
éloge , M. Thomas laiffe percer ce fentiment fi rare
dans un Orateur , & qui l'unit d'une manière fi touchante
à fon Héros , cer attrait perfonnel d'admiration
& d'amour pour Delcartes . On fent qu'il love
celui dont il fe feroit fait le difciple & l'ami , s'il eût
114
MERCURE
vécu de fon temps . Enfin , au lieu que les talens ordinaires
s'épuifent dans leur fujet , & n'arrivent vers
la fin qu'avec des forces confumées , le génie de
M. Thomas fe trouve encore trop à l'étroit dans ce
bel éloge ; il y ajoute , en forme de notes , un fupplément
peut-être fupérieur à l'Ouvrage même ; &
dans ce fupplément , il prend une autre marche , un
autre ton ; il fe dépouille de tout Fappareil de fon
éloquence , comme d'une force ou d'une parure fuperflue
à fon talent ; il devient le rival de Fonte- .
nelle ; il en prend la fimplicité , la fineffe & l'ingénieufe
clarté ; en forte que fi l'Académie des Sciences
fe fût réunie à l'Académie Françoife , dans la
penfée d'honorer auffi Defcartes par un éloge public ,
M. Thomas , par un Ouvrage analogue à chacune
d'elles , auroit pu remporter les deux couronnes . »
L'Orateur parle de chacun des objets qu'il
parcourt avec le ton qui leur eft propre , chacun
de fes morceaux paroît avoir reçu une
heureufe influence de l'écrit de M. Thomas ,
auquel il s'applique. Écoutons- le fur le Difcours
de réception à l'Académie de fon vertueux
prédéceffeur.
« Vous rappellerai - je , Meffieurs , le jour où M.
Thomas fut admis parmi vous ? Cette réception eut
tout le caractère & tout l'éclat d'un triomphe ; fes
titres étoient vos jugemens , fes fuccès vos propres
palmes. Les Sciences , la Magiftrature , l'Armée , la
Flotte , toutes ces profeffions fur lefquelles fon éloquence
venoit de jeter un nouvel éclat , l'avoient
unanimement recommandé à vos fuffrages . Il entra
ici comme les anciens vainqueurs montoient au Capitole
, précédés de leurs trophées , & aux acclamations
de tous les ordres des Citoyens.
33
» Vous rappellerai- je la belle fin de ce Difcours
DE FRANCE. 115
-
cette péroraifon peut être inufitée , cette espèce
d'élan chevalerefque , ( car tous les enthoufiafmes
nobles doivent ſe rapprocher dans leurs formes )
par lequel il jura dans vos mains de fe dévouer à
jamais à la vérité & à la vertu ? On ofa , dans le
temps , accufer ce mouvement d'emphafe & de
fafte; mais quand un pareil ferment n'étoit que l'expreffion
de fes príncipes , quand il en fit la colonne
fur laquelle il s'appuya toujours , quand à fa mo: t il ,
ne laiffe ni une action ni un écrit qu'on ne puiffe
placer à côté de ce ferment ; chargé de l'honorable
fonction de faire fon éloge , je dois fans doute en
retracer ici le fouvenir. Appelé à lui fuccéder , je
voudrois plus je voudrois avoir le droit de le renouveler
pour moi- même , & de prononcer les
mêmes paroles fur fon tombeau. »
Ón doit favoir gré à M. de Guibert d'avoir
ainfi vengé la vertu de l'outrage qu'on lui
avoit fait , en tournant en dérifion ce noble.
ferment qu'elle avoit infpiré. Avec quelle
dignité l'Orateur le retrace ! comme il le confacre
par le fouvenir de la vie entière de M.
Thomas qu'il en rapproche ! & comme il
s'affocie lui - même , fans fafte & fans em-.
phafe , à la vénération que ce ferment imprime
, en defirant d'avoir le droit de le répétér
pour lui -même ! On ne peut mieux honorer
l'homme de bien , qu'en s'engageant publiquement
à lui reffembler , J'oferai faire ici
l'application d'une idée que je préfenterai dans
un morceau qui fuivra cet extrait. Des Dif
cours , qui ne feroient que des complimens ,
excluroient ces élans , ces épanchemens de
l'ame , & par conféquent ce qu'il y a de plus
116
MERCURE
beau dans le talent de bien dire , qui tient fi
intimement aux fentimens qui portent à bien
faire .
L'Effai fur les Femmes eft apprécié avec
une juttelle parfaite ; ce qui fuppofe l'aveu de
ce qui manque à cet Ouvrage. M. de Guibert ,
pour faire rendre à cet ingénieux & intéreſfant
Ouvrage l'eftime qu'il mérite , a foin
d'en rappeler plufieurs traits de la fineile la
plus piquante , de la délicateffe la plus aimable
; ce qui étoit la meilleure manière de le remettre
en faveur. Ce morceau, plein d'efprit,
mériteroit encore d'être cité tout entier, ainfi
que celui qui regarde le Poüme de Pierre - le-
Grand , dont M. de Guibert prefente le plan-
& annonce les principales beautés.
C'eft fur tout vers l'éloge de Marc- Aurèle
que fe porte l'admiration dans l'éloge de M.
Thomas ; c'eft aufli un des morceaux que M.
de Guibert a le mieux traités. Il emploie ici
une éloquence toute dramatique , pour peindre
une belle création dans ce genre.
J'avoue que je ne trouve pas dans le morceau
de l'Efai fur les Eloges , tous les développemens
que ce monument principal du
grand talent de M. Thomas pouvoit inſpirer
à la philofophie & à l'éloquence de fon fucceffeur.
Il femble avoir affecté la préciſion.
fur cet objet , pour en mieux embraffer tous
les mérites. Mais je crois qu'il n'y a pas
affez de proportion entre un éloge fi court ,
& un Ouvrage qui préfente toute l'hiftoire de
l'éloquence , comme l'obferve M. de Guibert
DE FRANCE. 117
lui-même , entre un examen fi rapide d'un
Ouvrage etendu, & des appréciations plus détaillées
fur les autres Écrits de M. Thomas.
Je dois cependant à la juſtice de remarquer
que ce font les développemens & non les
vues qui manquent dans ce morceau.
Au milieu de cette noble & touchante revue
des travaux de fon fucceffeur , l'Orateur
s'arrête pour nous le montrer enlevé à fes
amis , au Public , à fes travaux , à ſes eſpérances
, à tout ce qu'il pouvoit encore mériter
de gloire & de bonheur ; & cela , au moment
où une fanté toujours chancelante paroiffoit
fe raffermir , où fon ardeur fe ranimoit avec
fes forces ! c'eft l'homme qu'il lui refte à peindre
dans M. Thomas ; c'eft fon portrait perfonnel
qu'il trace , pour adoucir fes regrets ,
ceux de l'Académie & du Public, & pour
laiffer un modèle d'un des plus refpectables
caractères dont les Lettres puiffent s'honorer.
Comment rendrai je donc affez d'hommages à
la vie fans tache de M. Thomas , à fes murs tou
jours conformes à la beauté de fa morale , à ce caractère
élevé qui ne fe démentit jamais , à ce refpe &t
pour l'ordre , qui en même-temps ne dégénéra point
en fervitude , & n'encenfa jamais ni les préjugés ni
les abus ; à cet amour de la paix , qui eit peut- être
la vraie philofophie , & qui l'empêcha conftamment
de s'engager ni dans aucun parti ni dans aucune
querelle d'opinion ; fans doute a fi parce qu'il avoit
réfléchi que l'efprit de parti égare bientôt le jugement,
& que les opinions foutenues avec éclat finit
fent toujours par manquer de iefure ou de juftice,.
118 MERCURE
Homme excellent fous tous les rapports & dans
toute l'étendue de ce mot univerfel , en louant tes
vertus connues , je ne te rends encore qu'une partie
de ce qui t'eft dû ! Je voudrois que , comme dans
l'éloge de Marc-Aurèle , tes amis , tes parens , tout
ce qui eut avec toi quelque relation , cût le droit de
venir ici révéler , & tant de mouvemens intimes , &
tant de nuances précieuſes de ta belle ame. Je ne
touche à ton image qu'en tremblant ; je crains d'affoiblir
ce que je connois , je regrette ce que j'ignore.
Que de traits cachés par la modeftie , ou perdus dans
la folitude où il vivoit ! Une femme de fes amies ,
que l'ingénieufe fineffe de l'obfervation fuivante &
la pureté du fentiment qu'elle renferme, ne manqueront
pas de faire nommer , me parloit , il y a quel
que temps , de la vigilance continuelle de M. Tho
mas fur les défauts . Par exemple , me difoit-elle ,
ilaimoit trop la gloire pour n'être pas quelquefois
agité par les fuccès des autres ; mais je ne furprenois
cette belle foibleffe de fon ame que par l'excès
des éloges dont il accabloit alors fes heureux rivaux.
Il en étoit de même de toutes les imperfections qu'il
pouvoit avoir ; elles lui faifoient toujours embraffer
avec exagération les qualités oppofées ; enforte que
je ne me fuisjamais apperçue de fes défauts que par
fes vertus.
Je crains que certaines perfonnes ne trouvent
qu'en m'arrêtant fur les principales
parties de ce Difcours , je loue toujours &
beaucoup. Je ne puis que leur fouhaiter autant
de lincérité dans leur répugnance à admettre
mes éloges , que j'en mets à les écrire.
Mais je plaindrois celles qui ne goûteroient
pas particulièrement ce dernier morceau , qui
n'en receyroient pas une vive impreffion de
DE FRANCE. 119
refpect pour l'homme qui y eft peint, & pour
l'Orateur qui en parle d'une voix fi touchante .
Quelle onction dans cette invocation aux amis
de M. Thomas ! quelle vérité ! quel charme
dans la fimplicité de ces expreflions d'une
profonde eftime : Je ne touche à ton image
qu'en tremblant ; je crains d'affoiblir ce que
je connois , je regrette ce que j'ignore ! Il eft
doux de fentir ainſi le mérite , il eſt beau de
le louer ainfi.
On a pu reprocher des défauts à ce Dilcours
; trouver , par exemple , que le morceau
fur la gloire qui le termine n'eft pas affez
lié au fujet , qu'il eft trop long ; & que , malgré
de beaux traits , il n'a pas tout l'effet que
promet l'objet éclatant auquel il eſt dédié.
J'abandonne ces critiques à ceux qui veulent
que tout foit également beau ; & je confens
qu'ils n'aiment que des Ouvrages parfaits ,
s'ils en trouvent de tels . Pour moi , fi j'ofe ici
rendre compte de mon fentiment , il me femble
qu'un Difcours où M, Thomas eft mis à
fa hauteur par la conviction que l'on imprime
dans les éloges & la fenfibilité dont on les
anime , où l'on trouve à chaque inſtant un
efprit fupérieur & une ame éloquente , où
l'on rencontre des morceaux qu'on admireroit
dans les meilleurs Livres , donne un titre
de plus aux honneurs Académiques , & mérite
de furvivre à la cérémonie dont il a été
l'occafion .
Quand on loue avec la confiance de faire
partager les émotions qu'on éprouve , on ou
¥20 MERCURE
blie aifément les bornes de l'efpèce d'Ouvra
ge qu'on écrit. Ce plaifir , auquel je viens dé
me livrer , va me faire fentir le regret de ne
pouvoir allez m'arrêter fur la réponſe de M.
de Saint-Lambert.
Le ton tout différent qui la diftingue me
fait appercevoir un principe de goût que je
dois réunir aux idées fur ce genre d'Ouvrages,
que j'oferai préfenter.
Le mérite & le fuccès tiennent ici à des
convenances qu'il faut faifir avec un esprit fin,
& manier avec un talent délicat. Il eft naturel
à celui dont un contentement modefte remplit
l'ame de fe livrer avec enthoufiafine au fujet
que fa fituation lui donne à traiter. En louant
dans fon predéceffeur un beau talent , un noble
caractère , il peut , il doit prendre un
ton élevé , & répandre toute l'abondance de
fes penfées & de fes fentimens. Le Directeur
préfente au Public des hommages plus calmes ,
l'appréciation plus reflechie de fes confrères;
il admire moins , il juge davantage ; l'épanchement
d'une longue eftime , les regrets plus
tendres de l'amitié , ces détails perfonnels
que la confraternité révèle , donnent une au-
'tre forte d'intérêt à fon Difcours. Comme il
loue le prédéceffeur avec cette dignité qu'inf
pire la fonction qu'il remplit , il apprécie le
fucceffeur avec cette fatisfaction qu'on éprouve
, lorfqu'on récompenfe , avec cet intérêt
qui anime une cérémonie , mais auffi avec
cette mefure & cette précifion néceffaires pour
Juftifier un choix ; il peut rendre fa louange
plus
DE FRANCE. 328
plus piquante par ces tours fins & aimables
qu'emploie fouvent la politeffe d'un efprit qui
veut plaire ; mais il doit donner à la louange
même , le poids de la juſtice . Enfin il parle le
fecond fur un même objet ; il ne doit plus
dire les mêmes chofes , ni fur-tout les dire de
la même manière . Alors l'attention de l'Auditeur
, qui échappe aux répétitions , à l'uniformité
qu'il craignoit , fe rattache par la fur
prife . La perfection d'un tel Difcours eft d'éviter
la reffemblance avec un Ouvrage qu'on
goûte & qu'on fait goûter. Je pofe ici les
principes que m'infpire le Difcours plein de
goût & de talent de M. de Saint-Lambert . Il
eft en quelque forte de fa deſtinée de porter.
dans tout ces deux mérites qui naiffent de
l'heureuſe alliance d'une imagination poéti
que & d'une philofophie toujours vraie , qui
font le caractère de tout ce qu'il a écrit en
profe & en vers.
cc
Quand vous avez composé votre Livre , M.
ce Livre , regardé aujourd'hui comme l'un des meil
leurs fur l'Art de la Guerre , vous aviez ving- quatre
ans ; il obtint les fuffrages les plus eftimables ; & ce
qui les vaut tous , celui du Roi de Pruffe . Quelques
Lecteurs , qui confondoient l'expérience avec le long
cours des années , fupposèrent que vous ne pouviez
avoir les lumières qu'elle feule peut donner ; mais
l'expérience eft l'effet de l'emploi du temps , & non
de fa durée. Le jeune Guerrier , amoureux de fon
métier & de la gloire , qui , dans la guerre , toujours
infpiré par fa noble paffion , toujours éclairé parla
raifon , voit , obferve , médite & combat ; celui qui ,
pendant la paix, parcourt nos frontières pour y voir
Nº. 24 , 17 Juin 1786.
122
5
MERCURE
les terreins fur lefquels Turenne , Condé , Luxem
bourg Maurice ont fait mouvoir leurs Armées
ont préparé & remporté des victoires ; celui qui ,
après avoir vu dans le même efprit la Saxe , la Bohême
, la Siléfie , fe rend aux camps de Poſtdam , y
voit les manoeuvres & y entend les ordres du plus
grand des Capitaines ; celui qui paffe les jours de
fon repos à lire Cefar , & qui fe transporte avec les
Hiftoriens aux champs de Leuctre & de Mantinée ;
voilà celui qui a de l'expérience,
33
Ce que j'aime le mieux de ma victoire
difoit Epaminondas après la bataille de
Leuctre, c'eft de l'avoir remportée du vivant de
monpère & de ma mère . M. de Guibert goûtoit
ce bonheur , en recevant la couronne des
talens fous les regards d'un père , dont il peut
s'honorer , & qu'il honore à fon tour . M. de
Saint-Lambert , digne de mêler fon ame à
cette fcène domeftique , l'a bien heureuſement
tranfportée dans la cérémonie du jours
il a de plus procuré au Public l'occafion de
témoigner toute fon eftinie à un de nos plus.
refpectables Guerriers : plaifir auquel on peut
remarquer que le Public n'eft pas moins fen-
Able qu'à la jouiffance des talens .
Sans doute les leçons & les exemples d'un père
refpectable ont dirigé vos premiers pas ; il a fortifié
en vous cet amour des devoirs qui a conduit fa via
entière ; ji reçucille aujourd'hui le prix de fes vertus ,
il veit les vôtres ; & pour prix de fes fervices , il a
le bonheur de rendre heureufe la vieillefe de ces
braves Guerriers avec lefquels il a combattu.
Le Public n'a pas paru moins touché ďum
DE FRANCE.
120
des plus beaux traits de piété filiale , en apprenant
ce fait de la jeuneffe de M. Thomas.
Ses fuccès dans fes études firent penser à fa
famille qu'il pourroit fe diftinguer au Barreau ; mais
l'amour des Lettres le pourfuivit au milieu des formes
de laJurifprudence . Tantôt il commençoit une
Tragédie , tantôt il terminoit une Ode , il s'eflayoit
dans l'épopée , il compofoit des harangues ; fes
amis étoient charmés de fes effais ; & dans l'âge où
le talent doute fi peu de lui-même , il entrevoyoit
la gloire. »
& Il étoit enivré de fes efpérances, lorfque fa mère
vint le trouver & lui reprocher d'oublier l'étude des
leix. Comment pouvoit il négliger les moyens de
parvenir à une fortune qu'il auroit partagée avec
elle & avec les autres enfans ? Elle verfa quelques
larmes. M. Thomas les vit couler . Il affembla tous
Les Ouvrages , il les jetá au feu en préfance de la
mère , & les vit brûler , en fondant en larmes . Il n'a
Jamais fait de facrifice qui lui ait autant coûté ; mais
ila dit , & il faut l'en croire , que le fouvenir de
cette action avoit été , pendant toute la vie , le plus
délicieux de fes fouvenirs. »
Je fuis obligé, pour ne pas fortir des bornes
un , extrait , de fupprimer un grand nombre
de traits intéreffans , d'idées nobles & fines
de morceaux aimables qui s'offrent à moi , en
relifant le Difcours de M. de Saint -Lambert.
Pendant que plufieurs Hommes- de-Lettres
s'occupoient à l'envi de payer un tribut d'eftime
& de regrets à M. Thomas ; la recons
noiffance que je lui devois , & l'amitié donc
il m'honoroit , m'ont dicté auffi un morceau
fur fes Ouvrages & fon caractère ; mais fon
Fij
124
MERCURE
étendue ne permet pas de l'offrir au Publie
dans le Mercure!
( Cet Article eft de M. de L. C. )
MEMOIRES d'Anne de Gonzague , Prin
ceffe Palatine , 1 Volume in - 8°. Prix;
3.liv. broché. A Paris , chez la Veuve Va
lade , Imprimeur-Libraire , rue des Noyers,
Il n'eft pas douteux que les Mémoires n'éclairent
d'un grand jour tous les fecrets de
l'intrigue & ceux de la politique que l'Hif
toire dédaigne, ou dont elle parle trop rapidement;
mais il eft encore plus sûr que le
Rédacteur aliène prefque toujours les Lec
teurs par fa manière de voir & par fa partialité.
Sully lui -même n'eft point à l'abri de ce
reproche en général , on doit lire ces fortes
d'Ouvrages avec circonfpection.
Une feconde réflexion arrête encore le
Lecteur ; c'eft que comme il eft affez difficile
de montrer l'autographe d'un Mémoire
qu'on imprime un demi- fiècle après la mort
de l'Auteur , il arrive fouvent qu'on attribue
à un homme qui fut en place, un Ouvrage
qu'il auroit pu compofer , & que certaine
ment il n'a pas fait . Le teftament politique
du Cardinal de Richelieu , celui d'Albéroni ,
le codicile du Maréchal de Belle- Isle , & c.
&c. &c. peuvent être rangés dans cette hy
pothèſe , ainfi que beaucoup d'autres . Le Pu
blic enfin défabufe de ces fupercheries , pa
DE FRANCE. 123
toiffoit avoir découragé par fon incrédulité
tous les Éditeurs à venir.
Quelques uns ont ofé dans la fuite courir le
même hafard , & nous avons eu les Lettres de
Mme de Maintenon , de Mme de Pompadour,
&c. &c. &c. &c. La Princelle Palatine
étoit , par la naiffance & par le rôle qu'elle a
joué, un perfonnage qu'on pouvoit reffufciter ,
avec une forte de confiance , & il étoit facile,
de lui attribuer des Mémoires. 2
Le Cardinal de Retz l'avoit peinte ainfi.
Madame la Princeffe Palatine eftimoit autant
la galanterie qu'elle en aimoit le folide.
Je ne crois pas que la Reine Élifabeth d'An
gleterre ait eu plus de capacité pour conduire
un État. Je l'ai vue dans la faction , je l'ai vue
dans le cabinet , & je lui ai trouvé par- tout,
également de la fincérité. A la comparaifon
près que le Cardinal fait de la Princeffe à
la Reine Elifabeth, le portrait eft reffemblant.
Boffuet eft moins flatteur fans être moins
yrai , & avoit confirmé ces éloges. Il n'en
falloit pas tant pour promettre des fuccès à un
Éditeur.
Les Mémoires de la Princeffe Palatine ne
font relatifs qu'aux troubles de la Régence ,
& ne s'écartent point des petites intrigues qui
firent monter fur la fcène le Cardinal de
Retz-Mazarin , les Princes , le Duc de Beaufort
, Monfieur , quelques intrigans obfcurs ,
le Parlement & la Régente , & rentrent dans
les Mémoires du Cardinal de Retz , dans ceux
deJoly, même dans ceux de Mme de Motte-
Fiij
MERCURE
•
ville , de Villars , & dans cette foule de libelles
connus fous le titre de Mazarinades. Nous
pouvons affurer qu'on ne trouve dans les Mémoires
de la Princeffe Palatine , rien qui ne
foit déjà dans les Livres que nous venons de
citer. Nous irons plus loin ; nous dirons que
les rapprochemens , les détails , les reffemblances
font fi frappantes qu'on eft bien vitet
convaincu qu'ils ont été compofés avec le
fecours feul de ces Livres. C'eft de ce point
qu'il falloit partir pour juger de la fauffeté des
Mémoires , bien plutôt que de la qualité trop
moderne du ftyle . Il eſt bien vrai qu'en 1668
on avoit des tournures & des expreílions dont
nous ne nous fervons plus. On écrivoit alors
que pour lorfque , lors pour alors , dedans &
deflus pour dans , fus, fous. Fontenelle même
n'écrivoit pas comme on écrit aujourd'hui ,
& à cet égard il est évident que les Mémoires
font de notre fiècle, parce qu'on n'y trouve que
des le cutions affurément très- pures , & cette
correction moderne qui caractérife nos bons
Écrivains. Le ftyle eft ferme , concis, mâle ;
les penfées font fortes , nerveufes , & préfen
tées avec cet art qui n'eft particulier qu'à nos
Auteurs Philofophes , qui penſent fortement,
& qui favent bien écrire.
Le commencement des Mémoires eſt conforme
à l'Hiftoire. Les caractères yfont peints
avec vérite . La Princefle donne d'elle & de
la Princeffe Marie fa four , une idée vraie. I
eft certain que celle- ci n'étoit pas éloignée
d'époufer le grand Écuyer , malgré la difproDE
FRANCE. 127
portion de naiffance ; mais il n'eft pas prouvé,
comme PÉditeur l'affure , que les obftacles
apportés par le Cardinal de Richelieu à ce
mariage , auquel il avoit des raifons de con
fentir, parce qu'il n'aimoit point Madame de
Guife, tante de la Princeffe, ayent conduit le
malheureux Cinq- Mars à l'échafaud . Ce cour
tifan , trop léger & trop brouillon pour garder
long- temps fa faveur , avoit déjà à cette épo
que époufé la fameufe Marion de l'Ornie ,
dont le mariage fut caffe , & donna lieu à
l'Édit fur les mariages clandeftius. La Princeffe
Marie époufa à cette époque le Roi de
Pologne. L'Éditeur auroit dû nous parler de
la grande beauté , & nous apprendre que fa
foeur Anne de Gonzague , avec prefque autant
de charmes , avoit plus d'efprit qu'elle , &
montra peu , dans les premiers reps de fon
entrée à la Cour , cette jufteffe , cet efprit de
conduite , ce bon fens que le Cardinal de
Retz lui donne , & qu'elle mit très-tard en
ufage ; elle eut cependant l'adreffe de choifit
parmi tous les partis celui de la Reine quand
elle fut Régente , & celui de fon Miniftre ,
qu'elle ne quitta jamais , & pour qui elle fir
tout.
Son amour pour le Duc de Guife , qui la
porta à une démarche plus que hafardée , n'eft
ni affez développé , ni affez cara térife. L'É
diteur lui fait écrire : Je lui fis une promelle
de mariage, &je reçus lafienne écrite de fon
fang. L'Editeur eft inftruit à- demi . Il y eut
plus qu'une promeffe. Celle- ci eft datée ( o
Fiv
228 MERCURE
que l'Éditeur ne dit point ) du 19 Juin 16365
mais ily eut une célébration de mariage en
1638, dans une Chapelle de l'hôtel de Nevers,
par un Chanoine de Reims , après que le Duc
eut obtenu du Pape la difpenfe , parce qu'il
étoit parent de la Princeffe au troifième degré
de confanguinité; car elle étoit fille de Catherine
, fille de Duc de Mayenne. Henri II , Duc
de Guife, étoit le fils de celui qui avoit dûépoufer
l'Intante d'Espagne , & partager avec elle
le Trône de France. Il poffedoit quatre cent
nille liv . de revenus eccléfiaftiques , jouiffoit
de l'Archevêché de Reims par un Bref
du Pape, qui lui en avoir accordé lapermillion
pour un nombre d'années fans être obligé de
changer d'état. Le Cardinal de Richelieu , qui
vouloit , à quelque prix que ce fût , être Légat
du Saint- Siège , envioit l'Archevêclié de Reims ;
pour contraindre le Duc à l'abandonner , il
luifufcita tant de tracafferies, qu'il le rendit rebelle.
Le Duc feligua avec leComte de Soiffous
le Duc de Bouillon & l'Eſpagne , & fe retira à
Sedan ; de- là il paffa à Bruxelles , où il devint
amoureux de la Comteffe de Bollu . Une lacune
& des points ont mis l'Éditeur à fon aife, &
il a cru devoir fe difpenfer d'entrer dans ces
détails. Il y eut un procès contre la validité du
fecond mariage. Les Mémoires font volumineux,
& ont été cités dans celui en caffation
du mariage de Gafton de France. Elle fut
mariée en 1645, à Édouard de Bavière , Comte
Palatin du Rhin , non fans quelque répu
nance de la part dur Prince , qui étoit alarmé
DE FRANCE. 129
de la réputation de galanterie qu'elle s'étoit
faite.
Il nous femble que l'Éditeur , auquel on ne
peut certainement point reprocher le talent
de faire des portraits , a oublié celui de la Régente,
dont l'exceffive bonté faifoit dans les
commencemens de la Régence le charme
principal , & qui avoit donné lieu à Beautru
de dire, on ne fait plus à la Cour que ces quatre
mots de la langue : La Reine eft fi bonne ! Elle
l'étoit jufqu'à un tel excès qu'elle ne favoit
rien refufer , même les demandes les plus extravagantes.
Un courtisan eut l'impertinence
de lui demander la permiffion de lever un
impôt fur la Meffe , & elle en expédia le privilége
, que le Parlement ne voulut point
paffer.
L'origine des troubles de la fronde , le caractère
des différens perfonnages font fidèlement
tracés , & avec des vues qui fuppofent
que l'Auteur peut aller loin dans la carrière
Hiftorique. La réflexion fuivante eft profonde.
→ Ce fut, dit l'Éditeur, le bonheur
de la France que perfonne ne fe trouvât doué
du caractère & d'un génie propres à fervir
une grande ambition. Les projets n'avoient
rien de fixe; des qualités brillantes , le cou-
' rage , l'efprit éclatoient dans quelques perfonnes.
Il y avoit des gens habiles dans l'intrigue,
mais pas un chef de parti . Voilà la
fronde définie en peu de mots. Si le Lecteur
veut faire un rapprochement , il verra que
les règnes de Charles IX & de Henri III ne
Fv
930
MERCURE
devinrent fi défaftreux , que parce que les me
mes cauſes trouvèrent plus de moyens dans les
Chefs des différens partis. Il y avoit alors un
Guife . La fronde n'avoit qu'un Duc de Beaufort.
Le Cardinal de Retz étoit peut- être le
feul homme qui eût affez d'ardeur , affez de
mauvaiſe foi ; mais il n'eut point affez. de
ténacité. La Régente trembloit toujours , &
n'oloit fe rendre refponfable de rien . Mazarin
n'avoit pas l'audace infolente du Cardinal
de Lorraine , qui avoit un nom , une clientelle
puiffante , trois Reines pour coufine &
pour nièces , & qui étoit à fa place. Mazarin
reffembloit trop à un aventurier honteux de
fa faveur , auquel perfonne ne fe fioit, & qui
croyoit voir dans le Parlement un Cromwel
prêt à s'élever. Madame de Chevreufe par
loit trop , & menoit trop ouvertement fes Intrigues
, dans lesquelles l'amour jouoit le premier
rôle. Si jamais des courtifans reçurent
des leçons terribles capables de les dégoûter
d'embraffer le parti des Princes, ce furent tous
ceux qui fe prêtoient àl'ambition de Monfieur .
C'est une des leçons que l'Hiftoire n'a pas
affez développée. Ce tableau refte à finir.
Nous reprocherons à l'Éditeur d'avoir trop
refferré fes narrations , & de s'arrêter là où le
fil de l'intrigue a befoin d'être dénoué ou préfenté.
Des lacunes ne font pas une excufe fufflante.
Ce moyen, qui pouvoit donner un
air d'autographe à fon manufcrit , eft nonfeulement
ufé, mais peufait pour nous trom
par.Ily auroit eu beaucoup de mérite à ache
DE FRANCE. 1
yer ce que la Princeffe Palatine étoit cenfee
avoir commencé. Il s'affranchiffoit par-là du
reproche qu'on lui fera de n'avoir dit que ce
que nous avions déjà lu , & d'avoir trop abrégé
ce qu'il difoit.
Son cadre étoit heureux ; car en effet la
Princeffe fut aimée de la Régente , qui ne luí
cachoit pas même fes galanteries , fes rendezvous
, fes aventures & fes fentimens pour le
Cardinal Mazarin . Que de chofes il auroit pu
nous apprendre de ces confidences fecrettes ,
& des légers motifs qui , dans deux jours ,
troubloient & calmoient , foulevoient & ré
primoient les Courtifans , les femmes , le
Cardinal & le Parlement. La conduite de
Monfieur eft bien connue ; mais fes motifs le
font-ils ? En fouillant dans les manufcrits de
M. Dupuy on les auroit trouvés. Anne de
Gonzague étoit Sur-Intendante de la Maifon
de la Reine. Cette place de faveur étoit alors
plus active qu'elle ne l'eft . C'étoit une eſpèce
de Mairie du Palais , & avoit été la récompenfe
de toutes les négociations & des fuccès
de la Princeffe , dont l'Éditeur n'a développé
qu'à demi le caractère : on la voit moins intrigante
, moins vive , moins coquerte qu'elle
n'étoit ; on la voit agir , on ne fait ſouvent
pas quel intérêt ni à quelles fins ; on la voit
trop peu en relation avec le Cardinal Maza
rin , qui la pratiquoit , qui la confultoit , qui
l'aimoit , qui lui rendoit de fi bons offices
auprès de la Reine , & qui par là lui procu
roit un afcendant certain fur le Cardinal de
-
FYj
132 MERCURE
Retz , & fur Mefdames de Chevreule & de
Longueville ; il ne fait point affez connoître
le coeur de la Princeffe , fi ouvert à l'amour, fi
fidèle à l'amitié ; que les ménagemens qu'elle
crut devoir à l'intrigue , ne firent jamais foupçonner
d'oublier fes amis ; qui put les fervir
ouvertement fans déplaire à perfonne ; &
qui fut refpectée même dans ces libelles qui
ménageoient fi peu tous ceux qui étoient
en évidence.
L'Éditeur avance , dans une note , que la
Princelle a été long-temps incrédule , & paroît
placer l'époque de fa converfion à la fin
de fa carrière. Il fe trompe. Anne de Gonzague
n'avoit voulu époufer le Prince Palatin
en 1645 , qu'après qu'il eut été converti à la
foi; & avant cette époque , elle avoit déterminé
fa four Louife , qui fut Abbeſſe de
Maubuiffon , à faire fon abjuration.
La mort de la Reine-Mère la détermina à
la retraite . La manière édifiante avec laquelle
le Cardinal de Retz , à qui elle étoit trèsa
tachée , avoit fini fes jours , avoit réveillé
fa dévotion , jufques - là étouffée par les agitations
de l'intrigue, & par les rêves de la plus
haute faveur. Le Cardinal , après avoir fcandalife
fon Églife , devint un modèle des vertus
Épifcopales. Il avoit adreffé au Pape une
lettre , dans laquelle on eût dit que S. Charles
avoit lui-même tracé le portrait du parfait
Cardinal ; il avoit pouffé l'humilité jufqu'à
vouloit renvoyer fon chapeau. Il avoit payé
fes dettes , qui fe montoient à environ quatre
DE FRANCE. 144
t
1
millions ; & enfin il avoit ordonné que fon
corps fût porté à S. Denis par un feul Prêtre ,
& enterré fans cérémonie hors du choeur.
C'étoit en 1679 , & ce fut l'époque de la retraite
& de la fervente dévotion de la Princeffe.
Elle mit entre- elle & la Cour une telle
diftance , & fut fe rendre tellement folitaire ,
qu'elle ne recevoit perfonne ; fes enfans
n'étoient admis qu'à certains jours de la femaine
, ainfi que Monfieur & Madame , qui
avoient pour elle la plus haute eftime. Son
unique occupation étoit de répandre d'abon
dantes aumônes fur les indigens . Elle vendit
dans l'hiver de 168 ;, ane quantité de meubles
, de tableaux , de bijoux précieux , pour
fecourir les pauvres. Elle multiplia dans fon
teftament les legs aux orphelins , aux hôpi
taux , aux prifons , aux Églifes à fes domeſti
ques. Sa portion de l'héritage qu'elle avoit recueilli
de Charles Ier , Duc de Mantoue , fut
prefque entièrement confacrée à de fembla
bles fondations . Sa dernière maladie dura onze
mois , pendant laquelle elle a fouffert des douleurs
incroyables. Elle avoit défendu toute
pompe; mais la volonté ne fut point fuivie.
Son corps fut inhumé dans le cloître de la.
maifon du Val - de- Grâce , à côté de la Princeffe
Bénédicte , fa four , Abbeffe d'Avenay.
Son coeur fut porté à Farmoutier , où elle avoit
été élevée. Boffuet ne prononça l'Oraifon
Funèbre qu'au bout de l'an , dans l'Églife des
Carmelites S. Jacques.
Nous aurions fu gré à l'Éditeur de nous
134 MERCURE
avoir diſpenſé de le fuppléer dans ces détails ,
qui étoient intéreflans , & nous aurions été
bien plus flattés de n'avoir eu qu'à fourire à
fon travail , s'il avoit voulu déployer toutes
les forces que nous lui foupçonnons. Nous
l'encourageons à tenir la plume de l'Hiftoire,
& à abandonner des fupercheries qui ne peu→
vent que l'enfermer dans un cercle trop étroit ,
deftiné à ces efprits bornés qui fuivent un nom
à la pifte, le deshonorent par des fables, & lui
paîtriflent une tête , un coeur , lui prêtent des
fentimens qu'ils n'ont jamais eus , & lui font
tranfmettre à la poftérité des mémoires dénués
de vérité & de convenance , & des lettres
écrites dans un ftyle d'anti-chambre ou de pedant
de collége. L'Éditeur des Mémoires
d'Anne de Gonzague a fa place , marquée
loin , bien loin de tous ces pitoyables Editeurs
que nous voulons défigner.
L'HYPOCRITE démofqué , ou Félix &
Colombe. 2 vol. in- 12 . A Londres , & à
Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire ,
rue S. Jacques.
L'IDÉE , & fur tout le dénouement de ce
Roman , préfente un but moral. M. de k*** ,
fcélérat hypocrite , tient fous fon pouvoir une
pupile , Colombe , qui doit la vie à un inceſte
que fon infâme Tuteur a commis par un horrible
tratagême. Le jeune Félix , égaré un
moment , eft rendu à la vertu par l'amour
que lui infpire Colombe; mais il eft éloigné
DE FRANCE. 135
-
de fa maîtreffe par l'indigne Tuteur , qui ne
furveille la jeune perfonne que par une ja
loufie criminelle & digne de lui.
Le Marquis d'Orchêne , ami de Félix , mais
qui revient fouvent à fes anciennes erreurs ,
avant d'y renoncer tout-à- fait , veut fervir les
amours de fon ami , dont il doit lui- même
époufer la foeur . Sans confier fon projet à
perfonne , i habille en veuve , même en
dévote , une Demoiſelle Victorine Danzel,
jolie perfonne avec laquelle il a confervé des
habitudes très- peu exemplaires. Son deffein
eft de l'employer à feduire le Tuteur , & à le
rendre par- là favorable à l'hymen de Félix.
La féduction a lieu en effet fur le très-combustible
Tureur ; mais Victorine n'a ni le
temps ni le befoin de confommer le projet;
carune autre maîtreffe du Futeur le fait allaf
finer ; & Colombe , libre par ffaa mmoorrtt,, épouse
fon amant.
Nous n'avons cité & nommé que les faits
& les perfonnages dont nous avions befoin
pour faire connoître en peu de mots l'action
de ce Roman , dont le plan nous femble dé
fectuoux.
On eft fâché que ce foit le Marquis qui fe
charge , à peu- près feul, de mener l'action
à fon dénouement ; on eft faché qu'il employé
un Agent tel que la Demoifelle Victorine
Danzel. Ajoutons que les refforts qu'il
fait agir , deviennent invraifemblables par
le peu de développemens que l'Auteur leur
Ja donnés. Il faudroit bien plus de temps pour
136 MERCURE
les faire réuflir , pour faire donner le Tuteur
dans le piége qui lui eft tendu. Un fourbe qui
l'a été fi long-temps fans être démaſqué ,
n'annonce pas un homme qui fe laiffe duper
fi vite ; il doit fe défendre long- temps par la
méfiance & la réſerve.
Encore un autre reproche à faire au carac
tère de ce Tuteur. L'horrible tentative qu'il
fait auprès de l'innocente Colombe , par des
paftilles foporifiques , dont il pofsède le fe
cret , n'eft - elle pas déplacée ? Il la fait , cette
tentative , dans le moment où la fauſſe veuve
Jui a infpiré une paffion dont il doit être occupé.
N'eft-il pas invraiſemblable qu'il choififle
ce moment- là précisément pour ce criminel
effai ? Ou il devroit déjà l'avoit fait, qu
il ne devroit pas le tenter dans cette circonf
tance. Cela demanderoit au moins à être
motivé.
Enfin , le dénouement , qui n'eft opéré ní
par Félix ni par fa famille , ni même par
L'Agent que le Marquis a voulu employer ,
ne fatisfait point le Spectateur. Que l'Auteur
y réfléchiffe , & il verra que fes perfonnages
principaux ne font rien pour faire marcher
Faction ; & les perfonnages fecondaires qui
s'en occupent, n'y influent en rien , ou n'y
influent que par hafard.
Nous ne ferions pas entrés dans ces détails
fi l'Auteur , malgré l'irrégularité de fon plan ,
ne nous avoit femblé annoncer un talent
réel. Son ftyle eft fouvent incorrect , quel
quefois même il pêche contre le goût ; mais il
DE FRANCE. 137
eft prefque toujours ingénieux , quoique laiffant
voir trop fouvent l'envie de l'être. Il
des détails très piquans , & même une apti
tude à tracer des caractères ; ceux qui ont le
plus de vérité & d'originalité , font ceux de
Colombe & de l'oncle de Félix. Enfin , nous
croyons que fi l'Auteur veut fe bien convaincre
de la néceffité de méditer long-temps
le plan d'un Ouvrage , il peut prétendre à des
fuccès dans ce genre de Littérature.
ANNONCES ET NOTICES.
TRADUCTION nouvelle de l'Optique de
Newton , faite fur la dernière Edition originale
ornée de vingt-une Planches , dédiée au Roi , approuvée
par l'Académie Royale des Sciences , &
dont M. Beauzée , de l'Académie Françoiſe , eft
Editeur ; Ouvrage propofé par foufcription fans
exiger aucune avance.
Parmi le petit nombre d'Ouvrages confacrés par
l'admiration publique & les fuffrages de l'Europe
favante , le Traité de Newton fur les Couleurs tient
fans doute le premier rang. Ce bel Ouvrage ne
peut être traduit fans la réunion des profondes couhoiffances
des Langues & de l'Optique : auffi l'a t-il
tonjours été fort mal ; mais la plus défectueufe des
Traductions qu'on nous en ait données, c'eſt la Traduction
Françoiſe .
Celle que l'on propoſe , a mérité l'approbation
de l'Académie Royale des Sciences , & elle eft
l'ouvrage d'un Savant auffi verfé dans l'art d'écrire
que familier avec les expériences de Newton,
138 MERCURE
%
On a donné dans le Profpectus un apperçu du
travail du Traducteur , qui doit établir le préjugé le
plus avantageux ; & il paroît qu'on peut fe flatter de
voir enfin ce chef-d'oeuvre traduit d'une manière
utile aux Sciences & digne de fon Auteur . Le nom de
l'Editeur doit y ajouter un nouveau degré d'intérêt.
L'Ouvrage fortira des Preffes de M. Pierres , premier
Imprimeur du Roi , en 2 Vol . in - 8 ° . , & fera
fur papier vélin & fur grand ca ré double & fuperfin
d'Angoulême. On fouferire pour l'Edition fur papier
vélin broché à raifon de 20 liv . , & pour l'Edi
tion fur papier d'Angoulême à raifon de 12 liv. Le
prix augmentera d'un tiers de la foufe iption pour
ceux qui n'auront pas foufcrit. On donnera à la.
tête de l'Ouvrage la lifte des Soufcripteurs . On n'exige
d'eux qu'un fimple engagement de payer loifque
l'Ouvrage paroîtra.
La foufcription fera ouverte chez Leroy, Libraire,
rue Saint Jacques , vis - à - vis celle de la Parchemine
rie , & chez les principaux Libraires de la France &
de l'Europe , à compter du 15 Juillet 1786 , jufqu'au
premier Septembre fuivant.
L'Ouvrage fera délivré aux Soafcripteurs dans le
cours du mois de Décembre de la même année .
Ceux qui defireroient le recevoir par la pofte , ajoute
ront vingt fois par Exemplaire.
THEATRE Moral, ou Pièces Dramatiques nou.
velles , par M. le Chevalier de Cubières , des Aca.
démies & Sociétés Royales de Lyon , Dijon , Marfeille
, Rouen , Heffe- Caffel , & c . &c. Tome fecond ,
contenant cinq Comédies & un Mélodrame. A Paris ,
chez Cailleau , Imprimeur - Libraire , rue Galande ,
N. 64 ; Bailli , Libraire , rue S. Honoré , près de
la rue des Petits- Champs ; Belin , Libraire , rue
S. Jacques , près S. Ives .
Les fix Pics que contient ce volume fam
DE FRANCE. 139
précédées d'un Dialogue entre l'Auteur & ux Homme
de Goût , qui peut leur fervir de Préface. Le Dialo
gue & les Pièces font également intéreffans , & nous
ne tarderons pas à en rendre compre.
ESOPE aux Boulevards , Pièce épifodique en un
Acte & en vers , par M. Gabiot de Salins , repréfentée
, pour la première fois , fur le Théâtre de
l'Ambigu - Comique , le 15 Octobre 1784 Prix ,
1 liv. 4 fols. A Paris , chez Belin , Libraire , rue
5. Jacques , près S. Yves.
Cette Pièce a été jouée avec fuccès . Le ton en eft
un peu trop uniforme . On y defireroit des Scènes
plus Dramatiques , & quelques- unes moins férienfes
Mais tout y eft d'une bonne morale , & il y a quel
ques Fables agréables .
DISSERTATION fur les Cornes antiques
modernes , Ouvrage philofophique , Brochure de
48 pages. A Paris , chez Mme Veaufleury , Libraire ,
jardin du Palais Royal , près le baffin , & chez les
Marchands de Nouveautés.
EZOGE de M. Proft de Royer , ancien Echevin
& Lieutenant-Général de Police de la Ville de
Lyon , &c , prononcé à l'ouverture des Audiences
de la Sénéchauffée de Lyon , le 30 Novembre 1784,
par M. Baron du Soleil , Procureur- Général , Honoraire
de la Cour des Monncies de Lyon , Procu
reur du Roi en la Sénéchauffée , de l'académie des
Sciences , & c.
GALERIE Hiftorique univerfelle , par M. de
****.
I
Il paroît déjà deux Livraiſons de cet Ouvrage
qu'on propofe par foufcription , & elles doivent pré126
MERCURE
venir très - favorablement pour la fuite du Recuell
La fidélité des Portraits tirés des meilleures fources
, leur parfaite reffemblance , le genre de gravure
fait pour plaire aux Artiftes & aux véritables Ama
teurs , & le choix impartial , mais fcrupuleux , des
faits hiftoriques qui les accompagnent , font le mé→
rite de cet Ouvrage , auquel on a joint celui de la
partie typographique , qui laiffe d'autant moins à
defirer qu'elle appartient à M. Didot le jeune. Il n'eft
Foint de Collection de ce genre auffi confidérable ,
& done l'exécution foit plus foignée ; & , ce qui eft
remarquer, c'est que Defins , Gravures , Extraits ,
tout eft de la même main.
છે.
La Collection complette fera de mille Portraits ,
divifés en dix Volumes , compofés chacun de cent
Portraits & de trois cent pages de Difcours. On ne
demande qu'une foumiffion pour payer les Livraiſons
à mefute .
La foufcription fera ouverte jufqu'au premier Janvier
1788. Chaque Livraifon , compofée de huis
Portraits & de vingt quatre pages de Difcours , éga
lement encadrées comme les Portraits , telles que
font celles dépofées chez les Libraires où l'on fouf
crit , fe payera 3 liv. 12 fols pour les Soufcripteurs ,
& 4 liv. 10 fols pour les Perfonnes qui n'auront
point fouferit. On foufcrit à Paris , chez Mérigot le
jeune , Libraire , quai des Auguftins ; à Valenciennes,
chez Giard , & chez les principaux Libraires des
Villes du Royaume & de l'Europe.
VIES de Jean d'Eftrées , Duc. & Pair , Mark
chal de France , Vice- Amiral & Vice- Roi de l'Amé
rique ; & de Victor- Marie d'Eftrées fon fils , &c..
par M. Richer, in- 16 . Prix , r liv. 10 fols br. A
Paris , chez Belin , Libraire , rue S, Jacques.
RECUEIL d'Autorités & Réflexions fommaires
DE FRANCE. 741
fur lesfaux & vrais Principes de la Jurifprudence
en matière de Dimes , & fur leurs conféquences ,
par feu M. Gabriel , Doyen & ancien Bâtonnier de
Fordre des Avocats au Parlement de Metz ? À
Bouillon , aux dépens de la Société Typographique;
& à Paris, chez Belin , Libraire , rue S. Jacques ,
près Saint Yves , in - 12 . Prix , 3 liv . broché.
L'Auteur de cet Oavrage s'eft propofé d'examiner
fi la Jurifpruder ce actuelle en matière de Dîmes,
ne fe reffent pas des anciennes erreurs , & fi elle
n'eft pas fufceptible d'être perfectionnée,
>
- HISTOIRE générale des Animaux , des Végétaux
& des Minéraux qui fe trouvent dans le Royaume,
repréfentés en gravare & deffinés d'après nature ,
avec l'explication auffi gravée au tas de chaque
Planche de ces différentes fubftances , pour fervir
d'intelligence à l'Hiftoire générale & économique
des trois règnes ; Partie première , repréfentant les
Quadrupedes de la France : par M. Pierre-Jofeph
Buc'hoz , de Metz , Auteur de différens Ouvrages
de Médecine , d'Air Vétérinaire , d'Hiftoire Naturelle
& d'Économie Champêtre. Prix , 8 liv, le
Cahier , & 15 liv . colorié. A Paris , chez l'Auteur ,
rue de la Harpe , prefque vis- à-vis la Place Sorbonne.
TRAITE des Injures dans l'ordre judiciaire ,
Ouvrage qui renferme particulièrement la Jurifprudence
du petit criminel , par M. F. Dareau , Avocat
au Parlement & au Préfidial de la Marche, à Guéret,
avec des Obfervations par M, Fournel , Avocat au
Parlement in 12. Prix , 6 liv. les deux Volumes
reliés. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet , quartier Saint- André- des- Arcs .
-
Cette nouvelle Édition d'un Ouvrage eftimé reçoit
un nouveau prix des Notes & Obfervations
inftructives de M. Fournel,
142 MERCURE
HISTOIRE & Mémoires de l'Académie Royale
des Sciences , Infcriptions & Belles Lettres de Touloufe
, Tome II , in -4 ° . A Toulouſe , chez D. Defclaffan
, Maître-ès- Arts , Imprimeur de la même
Académie , & fe trouve à Paris , chez Crapart , Libraire
, Place Saint Michel , à l'entrée de la rue
d'Enfer.
Quoiqu'on ait long - temps difcuté fi les diverfes
Académies font utiles ou nuifibles aux Sciences &
aux Lettres , il n'en eft pas moins vrai qu'elles
offrent au moins quelques moyens de plus à l'émulation,
& les Recueils qu'elles publient peuvent tourner
au profit de la Société . Il fuffit de jeter les yeux
fur la Table du Volume que nous annonçons , pour
fentir combien la publicité peut en être utile.
LE Sieur BURLANDEUX , Perruquier privilégié
rue du Pas-de-la - Mule , Place Royale , Inventeur
des nouvelles Perruques annoncées dans plufieurs
Papiers publics , prévient qu'il fournira aux Amacurs
fes nouvelles Perruques toutes peignées moyennant
le prix convenu , qu'à quelque diflance que
l'on demeure on fera fervi auffi exactement que
Ton habitoit le quartier du feur Burlandeux .
A l'égard des Perfonnes qui voudroient faire peigner
leurs Perruques chez elles par leurs Valets -de-
Chambre: le feur Burlandeur leur fournira les Perruques
aufli à prix convenu.
Les nouvelles Perruques du fieur Burlandeux ,
dont la coëffe eft à jour, n'ont aucun des inconvéniens
que préfentent les Perruques ordinaires , ni
mêm : les Perruques à jour connues depuis environ
trente ans.
Les Perruqu s nouvelles du fieur Burlandeux ,
dont la coeffe eft à jour , font foutenues par trois
refforts très minces & très- légers qui affurent parfaitement
les Perruques fur la tête, dont ils fuivent
DE FRANCE.
143
les mouvemens ; elles fe ferrent & fe relâchent
d'elles - mêmes par le moyen d'une méchanique que
l'Auteur a fubftituée à la boucle ordinaire , & fans
le fecours de la pommade forte , qui nuit à la fanté
en arrêtant la tranfpiration ; elles ne peuvent point
fe déformer ; les bordures en font très minces ; &
le choix des cheveux que l'Auteur emploie , & qui
n'ont été ni bouillis ni féchés au four , empêche
les Perruques de changer de couleur .
Le fieur Purlandeux, en fait de inême pour les
Dames. Il a auffi imaginé des Toupets , auxquels il
a adapté des refforts qui les fixent fur la tête fans le
fecours de pommade ni de gomme , & dont les bordures
font fi minces qu'on ne peut pas reconnoître
Partifice .
&
LE Rudiment de la Mufique , ou Principes de
cet Art mis à la portée de tout le monde, par
demandes & par réponses , par M. Cardon , Penfionnaire
du Roi. Prix , 6 liv . A Ver failles , chez
l'Auteur ; & à Paris , chez Coufineau père & fils ,
Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
Cet Ouvrage contient , outre les principes déjà
connus pour le chant & l'intonation , le diapazon
des voix & des inftrumens à corde & à vent.
4 T
NUMÉROS 25 , 26 & 27 des Feuilles de Terp
Sychore pour la Harpe & pour le Clavecin. Il paroît
tous les Lundis un Cahier pour chaque Inftrument .
Prix , féparément 1 liy. 4 fol . Abonnement pour
chacun 30 liv . A Paris , chez Coufineau , même
Adreffe.
NUMÉROS 27 , 28 & 29 du Journal Hebdoma
daire , compofé d'Airs nouveaux , avec Accompagne
ment de Clavecin , par les meilleurs Maitres .
Numéros 17 , 18 & 19 du Journal de Harpe , par
144
MERCURE
les meilleurs Maîtres. L'Abonnement de cinquantedeux
Cahiers pour chaque eft de ts liv. Il en paroît
un tous les Dimanches . On foufcrit chez Leduc ,
au Magafin de Mufique & d'Inftrumens , rue du
Roule , n°. 6.
CHRONOMETRE inventé par le fieur Renaudin ,
& agréé par l'Ecole Royale de Chant , &c. Nous
avons fait connoître plufieurs fois dans le Journal les
avantages du Chronomètre , favoir de fixer invariablement
les mouvemens dans la Mufique , & dẹ
s'affurer qu'on l'exécutera dans l'intention de l'Aus
teur, Nous ajouterons que beaucoup de Profeffeurs
& tous les Journaux de Mufique en ont déjà adopté
l'uſage. Prix du Chronomètre 60 liv. , Pendule à la
main 6 liv, A Paris , chez l'Auteur , rue Mauconfeil
, vis à - vis la Halle aux Cuirs , & chez les principaux
Marchar.ds de Mufique.
TABL E.
2 107
97 Mémoires d'Anne de Gon
101 zague
REPONSE à l'Epitre de M. cadémie Françoise.
de C. ,
Bouts- rimés,
gryphe , 105 Annonces & Notices,
124
Charade, Enigme & Logo L'Hypocrite démafqué , 134
Difcoursprononcés dans l'A-
139
J'AI IN
APPROBATION.
lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 17 Juillet 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreflion. A
Paris , le 16 Juillet 1786. GUIDI.
MERCURE
f
DE FRANCE.
SAMEDI 24 JUIN 1786 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
C
CONSEILS à mon jeune Ami.
ENFIN élevant vos regards
Vers le temple habité des Belles ,
Vous voulez fous mes étendards
Faire la guerre aux infidèles.
Qui ne doit fe glorifier
De vous avoir pour camarade ?
Par mes mains armé Chevalier ,
Recevez gaîment l'accolade....
SUIVEZ , la lorgnette à la main ,
Ce monde fi gai , fi fantaſque
Qui change du foir au matin
D'efprit , de coftume & de mafque.
No. 25, 24 Juin 1786.May G
146 MERCURE
On y voit l'Amour à l'écart ,
En eveli dans le filence ,
Et d'enfant devenu vieillard ;
Il pleure encor fon innocence ;
Mais , hélas ! il pleure un peu tard!
L'art d'aimer , de plaire , eft un art
Plus difficile qu'on ne penſe ,
Et que , pour
le bien de la France ,
Barthe , fur les pas de Bernard ,
Vient d'efquiffer par complaifance,
C'eft peu dans la fociété
D'avoir de la naiflance , un grade
Qui nous annonce à la Beauté ;
Il faut aux traits d'Alcibiade
Joindre l'efprit , l'aménité.
Jadis paroiffant au Pyrée ,
Sur lui s'arrêtoient tous les yeux ;
fes chants délicieux
Mais par
L'ame encore étoit enivrée ,
Quand le théorbe fous les doigts ,
Plus doux que le chant des firènes ,
Enflammoit les Dames d'Athènes ,
Et rangeoit les coeurs fous fes loix.
De l'amour fur un luth fonore
Exprimez le charme infini ,
Et que chacun de nous encore
Croye entendre un autre Parny
Chanter une autre Éléonore,
DE FRANCE 147
Les billets doux , tracés en vers ,
Dormant peu dans le porte - feuille ;
Un Dieu volage les recueille ,
Er dès lors , vains jouets des airs ,
On les imprime , on les répète ;
Ils courent les boudoirs divers ;
Et leur fortune eft bientôt faite.
Quelle eft la Mafe qui regrette
D'avoir un fi joh travers ?
D'une louange délicate
La fleur préfentée au grand jour
Fléchit même la plus ingrate ;
Et l'amour-propre que l'on flatte
Pardonne d'avance à l'Amour.
Gardez -vous pourtant dans le monde
D'avoir le vifage d'Auteur ;
Ce perfonnage eft peu flatteur ,
Et l'on rit tout bas à la ronde
De l'air empefé d'an Docteur.
Dans le matin de votre vie
Alliez les Arts au bon ton ;
Songez qu'Euterpe & Polymnie
Sont dignes du facré vallon ,
Et que pour l'honneur du génie,
En France l'on veut qu Apollon
Soit encor bone compagnie.
Pour aiguifer la volupté ,
Il faut même de la
parure ,
Gij
148
MERCURE
Et quelquefois de la Nature
Elle corrige l'âpreté .
2
D'une toilette enchantereſſe
L'apprêt avec art concerté ,
Dit qu'on veut plaire à la Beauté,
Et féduit l'oeil d'une maîtreffe ;
Car il ne faut rien négliger
Pour mieux s'affuter de fa proie ;
La femme eft un oiſeau léger
Qu'on prend dans des filets de foie.
En amour foyez méfiant ,
Et ne réveillez pas la brigue ,
Que le fuccès le plus brillant
N'ait déjà couronné l'intrigue.
Du monde on devient l'ennemi
Sitôt qu'on a l'honneur de plaire A * *
Quand fur le trône de Cythèrement
Un amant fe croit affermi ,
Des Céladons du temps jadis
Sachez vous faire des amis ;
Souvent ils nous font trouver grâce
A la toilette de Cypris.
Comme on écoute le Marquis !
De Paris il conte la fable ,
DE FRANCE. 149
Berce en cheveux blancs les Amours ;
Et malgré les vieux calembours ,
Et fon âge très-respectable ,
Nos femmes le trouvent toujours
Délicieuſement aimable.
SUR le char des illufions
Tranfporté d'une aile rapide ,
Foible , & n'ayant , hélas ! pour guide
Que le feu de mes paffions ,
J'errai quelque temps près de Gaide ,
Lorfqu'enfin la vieille Sylphide ,
Fixant de près un étourdi
Qui la lorgnoit d'un air timide ,
Par diftraction fe décide
A le rendre un peu plus hardi.
Conduit de délice en délice ,
Je voyois tout chez elle en beau ;
L'Amour, uf: par le caprice ,
Me paroiffoit , dans fon berceau ,
Simple , ingénu , fans artifice ,
Et le front couvert d'un bandeau.
Je l'admirois avec ivreffe ;
Mes yeux étoient émerveillés ;
Mais par les foins de la Prêtreffe
Ils furent bientôt deffillés ,
Et , grâce à fon heureux manége ,
L'Amour devenu plus malin
>
Gij
150
MERCURE
Aidé de fon riant cortége ,
Plia bagage un beau matin .
Quoique mon fuccès fût très- mince ,
Pour le payer de fes faveurs ,
Je l'honorai de quelques pleurs ;
Car il partoit pour la Province.
Bientôt égayant mon dépit ,
Je volai d'un aile légère
De l'innocente qui rougit ,
A la coquette qui veut plaire,
Et de la prude atrabilaire
Jufqu'à la femme bel - efprit ,
Qui , s'enchaînant à fon pupître ,
Par l'ingénieux talifman
D'un Livre utile , d'un Roman
Dont l'amour honnête eft le titre ,
Se fait corriger gelamment
Par l'époux , la biû'ante Épire
Qui doit favorifer l'amant.
A leurs voeux feignant de me rendre ,
J'avois l'air , fous des traits cachés ,
De plaindre un amour auffi tendre ;
Mes fens n'en étoient point touchés,
Et je bégayois leurs péchés
A ceux qui vouloient les entendre.
Maintenant que le Dieu du jour
A marqué mon cinquième luftre ,
Je ne fonge plus à l'Amour;
DE FRANCE. xsi
Sur un théâtre plus illuftre
Venez briller à votre tour ,
Venez jouer un plus beau rôle ;
Et fi quand d'un monde frivole
Vous connoîtrez le vain écueil ,
Quelque veuve bien infpirée ,
Pour vous quittant l'habit du deuil ,
Des Amours reprend la livrée ;
Fière d'adoucir votre orgueil ,
Vous préfente un doux efclavage
Embeli de vingt mille écus ;
Pardevant l'Amour & Plutus ,
Signez vite le mariage..
( Par M. le Chevalier du Puy- des-Iflets . )
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
CONNOISSEZ - VOUS , Monfieur , le Voyageur
Sentimental ? Je ne le crois pas cet Ouvrage
forti des preffes de Neufchâtel , a para top récemment
pour avoir eu le temps de percer à Paris. Le
titre vous rappelle fans doute le Voyage Sentimental
de Sterne ; & la copie , fi vous la liliez , ne vous
fembleroit pas abfolument indigne de l'original-
L'Auteur eft un jeune homme ( M. Vernes ) , le lieu
de la fcène , le pays de Vaud ; le fujet eft une courſe
faite de Morges à Yverdun pour un bal ; la durée
trois jours , le ftyle..... Vous ailez en juger vousmême
.
" Chemin faifant , je m'accoftai d'un homme
Giv
152
MERCURE
30
dont les habits , autant que le jour naiffant me
permettoit de le voir , portoient l'enfeigne de la
» misère ; enfeigne dont tant d'hommes détournent
» les yeux , parce qu'elle leur donneroit la tentation
d'une bonne cavre ; & que tane d'hommes
» méprifent, parce qu'ils ne favent pas voir le mérite
que fouvent elle cache.
52
D
La figure de cet homme , ainfi que celle d'un
mouton qui le fuivoit , me prévint en la faveur.
Ne venez- vous pas de Morges , mon ami ?...
Qui , Monfieur : j'étois Boucher dans cette
» ville. Quelle raifon , vous en a fait fortir ?
Hélas , Monfieur , ce mouton !... Ce début piqua
ma curioûté , je le preffai de me dire fon hiftoire,
ce qu'il fit 1 de la manière fuivante.
-
Je fuis né de parens pauvres ; on m'obligea
denbraffer la profeffiou de Boucher , à laquelle
je répugnois fort ; mais de fix enfans que nous:
étions dans la famille , aucun n'avoit défobéi aux
» ordres de mon père ; je ne voulus pas être e prenier.
Tant que mon père vécut, je fis affiduement
mon devoir: je l'enife toujours rempli de même
» fi mon inaître n'eût trop exigé de moi . Dans le
» troupeau que je gardois , je m'étois attaché à un
» mouton , il m'aimoit auffi , ( dans cet endroit , de
fa narration , ik donna fur le dos de l'animal qu'il
» conduifoit , deux petits coups qui me difoient:
c'cft lui ; la bonne bête leva bénignement la tête
» vers fon maître , & lui ' lécha les mains d'un air
qui répondoit : c'est moi . ) Il me fuivoit par-
" tout , il me tenoit lieu d'amis , de parens ; je lui
» donnois la moitié de mon pain , & je croyois
l'avoir mangé : il étoit fi bon , le
pauvre animal,
» que vous n'auriez pu vous empêcher de lui don-
» n‹ r du vôtre. Auffi , quand il falloit conduire une
» bête à la tueric , n'étoit- ce jamais lui que je pre-
30
35
"5
1 153 DE FRANCE.
33
sa nois. Peu- à - peu le troupeau s'épuifa , & malgré
» mes prières, mon maître voulut me forcer à
égorger mon mouton . En vain tentai - je d'obéir
quand j'avançois le couteau , le pauvre animal
» me regardoit d'un air !.... Il fembloit me faire
des reproches , puis il me lécheit , les larmes
m'en vencient aux yeux , & le couteau me tom-
» boit de la main .
» Enfin je dis à mon maître qu'on m'égorgeroit
» plutôt moi-même que de me porter à cet affaffinat
; ces mots l'irritèrent , il me traita de gueux ,
» de miférable ; je le traitai d'homme dur , fans
» miféricorde.... Je faifois peut-être mal , mais
» c'étoit par amitié pour ma pauvre bête. Mon
» maître me donna mon congé , j'avois gagné quelque
argent , j'en cus affez pour acheter mon mou-
» ton . Je fais bien pauvre , ajouta t'il en le caref
fant , mais je ne te te reproche pas. »
Je ne crois pas , Monfieur , que Sterne eût défavoué
ce morceau, malheureufement ils ne font 'pas
tous de la même force .
*
J'ai l'honneur d'être ,
Votre très-humble & très - obéiffant
fe viteur , MALLET , Avocat à·
Genève.
Gy
154
MERCU RE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Chou -fleur ; celui
de l'énigme eft Commode ; celui du Logogryphe
eft Victoire , où l'on trouve vie ,
Vire , Vitri , Vitré , Role , Vic , rite , vice ,
rive , toi , vître , cire , voir , ver, or , Ortie.
CHARA D E.
Mon premier fait l'amuſement
De la folle jeuneffe ;
Mon fecond du hafard dépend
Bien plus que de l'adreffe ;
Mon tour cft un pefant fardeau
Qui maint objet comporte j
Ma promenade eft un traîneau ;
Quelquefois on me porte.
ÉNIGM E.
DOLE des François ,
Chez qui je pris naiffance,
J'ai l'art de les fixer par ma teale inconſtance ;
Avec zèle chacun ſe conforme à mes loix ,
DE FRANCE. 155
Et la Grifette & la Comteffe ,
Et la Bourgeoife & la Ducheffe.
Je fuis d'un gran crédit à la Ville , à la Cour ;
On ne me voit guère au village :
J'aime l'éclat & le grand jour ;
Briller & plaire eft mon partage.
( Par un Etudiant en Rhétorique au
College de Nevers. )
LOGOGRYPH E.
Du temps de nos aïeux , la ſuperſtition U
Me donnoit bonnement don de prédiction ;
Ma foi dans ce temps- ci bien autre eft mon uſage ;
A la table , aux amâns ines devoirs je partage.
Lecteur , pour me voir clairement ,
Ote-moi fucceffivement
Quelques membres divers de ma demi - douzaine ;
Par ce moyen tu trouveras fans peine
Ma mère , qui fouvent fert de comparaiſon
A ces petits Meffieurs tranchant du fanfaron ;
Ce qu'on prétend plus rare en France qu'en Espagnes
Ce qui de l'Italie arrofe la campagne.
( Par M. le Chevalier de Bel- Orme. )
Gvj
156 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EssAis , choix de petits Romans , imités de
l'Allemand , fuivis de quelques fais de
Poefies lyriques , dédiés à la Reine , par
N. de Bonneville, in- 12 . A Paris , chez
Théophile Barrois & chez Royez , Libr. ,
quai des Auguftins , 1786 .
CE Recueil , piquant par ſa variété & par
le choix des principaux morceaux qui le compofent
, eft précédé d'une Préface , ou plu
tôt d'une introduction , qui ne reffemble aucunement
aux préambules, de certe eſpèce.
C'eft l'anti - chambre lugubre d'une maiſon
fort gaie , dont le Maitre a gravé au frontifpice
l'infcription infernale du Dante ,
Voi ch'entrate , lafciate ognifperanza . Nous
reviendrons fur cette élégie littéraire , après
avoir parcouru fuccinctement les differentes.
pièces de ce volume.
M. de Bonneville eft un des Gens de
Lettres qui ont cultivé les langues étrangères
avec le plus d'affiduité : grand moyen d'étendre
fes connoiffances , de fortifier fon talent ,
d'écarter les préjugés de routine auxquels font
entraînés les meilleurs efprits , lorfque l'habitude
leur a inculqué le fanatifine exclufif
du goût national. Cette étude du génie des
DE FRANCE. 157
autres Peuples , eft pour le Littérateur ce
que les voyages font pour les Philofophes.
Avantageufement connu par une Traduc-.
tion du théâtre Allemand , qui lui appartient
prefqu'en entier , M. de Bonneville prouve
dans les effais , qu'en ce genre il a droit de
prétendre à des fuccès. Tous ces morceaux
n'ont pas , il eft vrai , un mérite égal : par
exemple , un grand nombre de lecteurs rejetteroient
volontiers de ce Recueil les
letres d'un Gentilhomme Allemand; mais il
eft quelquefois pardonnable de fe tromper
fur une pierre fauffe .
Ce n'en eft point une , que l'anecdote originale
d'Albertine , qui a fourni le fujet de
l'ingénieux roman de Caroline. Elle eft narrée
avec autant de précifion que d'intérêt
& le Traducteur lui a bien confervé ces deux
mérites. On avoit affecté de répandre que
Caroline étoit un plagiat de l'Allemand
qu'on nous donne fouvent de pareils plagiaires
. Le meilleur éloge du roman eft dans
la traduction de l'anecdote ; ces deux ouvrages
prouvent deux talens rares , celui de
l'Auteur Allemand , & celui de Madame
de *****.
4
Le meilleur conte de ce Recueil , conte,
qui reffemble beaucoup à un trait hiftorique ,,
eft celui d'un Général Allemand couvert
de bleffures , & de la gloire inutile de dix
actions valeureufes , oublié quinze ans dans
une place de Major ; enfin , élevé au grade
éminent de Feld - Maréchal , pour avoir fauve
158 MERCURE
ود
du cours d'un torrent , la chienne de la Favorite.
» Il feroit très - facile , dit le héros ,
» qui raconte lui même ce coup de fortune ,
de repréfenter cette belle action dans un
magnifique tableau. Une rivière aflez large,
fur le bord quelques femmes de la Cour
en pleurs , & moi , à cheval au milieu de
» la rivière , tenant un petit chien , vieux
& borgne , je crois , prefque noyé , & dé--
gouttant d'eau de toutes parts. » Des fervices
d'un autre genre avoient remporté auíli
d'autres récompenfes. » Ce bras eftropié que
voici , dit le Feld Maréchal à fon fils , eft "
ود
*
ور
ور
-
un gain fait dans cette bataille , où avec
» autant de génie que de bonheur , je lançai
mon drapeau dans les rangs ennemis . Par
» cer heureux ftratagême , j'arrêtai mon aile
gauche qui fuyoit , au moment oùla droite
commençoit à plier à fon tour ; & je vis
» des prodiges de valeur : les ennemis furent
tailles en pièces. Alors je n'étois que
Major , & je reftai Major. Mon Géné-
» ral , un des premiers qui , pour conferver
fa précieufe vie , fongcoit à prendre la
fuite , reçut une penfion confiderable pour
» cette journée , où il avoit fi noblement
expofe fes jours à la tète de fon Armée
» etonnée de fon courage. Dans cette bataille
, où je tombai de cheval , noyé dans
» mon fang , je fus fait prifonnier , mal
» guéri de ma bleffure ; dans l'echange , on
» m'oublia ; enfin ma rançon a ete payce....
» par moi- même. »
ور
30
و د
ور
و د
ور
"
DE FRANCE. 159
M. Meijner , Auteur de cette anecdote ,
a aulli fourni au Traducteur celle d'une
operation hardie , faite fur Augufte premier,
Roi de Pologne , par fon Chirurgien , Jean
Frederic Weffe , élève du célèbre Petit , &
digne d'un tel maître. Le Roi ayant négligé
un mal d'aventure au doigt du pied , Weitle
apperçut les fymptômes de la gangrêne ; il
propola de couper le doigt ; les Médecins
rejefèrent cet avis , pour adopter celui d'envoyer
un courier à M. Petit , à Paris , en
le priant d'arriver en diligence . Pendant ce
long retard , le mal empire , la vie même
du Monarque eft menacee ; Weffe , tourmenté
d'inquiétudes , prend une réfolution
de vigueur. Il veilioit auprès du lit du Roi :
après l'avoir endormi par une doſe d'opium ,
il ferme à clef la porte de la chambre , s'ap
proche doucement du lit , fort fes inftrumens
, & prend le pied malade. A ce
mouvement Augufte fe réveille à moitié ; il fe
plaint d'un panfement fait à contre -temps ;
Weiffe le raffure , le rendort , & coupe le
doigt avec autant d'adreffe que de courage.
Éveillé par la vivacité de la douleur , le
Roi repète fes plaintes ; fon Sauveur Kappaile
encore , attribue à l'effet du baume cette
fouffrance momentanée , & bientôt l'opium
replonge le Prince dans un profond fommeil.
En en fortant, Augufte reffent des douleurs
aigues ; il demande à être panfe , &
ordonne à fon valet de chambre de lui ap16007
MERCURE
"
porter une glace pour y voir fon doigt malade
au premier coup - d'oeil , il s'apperçoit
de l'amputation. » Qui a fait cela ? deman
" de t-il d'un ton de douleur & de colère
à faire trembler les plus hardis. Moi , Sire !
» répond le Chirurgien, & il tire de fa
poche le doigt coupé. Le voici ! Témé
» raire à mon infçu , & contre ma vo-
» lonté ! Pardonnez , Sire :fi l'on eût at-
» tendu l'arrivé de Petit , la gangrene mor-
» telle eût attaqué le pied de V. M. L'amputation
étoit la feule reffurce ; Petit
» le dira , j'en réponds fur ma tête. »
" .
› A ces mots , le Roi fe calme , ordonne le
fecret , enferme le doigt dans une boëte.
Douze jours après , arrive Petit : au feul récit
des fymptômes , il ordonne l'amputation : la
confufion des Médecins fut extrême , lorfque
Weifle ouvrant la boëte , juſtifia fon courage
& Popinion du Chirurgien François.
Quelques pièces tirées de l'Anglois , entr'autres
les fameux monologues d'Hamlet
& de Rich. rd III, dans Shakeſpeare , fuivent
ces traductions de l'Allemand. Chacun fait
que Voltaire a imité en vers élégans le
premier de ces monologues ; il a également
verfifié en François celui de Caton , dans la
Tragédie d'Addiffon. M. de Bonneville ob
ferve judicieufement que le célèbre Auteur
de Mahomet a traduit ces deux morceaux
de la même manière , & que dans tous deux
c'eft le langage épuré du Portique & de l'Académie.
Or , il eft certain non-feulement
DE FRANCE 161
qu'un jeune Prince de Danemarck , & l'a
vant dernier des Romains , ne doivent point
délibérer de même fur un fuicide dont les
motifs font très différens ; mais encore que
Shakeſpeare a très-bien faifi cette différence.
Hamlet parle en homme ordinaire ; Caton
en Stoïcien. Chez le premier ; on voit des
combats , des incertitudes , des irréſolutions :
le Poëte Anglois , par fes hémiftiches coupés ,
par le pallage brufque des fentimens , marque
ces nuances qui difparoiffent entièrement de
la palette fymmétrique de Voltaire.
Mais M. de Bonneville enjambe fur cette
vérité , & palle à une remarque qui nous
paroît faule. De cette diverfité de ſtyle
entre Hamlet & Caton , il conclud que le
monologue de celui - ci part de la tête , & non
du coeur, que c'eſt le courage qui parle, &
non la Nature ; que tous ces beaux difcours
ne conviennent point à un monologue , où
l'on ne doitparler qu'àfon coeur , &c. Il nous
femble , au contraire , que c'eût été un
énorme contre fens de faire tenir au difciple
de Flaton le langage d'un payfan , & de le
préparer à la mort par les réflexions d'un
jeune homme de vingt ans. Abufera- t- on
éternellement des mots ? Ce n'eft pas la
Nature qui parle ! Affurément Caton s'exprime
très -conformément à fa nature , à fon
caractère , à fon génie , aux principes de fa
fecte , de fon parti , de fon temps, Ainfi ,
ces beaux difcours font autant en place qu'ils
le feroient dans la bouche d'Hamlet. L'on
peu
१.
162 MERCURÈ
ne trouve d'ailleurs dans ce monologue
ni recherche de philofophie , ni apprêt , ni
réflexions métaphyfiques. Celles de Caton
découlent naturellement de la lecture dont
il eft occupé.
M. de Bonneville a rendu au monologue
ď Hamlet fon veritable féns , fans s'écarter
de la littéralité. On peut juger par ce morceau
, combien Voltaire étoit peu exact dans
fes travefiliemens de Shakefpeare , qu'il
appe.oit des traductions , dans ces jeux de
mots burlefques , à l'aide defquels il a fait
des plus belles expreflions du Poëte Anglois ,
des caricatures dont il rioit lui - même , furtout
en voyant une foule d'écrivains dupes
de cette plaifanterie , la commenter , en tirer
des argumens en faveur de Racine & du
goût , &c.
Quelques poéfies lyriques , dont la plupart
étoient deja connues , terminent ce recueil.
On y relit avec plaifir le dialogue du
Payfan & du Seigneur, & la Prophette contre
Tyr, où fe trouve entr'autres , une très- belle
ftrophe , qui finit par ces vers adreſſes à
la Ville de Tyr :
Et faifis à ton nom , de refpect & de crainte ,
Les peuples & les Rois marquoient dans ton enceinte
Le rendez-vous de l'Univers.
La piece intitulée Chants fur la ruine de
Jérufalem , nous femble dépourvue de cette
élévation & de cet enthoufiafme. C'eſt une
DE FRANCE. -163
efpèce de dialogue continuelment interrompu,
entre des Ifraelites delciperés , & qui
ne le defefpèrent affez clarament ni
affez fimplement. Un de tes Ifraelites dit au
foleil.
111
Tonjourire infultant , exécrab'e folei!,
Trouble unfonge d'horreur qui n'a point de réveil!
Ce n'eft pas là , je crois , une heureufe
apoftrophe. Des malheureux ne s'aufent
pas a des execrations de cette efpèce : elles
font frequentes dans ce morceau , que fa
forme rend amphigourique , & dont le ftyle
manque de fimplicité.
La préface de M. de Bonneville , à laquelle
nous avons promis de revenir , et une diatribe
chagrine , quelquefois éloquente ,
vraie à quelques egards , peu réde hie à
d'autres , fur le malheur & Pabandon où
on laiffe les talens littéraires , principalement
les Poëtes naiflans. Au debut de cet épifode
, l'Auteur fe plaint de ce que les Journal
ftes s'n tiennent à l'examen des ouvrages
, & ne font jamais connoître le perfonnel
de l'Auteur. C'eft un filen e funefte
aux jeunes Ecrivains. Mais , comme à fon
avis , les Journaux François font des frivo
lites ou des libelles pleins d'ignorance &
de calomnie , il feroit trop dangereux , je
crois , de confier à de pareils éditeurs le miniftère
auquel M. de Bonneville les appelle.
Ce feroit ajouter au droit de calomnier le
talent , celui de calomnier la perfonne.
164
MERCURE
}
- En Angleterre , cet ufage exifte. Comment
l'abus en eft-il prévenu ou expié ?
Par la fauvegarde de la liberté de la
preffe. Ni intrigues , ni protecteurs , ni follicitations
, ni crédit , ni intérêt de corps ,
ne peuvent arrêter la juſtification de l'Offenfe
. Elle eft prompte , péremptoire , efficace
; parce qu'on ne fuppofe pas qu'il fe
hafarde à mentir , lorfque le lendemain mille
bouches de vérité peuvent s'ouvrir & le confondre.
La liberté de la preffe eft ici la lance
d'Achille ; elle guérit les bleffures qu'elle a
faites. D'ailleurs , les Gens de Lettres en Angleterre
ne formant point , comme en
France , une claffe diftincte & ifolée , étant
très -fréquemment appelés aux emplois civils
, il importe au Public de les connoître ;
la Nation doit exercer fur eux la cenfure à laquelle
font foumis tous les Ordres de l'Etat.
M. de Bonneville rétrace avec fenfibilité ,
& beaucoup de feu , le malheur des Ecrivains
indigens , leur dépendance des Libraires
, les nanoeuvres des entrepreneurs,
des frêlons qui n'ayant pas affez de talent
pour écrite , en ont beaucoup pour ſpéculer ,
& qui fe font une fortune , quelquefois
même une réputation , aux dépens des jeunes
gens dont ils ont exprimé les fucs. Il voudroit
que tous les hommes compatiffent à
cette indigence, qu'ils y arrachaffent de bonne
heure les Poëtes nailfans , & qu'on payât ou
qu'en foutînt les talens à leur aurore , afin de
leur donner la liberté de fe développer.
4
DE FRANCE.
165
C'est avec amertume , il faut en convenir
, qu'on voit les Gens de Lettres implorer
ainfi la commifération publique. Quoi !
parce qu'un adolefcent aura rimé quelques
épitres ou hafardé une comédie , il devra
réveiller des bienfaiteurs fourds aux cris
de tant de familles malheureufes , d'Artifans ,
d'Artiftes utiles & négligés ! Remettons les
chofes à leur valeur. Ceux qui concourent
à l'amulement d'une partie de la fociété
n'ont pas le droit d'en exiger les bienfaits
qu'elle réferve à ceux qui la foutiennent &
qui la fervent. Gray, dit M. de Bonneville ,
n'a faitpendant fa vie que trois Odes & une
Elegie. Je demande fi avec la vente de fes
Pofies , Gray eût pu fubfifter de fon ou
vrage ? Gray n'eût pas fubfifté ; & tant
mieux. Un homme qui au bout d'une carrière
de so ans ne peut montrer à fes fem
blables d'autre emploi de fes facultés que
trois Odes & une Élégie , eft indigne d'avoir
vécu. Jofe le dire , quiconque a penfionné
& enrichi un génie aufli inutile , a commis
un délit de lèfe-fociété. " F
Il eft des époques où il faut aux talens
des encouragemens , des penfions , des récompenfes.
Ce font celles où l'efprit humain
commence à prendre l'effor , où il est néceffaire
d'animer cette émulation naiffante ,
où les lettres ont peu de courtifans , les écrivains
peu de lecteurs , le génie une gloire !
tardive à espérer. Mais lorfque la littérature
eft devenue un métier vers lequel mille at !
166 MERCURE
traits féduifans entrainent la Jeuneffe au
préjudice des profeilions utiles , il importe
peut-être d'arrêter ce débordement ; il importe
d'épargner des gemillemens à tant de
familles honnêtes , des repentirs amers à tant
d'Auteurs aveuglés , qui s'imaginent à tort
qu'il eft beaucoup plus beau de montrer de
l'efprit que de faire de bons fouliers , &
dont la vie infortunee fe diffipe trop fouvent
entre l'indigence & l'inutilité.
* Si Chatterton , dont M. de Bonneville
déplore la deftinée , eût éte plus fage , il ne
fût pas mort aliéné , & de fes propres
mains . Il devoit refter dans la maifon paternelle
, fuivre fon état , méprifer moins.
injurieufement ceux qui lui en donnoient le
confeil , & ne pas croire qu'a dix fept ans ,
on doit défefpérer de tout , parce que de
beaux vers ne nous ont pas mis au deffus
des befoins .
#
Je prends la liberté de déduire ces objections
au voeu de M. de Bonneville , parce
qu'il me femble partager avec trop de chaleur
une opinion qui peut achever de précipiter
les lettres dans le dernier aviliffement.
Sous la livrée d'une mendiante , elles
perdront toute dignité , toute énergie. Elles
font des victimes , il eft vrai ; le nombre en
eft même effrayant; il faut en gémir : mais
quel eft donc l'état à l'abri de ces viciffi-
* Poëte Anglois plein de génie , né à Briſtol en
1752 , & qui fe tua à Londres a l'âge de 18 ans.
DE FRANCE. 167
tudes ? quel en feroit le remède , finon une
moindre affluence d'athlètes fur une arène
baignée de leurs pleurs ; finon plus de réflexions
avant de s'y jeter de préférence à
des états d'où le travail écarte les befoins plus
fûrement; plus d'application aux études folides,
fans lefquelles le talent avorté refte incapable
d'emplois intéretfans?Où eft d'ailleurs l'homme
de genie qu'ont enfanté les gratifications , les
largeffes , les rentes viagères ; monceaux de
chaînes qui accablent l'efprit & l'ame , en
enlevant à l'homme de Lettres fa plus belle
récompenfe , fa plus fûre confolation , le
fentiment de fon indépendance?
La culture des talens embraffe par-tout
deux objets ; des travaux qui contribuent à
l'ornement & aux plaifirs du monde ; des
fervices rendus aux hommes & à l'État. Ces
derniers méritent tous les fecours des Gouvernemens.
Ainfi , en Angleterre , où M. de
Bonnevillegémit de rencontrer un Dryden, un
Chatterton , un Ifaïe tués par la mifère ; on a
vu huit Chanceliers portés à la feconde dignité
du Royaume par des talens littéraires : rior,
Addifon , Newton , Locke , cent particuliers
élevés aux premières places par l'influence
de leur génie, Londres voit à la tête
de fon Clergé un Évêque dont le mérite &
la fcience ont fait l'avancement , & qui n'a
pas dédaigné de compofer une grainmaire ,
Robertfon , Cumberland , Gibbons , Burke ,
un hoinme d'État employé en ce moment
à la plus importante négociation , & vingt
ر
168 MERCURE
autres moins célèbres , ont paffé de leur cabinet
confacré aux Mufes , dans les bureaux
d'Adminiſtration. Voila les penfions & les
bienfaits que doivent ambitionner les Gens
de Lettres qui refpectent leur état. Heureux
ceux qui le refpectent encore après les récompenfes
, & dont on ne peut jamais dire :
Chemin faifant , il vit le cou du chien pelé.
Au refte , ces réflexions générales n'ont
d'autre motif que l'amour des Lettres , & le
zèle de leur véritable dignité. M. de Bonneville
, de qui la jeunelle s'annonce fous des
aufpices fi favorables , a été inſpiré par les
mêmes fentimens. Si je diffère d'opinion avec
lui , je n'en refpecte pas moins fes intentions
, & je finis par lui dire :
Si quid novifti rectius iftis ,
Candidus imperti ; fi non , This utere mecum.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
EUVRES de M. de Saint - Marc , de
l'Académie de Bordeaux. Traifième Édition
, dédiée au Roi de Suède . 2 vol. in-8°.
A Paris , de l'Imprimerie de MONSIEUR .
ON a rendu compte dans ce Journal d'une
précédente Édition des Euvres de M. de-
Saint Marc , & l'on s'eft plu à donner à fon
talent aimable des éloges qui n'ont pas trouvé
de contradicteurs. Cette Edition nouvelle eft
améliorée
LE FRANCE.. 169
ancorée par des corrections , & augmentée
de nombre d'Ouvrages eftimables.
A
Quand on lit l'Opéra d'Adèle de Ponthieu
& qu'on apprend le fuccès qu'il a eu , on eft
furpris que l'Auteur ait fitct abandonné la
carrière lyrique. Sans revenir fur le bien qui
en a été dit , nous ajouterons que M. de Saint-
Marca prouvé, par les réflexionsfur l'Opéra,
que ce genre lui eft devenu familier par la
méditation; il paroît même s'être fait une idée
exagérée du talent lyrique , difpofition d'ef
prit qui décèle le génie d'un art , & qui eft
peut - être néceffaire aux grands fuccès. En
effet , voici ce qu'on lit dans ces réflexions :
« Ne pourroit- on pas dire que la Tragédie
Lyrique demande autant de talent que la
Tragédie fimple , fi l'on compare le nom-
" bre des Auteurs couronnés dans l'un &
» dans l'autre de ces Drames , fi l'on fe rappelle
que des hommes de génie , & l'on
peut hardiment les nommer fans bleffer
» leur réputation immortelle , que les deux
» Corneilles , & de nos jours , Voltaire ,
après les fuccès les plus brillans , les plus
» répétés dans la feconde , ont paru très juftement
au- deffous d'eux - mêmes dans l'autre
, fur laquelle La Fontaine & Boileau
» n'ont fait que d'inutiles effais? »
"
"
"
99
"
Cette opinion eft un peu hyperbolique . Si
la Tragédie Lyrique demande autant de talent
que la Tragedie fimple , & fi Corneille &
Voltaire y ont échoué , il s'enfuivra que Bernard
eft au - deffus de Corneille , & que Vol-
N° 25, 24 Juin 1786 .
H
170
MERCURE
taire eft au- deffous de Danchet : or , on auroit
de la peine à fe décider à cette étrange,
conclufion. Cependant il feroit peut- être vrai
de dire que nos grands Maîtres ayant attaché
trop peu d'eftime à l'Opéra , y ont travaillé
avec trop de négligence. Ce genre néceflite
un travail minutieux , exige infiniment de
foins à caufe de la coopération du Muficien ,
& des autres Arts que le Poëte doit feconder
faire valoir par des facrifices perfonnels ; & il
faut convenir que fi un Poëme lyrique fuppofe
moins de talent qu'une Tragédie , il
donne aufli plus de peine à fon Auteur.
Parmi les Poéfies ajoutées à cette Édition ,
on diftinguera deux grandes Épîtres ; l'une ,
aux François détracteurs de la France , F'autre
, fur la vie de Paris & de la Campagne.
Parmi les morceaux qui nous ont le plus frappés
dans cette dernière , on remarquera fans
doute ce tableau de Paris :
Eh ! qu'est-ce que Paris ? Qu'une image fidelle
L'expofe aux gens du monde , ou plutôt le rappelle.
Se défaire au matin de quelques créanciers ,
Et, couché dans un char en quittant les foyers ,
Aller chez Dorimène , Orphanis ou Delphire ,
Parler amour , pompons , calomnier , médire ;
De vingt façons onir la nouvelle du jour ,
Et défoeuvrement la conter par à fon tour;
Se rendre chez Florife , où fe lit un Ouvrage
Qui de l'orgueil prié doit avoir le fuffrage ;
Lencontrer des Midas qu'encenfe l'intérêt ;
DE FRANCE. 178
Un Magiftrat au bal méditant un arrêt ;
Des femmes dont l'honneur acheté par la brigue
Va fe proftituer au fuccès de l'intrigue ;
Plus d'un adolefcent , perroquet érudit ,
Qai dit tout ce qu'il fait & ne fait ce qu'il dits
Voir de fots jeunes gens , plus vains , fans politeffe
Ces beaux efprits fi fiers , qu'un oubli , qu'un mot
bleife ;
D'importans grands Seigneurs , des finges de la Cour
Des bouffons fans gaîté , des amans fans amours ,
Tel Guerrier qui , mettant fes fervices à gages
Demande fans pudeur l'impôt de dix villages ;
Au fortir du fpectacle , aller fe mettre au jeu
Qu'interrompt un fouper où l'on demeure peu ;
Jouer , jouer encor , fe retirer enfuite
>
Pourrevoir chaque jour tout le train que l'on quitte, & c.
C'eft l'Épître aux Détrafleurs de la France,
imprimée d'abord féparément , qui rappela
le dévouement fublime du Chevalier d'Affas ,
& qui par- là donna lieu aux honneurs rendus
à ce Héros .
M. de Saint - Marc qui , faifant taire l'amour
paternel , a fupprimé de fon Recueil , une
trentaine de Pièces fugitives , une Comédie
& trois Opéras , y a ajouté auffi deux Comédies
qui font partie d'un petit Théâtre à
l'ufage des jeunes gens , à l'inftar des charmantes
Pièces de Mme la Comteffe de G ** .
à qui il rend un jufte hommage.
L'une de ces deux nouvelles Comédies eft
Hij
172
MERCURE
la Répétition , qui retrace dans la plus grande
vérité les petites rivalités & la converfation
des filles de couvent. L'autre eft l'Amour Filial
, dont nous allons donner ici une légère
idée.Je kopal
La Scène fe paffe dans une penfion que le
Miniftre vient vifiter , pour juger de la capacité
des Élèves. Parmi eux fe trouve un jeune
homme , Damis , élevé aux dépens du Roi ,
& qui , par fes qualités & fon exactitude à fes
devoirs , eft le modèle de la penfion . Mais fes
fuccès & l'eftime de fes maîtres ne peuvent
diffiper en lui un fond de trifteffe habituelle ,
dont on ignore la caufe. Ce qui l'attrifte ainsi ,
c'eft que fes parens font plongés dans une
misère dont le fouvenir le pourfuit fans ceffe.
Ce n'eft qu'avec peine qu'on parvient à lui
arracher fon fecret. Quand je fuis à table ,
» dit-il , quand j'y vois fervir de bons mets
" puis-je ne pas penfer , ne pas me dire : quoi !
» je me trouve dans l'abondance de tout ;
"
23
& peut - être mon père , ma mère , mes
» frères , mes foeurs ont à peine du pain pour
vivre ! Comment pouvoir ou vouloir
éloigner ces cruelles alarmes ? Je penſe au
contraire que le morceau que je prends
fur mon affiette , je l'enlève à la fubfiftance
» de mes parens. Mon coeur alors , mon triſte
» coeur fe ferre ; mes yeux fe rempliffent de
» larmes , & je n'ai plus de befoin que celui
de m'abandonner à ma douleur. »
Le maître de Damis eft touché , attendri
de fon bon naturel , & il en parle au Miniftre ,
DE FRANCE. 173
qui accorde une penfion pour le père , & des
gratifications pour le fils .
L'action de ce petit Drame eft aufli dévé
loppée que ce genre le permet ; le caractère
& la fituation du jeune Damis intéreflent ,
& les perfonnages acceffoires jettent du charme
& de la variété dans les détails.
Toutes les anciennes Pièces de ce Recueil,
foit Drames , foit Poéfies , font retouchées
avec foin ; la critique pourroit peut- être indiquer
quelques autres fuppreflions ou corrections
; mais on y retrouve par- tout ce genre
de talent qui fait aimer également & l'Ou- '
vrage & l'Écrivain .
VARIÉTÉ S.
Sur le SECRET , traduit de l'Anglois.
Commiffumque teges & vino tortus & irâ. HOR.
And let not wine or anger wrest
Th' intruftedfecret from your breaft. FRANCIS.
Nevous laiffez arracher votre Secret ni par
le vin'ni par la colère.
QUINTE - CURCE rapporte que les Perfes eurent
toujours le plus grand mépris pour celui qui avoit
violé les loix du Secret ; car ils penfoient qu'an
homme , quelque dépourvu qu'il fûr de vertus , pouvoir
au moins éviter les défauts ; & que s'il lui étoit
J
Hiij
€74
MERCURE
impoffible de bien parler , il lui étoit facile au moins
de ne point parler du tout.
Puifqu'ils regardoient le Secret comme une chofe
fi aifée, l'indifcrétion leur paroiffoit fans doute non
une perfidie , mais une légèreté. Ils voyoient dans
l'indifcret un homme qui laiffe échapper ce qu'il ne
peut retenir : qui , fans être intimidẻ par des menaces
ou féduit par des promelles , cède uniquement
au plaifir de parler. A la diftance où nous lommes
des Perfes, il ne nous eft pas aifé de favoir s'ils poffédoient
eux-mêmes éminemment cette vertu , dont
ils faifoient un fi grand cas. Nous avons trop peu
de Mémoires de la Cour de Perfépolis , pour connoître
la vie & le caractère de leurs Commis , de
leurs Dames d'Honneur , de leurs Hommes d'Affai¬
res , de leurs Femmes - de - Chambre ou de leurs
Valets.
De nos jours on n'eftime pas plus les indifcrets
que chez les Anciens ; mais on ne leur témoigne pas
le même mépris & la même haine . Il eft fi peu ordinaire
parmi nous de garder le Secret , qu'on peut
croire que les Perfes fe font beaucoup trompés lorfqu'ils
ont jugé qu'il étoit fi facile de fe taite ; i
femble en effet qu'un Secret eft quelque chofe de
fubtil & de volatil qui s'échappe de nos ames au
moindre mouvement qui les agite , & le defir de le
communiquer , une paffion qui fermente avec violence
, & toujours prête à étouffer le coeur qui voudroit
le retenir.
Ceux qui étudient le phyfique ou le moral de
l'homme , voient fouvent la théorie la plus impofante
& la plus flattenfe s'évanouir au jour de l'expé
rience ; & leur orgueil , qui trouvoit tant de plaifir
à conclure les effets d'après les caufes , finit toujours
par être réduit à remonter aux caufes d'après les
effets. Un fpéculateur , du fond de fa retraite , peut
prouver qu'il cft facile d'être fecret , & fe croit en
DE FRANCE
. 179
conféquence autorisé à accorder la confiance. L'homme
du monde voit que cela eft très rare , & il chet.
chera plutôt pourquoi une vertu fi facile & fi importante
à la fociété , manque à tous les hommes.
C'eſt la vanité de faire voir qu'on n'a pas craint
de nous accorder de la confiance , qui nous porte
fur-tout à la trahir ; car quelque abfurde qu'il paroiffe
de ſe vanter d'avoir reçu un fecret, au moment
où on le viole on confent à fe montrer un homme
fans vertu pour le montrer un homme important ; on
aime mieux étaler avec orgueil le cas que les autres
font de nous , que de jouir dans le fecret de fa conf
cience d'une fidélité qui ne peut être connue & louée
que de celui à qui on l'a promife.
Il y a plusieurs manières de dire un Secret , qui
femblent épargner à un homme les reproches de fa
confcience , & qui fatis font fon orgueil fans diminuer
la bonne opinion qu'il a de lui même. Ce que
fon protecteur ou fon ami lui a confié , il le dira feulement
aux perfonnes à qui il ne cache pas les propres
affaires ; il le dira à des perfonnes qui n'ont aucun
intérêt de trahir fa confiance , il le leur dira
après les avoir menacées de la perte de fon amitié ,
ice qu'il leur révèle devient jamais public.
C'est très -fouvent dans la première ardeur de la
bienveillance ou de l'amour , que fe divulguent les
Secrets ; on veut prouver par un fi important facrifice
, qu'on eft tendre ou fincère ; mais ce motif,'
quoique paiffant en lui-même , ne marche pas fans
la vanité , puifque tout homme defire d'être fouverainement
eftimé de ceux qu'il aime , avec qui if
vit , avec qui il paffe fes momens de plaifir , ou chez
qui il va fe repofer des foins & des affaires .
Quand il eft queſtion de découvrir des Secrets , il
faut bien diftinguer entre les nôtres & ceux d'autrui
entre ceux qui ne peuvent compromettre que notre
fort & notre bonheur , & ceux qui peuvent com
Hiv
176 MERCURE
Fromettre le bonheur des perfonnes qui nous ont
hone és leur confiance . En général , c'eft une folie
de dire les nôrres même ; mais cette folie eft fans
crime révéler ceux qui nous ont été confiés ,
perfidie & folie tout-à - la - fois .
: c'eft
Ileft bien vrai qu'il y a eu des fanatiques d'amitié
aff Z peu raisonnables pour foutenir & peut- être
pour croire qu'un ami à droit à tout ce qui eft au
pouvoir de fon ami , & que par conféquent c'eft un
manque d'affection d'excepter un feul Secret de cette
confiance fans bornes. C'eft d'après cette maxime ,
qu'une Femme Miniftre d'État , n'a pas rougi de
nos jours d'informer le monde , que quand elle vou-
Joit tirer quelque chofe de fa Souveraine , elle lui
rappeloit le raifonnement de Montaigne , qui a prononcé
que dire un Secret à un ami , ce n'eft pas manquer
à la confiance , parce qu'un homme & fon ami
n'étant réellement que la même perfonne , ce n'eft
pas augmenter le nombre de ceux qui le favent.
Un raisonnement fi vain & fi trompeur pourroitil
faire illufion à quelqu'un ? Et l'Auteur qui peut
l'avancer montre- t-il autre chofe qu'un déclamateur
jaloux de faire voir jufqu'où il peut étendre fon
imagination , & avec quelle force il peut pouffer fa
thefe ; c'est ce qu'on auroit peine à croire fi certe
Dame n'eût eu la bonté de nous montrer jufqu'à
quel point on peut en impofer à la foibleffe , &
amufer l'indolence. Mais puifqu'il paroît qu'un
fophifme même de cette efpèce foutenu d'une forte
envie de fe repofer tranquillement fur les lumières
d'un autre a été capable de furprendre des intentions
honnêtes & un efprit qui n'eft pas ordinaire , il peut
n'être pas inutile d'obferver qu'entre amis il n'y a
de vraiment commun que ce que chacun pofède de
fon propre droit , & peut aliéner ou détruire fans
faire de tort qu'à lui. Sans cette diftinction la confiance
s'étendra à l'infini. La feconde perfonne pourra
DE FRANCE. 177
dire le Secret à une troifième fur le même principe
qu'il lui a été confié par la première, & la troisième
pourra le fane paller jaqu'à une quatrième , & ainfi
il circulera dans un monde d'amis jufqu'aux perfonnes
mêmes à qui on avoit voulu d'abord le
cacher.
Valcour révèle à Florimond qu'il eftime le Secret
de Blanze ; niais Blanzé méprife Florimond , & fon
Secret le trouve précitément dans les mains auxquelles
il auroit voulu plus le dérober. Quelles que
foient les conféquences de cette indiferétion , Valcour
a compromis le bonheur de fon ami fans néceflité
& fans fermiffion ; it a remis aux mains de la
fortune un dépôt qui n'avoit été confié qu'à la vertu.
Un homme qui dit les affaires d'un autre , doit
s'appercevoir , pour peu qu'il réfléchiffe , combien
les motifs fur lefquels il fe repofe font incertains ,
puifqu'il les voit fans effet fur lui-même. Quand il
donne fa confiance , il , devroit ,penfer qu'i trompe
lui - même celle qu'on lui a donnée ; qu'il attend des
autres une vertu dont il eft lui-m me incapable , &
fa conduite eft abfolument en contradiction avec
fes principes.
que
Chacun fent qu'er pareil cas il regarderoit comme
peu fait pour la confidence un homme qui fe croireit
libre de dire tout ce qu'il fait au premier qu'il
fui plairoit d'en croire digne ; ' c'eft pourquoi Valcour
en partageant avec Florimond un Secret qui
ne fur confié qu'à lui , doit favoir qu'il manque à fa
foi , puifqu'il va contre l'intention de Blanzé à qui il
ra donnée ; car les promeffes de l'amitié font , ainfi
que toutes les autres , inutiles & vaines , fi elles ne
font également obligatoires pour les deux parties.
Je n'ignore pas qu'on peut élever beaucoup de
queftions fur l'obligation de garder le Secret dans
fes affaires publiques qu'on peut croire que de scir
conftances particulières modifient quelquefois ce
Hy
178
MERCURE
devoir & en changent la nature ; que la manière
dont le Secret fut confié diminue l'obligation de le
garder , & que les motifs d'après lefquels on choifit
un homme pour confident ne le lient peut-être pas
toujours également. Mais ces diftinctions , quand
elles ne feroient pas trop compliquées , demandent
un examen trop étendu pour l'objet que je me propofe
actuellement ; elles ne font pas non plus de
nature à fe rencontrer bien fouvent dans le commerce
ordinaire de la vie ; & quoique la théorie
des cas de confcience foit utile en de bonnes mains,
il ne faudroit pas cependant laiffer indiftinctement à
tout le monde le droit de s'en mêler , puifque plu
heurs s'en ferviroient bien plus pour endormir que
pour réveiller leurs confciences , & les fils du raifonnement
auxquels eft fufpendue la vérité , font fouvent
fi déliés qu'ils échappent à des yeux & à un
tact ordinaires.
Le Secret eft quelque chofe de fi embarraffant &
de i dangereux qu'après celui qui eft obligé de fe
fier, je n'en vois pas de plus malheureux que celui à
qui on fe fie ; car il fe trouve fouvent enveloppé dans
des difficultés fut lefquelles il n'a pas la liberté de
s'éclairer ; il eft fouvent entraîné dans le crime fous
L'apparence de l'amitié & de l'honnêteté ; d'autres
pourront révéler ce qu'il ne révèle point , & leur
crime l'expofera à tous les foupçons ; car celui qui a
un confident en a communément plufieurs ; & quand
if efttrai
il ne fait qui il en doit accufer.
Les règles que j'ai à propofer far ce fujet im
portant , & dontje crois qu'il eft dangereux de s'écarter
fans un long & mûr examen , fe bornent done.
à ne jamais demander un Secret ; & quand on nous
l'offie , à ne pas nous en charger légèrement & fans
bien des reftrictions ; enfin , quand on l'accepte , a
le regarder comme un dépôt de la plus haute conéquence
auffi important que la Société , & auffi
DE FRANCE. 179
facré que la vérité , qu'on ne doit pas violer pour
de légers intérêts ou à la première apparence d'une
obligation contraire .
( Cet Article eft de M. Perrière. )
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE
E 30 Juillet 1727 , l'Abbé Pellegrim fit
repréfenter à la Comédie Italienne une
pièce en trois Actes & en vers , intitulée
l'Inconftant , ou les trois Épreuves. Nous
állons donner une idée de cet ouvrage , qui
n'a point été imprimé. Nos Lecteurs , en
comparant fa marche à celle de la Co
médie dont nous rendrons compte en
fuite, verrontcomment deux Auteurs peuvent
traiter le même caractère , & lui donner une
phyfionómie toute différente.
Valère aime Dorimène ; celle- ci , veuve
d'un homme dont l'humeur volage l'a rendue
malheureuſe , veut éprouver la fidélité de fon
amant. A l'ouverture de la Pièce , Valère fubit
la première épreuve , qui confifte à ne point
fortir , pendant huit jours , de l'hôtel garni où
il demeure avec Dorimène. Valère ne fort
point,mais d'abord il conte fleurette à Marton,
enfuite, pour diftraire fes ennuis , il relit les lettres
de fes anciennes maîtreffes. Parmi ces lettres
il retrouve un billet d'une certaine Bélife ,
Hvj
180
MERCURE
qu'il a connue en Bretagne , & qu'il a très
cavalièrement cédée à fon ami Dorante. Son
amour éteint fe réveille , & Dorimène , qui
étoit fortie pour aller rendre vifite à cette
méme Bélife , devenue fon amie depuis quel
que-temps , rentre à l'inftant où Valère laiffe
éclater les tranfports amoureux que lui inf
pire le fouvenir de fon amante Bretonne . Une
rufe de Lolive, fon valet, tire l'Inconftant de ce
mauvais pas. Dorimène inquiète, demande une
feconde épreuve. Il faut voir Belife fans l'ai
mer. Ofez , dit Dorimène à Valère ,:
Ofez braver ces yeux dont vous fûtes charmé :
Mon triomphe eft douteux ; il fera confirmé.
Valère , qui avoit promis à Dorante de
ne point revoir fon ancienne maîtreffe , cède
aux ordres de Dorimène , parce que l'amour ,
dit- il , doit l'emporter fur l'amitié ; mais cet
amour , quel en eft le véritable objet : Il
l'ignore.
Bélife , Dorimène ,
Je doute, en ce moment qui de vous deux m'entraîne.
Ah que j'aime entre vous à voir mon coeur flottant !
"
Et voilà les plaifirs que goûte un inconftaur :
Avant que de choifir , il pèfe , il examine ;
Doucement fufpendu rien ne le détermine ,
Au-lieu qu'un caur fidèle , en efclave enchaîné,
N'a plus rien à choifir fitôt qu'il s'eft donné.
La vue de Bélife rend Valère infidèle à
Dorimène; mais l'intention de la première
DE FRANCE. 181
eft de ne reffaifir fon captif que pour l'ac
cabler de mépris , & pour le démafquer
aux yeux de fa nouvelle conquête. Dorimène
aime ; par conféquent elle eft crédule &
foible , elle ne croit pas que fon amant puiffe
lui manquer de foi. On propofe une troifième
épreuve : c'eft de tenir Valère en fufpens
entre la main de Bélife & celle de Do
rimène. La Bretonne parle la première ; fa
propoſition eft acceptée : Dorimène vient en
fuite , & l'offre que Marton fait en fon
nom , jette Valère dans un embarras dont il
cherche fi mal- adroitement à fe tirer , qu'il
eft convaincu d'inconftance. Dorimène le
quitte , en lui défendant de la revoir jamais ;
il croit s'en confoler avec Bélife , mais celleci
épouse Dorante en fa préfence . Valère
eft d'abord un peu piqué ; il prend néanmoins
fon parti , & finit la Pièce en difant :
Deux maîtreffes de moins ! plaifante bagatelle !
Je puis offrir mon coeur à ìnille autres appas :
Viens , Lolive, demain il n'y paroîtra pas.
Nous ignorons quel a été le fuccès de cer
ouvrage , aujourd'hui prefque ignoré , mais
qui , malgré fes défauts , nous paroît trèsfupérieur
à beaucoup de Comédies plus modernes.
Palfons à l'analyfe de l'Inconftant ,
Comédie en cinq Actes & en vers , qu'on
a repréfentée , pour la première fois , le
mardi 13 de ce mois.
Florimon étoit amoureux d'une veuve
Angloife , nonumée Éliante. Entraîné à Breft
182 MERCURE
par les devoirs de fon état , il y a vu Léo
nore , fille d'un marin nommé M. Ker
vanton , a oublié fes premiers feux , a demandé
fa main , a obtenu l'aveu du père ; puis
tout-à - coup défenchanté , a quitté le père , la
fille , Breft & l'état militaire , pour revenir à
Paris. Il arrive dans un hôtel garni, où il retrouve
Éliante , que des circonftances particulières
ont amenée dans la Capitale : la revoir, repren
dre fa première chaîne , reparler de fes feux ,
plaire , en être inftruit , tout cela eft l'affaire de
quelques minutes . Ivre de bonheur , il reçoit
la vilite d'un oncle qui lui a cent fois reproché
l'inconftance de fon caractère , &
dont il appaife l'humeur , en lui faifant part
du projet qu'il a formé d'époufer une femme
raifonnable & fenfible. L'oncle enchanté promet
fon aveu à cet hymen , fi Éliante eft
digne de Florimon , & il va prendre les informations
néceffaires chez l'Ambaffadeur
de la Cour de Londres. Il revient avec les
meilleurs nouvelles , & fait fur le champ la
demande d'Éliante au nom de fon neveu ;
mais pendant fon abfence tout a changé.
Florimon a été voir un de fes amis nommé
Valmon ; il a vu la foeur de ce Valmon , &
fon coeur volage a tout oublié pour elle.
Éliante eft abandonnée ; l'oncle indigné abandonne
à fon tour Florimon pour jamais. Valmon
, prêt à partir pour la campagne avec fa.
foeur , a mis Florimon de la partie : celui -ci
eſt ravi , tranſporté. Une lettre le prévient
qu'on part le lendemain fon ivreffe redou
DE FRANCE. 183
ble , mais elle s'évanouit abfolument quand
la fin de la même lettre lui apprend que la
foeur de Valmon eft mariée. L'Inconftant veut
retourner à Éliante , mais celle - ci a renoncé
fans retour à un perfide , & le laiffe confondu.
Cependant M. Kervanton , que des
affaires perfonnelles ont amené à Paris , &
qui habite le même hôtel que Florimon
s'eft propofé de ne point retourner en Bretagne
fans avoir dit deux mots au fugitif
amant de fa fille. Il le rencontre : la converfatión
devient vive. Duel , dans lequel
Kervanton eft défarmé ; retour de Florimon ,
excuſes , aveu de fes torts , nouvelle demande
de la main de Léonore ; confente
ment de Kervanton , & convention de partir
pour Breft auffitôt que le inarin aura vu le
Miniftre. Tout change encore dès que Florimon
eft feul avec fes réflexions : il ne le
croit pas propre à un lien tel que celui du
mariage ; il ne fait comment il reprendra fa
parole. On lui annonce que fa chaife eft
prête ; & comme , dans un de fes accès d'inconftance,
il avoit réfolu de voyager en Europe
& en Afie , & demandé des chevaux afin de
partir fans délai , il fe lève , décidé , dit-il ,
à s'embarquer pour commencer fes voyages
par le nouveau monde.
L'action de cette Comédie , dont l'auteur
eft M. Collin , déjà connu par de très -jolies
pièces fugitives , eft un peu nue , & l'intérêt
en eft foible. On peut s'étonner que l'Auteur
n'ait pas tiré un parti plus utile de
184 MERCURE
l'arrivée de M. Kervanton à Paris , & qu'il
ait pas employé la rivalité de Léonore &
d'Eliante , pour fortifier fon intrigue & pour
exciter la curiofité. Le dénouement , fi l'on
peut donner ce nom à l'incident qui ainène,
l'avant-dernière fcène du cinquième Acte
& au brufque parti que Florimon prend à
la dernière eft romanefque & peu fatiffaifant
, enfin , l'ouvrage n'offre point de rés
fultat moral : & cependant il eft certain
qu'on a , ou qu'on doit avoir un but quand
on fait une Comédie de caractère. C'eft fans
doute une entreprife délicate , difficile &
dangereufe , que celle d'une Comédie de ce
genre, en cing Actes & en vers ; fans doute
elle demande de l'indulgence , fur- tout quand
c'eft par elle qu'un écrivain fe préfente pour
la première fois dans la carrière dramatique.
Auffi fommes- nous très- éloignés de vouloir
étendre les obfervations critiqués. D'ail
leurs , M. Collin débute d'une manière fi
brillante , & fa Comédie , malgré les reproches
qu'on peut lui faire , donne de fi
grandes efpérances , que nous nous reprocherions
non-feulement de l'affliger , mais
encore de ne lui pas donner tous les encouragemens
qu'on doit à la naiffance du talent.
Le perfonnage de l'Inconftant annonce infiniment
de reffources dans l'efprit , dans l'imagination
, & une connoillance fort étendue
des traits qui , au Théâtre , definent
développent & prononcent les caractères . On
aime à le voir adopter & repouffer tour- à-tour
DE FRANCE.
185
tous les goûts & tous les fentimens; parler avec
ivreffe d'abord , & enfuite avec dégoût de la
ville , de la campagne, des plaiſirs bruyans, des
plaifirs tranquilles ; prendre , quitter, repren
dre , quitter encore les mêmes idées , & toujours
avec l'apparente réfolution de les adopter
ou d'y renoncer fans retour. Pour faire connoître
à nos Lecteurs combien le perfonnage
de l'Inconftant fait d'honneur à M. Collin ,
il faudroit pouvoir citer des détails , des développemens
, des Scènes même qui mettent
fon caractère en jeu , qui ne tiennent pas
bien néceffairement à l'action , & dont en
conféquence nous n'avons pas pu parler dans
notre analyſe ; mais ce qu'il nous eft impoffible
de faire aujourd'hui , nous le ferons dès
que l'Ouvrage fera imprimé. Le dialogue a de
la vérité , de la précifion & de la rapidité. Le
ftyle eft brillant , fpirituel & facile ; en in
mot , on doit encore plus d'éloges à M. Collin
qu'on ne lui peut faire de reproches.
Le rôle de l'Inconftant eft joué par M.
Molé avec une fupériorité de talent bien rare :
la facilité avec laquelle ce Comédien , toujours
plus aimable , parcourt tous les degrés , la fou
pleffe avec laquelle il fe plie à toutes les nuances
, à toutes les variations de fon caractère ,
font faites pour étonner les Amateurs les plus
familiers avec les reffources de fon talent.
Pour tout dire , le jeu de M. Molé eſt la fable
de Protée réalifée. L'idée de cet éloge n'eft
rien moins que neuve ; mais nous ofons dire
qu'ici elle a un mérite réel , celui de la vérité
186 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
Las Terriers rendus perpétuels , &c . Ouvrage
utile à tous Propriétaires de terres ou fiefs , à tous
Notaires , Régiffeurs , Géomètres , Féodiſtes , & autres
enfin qui fe deftinent à la partie des Terriers.
L'utilité de cet Ouvrage fe fait fentir de plus en
plus. Toujours plein de fon objet , toujours attentif
à ne pas s'en écarter , on voit que l'Auteur cherche
moins à tout dire qu'à nous préfenter ce qu'il y a de
plus intéreflant dans fa matière. Les modèles de
cette Livraiſon font exécutés avec le plus grand foin.
Troisième Liviaifon. A Paris , chez M. Aubry de
Saint-Vibert , rue des Blancs -Manteaux , No. 37.
L'Atlas perpétuel qui en fait panie , n'eft pas
moins intéreffant que le Cueilloir . On eft étonné
de voir qu'un moyen auffi fimple n'ait pas été employé
depuis long-temps . On voit bien que , femblable
au développement progreffif de la végétation
, les Sciences ne font que le fruit tardif de l'obfervation
la plus continue . Combien de temps en
effet M. de Fréminville n'a- t - il pas fait admirer fa
pratique univerfelle des Terriers ? elle laifoit pourtant
beaucoup à defirer ! Mais on doit à ce dernier
la juftice de le confidérer comme le premier qui alt
eu le courage d'écrire fur une matière aufli aride ; &
c'eft un titre qu'acquiert de plus M. A. D. S. V.
à notre reconnoiffance , puifqu'ayant eu les mêmes
difficultés à furmonter , il a fu fe frayer une route
nouvelle.
Le retard qu'a éprouvé cette troiſième Livraiſon
vient de la quantité de Gravures qu'elle contients
nous en avons compté foixante- deux pages in folio ;
DE FRANCE. 187
ee qui a dû exiger un temps confidérable tant pour
T'exécution que pour l'impreflion.
Le prix de l'Ouvrage entier, en fix Livraifons , eft
toujours de 48 liv. pour les Soufcripteurs , & de
60 liv. pour ceux qui n'ont pas foufcrit.
LES Confeffions d'un Anglois , ou Mémoires de
Sir Charles Simpfon , rédigés fur le manuferit original
. A Paris , chez Regnault , Libraire , rue Samt
Jacques , vis- à-vis celle du Plâtre ; 2 Vol. in- 12.
Prix , 3 liv. brochés,
Sir Charles Simpfon joue un rôle très - noble
dans un Roman intitulé : Le Vice & la Foibleffe ,
dont nous avons rendu compte il y a quelques
mois ; celui- ci contient les Aventures de ce Philofophe
cftimable , qui étoient promifes par le premier.
Parmi ces Aventures , il y en a de fimples qui n'en
développent pas avec moins de vérité les feneftes
- effets des liaifons équivoques , de l'inexpérience , &
les caufes de la première dépravation des moeurs ; il
y en a de gaies qui font connoître juſqu'à quel point
la crédulité peut égarer les hommes , & les rendre
dupes de ces femmes auxquelles on veut bien accorder
le nom décent de femmes galantes ; enfin , il y
en a de touchantes , dont le but peut éclairer fur les
ravages que produifent dans les grandes Villes la
vanité , l'orgueil du luxe , l'envie & la jaloufie. Les
épifodes qu'on y rencontre font liés avec beaucoup
d'art au fond du fujer. Nous avons diftingué ceux
du Baron de .... & de Mme G *** . Le caractère
du premier eft un modèle de fermeté pour ceux
qui ont le malheur d'être en butte aux fureurs du crédit
& de la perfécution . L'hiftoire de Mme G***
offre un tableau effrayant des indignités auxquelles
certaines gens ne rougiffent pas d'attacher leur protection
& leurs faveurs . Cet Ouvrage , écrit avec
force , fe fait lire avec intérêt .
188 MERCURE
L'ÉDUCATION Publique , Ode , par M. Duvi,
quet A Compiègne , chez Bertrand , Imprimeur du
Roi ; & fe vend à Paris , chez Varin , Libraire , rue
du petit Pont , au bas de la rue Saint Jacques.
On reconnoît dans cet Ouvrage un jeune Ecri
vain nourri de l'étude des bons modèles . Deux
ftrophes fuffiront pour juftifier cet éloge. Le Poëte
s'adreffe à l'Inſtituteur :
Tu vois ce Magiftrat dont l'amour ou la haine.
Fléchit au poids de l'or la balance incertaine ;
Qui foule aux pieds l'Honneur , la Juftice & la Loi ?
Il eût été l'appui du juke qu'il opprime ;
Toi ſeul tu l'as perdu ; ſa baſſeſſe eſt ton crime ;
Les vertus qu'il n'a pas font des forfaits pour toi.
Si tu n'es point aimé , tu n'as rien fait encore s
C'eft peu d'être obéi , je veux que l'on t'adore ;
Que ton titre auprès d'eux foit toujours oublié :
Pourquoi fans ceffe un joug , des fers , de la contrainte ?
L'esclave dégradé n'obéit qu'à la crainte ;
Mais le coeur de l'enfance eft fait pour l'amitié.....
FIGURES des Fables de La Fontaine , gravées,
par Simon & Coiny , douzième Livraison , chez les
Auteurs , au Bureau du Voyage de la Grèce , rue
Pagevin , n° . 16.
Nous avons annoncé que le Texte de ce charmant
Ouvrage s'imprime actuellement chez Didot l'aîné.
On trouve à la même adreffe la feconde Livraiſon
des Tableaux des Maifons & Jardins de plaifance,
Anglois , avec l'Explication de chacune de ces
Vues , tralaite par M. Havy , Interprète du Roi . Cet
Ouvrage est d'une exécution très- foignée .
TRAITE de Trigonométrie rettiligne & fphérique ,
contenant des Méthodes & des Formules nouvelles ,
DE FRANCE. 189
avec des applications à la plupart des problêmes de
l'Aftronomie , par M. Cagnoli , Citoyen de Vérone ,
Membre de la Société Italienne , &c. traduit de
l'Italien par M. Chompré , & imprimé par Didot
l'aîné avec les nouveaux caractères. A Paris , chez
Didot fils aîné & Jombert jeune , Libraires , rue
Dauphine , près du Pont-Neuf, n ° . 116 , 1 Vol.
in-4 ° . 1786. Prix , 15 liv . relié.
Le Rapport de J'Académie Royale des Sciences ,
du 11 Février 1786 , doit fixer l'opinion du Public
fur l'importance & le mérite de cet Ouvrage. On
y trouve un grand nombre de chofes nouvelles qui
ne peuvent qu'exciter l'attention publique , & le rendre
utile aux Savans. Le Libraire a fait imprimer
féparément le Rapport de l'Académie , qui prouve le
cas qu'on doit faire de cet Ouvrage.
EUVRES complettes d'Homère , Traduction
nouvelle , dédiée au Roi , avec des Notes Littérales ,
Hiftoriques & Géographiqnes , fuivies des Imitations
des Poëtes anciens & modernes , par M. Gin , Confeiller
au Grand - Confeil , nouvelle Edition en huit
Volumes in -4 °. , papier d'Annonay , de l'Imprimerie
de Didot l'aîné , ornée de cinquante Eftampes en
taille -douce & de deux Cartes Géographiques . Le
premier Volume eft en vente chez Didot l'aîné , Imprimeur-
Libraire , rue Pavée - Saint-André- des Arcs.
Il n'en a été tiré que 325 Exemplaires. Prix , 36 liv.
chaque Volume broché en carton . On ajoutera à la
lifte des Soufcripteurs les noms des Perfonnes qui fe
feront inferire chez M. Didot avant la publication du
deuxième Volume , paffé lequel temps le prix de
chaque Volume fera de 48 liv. au lieu de 36 , avec
le texte Grec de 72 liv. au lieu de 54. Les mêmes
grand in - 8 , parier ordinaire tirés à 600 Exemplaires
, enrichis des Cartes Géographiques : Prix ,
7 liv. 10 fols brochés. Il en a été tiré en outre
190 MERCURE
125 Exemplaires papier d'Annonay du prix de
12 liv. broché en carton.
Nous avons parlé dans le temps de cet Ouvrage
eftimable , & le nom de l'Imprimeur répond de la
beauté de la nouvelle Edition .
EUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Amiot , avec des Notes & des Obfervations de
M. l'Abbé Brottier neveu , Tome XVIII , & le
premier des Euvres mêlées. A Paris , chez J. B.
Cuffac , Libraire , rue & Carrefour S. Benoît.
Le même Libraire vient de livrer le troisième
Volume du Théâtre des Grecs. Nous avons parlé de
ces deux Ouvrages , toujours très- bien exécutés .
Mate
HOSPICE de Saint Jacques du Haut- Pas.
Hôtel de la Monnoie. Vue du Théâtre Italien.
Vue du Théâtre François .
rieur de l'Ecole de Chirurgie.
-
Vue de l'inté
Vue de l'extérieur,
Vue de l'intérieur de la Salle au bled.
Vue de l'extérieur.
-
"Ce font autant de petites Gravures en couleur
faifant partie d'une fuite dont nous avons déjà
parlé , des Monumens de la Capitale ; elles fe trouvent
à Paris , chez les frères Campion , rue Saint
Jacques , à la Ville de Rouen.
ANTIQUITES Etrufques , Grecques & Romaines ,
gravées par F. A. David , imprimées & coloriées fur
du papier de Hollande , Tome I , Numéros ƒ & 6.
compofé chacun de douze Planches & Difcours.
Prix , 9 liv . chaque , l'in 4°,, & 6 liv . l'in-8 ° . A
Paris , chez M. David , Graveur de la Chambre &
du Cabinet de MONSIEUR , rue des Cordeliers , au
coin de celle de l'Obfervance.
Çet Ouvrage , pour la facilité des Acheteurs , eft
DE FRANCE. 191
réduit aux formats in 4 ° . & in 8 ° , comme l'ont été
par le même Auteur les Antiquités d'Herculanum .
CARTE de la Généralité de Poitiers , avec les
Provinces adjacentes , divifée dans fes neuf Elections
, & offrant le Tableau des grandes Routes nouvellement
ouvertes , les chemins des Troupes &
ceux de communication , dreffée & perfectionnée .
par les Ingénieurs de la Province , publiée par les
ordres de M. de Bloſſac en 1784 , en une feuille
grand aigle. A Paris , chez M. Dupain- Triel , Cloître
Notre-Dame. Prix , 3 liv.
MEMOIRES de M. le Baron de Tott , in- 4 ° . ,
2 Vol. avec figures . Prix , 33 liv. , papier fin 45 liv.
A Paris , chez Laurent , Libraire , rue de Tournon ,
ainfi que quelques Exemplaires de l'Edition origi
nale , qu'il ne faut pas confondre avec les Edicions
contrefaites , qui font remplies de fautes très - groffières
, & même de contre-fens.
Nous avons parlé dans fa nouveauté de cet Oa- .
vrage très- piquant . Certe Edition nouvelle eft d'une
belle exécution pour les figures & la partie typogra
phique.
Le même Libraire vient de recevoir de Londres
quelques Exemplaires du Siège de Gibraltar , in- 4 ° .
Prix , 36 liv. , le même , grand papier 48 liv .
Il vient aufli d'acquérir quelques Exemplaires de
premières Epreuves du Portrait d'Oudry , Deffinateur
des Figures de la belle Édition des Fables de La
Fontaine , in-folio , 4 Volumes , & que les Amateurs
joignent à cette fuperbe Édition . Prix, 3 liv.
LES Perfonnes qui ont fouferit pour le premier
Volume du Théâtre de M. Ronfin , imprimé au
192
MERCURE
profit de fa belle mère , font price de l'envoyer
chercher chez l'Auteur , rue de Seine , Fauxbourg
Saint Germain , nº . 78.
VARIETES Muficales pour le Piano , avec Accompagnement
de différens Inftrumens à volonté,
choifies dans les meilleurs Ouvrages étrangers &
nationaux , mêlées de chant avec paroles Italiennes
& Françoiſes . Il en paroîtra tous les trois mois un
Cahier de cinquante à foixante pages. Prix, 9 liv.
port franc. Les Perfonnes qui fe feront inferire ne
payeront que 6 liv. par Cahier en le recevant. A
Paris , chez M. Wenck , rue de la Michodière , maifon
de M. Garnier ; M. Boyer , Marchand de Mufique
, rue de Richelieu , paffage du Café de Foy , &
M. Baillon , rue Neuve des Petits -Champs , au coin
de celle de Richelieu.
TABL E.
Lettre au Rédacteur du Mer-
CONSEILS à mon jeune
mans , 156 Ami , 14 Euvres de M. de Saint-Marc,
168
cure , 151 Variétés , 173
179
phe , 154 Annonces & Notices , 186
Charade , Enigme & Logogy- Comédie Françoife ,
Effais , choix de petits Ro-
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 24 Juin 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'inipreffion, A
Paris . le 23 Juin 1786, GUIDI.
SUPPLEMENT
f
AU MERCURE ,
CONTENANT les Profpectus & Avis
particuliers de la Librairie.
LETTRE du Bréveté du Mercure à MM.
les Gens de Lettres , les Imprimeurs &
Libraires.
MESSIEURS ,
LES Profpectus de toutes espèces fe font
fingulièrement multipliés depuis quelque
temps. Leur étendue & leur grand nombre
font caufe qu'on ne peut en parler dans les
Journaux que d'une manière très vague ou
très - abrégée. Aufli les Gens de Lettres &
les Libraires , fentant l'impoffibilité où l'on
eft de les fatisfaire à cet égard , ont- ils pris
le parti de les joindre à prefque tous les Jour
naux & Affiches qui fe diftribuent à Paris &
dans les Provinces ; mais cette diftribution
ne peut encore remplir qu'imparfaitement
l'objet qu'ils ont en vue. Toutes ces Feuilles
volantes fe perdent ; & la plupart ne font pas
lues du Public , parce qu'elles ne font pas
Supplém. No.25. 24 Juin 1786
corps avec les Ouvrages périodiques auxquels
on les joint. Si ces Profpectus , par exemple' ,
faifaient partie du Mercure , il eft probable
que le Public , qui les néglige prefque toujours
dans l'inftant de leur arrivée , y revien
drait , & pourrait s'en occuper dans les momens
où il ferait plus libre. Frappé de l'indifférence
que l'on témoigne aujourd'hui
pour toutes ces Feuilles volantes & Profpectus
, & défirant d'être utile à la Littérature
& à la Librairie , j'offre à toutes les perfonnes
qui font dans le cas de publier des
Profpectus d'Ouvrages nouveaux , de Mufique
, d'Eftampes , d'ajouter toutes les femaines
au Mercure une Feuille , fous le titre
de Supplément au Mercure , contenant les
Profpectus & Avis particuliers de la Librairie.
Ainfi chaque Libraire fera libre déſormais
de faire imprimer fon Profpectus en
entier , ou par partie , à la fin de ce Journal ,
d'y joindre fon Catalogue , fes nouvelles acquifitions
, & tout ce qui pourra intéreffer
fon commerce.
La Partie littéraire du Mercure n'étant
compofée que de deux Feuilles , on ne peut
aufli y parler que très - fuperficiellement
des Ouvrages nouveaux , concernant les
Sciences & les Arts. Les Gens de Lettres &
Libraires pourront , dans leurs Profpectus ,
s'étendre particulièrement fur ces objets , &
en donner des Extraits , des Analyſes auffi
étendus qu'ils le jugeront convenable. On
les prie feulement de ſe borner à en expoſer
( 3 )
le plan & l'objet ; les éloges font très-déplacés
dans un Profpectus , & préviennent
rarement le Public en leur faveur. Il y a de
l'indécence à louer foi- même l'Ouvrage dont
on eft l'Auteur ou l'Imprimeur. On doit ſe
borner à le faire connaître.
Comme cette Feuille , jointe au Mercure ,
n'augmentera point le prix de la foufcription
, elle ne pourra être que très - agréable
au Public , puifqu'elle lui mettra fous les
yeux tous les mouvemens de la Littérature
toutes les nouveautés de la Librairie & de
l'Imprimerie.
誓
Par çet arrangement , les Profpectus fe
conferveront au moins autant que chaque
Mercure; & non feulement les Soufcripteurs
pourront les lire ; mais comme les
Journaux fe prêtent , & qu'il n'y a pas un
Mercure qui ne foit lu par dix perfonnes ,
on fera affuré que quatre- vingts à cent mille
perfonnes en prendront connaiffance toutes
les femaines. Il y a plus , les frais de ces Profpectus
& Annonces fe trouveront confidérablement
diminués ; car chaque Feuille pouvant
en contenir plufieurs , une partie de la
compofition , du tirage , des frais de pliage
de brochure , &c. deviendront une dépenſe
commune pour chacun de ces Proſpectus.
En propofant cet arrangement , je ne prétends
pas m'en faire un objet utile , & il fera
aifé de s'en convaincre à l'examen du Tableau
de la dépenfe. On pourra voir chez
M. MOUTARD ce Tableau , par lequel il cft
* ij
4
arrêté que les frais d'impreffion , de papier
& de diftribution de la Feuille entière
pour onze mille , reviendront à 504 livres ;
mais il n'en coutera aux perfonnes qui n'emploieront
qu'une demi-feuille ou douze pa
ges , que 252 livres ; pour fix pages 126 livres ,
pour quatre pages 84 livres , & pour deux
pages feulement 42 livres . Chaque objet nou
veau doit compofer au moins deux pages ,
ou payer comme s'il les employait.
J'ai prie M. MOUTARD de fe charger de
l'impreffion de ce Supplément : c'eft à lui
feul qu'il faut s'adreffer pour l'infeftion des
objets , ainfi que pour le payement.
Outre le prix ci- deffus , on donnera au
Rédacteur du Mercure un exemplaire des
objets nouveaux , anhoncés dans chaque
Profpectus.
PROSPECTUS.
CHOIX DE CAUSES CÉLÈBRES ,
contenant les cent douze premiers Numé
ros du Journal des Caufes célèbres , réimprimés
avec des changemens & des corrections
, enis vol. in- 12 de joo pages ou en
viron , au prix de 37 liv. 10 f. br. ou 45
liv. rel.
PROPOSÉ PAR SOUSCRIPTION ,
DEPUIS quelques mois , ces cent douze
Numéros manquent , aina on n'a pu fatif
17
faire aux demandes qui en ont été faitesi
On s'occupait des moyens de donner une
nouvelle Edition avec des changemens &
des corrections , lorfqu'on a appris que des
Libraires étrangers avaient ofé annoncer
une Contrefaçon de ces volumes. Outre
que leur Edition ( quoique propofée à un
rabais apparent ) couterait plus cher que
celle de Paris , elle ferait encore privée de
l'avantage des corrections & des changeinens
que la nature de l'ouvrage exige . Om
s'eft donc auffi -tôt déterminé à faire la nouvelle
Edition que le Public paraît défirer
mais pour remplir fes vues ; on a fait les
retranchemens & les corrections néceffaires.
Parmi ces changemens , qui augmenteront
l'intérêt de cette nouvelle Edition , on doit
remarquer celui de placer les Caufes dans
leur ordre chronologique , ce qui était impoffible
dans un Journal : ainfi , au moyen
d'économies typographiques , qui ne changeront
rien au caractère , au format & au
papier qu'on a employés jufqu'ici , on renfermera
ce qu'il y a de plus intérelfant dans
les cent douze premiers Numéros qui manquent
, dans quinze volumes in- 12 d'envi
ron cinq cents pages chacun. Ces volumes ,
qui fe délivrent fucceflivement tous les mois ,
ne couteront aux Soufcripteurs que 37 liv.
10 f. brochés , & 45 1. reliés. On en délivre
actuellement onze volumes , le douzième
fera délivré en Juillet prochain , & ainfi de
fuite chaque mois jufqu'à la fin de la nous
* iij
( 6 )
velle Edition , qui fera terminée par une
Table alphabétique . L'on trouvera les Numéros
qui ont paru depuis le cent douzième
, au Bureau du Journal , chez M.
des Effarts , Avocat , rue du Théatre Français.
On foufcrit pour la nouvelle Edition
chez le fieur Moutard , Imprimeur-Libraire
de la Reine , de Madame , & de Madame
Comteffe d'Artois , rue des Mathurins , Hôtel
de Cluni , qui fe chargera de faire remettre
les volumes , à meſure qu'ils paraî
tront , à l'adreffe des Soufcripteurs , à Paris
feulement , en lui faifant payer 37 liv. 10 ſ.
pour les quinze volumes brochés , ou 45
liv. fi on les veut reliés. Les perfonnes de
province qui voudraient foufcrire , font
priées de s'adreffer aux Libraires des prineipales
villes du royaume , qui fe chargeront
également de recevoir leurs Soufcriptions
, & de remettre les volumes à mefure
qu'ils paraîtront.
Celles qui font éloignées des grandes
villes , & qui voudraient être fervies par la
Pofte , auront la bonté de payer 7 l . 10 f.
pour le port des 15 vol. broch. car la Pofte
ne fe charge pas de Livres reliés .
Le prix de chaque volume fera de 3 liv.
br. & de 3 l. 10 f. rel. pour les perfonnes
qui n'auront pas foufcrit , & qui ne voudraient
payer les volumes qu'à mesure qu'ils
feront imprimés.
. ( 7 )
TROISIÈME VOYAGE abrégé du Capitaine
Cook , dans l'Océan Pacifique ,
avec une Carte générale & l'Eftampe repréfentant
la mort de ce Capitaine ; ou
Hiftoire des dernières découvertes dans la
mer du Sud , pendant les années 1776 ,
1777 1778 1779 & 1780. Trois vol.
in-8° . br. 15. liv. 12 f. , rel. 18 liv. A
Paris , chez MoUTARD , Imprimeur--
Libraire de la REINE , de MADAME
& de Madame Comteffe D'ARTOIS , &
de l'Académie des Sciences , rue des Mathurins
, Hôtel de Cluni.
ES
>
Les deux premiers Voyages du célèbre
Cook avaient déjà enrichi la Géographie
d'une multitude de découvertes : jamais Navigateur
n'employa plus d'ardeur , de talens
& d'intrépidité pour agrandir la fphète
des connaiſſances humaines ; mais les progrès
de la Géographie exigeaient encore l'éclairciffement
d'un point infiniment intéreffant.
Le paffage tant difcuté de la mer
Pacifique dans l'Atlantique par le nord- cft ,
ou celui de la même mer dans la mer du
Nord par le nord oueft , étaient encore un
objet de doute . C'était à l'immortel Cookqu'il
était réfervé de le réfoudre.
Pour la troiſième fois cet illuftre Navigateur
a parcouru l'Océan Pacifique . Il a rectifié
les erreurs échappées dans fes premiers
Voyages ; des obfervations nouvelles ont été
* iv
( 8 )
ajoutées aux obfervations déjà faites ; la dé
couverte de plufieurs Ifles inconnues , & furtout
du grand Archipel, nominé Ifles de Sands
wich , a couronné fes travaux. Il a relevé ave
le plus grand foin vingt- fix degrés , ou environ
douze cents lieues de la côte occidentale
d'Amérique , depuis la Californie juſqu'aux
montagnes de glaces , qui ferment le paffage
au nord. Il a reconnu une partie de
la côte des Tfchutskis , & fixé le gifement
des Ifles fituées entre le Kamtfchatka &
Amérique. Les Relations Efpagnoles étaient
infidelles , les Cartes des Ruffes fourmillaient
d'erreurs. Elles ont difparu , & avee
elles ces Ifles imaginaires , ces terres fuppolées
de Gama , de Staten Island , & l'Iſle
de Jefo , qui n'avaient exifté que dans l'opinion
des Géographes."
Ni les travaux les plus pénibles , ni les
dangers les plus fufceptibles d'étonner le
courage , n'ont pu arrêter ce grand Homme ;
il s'eft avancé jufqu'au foixante-onzième degré
de latitude ; fon audace dans des mers
dangereufes & inconnues , où le naufrage ne
laiffe aucun efpoir , intéreffe autant qu'elle
étonne ; & s'il n'a point trouvé de paffage
pour fortir de cette mer par le Nord, il en
réfulte ou qu'il n'en exifte pas , ou que les
montagnes de glaces , qui y font permanentes
, le rendent abfolument impraticable.
C'est l'hiftoire de ce Voyage , le plus intérellant
de tous , qu'on préfente au Public ;
de ce Voyage , où rempli tout à la fois d'é(
و )
tonnement , d'admiration & de la reconnaif
fance qu'infpirent les travaux hardis de ce
grand Homme , le Lecteur fe trouve tout
à coup fpectateur de fa fin tragique , &
voit l'infortuné Cook terminer fes jours au
milieu d'une carrière qui doit l'immorta
lifer.
Le Journal d'un Marin n'offre en général
que des matériaux à l'Hiftoire . Les Rédac
teurs de l'Abrégé de ce Voyage ont cherché
à faire un corps d'Hiftoire de ce qui n'était
qu'un Journal. Ils fe font appliqués à faire
connaître tous les gifemens des Illes , les
relevés des côtes , les manoeuvres principales
& effentielles , les vents , les marées
& les courans. Ils ont rapporté avec exactitude
les obfervations aftronomiques , ainf
que tout ce qui concerne les moeurs & l'Hif
toire naturelle des contrées que notre célè´
bre Auteur a parcourues.
Il ne faut pas confondre cet Abrégé en
trois volumes in - 8°. avec un prétendu
Abrégé , en un volume , qui a paru , il y
a quelques années , avant même que le grand
Ouvrage de Cook fût publié . L'Abrégé ac
tuel , dont on a fait un corps d'Hiftoire ,
eft extrait en entier du troisième Voyage du
Capitaine Cook , en 4 volumes in- 4°. Cet
Abrégé forme une lecture rapide & fuivie ,
à l'ufage de cette partie du Public qui n'eft
pas dans le cas de fe procurer le grand
Voyage.
C'est d'accord avec M. PANCKOUCKE ,
( 10 ) .
propriétaire du Privilége du troifième Voyage
de Cook, que nous publions cet Abrégé , afin
de mettre le Public à portée de fe compléter
, & de ne pas l'expofer à acheter
deux ou trois fois le même Livre fous des
titres différens.
A
DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE
POLICE , contenant l'origine & les progrès
de cette partie importante de l'Adminiftration
civile en France ; les Loix , Réglemens
& Arrêts qui y ont rapport ; les
droits , priviléges & fonctions des Magiftrats
& Officiers qui exercent la Police ;
enfin , un Tableau hiftorique de la manière
dont elle fe fait chez les principales Nations
de l'Europe. Par M. DES ESSARTS,
Avocat , Membre de plufieurs Académies.
LE Traité de la Police , du Commiſſaire
DE LA MARRE , eft , fans doute , un excellent
Ouvrage , mais , outre que le Plan
du Dictionnaire que nous annonçons eft
beaucoup plus vaffe , nous pouvons ajouter
que le Traité de la Police eft plus curieux
qu'utile ; il eft d'ailleurs incomplet (*) fur
(*) On peut juger de l'étendue des recherches
& du travail que ce Dictionnaire exigeait , par
Fidée générale du Plan que le Commiffaire DE LA
MARRE avait conçu , mais qu'il n'a pas exécuté.
Son Traité de la Police devait être divif en douze
Livres . Les cinq premiers , qui font renfermés
( 11 )
une multitude de parties importantes , malgré
le Supplément qu'on a publié depuis
dans trois volumes in-folio , ont pour objets
favoir le premier Livre , l'origine & les progrès
de la Police ; le fecond , la Religion ; le troifième
, les Moeurs ; le quatrième , la fanté ; & le
cinquième , les vivres. Son Continuateur , M. le
CLERC DU BRILLET , a donné depuis un quatrième
volume in-folio , digne des trois qui l'avaient
précédé. Ce volume contient le fixième Livre ,
concernant la Voirie, Il reftait par conséquent fix
Livres à publier , pour compléter le Traité de la
Police du Commiſſaire DE LA MARRE . Voici les
matières dont il devait s'occuper dans ces fix derniers
Livres. Le feptième était deftiné à tout ce qui a
rapport à la tranquillité publique ; le huitième , aux
Sciences & aux Arts libéraux ; le neuvième , au
Commerce ; le dixième , aux Manufactures & aux -
Arts mécaniques ; Ponzième , aux Domestiques &
aux Manouvriers ; le douzième enfin, aux Pauvres .
Si le Commiflaire DE LA MARRE eût vécu affez
long - temps pour exécuter toutes les parties de fon
Plan , la France pofféderait un des meilleurs Ouvrages
qui aient paru fur la Police' ; mais la mort l'a
enlevé trop tôt , & fon Traité eft refté imparfait.
4
Le Dictionnaire univerfel de Police , dont on
imprime actuellement le fecond volume , contiendra
non feulement les matières traitées dans
les volumes du Commiffaire DE LA MARRE & de
fon Continuateur , mais encore tous les objets qui
devaient entrer dans le Plan du Traité de la Police
, & qui auraient dû y entrer. Il offrira en outre
des additions confidérables fur les parties dont le
Commiffaire DE LA MARRE s'eft occupé , & tous
les changemens qui font arrivés dans la Police ,
depuis près d'un ecle que fon Ouvrage a para
*
vj
la mort de l'Auteur. Ainfi nous avons cru
qu'on nous faurait gré de faire paraître un
Dictionnaire univerfel , qui renfermerait
fous une forme commode pour routes fortes.
de Lecteurs , un dépôt général des connaiffances
néceffaires à l'homme de Loi & au
citoyen , fur une branche de l'adminiſtration
de la Juftice , qui intéreffe auffi effentiellement
la tranquillité publique & la fûreté
des individus ..
Quel eft en effet le but des fonctions:
des Magiftrats de Police ? Ils doivent maintenir
l'ordre & l'harmonie , procurer l'aifance
& la commodité , prévenir les abus :
& les réprimer par des exemples utiles ;
ils doivent enfin faire le bonheur d'une:
population immenfe , fans que chaque par
ticulier s'apperçoive , pour ainfi dire
qu'une Providence terreftre s'occupe fans
ceffe de lui.
C'eft dans les Capitales , & fur-tout dans
Paris , que les fonctions du Magiftrat de
Police font grandes , importantes & difficiles.
Il faut , pour les remplir , une réunionde
qualités précieufes & de talens rares..
La connaiffance des Loix , une attention
fuivie , & le défir de faire le bien , fuffifent
pour former un Lieutenant de Police d'unc:
Ville de Province : mais le Magiftrat de Police
de la Capitale a une carrière bien plus
vafte. Pour la parcourir avec fuccès , il faut
qu'il offre dans fa perfonne l'affemblage:
de tous les talens & de toutes les vertus:
( 13 )
"
qui peuvent concourir au bonheur public
Ceft à lui en effet qu'une vafte Cité ,
qui renferme dans fon enceinte un million
d'habitans , doit l'ordre & l'harmonie qui y
règnent. Auffi ne peut-on micux comparer
les avantages de cet établiffement fublime
qu'à ceux qui réfultent des mouvemens des
corps céleftes. L'homme jouit des effets atta- -
chés à leur régularité fans en connaître la
cauſe , comme l'habitant de la Capitale jouit
des bienfaits du Magiftrat de Police fans
connaître les peines & fes travaux.
» Entretenir ( dit un de nos meilleurs
Écrivains ) dans une Ville , telle que Paris ,
une conſommation immenfe , dont une infinité
d'accidens peuvent tarir la fource ; réprimer
la tyrannie des Marchands à l'égardi
du Public , & en même temps animer leur
commerce ; empêcher les ufurpations mu
tuelles des uns fur les autres , fouvent dif .
ficiles à démêler ; reconnaître dans une foule
innombrable tous ceux qui peuvent fi aifémenty
cacher une induftrie pernicieufe ; en
purger la Société , ou ne les tolérer qu'autant
qu'ils peuvent lui être utiles dans des emplois
, dont d'autres qu'eux ne fe chargeraient
ou ne s'acquitteraient pas fi bien. ;
tenir les abus néceffaires dans les bornes
de la néceffité , qu'ils font toujours prêts à
franchir ; les renfermer dans l'obfcurité à
laquelle ils doivent être condamnés , & ne
les en tirer pas même par des châtimens trop
éclatans ; ignorer ce qu'il vaut mieux igno
(( 14 )
rer que punir , & ne punir que rarement
& utilement ; pénétrer par des conduits fouterrains
dans le fein des familles , & leur
garder leurs fecrets qu'elles n'ont pas confiés
, tant qu'il n'eft pas néceffaire d'en faire
ufage ; être préfent par-tout fans être vu ;
enfin mouvoir ou arrêter à ſon gré une multitude
immenfe & tumultueufe , & être
l'ame toujours agiffante & prefque inconnue
de ce grand Corps ... Voilà quelles font les
afonctions du Magiftrat de Police de la Capitale.
La tranquillité , la falubrité , la propreté
, l'abondance & la fûreté en font les
heureux effets ".
Quiconque partage les bienfaits d'une
inftitution auffi précieufe , fans payer au Magiftrat
qui fe dévoue généreufement au bien
public , le jufte tribut de reconnaiſſance
que
fes talens , fon courage & fes vertus mériatenteft
tent eft indigne de jouir des avantages
d'une Adminiftration auffi utile : c'eft un
ingrat , dont l'indifférence pour le bonheur
de fa Patrie devrait être réprimée , comme
> dans le temps des Cenfeurs , par une de ces
peines d'opinion qui étaient un des germes
les plus féconds des vertus républicaines
du Peuple Roi.
Toutes les Nations, tant anciennes que
modernes , ont fenti la néceffité d'établir
une fage Police ; & , en effet , fans elle il
eft impoflible qu'une fociété nombreuſe
d'individus agités par des paffions différentes
& mus par des intérêts oppofés , puifle
( 15 )
3
fubfifter avec harmonie. Auffi , qu'on remonte
aux temps les plus reculés , on verra
les Souverains & les Peuples s'occuper de
cet objet important. Si les monumens de
Heur Police font groffiers, il faut en accufer la
barbarie des fiècles qui les ont élevés ;
mais ils ne prouvent pas moins que , dans
tous les temps , tous les Peuples civilifés
ént reconnu la néceffité d'une Adminiftration
particulière , qui fût chargée de veiller
à la tranquillité publique & à la fûreté des
individus dans l'enceinte des Villes .
Les Égyptiens avaient des Magiftrats de
Police ; les Hébreux en avaient également';
les Grecs avaient leurs Archontes ; les Lacédémoniens
leur Nomophulaques. Les Romains
, fous leurs Rois , eurent leurs Préfets
de la Ville ; dans le temps de la République
, leurs Préteurs , leurs Édiles ; & ,
fous les Empereurs , leurs Préfets & leurs
Triumvirs nocturnes. Les Gaulois avaient
différens Officiers de Police , qui étaient
connus fous les noms de Curateurs de la
Ville , de Défenfeurs des lieux , de Pères
du Peuple , & c.
Ce détail fuffit pour montrer que , dans
les temps les plus reculés , toutes les Nations
ont regardé l'établiffement d'une Police
fage , comme la première fource de la
félicité publique .
Après avoir donné une idée générale de
l'importance des matières qui feront traitées
dans le Dictionnaire univerfel de Police ,
( 16 )
dine
refte plus qu'à expliquer le plan qu'on
a fuivi pour le rendre tout àla fois cutieux ,
intérellant & utile. Sa nomenclature renfermera
tous les mots qui ont des rapports
rects ou indirects avec la Police. Ainfi l'on
peut dire que ce fera une véritable Encyclopédie
de Police , puifqu'on y raffemblera
généralement tout ce qu'il eft effentiel de
connaître , & tout ce qu'il eft agréable de
favoir fur l'Adminiftration de la Police.
On s'eft attaché à donner des définitions
claires & exactes , & l'on a nis tout en
nfage pour que chaque Article forme un
Traité féparé qui ne laiffe rien à défirer ,
en évitant cependant , avec la même attention
, une trop grande féchereffe & une
abondance inutile , l'une comme un défaut
qui prive les idées du développement dont
elles ont befoin , & l'autre comme un vice
qui fait perdre de vue les objets les plus
importans en les furchargeant de détails
étrangers ou indifférens..
4
Les Magiftrats , les Juges & les Officiers
de Police trouveront dans ce Dictionnaire
tout ce qui a rapport à leurs Charges & à
leurs fonctions. Ils y verront l'origine de
leur établiffement , les différentes vicifli
tudes qu'ils ont éprouvées , & leur état ac
tuel. L'on a eu également foin de rappeler
les titres des priviléges & des prérogatives
dont ils jouiffent , & la nature des obliga
tions que les Loix leur impofent.
-La profpérité du Commerce étant un des
( 17 )
objets les plus intéreffans de l'Adminiftra
tion de la Police , on a rapporté tout ce
qui concerne chaque Corps & chaque Com
munauté d'Arts & Métiers , les règles auxquelles
ils font foumis , leurs droits , leurs
prérogatives , leur régime actuel , enfin tour
ce qui eft relatif à leur difcipline intérieure
& à leurs obligations envers le Public , conformément
aux derniers Statuts qui les gou
vernent.
Le Dictionnaire de Police renfermera en-.
fin une multitude d'Articles hiftoriques fur
la Police des Nations , tant anciennes que
modernes. Tout ce qui a été écrit à cet
égard mérite la confiance des Lecteurs ,
puifqu'il a été tiré des fources les plus ref
pectables. Cette partie doit d'autant plus
piquer la curiofité , qu'elle ne contiendra
point des Romans ; mais l'Hiftoire vérita
ble , plus ou moins étendue , de la Police
de prefque tous les Peuples.
Ainfi , avec le fecours de ce Diction
naire , on réunira toutes les connaiffances
nationales & étrangères , utiles & agréables
, qu'on peut défirer fur la Police.
Il n'eft pas poflible de fixer d'une manière
précife le nombre des volumes dont cet
Ouvrage fera compofé : on croit cependant
qu'il n'excédera pas celui de dix volumes
in-4 ° . de 80 feuilles , en caractère de cicéro
à deux colonnes. Il paraîtra un volume tous
les fix mois , avec la régularité la plus fcrupuleufe.
Le premier a paru en Avril 1786 ,
( 18 )
le fecond paraîtra dans le courant de Sep
tembre , & ainfi de fuite (*).
Chaque volume fera de 10 liv . en feuilles ,
& de 12 liv. pour ceux qui n'auront pas
foufcrit.
On fouferit pour cet Ouvrage , chez
MOUTARD , Imprimeur - Libraire de la
REINE , rue des Mathurins , Hôtel de
Cluni ; l'on n'exige d'autre avance des Soufcripteurs
, que celle de 10 liv . , qui feront
imputées fur le dernier volume , lequel fera
délivré gratis. La Soufcription ne fera ou
Verte que jufqu'au premier Septembre 1786.
(*) Ce n'eft point ici une de ces entrepriſes litté
raires qu'on annonce dans le moment même où
elle vient d'être imaginée , & dont le plan eft à
peine fixé ; ce n'eft point un fimple projet , mais
un Ouvrage dont les matériaux , puifés dans les
premières fources , ont été recueillis pendant dix
années , mis en ordre & employés fous les yeux
même des Adminiftrateurs les plus éclairés : ce n'eft
point enfin un Livre qu'on fe propofe de faire ,
mais un Livre fait , qu'on imprime , & qui n'éprou
vera , pour paraître , que les retards indifpenpenfables
qu'exige le temps néceffaire pour l'im
preffion.
( 19 )
AVIS.
LE CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS
Ouvrage périodique , dédié & préfenté
MADAME.
"
SECONDE ANNÉE.
ON dirait qu'il eft de la deftinée de toutes
les entreprifes utiles d'éprouver des contradictions.
LE CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS ,
moyen de communication fagement établi
entre deux Nations faites pour s'eftimer
d'autant plus qu'elles fe connaîtront mieux ,
n'a point été exempt de cette efpèce de fatalité.
A l'époque du CHANGEMENT DE RÉDACTEUR
(*) , des engagemens difficiles à bien
remplir , & pour l'exécution defquels on
n'avait pas pris d'abord toutes les précautions
néceffaires , les remarques infidieufes , ou le
filence encore plus perfide de beaucoup de
gens intéreffés à empêcher notre réuffire
& quantité d'autres obftacles dont notre
refpect pour le Public nous défend de l'entretenir
, ont fait douter fi cet Ouvrage ſe
foutiendrait. IL S'EST SOUTENU , il a même
réuffi au delà de nos eſpérances . Le zèle des
(*) Depuis le mois de Janvier dernier , M. de
Saufeuil n'a plus aucune part au Privil ge , à la Ré
daction , ou à la Compofition du Cenfeur Anglais.
7201
Gens de Lettres qui veulent bien y coo
pérer , le plaifir des Lecteurs à qui il par
vient , l'opinion générale de toutes les per
fonnes capables de le juger , n'ont pas reçu
la moindre atteinte d'un concours d'évènemens
fâcheux , qu'il était impoffible de prévenir
, mais dont il fallait triompher . Nous
avons eu pour garans de notre fuccès
un grand nombre de nouveaux Soufcripteurs
; & la bonté , l'utilité des Articles confignés
dans nos Feuilles , nous ont été con
firmées par l'emprellement unanime de la
plupart des Journaliſtes à les adopter , foit
qu'ils nous ayent rendu la juftice de nous
citer , foit qu'ils ayent cru pouvoir s'en abftenir.
Nous ne craignons pas d'être démentis ,
´en ofant avancer que , depuis le Cèdre juf
qu'à l'Hyffope , depuis le plus confidéré des
Journaux , jufqu'à la Feuille la plus ignorée ,
ce que les Rédacteurs de ces ouvrages pério
diques ont offert à leurs Abonnés , de plus
inftructif & de plus piquant , par rapport
à l'Angleterre , A ÉTÉ TIRÉ DU CENSEUR
UNIVERSEL ANGLAIS . Par-tout on a réimprimé
mot à mot , ou avec de légères altérations ,
nos Extraits d'ouvrages intéreffans , nos Arti
cles d'Hiftoire ou de Morale ; nos Traductions
de Poéfies ' abfolument ignorées en
France avant nous, les Anecdotes , les Plaifan
teries , dont nous avions fait choix. Loin de
nous en plaindre , nous jouiffons avec plarfir
de cette preuve d'eftime de la part de nos
Confrères , & fi nous en avertiffons le Pu
C
( 21 )
blic , c'eft uniquement pour leur faire hong
neur de la modeftie qui les porte à puifer dans
notre ouvrage , tandis que leurs talens & l'é
tendue de la carrière où il leur eft permis de
les exercer , leur facilitent l'avantage de ne
rien devoir qu'à eux-mêmes.
Mais quoique le champ où nous moifs
founons paraille plus borné que le leur , il
a toute l'extenfion que l'on peut défirer pour
P'utile & l'agréable. Non feulement notre
Journal confiite dans un réſumé fidèle de ce
que renferment de meilleur en tout genre ,
les Magazines , les Reviews & les Papiers
Nouvelles d'Angleterre , qui parcourent li
brement la Littérature de tous les pays , pour
l'avancement du goût & des connaillances;
il embraffe encore l'Hiftoire civile , religieufe
, locale & naturelle de la Grande -Bre
tagne , depuis les temps les plus reculés
fa Littérature depuis qu'elle exifte , les progrès
du Peuple penfeur dans la Morale , le
Commerce , l'Agriculture , la Chimie
-&c. &c. Ces divers objets y font toujours
préfentés dans un ordre méthodique , au
imoyen duquel tout Lecteur peut choifir
ce qui lui plaît , fans être offufqué de ce :
qui ne l'intérefferait pas. Pour rendre ceci
plus fenfible & donner une idée préciſe du
CENSEUR UNIVERSEL ANGLAIS à ceux qui
n'en ont pas connaiffance , nous joignons
ici le tableau des cinq divifions fous lef
quelles nos matériaux font invariablement
slaffes,
( 22 )
La première comprend , fous le titre de
MÉLANGES , des morceaux d'Hiftoire , d'Erudition
, de Phyfique , d'Agriculture , de
Morale , de Chimie , &c.; des Épiſodes
choifis dans les Romans les plus nouveaux ;
enfin , l'expofé des Découvertes artielles ou
favantes , dont il nous importe le plus d'être
inftruits.
La feconde renferme , fous celui de CRITIQUE
, l'analyfe de tous les Livres nouveaux
qu'on publie ou qu'on juge à Londres.
l'Annonce & l'Extrait de toutes les Traductions
d'Ouvrages Anglais , à mefure qu'elles
paraiffent en France.
tions ,
La troisième eft confacrée à la POÉSIE.
Elle contient des Traductions ou des Imitafoit
en profe , foit en vers , des morceaux
les plus propres à flatter l'imagination
ou à émouvoir la fenfibilité. Nous avons
foin de donner l'original , toutes les fois
qu'il n'occupe pas trop d'efpace , en vûe de
faciliter une utile comparaifon ; cette Divifon
renferme auffi la Traduction des morceaux
de Poéfie , qui ont exercé le talent des
Deffinateurs & des Graveurs d'Angleterre.
La quatrième eft compofée du Journal
DE LONDRES , c'eft - à - dire , de toutes ces
Particularités fugitives , qui excitent & fatiffont
la curiofité du moment , de l'apperçu
des Découvertes , de l'Analyfe des Pièces nouvelles
jouées fur les différens Théatres de
cette Capitale , des Anecdotes qui font relatives
à leur repréfentation ; de l'Annonce
( 23 )
des Livres nouveaux , & du prix courant des
denrées en Angleterre .
La cinquième enfin , qui a pour titre
VARIÉTÉS , offre ces plaifanteries à l'Anglaife
, qui font caractérifées dans cette
Langue par le mot Humour , & des Anecdotes
de toute eſpèce.
Rien n'eft épargné pour que ce plan foit
exécuté dans toutes fes branches . La Correfpondance
la plus prompte & la mieux
établie , la permiffion que nous avons obtenue
de puifer dans la Bibliothèque la plus
riche en Livres Anglais , la réunion de plus
de quinze Littérateurs , dont la plupart font
avantageuſement connus , les fecours étrangers
que nous recevons journellement & que
nous continuerons d'employer avec reconnailfance
, nous font commencer avec joie
la feconde Année de ce Journal , certains
qu'aucun autre ne raffemble une auffi grande
variété d'objets , traités avec autant de
foins.
Le Cenfeur Univerfel Anglais forme 52
cahiers par an , chacun de fept demi-feuilles
in-4° . imprimées à deux colonnes.
Le prix de l'Abonnement eft de 30 liv .
pour Paris , & de 33 liv. pour la Province ,
rendu franc de port par tout le Royaume.
Le Bureau de la Soufcription , Rédaction
& Diſtribution , eft ouvert tous les jours
excepté les Fêtes & Dimanches , chez l'Auteur
, au Magaſin de papiers peints , d'Ara(
24 )
befques & autres de MM. WINDSOR , visà-
vis la rue Neuve des Petits-Champs , entre
la rue des Petits -Pères & celle de la Feuil-
Jade , No. 3 , & chez Royez , Libraire , Quai
des Auguſtins , à Paris. C'eft au Bureau , chez
MM. WINDSOR , ' quil faut adreffer , franc
de port , tout ce qui concerne la rédaction
de ce Journal , ainfi que les Livres , Eftampes
, &c, qu'on délirera y faire annon
cer.
On foufcrit également chez tous les Libraires
du Royaume & de l'Etranger , chez
MM. les Directeurs des Poftes , & aux Bureaux
de toutes les Affiches de Province,
On trouve chez MOUTARD , Imprimeur - Libraire de la
REINE , rue des Mathurins , les Articles fuivans :
L'Hiftoire générale de la Chine en deux Parties , in -4 ° .
br. 12 liv & rel . 14 .
La première Partie renferme la Defeription des quinge
Provinces de la Chine , de la Tartarie Chinoife , des Peuples
tributaires, & des nouveaux pays conquis par l'Empereur
actuel en 1774. La feconde contient les Maurs , la Re
ligion & les Arts .
Ce vo ume peut fervir de treizième tome
de la Chine.
aux Annales
Atlas complet de la Chine , & Figures relatives à cette
Hiftoire , en foixante-cinq planches in - fol. br . 15.
Les Cartes de cet Atlas font de feu M. Danville , & fons
près utiles pour l'intelligence de l'Hiftoire de la Chine,
Lu & approuvé DE SAUVIGNY.
E
Permis d'imprimer & de diftribuer. De CROSNE
JOURNAL
POLITIQUE
C
DE
BRUXELLES.
"
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG , le 20 Mát.
Left aujourd'hui certain que le Grand-
I Seigneur a retiré l'Hofpoda: at deValachic à
Draco Sużo , dont la dignité eft accordée à
Nicolas Mauroceni , Interprête du Capitan
Pacha .
Inteniblement toutes les places fe
rempliffent des créatures de ce Grand Amiral
& du nouveau Grand Vifir. De ces mutations
il peut réfulter un changement dans
les maximes actuelles & dans la politique de
la Porte , mais juſqu'à ce jour , ce changeiment
n'eft pas apparent. L'on équippe une
efcadre , c'eft uniquement pour la croifiere
annuelle dans l'Archipel , Les mêmes lettres
de
Conftantinople affurent qu'un Ottomani
ayant eu la criminelle audace de tirer fir
Made Bouligny, Miniftre d'Efpagne auprès
de la Porte , un coup de fuit qui heureu
fement n'atteignit pas cet Envoié , le cou-
N°. 22 , 3 Juin 1786.
a
( 2 )
pable a été découvert , arrêté , étranglé en
quelques minutes , & fon cadavre jetté à la
mer.
L'Impératrice de Ruffie a nomméle Lieutenant
Général Comte d'Anhalt , Chef-
Commandant de tous les Corps de Chaffeurs.
Le nombre des Calléges de Jéfuites dans
la Ruthie blanche étoit de 6 l'année derniere ,
& on y comptoit 172 Religieux . On a fait
récemment l'ouverture d'un nouveau College
dans la ville de Danebourg.
Dans un difcours en Suédois , prononcé
à l'Académie des Sciences de Stockolm , par
M. Thunberg , on diftingue le morceau fujvant
fur le commerce du Japon .
Les Chinois & les Hollandois font les feules
Nations auxquelles il foit permis de commercer
au Japon. Les Hollandois y envoient par an
deux yaiffeaux qui partent de Batavia à la fin de
Juin , & reviennent vers la fin de l'année , Les
principales marchandiles qu'ils exponent du
Japon font les fuivantes , favoir : cuivre , camphre
, cuvrages de bois vernis , porcelaine, étoffes
de foie , riz & faki ou foja . Le cuivre eft fin &
renferme des particules d'or ; il eft fondu en
barres de la longueur d'un quart d'aune , & de
l'épaiffeur d'un doigt ; un côté eft plat & l'autre
rond ; la couleur en est très- belle & luifante, Ces
barres font mifes dans des caiffes , dont chacune
du poids d'environ cent vingt livres ; fix à fept
mille caiffes forment une cargailon . Les marchandifes
que la Compagnie Hollandoife importe
au Japon ſont les fuivantes , ſavoir ; fucre en
farine , ivoire , bois de ceinture , érain & plom
fer en barres , indiennes fines , drias , exmine?
étoffes de foie , cloux de girofle , écaille , quinquina
& coftus arabicus . Les paffagers & Officiers
y importent auffi du faffran , de la thériaque , jus
de régliffe , jones , lunettes , mentres , & c. Cá
l'approche du tems de l'arrivée des vailleaux , le
Gouvernement fait pofter fur les plus hautes
montagnes des fentinelles munies de rélfcones ,
avec ordre d'informer fur - le- champ le Gouver
neur de Nagafaki ( feul port pour les vailleaux
hollandois ) de l'approche des vaificanx, Lorfque
les vaiffeaux font entrés dans le port , fies
Officiers du Gouvernement , accompagnés d'In
terpretes , fe rendent à leur bord , & le fond remettre
de chaque vaiffeau les titres , les rôleside
l'équipage , fix barile de poudre à canon , autant
de bailes & boulets , autant de fufils , autant de
bayonnettes, autant de fabres. Cette munition
de guerre eft tranfportée à terre & gardée jufqu'au
départ des vaiffeaux , Les droits
font inconnu dans le Japon , & on n'en demande
aucuns ; mais pour empêcher l'importation
des marchandifes prohibées , les vaiffeaux
font fouillés très -rigoureufement ; il eſt défendu
, par exemple , d'importer des monnoles & les
lettres ne doivent point être cachetées ; l'impor
tation de tous les livres de religion , & fur- tout
de ceux ornés de figures , eft très dangereule ..
La vifite fur les vailleaux empêche bien le come
merce interlope; mais elle n'empêche pas le
commerce particulier qui fe fait clandeftinement
& pour de l'argent comptant ; les marchandifes
permifes font vendues à l'enchere , & pour d'au
tres marchandifes , jamais pour de l'argent compe
་
tant.
a 2
( 4 )
DE BERLIN , le 17 Mai.
Quoique les nouvelles de la fanté du Roi
foyent plus fatisfaifantes , & que la beile
faifon entretienne les efpérances du rétabliffement
de ce Monarque , il est encore trop
fo b'e cependant, & a befoin de top grands
ménagemens , pour conduire en perionns
les exercices du Printemps . Chaque jour ,
S. M. ordonnera de Sans Souci les différen
tes manoeuvres qui feront exécutées fous les
ordres du Général de Mollendorf.
Il n'y a pas un mot de vrai à tout ce qui a été
dit dans quelques gazettes , au fujet du Médecin
anglois M. Baylies , que S. M. auroit confulté
fur fa maladie & fon état . Ce Docteur vint , il y
a nombre d'années , de Drefde à Berlin . Il y fit
du bruit par quelques inoculations ; ce qui lui
valut le titre de Confeiller- Privé , & une penfin
de 500 écus ; mais le Roi ne s'eft point
fervi de lui en aucun tems . Ce Docteur voit tous
fes compatriotés anglois qui paffent par Berlin ou
qui s'y arrêtent ; mais il n'eft certainement pas
vrai qu'il ait eu la moindre part aux relations,
politiques qui peuvent exifler entre la Pruffe &
PAngleterre . Le feul Médecin qu'ait vu S. M. eft
le Docteur Zelle .
On vient d'orner la place du Prince Guillaume
d'une quatrieme Statue ; c'est celle.
du Feldt -Maréchal Keith qui perdita vie à
la furprife de Hochkirck. Les trois autres
ftatues déja élevées aux trois coins de la
même place , font celles de Schwerin , de
Winterfeldt & de Seidlitz.
( 5 )
L'infecte meurtrier dont nous avons par
lé , & quia tué beaucoup de beftiaux dans
quelques diftricts voifins de Magdebourg ,
n'attaque ni les chiens , ni les porcs , ni les
moutons. Des hommes à pieds nuds en ont
été piqués , fans avoir reffenti d'autre incommodité
qu'une große enflure. Après les années
pluvieutes de 1770 , 1771 & 1772 on
remarqua le même infecte dans les mêmes
contrées ; mais il y fit moins de dégât.
Le Roi vient d'affigner & 4,000 rixdalers
pour l'établiffement d'une éclufe aux envirous
de Freyenwelde , dans le deffein de détourner
les eaux lors des débordemens de
FOller.
Le village de Thalvin a été réd it en
cenes le 18 Avril , à l'exception de 4 majfons
. Un fea d'artifice que tira unjeune geiltilhomme
a occafionné ce malheur.
MM. Bode & Schuln , de l'Académie des
Sciences , ont obfervé le 4 de ce mois le paffage
de Mercure fur le difque du Soleil , &
ils ont vu que cetteplanete n'a quitté le difque,
qu'à 9 heures & 15 minutes du matin .
DE VIENNE , le 20 Mai.
こ
L'Empereur a fait publier dans la Gallicie
un pardon général pour ceux qui ont quitté
cette Province dans la crainte d'être enrôlés.
.. DE FRANCFORT , le 24 Mai.
On lit dans un journal qui fe publie à Berlin
, quelques détails curieux fur la fameufe
a 3
( (6%)
Société fecrette , dont plufieurs papiers pu
blics ont parlé comme réellement exiftante
en Europe , & fur tout en Allemagne. On
porte le nombre des Supérieurs de cette Société
à 3,280 , dont 3 Généra : x , 9 Vice Gế-
néreux , 27 Vicaires , 81 Sous Vicaires , 243
Triumvirs , 729 Directeurs , & 2,187 Sous-
Directeurs.
Chaque jour voit éclorre de nouveaux
écrits pour ou contre ces fociétés fecrettes ,"
auxquelles on fuppofe en Allemagne des vues
auffi étendues que dangereufes . Elle ont mis
les meilleurs efprits en fermentation. M. Nicolar
, Littérateur favant & eftimé de Berlin
, vient de publier un nouvel ouvrage inf
tructif & curieux fur cette matiere , qu'on a
peut être tort de regarder en général trop
légérement.
D'après le dénombrement fait l'année derniere
de la population de Berlin , on y a
compté 112,943 habitans , au nombre defquels
étoient 5,190 François , 1090 Bohé
miens , & 3,374Juifs . La population de cette
ville a reçu depuis dix ans un accroiffement
de 10,000 ames.
Fin du Précis fur le commerce de Ruffie.
Commerce d'Archangel.
Marchandifes d'exportation.
Ces marchandifes font les mêmes qu'à Pés
·
tersboug mais fur tout les articles fuivans !
goodron , graine de lin , bois , bled , &
narchan lifes de Sibérie & de Chine.
poix
Marchantifes d'importation.
Les mêmes qu'a Pétersbourg , mais particulierement
celles propres au commerce de Sibérie
& de Chine.
On ne peut fréquenter ce port que dans les
mois d'été.
Il s'y tient annuellement une foire à laquelle
le font la plupart des affaires..
Commerce de Kola en Laponie.
Ce commerce embraſſe pincipalement la pê-.,
cherie. C'eft de ce port que les Ruffes font leurs
expéditions pour la pêche du cabeliau & de la
baleine.
Les Anglois avoient commencé à faire ici
des entrepriſes avec du bois , mais il n'y ont
pas réuffi
Commerce de Livonie , des ports de Riga , Revel ,
Narva, Kernauld , 5 de l'île d'Oefel
Marchandifes d'exportation.
Bled ( 1 ) , chanvre , graine de lin , étoupes
de chanvre & de lin , voilures , bois de toutes
Jes efpeces pour mâts , de conftruction & de
chauffage , &c. potaffe & vidaffe , fuif , favon ,
cire , miel , pelleteries , houblon , nattes.
(1) Les meilleures provinces à bled font la Livanie
, Efonie , l'Ingrie , Mohilow , Polork , Novograd
, Archangel , Cafan , African , Triovie
Azof. Le lin & le chanvre fons cultivés en abondance
dans les provinces de Livonie , d'Eftonie , de
Mohilow , de Polork , d'Ingrie, de Novogrod , de
Jareslan , de Kaluga , de Cloers & de Cafan. Le
chanvre de Riga piffe pour être le meilleur .
#
a 4
( 8 )
Marchandifes d'importation .
-Plomb , étain , charbon de terre , fromages ,
bierre , harengs , papier , tabac , vins , eauxde-
vie , fel , épicerie , drogues , quincaillerie ,
poition falé & fiché , fer , cuivre , goudton ,
verre , fruits , draps & autres marchandiles de
fabrique.
Commerce de Kamischaika.
Les marchandifes d'exportation confiftent.en
bois de toute efpece & en pelleterie . Les Rulles
les Hollandois & les Japenois font ce commerce .
C'eft do Kamisthacka que les Ruffes ont com
mencé à commercer avec les habitans des cô es
de PAmérique feptentrionale , qui leur vendent
de la pelleterie..
La poffeffion de cette péninfule peut devenir
par la fuite très - importante pour la Ruffic. Ele
eft dans le voifinage de la Chine , du Japon &
de l'Amérique feptentrionale ; & cette fituation
avantageufe lui promet un jour un commerce
confidérable , fi toutefois on s'occupe férieuſement
à établir une navigation fure au nordoucft
, pour pouvoir y aller du port d'Archangel.
Commerce de la mer noire 3
La poffeffion de la Crimée & du Cuban ou de
la Cherfontfe Taurique , ouvre à la Ruffie un
nouveau débouché pour fon commerce, C'eft,
de la mer noire que les Ruffes pourront fire
le commerce de la Turquie , du Levant , de
Italie , de l'Espagne , du Portugal , &c .
མ་;
ITALI E.
DE MILAN le 12 Mai,
Le commerce des grains vient d'être ren(
9 )
du entierement libre dans toute la Lombardie
Autrichienne , per un Edit de l'Empereur,
en date du 4 Avril. Voici le préambule
de ce Décret .
Jofeph II , &c. & c. Les Edits du 31 Dicembre
1771 , & du 30 Février 1776 , avoient établi
dans la police des grains de ces Provinces , différentes
modifications qui tendoient à en faciliter
le commerce podérieurement ; s proriétaires
ont été effranchis de l'obligarion des Notifications
annuelles , ainfi que du foin d'approvifionner
cene ville ; & quoique l'on ait accordé en outre
différentes facilités importantes aux Meuniers ,
aux Marchands & aux Commerçans en grains
nationaux avec les Etrangers , néanmoins il
reftoit encore des entraves qui embarraffoient le
débit des merus grains , & r.tardeient par con-
Téquent le progrès de l'agriculture. Tels étoient
différens droits impofés fur la circulation intérieure
des grains dans la Lombardie Autrichienne
, & la prohibition légale à laquelle l'exportation
des grains de cet état étoit fujete , &
pour laquelle on étoit obligé d'avoir recours au
Département des vivres de Milan , ce qui entrafoit
du temps perlu , & une gêne perlonnelle
pour les vendeurs & pour les acheteurs.
S. M. I. & R. voulant que l'Agriculture nationale
foit encouragée de toutes les manieres , a
crû devoir lever les fufdites entraves , & ordonrer
que , non feulement le Commerce intérieur
d - s
es grains dans la Lombardie Autrichienne foit
exempt de tous droits , mais encore que l'expor
tation de cette denrée chez l'Etranger foit permife
à tout le monde , au moyen d'un droit modique
payable fur les frontieres , tant que les
grains ne monteront point à un prix qui exige
a s
( 10 )
d'en limiter la fortie. En conféquence , nous conformant
à fes ordres fouverains , & abrogeant
toutes les Loix jufqu'à préfent en vigueur pour
la Police des grains , tant dans le Milanez , que
dans le Mantouan , fauf les modifications & les
facultés ultérieures que le bien du Commerce,
de lá chofe publique & de l'état pourront de
mander : Nous avons ordonné & ordonnons ce
qui fuit , pour avoir fon plein effet , à compter
du premier jour du mois de Mai prochain :
&c. & c.
On étoit inquiet depuis quelque temps
fur le foit d'un Teinturier , logé hors de la
ville & trafiquant en roilerie. On ne pouvoit
découvrir ce qu'il étoit devenu. La Police
fit enfin ouvrir la poite de fa maiſon ; on la
trouva entierement démeablée , fans favoir .
comment la chole s'étoit faite. Enfin par
hafard , le premier de ce mois , quelques
perfonnes travaillant à la terre , dans une
campagne peu éloignée de la ville , apper.
çurent une main qu'en courant d'eau avoit
découverte. En creulant on en tira un cadavre
qui fut reconnu quoique défiguré pour
celui du malheureux Teinturier. On n'a pu
trouver aucune trace des auteurs de ce forfait.
GRANDE - BRETAGNE
DB LONDRES , le 23 Mai.
S. M. a élevé Mylord Cambden , Préfident
du Confeil - Privé , à la dignité de
11 )
Comte de la Grande - Bretagne , & de Vicomte
de Bayham , dont fon fils , M. Pratt ,
a pris le torre.
Le Houghton & le Lord Cambden , vailfeaux
de la Compagnie des Indes , viennent
d'arriver à Po tmouth , avec un affez grand
nombre de paflagers.
On équipe à Deptford trois frégates pour
le fervice du Détroit; on croit qu'elles feront
mifes en commillion fous une huitaine de
jours. On travaille toujours dans les Chantiers
avec la plus grande activité.
En vertu d'un ordre da Confeil , il doit
être dre é un état de tous les vaiffeaux en
commilion au rer. Mai, avec leurs différentes
#tations , & l'on y jon fra celui des dernieres
revues qui en ont été faites.
Le floop le Brisk , en radoub à Portf
mouth , a reçu ordre de partir pour Québec ,
& l'on croit que le Chevalier Guy Carleton
paffera au Canada , à bord de ce bâtiment.
Le Gouvernement fait faire une revue générale
des canoniers à Woolwich , & enfuite
on tirera de ce Corps les détachemens qui
doivent être envoyés au- dehors.
On prétend que le nombre des vaiffeaux
en commiffion fera réduit cet Eté ; il n'y aura
plus que 15 vaiffeaux de garde. La ftation de
f'Inde ne fera compofée que d'un vaiffeau de
fo , & de trois autres bâtimens , tant frégates
que corvettes , & celle de la Médirenianée
, d'un vaiffeau de so , de 2 fté rams oth
a
2 )
d'un cutter. Il n'y aura en Itation , für la côte
d'Afrique , qu'un vaiffeau ; dans l'Amérique ,
qu'un de so , 3 trégates & 3 floops ; à la Jamaïque
, un de ço , 3 frégates & un floop ;
aux Iles du Vent , un dejo , 2 frégates & un'
floop , & à Terre- Neuve , un de 50 , 2 frégates
& 2 floops . Le fervice de l'intérieur , c'eftà
- dire , pour les mers du Nord , la Manche
& la ftation d'Irlande , fera à peu près le
même que les années dernieres .
La Séance de la Chambre des Communes,
du iz de ce mois , eft aufli remarquable par
l'affaire importante qui y a été traitée , ques
par un rapprochement entre M. Pitt & M. ,
Fox. Ce dernier , après avoir rappellé que fa,
principale objection contre le bill de M. Pitt,
pour l'amortiffement de la dette publique ,
dérivoit de la crainte que le nouveau fonds .
d'amortiffement ne fût aliéné en temps de
guerre par le Gouvernement , propofa un
expédient qui offriroit un avantage égal à
celui de l'aliénation du fonds , & qui main
tjen droit le crédit de la Commiffion , chargée .
de l'adminiftrer. M. Fox expola ce moyen. ,
Lorfque les Miniftres voudront à l'avenir
créer de nouveaux emprunts , ils propoferont
des taxes fufflantes pour en payer l'intérêt.
Dans ce cas , la Commillion , chargée de l'amortiffe
nent , fera autorifée à foufcrire dans
Je nouvel emprunt pour une fomme égale à
celle qu'elle fe trouvera avoir en efpeces . Par
cette mefure , fi l'emprant eft de 6 millions ,
( 13 )
& que les Commiffaires , avec les fonds du
Public , en achetent pour un million , ils fe
ront profiter leur caiffe du bonus ou douceur
accordée aux Soulcripteurs ordinaires , &
l'Etat n'aura plus à emprunter effectivement
que millions.
M. Pitt approuva , dans les termes les
plus énergiques , la propofition de M. Fox:
Il prouva que les avantages réfultans de
cette claufe étoient encore au deffus de ceux
que M. Fox avoit fait connoître. Le Gouvernement
ayant une reffource affurée dans des
momens où il aura un befoin preffant d'ar
gent , fera moins dans la dépendance des Financiers
, & pourra trairer avec eux plas
avantageufement pour la Nation . La motion
de M. Fox fut en conféquence agréée , & on
inféra dans le bill , que dans le cas où il feroit
fait de nouveaux emprunts , les Commiffaires
, chargés du fonds d'amortiffement , fe
rolent autorifés à en prendre au compte du
Public pour une fomme égale à celle qui fe
trouveio't entre leurs mains . A fa troifiéme
leure , le bill a été approuvé à l'unanimité
de la Chambre , & renvoyé à la Chambre-
Haure.
A liffe de cette Séance , on prétend qu'il
a été expédié un courier au Chevalier Harris
à la Haye , & en même temps , deux à Paris ,
un à Pétersbourg & un à Vienne.
*
Cette rencontre de M. Pitt , avec M. Fox ,
dans une occafion aufi délicate & aufli im(
14 )
portante , a beaucoup dérouté les efprits ,
fur tout ceux de l'Oppolition . Elle a été fort
piquée de voir un de tes Chefs prêter les lumieres
à une opération de Finance propoke
par un Miniftre , & voici de quelle maniere
les Papiers Nouve'les , dévoués à M. Fox ,
excufent fon procédé.
M.Fox, difent-its , a profité du peu de tems.
» qu'il a été en place pour s'inftruire à fond de la
fituation réelle des finances , & des difficultés
» auxquelles le Miniftre , d'ailleurs le plus intelligent
, fe trouve expofé dans une matière
» auffi épineufe, C'est vraisemblablement d'après
ces connoiffances qu'il a feconde M. Fit pour
faire paffer tous les bills de finance.
"
59
Cette harmonie n'a pas été fongue. Le 17,
le Duc de Richmond fit repréfenter à la
Chambre , par M. Pitt , un nouveau projet
de fortifications. Voici le précis des débats
qui précédèrent la négative de l'Affemblée..
Le Miniftre , après quelques excufes préliminaires
fur la liberté qu'il prenoit de remettre
fous les yeux de la Chambre une propofition
qu'elle avoit déja rejettée , & fur laquelle meme
il s'étoit engagé à ne pas revenir , expliqua fes
raifons , de préfenter un nouveau plan de fortification
, fans manquer , ni au refpect dû à la
Chambre , ni à fes propres engagemens . Selon
lui , la Chambre , en rejettant le premier plan ,
n'avoit reprouvé que l'étendue & la dépense du
projet , & non fon objet qui eft d'une néceffité
indifpenfable. Pour mieux établir cette diffé
rence , il entra dans le détail des opérations
auxquelles on s'étoit borné dans le nouveau
plan . Les anciens ouvrages qu'il falloit ache
( x5 )
ver , & les nouveaux à conftruire pour la firs
reté des chantiers de Portſmouth & de Plimouth,
formoient la divifion naturelle de ce travail.
Le premier objet confifte , 1 ° . à renfermer le
chantier & la ville de Portfimouth , ainfi que
le magafin à poud- e ; 2 ° . à faire les travaux
néceflaires , pour mettre le plutôt poffible , le
port de Portsmouth dans l'état de défenfe indifpenfable
à fa fure é ; 3. à rendre impoffible
la defcente de l'ennemi dans quelqu'un des endroits
les plus convenables , pour le débarquement
de la groffe artillerie , des munitions
&c. dans le voisinage de Portfinouth . La feconde
partie du plan , c'eſt à dire , la conftruction de
nouveaux ouvrages à Portſmouth , a pour objet ,
de rendre pareillement le débarquement im
praticable dans quelques endroits où les défenfes
des anc ens ouvrages ne feroient pas fuffi
fantes , d'empêcher une defcente à Stoke , Baye ,,
& de retrécir l'efpace par lequel un ennemi
débarqué à une grande diftance , pourroit appro
cher de cette partie de Porifmouth , affez près
pour pouvoir bombarder le chantier . Il porta
l'eftimation totale , néceffaire à l'achevement
des anciens cuvrages de Portimouth , à 129,140
livres , pour lesquelles il propofa d'appliquer ,
en 1786 , une femme de 35,258 livres. L'eftimation
totale des nouveaux ouvrages eft , felon
M. Pitt , un objet de 139,270 liv. Il ne demande
cette année qu'une fomme de 13,000 liv.
Quant aux travaux néceffaires , pour comple
ter les anciens ouvrages de Plimouth , ils confiftent
; 19. à enfermer le chantier de cette place
; 2 ° . à rendre plus fures les fortifications
qui défendent le port d'Hammauze ; 3 ° à em
pêcher l'ennemi de débarquer de la grofe ar
illerie , des munitions , &c . dans le voilinage de >
i
( 16 )
Plimouth . Lé tout formera un objet de dépenfe
de 8,522 liv . , pour lequel M. Pitt propofa dattribuer
, en 1786 , une fomme de 4,773 liv.
Le feul nouvel ouvrage néceffaire à Plimouth ,
étoit la conftru&tion d'un fort fur la hauteur de
Maker, pour protéger les batteries deftinées à
prévenir une defcente dans la baye de Caufand ;
& pour affurer l'Ifthme du Mont Edge- cumbe
contre un ennemi qui auroit effectué fon débarquement
à une diftance plus éloignée. M. Pitt
évalua la dépenfe totale de ce fort à 119,588 liv.
dont ne feroit payé , en 1786 , que 10,000
livres .
M. For dit qu'en fuppofant qu'il fût néceffaire.
de faire quelques nouvelles fortifications ; on devoit
fe borner aux ouvrages indifpenfables pour
empêcher que fes chantiers de la Grande - Bretagne
ne fuffent furpris par un coup de main ; mais qu'il
paroiffoit par le difcours & les eftimations du
Miniftre , que fon projet étoit bien autrement
étendu , & qu'il ne différoit pas tellement du pre
mier qu'on l'avoit annoncé , puifque la déperfe
montoit à environ 400,000 liv. fans compter
l'achat des terres dont le prix iroit très haut , ce
qui la raprocheroit affez de la forme de 700,000
liv . à laquelle le premier plan avoit été évalné .
Ilfe plaignit beaucoup à ce fujer de la préfomption
infultante par la Chambre , qui avoit enhardi
le Duc de Richmond & le Miniftre , à préfenter
ainfi un projet fi conforme à celui qui avoit
été rejeté avec une réprobation fi éclatante . En
conféquence il s'oppofa à ce que la Chambre fe
format en Comité fur cet objet , ainfi que M. Pitt
l'avoit démandé.
M. Dundas affura que la meilleure politique
étoit de fe prémunir pendant la paix contre les
dangers de la guerre , que ces précautions prife: à
( 17 )
temps étoient d'autan : plus fages qu'elles coûtoient
infigiment moins , & fi quelqu'événement
poffible renouvelloit la terreur panique qu'avoit ›
éprouvée la Nation lorſque l'armée navale combinée
de la France & de l'Espagne menaçoit à
chaque infant nos côtes , la Chambre accorderoitalors
dix fois plus qu'on ne lui demande actuellement.
M. Pitt infiftant toujours pour que la Chambre
adoptât au moins celles des eftimations qui avoient
pour objet des ouvrages indifpenfables à la sûreté
du Royaume , & voyant que la pluralité des Mem-,
bres s'oblinoit à rejetter fa motion fans aucune)
diftinction , demanda que la Chambre préfentât
une adrefle au Roi , pour qu'il lui fût remis une
eftimation des ouvrages indifpenfables .
Plufeers Membres de l'oppofition paroiffoient
peu difpofés à cet expédient , mais M Fox ayant
dit que cette alreffe étoit dans le fond la même
chofe qu'une négative abfolue de la part de la
Chambre , & qu'il falloit laiffer cette confolation,
paérile à la vanité miniftérielle , la motion pour
l'adreffe paffà fans aller aux voix.
L'examen d'un bill propofé par M. Pulteney,
pour fubftituer à la Preffe une nouvelle
méthode de lever les matelots de la
Marine Royale , a été remis à la prochaine
Seffion ; ceile ci étant trop avancée , pour,
qu'on puiffe traiter une affaire aufli importante
.
On a envoyé des ordres du Burean de la
Tréforerie aux Officiers de la Douane , de
former un nouvel état comparatif des imro
tations & exportations de la Grande Breta
gne , depuis 1773 , jufqu'en 1785 , exclukvement.
( 13 )
Le 22 , M. Pitt a préfenté à la Chambre des
Communes le bill pour changer la perception,
d'une partie des droits für le vin , & la tranfporter
des douanes à l'Accife . On a fait enfuite la
première lecture de ce bill , & il a été ordonné
qu'il feroit imprimé. M. Pitt demanda alors
qu'il fût lu une feconde fois le 26 , & certe mo
tion pafla fans aller aux voix , malgré l'oppo-"
fition de M. Sheridan . Ce dernier prétendoit que
cette affaire étoit de la plus grande importance ;
que la plupart des perfonnes intéreffées dans le
commerce des vins préparoient des remontrances
à ce fujet , & que l'on devoit laiffer à la
Chambre le tems convenable pour être inftruite
de l'état réel de la question , & prononcer avec
connoiffance de caule fur cet objet. En conféquence
, il auroit voulu que cette feconde lecture
, au lieu d'être ſi précipitée , fût remiſe au 7
du mois prochain.
Le nombre des Chevaliers de la Jarretiere va
être augmenté , dit -on , par un Réglement femblable
à celui qui a eu lieu derniérement en
France pour l'Ordre du Saint- Efprit , L'intention
de Sa Majefté eft d'admettre dans fon ordre
les Ducs de Dorfet & de Beaufort , le Marquis de
Buckingham , & M. Pitt.
Obfervons bien que ce font là des arrangemens,,
de gazette, ainfi que celui de la nomination de ce
même Marquis de Buckingham àla Vice- royauté
d'Irlande , d'où les Nouvelliftes rappellent le Duc
de Rutland.
Les Directeurs de la compagnie des Indes
Orientales ont préfenté à la Chambre des
Communes un état de dépenfes de leurs divers
établiflemens civils & militaires dans
( 19 )
les Indes , dont voici le détail :
Liv. Stert.
Pour l'établiffement civil du Bengale ,
Idem.
927,945
militaire , 1,078,510
Pour l'établiffement civil de Madras, 104,140
Idem. militaire , 623,605
Pour l'établiffement civil de Bombay, 45,719
Idem.
Pour l'établiffement civil & militaire
de Bencoolen ,
militaire , 226,495
25.478
3,031,892
La récolte de foin fera très bonne cette
année felon les apparences. C'eft à cette circonftance
que nous devons le prix exceffit
des denrées dans ce moment- ci , car les
troupeaux s'étant trouvés très diminués par
la rigueur de l'hyver dernier , les fermiers
ne fe preffent pas de fournir les marchés , &
s'occupent à repeupler leurs pâturages . Cette
difette apparente nous promet cependant
une abondance prochaine. De tous les
moyens qu'on a tentés jufqu'ici pour diminuer
le prix des denrées , le plus efficace
peut être , feroit de former toutes les femaines
un état des prix des denrées dans toutes
les Provinces du Royaume. Cet état
mettroit à portée de juger des différences
étonnantes qui exiftent à cet égard. Il y a
Is jours par exemple , que le beurre fe vendoit
à Malton Mowbray , dans le Comté
( 20 )
de Leiceſter , deniers fterl. la livre feulement
, tandis qu'il valoit à Londres 1 shell
2 den. Ce bourg n'eft cependant qu'à cent
milles de Londres , & le port des voitures
par terre n'eft que d'un'demi'deniet fte :l . par
livre. Ce fait prouve la néceffité d'un pareil
état.
Le Parlement d'itlande a été prorogé au
18 Juillet , & le fera probablement à cette
époque , jufqu'au mois de Novembre. Dans
cette circonftance , Te Lord Lieutenant a
prononcé le Difcours fuivant dans la Chambre
des Pairs.
Mylords & Meffieurs ! « C'eft avec la plus
grande latisfaction , que j'ai été témoin de l'ate
tention conftante , & de l'affiduité peu ordinaire
avec lesquelles vous avez traité les affaires publi
ques. Je fuis en confequence autorité , à vous
accorder quelque relâche , dans vos travaux pars
lementaires. L'harmonie que vous avez mife
dans vos délibérations a doncé aux réſolutions
qui en ont été la fuite ant d'efficacité que de
dignité ; & j'ai la confiance intime que vous por,
terez les mêmes difpofitions pour le bien public ,
chacun dans les lieux de votre réfidence , où vo
tre préfence va encourager l'induftrie du peuple ,
où votre exemple & votre, influence contribue
ront à maintenir le bon ordre général & l'obéi
fance rux Loixen..
Meffieurs de la Chambre des Commtines . « Je
your pemercie au nom de Sa Majaité , pour les
fubfides abon fans que vous lui avez accordés pour
le fervice public , & en général pour le zele gé
néreux avec lequel vous avez fontenu les intéreis
de Sa Majesté . Soyez periuatés que ces fub(
21 )
fides feront fidélement employés pour les ob
jers , auxquels vous les avez deftinés . Ce que
vous avez décidé , afin de maintenir l'exécution
des Loix , concernant la juíte répartition & la levée
des deniers publics , me donne l'espoir le
m'eux fondé , que dé armais , le produit des
taxes me feri point au deffous de l'eftimée qu'on
en a faite ».
M lords & Meffieurs . « L'averfion & l'horreur
décidées que vous avez témoignées , pour les tumultes
editieux & ' autres défordres immodérés ,
ont déjà fait , fans doute , une impreffion utile ,
& les réglemens falutaires ont reçu leur fanction
dans le cours de la feffion actuelle , notamment
ceux qui concernent, le nouveau fyfteme de po
lice , font des preuves diftinguées de votre fagelfe
, de voire modération & de votre prudence .
Sa Majefté a vu avec la plus haute fatisfaction ,
lo zele & la fidélité de fon peuple d'Irlande ; & j'ai
l'ordre exprès de vous annoncer de fa part , en retour
, la promeffe la plus fincere de fa faveur
royale & affection paternelle .
Quant à ce qui me concerne , c'eft un lentiment
profondement grave dans mon coeur , que
Fobligarion où je fuis, de vous confirmer mon
attachment cordial à ce Ryaume . Ce fera Pobjet
conftant de mon adminiftration , & plus vive
impútion de min boeur , de contribuer à Pavancement
de les intérêts , & à l'accroiffement de la
pro périté de l'Empire ».
FRANCE. and
DE VERSAILLES, le 21 Mai,
Le Roi a nommé à l'abbaye de Cpetma ,
( 2222 ))
loen , Ordre de Citeaux , diocele de Quimper
, l'Abbé de Goyon , Vicaire général de
Rennes , à celle du Tronchet , Ordre de
Saint- Benoît , diocefe de Dol , l'Abbé de
Saint-Sauveur , Vicaire général de Vannes ;
à celle de Beaumont , même Ordre , dioceſe
de Tours , la Dame de Virieu , Abbeffe des
Colonnes ; & à celle des Colonnes , mêze
Ordre , diocele de Vienne , la Dame d'Argoalt
, Religieufe proteffe de l'Abbaye des
Hayes , diocefe de Grenoble .
Le Marquis de Geftas & le Marquis de
Châteaubrun , qui avoient précédemment eu
l'honneur d'être préfentés au Roi , ont eu ,
le 20 de ce mois , celui de monter dans les
voitures de Sa Majefté & de la fuivre à la
chaffe.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 21 de ce mois , le contrat de mariage
du Comte de Bafchy , Meftre -decamp
en fecond du régiment de Barrois ,
Jufanterie, avec Dame Emilie de Caraman ,
Chanoineffe du Chapitre noble de Montigny
les Dames , celui du Marquis de Sommery
, Officier au régiment des Gardes-
Françoifes , avec Demoiſelle de Caraman ,
celui du Vicomte de Balincourt , Capitaine
au régiment d'Infanterie de Bourbon , avec
Demoifelle Boutin ; celui du Vicomte de
Ségur Montazeau , avec Bemoifelle de Portelance-
Toury ; celui du Marquis de Pimodan
, Brigadier des Armées du Roi , Lieute
( 23 )
nint général pour Sa Majefté au gouverne .
ment des ville de Toul & pays Toulois ,
avec Demoifelle de Pons ; & celui du fieur
Pin'on de Meherville , Préfident de la Cour
des Aides de Paris , avec Demoifelle Fougetet.
La Comteffe de Beuil a eu l'honneur d'être
préfentée à Leurs Majefés & à la Famille
Royale par la Comteffo de Guerchy.
Le fieur Pierres , Premier Imprimeur du
Roi , a eu l'honneur de préfenterà Sa Majefté
la Defcription d'une nouvelle Preile d'Imprimerie
, approuvée par l'Académie royale
des Sciences , & imprimée fous fon privi
lege.
DB PARIS , le 1 Juin.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 6
Avril 1786 , qui réduit à quinze fols par
muid , mefure rafe de Brouage , & les dix
fois pour livre en fus , les droits qui font
perçus fer les fels provenant des marais de
Ï'Océan , & exportés à l'étranger,
Autre dit du 7 Avril 1786 , qui ordonne
que les Extracteurs de mines de fer. payesont
àl'avenir aux Propriétaires de fonds ,
deux fo's fix deniers pour chac in tonneau
de mine de cinq cent pefant.
Autre dit du 13 Avril 1786 , portant Réglement
pour la vente des marchandifes
provenant du ommerce de l'Inde.
( 24 )
Autre dit, même date , portant exemption
des droits de Traite , à l'entrée des
peaux d'agneaux & de chevreaux , en poil ,
& fixation des droits de fortie fur les peaux
mégifiées & fur les gans fabriqués.
Autre dit , du 24 Avril 1786 , portant Ré-
-glement fur les fonctions & les travaux de
la Société Royale de Médecine , relativemet
aux épidémies .
Autre dit , du 5 Mai 1786 , qui révoque
de privilege du Livre intitulé le Triomphe du
Nouveau Monde , & c. &c.
Autre dit, du 10 Mai 1786 , portant étab.
Tement de Tréforiers payeurs pour le
Roi en Hollande , charges d'acquitter les
effets au porteur , des différens emprunts ou
Loteries y défignées .
+
Edit du Roi , portant création de deux
Offices de Payeurs des charges affignées fur
les Domaines & Bois. Donné à Vertailles au
mois de Mars 1796 , regiftré en la Chambre
des Compres , le 4 Mai fuivant. [ La finance
de l'un de ces offices eft de huit cent
mille liv , l'autre de quatre cent mille liv.
avec intérêt de cinq pour cent , & un'pour
cent de ravations fur le montant des dépenfes
réelles & effectives qui feront allouées
dans les compres des payeurs , &c. ] >>
La Princeffe Anne Charlotte.de Lorrai
ne , Abbeffe de Remiremont , eft morte le
( 25 )
22 de Mai , à la fleur de l'âge , emportant
les regrets de fa famille & de tous ceux qui
avoient eu l'honneur de l'approcher.
Nous avons donné précédemment un
extrait fommaire de la formation du Corps
de la Marine , établie par les nouvelles Ordonnances
, dont nous avons le plus grand
regret de ne pouvoir préfenter à nos lecteurs
qu'un dépouillement aufli imparfait;
mais nous nous prêtons volontiers au defir
de plufieurs perfonnes , en leur offrant l'état
actuel des Officiers en activité , & de ceux
élevés en grade. Nous commençons par les
Chefs des départemens , les Commandans
des efcadres , des divifions , & en général de
I'Etat Major, des Ports ..
A Breft . Le Comte d'Hector , Commandant ;
le Vicomte de Pontevez- Glen , Major général ;
Vidal d'Audiffret , Directeur du Port ; le Large ,
fous-Directeur ; Grognard , Directeur des conftructions
; le Begue , Directeur de l'Artillerie ;
de Kergariou , Commandant des Gardes du Pavillon
; de la Touche , Directeur général des
Ports & Arfénaux ; de Borda , Infpecteur général
des Afpitans conftructeurs ; de Flotte de Beuzidou
Directeur des Eleves du Port.
Escadre de Breft. Commandant de la premiere
M. de Cittard , Major , Bernard de Marigny
Conmandant de la deuxieme , d'Aymar ; Major ,
de Nillebrune ; Commandant de la troifieme ,
Renaud d'Aleins ; Major , de la Galiffonniére ;
Commandant de la quatrieme , de Bruyere Cha-
Jabre ; Major , de Vaug raud ; Commandant de
No. 22 , 3 Juin 1786.
b
·( 26 )
น
la cinquieme , de St. Riveul ; Major , de Gran
dehain.
A Toulon , MM. d'Albert de Rioms , Commandant
; de Roux de Bonneval , Major général ;
Vidal de i ory , Directeur du Port ; Gautier , Directeur
des conſtructions ; Texier de Merbec ,
Directeur de l'Artillerie ; Mery de la Canorgue ,
Directeur des Eleves du Port.
Efcadres de Toulon . Commandant de la Compagnie
de Caftellet ; Major , de Barbazan ; Com
mandant de la feptiente , le Baron de Durfort ;
Major , de la Roque,
A Rochefort. M. de la Touche Tréville , Commandant
; de Mecarty Macteigne , Major géné→
ral ; le Dol Tronchin , Directeur du Port.
Efcadres de Rochefort . Commandant de la huițieme
, dẹ Tilly ; Major , de Marmara ; Commandant
de la neuvieme , le Vicomte de Beau,
mont ; Major , Buor.
Parmi les Capitaines élevés au grade de Chefs
de divifion , i en a été nommé dix- huit au fervice
des neuf Efcadres & qui en commanderont
lesdivifiors ; MM. Deuhy de Treceffon , de Keroulas
, de Flore , Girardin , de Verdun , de Medine
, du Chilleau , d'Entrecafeaux , de Kerfaint ,
de Senneville , Chevalier de Riviére , Chevalier
de Village , Beaudrans, Chauffe gros de Fornoue ,
de Ventimille , Kergarioufoe Maria
Mardi , 23 Mai , le Parlement a jugé dé-
Enitivement Marie Françoife Victoire Salmon
, condamnée à être brûlée vive , comme
empoifonneufe par Sentence du Bailliage de
Caën , en date du 18 Avril 1782 ; Sentence
( 27 )
confirmée vingt jours après par le Parlement
de Rouen. Les fondemens de ces Arrêts
étoient des miettes de Pain béni trouvées
dans la jupe de Victoire Salmon , & que
des Experts déclarerent de l'arfenic . Ces
Experts avoient auffi découvert dans de la
bouillie um fédiment angulaire qui , felon
eux , reffembloit à de l'arfenic. En conféquence
l'infortunée Salmon eût péri du fupplice
du feu, fi M. le Garde des Sceaux
qui fe trouvoit à Rouen , n'eût accordé un
furfis , à la requête du Prêtre & de l'Avocat
qui avoient affifté l'Accufée. Ce furfis ,
adreflé à Caen au Procureur du Roi , ne
fufpendit point les apprêts du fupplice ; il
ne fut communiqué à la victime qu'on alloit
facrifier , que peu d'heures avant l'exécution
du facrifice . Depuis , cette fille innocente
a baigné quatre ans de fes larmes les
mus d'une prifon. Enfin le Parlement
de Paris a couronné les efforts du généreux
Défenfeur de cette fille ( M. le
Cauchois , Avocat de Rouen ) . Non - feulement
l'Accufée a été déchargée de l'accufation
; il lui eft permis de plus , de pourfuivre
en dommages & réparations fes dénonciateurs.
Le Procureur du Roi à Caën fera
tenu de les nommer , ou d'en répondre en
fon nom. La foule étoit immenfe au Palais
lors du Jugement ; les Juges eux-mêmes fe
fone empreffés de verfer des bienfaits fur
cette infortunée. Cer exemple a été fuivi des
fpectateurs & du public , par-tour of Vicb
&
( 28 )
1
toire Salmon s'eft préfentée , & jamais acte
de juſtice n'a été reçu avec des applaudiffemens
plus univerfels.
Le 11 de Mai , à une heure d'après midi ,
le tonnerre occafionna un incendie dans le
village de Pozieres en Picardie . Dix - huit
maifons , l'Eglife & le Presbytere , ainfi que
tous les effets qui y étoient renfermés , furent
réduits en cendres. On a feulement
fauvé les vafes facrés .
Un fecond incendie a caufé de plus grands défaftres
encore dans les terres de M. Barentin , Premier
Préfident de la Cour des Aides . Le premier,
du Vendredi - Saint , avoit confumé à Hardivilliers
, même Province de Picardie , vingt -une
.maifons , & fes progrès furent arrêtés par les
fages mefures de ce Magiftrat , alors à la terre.
Les fecours furent prompts. Tous les momens du
refte du féjour de M. & de Madame Barentin en
Picardie , furent confacrés à réparer cette calamité
, en fourniſſant à ces malheureux habitars
un afyle , du linge , de la nourriture & des travaux.
Ils avoient l'efpérance de pouvoir à la
Jongue effacer les traces de ces malheurs , quand,
Je 16 Mai , le feu prit au village de Maifoncellesles
Tuileries , autre Paroiffe de M. Barentin , &
y confuma en moins d'une heure foixante & trois
maiſons , y compris le presbytere , endommagea
beaucoup l'Eglife , & ne laiffa à foixante quinze
ménages qui les habitoient , ni afyle , ni meubles
, ni linge , ni uftenfiles , ni grains . Le der
、nier incendie , dont la perte effective , avec les
reconſtructions , peut être portée à 200,000 liv .
ne laiffe à leur Seigneur aucune espérance de
rétablir ces malheureux. Ils ont de juſtes titres à
( 29 )
la pitié & à la charité des ames bienfaisantes , qui
font priées d'adreffer leurs fecours à M. Boulard ,
Notaire à Paris , rue S. André - des - Arcs,
M. d'Agay , Intendant de Picardie , informé de
ces défaftres , a fait donner les premiers fecours
aux victimes de cet accident , & leur a fait délivrer
du pain .
Un incendie furveni à Piquigny , le 20
de Mai , y a confumé trente- une maifons
& une grande quantité de meubles & effets,
Le feu a été occafionné par la forge d'un .
ferrurier. M. d'Agay , Intendant de Picardie
, a fait diftribuer des fecours aux incendiés
.
Pour hâter la conftruction d'une nouvelle
Salle de ſpectacle , projettée au Palais Royal,
on a ouvert une foufcription de vingt Actions
de 15000 liv . chacune , rembourfables
en vingt ans , ce qui donnera une fomme de
300,000 liv . Ces Actions porteront un inté
rêt de 5 pour cent , & en outre chaque Actionnaire
jouira d'un quart de loge pendant
20 ans à ce fpectacle , ou de fes entrées à
vie à fon choix. Le concours des acquéreurs
eft fi confidérable , qu'il n'y aura pas d'Actions
pour toutes les perfonnes qui en demanden
. On commence à démolir la galerie
du Palais Royal , fur le terrein de laquelle
la nouvelle Salle fera élevée.
Nous avons publié une Duplique de M.
Gardanne à M. Bruílé , Médecin de Breft ,
fur une question trop importante pour refter
indécife. M. Bruflé a voulu fixer l'opib3
( 30 )
nion , & fe difculper des reproches de fon
adverfaire , par la Lettre que voici , & que
l'équité nous oblige de mettre au jour ;
mals nous prévenons que c'eft la derniere
fois que nous reviendrons à cette difcuffion.
MESSIEURS
;
Après fix mois de filence , & dans un moment
où fans doute M. Gardanne croyoit que le Public
avoit entiérement perdu de vue notre difcuffion
fur la colique des navigateurs , il reparoit pour
m'apprendre ce que je n'avois pas foupçonné )
que j'ai infidieufement attaquéfa réputation , en l'ac
cufant d'avoir occafionné la mort d'une dame , &
des accidens fâcheux à des matelots , par la méthode
de traitement qu'il indique.
Voià , je l'avoue , une inculpation grave; je
ne penfois pas avoir dit un mot de tout cela.
Ce Medecin ajoute que l'erreur que je lui reproche
et un fantôme , un être de raiſon , une
rêverie ; puifqu'il n'a été queſtion , dans fon Mémoire
& dans fes lettres , que de la colique des
Officiers , comparée à celle des Peintres ; & qu'il
n'a jamais prétendu parler de la colique des matelots.
J'ai lieu de croire que cette maniere de
prefenter la queftion fous un nouveau point de
vue , lui a paru plus commode que de défendre
La premiere opinion , & qu'il a deficé que nous ne
puffions pas nous entendre .
Je pou rois demander à M. Gardanne quelle
eft cette expreffion générique de colique des navigateurs
, pour defigner une maladie dont la
claffe entiere des matelots ne feroit point attaquée
? Mais qu'il prenne la peine de relire fa
lettre , inférée dans le Journal de Paris , du 17
( 31 )
Octobre dernier. Voici ce qu'il dit pofitivement.
Les émanations de la peinture , employée
» dans l'intérieur des vaiffeaux , infectent les
» entre ponis. »
כ כ
Quelle eft , parmi les gens de mer , l'efpece
d'homines qui habitent les entre - ponts de tous
les vaiffeaux , qui s'y trouvent expɔtés aux émanations
des molécules faturnines ? Sont.cé les
Officiers ?
« C'est ce qui a donné lieu aux apprésentons
» des marelots. »
Quelle eft certe terreur qu'on leur fuppofe
d'une maladie qu'ils n'éprouvent pas ,?
J'efpere que M. Gardanne le rappellera les.
obfervacions qu'il affure avoir faites , il y a vingt,
ans , dans deux ports voifins , l'un du Roi , l'au
tre du Commerce ; & qu'il troavera dans ces ob- :
fervations , fans doute très importantes , le moyen
de répondre , d'une maniere convenable & honnête
, aux deux queſtions que je prends la liberté
de lui faire.
Si l'on fuppofe avec M. Gardanne , qu'il n'a
fait mention que de la coique des Officiers
comparée à celle des Peintres , je pense que c'eft
également une erreur de croire que ces premiers
y. font auffi fréquemment expofés que M. Gardanne
l'annonce.
Sur cette question , Meffieurs , je ne crains pas
d'en appeller au témoignage des Médecins em-1
ployés dans les départemens de la Mine ; à celui
de M. Defperrieres , dont le fuffrage , fur un fujet ›
qu'il a traité , d'après des recherches auffi favantes'
qu'elles font exactes , ne me paroît pas moins refpectable
qu'à M. Gardanne lui-même. A ces témoignages
, je joins le certificat de M. de Marigay
, Major de la Marine , qui a été attaqué , en
b 4
( 32 )
1775, d'une colique métallique , fur la corvette
le Serin (1 ).
Je crois que de pareilles autorités combattent ,
avec quelque avantage , celle de M. Gardanne ,
tant que nous ne traiterons pas la queftion ellemême.
M. Gardanne me fait un crime d'avoir été 3 ans
fans répondre à fon Mémoire, Peut- être y feroit- il
fondé , fi la méthode qu'il indique pour le traite
ment de la colique des navigateurs s'étoit accréditée
pendant ce temps ; mais les Médecins des diffé
rens départemens ne fe font point écartés , d'après
fon opinion , de leur propre expérience. J'avoue
même , que j'ai moins voulu engager une difpute
polémique , que faire une réclamation très légiti
me ,fur ce qu'il s'eft permis de me citer , fans mon
aveu , comme garant de fa doctrine , dans une
lettre au Journal de Paris , du 17 Octobre dernier ,
deſtinée fans doute à rappeller au Public un Mé
moire imprimé depuis 3 ans , & envoyé , il y a 18
mois, dans le département, par ordre du Miniftre.
Je me propofe , Meffieurs , de donner inceffamment
un Ouvrage fur la colique des navigateurs. En
attendant qu'il puiffe être rendu public , j'invite
les Médecins, que cette question peut intéreffer
de lire ma premiere lettre à M. G... , inférée en
entier dans le Journal Encyclopédique , du 1er.
**
(1 ) Nous , Capitaine des vaiffeaux du Roi , Major de la
Marine au port de Brett , certifions que depuis 1754 , que ,
nous Tomines entrés au fervice de la Marine, jufqu'en 1775 ,
que nous commandions la corvette le Serin , nous ne nous
étions point fentis atteints d'aucune colique dans toutes les
campagnes que nous avions faites fur mer , & qui avoient
précédé celle ci-deffus , dans laquelle , en effet , nous , les",
Officiers de notre Etat- Major , avons été attaqués d'une colique
que nous avons attribuée à la peinture trop fraîche , à
l'époque où nous avons été forcés d'habiter nos chambres
du bord. Signe BERNARD DE MARIGNY,
( 33 )
Janvier dernier , page 95 & fuivantes. Je prie
M. G... lui même de la lire une feconde fois ,
avec quelque arten ion , ainfi que les lettres qu'il
a publiées dans les Journaux ; & je ne doute pas
qu'il ne s'empreffe de rétablir le véritable é at de
la queflion , favoir : 1ª . G la colique tilieufe , à
laquelle les Officiers , ainfi que les Matelots , font
très - fujets , eft produite par les émanations de la
peinture , à bord des vailleaux du Roi, 2 ° . Si la
colique métallique d'oit être connue , dans les départemens
de Marine , fous la dénomination géné
rale de colique des navigateurs , comme elle a été
jufqu'ici défignée à la Charité , fous le nom géné
rique de colique des Peintres . 3 ° . Si la colique des
gens de mer , quelqu'en foit la dénomination ,
doit être traitée , dans le plus grand nombre de
cas , par la méthode & les remedes qu'il indique.
J'ai l'honneur de le prévenir , que je ne répon
drai qu'aux lettres qui traiteront de cette queftion.
même.
J'ignore abfolument à quel titre M. G... m'ob
ferve que je devrois m'occuper de mon état , plu
tôt que de difcuffions pol miques Les Vern ge
les Borden , que l'on fait avoir été des guides trèssûrs
, dans l'art de guérir , auroient pu me donner
ce confeil. Pouvois je m'attendre que M. Gardanne
ne dédaigneroit d'etre mon inftituteur , que
pour me taxer d'être un Medecin peu expérimenté
fur les maladies des gens de mer , lorfque je m'en
occupe depuis 15 ans dans les départemens de la
Marine & fur les vailleaux du Roi ; lui qui fe flatte
d'avoir acquis , dans la Capitale , l'expérience de
ces maladies , de celles qui regnent au - delà des
Trop'ques & fpécialement des maladies des Colons
de l'Amérique.
Je ne terminerai pas cette lettre , fans remer,
b3
( 34 )
cier M. G., de ce qu'ayant apperçu dans mon
Mémoire des con re- fens , des fautes , des inadve
tances , il a eu la générosité de ne pas s'y ar
rêter. Je lui dois , Meffieurs , les mêmes égards ,
& je fuis convaincu qu'il les mérite.
J'ai l'honneur d'être , & c.
BRUSLE.
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres tint fa Séance publique d'après
Pâques , le 25 Avril dernier.
M. Dacier , Secretaire perpétuel , annonça
que le fujet du Prix , propo é pour cette féance ,
confiftit à comparer enfemble Zoroastre , Confucius
& Mahomet ; & les fiecles où ils ont vécu . Ce Prix
a été adjugé au Mémoire de M. Paret , que l'Académie
s'eft affocié depuis quelques mois . Ce
Mémoire avoit été compofé & remis avant l'élection
de M. Paftoret..
L'Académie propofe pour la Saint-Martin de
l'année 1787 , de rechercher quels furent l'origine ,
Les progrès & les effets de la pantomime chez les
Ancien . Le Prix fera une médaille d'or de la valeur
de soo liv. Eile propofe pour Pâques 1788 ,
d'examiner : Quelles ont été les différentes Peuplades
Barbares tranfportées par les Empereurs Romins
fur les frontiers de l'Empire ; en quel tems ,
pourquoi & comment fe font faites ces émigrations ,
& quelle a été l'influence de ces peup ades fur les loix ,
les moeurs , le langage des contrées cù elles fe font
établies ? Le Prix fera une médaille d'or de
400 liv. Les Mémoires feront remis , pour le
premier , avant le premier Juillet , & pour le
fecond , avant le premier Décembre 1787 : ces 、
deux termes font de rigueur.
M. Dacier fit enfuite l'éloge hiftorique du Pere
Paciandi , Théatin , Bibliothécaire de l'Infant
( 354)
Duc de Parme , & Affocié - libre- étranger de l'Aca
lémie. Cer éloge fut fuivi de la lecture d'un
Mémoire de Paftoret, fur la légiflation des Affy
riens. M. Hennin lut enfuite le précis des deux
premieres parties d'un Mémoire fur les Caracteres
& les Inferiptions Runiques. Après avoir donné une
idée des différentes Runes , & cherché à fixer le
tems où cette écriture a été connue en Suede , il
a conclu qu'elle tiroit fon origine de l'Orient
& qu'elle méritoit d'autant plus l'attention des
Savans , qu'elle pourroit être de quelques fecours
pour parvenir à l'explication des plus anciens
caractères ufités en Afie , & particuliérement de
ceux qui fe trouvent fur les ruines de Perfépolis.
2
Après la lecture de ce Mémoire , M. Dacier
fit l'éloge hiftorique de l'Abbé Arnaud. M. let.
Roy lur enfuite un Mémoire intitulé : Nouvelles
recherches fur le Vaiffeau long des Anciens , fur les
voiles latines, & fur les moyens de diminuer les danges
de la navigation .
Ce Mémoire fut fuivi de celui de M. Bailly ,
fur la Chronologie indienne , où il fait voir que
cette Chronologie confignée dans les livres de
ces peuples , elt conforme à celle des peuples
voiſins , & confirmée par l'Aftronomie indienne.
La lecture du troifieme Mémoirefur les problêmes
Ariftote aufujet dela Mufique , par M. de Chaba .
non termina la féance.
L'Académie de Nîmes avoit propofé pour
le Prix double de cette année , la Queſtion
fuivante Quelle a été l'influence de Boileau
furfon fiecle.
:
Dans la féance publique du Mai dernier
elle la décerné ce Prix à la Piece n ° . 4 , portant
b5
( 36 )
pour devife ces mots : fi fortè virum quem. Virg.
Eneid. L. 2. L'Auteur eft M. Daunou , de l'Oratoire
de la Maifon d'Enghien , jadis Montmoren-1
cy , près Paris. Ele propofe pour l'année pro- i
chaine 1787 , cette autre question : Quelsfervient
les moyens defavorifer & d'augmenter le commerce
des Vins & des Eaux de-vie du Bas- Languedoc.
Ce Prix de 300 liv. fera délivré , & l'Ouvrage
qui l'aura mérité fera lu dans la féance publique
de 1787. Les paque s feront adreflés , francs de
port , à M. Razoux , Médecin , Secretaire Perpétuel
de l'Académie : ils ne feront pas reçus
après le premier Mars 1787 inclufivement :
ce terme eft de rigueur...
On a parlé dans le récit du vol fair an
MM. Scherrer & Finguerlin , des heurs Picard
nés à Lyon, & demeurant à la Glacie
re , comme impliqués dans cette affaire.
C'eft une erreur & une grave injuftice. Un
aurre particulier , de même nom que les
fiers Picard , mais abfolument étranger à
leur famille , & à Lyon même, eft celui que
rega de l'accufation.
Un Sergent de la compagnie d'Invalides ,
en garnifon au Fort- Monier dans la Haute-
Alface , ayant voulu traverfer un bras du
Rhin , tomba dan le fleuve , très -profond
en cet en droit ; la rapidiré du co trant l'entraînoit
, & il étoit expofé à un danger évident
de pé ir , lorfque , la Servante d'un
moulin voifin , nommée Anne Marie Mercklin
, s'élança dans l'eau , & eut le bonheur
de l'en retirer. Le péril de cet Invalide étoit
d'autant plus grand , que , couvert de blet(
37 ) .
fures & ayant une jambe de bois , il étoit
ab olument hors d'état de fe fecourir luimême.
L'Intendant de la province , informé
de l'action courage ife de cette fille , lui a
fait remettre une gratification .
Extrait d'une lettre au Rédacteur.
A Rouelles , par Langres , le 12 Mai 1786.
Monfieur ,
Je vous prie de vouloir bien annoncer un ob-*
jet de grande utilité pour la Province de Bourgogne
& pour celle de Champagne , c'est le rétabl
ffement de fa Manufacture des glaces coulées
, appellées de Bourgogne , qui a été établie au
château de Rouelles en 1759 , & qui y a fubfifté
jufqu'en 1779 , fois la protection de S. A. S.
Monfeigneur le Prince de Condé & des Etats de
Bourgogne , qui ont accordé des encouragemens
aflez confidérables : elle avoit d: fcontinué fes
travaux , quoique très lucratifs pour les Actionnaires
, parce que vous favez , Monfieur , les
bénéfices qui résultent de la fabrication du verre.
Le nouveau propriétaire de cette Manufacture a
demandé la protection du Gouvernement pour
cette affaire ; & M. le Contrôleur- Général , fur.
les rapports avantageux qui lui en ont été faits ,
& les vifites les plus fcrupuleufes , a perm s de
former des actions. Nous espérons des tecours
des bontés du Roi . Nous avons même à ce fujet là
de Lettres ministérielles. Nous avons fabriqué
ces glaces fort belles dans la derniere Rigie , &
qui n'étoient nullement comp rabies aux preneres.
Il y en a deux cents vingt qui viennent
e Rouilles, & qui ornent le cabinet d'hiftoire(
38 )
naturalle du Jardin du Roi à Paris . Nous recommencerons
nos travaux inceffamment ; nous réparons
nos bâtimens , nous exploitons nos bois
on travaille à l'extraction de nos foudes : de maniere
que les curieux pourront voir bientôt notre.
Fabrique en pleine activité.
J'ai l'honneur d'être très-parfaitement ,
Monfieur ,
Votre très- humble & très .
obéiffant ferviteur ,
DE LA HAYE,
Directeur de la Manufacture
des Glaces de Bourgogne.
Dans la Lifte générale du troifieme Tirage
de la Loterie Royale , établie рад Arrêt
du Confeil du Roi , du 4 Octobre 1783 ,
Tirage fait les 24 , 25 , 26 , 27 & 28 Avril
dernier , les lots majeurs au- deffus de 2000l.
& les Numéros auxquels ils font échus font
les fuivans :
1.
No. 2892 , 4300 1 .; n° .4280 , 40051.; n . 20946 ,
4000 liv. ; n°. 23238 , 8000 liv .; n° . 26535.
4000 l.; n°.763, 4000 l .; no. 27703 , 20000 ;
nº: 28080 , 8000 liv.; n° . 35231 , 80000 liv .
n37428 : 4000 liv.; n ° . 38316 , 4000 liv . ;
43140 , 4000 liv.; 44974 , 4000 liv.
n . 45814 , 4000 liv.; n° . 51793 , 4550 liv .;
n . 59503 , 40co liv .; n° .630 , 30000 liv.
по
no
N. B. La lettre fur une nouvelle forme
de cheminées , inférée dans ce journal , le ,
( 39 )
20 Mai , article de Paris , & fignée D. H. ,
nous a été adreffée de Verfailles . Elle expofe
, comme on l'a vu , des idées conformes
& antérieures à celles de M. M***
que nous publiâmes au mois d'Avril . Si ce
dernier ve it quitter l'anonyme , nous nous
emprefferons également de lui faire connoître
M. D. H. A la ligne zo de cette lettre , lifet
procureroit , au lieu de prouveroit.
er
Denys François , Comte de Mauroy ,.
Lieutenant général des Armées du Roi , eft
mort le 1. de Mai , en fon château de
Pugny en bas Poitou , âgé de 87 ans &
deni.
Charles - Noël Perille de Moleron , Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de Saint-
Louis , Commiffaire des Guerres & du
Corps - royal d'Artillerie , eft mort à Lille ,
âgé de 69 ans , dont 52 & plus employés
confécutivement & avec diftinction au fervice
militaire. I laiffe 7 enfans , refte de 24
qu'il a eus d'une même femme.
Charles -Guillaume Louis , Marquis de
Broglie , Seigneur du Mefnil- Voifin & autres
lieux , aîné du nom , eft mort le 16 du
même mois , en fon château du Mefnil.
Jofeph- Michel René , Comte du Drefnay,
chef des nom & armes de fa Maiſon , Che-.
valier de l'Ordre royal & militaire de Saint-
Louis , Gouverneur des villes de Saint Pol
de Léon & Rofcoff en Bretagne , eft mort
ici le 18 du même mois , âgé de 80 ans.
( 40 )
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 28 Mai.
Les de ce mois , LL. AA. Royales ont
été naturalifées Brabançonnes par les E ats
de la Province affemblés . Elles avoient demandé
cette naturalifation par une Requête
en forme ordinaire , & Madame l'Archidu
cheffe la remit elle- même au plus ancien
Député . On croit que LL. AA. RR . fe feront
naturalifer dans les autres Provinces
des Pays - Bas , comme elles viennent de le
faire dans le Brabant.
L'Electeur de Baviere vient d'acheter du
Prince de Salm , fa belle terre fituée au village
d'Ifck.
Le 16 de ce mois , le Baron de Thulemeyer,
Miniftre du Roi de Pruffe à la Haye,
a remis à L. H. P. un Mémoire de la teneur
fuivante :
Le fouffigné Envoyé Extraordinaire de S. M.
Pruffienne , eft chargé de renouveller à Vos
Hautes Puiffan es l'affurance de l'amitié fincere
que le Roi fon Maître leur conferve invariablement
, & de témoigner en même tems le plaifir
que ce Monarque reffent des voeux qu'une Palf
fance amie & alliée de la République vient de lui
exprimer , en faveur du rétabliffement de la tanquillité
intérieure des Provinces Unies. S. M.
applaudit & accede fincérement à ces voeux ; Elle
( 41 )
apprendra avec la plus grande fatisfaction qu'on
travaille avec zele & avec impartialité , à mettre
non feulement la véritable Conftitution & la
Souveraineté de l'Etat , mais auffi les droits &
les prérogatives du Stadhouderat Héréditaire ,
hors de toute atteinte , en les établiffant fur une
bafe folide. Le Roi ne prétend pas s'immifcer par
ces voeux dans les affaires intérieures des Provinces
Unies. La conduite paffée de Sa Majefé
en fait preuve ; mais en qualité d'ami & de plus
proche voifin de la République , & comme tel.
effentiellement intéreffé à fon bien- être , Elle
emploiera volontiers fes bons offices , fes confeils
& fon intervention par-tout où cela pourra
convenir , pour concourir à affurer à la Républi
que fon repos intérieur & extérieur.
A la Haye , le 15 Mai 1786.
Signé , DE THULEMEYER,
Le Stathouder a été invité par les Etats
de Zélande à fe rendre dans cette Province,
& l'on fait à Mideibourg de grands préparatifs
pour la réception de S. A. S. & de fa famille
. Les mêmes Etats ont autorilé leurs
Députés aux Etats Généraux à déclarer à
L. H. P. qu'elles ne payeroient leur contingent
aux charges de l'Union que jufqu'au
9 Septembre prochain , fi leurs griefs , & notamment
celui qui a pour objet la nouvelle
Direction de la Compagnie Orientale n'étoient
pas redreffés .
Les Erats de Gueldres affemblés à Arnheim
, ont promulgué un ordre de pourfui(
42)
vre criminellement quiconque formera des
affociations , ou préfentera des Requêtes ,
tendantes à opérer des changemens dan la
Conftitution établie : les Etats voulant la
maintenir invariablement fur le pied où elle
exifte depuis 1752.
L'Etranger qui a pris le nom d'Annibal
Stiepan , Prince d'Albanie , & dont nous
avons rapporté les titres & le Mémoire eft
aujourd'hui au cachor à Amfterdam. Il y
avoit été arrêté pour dettes ; fon Mémoire
qu'on a lu , a eu fi peu d'effet, que fon Arrêt
civil a été converti en détention au criminel.
Le temps nous apprendra la caufe de
cette rigueur.
Divers Papiers Allemands ont rapporté
derniérement l'anecdote fuivante.
On fait que le Grand Guftave - Adolphe , Roi
de Suède , périt à la bataille de Luizen , qu'il
gagna le 16 Novembre 1632 ; mais on ne favoit
encore rien de pofitif fur les circonstances de fa
mor . Les uns prétendoient que le Cardinal de
Richelieu en étoit l'auteur , d'autres qu'il avoit
écé a affinépar le Duc Albert de Louenbourg ,
l'un de fes Généraux , qui fut lui même tué par
les Autrichiens . On a trouvé dernierement dans
les archives de Suede une lettre qui explique
d'une toute autre maniere ce trifle événement .
Elle eft datée du 29 Janvier 1725 , & adrefféo
par M. André Goedging , Prévôt du Chapitre
de Wexio en Suede , à M. Nicolas Hawedfon
Dbal , Secretaire des archives de ce Royaume.
En voici la teneur :
( 43 )
Lorfque j'étois en Saxe , en 1687 , je découvris
, par un heureux haard , les circonftances
de la fin déplorable du Roi Guftave- Adolphe.
Ce grand Prince étoit forti , fans autre fuite que
celle d'un vale , pour aller à la découverte de
l'ennemi. Un brouillard épais qu'il faifoit ce
jour- là , l'empêcha d'appercevoir un détachement
de troupes autrichiennes qui firent feu fur lui ,
& le blefferent fans le tuer, Le valet qui aidoit
le Roi à retourner à fon camp , l'acheva d'un
coup de piftolet , & s'empara d'une paire de lunettes
dont ce Prince , qui avoit la vue fort baſſe ,
fe fervoit conftamment. Jache ai ces lunettes du
Doyen de Naumbourg , lors de mon féjour en
Saxe ; le meurtrier du Roi étoit fort vieux & tiroit
vers fa fin . Les remords qu'une action auffi
atroce devoit néceffairement lui occafionner , ne
lui laiffoient pas un moment de repos. Il envoya
chercher le Doyen dont je viens de parler , &
lui fit l'aveu de fon crime. J'ai appris ces détails
de la bouche même du Doyen , dont j'achetai les
lunettes , que j'ai dépofées dans les archives de
Suede ».
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres.
« Un Fermier Picard travailloit à fon champ ;
" il envoyoit fon fils aux limites de fa piece de ter-
» re , pour chaffer des pigeons qui s'y étoient repofés
. L'enfant obéit ; mais comme il ne revenoit
pas, fon pere eft allé le chercher ; il le trouve en-
» dormi fous un arbre ; il lui donne , pour le réveiller
, un coup de bâton fur la tête . L'enfant
meurt , frappé à la tempe ; le pere le voit expi
rer; il court à fon épouse lui compter fon accidenc
& lui dire qu'il va fe jetter dans fon puits ;
s la payfanne , qui allaitoit un enfant le dépose
( 44 )-
ל כ
» fur une table , pour arrêter fon mari ; elle peut
» l'atteindre , le faifir , comme il étoit prêt de fe
précipiter ; mais il l'entraîne avec lui ; ils
tombent & meurent enſemble. L'enfant dépofé
, ne voyant pas revenir fa mere entre
» en convulfion ; il fe coule & fe précipite fur
le pavé de la chaumiere ». ( Gazette des Pays-
Bas , No. 41.)
Mercredi , entre deux & trois heures du ma-
" tin , Sir Sampfon Wrigt , MM . Addington &
» Bond , & une douzaine d'hommes qui leur
93
prêtoient main- forte , rendirent une visite
» inattendue à une certaine maifon dans Pall-
Mall, où fe tenoit un tripor de pharaon &
autres jeux de hafard . L'une des tenantes fe
trouvoit en bas quand on ouvrit la porte à ces
Meffieurs . Elle ne manqua pas de donner l'a-
» larme aux joueurs affemblés dans une chambre
haure , & tous fort férieufement occupés , les
" uns avec des dés , les autres avec des cartes ,
à courtifer dame fortune , qui cependant n'ac-
Cordoit fes faveurs qu'au propriétaire de la
» maiſon & confors. Cette honorable fraternité
» étonnée d'une vifite auffi brufque , fe barricada
du mieux poffible , & foutin: fiege pendant une`
heure contre les Magiftrars , qui les venoient
» troubler fi mal - à- propos . Ceux - ci vinrent à
» bout cependant de fe rendre maîtres de la place
» & de tous les joueurs , que l'on trouva cachés
» les uns fous les lits , les autres où ils avoient
»pu. L'on s'empara des tables , des dés , des
» cartes , des jettons , &c. & l'on en fit un monceau
, qui fut brifé & brûlé publiquement à
onze heures de la même matinée , afin de
» fervir de memento à tous ceux qui contreve-
" nant aux loix de l'honneur , de la justice & du
( 45 )
pays, feroient tentés de perfilter dans des pratiques
fi pernicieufes & fi funeftes ». ( Loid's
Evening poft ).
Le Lieutenant- Général de Mollendorff , Gouverneur
de cette Réfidence , qui avoit été demandé
près du Roi à Potzdam pour recevoir fes derniers
ordres relativement à la revue , en eft revenu
; & il a notifié avant - hier , a la parade , aux
Officiers refpectifs de notre garnifon , de la part
de Sa Majesté , qu'Elle l'avoit chargé de leur
faite fes très - gracieux complimens , & de leur
dire que , puifqu'Elle ne pouvoit pas affifter
» cette fois - ci à la revue en perfonne , Elle s'af
» furoit que chacun d'entr'eux feroit auffi bien
ور
Сс
fon devoir que fi elle s'y trouvoit préfente » .
Le Roi faifant venir fucceffivement fes Miniftres
à Potzdam , le Baron van des Schulembourg s'y
s'v eft rendu ces jours derniers. (Gazette de Leyde,
n°. 41 ) .
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
CONSEIL DU ROI.
Prébende Préceptoriale.
Par un article de l'Ordonnance d'Orléans ,
tous les Chapitres , fans exception , ont été a
fujettis à réſerver , outre la Prebende Theologale ,
une autre Prébende ou le revenu d'icelle , qui demeureroit
deftiné à l'entreténement d'un Précepteur.
(1) On ſouſcrit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix eft de 15 liv. par an , chez M. Mars , Avocat
zu Parlement , rue & hôtel Serpente.
( 46 )
L'Ordonnance de Blois modifie cette difpolition
, elle reftreint l'obligation de fournir une
Prébende Préceptoriale aux Chapitres compofés de
plus de dix Prebendes , outre la principale dignité.
Quelques Chapitres n'ont exécuté cs loix
qu'en partie ; ils n'ont affecté à la place de Précepteur
, qu'une portion du revenu d'une Prébende
. On demande fi on eft encore à temps
pour les obliger , & fi les Chapitres de fondation
& collation laique n'en font pas exempts ? Cette
queftion vient de fe préfenter au Confeil du Roi.
--
Le Chapitre de Va couleurs étoit compoté de
douze Pretendes , y compris la principale dignité,
lors de la promulgation de l'Ordonnance d'Or
léans. On voit par deux Sentences des 17 Février
1567 & 20 Acût 1570 , que pour éviter l'embarras
de fournir annuellement à un Précepteur le revenu
effectif d'une Prébende , il fit avec celui ci un
abonnement fixé à 120 liv. moyennant lequel une
Prében de fut fupprimée . Plus de deux fiécles
après , les habitans de Vaucouleurs ont interjetté
appel de ces deux Sentences au Parlement de Paris,
& ils ont demandé que le Chapitre fut condamné à
leur abandonner le revenu effectif d'une des Prébendes
, pour payer le Recteur de la ville . Par Arrêt
du 5 Novembre 1780 , les Sentences de 1567
& 1570 ont été infirmées , & il a été ordonné que le
revenu d'une Prétende du Chapitre de Vaucouleurs
feroit & demeureroit affecté au paiement des Précepteur
& Régent de la ville , tant en gros fruits ,
qu'en diftributions annuelles. Le Chapitre de
Vaucouleurs s'eft pourvu en caffation contre cet
Arrêt , & la finguliérement excipé , ¡ º . du laps
de deux fiécles écculs depuis les Sentences dont
le Parlemen avoit reçu l'appel. 2 ° . De ce qu'il
étoit de fondation & collation laïque , mais ces
moyens ont été réfutés avec tant d'avantages pår
--
( 47 )
les habitans de Vaucouleurs , que par Arrêt du
mois de Juin 1785 , le Chapitre a été débuté de fa
demande en caffation , avec amende & dépens.
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE .
w
Cafe entre le Marquis de GUERCHY , Seigneur de
Nangis. Et le fieur VAUDREMER , Noraire-
Royal à la Réfidence de Nangis , & Procureur
poftulant en la même Justice. Poftulation pour
s'exercerfans provifions du Seigneur.
La poftulation eft libre dans les Juftices Seigneuriales
, cù le Seigneur n'a point , par fes
ritres , le droit de créer des Offices de Procureur
poftulant ; & d'ailleurs , le droit d'inftituer des
Officiers de Juftice , n'induit pas celui d'en nommer
pour exercer la peftulation . La poffeffion
même où fercit le Seigneur à cet égard , ne peut
fuppléer aux titres. C'est ce qui a été jugé dans
cette Caufe. Le Comte de Guerchy , pere du
Marquis de ce nom , Seigneur Haut Jefticier de
Nangis , avoit incort Atablement , par fes titres ,
le droit de nominer des Officiers de Juſtice dans fi
Terte de Nangis ; mais les titres ne font aucune
mention de celui d'y rommer des Procureurs poftulans.
Cependant , il parcît que depuis 1709 ,
ceux qui ont exercé la poſtulation à Nangis , ont
voulu la tenir de l'agrémentdu Seigneur dort ils
ont obtenu des provifiors. →→→ Le Geur Vauremer
, Notaire Royal à la Réfidence de Nangis , ne
trouvant pas cet tat fuffifant pour fe foutenir , &
voulant y réunir la poftulation , follicite l'agrément
du Seigneur , & obtint des provifions de Procureur
poftulant , en date du 21 Juillet 1748 , Cet
Officier peut dire qu'il a mérité , dans l'exercice
de fes fnctions , l'eftime & la confiance publique
( 48 )
même celle de la Maiton de Guerchy , puifqu'à la
mort du Comte , la dame fa veuve chargea le
fear Vaudremer de l'adminißration de la turelle du
Marquis de Guerchy fon fils ; elie alla meme juíqu'à
l'engager à prendre la place de Batli du
Marquifat de Nargis . Le feur Vaudremer , qui
'n'oloit rien refofer à la dame de Guerchy , l'accepta
, & l'exerça pendant plufieurs années ; mais
charge de famille , l'état de la fortune ne lui permit
pas de conferver one place qui n'étoit d'aucun
produit , & le privoit de l'exercice & des bénéfices
de la poftulation ; il remercia e Marquis
de Guerchy de l'Office de Baili , & reprit les
fonctions de Procureur poftulant . Il y avoit déja
neufans qu'il en avoit recommencé l'exercice fovs
les yeux de fon Seigneur , & fans provifions de
lui , lorfque le 8 Juillet 1734 , le Marquis de Guerchy
lui fit fignifier un acie de révocation de ROFfice
de Procureur poftulant au Bailliage de Nangis
, quidui avoit été anciennement accordé par
des provifions qu'il le fomme de remettre , èsmairs
de l'Hoiffier , fauf décharge valable , lui
faifont déleufe de plus à l'avenir poftuler audit
Bafiliage comme ci - devant , à peine de toutes
pertas , dépens , domniages & intérêts ; pourquoi
ledi : Seigneur Marquis de Guerchy fait toutes réferves
de droit , ainfi que pour toutes antres
cauſes & raiſons . Le fieur Vaudremer a interjeté
appel de cette révocation ; il en a demandé
la nullité , & à être autorifé à continuer de pofruler.
---- Arrêt du 1er . Avril 1786 , qui a mis
T'appellation & ce au néant , émerdant , a autorifé
Me. Vaudremer à continuer de poftuler en
la Juftice de Nangis , & a condamné le Marquis
de Guerchy aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUI E.
DE CONSTANTINOPLE , le 25 Avril.
E 21 , le Capitan - Pacha a mis à la voile
avec fon efcadre : il fe rend à Alexandrie
pour rétablir l'ordre en Egypte. Il a fous lui
20 bâtimens , dont 5 galeres & 12 frégates.
Le 18 , on a décapité le fieur Petracki
dont tous les biens ont été confifqués , & le
bourreau a vendu le cadavre à la famille ,
moyennant 250 piaftres . Il étoit accufé d'avoir
volé le Tréfor royal, & de mépris pour .
les ordres du Souverain. L'intrigue paroît
avoir eu encore plus de part au fort de l'In..
fortuné , que fes délits exagérés ; du moins ,
s'il faut ajouter foi à la relation fuivante
qu'on donne de cette affaire .
Pendant l'espace de quatorze ans qu'il s'eft
trouvé à la tête de la monnoie , l'accufé avoit
amaffé des richeffes exorbitantes . Il avoit joui
de la confiance du dernier Grand-Vifir décapité ,
& n'étoit en conféquence nullement attaché aux
Nº. 23 , 10 Juin 1786 . C
( 50 )
-
intérêts du Capitan - Pacha . Animé par l'ambi
tion , la haine & l'avarice , il a eu l'imprudence
de céder aux defirs de plufieurs familles grecques
, & de fe joindre à elles pour contreminer
le plan du Capitan - Pacha & de fon Dragoman
Morofini , que le premier a voulu éle
ver à la dignité de Hofpodar de Valachie , Malgré
la peine de mort attachée à de telles manoeuvres
, Petracki a ofé écrire un mémoire anonime
au Sultan , où le Prince Morofini étoie
noirci d'une maniere odieufe , & le Capitan-
Pacha , ainfi que le Grand Vifir actuel non
moins mal- traités. Le Grand Seigneur leur
ayant communiqué ce Mémoire , les deux Miniftres
n'ont rien négligé pour découvrir le
coupable , qui a bientôt été reconnu , & qui
enfin l'a payé de fa tête . Le Capitan Pacha
pour donner plus d'appareil encore à fa vengeance
, a même difpofé les chofes , de maniere
qu'au même moment que Petracki fubiffoit fon
fupplice , le Divan revêtoit Morofini du Caftan
& de la couronne de Prince de forte qu'en for-
1ant du Divan le nouvel Hofpodar vit fon ennemi
expofé en public dans cet état humiliant .
Le Prince Selin qui s'intéreffoit à ce malheureux
, ainsi que le Miniftre de la Cour de Suede ,
'ont rien pu obtenir en fa faveur.
:
SUÈDE
DE STOCKHOLM, le 9 Mai.
Hier , le Roi , accompagné du Prince
Royal , des Ducs de Sudermanie & d'Of
trogothie , du Maréchal , des Chevaliers,
de la Nobleſſe , fe rendit à la Salle d'af
( 51 )
femblée des Etats , & ouvrit la Diete par un
Difcours. Le Secrétaire d'Etat de Schroederheim
lut enfuite les propofitions que S. M. a
trouvé bon de foumettre à la délibération
des Etats , & les remit au Maréchal de lat
Diete. Après cela , les Orateurs des Erats'
prononcerent des Difcours , & s'étant enfuite
approchés du trône , ils baiſerent la
main de S. M.
Le même jour , le Comte Goran Gillenftierna
, le Prince W. de Heffeftein , le Baron
Frédéric Sparre , le Comte Gabriel-
Oxenftierna , le Baron Malte Ramel & le
Baron Emmanuel de Geer ont prêté le ferment
en qualité de Sénateurs du Royaume .
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE, le 13 Mai.
14 bâtimens chargés de provifions on
fait voile la femaine derniere pour l'Iflande.
Le Roi ayant acquis les titres de créance
que poffédoient les Hollandois fur les habitans
des ifles de Sainte - Croix , S.- Thomas
& S. Jean , a nommé une Commiffion qui
eft chargée de payer aux termes convenus
le capital & les intérêts .
Le vaiffeau neuf de 60 can. , que la Compagnie
d'Afie a fait conftruire pour la Marine
du Roi , porte le nom de Mars .
C 2
( 52 )
La Compagnie d'Afie a tenu avant hier
une affemblée générale , dans laquelle elle a
fixé à so rixdalers par action le dividende
pour cette année. L'année derniere cette
Compagnie a gagné dans fon commerce
neuftonnes d'or.
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 27 Mai.
Les bruits répandus depuis un certain
temps fur une ceffion quelconque du Daché
de Courlande , ont donné lieu à une démarche
finguliere de la Cour de Péterfbourg.
Son Chargé d'affaires à Mittau , le
Confeiller Notbek a remis à la Régence du
Duché une Note , par laquelle il eſt déclaré
au Gouvernement & à la Nobleffe de Courlande.
כ כ »QueS.M.nepouvoitregarderque
» comme contraire à toute vraisemblance le
» bruit répandu , comme fi le Duc Régnant
» auroit deffein d'abdiquer en faveur du
» Prince Louis de Wurtemberg Stuttgard ,
» Général Major au fervice de S. M. Pruf-
» fienne , [ & Frere puîné de Madame la
>> Grand Ducheffe , marié depuis quelque
» temps avec la Princeffe Czartoriska ; ]
» qu'une pareille démarche de la part du
» Duc , quand même elle ne ſe borneroit
» qu'à la fimple volonté , fans avoir d'exé(
53 )
cution , devroit non feulement lui attirer
» le plus jufte déplaifir de la part de S. M. L.
» mais qu'elle fe verroit auffi obligée de
» prendre les mefures les plus efficaces pour
» s'y oppofer ».
Le lendemain , les Confeillers fuprêmes
de Régence ont répondu , » Que le Duc lui-
» même avoit déja contredit , il y a peu de
» temps , d'une maniere expreffe & avec
» fenfibilité, le bruit qu'il alloit réfigner fes
» Erats au Prince Louis de Wurtemberg
» & avoit déclaré qu'il le tenoit pour une
» fiction , contraire à toute vraisemblance.
L'Impératrice de Ruffie vient de nommer
le Comte de Besborodko , emploié depuis
quelque temps dans le département des
Affaires étrangeres , à la place de Membre
du Confeil Privé.
Pendant l'année dernière , il eft arrivé ici
1215 bâtimens de commerce. L'importation
annuelle roule fur 38 à 40 millions de marcs
de banque. La grande partie des marchandifes
d'importation vient de France.
La navigation du port de San Andero a
occupé l'année derniere 741 bâtimens , dont
597 Efpagnols , 83 François , 18 Anglois
11 Hollandois , 1o Portugais & 5 Pruffiens .
DE VIENNE , le 27 Mai.
L'Empereur a fait l'acquifition de l'hôtel
c3
( 54 )
de Bathyani ; il y fera établi une manufaeture
d'armes .
On affure que les revenus de toutes les
fondations dans les Etats de la Maifon d'Autriche
montent à 18 millions de florins ,
dont font emploiés pour l'entretien des
individus des Couvens qui ont été fupprimés.
On a publié dans la Gallicie , dans la
Bohême & l'Autriche, que la jeuneffe Juive ,
qui ne fréquentera pas les Ecoles normales ,
n'obtiendra jamais la permiffion de fe marier.
La Régence de l'Autriche intérieure a publié
Je tableau fuivant des mariages, naiffances & morts
dans la Stirie , la Carinthie & la Carniole , pendant
l'année derniere .
Dans la Stirie , y compris Graz , on a compté
5,781 mariages , 28,035 naiffances , dont 14,338
garçons & 13,697 filles , & 26,230 morts ,
dont
13,295 hommes & 12,935 femmes,
Dans la Carinthie , y compris Clagenfurt , on a
compté 1,913 mariages , 8,948 naiffances , dont
4,631 garçons & 4,3 17 filles , & 7,556 morts , dont
3,861 hommes & 3,687 femmes.
Dans la Carniole , on a compté 2,823 mariages,
15,950 naiffances , dont 8,165 garçons & 7,785
filles , & 13,889 morts , dont 7,089 hommes &
6,800 femmes. Il réfulte de ce calcul , que
l'Autriche intérieure offre pour l'année 1785 ,
52,933 naiſſances , 45,675 morts & 10,517 mariages.
Les fept Hôpitaux que l'Empereur a fupprimés
à Vienne pour les réunir à l'Hôpital
( 55 )
général , avoient un revenu annuel de
880,000 florins .
Selon le bruit public , il paroîtra inceffamment
un Edit de l'Empereur , pour admettre
les enfans illégitimes au partage de la
fucceffion de leurs peres , à moins qu'il
n'existe des pactes de familles qui excluent
les bâtards de toute fucceflion .
Le 1 de ce mois , on a commencé dans
la Hongrie les travaux pour l'établiſſement
de plufieurs nouvelles routes . On conduira
un grand chemin depuis Raab jufqu'à Weſ--
prim , & detà à Papa par Heiligwreuz ; un
autre fera conduit de Wiefelbourg à Oedénbourg
par la chauffée du lac de Neufiedel.
Un Ballon que l'on a lancé le 17 Avril
dans la Seigneurie de Harrach , ayant crevé
dans l'air , eft tombé fur une grange , y a
mis le feu , &l'a réduite en cendres , ainfi
qu'un autre édifice adjacent ; 13 beftiaux
ont péri.
Tous les Papiers publics ont parlé des
projets de l'Empereur, concernant la réfor
me de l'ancien fyftême des Finances & des
contributions dans le Royaume de Hongrie .
Ceux qui voudront apprécier cette réformé
projetée feront peut-être bien aile de trouver
ici quelques détails fur la recette , la dépenle
& le fyftême des finances de ce
Royaume. Les voici :
1. Caiffe générale des
préfectures
2 Caifle de Cafchau
54624 flor.
3140
54624
3140
C 4
( 56 ).
3 Caiffe d'Effek
5861 3861
4 Do naine de Gratiska 11903 5643.
6260
5478
de Batfe 129894 49736 80158
6 de Kipf 20896 2696 18200
de Pe erwaradin 40335 16412 23924
de Morowa 31128
6792 24336
9 -de Grofvaradin 23671 10725 12946
10 ---- de Solyomke 8158 1457 6701
II de Hufzt 4790 3134 1656
12 de Botska 14653 7024 7629
13 de Sowar 6064 5865 199
14 de Raabongyor 51602 19520 32082
IS de Tokai
27642 17992 9650
16 de Hradek 22754 7856 14898
17 de Likar 24004 8632 15372
3374 2197 1177
Croatie
18 de P-kleny
19 douanes de Hongrie,
d'Ffclavonie & de
647239 55258 591981
20 Gabelles
1753830 408600 1345230
21 commerce de Sovar
Total
333236 121928 211308
3218798 751467 2467331
Le furplus de 2.467,331 florins eft employé à
faire face aux dépenfes fuivantes , favoir :
appointemens des Officiers de la couronne
& de la Chancellerie Hongroife
flo .
70400
idem , pour les employés au Gouvernement
50300
idem , pour la Chambre de la Cour & des
Finances 75600
idem , pour l'adminiftration des Finances
de Kips 13040
idem , pour la table feptemvirale 25500
idem , pour la table royale 28900
idem , pour la table des quatre diftricts 23250
( 57 )
idem , pour des employés dans l'étranger
idem , pour les employés de la quaran-
12410
taine 11719
pour penſions 68200
pour bourses , aumônes , &c . 33151
intérêts des anticipations. 126775
intérêts d'autres dettes
17174
intérêts des hypotheques 6688
intérêts des fonds de fondation
24320
pour gratifications de journées 11325
pour fourni ure pour le Confeil de la
Cour & du Gouvernement
fraix de conftruction
idem ,, pour la Chambre des Finances
idem , pour le château de Prybourg
3961
4794.
902.
17505
commiffion de fanté IIIC
pour hôpitaux
1093
frais de procès à la requête du Procureur
fifcal
1836
petites dépenses imprévues 9100
pour le Militaire
3768.
pour la trésorerie fecrette 300000
1500000
Total
pour la Cour
2.443,822
Nota. Les revenus des domaines font affectés
dans le principe , à l'entretien du Roi & de la:
Cour & à l'adminiſtration politique & civile du
Royaume . Les revenus & les dépentes font
augmentés depuis plufieurs années.
En 1765 les revenus de la Hongrie & de la
Tranfylvanie étoient les fulvans :
1. Contributions de la Hongrie.
2. Revenas des domaines
3. Revenus des mines
flor
3900000
4000000
2000000
4. Contributions & domaines dans le
Bannat de Temefwar 1200000)
5. Contribution de la tranſylvanie 15000000
€ 5
( 58 )
6. Revenus
7. Revenus des Seigneuries de Raizkere
& de Bellic
( Ces Seigneuries viennent d'être vendues
à l'Archiducheffe Chriftine pour la
fomme de 1,900,000 florins .
8. Revenus des terres de Holitſch
Saffin , Ovar
9. Revenus de la Milice Croate à laquelle
on a affigné des terres
Total
200000
60000
250000
80000
13,190,000
Aujourd'hui le total des revenus eft porté à 15
millions : la dépense monte prefqu'à la même
fomme , & elle a été confidérablement augmentée
par les nouveaux arrangemens de l'Empereur.
Les Commiffaires perpétuels , par exemple
, coutent par an 45 mille florins plus que
les anciens grands Palatins : la multiplication
des Tribunaux a auffi augmenté la dépense ,
&c. La population du Royaume de Hongrie
eft de cinq millions d'ames , & eft de 8 , en
y comprenant l'Esclavonie , la Croatie & la
Tranfylvanie. La contribution du fujet ou payfan
de la Hongrie eft triple : fçavoir , des fruits
en nature , des corvées & de l'argent au Seigneur
Foncier des corvées & de l'argent au
diftri&t ou comitat , & de l'argent au Roi.
DE BERLIN , le 26 Mai .
La revue de Potzdam a eut lieu le 17 &
le 18 , & a été commandée en chef par le
Prince Royal. Le 21 , la revue générale de
Berlin a été également exécutée fous les ordres
du Prince Frédéric de Brunſwick ,
( 59 )
comme plus ancien Lieutenant Général . La
fanté de S. M. offre peu de variations : cependant
, depuis quelques jours , le Roi a
admis diverfes perfonnes à fa table , comme
elle le faifoit avant fa maladie.
Le fils aîné du Prince Ferdinand de
Pruffe fuccéde à fon Pere dans la Grande-
Maîtrife de l'Ordre de S. Jean.
Le Roi a affigné de nouveau 150 mille
écus pour l'encouragement des fabriques
dans fes Etats , & 200 mille écus pour diverfes
améliorations à faire dans la Marcha
Electorale. Outre la conftruction d'une mu .
raille , qui ceindra une partie de cette Réfi
dence , les autres ouvrages que S. M. a or
donné d'y exécuter durant l'année couran⚫
te , font des cafernes pour le régiment de
Waldeck , un grand Corps - de Garde pour
celui de Lignowski , ce qu'il y avoit à ajou
ter à l'hôpital de la Charité , un Confiftoire
pour la Communauté Françoife , l'hôpital
de l'Eglife de Jérufalem , vingt - fix maifons
particulieres pour le compte de Sa Majeſté .
Le Duc regnant de Brunswick eft nom
mé par le Roi , pour faire la revue des troupes
dans le Magdebourg ; le Général d'E--
glofstein fera celle dans la Pruffe Occiden
tale.
Le Major Général de Warnery , connu
par les ouvrages fur l'Art militaire , eft mort
à Breslau , dans la 67e. année de ion âge. II
étoit né à Morges en Suiffe , & avoit fervi
c 6
60 )
dans les armées du Roi jufqu'en 1758. A
l'avénement au trône du Roi actuel de Pologne
, il entra au fervice de cette République.
DE FRANCFORT , le 31 Mai.
On affure que les Réformés du Palatinat ,
qui depuis long- temps fe plaignent d'oppreffions
, viennent de porter ces plaintes à
la Dete de l'Empire , & d'adreffer un Mémoire
touchant à l'Empereur dont ils récla
ment la protection .
On a fubftitué à Vienne , comme nous
avons eu l'occafion de le dire plus d'une
fois , des peines corporelles , plus légeres en
apparence , à la peine de mort . Aujourd'hui
on attache trois ou quatre criminels à la
même chaîne. Chacun porte un collier de
fer . Ces trois ou quatre colliers fe communiquent
par une barre auffi de fer. Dans cet
état , les malfaiteurs font emploiés en Hongrie
au tirage des bateaux . Nuit & jour ces
colliers & ces barres font attachés ; il fau
droit les limer pour parvenir à les enlever.
Si un des quatre enchainés meurt dans la
marinée , les trois autres font obligés de traîner
avec eux le cadavre jufqu'à midi. Ce cas
ne doit pas être rare , car un témoin oculaire
nous certifie , que d'un nombre confidé
rable de criminels envoiés de cette maniere
en Hongrie l'année derniere , tous font
morts , à l'exception de neuf.
( 61 )
On a appris par des lettres écrites de Zwornick
en Bofnie , & datees du 10 de ce mois ,
que Mahmud , Pacha de Scutari , ayant par une
ma che rapide & fecrette qu'il fit faire à fon
armée , prévenu celle du Pacha de Bofnie , avoit
pris d'emblée & mis au pillage la ville de Preifereno
, nommée par les Turcs Pifrendi , après
avoir fait main-baffe fur tous les Mufulmans qui
s'y trouvoient. En revanche , ajoutent les mêmes
lettres , tous les Chrétiens domiciliés dans la
ville , qui s'étoient retirés durant l'attaque dans
leurs maifons , avoient échappé au fer de l'ennemi
, & en avoient même été traités en amis.
un grand nombre d'entr'eux avoient pris parti
dans l'armée des Arnautes. Mahmud , après un
féjour de 6 jours dans cette ville , & après avoir
envoyé plufieurs détachemens pour aller ramaffer
des vivres & le bétail du plat pays , s'étoit retiré
tranquillement en Albanie , emportant un butin
immenfe & emmenant avec lui toute l'artillerie ,
armes & munitions qu'il avoit trouvées dans Preifereno
: C'est une affez grande ville fituée fur la
frontiere qui fépare la Servie de l'Albanie , où
fiege un Evêque reffortiffant de l'Archevêché
d'Antivaria ,
A cette nouvelle fort peu authentique ,
on joint d'autres détails , vraisemblablement
tout auffi fabuleux que les précédens , fur
le prétendu Prophete Scheich Manfour , ce
Réformateur de l'Alcoran d'après les principes
de la Loi Naturelle . Voici la harangue burlefque
les Gazettes mettent fur le compque
te doce Mufulman , dont l'exiſtence même
eft encore au moins problématique.
» Ecoutez , ô mortels , l'oracle qui vient d'être
prononcé fur le nouvel enfant de la lumiere
( 62 )
"
le vainqueur des ténebres , le dompteur de la
» foudre , l'invincible bras du Tout - puiffant ,
» l'illuminé prophete Scheich - Manfour. Ouvrez
fans délai vos efprits ; defferrez les plus ténébreux
replis de vos coeurs ; & une nouvelle
» lumiere pénétrera en eux; & elle y préfentera ,
» comme dans autant de miroirs étincelans , la
» vive image de vos conſciences : éveillez - vous ,
ô mortels ! & prêtez une oreille attentive à ma
> voix ».
» Les Muſulmans ont étrangement abuſé des
loix qui leur avoient été prefcrites , & que tant
de prodiges éclatans ont fignalées . Malheureux
qu'ils font ils ont trop dégénéré des maximes
de leurs ancêtres , de ces braves Iflamites qui
» ont foutenu mon honneur & mon nom avec
tant de zele . La divifion regne parmi eux ; je
ne les regarde plus pour mon peuple choifi ; &
leurs voeux ne me font plus agréables . Le Grand
Mahomet vient d'être réprouvé dans les fiecles
» éternels , à caufe de fon fanatifme & de fon
orgueil d'mefurés. Follement enflé de la gloire
» de fon vafte Empire , confervée entiere pendant
tant de fiecles , & de la multitude des peuples
qui fuivent fon culte & adorent fon fépulcre
à la Mecque , il a négligé lâchement le foin
» du grand héritage que le très . Haut lui a confié
. Il n'a pris aucun fouci de la Cherfonefe-
Taurique , qui eft paffée fous le joug des infidéles
; & afin de calmer la confcience des vrais
» Mufulmans , il a eu la foibleffe de permettre ,
que l'on publiât dans la réfidence du Grand-
Seigneur , un livre maudit & funefte , qu'on
nomme Encyclopédie , qui n'eft propre qu'à en-
» durcir les coeurs , & refroidir la foi des mortels.
Le corps de ce malheureux Prophete , & celui
de fon Confeiller, l'enthoufiafte moine Sergius ,
>>
က
( 63 )
& ceux des trois Docteurs & amis , Omar, Of-
» man , Bbubeken , ont été chaffés de la Maifon
» célefte , & Mahomet eft réduit maintenant à
fervir , en qualité de page , dans le plus profond
» des abîmes , fon ennemi Aly ; & il y demeurera
jufqu'à l'année augufte & respectable ; & alors
» il n'en fortira , que pour voir des regrets amers
& indécifibles , l'extermination totale de fa
» fecte. Et vous , infortunés Muſulmass ! éclairés
déformais par une lumiere fupérieure
que les délires intrigués des efprits humains ne
» maîtriſent plus vos ames ! recevez , dans la fimplicité
du coeur , les impulfions de l'influence
divine ! au lieu de leurs voies fourdes & trompeufes
, prenez pour guide la nature , cette mere
foigneufe de toutes chofes !
"
» Puifque Mahomet a fouffert , que fes fecta-
» teurs prêtent l'oreille aux projets féducteurs
des conquérans d'une fecte ennemie, qu'il naiffe
donc de nouveaux peuples ! que la terre pro-
» duife de nouvelles générations , qui fideles &
» obéiffantes , comme de timides enfans , ne
s'éloignent pas du droit fentier de la lumiere !
» qu'après tant de révolutions du Courier célefte !
l'infouciant Mahomet foit réprouvé à jamais ,
& toi prends fa place , 6 illuminé Manfour !
éleves- toi comme le fruit nouveau , qui dans
la belle faifon remplit de joie l'impatient cul-
» tivateur de la terre ! apprends que le Ciel t'a
» deſtiné à une fi grande entrepriſe ! viens , & je
te revêtirai d'une vertu fupérieure : approche ,
" & je te donnerai un coeur de diamant : tes yeux
feront deux dards , qui frapperont de mort qui-
» conque ofera te contredire : ton bras d'acierterraffera
les plus furieux ennemis ; tes pieds
» feront plus légers que la foudre : & ta poitrine
plus impénétrable que le bronze . Leve - toi
( 64 )
donc , & ne crains rien , puifque femblable à
» l'arc célefte , tu annonceras aux . mortels des
jours calmes & fereins : écoute , fans tarder ,
» les decrets vénérables & immortels , qui font
→ contenus dans le Narfip : tu fais que c'eft le
livre facré de la bonne & mauvaiſe deftinée de
» chacun ; qu'il eft confié dans la plus fublime
" partie de l'Olympe , à la garde de cent efclaves ;.
& il fera réfervé à toi feui d'y lire »
D'après le Catalogue des Livres de la
foire de Pâques de Leipfic , le nombre de
nouveaux ouvrages qui ont paru dans l'an
née en Allemagne monte à 2423 , dont
219 tant en langue Latine qu'en langue
Alemande , 168 en langues Italienne
Françoife , Angloite , Polonoife & Bohémienne
, & 83 ouvrages de Mufique.
Un Edit du 29 Mars a défendu jufqu'à
nouvel ordre , dans les pays de l'Electorat
d'Hanovre la circulation des Ecus de 6 liv .
de France , des années 1784 & 1785 , & les
Louis d'or neufs de 1785 & 1786.
Le Confeiller Mayer a pris le 6 Avril pof
feffion du Duché de Sagan , en qualité de
Piénipotentiaire du Prince de Hohenlohe.
Les villes du Duché de Meklenbourg
viennent d'établir une fociété d'Affurances
pour les incendies.
On a calculé que depuis 1683 , la Maiſon
d'Autriche a emploié la fomme de quatre
cents quatre vingt fix millions fept cents
trente c nq florins à foutenir différentes guerres
pour le Royaume de Hongrie..
( 65 )
ITALI E.
DE NAPLES , le 12 Mai
On écrit de Naples que les derniers tremblemens
de terre , qui ont eu lieu en Sicile
dans la vallée de Demone , ont été affez violens
pour renverfer de fond en comble le.
Baury de Saint- Pierre , auprès de Patty ,
ainfi que l'Eglife de S. Tindare , & plufieuts
autres édifices. Les malheureux habitans de
ces contrées errent dans la campagne , fans
alyle , & fans autre fecours que ceux de la
charité de leurs voisins.
DE VENISE, le 9 Mai.
Les dernieres dépêches du Général Chevalier
Emo au Sénat font en date du 6
Avril. Il avoit fait une troifieme attaque
contre la ville de Sfax ; mais l'arrivée imprévue
de plufieurs barques Algériennes , &
l'impoffibilité de faire approcher fes batteries
flottantes de la côte , faute de fond , rendirent
tous fes efforts inutiles . Plufieurs batteries
flottantes ont été perdues , & quelques
autres font en très mauvais état Enfin le
Chevalier Emo a manqué lui - même d'être
tué par une bombe de l'ennemi . Malgré cet
événement le Général n'a point abandonné
fon entreprife, & il fait fes difpofitions pour
( 68 )
une nouvelle attaque , auffi- tôt qu'il aura
reçu le bifcuit & l'argent dont il a befoin .
On prétend que la plupart des défenfeurs de
cette place font Européens .
Une lettre du 28 Mars , écrite à bord de
notre escadre , rend en ces termes un compte
plus détaillé de cette attaque infructueufe.
Le 26 Février , toute notre flote fit voile du
port de Malte , à la réserve de la Sirene , qui
refta en croifiere dans le canal , pour protéger
nos navires marchands & fe charger du refte
des munitions qu'on amèneroit de Venife . Comme
le Chevalier Emo ne revele jamais fes def
feins qu'à propos , nous louvoyâmes environ
12 jours entre les ifles de Pantal: rie & Lampadoufe
, fans favoir notre deſtination ; nous crumes
devoir nous rendre à Tunis , lorfque tout-
1 à-coup l'ordre fut donné de cingler vers la rade
de Sfax , où nous arrivâmes heureufement le
12 Mars. En approchant , nous remarquâmes ,
que les Barbarefques avoient élevé une nouvelle
batterie fur le bord de la mer , & fait plufieurs
difpofitions qui annonçoient une vigoureufe défenfe
. Nous nous hâtames en conféquence de
choifir des poftes avantageux pour nos batteries
flottantes, les chaloupes - canonieres & les bombardes
; de forte que tout étant prêt dès la matinée
da 18 , on fe vit en état de commencer
l'attaque ; elle fut des plus vives ; les affiégés
y rifpofterent avec un acharnement qui nous
étonna. Ils nous envoyerent chaque fois une
décharge générale de toute leur artillerie.
Les ennemis tirerent un fi grand nombre de
boulets du côté où le Chevalier donnoit les ordres
en perfonne , que nous crumes un moment
avoir perdu notre Amiral. Ce danger nous
( 67 )
ayant fait reculer un peu , nos batteries redou
blerent leur feu , foutenues de toutes les chaloupes-
canonieres , tandis que nos bombardes
jetterent continuellement des bombes dans la
place , où elles cauferent pour le moins autant de
dégats que nos canons en firent aux ouvrages.
Le nombre des ennemis tués & bleflés eft trèsconfidérable
. Le Chevalier Emo ayant enfin ordonné
la retraite , on l'exécuta fans le moindre
défordre , malgré le feu d'enfer que firent fur
nous les affiégés. Dès que le tems le permettra
nous reviendrons à la charge , elle fera des plus
meurtrieres ; le Chevalier a fait augmenter le
nombre de nos bouches à feu du côté où il fe propofe
de battre la place , nous ferons agir entr'autres
une piece formidable qui eft un mortier
de 200 liv . Les Barbarefques ne font pas reftés
oififs , ils viennent d'élever deux batteries à
fleur d'eau où ils ont tranfporté tous les canons
inutiles qu'ils avoient fur les murs.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 27 Mai.
La nomination de Lord Walfingham à
l'Ambaffade d'Efpagne , paroît jufqu'ici
n'avoir été faite que par les Folliculaires .
S. M. ne l'a point encore ratifiée;le Morning-
Chronicle l'affure pofitivement , & nulle Gazette
de la Cour n'a annoncé cette nomination.
Les mêmes diftributeurs des places
avoient défigné , les uns , M. Cumberland , les
autres , M. Wrafcall , comme Secrétaire dé
sette Ambaffade .
( 68 )
La Chambre Haute , par- devant laquelle
le bill d'amortiffement a été porté , ayant
demandé aux Communes , malgré l'oppofition
du Lord Bathurst , fon Préfident actuel ,
communication des pieces qui ont fondé le
rapport du Comité , les Communes ſe font
refufées à cette demande , contraire aux règles
qui ne permettent pas à l'une des deux
Chambres, d'exiger de l'autre un compte des
raifons qui l'ont déterminée à paffer un bill
quelconque. Sur cette réponſe , les Pairs pafferent
, le 25 , à l'examen du rapport. Le
Comte de Stanhope propofa de fubftituer au
bill de M. Pitt un autre projet de fa façon ;
mais ce projet ne fut pas goûté , & la Chambre
s'ajourna, après avoir admis le bill de M.
Pitt , auquel S. M. a donné avant- hier_la
Sanction Royale.
Selon l'ordre du jour , les Communes s'oc
cuperent , le 24 , de la troifieme lecture du
bill de la Judicature de l'Inde. M. Fox s'y
oppofa dans les termes les plus violens.
On n'en pouvoit juflifier , obferva-t-il , ni le
principe ni les claufes . C'étoit une violation
monftrueufe de la Jurifprudence . Les effets
d'ailleurs ne répondoient point aux vues qu'on
s'étoit propofées en le formant , & il faifoit
une injuftice révoltante aux fujets Anglois établis
dans l'Inde , en les privant du privilège
d'être jugés par leurs pairs. Pour montrer combien
les bafes de ce bill étoient abfurdes originairement
, M. Fox cita la claufe qui forçoit les
Anglois revenus de l'Inde , à donner un état de
leur fortune , claufe qui avoit été abandonnée ,
( 69 )
fans qu'on en eût fait l'expérience . Il conclut
en difant qu'il protestoit donc contre cette mefure
, -puifqu'il ne pouvoit pas avoir la fatisfaction
de la voir retirer.
La réponſe de M. Dundas fut , que l'honorzble
membre ayant admis la néceffité d'une autre
espece de judicature que celle pratiquée dans
l'Inde , il auroit dû dans l'espace de deux ans ,
en propoſer une autre conforme à fes idées de
jurifprudence.
Il foutint que les principes du bill actuel n'étoient
point contraires aux libertés & aux privilèges
des Anglois réfidans dans l'Inde ; & déclara
qu'il avoit abandonné la partie du bill relative
à la déclaration des fortunes faites dans ce pays- '
là , non qu'il fût convaincu de fon impropriété ,
mais parce qu'il avoit jeté les plus grandes alarmes
dans l'Inde , & que la raifon d'état l'avoit
emporté fur fa propre conviction .
Ce raifonnement ne parut pas fuffire à M..
Fox , qui obferva qu'il étoit très - étrange de prétendre
que les membres qui formoient des objections
contre un bill , duffent en propofer un
aurre à la place ; que quant à lui , il avoit propofé
rarement des bills à la Chambre , & que
lorfqu'il l'avoit fait , il n'avoit point épargné
fes peines pour s'inftruire avant de les préfenter,
quoique fes efforts n'euffent pas toujours été cou-i
ronnés du fuccès.
M. Sheridan rappella à M. Dundas , que M."
Francis avoit voulu en préſenter un fur le même
fujet , mais qu'il s'y étoit oppofé , en disant que ,
l'intention de l'adminiflration étoit de s'occuper
de cette affaire . Il blâma enfuite la précipitation
indécente avec laquelle le premier bill
avoit été paffé , fous prétexte qu'un nivire l'attendoit
pour partir , quoiqu'il n'eût fait voile
que trois femaines après.
( 70 )
Nonobftant ces débats déclamatoires , le
bill fut agréé & envoyé à la Chambre des
Pairs.
Le 25 , l'Alderman Watfon préfenta une
Pétition du Corps des Marchands de vin.
Ils demandent à être entendus par le Miniftere
de leurs Confeils fur les difpofitions du
bill qui les concerne. L'Alderman Watson'
fe plaignit avec eux de la précipitation que
l'on mettoit à faire paffer un bill fi important.
MM. Fox , Shéridan & Dempfter déclarerent
que le bill n'ayant été imprimé que le 22 ,
on devoit pour en faire la feconde lecture
attendre des informations réellement fuffi -
fantes & qui , n'en déplaife aux partifans du
Miniftre , n'exiftoient point encore . Mais leur
avis pour remettre en conféquence cette lecture
au 30 de ce mois , ne prévalut point , &
la motion faite à ce sujet par l'Alderman Watfon
, fut rejettée par une majorité de 50 voix.
La Chambre cependant reçut la pétition du
corps des Marchands de vin , & il fut ordonné
que leur confeil feroit entendu fur la diſpoſition
du bill lors de la feconde lecture .
Voici la fubftance de ce bill fur les vins
étrangers , importés dans la Grande - Bretagne.
Le bill après avoir rappellé les actes de Georges
II & du Roi régnant , concernant le commerce
des vins , abolit les droits actuellement
exiftans fur les vins , & en établit de nouveaux
dont la perception fera confiée aux Commiffaires
de l'Accife en Angleterre & en Ecoffe . Voici
d'ailleurs les principales difpofitions du bill. Les
vins avariés font exemptes de tous droits ; les
( 71 )
Commerçans en vins étrangers font obligés de
les déclarer aux Officiers de l'Accife . Les vins
qui n'auront point payé les droits feront vendus ,
& ceux qui auront été débarqués frauduleufement
feront faifis . Les Marchands en gros feront
tenus de prendre des permiffions pour faire ce
commerce , & de les renouveller tous les ans.
A la réserve des privileges des deux commumautés
fuivantes , fçavoir , la compagnie des
Marchands de vin de la cité de Londres , & les
Maires & Bourgeois de Saint -Albans , les magafins
font affujettis à différentes regles . Les Marchands
de vin feront la déclaration de tous leurs
fonds , & les Officiers de l'Accife feront autorifés
à vifiter les caves de ces Marchands , & à
prendre des échantillons de leurs vins . Les
Marchands feront tenus de marquer les vaiffeaux
dans lefquels ils tiendront leurs vins , & de les
montrer aux Officiers de l'Accife . Ils ne pourront
changer lefdits vaiffeaux , ni mettre de
vin en bouteilles fans en donner avis à l'Accife.
Défenfe aux Marchans de tenir des vins ou des
liqueurs de fabrique Angloife. Les Marchands
tiendront régistre de leur vente & en feront
le rapport à l'Accife. Enfin tout accroiffement
de fonds non déclaré fera confifqué .
"
Les vaiffeaux de guerre destinés ppoouurr les
ifles de l'Amérique ont ordre de prendre
leur complet d'hommes comme en temps
de guerre .
Parmi les vaiffeaux qu'on équippe atuellement
pour les différentes ftations du dehors
, il n'y en a pas un deſtiné pour l'Inde ,
fuivant les Gazetiers qui favent toujours
mieux que l'Amirauté même la deftination
des armemens.
( 72 )
Le Miniftre a définitivement réglé le 22 ,
les conditions de la prochaine Loterie Royale.
Mrs. Hankey , Banquiers , fent convenus de
prendre la totalité des billets , à l'exception
de 10 000 qui feront pour la Tréforerie. Le
nombre des billets eft de ço , ooo , & Mrs.
Hankey fe font engagés à donner la fomme
exorbitante de 13 liv. 15 f. 6 d . pour chaque
billet. La Loterie fera tirée au mois de Février
prochain. Le 24 , les billets portoient
une prime de to fchellings fur la place.
On fe dit à l'oreille , à ce que raconte l'Univerfal-
Regifler , que la grande affaire dont le
cabinet Britannique s'occupe actuellement , eft
l'adoption d'un plan arrêté par le Marquis de
Lanfdown , pour peupler la province de la
Nouvelle- Ecoffe de réfugiés Américains. Les
avantages qui réfulteront pour ce pays , ajoute
la même feuille , d'établir dans les provinces qui
nous reftent un nombre confidérable de nos plus
fideles fujets , fortement attachés à l'heureufe
conftitution Britanique , font infinis . Ce plan
s'étend auffi , dit - on , à la population du Canada
, de l'ifle Saint - Jean & du Cap - Bréton . II .
paroit néceffaire de porter dans le Gouvernement
que nous pouvons appeller Amérique
Angloifes , auffi bien que dans celui de nos dépendances
Afatiques , les ufages & la politique
des gouvernemens monarchiques , afin de les
retenir dans la fujétion où doivent être des colonies
éloignées.
20
Le Morning - Chronicle donne l'état fuivant
des revenus & des dépenfes du Prince de
Galles.
Il
( 73 )
Il eſt alloué au Prince annuellement
par le Parlement ,
• •
Les revenus qu'il tire de fon
appanage font d'environ
Ce qui fait
50,000
1. A.
14,000
64,000
Les dépenfes annuelles font
pour les traitemens des Officiers
de fa maifon , & fon établiſſement
domestique ,
•
Pour fa table une fomme
fixe, dont le fieur Weltjie , contrô-
20,000
leur de fa bouche , a l'entreprife , 10,000
Pour les écuries , voitures &
chevaux ,
Total
30,000
€0,000
A ce revenu annuel , dit le Morning Chronicle
, il faut ajouter les revenus cafuels qui
proviennent du renouvellement des baux , de
la coupe des bois , &c. &c. S. A. R. vient de
recevoir 100,000 l . ft . fur le renouvellement
d'un bail, & environ 30,000 l . ft . de la coupe
d'un bois dans le Somerfetshire ; mais d'un
autre côté , il faut ajouter aux dépenfes iné
vitables , celles que S. A. R. eft obligée de
faire en habits , en bâtiffes & en munificence ;
après quoi, l'article des menus-plaifirs le trouvera
encore au dépourvu.
#
La même Feuille contient l'extrait ſuivant
No. 23, 10 Juin 1786. d
( 74 )
d'une lettre de Gibraltar, en date du 23 Avril
dernier.
« Notre brave Gouverneur , non moins a &tif
en tenis de paix qu'en tems de guerre , s'occupe
fans relâche à rendre cette fortereffe de plus en
plus imprenable ».
« Je me rendis Dimanche dernier dars l'endroit
appellé la Gro: te d'Inch : cette fortification
taillée dans le roc , eft une des plus grandes curiofités
que j'aie jamais vues ; il y a vingt- une
embrafures pour autant de canons , au moyen
defquelles on peut caufer beaucoup de domma
ge aux Efpagnols fans aucun danger , à moins
qu'un boulet n'entrât par une embrafure ; &
dans ce cas , tous ceux qui feroient employ és au
fervice du canon périroient néceffairement , attendu
que dans chaque embrafure il n'y a qu'un
petit efpace dans lequel le boulet bondiroit en
rous fens jufqu'à ce qu'il eût perlu fes forces.
Cependant on fe propofe de les matelaffer pour
y remédier , quoiqu'il y ait cent contre un à
parier qu'un boule: n'y entrera pas ; à l'extrémité
de la grotte on trouve une belle falle , dont le
plancher et tout de pierre unie ; on y voit un
bel efcalier tournant , qui conduit à une forte
d'entaillure dans le roc . On creuſe une autre
grotte fous la batterie de Willis , qu'on appellera
la grotte de la Reine , je n'ai pas encore été la
voir ; mais je fais qu'il n'y a encore que deux
embrafures de faites ».
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 31 Mai.
Leurs Majeftés & la Famille Royale one
figné le 25 de ce mois , le contrat de mariage
du Marquis de la Bonniniere de Beaumont,
Capitaine au régiment du Roi, Cavalerie
, avec Demoiselle de Miroménil.
Monfeigneur Comte d'Artois eft parti ,
le même jour , pour aller viliter les travaux
du port de Cherbourg,
3
Le Vicomtes de Gand,, déclaré ! Grandd'Espagne
de la premiere Claffe par, Sa Maj .
Catholique a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi & à la Famille Royale en cette qualité.
1: Dom Coutans , Bénédictin de l'Abbaye
de Saint Pierre de Lagny , Congrégation
de Saint-Maura en honneur.de préfenter
à Leurs! Majeftés , à Monfieur Se à Monteigneur
Comte d'Artois , la 1de partie de
fon OEuvre topographique des environs de
Paris , jufqu'aux extrémités du diocefe.
S
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 28 , le contrat de mariage du Marquis
d'Aloigny , Capitaine de Dragons au
régiment de Boufflers , avec Demoiselle du
-Sauzay celui du Comte de Montléart
auffi Capitaine de Dragons au régiment de
Boufflers , avec Demoiſelle de Saint - Simon ;
& celui du Comte Augufta de Lambertye ,
avec demoiſelle Chandéon de la Vallette .
Gerjour , la Vicomteffe de Gand a eu
l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
asta Famille Royale par la Comteffe de
Gand, & a eu en même temps celui de
prendre le taboutet.
d2
('76 )
La Vicomtelle de Lévis & la Marquife
de Pimodan ont eu l'honneur d'être préfenrée
à Leurs Majeftés & à la Famille Roya
le ; la premiere par la Maréchale de Lévis ;
& la feconde par la Marquife de la Fayette .
Le Comte de Flavigny , Miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Infant d'Efpagne
Duc de Parme, qui étoit de retour par
congé , a eu, le même jour , l'honneur de
prendre congé de Sa Majesté pour retourner
à fa deftination , étant préfenté par le Comte
de Vergennes , Chef du Confeil royal des
finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des Affaires étrangeres.
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Mores ,
Ordre de Cireaux , diocefe de Langres ,
l'Abbé de Juges Braflac , Vicaire général de
Chartres ; à celle de Lauvaux , même Otdre
, diocefe de Vannes , l'Abbé de Corfin ,
Chanoine de Rennes ; & à celle de Notre-
Dame de Valence , Ordre de Citeaux , diocefe
de Poitiers , l'Abbé Bouchet , Vicante
général de Lavaur , fur la nomination &
préfentation de Monfeigneur Comte d'Attois,
en vertu de fon apanage..
DE PARIS, de 8 Juin, 12 á
34 8
Voici la fuite de l'Etat de la Marine commencé
au Numéro précédent.
Capitaines de vaiffeaux , élevés au giale de
Chefs de divifions. Dans cette promotion , les
rangs ont été aflignés en la forme fuivante.
( 77 )
MM Cillart de Surville , de la Péroule, Comte
Lebegue , Cafteller , Comte d'Aymar , Gardeur
de Tilly , Baron de Duefort , Renaud d'Aleins ,
de Bruyeres , de Saint- Civeul , Vicomte de Beaumont
, de Thy , Chevalier de Tréceffon , Kerou
las , de Cohus , Vidal d'Audiffret , Marquis de
Flotte , Verdun de la Crene , Pontevezgien , de
Medine , Bernard de Marigny , Marquis de Kergariou
, du Chilleau Chevalier de Borda , d'Entrecafteaux
, de Bonneval , de Kerfaint , Kergarida
de Locmaria) , de Säineville , Texier de
Norbec , Chevalier de Riviere , Macarty , Macteigne
, Chevalier de Villayes , de Beaudran , Chauf-
Tegus , de la Villebrune , de Barbazan , de la Ga-
Honiere de Macnemara , de Fornone , de la
Bretonniere , & Vidal de Léry.
I Capitaises en activité de fervice. MM. du
Bouzer de Belizal , de Saint - Félix , Chevalier de
Tanoceara , Chevalier de Cuverville , Chevalier
de Pujer-Bras , de Ligondes , Laveillon , Laroque
Dourdan, Chevalier de Vaugirand , de la Bouche
tiere , Chevalier de Villeneuve- Cillart , Cheva
lier de Lausoy Homelia , Baron de Clugni ,
Buor , Guinovagt , Chevalier de Gallés , le Vaffor
de la Touche , de Flotte de Beuzidan , de Beaurepaire
de Montcabrier , de Saint- Michel Blacon,
de Granchain , d'Orfin , Vicomte de Grafle ,
Groignard , Lelarge de Saint- Ourt , de Langle ,
Gautier , Homelin de la Hune , Rofily , la Ganorgue
, de Cogolin , Comte Charles Dagoute ,
Coiffer du Breuil , de Tenel , de Foligny, Roquart
de Saint-Michel , de Montbas , de Rocheguide , de
Suzannet , d'Eculleville , de Hort , de Lamotte-
Grout , de Raquffet- Seillons , Jacqui des Tecerres.
de Maurville , de Capellis , de la Prévalaye , de la
Bourdonnaye , Chevalier de Caux , de Kerfaint ,
de Froger , Gafton , Durand du Braye , Pas de
3
dz
((78 )
-
Beaulieu , Beaumont , Lemahre der Cöftebelle ;
de Moiffac , de Tillevaille , de la Saille.usée 1
M. Da Four Médecin , & de la Société
Royale de Médecine , nous rend compte de
la maniere fuivante , d'une maladie épidémique
qui a attaque plus de fix cent perfonnes
dans le village de Cus , à deux lieues de
Soiffons , & dont trois adultes feulement
font morts . ob , lɛvolno¤ 25 ,an
Cere maladie , réellement épidémique , puifqu'elle
préfentoit prefique toujours les mêmes ac- 1
cidens chez toutes les perfonnes qu'elle attaquoit ;
préludoit rarement par un mal-être , un accablement
& des douleurs vagues Eile prenoit pour
l'ordinaire , affez brufqiement ; uwléger friffon ,
le plus fouvent accompagne denaufées & dlanstés
, en étoit le printerfymptôme ; la fièvrefuc
cédoir, le poulx écois dans ces premiers momens
irrégulier, quelquefois.cohalf ; i farvenbirúhe
fueur graffe , fétide peu/abondante , lorsqu'elle!
n'étoit point excitée par le poids des couvertures , t
dont on furchargeoit les malades y inconvénient
auquel j'ai cherché à parer dès nid premiere vifite
Vers la fin du fecond jour , quelquefois plutôt , razb
rement plus tard , il fe manifeftoit d'abord à la
face & fur la poitrine , puis fur les bras , & enfin b
far tout le corps des exauthêmes d'un rouge
écarlate , auxquels fe mêloient fouvent des taches
pourprées , & quelquefois une éruption miltaire ,
particulierement chez les femmes nouvellement
accouchées & les nourrices. ( Beaucoup de malal
des ont éprouvé auff des maux de gorge aphteux,
& quelquefois gangléneox ; ils ont cité fur tout
Arès-communs dand tes, mois d'Avrile dvds Mai
J'ai obfervé que chez ceux qui en ons éré attaqués
, l'éruption étoir moins confiderableg & le
( 79 )
danger plus grand. ) L'éruption faite , le pouls
étoit dans un état peu différent de l'état naturel.
Vers le 6e. on 7e, jour , toute la peau ſe couvroit
d'écailles farineufes , qui tombent au plus éger.
frott ment, Cette maladie s'eft préfentée prefque
toujours da
fon principe , avec des fymptômes
de malignité; des fourefauts dans les tendons, des
mouvemens convulfifs dans les muſcles, de la fice
de l'affoupiffement,, un délire tourd ; la préſence
des vers s'eft annoncée fouvent par des faccades.
convulfi.es , des picotemens à la région de l'eftomao,
& une fucur graffe au toucher , & prefque
toujours d'une o leur aigre.
Les caufes déterminantes de cette maladie .
étoient des le ains putriles , dont le foyer exiftoit
dans les prem eces voies , & qui paltoient fubitement
dans les fecondes . Les caufes éloignées ,
mais difpofantes , ont été toutes celles qui donnent
naillance aux épidémies en général . A la
féchereffe qui avoit régné pendant tout le prin
temps & une partie de Tété de 1785 , ant fuccédé
des pluies prefque continuelles , des brouillards ,
des temps prefque toujours humides , qui ont
duré depuis le milieu de l'été jufqu'au commencement
de l'hiver. Ce qui a pu contribuer le plus
dans ce village à cette maladie , c'est le voisinage
des eaux flagnantes , répandues çà & là près des
habitations. Ces eaux,dans lefquelles on fait rouir.
le lin & le chanvre qui fervent aux manufactures
de ce village , exhilent des vapeurs putrides . &
méphitiques , bien propres à donner naiffance à
de pareilles maladies.
Le di gnaftic étoit très- facile . Quant au pro
gnostic ce qui le rendoit le plus fâcheux dans
Te principe , c'étoit la frayeur qui faifoit les
malades dan linvafion de la mila lie. Elle en
a tué plusieurs dans le court efpace de vingtd
4
( 80 )
quatre heures. Les hommes les plus vigoureux
étoient ceux qui , lorfqu'ils étoient attaqués , y
fuccomboient le plus promptement. Les femmes
enceintes ou nourrices , les nouvelles accouchées
en ont été toutes attaquées & ont
couru de grands dangers. La raison en eft le
Caractere particulier de leurs humeurs qui ont
plus de tendance à la putridité . Ce qui annonçoit
une heureufe terminaifon , c'étoit une
alette d'ame tranquille , la régularité du pouls
& la confiftance des forces.
La méthode curative que j'ai cru devoir adop
ter ici , étoit la plus fimple poffible . Elle ne
confiftoit qu'à remplir les indications que préfentoit
la nature chez la plupart des fujets attaqués.
Elle devoit varier fuivant les circonfsances
, le tems , l'âge , le tempérament ;
toujours on a fecondé les vues de la nature ,
en dégorgeant , dès l'invafion de la maladie , les
premieres voies par l'émétique donné en grand
lavage. Ce remede avoit le double avantage
de vuider l'eftomac , de procurer des évacuations
par bas , & de laiffer une difpofition à la
fueur , en pouffant du centre à la circonférence.
Mais il étoit effentiel de profiter des premiers
moments. Cette précaution prife , les boiffor.s
les plus légeres fuffifoient pendant tout le cours
de la maladie. Conftamment l'émétique donné
de la maniere indiquéé , a procuré des éva
cuations abondantes de matieres faburreufes &
bilieufes de différentes couleurs , & fourent
l'éjection de plufieurs vers lambricans & par
haut & par bas. Les antiputrides acides mariés
aux plus doux diaphorétiques , aux authelmeudiques
, ont été les feuls remedes qu'on ait donnés
dans l'état de la maladie. Tous les remedes
chauds & capables de porter Pincendie dans le
( 81 )
3
fang , ont été profcrits . Le bouillon le plus
léger fait avec le veau & des herbes rafraî
chillantes , ne fe permettoit que de 4 en 4
heures . La faignée a été rarement utile . Elle
aréré quelquefois employée pour prévenir des
engargemens inflammatoires & faciliter l'effet
des autres moyens curatifs . Les véficatoires ont
été fouvent, indiqués & ontheu des avantages
marqués , loríqu'on les a appliqués , quand la
fievre & les autres accidens ont été diffipés ,
onsas eu recours aux purgatifs , on y left revenu
plufieurs fois ; on a employé alors les authelmeutiques
les plus forts , les toniques , te's que
le Kina en poudre allié avec le fafran de Mrs,
&c. Les moyens ont parfaitement réuffi , & ont
guéri tous ceux qui les ont employés & qui
n'ont commis aucune imprudence.
Autre Lettre écrite au Rédacteur,
MESSIEURS,
Votre Journal étant confacré depuis longtems
, à annoncer au public tout ce qui peut
contribuer à fon bien-être , j'ai cru devoir vous
faire part d'une découverte très - utile d'un remede
dont j'ai éprouvé , & dont j'éprouve encore
chaque jour les effets les plus falutaires
J'étois tourmenté depuis plusieurs années des
douleurs de la goutte ; cette cruelle ennemie
de mon repos étoit enfin parvenue , au commencement
de l'été dernier , à s'emparer de
tout mon individu : je fouffrois . c'eſt
au- deflus de toute expreflion : un ami vint me
voir & me propofa de faire ufage d'un fpécifique
, dont il me fit les plus grands éloges.
Dégoûté , rebuté même d'avoir déjà pris tant
de drogues de toutes les couleurs , fans en avoir
reçu le moindre foulagement , je ne pus ( mal
d S
( 82 )
gré mes douleurs m'empêcher de rire du ton
affirmatif dont mon ami exaltoit fon remede zi
mais il infifta fr fore que je confentis -à en faires
l'effa .
ر
Ce fut au mois d'août 1785que mon amis
m'amena les fieurs Marty & de Guy, poffefe
feurs de cet antidote , ils m'en donnerent deux
prifes , & les douleurs cefferent en effer.
Je crus qu'au renouveau de la lune fuivante
le mal reviendroit encore avec plus de violen
ce , je frémiffois d'avance dans cette fatale at
tente ..... Elle fut heureufement trompée ; &
grace au fpécifique de ces Meffieurs d'impo
tent que j'étois , me voilà frais & difpos.
Jai continué ce remédelavec d'autant plus
de plaifir & de fécurité , qu'outre que ma propre
expérience m'en garantifoit l'efficacité , un Médecin
dont la plus haute fortune a couronné
Je mérite , m'a dit qu'il connoiffuit ce fpérifique
, queje ne rifquois rien de m'en fervir ,
& qu'il me confeilloit de le continuer. C'eft-là
le cas de dire experto crede Roberto .
2 C'eft mon amour pour l'humanité ,
& nia
vive compaffion pour les malheureux podagres,
qui me portent à rendre public le jufte té
moignage que je dois aux bons effets du remede
de ces Meffieurs. SACCHINI .
>> Dans le courant de Mars 1786 , unen-
» fant de la ville de Soiffons , âgé de douze
» à treize ans , jouant fur le pont de la ville
» d'Aixne avec d'autres jeunes gens de fon
âge , s'apperçut qu'un cheval que l'on
» conduifoit boire , avoit démonté un p
22
ticulier de la ville & l'avoit jette dans
» l'eau ; auffi-tôt il quitte la partie , & s'em(
83 )
">
» parant de l'argent qui étoit fur jeu , pour
» ne rien perde de fes intérêts en fon ab
» fence , il court environ l'efpace de cent
cinquante pas , & en pré ence de plus de
3 ctn perfonnes qui cherchoi n des moyens
" pour parvenir à donner du fecours au
malheureux qui fe noyot , il fe jette à
l'eau to it habillé & le ramene,à bord privé
de connoiffance. La Ville travaille à
» faire un fort à cet enfant. Affiches de
Meaux. )
22
"
« Par une fuite de la trop mémorable fécherefe
de l'année derniere , une grande partie
des denrées de premiere néceflité a renchéri La
livre de viande , qui fe vendoit 10 fols , á été
portée à 12 fols dans la femaine de Pâques , à
caufe du petit nombre des beftiaux qui ont été
conduits au marché de Poiffy , où le fait l'approvifiongement
de Paris . Le prix de la livre
de beurre a été porté juſqu'à 40 fols . Les légames
font d'une cherté exceffive ; & ce qu'on
n'a peut-etre jamais vu dans cette Capitale , une
bot e d'oignons , qui fe vendoit communément
» 6 liards ou 2 fols , fe vend 8 ou 9 fols . On dou
bien imaginer , après cela , que les autres denrées
, à l'exception du p in , dont le prix a un
peu diminué & qui le vend datuellement fols
6 deniers livre chez le Boulanger , doivent
avoir augmenté en proportion. Les perfonaes
ဘ riches peuvent feules manger de la volaille,
»
» Telles font les fuites de cette affreufe féchepreffe
de l'année derniere , il faut que les ravages
ent été bien confidérables, puifqu'on voin dans
les Afiches de la Baffe- Normandie , qui eft caper-
» dant le pays des herbages, que la viande fexend
d 6
( $4 )
59.
50
» à Caen 9 fols 6 deniers la livre. A Senlis , to fols
» la livre à Nantes la livre de la meilleure vian
» de de bauf, & celle de mouton , 8 fols 4 den.; de
» veau , 9 fols. Il y a eu auffi à Metz une augmen-
» tation dans le prix de la viande ; la livre des trois h
efpeces prifes enfemble ou féparément , y vaut
actuellement 7 fols. La livre de viande , preo
mere qualité , fe vend à Dijon 7 fols 6 deniers ;
inférieure , 7 fols , avec défenfe d'y mêler les
extrémités . Selon une Ordonnance de Police ,
rendue à Troies en Champagne , la livre de vian
so de a été taxée à 7 fols 6 deniers ; défenfes font
faites aux Bouchers de la vend e à un plus haut
po prix , quand même il leur feroit offert, fous peine .
5. d'amende arbitraire , comme auffi d'y comprenodre
aucun morceau, appellé agrément ou réjouiffance
, aucun os détaché de la chair , même les
5 têtes ou pieds de veau , fauf à vendre lefdits bas
5 morceaux à la main , & de gré à gré ; défenfes
auffi font faites auxdits Bouchers , d'apporter ,
étaler dans les boucheries , vendre ni débiter au
poids aucune tête , ni pieds de boufou vache ,
fous peine de confifcation & d'amende arbitraire
, & fous plus grande peine , en cas de
récidive. ( Journal général de France. )
Quelques détails de la Notice que nous
avons donnée dans notre dernier No. tou
chant l'affaire intéreffante de la fille Salmon,
n'étant pas exacts , nous nous empreffons de
les rectifier , en publiant la Lettre fuivante
qu'on nous adreffe à ce fujet.
Meffieursio
Je luis obligé de redreffer plufieurs méprifes
qui fe font ghiffées dans votre Extrait , & qui
pourroient bleffer quelques perfonnes contre
votre intention, su 25b eisq ans
La fille Salmon n'avoit pas été condamnée
en conféquence du rapport des Experts , qui avoient
pris des miettes de pain beni pour de l'Arfenic . Ces
Experts , au contraire , ont fort bien diftingué
les miettes de pain , de la fubftance arfenicale ; mais
on a reconnu , par l'inftruction du Procès , què
l'Arfinic , dépoté au Greffe , trouvé dans les
poches de cette fille , & difféminé autour d'elle ,
y avoit été dépofe ; introduit & difféminé , par
des mains étrangeres , pour fournir contr'elle
une espece de conviction.
1
20. En parlant du furfis , obtenu de Sa Ma
jefté ; vous dites qu'il fut accordé à la Requête du
Prêze qui avoit confeffe la fille Salmon & de
fes Avocats ; lorfqu'il n'y a rien au Procès qui
ait autorifé cetre indifcrétion .
30. Vous affurez que le Procureur du Roi
du Bailliage de Caen , eft condamné , fur l'Ara
rêt du Parlement de Paris , à nommer à la fille
Salmon fes Dénonciateurs , finon tenu des dommages
& intérêts , en fon propre noms, & il n'y a
pas un mot de cela dans l'Arrêt comme vous
pouvez d'ailleurs vous en convaincre aifément
par la lecture de l'imprimé qui fe diftribue ac
tuellement dans Paris.
2
4. Enfin , vous ajoutez que cet Arrêt eft du
aux généreux efforts de M. le Cauchois , Avo
cat au Parlement de Rouen .
M. le Cauchois a eu à Rouen , le mérite de
prêter les foins les plus généreux à cerre pauvre
fille.
?
Mais il a fallur d'autres foins & d'autres efforts
, pour arriver à la caffation de l'Arrêt , de
plus ample informé indéfini , en gardant priſon &
il fetoit injufte d'enlever ce mérite à M. Turpin
, Avocat au Confeil qui a déployé , à cette
occafion , autant de talent que de zèle & de gé
aérofité.
( 86 )
ee
Lorfque la fille Salmon eut été enfuite renvoyée
au Parlement de Paris , elle a encore eu
befoin de Défenfeurs nouveaux , & elle a promprement
retrouvé , dans le Barreau du Parle
ment de Paris , les fecours généreux que fa fituat
tion exigeoit.
Tout Paris a connu l'ouvrage intéreffant ;
publie à ce fujet , par M. Fournel , fous le titre
de CONSULTATION pour une jeune Fille condam
née à être brûlée pive , qu'on regarde comme rem
plie de fageffe , de force & de folide raiſonne
ment.7
t
Enfin , Meffieurs , on pouvait auffi nommer
M. Bijo , Procureur au Parlement comme
n'ayant pas été tout - à- fait inutile à la fille Sal+
mon , dans une affaire , où , pour prix de fes foins,
il n'a jamais ambitionné que le bonheur de contribuer
à fon fuccès.
གའུ མ བ བ
- 5 Juin 1786 .
ro st
Un de vos Abonnés. yi
2012
· L'Académie de la Rochelle a tenu le 17
Mai fa Séance publique.
M. De Bauffay , Directeur , en a fait l'ouver
ture par le précis des événemens intéreffans
pour l'Académie depuis la derniere féance , &
par l'éloge de MM. Guettard & de Bonami ,
f'un & l'autre Affociés de cette Académie , dé,
cédés il y a quelques mois, do of
9
M. Delproux a lu une piece de vers intitulée a
Les Illufions Poetiques.
M. l'Abbé Mouffeau a lu , pour M. l'Abbé de
Gafe , Chancelier , les Obfervations hiftoriques &
littéraires fur le Musée du Capitole .
M. De Bauffay a rendu compte des différentes
pieces admifes au concours pour le prix de poéfie
que l'Académie avoit propofe. Il a donné un exe
287) )
trait de celles qui au jugement de l'Académie,
ont mérité une mention honorable.rob
M. Alquier au une piece intitulée : De l'influence
ds Femmes fur les moeurs avec cet e épi
graphe , omnia vincit amor & nos cedamus amoris
qui a partagé l'acceffit , par M. l'Huillier fils ,
Confeiller au Châtelet d'Orléans.
M. De Malartic a lu une Epitre écrite par l'Auteurs
après fon r tour à la campagne , avec cette
épigraphe, Ami, la liberté nous attend dans les bois ,
qui a également, partagé acceffit , par M. de
Boily d'Anglas , de Nifmes, uous i
M.De Bauffay a terminé la féance par la lecture
de l'Ode portant pour devife excelfi montes
excelfior ipfe fur la mort de J, J. Rouffeau , par
M. Duvigneau , Avocat au Parlement de Bor
deaux, aqui le prix a été adjugé.
Nouvelle, Carte Chronologique & très - détaillée
de la Généralité d'Auvergne , divifée, par Elections.
Dreflée, d'après nombre de Cartes , Plans ,
& Mémoires particuliers . Aflujettie aux Obferva
tions aftronomiques de MM . de l'Académie Royale
des Sciences . Dédiée à M. de , Chazerat , Intendant
de la Province, Prix 1 liv . s f.
A Paris chez Dezauche , Succeffeur des fieurs
Delifle & Phil, Bauches premiers Géographes du
Roi & de l'Académie Royale des Sciences. Rue
des Noyers
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le 1 de ce
mois , font : 1 , 27, 46 , 37 , & 29 .
2 P. A Y S - B A S.
I
DE BRUXELLES, le 4 Juin.
Il vient d'être rendu ici un Edit de Sa
( ( 28 ) )
Maj Imp. touchant les Proceffions & les
Jubilés , dont voici la teneur : 0
JOSEPH , par la grace de Dieu , Empereur
des Romains , & c. , & c. vollint faire ceffer.
les abus des proceffions & des les nos
avorts ", de l'avis de notre Confeil privé , & et &.
1° Outre les rogations driinaires il ne pourra
avoir dans chaque paroiffe que deus procef
fions par ans dont l'une au jour de la Fere Dieu,
& l'autre à quelqu'autre jour de fêre à défigner
per l'Ordinaire notre intention ¹éjant , qu'il me
puiffe fe faire aucune proceffi le jour de did
manche , pour ne point déranger le fervice
paroiffial , 2 On ne pourra plus porter desi
•Aatyes harés
de métiers , vétemens Extraordi
tatges ni images que conques , non plus que
des en
C
£
naires ou autres bigarures femblables dans les
proceffions , hi les faire accompagner d'aucune
mufique. Nous agréons , qu'outre les prob
ceffions permifes par l'article premier , celles
que l'ordinaire pourroit permettre & indiquer
dans des circonftances particulie es , effer
d'implorer l'affiftence du Ciel pour la phnebou
le beau tems , pour la confervation de la moif
fon , of pour d'autres néceffités publiques ,
puiffent avoir lieu. 4° Nous interdifons abfoque
41
puite
toute
autre
espece
de
proceffion
, ainf
que tout pélerinage en troupe , vers quel lieu
que ce puiffe être , fous peine contre les contrevenans
d'être punis d'une amende de cent
écus par tête , ou d'une détention de trois
ois en cas d'infolvabilité , & même d'une peine
plus grieve à l'arbitrage du Juge , felon les
circonstances. 5 ° Nous interdifons fous la même
peine, & fupprimons - généralement à perpétuité
route efpece de folemnités , connue fous le
nom de Jubilés.
( 89 )
On ignore encore la durée précife du féfour
que fera le Stathouder à Midelbourg.
Ce Prince eft actuellement à Dieren , d'où
il reviendra un moment à Loo , avant de
partir pour la Zélande .
La Province de Groningue a adhéré par
une réfolution conforme à celle des Provinces
de Gueldres & de Zélande , à la réforme
totale des troupes légeres , la légion
du Rhyngrave de Salm y comprife .
f
Suivant quelques Feuilles de Hollande
le Stathouder a propofé aux Etats- Généraux ,
par une Lettre du 11 Avril , d'élever le
Prince de Heffe Darmstadt au rang de Gé--
néral- Major , ainfi que le Prince Louis de
Waldeck , Colonel depuis dix ans au fervice
de la République . Ce n'eft pas la Zélande
feule qui s'oppose à l'érection d'un
cinquieme Département de Directeurs de la
Compagnie des Indes Orientales , établi
dans la Chambre d'Amfterdam. Les Etats
de Frife viennent de protefter contre cet
arrangement.
La Gazette de la Haye , du 26 Mai , contenoit
une Lettre vraiment curieufe d'un
Baron à un Comte a Paris , fur l'illuftre
Prince d'Albanie , prifonnier à Amsterdam.
Voici les termes magnifiques dans lesquels .
o parloit de ce Grand Homme .
C'est avec le plus grand plaifir que je vous
entretiens d'un homme unique , le célebre Caf
triotto , Prince d'Albanie , Capitaine - Général des
Montenegrins , Patriarche de l'Eglife Grecque ,
( 90 )
Vieux Berger, Magnat de Pologne , Prince du
Saint- Empire Romain , Duc de Saint- Saba , Duc
de Hertzogovine , Noble Vénitien , Grand d'Ef
pagne de la premiere claffe, Grand-Prieur de Mal
the , Grand- Croix de l'ordre de Conftantin , &
onzieme defcendant de Scanderberg , &c. &c .
Ha voyagé avec diftinction en Allemagne , en
Italie ; en France , en Angleterre ; il fait l'italien
, l'anglois , le françois , le latin , le grec &
l'hébreu ce qu'il a lu une fois , il le retient toujours.
Ce ne fut qu'un jeu pour lui d'apprendre,
par coeur les ouvrages d'Homere , d'Héfiode , de
Pindare, de Virgile , d'Ovide , d'Horace, du Danie,
du Taffe , de l'Arifte , de Boileau , de Racine , de
Voltaire, de Pouffeau . Les grands hommes vivans
il les vifita tous les grands hommes moris , il
récita des élégies für leur tombe. Son génie ardent
enfanta des merveilles en vers & en profe : lifez
fon Alcoran des Princes , fon Horofcope politique ,
fon Hiftoire de Scanderberg. Il fervit de fa plume
& de fon épée la Confédération de Bar . Après
plufieurs voyages , il a été vifiter le Prince de
Ligne à Beloeil , où il s'eft enfermé dix mois , fans
fortit della bibliothèque . Il fe rendit enfuite dans
an hermitage en Baviere , où il refta neuf mois ,
par amour pour l'étude . Le voici maintenant
pour la cinquieme fois en Hollande . Il eft venu
offrir un corps
un corps de vingt mille Montenegrins armés
* L. H. P. lors de la guerre qu'Elles craignoient
avec l'Empereur.
Pour terminer fes grandes aventures , le
onzieme defcendant de Scanderberg a abrégé
fa prifon , en fe déchirant l'artere du bras
gauche avec l'aiguillon de la boucle d'un
bandage dont if fe fervoit. Il eft mort immédiatement
après cette opération , empor(
1916 ))
tant avec dui les lumieres qu'une procédure
alloin jetter fur le long cours de les hauts!
farts . Il paroit conftant que cer Aventurier
étoit le Dalmate Zandwich , qui trompa
les fleurs Chomel & Jordan , Négocians
d'Amfterdam , qui trompa enfuite la République
elle même qui la jerra dans une
querelle opiniâtre avec Venife , qui efcroqua
un jour sooo florias à un honnête Libraire
de Francfort far le Mein , dont il avoit promis
d'afbcier la fille à fes Principautés & à
fon hit , & c.
64.
Dans l'inftant , nous recevons la note en- !
tiere & authentique préfemrée par le Minif
tre de Ruffle à l'Aimin tration de la Courlande
, & la Réponse de celle- ci. La Nore
porte zasminel acl bavs
7
C t
Le bruit s'étant repandu depuis quelque tems
que SnA. S. de Duc avoit réfolu de fe démettre
de la Régencedeices Duchés , pour la céder au
Prince Louis dé Wurtemberg-Stuttgard , qui eft
an fervide des M. Peußienney le fouffigné a re-r
ça de Souverainers Fordre de déclarée aux
Membres de la Régencer à toure la Noblefelde
Gourlandet que le bruit fafdit ne peut éisested
gardé par S. M. Imp. que comme invraifem
blable , parce que toute démarche de cette nature
faite de la parada Duc, quand même elle ne
feroit que méditée , non - feulement lui attireroit
lasjufte indignation de l'Impératrice , mais dérermineroit
auffi cette Souveraine à employer contre
cellprojet les mefures les plus efficaces & telles
que l'exigene fal dignité & le bien- être de fon
Empire. S. M. Impériale efpere donc que les
?
( 92 )
Membres de ladite Régence , ainfi que la Nobleffe
& les Etats , ne ie laifferont aucunement
inquiéter par de pareils bruits , mais auffi que de
leur côté ils refuferont toute espece de confentement
, & ne témoigneront pas la moindre condefcendancé
, fi , contre toute attente , on venoit
à faire contre S. M. Impériale quelque tentative
de cette nature , foit en faveur du tufdit Prince de
Wurtemberg , ou de qui que ce puiffe etre ,
puifqu'il leur eft connu que , comme par leur
fermeté ils fe rendent dignes de la bienveillance
& de la protection de S. M. Impériale , leur condefcendance
peu réfléchie à des infinuations &
intrigues étrangeres détermineroit S. M. Imp. å
leur témoigner toute fon indignation . Mittau , le
4 Mai 1786. Signé , W. J. NOTTBECK .
12
La Réponſe étoit de la teneur fuivante :
Convaincus que S. M. l'Impératrice de toutes
les Ruffies , daigne , avec les fentimens les plus
précieux & les plus affectionnés , prendre part aux
événemens qui intéreffent effentiellement la
Courlande , les Souffignés ne fauroient que recevoir
, avec la reconnoiffance la plus refpectueuſe
, le contenu de la note qui leur a été .
remife le 4 par le Confeiller & Chargé d'affaires
de Nottbeck , comme un nouveau témoignage del
fes fentimens généreux ; ils ont en même tems )
l'honneur de notifier à M. le Confeiller & Chargé
d'affaires , que S. A. S. le Duc a contredit depuisi
peu, très formellement & de la maniere la plus
expreffe , le bruit de fa réfignation en faveur du
Prince Louis, de Wurtemberg , & qu'il l'a décla- !
ré par une fiction éloignée de toute vraifemblance
ce de quoi M. le Miniftre Baron de Meſt
macher a été provisoirement informé avant fon
départ pour Pétersbourg, Les Souffignés peuvent
( 93 )
ajouter , avec toute la vivacité que leur infpi
rent la vérité & la fincérité de leurs fentimens ,
qu'ils ne cefferont jamais d'employer leurs efforts
les plus zélés pour mériter par leur conduite
le bonheur des bonnes graces , de la haute
faveur , & de l'ineftimable bienveillance de la
grande & fage Souveraine de la Ruffie.
Mittau , le 5 Mai 1786. Signe , KLOPPMANN ,
Préfident des Etats. TAUBE , Chancelier. SASS ,
Grand- Burgrave. ROSCHULL , Maréchal des
Etats .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
« M. Adams , Miniftre plénipotentiaire des
Etats -Unis de l'Amérique , à Londres, fe rendit
lundi dernier au bureau de l'Amirauté à
» Whitehall , & fit part d'une maniere offisocielle
au lord Howe , en fa qualité de Chef du
département de la Marine , des plaintes con
cernant les prifes de quelques navires Américains
, qui avoient été conduits dans les ports
des ifles Angloifes , dans les Indes Occidenta
les. Les manifeftes des Commandans des navires
pris , étoient accompagnés de repréfentations
de la part du Congrès , qui demande
une enquête. Delà , cet Amballadeur fe resdit
officiellement chez M. Pitt , & chez les
deux Secrétaires d'Etat , pour leur faire part
de la démarche officielle qu'il venoit de faire ,
Courier de l'Europe , nº 329 ).
On parle férieulement d'une révolte qu'il y
auroit eu à Goa , occafionnée par les troupes ;
» on ajoute que le Gouverneur, M. de Souza ,
auroit été obligé de faire mettre aux arrêts
plufieurs Officiers , entre autres 1 : Maréchal
de Wiga , qui remporta des avantages confidé((
914 )) 944 )
*
Srables en 1781 & 1783 fur les Indiens. On
attend les premieres nouvelles qui doivent
arriver de ce pays avec impatience . La Cour
de Lisbonne , dit- on , n'a reçu aucun détail
de cette affaire . »
( Gazette d'Amfterdam , nº . 43 .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
C SWA
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
236.3
Caufe entre les nommés Sardot & fa femme , anciens
domestiques de la Dile. de Buffeuil , &
les Adminiftrateurs despauvres de la parciffe de
St. Sulpice , les héritiers de la Dile ,de
Buffeuil. Legs univerfet d'ufufruit fait à des
domestiques confirme.Legs univerfel de
nue propriete , fait aux pauvres , rélu t .
ย C
L'incapacité des domeftiques de recevoir dés
Legs univerfels de leurs maitres , aflez generalement
adoptée , n'eft pas abfolue ; elle fe réduit
à examiner la force do Legs , & la valer
des fervices d'ans , la proportion de leur durée.
Si le Legs n'eft que la jufte récompenſe de
leurs peines , la Juftice n'hésite pas à les confirmer.
A l'égard des Legs univerfe Is fafts
aux pauvres par des particuliers Laics , l'ufage
d'en prononcer la réduction en faveur des fa-
⚫milles entierement dépouillées , " eft affez invariable.
Ces deux points ont été reconnus dans
l'efpece que voici.LaDlle. de Buffeuil ,
cadette d'une maiſon diftinguée , mais fans for-
-
tune , avoit eu Phonneur d'échée à fete
Madame la Princeffe de Conti. bienfants de
cette Princeffe , la penfion qu'elle en avoit feque
, furent long- tems fon unique féflourcè ,&
( 95 )
ils ne fuffifoient pas pour la garantir de la gêne ;
faite inévitable des dépenfes qu'exigeoient fon
rang, & les compagnies dans lesquelles elle
étoit néceffairement répandue. Un Legs de
40000 liv. qui lui fut fait en 1774 , par le
Comte de Fontenay , lui procura dans les dix
dernieres années de fa vie , l'aifance néceffaire
à fon grand âge. Elle avoit depuis longtems
à fon fervice deux filles' domestiques ,
Sordot & fa femme , celle - ci depuis 33 ans , le
mari depuis 20 ans ; ils s'étoient mariés chez
elle ; elle en étoit parfaitement contente ; ces
deux ferviteurs lui avoient donné , plus d'une
fois & dans des tems difficiles , des preuves d'un
attachement bien rare dans les gens de leur
efpece . Le mari avoit quelquefo s fait des avances
pour fa maîtreffe , fur les gages & profits
qu'il avoit amaflés dans d'autres ma fons ; & la
femme avoit fouvent fuppléé par le travail de
fes doigts , à l'infuffilance du revenu de la Dlle.
de Buffeuil. Une fille née du mariage de
ces deux domestiques , dans la maifon de la Dlle.
de Buffeuil , avoit auffi mérité fon amitiéé ;
cette jeune fille étoit regardée comme un enfant
adoptif , qui répondoit par de vives careffes aux
bontés dont elle étoit comblée par la maîtreffe de
fes pere & mere. -- Ce fut cette fatisfaction
rare d'avoir à fon fervice trois domeftiques zélés,
qui dicta le Teftament de la Dlle . du Buffeuil ;
elle connoiffoit l'état de fa famille , elie la favoit
dans l'opulence , & d'ailleurs elle n'avoit pas attendu
pour lui donner des preuves de fon attachement
elle avoit reçu chez elle le Vicomte
de Buffeuil fon neveu , avant qu'il fût admis à
l'Ecole Militaire ; elle lui avoit fait , lorfqu'il
y étoit entré , 1200 liv . de rente , dont il jouit
fur les 40000 liv. du legs de M. de Fontenay
:
( 96 )
Ses nieces étoient mariées richement en Province;
& n'avoient dans leurs voyages de Paris , d'autre
mailon que la fienne dans cette poftion , la
Dlle . de Buffeuil defirant , dit- elle dans fon Teftament
, a récompenfer les longs & fidelles fervices
de fes domeſtiques Sardot & fa femme ,
elle les inflitue fes légataires univerfels en
ufufruit , conjointement avec leur fille , de
la jouiffance de tous fes biens difponibles ,
» avec claufe de reverfion far la derniere des
trois têtes . Elle inftitue enfuite les pauvres de
la paroiffe de St. Sulpice , fes légataires univerfels
de la nue propriété defdits biens après
» le décès des trois ufufruitiers ». La Teftatrice
eft morte peu de tems après, en Août 1783--
L'inventaire fait après fon décès en préfence des
héritiers & d'un Subflitut pour les abfens , ne
porte toute la fucceffion qu'à 28000 liv. donnant
au plus 13 à 1400 liv . de rente . Ea
Décembre 1783 , Sardot & fa femme ont formé
leur demande en délivrance contre la Dame de
Courcenay & le Vicomte de Buffeuil , enfuite
contre la Comteffe de Murats , foeur de la Tef
'tatrice. Sentence par défaut du 26 Novembre
1784 , qui ordonne la dé'ivrance du Legs . Appel
de la part des héritiers. Arrét du 28
Janvier 1786 , qui en ce qui touche l'Appel
de la Sentence , relatif au Legs d'ufufruit fait
aux domeftiques , a mis l'appellation au néant ,
avec amende & dépens. En ce qui touche
I'Appel de la Sentence , relatif au Legs de nue
propriété , fait aux pauvres de St. Sulpice , a
mis l'appellation & ce au néant ; émendant a
ordonné la réduction de moitié du Legs au pro
fit des héritiers , dépens compenfés.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 23 Mai.
'Objet principal du voyage maritime du
L Capitaine Lewendern n'eft pas précitément
la découverte de l'ancien Groenland .
Ses inftructions portent d'examiner plus par
ticulierement l'ifle d'Iflande , de rectifier les
cartes marines des parages de cette ifle &
des mers voifines , & de fubordonner à ces
travaux la recherche du Winlande.
Le Prince Royal fait exécuter tous les
jours des manoeuvres aux Régimens de
nifon en cette Capitale.
gar-
Le nouveau canal de Holftein , qui dans.
divers endroits avoit été endommagé , eft
actuellement réparé , & l'on y navigue depuis
le 13 de ce mois.
Cinq bâtimens Danois ont fait naufrage
près de Cadix , dans le mois d'Avril.
Le nombre des navires entrés dans le
No. 24 , 17 Juin 1786.
e
( 98 )
Sund depuis le 15 jufqu'au 22 de ce mois
inclufivement , monte à 756.
Une lettre de Skalhot en Inlande , datée
du
24 Mars , porte que l'année derniere il
eft mort dans cet Evêché 911 perſonnes , la
plupart de mifere ; qu'on n'y a compté que
76 naiffances ; que la petite vérole , qui ne
s'étoit plus manifeftée dans l'ifle depuis 23
ans , fait des ravages déplorables , & que
les commotions fouterraines continuent toujours
dans l'Arneffyel .
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 3 Juin.
L'impératrice de Ruffie , accompagnée
du Grand Duc & de la Grande Ducheffe ,
eft partie de Pétersbourg , le 4 Mai , pour
Czarko-Selo où elle paflera l'Eté.
L'année derniere , il eft entré dans le port de
Stettin 1552 bâtimens , c'eft à -dire 40 de moins
qu'en 1784 dans le nombre ci - deffus on a
compté 72 navires venant de la Hollande & de
la Grande- Bretagne , 72 de France , d'Espagne &
de Portugal , 269 du Danemarck & de la Norvege
, 397 de la Suede & de Meklembourg ,
49 de la Ruffie & de Dantzik , 30 de Hambourg
& de Lubek , 7 d'Italie , 5 d'Emden , & 122 de
la Krulle & de la Poméranie. Le nombre des bâtimens
fortis de ce port a été de 1471 , dont 61
pour la Hollande & la Grande- Bretagne , 39
pour la France , l'Espagne & le Portugal , 249
our le Danemarck & la Norvege , 626 pour la
( 99 )
Suede & le Mecklembourg , 70 pour la Ruffie &
Dantzik , 36 pour Hambourg & Lubek , 4 pour
Embden, & 143 pour la Pryfle & la Poméranie .
Le commerce d'exportation de la Ville d'Elbingue
, pendant 1785 , a monté à la fomme de
3,258,919 rixdalers.
Un Journal qui s'imprime à Berlin , af
firme qu'en 1761 on y a compté 6205 maifons
, & une population de 98,244 perfonnes
; en 1771 le nombre des maiſons étoit
de 6414 , & la population montoit à 105,761
ames ; en 1781 les maifons furent au nombre
de 6541 , & la population montoit à
110,419 ames , & en 1785 le nombre des
maiſons a été de 6644 , & la population de
112,943 habitans.
Pendant l'année 1785 , il eft arrivé à Revel
157 bâtimens , & il en eft parti 161 ; dans le
nombre des premiers , on a compté 90 Suédois ,
20 Danois , 16 Lubekois , 18 Portugais , 3 Italiens
, Hollandois ; le refte étoit des bâtimens
Anglois , Pruffiens , &c . Dans le nombre
des bâtimens fortis de ce port , il y en avoit 90 pour
la Suede , 17 pour Pétersbourg , 16 pour le Da
nemarck , 14 pour Lubek , 6 pour le Portugal ,
le refte pour la Hollande , l'Italie , &c. --
Les bâtimens arrivés dans ce port en 1779 ,
étoient de 107 ; en 1780 , de 1 ; 1 ; en 1782 ,
de 137 . & en 1784 , de 128 .
La recette de la Douane a monté l'année derniere
a plus de 182,000.roubles ; autrefois elle
faifoit un objet de 40 à 80,000 roubles. La caufe
du progrès rapide de ce commerce eft qu'on y
paie les droits avec des roubles , & qu'il faut les
acquitter à Riga avec des écus d'Albert , que
e 2
( 100 )
l'on ne reçoit à la Douane qu'à raison de 125
copeiks piece , tandis que ces écus valent ſqu
vent au- delà de 140 copeiks .
A l'ouverture de la Diete à Stockolm , le
Roi de Suede a prononcé le Difcours fuivant
:
Hauts , bien- nés , nobles , vénérables , favans
eftimables , finceres , & bons Seigneurs & hommes
Suédois !
C'eft avec une affection & une tendreſſe fans
bornes que je vous reçois devant le trône : & les
momens les plus doux de ma vie font ceux - ci , où
je peux verfer mes follicitudes paternelles pour
leur profpérité dans le fein de mes fideles ſujets .
Depuis la derniere affemblée , huit ans fe font.
écoulés , pendant lefquels la paix & la tranquil-
Itié ont été confervées tant au dehors qu'au dedans
du Royaume.
L'union & la confiance réciproque ont été affermies
entre vous & moi . Certe union , fureté du
Royaume , a été une barbarie pour ceux qui par
jaloufie auroient voulu la rompre en effet qui
hazarderoit d'inquiéter un peuple uni , où tous
font pour un , & un pour tous , vifant chacun au
même but? Cette union , cette confiance ont heureuſement
fubfifté pour l'honneur & la gloire de
la patrie.
Mes prédéceffeurs vous ont convoqués plufieurs
fois , pour venger l'honneur du Royaume , ou
affifter nos Alliés à les défendre contre la force ,
foutenir nos freres en religion contre toute oppreffion
, ou pour repouffer les ennemis de nos
propres limites : Aujourd'hui vous êtes uniquement
convoqués pour délibérer avec moi fur le
bien- être général .
Ce n'eft point pour exiger de nouvelles taxes ,
( 101 )
ni impofer de nouvelles charges ; je fuis fatisfait
de ce que vous m'avez donné ; & qui , employé
avec prudence , peut fuffire aux befoins du
Royaume mais c'est pour vous confulter fur votre
propre bien -être , & concerter les moyens de
vous garantir d'une famine dangereufe , lorfque
le Royaume effuye des années de difette. Tel cft
le but & le motif de la convocation.
Si mes Etats font bénis du Ciel par une paix
ftable & durable , fi nous avons joui d'établiffement
avantageux , fi tous les malheurs qui nous
menaçoient à la mort de mon pere ont été éloignés
, de forte que je puis parler maintenant à un
peuple indépendant & uni , fi tout cela , avec la
grace de Dieu , eft mon ouvrage , il n'en eft pas
mo ns vrai que nous avons éprouvé l'inconftance
du fort attaché à l'humanité.
Les productions du pays , premiere fource des
vraies richeffes , nous ont été refuſées pour ainfi
dire pendant les trois dernieres années , & ce malheur
n'a pas peu aggravé le poids de notre Couronne:
car vos peines , chers fujets , font les nôtres
; notre honneur & notre félicité font inféparablement
unis.
Les foins propres à éloigner les fuites de ces
trois dures années augmentant les fecours que j'ai
taché de procurer à ceux qui en fouffroient , vous
avez pules connoître par les opérations & mefures
adoptées , & vous pouvez y trouver des preuves
de ma tendrefle envers vous.
Par l'expofé même dont je vous ferai part ,
ainfi qu'à vos ccnfreres , vous pouvez juger de
l'importance des fecours , & combien il eſt effentiel
de concourir avec moi aux mesures que ces
foins peuvent exiger dans la fuite.
Vous voyez par là que je ne vous ai convoqué
que pour votre bien - être , & que ni l'ambition ,
e 3
( 102 )
ni l'intérêt , ni aucune autre caufe qui ne s'accorderoient
point avec le bien du Royaume , n'a motivé
ma réfolution : car l'Etat jouit de la paix .
avec les voifins , & avec tous les anciens amis de
la Suede.
J'ai entretenu une tendre confiance , & l'ai
rendue refpectable auprès des autres Puiffances
étrangeres par une force militaire capable de
défendre le Royaume , & par une marine qui en
a protégé le commerce : deux fondemens fur lefquels
s'appuyent le repos , l'eftime , & la sûreté
du pays.
Ces caufes ayant donné occafion à la préfente
Diete , il s'y joint auffi un fentiment auffi cher
que tendre , qui eft de vous préfenter un Enfant ,
lequel en plufieurs fens peut être regardé comme
le vôtre ; & comme ayant été témoins de fa naiffance
, defrant vous montrer les progrès qu'il
fait , & vous laiffer juger des efpérances qu'il
promet.
Je confidere comme un bonheur que la premiere
chofe qui s'offre à la vue innocente , & fait
impreffion fur les jeunes années , eft l'objet le plus
propre à enflammer fon coeur des plus hauts fentimens
que dis- je ! fes yeux voyant l'union qui
fubfifle entre un peuple libre mais foumis aux
loix , & un Roi borné par ces mêmes loix , mais
puiffant , ce grand exemple rempliffe fon ame de
la plus grande vénération pour la forme du Gou-~
vernement , ainfi que d'eftime pour la nation : &
que tandis que la naiffance & le bonheur l'élevent.
au deffus de tant d'autres , il apprenne également
à connoître , dès fa plus tendre jeuneffe , l'eftime
qu'il doit à un peuple libre ; & qu'enfin s'il eft
appellé par laprovidence au trône de la Suede , il
n'y eft élevé que pour procurer le bonheur de fes
fujets.
( 103 ).
C'eft fur ces fondemens inaltérables qu'il eft ,
inftruitz des actions de fes prédéceffeurs les grands ,
Rois de Suede , qui en furent pénétrés : mais iorfqu'il
apprendra de plus à connoître la valeur du
peuple fur lequel il doit regner en fon temps ,
alors ces grands exemples s'imprimeront vivement
dans fon coeur , & alors fe rempliront mes ,
fouhaits & vos espérances.
C'eft dans de tels fentimens patriotiques que je
vous ai convoqués , & que j'ouvre aujourd'hui
cette Diete , pour que ces fentimens que je démontre
dans tout mon regne , foient tranfmis à mes
defcendans , par votre confiance en moi , votre
refpe&t pour les loix , votre union , & par la
tranquillité & la concorde qui regnent dans vos
délibérations .
Les propofitions que je vous ferai communiquer
vous mettront à portée de conclure que le
rout tend à la prospérité du Royaume & à votre
bonheur .
Je vous fouhaite la grace du Très Haut pour
vos délibérations , & vous affure à jamais , en
général & en particulier , de mon affection
royale.
Le Roi a porté à la Diete quatre Propofi
tions , dont voici la fubftance :
1º. De convertir la punition de mort pour .
Finfanticide en une prifon perpétuelle , avec la
peine du fouet, une fois par an , le jour que le
crime aura été commis .
2º. De prévenir le partage des grandes Terres ,
à caufe des nombreux inconvéniens qui en réfultent
, en les léguant au fils aîné , & donnant aux
autres enfans foit une penfion annuelle , foit une
autre rétribution à fixer en argent .
3°. D'autorifer le Roi à retirer de la Banque
e 4
( 104 )
un fonds propre à ériger un magafin à bled dans
l'endroit qui fera jugé le plus convenable,
4. D'autorifer également le Roi à retirer
de la Banque un fonds néceffaire pour les frais
des diverfes mines , notamment celles de cuivre
de Falun , qu'il s'agit de débarraffer des eaux
qui les obftruent de jour en jour , & les préferver
par-là d'une ruine inévitable , en dépofant
toutefois à la Banque une valeur égale en
cuivre.
On prévoit que la premiere propofition paffera
fans difficulté ; mais qu'il pourra n'en être
pas ainfi des trois autres : les fentimens des
trois Ordres de l'Etat étant partagés à cet
égard.
Les chevaux & équipages de S. M. partent
pour le camp de Scanic , où ils attendront le
Roi.
On prétend que M. de Marcoff , Miniftre de
Ja Cour de Ruffie en cette Réfidence , fera
rappellé dans peu par l'Impératrice ,
être employé au Miniftere des affaires étrangeres.
DE VIENNE , le 2 Juin.
pour
Depuis le 15 du mois dernier , S. M. I.
eft au château de Laxembourg , où elle
jouit d'une fanté parfaite. Deux fois par femaine
, elle affifte aux délibérations de la
Chancellerie,
Un Décret de l'Empereur , du 21 Avril
permet aux Religieux Dominicains , Récollets
, &c. qui feront emploiés comme Curés
ou Chapelains , de difpofer librement par
( ros )
teftament des épargnes de leurs bénéfices &
des autres acquêts.
Par un autre Décret qui vient d'être publié
, la taxe des fucres rafinés eft réduite de
5 à 3 pour cent.
Autre Décret , du 19 Mai , qui défend
l'importation & la vente dans les Etats héréditaires
, des livres imprimés dans ces
Etats & contrefaits par l'Etranger.
Le 11 Avril l'Empereur a ordonné que
toutes les plaintes relatives aux Eccléfiaftiques
& affaires Eccléfiaftiques , à l'exception
de celles dont l'objet eft la tranfgreffion
des loix émanées du Souverain , feront portées
immédiatement aux Confiftoires refpectifs
, & qu'elles ne pourront être reçues
aux Tribunaux civils , que lorfque les Confiftoires
fe rendront fufpects de négligence
ou de partialité.
Il eft arrivé ici deux Députés de Liege
qui font chargés de recevoir de l'Empereur
l'inveftiture pour les fiefs que le Prince - Evêque
tient de l'Empire.
Une Députation plus extraordinaire eft
celle des Envoiés du Prince de Georgie ,
qui doivent fe rendre dans cette Capitale.
Ils portent de longs caleçons de drap blanc ,
un manteau de même co leur , & leur tête
eft coëffée à la maniere des Hongrois.
Le bruit fe répand que l'Hofpodar de
Moldavie a éprouvé le fort du Defpote de
es
( 106 )
Valachie , qu'il eft dépofé & exilé à l'ifle de
Rhodes.
Le 11I de ce mois , le feu s'étant manifefté
dans la ville de Kaaden , les flammes
ont fait des progrès fi rapides , qu'en peu
de temps 56 édifices ont été entierement
détruits.
DE FRANCFORT , le 7 Juin .
•
Le Roi de Pruffe , s'il faut en croire des
nouvelles peut - être incertaines de Berlin
garde toujours fon appartement où il ne reçoit
que fort peu de perfonnes . Les forces
ne reviennent point , & cependant on fe
flatte que la belle faifon apportera quelque
foulagement à l'état de S. M. Ces jours
derniers le Chirurgien attaché à fon fervice
lui repréfenta , que l'infomnie dont elle fe
plaignoit cederoit fans doute à un changement
de lit. Celui du Roi étoit compofé
d'un matelas fort vieux & fort dur ; ce Monarque
confentit à en avoir un meilleur , &
paffa une très-bonne nuit : le lendemain il
appella fon Chirurgien , & lui donna une
forte gratification en argent.
La revue des troupes à Berlin s'eft terminée
le 23 Mai , & les Régimens tant d'Infanterie
que de Cavalerie font retournés le
24 à leurs cantonnemens refpectifs.
On mande de Bruxelles , que l'Empereur
vient de fupprimer l'Abbaye de Kandem(
107 )
berg , fituée dans cette ville , & que S. M. I.
a donné à l'Abbé 2000 florins d'Allemagne
de penfion. Chaque Religieux en a une de
425 florins de Brabant ; l'Abbaye devoit
être évacuée le 1er. Juin , pour être occupée
par le nouveau Confeil Royal que l'Empe
reur va établir dans le Brabant. On attend
inceffamment de Turin M. Dufour , Prieur
mitré de Nicolsbourg en Muraire , chargé
par S. M. I. d'exécuter dans les Pays - Bas le
plan uniforme d'adminiftration projettée
pour tous les Etats de S. M.
Les Etats du cercle du Haut -Rhin ont
choifi le Landgrave de Heffe Caffel pour
Colonel des troupes du Cercle.
Le Directeur de la Ménagerie de Caffel
a fait une collection de bois en forme de
Bibliotheque , peut - être unique dans fon
genre. Cette finguliere Librairie eft compo-,
fée de livres de différens bois qui fe trouvent
dans les forêts de la Heffe , depuis le format
in folio , jufqu'en in feize le dos de
chaque livre préfente l'écorce de chaque efpece
de bois , les côtés montrent les veines ,
& les extrémites la moëlle ; chaque livre
offre un tiroir dans lequel font renfermées
les feuilles , la fleur , le fruit & la femence de
l'efpece de bois dont le livre eft fait , & on
y trouve encore les moufles qui s'attachent
fur les diverfes écorces , & les infectes qui
s'y nourriffent. Cette bibliotheque eft compofée
actuellement de quelques centaines de
volumes.
еб
( 108
On débite avec approbation de la Cenfure
Impériale , fous le titre d'Efquiffe de Vienne ,
une brochure, dont l'Auteur a voulu imiterun
lourdement le Tableau de Paris, On attribue
cet Ecrit à M. Pezzt , Lecteur du
Prince de Kaunitz.
peu
« Les objets , dit-il , que j'ai particuliérement
» en vue font la peinture des moeurs d'aujour
d'hui , la direction des idées dominantes , la
» fituation de l'efprit national . On a comparé
» Geneve à un médaillon fufpendu à un ruban
ם כ
"
couleur de vert - marin. Si nous vivions encore
>> au tems des paraboles , je comparerois Vienne
à une bague ; au milieu un grand brilant , autour
de lui un cercle d'émeraudes ; le bord ex-,
térieur , une fuite de pierres de toutes couleurs.
>> On dit ordinairement que Londres a 120,000
» maifons , Paris 50,000 , Amfterdam 26,000 ,
Berlin 10000 , Vienne feulement ( 500 ; mais on
compte à Londres dix perfonnes par maifon , à
Paris vingt , à Amfterdam huit , à Berlin quinze,
& à Vienne quarante-fept . Cependant le
nombre des maifons dans les fauxbourgs de
Vienne n'eft pas encore fixé . ( Voici le plan
philofophique de Vienne , tel que le donne
> noire Auteur. ) Une Ville immenſe , une population
de 265,000 ames au moins , une affluence
» de toutes les Nations européennes , des embarras
continuels d'hommes , de chevaux & de
voitures ; une Nobleffe nombreuſe , riche ,
» brillante ; une Bourgeoifie très- aifée ; dix-
» huit millions circulent annuellement . C'eft la
réfidence dupremier Monarque de l'Europe , quit
par fon activité , fe montre digne du Trône
qu'il occups à la tête de la Nation allemande ;
» c'eſt le centre des Etats Autrichiens , d'un Em-
ג כ
C
( 109 )
:
» pire qui doit être rangé parmi les premiers &
» les plus puiffans de la terre . Toutes les claffes
d'hommes peuvent y trouver leur compre , les
» politiques , les foldats , les favans , les artifles ,
les négocians , les amateurs de la fuperftition ,
>> ceux qui cherchent à faire fortune ; ceux qui
» veulent vivre indépendans , les riches , les
pauvres ». Après avoir fait l'apologie des grandes
Villes , l'Auteur paffe au dixieme Chapitre,
intitulé , l'Empereur. » Celui qui , d'après la
lecture des chroniques de Cour , des Dominations
Autrichiennes d'autrefois , croiroit que
» l'Empereur Jofeph eſt enterré dans fon palais ,
caché à tous les yeux , fe tromperoit groffié-
» rement. Il n'y a aucun des Souverains vivans
» qui aient vifité fes pays , & encore beaucoup
» d'autres Etats , d'une maniere auffi infatiga
» ble depuis Bayonne à Mohilow , depuis Naples
» à Pétersbourg.
53
« L'Auteur cite M. de Lucca , qui a évalué , il
y a quelque tems , la population de Vienne dela
maniere fuivante ; habitans de la Ville , 32053 %
habitans des fauxbourgs , 156,989 ; le Clergé ,
2139 ; le Militaire , 12530 ; les Grecs & les
Juifs , 3550 ; les étrangers , 27000. Somme totale
, 254,261 . M. Nicolaï , dans les voyages ,
prétend que c'eft trop ; notre Auteur prétend
que ce n'eft pas affez ; il évalue la population de
Vienne au moins à 265,000 . Vienne a plus de
3000 carroffes particuliers , 599 fiacres numérotés
, 300 carroffes de louage , & encore à-peuprès
300 voitures de campagne qui appartiennent
à des particuliers. Le nombre des chevaux
monte à 22000 ; il en eft qui coûtent 4-5000 fl. ;
& quelques Princes en ont 80 à 100 dans leurs
écuries. Les fiacres font bien meilleurs qu'à
Paris ( ce qui n'eft pas beaucoup dire ) . Il y a
( 110 )
124,000 chiens. En 1783 , on confomma à Vienne
40009 boeufs , 1110 vaches , 63856 veaux ,
& c.
L'Auteur nous donne une idée des différentes
claffes des Viennois , loue leur hofpitalité , peint
leur caractere politique & moral , & les fats des
deux fexes qui s'y trouvent. Il critique la manie
du jeu , qui fait beaucoup de mal à Vienne , mais
qui diminue un peu depuis la nouvelle époque ,
& depuis qu'on exécute plus févérement les loix
contre les jeux de hafard . « La loterie , le plus
» grand & le plus dangereux de tous les jeux de
hafari , y eft cependant encore tolérée , & y
fait d'autant plus de mal , qu'on le joue continuellement
, que toutes les claffes du peuple
» le jouent , & qu'il a plus de charme juftement
pour la claffe la plus pauvre. Ele fut établie à
Vienne en 1750 , & juſqu'à la fin de 1769 elle
» a reçu en mifes 21 millions. De cette fomme ,
7 millions ont été rendus à ceux qui ont gagné
quelque chofe ; la cour en a tiré 3,450,000 fio-
» rins , l'entretien a coûté 2,080,000 florins ; les
לכ
Entrepreneurs & Fermiers ont donc gagné en
» dix- neuf ans 8,000,000 fl . Si d'après la même
→proportion , on compte que d puis 1769 les
» miles "montent encore à 20 millions , la recette
» feroit , en trente-fix années , 41 millions ,
» dont les Entrepreneurs auroient profité à - peuprès
16 millions . Si la chofe n'étoit pas trop lé.
rieufe , on ne pourroit s'empêcher de rire de
>> toutes les folies des amateurs pour deviner les
» cinq numéros. Ce qui eft le plus trifte dans ce
50
jeu de hafard , c'eft qu'il entraîne des Caif-
» fiers à prendre de l'argent public , les peres
o de famille à réduire leurs enfans à la menlicité ,
les domestiques à voler leurs maîtres ; & les extraits
, les ambes & les ternes qu'ils obtiennent
( 111 )
font la caffation , la priſon , la maifon de cord .
" rection ». Après avoir parlé de la manie des
titres à Vienne , & de ce qu'on y voit à chaque
heure du jour , depuis fix heures du matin jufqu'à
deux heures après minuit , il parle des Dimanches
& des jours de fêtes , du 12 Septembre ,
auquel on célébra pour la derniere fois , en
1783 , la délivrance de Vienne en 1683 , & c. & c.
On fçait que la Bourgeoifie de la ville
d'Aix- la -Chapelle eft fort mécontente de
l'adminiſtration du Magiftrat . Il vient de
paroître à ce fujet un Mémoire bien détaillé
des plaintes de la Bourgeoifie , dans
lequel il eft dit entre autres chofes , que
depuis 23 ans les impofitions vont toujours.
en augmentant chaque année , & que depuis
10 ans on n'en a rendu aucun compte.
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 12 Mai.
Le cutter Eſpagnol , commandé par le
Cap. Mendoza , expédié du Ferrol à Péniche
, pour aider aux tranſports de la cargaifon
du San Pedro de Alcantara a été jetté
par un ouragan , le 28 du mois dernier , fur
un rocher où il s'eft brifé . 22 hommes & le
Capitaine ont péri . Au fujet de cette cargaifon
du S. Pedro , la Gazette de cette ville
du 25 Avril nous apprend :
Que le 16 & le 20 de ce mois il eft arrivé
ici deux remiſes en efpeces , retirées de ce
navire ; que le 21 les frégates de S. M. Ca(
112 )
tholique , l'Afomption & le Colon ont mis à
la voile d'ici pour Cadix , emportant chacune
la fomme d'un million de piaſtres , qui
fait partie du capital fauvé. La même
Feuille ajoute , que la perte , dont le naufra
ge du S. Pedro avoit menacé la Place de
Cadix , avoit confidérablement diminué ,
par l'effet des foins paternels de S. M. Catholique
, des difpofitions bien concertées
de fes Miniftres , & du zele infatigable des
perfonnes emploiées à fauver le tréfor & à
le mettre à couvert : enfin que le capital retiré
jufqu'au 19 du courant montoit en total
à 4,066,585 piaftres.
L'on écrit d'Alger , que la Régence a refufé
de fe prêter aux avances de deux Dé
putés des Etats Unis , qui s'étoient rendus à
Alger , pour convenir d'un accord avec ces
Pirates , & procurer aux navires Américains
une navigation sûre dans la Méditerranée.
Ces Députés ont quitté Alger , & depuis
leur départ , le ro Avril , une frégate Algérienne
s'eft emparée de la Philippine , Cap .
Palmer , allant de Philadelphie à Oftende.
ITALI E.
DE TURIN , le 21 Mai.
Par un Réglement du 30 Avril dernier ,
le Roi a augmenté de 150 hommes chacun
des Régimens Provinciaux . Par cette aug
mentation & par la levée de deux nouveaux
( 113 )
Corps , fous le nom de Régimens d'Aix &
de Sufe , il fe trouve actuellement 32 bataillons
de troupes provinciales , renforcés de
3600 hommes.
S. M. a défendu à tous les Eccléfiaftiques
de fes Etats , d'en fortir pour aller faire leurs
études dans l'Etranger.
On écrit de Pavie , qu'il y eft mort dernierement
un homme , âgé de 56 ans , &
qui , fans exagération , pefoit 300 livres de
28 onces,
DE LIVOURNE , le 20 Mai.;
Nous recevons par un bâtiment venant de
Marfeille , des lettres apocryphes de Tunis,
en date du 21 Avril. A cette époque , l'efcadre
Vénitienne étoit toujours à la vue de
Sfax. Quoiqu'elle n'ait point obtenu de
grands avantages ffuurr llaa ppllaaccee ,, elle s'eft cependant
mife en état de faire un fecond
bombardement , & n'attend pour le tenter
qu'un vent favorable. La place d'ailleurs re
çoit continuellement du fecours d'Alger &
de Tripoli. On continue à fortifier tous les
poftes. Le Bey a été faire lui - même la
vilite des fortifications , & encourager les
ouvriers au travail par des diftributions d'argent.
On fond actuellement dans cette place
de nouveaux canons de bronze , fous la
direction d'un Fondeur Turt & d'un Fran-"
çois.
On mande de Piſtoja que le 11 de ce mois ,
T
( 114 )
la femme d'un habitant de Montale , ayant mange
des champignons avec la four & trois de fes
enfans , cette femme enceinte fut travaillée pendant
la nuit par de violentes douleurs de bas
ventre , accompagnées de vomiffemens , que l'on
regarda comme les effets de fa groffeffe . Les
enfans moururent dix heures après ; la four
mourut le famedi , & la femme le Dimanche
fuivant. A peine eut elle rendu le dernier foupir
, qu'on l'ouvrit pour retirer l'enfant qu'elle
portoit ; il fut trouvé mort. Les effets du poiſon
ont été fi violens , que toutes les reffources de
la Médecine font devenues inutiles.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Juin.
Le 2 , le Roi tint un Chapitre de l'Ordre
de la Jarretiere , où le Prince Edouard , le
Prince Augufte Frédéric , le Prince Erneft-
Augufte , le Landgrave de Heffe Caffel , le
Duc de Beaufort , le Marquis de Buckingham
& Lord Cornwallis , furent reçus
Chevaliers de l'Ordre. Le Prince Edouard
fut repréſenté par le Prince Adolphe , & Lord
Cornwallis par M. Hood , Roi d'Armes . Le
Roi fit enregiſtrer dans le même Chapitre un
nouveau Réglement , par lequel tous les fils.
des Rois d'Angleterre feront admis en qualité
de Chevaliers Honoraires ; ainfi , les 25
places de Chevaliers feront remplies uniquement
par les Grands du Royaume & par les
Princes étrangers.
( 115 )
L'Amirauté a donné ordre de conftruire à
Deptfort un vaiffeau de 80 canons , felon la
nouvelle conftruction , c'est-à- dire , à deux
ponts feulement , avec les canons d'un plus
fort calibre que ceux d'aucun des vaiffeaux
du troifiéme rang , actuellement exiſtans . Ce
vaiffeau fera nonimé l'Ofnabruck, & l'on doit
en conftruire encore s autres de même force.
L'Ofnabruck ne fera pas le premier.
Les cutters que l'on équipe actuellement
par ordre de l'Amirauté , font deftinés pour
la Manche & po ired'autres fervices qui exigent
de la célérité.
L'Amirauté a auffi fait paffer à Portſmouth
des dépêches pour le Chevalier Richard Hughes
, Commandant à la ftation des îles fous
le Vent , avec ordre d'expédier auffi tôt un
floop de guerre pour les porter aux îles.
Elle a en même temps envoyé ordre au
Commandant de Sheernefs de faire équiper
en toute diligence une frégate , deux floops
& un cutter , que l'on préfume être deſtinés.
pour le dehors.
L'Ordinaire de la Marine au 31 Mai dernier
fe trouve être tel qu'il fuit, d'après l'étatenvoié
à l'Amirauté.
A Plimouth. 55 vaiffeaux ; favoir , 32 de ligne
de 110 à 64 canons , dont un neuf ; 3 de 50,
14 frégates , & 6 loops.
A Portsmouth. 86 yaiffeaux ; favoir 48 de ligne
, 3 de so, 26 frégates & 9 floops & cutters.
A Chatham, 59 vaiffeaux de guerre ; favoir ,
27 vaiffeaux de ligne , s de 50 , 18 frégates ,
& 10 floops & cutters.
( 116 )
A Sherness. 39 vaiffeaux ; favoir , 6 vaiffeaux
de ligne , i de so , 12 frégates , & 12 floops
& cutters.
A Woo'wich. 39 vaiffeaux de guerre ; favoir
un vaiffeau de ligne neuf , un de 50 , 28 frégates
& floops & cutters .
ADeptford. 21 vaiffeaux de guerre ; favoir ,
15 frégates , & 6 floops & cutters.
L'augmentation des vaiffeaux en ordinaire ce
mois ci confifte en un vaiffeau de ligne lancé
dernierement à Deptford , deux frégates & quatre
floops ou cutters arrivés des ftations du
dehors.
Le total des vaiffeaux en ordinaire au 31 Mai
eft de 290 , dont 114 de ligne , 13 de 50 , 113
frégates , & afloops ou cutters.
La récolte du foin eſt achevée dans prefque
toutes les parties de l'Angleterre . Elle a
été excellente , & le foin , en conféquence ,
a baillé confidérablement de prix .
Le 31 du mois dernier , l'Avocat Général
préfenta à la Chambre des Communes la
Pétition d'un certain nombre de Particuliers
Ecoffois , unis fous le titre de Compagnie
Ecoffoife , qui demandent une Chartre , en
vertu de laquelle ils foient autorisés à appliquer
les fonds de leur Société , &c. , à
former des villages en certains lieux . Cet
établiffement a pour objet de raffembler des
pêcheurs , épars fur les côtes occidentales de
l'Ecoffe , & de les réunir en fociétés ; ce qui
préviendra leur émigration , excitera l'induftrie
, favorifera la civilifation & produira
une infinité d'autres effets également falu--
taires . La Pétition a été admiſe.
( 117 )
Le même jour , il fut propofé de lever
688,75 liv . par voie de Loterie , pour la
quelle on délivreroit 50,000 billets à 13 liv.
is fols chaque. Cette motion paffa , malgré
les obfervations de M. Huffey fur tous les
malheurs phyfiques & moraux qui réſultent
de ces opérations.
Dans la Séance du 2 Juin , les Communes
s'occuperent du Procès de M. Haftings.
On débuta par la difcuffien d'une motion de
M. Burke , portant que le Comité ayant confidé
ré l'article concernant la guerre des Rohillas ,
& entendu les dépofitions fur le même objet ,
penfe qu'il exifte des raifons fuffifantes pour accufer
Waren Haftings de hauts crimes & prévarications.
M. Francis prit alors la parole , & réfuta un des
moyens de défenfe fur lefquels M. Haftings s'eft
le plus appuyé. Selon cet ancien Gouverneur du
Bengale , les Rohillas n'étoient point une Nation
: « Quel nom , s'écria M. Francis , doit- on
donc donner à une fociété d'hommes qui peut
mettre en campagne une armée de foixante mille
combattans ? Quel doit être le nombre du Peuple
, parmi lequel , indépendamment des fem
mes , des vieillards , des enfans & de tous les
autres individus hors d'état de porter les armes ,
on trouve encore foixante mille défenfeurs de la
caufe publique ? C'étoit donc une Nation ', & une
Nation floriffante & heureufe , accoutumée aux
Arts , habitante d'un fol fertile , & qui , par fon
induftrie , favoit en faire valoir toutes les refleurces.
Voilà le Peuple que M. Haftings s'eft
engagé à exterminer par les conditions formellesde
fon traité avec Sujah Dowlah , traité conclu
118 )
contre les ordres exprès de la Compagnie , &
auffi contraire à la politique qu'au droit des
gens & à l'équité naturelle .
fur-
M. Grenville ne fut point de cet avis ,
tout relativement à la politique. Les Rohillas
étoient établis fur les frontières des poffeffions
du Vifir , & ces poffeffions étoient la feule barriere
de la Grande-Bretagne contre les Marates.
Quant à l'autre point , les Rohillas avoient refulé
de payer quarante lacs de roupies au Vifir notre
Allié. Peut- être dans les principes de la ftricte
équité auroit- on dû ſe borner à les forcer de remplir
leurs engagemens ; mais , felon M. Grenville ,
les loix politiques ont une latitude plus étendue
que les loix civiles ; & les Conquérans ( ce font
fes propres expreffions ) ont des privileges autorifés
, finon par le droit , au moins par une
preſcription générale qui en tient lieu . Il cita à
cette occafion plufieurs exemples qui prouvent
en effet que la raifon du plus fort a été de tout
tems un argument irréfiftible . Quant aux cruautés
que l'on reproche à M. Haftings , elles ne
font pas fon ouvrage ; mais celui de Sujah Dovlah
, qui étoit partie principale contre les Rohillas
. Après avoir ainfi établi la queſtion , il en
conclut , que M. Haftings étoit abfolument innocent
du chef d'accufation énoncé dans la motion.
M. Young dit qu'il étoit difficile de voter fur la
motion dans la forme par laquelle elle avoit été
préfentée ; en conféquence , il y propofa un
amendement , en demandant qu'on y ajoutât ,
& pour que M. Haftings foit décreté fur ce fait ».
M. Fox s'oppola à cet amendement , il dit
que c'étoit une propofition infidieu e pour faire
perdre de vue la queftion genérale , qui étoit le
( 119 )
décret , en le liant à la queftion particuliere de
la jufice de la guerre contre les Rohillas.
La propofition pour l'amendement paffa
à la pluralité de 140 voix contre 65 .
Ces débats fe renouvellerent le lendemain
fur le fond de la motion elle même , & à la
pluralité de 119 voix contre 67 , il fut décidé
que M. Haftings n'avoit point mérité
d'être décrété d'Impéachement , pour fa conduite
dans la guerre des Rohillas . Nous donnerons
un précis de ces débats l'Ordinaire
fuivant.
Le 21 Mai , M. Adams , Miniftre Pléni
potentiaire des Etats Unis d'Amérique , a eu
une conférence avec Lord Howe , à qui il a
porté des plaintes , à l'occafion de quelques
bâtimens Américains , arrêtés par les Sujets
de la Grande- Bretagne , & conduits dans les
poits des Ifles Angloifes en Amérique . Les
déclarations des maîtres des navires faifis
étoient accompagnées de repréſentations du
Congrès qui demande une Enquête à ce fujet.
M..Adams s'eft rendu enfuite chez M.
Pitt & chez les deux Secrétaires d'Etat , avec
lefque's il eut un entretien , pareillement ofhciel
, fur le même fujet.
Le Préfident d'une affemblée de Marchands
de vins tenue à la Taverne de Londres le 10
Mai , pour empêcher que la perception des droits
fur les vins ne fût confiée aux employés de l'Accife
, ayant écrit à ce fujet au Bailli d'Ipfvich ,
en a reçu la réponſe ſuivante , datée du 17 de
ce mois.
( 120 )
MONSIEUR ,
J'ai reçu la lettre par laquelle vous me priez
d'engager les repréfentans de cette ville à s'op
pofer au bill qui doit être préfenté au Parlement
pour changer la forme des droits fur les
vins , & pour en confier la perception aux e¹rployés
de l'Accife , dans la crainte , dites- vous ,
que ce bill ne foit préjudiciable au commerce
en général. Je conviens avec vous , Monfieur ,
qu'il feroit dangereux de laiffer l'Accife s'éten
dre trop loin ; mais je crois qu'en cette occafion
, elle ne pourra avoir que de bons effets :
elle mettra un frein aux pratiques frauduleufes
de la contrebande , & donnera les moyens de
fournir au public des vins naturels , bienfaifans
& généreux . En conféquence , je crois devoir
au contraire recommander aux Repréfentans de
cette ville de feconder le bill proposé.
Je fuis , Monfieur , &c.
Signé , CHARLES NORRIS.
La Société d'Agriculture de Jedburgh a
fait , au mois de Mars dernier , la diftribution
des Prix deftinés aux plus habiles Laboureurs.
Les Médailles repréfentoient d'un
côté une charrue , avec cette devife : Que
Dieu la guide , & dans l'exergue , le nom du
Laboureur à qui elles furent décernées . De
l'autre côté de la Médaille eft écrit : Société
d'Agriculture de Jedburgh , & au deffous , la
date de la diftribution des Prix.
Un papier du foir rapporte l'anecdote fuivante
comme très -authentique . Un jeune homme fort
élégant , d'environ dix- huit ans prit , il y a
quelque temps , un logement à la campagne à
quelques milles à l'oueft de Londres. Il étoit
accompagné
( 121 )
accompagné d'un valet , & ne recevoit d'autres
vifites que celles d'un particulier très - connu par
fes voyages aériens . Le jeune homme étoit fort
adroit à la danfe , tiroit également bien des armes
, & fe plaifoit fur- tout à monter à cheval ;
mais malheureufement ayant été renversé de
la felle par une jument très- fougueufe , dans le
Hyde-Park , il y a quelques jours , il reçut une
bleffure affez dangereufe dans les côtes. Pendant
le traitement du jeune homme fuppofé , on a
découvert fon fexe ; & cette perfonne le trouve
être la foeur d'une actrice célebre. Elle a repris
les habits de femme . & eft , dit -on , fur le point
d'époufer un Officier diftingué de la Marine.
« On rapporte dans ce moment - ci une difpofition
teftamentaire d'un particulier du Comté
de Leitrim en Irlande , qui contrafe parfaitement
avec la mode actuelle , de maltraiter les chevaux
, & de les crever à force de courir . Ce
particulier inftitue deux de fes amis exécuteurs
teftamentaires , à l'effet de difpofer d'un clos
connu fous le nom du Park Avafa , avec le logement
& écurie en dépendans , en faveur de
ja jument Loney , & de fon cheval Sultan , dont
il vouloit récompenfer les longs fervices ; la premiere
l'ayant fervi pendant vingt- un ans , &
l'autre pendant dix . Il ordonne que tout le produit
de ladite ferme foit employé uniquement à
leur nourriture . Il laiffe'l'ufage du logement à
fon ancien domeftique Samuel Burne , fa vie
durant , & lui donne la permiffion de monter
Sultan ; mais quant à la jument , il lui ordonne
de la laiffer vivre en paix , de l'exempter de tout
travail , & même de la déferrer , afin qu'elle
jouiffe d'un plus parfait repos . Enfuite il menace
ceux qui pourroient contrevenir à fes difpofitions,
No. 24, 17 Juin 1786.
f
( 122 )
de fe venger d'eux s'il en a la puiſſance dans
l'autre monde , & finit fon teftament par cette
fentence bénévole ; « Puiffe le Ciel accorder la
paix à tous les êtres vivans , de quelque claffe
forme , ou organiſation qu'i's foient ! »
?
L'elpaçe nous ayant manqué jufqu'ici
pour préfenter l'extrait du bill d'amortiflement
qui autoriſe la remifè de certaines fommes
à des Commiffaires , pour être employée
chaque quartier à la réduction de la dette nationale
, nous faififfons cet inftant de difette
pour fuppléer à cette omiffion .
сс
Il eft dit dans le préambule , « que par divers
aces du Parlement , il a été ordonné que tous
les fonds qui , à la fin de chaque quartier de l'année
, proviendroient des furplus refpectifs des
différents fonds publics mentionnés dans lefdits
actes , feroient appropriés & employés comme
fonds d'amortiffement pour payer le principal &
l'intérêt de la dette nationale »,
« Que faute d'avoir pris des mesures pour
l'emploi conftant de cet argent , felon le véri
table but de ces actes , il n'eſt réfulté aucuns des
bons effets qu'on s'étoit propofé ».
GC Que par l'accroiffement de la dette nationale,
il eft maintenant devenu néceffaire d'établir
un plan permanent pour la réduire » .
« Qu'il foit en conféquence ordonné , qu'à la
fin de deux quartiers d'une année , qui finiront le
s de Juillet & le s d'Octobre relpectivement
dans l'année 1786 , & à la fin de chaque quartier
d'année , finiffant le 5 Janvier , les Avril , le s
Juillet & le 5 Octobre de chaque année fuivante
il fera verfé au tréfor de l'Echiquier , conformé
ment la teneur de plufieurs actes , fur les furplus
, &c. compofant les fonds d'amortiſſement ,
( 123 )
une fomme fuffifante pour faire face au jour où
un tel quartier fera échu , à tous les intérêts ,
ou annuités payables fur le fonds d'amortiffement
; & après le paiement de cette fomme , il
fera tiré en outre du même fonds d'amortiffement
, une fomme de 250.000 liv . fter . , ou telle
partie de cette fomme qu'on pourra former des
furplus qui feront alors dans l'Echiquier ».
« Que s'il y a un deficit dans le furplus ,
ce deficit fera porté en dette fur les fonds d'amortiffement
, pour être remplacé tous les 5 de
Janvier »>.
"
« Si l'excédant des fonds d'amortiffement ne
fuffit pas pour faire face à ces deficits , après le
paiement par quartier de 250.000 liv . fter. , dans
ce cas le deficit fera payé à la fin de l'année fur
les fubfides annuels ».
« Orionné que les fonds mis ainfi à part à la
fin de chaque quartier pour le paiement de la
fomme de 250,000 liv . fter . feront payés aux
Gouverneur & Compagnie de la banque d'Angleterre
, & reçus par eux à compte en réduction
de la dette nationale ».
« Les Officiers de l'Echiquier ne préleverone
aucune fomme fur le fonds d'amortiffement , juf
qu'à ce que les fommes indiquées par l'acte aient'
été miles à part ».
«Cette partie du principal ou du capital des
annuités publiques qui font rachetables , qui
fera rachetée ou payée , fera transférée fur le
compte du fonds , duquei elle aura trachetée
.
« Ordonné que toutes les fois que quelqu'une
des annuités publiques viendra à ceffer par l'expiration
des temps pour lesquels elles étoient
refpe&ivement accordées ; dans chacun de ces
des fonds attribués au paiement de ces ancas
›
£ 2
( 124 )
nuités , en vertu de quelque acte du Parlement
que ce foit , continueront à être levés , de la
même maniere , & fous les mêmes réglemens
respectivement qu'ils étoient levés avant la ceffation
refpective de ces anuuités ; & du moment
de leur ceffation , l'argent qui eft maintenant
payable fur ces fortes de rentes fera payé entre
les mains des Gouverneur & Compagnie de la
banque d'Angleterre , & placé au compte defdits
Commiffaires » .
Lorfque les Commiffaires auront intention
d'appliquer quelque partie d'argent que ce foit
au rachat de quelque annuité publique au - deffus
du pair , ils en donneront avis dans la Gazette ,
& ils fpécifieront dans cette annonce la fomme
to ale qu'ils voudront racheter , & le fonds particulier
dans lequel ce rachat doit fe faire ».
<<
Toutes les fois qu'un rachat d'annuités , audeffus
du pair , aura lieu , il fera accordé une portion
égale à tous les Actionnaires vendeurs fur
le dividende courant ».
« Les Commiffaires font autorisés à racheter
toute annuité rachetable au - deffous du pair , s'ils
le croient plus avantageux »,
« L'Orateur de la Chambre des Communes ,
le Chancelier de l'Echiquier de Sa Majefté , le
Greffier en chef de la Chancellerie ( Master of
the Rolls ) , l'Auditeur - Général des comptes de
la Cour de la Chancellerie , & le Gouverneur
& le Député- Gouverneur de la banque d'Angleterre
, pour le temps qu'ils font en charge refpectivement
, feront Commiffaires pour faire exécuter
les réfolutions de cet afte » .
« On réglera les comptes qui feront foumis
tous les ans à l'infpection du Parlement , auffi
bien que les prix payés pour chaque fonds racheté
; & des doubles copies du compte feront
( 125 )
préfentées aux Commiflaires pour en faire l'es
xamen » ,
« Ordonné que lorfque la fomme totale recevable
annuellement par lefdits Commiffaires ,
& y comprenant la fomme de 250,000 liv . fter.
par quartier , payable comme il a été mentionné
ci - deffus fur l'Echiquier auffi bien que les
annuités & dividendes des actions qui feront placés
fur le compte defdits Commiffaires dans les
livres des Gouverneur & Compagnie de la banque
d'Angleterre , monteront en tout à quatre
millions annuels ; les dividendes perçus fur telle
partie du capital , qui fera dorénavant liquidé
par lefdits Commiffaires , de même que les
fommes payables fur ces annuités , qui pourront
dans la fuite ceffer d'être dues , ne feront plus
payés à la recette de l'Echiquier de Sa Majefté ,
mais feront regardés comme rachetés par le Parlement
, & i en fera difpofé de la maniere que le
Parlement l'ordonnera » .
Toute falfification de certificats de la banque
, ou des Commiffaires , fera regardée comme
capitale ».
« La Banque donnera caution , felon le bon
plaifir des Commiffaires , & les Commiffaires
feront autorisés à payer toutes les dépenses
cafuelles ».
FRANCE..
DE
VERSAILLES , le 7 Juin.
La Marquife de la Bourdonnaye a eu ,
le 14 du mois dernier , l'honneur d'être préfentée
à Leurs Majeftés par Madame Elifabeth
de France , en qualité de Dame pour
accompagner cette Princeffe.
f3
( 126 ).
Le Vicomte Henri de Ségur , qui avoit
précédemment eu l'honneur d'être préfenté
au Roi , a eu , le rer de ce mois , celui de
monter dans les voitures de Sa Majesté &
de la fuivre à la chaſſe.
Le 4 de ce mois , jour de la Pentecôte ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint - Efprit , s'étant aflemblés
vers les onze heures & demie du matin dans
le grand Cabinet du Roi , Sa Majefté , devant
laquelle marchoient deux Huilliers de
la Chambre portant leurs maffes , fortit de
fon appartement pour fe rendre à la Chapelle
, précédée de Monfieur , de Monfeigneur
Comte d'Artois, du Prince de Condé ,
du Duc de Bourbon , du Prince de Conti ,
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre . Après
la Meffe , qui fut chantée par la Mufique
du Roi , & célébrée par l'Archevêque de
Narbonne , Prélar Commandeur de l'Ordre,
le Roi fut reconduit à fon appartement ,
en obfervant l'ordre dans lequel il en étoit
forti. Madame , madame Comteffe d'Artois,
& Madame Elifabeth de France , affifterent
dans la Tribune , à la grand'Meffe , à laquelle
la Marquife de Vances fit la quête.
L'après midi , le Roi & la Famille Royale ,
après avoir entendu le Sermon prononcé
par l'Abbé Baccoffe , aflifterent aux Vêpres
chantées par la Mufique du Roi , & auxquelles
l'Abbé de Ganderatz , Chapelain de
la grande Chapelle , officia.
( 137 )
1.
Le même jour , la Comteffe de Montléart
a eu l'honneur d'être préfentée à Leurs Majeftés
& à la Famille Royale par la Comteffe
'de Ségur.
Ce jour , le Chevalier du Viviers & le
Marquis de Sainte Croix , Miniftres plénipotentiaires
du Roi , le premier près les Princes
& Etats du Cercle de la baffe Saxe , & le
fecond près le Prince Evêque de Liege , ont
eu l'honneur de prendre congé de Sa Majefté
pour retourner à leurs deftinations
étant préfentés par le Comte de Vergennes ,
Chef du Confeil royal des finances , Minif
tre & Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
DE PARIS , le 15 Juin.
•
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 27
Avril 1786 , qui accorde un nouveau délai ,
jufqu'au premier Août prochain , aux Officiers
des Bureaux des Finances , pour le
paiement du centieme denier.
Autre dit du 21 Mai 1786 , portant nomination
de Commiffaires pour l'examen
des plans & projets relatifs aux rivieres d'Yvette
& de Bievre.
Le Roi étant en fon Confeil , a ordonné &
ordonne que les plans & projets du fieur de Fer ,
ayant rapport aux rivieres d'Yvette & de Bievre
& notamment celui qui a pour objet de conduire
les eaux de la derniere , & des ruiffeaux aboutiffans
à ladite riviere , depuis Amblainvilliers juf
£4
( 128 )
qu'à Paris , feront inceffamment remis aux feurs
Bouvard de Fourqueux , Fargès & Dupleix de
Bacquencourt , Confeillers d'Etat ; Bertier ,
Maître des Requêtes , Intendant de la Généralité
de Paris ; Thiroux de Crofne , Maître des Requétes
, Lieutenant général de Police de la ville
de Paris ; & Chaumont de la Milliere , Maître
des Requêtes , Intendant des Ponts & Chauffées
Turcies & Levées , que Sa Majefté a commis &
députés , commet & députe , à l'effet d'examiner
lefdits plans , projets & cartes y relatives , en
préfence du fieur de Fer & des Membres de
P'Académie des Sciences , au nombre de quatre ,
que lefdits fieurs Commiffaires du Confeil de Sa
Majefté pourront s'affocier , & dont ils préfenteront
les noms à Sa Majeſté , pouvant appeller
auffi les Ouvriers & Gens de l'Art dont ils pourront
avoir befoin , à l'effet de vérifier avec eux
fur les lieux le toifé des diftances , les nivellemens
, les devis & eftimations des ouvrages qui
feroient à faire , foit par excavation , fouille &
tranſport de terre , foit en pilotis , éclufes , ponts ,
voûtes , revêtiffemens , réfervoirs , canaux de
diftribution , construction de toute nature en
pierre , maçonnerie & charpente , & donner fur
le tout leurs obfervations & avis : feront auffi lefdits
fieurs Commiffaires du Confeil l'examen des
devis & états qui leur feront remis par ledit fieur
de Fer , & la comparaifon de fes offres avec les
dépenfes qu'il fera reconnu qu'exigeroit l'exécu
tion defdits projets dans ladite Ville , & l'établiſ
fement des fontaines publiques , ainfi que le prix
du poyce ou de la ligne d'eau dans les maifons
des particuliers ; ils conftateront la folvabilité
dudit fieur de Fer & des affociés qu'il propofe ;
ils entendront fur le tout les Prévôt des Marchands
& Echevins de la ville de Paris , & vérifie(
129 )
ront en fe tranfportant par- tout où befoin fera ,
au nombre de frois au moins , fi des différens
Ouvrages qui feroient à faire fur le cours defdites
rivieres d'Yvette & de Bievres , ainfi que
des ruiffeaux y aboutiffans , il ne réſulte ni inconvéniens
pour les habitans des campagnes , relativement
à l'arro fement de leurs prés , ni la def
truction de moulins néceffaires pour l'approvifionnement
en farines , foit de la Ville de Paris , foit
des Villes & Villages circonvoifins , ni rien de
contraire à la sûreté des carrieres fur le ciel detquelles
lefdits canaux' devront paffer ; defquels
objets lefdits fieurs Commiffaires drefferont des
procès- verbaux , dont après avoir conféré avec
le fieur Baron de Breteuil , Minifire & Secretaire
d'Etat au Département de Paris , & le fieur de
Calonne , Miniftre & Contrôleur général des Fininces
, il fera rendu compte au Roi en fon Confeil
, à l'effet d'être par Sa Majesté ftatué ce
qu'Elle jugera de plus convenable à l'utilité &
à la falubrité de la vi'le de Paris.
On écrit de Fougeres en Bretagne un ac
cident bien terrible , furvenu à M. Groignard
, Capitaine de vaiffeau , & Directeur
des conſtructions à Breft. Cet homme célébre
, fi précieux au département de la Marine
, fe rendoit à Breft . Sur la chauffée de
la Perrine le cheval de fa voiture s'étant em .
porté , le poftillon ne put le maîtriſer. Le
danger de fe voir précipiter détermina M.
Groignard à s'élancer de fa voiture ; il tomba
fur le vifage, en fe caffant plufieurs dents ,
& une des roues lui fracaffa la jambe ganche.
Son Secrétaire refta dans la voiture qui
alla fe brifer au bas de la defcente , fans
( 130 )
qu'il éprouvât lui - même aucune bleffute
Le 16 Avril 1786 , jour de Pâques , Jeanne
Truffenay , fille d'un manoeuvre , ſe rendoit à
Neuilly , à une lieue & demie de Dijon , après
avoir traverfé lariviere d'Ouche fur une planche,
près de ce dernier Village , dont elle n'étoit plus
éloignée que d'une centaine de pas : elle continua
fa route en marchant dans l'eau , qui étoit débordée
; mais elle eut le malheur de tomber
dans un creux dont elle ne s'étoit point apperçue
, & que la riviere avoit formée nouvellement.
Dans le même inftant cette fille fut entrainée par
un courant extrêmement rapide , & alloit périr ,
fans les fecours qui lui furent donnés par Claude
Bouchet , né à Chevigny - Saint - Sauveur , âgé de
vingt- neuf ans.
Če jeune homme , obligé de paffer la riviere
avec une charrette , à vuide , qu'il conduifoit
par ordre de fon maître , fut arrêté par les cris de
quelques enfans qui étoient à la garde du bétail ,
près de l'endroit où l'accident venoit d'arriver :
il porta la vue fur la riviere , & apperçut celle
que les eaux avoient déja emportée bien loin de
lui.
1
Auffi-tôt il ôte fon habit ; & fans être arrêté
par une bleffure confidérable qu'il s'étoit faite à
la jambe , en travaillant fur le grand chemin
ni par le danger auquel il s'expofoit , il fe lance
à la nage dans la riviere , & atteint Jeanne Truffenay
; il la faifit par la coeffe , croyant empoi
gner en même- teins fes cheveux , mais la coëffe
lui refta dans la main , & la fille lui échappa ;
parce que fes cheveux avoient été coupés .
Il ne fe rebute pas , il fait une feconde tentative
, redouble d'efforts , s'accroche aux juppes
de cette fille , & à force de peine & de travail , il
parvient enfin à la tirer hors de l'eau.
( 131 )
L'air étoit vif & piquant , Claude Bouchet en
eft frappé , les forces font prefque épuifées , il a
befoin d'être fecouru lui- même , & d'aller promptement
le réchauffer ; mais il ne fonge qu'à confommer
la bonne oeuvre ; & quoique Jeanne
Truffenay fat fans aucun mouvement , il s'occupe
à lui procurer fans relâche , tous les fecours
propres à la rappeller à la vie , ou plutôt à la lui
rendre ; il prend le cadavre inanimé de cette fille,
le porte jufqu'à l'endroit où il avoit laiffé fa char
rette fur laquelle il le charge , & l'amene chez fon
maître où il le dépole.
Rien ne peut exprimer ni la joie du jeune
homme , lorfqu'il apperçoit Jeanne Truffenay
commençant à donner quelques fignes de vie , ni
l'empreffement de Deniſe Philibeaux , femme de
Claude Bara , à prodiguer à cette malheureufe fille
tous les foins qui pouvoient lui être néceffaires ;
elle a gardé mala de pendant trois jours , après
lefquels fes parens l'ont ramenée bien portante à
Perigny.
M. le Comte de Dracy , Seigneur de Neuilly ,
inftruit de la belle action de Claude Bouchet , ne
Pa pas laiffée fans récompenfe .
Feu M. le Comte de Neuilly ( pere de M.
de Dracy ) , a fondé à perpétuité , fur les revenus
de la terre , un Prix deſtiné au travail & à la
vertu . 2
Ce Prix fe donne chaque année , pendant les
féries de la Pentecôte , alternativement à un
garçon & à une fille des Seigneuries de Neuilly
& Senecey.
II confifte en une médaille d'argent ( avec une
couronne de rofe & un bouquet pour la fille ) ,
( & un chapeau & un bouquet pour le garçon ).
Cette année étant le tour des garçons , M. le
£ 6
( 132 )
Comte de Dracy a defiré que le Prix fût adjugé à
Claude Bou het.
Les habitans de Neuilly & Senecey n'ont fait
aucune difficulté de feconder les vues de juftice &
de bienfaifance dont ils favent que leur Seigneur
eft animé ; en conféquence , dans leur affemblée ,
à la fuite de la tenue des Jours du Lundi 29 Mai
dernier , ils ont décerné unanimement, par accla
mation , le Prix à Claude Bouchet , qui , fuivant
toute apparence , l'auroit également obtenu par
la voie du fcrutin . ( Affiches de Dijon ) .
Les réflexions fuivantes fur les fecours à
donner aux pauvres malades des campagnes
, font le fruit de la lecture d'une Lettre
de M. de la Houffaye fur cet objet , & que
nous avons rapportée.
ככ
Médecin , dit l'Auteur , & ererçant depuis
plufieures années dans une petite ville , je fuis
placé avec un confrere , pour donner des fecours
confolants aux habitans malades de quatrevingt
Paroiffes , lorfqu'ils veulent bien nous
donner leur confiance «<.
» Vingt Chirurgiens s'efforcent de remplir le
même but . Ils fortent de fabriques fituées à
quelques diftances ; on leur délivre pour
foixante livres & moins , des Patentes femblables
probablement à celles que Moliére donne
à fon récipiendaire ».
» Tous fe fervent de différens apperçus pour
avoir de la renommée ; mais un des plus fameux
eft de connoître les maladies , par l'infpection
des urines . Cette efpece de fortilége a
fait faire fortune à quelques - uns . Leur nom a
percé au loin , des étrangers , des habitans voifins
de la capitale font venus confulter ces nouyeaux
dieux d'Epidaure , quoiqu'à la diſtance de
( 133 )
trente lieues. Des perfonnes que leur éducation
leur état , leurs connoiffances , mettent audeffus
du commun , ont pour les Efculapes la
plus grande confiance «.
Voici les moyens que je propofe , qui ne paroiffant
que locaux , pourront avec quelques modifications
, être adaptés à toutes les parties du
Royaume.
"
Quatre-vingt Paroiffes , en prenant un
moyen proportionnel , à 400 habitans chaque ,
donnent une population de 32,000 . Sans entrer
dans des calculs que les bornes d'une lettre ne
permettent pas de faire , il feroit poffible , que
pour 88 liv. par chaque année , une Paroiffe
reçût des fecours pour fes pauvres , d'un Médecin
, d'un Chirurgien , quand cela feroit néceffaire
, d'une Accoucheufe un peu inftruite , & c . «<
Du nombre des pauvres , feroient ceux à
qui leur industrie , & c. ne procureroit point un
carréal équivalent à 4,000 liv. Leur pauvreté
feroit atteftée par le Curé ou par quelques Notables
de la Paroiffe « .
» Les Médecins feroient obligés de tenir des
journaux exacts des malades & des maladies qu'ils
auroient à traiter. Chaque année la Société
Royale de Médecine les recevroit , les examineroit
, & de ces matériaux , pourroit jaillir quelque
lumiere ; & c'eft la feule maniere de connoître
les maladies populaires du Royaume «.
» Sur quoi prendre cette fomme de 88 liv. ?
> Sur les gros Décimateurs & fur le Clergé. Cet
Ordre de l'Etat ne veut que le bien , & il feroit
enchanté de trouver l'occaſion de faire connoître
fon zele « .
Les bornes d'une lettre ne me permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail ; fi je prévoyois
que mon travail fût agréable au Gouvernement
( 134 )
& utile au public , j'entreprendrois de faire voir
comment on peut avoir des Médecins inftruits >
des Chirurgiens habiles , des Apothicaires honnêtes
, &c. au moins dans une des grandes Provinces
du Royaume.
J'ai l'honneur d'être , &c. & c.
MORIN D. M.
A l'Aigle en Normandie ce 31 Mi 1786 .
M. de M. vient de nous adreſſer une réponſe
en ces termes à la lettre de M. D. H.
fur un projet de nouvelles cheminées .
M. j'abandonne de grand coeur à MM. D. H.
& B. l'avantage de l'antériorité qu'ils réclament
dans le Mercure du 20 de ce mois , fur l'invention
d'une cheminée économique accommodée à
notre luxe , pourvu que le bien ſe faffe .
Mais je protefte auffi que je n'ai jamais connu
la cheminée de M. B. , ni rien de ce qu'il a écrit
à ce fujet. Alors la fingularité dont s'étonne
M. D. H. fubfifteroit dans fon entier , fi le mer
veillex n'en difparoiffoit bientôt , en lifant dans
mes obfervations du 29 Mars dernier : Des Religieux
plus particulierement dévoués aux économies de
la pauvreté &c. & grand nombre d'Allemands
ufent du moyen que je propofe.
>
& Voilà donc , Monfieur , ces bons Allemands
& les Capucins , & beaucoup de Breffans tous en
droit de réclamer fur M B. , fur M. D. B. ,
fur moi- même , l'honneur de l'antériorité , &
celui d'avoir remarqué l'abfurdité de nos cheminées
actuelles.
Je dois ajouter , Monfieur , que le premier
feu de grand'garde que j'ai vu à nos armées ,
m'a donné la premiere idée de la cheminée nouvelle
dont vous avez accueilli la defcription dans
votre dix-feptieme N° . de cette année ; & que
( 135 )
j'ai lu cette defcription à une Compagnie favante
il y a plus d'un an.
Sans autre prétention que celle d'être bon à
quelque chofe , félicitons - nous tous de nous être
ainfi rencontrés fur un objet d'utilité publique ,
ce qui , très - heureufement , n'eft point fingulier.
Quant à la maniere d'exprimer les mêmes
idées , on ne peut juger que fur les deux pieces
de comparaifon; & ma piece eft publique .
J'efpere de votre honnêteté que vous voudrez
bien publier encore ma réponse à M. D. H.
de M***.
Marie Marguerite de Rollat , époufe de
François -Abraham , Comte de Reclefne de
Lyonne , eft morte les Mai dernier , au
château de Lyonne , âgée de 48 ans.
Sufanne Genevieve de Pra Pefeuſe
époule de Benoît-Marie , Comte de Nompere
, Capitaine de Cavalerie , eft morte le
12 du même mois au château de Champagny
en Forès , âgée de 21 ans.
Marie François - Eugene Hermant , Comte
d'Hinnifdal , Baron de Fumal , Meftre decamp
commandant du régiment Royal - Alface
, eft mort le 18 Mai , âgé de 37 ans.
Caroline , Comteffe douairiere de Linange
, & c. née Rhingrave de Dhaun , Comteffe
de Salm , & c. eft morte le 26 Mai dans
fon château à Puttelange , âgée de 80 ans.
& 5 mois.
Louis Alloneau , âgé de 32 ans , ayant
quitté depuis le mois de Décembre 1782 le
régiment de la Reine - Dragons , en garniſon
dans la baffe Bretagne ; ceux qui pourront
( 136 )
donner quelques nouvelles de ce jeune hom
me , dont le pere a obtenu le congé abfolu ,
font très inftamment priés de s'adreffer à
M. Girard , Notaire royal à S. Maixent en
Poitou.
PAYS - B A $.
DE BRUXELLES , le 28 Juin .
Par une publication du 25 Mai , les Etats
d'Utrecht ont annullé toutes les permilions
précédentes , dont l'objet avoit été d'armer
les habitans du plat-pays .
La mort volontaire de Zannowich eft
parfaitement confirmée , ainfi que fa véritable
naiffance & fes principales aventures.
Ce prétendu Prince d'Albanie avoit propofé,
comme nous l'avons rapporté , un Corps de
Monténegrins à la Hollande , & l'on peut
juger de l'adreffe de fes artifices par le fuccès
qu'il en obtint. Le 18 Décembre 1784 , les
Etats Généraux prirent à fon fujet la réſolution
fuivante .
« A été entendu le rapport de Mrs. van Haeften
, & autres Députés de L. H. P. pour les affaires
militaires , lefquels , & enfuite , & pour
l'exécution de la réfolution commifforiale du 17
du courant , & conjointement avec , quelques
Mrs. Comités du Confeil d'Etat , ayant exa .
miné ce qui avoit été communiqué par M. Sic- ,
cama , Député de la Province de Stad en Land
touchant une lettre qui lui étoit parvenue de la
part de M. le Confeiller Fonkens , de Gronin
"
( 137 )
gue , du 14 du courant , par où ce Mr. lui envoyoit
une lettre du Prince d'Albanie , &c . & c .
écrite de Ratisbonne , le 30 Novembre paffé ,
offrant un corps de troupes de 10 à 20 mille foldats
Monténégrins , à livrer dans ce pays avant
l'échéance de deux mois , lefquels , fans cela ,
pourroient bien paffer au fervice de l'Empereur;
laiffant lui député , à la délibération de L. H. P.
l'ufage qu'il leur plairoit faire fur cette offre ,
pour le bien de l'Etat ».
>
Sur quoi ayant été délibéré & prifes les confidérations
, & l'avis très- fage de S. A. , il a été
trouvé bon & réfolu de prier le fufdit Député de
répondre au fufit Confeiller Fockens , comme
quoi L. H. P. verront avec plaifir qu'il marquât
au Prince d'Albanie , que L. H. P. ne fauroient
Le déterminer pour le préfent de prendre à leur
fervice les fufdites troupes Monténégrines , &
fur tout un corps fi confidérable de 10 à 20 mille
hommes ; que peut- être bien elles inclinereient
dans la fuite à entrer en négociation pour un
petit nombre de ces troupes ; mais qu'elles defireroient
être auparavant informées fur quel
pied & capitulation on feroit porté de céder quelques-
unes de ces troupes à l'Etat ; qu'en attendant
L. H. P. font fenfibles à la bienveillance du
fufdit Prince d'Albanie pour cet Etat , & que provifionnellement
il leur tera agréable que S. A.,
par fon influence fur le peuple Monténégrin ,
puifle effectuer qu'il ne s'engage point au fervicc
de S. M. I. pendant les méfintelligences avec
la République , & que L. H. P. ne manqueront
pas de confidérer cette démarche comme un fervice
obligeant ; fervice que , lorfqu'il fera rendu
, & qu'elles en auront fenti l'effet , L. H.P.
RECONNOÎTRONT & RECOMPENSERONT avec un
grand plaifir , & felon l'importance de la chofe » .
Signé, D. J. van Heeckeren.
( 138 )
Le corps du Prince d'Albanie a été traîné
fur la claie à Amfterdam , tranſporté aux
fourches patibulaires , & jetté dans la toffe
des malfaiteurs. C'eft la peine du fuicide.
On écrit de Cherbourg , que le 28 du mois
dernier on y a lancé un cône , la journée étoit
très- belle , la mer calme & la rade couverte de
plus de 200 voiles ; une foule immenfe bortoit le
rivage Monfeigneur Comte d'Artois qui étoit
préfent a paru très fatisfait de ce fpectacle ; ce
Prince a déjeuné fnr un des cônes déjà placés.
& a vifité enfuite tous les travaux & la ville ;
a dû repartir de Cherbourg le lendemain .
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres,
L'un des Papiers du matin a rapporté derniere
ment l'accident arrivé à une Princeffe à Paris
en mangeant un ragoût qui avoit été accommodé
dans un vaiffeau de cuivre . On cite à cette
occalion un fait femblable qui a eu lieu tout récemment
dans le Comté d Yorck : de nouveaux
mariés avoient affemblé leurs amis pour célébrer
leurs nôces. On fervit entr'autres mêts une étu -
vée de carpe qui avoit été préparée dans un vaiffeau
de cuivre. Tous ceux qui mangerent de ce
plat ſe trouverent mal fur le champ , & la mariée
& une des tantes de fon époux moururent au
bout de quelques heures , dans les douleurs les
plus affreuses . Les autres perfonnes affectées furent
heureusement guéries. [ London Chronicle. ]
« La fâcheufe nouvelle que le Comte O - Reil
ly , notre Gouverneur , difent les lettres de Cadix
, avoit encouru la difgrace du Roi , a fait une
( 139 )
gran ' e fenfation dans notre Ville. Ce Général a
perdu toutes les dignités & les places dont S. M.
Catholique l'avoit fucceffivement honoré ; & il
n'en a confervé que le grade de Lieutenant Général
, avec une modique penfion. L'on ne fait à
quoi attribuer ce revers inattendu de fortune :
l'on n'ignoroit point que les faveurs dont il a été,
comblé ci - devant , & fa qualité d'étranger lui
avoit fait beaucoup de jaloux , d'envieux ,, & par .
conféquent d'ennemis : l'on favoit également que .
ces ennemis lui reprochoient la malheureufe ex
pédition d'Alger en 1775 , & quelques autres incidens
de fon Gouvernement ; mais il paroit que
de s événemens d'une date auffi ancienne ne fauroient
provoquer une difgrace après dix ans d'intervalle.
Quoi qu'il en foit , nous regrettons beaucoup
la perte de ce Gouverneur , qui par fon
amour pour la juftice , fon adminiftration exacte
& in partiale , fon affabilité , & fa conduite amicale
envers tous les rangs de citoyens , s'étoit concilié
l'attachement de tous les habitans .
Nous attendons ici inceffamment Don Antonio
Oliver , qui fuccede à M. d'O-Reilly dans le
Gouvernement de Cadix : cet Officier jouit de la
meilleure réputation ( Gazetre de Leyde , n°. 44 )
Avant-hier de grand matin , écrit - on de
Venife, nous vîmes arriver un courrier extraor➡
dinaire , venant en toute diligence de Conftantinople
, & qu'on dit être porteur de dépêchés trèsimportantes
, de la part de notre Ambaſſadeur à
la Porte. Quoiqu'à la vérité il n'ait rien tranfpiré
jufqu'ici dans le Public du contenu de ces dépêches
, on a appris qu'au départ de ce courrier de
la capitale Ottomane les efprits y étoient dans la
plus grande fermentation , & qu'une émeute générale
y faifoit appréhender les fuites les plus
( 140 )
fächenfes. Suivant le rapport du même courrier
la deſtination de la flotte fous ies ordres du Capitan
Pacha , qui venoit de faire voile pour l'Archipel
, après avoir pris à bord un grand nombre
de troupes de terre , n'étoit plus un myftere , &
qu'on ne tarderoit pas à en être éclairci. [ Courrier
du Bas-Rhin , No. 44.
« Il fe confirme que les Algériens n'obfervent
pas avec candeur les conditions du Traité qu'ils
» ont conclu avec l'Espagne. Ils y ont fait , en-
» tr'autres , une infraction criante , par la cap-
» ture d'un navire Espagnol qui fortoit de Malaga
, & qu'ils ont pris fous le canon du Fort
» d'Eftapora . C'eft en conféquence de cette nou-
» velle qu'il eft arrivé , le 4 de ce mois , un ordre
20 à Cadix , d'équiper le plus promptement poffible
, 4 frégates & le vaiffeau la Vera Propheta ,
de 50 canons. La deftination de cette flottille
eft d'aller trouver le Dey d'Alger , d'y porter
les plaintes de S. M. Catholique , de demander
» une fatisfaction éclatante pour l'infulte faire à
» fon Pavillon ; & en cas de refus , de faire la
» chaffe à tous les navires de ces Infidèles , par-
» tout où ils fe trouveront . »
« On mande de Munich , du 12 Mai , que le
Prince Evêque de Paffau a quitté cette Capitale
, où il fe trouvoit depuis quelque temps ,
avec l'afurance que fes pourfuites pour la
Coadjutorer e de Ratisbonne feront appuyées
par la Cour Electorale . Les autres Coadjutoreries
, qu'on croit réservées pour les Princes
cadets de la Maifon de Tofcane , font celles de
» Frefingue , Salzbourg , Augsbourg , & c. &
d'autres Evêchés limitrophes de la Baviere. »
و د
( 141 )
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) a
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le fieur CHAFFART , Maître Boulanger
à Paris. Et le fieur le ROUGE , le jeune ,
to
Receveur de Loreries.
Les Receveurs des Loteries peuvent - ils faire crédit
aux Actionnaires pour leur mife , & fe faire confentir
des obligations , billets à ordre ou lettresde-
change ?
Telle eft la queftion que cette Cauſe préſentoit
à juger. Le fieur Chaffart , Maitre Boulanger ,
pere de 8 enfans , avoit commencé à jouer à la
Loterie , argent comptant . C'étoit le Bureau du
fieur le Rouge qu'il avoit adopté pout faire fs
m:fes . Après avoir perdu des fommes confidérables
, il avoit réfolu de ne plus jouer ; mais le Buralifte
lui fit entendre qu'il fe rebutoit trop promp
tement ; qu'il quittoit le jeu à l'inftant où il avoit
le plus d'efpérances , & qu'il ne falloit qu'un
coup heureux pour réparer fes pertes & l'enrichir
à jamais ; il lui offrit des billets à crédit . — Chaffart
accepta l'offre avec reconnoiffance . Il continua
de jouer jufqu'à concurrence d'une fomme
de 1028 liv. pour laquelle le Rouge lui fit foulcrire
un billet à ordre , valeur reçue comptant ,
pour être employée dans fon commerce . Ce billet
fut tracé en caracteres prefque illilibles . Chaffart
ne fait ni lire , ni écrire ; il fe fit conduire la
main. En vertu de ce titre , le Buralifte fit affigner
Chaffart au mois de Juillet 1783 , devant
Jes Juge Confuls de Paris , pour être condamné
par corps à lui payer la fomme de 764 liv. ref
tante , à payer de celle de 1028 liv . par lui prêtée
pour l'employer dans fon commerce , fuivant la
reconnoiffance du 1er. Juillet précédent . Chaffart
s'étant préfenté à l'Audience des Confuls , a fou
tenu en préfence de le Rouge , qu'il ne lui avoit
-
( 142 )
été fourni aucune valeur réelle pour le montant
du billet ; il a fommé le Buralifte de déclarer fi
le billet n'avoit pas pour caufe le jeu de la Loterie
à crédit . Le Rouge a commencé par nier
le fait ; mais enfuite , fur l'interpellation qui lui
fut faite par les Juges , de déclarer quelle valeur
il avoit fournie , il fut forcé de convenir que le
billet n'avoit réellement d'autre caufe que des
billets de Loterie par lui vendus à crédit . D'après
cet aveu , les Juges confidérant les défordres
qu'entraînent de pareils engagemens , ont , par
leur Sentence du 21 Août 1783 , déclaré le billec
nul , & débouté le Rouge de fa demande. Sur
l'appel de la part du Buralifte , Arrêt eft intervenu
le 18 Février 1786 , qui a mis l'appellation
au néant , avec amen ' e & dépens.
CHATELET DE PARIS , PARC CIVIL
Caufe entre les héritiers de Me. Bois de Maiſon-
Neuve , Avocat au Parlement , & la demoiselle
Jacquemet , fa belle fille. -
Demande en
·
nullité des avantages faits par un mari , foit par
donation entre-vifs , foit par teftament à une fille
du premier lit defa femme. Interprétation
de l'art. 28 de la Coutume de Paris .
L'Arrêt qui a déclaré nul le legs univerfel
fait par la fille de M. Lalouette ( la dame Taibout
de Marigny ) aix enfans du premier lit du
fieur Taibout fon mari , a donné lieu aux héritiers
de Me. Bois de Maifon - Neuve de conftater les
avantages qu'il avoit faits , foit entre- vifs , foit par
teftament , à la demoiſelle Jacquemet , fa bellefille
. Si ces héritiers euffent apperçu la différence
qui fe trouve entre la caufe de Lalouettet& la leur,
ils n'auroient pas rifqué d'entreprendre un procès
dont l'événement ne pouvoit leur être favorable .
Etabliffons les faits effentiels de la conteftation,
Me. Bois de Maiſon- Neuye , ancien Bâtonnier de
( 143 )
rOrdre des Avocats , Jurifconfulte diftingué ;
avoit épousé , quarante ans avant fa mort , la dame
Jacquemet , veuve d'un Maître Chirurgien , qui
avoit d'un premier lit une fille alors en bas âge ;
Me . Bois l'a fait élever dans fa maifon ; & elle
lui a rendu avec ufure dans fa vieilieffe les foins
qu'il avoit pris de fon éducation . En effet , la demoifelle
Jacquemet avoit renoncé à toute espece
d'établiffement , pour fe confacrer fans réſerve
aux foins qu'exigeoit la maifon de fon beau -pere
& de la dame fa mere , & elle prodigua à tous
deux les fecours & les confolations qui feules
peuvent rendre les infirmités fupportables. Un
attachement auffi grand méritoit de la part de
Me. Bois , qui n'avoit point d'enfans , fes marques
de reconnoiffance. La demoifelle Jacquemet
n'avoit qu'un revenu de 115 liv . Me . Bois s'eft
contentéde cette modique fomme pour fa penfion,
jufqu'au moment où il est décédé .
Le 28
Avril 1771 , Me . Bois , lors âgé de près de 70
ans, prêta à la demoiselle Jacquemet, une fomme
de 30,000l . pour laquelle elle lui conftitua 1600 !.
de rente viagere , exempte de toute retenue, elle
l'a exactement payée , & rapporté les quittances
de Me. Bois . A une autre époque , cet Avocat
acheta , conjointement avec la belle - fille , &
fous fon nom , trois actions des fermes , moyennant
3000 liv. , avec claufe de retenue de jouif
fance pour lui, & qu'après fon décès , cette jouiffance
, ainfi que la propriété , retourneroit à la
demoiselle Jacquemet. Enfin , Me. Bois , par fon
teſtament , a fait à fa belle - fille trois legs ; le
premier de 12,000 liv. une fois payées , ou de
1200 liv. de rente viagere , au choix de fes héritiers
qui le lui feroient fignifier huit jours après
fon décès ; finon , & à défaut de choix de leur
part dans ce délai , a déféré l'option à ladite de¬
( 144 )
-
moifelle ; le fecond legs , d'une fomme de 1200 1.
une fois payée ; le troifieme , de fa montre & de
fa tabatiere d'or Me. Bois eft mort le 2 Janvier
1784 , avant la dame Bois fon épouſe , qui
lui a furvécu trois mois. Après le décès du teftateur
, fes héritiers , bien inftruits du teftament
& des avantages entre- vifs faits à la demoiſelle
Jacquemet , confentirent l'exécution pure &
fimple du teftament , & firent délivrance à la
demoiſelle Jacquemet des legs y portés ; ils préférerent
même au fervice de la rente viagere de
1200 liv . le paiement en argent de 120001 .
Cependant lors des opérations du partage de la
fucceffion , les héritiers revenant fur leurs pas
attaquerent , 1 °. le placement fait par Me. Bois ,
de la fomme de 30000 liv . pour opérer en ſa faveur
une rente viagere de 1600 liv . , ainfi que
celui de 3000 liv . prix de l'acquifition des trois
actions des Fermes , faits en commun par Me.
Bois & fa belle -fille , avec claufe de retenue de
jouiffance entiere pour lui , & de réunion de la
jouiffance à la propriété après la mort , en faveur
de la demoiſelle Jacquemet. Is prétendirent
voir dans ces deux actes un avantage indirect
d'un mari à fa femme , ou aux enfans de fa
femme , défendu par l'article 283 de la Coutume
de Paris ; ils en demanderent la nullité , & que
le demoiſelle Jacquemet fût condamnée à rapporter
la fomme de 33000 1. ; ils lui demanderent
en outre un fupplément des penfions qu'elle avoit
dû payer chez fon beau - pere ; celle de 115 liv .
par elle payée chaque année étant infuffifante .
Sentence , dont il n'y a pas eu d'appel , eft intervenue
le 28 1785 , qui a déclaré les
héritiers Bois non-recevables & malfondés dans leurs
demandes , conformément à l'Arrêt de Réglement
de 1587 , & les a condamnés aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 10 Juin.
E 19 Mai , eft mort ici Jean Melchior
Goetze , prenfier Pafteur de l'Eglife Lu
thérienne de Sainte Catherine , très fameux
en Allemagne par fon intolérance , & par
fon acharnement contre, les Catholiques ,
contre les Calviniftes , contre tous ceux qui
ne penfoient pas comme lui. On le nom
moit par dérifion le Pape Goetze. Il ne perdit
aucune occafion d'attaquer ceux qui s'in
téreffolent aux progrès de la vérité , entr'autres
le célébre Leffing , avec qui il eut une
querelle qui fournit à Leffing le fujet d'un
excellent ouvrage.
Le 27 Mai , on a célébré à Copenhague
le mariage du Prince héréditaire de Holftein-
Sunderbourg , avec la Princeffe Royale de
Danemarck , Louiſe Augufte.
La crainte que le commerce de Cherfon
No. 25, 24 Juin 1786. N° . go
( ( 146 )
Q
0
ne détruiſe un jour celui de Dantzick saccroît
de jour en jour. Ileft arrivé dans le premier
de ces ports un bâtiment appellé la
Grande- Catherine , venant de Marſeille avec
un chargement de vins & d'autres marchan
difes du commerce de la Méditerranée : un
autre navire , nommé le Prince Potemkin ,
venant de la même mer , eft auffi attendu
inceffamment jufqu'à préfent les pays fitués
entre la Pologne & la mer Noire avoient
tiré des ports de la Baltique les marchandifes
de la Méditerranée dont ils avoient befoin,
On apprend de Genes , que l'année derniere
il y eft arrivé 43 bâtimens , dont 31
Suédois , 14 Hollandois , '74 Anglois , 68
François , 36 Impériaux , 48 Vénitiens, $ 1
Bagufains 36 de Genes même , 9 Napolitains
, 4 du Levant , 9 Efpagnols , is de
Riga , 1 de Ruffie , 1 bâtiment Grec.Un
Journal d'économie politique porte à 45
millions de rixdalers , ou écus d'Empire , les
capitaux dus par les étrangers à l'Etat de
Genes en 1780. Selon le même ouvrage ,
les Anglois tirent par an du Piémont pour
200,000 liv . fterl. de cire.
D'après la nouvelle Géographie de Suede ,
publiée par Erik Tuneld , la furface desce
Royaume eft de 6900 milles carrés de Suede ,
& fa population monte à 2,700,000 ames ,
dont il faut compter 163,000
pour les vildles.
On compte actuellement à Stockolm 4137
147 )
C
•
maifons , & 72,444 habitans. Les revenus
annuels de la Couronne montent à environ
vingt - cinq millions tournois. ? o ab sim
Suivant le dénombrement fait en 1783
dans la Pomeranie Suédoife , la population
de cette Province eft de 101,989 ames ,
dont 48,973 hommes , & 53,016 femmes.
Dans ce nombre on a compté 62,302 individus
libres , & 42,436 ferfs. Les foldats ,
leurs femmes & enfans ne font pas compris
dans ce calcul. La population dans les
villes , y compris les femmes & les enfans
des foldats , montoit à 34,055 ames , & à
la campagne à 70,6939 ab Lustggs a
R
Pendant l'année derniere il eft arrivé à
Rigal 842 bâtimens , dans ce nombre il s'en eft
trouvé 17 de Breme , s de Dantzick , 107 Danois
, 142 Anglois , 14 François de Genies ,
7 de Hambourg , 167 Hollandois 16 de Luelbek
, sod'Oftende , 38 de Petersbourg , Portugais
90 Pruffiens , 32 de Riga , de Roftok
& 187 Suedois. Les navires partis
du même Port ont été au nombre de 833 ,
dont 18 pour Breme , pour Dantzick , 106
pour le Danemarck , 144 pour l'Angleterre ,
14 pour la France , pour Genes , 7 pour
II
Hambourg , 165 pour la Hollande , 17 pour
Lubek , 15 pour Oftende , 32 pour Peterl
bourgspour le Portugal , 88 pour la Pruffe ,
2 pour Roitok , 188 pour la Suede & 30 de
Riga même sealer dogs
3
La valeur des importations à été de 1,503,823
roubles & 87 copeiks ; on a auffi importé 1,408,665 écus d'Albert &
198,232
do
Porté
la
Svaleur des exportations s'eft élevée à 9,239,484
roubles.
g 2
( 148 )
DE VIENNE , le 9 Juin.
Le Gouvernement de l'Autriche . intérieure
a adreffé à tous les Tribunaux du pays
une circulaire , qui porte en ſubſtance ;
Qu'il eft conftant que , de tout temps , on
s'eft attaché à mettre des bornes aux excès & aux
dépenfes extravagantes qui fe commettent à l'oc
cafion des premieres Meffes des Eccléfiaftiques ,
des enterremens , mariages & baptêmes , & à abolir
des abus qui offenfent autant la religion que
les moeurs. Qu'en conféquence , par une circulaire
en date du 8 Juin 1785 , non ſeulement le Gouvernement
défendit toutes fortes de banquets &
de feftins à l'occafion des nôces , enterremens , &c.
mais même il fut ordonné aux Miniftres de la
religion de s'occuper des moyens de difluader le
peuple de toutes les coutumes fuperftitieufes au
moyen defquelles on efpere procurer un foulage
mentiaux ames des défunts. Et pareillement par
autres Ordonnances précédentes , & particulierement
celles du 27 Janvier 1774 & 25 du même
mois 1777, il fut pourvu à la fuppreffion de différens
abus femblables , & à abolir la prétention
qu'avoient quelques Curés de por ir tenir dans
leurs Presbyteres des banquets & feitins pour ces
fortes de cérémonies : que cependant la plus
grande partie de ces abus n'en ont pas moins
fubfifté ; que la paffion pour la boiſſon eſt parvenue
dans des occafions aux plus grands excès ,
& qu'il y a même encore des Pafteurs & des Marguilliers
qui veulent encore forcer dans ces occas
fons de donner de ces fortes de repas chez eux,
Pourquoi , attendu que toutes ces coutumes & ufagesfuperftitieux
, auffi bien que les grands excès
( 149 )
qui fe comme tent dans ces fortés de repas offenfent
également les moeurs & la religion , & que
pareillement il eft indécent que pareils teflins fe
donnent dans les maifons des Curés : en confor
mité du décret du 20 de ce mois , par lequel il a
été reconnu que de pareils abus étoient de nature
à ne pouvoir être foufferts & tolérés par la préfente
il et particuliérement défendu à tous Minif
tres de la religion de tenir aucune espece d'au
berge : & attendu qu'il pourroit arriver que dans
quelque Paroiffe il n'y eût qu'une feule auberge ,
qu'elle appartint au Curé , & qu'elle fit un de
fes principaux revenus , dans ce cas il lui eft accordé
un délai d'un an pour la vendre ou l'affermer
à longues années.
Depuis le 17 du mois dernier , l'Archiduc
Ferdinand de Tofcane eft parti de cette Capitale
pour fon Régiment , en garnifon à
Stein dans la Hongrie . S. A. R. eft accompagnée
des Lieutenants Colonels de Lamberti
& de Rolle . Le Maréchal de Lafcy eft
auffi parti pour la Hongrie .
Le féqueftre qui avoit été m's par ordre
de l'Empereur fur les biens de l'Evêque de
Breflau , fitués dans la Siléfie Autrichienne ,
vient d'être levé. ↑
Le Chapitre de Victing , dans la Carinthie
, eft fupprimé. L'Abbé reçoit une penfion
aunuelle de 1500 florins , & les autres
Eccléfiaftiques 300 florins chacun.
On , vient de publier l'Ordonnance fuivante
, rendue par S. M. I. , le 3 Mai dernier.
Nous JOSEPH II , &c. &c. ayant donné un
83
( 150 )
4
Edite concernant les affaires matrimoniales de
pos fujers Chrétiens , nous le déclarons commun
à nos fujets Juifs quant au contrat civil & fes
effetsy & ordonnons en outre ce qui fuit : 1º. Si
des motifs importans exigent la conclufion d'un
mariage que nous avions défendu dans ledit
Ediaba caufe des la parent , le cas fera propofé
aue Tribunal de la Province qui accordera la
difpenfe néceffaire. 2 °. Ce que nous avons pref
crit dans ledit Edit aux Curés , Paſteurs &
Papes , nous le prefcrivons par la préſente aux
prepofés des Synagogues & autres écoles , la
Paroiffe des Juifs fera leur Synagogue & le
prénom des Juifs ferala même chofe que le
nom de baptême des Chrétiens . 3. Si le contrat
de mariage eft fait conformément à notre
Edit il fera valable , & aucune partie ne pourra
Jelcaffer fans le confentement de l'autre. 4° Nos
Ordonnances précédentes qui font relatives à
ces mariages des Juifs , continueront de fortir
leur effet.
30 Sumith 5urust & juod aub hs skin 195
900
DE
?
Joginsback
Juin.
FRANCFORT le 14 Jul
L'arrivée longtemps
c
ha
d'un Nonce
du Pape à lieu le zo du mois
dernier. Ce jour là , le Prélat Cefar Jules
Zoglio , Archevêque d'Athenes , eft arrivé en
Baviere avec le caractere de Nonce ordi-
Haire & de Légat du S. Siege.
Plufieurs Gazettes ont imprimé dernieresment
le paragraphe fuivant : beri
פכ
Le Miniftere Autrichien s'occupe encore
d'une affaire moins importante par fon objet ,
s qui pourroit le devenir par la tournure
qu'elle femble prendre. Depuis un certain
( 151 )
tems, il s'étoit élevé quelques difficultés, entre
» le Canton de Zurich & la Maifon d'Autriche &
» pourrailon des limites refpe&tives de ce Canton
» & du Comté de Saggienberg en Suabe , qui ap
partient à cette illuftre Maifon, Les Magiftrats
» de Zurich , fe voyant preffés par les inftances
2 de la Cour de Vienne, plus vivement fans doute
qu'ils ne defiroient , viennent , dit-on , de s'a❤
dreffer à S. M. Pruffienne , pour lui propofer
» de fe rendre arbitre du différend. L'on ajoute
qu'il faut attribuer en partie à cette démarche,
la fréquence des derniers Couriers entre Vienne
& Berlin, Mais l'on ne dit point que le Roi de
Pruffe ait encore accédé à la priere desZuricois,
→ & il paroît plus vraisemblable que ce Prince fe
rendra aux propofitions de l'Empereur qui de-
> mande qu'il foit nommé de part & d'autre
des Commiffaires , qui arrangerent paisible-
» ment ce léger différend fur les lieux mêmes .
Nous fommes autorifés à déclarer que
cet article eft d'un bout à l'autre deftitué de
fondement. Ce qui peut y avoir donné
lie , ce font des différends légers entre la
Turgovie & la ville de Conftance , au fujet
de la navigation du lac de ce nom ; différends
plufieurs fois renouvelés , & qui ont été terminés
à l'amiable au commencement de
l'année , fans que directement ou indirectement
, le Roi de Pruffe foit intervenu
dans cette affaire.
ais
Le Hofpodar de Moldavie eft déposé , &
remplacé par le premier Interprete Monolacho
Rossetto. On attribue cette difgrace &
celle de l'Hofpodar de Valachie à la défiance
8 4
( 152 )
de la Porte & aux intrigues de quelques
Grecs , pour fupplanter les Hofpodars difgraciés.
La ville Impériale d'Augsbourg offre un
contrafte remarquable avec celles d'Ulm &
de Nuremberg. Celles - ci ont un territoire
confidérable , exigent des tributs onéreux ,
& font accablées de dettes . Augsbourg eft
prefque fans territoire , ne fupporte que de
légers impôts , & ne doit rien. D'où provient
cette différence ? de celle de l'Adminiftration.
Récemment , un Con eller de la Régence
de Koenigsberg en Pruffe fut accufé de
corruption . Le Roi fit examiner le cas , les
Juges trouveient l'accufé coupable , & le
condamnerent à être enfermé deux ans dans
une fortereffe . Le Confeiller appella du Jugement
, & le Roi la condamné à deux ans
de travaux publics.
Les manoeuvres exécutées le 23 à Berlin
ont fait l'admiration de tous les connoiffeurs.
L'armée , compofée de plus de 30,000
hommes , étoit divifée en deux Corps , dont
l'un commandé par le Duc Frédéric de
Brunswick , & l'autre par le Général de
Mollendorf.
14
Le fieur Wolny , Ecuyer du Roi de
Pruffe , eft parti de Berlin avec plufieurs
chevaux fuperbes , que S. M. envoie au
Duc d'Yorck , Evêque d'Ofnabruck , qui
eft actuellement à Hanovre.
Le Prince Charles-Augufte de Bade
( 153 )
Dourlach & Hochberg , Oncle à la mode
de Bretagne du Margrave regnant de Bade ,
Général Feld : Maréchal , & Général de
l'Artillerie de l'Empire & du Cercle de
Souabe , eft mort à Carlsruhe , le premier
de ce mois , âgé de 74 ans.
Le Landgrave de Heffe Caffel a mis un
impôt d'un rixdaler fur chaque chien ; ceux
de chaffe , de berger , de boucher, & de
garde , feuls exceptés de cette taxe.
Les Députés des Etats du Cercle de Souabe ;
affemblés à Ulm , viennent d'arrêter , que les anciens
louis d'or & écus de 6 liv . continueront à
circuler , conformément au Réglement du 8 Juin
1761 ; que les louis d'or de 1785 & fuivans ne
pourront être reçus qu'à raison de to florins &
24 kreutzers ; que les écus de 6 liv , de 1784 n'auront
cours que pour 2 forins & 45 kreutzers ; &
que dans trois mois , à dater de la publication du
préfent Réglement , les écus de 3 liv. effacés , du
regne précédent, feront mis hors de la circulation.
En 1780 , on évaluoit les revenus nets
des Pays - Bas Autrichiens à la fomme de
7,536.929 florins de Brabant. Aujourd'hui
onprétend qu'ils excedent & millions de flor.
Avant la guerre de 7 ans , la population de la
Saxe Eleorale , dit un Journal Allemand d'Economie
politique , montoit à 1,681,756 ames ; &
depuis la guerre , à 1,663,594 ; les enfans audeffous
de 2 ans ne font pas compris dans ce dénombrement.
On compte à Drefde 44,000 habitans
, & 33,000 à Leipfick Le nombre des grandes
villes , dans la Saxe Electorale , eft de 17 ; celui
des petites villes , de 50 ; celui des bourg , de
243 , & celui des villages , de 6,747 . On comate
g S
(0154 )
f
dans la Saxe 2,373 terres , tant féodales , qu'allodiales.
Les impofitions réelles ou foncieres , dans
ce pays , montent par an , à 10 milions de liv.
tournois , la Capitation & l'Induftrie , à 3 millions
, l'Accife , le Timbre , & c. , à 7,900,000
& les Domaines produifent 5,900,000 ; ce qui
fait en tout un revenu de 27,637,612 liv. ; la dépenfe
monte à 27,439,583 liv .; par conféquent ,
Je revenu excede la dépenfe de 198,029 liv. La
balance du Commerce eft en faveur de la Saxe
pour trois millions .
ITALI E.
ADE VENISE, le 30 Mai.
Si Un valet de chambre du Baile N, N. Zuliani
, expédié de Conftantinople , eſt arrivé
de 14 de ce mois , au foir , avec des dépêches
qui ont donné lieu à deux affemblées
d'Etat , & à de longues & férieufes difcufnfions
dans le Pregadi du 18. Malgré le f
lence que l'on obferve ici , les politiques les
plus pénétrans prétendent que , fuivant ces
dépêches , la Porte Ottomane demande une
déclaration folemnelle de la part de la Ré
publique , qu'elle n'a fait aucune alliance
avec les Cours Impériales , & qu'elle ne fe
propoſe point d'en faire jamais dans telles
circonftances que ce puiffe être : elle exige
en outre des Vénitiens de terminer leur guerre
avec les Tunifiens , en faifant le facrifice
d'une fomme confidérable d'argent, les menaçant
, s'ils s'y refufent , de rompre ouversement
avec eux . Si cela eft ainfi il eft aifé
( 155 )
*
de découvrir la mauvaife foi avec laquelle
s'eft conduit la Porte Ottomane , par rapport
aux affaires de la Dalmatie , & il y a
lieu de craindre que le Capitan Pacha ne
tombe à l'improvifte avec fon efcadre fur la
Dalmatie Vénitienne , comme l'ont toujours
fait les Turcs dans leurs guerres avec la
République ; mais toutes ces divinations de
la Politique font fort hafardées .
PORTUGAL.
DÉ LISBONNE , le 28 Mai.
2
12
L'état du Roi , attaqué depuis quelque
temps de vertiges fucceffifs , donnoit les
Sférieufes inquiétudes . Le 15, furvint
à Sa Majesté un étourdiffement qui dura
plus d'une heute , & qui fut fuivi le
16 d'une rechûte encore plus allarmante. On
adminiftra ce Monarque , & l'on porta en
proceffion les Reliques des Saints. Le Jeudi ,
l'application des fang- fues apporta quelque
foulagement ; l'enflure aux jambes avoit diminué
, lorfque la maladie reprit affez de
violence , pour ôter l'efpérance de conferver
les jours de Sa Majesté. En effet le 25 ,
le Roi eft expiré dans la foixante-neuvieme
année de fon âge. Peu de jours auparavant
il avoit perdu fon premier Ministre M. de
Mello.
Un Négociant de cette ville a communiqué
au Miniftere une Lettre qu'il a reçue d'Alger ,
ga
( 156 )
où on lui mande que jusqu'à la date du 21 Avril ,
aucun corfaire n'étoit encore forti du port , mais
qu'il s'en apprêtoit pour le 1er . de Mai ; & que
M. Landrezet y étoit arrivé ; mais que le peuple.
murmurant hautement contre le Bey , de ce qu'il
faifoit la paix avec tant de Puiffances , & lui ôtoit
par- là le moyen de faire des captures , il étoit
vraisemblable qu'on impoferoit au Portugal des
conditions trop dures pour être acceptées , &
qu'aini , M. Landrezet roit obligé de revenir ,
fans avoir rien effectué .
GRANDE - BRETAGNE .
DE LONDRES , le 13 Juin.
S. M. vient d'élever à la dignité de Baronnets
de la Grande Bretagne différens Particuliers,
entre lefquels on diftingue M. Macpher
fon , Chef actuel par interim du Confeil Suprême
de Bengale , l'Amiral James Douglas ,
le Major Général Green , Ingénieur en Chef
à Gibraltar , l'Amiral Rowley , &c, .
Le Commodore Elliot a pris congé le 9 de
S. M. pour fe rendre à Terre-Neuve , dont il
commandera l'efcadre.
Le Prince Williams Henri s'eft embarqué
le 4 à Plymouth , fur la frégate le Pégafe , accompagnée
de la Rofe , commandée par le
Capitaine Hervey. Ce jeune Officier du Sang
Royal a gagné , pendant fon fejour à Plymouth
, l'eftime & l'attachement de tous les
habitans . On apprend qu'il eft arrivé le 6 à
Guernesey, où il dîna chez le Gouverneur , &
felon le bruit public , il fera voile de cette île
९
(157 )
pour Hallifax & Terre Neuve avec le Comt
modore Elliot .
Samedi dernier , les Ecrivains de l'Alfred ,
venant de la Chine & de la côte de Coroman⚫
del , & du Locko , venant de la Chine , font
arrivés à l'hôtel de la Compagnie des Indes ,
avec la nouvelle de l'entrée de ces vaiffeaux
à Darmouth. Dimanche , la Compagnie apprit
également le retour du navire le Comte de
Chesterfield, arrivé de la Chine à la hauteur de
l'île de Portland , & hier , celui du Roi George,
venant de Bombay & du Bengale , & entré à
la rade de Weymouth. A toute heure , on attend
la Britannia qui a appareillé de Sainte-
Hélene , jours avant le Roi George , & le
Francis qui arrive du Bengale. Quelques
jours auparavant , la Compagnie avoit reçu
des dépêches de Madrafs , apportées par le
Lieutenant Colonel Stirling . Elles contiennent
, à ce qu'on rapporte généralement , la
nouvelle de la mort de Tippoo Saïb : les lettres
particulieres , dit on , ajoutent que ce
Prince ayant été défait , bleffe & fait prifonnier
dans une bataille rangée avec l'un de fes
adverfaires , contre lequel il avoit commencé
les hoftilités , le vainqueur ordonna de le
pendre au premier arbre ; ce qui fur le champ
fut mis à exécution.
La défaite de l'Oppofition dans l'examen
du premier chef d'accufation contre M. Haltings
, fait préfumer une victoire complette
en faveur de celui - ci , dans la fuite de cette
difcuffion. Les débats , cependant , relatifs à
(2138 )
1
la manière dont la Chambre devoit envifager
la conduite de l'Ex- Gouverneur Général
, pendant la guerre des Rohillas , ont été
très - véhémens , très détaillés , & prolongés
durant deux Séances , dont l'une ne fe termina
qu'à 3 heures du matin. Voici en quels
termes M. Burke préſenta fa motion .
Que certains actes , malverfations & crimes
graves ayant été commis par Warren Haftings
, ferviteur de la compagnie des Indes
Angloifes , & préfident de fon confeil- fu-
» prême à Calcutta , dans le mois de Septemmbre
1773 , au mépris de fes devoirs & de la
confiance que l'on avoit en lui , en aidant &
affiftant le Nabab Sujah UI Dowlah à faire
Dla guerre à la nation des Rohillas , entrant
avec lui dans un traité criminel pour exterminer
cette nation , de laquelle la compaghie
n'avoit point eu à fe plaindre , & cela
contre les ordres & les intentions des directeurs
, fons prétexte qu'il étoit dû une femme
d'argent par ces peuples malheureux dont il
ne pouvoit pas être payé pour le compte de
» la compagnie ; laquelle dette étoit défavouée
par les Rohillas , & inconnue aux directeurs :
ledit Warren Haflings en conféquence de ce
I traité clandeſtin qu'il avoit fait avec le Nababy
fous la promeffe d'une fomme de 400
mille liv. ft . envoya un corps de troupes Britanniques
, pour affifter à la deſtruction & à
» l'extermination de ce peuple , ce qui n'auroit
pas pu être fait fans fon affiftance ; il donna
» les ordres d'attaquer malicieufement & traitreufement
à l'improvifte ce malheureux
peuple , fans former la demande de la fomme
qu'il prétendoit lui être due , & fans aucune
(( 159 )
offre d'arranger à l'amiable le prétenda diffé
rend qui s'étoit élevé au fujet de cette dette ,
refufant de fe prêter à aucune des propofitions
d'arrangement qui lui furent faites par
les chefs ; que par fuite de cette guerre injufte
& barbare , les habitans d'un canton
très-vafte de l'Inde , après avoir été pillés
→ de tous leurs effets furent inhumainement
expultés avec leurs femmes & leurs enfans
de leurs demeures & de leurs territoires
fans aucune provifion pour leur fubfiftance ;
les chefs étant eux - mêmes réduits ainsi que
leurs enfans à la plus grande détreffe que
la femme de Hafir Rhamet , l'un deux , avoit
été traînée de place en place de la maniere
la plus indigne & la plus outrageante , pendant
que d'autres chefs de la même nation
étoient induits en erreur par des envoyés du
Nabab , qui leur promettoient publiquement
& fous la foi des traités , la faveur & da
→ protection du gouverneur , comme cela
a eft prouvé par plufieurs lettres. Tous ces
chefs furent également traités , & furent
so compris dans la deftruction générale de cette
malheureufe nation . Un feul , Fizulla Khan ,
fut admis à une capitulation dans fa forte-
So reffe par le colonel Champion , commandant
en chef de l'armée ; laquelle capitulation
fut faite contre la volonté & les inftructions
dudit Warren Haftings , qui dans une de fes
lettres à ce commandant s'exprime ainfi : quant
➡d Fizula Khan , il ne mérite aucune confidération
, puifque le petitfouverain d'un pays eftimé
au plus 6 a 8 lacques de roupies ( 160 ou 80
mille liv. ft. ) ne doit point être un obstacle
aux mesures que nous avons prifes , ni affecter
en aucune maniere la confiftance de notre con(
160 )
duite refufant d'autorifer le commandant de
l'armée à empêcher les effets de ce plan de
» deftruction , & remettant tout le pays à Sujah
Dowlah , fans ftipuler aucune condition en
faveur de ces peuples , ce qui fit du territoire
habité par les Robilias , dans lequel il
ne fe trouvoit pas un feul pouce de terre
» qui ne fût cultivé comme un jardin
un
canton défert & entièrement dépeuplé ; pour
lefquelles offenfes , malverfations , & c . &c.
» ledit Warren Haftings devoit être déclaré
» atteint de crimes graves dont la nation devoit
connoître , & c. &c . »
Cette motion fut défendue avec chaleur
par M. Burke fon auteur , par Mrs. Wilbra
ham , Francis , Wyndham , &c. Mrs. Powis &
Hardinge s'y rangerent également ,mais en mitigeant
leur avis & en rendant juftice aux talens
& aux fervices de M. Haftings. Ce dernier eut
pour principaux Avocats , M. Loyd Kenyon ,
M. W. Grenville , Lord Mornington , Mr.
Nichols , le Lord Avocat d'Ecoffe , & c .
Nous avons rapporté , l'Ordinaire dernier ,
le fort de la motion , rejettée par 119 voix ,
contre 67. La difcuffion de l'affaire de Bénarès
eft appointée à la femaine prochaine , &
fi chacune des charges exige autant de longueurs
, ce procès ne fera pas terminé pendant
la Seffion actuelle.
2
L'objet le plus important , traité depuis ,
dans la Chambre des Communes, eft le bill de
M. Pitt , fur qui l'on doit régler le commerce
des vins , & la foumiffion des Marchands aux
loix de l'Excife. Le Comité a fait à ce bill
( 161 )
plufieurs amendemens , généralement approuvés
; on y a ajouté quelques claufes néceffaires
, & la troifiéme lecture ayant été
faite le 9 , le bill a paffé fans grands debats ,
à la majorité de voix , contre 33 .
Le même jour , la Chambre en grand comité
délibéra fur une Requête de la Compagnie
des Indes , dont M. Pitt expofa en
ces termes & la nature & les motifs .
Il n'y a perfonne , dit- il , qui ne doive être
convaincu que la fituation de la Compagnie des
Indes , eft actuellement bien différente de ce
qu'elle a été jufqu'à préfent , ou de ce que l'on
pouvoit prévoir qu'elle deviendroit, lorfque l'afte
de commutation a été paffé . Il eſt évident d'après
l'accroiflement considérable de fon commerce de
thé , qu'il est néceffaire d'augmenter fon capital ,
pour la mettre en état de fatisfaire. aux demandes ,
qui dans le cours de l'année derniere , ont été
portées plus qu'au double de ce qu'elles avoient
jamais été. La confommation annuelle du thé pour
'Angleterre fe hornoit p récédemment à fix millions
de livres , elle s'eft élevée dans le courant
de l'année derniere à quatorze millions . La Compagnie
s'eft auffi trouvée en état d'envoyer au
déhors des thés , qui fans cette circonstance , feroient
reftés éternellement dans fes magafins.
Mais fi les lettres de change tirées de l'Inde fur
la Compagnie , ont monté à une fomme beaucoup
plus haute qu'on ne s'y attendoit , c'est l'effet
des dépenfes accidentelles & inévitables de
la liquidation des comptes de la guerre ; car
inême dans ce pays , chacun fait combien il étoit
difficile d'évaluer avec une certaine précifion le
montant des dettes contractées pendant une guerre
longue & difpendieuſe .
( 162 )
Dans cet état de chofes , il eft néceffaire dé
donner à la Compagnie les moyens dont elle a
befoin , pour la retirer de l'embarras où elle te
trouve actuellement. En conféquence , fi le Par
lement lui permet de faire ufage de fon pro
pre crédit pour étendre fon capital , je propo
Terai, les Arrêtés que je crois convenables pour
remplir cet ob et. Le premier eft d'autor fer la
Compagnie à vendre certaines annuités qui lui
font dues par la nation , & qui montent à une
fomme de 36,000 liv. Le fecond , eft de l'autorifer
pareillement à étendre fon capital de
3,400,000 liv. à 4,000,000 liv. excédant dont
la réunion produira la fomme dont la Compagnie
a befoin.
M. Sheridan , répondit à M. Pitt , qu'il accufa
de déception dans la maniere de préfenter les
faits , & dans l'époque qu'il choififfoit pour en
tamer une affaire auffi importante. Selon lui , le
but du Miniftre , en rejettant , cet objet à la fin
d'une feffion, étoit d'avoir un prétexte pour précipiter
la conclufion de cette affaire , qui auroit deinandé
la plus mûre délibération . Il eſt évident
dit -il , que l'on veut abfolument facrifier la
nation à la Compagnie des Indes : le Miniftre
a commencé par fon acte de commutation , à
faire abandonner un revenu de 700,000 liv.
par an. Il est très- vrai , que la Compagnie a
gagné gros à cette opération , mais en récompenfe
, la nation y a beaucoup perdu : s'il faut
en croire le rapport infidieux de la Compaon
a tout lieu d'efpérer qu'il fera fait
des remifes confidérables de Bengale en Chine,
pour le payement des cargaifons. Mais le
commerce de Bengale en Chine paſſe rare
>> ment 100,000 , ou tout au plus 150,000 live
Ce font des faits , pour la vérité defquels jen
55
gnier
(( 163 ))
appelle aux perfonnes qui connoiffent beau
» coup mieux les affaires que moi ».
› Après différentes repliques & explications rés
ciproques , les arrêtés de M. Pitt , pafferent
fans aller aux voix , & il fut ordonné que le rapport
fur cette affaire feroit entendu lebr2, 37q
Les fonds ont haufféle g d'un pour cent ,
ee qu'on attribue , fort à l'aventure , à la nouvelle
de la prochaine conclufion du Traité
de commerce avec la France.
Le Miniftre doit paffer un contrat avec la
Compagnie des Indes , pour que celle ci lui
fourniffe 4000 tonneaux de falpêtre au -delà
de la quantité qu'elle a fourni jufqu'ici tous
les ans . La charte de ce marché fera paffée à
Londres à Noël 1789 .
L'Amirauté a donné ordre de conftruire
Deptford , une frégate portant 40 canons
fur un pont feulement . Si cette nouvelle
conftruction réuffit , on fera conftruire 12
autres frégates fur le même plan.
On lit dans plufieurs Feuilles l'extrait fuivant
d'une lettre de Calcutta , en date du
14 Février dernier.
-M. Macpherſon , Gouverneur général du
Bengale , par intérim , ayant reçu avis qu'un
vaiffeau Anglais avoit été jetté à la côte de
Siam , envoya autfi tôt un bâtiment de la Compagnie
avec des Pilotes pour porter du fecours
aux naufragés , & effayer de fauver le vaiffeau &
fa cargaifon. Il s'eft trouvé que ce vailleau n'étoit
point Anglois , mais François. Son nom eft le
Dauphin , & il paroît qu'il étoit parti de France
( 164 )
au mois d'Avril 1785. Les habitans de la côte
ont trouvé parmi les débris du naufrage des let
tres dont une eft adreffée à un M. Lup riɔr , &
l'autre à un M. Moffion ou Mofie. Les dares les
plus fraiches font du 26 & du 30 Mars 1785. Le
Capitaine François , par le confeil des habitans
de Mergui , s'eft rendu dans un petit bâtiment à
Achem avec le refte de fon équipage , dans l'efpérance
de trouver dans ce Port plus de facilité
pour fe rendre à Pondichery .
Les habitans rapportent que 2 heures après
avoir touché , le Dauphin a coulé bas . Son équipage
refta plufieurs jours deftitué de tout fecours ,
n'ayant pu fauver que très- peu de provifions . Les
Matelots ayant mangé à terre des fruits qu'ils ne
connoilloient pas furent attaqués de la dyfenterie
& des fievres , qui firent fuccomber en très - peu
de temps une quantité d'entr'eux .
Le bâtiment de la Compagnie qui a apporté
ces détails à Calcutta , a appris dans les mêmes
parages , qu'un vaiffeau Hollandois , revenant de
Batavia , avoit également péri dans les détroits.
Mais cette nouvelle mérite confirmation ,
-
Il fe répand depuis avant hier , qu'un paquebot
de l'Amérique feptentrionale a apporté
la nouvelle que les Américains , mé
contens de voir l'article du dernier Traité
de paix , concernant la ceflion de certains
forts & territoires aux environs des lacs .
éludé par les Anglois , avoient marché au
nombre de 7000 hommes contre nos poftes,
fur les frontieres du Canada. Cette démarche
, ajoute t on , n'a point eu la fanction du
Congrès ; mais fimplement celle de quelques
Affemblées provinciales. Un rapport , auffi
3
( 165 )
extraordinaire , exige fans doute des autori
tés moins vagues ; on ne tardera pas à favoir
la vérité à ce fujet.
Le 8 au matin , il y a eu un duel près de
Kenſington , entre Mylord Macartney & le
Major Général Stuart , que ce Lord avoit
mis aux arrêts à Madrafs , pendant qu'il commandoit
cet établiffement. Le Colonel Fullarton
accompagnoit Lord Macartney , le
Colonel Gordon , le Général Stuart. Ces Seconds
ont envoyé aux Editeurs des Papiers
publics le rapport authentique & figné de ce
combat. En voici le précis.
» Le lieu & l'heure ayant été choifis ,
» les combattans arrivèrent au rendez - vous
» à quatre heures & demie du matin , &
» fe placerent chacun à la diftance de douze
pas ( 1 ) , mefurés par les feconds , qui délivrerent
à chacune des parties un pifto-
» let. Le Général Stuart interrogea Lord
Macartney , en lui demandant fi favue baffe
» lui permettoit de voir diftinctement fon
» adverfaire; parfaitement bien , reprit Lord
Macartney. Les feconds s'étant mis de
côté , le Général Stuart fit obferver à
» Lord Macartney que fon piftolet n'étoit
» pas armé ; Milord lui fit fes remercî-
» mens & arma . Quand l'un & l'autre
furent prêts , ils firent feu à quelques fe
(2) Ceft- à- dire , à 24 pas de diftance abfolue ;
les deux Champions marchent 12 pas à l'oppofice
Pun de l'autre.
( ( 166 )
C
condes de diftance l'un de l'autre. Les
Seconds appercevant que Milord Macartney
étoit bleffé , allerent à lui & déclarerent
que la chofe devoit en refter là.
» Ce n'eft pas là une fatisfaction fuffifante ,
dit le Général Stuart , en demandant à
fon adverfaire s'il étoit hors d'état de tirer
un fecond coup . Milord répondit
qu'il y confentoit avec plaifir , & il preffa
le Colonel Fullarton d'y confentir également
; mais les feconds déclarerent qu'ils
» ne le permettroient pas. Là-deffus le Général
Stuart dit que c'étoit fimplement
partie remife à un autre moment. Sur
» quoi S. 5. répondit : Si telle eft l'inten-
» tion du Général , il vaut mieux achever
» tout de fuite. Je me trouve ici en Vertu
» d'un cartel du Général Stuart qui me
ས Jau
» demande une fatisfaction perfonnelle
d'une offenfe que je lui ai faite en ma
» qualité d'homme public ; mais pour proul'intérêt
de ma sûreté
ver que
dicte point la déclaration que je n'avois
contre lui aucune inimitié , il peut continuer
comme il le jugera bon. Les Seconds
ayant
mis fin à cette converfation
» les parties refterent fur le terrein jufqu'à
» l'inftant où le Général Stuart , privé de-
» puis long temps de l'ufage d'une jambe ,
fut obligé de s'appuyer contre un arbre.
» MM. Hunter & Home, Chirurgiens
qu'avoit amenés le Colonel Fullarton ,
» s'avancerent , & aidés des deux Colo-
"
"
2016
ne me
61671
» nels , ils déshabillerent Lord Macartney ,
& le firent affeoir. Le Colonel Gordon
quitta enfuite le préau avec le Général
» Stuart, & S. S. fut reconduite chez elle
>> en voiture.
כ
CE
Les Seconds ne peuvent trop exprimer
la fermeté & le fang froid des deux com-
» battans , & ils fe trouvent heureux d'a-
» jouter qu'on a extrait la balle qui avoit
percé l'épaule droite de Lord Macartney,
» fur le rétabliffement duquel on a les plus
2 fortes efpérances. €
Signés W. FULLARTON. A. GORDON.
Depuis l'impreffion de ce récit , l'état de
Lord Macartney s'eft amélioré de jour en
jour, & toute crainte fur fon compte eft difipée.
deat 23
Mardi7 du courant
, eft mort
à fa terre
de Sion , à l'âge
de 74 ans , le
uc de Northumberland
, Comte
de Percy
, Lord
Lieutenant
& Gouverneur
des Comtés
de Midlefex
& de Northumberland
, Chevalier
de
l'Ordre
de la Jarretiere
, Préfident
de divers
Hôpitaux
, & l'un des Gardes
du Mufæum
. II
avoit
réfigné
fes places
à la Cour
en 1781
.
Peu
de
Seigneurs
en Europe
joignoient
autant
de magnificence
à une auffi
grande
générofité
. Ses aumônes
, fes fecours
de tout
genre
, la nobleffe
de fes dépenfes
lui avoient
concilié
l'eftime
univerfelfe
. Ce
Seigneur
dont
la fortune
, l'influence
& le crédit
offroient
peu de comparaiſons
en Angleterre
むさ
( 768 )
& ailleurs , defcendoit du Chevalier Baronet
Hugh-Smithfon dans le Yorckshire. En
1740 il époufa la fille & l'héritiere d'Algernon
Duc de Sommerfet , Comte de Northumberland
, après la mort duquel ce dernier
titre & tous les biens de la maifon de
Percy pafferent au Duc de Northumberland
qui vient de mourir. Le Roi George
III le créa Duc en 1766 ; antérieurement
il avoit été Viceroi d'Irlande , & devint
Grand Ecuyer de la Couronne en 1778 ,
Il laiffe deux fils dont l'aîné eft le Comte
de Percy , Lieutenant- Général , né en Lieutenant - Général ,
1740 , d'abord marié à Ladi Anne troifieme
fille du Comte de Bute , dont il a été féparé
par un divorce. Aujourd'hui il eft remarié
à Miff Burell. Le cadet eft Lord
Algernon Percy , né en 1750 , & marié à
Miff Burell , foeur de la Comtefle de Percy
Le premier hérite de 60,000 liv. fterlings ,
près de 1400,000 tournois de rente en biens
de terre ; le fecond jouira de 10,000 livres
fterling par an. L'ordre qui régnoit dans les
affaires du feu Duc avoit maintenu & augmenté
fa fortune malgré la grandeur de fes
dépenfes. Peu de Souverains ont des maifons
de campagne qui furpaffent celles du
Duc de Northumberland à Alnwick & à
Sion. En bâtimens & en jardins , il avoit
dépensé plus 80,000 liv. Rerlings.
Par le Navire le Waren Haftings , arrivé
de l'Inde derniérement , un des Nababs a
envoié
( 169 )
envoyé à S. M. un préfent de fix oifeaux
couronnés fuperbes , & qui coûtent dans
l'Inde 600 guinées la paire. Ils font du plus
beau bleu , pareil à celui du cou du paon ,
grands comme des oyes , & ornés par la
nature d'une houpe de plumes blanches qui
reffemblent à une chevelure artiftement
poudrée .
Le Lord Cambden , autre Bâtiment de la
Compagnie des Indes , arrivé à Deptford ,
a aufli apporté une hyene mâle. Cet animal
eft plus gros qu'un dogue ; il eft très doux
& fa peau est marquetée de raies noires fur
fond blanc comme celle du zébre .
Cinquante Seigneurs Ecoffois ont déjà
foufcrit des fommes plus ou moins confidérables
pour l'établiffement des pêcheries
& pour la formation des villages fur les
côtes d'Ecoffe. Cette foufcription deviendra
générale , à ce qu'on préfume , dans
toute la Nobleffe , vivement intéreffée à
améliorer le fort de fes Vaffaux.
Le Roi a donné aux Officiers Généraux
du fervice de terre un nouvel Uniforme , qui
confifte en un habit écarlate doublé de blanc ,
revers bleu , & orné d'un large galon d'or ,
mais uni ; vefte & culotte blanches ; les boutons
portant une épée & un bâton en fautoir.
Les Officiers - Généraux ont paru pour
la premiere fois dans cet Uniforme le jour
anniverfaire de la naiffance du Roi.
Il y a actuellement fept détachemens de
Nº. 25, 24 Juin 1786.
h
( 170 )
recrues dans les deux Royaumes , occupés
à lever des hommes pour le fervice de la
Compagnie des Indes . Ces recrues feront
envoiées dans les différens établiffemens de
la Compagnie.
Le Prince Guillaume Henri , actuellement
au fervice de la Marine Royale , fera créé
Pair du Royaume , auffitôt qu'il aura atteint
l'âge compétent ; & il en fera de même des
autres Fils du Roi . On ne dit pas encore ſi
l'on fera revivre les anciens titres , ou fi l'on
en créera de nouveaux .
On croit que le ruban bleu du Duc de
Northumberland fera donné au Prince
Royal de Danemarck,
Selon le Morning Chronicle , le dernier
concert de l'Abbaye de Weftminſter , qui ſe
célébre toutes les années en mémoire d'Handel
a été exécuté par 712 Muficiens , Chanteurs
& Cantatrices , & a rapporté 13 à
14,000 liv. fterl.
Le nombre des Malfaiteurs condamnés à être
transportés augmentant tous les jours , le Minif
tere a porté fon attention fur les moyens de les
diftribuer également dans les Colonies , telles
que le Canada , les Antilles , & la côte d'Afrique.
Ceux qu'on envoyoit à ce dernier endroit y
étoient ci - devant employés comme foldats . Selon
le nouveau projet ils ne feront plus admis dans
le fervice militaire ; on les emploiera au commerce
intérieur des Etabliſſemens.
Lorfqu'il étoit queftion du plan de fortifications
rejetté par le Parlement , on penſoit,
dit- on , à y employer les Forçats qui tra(
1718)
vaillent fur la Tamife . Sur quoi M. Hayley ,
Poëte Anglois de réputation , propofa ce
diftique , pour fervir d'infcription à ces ouvrages.
To raife thofe Bulwark of enormous price ,
The head of Folly us'd the hands of vice .
» Pour élever ces boulevards d'un prix
» énorme , la tête de la Folie a employé les
» mains du Vice.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 14 Juin .
L'Evêque de Metz , [ M. de Montmorenci-
Laval que le Roi a nommé à la place de
Grand Aumônier de France , a prêté a jourd'hui
, entre les mains de Sa Majefté , en cette
qualité , le ferment , dont la lecture a été
faite par le Baron de Breteuil , Miniftre &
Secrétaire d'Etat ayant le département de la
Maifon du Roi : il a en même tems prêté
ferment en qualité de Commandeur de l'O:-
dre du Saint - Efprit. Après avoir eu l'honneur
de faire fes remercîmens à Sa Majeflé ,
le Grand -Aumônier a eu celui de faire fes
révérences à la Reine & à la Famille Royale .
Le Roi a nommé à l'Abbaye de Cruas ,
Ordre de Saint -Benoît , diocefe de Viviers ,
l'Abbé des Laurents de Beaujeu ; à celle de
Bonnaigues , Ordre de Cîteaux, diocefe de Limoges,
le fieur de la Chaftre , Religieux - profès
du même Ordre , à celle de Beaulieu , Ordre
h 2
( 172 )
de S. Auguftin , diocefe du Mans , l'Abbé de
- Montefquiou , Vicaire général d'Aix , Agent
général du Clergé de France , fur la nomination
& préientation de Monfieur , en vertu
de fon apanage.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 11 de ce mois , le contrat de mariage
du Marquis d'Audiffret , Capitaine au
régiment du Roi , Cavalerie , avec Demoifelle
le Sénefchal .
Le Roi eft parti le 21 de ce mois , pour
aller coucher à Harcourt , d'où Sa Majeſté
fe rendra le lendemain à Cherbourg , pour
y vifiter les travaux ; Sa Majeſté , qui féjournera
le 23 , le 24 & le 25 à Cherbourg , en
repartira le 26 pour aller coucher à Caen ,
d'où elle ira , le 27 , coucher au Havre. Sa
Majefté , après avoir dîné le lendemain à
Rouen , viendra coucher à Gaillon , d'où
elle fe rendra ici le 29 du même mois.
DE PARIS , le 22 Juin.
La femaine derniere , il eft mort aux Jacobins
de la rue S. Jacques , un vieillard nommé
Jofeph Rullier , âgé de 114 ans. Il avoit
fervi fous le Prince Eugene , & étoit encore
fort & bien portant. La mort de ce Centenaire
n'a pas été moins remarquable que fa
longévité , car il a été tué par une chûte ;
les Chirurgiens qui ont vifité fon cadavre ,
ont trouvé tous les vifceres en bon état, Son
pere mourut encore plus âgé , & de même
accidentellement.
( 173 )
Nous avons rapporté que les Etats de
Bretagne avoient décerné une Statue au
Roi , & qu'elle devoit être placée à Breſt.
M. Jalliet de Savanet , Architecte , vient de
publier un projet pour placer ce monument ,
de maniere que , fans exiger des dépenfes
coûteufes en bâtimens , la Statue puiffe commander
également au port , à la rade , au
goulet , & être en vue des deux villes ; d'après
ce projet aucun bâtiment ne pourra entrer
dans la rade , aucun mouvement fe faire
dans le port , aucun falut fe donner , ou fe
rendre , fans être , pour ainfi dire , préfidé
par S. M.
La nature elle -même a indiqué cette difpofition
dans la Cour actuelle du château
de Breft , dont les deux aîles fur le pont feroient
terminées par deux pavillons. Là , fur
les fondemens de la tour de Céfar l'Artiſte
place la Statue.
En parlant pour la premiere fois dans ce
Journal de l'intéreffante victime dont le Par
lement de Paris a conftaté l'innocence , nous
fimes honneur avec raifon à M. le Cauchois,
Avocat de Rouen , du falut de cette infortunée
Marie Françoife Victoire Salmon , qu'il
n'a ceffé de protéger , de guider , de fecourir
, depuis l'inftant où il la retira de l'échaffaud.
Comme la Lettre qui a fuivi notre
premiere notice , a femblé infirmer
ce dévouement généreux de M. le Cauchois,
fa Cliente elle - même réclame aujourd'hui
les droits de fon Défenfeur ; voici fes termes
h3
( 174 )
MONSIEUR :
"
9
Ce que je viens de lire dans deux de vos livres ,
fur-tout dans celui , N ° . 23 , fur le résultat de
mon étonnante affaire me force à rétablir la
vérité au gré de la reconnoiffance qui eft dans
mon coeur. C'eft à l'égard de M. le Cauchois ,
qui depuis près de 5 années me fert de défenfeur
& de pere ; oui , Monfieur , c'eſt à ce refpectable
ami de l'humanité , c'eſt à ce vertueux
citoyen que je dois tout ce que je fuis aujourd'hui.
Les larmes que j'ai verfées dans le fein
d'une perfonne décorée & vénérable de cette ville ,
lorfqu'on cherchoit à me faire croire que je ne
pourrois être défendue à Paris par cet Avocat , &
la fatisfaction que j'ai éprouvée , en lui voyant
furmonter tous les obftacles que l'intrigue élevoit
à cet égard ; ma reconnoiffance enfin , tout
m'engage à répéter ici que M. le Cauchois n'a
ceffé de me fecourir à Rouen , au Confeil , à Paris ,
de fes lumieres & de fes confeils , de fes travaux ,
de fa bourſe ; il a fait plus , il a pris foin de mon
ame. Ainfi , que ne lui dois- je pas ? je crois devoir
ajouter ici que je fuis le cinquiéme perfonnage ,
à qui ce digne défenfeur a fauvé l'honneur & la
vie. Voilà la vérité . Je la rends ; je le dois , &
e vous fupplie, Monfieur , de vouloir bien la ré
péter pour moi. Je fuis , & c.
Paris , ce 13 Juin 1786 .
Marie - Françoife - Victoire SALMON.
On a obfervé à Rouen , comme on a pu
le faire à Paris même , une variation au thermometre,
de 22 degrés dans le mois de Mai
dernier , c'est - à - dire , que le thermometre
fut à zéro au commencement de ce mois -là ,
t
( 175 )
& à 22 degrés au-deffus de zéro , vers fa fit .
Le 28 Décembre 1785 , nous mande Mr.
Auchier , Maître en Chirurgie à Niort , je fus
mandé pour fecourir le nommé Bourolleau , Maître
Boucher , âgé de 3 ans ; je le trouvai à demilieue
de la ville , encore fur les bras de ceux qui
le portoient. Son accident avoit été caufé par
une charrette , chargée de 6 tierçons d'eau - devie
, qui lui avoit paffé deux fois fur les cuiffes ,
fracturées , ou plutôt moulues , tant dans leur par◄
tie fupérieure , qu'inférieure : cette derniere partie
de la gauche étoit non - feulement écrasée ,
mais encore coupée en travers , à la referve des
vaiffeaux poplités , qui feuls avoient été respectés .
Malgré cela , il y avoit une hémorragie très - confidérable.
Je renonçai à l'amputation , à caufe
de la fituation des quatre fractures , compliquées
& multipliées à l'infini.
Cependant , la vie de ce malheureux étoit en
danger ; fes cris , qui annonçoient fes vives douleurs
, me perçoint l'ame. Enfin , autant par
pitié que par devoir , je réfolus de tout tenter pour
foulager & pour arracher à la mort cet infortuné .
Après que j'eus arrêté l'écoulement du fang , &
fait les panfemens indiqués par l'art , je pofai fes
deux cuiffes dans des boëtes , en forme de goutieres
, dont j'avois eu foin d'échancrer la gauche
,, pour faciliter dans la fuite les panfemens
néceffaires. Je continuai ces mêmes foins ; il y
eut dans les commencemens , des accidens terribles
à combattre mais après l'orage , furvint
le calme , à la faveur duquel je parvins à étendre
ce même membre , au point qu'il eft auffi long
que l'autre ; & après deux mois de panfemens ,
les vuides qu'avoient laiffé les pieces d'os qui
s'étoient féparées par la fuppuration , fe remplirent
par les fucs offeux : en forte qu'aujour
:
h 4
( 176 )
d'hui , le malade eft parfaitement guéri , & marche
avec fermeté , fans qu'il foit refté dans les
parties fracturées que très- peu de difformité . Je
raconte cet accident , tel qu'il eft ; plus de 200
perfonnes de la ville qui en ont été témoins ,
pourroient certifier qu'on a vu avec étonnement
les heureux fuccès de mon opération .
J'aurois defiré que les circonftances m'euffent
permis de donner au Public un Journal de ce qui .
s'eft paffé à chaque panfement , jufqu'à parfaite
guériſon.
Le 12 de ce mois a été célébré en la Paroiffe
de S. Martin de la ville de Vendôme ,
le mariage renouvellé au bout de 5 ans , de
M. Godineau de Villemarchais , Avocat au
Bailliage de Vendôme , âgé de 81 ans , & de
Dame de Renuffon fon époufe , âgée de 78
ans. A ce mariage a affifté comme frere &
comme Parrein du mari , M. Godineau ,
Procureur du Roi Honoraire , Confeiller-
Doyen du Bailliage , à l'âge de 92 ans ,
pour lequel on célébra la même cérémonie
il y a quelques années.
L'afcenfion de la dix- huitieme courfe aërienne
de M. Blanchard s'eft faite aujourd'hui à Bruxelles
, à dix heures du matin . Elle a été des plus majeftueufes.
Cet Aéronaute s'eft élevé , par le
moyen d'un ballon de vingt- deux pieds de diametre
, tenant à la main un autre ballon de douze
pieds , auquel étoit attaché un parachûte, chargé
d'un mouton pefant quarante livres . LL. AA.
RR. qui renoient les deux rubans attachés au
char , ont vu , avec la plus gtande fatisfaction ,
qu'ils fe font échappés de leurs mains par la force.
de l'afcenfion , M. Blanchard a tenu la promeffe
( 177 )
>
qu'il avoit faite en partant , de planer dans les
airs à la vue d'un Public immenſe , afin de donner
auffi le ſpectacle de fa defcente . En effet
on a fucceffivent joui de celui de la defcente du
parachûte , qui a été on ne peut pas plus fatisfai
fante . Il l'a abandonné dans les airs à une demilieue
du point de fon départ ; & lui , eft defcendu
à une heure 45 minutes , à deux lieues , dans un
bois appellé le Ballon , le vent s'étant toujours
foutenu N. O. E. Nous avons chargé ces deux
ballons en moins de deux heures , & nous n'avons
employé pour ce travail que les bras de quatre
Manoeuvres. ( Feuilles de Flandres ) .
Encore une réclamation ; nous en demandons
pardon au Public : mais en vérité,
à tel point qu'on pouffe la défiance , il eft
impoffible d'imaginer la hardieffe avec la
quelle on follicite la publication d'une foule
de charlataneries , de plagiats , de fraudes de
toute efpece, que leurs Auteurs n'ont pas
honte de figner. La lettre fuivante en fournit
une nouvelle preuve.
J'ignore , Meffieurs , quels ont été les motifs
de l'Auteur de la Lettre datée de Rouelles , le iz
Mai , & inférée dans le Mercure du 3 Juin ; mais
comme Seigneur & propriétaire de la Terre de
Rouelles , comme propriétaire du privilege de la
Manufacture qui y a été établie , & comme Actionnaire
pour un tiers dans cette entreprise , la
Lettre inférée dans le Mercure m'en procure plufeurs
dans lesquelles on me demande des informations
fur la prétendue reprife de cette Manu
facture.
Je me crois donc obligé de déclarer , 1 ° . que
la Manufacture qui avoit été établie à Rouelles c
h
J
( 178 )
1759 a paflé en 1767 entre les mains de fes créan→
ciers ; que ceux - ci l'ont régie pour le payer de
leurs créances , qu'en 1778 ils ont ceffé la fabrication
, parce que , difoient- ils , ils ne pouvoient
en efpérer des bénéfices qui opéraffent leurs paiemens.
En conféquence , ils firent fignifier en 1781 ,
l'abandon de cette Manufacture , en demandant le
paiement de ce qui leur reftoit dû .
Par Arrêt de 1783 , tous les effets , ´marchandifes
, matieres , matériaux & uftenfiles de ladite
Manufacture ont été vendus au profit de ces créan◄
ciers.
2º. Je déclare & je certifie que depuis le mois
de Juillet 1778 , il n'y a point eu de feu allumé
dans la Manufacture .
3 °. Je déclare & je certifie que depuis la vente
de tous les effets , marchandifes , matieres , matériaux
, outils de toute efpece , vente qui a été
faite en 1783 , il n'a été fait 2 Rouelles , jufqu'à
ce jour , aucunes réparations , aucun remplacement
aucun préparatif qui ait le moindre rapport
au rétabliffement annoncé.
4° . Il eft cependant vrai que le fieur de la
Haye , qui a figné la Lettre dont eft ici queftion ,
a ofé faire mettre la coupe dans le bois de Rouelles
, & qu'en conféquence il a été pourſuivi par
la juftice du lieu ; mais ayant rejetté le délit de
cette entrepriſe fur un particulier qui s'eft dit
avoir acquis les droits du dernier propriétaire de
la Manufacture , mort depuis environ fix mois ;
le fieur de la Haye & ce particulier ont été affignés
devant MM. Collet & le Roy , anciens
Avocats au Parlement de Paris , Commiffaires
nommés par Sa Majesté pour juger toutes les con
+
( 179 )
teftations relatives à la Manufacture de Rouelles
, & c . &c . & c .
Le Baron DE MARIVETZ .
Du Château Royal de Vincennes , le 9 Mai
1786 .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 47 , 14 , 73 , 70 , & 10 .
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 18 Juin.
Il paroît ici une Déclaration de l'Empereur
, en date du 4 Mai , dont voici la fubftance
:
« S. M. ayant reconnu , depuis l'Elit émané le
9 Janvier dernier , concernant les Francs Maçons,
qu'il y auroit de l'inconvénient à autorifer les
loges de cette Société dans toutes les Villes capitales
des Provinces Belgiques , elle a jugé à
propos de concentrer dans la feule Vile de
Bruxelles , fous les yeux du Gouvernement- général
, toute la Franche-Maçonnerie aux Pays-
Bas , & en conféquence elle déclare qu'il ne pourra
fe tenir ailleurs que dans la foule ville de
Bruxelles , aucune loge ou affemblée de Francs-
Maçons ; permet S. M. d'établir dans cette ville
deux ou trois loges . Les lift - s des Membres devront
être remifes , conformément à l'Edit du 9
Janvier, directement au Gouvernement - général,
fous peine de 3oo ducats . 300
Avant de partir pour la Zélande , le Stathouder
a fait une promenade au château de
Dieren , & de-là à Cleves chez la Baronne
h 6
( 180 )
de Spaen née Naſſau. LL. AA. SS . & leur
famille dînerent chez cette Dame , après
avoir vifité le tombeau du Prince Maurice ,
& entendu un Te Deum en leur honneur
dans l'Eglife Collégiale. Les Compagnies
Bourgeoifes furent fous les armes pendant
le féjour de LL. AA . SS . qui furent reçues
& complimentées par les différens Chefs de
la Régence & de l'Adminiſtration.
Les Etats Généraux ont répondu au Mémoire
de l'Ambaffadeur de France , préfenté
le 21 Avril dernier , par une réfolution
remife le 31 Mai au Marquis de Verac
& conçue en ces termes :
"
Il a été trouvé bon & arrêté qu'en réponſe
audit mémoire on fera connoître à M. le Marquis
de Veras que L. H. P. ont reçu , avec les
fentimens de la plus vive gratitude & de la plus
haute confidération, des affurances auffi favorables
& auffi pofitives que celles qu'il a plu à S. M. de
donner de fon attachement invariable à l'Alliance
qui fubfifte fi heureuſement entr'Elle & cette République.
Que L. H. P. ne defirent rien avec plus d'ardeur
que de donner réciproquement à S. M. en
toute occafion les preuves les plus finceres de
leur adhéſion confiante à ladite Alliance , comme
auffi du prix qu'elles attachent à ſon amitié.
Que la déclaration généreufe contenue dans
ledit Mémoire leur donne de nouveau un témoignage
des plus convaincans de cette amitié , puifque
bien loin de vouloir s'immifcer dans la direction
des affaires intérieures de la République ,
S. M. veut bien les affurer qu'Elle fera plutôt
difpofée à conccurir , au befoin , de la maniere la
( 181 )
plus efficace , à toutes les mefures néceffaires
pour empêcher que ni du dehors , ni du dedans ,
on ne les gêne dans l'exercice de cette direction
.
Que cette déclaration de S. M. T. C. paroît à
L. H. P. d'une importance d'autant plus grande ,
que rien ne leur tient plus à coeur que de conferver
leur indépendance , aufli bien que la forme
du Gouvernement de cet Etat en général , & des
Membres qui le compofent en particulier.
"
Qu'ainfi en retour des fentimens que S. M.
daigne exprimer pour le bonheur & la prospérité
de la République , L. H. P. croient devoir l'affurer
, de leur côté , de la façon la plus expreffe ,
de toute la part qu'elles prennent à la profpérité
du regne glorieux de S. M. & des voeux
qu'elles forment du fond de leur coeur , de fe
voir toujours à même de concourir de tout leur
pouvoir à l'avancement des intérêts mutuels des
deux Puiffances alliées , & de donner à S. M. le
preuves les plus fortes de leur difpofition à remplir
auffi de leur côté toute l'étendue des devoirs
d'un ami & d'un allié fidele .
Les vaiffeaux partis des différens ports des
Provinces Unies , pour la pêche de la baleine
, font au nombre de 58 ; ſavoir , 6 de
plus que l'année derniere . Ceux qui aiment
à confulter des états de comparaiſon , ſe
rappelleront que , fuivant l'affertion de M.
Jenkinfon , pardevant la Chambre des Communes
de la Grande - Bretagne , il exiftoit 92
vaiffeaux Anglois en armement pour cette
même pêche, qui autrefois fe faifoit prefque
exclufivement par les Hollandois . Ces derniers
auront cette année 174 navires emploiés
à la pêche du hareng.
( 182 )
Stiepan Annibale qui avoit pris les titres
de Prince d'Albanie , a avoué lui-même à
fes Juges , les Echevins d'Amfter lam , qu'il
étoit un aventur er ; & fon identité avec Stephano
Zanowich fe conftate de plus en plus .
Les différens rôles de cet impofteur , fi extraordinaire
par la nature , par la durée , par
le fuccès de fes impoftures , vient d'être mis
au jour par le Baron de Cloots qui avoit été
fort lié avec lui , qui l'a démafqué , & qui
donne fa brochure comme un fupplément au
livre des Linifons dangereufes . M. de Cloots
rapporte lui même fes propres lettres fur le
Faulaire , adreffées à différentes perfonnes
à Paris. Entr'antres en voici une à la célébre
Ducheffe de K*** .
« J'ai vu le Prince d'Albanie pour la premiere
fois de ma vie le 9 Février , dans une boutique
de Libraire . Nous parlâmes littérature . Je fus
étonné des faillies de fon efprit & des prodiges
de fa mémoire , fans favoir ni fon nom , ni fes
qualités . Nous nous féparâmes fort fatisfaits l'un
de l'autre. Il m'envoya le lendemain fes ouvrages,
& il vint me voir lui même . J'apprends, me dit il ,
que vous êtes Pruffien , Auteur & millionnaire ...
Comme vous demeurez ordinairement à Paris
je comprois vous y trouver , ainfi que Madame
la Decheffe de K ... ; qui obtiendra tout en Rußfie
par mon canal , &c . Il y a deux ans que je fuis
venu en Hollande avec le Comte d'O ... , Grand-
Général de Lithuanie , qui me doit cent mille
écus , & l'expeative de la Couronne de Pologne
Je viens demander un million aux Etat - Généraux
pour les vingt mille hommes que je leur of
fris contre l'Empereur , mon ennemi perfonnel,
( 183 )
J'ai logé trois mois chez M. Fokins , Confeiller
& Bourguemaître de ma Fabrique , à Gronigue ,
& huit à dix jours au Loo , chez le Prince d'O
range , à qui j'ai parlé vertement ... »
...
« Comme il parloit toujours de ma fortune
& de celle de mon oncle & de ma tante , dont
je dois hériter , & chez qui je fuis logé , j'eus dès
les premiers jours la prévoyance de lui dire que
j'étois un riche mal - aifé , & que mes dettes à Paris
me faifoient croquer le marmot à Amfterdam . Je
dois mon falut à cette fauffe confidence . Le fait
eft que je fuis venu en Hollande pour recueillir
une fucceffion . Il m'en a coûté , il eft vrai ; mais
la leçon vaut bien unfromage. Je me trompe ; j'ai
reçu des préfens magnifiques , une peliffe de deux
mille ducats que le Prince avoit reçue de Catherine
II , un manchon de cent ducats , un autre de
150 forins , une chaîne d'or , des antiques , des
étoffes . Malheureufement que les maudits Pelletiers
foutiennent que ces fourures ne valent pas
cent florins. Les autres connoiffeurs atteftent que
la chaine eft de cuivre , & qu'enfin tous ces riches
préfens ne valent pas à beaucoup près les
boucles d'or , la canne à pomme d'or , les chemifes
de toile fuperfine que j'ai eu la complaifance
de remettre à Son Alteffe . Notez M.dame , que
fa dignité de Prince Souverain ne lui permettoit
pas de recevoir aucun préfent d'un particulier ; &
qu'en recevant mes boucls , il les envoya chez les
freres Perrolet , Orfevres , qui les eftimerent
379 fl. Je fus même forcé de recevoir deux poignées
d'efca'ins à compte. Comme les trente
mille ducats de Bolfano , & vos cent mille florins .
Madame , tardoient d'arriver , ma pauvre chatouille
in a fouffert . Tantôt c'étoit quarante
ducat , tantôt trente reiders d'or tantôt plus ,
tantôt moins . Cela s'appelloit pelotter en atten
dant partie »
( 184 )
cc« Le piege le plus terrible & où j'aurois été
pris infailliblement , c'étoit la propofition qu'il
me fit , & que j'acceptai , de voyager avec lui .
Votre tante a de fort beaux diamans : pour peu
qu'elle ait d'ambition , elle ne vous les refufera
pas , afin de paroître avec plus d'avantage dans les
Cours où nous irons . J'ai laiffé mes voitures &
mes gens & mes malles à Groningue ; car j'aime ·
à voyager à pied ; & fi vous êtes de mon avis ,
nous enverrons nos équipages en avant , & nous
ferons la route en nous promenant. Je trouvois
cela charmant. Heureufement que le myflere
d'iniquité s'est dévoilé à tems ; car je fuis certain
maintenant que j'aurois été poignardé , volé ou
empoisonné en chemin ; & ce qui auroit pu m'arriver
de plus heureux , c'eût été de me réveiller
un beau matin dans quelque village écarté ,
avec mon bonnet de nuit pour valife » .
сс
« Cependant Carlovitz difparoît . Le Prince fel
lamente ; perfonne ne fait mieux compoſer fon
extérieur , je ne connois pas de meilleur comédien
. Ah ! le coquin , le fcélérat , s'écrioit - il ;
c'eft la troisieme fois qu'il me joue un tour femblable
! Il annonce dans les papiers publics que
Carlovitz lui a dérobé entr'autres un collier orien
tal de trente fix rubis de quatre carats : & le
Jouaillier Stolting fe trouvant un jour chez le
Prince , medit que c'étoit un ouvrage d'Amfterdam
, & que ces beaux rubis ne valoient pas fix
fols . Il nia au Jouaillier Losbergen d'avoir jamais
reçu aucun bijou de lui ; & les feuls diamans fins
que l'aie vus chez le Prince , appartenoient à
Losbergen , de l'aveu de Son Alteffe . C'est alors
qu'il ne me fut plus permis de douter de la collufion
entre le Prince & fon Secretaire : c'eft alors
que ce que j'avois regardé comme des chimeres
fe changea en réalités , & que les réalités s'éva
( 185 )
nouirent en chimeres : c'est alors que je donnai
l'éveil aux créanciers .
M. de Cloots a également rapporté la lettre
fuivante au Comte O*** Grand Général de
Lithuanie ; elle renferme d'aufli curieufes
particularités.
Monfieur , » Vous avez fans doute appris la catastrophe
du Prince d'Albanie. J'ai vu le paquet
que vous lui avez rendu , & qu'il vous a renvoyé....
Vous lui annoncez la banqueroute de
Britman , à qui vous avançâtes dix- huit mille
ducats , à la recommandation de Caftriotto , qui
en débourfa foi - difant douze mille pour le même
objet. Britman s'établit à Cayenne pour faire un
commerce étendu felon vos intentions : il équippa
trois navires . On tira des lettres - de- change
fur lui ; on vous fit un récit magnifique des fuccès
de cet Anglois ; on grava une belle eftampe pour
vous éblouir davantage . Eh bien , les Négocians
François n'ont jamais pu déterrer ce Britman ,
qui doit même nous avoir annoncé fon mariage ,
& l'acquifition d'une plantation à Cayenne ».
On auroit également cherché long- tems Britman
à Cayenne & dans toute l'Amérique . C'étoit
un Chapelier , logé à Liege à l'hôtel de Flandres ,
d'où il écrivoit fous la dictée de Caftriotto , des
lettres datées de Cayenne , où il étoit queftion du
navire le Prince d'Albanie , de cargaifons , de
plantations , de lettres -de-change , &c. ; fictions
imaginées pour tromper le Grand Général , en
attendant que le onzieme defcendant du grand
Scanderberg le plaçât fur le Trône de Pologne ,
qu'il ne ceffoit de lui promettre. Il faut fans
doute être furieufement amoureux des beaux
yeux d'une couronne , pour s'aveugler au point
de l'attendre d'un homme fans aveu , qui ne po
fédoit pas un pouce de terrein fur le globe ».
186 )
« Il ne fait , continue l'Auteur , ni la langue ,
nila géographie des contrées foumifes à fon iceptre.
Ses erreurs géographiques n'ont pas peu contribué
à me défiller les yeux. Capitaine- Général
de Monténégrins , il divife Monténégro en fix
Provinces , & la Morlaquie ft une de ces Provinces
. Or les Morlaques font à cent lieues des
Monténégrins . C'eft comme qui diroit que la
Goe dre eft un des treize Cantons Suiffes . Le
Monténégro contient fix cents mille ames , felon
lui , & ce pays malheureux n'a qu'à peine dix
lienes dns fa plus grande longueur , & trois
lieues dans fa plus grande largeur . C'eft un tol
ingrat , hérifé d . ro hers , & clair- femé de demi-
fauvages Les Holandois auroient attendu
long - tems les vingi mille Monténégrins que
Mgr. le Patriarche offrit trop généreusement à la
république ».
a
Une Lettre de Philadelphie , du zo Mars ,
dont on nous affirme l'authenticité , s'exprime
comme il fuit :
" La difpofition du peuple à revêtir le Congrès
de pouvoirs plus étendus , augmente journellement
à mesure que la nation s'éclaire davantage ,
& je ne me rappelle pas d'avoir jamais vu dans
tout le cours d'une vie déjà longue , plus de
marques de bonheur public qu'on n'en voit aujourd'hui
dans ce pays. Ces cultivateurs qui fent
le
gros de la nation , ayant eu de tonnes récoltes
qu'on leur paye à haut prix & argent comptant.
Les adreffans reçoivent auffi de bons gages, & la.
valeur de toutes les chofes venales augmente
confidérablement. Les Marchands à la vérité le
plaignent qu'ils ne font pas affez d'affaires ; mais
il est évident que ce n'eft pas là l'effet du petit
nombre d'acheteurs , mais celui du trop grand
nombre de vendeurs , car la confommation des
( 187 )
marchandifes n'a jamais été plus grande , à en
juger par l'habillement , l'ameublement & la maniere
de vivre de toutes les claffes de citoyens ».
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
" La garnifon de Potzdam avoit ordre de faire
fes exercices très-près de Sans - Souci , & même
à une telle proximité , que le Roi pût entendre
chaque coup de fufil . Dans un moment qu'il
croyoit que l'on faifoit feu par bataillon , il parut
très- mécontent des décharges qu'il entendoit , fit
venir auffi - tôt le Général de R .... , & lui fit part
de la caufe de fon chagrin. Le Général remontra
au Roi que le feu qu'il venoit d'entendre , n'étoit
point un feu de bataillon , mais de compagnie .
Le Roi ne revenant pas de fa premiere impreflion,
& prétendant toujours avoir entendu un feu trèsirrégulier
, le Général rapporta au Prince de
Pruffe la converfation , qu'il venoit d'avoir avec
S. M. S. Alteffe Royale , pour éviter à l'augufte
vieillard un chagrin inutile , ordonna , que pour
le lendemain , les décharges ne fe feroient plus
que par bataillon , & eut en outre la précaution
de déclarer que les recrues ne tireroient point.
Cette heureufe attention eut le meilleur effet ;
elle remit le calme dans le coeur du Roi , qui parut
plus content que jamais » .
Le commerce vient de triompher de la Maltôte
, ce qui par malheur ne fe vit pas fouvent.
Il s'agiffoit d'un réglement fuivant lequel les
marchands , débitans par aune , feroient obligés
de délivrer une note contenant leurs profits jour
naliers , dont la régie devoit retirer un trentieme
par cent. En outre par un article de ce réglement,
on fpécifioit que toutes les fois que les données
des marchands ne feroient point aggréées des
( 188 )
commis de la Ferme , ceux- ci feroient autorifés
à faire telles recherches qu'il leur plairoit , dans
les magafins des marchands. Déjà le réglement
étoit fous preffe. Trois marchands réfolus furent
trouver le Roi à Potzdam . Leur fupplique courte
& laconique étoit conçue en ces termes ;
VOTRE MAJESTÉ VEUT DONC NOUS RUINER ?
On la leur rendit apoftillée de ces mots : Je
ne le veux pas ; que tout foit annullé » . FREDERIC .
-
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS.
Tournelle Criminelle
Jeune fille accufée d'empoisonnement , condamnée
à étre brûlée vive , RECONNUE INNOCENTE .
L'intérêt que le Public a montré pour le fort
de cette jeune fille vient de s'accroître au dernier
degré , par le Jugement qu'on a rendu à ſon
fujet. Voici en peu de mots l'hiſtoire de fon procès.
Au mois d'Août 1780. Marie
Salmont , âgée de vingt ans , arrive à Caen pour
fe mettre en ſervice : le même jour au foir , on
lui procure une maifon dans laquelle il y avoit
fept Maîtres à fervir , parmi lefquels il fe trouvoit
un vieillard de quatre- vingt fix ans. Le cinquieme
jour , ce vieillard meurt , & le procès- verbal
d'ouverture du cadavre laiffe croire qu'il a été
empoifonné avec de l'arfénic mêlé avec du vin .
Le lendemain , d'autres perfonnes de la
maifon fe plaignent d'avoir été empoisonnées ,
& elles indiquent la fervante nouvellement à leur
fervice , comme étant l'auteur du crime. Auffitôt
le Procureur du Roi au Bailliage de Caen ,
( 189 )
la fait conduire en prifon & au fecret , & la procédure
fe termine par une Sentence qui la condamne
à être attachée à un poteau avec une chaîne
de fer , pour être brûlée vive , fon corps réduit en
cendres, &c. & c . préalablement appliquée à la
queſtion. -- Le 17 Mai 1782 , cette Sentence
a été confirmée au Parlement de ROUEN ;
l'accufée, ayant été reconduite à Caen pour y fubir
l'exécution de l'Arrêt , elle étoit déjà arrivée
dans la Chambre de la Torture , & le bûcher
préparé , lorfqu'elle arrêta tout par un déclaration
de groffeffe , derniere reffource qui lui avoit été
fuggérée pour retarder le fupplice ; car d'ailleurs
elle n'étoit pas dans la fituation qu'elle fuppofoit.
Le Juge la fait reconduire en prifon
, & remet au 29 Juillet 1782 , l'exécution de
la Sentence , dans le cas où , dans l'intervalle
la groffeffe ne fe feroit pis manifeftée . Le
29 Juillet s'avançoit , & le défaut de groffeffe annonçoit
à l'infortunée Salmon le terme où fon
fupplice devenoit inévitable. Le 29 arrive , le
bûcber eft de nouveau préparé ; elle eft conduite
à la Chambre de la Queftion ; c'eft dans cet inftant
que paroît un Ordre du Roi qui ſuſpend l'exécution
del'Arrêt. Nous ne pouvons nous refufer
au defir de faire connoître à nos Lecteurs la maniere
noble & touchante avec laquelle toutes ces
révolutions font préſentées par M. Fournel dans
une Confultation. c La fille Salmon arrive
a Caen le 26 Mai ; déja le jour de l'exécution
eft indiqué ; le lieu deftiné au fupplice
» reçoit les funeftes apprêts ; la Chambre de la
Queſtion va s'ouvrir pour y entendre les gé-
» miffemens de la malheureuſe Salmon ; préparatifs
illufoires , tout eft arrêté par une déclaration
de groffeffe ; elle refpire donc ; elle voit
» finir cette journée qui devoit la réduire en
( 190 )
cendres , & n'avoir pour elle d'autre lendemain
» que l'éternité ; mais cette journée reviendra le
» 29 Juillet. Quelle main bieufaifante en arrê-
» tera le retour ? Ah ! croyez que la Providence
qui vient de fufpendre le facrifice , faura bien
créer d'autres reffources pour l'anéantir : c'eft
» elle qui fait parvenir juſqu'au Trône la nouvelle
d'une pauvre Servante , condamnée à cinquante
lieves de là , aux tourmens les plus affreux
, pour un crime invraisemblable , &
d'après une procédure monftrueufe ; & foudain
» part de Verfailles un ordre de furfeoir à l'exé-
Les protecteurs de cette
pauvre fille profitent de ce premier fuccès pour
obtenir des Lettres de révifion , qui font adreffées
au Parlement de Rouen . Révifion faite du procès ,
le Parlement de Roun rend Arrêt le 12 Mars
1785 , par lequel il annulle la Sentence du Bailliage
de Caen , & ordonne un plus amplement
informé , l'accufée gardant prifon ; mais ce nouvel
Arret eft caffé par Sa Majefté , qui renvoie le
procès au Parlement de Paris.
cution » .
C'eft dans cet état que la fille Salmon'demanda
la nullité
de la procédure
, la décharge des accufations
, & la permiflion
de prendre à Partie les Officiers du Bailliage de Caen , qui ont fait l'inſtruction
du procès & rendu la Sentence . La Confultation
de M. Fournel a pour objet d'établir l'in nocence de l'accufée fur tous les chefs qui lui ' étoient imputés , & de juftifier les conclufions
qu'elle a prifes à ce fujet. C'eft dans l'Ouvrage même qu'il faut lire les développemens
qui con- duisent à cette conféquence
. Cet Ouvrage afait au Palais & dans le public la plus grande fenfa- tion ; on y retrouve cette gracieuſe
facilité de ftyle , ce ton de décence , de fageffe , cette vi- gueur de raifonnement
qui font le caractere
par(
191 )
ticulier des autres Ouvrages de M. Fournel , &
qui lui ont alluré fa place parmi les Ecrivains
les plus diftingués. Le procès avoit été
mis fur le Bureau le Samedi 22 Mai , à fept
heures du matin ; Meffieurs ne fortirent de la
Chambre que vers les deux heures , & le rapport
fut continué au Lundi fuivant à pareille
heure. Le Lundi , le rapport dura depuis fept
heures jufqu'à une heure , & fut encore continué
au lendemain Mardi matin 25. Le même jour ,
Meffieurs s'occuperent de l'affaire pendant quatre
heures. Le réſultat d'une difcuffion auffi
approfondie , fut l'Arrêt dont nous avons rendu
compte il y a quinze jours. La fille Salmon
, au fortir de l'interrogatoire qu'elle avoit
fubi derriere le Barreau , avoit été conduite dans
la Chambre de S. Louis , pour y attendre fon
jugement ; mais auffi - tôt que l'Arrêt d'abfolution
eut été annoncé , un applaudiffement univerfel
manifefta la joie publique . Tout le monde
voulut voir cette infortunée , que le deftin le plus
bizarre fembloit avoir appellé à des événemens
auffi finguliers . Pour fouftraire cette fille
aux empreffemins qui auroient pu lui faire courir
un nouveau danger , des perfonnes prudentes
la firent entrer dans l'intérieur du Barreau , où
elle le trouva défendue contre l'affluence qui fe
preffoit autour d'elle , mais dans une fituation affez
favorable pour n'être point dérobée aux regards
du Public . Ce fut alors que la fatisfaction générale
éclata de nouveau par des applaudiffemens
continuels & des libéralités abondantes .
un ufage ufité au Palals , qu'un prifonnier déclaré
innocent eft reconduit par la grande porte dite
Belle - Porte , & qui donne fur le grand eſcalier de
la cour du Mai . - Lorfque les gardes qui
devoient accompagner la fille Salmon fe furent
C'eft
( 192 )
mis en devoir de la conduire , la foule qui fe
précipita fur fa route rendit fa marche fi lente ,
qu'il fallut plus d'une heure pour arriver au grand
efcalier , au bas duquel on avoit fait venir un
carroffe de place. L'efcalier & toute la Cour
du Palais fe trouverent en un inftant garnis d'une
fi grande multitude , que ce ne fut qu'avec
beaucoup de peine que la fille Salmon put parvenir
àla voiture : alors la cour du palais offrit un
fpectacle fuperbe & d'autant plus touchant qu'il
étoit plús nouveau . Une jeune fille d'une figure
intéreflante & modefte , defcendoit lentement
les marches du Temple de la Juftice , environnée
de fufilliers & d'hommes en robe , à travers
un cortege nombreux , qui par de grands mouvemens
annonçoit une vive impreffion . La férénité
de cette jeune fille , les fleurs dont elle étoit
parée , l'alegreffe publique , éloignoient toute
idée d'un événement finiftre ; mais , d'un autre
côté , la pompe de cette cérémonie contrarioit
avec l'extérieur fimple de celle qui en étoit l'ob
jet. Ceux qui n'étoient pas inftruits de l'événement
, s'empreffoient de demander à leurs voifins
l'explication de cette énigme , on leur répon
doit « c'eft une jeune fille , qui après avoir été
S
condaínnée à être brûlée vive , & avoir été deux
» fois au moment d'être exécutée , vient d'être
» déclarée innocente par le Parlement de Paris ,
auquel le Roi l'avoit renvoyée . Le Parlement
» la fait reconduire par la Porte d'honneur ; ies
gardes que vous voyez ont ordre de l'escorter
jufqu'à ce qu'elle foit en pleine liberté , & ré- ,
pondent de fa confervation » ..
A ces
mots
les yeux
fe mouilloient
de larmes
, & le
Parlement
étoit
comblé
de bénédictions
.
Depuis
ce tems
la fenfibilité
paroit
s'accroître
de
jour
en jour
fur le fort
de cette
infortunée
, qui
devient
l'objet
de la curiofité
générale
.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères