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1786, 05, n. 18-21 (6, 13, 20, 27 mai)
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MERCURE "
DE FRANCE
DEDIÉ AU ROI , AUROP
F
→ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONT EN ANT
57
f
+
Le Journal Politique des principaux événemens dé
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
** en vers & en profe ; Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spec
tacles ; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts , les Avis particuliers , &c. &c .
C
SAMEDI 6 MAT 17864
EGTE
DE
CHATLAI
B
PAR
Au Bureau du Mercure , Hofer de
rue des Poitevins , No. 1 .
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois d'Avril 1786.
3
Obfervations fur les Obftacles
qui s'opposent aux progrès
de l'Anatomie,
Voyage de M. de Mayer en
Suiffe ,
104
ICES FUGITIVES .
Sur le Tableau repréfentant
le Serment des Horaces ,
Infcription pour la façade du
nouveau Palais de Juftice , 4
Hiftoire dedeuxjeunes Amies, Traduction du Plutarque Anglois,
S
129
149
Infcription pour le Portrait de Précis des Conferences des
M. Molé ,
Couplets ,
61
62
Fin de l'Hiftoire des deux Jeu
nes Amies ,
Commiffaires du Clergé avec
les Commiffaires du Roi,
155
64 Eloge de M. Caffini de Thury,
Fragment fur l'Influence du
175
186
-physique de l'homme fur fes Le Mari Sentimental
facultés intellectuelles , 12 : Traduction des Faftes d'Ovi-
Acroftiches , 123
de , 194
Vers à Mme la Di heffe de Tableau des Arts & des Scien
Courlande ,
Chanfon ,
169
171
217
221
Epitre à M. S....,
Saillie à Mme la Marquife de
C......
Charades , Enigmes & Logo
gryphes , 43 , 89 , 127 , 173 ,
221
NOUVELLES LITTÉR
Poéfies diverfes de M. Hoff
man > 45
90
Efaifur l'Amour ,
Effai de Fables nouvelles , 100
|
ces , 243
235
Le Guide des Officiers particuliers
en campagne,
SPECTACLES.
Concert Spirituel , 157 , 242
Académie Roy . de Muſiq . 197
Comédie Françoife , so , 201 ,
247
Comédie Italienne , 204 , 254
Sciences & Arts ,
208
Annonces & Notices , 7, 113,
161,209,259
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
rye dela Harpe , près S. Côme,
STOR
LIBE
EW -YOR
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 MAI 1786:
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Sur la trifte condition de l'Homme.
TOUJOUR OUJOURS donc , ô Mortel, tu vivras malheureux!
Que ton deftin eft rigoureux !
Fuis loin de nous , ô Temps , dont nous fommes la
proie !
Mais , hélas ! vain efpoir qui trompe nos defirs!
Le cruel , dans fa courfe emporte notre joie ,
Etfemble s'arrêter pour compter nos foupirs.
( Par M. Audouin l'aîné.
A
MERCURE
AIR de l'Amour Filial ; mufique de
M. Ragué.
=
UN fen- ti ment cher & pai fi- ble
m'oc- cu pe la nuit & le jour ; toi
dont le coeur eft fi → fen fi- ble, peuxtu
mécon - noître l'A ❤ inour ?
DE FRANCE.
**
peux tu mé-con- noi . tre l'A
**
mour . En vain dans leur na- if lan gage
tous nos Ber gers m'of-frent leurs
voeux , tous nos Ber- gers m'offrent
leurs voeux , rem pli de l'ob - jet
A iij
MERCURE
qui m'en- ga- ge , mon coeur eft
tou-jours fi loin d'eux ! men coeur eft
tou-jours fi loin d'eux !
Mintur
JE
Je n'écoute point leur mu-
F
fet- te , je ne re- çois point leurs bouDE
FRANCE. 7
E
E
quets , je ne re- çois point leurs bouquets
; pourquoi dan fe-
-
rois - je à leur fê te ? c'eft à regret
que je plai- rois , c'est à re
F
gret que je plai- rois.
A iv
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Mariage ; celui
de l'énigme eſt Loterie Royale ; celui du Logogryphe
eft Chaumière , où l'on trouve mère,
Marie , ami , mari , chair , âme , Urie ,
hier , chaume , címe , riche , char , air , eau ,
Carême , Carme , Mai
mie ,
charme
mûre , arme , cri , ré , mi , rhume , aire ,
Maure , mais , mur , rue.
ر
B
CHARADE.
Mon fecond, fans mari , n'eſt jamais mon premier
Quand il eft dans le cas d'appeler mon entier.
JE
ENIGM E.
E condamne , j'abſous , je loue & je blafphême ;
A parler bien ou mal mon penchant eſt extrême.
Je fuis dans l'Univers de grande utilité ,
Et fais tout l'ornement de la fociété.
Sans te mettre , Lecteur , l'efprit à la torture ,
A mes fruits reconnois mes talens & mon nom ;
Quoique je fois fans dents , je fais mainte morfure ,
DE FRANCE.
Chaque inftant je te fers & ne crains point l'ufare ;
Naître , vivre & mourir dans certaine priſon ,
Eft le fort qui me fut prefcrit par la Nature .
Sans douleur je ne puis quitter mon domicile ,
M'ôter de mon logis , c'eft me rendre inutile ;
Bien que tel foit l'ufage en Turquie , à Maroc ;
Mais nul ne peut , ami , m'êter de Languedoc.
( Par M. 5 & 19 , de Rochefort , en Aunis. ) *
LOGOGRYPHE.
JE ne fuis point facile à définir :
Si je dis trop , plus de myſtère ;
Trop peu dire , autant vaut ſe taire ;
Difons affez , fans nous trahir.
D'une ignorante ai je la mine ,
Moi, par qui tout fe combine ?
Je fuis l'âme de l'Univers ;
J'en caractériſe l'effence :
Élémens , tourbillons , fubftance ,
Sans moi tout iroit de travers .
Fut-il un être plus bizarre ?
* Plufieurs envois pécuniaires qui nous ont éte faits en
différens temps , nous font une néceflité d'avertir nos
Lecteurs & Abonnés qu'on ne paye pour l'inſertion d'aueun
morceau , foit en proſe , ſoit en vers , foit litté
raire , foit politique .
Αγ
10 MERCURE
Je fuis fans tête , corps ni bras ;
Autre prodige non moms rare ,
Huit pieds , Lecteur , guident mes pas.
Suis-moi , tu connoîtras ( ou du moins je l'espère )
Une Province ; une couleur ;
Un confident dans le malheur ;
Certain fluide élémentaire ;
Le fiége des Céfars ; une étoffe , un métal ;
Un fentiment qui résulte
Du peu d'égard ou de l'infulte ;
Un humble & rétif animal ;
Ce qui prévient dans une femme ;
Ce qui gouverne un Batelier fur l'eau ;
Un inftrument qui conduit au tombeau ;
Enfin deux notes de la gamme ;
Quelle eft l'onde qui , chaque jour ,
Baigne des Champenois le paisible féjour ?
L'élément auquel on confie ,
En dépit des dangers , fa fortune & fa vie.
C'en eft affez : je nè finirois pas
Si j'étalois ce que j'ai de fcience ;
Trop , ni trop peu , la fublime ſentence ! ....
Mon cher Lecteur , j'en ai tonjours fait cas.
( Par M. le Chevalier de Breuvery , Officier
au Régiment de Provence. )
DE FRANCE. II
NOUVELLES LITTERAIRES.
CAMILLE, ou Lettres de deux Filles de ce
fiècle , traduites de l'Anglois fur les originaux.
4 vol. in- 12 . A Londres , & fe trouve
à Paris , chez Delalain le jeune , Libraire,
rue S. Jacques.
CE Roman eft un des meilleurs qui ayent
paru depuis long - temps en François. Mais
comme il eft moins remarquable par la beauté
& la nouveauté des événemens , que par le
développement des paffions & le caractère de
Camille , une analyſe fuivie ne pourroit que
faire difparoître le charme qui attache à ſa
lecture. Nous dirons feulement que l'Héroïne
eft la fille d'un pauvre Miniftre ou
Curé , n'ayant , après la mort de fon père ,
qu'une bien petite fortune , & reléguée dans
un village , à caufe d'une erreur de jeuneffe
qu'uneimagination trop exaltée lui a fait dommettre.
Sa beauté & fon maintien l'ayant
fait prendre d'abord pour une Ladi , fon
amour-propre lui infpire la fantaifie de profiter
de cette méprife. Elle eft préſentée
dans diverfes maifons fous ce titre , qui
n'eft démenti ni par fes manières ni par
La converfation ; elle fe fait eftimer & con-
A vj
12 MERCURE
fidérer par fes moeurs & par les qualités de
fon efprit.
Bientôt Camille infpire la plus violente
paffion à un jeune Lord , Sir Robert , qui la
voit fouvent chez les parens , où elle eft reçue
& confidérée. Dès- lors elle forme le projet
de fubjuguer ce jeune homme , & de devenir
fa femme , même après lui avoir déclaré fa
naillance & fon défaut de fortune . Tous les
refforts qu'elle fait jouer , tout le manége
qu'elle emploie pour l'enchaîner , tantôt en
rejetant fes voeux, tantôt en lui permettant
l'efpoir , & toujours le réſervant le moyen
d'un défaveu , fi elle en a befoin , pour n'être
pas compromife; tout cela eft décrit , développé
de la manière la plus attachante.
Ön fent combien le caractère de Camille
pourroit être odieux ; mais fans le vouloir elle
fe laiffe toucher par les vertus & la paffion
de Sir Robert ; & cet amour , & les remords
qui l'accompagnent bientôt , la réconcilient
avec le Lecteur, & finiffent par la rendre intéreffante.
Tout le monde fe déclare pour
elle , excepté la mère de Sir Robert , qui eft
épouvantée de l'amour de fon fils pour une
perfonne fans fortune & prefque inconnue ;
car Camille ne pouvant faire connoître fa
famille fans déceler fon obfcure naiffance , a
fuppofé des malheurs qui la forcent de s'envelopper
au moins quelque temps des voiles
du mystère.
Le moment où Camille doit fe faire connoître
à fon amant , ce moment fi long-temps
DE FRANCÉ.
13
attendu , arrive enfin. Son aven a le fuccès
qu'elle avoit defiré. Sir Robert , quoique
d'abord humilié d'avoir été trompé f longtemps
, ne peut vaincre fon amour. Il veut
lui offrir fa main ; fes parens , fa mère furtout
, s'y oppofent : il propofe à Camille de
l'époufer fans leur aveu ; & elle le réfuſe , '
moins par délicateffe que par l'ambition de
vaincre la réfiftance de la famille de Sir Robert.
Celui - ci , défefpéré , quitte la maiſon'
paternelle , fans rien dire à perfonne , réſolu
de s'embarquer pour l'Amérique. La douleur
& le défefpoir s'emparent de la famille de Sir
Robert ; & Camille amène cette mère , à qui
elle a été, à qui elle eft encore odieufe , au
point de venir l'implorer pour fon fils . Elle la
prie d'écrire à Sir Robert, & de lui promettre
fa main pour l'engager à revenir : il revient
en effet ; & Camille eft près de s'unir à fon
amant , lorfqu'un malheur imprévu renverfe
tout l'édifice de fon ambition & de fon bon→
heur ; & elle expie fes torts par les plus grands
malheurs , & la mort la plus défaftreuſe.
En lifant ce Roman , on a de la peine à
s'accoutumer au perfonnage de Camille. L'Auteur
lui fait concilier tous les calculs de l'ambition
, la diffimulation , la fauffeté , avec le
fentiment de l'amour ; ce qui n'eft pas trop
dans la nature. Ce caractère paroît deſtiné à
faire pendant à celui de Lovelace ; mais cé
dernier eft bien plus vraisemblable. Il emploie
la rufe , le crime même ; mais il n'emploie
l'un & l'autre que pour fatisfaire fa
14
MERCURE
paffion. Sa conduite eft criminelle ; mais elle
n'eft pas contradictoire comme celle de Camille
, à qui l'Auteur a donné le langage de
l'amour & les procédés de l'ambition : en un
mot , Lovelace eft faux & coupable pour l'intérêt
de fon amour , & Camille eft fauffe &
coupable malgré fon amour. Cependant ce
dernier caractère eft tracé avec tant d'art ,
qu'il attache d'abord , & qu'il finit par arracher
des larmes.
Nous aurions defiré que l'événement qui
renverfe les projets de Camille , fût amené
avec plus d'art & plus de vraisemblance . C'eſt
une étourderie qui ne nous paroît pas conforme
à fon caractère.
Il n'en eft pas moins vrai que ce Roman
eft un des bons Ouvrages de ce genre ; & il
eft beaucoup plus moral que fon titre ne femble
le promettre.
Dix -huitième Livraifon de l'Encyclopédie
par ordre de Matières. ( La Soufcription
de l'Encyclopédie ferafermée pour toujours
& irrévocablement à la fin de ce mois. )
LA dix-huitième Livraiſon de l'Encyclopédie
eft actuellement en vente. Cette Livraifon
eft compofée du Tome III ( 1 ) , première
Partie de la Grammaire & Littérature , & de
trois Parties nouvelles ; favoir , des (2 ) Arts
( 1) Imprimé chez M. Demonville.
( 2 ) Imprimé chez M. Cellot .
DE FRANCE.
Académiques , comprenant l'Équitation , l'E
crime , la Danfe , & l'Art de nager ; du Tome
premier , première Partie des ( 3 ) Antiquités,
Mythologie , Diplomatique des Chartres &
Chronologie , par M. de Mongez , l'aîné ,
Chanoine Régulier , Garde des Antiques &
- du Cabinet d'Hiftoire Naturelle de Sainte-
Geneviève , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres, &c ; du Tome premier
, première Partie de la (4) Chimie , par
M. de Morveau , ancien Avocat - Général du
Parlement de Dijon ; de la Pharmacie , par
M. Maret , Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Dijon ; & de la Métallurgie , par M.
Duhamel , Infpecteur des Mines.
Le prix de cette Livraiſon eft de 24 liv.
brochée , & de 22 liv. en feuilles. 2
Le port de chaque Livraiſon eft au compte
des Soufcripteurs.
Le Dictionnaire des Arts Académiques ,
comprenant 450 pages , eft complet ; & c'eft
la première de toutes les grandes Parties compofant
l'Encyclopédie, qui foit achevée . On n'a
pu y joindre une Table de lecture qui indiquât
l'ordre dans lequel tous les mots de chacune
des Parties doivent être lus , fi l'on vouloit
s'en fervir comme d'un Traité de Sciences
, parce que l'Efcrime & la Danfe font
trop peu confiderables pour en avoir befoin.
Après avoir lu dans l'un le mot Efcrime , &
( ) Imprimé chez M. Lambert.
(4) Imprimé chez M. Ballard. »
16 MERCURE
dans l'autre le mot Danfe , tous les autres ne
font , pour ainsi dire , que des definitions . Il
en eft de même de l'Équitation , dont tout
l'Art eft développé en leçons fuivies à l'article
Manége.
La Chimie devoit être précédée d'un Difcours
Préliminaire qui auroit eu deux objets
principaux : l'un, i' Hiftoire de la Science; l'autre
, la ClefMéthodique , pour rallier en forme
de Traités les articles féparés par l'ordre
alphabétique ; mais l'Auteur a jugé qu'il valoit
mieux le donner à la fin de l'Ouvrage. Il
feborne, dans l'Avertiſſement qui eſt à la tête
de ce Volume , à préfenter de courtes réflexions
fur la manière dont il a enviſagé fon
travail. Nous allons tranfcrire quelques morceaux
de cet Avertiffement.
ود
J
J'ai pensé d'abord que mon but devoit
» être de réunir dans un feul corps d'ouvra
" ge toutes les connoiffances de la Chimie
» Ancienne & Moderne , toutes les obfer-
» vations éparfes dans les différens Recueils ,
» dans les Écrits des Savans des différens Pays;
» de les affembler de manière à former à volonté
un Traité fuivi ou un Répertoire
» commode ; en un mot de dire tout,
& , ce qui eft fans doute le plus difficile ,
» tout àfa place , tout avec cette meſure de
détails qui ne rebute pas le Lecteur déjà
inftruit , & qur fuffit en même-temps au
plus grand nombre de ceux qui cherchent
» une première inftruction.
"
"3
33
ود
ود
,
» Quant à la Nomenclature que j'ai adop
DE FRANCE. 17-
"
tée , on trouvera à l'article Dénomination ,
» les principes d'après lefquels je l'ai for-
" mée. » Voici ce que M. Macquer mandoit
à l'Auteur , le 24 Juillet 1782 , au fujer
de cette Nomenclature : « Votre nouvelle
» Nomenclature Chimique eft excellente
» & en mon particulier je ſuis tout prêt à
» l'adopter ; mais je ne puis vous répondre
» de tout le monde ; car vous favez combien
les hommes , même éclairés , font des ani-
» maux d'habitude. Ce ne fera qu'avec le
» temps qu'on fe familiarifera avec des
» noms dont la plupart paroîtront d'abord
étranges & fort fauvages.
"
"
"2
M. le Comte de Buffon , le favant Profeffeur
d'Upfal ont approuvé ce projet. Les
Fontana , les Kirvan , les Landriani , M.
Leonhardi , le célèbre Creil ſe font empreffés
d'applaudir à cette réforme.
M. Court de Gébelin s'étoit chargé de
compofer le Dictionnaire d'Antiquités , qui
devoit faire partie de l'Encyclopédie Méthodique
; mais on n'a rien trouvé à fa mort ,
& il nous a laiffé le regret d'avoir perdu
trois années. On s'eft efforcé , par un travail
redoublé , de regagner le temps perdu ; mais
l'étendue du plan que l'on s'eft formé , a retardé
jufqu'à ce jour la publication du premier
Volume , que les autres fuivront de huit
mois en huit mois.
L'Éditeur de l'Encyclopédie Méthodique
» n'avoit promis dans fon Profpectus qu'un
» Dictionnaire d'Antiquités ; mais , fur nos
L
18 MERCURE
"
repréſentations , il a confenti à y joindre
» trois autres parties qui en font le complé
» ment , & fans lefquelles cet Ouvrage n'au-
» roit pu contenter qu'imparfaitement les Sa-
» vans & les Artiftes . Nous voulons parler
» de la Mythologie avec les Coſtumes ; de
» la Chronologie ancienne & moderne ; de
la Diplomatique des Grecs , des Romains ,
» & des Peuples qui ont exifté depuis eux ,
jufqu'à l'imprimerie.
ود
»
Le difcours général fur les quatre parties
» de ce Dictionnaire, qui fera imprimé à la fin
» de l'Ouvrage , de manière cependant à pou-
» voir être placé à la tête , fera connoître en
détail les fondemens de notre travail , les
» fources dans lefquelles on a puifé ; les
» vues nouvelles que l'on a expofées com-
» me des réſultats très- probables ; la métho-
» de d'après laquelle il faudra lire les diffé-
» rens articles de ce Dictionnaire , pour en
-» faire des Traités complets fur chaque ma-
» tière ; les connoiffances néceffaires pour
» étudier avec fuccès les Antiquités , &c. »
L'Avertiffement que nos Soufcripteurs doi- .
vent lire, contient quelques obfervations de
l'Auteur , pour concilier à fon travail la confiance
des Savans.
Maintenant que cet Ouvrage eft affez
avancé pour que le Public puiffe en juger les
différentes parties , nous le prions de comparer
celles qui font entre fes mains , avec les
matières correfpondantes de la première Encyclopédie
; & nous efpérons qu'il décidera , fans
DE FRANCE. 19
héfiter, que prefque toutes les parties de cette
Encyclopédie par ordre de matières , font refaites
à neuf, car on n'a point trouvé dans l'ancienne
les fecours , à beaucoup près , qu'on
en eſpéroit. La nomenclature dans la première
eft dans un fi grand état d'imperfection , que
l'on n'y trouve preſque jamais ce qu'on y cherche;
& lorfque nous avons affuré dans notre
Profpectus que l'Encyclopédie par ordre de
matières contiendroit trente mille articles de
plus que la première , nous étions nous-mêmes
dans une grande erreur , car nous fommes
sûrs actuellement qu'elle en contiendra
plus de cent mille. Il y a des Sciences ,
comme la Botanique , les Antiquités , qui, à
elles feules , comprendront chacune plus de
quinze à vingt mille articles ; & ces Sciences
, qui formeront trois à quatre Volumes
dans l'Encyclopédie actuelle , ne formeroient
pas un demi-Volume dans l'ancienne , où il y
a même des parties entières qui ont été abfolument
oubliées. ( 1 ) C'eſt la grande imper-
( 1 ) En faisant cette obſervation , nous ne prétendons
pas déprécier le travail des premiers Auteurs.
Si l'on confidère les circonftances où ils ont écrit ,
les difficultés de toute efpèce qu'ils ont eu à vaincre
, & la forme de cette première Encyclopédie , où
tout étoit mêlé & confondu , fans que chacun des
Coopérateurs eût fait auparavant fon plan & fon
travail particulier , on avouera qu'il a fallu beaucoup
de génie & de patience pour formonter de fi
grands obftacles . Le travail de Diderot fur les
Arts , dont la defcription n'exiftoit encore nulle part,
20 MERCURE:
fection de cette première Encyclopédie , rel
connue & avouée par Diderot lui - même ,
qui a néceffité une augmentation de volumes.
Tous les Gens-de-Lettres attachés à cet
Ouvrage , pourront répondre que nous ne l'avons
follicitée en aucune manière . Elle eft contraire
à nos intérêts , puifqu'il y aura de la
perte fur chacun de ces Volumes . Eux-mêmes
n'auroient pu prendre d'engagemens rigou
reux à cet égard , puifque lors de la paffation
des actes , ils ne connoiffoient point l'imper+
fection de leurs parties ; & cependant elle
feule pouvoit régler leurs travaux & l'étendue
de leur Ouvrage ; ainfi cette Encyclopédie
comprendra le triple de Difcours de la pre
mière ; & cependant , malgré ce grand nom
bre de Volumes , elle ne reviendra pas à
moitié du prix de l'Édition in-fol. de Paris ,
qui s'eft vendue jufqu'à dix-huit cens livres.
Nous ajouterons encore que l'Encyclopé
die actuelle eft conçue de manière que chacune
des Parties qui la compofent , non- feulement
forme un Dictionnaire , mais qu'elle
peut , au moyen des Tables de lecture qui
feront à la tête des premiers Volumes , formerà
volonté un Traité de Sciences, & qu'elle
fera d'une telle utilité pour la recherche de
tous les objets dont on pourra avoir befoin ,
que nous pouvons avancer , fans crainte d'être
fuffiroit feul pour lui affurer la reconnoiffance du
Public , & une gloire qui durera auffi long temps
que l'Empire des Lettres.
DE FRANCE.
•
démentis , qu'une Bibliothèque de vingt mille
Volumes n'offriroit pas la même utilité. Nous
pourrions auffi démontrer que fur les trente
grandes Parties dont elle eft compofée , il y
en a plus des deux tiers qui n'exiftent pas
dans notre langue fur le plan d'après lequel
elles ont été conçues & exécutées .
Nous n'avons laiffé cette Soufcription ou
verte fi long-temps , que pour nous affurer'
d'un certain nombre de Soufcripteurs , &
n'avoir point à regretter de nous être engagés
dans cette grande entreprife ; mais actuellement
que notre but eft rempli à cet égard ,
nous prévenons le Public que cette Soufcription
fera fermée irrévocablement & pour
toujours , le 31 Mai prochain. La difference
du prix pour ceux qui n'auront pas foufcrit ,
fera de 221 liv. , en fuppofant qu'il y ait vingt
Volumes excédant le nombre de ceux annoncés
dans le Profpectus in-4° . à deux colonnes
, qui fait loi entre les Soufcripteurs
& l'Entrepreneur ; & l'on eft maintenant
affuré que ces Volumes excédants qui ne
doivent être payés par les Soufcripteurs que
6 livres , auront lieu .
22 MERCURE
·
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE.
JEUDI 27 Avril , M. Sédaine eſt venu prendre
à l'Académie Françoife la place de M. Watelet,
mort à l'âge actuel du nouvel Académicien ;
ce qui lui a fait dire qu'il fembloit avoir été
choifi par l'Académie , pour achever la carrière
de fon prédéceffeur. On a remarqué
dans fon remerciement un ton de modeftie &
de fenfibilité qui prêtoit un nouvel intérêt à
la juftice que venoient de lui obtenir des
fuccès auffi nombreux que mérités. Il a fait
quelques obfervations qui ont été applaudies
, fur le genre lyrique ; & affurément ,
dans ces fortes de difcuffions , perſonne ne fera
tenté de l'accufer d'incompétence.
M. Lemière , fon ami , & Directeur actuel
de l'Académie , a mis dans fa réponſe un
ton aufli aimable qu'ingénieux. Il a concilié
avec l'intérêt de la vérité fes fentimens pour
M. Sédaine , qu'il a fu apprécier avec juſtice ,
& louer avec grâce ; le coup-d'oeil d'analyſe
qu'il a jeté fur quelques- uns de fes Ouvrages
Dramatiques , eft rempli de vues fines , délicates
, & de détails vraiment faillans.
M. l'Abbé de Lille n'ayant pu fe trouver
à la Séance , où il devoit lire des morceaux de
fon Poëme fur l'Imagination , M. Marmontel
DE FRANCE.
23
y a fuppléé par un Effai fur le Goût, deftiné
à la nouvelle Encyclopédie . Parler d'un morceau
de Littérature de M. Marmontel , c'eſt
annoncer un Ouvrage dans lequel tous les
agrémens du ſtyle fe mêlent aux richeſſes de
l'efprit & de la raiſon. Auffi a- t'on vivement
applaudi à la vérité & à la fineffe de ſes obfervations
ſur un ſujet ſi ſouvent traité. M. Mar-
· mòntel a paru craindre que ce morceau ne
fût peu propre par la nature à intéreffer dans
une Séance publique ; mais fa crainte n'a été
nullement partagée : il en a lu trop peu ;
& c'eft le feul reproche qu'ait eu à lui faire
la critique. *
VARIÉTÉS.
RÉFLEXION fur le Pomen du Marquis de
Rofelle , par Mme Elie de Beaumont.
Ciroir une idée heureufe dans une femme qui
vouloit retrouver les devoirs d'une époufe & d'une
mère dans les exercices & les amuſemens de fon efprit
, que celle d'un Livre où les féductions du vice
& les charmes innocens de la vertu , font mis en
oppofition ; où un jeune homme , né tendre & confiant
, commence par fe laiger prendre aux piéges
d'une courtisanne , & finit par époufer une fille or-
* Ces Difcours le trouvent chez Demonville , Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , rue Chriftine.
24 MERCURE
"
née de tous les dons de la Nature & de la meilleure
éducation. Avec quel art , quelle fageffe , quelle dé .
licateffe doit- on manier l'efprit & les paffions d'un
jeune homme dans un âge fi rebelle aux remontrances
, dans une fituation f dangereufe ; & quels font
les principes de cette éducation qui prépare une
femme fi digne des refpects & de l'adoration de
fon mari ? Voilà le but moral de ce Livre , voilà les
utiles inftructions qu'on y reçoit.
Mais ce plan fi heureux en morale , préſentoit un
inconvénient dans l'objet dramatique. Les grands
dangers , les plus vives émotions ſe trouvent au
commencement de l'Ouvrage ; & après le tableau
des paffions , on n'a plus que celui de la fageffe . II
faut alors relever un intérêt moins vif par des acceffoires
heureux & variés , donner plus de force à la
raifon , plus de grandeur & de grâces à la vertu , &
rendre au Lecteur , en tableaux touchans & utiles , ce
qu'on lui a ôté en scènes orageufes ; ce qui n'exige
pas un moindre talent ; & après tout , je ne vois pas
ce qu'on peut reprocher à un Livre qui a toujours le
mérite propre aux fujets qu'il traite.
Après le mérite de l'utilité , celui qui diftingue le
plus ce Roman , ou plutôt ce qui le met dans la
claffe des bons Livres , c'eſt le mérite de la vérité
dans les événemens , les moeurs , les caractères Rien
de forcé ; par- tout la plus grande vraisemblance , la
plus heureufe fidélité . C'eſt un tableau de ce qu'on
voit tous les jours ; chacun des acteurs paroît un perfonnage
réel , & le lien même qui les affemble eft fi
fimple , qu'on fe prête auffi aifément à leur réunion
qu'à leur exiftence , Rien fur tout n'y paroît plus naturel
que les belles actions & les belles âmes , avantage
précieux pour ouvrir les coeurs à l'impreffion
des vertus , & qui appartient particulièrement à ces
Écrivains , qui , ne puifant que dans leur coeur les
maximes & les fentimens nobles & touchans , doivent
DE FRANCE. 25
Tent moins en manquer l'expreffion ou l'exagérer.
On s'étonne d'abord , on s'effraye même des perfonnes
& des scènes que l'Auteur entreprend de peindre
ou de décrire. Un homme fans morale & fans honneur
avec les femmes , une courtifanne & même les
agens de fes intrigues , quels objets fous la plume
d'une femme vertueufe ! Il eſt des vices que la prévoyance
maternelle ne doit pas négliger d'obferver
& d'approfondir ; & c'eft dans la peinture de ces
chofes , qu'il faut en même tems montrer & voiler ,
que la délicateſſe & la modeftie des femmes peuvent
fingulièrement réuffir ; le tableau ici a encore
plus befoin de décence que d'énergie. Celui qui eft
préfenté dans le Marquis de Rofelle , a toute la reffemblance
qu'il falloit. L'Auteur m'a dit comment
elle avoit connu des objets fiéloignés d'elle.On trouve
dans la bonne compagnie des gens qui ont beauvécu
dans la mauvaife. Elle fe faifoit inftruire
des faits ; puis elle compofoit fes plans , fur lesquels
elle prenoit enfuite l'avis des connoiffeurs.
coup
Les caractères ne font pas moins vrais que les
événemens , & ils font habilement deffinés.
*
Le Marquis de Varville n'eft pas copié d'après
une nature fauffe , comme le Verfac des égaremens
du coeur & de l'efprit ; perſonnage abſurde , qui emploie
tout fon efprit à réduire la fatuité en fyftême ,
comme s'il n'étoit pas plus court & plus sûr d'être
fat par inftinct & par habitude ! Il ne reffemble pas
non plus au Valmont d'un autre roman ; perfonnage
révoltant , qui met fa gloire & les plaifirs à
deshonorer les femmes , & qui est toujours atroce
fans un intérêt proportionné , fans paffion & fans
remords ; ce qui peut être fuivant la nature
des monftres dans l'efpèce humaine ; mais ce qui
me paroît oppofé au coeur de l'homme. Le. Matquis
de Varville eft un homme comme il en fut
N. 18 , 6 Mai 1786.
-
B
•
26 MERCURE
·
""
& comme il en fera toujours ; il n'a pour les femmes
ni amour ni fidélité , ni délicateffe , le tout parce
que cela feroit trop bourgeois ; & il s'eft fait un
point d'honneur d'élever les jeunes gens dans fes
principes , & de préfider à ces amours qui ne font
que des arrangemens.
Léonore montre une âme telle que celle qu'on voit
ordinairement dans les perfonnes de fa claffe ; &
tous les artifices n'offrent ten dont on n'ait vu des
exemples.
Les perfonnages vertueux devoient bien moins
coûter à l'Auteur. 3
M. de Saint-Séver , gâtant tout par le zèle étourdi
d'un efprit borné , eft un des feconds rôles de l'Ouvrage
, & n'en eft pas moins bien tracé.
Mile de Ferval eft un modèle accompli de grâces ,
de douceur & de générofité. Elle fait honorer davantage
fa mère , qui a cultivé avec une tendreffe f
éclairée cet aimable naturel. Combien elles font touchantes
l'une & l'autre à ce moment où la fille confie
à fa mère les premiers mouvemens de l'amour
qu'elle vient de découvrir dans fon coeur ! Tout le
charme des fentimens de la Nature , toute la beauté
de la verta s'emparent de l'âme , & la pénètrent ,'
dans les deux Lettres qui développent cette fituation
neuve au Théâtre & dans les Romans : il femble .
qu'elle étoit réservée au talent de Mme Élie de
Beaumont.
"
Mme de Saint- Séver , Mme de Narton & Mmede
Ferval ne paroiffent avoir & n'ont au fond qu'un
même.caractère , la vertu & la raifon réunies : mais
* Ce Roman , qui a obtenu & qui méritoit une fi grande
célébrité par le caractère de ſes beautés & de fes défauts ,
pourroit donner lieu à de grands éloges & à de longués
difcuffions.
DE FRANCE. 27
l'Auteur à fu les diftinguer par des nuances très-ketreufes.
La première , dans la pureté de fon coeur ,
ignore les paffions & l'art de les combattre. Il y a
auffi dans les morurs décentes & dans les caractères
fenfibles une grâce attirante qu'elle ne possède pas.
La feconde a plus d'expérience & da mon &
des hommes. Elle tempère , par de fages & d'amables
confeils , la douleur indifcrette de fon amie , &
elle lui enfe gne à donner plus de charmes à la
vertu .
*
La troifièine réunit la ſenſibilité de l'une & la fageffe
de l'autre ; elle eft la plus intéreflante des femmes
& des mèrès.
J'avoue qe je trouve quelque chofe à defirer dans
les deux autres perfonnages.
M. de Ferval a les procédés de l'amitié' ; mais il
n'en a pas affez la vive éloquence.
Le Marquis de Rofelle a le caractère qu'il lui
falloit pour tomber dans les erreurs eu l'Auteur vouloit
l'entraîner. Il joint la candeur de fon âge à cette
fenfibilité qui rend fi terrible la première pafion.
Mais il me femble qu'il a plutôt la conduite d'on
homme emporté par une grande paſſion , qu'il n'en a
les accens & la chaleur. On apperçoit aisément à
quoi tient cette imperfection. L'Auteur écrivoit , pour
ainfi dire', fous les yeux des femmes modeftes & des
mères vigilantes : elle vouloit inftruire fur les paffions
; elle craignoit de les communiquer. Ainfi il
fautrefpecter les fautes mêmes de cet Ouvrage , comme
des facrifices faits à la vertu .
La morale répandue dans le Livre , y est toujours.
placée à propos & développée avec réferve : elle natt
du fentiment , & en a le doux abandon . Un grand
nombre des Lettres de Mne de Narton & de Mme de
Feval , le liroicnt encore avec un grand intérêt ,
quand même on les détacheroit des événemens da
Bij
28 MERCURE
Livre , auxquels néanmoins elles fe rapportent tous
jours.
Le ſtyle a cette variété de formes & de convenances
qu'exigeoit un Ouvrage où l'on fait parler
les perfonnages. Ce qui y domine en général , c'eft
une excellente raifon , un goût sûr , une fenfibilité
vraie , un naturel qui allie la clarté & la fineffe ,
l'élégance & l'énergie.
fans
Mme la Marquife de Tencin étoit morte ,
avoir achevé fon Roman des Anecdotes d'Edouard
II. Il étoit trop inférieur à fes deux autres Ouvrages
Four ajouter à fa gloire. Mais le Public le de firoit ,
& on ne pouvoit le donner fans une continuation.
Mme Élic de Beaumont avoir accepté cette tâche
ingrate , dans laquelle elle avoit le double défavantage
de travailler d'après un mauvais plan , & le
plan d'une autre ; elle ne pouvoit guère y obtenir
que le mérite de rendre un fer vice & de vaincre une
difficulté. C'eft dans le Siége de Calais & le Comte
de Comminges qu'il faut chercher le talent de Mme
de Tencin ; c'eft dans le Marquis de Roſelle qu'il
faur chercher celui de Mme Élie de Beaumont.
Mme Élie de Beaumont a difcuté dans ſon Ou→
vrage une queftion dans laquelle elle étoit perfonnellement
intéreffée , celle de favoir s'il convient aux
femmes d'être inftruites. Auffi , elle a tempéré la
force de fes raifons de cette modération qui ne
fert qu'à les embellir , & qui eft le caractère d'une
âme délicate , qui craint toujours de trop s'échauf
fer dans fa propre caufe. Elle a évité de traiter une
autre queftion qui tenoit à celle- ci , celle de favoir
dans quelles vues une femme doit écrire , & fur
quelles efpèces de fujets. Ces queftions out aujourd'hui
plus que jamais un véritable intérêt , &
le réfultat en eft & favorable à l'Auteur du Marquis
de Rofelle , qu'il manquoit à l'éloge que je lui dois.
DE FRANCE. 29
LA Nature , en donnant aux femmes moins de
force , mais plus de délicateffe , ne les a deſtinées à
dominer ni dans la fociété conjugale , ni dans la
fociété civile ; mais elle les appelle au partage du
bonheur de l'homme & des progrès de fon efprit.
Voilà ce que demande la raison , & non ce que les
hommes ont établi ; car ils en ont fouvent ordonné
tout autrement.
Le Sauvage qui traite les femmes , non fuivant
l'ordre de la nature , mais d'après le penchant naturel
qu'ont les êtres forts à devenir des oppreffeurs,
le Sauvage en fait des efclaves qu'il condamne à cé
qui lui paroît le plus grand des maux , le travail.
Les peuples barbares , qui ont des affaires publiques
, fans connoître encore les liens de la fociété,
les rélèguent dans leurs maifons , dont ils leur laiffent
l'empire.
Les peuples de l'Orient , chez qui toute autorité
eft un defpotifme , méprifant & redoutant leur foibleffe
, & ne voyant en elles que des êtres voués à
une éternelle enfance , les renferment pour leurs
plaifirs fous une garde injuricafe & terrible , & ne
daignent recevoir d'elles que le fervice de perpétuer
leur race .
Les Nations civilifées , à qui les moeurs domeſtiques
ne fuffifent plus , qui cherchent de nouvelles
jouiffances dans cette communication d'idées & de
fenfations , dont leurs loifirs & des goûts plus rafinés
leur ont fait des befoins , appellent les femmes dans.
la fociété ; & fuivant les époques où arrive ce chan
gement , & les principes qui le dirigent , leur commerce
continuel avec les hommes adoucit les moeurs
ou les corrompt , ennoblit les âmes ou les dégrade.
Dans cette nouvelle poſition , l'ordre naturel n'est
nullement renversé à leur égard. Compagnes de
l'homme, elles doivent profiter de tous les efforts
Biij
30 MERCURE
qu'il fait pour agrandir ou embellir fon existence.
D'ailleurs , fi , dans ce nouvel état , les devoirs de leur
fexe restent toujours les mêmes , ils deviennent plus
délicats & plus étendus . Elles ne vivent plus tous
l'unique infpection de leur famille : elles font expo
fées aux regards de tout un peuple ; elles n'exiftent
plus dans des moeurs fimples , mais dans des moeurs
où la corruption eft entrée avec l'oifiveté & le luxes
& tout change alors pour elles. Leur naïve pudeur
devient de la modeftie ; leur vertu , de la fageffe ;
leur maintien perd- de fa fimplicité pour prendre de
la décence ; leurs actions & leurs difcours , qui
n'étoient que timides , fe revêtent des grâces de la
réferve. Leurs époux ne font plus des hommes groffiers
, qu'il faille calmer par une foumillion adroitez
ce font des hommes moins violens , mais livrés à
plus de paffions , à plus de vices , qu'il faut retenir
par des attentions aimables , diriger par de fages
confils. Elles n'ont plus feulement à élever des enfans
fains & robuftes; elles doivent les préparer à
tous les talens de l'efprit , à toutes les vertus morales.
A mefure que les lumières s'accroiffent & s'étendent
dans le fiècle où elles vivent , leurs devoirs exigent
une perfection qu'elles ne peuvent tirer que
d'un efprit heureufement & folidement cultivé. Prétendre
que la Nature les avoit condamnées à l'ignorance
, c'eft dire que la Nature , en deftinant deux
êtres de la même espèce à vivre ensemble , a permis
à l'un de s'élever , a ordonné à l'autre de ne faire
que ramper. Prétendre que l'ignorance leur eft
bonne , c'eft dire qu'il eft dangereux d'apprendre les
devoirs qu'on doit remplir. Ce font là des idécs
vraiment abfurdes ; c'eft là un préjugé auffi gothique
que celui qui a long- temps fait un deshonneur à la
Noblefle de cultiver les Sciences & les Aris.
Mais l'inftruction des femmes doit être relative
DE FRANCE. 31
à leurs devoirs . Les touchantes fonctions de mères
de famille , & cet aimable emploi d'embellir cettecommunication
continuelle que les hommes ont établie
entre- eux , & qui ne pourroit durer fi elles n'y
apportoient leurs graces & leur douceur ; telle ett
toute leur deftination ; & elle eft affez belle pour
qu'elles puiflent s'y renfermer avec joie & avec
gloire. Qu'elles ne recherchent donc pas ces grands
talens , ces vaftes connoiffances ces fortes études ,
néceffaires pour les grands emplois de la fociété
d'où elles font exclues. Une ambition plus douce ,
des fuccès mieux affortis à la délicateffe de leurs organes
leur font réſervés . Les talens agréables font
pour elles des talens utiles . Tout nouveau moyen de
plaire leur donne un droit de plus à cer empire
qu'elles obtiennent fouvent fur la fierté de l'homme.
Mais comment uferoient elles de cet empire utilement
pour l'homine , & par conféquent pour ellesmêmes
, fi leur amẹ n'étoit nourrie de fentimens
élevés , fi leur eſprit n'étoit cultivé par des connoiffances
férieufes ? Cependant toutes les connoiflances
férieufes ne leur conviennent pas , elles n'ont befoin
que de celles qui touchent à leurs devoirs , & qui
développent & perfectionnent en elles la fenfibilité
qui eft la raton des femmes.
D'autres études ne leur font pas défendues fans
doute ; mais par cela feul qu'elles ne leur font pas
néceffaires , elles ne doivent s'y livrer qu'avec une
forte de fcrupule. Si je ne craignois d'employer ici
ane comparaifon trop grave , j'oferois dire qu'elles
font à l'égard des Sciences ce que les Magiftrats font
à l'égard des amuſemens : avant de fe les permettre ,
elles doivent examiner fi d'autres objets ne réclament
pas leur temps & leurs foins. Un grand danger pour
elles de l'étude des Sciences , c'est que l'élévation &
l'éclat de celles- ci peuvent aiſément leur faire pren
Biv
MERCURE
dre en dégoût & en dédain les modeſtes occupations
qui leur font propres, Et dès qu'elles ne s'arrêtent
pas à ce qui leur eft bon dans l'inftruction , ølle leur
nuit , elle les déprave en quelque forte ; elle les dépouille
même de tous les charmes de leur fexe ; car
la beauté de chaque objet tient à des convenancès
inviolables.
Les femmes ne font pas moins nées avec le don
des talens qu'avec la faculté & le droit d'orner & de
cultiver leur efprit . Et pourquoi donc la Nature leur
auroit-elle accordé des talens , fi la ſociété leur défendoit
d'en faire ufage ? Quelle trifte & bizarre
févérité ! Les fruits des talens font-ils donc fi abondans
, qu'il foit jamais permis de les étouffer ? Et le
génie d'un fexe fingulièrement fenfible & délicat, ne
peut-il pas enrichir les Arts de certaines beautés que
lui feul recèle Il eft donc très- fimple , il eſt même
très heureux que les femmes écrivent quelquefois ;
mais qu'elles n'écrivent que fur les objets dont il
leur eft bon , dont il leur eft louable de s'occuper.
Il faut encore le répéter , ce charme des grâces , qui
doit toujours les accompagner , tient à cette règle.
De même que la vigueur de l'homme choqucroit dans
des corps embellis par leur foibleffe même ; de même
les grandes méditations , les longs travaux déparent
des efprits fi aimables , & fouvent les écrâfent. La
Nature rarement les a douées de cette puiffance de
moyens & de reffources qui termine glorieufement
les hautes entrepriſes. Il leur feta toujours plus heureux
de céder à la Nature que de la bravers en
s'épargnant des efforts , elles conferveront des grâces.
Je fais que la Nature n'eft jamais fi fidelle à fes loix ,
qu'elle n'admette quelques prodiges . On a vu des
femmes régner avec grandeur , d'autres s'illuftrer
dans les combats. Il femble même qu'en s'élevant
au-deffus de leur fexe , elles ayent cherché à furbor
DE FRANCE.
33
paffer le nôtre : comme fi elles n'avoient pu juftitiet
que par-là cet effor défordonné qu'elles avoient ofé
prendre ! Il eft poffible auffi qu'il s'élève dans les
Sciences, dans les Lettres, dans les Arts , des femmes
dignes d'être comparées aux plus beaux génies. Il
ne fera pas même impoffible que ces femmes réuniffent,
comme Clorinde , les charmes de leur ſexe à
la gloire du nôtre . Alors une admiration extraordinaïe
fera due à des chofes toutes prodigieufes ; mais
de fi étonnantes exceptions confirment même l'éternelle
loi de la nature à laquelle les femmes les plus
illuftres par leurs talens ont toutes foufcrit. Que
trouvons- nous en effet dans les Ouvrages de la
Fayette , des Tencin , des Grafigny , des Riccoboni ,
de l'Auteur du Théâtre d'Education , de celui des
Converfations d'Emilie , j'ajouterai encore de celui
du Marquis de Rofellé, que la peinture des fentimens
qu'elles connoiffent le mieux , que les leçons qu'il
leur appartient fur- tout de nous donner ? Je me félicite
de trouver du côté de mes principes des noms
intéreflans & fi chéris.
Voilà le genre d'inftruction & de talent qu'il eft
beau , qu'il eft utile à une femme de pofféder. Il ne
lui refte plus , après cette gloire , qu'à la couvrir de
cette intéreſſante modeftie qui cache en elle l'Auteur
, pour ne laiffer voir que l'épouſe tendre , la
mère vigilante , la femme fenfible qui jouit des
Arts & des talens beaucoup plus qu'elle ne les juge.
Tous ceux qui l'ont connue , favent que telle étoit
l'Auteur du Marquis de Rofelle .
UNE femme que les talens & fes connoiflances
ne faifoient que rapprocher davantage des vertus de
fon fexe & de fen état , devoit être bien touchante
& bien refrectable dans fa vie domeftique ! Mais la
vie d'une femme- de - bien , qui ne s'eft pas trouvée
Bv
34
MERCURE
dans des fituations extraordinaires , eft rarement
composée de faits mémorables. Les bonnes actions
Y font de tous les momens , & s'y perdent dans la
paifible fucceffion des mêmes devoirs toujours fidèlement
remplis. La mode eft venue de deshonorer
en quelque forte les bonnes actions , en les infcrivant
faltueufement dans des Ecrits publics. Certes ,
c'eft bien mal fervir la vertu , que de lui prodiguer
une récompenfe qu'elle n'a pas dû fe propoſer ; & .
n'eft-ce pas troubler fon pur bonheur que d'y faire
entrer de la vanité ? Sans doute il eft des actions qui
honorent l'humanité , & qu'il faudroit graver fur
les monumens les plus folemnels : mais il eſt auffi
des vertus plus fimples qu'il faut laiffer fous le voile
qui les cache ; elles font dans l'intérieur des familles
l'entretien de ceux qui en furent les témoins ; leur
doux fouvenir prolonge & embellit les regrets de
l'amitié : voilà leur digne prix , voilà la gloire qui
leur eft propre. L'éloge des vertus privées de Mme
Élie de Beaumont eft dans la tendre eftime d'un
grand nombre de perfonnes refpectables de tous les
rangs , de qui elle a été connue. Celles qui l'ont appechée
de plus près favent combien fon inaltérable
douceur , fa politeſſe vraie & nob'e , une gaieté
douce , un excellent efprit , une inftruction plus folide
encore qu'étendue , une mémoire rare , la connoillance
& le goût de prefque tous les talens , une
élocution facile , un heureux mêlange de prudence
& d'abandon , le ton de la meilleure compagnie , &
une figure qui n'étoit pas celle de la beauté , mais
celle de la vertu , rendoient fon commerce intéreſfant.
Elles ont pu auffi voir ou éprouver fouvent
quel coeur elle avoit pour les malheureux , dont l'état
de fon mari & fa fenfibilité l'approchoient plus
qu'une autre , pour les perfonnes qui étoient dans
fa dépendance , pour celles dent le bonheur étoit plus
DE FRANCE. 35
particulièrement confié à les foins & à fa tendreffe,
& pour les amis , qu'elle confeilloit utilement , qu'elle
foulageoit au moins par les plus tendres confolations
, dont elle s'occupoit dans les heures folitaires ,
& qui la revoyoient le lendeman avec un projet
pour leur bonheur , ou un fuccès déjà obtenu ....
Au milieu de toutes les peines qui ont troublé ſa
vie, elle a eu un bonheur qui lui convenoit bien , celui
d'être unie au fort d'un homme qui devoit arriver
de bonne heure à une des plus belles réputations
du Barreau. Autant il eft trifte & cruel pour une
femme d'une ame élevée & délicate , d'un efprit
diftingué , d'appartenir à un mari étranger à toute
efpèce de gloire & de mérite ; autant il lui eft doux
d'être affociée à cette confidération publique où les
talens , les vertus , les fervices conduifent les Avŏcats
du premier ordre . Alors elle trouve dans la
maifon ces nobles amufemens dont elle a befoin 55
elle vit au milieu des objets qui l'intéreffent ; &
elle peut aimer davantage un mari dont elle s'honore.
Heureux aufli l'homme de talent , l'homme de
mérite qui trouve dans la compagne de fa vie des
idées & des fentimens qui relèvent fon amie , qui
animent fon génie ; qui voir autour de lui l'eftime
& l'amitié s'accroître fans ceffe pour la perfonne
qu'il chérir le plus , & qui peut à fon tour le couvrir
du refpect & de l'intérêt qu'elle infpire ! Quoique
Mme Elie de Beaumont jouît de la réputation de
fon mari & de la fienne propre , c'étoit dans d'autres
objets qu'elle trouvoit les vrais plaiúirs de fon coeur.
Elle avoit un fils , dont l'éducation & le bonheur
étoient les objets de toutes fes pcnfées . Si cet enfant
répond à fes tendres foins , lorfqu'il faura encore
mieux les apprécier , il fe dira avec la plus profonde
douleur , qu'il avoit la meilleure des mères , & qu'il
ne l'a plus.
B vj
36
MERCUREST
Quifaura jamais toutes les peines que peut éprou
ver une femme tendre & fenfible , chez qui tous les
chagrins font plus vifs & plus profonds , & qui
fouffre encore des maux de toutes les perfonnes qui
lui font chères ? Mais ces âmes trouvent ſouvent en
elles-mêmes de grandes fources de bonheur. Leur
manière d'aimer un père , un fils , un époux eft remplie
de délices qu'elles feules connoiffent ; & loin de
s'épuifer dans ces vives , dans ces premières affec
tions , elles favent encore ſe répandre dans d'autres
fentimens. Tous les coeurs qui aiment font aimés ;
il n'y a que les hommes froids & égoïſtes qui vivent
dénués d'intérêt & d'attachement. Mais l'eftime & la
bienveillance obtenues & rendues ne compofent
qu'une amitié ordinaire. Il en eft une autre pour
laquelle peu de gens font faits , & que bien peu de
ceux qui en froient dignes trouvent à former C'eft
dans celle que vous avez toujours des objets ou
repoler votre coeur , qui affiftent à vos actions , à
vos rêveries , pour qui vous recueillez toutes les penfées
, tous les fentimens qui ont occupé & agité
votre âme , & de qui vous attendez tout ce que vous
leur réfervez . L'exiſtence fe double dans ces unions
intimes , qui fe forment de ce qu'il y a de plus pur
dans les pailions , de plus aimable dans la fageffe ;
après la douleur de l'épanchement , vous y goûtez
cel'e des affect ons partagées , vous y jouiffez de tour
ce qu'il y a de bon & de varié dans des âmes qui
s'entendent , de tout ce qu'elles s'empruntent ,
tout d'une confcience qui s'épure & s'ennoblit fans
ceffe par le bonheur qu'elle reçoit. Il fut accordé à
la digne femme dont je fais l'éloge , d'éprouver &
d'infpirer certe efpèce d'amitié dans laquelle c'eft
unc faveur des cieux de mourir le premier , & qui
ne laiffe plus dans la vie d'autre bonheur
charme des regrets & des fouvenirs.
que
furle
DE FRANCE.
37
Toutes les vertus de Mme Élie de Beaumont venoient
de l'inépuifable bonté qui faifoit fon caractère.
Elle portoit la bonté à un excès qui mérite'
d'être remarqué. Née avec une fenfibilité très - prompe-
& très -vive , tout l'affectoit fortement , & fouvent
jufqu'à la douleur & l'impatience. Mais perfuadée
que la douceur & la complaifance étoient les vertus
particulières de fon fexe , elle s'étoit fait une loi dès
fa jeuneffe d'immoler toujours les goûts , de diffimuler
fes peines , de ne laiffer échapper ni plaintes
ni reproches. Dans les affaires , dans les amofemens
de la fociété , la crainte de chagriner ou celle de
déplaire la tenoit fans ceffe attentive à ce que defiroient
les autres ; elle n'en exigeoit rien , elle en
fouffroit tout. Elle renonçoit à fes volontés au point
de laiffer croire qu'elle n'en avoit point. Le monde
eft plein de gens qui s'accommodent parfaitement
d'un pareil caractère , & qui en abuſent avec cruauté.
Auffi , ces facrifices fans ceffe renaiffans la déchiroient
, ufoient une fanté naturellement délicate ,
& troubloient les plaifirs auxquels elle étoit le plus
fenfible. Ses amis lui reprochoient tant de factifices
pour des perfonnes qui ne favoient pas
même les appercevoir. Elle même s'en accufoit
comme d'une foibleffe ; mais jamais il ne fut en elle
ni de ceffer de s'offrir pour victime , ni de l'être ›
fans douleur. Je ne connois rien de plus touchant que
ce caractère , qui eft fouvent celui des plus vertueu- -
fes femmes. Il appelle autour d'elles ces tendres
foins , ces attentions délicates inventées par leur
fexe parce qu'il en éprouve davantage & le prix
& le befoin.
Mme Élie de Beaumont a été enlevée avant l'âge
qui touche à la vieilleffe , & par une maladie fubite
qui l'a tout d'un coup fait paffer d'un état de convalefcence
à un état de mort , trois jours avant fa:
38 MERCURE
mort même. Ainfi elle a encore éprouvé un malheur
toujours redouté des âmes aimantes , celui de quitter
tout ce qui nous eft cher , fans donner & recevoir
ces trifles adieux qui font la dernière douleur & la
dernière confolation de la vie.
Mme Élie de Beaumont , fille de M. Dumefnil
Morin , qui a pour la feconde fois le malheur de
furvivre à un enfant chéri , étoit née à Caën au mois
de Juillet 1730 ; elle eft morte à Paris le 12 Janvier
1783 .
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
Nous n'ajouterons à ce que nous avons dir
des Concerts de la Quinzaine de Pâques , que
pour parler d'un nouveau Stabat de la compofition
de M. David , qui a été exécuté le
Vendredi 21. Cet Ouvrage , comme morceau
de mufique , a paru très-bien fait. La mélodie
en eft très-agréable , l'harmonie très - pure ,
très-bien entendue , diftribuée avec beaucoup
d'adreffe & d'efprit ; on voit que cette compofition
eft d'un homme confommé dans fon
Art. Si on l'examine du côté de l'expreflion,
elle aura beaucoup moins de mérite. Il y
manque fur- tout le caractère général de pa
thétique indiqué par les paroles; & ce caractère
manque même aux morceaux visible-
>
DE FRANCE. 39
ment calqués fur le Stabat de Pergolèze. On
l'a fort applaudi , parce que le chant aura toujours
fur l'âme & fur l'oreille une véritable
puiffance , fupérieure même à celle de l'ex-.
preffion. L'expreffion eft une convention de
l'art , elle eft par conféquent jufqu'à un certain
point arbitraire ; la mélodie eft dans la
Nature , & fon effet doit être auffi invariable
que général. Il faut fe garder d'en conclure
que l'expreffion doive être négligée ; mais
feulement que le beau chant eft en musique
la première chofe à trouver , & que le beau
chant d'accord avec l'expreffion , eft la perfection
de l'Art . La feconde partie du motet
de M. David , moins agréable que la première
, n'a pas eu le même fuccès. Ces deux
derniers Concerts nous ont fait entendre les
Artiftes les plus diftingués de cette Capitale ,
M. Duport fur le violoncelle ; M. Michel fur
la clarinette , M. Ozy fur le baffon , & Mme
Gautherot fur le violon.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
LE Lundi 24 Avril , on a fait l'ouverture de
ce Théâtre par une repréſentation d' Edipe ,
Tragédie de Voltaire , fuivie des Rivaux
Amis , Comédie en un Acte & en vers , par
M. Forgeot.
Avant la Tragédie , M. Naudet , dont nous
avons annoncé la réception dans le dernier
Mercure , a prononcé le Difcours fuivant.
MERCURE
ра
MESSIEURS
A peine admis parmi les talens à qui vous avez
confié le dépôt de vos richeffes Dramatiques , je
viens remplir un devoir confacré par un long ufage ,
qui eft devenu tout-à-la-fois une jouiffance pour
notre amour-propre , & un beſoin de nos coeurs. Je
viens fervir d'interprète à notre reconnoiffance pour
yos bontés , & à notre zèle pour vos plaifirs . Mais
mi nous , Meffieurs , quelque enhardi que l'on
foit par vos fuffrages & par de long fuccès , jamais
ce de voir n'a été rempli qu'avec une forte de crainte :
c'eft que dans d'autres temps , quand nous paroiffons
devant vous , nous fommes cachés , pour ainfi
dire , fous le perfonnage que nous repréfentons ;
nous avons à fixer vos regards fur les monumens du
génie, ici , Meffieurs , nous ne vous montrons que
nous feuls ; c'eft de nous , c'eſt de vous- mêmes que
nous ofons vous entretenir. Mais s'il fut jamais une
époque où nous ayons dû être raffurés par la continuité
de vos fuffrages , c'eft fans doute le moment
qui vient de s'écouler , puifque jamais nous n'avons
reçu des preuves fi conftantes de votre glorieufe
adoption. Le jour qui ferma rotre année Dramatique
, nous avons déploré devant vous les pertes
que nous annonçoit cette révolution , & nous avons
ofé célébrer les talens qui nous étoient enlevés . Nous
n'avions pas craint que
leur éloge fatiguât votre in
dulgence : ces louanges qui , dans un autre moment ,
auroient pu fembler pour nous une jouiffance trop
perfonnelle , affligeoient bien plus notre coeur qu'elles
ne flattoient notre amour- propre ; elles avoient leur
excufe dans une douleur que vous partagiez ; & la
fenfibilité qui nous les infpirot , étoit bien sûre de
trouver dans vos propres cours une fecrette intelligence.
Mais, Meffieurs , après nous être acquittés de
DE FRANCE. 41
ce trifte devoir , nous avons aujourd'hui d'autres
fentimens à exprimer. Nous nous fømmes remplis
alors de l'amertume des regrets : il nous eft maintenant
permis de nous livrer aux charmes de l'efpérance
; il nous eft permis de vous faire entendre
les promeffes du zèle qui s'élance vers l'avenir. Le
fentiment de ce que nous avons perdu , n'a pu affoiblir
celui de nos devoirs envers vous. C'eft à nous à
remplir par des foins affidus , par les reffources d'un
travail opiniâtre, le vuide des talens qui nous ont été
ravis ; c'eft à nous à ajouter à nos moyens, que leur
retraite vient d'affoiblir , par le nombre & la variété
de nos efforts. Mais , que dis- je , Meffieurs ? Nous
ferons toujours appréciés par les mêmes juges , dirigés
par les mêmes guides : l'école qui a formé les
plus célèbres talens eft encore ouverte à notre ambition
; le défefpoir de les égaler feroit peut- être
tout-à- la- fois affligeant pour nous & injurieux à
vous - mêmes . Jadis l'ancienne Grèce , prodigue
d'Apothéofes , après avoir peuplé le ciel de fes Héros
, trouvoit encore de nouveaux autels à élever ;
la gloire cultive un laurier qui ne meurt jamais ;
elle peut prodiguer fes bienfaits fans craindre de
jamais s'appauvrir ; & quand on veut être couronné
par les mains , on doit moins fonger aux périls dụ
combat qu'à l'honneur de la victoire . Our , Meffieurs ,
Pémulation enfante des miracles ; & fi nous ofons
manifefter ici l'efpérance d'en obtenir , le defir de
vous en offrir l'hommage juftifie ce mouvement
préſomptueux : c'eft la douce illufion ' du zè'e ; & il
attefte bien moins notre orgueil que notre reconnoiffance.
»
Ce Difcours a été fort applaudi ; M. Naudet
l'a prononcé avec une timidité motivée fans
doute par l'accueil très-diftingué que le Public
lui venoit de faire , en le voyant entrer pour
4:2 MERCURE
remplir les devoirs d'un Comédien reçu . Nous
fommes loin de lui reprocher cette timidité
qui fait l'éloge de fon coeur & de fa modeftie
; nous pouvons affirmer au contraire
qu'elle a beaucoup ajouté à l'intérêt que cet
Acteur honnête & raifonnable infpire depuis
deux ans.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE même jour , l'ouverture de ce Théâtre
s'eft faite par une repréſentation des Deux
Tuteurs , Comédie en deux Actes , par . M.
Fallet , mufique de M. d'Aleyrac , fuivie des
Evénemens Imprévus Comédie en trois
Actes , par feu M. d'Hell , mufique de
M. Grérry.
و
Avant le Spectacle on a repréſenté la Rencontre
Imprévue ( 1 ) , Compliment Dramatique
en vers , par M. Desforges. Cette baga
telle n'a pas été favorablement accueillie ; elle
roule prefque entièrement fur la queſtion tant
de fois agitée dell'eftime due à la profeffion du
Comédien. Un M. Delphis , qui , par foibleffe
pour une feconde femme , a chaflé fon fils de
la maifon paternelle , le retrouve après cinq
ans , fous le nom de Fleurval , & fous le coftume
d'un Acteur , à l'inftant même où il va
(1 ) Ce Compliment eft imprimé , & fe vend à
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
DE FRANCE. 43
préfenter au Public les hommages de fa fo--
ciété il s'éleve d'abord contre l'état que
Fleurval a embraflé , celui - ci fait l'apologie
› des Comédiens , & Delphis convaincu lui rend
fon coeur & tous les droits d'un fils: après
quoi Fleurval harangue l'affemblée ..
Le Théâtre peut plaider toutes les caufes
& traiter toutes les queftions ; mais pour fixer
l'attention , pour obtenir l'indulgence du
Public , il
y faut encadrer avec adreffe les
tableaux qu'on veut faire paffer fous ſes yeux.
Quand les Spectateurs s'attendent à des hommages
, à des affurances de zèle , à des preuves
de refpect , il eft dangereux de venir
heurter leurs opinions.... ....Que
l'état du Comédien foit difficile & très - difficile
, que les Comédiens foient des hommes
eftimables , ou qu'ils puiffent l'être au moins ,
cela eft prouvé : ce qui ne l'eft pas , c'eft qu'on
doive anéantir l'anathême attaché à leur état,
tant qu'il fe trouvera parmi eux beaucoup de
gens flétris par une conduite licencieufe &
par des actions répréhenfibles. Plus on eft
en vue , plus , lorfqu'on defire de la confidération
, on doit compte au Public de fes
mours ; & quelle eftime peut-on accorder
à ceux qui méprifent l'opinion généralé , qui
font trophée du relâchement des principes ?
Servons - nous ici des idées de M. Desforges ,
en changeant un feul mot au dernier vers de
la tirade que nous voulons citer.
Les moeurs font perfonnelles ;
Le vice & la vertu font de tous les étais ;
44 MERCURE
La Scène flétrit l'un dans fes portraits fidèles ,
Et prête à l'autre mille appas.
Le plaifir fe montrant fous cent formes nouvelles ,
Fait goûter ces leçons en les rendant plus belles..
Malheur aux coeurs peu délicats ,
Nuls pour le fentiment , à la raifon rebelles ,
Qui viennent les donner , & ne les fuivent pas.
Avec ce mot donner , fabftitué au mot entendre
, employé dans la verfion de M. Desforges
, la condamnation des Comédiens qui
n'ont point de moeurs eft opérée de nouveau
d'une manière invincible. Réfumons : le Public
eft jufte........ il couvre d'hommages &
d'éloges les Acteurs qui s'honorent à fes yeux ;
il rappelle toute la févérité des cenfures pour
en punir ceux qui femblent rejeter fon eftime ;:
& cette juftice diftributive nous paroît faite
pour être approuvée par tous les efprits raifonnables.
M. Desforges a joué la Comédie , il
s'eft diftingué par une honnêteté rare ; il eſt
époux d'une Actrice aufli recommandable par
fa conduite que par fa beauté en plaidant la
caufe des Comédiens , il n'a écouté que le cri
de fon coeur ; qui oferoit lui en faire un reproche
?
Nous parlerons dans le prochain Mercure
de l'Habitant de la Guadeloupe , Comédie en
trois Actes & en profe , par M. Mercier ,
repréfentée pour la première fois avec beau
coup de fuccès , le Mardi 25 Avril.
འཕོས་ ིད་
DE FRANCE.
45
ANNONCES ET NOTICES.
NOUVELLE Edition des Ouvrages de Mme Riccoboni
, en 8 Vol in- 8 ° . , ornés de vingt-quatre
Figures en taille- douce.
Dès long- temps les Ouvrages de Mme Riccoboni
jouiffent d'une eftime auffi univerfelle que méritée ,
& le Public apprendra avec plaifir qu'on en prépare
une nouvelle Edition exécutée fous les yeux de l'Auteur,
On ne demande aucun argent aux Soufcripteurs
; on n'exige qu'un engagement de payer à mefure
qu'on recevra ; encore cet engagement ne lierat-
il qu'autant qu'on fera content de l'Edition.
" Les quatre premiers Volumes feront délivrés au
premier Juillet de la préfente année , temps où la
Loufcription fera irrévocablement fermée. Le prix.
du Volume in 8. , orné de trois figures en tailledouce
, fera de 3 liv. 12 fols pour les Soufcripteurs ,
& de 4 liv. 10 fols pour ceux qui n'auront pas
foufcrit.
variab
LES Perfonnes qui ont foufcrit pour le terme de
Jain 1785 au Courier Lyrique & Amufant ( Ouvrage
compofé d'Ariettes nouvelles , de Romances ,
de Vaudevilles avec ou fans mufique , & d'Anecdo:
es curieufes en deux Parties , formant feize
pages in- 8 ° . tous les quinze jours , fans compter la
Couverture , fur laquelle fe trouvent l'Almanach
pour chaque quinzaine , & des Notices ou des Annonces
de Gravures , de Mufique , &c . ) ſont averties
que leur Abonnement expire au premier Juin
de cette année , & que le Numéro qui leur fera
rendu au 15 Mai , en fera le dernier. Celles qui
46 MERCURE
.
voudront recevoir ce Journal depuis cette époque ,
font priées de foufcrire dans le courant de Mai ,
afin qu'on ait le temps d'imprimer les adreffes , &
de déterminer le nombre des Exemplaires à tirer.
Le prix de l'Abonnement eſt toujours de 14 liv.
pour Paris , & de 16 liv . 8 fols pour la Province ;
mais l'année 1785 fera pour ceux qui n'ont pas
foufcrit de 16 liv. à Paris , & de 18 liv. 8 fols en
Province , & elle augmentera d'année en année de
2 liv. ; ainfi en 1787 elle fera de 18 liv . à Paris , &
de 20 liv . & fols en Province . Il en fera de même
des autres années .
On fouferit à Paris , chez Knapen & fils , Imprimeurs-
Libraires , rue Saint André- des -Arcs ; en
Province, chez tous les Libraires , & à tous les Bureaux
de Pofte & de Feuilles périodiques.
LES ufs de Pâques de mes Critiques , Dialogues
mêlés de Vaudevilles , par M. de Piis , Ecuyer ,
Secrétaire- Interprête de Mgr. Comte d'Artois , de
l'Académie Royale des Belles Lettres d'Arras. Prix ,
2 liv. 10 fols . A Londres ; & fe trouve à Paris ,
chez la Veuve Valade , Imprimeur Libraire , fue
des Noyers ; la Veuve Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques, & chez Hardouin & Gattey, Libraires ,
au Palais Royal .
M. de Piis dans cette Brochure difcute en profe
& en vaudevilles les critiques qu'on a faites de fon
Poëme fur l'Harmonie. Voilà donc la caufe portée
au tribunal du Public , c'eft à lui de prononcer entre
l'Auteur & les Journaliſtes .
COLLECTION Univerfelle des Mémoires.
Tome XV, contenant les Mémoires de Bayard , &
Tome XVI , contenant ceux de Fleuranges & de
Louife de Saveye'
Oa fouferit toujours pour cette précieufe Collec
DE FRANCE. 47
tion à Paris , rue d'Anjou - Dauphine , n ° . 6. Prix ,
48 liv . pour douze Volumes.
HISTOIRES choifies des Auteurs Grecs ,
Sacrés & Profanes , en Grec , première Partie , in-
8. Prix , 1 liv. 4 fols br . Novum Teftamen=
tum , un Volume in- 12 , faifant fuite à la Collection
des Auteurs Latins . Prix , 6 liv, relié en veau
doré fur tranche . A Paris , chez Barbou , Imprimeur
Libraire , rue des Mathurins.
On a tiré fur vélin trois Exemplaires de ce dernier
, dont l'exécution eft très- foignée.
TROISIEME Livraifon de la troifième année de
la petite Bibliothèque des Théâtres , pour laquelle on
foufcrit au Bureau , rue des Moulins , Bunte Saint
Roch , nº . 11 , & chez Belin , Libraire , rue Saint
Jacques Brunet , Libraire , rue de Mariyaux
près du Théâtre Italien .
Ce Volume contient Jérôme & Fanchonnette ,
Nicaife , les Racolleurs , la Veuve indécife & la
Canadienne , quatre Pièces de Vadé.
TREIZIEME Livraifon des Euvres de Plutar
que , formant le Tome VII des Hommes Illuftres.
A Paris , chez Cuffac , Libraire , rue & carrefour
Saint Benott.
Ce Volume , orné de Figures , comprend les
Vies d'Alexandre & de Jules Céfar comparées ,
celles d'Agis & Cléomène comparées avec celles de.
Tibérius & Caïus .
44
La quatorzième & quinzième Livraiſon , qui
doivent former les huitième & dix- neuvième de la
Collen , font fous preffe , ainfi que le quatrième
& cinquième du Théâtre des Grecs , Ouvrage imprimé
de même format que le Plutarque , & orné
48 MERCURE
de Gravures , dont les fujets font tirés des monu
mens antiques.
COLLECTION Académique , compofée de Mémoires
, Actes ou Journaux des plus célèbres Académies
& Sociétés Littéraires de l'Europe , concernant
la Phyfique , l'Histoire Naturelle , la Botanique , la
Chimie, l'Anatomie , la Médecine , la Méchanique
, &c. in- 4° . A Paris , chez G. J. Cuchet , Libraire
, rue & hôtel Serpente ; & à Liége , chez
C. Plomteux , Imprimeur.
On vient de publier de cet important Ouvrage
les dixième & onzième Volumes , partie Françoife,
contenant la fuite de l'Hiftoire & des Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris.
Faute à corriger.
Le Traité des Succeffions légitimes fe trouve chez
Froullé, Libraire , quai des Auguftins.
Nota. Pour le Bureau Typographique de M.
Reybert , annoncé dans le N ° . précédeat , s'adreffer
feulement à l'Auteur , à Avignon , rue Sainte Cathefine
, & à tous les Bureaux de Pofte.
TABLE.
Sur la triſte condition de l'Encyclopédie ,
PHomme,
Air de l'Amour Filiale ,
gryphe,
3 Académie Françoiſe ,
Variétés ,
TE
21
23
1
3.
8 Comédie Françoiſe , 39
Charade, Enigme & Logo Concert Spirituel,
Camille , ou Lettres de deux , Comédie Italienne ,
-Filles de cefiècle , 18 Annonces & Notices ,
Dix -huitième Livraison de
JAIla
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Mai 1786. Té n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ics Mai 1916. GUIDL
KEROITA 32XL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 MAI 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
REPONSE d'un Homme de Cour à la Dame
de Province , Auteur de l'Apothéofe du
Chevalier d'Affas.
Des dons du coeur & du génie
ES
Peut-on faire un plus noble emploi ?
21
Mère illuftre autant que chérie ,
Qui connoît mieux l'honneur que toi ?,
Souffre que je me glorifie
Moins encor du fang qui nous lie ,
Que de ton zèle pour ton Roi ;
Que de ces beaux & nombreux gagos
Qu'Hymen t'a donnés de la foi.
Quand tes Enfans & tes Ouvrages
Raviffent nos coeurs tour- à- tour ;
No. 19 , 13 Mai 1785.
C
III
199 A
3
so
MERCURE
Quand de la Ville & de la Cours
Tu réunis tous les fuffrages .
60
Je dois , par un jufte retour
T'adreffer auffi mes hommages.
L'on ne comptoit jufqu'à ce jour ,
Que le Ciel te rend fi profpère
Pour trois Grâces qu'un feul Amour
Mais , quoi qu'il en foit , à Cythère ,
Chez toi , chaque Grâce a fon frère.
Pour former ces êtres paiffans , 2M
Ces êtres déjà fi charmans ,
O que ta méthode eft parfaite !
Tu fais , dans tes plus chers momens
* Quelque rang que tienne à la Cour ce qu'on appelle
un Grand , qu'il ne foit permis , comme tel , de me faire
honneur ici d'appartenir à une Famille de Province aufki
diftinguée par fon ancienneté & ſes alliances ; qu'intéreſfante
par fes talens , les fervices , fes ver us ; & d'applaudir
enfin à fes fentimens , que Mme la Baronne de Thomaffin
inférée
de Juilly exprime a bien dans fa Lettre fublime ,
dans le N °. 7 ; & qui , par l'impreffion profonde dont elle
a dû pénétrer les Lecteurs Patriotes , ne peut que leut
firefpecfaire
defirer de mieux connoître cette Famille ,
table à tous égards. On fait que long- temps avant & après
les croifades , la Maifon de Thomaffin, étoit une des plus
illuftres des deux Bourgognes ; & l'on voit dans Moréri ,
à l'art. Bourbon , & par la Carte Généalogique de France ,
qu'elle eft alliée au onzième degré à la Couronne , par le
mariage de Jean de Thomaffin , Chevalier des Ordres du
Roi,avec Huguette de Bourbon , en 1575. ( Note de l'Augeur-)
DE FRANCE
.e
Leur infpirer tes fentimens.
Bravant la mode & l'étiquette ,
A les foigner tu mets le temps
Qu'une autre perd à ſa toilette.
Où font donc , te dir la coquette,
Vos pompons & vos diamans ?
Tu ne réponds à l'indifcrette
Qu'en lui faiſant voir tes enfans.
De fon luxe e'le eft fatisfaite ;
Mais toi , tu ne fais faire emplette
Que de vertus & de talens .
De leur bonheur quel doux préfage !
Pour modèle ils ont ton époux :
Ne trouveront-ils pas en vous
Ces qualités dont l'affemblage ,
Qui fait de Guerrier & le fage.
Devient hi rare parmi nous ?
Au milieu des armes nourrie ,
Ainfi ta Minerve aguerrie ,
Pour leur faire fuir le repos
Retrace à leur âme ravie
Des tiens la gloire & les travaux.
Tu fais qu'une autre Cornélie
Ne s'acquitte envers la patrie
Qu'en lui formant d'autres Héros.
Qui donc , en louant la mémoire
Du plus généreux des Soldats ,
Cij
$2 MERCURE
Leur feroit mieux fentir la gloire ,
Que l'on acquiert dans les combats ?
Sur ce fujet ne penfe pas
Qu'on te difpute la victoire.
Oui , fans doute, tu garderas
Ce prix que ton zèle propofe :
L'immortelle ne femble éclofe
Que pour couronner tes appas ;
Tu faifois ton apothéose
En faifant celui de d'Affas.
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Sage- Femme ;
celui de l'Enigme eft Langue ; celui du Logogryphe
eft Harmonie , où l'on trouve
Maine , noir, ami , air , Rome , moire , or
haine , âne , mine , rame , arme , ré, mi ,
marne , mer.
POUR i
CHARADE.
OUR tenter la fortune on va fur mon premier ;
On regrette fouvent l'emploi de mon dernier ;
Et femme fans défauts , c'eft plus que mon entier.
( Par M. le Chevalier de Meude Monpas. )
DE FRANCE.
33
ENIG , M E.
N'A-T'ON pas vu fouvent au milieu des combats ,
Sans être armé de la fanglante Égide ,
Ce fexe doux , charmant , fi foible & fi timide ,
Porter dans tous les rangs l'horreur & le trépas ; -
Et n'ayant que moi feul pour moteur & pour guide
Égaler en valeur l'intrépide Guerrier ?
C'est moi qui le couvris d'un immortel laurier.
Plus d'une fois j'ai fauvé la Patrie ;
Et cependant je vois ma mémoire flétrie.
Coeurs fenfibles , telle eft la rigueur de mon fort,
Qu'on me punit après la mort.
Ah ! lorfque j'ai ceflé de vivre ,
Devroit- on encor me pourſuivre ?
Pour rendre enfin mon nom plus odieux
On me ferme encore les cieux.
J'ATTIX
Mc
( Par M. l'Abbé Bemède , à Bordeaux. )
LOGO GRYP HE.
'Arfix pieds bien comptés, Lecteur, & je fuis blonde ;
Si tu veux me décomposer ,
couper tête & cou , tu trouveras dans l'onde
Mon refte tout entier.
( Par M. le Comte de la Guerrande. )
C iij
34 7
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉTUDES Poétiques , ou Imitations en vers
de différens Auteurs.
Sequitur non paffibus aquis..
VIRG. Æneid.
* ༣༩
in- 8° . A Paris , de l'Imprimerie de Cloufier,
rue de Sorbonne , 1785 .
PoOuUrR mettre nos Lecteurs en état de juger
jufqu'à quel point peut ou ne peut pas s'appliquer
ici cette épigraphe modefte , qui , en
général , pourroit être celle de prefque tous
les Traducteurs & Imitateurs , tant en profe
qu'en vers , nous allons rapprocher des originaux
quelques- unes de ces imitations ; mais
il eft jufte d'obferver que ce font de fimples
Imitations , & non des Traductions , &
que tout Auteur a le droit d'être jugé fur ce
qu'il annonce , fur ce qu'il entreprend , &
non fur ce qu'il auroit pu entreprendre. Ainſi,
lorfque nous aurons lieu de remarquer que
l'Auteur a rendu certaines idées , certaines
images fournies par fes modèles , & qu'il en
a négligé d'autres , ou qu'il les a remplacées
par des idées & des images à lui , il s'enfuivra
feulement qu'il n'a voulu ou qu'il n'a pas
pu fuivre de plus près fes originaux ; mais on
pas
DE FRANCE. $ 5
ne pourra pas lui en faire un reproche , comme
on feroit en droit d'en faire un en pareil cas
à un véritable Traducteur.
Voici l'imitation de la troisième Ode , Livre
fecond d'Horace.
Equam memento rebus in arduis
Servare mentem non fecùs ac bonis ,
Ab infolenti temperatam
Latitiâ , moriture Delli.
Ami , quand chaque pas te conduit à la mort ,
A quoi bon de tes voeux importuner le Sort ?
Laiffe errer dans fon vol la Fortune incertaine ,
Et vois d'un oeil égal (es faveurs & fa haine.
Horace ne parle point de ces voeux dont
l'imitateur fuppofe que Dellius importune
le Sort ; il donne un confeil à Dellius , & ne
lui fait pas un reproche. Il l'exhorte à conferver
l'égalité d'ame dans une & l'autre
fortune , mais il ne l'accufe de rien.aming
De plus , quelle difference y a- t'il entre
lefort & la fortune , pour les placer ainfi à
Côté l'un de l'autre dans deux vers confécutifs
?
Dans le premier vers , l'Imitateur nous
paroît avoir très - bien développé le moriture
Delli , en fondant fur cette néceffité de mourir,
le précepte de l'égalité de l'âme dans l'une
& l'autre fortune .
La ftrophe fuivante :
Seu maftus omni tempore vixeris , &c.
Civ
56 MERCURE
nous paroît prefque entièrement omiſe dans
l'imitation.
Quà finus ingens albaque populus
Umbram hofpitalem confociare amant
Ramis, & obliquo laborat
Lymphafugax trepidare rivo.
Allons dans ce beau lieu , cher au Dieu du Printemps,
Où le pin , jufqu'au ciel portant fa tête altière ,
Marie au peuplier fon ombre hofpitalière ,
Tandis qu'un clair ruiffeau , d'un cours laborieux ,
Lutte avec les cailloux de fon lit tortueux.
Si on excepte ce lieu , cher au Dieu du
Printemps , qui n'eft point dans l'original
& qui ne fait ici ni bien ni mal , qui peut
même paroître en quelque forte fondé fur
ces mots qu'on trouve dans la fuite :
Nimiùm breves
Flores amona ferre jube rofa ,
tout le refte de la ftrophe nous paroît véritablement
traduit & bien traduit.
Huc vina , & unguenta , & nimiùm breves
Flores amana ferrejube rofa ,
"
Dum res , & atas & Sororum
Fila trium patiuntur atrá.
Là , couchés fur les fleurs tout fraîchement écloſes ,
Mêlons au doux nectar le doux parfum des roses ,
Et du charme innocent des fimples voluptés
Embelliffons nos jours que les Dieux ont comptés..
14
DE FRANCE.
$7
Ces deux derniers vers font de la paraphrafe ;
mais en général tous ces vers font faciles &
agréables .
Cedes coemptis faltibus & domo,
Villaque flavus quam Tiberis lavit ,
·
Cedes ; & extructis in altum
Divitiis potietur hares.
Un jour , tes yeux fermés par les Soeurs inhumaines ,
Ne s'égareront plus, fur tes vaftes domaines ;
Tu ne reverras plus tes antiques forêts ,
Ni le fleuve argenté qui baigne ton palais ,
Et de tes vains trésors l'orgueilleux édifice
Fera d'un héritier triompher l'avarice .
Dans les premiers vers , l'Imitateur a lié
habilement les Parques qui , dans l'original ,
terminent la ftrophe précédente , avec le
commencement de celle- ci :
Cedes coemptis faltibus & domo.
La Traduction de cette ftrophe eft encore
affez fidelle ; l'édifice de tes tréfors , expreffion
hafardée peut - être , femble juſtifiée par
l'original, extructs in altum divitiis , à moins
qu'Horace n'entende par- là les palais & les
maifons de l'homme riche .
Divefne prifco natus ab Inacho
Nil intereft , an pauper & infimâ
De gente fub dio moreris
Vidima nil miferuntis orci.
C▾
58 MERCURE
>
Sois du vieil Inachus l'illuftre rejeton ,
Ou le plus vil mortel fans aſyle & fans nom
De fa cruelle faulx , la Mort inexorable
Viendra trancher ta vie , heureufe où miférable.
Cette Traduction eft auffi littérale que
peut l'être une Traduction en vers.
Omnes eodem cogimur , omnium
Verfatur urnâ feriùs , ocyus
Sors exitura , & nos in aternum
Exilium impofitura cymba.
La même loi s'étend fur les hommes divers ;
Ils font tous attendus dans la nuit des enfers :
L
Ils y tombent en foule ; & dans fa frêle barque
sy.
Caron paffe à la fois le Pâtre & le Monarque. 4
L'image de la barque eft confervée , elle
eft même développée , quoique fans l'idée
impofante d'un exil éternel ; mais cette urne ,
cette loterie d'où doit fortir tôt ou tard le
billet faral de chaque individu , toute cette
image eft perdue , & n'eft remplacée que par
ce vers :
Ils font tous attendus dans la nuit des enfers.
L'imitation de l'Ode d'Horace à la fontaine de
Blandufie , nous paroit encore mériter le nom
de Traduction.
Ofons Blandufia , fplendidior vitro,
Dulci digne mero non fine floribus
Cras donaberis hado
DE FRANCE
59
Cui frons turgida cornibus
Primis, & venerem & pralia deftinat
Fruftrà: nam gelidos inficiet tibi
Rubrofanguine rivos
Lafcivi foboles gregis.
O Fontaine de Blandafie ,
Digne de mêler ton cryſtal
Au pourpre des vins d'Afie ,
Moins brillant que les fleurs qui bordent ton canal ,
Demain je dois te faire hommage
D'un folâtre chevreau qui , de ſon dard naiſſant
Inquiétant déjà des rivaux de fon âge ,
Aux plaifirs de l'amour prélude en bondiſſant.
Inutiles tranfports ! vaine & trompeufe attente !
Il ne jouira point de ces plaifirs fi doux ;
>> Loin de fa lafcive amanté ,
bapo Il tombera fons mes coups ,
Et fon fang rougira ton onde tranſparente.
Tout cela eft un peu paraphrafé ; & , encore
un coup , c'eſt tout ce que le Poëte François
a promis. La couleur des vins d'Afie , moins
brillante que les fleurs qui bordent le canal
de la fontaine , tout cela eft étranger à l'original.
7
Dulci digne mero , non fine floribus
eft plus fimple & d'un goût plus pur.
Et venerem , & prælia deftinat ,
ي ر
´eft paraphrafé , mais d'une manière poétique
C vj
60 11 MERCURE
& brillante ; le refte de la feconde ftrophe eſt
traduit :
Te flagrantis atrox hora canicula
Nefcit tangere , tu frigus amabile
Feffis vomere Tauris
Prabes & pecori vago.
O fortuné ruiffeau ! la canicule ardente
A toujours refpecté tes limpides trésors ;
Le boeuf laffé du joug , & la brebis bêlante ,
Toujours viennent chercher l'ombre rafraîchiffante
Que les arbres touffus épanchent fur tes bords.
Il feroit difficile de mieux traduire , même
en profe; lefrigus amabile pourroit être attribué
à la fraîcheur des eaux de la fontaine ,
dans le même fens que gelidos rivos ; mais le
Traducteur étoit autorifé par les vers fuivans
à parler d'arbres & d'ombrages.
Saxis ,
Cavis impofitam ilicem
prouve que l'ombre des arbres concouroit au
moins aufrigus amabile.
Fies nobilium tu quoque fontium
Me dicente cavis impofitam ilicem
Saxis , undè loquaces
Lympha defiliunt tua,
Parmi les fontaines fameuses ,
Ton nom , ô Blandufie ! un jour ſera fameux,
Je chanterai ta gloire , & ce roc fourcilleux
3
DE FRANCE. GI
Qui fetentit du bruit de tes eaux écumeuſes
Et la fombre épaiffeur de ces vertes yeufes
Qui dérobent ta fource aux regards curieux.
Ce font fix vers pour quatre ; mais la traduction
eft exacte, complette , & d'une aifance
originale.
L'Ode neuvième du premier Livre :
Vides ut altâ ftet nive candidum
Soracte , & c.
eft bien plus paraphrafée . Nous n'en citerons
que la dernière ftrophe , une des plus jolies
& des plus remplies de grâce qui foient dans
toutes les Odes d'Horace :
Nunc & latentis proditor intimo
Gratus puella rifus ab angulo ,
Pignufque dereptum lacertis ,
Aut digito malèpertinaci."
Il guide l'amant curieux
Vers le réduit mystérieux
Où fe cache en riant la Beauté qui l'engage ;
Elle veut fuir en vain : il faut laiffer pour gage ,
Soit l'anneau que retient fon doigt capricieux ,
Soit la rofe attachée à fon joli corſage ;
Larcin permis , monument ou préfage
D'autres larcins encor plus précieux.
Ces deux derniers vers font ingénieux ;
mais ils ont le tort d'exprimer ce qu'Horace
par délicatelle n'a voulu que faire entendres
6.2 MERCURE
le doigt capricieux eft joli & poétique ; mais
c'étoit le doigt malicieufement opiniátre, male
pertinaci , que la Traduction eût exigé.
Le Poëte François a auffi changé un des
gages : au lieu d'un braffelet , pignus dereptum
Lacertis , il a mis pour plus de galanterie la
rofe attachée à fon joli corfage : il étoit le
maître ; il n'eft qu'imitateur.
Le Poëte n'eft pas moins heureux dans
l'imitation de Virgile que dans celle d'I-lorace.
Il nous paroît rendre très -fidèlement la
feconde églogue , celle d'Alexis . Nous ne
pouvons la citer ici toute entière; mais nous
en choifirons divers morceaux , & nous mettrons
la traduction ou imitation de M. Greffet
à côté de la nouvelle. Le Lecteur jugera du
mérite refpectif de l'une & de l'autre.
Ocrudelis Alexi , nihil mea carmina curas ,
Nilnoftri miferere ; mori me denique coges :
Nunc etiam pecudes umbras &frigora captant
Nunc virides etiam occultant Spineta lacertos ,
Theftylis & rapido feffis mefforibus aftu
Allia ferpyllumque , herbas contundit olentes :
At mecum rancis tua dum veftigia luftro ,
Sole fub ardenti refonant arbufta cicadis .
Cruelle Lycoris , tu dédaignes ma flamme ;
Mes chants n'ont pu fléchir la rigueur de ton âme :
J'en mourrai !... Voici l'heure où , des fombres forêts
Les troupeaux fatigués cherchent l'ombre & le frais ;
Couché fur ces gazons , le moiffonneur tranquille
DE FRANCE. 63
Attend le mets frugal qu'affaifonne Theftyle ,
Et le fouple lezard que la chaleur pourfuit ,
Dans le creux des buiffons le dérobe & s'enfuit ;
2
Moi , courant fur tes pas , malgré lepoids du hâle,
Je joins mes cris au chant de la rauque cigale.
• Nous ne trouvons guères à reprendre dans
cette tirade que l'hémiftiche fouligné malgré
le poids du hale , où l'image nous paroît manquer
de jufteffe & l'expreflion d'agrément.
I
Voici comment M. Greffet rend ce mor
ceau , ou plutôt comment il l'imite d'une manière
beaucoup plus libre , c'est-à - dire , beaucoup
plus éloignée de l'original.
Hâtez -vous , fombres jours d'une odieufe vie ,
Puifque toute espérance à mes voeux eft ravie ;
Puifqu'an autre Berger emporte vos amours ,
Pourquoi , cruelle Iris , voudrois -je encor desjours ?
Du moins , plaignez les maux que ma langueur me
caufe ;
Il eft Pheure dujour où tout ici repole :
Le Moiffonneur tranquille à l'abri du foleil ;
Répare fa vigueur dans le fein du fommeil;
Auprès de leurs troupeaux , dans un bocage fombre ,
Sylvie & fon Berger goûtent le frais de l'ombre.
Privé de ces loifirs , & bravant la chaleur,
Je promène en ces bois ma plaintive douleur.
A mes gémiffèmens l'écho paroît ſenſible ;
Tout me plaint : votre coeur refte feu! inflexible !
Ceci eft bien moins une Traduction où une
64
MERCURE
Imitation qu'une autre églogue fur le même
fujet. Il y a d'ailleurs des expreflions ou peu
heureuſes ou peu poétiques : emporte vos
amours manque de jufteffe ; il l'emportefur
moi , mais il obtient vos amours. Voudrois-je
encor desjours ? eft un tour moins concis quèfec
& fans harmonie. Il eft l'heure du jour eft
profaïque.
On peut remarquer encore qu'au lieu de
dix vers qui correfpondent à huit , en voilà
quatorze.
Nonne fuit fatius triftes Amaryllidis iras
Atque fuperba patifaflidia ? nonne Menalcam
Quamvis ille niger , quamvis tu candidus eſſes ?
Oformofe puer, nimiùm ne crede colori:.
Alba liguftra cadunt , vaccinia nigra leguntur.
Oh ! que n'ai- je plutôt , fidèle à mon Iris ,
Supporté fa colère & fes triftes mépris !
Que n'ai- je de Phyllis , à qui j'avois fu plaire ,
Payé le tendre amour par un retour fincère !
Son teint , je l'avouerai , flétri par la chaleur ,
Du teint de Lycoris n'avoit pas la blancheur;
Mais fi de plus d'attraits tu te montres ornée ,
Ne vois -tu pas la roſe en un moment fanée ,
Tandis qu'au ſein de l'herbe , aimant à fe cacher ,
Long- temps la violette invite à la chercher ?
On ne manquera pas de remarquer que
voilà dix vers pour ciq ; mais auffi tout eft
rendu avec aifance & avec autant de naturel
que de liberté. Nous obferverons feulement
DE FRANCE.
د و ر
que le choix de la violette pour le vaccinia
nigra , amène une defcription qui a plus de
rapport à la modeftie , dont la violette eft le
fymbole , qu'à la noirceur dont il s'agit ici ,
& que cette defcription n'eft pas par conféquent
d'une logique auffi exacte que
Alba ligaftracadunt , vaccinia nigra leguntur. ,.
Voyons M. Greffet.
Que n'ai je pour Phyllis brûlé des mêmes feux!
A la fille d'Arcas que n'ai - je offert mes voeux !!”
Leurs graces, il eft vrai , n'égalentpoint vos charmes
Mais leur coeur moins ingrat m'eût coûtë moins de
larmes.
ભા
Ah ! ne comptez point tant fur vos belles couleurs ,
Un jour les peut Aétrir , un jour Aétrit les Acurs ;
La Beauté n'eft qu'un lys : l'Aurore l'a vu naître ;
L'Auroré à fon retour ne le peut reconnoître.
Ces vers font agréables ; mais c'eft une mo
ralité générale fur la fragilité des fleurs , fubf
tituée à la comparaifon des fleurs de couleur
différente.
Defpectus tibi fum , nec qui fim quaris , Alexí !
Quàm dives pecoris , nivei quàm lactis abundans;
Mille mea Siculis errant in montibus agna z 20 veľ
Lac mihi non aftate novum , non frigore defit . : i
Canto qua folitus, fi quandò armenta vocabat,
Amphion Dirceus in Altao Aracyntho. G
Nec fum adeò informis : nuper me in littore vidi'yi
66 MERCURE
Cùm placidum ventis ftaret mare : non ego Daphnim
Judice te , metuam , fi nunquamfallat imago.
Nouvelle Traduction.
Cruelle , tu te ris d'un malheureux qui t'aime ;
Ton coeur n'a point pitié de ma douleur extrême ;
Et tu fuis , fans daigner t'informer feulement
Des biens qu'à tes defirs peut offrir ton amant.
Mille blanches brebis , fur les monts dde Sicile
Livrent à mes cifeaux une toifon docile ;
Un lait par , au printemps , écume entre mes doigts,
Et ne tarit pas même aux plus rigoureux mois.
Je fais des airs charmans qui raviroient ton ame:
Amphion les chantoit pour l'objet de fa flamme ,
Quand , Pafteur comme moi ; mais fouffrant moins
de maux,
Sur le haut Aracynthe il gaidoit,fes troupea x.
Je ne fais pas horreur : l'autre jour du rivage,
Dans le miroir des flots je voyois mon image;
Si je dois à mes yeux ajouter quelque foi ,
Je puis te laiffer juge entre Daphnis & moi ,
M. Greffet.
Pourquoi mefuyez- vous? J'ai de nombreux troupeaux
Dans les champs qu'Aréthufe enrichit de ſes eaux.
En lait délicieux mes brebis font fécondes
Lors même que l'hiver glace l'air & les ondes :
D'Amphion dans mes chants je ranime les airs ,
J'obtiens fouvent le prix des champêtres concerts ;
DE FRANCE 67
*
Et fi le ruiffeau pur qui coule en ce bocage ,
N'abule point mes yeux d'une fatteufe image
Și la mer nous peint bien dans le miroir des eaux
Quand l'haleine des vents n'ébranle point les flors,
Souvent j'ai confulté ce cryftal immobile , and
Mon air e cède en rien aux grâces de Mirtyle.
Ici l'avantage nous paroît être du côté de
M. Grellet ; il eft moins long , il eft plus poetique.
Ces deux vers :
Pourquoi me fuyez-vous? J'ai de nombreux troupeaux,
Dans les champs qu'Aréthufe enrichit de fes eaux
d
répondent aux fix premiers du nouveau Tra
ducteur. Ils font plus fumples à la fois & plus
harmonieux . Mille blanches brebis , cet hemiftiche
péche un peu contre l'harmonie ,
ainfi que cet autre : Aux plus rigo reux mois
& l'image du lait qui écume entre les doigts ,
peut n'être pas agréable. Les deux vers correfpondans
de M. Greffet n'ont aucun de ces
inconvéniens ; ils font fimples & doux.
En lait délicieux mes brebis font fécondes
Lors même que l'hiver glace l'air & les ondes.
Si ce fecond vers rend un peu longuement le
feul mot frigore , il eft la traduction de ces
autres vers de Virgile :
Et cùm triftis hyems.
Glacie curfus franaret aquarum .
Et fi le ruiffeau par qui coule en ce bocage
68 MERCURE
N'abufe point mes yeux d'une flatteufe image.
Ces deux vers rendent plus agréablement &
plus poétiquement lefi nunquamfallat imagos
que ce vers :
Si je dois à mes yeux ajouter quelque foi.
A la vérité le dernier vers :
•
Je puis te laiffer juge entre Daphnis & moi ,
eft bien parfaitement la traduction littérale
de ces mots :
Non ego Daphnim
Judice te metuam .
Huc ades , 6formofe puer ! tibi lilia plenis
Ecce ferunt Nympha calathis ; tibi candida Naïs ,
Pallentes violus & fumma papayera carpens ,
Narciffum &florem jungit benè olentis anethi ;
Tùm cafiâ atque aliis intexens fuavibus herbis ,
Mollia luteolapingit vaccinia calthâ.
Ipfe ego sana legam tenerâ lanugine mala ,
Caftaneafque nuces mea quas Amaryllis amabat ;
Addam cerea pruna ; & honos erit huic quoque pomo
Et vos , ô lauri , carpam , & te , proxima myrthe ,
Sic pofita quoniam fuaves mifcetis odores.
Nouvelle Traduction .
Viens , viens , ô Lycoris ! les Nymphes de nos champs ,
En vêtemens légers & les cheveux flottans ,
Répandront fur tes pas leurs corbeilles de rofes ;
DE FRANCE.
69
Leur main , aux fleurs du lys nouvellement éclofes ,
Déjà mêle pour toi le narciffe odorant ,
La pâle violette & le pavot brillant ,
Et de leurs frais bouquets entourés de verdure ,
Nuance au gré des yeux la riante peinture.
Moi, conduit par l'Amour , au doux émail des fleurs
De non humble verger je joindrai les primeurs ;
Je t'abattrai le fruit du châtaigner fertile ,
Préfent cher autrefois à la belle Amarylle ;
Je cueillerai la prune aux contours colorés ,
Et des pinceaux de Flore en paſſant effleurés ;
L'or des coings brillera dans mes mains amoureufes ;
Et vous , myrthes , lauriers , de vos branches heureuſes
,
Pour plaire à Lycoris , confondant la verdeur,
Vous viendrez l'embaumer de la plus douce odeur.
M. Greffet.
Tout s'embellit pour vous , tout pare nos campagnes ;
Flore fur votre route affemble fes compagnes ,
D'une moiffon de fleurs les chemins font femés ,
De l'encens du printemps les airs font parfumés ;
Une Nymphe des eaux , plus vive que l'abeille ,
Vole dans les jardins , & remplit fa corbeille :
Sa main fait affortir les dons qu'elle a cueillis .
Et marier la rofe au jeune & tendre lys;
Du freit de mon verger vous aurez les prémices ,
De la jeune Amarylle i's feroient les délices ;
Ces fruits font colorés d'un éclat vif & doux,
700€
MERCURE
?
Ils feront plus charmans quand ils feront à vous :
J'ai des myrthes fleuris : leur verdure éternelle
Eft le fymbole heureux d'une chaîne fidelle ;
Je vous cultive auffi des lauriers toujours verds ;
J'en confacre fouvent au Dieu des tendres vers.
Dans la comparaifon générale de ces deux
morceaux , M. Greffet eft plus Poëte , l'autre
eft plus Traducteur ; il eft plus près de l'original
, il a par confequent l'air plus antique.
M. Greffet eft très - fouvent François & moderne.
Ces airs parfumes de l'encens du printemps
; cette verdure éternelle des mythes,
qui eft le fymbole heureux d'une chain fidelle,
tout cela non- feulement n'eft pas dans Virgile
, mais n'eft pas dans fon goût , tout cela
eft François ; mais ce qui l'eft encore plus ,
ce font ces traits d'une galanterie dont les Anciens
ne paroiffent pas feulement avoir eu
l'idée , ils étoient tendres , ils n'étoient pas
galans. Ces fruits qui feront plus charmans
quand ils feront à vous , ces menfonges évidens
& même grofliers de la galanterie ou de
la fadeur Françoife , n'étoient point à l'ufage
des Romains , même corrompus. M. Greffet
retombe fouvent dans ce ton François , &
reffemble , malgré lui , bien plus à Fontenelle
qu'il critique , qu'à Virgile qu'il admire. Si
Virgile dit avec fa fimplicité ordinaire , en
parlant de deux chevreaux :
Jampridem à me illos abducere Theftylis orat ,
Et feciet , quoniam fordent tibi munera noftra,
DE FRANCE. 71
ce que le nouveau Traducteur rend ainfi
peu poétiquement peut-être , mais très- littéralement
.
A tes yeux cependant , fi l'offre en eft trop vile ,
Il faudra , malgré moi les donner à Theftyle ,
M. Greffet orne à la Françoiſe cette fimplicité
du fard de la galanterie.
Laure enfera jaloufe. Elle aimoit ces chevreaux ;
Maispour d'autres qu'Iris de tels dons font trop beaux;
On pourroit quelquefois appliquer à M.
Greffet la critique un peu févère qu'il a faite
lui-même des églogues de Fontenelle.
La Bergère , outrant ſa parure,
N'eut plus que de faux agrémens ;
Le Berger , quittant la Nature ,
N'eut plus que de faux fentimens ;
Et ce qu'on appela l'églogue ,
Ne fut plus qu'un froid dialogue
D'Acteurs dérobés aux Romans.
Si nous examinons dans la nouvelle Traduction
tout ce morceau de l'énumération
des préfens de Corydon , nous trouvons dans
le fecond vers un effet bien fenfible de l'influence
de la rime.
Viens , viens , ô Lycoris ! les Nymphès de nos champs
En vêtemens légers & les cheveux flottans.
Il n'y arien du tout de ce vers dans Virgile ;
mais du moins ce vers eft fimple , & il eſt
72 MERCURE
affez dans le coftume antique . Ces deux vers :
Et de leursfrais bouquets entourés de verdure,
Nuance , au gré des yeux , la riante peinture ,
rendent affez poétiquement ces vers trèspoétiques
:
Tum cafiâ atque aliis intexens fuavibus herbis ,
Mollia luteola pingit vaccinia calthâ.
C'eft dommage que la confonnance desfrais
bouquets ne foit pas agréable !
Moi , conduit par l'Amour, ce conduit par ·
l'Amour, dans une églogue toute amoureufe ,
eft proprement du rempliflage .
Je cueillerai la prune aux contours colorés , 10
Et des pinceaux de Flore en paffant effleurés .
Il y a de l'image & de la poéfié dans ces deux
vers , mais peut-être un peu trop de parure ;
Virgile avoit dit feulement , cerea pruna.
Et vous , myrthes , lauriers, de vos branches heureuſes
Pour plaire à Lycoris , confondant la verdeur.
Cés vers nous font naître un fcrupule peutêtre
déplacé on confond plufieurs objets ;
en confond- on un feul? On confond des couleurs
, on confond les différens verds ; mais la
verdeur n'eft- elle pas unique ? Il eft vrai que
c'eft la verdeur des branches des myrthes &
des lauriers , ce qui indique la verdeur diverfe
de ces diverſes branches ; d'ailleurs , la poéfie
a des priviléges plus forts même que celui- là.
En général ces Etudes , ou Ellais du Nou
veau
DE FRANCE. 73
veau Traducteur, nous ontparu mériter qu'on
s'attachât à les examiner & à les comparer ; &
ce n'eft pas une petite gloire pour lui de figurer
avec avantage entre Virgile & Greffet.
( Ces Etudes poétiques font du même Auteur que
l'Effai fur l'Amour. )
THEATRE de M. Rochon de Chabannes,
fuivi de quelques Pièces Fugitives , 2 vol.
in-8°. A Paris , chez la Veuve Duchefne,
Libraire , rue S, Jacques.
Des dix Pièces de Théâtre qui compofent ces
deux volumes , neuf ont été repréſentées , &
l'ont été avec beaucoup de fuccès ; il fuffira de
rappeler leurs titres : Heureufement , Comédie
en un Acte & en Vers ; la Manie des Arts ,
Comédie en un Acte & en Profe ; les Valets
Maîtres de la Maifon , Comédie en un Acte
& en Profe ; Hilas & Silvie , Paftorale en
un Acte & en Yers ; les Amans Généreux ,
Comédie en cinq Actes & en Profe , imitée
de l'Allemand de Lefling , comme les Ménechmes
& l'Avare de Plaute ont été imitées
par Regnard & par Molière ; l'Amour François
, Comédie en un Acte & en Vers ; le
Seigneur Bienfaifant , Opéra en quatre
Actes ; le Jaloux , Comédie en cinq Actes &
en Vers; & la Tribu , Comédie en un Acte
& en Profe. Les huit premières ont été
jouées à Paris ; la neuvième a été repréfentée
le 30 Septembre 1781 , fur le Théâtre
de Strasbourg , à l'occafion des fêtes féculaires
pour la foumiffion de la Ville à Louis
No. 19 , 13 Mai 1786 .
D
74 MERCURE
XIV, Le Duel , Comédie en un Acte & en-
Profe , imitée de l'Allemand , n'a point encore
été jouée à Paris ; nous fommes d'autant
plus étonnés de l'infouciance de l'Auteur pour
cet ouvrage , que par la manière dont il eft
imité , par le dialogue , par le ſtyle , par
l'effet & par le but moral , il devoit lui faire
le plus grand honneur . * Le rôle de Morgan
Jui appartient en entier ; l'original 'Allemand
n'en offre aucune trace : ceux du Marquis
& du Chevalier de Villeneuve font refondus
en grande partie : l'atrocité de la querelle qui
motive l'action eft adoucie , & le dénouement
eft auffi noble qu'intéreffant. Une très - courte
analyfe fuffira pour faire connoître cet ou
vrage.
Le Marquis de Villeneuve a donné fa fille
à M. de Montbriffon ; ce mariage a déplu
au Chevalier fon fils , qui deftinoit un autre
époux à fa foeur. Pendant un voyage que
le père & la fille ont fait à la campagne , le
Chevalier s'eft expliqué , fur le compte de fa
four , d'une manière infultante pour elle &
pour fon mari ; les deux beaux- frères vont
vuider leur querelle , lorfque le Marquis &
Mme de Montbriffon reviennent, Une lettre
(1) Nous apprenons qu'un jeune Auteur a traité
Le Duel en trois Actes & en vers , & qu'il a préfenté
fon Ouvrage à la Comédie Italienne. Il ignoroit
Lans douté que cette Pièce , comme elle eft imitée ,
appartient bien plus à M. Rochon qu'à la foène
Allemande,
DE FRANCE.
75
laiffée par un valet , fur une table , apprend
à Mme de Montbriffon que fon mari va fe
battre ; elle ignore avec qui , & recommande
fon mari à fon père , à fon frère lui -même.
Les deux adverfaires émus , attendris , mais
entraînés par l'opinion , tirent leurs épées ;
ils font interrompus d'abord par un M.
Morgan , brave Officier , mais poffedé de la
manie du duel , & qui ne veut que les conduire
dans un lieu où ils puiffent fe battre
fans crainte d'être féparés , enfuite , par le
Marquis de Villeneuve qui a tout appris . Cette
Scène eft d'un grand intérêt . Nous en allons
citer quelque chofe.
Le Marquis DE VILLENEUV
Ingrats enfans , frère dénaturé , époux barbare !
quel cas avez-vous fait de nos larmes , de notre
déſeſpoir? ah! vous méritiez d'être jetés fur la terre
fans y trouver un père qui vous reçût dans fes bras .
une foeur qui vous fit connoître l'amitié , une époule
qui vous aidat à fupporter les peines de la vie !
Allez , Montbriffon , allez embraffer votre fils .
peut- être pour la dernière fois . Comment foutiendrez-
vous fon fouris , fes careffes , l'afpe& de fa foibleffe
! Il foulève encore à peine fes foibles bras qui
demandent votre appui ; & vous vous êtes impofé la
loi de l'abandonner ! A qui allez - vous le remettre ?
eft ce à une mère infortunée, qui fans doute ne vous
furvivra point? eft - ce à moi , dont la tombe touche à
fon berceau ?
M. E MONTBRISSON
,
Ah! ne me tracez pas ces images ! ma femme &
vous , mon père, vous vivrez pour mon fils, fi le fort
vous conferve le vôtre.
Dij
76
ushint
MERCURE
Le Marquis DE VILLENEUVE
Que tu connois mal le coeur de ma fille & le
mien ! Eh! de quel oil crois- tu que je reverrai ce
malheureux & trop coupable enfant , s'il revient ton
vainqueur... N'es - tu pas devenu mon fils ? Et ...
pour vous , M. le Chevalier , je ne vous parle pas
de votre père : vous l'avez tant de fois oublié !
Le Chevalier DE VILLENEUVE.
Ah I ne me montrez pas ce front févère , ne vous
refulez pas à mes embraffemens ! Mon père , fi
vous pouviez lire en ce moment dans mon coeur ,
mes remords me rendroient votre tendreffe.
Le Marquis DE VILLENEUVE,
-
Malheureux ! ai je pu te la retirer ? ... Ah ! mon
fils , mon fils ! toi qu'une gloire mal entendue a
toujours précipité d'erreurs en erreurs ! Toi , à ,
qui cet habit ( 1 ) doit retracer aujourd'hui vivement
tes obligations , frémis , fi tu fais réfléchir , frémis de
la pofition où tu te trouves. Ton régiment t'attend ;
on eft à la veille d'une bataille ; & tu n'y feras pas!
Le Chevalier DE VILLENEUVE , ( avec la plus
། vive émotion.)
Et je n'y ferai pas ! ......
Le Marquis DE VILLENEUV E.
Vas te battre contre un frère , mourir dans ton
lit , ou te fauver de ta patrie en fugitif. Tu n'as plus
le choix de ta vie ou de ta mort. Voilà nos malheurs.
Vous connoiffez vos devoirs : embrailezmoi
, mes enfans , & partez fi l'honneur ne vous
laiffee aucun moyen de conciliation .
(¹) Il porte l'úniforme,
MA
DE FRANCE. 77
Le Chevalier DE VILLENEUVE,
L'honneur m'en offre un , & la préſence de Morgan
m'enhardit à le faifir. J'ai provoqué votre colère
, Montbriffon ; mais je l'avois méritée , & je
dois expier à vos pieds l'offenfe que j'ai faite à ma
foeur, à ma famille & à mon beau-frère . Êtes - vous
fatisfait ?
M. DE MONTBRISSON.
Ah , mon cher Chevalier ! je ne puis que vous
ouvrir mes bras , & vous preffer contre mon fein.
Le Chevalier DE VILLENEUVE.
W
Oui , preffe - moi contre ton fein ; je ne fuis plus
qu'un autre toi-même. Ah loin de pouvoir me battre
déformais contre toi , j'expoferois mille fois mes
jours pour conferver les tiens ; & fi jamais quelqu'un
me reprochoir cette réconciliation , fut- ce
Morgan lui-même…………. ´
M. MORGAN.
Eh ! que diantre , moi , je vous admire ! Ils fe.
font déjà battus , M. le Marquis ; & s'ils recommençoient
, après ce qui vient de fe paffer , je ne les reconnoîtrois
plus pour mes amis . La fociété d'hier fe
réunit encore aujourd'hui , je conterai ce que j'ai
vu ici ; je ferai même mention , M. le Chevalier ,
de la petite propofition que vous m'avez faite de
vous couper la gorge avec moi , & je dirai aux Militaires
qu'après vous avoir embraffé tendrement, je
vous ai prié de me prendre pour fecond toutes les
fois que vous rencontreriez deux hommes affez malhonnêtes
pour vous reprocher la plus belle action
de votre vie.
Ou nous nous trompons fort , ou ce dé-
D iij
MERCURE
nouement produiroit au Théâtre le plus grand
effet il rappelle la noble excufe que fait
Édouard à Saint-Preux dans la Nouvelle Héloïfe
; excufe que le Citoyen de Genève appelle
énergiquement l'Héroïsme dela valeur.
L'action d'ailleurs eft bien établie , bien conduite
, & filée avec intérêt.
#
Le Jaloux , Comédie dont le fuccès
eft décidé , eft ici imprimé avec des Variantes
ces Variantes le rétabliffent coinme
il étoit avant d'être repréfenté. J'offre
ici mon Jaloux , dit M. Rochon dans une
Préface , comme je l'avois fait d'abord ,
quand le defir de faire mieux ( & je me fuis
peut- être trompé alors ) m'engagea à compofer
un nouveau troisième Acte. Nous croyons
qu'en effet le mieux a été ici l'ennemi du bien,
& que le troifième Acte que M. Rochon vient
de faire imprimer, eft très - fupérieur à l'Acte
qu'on joue à Paris. Celui- ci eft fait en grande
partie aux dépens d'un récit charmant que
la Soubrette devoit faire au premier Acte , &
qui a tout perdu à être mis en action . On en
va juger.
Madame , après dîner , dormoit dans le falon ,
Et moi , je travaillois dans la pièce attenante .
Il entre , il l'apperçoit , s'avance à petits pas ;
Et dans une extafe charmante
Il admire d'abord..... que n'admire- t'il pas ?
D'un homme de vingt ans la vue eft fi perçante !
Rien de fi fou que fes tranſports , les jeux :
Quelle importance il met aux plus petites chofes !
DE FRANCE.
-17
Il badine avec fes cheveux ;
Sur les lys de fon fein il effeuille des rofes ;
Il conjure l'Amour , qui la livre à fes yeux,
De pénétrer dans l'âme de fa Belle ,
De l'entretenir de fes feux ,
Et d'y porter fon image fidelle.
Il eft charmé , ravi de fa félicité :
Puis tout- à- coup il est défenchanté ,
Et je le vois qui pâlit & chancelle :
Il tremble qu'un fonge fatal
N'offre à fes fens furpris l'image d'un rival ;
Il croit même entrevoir une diſgrâce sûre ,
Que dans un plein repos la dormeufe eft parje
Enfuite , s'affligeant de fon propre bonheur ,
Er maudiffant l'aventure piquante
Qui le rend heureux fpectateur
Du défordre innocent de fa modefte amante
Il pense que tout autre a bien pu ,
fans façoi
Jouir, ainfi que lui , d'une faveur fi rare :
Déjà ce n'eft plus même une idée , un fou̸pçc - .
C'eft un fait pofitif qui le trouble & l'égare
Il jure, il fe lamente , il crie avec fureur
Contre ma négligence & celle de Madame ;
Ajoute qu'un honnête femme
Qui refpecte les loix de l'auftère pudeur ,
Ne doit jamais dormir fans une fentinelle ,
Sans que portes , verroux ne foient fermés fur elle ,
Et Madame , à fes cris , fe réveille en furfaut ,
Imaginant au moins le château pris d'affaut .
ITT
Div
So MERCURE
L'ancien troifième Acte a de l'effet , du
mouvement ; il préfente des tableaux , des
fituations qui tiennent au train ordinaire de
la vie , qui mettent en jeu le caractère du
Jaloux, & qui donnent de la phyfionomie à
celui du Baron oncle de la Marquife. Nous ne
fommes pas éloignés de croire que cet Acte ,
s'il étoit repréfenté , ne fit abfolument bannir
l'autre du Théâtre. On y remarque une tirade
contre le jeu & contre les petits foupers , qui
eft écrite avec autant de gaîté que de chaleur ,
& que nous regrettons de ne pouvoir pas citer.
Les Pièces Fugitives qui fuivent les Pièces
de Theatre font en petit nombre ; mais elles
ont le mérite du ftyle , de la variété , de la
grâce & de l'imagination . Les deux jeunes
Amans, Stances , font depuis vingt ans dans
tous les Recueils & dans toutes les bouches.
On a lu dans l'Almanach des Mufes , dans le
Journal de Paris , dans l'Almanach Littéraire ,
&c. MesInconftances,des Imitations d'Ovide,
de Tibulle & de Properce , le Portrait , la
Toilette de la Mariée , plufieurs Chanfons
très- agréables , l'Optique , apologue moral ,
& dont l'éloge fera fait , quand on aura dit .
qu'il a été attribué à Voltaire avant que l'Auteur
l'eût fait imprimer ; mais elles ont prefque
toutes été publiées d'une manière trèsincorrecte
: Je les donne ici , dit M. Rochon ,
purgées de quelques - unes de mesfautes , & de
toutes celles qu'on m'a fait faire Quelques
citations prifes dans les Pièces les moins connues
, mettront nos Lecteurs à portée d'ap-.
DE FRANCE. 81
précier le mérite de M. Rochon dans un genre
peu d'Écrivains ont obtenu des fuccès durables.
où
Voici des vers pris dans une imitation
de Tibulle. Le Poëte peint les attraits de
Délie.
Dans un vafe de lait une rofe effeuillée
Retrace de fon teint l'éclat & la blancheur ;
Et des pleurs du matin la cerife mouillée
De fa bouche vermeille à peine a la fraîcheur ;
Qu'elle a bien le fecret & l'art de la parure
Pour faire avec éclat reffortir les appas ! ...
Our plutôt fon fecret eft de n'en avoir pás.
Délie embellit tout ; fon charme eft fa figure.
Laiffe- t'elle au hafard flotter fes blonds cheveux 307
C'est en cheveux flottans qu'on la croit plus jolie ?)
Couronnent- ils en treffe un front majeftueux ; 95%
C'eft en cheveux treffés qu'elle femble embellie.
Sous la pourpre ou le lin , le rubis ou les fleurs ,
La Nymphe ou la Déeffe enchaîne tous les coeurs,
Ce n'eft pas avec moins de fuccès que M.
Rochon peint des objets plus graves. Doux,
facile , voluptueux & riant avec Properce ,
Ovide & Tibulle , fon ftyle devient fier avec
Juvénal, Deux morceaux tirés d'une imitation
libre des Vaux de ce Satirique , auffi coura
geux qu'eftimable , en donneront la preuve.
Alexandre , vainqueur de l'Afie étonnée ,
N'a pas encor rempli fa trifte deftinée.
D v
82 MERCURE
(
Son coeur ambitieux vole au-delà des mers :
Il cherche à conquérir un nouvel Univers ;
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du monde.'
Malheureux ! il eft temps que le ciel te confonde.
Rentré dans Babylone , un modefte cercueil
Eft tout ce que le fort réferve à ton orgueil .
Nations , refpirez ; ce n'eft plus qu'un fantôme :
Conquérant, prends fon urne, & vois ; c'eft un arôme.
Il étoit difficile de rendre en un feul vers ,
& fans en altérer l'image , le vers fi connu de
Juvénal : Aftuar infelix Augufto in limine
mundi. L'imitation de M. Rochon a vaincu la
difficulté , & l'expreflion ; Il étouffe à l'étroit
dans l'enceinte du monde , ne nous paroît pas
inférieure à celle de l'original . Nous terminerons
nos citations par le morceau où le Poëte
peint Marius profcrit & fugitif.
Tremblant comme un coupable , & craignant l'oeil
de Rome ,
A peine confervant la figure d'un homme ,
Aux marais de Minturne , & caché ſous ſes eaux
Plus humble , plus troublé que ſes foibles roſeaux ,
Que vois -je , jufte ciel ! un vieillard vénérable ,
Des caprices du fort exemple mémorable ,
Marius n'attendant que la mort ou des fers.
Quel homme plus heureux dans ce vafte Univers
Si vainqueur des Teutons , marchant au Capitole ,
Efcorté des Romains dont il étoit l'idole ,
Entouré , précédé , fuivi des Légions ,
DE FRANCE.
Et traînant dans les fers l'orgueil des Nations ,
Il eût rendu la vie au comble de la gloire ,
Conduit à fon tombeau par fon char de victoire !
M. Rochon a fupprimé dans fon imitation
quelques defcriptions , quelques idées trop
éloignées de notre goût & denos moeurs pour
n'être pas défapprouvées dans une traduction
en vers ; il y a fuppléé par des idées plus
nobles ; & qui ne font point indignes du
Satirique Romain.
Ce qui diftingue cet Auteur de la plus
grande partie de nos Écrivains modernes ,
c'eft l'élégance de fon ſtyle , fa facilité fpirituelle
& brillante fans être recherchée , un
choix heureux d'idées & de mots , un goût
rare, & l'obfervation des plus excellens principes.
Les deux volumes , dont nous venons
de rendre compte , prouvent que peu d'Écrivains
de notre fiècle ont plus de droit que lui
aux honneurs Littéraires.
( Cst Article eft de M. de Charnois. )
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
>
C'EST
' EST dans les Mémoires de Miff Sidney
Bidulph , que M. Mercier a pris le fonds de
Habitant de la Guadeloupe. Il en a préveņu
D'vj
84 8 MERCURE
lui-même le Public dans un court Avertiffement
qu'il a placé en tête de fa Comédie ,
imprimée avant d'avoir été repréſentée. Le
Roman eft connu depuis long- temps ; ainfi il
fera facile de voir comment M. Mercier a
profité de fon modèle pour établir & dévé- ·
lopper fa Fable Dramatique.
Un M. Vanglenne , après avoir perdu dans
le trouble & dans la diffipation la majeure
partie de fa jeuneffe , s'eft embarqué pour la
Guadeloupe , s'y eſt établi , y a fait fortune.
Veuf de deux femmes , dont la feconde furtout
lui avoit été infiniment chère , il a quitté
des climats où tout lui rappeloit fes pertes &
nourriffoit fa douleur , & il eft repaffé en
France avec le projet d'enrichir fa famille ;
mais comme l'expérience l'a rendu méfiant ,
comme il ne veut faire du bien qu'à ceux de
Les parens qui en feront réellement dignes , il
fe propofe de les éprouver avant de leur faire
connoître fa véritable fituation . En confé-:
quence , il fe préfente fous le vêtement d'un
homme réduit à la misère extrême , chez un
M. Dortigny , fon coufin , Financier dans
tout ce que l'acception du mot a de défavorable.
Il eft reçu par le mari & par la femme
avec toute la dureté que peut donner l'amour
exceffif de l'or à des coeurs fans délicateffe.
On lui reproche les erreurs de fon jeune âge,
on le calomnie à fes propres yeux , on fe hâte
de s'en débarraffer avec des promeffes vagues
& infultantes ; à peine enfin confent- on à
lui faire donner par un Valet l'adreffe de .
DE FRANCE. A 85
Mme Milville , veuve intéreflante & fenfible
, foeur de M. Dortigny & fa couſine. Quand
il fe retire , il eft reconnu par un Agent- de-
Change , nommé Mulfon , qui l'a vu à la mod
Guadeloupe , & qui jette M. & Mine Dortigny
dans une grande perplexité , en leur
donnant avis de la fortune & du caractère de
M. Vanglenne. La crainte de ne pas profiter
des avantages qu'on pouvoit attendre d'un
homme immenfément riche , & qui n'a point
d'enfans , alarme M. & Mme Dortigny : ils
fe reprochent mutuellement leur peu de prévoyance
& leur inhumanité; enfin , après une
Scène digne de gens de leur caractère , la
femme fe propofe , par orgueil & par avarice ,
de fe rapprocher de M. Vanglenne , auprès
duquel Mulfon s'eft chargé de faire les premières
excufes. Au fecond Acte , M. Vanglenne
fe préfente chez Mme Milville. Veuve
avec deux enfans d'un homme honnête qui ne
lui a laiffé qu'une fortune très-médiocre , elle
ajoute à fes reffources par le produit de fon
travail. Elle reçoit Vanglenne avec autant de po
grâce que de bonté , écoute avec intérêt le
récit de les infortunes , lui propofe de partager
tous les jours le repas frugal qu'elle prend avec
fa famille , lui promet de folliciter une place
en fa faveur , & prend dans la bourſe uni
double- louis qu'elle le force d'accepter avec
tout le charme que peut avoir la bienfaifance.
Une fenfibilité fi généreufe ne permet pas à
Vanglenne de diflimuler plus long - temps ; il
apprend à Mme Milville l'état de fa fortune.
.
S
>
86 MERCURE
Il l'inftruit de fes projets d'épreuve , de leur
refultar. Caché depuis quelque temps dans la
ville , il habite un hôtel qu'il a fait meubler.
avec toute la fomptuofité d'un millionnaire :
il veut que Mme Milville vienne habiter cet
hôtel , il va l'envoyer chercher , & avant de
la quitter , il lui remet en don un porte -feuille
qui contient pour 600,000 liv . d'effets au
porteur. A peine eft-il forti , que Mine Dortigny
vient voir fa belle - feur ; elle apprend
la vifite de Vanglenne, le don qu'il
a fait , fes propofitions , careffe lâchement
Madame Milville , pour l'engager à faire
fa paix & celle de fon mari avec le coufin
, & la quitte en l'accablant d'égards
intéreffes. Au troiſième Acte la scène eſt
dans le nouvel hôtel de Vanglenne. Madame
Milville y a été conduite ; elle en eft la maîtreffe
, la Tréforière de fon coufin & la diftributrice
de fes bienfaits. On penſe bien
que la généreufe femme plaide la caufe de
M. Dortigny; mais Vanglenne eft inflexible.
Mulfon vient à fon tour parler en faveur du
Financier & de fa femme. Vanglenne , qui
veut fe venger, diffimule & lui permet d'amener
fes parens , qui ne tardent pas à fe préfenter.
Mme Dortigny multiplie les foins , les
plaifanteries, les petites agaceries de fociété :
Dortigny , dans le plus grand embarras n'ofe
ni parler ni s'affeoir ; & Vanglenne , après
deur avoir appris qu'ils font chez Mme Milville
, fe jette dans un fauteuil , & prend un
livre. On n'ofe lui reprocher fon impoliteffe ;
DE FRANCE. 87
on le badine fur fon goût pour la lecture ; on
l'interroge fur l'ouvrage qui l'attache li fort .
Cet ouvrage eft un Recueil de Poéfies ; & la
Pièce qui fixe fon attention , eft l'Epitre à
mon Habit , de M. Sédaine . Vanglenne en lit
une partie , & chaque vers devient une Épigramme
très - vive contre l'infultante conduite
de M. & de Mme Dortigny. Celle- ci ne
défefpère pas de ramener fon coufin ; elle
renouvelle à fa belle-four les plus tendres
proteftations d'une amitié fincère , inaltéra
ble; elle ne veut que l'eftime de fes parens.
Vanglenne promet à fon tour de tout oublier,
fi toutes ces belles proteftations font vraies ,
& il va en faire l'épreuve. Il a fait une donation
de tout fon bien à Mme Milville ; &
comme la donation la plus sûre eft celle qui
réſulte d'un contrat de mariage , il a fait
dreffer ce contrat, & demande la main de
Mme Milville , qui confent à donner un
fecond père à fes enfans. Mme Dortigny
étouffe de rage ; elle veut diffimuler ; elle
s'efforce même de figner le contrat ; mais cet
effort eft impoffible pour elle ; elle fuit , eft
fuivie de fon mari , qui cherche vainement à
l'excufer , & Mme Milville parle encore en
leur faveur à celui qui vient de la rendre
heureufe.
Nous ignorons pourquoi M. Mercier a
donné à fa Pièce un titre auffi vague que
celui de l'Habitant de la Guadeloupe. Ce
titre n'eft pas jufte ; car Vanglenne a quitté
l'Amérique pour n'y retourner jamais. Il eft
88
+A
MERCURE
vraisemblable pourtant que la difficulté de
trouver un titre qui préfentât d'une manière
précife & claire le but moral de l'ouvrage , a
fait adopter par l'Auteur celui que nous improuvons.
Le troisième Acte de cette Comédie
ne produit pas tout l'effet qu'on pouvoit
attendre de la fituation humiliante de M. &
de Mme Dortigny. L'attitude de ces deux ,
Perfonnages eft toujours la même depuis la
quatrième fcène jufqu'au dénouement , &
leur retraite eft trop brufque pour les bienféances
dramatiques ; elle ne fait pas reffortir
d'une manière affez frappante les intentions
morales de l'Auteur. Les incidens font un peu
nombreux pour le temps & le cours de
l'action ; nous n'en ferons pourtant point un
reproche à M. Mercier : ils font tous poffibles
à la rigueur; & fi ce pouvoit être un défaut
remarquable que leur rapprochement un peu
forcé, beaucoup d'Ouvrages eftimés n'en
feroient pas exempts , pas même le Tartufe ,
le premier de nos chef- d'oeuvres. Le premier
& le fecond Acte font bien établis , bien
filés ; les caractères s'y développent bien ; ils
fe deffinent avec les fituations . Le fecond Acte
fur-tout eft du plus vif intérêt. Il préfente des
tableaux habilement contraftés , & il eft écrit
avec une force qui annonce autant de chaleur
d'âme que de folidité de raifon & d'amour
pour l'humanité. M. Mercier eft du petit .
nombre des Écrivains penfeurs qui favent
tirer d'une morale déjà connue , des résultats
nouveaux & de grands apperçus philofophiDE
FRANCE. 89
ques. Quand il parle pour le pauvre dans le
befoin contre le riche infolent & dur, fon ftyle.
eft brûlant ; il fubjugue , il entraîne. Cet Ouvrage
ne peut qu'ajouter à l'eftime que les
gens éclairés & les honnêtes gens ont vouée
au talent & à la perfonne de M. Mercier.
Le Perfonnage de Mme Milville eſt joué
par Mme Verteuil avec autant de grâce que,
de fenfibilité & d'intérêt. M. Granger rend
avec une fupériorité vraiment admirable le
double caractère de Vanglenne fous les dehors
du malheur & fous le coftume de la richeffe.
Son jeu , à l'inftant où il fait connoître
fa fortune & quand il tonne contre l'infenfibilité
des riches infolens & cruels , eft
à la hauteur des idées & du ftyle de M. Mercier;
& c'eft le plus bel éloge que nous puiffions
en faire.
SCIENCES ET ARTS.
INDUSTRIE.
L'ART de fuppléer au défaut de cheveux , en donnant
aux Perruques la forme & l'air le plus appro- ↓
chant de la Nature , s'eft perfectionné à un point
furprenant.
Le fieur Robin , fucceffeur du fieur Gabeau ,
dont on a annoncé la Découverte en ce genre dans
le Mercure d'Octobre 1783 , a perfectionné encore
les inventions de fon prédéceffeur. Il fait des Perru90
MERCURE
ques & des Toupets qui fe collent far la peau ave
un léger enduit de pommade , & imitent les chevelix
naturels avec une vérité difficile à furpaffer.
L'accommodage en eft très- facile , & fufceptible de
toutes fortes de fornies ; & il a trouvé une pommade
quil, loin de nuire à la peau , eft propre à en
entretenir la fraîcheur. Le fieur Robin vatie fes
Perruques & Toupers fuivant le befoin ou la fantaifie
de ceux qui l'employent. Il loge rue de Riche->
lieu , cour Saint Guillaume , en face du paffage des
Variétés.
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France , Tome XVI ,
contenant les Mémoires du Maréchal de fleuranges ,
dit le Jeune Aventureux , & ceux de Louife de Savoye ,
feizième fiècle. On fouferit rue d'Anjou- Dauphine
N°. 6. Le prix de la Soufcription pour 12 volumes ,
à Paris , eft de 48 liv. Les Souferipteurs de Province
payeront de plus 7 liv. 4 fols , à caufe des frais de
pofte.
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames ; Mé
langes , Tome IIIe , contenant un Traité de Logi
que & de Rhétorique Françoife. Le prix de la Soufcription
pour les 24 volumes brachés eft de 72 liv. ,
& de 54 liv. pour les volumes brochés. Les Soufcrip
teurs de Province payeront de plus 7 liv. 4 fols pour
les frais de pofte. Même adreffe que ci- deffus.
ABREGE de l'Histoire Univerfelle en Figures ,
ou Recueil d'Estampes représentant les fujets les
DE FRANCE.
plus frappans de l'Hiftoire, tant facrée que profane
ancienne & moderne , avec les Explications hiftoriques
qui s'y rapportent , & les Portraits en médaille
des Héros qui ont joué le plus grand rôle dans l'Hif
toire , ornés de leurs attributs caractéristiques , definées
par M. Marillier , & gravées par le fieur Duflos
le jeune, Prix , 2 liv. les fix feuilles. A Paris
chez Duflos le jeune , rue Saint Victor , la troisième
porte-cochère à gauche en entrant par la Place
Maubert.
Cette feconde Livraifon répond au mérite de la
première , que nous avons annoncée avec de juftes
éloges .
DIVERS Poëmes imités de l'Anglois , in- 16. A
Paris , de l'Imprimerie de Didot l'aîné, rue Pavée-
Saint-André- des- Arcs .
Ce petit Volume renferme trois Poèmes Le
Village abandonné , le Voyageur & Porfenna, Roi
de Ruffic. Les deux premiers font fans action ; des
Defcriptions ou des Réflexions philofophiques en
forment le caractère & le mérite ; le dernier eft le
plus
conſidérable : il eft divifé en trois Chants :
c'eft une allégorie dont tous les détails ne
font'
également faciles à expliquer ; mais il y a de l'in
térêt & de l'imagination : quant au ftyle , à quel
ques expreffions près échappées à la négligence , il
a de l'élégance & de la grace.
pas
DISSERTATION fur l'Obfervation de la Longitude
à la mer, dans laquelle on fe propofe de
rendre intelligible à tous les Marins la méthode des
diftances de la Lune au Soleil ; Pièce couronnée en
1782 par la Société Provinciale des Arts & Sciences
d'Utrecht , par M. le Chevalier de la Coudraye , ancien
Lieutenant des Vaiffeaux du Roi , Chevalier de
TOrdre de Saint Louis , de l'Académie Royale des
2.
. MERCURE
Sciences , Belles-Lettres & Arts de Bordeaux , in 8
de 92 pages. Prix , 1 liv. 10 fols broché. A Bor
deaux , chez Pallandre l'aîné , Libraire , Place Saint
Projet.
CHOIX de Poéfies Erotiques traduites du Grec ,
du Latin & de l'Italien , contenant la Pancharis
de Bonnefous, les Baifers de Jean ſecond , ceux de
Jean Vander -Does , des Morceaux, de l'Anthologie
& des Poëtes anciens & modernes , avec des
Notices for la plupart des Auteurs qui compofent
cette Collection , par M. E. T. S. D, T. 2 Vol .
petit format , Edition de M. Bazins , rue des Maçons
, no . 31 .
Le titre de cette Collection & l'indication des
fources où a pailé le Traducteur , doivent intéreffer
les Lecteurs Français. Ce Recueil en profe , quinous
a faru bien traduit , contient une foule de
Pièces charmantes connues ou dignes de l'être.
HOMELIES , Difcours & Lettres choifis de Saint
Jean Chryfoftôme, avec des Extraits tirés de fes
Ouvrages fur divers fujets , traduits par M. l'Abbé
Auger , Vicaire Général du Diocèfe de Lefcar , de
l'Académie des Infcriptions & Belles - Lettres de
Paris & de celle de Rouen , .4 Vol . in - 8 ° . A Paris,
chez Debure , fils aîné , & Théophile Barrois le
jeune , Libraires , quai des Auguftins , & Alexandre
Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine.
On fait que Chryfoftôme , qui n'eft qu'un furnom
grec , fignifie bouche d'or. Cet Orateur eft le
Démosthène de l'Eloquence facrée . On y verra des
morceaux d'une très - grande beauté , beaucoup
bien choifis & rendus avec leur caractère original. Le
nom de M. l'Abbé Auger , connu dans ce genre de
Littérature , doit prévenir en faveur de cette Tra
DE FRANCE.
93
duction , & nous croyons qu'il joindra le fuffrage du
Public à la penfion par laquelle le Clergé a cru de
voir encourager fon travail.
PANEGYRIQUES de Saint Thomas de Cantorbéry
, de Saint François de Paule & de Saint
François de Sales , par M. l'Abbé de Mahieu ,
Chanoine de Crefpy en Valois , in - 12 . A Paris ,
chez Berton , Libraire , rue Saint Thomas.
#
Les Lecteurs applaudiront à l'éloge qu'en a fait`
le Cenfeur , M. l'Abbé Guyot , qui pense que « ces
trois Difcours ant le premier de tous les mérites
» en ce genre , celui de refpirer la piété & l'amour
» de la Religion , fans que la fimplicité du ſtyle en
» ait
trop fait négliger les ornemens. »
LA Religion défendue contre l'Incrédulité du
fiècle , contenant un Précis de l'Hiftoire Sainte,
précédé de quelques Questions relatives au but de
cet Ouvrage , par l'Auteur de l'Ecole du Bonheur,
6 Vol. in- 12. Prix , 15 liv. brochés . A Paris , ruc
& hôtel Serpente.
.
0
L'Auteur de cet Ouvrage , après avoir confeillé
de recourir à la Foi , s'attache à démontrer par les
feules lumières de la raison , que c'eft s'accorder ,
même avec la vraie Philofophie. Il prouve enfuite
l'exiftence de Dieu par celle de l'Univers. Après
avoir raiſonné ſur la nature de Dieu , il paffe à un
Abrégé de l'Hiftoire Sainte , & entre en matière .
fur la Religion , qu'il défend avec autant de zèle
que d'érudition .
HISTOIRE & Pratique de l'Aéroflation , par
M. Tibère Cavallo , traduit de l'Anglois , in- 8 °.
Prix , 4 liv. broché. A Paris , chez Guillot , Lie
braire, rue Saint Jacques.
6
Cet Ouvrage , qui paroît exact dans l'hiftorique ,
24
MERCURE
& qui , quant à la théorie , eft dépouillé de tout l'at
tirail fcientifique , ſe trouve par-là à la portée de tous
les Lecteurs."
On trouve chez le même Libraire un Traité
complet de l'Electricité, du même Auteur , Vol, ine
8°. Prix , 6 liv,
L'AMITIÉ dangereufe , ou Célimaure & Amélie,
Hiftoire véritable , 2 Vol. in - 12, Prix , 3 liv.
12 fols brochés. A Paris , chez Buiffon , Libraire ,
hôtel de Mefgrigny , rue des Poiteviņs .
5 2
Polé
Cet Ouvrage , qui eft , dit - on , une Hiftoire
véritable , remplit fon titre. C'eftun tableau effrayant
des malheurs que peuvent enfanter la confiance
aveugle d'un homme très- fenfible & la fcélérateffe
d'un faux ami. Célimaure eft trahi , joué par
mon ; qui , après l'avoir détruit dans l'efprit de fa
Maîtreffe, qu'il trompe auffi , couronne fes perfidies
en l'époufant lui-même. Il y a de l'invraisemblance
dans l'intrigue , dont le noeud porte fur un ferment
qu'on a furpris à Célimaure , & qui l'empêche de
fe juftifier ; eft - il naturel que dans de violentes
fituations auprès de fa Maîtreffe , il garde un filence
qui les perd l'un & l'autre cela eft fi peu vraisem
blable, que dans une autre circonftance , en caufant
avec un ami, il lui raconte fon ferment , & le
motifqui le lui avoit arraché. D'ailleurs , comment
ne foupçonne-t-il pas fon perfide ami , quand celuici
refufe de le délier de ce ferment , quoique bien
informé qu'il y va de fon bonheur ?
Il y a pourtant des momens d'intérêt , & le fonds
eft d'une bonne morale, $
ALMANACH général de Marchands , Négo
stans & Armateurs de la France , de l'Europe &
des autres parties du Monde , année 1786 , contemant
un état des Villes, Bourgs & autres lieux qui
DE FRANCE.
intéreffent le commerce, la nature des productions
& des marchandifes qui s'y trouvent , & le détail des
Manufactures & des Fabriques qui y font établies .
avec les noms de leurs principaux Négocians , Armateurs
, Fabricans , Artiftes , Banquiers & Commif
fionnaires , avec cette Epigraphe : Sis felix , noftrumque
leves , quacumque laborem. Virg . Æneid.
Lib. I. A Paris , chez l'Auteur , rue Saint Anaftafe ,
au Marais , no. 12 ; Belin , Libraire , rue Saint
Jacques, près Saint Yves , & Lefclapart , Libraire de
MONSIEUR , Frère du Roi , rue du Roule , n°. 11 ,
près le Pont-Neuf.
2
Le titre feal de cet Ouvrage en fait fentir l'utilité.
Il paroît dans l'exécution également intéreffant
pour les Propriétaires , les Fabricans , les Commer
çans & les Confommateurs. Il peut procurer aux
uns l'avantage de faire connoître les productions de
leurs biens ou les objets fur lefquels s'exerce leur
induftrie , & aux autres celui de connoître les fources
d'où ils peuvent tirer les marchandifes qui entrent
dans leur commerce ou qu'ils confomment L'Auteur
invite les Perfonnes qui ont quelque influence
fur le commerce, les grands Cultivateurs , les Fabricans
& les Négocians , à lui faire part de leurs ré
flexions , & à fe rendre , comme il le dit lui-même ,
les Cenfeurs de fon Ouvrage.
NUMERO S du Recueil d'Airs nouveaux Fran
çois & Etrangers en Quatuors concertans , ou Journal
de Violon, Flûte , Alto & Baſſe , année entière
dé 24 Cahiers , 21 li & 24 liv . , chaque Cahier
2 liv. Il en paroît un tous les quinze jours
chez M.
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I
96 MERCURE
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à 26 du Journal Hebdomadaire , par les meilleurs
Auteurs . Abonnement is liv. , féparément 12 fols.
Il en paroît un tous les Dimanches. Numéros 11
à 16 du Journal de Harpe. Mêmes conditions
d'Abonnement. A Paris , chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule , n ° . 6.
-
NUMÉROS 21 à 24 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , chaque
Numéro féparé 1 liv. 4 fols . Abonnement pour
52 Livraifons 30 liv. franc de port pour chaque
Inftrument. A Paris , chez Coufineau père & fils ,
Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
TABLE .
REPONSE d'un Homme de Théâtre de M. Rochon de
Cour à la Dame de Provin
ce ,
Chabannes ,
49 Comédie Italienne ,
Charade, Enigme & Logogry- Sciences & Arts ,
> phe
Etudes Poétiques,
52 Annonces & Notices ,
541
73
83
89
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 13 Mai 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 2 Mai 1986. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 MAI 1786.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A Mademoiſelle CONTAT.
JEUNE CONTAT , &le fort t'eût fait naître.
Dans ce beau fiècle où l'on vit les mortels
Avec fplendeur élever des autels.
A trois cent Dieux qu'ils feignoient de connoître
N'en doutons pas , alors la Déité
Que ces bons Grecs difoient tous fi jolie ,
Qui fur la scène appelant la gaîté ,
D'un mafque heureux embellit la folie ,
Au fein d'Athène eût vraiment exifté ,
Mais fous un nom différent de Thalie.
N. 20 , 28 Mai 1786 .
MERCURE
RÉPONSE A LA QUESTION :
Quel est le fentiment le plus naturel aux
femmes?
Pour
I.
OUR le coeur ingénu d'une fimple Bergère ,
Le premier fentiment eft celui de l'amour ;
Pour le fexe frivole , à la Ville , à la Cour ,
Le premier fentiment eft le defir de plaire.
I I.
( Par M. H..... )
Cí qué vous propoſez eſt puré vagatelle :
A l'âgé dé dix ans jé l'aurois déviné.
L'amour eft chéz le féxe un fentiment inné;
Car fandis je n'ai point rencontré dé cruelle ,
(Par M. de St-G. )
III.
C'EST l'orgueil qui tenta la première des femmes ;
Par lui Satan encor fe gliffe dans leurs ames ;
J'en demande pardon au fexe révéré ;
Mais ce fentiment-là n'a pas dégénéré.
( Par un Abonné d'Iffoire en Auvergne.)
DE FRANCE. 99
j
I V.
MESDAMES , fans vouloir faire le bon apôtre ,
En fait de fentimens je juge fans appel ,
Que celui qui chez vous eft le plus naturel ,
C'eft l'amour pour un fexe & la haine pour l'autre.
(ParM. le Ch. de P. , tiré de la Gageure Imprévue. )
V.
LA femme doit aimer fans ceffe ;
Pour elle il n'eft point d'autre bien
Elle aime pendant la jeuneſſe ,
Et malgré la froide vieilleffe
Elle aime encor .... fon petit chien.
( Par M. du Bois - Lorent , près le
paffage de la Guenne. )
V I.
JADIS ces mots , à la plus Belle,
Entre Vénus , & Pallas & Junon ,
Excitèrent grande querelle ,
Et décident la queſtion,
( Par M. la Capelle. )
V I I.
BEAU fexe , je comprends d'une façon très - claire
Quel eft le fentiment qui doit plus vous charmer;
Toute fille en naiffant fent le defir de plaire
Avant que d'éprouver le doux befoin d'aimer.
( Par un Habitant du Bas - Boulonnois. )
Eij
100 MERCURE
VIII.
Vous demandez , dans le coeur d'une femme ,
Quel fentiment eft le plus naturel ?
Sans madrigal , fans épigramme ,
Je répondrai , c'eft l'amour maternel.
L'amie eft par fois menſongère ;
Chez l'amante fouvent légère
Règne plaifir ou vanité ;
La conftance & la vérité
Diſtinguent l'amour d'une mère.
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Quelle eft la Veuve la plus excufable en ſe
remariant , celle qui eut à fe plaindre , ou celle
qui eut àfe louer defes premiers noeuds ?
Le Petit Marchand de Laine ,
ILY
Conte.
*
L y avoit à Fermeri , au Comté de Korke ,
un Fermier chargé de plufieurs enfans ;
Nichols , le troifième , confidérant que fes
deux aînés auroient la ferme , & qu'il ne
* Les Veillées du Marais , qui fe vendent à
Paris , chez la Veuve Duchefne , rue S. Jacques
n'étant pas -fufceptibles d'un extrait , nous avons cru
pouvoir en tirer le Conte qu'on va lire.
DE FRANCE. ΙΟΥ
pourroit prétendre à former d'autre établiſfement
que celui qu'il fe feroit à lui -même ,
fut effrayé du trifte avenir qui l'attendoit .
Un jour il entendit parler chez fon père de la
beauté des laines de Connacie , & du profit
qu'on pouvoit y faire par le commerce. Ces
difcours firent une vive impreflion fur l'enfant
: il fentit au-dedans de lui- même le talent
du trafic avant d'en avoir les moyens : on n'en
avoit rien dit chez fon père . Nichols fit fecrettement
fes petits préparatifs pour aller
commercer en lainages ; c'étoient quelques
habits groffiers , propres à le garantir de la
pluie , une excellente paire de fabots , comme
on les porte en Évinlande , un petit baril à
mettre de l'eau , & un bâton ferré pour fe
défendre des loups s'il en étoit attaqué ; du
refte , il n'avoit ni argent ni aucun effet
d'échange. Il arriva dans le Comté de Gallwai ,
en demandant l'hofpitalité , quelquefois ne
vivant que de fruits fauvages. Il vit effectivement
de très-belles laines, qui le tentèrent ;
mais il comprit alors que pour être Marchand ,
il falloit avoir de quoi donner avant de recevoir.
Cette vérité l'affligea fans le décourager.
Depuis fon féjour à Gallwai , il avoit appris
qu'il y avoit dans cette ville un Grand
de Mommonie , dont la réputation d'homme
obligeant étoit connue de tout le monde . Ce
fut ce qui encouragea le petit Négociant . Il
alla fe préfenter comme un Mommonien ,
qui étoit venu à Gallwai pour acheter des laines
, & qui manquoit d'argent. Le Baron da
E uj
102 MERCURE
>
Baltamore étoit précisément du Comté de
Korke : la vue d'un enfant qui s'étoit fait annoncer
comme un Marchand de laines
étonna le Baron ; il interrogea Nichols , qui
lui fit un expofé naïf de fes deffeins & de fa
conduite future. Baltamore , frappé de la fin
gularité , remarquant en même-temps beaucoup
d'intelligence dans le petit garçon , &
s'étant affuré que ce n'étoit pas un libertin
fugitif, lui prêta une fomme d'argent ; il étoit
perfuadé que c'étoit un don , l'ignorance du
commerce de la part de l'enfant ne pouvant
manquer de l'expofer à être dupe dans le
commencement . Mais , dit-il à ceux qui lui
en firent l'obfervation , j'aurai la fatisfaction
d'avoir payé fon apprentiffage.
Nichols , poffeffeur d'une fomme plus
confidérable qu'il n'eût ofé l'efpérer , courur
faire fes achats ; & foit qu'il eût beaucoup
d'intelligence , foit que les Connaciens fe
fiffent fcrupule de tromper fa jeuneffe , fes
achats furent avantageux. Il paffa dans les
Comtés où les moutons étoient rares , mais
où il y avoit du commerce , comme Kings-
County , Kildare , Balaclaj ; & il s'y défit de
fes laines avec un profit affez confidérable.
Or, il fe trouva que le Baron de Baltamore
étoit venu à Balaclaj ; Nichols l'apprit , &
avant de retourner à Gallwai , il alla fe préfenter
au Baron : Seigneur , bui dit -il , ce que
vous m'avez prêté a frucufié ; voilà le principal
que je vous remers avec une humble
reconnoiffance ; le produit fuffira dorénavant
DE FRANCE. 10.3
·
pour mon commerce ; que Thor vous bé
niffe d'avoir eu pitié de moi ! Le Baron fut
auffi charmé du fuccès que de la probité du
petit Marchand de laines ; il voulut lui laiffer
le premier prêt. Non , Seigneur , lui dit Nichols
: j'ai fait un pas en avant , & garder votre
fomme feroit le reculer ; mais permettez-
moi , en quelqu'endroit que je vous fache
, de venir vous rendre compte de mon
petit avoir , produit de votre bienfait. Le
Baron fut encore plus content de l'efprit de
fon obligé que la première fois
& il lui
promit de s'intéreffer à lui toute fa vie. Nichols
fe retira , & partit auffi-tôt , en fabots ,
vêtu de fes mêmes habits de payfan , pour
aller acheter des laines en Connacie. Son retour
donna de la confiance en lui , & les riches
tenanciers lui confièrent au- delà de fon argent
, fur la promeffe qu'il fit de revenir
payer. Il emporta une quantité de laines trèsconfiderable
: elles éroient de la meilleure
qualité ; de forte qu'il en eut un débit facile
& lucratifdans le royaume de Lagenie , furtout
à Balaclaj , où le Baron étoit encore. Nichols
ne manqua pas de venir lui rendre
compte de fon fuccès , & renouveler fes remercîmens.
Tu es reconnoiffant , lui dit le
Baron ; tu profpéreras : Va , jeune homme ,
& fouviens- toi que je m'intéreffe à ta petite
fortune, Nichols fortit en comblant de béné
dictions fon premier prêteur.
Il retourna dans la Connacie , paya ce qu'il
deyoit , acheta pour tout fon comptant ; car
E iv
104
MERCURE
il ne faifoit aucune dépenfe au- delà du nécef-
-faire , & eut un crédit au double . Il prit alors
la route de Mommonie , & vint à Waterford ,
· qui , étant une ville belle & riche , lui fournit
un prompt débit. Comme il alloit s'en retourner,
il apprit que le Baron de Baltamore étoit
dans la Capitale de Mommonie : Nichols courut
lui rendre fon hommage. Je profpère ,
Seigneur Baron , lui dit- il ; j'ai argent & crédit.
Soutiens exactement le dernier par le premier
, lui répondit fon Protecteur. Ainfi ferai-
je , repartit Nichols.
Il retourna dès le lendemain dans le Comté
de Gallwai , où il paya tous fes achats au
comptant , fans plus emprunter , à la condition
d'une légère diminution de prix. Il- parcourut
les campagnes & les fermes , & eut
une partie de fa pacotille de la première main .
Il alla pour lors dans l'Ultonie , où il trouva
un débit très -rapide , fur-tout à Karrickfergus
& à Belfaſt. Ce fut dans cette dernière ville
qu'il retrouva fon Bienfaiteur. Nichols vola
chez lui pour le faluer. Il avoit encore fes
mêmes habits & des fabots. Tu ne fais pas
fortune , Nichols , lui dirent les Domestiques ?
Je fuis content , répondit le jeune Marchand
de laines. Il entra auprès du Baron , auquel
il fit part de fon fuccès. - Je t'en félicite ,
Nichols ; mais d'où vient ne t'habilles- tu pas
mieux? Je fuis couvert , Monfeigneur :
voulez- vous que par mes beaux habits je tente
les voleurs , ou qu'au moins je me falſe rançonner
par les Aubergiftes ? Un homme bien
DE FRANCE.
105
mis doit manger , boire & dormir en conféquence
; avec mes habits groffiers , je me contente
d'un morceau de lard & d'une mefure
de petite bière ; je couche dans l'écurie à côté
de mes bêtes de fomme , & je veille à ce que
rien ne leur manque pendant la nuit. Bon !
bon ! Nichols , s'écria le Baron ! tu as plus
d'efprit que ceux qui te critiquent ! tu profpéreras
, fur- tout fi tu doubles ton profit par
des retours ; mais en cas de malheur , compre
fur moi. Nichols remercia le Baron avec attendriffement
, & toutes fes laines étant vendues
, il retourna dans le Comté de Gallwai ,
où il étoit attendu impatiemment par ceux
qui n'avoient pu lui vendre leurs laines à fon
précédent voyage.
Or , Nichols avoit fait attention au difcours
de fon généreux Bienfaiteur : fur- tour fi tu
doubles ton profit par des retours ! Il s'étoit
rappelé ce qu'on recherchoit davantage à
Gallwai , & il s'en étoit muni à Belfaſt. Il
arriva dans la première de ces deux villes avec
des marchandifes qu'il y mit en vente , &
dont il fe défit avec un profit conſidérable.
Ah ! que le Baron me fait de bien , penfa- t'il :
je viens de doubler mon argent & de me.
faire connoître plus que jamais ! tout le monde
des environs m'apporte des laines en venant
acheter mes marchandifes , & je ne ferai
la moitié du temps à faire mon emplette !
Effectivement , il ne refta que peu de jours à
Gallwai , d'où il repartit au bout de fix jours
pour Balaclaj . La bonté de fes laines qu'on
Εν
pas
106 MERCURE
avoit éprouvées en fit hauffer le prix , & le
débit s'en fit plus vite. Mais Nichols n'eut
pas , à ce voyage , la fatisfaction de voir le
Baron , qui s'étoit , pour amfi dire , toujours
trouvé fous fa main. Il fit des emplettes à
Balaclaj comme à Belfaft , & il s'en defit encore
plus avantageufement.
Le voyage fuivant , il fe rendit à Waterford
, puis à Korke , capitale de fon Comté ;
mais il ne voulut pas encore aller voir fes
parens. Il fit fes emplettes en s'informantdu
Baron de Baltamore ; on lui dit qu'il
étoit allé chez les Angles , dans la ville de
Chefter. Nichols fut très- affligé de ne pas voir
fon Bienfaiteur , & il réfolut de l'aller chercher.
De retour à Gallwai , où il débita les
marchandifes de Mommonie , il fit fes achats
de laines , traverfa le Tipperari , le Kilkenni ,
& vint à Wexford . Là , il embarqua fes laines
, partit de lapoint: Carnfore , & débarqua
le foir même à Chefter. Il s'informa
d'abord du Baron , & ayant fù qu'il étoit dans:
la ville , au château , il commença par vendre
fes laines , qu'il donna au- deffous de celles."
du pays , quoique d'une plus belle qualité :
c'eft que l'argent étant plus rare en Évinlande ,
les productions y étoient comparativement
beaucoup moins chères. Nichols fe vit alors:
poffeffeur d'une fomme confidérable ; inais:
il alla voir le Baron avant de faire l'emplette
de fes retours : il lui fembloit que dans un
pays où Pinduftrie étoit plus chère , ils ne devoient
pas être avantageux. Il apporta donc
DE FRANCE. 107
chez le Baron toute la fortune en efpèces , &
lui en montra ainfi la réalité . Mon ami , lui dit
le Baron de Baltamore , après l'avoir écouté ,
tu feras un grand Négociant ! & c'est un
homme que j'aurai donné à l'Évinlande . Je
fuis de ton fentiment pour les retours d'ici :
néanmoins il eft des objets très -rares en Évinlande
, & communs à Chefter; prends d'excellens
draps , de fines toiles de Batavie . Nichols
fuivit ce confeil : il acheta ce qu'il y
avoit de plus beau , de plus fin pour la moitié
de fon argent, & des draps , des toiles communes
pour l'autre moitié ; il partit enfuite
en béniffant le Baron .
De retour en Évinlande , il vendit les draps
communs au peuple ; mais il porta les fines &
belles toiles à Balaclaj , à Waterford , à Dunnaghall
& à Tuam pour les vendre aux Rois ,
aux Reines & aux Grands de leur Cour. Il fit
un profit fi confidérable qu'enfin il fe trouva
en état d'aller voir fes parens à Fermeri.
Or , Nichols avoit encore la vefte avec
laquelle il étoit forti de chez fes parens , &
portoit encore des fabots. Il arriva dans cet
équipage un foir pendant le fouper , à la porte
de la maifon paternelle , ayant laiffé un Domeftique
qu'il avoit pris depuis quelque tems
avec fes bêtes de fomme dans une auberge.
Il frappa ; un de fes frères aînés vint fur le
perron demander qui eft- ce ? C'eſt moi ,
c'eft Nichols. Ah ! c'eft mon pauvre frère ,
dit l'aîné. Auffitôt la mère & les foeurs accoururent.
La mère diſoit : Oh ! oh ! c'eſt mor
Evj
108 MERCURE
pauvre enfant ! ..... Les foeurs : Oh ! le pauvre
Nichols ! elles ouvrirent la porte de la cour ;
Nichols embraffa fa mère , qui dit , comme
en fe félicitant : le pauvre enfant ! il a toujours
la même vefte ! Cui , ma mère , répondit
Nichols , je l'ai confervée ; elle vous rappeloit
à mon fouvenir. La bonne Fermière amena
fon fils par la main : ah ça , mon mari , dit- elle
au père , il y a trop long- temps que nous ne
l'avons vu pour le gronder ! C'eft vous , bon
fujet , dit le Fermier ! ..... Comme le voilà fait !
Mon père , dit alors modeftement Nichols ,
daignez m'entendre , après néanmoins que
j'aurai fait quelques petits préfens à mes
frères & fours. A ce mot de préfens , le Fermier
rougit : il regarda fon fils , qui lui préfenta
une bourfe d'oribeaus d'or , où il y en
avoit cent ; puis une de cinquante à ſa mère ,
enfuite une de ving- cinq à chacun de fes deux
frères & à chacune de fes trois foeurs. O malheureux
que je fuis , s'écria le Fermier , qu'aije
fait au ciel ! car mon fils eft sûrement un
voleur. Non, mon père, que les Dieux détournent
cette idée de votre efprit ! ...... Écoutez
mon hiftoire ; & Nichols raconta comment
il avoit d'abord été à Gallwai ; comment il y
avoit trouvé le Baron de Baltamore ; comment
çe Seigneur lui avoit prêté ; comment
il lui avoit rendu ; comment il avoit profpéré
par économie , & en reftant mal habillé pour
éviter les voleurs ; comment le Baron lui avoit
donné l'excellente idée des retours , & comment
il venoit de le voir à Chefter , chez les
DE FRANCE. 109
-
Angles. A cette explication , le Fermier répondit
: Quoi ! tu ferois le petit Marchand de
laines dont j'ai tant entendu parler ; qui les
prend en Gallwai , dans le royaume de Connacie
? Oui , mon père , & je vais en donner
pour preuve mon Domeſtique , qui eft ici
près , mon bagage de Marchand, & tout le
monde de ces cantons- là qui me connoît. Auflitôt
la famille poufla un cri d'alégreffe ; on alla
chercher a l'auberge tout ce qui appartenoit
à Nichols , qui avoit gardé des préfens en
draps & en toile pour fon père , fa mère , fes
frères & fes fours ; & toute la maiſon fut dans
la joie. Nichols refta huit jours à Fermeri ,
enfuite il en partit pour aller continuer fon
commerce.
Il fut dix années entières fans revoir fon
Bienfaiteur. A cette époque , étant revenu à
Waterford , il apprit que lejeune Roi Oribeaule-
fage avoit nommé le Baron de Baltamore
un de fes Miniftres. Nichols , encore en groffe
vefte & en fabots , courut chez fon Protecteur
, dont il fut très-bien reçu . Monfeigneur ,
lui dit- il , la fortune , par fes faveurs , a furpalle
mes defirs : je possède vingt - un mille
oribeaus d'or ( un demi-million ) .
felicite , Nichols ; mais puifque te voilà riche
, il faut en profiter , te mettre mieux ; on
ne craint plus les voleurs fous le règne de
notre Monarque , & tu peux vivre plus décemment
fans danger. Ainfi ferai -je , Monfeigneur
, mais auparavant je vous prie de
-m'accorder une grâce : c'eft de me permet-
Je t'en
110 MERCURE
-
tre de vous faire un cadeau ? A moi , Nichols !
Oui , Monfeigneur ! -Tu n'y penfes pas ;
& fi jee connoillois moins , je dirois que tu
t'oublies ! - Monfeigneur , je ferois au défeſpoir
de m'être oublié ; mais loin delà : le
cadeau vous fera plaifir ; du moins je m'en
flatte , d'après l'accueil que j'ai toujours reçu
de votre Excellence ! Nous verrons de
quelle nature il fera.... Le Baron voulant marquer
la confidération qu'il avoit pour un
Commerçant diftingué , fit reconduire Nichols
dans fon carroſſe.
-
&
On eft ici mieux
qu'à pied , dit le Marchand de laines ,
Monfeigneur a raifon , il faut un peu jouir
des douceurs de la vie quand on les a méritées
par un long travail!
Arrivé chez lui , Nichols s'appropria. Le
lendemain , il fit honneur à fon Protecteur ;
il ne reparut chez lui qu'en fortant d'une voiture
propre & modefte , qui annonçoit l'aifance
dont il jouiſſoit ; ſes habits fans dorure
étoient d'un drap fin , moelleux , & d'une
couleur agréable ; la propreté la plus exacte
étoit la bafe de fa nouvelle parure : le Baron
le vit avec plaifir fous ce coftume décent.
Nichols portoit une boîte fous fon bras . Mor
feigneur , dit- il , voici le cadeau que j'ofe
vous préfenter. -Prenez garde , Nichols ,
vous m'avez affuré qu'il ne pouvoit me cho
quer ! Je le crois , Monfeigneur. En parlant
, Nichols brifoit la boîte , qui ne fermoir
qu'avec des clous. Il en tira une toile peinte
& roulée , avec un cadre démonté : MonfeiDE
FRANCE.
gneur , dit- il au Miniftre , voilà de fort beaux
tableaux dans votre fallon : permettrez vous
que celui-ci fe mêle parmi eux ? - Voyons :
Nichols déroula. On vit fon portrait à luimême
avec fa groffe vefte , ayant aux pieds
des fabots , tel enfin qu'il étoit le jour qu'il
fit fon premier emprunt au Baron . Monfeigneur
, ajouta Nichols , en voyant au milieu
de ces chef- d'oeuvres le portrait d'un pauvre
petit Payfan, on vous demandera : pourquoi ce
Payfan eft - il là ?.... Daignez alors , Monfeigneur
, raconter pourquoi il y eft : dites , je
vous en fupplic , que c'eft Nichols , vous em
pruntant fes premiers fonds , qu'il a tellement
fait valoir , qu'il roule aujourd'hui carroffe ;
car voilà le mien dans votre cour : Nichols &
fa fortune furent votre ouvrage , & tous les
biens dont il jouira font autant de vos bienfaits
.
Le Miniftre , dont l'âme étoit belle & fenfible
, reçut le préfent de Nichols , placé dans
un cadre modefte de bois de fenteur & fans
dorure. Il fait aujourd'hui le plus bel ornement
de fon cabinet ; & toutes les fois qu'on
y eft admis , la vue du Payfan Nichols augmente
la vénération qu'on a pour le Baron de
Baltamore. On auroit pu mettre pour infcription
au bas de ce tableau : La vertu de Bal
tamore
I'I-2 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Merveille ; celui
de l'Enigme eft Deffpoir ; celui du Logogryphe
eft Blonde , où l'on trouve onde.
CHARADE.
DE mon premier la voix bruyante
Chez l'hôte craintif des forêts
Porte l'alarme & l'épouvante.
Au fein d'une tranquille paix
Mon fecond de peu fe contente ,
Et vit heureux quoiqu'oublié.
Mon tout dans le beau fexe enchante ,
S'il eft droit , fvelte & délié.
(Par M. L** Michel. )
SAIS
ENIGME.
AIS -TU bien ce que c'eft qu'un chemin très-couvert
Que l'on parcourt à pied l'été comme l'hiver ;
Un chemin que jamais la bizarre ſtructure
Ne permit , même aux Rois , de paffer en voiture ;
Un chemin jufqu'au bout efſoufflant , montueux ,
Peu pratiquable enfin pour un pauvre goutteux ?
( Par M. l'Abbé Huet d'Elongchamp,
Curé d'Herponcey , près Rugles. )
DE FRANCE.
113
1
LOGO GRYPH E.
TRANSPORTEZ
RANSPORTEZ -Vous dans le féjour lunaite :
Là , je contiens le bon-fens des humains ;
En ces bas - lieux je fais tout le contraire :
Par l'irraifon je calme les chagrins ,
Et je rends fol en devenant légère.
Dans mes neuf pieds voyez un Forgeron
Dont le faint nom décore la légende.
Coupez la tête ; & , quoi que je défende ,
Obéiffez, & fuivez la raiſon.
J'offre un corps rond de différente taille ,
Et fur fix pieds foudroyant en bataille ,
C'est moi qui fais reſpecter le canon ;
Sur quatre pieds je roule en Médecine ,
Ou bien je fuis une longue machine
Avec laquelle on devine les cieux .
O les malins ! qu'ils ont d'excellens yeux!
Ils favent tous qu'avec fix pieds je brille
Au firmament , où peut être je grille ;
Avec fix pieds dans les mains d'un amant
Difcrètement Life me fait remettre ;
Avec cinq pieds je détruis un ferment,
Et ce qu'Amour put & pourra promettre ;
Avec fept pieds je fuis un joli mot
Qui peint au mieux la moindre bagatelle ;
Vous vous doutez qu'en mon fein je recèle
114 MERCURE
De maint pronom l'ordinaire ballot ;
Même une note & le Prophète Élie ;
Car le mystère ici feroit manie .
Mais arrêtons : les près ont affez bu ;
En me vuidant je montrerois le c……..
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS prononcés à l'Académie Francoife,
à la Réception de M. l'Abbé Morelet,
le 16 Juin 1785. A Paris , chez Demonville,
Imprimeur de l'Académie Françoiſe , rue
Chriftine.
LA plupart des Journaux ont déjà parlé du
Difcours éloquent prononcé par M. de Gui- .
bert , à fa réception à l'Academie Françoiſe ;
& le Mercure n'a fait aucune mention encore
de ceux qui furent prononcés à la réception
de M. l'Abbé Morelet . Si nous n'avions voulu
parler de M. l'Abbé Morelet que pour annoncer
fon Difcours & en faire l'extrait , le Mercure
fe fût fans doute acquitté de ce devoir
plus promptement , & ni le Public ni cet Académicien
n'auroient eu à nous reprocher une fi
longue négligence. Mais nous nous propofions
une tâche plus étendue : quand M. l'Abbé Morelet
a été nommé à l'Académie Françoiſe
par ceux qui avoient lu fes Ouvrages & qui
DE FRANCE. 115
en connoiffoient le mérite ; ceux qui ne les
avoient point lus , ont demandé qu'a fait
M. l'Abbé Morelet ? Nous voulions répondre
à cette question. Il a fallu pour cela relire ces
Ouvrages , & cette lecture a exigé du temps ,
parce que M. l'Abbé Morelet a fait beaucoup
de chofes , & parce que fes Ouvrages , qui
font les productions d'un efprit très - philofophique
, ne peuvent être bien appréciés que
dans une lecture très - réfléchie. Des circonftances
font venues enfuite , qui ne nous ont
pas permis de donner encore le réſultat de
cette lecture. Que le Public nous permette
de l'entretenir un moment aujourd'hui d'un
Homme de Lettres qui a bien mérité de lui ,
puiſqu'il a conftamment dirigé toutes les vues
de fon efprit fur des objets d'utilité publique;
Des Ouvrages moins férieux ont une vogue
plus prompte & plus brillante : la juftice tardive
qu'on rend à ce qui eft utile eſt moins
fujette aux révolutions qui ont fait périr tant
d'ouvrages & tant de noms long - tems célèbres.
M. l'Abbé Morelet parut dans la Littérature
au moment où des efprits du premier
ordre y faifoient une grande révolution . Ce
fera une chofe à jamais remarquable , que c'eſt
à peu-près à la même époque que parurent
l'Hiftoire Générale de Voltaire , l'Esprit des
Loix de Montefquieu , le Livre de l'Esprit
par Helvétius , les premiers volumes de l'Encyclopédie,
& le beau Difcours Préliminaire
qui eft à la tête , plufieurs morceaux de Diderot
, qui n'étoient que des feuilles volantes ,
116 MERCURE
mais faits pour être recueillis avec refpect
par tous ceux qui favent reconnoître le
génie dans une page comme dans un volume
; l'Efaifur l'origine des Connoiffances
humaines , de Condillac ; les premiers volumes
de l'Hiftoire Naturelle de M. de Buffon ;
les premiers Difcours de Rouffeau , qui
annonçoient déjà l'Héloïfe , l'Émile ; pluhieurs
autres Ouvrages encore où l'on retrouvoit
le même efprit lors même qu'ils
n'étoient pas infpirés par le même génie. On
ne choififfoit que des fujets importans , on
les traitoit d'une manière grande & neuve :
on remettoit en queſtion tout ce qui avoit
été décidé fans être éclairci , & des matières
traitées de tous les temps paroiffoient l'être
pour la première fois. La lumière , en fe répandant
fur un plus grand nombre d'objets ,
fe répandoit auffi fur un plus grand nombre
de perfonnes : c'eft le moment où le nombre
des gens qui lifent en France & qui s'inftruifent
, a augmenté prodigieufement . Le talent
d'écrire ne pouvoit pas s'élever à de plus
grandes beautés que chez les bons Écrivains
du fiècle de Louis XIV , il trouvoit des beautés
nouvelles ; en franchiffant même les limites
des genres , le ftyle avoit quelque chofe de
plus ferme , de plus sûr & de plus conftant dans
fes procédés ; en s'élevant davantage par la hardieffe
des expreffions , il paroiffoit plus foumis
aux idées ; l'éloquence n'étoit plus , pour ainfi
dire , l'art de la parole , mais l'art de penſer
porté à fa perfection. Ce fera toujours une
,
DE FRANCE. 117
diftinction glorieufe pour le nom d'un Homme
de Lettres , d'être attaché aux noms célèbres
qui concoururent à faire cette révolution
dans notre Littérature ; ce fut le bonheur
de M. l'Abbé Morelet , & fon mérite eft de
s'en être rendu digne , en portant la philofophie
qu'il avoit puifée dans leur commerce
fur des objets d'une utilité plus directe encore
,fur des matières à beaucoup d'égards plus
difficiles à traiter. Le commerce qu'on commençoit
à enviſager alors fous des aspects
nouveaux , ne fut plus confidéré comme une
induſtrie fans éclat & fans grandeur , propre
feulement à faire la fortune de quelques
particuliers ; les moyens par lefquels les
Commerçans s'enrichiffent parurent liés à
la profpérité des Empires , à la connoiffance
des productions naturelles de tout le globe ,
à l'état des Arts néceffaires & agréables
chez les Nations qui communiquent en
femble d'un bout de la terre à l'autre ; aux
moeurs des peuples qui ont perdu tant de préjugés
en échangeant leurs tréfors ; à leurs erreurs
, qui , pour être détruites , n'ont fouvent
befoin que d'être mifes en préfence les
unes des autres. La théorie du commerce s'affocia
naturellement à tout ce que la philofophie
peut traiter de plus intéreffant , & M.
l'Abbé Morelet entreprit alors de tracer cette
théorie. Il annonça un Dictionnaire du Commerce
: le Gouvernement entra dans fes vues,
& s'empreffa de lui donner les fecours de tous
les genres dont un Homme de Lettres peut
118
MERCURE
avoir befoin. M. l'Abbé Morelet publia bientôt
un Profpectus , & traça pour fon Dictionnaire
un plan beaucoup trop vafte , non pour
la nature de fon fujet & de fon Ouvrage ,
mais fans doute pour le temps auquel il promit
de le donner , & peut-être aufli pour les
forces d'un feul homme. Le premier coupd'oeil
d'un efprit étendu par la philofophie ,
embraffe une grande circonference ; les années
ne fuffifent pas pour la parcourir en
détail. Voilà ce qu'on reconnoît quand on veut
être jufte ; mais quand on ne fe foucie pas de
l'être, c'eft un prétexte pour décrier un Homme
de Lettres , & beaucoup de gens profitent
du prétexte. On a cru trouver une excellente
plaifanterie lorfqu'en faifant le compte des
titres Littéraires de M. l'Abbé Morelet , on a
dit qu'il avoit fait un Profpectus ; mais la plaig
fanterie étoit toute faite dans le mot , & ce
Profpectus vaut, dans fon genre , la Préface
de M. d'Alembert , qui avoit fait auffi une
Préface. Il doit être permis de dire , malgré
le mot & malgré la plaifanterie que ce Profpectus
du Dictionnaire de Commerce , auffi
étendu que beaucoup de Livres , mérite d'être
placé au rang des meilleurs. Ce plan d'un Ouvrage
eft lui-même un Ouvrage. L'Auteur y
détermine , y claſſe tous les objets de la vaſte
théorie du commerce , dans un ordre qui déjà
répand fur eux la plus grande lumière ; &
quand cet ordre eft établi , il devient la fource
de toutes les idées & de toutes les vérités ;
on a beaucoup à travailler encore , on n'a
DE FRANCE. 119.
prefque plus rien à produire. L'ordre eft peutêtre
dans tous les genres la vraie création.
Les études qu'il avoit faites , & qu'il continuoit
de faire , mettoient M. l'Abbé Morelet
en état de difcuter avec profondeur & avec
clarté toutes les queftions que les affaires du
commerce font naître très -fouvent , & qui
intéreffent également le Gouvernement & les
particuliers ; il s'en éleva une très - importante
, très -délicate & difficile au moins à
traiter , finon à réfoudre , au ſujet de la Compagnie
des Indes , dont le privilége exclufif
alloit expirer. A cette occafion parut un Mémoire
de M. l'Abbé Morelet , où , après avoir
envifagé la queftion fous toutes les faces , il
décida que l'intérêt des Actionnaires même
de la Compagnie , l'intérêt du Gouvernement
, l'intérêt général de la Nation & du
Commerce , le droit public & le droit naturel
, tout demandoit que le privilége exclufif
ne fût pas renouvelé. Jamais une queſtion
de commerce n'avoit été traitée avec cette
netteté & cette étendue , fous des rapports fi
impofans , & avec cette analyfe ignorée partout
ailleurs que dans les matières philofophiques.
Le Mémoire dût faire une grande
impreffion , puifqu'il bleffoit beaucoup d'intérêts
& attaquoit beaucoup de préjugés ; & il
fit en effet cette efpèce de bruit qu'un Ouvrage
ne fait jamais que lorfqu'il occupe à - la- fois les
paffions & la raifon. On croyoit en général
qu'il ne feroit poffible de lui répondre qu'avec
Fautorité des anciens exemples , & la rou-
-
I20 MERCURE
·
tine aveugle des vieilles idées. On fut trèsétonné
lorsqu'on vit fortir du fein même de
la Compagnie attaquée , & de la plume
d'un de fes Directeurs , une réponſe où
l'on défendoit le privilége exclufif avec des
vues générales fur la profpérité de l'État
& fur les intérêts de toute la Nation ; où,
aux calculs d'un homme d'affaires , ſe joignoient
les idées & les fentimens d'un efprit
élevé & d'une âme fenfible habituée à
réfléchir fur ce que l'intérêt de l'humanité
demande & dans l'Inde & en Europe. C'étoit
écrire fur le Commerce comme Montefquieu
écrit quelquefois fur la Jurifprudence , avec
des opinions qui tiennent encore un peu aux
préjugés de fon état , mais avec un génie qui
tient encore davantage au talent d'éclairer
les hommes & de les gouverner. La queſtion
parut plus indéciſe que jamais. Lorſqu'on vit
un homme qui n'avoit encore fait aucun Livre,
écrire fur les affaires avec des vues fi philofophiques
, on imagina qu'il y avoit pour
les affaires une philofophie toute différente
de celle des Livres ; & l'amour-propre dugrand
nombre étoit intéreffé à la croire la meilleure,
parce qu'il y a beaucoup plus d'hommes qui
font des affaires qu'il n'y a d'hommes qui fachent
faire un Livre. M. l'Abbé Morelet im .
prima une Réplique ; elle étoit fupérieure à
beaucoupd'égards à fon Mémoire; elle n'eut pas
le même fuccès , & très-peu de gens auroient
apperçu le triomphe de fon opinion , fi cette
opinion , adoptée par le Gouvernement , n'eût
pas
ر
DE FRANCE.
été fuivie de la diffolution de la Compapas
gnie des Indes. - Cette manière de traiter devant
le Gouvernement & devant la Nation ,
une queftion qui les intéreffoit l'un & l'autre
, étoit en France un fpectacle affez nottyeau.
L'exemple d'un Philofophe qui connoiffoit
très-bien les affaires , & celui d'un homme
d'affaires qui étoit Philofophe , étoient encore
deux chofes affez nouvelles toutes les
deux ; enfin les deux adverfaires, attachés l'un
à l'autre par les liens de l'eftime & d'un long
commerce , après cette première émotion qu'il
eft difficile de ne pas fentir dans les combats
d'opinions , rentrèrent bientôt dans le calme ,
& ils fe font confervé toujours cette eftime
que fe doivent des adverfaires qui combattent
l'un contre l'autre , mais tous les deux pour
la caufe publique. --La même queſtion vient
d'être agitée tout-à-l'heure dans un Mémoire
où des principes très-courageux font rendus
plus refpectables parune éloquence modérée *;
& le Gouvernement, par un exemple qui lui
eft glorieux , a témoigné qu'il permet la dif
cuffion lorfque c'eft l'amour du bien public
qui l'inſpire , & non pas de viles paffions , &
non pas l'ambition & l'intrigue .
C'étoit lefort de M. l'Abbé Morelet , de combattre
pour tous fes principes avant de les établir
dans fon grand Ouvrage fur le Commerce..
Le Commerce des Grains , qui devoit en faire
une partie très-importante , étoit devenu l'ob-
Le Mémoire eft de M. Lacretelle.
N , ảo , zo Mai 1786 . F
122 MERCUR
. E
jet d'une multitude de gros Livres & de petites
Brochures , où le pour & le contre
étoient foutenus fouvent avec beaucoup de
colère , & rarement avec un peu d'éloquence .
Les partifans de la liberté jouiffoient des avantages
de leur nombre , de la nouveauté & de
la hardieffe de leurs principes ; & , s'il faut le
dire auffi , de cette force réelle propre à
une opinion qui a pour elle & les premiers
apperçus du bon fens , & les derniers réſultats
du génie philofophique. Tout - à - coup um
homme paroît , c'eſt un Italien : il écrit en
françois des dialogues pleins d'efprit , de gaieté
& de bonnes plaifanteries ; & avec des armes
fi légères en apparence , il arrête l'opinion publique
que le raifonnement & l'enthoufiafme
pouffoient vers la liberté. L'Abbé Gagliani ,
qui plaifantoit fouvent comme Pafcal , ne raifonnoit
pas à beaucoup près comme lui : leprodige
des Provinciales c'eft que la faillie même
& la plaifanterie rendent toujours le raiſonnementplus
fort & plus profond. L'Abbé Gagliani
en n'approfondiffant aucune vue , mais en
multipliant les points de vue fous lefquels on
pouvoit enviſager la queſtion , en ne ſuivant
aucune idée , mais en femant avec abondance
des idées nouvelles , en détournant l'attention
par des anecdotes piquantes , par des plaifanteries
pleines de fel , brouilla tout , rendit incertain
ce qui étoit démontré , donna à des
étincelles plus d'éclat qu'à la lumière , ébranla
la foi des difciples les plus zélés de la doctrine,
& fit fentir aux Maîtres même le
DE FRANCE.
125
befoin d'un bras puiffant qui vînt au fecours
de la caufe commune. M. l'Abbé Morelet
n'étoit pas précisément un Économiste , mais
il poffedoit parfaitement l'économie politique
: il prit la défenſe , non d'une fecte dont
il n'étoit point , mais de la vérité , à laquelle
il étoit fort attaché. Pour répondre à M.
l'Abbé Gagliani , il fallut reprendre la queſtion
entière fous oeuvre , & la traiter d'une manière
toute nouvelle : il fallut faire un Livre ,
& M. l'Abbé Morelet en fit un excellent ;
à mesure que dans ce Livre les principes s'établiffent
& fe demontrent , les difficultés propofées
par M. l'Abbé Gagliani fe rencontrent
fur la route , & fans avoir befoin d'une réfutation
particulière , elles font détruites par
la vérité elle - même à mesure qu'elle s'étend
& fe développe. Ce genre de difcuffion eft
le meilleure peut- être ; il n'a point la chaleur
d'une difpute , mais il inſpire bien plus de
confiance ; on ne voit plus deux hommes qui
combattent & cherchent à triompher l'un de
l'autre; c'eft la raiſon qui combat contre les
difficultés que l'efprit fait naître , & qui ,
dans fa marche , paffe continuellement d'une
vérité à un doute , d'un doute à une vérité. M.
l'Abbé Gagliani avoit beaucoup plaifanté , M.
l'Abbé Morelet , qui, dans d'autres occafions , a
fu employer la plaifanterie avec quelque fuc→
cès, ne fe fert ici que de l'arme du raifonnement.
Les deux efprits dans cette lutte paroiffent
auffi differens que les deux opinions ;
l'un cherche à beaucoup voir , l'autre à bien
Fij
124
MERCURE
voir, & l'on fait que la fertilité eft une qualité
de l'efprit moins rare encore que la juſteſſe ,
fur-tout dans les objets de fpéculation. Le
Livre de M. l'Abbé Morelet eft le Traité le
plus complet de cette queftion importante
qui tient à toute la théorie du commerce.
Depuis l'Abbé Gagliani , on a propofé les mêmes
difficultés & d'autres encore avec plus
de force , plus de profondeur , plus d'éloquence
; on ne les a pas combattues avec
une logique plus faine & plus victorieufe . Cependant
cet Ouvrage de M. l'Abbé Morelet
eft refté prefque ignoré. Lorfque tous les efprits
étoient occupés de cette matière , & s'y
intéreffoient vivement , il ne fut pas permis à
PAuteur de le faire paroître ; lorfque l'Ouvrage
parut plufieurs années après , ces inatières
n'occupoient plus perfonne , & il eſt rare
qu'on life beaucoup les Livres dont on n'a pas
à parler beaucoup dâns la Société , qu'on ne
peut ni décrier au milieu des admirateurs
ni prêner au milieu des détracteurs. Les Ouvrages
ont leur destinée , a dit un ancien ; cela
eft plus vrai encore à Paris qu'à Rome.
>
M. l'Abbé Morelet , qui avoit fenti combien
il eft affligeant de ne pouvoir pas publier
un Ouvrage qu'on a fait pour le Public,
& qu'on croit devoir lui être utile , fit un
morceau fur la liberté d'écrire & d'imprimer
für les matières d'adminiftration ; c'eſt un morcéau
de quelques pages ; mais ce petit morceau
eft un modèle dans l'art de préſenter à
Fefprit des vérités importantes de manière
DE FRANCE. 125
les démontrer en les énonçant feulement. On
n'eft frappé ni par la grandeur des vues ni par
leur fineffe ; le ftyle n'a point d'éloquence , il
n'eft pas piquant ; on ne remarque rien , que
la lumière ; mais elle eft pure , facile ; elle
femble naître dans l'efprit du Lecteur qu'elle
pénètre ; il n'y manque pas un détail néceffaire
à la démonſtration , & il n'y en a pas un
de fuperflu qui l'embarraffe ; pas une idée
intermédiaire n'eft fupprimée ; & ce procédé,
fans ralentir la marche , rend la vérité fenfible
dans tous les points de fon étendue : en
arrivant à la fin on arrive à l'évidence ; on s'y
repofe fans fatigue , fans inquiétude , & l'on
fent combien eft grand pour l'efprit le feul
plaifir de recevoir ainfi la lumière.
M. l'Abbé Morelet a fait des morceaux
d'un autre genre , & où l'on remarque moins
le fonds des idées que leur expreffion & leur
tournure. Le Manuel des Inquifiteurs , par la
manière feule de recueillir les loix & les formes
de ce Tribunal , le rendit plus odieux &
plus ridicule. On conçoit que cette manière
de recueillir n'eft pas à l'ufage de tout le
monde. La Théorie du Paradoxe dut fon
fuccès à l'idée ingénieufe fur- tout qui en
fournit le cadre. On fit un crime à l'Auteur
des circonftances où l'Ouvrage parut ; mais
M. l'Abbé Morelet avoit fait l'Ouvrage
& non pas les circonftances ; & il les
auroit changées fans doute , ou il en eût attendu
d'autres s'il en avoit été le maître ; car
en général , lorfqu'on voit fon ennemi aux
Fiij
126 MERCURE
priſes avec un autre ennemi , il faut attendre
que ce combat foit fini pour en offrir un autre.
Ceft au même Écrivain que la France eſt
redevable de la Traduction du Traite des
Delits & des Peines , Ouvrage écrit pour
les Légiflateurs & pour les Magiftrats par un
génie ami de l'homme . C'eft à M. l'Abbé Morelet
que les Gens de Lettres doivent encore
la Traduction d'un autre Ouvrage du même
Auteur de l'Effoi fur le Style , Livre neuf &
profond, difficile à traduire , puifqu'il étoit
méme difficile à entendre ; mais qui , au milieu
des ténèbres dont il eft enveloppé , laiffe
efpérer un jour nouveau pour l'avenir , & feroit
prefque croire que l'entreprife de dérober
à la Nature les fecrets par lefquels elle
fait les hommes de génie , eft audacieuſe fans
être folle & téméraire.
On voit actuellement quelle réponſe on
avoit à faire à ceux qui ont demandé ce
qu'a fait M. l'Abbé Morelet . Quelques- uns
de ces Écrits , auxquels on pourroit en ajouter
d'autres , paroiffent étrangers à la Littérature ;
mais le ftyle dans lequel ils font écrits , toujours
pur & correct , élégant ou piquant
toutes les fois que le fujet le permet , ou que
l'Auteur l'ambitionne , peut fouvent fervir
de modèle à ceux qui ne font que Littérateurs
; & il eft probable qu'il entre dans les
vues de l'Académie de récompenfer le talent ".
d'écrire dans ceux principalement qui le font
fervir à embellir des connoiffances néceffaires
& utiles à l'efprit humain : c'eft à quoi
DE FRANCE. 127
on ne fonge pas lorfqu'on fonde fes eſpérances
de gloire & d'immortalité fur un Madrigal
ou fur une Satyre ; mais c'eſt à quoi doit
penfer un Corps inftitué pour récompenfer
les talens au nom d'une Nation entière.
•
Dans les Académies élevées aux Beaux-
Arts , il en eft où l'on n'eft admis que fur un
Ouvrage fait pour en obtenir l'entrée. Le
Difcours que prononce un nouvel Académicien
François après avoir été reçu , devient
auffi pour le Public un titre fur lequel il juge
fi le Récipiendaire a mérité fa place. Le Difcours
de M. l'Abbé Morelet a eu un fuccès
affez univerfel pour le dédommager des murmures
injuftes que fes ennemis & ceux de
l'Académie firent entendre à fa nomination.
Il s'eft renfermé prefque entièrement dans
l'Éloge de fon prédéceffeur, M. l'Abbé Millot ,
& il a fu faire fortir des vues philofophiques
des peintures piquantes , & de l'intérêt , du
tableau des Ouvrages & du caractère de cet
Écrivain , dont le talent n'a point eu un grand
éclat , & dont la vie a toujours été retirée &
ignorée. C'eft par fes Élémens d'Histoire que
M. l'Abbé Millot eft connu , & c'est comme
Hiftorien fur-tout que fon Succeffeur l'apprécie.
30
cc
Parmi les différens objets qui s'offroient
à fa conftantè activité , il choifit l'Hif-
» toire ; & le defir qu'il eut toujours d'être
» utile , borna fon travail à des Abrégés. Je
" dis des Abrégés , & non des Élémens , quoi-
» qu'il ait donné le titre d'Élémens à fe , Ou-
و د
Fiv
128 MERCURE
"
و د
و د
» vrages Hiftoriques. L'Hiftoire , qui peut
» choifir des faits , a des Abrégés ; les Sciences
feules ont des Élémens ; encore eft- il diffi-
» cile d'affigner aucune différence réelle en-
» tre l'étendue que doivent avoir des Élé-
» mens & celle qu'on peut donner à des
» Traités complets ; puifque dans ceux-ci on
و ر
ne doit rien laiffer d'inutile, & que dans
» ceux-là on ne peut omettre aucun des an-
» neaux de la chaîne qui lie entre - elles toutes
» les vérités . » Ces deux réflexions font d'une
grande jufteffe , & les Ouvrages de M. l'Abbé
Millot prouvent combien la dernière eſt vraie.
M. l'Abbé Millot a fouvent trop abrégé l'Hiftoire
en la réduifant à fes Élémens ; il en a détruit
le corps , & , s'il faut le dire , on n'en retrouve
pas même les élémens dans fes Ouvrages
. M. l'Abbé Morelet dit ailleurs que l'Abbé
Millot avoit conçu en homme de fens que fi
les faits accompagnés de trop de détails furchargent
& rebutent le Lecteur, trop dépouil
lés auffi de ces circonftances qui les entourent
ils ne donnent plus de prife à la mémoire , &
nefe graventpoint dans l'efprit , le fait principal
ne s'attachant pour ainfi dire au fol où
l'on veut le planter , qu'à l'aide des faits
acceffoires qui en font comme les racines.
Cela eft encore très-vrai , très-ingénieuſement
exprimé , & M. l'Abbé Millot mérite
à beaucoup d'égards cet éloge ; mais cet Hif
torien développe les circonftances de certains
faits , & n'en développe prefque jamais
les liaiſons ; fon art confifte à ne prendre
DE FRANCE. 129
qu'un petit nombre de faits , & à les détailler
; mais il arrive de là que les faits choifis à
de grandes diftances reftent ifolés : on ne
voit ni comment ils font nés les uns des autres
, ni comment tous enfemble font nés du
caractère que les Peuples ont reçu de la nature
du climat qu'ils habitent , & de la nature du
Gouvernement auquel ils obéiffent. M. l'Abbé
Millot femble confidérer les faits uniquement
pour en tirer des maximes fages de morale , de
politique , de tolérance ; il en fait pour ainfi
dire un recueil d'apologues . Ce genre de
travail peut avoir fans doute une grande utilité
& un grand mérite ; mais après avoir
rendu juftice à un Historien qui a dirigé fes
travaux fur de pareilles vues , fi on veut fe
mettre au fait de l'Hiftoire , il faut l'étudier
encore.
Dans le même temps que l'Abbé Millot
écrivoit l'Hiftoire pour la jeune Nobleffe de
Parmes, l'Abbé de Condillac l'écrivoit pour le
jeune Héritier des mêmes États. L'Ouvrage
de l'Abbé de Condillac, admirable à beaucoup
d'égards , laiffe encore beaucoup à defirer. Il
ne commence guères l'Hiftoire qu'aux Grecs ;
& tous les temps antérieurs il les laiffe dans les
ténèbres . L'Abbé de Condillac ne dit prefque
riendu premier Empire des Affyriens, des Phéniciens
, des Éthiopiens , des Égyptiens , de
tous ces Peuples chez lefquels font toutes les
origines . Faute d'avoir bien étudié ces quatre
Peuples primitifs , il arrive fouvent à l'Abbé de
Condillac d'expliquer enfuite les inftitutions
Fv
130 MERCURE
des autres Peuples par des hypothèſes ingénieuſes.
Il cherche trop les faits dans la nature
de l'homme , au- lieu de chercher la nature de
l'homme dans les faits . On ne fent pas le
même défaut dans fon Hiftoire moderne ; &
la raiſon en eft fimple : c'eft qu'il la prend
à fon commencement , & qu'en fuivant la
chaîne entière des faits il les trouve tous expliqués
les uns par les autres. Auffi cette partie
de fon Ouvrage , s'il avoit répandu plus
d'intérêt & plus de couleur dans la narration ,
feroit- elle une des plus belles productions de
l'efprit philofophique de notre fiècle . L'Hiftoire
de l'Abbé Millot eft plus lue que
celle de l'Abbé de Condillac ; & cependant la
première n'eft que d'un très -bon efprit ; la
feconde eft d'un efprit fupérieur.
Co
M. l'Abbé Morelet , fans chercher à exagérer
le mérite de fon Prédéceffeur , le relève
en liant l'appréciation de fes Ouvrages à des
vues générales fur la manière dont l'Hiftoire
a été écrite par les Anciens & par les Modernes.
Qu'il me foit permis de le dire ,
Meffieurs: grâce aux progrès des lumières
, dont notre fiècle peut shonorer , on còn
noît mieux aujourd'hui les vrais devoirs &
le vrai but de l'Hiftoire . Dans le choix des
faits publics qui doivent former l'Hiſtoire
d'une Nation , les Hiftoriens anciens , ad-
» mirables fans doute par la grandeur de leur
compofition , par la vérité de leurstableaux ,
» par la perfection de leur ftyle , femblent
» avoir négligé beaucoup d'objets effentiels.
23
*J
"3
"
33
DE FRANCE.
131
S
"
"3
93
و د
ور
"
Ils ne nous font guères connoître que l'état
» fucceflif des formes des gouvernemens &
» de la puillance politique de la Cité ; ils ne
» nous racontent que des guerres domefti-
» ques ou étrangères , des troubles au dedans'
ou des négociations au-dehors , des révolutions
ou des conquêtes ; mais ils ne nous
difent prefque rien de la légiflation , de la
police intérieure , de l'adminiſtration économique
, de l'état de la culture , de l'induftrie
, de la navigation , du commerce ,
du revenu national , de ſa ſource & de fon
» emploi , des travaux & des établiffemens
» publics , de l'état des Arts & des Sciences ;
» & il faut convenir que l'Hiftoire qui em-
» braffe de nos jours tous ces objets , s'eft acquis
un grand caractère d'utilité publique
» en s'affociant ainfi à la Philofophie , qui
femble lui avoir recommandé les vrais in-
» térêts de l'humanité. M. l'Abbé Millot en
» imitant ainfi Hume , Voltaire , Robertſon
» dans le choix des grands faits & des grands
événemens de l'Hiftoire , montre encore
» tout le courage d'un Hiftorien qui fait
remplir fes devoirs & ufer de fes droits. Il
dit la vérité fans foibleffe , & la dit toute
entière , felon la maxime du fage Fleury ,
perfuadé qu'on la trahit quand on la déguife
, & qu'on l'outrage quand on la fuppofe
dangereufe.
و ر
">
و د
"
ود
23
לכ
23
ود
<< ود
Cette manière de parler de l'Hiftoire &
des Hiftoriens eft d'un Homme- de-Lettres
autant que d'un Philofophe ; & ceux qui ne
F vj
131 MERCURE
font que Littérateurs en parlent rarement
auffi bien. Je ne puis convenir feulement que
les Thucydide , les Tite - Live & les Tacite
n'ayent pas fu parler dignement de la légifla
tion des anciens peuples ; A me femble au
contraire que c'eft-là un des plus beaux titres de
leur gloire. M. l'Abbé Millot chargé de la rédaction
des Mémoires du Maréchal de Noailles
ne réuffit pas auffi- bien dans cette entrepriſe ,
& M. l'Abbé Morelet explique à merveille à
quoi tint ce peu de fuccès. « Il lui manquoit
»
""
une difpofition néceffaire pour donner à un
>> Ouvrage de ce genre le mérite qu'on y
» defite ; cette difpofition eft l'intérêt qui ne
peut fe trouver que dans l'Acteur ou le
» Témoin . Depuis les Commentaires de Céfar
que font tous les Mémoires connus,
finon les fouvenirs de celui qui les a écrits?
» Et pour ne citer que ceux qui appartien-
» nent à notre Nations Commines, Monluc ,
Rohan , la Rochefoucault , Retz , Villeroy ,
Torcy ont tous vécu au milieu des événe-
» mens qu'ils racontent ; ils nous intéreſſent
» parce qu'ils fe peignent eux-mêmes , &
» ne retracent que des objets dont ils ont été
29
23
"
conftamment entourés ; leurs regards ont
» été frappés , leur imagination faifie , leur
» âme émue ; lorfqu'ils entreprennent d'écrire
, ils trouvent toutes les idées préfentes
, toutes leurs paffions encore vives ,
» tous leurs fentimens en activité ; & communiquant
à leur ftyle l'intérêt dont ils
font remplis , ils peignent toujours avec
وو
DE FRANCE. 133
ود
énergie ; & ceux même qui nous laiffent
> entrevoir la partialité des paflions nous at-
» tachent encore à leurs récits lorfque nous
» les foupçonnons d'altérer la vérité. C'eft
» ce caractère qui rend fi attrayante la lec-
» ture des Mémoires du Cardinal de Retz . Il
» écrit en conjuré ; & quoiqu'il conjure e
» fe jouant , il eft plein de chaleur , parce
qu'il parle de lui & de ce qu'il aime ; deux
" moyens sûrs de donner à fon talent tout ce
» qu'il peut avoir d'action & d'effet. "
ود
وو
Il eft difficile de mieux penfer & de mieux
écrire; & l'homme qui s'énonce ainſi ſur ce
qui conftitue l'intérêt & la chaleur du ſtyle ,
méritoit fans doute d'obtenir une place parmi
les modèles de l'Art d'écrire & les dépo
fitaire du bon goût. Le portrait de Louis
XIV , tracé tant de fois par tant de plumes
éloquentes , reparoît dans ce Difcours
avec des traits nouveaux , & qui ont de la
grandeur autant que de la jufteffe. Il eft parmi
les Rois des phyfionomies qui femblent être
des modèles éternellement expofés aux regards
du talent qui s'effaye ou qui fe perfectionne
dans l'Art de tracer à grands traits de
grands caractères , & tel eft fur- tout Louis
XIV. Le caractère de l'Abbé Millot compofé
de traits & d'apperçus fins & piquans, offre
contrafte bien heureux. « Il eut la re
pour
>> traite & pour la folitude un goût ou plutôr
» une paflion qui lui a été commune avec
» d'autres Gens- de- Lettres ; mais il y joignit
» une manière qui lui fut propre de fe rendre
un
134
MERCURE
ور
"
ود
ور
folitaire au fein même des fociétés . Au mi
lieu des hommes il avoit l'air d'un Étranger
qui entend la langue du Peuple chez
lequel il vit , & qui n'a pas l'habitude de la
parler. En s'adreffant à lui , on s'apperce-
» voit qu'on interrompoit fes penſées , &
qu'on lui demandoit un effort , & il avoit
» autant de peine à fortir de lui - même que la
plupart des hommes en éprouvent à y rentrer.
Il pratiquoit à la lettre la maxime de
quelques Moraliftes outrés , & du grand
» monde, aufli févère qu'eux, de ne laiſſer ja-
» mais paroître comme de ne laiffer jamais
» entendre le moi. »
"
و د
">
C'eſt un bonheur , fans doute , d'être préfenté
publiquement aux honneurs Littéraires
par un ami avec lequel on a commencé à
penfer & à écrire ; dont l'amitié conftante &
incorruptible s'eft toujours accrûe au milieu
de ces épreuves de la rivalité , où les vertus
de fyftême & d'oftentation périffent, & d'où
les âmes fupérieures fortent toujours plus
pures & plus généreufes. M. l'Abbé Morelet
a eu ce bonheur lorfqu'il a été reçu à l'Académie
Françoife par M. le Marquis de Chatelux
, rempliffant les fonctions de Directeur
de l'Académie . L'Auteur de la Félicité Publique
, Livre plein de vues neuves & fines ,
dont la lecture remplit l'âme de confolation
& d'efpérances , en cherchant quel'e a cré
dans chaque fiècle la portion de bonheur dont
les peuples ont joui , a dû traiter néceffairement
la plupart des queftions dont s'eft touDE
FRANCE. 135
jours occupé M. l'Abbé Morelet , & il a dû
envifager ces queftions dans les faits dont M.
l'Abbé Millot a été l'Hiftorien . Il femble que
le fort ait voulu donner à l'Académie le Directeur
qui pouvoit le mieux apprécier & le
Membre qu'elle perdoit , & celui dont elle
faifoit l'acquifition. Et en effet , à la manière
dont M. le Marquis de Chatelux parle dans
fon Difcours , & de l'Hiftoire & de l'Écrivain
politique , on reconnoît le Philofophe qui a
approfondi les caufes de la Félicité Publique
dans les traditions & dans les monumens de
l'Hiftoire. La réponſe du Directeur , & les
idées philofophiques qu'il y a femées , s'animent
& prennent quelque chofe de plus touchant
lorfque M. le Marquis de Chatelux les
lie à ceux des grands événemens de ce fiècle
dont il n'a pas été feulement le témoin , 1&
qui femble réalifer les efpérances de bonheur
qu'il a données aux hommes.
"
"
Comparez , Monfieur , l'époque où vous
avez commencé vos travaux , avec les auf-
" pices fous lefquels vous allez en préſenter
» les réſultats , & ranimez vos propres forces
» en voyant celles de la patrie . Celui qui partageoit
vos peines , & n'ofoit encore vous
» montrer qu'un foible eſpoir , a maintenant
» un autre langage à vous tenir. J'ai vu , vous
dira- t'il , j'ai vu les pavillons François flotter
fur toutes les côtes de l'Amérique ;
j'ai entendu les acclamations d'un peuple
» brave & généreux qui béniffoit le Monar-
» que des François , & qui , fecouant à- la-fois
39
33
136 MERCURE
و د
» toutes les chaînes qu'on lui avoit impo
» fées , déteftoit également & fes antiquest
préjugés & la longue oppreffion dont il
» venoit de s'affranchir : déformais le com-
» merce de votre patrie fera libre comme
» vous l'avez defiré ; mais telle fera encore
» la fidélité aux principes d'une noble &
" faine politique , que malgré tant de bril-
» lans fuccès, tant de preuves de générofité,
» ni le vainqueur ni le bienfaiteur n'exige-
» ront de préférences ambitieufes, &c. »,و د
Je ne fais; mais il me femble que cette
affociation des voeux qu'ont formés les Philofophes
avec ce qu'exécute aujourd'hui un
nouveau Peuple , cette atteftation donnée par
un Directeur de l'Académie Françoife de ce
qu'il a vu lui-même dans le Nouveau-Monde,
il me femble que tout cela répand un nouvel
éclat fur la Philofophie, fur les Lettres &
fur l'Académie.
(Cet Article eft de M. Garat. )
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
GEORGE'S
C
EORGES CASTRIOT quatrième fils de
Jean Caftriot , Prince d'Épire , fut élevé à la
Cour d'Amurat II , Empereur des Turcs. Une
figure diftinguée , des traits qui annonçoient
DE FRANCE.
137-
une grande âme, lui concilièrent l'amitié de
ce Prince , dont la politique barbare avoit
égorgé les trois frères . Il étoit encore très
jeune quand Amurat le conduifit à la guerre ,
où fon courage , fa force & fes exploits lui
firent donner le furnom de Scanderbeg. ( 1 )
Jean Caftriot mourut , & non - feulement
Amurat ne rendit point à ſon fils l'État dont
il étoit l'héritier légitime , mais encore il lui
fit quelque temps après éprouver un outrage
dont fa jeuneffe & la beauté furent les motifs.
Scanderbeg diffunula fon reffentiment.
Un coup auffi hardi qu'heureux le rendit maître
de Croïa , ( 2 ) capitale de l'Albanie , arracha
les Albanois à l'obéiflance du Turc , &
lui donna les moyens de fe venger. Amurat
l'affiégea dans Croïa ; mais après avoir perdu
une partie de fon armée l'Empereur fut obligé
de lever le fiège. La mort d'Amurat n'affouvit
point la haine de Scanderbeg : il fe
jeta dans la Macédoine , y prit quelques
chateaux , ravagea la campagne , battit les
meilleurs Capitaines de Mahomet II , fit punir
du dernier fupplice des affaffins que cet Empereur
avoit armés contre lui , & termina fa
glorieufe carrière à Liffe , le 17 Janvier 1467.
Telle eft l'Hiftoire abrégée du Héros que la
( 1 ) Ce nom eft compolé de Scander ( Alexandre ) &
de Beg ( Prince ) : ainfi il faut lire Scanderbeg, &
non pas Scanderberg.
(2 )Croïa , ville autrefois très-forte de la Turquie
Européenne , près le Golfe de Venife.
138 MERCURE
Motte a choifi 1735 pour principal perfonnage
d'une Tragédie-Opéra , & que M...... a
préfenté fur la Scène Françoife 9 de ce
mois , dans une Tragédie en cinq Actes , fous
le titre de Scanderberg.
La Motte a imaginé une action dont la vie
de Scanderbeg n'offre aucune trace : ce Prince
y eft amoureux d'une fille du Defpote de Servie,
& prefere l'amour à la gloire. Ce caractère ,
abfolument étranger à celui du Héros d'Albanie
, a dû le jour au fyftême alors généralement
fuivi à l'Opéra , où il falloit abſolument
Rendre Caton galant , & Brutus Dameret.
Si l'action de l'Opéra de la Motte ne quadre
point avec le caractère connu , du fameux
Scanderbeg , au moins ef elle raifonnable
dans fa marche. Nous ne croyons pas qu'on
puiffe accorder le même mérite à celle de la
Tragédie dont nous allons parler.
La Scène eft devant Croïa , qu'Amurat
tient affiégée. Scanderbeg , le dernier des
quatre fils d'Ivan , Roi d'Albanie , a été donné
en ôtage au Sultan , avec fes frères , & a été
le feul épargné. Élevé dans le Sérail fans fe
connoître , il eft parvenu par fon mérite aux
premiers grades militaires ; il s'eft même tellement
diftingué dans des occafions importantes
, qu'il a excité la jalouſie de Mahomet,
fils d'Amurat . Ce Prince , à qui Amurat a repris
le trône qu'il avoit abdiqué en fa faveur, a
perfécuté Scanderbeg , & l'a rendu fufpect à
fon père , qui l'a fait jeter dans les fers. AtaDE
FRANCE. 139
>
lide , foeur de Mahomet , a été témoin de
quelques-uns des exploits du jeune Héros
l'a vu mettre à fes pieds les dépouilles des
ennemis , en eft devenue amoureufe ; &, fur
la nouvelle de fa détention , clle arrive au
camp pour demander fa grâce. Amurat , rebuté
de la longueur du fiège , & convaincu
qu'il s'eft privé d'un appui néceffaire , eſt déjà
très difpofe à brifer les fers de Scanderbeg ,
quand les inftances de fa fille achèvent de le
décider. En vertu des ordres d'Amurat , Atalide
rend la liberté au Héros , qui brûle pour
elle d'un amour égal à celui qu'il a infpiré,
Un Albanois vient propofer à l'Empereur de
décider du fort de l'Albanie par un combat
fingulier. On portera la couronne d'Albanie
& les clefs des portes fur le champ de bataille
: fi le Champion d'Amurat cft vainqueur
, Amurat entrera dans la ville ; s'il eft
vaincu , on levera le fiège. Amurat accepte le
cartel , & choifit Scanderbeg pour defenfeur.
Cet honneur révolte la fierté de Mahomet
déjà indigné non- feulement d'avoir vu brifer
fes fers , mais encore de la pallion qu'il a inf
pirée à la Princeffe ; en conféquence le Prince
fe promet de faire affaffiner le Héros s'il revient
vainqueur , & de faire enfuite empoifonner
Atalide . Cette jeune Princeffe eft née
d'une autre mère que celle de Mahomet ;
celui- ci a promis à la fienne, à fon lit de
mort , de la venger de fa rivale : c'eſt
ainfi qu'il motive fa haine contre Atalide ,
& cherche à excufer les projets fanglans
140 MERCURE
qu'il forme contre elle & contre fon amant.
Le défi eft accepté fièrement par Scanderbeg
, mais il n'a pas lieu. Sur le champ de
bataille , le Héros apprend le fecret de fa
naiffance , il entre dans Croïa la couronné
fur la tête : c'eft ce qu'on vient apprendre
à l'Empereur. Mahomet reproche à ton père
les maux qu'a caufés fa foibleffe , attribue
cette lâche défertion à l'amour dAtalide
pour un vil efclave. Atalide attribue
à fon tour la révolte de Scanderbeg aux indignes
traitemens de Mahomet ; enfin , après
quelques petits incidens , tel qu'un défi de
Scanderbeg à Mahomet & qu'Amurat rejette
, on annonce que la nouvelle de la rébellion
du Héros d'Albanie a jeté la confternation
dans l'armée. Atalidè , pour tirer
fon père d'embarras , lui propofe d'aller trouver
ScanderbegàCroia ; & Amurat, fans blamer ni
accepter la propofition affez lefte de fa fille ,
fe contente de lever le fiège. Alors Scanderbeg
defcend dans la plaine , & veut forcer lé
camp d'Amurat. Ici fe trouve un jeu dė
Théâtre qui fent trop la machine. Scanderbeg
ne veut pour fon attaque que des gens
de bonne volonté : il prend un drapeau ,
le place d'un côté de la Scène , & dit : que
ceux qui voudront me fuivre paffent auprès
de moi ; tous fe rangent fous fon drapeau.
Arrivent alors Atalide & fa confidente
; la Princeffe propofe fon mariagė
pour tout arranger : Scanderbeg accepte ;
mais les Chefs de l'État lui repréfentent
DE FRANCE. 141
qu'il ne peut époufer la fille d'un monftre
qui a égorgé fes frères , une Muſulmane
enfin. La Princeffe confufe fe retire , &
les Albanois rentrent dans Croïa. L'armée
d'Amurat fe débande , Mahomet en fait
avertir Scanderbeg. Le projet du Prince eſt
de retarder la marche de fon père vers Andrinople
, & de fe reffaifir du Sceptre. Ses
premiers ordres font pour l'empoifonnement
d'Atalide. Amurat , furpris on ne fait comment
, eft amené à Scanderbeg , chargé de
chaînes ; le Héros traite l'Empereur avec une
générofité que celui-ci dédaigne : Atalide
vient un poignard à la main , & menace de
s'en percer , fi elle ne fléchit pas fon amant
en faveur de fon père. Scanderbeg arrache
le poignard , le jette , demande à l'Empereur
fon amitié; le Sultan préfère la mort à ce
bienfait , ramaffe le poignard & s'en frappe...
Ici les murmures du Public ont forcé les Comédiens
à faire baiffer la toile , & les fpectateurs
ont ignoré ce que pouvoient devenir
Mahomet , Atalide & Scanderbeg.
:
Cet Ouvrage a éré repouffé par le Public
avec une rigueur que l'Auteur feul pourroit
appeler exceffive. Il n'offre pas un rôle digne
du fujet Amurat eft foible , Mahomet féroce
, Scanderbeg ridicule dès qu'il devient
Roi d'Albanie , & Atalide eft une folle qui
court le monde en pleine liberté. Cette jeune
Mufulmane va au camp , elle y voit fon
amant fans aucune gêne ; elle paffe à Crołą
pour le chercher , & perfonne ne s'y oppofe.
142 MERCURE
Il nous femble que les moeurs orientales font
ici très -violées. La verlification eft fouvent
dure , toujours négligée , le ſtyle très - incor-'
rect , & le dialogue froid , à l'exception de
quelques morceaux dans lefquels on trouve
de la chaleur & qui font en bien petit nombre.
Il faut convenir que les Scènes où Atalide
avoue d'abord à la confidente , enfuite
à Mahomet , l'amour dont elle brûle pour
Scanderbeg , & celle où elle brife les fers de
ce Héros , en font pas fans intérêt. L'Auteur
a mis en récit le moment du combat accepté
par Scanderbeg contre le Champion des
Albanois , la découverte du myſtère de
fa naiffance , & fans doute il a eu tort : les
acceffoires du combat , fon interruption , &
les motifs de cette interruption , pouvoient
préfenter une fituation théâtrale , augufte ,
intéreffante & d'un très-grand effet. Au
reſte , jamais ouvrage indigne de réuffir n'a
eu un plus mauvais fuccès , & nous croyons
que les détails dans lefquels nous venons
d'entrer , ne peuvent que juftifier la ſévérité
des Spectateurs,
ANNONCES ET NOTICES.
PRONES ou
RÔNES OU Inftructions familières fur les Épttres
& Evangiles de toute l'année, & fur les principales
Fêtes que l'Eglife célèbre ; Ouvrage que l'on peut
regarder comme le développement complet de toutes
DE FRANCE. 143
4
les vérités de la Religion & de la Morale , par feu
M. Cochin , Curé de Saint Jacques du Haut- Pas ,
4 Vol in 12. Prix . 10 liv. 4 fols brochés , &
12 liv . reliés. A Paris , chez Méquignon l'aîné , Libraire
, rue des Cordeliers , vis- à- vis celle Hautefeuille.
Toutes les vérités de la Religion , toutes celles
de la Morale font développées dans ces Prônes avec
une aménité , une onction , une clarté qui attachent
l'eſprit , touchent le coeur & perfuadent le jugement.
On n'y trouve point de ces pompeufes périodes
qui flattent l'imagination en en impofant aux oreilles,
de ces mouvemens inattendus qui étonnent ; ce
n'eft point un torrent impétueux qui renverſe tout..
M. Cochin ne s'eft permis que l'éloquence analogue
au genre de difcours qu'il avoit adopté , & dans
lequel il a peut- être feul complettement réuffi jufqu'à
ce jour. C'eſt un ruiffeau limpide dont l'onde
paifible ne nourrit fur fes bords que ce qu'il leur
fat de fleurs pour les embellir.
ANTIQUITES de Nifmes, vol . in - 4° . orné dé
45 planches gravées en taille -douce , qui repréſentent
fes avenues , fon enceinte , fes aquéducs , fes
bains , fes temples , fes tombeaux , leurs infcriptions ,
fon amphithéâtre, fes ftatues , fes vafes , & c. avec
le Difcours explicatif, où l'on a refondu toutes les
recherches d'Albenas , Graffer, Rulman , Deiron ,
Guiran , Gautier & Ménard ; le tout revu par feu
M. Séguier , Secrétaire Perpétuel de l'Académie de
Nifmes , & approuvé par l'Académie Royale d'Architecture
de Paris ; propofé par Souſcription . A Paris,
chez Michel Lambert , Imprimeur- Libraire , ruc de
la Harpe , & la Veuve Crapart & fils , Libraires
place S. Michel. Prix , 24 liv,, dont moitié en foufcrivant.
144
MERCURE
LA Précaution du Chevalier Efpagnol, peint par
Ph . Wouvermens , gravé d'après le Tableau original
par Piquenot . A Paris , chez l'Auteur , rue des
Carmes , Collège de Prefle . Prix , 4 liv.
Le pendant de cette Eitampe agréable , qui eſt
de 16 pouces fur 12 , & fait fuite à la première Gollection
de ce Maître , gravée par Moirau , paroîtra
dans le courant de Septembre prochain.
POEME à la Mémoire du Prince Maximilien-
Jules-Léopold de Brunswick , par M. Lavillamarais , ▲
Curé de Sainte - Radegonde ; Brochure de onze
pages. A Paris , chez Onfroy , Libraire , quai des
Auguftins.
3.X
TABL E.
A
?
S
démie Françoife , à la Réception
de M. l'Abbé Mo.
relet ,
Mademoiselle Contat , 77 Difcours prononcés à l'Aca-
Réponse à la Question 98
Le Petit Marchand de Laine ,
Conte ,
Charade, Enigme &
gryphe
ΙΘΟ
Logo Comédie Françoife ,
112 Annonces & Nouces,
1.14
136
142
J'AI la
APPROBATION.
ΔΙ , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Mai 1786. Je n'y
aj rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 19 Mai 1936. GJIDL
MERCURE
audiafik anos spp. acist pu ilui ,pada
DE
FRANCE.
Augus
Pro con of anol wanoo g
nyol fut youpifies en
MAI 1786
A SAMEDI
27
PIECES
FUGITIVES
11st 10
vil-E
: 215 23
ENVERS ET EN
PROSEA
STAN CE S. est St
1
PORTE fur un frèle vaiffeau
A travers une mer profonde,
Sous un ciel orageux , nouveau ,
L'avare court au bout du monde;
Mais le jour dont la clarté luit
Sur un agréable rivage ,
Se change en une épaiffe nuit,
Dans la région de l'orage.
Il eft guidé par les éclairs ,
Dont les feux fillonnent la nue ;
Il marche fur les flots ouverts
Offrant leurs gouffres à fa vue.
Environné de mille morts
rt
No 21 , 27 Mai 1786.
* : 88.33 3
1. 22 : 3
MERCURE
Sous un ciel , far l'onde en furie,
Le malheureux gémit alors
Et regrette enfin la patric,
3
Czjeune , cet ardent Guerrier
, nous2
Épris des charmes
de la gloire,
7860
Va dans les champs de la victoire
)
Braver la mort pour un laurier,
Il quitte une mère éplorée
Qu'alarme
ce funefte jour ;
*** D'une jeune époufe adorée
Ilfait gémir le tendre amour.
Mais dans une terre ennemie ,
Affreux théâtre des combats
Déja Mars fouffle fa furie ,
Et des humains arme le bras,
La foudre part , le Héros tombe;
Ses lauriers , funeftes bienfaits ,
Servent à couronner
fa tombe ,
Et font unis à des cyprès.
HEUREUX qui dans un humble afyle
Vit dégagé d'ambition ,
Et qui chérit loin de la ville
Sa ruſtique habitation ;
Qui cherchant d'une fleur éclofe
L'éclat , le calice odorant ,
Pour les lauriers indifférent ,
Préfère de cueillir la rofe
DE FRANCE 147
Qui voit les trésors les plus chers
Sur des bords ornés de verdure ;
Ignorant le courroux des mers ,
S'endort au bruit d'une onde pures
Qui trouve dans fon petit champ,
Ce qui charme l'efpèce humaine ,
Dans un ruiffeau fon océan ,
Et l'Univers dans fon domaine !
2
( Par M. Réquier. )
AIR D'AMPHYTKION ,
72
par M. Grétry.neb ziete
Allegretto.somos
A Vé-nus di-foit Ju - non , dans les
bofquets de Cy-the- re , quelque fois di
tes-vous non au charmant Dieu de la
Gij
148 MERCURE
guerre? eh non, non , non,grande Junon
, dans les bof- quets de Cy there,
nous ne di-fons ja - mais non , nous
ne di fons ja-mais non , nous ne di- -
fons ja- mais non , nous ne di - fons
DE FRANCE. 149
ja- mais non..
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Corfage ; celui
de l'Enigme eft Efcalier ; celui du Logogryphe
eft Bouteille , où l'on trouve Eloi ,
loi , boulet, hole , tube , étoile , billet, oubli ,
vétille , le, tu , toi , ut , Elie.
CHARADE.
ON premier , cher Lecteur , objet de tes mépris ,
Finit toujours par te détruire ;
Mon fecond de mon tout affoiblit bien l'empire ,
Lorfqu'il eft prononcé par deux coeurs bien épris.
(Par M. de S. G. )
G iij
130
MERCURE
CHANÉ NÁIG ME
JEE bbrraavvee fous mon toit le plus fort de l'orage,
Je ne découche pas pour tant que je voyages :
Je vais très-lentement , & dans aucun pays
On ne me voit jamais qu'en mon propre logis ;
Encor faut-il toujours que tout feul je l'habite ;
Même pour me nourrir rien n'entre dans mon gites
Certes , pendant l'hiver difpenſé de ce
foin ,
Je ferme mon manoir , & j'y vis fans befoin,
Mon corps eft compofé de façon fingulière
Sans ailes & fans bras ; ma tête eft fort altière
Toujours comme il me plaît , je dirige mes yeux ;
Bien mieux que ceux de l'homme ils regardent les
cieux !
Je réunis en moi , chofe rare en ce monde !
Le fexe à féconder & celui qui féconde.
(Par M. Périéde Montalric, de Caftres.)
ELIO GO GRYPHE.
2QUATRE lettres forment mon nom 3
Je fuis l'ouvrage d'un reptile ;
Je deviens fans queue un pronom
Et fans tête une volatile.
( Par M. Efmangart de Bournonville. )
DE FRANCE. 1-61
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE DE GRESSET. A Genève , & fe
trouve à Paris , chez, Buiffon , Libraire
hôtel de Mefgrigny , rue des Poitevins
1785.
CET préſenté l'année dernière oge fut
l'Académie d'Amiens , qui en avoit propofé
le fujet , & qui n'a point décerné de prix : il
ne faut pas le confondre avec un autre Ou
vrage de même titre dont plufieurs Journaux
ont fait mention . Trente-quatre pages in- 12 ,
gros caractère , forment le volume de ce Pa
négyrique Littéraire , dont la brièveté n'eſt
pas un avantage indifférent . En effet , pourquoi
des Livres fur des Livres , des differtations
analytiques fur la nature d'un talent.
dont tout le monde jouit fans avoir befoin.
d'étudier la ftérile métaphyfique du goût ?
Pourquoi louer lorfqu'il ne s'agiroit que de
juger , & pourquoi encore louer longuement.
& d'un ton folemnel ce dont perfonne n'a ja
mais contefté le mérite ? Qui pourra croire dans
cent ans qu'on ait fait ferieufement l'Éloge
de Voltaire , d'un Écrivain qui a eu cinq cent
mille Lecteurs, qu'un demi-fiècle entier avoit
apprécié ou célébré , & fur lequel l'opinion
s'étoit épuifée à porter les arrêts ! )
Giv
152
MERCURE
Engénéral, ce font les actions des hommes
ou l'influence de leur génie fur le fort de l'humanité
qui doivent déterminer la voix de la Re
nommée. Sous ce rapport , la gloire d'un Aureur
eft certainement très-fecondaire. Rarement
les âmes fortes , les grands caractères
Le font-ils formés dans le cabinet de la Philofophie
& de la Littérature , où les paffions vigoureufes
s'éteignent , où l'activité de l'efprit
tue celle des fentimens énergiques. Il eft donc
bien peu de Gens-de-Lettres dont la vie puiffe
offrir le fujet d'une Oraifon Funèbre.
Cela eft fur- tout vrai de Greffet en particu--
lier. Ainfi l'Auteur de l'Éloge fe trouvoit renfermé
dans le cadre circonfcrit des talens de
ce Poëte ingénieux. Il en analyfe les principales
OEuvres ; & voici , entre autres , de
quelle manière il caractérife le Poëme de
Veri- vert
" Le fujet de Vert-vert eft dépouillé de la
reffource de la fiction , il eft fans épiſode ,
» & préfenté dans toute fa fimplicité; mais
c'eft cette fimplicité même qui en fait le
prix. Accoutumés aux grands tableaux des
» Arts , où on nous repréfente le combat.
» de nos paffions , où on nous peint la vertu
affligée par l'abandon , où, luttant contre
l'injuftice , nous avons befoin d'être foulagés
de ces émotions violentes par des
» émotions plus douces ; nous avons befoin
23
de voir la vertu heureufe de la jouillance
» d'elle-même ; & nous aimons à confidérer
»» l'innocenceſejouant dans une enfance conDE
FRANCE. 153
tinuée , qui feroit le vrai moyen du bonheur.
» Ces tableaux purs & tranquilles font com-
» me un jour doux qui repofe la vue fati
guée.
"3
Il faut en convenir , c'eft amener les chofes
d'un peu loin , & ne pas les amener clairement.
L'idée même de l'Auteur ne paroîtra
pas jufte. Il n'eft guères croyable que Greffet ,
comme le penfe fon Panégyrifte ,fe foit propofé
de nous émouvoir par l'Odyffée de fon
Perroquet ; & que toutes ces plaifanteries
aujourd'hui furannées , fur les Nones , ces
Vierges pures, qui éteignent fans ceffe leurs
coeurs , tirent leur attrait du befoin de voirla
vertu heureufe de la jouiffance d'elle- même.
Mais tel eft de plus en plus le caractère dominant
de ces amplifications oratoires ; elles
offrent un contrafte entre le fujet & l'expreffion
, toujours emphatique , tendue , & qui
dénature la vérité par des exagérations infou
tenables.
S'il eft permis de le dire , la célébrité de
Greffet devança un peu fes travaux. Le Poëte
Rouffeau écrivoit de lui : c'est un des plus
beaux & des plus heureux génies qui ayent jamais
exifté. De qui parloit Rouffeau à cette épo
que ? De l'Auteur de Vert - vert , du Carême
Impromptu , & de deux autres ingénieuſes bagatelles
. Il nous femble que le Panégyrifte ne
juge pas Vert -Vert avec plus de fang - froid.
Quoiqu'on l'ait appelé Poëme ; quoique des
enthoufiaftes l'ayent comparé au Lutrin , il
n'eft refté, auprès d'une claffe très nombreufe
Gy
154
MERCURE
de Lecteurs , qu'un conte en vers , plein de
naturel & de gaîté , narré avec imagination, &
embelli de ces détails qui font vivre la poéfie.
L'opinion de l'Auteur fur le goût de Greffet
féra moins contredite , elle eft même exprimée
ingénieuſement, Comment Greffer
» fe demande til , at il trouvé le fecret de
plaire à un monde poli & difficile , dont il
≫ ne connoilloit ni les dédains ni la délica
teffe ? C'eft qu'il eft un goût de tous les
fiècles & de toutes les nations , qui appar-
» tient à la belle nature ; il eft un choix de
» mots & d'expreffions qui dépendent des
» idées. Quand la penfee commande , l'expreflion
eft toujours heureufe , elle eſt tou
jours propre , & elle vit fans vieillir avec
la penſée même. Greffet avoit fous les yeux
» les bons modèles de l'antiquité ; il étoit
» entouré d'hommes éclairés dans un Ordre
» Religieux où la faine Littérature étoit particulièrement
cultivée ; enfin Greffet étoit
guidé par l'infpiration de fon talent , & c.»
Dans le temps , Voltaire mit la Chartreufe
fort au- deffus de Vert- vert ; c'est , écrivoit
il, l'Ouvrage de cejeune homme, où ily ale
plus d'expreffions de génie & de beautés neuves.
En effet , fi je ne me trompe , on y voit
combien l'Auteur avoit ptis de forces. Sa
grande facilité , fortifiée par la réflexion , a
répandu dans cette Épître le charme , la grâce ,
la prodigalité poétiques ; tout y eft idée ,"
images ou fentiment. La longueur même des
périodes , formées de phraſes incidentes
33
DE FRANCE. 2831
l'uniformité du rhythme & des tours, concou
rent à exprimer le mol abandon qui carac
rérife la Chartreufe : en lui donnant plus de
précifion & un nombre plus varié , on eût
affoibli peut - être l'expreflion naturelle du
calme dans la retraite retraite où les fages
du monde retrouvent l'objet de leurs defirs
les fages obfcurs leurs jouiffances. Si cependant
cet Ouvrage étoit plus long , on y fentiroit
bien vite le défaut du ftyle abondant ,
& l'abus du talent féduifant & dangereux de
revêtir les mêmes idées de formes & d'expreffions
variées.
2100 !
Le jugement de l'Auteur fur la Chartreuse
eft prefque entièrement contraire à celui
qu'on vient d'expofer ; & tel eft le fort des
Ecrits dont l'efprit , le goût ou le talent même
font le principal mérite , d'élever autant d'opinions
qu'il exifte de Lecteurs , parce que
dans les Beaux-Arts , les hommes ne s'accordent
guères que fur les effets de fenfations
très fortes; parce qu'au- delà , quoi qu'en dife
la cohue des Rhéteurs , tien de plus arbitraire
que les règles du goût.
量
" La morale de la Chartreufe , dit l'Écrivain
que nous analyfons , eft ornée des richeffes
de la poéfie. Les moeurs y
font ca-
" ractériſées & habilement contraftées. Le
» langage eft pur , élégant , & l'expreffion
» toujours pittorefque. Le ftyle a de l'harmonie
, quoique la phrafe nombreufe foit
quelquefois trop longue. Et fi la vérité peut
» tout dire... ..je dirai que le Poëte a été
"
&
Gvj
156 MERCURE
détourné de fa première route , en paffant
» de Vert-vert à la Chartreufe . Il a déjà perdu
» de fa précieufe fimplicité , il femble cher-
» cher les ornemens ; fa Mufe eft plus parée ,
& fon art de plaire a déjà de la coquetterie ,
on y reconnoît l'influence du nouvel air
qu'elle a refpiré : Greffer , décrivant les
incurs de Paris , en avoit éprouvé quelque
→ atteinte. »t
Juftes ou non , ces obfervations n'en font
pas moins fines & agréablement rendues ;
mais ce qui nous paroît encore fupérieur ,
c'eſt le morceau où l'Auteur développe le caractère
général des poéfies fugitives de Greffet.
Dans ce genre , dit-il fort bien , plus que
» dans tous les autres , ce talent eft guidé ,
→ forcé même par les moeurs du fiècle : c'eft
leur peinture qu'on fe propofe ; c'eſt leur
» ton qui doit y régner. Ce ton différencie
en effet les poéfies fugitives des fiècles di-
» vers . Chapelle , plus débauché que délicat ,
a beint un fiècle où les moeurs n'étoient
» pas déguifées ; le langage étoit franc , mais
peu chafte ; une liberté dégénérée en licen
» ce plaçoit la débauche à côté du plaifir.
» Chaulieu parut lorſque la Cour de Louis
→ XIV commençoit à polir nos moeurs ; les
» paffions avoient encore quelque reffort : il
fut infpiré par elles. C'étoit le moment où
la galanterie avoit l'empire ; où la gaieté
Françoife , légère avec grâce , fpirituelle
fans recherche & fans pédanterie , faifoit
éclore les bons-mots & les faillies dans la
32.
22.
DE FRANCE
IST
23
» liberté des repas. On étoit déjà aimable ,
» mais on étoit encore paffionné. Greffer n'a
plus retrouvé ces fources du génie de Chau-
» lieu: il eft venu lorfque la galanterie penchoit
vers fon déclin. Les paffions multipliées
avec la fociété , s'étoient amincies
» comme le métal brillant & ductile étendu
fur des furfaces ; il y avoit moins de liberté
» & plus de conventions dans la fociété ;
*
l'efprit & le goût en étoient une ; & la
» gaieté moins libre commençoit à lui céder
» l'empire. Il retrouve la grâce , la légèreté
» qui font inféparables de notre Nation , &
» la philofophie qui naiffoit pour ſuppléer à
» ce que nous perdions. Ces caractères font
» ceux des poéfies de Greffet. »
&
On ne fait que nommer dans cet Éloge
les principales de ces poéfies ; la plupart en
effet ont le même ton & le même fujet : c'eft
une famille dont il fuffit de connoître les
aînés. Les Ombres , par exemple , qui fuivirent
la Chartreufe , font prefque dépourvues
d'imagination : le fujet en eft aride & trifte
les vers manquent de facilité , quoique cette
Épître en renferme d'extrêmement heureux ,
tels que les fuivans , qu'on nous pardonnera
de rappeler.
Exempts des foucis inutiles,
Dans cet Univers nous vivons
Comme des paffagers tranquilles
Qui , dans la chambre du vaiffeau
Oubliant la terre , l'orage, de
>
1589
MERCURE
Et le reste de l'équipage ,
Tâchent d'égayer le voyage
Dans un plaifir toujours nouveau :
Sans favoir comme va la flotte
Qui vogue avec eux fur les eaux
Ils laident la crainte au Pilote ,
Et la manoeuvre aux Matelots.
40183
Dans chacune de ces petites compofitions,
on diftingue pareillement des paffages bien
faits ; tels font dans l'Épître au P. Bougeant,
les regrets fur la mort de l'Evêque de Luçon,
& les tableaux de la maladie & de la fanté dans
l'Epitre de Greffet fur fa convalefcence, dont
le début eft un peu amphigourique.
Le Panégyrifte a gardé le même filence fur
les Odes de Greffet & fur fa traduction des ..
Églogues ; réserve d'autant plus louable
qu'elle eft infiniment rare , & que l'Éloge en
général reffemble à ces enfans aveugles à qui
l'on apprend à faire la révérence en entrant
dans une compagnie , & qui faluent la cheminée
tout comine la maîtreffe de la maifon.
La carrière dramatique de Greffet offroit
plus de reffources à l'Analyfte de fon talent.
Il paffe rapidement fur la Tragédie d'Édouard
III & fur Sidney , Pièce plus trifte que touchante
, foiblement intriguée , mais qui fe
foutient à la lecture par l'élégance noble du
ftyle. Ce talent du ftyle a éternifé la réputation
du Méchant , fur lequel l'Auteur de
l'Eloge s'eft fort étendu. Cette Comédle a été
DE FRANCE. 159
fi fouvent jugée , qu'on ne doit pas s'attendre
à trouver ici beaucoup d'obſervations nouvelles
; quelquefois même on n'y répond pas
heureufement aux objections. « Ona
dit Cerque
» le Méchant n'étoit qu'un tracaffier; ce n'eft
»
ne
» pas fa faute
fi la plupart
de fes intrigues
font que des tracafferies
. Là , les caractères
» de la Nature
s'effacent
à la longue
........
" Le vice même y perd fon énergie , & le
genre
humain
auroit gagné au changement
,
» i les atrocités
plus rares n'étoient
plus que Primes
compenſées
par la multiplicité
fubalternes
. »
"
"
"
a
Des crimes , dirons - nous contre le fens de
l'Auteur , que le fréquent ufage & l'impu
nité ont rendus , en effet , extrêmement com
muns , mais fans les rendre moins affreux .
Le Méchant un tracaffier! Non-feulement il
tracaffe ; il ment , il trompe , il calomnie
c'eft la noirceur les armes à la main. Er que
vouloit-on de plus , un empoifonneur ou un
parricide ? Le fragment que je viens de citer ,
& l'opinion générale de la pluralité des Auteurs
qui ont jugé cette Comédie , juftifient
complettement ce qu'avança J. J. Rouffeau ,
qu'on avoit trouvé Cléon un hommefort or
dinaire.
L'Auteur de l'Éloge peint plus heureufement
le ſtyle & le fecret du fuccès du ftyle
de cette Comédie ; ce qu'il ajoute enfuite du
caractère perfonnel de Greffet, honore la mémoire
de ce Poëte & le jugement de fon Pa
négyrifte. Celui- ci a la fagelfe d'applaudirà
1
ن ا
160 MERCURE
la retraité où Greffet alla cacher fa réputa
tion , conferver fon repos , recouvrer fon indépendance
; étranger à toutes les folles prétentions
, aux inquiétudes de la vanité Littéraire
, aux petiteffes tracaffières des fectes &
des partis. Ce petit Ouvrage eft d'ailleurs écrit
en général avec affez de fimplicité ; point de
bourfouflure oratoire , & très - peu d'entortillage
recherché. En un mot , l'Auteur nous
femble s'être très-bien jugé en difant : « J'ai
» loué Greffet , mais avec juftice & fans exa-
" gération. Je me fuis propofé d'obſerver à-
» la-fois & ce qui caractériſe fon talent & ce
» qui lui manque. »
Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
L'ONCLE & les Tantes , Comédie en trois.
Actes , en vers , par M. le M.... de la S....
A Paris , chez Valleyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire, rue de la Vieille Bouclerie, & chez
Brunet , Libraire , place de la Comédie
Italienne.
CETTE Comédie , comme on l'apprend par
la Préface , parut d'abord fur le Théâtre Italien
, en deux Actes , en profe , & fous le
titre de Chacun a fa Folie. La repréſentation .
en ayant été fufpendue trop long - temps au
gré de l'Auteur , il a repris fon Ouvrage, l'a
mis en trois Actes & en vers ; & fous le titre
de l'Oncle & les Tantes , il a donné ſa Pièce
au Théâtre François, où , après avoir été affez
applaudie le premier jour , elle a fini par
DE FRANCE. 161
n'avoir qu'un fuccès médiocre . Tâchons d'en
trouver les raifons , en conciliant ce qu'on doit
à la vérité , avec les égards que mérite l'Auteur
de l'eftimable Comédie de l'Officieux.
Le fujet de l'Oncle & les deux Tantes , eft
une jeune perfonne dont le mariage dépend
du confentement unanime de trois Tuteurs ,
qui font totalement oppofés entre- eux par
leurs caractères . Un amant aimé ſe préſenté ,
& pour obtenir la main de la jeune perfonne ,
il fe transforme au gré des trois Tuteurs ,
prénd leurs goûts , leurs fentimens en apparence
, & parvient à fe faire agréer par chacun
des trois en particulier. Il eft auprès d'eux
tour-à-tour Baron , Comte & Marquis , avec
des noms de terres qui lui appartiennent réellement
; ce qui au moins , dans chacun des
rôles qu'il joue , lui donne un menfonge de
moins à dire.
De-là on fent qu'il a befoin de ne voir qu'un
à un les trois perfonnes qu'il veut gagner.
Avant d'examiner le parti que l'Auteur a
tiré de cette Fable , voyons fi l'on a eu raiſon
d'y voir plufieurs reffemblances que l'Auteur
s'efforce de détruire dans fa Préface.
M. le M. de L. S. prétend que fa Comédie
nereffemblepoint aux Tuteurs de M. Paliffot,
parce que les caractères des Tuteurs ne fe
reffemblent nullement dans les deux Pièces.
Mais ce n'eſt point par les caractères qu'on a
prétendu que les deux Ouvrages fe reffembloient
; c'eft par le fujet & par l'intrigue. Il
n'en eft pas moins vrai que dans la Comédie
1624 MERCURE
de M. Paliffot , ce font trois Tuteurs d'une.
jeune perfonne qui ne peut fe marier fans
leurs confentemens réunis ; que l'oppofition
de leurs caractères rend cette réunion très- ,
difficile ; & que l'amant de la jeune perfonne,
pour les gagner tous trois, prend fucceffivement
& en particulier le caractère ou la ma
nie de chacun , & les fubjugue tous en feignant
de leur reffembler. Or , tout cela fe
trouve , & dans les Tuteurs & dans l'Oncle &
les Tantes. Après cela , qu'au -lieu de trois
hommes ce foient un homme & deux femmes
; qu'on leur donne la manie des antiques
, des curiofités étrangères , des voyages,
ou celle des jardins Anglois , des vieilles mo
des , des anciens ufages ; qu'on les appelle de
tel nom ou de tel autre ; que celui qui les
trompe ait un coftume Arménien ou un habit
à la Françoife ; toutes ces diffemblances acceffoires
ne feront jamais difparoître la ref
femblance du fonds.
Paffons à une courte analyſe de l'Oncle &
les Tantes. Le premier Acte renferme l'expofition
du fujet & le portrait des Tuteurs ,
qui font le Baron , la Comteffe & la Préfidente.
Le Baron a la manie des jardins Anglois
, la Comteffe celle des folies du jour ;
& la Préfidente n'aime que ce qui tient aux
fiècles paffés. Le Marquis de Florville , amant
d'Henriette , paroît avec la Préfidente , qui
exige de lui qu'il faffe fon Droit pour prendre
la robe.
La Comteffe , le projet qu'elle a de faire
DE FRANCE. 1631
Jouer le foir la Comédie , & les préparatifs
qu'on fait pour cela , dominent dans le fe
cond Acte. D'abord on place le Théâtre dans
la ferre chaude , en délogeant toute l'orangerie
; mais le Baron courroucé le fait abattre ,
auffitôt. On le tranfporte dans la galeries
mais la Préfidente , furieufe de cette irrévé
rence envers les portraits de fes ancêtres ,
dont la galerie eft décorée , quitte la Scène
pour aller faire ceffer ce fcandale.
•
Au troisième Acte , Pafquin eft occupé à
faire dreffer le Théâtre dans un bosquet au
fond de la Scène. Arrive alors un Notaire ,
M. de Bonne-foi, nommé aulli Tuteur oné
raire par le teftament du père d'Henriette.
Comme il eft dans les intérêts du Marquis ,
il vient confeiller aux trois Tuteurs qui ne
s'accordent point fur le mariage d'Henriette
d'approuver le choix qu'elle fera elle-même.
Ayant perfuadé à chacun des trois en
particulier que le goût d'Henriette eft conforme
à fes vues , tous adoptent cet avis ;
Henriette , comme de raifon , choifit le Mar
quis , & tout le monde figne le contrat fans
le lire .
Il y a bien dans le cours de l'action dest
Scènes où le Marquis fait fuccellivement fa
cour à l'oncle & aux deux tantes ; mais l'Auteur
s'eft fur-tout , & trop exclufivement occupé
du développement des trois caractères ;
on n'entend prefque parler que de jardins
Anglois , de vieilles moeurs & de modes nouvelles.
Or , voilà ce que nous regardons
164 MERCURĚT
comme le vice de cette Comédie ; & c'eft à
ce vice-là qu'on doit attribuer fon peu d'effet
au Théâtre. L'action paroît être moins le
mariage d'Henriette , que la peinture de l'oncle
& des tantes ; il eft queftion à tout mo
ment de la Comédie qu'on joue le foir ; c'eft
le Théâtre qu'on place & déplace à chaque
inftant , tantôt dans Lorangerie , tantôt dans
la galerie , & tantôt dans le bofquet . Quant
au mariage , on n'en parle guères , ou du
moins on ne s'en occupe qu'à la troiſième
Scène du dernier Acte .
Delà il s'enfuit que le Marquis n'agit pas
affez , quoiqu'en paroiffant fur la Scène , il ait
excité l'attention des Spectateurs , par les trois
rôles qu'il fe charge de jouer . Ce défaut ne
fe trouve point dans la Comédie des Tuteurs.
L'Auteur y a bien développé les caractères
des trois perfonnages ; mais c'eſt fur - tout des
tentatives de l'amant qu'il a occupé les Spectateurs.
Et ( cette réflexion fera fentie par
ceux qui ont médité fur l'Art Dramatique )
obfervons que ces développemens fe font devant
Damis , & par Damis , qui eft le perfonnage
effentiel à l'action ; au lieu que dans
Oncle & les Tantes , le Marquis , qui joue le
même rôle que Damis , eft prefque étranger
aux incidens qui développent les trois caractères
de la Pièce. Il y a plus , ce n'eſt pas lui
qui fait le dénouement ; c'eft un Notaire qui
arrive exprès au troifième Acte , pour donner
fon avis aux Tuteurs d'Henriette , dreffer le
contrat & le faire figner.
DE FRANCE. 165
Nous aurions defiré auffi que lorſqu'on a
fait confentir les trois Tuteurs à s'en rappor
ter à Henriette , chacun d'eux , malgré ce
qu'on lui a dit , parût s'inquiéter davantage
du choix qu'elle fera . Pour rendre au moins
leur fécurité plus vraiſemblable , peut - être
Henriette auroit- elle pu concourir & aider au
ftratagême de fon amant , en déclarant à
chacun de fes Tuteurs en particulier qu'elle
aime ou le Baron , ou le Comte , ou le Marquis.
Elle n'eût rien hafardé par cet aveu ,
puifqu'elle ne peut choifir l'un des trois fans
choifir fon amant, Et fi on lui faifoit quelque
reproche pour cette fuperchérie , elle pourroit
répondre ce qu'elle dit en effet à la Préfidente
, qui la blâme d'avoir employé la rufe :
Elle devient permife ,
}
".
Ma tante , quand il faut affurer fon bonheur.
Nous avons mieux aimé nous borner à ces
réflexions générales , que de nous traîner fur
les détails. Nous en aurions pu trouver fans
doute qui auroient donné lieu à d'autres critiques
; mais il en eft auffi ( & c'eſt avec plaifir
que nous l'attefterons ) qui rachettent bien
des défauts par des beautés réelles & un véritable
talent. Quoique nous ayons dit que M.
de la S..... s'eft trop occupé de mettre en jeu
fes caracteres , cela n'empêche pas qu'il ne
l'ait fait fouvent d'une manière très -dramatique.
Il y a des Scènes comiques & bien filées.
On trouve des détails plaifans dans la Scène
où la Préſidente veut que le Marquis étudie
166 MERCURE
en Droit. La smanière dont celui -ci annonce
à Henriette le ſtratagême qu'il emploie pour
l'obtenir , eft du ton de la bonne Comédie.
Henriette le plaint des inftances que lui fait
l'une de fes tantes en faveur d'un Marquis de
Brillancour. ( C'eſt le Marquis lui-même qui
a pris ce nom-là. ) .., ..
Mon oncle vous chérit ; mais ſa ſoeur la Comteſſe
Pour certain Brillancour me tourmente fans ceffe ;.
Il cft Comte , dit- elle , aimable , & fait pour moi.
LE MAR Q U I S ,
LK MAR
2004
Je le connois , il eft digne de votre foi.
·Tendre , quoique léger , fon ardeur eft extrême;
· On n'en dit point affez , quand on dit qu'il vous aime.
Il n'exifte , n'agit & ne vit que pour vous.
Y
HENRIETT 1 , (ſurpriſe. )
H
Voudriez-vous , Monfieur, qu'il devint mon époux ?
LE MARQUIS.
Que fon deftin alors feroit digne d'envie !
Comment ?
HENRIETTL
LE MARQ
De fon bonheur j'aurois l'âme ravic.
Ingrat ! .... Et vous ofiez me vanter votre amour!
COLE MARQUIS.
Si vous faviez combien j'aime ce Brillancour! .....
DE FRANCE. 167
Moins que vous cependant , mais autant que moi-
A
même :
Le voir heureux , feroit pour moi le bien ſuprême;
Mon âme....
wp
HENRIETTE , ( piquée. )
Je le vois , vous êtes bon ami ! ...
Adieu : je ne veux point être aimée à demi.... CA
Livrez-vous au tranſport d'une amitié ſi tendre; qu
Mais à me voir jamais il ne faut plus prétendre s
Brillancour vous eft cher : c'en eſt aſſez pour moi ;
Ni lui , ni vous , jamais ne recevrez ma foi.
Viens, Marton.
LE MARQUI
3
Ce dépit a pour moi mille charmes
Mais je vais d'un feul mot diffiper vos alarmes.
Apprenez .....
HENRIITTL
Non, Monfieur , je n'écoute plus rien.
LI MAX
Drillancour.....
*
I 6.
HENRI LYTE
Votre ami ne fera pas le mien.
3)
pèretinal De grâce.... Brillancour eſt le nom d'une terre
Que j'ai toujours porté tant qu'a vécu mon père,
HENA
ETTE, ( avecjoie )
Qu'entends-je ?
168 MERCURE
LE MARQUIS.
Sous ce nom , chez votre tante admis , &c.
C'eft avec la même gaîté que le Marquis
parle à Henriette du grave rôle qu'il joue auprès
de la Préfidente.
La Scène où le Marquis eft furpris par
celle - ci , tandis qu'il répète un rôle avec
Henriette , eft encore agréable & d'un boncomique
; mais elle fe termine d'une manière
qu'on ne comprend pas ; la Préfedente
qui arrive fans être apperçue , eſt témoin
d'une fin de Scène où le Marquis & Henriette
doivent s'attendrir.
LE MARQUIS
, ( déclamant . )
Qu'ai-je entendu , grands Dieux ! mon bonheur eſt
Ah ! Lucile !
extrême.
HENRIETTE.
F
Ah ! Damis !
LE MARQUIS .
Vous m'aimez ?
Je vous aime.
HENRIETT 1.
A ces mots , la Préfidente fcandalifée s'indigne
, s'emporte , & les deux amans ont de
la peine à lui faire entendre que c'eft une
Scène de Comédie qu'ils répètent. Mais
dans ce vers entendu par la Presidente , il y
2
DE FRANCE. 169
a cette double exclamation : Ah Lucile ! ah
Damis ! comment peut- elle donc ſe méprendre
: Elle fait bien que fa nièce ne s'appelle
pas Lucile , ni le Marquis Damis ; au moins
devroit- elle demander ce que veut dire tout
cela.
Il nous femble étonnant que cette réflexion
n'ait pas été faite par M. de la S....
lui-même.
Lorfqu'on vient annoncer au Baron quefa
foeur a verfé contre fon parc , fur des halliers ,
&c. il eft tout auffi plaifant & plus vrai de
l'entendre ne fe récrier que fur le dégât qu'on
peut avoir fait:
Mon rofier du Bréfil ! .... mes églantiers du Nord ! ....
Enfin il y a des traits , des vers plaifans ou
comiques , tels que ceux- ci : c'eft le Baron qui
fe plaint encore de l'aventure de la Préfidente ;
Avec fon ton pédant , la trifte Préfidente ,
Qui ne fait rien de rien , & fe croit fort prudente ,
A voulu me charger des torts de fon cocher ;
Je devrois , difoit elle , arracher mon rocher ,
Élargir mon chemin , combler mon précipice ....
Le plus beau point du parc ! .. Enfin , dans fon caprice,
Elle vous foutiendra que c'eft offenfer Dieu
Que de faire venir des fleurs d'un autre lieu ;
Que l'arbre qu'au Japon a mis la Providence ,
Ne fauroit fans péché donner de l'ombre en France ;
C'est un entêtement ! & c,
La Comteffe , en parlant du Théâtre qu'elle
No. 21 , 27 Mai 1786 .
Η
170 MERCURE
vient de faire placer à la fantailie , dit au
Marquis :
Ce font des citronniers qui forment les couliffes,
Et pour foyer j'ai pris la ferre chaude, qu) a ) 197
Quoiqu'il y ait dans cette Pièce des vers
bien faits , même des tirades , le ftyle en eft
fouvent terne & négligé . Enfin difons , en
nous réfumant en deux mots , qu'il y a du
mérite , un talent réel dans cet Ouvrage ;
qu'il ne fauroit nuire à la réputation de fon
Auteur ; mais qu'il eft bien au-deffous de
P'Officieux.
( Cet Article eft de M. Imbert.) non
ENTRETIEN Socratique fur la véracité &
ta fidélité à remplir fes engagemens ; Ouvrage
traduit de l'Anglois de M. Percival.
Rem tibi Socratica poterunt oftendere charta.
-541056) • Quò virtus , quò ferat error. HOR
A Paris , chez Lottin de Saint-Germain
rue S. André- des - Arcs , 1786.
On fait le mot d'un Ambaffadeur François
à la Porte ; Louis XIV, auquel il donnoit
une grande idée du pouvoir fans bornes du
Sultan fur la vie & les biens de fes fujets
ou plutôt de fes efclaves , s'écria : voilà ce
qui s'appelle être Roi. Sire , ajouta froidement
l'Ambaffadeur , j'en ai vú étrangler
deux & dépofer quatre. Ce trait , rapporté
dans la préface de l'Auteur Anglois du petit
DE FRANCE. 171
*
livre que nous anno hous annonçons , refte le même
quant à la moralité , mais il eſt un peu défiguré
par les ornemens qu'on a voulu y ajou
ter. On fuppofe que Louis XIV étoit alors
enfant , & que le vieux Comte de Grammont
( qui étoit jeune lorfque Louis XIV étoit
enfant , puifqu'il étoit né vers l'an 1621 ,
& Louis XIV en 1638 ) fut celui qui dit
le mot , auquel on fuppofe que le Duc de
Montaulier
, ( à qui on donne rang & cara
tère à la Cour des l'enfance de Louis XIV)
applaudit beaucoup . Tout cela n'eft pas d'u
Auteur bien inftruit des circonftances du
trait qu'il rapporte . O }
M. Percival , qui eft un Médecin , demeurant
à Manchefter , fuit fa Préface Préface par
ce paffage de Pline : occupati fumus officiis
fubfecivifque horis ifta comm. Le temps
eft long pour qui n'en veut pas perdre.
Le Traducteur , dans une Préface particu
lière , le loue d'employer ainfi fes momens
de loifir à cultiver les Lettres . » Ce délaffe-
» ment, le plus noble de tous , a été celui
» des plus grands Magiftrats , tels que les
l'Hôpital , les de Thou , les Lamoignon
les Montefquieu , les d'Agueffeau ; c'eft
parmi nos contemporains celui de Frédéric
II & de Franklin , c'étoit parmi les Anciens
, celui de Cefar & de Cicéron . Le Bareau
François peut auffi fe glorifier d'avoir
produit plufieurs Avocats , qui , en fe ren
dant utiles au public , & en fe diftinguant
dans leur profeflion , ont cultivé les Lettres
Hi
172 MERCURE
avec fuccès : le Traducteur nomme MM
Patru , Linguet , Target , Mey , Houard &
Camus . De toutes les occupations litté
raires , ajoute-t- il , l'une des plus conve
nables à un homme qui a un état qu'il
eft jaloux de bien remplir , eft la traduction
; le Traducteur n'ayant point autant
de recherches & d'efforts à faire que
l'Auteur original , peut prendre & quitter
» quand il lui plaît fon travail... Il ne fait
» qu'en emprunter de nouvelles forces , &
'y trouver un délaffement. »
Le Traducteur propoſe aux Amateurs des
Lettres deux grands ouvrages ; l'un feroit
la traduction des Loix de tous les Pays ;
d'où réſulteroient des connoiffances capables
d'influer fur la perfection des Gouvernemens
, & fur le bonheur de l'eſpèce humaine;
l'autre feroit la traduction des dif
férens Dictionnaires Biographiques étrangers
, qui completteroit l'Hiftoiredes hommes
illuftres en tout genre. Il propofe encore ,
pour faciliter l'étude des langues , de réunir
à Paris des Couvents de Religieux de chaque
Nation , comme nous y avons des Bénédictins
Anglois. On envoyeroit dans chaque
Pays des Religieux François , inftruits & laborieux
, pour lefquels nous en recevrions.
en échange un pareil nombre . De- là une
circulation facile & rapide de connoiffances :
nous ignorons fi ces idées feront adoptées ,
mais à- coup für elles ne peuvent le préſenter
qu'à un véritable ami des Lettres , à un
DE FRANCE. 173
très-bon efprit , & à un excellent Citoyen.
L'entretien Socratique eft dans le genre
dont les offices de Cicéron font un fi bon
modèle. La théorie de la morale eſt à - peuprès
la même chez tous les hommes ; auffi
tout le monde s'accordera aifément avec
F'Auteur fur les principes qu'il établit , fut
les exceptions qu'il admet , fur les jugemens
qu'il porte de diverfes actions dont le récit
interrompt la continuité des préceptes , &
répand de la variété fur l'ouvrage . Nous lui
favons gré en particulier de finir par ne pas
approuver l'action , d'ailleurs admirable , de
l'efclave Nègre , qui s'accufe injuſtement
d'un crime commis par fon maître , fournit
des preuves contre lui-même , fe laiffe condamner
& exécuter , quoiqu'innocent.
Les réflexions de l'Auteur fur ce trait fort
exalté dans l'Hiftoire des Établiffemens Européens
, nous paroiffent de la plus grande fageffe
: » on refte , dit- il , pendant quelque-
" temps fans défapprouver ce menfonge ,
» parce qu'on fe livre d'abord à l'admiration
qu'infpirent l'affection , la reconnoiffance
, la générofité , la grandeur d'ame
déployées par le Nègre ; on gémit fur la
» mort d'un pareil héros. » Mais tout bien
examiné , l'Auteur conclud qu'il importe à
la fûreté publique , que le châtiment tombe
fur les coupables ; il confidère que l'innocent
, l'homme vertueux qui périt , ne commettroit
point de crimes , au - lieu que le
coupable , qu'il fauve , eft capable d'en
Hiij
174 MERACHUREG
commettre d'autres ; que ce feroit en-
» courager le vice que de fouffrir qu'une
perfonnne innocente , peut - être fatiguée
de la vie , ou pouffée par des idées trop .
exaltées de l'honneur , de l'amitié ou de
l'amour , pût, fe dévouer aux tourmens
» pour un autre homine qui feroit coupable.
uiven. Jis nabaring mog
des
On obferve ici que la fidélité à remplir fes
engagemens , eft une qualité qui fe trouve
quelquefois chez des hommes , d'ailleurs , dépravés.
Après la bataille de Culloden , en
1745 con promit trente mille livres de récompenfe
à celui qui découvriroit ou livreroit
le Prince Édouard : il étoit caché chez
es voleurs de profeflion , nommés les Kennedies
, qui volerent pour le foutenir , &
allèrent fouvent déguifés à Invernes pour
Jui acheter des provifions. Long- temps après
un de ces Kennedies qui avoit réfifté à la
tentation de gagner trente mille livres , fut
pendu pour avoir volé une vache de la
valeur de trente fchellins.
y
On pouvoit citer encore l'exemple du
voleur , à qui Marguerite d'Anjou , femme
de Henri VI , après la perte de la bataille
d'Hexham , remet le Prince de Galles fon
fils , & qui favorife leur évafion fans efpoir
de falaire , tandis qu'en les livrant il
saffuroit une fortune, bono
L'Auteur montre combien l'amour du paradoxe
, l'art des fophiftes , & l'habitude de
la difpute , peuvent [ rendre indifférent fur
1
DE FRAINI CAE. 175
la vérité , ou même engager dans l'erreur.
Il cite à ce fujet l'exemple du célèbre Rouffeau
, dans fon fophifme fur le prétendu
danger des Sciences ; il foutint cette propofition
, dit l'Auteur , vraisemblablement parce
equ'elle lui fourniffoit une occafion plus favorable
de déployer fon génie & fon talent.
pour perfuader ....» Il devint enfuite la dupe
defa propre rhétorique , & adopta
comme Philofophe les maximes qu'il avoit
foutenues comme Orateur : ce fut à compter
de cette époque que fa réputation ,
fes paradoxes & fes infortunes commen-
#cerent. Il combattoit les idées les plus
1
généralement reçues , avec tout le zèle
» d'un réformateur ; & fes écrits éprouvèrent
le fort d'une bulle d'eau qui brille ,
s'étend & s'évanouit au foleil ; ils furent
éblouiffans , vides de fens , & promptement
oubliés.
L'Auteur en dit beaucoup trop ; les écrits
de Rouffeau , pleins , à la vérité , de paradoxes
, & peut-être d'erreurs , ne font rien
moins que vides de fens , & ne font ni ne
feront oubliés , mais il eft plaifant , & peutêtre
eft-t- il vrai de dire qu'il a été lui - même
la dupe de fes raifonnemens éloquens en
faveur d'une opinion qui n'étoit pas la
fienne , lorfqu'il avoit commencé à la défendre.
On prétend , en effet , qu'il fe propofoit
d'abord de fuivre l'opinion contraire ,
l'opinion commune , & qu'un homme de
lettres , qui n'aimoit pas moins que lui le
HV
76 MERCUREparadoxe
, lui dit , 'allez- vous faire: vous
traîner fur les traces du vulgaire , dire ce
que tout le monde a dit & dira ? On ne
vous lira point ; le public s'endort fur ces
vérités éternelles & univerfelles, c'eſt par
des paradoxes bien étranges , bien abfurdes
qu'on excite fon attention ; on le révolte ,
mais on le réveille , on l'amufe , & on finit
par l'entrainer , ou du moins par le partager ;
on fait fecte, & on eft célèbre. Il fuivit ,
dit on , ce confeil , & il s'en trouva bien.
L'Auteur dit que le fameux M. Boyle
avoit un fi profond refpect pour la Divinité
, qu'il ne prononçoit jamais le nom de
Dieu fans faire une paufe dans fon difcours.
M. de Voltaire dit à-peu- près la même choſe
du Docteur Clarke , & il ajoute que Clarke
lui dit que c'étoit de Newton qu'il tenoit
cet ufage.
CHANSONS nouvelles de M. de Piis ,
Ecuyer , Secrétaire- Interprète de Mgr.
Comte d'Artois ; dédiées à Mgr. Comte
d'Artois. A Paris , de l'Imprimerie de P.
D. Pierres , & fe trouvent à Paris , chez la
Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques ;
Brunet , rue de Marivaux ; Hardouin , au
Palais Royal Bailly , rue S. Honoré , &
Lejay , rue Neuve des Petits - Champs ; à
Bordeaux , chez les Frères Labottière.
5
L'AUTEUR de tant d'Opéra - Comiques
qui ont raffemblé tant de Spectateurs au
DE FRANCE. 177
y
Théâtre Italien , doit avoir du talent pour le
vaudeville ; & un pareil Recueil doit trouver
une prévention favorable dans le Public. Il
a de la gaieté , de l'efprit & de l'originalité
dans le Numéro que nous annonçons ; mais
on a reproché à l'Auteur trop de penchant à
la bizarrerie , fouvent plus de piquant que
de naturel , & quelquefois trop peu de refpect
pour la langue.
Plufieurs des Chanfons renfermées dans ce
Cahier feront chantées , & même lues avec
plaifir. Nous allons citer , pour en donner
feulement une idée , un morceau de la première
, qui eft intitulée : Romance Allegorique.
C'eft le Poëte qui parle de lui- même ;
PRENANT alors une mufette ,
J'ofai chanter à demi-voix ;;
Un peu plus loin que ma retraite ,
Zéphyr la portoit quelquefois.
PARCE qu'un Prince & des Bergères
Daignoient fourire à mes chanſons ,
Les méchaus m'ont lancé des pierres ,
Cachés derrière les buiffons.
Ils ont planté maint arbre fombre
Tout à l'entour de mon jardin ;
Ils favoient qu'une fois à l'ombre.
On ne chante plus fi matin.
J'AIMAI Cloris , Églé , Lucile ,
De l'amour le plus éperdu ;
Hy
178 EM FRACTURES
ફ
Que lais-je enfia? J'en aimai mille
196
Pas une ne me l'a rendu,
2 a
Er j'ai fans fin verfé des larmes
Pourobtenir quelque pitié ;
Fai de l'amour brifé les armes ;
Favois compté fur l'amitié.
buch
NE 91190 DO BY A
HANS un recoin de ma chaumière
DE ROVOVIS
Logeoient Mopfa , Nice & Lycaseophyl sty
auch Fuis en mordant futleur manières max
lop Ainfi font les oifeaux ingrats, ali sndozott 90
ausi 2 Mormând sb ceny xus libnoqda
nsqsɑnj'ai repris de douces chaînesis trembling
ruolaQue jo baiſe le long du jour ; ngorbiis nat
En me difant , peines pour peines,
J'aimé mieux les peines d'amour.
&
al B
p
zulq dove e insiĘ ONE TIMOTEOG „ZESNA
Rio DANS ée récit je n'ai pu feindre
M
lobuk sb
Q Vous pouvez tous le révéler. 30905]
vol
Bergers , c'eft à vous de me plaindres
Life à toi de me cont &coi de me confoler .
Ily a de la grâce & de la délicateffe dans
ces couplets. Au refte , l'édition de ce Numéro
eft d'une très- belle exécution pour le papier,
Fimpreffion , & la gravure dont s'eft chargé
Gaucherung ke
DEFRANÇAE. #79
im ismis a'l failuo oj-alil quO)
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
dupar
le
IL y a eu cette année vingt-quatre Opéras
envoyés au Concours des Prix fondés
Roi en 1784 , pour l'encouragement du Théâtre
Lyrique. Les Académiciens nommés pour
l'examen des Ouvrages, ont déclaré qué dans
ce nombre ils n'en avoient trouvé aucun qui
répondit aux vues de l'inſtitution , & leur
parût mériterum des Prix. Ils en ont tependant
diftingué trois qui annoncent dutalent
& la connoiffance du Théâtre Lyrique , &
qui étant corrigés & perfectionnés par leurs
Auteurs , pourroient être préfentés avec plus
de fuccès au prochain Concours. Ces trois
Poëmes font Orefte jugé par le Peuples Médée
,& Hipfipile.
EX
Prix
On propoſe les mêmes Prix pour l'année
prochaine , c'est-à- dire , une Medaille de la
valeur de 1 5oo live pour la meilleure Tragédie
Lyrique ; une autre de la valeur de sooliv.
pour la Tragédie qui obtiendra le fecond rang ;
& une troisième de 600 liv, pour le meilleur
Opéra-Ballet , Paftorale ou Comédie Lyriqué.
Les Poëmes deftinés au Concours , doivent
être remis avant le premier Février 1787 , à
M. Suard , de l'Académie Françoife , Secrétaire
du Comité des Examinateurs. Les Au-
Hvj
180 MERCURE
teurs ne fe feront point connoître , & mettront
feulement leur nom avec une devife
dans un papier cacheté. ·
On croit devoir prevenir encore les Gens
de Lettres qui fe propofent de concourir, que
l'objet de l'Adminiftration dans l'inftitution.
de ces Prix , étant d'encourager les Écrivains
d'un talent diftingué àfe livrer à la compofition
des Poëmes Lyriques , l'invention dans le
plan & dans la conduite , l'élégance & la correction
du ftyle font deux mérites indifpenfa
bles , fans lefquels aucun Ouvrage ne peut
prétendre au Prix. Ainfi un Poëme dont le
fujet & la conduite feroient visiblement imités
d'un Ouvrage Dramatique déjà mis au
Théâtre , feroit rejeté fans aucun examen ; &
celui qui réuniroit à la forme Lyrique un
dialogue ingénieux & vrai , & une poéfie élégante
& harmonieufe , obtiendroit la préférence
fur le Poëme qui , par fa coupe & par
l'intérêt même de l'action, feroit fufceptible de
produire de plus grands effets dramatiques &
de plus grandes beautés muficales , fi le ſtyle
en étoit incorrect ou commun.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi 13 Mai , on a repréſenté , pour
la première fois , le Portrait , ou le Danger
de tout dire , Comédie en un Acte & en
vers.
Une femme qui préparoit à fon époux une › i
DE FRANCE. 187
furpriſe agréable , eft trahie par un indiſcret
qu'elle a mis dans fa confidence. Le mari fe
-livre aux foupçons , à la jalouſie , à la colère :
tous fes tranfports s'évanouiffent à la vue
d'un enfant qui tient en fes mains le portrait
& qui récite un compliment , dont le fond
explique le myſtère & fes cauſes. L'indifcret
auteur des chagrins momentanés du mari &
de la femme , eft banni de la maifon : le
calme & l'amour renaiffent entre les deux
époux.
Nous ferions tentés de croire que cet Ouvrage
n'a été repréfenté à la Comédie Françoife
qu'après l'avoir été fur un Théâtre particulier
; car la leçon qu'il renferme nous
femble plus directe que générale. Son fecond
titre eft ambitieux & même forcé . Le Danger
de tout dire n'eft pas applicable à un bavardage
indifcret , nous pourrions même dire , domef
tique ; il ne conviendroit qu'à un caractère d'ins
difcrétion développé avec quelque étendue.
Au refte, c'eft une bagatelle qu'il ne faut pas
juger avec févérité , & nous nous abftiendrons
de relever quelques défauts de l'action . On y
remarque des idées heureuſes & des détails
bien faits. Le ton général de l'Ouvrage eft peutêtre
trop élevé . Horace a dit :
Interdùm tamen & vocem comoedia tollit ,
Iratufque Chremes tumido dilitigat ore .
Mais ce principe n'a de rapport qu'avec les
fujets d'une certaine importance . La Pièce eft
fort bien jouée , fur- tout par M. Molé , dont
I MERCUREC
le talenti a donné beaucoup de valeur aux
mouvemens de jaloufie , de colère & de fen
fibilité qui mettent en action le perfonnage
du mari, summohandle arantija hid be) satbest
far Vestrniška silberoz ateb yoù si auc)
zusb seniori 379 & sla'up, alisa sicboonɛi
COMÉDIE ITALIENNE.A
LE Lundi 15 , on a donné , pour la pres
mière fois , Nina , ou la Folle par amours
Comédie en un Acte & en profe , mêlée d'a
rientes inqab rangée la A allavcon
Nina aimoit Germeuil, mais fon père , qui
luis deftinoit un autre époux , a refuférdé
Lamirà fon amant. Germeuil s'eft battu don
tre fon rival : on a fair courir le bruit de
La morty & Nina eft devenue folle . Sa fo
lie eft d'attendre fans ceffe le retour de fon
bien aimé à l'endroit où elle a reçu la fauffe
nouvellende fon trépas. Elle méconnoît
tout ce qui l'approche fon père même
n'eſt pluserà les yeux qu'un étranger dont
elle ne craint point de déchirer l'âme en l'entretenant
de fa douleur. Enfin Germeuil reparoît
fans être reconnu par fa maîtreffe ; mais
fes difcours , fes careffes, & fur- tout un bar
fer, rendent à Nina fa raifon , & lajoie rentre
dans tous les coeurs.
Une femme devenue folle par amour n'eft
pas un perfonnage neuf au Théâtre. Clément
rine & Déformes , Drame en cinq Actes , par
M. Monvel , a dû une partie de fon fuccès au
développement plein d'intérêt des tendres &
DE FRANCE. 1831
douloureufes folies de Clémentine: L'Auteur
de Nina a pris le fonds de fon fujet dans une
anecdote connue , & que M. d'Arnaud a trai
tée dans les Délaffemens d'un Hommefenfibley
fous le titre de la Nouvelle Clémentine. Voici
l'anecdote telle qu'elle a été imprimée dans
les Papiers Publics il y a quelques années.
mab de sil
» Unejeune perfonne n'attendoit que le re
tour de fon prétendu pour lui donner la main ,
elle fe mit en route pour aller à la rencontre
&belle apprit qu'il étoit mort. A cette fatale
nouvelle fa raifon s'égara : depuis , & pen
dant plus de cinquante ans, elle a fait tous les
jours deux dieues à pied pour aller au- devant
decfonramant. Arrivée àl'endroit où elle eff
péroit le rencontrer, elle s'en retournoit en
difant:Il n'eftpas arrivé; allons , jèreviendrai
demain.
s On voit qu'il étoit difficile d'arranger co
fujet pour le Théâtre , & de lui donner
une fin fatisfaifante & naturelle. L'Auteur
l'a traité avec adreffey & d'une manière
fort attachante : mais il n'a pas vaincue
toutes les difficultés ; mais il a laiffé quelque
chofe à defirer aux Amateurs un peu févères
L'arrivée de Germeuil eft brufque, inatten
due , rien ne la prépare. Le dénouement qui
s'opère par un baifer , eft peut-être un peu
hafardé pour le Théâtre , & l'effet général de
l'Ouvrage nous femble offrir un bur équi
voque. Le père de Nina a des torts avec
elle : ces torts confiftent dans la fauffe affue
furance qu'il lui a donnée de la mort de.
"
3 )
184 MERCURE
-
Germeuil. Il y a de l'indifcrétion , pour ne
rien dire de plus, à frapper un coeur amoureux
d'un coup auffi fenfible , & un père eft juftement
puni quand il eft méconnu par fa fille ,
dont la barbarie a aliéné la taifon ; mais à côté
de ce tableau , n'eût- il pas été nécellaire ,
pour empêcher les jeunes têtes de s'exalter ,
de rappeler les droits paternels , & de faire
fentir que les convenances des familles ne
devoient pas toujours céder à l'effervefcence
des paflions de la jeuneffe ? Le goût du Théâ
tre n'a jamais été plus général ; par conféquent
l'effet des fituations qu'il préſente n'a
jamais été plus dangereux , & jamais les Aureurs
Dramatiques n'ont eu plus de raifons
pour être circonfpects. Nous avouons qu'il
feroit très difficile ( nous ne difons pas
impoflible ) de dénouer l'Ouvrage autrement
que par le bailer de Germeu ; mais l'effet
même que produit ce baifer fait naître
des idées peu avantageufes à la fageffe de
Nina. De deux chofes l'une : ou il rappelle la
raifon de l'infortunée en faifant renaître dans
fa mémoire des fouvenirs étrangers à l'inno
cence , ou il parle en faveur du magnétifine
& de fes procédés. Quoi qu'il en ſoit , &
nalgré nos obfervations , l'Ouvrage a eu du
fuccès , un très-grand fuccès , & ille mérite à
bien des égards.Le rôle deNina eft parfaitement
tracé . Toujours emportée par le même fentiment
, cette malheureuſe victime de l'amour
eft placée dans des fituations déchirantes &
auffi variées qu'elles peuvent l'être . Si l'on eft
>
DE FRANCE.
185
forcé de remarquer des défauts dans les autres
perfonnages , ils font bientôt effacés par les lar
mes quecelui ci fait répandre. L'Auteur eſt M.
Mar... des V... , qui a déjà donne à ce Théâtre
le Vaporeux , Theodore & Céphife. La mufique
eft de M. d'Aleyrac ; elle a été fort goûtée.
Jamais Mme Dugazon n'a montré plus
de talent que dans le rôle de Nina : fon débit
quelquefois inaccentué , quelquefois douloureux
& pailionné , fon oeil vague , fa gefticulation
rour-à-tour énergique & indéterminée
, la mobilité de fa phylionomie , les élans
de fon coeur & la variere de fon . expreffion ,
toujours éloquente pour l'âme , même quand
elle eft muerte pour l'oreille ; tout , dans fon
jeu , porte à la pitié pour le perfonnage , &
à l'admiration pour l'Actrice.
ANNONCES ET NOTICES.
QUINTE UINTESSENCE , ou Eau dite de M. le
Premier. M. Lamégie a annoncé dans le Mercure
qu'il poffédoit le fecret de l'Eau dite M. le Premier ,
& qu'il la vendroit au même prix que M. Boiscaillaud.
Il a plu à M , Lauron de faire férer dans le
même Journal une espèce de démenti de ces deux
annonces de M. Lamégie ; & il eft clair que M.
Lauron veut attirer à lei les perfonnes qui pourroient
s'adreffer à M. Lamégie De pareilles conteftations
, fi elles pouvoient être longues , fi la vé
rité n'étoit pas facile à établir , ne feroient pas hono186
MERCURE
rables pour deux hommes dont la profeffion n'eft
pas d'avoir des fecrets , mais de pofféder les lumières
de la Chimie. Heureufement ce fait eft facile à
éclaircir & à établir. La Recette de l'Eau de M. le
Premier fut donnée dans l'origine par Bular , Mé
decin Hollandois , au Marquis de Béringhen , &
dans la fuite M. Boiscaillaud en devint propriétaire.
Les papiers de la fucceffion de M. Boiscaillaudy re
latifs à fa profeffion , ont paffé dans les mains de
M. Lamégie , & parmi ces papiers fe trouve la Recette
de l'Eau de M. le Premier , écrite de la propre
main du Médecin Hollandois , & fignée de fon nom
& de fa main. Confiée d'abord fimplement à M. Boiscaillaud
, cette Recette lui fut donnée dans la fuite
par le Marquis en pleine propriété. Auffi un héritier
du Maréchal qui voulut la lui difputer , futeil condamné
juridiquement. of prey
** Quant au prix de cette Eau fi précieuſe , M. Boifcaillaud
l'a vendue conftamment 48 liv. la pinte ; fes
annonces imprimées en font une preuve fans réplique
; & M. Lauron n'a cu rien à répondre lorfque
M. Lamégie , en préfence d'un Comité de plufieurs
Membres de leur Corps , a produit ces annonces imprimées.
La compofition de cette Eau ne permet pas
même de la vendre à un plus bas prix ; & fi M,
Lauron la vend moins cher , c'eſt qu'apparemment
ce n'eft pas la même Eau qu'il vend . Il eſt infiniment
facile d'en avoir qui coûtent moins , mais impoffible
de faire & de vendre à un plus bas prix l'Eau
du Médecin Hallandois Bular , du Marquis de Bé
renghen & de M. Boiscaillaud ; cette Eau , à laquelle
des effets fi falutaires ont mérité toute la confiance
publique. Ce que dit ici M. Lamégie eft clair , net
& précis ; & il eft impoffible que M. Lauron y répande
quelques nuagès.
CUVRES de M. Soret, a Vol. in- 12. Prix
DE FRANCE. 187
geliva 12 fols brochés . A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques , & Royez,
Libraire , quai des Auguſtins . H
s La première Edition de cet Ouvrage a eu du fuccès
celle- ci n'en mérite pas moins par les augmentations
que Auteur y a faites. On voit qu'il connoît de
coeur de l'homme & les moeurs de fon fiècle. Ses
conclufions font quelquefois exagérées ; mais il
obferve toujours biens
ATLAS nouveau, par M. Mentelle , Hiftorio
graphe de Mgr. Comte d'Artois ; feptième Livraifon.
Elle comprend la Carte ancienne des Pays - Bas
& des Provinces -Unies , une feuille ; la Carte générale
moderne , une feuille la Carte détaillée des
Provinces -Unies , quatre feuilles ; la Carte détail
lée des Pays- Bas , quatre feuilles ; la Carte de la
Marche, une feuille la Carte du Dauphiné , une
feuille. Total , douze feuilles.
N. B. MM. les Soufcripteurs font prévenus
qu'ayant reçu , felon les conditions du Proſpectus ,
la cinquième & la fixième Livraifon gratis , ils
payeront en recevant cette feptième , felon le même
Profpectus , 30 liv. La huitième Livraison délivrée
gratis , & à laquelle on travaille déjà depuis longtemps
, contiendra une Carte phyfique de l'Efpagne
& du Portugal, une feuille ; une Carte ancienne de
ce même Pays , une feuille ; la Carte générale moderne
de l'Espagne , une feuille ; la Carte générale
moderne du Portugal , une feuille ; la Carte détail
lée du Portugal & de l'Espagne , neuf feuilles ; ( ces
neuf Cartes pourront fe réunir en une feule. )
Total, treize feuilles.
N. B. La Carte ancienne , dreffée d'après les
Auteurs de l'Antiquité & les Itinéraires , a été en
voyée manuſcrite à Madrid pour y être examinée ,
corrigée & augmentée par un (Savant quis a bien
188 MERCURE
voulu faire jouir le Public des connoiffances que de
longues études lui ont procurées fur l'état ancien
de fon Pays. A la neuvième Livraiſon on continuera
de donner quelques Cartes des Provinces de
France , & l'on commencera celles de l'Allemagne
d'après les meilleurs matériaux connus dans cet
Empire.
> On ne pourra fouſcrire que jufqu'à la fin de cette
année , après lequel temps chaque Carte fera da
prix de 1 liv. 10 fols. On fouferit à Paris , chez
l'Auteur , rue de Seine , n ° . 27.
LA Géographie très - détaillée de l'Afie , de
Afrique & de l'Amérique , publiée par l'Auteur de
la Géographie comparée , fous le titre de Choix de
Lectures Géographiques & Hiftoriques , fe trouve
actuellement chez Barrois l'aîné , Libraire , rue du
Hurepoix , in - 8°. , avec Cartes enluminées , 6 Vol.
Prix , 24 liv . brochés .
Cet Ouvrage, fait avec l'attention la plus fcrupulcufe
, foit pour l'exactitude des faits , foit pour
les détails qui peuvent intéreffer les mours , a cet
avantage , qu'il peut procurer aux pères & aux
mères le plaifir de repaffer fans ennui ce qu'ils ont
déjà fu , en enfeignant eux-mêmes la Géographie à
leurs enfans. Il a tout l'attrait d'un voyage , fans
en avoir les inconvéniens , puifque tout y eft pur &
vrai. Cet Ouvrage eft infiniment propre à concoufir
aux vues des Maifons d'Education , & le Libraire
fe fera un devo r de fe prêter aux arrangemens que
pourroient lui propofer celles de ces Maifons qui
voudroient s'en procurer plufieurs Exemplaires.
RECUEIL de Mémoires & de Pièces fur la formation
& la fabrication du Salpêtre , in- 4° . A Paris ,
de l'Imprimerie de Moutard , Imprimeur - Libraire ,
DE FRANCE. 189
rue des Mathurins , hôtel de Cluni . Prix , 16 liv.
10 fols brochés , 18- liv. reliés .
On avoit propofé en 1775 un Prix pour le meil→
leur Mémoire fur la formation & la fabrication du
Salpêtre. L'Adminiftration a defiré qu'on fit connoître
au Public ce qu'il y avoit de plus inftructif
dans les Ouvrages qui ont concouru . MM. Tillet ,
Cadet, Lavoisier & Sage furent chargés d'en faire
les Extraits , qu'on vient de recueillir dans le Volume
que nous annonçons . La même vue d'utilité qui avoit
fait propofer ce Prix , a déterminé la publication de
ces Pièces , qui doivent jeter de grandes lumières fur
cette matière importante.
Le même Libraire vient de publier le Diction
naire de Police , Tome I. Ouvrage très- utile , dont
nous avons annoncé le Profpectus . Ce premier Volume
remplit l'idée avantageuſe qu'on s'étoit formée
de cette grande Entreprife. Cet Ouvrage eft livré
par fonfcription.
.
VOYAGE en Pologne , Ruffie , Suède & Danemarck
, par M. Will Coxe , Membre du Collége
Royal de Cambridge , & Chapelain de Mylord-
Duc de Marlborough , traduit de l'Anglois , & augmenté
de Notes , d'Obſervations & des Eclairciffemens
néceffaires , par M. P. H. Mallet , ci - devant
Profeffeur Royal à Copenhague , Profeffeur de
l'Académie de Genève , Membre de celles d'Upfal
& de Lyon , & Correfpondant de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres de Paris ; Ouvrage
enrichi de Cartes Géographiques , Portraits des
Princes régnans , Plans & Figures en taille- douce ,
2 Vol. in-4 ° . Prix , 12 liv. chaque Volume broché ,
& 13 liv. 10 fols franc de port par la pofte , ou
4 Vol. in- 8 ° . Prix , 4 liv . chaque Volume broché ,
& 4 liv. 15 fols franc de port par a pofte . A
Genève , chez Barde , Manget & Compagnie , Im
190 MERCURE
primeurs Libraires ; & fe trouve à Paris , chez
Buiflon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevins.
Cet Ouvrage eft deſtiné à faire fuite à l'Hiftoire
des Voyages de l'Abbé Prevost & à celle de M. de la
Harpe , & il a déjà paru une Livraiſon de cette nouvelle
Collection ; elle eft entre les mains d'un nouveau
Traducteur, & l'on promet une exécution plus
parfaite que celle de la première Livraiſon. Outre
les Notes, le Voyage de M. Coxe aura l'avantage
( néceffaire ) d'être élagué.
Comme cette fuite fait un Ouvrage indépendant
de la première Livraiſon , & qu'on n'a exigé du Pu
blic aucun engagement , on fera libre de prendre ou
non ceue nouvelle fuite pour compléter la première ,
ou de l'acquérir féparément le prix fera le même
dans l'un & l'autre cas . On délivrera les épreuves des
figures felon l'ordre des foufcriptions . Les Perfonnes
qui ne fe feront pas fait infcrire d'ici à la fin de
Mai, payeront 2 liv . de plus par chaque Volume in-
& 1 liv. par chaque Volume in- 8 ° . On s'infcrit,
fans rien payer d'avance pour cette feconde Li .
vraiſon , à Genève , chez Barde , Manget & Compagnie
, Imprimeurs- Libraires ; à Paris , chez Buiffon ,
Libraire , rue des Poitevins , no. 13 , & chez tous
les Libraires de l'Europe , chez qui fe vend la
première.
I
RECHERCHES fur la caufe des Affections hy
pocondriaques , appelées communément Vapeurs , ou
Lettres d'un Médecin fur ces Affections. On y a
joint un Journal de l'état du corps en raifon de la
perfection de la tranfpiration & de la température *
de l'air, par M. Claude Revillon , Docteur en Médecine
, de l'Académie des Sciences de Dijon , Correfpondant
de la Société Royale de Médecine de
Paris & de Mâcon ; nouvelle Edition , augmentée
DE FRANCE. fgr
de plufieurs Expériences , in - 8°. A Paris , chez la
Veuve Hériffant , Imprimeur- Libraire, rue Neuve
Notre- Dame .
C
L'objet de cet Ouvrage eft d'autant plus important
, que les maladies dont on y traite n'ont jamais
été fi communes tervenda
agicH
ten cul settin 29
}
VOYAGES de M. le Marquis de Chaftellux dans
Amérique Septentrionale dans les années 1780 ,
1781 & 1782 , 2 vol. in- 18°. A Paris , chez Prault ,
Imprimeur du Roi , quai des Auguftins. ( a stat
Nous rendrons compte de cet Ouvrage attendu
& defiré , & qui doit intéreffer par tant de motifs.
Le nom de fon Auteur , le pays qu'il décrit , & l'époque
des événemens qu'il raconte , tout doit exciter
l'empreffement du Lecteur.
Limega kupari sb ne
Les Bas-reliefs du dix huitième ſiècle, avec des
Notes , in 12. Prix , 1 liv. 10 - fols. A Londres ; &
fe trouve à Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mefgrigny.
5
Des Bas reliefs fur lefquels la gloire & la fólie ont
inferit nos titres de mérite & nos ridicules forment
le cadre de cet Ouvrage , dont le but elt fur-tout
de rendre hommage aux Hommes célèbres dans
tous les genres , dont les noms honorent le dix - huitième
fiècle. L'Auteur a des connoiffances ; ſon ſtyle =
eft correct & rapide ; il a fu grouper divers objets ,
& paffer d'un fujet à l'autre avec adreffe ; mais on
remarque quelquefois dans cette Brochure ce qui
étoit prefque inévitable ; c'eſt- à - dire , qu'il y a des
noms qu'on eft furpris d'y rencontrer , comme il en
eft qu'on y cherche vainement.
CONCERTO pour le Clavecin , Violon , Alto &
Baffe , Flûtes & Cors ad libitum , par M. P. Lecourt
, Organiſte de Saint-Germain - en - Laye' ; ˆ
192 MERCURE
OEuvre I. Prix , 6 liv . A Saint-Germain , chez l'Auteur
, au grand Commun ; & à Paris , chez M. Boyer,
rue de Richelieu , paffage du Café de Foy.
NUMERO du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , contenant différens Airs nouveaux arrangés
pour deux Violons ou Violoncelles.
Če Journal , qui paroît exactement le premier de
chaque mois , eft du prix de 15 & 18 liv. Chaque
Cahier de 8 pages 2 liv. On s'abonne chez le
heur Bornet l'aîné , Profefeur de Mufique & de
Violon, rue Tiquetonne , nº. 10.
TROIS Airs pour le Forte- Piano avec Violons ,
Baffe , Violes, Flûtes & Cors , par M. Magnelli
Florentin . Prix , 6 liv. A Paris , chez Mlle River , au
Palais Royal .
T A B L E.
145
147
racité & la fidélité à remplir
fes engagemens , 175
Chansons nouvelles de M. de
149 Pis ,
Charade , Enigme & Logogry
STANCES ,
Air d'Amphyrion ,
phe
Eloge de Greffet ,
die,
.
176
15 Académie Roy. de Mufiq . 179
L'Oncle & les Tantes , Comé- Comédie Françoife , 180
10 Comédie Italienne ,
Entretien Socratique fur la ve- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
182
185
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Mai 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 26 Mai 1786. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 12 Avril.
ES Commiffaires nommés pour exami-
Liner l'état de la Compagnie de la Baltique
& de Guinée ont fini leur travail , dont
ils ont fait le rapport au Miniftre des Finances.
Le Public ignore encore le contenu de
cette piece intéreflante .
On a propofé aux Négocians de cette
ville d'y établir des magafins de bled ; ce
qu'ils ont accepté , fous la condition qu'on
leur permette d'importer du bled de l'étranger
, moyennant un certain droit. On a
prouvé que le Royaume de Danemarck , en y
comprenant les Etats du Roi en Allemagne ,
ne pouvoient fournir fuffifamment de grains.
à la Norwege , fans s'expofer à une difette.
Indépendamment des grains que la Norwege
No. 18 , 6 Mai 1786. a
( 2 ).
produit elle même , il lui en faut encore par
an au moins $ 40,427 tonnes dont 304,990
pour la partie méridionale,
La navigation Danoife dans la Méditerranée
eft plus active que jamais ; on avoit
compté au mois de Décembre dernier 25
bâtimens Danois raffemblés feulement dans
le port de Livourne.
Le Roi a fait diftribuer 13,000 fufils aux
Bourgeois de cette ville ; l'intention de S. M.
eft d'exercer au maniement des armes une
partie de la Bourgeoisie pour la détente de
ja ville , en cas de befoin .
La perte du vaiffeau la Concordia , qui ,
en allant aux Indes Orientales , a fait náufrage
près d'une des ifles d'Ecoffe , eft eftimée
a 120,000 rixdalers . La Compagnie d'Affurance
de cette Capitale perd à ce naufrage
trente mille rixdalers. Malgré divers échecs
elluyés par cette Compagnie , on affure cependant
que fon dividende pour cette année
fera de 20 rixdalers pai action.
A la fin du mois de Février on a enterré à
Wefterhæfing , dans la Fionie , le nommé
Chriftian Sorenfen , âgé de 114 ans . Il avoit
fervi dansfa jeuneffe, & s'étoit trouvé aux batailles
de Gadebrefch , de Wifmar , de Stralfund
& de' Tondern , où le célebre Général
Steenbok fut fait prifonnier.
Une réfolution du Roi du 22 Février permet
aux bâtimens nationaux d'importer de
( 3 )
*
Pifle de Sainte-Croix du fucra & d'autres
productions des ifles , dans tous les endroits
des Erats Européens de S. M. où fe trouvent
des rafineries de fucre ; pourvu que le fucre
brut importé ne puiffe plus être réexporté.
1 J 19
ALLEMAGNE.
༩ སྨཱ
DE HAMBOURG , le 22 Avril.
•
Les dernieres lettres de Conftantinople ,
en date du 11 Mars , annoncent la mort de
la Sultane Alem Shab , fiile cadette du
Grand Seigneur , vivement affligé de ce
nouveau malheur domeftique. On continue
à débiter beaucoup de contes fur les talens ,
fur les vertus , fur les projets du nouveau
Grand-Vifir. Ces éloges font d'étiquette à
chaque promotion Miniftérielle ; il faudra
voir fi Juffuf Pacha en juftifiera une partie.
Son avénement à l'autorité a été fuivi du
déplacement de l'Aga des Janiffaires , rem--
placé par le Commandant en fecond . Le
Muphi déposé eſt exilé à fa campagne fur
les bords de la Mer Noire , où on lui a même
envoié des préfens confidérables .
Dans le cours de l'année derniere , il eft
- entré dans le port de Riga 803 bâtimens , &
il en eft parti 832. La valeur de l'importa .
tion a monté à 1,503,823 roubles , indépendamment
de 198,232 ducats & de 1,408,665
écus d'Albert en efpeces ; celle de l'exportation
à 5,239,484 roubles .
a 2
4)
L'année derniere le commerce de Konigsberg
a occupé 1771 bâtimens pour l'exportation
, & 1778 pour l'importation .
On apprend de Pétersbourg que l'Impératrice
a agréé le plan d'un canal qui joindra les
rivieres de Kama & de Wichechda , & établira
une communication entre les mers Blanche &
Cafpienne. Ce canal aura une étendue de vingt
werft & coûtera 400,000 roubles . On eft occupé
auffi de l'examen de deux autres plans , dont
l'un a pour objet la jonction des rivieres de
Wiregra & de Kawſchka , pour établir une communication
fûte entre les mers Cafpienne &
Baltique ; & l'autre , celle du Tanaïs & du Wolga
, pour aller de la mer Noire à la mer Cafpienne.
Cette lettre ajoute encore qu'on le propofe
d'établir une grande route de Pétersbourg à Mofcou
.
DE VIENNE , le 21 Avril .
Dans le grand nombre d'Ordonnances ,
journellement émanées de l'autorité fuprême
, on a remarqué celle qui vient d'être
publiée , relativement à la police du droit de,
chaffe , & dont voici les principales difpo
fitions.
On ne pourra avo'r de fangliers que dans les
parcs bien fermés ; & dans le cas qu'un fanglier
fût trouvé hors du parc , permis à toute perfonne,
de le tirer ou tuer , de quelque maniere que ce
foit, comme loups , renards , ou autres bêtes femblables.
Si les propriétaires de chaffe ou leurs
gardes s'y oppofoient , ils feroient condamnés à
( 5 )
une amende de vingt- cinq ducats , & en outre
de bonnifier tous les dommages caufés par le
fanglier forti du parc.
Tout droit de chaffe peut être vendu ou affermé
; on excepte cependant du droit de l'acheter
ou affermer , tout Payfan ou Bourgeois auquel
on donneroit par-là o, cafion de négliger fon
commerce ou fa culture ; pourquoi auffi tous
droits de chaffe que poffedentles Villes ou Bourgs,
feront vendus pr licitation au plus offrant , ou
affermés de tems à auire.
Toute perfonne eft prévenue d'ufer de fes
bois & prairies conformément P'Ordonnance
fubfiftante pour 1.s forêts , & il ne fera permis
à au un garde- chaffe , ni de couper l'herbe , ni
de faire paître fes beftiaux , ni de s'approprier
ce qu'on appelle dans le pays prof- bolz ( brouffailles
) dans les quartiers de chaffe appartenant
au Souverain.
Les Directions des Cercles doivent veiller à ce
que les propriétaires de chaffe n'entretiennent
trop de gibier au défavantage de la culture , &
dans le cas qu'elles s'en apperçoivent , elles emploie
ont fans diftinction aucune tous les moyens
néceffaires pour en procurer la diminution .
Tout propriétaire d'un fonds quelconque fitué
dedans ou hors des forêts , prairies , eft autorifé
´à l'enfermer de haies vives ou autres , ou de les
entourer de foffés pour obvier au dégât que le
gibier pourroit faire en y entrant. Que ces clôtures
cependant ne puiffent fervir à attraper ledit
gibier. En outre , dans les endroits qui font
expofés aux inondations , on doit avoir attention
de pratiquer dans lefdites haies ou foffés des paffages
de 500 en 500 pas , afin que dans le cas
de gonflement des eaux , ces paffages puiffent
fervir au gibier pour s'y réfugier.
a 3
( 6 )
Pareillement toute perfonne pourra toujours
repouffer ou chaffer, de quélque maniere que ce
foit , le gibier de fes champs , de fes prairies ,
de fes vignobles , & fi quelque piece de gibier
fe trouvoit , en fautant , bleffée ou même tuée,
le propriéraire de chaffe ne peut en exiger aucun
dédommagement.
Il ne fera jamais permis aux propriétaires de
chaffe ni aux chaleurs , de chaffer ni de pourfuivre
le gibier , même avec un chien couchant
ou d'arrêt , fur aucune piece de terre que ce foit ,
cultivée ou en emencée , de même que
dans au
cuns vignobles avant que la vendangey foit faite.
Défenfe même d'y entrer fous le prétexte d'y
vifiter les oeufs ou les nids de faifans ni de pes
drix ; & dans le cas qu'un propriétaire de droit
de chaffe entreigne certe Ordonnance , il fera
puni par une amende de vingt cinq ducats que la
Direction des Cercles aura foin de lui faire payer,
& de remettre à celui fur le fonds duquel fe fra
faite cette tranfgreflion . Pour les gardes - chaffes
en pareil cas , ils feront punis par trois jours de
prifon.
Tous dommages caufés par le g bier , tant
aux grains qu'aux vignobles , ou arores fruitiers,
foit dans les chaffes du Souverain cu des Seigneurs
particuliers , devront fans aucun délai être bonnifiés
, Toit en nature , foit en argent , aux particuliers
léfés.
Tous chiens qui chafferont dans un bois ou dans
une plaine , pourront être tués par les propriétai
res de chaffe , ou leurs gardes . On en excepte
cependant les chiens de ceux qui font chargés de
veiller à ce que le gibier ne s'écarte point fur les
terres cultivées.
Aucune perfonne ne pourra mettre le pied fur
territoire d'une chaffe qui ne lui appartient pas,
( 7 )
avec des armes ou des chiens de chaffe , fi ce n'eft
en voyage dans les grandes routes , ou dans les
fentiers par les gens de piel. Quiconque tranf
greffera cette défenſe ſera arrêté & puni.
Quiconque trouvera une piece de gibier blef
fée elle - même , ou dans un état à pouvoir périr ,
ne pourra fe l'approprier , mais devraen donner
connoiffance au propriétaire de la chaffe.
En général l'action d'attraper ou tirer le gibier
étranger , de quelque efpece qu'il foit , doit être
regardée comme un vol . Pour l'effet de quoi tous
braconniers feront pourſuivis & traités comme
voleurs par les Tribunaux qui ont la connoif
fance de ces matieres , fuivant les loix crimi
Lelles , & feront toujours châtiés & punis relativement
à ce que le gibier dérobé pourra valoir , fuivant
que le délit aura été plus ou moins répété ,
enfin fuivant la violence qu'on aura commife , &
le dégât qu'on aura caufé.
Quiconque fera atteint & convaincu d'avoir recélé
un braconnier connu de lui pour tel , fera emprifonné
comme braconnier lui même , & livré
comme lui à la Juftice.
Quiconque fera convaincu d'avoir acheté fciemment
du gibier d'un braconnier, fera puni fuivant
l'exigence des cas.
Quiconque , au contraire , dénoncera un braconnier
, recevra douze flor. qui lui feront payés
par le propriétaire de la chaffe.
Toute perfonne qui arrêtera & livrera un braconnier
, recevra 25 flor . de récompenfe , qui lui
feront payés par les propriétaires de la chaffe ,
auxquels en revanche appartiendront les amendes
auxquelles feront condamnés les tranfgref
feurs. Toutefois ces amendes n'auront pas lieu
par rapport aux paysans qui feront punis corporellement
, c'eft à - dire , par la prifon .
a 4
( 8 )
Dans le cas qu'un braconnier armé ne rende pas
fes armes à la réquifition d'un garde- chaffe , &
qu'il fe mette au contraire en défenfe , les gardeschaffes
; pour leur propre fûreté & défenie , auront
la liberté de tirer deffus.
Dans le cas de foupçon fondé qu'une piece de
gibier auroit été illicitement tuée ou enlevée , les
propriétaires de chaffe devront s'adreffer aux Magiftrats
ou Juges , afin de faire dans les maifons
les recherches pour découvrir le délit ; mais les
propriétaires ou leurs officiers n'auront pas ce
doit par eux-mêmes , & c. &c.
Les Commiffaires royaux en Hongrie ont
notifié le 20 Mars dernier aux Couvens des
Paulins ou Minimes le décret de leur fuppreffion.
Les biens de ces maisons feront régis
par la Caiffe de Religion qui fera chargée
de payer aux Religieux une penfion annuelle.
La Gazette de Clagenfurth du 3 de ce
mois contient l'avis fuivant :
» Par ordre exprès du Prince François
Seraphin de Portia , on promet un prix de
» 10 ducats à l'Auteur du meilleur Mémoire
fur la Queftion fuivante : favoir , Si un
» homme doué d'une raifon faine , peut trou-
» ver reprehenfible un Seigneur , qui par hu-
» manité fait des actes de bonté envers fon pro-
» chain dans l'indigence. La Librairie de
» Kleinmayer recevra les Mémoires juſquià
» la fin du mois de Septembre.
Le Prince Lobkowitz, affure-t - on , a vendu
au Prince de Hohenlohe , Major Général au
( 9 )
fervice de Pruffe , le Duché de Sagan dans
la Siléfie pour la fomme d'un million de flor.
L'opération de l'arpentage en Hongrie a
dû commencer le premier de ce mois. Ce
travail rencontrera de grandes difficultés ,
relativement aux calculs du produit des terres
, fur lefquels on ne trouvera gueres de
renfeignemens fatisfailans.
L'Empereur a chargé le Profefleur de
Luca d'examiner les fondations qui exiftent
dans tous les Etats héréditaires , & de lui en
faire un rapport détaillé . Elles forment ici
en particulier un objet de 20 millions de
florins , & en rapportent par an environ
800,000 ; les bourfes du College Théréfien
, qui montent par an à 300,000 florins ,
non compriſes .
2
DE FRANCFORT , le 26 Avril.
Les Cercles du Rhin font enfin d'accord
à l'égard de l'Ordonnance du cours des
monnoies qui faifoit depuis long- temps l'objet
de leurs délibérations. La valeur des
nouveaux Louis d'or a été réglée à ro flor.
10 creutzers d'Empire : le Ducat às florins
10 creutzers : les vieux Ecus à 2 flor. 42 creut.
les nouveaux Ecus depuis 1784 à 2 florins
41 creutzers : les demi - écus ont été fupprimés
, & les autres monnoies d'or & d'argent
ne pourront être acceptées que comme
a 5
( 10 )
·
marchandiſe de commerce . Cette Ordon
nance fera inceffamment publiée , mais
n'aura force qu'à dater du 15 Mai prochain .
·
On dit que l'Empereur a ordonné à l'Abbaye
de S. Blaife de vendre la partie de fes
poffeffions qui fe trouvent hors de la Souabe
; ce qui fait préfumer qu'on fonge à la
fécularifation de ce Chapitre. Le Prince-
Abbé est allé à Vienne pour détourner cet
orage. S. Blaife eft une riche Abbaye de
Bénédictins en Souabe , dans le voisinage
de la Suiffe. Depuis long temps fes Reli
gieux fe font diftingués par leur érudition,
Le Prince actuel , né en 1720 , eft lui -même
unSavant très-laborieux, il étoit fort aimé de
Impératrice Marie - Thérefe ; on lui doit
plufieurs ouvrages hiftoriques. En 1770 , il
fut chargé de transférer à S. Blaiſe les reftes
des Princes ou Princeffes de la Maiſon '
d'Autriche , enfevelis dans la Cathédrale de
Bafle & à l'Abbaye de Konigsfelden .
M. Druck , Profeffeur d'Hiftoire , a prononcé
à Stuttgard , le jour anniverfaire de la naiffance
du Duc de Wirtemberg , un Difcours fur les
égaremens de l'efprit humain , en deux époques :
différentes I compare le tenis où nous vivons
avec le fiecle de Dioclétien , les Jambliques , les
Maximus les Appollonius , les Alexandres , avec
plufieurs perfonnages vivans. Maximus enfeigna
à l'Empereur Julian Part d'aopeller les démons
pour lui fervir de fociété auffi fouvent qu'il le
defireroit , & les demons frent des vifites à l'Em ,
pereur prefque tous lesfoirs. Les myfleres de ce
11 )
tems -là reffemblent beaucoup à ceux du nôtre,
L'Auteur de ce Difcours prétend que la célebre
Apollonius fur une machine employée par les Pythagoriciens
à relever leur fecte publiquement
fupprimée depuis long- tems , à écarter les
fectateurs d'Epicure & les vrais difciples de Socrate
, & qu'on employa les fanatiques pour favorifer
des révolutions d'Etat . Les fources de cas
égaremens , dans le tems de Dioclétien , étoient
à- peu- près les mêmes qui produifent: des cffets
femblables dans le nôtre ; le luxe , la nouveauté ,
affoibliffement de l'ame dans un corps enervé
, &c. &c. ..... M. Druck penfe cependant
que ces égaremers ne peuvent produire autant
de mai aujourd'hui qu'au tems de Dioclétien
. L'Europe ne dépend pas d'un ſeul Maîtré ,
& il devient plus difficile qu'une feule maniere
de penfer domine.
રે
Le vieux Général de Ziether , dont nous
annonçâmes la mort au mois de Janvier
dernier , fe maria en 1764 , dans un âge
très avancé. I demanda le confentement du
Roi de Pruffe, qui lui répondit : » Mon
» cher Général de Cavalerie de Ziethen
je vous a corde avec beaucoup de plaifir
le confentement que vous me demandez
» pour votre mariage projetté avec Made-
» moifelle de Platen , & je vous fouhaite
» tout le bonheur que vous pouvez defirer.
כ כ
Aufi , fije pouvois favoir où vous célé--
» brerez vos nôces , j'y viendrois moi - mê-
» me pour y danter. Je fuis Votre Roi ,
bién affectionné , & c .
ככ
Un Journal politique offre les détails fai
a 6
( 12 )
vans fur les impofitions & les revenus de la
Siléfie.
Les terres du Domaine , & celles appartenantes
aux Princes , à la Nobleffe , aux Cures & aux
Ecoles publiques paient par an 28 rixdalers &
demi fur cent rixdalers du produit ; lesterres de
roture ou des payſans paient 34 rixdalers , &
celles appartenantes aux Evêques , aux Chapitres
& aux Couvens 50. On évalue la valeur
des terres à 80 millions , & leur produit
moyen à 6 millions de rixdalers. - La contribution
annuelle des Artifans & des Manoeuvres
monte à environ 15,000 rixdaler .
Les
Fileurs de lin & de laine , & les Tifferands font
exempts de la taxe d'induftrie .
d'accife montent pat an à un million. Les
revenus que le Souverain tire de fes domaines ,
des bois des mines de fer & des forges , font
évalués à la fomme de 300,000 rixdalers .
L'octroi des Juifs eft de 10,000 rixdalers ; les
cartes à jouer & le papier timbré rendent par
an 20,000 rixdalers , &c . En général , les revenus
du Souverain peuvent être eftimés 5,854,632
rixdalers , dont il faut par an 2,900,000 pour
l'état militaire , & 1,400,000 liv. pour l'état
civil.
Les droits
Un autre Journal Allemand donne l'état
fuivant qu'il dit authentique , du commerce
des Etats de la Maifon d'Autriche , pendant
l'année 1782 :
Exportation des Etats
héréditaires en Allemagne
dans l'Etranger.
flor. creutz
· 15,530,079 26 .
13 )
Importation de l'Etran
ger.
•
13,463,040 58.
* Bénéfice de ces Etats . 2,067,038
Exportation des mêmes
Etats dans la Hongrie , la
Tranfylvanie , la Galicie
28
& le Tyrol.
Importation
de ces
• 10,167,708
13,964,222 IS pays.
Perte des Etats héréditaires
d'Allemagne. 3,796,514 II
Le Duché de Magdebourg , & le Comté de
Mansfeld qui en fait partie , lit -on dans une nouvelle
defcription topographique de cette Province
, renferment une population de 249.593
ames. On y avoit compté 248,262 en 1783 ,
& 226,573 en 1756 ; la furface eft de 84 milles
carrés , ce qui produit un peu plus de 2,971 perfonnes
bur un mille.
Nous avons préfenté quelques réſultats
du Mémoire fait par le Baron de Heiniz ,
Miniftre d'Etat du Roi de Pruffe , fur les
produits du regne minéral dans les différens.
Etats de la Monarchie Pruffienne. Voici
quelques détails ultérieurs de ce Mémoire
qui peuvent intéreffer les Naturaliftes & les
Economistes politiques.
La Pruffe orientale & occidentale , fituée aux
rontieres de la Pologne , renferme des mines de
fer très abondantes ; on pourroit en retirer par
an 179,750 quintaux de fer en gueule , & elles
en fourniront encore au moins pour 30 années
( 14 )
-
confécutives ; Pambre jaune que l'on trouve aux
environs de Pillau eſt anfli une production de cette
Province , de même que le falpêre . —Près
d'Elbingue on trouve des terrains à tourbes ' qui
fourniront à la confommation encore pour 35-
ans . A Rothenbourg font établies des forges de
cuivre , & plufieurs verreries aux frontieres de la
Pologre. -On exploite dans la Poniéranie
deux mines de fer . Il y a des falines près de Cotberg,
& des forges de cuivre à Guifenhagen ,
Gollnow & Stolpe . On a état li dans la Marche
-Electorale & dans la nouvelle Marche une fonderie
de fer & 9 nouvelles forges. La mine d'a-
Jun à Freyenvalde en fournit par an 8360- intaux.
La partie orientale de la Siléfie & le Cem: é
de Glaz fourniſſent des charbons de terre , de la
calamine , du plomb , de fer rouge & blanc , du
fel & de la chaux ; il y ades forges de cuivre ,
des fabriques de laiton & de porcelaine & des verreries
. 47 fonderies & 185 forges établies dans
la haute Silefie fourniffent par an 21,819 quintaux
de fer en geeufe , 123,840 quintaux de fer
en barres , 2000 quimaux d'acier , 1200 quintaux
de fer en tôle , & 200 quintaux de fil de fer. Il
fe trouve à Tarnerriz & à Beuthen une couche
de minerai de plomb : le quinta ' de ce minerai
produit 72 livres refant de plomb , toute la cour
che peut en contenir 4,060,736 quintaux & demi.
La Seigneurie de Pieffe fournit du charbon de
terre en abondance ; on a établi à Kraſchow & à
Jedlize des fond ries & des atteliers d'acier . Les
falines abondantes de la haute Siléfie pourront un
jour remplacer celles du Magdebourg , lorfque
la rareté du bois & du charbon de terre nous mettra
dans le cas d'en abandonner l'exploitation .
Les verreries dans la Seigneurie de Pieffe & les
fabriquès de fayence de Pro.kau & de Glieniz font.
en fi bon état, qu'elles exportent de leurs marchandfes
à l'étranger. La partie orientale de la Silafie
renferme auffi des mines confidérables , & on
y a établi divers attelters & fabriques : Depuis
1783 on exploite à Giehren dans la baffe Silefie
des mines d'étain & du cobalt. Les mines de cui
vre de Rudolfladt rendent actuellement par an
350 quintaux de ce métal . A Wartenberg , Sprotd
tau & Schmiedeberg font des mines de ter. Les
nouvelles carrieres de chatbon de terre à Hultfchin
fur l'Oder en fourniffent actuellement 13933
Scheffels ( minots ) par an , les carrieres de char
bon de terre aux environs de Schweidniz deviennent
de jour en jour plus précieufes,: leur
produit eft triplé depuis trois ans . Elles d - viendroient
encore plus avantageufes à l'Etat , fi l'on'
rendoit navigable la riviere de Schweidniz , ce
qui pourroit s'effectuer par des éclufes avec une
fomme de 400,000 rixdalers. L'arfenic fe tire des
mines de Reichenftein , Beaucoup de fabriques ea
Silefie , & notamment celles de vitriol à Schreibe-
Tchau , de Cobalt à Querbac , de porcelaines &
de terre à pipes , & c. tirent les matieres premieres
des mines même du pays.
On exploire dans les Duchés de Magdebourg
& d'Halberffadt & dans les Comtés de Mansfeld
& d'Hohenftein , de l'argent , du cuivre , du fer,
du porphyre , de l'albâtre , des terres argilleufes ,
' du charbon de terre , de la tourbe , de falpêtre &
du fel . Les mines de cuivre dans ces deux Comtés
rendent par an 4000 quintaux de cuivre & 3000
marcs d'argent ; on a trouvé à Gollwiz une cou--
che de cuivre & d'argent très - riche . Les mines
de fer dans le Comités de Hohenfteko & de Were
nigerode occupent les fonderies tablies à Sorge ,
Ilfenbourg & Schierke qui fourniffent le fer néceffaire
aux magafins de MagleBourg dans la
( 16 )
vieille Marche , & à ceux établis dans la Seigneurie
de Pricgniz . Trente -deux fours à chaux tirent
les pierres calcaires des carrieres de Wanzleben
& de Weferlingen . On exploite à Halle
de l'alun - blanc , ce qui fait préfumer qu'il y avoit
ici autrefois un volcan, Les carrieres de charbon
de terre de Meifdorf n'ont produit juſqu'à préfent
que 3744 (cheffe's de charbon par an mais
celles de Wettin , de Doclau & de Loebegrun en
rendent annuellement 102,480 fcheffels. Il n'a
exifté juſqu'à préfent que 34 falpêtrieres dans les
Etats de S. M. Leur produit eft augmenté de
200 quintaux par an , mais comme elles ne fourniffent
pas fuffifamment de falpêtre à l'artillerie
du Roi , à laquelle il en faut par an 3000 quintaux
, il feroit effentiel de mettre en exploitation
Jes mines de falpêtre dans la Pruffe & dans la Siléhe.
Les provinces Weftphaliennes produifent du
charbon de terre , de la tourbe , de la chaux , du
cuivre & du plomb . L'année derniere les mines
de fer à Dahlen , Heller & Blankenftein , dans le
Comté de la Marche ont produit 803,614 livres
pelant de fet. Les carrieres de charbon de terre
que l'on exploite dans ce Comté font les plus
abondantes dans les Etats du Roi . On en a exporté
pour plus de 200,000 rixdalers ; ces carrieres
fourniſſent du charbon en fi grande abondan--
ce, que l'on pourroit ailément doubler leur produit
annuel. On fabrique au Saurlande dans la
Weftphalie pour 600,000 rixdalers de marchandifes
de fer dont on exporte à l'étranger pour
46,000 rixdalers . L'Oftfrife produit beaucoup de
tourbe , dont la qualité eft auffi bonne que celle
de la tourbe d'Hollande. On compte dans les
Margraviats de Bayreuth & d'Anfpach 13 fonderies
de fer qui fourniffent par an 60,840 quintaux
de gueule. Les productions minérales des Princi(
17 )
pautés de Neufchâtel & de Valangin n'ont pas eng
core été examinées avec ſoin.
ITALIE: 3
•
DE NAPLES le S Avril.
Un Page qui fervoit dans la maiton du Duc de
Civitella , avoit un oncle paffé en Floride depuis
longues années , & dont il n'avoit jamais reçu de
nouvelles. Cet oncle eft venu à mourir en Amérique.
Ne connoiffant point d'héritier , & n'ayant
qu'une idée confufe d'un neveu dont il ne connoiffoit
pas le lieu de réfidence , il fit un teftament
par lequel il recommandoit de faire une
exade recherche de ce neveu , qu'il foupçonnoit
être dans le Royaume de Naples , ajoutant que
fi on le trouvoit , il l'inftituoit fon légataire univerfel
; que , fi on ne le retrouvoit pas , il laiffoit
la moitié de fes biens à Sa Majesté Catholique , &
definoit l'autre moitié à fonder un hôpital pour
les pauvres. Le Roi d'Espagne ayant appris ces
difpofitions du teftateur , ordoana toutes les perquifitions
néceffaires en Espagne & dans le
Royaume de Naples . On fit afficher des avis dans
tous les carrefours & les plages publiques , qui
portoient que , file nommé tel , fils d'un tel, fe
trouvoit dans le Royaume de Niples , il pouvoit
s'adreffer au Secretaire de S. Exc. le Marquis de Caraccioli.
Le Page lit l'affiche & fe rend à la Secrétairerie
fans avoir de quoi il s'agiffoit. Il fut agréablement
furpris de fe voir tout- à- coup l'héritier
d'un oncle auquel il ne fongeoit pas , & d'entrer
en poſſeſſien d'un million trois cents mille piaſtres
forces qui conftituent fon héritage .
( 18 )
DE MODENE , le 8 Avril.
Le 29 du mois dernier , notre Souverain
a rendu un Edit mémorable , nouveau témoignage
de la follicitude paternelle de ce
Prince pour fes fujets .
HERCULES III , par la grace de Dieu , Doc de
Modéne , Reggio , la Mirandole , &c . La félicité
des peuples qui nous font confiés fut , dans tous
les tems , le premier & le plus agréable objet de
nos foins paternels. Notre zele , toujours empreflé
d'al er au devant de ce qui peut accroître Lette
félicité , nous engage aujourd'hui à délivrer nos
très-chers fujets du fardeau de quelques impôts ;
d'ouvrir au commerce des communications inté
rieures & extérieures , plus faciles ; de mettre
les Communautés & les OEuvres pies en état
d'acquitter leurs dette ; de former de nouveaux
établiffemens pour le progrès des Sciences , par
Pérection de nouvelles Chaires ; enfin de tendre
une main fecourable & bienfaifante à l'indigence
& à la mendici: é . C'est pourquoi , de l'avis de
notre premiér Minifire , le Comte J. B. Munarini
, nous avons réfolu , 1 ° . de réduire às livres.
la contribution qui fe payoit ci- devant à raiſon
de 7 liv. 15 f. pour tous les proprié aires fur
chaque folde d'eltime au récenfement general;
2. de conftruire deux ponts de pierre ; l'un fur
la Secchia , dans le grand chemin qui conduit à
Reggio ; l'autre fur le Panaro , dans le chemin
de Bologne; 3. d'ouvrir une grande route de
Reggio à Caftelnovo , & une au re de Pévé à
Belago ; 4°. d'exempter les Arts & Métiers de
toute taxe ; 5. d'acquitter toutes les dettes que
les Communautés avoient contractées pour Le(
19 )
courir l'Etat ; 6. d'abolir plufieurs impôts ex
traordinaires , dont la caufe a ceffé , entr'autres
celui de quatre fols fur chaque fac de froment ,
de deux fols fur chaque fac de méteil , & la dime
fur les prés, Les autres articles font relatifs à
l'Univerfité , dont les revenus font augmentés;
à l'amélioration des études , à l'établiffement &
l'augmentation des portions congrues , pour les
Curés dont les revenus ne peuvent fuffire à leur
fubfiftance.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 25 Avril.
Mylord Cornwallis part pour le Bengale
fur le paquebot l'Hirondelle , ( The Swallow)
qui fans retard , mettra à la voile le 1er. de
Mai. S. S.n'emmene avec elle que trois Officiers
, au nombre defquels ne fe trouve pas
même le Capitaine Singleton fon gendre . Le
Colonel Tarleton a fait d'inutiles , tentatives.
auprès de Lord Cornwallis , pour le fuivre
dans l'Inde... :
Le 19 , arriva au Bureau de la Compagnie
des Indes Ecrivain du Lafcelles , vaifleau
venant de la Chine, & mouillé à Plymouth.
Ce bâtiment a devancé le Royal- Admiral ,
paiti avec lui de Sainte, Helene le 24 Février.
Le Houghton, le Chesterfield & le Camden ont
fait voile de la Chine le 1er. Décembre dernier.
Le Lafcelles rapporte que le Montague a
péri dans la riviere de Bengale , par le feu du
falpêtre qu'il avoit à bord. Heureufement , il
( 20 )
ne s'y trouvoit pas encore de marchandifes
de la Compagnie , & tout l'équipage a été
fauvé.
Le 12 Juin prochain , la Compagnie des
Indes mett: a en vente 3,550,eco liv. pefant
de thés de différentes qualités.
Depuis long- temps , il n'y a eu d'exemple
d'une auffi grande activité dans les Chantiers
de la Marine Royale. Les ouvriers de Chatam
ont ordre de travailler jufqu'au 1er . Octobre
à doubles journées. Avant la fin de l'année ,
on aura mis à flot 9 vaiffeaux de ligne nouvellement
conftruits. Le même jour, quel'Impregnable
de 90 can. a été lancé à Deptford ,
on a lancé à Blackwal , Chantier particulier
fur la Tamife , l'Hannibal de 74 canons.
De l'état préfenté à la Chambre des Communes
par l'Amirauté , & contenant la lifte
des vailleaux de guerre , vendus comme hors
de fervice , depuis le 1er. Janvier 1782 , au
1er. de 1786 , il réfulte qu'on s'eft défait de
#129 navires de différentes forces , & dont la
vente a produit 103,401 liv. fterl. Dans ce
nombre fe trouvent neuf vieux vaiffeaux de
ligne. Outre cela , il en a été dépécé plufieurs
qui ne font point portés fur cette lifte , tels
que le Prince de Galles , le Buffalo , le Bell'Isle,
le Dublin , l'Ardent , qu'on eft occupé à reconftruire.
Le cours du change , dit le Public Ledger , n'a
jamais été auffi long- temps & à un point auffr
haut en faveur de l'Angleterre, Jamais non plus,
le miniftere ne s'eft attaché avec autant de zele
( 21 )
à étendre le commerce de la Grande - Bretagne
& à encourager l'agriculture. La réduction de
plufieurs droits , & par conféquent la deftruction
de la contrebande que ces droits favorifoient
, des traités de commerce entâmés avec
la France & la Ruffie , les pêcheries encouragées
, l'exportation de toutes les productions
nationales récompenfée par des gratifications ;
telles font les opérations que le gouvernement
anglois a effectuées , ou eft fur le point d'achever
, & telles font probablement les caufes de
l'état actuel du change.
Il eft queftion de trapper de nouvelles efpeces
d'argentvers la fin de la Seffion actuelle
du Parlement ; mais quand ces objets feroient
remis à l'année prochaine , il n'en réſulteroit
aucun mal. En effet , on n'auroit plus alors
rien à craindre des variations dans le prix des
matieres , vu la grande provifion qu'on en a
faite , lorsqu'elles étoient au plus bas prix .
Le Gouvernement fera aufli frapper quelques
petites monnoies d'or . Ce feront des
parties aliquotes de guinées , telles que des
pieces de 7 & de 14 fchellings , que l'on
ajoutera aux efpeces en circulation dans le
Royaume.
Le fieur Rubinelli , Chanteur célebre en
Italie , du genre de ceux qu'on nomme Contr'alto
, eft arrivé en cette ville , où il ett
engagé pour le Théâtre de l'Opera , moyennant
1,700 liv. fterl. & une repréſentation
à fon bénéfice pour tout le courant de la
faifon prochaine & la fin de celle- ci .
Nous avons fait , dit le Morning - Chronicle ,
( 221 )
les progrès les plus extraodinaires & les plus inattendus
dans les arts méchaniques , dans les ma
chines qui fervent aux manufactures , & far- tout
dans les différentes branches de métallurgie. II
n'y a aucune nation de l'Europe qui puiffe
entrer en concurrence avec nous dans les
opérations qui dépendent de la pompe à feu.
La manière de fimplifier ce mechanifme compliqué
, l'ufage facile & économique qu'on fait,
de cette machine , la diftribution qui peut fervir
de force mouvante générale , au lieu du
vent , de l'eau & des chevaux , font autant da
découvertes qui fe font faites dans ce petit nom
bre d'années , & que nous devons à M. Belton
de Birmingham . Cet Artifte ingénieux vient
d'a lépter un procédé très- intéreffant , pour l'lbitation
& la fanté des manufacturiers & de leurs
voifins ; c'est l'application du principe de M. A
gand à la pompe à feu. Cette application a été
tellement perfe&tionnée par fon Auteur , que les
pompes à feu ne donnent prefque plus de fumée.
Le Baptifta , vaiffeau Rufle , du port de
1400 tonneaux , venant de l'Ile de France ,
& deftiné pour Mafcat , où il alloit prendre.
un chargement de mulets , a été affailli d'un
gros temps qui l'a fort maltraité & contraint
de relâcher à Bombay, Il étoit dans le baflin,
Lorfque le Nancy a quitté ce port , mais en fi
mauvais état , qu'on balançoit à lui donner
un radoub. Ce vaiffeau a été conftruit à
Archangel.
Jonathan Beresford , Ecuyer , Officier
dans l'armée rébelle, d'Irlande en 1745 , rét
fugié enfuite en France , & rentré en grace
fous le regne de George II , vient de mou(
23 )
rir à Clare en Irlande , âgé de 107 ans.
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE.
-Extraits des différentes Gazettes Américaines
du 20 Février.
que
On avoit dit que les Commiffaires du Congrès
avoient eu une conférence avec les Sauvages , à
Golfinton , & que ceux ci étoient retournés chez
eux con ens des conditions du traité : cela n'eſt
rien moins qu'exa&t . Il paroît , par la commiffion
des agens de la Georgie , qu'ils auront ordre de
protefter contre tout ce que les Commiffaires du
Congrès pourroient faire contre les droits , les
privileges & la fouveraineté de l'Etat . Il ne fe
trouva d'ailleurs à cette conférence que deux
Rois ou Chefs des Sauvages. Il étoit dit dans l'article
des traités , 1 ° . que le Congrès prétendoit
avoir un droit exclufif fur le fol ; 2° . fi' un
homme blanc paſſoit du côté des Sauvages , l'homme
blanc feroit envoyé au Co grès qui devoit prononcer
fur la maniere de le juger. C'eft à l'occafion
de ces deux points contre lefquels les Commiffaires
de la Georgie ont protefté , que li négociation
avec les Députés du Congrès a été
rompue. Quelques jours après , dix - sept Rois ou
Chefs de Tribu font venus trouver Is Agens de
cet état , revêtus de pouvoirs pour traiter avec
les Sauvages. Au moyen de ce nouveau traité la
Georgie a obtenu une nouvelle ceffion de terres ,
dont les limites fixées par une ligne tirée de la
riviere Canouchic jufqu'à l'embouchure de la
branche méridionale de Ste. Marie , forment un
territoire d'environ 20 lieues fur 13. Après cet
arrangement les Sauvages font retournés chez
eux fans conclufe aucun traité avec les Commiffaires
du Congrès,
( 24 )
On a été généralement alarmé de voir que le
Congrès avoit pris en conſidération les requêtes
des Compagnies qui propofoient de former des
établiſſemens dans le pays des Vandales , des Illinois
& des Onabaches . Les Délégués de la Penfylvanie
fe font vivement oppofés à leurs demandes
; mais le Comité auquel l'examen de cette
affaire a été remis , l'a approuvée , & en a fait
un rapport favorables Le Congrès cependant n'a
rien décidé. On affure qu'il eft queſtion de borner
la Virginie au mont Alleganis , ce qui produira
vraisemblablement des troubles dont on ne
fauroit prévoir toute l'étendue.
Il eft vrai que dès l'inftant que les habitans auront
les moyens fuffifans , il fera très-utile de former
un Gouvernement des nouveaux établiffemens
en-deça de l'Ohio , mais il feroit abfurde
de donner toutes ces terres à des Compagnies
particulieres. Le Congrès doit le garder de couper
le pain par morceaux à la priere de ſpéculateurs
intéreffés qui ne cherchent qu'à fatisfaire
leur avidité. Ils auront fans doute envoyé des
émilaires parmi les habitans de ce pays , pour
les engager à defirer cet arrangement. Les Penfylvaniens
auront la majeure partie de ce pays,
s'ils réuffiffent dans leur deffein .
On doit obferver que les projets dont on vient
de parler furent rejettés en 1781 , comme dangereux
& préjudiciables , & qu'ils ont été appuyés
en 1785 , par le même parti qui les avoit
condamnés.
Le Congrès a arrêté d'établir à New-
Yorck un Hôtel des Monnoies , dans lequel
il fera frappé des monnoies d'or & d'argent
ayant cours dans tous les Etats-Unis . Mais
chaque Etat ſe réſervera le privilege de bartre
(125 )
tre des monnoies de cuivre portant fes armes.
Le Congrès a également arrêté que les
monnoies d'or & d'argent feront au même
titre que les monnoies de France , en confidération
des liaiſons de commerce qui exiftent
entre les deux nations , & pour empêcher
que les monnoies ne foient exportées
dans l'Etranger.
Les Anglois n'ont point même encore
rendu les poftes fur les frontieres de l'Etat
de New-Yorck , ce qui gêne effentiellement
le commetce des Américains , & empêche
les progrès de leurs établiffemens.
Le 18 Décembre 1785 , le floop l'Experiment,
commandé par le Capitaine Stewart Dean
appareillé de New Yorck pour Canton en Chine.
C'est le fecond bâtiment forti des Etats- Unis
pour une deftination fi éloignée . Ces entrepri-
Les prouvent que rien n'eft impoffible au courage
excité par l'intérêt , & fecondé par l'expérience
& l'habileté. L'Impératrice de la Chine , le premier
va fleau qui a fait ce voyage , étoit un
très- petit navire relativement aux dangers d'une
traversée auffi longue , & cependant ce navire
eft revenu en Amérique fans le moindre accident ,
quoiqu'il n'y eût pas à bord un feul homme qui
conût certe navigation. On a peut - être encore
un exemple plus frappant de ce que peut une
audace éclairée ; c'eft celui d'un floop de 40 tonneaux
, qui a vifité deux fois de fuite , fans la
moindre perte , le Cap de Bonne - Espérance , &
cependant on fait qu'il n'y a pas de navigation
plus dangereufe que celle des Etats - Unis à ce
Cap. Il est donc probable que l'Expériment
conftruit avec les meilleurs matériaux felon tou-
No. 18 , 6 Mai 1786. b
( 26 )
1
tes les règles de l'art , & dirigé par un habile
Commandant , n'aura pas moins de fuccès. Ces
entrepriſes , oblerve un papier de New Yorck ,
peuvent devenir fi utiles , que nous ne doutons
point que la légiflature ne s'en occupe , & ne
faffe les réglemens convenables pour tirer tout
le parti d'une branche de commerce auffi importante
qu'elle promet à ce nouvel Empire. Il
ne faut pour cela qu'encourager la culture du
ginfeng , en empêchant qu'il ne foit exporté ailleurs
qu'en Chine & qu'à bord de nos propres
bâtimens , & mettre des droits énormes fur toutes
les productions de l'Orient , qui n'en feront
point importées directement dans des bâtimens
appartenans à des citoyens des Etats - Unis. Le
premier de ces réglemens nous mettra bientôt à
portée d'avoir en retour & fans argent toutes les
productions de l'Inde qui pourront nous être né
ceffaires , & le fecond nous affurera la jouiffance
entière & exclufive d'un commerce auffi lucratif,
La population de Charles - Town dans la province
de Maffachufet , augmente journellement
avec une rapidité inconcevable . Cette Ville ,
laquelle les Anglois avoient mis le feu en 1775,
eft actuellement repeuplée au point qu'on y a
établi une Imprimerie , & qu'elle a une Gazete
qui paroit deux fois par femaine ; le port que
l'on conftruit actuellement fur la rivière Charles,
& qui fera fini au mois de Juillet prochain , ne
peut manquer d'accélérer infiniment les progrès
de cette Ville fi agréable d'ailleurs par fa fiuation
; & Charles- Town , fi célebre dans les
annales de l'Amérique , renaîtra de les cendres,
Ce qui paroît conftant , c'eft que fous peu d'annees
il deviendra une des principales cités de
12 Nouvelle-Angleterre.
L'Affemblée générale de Rhode Island a
( 27 )
7
paflé un Acte , conforme aux réquifitions
du Congrès , du 27 Septembre dernier , &
il a été rendu un Acte pour ordonner que la
fomme de 16,390 liv. 1 f. 6 den . , [ contingent
de cet Etat fur les 5 millions de piaftres
] foit payée au Bureau d'emprunt du
Continent , en déduction de la fomme de
20,000 liv. montant de la taxe ordonnée
dans la précédente feffion.
S
On fe rappelle que la Légiflation de l'Etat
de Penfylvanie avoit précédemment impofé
des droits confidérables fur l'importation de
vins & des fruits de Portugal , pour être perçus
tant que les Portugais refuleroient d'admettre
dans leurs ports les farines Américaines.
Mais cette prohibition ayant été limitée
depuis peu au Royaume de Portugal
feulement, & l'importation des farines Américaines
ayant été permife dans toutes les
Colonies Portugaifes , l'Etat de Penfylvanie
a paflé un acte le 24 Décembre 1785
par lequel les vins & les fruits de Portugal
font déchargés de tous droits à leur impor
tation.
Extrait d'une lettre écrite au fort Mackintosh
, en date du 4 Octobre 1785.
Après une marche très - fatiguan : e de fix fe
maines , nous fommes arrivés à Pittsburgh le s
du mois dernier : nous n'y fommes reftés qu'un
jour ; nous avons enfuite defcendu l'Ohio jaf
qu'en cet endroit qui eft diftant de 28 milles de
Pittsburgh. Nous menons ici une vie fort agréa
ble le fort eft fitué fur les rives de l'Ohio ,
qui nous fournit les poiffon, les plus délicieux,
baro
( 28 )
-
On en trouve d'une taille énorme ; j'ai moimême
pêché des chats marins ( cat - fish ) , qui
peloient quarante livres , des perches de quaforze
, & des brochets de vingt - cinq. Quant aux
oileaux de rivieres , nous en avons une quantité
innombrable. Le gibier , quoiqu'excellent , eft fi
commun , qu'il fe vend un fou la livre. Enfin
nous fommes dans un pays qui mériteroit de
devenir auffi grand qu'il eft beau . Le nombre
des perfonnes qui quittent les différens Etats
pour venir s'établir ici , eft étonnant. Il y a dans
ce moment- ci des ſpéculateurs du nouveau Jetfey
& autres Etats , qui examinent le pays avec
des Ingénieurs . Le Colonel Tuppes , qui eft du
nombre , eft tellement fatisfait , qu'il a deffein
de s'y établir auffi. L'établiffement de Kentucki ,
qui étoit à peine connu en 1775 , s'eft accru
à un point prefqu'incroyable . On y compte environ
30,000 ames. C'eft avec raiſon qu'on a
vanté la fertilité & la beauté du pays. Lorſqu'on
fera parvenu à obtenir des Efpagnols la permiffion
de defcendre le Miffiffipi , on s'occupera
tout l'été à conftruire des bâtimens de
cent à cent quarante tonneaux , qui defcendront
le long du fleuve. Tout invite les habitans à ce
genre d'induftrie , mais particulierement l'abon
dance des bois de conſtruction . Les Commiffaires
nommés pour conclure un traité avec les gran is
Miamis , ont quitté cette garnison avec leur ef
-corte , le 30 Septembre,
Nous devons auffi partir dans quelques jours
& defcendre l'Ohio jufqu'à l'embouchure du
Muskingum , diftant de 130 miles ; nous y pafferons
tout l'hiver , en nous fortifiant contre les
Sauvages. Notre établiffement fervira de pofte
avancé , & établira la propriété des Etats Unis
fur tout ce pays .
On apprend par des lettres de Shelburne ,
(129 )
dans la Nouvelle Ecoffe , que le vaiffeau le
Gibfon eft dernierement revenu de la pêche
de la baleine. Cette expédition a été fi heureufe
, que le produit net de la pêche fera
de 5600 guinées . Les propriétaires de ce
navire font prefque tous des émigrans qui
ont quitté New-Yorck lors de la révolution.
L'un d'eux aura à lui feul un dividende de
$ co guinées .
Il y a dans ce moment au Connecticut
quatre femmes qui font entr'elles fille , mere,
grand mere & bifayeule , & qui ont accou
ché toutes récemment , qu'elles allaitent
actuellement chacune leur enfant.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Avril.
Le Marquis de Forges Parny & le
Vicomte de Montchenu , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au
Roi , ont eu , le 22 de ce mois , celui de monter
dans les voitures de S. M. & de la fuivre à
la chaffe.
Le même jour , le Marquis de Vergennes,
Ambaffadeur du Roi en Suiffe , qui étoit de
retour par congé , a eu l'honneur de prendre
congé de S. M. pour retourner à fon Ambaffade
, étant préfenté par le Comte de Vergennes
, Chef du Confeil royal des finances,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le lendemain , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du
b
3
( 30 )
efnil
Marquis de Chaftellier- Dumefnil , Meftrede-
camp Lieutenant commandant & Infpecteur
du Régiment du Colonel-géneral des
Huffards , avec Dame Elifabeth de . Deux-
Ponts , Comteffe de Forbach , Chanoineffe
du Chapitre noble d'Avefnes en Auvergne ;
& celui du Comte de Rancher , Sous-Lieutenant
en fecond au Régiment des Gardes-
Françoiſes , avec Demoiſelle Leviconte de
Blangy.
Le même jour , la Ducheffe de Saulx-
Tavannes , préfentée par la Maréchale de
Lévis, eut l'honneur de prendre le Tabouret.
La Vicomteffe de Lort eut celui d'être
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale par la Comteffe de Conway.
Ce jour , le fieur des Effarts , Avocat ,
Membre de plufieurs Académies , a eu l'honneur
de préfenter au Roi un Ouvrage que
S. M. a honoré de fa foufcription , & qui a
pour titre : Dictionnaire univerfel de Police ,
contenant l'origine & les progrès de cette partie
importante de l'Adminiſtration civile en France;
les Loix , Réglemens & Arréts qui y ont rapport
: les droits , priviléges &fonctions des Magiftrats
& Officiers qui exercent la Police; enfin,
un Tableau hiftorique de la maniere dont elle fe
fait chez les principales Nations de l'Europe *.
Le it , M. le Comte de Waroquier de
Combles , Officier d'Infanterie , a eu l'honneur
de préfenter au Roi les 3 premiers volumes
*
On fouferit pour cet Ouvrage chez Moutard , Imprimeur ….,
Libraire de la Reine , Hotel de Cluny , rue des Mathurins.
( 38 )
de fon Tableau généalogique , hiftorique de la
Nobleffe , enrichi de gravures.
DE PARIS , te 4 Mai.
On n'accufera certainement pas le Rédacteur
de ce Journal de crédulité. Jama's
perfonne n'a pouffé plus loin la défiance de
toutes ces fables, qu'on appelle des nouvelles,
& n'a eu plus fréquemment l'attention d'avertir
les lecteurs de ne pas y donner créance
légerement. Voici deux preuves récentes
de la néceffité de ces précautions. Nous
avons rapporté , d'après les Gazettes , la prétendue
aventure d'un Héros qui avoît courageufement
défendu fa bourfe & fa vie
dans une hôtellerie fur les frontieres de la
Lorraine. Cette hiftoire eft un Roman abfurde
que les Affiches de Lorraine viennent
de réfuter de la maniere la plus évidente.
Sur les lieux , tout le monde ignore ce brillant
coup
de man ; il n'y a pas même d'u
berge écartée fur le grand chemin défigné .
Les Journaux , les Feuilles périodiques
n'ont pas manqué de répérer la relation
non moins merveilleufe du falut inespéré
des Religieux du mont Saint Bernard ,
emprifonnés par vingt - deux voleurs qu'étrangla
un chien de garde ; mais ces Feuilles
en copiant cette belle anecdote , fe font
bien gardés de tranfcrire également les objections
qui nous faifoient regarder ce conte
L'Ouvrage de M de Bonneville préfenté à la Reine , &
annoncé Ordinaire dernier , fe trouve à Paris chez Barrota
Royez, Libraires , Quai des. Auguftins ,
b 4
( 32 )
comme un conte. Aujourd'hui nous favons
par les informations les plus authentiques
qu'il n'y a pas un mot de vrai dans
ce récit ; & nous fouhaitons n'être pas les
feuls à inftruire le Public de la vérité, comme
nous avons été les feuls à infirmer l'autorité
tranchante & infaillible des Nouvelliftes.
On apprend de l'Orient, que les vaiſſeaux
de la Compagnie des Indes , le Comte d'Artois
& le Comte de Vergennes , en font partis
le 16 d'Avril pour la côte de Coromandel.
Pendant le mois de Mars , 28 ravires ont mis
en coutume à Bordeaux le premier Avril , il
en reftoit dans le port deux cents quatre-vingts
treize étrangers & foixante - quatorze françois ,
vingt -cinq étoient fur les divers chantiers en
conftruction.
Le même mois , il eft entré dans le pert treize
navires venant des ifles françoifes ; favoir quatre
du Port-au- Prince , deux du Cap , deux de la
Martinique , trois de la Guadeloupe , un de St.
Louis , un du port de Paix ; leurs chargemens
confiftoient en fucre , café , indigo , cacao , coton
, bois de gayac , & c. Il eft en outre entré
cent dix- neuf bâtimens de petit cabotage , trois
de grani , ainfi que foixante- cinq navires étran
gers chargés de bled , avoine , merrain , planches,
poutres , fer , bierre , chanvre , beurre , fromage
, farine , &c. & la plus grande partie fur leur
left .
Ce mois , il eft forti du même port vingt-deux
navires françois deſtinés , favoir , deux aux ifles du
Vent , un au Port au - Prince , quatre au Cap , fix
à Saint - Domingue , cinq à la Martinique , deux
( 33 )
à la Guadeloupe , un à Cayenne & un à Mozam
bique ; leurs chargemens confiftoient en vin ,
farine , boeuf , beurre , bierre , eau - de - vie ,
lard , marchandifes feches . &c. Il eft en outre
forti cent vingt - fept bâtimens de petit caborage ,
cinq de grand , & cent vingt- trois navires étrangers
chargés de vin , fucre , eau- de vie , prunes ,
1yrop , &c
Une Feuille publique rapporte le trait
fuivant.
Vers le 15 Janvier dernier , un particulier de
Paris fe rendit chez un Aubergifte , au bourg de
Darnétal , près de Rouen , où il eft reſté jufqu'à
l'inftant de fon décès , arrivé le 15 Mars. Pendant
cet intervalle de tems , il a mené une vie
affez fimple , buvant & mangeant à peu de frais
avec les gens de la maifon. Quelques heures
avant de mourir , il fit venir la maîtreffe de l'auberge
, & en préſence de les deux gardes , lui fit
don , de la main à la main , d'une fomme de
21,000 liv. & plus , tant en or qu'en effers qu'il
avoit dans fon porte-feuille. Il s'efforça d'écrire
fes dernieres intentions ; mais fa maladie qui
l'avoit épuisé , lui en ôta la faculté. L'Aubergine
le refufa d'abord , en lui obfervant qu'elle lui
avoit entendu dire qu'il avoit des freres , & qu'elle
-feroit au défefpoir de les fruftrer de leur bien . Le
malade infifta , en défendant à cette femme dé
>lui parler de fa famille , & d'écrire même à perfonne
après la mort . L'Aubergifte ne s'en eft
pas moins empreffée de chercher les héritiers , &
a fait écrire à cet effet aux endroits où elle
croyoit qu'on pourroit lui en donner connoiffance .
Elle n'a pas tardé à découvrir huit miférables
enfans & une femme que cet homme avoit dépouillés
de ce qu'ils pouvoient attendre de lui ;
elles les a mandés , & ils n'ont pas eu plusós
13
( 34 )
établi leur parenté , qu'elle leur a remis ce dont
il avoit difpofé en fa faveur. Ces Héritiers , par
reconnoiffance , ont voulu la forcer de recevoir la
valeur de 2400 liv . en effets , qu'elle a généreusement
refufée , ainfi que fon mari ; ma s ils l'ont
tant follicitée de l'accepter au moins pour fes enfans
, qu'elle y a enfin confenti.
M. de Beau Fleury , Auteur de l'Ouvrage
intéreffant , intitulé : Projets de Bienfaifance
& de Patriotifme , vient de nous adreffer une
Jettre fur les Bureaux de Charité , dont la
fubftance nous femble bien digne d'être généralement
connue.
J'ai établi que les Bureaux de charité méritent
la préférence fur tous les moyens que l'on
a mis en usage pour détruire la mendicité ; ces
bureaux exécutent dans le dix - huitieme fiecle
ce que le Concile de Tours avoit ordonné dans
·le fixieme : Quæque civitas tuos pauperes alito . J'ai
fait connoître celui qui a été fait à Amiens , dans
la premiere édition de mes projets de bienfaifance
& de patriotisme ( 1 ) , & j'ai indiqué dans
la feconde ceux de Châteauroux & de plufieurs
villes du Berry,
MM. les Adminiſtrateurs du Bureau de Châ .
teauroux m'ont adreffé depuis un tableau général
de leurs opérations . Leur zèle & leur bienfaifance
méritent les plus grands éloges ; leurs
travaux , qui ont été couronnés par les plus heureux
fuccés , ne fauroienr avoir trop de publicité ;
& j'efpere que le public en verra avec plaifir le
réfultat.
( 1 ) Cet Ouvrage fe trouve à Paris chez Royez ,
Froullé , Libraires , quai des Auguftins ; Cailleau ,
rue Galande ; & Defenne , au Palais- Royal , au
paffage de la rue Richelieu.
( 35 )
La ville d'Amiens & de Châteauroux établi
rent la même année , c'eſt- à - dire , en 1778 , des
Bureaux de charité . La premiere comptoit dans
fon enceinte , en 1767 , 11348 pauvres , fur une
population d'environ 40,000 ames ; ce nombre
étoit réduit à 8000 en 1783 .
Il y avoit à Châteauroux 1300 pauvres à Fé .
poque de l'établiffement de fes Bureaux de charité
, on n'en compte plus que 30 aujourd'hui.
La ville d'Amiens , avec 5000 liv. de rente de
fondations , diftribua , en 1779 , à fes pauvres
104,800 liv. ; en 1780 , 91,400 liv.; en 1781 ,
91,546 liv.; en 1782,79,420 liv.
Cette ville renferme treize Paroffes ; il y a
peu de pauvres dans la Paroiffe Saint -Martin , &
peu de riches dans celle de Saint - Leu ; la première
reçut , en 1782 , 11,898 liv. , & ne donna
que 622 liv.; la feconde reçut 4452 liv . , &
donna 16600 liv.
·
Cet apperçu fait voir que les fecours que recevoient
les pauvres avant cet établiſſement
n'étoient pas proportionnés à leurs befoins , &
qu'un Bureau général pouvoit feul établir & conferver
l'équilibre dans une diftribution qui étoit
autrefois fi inégale. La Paroiffe Saint Martin
donnoit beaucoup à un petit nombre de pauvres ,
celle de Saint- Leu donnoit peu à un grand nom¬
bre. Une adminiftration fage & éclairée donne
maintenant aux befoins de l'une le fuperflu de
l'autre , & fait naître l'aifance avec les mêmes
fecours qui laiffoient les vrais pauvres dans l'indigence.
L'établiffement fait à Châteauroux préſente
dans fes opérations des détails auffi intéreffans.
C'eft fur la charité feule des fideles qu'eft fondé
le revenu annuel du Bureau de Châteauroux.
Chaque citoyen foufcrit fur un regiftre , & paie
b 6
( 36 )
tous les trois mois la fomme qu'il a volontairement
fixée.
C'est avec les fonds que produit cette recette
que l'on diftribue tous les Dimanches du pain
aux pauvres , qu'on les habille , & qu'on leur
fournit tous les fecours qui leur font néceffaires
'dans leurs maladies : ces fecours font fi prompts
& fi efficaces , que , fur 1800 malades à la charge
du Bureau depuis fon inflitution , il n'en eft mort
Que 162.
C'eft avec les mêmes fonds que le Bureau fait
nourrir & élever les enfans trouvés : parvenus à
l'âge de fix ans , il les place à l'école de filature ;
& après leur premiere Communion , il leur fait
apprendre un métier.
Les prifonniers font vifités tous les huit jours
par les Adminiftrateurs du Bureau ; on leur fourmit
du linge & des habits ; les voyageurs indigens
y trouvent toujours des fecours , & n'ont pas bes
foin de mendier pour continuer leur route.
Si le Laboureur n'a pas de quoi enfemencer fes
terres , les Francs- Maçons de Châteauroux , à
qui on pourroit donner à jufte titre le nom de
Francs-Citoyens , lui fourniffent , fur un billet
d'un des Adminiftrateurs du Bureau , le bled qui
Jui eft néceffaire : l'on ne dira plus que leur réu→
nion eft en général inutile , puifqu'elle eft la
fource d'une bienfaifance auffi précieufe.
La ville de Châteauroux a reçu pendant les
années 1778 , 79 , 80 , 81 , 82 , 83 , 84 , 3789e l .
elle a dépensé 37355 liv . , & l'on a compris dans
cette dépenfe l'habillement de 840 pauvres.
Les villes de Bourges , Iffoudun , S. Amand ,
Ja Chartre , Vierzon - le - Blanc , Buzançois , Lerou
, & Dun - le - Roi , ont fuivi l'exemple de
Châteauroux , en établiſſant des Bureaux de cha
pité.
( 37 )
C'eft une chofe vraiment extraordinaire &
de remarque , que la province de Berry , qui n'eft
furement pas la plus riche , en compte dix , pen
dant qu'on en trouve à peine cinq ou fix dans
tout le refte du Royaume.
Les opérations des villes que je viens de nommer
, excepté Bourges , ne m'ont pas encore été
communiquées ; on fit dans cette derniere ville en
1783 , une recette de 22135 lv.; on diftribua
aux pauvres 15278 liv,; le refte , tant en argent
qu'en matieres oeuvres , fit un fonds pour les
premiers befoins de l'année fuivante.
Ces réfultas prouvent que l'on peut établir
des Bureaux de charité dans toutes les villes ;
l'expérience en affure le fuccès , & doit faire
efpérer qu'on y verfera toujours des aumônes
abondantes , lorfqu'on en fera voir publiquement
l'emploi.
J'ai l'honneur d'être , &c. DE BEAUFLEURY.
Les Affiches de Normandie ( No. 33.
contiennent une fatyre des moeurs trop
réelles de notre tems , fous le titre de Vifion.
Ce morceau , auquel des Juges féveres pourront
reprocher quelques fautes de goût
contient divers paragraphes , affez piquans
pour être rapportés.
Et c'étoit le foir du 16 d'Avril . Et j'étois retiré
dans mon cabinet.
Et il faifoit froid. Et j'allumai un grand feu ,
que j'entretins long- temps avec les productions
anonymes de certaines gens,
Et j'étois appuyé fur un tas de brochures nouvelles
, que j'avois parcourues fans en trouver une
feule intéreffante. 1
Et je m'ennuyai. Et je m'endormis.
Et je rêvai que j'étois dans ces vaftes allées qui
( 38 )
font l'ornement de Rouen , quoiqu'elles fotent
fouvent défertes ; mais qui feront fréquentées ine
ceffamment , lorfque nos Docteurs auront fu perfuader
à no. Dames que la promenade eft , non
pas plus agréable , mais au moins plus utile à la
fanté qu'une féance de 6 heures au Bofton ou au
Reverfi .
Et l'affluence étoit extraordinaire ce jour-là ,
parce que notre troupe ne jouoit ni la Veuve du
Malabar , ni les Battus paient l'Amende , ni le Général
Jaco.
Et Je promenai mes regards fur le beau fexe
qui compofoit , contre l'ufage , la plus nombreuſe
partie de cette brillante affemblée.
Et le premier objet qui fixa mon attention fut
une perfonne dont la robe parfemée de clinquant
jetoit le plus vif éclat . Et la démarche étoit vive
& légere, comme celle de Flore lorsqu'elle agace
Zéphire fur l'émail des prairies . Et fes yeux
tantôt étinceloient du feu du defir , tantôt fe couvroient
du nuage touchant de la langueur. Et
fes cheveux flottoient au gré des caprices légers.
Et les mains portoient un rezeau tiffu d'artifices ,
qu'elle agitoit fur un effain de petits êtres pétris
de frivolités , abattus à fes pieds , dans l'attitude
du dépit & du défeſpoir.
Et je m'apperçus que cette perfonne étoit la
Coquetterie. Et je m'éloignai avecprécipitation ,
en détournant la vue. 1
Et , à quelque distance , marchoit d'un pas
faftueux , la Pruderie , couverte d'un voile bordé
de fimagrées & d'impoftures. E: fon aſpect étoit
fier & impérieux . Et l'éloge de la vertu & la critique
du vice fe plaçoient alternativement fur
fes levres aufleres. Et elle traînoit après fci un
débris immenfe de fleches de l'Amour , qu'elle
fe glorifioit d'avoir vu fe brifer contre l'égide
impénétrable de ſa fagefle.
( 39 )
Et mon coeur ne fe fentit point attiré vers
elle. Et je pourfuivis , mon chemin.
Et je trouvois à chaque pas la Galanterie étalanc
fon front d'airain . Et le cynifme de la licence
ombrageoit fa tête de fon panache or
gueuilleux. Et fa demi- robe , femblable à celles
des filles de Sparre , lorfqu'elles alloient difputer
le prix des exercices gymniques , étoit par emée
des couleurs de la volupté. Et autour d'elle
s'empreffoit une jeuneffe novice , expofant aux
feux dévorans de la paffion les racines légeres
de la vertu & les fleurs délicates de la fanté.
Et le péril que couroit cette jeuneffe incon
fidérée m'effraya.
Et je courus pour fortir de ce lieu auffi dangereux.
Et j'apperçus fous un berceau écarté la
tendre Sensibilité , ornée des bandelettes de la
Candeur.
>
> Et fes jambes chancelantes annonçoient l'agitation
de fon ame . Et une langueur touchante
tempéroit le feu de les yeux.
Et it s'en échappoit quelquefois des larmes
de tendreffe qui baignoient fon teint nuancé de
pudeur. Et fes cheveux ornés de myrthes , étoient
gerement agités par une troupe de Soupirs .
Et un feul Amour fans ailes , fans orgueil , fans
minauderies , embraffoit fes genoux tremblans ,
& lai juroit une fidélité éternelle .
Et je voulus me précipiter à fes pieds pour
Jui offrir un amour auffi fincere , & tout difparut.
Et je me trouvai dans ma chambre , en face
demon bureau . Et je traçai fur le champ ces portraits
, qu'on trouvera déteſtables , parce qu'ils
font reflemblans .
Nous avons été requis d'inférer dans ce
( 40 )
Journal la lettre fuivante , qui conftate l'entiere
diffolution du Comité de Gens de Lettres
qui avoient bien voulu fe charger de la
Correfpondance générale gratuite pour les
Sciences & les Arts.
Monfieur , je fuis fpécialement chargé de vous
prier d'inférer dans l'un de vos p'us prochains
Numéros la notice fuivante , qui fera décidément
notre derniere réclamation publique.
a Le Comité de la Correfpondance pour les
" Sciences & les Arts , compofé de vingt per-
» fonnes , dont la liste a été rendue publique par
la voie de l'impreffion , & qui s'étoit particu-
» lierement chargé de la rédaction de la Feuille
» intitulée , Nouvelles de la République des Lettres ,
» ayant ouvertement déclaré qu'il ne participoit
plus dans les circonftances actuelles à cet établif-
Jement , c'eft ce Comité , collectivement d'accord
, qui ceffe actuellement les fonctions &
non quelques Rédacteurs déjà remplacés par d'au-
» tres , comme pourroit le faire entendre la
lettre de M. de la Blancherie , inſérée dans le
" Journal de Paris du 18 de ce mois.
•
J'ai l'honneur , & c. BATTELIER .
Paris , ce 25 Avril 1785.
La lettre fuivante nous eft adreffée par un
Curé du diocefe de Rheims ; comme l'objet
dont elle traite ne peut abforber un Journal
-deſtiné à de toutes autres matieres ; c'eft la
derniere que nous recevrons fur celle- ci .
Il fe trouve dans vos derniers Journaux , de
fort bonnes obſervations fur deux objets extrêmement
intéreffants : la réduction des actes de
baptêmes , de mariages & de fépultures , & la
fuppreffion de mendicité. Voudrez- vous bien y
( 41 )
ajouter celles que j'ai l'honneur de vous adref
fer ?
Il ne manqueroit aux actes des familles rien
de tout ce qu'on peut raifonnablement y fouhaiter
, fi tous ceux qui font chargés de leur
rédaction , avoient faifi le véritable efprit de
l'Ordonnance de 1667 , & de la Déclaration
de 1736. Ces deux Loix fuffifent à qui les entend
& veut bien faire . J'en ai la preuve dans
des formules dreffées à merveille & diftribuées
il y a plus de dix ans , dans toute l'étendue
du diocèfe de Verdun . J'ofe citer auffi les actes
que je rédige avec affez de foin & de détail
pour préfenter à chaque famille le fil direct
de fa généalogie : ce dont je ne prétends pas
tirer vanité ; car comme je n'y mets pas grande
fineffe , je n'y ai pas non plus grand mérite,
Pour ma propre facilité & pour celle du Public
, j'ai deux Rôles dreffés d'après les actes
originaux ; l'un des naiffances de tous les individus
qui compofent ma Paroiffe , l'autre des
gens mariés qui peuvent avoir des enfans . Avec
cet appareil tout fimple , & d'une exécution
très poffible à tout Adminiftrateur de Paroiffe ,
mes Régiftres contiennent tout ce qui doit y
entrer d'important , fans même en excepter
l'heure des naiflances & des morts . Une loi
nouvelle qui impoferoit , à toutes les perfonnes
qui doivent figurer dans les actes des familles ,
Pobligation de préfenter chaque fois leurs extraits
de baptême , fi elle n'étoit pas imprati .
ticable , feroit à coup fûr impratiquée , & je la
crois inutile , excépté à l'égard des étrangers
qui fe marient dans une Paroiffe qui n'eft pas
celle de leur origine. En ce cas , j'exige que
l'extrait baptiftaire me foit apporté, & l'Ordon42
)
4
mance de 1667 m'y autorite ( 1).
1
à un
Je ne vois pas plus la néceffité , pour fup
primer la mendicité vagabonde , de faire une
nouvelle loi qui défende à tout citoyen de mendier
hors de fa Paroiffe , comme le voudroit
M. le Curé du diocèf de Coutances. Cette
défenſe exifte dans les Déclarations de 1686 ,
1699 & 1700 ; il ne s'agit que de les faire exécuter
, en reftreignant néanmoins les peines afflic
tives , décernées contre les réfractaires ,
emprisonnement limité ; mais pendant lequel
les prifonniers feroient féverement tenus au
pain & à l'eau . Ce ne font pas les loix qui
nous manquent , ce font les Miniftres des loix
qui manquent à leur exécution. Quoi qu'il en
foit , le moyen indiqué eft non - feulement facile
& fimple , mais l'effet en eft certain. Je peux en
répondre après l'avoir expérimenté pendant 20
ans & plus , dans une autre Province que celle
que j'habite aujourd'hui. J'étois alors à la tête
Pune Paroiffe , compofée d'une quarantaine de
ménages , tous pauvres ; point de Seigneur ,
point de gros Fermier réfidant dans le lieu ;
mon revenu n'alloit pas annuellement à cent
piftoles. Cependant perfonne ne mendioit , hor
mis un miférable accoutumé dès l'enfance à
cet indigne métier ; & perfonne n'eft mort de
difette , pas même en 1769 que les vivres furent
très -chers . Mais on étoit laborieux , groffierement
vêtu ; on mangeoit du pain d'orge , das
pommes de terre , & l'on buvoit de l'eau ; quoi-
(1 ) Dans le cas oppofé , où l'un de mes Paroiffiens
va fe marier ailleurs , j'inferis fur un Ré
giftre particulier la publication de fes bancs , avec
défignation du lieu & du jour où fon mariage dait
Se célébrer.
( 43 )
:
qu'on ne manquât ni de vin ni de froment
D'où je conclus que toute Paroiffe dont le Pafreur
n'eft pas lui- même réduit à l'indigence ,
dès qu'on voudra efficacement , pourra nourrir
fes pauvres dans tous les tems , hors peut-être.
celui d'une calamité extraordinaire. Que l'on
tienne la main à la police avec une fermeté
invariable : par- tout & bientôt il s'établira des
bureaux de charité , qui feront face à tous les
befoins ; & la mendicité anéantie ceffera de pefer
fur la Société , & de déshonorer la Religion
.
Le 22 Février dernier , François Moreau
& Anne Laurent , fon époufe , Fermiers-
Laboureurs au hameau de S. Oyen , annexe
de la Paroiffe de Montbellet , Diocefe de
Mâcon , âgés l'un & l'autre de 75 ans , après
56 années de la plus heureufe union , font
venus renouveller leur mariage dans l'Eglife
du lieu. Ils ont affifté à la Meffe , accompagnés
par deux fils , deux petits fils & cinq
petites filles , & au moins par cent perfonnes
conviées aux nôces de deux de leurs petitsenfans
mariés de la veille.
Mappemonde céleste , terreftre , hiftorique &
cofmographique , cù font repréfentés les différens
fyftêmes du monde : ouvrage curieux , enrichi
des portraits des Savans qui ont fait les
grandes découvertes. Cette Carte , dont rien
n'égale la gravure , à été dédiée au Roi ; elle
vient d'être corrigée par M. Brion de la Tour ,
& augmentée des voyages de Cook & des autres
Navigateurs qui ont fait avec lui le tour du
monde. Elle eſt en quatre feuilles enluminées , & ·
propre à orner les Cabinets & Bibliotheques . Pri
( 44 )
5 liv. port franc jufqu'à la fin de Juin prochain ;
aprés lequel tems elle le vendra 8 liv. On peut
auffi fe procurer les quatre parties du monde , de
pareille grandeur , au prix de 5 liv. chacune .
A Paris , chez Dinos , Ingénieur Géographe ,
& Libraire du Roi de Danemarck, rue S. Jacques,
au Globe .
Les lettres non affranchies ne feront point
reçues.
Louis - Antoine d'Héricourt , Marquis
d'Héricourt , Seigneur de Caulers , Miremont
, & c. , Gouverneur des ville & château
de Mont- Dauphin , Commandeur de
P'Ordre royal & militaire de Saint- Louis ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
ancien Lieutenant - colonel de fon Régiment
d'Infanterie , eft mort au château de Caulers
en Artois , le 23 Février , âgé de 80 ans.
•
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le de ce
mois , font : 42 , 5 , 51 , 38 , & 27.
!
PAY S - B A S.
DE BRUXELLES , le 29 Avril.
M. le Marquis de Verac , Ambaſſadeur
de S. M. T. C. auprès des Etats Genéraux
à remis au Préſident de cette Affemblée la
Note fuivante.
L'Ambaffadeur fouffigné a ordre de tranſmet
tre à V. H. P. les témoignages les plus ex
preffifs de l'affection & de l'amitié que leur porte
le Roi fon maire , & de leur renouveller l'affu
( 45 )
rance de l'attachement invariable de S. M. à l'al~
liance fubfiftante entre Elle & les Provinces
Unies. C'est par une fuite de ces fentimens que
le Roi forme des voeux , pour que l'on parvienne
à réformer les abus qui peuvent avoir occafionné
des diffenfions inteftines dans la République , &
que fa tranquillité puiffe être établie fur des
principes puifés dans l'effence de la véritable
Conflitution : le Roi , en confiant ces voeux
V. H. P. , ne prétend point s'immifcer dans la
direction des affaires intérieures de la Répu→
blique ; bien loin d'avoir cette intention , S. M.
donneroit , s'il étoit néceffaire , fes foins les plus
actifs , pour empêcher que V. H. P. y fuffent
troublées intérieurement comme extérieurement :
S. M. n'a d'autre but dans la démarche qu'elle fait
que de remplir envers V. H. P. les devoirs d'un
ami & d'un allié , & de leur donner par là une
nouvelle preuve de la part fincere qu'elle prend
au bonheur & à la prospérité des Provinces-
Unies. Le Marquis de VERAC.
La Haye , 21 Avril 1786.
-
La réforme de la Légion de Maillebois
s'eft effectuée à Bois - le - Duc : le Marquis de
Caflini , Colonel Commandant de cette
Légion , étoit lui - même chargé des ordres
de l'Erat. La Légion de Salm s'eft tranfportée
de Breda à Bois le Duc où elle remplace
le Corps de Maillebois . Les Etats de Zélande
& d'Overyffel ont délibéré & réfolu .
d'envelopper ce même Régiment de Salm
dans le congé de toutes les Troupes légeres
levées l'année derniere.
Une lettre de Paris contient ce qui fuit :-
Catherine Eftinès étoit acculée à Cazeau , dans
( 46 )
le Comté de Comminge , d'avoir empoisonné fon
pere , Barthelemi Eftinès . Les accufateurs de
cette malheureufe étoient deux hommes reconnus
pour avoir féduit plufieurs jeunes perfonnes ,
& pour avoir fait des propofitions galantes à
Catherine , dont ils ſe ſont enſuite déclarés les
perfécuteurs ; la belle-mere de celle - ci , nommée
Dominiquette Fontan , & Jeanne Minoz , femme
jaloufe , qui faifoit femblant de croire que la
fille Eftinès étoit la maîtreffe de fon mari : tous
ces gens-là fe font entendus avec les Juges préfidiaux
de la Riviere , pour condamner l'accuſée
( déclarée coupable ) à être brûlée vive. Le Parlement
de Touloufe a épluché cette affaire , it a
décrété les Juges de Riviere , nommés Barres ,
Laguenzs pere & fils , tous trois fugitifs . Mais
Pourthe , Greffier de la Jurifdiction , eft détenu
prifonnier dans la Conciergerie. L'Arrêt qui innocente
provifoirement Catherine d'Eftinès , fait
le plus grand honneur aux Magiftrats de Tou
loufe.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
e L'Auteur de la feuille périodique Hollandoife
, connue tous le titre de Poft van de Neder-
Rhyn , ayant inféré dans fon numéro 433 ,
un article contenant plufieurs traits injurieux à
la Magiftrature de la ville d'Arneim , calomnieux
& entierement contraires à la vérité : la
Régence de ladite Ville a pris connoiffance du
délit , & après jugement porté à cet égard,
» elle a fait bruler par la main du bourreau , le .
» dit numéro du Poft van de Neder- Rhyn , com-
>> me libelle infâme & digne de l'animadverfion
» des Loix. La Régence d'Arneim a de plus écrit.
à la Magiftrature d'Utrecht des lettres requifi(
47 )
toriales , pour prier cette derniere d'obliger
l'Ecrivain , Rédacteur ou Distributeur de ladite
» Feuille , de montrer l'original-de l'article ca-
» lomnieux , ou d'en déchner l'Auteur , afin
qu'il foit pourfuivi en droit , & puni felon
l'exigence du cas, ( Gaz, de la Haye, nº. 50.)
2
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1).
-
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE.
Entre M, le Procureur- Général & le nommé
GENNEBON , Italien , Joueur de Marionnettes.
Ahus d'Autorité d'un Juge qui , fur un fimple ordre
verbal, fans avoir préalablement conftaté le dé
lit , fait empriſonner an particulier.
Le nommé Gennebon , Italien Parméfan , n'a
voit d'autre état que d'aller de ville en ville faire.
jouer des Marionnettes ; il étoit en fociété avec
deux autres Italiens , qui promenoient & faifoient
voir des animaux extraordinaires. Dans
chaque ville où Gennebon vouloit faire quelque
réfidence , il obtenoit , ainsi qu'il eft d'ufage,
une permiffion des Juges de Police , pour s'én
tablir fur la place publique . Il avoit déjà parcouru
un grand nombre de villes , fans avoir
donné lieu à aucune plainte. Erant arrivé à G.
en M. avec les affociés , il en ufa comme il
avoit toujours fait , il commença à fe munir d'une
permiflion du Lieutenant de Police , avant de
monter fon petit théatre : alors on ne fait trop
pourquoi la méfintelligence & l'efprit de difcorde
brouillerent Gennebon av les deuxcompagnons ;
il voulut fe retirer de la fociété : les deux af-
1ociés de Gennebon , qui n'étoien : pas contens de
Cette rupture , porterent leurs plaintes au Liestenant
de Pelice , qui manda Gennebon , ui
( 48 )
--
和
7:05
enjoignit de fe raccommoder & de vivre
meilleure intelligence avec les camarades ;
fat meme menacé de prifon , s'il donnoit lieu
à de nouvelles plaintes. Gennebon , déterminé
néanmoins à rompre la fociété qu'il avoit avec
les deux Italiens , n'eut aucun égard aux ordres .
Candu) Lieutenrnto de Police , & fe permit des pr
roles contraires au refpect dû à fon fupérieur
& fur-tout à un Juge . Alors le Lientenant
de Police donna ordre de le conduire en prifon
31 pour 24 heures feulement , pour lui apprendre à
être plus refervé , il ne fut pas même écroué-
Alors Genneton regardant l'emprisonnement fait
desfa perfonne comme un fujet légitime de ſe
plaindre du Juge , même de le prendre à partie , tran
pour obtenir des dommages intérêts , ne voulut ****
pas profiter de la liberté qui lui fut offerte le lens ,
demain de fa détention , & après avoir paffé deux p
mois en prifen , il fe rendit appellant de fon em
prifonement , demanda fa liberté provifojre ,
qui duie fut accordée par un premier Arrêt .
ché ¿Âuffi- tôt qu'il fut élargi , il demanda da pers
ion de prendre à partie le Lieutenant de Po
lice de G. & que fon emprisonnement fut declaté
lojurieux , tertionnaire & déraisonnable ,
comme ayant été fait fars motif & fans avoir
conftaté aucun délir . L'Arrêt de la Cour dù
27 Août 1783 déclara feulement l'emprifonnement
de Gennebon nul tortionnaire & déraifon.
nable , ordonna que l'élargilement provisoire
demeurefois défi tif; & faifant droit fur les conclufons
de M. le Procureur Général , fit défenfe
au Lieutenant de Polite de G. de plus à l'avenire.
ordonner l'emprisonnement de qui que ce foit ,
fans avoir préalablement conftaté le délit, Sur
le farplus des demandes , met les parties hors
de Cour, Proko
200
NM
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 14 Avril .
ARR Lettres -Patentes du 28 Mars , le Roi
a convoqué les Etats du Royaume à la
Diete générale qui commencera le 1 Mai
prochain. La Bourgeoifie de cette Capitale
s'affemblera le 15 de ce mois , pour élire fes
Députés repréſentans .
Le zo Mars , Sa Majefté fit part au
Sénat qu'elle avoit trouvé bon de renouveller
& d'étendre les Statuts de l'Académie
des Sciences établie en 1753 par la
feue Reine Eléonore Ulrique , & de la titrer
d'Académie Royale des Sciences , d'Hiftoire &
des Antiquités. Le même jour cette Académie
s'étant aſſemblée , le Roi ouvrit la féance
par un Difcours auquel répondit le Directeur
actuel , le Comte de Hopken , Sénateur
du Royaume. On lut enfuite les nouveaux
Statuts & l'état arrêté des membres
N. 19 , 13 Mai ng86 .
C
:( 50 )
qui compoferont cette Académie. Leurnombre
fera de so , dont 14 honoraires & 16
étrangers. Parmi ces derniers nommés par le
Roi feul , on compte le Cardinal de Bernis ,
le Duc de Nivernois , le Baron de Hertzberg
Miniftre d'Etat du Roi de Pruffe , le fieur de
Suhm , Confeiller privé du Roi de Danemarck
, & le Profeffeur Pallas de Péterfbourg.
ALLEMAGNE.
DB HAMBOURG , le 29 Avril.
€
La frégate Danoife le Comte Schimmelman
Capitaine Lowenoern , qui doit aller à la
découverte de l'ancien Groenland , eft en
rade depuis huit jours.
On apprend de Mofcou , que le fecond
détachement de la Compagnie qui doit fe
rendre au nord oueft de l'Empire pour en
faire la reconnoiffance , y eft arrivé le 2 Février
, & qu'il compte fe remettre en route
vers la fin du mois d'Avril . L'Archevêque de
Novogorod a obtenu de l'Impératrice la
permiffion de s'affocier à cette Compagnie
& de faire le voyage avec elle .
Il a paru à Mecklenbourg un Réglement
fomptuaire , qui fera mis en exécution au
commencement de 1788 , & par lequel il
eft interdit aux hommes de porter à cette
époque des galons & broderies en or , ar(
ST )
gent & foie , des habits de foie & de velours
& des manchettes de dentelles , & aux
femmes toutes les étoffes riches & de diverfes
couleurs , les dentelles & tous les bijoux
à l'exception des bagues .
Le Duc de Mecklenbourg Schwerin a
accordé une exemption de droits d'accife &
de douane pendant 6 ans pour les draps &
les foies fabriqués à Parchim.
DE VIENNE , le 28 Avril.
3
On parle déja du départ de M. de Schoënfeldt
, Envoié de Saxe , arrivé ici depuis
peu ; l'Electeur ne voulant entretenir ici
qu'un fimple Réfident , comme il la fait juſqu'ici.
L'Empereur fuivra la même marche ;
ainfi l'on préfume que le Comte O'kelly.
fon Miniftre à Drefde , ne tardera pas à être
rappellé.
Le9 , le Baron de Guldencrone , Minif
tre plénipotentiaire de la Cour de Copenhague
, eut fa premiere audience de l'Empereur
, dans laquelle il remit fes lettres de
créance. Il fut conduit enfuite à l'audience
de l'Archiduc François.
On travaille depuis quelques jours aux
voitures de voyage de l'Empereur.
Le Baron de Rewizky eft parti pour fe
rendre à fon pofte de Miniftre plénipotentiaire
à la Cour de Londres.
On apprend de Salzbourg, que le Prince
C 2
( 32 )
Evêque de Chiemfée eft mort le 9 Avril.
Les 2 vieillards auxquels l'Empereur
lava les pieds le Jeudi Saint avoient enfemble
1003 ans ; le plus âgé , nommé Joſeph
Koll avoit 106 ans.
On écrit de Janoviz , dans la haute Siléfie
,, que la femme d'un tifferand , nommé
Zbamitel , accoucha le z de ce mois deC4
enfans vivans & d'un mort né ; la mere eft
morte après le travail de l'accouchement f
C
DE FRANCFORT , le 3 Mai.net
Nous avons plufieurs Tragédies Allemandes
, dont le sujet eft pris de l'Hiftoire
de Baviere , telles qu'Agnès de Bernau &
Otton de Wittelfbach. On affure que l'Electeur
vient des défendre de jouer ces pieces
nationales dans fes Etats : cependant c'eft le
genre de Littérature auquel les Bavarois fe
font adonnés avec le plus de fuccès.
J
Les Feuilles publiques ont beaucoup par
lé du nouveau Prophete Mufulman Scheick
Manfur , efpece de Réformateur qui vou
droit rapprocher la Loi Mahométane de la
Religion naturelle . Il eft âgé , dit on , d'environ
40 ans , fait plufieurs langues , a fréquenté
les Négocians Européens dans le
Levant, & pafle pour affez inftruit. Il ne
faut pas fans doute ajouter beaucoup de foi
à toutes ces relations lointaines , ni les prendre
pour des vérités hiftoriques ; mais il pa,
2 殉
( 53 )
roît affez conftant que cet homme a public
un nouveau Code de doctrine , dont voici
les principaux articles.faberg us, evel
1º . Il fépare du Coran tout ce qui touche aux
pratiques fuperftitieufes , & réduit cet ouvrage
à la pureté des fentimens qui établiront les rapports
à l'Etre Suprême , & c'eft fur ces fentimens
qu'il veut appuyer tout le dogme de fa
nouvelle docrine.
2. Il confeille feulement les ablutions que
le Mahométisme prefcrit , & il les réduit à trois
fois par jour , le matin , à midi & le foir ; il
abolit deux des cinq prieres ordonnées journellement
; celle du lever du foleil fera pour demander
l'affiftance divine , celle du midi pour
implorer fa miféricorde , & celle du foir pour
la remercier de fes bienfaits.
3 °. I preferit la priere du vendredi , & n'exemp
te perfonne de la faire publiquement dans une
Molquée ce jour - là : il ne donne , aucune for
nule pour cette priere ; mais il veut qu'elle
foit tirée de quelques paffages du Coran , où Dieu
feul eft glorifié , fans jamais faire mention de
Mahomet toute priere doit être adreffée à Dieu
fans le tourner du côté de la Mecque , & fans
prendre pour cela une attitude particuliere , Dieu
érant partout.
4. I conferve le jeûne pendant le temps du
Ramazan , & permet à chacun de boire & de
famer pendant ce temps d'abftinence : on ne fera choiul repas
par jour , mais à l'heure
de fon
choix les femnies ne feront point affujetties à
jeûner ; mais les hommes obferveront ce précepte
depuis vingt ans jufqu'à foixante.
5 Le Beyram fe célébrera , fuivant l'uſage
pendant trois jours après le Ramazan baroq
c 3
( 54 )
6. L'aumône journaliere fera de précepte rigoureux
pour tous les Croyans ; & l'homme le
plus pauvre , qui fera hors d'état de la faire en
argent ou en vêtement , devra y fuppléer par
des pratiques charitables envers fon prochain
miférable , fans égard à aucune diverfité de re-
Legion.
-7°. L'ufage du vin eft permis ; mais l'ivrognerie
fera punie de cent coups de bâtons fur la
plante des pieds , l'eau - de vie & les liqueurs
fortes font abfolument profcrites , & tout homme
qui fe fera enivré avec ces liqueurs défendues ,
outre les cent coups de bâton qu'il recevra , fera
tenu de payer cent piaftres en faveur de l'Hôpital
des foux , ou à les fervir jusqu'à ce qu'il
ait payé cette fomme.
8°. Il abolit toute diftin&tion & tout privilege
que s'attribuent les Mahométans fur les
Chrétiens relativement à la couleur de leurs habits
& de leurs turbans , laiffant à chacun la
liberté de fuivre fon goût pour les couleurs qui
lui plairont le mieux ; cependant il veut introduire
l'ufage d'un habit national à la façon orienrale
, mais plus court que celui qu'on porte au
jourd'hui.
3. Les Mofquées feront conftruites de maniere
qu'il y ait des lieux particuliers deftinés
aux femmes pour leurs prieres ; mais nulle d'entr'elles
ne pourra s'y rendre que voilée , &
Couverte de pied' en cap.
24 /10 ° Les Muezzim chargés d'appeller le peuple
à la priere du haut des Minarets , l'appeileront
uniquement au nom de Dieu , fans parler de
Mahomet fon Prophête , & on priera pour le
Scheick Manfur ; cependant Mahomet fera toujours
refpecté comme un Légiflateur , & comme
le compilateur du Coran ; & chaque année on
( 55 )
célébrera fa fête avec une brillante, foire : le pélerinage
de la Mecque fera interdit , quand il
n'aura qu'un but religieux , attendu qu'il eft fuperftitieux
& inutile ; mais il fera permis de le
faire avec les caravannes ordinaires , quand il
s'agira d'un objet de commerce.
11. Les ftatues & peintures d'hommes , plus
que celles des animaux , feront tolérées dans les
Mofquées; mais il eft défendu de faire aucun
tableau , flatue ou portrait de Mahomet.
12. La Circoncifion eft confeillée, non comme
pratique de Religion , mais comme un ufage utile
& ancien dans la coutume orientale .
13. La tolérance fera illimitée , & toute controverfe
entre perfonnes de différente Religion
eft profcrite , ordonnant à tous de fe regarder
comme freres.
14. I ordonne qu'il foit formé un code de
loix pour fon Gouvernement ; & fur ce qu'il
a entendu parler du code de Juftinien , il fait
travailler à la traduction en langue turque , pour
pouvoir en adopter ce qu'il trouvera de conve
nable à fon fyftême .
Il a choifi quelque gens inftruits parmi fes
difciples , les a chargés de fe propoſer réciproquement
des doutes ; ils feront débattus enfuite
dans une affemblée générale . On recueillera les
avis les plus lumineux & les plus jules , qui
formeront des jugemens , & ces jugemens ferviront
à former des loix .
Les jugemens rendus dans les caufes particu
lieres feront examinés dans les mêmes affemblées
générales ; & lorfqu'ils auront été reconnus fages
& juftes , on en tiendra regiftre , afin que , de
leur réunion on puifle former un code utile
& ftable , qui fera appellé le code Minfus .
•
Après dix ans , ce code fera encore revu dans
( SG).
une affemblée générale , & on le divifera en
deux parties , l'une pour le civil , & l'autre pour
le ctiminel. Wisuday te
Manfur enfin condamne comme hérétiques toutes
les diverfes interprétations faites fur le Coran
; & veut que tous les Légiftes qui s'en font
occupés , ainfi que leurs fectateurs , foient regardés
comme perurbateurs du repos public ,
comme fauteurs de l'ignorance , & comme oppreffeurs
du genre humain ; & il ordonne que
leurs noms foient rayés de la lifte des hommes
grands & religieux , pour être placés en tête du
catalogue des fanatiques .
La Porte , à ce qu'on ajoute , qui regarde
ce Miffionnaire , non fans quelque raifon ,
comme un ambitieux apofté pour femer le
trouble dans l'Empire , a publié contre lui
une déclaration dont l'effet n'a pas encore
été très fenfible. Sy
Des lettres de Hongrie démentent formellement
le récit de la cataſtrophe du
Comte Beniowski à l'ifle de Madagafcar,
que nous rapportâmes il y a quelques mois ,
d'après les nouvelles de Paris. On cite en
faveur de ce démenti des lettres de Madame
Beniowski , qui fe trouvant à Baltimore au
mois de Novembre dernier , favoit que fon
mari avoit été favorablement accueilli par
les naturels , & que fon établiffement étoit
en vigueur. Il faut ajouter à cette autorité le
filence abfola de toutes les nouvelles d'Angleterre
fur ce prétendu maffacre qui intéreffe
néanmoins une compagnie de Negocians
Anglois. Ainfi , fans le révoquer abfo*
90s 906
lument en doute, il eft prudent de fufpendre
fon opinion fur ce fait conteſté .
Les Etats du cercle de Souabe s'affemblerent
à Ulm , le 3 du mois prochain . On dit
que le principal objet de leurs délibérations
roulera fur les mefures à prendre , relativement
aux affaires monétaires.
L'Empereur a fait acheter en Pologne
200,000 malters d'avoine.
Par un ordre du Cabinet , du 7 Mars , le
Landgrave de Heffe Caffel a étendu la prérogative
du libre exercice de Religion , accordée
aux Proteftans de la Confeffion
d'Augsbourg. Dorénavant , les Miniftres de
cette Confeffion pourront exercer tous les
actes paroiffiaux , à condition cependant
qu'on continuera à payer les droits d'étole
aux Miniftres de la Confeffion Helvétique.
Il s'accrédite de plus en plus que le Prince
de Hohenlohe a acheté la Principauté de
Sagan , pour le Duc de Courlande.on pup
Le fieir Reinhold d'Ofnabruck a imaginé
une Preffe d'Imprimerie , fans vis , avec
laquelle on peut imprimer la page d'une
feuille , fans qu'il foit befoin de fe fervir
deux fois du coffre. Cette preffe eft moins
chere que les Preffes ordinaires , & on peut
la faire aller très- ailément.
Nous av ons rapporté fuccinctement l'Or
donnance monétaire , rendue par les Etats
du Cercle du Haut-Rhin il n'eft pas indif
férent au Commerce de connoître en détail
CS
( 58 )
cette fixation provifoire qui détermine la
valeur des efpeces d'or & d'argent.
ESPECES D'OR. Valeur de chaque eſpece ;
7
de aoflorins
à la taille.
d'après lepied d'après le pied
de 24florins
à la taille.
fl. cr. pf. A. cr. pf.
Uncarolin de Cologne , de
Baviere , du Palatinat
d'Anfpac,de Wirtemberg,
de Helle & de Fulde .
Un demi-carolin ...
Un quart de carolin . ...
Un marc d'or de Baviere..
Un demi-marc d'or , ou
un florin d'or.....
Un fouverain d'or....
Un demi idem ...
Un ducat impérial , un
ducat de Pruffe un ducat
de Ruffie complets .....
Un ducat de Cremniz
complet .....
Un ducat du Pape , de
Hollande , de Brunswick
complets ...
Un ducat de Ruffie ......
Un Frédéric d'or depuis
1763 , une pareille piece
d'or de Saxe , de Brunf-
4 45
9726
30 71 24
1
5 42
22 2 2 •
20
5'1
7 36
3 10
3 48
12 43 15 14
6 21
7 37
18
5 10
4 5 11
4 16
4 14 5
wick & de Heffe - Caffe ! .7 30
Un Louis d'or de Louis
XIV .. 734
Une double d'Efpagne ... 7 32
Une double- double idem : 15
+1
936
( 59 )
ESPECES D'OR. Valeur de chaque efpece ;
d'après le pied d'après le pied
A. cr. pf, A.
de 20 florins de 24 florins
à la taille. à la taille.
cr. pf.
8
36 12
4
ΤΟ II
429
5.30
17.2
6
245
10 56
Une quadruple idem ..... 30
Un Louis d'or à écuſſon ,
antérieur à l'année 178569
Un demi Louis d'or idem . 4 35
Un quart de Louis idem..
Un Louis d'or au ſoleil ..
*
7
Un Louis d'or des années
1785 & 1785 , même en
preints
8 36 ΤΟ 2
Efpeces d'argent.
Les écus de convention du poids complet , les
demi-écus de convention , les quarts d'écus , les
demi-florins , les pieces de 20 kreutzers , celles
de ro & de 5 kreutzers , refteront dans la circulation
fur l'ancien pied , à l'exception cependant
des écus & des demi - écus de S. Gall , & des pieces
de zo kreutzers des Comtes de Montfort ,
des années
1761 & 1762 , qui font & refteront exclus
de la circulation .
Les écus de 6 liv. de France , depuis 1726 juf
qu'en 1783 , inclufivement , refterent dans la
circulation , & ils feront pris d'après le pied de 20
florins à la taille , à raifon de 2 florins & i15s kreut
zers piece , & d'après le pied de 24 florins , à raifon
de 2 florins & 42 kreutzers ; les écus de 6 liv
des années 1784 & 1785 , feront pris d'aprèsle
premier pied , pour 2 florins , 14 kreutzers
piece , & d'après le fecond pied , pour 2 florins &
€ 6
60 )
41-kreutzers. →→→ Les écus de 3 liv. , frappés fous th
Louis XV, font mis hors de la circulation .
Les Feuilles publiques ont parlé plufieurs
fois d'une Colonie , formée à Conftance par
des Génevois , mécontens du gouvernement
adopté par leur République , en 1782. Voici
les principaux priviléges accordés par l'Empereur
à cette Colonie.
Libre exercice de leur religion , une Eglife ,
& un Pafteur de leur choix , indépendant de
toute jurifdiction du Clergé Catholique , & dès
qu'il y auroit 30 families réunies,
L'érection d'un tribunal arbitral , pour déci-..
der les difficultés relatives à leur commerce
& à leurs manufactures , réfervant les cas réels
& perfonnels , pour lefquels les Colons feront
foumis aux regles générales.
Exemption de toute contribution perfonnelle.
pendant vingt ans not as pose ba
Exemption du tirage de la milice , & du logement
des gens de guerre.
Exemption de tout péage pour leurs équipages,
uftenfiles de fabrique , & marchandifes , tant à
leur entrée dans la Ville de Conftance que dans
toute l'Autriche antérieure ."
Si les objets de leurs fabriques d'indiennes ,
horlogerie & bijouterie ne le fabriquent pas
ou fe fabriquent en petite quantité dans l'Autriche
intérieure , & autres Etats héréditaires, il ne fera
fait aucune difficulté de les y lailler jouir , pour
les mêmes articles des mêmes droits fixés pour
Pays -Bas & aurres Etats héréditaires féparés ,
moyennant une permiffion , d'après un rapport
préalable. A
les
La ville de Conftance & la Régence de 20
Fribourg en Brifgawont fait également un
( 61 )
diverfes conceffions aux Artiftes & Négo- a
cians Génevois leur nouvel établiflement i
compte déjà plus de zoo perfonnes . Le jour
de Pâques , on a fait la Dédicace de l'Eglife
Proteftante dans le Couvent & dans la Salle
où fe tenoitjadis le Chapitre des Dominicains .
ོད་ ན་
さ
3 330
ITALIE.
1
DEROME, le 12 Avril » "}
Il eft arrivé ces jours derniers un événe-"
ment qui auroit pu avoir les fuites les plus
funeftes. Les archers voulant exécuter , à la
vue du château , S. Ange , une Sentence
rendue contre un malheureux , dont les
haillons appartenoient à un foldat de la garnifon
du Château , le créancier préſent s'y
oppofa , en difant qu'il ne vouloit pas que
la faifie eût lieu pour les vêtemens. La que
relle s'étant échauffée , un des archers mit
un piftolet fur la poitrine du foldat : d'autres
accoururent fur ces entrefaites ; les archers
prirent la fuite , & fe réunirent à un grand
nombre de leurs camarades qui , tous armés
de fufils , allerent chercher les foldats . Its les
trouverent au nombre de 40. Ils rétrograde--"
rent à cette vue , & coururent fe renfermer
dans les ma fons voisines. Les Officiers furvenus
reconduifirent les foldats au quartier ,
& firent enfuite leur rapport. En conféquen
ce , Sa Sainteté ordonna l'emprisonnement
du foldat , premier moteur de la querelle
( 62 )
L'ordre ayant été exécuté , tous les foldats
fe liguerent , & ceux du château S. Ange
eurent la hardieffe pendant la nuit de pointer
un des canons vers le palais du Vatican.
Une fentinelle ayant découvert à temps l'attentat
projetté , fonna la cloche , au fon de
laquelle accoururent les Officiers qui ne
parvinrent à calmer la fureur des foldats ,
qu'en leur promettant la liberté de leur camarade
toujours aux fers .
DE NAPLES , le 12 Avril,
On prétend que le vaiffeau qui doit conduire
dans peu le nouveau Viceroi en Sicile ,
eft deftiné à paffer enfuite dans le Nord , &
qu'il partira en même temps trois autres
vaiffeaux , dont un pour l'Espagne , un autre
pour l'Angleterre , & un troifiéme pour
l'Amérique. Tous ces bâtimens feront munis
d'une dépêche du Roi , cachetée , qu'ils ouvriront
, comme cela fe pratique , lorfqu'ils
feront en pleine mer , & d'après laquelle ,
chacun d'eux prendra la route qui lui fera.
prefcrite.
Suivant des lettres de Corfou , le tremb'ement
de terre que cette Ifle a éprouvé ,
y a fait des ravages terribles . Une grande
partie de la ville a été détruite. Cent vingt
perfonnes ont été écrasées fous les ruines
des édifices écroulés, & le nombre des bleftés
eft beaucoup plus confidérable .
( 63 )
DE MILAN , le 15 Avril.
Le 6 , on a reffenti dans cette ville une
fecouffe de tremblement de terre , qui n'a
duré que deux fecondes , & n'a caufé aucun
dommage. Elle a été plus forte ailleurs ,
& notamment à Lifcate , où quelques vieilles
maifons ont été abattues . Cette Terre n'eft
cependant éloignée de Milan que de 7 lieues.
Les efpeces d'or , portées à la Monnoie
de cette ville , depuis le 1er. Février jufqu'au
1er. de ce mois , montent au poids de 89,186
onces , 9. 3. , qui valent 10,725,295 liv . 12 .
On y a frappé , dans le même efpace de
temps, pour 9,085,839 liv . ì 2 f. d'eſpèces d'or
nationales.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 29 Avril.
Sir Guy Carleton , nouveau Gouverneur
général du Canada & des Provinces adjacentes
, a pris congé de S. M. pour fe rendre
à fa deftination . Le Commodore Gardner ,
qui va remplacer ' le Contre-Amiral Innis ,
dans le Commandement de l'Efcadre de la
Jamaïque , a également reçu fes derniers.
ordres.
L'Amiral- Royal, le plus gros vaiffeau de
la Compagnie des Indes eft arrivé de la
Chine ; après une relâche à Bombay , & à
( 64 )
Sainte - Helene , d'où il fit voile le 23 Février.
Il a ramené plufieurs Officiers.
Le Parlement s'étant ajourné pendant les
Fêtes de Pâques , la Chambre Haute eft reng
trée le 24 , & celle des Communes le 25.
Ce jour- là , M. Pitt propofa à cette derniere
Affemblée , que , conformément à l'ordre
du jour , on préfentât à la Chambre le
rapport du Bill , pour qu'il foit dépofé certaines
fommes entre les mains de Comniiffaires
chargés de réduire la dette nationale,
Mais plufieurs Membres de la Chambre
ayant annoncé qu'ils avoient à propofer plu
fieurs changemens importans dans la forme
de ce Bill , M. Pitt en remit l'examen au
lundi premier Mai .
ན
Dans la Séance du 26 , le Major Scott
préfenta une pétition de M. Haftings , requérant
d'être entendu à la Barre , pour ré--
pondre en perfonne aux accufations portées
contre lui , & qu'il lui en fût remis une cont
pie. M. Burke & fes Affociés au projet
d'accufation , n'oferent pas aller jufqu'à demander
qu'on interdît à un Anglois accufé
la liberté de fe défendre , mais ils s'oppoferen
à la communication des charges produites
contre lui . Il eft fans doute curieux de
voir par quels argumens , cette étrange vio
lation des formes , des loix , de la juftice
put être foutenue . Voici un précis des débats
qui eurent lieu à ce fujet. རྣ་བས་་ ་།་་ ་ ཞེས་པ་
and sub amic, sí
་་་ ་
( 65 )
Les Chefs d'accufation , dirent M. Burke &
le Chevalier Grey Cooper , n'étant point encore
dans l'état de perfection où ils doivent être , il
faut qu'ils foient complets , & fur-tout adoptés
par la Chambre , pour que l'accofé ait le droit
d'en demander la communication , & le tems
néceffaire pour établir la réfutation des différen◄
tes charges qu'ils pourront contenir.
M. Fox , partant de ce principe , dit que , dans
le cas où la ftricte Juftice exigeroit la communication
de ces charges , il ne voyoit pas pour
quelle raifon cette communication n'auroit pas
été déjà faite. La Chambre n'avoit certainement
pas encore décidé que la nature des Chefs
d'accufation donnoient lieu au décret , ( impeachément
) . Jufqu'à cette réſolution , on ne pouvoit
les regarder comme l'ouvrage de la Chambre
, ni M. Haftings appuyer fa défenſe fur leur
réfutation .
M. Pitt rappella la Chambre au véritable état
de la queftion , dont , felon lui , on cherchoit à
l'écarter. La ftricte Juftice , dit il , demande qu'au
*moment où une accufation eft intentée , l'Accufé
foit mis en poffeffion de tous les moyens de dé↓ 1
fenfe , pour qu'aucune des attaques qui lui font
faites ne puiffe l'être à fon infcu . Je n'hésite
point à déclarer que les Chefs d'accufation produits
contre M. Haftings , font de la nature la
plus grave , la plus capitale , & qui demande que
la Chambre apporte à leur examen l'attention la
plus férieure , & perfonne ne defire plus que moi
que l'homme coupable d'excès auffi énormes foit
puni comme il le mérite , G réellement il étoit
trouvé coupable. Cependant je pense en mêmetems
, que la Chambre en la qualité de Juge
doit chercher à trouver l'innocence plutôt que,
le crime. Cette humanité fait une partie in(
66.)
T
difpenfable de fes devoirs , parce que tout hom
me doit être préfumé innocent jufqu'à ce que
le contraire foit bien prouvé. Au turplus , malgré
l'énormité des charges résultantes des Chefs
d'accufation , il me femble qu'on y a mêlé une
foule d'incidens & de détai's inutiles qui tendent
plutôt à embrouiller la queftion qu'à l'éclaircir
M. Burke foutint qu'il etoit indifpen able de
donner quelque étendue aux accufations : il pria
le Chancelier de l'Echiquier de lui expliquer
comment il étoit poffible d'expofer des griefs de
ce genre fans entre dans un détail circonftancié
des faits qui tiennent immédiatement aux actions
contre lesquelles on procédoit. Il cita pour exem
ples l'affaire de Benarès & celle du pays d'Oudé.
Il donna la fignification du mot Misdemeanors;
On l'applique , dit - il, aux crimes qui n'ont pas
de nom dans notre langue ; c'est un terme général
dont on fe fett pour défigner ces énormités
évoltantes qu'aucune autre expreffion ufitée ne
pourroit rendre ». Il repréfenta combien il étoit
difficile de pécifier & de claffer exactement les
crimes qui étoient pour ainfi dire locaux , c'eftà
dire, qui devenoient plus ou moins graves ,
d'après les moeurs coutumes & opinions despays
dans lefquels ils étoient commis , Puis il revint
à l'affaire de la Famille Royale d'Oudé , « Les
outrages, dit- il , que les Princeffes de cette Eamille
ont reçus font d'un genre qui pourra ne
pas révolter beaucoup le peuple anglois . Je crains .
bien que nos compatriotes ne foient pas trèschoqués
en apprecant qu'on a exp ofé publiquementen
vente des femmes , toutes nues , à moins
cependant qu'on ne leur faffe connoître la difference
qui exifte entre les moeurs & les opinions
des habitans de l'Inde , & les coutumes les plus
dans ce pays ci po
拳
( 67 )
M. Burke continua enfuite fon récit , & fuivit
la comparaifon de maniere à faire éclater de
rire toute l'aſſemblée . « Cependant , dit - il , tout
graves que font ces délits dans l'Inde , j'ai cru
qu'il étoit très- difficile de les faire envifager
d'une maniere férieuſe par ceux qui doivent les
juger ici. Car comment pourra t on juger de la
grandeur de l'outrage fait aux plus illuftres femmes
de l'Inde , fi l'on n'a pas une connoiffance .
exacte des opinions reçues chez les, Indiens fur
T'honneur des femmes. Il étoit donc né,
Ceffaire , en rendant compte d'un crime de cette
efpece , de démontrer qu'expofer des femmes
nues en vente dans une place publique , c'étoit
leur faire le plus fanglant outrage qu'on puiffe
faire a la délicateffe du beau fexe .... Timides ,
modeftes , ayant les moeurs aufli douces que leur
caractere , la plupart des femmes indiennes aroient
préféré la mort à cet opprobre , & beaucoup
d'entre elles fe font ôté la vie plutôt que
d'être réduites à une fituation aufft déshonorante.
Ceci , Meffieurs , entr'autres chofes , nous
prouve combien la modeftie & la pureté font plus
refpectées chez les fectateurs de l'Alcoran que
chez ceux de la Bible »
M. Burke cita encore plufieurs exemples , toujours
avec la même gravité , à l'appui de fon opinion.
M. Fox dit qu'il étoit fort étonné de l'obfervation
du Chancelier de l'Echiquier , & de ce qu'il
avoit avancé concernant les accufations foumifes
à l'examen de la Chambre, « L'honorable Membie
, dit - il , a prétendu qu'il n'y avoit perfonne
qui put prononcer fur les dépofitions telles
qu'elles étoient énoncées. Et moi je nie pofitiyement
cette affertion , & je foutiens le contraire,
Mais ce n'eft pas cette queſtion qui doit dans ce
768-) )
moment ci occuper la Chambre. L'objet de Yes
délibérations eft de favoir s'il y amatiere à décret?
dans les dépofitions qui lui ont été faites. Or que
chacun s'interroge ici de bonne foi : Eft- il quel
qu'un qui puiffe affirmer que les articles defdites
dépofitions , abftraction faite des explications qui
y
font jointes , ne font pas remplies des griefs
les plus graves ? Ce fujet demande à être traité
avec un peu d'étendue , & je m'estimerai heu
reux de pouvoir enfuite receuillir les voix de cette
affemblée fur un point qui , felon mon avisone
peut feulement pas être difcuté.
Enfuite M. Fox exhorta avec beaucoup d'éner
gie tous les Membres de la Chambre à laiffer
agir leur propre jugement touchant cette queftion
, fur laquelle tout le monde étoit en état de
prononcer. « Je n'hésite point , dit-il , à affirmer
que fi certains Membres de cette affemblée le font
décidés à attaquer l'énoncé des dépofitions , ce
n'eft pas parce que les articles qu'elles contien
nent font confus & inintelligibles ; mais au contraire
parce qu'ils font trop clairs. S'ils étoient
plus obfcurs , s'ils étoient déduits enttermes
moins précis , moins exacts , s'ils n'étoient pas
de nature à entraîner tous les fuffrages , il eft
probable qu'on auroit fupprimé au moins pour ce
moment- ci , les objections qu'on y a faites . C'eft
précisément parce que ces dépofitions font à la
portée de tout le monde , c'est parce qu'elles
font accompagnées de détails qui en fpécifient
exactement tous les points , & qui les rendent
parfaitement intelligibles , c'eft parce qu'elles ne
font pas exposées d'une maniere affez confufel;
affez embrouillée pour en diminuer l'effet , qu'on
les a cenfurées , & qu'on a dit qu'elles étoienti
furchargées d'un fatras obfcur de détails , & en
tiérementétrangers à l'affaire, 150 ; mejilleglb
( 69 )
Le Chancelier de l'Echiquier , indigné , fe leva
& parla ainfi e D'après ce qu'on vient de dire ,
la Chambre peut juger des difpofitions avec lefquelles
cecte affaire a été
Membre a adopté une entamée . L'honorable
maniere d'argumenter qui ,
je crois , ne pourroit que faire le plus grand tort
à la cauſe la plus jufte. Il eft aifé de deviner ce
qu'il a voulu infinuer dans fon difcours auffi indécent
qu'emporté . Mais je fuis bien aiſe de lui
dire que des infinuations fans fondement ne me
feront jamais renoncer à la conduite loyale &
jufte que je me crois obligé de fuivre , tant par
le respect que l'on doit au Parlement , que pour
les intérêts de la Juftice , que j'efpere voir triompher
dans cette affaire . Ileft poffible que j'ignore,
les motifs particuliers qui font agir quelques
Membres de cette affemblée ; mais je ne croirai
jamais qu'on puiffe avoir l'ame affez noire , affez
endarcie pour fe fervir du prétexte de découvrir
& de poursuivre le crime , comme des moyens de
fatisfaire une inimitié particuliere.
Je ne prétends gêner perfonne dans la maniere
de penfer; mais en même tems qu'on me permette
de réclamer le
droits que j'ai à une femblable
indépendance. J'affirmerai donc , malgré
la remarque adroite du très honorable Membre
que les dépofitions font faites d'une maniere incohérente
& obfcure dans une infinité d'endroits ;
j'en pourrois même citer des exemples ; mais je
craindrois d'abufer de la complaifance de la
Chambre en prolongeant ce débat. Je me contente
donc de répéter une fois pour toutes que
telle eft mon opinion fur les dépofitions foumifes
à l'examen de la Chambre. Je prie auffi la Cham
bre d'obſerver que je ne prononce ici en aucune
maniete fur la vérité ou fur la fauffeté defdites
dépofitions ; c'est un point far lequel je me ré
( 70 )
•
ferve de dire ouvertement mon opinion , lorfqu'il
fera difcuté régulièrement dans cette affemblée.
Quoi qu'il en foit , je fuis bien convaincu ,
& j'efpere que la Chambre ne l'eft pas moins
qu'il eft jufle de communiquer à M. Haftings
une copre des dépofitions , & qu'il faut écouter
fa défenſe fur les points d'accufation intentés
contre lui.
Après plufieurs difcours épifodiques , la
motion du Major Scott paffa , telle qu'il l'avoit
faite , fans même aller aux voix ,
M. Burke préfenta enfuite deux nouveaux
chefs d'accufation ; l'un , concernant un
Libelle écrit par M. Haftings contre la Cour
des Directeurs ; l'autre , qui inculpe l'Accufé
d'avoir entiérement abandonné Shaw Allun ,
lors du Traité conclu avec les Marattes . Ces
nouveaux chefs d'accufation & deux autres
que les Accufateurs ne tarderont pas à produire
, pour peu qu'ils tâtonnent encore certe
Adminiftration de M. Haftings durant 35
ans , completteront la totalité des charges .
M. Burke demanda auffi que la Chambre
fe formât en grand Comité pour prendre fur
le champ ces mêmes charges incomplettes
en confidération ; mais cette motion fut rejettée
à la pluralité de 139 voix contre 80 ;
la Chambre devant néceffairement entendre
M. Hafiings , avant de procéder ultérieurement
à cette affaire. Alors , il fut arrêté
que M. Haflings feroit entendu à la Barre
de la Chambre , le Lundi 1er. Mai , & que
la procédure feroit repriſe en Comité de
( 71 )
5
toute la Chambre ,
mois.
e Mardi 2 du même
La Cour des Directeurs de la Compagnie
des Indes a réglé , qu'à compter de l'année
1787 , & plutôt , s'il eft poffible , on n'enverra
plus en Chine que des vaiffeaux de
fooo tonneaux , attendu que ceux d'un port
moins confidérable font moins prop.es à
cette navigation .
Le Général Advertiſer a dernierement récapitulé
en ces termes l'hiftoire de la lifte
civile.
Avant la révolution , le total du revenu du
Royaume s'appelloit le revenu de la Couronne ,
& le Roi en difpofoit conime bon lui fembloit.
Charles II & Jacques 11 diffiperent des fommes
immenfes. Pour prévenir de tels abus à l'avenir ,
il fut décidé par les communes , le 28 Février
1689 , que le revenu du Roi étoit annullé de
droit par la vacance du trône , & qu'il étoit
dévolu à L. M. le Roi Guillaume III & àla Reine
Marie. Ce revenu pour l'année 1689 , fut fixé à
.600,000 liv. ft. , qui devoient être payées fur le
revenu public. L'année fuivante , l'excife héréditaire
fut placée far la tête du Roi pendant la vie ,
Lavec cette claufe qu'elle ferviroit d'hypotheque
-pour la fomme de 250,000 liv . ft. Dans le même
tems le produit des douanes fut auffi accordé au
Roi pour quatre ans , à condition que ce produit
feroit face à 500,000 liv . ft . Mais comme ces différens
droits ne produifoient pas ce à qui ils
étoient effimés , il fut mis en 1698 un nouveau
fubfide de tonnage & de poundage ( le fol par
livre ) qui fut accordé au Roi pour fa vie , & poreta
ſes revenus à 700,000 liv . ft. par an. La Keine
( 72 )
Anne en jouit auffi jufqu'en 1713 , lorfque le
trouvant endettée elle fut autorisée à placer , par
Lettres Patentes , la femme de 35,000 liv . ft.
qui devoit être fur les revenus de la lifte civile
pendant trente- deux ans , fur telle perfonne ou
perfonnes qui avanceroient la fomme de 500,000
liv. ft. pour acquitter les dettes de la lifte civile.
En 1715 , la fomme annuelle de 120,000 l.ft.
fut ajoutée au revenu de la lifte civile , durant la
vie de George I , à condition que fi tout le revenu
de la lifte civile , avec cette addition , produifoit
moins que la fomme annuelle de 700,000 l . ft.
le deficit feroit rempli par le Parlement ; fi au
contraire , il produifoit davantage , le furplus feroit
mis dans le fonds d'amortiffement qui fut
établi cette même année . En 1720 , la lifte civile
étant beaucoup arriérée , les compagnies d'affurance
, connues , l'une fous le nom de compagnie
royale , & l'autre fous le nom de compagnie de
Londres , convinrent de donner au Roi la fomme
de 600,000 liv. ft. pour en obtenir des Lettres
d'incorporation . Elles payerent 200,000 liv. fterl.
mais furent difpenfées de payer le refte , par un
acte du Parlement paffé l'année ſuivante , qui
autorifoit le Roi à emprunter 500,000 liv . fterl.
às pour 100 , jufqu'à ce que cette fomme fût
rachetée par la couronne ; & de prélever fix den.
par livre , fur toutes les penfions , emolumens ,
&c. pour le paiement de cet intérêt . La liſte civile
continuant à être arriérée , le Roi fut autorifé
, en 1725 , à emprunter un million par bills
de l'Echiquier , &c. à 3 pour 100 , fur le crédit
des revenus de la lifte civile , & la réduction des
fix deniers par livre , jufqu'à ce que le principal
fût payé ; c'étoit pour acquitter les 500,000 liv.
fterl, empruntées en 1721 , & pour fournir au
Rei 500,000 liv. fterl. pour acquitter les dettes
Courantes
( 73 )
C
courantes de la life civile. L'année fuivante
en 1726 ) le milion levé par bills de l'Echiquier
fut remboursé par une loterie , & la déduction
des fix deniers par livre fut rendue perpétuelle
.
A l'avènement de Georges II , au trône , la lifte
civile fut fixée à 800,000 liv . fterl . par an , pour
fa vie . Le Parlement devoit faire bon le deficit ,
s'il y en avoir , mais il ne fut fait mention d'aucun
(urplus fixe .
$
27 %
Ge - ges III. à fon avènement au trône , demanda
un revenu annuel clair & net de 800,000
liv . fterl . , au lieu du revenu de la lifte civile .
C'étoit le plan de fon pere , qui , dans un papier
fourni à l'oppofition par le feu Lord Ledefpencer
, &c. dit : «S. A. R. promit de plus de ne
pas accepter au - delà de 800 , oco liv. fterl . pour fa
life civile , à cha'ge de rente ».
Le 28 Février 1762 , S. M. requit du Parlement
, par un melage , une fomme pour le paiement
de fes dettes ; & il lui fut accordé $ 13,511
Le 9 Avril 1777,› le Parlement lui
accorda fur un autre meflag :
Dans le même tems , la lifte civile
fut augmentée de 100,000 liv . fter!.
par an. +
Le 2 Mai 1782 , il fut accordé à S. M.
pour le paiement de fes de tes
618,340
433,893
liv. fteri. 1,565,744
210,000
La demande qui vient d'être faire!
eft de
Ce qui fait un total d'extraordinaire
en 24 ans de 1,775,744
No 19 , 13 Mai nghé
d ·
( ( 74 )
Tous nos Journaux ont cité la lettre fuivante
de Bedford dans l'Amérique feptentrionale
, & au contenu de laquelle il eft
fage de ne pas donner un trop prompt af
fentiment.
Un Particulier de Marthas Vineyard , nommé
'Allen , a trouvé un nouveau moyen de féparer®
T'eau douce de l'eau falée. Comme fon procédé
eft infiniment plus fimple , & fur-tout plus productif
que ceux qui ont été imaginés jufqu'à
préfent , il y a tout lieu de croire que
l'Act
démie des Sciences d'Amérique ne lui refufera
pas la récompenfe qu'il demande pour communiquer
fon fecret . Dans le cas contraire , il
eft déterminé à l'aller vendre à quelque Puiffance
Européenne . Cette découverte eft en effet
de la plus grande importance , puifque la Machine
de M. Allen eft déja en état de donner
en vingt- quatre heures , cent vingt gallons d'eau
douce , & qu'il eft actuellement occupé à conftruire
une autre Machine , avec laquelle il en
donnera fept à huit cents gallons dans le même
espace de tems. Il feroit fuperflu de faire l'énumération
de tous les avantages qui réful
tent d'une pareille découverte. L'approvifionnement
d'eau toujours affuré , fans occafionnor
de frais , & fans occuper de place , n'est pas
un des moins confidérables , quand on penſe que
dans les voyages de long cours & notamment
ceux de l'Inde , l'eau fraîche, embarquée à bord
fait le tiers de la cargaifon . Ce fera auffi un
moven bien fimple & bien facile de procurer
de l'éau douce aux ifles qui en fort dépourvues.
Enfin ce fera pour nous une Manufacture confante
de fel qui nous difpenfera d'importer
grands frais cet article de premiere neceffité,
75
)
Il feroit même difficile d'en fabriquer d'une
maniere plus expéditive , puiſque les procédé
de M. Allen , en féparant l'eau des particules
falines qui y font mêlées , cryftallife prefque en
même-tems ces dernieres.
•
Ce qui ne paroîtra pas moins étonnant , c'eft
que l'Auteur d'une invention auffi utile , n'eft
ni Chimifte , ni Phyficien , ni Méchanicien , &
qu'il n'a même étudié aucune des fciences na
turelles. C'est au hafard feul que M. Allen eft
redevable de cette découverte . Etant encore
enfant , il fit un voyage au Groenland à bord d'un
bâtiment baleinier. Ce navire fe trouvait trèsprès
d'une trombe , & le jeune Allen obferva
que la furface de la mer , qui environnoit à
une certaine dictance le pied de cette colonne
liquide , avoit exactement la même couleur que
l'eau douce; & comme la pluie qui en tomboit
étoit en effet de l'eau douce , il jugea que la féparation
des parties falines s'opéroit à la furface
avant la formation du fyphon , Voilà ce qui lui
fuggéra l'idée d'imiter ce procédé par la Machine
très -Gimple qu'il a imaginée , fans avoir la moindre
notion des loix de l'hydrostatiquet
2. At
FRANCE.
DI VERSAILLES , le 3 Mai.
L'Abbé de Clément Dumetz , Vicaire général
du dioce e de Senlis , nommé à la pla
ce d'Aumônier du Roi, vacante par la nomination
de l'Abbé de Gafte'anne à l'Evêché
de Toulon , a eu , le 23 , l'honneur d'èda
( 76 )
tre préfenté à Leurs Majeftés & àla Famille
Royale.
Le Comte de Montécot a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi & à la Reine par
Monfeigneur Comte d'Artois , en qualité
de fon premier Chambellan en furvivance.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 30 du mois de nier , le cont at
de mariage du fieur de Balainvilliers , Intendant
de Languedoc , avec Demoitelle
d Aubers ; & celui du fieur de Crefpy , Major
du régiment d'Infanterie de Vermandois ,
Ecuyer ordinaire de Madame Victoire de
France , avec Demoiſelle Dubois.
Le même jour , le fieur Guerrier de Romagnat
, Confeiller au Parlement de Paris ,
préfenté au Roi par le Garde des Sceaux de
France , a eu l'honneur de faire les remercîmens
au Roi pour la place de Premier Préfident
de la Cour des Aides de Clermont-
Ferrand , en furvivance du keur Guerrier de
Bezance fon pere.
Ce jour , les Députés des Etats d'Artois
furent admis à l'audience du Roi , & préfentés
à Sa Majesté par le Maréchal Duc de Lévis ,
Gouverneur général de la province , & par
le Maréchal de Ségur , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au département de la Guerre , ayant
celui de l'Artois . La Députation , conduite
à l'audience du Roi par le fieur de Nantouillet
, Maître des Cérémonies , & par le fieur
( 77 )
de Watronville , Aide des Cérémonies , étoit
compolée , pour le G.etgé , de l'Abbé de
Fabry , Chanoine & Vicaire général de
Saint - Omer , qui porta la parole ; pour la
Nobleffe , di Marquis d'Eftourmel , Maréchal
des Camps & Armées du Roi ; & pout
le Tiers Erat , du fieur Duquesnoy , Ecuyer,
Avocat en Parlement & ancien Echevin de
la ville d'Arras .
DE PARIS , le 11 Mai.
Ordonnance du Roi portant Réglement
fur la Police à obferve : fur les routes par les
poftillons de pofte , & les Rouliers , Char
retiers , & autres Volturiers . Du 4 Févriet
1786.
>
Sa Majefté a ordonné & or lonne que tous Rou
lies , Charretiers , Voiturier . & autres , feront
tenus de cider le pavé , & de faire place à tous
Courriers & Voyageurs allant en pofte leur fait
Sa Majefté expreffes inhibitions & défenfes de
troubler à l'avenir , en quelque forte & maniere
que ce puiffe être , lefdits Maîtres de Pofte &
Poftillons dans leur fervice far les routes , comme
auffi d'exercer à l'avenir aucune voie de fait
violences & mauvais traitemens, à peine de trente
livres d'amende payab'e fur le champ , & applicable
un riers aux pauvre du lieu de l'établiffemint
de poft , & les deux autres tiers au profit
des Cavalers de Maréchauffée qui auront été
employés à conflater la contravention & à arrêter
le contrevenant , même de punition corporelle
, fie cas y échoit . Pour ne laiffer aux Charretiers
& Voituriers aucun prétexte qui puiffe les
dz
( 78 )
mettre dans le cas de caufer le moindre accident
,il leur eft défendu , fous les mêmes peines,
de quitter leurs chevaux & de inarcher derrière
leur voiture; fi plufieurs Veituriers fe fuivoient ,"
it devra toujours s'en trouver un pour marcher à
la tête de la premiere voiture ; défendant égalemert
Sa Majesté à tous Poftillons d'ufer , en cas
de réfiftance de la part des Voituriers , d'aucunes
voies de fait , ni de menaces de les frapper pour
faire ranger les voitures qui s'oppoferoient à leur
paffage , & voulant qu'ils fe borner: à porter leurs
plaintes contre ceux qui auroient refufé de leur
faire place après en avoir été avertis , & c. & c.
Edit du Roi donné à Verfailles , au mois
de Février 1786 , portant création de huit
Offices de Receveurs particuliers des Finances
de la Ville de Paris .
Autre dit du mois de Février 1786 , portant
établiſſement d'un Hôtel des Monnoies
en la ville de Marſeille.
Autre dit du même mois & an , portant
fuppreffion de la Monnoie d'Aix.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 26*
Janvier 1786 , qui affujettit les couvertures
de laine à l'appofition du plomb preſcris par
celui du 7 Décembre 1785 .
Autre dit du 18 Mars , portant nomination
de Commiffaires pour affifter au Chapitre
ordinaire de la Congrégation de Saint-
Vannes , dont l'ouverture eft indiquée au 3
Juin prochain.
« Le Samedi 15 Avril un incendie a confumé
à Limély- en - Caux feize maiſons pleines d'ef
( 79 )
ם כ
1. fets ou marchandifes , trois granges pleines de
grains , un grand nombre de boutiques & au
» tres bâtimens le Presbytere , les maisons vi
çariales , les Ecoles des garçons & des filles, ont
été la proie des flammes . On ne peut trop louer
la vigilance & l'humanité de M. de Villedeuil ,
» Intendant de la Généralité de Rouen . Au premier
avis de ce fun : fte événement , il a envoyé
»M..(on Subdélégué fur le lieu , porter des fe
59
cours aux malheureux incendiés. Ils font d'au-.
» tant plus à plaindre , que le Curé dudit lieu n'a
» prefque rien fauvé de les effets , & que la ma
» jeure partie des bâtimens incendiés apparte-
>> oient aux principaux propriétaires , ce qui
leur donne trop de pertes à réparer , pour être
» en état de fubvenir aux befoins des incendiés.
" Its fe recommandent aux ames charitables. Cel
les qui daigneront leur accorder quelques fe-"
cours , peuvent les adreffer à M. Bernage ,
Curé de la premiere pertion de Limézy , par,
Do Barentin en Caux ; ou à M. Gilotte , No-
» taire , rue S. Lo , ' à Rouen . ( Affiches de Normandie
).
Le Journal de Champagne du premier
Mai rapporte une Ordonnance du 15 Avril,
rendue à Troies .
9
Ordonnance de Police , qui taxe chaque livre
de viande tant veau , boeuf que mouton ,
raifon de fept fols fix deniers : enjoint aux Bouchers
de fe conformer à ladite taxe ; leur fait défenfe
de vendre à plus haut prix , quand même il
leur feroit offert , fous peine d'amende arbitraire ;
comme auffi d'y comprendre aucun morceau appellé
agrément ou réjouiffance , aucun os détaché
de la chair , même les têtes ou pieds de veau
fauf à vendre lefdits bas morceaux à la main , &
d4
( 80 )
de gré à gré , & ce fous les mêmes peines ; fait
auffi défenſe aux dits Boucher d'apporter , étaler
dans les boucheries , vendre , ni débiter au poids ,
aucune tête ni pieds de boeuf ou vache , fous peine
de confiication & d'amende arbitraire, & fous plus
grande peine en cas de récidive .
M. Bourignon , Rédacteur du Journal.
de Saintonge , Feuille naillante qui s'annonce
très favorablement , nous fait part en ces
ternies d'une découverte intéreffante pour
les Antiquaires .
Monfieur , j'ai l'honneur de vous faire part
d'une découverte qui intéreffe tous les Savans ,
& qui d . vient d'une grande utilité pour la Géographie
; elle confifte dans plufieurs colonnes m :1-
Jiaires creulées en forme de tombeaux , & tirées .
de la fouille de l'ancien cimetiere de la Paroiffe
de Senon , fituée au confluent de la Vienne & du
'
an
, près
de
l'endroit
appellé
Vieux
- Poitiers
,
une lieue & demie de Chatellerault en Poitou .
Quatre de ces colonnes portent le nom d'Antonin
Pie , fous l'empire duquel elles ont été élevées
; une cinquieme paroit avoir été gravée du
tems de Maximin - Daza . Les infcriptions de ces
monumens , dont quelques- uns portent le nom
de Limonum , Poitiers , & celui de la ftation Fines,
concourent à prouver que l'endroit appellé Vieux-
Poitiers a dû être cette ancienne manfion ; elles
nous éclairent auffi fur des erreurs de l'Itinéraire
d'Antonin & de la Table Théodofienne ; ces cartes
Géographiques dennent le nombre XX pour
diſtance de Limónum à Fines , & la diftance marquée
fur le monument eft dedix lieues Gauloifes ,
qui s'accordent parfaitement avec la distance locale.
C'est d'après cette fauffe pofition que le fa
( 81 )
vant M. d'Anville avoit placé à Heins la station
Fines.
On trouve auprès du Vieux Poitiers une pierre
pyramidale haute de douze piedi , on y lit une
infcription gravée à la mémoire de Brivatus ,
follat , originaire de Tarbes ; cette épitaphe ,
compofée de monogrammes , rni ce monument
très intéreffant . On déterre tous les jours , dins
les environs , des briques , des fragmens antiques
, des frifes , des corniches , des vafes , des
fibules , anneaux & autres uflenfi.es , & beaucoup
de médailles . La plupart de ces débris ont
été tranfportés au château du Fon , appartenant à
M. le Marquis de la Rochedumaine , & c . & c.
BOURIGNON ,
Correfpondant de la Société
Royale , de plufieurs
Académies , & du
Mufée de Monfieur .
Saintes , 12 Avril 1788 .
Nous nous empreffons de concourir à la
publicité d'un acte de courage , d'autant
moins fait pour refter ignoré , qu'il a pour
aliteur un arriere- petit neveu de l'immortel
Bofuet .
x 11
Etienne Charlet , natif de Dijon , & dit Beaufort
, au fervice du Roi depuis douze ans , Sergent
au Régiment de Penthievre Infanterie , embarqué
fur les vaiffeaux du Roi la Bretagne & le
Terrible , & chargé du détail des détachemens à
bord defdits va ffeux , le 5 Septembre 1781 , fut
détaché du vaiffeau le Terrible pour paffer à bord
du navire la Forre , & conduire à l'hôpital de
Sainte- Marie en Espagne , cent hommes & plus ,
attaqués de maladies peftilentielles . Le capitaine
dudit navire , ne connoiffant pas les attérages de
ds
( 81 ))
cette ifle , demanda un Pilote côtier eſpagnol i
qui par fon impéritie , fit toucher le bâtiment
fur la barre de la riviere , engagé dans les ro- i
chers dont elle étoit hériffée , & faifant eau de
toutes parts. Le peu d'énergie qui reftoit à l'Equipage
, le fpecicle plus affreux mille fois que
la mort même , d'un élément redoutable , auquel
il reftoit peu d'espoir d'échapper ; enfin près
d'une lieue & demie à faire pour gagner le
port , enlevoient au petit nombre des naufragés .
épargnés par le fcorbut , jufqu'à l'espoir de tenter
ton falut , en fe précipitant au milieu des
flots , & de gagner terre à la nage ; une délibération
peu réfléchie s'empara rapidement des efprits.
1roublés. Le feur Charlet , moins fenfble à fon
propre malheur qu'à celui de fes camarades
maître de fa tête & de fang froid , propofe de
s'élancer dans un foible canot , de lutter à force
de rames contre les flors , & d'aller chercher des
bâtimens de fecours . Ce moyen fut rejetté com
me impraticable , & n'offrant à ceux qui le tenteroient
qu'une mort plus prompte . Charlez infifta
, mais les prières , les inftanees furent inutiles
; les menaces feules & une fermeté intrépide
forcèrent trois matelots à deſcendre avec Charlet
dans le canot : ils abordent , & les habitans du
pays qui connoiffent ce parage , forent moins
frappés encore de leur courage , que d'un fuccès:
dont ils n'avoient point eu d'exemple ; les fe
cours furent auffiot obtenus que demandés
Charlet vole vers l'Equipage livré au défeſpoir
qui imploroit à hauts cris de prompts fecours.
A peine Peut-il reçu fur fon bord , que le vaiffeau
naufragé fe brifa fur les rochers.
2
La fuite de cette journée fi laborieufe fur pour
le fieur Charlet une maladie de près de deux mois ,
à laquelle il a manqué de fuccomber .
( 83 )
L'authenticité de cette action fe trouve dans un en
procès - verbal & fept certificats , dont trois font ,
le premier du Capitaine Commandant ; le deuxieme
, du Lieutenant , & le troifieme , de l'Aumônier
; de plus , M. de Mongeles , Conful de
France en Espagne , après s'être fait rendre un
compte fidele de l'acte d'humanité du heur
Charlet, lui promit , en pr'fence de fils de M. le
Comte de Guichen , & d'autres perfonnes de
diſtinction , d'en inftruire la Cour , dans l'efpoir.
de faire recueillir au fieur Chalet larécompenſe .
que peut mériter un Militaire dont la bravoure a
fauvé la vie à cent & plus de fes femblables .
Toutes les Peuilles publiques ont plus
d'une fois retenti des Annonces de M. Maupin
; mais aucun de les Profpectus ne femble
donner d'aulli brillantes efpérances fur
les révolutions promifes par ce favant Agronome
, que la Lettre fuivante qu'il vient d'adreffer
à l'Editeur des Affiches de Meaux.
Elle mérite d'être lue.
MONSIEUR ,
A Paris , le 31 Mars 1786.
Un célebre Sculpteur du dernier fiecle , pour.
exprimer toute la puiflance de fon talent , di'oit :
le marbre tremble devant moi ». Je n'ai pas
dit cela ; mais bien convaincu , comme tout le
monde doit l'être , que le commun des hommes,
fi facile à s'émouvoir pour les chofes qui fouvent
lui importent le moins , ne peut être mû , dans
les matieres d'agriculture , que par les chofes les
plus fortes , les plus prononcées & les plus extraordinaires
, j'ai été forcé , comme je le fuis en-
, de dire dans un de mes Ouvrages : « Je me
joue de la vigne , je me joue des vins , &je me
core ,
dé
23
( 84 )
» joue encore des terres ; ou , en d'autres termes,
» je veux ; & la vigne & les vins & les terres vey ,
» lent auffi ». "
Et en effet , pour ne parler ici que des terres ,
j'ai voulu que des terres qui , de toute éternité , n'ont
donné que trois ou quatre feptiers de bled par arpent
, puffent , par les moyens les plus écono
miques , en donner fur le pied de douze à quinze,
>
celi a été fait . J'ai voulu qu'on pût multiplier
prodigieufement les bois dans toute la France
fans qu'il en coutât un fol de plus , & fans prendre
un pouce de terre aux autres productions ;
& cela a été fait . J'ai voulu , fans tromper, fans
argent , fans coup férir , pouvoir conquérir à
mon pays & agrandir fon agriculture , de huit à
dix millions d'arpens de te re ; & j'en ai déja livré
plus de fept. J'ai voulu pouvoir concilier les intérêts
, jufqu'à préfent inconciliables , de la propriété
& du peuple , cu aurrement dit , faire
baiffer le prix de toutes les fubfiances , fans faire
baifler le taux des fermages ; & tout c . la a été fait.
J'ai voulu encore , à l'occafion des terres , faire
beaucoup d'autres chofes , regardées comme impolfibles
; & elles ont été faites , comme elles l'ont été
encore en ce qui regarde la vigne & les vins.
Je ne m'arrêterai point , Monfieur , à vous faire
remarquer la nouveauté , la grandeur & l'impor--
tance de toutes ces chofes , & de celle que je paffe
fous filence ; mais je dirai que de toutes les grandes
affertions que je viens d'avancer , & que j'ai pu
avancer ailleurs , il n'y en a pas une feule fur laquelle
je craigne d'être démenti publiquement ,
non feulement en ce qui concerne la vigne & les
vins , à l'égard defquels j'ai fait mes preuves depuis
fi long-tems , mais même à l'égard des terres
, parce que , parfait ou non , dans tous les
points , mon plan pour la culture desterres labou
#
785 )
rables , eſt établi fur des fondemens fi folides , &
eft fi felide lui même , qu'il eft impoffible de le
renverfer , & de difconvenir de tous les effets que
je lui af attribués .
J'aurois bien des chofes à dire , Monfieur , à
l'occafion de mes découvertes fur la vigne & les ,
vins , & c .
On regrette feulement en lifant ce détail
de volontés fi efficaces , de voir la Note
qu'y ajoute M. Maupin : « Quand je dis ,
nous avertit-il , » que tout cela a étéfait , je
» n'entends dire autre chofe , finon que j'ai
→ donné des moyens certains pour le faire.
La Société Royale des Sciences de Montpellier
propofe les Prix fuivans .
Les Etats Généraux de la Province de Languedoc
avoient deſtiné un Prix de 600 livres à celui
qui , au jugement de la Société Royale des Scien- 1
ces de Montpellier , auroit le mieux traité la
queftion fuivante: Quelsfont les meilleurs moyens &
les moins difpendieux d'entretenir les ports de mer
fujets aux enfablemens , & notamment le port de
Cette ? Elle s'eft déterminée à remettre ce Prix ,
qui fera décerné dins l'Affemblée publique ,
pendant la tenue des Etats de 1786 à 1787.
4
C'eft avec regret que l'Académie fe voit auffi
dans la néceffité de remettre pour la même époque
les Pix fuivans. Un de 300 liv . proposé par .
M. Brouffonet, de l'Académie Royale des Sciences,
de Paris & de Montpellier , & lont le fujet eft
l'Eloge hiftorique de Pierre Richer de Belleval ; &
un autre confiftant en une médaille d'or de 300 1. ,
propofé par un Anonyme au Savant qui indiquera
un procédé peu difpendieux pour faire des Miroirs
qui n'offriront qu'une feule image bien nette &
parfaitement terminée .
( 86 )
Les Mémoires feront envoyés avant le premier
Novembre 1786. Les Auteurs qui ont concourus A
pour ces trois Prix , pourront remettre leurs Ouvrages
perfectionnés..
La Société renouvelle l'annonce qu'elle avoit
déja faite de trois autres Prix qu'eile aura à décerner
dans la mêm: Affemblée de la tenue des
Etats de 1786 à 1787 ; un de ces Prix propofé par
M. Mourgue de Montredon , & de la fomme de 300
liv. , a pour objet le meilleur moyen d'extraire la
partie colorante des drapeaux ou chiffons préparés à
Galargues en Languedoc , pour en tirer le parti le
plus utile pour les Arts & pour la Teinture..
Deux autres Prix chacun de 300 livres , ou
d'une médaille d'or de pareille valeur , propofés
par des Anonymes , l'un fur cette queftion : l'explication
de l'Arc- en- ciel donné par Nwton portet-
elle fur des principes inconteftables ? Et eft- il bien
démontré que les rayons hétérogènes fuppofés émer- "
gens du nombre infini de gouttes de pluie qui tombent
de nue doiventformer des arcsféparés ? L'autre fujer.
eft de démontrer par des expériences fimples & décifives
, la caufe du froid que les liqueurs produifent en
s'évaporant , & le rapport de cette caufe à celle du rafraichiffement
qu'une abondante tranfpiration pro
cure , foit dans l'état de fanté , foit dans celui de
mal die.
M. Brouffonet , toujours zélé pour le progrès
& pour l'honneur des Sciences qui font l'objet particulier
de fes recherches , vient de propofer un
autre Prix de 300 liv . qui fera décerné à la même
époque , à l'Eloge hiftorique d'Olivier de Serres ,
dont tout le monde connoît l'excellent Ouvrage
fur l'Agriculture.
Les pieces feront reçues jufqu'au 31 Octobre.
1787 inclufivement. On adreffera les Ouvrages
( 87 )
francs de port , à M. de Ratte , Secretaire perpé
tuel de l'Académie à Montpellier . Les perfonnes
qui concourront doivent fe procurer le programme,
pour connoître plus fpécialement les conditions
requifes.
Après l'annonce des Prix faire au commence
ment de la féance , M. de Ratte , Secretaire Perpétuel
de la Compagnie , a la l'Eloge de M. le
Vicomte de Saint- Prieft , Confeiller d'Etat ordinaire
, Intendant de la Province de Languedoc ,
Académicien Honoraire.
Cette lecture a été ſuivie de celle d'un Mémoire
de M. l'Abbé Bertholon , Sur la théorie des incendies
, confidérée relativement aux différentes caufes
qui les produifent , & aux moyens de les prévenir &
de les éteindre.
Des recherchesfur la différence des méridiens entre
Toulouse & Montpellier ont fait le fujet d'un Mémoire
lu par M. Poitevin
M. Cuffon a fu un écrit qui a pour titre : Recherches
pratiques fur l'inoculation de la petite
vérole.
M. Chaptal a fait lecture d'un Mémoirefur la
maniere de faire, avec les ocres , le rouge- brun & les
pouffolanes. N
M. Ratte a terminé la féance par la lecture de
l'éloge de M. Séguier , Affocié libre.
» Le Vendre di Saint , on a rencontré une
→ femme de so à 5 ans fur le grand che-
55
» min , entre Marmonde & Tonneins ; cette
» femme intéreffa la charité des gens qui la
» rencontrerent : elle refufa leurs aumônes ,
» mais ils la firent retirer dans une métairie
» voisine. Le jour de Pâques elle fe rendit
22 à Tonneins, où elle coucha fur la paille
( 88 )
» dans une maifon : le lendemain Lundi , fe
» reffon enant des perfonnes qui l'avo ent
» rencontrée , elle le rendit chez eux , &
» ces perfonnes l'ayant trouvée encore plus
>> intéreflante par fon maintien , par fes pro-
> pos fort au deffus du commun , la retire-
>> rent chez eux , où elle est encore . Cette
» perfonne malade & fatiguée n'a pas pu
» vraifemb'ablement aller plus loin ; elle ne
»fe foutient pas toujours dans fes propos
» relevés , mais fon efprit paroît dénoter
» une perfonne qui a reçu la meilleure édu
> cation : comme les parens de cette per-
» fonne pourroient en être inquiets , on les
prie de vouloir s'adreffer à M. de Pey-
» neau , Curé de Tonneins , pour en avoir
» des nouvelles , & pour la retirer.
Elifabeth Pauline Gabrielle Colbert de ,
Seignelai , née Comteffe de Walfaffine ,
éponte de Pierre François Charles d'Efparbès
, Comte de Jonfac , Lieutenant-général
des Armées du Roi , & Lieutenant général
des Provinces de Saintonge & Angoumo's ,
Gouverneur de Colioure , eft morte en fon
château de Linières en Berry , le 28 Mars-
1786.
Louife Marguerite Colbert de Seignelay.
veuve de Jofeph Marie , Comte de Lordat ,
Baron des Etats de la Province de Languedoc
, Maréchal des Camps & Armées du
( 89 )
Roi , Major & Infpecteur de la Gendar
merie , Gouverneur de Brouage & de la citadelle
de Carcaffonne , eft morte le 2 Avril ,
dans fa terre de Lignières en Berry , âgée de
48 ans.
Augufte René de Saint Ferreol de Villediefe
, Lieutenant commandant pour le
Roi à Douav en Fiandre , ancien Lieutenantcolonel
du Régiment qui a été fuccellivement
Souvré , Ségur , Briqueville , & aujourd'hui
Soiffonnois , eft mort dans fa terre
auprès de Montbelliard , âgé de 86 ans . Il
étoit d'une des plus anciennes Familles du
Dauphiné , dont la branche aînée exiſte en
la perfonne du Marquis de Saint Ferreol ,
ancien Capitaine de Grenadiers au Régiment.
de Languedoc .
t
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 22 Avril.
Un Journal politique Allemand a publié
un état de comparaifon , exact ou non ,
des forces navales de la Hollande en 1780
& en 1785
En 1780.
En 1785 .
I vaiffeau de 76 canons. 5 de 76 canons .
2 68 4 63
66
64 6 64
(1901 )
En 1780 .
60
En 1781
AwwBMW X
5. бо
56
10
54
40
36
$
32
7 728
·26
24 14 24
20
18 11 18
16 6 16
14 Το
14
12
44 vaiff. en 1780. 107 vaiff en 1785.
On mande d'Amfterdam que deux Maçons étant
defcendus dans une citerne pour la nettoyer , y
ont été fuffoqués par l'air peftilentiel qu'évapo
roient les eaux ftagnantes qu'elle renfermoit. Un
troifiome ne fe doutant pas de l'accident qui
leur étoit arrivé , voulut y defcendre avec une
lumiere qui s'éteignit d'abord. Cette circonf
tance fit alors foupçonner ce qu'on redoutoit
d'apprendre. On ſe mit en devoir de porter des
fecours aux deux malheureux ; mais on perdit
beaucoup de temps. Un matelot , en attendant ,
hafarda d'entrer dans la citerne , & en tira les
deux maçons , mais privés de la vie.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
L'indécence des gravures publiées derniérement
à l'occaſion de l'union d'un jeune Prince
avec une Dame Catholique , a décidé le Confeil
de S. A. R. à faire pourfuivre les Diſtributeurs &
Graveurs de celles de ces Eftampes qui leur ont
paru les plus révoltantes . Un indidement a été
préfénté aux Grands - Jurés à Guildhall , & a été.
trouvé juftement fondé ; ce qui mettra fans doute
fin aux abus d'une liberté qui a été pouffée infiniment
trop loin. ( Cour . de l'Eur. n° . 35. )
Le Printemps , qui a fait fortir les marmottes
de leurs trous , réveille auffi les Aëronautes , qui
commencent à fe remontrer parmi nous. Le fils &
la fille du fieur Durry , Fabriquant de foie , viennent
de faire partir un ballon en Irlande , aux açclamations
, dit on , d'une populace innombrable;
& le fieur Lunardi vient d'en faire conftruire un,
avec un bateau de fer- blanc , de quatre pieds de
long , dans lequel il efpere de traverser le canal
Saint George. ( Idem.)
« Le Château de Sans Souci ayam été diſpolé
pour la réception du Roi de Pruffe , en conféquence
des ordres que S. M. avoit donnés , il y a quel- ..
ques jours , elle s'y rendit de 15 , dans le deffein
d'y paffer la belle faifon : mais avant d'y defcendre
, elle fit un tour en carroffe d'environ 4 lieues
à la ronde , accompagnée du Général Comte de
Gortz. Ce fait prouve que l'état de ce Monarque
et bien meilleur qu'on ne l'a cru. Effectivement ,
à la grande joie de les fujets , il le trouve aujourd'hui
en bonne fanté , & les forces font affez confidérables
pour qu'il le promette de faire en perfonne
& à cheval la revue de notre Garnifon . On
l'attend ici au premier jour pour faire l'inſpection
particuliere des Régimens qui la compofent. Les
revues feront de nouveau cette année très - brillantes
par la multitude d'Officiers étrangers, particuliérement
de François , qui ont obtenu du Roi la
permiffion d'y affifter . Il en eft déja arrivé plu
( 92 )
feurs , notamment le Comte de Toulongeon , Maréchal
- de - Camp ; le Colonel Comte de la Ferté ;
les Comtes de Damas , l'un Colonel , I autre Capi
taine ; le Major de Fabry , &c . L'on a arré é des
appartemens encore pour une trentaine d'autres .
Le Duc-Régnint de Brunswick ea attendu aujourd'hui
ou demain à Potsdam. S. M. a augmenté de
3,000 thalers par an les a pointemens du Prince
Frédéric Eugene de Würtemberg , frere de
Madame la Grande -Dacheffe de Ruffie , & Chef
d'un Régiment de Huffards , actuel ement en
Siléfie. [ Gazette de Leyde , no . 34. ] »
་
Le Prince de Naffau - Siegen , qui n'a jamais
été reconnu par la branche de Naffa - Diets
comme véritablement Prince de cette il udra
Maifon , a gagné fon procès , contre l'heritier,
& chefde cette derniere branche , Mgr.le Sthadhouder
des VII Provinces Unies. Le grand Confeil
de l'Empire a reconnu le Prince de Naffau-.
Siegen , comme véritable héritier de la ligne
de la maison , & lui a adj gé tous les biens ,
que la branche de Nallau- Diets poffédait à fon
préjudice . On dit que le Prince d'Orange a déjà
fait propofer un accommodement à fon coufin ;
& que S. A. lui a fait cffrir la fomme d'un
million de florins , avec la condition exprefle
d'entrer dans l'Ordre de Ma'the , pour ne pas
laiffer par ce moyen , une postérité légitime
après lui . On ne croit pas que l'effre fost acceptée
, puiſqu'on affure , que fans aucune condit
on quelconque , l'Empereur cffre de fon côté
au Prince de Naffau Siegen , une penfion via .
gere de neuf cens mille florins , pour ceffion
de toutes fes prétentions fur la Maifon de Nallau-
Diets. Refie à favoir fi toutes ces belles off es
font réelies on a tour lieu de croire que non.
( Gazette d'Amfterdam , n. 35 ) .
( 93 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
CONSEIL DU ROI.
Duel & afaffinat.
Toute l'Europe a retenti du fameux pro ès
poursuivi devant le Parlement de G .... contre
M. D... C….. , Pu fujet du crime de duel & d'affallina
qu il étoit accusé d'avoir commis fur le
fieur S... L... B... , C - p'taine dans la Légion de
F... Un Arret , rendu le 16 Septembre 1769 ,
toutes les Chambres affemblées , prononça la
peine due au coupable , & adjugea au pere de
l'homicidé 12,000 liv. de réparations civiles ; cet
Arrêt a été exécuté , relativement aux condamnations
pécuniaires & à la confifcation les biens
de M. D... C ... ; mais il ne reçut , a fon égard ,
qu'ene exécution figurative, attendu fa contumace
& fa fuite en pays étranger. En 1784 , il-a
repaffé en France , & s'ell pourvu par le cainiitere
de Mrs. d'Augy , d'Amours , d'Efpaula & Auda ,
Avocats aux Confeils , en caffation de l'Arrêt de
condamnation. Sur le rapport de la requête , le
Confeil a demandé au Parlement de G ... les
motifs de fon Arrêt , & ordonné l'apport des
charges & informations : ce qui a été fait . Mais
la famille du fieur S ……. L ….. a cru ne devoir
rien nég'igr pour faire maintenir l'Arrêt , elle a
fait réimprimer le Mémoire qu'elle avoit publié
pendant le procès à G ... Eile y a joint la réim
---
(1 ) On feuferit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix eft de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue & hotel Serpente.
( 9944 )
preffion de l'Arrêt , avec un Mémoire à confulter,
& une Confultation très- développée de M. Robin
de Mozas , Avocat au Parlement de Paris , & cidevant
au Parlement de G ... « Toutes les
>> pieces , a - t-il dit , qui ont été miles fous nos
» veux , offrent les preuves les plus claires & les
» plus fortes du crime d'affaffinat , commis fous
l'apparence & le prétexte d'un combat de duel.
» On ne peut pas réunir plus de pretutions traîtreffes
, plus de lâcheté , plus de barbarie , que
´» le fieur D... C….. en montra dans cet affreux
» moment ; & la langue n'a point de termes pour
exprimer le 'fentiment qu'on éprouve à la lecture
des interrogatoires de D... , domestique de
l'affaffin , expliquant comment fon maître met
>> un genou fur le corps de la victime pour l'égor
» ger plus à fon aife & s'affurer qu'elle n'échappe
ra pas à fa férocité . L'Arrêt , à l'exécution du-
» quel il s'eft fouftrait par la fuite , lui inflige une
peine qui , quelque forte qu'elle foit , ne peut
jamais être proportionnée à un crime fi deteftable
; il a puni , en fupprimant la mémoire du
» mort , la faute involontaire & forcée par le pré-
» jugé , qu'il avoit commiſe en fe rendant à la
" provocation du meurtrier ; il a accordé une foible
indemnité à un pere infortuné , qui , pour
» exercer cette action , n'empruntoit rien de fon
fils , mais tenoit tout de lui-même , pour venger
» un pareil meurtre ; enfin , il a puni des Galeres
feulement le domestique du fieur D ... C... qui ,
par l'ordre de ce maître féroce , s'étoit rendu
avec armes fur le lieu du combat , avoit favorité
» l'exécution du crime , & prété , comme dit l'Or-
» donnance , aide & fecours au meurtrier. Toutes
les difpofitions de cet Arrêt ne préfentent donc
pas le plus léger carac‹ re d'injuftice ; & s'it
» falloit aujourd'hui rejuger les coupables , il n'est
( 95 )
» aucun Tribunal au monde qui pût le difpenfer
de leur infliger les mêmes peines, Ɔ Corfidérant
enfuite la forme , le défenfeur établit
qu'un conturnax n'eft jamais admis à fe pourvo'r
par la voie de la caffation , mais eft tenu de fe repréfenter
dans les prifons du Tribunal qui a rezu
l'Arrêt , en prenant des Lettres d'eftes à droit ,
lorfque les 5 ans de la contumace font expirés.
Voila la marche. La loi n'en indique & n'en
adopte pas d'autre. Il a réfuté le moyen de
caffation , tiré de ce que le Parlement entier avoit
jugé le coupable , dans un temps de Vacances , fans
avoir obtenu de Letrces Patentes de prorogation.
Après l'examen de cette queſtion & des autorités
qui y ont trait , il a expofé les loix générales qui
tiennent les Cours Souveraines toujours en mouvement
, pour le maintien de l'ordre & de la tranquillité
publiqué ; par exemple , « une fédition,,
» une émotion , un monopole qui éclate tout -àcoup
, un grand crime , en un mot ; car on peut
fuppofer tous les cas poffibles , fe feront fentir
» dans une Province , dans un lieu du reffort ; le
အ danger de l'exemple & l'impunité peuvent ac
croître le mal ; au milieu de ces agitations , le
» Parlement reftera- t il dans un étát paffif , & at-
» tendra-t-il de l'autorité qui peut être éloignée ,
» le pouvoir de fe proroger & d'agir , d'inftruire
, & de juger , de rétablir le calme par l'exemple
& la promptitude da châtiment , dans une oc-
» currence où le progrès du mal peut avoir des
» fuites fi funeftes ? Ainfi , l'ordre de la Loi ,
l'exemple dû au Public , la juftice dûe aux Par-
» ties offenfées , ont excité le zele du Parlement
» & n'ont pas dû lui laiffer un inftant de repos ,
» qu'il ne foit arrivé au terme que demandoit la
Juftice ; mais un incident, ménagé par le cou
pable , en faisant paroître fon domestique , a
((1960 )
50
c pu
a différé cet inftant ; & le temps des Vacations eft
arrisé , avant que l'ouvrage de la Justice ait
» étre couronné. Le Parlement confervera- t - il ,
» pendaft deux mois encore , un crimine con
2 vaincu ? Laiffera - t - il , pendant deux mois , le
Public Botter dans l'incertitude , fi ce n'eft
point un coupable qu'on veuille dérober à la
pengeance des Loix ; & l'intérêt du Sr D ... C…..
» lui toome , s'il eût été innocent , n'étoit - il pas
» d'ere promptement & folemnellement jufti .
ɔɔ fié ? 35 Au furplus , les regles tracées par
toutes les Ordonnances , recommandent en tout
temps la prompte expédition des affaires crimi
nelles , & le Parlement n'a fait ici qu'acquitter
à la décharge du Roi , le ferment qu'il fair de ne
pardonner jamais le crime de duel & d'affaffin prémédité.
Le Roi s'arme de toute fa colere contre
des crimes i horribles ; & pour parler de duel
P'Edit d'Acûr 1679 , ordonne de le poursuivre
avec promptitude & célérité . Il veut , & c. &c.
Ainfi , Edit du duel fait taire toutes les regles
ordinaires , impote filence à toutes les loix com™
munes & force les Juges de marcher fans interruption
, fans aucun retard , à la découverte &
& à la punition prompte & éclatante du crime.
Le Parlement n'a donc fair qu'obéir aux ordres de
la Loi , & fatisfaire , après une inſtruction trèsréguliere
, à ce que la Loi même lui prefcrivoit.
C'est dans ces circonftances qu'eſt intervenu , le
9 Septembre 1785 , Arrêt qui déboute le fieur
D..C,. de fa demande en caffition ; lui enjoint de
fe repréfenter devant le Parlement de G... , dans
le délai de deux mois , & néanmoins , lui donne
les grands chemins pour prifon .
2124
1
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 25 Avril. -
Dans la nuit du 14 au 15 les glaçons venant
de la Baltique s'accumulerent dans
la rade de Helfingor , au point que plufieurs
bâtimens furent en grand danger ; le 16 , 20
de ces navires quitterent la rade après avoir
perdu leurs ancres & cordages , & ſe réfugierent
dans la baie de Hornbek ; le 17 par
un vent de S. O. le Sund fut rempli de glaces.
La Direction de la Compagnie d'Afie a
reçu la nouvelle , que le vaiffeau la Princeffe
Louife -Augufte eft parti le 16 Octobre dernier
de Tranquebar , avec une tiche cargaifon
en retour , & que le vaiffeau la Sophie-
Magdeleine a fait voile le 26 Janvier de
Porto Prayo pour continuer fa route aux
Indes Orientales .
N° . 20 , 20 Mai 1786 . e
( 98 )
ALLEMAGNE
.
DE HAMBOURG
, le 6 Mai.
Les lettres de Pétersbourg parlent toujours
de la conclufion des Traités de commerce
de la Ruffie avec la France & l'Angleterre
, comme étant très -prochaine ; mais depuis
fi long-temps on tient le même langage
que les gens prudens reftent dans leur incertitude.
Le Roi d'Angleterre a ajouté aux
appointemens
de M. Fitz Herbert , fon Miniftre
à Pétersbourg , une gratification extraordinaire
des mille liv . fterl . Le Comte
de Gorz , ci - devant Envoié de Pruffe en
Ruffie , n'eft point encore remplacé . On a
défigné pour cette miffion le Baron de Keller
; aujourd'hui on parle du Baron de Roth ,
prétendues nominations qui n'ont d'autre
fondement que les conjectures du Public.
La Lettre circulaire du Roi de Suede pour
la convocation
de la Diete générale qui a
dû s'ouvrir à Stockolm le premier Mai , étoit dans la forme & de la teneur fuivante :
Nous GUSTAVE
, &c. N'ayant reçu de nos fideles fujets , pendant le cours d'ure adminiftration
de 15 ans , que des preuves d'obéiffance
&
d'attachement
, nous n'avons auffi rien eu plus à coeur que d'employer le pouvoir qui nous a été confié , au bien- être d'un chacun , & de mériter
par nos foins continue's la gratitude de ncs fujets. Nous avons été en particulier attentifs à entrete
nir l'union & la bonne intelligence avec les Puif
( 99 )
fances étrangeres , de maniere que nous pouvons
voir l'époque de notre Régence , comme celle de
la plus longue paix dont ait joui le Royaume , &
qui n'a jamais eu lieu pendant fi long tems , fous
aucun des grands Rois nos prédéceffeurs ; & nous
ne pourrions affez louer la bonté divine pour fes
bénédictions abon lantes fur notre règne , fi pendant
les trois dernieres années confécutives , les
récoltes n'avoient aggravé notre follicitude pa
ternelle .
Les mesures prifes pour votre foulagement témoignent
notre vive attention à écarter & prévenir
, pour le bien être général , tout ce qui peut
nuire à votre bonheur.
Cependant , il ne fuffit point que l'on ne fonge
au fecours qu'au moment du befoin ; car alors , ce
fecours devient difficile & fouvent impoffible ,
tandis qu'une utile prévoyance empêche & arrête
à tems les malheurs que l'on craint.
Teleft le but où tendent a&tuellement nos vues,'
& dont la réuffice demande nos foins & les vôtres ,
pour l'opérer fur une bafe folide & fal taire . C'eft
pourquoi nous requérons votre préfence & affemblée
, afin de délibérer avec nous fur cet impor
tant objet .
·
Nous vous invitons en conféquence , les Membres
de l'Etat du Royaume , & vous recommandons
de comparoître le premier de Mai en cette
Capitale de Stockholm , & que le Corps Equeftre
non feulement fuive pour regle ce qui a été
ſtatué en 1626 , le 2 Juin , par Gustave- Adolphe II,
de glorieufe mémoire , & a été confirmé de nou .
veau par Nous ; mais auffi que les autres Membres
de l'Etat qui , fuivan : l'ufage , envoient des Députés
, le fallent de maniere que de la part du
Clergé , l'Archevêque & chaque Evêque s'y trou
vent : ce à quoi eft ordonné le Paftor Primarius de
C 2
( 100 )
Stockholm , & de chaque Diocèfe , autant qu'il a
coutume d'en venir , & des autres Etats , fuivant
l'ufage établi , afin que nous puiffions ouvrir la
Diète , & après une conclufion heureuſe , accorder
à un chacun la liberté de retourner chez foi.
Après quoi , tous en commun , & chacun en
particulier , auront à fe conformer à ce qui aura
été réfolu . Vous affurant en général , comme en
particulier , de notre faveur & affection Royale .
Stockholm , le 28 Mars 1786.
Pendant l'année 1785 , il est entré 1278
bâtimens dans le port Suédois de Gothenbourg
, & il en eft forti 1276.
On a vu depuis quelques années la détreffe
toujours croiffante , dans laquelle fe
trouve la Compagnie des Indes Hollandoile
; mais l'on ceffera d'en être étonné , en
lifant les obfervations fuivantes , recueillies
par un Journaliſte Allemand,
Le Capital primitif de cette Compagnie confiftdit
en 6,300,000 florins répartis en 2,100 Actions
de 3,000 florins chacune. Le nombre des
Actions fut porté par la fuite à 2,130 liv.; ce qui
fit monter le Capital à 6,390,000 florins. Des circonftances
favorables , dont cette Compagnie a fu
profiter, augmenterent bientôt fon Capital juf
qu'à la fomme de 40,950,000 florins ; mais ces
grands avantages difparurent fucceffivement , &
au point que le Capital de la Compagnie a defcendu
d'après les dividendes , à 340 à 355 pour cent.
Les calculs fuivans prouveront la décadence progreffive
de cette Compagnie.
La Compagnie vend dans l'Inde ,
50,000 liv. pefant de cloux de girofle à 5 flor.
roo,000 de noix de muſcade à 2 fl, 16 ftuv,”
Florins.
750,000
280,000
( 101 )
10,000 1. de fleurs de mufcade à 6 A. 8 ftuv.
200,000 de canelle à 5 A. S ft.
3,500,000 de poivre à 30 pour cent,
Total.
En Europe.
350.000 liv. pef. de cloux de girofle às flor.
250, 00 de noix de mufcade à 3 Al. 15 ftuv.
100.000 de fleurs de mufcade à 6 Al. 8 ftuv.
400,000 de canelle à 5 Яor, 6 ftiiv.
5,000,000 de poivre à so pour cent.
•
64,000
· 1,050,000
· 1,050,000
3,194,000
1,750,000
937,500
640,000
2,100,000
• 2.500.000
Total. 7.527,500
Total général de la vente.
• 11,123,500
Les frais de ces épiceries montent d'après les
prix moyens à. 3.519,500
Bénéfice net de la Compagnie. 7,602,000
Le Capital de la Compagnie dans l'Inde , fes
vaiffeaux , fes biens , fes dettes actives , bonnes &
mauvaifes , fes provifions de bouche & de guerre ,
& c. , montent à la fomme de · ••~ 47,000,000
La Compagnie doit en Europe la
fomme de 11,250,000 flor. à 3 & demi
pour cent d'intérêts ; & en Alie ,
celle de 7,000,000 , où les intérêts
font rarement au- deffous de 10 pour
cent : ce qui fait
Ainfi , le Capital per de la Compagnie
eft de
Nota. Cette derniere fomme provient
des gainsprimitifs de la Compagnie ; les
intérêts de cettefomme à 5 pour cent ,
font 2,406 250 florins . On évalu: le bénéfice
annuel à 3,500,000florins.
Déduction faite du Capital net des
18,250,000
28,750,000
e 3
( 102 )
mauvaises detres actives & des non-
Valeurs qui peuvent monter à . ·
Le Capital réel de la Compagnie
eft réduit à
$ 5,250 000
13.500,000
Il réfulte de ces calculs , que le Capital primitif
de la Compagnie , qui est de 2,130 Actions , à
3,000 flor. , ou de 6,390,000 florins , eft au Capital
réel dans la proportion de 211 florins 5 ft ,
& 4 pour 100. Mais comme la Compagnier gle
fon dividende dans la proportion de 350 florins
pour cent , il eû palpable qu'elle accorde tous les
ans un bénéfice imaginaire , au moins de 138 Aur.
14 ft. 8 pf. pour cent. Il s'enfuit , que fi la Compagnie
continue à porter fon Capital réel plus haut
qu'il n'eft en effet ; qu'elle regle des dividendes
exhorbitans , & qu'elle diftribue par an 4 & demi
jufqu'à 5 pour cent , comme ( tant le bénéfice vrai
du Capital réel , elle ne manquera pas , d'après
les règles de la progreffion , de confommer ton
Capital entier dans l'efpace de 14 à 15 ans.
DE VIENNE , le 5 Mai.
Le Chevalier Somma , ci devant Ambaffadeur
du Roi de Naples auprès de notre
Cour , a déclaré le 15 Avril fon mariage
avec la Princeffe Douairiere de Picolomini ;
mariage conciu depuis long temps , mais
qui avoit été tenu fecret. On dit que l'Empereur
& le Prince de Kaunitz feuls étoient
dans la confidence .
On a découvert ici une fabrique de faux
Billets de Banque , heureufement avant que
ces Billets fuffent répandus fur la place . On
( 103 )
en a faifi pour 80,000 florins fur les Auteurs
du faux qui font arrêtés. Parmi eux fe trouve.
une perfonne d'une famille diftinguée , &
qui étoit à la veille d'hériter de 50,000 rixd.
de rente ( près de 170,000 liv. tournois ) . Il
étoit affocié , à ce qu'on ajoute , avec un
Papetier , un Juif & un Graveur. Ce dernier
qui a dénoncé le crime , a été liberé de la
peine , & a reçu 10,000 flor. de récompenfe.
Les coupables feront jugés à la rigueur
des Loix : ils s'étoient engagés par ferment
à ne pas fe trahir.
Il est décidé , à ce qu'on croit , de fubftituer
aux fufils ordinaires des troupes , des
fufils à deux canons d'une nouvelle invention
; plufieurs Régimens en ont déja été
pourvus.
On écrit de Clagenfurt qu'on y a éprouvé
le 11 de ce mois quelques fecouffes légeres
de tremblement de terre.
La même Lettre ajoute que le Régiment
de Rife , Infanterie , en garnifon à Clagenfurt
, & plufieurs autres Régimens ont reçu
ordre de fe mettre en marche le 12
Mai pour ſe rendre aux frontieres de Hongrie.
le 9 "
DE FRANCFORT , le 10 Mai .
Le Baron de Falkenhayn , Lieutenant-
Général des armées du Roi de Pruffe , &
Gouverneur de Schweidnitz , eft mort âgé
de 67 ans, à la fuite d'une apoplexie.
€ 4
( 104 )
Le 27 Avril , la Landgrave Douairiere de
Heffe Caffel eft arrivée à Hanau , où elle
fixera fa réfidence .
Les Bourgeois de Nuremberg ont envoie
à Vienne deux Députés , chargés de préfenter
à l'Empereur un Mémoire contre le Décret
du Magiftrat qui établit une nouvelle
capitation. Ces Députés font partis le 23
Avril.
Le Duc regnant de Saxe - Gotha fait établir
à Gotha un Obfervatoire , & il anommé
Aftronome de la Cour le Profeffeur de
Zach qui féjourne actuellement à Londres.
On lit dans le nouveau Réglement dreffé
en 1769 par l'ordre du Général Feld-Maréchal
de Lafcy pour la Cavalerie de l'Empereur
, les détails fuivans fur l'entretien des
Régimens de Cavalerie .
Régimens.
a Carabiniers ,
Force & entretien
en temps depaix.
Force & entretien
en temps de guerre.
hom. florins. hom . florins.
2,724 332,211 3,064 4: 6736
15 Cuiraffiers , 12,555 1,604.061 17,445 2,36239 2
10 Dragons , 8,370 1,069,374 11,630 1,574928
2 Chevaux -légers , 1,674 213,874
10 Huffards , 8,330 1,065,054
2,326 314985
1580 1,567188
39 Régimens. 33,683 4,28,577 46,045 6,236232
Peu de Monarques , dit une Feuille publique ,
ont donné à leurs Alliés d'auffi grandes preuves
d'eftime & d'amitié , que l'Empereur en donne
journellement à l'Impératrice de Ruffie. On travaille
par ordre de S. M. Imp . , pour cette
Souveraine, dans la Fabrique de porcelaine de cette
( 105 )
Capitale , à un fervice de table , qui fera une
piece unique en fon genre. Chaque affiette reviendra
à près de 16 ducats. Nous avons ici de
très -habiles Peintres ; mais afin de réunir dans
cet ouvrage le goût à la perfection de la peinture ,
on a fait venir de France deux de : meilleurs Peintres
de la Fabrique de porcelaine de Séve . Sur les
grandes foupieres & réchauds feront repréfentés
les portraits de l'Empereur , de l'Archiduc Fran
çois , de la Princeffe Elifabeth , ainfi que les plus
belles vues de Vienne ; & fur les affietter , les dif
férens coftumes de tous les peuples foumis à la
domination Autrichienne . Enfin , pour perpétuer
le fouvenir de la part éminente que Jofeph 11 a
eue à la conquête de la Crimée , par la pofition
qu'il fit prendre à fon armée le long des frontieres
de la Turquie , le Monarque veut faire faire ici la
Couronne que l'Impératrice de Ruffie portera le
jour de fon couronnement , comme Reine de Tauride,
& il y deftine la plus belle partie de diamans
& de perles de fon tréfor ; on voit par - là que
S. M. Imp . met autant de munificence dans les
préfens , que de goût dans leur choix.
Au précis que nous avons donné fur le
Commerce de Danemarck , nous joindrors
celui que préfente le même Journal Allemand
du Commerce de la Ruffie .
a
L'Empire de la Ruffie ayant pour limites , à
l'oueft , la Baltique , à l'eft la mer Pacifique ,
au nord la mer Glaciale , & au fud la mer Noire
renferme dans cette vafte enceinte des pays immenfes
, les urs à la vérité prefqu'incules , les
autres très - fertiles en toutes efpeces de productions
, mais tous heureulement fitués pour le
commerce , foit de terre foit de mer. La Ruffie
peut fe procurer par terre les riches marchandifess
( 106 )
de la Chine , de l'Inde & de la Perfe; & comme
elle eft aujourd'hui en poffeffion de la Crimée &
du Cubar , il lui fera facile d'étendre conûdérable--
ment fon commerce maritime. Il farcit même
poffible qu'elle concentrât dars fon fein la plus
grande partie du commerce européen & afiatique,
en établiffart par des canaux une communication
entre les mers Noire & Caſpienne , la Baltique &
la mer Blanche , afin de pouvoir naviguer d'Archangel
à Afof, & de Pétersbourg à Afracan . Son
heureuse fituation , il faut en convenir , est trèspropre
à lui procurer un jour une prépondérance
décidée dans le commerce en général , fur- tout
files Souverains de Ruffie mettent toute leur atten
ion à favoriser la population , l'agriculture ,
les manufactures , le commerce de l'Empire , &
à augmenter infi par une fage adminiftration
le bien être de leurs fujets. Il eft vrai que jufqu'à
préfent la plus grande partie du commerce
extérieur de cet Empire a été fait par les étrangers
, & nommément par les Acglois ; mais il
y a lieu de croire que les Ruffes , p'us éclairés
aujourd'hui fur leurs véritables intérêts, écarteront
les obftacles qui les empêchent de s'en occoper,
& qu'i's reprendrort fucceffivement les
grands avantages que les étrangers ont retirés
jufqu'ici de leur commerce . On donne plufieurs
raifons de cette négligence des Ruffes : les principales
font le défaut de numéraire & le trop
haut intérêt de l'argent. Effectivement il faut
des fonds extraordinaires pour faire le commerce
de la Ruffie fur le pied actuel . Les Ruffes font
dans l'ufage de ne prendre les marchandifes étrangeres
qu'à fix ou douze mois de crédit , & de
vendre comptant kurs propres marchandifes ,
fur lefquelles il arrive quelquefois qu'ils le font
payer des avances. Cette manière de commercer
eft affujettie à de grands inconvéniens , & il
( 107 )
9
n'y a que des Négocians ou des compagnies de
Négocians trés-riches qui puffent s'en accommoder.
D'abord il faut des fonds pour paver
les marchandifes qu'on veut importer en Ruffie
& il en faut d'autres pour y acheter les marchandifes
d'exportation , pour payer le fret , les
droits de Douane , & c. Esfuite il est néceffaire
d'établir à Pétersbourg des comptoirs , tant pour
l'achat des marchandifes ruffes & leur prompte
expédition , que pour la vente des marchandifes
importées. Ainfi l'on apperçoit fans difficulté
que dans ce commerce il fe préfente des rifques
fans nombre pour le Négociant qui n'a pas
fuffisamment de fonds , & qui paie fon crédit
avec de gros intérêts : il fe paffe même quelquefois
deux ans & plus , avant qu'on puiffe retirer
fa première mife des fonds , & il arrive auffi de
temps à autre que les Ruffes ne paient pas à
l'échéance convenue , ou qu'ils ne fournilent
pas au temps ftipulé les marchandifes pour lefquelles
ils avoient reçu des avances. Les Anglois
ont fu concilier jufqu'à préfent tous les
moyens propres à acquérir la prépondérance dans
ce commerce : autrefois c'étoient les Hollan
dois ; mais il feroit facile à d'autres nations , qui
ont intérêt de faire ce commerce , dont l'importance
s'accroît de jour en jour , d'en partager
les avantages , avec les Anglois , & de s'en
approprier une grande partie. Rien n'eft impoffible
au génie mercantile , s'il eft appuyé de la protection
du Gouvernement.
Nations qui commercent en Ruffie.
Les Anglois , les Hollandois , les Pruffiens ,
les Suédois , les Danois , les villes de Hambourg
, Lubec , Brême , Toftok , Dantzic ,
Stelfin.
Les François , les Espagnols , les Portugais &
( 108
les nations d'Italie n'y ont envoyé jufqu'à préſent
que peu de bâtimens.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 18 Avril.
En publiant l'année derniere l'état des envois
faits aux Indes , & des retours pendant
l'année 1784 , on avoit annoncé le deffein de
donner tous les ans de pareils réfumés , pour
mettre la nation à portée de juger des pro
grès de fon commerce. En conféquence
avec les états ci - deffous du commerce
des Indes , pendant l'année 1785 , on rapportera
ceux de l'année 1784 , afin que l'on
puiffe en faire la comparaifon , & juger de
l'accroiffement des Exportations nationales.
Eat des productions & marchandifes tant nationales
qu'étrangeres , embarquées pour les
Indes dans les ports d'Espagne , pendant l'année
1784.
Valeur
Réaux de Veillon.
Valeur
PORTS. des productions des productions TOTAL.
nationales . étrangeres.
Cadix. 147,891,263 218,253,107 . 362,344,370
Malaga. 19,637 965 1,430,109 21,068,074
Séville. 6,271,373 3,054.365 9.325:738
Barcelonne. 12.263,177 2,124,064 14,387,241
La Corogne. 6,457,595 3.996,200 10,453,795
Saintander. 3,671,501 9,017,374 12,688,975
Tortofe . 766 918 28,953 . 793,871
Les Canarias. 2,497,4'5 2,497,415
Gijon. 428,154 1,019.147 1,447,201
Totaux
195,885,361 238,923,2190 434,808,5.30
Qui font
piaftres
fortes
Différence en faveur des productions étrangeres 53,037.858
21,740,438 10
( 109 )
Le même Etat pendant l'année 1785 .
Réaux de Veillon .
Valeur
PORTS. des productions des productions
Valeur
TOTAL
nacionales. étrangeres.
Cadix. 267,600,719 400,172,243- 667,772,953
La Corogne. 8,596,786 19. 5,273,373 25 13,870.160 107,
Malaga. 16,744,698 26 2,589,175 8
Séville . 8,946,779 3>449,437
S. Lucar. 436,661 17 574.665 17
19,333 874
12,396,216
I , CO1,327
Alicante. 1,496,246 19 540,335 23 2 036,582 8.
Barcelonne. 24,396,329 26. 2,566,597 26,962,926 26
Torto . 1,874,150 17 127,103. 2,001,253 17
Gijon. 199,555 1,447,779 15 1,647,334, 26
S. Sébaften. 170,235.21 1.735.511 5. 1,907,746 26
Saintander. 4.290,796 2! I1,189,433 3 15,480,229 25
Les Canaries. 2,623,651
།
Totaur 337,266,601
Qui font , piaftres fortes
314,532 5. 2.938,183 5.
429 982,185 28 767.248,787
· 38,362,439 7
Difference en faveur des productions étrangeres 91,714,584
qui font 4,635,729 P. 4 r.
N.B. Accroiffement des exportations totales cette année
332,441,220 réaux.
Qui font piaſtres fortes ... 16,622,061
Etat des productions & marchandifes des Indes ,
importées dans les ports d'Espagne , tant fur
les vaiffeaux du Roi , que fur les vaiffeaux par
ticuliers , pendant l'année 1784 .
Réaux de Veillon.
Numéraire
PORTS. عون Merchandifes.
TOTAL.
Bijoux.
Cadix. 829,716,470 299,075,708 1,128,792,178.
Malaga .
1.860,554 , 3,860,554
Barcelonne. 10,214,060 9.123,320 12,337,381
La Corogne. 74, 128.334 9,00 , 94 83.128,519
Saintander. 4,094,340 10,097,410 14,181,770
Les Canaries. 10,980,700 16 217,380
Toraux. 929,123,894 334,393,885 1,263,517,782
Qui font piaftres fortes. 63.175 887 3ro
5,236,680
Q *
( ITO ) .
Le même pendral Pannée 1785 .
Reaux de Veillon .
Numéraire,
PORTS.
مويلا
Bijoux.
Cadix . 758 258,551
Marchandifes. TOTAL.
330,606,627 11068,865.318
Malaga.
Barcelonne.
Saintander. 8,759,809
S. Sébastien. 2,544.388
Alicante.
Gijon. 845,174
Vigo.
149,000
Les Canaries.
La Corogne. 106,967,818 71
6,631,440
10.990.237 5 12,166,801 7
4,843,226 32 111,811,045 9
1,350,928 30 7.982,368 30
23,157,038 12
16,147,387 31 24,507,194 31
20,020,586 22,564,974
539,821
339,821
5647.315 1,492,489 8
390,600 530,600
2 :923,223 7 1,699,995 2 4,620,218 9
Totaux . 877,660,778 388,410,289 1266,071,067
Qui font P altres fortes
63,303.553 7
N. B. Accroiſſement des importations totales cette année ,
553287
Qui font piaftres fortes ... 127,664 7 réaux .
44 contrebandiers étant fortis de Bayonne
fous une eſcorte de so des leurs à cheval
bien armés , pour entrer dans le Royaume
de Navarre , le Comte de la Cadena , Adminiftrateur
général des Impofitions de cette
Province , prit des mefures pour les arrêter
au voifinage de Pampelune . I.es contrebandiers
attaqués dans une maifon qui leur fervoit
d'afyle , fe défendirent pendant 10 h.
De part & d'autre , plufieurs combattans
ont été tués ; mais les contrebandiers fe font
échappés , en abandonnant 35 de leurs Cavaliers
& 51 charges de tabac .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Mai.
On a été très alarmé , durant plufieurs
( 111 )
jours , fur la vie du Chancelier Lord Thurlow.
S. S. étoit attaquée d'une ftrangurie , extrêmement
douloureufe , occafionnée par la
goutte , avec des fymptômes menaçans.
Déjà le Public formoit des arrangemens pour
cettefucceffion miniftérielle, orfque l'habileté
des Médecins eft venue déranger ces promotions.
Le Chancelier eft aujourd'hui hors
de danger , & l'on fe flatte même que fa
convalefcence ne fera pas longue.
Le Comte de Mansfield, qu'avoit nommé
le Roi pour préfider la Chambre des Pairs ,
pendant la maladie du Lord Chancelier ,
s'eft excufé fur l'état de fa fanté : il eft renplacé
dans cette fonction par Lord Bathurst ,
dont S. M. a figné la commiffion le 2 de ce
mois. Ceux qui fuppofent peu d'union entre .
Lord Mansfield & les Miniftres actuels , attribuent
à la politique le refus de ce Chef éminent
du Banc du Roi.
Le paquebot le Swallow , à bord duquel
étoit embarqué Lord Cornwallis , est rentré
à Portſmouth , après avoir été contratié par
les vents , quelques jours de fuite , à la hauteur
de l'Ile de Whigt. Cette circonftance
a favorifé les intentions du Gouvernement
qui avoit expédié un cutter à Mylord Cornwallis
, avec de nouvelles dépêches qu'il a
rencontrées en revenant à Portſmouth . Le
Swallow ne remettra à la voile , qu'après avoir
reçu le bill de M. Dundas , que vient de fanctionner
le Parlement,
( 112 )
Lundi dernier , Lord Hood a hiffé fon
pavillon , à bord du Triumph , de 74 can . ,
en qualité de Commandant en chef du port
de Portſmouth , à la place de l'Amiral Montague.
Le Journal du Parlement , depuis l'Ordinaire
dernier , a été rempli par des objets
très intéreffans ; nous n'en rapporterons que
les principaux ; mais avec l'étendue néceffaire
à des difcuffions dont on détruit l'ef
fence par des extraits trop raccourcis.
Le 28 Avril M. Powis prit en confidération
ure requête préſentée il y a deux ans par les
habitans de Quebec , & après avoir expofé
les différentes loix données au Canada depuis fa
conquête , il s'attacha particulierement à l'acte
paffé en 1774. Suivant la requête des Canadiens ,
dont M. Powis fit l'analyfe , les Supplians follicitent
de pouvoir être jugés par Jurés dans les
caufes civiles; d'étendre au Canada l'acte d'habeas
corpus , d'avoir des Jeges indépendans , & une
affemblée repréfentative ; ils demandent auffi ,
que les Officiers du Département civil foient
fous la dépendance , non du Gouverneur- général',
mais du Rei. M. Powis après avoir difcuté
chacun de ces points avec clarté , fit une motion
pour » qu'il lui fût permis de préfenter un bill
explicatif & commutatif de l'acte connu fous
le nom d'a&e du Canada » .
ور
Le Chancelier de l'Echiquier loua le zole de
M. Powis , & convirt qu'il étoit juste de fave
participer les Canadiens aux avantages de la
Conftiturion Britannique ; mais le moment préfent
lui parut peu favorable à aucune mefore
décifive fur cet objet , attendu qu'on ignoroie
( 113 )
le voeu général des Canadiens , & que le Gou
vernement avoit chargé le Chevalier Guy Car
leton , près de partir pour le Canada , de fonder
la difpofition des efprits.
M. Fox s'étonna , qu'après une poffeffion de
22 ans , le Miniftere fut aufi mal inftruit des
affaires du Canada . Quant au voeu général des
Habitans , il avoit toujours été pour la liberté ,
& dans tous les tems , le Miniftere leur avoit fait
efpérer une meilleure Adminiftration , Mais loin
de tenir cette promeffe , le Parlement , par un
acte paffé en 1778 , ôta au Confeil légiflatif.
le pouvoir de taxer les habitans. M. Fex
critiqua vivement cette meſure , & en démontra
l'injuftice .
L'Avocat-Général répondit à M. Fox que les
Canadiens jouiffoiznt déjà des avantages du
jugement par Jurés dans toutes les caufes où la
vie des citoyens étoit intéreflée , & il obferva
qu'en cela ils étoient plus favorifés que certaines
Provinces d'Ecoffe.
Après plufieurs débats , on alla aux voix , &
la motion de M. Powis fut rejettée par 63 voix
contre 21.
Le même jour , la Chambre paffa le bill
de Terre Neuve , propofé par M. Jenkinson ,
en comprenant les navires de Jerfey & de
Guernſey , dans le nombre de ceux qui par
ticiperont aux encouragemens donnés aux
pêcheries de Terre Neuve.
Conformément à l'ordre dujour, M. Haf
tings comparut à la Barre de la Chambre des
Communes , & demanda la permiſſion de
lire fa défenſe , vu fa nature qui exigeoit
beaucoup de dates , fon étendue & le peu
( 114 )
d'habitude qu'avoit l'Accufé de parler en
public. Ce plaidoyer , très-long , a été horriblement
mutilé par les Editeurs des Papiers
publics , qui en ont donné le fquelette
d'une manière auffi barbare , qu'inexacte &
décharnée. Nous fommes forcés de nous en
tenir à ces extraits rapides , en choififfant
celles des Feuilles publiques les plus concordantes
, & les plus habiles dans l'art de ces
traditions parlementaires .
M. Haftings fit obferver en débutant , que
l'accufation intentée contre lui , étoit non--feulement
très - mal fondée , mais encore calomnieufe
; que les différens Papiers du jour , contenoient
les remarques les plus injuftes fur fa conduire
; que les preffes faifoient éclorre chaque
femaine de nouveaux libelles , auffi erronés que
condamnables fur les différentes époques de fon
adminiftration dans l'Inde ; que le plus extraordinaire
de tous étoit un pamphlet , publié en dernier
lieu , dans lequel les chefs d'accufation n'étoient
pas feulement copieufement amplifiés ,
mais où l'on voyoit fur le frontifpice le nom de
fon Accufateur ( M. Burke ) : ce qui manifeftoit
affez que ce pamphlet étoit muni de fa fanction ,
& que même cet Accufateur complaifant avoit
la condefcendance officieuſe d'en être l'Editeur ;
que les charges étoient le réſultat de plufieurs
délibérations , & d'un long travail ; que durant
une période d- cinq ans , fes ennemis s'étoient
étudiés à les combiner , & à y donner le plus
grand degré d'apparence poffible , que de fon
côté, il n'y avoit pas plus de huit jours , qu'avec
la permillion de l'honorable Chambre , il s'étoit
déterminé à parler lui - même pour fa défenfe
; qu'en conféquence , c'étoit le travail d'un
auffi petit nombre de jours , qu'il oppofoit à des
machinations tramées par fes Adverfaires pendant
plufieurs années ; que cependant il fe flattoit
de pouvoir les confondre , & de découvrir toute
la calomnie & l'odieux de leurs inputations.
M. Haflings fe plaignit encore de ce qu'il étoit
obligé de répondre à des reproches vagues , où il
n'y avoit rien de ſpécifié , & qu'on pouvoit traiter
de pures narrations hiftoriques , ornées de
commentaires auffi obfcurs qu'infidieux. Il ajouta
qu'il avoit été dins l'Inde dès fa premiere
jeuneffe ; & que durant une période de trente- fix
années d'esclavage , il avcet toujours eu le bonheur
d'y conferver un caractere noble & refpectable
; que dans tous les temps il avoit agi felon
la néceffité des circonftances ; que fouvent il
avoit été réduit aux plus fâcheufes extrémités ;
que nul homme ne s'étoit vu dans des fituations
auffi périlleuses , fans autres reffources que celles
qu'il avoit fu trouver en lui - même ; que fe
voyant fans ceffe en butte aux menaces de fes
ennemis , il s'étoit enfin déterminé à réſigner
fon gouvernement dans l'Inde ; que cette réfignation
avoit été fuivie des regrets les plus vifs
des fideles Sujets ; qu'il avoit reçu des adreffes
même de fes
multipliées de remerciemens
Commettans , la Cour des Directeurs de la Compagnie
des Indes - Orientales ; & que comme il
avoit la fatisfaction de pouvoir juftifier la confiance
dont on l'avoit honoré , par une approba
tion auffi unanime , il penfoit que nul autre pouvoit
fur la terre n'avoir le droit de jetter du doute
fur fa conduite .
A la fuite de ce préambule vigoureux ,
M. Haftings entra dans la réfutation fom(
116 )
maire de chacune des accufations , & d'abord
, de celle qui a pour objet la guerre
des Rohillas.
Il nia abfolument d'avoir été l'auteur origi
naire de cette guerre dont il fit un hiftorique
détaillé. L'idée en avoit é é fuggérée par le Général
Barker ; l'Accufé ne fit que la reprendre
dans une occafion fubféquente. D'ailleurs , d'au-
´tres mains avoient morté la machine : même ,
depuis long- tems , elle étoit en mouvement lorfqu'il
en prit la direction . Les droits de Sujah Dow .
lah à notre affiflance , n'étoient qu'un acceffoire
dans cette guerre ; mais en lui rendant fervice ,
on avoit rendu les fèrvices les plus efficaces &
les plus imporrans à la Compagnie elle -même. Les
tribus Rohillas n'étoient point ce peuple d'agneaux
timides & dépouillés qu'on avoit peints à la Chambre
; elles étoient formées d'un mélange d'aventu
riers militaires , qui ne connoiffoient d'autre
profeffion que celle des armes. Depuis 60 ans
feulement ils habitoient le pays , fans autre titre
au nom de Rohillas, que l'ufurpation qu'ils avoient
faite du territoire de ces derniers. L'objet de
l'expédition faite contre ces ufurpateurs , avoit
été une augmentation du domaine des alliés de
la Compagnie; la mort du Chef Hafez ne fut
qu'un jufte châtiment , puifqu'il avoit envahi
le pouvoir & les propriétés de fon Patron & de
fon, bienfaiteur.
M. Markam & les deux Greffiers de la
Chambre aiderent M. Haftings dans cetre
lecture ; mais comme elle avoit duré depuis
4 h. du foir jufqu'à 10 , M. Pitt l'interrom
pit pour en demander la remife au lendemain.
Cette motion paffa malgré les objections
de M. Burke.
( 117 )
La curiofité du Public pour voir M. Haf-,
tings étoit telle que , non feulement les galeries
, mais même toutes les avenues qui y
conduifent , furent remplies de fpectateurs
avant midi. La foule étoit fi prodigieufe
dans la Chambre même , qu'elle rempliffoit
l'espace entre la barre & l'Orateur qui eft
ordinairement vuide. Lorfque M. Haltings
parut , tous les yeux de cette multitude furent
dirigés fur lui. Il ne fut aucunement intimidé
ni embarraffé ; il procéda à ſa défenfe
avec beaucoup de fang- froid & de
tranquillité, & en fit lecture d'un ton ferme
& très- diftinct. Il n'étoit pas connu perfonnellement
de M. Burke , qui le vit en cette
oceafion pour la premiere fois.
Les principaux Orateurs de la Chambre
des Lords s'étoient auffi rendus aux Galeries
de la Chambre des Communes pour entendre
la défenſe de M. Haftings ; elle fut terminée
le 2 mais l'efpace & les documens
authentiques nous manquent , pour en reprendre
le fil en ce moment.
unanimement ›
Lecture achevée , M. Haftings requit la
Chambre d'en recevoir les minutes ; le Major
Scott en fit la motion formelle ; ells paffa
ainfi que celle du même
Membre pour demander l'impreflion de
cette apologie. La copie qui en a été publiée
par des Libra res avides , ne mérite aucune
confiance ; & M. Haftings l'a formellement
défavouée,
( 118 )
Le bill rédigé par M. Dundas , qui modifie le
bill de l'Inde , a été lu pour la derniere fois , &
admis le 3 dans la Chambre des Communes . Par
ce nouvel acte , les Employés de la Compagnie
font difpenfés de déclarer leur fortune , & il
défend à qui que ce foit d'aller s'établir dans
l'Inde , fans y être autorisé par la Compagnie.
Lorfqu'on propofa le 4 , dans la Chambre
des Communes , de faire le rapport du
Bill de M. Pitt , concernant la réduction de
la dette nationale , M. Sheridan , qui depuis
deux mois faifoit retarder ce rapport , pour
ſe préparer à attaquer le Bill , fit ufage de
fes reffources dans un difcours très -adroit ,
dont nous fommes forcés de reftraindre l'analyfe
commençant d'abord par des perfonnalités
, l'Orateur prétendit que :
Le Comité chargé du travail fur le rapport ,
avoir été choisi parmi les perfonnes attachées à
la Trésorerie , & les créatures de M. Pitt. Il en
eft réfulté que ce Comité s'eft bien moins occupé
de recherches fur nos finances que du panégyrique
de fon patron. Toutes les difcuffions
tous les calculs ont été dirigés vers cet objet . En
conféquence on a établi le revenu permanent de
la nation , non d'après un terme moyen donné par
un long intervalle de temps , mais feulement
d'après une feule année où le produit s'eft trouvé
affez haut.
Les prudens Commiffaires ont eu le plus grand
foin de dérober à la connoiffance du public les
caufes réelles de cet accroiffement particulier à
l'année qu'ils ont choifi exprès pour Pattribuer à
la fuppreffion de la contrebande . Mais en fuppo
fant même , ce qui n'eſt point , qu'elle eût feule
( 119 )
opéré cet avantage. Ce n'eft point à M. Pitt ,
mais au Lord Cavendish qu'on en auroit l'obli--
gation , puifque ce Lord s'en étoit occupé avant le
Miniftre actuel .
Dans l'état même de cette année 1785 , choifie
de préférence comme la plus productive , le Comité
a fait une gaucherie qui décele fon adulation
, puifqu'il n'eft entré dans aucun détail pour
nous apprendre fi cette augmentation eft de nature
permanente , ou fi ce n'étoit que l'effet de
caufes accidentelles & d'après lefquelles on ne
pouvoit établir aucun calcul pour l'avenir. Le fait
eft que cette circonstance eft abfolument etrangere
à la fuppreffion de la contrebande. De 800
mille livres fterling d'accroiffement dans le revenu
des Douannes , 100 mille feulement peuvent
être attribuées à cette caufe . Les articles de
l'Inde , le tabac & le fucre font les trois grands
objets de cet accroiffement ; er très - certainement
les réglemens contre les contrebandiers n'y ont
coopéré en rien . D'autres articles font encore
dans le même cas , tels que l'huile de baleine , le
fer , & d'autres marchandifes qui n'ont certainement
jamais fait une branche de la contrebande .
M. Sheridan fit enfuite une fortie contre l'acté
de commutation auffi foumis à l'examen du
Comité ; il l'appella un acte de démence nationale
. On ne croira jamais , dit- il , qu'une
nation éclairée , dans les circonftances où elle
fe trouve actuelment , ait pu favorifer ainfi l'accroiffement
d'un luxe étranger , d'un luxe pro
venant d'un paiement où la balance du commerce
eft fi fort à notre défavantage & dont par
cette raifon l'accroiffement , bien loin de nous
être utile , ne peut qu'accélérer le moment de
notre ruine. On ne le perfuadera jamais que to t
cela n'ait été fait que pour l'intérêt d'une monc
( 120 )
pole ; que la nation foit obligée de prêter une
fomme énorme pour la continuation d'un trafic
fi préjudiciable à fes intérêts , & qu'on lui impofe.
encore l'obligation de payer une taxe très - onéreufe
pour un art cle devenu pour ainfi dire de
premier befo'n , au lieu de la rétribution volontaire
qui n'étoit ci -devant attachée qu'à certains
objets de luxe.
Paffant enfuite aux dépenfes de la Milice , il
´eft vrai , continua M. Sheridan , que M. Pit a
fait entendre que l'on pourroit en réduire la dépenfe
, en ne faifant affembler qu'un tiers de ce
corps tous les ans ; mais il eft bon d'obſerver que
' ce Miniftre parle tantôt comme fimple membre
-de la Chambre , & tantôt comme Miniftre. Or
il est probable que cette promeffe ne fera point
exécutée ; d'ailleurs la nation confidérant la Milice
comme la défenſe conftitutionelle , ne doit
pas le defirer , & peut craindre qu'une pareille
mefure n'entraîne des inconvéniens & peut - être
des réformes.
cet
Les dépenfes de la Marine étoient fi connues
que , malgré les efforts que le Comité a faits
pour tirer du Chevalier Charles Middleton des
réponfes favorables à fes deffeins , il n'avoit pu
engager Officier à rien diminuer de la fomme
qu'il avoit eftimée pour les conftructions & les
radoubs . M. Sheridan alla plus loin ; il affura la
Chambre que l'ordinaire de la Marine fe monteroit
plus haut qu'on ne l'avoit eftimé , attendu
que les réductions propofées ne pouvoient pas
avoir lieu de fitôt , & que l'on ne pouvoit point
obliger les Officiers à mourir par affignation . La
Marine , felon lui , reffembloit à l'élément auquel
elle appartenoit , qui ne s'appaiſe que longtemps
après que la tempête a ceffé : de même la
Marine , pendant plufieurs années , abforbe des
4
fommes
( 121 )
fommes immenfes , & ce n'eft qu'au bout d'un
certain temps que l'on s'apperçoit de l'effet des
réductions . Il examine fucceffivement chacun des
articles du rapport , & articule qu'il y avoit beau
coup de dépenfes indifpenfables auxquelles on
n'avoit point pourvu , & qui cependant feroient
à la charge du public en attendant , l'époque da
P'excédant tant defiré.
Par réfumé de cette partie de fon difcours ,
M. Sheridan conclut que le rapport offroit d'une
part une dépenfe certaine , & de l'autre des reffources
trompeufes , incertaines & illufoires .
L'eftimation des dépenfes n'eft relative qu'à l'année
1791 ; les recettes futures font calculées
fur celles de l'année dernière , & c'eft avec de
femblables conjectures qu'on eft parvenu à perfuader
au public qu'il exiftoit un excédant de
900,000 liv . , tandis qu'il n'en exiſte pas , dans
le fait, un feul schelling.
M. Sheridan examina enfuite cet excédant tant
vanté. M. Pitt a impofé des taxes très - fortes en
1784 , dans l'efpérance , de fe procurer un excédant
pour l'année fuivante , mais il s'eft trompé.
·
En 1785 il a impofé des taxes additionnelles ;
il a conftitué toutes les dettes de la Marine
& cependant il ne fe trouve aujourd'hui aucun
excédant. Quels moyens employera - t- il donc
pour en obtenir un ? Empruntera- t - il un million
d'une main pour le dépen fer de l'autre ? ou fera.
til comme la Clariffa de la Pièce intitulée la
Confédération , qui dit : « je ne demande pas
mieux que de payer Madame Amlet , pourvu
qu'elle me prête la fomme ». Le plan de M ..
Pitt eft conçu dans le même principe : il conſiſte
à réduire la dette conftituée en augmentant les
dettes non fondées . Il fera donc obligé de trouver
l'excédant par un Emprunt en billets de l'Echi
No. 20 , 20 Mai 1786,
f
( 122 )
quier. Or , cette maniere de lever des fommes
paroît fujette à tant d'inconvéniens , qu'on ne
fauroit mieux employer l'argent qui en provien
dra qu'à acquitter les billets mêmes.
Mais fuppofons pour un inftant que le Miniftre
ait furmonté toutes les difficultés , & qu'il ait
effectivement payé 750,000 liv. ferl. de la dette
nationale , comment fera t- il l'année prochaine ?
Les dépenses ne feront certainement pas moindres
, & cependant il n'y aura pas , de même que
cette année , un million de la Compagnie des
Indes; il ne pourra point difpofer des fonds octroyés
, mais non employés , pour les fortifications
, ni des épargnes de l'armée qui ſe ſont
montées cette année à une femme confidérable.
M. Sheridan , pour achever de prouver l'embarras
où feroit M. Pitt par la fuite , produific
un état fimulé des dépenses indifpenfables , dont
il n'avoit été fait aucune mention dans le rapport,
& le fit monter feulement à quatre millions
dix mille liv. fter.; outre les 2,000,000 dus à la
Banque , enfemble plus de fix millions , &c. &c.
Après ce difcours , M. Sheridan fit une motion
> " pour que l'examen ultérieur du rapport
fur les finances fût remis à huitaine ».
Cette motion , ce difcours , ces démentis,
ces calculs , ces affertions , furent combattus
tout auffi vivement par MM . Grenville
& Beaufoy , Membres du Comité , & dont
le caractère , au- deffus du foupçon , donnoit
quelque force à leur réplique aux reproches
qu'on venoit de leur faire , d'avoir prévariqué.
M. Beaufoy avoua hautement fon atachement
& fon eftime pour M, Pitt ; fenti(
123 )
mens dont il lui avoit donné des preuves
conftantes dans la Chambre , pendant que
l'ancien Ministère diftribuoit les places &
les faveurs. Il difcuta les principaux articles
du rapport , & entr'autres , la fortie de Mr.
Sheridan , contre l'acte de commutation ; il
obferva qu'il n'étoit pas queſtion d'envifager
la plus grande conſommation d'une denrée
fuperflue , telle que le thé ; mais de favoir fi
elle devoit être apportée en Angleterre par
des matelots Anglois ou par des étrangers ;
fi le bénéfice de cette vente devoit appartenir
à la Compagnie des Indes Angloife
ou à des Contrebandiers. La motion de
Mr. Sheridan fut rejettée , fans divifion de
fuffrages.
Il y a actuellement plus de 200 bâtimens
venant de la Jamaïque , des Ifles & de différentes
parties de l'Amérique en route pour
l'Angleterre; & la plupart de ces bâtimens
font attendus d'un jour à l'autre. Il en eft
arrivé 40 dans la Tamite la femaine derniere.
ر ي غ ص ل ا
Les récoltes à la Grenade ont été trèsabondantes
, & on attend . cette année de
cette ifle plus de vaiffeaux qu'il n'en eft arrivé
depuis la derniere guerre.
Il y a ordre de conftruire à Deptford un
vaifleau de 90 can. , qui fera appellé la Princeffe
, auffitôt que la forme d'où a été lancé
Impregnable fera préparée .
Un détachement du troifieme bataillon
du régiment d'Artillerie a ordre de s'embarquer
le 2 Mai à Woolwich , à bord du bâf
2
( 124 ) )
timent de transport le Général Elliot, qui
doit le conduire à Gibraltar pour relever les
trois Compagnies du même Corps qui y
font actuellement en garnifon. Suivant les
derniers Réglemens faits par le Grand Maitre
d'Artillerie , ces Compagnies , après leur
retour en Angleterre, partiront pour les
Indes Occidentales , & les troupes qui fe
trouvent dans ces ifles feront tranfportées
au Canada , d'où l'on ramenera en Angle
terre le Corps d'Artillerie qui s'y trouve ac
tuellement.
Une lettre d'Hanovre porte que la Régence
a donné des ordres à tous les Officiers
de rejoindre le 12 Mai leurs Corps refpectifs
, & de lever des recrues pour remplacer
les foldats morts ou défertés .
Il paroît d'après les différens états mis fur
Je bureau de la Chambre des Communes , relativement
à la pêche du Groenland , que les
gratifications accordées pour l'encouragement
de cette pêche depuis l'année 1733 , tems où
elles ont commencé , juſqu'à la fin de l'année
dernière , font montées
Pour l'Angleterre à .... 1,064,272 1. 18 f. 2 d.
Pour l'Ecoffe à ... , 202,158 l . 16 f. 11 d .
L'Ecoffe n'avoit point équipé de vaiffeaux
pour la pêche du Groenland, avant l'année 1750.
La gratification accordée aux vaiffeaux Anglois
l'année derniere , a été plus forte que dans
aucune année antérieure. Celle accordée aux
vaiffeaux Ecoffois , s'eft auffi accrue ; car en 1784 ,
elle n'étoit que de 4,094 liv. & l'année derniere
elle s'eft montée à 7.7.29 liv .
( 125 )
Le nombre des vaiffeaux équipés cette année
pour cette pêche eft , favoir ;
à Whitby
Lynne!
•
t
20 vaiffeaux .
Liverpool
Sunderland
Newcaftle
Yarmouth
Hull
•
13.
25
16 .
18%
On ignore le nombre de ceux de Londres.
-Hexifte une Ferme dans le Comté de
Berks , qui depuis trois fiécles eft poffédée
par la même famille , fans avoir été augmen
rée ni diminuée d'un pouce de terrein . Le
Général Conway , faifant part au Roi de
cette fingularité , S. M. lui répondit : Il eft
étrange en effet que durant trois fiécles , il nefe
foit trouvé dans cette famille , ni un homme
avifé , ni un fou.
Par un relevé dreffé dernierement , on a
conftaté que dans l'efpace de 14 ans , on a
conftruit 27,000 maifons nouvelles dans
Londres & fes fauxbourgs , fans compter les
édifices reconſtruits."
La ville de Margate , port de l'ifle de
Thanet , à Fembouchure de la Tamife , &
très fréquenté depuis quelque temps , a demandé
au Parlement la permiffion d'élever
une falle de fpectacle. L'Archevêque de
Cantorbery s'y eft oppofé , & n'a confenti
au Bill , qu'autant que ce nouveau Théâtre
ne feroit ouvert que dans l'Eté ; condition à
laquelle la Chambre des Pairs a accordé la
demande de la ville de Margate.
"
£
3
( 126 )
On rapporte un fingulier exemple du pouvoir
de la Mufique nationale. En 1720 , Charles
Molloy compofa une Farce intitulée les Officiers
à demi- paye. On la reçut au Théâtre de Drurylane
, & on donna le rôle d'une Grand'Mere , à
une vieille. Irlandoife nommée Madame Fryer ,
qui avoit quitté le Théâtre depuis le regne de
Charles II. Sur l'affiche , on lût ces mots « Le
» rôle de Lady Richlove fera repréfenté par
Peggy Fryer , qui n'a paru fur aucun Théâtre.
depuis cinquante ans . L'Affemblée fut trèsnombreuſe.
L'A&trice furannée exécuta trèsbien
fon perfonnage , mais à la fin de la piece,
on voulut lui faire danfer une gigue , &la fatigue
de quatre- vingt- cinq ans commençoit à lui ren-
'dre la plaifanterie fort à charge , lorfqu'aux premieres
mesures d'un air Irlandois , elle fe fentit
ranimer , reprit toute fon agilité , & danfa comme
elle l'eût fait à vingt-cinq ans. Mifs. Fryer
jouit d'une très- bonne fanté jufqu'à l'âge de
cent dix fept ans , auquel elle mourut en
1747.
·
C
FRANC E.
DE VERSAILLES , le 10 Mai.
Le Comte d'Ambly, le Marquis de Lefcure
& le Chevalier Louis de Gineftous ,
qui avoient précédemment eu , l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , le 4 , celui
de monter dans les voitures de Sa Majesté &
de la fuivre à la chaffe.
Le Comte O - Belly , Miniftre plénipoten
tiaire du Roi près l'Electeur de Mayence ,
qui eft de retour en cette Cour par congé ,
a eu, à fon arrivée ici le 7 de ce mois , l'honneur
d'être préfenté à Sa Majefté par le
( 127 )
Comte de Vergennes , Chefdu Confeil royal
des finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
ayant le département des Affaires étrangeres .
Le Marquis de Liniers , le Marquis de
Forbin d'Oppede , le Comte de Savary de
Mauleon , le Comte d'Eftur de Solminiac
& le Chevalier de Galard Terraube , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'être
préſentés au Roi , ont eu , le 8 , celui de
monter dans les voitures de Sa Majeſté &
de la fuivre à la chaſſe .
Le 9 de ce mois, le Roi , accompagné
de Monfieur , s'eft rendu vers midi à la plai
ne des Sablons , où il a paffé en revue le
régiment des Gardes - Françoifes & celui des
Suiffes , Monfeigneur Comte d'Artois , Colonel
de ce dernier Corps , étant à fa tête.
Les Troupes , après avoir fait l'exercice , ont
défilé devant Sa Majefté , devant Monfieur ,
Madame , Madame Comteffe d'Artois &
Madame Elifabeth de France.
Le ro , le Roi s'eft rendu à l'Eglife de
la paroiffe Notre - Dame , où il a affifté au
Service folemnel que les Curé & Marguilliers
ont fait célébrer pour l'anniverfaire de
la mort de Louis XV. Le fieur Jacob, Curé
de cette paroiffe , y a officié. Madame , Madame
Comteffe d'Artois , Madame Elifa ,
beth de France , ainfi que Mefdames Adelaïde
& Victoire de France , y ont affifté.
Monfieur & Monfeigneur Comte d'Artois
fe font rendus , le même jour , à l'Abbaye
royale de Saint Denis, où ils ont aflifté au
£ 4
( 128 )
Service folemnel qui y a été célébré pour le
même anniverſaire.
DE PARIS , le 18 Mai.
» Les Chevaliers de l'Ordre de St. Mi-
» chel , fe font affemblés le 9 de ce mois ,
* au Couvent des Cordeliers de cette ville ,
& ont tenu un Chapitre , auquel a préfidé
"pour Sa Majefté , le Maréchal Duc de Lé-
» vis , Commandeur des Ordres de St. Mi-
» chel & du St. Eſprit ; après un difcours
» qui a été prononcé par le fieur Pourfin
» de Grandchamp , Secretaire du Roi , Chevalier
dudit Ordre , nommé par Sa Ma-
» jefté pour fuppléer le fieur Collet , Chevalier
, Secretaire perpétuel dudit Ordre ,
» le Maréchal Duc de Lévis a reçu Cheva-
» lier , au nom du Roi , les fieurs le Faucheux
, Dehaut Delaffus , Regnier, Rochard
, Grandjean , Faucompré , Garre
Breeck , Darteins & Dauvergne : enfuite
» tous les Chevaliers , le Maréchal Duc de
Lévis à leur tête , fe font rendus proceffionnellement
en l'Eglife dudit Couvent ,
» & ont affifté à la Meffe folemnelle qui
fe célébre tous les ans , le jour de l'ap-,
>> parition de St. Michel.
"
« Le 27 du mois d'avril dernier , on a trouvé
» dans un ravin près d'un pont , fur la route ,
de Criel à Dieppe , le cadavre d'un homme
de la taille de cinq pieds quatre pouces , percé
» de plufieurs coups ; il étoit dépouillé de fes.
habits qui étoient près de lui avec un chapeau
; ils confiftoient en une redingotte grife
( 129 )
propre , un habit de drap bleu , & un gillet
» de foye ; fes chemiſes , mouchoirs , &c. étoient
marqués des lettres G. R.
*
» Il s'eft trouvé fur lui un commencement
de lettre écrite en anglois , où on lit à -peuprès
ces mots : Capitaine Burton , quand vous
pafferez mon fils , conduisez- le à l'auberge où
j'ai logé , quand je partis pour Paris ; & un
» mémoire écrit en anglois , fous la date du
11- Avril 1786 , dans lequel il eft queft on de
l'acquifition d'une lampe. On a trouvé près
» du cadavre , une montre d'argent avec fa
boete, & quelqu'argent répandu à terre ou
» dans fes poches , fans aucune autre indica-
» tion qui puiffe faire découvrir ce qu'étoit
cet étranger ».
Il réfulte d'un état inféré dans le Journal
Général de France , état dont nous ne connoiffons
pas les fources d'authenticité , qu'il
eft entré en 1785 , 857 navires dans les ports
réunis de Nantes , Bordeaux , Marfeille , de
Havre , l'Orient & la Rochelle , & que dans
la mêmeannée, il eft parti des mêmes Ports3
navires. Tous fefontrendus en Amérique , en
Afrique & dans l'Inde , ou en font arrivés. Par
Je même tableau , il paroît qu'il eft revenu
des les Françoifes d'Amérique 633 bârimens
en 1785 , & que 549 ont été expédiés
dans la même année à cette deftination."
Terre- Neuve & Miquelon ont fourni les
retours de 132 navires , & il en eft parti 16
feulement en 1785 pour cette pêche . La na
vigation avec les Etats Unis a été dans le
même efpace de 54 vaiffeaux , dont il en
( 130 )
eft parti 35 la même année pour les treize
Républiques confédérées .
Les vaiffeaux de la nouvelle Compagnie
des Indes la Reine , le Maréchal de - Ségur , le
Miroměnil , le Baron - de- Breteuil , le Comted'Artois
, le Maréchal- de- Caftries , le Comtede-
Vergennes font partis del'Orient , du 29
Mars au 16 Avril 1786 ; les deux premiers
deftinés pour la Chine , les deux feconds
pour le Bengale , & les trois derniers pour
les côtes de Coromandel & d'Orixa. Le '
vaiffeau le Comte de Provence , deſtiné pour
la côte de Malabar , n'attend qu'un vent favorable
pour mettre en mer.
Il vient de paroître plufieurs Ordonnances
& Réglemens intéreffans , concernant le
Corps des Officiers de la Marine & le fervice
des Ports & des vaiffeaux de S. M. En
attendant que nous les faffions connoître
plus en détail , voici les titres de ces is Ordonnances
.
La premiere pour divifer les forces navales en
9 Elcadres ; la ze . portant fuppreffion & création
de grades ; la 3e. concernant les Officiers de la
Marine ; la 4e. pour régler les appointemens &
uniformes des Officiers de la Marine ; la 5e, concernant
les montres & revues des Officiers & Entretenus
de la Marine ; la 6e. concernant les Capitaines
de Vaiffeau lorfqu'ils ne feront pas en activité
de fervice ; la 7e. qui fupprime la Compagnie
des Gardes du Pavillon & de la Marine , créée des
Eleves de la Marine , & regle la forme de l'inftruc
tion & de l'avancement des jeunes gens deſtinés à
entrer dans la Marine ; la 8e. concernant les Volontaires
employés fur les Vaiffeaux de Sa Ma((
431)) .
4
jefté ; la ge concernant les Officiers de Port ; la
10e, concernant les Ingénieurs- conftructeurs ; la
12e. portant création de 9 Divifions de Canonniers
matelots , fous le titre de Corps royal de Canonniers-
matelots ; la 13e. pour établir des Intendans
ou Commiffaires à la fuite des Armées navales
, Efcadres -ou Divifions , & des Commis aux
revues & appointemens à bord des Vaiffeaux , Frégates
& autres Bâtimens ; la 14e, concernant les
Claffes ; la 15e . concernant les appointemens des
Officiers des Prévôtés de la Marine.
Les Reglemens , au nombre de 11 , ont pour
objets : le premier l'ordre , la police & la difcipline
des Cafernes des Matelots ; le 2e, les paies &
les avancements des Gens de mer , le ze, les Etatsmajors
& Equipages , & états de répartition des
Equipages à leurs différens poftes le jour du combat;
le 4e. à la formation des rôles de combat & de
quart à bord des Vaiffeaux ; le 5e. la difcipline des.
Equipages à bord des Vaiffeaux ; le 6e . l'ordre , la
propreté & la falubrité à maintenir à bord des
Vaiffeaux ; le 7e. le traitement des Officiers à la
mer; le 8e, le fervice des Officiers de la Marine à
la mer ; le ge, le fervice particulier des Officiers
de quart à bord des vaiffeaux ; leo . la forme
& la tenue des tables de loch & des journaux à
bord des Vaiffeaux , Frégates & aures Bâtimens
de Sa Majefté ; le 11e les Ecoles d'Hydrographie ,
& la réception des Capitaines , Maîtres ou
Patrons.
Trois malfaiteurs s'étant échappés des
prifons de Montargis , la bonne conduite
de la Maréchauffée en a fait retomber deux
dans les fers . Les Affiches de Montargis
donnent de cette capture un récit fort détaillé
, dont voici la fubftance.
f 6
( ( ~ 132 ) )
Le Mercredi 26 Avril dernier , les Geolier &
Guichetiers des prifons de Montargis s'appercurent
, fur les 4 heures & demi du matin , que
les nommés Claude Martinet , Jacques le Verne &
le nommé Lafrance , s'étoient échappés de leur
cachot , après avoir brifé leurs fers & en faifant
une effraction au mur , ils en furent fur le champ
avertir le Commandant de la Maréchauffée , qui
dès l'inſtant fit partir la Brigade , avec ordre d'aller
au domicile dudit Lafrance , en la Paroiffe de
Vimory , diftante de z lieues de Montargis , & où
l'on foupçonnoit qu'il pourroit avoir emmené les
deux autres , parce que l'un d'eux s'étoit évadé
fans fouliers & fans chapeau. Les Cavaliers reçurent
ordre en partant de faire fonner le tocfin dans
les Paroiffes circonvoiſines , afin d'affembler les
gens de la campagne pour battre les bois & les
bleds. Il partit en même tems de Montargis un
détachement de la Compagnie d'Invalides de la
garde des pritons , pour fouiller les bois & vifiter
les bleds des environs de la ville . Sur les 8 heures
du matin , les Invalides ramenèrent le nommé Lafrance
, qu'ils avoient pris dans un bois , diftant
d'un quart de lieue de Montargis. Toute la journée
du 26 fut inutilement employée à la recherche
des deux autres. On détacha , à leur pourfuite
, fur les 9 heures du foir , le feur Billecoq ,
Cavalier de la Brigade de Montargis.
Il prit la route de Château - Renard , où le hafard
lui fit découvrir le nommé Renard , homme
plein de zèle , de bravoure & d'adreffe , qui , au
fignalement des fuyards , affura qu'il les avoit yu
paffer , donna des indices fur la route qu'ils pouvoient
avoir prife , & demanda avec inſtance au
fieur Billecoq de partager avec lui les dangers & la
gloire de leur capture. L'offre acceptée , ils vifitent
enſemble toutes les Fermes du lieu , & par'
( 133 ) )
viennent dans un hameau , fitué entre lá Ferté-
Louptière & Chevillon . Ils frappent à la porte
d'une Ferme , une vieille femme qui l'habite leur
ouvre , & répond à leurs queftions qu'elle n'a aucun
étranger dans fa maifon. Sur cette réponse ,
ils paffent à une autre Métairie , où ils ne trouvent
aucuns indices fur les objets de leur recherche.
-Alors , le fieur Billecoq fe rappellant l'air d'enr
barras avec lequel la vieille Fermière leur a ré-
-pondu , dit 3 fon compagnon : retournons fur nos
pas , mon ami , nous les tenons. Il revient frapper à
la même Ferme , on ouvre , & le fieur Billecoq ,
mettant le fabre à la main , dit à la vieille Fermière
, qu'il fait qu'elle a des voleurs retirés chez
elle , & qu'il va l'arrêter elle- même , avec tour
ce qui eft dans fa maifon. La Fermière tombe à
fes genoux , & en le conjurant qu'il ne lui foit
point fait de mal , avoue que deix étrangers font
venus fort tard lui demander l'hospitalité, & qu'ils
font couchés dans la grange. Les feurs Billecoq &
Renard y volent ; mais Martinet & le Verne Ton
compagnon , entendant le bruit de la porte qu'on
Ouvroit , s'échappent par un trou qui communiquoit
de la grange dans une bergerie , & -delà ga
gnent la plaine. Ardent à la pour fuite de fa proie,
le fieur Billecoy s'élance par le même trou , tandis
que Renard fait extérieurement le tour des bâtimens
pour parvenir à les mettre entre eux deux' ;
mais les deux prifonniers s'étant féparés & fuyant
chacun par une route différente , les heurs Billecoq
& Renard font obligés d'en faire autant. Marrinet
faute par-deffus la haie d'un champ , d'où il
pouvoit en peu de tems gagner un grand bois voifin.
Au moment où il a déjà franchi la haie , le
fieur Billecoq tire un de fes piftolets , chargé de
* IT chevrotines & de 3 balles. Ce coup , tiré avec
adreffe entre les jambes du fuyard , lui couvre le
( 134 )
vifage de terre & de petits cailloux ; la frayeur le
fait chanceler, le fieur Billecoq , qui a franchi la
haie , croit le faifir , mais il reprend la courfe
avec la plus grande viteffe , & ce n'eft qu'à la rive
du bois qu'il parvient à l'atteindre. Martinet, faifi
au collet , fe débat avec fureur , mord & déchire
des hardes du Cavalier qui , en ufant de fes armes,
pouvoit faire ceffer promptement cette lutte dangereuse
contre un homme doué par la nature
d'une force extraordinaire ; mais réuniffant la prudence
à l'intrépidité la plus rare , le fieur Billecog
fe contente de faire avec ſon ſabre , trois violen
tes contufions fur le bras droit de ſon adverſaire ,
qu'enfin il terraffe & garotte avec des courroies
dont il avoit eu la précaution de fe munir.
י
Tandis que le fieur Billecoq menoit fon entreprife
à une fin auffi heureufe , fon brave émule
Renard avoit obtenu le même fuccès. Après avoir
poursuivi Jacques le Verne plus d'un grand quart
de lieue , l'atteindre , le combattre corps à corps ,
le terraffer & garotter , ne lui avoit pas coûté plus
de tems qu'au fieur Billeco , qui venant le joindre
avec fa proie , le complimente fur la preuve qu'il
vient de donner de fon courage. Renard répond
avec gaité : J'ai été bien- aife d'apprendre à ce drolelà
que j'ai eu l'honneur de fervir le Roi pendant fix
ans dans la Milice. Les deux fuyards ont été reconduits
à Montargis.
La Lettre qu'on a lue dans le 17e. No.
de ce Journal , touchant une nouvelle forme
de cheminées , a donné lieu à la réclamation
fuivante qu'il eft jufte de rendre publique .
Permettez-moi , Monfieur , de prendre dans
votre Journal , date d'antériorité fur M. ***
aú fujet des obfervations qu'il vous a adreffées
le 29 Mars , fur les inconvéniens de nos che(
135 )
minées actuelles ; & fur les moyens d'y rémes
dier.
Ces obfervations contiennent des vues do
bien public , des apperçus d'économie politique ,
des idées enfin que j'ai développées dans un
Mémoire adreffé à la fin de Décembre dernier ,
au Secrétaire perpétuel de la Société Royale
d'Agriculture de Lyon.
4
Le but de ce Mémoire eft de démontrer com
bien il feroit avantageux au Gouvernement d'a
dopter pour les monumens publics , tels que les
atteliers , les hôpitaux , les dépôts de mendicité
, &c . la conftruction d'une nouvelle forme
de cheminée inventée par M. B. Méchanicien ;
adoption qui pourroit par la fuite amener dans
notre architecture civile , une révolution bien
intéreffante , puifqu'en profcrivant la forme de
nos cheminées actuelles , qui confomment une
fi grande quantité de combustible prefqu'en pure
perte pour le but qu'on fe propofe en les alimentant
ainsi , elle prouveroit les moyens de
chauffer nos appartemens avec plus d'égalité &
beaucoup moins de frais.
Y
2 Il y avoit déjà long- tems que M. B. & moi
nous occupions de ce projet , & dès 1784 , ce
Méchanicien a fait exécuter en Franche- Comté
où il étoit alors , un petit modèle en cuivre de
la nouvelle cheminée dont il s'agit , modèle
qu'il a depuis offert à la curiofité des Amateurs ,
tant dans cette province & celle de Picardie ,
qu'il habite , qu'à Paris , & ici , où il eſt venu
plufieurs fois.
Nous allons offrir notre travail au Gouvernement
, lorfque la Société Royale de Lyon propofa
à réfoudre pour cette année le probleme
fuivant.
Trouver le moyen d'augmenter d'un tiers au
(1-136 )
thermometre de Réaumur la chaleur d'un apparter
ment produite par une cheminée ou par un poële ,
en ne conformant que la même quantité de bois ,
quantité déterminee par le poids .
Nous crûmes alors devoir attendre le réſultat
du concours propolé , en foumettant à cette
Compagnie nos vues & nos idées ..
Si M. *** n'a pas eu connoiffance de l'in
vention de M. B. il conviendra que ce n'eft pas
uné petite fingularité de nous être fi parfaitement
rencontrés & dans l'invention elle-même ,
& dans l'expofition des avantages qui doivent
en refulter. D. H.
L'Académie Royale des Belles Lettres
d'Arras a tenu deux feances publiques , le
26 & le 27 Avril ,
Don
M. Dubois dé Folfeux , Secrétaire perpétuel
a annoncé que l'Académie avoit décerné le
prix fondé par les Etats d'Artois , au Mémoire
de M. Delegorgue , le jeune , Avocat au Confeil
d'Artois , fur cette queftion .
Eft-il utile en Artois de divifer les fermes ou
exploitations des terres , & dans le cas de l'affir
mative , quelles bornes doit on garder dans cette
divifion ?
1
L'Académie a accordé un acceffit au Mémoire
de M. Defeftré du Terrage , Avocat à Paris .
M. le Comte de Galametz , Directeur , a lu
enfuite des reflexions fur le bonheur.
M. Legay, nouvel Académicien ordinaire ,
a fait fon difcoars de remerciement , fuivi d'une
differtation contre le divorce.
ˆ
M. de Champmorin , nouvel Académicien
ordinaire , a remercié l'Académie , & a prouvé
Putilité des connoiffances pour les militaires.
M. Taranget , nouvel Académicien honoraire ,
( 137 )
alu un difcours fur la conftitution phyfique &
morale de la femme.
M. de Robespierre , Avocat , Chancelier de
l'Académie , a fait l'ouverture de la feconde
féance par un difcours fort étendu fur cette
partie de la légiflation qui rege les droits & l'état
des bâtards,
Le Secrétaire a lu un difcours de remerciement
que M. l'Abbé Soulavie , nouvel Académicien
honoraire , a envoyé , & auquel M. le
Comte de Galametz a répondu .
M. Lenglet , Avocat , nouvel Académicien
ordinaire , a lu un effai fur le droit naturel
& politique qu'il a fait précéder d'un remerciement
à l'Académie , & qui a été fuivi de la
réponse de M. le Comte de Galametz .
M. le Gay a lu enfuite deux pieces de Poëfie ,
P'une intitulée aux Manes d'une amie. ; l'autre ,
le Bonheur fonge.
Le Secrétaire de l'Académie , nouvellement
pourvu de cet emploi , a fait fon remercîment ,
& a terminé la Séance par l'éloge de M. Harduin
, fon prédéceffeur , mort au mois de Septembre
dernier.
L'Académie a propofé pour fujets des
deux Prix qu'elle décernera à Pâques 1787 .
les deux Queſtions fuivantes :
» Quelles furent autrefois les différentes bran
« ches de commerce dans les contrées qui forment
» préfentement la Province d'Artois , en remon-
» tant même au temps des Gaulois ? Quelles ont
été les caufes de leur décadence , & quels feroient
les moyens de les rétablir , notamment
» les Manufactures de la Ville d'Arras ?
ל כ
Eft-il avantageux de réduire le nombre des
chemins dans le territoire des Villages de la Pro
( 138 )
vince d'Artois , & de donner à ceux que l'on cona
ferveroit une largeur fuffifante pour être plantés 2
Indiquer, dans le cas de l'affirmative, les moyens
» d'opérer cette réduction ».
L'Académie décernera un Prix femblable vers
Pâques de l'année 1788 , au Mémoire qui aura
le mieux traité la Queftion fuivante :
» Quelle est la meilleure méthode à employer
pour faire des Pâturages propres à multiplier les
Beftiaux en Artois »>.
Les Auteurs (eront tenus de remettre leurs MEmoires
, pour ce dernier Prix , avant le premier
Décembre 1787.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 77 , 35 , 30 , 6 , & 74.
PAYS - B´A S.
DE BRUXELLES , le 14 Mai.
La plus grande partie de l'Efcadre Hollandaife
qui a croifé dans la Méditerranée
fous les ordres du contre -Amiral de Kinsber
gen , eft rentrée au Texel , le 3 de ce mois.
L'affaire du vol de la Tréforerie royale
'de Lisbonne dontnous avons rendu compte,
a été pourſuivie très -févérement. Le Tréfo
rier- Général , M. J. Henriquez de Souza ,
a été arrêté dans fa maifon , comme convaincu
d'avoir eu connaiffance du fait . On
le plaint d'autant plus qu'il jouit d'une gran
de réputation d'intégrité , & qu'on le dit
victime d'une trop grande foibleffe pour un
fils diffipateur. On vend publiquement les
eubles & effets des Commis & du Marchand
Anglais détenu. Malgré les démar
( 139 )
ches du Miniftre Britannique , on redoute
un banniffement pour le dernier. M. Pury
très riche Négociant de Neuchâtel en Suiffe
, établi à Lisbonne , & dont nous avons
cité la munificence publique envers fa patrie
, s'eft trouvé à la vente des effets du
Marchand Anglais , a tout acheté , & l'a
renvoyé à l'époufe du prifonnier.
Les perfonnes qui ont voyagé récemment
en Ruffie , y ont fans doute vu le Palais
extraordinaire que fait bâtir le Prince
Potemkin, à quelques milles de Pétersbourg.
Ce Seigneur magnifique a donné le 2 Mars ,
dans la partie achevée de cet édifice , une
fête champêtre à Lady Craven , Anglaife
célebre par les agréments de fa figure &
ceux de fon efprit."
Le jour deftiné à la fête , cette Dame précédée
des Aides - de-Camp du Prince , & accompagnée
du Prince lui-même , & de fes nieces
les Princeffes Gallitzin , fut introduite , à travers
un immenfe veftibule circulaire , dans un
falon de 30 pieds de long , auffi magnifiquement
décoré qu'il étoit vaste . A l'une des extrêmités
, il y avoit un grand amphitéâtre pour
la mufique ; à l'autre étoit la table du feftin ,
& les deux côtés dans la longueur , offroient
un double rang de colonnes , ornées & parfumées
de fleurs les plus belles & les plus
odorantes de toutes les parties du globe. Là ,
fe promenoit la compagnie , compofée de Miniftres
& Seigneurs érrangers , & de tout ce
qu'il y avoit de plus diftingué dans la nobleffe
Raffe , en attendant ie feftin , qui fut fplen lidé.
Dès que Milady Craven fut placée , la mufique
( 140 )
commença & ne fut plus interrompue. Cette
mufique particuliere au Prince Potemkin , eft
peut-être unique en ion genre. Elle confifte
en 60 flûtes de métal , de différentes grandeurs
Chacune d'elles n'eft affectée qu'à une ſeule note ,
& il faut néceffaitement 60 muficiens pour jouer
un feul air. L'harmonie de ces inftrumens eft ,
dit-on , inconcevable , & il faut les avoir entendus
, pour le former une idee de leur effet. - :
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
» Le rédacteur du papier Anglois Lloyd's Ever
" ning Poft dément , dans la feuille du 28 Avril
» différentes affertions , qu'on a pu lire , foit dans
les Gazettes Angloifes , foit dans les Gazettes
➡ étrangeres. On avoit dit , que le traité de com-
» merce entre la Ruffie & la France étoit conclu
» & figné. Cette nouvelle eft prématurée ; il n'eſt
"
pas même certain qu'elle ait jamais lieu ; &
» dans le cas où le traité s'accompliroit , il fera
de nature à'ne faire aucun (ort as commerce que
font les Anglois dans la Ruffie , ni par confés
quent à rien diminuer des avantages qu'ils ont
» obtenus par leurs traités antérieurs avec cettë
puiffance. On avoit dit encore que le Mix
» niftere ne s'étoit décidé à retirer fon bill pour
défendre l'exportation du turbot , provenant de
pêche étrangere que parce qu'il avoit été inti mi-
" dé par les menace: des Hollandois . Ce motif eft
encore faux ; les Hollandois n'ont fait aucunes
menaces; & celles qu'ils auroien pu faire euffent
fans doute été dédaignées. Mais il eft vrai
" que le Miniftre a retiré fon bill , parce qu'il
n'en prévoyoit aucun avantage , cu plutôt parce
qu'il en prévoyoit un défavantage réel , celui
" de faire payer à la nation ce poiffon délicieux
infiniment plus cher. L'on avoit dit auffi que
» l'Afrique feroit bientôt un fujet de difcorde en-
99
1
( 141 )
tre les Anglois & les François ; que ceux- ci y
" avoient envahi tous les plus beaux gains du
» commerce qui fe fait fur ces côtes , que les factorerias
Angloifes y étoient ruinées , &c. &c.
Cette fituation du commerce de la Grande - Bre
tagne en Afrique n'eſt à la vérité que trop réelle ;
mais la pofition des François n'y eft pas plus
priante. Les bénéfices font à peine fuffifants pour
couvrir les dépenses . Ainfi il n'y a là aucun
motif de jalousie ni de guerre » .
f
2
» Des lettres de Hollande portent qu'on y a
arrêté le fameux Prince d'Albanie, fi connu en
99 Europe tous ce nom , fous celui de Warta , du
» Vieux Berger , & c . , qui ſe difoit fucceffeur du
grand Scanderberg , & chefdes Monténégrins ;
qui avoit offert aux Etats- Généraux un corps
de ces montagnards pour fervir contre l'Em-
" pereur , & qui avoit reparu en Hollande pour
réclamer de L. H. P. une indemnifation des
groffes fommes qu'il avoit dû dépenſer pour
» armer fes ſujets , & c. &c.. On a reconnu que
" ce Prince d'Albanie n'eft autre que Stephano
» Zannowich , l'un des perfonnages impliqués
dans les torts qui ont été faits à MM. Chomel
& Jourdan , & pour la réparation def
quels ces derniers ont réclamé la protection des
Etats- Généraux contre le Sénat de Venife &
contre fes fujets. On s'attend à tirer de ce pri-
» fonnier des lumières ultérieures & importantes
> concernant la fraude en queßion & ceux qui y
» ont eu part. (Courier du Bas - Rhin , nº. 36. )
"2
"" Depuis que le Roi de Pruffe a fixé fon
féjour à Sans- Souci , Sa Majesté femble pren
dre tous les jours de nouvelles forces ; de
» forte qu'il ne s'en paffe point qu'Elle ne faffe
» un tour à cheval. Le 21 Elle a commandé
Elle- même à l'exercice de fes Gardes, & il
23
( 142 )
·
n'y a prefque point de doute qu'Elle ne vienne
au commencement de Mai dans cette capitale ,
» pour faire , fuivant fa coutume annuelle , les
≫ revues particulieres des Régimens , tant de
» notre garnifon que de ceux qui appartiennent
» à ce département. Les grandes manoeuvres
» auront lieu dans notre voifinage le 21 Mai
» & les deux jours ſuivans ; & fi la fanté du
» Monarque continue de fe raffermir, ainſi qu'elle
» le fait depuis que l'hyver nous a quittés ,
» le grand nombre d'étrangers qui fe font déjà
» rendus ici , aura la fatisfaction de voir remplir
le plus grand objet de fa curiofité , c'effà
-dire , de voir le plus ancien & le plus grand
des guerriers de l'Europe , commander lui-
» même des manoeuvres , dont en grande partie
» il eft l'inventeur. Les Régimens qui comman-
93
deront ce camp font attendus ici le 14 Mai.
» Hier encore , S. M. ayant fait une promea
nade à cheval , s'eft trouvée à l'exercice de
la garnifon ; & l'on a obfervé à cette occafion
» qu'Elle n'eft pas moins vigoureuſe qu'on peut
» fe le promettre à fon âge. Une des dernieres
occupations de notre Souverain , c'eft la for-
» mation'des divers Corps- francs , pour lefquels
il fe fait des levées tant en Suiffe que dans
" l'Empire : ils feront complets vers l'automne ;
» & c'eft à cette époque que leur folde commencera
à courir . ( Gazette de Leyde , no . 36. )
« Un voyage de M. le Comte de Maillebois
» à Loo a pour but , dit-on , de demander Pap-
» pui de S. A. pour fon fameux mémoire
dans lequel il demande les arrérages de fes
prétentions , une indemnité pour la réforme
de fa Légion , le titre de Général - Major avec
5000 florins d'appointemens, pour M. le Marquis
de Caffini , & enfin , de payer une fois
( 143 )
pour toutes aux Officiers de fa Légion réformée
leurs appoincemens de quatre années,
& une gratification honnête pour les Soldats
de la fufdite Légion. De Loo , M. le Comte
» de Maillebois ſe rendrá à fon Gouvernement
de Breda , d'où , après y avoir fait un court
» féjour , Son Excellence fe rendra dans une
terre qu'il a aux environs de Lille en Flandre
so pour y paffer l'été . Tel eft le bruit public.
(Gazette d'Amfterdam , n°. 36. )
Nous avons lu avec furpriſe la nouvelle de
nouvelle , que plufieurs papiers publics fe font
empreffés de répandre , favoir que le Confeil
Aulique a adjugé à M. le Prince de Naffau les
biens dont il pourfuivoit la rentrée comme légitime
héritier de la branche de la Maifon de
Naffau qu'il repréfente . Nous fommes autorisés
à déclarer cette nouvelle fauffe dans toutes les
parties. Le Prince de Naffau n'a pas gagné fon
procès ; il en a feulement obtenu la revifion
de l'Empereur , qui n'a pu lui offrir aucune
fomme pour des biens qui ne font pas l'objet du
litige. ( Gazette de la Haye , n. 37 ).
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1),
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE .
Inftance entre les Dames Religieufes URSULINES
de la ville de Saint Pierre -le - Moutier & le
fleur de La Font de Fontaillier. Rentes dues
Clergé ou Gens de Main morte par des particuliers
, reconftituées à prix d'argent , jugéesfujettes
à retenue des impofitions royales , lorfque le
droit d'amortiffement n'a pas été payé,
Telle eft la queftion importante qui a été ju
gée par l'Arrêt que nous allons rapporters les
faits s'expliquent en peu de mots. Pierre de La
"J ( 144 ) ཏི
Font de Fontaillier & fon fils ont conftitué, pat
contrat du 21 Juin 1740 , au profit das Dames
Religieufes Urfulines de la ville de Saint - Pierrele
-Moutier, une rente annuelle de 250 liv. au
principal de 5000 liv .; elle a été ſervie exactement
jufqu'en 1782 ; & jamais les débiteurs ne
fe font permis d'exiger ia retenue des impofitions
royales , ufant au contraire de la faculté
que les Jugemens du Confeil leur donnoient ,
ils ont obtenu du Commiffaire départi de la province
la décharge de la femme annuelle à la
quelle ces impofitions non retenues pouvoient
s'élever. Mais en 1782 , le fucceffeur des premiers
débiteurs , qui avoit lui- même payé , depuis
1772 , cette rente fans aucune retenue
l'a exigée , non feulement fur les arrérages qu'il
devoir , mais encore fur ceux qu'il avoit payés
depuis 1772. Cette prétention a donné lieu à des
pourfuites de la part des Urfulines , & l'affaire
s'eft engagée au Bailliage de Saint - Pierre- le-
Moutier , où il eft intervenu , le 5 Mai 1785.
Sentence contradictoire qui , pour faire droit
aux parties , les a appointées à mettre . Le fieur
de La Font en a interjeté appel en la Cour ;
ila demandé l'évocation du principal , & a été
autorifé à faire la retenue des impofitions royales
fur les arrérages échus & à écheoir de la rente
dont il s'agit. Les Urfalines ont demandé au
contraire la confirmation de la Sentence , & fubfidiairement
l'évocation du principal & le paiement
fans retenue, L'arrêt du 13 Mars 1786
a mis l'appellation & ce au néant , émendant ,
évoquant le principal & y faifant droit , a déclaré
les offres du fieur de Lafont , bennes &
valables , l'a autorifé à prélever la retenue des
impofitions royales fur le paiement de la rente
due aux Religieufes , & les a condamnées aux
dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES. 7
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 2 Mai.
A frégate la Chriftiana eft arrivée à la
Lrade de ce port. Le. Sund cit actuelle.
ment débarraflé de glaces , & il y eft entré
les 29 & 30 Avril 150 bâtimens de diverfes & 30
nations.
Les frégates le Store Belt & le Hvide Oern
partiront inceffamment pour faire des évolutions
deftinées à l'inftruction des Cadets
de Marine. Ces jours derniers on a lancé un
vaiffeau de ligne de 74 can.
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 13 Mai.
Suivant des lettres de Fétersbourg , les
ordres font donnés pour l'établ : ffement
d'une nouvelle route de cette ville à Mof-
No. 21 , 27 Mai 1786. g
( 146 )
cou. L'Impératrice a fait dépofer fept millions
de roubles , dont les intérêts feront
emploiés à cet ouvrage , qui doit être achevé
en 12 ans.
辈
Malgré les mesures prifes pour arrêter les
excès de la contrebande , écrit on de Konisberg
, il paroît impoflible de la réprimer
entierement. Une bande d'environ So payfans
tenta récemment d'introduire fur des
traîneaux des marchandifes prohibées dans
le Royaume de Pruffe ; les emploiés de l'accife
trop foibles pour réfifter , appellerent
des foldats à leur lecours; on en vint aux
mains avec les contrebandiers : 20 d'entre
eux furent tués , 1 bleffés , & 15 faits prifonniers.
Plufieurs foldats perdirent la vie ,
& d'autres furent bleffés.
་
Un Journal de commerce préfente les détai's
fuivans , qui ne font pas abfolument exacts , (ur
le commerce de la Compagnie Angloite des Indes
Orientales . On peur porter une année dans
l'autre à 3,522.000 rixdalers la valeur des mar
chantifes exporiées d'Angleterre dans l'Inde &
à la Chine , & l'importation de ees pays d'après
les prix fur la place , à 9,633,000 rixdalers . Les
deux tiers des marchandiles d'importation font
de la Chine le théen forme le principal objet .
Depuis 1775 jufqu'en 1782 il a été importé en
Angleterre 2.094.037 liv . pe'ant de foie du Bengale
; la Compagnie a perdu fur cette marchandite
477.7
.86 liv . ft . Le produit des revenus que
la Compagnie tire d fes poffeffions monte à
1.077.000 liv . fter) . Depuis 1772 juſqu'en 1783
on a compté 209 vaiffeaux Européens , & dans
( ( 147 )
ce nombre 92 appartiennent à la Compagnie
Angloife des Indes , qui ont chargé à Canton
189,239,504 liv. pefant de thé. D'après ce calcul
l'Europe achete en Chine une année dans
l'autre 19 millions de livres pefant de thé , dont
12 millions & demi font confommés dans la
Grande Bretagne & l'Irlande. Dans cet efpace
de 10 années la Compagnie a vendu
à ces royaumes par an environ 6 , 070 , 000
liv. pefant , & le furplus y a été importé en
fraude.
·
DE VIENNE , le 12 Mai
Le Chevalier Somma , ci - devant Envoié
de Naples , & aujourd'hui Ambaffadeur de
la même Cour à celle de Verfailles , a pris
congé de S. M. le 30 Avril , & le lendemain
il est parti pour fa nouvelle deftination.
Le départ de l'Empereur pour Laxembourg
eft fixé au 15 on croit que dans
l'Eré , S. M. I. fera une tournée en Hongrie
& en Buckowine , & qu'à fon retour , elle
fe rendra au camp de Minkendorf.
Le Tribunal Suprême d'Autriche vient
de rendre une fentence de mort contre le
Comte Sekely, Lieutenant - Colonel , accufé
d'avoir diverti les deniers de fon Régiment.
On préfume qu'il fera fufillé dans la femaine.
Les nouvelles de Conftantinople font de
jour en jour plus allarmantes , mais non
moins équivoques que la plupart de celles
qu'on a déja débitées . Quelques-uns annonsent
la dépofirion du Grand- Seigneur.com-
8 2
( 148 )
2 me tres prochaine ; d'autres la difent déja
effectuée : ils équipent à Conftantinople une
flotte de 20 vaiffeaux de ligne ; foumettent
toutes les places & tout l'Empire au Capitan
Pacha & au nouveau Grand - Vifir , &
finiffent enfin par
Ruffie au nom de la Porte. Suivant des lettres
de Venife , le Seraskier de Bofnie a reçu
ordre de marcher avec toutes fes forces contre
le Pacha de Scutari toujours rébelle ;
toujours armé , & qui n'a point obtenu de
pardon du Grand-Vifir , ainſi qu'on l'avoit
fauffement débité.
déclarer la guerre
à la
.
1
DE BERLIN , le 10 Mai.
M. de Mollendorf, Gouverneur de Ber
lin , a paffé le 2 la revue des fept Régimens
d Infanterie qui compofent la garnifon de
cette Capitale. Le Roi y étoit attendu dans.
peu de jours chez la Princeffe Amélie où il
devoit dîner , & l'on s'étoit flatté mais vainement
, que le 9 il pafferoit la revue particuliere
de cette même garnifon.
* Depuis le premier de Juin 1784 , juſqu'au
premier de Juin 1786 , ce Monarque a affigné
la répartition d'une fommede 1,901,766
rixdalers pour l'avancement des fabriques
dans fes Etats . On jugera par la notice de
cette diftribution , de l'attention que donne
le Gouvernement aux plus petits objets.
rixdalers.
Pour des moutons d'Eſpagne , 22,000
( 149 )
Crixdalers :
17,000
4,000,0
Pour augmenter les magafins de laines
Pour améliorer la filature de laine
Pour l'établ ffement d'une fabrique de
lainerie à Zenna ,
Pour une plantation de mûriers à Novawet
Pour un magafin de cocons de foie ,
Pour de petites fabriques de cuir & de
lainerie & pour des moulins à foulon
à Cuftrin , Neuw edel , Falkenbourg
& Sommerfeld , dans la Nouvelle-
Marche ,.
Pour augmenter les magafins de laine
dans la Pomeranie ,
Pour une fabrique de bas de coton
à Garz , idem.
•
Pour une fabrique de cuir à Anclam , id ..
Pour idem , à Treptow , idem ,
Pour une fabrique de toile à voile à Rugenvalde
, idem.
3,000
2,000
20,000
4,021
6:000
4,000
3,000
11505
5,000
Pour une fabrique de cordage , idem , 4,000
Pour une fabrique de toilee pour tentes ,
à Stettin , idem. • •
3,000
Pour une fabrique de maroquin à Kɔnigsberg,
3,000
Pour une fabrique de porcelaine à l'angloife
, idem. 4,000
Pour une fabrique de cuirs , idem. 1,000
бод
Pour une fabrique de rubins , idem.
Pour une fabrique d'indiennes à Gumbinnen , 1000
Pour un attelier de teinture de laine à
Darkehnen , .
Pour un atelier de teinture à Bromberg >
2,000
2,600
Pour une fabrique de draps fins à Culm, 7,200
Gratifications aux Fabriquans & aux
Tifferands dans la Siléfic , 17,000
g 3.
( 150 )
Le Roi a envoié les marques de l'Ordre
de l'Aigle Noir au Duc des Deux- Ponts &
au Margrave de Bade.
Le Duc de Courlande occupe actuellement
le palais du Margrave de Schwedt. Les
arrangemens de domicile dont s'occupe ce
Princefontpréfumer qu'il ne quitera pas fitôt
cette Capitale .
A l'exemple du Jubilé national ou Anniverfaire
, célébré à Londres en mémoire
d'Handel, il en fera célébré un pareil dans la
Cathédrale de cette ville , le 18 ou le 19 de
ce mois. Les Muficiens feront au nombre
de 300. Ils exécuteront le Meffie de Handel&
répartiront les bénéfices de ce concert aux
veuves & aux orphelins de Muficiens,
Depuis 8 jours , un infecte venimeux , de
la grandeur d'une petite mouche , fait aux
environs de Rathenow & de Tangermunde
de grands ravages parmi les beftiaux. Plus
de 100 bêtes à corne & chevaux font morts
des piquûres de cet inſecte.
DE FRANCFORT , le 17 Mai.
.
Le Magiftrat & les Bourgeois de Francfortfur
l'Oder ont célébré le 27 Avril , par un
concert funebre , l'anniverfaire de la mort
héroïqué du Duc Léopold de Brunſwick ; le
concert fini , on fonna pendant une heure
toutes les cloches de la ville & des fauxbourgs
, & on diftribua des préfens aux Eleves
, de l'Ecole fondée par le feu Duc. Le
Magiftrar a figné le même jour un contrat
avec le fieur Mayer, Sculpteur du Roi , qui
doit exécuter le monument en mémoire de
ce Héros . Ce monument fera placé dans l'en .
droit même où a péri ce généreux Prince ,
& confiftera en un groupe de 3 figures repréfentant
l'Humanité , la Fermeté & l'Hu
milité ; fur les épaules de ces figures fera
placée une urne de marbre noir. Le piedef
tal offrira d'un côté le bufte du Duc en
marbre blanc , les autres côtés feront rem
plis d'in criptions en lettres d'or fur des tables
de marbre noir. A côté du piedestal s'é
leveront trois figures , l'une repréfentant la
ville de Francfort dans l'attitude de placer
fur le bufte une couronne de chêne , l'autre
la riviere d'Oder , & la troiſieme un Génie
avec des marques militaires & d'autres.
emblêmes. La hauteur de ce monument fera
de 21 pieds Rhenans , & la largeur de 16.
Le Duc Ferdinand de Brunswick eft arrivé
à Caffel le 2 de ce mois , & a pris fon
logement au Château .
On écrit de Vienne , que malgré l'activité
que Fon met aux travaux de la fortereffe de
Théréfienftadt , elle ne pourra être achevée
entierement que dans l'efpace de deux, ans."
Cette nouvelle fortereffe , diftante de fept
milles de Drefde , pourra recevoir une garnifon
de 15,000 hommes.
Un papier public affure que les Ordon-
3.
84
( 152 )
nances , Réglemens , donnés par l'Empe--
reur actuel , depuis la 4e. année de fon regne
montent à plus de 270 .
Le bruit court que l'Hofpodar de Vala- .
chie a été dépofé & remplacé par le Drago- ,
man du Capitan Pacha.
Voici un état des Cures , Chapellenies & Couvens
qui ſe trouvent actuellement dans l'Autriche
au - deffous de l'Ens : favoir , Cures à Vienne
9 , & 19 dans les fauxbourgs ; à la campagne (95
anciennes & 70 nouvelles ; en outre 48 anciennes
Chapellenies & 109 nouvelles , en tout 793
Gures & 157 Chapellenies. Couvens d'hommes ,
22 à Vienne , dont 18 mendians , & 49 à la campagne
, dont 13 mendians ; ces Couvens renferment
1817 individus ; on en compte 967 dans
les Couvens mendians . Couvens de femmes , 3 à
Vienne & à la campagne , les individus ſont au
nombre de 184. Le total des Couvens eſt 76 , &
celui des individas 2001. Les individus des Couvens
mendians feront réduits à 548 ; & ceux des
autres Couvens d hommes à 148. i
讀
Suite des détails fur le commerce de la Ruffie.
Manufactures de Ruffie.
Les manufactures en général y font encore
dans un état médiocre . Celles pour la préparation
des cuirs font les meilleures . On trouve des
manufactures de foierie à Pétersbourg , Mofcow
Jaroflow , Aftracan , Jambourg. On fabrique
auffi en Ruffie des draps & autres étoffes de laine
mais , outre que ces draps font d'une qualité
bien médiocre , les manufactures n'en fourniffent
pas affez pour les befoins de l'Empire. Une des
meilleures eft établie à Jambourg.
( 453 )
Les manufacturès de toile ordinaire & de toile
pour voiles , font en meilleur état , on en exporte
confidérablement à l'étranger,
On fabrique de la batifte à Jambourg , & des
perfes & indiennes à Pétersbourg. Près de cette
ville il fe trouve auffi une manufacture de por
celaine & de fayence.
Indépendamment de ces fabriques , il exifte
auffi en Ruffie des verreries & des manufactures
de glaces , des raffineries de fucre , des falines &
des fabriques de favon , goudron , &c. & enfin
des fabriques pour toutes les e peces de métaux .
On compte dans la partie Européenne de cet
Empire dix - fept ports ; favoir , Kola en Laponie
, Cherfon , Jenicale , Caffa & Batfchafari fur
la mer Noire , Arcangel & One koellſtie près
de la mer Blanche , Cronftadt , Pétersbourg
Revel , Narva , Wibourg, Fredericsham & Hapfal
, dans le golfe de Finlande , qui fait partie
de la Baltique , Rica , Kernau & Arensbourg fur
la Baltique. Mais les principales affaires commerciales
fe font à Pétersbourg & à Riga.
COMMERCE DE PÉTERSBOURG.
Marchandifes d'exportation.
Anis, cire , bougies , voilure , cheveux , crins,
fer , kaviar , colle de poiffon , cuir , lin , chan-
VEC, étoupes de lin & de chanvre , huile de
lin , favon , cuivre , édredon , duvet , fuif
chandelle , falpêtre , tabac de l'Ukraine , thé
de Chine , foies de cochon , cuirs appellés rouffis ,
planches , cornes & os , pelleseries de caftor
de zibelines , &c. , peaux de renard , d'ours ,
de lievre , de loup , nattes , toiles & d'autres
marchandifes , manufacturées .
Marchandifes d'importation.
Soieries , draps , perfes , indiennes , dentelles ,
quincaillerie , étain , plomb , porcelaine , fayen
gS
( 154 )
ce ; poterie , vins , eaux- de- vie , harengs , épicerie
, papier , cartes à jouer , livres , aiguilles
& épingles , outils pour ouvriers , inftrumens de
mufique & de chirurgie , acier , fromages , tabac
, citrons , oranges & d'autres fruits , verre ,
glaces , marchandifes de bois , ferrurerie , cuir
d'Angleterre , bierre angloife & autres & toutes
les marchandifes de fabrique :
· Jufqn'à préſent le bilan étoit en faveur de
Pétersbourg.
La fin d l'ordinaire prochain.
ITALIE
DE ROME , le 4 Mai.
、,, ……
Y -
On a enfin découvert aux yeux du public
dans les jours de la Semaine Sainte , la grande
ftatue coloffale , haute de treize palmes ,
qui repréfente le Souverain Pontife affis
donnant la bénédiction , & revêtu des
habits pontificaux ; elle eft placée ſur le palier
de l'efca'ier noble qui conduit à la nouvelle
Sacriſtie de S. Pierre . Cette ftatue, qui
eft l'ouvrage du célebre Auguftin Penna ,
Sculpteur Romain , a ' été généralement admirée
, & a mérité à fon auteur les plus
grands éloges de la part des Intendans &
Profeffeurs des Beaux-Arts..
On a pareillement placé dans le Mufée Clémertin
au Vatican les fatues fuivantes. Dans la
piece , dite de la Rotonde , deux buftes coloffaux,
P'un de Fauftine & l'autre de Sainte Julie , avec
Jeurs piedeftaux de porphyre rouge,
Dans la galerie , la fta ue de l'Empereur Macrin
, un peu plus haute que la grandeur naturelle
, & une autre de l'Empereur Claudius de
9 à 10 palmes , qui a été trouvée en dernier lieu
dans la fouille faite à la Chiaruccia.
Dans la chambre des Buftes , le bufte de Sep- .
timius Severe, raccommodé par le même Sculpteur
.
Dans la piece des animaux , un cheval de marbre
grec blanc , raccommodé par le Sculpteur
Franzoni, un autre petit cheval de marbre blanc,
dans l'attitude de la courfe ; une vache de mar
bre violet , allaitant un veau ; un lion fur crin
ouvrage nouveau du même Franzoni , compofé
d'une pierre femblable au ferpentin fur un
piedeftal , en forme de vague de mer ; une au
ireveche de marbre couchée par terre , & un faucon
de marbre grec , tenant fa proie dans les
ferres, &c. & c .
Nous avons parlé de l'embarras que donnoit
au Gouvernement une bande de voleurs
réfugiés dans le château de Monte Bello
; on eft parvenu à les en déloger : une
lettre du To Avril , écrite fur les lieux ,
conftate ainfi les détails de cet événement.
« Les malfaiteurs qui , fous la conduite de
Thomas Rinald ni , s'étoient emparés du Fort de
Monte - Belio , & qui de - là défoloient tous nos environs
, en ont été finalement chaffés le 22 Avril.
On fe fervit , pour en venir à bout , du miniftere
d'un antre chef de voleurs de Monte-Tiffi , ngm²
mé Sébastien Zulini , qui vint un foir avec fix de
fes compagnons demander à Thomas de les recevoir
dans fa retraite. Celui- ci étant forti le lens
demain marin , felon fa coutume , pour aller à læ
Meffe , Zulini donna le fignal par un coup de fufily ,
g 6
( 156 )
une troupe de Sbirres & de foldats qui fe tenoient
dans le voisinage. Ils fe mirent auffi tôt à
la pourfuite des voleurs , qu'ils atteignirent d'affez
près , & fur lesquels ils firent un feu continuel
mais toujours fans effet. Thomas , avec feulement,
fix des fiens, prit la courageufe réfolution de s'arrêter
, & de tenir tête à 76 Sbirres , partie à pied ,,
partie à cheval , à 50 foldats de troupes réglées .
de la garniſon d'Ancone , & environ 100 miliciens
. Il gagua, pour cet effet une cabane de payian
du village de Miliarino , s'y barricada le
mieux poffible , & y foutint un fiége très- vifpendant
toute la journée. Cependant , comme il fe
voyoit ferré de près , il fongea fur la brune à faire.
une nouvelle retraire. Il profita en conféquence
d'un moment de relache, que lui laifferent les affiégeans
, qui laffés eux mêmes , le repofoient
pour prendre de nouvelles forces , & il s'enfuit
avec les fiens par un trou qu'ils firent à la muraille
, du côté oppofé à celui où fe tenoient les
Soirres. Ceux- ci s'en étant apperçu peu après , fe
mirent à la pourſuite , & recommencerent un feu
violent , mais toujours aufli mal -adroitement dirigé
que le matin . Enfin , à la faveur de la nuit
qui devenoit plus obfcure , ils manquerent totalement
leur proie , & les bandits leur échapperent
. L'un de ces derniers , nommé Fagotto
fut bleffé d'une balle à travers le corps , pendant
le fiége. Il avoit eu la force de déguiſer fon mal, &
cene fut que lorfqu'il vit fes compagnons en sûreté
, qu'il leur dit : « Jufqu'ici , mes amis , je ne
vous ai point avoué que j'étois bleflé mortelle
» ment ; c'eft que je craignois de vous attrifter &
de vous décourager. Maintenant je me fens
» mourir ; mais puisque vous êtes échappés , je
meurs fans regret ; » & il rendit effectivement
les derniers foupirs , quelques minutes après.
( 157 )
Tant de courage fans doute étoit digne d'un autre
fort. Son cadavre a été trouvé par les Sbirres ,
qui s'en font emparés , ainsi que de celui du
neveu de Rinaldini , que fon oncle avoit laiffé malade
dans le Fort . C'eſt à l'évacuation de cette
place & à la prise de deux cadavres , que s'eft bor.
née toute l'expédition de nos troupes. De leur
côté , le nombre des morts & des bleffés a été
beaucoup plus confidérable. Néanmoins le Souverain
a récompenfé le zèle de Sébastien Zulini ,
qu'on a relevé d'un décret de bangiſſement & autres
peines qu'il avoit encourues , & à qui l'on a
confié en outre la garde des deux poftes importans
de Monte Bello & Monte - Tiffi. »
33
DE LIVOURNÉ , le 6 Mai .
Le Bey de Tunis a demandé à la Régence,
d'Alger des fecours pour défendre fes cô
tes des courfes des Vénitiens ; mais leur
Conful s'eft oppofé à cette demande , &
a notifié aux Chefs de la Régence que la
République lui déclareroit la guerre , fi elle
fourniffoit les fecours demandés . En conféquence
, le Bey a répondu à la Régence
de Tunis «que les circonftances préfentes
ne lui permettoient point de fournir au-
» cun fecours , fans compromettre la bonne
» harmonie qui fubfifte entre la Républi-
>> que de Venife & fes fujets , que d'ailleurs
» il lui confeilloit de conclure au plutôt quel-
» que accommodement honorable qui pût le
» mettre à l'abri des événemens de la guerre ,
» & qu'il lui offroit la médiation. »
לכ
( 158 )
La nouvelle qui fe répand ici de la prife de
Sfax n'eft pas encore très certaine ; ou la raconte
de plufieurs manieres , & voici celle qui paroît
la plus vraisemblable. Le Général Emo s'eft
rendu avec fon Eſcadre fur la côte di Royaume
de Tunis , pour examiner le lieu qu'il feroit le
plus à propos d'attaquer pour fe procurer une
rade für:. I fe détermina pour la ville de
Sfix , comme fituée le plus près de la côte , &-
éloignée feulement de douze milles de trois petites
les très-propres à fervir d'afyle à fon Etcadre.
L'attaque commença par mer avec un ar
deur incroyable , & la défenfe fut très - vigoureufe
; mais il creva quatre canons de fer
dont les éclats tuerent un grand nombre de
foldats de la garnifon . Le Général Emo inftruit
de la confternation de la Pace , fit débarquer
1500 Elclavons pour tenter l'affaut qui eut
tout le fuccès qu'on s'en promettoit , & ils (e
rendirent maîtres de la ville l'épée à la main : la
garnifon prit la fuite , & une partie fut taillée en
piéces.
ESPAGNE.
DE MADRID le 27 Avril.
Sur un ordre de la Cour , le Comte d'Oreilly
a donné fa démiffion de toutes fes
places de Capitaine Général d'Andaloufie ,
de Gouverneur de Cadix , d'Inspecteur de
'Infanterie Espagnole & Etrangere . On
ajoute que ce Général eft relégué dans une
ville de l'Eftramadure.
D. Jofeph Clavijo Taxardo , Auteur de
quelques ouvrages Efpagnols eftimés ; a
( 159 )
publié le premier volume d'une Traduction
complette de l'Hiftoire Naturelle , & c. par
M. le Comte de Buffon . « Ayant réſolu ,
» dit le Traducteur , de traduire le meilleur
ouvrage fur l'Hiftoire Naturelle , mon
choix ne pouvoit être douteux . » Toutes
les nations qui fe font appropriées dans leur
langue cet immortel ouvrage , en ont jugé
de même ; mais il faut convenir qu'aucun
livre de fcience ne doit perdre autant par la
Traduction , puifqu'elle ne peut rendie
qu'imparfaitement la beauté de ce ſtyle mâle
, éloquent & foutenu , particulier au génie
de M. de Buffon , & qui fera àjamais l'exemple
& l'ornement des Lettres Françoifes
Cependant Don Clavijo a emploié toutes
les reffources de fon talent pour s'élever jufqu'à
fon original , dont il a fait précéder
Houvrage d'une Préface fage & folide , qui
contribuera à animer , & à former le goût
des Eſpagnols pour la Philofophie naturelle.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 133 Mai.
M. Burke , femblable à l'Hydre de Lerne,
reproduit fans ceffe de nouvelles charges
contre M. Haftings , enforte qu'il eft difficile
de favoir quand il s'arrêtera. Pourful ,
vant donc le cours de fes lamentations Indiennes
, il a mis en icène dans la féance des
( 160 )
Communes, le 5 de ce mois , le Chef actuel
des Rohillas , qui cette fois ci n'eft ni
trahi , ni exposé en vente , ni égorgé , mais
feulement molefté par M. Haftings . Cet illuftre
Accufé n'a eu que vingt- quatre heures
pour répondre à cette nouvelle diatribe juri
dique , & il l'a fait en remettant à la Chambre
une Copie de fa défenſe que la fatigue da
travail delanuitnelai permit pas delire . Nous
n'avons pas cru devoir traiter ferieufement
cette chaîne de perfécutions , commencées
par la haine de parti , pourſuivies par l'a
mour-propre , & par la vanité de bel efprit.
I feroit même à fouhaiter que les Feuilles
publiques ne fe bornaffent pas à tranfcrite
les invectives de l'Oppofition , à citer des
accufations comme des délits avérés , & des
faits inventés ou défigurés comme l'hiſtoire
réelle de ce qui s'eft paffé dans l'Inde , fous
le Miniftere de M. Haftings. Au refte , l'éloquence
de fon accufateur , commence à
baifler de ton ; M. Burke s'eft déjà radouci ,
& ce n'eft pas un procédé mal adroit..
Un objet non moins intéreflant occupa
la même féance du 5. M. Pitt préfenta à la
Chambre des Communes un Bill , qui remettroit
à l'Accife le recouvrement des
droits fur les vins , jufqu'à préfent perçus par
les Douanes .
M. Pit expofa qu'en comparant à différentes
époques la confommation du vin , on remarquoit
une diminution confiante pendant les cinquante
dernieres années . Depuis 1773 , la confomma-
#
( 161 )
tion annuelle du vin a monté à 19,000 tonnes
& fouvent a excédé cette quantité ; aujourd'hui
elle ne paffe pas 10,000 tonnes . Il ne feroit pas
difficile d'évaluer le produit des droits , s'il ne
fe commettoit aucune fraude ; mais d'après un
calcul modéré , M. Pitt . aſſura que le revenu*
de l'état feroit augmenté par fon opétation de
plus de 280,000 liv. fterl . Il convenoit cependant
de déduire de cette fomme 12 ou 13,000 liv.
fterl. de frais de recouvrement. Dans les circonftances
actuelles , un objet de cette importance
ne lui parut point devoir être négligé.
Il tranquillifa les efprits fur la crainte
que la nation avoit d'une accife générale .
Il dit que jamais il n'avoit eu l'idée de
propofer une innovation auffi dangereufe , &
il affura que les vifites domiciliaires fe borne
roient aux magafins feuls des Marchands de vin ,
qui y font déjà foumis . Mr Pitt fit encore fentir
que fi l'Angleterre defiroit trouver le débit de
fes quincailleries , de fes étoffes de coton chez les
étrangers , il falloit néceffairement qu'elle reçût
en échange les objets qui pouvoient balancer ces
envois.
L'opération projetée devant augmenter les revenus
de l'état , favorifer fon commerce , encourager
fon induftrie , M. Pitt ne crut point,
que la Chambre pût s'oppofer aux motions fuivantes.
သ
Que les droits payables à l'importation de
toute efpece de vins dans ce Royaume foient
fupprimés ».
сс
Qu'au lieu defdits droits , il foit payé la
fomme de 35 liv. 14 f. par tonneau fur tous
les vins de France importés , & celle de 17 l . 176.
par tonneau fur tous les autres vins importés .………..
Lalecture du Bill fut agréée , & le rapport
en fera fait le 18. Ceft à cette époque que
( 162 )
M. Fox & les principaux Orateurs du parti
de l'Oppofition fe propofent de faire con
noître leur fentiment fur la propoſition de
M. Pitt. M. Fox a déclaré que s'il la trouvoit
falutaire , il lui donneroit fa voix ; en attendant
, il a demandé que les articles du Bill
fuflent imprimes , afin que tous les membres
de la Chambre puffent en faifir les rap-
Forts , & le préparer à les difcuter de point
en point , ainfi qu'il convient à de fideles repréfentans
du peuple.
Si cette opération réuflit , malgré un fort
préjugé contre l'extenfion de l'Accife, introduite
par l'un des Miniftres les plus odieux
à la Nation, ( Robert Walpo'e ) la bouteille
de vin de France payeroit environ & fols
tournois de droits d'entrée à Londres & dans
toute la Grande - Bretagne , & celle de vin
d'Efpagne , de Madere , de Portugal , 4 f.
La tonne contient près de 2000 bouteilles.
Les Marchands de vins , & furtout ceux de
vinsfabriqués , rédigent une Requête contre
le Bill de M. Pitt , mais ils ne feront nullement
foutenus par le peuple , fort mécontent
d'avoir bu jufqu'à préfent , fous le nom
de vin , une compofition chimique trèsmalfaifante.
Dans la même féance , M. Jenkinſon fixa
l'attention de la Chambre fur l'état actuel
de la pêche méridionale de la Baleine , dont
les lim'tes font marquées par le cap de
Bonne Efpérance & par le détroit de Magel .
Jan. Deux nations font occupées de cette
( 163 )
pêche , les Etats -Unis & le Portugal : aujourd'hui
elle eft devenue l'une des plus uti
les à l'Angleterre.
Afin de l'encourager encore plús , M. Jenkinfon
propofa qu'il fût accordé des gratifications
à 15 vaiffeaux ; favoir , une gratification de 509
liv. fterl. à chacun des trois premiers vaiffeaux
qui mettroient à la voile dans les mois de Mai
& de Juin , & qui reviendroient l'année ſuivante
dans le même mois avec une cargaison de vingt
tonneaux d'huile au moins ; une gratification de
400 liv. fteri . à chacun des trois vaiffeaux qui
faivroient ces premiers ; 300 liv . flerl. aux trois
fuivans ; aux autres 200 liv . fterl . & aux trois
de niers 100 liv. fterl . Il propofa enfuite qu'
fût accordé des gratifications de 700 & de 400 l.
ft. aux vaiffeaux qui doubleroient le cap de Horn.
& qui parviendroiens à un certain degré de latitude.
Toutes ces propofitions furent agréées d'une
voix unanime. C
La féance de la Chambre des Communes fut
ouverte le 11 par la lecture du rapport des arrêtés
qui impofent un droit fur les planches de fapin
importées de la Ruffie & de la Norwege . Ce rapport
fut approuvé , & la Chambre ordonna que
le bill fût mis à la groffe.
Le Capitaine Macbride fixa enfuite l'attention
de la Chambre fur le traitement des Officiers
vétérans de la Marine Royale. Il dit que dans ce
moment - ci , il n'exiftoit point d'état des Capitaines
vétérans ; mais que lorfque l'âge & les in
Laités obligcoient les Capitaines de vaiffeaux
de fe retirer du fervice , on leur faifoit un traitement
pareil à ceux des Centre Amiraux ,
quoiqu'ils n'y euffent aucun droit . Il obferva
que ces Officiers éprouvoient beaucoup de défa(
164 )
grémens , qu'on leur refufoit de l'emploi fous
les prétextes les plus frivoles , tandis que de
jeunes Officiers étoient mis en activité. Pourprouver
ce qu'il avançoit , il lut un Mémoire,
préfenté à l'Amirauté par le Capitaine Brodie ,
qui ayant perdu un bras au fervice de fon pays ,
offrit inutilement fes fervices pendant l'avantderniere
guerre. S'étant de nouveau préſenté au
commencement de la derniere guerre , on rejetta ,
encore fa demande , en alléguant qu'il n'avoit
point fervi dansla guerre précédente . Après avoir
fait fentir toute l'injustice de cet ufage de l'Amirauté
, M. Macbride fir la motion fuivante : « que
» la Chambre préfeniât une humble adreſſe à
,, Sa Majefté , & qu'elle la fuppliât d'ordonner que
» les anciens Capitaines de vaiffeaux ne foient
point portés fur la lifte des Contre- Amiraux ;
mais qu'ils foient affurés d'une perfion équiva
» lente à leur demi- paie , & que ceux qui auront
des emplois civils foient feuls exceptés de cette
» regle ».
ဘ
Le Capitaine Levefon Gower , dit que le Capitaine
Brotic n'avoit pas lieu de fe plaindre , puifqu'il
jouiffoit aujourd'hui d'une penſion de 200 liv.
fterlings.
Le Capitaine Macbride lui répondit que cette
penfion lui avoit été accordée en confidération de
la perte de fon bras , & non comme la récompenfe
de fes fervices. Il obferva que d'ailleurs la penfion
ordinairement accordée aux Capitaines de
vaiffeaux qui avoient perdu un membre au fervice
, étoitde 300 1. ft.
M. James Luttrell appuya vivement la motion.
Il parut fort mécontent de l'indifférence du Bureau
de l'Amirauté pour tout ce qui concernoit
la Marine. Il reprocha à ce département de n'avoir
encore rien décidé fur le bill propofé à la
( 165 )
Chambre pourclaffer les Marelots , & il fe plaignit
de ce qu'on n'avoit point encore arrêté
quelles étoient les meilleures proportions que l'on
devoit donner à un vaiffeau pour réfiler le plus
efficacement poffible à l'ennemi .
Le Commodore Bowyer , Lord Hood & M.
Brett s'oppoferent à la motion ; ils dirent
que l'objet qu'elle embrafloit n'étoit point
du reffort du Parlement . Mais malgré les efforts
du Miniftere , la motion fut agréée par une majorité
de feize voix .
Le pavillon de Lord Hood eft actuellement
arboré à Portsmouth fur le Triumph
de 74 , qui a été remis en commiffion , &
il a été falué par tous les vaiffeaux de guerre
qui font dans ce port. Le Salisbury de sa
eft fur le point d'appareiller pour Terre-
Neuve. Tous les chantiers font remplis de
vaiffeaux en réparation . Le Prince de Galles
de 98 canons , & le Bulwark de 74 font
actuellement en conftruction.
On va aggrandir les chantiers de Sheer
neff & former un fecond baffin pour la conf
truction & la réparation des vaiffeaux
de ligne. Le Polypheme , de 64 canons ,
lancé il y a environ 5 ans , eft le premier.
La mer a plus de profondeur à la hauteur
des chantiers de Sheerneff , que dans tout
autre endroit du Royaume , ce qui les rend
très -propres à la conftruction de gros vailfeaux
, même de ceux à 3 ponts .
On équipe actuellement à Woolwich
Impregnable de 90 can., lancé depuis peu
à Deptford; il fe rendra enfuite à Plymouth ,
( 166 ).
où il augmentera le nombre des vaiffeaux de
garde. Le nouvel Amiral dut
pot l'attendra
å Spithead ; il y arborera fon pavillon , &
paffera enfuite à Plymouth à bord de ce
vaiffeau.
La veille du départ du Comte de Cornwal
lis , le Roi l'envoya chercher & lui remit le
ruban & les marques de l'Ordre de la Jarretiere
, avec une commiffion , en vertu de laquelle
fa réception doit se faire à Calcutta.
Cette cérémonie tera beaucoup de fenfation
dans l'Inde , l'on fait que pour le faire refpecter
des Indiens , il faut étaler le plus grand
tatte à leurs yeux.
>
Le Chargé des affaires de la Cour d'Eſpagne
a notifié publiquement cette ſemaine au
Secrétaire d'Etat , ayant le département des
affaires étrangeres , que S. M. Catholique
avoit nommé un Ambaffadeur pour réfider
auprès de S. M.Britannique , & qu'il partiroit
dans peu de Madrid pour fe rendre en Angleterre
. S. M. a nommé pour fon Ambaffadeur
en Espagne Lord Walfingham, fils de M. Grey,
ancien Chef du Tribunal des Plaids Communs
, & diftingué par fon application ,
comme par la capacité , aux affaires publiques,
et
On affure que le Roi voulant fouftraire
fes fils à la contagion de la Capitale & des
mauvailes moeurs de certains Courtisans , va
envoyer trois de ces Princes à Gottingue
pour y fuivre leurs études.
On lit ce qui fuit dans une lettre de Ma(
167 )
drafs , datée du 7 Septembre 1785. « Un
a croifeur de Bombay a trouvé fur l'une des
Ifles Maldives une partie des débris du
» Caton , fes ancres & un habit complet de
» l'infortuné Amiral Hyde Parker , ce qui ne
laifle plus de doute fur fon fort . »
D'après un état des habitations de l'Irlan
de , formé récemment par ordre du Duc de
Rutland , il paroît que le nombre actuel des
mailons dans ce Royaume eft plus que doublé
, depuis la révolution. Le Chevalier William
Petty eftimoit le nombre des maiſons ,
en 1672 , à 200,010. Plus d'un fiécle s'eft
écoulé depuis cette époque , & le nombre s'eft
trouvé de 429,759. En calculant fur le pied
des perfonnes par maifon , le nombre des
habitans de 1 Irlande , du temps du Chevalier
Petty , étoit d'environ un million ; & d'après
l'état actuel , il feroit aujourd'hui de près de
2,750,000 ames. Quoique ces fortes de calculs
n'aient point l'exactitude la plus parfaite,
cependant ils font établis fur des données qui
doivent les faire approcher de la vérité .
Pendant la Magiftrature du célebre Holt ,
il s'éleva dans le quartier de Londres , appellé
Holborn , une fédition fort vive , occafionnée
par ces fortes de vols d'enfans , appellés
en anglois Kidnapping. On envoya de Whitehall
un parti de Gardes pour contenir la
populace on expédia auffi un Officier poor
inftruire ce Magiftrat de ce mouvement , &
le prier d'envoyer du monde pour aider &
foutenir les troupes. « Suppofons , dit Mr.
( 168 )
Holt , que la populace
ne véuillé
,
point fe
difperfer
à vos prieres , ni même à vos me-
! ɔɔ naces. » — « Nous avons ordre , Mylord
,
>> defaire feu. » « En ce cas , Monfieur
,
+23
faites attention à ce que je vais vous dire :
» S'il y a quelqu'un de tué par la troupe , &
que vous foyez appellé en juſtice devant
moi pour ce meurtre , j'aurai foín que vous
& les foldats de votre Corps qui feront
coupables , foyez pendus. Allez retrouver
ceux qui vous ont envoyé , & dites-leur
» qu'aucun de mes Officiers n'accompagnera
» la troupe. Les loix du Royaume ne doivent
» pas être exécutées à la pointe de l'épée .
Leur exécution appartient uniquement à
la Puiffance civile , & nullement aux Militaires
. Alors , fe faifant accompagner
par fes Sergens & quelques Conftables , il
fe rendit au lieu où la populace étoit raflemblée
, & l'ayant affurée que juftice feroit rendue
à fes griefs , elle fe difperfa de la mainiere
la plus tranquille.
. د ر
M. John Holker , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , Inspecteur
Général des Manufactures, de France , eft more
le 28 Avril dernier à Rouen. Sa vie offre un tiffu
d'aventures fingulieres. Il étoit d'abord fimple
Manufacturier à Marchefer , mais ayant embraffé
le parti du Prétendant , il fut fait prifonnier
à Carlisle. On l'enferma dans les prifons de
Newgate , & il auroit certainement été la vic-
: time de fon attachement à la caufe des Stuarts ,
- s'il n'étoit parvenu à s'échapper par une brêche
qu'il fit avec un autre prifennier dans la muraille.
( 169 )
raille. Son compagnon fortit le premier ; mais
Holker étant fort corpulent , le trou fe trouva
trop petit pour le laiffer paffer. Son ami eut
alors la générofité de rentrer dans la priſon , réfolu
de partager fon fort. Cependant ils fe remirent
à travailler , & ayant élargi le trou , ils
s'échapperent tous les deux . Holker refta caché
fix femaines dans Londres chez une Marchande
de Scie , quoiqu'on eût offert des formes pour
le découvrir. Il paffa enfuite en France , & en
tra dans les troupes Irlandoifes où il mérita la
Croix ; mais la paix étant furvenue , il fut réformé.
Il fit des démarches pour revenir en Ant
gleterre , mais jamais le Roi ne voulut y confentir.
Contraint alors par la néceffité , il établit
à Rouen des Manufactures à l'inftar de celles
de Mancheſter , opération où il ne réuffit que
trop au détriment des Manufactures Angloifes.
Il vécut affez pour voir les entrepriſes profpérer
& pour jouir des récompenfes qu'il avoit méri
tées par fon induftrie.
M. Samwel , Chirurgien très -recommandable
du fameux navire le Discovery [ la
Découverte ] , vient de publier une espece
de fupplément aux Voyages du Cap. Cook,
dont il fut le compagnon de courfes. Nous
en extrayons les particularités fuivantes ,
concernant la vie & le caractere de cet immortel
Navigateur , perfuadé s que tous nos
lecteurs s'y arrêteront avec intérêt.
Le Capitaine Cook naquit en 1719, à Marton ,
petit village de l'York-shire ; fon pere étoit journalier
& travailloit à la terre ; cependant malgré
La pauvreté , il fit ce qu'il put pour procurer à fon
fils la meilleure éducation qu'on puiffe donner au
N° . 21 , 27 Mai 1786 .
( 170 )
village , & il le plaça de bonne heure comme
apprentifchez M. Saunderfon, Marchand de Staith
petite ville fur la côte de l'York- shire à 10
milles
'
de Withby , & dont le commerce confifte en pêcheries.
Le jeune Cook ne tarda pas à fe dégoûter
de cet état & il le quitta pour aller fervir ſur mer .
Whitby étoit le port le plus voifin de Steeth , it
il
s'y rendit & y fit un apprentiffage de 9 ans chez
M. John Walker , Marchand de charbon . Ce
Marchand le fit Contre-maître d'un de fes bâtimens,
& peu de temps après il lui offrit l'emploi
de Patron , mais il le refufa , ayant dès ce moment
l'envie d'entrer dans la Marine militaire .
Au commencement de la guerre , en 1755 , M.
Cook obtint un emploi à bord du vaiffeau l'Eagle
de 64 canons , dont le commandement fut donné
peu de temps après au Chevalier Hugh Pallifer.
Cette circonftance n'eft pas indifférente , puifqu'elle
peut être regardée comme la fource de la
gloire du Capitaine Cook . En effet , le nouveaut
Commandant ne fut pas long temps à s'appercevoir
du mérite extraordinaire de notre héros , il
l'avança , lui accorda fa protection , & il l'a foutenu
depuis dans toutes les occafions avec un zele
& une chaleur qui font le plus grand honneur à
get Amiral, L'univers entier lui doit quelque
reconnoillance de ce qu'il a le premier diſtingué
dans l'obfcurité , le plus grand génie qui ait jaais
exifté parmi les navigateurs de tous les pays
& de tous les âges .
す
En 17,8, il fut nommé Maître (Mafler'ships) du
Northumberland, alors en Amérique , fous le commandement
du Lord Colville. C'eft là , à ce qu'il a
dit lui- même, que pendantun hiver très rude,il lat
pour la premiere fois Euclide , & qu'il s'appliqua
à l'étude de l'Aftronomie & des Mathématiques.
fit dans ces deux fciences des progrès très- rapis
( 171 )
des , fans autre fecours que fes difpofitions naturelles
. Il fut conftamment employé dans les opérations
d'une guerre très vive qui fe faifoit alors
en Amérique. Sir Hugh Pallifer l'ayant préfenté
pendant le fiege de Québec au Chevalier Charles
Saunders , celui - ci lui confia la conduite des bateaux
deftinés à l'attaque de Montmorency & celle
de l'expédition où l'on s'empara des hauteurs d'Abraham
. Il fut encore chargé de fonder le cours
du fleuve St. Laurent & de marquer avec des
bouées la route que devoient tenir les vaiffeaux
de guerre. A la paix , le Chevalier Hugh Pallifer
ayant obtenu le commandement de la ftation de
Terre- neuve , il chargea M. Cook de la garde de'
cette ifle & de la côte de Labrador , & lui donna à
cet effet le bricq le Grenville. Les cartes qu'il a
données de ces parages font des preuves bien fatisfaifantes
de la maniere dont il remplit fa deftination.
Il conferva cet emploi jufqu'en 1767. A
cette époque , le Gouvernement arrêta , que l'on
enverroit quelques vaiffeaux dans la mer du Sud,
pour tenter d'y faire quelque découverte , & en
mêmetemps pour obferver le paffage de Vénus.
Milord Hawke , alors à la tête de l'Amirauté ,
étoit vivement follicité de charger de cette expédition
M. Alexandre Dalrymple ; mais , à la
priere de fon ami le Chevalier Hugh Pallifer , il
Te détermina en faveur de M. Cook , qui obtint
en outre le rang de Lieutenant. Il fut arrêté qu'à
fon retour, il pourroit, s'il le vouloit, retourner à
Terre-neuve , & que s'il avoit le malheur de périr
on auroit foin de fa famille.
A fon retour , on lui donna le rang de Capitaine
en ſecond , & il fut nommé l'un des Capitaines
de l'hôpital de Greenwich . Mais il lui falloit
de l'activité , & une vie auffi tranquille ne
pouvoit lui convenir long- temps . En conféquence
Ꮒ 2
( 172 )
1
ayant appris qu'on méditoit ure troifieme expé
dition dans la mer du Sud , pour découvrir un
pailage d'Afe en Eu ope par le nord , il alla cffrir
les fervices au Gouvernement . Ce fut dans
cette expédition qu'il mourut malheureufement ,
après avoir rempli exactement le but de fon
voyage.
Il eft aifé de fe former une idée jufte du caracrere
du Capitaine Cock , d'après les fervices
qu'il a rendu & qui l'ont mis au- deffus des navigateurs
les plus célebres , tant anciens que modernes.
La nature lui avoit donné un eſprit mâle
& vafle , qu'il cultiva dans un âge mûr avec autant
de foin que de fuccès. Ses connciffances générales
étoient étendues & variées ; quant à celles
qui font particulieres à fon état , jamais perfonne
ne les pofféda à degré auffi éminent . Doué d'un
jugement fain , d'un grand courage & d'un génie
entreprenant , il fuivoit avec une perfévérance
inébranlable le but qu'il s'étoit propofé. Il étoit
aft f& vigilant , intrépide au milieu des dangers ,
patient & ferme dans le malheur , fécond en reffources.
Ses projets étoient grands , ils n'étoient
qu'à lui , & il mettoit à les exécuter une vigueur
& une conftance furprenantes. Auffi étcit- il l'ame
de toutes les expéditions. Par-tout fupérieur aux
( autres , lui ſeul fixoit tous les yeux ; c'étoit notre
étoile conductrice qui , en difparoiffant , nous a
laiffé plongés dans les ténebres & dans le déferpoir.
Le Capitaine Cook étoit d'une forte conftitution
; il vivoit très fobrement . Je ne puis deviner
pourquoi le Capitaine King prétend qu'il
avoit moins de mérite qu'un autre à être fobre ,
car il n'étoit point du tout ennemi du plaifir , &
il avoit toujours une bonne table, quoiqu'il en fupportât
la privation fans aucune peine. Il étoit
( 173 )
-
modefte & d'une timidité qui alloit fouvent trop
loin. Sa converfation étoit agréable , enjouée &
fpirituelle. Il avoit des momens de vivacité , mais
le fond de fon caractere étoit la bonté & l'humanité.
Il étoit grand & d'un extérieur très - agréable ;
fon habillement , comme fon ton , toujours
très fimple. Il avoit la tête petite , les che
veux d'un brun foncé & noués par- derriere ; la
figure pleine d'expreffion , le nez d'une très belle
forme , les yeux bruns & petits , mais perçans &
pleins de feux ; fes fourcils étoient un peu épais ,
ce qui donnoit à fon vilage uun certain air de févérité
. Il étoit fort aimé de fon équipage qui le
regardoit comme un pere, & il en étoit obéi avec
empreffement . La confiance que nous avions en
lui étoit fans bornes , ainfi que notre admiration
pour les talens.
Son activité étoit réellement furprenante ;
donnoit une attention fuivie à tous les objets relatifs
au fervice . L'économie rigide qu'il obferva
toujours dans l'emploi des provifions dų vail
feau , & les foins affidus qu'il donnoit à la fanté
de fes matelots , font les deux points qui l'ont
mis en état de pourfuivre les découvertes dans
les pays éloignés , avec une fuite , qui jufqu'alors
avoit paru impoffible. Les moyens qu'il avoit
imaginés pour conferver la fanté de fon équipage
pendant fes longs voyages , rendront fon
nom précieux à la poftérité , comme étant celui
d'un ami & d'un, bienfaiteur de l'humanité.
Les fuccès de ce genre , fatisfaifoient plus cet
homme vraiment grand , que la haute renommée
que fes découvertes lui avoient acquifes.
L'Angleterre lui a payé unanimement le tri
but de louanges dû à fes vertus , & l'Europe entiere
a rendu ju tice à fon mérite. Il n'y a pas un
coin du globe , quelqu'écarté , quelque fauvage
h3
( 174 )
qu'il foit , qui n'ait entendu parler de fa bienvei
lance & de fon humanité. L'Indien reconnoiffant
, en montrant à fes enfans les troupeaux
nombreux qui couvrent fes plaines , leur racontera
comment on apporta les premiers beftiaux
dans leur pays , & Cook fera mis par eux au
nombre de ces intelligences bienfaifantes , qu'ils
reverent comme les fources de tous biens.
Je crois devoir ajouter que la gravure exécutée
par Sherwin , d'après le portrait, du Capitaine
Cook , peint par Dance , eft d'une reflemblance
frappante , & qu'elle eft d'autant plus précieuſe
que c'eft la feule qui ait ce mérite-là.
FRANCE.
1
DDE VERSAILLES , le 17 Mai.
Le 12 , le Roi , accompagné de Monfieur
& de Monfeigneur Comte d'Artois , s'eft
rendu à l'Eglife de la paroiffe Saint- Louis ,
où il a affifté au Service fondé pour le repos
de l'ame de Louis XV , auquel le fieur Jacob
, Curé de cette Paroiffe , a officié. Madame
, Madame Comteffe d'Artois , Madame
Elifabeth de France , ainfi que Mefdames
Adelaïde & Victoire de France , y ont égay
dement affifté .
L'Archiduc Ferdinand , Gouverneur de
la Lombardie Autrichienne , & l'Archiducheffe
fon époufe , qui voyagent fous le nom
de Comte & de Comteffe de Nellembourg,
à leur arrivée ici , le 13 de se mois , fe font
rendus chez Lours Majeftés.
( 175 )
Le Comte de Rollat , qui avoit précé
demment eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu, le 14 , celui de monter dans les
voitures de Sa Majefté & de la fuivre à la
chaffe,
་
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 14 de ce mois , le contrat de mariage
du Marquis de Lambilly, Sous lieutenant
au régiment des Gardes Françoiſes
avec Demoifelle de Rofilly ; & celui du
Comte de Saint Souplet , Ecuyer ordinaire
du Roi , avec demoifelle l'Efcalopier. 442
Ce jour , le Baron de Semur a prêté ſerment
entre les mains de Sa Majefté , pour
la Lieutenance de Roi du Bourbonnois.
Le même jour , les Secrétaires du Roi ,
ayant à leur tête le fieur Tiffet , qui porta la
parole , ont eu l'honneur de préfenter à Sa
Majefté la Bourfe , fuivant l'ufage. St A
Le Roi a nommé le Duc de Caftries , fur
la démiffion du Marquis d'Autichamp , à la
charge de Capitaine- lieutenant des Gendarmes
Anglois , à laquelle eft uni le commandement
en fecond de la Gendarmerie. Sa
Majefté a auffi nommé à la Majorité de ce
Corps, vacante par la mort du Vicomte d'Imécourt
, le Comte de Harville , Brigadier
de fes Armées & Capitaine -lieutenant des
Gendarmes de la Reine.
Le Baron de Montalembert a eu l'honneur
de préfenter au Roi , à Monſieur & à
Monfeigneur Comte d'Artois un Suppléh
4+
( 176 )
ment au se. volume de la Fortification , par
le Marquis de Montalembert fon oncle.
DE PARIS , le 25 Mai.
Le nouveau Code de la Marine forme
une légiflation complette , dont toutes les
parties fe correfpondent , & qui détermine
les prérogatives , les fonctions, les devoirs
& l'inftruction de chaque Membre , de maniere
que l'émulation foit toujours excitée ,
& l'ordre maintenu depuis l'Eleve jufqu'à
l'Officier général. Il feroit prefqu'impoffible
de cor figner dans un extrait tous les détails
de ce grand ouvrage , qui renferme
plus de 700 pages in - 4° . Nous nous bornerons
donc à en faire connoître l'efprit géné
ral.
Les jeunes gens qui fe deftinent à la Marine ;
après avoir fait les preuves de nobleffe requifes
pour le fervice de terre , feront admis dans les
Ecoles deftinées à leur inftruction , & qui feront
établies aux environs de Breft , de Toulon & de
Rochefort. Ils n'y feront pas reçus au- deffous de
l'âge de 11 ans , ni au-deffus de 13 ; leurs parens
s'engageront d'honneur & par écrit à leur donner
une penfion de 600 liv. pour l'habillement & enaretien
, & S. M. fera tous les autres frais d'inf
irection & d'éducation dans les regles . Ils y fu
biront divers examens ; & quand on les croira
fuffifamment inftruits , ils feront envoyés dans les
poris en qualité d'Eleves de la 3 me , claffe , où dèslors
ils jouiront de 300 liv . d'appointemens ;
c'eft- là qu'ils feront inftruits, non- feulement dans
la théorie , mais dans la pratique de tous les trag
yaux maritimes.
( 177 )
A cet effet , il y aura dans chaque départemen
une corvette toujours en activité , à bord de laquelle
on exercera les Eleves à toutes les manoeuvres
de mer & à une fubordination continuelle
; après les exercices prefcrits , ils feront
foumis à un nouvel examen , qui les conduira
à la 2me. claffe , où ils recevront 400 liv. d'appointemens
; enfin , après avoir fait , à la fatisfaction
de leurs Supérieurs , les exercices de ce
grade , ils pafferont à la rere, clafle , avec 500 1.
d'appointemens .
Le nombre total des Eleves eft fixé à 360 , tant
dans les Colleges , que dans les ports. Ces Eleves
remplaceront les Gardes du Pavillon & ceux de la
Marine , qui font fupprimés , & ils formeront ,
au befoin , une Compagnie de 60 , pour la garde
de l'Amiral .
Une Ordonnance particulière étab'it une claffe
d'Eleves volontaires , pris parmi les Marins qui
ont été attachés au corps de la Marine , parmi
leurs, enfans & parmi les enfans de gens vivant
noblement . Ceux- ci participeront à l'inſtruction
des autres & à leurs fervices ; mais au lieu que
les Eleves du Corps pafferont de la ere, claffe
aux grades de Lieutenant de vaiffeau , après les
examens requis , les volontaires Eleves n'obtiendront
que celui de Sous- Lieutenant , & dans ces
grades , ils feront ſuſceptibles , les uns & les autres,
d'avoir le commandement de petits bâtimens ,
tels que lougre , fllites , gabarres , &c. L'Ordonnance
leur permet même , en certains cas , de naviguer
pour le compte du commerce .
Les Sous- Lieutenans remplaceront les Enfeignes
qui demeurent fupprimés , & leur nombre
eft fixé à 840. Ils font divifés en deux claffes ; ceux
de la premiere auront 1000 liv. d'appointemens ,
& ceux de la feconde , 840 liv.
hs
( 178 ).
Au-deffus de ce grade , font les Lieutenans de
vaiffeaux , divifés aufli en deux claffes ; la premiere
a 1600 liv. , & la feconde a 1050 liv. d'appointemens
, Leur nombre eft fixé à 680. Ils commanderont
auffi des bâtimens , & on exige , pour
leur avancement , un certain nombre de campagnes
de mer.
200 Entre les Lieutenans & les Capitaines , S. M;
crée un grade intermédiaire de Majors de vaiffeau
qui feront attachés aux divifions & qui jouiront
de 2000 1. de traitement. Le nombre de ces
Majors eft fixé à 100 .
t Les Capitaines en activité de fervice font fixés
au même nombre de 100 , parmi lesquels il y aura
27 Chefs de divifion ; ils feront tenus , en tems de
paix , de 4 mois de fervice au département , & ils
recevront , pendant ces 4 mois , 400 1. par moiss ;
pendant les autres 8 mois , ils auront 200 liv. par
mois ; de forte que leur trairement ordinaire fera
de 3,200 liv. annuellement , & les Chefs de divifion
auront 600 liv . de plus , ou 3,800 liv. Tous
les autres Officiers , attachés aux divifions , jouiront
d'un fupplément de traitement , & S. M. arrêtera
tous les ans un état de ceux qui feront en
activité.
Rien n'eft changé , relativement aux grades
fupérieurs à celui de Capitaine ; mais nul d'entre
eux ne pourra être élévé au grade de Chef d'efcadre
, qu'après avoir commandé une divifion de
trois vaiffeaux , de trois autres bâtimens à trois
mâts , tels que frégates ou corvettes .
Les Majors ne pourront devenir Capitaines ,
s'il n'ont commandé auparavant un vaiffeau de
S.M. , foit dans ce grade , foit dans celui de Lieutenant.
Les Lieutenans , fous la même condition , pourront
être élevés au grade de Capitaine , fans paffer
( 179 )
parCcelui
de Major
, lorfque
leurs
fervices
mériteront
cette
faveur
.
S. M. veut que toutes les demandes d'avancement
paffent de main en main en remontant de
grade , depuis ceux qui les feront , jufques au
Commandant du port , pour que ce dernier les
adreffe avec fon avis , s'il le juge à propos , au
Miniftre.
L'adminiftration de la Marine eft rétablie fous
l'autorité des Commandans des départemens , &
dans chaque département , il y aura un Directeur
général qui réunira toutes les autorités fur les
directions , du port , des conftructions , du génie
& de l'artillerie , confiés à des Directeurs parti-
Culi , ayant fouvent des Sous Directeurs , &
autres Officiers ; ceux - ci auront rang de Capitaines
, de Lieutenans , &c.; mais i's ne prendront
rang qu'après les Officiers des vaiffeaux .
Il fera établi des Intendans ou Commiffaires attachés
aux efcadres & divifions , & des Commis
aux revues & aux approvifionnemens , à bord de
chaque vaiffeau de Sa Majefté .
Il y aura un Infpe &teur général des claffes & une
Adminiftration particuliere pour cette partie , qui
doit fournir des troupes à la Marine , foit en matelots
, foit en canoniers , & il en ferà formé 9 divifions
, fous le titre de Corps Royal de canoniers
matelots.
Les forces maritimes de S. M. feront formées
en 9 efcadres dont s feront à Breft ou aux environs
, 2 à Toulon & 2 à Rochefort . Ces efcadres
porteront à leur mât principal une flamme
blanche , fur laquelle fera placé en groffes lettres
d'or un numéro qui les diftinguera ; les
Officiers qui y feront employés feront auffi dif
tingués par la couleur du collet de leur uniforme,
cramoifi pour la premiere , blanc pour la feh69
( 180 )
conde , verd de Saxe pour la troifieme , jaunea
citron pour la quatrieme , bleu- deuil pour la cin- < ?
quieme , orangé pour la fixieme , violer pour la
feptieme , cham is pour la huitieme , & role
pour la neuvieme,
·
Le rang des Officiers de la Marine eft affigné
dans les nouvelles ordonnances Les Vice - Amiraux
les prendront après les Maréchaux deFrance,
les Lieutenans - Généraux avec ceux de terre ;
les Chefs d'efcadre avec les Maréchaux-de-
Camp ; les quarante anciens Capitaines avec les
Brigadiers ; les autres Capitaines avec les Colonels
; les Majors avec les Lieutenans- Colonels ;
les Lieutenans avec les Majors ; les cent plus
anciens Lieutenans auront rang de Capitaines
d'infanterie , & les autres celui de Lieutenant.
Dans les autres ordonnances relatives au régime
intérieur , on a confulté toujours l'expérience
, la raifon , l'utilité , quelquefois même
la convenance. On y diftingue les précautions
d'ordre & de probité établie fur les vaiffeaux ,
pour y établir la falubrité , & éviter les encombres
: le frein mis au luxe des tables , & la
fubordination établie dans les différens grades ,
le bel ordre de combat , la loi d'airer fouvent
les chambres , la remife de toute la comptabilité
à un corps qui s'en occupera uniquement . Enfin
l'émulation toujours entretenue , & les encouragemens
offerts à tous les grades.
M. de la Houffaye , qui a configné le premier
dans ce Journal des idées utiles fur la
réforme des Regiftres de mariage & de baptêmes
, nous adreffe une nouvelle lettre fur
un objet encore plus intéreffant ; ſavoir la
sûreté des gens de la campagne dans leurs
maladies. Voici comment il s'exprime :
( 181 )
M. le Contrôleur- Général , en fecondant les
intentions de la Société Royale d'Agricolture ,
a accordé une fomme de 1200 liv . pour un
Prix deſtiné à celui qui aura le mieux traité les
moyens de vêtir les gens de la campagne , & à
meilleur prix qu'ils n'ont coutume de l'être ,
pour le garantir du froid & de la pluie . Ne leroit-
il pas également d'ga dès foins paternels
du Gouvernement , & du zele de la Soité
Royale d'Agriculture , de propoſer auffi un
Prix particulier à la perfonne qui traiteroit de
la maniere la plus fatisfaifante des moyens
d'extirper du milieu des gens de la campagne
les Chirurgiens ignorans qui les tuent journellement
pir des méprifes cruelles fur les caufes & la nature
de leurs maladies ( 1 ).
Ces méprifes font inévitables de la part de
gens qui communément n'ont pas chez eux pour
vingt francs de livres ; qui n'ont que des idées
très - fuperficielles d'Anatomie ; qui ne favent ni
parler ni écrire leur langue. Un de ces Efculapes
demandant un jour , fur une de les ordonnances,
trois grains d'émétique, écrivit trois crins . L'Apothecaire
, juſtement indigné , lui envoya dans un
papier trois crins de cheval . L'intempérie des
faifons , la faim , la foif , la mifere & les maladies
enlevent àl'Agriculture & à l'Etat moins de
fujets que la lancette & les poifons de l'igno-
>rance.
vers
(1) Tout le monde fait que le Gouvernement , attentif
à la population , envoie tous les ans
le mois de Novembre , à MM. les Curés , des feuilles
imprimées avec trois colonnes , pour y mar
les naiffances , les morts , & les mariages.
Nous favons que plufieurs Carés ont mis cette année
à la colonne des morts , pour caufe ordinaire , ivrognerie
, mifere & mauvais Chirurgiens.
quer
( 182 )
2
C'eft fur- tour , Monfieur , dans les regnes d'é
pidémies défaftreufes que les méprifes des Chirur
giens de campagne fe font horriblement ſentir .
Souvent depetites Villes , des Bourgs & des Villages
entiers ont été dévastés avant que la vigilance
du Gouvernement , prévenue , y ait envoyé
de la Capitale un Chirurgien ou un Médecin
d'un mérite recorgu . Alors quel ſpectacle af-
Aigeant ! La plupart des maiſons du pauvre font
défertes ou s'il refte quelques Membres échappés
à la mort , ce font de miférables orphelins ,
privés de tout fecours pour leur éducation dans
les devoirs de la Religion , & pour le travail.
Le métier flétriffant de la mendicité commence
par rendre ces enfans à charge à leurs concitoyens
dont ils affiegent les portes , & finit par
les confiner dans des dépôts publics de vagabonds
& de fainéans , ou dans les bois , où ils ne craignent
point d'attenter à la fûreté des chemins ,
& de terminer leurs jours fur des échafauds. !
Mais avant que de fe flatter d'attirer le véritable
mérite & les talens à la campagne , il faut
y créer des places , & propofer des honoraires fixes ,
pour déterminer les fujets à quitter nos grandes
Villes , à s'établir dans les campagnes , & à y
porter leurs travaux & leurs lumieres. Dans les
Villages , ces créations ne feront gueres pratiquables
; mais dans de petites Villes qui ont un
certain territoire , & un arrondiffement de deux
ou trois lieues de circonférence , jufqu'à d'autres
Villes voisines , les moyens ne manqueront pas ;
les principaux habitans de ces Villes , les Seigneurs
& les Curés des Villages circonvoisins
fe prêteroient fans doute à faciliter ces établir
femens.
+ En attendant , Monfieur , qu'il me foit permis
de vous annoncer , & à vos nombreux Lecs
( 183 )
teurs , que la Ville de Tournans en Brie ; &
les Adminiftrateurs de fon petit Hôpital , effica
cement fecondés par l'humanité & la bienfaifance
de S. A. S. Monfeigneur le Duc de Penthievre
, Seigneur du lieu , font fur le point de
créer pour le bien général de la contrée , une
des places dont je vous parle , & d'y attacher
400 liv. d'honoraires fixes , favoir , deux cents
livres qui ont été accordées par le Prince fur la
"repréfentation des Adminiftrateurs , MM . les
Curé & Prévôt de la Ville , & deux cents autres
livres deftinées par la Ville & fon Hôpital à
l'avantage du même établiffement. Il y a plus ,
M. Lallus , de l'Académie Royale de Chirurgie
de Paris , Lieutenant de M. le premier Chirur
gien du Roi , & en cette qualité feul autorisé à
expédier des Lettres de capacité dans toute la banlieue
, Prévôté & Vicomté de Paris , n'attend
plus qu'une Lettre publique de MM. les Adminiftrateurs
de l'Hôpital de Tournans , pour indi
quer le concours & l'examen févere dans lequel celui
d'entre les concurrens & les Eleves de l'Académie
, qui prouvera le plus de lumierės , de capacité
, de pratique & de bonnes moeurs , ſera couronné
, & obtiendra la place dont il s'agit , &c
& c. & c.
Je fuis parfaitement
Monfieur ,
Votre très -humble & trèsa
obéiffant ferviteur ,
DE LA HOUSSAYE , Avocat
au Parlement .
Paris , ce premier Mai 1786.
L'Académie de Marfeille a tenu une
féance publique de rentrée , le 26 Avril .
M. le Marquis des Pannes , Directeur , en a
( 184 )
fait l'ouverture par un difcours , dans lequel il a
rappellé l'établiffement de cette Compagnie , &
le fouvenir de fes Membres les plus diftingués ;
M. Groffou a lu une differtation fur une figure de
Mercure , en bronze , trouvée à Marſeille ; M.
Joyeuse , Médecin de la Marine , une Differtation
de M. Bernard, Adjoint à l'Obfervatoire
Royal de la Marine , fur le figuier ; M. Seimandez
, l'éloge de M. Barthe ; M. Mavia a terminé
la féance par un Mémoire fur les Philofophes
hermétiques ; M. le Marquis des Pennes
a annoncé que l'Académie avoit trois Prix a
diftribuer dans la partie des Sciences , pour l'année
1787 : le fujet du premier eft , quels font les
efpeces de vers marins qui attaquent les n vires dans
les divers ports de la Provence ; & quelle feroit la
méthode de les en préferver : du fecond , l'éducation
des Abeilles , adaptée au climat de Provence , &
la caufe de leur dépopulation : du troisieme , l'hiftoire
naturelle du caprier , l'utilité de la culture de
cet arbuste en Provence , la meilleure méthode pour
en rendre les récoltes plus abondantes , & quelles
font les préparations les p us convenables pour en
conferver les boutons ou capres , & les fruits avant
qu'ilsfoient parvenus à leur état de maturité.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 21 Mai.
3
A
Quelques Gazetres ont parlé de la détention
du Perfonnage , connu fous le nom de
Prince d'Albanie , actuellement arrêté pour
dettes à Amſterdam. Cet homme qui fert à
groffit le nombre des Pfeudonymes à aventuses
, dont l'Europe fourmille , & auxquels
( 185 ).
elle croit , comme on n'y auroit pas cru au
X. fiecle , a préſenté un Mémoire fingulierement
original à L. H. P. , Mémoire dont
voici le titre & quelques paffages.
Memoire à L. H. P. les Seigneurs Etats - Généraux
des Pays-Bas Unis , par Štiepan Annibal , Prince
d'Albanie , Capitaine genéral des Monténégrins ,
Vieux Berger , Duc de St. Saba. Amfterdam , le
13 Avril 1786.
H. & P. S. « C'eft de l'arrêt civil de cet hôtel
que j'ai l'honneur , H. & P. S. de vous airef
fer ce Mémoire , pour faire part à V. H. P. que
le Prince d'Albanie , qui a eu le zele bienfaisant
d'adhérer à vos demandes faites par le décret du
28 Décembre 1784 , la confofation d'avoir été
afluré d'une gratitude éternelle & d'unfouvenir à jamais
reconnoiffant , &c. & c. & remercié par le
décret du 11 Janvier 1785 , fe trouve aujour
d'hui 23 Avril dans l'arrêt civil de cet hôtel , Cet
arrêt , j'aurois pu l'éviter par fa fuite ; mais le
prince d'Albanie fugitif n'auroit pas été digne,
de vous avoir fatisfait dans vos deffeins publics ,
& il n'oferoit pas , H. & P. S. , vous écrire ni fes
circonftances actuelles , ni répéter fes droits ,
droits qu'il répete toujours auprès de la juftice de
V. H. P.
Le crime fais la konte , & non pas l'échafaud !
Je fuis auffi ferme , auffi tranquille & auffi
glorieux , dans l'arrêt de votre République que
j'ai voulu l'être à la tête de l'armée pour défendre
cette même République. Les nouvelles pu
bliques ont fait connoître l'événement malheureux
& fatal qui vient de m'arriver par l'infidélité
& la mauvaile foi de mon Secretaire allemand .
La perte de mon propre bien n'a pas fuffi pour
accomplir mon malheur ; on veut encore me
( 186 )
rendre refponfable de ce que des Négo
cians imprudens ont fait fans mon ordre , fans
mon confentement , ni connoiffance quelconque
de ma part , avec ce fatal homme qui manioit
mes affaires. Les loix de cette République font
favorables aux bourgeois , au point de pouvoir
faire arrêter fur leur fimple demande , un étranger
de quelque rang ( 1 ) élevé , de quelque condition
qu'il foit , fans avoir même de bonnes
raifons à faire valoir . On m'a dit d'avance que
l'on me feroir arrêter , & je me fuis fais arrêter,
pour voir quellefera ma deftinée , & la récompenfe
que je recevrai dans cette République , que j'ai
tâché , autant que j'ai pu , de fatisfaire dans fes
projets du bien être public ; pour laquelle j'ai
contracté de fortes dettes , comme l'état de cette
affaire a déja paru fur la table de V. H. P.;
vor enfin comment je ferai traité par cette
République , qu'à tout événement je regarde
audisment comme ma propre patrie . ».
« La chambre de mon arrêt fera peut - êtremon
Compsaur : Car la réflexion & le parallele que je
fais dans mia folitude , entre ce que j'ai fait pour
la République , & ma pofition actuelle , me font
une impreffion trop fenfible & trop amere ,
pour pouvoir la diffimuler à V. H. P. & au
monde entier .... Mais le fort en eſt jeté , &
comme un rocher au milieu des orages , je luis
tranquille dans le malheur , & je dis avec Sé-
(1) On a arrêté Théodore , Roi de Corfe le
Duc régnant de Wurtemberg Stutgard , le Prince
Charles de Ligne , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'or , grand Feld- Maréchal des Armées de l'Empeun
Duc & Pair d'Angleterre ; fans_compter
d'autres perfonnages moins qualifiés , dont les noms
& les malheurs font tombés dans l'oubli .
reur ,
-( 187 )
meque ..... vir fortis cum malá fortund compofitus
.
cc Agité par tant de malheurs , j'ai pu réfifter
cinq jours & cinq nuits , fans manger ni boire ;
luttant toujours entre maliberté & ma vertu , &
j'ai facrifié ma liberté à la vertu qui ne meurt
jamais , & c.... Si je ne trouve point reconnoiffance
& récompenfe dans les Etats de V. H. P. ,
j'espere trouver au moins juſtice. Si j'ai tort , &
que je ne puiffe payer mes propres créanciers
je leur donnerai ce que la trahifon & l'avarice
des hommes m'ont laiflé. S'ils veulent m'oppri-
& exiger de moi plus que je ne dois &
poffede , je leur livrerai une vie couverte de la
gloire d'avoir été utile à cette République ,
aux dépens de mon repos & de mes propres inté
rêts , fans avoir été ni payé ni récompenfe ». & c .
mer ,
Pour entendre ce que dit ici le Prince
d'Albanie , touchant la reconnoiffance de la
République , il faut favoir qu'en 1784 , il
offrit un Corps armé de Monténégrins à
L. H. P. qui le remercierent fans accepter
cette offre.
Une Gazette étrangere contient les détails
fuivans très -intéreflans pour la France.
On fait que M. Poivre enrichit , il y a plu
fieurs années , l'ile de France d'une quantité
d'arbre précieux , qu'il avoit enlevés , à travers
mille périls , des pays foumis à la domination
des Hollandois. Tranfplantés à l'Ile de France ,
ces arbres y avoient profpéré ; mais l'envie fe
déchaina bientôt contre M. Poivre ; & l'on vit
le moment où il ne devoit plus refter de traces
du bienfait fignalé qu'il avoit rendu , en rappro
chant de nous les épiceries. Heureufement M.
Céré , Commandant du quartier de Pample(
188 )
mouffes dans l'ifle de France , convaincu que le
climat de cette iſle étoit favorable à ces arbres,
en fauva quelques - uns de la profcription portée
contre eux , & doana fes foins à les cultiver.
Ils réuffirent très - bien & l'on a été en fin obligé
'de fe rendre à la meilleure de toutes les preuves,
à l'expérience. M. Céré fut nommé Directeur du
Jardin du Roi. Il eft parvenu à le mettre dans
l'état le plus floriffant.
On vient de nous communiquer un imprimé
de l'année derniere , par lequel il prévient les
habitans des Iles de France & de Bourbon , fur
la délivraison des arbres en pépiniere audit jardin
, propres à la tranfplantation . On eft étonné
de la quantité de ces arbres , dont plufieurs font des
plus précieux & des plus importans. On voit ,
par exemple , qu'il s'y trouve 3000 canneliers
de Ceylan , 10,416 girofliers , dont 18 font fi
forts , qu'il faut deux robuftes Noirs pour en porser
un ; 894 , un Noir pour un arbre ; 484 , un
Noir pour deux arbres ; & 9000 âgés de quatre à
fix mois , un Noir pour quatre. On y trouve encore
20 muſcadiers aromatiques ; & l'on dit à ce
fujet que le Jardin du Roi poffede 18 mufca diers
femelles , tant de fouches que créoles & gagnés
par les provins faits . M. Céré devoit y faire
tranfplanter 7 autres arbres femelles rapportans ,
qu'il a chez lui , autant pour augmenter cette
fouche précieufe , que pour les avoir plus à portée
de fes foins . Dix fur ces dix - huit arbres , ont
fourni entr'eux , depuis 1779 , époque de la
maturité des premieres noix 1088 mufcades ,
tant mûres que jettées par des coups de vent ,
avant d'être parfaitement à ce point Ce nombre.
de fruits a produit 60 mufcadiers placés au Jardin
du Roi , 20 autres qui ont été délivrés tang
dans la Colonie qu'envoyés aux Iſles de Bourg
•
( 189 ).
bon , à Cayenne & la Guiane Françoiſe , & 124
jeunes plants qui exiftent dans les pépinieres du
Roi , dont zo de tranfplantables préfentement.
Au commencement de Juin 1785 , un feul arbre
montroit 300 mufcades , & neuf autres 500 entr'eux
, avancées. Vingt- quatre de ces noix ont
été envoyées à l'Ifle de Bourbon ; 260 ont été
plantées dans les pépinicres du Roi ; & il en ref
toit 366 fur les arbres , qui devoient s'ouvrir
dans peu. Ces arbres fructifians qui jouiffent tous
de la plus belle & de la plus forte végétation
ayant le feuillage le plus verd & le plus garni
préfentent continuellement des fleurs & des
fruits de tout âge. Enfin le brillant état où ils
font , qui ne laiffe rien à defirer , doit faire ef
pérer que bientôt l'unifexe mufcadier fera proportionné
, pour fa multiplication , à celui de
l'hermaphrodite girofflier .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
:
Les Etats-Généraux ont fait part ces jours der
niers , à l'affemblée des dix fept Directeurs - Dé- :
putés de la Compagnie des Indes de l'extrait
d'une lettre , que L. H. P. avoient reçue de la
part de M. le Baron de Lynden , leur Envois extraordinaire
à la Cour de Londres , datée du 24
Mars i les y informoit des fervices particuliers
que M. Pitt , premier Miniftre de S. M. Britannique
, avoit rendus pour fecourir le navire de la
Compagnie , le Voorberg , qui avoit été forcé par
la détreffe la plus extrême d'entrer dans la baie
de Darmouth : ce fut en vertu d'un Bill , lu trois
fois & paffé en un même jour par les deux Chambres
du Parlement , que l'équipage fut non - leulement
di pente ,de la quarantaine ordinaire ;
mais qu'on lui donna aux frais du Roi tous les
( 190 )
fecours dont il aveit befoin. La Direction de la
Compagnie , fenfible à ce traitement humain &
généreux , a témoigné les fentimens par une lertre
qu'elle a écrite à M. Pitt , en l'affurant de la
reconnoiffance perfonnelle qu'elle lui avoit d'un
fervice auffi effentiel . [ Gaz. de Leyde , n . 37.1
refe
Le bruit fe répand , que le Duc de Courlande ,
qui a fait l'acquifition de la Principauté de Sagan
en Siléfie , céde fon Duché de Courlande au
Prince Potemkin , pour une fomme très - confidérable
or ajoute que l'acquéreur en a obtenu la
permiffion & l'agrément de l'Impératrice de
Ruffic. La Pologne eft la feule Puiffance qui
puiffe confentir , ou le trafic de ce Duché
, qui eft un grand fiefde la République , mais
vu l'influence abfolue que la Ruffie a fcu fe pro-
Curer en Pologne , depuis quelques années , on
croit qu'à tout événement , le Prince Potemkin
pourra attendre le confentement de la Pologne
& jouir néanmoins des avantages de cette belle
acquifition. [ Gaz. d'Amfterdam , n° . 39. ]
•
On affure que l'Ambaffadeur de Ruffie à Vienne
a reçu la nouvelle importante , que fa Cour
eft fur le point d'entrer en guerre avec la Porte,
Le dernier courier de Conftantinople à Péterf
bourg auroit apporté des dépêches affez importantes
pour donner occafion à la tenue d'un confeil
d'Etat extraordinaire , auquel tous les Miniftres
de S. M. l'Impératrice auroient été appelés .
A l'iffue de ce confeil , qui fut très - long , on expédia
un aautre courrier à M. Bulgakow , notre
Miniftre auprès du Grand - Seigneur : on croit
que les dépêches qu'on lui a remis , portent l'ordre
exprès de quitter Conftantinople fans prendre
congé , & le plus fecretement poffible . Si ce
bruit , qui s'eft répandu tout à coup , fe confirme,
nous fommes à la veille de voir éclore de
鄒
( 191 )
plus grands événemens que ceux , dont on prévoit
la poffibilité depuis plus d'un an . Idem.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le fieur Hegron , Directeur de la
Régie générale à Vendôme ; & le fieur Hegron
fils Penfion alimentaire demandée par un
Bâtard.
Les peres doivent des alimens à leurs enfans ;
il n'eft pas befoin d'ouvrir les Loix pour s'en
convaincre. Ce principe , qui eft de tous les
tems & de tous les pays , eft gravé dans tous les
coeurs. Les Bâtards ne fuccedent pas , parce qu'il
n'y a que la parenté légitime qui ait droit à la
fucceffion ; neque gentem , neque familiam habent.
Cependant l'équité naturelle a fait admettre dans
notre Droit François que les Bâtards pouroient
réclamer des alimens , mais dans quelle circonf
tance ? Tant qu'ils font dans l'enfance , & même
dans la premiere jeuneffe , le pere naturel eft
tenu de fournir de quoi foutenir la vie qu'il
leur a donnée ; la nature le preferit , & la Jurifprudence
des Arrêts l'ordonne , La quotité
des alimens ne peut être fixée ni exigée qu'en
raifon de l'état & de l'aifance du pere qui ne doit
que les chofes néceffaires à la vie , nutritum &
veftitum. Ces alimens ne font dus à l'enfant naturel
que jufqu'au temps où il a pu pourvoir
lui-même à fes befoins par fon travail & fes
talens ; dès que , parvenu à l'âge de dix-huit à
vingt ans , il a appris un métier ou obtenu un
emploi , il ne peut alors rien demander juridiquement
à fon pere. Ces principes one
reçu une application fenfible dans cette caufe.
Le fieut Hegron avoit un fils naturel , âgé
de vingt fept ans , dont il avoit pris foin ,
& auquel il avoit fait apprendre le métier de
·
( 192 )
34
A
Brodeur. Le jeune homme , inconftant dans fes
goûts avoit quitté cet état , il étoit entré chez
un Banquier pour y tenir des livres ; il n'avoit
pas plus réuffi dans cet état que dans celui qu'il
venoit de quitter : fon pere lui avoit enluite
procuré un emploi dans les Aides , qu'il n'avoit
pu garder. C'eft dans ces circonftances que le
heur Hegron fils demandoit à fon pere une
penfion pour vivre à Paris . Le fieur Hegron
pere , qui n'avoit pas de fortune , ne vivoit que
du produit de quelques emplois qu'il avoit eus
fucceffivement ; il avoit d'abord été Secrétaire
de M. l'Ambaffadeur de Portugal , puis Infpec
teur des droits réunis en Alface , avec 125 1
d'appointe mens par mois ; enfin , Directeur de
la Régie générale à Thouars , enfuite à Vendôme
, place qui lui rapportoit environ 4000 l.
c'étoit- là toute la reffource du fieur Hegron pere
pour foutenir une femme & trois enfans légitimes
qu'il a eus depuis la naiffance de ton fi
naturel. Ainfi il répondoit à ce fils dénature
qu'ayant entièrement acquitté la derte de la na
ture par l'éducation & les talens qu'il lui avoit
procurés , il n'avoit rien à exiger de lui, & n'avoit
plus d'action en Juftice pour l'y contraindre.
Néanmoins ce pere avort encore la bonté
d'offrir à fon fils une penfion alimentaire & viagere
de 200 liv. pár an . L'Arrêt du 4 Mars 1786
a donné acte au fieur Hegron pere de les offres
de payer à Hegron fils une penfion alimentaire &
viagere de 200 liv ; ce faifant a condamné
Hegron pere au paiement de lad . penſion de 200 l.
dépens compenſés.
DE FRANCE
DEDIÉ AU ROI , AUROP
F
→ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONT EN ANT
57
f
+
Le Journal Politique des principaux événemens dé
toutes les Cours; les Pièces Fugitives nouvelles
** en vers & en profe ; Annonce & l'Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spec
tacles ; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits
Arrêts , les Avis particuliers , &c. &c .
C
SAMEDI 6 MAT 17864
EGTE
DE
CHATLAI
B
PAR
Au Bureau du Mercure , Hofer de
rue des Poitevins , No. 1 .
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois d'Avril 1786.
3
Obfervations fur les Obftacles
qui s'opposent aux progrès
de l'Anatomie,
Voyage de M. de Mayer en
Suiffe ,
104
ICES FUGITIVES .
Sur le Tableau repréfentant
le Serment des Horaces ,
Infcription pour la façade du
nouveau Palais de Juftice , 4
Hiftoire dedeuxjeunes Amies, Traduction du Plutarque Anglois,
S
129
149
Infcription pour le Portrait de Précis des Conferences des
M. Molé ,
Couplets ,
61
62
Fin de l'Hiftoire des deux Jeu
nes Amies ,
Commiffaires du Clergé avec
les Commiffaires du Roi,
155
64 Eloge de M. Caffini de Thury,
Fragment fur l'Influence du
175
186
-physique de l'homme fur fes Le Mari Sentimental
facultés intellectuelles , 12 : Traduction des Faftes d'Ovi-
Acroftiches , 123
de , 194
Vers à Mme la Di heffe de Tableau des Arts & des Scien
Courlande ,
Chanfon ,
169
171
217
221
Epitre à M. S....,
Saillie à Mme la Marquife de
C......
Charades , Enigmes & Logo
gryphes , 43 , 89 , 127 , 173 ,
221
NOUVELLES LITTÉR
Poéfies diverfes de M. Hoff
man > 45
90
Efaifur l'Amour ,
Effai de Fables nouvelles , 100
|
ces , 243
235
Le Guide des Officiers particuliers
en campagne,
SPECTACLES.
Concert Spirituel , 157 , 242
Académie Roy . de Muſiq . 197
Comédie Françoife , so , 201 ,
247
Comédie Italienne , 204 , 254
Sciences & Arts ,
208
Annonces & Notices , 7, 113,
161,209,259
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT,
rye dela Harpe , près S. Côme,
STOR
LIBE
EW -YOR
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 6 MAI 1786:
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Sur la trifte condition de l'Homme.
TOUJOUR OUJOURS donc , ô Mortel, tu vivras malheureux!
Que ton deftin eft rigoureux !
Fuis loin de nous , ô Temps , dont nous fommes la
proie !
Mais , hélas ! vain efpoir qui trompe nos defirs!
Le cruel , dans fa courfe emporte notre joie ,
Etfemble s'arrêter pour compter nos foupirs.
( Par M. Audouin l'aîné.
A
MERCURE
AIR de l'Amour Filial ; mufique de
M. Ragué.
=
UN fen- ti ment cher & pai fi- ble
m'oc- cu pe la nuit & le jour ; toi
dont le coeur eft fi → fen fi- ble, peuxtu
mécon - noître l'A ❤ inour ?
DE FRANCE.
**
peux tu mé-con- noi . tre l'A
**
mour . En vain dans leur na- if lan gage
tous nos Ber gers m'of-frent leurs
voeux , tous nos Ber- gers m'offrent
leurs voeux , rem pli de l'ob - jet
A iij
MERCURE
qui m'en- ga- ge , mon coeur eft
tou-jours fi loin d'eux ! men coeur eft
tou-jours fi loin d'eux !
Mintur
JE
Je n'écoute point leur mu-
F
fet- te , je ne re- çois point leurs bouDE
FRANCE. 7
E
E
quets , je ne re- çois point leurs bouquets
; pourquoi dan fe-
-
rois - je à leur fê te ? c'eft à regret
que je plai- rois , c'est à re
F
gret que je plai- rois.
A iv
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Mariage ; celui
de l'énigme eſt Loterie Royale ; celui du Logogryphe
eft Chaumière , où l'on trouve mère,
Marie , ami , mari , chair , âme , Urie ,
hier , chaume , címe , riche , char , air , eau ,
Carême , Carme , Mai
mie ,
charme
mûre , arme , cri , ré , mi , rhume , aire ,
Maure , mais , mur , rue.
ر
B
CHARADE.
Mon fecond, fans mari , n'eſt jamais mon premier
Quand il eft dans le cas d'appeler mon entier.
JE
ENIGM E.
E condamne , j'abſous , je loue & je blafphême ;
A parler bien ou mal mon penchant eſt extrême.
Je fuis dans l'Univers de grande utilité ,
Et fais tout l'ornement de la fociété.
Sans te mettre , Lecteur , l'efprit à la torture ,
A mes fruits reconnois mes talens & mon nom ;
Quoique je fois fans dents , je fais mainte morfure ,
DE FRANCE.
Chaque inftant je te fers & ne crains point l'ufare ;
Naître , vivre & mourir dans certaine priſon ,
Eft le fort qui me fut prefcrit par la Nature .
Sans douleur je ne puis quitter mon domicile ,
M'ôter de mon logis , c'eft me rendre inutile ;
Bien que tel foit l'ufage en Turquie , à Maroc ;
Mais nul ne peut , ami , m'êter de Languedoc.
( Par M. 5 & 19 , de Rochefort , en Aunis. ) *
LOGOGRYPHE.
JE ne fuis point facile à définir :
Si je dis trop , plus de myſtère ;
Trop peu dire , autant vaut ſe taire ;
Difons affez , fans nous trahir.
D'une ignorante ai je la mine ,
Moi, par qui tout fe combine ?
Je fuis l'âme de l'Univers ;
J'en caractériſe l'effence :
Élémens , tourbillons , fubftance ,
Sans moi tout iroit de travers .
Fut-il un être plus bizarre ?
* Plufieurs envois pécuniaires qui nous ont éte faits en
différens temps , nous font une néceflité d'avertir nos
Lecteurs & Abonnés qu'on ne paye pour l'inſertion d'aueun
morceau , foit en proſe , ſoit en vers , foit litté
raire , foit politique .
Αγ
10 MERCURE
Je fuis fans tête , corps ni bras ;
Autre prodige non moms rare ,
Huit pieds , Lecteur , guident mes pas.
Suis-moi , tu connoîtras ( ou du moins je l'espère )
Une Province ; une couleur ;
Un confident dans le malheur ;
Certain fluide élémentaire ;
Le fiége des Céfars ; une étoffe , un métal ;
Un fentiment qui résulte
Du peu d'égard ou de l'infulte ;
Un humble & rétif animal ;
Ce qui prévient dans une femme ;
Ce qui gouverne un Batelier fur l'eau ;
Un inftrument qui conduit au tombeau ;
Enfin deux notes de la gamme ;
Quelle eft l'onde qui , chaque jour ,
Baigne des Champenois le paisible féjour ?
L'élément auquel on confie ,
En dépit des dangers , fa fortune & fa vie.
C'en eft affez : je nè finirois pas
Si j'étalois ce que j'ai de fcience ;
Trop , ni trop peu , la fublime ſentence ! ....
Mon cher Lecteur , j'en ai tonjours fait cas.
( Par M. le Chevalier de Breuvery , Officier
au Régiment de Provence. )
DE FRANCE. II
NOUVELLES LITTERAIRES.
CAMILLE, ou Lettres de deux Filles de ce
fiècle , traduites de l'Anglois fur les originaux.
4 vol. in- 12 . A Londres , & fe trouve
à Paris , chez Delalain le jeune , Libraire,
rue S. Jacques.
CE Roman eft un des meilleurs qui ayent
paru depuis long - temps en François. Mais
comme il eft moins remarquable par la beauté
& la nouveauté des événemens , que par le
développement des paffions & le caractère de
Camille , une analyſe fuivie ne pourroit que
faire difparoître le charme qui attache à ſa
lecture. Nous dirons feulement que l'Héroïne
eft la fille d'un pauvre Miniftre ou
Curé , n'ayant , après la mort de fon père ,
qu'une bien petite fortune , & reléguée dans
un village , à caufe d'une erreur de jeuneffe
qu'uneimagination trop exaltée lui a fait dommettre.
Sa beauté & fon maintien l'ayant
fait prendre d'abord pour une Ladi , fon
amour-propre lui infpire la fantaifie de profiter
de cette méprife. Elle eft préſentée
dans diverfes maifons fous ce titre , qui
n'eft démenti ni par fes manières ni par
La converfation ; elle fe fait eftimer & con-
A vj
12 MERCURE
fidérer par fes moeurs & par les qualités de
fon efprit.
Bientôt Camille infpire la plus violente
paffion à un jeune Lord , Sir Robert , qui la
voit fouvent chez les parens , où elle eft reçue
& confidérée. Dès- lors elle forme le projet
de fubjuguer ce jeune homme , & de devenir
fa femme , même après lui avoir déclaré fa
naillance & fon défaut de fortune . Tous les
refforts qu'elle fait jouer , tout le manége
qu'elle emploie pour l'enchaîner , tantôt en
rejetant fes voeux, tantôt en lui permettant
l'efpoir , & toujours le réſervant le moyen
d'un défaveu , fi elle en a befoin , pour n'être
pas compromife; tout cela eft décrit , développé
de la manière la plus attachante.
Ön fent combien le caractère de Camille
pourroit être odieux ; mais fans le vouloir elle
fe laiffe toucher par les vertus & la paffion
de Sir Robert ; & cet amour , & les remords
qui l'accompagnent bientôt , la réconcilient
avec le Lecteur, & finiffent par la rendre intéreffante.
Tout le monde fe déclare pour
elle , excepté la mère de Sir Robert , qui eft
épouvantée de l'amour de fon fils pour une
perfonne fans fortune & prefque inconnue ;
car Camille ne pouvant faire connoître fa
famille fans déceler fon obfcure naiffance , a
fuppofé des malheurs qui la forcent de s'envelopper
au moins quelque temps des voiles
du mystère.
Le moment où Camille doit fe faire connoître
à fon amant , ce moment fi long-temps
DE FRANCÉ.
13
attendu , arrive enfin. Son aven a le fuccès
qu'elle avoit defiré. Sir Robert , quoique
d'abord humilié d'avoir été trompé f longtemps
, ne peut vaincre fon amour. Il veut
lui offrir fa main ; fes parens , fa mère furtout
, s'y oppofent : il propofe à Camille de
l'époufer fans leur aveu ; & elle le réfuſe , '
moins par délicateffe que par l'ambition de
vaincre la réfiftance de la famille de Sir Robert.
Celui - ci , défefpéré , quitte la maiſon'
paternelle , fans rien dire à perfonne , réſolu
de s'embarquer pour l'Amérique. La douleur
& le défefpoir s'emparent de la famille de Sir
Robert ; & Camille amène cette mère , à qui
elle a été, à qui elle eft encore odieufe , au
point de venir l'implorer pour fon fils . Elle la
prie d'écrire à Sir Robert, & de lui promettre
fa main pour l'engager à revenir : il revient
en effet ; & Camille eft près de s'unir à fon
amant , lorfqu'un malheur imprévu renverfe
tout l'édifice de fon ambition & de fon bon→
heur ; & elle expie fes torts par les plus grands
malheurs , & la mort la plus défaftreuſe.
En lifant ce Roman , on a de la peine à
s'accoutumer au perfonnage de Camille. L'Auteur
lui fait concilier tous les calculs de l'ambition
, la diffimulation , la fauffeté , avec le
fentiment de l'amour ; ce qui n'eft pas trop
dans la nature. Ce caractère paroît deſtiné à
faire pendant à celui de Lovelace ; mais cé
dernier eft bien plus vraisemblable. Il emploie
la rufe , le crime même ; mais il n'emploie
l'un & l'autre que pour fatisfaire fa
14
MERCURE
paffion. Sa conduite eft criminelle ; mais elle
n'eft pas contradictoire comme celle de Camille
, à qui l'Auteur a donné le langage de
l'amour & les procédés de l'ambition : en un
mot , Lovelace eft faux & coupable pour l'intérêt
de fon amour , & Camille eft fauffe &
coupable malgré fon amour. Cependant ce
dernier caractère eft tracé avec tant d'art ,
qu'il attache d'abord , & qu'il finit par arracher
des larmes.
Nous aurions defiré que l'événement qui
renverfe les projets de Camille , fût amené
avec plus d'art & plus de vraisemblance . C'eſt
une étourderie qui ne nous paroît pas conforme
à fon caractère.
Il n'en eft pas moins vrai que ce Roman
eft un des bons Ouvrages de ce genre ; & il
eft beaucoup plus moral que fon titre ne femble
le promettre.
Dix -huitième Livraifon de l'Encyclopédie
par ordre de Matières. ( La Soufcription
de l'Encyclopédie ferafermée pour toujours
& irrévocablement à la fin de ce mois. )
LA dix-huitième Livraiſon de l'Encyclopédie
eft actuellement en vente. Cette Livraifon
eft compofée du Tome III ( 1 ) , première
Partie de la Grammaire & Littérature , & de
trois Parties nouvelles ; favoir , des (2 ) Arts
( 1) Imprimé chez M. Demonville.
( 2 ) Imprimé chez M. Cellot .
DE FRANCE.
Académiques , comprenant l'Équitation , l'E
crime , la Danfe , & l'Art de nager ; du Tome
premier , première Partie des ( 3 ) Antiquités,
Mythologie , Diplomatique des Chartres &
Chronologie , par M. de Mongez , l'aîné ,
Chanoine Régulier , Garde des Antiques &
- du Cabinet d'Hiftoire Naturelle de Sainte-
Geneviève , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres, &c ; du Tome premier
, première Partie de la (4) Chimie , par
M. de Morveau , ancien Avocat - Général du
Parlement de Dijon ; de la Pharmacie , par
M. Maret , Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Dijon ; & de la Métallurgie , par M.
Duhamel , Infpecteur des Mines.
Le prix de cette Livraiſon eft de 24 liv.
brochée , & de 22 liv. en feuilles. 2
Le port de chaque Livraiſon eft au compte
des Soufcripteurs.
Le Dictionnaire des Arts Académiques ,
comprenant 450 pages , eft complet ; & c'eft
la première de toutes les grandes Parties compofant
l'Encyclopédie, qui foit achevée . On n'a
pu y joindre une Table de lecture qui indiquât
l'ordre dans lequel tous les mots de chacune
des Parties doivent être lus , fi l'on vouloit
s'en fervir comme d'un Traité de Sciences
, parce que l'Efcrime & la Danfe font
trop peu confiderables pour en avoir befoin.
Après avoir lu dans l'un le mot Efcrime , &
( ) Imprimé chez M. Lambert.
(4) Imprimé chez M. Ballard. »
16 MERCURE
dans l'autre le mot Danfe , tous les autres ne
font , pour ainsi dire , que des definitions . Il
en eft de même de l'Équitation , dont tout
l'Art eft développé en leçons fuivies à l'article
Manége.
La Chimie devoit être précédée d'un Difcours
Préliminaire qui auroit eu deux objets
principaux : l'un, i' Hiftoire de la Science; l'autre
, la ClefMéthodique , pour rallier en forme
de Traités les articles féparés par l'ordre
alphabétique ; mais l'Auteur a jugé qu'il valoit
mieux le donner à la fin de l'Ouvrage. Il
feborne, dans l'Avertiſſement qui eſt à la tête
de ce Volume , à préfenter de courtes réflexions
fur la manière dont il a enviſagé fon
travail. Nous allons tranfcrire quelques morceaux
de cet Avertiffement.
ود
J
J'ai pensé d'abord que mon but devoit
» être de réunir dans un feul corps d'ouvra
" ge toutes les connoiffances de la Chimie
» Ancienne & Moderne , toutes les obfer-
» vations éparfes dans les différens Recueils ,
» dans les Écrits des Savans des différens Pays;
» de les affembler de manière à former à volonté
un Traité fuivi ou un Répertoire
» commode ; en un mot de dire tout,
& , ce qui eft fans doute le plus difficile ,
» tout àfa place , tout avec cette meſure de
détails qui ne rebute pas le Lecteur déjà
inftruit , & qur fuffit en même-temps au
plus grand nombre de ceux qui cherchent
» une première inftruction.
"
"3
33
ود
ود
,
» Quant à la Nomenclature que j'ai adop
DE FRANCE. 17-
"
tée , on trouvera à l'article Dénomination ,
» les principes d'après lefquels je l'ai for-
" mée. » Voici ce que M. Macquer mandoit
à l'Auteur , le 24 Juillet 1782 , au fujer
de cette Nomenclature : « Votre nouvelle
» Nomenclature Chimique eft excellente
» & en mon particulier je ſuis tout prêt à
» l'adopter ; mais je ne puis vous répondre
» de tout le monde ; car vous favez combien
les hommes , même éclairés , font des ani-
» maux d'habitude. Ce ne fera qu'avec le
» temps qu'on fe familiarifera avec des
» noms dont la plupart paroîtront d'abord
étranges & fort fauvages.
"
"
"2
M. le Comte de Buffon , le favant Profeffeur
d'Upfal ont approuvé ce projet. Les
Fontana , les Kirvan , les Landriani , M.
Leonhardi , le célèbre Creil ſe font empreffés
d'applaudir à cette réforme.
M. Court de Gébelin s'étoit chargé de
compofer le Dictionnaire d'Antiquités , qui
devoit faire partie de l'Encyclopédie Méthodique
; mais on n'a rien trouvé à fa mort ,
& il nous a laiffé le regret d'avoir perdu
trois années. On s'eft efforcé , par un travail
redoublé , de regagner le temps perdu ; mais
l'étendue du plan que l'on s'eft formé , a retardé
jufqu'à ce jour la publication du premier
Volume , que les autres fuivront de huit
mois en huit mois.
L'Éditeur de l'Encyclopédie Méthodique
» n'avoit promis dans fon Profpectus qu'un
» Dictionnaire d'Antiquités ; mais , fur nos
L
18 MERCURE
"
repréſentations , il a confenti à y joindre
» trois autres parties qui en font le complé
» ment , & fans lefquelles cet Ouvrage n'au-
» roit pu contenter qu'imparfaitement les Sa-
» vans & les Artiftes . Nous voulons parler
» de la Mythologie avec les Coſtumes ; de
» la Chronologie ancienne & moderne ; de
la Diplomatique des Grecs , des Romains ,
» & des Peuples qui ont exifté depuis eux ,
jufqu'à l'imprimerie.
ود
»
Le difcours général fur les quatre parties
» de ce Dictionnaire, qui fera imprimé à la fin
» de l'Ouvrage , de manière cependant à pou-
» voir être placé à la tête , fera connoître en
détail les fondemens de notre travail , les
» fources dans lefquelles on a puifé ; les
» vues nouvelles que l'on a expofées com-
» me des réſultats très- probables ; la métho-
» de d'après laquelle il faudra lire les diffé-
» rens articles de ce Dictionnaire , pour en
-» faire des Traités complets fur chaque ma-
» tière ; les connoiffances néceffaires pour
» étudier avec fuccès les Antiquités , &c. »
L'Avertiffement que nos Soufcripteurs doi- .
vent lire, contient quelques obfervations de
l'Auteur , pour concilier à fon travail la confiance
des Savans.
Maintenant que cet Ouvrage eft affez
avancé pour que le Public puiffe en juger les
différentes parties , nous le prions de comparer
celles qui font entre fes mains , avec les
matières correfpondantes de la première Encyclopédie
; & nous efpérons qu'il décidera , fans
DE FRANCE. 19
héfiter, que prefque toutes les parties de cette
Encyclopédie par ordre de matières , font refaites
à neuf, car on n'a point trouvé dans l'ancienne
les fecours , à beaucoup près , qu'on
en eſpéroit. La nomenclature dans la première
eft dans un fi grand état d'imperfection , que
l'on n'y trouve preſque jamais ce qu'on y cherche;
& lorfque nous avons affuré dans notre
Profpectus que l'Encyclopédie par ordre de
matières contiendroit trente mille articles de
plus que la première , nous étions nous-mêmes
dans une grande erreur , car nous fommes
sûrs actuellement qu'elle en contiendra
plus de cent mille. Il y a des Sciences ,
comme la Botanique , les Antiquités , qui, à
elles feules , comprendront chacune plus de
quinze à vingt mille articles ; & ces Sciences
, qui formeront trois à quatre Volumes
dans l'Encyclopédie actuelle , ne formeroient
pas un demi-Volume dans l'ancienne , où il y
a même des parties entières qui ont été abfolument
oubliées. ( 1 ) C'eſt la grande imper-
( 1 ) En faisant cette obſervation , nous ne prétendons
pas déprécier le travail des premiers Auteurs.
Si l'on confidère les circonftances où ils ont écrit ,
les difficultés de toute efpèce qu'ils ont eu à vaincre
, & la forme de cette première Encyclopédie , où
tout étoit mêlé & confondu , fans que chacun des
Coopérateurs eût fait auparavant fon plan & fon
travail particulier , on avouera qu'il a fallu beaucoup
de génie & de patience pour formonter de fi
grands obftacles . Le travail de Diderot fur les
Arts , dont la defcription n'exiftoit encore nulle part,
20 MERCURE:
fection de cette première Encyclopédie , rel
connue & avouée par Diderot lui - même ,
qui a néceffité une augmentation de volumes.
Tous les Gens-de-Lettres attachés à cet
Ouvrage , pourront répondre que nous ne l'avons
follicitée en aucune manière . Elle eft contraire
à nos intérêts , puifqu'il y aura de la
perte fur chacun de ces Volumes . Eux-mêmes
n'auroient pu prendre d'engagemens rigou
reux à cet égard , puifque lors de la paffation
des actes , ils ne connoiffoient point l'imper+
fection de leurs parties ; & cependant elle
feule pouvoit régler leurs travaux & l'étendue
de leur Ouvrage ; ainfi cette Encyclopédie
comprendra le triple de Difcours de la pre
mière ; & cependant , malgré ce grand nom
bre de Volumes , elle ne reviendra pas à
moitié du prix de l'Édition in-fol. de Paris ,
qui s'eft vendue jufqu'à dix-huit cens livres.
Nous ajouterons encore que l'Encyclopé
die actuelle eft conçue de manière que chacune
des Parties qui la compofent , non- feulement
forme un Dictionnaire , mais qu'elle
peut , au moyen des Tables de lecture qui
feront à la tête des premiers Volumes , formerà
volonté un Traité de Sciences, & qu'elle
fera d'une telle utilité pour la recherche de
tous les objets dont on pourra avoir befoin ,
que nous pouvons avancer , fans crainte d'être
fuffiroit feul pour lui affurer la reconnoiffance du
Public , & une gloire qui durera auffi long temps
que l'Empire des Lettres.
DE FRANCE.
•
démentis , qu'une Bibliothèque de vingt mille
Volumes n'offriroit pas la même utilité. Nous
pourrions auffi démontrer que fur les trente
grandes Parties dont elle eft compofée , il y
en a plus des deux tiers qui n'exiftent pas
dans notre langue fur le plan d'après lequel
elles ont été conçues & exécutées .
Nous n'avons laiffé cette Soufcription ou
verte fi long-temps , que pour nous affurer'
d'un certain nombre de Soufcripteurs , &
n'avoir point à regretter de nous être engagés
dans cette grande entreprife ; mais actuellement
que notre but eft rempli à cet égard ,
nous prévenons le Public que cette Soufcription
fera fermée irrévocablement & pour
toujours , le 31 Mai prochain. La difference
du prix pour ceux qui n'auront pas foufcrit ,
fera de 221 liv. , en fuppofant qu'il y ait vingt
Volumes excédant le nombre de ceux annoncés
dans le Profpectus in-4° . à deux colonnes
, qui fait loi entre les Soufcripteurs
& l'Entrepreneur ; & l'on eft maintenant
affuré que ces Volumes excédants qui ne
doivent être payés par les Soufcripteurs que
6 livres , auront lieu .
22 MERCURE
·
ACADÉMIE.
ACADÉMIE FRANÇOISE.
JEUDI 27 Avril , M. Sédaine eſt venu prendre
à l'Académie Françoife la place de M. Watelet,
mort à l'âge actuel du nouvel Académicien ;
ce qui lui a fait dire qu'il fembloit avoir été
choifi par l'Académie , pour achever la carrière
de fon prédéceffeur. On a remarqué
dans fon remerciement un ton de modeftie &
de fenfibilité qui prêtoit un nouvel intérêt à
la juftice que venoient de lui obtenir des
fuccès auffi nombreux que mérités. Il a fait
quelques obfervations qui ont été applaudies
, fur le genre lyrique ; & affurément ,
dans ces fortes de difcuffions , perſonne ne fera
tenté de l'accufer d'incompétence.
M. Lemière , fon ami , & Directeur actuel
de l'Académie , a mis dans fa réponſe un
ton aufli aimable qu'ingénieux. Il a concilié
avec l'intérêt de la vérité fes fentimens pour
M. Sédaine , qu'il a fu apprécier avec juſtice ,
& louer avec grâce ; le coup-d'oeil d'analyſe
qu'il a jeté fur quelques- uns de fes Ouvrages
Dramatiques , eft rempli de vues fines , délicates
, & de détails vraiment faillans.
M. l'Abbé de Lille n'ayant pu fe trouver
à la Séance , où il devoit lire des morceaux de
fon Poëme fur l'Imagination , M. Marmontel
DE FRANCE.
23
y a fuppléé par un Effai fur le Goût, deftiné
à la nouvelle Encyclopédie . Parler d'un morceau
de Littérature de M. Marmontel , c'eſt
annoncer un Ouvrage dans lequel tous les
agrémens du ſtyle fe mêlent aux richeſſes de
l'efprit & de la raiſon. Auffi a- t'on vivement
applaudi à la vérité & à la fineffe de ſes obfervations
ſur un ſujet ſi ſouvent traité. M. Mar-
· mòntel a paru craindre que ce morceau ne
fût peu propre par la nature à intéreffer dans
une Séance publique ; mais fa crainte n'a été
nullement partagée : il en a lu trop peu ;
& c'eft le feul reproche qu'ait eu à lui faire
la critique. *
VARIÉTÉS.
RÉFLEXION fur le Pomen du Marquis de
Rofelle , par Mme Elie de Beaumont.
Ciroir une idée heureufe dans une femme qui
vouloit retrouver les devoirs d'une époufe & d'une
mère dans les exercices & les amuſemens de fon efprit
, que celle d'un Livre où les féductions du vice
& les charmes innocens de la vertu , font mis en
oppofition ; où un jeune homme , né tendre & confiant
, commence par fe laiger prendre aux piéges
d'une courtisanne , & finit par époufer une fille or-
* Ces Difcours le trouvent chez Demonville , Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , rue Chriftine.
24 MERCURE
"
née de tous les dons de la Nature & de la meilleure
éducation. Avec quel art , quelle fageffe , quelle dé .
licateffe doit- on manier l'efprit & les paffions d'un
jeune homme dans un âge fi rebelle aux remontrances
, dans une fituation f dangereufe ; & quels font
les principes de cette éducation qui prépare une
femme fi digne des refpects & de l'adoration de
fon mari ? Voilà le but moral de ce Livre , voilà les
utiles inftructions qu'on y reçoit.
Mais ce plan fi heureux en morale , préſentoit un
inconvénient dans l'objet dramatique. Les grands
dangers , les plus vives émotions ſe trouvent au
commencement de l'Ouvrage ; & après le tableau
des paffions , on n'a plus que celui de la fageffe . II
faut alors relever un intérêt moins vif par des acceffoires
heureux & variés , donner plus de force à la
raifon , plus de grandeur & de grâces à la vertu , &
rendre au Lecteur , en tableaux touchans & utiles , ce
qu'on lui a ôté en scènes orageufes ; ce qui n'exige
pas un moindre talent ; & après tout , je ne vois pas
ce qu'on peut reprocher à un Livre qui a toujours le
mérite propre aux fujets qu'il traite.
Après le mérite de l'utilité , celui qui diftingue le
plus ce Roman , ou plutôt ce qui le met dans la
claffe des bons Livres , c'eſt le mérite de la vérité
dans les événemens , les moeurs , les caractères Rien
de forcé ; par- tout la plus grande vraisemblance , la
plus heureufe fidélité . C'eſt un tableau de ce qu'on
voit tous les jours ; chacun des acteurs paroît un perfonnage
réel , & le lien même qui les affemble eft fi
fimple , qu'on fe prête auffi aifément à leur réunion
qu'à leur exiftence , Rien fur tout n'y paroît plus naturel
que les belles actions & les belles âmes , avantage
précieux pour ouvrir les coeurs à l'impreffion
des vertus , & qui appartient particulièrement à ces
Écrivains , qui , ne puifant que dans leur coeur les
maximes & les fentimens nobles & touchans , doivent
DE FRANCE. 25
Tent moins en manquer l'expreffion ou l'exagérer.
On s'étonne d'abord , on s'effraye même des perfonnes
& des scènes que l'Auteur entreprend de peindre
ou de décrire. Un homme fans morale & fans honneur
avec les femmes , une courtifanne & même les
agens de fes intrigues , quels objets fous la plume
d'une femme vertueufe ! Il eſt des vices que la prévoyance
maternelle ne doit pas négliger d'obferver
& d'approfondir ; & c'eft dans la peinture de ces
chofes , qu'il faut en même tems montrer & voiler ,
que la délicateſſe & la modeftie des femmes peuvent
fingulièrement réuffir ; le tableau ici a encore
plus befoin de décence que d'énergie. Celui qui eft
préfenté dans le Marquis de Rofelle , a toute la reffemblance
qu'il falloit. L'Auteur m'a dit comment
elle avoit connu des objets fiéloignés d'elle.On trouve
dans la bonne compagnie des gens qui ont beauvécu
dans la mauvaife. Elle fe faifoit inftruire
des faits ; puis elle compofoit fes plans , fur lesquels
elle prenoit enfuite l'avis des connoiffeurs.
coup
Les caractères ne font pas moins vrais que les
événemens , & ils font habilement deffinés.
*
Le Marquis de Varville n'eft pas copié d'après
une nature fauffe , comme le Verfac des égaremens
du coeur & de l'efprit ; perſonnage abſurde , qui emploie
tout fon efprit à réduire la fatuité en fyftême ,
comme s'il n'étoit pas plus court & plus sûr d'être
fat par inftinct & par habitude ! Il ne reffemble pas
non plus au Valmont d'un autre roman ; perfonnage
révoltant , qui met fa gloire & les plaifirs à
deshonorer les femmes , & qui est toujours atroce
fans un intérêt proportionné , fans paffion & fans
remords ; ce qui peut être fuivant la nature
des monftres dans l'efpèce humaine ; mais ce qui
me paroît oppofé au coeur de l'homme. Le. Matquis
de Varville eft un homme comme il en fut
N. 18 , 6 Mai 1786.
-
B
•
26 MERCURE
·
""
& comme il en fera toujours ; il n'a pour les femmes
ni amour ni fidélité , ni délicateffe , le tout parce
que cela feroit trop bourgeois ; & il s'eft fait un
point d'honneur d'élever les jeunes gens dans fes
principes , & de préfider à ces amours qui ne font
que des arrangemens.
Léonore montre une âme telle que celle qu'on voit
ordinairement dans les perfonnes de fa claffe ; &
tous les artifices n'offrent ten dont on n'ait vu des
exemples.
Les perfonnages vertueux devoient bien moins
coûter à l'Auteur. 3
M. de Saint-Séver , gâtant tout par le zèle étourdi
d'un efprit borné , eft un des feconds rôles de l'Ouvrage
, & n'en eft pas moins bien tracé.
Mile de Ferval eft un modèle accompli de grâces ,
de douceur & de générofité. Elle fait honorer davantage
fa mère , qui a cultivé avec une tendreffe f
éclairée cet aimable naturel. Combien elles font touchantes
l'une & l'autre à ce moment où la fille confie
à fa mère les premiers mouvemens de l'amour
qu'elle vient de découvrir dans fon coeur ! Tout le
charme des fentimens de la Nature , toute la beauté
de la verta s'emparent de l'âme , & la pénètrent ,'
dans les deux Lettres qui développent cette fituation
neuve au Théâtre & dans les Romans : il femble .
qu'elle étoit réservée au talent de Mme Élie de
Beaumont.
"
Mme de Saint- Séver , Mme de Narton & Mmede
Ferval ne paroiffent avoir & n'ont au fond qu'un
même.caractère , la vertu & la raifon réunies : mais
* Ce Roman , qui a obtenu & qui méritoit une fi grande
célébrité par le caractère de ſes beautés & de fes défauts ,
pourroit donner lieu à de grands éloges & à de longués
difcuffions.
DE FRANCE. 27
l'Auteur à fu les diftinguer par des nuances très-ketreufes.
La première , dans la pureté de fon coeur ,
ignore les paffions & l'art de les combattre. Il y a
auffi dans les morurs décentes & dans les caractères
fenfibles une grâce attirante qu'elle ne possède pas.
La feconde a plus d'expérience & da mon &
des hommes. Elle tempère , par de fages & d'amables
confeils , la douleur indifcrette de fon amie , &
elle lui enfe gne à donner plus de charmes à la
vertu .
*
La troifièine réunit la ſenſibilité de l'une & la fageffe
de l'autre ; elle eft la plus intéreflante des femmes
& des mèrès.
J'avoue qe je trouve quelque chofe à defirer dans
les deux autres perfonnages.
M. de Ferval a les procédés de l'amitié' ; mais il
n'en a pas affez la vive éloquence.
Le Marquis de Rofelle a le caractère qu'il lui
falloit pour tomber dans les erreurs eu l'Auteur vouloit
l'entraîner. Il joint la candeur de fon âge à cette
fenfibilité qui rend fi terrible la première pafion.
Mais il me femble qu'il a plutôt la conduite d'on
homme emporté par une grande paſſion , qu'il n'en a
les accens & la chaleur. On apperçoit aisément à
quoi tient cette imperfection. L'Auteur écrivoit , pour
ainfi dire', fous les yeux des femmes modeftes & des
mères vigilantes : elle vouloit inftruire fur les paffions
; elle craignoit de les communiquer. Ainfi il
fautrefpecter les fautes mêmes de cet Ouvrage , comme
des facrifices faits à la vertu .
La morale répandue dans le Livre , y est toujours.
placée à propos & développée avec réferve : elle natt
du fentiment , & en a le doux abandon . Un grand
nombre des Lettres de Mne de Narton & de Mme de
Feval , le liroicnt encore avec un grand intérêt ,
quand même on les détacheroit des événemens da
Bij
28 MERCURE
Livre , auxquels néanmoins elles fe rapportent tous
jours.
Le ſtyle a cette variété de formes & de convenances
qu'exigeoit un Ouvrage où l'on fait parler
les perfonnages. Ce qui y domine en général , c'eft
une excellente raifon , un goût sûr , une fenfibilité
vraie , un naturel qui allie la clarté & la fineffe ,
l'élégance & l'énergie.
fans
Mme la Marquife de Tencin étoit morte ,
avoir achevé fon Roman des Anecdotes d'Edouard
II. Il étoit trop inférieur à fes deux autres Ouvrages
Four ajouter à fa gloire. Mais le Public le de firoit ,
& on ne pouvoit le donner fans une continuation.
Mme Élic de Beaumont avoir accepté cette tâche
ingrate , dans laquelle elle avoit le double défavantage
de travailler d'après un mauvais plan , & le
plan d'une autre ; elle ne pouvoit guère y obtenir
que le mérite de rendre un fer vice & de vaincre une
difficulté. C'eft dans le Siége de Calais & le Comte
de Comminges qu'il faut chercher le talent de Mme
de Tencin ; c'eft dans le Marquis de Roſelle qu'il
faur chercher celui de Mme Élie de Beaumont.
Mme Élie de Beaumont a difcuté dans ſon Ou→
vrage une queftion dans laquelle elle étoit perfonnellement
intéreffée , celle de favoir s'il convient aux
femmes d'être inftruites. Auffi , elle a tempéré la
force de fes raifons de cette modération qui ne
fert qu'à les embellir , & qui eft le caractère d'une
âme délicate , qui craint toujours de trop s'échauf
fer dans fa propre caufe. Elle a évité de traiter une
autre queftion qui tenoit à celle- ci , celle de favoir
dans quelles vues une femme doit écrire , & fur
quelles efpèces de fujets. Ces queftions out aujourd'hui
plus que jamais un véritable intérêt , &
le réfultat en eft & favorable à l'Auteur du Marquis
de Rofelle , qu'il manquoit à l'éloge que je lui dois.
DE FRANCE. 29
LA Nature , en donnant aux femmes moins de
force , mais plus de délicateffe , ne les a deſtinées à
dominer ni dans la fociété conjugale , ni dans la
fociété civile ; mais elle les appelle au partage du
bonheur de l'homme & des progrès de fon efprit.
Voilà ce que demande la raison , & non ce que les
hommes ont établi ; car ils en ont fouvent ordonné
tout autrement.
Le Sauvage qui traite les femmes , non fuivant
l'ordre de la nature , mais d'après le penchant naturel
qu'ont les êtres forts à devenir des oppreffeurs,
le Sauvage en fait des efclaves qu'il condamne à cé
qui lui paroît le plus grand des maux , le travail.
Les peuples barbares , qui ont des affaires publiques
, fans connoître encore les liens de la fociété,
les rélèguent dans leurs maifons , dont ils leur laiffent
l'empire.
Les peuples de l'Orient , chez qui toute autorité
eft un defpotifme , méprifant & redoutant leur foibleffe
, & ne voyant en elles que des êtres voués à
une éternelle enfance , les renferment pour leurs
plaifirs fous une garde injuricafe & terrible , & ne
daignent recevoir d'elles que le fervice de perpétuer
leur race .
Les Nations civilifées , à qui les moeurs domeſtiques
ne fuffifent plus , qui cherchent de nouvelles
jouiffances dans cette communication d'idées & de
fenfations , dont leurs loifirs & des goûts plus rafinés
leur ont fait des befoins , appellent les femmes dans.
la fociété ; & fuivant les époques où arrive ce chan
gement , & les principes qui le dirigent , leur commerce
continuel avec les hommes adoucit les moeurs
ou les corrompt , ennoblit les âmes ou les dégrade.
Dans cette nouvelle poſition , l'ordre naturel n'est
nullement renversé à leur égard. Compagnes de
l'homme, elles doivent profiter de tous les efforts
Biij
30 MERCURE
qu'il fait pour agrandir ou embellir fon existence.
D'ailleurs , fi , dans ce nouvel état , les devoirs de leur
fexe restent toujours les mêmes , ils deviennent plus
délicats & plus étendus . Elles ne vivent plus tous
l'unique infpection de leur famille : elles font expo
fées aux regards de tout un peuple ; elles n'exiftent
plus dans des moeurs fimples , mais dans des moeurs
où la corruption eft entrée avec l'oifiveté & le luxes
& tout change alors pour elles. Leur naïve pudeur
devient de la modeftie ; leur vertu , de la fageffe ;
leur maintien perd- de fa fimplicité pour prendre de
la décence ; leurs actions & leurs difcours , qui
n'étoient que timides , fe revêtent des grâces de la
réferve. Leurs époux ne font plus des hommes groffiers
, qu'il faille calmer par une foumillion adroitez
ce font des hommes moins violens , mais livrés à
plus de paffions , à plus de vices , qu'il faut retenir
par des attentions aimables , diriger par de fages
confils. Elles n'ont plus feulement à élever des enfans
fains & robuftes; elles doivent les préparer à
tous les talens de l'efprit , à toutes les vertus morales.
A mefure que les lumières s'accroiffent & s'étendent
dans le fiècle où elles vivent , leurs devoirs exigent
une perfection qu'elles ne peuvent tirer que
d'un efprit heureufement & folidement cultivé. Prétendre
que la Nature les avoit condamnées à l'ignorance
, c'eft dire que la Nature , en deftinant deux
êtres de la même espèce à vivre ensemble , a permis
à l'un de s'élever , a ordonné à l'autre de ne faire
que ramper. Prétendre que l'ignorance leur eft
bonne , c'eft dire qu'il eft dangereux d'apprendre les
devoirs qu'on doit remplir. Ce font là des idécs
vraiment abfurdes ; c'eft là un préjugé auffi gothique
que celui qui a long- temps fait un deshonneur à la
Noblefle de cultiver les Sciences & les Aris.
Mais l'inftruction des femmes doit être relative
DE FRANCE. 31
à leurs devoirs . Les touchantes fonctions de mères
de famille , & cet aimable emploi d'embellir cettecommunication
continuelle que les hommes ont établie
entre- eux , & qui ne pourroit durer fi elles n'y
apportoient leurs graces & leur douceur ; telle ett
toute leur deftination ; & elle eft affez belle pour
qu'elles puiflent s'y renfermer avec joie & avec
gloire. Qu'elles ne recherchent donc pas ces grands
talens , ces vaftes connoiffances ces fortes études ,
néceffaires pour les grands emplois de la fociété
d'où elles font exclues. Une ambition plus douce ,
des fuccès mieux affortis à la délicateffe de leurs organes
leur font réſervés . Les talens agréables font
pour elles des talens utiles . Tout nouveau moyen de
plaire leur donne un droit de plus à cer empire
qu'elles obtiennent fouvent fur la fierté de l'homme.
Mais comment uferoient elles de cet empire utilement
pour l'homine , & par conféquent pour ellesmêmes
, fi leur amẹ n'étoit nourrie de fentimens
élevés , fi leur eſprit n'étoit cultivé par des connoiffances
férieufes ? Cependant toutes les connoiflances
férieufes ne leur conviennent pas , elles n'ont befoin
que de celles qui touchent à leurs devoirs , & qui
développent & perfectionnent en elles la fenfibilité
qui eft la raton des femmes.
D'autres études ne leur font pas défendues fans
doute ; mais par cela feul qu'elles ne leur font pas
néceffaires , elles ne doivent s'y livrer qu'avec une
forte de fcrupule. Si je ne craignois d'employer ici
ane comparaifon trop grave , j'oferois dire qu'elles
font à l'égard des Sciences ce que les Magiftrats font
à l'égard des amuſemens : avant de fe les permettre ,
elles doivent examiner fi d'autres objets ne réclament
pas leur temps & leurs foins. Un grand danger pour
elles de l'étude des Sciences , c'est que l'élévation &
l'éclat de celles- ci peuvent aiſément leur faire pren
Biv
MERCURE
dre en dégoût & en dédain les modeſtes occupations
qui leur font propres, Et dès qu'elles ne s'arrêtent
pas à ce qui leur eft bon dans l'inftruction , ølle leur
nuit , elle les déprave en quelque forte ; elle les dépouille
même de tous les charmes de leur fexe ; car
la beauté de chaque objet tient à des convenancès
inviolables.
Les femmes ne font pas moins nées avec le don
des talens qu'avec la faculté & le droit d'orner & de
cultiver leur efprit . Et pourquoi donc la Nature leur
auroit-elle accordé des talens , fi la ſociété leur défendoit
d'en faire ufage ? Quelle trifte & bizarre
févérité ! Les fruits des talens font-ils donc fi abondans
, qu'il foit jamais permis de les étouffer ? Et le
génie d'un fexe fingulièrement fenfible & délicat, ne
peut-il pas enrichir les Arts de certaines beautés que
lui feul recèle Il eft donc très- fimple , il eſt même
très heureux que les femmes écrivent quelquefois ;
mais qu'elles n'écrivent que fur les objets dont il
leur eft bon , dont il leur eft louable de s'occuper.
Il faut encore le répéter , ce charme des grâces , qui
doit toujours les accompagner , tient à cette règle.
De même que la vigueur de l'homme choqucroit dans
des corps embellis par leur foibleffe même ; de même
les grandes méditations , les longs travaux déparent
des efprits fi aimables , & fouvent les écrâfent. La
Nature rarement les a douées de cette puiffance de
moyens & de reffources qui termine glorieufement
les hautes entrepriſes. Il leur feta toujours plus heureux
de céder à la Nature que de la bravers en
s'épargnant des efforts , elles conferveront des grâces.
Je fais que la Nature n'eft jamais fi fidelle à fes loix ,
qu'elle n'admette quelques prodiges . On a vu des
femmes régner avec grandeur , d'autres s'illuftrer
dans les combats. Il femble même qu'en s'élevant
au-deffus de leur fexe , elles ayent cherché à furbor
DE FRANCE.
33
paffer le nôtre : comme fi elles n'avoient pu juftitiet
que par-là cet effor défordonné qu'elles avoient ofé
prendre ! Il eft poffible auffi qu'il s'élève dans les
Sciences, dans les Lettres, dans les Arts , des femmes
dignes d'être comparées aux plus beaux génies. Il
ne fera pas même impoffible que ces femmes réuniffent,
comme Clorinde , les charmes de leur ſexe à
la gloire du nôtre . Alors une admiration extraordinaïe
fera due à des chofes toutes prodigieufes ; mais
de fi étonnantes exceptions confirment même l'éternelle
loi de la nature à laquelle les femmes les plus
illuftres par leurs talens ont toutes foufcrit. Que
trouvons- nous en effet dans les Ouvrages de la
Fayette , des Tencin , des Grafigny , des Riccoboni ,
de l'Auteur du Théâtre d'Education , de celui des
Converfations d'Emilie , j'ajouterai encore de celui
du Marquis de Rofellé, que la peinture des fentimens
qu'elles connoiffent le mieux , que les leçons qu'il
leur appartient fur- tout de nous donner ? Je me félicite
de trouver du côté de mes principes des noms
intéreflans & fi chéris.
Voilà le genre d'inftruction & de talent qu'il eft
beau , qu'il eft utile à une femme de pofféder. Il ne
lui refte plus , après cette gloire , qu'à la couvrir de
cette intéreſſante modeftie qui cache en elle l'Auteur
, pour ne laiffer voir que l'épouſe tendre , la
mère vigilante , la femme fenfible qui jouit des
Arts & des talens beaucoup plus qu'elle ne les juge.
Tous ceux qui l'ont connue , favent que telle étoit
l'Auteur du Marquis de Rofelle .
UNE femme que les talens & fes connoiflances
ne faifoient que rapprocher davantage des vertus de
fon fexe & de fen état , devoit être bien touchante
& bien refrectable dans fa vie domeftique ! Mais la
vie d'une femme- de - bien , qui ne s'eft pas trouvée
Bv
34
MERCURE
dans des fituations extraordinaires , eft rarement
composée de faits mémorables. Les bonnes actions
Y font de tous les momens , & s'y perdent dans la
paifible fucceffion des mêmes devoirs toujours fidèlement
remplis. La mode eft venue de deshonorer
en quelque forte les bonnes actions , en les infcrivant
faltueufement dans des Ecrits publics. Certes ,
c'eft bien mal fervir la vertu , que de lui prodiguer
une récompenfe qu'elle n'a pas dû fe propoſer ; & .
n'eft-ce pas troubler fon pur bonheur que d'y faire
entrer de la vanité ? Sans doute il eft des actions qui
honorent l'humanité , & qu'il faudroit graver fur
les monumens les plus folemnels : mais il eſt auffi
des vertus plus fimples qu'il faut laiffer fous le voile
qui les cache ; elles font dans l'intérieur des familles
l'entretien de ceux qui en furent les témoins ; leur
doux fouvenir prolonge & embellit les regrets de
l'amitié : voilà leur digne prix , voilà la gloire qui
leur eft propre. L'éloge des vertus privées de Mme
Élie de Beaumont eft dans la tendre eftime d'un
grand nombre de perfonnes refpectables de tous les
rangs , de qui elle a été connue. Celles qui l'ont appechée
de plus près favent combien fon inaltérable
douceur , fa politeſſe vraie & nob'e , une gaieté
douce , un excellent efprit , une inftruction plus folide
encore qu'étendue , une mémoire rare , la connoillance
& le goût de prefque tous les talens , une
élocution facile , un heureux mêlange de prudence
& d'abandon , le ton de la meilleure compagnie , &
une figure qui n'étoit pas celle de la beauté , mais
celle de la vertu , rendoient fon commerce intéreſfant.
Elles ont pu auffi voir ou éprouver fouvent
quel coeur elle avoit pour les malheureux , dont l'état
de fon mari & fa fenfibilité l'approchoient plus
qu'une autre , pour les perfonnes qui étoient dans
fa dépendance , pour celles dent le bonheur étoit plus
DE FRANCE. 35
particulièrement confié à les foins & à fa tendreffe,
& pour les amis , qu'elle confeilloit utilement , qu'elle
foulageoit au moins par les plus tendres confolations
, dont elle s'occupoit dans les heures folitaires ,
& qui la revoyoient le lendeman avec un projet
pour leur bonheur , ou un fuccès déjà obtenu ....
Au milieu de toutes les peines qui ont troublé ſa
vie, elle a eu un bonheur qui lui convenoit bien , celui
d'être unie au fort d'un homme qui devoit arriver
de bonne heure à une des plus belles réputations
du Barreau. Autant il eft trifte & cruel pour une
femme d'une ame élevée & délicate , d'un efprit
diftingué , d'appartenir à un mari étranger à toute
efpèce de gloire & de mérite ; autant il lui eft doux
d'être affociée à cette confidération publique où les
talens , les vertus , les fervices conduifent les Avŏcats
du premier ordre . Alors elle trouve dans la
maifon ces nobles amufemens dont elle a befoin 55
elle vit au milieu des objets qui l'intéreffent ; &
elle peut aimer davantage un mari dont elle s'honore.
Heureux aufli l'homme de talent , l'homme de
mérite qui trouve dans la compagne de fa vie des
idées & des fentimens qui relèvent fon amie , qui
animent fon génie ; qui voir autour de lui l'eftime
& l'amitié s'accroître fans ceffe pour la perfonne
qu'il chérir le plus , & qui peut à fon tour le couvrir
du refpect & de l'intérêt qu'elle infpire ! Quoique
Mme Elie de Beaumont jouît de la réputation de
fon mari & de la fienne propre , c'étoit dans d'autres
objets qu'elle trouvoit les vrais plaiúirs de fon coeur.
Elle avoit un fils , dont l'éducation & le bonheur
étoient les objets de toutes fes pcnfées . Si cet enfant
répond à fes tendres foins , lorfqu'il faura encore
mieux les apprécier , il fe dira avec la plus profonde
douleur , qu'il avoit la meilleure des mères , & qu'il
ne l'a plus.
B vj
36
MERCUREST
Quifaura jamais toutes les peines que peut éprou
ver une femme tendre & fenfible , chez qui tous les
chagrins font plus vifs & plus profonds , & qui
fouffre encore des maux de toutes les perfonnes qui
lui font chères ? Mais ces âmes trouvent ſouvent en
elles-mêmes de grandes fources de bonheur. Leur
manière d'aimer un père , un fils , un époux eft remplie
de délices qu'elles feules connoiffent ; & loin de
s'épuifer dans ces vives , dans ces premières affec
tions , elles favent encore ſe répandre dans d'autres
fentimens. Tous les coeurs qui aiment font aimés ;
il n'y a que les hommes froids & égoïſtes qui vivent
dénués d'intérêt & d'attachement. Mais l'eftime & la
bienveillance obtenues & rendues ne compofent
qu'une amitié ordinaire. Il en eft une autre pour
laquelle peu de gens font faits , & que bien peu de
ceux qui en froient dignes trouvent à former C'eft
dans celle que vous avez toujours des objets ou
repoler votre coeur , qui affiftent à vos actions , à
vos rêveries , pour qui vous recueillez toutes les penfées
, tous les fentimens qui ont occupé & agité
votre âme , & de qui vous attendez tout ce que vous
leur réfervez . L'exiſtence fe double dans ces unions
intimes , qui fe forment de ce qu'il y a de plus pur
dans les pailions , de plus aimable dans la fageffe ;
après la douleur de l'épanchement , vous y goûtez
cel'e des affect ons partagées , vous y jouiffez de tour
ce qu'il y a de bon & de varié dans des âmes qui
s'entendent , de tout ce qu'elles s'empruntent ,
tout d'une confcience qui s'épure & s'ennoblit fans
ceffe par le bonheur qu'elle reçoit. Il fut accordé à
la digne femme dont je fais l'éloge , d'éprouver &
d'infpirer certe efpèce d'amitié dans laquelle c'eft
unc faveur des cieux de mourir le premier , & qui
ne laiffe plus dans la vie d'autre bonheur
charme des regrets & des fouvenirs.
que
furle
DE FRANCE.
37
Toutes les vertus de Mme Élie de Beaumont venoient
de l'inépuifable bonté qui faifoit fon caractère.
Elle portoit la bonté à un excès qui mérite'
d'être remarqué. Née avec une fenfibilité très - prompe-
& très -vive , tout l'affectoit fortement , & fouvent
jufqu'à la douleur & l'impatience. Mais perfuadée
que la douceur & la complaifance étoient les vertus
particulières de fon fexe , elle s'étoit fait une loi dès
fa jeuneffe d'immoler toujours les goûts , de diffimuler
fes peines , de ne laiffer échapper ni plaintes
ni reproches. Dans les affaires , dans les amofemens
de la fociété , la crainte de chagriner ou celle de
déplaire la tenoit fans ceffe attentive à ce que defiroient
les autres ; elle n'en exigeoit rien , elle en
fouffroit tout. Elle renonçoit à fes volontés au point
de laiffer croire qu'elle n'en avoit point. Le monde
eft plein de gens qui s'accommodent parfaitement
d'un pareil caractère , & qui en abuſent avec cruauté.
Auffi , ces facrifices fans ceffe renaiffans la déchiroient
, ufoient une fanté naturellement délicate ,
& troubloient les plaifirs auxquels elle étoit le plus
fenfible. Ses amis lui reprochoient tant de factifices
pour des perfonnes qui ne favoient pas
même les appercevoir. Elle même s'en accufoit
comme d'une foibleffe ; mais jamais il ne fut en elle
ni de ceffer de s'offrir pour victime , ni de l'être ›
fans douleur. Je ne connois rien de plus touchant que
ce caractère , qui eft fouvent celui des plus vertueu- -
fes femmes. Il appelle autour d'elles ces tendres
foins , ces attentions délicates inventées par leur
fexe parce qu'il en éprouve davantage & le prix
& le befoin.
Mme Élie de Beaumont a été enlevée avant l'âge
qui touche à la vieilleffe , & par une maladie fubite
qui l'a tout d'un coup fait paffer d'un état de convalefcence
à un état de mort , trois jours avant fa:
38 MERCURE
mort même. Ainfi elle a encore éprouvé un malheur
toujours redouté des âmes aimantes , celui de quitter
tout ce qui nous eft cher , fans donner & recevoir
ces trifles adieux qui font la dernière douleur & la
dernière confolation de la vie.
Mme Élie de Beaumont , fille de M. Dumefnil
Morin , qui a pour la feconde fois le malheur de
furvivre à un enfant chéri , étoit née à Caën au mois
de Juillet 1730 ; elle eft morte à Paris le 12 Janvier
1783 .
SPECTACLES.
CONCERT SPIRITUEL.
Nous n'ajouterons à ce que nous avons dir
des Concerts de la Quinzaine de Pâques , que
pour parler d'un nouveau Stabat de la compofition
de M. David , qui a été exécuté le
Vendredi 21. Cet Ouvrage , comme morceau
de mufique , a paru très-bien fait. La mélodie
en eft très-agréable , l'harmonie très - pure ,
très-bien entendue , diftribuée avec beaucoup
d'adreffe & d'efprit ; on voit que cette compofition
eft d'un homme confommé dans fon
Art. Si on l'examine du côté de l'expreflion,
elle aura beaucoup moins de mérite. Il y
manque fur- tout le caractère général de pa
thétique indiqué par les paroles; & ce caractère
manque même aux morceaux visible-
>
DE FRANCE. 39
ment calqués fur le Stabat de Pergolèze. On
l'a fort applaudi , parce que le chant aura toujours
fur l'âme & fur l'oreille une véritable
puiffance , fupérieure même à celle de l'ex-.
preffion. L'expreffion eft une convention de
l'art , elle eft par conféquent jufqu'à un certain
point arbitraire ; la mélodie eft dans la
Nature , & fon effet doit être auffi invariable
que général. Il faut fe garder d'en conclure
que l'expreffion doive être négligée ; mais
feulement que le beau chant eft en musique
la première chofe à trouver , & que le beau
chant d'accord avec l'expreffion , eft la perfection
de l'Art . La feconde partie du motet
de M. David , moins agréable que la première
, n'a pas eu le même fuccès. Ces deux
derniers Concerts nous ont fait entendre les
Artiftes les plus diftingués de cette Capitale ,
M. Duport fur le violoncelle ; M. Michel fur
la clarinette , M. Ozy fur le baffon , & Mme
Gautherot fur le violon.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
LE Lundi 24 Avril , on a fait l'ouverture de
ce Théâtre par une repréſentation d' Edipe ,
Tragédie de Voltaire , fuivie des Rivaux
Amis , Comédie en un Acte & en vers , par
M. Forgeot.
Avant la Tragédie , M. Naudet , dont nous
avons annoncé la réception dans le dernier
Mercure , a prononcé le Difcours fuivant.
MERCURE
ра
MESSIEURS
A peine admis parmi les talens à qui vous avez
confié le dépôt de vos richeffes Dramatiques , je
viens remplir un devoir confacré par un long ufage ,
qui eft devenu tout-à-la-fois une jouiffance pour
notre amour-propre , & un beſoin de nos coeurs. Je
viens fervir d'interprète à notre reconnoiffance pour
yos bontés , & à notre zèle pour vos plaifirs . Mais
mi nous , Meffieurs , quelque enhardi que l'on
foit par vos fuffrages & par de long fuccès , jamais
ce de voir n'a été rempli qu'avec une forte de crainte :
c'eft que dans d'autres temps , quand nous paroiffons
devant vous , nous fommes cachés , pour ainfi
dire , fous le perfonnage que nous repréfentons ;
nous avons à fixer vos regards fur les monumens du
génie, ici , Meffieurs , nous ne vous montrons que
nous feuls ; c'eft de nous , c'eſt de vous- mêmes que
nous ofons vous entretenir. Mais s'il fut jamais une
époque où nous ayons dû être raffurés par la continuité
de vos fuffrages , c'eft fans doute le moment
qui vient de s'écouler , puifque jamais nous n'avons
reçu des preuves fi conftantes de votre glorieufe
adoption. Le jour qui ferma rotre année Dramatique
, nous avons déploré devant vous les pertes
que nous annonçoit cette révolution , & nous avons
ofé célébrer les talens qui nous étoient enlevés . Nous
n'avions pas craint que
leur éloge fatiguât votre in
dulgence : ces louanges qui , dans un autre moment ,
auroient pu fembler pour nous une jouiffance trop
perfonnelle , affligeoient bien plus notre coeur qu'elles
ne flattoient notre amour- propre ; elles avoient leur
excufe dans une douleur que vous partagiez ; & la
fenfibilité qui nous les infpirot , étoit bien sûre de
trouver dans vos propres cours une fecrette intelligence.
Mais, Meffieurs , après nous être acquittés de
DE FRANCE. 41
ce trifte devoir , nous avons aujourd'hui d'autres
fentimens à exprimer. Nous nous fømmes remplis
alors de l'amertume des regrets : il nous eft maintenant
permis de nous livrer aux charmes de l'efpérance
; il nous eft permis de vous faire entendre
les promeffes du zèle qui s'élance vers l'avenir. Le
fentiment de ce que nous avons perdu , n'a pu affoiblir
celui de nos devoirs envers vous. C'eft à nous à
remplir par des foins affidus , par les reffources d'un
travail opiniâtre, le vuide des talens qui nous ont été
ravis ; c'eft à nous à ajouter à nos moyens, que leur
retraite vient d'affoiblir , par le nombre & la variété
de nos efforts. Mais , que dis- je , Meffieurs ? Nous
ferons toujours appréciés par les mêmes juges , dirigés
par les mêmes guides : l'école qui a formé les
plus célèbres talens eft encore ouverte à notre ambition
; le défefpoir de les égaler feroit peut- être
tout-à- la- fois affligeant pour nous & injurieux à
vous - mêmes . Jadis l'ancienne Grèce , prodigue
d'Apothéofes , après avoir peuplé le ciel de fes Héros
, trouvoit encore de nouveaux autels à élever ;
la gloire cultive un laurier qui ne meurt jamais ;
elle peut prodiguer fes bienfaits fans craindre de
jamais s'appauvrir ; & quand on veut être couronné
par les mains , on doit moins fonger aux périls dụ
combat qu'à l'honneur de la victoire . Our , Meffieurs ,
Pémulation enfante des miracles ; & fi nous ofons
manifefter ici l'efpérance d'en obtenir , le defir de
vous en offrir l'hommage juftifie ce mouvement
préſomptueux : c'eft la douce illufion ' du zè'e ; & il
attefte bien moins notre orgueil que notre reconnoiffance.
»
Ce Difcours a été fort applaudi ; M. Naudet
l'a prononcé avec une timidité motivée fans
doute par l'accueil très-diftingué que le Public
lui venoit de faire , en le voyant entrer pour
4:2 MERCURE
remplir les devoirs d'un Comédien reçu . Nous
fommes loin de lui reprocher cette timidité
qui fait l'éloge de fon coeur & de fa modeftie
; nous pouvons affirmer au contraire
qu'elle a beaucoup ajouté à l'intérêt que cet
Acteur honnête & raifonnable infpire depuis
deux ans.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE même jour , l'ouverture de ce Théâtre
s'eft faite par une repréſentation des Deux
Tuteurs , Comédie en deux Actes , par . M.
Fallet , mufique de M. d'Aleyrac , fuivie des
Evénemens Imprévus Comédie en trois
Actes , par feu M. d'Hell , mufique de
M. Grérry.
و
Avant le Spectacle on a repréſenté la Rencontre
Imprévue ( 1 ) , Compliment Dramatique
en vers , par M. Desforges. Cette baga
telle n'a pas été favorablement accueillie ; elle
roule prefque entièrement fur la queſtion tant
de fois agitée dell'eftime due à la profeffion du
Comédien. Un M. Delphis , qui , par foibleffe
pour une feconde femme , a chaflé fon fils de
la maifon paternelle , le retrouve après cinq
ans , fous le nom de Fleurval , & fous le coftume
d'un Acteur , à l'inftant même où il va
(1 ) Ce Compliment eft imprimé , & fe vend à
Paris , chez Prault , Imprimeur du Roi , quai des
Auguftins.
DE FRANCE. 43
préfenter au Public les hommages de fa fo--
ciété il s'éleve d'abord contre l'état que
Fleurval a embraflé , celui - ci fait l'apologie
› des Comédiens , & Delphis convaincu lui rend
fon coeur & tous les droits d'un fils: après
quoi Fleurval harangue l'affemblée ..
Le Théâtre peut plaider toutes les caufes
& traiter toutes les queftions ; mais pour fixer
l'attention , pour obtenir l'indulgence du
Public , il
y faut encadrer avec adreffe les
tableaux qu'on veut faire paffer fous ſes yeux.
Quand les Spectateurs s'attendent à des hommages
, à des affurances de zèle , à des preuves
de refpect , il eft dangereux de venir
heurter leurs opinions.... ....Que
l'état du Comédien foit difficile & très - difficile
, que les Comédiens foient des hommes
eftimables , ou qu'ils puiffent l'être au moins ,
cela eft prouvé : ce qui ne l'eft pas , c'eft qu'on
doive anéantir l'anathême attaché à leur état,
tant qu'il fe trouvera parmi eux beaucoup de
gens flétris par une conduite licencieufe &
par des actions répréhenfibles. Plus on eft
en vue , plus , lorfqu'on defire de la confidération
, on doit compte au Public de fes
mours ; & quelle eftime peut-on accorder
à ceux qui méprifent l'opinion généralé , qui
font trophée du relâchement des principes ?
Servons - nous ici des idées de M. Desforges ,
en changeant un feul mot au dernier vers de
la tirade que nous voulons citer.
Les moeurs font perfonnelles ;
Le vice & la vertu font de tous les étais ;
44 MERCURE
La Scène flétrit l'un dans fes portraits fidèles ,
Et prête à l'autre mille appas.
Le plaifir fe montrant fous cent formes nouvelles ,
Fait goûter ces leçons en les rendant plus belles..
Malheur aux coeurs peu délicats ,
Nuls pour le fentiment , à la raifon rebelles ,
Qui viennent les donner , & ne les fuivent pas.
Avec ce mot donner , fabftitué au mot entendre
, employé dans la verfion de M. Desforges
, la condamnation des Comédiens qui
n'ont point de moeurs eft opérée de nouveau
d'une manière invincible. Réfumons : le Public
eft jufte........ il couvre d'hommages &
d'éloges les Acteurs qui s'honorent à fes yeux ;
il rappelle toute la févérité des cenfures pour
en punir ceux qui femblent rejeter fon eftime ;:
& cette juftice diftributive nous paroît faite
pour être approuvée par tous les efprits raifonnables.
M. Desforges a joué la Comédie , il
s'eft diftingué par une honnêteté rare ; il eſt
époux d'une Actrice aufli recommandable par
fa conduite que par fa beauté en plaidant la
caufe des Comédiens , il n'a écouté que le cri
de fon coeur ; qui oferoit lui en faire un reproche
?
Nous parlerons dans le prochain Mercure
de l'Habitant de la Guadeloupe , Comédie en
trois Actes & en profe , par M. Mercier ,
repréfentée pour la première fois avec beau
coup de fuccès , le Mardi 25 Avril.
འཕོས་ ིད་
DE FRANCE.
45
ANNONCES ET NOTICES.
NOUVELLE Edition des Ouvrages de Mme Riccoboni
, en 8 Vol in- 8 ° . , ornés de vingt-quatre
Figures en taille- douce.
Dès long- temps les Ouvrages de Mme Riccoboni
jouiffent d'une eftime auffi univerfelle que méritée ,
& le Public apprendra avec plaifir qu'on en prépare
une nouvelle Edition exécutée fous les yeux de l'Auteur,
On ne demande aucun argent aux Soufcripteurs
; on n'exige qu'un engagement de payer à mefure
qu'on recevra ; encore cet engagement ne lierat-
il qu'autant qu'on fera content de l'Edition.
" Les quatre premiers Volumes feront délivrés au
premier Juillet de la préfente année , temps où la
Loufcription fera irrévocablement fermée. Le prix.
du Volume in 8. , orné de trois figures en tailledouce
, fera de 3 liv. 12 fols pour les Soufcripteurs ,
& de 4 liv. 10 fols pour ceux qui n'auront pas
foufcrit.
variab
LES Perfonnes qui ont foufcrit pour le terme de
Jain 1785 au Courier Lyrique & Amufant ( Ouvrage
compofé d'Ariettes nouvelles , de Romances ,
de Vaudevilles avec ou fans mufique , & d'Anecdo:
es curieufes en deux Parties , formant feize
pages in- 8 ° . tous les quinze jours , fans compter la
Couverture , fur laquelle fe trouvent l'Almanach
pour chaque quinzaine , & des Notices ou des Annonces
de Gravures , de Mufique , &c . ) ſont averties
que leur Abonnement expire au premier Juin
de cette année , & que le Numéro qui leur fera
rendu au 15 Mai , en fera le dernier. Celles qui
46 MERCURE
.
voudront recevoir ce Journal depuis cette époque ,
font priées de foufcrire dans le courant de Mai ,
afin qu'on ait le temps d'imprimer les adreffes , &
de déterminer le nombre des Exemplaires à tirer.
Le prix de l'Abonnement eſt toujours de 14 liv.
pour Paris , & de 16 liv . 8 fols pour la Province ;
mais l'année 1785 fera pour ceux qui n'ont pas
foufcrit de 16 liv. à Paris , & de 18 liv. 8 fols en
Province , & elle augmentera d'année en année de
2 liv. ; ainfi en 1787 elle fera de 18 liv . à Paris , &
de 20 liv . & fols en Province . Il en fera de même
des autres années .
On fouferit à Paris , chez Knapen & fils , Imprimeurs-
Libraires , rue Saint André- des -Arcs ; en
Province, chez tous les Libraires , & à tous les Bureaux
de Pofte & de Feuilles périodiques.
LES ufs de Pâques de mes Critiques , Dialogues
mêlés de Vaudevilles , par M. de Piis , Ecuyer ,
Secrétaire- Interprête de Mgr. Comte d'Artois , de
l'Académie Royale des Belles Lettres d'Arras. Prix ,
2 liv. 10 fols . A Londres ; & fe trouve à Paris ,
chez la Veuve Valade , Imprimeur Libraire , fue
des Noyers ; la Veuve Duchefne , Libraire , rue S.
Jacques, & chez Hardouin & Gattey, Libraires ,
au Palais Royal .
M. de Piis dans cette Brochure difcute en profe
& en vaudevilles les critiques qu'on a faites de fon
Poëme fur l'Harmonie. Voilà donc la caufe portée
au tribunal du Public , c'eft à lui de prononcer entre
l'Auteur & les Journaliſtes .
COLLECTION Univerfelle des Mémoires.
Tome XV, contenant les Mémoires de Bayard , &
Tome XVI , contenant ceux de Fleuranges & de
Louife de Saveye'
Oa fouferit toujours pour cette précieufe Collec
DE FRANCE. 47
tion à Paris , rue d'Anjou - Dauphine , n ° . 6. Prix ,
48 liv . pour douze Volumes.
HISTOIRES choifies des Auteurs Grecs ,
Sacrés & Profanes , en Grec , première Partie , in-
8. Prix , 1 liv. 4 fols br . Novum Teftamen=
tum , un Volume in- 12 , faifant fuite à la Collection
des Auteurs Latins . Prix , 6 liv, relié en veau
doré fur tranche . A Paris , chez Barbou , Imprimeur
Libraire , rue des Mathurins.
On a tiré fur vélin trois Exemplaires de ce dernier
, dont l'exécution eft très- foignée.
TROISIEME Livraifon de la troifième année de
la petite Bibliothèque des Théâtres , pour laquelle on
foufcrit au Bureau , rue des Moulins , Bunte Saint
Roch , nº . 11 , & chez Belin , Libraire , rue Saint
Jacques Brunet , Libraire , rue de Mariyaux
près du Théâtre Italien .
Ce Volume contient Jérôme & Fanchonnette ,
Nicaife , les Racolleurs , la Veuve indécife & la
Canadienne , quatre Pièces de Vadé.
TREIZIEME Livraifon des Euvres de Plutar
que , formant le Tome VII des Hommes Illuftres.
A Paris , chez Cuffac , Libraire , rue & carrefour
Saint Benott.
Ce Volume , orné de Figures , comprend les
Vies d'Alexandre & de Jules Céfar comparées ,
celles d'Agis & Cléomène comparées avec celles de.
Tibérius & Caïus .
44
La quatorzième & quinzième Livraiſon , qui
doivent former les huitième & dix- neuvième de la
Collen , font fous preffe , ainfi que le quatrième
& cinquième du Théâtre des Grecs , Ouvrage imprimé
de même format que le Plutarque , & orné
48 MERCURE
de Gravures , dont les fujets font tirés des monu
mens antiques.
COLLECTION Académique , compofée de Mémoires
, Actes ou Journaux des plus célèbres Académies
& Sociétés Littéraires de l'Europe , concernant
la Phyfique , l'Histoire Naturelle , la Botanique , la
Chimie, l'Anatomie , la Médecine , la Méchanique
, &c. in- 4° . A Paris , chez G. J. Cuchet , Libraire
, rue & hôtel Serpente ; & à Liége , chez
C. Plomteux , Imprimeur.
On vient de publier de cet important Ouvrage
les dixième & onzième Volumes , partie Françoife,
contenant la fuite de l'Hiftoire & des Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris.
Faute à corriger.
Le Traité des Succeffions légitimes fe trouve chez
Froullé, Libraire , quai des Auguftins.
Nota. Pour le Bureau Typographique de M.
Reybert , annoncé dans le N ° . précédeat , s'adreffer
feulement à l'Auteur , à Avignon , rue Sainte Cathefine
, & à tous les Bureaux de Pofte.
TABLE.
Sur la triſte condition de l'Encyclopédie ,
PHomme,
Air de l'Amour Filiale ,
gryphe,
3 Académie Françoiſe ,
Variétés ,
TE
21
23
1
3.
8 Comédie Françoiſe , 39
Charade, Enigme & Logo Concert Spirituel,
Camille , ou Lettres de deux , Comédie Italienne ,
-Filles de cefiècle , 18 Annonces & Notices ,
Dix -huitième Livraison de
JAIla
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 6 Mai 1786. Té n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ics Mai 1916. GUIDL
KEROITA 32XL
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 13 MAI 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
REPONSE d'un Homme de Cour à la Dame
de Province , Auteur de l'Apothéofe du
Chevalier d'Affas.
Des dons du coeur & du génie
ES
Peut-on faire un plus noble emploi ?
21
Mère illuftre autant que chérie ,
Qui connoît mieux l'honneur que toi ?,
Souffre que je me glorifie
Moins encor du fang qui nous lie ,
Que de ton zèle pour ton Roi ;
Que de ces beaux & nombreux gagos
Qu'Hymen t'a donnés de la foi.
Quand tes Enfans & tes Ouvrages
Raviffent nos coeurs tour- à- tour ;
No. 19 , 13 Mai 1785.
C
III
199 A
3
so
MERCURE
Quand de la Ville & de la Cours
Tu réunis tous les fuffrages .
60
Je dois , par un jufte retour
T'adreffer auffi mes hommages.
L'on ne comptoit jufqu'à ce jour ,
Que le Ciel te rend fi profpère
Pour trois Grâces qu'un feul Amour
Mais , quoi qu'il en foit , à Cythère ,
Chez toi , chaque Grâce a fon frère.
Pour former ces êtres paiffans , 2M
Ces êtres déjà fi charmans ,
O que ta méthode eft parfaite !
Tu fais , dans tes plus chers momens
* Quelque rang que tienne à la Cour ce qu'on appelle
un Grand , qu'il ne foit permis , comme tel , de me faire
honneur ici d'appartenir à une Famille de Province aufki
diftinguée par fon ancienneté & ſes alliances ; qu'intéreſfante
par fes talens , les fervices , fes ver us ; & d'applaudir
enfin à fes fentimens , que Mme la Baronne de Thomaffin
inférée
de Juilly exprime a bien dans fa Lettre fublime ,
dans le N °. 7 ; & qui , par l'impreffion profonde dont elle
a dû pénétrer les Lecteurs Patriotes , ne peut que leut
firefpecfaire
defirer de mieux connoître cette Famille ,
table à tous égards. On fait que long- temps avant & après
les croifades , la Maifon de Thomaffin, étoit une des plus
illuftres des deux Bourgognes ; & l'on voit dans Moréri ,
à l'art. Bourbon , & par la Carte Généalogique de France ,
qu'elle eft alliée au onzième degré à la Couronne , par le
mariage de Jean de Thomaffin , Chevalier des Ordres du
Roi,avec Huguette de Bourbon , en 1575. ( Note de l'Augeur-)
DE FRANCE
.e
Leur infpirer tes fentimens.
Bravant la mode & l'étiquette ,
A les foigner tu mets le temps
Qu'une autre perd à ſa toilette.
Où font donc , te dir la coquette,
Vos pompons & vos diamans ?
Tu ne réponds à l'indifcrette
Qu'en lui faiſant voir tes enfans.
De fon luxe e'le eft fatisfaite ;
Mais toi , tu ne fais faire emplette
Que de vertus & de talens .
De leur bonheur quel doux préfage !
Pour modèle ils ont ton époux :
Ne trouveront-ils pas en vous
Ces qualités dont l'affemblage ,
Qui fait de Guerrier & le fage.
Devient hi rare parmi nous ?
Au milieu des armes nourrie ,
Ainfi ta Minerve aguerrie ,
Pour leur faire fuir le repos
Retrace à leur âme ravie
Des tiens la gloire & les travaux.
Tu fais qu'une autre Cornélie
Ne s'acquitte envers la patrie
Qu'en lui formant d'autres Héros.
Qui donc , en louant la mémoire
Du plus généreux des Soldats ,
Cij
$2 MERCURE
Leur feroit mieux fentir la gloire ,
Que l'on acquiert dans les combats ?
Sur ce fujet ne penfe pas
Qu'on te difpute la victoire.
Oui , fans doute, tu garderas
Ce prix que ton zèle propofe :
L'immortelle ne femble éclofe
Que pour couronner tes appas ;
Tu faifois ton apothéose
En faifant celui de d'Affas.
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Sage- Femme ;
celui de l'Enigme eft Langue ; celui du Logogryphe
eft Harmonie , où l'on trouve
Maine , noir, ami , air , Rome , moire , or
haine , âne , mine , rame , arme , ré, mi ,
marne , mer.
POUR i
CHARADE.
OUR tenter la fortune on va fur mon premier ;
On regrette fouvent l'emploi de mon dernier ;
Et femme fans défauts , c'eft plus que mon entier.
( Par M. le Chevalier de Meude Monpas. )
DE FRANCE.
33
ENIG , M E.
N'A-T'ON pas vu fouvent au milieu des combats ,
Sans être armé de la fanglante Égide ,
Ce fexe doux , charmant , fi foible & fi timide ,
Porter dans tous les rangs l'horreur & le trépas ; -
Et n'ayant que moi feul pour moteur & pour guide
Égaler en valeur l'intrépide Guerrier ?
C'est moi qui le couvris d'un immortel laurier.
Plus d'une fois j'ai fauvé la Patrie ;
Et cependant je vois ma mémoire flétrie.
Coeurs fenfibles , telle eft la rigueur de mon fort,
Qu'on me punit après la mort.
Ah ! lorfque j'ai ceflé de vivre ,
Devroit- on encor me pourſuivre ?
Pour rendre enfin mon nom plus odieux
On me ferme encore les cieux.
J'ATTIX
Mc
( Par M. l'Abbé Bemède , à Bordeaux. )
LOGO GRYP HE.
'Arfix pieds bien comptés, Lecteur, & je fuis blonde ;
Si tu veux me décomposer ,
couper tête & cou , tu trouveras dans l'onde
Mon refte tout entier.
( Par M. le Comte de la Guerrande. )
C iij
34 7
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉTUDES Poétiques , ou Imitations en vers
de différens Auteurs.
Sequitur non paffibus aquis..
VIRG. Æneid.
* ༣༩
in- 8° . A Paris , de l'Imprimerie de Cloufier,
rue de Sorbonne , 1785 .
PoOuUrR mettre nos Lecteurs en état de juger
jufqu'à quel point peut ou ne peut pas s'appliquer
ici cette épigraphe modefte , qui , en
général , pourroit être celle de prefque tous
les Traducteurs & Imitateurs , tant en profe
qu'en vers , nous allons rapprocher des originaux
quelques- unes de ces imitations ; mais
il eft jufte d'obferver que ce font de fimples
Imitations , & non des Traductions , &
que tout Auteur a le droit d'être jugé fur ce
qu'il annonce , fur ce qu'il entreprend , &
non fur ce qu'il auroit pu entreprendre. Ainſi,
lorfque nous aurons lieu de remarquer que
l'Auteur a rendu certaines idées , certaines
images fournies par fes modèles , & qu'il en
a négligé d'autres , ou qu'il les a remplacées
par des idées & des images à lui , il s'enfuivra
feulement qu'il n'a voulu ou qu'il n'a pas
pu fuivre de plus près fes originaux ; mais on
pas
DE FRANCE. $ 5
ne pourra pas lui en faire un reproche , comme
on feroit en droit d'en faire un en pareil cas
à un véritable Traducteur.
Voici l'imitation de la troisième Ode , Livre
fecond d'Horace.
Equam memento rebus in arduis
Servare mentem non fecùs ac bonis ,
Ab infolenti temperatam
Latitiâ , moriture Delli.
Ami , quand chaque pas te conduit à la mort ,
A quoi bon de tes voeux importuner le Sort ?
Laiffe errer dans fon vol la Fortune incertaine ,
Et vois d'un oeil égal (es faveurs & fa haine.
Horace ne parle point de ces voeux dont
l'imitateur fuppofe que Dellius importune
le Sort ; il donne un confeil à Dellius , & ne
lui fait pas un reproche. Il l'exhorte à conferver
l'égalité d'ame dans une & l'autre
fortune , mais il ne l'accufe de rien.aming
De plus , quelle difference y a- t'il entre
lefort & la fortune , pour les placer ainfi à
Côté l'un de l'autre dans deux vers confécutifs
?
Dans le premier vers , l'Imitateur nous
paroît avoir très - bien développé le moriture
Delli , en fondant fur cette néceffité de mourir,
le précepte de l'égalité de l'âme dans l'une
& l'autre fortune .
La ftrophe fuivante :
Seu maftus omni tempore vixeris , &c.
Civ
56 MERCURE
nous paroît prefque entièrement omiſe dans
l'imitation.
Quà finus ingens albaque populus
Umbram hofpitalem confociare amant
Ramis, & obliquo laborat
Lymphafugax trepidare rivo.
Allons dans ce beau lieu , cher au Dieu du Printemps,
Où le pin , jufqu'au ciel portant fa tête altière ,
Marie au peuplier fon ombre hofpitalière ,
Tandis qu'un clair ruiffeau , d'un cours laborieux ,
Lutte avec les cailloux de fon lit tortueux.
Si on excepte ce lieu , cher au Dieu du
Printemps , qui n'eft point dans l'original
& qui ne fait ici ni bien ni mal , qui peut
même paroître en quelque forte fondé fur
ces mots qu'on trouve dans la fuite :
Nimiùm breves
Flores amona ferre jube rofa ,
tout le refte de la ftrophe nous paroît véritablement
traduit & bien traduit.
Huc vina , & unguenta , & nimiùm breves
Flores amana ferrejube rofa ,
"
Dum res , & atas & Sororum
Fila trium patiuntur atrá.
Là , couchés fur les fleurs tout fraîchement écloſes ,
Mêlons au doux nectar le doux parfum des roses ,
Et du charme innocent des fimples voluptés
Embelliffons nos jours que les Dieux ont comptés..
14
DE FRANCE.
$7
Ces deux derniers vers font de la paraphrafe ;
mais en général tous ces vers font faciles &
agréables .
Cedes coemptis faltibus & domo,
Villaque flavus quam Tiberis lavit ,
·
Cedes ; & extructis in altum
Divitiis potietur hares.
Un jour , tes yeux fermés par les Soeurs inhumaines ,
Ne s'égareront plus, fur tes vaftes domaines ;
Tu ne reverras plus tes antiques forêts ,
Ni le fleuve argenté qui baigne ton palais ,
Et de tes vains trésors l'orgueilleux édifice
Fera d'un héritier triompher l'avarice .
Dans les premiers vers , l'Imitateur a lié
habilement les Parques qui , dans l'original ,
terminent la ftrophe précédente , avec le
commencement de celle- ci :
Cedes coemptis faltibus & domo.
La Traduction de cette ftrophe eft encore
affez fidelle ; l'édifice de tes tréfors , expreffion
hafardée peut - être , femble juſtifiée par
l'original, extructs in altum divitiis , à moins
qu'Horace n'entende par- là les palais & les
maifons de l'homme riche .
Divefne prifco natus ab Inacho
Nil intereft , an pauper & infimâ
De gente fub dio moreris
Vidima nil miferuntis orci.
C▾
58 MERCURE
>
Sois du vieil Inachus l'illuftre rejeton ,
Ou le plus vil mortel fans aſyle & fans nom
De fa cruelle faulx , la Mort inexorable
Viendra trancher ta vie , heureufe où miférable.
Cette Traduction eft auffi littérale que
peut l'être une Traduction en vers.
Omnes eodem cogimur , omnium
Verfatur urnâ feriùs , ocyus
Sors exitura , & nos in aternum
Exilium impofitura cymba.
La même loi s'étend fur les hommes divers ;
Ils font tous attendus dans la nuit des enfers :
L
Ils y tombent en foule ; & dans fa frêle barque
sy.
Caron paffe à la fois le Pâtre & le Monarque. 4
L'image de la barque eft confervée , elle
eft même développée , quoique fans l'idée
impofante d'un exil éternel ; mais cette urne ,
cette loterie d'où doit fortir tôt ou tard le
billet faral de chaque individu , toute cette
image eft perdue , & n'eft remplacée que par
ce vers :
Ils font tous attendus dans la nuit des enfers.
L'imitation de l'Ode d'Horace à la fontaine de
Blandufie , nous paroit encore mériter le nom
de Traduction.
Ofons Blandufia , fplendidior vitro,
Dulci digne mero non fine floribus
Cras donaberis hado
DE FRANCE
59
Cui frons turgida cornibus
Primis, & venerem & pralia deftinat
Fruftrà: nam gelidos inficiet tibi
Rubrofanguine rivos
Lafcivi foboles gregis.
O Fontaine de Blandafie ,
Digne de mêler ton cryſtal
Au pourpre des vins d'Afie ,
Moins brillant que les fleurs qui bordent ton canal ,
Demain je dois te faire hommage
D'un folâtre chevreau qui , de ſon dard naiſſant
Inquiétant déjà des rivaux de fon âge ,
Aux plaifirs de l'amour prélude en bondiſſant.
Inutiles tranfports ! vaine & trompeufe attente !
Il ne jouira point de ces plaifirs fi doux ;
>> Loin de fa lafcive amanté ,
bapo Il tombera fons mes coups ,
Et fon fang rougira ton onde tranſparente.
Tout cela eft un peu paraphrafé ; & , encore
un coup , c'eſt tout ce que le Poëte François
a promis. La couleur des vins d'Afie , moins
brillante que les fleurs qui bordent le canal
de la fontaine , tout cela eft étranger à l'original.
7
Dulci digne mero , non fine floribus
eft plus fimple & d'un goût plus pur.
Et venerem , & prælia deftinat ,
ي ر
´eft paraphrafé , mais d'une manière poétique
C vj
60 11 MERCURE
& brillante ; le refte de la feconde ftrophe eſt
traduit :
Te flagrantis atrox hora canicula
Nefcit tangere , tu frigus amabile
Feffis vomere Tauris
Prabes & pecori vago.
O fortuné ruiffeau ! la canicule ardente
A toujours refpecté tes limpides trésors ;
Le boeuf laffé du joug , & la brebis bêlante ,
Toujours viennent chercher l'ombre rafraîchiffante
Que les arbres touffus épanchent fur tes bords.
Il feroit difficile de mieux traduire , même
en profe; lefrigus amabile pourroit être attribué
à la fraîcheur des eaux de la fontaine ,
dans le même fens que gelidos rivos ; mais le
Traducteur étoit autorifé par les vers fuivans
à parler d'arbres & d'ombrages.
Saxis ,
Cavis impofitam ilicem
prouve que l'ombre des arbres concouroit au
moins aufrigus amabile.
Fies nobilium tu quoque fontium
Me dicente cavis impofitam ilicem
Saxis , undè loquaces
Lympha defiliunt tua,
Parmi les fontaines fameuses ,
Ton nom , ô Blandufie ! un jour ſera fameux,
Je chanterai ta gloire , & ce roc fourcilleux
3
DE FRANCE. GI
Qui fetentit du bruit de tes eaux écumeuſes
Et la fombre épaiffeur de ces vertes yeufes
Qui dérobent ta fource aux regards curieux.
Ce font fix vers pour quatre ; mais la traduction
eft exacte, complette , & d'une aifance
originale.
L'Ode neuvième du premier Livre :
Vides ut altâ ftet nive candidum
Soracte , & c.
eft bien plus paraphrafée . Nous n'en citerons
que la dernière ftrophe , une des plus jolies
& des plus remplies de grâce qui foient dans
toutes les Odes d'Horace :
Nunc & latentis proditor intimo
Gratus puella rifus ab angulo ,
Pignufque dereptum lacertis ,
Aut digito malèpertinaci."
Il guide l'amant curieux
Vers le réduit mystérieux
Où fe cache en riant la Beauté qui l'engage ;
Elle veut fuir en vain : il faut laiffer pour gage ,
Soit l'anneau que retient fon doigt capricieux ,
Soit la rofe attachée à fon joli corſage ;
Larcin permis , monument ou préfage
D'autres larcins encor plus précieux.
Ces deux derniers vers font ingénieux ;
mais ils ont le tort d'exprimer ce qu'Horace
par délicatelle n'a voulu que faire entendres
6.2 MERCURE
le doigt capricieux eft joli & poétique ; mais
c'étoit le doigt malicieufement opiniátre, male
pertinaci , que la Traduction eût exigé.
Le Poëte François a auffi changé un des
gages : au lieu d'un braffelet , pignus dereptum
Lacertis , il a mis pour plus de galanterie la
rofe attachée à fon joli corfage : il étoit le
maître ; il n'eft qu'imitateur.
Le Poëte n'eft pas moins heureux dans
l'imitation de Virgile que dans celle d'I-lorace.
Il nous paroît rendre très -fidèlement la
feconde églogue , celle d'Alexis . Nous ne
pouvons la citer ici toute entière; mais nous
en choifirons divers morceaux , & nous mettrons
la traduction ou imitation de M. Greffet
à côté de la nouvelle. Le Lecteur jugera du
mérite refpectif de l'une & de l'autre.
Ocrudelis Alexi , nihil mea carmina curas ,
Nilnoftri miferere ; mori me denique coges :
Nunc etiam pecudes umbras &frigora captant
Nunc virides etiam occultant Spineta lacertos ,
Theftylis & rapido feffis mefforibus aftu
Allia ferpyllumque , herbas contundit olentes :
At mecum rancis tua dum veftigia luftro ,
Sole fub ardenti refonant arbufta cicadis .
Cruelle Lycoris , tu dédaignes ma flamme ;
Mes chants n'ont pu fléchir la rigueur de ton âme :
J'en mourrai !... Voici l'heure où , des fombres forêts
Les troupeaux fatigués cherchent l'ombre & le frais ;
Couché fur ces gazons , le moiffonneur tranquille
DE FRANCE. 63
Attend le mets frugal qu'affaifonne Theftyle ,
Et le fouple lezard que la chaleur pourfuit ,
Dans le creux des buiffons le dérobe & s'enfuit ;
2
Moi , courant fur tes pas , malgré lepoids du hâle,
Je joins mes cris au chant de la rauque cigale.
• Nous ne trouvons guères à reprendre dans
cette tirade que l'hémiftiche fouligné malgré
le poids du hale , où l'image nous paroît manquer
de jufteffe & l'expreflion d'agrément.
I
Voici comment M. Greffet rend ce mor
ceau , ou plutôt comment il l'imite d'une manière
beaucoup plus libre , c'est-à - dire , beaucoup
plus éloignée de l'original.
Hâtez -vous , fombres jours d'une odieufe vie ,
Puifque toute espérance à mes voeux eft ravie ;
Puifqu'an autre Berger emporte vos amours ,
Pourquoi , cruelle Iris , voudrois -je encor desjours ?
Du moins , plaignez les maux que ma langueur me
caufe ;
Il eft Pheure dujour où tout ici repole :
Le Moiffonneur tranquille à l'abri du foleil ;
Répare fa vigueur dans le fein du fommeil;
Auprès de leurs troupeaux , dans un bocage fombre ,
Sylvie & fon Berger goûtent le frais de l'ombre.
Privé de ces loifirs , & bravant la chaleur,
Je promène en ces bois ma plaintive douleur.
A mes gémiffèmens l'écho paroît ſenſible ;
Tout me plaint : votre coeur refte feu! inflexible !
Ceci eft bien moins une Traduction où une
64
MERCURE
Imitation qu'une autre églogue fur le même
fujet. Il y a d'ailleurs des expreflions ou peu
heureuſes ou peu poétiques : emporte vos
amours manque de jufteffe ; il l'emportefur
moi , mais il obtient vos amours. Voudrois-je
encor desjours ? eft un tour moins concis quèfec
& fans harmonie. Il eft l'heure du jour eft
profaïque.
On peut remarquer encore qu'au lieu de
dix vers qui correfpondent à huit , en voilà
quatorze.
Nonne fuit fatius triftes Amaryllidis iras
Atque fuperba patifaflidia ? nonne Menalcam
Quamvis ille niger , quamvis tu candidus eſſes ?
Oformofe puer, nimiùm ne crede colori:.
Alba liguftra cadunt , vaccinia nigra leguntur.
Oh ! que n'ai- je plutôt , fidèle à mon Iris ,
Supporté fa colère & fes triftes mépris !
Que n'ai- je de Phyllis , à qui j'avois fu plaire ,
Payé le tendre amour par un retour fincère !
Son teint , je l'avouerai , flétri par la chaleur ,
Du teint de Lycoris n'avoit pas la blancheur;
Mais fi de plus d'attraits tu te montres ornée ,
Ne vois -tu pas la roſe en un moment fanée ,
Tandis qu'au ſein de l'herbe , aimant à fe cacher ,
Long- temps la violette invite à la chercher ?
On ne manquera pas de remarquer que
voilà dix vers pour ciq ; mais auffi tout eft
rendu avec aifance & avec autant de naturel
que de liberté. Nous obferverons feulement
DE FRANCE.
د و ر
que le choix de la violette pour le vaccinia
nigra , amène une defcription qui a plus de
rapport à la modeftie , dont la violette eft le
fymbole , qu'à la noirceur dont il s'agit ici ,
& que cette defcription n'eft pas par conféquent
d'une logique auffi exacte que
Alba ligaftracadunt , vaccinia nigra leguntur. ,.
Voyons M. Greffet.
Que n'ai je pour Phyllis brûlé des mêmes feux!
A la fille d'Arcas que n'ai - je offert mes voeux !!”
Leurs graces, il eft vrai , n'égalentpoint vos charmes
Mais leur coeur moins ingrat m'eût coûtë moins de
larmes.
ભા
Ah ! ne comptez point tant fur vos belles couleurs ,
Un jour les peut Aétrir , un jour Aétrit les Acurs ;
La Beauté n'eft qu'un lys : l'Aurore l'a vu naître ;
L'Auroré à fon retour ne le peut reconnoître.
Ces vers font agréables ; mais c'eft une mo
ralité générale fur la fragilité des fleurs , fubf
tituée à la comparaifon des fleurs de couleur
différente.
Defpectus tibi fum , nec qui fim quaris , Alexí !
Quàm dives pecoris , nivei quàm lactis abundans;
Mille mea Siculis errant in montibus agna z 20 veľ
Lac mihi non aftate novum , non frigore defit . : i
Canto qua folitus, fi quandò armenta vocabat,
Amphion Dirceus in Altao Aracyntho. G
Nec fum adeò informis : nuper me in littore vidi'yi
66 MERCURE
Cùm placidum ventis ftaret mare : non ego Daphnim
Judice te , metuam , fi nunquamfallat imago.
Nouvelle Traduction.
Cruelle , tu te ris d'un malheureux qui t'aime ;
Ton coeur n'a point pitié de ma douleur extrême ;
Et tu fuis , fans daigner t'informer feulement
Des biens qu'à tes defirs peut offrir ton amant.
Mille blanches brebis , fur les monts dde Sicile
Livrent à mes cifeaux une toifon docile ;
Un lait par , au printemps , écume entre mes doigts,
Et ne tarit pas même aux plus rigoureux mois.
Je fais des airs charmans qui raviroient ton ame:
Amphion les chantoit pour l'objet de fa flamme ,
Quand , Pafteur comme moi ; mais fouffrant moins
de maux,
Sur le haut Aracynthe il gaidoit,fes troupea x.
Je ne fais pas horreur : l'autre jour du rivage,
Dans le miroir des flots je voyois mon image;
Si je dois à mes yeux ajouter quelque foi ,
Je puis te laiffer juge entre Daphnis & moi ,
M. Greffet.
Pourquoi mefuyez- vous? J'ai de nombreux troupeaux
Dans les champs qu'Aréthufe enrichit de ſes eaux.
En lait délicieux mes brebis font fécondes
Lors même que l'hiver glace l'air & les ondes :
D'Amphion dans mes chants je ranime les airs ,
J'obtiens fouvent le prix des champêtres concerts ;
DE FRANCE 67
*
Et fi le ruiffeau pur qui coule en ce bocage ,
N'abule point mes yeux d'une fatteufe image
Și la mer nous peint bien dans le miroir des eaux
Quand l'haleine des vents n'ébranle point les flors,
Souvent j'ai confulté ce cryftal immobile , and
Mon air e cède en rien aux grâces de Mirtyle.
Ici l'avantage nous paroît être du côté de
M. Grellet ; il eft moins long , il eft plus poetique.
Ces deux vers :
Pourquoi me fuyez-vous? J'ai de nombreux troupeaux,
Dans les champs qu'Aréthufe enrichit de fes eaux
d
répondent aux fix premiers du nouveau Tra
ducteur. Ils font plus fumples à la fois & plus
harmonieux . Mille blanches brebis , cet hemiftiche
péche un peu contre l'harmonie ,
ainfi que cet autre : Aux plus rigo reux mois
& l'image du lait qui écume entre les doigts ,
peut n'être pas agréable. Les deux vers correfpondans
de M. Greffet n'ont aucun de ces
inconvéniens ; ils font fimples & doux.
En lait délicieux mes brebis font fécondes
Lors même que l'hiver glace l'air & les ondes.
Si ce fecond vers rend un peu longuement le
feul mot frigore , il eft la traduction de ces
autres vers de Virgile :
Et cùm triftis hyems.
Glacie curfus franaret aquarum .
Et fi le ruiffeau par qui coule en ce bocage
68 MERCURE
N'abufe point mes yeux d'une flatteufe image.
Ces deux vers rendent plus agréablement &
plus poétiquement lefi nunquamfallat imagos
que ce vers :
Si je dois à mes yeux ajouter quelque foi.
A la vérité le dernier vers :
•
Je puis te laiffer juge entre Daphnis & moi ,
eft bien parfaitement la traduction littérale
de ces mots :
Non ego Daphnim
Judice te metuam .
Huc ades , 6formofe puer ! tibi lilia plenis
Ecce ferunt Nympha calathis ; tibi candida Naïs ,
Pallentes violus & fumma papayera carpens ,
Narciffum &florem jungit benè olentis anethi ;
Tùm cafiâ atque aliis intexens fuavibus herbis ,
Mollia luteolapingit vaccinia calthâ.
Ipfe ego sana legam tenerâ lanugine mala ,
Caftaneafque nuces mea quas Amaryllis amabat ;
Addam cerea pruna ; & honos erit huic quoque pomo
Et vos , ô lauri , carpam , & te , proxima myrthe ,
Sic pofita quoniam fuaves mifcetis odores.
Nouvelle Traduction .
Viens , viens , ô Lycoris ! les Nymphes de nos champs ,
En vêtemens légers & les cheveux flottans ,
Répandront fur tes pas leurs corbeilles de rofes ;
DE FRANCE.
69
Leur main , aux fleurs du lys nouvellement éclofes ,
Déjà mêle pour toi le narciffe odorant ,
La pâle violette & le pavot brillant ,
Et de leurs frais bouquets entourés de verdure ,
Nuance au gré des yeux la riante peinture.
Moi, conduit par l'Amour , au doux émail des fleurs
De non humble verger je joindrai les primeurs ;
Je t'abattrai le fruit du châtaigner fertile ,
Préfent cher autrefois à la belle Amarylle ;
Je cueillerai la prune aux contours colorés ,
Et des pinceaux de Flore en paſſant effleurés ;
L'or des coings brillera dans mes mains amoureufes ;
Et vous , myrthes , lauriers , de vos branches heureuſes
,
Pour plaire à Lycoris , confondant la verdeur,
Vous viendrez l'embaumer de la plus douce odeur.
M. Greffet.
Tout s'embellit pour vous , tout pare nos campagnes ;
Flore fur votre route affemble fes compagnes ,
D'une moiffon de fleurs les chemins font femés ,
De l'encens du printemps les airs font parfumés ;
Une Nymphe des eaux , plus vive que l'abeille ,
Vole dans les jardins , & remplit fa corbeille :
Sa main fait affortir les dons qu'elle a cueillis .
Et marier la rofe au jeune & tendre lys;
Du freit de mon verger vous aurez les prémices ,
De la jeune Amarylle i's feroient les délices ;
Ces fruits font colorés d'un éclat vif & doux,
700€
MERCURE
?
Ils feront plus charmans quand ils feront à vous :
J'ai des myrthes fleuris : leur verdure éternelle
Eft le fymbole heureux d'une chaîne fidelle ;
Je vous cultive auffi des lauriers toujours verds ;
J'en confacre fouvent au Dieu des tendres vers.
Dans la comparaifon générale de ces deux
morceaux , M. Greffet eft plus Poëte , l'autre
eft plus Traducteur ; il eft plus près de l'original
, il a par confequent l'air plus antique.
M. Greffet eft très - fouvent François & moderne.
Ces airs parfumes de l'encens du printemps
; cette verdure éternelle des mythes,
qui eft le fymbole heureux d'une chain fidelle,
tout cela non- feulement n'eft pas dans Virgile
, mais n'eft pas dans fon goût , tout cela
eft François ; mais ce qui l'eft encore plus ,
ce font ces traits d'une galanterie dont les Anciens
ne paroiffent pas feulement avoir eu
l'idée , ils étoient tendres , ils n'étoient pas
galans. Ces fruits qui feront plus charmans
quand ils feront à vous , ces menfonges évidens
& même grofliers de la galanterie ou de
la fadeur Françoife , n'étoient point à l'ufage
des Romains , même corrompus. M. Greffet
retombe fouvent dans ce ton François , &
reffemble , malgré lui , bien plus à Fontenelle
qu'il critique , qu'à Virgile qu'il admire. Si
Virgile dit avec fa fimplicité ordinaire , en
parlant de deux chevreaux :
Jampridem à me illos abducere Theftylis orat ,
Et feciet , quoniam fordent tibi munera noftra,
DE FRANCE. 71
ce que le nouveau Traducteur rend ainfi
peu poétiquement peut-être , mais très- littéralement
.
A tes yeux cependant , fi l'offre en eft trop vile ,
Il faudra , malgré moi les donner à Theftyle ,
M. Greffet orne à la Françoiſe cette fimplicité
du fard de la galanterie.
Laure enfera jaloufe. Elle aimoit ces chevreaux ;
Maispour d'autres qu'Iris de tels dons font trop beaux;
On pourroit quelquefois appliquer à M.
Greffet la critique un peu févère qu'il a faite
lui-même des églogues de Fontenelle.
La Bergère , outrant ſa parure,
N'eut plus que de faux agrémens ;
Le Berger , quittant la Nature ,
N'eut plus que de faux fentimens ;
Et ce qu'on appela l'églogue ,
Ne fut plus qu'un froid dialogue
D'Acteurs dérobés aux Romans.
Si nous examinons dans la nouvelle Traduction
tout ce morceau de l'énumération
des préfens de Corydon , nous trouvons dans
le fecond vers un effet bien fenfible de l'influence
de la rime.
Viens , viens , ô Lycoris ! les Nymphès de nos champs
En vêtemens légers & les cheveux flottans.
Il n'y arien du tout de ce vers dans Virgile ;
mais du moins ce vers eft fimple , & il eſt
72 MERCURE
affez dans le coftume antique . Ces deux vers :
Et de leursfrais bouquets entourés de verdure,
Nuance , au gré des yeux , la riante peinture ,
rendent affez poétiquement ces vers trèspoétiques
:
Tum cafiâ atque aliis intexens fuavibus herbis ,
Mollia luteola pingit vaccinia calthâ.
C'eft dommage que la confonnance desfrais
bouquets ne foit pas agréable !
Moi , conduit par l'Amour, ce conduit par ·
l'Amour, dans une églogue toute amoureufe ,
eft proprement du rempliflage .
Je cueillerai la prune aux contours colorés , 10
Et des pinceaux de Flore en paffant effleurés .
Il y a de l'image & de la poéfié dans ces deux
vers , mais peut-être un peu trop de parure ;
Virgile avoit dit feulement , cerea pruna.
Et vous , myrthes , lauriers, de vos branches heureuſes
Pour plaire à Lycoris , confondant la verdeur.
Cés vers nous font naître un fcrupule peutêtre
déplacé on confond plufieurs objets ;
en confond- on un feul? On confond des couleurs
, on confond les différens verds ; mais la
verdeur n'eft- elle pas unique ? Il eft vrai que
c'eft la verdeur des branches des myrthes &
des lauriers , ce qui indique la verdeur diverfe
de ces diverſes branches ; d'ailleurs , la poéfie
a des priviléges plus forts même que celui- là.
En général ces Etudes , ou Ellais du Nou
veau
DE FRANCE. 73
veau Traducteur, nous ontparu mériter qu'on
s'attachât à les examiner & à les comparer ; &
ce n'eft pas une petite gloire pour lui de figurer
avec avantage entre Virgile & Greffet.
( Ces Etudes poétiques font du même Auteur que
l'Effai fur l'Amour. )
THEATRE de M. Rochon de Chabannes,
fuivi de quelques Pièces Fugitives , 2 vol.
in-8°. A Paris , chez la Veuve Duchefne,
Libraire , rue S, Jacques.
Des dix Pièces de Théâtre qui compofent ces
deux volumes , neuf ont été repréſentées , &
l'ont été avec beaucoup de fuccès ; il fuffira de
rappeler leurs titres : Heureufement , Comédie
en un Acte & en Vers ; la Manie des Arts ,
Comédie en un Acte & en Profe ; les Valets
Maîtres de la Maifon , Comédie en un Acte
& en Profe ; Hilas & Silvie , Paftorale en
un Acte & en Yers ; les Amans Généreux ,
Comédie en cinq Actes & en Profe , imitée
de l'Allemand de Lefling , comme les Ménechmes
& l'Avare de Plaute ont été imitées
par Regnard & par Molière ; l'Amour François
, Comédie en un Acte & en Vers ; le
Seigneur Bienfaifant , Opéra en quatre
Actes ; le Jaloux , Comédie en cinq Actes &
en Vers; & la Tribu , Comédie en un Acte
& en Profe. Les huit premières ont été
jouées à Paris ; la neuvième a été repréfentée
le 30 Septembre 1781 , fur le Théâtre
de Strasbourg , à l'occafion des fêtes féculaires
pour la foumiffion de la Ville à Louis
No. 19 , 13 Mai 1786 .
D
74 MERCURE
XIV, Le Duel , Comédie en un Acte & en-
Profe , imitée de l'Allemand , n'a point encore
été jouée à Paris ; nous fommes d'autant
plus étonnés de l'infouciance de l'Auteur pour
cet ouvrage , que par la manière dont il eft
imité , par le dialogue , par le ſtyle , par
l'effet & par le but moral , il devoit lui faire
le plus grand honneur . * Le rôle de Morgan
Jui appartient en entier ; l'original 'Allemand
n'en offre aucune trace : ceux du Marquis
& du Chevalier de Villeneuve font refondus
en grande partie : l'atrocité de la querelle qui
motive l'action eft adoucie , & le dénouement
eft auffi noble qu'intéreffant. Une très - courte
analyfe fuffira pour faire connoître cet ou
vrage.
Le Marquis de Villeneuve a donné fa fille
à M. de Montbriffon ; ce mariage a déplu
au Chevalier fon fils , qui deftinoit un autre
époux à fa foeur. Pendant un voyage que
le père & la fille ont fait à la campagne , le
Chevalier s'eft expliqué , fur le compte de fa
four , d'une manière infultante pour elle &
pour fon mari ; les deux beaux- frères vont
vuider leur querelle , lorfque le Marquis &
Mme de Montbriffon reviennent, Une lettre
(1) Nous apprenons qu'un jeune Auteur a traité
Le Duel en trois Actes & en vers , & qu'il a préfenté
fon Ouvrage à la Comédie Italienne. Il ignoroit
Lans douté que cette Pièce , comme elle eft imitée ,
appartient bien plus à M. Rochon qu'à la foène
Allemande,
DE FRANCE.
75
laiffée par un valet , fur une table , apprend
à Mme de Montbriffon que fon mari va fe
battre ; elle ignore avec qui , & recommande
fon mari à fon père , à fon frère lui -même.
Les deux adverfaires émus , attendris , mais
entraînés par l'opinion , tirent leurs épées ;
ils font interrompus d'abord par un M.
Morgan , brave Officier , mais poffedé de la
manie du duel , & qui ne veut que les conduire
dans un lieu où ils puiffent fe battre
fans crainte d'être féparés , enfuite , par le
Marquis de Villeneuve qui a tout appris . Cette
Scène eft d'un grand intérêt . Nous en allons
citer quelque chofe.
Le Marquis DE VILLENEUV
Ingrats enfans , frère dénaturé , époux barbare !
quel cas avez-vous fait de nos larmes , de notre
déſeſpoir? ah! vous méritiez d'être jetés fur la terre
fans y trouver un père qui vous reçût dans fes bras .
une foeur qui vous fit connoître l'amitié , une époule
qui vous aidat à fupporter les peines de la vie !
Allez , Montbriffon , allez embraffer votre fils .
peut- être pour la dernière fois . Comment foutiendrez-
vous fon fouris , fes careffes , l'afpe& de fa foibleffe
! Il foulève encore à peine fes foibles bras qui
demandent votre appui ; & vous vous êtes impofé la
loi de l'abandonner ! A qui allez - vous le remettre ?
eft ce à une mère infortunée, qui fans doute ne vous
furvivra point? eft - ce à moi , dont la tombe touche à
fon berceau ?
M. E MONTBRISSON
,
Ah! ne me tracez pas ces images ! ma femme &
vous , mon père, vous vivrez pour mon fils, fi le fort
vous conferve le vôtre.
Dij
76
ushint
MERCURE
Le Marquis DE VILLENEUVE
Que tu connois mal le coeur de ma fille & le
mien ! Eh! de quel oil crois- tu que je reverrai ce
malheureux & trop coupable enfant , s'il revient ton
vainqueur... N'es - tu pas devenu mon fils ? Et ...
pour vous , M. le Chevalier , je ne vous parle pas
de votre père : vous l'avez tant de fois oublié !
Le Chevalier DE VILLENEUVE.
Ah I ne me montrez pas ce front févère , ne vous
refulez pas à mes embraffemens ! Mon père , fi
vous pouviez lire en ce moment dans mon coeur ,
mes remords me rendroient votre tendreffe.
Le Marquis DE VILLENEUVE,
-
Malheureux ! ai je pu te la retirer ? ... Ah ! mon
fils , mon fils ! toi qu'une gloire mal entendue a
toujours précipité d'erreurs en erreurs ! Toi , à ,
qui cet habit ( 1 ) doit retracer aujourd'hui vivement
tes obligations , frémis , fi tu fais réfléchir , frémis de
la pofition où tu te trouves. Ton régiment t'attend ;
on eft à la veille d'une bataille ; & tu n'y feras pas!
Le Chevalier DE VILLENEUVE , ( avec la plus
། vive émotion.)
Et je n'y ferai pas ! ......
Le Marquis DE VILLENEUV E.
Vas te battre contre un frère , mourir dans ton
lit , ou te fauver de ta patrie en fugitif. Tu n'as plus
le choix de ta vie ou de ta mort. Voilà nos malheurs.
Vous connoiffez vos devoirs : embrailezmoi
, mes enfans , & partez fi l'honneur ne vous
laiffee aucun moyen de conciliation .
(¹) Il porte l'úniforme,
MA
DE FRANCE. 77
Le Chevalier DE VILLENEUVE,
L'honneur m'en offre un , & la préſence de Morgan
m'enhardit à le faifir. J'ai provoqué votre colère
, Montbriffon ; mais je l'avois méritée , & je
dois expier à vos pieds l'offenfe que j'ai faite à ma
foeur, à ma famille & à mon beau-frère . Êtes - vous
fatisfait ?
M. DE MONTBRISSON.
Ah , mon cher Chevalier ! je ne puis que vous
ouvrir mes bras , & vous preffer contre mon fein.
Le Chevalier DE VILLENEUVE.
W
Oui , preffe - moi contre ton fein ; je ne fuis plus
qu'un autre toi-même. Ah loin de pouvoir me battre
déformais contre toi , j'expoferois mille fois mes
jours pour conferver les tiens ; & fi jamais quelqu'un
me reprochoir cette réconciliation , fut- ce
Morgan lui-même…………. ´
M. MORGAN.
Eh ! que diantre , moi , je vous admire ! Ils fe.
font déjà battus , M. le Marquis ; & s'ils recommençoient
, après ce qui vient de fe paffer , je ne les reconnoîtrois
plus pour mes amis . La fociété d'hier fe
réunit encore aujourd'hui , je conterai ce que j'ai
vu ici ; je ferai même mention , M. le Chevalier ,
de la petite propofition que vous m'avez faite de
vous couper la gorge avec moi , & je dirai aux Militaires
qu'après vous avoir embraffé tendrement, je
vous ai prié de me prendre pour fecond toutes les
fois que vous rencontreriez deux hommes affez malhonnêtes
pour vous reprocher la plus belle action
de votre vie.
Ou nous nous trompons fort , ou ce dé-
D iij
MERCURE
nouement produiroit au Théâtre le plus grand
effet il rappelle la noble excufe que fait
Édouard à Saint-Preux dans la Nouvelle Héloïfe
; excufe que le Citoyen de Genève appelle
énergiquement l'Héroïsme dela valeur.
L'action d'ailleurs eft bien établie , bien conduite
, & filée avec intérêt.
#
Le Jaloux , Comédie dont le fuccès
eft décidé , eft ici imprimé avec des Variantes
ces Variantes le rétabliffent coinme
il étoit avant d'être repréfenté. J'offre
ici mon Jaloux , dit M. Rochon dans une
Préface , comme je l'avois fait d'abord ,
quand le defir de faire mieux ( & je me fuis
peut- être trompé alors ) m'engagea à compofer
un nouveau troisième Acte. Nous croyons
qu'en effet le mieux a été ici l'ennemi du bien,
& que le troifième Acte que M. Rochon vient
de faire imprimer, eft très - fupérieur à l'Acte
qu'on joue à Paris. Celui- ci eft fait en grande
partie aux dépens d'un récit charmant que
la Soubrette devoit faire au premier Acte , &
qui a tout perdu à être mis en action . On en
va juger.
Madame , après dîner , dormoit dans le falon ,
Et moi , je travaillois dans la pièce attenante .
Il entre , il l'apperçoit , s'avance à petits pas ;
Et dans une extafe charmante
Il admire d'abord..... que n'admire- t'il pas ?
D'un homme de vingt ans la vue eft fi perçante !
Rien de fi fou que fes tranſports , les jeux :
Quelle importance il met aux plus petites chofes !
DE FRANCE.
-17
Il badine avec fes cheveux ;
Sur les lys de fon fein il effeuille des rofes ;
Il conjure l'Amour , qui la livre à fes yeux,
De pénétrer dans l'âme de fa Belle ,
De l'entretenir de fes feux ,
Et d'y porter fon image fidelle.
Il eft charmé , ravi de fa félicité :
Puis tout- à- coup il est défenchanté ,
Et je le vois qui pâlit & chancelle :
Il tremble qu'un fonge fatal
N'offre à fes fens furpris l'image d'un rival ;
Il croit même entrevoir une diſgrâce sûre ,
Que dans un plein repos la dormeufe eft parje
Enfuite , s'affligeant de fon propre bonheur ,
Er maudiffant l'aventure piquante
Qui le rend heureux fpectateur
Du défordre innocent de fa modefte amante
Il pense que tout autre a bien pu ,
fans façoi
Jouir, ainfi que lui , d'une faveur fi rare :
Déjà ce n'eft plus même une idée , un fou̸pçc - .
C'eft un fait pofitif qui le trouble & l'égare
Il jure, il fe lamente , il crie avec fureur
Contre ma négligence & celle de Madame ;
Ajoute qu'un honnête femme
Qui refpecte les loix de l'auftère pudeur ,
Ne doit jamais dormir fans une fentinelle ,
Sans que portes , verroux ne foient fermés fur elle ,
Et Madame , à fes cris , fe réveille en furfaut ,
Imaginant au moins le château pris d'affaut .
ITT
Div
So MERCURE
L'ancien troifième Acte a de l'effet , du
mouvement ; il préfente des tableaux , des
fituations qui tiennent au train ordinaire de
la vie , qui mettent en jeu le caractère du
Jaloux, & qui donnent de la phyfionomie à
celui du Baron oncle de la Marquife. Nous ne
fommes pas éloignés de croire que cet Acte ,
s'il étoit repréfenté , ne fit abfolument bannir
l'autre du Théâtre. On y remarque une tirade
contre le jeu & contre les petits foupers , qui
eft écrite avec autant de gaîté que de chaleur ,
& que nous regrettons de ne pouvoir pas citer.
Les Pièces Fugitives qui fuivent les Pièces
de Theatre font en petit nombre ; mais elles
ont le mérite du ftyle , de la variété , de la
grâce & de l'imagination . Les deux jeunes
Amans, Stances , font depuis vingt ans dans
tous les Recueils & dans toutes les bouches.
On a lu dans l'Almanach des Mufes , dans le
Journal de Paris , dans l'Almanach Littéraire ,
&c. MesInconftances,des Imitations d'Ovide,
de Tibulle & de Properce , le Portrait , la
Toilette de la Mariée , plufieurs Chanfons
très- agréables , l'Optique , apologue moral ,
& dont l'éloge fera fait , quand on aura dit .
qu'il a été attribué à Voltaire avant que l'Auteur
l'eût fait imprimer ; mais elles ont prefque
toutes été publiées d'une manière trèsincorrecte
: Je les donne ici , dit M. Rochon ,
purgées de quelques - unes de mesfautes , & de
toutes celles qu'on m'a fait faire Quelques
citations prifes dans les Pièces les moins connues
, mettront nos Lecteurs à portée d'ap-.
DE FRANCE. 81
précier le mérite de M. Rochon dans un genre
peu d'Écrivains ont obtenu des fuccès durables.
où
Voici des vers pris dans une imitation
de Tibulle. Le Poëte peint les attraits de
Délie.
Dans un vafe de lait une rofe effeuillée
Retrace de fon teint l'éclat & la blancheur ;
Et des pleurs du matin la cerife mouillée
De fa bouche vermeille à peine a la fraîcheur ;
Qu'elle a bien le fecret & l'art de la parure
Pour faire avec éclat reffortir les appas ! ...
Our plutôt fon fecret eft de n'en avoir pás.
Délie embellit tout ; fon charme eft fa figure.
Laiffe- t'elle au hafard flotter fes blonds cheveux 307
C'est en cheveux flottans qu'on la croit plus jolie ?)
Couronnent- ils en treffe un front majeftueux ; 95%
C'eft en cheveux treffés qu'elle femble embellie.
Sous la pourpre ou le lin , le rubis ou les fleurs ,
La Nymphe ou la Déeffe enchaîne tous les coeurs,
Ce n'eft pas avec moins de fuccès que M.
Rochon peint des objets plus graves. Doux,
facile , voluptueux & riant avec Properce ,
Ovide & Tibulle , fon ftyle devient fier avec
Juvénal, Deux morceaux tirés d'une imitation
libre des Vaux de ce Satirique , auffi coura
geux qu'eftimable , en donneront la preuve.
Alexandre , vainqueur de l'Afie étonnée ,
N'a pas encor rempli fa trifte deftinée.
D v
82 MERCURE
(
Son coeur ambitieux vole au-delà des mers :
Il cherche à conquérir un nouvel Univers ;
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du monde.'
Malheureux ! il eft temps que le ciel te confonde.
Rentré dans Babylone , un modefte cercueil
Eft tout ce que le fort réferve à ton orgueil .
Nations , refpirez ; ce n'eft plus qu'un fantôme :
Conquérant, prends fon urne, & vois ; c'eft un arôme.
Il étoit difficile de rendre en un feul vers ,
& fans en altérer l'image , le vers fi connu de
Juvénal : Aftuar infelix Augufto in limine
mundi. L'imitation de M. Rochon a vaincu la
difficulté , & l'expreflion ; Il étouffe à l'étroit
dans l'enceinte du monde , ne nous paroît pas
inférieure à celle de l'original . Nous terminerons
nos citations par le morceau où le Poëte
peint Marius profcrit & fugitif.
Tremblant comme un coupable , & craignant l'oeil
de Rome ,
A peine confervant la figure d'un homme ,
Aux marais de Minturne , & caché ſous ſes eaux
Plus humble , plus troublé que ſes foibles roſeaux ,
Que vois -je , jufte ciel ! un vieillard vénérable ,
Des caprices du fort exemple mémorable ,
Marius n'attendant que la mort ou des fers.
Quel homme plus heureux dans ce vafte Univers
Si vainqueur des Teutons , marchant au Capitole ,
Efcorté des Romains dont il étoit l'idole ,
Entouré , précédé , fuivi des Légions ,
DE FRANCE.
Et traînant dans les fers l'orgueil des Nations ,
Il eût rendu la vie au comble de la gloire ,
Conduit à fon tombeau par fon char de victoire !
M. Rochon a fupprimé dans fon imitation
quelques defcriptions , quelques idées trop
éloignées de notre goût & denos moeurs pour
n'être pas défapprouvées dans une traduction
en vers ; il y a fuppléé par des idées plus
nobles ; & qui ne font point indignes du
Satirique Romain.
Ce qui diftingue cet Auteur de la plus
grande partie de nos Écrivains modernes ,
c'eft l'élégance de fon ſtyle , fa facilité fpirituelle
& brillante fans être recherchée , un
choix heureux d'idées & de mots , un goût
rare, & l'obfervation des plus excellens principes.
Les deux volumes , dont nous venons
de rendre compte , prouvent que peu d'Écrivains
de notre fiècle ont plus de droit que lui
aux honneurs Littéraires.
( Cst Article eft de M. de Charnois. )
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
>
C'EST
' EST dans les Mémoires de Miff Sidney
Bidulph , que M. Mercier a pris le fonds de
Habitant de la Guadeloupe. Il en a préveņu
D'vj
84 8 MERCURE
lui-même le Public dans un court Avertiffement
qu'il a placé en tête de fa Comédie ,
imprimée avant d'avoir été repréſentée. Le
Roman eft connu depuis long- temps ; ainfi il
fera facile de voir comment M. Mercier a
profité de fon modèle pour établir & dévé- ·
lopper fa Fable Dramatique.
Un M. Vanglenne , après avoir perdu dans
le trouble & dans la diffipation la majeure
partie de fa jeuneffe , s'eft embarqué pour la
Guadeloupe , s'y eſt établi , y a fait fortune.
Veuf de deux femmes , dont la feconde furtout
lui avoit été infiniment chère , il a quitté
des climats où tout lui rappeloit fes pertes &
nourriffoit fa douleur , & il eft repaffé en
France avec le projet d'enrichir fa famille ;
mais comme l'expérience l'a rendu méfiant ,
comme il ne veut faire du bien qu'à ceux de
Les parens qui en feront réellement dignes , il
fe propofe de les éprouver avant de leur faire
connoître fa véritable fituation . En confé-:
quence , il fe préfente fous le vêtement d'un
homme réduit à la misère extrême , chez un
M. Dortigny , fon coufin , Financier dans
tout ce que l'acception du mot a de défavorable.
Il eft reçu par le mari & par la femme
avec toute la dureté que peut donner l'amour
exceffif de l'or à des coeurs fans délicateffe.
On lui reproche les erreurs de fon jeune âge,
on le calomnie à fes propres yeux , on fe hâte
de s'en débarraffer avec des promeffes vagues
& infultantes ; à peine enfin confent- on à
lui faire donner par un Valet l'adreffe de .
DE FRANCE. A 85
Mme Milville , veuve intéreflante & fenfible
, foeur de M. Dortigny & fa couſine. Quand
il fe retire , il eft reconnu par un Agent- de-
Change , nommé Mulfon , qui l'a vu à la mod
Guadeloupe , & qui jette M. & Mine Dortigny
dans une grande perplexité , en leur
donnant avis de la fortune & du caractère de
M. Vanglenne. La crainte de ne pas profiter
des avantages qu'on pouvoit attendre d'un
homme immenfément riche , & qui n'a point
d'enfans , alarme M. & Mme Dortigny : ils
fe reprochent mutuellement leur peu de prévoyance
& leur inhumanité; enfin , après une
Scène digne de gens de leur caractère , la
femme fe propofe , par orgueil & par avarice ,
de fe rapprocher de M. Vanglenne , auprès
duquel Mulfon s'eft chargé de faire les premières
excufes. Au fecond Acte , M. Vanglenne
fe préfente chez Mme Milville. Veuve
avec deux enfans d'un homme honnête qui ne
lui a laiffé qu'une fortune très-médiocre , elle
ajoute à fes reffources par le produit de fon
travail. Elle reçoit Vanglenne avec autant de po
grâce que de bonté , écoute avec intérêt le
récit de les infortunes , lui propofe de partager
tous les jours le repas frugal qu'elle prend avec
fa famille , lui promet de folliciter une place
en fa faveur , & prend dans la bourſe uni
double- louis qu'elle le force d'accepter avec
tout le charme que peut avoir la bienfaifance.
Une fenfibilité fi généreufe ne permet pas à
Vanglenne de diflimuler plus long - temps ; il
apprend à Mme Milville l'état de fa fortune.
.
S
>
86 MERCURE
Il l'inftruit de fes projets d'épreuve , de leur
refultar. Caché depuis quelque temps dans la
ville , il habite un hôtel qu'il a fait meubler.
avec toute la fomptuofité d'un millionnaire :
il veut que Mme Milville vienne habiter cet
hôtel , il va l'envoyer chercher , & avant de
la quitter , il lui remet en don un porte -feuille
qui contient pour 600,000 liv . d'effets au
porteur. A peine eft-il forti , que Mine Dortigny
vient voir fa belle - feur ; elle apprend
la vifite de Vanglenne, le don qu'il
a fait , fes propofitions , careffe lâchement
Madame Milville , pour l'engager à faire
fa paix & celle de fon mari avec le coufin
, & la quitte en l'accablant d'égards
intéreffes. Au troiſième Acte la scène eſt
dans le nouvel hôtel de Vanglenne. Madame
Milville y a été conduite ; elle en eft la maîtreffe
, la Tréforière de fon coufin & la diftributrice
de fes bienfaits. On penſe bien
que la généreufe femme plaide la caufe de
M. Dortigny; mais Vanglenne eft inflexible.
Mulfon vient à fon tour parler en faveur du
Financier & de fa femme. Vanglenne , qui
veut fe venger, diffimule & lui permet d'amener
fes parens , qui ne tardent pas à fe préfenter.
Mme Dortigny multiplie les foins , les
plaifanteries, les petites agaceries de fociété :
Dortigny , dans le plus grand embarras n'ofe
ni parler ni s'affeoir ; & Vanglenne , après
deur avoir appris qu'ils font chez Mme Milville
, fe jette dans un fauteuil , & prend un
livre. On n'ofe lui reprocher fon impoliteffe ;
DE FRANCE. 87
on le badine fur fon goût pour la lecture ; on
l'interroge fur l'ouvrage qui l'attache li fort .
Cet ouvrage eft un Recueil de Poéfies ; & la
Pièce qui fixe fon attention , eft l'Epitre à
mon Habit , de M. Sédaine . Vanglenne en lit
une partie , & chaque vers devient une Épigramme
très - vive contre l'infultante conduite
de M. & de Mme Dortigny. Celle- ci ne
défefpère pas de ramener fon coufin ; elle
renouvelle à fa belle-four les plus tendres
proteftations d'une amitié fincère , inaltéra
ble; elle ne veut que l'eftime de fes parens.
Vanglenne promet à fon tour de tout oublier,
fi toutes ces belles proteftations font vraies ,
& il va en faire l'épreuve. Il a fait une donation
de tout fon bien à Mme Milville ; &
comme la donation la plus sûre eft celle qui
réſulte d'un contrat de mariage , il a fait
dreffer ce contrat, & demande la main de
Mme Milville , qui confent à donner un
fecond père à fes enfans. Mme Dortigny
étouffe de rage ; elle veut diffimuler ; elle
s'efforce même de figner le contrat ; mais cet
effort eft impoffible pour elle ; elle fuit , eft
fuivie de fon mari , qui cherche vainement à
l'excufer , & Mme Milville parle encore en
leur faveur à celui qui vient de la rendre
heureufe.
Nous ignorons pourquoi M. Mercier a
donné à fa Pièce un titre auffi vague que
celui de l'Habitant de la Guadeloupe. Ce
titre n'eft pas jufte ; car Vanglenne a quitté
l'Amérique pour n'y retourner jamais. Il eft
88
+A
MERCURE
vraisemblable pourtant que la difficulté de
trouver un titre qui préfentât d'une manière
précife & claire le but moral de l'ouvrage , a
fait adopter par l'Auteur celui que nous improuvons.
Le troisième Acte de cette Comédie
ne produit pas tout l'effet qu'on pouvoit
attendre de la fituation humiliante de M. &
de Mme Dortigny. L'attitude de ces deux ,
Perfonnages eft toujours la même depuis la
quatrième fcène jufqu'au dénouement , &
leur retraite eft trop brufque pour les bienféances
dramatiques ; elle ne fait pas reffortir
d'une manière affez frappante les intentions
morales de l'Auteur. Les incidens font un peu
nombreux pour le temps & le cours de
l'action ; nous n'en ferons pourtant point un
reproche à M. Mercier : ils font tous poffibles
à la rigueur; & fi ce pouvoit être un défaut
remarquable que leur rapprochement un peu
forcé, beaucoup d'Ouvrages eftimés n'en
feroient pas exempts , pas même le Tartufe ,
le premier de nos chef- d'oeuvres. Le premier
& le fecond Acte font bien établis , bien
filés ; les caractères s'y développent bien ; ils
fe deffinent avec les fituations . Le fecond Acte
fur-tout eft du plus vif intérêt. Il préfente des
tableaux habilement contraftés , & il eft écrit
avec une force qui annonce autant de chaleur
d'âme que de folidité de raifon & d'amour
pour l'humanité. M. Mercier eft du petit .
nombre des Écrivains penfeurs qui favent
tirer d'une morale déjà connue , des résultats
nouveaux & de grands apperçus philofophiDE
FRANCE. 89
ques. Quand il parle pour le pauvre dans le
befoin contre le riche infolent & dur, fon ftyle.
eft brûlant ; il fubjugue , il entraîne. Cet Ouvrage
ne peut qu'ajouter à l'eftime que les
gens éclairés & les honnêtes gens ont vouée
au talent & à la perfonne de M. Mercier.
Le Perfonnage de Mme Milville eſt joué
par Mme Verteuil avec autant de grâce que,
de fenfibilité & d'intérêt. M. Granger rend
avec une fupériorité vraiment admirable le
double caractère de Vanglenne fous les dehors
du malheur & fous le coftume de la richeffe.
Son jeu , à l'inftant où il fait connoître
fa fortune & quand il tonne contre l'infenfibilité
des riches infolens & cruels , eft
à la hauteur des idées & du ftyle de M. Mercier;
& c'eft le plus bel éloge que nous puiffions
en faire.
SCIENCES ET ARTS.
INDUSTRIE.
L'ART de fuppléer au défaut de cheveux , en donnant
aux Perruques la forme & l'air le plus appro- ↓
chant de la Nature , s'eft perfectionné à un point
furprenant.
Le fieur Robin , fucceffeur du fieur Gabeau ,
dont on a annoncé la Découverte en ce genre dans
le Mercure d'Octobre 1783 , a perfectionné encore
les inventions de fon prédéceffeur. Il fait des Perru90
MERCURE
ques & des Toupets qui fe collent far la peau ave
un léger enduit de pommade , & imitent les chevelix
naturels avec une vérité difficile à furpaffer.
L'accommodage en eft très- facile , & fufceptible de
toutes fortes de fornies ; & il a trouvé une pommade
quil, loin de nuire à la peau , eft propre à en
entretenir la fraîcheur. Le fieur Robin vatie fes
Perruques & Toupers fuivant le befoin ou la fantaifie
de ceux qui l'employent. Il loge rue de Riche->
lieu , cour Saint Guillaume , en face du paffage des
Variétés.
ANNONCES ET NOTICES.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France , Tome XVI ,
contenant les Mémoires du Maréchal de fleuranges ,
dit le Jeune Aventureux , & ceux de Louife de Savoye ,
feizième fiècle. On fouferit rue d'Anjou- Dauphine
N°. 6. Le prix de la Soufcription pour 12 volumes ,
à Paris , eft de 48 liv. Les Souferipteurs de Province
payeront de plus 7 liv. 4 fols , à caufe des frais de
pofte.
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames ; Mé
langes , Tome IIIe , contenant un Traité de Logi
que & de Rhétorique Françoife. Le prix de la Soufcription
pour les 24 volumes brachés eft de 72 liv. ,
& de 54 liv. pour les volumes brochés. Les Soufcrip
teurs de Province payeront de plus 7 liv. 4 fols pour
les frais de pofte. Même adreffe que ci- deffus.
ABREGE de l'Histoire Univerfelle en Figures ,
ou Recueil d'Estampes représentant les fujets les
DE FRANCE.
plus frappans de l'Hiftoire, tant facrée que profane
ancienne & moderne , avec les Explications hiftoriques
qui s'y rapportent , & les Portraits en médaille
des Héros qui ont joué le plus grand rôle dans l'Hif
toire , ornés de leurs attributs caractéristiques , definées
par M. Marillier , & gravées par le fieur Duflos
le jeune, Prix , 2 liv. les fix feuilles. A Paris
chez Duflos le jeune , rue Saint Victor , la troisième
porte-cochère à gauche en entrant par la Place
Maubert.
Cette feconde Livraifon répond au mérite de la
première , que nous avons annoncée avec de juftes
éloges .
DIVERS Poëmes imités de l'Anglois , in- 16. A
Paris , de l'Imprimerie de Didot l'aîné, rue Pavée-
Saint-André- des- Arcs .
Ce petit Volume renferme trois Poèmes Le
Village abandonné , le Voyageur & Porfenna, Roi
de Ruffic. Les deux premiers font fans action ; des
Defcriptions ou des Réflexions philofophiques en
forment le caractère & le mérite ; le dernier eft le
plus
conſidérable : il eft divifé en trois Chants :
c'eft une allégorie dont tous les détails ne
font'
également faciles à expliquer ; mais il y a de l'in
térêt & de l'imagination : quant au ftyle , à quel
ques expreffions près échappées à la négligence , il
a de l'élégance & de la grace.
pas
DISSERTATION fur l'Obfervation de la Longitude
à la mer, dans laquelle on fe propofe de
rendre intelligible à tous les Marins la méthode des
diftances de la Lune au Soleil ; Pièce couronnée en
1782 par la Société Provinciale des Arts & Sciences
d'Utrecht , par M. le Chevalier de la Coudraye , ancien
Lieutenant des Vaiffeaux du Roi , Chevalier de
TOrdre de Saint Louis , de l'Académie Royale des
2.
. MERCURE
Sciences , Belles-Lettres & Arts de Bordeaux , in 8
de 92 pages. Prix , 1 liv. 10 fols broché. A Bor
deaux , chez Pallandre l'aîné , Libraire , Place Saint
Projet.
CHOIX de Poéfies Erotiques traduites du Grec ,
du Latin & de l'Italien , contenant la Pancharis
de Bonnefous, les Baifers de Jean ſecond , ceux de
Jean Vander -Does , des Morceaux, de l'Anthologie
& des Poëtes anciens & modernes , avec des
Notices for la plupart des Auteurs qui compofent
cette Collection , par M. E. T. S. D, T. 2 Vol .
petit format , Edition de M. Bazins , rue des Maçons
, no . 31 .
Le titre de cette Collection & l'indication des
fources où a pailé le Traducteur , doivent intéreffer
les Lecteurs Français. Ce Recueil en profe , quinous
a faru bien traduit , contient une foule de
Pièces charmantes connues ou dignes de l'être.
HOMELIES , Difcours & Lettres choifis de Saint
Jean Chryfoftôme, avec des Extraits tirés de fes
Ouvrages fur divers fujets , traduits par M. l'Abbé
Auger , Vicaire Général du Diocèfe de Lefcar , de
l'Académie des Infcriptions & Belles - Lettres de
Paris & de celle de Rouen , .4 Vol . in - 8 ° . A Paris,
chez Debure , fils aîné , & Théophile Barrois le
jeune , Libraires , quai des Auguftins , & Alexandre
Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine.
On fait que Chryfoftôme , qui n'eft qu'un furnom
grec , fignifie bouche d'or. Cet Orateur eft le
Démosthène de l'Eloquence facrée . On y verra des
morceaux d'une très - grande beauté , beaucoup
bien choifis & rendus avec leur caractère original. Le
nom de M. l'Abbé Auger , connu dans ce genre de
Littérature , doit prévenir en faveur de cette Tra
DE FRANCE.
93
duction , & nous croyons qu'il joindra le fuffrage du
Public à la penfion par laquelle le Clergé a cru de
voir encourager fon travail.
PANEGYRIQUES de Saint Thomas de Cantorbéry
, de Saint François de Paule & de Saint
François de Sales , par M. l'Abbé de Mahieu ,
Chanoine de Crefpy en Valois , in - 12 . A Paris ,
chez Berton , Libraire , rue Saint Thomas.
#
Les Lecteurs applaudiront à l'éloge qu'en a fait`
le Cenfeur , M. l'Abbé Guyot , qui pense que « ces
trois Difcours ant le premier de tous les mérites
» en ce genre , celui de refpirer la piété & l'amour
» de la Religion , fans que la fimplicité du ſtyle en
» ait
trop fait négliger les ornemens. »
LA Religion défendue contre l'Incrédulité du
fiècle , contenant un Précis de l'Hiftoire Sainte,
précédé de quelques Questions relatives au but de
cet Ouvrage , par l'Auteur de l'Ecole du Bonheur,
6 Vol. in- 12. Prix , 15 liv. brochés . A Paris , ruc
& hôtel Serpente.
.
0
L'Auteur de cet Ouvrage , après avoir confeillé
de recourir à la Foi , s'attache à démontrer par les
feules lumières de la raison , que c'eft s'accorder ,
même avec la vraie Philofophie. Il prouve enfuite
l'exiftence de Dieu par celle de l'Univers. Après
avoir raiſonné ſur la nature de Dieu , il paffe à un
Abrégé de l'Hiftoire Sainte , & entre en matière .
fur la Religion , qu'il défend avec autant de zèle
que d'érudition .
HISTOIRE & Pratique de l'Aéroflation , par
M. Tibère Cavallo , traduit de l'Anglois , in- 8 °.
Prix , 4 liv. broché. A Paris , chez Guillot , Lie
braire, rue Saint Jacques.
6
Cet Ouvrage , qui paroît exact dans l'hiftorique ,
24
MERCURE
& qui , quant à la théorie , eft dépouillé de tout l'at
tirail fcientifique , ſe trouve par-là à la portée de tous
les Lecteurs."
On trouve chez le même Libraire un Traité
complet de l'Electricité, du même Auteur , Vol, ine
8°. Prix , 6 liv,
L'AMITIÉ dangereufe , ou Célimaure & Amélie,
Hiftoire véritable , 2 Vol. in - 12, Prix , 3 liv.
12 fols brochés. A Paris , chez Buiffon , Libraire ,
hôtel de Mefgrigny , rue des Poiteviņs .
5 2
Polé
Cet Ouvrage , qui eft , dit - on , une Hiftoire
véritable , remplit fon titre. C'eftun tableau effrayant
des malheurs que peuvent enfanter la confiance
aveugle d'un homme très- fenfible & la fcélérateffe
d'un faux ami. Célimaure eft trahi , joué par
mon ; qui , après l'avoir détruit dans l'efprit de fa
Maîtreffe, qu'il trompe auffi , couronne fes perfidies
en l'époufant lui-même. Il y a de l'invraisemblance
dans l'intrigue , dont le noeud porte fur un ferment
qu'on a furpris à Célimaure , & qui l'empêche de
fe juftifier ; eft - il naturel que dans de violentes
fituations auprès de fa Maîtreffe , il garde un filence
qui les perd l'un & l'autre cela eft fi peu vraisem
blable, que dans une autre circonftance , en caufant
avec un ami, il lui raconte fon ferment , & le
motifqui le lui avoit arraché. D'ailleurs , comment
ne foupçonne-t-il pas fon perfide ami , quand celuici
refufe de le délier de ce ferment , quoique bien
informé qu'il y va de fon bonheur ?
Il y a pourtant des momens d'intérêt , & le fonds
eft d'une bonne morale, $
ALMANACH général de Marchands , Négo
stans & Armateurs de la France , de l'Europe &
des autres parties du Monde , année 1786 , contemant
un état des Villes, Bourgs & autres lieux qui
DE FRANCE.
intéreffent le commerce, la nature des productions
& des marchandifes qui s'y trouvent , & le détail des
Manufactures & des Fabriques qui y font établies .
avec les noms de leurs principaux Négocians , Armateurs
, Fabricans , Artiftes , Banquiers & Commif
fionnaires , avec cette Epigraphe : Sis felix , noftrumque
leves , quacumque laborem. Virg . Æneid.
Lib. I. A Paris , chez l'Auteur , rue Saint Anaftafe ,
au Marais , no. 12 ; Belin , Libraire , rue Saint
Jacques, près Saint Yves , & Lefclapart , Libraire de
MONSIEUR , Frère du Roi , rue du Roule , n°. 11 ,
près le Pont-Neuf.
2
Le titre feal de cet Ouvrage en fait fentir l'utilité.
Il paroît dans l'exécution également intéreffant
pour les Propriétaires , les Fabricans , les Commer
çans & les Confommateurs. Il peut procurer aux
uns l'avantage de faire connoître les productions de
leurs biens ou les objets fur lefquels s'exerce leur
induftrie , & aux autres celui de connoître les fources
d'où ils peuvent tirer les marchandifes qui entrent
dans leur commerce ou qu'ils confomment L'Auteur
invite les Perfonnes qui ont quelque influence
fur le commerce, les grands Cultivateurs , les Fabricans
& les Négocians , à lui faire part de leurs ré
flexions , & à fe rendre , comme il le dit lui-même ,
les Cenfeurs de fon Ouvrage.
NUMERO S du Recueil d'Airs nouveaux Fran
çois & Etrangers en Quatuors concertans , ou Journal
de Violon, Flûte , Alto & Baſſe , année entière
dé 24 Cahiers , 21 li & 24 liv . , chaque Cahier
2 liv. Il en paroît un tous les quinze jours
chez M.
Forro , l'Auteur , & Mme Baillon , rue Neuve des
Petits- Champs , au coin de celle de Richelieu.
Numéros 1 & 2 des Délaffemens de Polymnie , ou
les petits Concerts de Paris , contenant Ariette du
jour,&c. , avec Violon & Baffe chiffrée . Abanne
I
96 MERCURE
ment pour 24 Numéros. Prix , 12 liv. Séparément
fols. Même Adreffe . reliv. 4
--
NUMEROS 3 & 4 du Journal de Clavecin , par
les meilleurs Maîtres . Le Cahier féparé 3 liv Abonnement
pour 12 Livraiſons 15 liv. Numéros 21
à 26 du Journal Hebdomadaire , par les meilleurs
Auteurs . Abonnement is liv. , féparément 12 fols.
Il en paroît un tous les Dimanches. Numéros 11
à 16 du Journal de Harpe. Mêmes conditions
d'Abonnement. A Paris , chez Leduc , au Magafin
de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule , n ° . 6.
-
NUMÉROS 21 à 24 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Prix , chaque
Numéro féparé 1 liv. 4 fols . Abonnement pour
52 Livraifons 30 liv. franc de port pour chaque
Inftrument. A Paris , chez Coufineau père & fils ,
Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
TABLE .
REPONSE d'un Homme de Théâtre de M. Rochon de
Cour à la Dame de Provin
ce ,
Chabannes ,
49 Comédie Italienne ,
Charade, Enigme & Logogry- Sciences & Arts ,
> phe
Etudes Poétiques,
52 Annonces & Notices ,
541
73
83
89
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 13 Mai 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 2 Mai 1986. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 20 MAI 1786.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A Mademoiſelle CONTAT.
JEUNE CONTAT , &le fort t'eût fait naître.
Dans ce beau fiècle où l'on vit les mortels
Avec fplendeur élever des autels.
A trois cent Dieux qu'ils feignoient de connoître
N'en doutons pas , alors la Déité
Que ces bons Grecs difoient tous fi jolie ,
Qui fur la scène appelant la gaîté ,
D'un mafque heureux embellit la folie ,
Au fein d'Athène eût vraiment exifté ,
Mais fous un nom différent de Thalie.
N. 20 , 28 Mai 1786 .
MERCURE
RÉPONSE A LA QUESTION :
Quel est le fentiment le plus naturel aux
femmes?
Pour
I.
OUR le coeur ingénu d'une fimple Bergère ,
Le premier fentiment eft celui de l'amour ;
Pour le fexe frivole , à la Ville , à la Cour ,
Le premier fentiment eft le defir de plaire.
I I.
( Par M. H..... )
Cí qué vous propoſez eſt puré vagatelle :
A l'âgé dé dix ans jé l'aurois déviné.
L'amour eft chéz le féxe un fentiment inné;
Car fandis je n'ai point rencontré dé cruelle ,
(Par M. de St-G. )
III.
C'EST l'orgueil qui tenta la première des femmes ;
Par lui Satan encor fe gliffe dans leurs ames ;
J'en demande pardon au fexe révéré ;
Mais ce fentiment-là n'a pas dégénéré.
( Par un Abonné d'Iffoire en Auvergne.)
DE FRANCE. 99
j
I V.
MESDAMES , fans vouloir faire le bon apôtre ,
En fait de fentimens je juge fans appel ,
Que celui qui chez vous eft le plus naturel ,
C'eft l'amour pour un fexe & la haine pour l'autre.
(ParM. le Ch. de P. , tiré de la Gageure Imprévue. )
V.
LA femme doit aimer fans ceffe ;
Pour elle il n'eft point d'autre bien
Elle aime pendant la jeuneſſe ,
Et malgré la froide vieilleffe
Elle aime encor .... fon petit chien.
( Par M. du Bois - Lorent , près le
paffage de la Guenne. )
V I.
JADIS ces mots , à la plus Belle,
Entre Vénus , & Pallas & Junon ,
Excitèrent grande querelle ,
Et décident la queſtion,
( Par M. la Capelle. )
V I I.
BEAU fexe , je comprends d'une façon très - claire
Quel eft le fentiment qui doit plus vous charmer;
Toute fille en naiffant fent le defir de plaire
Avant que d'éprouver le doux befoin d'aimer.
( Par un Habitant du Bas - Boulonnois. )
Eij
100 MERCURE
VIII.
Vous demandez , dans le coeur d'une femme ,
Quel fentiment eft le plus naturel ?
Sans madrigal , fans épigramme ,
Je répondrai , c'eft l'amour maternel.
L'amie eft par fois menſongère ;
Chez l'amante fouvent légère
Règne plaifir ou vanité ;
La conftance & la vérité
Diſtinguent l'amour d'une mère.
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Quelle eft la Veuve la plus excufable en ſe
remariant , celle qui eut à fe plaindre , ou celle
qui eut àfe louer defes premiers noeuds ?
Le Petit Marchand de Laine ,
ILY
Conte.
*
L y avoit à Fermeri , au Comté de Korke ,
un Fermier chargé de plufieurs enfans ;
Nichols , le troifième , confidérant que fes
deux aînés auroient la ferme , & qu'il ne
* Les Veillées du Marais , qui fe vendent à
Paris , chez la Veuve Duchefne , rue S. Jacques
n'étant pas -fufceptibles d'un extrait , nous avons cru
pouvoir en tirer le Conte qu'on va lire.
DE FRANCE. ΙΟΥ
pourroit prétendre à former d'autre établiſfement
que celui qu'il fe feroit à lui -même ,
fut effrayé du trifte avenir qui l'attendoit .
Un jour il entendit parler chez fon père de la
beauté des laines de Connacie , & du profit
qu'on pouvoit y faire par le commerce. Ces
difcours firent une vive impreflion fur l'enfant
: il fentit au-dedans de lui- même le talent
du trafic avant d'en avoir les moyens : on n'en
avoit rien dit chez fon père . Nichols fit fecrettement
fes petits préparatifs pour aller
commercer en lainages ; c'étoient quelques
habits groffiers , propres à le garantir de la
pluie , une excellente paire de fabots , comme
on les porte en Évinlande , un petit baril à
mettre de l'eau , & un bâton ferré pour fe
défendre des loups s'il en étoit attaqué ; du
refte , il n'avoit ni argent ni aucun effet
d'échange. Il arriva dans le Comté de Gallwai ,
en demandant l'hofpitalité , quelquefois ne
vivant que de fruits fauvages. Il vit effectivement
de très-belles laines, qui le tentèrent ;
mais il comprit alors que pour être Marchand ,
il falloit avoir de quoi donner avant de recevoir.
Cette vérité l'affligea fans le décourager.
Depuis fon féjour à Gallwai , il avoit appris
qu'il y avoit dans cette ville un Grand
de Mommonie , dont la réputation d'homme
obligeant étoit connue de tout le monde . Ce
fut ce qui encouragea le petit Négociant . Il
alla fe préfenter comme un Mommonien ,
qui étoit venu à Gallwai pour acheter des laines
, & qui manquoit d'argent. Le Baron da
E uj
102 MERCURE
>
Baltamore étoit précisément du Comté de
Korke : la vue d'un enfant qui s'étoit fait annoncer
comme un Marchand de laines
étonna le Baron ; il interrogea Nichols , qui
lui fit un expofé naïf de fes deffeins & de fa
conduite future. Baltamore , frappé de la fin
gularité , remarquant en même-temps beaucoup
d'intelligence dans le petit garçon , &
s'étant affuré que ce n'étoit pas un libertin
fugitif, lui prêta une fomme d'argent ; il étoit
perfuadé que c'étoit un don , l'ignorance du
commerce de la part de l'enfant ne pouvant
manquer de l'expofer à être dupe dans le
commencement . Mais , dit-il à ceux qui lui
en firent l'obfervation , j'aurai la fatisfaction
d'avoir payé fon apprentiffage.
Nichols , poffeffeur d'une fomme plus
confidérable qu'il n'eût ofé l'efpérer , courur
faire fes achats ; & foit qu'il eût beaucoup
d'intelligence , foit que les Connaciens fe
fiffent fcrupule de tromper fa jeuneffe , fes
achats furent avantageux. Il paffa dans les
Comtés où les moutons étoient rares , mais
où il y avoit du commerce , comme Kings-
County , Kildare , Balaclaj ; & il s'y défit de
fes laines avec un profit affez confidérable.
Or, il fe trouva que le Baron de Baltamore
étoit venu à Balaclaj ; Nichols l'apprit , &
avant de retourner à Gallwai , il alla fe préfenter
au Baron : Seigneur , bui dit -il , ce que
vous m'avez prêté a frucufié ; voilà le principal
que je vous remers avec une humble
reconnoiffance ; le produit fuffira dorénavant
DE FRANCE. 10.3
·
pour mon commerce ; que Thor vous bé
niffe d'avoir eu pitié de moi ! Le Baron fut
auffi charmé du fuccès que de la probité du
petit Marchand de laines ; il voulut lui laiffer
le premier prêt. Non , Seigneur , lui dit Nichols
: j'ai fait un pas en avant , & garder votre
fomme feroit le reculer ; mais permettez-
moi , en quelqu'endroit que je vous fache
, de venir vous rendre compte de mon
petit avoir , produit de votre bienfait. Le
Baron fut encore plus content de l'efprit de
fon obligé que la première fois
& il lui
promit de s'intéreffer à lui toute fa vie. Nichols
fe retira , & partit auffi-tôt , en fabots ,
vêtu de fes mêmes habits de payfan , pour
aller acheter des laines en Connacie. Son retour
donna de la confiance en lui , & les riches
tenanciers lui confièrent au- delà de fon argent
, fur la promeffe qu'il fit de revenir
payer. Il emporta une quantité de laines trèsconfiderable
: elles éroient de la meilleure
qualité ; de forte qu'il en eut un débit facile
& lucratifdans le royaume de Lagenie , furtout
à Balaclaj , où le Baron étoit encore. Nichols
ne manqua pas de venir lui rendre
compte de fon fuccès , & renouveler fes remercîmens.
Tu es reconnoiffant , lui dit le
Baron ; tu profpéreras : Va , jeune homme ,
& fouviens- toi que je m'intéreffe à ta petite
fortune, Nichols fortit en comblant de béné
dictions fon premier prêteur.
Il retourna dans la Connacie , paya ce qu'il
deyoit , acheta pour tout fon comptant ; car
E iv
104
MERCURE
il ne faifoit aucune dépenfe au- delà du nécef-
-faire , & eut un crédit au double . Il prit alors
la route de Mommonie , & vint à Waterford ,
· qui , étant une ville belle & riche , lui fournit
un prompt débit. Comme il alloit s'en retourner,
il apprit que le Baron de Baltamore étoit
dans la Capitale de Mommonie : Nichols courut
lui rendre fon hommage. Je profpère ,
Seigneur Baron , lui dit- il ; j'ai argent & crédit.
Soutiens exactement le dernier par le premier
, lui répondit fon Protecteur. Ainfi ferai-
je , repartit Nichols.
Il retourna dès le lendemain dans le Comté
de Gallwai , où il paya tous fes achats au
comptant , fans plus emprunter , à la condition
d'une légère diminution de prix. Il- parcourut
les campagnes & les fermes , & eut
une partie de fa pacotille de la première main .
Il alla pour lors dans l'Ultonie , où il trouva
un débit très -rapide , fur-tout à Karrickfergus
& à Belfaſt. Ce fut dans cette dernière ville
qu'il retrouva fon Bienfaiteur. Nichols vola
chez lui pour le faluer. Il avoit encore fes
mêmes habits & des fabots. Tu ne fais pas
fortune , Nichols , lui dirent les Domestiques ?
Je fuis content , répondit le jeune Marchand
de laines. Il entra auprès du Baron , auquel
il fit part de fon fuccès. - Je t'en félicite ,
Nichols ; mais d'où vient ne t'habilles- tu pas
mieux? Je fuis couvert , Monfeigneur :
voulez- vous que par mes beaux habits je tente
les voleurs , ou qu'au moins je me falſe rançonner
par les Aubergiftes ? Un homme bien
DE FRANCE.
105
mis doit manger , boire & dormir en conféquence
; avec mes habits groffiers , je me contente
d'un morceau de lard & d'une mefure
de petite bière ; je couche dans l'écurie à côté
de mes bêtes de fomme , & je veille à ce que
rien ne leur manque pendant la nuit. Bon !
bon ! Nichols , s'écria le Baron ! tu as plus
d'efprit que ceux qui te critiquent ! tu profpéreras
, fur- tout fi tu doubles ton profit par
des retours ; mais en cas de malheur , compre
fur moi. Nichols remercia le Baron avec attendriffement
, & toutes fes laines étant vendues
, il retourna dans le Comté de Gallwai ,
où il étoit attendu impatiemment par ceux
qui n'avoient pu lui vendre leurs laines à fon
précédent voyage.
Or , Nichols avoit fait attention au difcours
de fon généreux Bienfaiteur : fur- tour fi tu
doubles ton profit par des retours ! Il s'étoit
rappelé ce qu'on recherchoit davantage à
Gallwai , & il s'en étoit muni à Belfaſt. Il
arriva dans la première de ces deux villes avec
des marchandifes qu'il y mit en vente , &
dont il fe défit avec un profit conſidérable.
Ah ! que le Baron me fait de bien , penfa- t'il :
je viens de doubler mon argent & de me.
faire connoître plus que jamais ! tout le monde
des environs m'apporte des laines en venant
acheter mes marchandifes , & je ne ferai
la moitié du temps à faire mon emplette !
Effectivement , il ne refta que peu de jours à
Gallwai , d'où il repartit au bout de fix jours
pour Balaclaj . La bonté de fes laines qu'on
Εν
pas
106 MERCURE
avoit éprouvées en fit hauffer le prix , & le
débit s'en fit plus vite. Mais Nichols n'eut
pas , à ce voyage , la fatisfaction de voir le
Baron , qui s'étoit , pour amfi dire , toujours
trouvé fous fa main. Il fit des emplettes à
Balaclaj comme à Belfaft , & il s'en defit encore
plus avantageufement.
Le voyage fuivant , il fe rendit à Waterford
, puis à Korke , capitale de fon Comté ;
mais il ne voulut pas encore aller voir fes
parens. Il fit fes emplettes en s'informantdu
Baron de Baltamore ; on lui dit qu'il
étoit allé chez les Angles , dans la ville de
Chefter. Nichols fut très- affligé de ne pas voir
fon Bienfaiteur , & il réfolut de l'aller chercher.
De retour à Gallwai , où il débita les
marchandifes de Mommonie , il fit fes achats
de laines , traverfa le Tipperari , le Kilkenni ,
& vint à Wexford . Là , il embarqua fes laines
, partit de lapoint: Carnfore , & débarqua
le foir même à Chefter. Il s'informa
d'abord du Baron , & ayant fù qu'il étoit dans:
la ville , au château , il commença par vendre
fes laines , qu'il donna au- deffous de celles."
du pays , quoique d'une plus belle qualité :
c'eft que l'argent étant plus rare en Évinlande ,
les productions y étoient comparativement
beaucoup moins chères. Nichols fe vit alors:
poffeffeur d'une fomme confidérable ; inais:
il alla voir le Baron avant de faire l'emplette
de fes retours : il lui fembloit que dans un
pays où Pinduftrie étoit plus chère , ils ne devoient
pas être avantageux. Il apporta donc
DE FRANCE. 107
chez le Baron toute la fortune en efpèces , &
lui en montra ainfi la réalité . Mon ami , lui dit
le Baron de Baltamore , après l'avoir écouté ,
tu feras un grand Négociant ! & c'est un
homme que j'aurai donné à l'Évinlande . Je
fuis de ton fentiment pour les retours d'ici :
néanmoins il eft des objets très -rares en Évinlande
, & communs à Chefter; prends d'excellens
draps , de fines toiles de Batavie . Nichols
fuivit ce confeil : il acheta ce qu'il y
avoit de plus beau , de plus fin pour la moitié
de fon argent, & des draps , des toiles communes
pour l'autre moitié ; il partit enfuite
en béniffant le Baron .
De retour en Évinlande , il vendit les draps
communs au peuple ; mais il porta les fines &
belles toiles à Balaclaj , à Waterford , à Dunnaghall
& à Tuam pour les vendre aux Rois ,
aux Reines & aux Grands de leur Cour. Il fit
un profit fi confidérable qu'enfin il fe trouva
en état d'aller voir fes parens à Fermeri.
Or , Nichols avoit encore la vefte avec
laquelle il étoit forti de chez fes parens , &
portoit encore des fabots. Il arriva dans cet
équipage un foir pendant le fouper , à la porte
de la maifon paternelle , ayant laiffé un Domeftique
qu'il avoit pris depuis quelque tems
avec fes bêtes de fomme dans une auberge.
Il frappa ; un de fes frères aînés vint fur le
perron demander qui eft- ce ? C'eſt moi ,
c'eft Nichols. Ah ! c'eft mon pauvre frère ,
dit l'aîné. Auffitôt la mère & les foeurs accoururent.
La mère diſoit : Oh ! oh ! c'eſt mor
Evj
108 MERCURE
pauvre enfant ! ..... Les foeurs : Oh ! le pauvre
Nichols ! elles ouvrirent la porte de la cour ;
Nichols embraffa fa mère , qui dit , comme
en fe félicitant : le pauvre enfant ! il a toujours
la même vefte ! Cui , ma mère , répondit
Nichols , je l'ai confervée ; elle vous rappeloit
à mon fouvenir. La bonne Fermière amena
fon fils par la main : ah ça , mon mari , dit- elle
au père , il y a trop long- temps que nous ne
l'avons vu pour le gronder ! C'eft vous , bon
fujet , dit le Fermier ! ..... Comme le voilà fait !
Mon père , dit alors modeftement Nichols ,
daignez m'entendre , après néanmoins que
j'aurai fait quelques petits préfens à mes
frères & fours. A ce mot de préfens , le Fermier
rougit : il regarda fon fils , qui lui préfenta
une bourfe d'oribeaus d'or , où il y en
avoit cent ; puis une de cinquante à ſa mère ,
enfuite une de ving- cinq à chacun de fes deux
frères & à chacune de fes trois foeurs. O malheureux
que je fuis , s'écria le Fermier , qu'aije
fait au ciel ! car mon fils eft sûrement un
voleur. Non, mon père, que les Dieux détournent
cette idée de votre efprit ! ...... Écoutez
mon hiftoire ; & Nichols raconta comment
il avoit d'abord été à Gallwai ; comment il y
avoit trouvé le Baron de Baltamore ; comment
çe Seigneur lui avoit prêté ; comment
il lui avoit rendu ; comment il avoit profpéré
par économie , & en reftant mal habillé pour
éviter les voleurs ; comment le Baron lui avoit
donné l'excellente idée des retours , & comment
il venoit de le voir à Chefter , chez les
DE FRANCE. 109
-
Angles. A cette explication , le Fermier répondit
: Quoi ! tu ferois le petit Marchand de
laines dont j'ai tant entendu parler ; qui les
prend en Gallwai , dans le royaume de Connacie
? Oui , mon père , & je vais en donner
pour preuve mon Domeſtique , qui eft ici
près , mon bagage de Marchand, & tout le
monde de ces cantons- là qui me connoît. Auflitôt
la famille poufla un cri d'alégreffe ; on alla
chercher a l'auberge tout ce qui appartenoit
à Nichols , qui avoit gardé des préfens en
draps & en toile pour fon père , fa mère , fes
frères & fes fours ; & toute la maiſon fut dans
la joie. Nichols refta huit jours à Fermeri ,
enfuite il en partit pour aller continuer fon
commerce.
Il fut dix années entières fans revoir fon
Bienfaiteur. A cette époque , étant revenu à
Waterford , il apprit que lejeune Roi Oribeaule-
fage avoit nommé le Baron de Baltamore
un de fes Miniftres. Nichols , encore en groffe
vefte & en fabots , courut chez fon Protecteur
, dont il fut très-bien reçu . Monfeigneur ,
lui dit- il , la fortune , par fes faveurs , a furpalle
mes defirs : je possède vingt - un mille
oribeaus d'or ( un demi-million ) .
felicite , Nichols ; mais puifque te voilà riche
, il faut en profiter , te mettre mieux ; on
ne craint plus les voleurs fous le règne de
notre Monarque , & tu peux vivre plus décemment
fans danger. Ainfi ferai -je , Monfeigneur
, mais auparavant je vous prie de
-m'accorder une grâce : c'eft de me permet-
Je t'en
110 MERCURE
-
tre de vous faire un cadeau ? A moi , Nichols !
Oui , Monfeigneur ! -Tu n'y penfes pas ;
& fi jee connoillois moins , je dirois que tu
t'oublies ! - Monfeigneur , je ferois au défeſpoir
de m'être oublié ; mais loin delà : le
cadeau vous fera plaifir ; du moins je m'en
flatte , d'après l'accueil que j'ai toujours reçu
de votre Excellence ! Nous verrons de
quelle nature il fera.... Le Baron voulant marquer
la confidération qu'il avoit pour un
Commerçant diftingué , fit reconduire Nichols
dans fon carroſſe.
-
&
On eft ici mieux
qu'à pied , dit le Marchand de laines ,
Monfeigneur a raifon , il faut un peu jouir
des douceurs de la vie quand on les a méritées
par un long travail!
Arrivé chez lui , Nichols s'appropria. Le
lendemain , il fit honneur à fon Protecteur ;
il ne reparut chez lui qu'en fortant d'une voiture
propre & modefte , qui annonçoit l'aifance
dont il jouiſſoit ; ſes habits fans dorure
étoient d'un drap fin , moelleux , & d'une
couleur agréable ; la propreté la plus exacte
étoit la bafe de fa nouvelle parure : le Baron
le vit avec plaifir fous ce coftume décent.
Nichols portoit une boîte fous fon bras . Mor
feigneur , dit- il , voici le cadeau que j'ofe
vous préfenter. -Prenez garde , Nichols ,
vous m'avez affuré qu'il ne pouvoit me cho
quer ! Je le crois , Monfeigneur. En parlant
, Nichols brifoit la boîte , qui ne fermoir
qu'avec des clous. Il en tira une toile peinte
& roulée , avec un cadre démonté : MonfeiDE
FRANCE.
gneur , dit- il au Miniftre , voilà de fort beaux
tableaux dans votre fallon : permettrez vous
que celui-ci fe mêle parmi eux ? - Voyons :
Nichols déroula. On vit fon portrait à luimême
avec fa groffe vefte , ayant aux pieds
des fabots , tel enfin qu'il étoit le jour qu'il
fit fon premier emprunt au Baron . Monfeigneur
, ajouta Nichols , en voyant au milieu
de ces chef- d'oeuvres le portrait d'un pauvre
petit Payfan, on vous demandera : pourquoi ce
Payfan eft - il là ?.... Daignez alors , Monfeigneur
, raconter pourquoi il y eft : dites , je
vous en fupplic , que c'eft Nichols , vous em
pruntant fes premiers fonds , qu'il a tellement
fait valoir , qu'il roule aujourd'hui carroffe ;
car voilà le mien dans votre cour : Nichols &
fa fortune furent votre ouvrage , & tous les
biens dont il jouira font autant de vos bienfaits
.
Le Miniftre , dont l'âme étoit belle & fenfible
, reçut le préfent de Nichols , placé dans
un cadre modefte de bois de fenteur & fans
dorure. Il fait aujourd'hui le plus bel ornement
de fon cabinet ; & toutes les fois qu'on
y eft admis , la vue du Payfan Nichols augmente
la vénération qu'on a pour le Baron de
Baltamore. On auroit pu mettre pour infcription
au bas de ce tableau : La vertu de Bal
tamore
I'I-2 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Merveille ; celui
de l'Enigme eft Deffpoir ; celui du Logogryphe
eft Blonde , où l'on trouve onde.
CHARADE.
DE mon premier la voix bruyante
Chez l'hôte craintif des forêts
Porte l'alarme & l'épouvante.
Au fein d'une tranquille paix
Mon fecond de peu fe contente ,
Et vit heureux quoiqu'oublié.
Mon tout dans le beau fexe enchante ,
S'il eft droit , fvelte & délié.
(Par M. L** Michel. )
SAIS
ENIGME.
AIS -TU bien ce que c'eft qu'un chemin très-couvert
Que l'on parcourt à pied l'été comme l'hiver ;
Un chemin que jamais la bizarre ſtructure
Ne permit , même aux Rois , de paffer en voiture ;
Un chemin jufqu'au bout efſoufflant , montueux ,
Peu pratiquable enfin pour un pauvre goutteux ?
( Par M. l'Abbé Huet d'Elongchamp,
Curé d'Herponcey , près Rugles. )
DE FRANCE.
113
1
LOGO GRYPH E.
TRANSPORTEZ
RANSPORTEZ -Vous dans le féjour lunaite :
Là , je contiens le bon-fens des humains ;
En ces bas - lieux je fais tout le contraire :
Par l'irraifon je calme les chagrins ,
Et je rends fol en devenant légère.
Dans mes neuf pieds voyez un Forgeron
Dont le faint nom décore la légende.
Coupez la tête ; & , quoi que je défende ,
Obéiffez, & fuivez la raiſon.
J'offre un corps rond de différente taille ,
Et fur fix pieds foudroyant en bataille ,
C'est moi qui fais reſpecter le canon ;
Sur quatre pieds je roule en Médecine ,
Ou bien je fuis une longue machine
Avec laquelle on devine les cieux .
O les malins ! qu'ils ont d'excellens yeux!
Ils favent tous qu'avec fix pieds je brille
Au firmament , où peut être je grille ;
Avec fix pieds dans les mains d'un amant
Difcrètement Life me fait remettre ;
Avec cinq pieds je détruis un ferment,
Et ce qu'Amour put & pourra promettre ;
Avec fept pieds je fuis un joli mot
Qui peint au mieux la moindre bagatelle ;
Vous vous doutez qu'en mon fein je recèle
114 MERCURE
De maint pronom l'ordinaire ballot ;
Même une note & le Prophète Élie ;
Car le mystère ici feroit manie .
Mais arrêtons : les près ont affez bu ;
En me vuidant je montrerois le c……..
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS prononcés à l'Académie Francoife,
à la Réception de M. l'Abbé Morelet,
le 16 Juin 1785. A Paris , chez Demonville,
Imprimeur de l'Académie Françoiſe , rue
Chriftine.
LA plupart des Journaux ont déjà parlé du
Difcours éloquent prononcé par M. de Gui- .
bert , à fa réception à l'Academie Françoiſe ;
& le Mercure n'a fait aucune mention encore
de ceux qui furent prononcés à la réception
de M. l'Abbé Morelet . Si nous n'avions voulu
parler de M. l'Abbé Morelet que pour annoncer
fon Difcours & en faire l'extrait , le Mercure
fe fût fans doute acquitté de ce devoir
plus promptement , & ni le Public ni cet Académicien
n'auroient eu à nous reprocher une fi
longue négligence. Mais nous nous propofions
une tâche plus étendue : quand M. l'Abbé Morelet
a été nommé à l'Académie Françoiſe
par ceux qui avoient lu fes Ouvrages & qui
DE FRANCE. 115
en connoiffoient le mérite ; ceux qui ne les
avoient point lus , ont demandé qu'a fait
M. l'Abbé Morelet ? Nous voulions répondre
à cette question. Il a fallu pour cela relire ces
Ouvrages , & cette lecture a exigé du temps ,
parce que M. l'Abbé Morelet a fait beaucoup
de chofes , & parce que fes Ouvrages , qui
font les productions d'un efprit très - philofophique
, ne peuvent être bien appréciés que
dans une lecture très - réfléchie. Des circonftances
font venues enfuite , qui ne nous ont
pas permis de donner encore le réſultat de
cette lecture. Que le Public nous permette
de l'entretenir un moment aujourd'hui d'un
Homme de Lettres qui a bien mérité de lui ,
puiſqu'il a conftamment dirigé toutes les vues
de fon efprit fur des objets d'utilité publique;
Des Ouvrages moins férieux ont une vogue
plus prompte & plus brillante : la juftice tardive
qu'on rend à ce qui eft utile eſt moins
fujette aux révolutions qui ont fait périr tant
d'ouvrages & tant de noms long - tems célèbres.
M. l'Abbé Morelet parut dans la Littérature
au moment où des efprits du premier
ordre y faifoient une grande révolution . Ce
fera une chofe à jamais remarquable , que c'eſt
à peu-près à la même époque que parurent
l'Hiftoire Générale de Voltaire , l'Esprit des
Loix de Montefquieu , le Livre de l'Esprit
par Helvétius , les premiers volumes de l'Encyclopédie,
& le beau Difcours Préliminaire
qui eft à la tête , plufieurs morceaux de Diderot
, qui n'étoient que des feuilles volantes ,
116 MERCURE
mais faits pour être recueillis avec refpect
par tous ceux qui favent reconnoître le
génie dans une page comme dans un volume
; l'Efaifur l'origine des Connoiffances
humaines , de Condillac ; les premiers volumes
de l'Hiftoire Naturelle de M. de Buffon ;
les premiers Difcours de Rouffeau , qui
annonçoient déjà l'Héloïfe , l'Émile ; pluhieurs
autres Ouvrages encore où l'on retrouvoit
le même efprit lors même qu'ils
n'étoient pas infpirés par le même génie. On
ne choififfoit que des fujets importans , on
les traitoit d'une manière grande & neuve :
on remettoit en queſtion tout ce qui avoit
été décidé fans être éclairci , & des matières
traitées de tous les temps paroiffoient l'être
pour la première fois. La lumière , en fe répandant
fur un plus grand nombre d'objets ,
fe répandoit auffi fur un plus grand nombre
de perfonnes : c'eft le moment où le nombre
des gens qui lifent en France & qui s'inftruifent
, a augmenté prodigieufement . Le talent
d'écrire ne pouvoit pas s'élever à de plus
grandes beautés que chez les bons Écrivains
du fiècle de Louis XIV , il trouvoit des beautés
nouvelles ; en franchiffant même les limites
des genres , le ftyle avoit quelque chofe de
plus ferme , de plus sûr & de plus conftant dans
fes procédés ; en s'élevant davantage par la hardieffe
des expreffions , il paroiffoit plus foumis
aux idées ; l'éloquence n'étoit plus , pour ainfi
dire , l'art de la parole , mais l'art de penſer
porté à fa perfection. Ce fera toujours une
,
DE FRANCE. 117
diftinction glorieufe pour le nom d'un Homme
de Lettres , d'être attaché aux noms célèbres
qui concoururent à faire cette révolution
dans notre Littérature ; ce fut le bonheur
de M. l'Abbé Morelet , & fon mérite eft de
s'en être rendu digne , en portant la philofophie
qu'il avoit puifée dans leur commerce
fur des objets d'une utilité plus directe encore
,fur des matières à beaucoup d'égards plus
difficiles à traiter. Le commerce qu'on commençoit
à enviſager alors fous des aspects
nouveaux , ne fut plus confidéré comme une
induſtrie fans éclat & fans grandeur , propre
feulement à faire la fortune de quelques
particuliers ; les moyens par lefquels les
Commerçans s'enrichiffent parurent liés à
la profpérité des Empires , à la connoiffance
des productions naturelles de tout le globe ,
à l'état des Arts néceffaires & agréables
chez les Nations qui communiquent en
femble d'un bout de la terre à l'autre ; aux
moeurs des peuples qui ont perdu tant de préjugés
en échangeant leurs tréfors ; à leurs erreurs
, qui , pour être détruites , n'ont fouvent
befoin que d'être mifes en préfence les
unes des autres. La théorie du commerce s'affocia
naturellement à tout ce que la philofophie
peut traiter de plus intéreffant , & M.
l'Abbé Morelet entreprit alors de tracer cette
théorie. Il annonça un Dictionnaire du Commerce
: le Gouvernement entra dans fes vues,
& s'empreffa de lui donner les fecours de tous
les genres dont un Homme de Lettres peut
118
MERCURE
avoir befoin. M. l'Abbé Morelet publia bientôt
un Profpectus , & traça pour fon Dictionnaire
un plan beaucoup trop vafte , non pour
la nature de fon fujet & de fon Ouvrage ,
mais fans doute pour le temps auquel il promit
de le donner , & peut-être aufli pour les
forces d'un feul homme. Le premier coupd'oeil
d'un efprit étendu par la philofophie ,
embraffe une grande circonference ; les années
ne fuffifent pas pour la parcourir en
détail. Voilà ce qu'on reconnoît quand on veut
être jufte ; mais quand on ne fe foucie pas de
l'être, c'eft un prétexte pour décrier un Homme
de Lettres , & beaucoup de gens profitent
du prétexte. On a cru trouver une excellente
plaifanterie lorfqu'en faifant le compte des
titres Littéraires de M. l'Abbé Morelet , on a
dit qu'il avoit fait un Profpectus ; mais la plaig
fanterie étoit toute faite dans le mot , & ce
Profpectus vaut, dans fon genre , la Préface
de M. d'Alembert , qui avoit fait auffi une
Préface. Il doit être permis de dire , malgré
le mot & malgré la plaifanterie que ce Profpectus
du Dictionnaire de Commerce , auffi
étendu que beaucoup de Livres , mérite d'être
placé au rang des meilleurs. Ce plan d'un Ouvrage
eft lui-même un Ouvrage. L'Auteur y
détermine , y claſſe tous les objets de la vaſte
théorie du commerce , dans un ordre qui déjà
répand fur eux la plus grande lumière ; &
quand cet ordre eft établi , il devient la fource
de toutes les idées & de toutes les vérités ;
on a beaucoup à travailler encore , on n'a
DE FRANCE. 119.
prefque plus rien à produire. L'ordre eft peutêtre
dans tous les genres la vraie création.
Les études qu'il avoit faites , & qu'il continuoit
de faire , mettoient M. l'Abbé Morelet
en état de difcuter avec profondeur & avec
clarté toutes les queftions que les affaires du
commerce font naître très -fouvent , & qui
intéreffent également le Gouvernement & les
particuliers ; il s'en éleva une très - importante
, très -délicate & difficile au moins à
traiter , finon à réfoudre , au ſujet de la Compagnie
des Indes , dont le privilége exclufif
alloit expirer. A cette occafion parut un Mémoire
de M. l'Abbé Morelet , où , après avoir
envifagé la queftion fous toutes les faces , il
décida que l'intérêt des Actionnaires même
de la Compagnie , l'intérêt du Gouvernement
, l'intérêt général de la Nation & du
Commerce , le droit public & le droit naturel
, tout demandoit que le privilége exclufif
ne fût pas renouvelé. Jamais une queſtion
de commerce n'avoit été traitée avec cette
netteté & cette étendue , fous des rapports fi
impofans , & avec cette analyfe ignorée partout
ailleurs que dans les matières philofophiques.
Le Mémoire dût faire une grande
impreffion , puifqu'il bleffoit beaucoup d'intérêts
& attaquoit beaucoup de préjugés ; & il
fit en effet cette efpèce de bruit qu'un Ouvrage
ne fait jamais que lorfqu'il occupe à - la- fois les
paffions & la raifon. On croyoit en général
qu'il ne feroit poffible de lui répondre qu'avec
Fautorité des anciens exemples , & la rou-
-
I20 MERCURE
·
tine aveugle des vieilles idées. On fut trèsétonné
lorsqu'on vit fortir du fein même de
la Compagnie attaquée , & de la plume
d'un de fes Directeurs , une réponſe où
l'on défendoit le privilége exclufif avec des
vues générales fur la profpérité de l'État
& fur les intérêts de toute la Nation ; où,
aux calculs d'un homme d'affaires , ſe joignoient
les idées & les fentimens d'un efprit
élevé & d'une âme fenfible habituée à
réfléchir fur ce que l'intérêt de l'humanité
demande & dans l'Inde & en Europe. C'étoit
écrire fur le Commerce comme Montefquieu
écrit quelquefois fur la Jurifprudence , avec
des opinions qui tiennent encore un peu aux
préjugés de fon état , mais avec un génie qui
tient encore davantage au talent d'éclairer
les hommes & de les gouverner. La queſtion
parut plus indéciſe que jamais. Lorſqu'on vit
un homme qui n'avoit encore fait aucun Livre,
écrire fur les affaires avec des vues fi philofophiques
, on imagina qu'il y avoit pour
les affaires une philofophie toute différente
de celle des Livres ; & l'amour-propre dugrand
nombre étoit intéreffé à la croire la meilleure,
parce qu'il y a beaucoup plus d'hommes qui
font des affaires qu'il n'y a d'hommes qui fachent
faire un Livre. M. l'Abbé Morelet im .
prima une Réplique ; elle étoit fupérieure à
beaucoupd'égards à fon Mémoire; elle n'eut pas
le même fuccès , & très-peu de gens auroient
apperçu le triomphe de fon opinion , fi cette
opinion , adoptée par le Gouvernement , n'eût
pas
ر
DE FRANCE.
été fuivie de la diffolution de la Compapas
gnie des Indes. - Cette manière de traiter devant
le Gouvernement & devant la Nation ,
une queftion qui les intéreffoit l'un & l'autre
, étoit en France un fpectacle affez nottyeau.
L'exemple d'un Philofophe qui connoiffoit
très-bien les affaires , & celui d'un homme
d'affaires qui étoit Philofophe , étoient encore
deux chofes affez nouvelles toutes les
deux ; enfin les deux adverfaires, attachés l'un
à l'autre par les liens de l'eftime & d'un long
commerce , après cette première émotion qu'il
eft difficile de ne pas fentir dans les combats
d'opinions , rentrèrent bientôt dans le calme ,
& ils fe font confervé toujours cette eftime
que fe doivent des adverfaires qui combattent
l'un contre l'autre , mais tous les deux pour
la caufe publique. --La même queſtion vient
d'être agitée tout-à-l'heure dans un Mémoire
où des principes très-courageux font rendus
plus refpectables parune éloquence modérée *;
& le Gouvernement, par un exemple qui lui
eft glorieux , a témoigné qu'il permet la dif
cuffion lorfque c'eft l'amour du bien public
qui l'inſpire , & non pas de viles paffions , &
non pas l'ambition & l'intrigue .
C'étoit lefort de M. l'Abbé Morelet , de combattre
pour tous fes principes avant de les établir
dans fon grand Ouvrage fur le Commerce..
Le Commerce des Grains , qui devoit en faire
une partie très-importante , étoit devenu l'ob-
Le Mémoire eft de M. Lacretelle.
N , ảo , zo Mai 1786 . F
122 MERCUR
. E
jet d'une multitude de gros Livres & de petites
Brochures , où le pour & le contre
étoient foutenus fouvent avec beaucoup de
colère , & rarement avec un peu d'éloquence .
Les partifans de la liberté jouiffoient des avantages
de leur nombre , de la nouveauté & de
la hardieffe de leurs principes ; & , s'il faut le
dire auffi , de cette force réelle propre à
une opinion qui a pour elle & les premiers
apperçus du bon fens , & les derniers réſultats
du génie philofophique. Tout - à - coup um
homme paroît , c'eſt un Italien : il écrit en
françois des dialogues pleins d'efprit , de gaieté
& de bonnes plaifanteries ; & avec des armes
fi légères en apparence , il arrête l'opinion publique
que le raifonnement & l'enthoufiafme
pouffoient vers la liberté. L'Abbé Gagliani ,
qui plaifantoit fouvent comme Pafcal , ne raifonnoit
pas à beaucoup près comme lui : leprodige
des Provinciales c'eft que la faillie même
& la plaifanterie rendent toujours le raiſonnementplus
fort & plus profond. L'Abbé Gagliani
en n'approfondiffant aucune vue , mais en
multipliant les points de vue fous lefquels on
pouvoit enviſager la queſtion , en ne ſuivant
aucune idée , mais en femant avec abondance
des idées nouvelles , en détournant l'attention
par des anecdotes piquantes , par des plaifanteries
pleines de fel , brouilla tout , rendit incertain
ce qui étoit démontré , donna à des
étincelles plus d'éclat qu'à la lumière , ébranla
la foi des difciples les plus zélés de la doctrine,
& fit fentir aux Maîtres même le
DE FRANCE.
125
befoin d'un bras puiffant qui vînt au fecours
de la caufe commune. M. l'Abbé Morelet
n'étoit pas précisément un Économiste , mais
il poffedoit parfaitement l'économie politique
: il prit la défenſe , non d'une fecte dont
il n'étoit point , mais de la vérité , à laquelle
il étoit fort attaché. Pour répondre à M.
l'Abbé Gagliani , il fallut reprendre la queſtion
entière fous oeuvre , & la traiter d'une manière
toute nouvelle : il fallut faire un Livre ,
& M. l'Abbé Morelet en fit un excellent ;
à mesure que dans ce Livre les principes s'établiffent
& fe demontrent , les difficultés propofées
par M. l'Abbé Gagliani fe rencontrent
fur la route , & fans avoir befoin d'une réfutation
particulière , elles font détruites par
la vérité elle - même à mesure qu'elle s'étend
& fe développe. Ce genre de difcuffion eft
le meilleure peut- être ; il n'a point la chaleur
d'une difpute , mais il inſpire bien plus de
confiance ; on ne voit plus deux hommes qui
combattent & cherchent à triompher l'un de
l'autre; c'eft la raiſon qui combat contre les
difficultés que l'efprit fait naître , & qui ,
dans fa marche , paffe continuellement d'une
vérité à un doute , d'un doute à une vérité. M.
l'Abbé Gagliani avoit beaucoup plaifanté , M.
l'Abbé Morelet , qui, dans d'autres occafions , a
fu employer la plaifanterie avec quelque fuc→
cès, ne fe fert ici que de l'arme du raifonnement.
Les deux efprits dans cette lutte paroiffent
auffi differens que les deux opinions ;
l'un cherche à beaucoup voir , l'autre à bien
Fij
124
MERCURE
voir, & l'on fait que la fertilité eft une qualité
de l'efprit moins rare encore que la juſteſſe ,
fur-tout dans les objets de fpéculation. Le
Livre de M. l'Abbé Morelet eft le Traité le
plus complet de cette queftion importante
qui tient à toute la théorie du commerce.
Depuis l'Abbé Gagliani , on a propofé les mêmes
difficultés & d'autres encore avec plus
de force , plus de profondeur , plus d'éloquence
; on ne les a pas combattues avec
une logique plus faine & plus victorieufe . Cependant
cet Ouvrage de M. l'Abbé Morelet
eft refté prefque ignoré. Lorfque tous les efprits
étoient occupés de cette matière , & s'y
intéreffoient vivement , il ne fut pas permis à
PAuteur de le faire paroître ; lorfque l'Ouvrage
parut plufieurs années après , ces inatières
n'occupoient plus perfonne , & il eſt rare
qu'on life beaucoup les Livres dont on n'a pas
à parler beaucoup dâns la Société , qu'on ne
peut ni décrier au milieu des admirateurs
ni prêner au milieu des détracteurs. Les Ouvrages
ont leur destinée , a dit un ancien ; cela
eft plus vrai encore à Paris qu'à Rome.
>
M. l'Abbé Morelet , qui avoit fenti combien
il eft affligeant de ne pouvoir pas publier
un Ouvrage qu'on a fait pour le Public,
& qu'on croit devoir lui être utile , fit un
morceau fur la liberté d'écrire & d'imprimer
für les matières d'adminiftration ; c'eſt un morcéau
de quelques pages ; mais ce petit morceau
eft un modèle dans l'art de préſenter à
Fefprit des vérités importantes de manière
DE FRANCE. 125
les démontrer en les énonçant feulement. On
n'eft frappé ni par la grandeur des vues ni par
leur fineffe ; le ftyle n'a point d'éloquence , il
n'eft pas piquant ; on ne remarque rien , que
la lumière ; mais elle eft pure , facile ; elle
femble naître dans l'efprit du Lecteur qu'elle
pénètre ; il n'y manque pas un détail néceffaire
à la démonſtration , & il n'y en a pas un
de fuperflu qui l'embarraffe ; pas une idée
intermédiaire n'eft fupprimée ; & ce procédé,
fans ralentir la marche , rend la vérité fenfible
dans tous les points de fon étendue : en
arrivant à la fin on arrive à l'évidence ; on s'y
repofe fans fatigue , fans inquiétude , & l'on
fent combien eft grand pour l'efprit le feul
plaifir de recevoir ainfi la lumière.
M. l'Abbé Morelet a fait des morceaux
d'un autre genre , & où l'on remarque moins
le fonds des idées que leur expreffion & leur
tournure. Le Manuel des Inquifiteurs , par la
manière feule de recueillir les loix & les formes
de ce Tribunal , le rendit plus odieux &
plus ridicule. On conçoit que cette manière
de recueillir n'eft pas à l'ufage de tout le
monde. La Théorie du Paradoxe dut fon
fuccès à l'idée ingénieufe fur- tout qui en
fournit le cadre. On fit un crime à l'Auteur
des circonftances où l'Ouvrage parut ; mais
M. l'Abbé Morelet avoit fait l'Ouvrage
& non pas les circonftances ; & il les
auroit changées fans doute , ou il en eût attendu
d'autres s'il en avoit été le maître ; car
en général , lorfqu'on voit fon ennemi aux
Fiij
126 MERCURE
priſes avec un autre ennemi , il faut attendre
que ce combat foit fini pour en offrir un autre.
Ceft au même Écrivain que la France eſt
redevable de la Traduction du Traite des
Delits & des Peines , Ouvrage écrit pour
les Légiflateurs & pour les Magiftrats par un
génie ami de l'homme . C'eft à M. l'Abbé Morelet
que les Gens de Lettres doivent encore
la Traduction d'un autre Ouvrage du même
Auteur de l'Effoi fur le Style , Livre neuf &
profond, difficile à traduire , puifqu'il étoit
méme difficile à entendre ; mais qui , au milieu
des ténèbres dont il eft enveloppé , laiffe
efpérer un jour nouveau pour l'avenir , & feroit
prefque croire que l'entreprife de dérober
à la Nature les fecrets par lefquels elle
fait les hommes de génie , eft audacieuſe fans
être folle & téméraire.
On voit actuellement quelle réponſe on
avoit à faire à ceux qui ont demandé ce
qu'a fait M. l'Abbé Morelet . Quelques- uns
de ces Écrits , auxquels on pourroit en ajouter
d'autres , paroiffent étrangers à la Littérature ;
mais le ftyle dans lequel ils font écrits , toujours
pur & correct , élégant ou piquant
toutes les fois que le fujet le permet , ou que
l'Auteur l'ambitionne , peut fouvent fervir
de modèle à ceux qui ne font que Littérateurs
; & il eft probable qu'il entre dans les
vues de l'Académie de récompenfer le talent ".
d'écrire dans ceux principalement qui le font
fervir à embellir des connoiffances néceffaires
& utiles à l'efprit humain : c'eft à quoi
DE FRANCE. 127
on ne fonge pas lorfqu'on fonde fes eſpérances
de gloire & d'immortalité fur un Madrigal
ou fur une Satyre ; mais c'eſt à quoi doit
penfer un Corps inftitué pour récompenfer
les talens au nom d'une Nation entière.
•
Dans les Académies élevées aux Beaux-
Arts , il en eft où l'on n'eft admis que fur un
Ouvrage fait pour en obtenir l'entrée. Le
Difcours que prononce un nouvel Académicien
François après avoir été reçu , devient
auffi pour le Public un titre fur lequel il juge
fi le Récipiendaire a mérité fa place. Le Difcours
de M. l'Abbé Morelet a eu un fuccès
affez univerfel pour le dédommager des murmures
injuftes que fes ennemis & ceux de
l'Académie firent entendre à fa nomination.
Il s'eft renfermé prefque entièrement dans
l'Éloge de fon prédéceffeur, M. l'Abbé Millot ,
& il a fu faire fortir des vues philofophiques
des peintures piquantes , & de l'intérêt , du
tableau des Ouvrages & du caractère de cet
Écrivain , dont le talent n'a point eu un grand
éclat , & dont la vie a toujours été retirée &
ignorée. C'eft par fes Élémens d'Histoire que
M. l'Abbé Millot eft connu , & c'est comme
Hiftorien fur-tout que fon Succeffeur l'apprécie.
30
cc
Parmi les différens objets qui s'offroient
à fa conftantè activité , il choifit l'Hif-
» toire ; & le defir qu'il eut toujours d'être
» utile , borna fon travail à des Abrégés. Je
" dis des Abrégés , & non des Élémens , quoi-
» qu'il ait donné le titre d'Élémens à fe , Ou-
و د
Fiv
128 MERCURE
"
و د
و د
» vrages Hiftoriques. L'Hiftoire , qui peut
» choifir des faits , a des Abrégés ; les Sciences
feules ont des Élémens ; encore eft- il diffi-
» cile d'affigner aucune différence réelle en-
» tre l'étendue que doivent avoir des Élé-
» mens & celle qu'on peut donner à des
» Traités complets ; puifque dans ceux-ci on
و ر
ne doit rien laiffer d'inutile, & que dans
» ceux-là on ne peut omettre aucun des an-
» neaux de la chaîne qui lie entre - elles toutes
» les vérités . » Ces deux réflexions font d'une
grande jufteffe , & les Ouvrages de M. l'Abbé
Millot prouvent combien la dernière eſt vraie.
M. l'Abbé Millot a fouvent trop abrégé l'Hiftoire
en la réduifant à fes Élémens ; il en a détruit
le corps , & , s'il faut le dire , on n'en retrouve
pas même les élémens dans fes Ouvrages
. M. l'Abbé Morelet dit ailleurs que l'Abbé
Millot avoit conçu en homme de fens que fi
les faits accompagnés de trop de détails furchargent
& rebutent le Lecteur, trop dépouil
lés auffi de ces circonftances qui les entourent
ils ne donnent plus de prife à la mémoire , &
nefe graventpoint dans l'efprit , le fait principal
ne s'attachant pour ainfi dire au fol où
l'on veut le planter , qu'à l'aide des faits
acceffoires qui en font comme les racines.
Cela eft encore très-vrai , très-ingénieuſement
exprimé , & M. l'Abbé Millot mérite
à beaucoup d'égards cet éloge ; mais cet Hif
torien développe les circonftances de certains
faits , & n'en développe prefque jamais
les liaiſons ; fon art confifte à ne prendre
DE FRANCE. 129
qu'un petit nombre de faits , & à les détailler
; mais il arrive de là que les faits choifis à
de grandes diftances reftent ifolés : on ne
voit ni comment ils font nés les uns des autres
, ni comment tous enfemble font nés du
caractère que les Peuples ont reçu de la nature
du climat qu'ils habitent , & de la nature du
Gouvernement auquel ils obéiffent. M. l'Abbé
Millot femble confidérer les faits uniquement
pour en tirer des maximes fages de morale , de
politique , de tolérance ; il en fait pour ainfi
dire un recueil d'apologues . Ce genre de
travail peut avoir fans doute une grande utilité
& un grand mérite ; mais après avoir
rendu juftice à un Historien qui a dirigé fes
travaux fur de pareilles vues , fi on veut fe
mettre au fait de l'Hiftoire , il faut l'étudier
encore.
Dans le même temps que l'Abbé Millot
écrivoit l'Hiftoire pour la jeune Nobleffe de
Parmes, l'Abbé de Condillac l'écrivoit pour le
jeune Héritier des mêmes États. L'Ouvrage
de l'Abbé de Condillac, admirable à beaucoup
d'égards , laiffe encore beaucoup à defirer. Il
ne commence guères l'Hiftoire qu'aux Grecs ;
& tous les temps antérieurs il les laiffe dans les
ténèbres . L'Abbé de Condillac ne dit prefque
riendu premier Empire des Affyriens, des Phéniciens
, des Éthiopiens , des Égyptiens , de
tous ces Peuples chez lefquels font toutes les
origines . Faute d'avoir bien étudié ces quatre
Peuples primitifs , il arrive fouvent à l'Abbé de
Condillac d'expliquer enfuite les inftitutions
Fv
130 MERCURE
des autres Peuples par des hypothèſes ingénieuſes.
Il cherche trop les faits dans la nature
de l'homme , au- lieu de chercher la nature de
l'homme dans les faits . On ne fent pas le
même défaut dans fon Hiftoire moderne ; &
la raiſon en eft fimple : c'eft qu'il la prend
à fon commencement , & qu'en fuivant la
chaîne entière des faits il les trouve tous expliqués
les uns par les autres. Auffi cette partie
de fon Ouvrage , s'il avoit répandu plus
d'intérêt & plus de couleur dans la narration ,
feroit- elle une des plus belles productions de
l'efprit philofophique de notre fiècle . L'Hiftoire
de l'Abbé Millot eft plus lue que
celle de l'Abbé de Condillac ; & cependant la
première n'eft que d'un très -bon efprit ; la
feconde eft d'un efprit fupérieur.
Co
M. l'Abbé Morelet , fans chercher à exagérer
le mérite de fon Prédéceffeur , le relève
en liant l'appréciation de fes Ouvrages à des
vues générales fur la manière dont l'Hiftoire
a été écrite par les Anciens & par les Modernes.
Qu'il me foit permis de le dire ,
Meffieurs: grâce aux progrès des lumières
, dont notre fiècle peut shonorer , on còn
noît mieux aujourd'hui les vrais devoirs &
le vrai but de l'Hiftoire . Dans le choix des
faits publics qui doivent former l'Hiſtoire
d'une Nation , les Hiftoriens anciens , ad-
» mirables fans doute par la grandeur de leur
compofition , par la vérité de leurstableaux ,
» par la perfection de leur ftyle , femblent
» avoir négligé beaucoup d'objets effentiels.
23
*J
"3
"
33
DE FRANCE.
131
S
"
"3
93
و د
ور
"
Ils ne nous font guères connoître que l'état
» fucceflif des formes des gouvernemens &
» de la puillance politique de la Cité ; ils ne
» nous racontent que des guerres domefti-
» ques ou étrangères , des troubles au dedans'
ou des négociations au-dehors , des révolutions
ou des conquêtes ; mais ils ne nous
difent prefque rien de la légiflation , de la
police intérieure , de l'adminiſtration économique
, de l'état de la culture , de l'induftrie
, de la navigation , du commerce ,
du revenu national , de ſa ſource & de fon
» emploi , des travaux & des établiffemens
» publics , de l'état des Arts & des Sciences ;
» & il faut convenir que l'Hiftoire qui em-
» braffe de nos jours tous ces objets , s'eft acquis
un grand caractère d'utilité publique
» en s'affociant ainfi à la Philofophie , qui
femble lui avoir recommandé les vrais in-
» térêts de l'humanité. M. l'Abbé Millot en
» imitant ainfi Hume , Voltaire , Robertſon
» dans le choix des grands faits & des grands
événemens de l'Hiftoire , montre encore
» tout le courage d'un Hiftorien qui fait
remplir fes devoirs & ufer de fes droits. Il
dit la vérité fans foibleffe , & la dit toute
entière , felon la maxime du fage Fleury ,
perfuadé qu'on la trahit quand on la déguife
, & qu'on l'outrage quand on la fuppofe
dangereufe.
و ر
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و د
"
ود
23
לכ
23
ود
<< ود
Cette manière de parler de l'Hiftoire &
des Hiftoriens eft d'un Homme- de-Lettres
autant que d'un Philofophe ; & ceux qui ne
F vj
131 MERCURE
font que Littérateurs en parlent rarement
auffi bien. Je ne puis convenir feulement que
les Thucydide , les Tite - Live & les Tacite
n'ayent pas fu parler dignement de la légifla
tion des anciens peuples ; A me femble au
contraire que c'eft-là un des plus beaux titres de
leur gloire. M. l'Abbé Millot chargé de la rédaction
des Mémoires du Maréchal de Noailles
ne réuffit pas auffi- bien dans cette entrepriſe ,
& M. l'Abbé Morelet explique à merveille à
quoi tint ce peu de fuccès. « Il lui manquoit
»
""
une difpofition néceffaire pour donner à un
>> Ouvrage de ce genre le mérite qu'on y
» defite ; cette difpofition eft l'intérêt qui ne
peut fe trouver que dans l'Acteur ou le
» Témoin . Depuis les Commentaires de Céfar
que font tous les Mémoires connus,
finon les fouvenirs de celui qui les a écrits?
» Et pour ne citer que ceux qui appartien-
» nent à notre Nations Commines, Monluc ,
Rohan , la Rochefoucault , Retz , Villeroy ,
Torcy ont tous vécu au milieu des événe-
» mens qu'ils racontent ; ils nous intéreſſent
» parce qu'ils fe peignent eux-mêmes , &
» ne retracent que des objets dont ils ont été
29
23
"
conftamment entourés ; leurs regards ont
» été frappés , leur imagination faifie , leur
» âme émue ; lorfqu'ils entreprennent d'écrire
, ils trouvent toutes les idées préfentes
, toutes leurs paffions encore vives ,
» tous leurs fentimens en activité ; & communiquant
à leur ftyle l'intérêt dont ils
font remplis , ils peignent toujours avec
وو
DE FRANCE. 133
ود
énergie ; & ceux même qui nous laiffent
> entrevoir la partialité des paflions nous at-
» tachent encore à leurs récits lorfque nous
» les foupçonnons d'altérer la vérité. C'eft
» ce caractère qui rend fi attrayante la lec-
» ture des Mémoires du Cardinal de Retz . Il
» écrit en conjuré ; & quoiqu'il conjure e
» fe jouant , il eft plein de chaleur , parce
qu'il parle de lui & de ce qu'il aime ; deux
" moyens sûrs de donner à fon talent tout ce
» qu'il peut avoir d'action & d'effet. "
ود
وو
Il eft difficile de mieux penfer & de mieux
écrire; & l'homme qui s'énonce ainſi ſur ce
qui conftitue l'intérêt & la chaleur du ſtyle ,
méritoit fans doute d'obtenir une place parmi
les modèles de l'Art d'écrire & les dépo
fitaire du bon goût. Le portrait de Louis
XIV , tracé tant de fois par tant de plumes
éloquentes , reparoît dans ce Difcours
avec des traits nouveaux , & qui ont de la
grandeur autant que de la jufteffe. Il eft parmi
les Rois des phyfionomies qui femblent être
des modèles éternellement expofés aux regards
du talent qui s'effaye ou qui fe perfectionne
dans l'Art de tracer à grands traits de
grands caractères , & tel eft fur- tout Louis
XIV. Le caractère de l'Abbé Millot compofé
de traits & d'apperçus fins & piquans, offre
contrafte bien heureux. « Il eut la re
pour
>> traite & pour la folitude un goût ou plutôr
» une paflion qui lui a été commune avec
» d'autres Gens- de- Lettres ; mais il y joignit
» une manière qui lui fut propre de fe rendre
un
134
MERCURE
ور
"
ود
ور
folitaire au fein même des fociétés . Au mi
lieu des hommes il avoit l'air d'un Étranger
qui entend la langue du Peuple chez
lequel il vit , & qui n'a pas l'habitude de la
parler. En s'adreffant à lui , on s'apperce-
» voit qu'on interrompoit fes penſées , &
qu'on lui demandoit un effort , & il avoit
» autant de peine à fortir de lui - même que la
plupart des hommes en éprouvent à y rentrer.
Il pratiquoit à la lettre la maxime de
quelques Moraliftes outrés , & du grand
» monde, aufli févère qu'eux, de ne laiſſer ja-
» mais paroître comme de ne laiffer jamais
» entendre le moi. »
"
و د
">
C'eſt un bonheur , fans doute , d'être préfenté
publiquement aux honneurs Littéraires
par un ami avec lequel on a commencé à
penfer & à écrire ; dont l'amitié conftante &
incorruptible s'eft toujours accrûe au milieu
de ces épreuves de la rivalité , où les vertus
de fyftême & d'oftentation périffent, & d'où
les âmes fupérieures fortent toujours plus
pures & plus généreufes. M. l'Abbé Morelet
a eu ce bonheur lorfqu'il a été reçu à l'Académie
Françoife par M. le Marquis de Chatelux
, rempliffant les fonctions de Directeur
de l'Académie . L'Auteur de la Félicité Publique
, Livre plein de vues neuves & fines ,
dont la lecture remplit l'âme de confolation
& d'efpérances , en cherchant quel'e a cré
dans chaque fiècle la portion de bonheur dont
les peuples ont joui , a dû traiter néceffairement
la plupart des queftions dont s'eft touDE
FRANCE. 135
jours occupé M. l'Abbé Morelet , & il a dû
envifager ces queftions dans les faits dont M.
l'Abbé Millot a été l'Hiftorien . Il femble que
le fort ait voulu donner à l'Académie le Directeur
qui pouvoit le mieux apprécier & le
Membre qu'elle perdoit , & celui dont elle
faifoit l'acquifition. Et en effet , à la manière
dont M. le Marquis de Chatelux parle dans
fon Difcours , & de l'Hiftoire & de l'Écrivain
politique , on reconnoît le Philofophe qui a
approfondi les caufes de la Félicité Publique
dans les traditions & dans les monumens de
l'Hiftoire. La réponſe du Directeur , & les
idées philofophiques qu'il y a femées , s'animent
& prennent quelque chofe de plus touchant
lorfque M. le Marquis de Chatelux les
lie à ceux des grands événemens de ce fiècle
dont il n'a pas été feulement le témoin , 1&
qui femble réalifer les efpérances de bonheur
qu'il a données aux hommes.
"
"
Comparez , Monfieur , l'époque où vous
avez commencé vos travaux , avec les auf-
" pices fous lefquels vous allez en préſenter
» les réſultats , & ranimez vos propres forces
» en voyant celles de la patrie . Celui qui partageoit
vos peines , & n'ofoit encore vous
» montrer qu'un foible eſpoir , a maintenant
» un autre langage à vous tenir. J'ai vu , vous
dira- t'il , j'ai vu les pavillons François flotter
fur toutes les côtes de l'Amérique ;
j'ai entendu les acclamations d'un peuple
» brave & généreux qui béniffoit le Monar-
» que des François , & qui , fecouant à- la-fois
39
33
136 MERCURE
و د
» toutes les chaînes qu'on lui avoit impo
» fées , déteftoit également & fes antiquest
préjugés & la longue oppreffion dont il
» venoit de s'affranchir : déformais le com-
» merce de votre patrie fera libre comme
» vous l'avez defiré ; mais telle fera encore
» la fidélité aux principes d'une noble &
" faine politique , que malgré tant de bril-
» lans fuccès, tant de preuves de générofité,
» ni le vainqueur ni le bienfaiteur n'exige-
» ront de préférences ambitieufes, &c. »,و د
Je ne fais; mais il me femble que cette
affociation des voeux qu'ont formés les Philofophes
avec ce qu'exécute aujourd'hui un
nouveau Peuple , cette atteftation donnée par
un Directeur de l'Académie Françoife de ce
qu'il a vu lui-même dans le Nouveau-Monde,
il me femble que tout cela répand un nouvel
éclat fur la Philofophie, fur les Lettres &
fur l'Académie.
(Cet Article eft de M. Garat. )
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
GEORGE'S
C
EORGES CASTRIOT quatrième fils de
Jean Caftriot , Prince d'Épire , fut élevé à la
Cour d'Amurat II , Empereur des Turcs. Une
figure diftinguée , des traits qui annonçoient
DE FRANCE.
137-
une grande âme, lui concilièrent l'amitié de
ce Prince , dont la politique barbare avoit
égorgé les trois frères . Il étoit encore très
jeune quand Amurat le conduifit à la guerre ,
où fon courage , fa force & fes exploits lui
firent donner le furnom de Scanderbeg. ( 1 )
Jean Caftriot mourut , & non - feulement
Amurat ne rendit point à ſon fils l'État dont
il étoit l'héritier légitime , mais encore il lui
fit quelque temps après éprouver un outrage
dont fa jeuneffe & la beauté furent les motifs.
Scanderbeg diffunula fon reffentiment.
Un coup auffi hardi qu'heureux le rendit maître
de Croïa , ( 2 ) capitale de l'Albanie , arracha
les Albanois à l'obéiflance du Turc , &
lui donna les moyens de fe venger. Amurat
l'affiégea dans Croïa ; mais après avoir perdu
une partie de fon armée l'Empereur fut obligé
de lever le fiège. La mort d'Amurat n'affouvit
point la haine de Scanderbeg : il fe
jeta dans la Macédoine , y prit quelques
chateaux , ravagea la campagne , battit les
meilleurs Capitaines de Mahomet II , fit punir
du dernier fupplice des affaffins que cet Empereur
avoit armés contre lui , & termina fa
glorieufe carrière à Liffe , le 17 Janvier 1467.
Telle eft l'Hiftoire abrégée du Héros que la
( 1 ) Ce nom eft compolé de Scander ( Alexandre ) &
de Beg ( Prince ) : ainfi il faut lire Scanderbeg, &
non pas Scanderberg.
(2 )Croïa , ville autrefois très-forte de la Turquie
Européenne , près le Golfe de Venife.
138 MERCURE
Motte a choifi 1735 pour principal perfonnage
d'une Tragédie-Opéra , & que M...... a
préfenté fur la Scène Françoife 9 de ce
mois , dans une Tragédie en cinq Actes , fous
le titre de Scanderberg.
La Motte a imaginé une action dont la vie
de Scanderbeg n'offre aucune trace : ce Prince
y eft amoureux d'une fille du Defpote de Servie,
& prefere l'amour à la gloire. Ce caractère ,
abfolument étranger à celui du Héros d'Albanie
, a dû le jour au fyftême alors généralement
fuivi à l'Opéra , où il falloit abſolument
Rendre Caton galant , & Brutus Dameret.
Si l'action de l'Opéra de la Motte ne quadre
point avec le caractère connu , du fameux
Scanderbeg , au moins ef elle raifonnable
dans fa marche. Nous ne croyons pas qu'on
puiffe accorder le même mérite à celle de la
Tragédie dont nous allons parler.
La Scène eft devant Croïa , qu'Amurat
tient affiégée. Scanderbeg , le dernier des
quatre fils d'Ivan , Roi d'Albanie , a été donné
en ôtage au Sultan , avec fes frères , & a été
le feul épargné. Élevé dans le Sérail fans fe
connoître , il eft parvenu par fon mérite aux
premiers grades militaires ; il s'eft même tellement
diftingué dans des occafions importantes
, qu'il a excité la jalouſie de Mahomet,
fils d'Amurat . Ce Prince , à qui Amurat a repris
le trône qu'il avoit abdiqué en fa faveur, a
perfécuté Scanderbeg , & l'a rendu fufpect à
fon père , qui l'a fait jeter dans les fers. AtaDE
FRANCE. 139
>
lide , foeur de Mahomet , a été témoin de
quelques-uns des exploits du jeune Héros
l'a vu mettre à fes pieds les dépouilles des
ennemis , en eft devenue amoureufe ; &, fur
la nouvelle de fa détention , clle arrive au
camp pour demander fa grâce. Amurat , rebuté
de la longueur du fiège , & convaincu
qu'il s'eft privé d'un appui néceffaire , eſt déjà
très difpofe à brifer les fers de Scanderbeg ,
quand les inftances de fa fille achèvent de le
décider. En vertu des ordres d'Amurat , Atalide
rend la liberté au Héros , qui brûle pour
elle d'un amour égal à celui qu'il a infpiré,
Un Albanois vient propofer à l'Empereur de
décider du fort de l'Albanie par un combat
fingulier. On portera la couronne d'Albanie
& les clefs des portes fur le champ de bataille
: fi le Champion d'Amurat cft vainqueur
, Amurat entrera dans la ville ; s'il eft
vaincu , on levera le fiège. Amurat accepte le
cartel , & choifit Scanderbeg pour defenfeur.
Cet honneur révolte la fierté de Mahomet
déjà indigné non- feulement d'avoir vu brifer
fes fers , mais encore de la pallion qu'il a inf
pirée à la Princeffe ; en conféquence le Prince
fe promet de faire affaffiner le Héros s'il revient
vainqueur , & de faire enfuite empoifonner
Atalide . Cette jeune Princeffe eft née
d'une autre mère que celle de Mahomet ;
celui- ci a promis à la fienne, à fon lit de
mort , de la venger de fa rivale : c'eſt
ainfi qu'il motive fa haine contre Atalide ,
& cherche à excufer les projets fanglans
140 MERCURE
qu'il forme contre elle & contre fon amant.
Le défi eft accepté fièrement par Scanderbeg
, mais il n'a pas lieu. Sur le champ de
bataille , le Héros apprend le fecret de fa
naiffance , il entre dans Croïa la couronné
fur la tête : c'eft ce qu'on vient apprendre
à l'Empereur. Mahomet reproche à ton père
les maux qu'a caufés fa foibleffe , attribue
cette lâche défertion à l'amour dAtalide
pour un vil efclave. Atalide attribue
à fon tour la révolte de Scanderbeg aux indignes
traitemens de Mahomet ; enfin , après
quelques petits incidens , tel qu'un défi de
Scanderbeg à Mahomet & qu'Amurat rejette
, on annonce que la nouvelle de la rébellion
du Héros d'Albanie a jeté la confternation
dans l'armée. Atalidè , pour tirer
fon père d'embarras , lui propofe d'aller trouver
ScanderbegàCroia ; & Amurat, fans blamer ni
accepter la propofition affez lefte de fa fille ,
fe contente de lever le fiège. Alors Scanderbeg
defcend dans la plaine , & veut forcer lé
camp d'Amurat. Ici fe trouve un jeu dė
Théâtre qui fent trop la machine. Scanderbeg
ne veut pour fon attaque que des gens
de bonne volonté : il prend un drapeau ,
le place d'un côté de la Scène , & dit : que
ceux qui voudront me fuivre paffent auprès
de moi ; tous fe rangent fous fon drapeau.
Arrivent alors Atalide & fa confidente
; la Princeffe propofe fon mariagė
pour tout arranger : Scanderbeg accepte ;
mais les Chefs de l'État lui repréfentent
DE FRANCE. 141
qu'il ne peut époufer la fille d'un monftre
qui a égorgé fes frères , une Muſulmane
enfin. La Princeffe confufe fe retire , &
les Albanois rentrent dans Croïa. L'armée
d'Amurat fe débande , Mahomet en fait
avertir Scanderbeg. Le projet du Prince eſt
de retarder la marche de fon père vers Andrinople
, & de fe reffaifir du Sceptre. Ses
premiers ordres font pour l'empoifonnement
d'Atalide. Amurat , furpris on ne fait comment
, eft amené à Scanderbeg , chargé de
chaînes ; le Héros traite l'Empereur avec une
générofité que celui-ci dédaigne : Atalide
vient un poignard à la main , & menace de
s'en percer , fi elle ne fléchit pas fon amant
en faveur de fon père. Scanderbeg arrache
le poignard , le jette , demande à l'Empereur
fon amitié; le Sultan préfère la mort à ce
bienfait , ramaffe le poignard & s'en frappe...
Ici les murmures du Public ont forcé les Comédiens
à faire baiffer la toile , & les fpectateurs
ont ignoré ce que pouvoient devenir
Mahomet , Atalide & Scanderbeg.
:
Cet Ouvrage a éré repouffé par le Public
avec une rigueur que l'Auteur feul pourroit
appeler exceffive. Il n'offre pas un rôle digne
du fujet Amurat eft foible , Mahomet féroce
, Scanderbeg ridicule dès qu'il devient
Roi d'Albanie , & Atalide eft une folle qui
court le monde en pleine liberté. Cette jeune
Mufulmane va au camp , elle y voit fon
amant fans aucune gêne ; elle paffe à Crołą
pour le chercher , & perfonne ne s'y oppofe.
142 MERCURE
Il nous femble que les moeurs orientales font
ici très -violées. La verlification eft fouvent
dure , toujours négligée , le ſtyle très - incor-'
rect , & le dialogue froid , à l'exception de
quelques morceaux dans lefquels on trouve
de la chaleur & qui font en bien petit nombre.
Il faut convenir que les Scènes où Atalide
avoue d'abord à la confidente , enfuite
à Mahomet , l'amour dont elle brûle pour
Scanderbeg , & celle où elle brife les fers de
ce Héros , en font pas fans intérêt. L'Auteur
a mis en récit le moment du combat accepté
par Scanderbeg contre le Champion des
Albanois , la découverte du myſtère de
fa naiffance , & fans doute il a eu tort : les
acceffoires du combat , fon interruption , &
les motifs de cette interruption , pouvoient
préfenter une fituation théâtrale , augufte ,
intéreffante & d'un très-grand effet. Au
reſte , jamais ouvrage indigne de réuffir n'a
eu un plus mauvais fuccès , & nous croyons
que les détails dans lefquels nous venons
d'entrer , ne peuvent que juftifier la ſévérité
des Spectateurs,
ANNONCES ET NOTICES.
PRONES ou
RÔNES OU Inftructions familières fur les Épttres
& Evangiles de toute l'année, & fur les principales
Fêtes que l'Eglife célèbre ; Ouvrage que l'on peut
regarder comme le développement complet de toutes
DE FRANCE. 143
4
les vérités de la Religion & de la Morale , par feu
M. Cochin , Curé de Saint Jacques du Haut- Pas ,
4 Vol in 12. Prix . 10 liv. 4 fols brochés , &
12 liv . reliés. A Paris , chez Méquignon l'aîné , Libraire
, rue des Cordeliers , vis- à- vis celle Hautefeuille.
Toutes les vérités de la Religion , toutes celles
de la Morale font développées dans ces Prônes avec
une aménité , une onction , une clarté qui attachent
l'eſprit , touchent le coeur & perfuadent le jugement.
On n'y trouve point de ces pompeufes périodes
qui flattent l'imagination en en impofant aux oreilles,
de ces mouvemens inattendus qui étonnent ; ce
n'eft point un torrent impétueux qui renverſe tout..
M. Cochin ne s'eft permis que l'éloquence analogue
au genre de difcours qu'il avoit adopté , & dans
lequel il a peut- être feul complettement réuffi jufqu'à
ce jour. C'eſt un ruiffeau limpide dont l'onde
paifible ne nourrit fur fes bords que ce qu'il leur
fat de fleurs pour les embellir.
ANTIQUITES de Nifmes, vol . in - 4° . orné dé
45 planches gravées en taille -douce , qui repréſentent
fes avenues , fon enceinte , fes aquéducs , fes
bains , fes temples , fes tombeaux , leurs infcriptions ,
fon amphithéâtre, fes ftatues , fes vafes , & c. avec
le Difcours explicatif, où l'on a refondu toutes les
recherches d'Albenas , Graffer, Rulman , Deiron ,
Guiran , Gautier & Ménard ; le tout revu par feu
M. Séguier , Secrétaire Perpétuel de l'Académie de
Nifmes , & approuvé par l'Académie Royale d'Architecture
de Paris ; propofé par Souſcription . A Paris,
chez Michel Lambert , Imprimeur- Libraire , ruc de
la Harpe , & la Veuve Crapart & fils , Libraires
place S. Michel. Prix , 24 liv,, dont moitié en foufcrivant.
144
MERCURE
LA Précaution du Chevalier Efpagnol, peint par
Ph . Wouvermens , gravé d'après le Tableau original
par Piquenot . A Paris , chez l'Auteur , rue des
Carmes , Collège de Prefle . Prix , 4 liv.
Le pendant de cette Eitampe agréable , qui eſt
de 16 pouces fur 12 , & fait fuite à la première Gollection
de ce Maître , gravée par Moirau , paroîtra
dans le courant de Septembre prochain.
POEME à la Mémoire du Prince Maximilien-
Jules-Léopold de Brunswick , par M. Lavillamarais , ▲
Curé de Sainte - Radegonde ; Brochure de onze
pages. A Paris , chez Onfroy , Libraire , quai des
Auguftins.
3.X
TABL E.
A
?
S
démie Françoife , à la Réception
de M. l'Abbé Mo.
relet ,
Mademoiselle Contat , 77 Difcours prononcés à l'Aca-
Réponse à la Question 98
Le Petit Marchand de Laine ,
Conte ,
Charade, Enigme &
gryphe
ΙΘΟ
Logo Comédie Françoife ,
112 Annonces & Nouces,
1.14
136
142
J'AI la
APPROBATION.
ΔΙ , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 20 Mai 1786. Je n'y
aj rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 19 Mai 1936. GJIDL
MERCURE
audiafik anos spp. acist pu ilui ,pada
DE
FRANCE.
Augus
Pro con of anol wanoo g
nyol fut youpifies en
MAI 1786
A SAMEDI
27
PIECES
FUGITIVES
11st 10
vil-E
: 215 23
ENVERS ET EN
PROSEA
STAN CE S. est St
1
PORTE fur un frèle vaiffeau
A travers une mer profonde,
Sous un ciel orageux , nouveau ,
L'avare court au bout du monde;
Mais le jour dont la clarté luit
Sur un agréable rivage ,
Se change en une épaiffe nuit,
Dans la région de l'orage.
Il eft guidé par les éclairs ,
Dont les feux fillonnent la nue ;
Il marche fur les flots ouverts
Offrant leurs gouffres à fa vue.
Environné de mille morts
rt
No 21 , 27 Mai 1786.
* : 88.33 3
1. 22 : 3
MERCURE
Sous un ciel , far l'onde en furie,
Le malheureux gémit alors
Et regrette enfin la patric,
3
Czjeune , cet ardent Guerrier
, nous2
Épris des charmes
de la gloire,
7860
Va dans les champs de la victoire
)
Braver la mort pour un laurier,
Il quitte une mère éplorée
Qu'alarme
ce funefte jour ;
*** D'une jeune époufe adorée
Ilfait gémir le tendre amour.
Mais dans une terre ennemie ,
Affreux théâtre des combats
Déja Mars fouffle fa furie ,
Et des humains arme le bras,
La foudre part , le Héros tombe;
Ses lauriers , funeftes bienfaits ,
Servent à couronner
fa tombe ,
Et font unis à des cyprès.
HEUREUX qui dans un humble afyle
Vit dégagé d'ambition ,
Et qui chérit loin de la ville
Sa ruſtique habitation ;
Qui cherchant d'une fleur éclofe
L'éclat , le calice odorant ,
Pour les lauriers indifférent ,
Préfère de cueillir la rofe
DE FRANCE 147
Qui voit les trésors les plus chers
Sur des bords ornés de verdure ;
Ignorant le courroux des mers ,
S'endort au bruit d'une onde pures
Qui trouve dans fon petit champ,
Ce qui charme l'efpèce humaine ,
Dans un ruiffeau fon océan ,
Et l'Univers dans fon domaine !
2
( Par M. Réquier. )
AIR D'AMPHYTKION ,
72
par M. Grétry.neb ziete
Allegretto.somos
A Vé-nus di-foit Ju - non , dans les
bofquets de Cy-the- re , quelque fois di
tes-vous non au charmant Dieu de la
Gij
148 MERCURE
guerre? eh non, non , non,grande Junon
, dans les bof- quets de Cy there,
nous ne di-fons ja - mais non , nous
ne di fons ja-mais non , nous ne di- -
fons ja- mais non , nous ne di - fons
DE FRANCE. 149
ja- mais non..
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Corfage ; celui
de l'Enigme eft Efcalier ; celui du Logogryphe
eft Bouteille , où l'on trouve Eloi ,
loi , boulet, hole , tube , étoile , billet, oubli ,
vétille , le, tu , toi , ut , Elie.
CHARADE.
ON premier , cher Lecteur , objet de tes mépris ,
Finit toujours par te détruire ;
Mon fecond de mon tout affoiblit bien l'empire ,
Lorfqu'il eft prononcé par deux coeurs bien épris.
(Par M. de S. G. )
G iij
130
MERCURE
CHANÉ NÁIG ME
JEE bbrraavvee fous mon toit le plus fort de l'orage,
Je ne découche pas pour tant que je voyages :
Je vais très-lentement , & dans aucun pays
On ne me voit jamais qu'en mon propre logis ;
Encor faut-il toujours que tout feul je l'habite ;
Même pour me nourrir rien n'entre dans mon gites
Certes , pendant l'hiver difpenſé de ce
foin ,
Je ferme mon manoir , & j'y vis fans befoin,
Mon corps eft compofé de façon fingulière
Sans ailes & fans bras ; ma tête eft fort altière
Toujours comme il me plaît , je dirige mes yeux ;
Bien mieux que ceux de l'homme ils regardent les
cieux !
Je réunis en moi , chofe rare en ce monde !
Le fexe à féconder & celui qui féconde.
(Par M. Périéde Montalric, de Caftres.)
ELIO GO GRYPHE.
2QUATRE lettres forment mon nom 3
Je fuis l'ouvrage d'un reptile ;
Je deviens fans queue un pronom
Et fans tête une volatile.
( Par M. Efmangart de Bournonville. )
DE FRANCE. 1-61
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ÉLOGE DE GRESSET. A Genève , & fe
trouve à Paris , chez, Buiffon , Libraire
hôtel de Mefgrigny , rue des Poitevins
1785.
CET préſenté l'année dernière oge fut
l'Académie d'Amiens , qui en avoit propofé
le fujet , & qui n'a point décerné de prix : il
ne faut pas le confondre avec un autre Ou
vrage de même titre dont plufieurs Journaux
ont fait mention . Trente-quatre pages in- 12 ,
gros caractère , forment le volume de ce Pa
négyrique Littéraire , dont la brièveté n'eſt
pas un avantage indifférent . En effet , pourquoi
des Livres fur des Livres , des differtations
analytiques fur la nature d'un talent.
dont tout le monde jouit fans avoir befoin.
d'étudier la ftérile métaphyfique du goût ?
Pourquoi louer lorfqu'il ne s'agiroit que de
juger , & pourquoi encore louer longuement.
& d'un ton folemnel ce dont perfonne n'a ja
mais contefté le mérite ? Qui pourra croire dans
cent ans qu'on ait fait ferieufement l'Éloge
de Voltaire , d'un Écrivain qui a eu cinq cent
mille Lecteurs, qu'un demi-fiècle entier avoit
apprécié ou célébré , & fur lequel l'opinion
s'étoit épuifée à porter les arrêts ! )
Giv
152
MERCURE
Engénéral, ce font les actions des hommes
ou l'influence de leur génie fur le fort de l'humanité
qui doivent déterminer la voix de la Re
nommée. Sous ce rapport , la gloire d'un Aureur
eft certainement très-fecondaire. Rarement
les âmes fortes , les grands caractères
Le font-ils formés dans le cabinet de la Philofophie
& de la Littérature , où les paffions vigoureufes
s'éteignent , où l'activité de l'efprit
tue celle des fentimens énergiques. Il eft donc
bien peu de Gens-de-Lettres dont la vie puiffe
offrir le fujet d'une Oraifon Funèbre.
Cela eft fur- tout vrai de Greffet en particu--
lier. Ainfi l'Auteur de l'Éloge fe trouvoit renfermé
dans le cadre circonfcrit des talens de
ce Poëte ingénieux. Il en analyfe les principales
OEuvres ; & voici , entre autres , de
quelle manière il caractérife le Poëme de
Veri- vert
" Le fujet de Vert-vert eft dépouillé de la
reffource de la fiction , il eft fans épiſode ,
» & préfenté dans toute fa fimplicité; mais
c'eft cette fimplicité même qui en fait le
prix. Accoutumés aux grands tableaux des
» Arts , où on nous repréfente le combat.
» de nos paffions , où on nous peint la vertu
affligée par l'abandon , où, luttant contre
l'injuftice , nous avons befoin d'être foulagés
de ces émotions violentes par des
» émotions plus douces ; nous avons befoin
23
de voir la vertu heureufe de la jouillance
» d'elle-même ; & nous aimons à confidérer
»» l'innocenceſejouant dans une enfance conDE
FRANCE. 153
tinuée , qui feroit le vrai moyen du bonheur.
» Ces tableaux purs & tranquilles font com-
» me un jour doux qui repofe la vue fati
guée.
"3
Il faut en convenir , c'eft amener les chofes
d'un peu loin , & ne pas les amener clairement.
L'idée même de l'Auteur ne paroîtra
pas jufte. Il n'eft guères croyable que Greffet ,
comme le penfe fon Panégyrifte ,fe foit propofé
de nous émouvoir par l'Odyffée de fon
Perroquet ; & que toutes ces plaifanteries
aujourd'hui furannées , fur les Nones , ces
Vierges pures, qui éteignent fans ceffe leurs
coeurs , tirent leur attrait du befoin de voirla
vertu heureufe de la jouiffance d'elle- même.
Mais tel eft de plus en plus le caractère dominant
de ces amplifications oratoires ; elles
offrent un contrafte entre le fujet & l'expreffion
, toujours emphatique , tendue , & qui
dénature la vérité par des exagérations infou
tenables.
S'il eft permis de le dire , la célébrité de
Greffet devança un peu fes travaux. Le Poëte
Rouffeau écrivoit de lui : c'est un des plus
beaux & des plus heureux génies qui ayent jamais
exifté. De qui parloit Rouffeau à cette épo
que ? De l'Auteur de Vert - vert , du Carême
Impromptu , & de deux autres ingénieuſes bagatelles
. Il nous femble que le Panégyrifte ne
juge pas Vert -Vert avec plus de fang - froid.
Quoiqu'on l'ait appelé Poëme ; quoique des
enthoufiaftes l'ayent comparé au Lutrin , il
n'eft refté, auprès d'une claffe très nombreufe
Gy
154
MERCURE
de Lecteurs , qu'un conte en vers , plein de
naturel & de gaîté , narré avec imagination, &
embelli de ces détails qui font vivre la poéfie.
L'opinion de l'Auteur fur le goût de Greffet
féra moins contredite , elle eft même exprimée
ingénieuſement, Comment Greffer
» fe demande til , at il trouvé le fecret de
plaire à un monde poli & difficile , dont il
≫ ne connoilloit ni les dédains ni la délica
teffe ? C'eft qu'il eft un goût de tous les
fiècles & de toutes les nations , qui appar-
» tient à la belle nature ; il eft un choix de
» mots & d'expreffions qui dépendent des
» idées. Quand la penfee commande , l'expreflion
eft toujours heureufe , elle eſt tou
jours propre , & elle vit fans vieillir avec
la penſée même. Greffet avoit fous les yeux
» les bons modèles de l'antiquité ; il étoit
» entouré d'hommes éclairés dans un Ordre
» Religieux où la faine Littérature étoit particulièrement
cultivée ; enfin Greffet étoit
guidé par l'infpiration de fon talent , & c.»
Dans le temps , Voltaire mit la Chartreufe
fort au- deffus de Vert- vert ; c'est , écrivoit
il, l'Ouvrage de cejeune homme, où ily ale
plus d'expreffions de génie & de beautés neuves.
En effet , fi je ne me trompe , on y voit
combien l'Auteur avoit ptis de forces. Sa
grande facilité , fortifiée par la réflexion , a
répandu dans cette Épître le charme , la grâce ,
la prodigalité poétiques ; tout y eft idée ,"
images ou fentiment. La longueur même des
périodes , formées de phraſes incidentes
33
DE FRANCE. 2831
l'uniformité du rhythme & des tours, concou
rent à exprimer le mol abandon qui carac
rérife la Chartreufe : en lui donnant plus de
précifion & un nombre plus varié , on eût
affoibli peut - être l'expreflion naturelle du
calme dans la retraite retraite où les fages
du monde retrouvent l'objet de leurs defirs
les fages obfcurs leurs jouiffances. Si cependant
cet Ouvrage étoit plus long , on y fentiroit
bien vite le défaut du ftyle abondant ,
& l'abus du talent féduifant & dangereux de
revêtir les mêmes idées de formes & d'expreffions
variées.
2100 !
Le jugement de l'Auteur fur la Chartreuse
eft prefque entièrement contraire à celui
qu'on vient d'expofer ; & tel eft le fort des
Ecrits dont l'efprit , le goût ou le talent même
font le principal mérite , d'élever autant d'opinions
qu'il exifte de Lecteurs , parce que
dans les Beaux-Arts , les hommes ne s'accordent
guères que fur les effets de fenfations
très fortes; parce qu'au- delà , quoi qu'en dife
la cohue des Rhéteurs , tien de plus arbitraire
que les règles du goût.
量
" La morale de la Chartreufe , dit l'Écrivain
que nous analyfons , eft ornée des richeffes
de la poéfie. Les moeurs y
font ca-
" ractériſées & habilement contraftées. Le
» langage eft pur , élégant , & l'expreffion
» toujours pittorefque. Le ftyle a de l'harmonie
, quoique la phrafe nombreufe foit
quelquefois trop longue. Et fi la vérité peut
» tout dire... ..je dirai que le Poëte a été
"
&
Gvj
156 MERCURE
détourné de fa première route , en paffant
» de Vert-vert à la Chartreufe . Il a déjà perdu
» de fa précieufe fimplicité , il femble cher-
» cher les ornemens ; fa Mufe eft plus parée ,
& fon art de plaire a déjà de la coquetterie ,
on y reconnoît l'influence du nouvel air
qu'elle a refpiré : Greffer , décrivant les
incurs de Paris , en avoit éprouvé quelque
→ atteinte. »t
Juftes ou non , ces obfervations n'en font
pas moins fines & agréablement rendues ;
mais ce qui nous paroît encore fupérieur ,
c'eſt le morceau où l'Auteur développe le caractère
général des poéfies fugitives de Greffet.
Dans ce genre , dit-il fort bien , plus que
» dans tous les autres , ce talent eft guidé ,
→ forcé même par les moeurs du fiècle : c'eft
leur peinture qu'on fe propofe ; c'eſt leur
» ton qui doit y régner. Ce ton différencie
en effet les poéfies fugitives des fiècles di-
» vers . Chapelle , plus débauché que délicat ,
a beint un fiècle où les moeurs n'étoient
» pas déguifées ; le langage étoit franc , mais
peu chafte ; une liberté dégénérée en licen
» ce plaçoit la débauche à côté du plaifir.
» Chaulieu parut lorſque la Cour de Louis
→ XIV commençoit à polir nos moeurs ; les
» paffions avoient encore quelque reffort : il
fut infpiré par elles. C'étoit le moment où
la galanterie avoit l'empire ; où la gaieté
Françoife , légère avec grâce , fpirituelle
fans recherche & fans pédanterie , faifoit
éclore les bons-mots & les faillies dans la
32.
22.
DE FRANCE
IST
23
» liberté des repas. On étoit déjà aimable ,
» mais on étoit encore paffionné. Greffer n'a
plus retrouvé ces fources du génie de Chau-
» lieu: il eft venu lorfque la galanterie penchoit
vers fon déclin. Les paffions multipliées
avec la fociété , s'étoient amincies
» comme le métal brillant & ductile étendu
fur des furfaces ; il y avoit moins de liberté
» & plus de conventions dans la fociété ;
*
l'efprit & le goût en étoient une ; & la
» gaieté moins libre commençoit à lui céder
» l'empire. Il retrouve la grâce , la légèreté
» qui font inféparables de notre Nation , &
» la philofophie qui naiffoit pour ſuppléer à
» ce que nous perdions. Ces caractères font
» ceux des poéfies de Greffet. »
&
On ne fait que nommer dans cet Éloge
les principales de ces poéfies ; la plupart en
effet ont le même ton & le même fujet : c'eft
une famille dont il fuffit de connoître les
aînés. Les Ombres , par exemple , qui fuivirent
la Chartreufe , font prefque dépourvues
d'imagination : le fujet en eft aride & trifte
les vers manquent de facilité , quoique cette
Épître en renferme d'extrêmement heureux ,
tels que les fuivans , qu'on nous pardonnera
de rappeler.
Exempts des foucis inutiles,
Dans cet Univers nous vivons
Comme des paffagers tranquilles
Qui , dans la chambre du vaiffeau
Oubliant la terre , l'orage, de
>
1589
MERCURE
Et le reste de l'équipage ,
Tâchent d'égayer le voyage
Dans un plaifir toujours nouveau :
Sans favoir comme va la flotte
Qui vogue avec eux fur les eaux
Ils laident la crainte au Pilote ,
Et la manoeuvre aux Matelots.
40183
Dans chacune de ces petites compofitions,
on diftingue pareillement des paffages bien
faits ; tels font dans l'Épître au P. Bougeant,
les regrets fur la mort de l'Evêque de Luçon,
& les tableaux de la maladie & de la fanté dans
l'Epitre de Greffet fur fa convalefcence, dont
le début eft un peu amphigourique.
Le Panégyrifte a gardé le même filence fur
les Odes de Greffet & fur fa traduction des ..
Églogues ; réserve d'autant plus louable
qu'elle eft infiniment rare , & que l'Éloge en
général reffemble à ces enfans aveugles à qui
l'on apprend à faire la révérence en entrant
dans une compagnie , & qui faluent la cheminée
tout comine la maîtreffe de la maifon.
La carrière dramatique de Greffet offroit
plus de reffources à l'Analyfte de fon talent.
Il paffe rapidement fur la Tragédie d'Édouard
III & fur Sidney , Pièce plus trifte que touchante
, foiblement intriguée , mais qui fe
foutient à la lecture par l'élégance noble du
ftyle. Ce talent du ftyle a éternifé la réputation
du Méchant , fur lequel l'Auteur de
l'Eloge s'eft fort étendu. Cette Comédle a été
DE FRANCE. 159
fi fouvent jugée , qu'on ne doit pas s'attendre
à trouver ici beaucoup d'obſervations nouvelles
; quelquefois même on n'y répond pas
heureufement aux objections. « Ona
dit Cerque
» le Méchant n'étoit qu'un tracaffier; ce n'eft
»
ne
» pas fa faute
fi la plupart
de fes intrigues
font que des tracafferies
. Là , les caractères
» de la Nature
s'effacent
à la longue
........
" Le vice même y perd fon énergie , & le
genre
humain
auroit gagné au changement
,
» i les atrocités
plus rares n'étoient
plus que Primes
compenſées
par la multiplicité
fubalternes
. »
"
"
"
a
Des crimes , dirons - nous contre le fens de
l'Auteur , que le fréquent ufage & l'impu
nité ont rendus , en effet , extrêmement com
muns , mais fans les rendre moins affreux .
Le Méchant un tracaffier! Non-feulement il
tracaffe ; il ment , il trompe , il calomnie
c'eft la noirceur les armes à la main. Er que
vouloit-on de plus , un empoifonneur ou un
parricide ? Le fragment que je viens de citer ,
& l'opinion générale de la pluralité des Auteurs
qui ont jugé cette Comédie , juftifient
complettement ce qu'avança J. J. Rouffeau ,
qu'on avoit trouvé Cléon un hommefort or
dinaire.
L'Auteur de l'Éloge peint plus heureufement
le ſtyle & le fecret du fuccès du ftyle
de cette Comédie ; ce qu'il ajoute enfuite du
caractère perfonnel de Greffet, honore la mémoire
de ce Poëte & le jugement de fon Pa
négyrifte. Celui- ci a la fagelfe d'applaudirà
1
ن ا
160 MERCURE
la retraité où Greffet alla cacher fa réputa
tion , conferver fon repos , recouvrer fon indépendance
; étranger à toutes les folles prétentions
, aux inquiétudes de la vanité Littéraire
, aux petiteffes tracaffières des fectes &
des partis. Ce petit Ouvrage eft d'ailleurs écrit
en général avec affez de fimplicité ; point de
bourfouflure oratoire , & très - peu d'entortillage
recherché. En un mot , l'Auteur nous
femble s'être très-bien jugé en difant : « J'ai
» loué Greffet , mais avec juftice & fans exa-
" gération. Je me fuis propofé d'obſerver à-
» la-fois & ce qui caractériſe fon talent & ce
» qui lui manque. »
Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
L'ONCLE & les Tantes , Comédie en trois.
Actes , en vers , par M. le M.... de la S....
A Paris , chez Valleyre l'aîné , Imprimeur-
Libraire, rue de la Vieille Bouclerie, & chez
Brunet , Libraire , place de la Comédie
Italienne.
CETTE Comédie , comme on l'apprend par
la Préface , parut d'abord fur le Théâtre Italien
, en deux Actes , en profe , & fous le
titre de Chacun a fa Folie. La repréſentation .
en ayant été fufpendue trop long - temps au
gré de l'Auteur , il a repris fon Ouvrage, l'a
mis en trois Actes & en vers ; & fous le titre
de l'Oncle & les Tantes , il a donné ſa Pièce
au Théâtre François, où , après avoir été affez
applaudie le premier jour , elle a fini par
DE FRANCE. 161
n'avoir qu'un fuccès médiocre . Tâchons d'en
trouver les raifons , en conciliant ce qu'on doit
à la vérité , avec les égards que mérite l'Auteur
de l'eftimable Comédie de l'Officieux.
Le fujet de l'Oncle & les deux Tantes , eft
une jeune perfonne dont le mariage dépend
du confentement unanime de trois Tuteurs ,
qui font totalement oppofés entre- eux par
leurs caractères . Un amant aimé ſe préſenté ,
& pour obtenir la main de la jeune perfonne ,
il fe transforme au gré des trois Tuteurs ,
prénd leurs goûts , leurs fentimens en apparence
, & parvient à fe faire agréer par chacun
des trois en particulier. Il eft auprès d'eux
tour-à-tour Baron , Comte & Marquis , avec
des noms de terres qui lui appartiennent réellement
; ce qui au moins , dans chacun des
rôles qu'il joue , lui donne un menfonge de
moins à dire.
De-là on fent qu'il a befoin de ne voir qu'un
à un les trois perfonnes qu'il veut gagner.
Avant d'examiner le parti que l'Auteur a
tiré de cette Fable , voyons fi l'on a eu raiſon
d'y voir plufieurs reffemblances que l'Auteur
s'efforce de détruire dans fa Préface.
M. le M. de L. S. prétend que fa Comédie
nereffemblepoint aux Tuteurs de M. Paliffot,
parce que les caractères des Tuteurs ne fe
reffemblent nullement dans les deux Pièces.
Mais ce n'eſt point par les caractères qu'on a
prétendu que les deux Ouvrages fe reffembloient
; c'eft par le fujet & par l'intrigue. Il
n'en eft pas moins vrai que dans la Comédie
1624 MERCURE
de M. Paliffot , ce font trois Tuteurs d'une.
jeune perfonne qui ne peut fe marier fans
leurs confentemens réunis ; que l'oppofition
de leurs caractères rend cette réunion très- ,
difficile ; & que l'amant de la jeune perfonne,
pour les gagner tous trois, prend fucceffivement
& en particulier le caractère ou la ma
nie de chacun , & les fubjugue tous en feignant
de leur reffembler. Or , tout cela fe
trouve , & dans les Tuteurs & dans l'Oncle &
les Tantes. Après cela , qu'au -lieu de trois
hommes ce foient un homme & deux femmes
; qu'on leur donne la manie des antiques
, des curiofités étrangères , des voyages,
ou celle des jardins Anglois , des vieilles mo
des , des anciens ufages ; qu'on les appelle de
tel nom ou de tel autre ; que celui qui les
trompe ait un coftume Arménien ou un habit
à la Françoife ; toutes ces diffemblances acceffoires
ne feront jamais difparoître la ref
femblance du fonds.
Paffons à une courte analyſe de l'Oncle &
les Tantes. Le premier Acte renferme l'expofition
du fujet & le portrait des Tuteurs ,
qui font le Baron , la Comteffe & la Préfidente.
Le Baron a la manie des jardins Anglois
, la Comteffe celle des folies du jour ;
& la Préfidente n'aime que ce qui tient aux
fiècles paffés. Le Marquis de Florville , amant
d'Henriette , paroît avec la Préfidente , qui
exige de lui qu'il faffe fon Droit pour prendre
la robe.
La Comteffe , le projet qu'elle a de faire
DE FRANCE. 1631
Jouer le foir la Comédie , & les préparatifs
qu'on fait pour cela , dominent dans le fe
cond Acte. D'abord on place le Théâtre dans
la ferre chaude , en délogeant toute l'orangerie
; mais le Baron courroucé le fait abattre ,
auffitôt. On le tranfporte dans la galeries
mais la Préfidente , furieufe de cette irrévé
rence envers les portraits de fes ancêtres ,
dont la galerie eft décorée , quitte la Scène
pour aller faire ceffer ce fcandale.
•
Au troisième Acte , Pafquin eft occupé à
faire dreffer le Théâtre dans un bosquet au
fond de la Scène. Arrive alors un Notaire ,
M. de Bonne-foi, nommé aulli Tuteur oné
raire par le teftament du père d'Henriette.
Comme il eft dans les intérêts du Marquis ,
il vient confeiller aux trois Tuteurs qui ne
s'accordent point fur le mariage d'Henriette
d'approuver le choix qu'elle fera elle-même.
Ayant perfuadé à chacun des trois en
particulier que le goût d'Henriette eft conforme
à fes vues , tous adoptent cet avis ;
Henriette , comme de raifon , choifit le Mar
quis , & tout le monde figne le contrat fans
le lire .
Il y a bien dans le cours de l'action dest
Scènes où le Marquis fait fuccellivement fa
cour à l'oncle & aux deux tantes ; mais l'Auteur
s'eft fur-tout , & trop exclufivement occupé
du développement des trois caractères ;
on n'entend prefque parler que de jardins
Anglois , de vieilles moeurs & de modes nouvelles.
Or , voilà ce que nous regardons
164 MERCURĚT
comme le vice de cette Comédie ; & c'eft à
ce vice-là qu'on doit attribuer fon peu d'effet
au Théâtre. L'action paroît être moins le
mariage d'Henriette , que la peinture de l'oncle
& des tantes ; il eft queftion à tout mo
ment de la Comédie qu'on joue le foir ; c'eft
le Théâtre qu'on place & déplace à chaque
inftant , tantôt dans Lorangerie , tantôt dans
la galerie , & tantôt dans le bofquet . Quant
au mariage , on n'en parle guères , ou du
moins on ne s'en occupe qu'à la troiſième
Scène du dernier Acte .
Delà il s'enfuit que le Marquis n'agit pas
affez , quoiqu'en paroiffant fur la Scène , il ait
excité l'attention des Spectateurs , par les trois
rôles qu'il fe charge de jouer . Ce défaut ne
fe trouve point dans la Comédie des Tuteurs.
L'Auteur y a bien développé les caractères
des trois perfonnages ; mais c'eſt fur - tout des
tentatives de l'amant qu'il a occupé les Spectateurs.
Et ( cette réflexion fera fentie par
ceux qui ont médité fur l'Art Dramatique )
obfervons que ces développemens fe font devant
Damis , & par Damis , qui eft le perfonnage
effentiel à l'action ; au lieu que dans
Oncle & les Tantes , le Marquis , qui joue le
même rôle que Damis , eft prefque étranger
aux incidens qui développent les trois caractères
de la Pièce. Il y a plus , ce n'eſt pas lui
qui fait le dénouement ; c'eft un Notaire qui
arrive exprès au troifième Acte , pour donner
fon avis aux Tuteurs d'Henriette , dreffer le
contrat & le faire figner.
DE FRANCE. 165
Nous aurions defiré auffi que lorſqu'on a
fait confentir les trois Tuteurs à s'en rappor
ter à Henriette , chacun d'eux , malgré ce
qu'on lui a dit , parût s'inquiéter davantage
du choix qu'elle fera . Pour rendre au moins
leur fécurité plus vraiſemblable , peut - être
Henriette auroit- elle pu concourir & aider au
ftratagême de fon amant , en déclarant à
chacun de fes Tuteurs en particulier qu'elle
aime ou le Baron , ou le Comte , ou le Marquis.
Elle n'eût rien hafardé par cet aveu ,
puifqu'elle ne peut choifir l'un des trois fans
choifir fon amant, Et fi on lui faifoit quelque
reproche pour cette fuperchérie , elle pourroit
répondre ce qu'elle dit en effet à la Préfidente
, qui la blâme d'avoir employé la rufe :
Elle devient permife ,
}
".
Ma tante , quand il faut affurer fon bonheur.
Nous avons mieux aimé nous borner à ces
réflexions générales , que de nous traîner fur
les détails. Nous en aurions pu trouver fans
doute qui auroient donné lieu à d'autres critiques
; mais il en eft auffi ( & c'eſt avec plaifir
que nous l'attefterons ) qui rachettent bien
des défauts par des beautés réelles & un véritable
talent. Quoique nous ayons dit que M.
de la S..... s'eft trop occupé de mettre en jeu
fes caracteres , cela n'empêche pas qu'il ne
l'ait fait fouvent d'une manière très -dramatique.
Il y a des Scènes comiques & bien filées.
On trouve des détails plaifans dans la Scène
où la Préſidente veut que le Marquis étudie
166 MERCURE
en Droit. La smanière dont celui -ci annonce
à Henriette le ſtratagême qu'il emploie pour
l'obtenir , eft du ton de la bonne Comédie.
Henriette le plaint des inftances que lui fait
l'une de fes tantes en faveur d'un Marquis de
Brillancour. ( C'eſt le Marquis lui-même qui
a pris ce nom-là. ) .., ..
Mon oncle vous chérit ; mais ſa ſoeur la Comteſſe
Pour certain Brillancour me tourmente fans ceffe ;.
Il cft Comte , dit- elle , aimable , & fait pour moi.
LE MAR Q U I S ,
LK MAR
2004
Je le connois , il eft digne de votre foi.
·Tendre , quoique léger , fon ardeur eft extrême;
· On n'en dit point affez , quand on dit qu'il vous aime.
Il n'exifte , n'agit & ne vit que pour vous.
Y
HENRIETT 1 , (ſurpriſe. )
H
Voudriez-vous , Monfieur, qu'il devint mon époux ?
LE MARQUIS.
Que fon deftin alors feroit digne d'envie !
Comment ?
HENRIETTL
LE MARQ
De fon bonheur j'aurois l'âme ravic.
Ingrat ! .... Et vous ofiez me vanter votre amour!
COLE MARQUIS.
Si vous faviez combien j'aime ce Brillancour! .....
DE FRANCE. 167
Moins que vous cependant , mais autant que moi-
A
même :
Le voir heureux , feroit pour moi le bien ſuprême;
Mon âme....
wp
HENRIETTE , ( piquée. )
Je le vois , vous êtes bon ami ! ...
Adieu : je ne veux point être aimée à demi.... CA
Livrez-vous au tranſport d'une amitié ſi tendre; qu
Mais à me voir jamais il ne faut plus prétendre s
Brillancour vous eft cher : c'en eſt aſſez pour moi ;
Ni lui , ni vous , jamais ne recevrez ma foi.
Viens, Marton.
LE MARQUI
3
Ce dépit a pour moi mille charmes
Mais je vais d'un feul mot diffiper vos alarmes.
Apprenez .....
HENRIITTL
Non, Monfieur , je n'écoute plus rien.
LI MAX
Drillancour.....
*
I 6.
HENRI LYTE
Votre ami ne fera pas le mien.
3)
pèretinal De grâce.... Brillancour eſt le nom d'une terre
Que j'ai toujours porté tant qu'a vécu mon père,
HENA
ETTE, ( avecjoie )
Qu'entends-je ?
168 MERCURE
LE MARQUIS.
Sous ce nom , chez votre tante admis , &c.
C'eft avec la même gaîté que le Marquis
parle à Henriette du grave rôle qu'il joue auprès
de la Préfidente.
La Scène où le Marquis eft furpris par
celle - ci , tandis qu'il répète un rôle avec
Henriette , eft encore agréable & d'un boncomique
; mais elle fe termine d'une manière
qu'on ne comprend pas ; la Préfedente
qui arrive fans être apperçue , eſt témoin
d'une fin de Scène où le Marquis & Henriette
doivent s'attendrir.
LE MARQUIS
, ( déclamant . )
Qu'ai-je entendu , grands Dieux ! mon bonheur eſt
Ah ! Lucile !
extrême.
HENRIETTE.
F
Ah ! Damis !
LE MARQUIS .
Vous m'aimez ?
Je vous aime.
HENRIETT 1.
A ces mots , la Préfidente fcandalifée s'indigne
, s'emporte , & les deux amans ont de
la peine à lui faire entendre que c'eft une
Scène de Comédie qu'ils répètent. Mais
dans ce vers entendu par la Presidente , il y
2
DE FRANCE. 169
a cette double exclamation : Ah Lucile ! ah
Damis ! comment peut- elle donc ſe méprendre
: Elle fait bien que fa nièce ne s'appelle
pas Lucile , ni le Marquis Damis ; au moins
devroit- elle demander ce que veut dire tout
cela.
Il nous femble étonnant que cette réflexion
n'ait pas été faite par M. de la S....
lui-même.
Lorfqu'on vient annoncer au Baron quefa
foeur a verfé contre fon parc , fur des halliers ,
&c. il eft tout auffi plaifant & plus vrai de
l'entendre ne fe récrier que fur le dégât qu'on
peut avoir fait:
Mon rofier du Bréfil ! .... mes églantiers du Nord ! ....
Enfin il y a des traits , des vers plaifans ou
comiques , tels que ceux- ci : c'eft le Baron qui
fe plaint encore de l'aventure de la Préfidente ;
Avec fon ton pédant , la trifte Préfidente ,
Qui ne fait rien de rien , & fe croit fort prudente ,
A voulu me charger des torts de fon cocher ;
Je devrois , difoit elle , arracher mon rocher ,
Élargir mon chemin , combler mon précipice ....
Le plus beau point du parc ! .. Enfin , dans fon caprice,
Elle vous foutiendra que c'eft offenfer Dieu
Que de faire venir des fleurs d'un autre lieu ;
Que l'arbre qu'au Japon a mis la Providence ,
Ne fauroit fans péché donner de l'ombre en France ;
C'est un entêtement ! & c,
La Comteffe , en parlant du Théâtre qu'elle
No. 21 , 27 Mai 1786 .
Η
170 MERCURE
vient de faire placer à la fantailie , dit au
Marquis :
Ce font des citronniers qui forment les couliffes,
Et pour foyer j'ai pris la ferre chaude, qu) a ) 197
Quoiqu'il y ait dans cette Pièce des vers
bien faits , même des tirades , le ftyle en eft
fouvent terne & négligé . Enfin difons , en
nous réfumant en deux mots , qu'il y a du
mérite , un talent réel dans cet Ouvrage ;
qu'il ne fauroit nuire à la réputation de fon
Auteur ; mais qu'il eft bien au-deffous de
P'Officieux.
( Cet Article eft de M. Imbert.) non
ENTRETIEN Socratique fur la véracité &
ta fidélité à remplir fes engagemens ; Ouvrage
traduit de l'Anglois de M. Percival.
Rem tibi Socratica poterunt oftendere charta.
-541056) • Quò virtus , quò ferat error. HOR
A Paris , chez Lottin de Saint-Germain
rue S. André- des - Arcs , 1786.
On fait le mot d'un Ambaffadeur François
à la Porte ; Louis XIV, auquel il donnoit
une grande idée du pouvoir fans bornes du
Sultan fur la vie & les biens de fes fujets
ou plutôt de fes efclaves , s'écria : voilà ce
qui s'appelle être Roi. Sire , ajouta froidement
l'Ambaffadeur , j'en ai vú étrangler
deux & dépofer quatre. Ce trait , rapporté
dans la préface de l'Auteur Anglois du petit
DE FRANCE. 171
*
livre que nous anno hous annonçons , refte le même
quant à la moralité , mais il eſt un peu défiguré
par les ornemens qu'on a voulu y ajou
ter. On fuppofe que Louis XIV étoit alors
enfant , & que le vieux Comte de Grammont
( qui étoit jeune lorfque Louis XIV étoit
enfant , puifqu'il étoit né vers l'an 1621 ,
& Louis XIV en 1638 ) fut celui qui dit
le mot , auquel on fuppofe que le Duc de
Montaulier
, ( à qui on donne rang & cara
tère à la Cour des l'enfance de Louis XIV)
applaudit beaucoup . Tout cela n'eft pas d'u
Auteur bien inftruit des circonftances du
trait qu'il rapporte . O }
M. Percival , qui eft un Médecin , demeurant
à Manchefter , fuit fa Préface Préface par
ce paffage de Pline : occupati fumus officiis
fubfecivifque horis ifta comm. Le temps
eft long pour qui n'en veut pas perdre.
Le Traducteur , dans une Préface particu
lière , le loue d'employer ainfi fes momens
de loifir à cultiver les Lettres . » Ce délaffe-
» ment, le plus noble de tous , a été celui
» des plus grands Magiftrats , tels que les
l'Hôpital , les de Thou , les Lamoignon
les Montefquieu , les d'Agueffeau ; c'eft
parmi nos contemporains celui de Frédéric
II & de Franklin , c'étoit parmi les Anciens
, celui de Cefar & de Cicéron . Le Bareau
François peut auffi fe glorifier d'avoir
produit plufieurs Avocats , qui , en fe ren
dant utiles au public , & en fe diftinguant
dans leur profeflion , ont cultivé les Lettres
Hi
172 MERCURE
avec fuccès : le Traducteur nomme MM
Patru , Linguet , Target , Mey , Houard &
Camus . De toutes les occupations litté
raires , ajoute-t- il , l'une des plus conve
nables à un homme qui a un état qu'il
eft jaloux de bien remplir , eft la traduction
; le Traducteur n'ayant point autant
de recherches & d'efforts à faire que
l'Auteur original , peut prendre & quitter
» quand il lui plaît fon travail... Il ne fait
» qu'en emprunter de nouvelles forces , &
'y trouver un délaffement. »
Le Traducteur propoſe aux Amateurs des
Lettres deux grands ouvrages ; l'un feroit
la traduction des Loix de tous les Pays ;
d'où réſulteroient des connoiffances capables
d'influer fur la perfection des Gouvernemens
, & fur le bonheur de l'eſpèce humaine;
l'autre feroit la traduction des dif
férens Dictionnaires Biographiques étrangers
, qui completteroit l'Hiftoiredes hommes
illuftres en tout genre. Il propofe encore ,
pour faciliter l'étude des langues , de réunir
à Paris des Couvents de Religieux de chaque
Nation , comme nous y avons des Bénédictins
Anglois. On envoyeroit dans chaque
Pays des Religieux François , inftruits & laborieux
, pour lefquels nous en recevrions.
en échange un pareil nombre . De- là une
circulation facile & rapide de connoiffances :
nous ignorons fi ces idées feront adoptées ,
mais à- coup für elles ne peuvent le préſenter
qu'à un véritable ami des Lettres , à un
DE FRANCE. 173
très-bon efprit , & à un excellent Citoyen.
L'entretien Socratique eft dans le genre
dont les offices de Cicéron font un fi bon
modèle. La théorie de la morale eſt à - peuprès
la même chez tous les hommes ; auffi
tout le monde s'accordera aifément avec
F'Auteur fur les principes qu'il établit , fut
les exceptions qu'il admet , fur les jugemens
qu'il porte de diverfes actions dont le récit
interrompt la continuité des préceptes , &
répand de la variété fur l'ouvrage . Nous lui
favons gré en particulier de finir par ne pas
approuver l'action , d'ailleurs admirable , de
l'efclave Nègre , qui s'accufe injuſtement
d'un crime commis par fon maître , fournit
des preuves contre lui-même , fe laiffe condamner
& exécuter , quoiqu'innocent.
Les réflexions de l'Auteur fur ce trait fort
exalté dans l'Hiftoire des Établiffemens Européens
, nous paroiffent de la plus grande fageffe
: » on refte , dit- il , pendant quelque-
" temps fans défapprouver ce menfonge ,
» parce qu'on fe livre d'abord à l'admiration
qu'infpirent l'affection , la reconnoiffance
, la générofité , la grandeur d'ame
déployées par le Nègre ; on gémit fur la
» mort d'un pareil héros. » Mais tout bien
examiné , l'Auteur conclud qu'il importe à
la fûreté publique , que le châtiment tombe
fur les coupables ; il confidère que l'innocent
, l'homme vertueux qui périt , ne commettroit
point de crimes , au - lieu que le
coupable , qu'il fauve , eft capable d'en
Hiij
174 MERACHUREG
commettre d'autres ; que ce feroit en-
» courager le vice que de fouffrir qu'une
perfonnne innocente , peut - être fatiguée
de la vie , ou pouffée par des idées trop .
exaltées de l'honneur , de l'amitié ou de
l'amour , pût, fe dévouer aux tourmens
» pour un autre homine qui feroit coupable.
uiven. Jis nabaring mog
des
On obferve ici que la fidélité à remplir fes
engagemens , eft une qualité qui fe trouve
quelquefois chez des hommes , d'ailleurs , dépravés.
Après la bataille de Culloden , en
1745 con promit trente mille livres de récompenfe
à celui qui découvriroit ou livreroit
le Prince Édouard : il étoit caché chez
es voleurs de profeflion , nommés les Kennedies
, qui volerent pour le foutenir , &
allèrent fouvent déguifés à Invernes pour
Jui acheter des provifions. Long- temps après
un de ces Kennedies qui avoit réfifté à la
tentation de gagner trente mille livres , fut
pendu pour avoir volé une vache de la
valeur de trente fchellins.
y
On pouvoit citer encore l'exemple du
voleur , à qui Marguerite d'Anjou , femme
de Henri VI , après la perte de la bataille
d'Hexham , remet le Prince de Galles fon
fils , & qui favorife leur évafion fans efpoir
de falaire , tandis qu'en les livrant il
saffuroit une fortune, bono
L'Auteur montre combien l'amour du paradoxe
, l'art des fophiftes , & l'habitude de
la difpute , peuvent [ rendre indifférent fur
1
DE FRAINI CAE. 175
la vérité , ou même engager dans l'erreur.
Il cite à ce fujet l'exemple du célèbre Rouffeau
, dans fon fophifme fur le prétendu
danger des Sciences ; il foutint cette propofition
, dit l'Auteur , vraisemblablement parce
equ'elle lui fourniffoit une occafion plus favorable
de déployer fon génie & fon talent.
pour perfuader ....» Il devint enfuite la dupe
defa propre rhétorique , & adopta
comme Philofophe les maximes qu'il avoit
foutenues comme Orateur : ce fut à compter
de cette époque que fa réputation ,
fes paradoxes & fes infortunes commen-
#cerent. Il combattoit les idées les plus
1
généralement reçues , avec tout le zèle
» d'un réformateur ; & fes écrits éprouvèrent
le fort d'une bulle d'eau qui brille ,
s'étend & s'évanouit au foleil ; ils furent
éblouiffans , vides de fens , & promptement
oubliés.
L'Auteur en dit beaucoup trop ; les écrits
de Rouffeau , pleins , à la vérité , de paradoxes
, & peut-être d'erreurs , ne font rien
moins que vides de fens , & ne font ni ne
feront oubliés , mais il eft plaifant , & peutêtre
eft-t- il vrai de dire qu'il a été lui - même
la dupe de fes raifonnemens éloquens en
faveur d'une opinion qui n'étoit pas la
fienne , lorfqu'il avoit commencé à la défendre.
On prétend , en effet , qu'il fe propofoit
d'abord de fuivre l'opinion contraire ,
l'opinion commune , & qu'un homme de
lettres , qui n'aimoit pas moins que lui le
HV
76 MERCUREparadoxe
, lui dit , 'allez- vous faire: vous
traîner fur les traces du vulgaire , dire ce
que tout le monde a dit & dira ? On ne
vous lira point ; le public s'endort fur ces
vérités éternelles & univerfelles, c'eſt par
des paradoxes bien étranges , bien abfurdes
qu'on excite fon attention ; on le révolte ,
mais on le réveille , on l'amufe , & on finit
par l'entrainer , ou du moins par le partager ;
on fait fecte, & on eft célèbre. Il fuivit ,
dit on , ce confeil , & il s'en trouva bien.
L'Auteur dit que le fameux M. Boyle
avoit un fi profond refpect pour la Divinité
, qu'il ne prononçoit jamais le nom de
Dieu fans faire une paufe dans fon difcours.
M. de Voltaire dit à-peu- près la même choſe
du Docteur Clarke , & il ajoute que Clarke
lui dit que c'étoit de Newton qu'il tenoit
cet ufage.
CHANSONS nouvelles de M. de Piis ,
Ecuyer , Secrétaire- Interprète de Mgr.
Comte d'Artois ; dédiées à Mgr. Comte
d'Artois. A Paris , de l'Imprimerie de P.
D. Pierres , & fe trouvent à Paris , chez la
Veuve Duchefne , Libraire , rue S. Jacques ;
Brunet , rue de Marivaux ; Hardouin , au
Palais Royal Bailly , rue S. Honoré , &
Lejay , rue Neuve des Petits - Champs ; à
Bordeaux , chez les Frères Labottière.
5
L'AUTEUR de tant d'Opéra - Comiques
qui ont raffemblé tant de Spectateurs au
DE FRANCE. 177
y
Théâtre Italien , doit avoir du talent pour le
vaudeville ; & un pareil Recueil doit trouver
une prévention favorable dans le Public. Il
a de la gaieté , de l'efprit & de l'originalité
dans le Numéro que nous annonçons ; mais
on a reproché à l'Auteur trop de penchant à
la bizarrerie , fouvent plus de piquant que
de naturel , & quelquefois trop peu de refpect
pour la langue.
Plufieurs des Chanfons renfermées dans ce
Cahier feront chantées , & même lues avec
plaifir. Nous allons citer , pour en donner
feulement une idée , un morceau de la première
, qui eft intitulée : Romance Allegorique.
C'eft le Poëte qui parle de lui- même ;
PRENANT alors une mufette ,
J'ofai chanter à demi-voix ;;
Un peu plus loin que ma retraite ,
Zéphyr la portoit quelquefois.
PARCE qu'un Prince & des Bergères
Daignoient fourire à mes chanſons ,
Les méchaus m'ont lancé des pierres ,
Cachés derrière les buiffons.
Ils ont planté maint arbre fombre
Tout à l'entour de mon jardin ;
Ils favoient qu'une fois à l'ombre.
On ne chante plus fi matin.
J'AIMAI Cloris , Églé , Lucile ,
De l'amour le plus éperdu ;
Hy
178 EM FRACTURES
ફ
Que lais-je enfia? J'en aimai mille
196
Pas une ne me l'a rendu,
2 a
Er j'ai fans fin verfé des larmes
Pourobtenir quelque pitié ;
Fai de l'amour brifé les armes ;
Favois compté fur l'amitié.
buch
NE 91190 DO BY A
HANS un recoin de ma chaumière
DE ROVOVIS
Logeoient Mopfa , Nice & Lycaseophyl sty
auch Fuis en mordant futleur manières max
lop Ainfi font les oifeaux ingrats, ali sndozott 90
ausi 2 Mormând sb ceny xus libnoqda
nsqsɑnj'ai repris de douces chaînesis trembling
ruolaQue jo baiſe le long du jour ; ngorbiis nat
En me difant , peines pour peines,
J'aimé mieux les peines d'amour.
&
al B
p
zulq dove e insiĘ ONE TIMOTEOG „ZESNA
Rio DANS ée récit je n'ai pu feindre
M
lobuk sb
Q Vous pouvez tous le révéler. 30905]
vol
Bergers , c'eft à vous de me plaindres
Life à toi de me cont &coi de me confoler .
Ily a de la grâce & de la délicateffe dans
ces couplets. Au refte , l'édition de ce Numéro
eft d'une très- belle exécution pour le papier,
Fimpreffion , & la gravure dont s'eft chargé
Gaucherung ke
DEFRANÇAE. #79
im ismis a'l failuo oj-alil quO)
SPECTACLE S.
ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
dupar
le
IL y a eu cette année vingt-quatre Opéras
envoyés au Concours des Prix fondés
Roi en 1784 , pour l'encouragement du Théâtre
Lyrique. Les Académiciens nommés pour
l'examen des Ouvrages, ont déclaré qué dans
ce nombre ils n'en avoient trouvé aucun qui
répondit aux vues de l'inſtitution , & leur
parût mériterum des Prix. Ils en ont tependant
diftingué trois qui annoncent dutalent
& la connoiffance du Théâtre Lyrique , &
qui étant corrigés & perfectionnés par leurs
Auteurs , pourroient être préfentés avec plus
de fuccès au prochain Concours. Ces trois
Poëmes font Orefte jugé par le Peuples Médée
,& Hipfipile.
EX
Prix
On propoſe les mêmes Prix pour l'année
prochaine , c'est-à- dire , une Medaille de la
valeur de 1 5oo live pour la meilleure Tragédie
Lyrique ; une autre de la valeur de sooliv.
pour la Tragédie qui obtiendra le fecond rang ;
& une troisième de 600 liv, pour le meilleur
Opéra-Ballet , Paftorale ou Comédie Lyriqué.
Les Poëmes deftinés au Concours , doivent
être remis avant le premier Février 1787 , à
M. Suard , de l'Académie Françoife , Secrétaire
du Comité des Examinateurs. Les Au-
Hvj
180 MERCURE
teurs ne fe feront point connoître , & mettront
feulement leur nom avec une devife
dans un papier cacheté. ·
On croit devoir prevenir encore les Gens
de Lettres qui fe propofent de concourir, que
l'objet de l'Adminiftration dans l'inftitution.
de ces Prix , étant d'encourager les Écrivains
d'un talent diftingué àfe livrer à la compofition
des Poëmes Lyriques , l'invention dans le
plan & dans la conduite , l'élégance & la correction
du ftyle font deux mérites indifpenfa
bles , fans lefquels aucun Ouvrage ne peut
prétendre au Prix. Ainfi un Poëme dont le
fujet & la conduite feroient visiblement imités
d'un Ouvrage Dramatique déjà mis au
Théâtre , feroit rejeté fans aucun examen ; &
celui qui réuniroit à la forme Lyrique un
dialogue ingénieux & vrai , & une poéfie élégante
& harmonieufe , obtiendroit la préférence
fur le Poëme qui , par fa coupe & par
l'intérêt même de l'action, feroit fufceptible de
produire de plus grands effets dramatiques &
de plus grandes beautés muficales , fi le ſtyle
en étoit incorrect ou commun.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Samedi 13 Mai , on a repréſenté , pour
la première fois , le Portrait , ou le Danger
de tout dire , Comédie en un Acte & en
vers.
Une femme qui préparoit à fon époux une › i
DE FRANCE. 187
furpriſe agréable , eft trahie par un indiſcret
qu'elle a mis dans fa confidence. Le mari fe
-livre aux foupçons , à la jalouſie , à la colère :
tous fes tranfports s'évanouiffent à la vue
d'un enfant qui tient en fes mains le portrait
& qui récite un compliment , dont le fond
explique le myſtère & fes cauſes. L'indifcret
auteur des chagrins momentanés du mari &
de la femme , eft banni de la maifon : le
calme & l'amour renaiffent entre les deux
époux.
Nous ferions tentés de croire que cet Ouvrage
n'a été repréfenté à la Comédie Françoife
qu'après l'avoir été fur un Théâtre particulier
; car la leçon qu'il renferme nous
femble plus directe que générale. Son fecond
titre eft ambitieux & même forcé . Le Danger
de tout dire n'eft pas applicable à un bavardage
indifcret , nous pourrions même dire , domef
tique ; il ne conviendroit qu'à un caractère d'ins
difcrétion développé avec quelque étendue.
Au refte, c'eft une bagatelle qu'il ne faut pas
juger avec févérité , & nous nous abftiendrons
de relever quelques défauts de l'action . On y
remarque des idées heureuſes & des détails
bien faits. Le ton général de l'Ouvrage eft peutêtre
trop élevé . Horace a dit :
Interdùm tamen & vocem comoedia tollit ,
Iratufque Chremes tumido dilitigat ore .
Mais ce principe n'a de rapport qu'avec les
fujets d'une certaine importance . La Pièce eft
fort bien jouée , fur- tout par M. Molé , dont
I MERCUREC
le talenti a donné beaucoup de valeur aux
mouvemens de jaloufie , de colère & de fen
fibilité qui mettent en action le perfonnage
du mari, summohandle arantija hid be) satbest
far Vestrniška silberoz ateb yoù si auc)
zusb seniori 379 & sla'up, alisa sicboonɛi
COMÉDIE ITALIENNE.A
LE Lundi 15 , on a donné , pour la pres
mière fois , Nina , ou la Folle par amours
Comédie en un Acte & en profe , mêlée d'a
rientes inqab rangée la A allavcon
Nina aimoit Germeuil, mais fon père , qui
luis deftinoit un autre époux , a refuférdé
Lamirà fon amant. Germeuil s'eft battu don
tre fon rival : on a fair courir le bruit de
La morty & Nina eft devenue folle . Sa fo
lie eft d'attendre fans ceffe le retour de fon
bien aimé à l'endroit où elle a reçu la fauffe
nouvellende fon trépas. Elle méconnoît
tout ce qui l'approche fon père même
n'eſt pluserà les yeux qu'un étranger dont
elle ne craint point de déchirer l'âme en l'entretenant
de fa douleur. Enfin Germeuil reparoît
fans être reconnu par fa maîtreffe ; mais
fes difcours , fes careffes, & fur- tout un bar
fer, rendent à Nina fa raifon , & lajoie rentre
dans tous les coeurs.
Une femme devenue folle par amour n'eft
pas un perfonnage neuf au Théâtre. Clément
rine & Déformes , Drame en cinq Actes , par
M. Monvel , a dû une partie de fon fuccès au
développement plein d'intérêt des tendres &
DE FRANCE. 1831
douloureufes folies de Clémentine: L'Auteur
de Nina a pris le fonds de fon fujet dans une
anecdote connue , & que M. d'Arnaud a trai
tée dans les Délaffemens d'un Hommefenfibley
fous le titre de la Nouvelle Clémentine. Voici
l'anecdote telle qu'elle a été imprimée dans
les Papiers Publics il y a quelques années.
mab de sil
» Unejeune perfonne n'attendoit que le re
tour de fon prétendu pour lui donner la main ,
elle fe mit en route pour aller à la rencontre
&belle apprit qu'il étoit mort. A cette fatale
nouvelle fa raifon s'égara : depuis , & pen
dant plus de cinquante ans, elle a fait tous les
jours deux dieues à pied pour aller au- devant
decfonramant. Arrivée àl'endroit où elle eff
péroit le rencontrer, elle s'en retournoit en
difant:Il n'eftpas arrivé; allons , jèreviendrai
demain.
s On voit qu'il étoit difficile d'arranger co
fujet pour le Théâtre , & de lui donner
une fin fatisfaifante & naturelle. L'Auteur
l'a traité avec adreffey & d'une manière
fort attachante : mais il n'a pas vaincue
toutes les difficultés ; mais il a laiffé quelque
chofe à defirer aux Amateurs un peu févères
L'arrivée de Germeuil eft brufque, inatten
due , rien ne la prépare. Le dénouement qui
s'opère par un baifer , eft peut-être un peu
hafardé pour le Théâtre , & l'effet général de
l'Ouvrage nous femble offrir un bur équi
voque. Le père de Nina a des torts avec
elle : ces torts confiftent dans la fauffe affue
furance qu'il lui a donnée de la mort de.
"
3 )
184 MERCURE
-
Germeuil. Il y a de l'indifcrétion , pour ne
rien dire de plus, à frapper un coeur amoureux
d'un coup auffi fenfible , & un père eft juftement
puni quand il eft méconnu par fa fille ,
dont la barbarie a aliéné la taifon ; mais à côté
de ce tableau , n'eût- il pas été nécellaire ,
pour empêcher les jeunes têtes de s'exalter ,
de rappeler les droits paternels , & de faire
fentir que les convenances des familles ne
devoient pas toujours céder à l'effervefcence
des paflions de la jeuneffe ? Le goût du Théâ
tre n'a jamais été plus général ; par conféquent
l'effet des fituations qu'il préſente n'a
jamais été plus dangereux , & jamais les Aureurs
Dramatiques n'ont eu plus de raifons
pour être circonfpects. Nous avouons qu'il
feroit très difficile ( nous ne difons pas
impoflible ) de dénouer l'Ouvrage autrement
que par le bailer de Germeu ; mais l'effet
même que produit ce baifer fait naître
des idées peu avantageufes à la fageffe de
Nina. De deux chofes l'une : ou il rappelle la
raifon de l'infortunée en faifant renaître dans
fa mémoire des fouvenirs étrangers à l'inno
cence , ou il parle en faveur du magnétifine
& de fes procédés. Quoi qu'il en ſoit , &
nalgré nos obfervations , l'Ouvrage a eu du
fuccès , un très-grand fuccès , & ille mérite à
bien des égards.Le rôle deNina eft parfaitement
tracé . Toujours emportée par le même fentiment
, cette malheureuſe victime de l'amour
eft placée dans des fituations déchirantes &
auffi variées qu'elles peuvent l'être . Si l'on eft
>
DE FRANCE.
185
forcé de remarquer des défauts dans les autres
perfonnages , ils font bientôt effacés par les lar
mes quecelui ci fait répandre. L'Auteur eſt M.
Mar... des V... , qui a déjà donne à ce Théâtre
le Vaporeux , Theodore & Céphife. La mufique
eft de M. d'Aleyrac ; elle a été fort goûtée.
Jamais Mme Dugazon n'a montré plus
de talent que dans le rôle de Nina : fon débit
quelquefois inaccentué , quelquefois douloureux
& pailionné , fon oeil vague , fa gefticulation
rour-à-tour énergique & indéterminée
, la mobilité de fa phylionomie , les élans
de fon coeur & la variere de fon . expreffion ,
toujours éloquente pour l'âme , même quand
elle eft muerte pour l'oreille ; tout , dans fon
jeu , porte à la pitié pour le perfonnage , &
à l'admiration pour l'Actrice.
ANNONCES ET NOTICES.
QUINTE UINTESSENCE , ou Eau dite de M. le
Premier. M. Lamégie a annoncé dans le Mercure
qu'il poffédoit le fecret de l'Eau dite M. le Premier ,
& qu'il la vendroit au même prix que M. Boiscaillaud.
Il a plu à M , Lauron de faire férer dans le
même Journal une espèce de démenti de ces deux
annonces de M. Lamégie ; & il eft clair que M.
Lauron veut attirer à lei les perfonnes qui pourroient
s'adreffer à M. Lamégie De pareilles conteftations
, fi elles pouvoient être longues , fi la vé
rité n'étoit pas facile à établir , ne feroient pas hono186
MERCURE
rables pour deux hommes dont la profeffion n'eft
pas d'avoir des fecrets , mais de pofféder les lumières
de la Chimie. Heureufement ce fait eft facile à
éclaircir & à établir. La Recette de l'Eau de M. le
Premier fut donnée dans l'origine par Bular , Mé
decin Hollandois , au Marquis de Béringhen , &
dans la fuite M. Boiscaillaud en devint propriétaire.
Les papiers de la fucceffion de M. Boiscaillaudy re
latifs à fa profeffion , ont paffé dans les mains de
M. Lamégie , & parmi ces papiers fe trouve la Recette
de l'Eau de M. le Premier , écrite de la propre
main du Médecin Hollandois , & fignée de fon nom
& de fa main. Confiée d'abord fimplement à M. Boiscaillaud
, cette Recette lui fut donnée dans la fuite
par le Marquis en pleine propriété. Auffi un héritier
du Maréchal qui voulut la lui difputer , futeil condamné
juridiquement. of prey
** Quant au prix de cette Eau fi précieuſe , M. Boifcaillaud
l'a vendue conftamment 48 liv. la pinte ; fes
annonces imprimées en font une preuve fans réplique
; & M. Lauron n'a cu rien à répondre lorfque
M. Lamégie , en préfence d'un Comité de plufieurs
Membres de leur Corps , a produit ces annonces imprimées.
La compofition de cette Eau ne permet pas
même de la vendre à un plus bas prix ; & fi M,
Lauron la vend moins cher , c'eſt qu'apparemment
ce n'eft pas la même Eau qu'il vend . Il eſt infiniment
facile d'en avoir qui coûtent moins , mais impoffible
de faire & de vendre à un plus bas prix l'Eau
du Médecin Hallandois Bular , du Marquis de Bé
renghen & de M. Boiscaillaud ; cette Eau , à laquelle
des effets fi falutaires ont mérité toute la confiance
publique. Ce que dit ici M. Lamégie eft clair , net
& précis ; & il eft impoffible que M. Lauron y répande
quelques nuagès.
CUVRES de M. Soret, a Vol. in- 12. Prix
DE FRANCE. 187
geliva 12 fols brochés . A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques , & Royez,
Libraire , quai des Auguſtins . H
s La première Edition de cet Ouvrage a eu du fuccès
celle- ci n'en mérite pas moins par les augmentations
que Auteur y a faites. On voit qu'il connoît de
coeur de l'homme & les moeurs de fon fiècle. Ses
conclufions font quelquefois exagérées ; mais il
obferve toujours biens
ATLAS nouveau, par M. Mentelle , Hiftorio
graphe de Mgr. Comte d'Artois ; feptième Livraifon.
Elle comprend la Carte ancienne des Pays - Bas
& des Provinces -Unies , une feuille ; la Carte générale
moderne , une feuille la Carte détaillée des
Provinces -Unies , quatre feuilles ; la Carte détail
lée des Pays- Bas , quatre feuilles ; la Carte de la
Marche, une feuille la Carte du Dauphiné , une
feuille. Total , douze feuilles.
N. B. MM. les Soufcripteurs font prévenus
qu'ayant reçu , felon les conditions du Proſpectus ,
la cinquième & la fixième Livraifon gratis , ils
payeront en recevant cette feptième , felon le même
Profpectus , 30 liv. La huitième Livraison délivrée
gratis , & à laquelle on travaille déjà depuis longtemps
, contiendra une Carte phyfique de l'Efpagne
& du Portugal, une feuille ; une Carte ancienne de
ce même Pays , une feuille ; la Carte générale moderne
de l'Espagne , une feuille ; la Carte générale
moderne du Portugal , une feuille ; la Carte détail
lée du Portugal & de l'Espagne , neuf feuilles ; ( ces
neuf Cartes pourront fe réunir en une feule. )
Total, treize feuilles.
N. B. La Carte ancienne , dreffée d'après les
Auteurs de l'Antiquité & les Itinéraires , a été en
voyée manuſcrite à Madrid pour y être examinée ,
corrigée & augmentée par un (Savant quis a bien
188 MERCURE
voulu faire jouir le Public des connoiffances que de
longues études lui ont procurées fur l'état ancien
de fon Pays. A la neuvième Livraiſon on continuera
de donner quelques Cartes des Provinces de
France , & l'on commencera celles de l'Allemagne
d'après les meilleurs matériaux connus dans cet
Empire.
> On ne pourra fouſcrire que jufqu'à la fin de cette
année , après lequel temps chaque Carte fera da
prix de 1 liv. 10 fols. On fouferit à Paris , chez
l'Auteur , rue de Seine , n ° . 27.
LA Géographie très - détaillée de l'Afie , de
Afrique & de l'Amérique , publiée par l'Auteur de
la Géographie comparée , fous le titre de Choix de
Lectures Géographiques & Hiftoriques , fe trouve
actuellement chez Barrois l'aîné , Libraire , rue du
Hurepoix , in - 8°. , avec Cartes enluminées , 6 Vol.
Prix , 24 liv . brochés .
Cet Ouvrage, fait avec l'attention la plus fcrupulcufe
, foit pour l'exactitude des faits , foit pour
les détails qui peuvent intéreffer les mours , a cet
avantage , qu'il peut procurer aux pères & aux
mères le plaifir de repaffer fans ennui ce qu'ils ont
déjà fu , en enfeignant eux-mêmes la Géographie à
leurs enfans. Il a tout l'attrait d'un voyage , fans
en avoir les inconvéniens , puifque tout y eft pur &
vrai. Cet Ouvrage eft infiniment propre à concoufir
aux vues des Maifons d'Education , & le Libraire
fe fera un devo r de fe prêter aux arrangemens que
pourroient lui propofer celles de ces Maifons qui
voudroient s'en procurer plufieurs Exemplaires.
RECUEIL de Mémoires & de Pièces fur la formation
& la fabrication du Salpêtre , in- 4° . A Paris ,
de l'Imprimerie de Moutard , Imprimeur - Libraire ,
DE FRANCE. 189
rue des Mathurins , hôtel de Cluni . Prix , 16 liv.
10 fols brochés , 18- liv. reliés .
On avoit propofé en 1775 un Prix pour le meil→
leur Mémoire fur la formation & la fabrication du
Salpêtre. L'Adminiftration a defiré qu'on fit connoître
au Public ce qu'il y avoit de plus inftructif
dans les Ouvrages qui ont concouru . MM. Tillet ,
Cadet, Lavoisier & Sage furent chargés d'en faire
les Extraits , qu'on vient de recueillir dans le Volume
que nous annonçons . La même vue d'utilité qui avoit
fait propofer ce Prix , a déterminé la publication de
ces Pièces , qui doivent jeter de grandes lumières fur
cette matière importante.
Le même Libraire vient de publier le Diction
naire de Police , Tome I. Ouvrage très- utile , dont
nous avons annoncé le Profpectus . Ce premier Volume
remplit l'idée avantageuſe qu'on s'étoit formée
de cette grande Entreprife. Cet Ouvrage eft livré
par fonfcription.
.
VOYAGE en Pologne , Ruffie , Suède & Danemarck
, par M. Will Coxe , Membre du Collége
Royal de Cambridge , & Chapelain de Mylord-
Duc de Marlborough , traduit de l'Anglois , & augmenté
de Notes , d'Obſervations & des Eclairciffemens
néceffaires , par M. P. H. Mallet , ci - devant
Profeffeur Royal à Copenhague , Profeffeur de
l'Académie de Genève , Membre de celles d'Upfal
& de Lyon , & Correfpondant de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres de Paris ; Ouvrage
enrichi de Cartes Géographiques , Portraits des
Princes régnans , Plans & Figures en taille- douce ,
2 Vol. in-4 ° . Prix , 12 liv. chaque Volume broché ,
& 13 liv. 10 fols franc de port par la pofte , ou
4 Vol. in- 8 ° . Prix , 4 liv . chaque Volume broché ,
& 4 liv. 15 fols franc de port par a pofte . A
Genève , chez Barde , Manget & Compagnie , Im
190 MERCURE
primeurs Libraires ; & fe trouve à Paris , chez
Buiflon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des
Poitevins.
Cet Ouvrage eft deſtiné à faire fuite à l'Hiftoire
des Voyages de l'Abbé Prevost & à celle de M. de la
Harpe , & il a déjà paru une Livraiſon de cette nouvelle
Collection ; elle eft entre les mains d'un nouveau
Traducteur, & l'on promet une exécution plus
parfaite que celle de la première Livraiſon. Outre
les Notes, le Voyage de M. Coxe aura l'avantage
( néceffaire ) d'être élagué.
Comme cette fuite fait un Ouvrage indépendant
de la première Livraiſon , & qu'on n'a exigé du Pu
blic aucun engagement , on fera libre de prendre ou
non ceue nouvelle fuite pour compléter la première ,
ou de l'acquérir féparément le prix fera le même
dans l'un & l'autre cas . On délivrera les épreuves des
figures felon l'ordre des foufcriptions . Les Perfonnes
qui ne fe feront pas fait infcrire d'ici à la fin de
Mai, payeront 2 liv . de plus par chaque Volume in-
& 1 liv. par chaque Volume in- 8 ° . On s'infcrit,
fans rien payer d'avance pour cette feconde Li .
vraiſon , à Genève , chez Barde , Manget & Compagnie
, Imprimeurs- Libraires ; à Paris , chez Buiffon ,
Libraire , rue des Poitevins , no. 13 , & chez tous
les Libraires de l'Europe , chez qui fe vend la
première.
I
RECHERCHES fur la caufe des Affections hy
pocondriaques , appelées communément Vapeurs , ou
Lettres d'un Médecin fur ces Affections. On y a
joint un Journal de l'état du corps en raifon de la
perfection de la tranfpiration & de la température *
de l'air, par M. Claude Revillon , Docteur en Médecine
, de l'Académie des Sciences de Dijon , Correfpondant
de la Société Royale de Médecine de
Paris & de Mâcon ; nouvelle Edition , augmentée
DE FRANCE. fgr
de plufieurs Expériences , in - 8°. A Paris , chez la
Veuve Hériffant , Imprimeur- Libraire, rue Neuve
Notre- Dame .
C
L'objet de cet Ouvrage eft d'autant plus important
, que les maladies dont on y traite n'ont jamais
été fi communes tervenda
agicH
ten cul settin 29
}
VOYAGES de M. le Marquis de Chaftellux dans
Amérique Septentrionale dans les années 1780 ,
1781 & 1782 , 2 vol. in- 18°. A Paris , chez Prault ,
Imprimeur du Roi , quai des Auguftins. ( a stat
Nous rendrons compte de cet Ouvrage attendu
& defiré , & qui doit intéreffer par tant de motifs.
Le nom de fon Auteur , le pays qu'il décrit , & l'époque
des événemens qu'il raconte , tout doit exciter
l'empreffement du Lecteur.
Limega kupari sb ne
Les Bas-reliefs du dix huitième ſiècle, avec des
Notes , in 12. Prix , 1 liv. 10 - fols. A Londres ; &
fe trouve à Paris , chez Buiffon , Libraire , hôtel de
Mefgrigny.
5
Des Bas reliefs fur lefquels la gloire & la fólie ont
inferit nos titres de mérite & nos ridicules forment
le cadre de cet Ouvrage , dont le but elt fur-tout
de rendre hommage aux Hommes célèbres dans
tous les genres , dont les noms honorent le dix - huitième
fiècle. L'Auteur a des connoiffances ; ſon ſtyle =
eft correct & rapide ; il a fu grouper divers objets ,
& paffer d'un fujet à l'autre avec adreffe ; mais on
remarque quelquefois dans cette Brochure ce qui
étoit prefque inévitable ; c'eſt- à - dire , qu'il y a des
noms qu'on eft furpris d'y rencontrer , comme il en
eft qu'on y cherche vainement.
CONCERTO pour le Clavecin , Violon , Alto &
Baffe , Flûtes & Cors ad libitum , par M. P. Lecourt
, Organiſte de Saint-Germain - en - Laye' ; ˆ
192 MERCURE
OEuvre I. Prix , 6 liv . A Saint-Germain , chez l'Auteur
, au grand Commun ; & à Paris , chez M. Boyer,
rue de Richelieu , paffage du Café de Foy.
NUMERO du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , contenant différens Airs nouveaux arrangés
pour deux Violons ou Violoncelles.
Če Journal , qui paroît exactement le premier de
chaque mois , eft du prix de 15 & 18 liv. Chaque
Cahier de 8 pages 2 liv. On s'abonne chez le
heur Bornet l'aîné , Profefeur de Mufique & de
Violon, rue Tiquetonne , nº. 10.
TROIS Airs pour le Forte- Piano avec Violons ,
Baffe , Violes, Flûtes & Cors , par M. Magnelli
Florentin . Prix , 6 liv. A Paris , chez Mlle River , au
Palais Royal .
T A B L E.
145
147
racité & la fidélité à remplir
fes engagemens , 175
Chansons nouvelles de M. de
149 Pis ,
Charade , Enigme & Logogry
STANCES ,
Air d'Amphyrion ,
phe
Eloge de Greffet ,
die,
.
176
15 Académie Roy. de Mufiq . 179
L'Oncle & les Tantes , Comé- Comédie Françoife , 180
10 Comédie Italienne ,
Entretien Socratique fur la ve- Annonces & Notices ,
APPROBATION.
182
185
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 27 Mai 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 26 Mai 1786. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 12 Avril.
ES Commiffaires nommés pour exami-
Liner l'état de la Compagnie de la Baltique
& de Guinée ont fini leur travail , dont
ils ont fait le rapport au Miniftre des Finances.
Le Public ignore encore le contenu de
cette piece intéreflante .
On a propofé aux Négocians de cette
ville d'y établir des magafins de bled ; ce
qu'ils ont accepté , fous la condition qu'on
leur permette d'importer du bled de l'étranger
, moyennant un certain droit. On a
prouvé que le Royaume de Danemarck , en y
comprenant les Etats du Roi en Allemagne ,
ne pouvoient fournir fuffifamment de grains.
à la Norwege , fans s'expofer à une difette.
Indépendamment des grains que la Norwege
No. 18 , 6 Mai 1786. a
( 2 ).
produit elle même , il lui en faut encore par
an au moins $ 40,427 tonnes dont 304,990
pour la partie méridionale,
La navigation Danoife dans la Méditerranée
eft plus active que jamais ; on avoit
compté au mois de Décembre dernier 25
bâtimens Danois raffemblés feulement dans
le port de Livourne.
Le Roi a fait diftribuer 13,000 fufils aux
Bourgeois de cette ville ; l'intention de S. M.
eft d'exercer au maniement des armes une
partie de la Bourgeoisie pour la détente de
ja ville , en cas de befoin .
La perte du vaiffeau la Concordia , qui ,
en allant aux Indes Orientales , a fait náufrage
près d'une des ifles d'Ecoffe , eft eftimée
a 120,000 rixdalers . La Compagnie d'Affurance
de cette Capitale perd à ce naufrage
trente mille rixdalers. Malgré divers échecs
elluyés par cette Compagnie , on affure cependant
que fon dividende pour cette année
fera de 20 rixdalers pai action.
A la fin du mois de Février on a enterré à
Wefterhæfing , dans la Fionie , le nommé
Chriftian Sorenfen , âgé de 114 ans . Il avoit
fervi dansfa jeuneffe, & s'étoit trouvé aux batailles
de Gadebrefch , de Wifmar , de Stralfund
& de' Tondern , où le célebre Général
Steenbok fut fait prifonnier.
Une réfolution du Roi du 22 Février permet
aux bâtimens nationaux d'importer de
( 3 )
*
Pifle de Sainte-Croix du fucra & d'autres
productions des ifles , dans tous les endroits
des Erats Européens de S. M. où fe trouvent
des rafineries de fucre ; pourvu que le fucre
brut importé ne puiffe plus être réexporté.
1 J 19
ALLEMAGNE.
༩ སྨཱ
DE HAMBOURG , le 22 Avril.
•
Les dernieres lettres de Conftantinople ,
en date du 11 Mars , annoncent la mort de
la Sultane Alem Shab , fiile cadette du
Grand Seigneur , vivement affligé de ce
nouveau malheur domeftique. On continue
à débiter beaucoup de contes fur les talens ,
fur les vertus , fur les projets du nouveau
Grand-Vifir. Ces éloges font d'étiquette à
chaque promotion Miniftérielle ; il faudra
voir fi Juffuf Pacha en juftifiera une partie.
Son avénement à l'autorité a été fuivi du
déplacement de l'Aga des Janiffaires , rem--
placé par le Commandant en fecond . Le
Muphi déposé eſt exilé à fa campagne fur
les bords de la Mer Noire , où on lui a même
envoié des préfens confidérables .
Dans le cours de l'année derniere , il eft
- entré dans le port de Riga 803 bâtimens , &
il en eft parti 832. La valeur de l'importa .
tion a monté à 1,503,823 roubles , indépendamment
de 198,232 ducats & de 1,408,665
écus d'Albert en efpeces ; celle de l'exportation
à 5,239,484 roubles .
a 2
4)
L'année derniere le commerce de Konigsberg
a occupé 1771 bâtimens pour l'exportation
, & 1778 pour l'importation .
On apprend de Pétersbourg que l'Impératrice
a agréé le plan d'un canal qui joindra les
rivieres de Kama & de Wichechda , & établira
une communication entre les mers Blanche &
Cafpienne. Ce canal aura une étendue de vingt
werft & coûtera 400,000 roubles . On eft occupé
auffi de l'examen de deux autres plans , dont
l'un a pour objet la jonction des rivieres de
Wiregra & de Kawſchka , pour établir une communication
fûte entre les mers Cafpienne &
Baltique ; & l'autre , celle du Tanaïs & du Wolga
, pour aller de la mer Noire à la mer Cafpienne.
Cette lettre ajoute encore qu'on le propofe
d'établir une grande route de Pétersbourg à Mofcou
.
DE VIENNE , le 21 Avril .
Dans le grand nombre d'Ordonnances ,
journellement émanées de l'autorité fuprême
, on a remarqué celle qui vient d'être
publiée , relativement à la police du droit de,
chaffe , & dont voici les principales difpo
fitions.
On ne pourra avo'r de fangliers que dans les
parcs bien fermés ; & dans le cas qu'un fanglier
fût trouvé hors du parc , permis à toute perfonne,
de le tirer ou tuer , de quelque maniere que ce
foit, comme loups , renards , ou autres bêtes femblables.
Si les propriétaires de chaffe ou leurs
gardes s'y oppofoient , ils feroient condamnés à
( 5 )
une amende de vingt- cinq ducats , & en outre
de bonnifier tous les dommages caufés par le
fanglier forti du parc.
Tout droit de chaffe peut être vendu ou affermé
; on excepte cependant du droit de l'acheter
ou affermer , tout Payfan ou Bourgeois auquel
on donneroit par-là o, cafion de négliger fon
commerce ou fa culture ; pourquoi auffi tous
droits de chaffe que poffedentles Villes ou Bourgs,
feront vendus pr licitation au plus offrant , ou
affermés de tems à auire.
Toute perfonne eft prévenue d'ufer de fes
bois & prairies conformément P'Ordonnance
fubfiftante pour 1.s forêts , & il ne fera permis
à au un garde- chaffe , ni de couper l'herbe , ni
de faire paître fes beftiaux , ni de s'approprier
ce qu'on appelle dans le pays prof- bolz ( brouffailles
) dans les quartiers de chaffe appartenant
au Souverain.
Les Directions des Cercles doivent veiller à ce
que les propriétaires de chaffe n'entretiennent
trop de gibier au défavantage de la culture , &
dans le cas qu'elles s'en apperçoivent , elles emploie
ont fans diftinction aucune tous les moyens
néceffaires pour en procurer la diminution .
Tout propriétaire d'un fonds quelconque fitué
dedans ou hors des forêts , prairies , eft autorifé
´à l'enfermer de haies vives ou autres , ou de les
entourer de foffés pour obvier au dégât que le
gibier pourroit faire en y entrant. Que ces clôtures
cependant ne puiffent fervir à attraper ledit
gibier. En outre , dans les endroits qui font
expofés aux inondations , on doit avoir attention
de pratiquer dans lefdites haies ou foffés des paffages
de 500 en 500 pas , afin que dans le cas
de gonflement des eaux , ces paffages puiffent
fervir au gibier pour s'y réfugier.
a 3
( 6 )
Pareillement toute perfonne pourra toujours
repouffer ou chaffer, de quélque maniere que ce
foit , le gibier de fes champs , de fes prairies ,
de fes vignobles , & fi quelque piece de gibier
fe trouvoit , en fautant , bleffée ou même tuée,
le propriéraire de chaffe ne peut en exiger aucun
dédommagement.
Il ne fera jamais permis aux propriétaires de
chaffe ni aux chaleurs , de chaffer ni de pourfuivre
le gibier , même avec un chien couchant
ou d'arrêt , fur aucune piece de terre que ce foit ,
cultivée ou en emencée , de même que
dans au
cuns vignobles avant que la vendangey foit faite.
Défenfe même d'y entrer fous le prétexte d'y
vifiter les oeufs ou les nids de faifans ni de pes
drix ; & dans le cas qu'un propriétaire de droit
de chaffe entreigne certe Ordonnance , il fera
puni par une amende de vingt cinq ducats que la
Direction des Cercles aura foin de lui faire payer,
& de remettre à celui fur le fonds duquel fe fra
faite cette tranfgreflion . Pour les gardes - chaffes
en pareil cas , ils feront punis par trois jours de
prifon.
Tous dommages caufés par le g bier , tant
aux grains qu'aux vignobles , ou arores fruitiers,
foit dans les chaffes du Souverain cu des Seigneurs
particuliers , devront fans aucun délai être bonnifiés
, Toit en nature , foit en argent , aux particuliers
léfés.
Tous chiens qui chafferont dans un bois ou dans
une plaine , pourront être tués par les propriétai
res de chaffe , ou leurs gardes . On en excepte
cependant les chiens de ceux qui font chargés de
veiller à ce que le gibier ne s'écarte point fur les
terres cultivées.
Aucune perfonne ne pourra mettre le pied fur
territoire d'une chaffe qui ne lui appartient pas,
( 7 )
avec des armes ou des chiens de chaffe , fi ce n'eft
en voyage dans les grandes routes , ou dans les
fentiers par les gens de piel. Quiconque tranf
greffera cette défenſe ſera arrêté & puni.
Quiconque trouvera une piece de gibier blef
fée elle - même , ou dans un état à pouvoir périr ,
ne pourra fe l'approprier , mais devraen donner
connoiffance au propriétaire de la chaffe.
En général l'action d'attraper ou tirer le gibier
étranger , de quelque efpece qu'il foit , doit être
regardée comme un vol . Pour l'effet de quoi tous
braconniers feront pourſuivis & traités comme
voleurs par les Tribunaux qui ont la connoif
fance de ces matieres , fuivant les loix crimi
Lelles , & feront toujours châtiés & punis relativement
à ce que le gibier dérobé pourra valoir , fuivant
que le délit aura été plus ou moins répété ,
enfin fuivant la violence qu'on aura commife , &
le dégât qu'on aura caufé.
Quiconque fera atteint & convaincu d'avoir recélé
un braconnier connu de lui pour tel , fera emprifonné
comme braconnier lui même , & livré
comme lui à la Juftice.
Quiconque fera convaincu d'avoir acheté fciemment
du gibier d'un braconnier, fera puni fuivant
l'exigence des cas.
Quiconque , au contraire , dénoncera un braconnier
, recevra douze flor. qui lui feront payés
par le propriétaire de la chaffe.
Toute perfonne qui arrêtera & livrera un braconnier
, recevra 25 flor . de récompenfe , qui lui
feront payés par les propriétaires de la chaffe ,
auxquels en revanche appartiendront les amendes
auxquelles feront condamnés les tranfgref
feurs. Toutefois ces amendes n'auront pas lieu
par rapport aux paysans qui feront punis corporellement
, c'eft à - dire , par la prifon .
a 4
( 8 )
Dans le cas qu'un braconnier armé ne rende pas
fes armes à la réquifition d'un garde- chaffe , &
qu'il fe mette au contraire en défenfe , les gardeschaffes
; pour leur propre fûreté & défenie , auront
la liberté de tirer deffus.
Dans le cas de foupçon fondé qu'une piece de
gibier auroit été illicitement tuée ou enlevée , les
propriétaires de chaffe devront s'adreffer aux Magiftrats
ou Juges , afin de faire dans les maifons
les recherches pour découvrir le délit ; mais les
propriétaires ou leurs officiers n'auront pas ce
doit par eux-mêmes , & c. &c.
Les Commiffaires royaux en Hongrie ont
notifié le 20 Mars dernier aux Couvens des
Paulins ou Minimes le décret de leur fuppreffion.
Les biens de ces maisons feront régis
par la Caiffe de Religion qui fera chargée
de payer aux Religieux une penfion annuelle.
La Gazette de Clagenfurth du 3 de ce
mois contient l'avis fuivant :
» Par ordre exprès du Prince François
Seraphin de Portia , on promet un prix de
» 10 ducats à l'Auteur du meilleur Mémoire
fur la Queftion fuivante : favoir , Si un
» homme doué d'une raifon faine , peut trou-
» ver reprehenfible un Seigneur , qui par hu-
» manité fait des actes de bonté envers fon pro-
» chain dans l'indigence. La Librairie de
» Kleinmayer recevra les Mémoires juſquià
» la fin du mois de Septembre.
Le Prince Lobkowitz, affure-t - on , a vendu
au Prince de Hohenlohe , Major Général au
( 9 )
fervice de Pruffe , le Duché de Sagan dans
la Siléfie pour la fomme d'un million de flor.
L'opération de l'arpentage en Hongrie a
dû commencer le premier de ce mois. Ce
travail rencontrera de grandes difficultés ,
relativement aux calculs du produit des terres
, fur lefquels on ne trouvera gueres de
renfeignemens fatisfailans.
L'Empereur a chargé le Profefleur de
Luca d'examiner les fondations qui exiftent
dans tous les Etats héréditaires , & de lui en
faire un rapport détaillé . Elles forment ici
en particulier un objet de 20 millions de
florins , & en rapportent par an environ
800,000 ; les bourfes du College Théréfien
, qui montent par an à 300,000 florins ,
non compriſes .
2
DE FRANCFORT , le 26 Avril.
Les Cercles du Rhin font enfin d'accord
à l'égard de l'Ordonnance du cours des
monnoies qui faifoit depuis long- temps l'objet
de leurs délibérations. La valeur des
nouveaux Louis d'or a été réglée à ro flor.
10 creutzers d'Empire : le Ducat às florins
10 creutzers : les vieux Ecus à 2 flor. 42 creut.
les nouveaux Ecus depuis 1784 à 2 florins
41 creutzers : les demi - écus ont été fupprimés
, & les autres monnoies d'or & d'argent
ne pourront être acceptées que comme
a 5
( 10 )
·
marchandiſe de commerce . Cette Ordon
nance fera inceffamment publiée , mais
n'aura force qu'à dater du 15 Mai prochain .
·
On dit que l'Empereur a ordonné à l'Abbaye
de S. Blaife de vendre la partie de fes
poffeffions qui fe trouvent hors de la Souabe
; ce qui fait préfumer qu'on fonge à la
fécularifation de ce Chapitre. Le Prince-
Abbé est allé à Vienne pour détourner cet
orage. S. Blaife eft une riche Abbaye de
Bénédictins en Souabe , dans le voisinage
de la Suiffe. Depuis long temps fes Reli
gieux fe font diftingués par leur érudition,
Le Prince actuel , né en 1720 , eft lui -même
unSavant très-laborieux, il étoit fort aimé de
Impératrice Marie - Thérefe ; on lui doit
plufieurs ouvrages hiftoriques. En 1770 , il
fut chargé de transférer à S. Blaiſe les reftes
des Princes ou Princeffes de la Maiſon '
d'Autriche , enfevelis dans la Cathédrale de
Bafle & à l'Abbaye de Konigsfelden .
M. Druck , Profeffeur d'Hiftoire , a prononcé
à Stuttgard , le jour anniverfaire de la naiffance
du Duc de Wirtemberg , un Difcours fur les
égaremens de l'efprit humain , en deux époques :
différentes I compare le tenis où nous vivons
avec le fiecle de Dioclétien , les Jambliques , les
Maximus les Appollonius , les Alexandres , avec
plufieurs perfonnages vivans. Maximus enfeigna
à l'Empereur Julian Part d'aopeller les démons
pour lui fervir de fociété auffi fouvent qu'il le
defireroit , & les demons frent des vifites à l'Em ,
pereur prefque tous lesfoirs. Les myfleres de ce
11 )
tems -là reffemblent beaucoup à ceux du nôtre,
L'Auteur de ce Difcours prétend que la célebre
Apollonius fur une machine employée par les Pythagoriciens
à relever leur fecte publiquement
fupprimée depuis long- tems , à écarter les
fectateurs d'Epicure & les vrais difciples de Socrate
, & qu'on employa les fanatiques pour favorifer
des révolutions d'Etat . Les fources de cas
égaremens , dans le tems de Dioclétien , étoient
à- peu- près les mêmes qui produifent: des cffets
femblables dans le nôtre ; le luxe , la nouveauté ,
affoibliffement de l'ame dans un corps enervé
, &c. &c. ..... M. Druck penfe cependant
que ces égaremers ne peuvent produire autant
de mai aujourd'hui qu'au tems de Dioclétien
. L'Europe ne dépend pas d'un ſeul Maîtré ,
& il devient plus difficile qu'une feule maniere
de penfer domine.
રે
Le vieux Général de Ziether , dont nous
annonçâmes la mort au mois de Janvier
dernier , fe maria en 1764 , dans un âge
très avancé. I demanda le confentement du
Roi de Pruffe, qui lui répondit : » Mon
» cher Général de Cavalerie de Ziethen
je vous a corde avec beaucoup de plaifir
le confentement que vous me demandez
» pour votre mariage projetté avec Made-
» moifelle de Platen , & je vous fouhaite
» tout le bonheur que vous pouvez defirer.
כ כ
Aufi , fije pouvois favoir où vous célé--
» brerez vos nôces , j'y viendrois moi - mê-
» me pour y danter. Je fuis Votre Roi ,
bién affectionné , & c .
ככ
Un Journal politique offre les détails fai
a 6
( 12 )
vans fur les impofitions & les revenus de la
Siléfie.
Les terres du Domaine , & celles appartenantes
aux Princes , à la Nobleffe , aux Cures & aux
Ecoles publiques paient par an 28 rixdalers &
demi fur cent rixdalers du produit ; lesterres de
roture ou des payſans paient 34 rixdalers , &
celles appartenantes aux Evêques , aux Chapitres
& aux Couvens 50. On évalue la valeur
des terres à 80 millions , & leur produit
moyen à 6 millions de rixdalers. - La contribution
annuelle des Artifans & des Manoeuvres
monte à environ 15,000 rixdaler .
Les
Fileurs de lin & de laine , & les Tifferands font
exempts de la taxe d'induftrie .
d'accife montent pat an à un million. Les
revenus que le Souverain tire de fes domaines ,
des bois des mines de fer & des forges , font
évalués à la fomme de 300,000 rixdalers .
L'octroi des Juifs eft de 10,000 rixdalers ; les
cartes à jouer & le papier timbré rendent par
an 20,000 rixdalers , &c . En général , les revenus
du Souverain peuvent être eftimés 5,854,632
rixdalers , dont il faut par an 2,900,000 pour
l'état militaire , & 1,400,000 liv. pour l'état
civil.
Les droits
Un autre Journal Allemand donne l'état
fuivant qu'il dit authentique , du commerce
des Etats de la Maifon d'Autriche , pendant
l'année 1782 :
Exportation des Etats
héréditaires en Allemagne
dans l'Etranger.
flor. creutz
· 15,530,079 26 .
13 )
Importation de l'Etran
ger.
•
13,463,040 58.
* Bénéfice de ces Etats . 2,067,038
Exportation des mêmes
Etats dans la Hongrie , la
Tranfylvanie , la Galicie
28
& le Tyrol.
Importation
de ces
• 10,167,708
13,964,222 IS pays.
Perte des Etats héréditaires
d'Allemagne. 3,796,514 II
Le Duché de Magdebourg , & le Comté de
Mansfeld qui en fait partie , lit -on dans une nouvelle
defcription topographique de cette Province
, renferment une population de 249.593
ames. On y avoit compté 248,262 en 1783 ,
& 226,573 en 1756 ; la furface eft de 84 milles
carrés , ce qui produit un peu plus de 2,971 perfonnes
bur un mille.
Nous avons préfenté quelques réſultats
du Mémoire fait par le Baron de Heiniz ,
Miniftre d'Etat du Roi de Pruffe , fur les
produits du regne minéral dans les différens.
Etats de la Monarchie Pruffienne. Voici
quelques détails ultérieurs de ce Mémoire
qui peuvent intéreffer les Naturaliftes & les
Economistes politiques.
La Pruffe orientale & occidentale , fituée aux
rontieres de la Pologne , renferme des mines de
fer très abondantes ; on pourroit en retirer par
an 179,750 quintaux de fer en gueule , & elles
en fourniront encore au moins pour 30 années
( 14 )
-
confécutives ; Pambre jaune que l'on trouve aux
environs de Pillau eſt anfli une production de cette
Province , de même que le falpêre . —Près
d'Elbingue on trouve des terrains à tourbes ' qui
fourniront à la confommation encore pour 35-
ans . A Rothenbourg font établies des forges de
cuivre , & plufieurs verreries aux frontieres de la
Pologre. -On exploite dans la Poniéranie
deux mines de fer . Il y a des falines près de Cotberg,
& des forges de cuivre à Guifenhagen ,
Gollnow & Stolpe . On a état li dans la Marche
-Electorale & dans la nouvelle Marche une fonderie
de fer & 9 nouvelles forges. La mine d'a-
Jun à Freyenvalde en fournit par an 8360- intaux.
La partie orientale de la Siléfie & le Cem: é
de Glaz fourniſſent des charbons de terre , de la
calamine , du plomb , de fer rouge & blanc , du
fel & de la chaux ; il y ades forges de cuivre ,
des fabriques de laiton & de porcelaine & des verreries
. 47 fonderies & 185 forges établies dans
la haute Silefie fourniffent par an 21,819 quintaux
de fer en geeufe , 123,840 quintaux de fer
en barres , 2000 quimaux d'acier , 1200 quintaux
de fer en tôle , & 200 quintaux de fil de fer. Il
fe trouve à Tarnerriz & à Beuthen une couche
de minerai de plomb : le quinta ' de ce minerai
produit 72 livres refant de plomb , toute la cour
che peut en contenir 4,060,736 quintaux & demi.
La Seigneurie de Pieffe fournit du charbon de
terre en abondance ; on a établi à Kraſchow & à
Jedlize des fond ries & des atteliers d'acier . Les
falines abondantes de la haute Siléfie pourront un
jour remplacer celles du Magdebourg , lorfque
la rareté du bois & du charbon de terre nous mettra
dans le cas d'en abandonner l'exploitation .
Les verreries dans la Seigneurie de Pieffe & les
fabriquès de fayence de Pro.kau & de Glieniz font.
en fi bon état, qu'elles exportent de leurs marchandfes
à l'étranger. La partie orientale de la Silafie
renferme auffi des mines confidérables , & on
y a établi divers attelters & fabriques : Depuis
1783 on exploite à Giehren dans la baffe Silefie
des mines d'étain & du cobalt. Les mines de cui
vre de Rudolfladt rendent actuellement par an
350 quintaux de ce métal . A Wartenberg , Sprotd
tau & Schmiedeberg font des mines de ter. Les
nouvelles carrieres de chatbon de terre à Hultfchin
fur l'Oder en fourniffent actuellement 13933
Scheffels ( minots ) par an , les carrieres de char
bon de terre aux environs de Schweidniz deviennent
de jour en jour plus précieufes,: leur
produit eft triplé depuis trois ans . Elles d - viendroient
encore plus avantageufes à l'Etat , fi l'on'
rendoit navigable la riviere de Schweidniz , ce
qui pourroit s'effectuer par des éclufes avec une
fomme de 400,000 rixdalers. L'arfenic fe tire des
mines de Reichenftein , Beaucoup de fabriques ea
Silefie , & notamment celles de vitriol à Schreibe-
Tchau , de Cobalt à Querbac , de porcelaines &
de terre à pipes , & c. tirent les matieres premieres
des mines même du pays.
On exploire dans les Duchés de Magdebourg
& d'Halberffadt & dans les Comtés de Mansfeld
& d'Hohenftein , de l'argent , du cuivre , du fer,
du porphyre , de l'albâtre , des terres argilleufes ,
' du charbon de terre , de la tourbe , de falpêtre &
du fel . Les mines de cuivre dans ces deux Comtés
rendent par an 4000 quintaux de cuivre & 3000
marcs d'argent ; on a trouvé à Gollwiz une cou--
che de cuivre & d'argent très - riche . Les mines
de fer dans le Comités de Hohenfteko & de Were
nigerode occupent les fonderies tablies à Sorge ,
Ilfenbourg & Schierke qui fourniffent le fer néceffaire
aux magafins de MagleBourg dans la
( 16 )
vieille Marche , & à ceux établis dans la Seigneurie
de Pricgniz . Trente -deux fours à chaux tirent
les pierres calcaires des carrieres de Wanzleben
& de Weferlingen . On exploite à Halle
de l'alun - blanc , ce qui fait préfumer qu'il y avoit
ici autrefois un volcan, Les carrieres de charbon
de terre de Meifdorf n'ont produit juſqu'à préfent
que 3744 (cheffe's de charbon par an mais
celles de Wettin , de Doclau & de Loebegrun en
rendent annuellement 102,480 fcheffels. Il n'a
exifté juſqu'à préfent que 34 falpêtrieres dans les
Etats de S. M. Leur produit eft augmenté de
200 quintaux par an , mais comme elles ne fourniffent
pas fuffifamment de falpêtre à l'artillerie
du Roi , à laquelle il en faut par an 3000 quintaux
, il feroit effentiel de mettre en exploitation
Jes mines de falpêtre dans la Pruffe & dans la Siléhe.
Les provinces Weftphaliennes produifent du
charbon de terre , de la tourbe , de la chaux , du
cuivre & du plomb . L'année derniere les mines
de fer à Dahlen , Heller & Blankenftein , dans le
Comté de la Marche ont produit 803,614 livres
pelant de fet. Les carrieres de charbon de terre
que l'on exploite dans ce Comté font les plus
abondantes dans les Etats du Roi . On en a exporté
pour plus de 200,000 rixdalers ; ces carrieres
fourniſſent du charbon en fi grande abondan--
ce, que l'on pourroit ailément doubler leur produit
annuel. On fabrique au Saurlande dans la
Weftphalie pour 600,000 rixdalers de marchandifes
de fer dont on exporte à l'étranger pour
46,000 rixdalers . L'Oftfrife produit beaucoup de
tourbe , dont la qualité eft auffi bonne que celle
de la tourbe d'Hollande. On compte dans les
Margraviats de Bayreuth & d'Anfpach 13 fonderies
de fer qui fourniffent par an 60,840 quintaux
de gueule. Les productions minérales des Princi(
17 )
pautés de Neufchâtel & de Valangin n'ont pas eng
core été examinées avec ſoin.
ITALIE: 3
•
DE NAPLES le S Avril.
Un Page qui fervoit dans la maiton du Duc de
Civitella , avoit un oncle paffé en Floride depuis
longues années , & dont il n'avoit jamais reçu de
nouvelles. Cet oncle eft venu à mourir en Amérique.
Ne connoiffant point d'héritier , & n'ayant
qu'une idée confufe d'un neveu dont il ne connoiffoit
pas le lieu de réfidence , il fit un teftament
par lequel il recommandoit de faire une
exade recherche de ce neveu , qu'il foupçonnoit
être dans le Royaume de Naples , ajoutant que
fi on le trouvoit , il l'inftituoit fon légataire univerfel
; que , fi on ne le retrouvoit pas , il laiffoit
la moitié de fes biens à Sa Majesté Catholique , &
definoit l'autre moitié à fonder un hôpital pour
les pauvres. Le Roi d'Espagne ayant appris ces
difpofitions du teftateur , ordoana toutes les perquifitions
néceffaires en Espagne & dans le
Royaume de Naples . On fit afficher des avis dans
tous les carrefours & les plages publiques , qui
portoient que , file nommé tel , fils d'un tel, fe
trouvoit dans le Royaume de Niples , il pouvoit
s'adreffer au Secretaire de S. Exc. le Marquis de Caraccioli.
Le Page lit l'affiche & fe rend à la Secrétairerie
fans avoir de quoi il s'agiffoit. Il fut agréablement
furpris de fe voir tout- à- coup l'héritier
d'un oncle auquel il ne fongeoit pas , & d'entrer
en poſſeſſien d'un million trois cents mille piaſtres
forces qui conftituent fon héritage .
( 18 )
DE MODENE , le 8 Avril.
Le 29 du mois dernier , notre Souverain
a rendu un Edit mémorable , nouveau témoignage
de la follicitude paternelle de ce
Prince pour fes fujets .
HERCULES III , par la grace de Dieu , Doc de
Modéne , Reggio , la Mirandole , &c . La félicité
des peuples qui nous font confiés fut , dans tous
les tems , le premier & le plus agréable objet de
nos foins paternels. Notre zele , toujours empreflé
d'al er au devant de ce qui peut accroître Lette
félicité , nous engage aujourd'hui à délivrer nos
très-chers fujets du fardeau de quelques impôts ;
d'ouvrir au commerce des communications inté
rieures & extérieures , plus faciles ; de mettre
les Communautés & les OEuvres pies en état
d'acquitter leurs dette ; de former de nouveaux
établiffemens pour le progrès des Sciences , par
Pérection de nouvelles Chaires ; enfin de tendre
une main fecourable & bienfaifante à l'indigence
& à la mendici: é . C'est pourquoi , de l'avis de
notre premiér Minifire , le Comte J. B. Munarini
, nous avons réfolu , 1 ° . de réduire às livres.
la contribution qui fe payoit ci- devant à raiſon
de 7 liv. 15 f. pour tous les proprié aires fur
chaque folde d'eltime au récenfement general;
2. de conftruire deux ponts de pierre ; l'un fur
la Secchia , dans le grand chemin qui conduit à
Reggio ; l'autre fur le Panaro , dans le chemin
de Bologne; 3. d'ouvrir une grande route de
Reggio à Caftelnovo , & une au re de Pévé à
Belago ; 4°. d'exempter les Arts & Métiers de
toute taxe ; 5. d'acquitter toutes les dettes que
les Communautés avoient contractées pour Le(
19 )
courir l'Etat ; 6. d'abolir plufieurs impôts ex
traordinaires , dont la caufe a ceffé , entr'autres
celui de quatre fols fur chaque fac de froment ,
de deux fols fur chaque fac de méteil , & la dime
fur les prés, Les autres articles font relatifs à
l'Univerfité , dont les revenus font augmentés;
à l'amélioration des études , à l'établiffement &
l'augmentation des portions congrues , pour les
Curés dont les revenus ne peuvent fuffire à leur
fubfiftance.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 25 Avril.
Mylord Cornwallis part pour le Bengale
fur le paquebot l'Hirondelle , ( The Swallow)
qui fans retard , mettra à la voile le 1er. de
Mai. S. S.n'emmene avec elle que trois Officiers
, au nombre defquels ne fe trouve pas
même le Capitaine Singleton fon gendre . Le
Colonel Tarleton a fait d'inutiles , tentatives.
auprès de Lord Cornwallis , pour le fuivre
dans l'Inde... :
Le 19 , arriva au Bureau de la Compagnie
des Indes Ecrivain du Lafcelles , vaifleau
venant de la Chine, & mouillé à Plymouth.
Ce bâtiment a devancé le Royal- Admiral ,
paiti avec lui de Sainte, Helene le 24 Février.
Le Houghton, le Chesterfield & le Camden ont
fait voile de la Chine le 1er. Décembre dernier.
Le Lafcelles rapporte que le Montague a
péri dans la riviere de Bengale , par le feu du
falpêtre qu'il avoit à bord. Heureufement , il
( 20 )
ne s'y trouvoit pas encore de marchandifes
de la Compagnie , & tout l'équipage a été
fauvé.
Le 12 Juin prochain , la Compagnie des
Indes mett: a en vente 3,550,eco liv. pefant
de thés de différentes qualités.
Depuis long- temps , il n'y a eu d'exemple
d'une auffi grande activité dans les Chantiers
de la Marine Royale. Les ouvriers de Chatam
ont ordre de travailler jufqu'au 1er . Octobre
à doubles journées. Avant la fin de l'année ,
on aura mis à flot 9 vaiffeaux de ligne nouvellement
conftruits. Le même jour, quel'Impregnable
de 90 can. a été lancé à Deptford ,
on a lancé à Blackwal , Chantier particulier
fur la Tamife , l'Hannibal de 74 canons.
De l'état préfenté à la Chambre des Communes
par l'Amirauté , & contenant la lifte
des vailleaux de guerre , vendus comme hors
de fervice , depuis le 1er. Janvier 1782 , au
1er. de 1786 , il réfulte qu'on s'eft défait de
#129 navires de différentes forces , & dont la
vente a produit 103,401 liv. fterl. Dans ce
nombre fe trouvent neuf vieux vaiffeaux de
ligne. Outre cela , il en a été dépécé plufieurs
qui ne font point portés fur cette lifte , tels
que le Prince de Galles , le Buffalo , le Bell'Isle,
le Dublin , l'Ardent , qu'on eft occupé à reconftruire.
Le cours du change , dit le Public Ledger , n'a
jamais été auffi long- temps & à un point auffr
haut en faveur de l'Angleterre, Jamais non plus,
le miniftere ne s'eft attaché avec autant de zele
( 21 )
à étendre le commerce de la Grande - Bretagne
& à encourager l'agriculture. La réduction de
plufieurs droits , & par conféquent la deftruction
de la contrebande que ces droits favorifoient
, des traités de commerce entâmés avec
la France & la Ruffie , les pêcheries encouragées
, l'exportation de toutes les productions
nationales récompenfée par des gratifications ;
telles font les opérations que le gouvernement
anglois a effectuées , ou eft fur le point d'achever
, & telles font probablement les caufes de
l'état actuel du change.
Il eft queftion de trapper de nouvelles efpeces
d'argentvers la fin de la Seffion actuelle
du Parlement ; mais quand ces objets feroient
remis à l'année prochaine , il n'en réſulteroit
aucun mal. En effet , on n'auroit plus alors
rien à craindre des variations dans le prix des
matieres , vu la grande provifion qu'on en a
faite , lorsqu'elles étoient au plus bas prix .
Le Gouvernement fera aufli frapper quelques
petites monnoies d'or . Ce feront des
parties aliquotes de guinées , telles que des
pieces de 7 & de 14 fchellings , que l'on
ajoutera aux efpeces en circulation dans le
Royaume.
Le fieur Rubinelli , Chanteur célebre en
Italie , du genre de ceux qu'on nomme Contr'alto
, eft arrivé en cette ville , où il ett
engagé pour le Théâtre de l'Opera , moyennant
1,700 liv. fterl. & une repréſentation
à fon bénéfice pour tout le courant de la
faifon prochaine & la fin de celle- ci .
Nous avons fait , dit le Morning - Chronicle ,
( 221 )
les progrès les plus extraodinaires & les plus inattendus
dans les arts méchaniques , dans les ma
chines qui fervent aux manufactures , & far- tout
dans les différentes branches de métallurgie. II
n'y a aucune nation de l'Europe qui puiffe
entrer en concurrence avec nous dans les
opérations qui dépendent de la pompe à feu.
La manière de fimplifier ce mechanifme compliqué
, l'ufage facile & économique qu'on fait,
de cette machine , la diftribution qui peut fervir
de force mouvante générale , au lieu du
vent , de l'eau & des chevaux , font autant da
découvertes qui fe font faites dans ce petit nom
bre d'années , & que nous devons à M. Belton
de Birmingham . Cet Artifte ingénieux vient
d'a lépter un procédé très- intéreffant , pour l'lbitation
& la fanté des manufacturiers & de leurs
voifins ; c'est l'application du principe de M. A
gand à la pompe à feu. Cette application a été
tellement perfe&tionnée par fon Auteur , que les
pompes à feu ne donnent prefque plus de fumée.
Le Baptifta , vaiffeau Rufle , du port de
1400 tonneaux , venant de l'Ile de France ,
& deftiné pour Mafcat , où il alloit prendre.
un chargement de mulets , a été affailli d'un
gros temps qui l'a fort maltraité & contraint
de relâcher à Bombay, Il étoit dans le baflin,
Lorfque le Nancy a quitté ce port , mais en fi
mauvais état , qu'on balançoit à lui donner
un radoub. Ce vaiffeau a été conftruit à
Archangel.
Jonathan Beresford , Ecuyer , Officier
dans l'armée rébelle, d'Irlande en 1745 , rét
fugié enfuite en France , & rentré en grace
fous le regne de George II , vient de mou(
23 )
rir à Clare en Irlande , âgé de 107 ans.
ETATS-UNIS DE L'AMÉRIQUE.
-Extraits des différentes Gazettes Américaines
du 20 Février.
que
On avoit dit que les Commiffaires du Congrès
avoient eu une conférence avec les Sauvages , à
Golfinton , & que ceux ci étoient retournés chez
eux con ens des conditions du traité : cela n'eſt
rien moins qu'exa&t . Il paroît , par la commiffion
des agens de la Georgie , qu'ils auront ordre de
protefter contre tout ce que les Commiffaires du
Congrès pourroient faire contre les droits , les
privileges & la fouveraineté de l'Etat . Il ne fe
trouva d'ailleurs à cette conférence que deux
Rois ou Chefs des Sauvages. Il étoit dit dans l'article
des traités , 1 ° . que le Congrès prétendoit
avoir un droit exclufif fur le fol ; 2° . fi' un
homme blanc paſſoit du côté des Sauvages , l'homme
blanc feroit envoyé au Co grès qui devoit prononcer
fur la maniere de le juger. C'eft à l'occafion
de ces deux points contre lefquels les Commiffaires
de la Georgie ont protefté , que li négociation
avec les Députés du Congrès a été
rompue. Quelques jours après , dix - sept Rois ou
Chefs de Tribu font venus trouver Is Agens de
cet état , revêtus de pouvoirs pour traiter avec
les Sauvages. Au moyen de ce nouveau traité la
Georgie a obtenu une nouvelle ceffion de terres ,
dont les limites fixées par une ligne tirée de la
riviere Canouchic jufqu'à l'embouchure de la
branche méridionale de Ste. Marie , forment un
territoire d'environ 20 lieues fur 13. Après cet
arrangement les Sauvages font retournés chez
eux fans conclufe aucun traité avec les Commiffaires
du Congrès,
( 24 )
On a été généralement alarmé de voir que le
Congrès avoit pris en conſidération les requêtes
des Compagnies qui propofoient de former des
établiſſemens dans le pays des Vandales , des Illinois
& des Onabaches . Les Délégués de la Penfylvanie
fe font vivement oppofés à leurs demandes
; mais le Comité auquel l'examen de cette
affaire a été remis , l'a approuvée , & en a fait
un rapport favorables Le Congrès cependant n'a
rien décidé. On affure qu'il eft queſtion de borner
la Virginie au mont Alleganis , ce qui produira
vraisemblablement des troubles dont on ne
fauroit prévoir toute l'étendue.
Il eft vrai que dès l'inftant que les habitans auront
les moyens fuffifans , il fera très-utile de former
un Gouvernement des nouveaux établiffemens
en-deça de l'Ohio , mais il feroit abfurde
de donner toutes ces terres à des Compagnies
particulieres. Le Congrès doit le garder de couper
le pain par morceaux à la priere de ſpéculateurs
intéreffés qui ne cherchent qu'à fatisfaire
leur avidité. Ils auront fans doute envoyé des
émilaires parmi les habitans de ce pays , pour
les engager à defirer cet arrangement. Les Penfylvaniens
auront la majeure partie de ce pays,
s'ils réuffiffent dans leur deffein .
On doit obferver que les projets dont on vient
de parler furent rejettés en 1781 , comme dangereux
& préjudiciables , & qu'ils ont été appuyés
en 1785 , par le même parti qui les avoit
condamnés.
Le Congrès a arrêté d'établir à New-
Yorck un Hôtel des Monnoies , dans lequel
il fera frappé des monnoies d'or & d'argent
ayant cours dans tous les Etats-Unis . Mais
chaque Etat ſe réſervera le privilege de bartre
(125 )
tre des monnoies de cuivre portant fes armes.
Le Congrès a également arrêté que les
monnoies d'or & d'argent feront au même
titre que les monnoies de France , en confidération
des liaiſons de commerce qui exiftent
entre les deux nations , & pour empêcher
que les monnoies ne foient exportées
dans l'Etranger.
Les Anglois n'ont point même encore
rendu les poftes fur les frontieres de l'Etat
de New-Yorck , ce qui gêne effentiellement
le commetce des Américains , & empêche
les progrès de leurs établiffemens.
Le 18 Décembre 1785 , le floop l'Experiment,
commandé par le Capitaine Stewart Dean
appareillé de New Yorck pour Canton en Chine.
C'est le fecond bâtiment forti des Etats- Unis
pour une deftination fi éloignée . Ces entrepri-
Les prouvent que rien n'eft impoffible au courage
excité par l'intérêt , & fecondé par l'expérience
& l'habileté. L'Impératrice de la Chine , le premier
va fleau qui a fait ce voyage , étoit un
très- petit navire relativement aux dangers d'une
traversée auffi longue , & cependant ce navire
eft revenu en Amérique fans le moindre accident ,
quoiqu'il n'y eût pas à bord un feul homme qui
conût certe navigation. On a peut - être encore
un exemple plus frappant de ce que peut une
audace éclairée ; c'eft celui d'un floop de 40 tonneaux
, qui a vifité deux fois de fuite , fans la
moindre perte , le Cap de Bonne - Espérance , &
cependant on fait qu'il n'y a pas de navigation
plus dangereufe que celle des Etats - Unis à ce
Cap. Il est donc probable que l'Expériment
conftruit avec les meilleurs matériaux felon tou-
No. 18 , 6 Mai 1786. b
( 26 )
1
tes les règles de l'art , & dirigé par un habile
Commandant , n'aura pas moins de fuccès. Ces
entrepriſes , oblerve un papier de New Yorck ,
peuvent devenir fi utiles , que nous ne doutons
point que la légiflature ne s'en occupe , & ne
faffe les réglemens convenables pour tirer tout
le parti d'une branche de commerce auffi importante
qu'elle promet à ce nouvel Empire. Il
ne faut pour cela qu'encourager la culture du
ginfeng , en empêchant qu'il ne foit exporté ailleurs
qu'en Chine & qu'à bord de nos propres
bâtimens , & mettre des droits énormes fur toutes
les productions de l'Orient , qui n'en feront
point importées directement dans des bâtimens
appartenans à des citoyens des Etats - Unis. Le
premier de ces réglemens nous mettra bientôt à
portée d'avoir en retour & fans argent toutes les
productions de l'Inde qui pourront nous être né
ceffaires , & le fecond nous affurera la jouiffance
entière & exclufive d'un commerce auffi lucratif,
La population de Charles - Town dans la province
de Maffachufet , augmente journellement
avec une rapidité inconcevable . Cette Ville ,
laquelle les Anglois avoient mis le feu en 1775,
eft actuellement repeuplée au point qu'on y a
établi une Imprimerie , & qu'elle a une Gazete
qui paroit deux fois par femaine ; le port que
l'on conftruit actuellement fur la rivière Charles,
& qui fera fini au mois de Juillet prochain , ne
peut manquer d'accélérer infiniment les progrès
de cette Ville fi agréable d'ailleurs par fa fiuation
; & Charles- Town , fi célebre dans les
annales de l'Amérique , renaîtra de les cendres,
Ce qui paroît conftant , c'eft que fous peu d'annees
il deviendra une des principales cités de
12 Nouvelle-Angleterre.
L'Affemblée générale de Rhode Island a
( 27 )
7
paflé un Acte , conforme aux réquifitions
du Congrès , du 27 Septembre dernier , &
il a été rendu un Acte pour ordonner que la
fomme de 16,390 liv. 1 f. 6 den . , [ contingent
de cet Etat fur les 5 millions de piaftres
] foit payée au Bureau d'emprunt du
Continent , en déduction de la fomme de
20,000 liv. montant de la taxe ordonnée
dans la précédente feffion.
S
On fe rappelle que la Légiflation de l'Etat
de Penfylvanie avoit précédemment impofé
des droits confidérables fur l'importation de
vins & des fruits de Portugal , pour être perçus
tant que les Portugais refuleroient d'admettre
dans leurs ports les farines Américaines.
Mais cette prohibition ayant été limitée
depuis peu au Royaume de Portugal
feulement, & l'importation des farines Américaines
ayant été permife dans toutes les
Colonies Portugaifes , l'Etat de Penfylvanie
a paflé un acte le 24 Décembre 1785
par lequel les vins & les fruits de Portugal
font déchargés de tous droits à leur impor
tation.
Extrait d'une lettre écrite au fort Mackintosh
, en date du 4 Octobre 1785.
Après une marche très - fatiguan : e de fix fe
maines , nous fommes arrivés à Pittsburgh le s
du mois dernier : nous n'y fommes reftés qu'un
jour ; nous avons enfuite defcendu l'Ohio jaf
qu'en cet endroit qui eft diftant de 28 milles de
Pittsburgh. Nous menons ici une vie fort agréa
ble le fort eft fitué fur les rives de l'Ohio ,
qui nous fournit les poiffon, les plus délicieux,
baro
( 28 )
-
On en trouve d'une taille énorme ; j'ai moimême
pêché des chats marins ( cat - fish ) , qui
peloient quarante livres , des perches de quaforze
, & des brochets de vingt - cinq. Quant aux
oileaux de rivieres , nous en avons une quantité
innombrable. Le gibier , quoiqu'excellent , eft fi
commun , qu'il fe vend un fou la livre. Enfin
nous fommes dans un pays qui mériteroit de
devenir auffi grand qu'il eft beau . Le nombre
des perfonnes qui quittent les différens Etats
pour venir s'établir ici , eft étonnant. Il y a dans
ce moment- ci des ſpéculateurs du nouveau Jetfey
& autres Etats , qui examinent le pays avec
des Ingénieurs . Le Colonel Tuppes , qui eft du
nombre , eft tellement fatisfait , qu'il a deffein
de s'y établir auffi. L'établiffement de Kentucki ,
qui étoit à peine connu en 1775 , s'eft accru
à un point prefqu'incroyable . On y compte environ
30,000 ames. C'eft avec raiſon qu'on a
vanté la fertilité & la beauté du pays. Lorſqu'on
fera parvenu à obtenir des Efpagnols la permiffion
de defcendre le Miffiffipi , on s'occupera
tout l'été à conftruire des bâtimens de
cent à cent quarante tonneaux , qui defcendront
le long du fleuve. Tout invite les habitans à ce
genre d'induftrie , mais particulierement l'abon
dance des bois de conſtruction . Les Commiffaires
nommés pour conclure un traité avec les gran is
Miamis , ont quitté cette garnison avec leur ef
-corte , le 30 Septembre,
Nous devons auffi partir dans quelques jours
& defcendre l'Ohio jufqu'à l'embouchure du
Muskingum , diftant de 130 miles ; nous y pafferons
tout l'hiver , en nous fortifiant contre les
Sauvages. Notre établiffement fervira de pofte
avancé , & établira la propriété des Etats Unis
fur tout ce pays .
On apprend par des lettres de Shelburne ,
(129 )
dans la Nouvelle Ecoffe , que le vaiffeau le
Gibfon eft dernierement revenu de la pêche
de la baleine. Cette expédition a été fi heureufe
, que le produit net de la pêche fera
de 5600 guinées . Les propriétaires de ce
navire font prefque tous des émigrans qui
ont quitté New-Yorck lors de la révolution.
L'un d'eux aura à lui feul un dividende de
$ co guinées .
Il y a dans ce moment au Connecticut
quatre femmes qui font entr'elles fille , mere,
grand mere & bifayeule , & qui ont accou
ché toutes récemment , qu'elles allaitent
actuellement chacune leur enfant.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 26 Avril.
Le Marquis de Forges Parny & le
Vicomte de Montchenu , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au
Roi , ont eu , le 22 de ce mois , celui de monter
dans les voitures de S. M. & de la fuivre à
la chaffe.
Le même jour , le Marquis de Vergennes,
Ambaffadeur du Roi en Suiffe , qui étoit de
retour par congé , a eu l'honneur de prendre
congé de S. M. pour retourner à fon Ambaffade
, étant préfenté par le Comte de Vergennes
, Chef du Confeil royal des finances,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le lendemain , Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du
b
3
( 30 )
efnil
Marquis de Chaftellier- Dumefnil , Meftrede-
camp Lieutenant commandant & Infpecteur
du Régiment du Colonel-géneral des
Huffards , avec Dame Elifabeth de . Deux-
Ponts , Comteffe de Forbach , Chanoineffe
du Chapitre noble d'Avefnes en Auvergne ;
& celui du Comte de Rancher , Sous-Lieutenant
en fecond au Régiment des Gardes-
Françoiſes , avec Demoiſelle Leviconte de
Blangy.
Le même jour , la Ducheffe de Saulx-
Tavannes , préfentée par la Maréchale de
Lévis, eut l'honneur de prendre le Tabouret.
La Vicomteffe de Lort eut celui d'être
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille
Royale par la Comteffe de Conway.
Ce jour , le fieur des Effarts , Avocat ,
Membre de plufieurs Académies , a eu l'honneur
de préfenter au Roi un Ouvrage que
S. M. a honoré de fa foufcription , & qui a
pour titre : Dictionnaire univerfel de Police ,
contenant l'origine & les progrès de cette partie
importante de l'Adminiſtration civile en France;
les Loix , Réglemens & Arréts qui y ont rapport
: les droits , priviléges &fonctions des Magiftrats
& Officiers qui exercent la Police; enfin,
un Tableau hiftorique de la maniere dont elle fe
fait chez les principales Nations de l'Europe *.
Le it , M. le Comte de Waroquier de
Combles , Officier d'Infanterie , a eu l'honneur
de préfenter au Roi les 3 premiers volumes
*
On fouferit pour cet Ouvrage chez Moutard , Imprimeur ….,
Libraire de la Reine , Hotel de Cluny , rue des Mathurins.
( 38 )
de fon Tableau généalogique , hiftorique de la
Nobleffe , enrichi de gravures.
DE PARIS , te 4 Mai.
On n'accufera certainement pas le Rédacteur
de ce Journal de crédulité. Jama's
perfonne n'a pouffé plus loin la défiance de
toutes ces fables, qu'on appelle des nouvelles,
& n'a eu plus fréquemment l'attention d'avertir
les lecteurs de ne pas y donner créance
légerement. Voici deux preuves récentes
de la néceffité de ces précautions. Nous
avons rapporté , d'après les Gazettes , la prétendue
aventure d'un Héros qui avoît courageufement
défendu fa bourfe & fa vie
dans une hôtellerie fur les frontieres de la
Lorraine. Cette hiftoire eft un Roman abfurde
que les Affiches de Lorraine viennent
de réfuter de la maniere la plus évidente.
Sur les lieux , tout le monde ignore ce brillant
coup
de man ; il n'y a pas même d'u
berge écartée fur le grand chemin défigné .
Les Journaux , les Feuilles périodiques
n'ont pas manqué de répérer la relation
non moins merveilleufe du falut inespéré
des Religieux du mont Saint Bernard ,
emprifonnés par vingt - deux voleurs qu'étrangla
un chien de garde ; mais ces Feuilles
en copiant cette belle anecdote , fe font
bien gardés de tranfcrire également les objections
qui nous faifoient regarder ce conte
L'Ouvrage de M de Bonneville préfenté à la Reine , &
annoncé Ordinaire dernier , fe trouve à Paris chez Barrota
Royez, Libraires , Quai des. Auguftins ,
b 4
( 32 )
comme un conte. Aujourd'hui nous favons
par les informations les plus authentiques
qu'il n'y a pas un mot de vrai dans
ce récit ; & nous fouhaitons n'être pas les
feuls à inftruire le Public de la vérité, comme
nous avons été les feuls à infirmer l'autorité
tranchante & infaillible des Nouvelliftes.
On apprend de l'Orient, que les vaiſſeaux
de la Compagnie des Indes , le Comte d'Artois
& le Comte de Vergennes , en font partis
le 16 d'Avril pour la côte de Coromandel.
Pendant le mois de Mars , 28 ravires ont mis
en coutume à Bordeaux le premier Avril , il
en reftoit dans le port deux cents quatre-vingts
treize étrangers & foixante - quatorze françois ,
vingt -cinq étoient fur les divers chantiers en
conftruction.
Le même mois , il eft entré dans le pert treize
navires venant des ifles françoifes ; favoir quatre
du Port-au- Prince , deux du Cap , deux de la
Martinique , trois de la Guadeloupe , un de St.
Louis , un du port de Paix ; leurs chargemens
confiftoient en fucre , café , indigo , cacao , coton
, bois de gayac , & c. Il eft en outre entré
cent dix- neuf bâtimens de petit cabotage , trois
de grani , ainfi que foixante- cinq navires étran
gers chargés de bled , avoine , merrain , planches,
poutres , fer , bierre , chanvre , beurre , fromage
, farine , &c. & la plus grande partie fur leur
left .
Ce mois , il eft forti du même port vingt-deux
navires françois deſtinés , favoir , deux aux ifles du
Vent , un au Port au - Prince , quatre au Cap , fix
à Saint - Domingue , cinq à la Martinique , deux
( 33 )
à la Guadeloupe , un à Cayenne & un à Mozam
bique ; leurs chargemens confiftoient en vin ,
farine , boeuf , beurre , bierre , eau - de - vie ,
lard , marchandifes feches . &c. Il eft en outre
forti cent vingt - fept bâtimens de petit caborage ,
cinq de grand , & cent vingt- trois navires étrangers
chargés de vin , fucre , eau- de vie , prunes ,
1yrop , &c
Une Feuille publique rapporte le trait
fuivant.
Vers le 15 Janvier dernier , un particulier de
Paris fe rendit chez un Aubergifte , au bourg de
Darnétal , près de Rouen , où il eft reſté jufqu'à
l'inftant de fon décès , arrivé le 15 Mars. Pendant
cet intervalle de tems , il a mené une vie
affez fimple , buvant & mangeant à peu de frais
avec les gens de la maifon. Quelques heures
avant de mourir , il fit venir la maîtreffe de l'auberge
, & en préſence de les deux gardes , lui fit
don , de la main à la main , d'une fomme de
21,000 liv. & plus , tant en or qu'en effers qu'il
avoit dans fon porte-feuille. Il s'efforça d'écrire
fes dernieres intentions ; mais fa maladie qui
l'avoit épuisé , lui en ôta la faculté. L'Aubergine
le refufa d'abord , en lui obfervant qu'elle lui
avoit entendu dire qu'il avoit des freres , & qu'elle
-feroit au défefpoir de les fruftrer de leur bien . Le
malade infifta , en défendant à cette femme dé
>lui parler de fa famille , & d'écrire même à perfonne
après la mort . L'Aubergifte ne s'en eft
pas moins empreffée de chercher les héritiers , &
a fait écrire à cet effet aux endroits où elle
croyoit qu'on pourroit lui en donner connoiffance .
Elle n'a pas tardé à découvrir huit miférables
enfans & une femme que cet homme avoit dépouillés
de ce qu'ils pouvoient attendre de lui ;
elles les a mandés , & ils n'ont pas eu plusós
13
( 34 )
établi leur parenté , qu'elle leur a remis ce dont
il avoit difpofé en fa faveur. Ces Héritiers , par
reconnoiffance , ont voulu la forcer de recevoir la
valeur de 2400 liv . en effets , qu'elle a généreusement
refufée , ainfi que fon mari ; ma s ils l'ont
tant follicitée de l'accepter au moins pour fes enfans
, qu'elle y a enfin confenti.
M. de Beau Fleury , Auteur de l'Ouvrage
intéreffant , intitulé : Projets de Bienfaifance
& de Patriotifme , vient de nous adreffer une
Jettre fur les Bureaux de Charité , dont la
fubftance nous femble bien digne d'être généralement
connue.
J'ai établi que les Bureaux de charité méritent
la préférence fur tous les moyens que l'on
a mis en usage pour détruire la mendicité ; ces
bureaux exécutent dans le dix - huitieme fiecle
ce que le Concile de Tours avoit ordonné dans
·le fixieme : Quæque civitas tuos pauperes alito . J'ai
fait connoître celui qui a été fait à Amiens , dans
la premiere édition de mes projets de bienfaifance
& de patriotisme ( 1 ) , & j'ai indiqué dans
la feconde ceux de Châteauroux & de plufieurs
villes du Berry,
MM. les Adminiſtrateurs du Bureau de Châ .
teauroux m'ont adreffé depuis un tableau général
de leurs opérations . Leur zèle & leur bienfaifance
méritent les plus grands éloges ; leurs
travaux , qui ont été couronnés par les plus heureux
fuccés , ne fauroienr avoir trop de publicité ;
& j'efpere que le public en verra avec plaifir le
réfultat.
( 1 ) Cet Ouvrage fe trouve à Paris chez Royez ,
Froullé , Libraires , quai des Auguftins ; Cailleau ,
rue Galande ; & Defenne , au Palais- Royal , au
paffage de la rue Richelieu.
( 35 )
La ville d'Amiens & de Châteauroux établi
rent la même année , c'eſt- à - dire , en 1778 , des
Bureaux de charité . La premiere comptoit dans
fon enceinte , en 1767 , 11348 pauvres , fur une
population d'environ 40,000 ames ; ce nombre
étoit réduit à 8000 en 1783 .
Il y avoit à Châteauroux 1300 pauvres à Fé .
poque de l'établiffement de fes Bureaux de charité
, on n'en compte plus que 30 aujourd'hui.
La ville d'Amiens , avec 5000 liv. de rente de
fondations , diftribua , en 1779 , à fes pauvres
104,800 liv. ; en 1780 , 91,400 liv.; en 1781 ,
91,546 liv.; en 1782,79,420 liv.
Cette ville renferme treize Paroffes ; il y a
peu de pauvres dans la Paroiffe Saint -Martin , &
peu de riches dans celle de Saint - Leu ; la première
reçut , en 1782 , 11,898 liv. , & ne donna
que 622 liv.; la feconde reçut 4452 liv . , &
donna 16600 liv.
·
Cet apperçu fait voir que les fecours que recevoient
les pauvres avant cet établiſſement
n'étoient pas proportionnés à leurs befoins , &
qu'un Bureau général pouvoit feul établir & conferver
l'équilibre dans une diftribution qui étoit
autrefois fi inégale. La Paroiffe Saint Martin
donnoit beaucoup à un petit nombre de pauvres ,
celle de Saint- Leu donnoit peu à un grand nom¬
bre. Une adminiftration fage & éclairée donne
maintenant aux befoins de l'une le fuperflu de
l'autre , & fait naître l'aifance avec les mêmes
fecours qui laiffoient les vrais pauvres dans l'indigence.
L'établiffement fait à Châteauroux préſente
dans fes opérations des détails auffi intéreffans.
C'eft fur la charité feule des fideles qu'eft fondé
le revenu annuel du Bureau de Châteauroux.
Chaque citoyen foufcrit fur un regiftre , & paie
b 6
( 36 )
tous les trois mois la fomme qu'il a volontairement
fixée.
C'est avec les fonds que produit cette recette
que l'on diftribue tous les Dimanches du pain
aux pauvres , qu'on les habille , & qu'on leur
fournit tous les fecours qui leur font néceffaires
'dans leurs maladies : ces fecours font fi prompts
& fi efficaces , que , fur 1800 malades à la charge
du Bureau depuis fon inflitution , il n'en eft mort
Que 162.
C'eft avec les mêmes fonds que le Bureau fait
nourrir & élever les enfans trouvés : parvenus à
l'âge de fix ans , il les place à l'école de filature ;
& après leur premiere Communion , il leur fait
apprendre un métier.
Les prifonniers font vifités tous les huit jours
par les Adminiftrateurs du Bureau ; on leur fourmit
du linge & des habits ; les voyageurs indigens
y trouvent toujours des fecours , & n'ont pas bes
foin de mendier pour continuer leur route.
Si le Laboureur n'a pas de quoi enfemencer fes
terres , les Francs- Maçons de Châteauroux , à
qui on pourroit donner à jufte titre le nom de
Francs-Citoyens , lui fourniffent , fur un billet
d'un des Adminiftrateurs du Bureau , le bled qui
Jui eft néceffaire : l'on ne dira plus que leur réu→
nion eft en général inutile , puifqu'elle eft la
fource d'une bienfaifance auffi précieufe.
La ville de Châteauroux a reçu pendant les
années 1778 , 79 , 80 , 81 , 82 , 83 , 84 , 3789e l .
elle a dépensé 37355 liv . , & l'on a compris dans
cette dépenfe l'habillement de 840 pauvres.
Les villes de Bourges , Iffoudun , S. Amand ,
Ja Chartre , Vierzon - le - Blanc , Buzançois , Lerou
, & Dun - le - Roi , ont fuivi l'exemple de
Châteauroux , en établiſſant des Bureaux de cha
pité.
( 37 )
C'eft une chofe vraiment extraordinaire &
de remarque , que la province de Berry , qui n'eft
furement pas la plus riche , en compte dix , pen
dant qu'on en trouve à peine cinq ou fix dans
tout le refte du Royaume.
Les opérations des villes que je viens de nommer
, excepté Bourges , ne m'ont pas encore été
communiquées ; on fit dans cette derniere ville en
1783 , une recette de 22135 lv.; on diftribua
aux pauvres 15278 liv,; le refte , tant en argent
qu'en matieres oeuvres , fit un fonds pour les
premiers befoins de l'année fuivante.
Ces réfultas prouvent que l'on peut établir
des Bureaux de charité dans toutes les villes ;
l'expérience en affure le fuccès , & doit faire
efpérer qu'on y verfera toujours des aumônes
abondantes , lorfqu'on en fera voir publiquement
l'emploi.
J'ai l'honneur d'être , &c. DE BEAUFLEURY.
Les Affiches de Normandie ( No. 33.
contiennent une fatyre des moeurs trop
réelles de notre tems , fous le titre de Vifion.
Ce morceau , auquel des Juges féveres pourront
reprocher quelques fautes de goût
contient divers paragraphes , affez piquans
pour être rapportés.
Et c'étoit le foir du 16 d'Avril . Et j'étois retiré
dans mon cabinet.
Et il faifoit froid. Et j'allumai un grand feu ,
que j'entretins long- temps avec les productions
anonymes de certaines gens,
Et j'étois appuyé fur un tas de brochures nouvelles
, que j'avois parcourues fans en trouver une
feule intéreffante. 1
Et je m'ennuyai. Et je m'endormis.
Et je rêvai que j'étois dans ces vaftes allées qui
( 38 )
font l'ornement de Rouen , quoiqu'elles fotent
fouvent défertes ; mais qui feront fréquentées ine
ceffamment , lorfque nos Docteurs auront fu perfuader
à no. Dames que la promenade eft , non
pas plus agréable , mais au moins plus utile à la
fanté qu'une féance de 6 heures au Bofton ou au
Reverfi .
Et l'affluence étoit extraordinaire ce jour-là ,
parce que notre troupe ne jouoit ni la Veuve du
Malabar , ni les Battus paient l'Amende , ni le Général
Jaco.
Et Je promenai mes regards fur le beau fexe
qui compofoit , contre l'ufage , la plus nombreuſe
partie de cette brillante affemblée.
Et le premier objet qui fixa mon attention fut
une perfonne dont la robe parfemée de clinquant
jetoit le plus vif éclat . Et la démarche étoit vive
& légere, comme celle de Flore lorsqu'elle agace
Zéphire fur l'émail des prairies . Et fes yeux
tantôt étinceloient du feu du defir , tantôt fe couvroient
du nuage touchant de la langueur. Et
fes cheveux flottoient au gré des caprices légers.
Et les mains portoient un rezeau tiffu d'artifices ,
qu'elle agitoit fur un effain de petits êtres pétris
de frivolités , abattus à fes pieds , dans l'attitude
du dépit & du défeſpoir.
Et je m'apperçus que cette perfonne étoit la
Coquetterie. Et je m'éloignai avecprécipitation ,
en détournant la vue. 1
Et , à quelque distance , marchoit d'un pas
faftueux , la Pruderie , couverte d'un voile bordé
de fimagrées & d'impoftures. E: fon aſpect étoit
fier & impérieux . Et l'éloge de la vertu & la critique
du vice fe plaçoient alternativement fur
fes levres aufleres. Et elle traînoit après fci un
débris immenfe de fleches de l'Amour , qu'elle
fe glorifioit d'avoir vu fe brifer contre l'égide
impénétrable de ſa fagefle.
( 39 )
Et mon coeur ne fe fentit point attiré vers
elle. Et je pourfuivis , mon chemin.
Et je trouvois à chaque pas la Galanterie étalanc
fon front d'airain . Et le cynifme de la licence
ombrageoit fa tête de fon panache or
gueuilleux. Et fa demi- robe , femblable à celles
des filles de Sparre , lorfqu'elles alloient difputer
le prix des exercices gymniques , étoit par emée
des couleurs de la volupté. Et autour d'elle
s'empreffoit une jeuneffe novice , expofant aux
feux dévorans de la paffion les racines légeres
de la vertu & les fleurs délicates de la fanté.
Et le péril que couroit cette jeuneffe incon
fidérée m'effraya.
Et je courus pour fortir de ce lieu auffi dangereux.
Et j'apperçus fous un berceau écarté la
tendre Sensibilité , ornée des bandelettes de la
Candeur.
>
> Et fes jambes chancelantes annonçoient l'agitation
de fon ame . Et une langueur touchante
tempéroit le feu de les yeux.
Et it s'en échappoit quelquefois des larmes
de tendreffe qui baignoient fon teint nuancé de
pudeur. Et fes cheveux ornés de myrthes , étoient
gerement agités par une troupe de Soupirs .
Et un feul Amour fans ailes , fans orgueil , fans
minauderies , embraffoit fes genoux tremblans ,
& lai juroit une fidélité éternelle .
Et je voulus me précipiter à fes pieds pour
Jui offrir un amour auffi fincere , & tout difparut.
Et je me trouvai dans ma chambre , en face
demon bureau . Et je traçai fur le champ ces portraits
, qu'on trouvera déteſtables , parce qu'ils
font reflemblans .
Nous avons été requis d'inférer dans ce
( 40 )
Journal la lettre fuivante , qui conftate l'entiere
diffolution du Comité de Gens de Lettres
qui avoient bien voulu fe charger de la
Correfpondance générale gratuite pour les
Sciences & les Arts.
Monfieur , je fuis fpécialement chargé de vous
prier d'inférer dans l'un de vos p'us prochains
Numéros la notice fuivante , qui fera décidément
notre derniere réclamation publique.
a Le Comité de la Correfpondance pour les
" Sciences & les Arts , compofé de vingt per-
» fonnes , dont la liste a été rendue publique par
la voie de l'impreffion , & qui s'étoit particu-
» lierement chargé de la rédaction de la Feuille
» intitulée , Nouvelles de la République des Lettres ,
» ayant ouvertement déclaré qu'il ne participoit
plus dans les circonftances actuelles à cet établif-
Jement , c'eft ce Comité , collectivement d'accord
, qui ceffe actuellement les fonctions &
non quelques Rédacteurs déjà remplacés par d'au-
» tres , comme pourroit le faire entendre la
lettre de M. de la Blancherie , inſérée dans le
" Journal de Paris du 18 de ce mois.
•
J'ai l'honneur , & c. BATTELIER .
Paris , ce 25 Avril 1785.
La lettre fuivante nous eft adreffée par un
Curé du diocefe de Rheims ; comme l'objet
dont elle traite ne peut abforber un Journal
-deſtiné à de toutes autres matieres ; c'eft la
derniere que nous recevrons fur celle- ci .
Il fe trouve dans vos derniers Journaux , de
fort bonnes obſervations fur deux objets extrêmement
intéreffants : la réduction des actes de
baptêmes , de mariages & de fépultures , & la
fuppreffion de mendicité. Voudrez- vous bien y
( 41 )
ajouter celles que j'ai l'honneur de vous adref
fer ?
Il ne manqueroit aux actes des familles rien
de tout ce qu'on peut raifonnablement y fouhaiter
, fi tous ceux qui font chargés de leur
rédaction , avoient faifi le véritable efprit de
l'Ordonnance de 1667 , & de la Déclaration
de 1736. Ces deux Loix fuffifent à qui les entend
& veut bien faire . J'en ai la preuve dans
des formules dreffées à merveille & diftribuées
il y a plus de dix ans , dans toute l'étendue
du diocèfe de Verdun . J'ofe citer auffi les actes
que je rédige avec affez de foin & de détail
pour préfenter à chaque famille le fil direct
de fa généalogie : ce dont je ne prétends pas
tirer vanité ; car comme je n'y mets pas grande
fineffe , je n'y ai pas non plus grand mérite,
Pour ma propre facilité & pour celle du Public
, j'ai deux Rôles dreffés d'après les actes
originaux ; l'un des naiffances de tous les individus
qui compofent ma Paroiffe , l'autre des
gens mariés qui peuvent avoir des enfans . Avec
cet appareil tout fimple , & d'une exécution
très poffible à tout Adminiftrateur de Paroiffe ,
mes Régiftres contiennent tout ce qui doit y
entrer d'important , fans même en excepter
l'heure des naiflances & des morts . Une loi
nouvelle qui impoferoit , à toutes les perfonnes
qui doivent figurer dans les actes des familles ,
Pobligation de préfenter chaque fois leurs extraits
de baptême , fi elle n'étoit pas imprati .
ticable , feroit à coup fûr impratiquée , & je la
crois inutile , excépté à l'égard des étrangers
qui fe marient dans une Paroiffe qui n'eft pas
celle de leur origine. En ce cas , j'exige que
l'extrait baptiftaire me foit apporté, & l'Ordon42
)
4
mance de 1667 m'y autorite ( 1).
1
à un
Je ne vois pas plus la néceffité , pour fup
primer la mendicité vagabonde , de faire une
nouvelle loi qui défende à tout citoyen de mendier
hors de fa Paroiffe , comme le voudroit
M. le Curé du diocèf de Coutances. Cette
défenſe exifte dans les Déclarations de 1686 ,
1699 & 1700 ; il ne s'agit que de les faire exécuter
, en reftreignant néanmoins les peines afflic
tives , décernées contre les réfractaires ,
emprisonnement limité ; mais pendant lequel
les prifonniers feroient féverement tenus au
pain & à l'eau . Ce ne font pas les loix qui
nous manquent , ce font les Miniftres des loix
qui manquent à leur exécution. Quoi qu'il en
foit , le moyen indiqué eft non - feulement facile
& fimple , mais l'effet en eft certain. Je peux en
répondre après l'avoir expérimenté pendant 20
ans & plus , dans une autre Province que celle
que j'habite aujourd'hui. J'étois alors à la tête
Pune Paroiffe , compofée d'une quarantaine de
ménages , tous pauvres ; point de Seigneur ,
point de gros Fermier réfidant dans le lieu ;
mon revenu n'alloit pas annuellement à cent
piftoles. Cependant perfonne ne mendioit , hor
mis un miférable accoutumé dès l'enfance à
cet indigne métier ; & perfonne n'eft mort de
difette , pas même en 1769 que les vivres furent
très -chers . Mais on étoit laborieux , groffierement
vêtu ; on mangeoit du pain d'orge , das
pommes de terre , & l'on buvoit de l'eau ; quoi-
(1 ) Dans le cas oppofé , où l'un de mes Paroiffiens
va fe marier ailleurs , j'inferis fur un Ré
giftre particulier la publication de fes bancs , avec
défignation du lieu & du jour où fon mariage dait
Se célébrer.
( 43 )
:
qu'on ne manquât ni de vin ni de froment
D'où je conclus que toute Paroiffe dont le Pafreur
n'eft pas lui- même réduit à l'indigence ,
dès qu'on voudra efficacement , pourra nourrir
fes pauvres dans tous les tems , hors peut-être.
celui d'une calamité extraordinaire. Que l'on
tienne la main à la police avec une fermeté
invariable : par- tout & bientôt il s'établira des
bureaux de charité , qui feront face à tous les
befoins ; & la mendicité anéantie ceffera de pefer
fur la Société , & de déshonorer la Religion
.
Le 22 Février dernier , François Moreau
& Anne Laurent , fon époufe , Fermiers-
Laboureurs au hameau de S. Oyen , annexe
de la Paroiffe de Montbellet , Diocefe de
Mâcon , âgés l'un & l'autre de 75 ans , après
56 années de la plus heureufe union , font
venus renouveller leur mariage dans l'Eglife
du lieu. Ils ont affifté à la Meffe , accompagnés
par deux fils , deux petits fils & cinq
petites filles , & au moins par cent perfonnes
conviées aux nôces de deux de leurs petitsenfans
mariés de la veille.
Mappemonde céleste , terreftre , hiftorique &
cofmographique , cù font repréfentés les différens
fyftêmes du monde : ouvrage curieux , enrichi
des portraits des Savans qui ont fait les
grandes découvertes. Cette Carte , dont rien
n'égale la gravure , à été dédiée au Roi ; elle
vient d'être corrigée par M. Brion de la Tour ,
& augmentée des voyages de Cook & des autres
Navigateurs qui ont fait avec lui le tour du
monde. Elle eſt en quatre feuilles enluminées , & ·
propre à orner les Cabinets & Bibliotheques . Pri
( 44 )
5 liv. port franc jufqu'à la fin de Juin prochain ;
aprés lequel tems elle le vendra 8 liv. On peut
auffi fe procurer les quatre parties du monde , de
pareille grandeur , au prix de 5 liv. chacune .
A Paris , chez Dinos , Ingénieur Géographe ,
& Libraire du Roi de Danemarck, rue S. Jacques,
au Globe .
Les lettres non affranchies ne feront point
reçues.
Louis - Antoine d'Héricourt , Marquis
d'Héricourt , Seigneur de Caulers , Miremont
, & c. , Gouverneur des ville & château
de Mont- Dauphin , Commandeur de
P'Ordre royal & militaire de Saint- Louis ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
ancien Lieutenant - colonel de fon Régiment
d'Infanterie , eft mort au château de Caulers
en Artois , le 23 Février , âgé de 80 ans.
•
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le de ce
mois , font : 42 , 5 , 51 , 38 , & 27.
!
PAY S - B A S.
DE BRUXELLES , le 29 Avril.
M. le Marquis de Verac , Ambaſſadeur
de S. M. T. C. auprès des Etats Genéraux
à remis au Préſident de cette Affemblée la
Note fuivante.
L'Ambaffadeur fouffigné a ordre de tranſmet
tre à V. H. P. les témoignages les plus ex
preffifs de l'affection & de l'amitié que leur porte
le Roi fon maire , & de leur renouveller l'affu
( 45 )
rance de l'attachement invariable de S. M. à l'al~
liance fubfiftante entre Elle & les Provinces
Unies. C'est par une fuite de ces fentimens que
le Roi forme des voeux , pour que l'on parvienne
à réformer les abus qui peuvent avoir occafionné
des diffenfions inteftines dans la République , &
que fa tranquillité puiffe être établie fur des
principes puifés dans l'effence de la véritable
Conflitution : le Roi , en confiant ces voeux
V. H. P. , ne prétend point s'immifcer dans la
direction des affaires intérieures de la Répu→
blique ; bien loin d'avoir cette intention , S. M.
donneroit , s'il étoit néceffaire , fes foins les plus
actifs , pour empêcher que V. H. P. y fuffent
troublées intérieurement comme extérieurement :
S. M. n'a d'autre but dans la démarche qu'elle fait
que de remplir envers V. H. P. les devoirs d'un
ami & d'un allié , & de leur donner par là une
nouvelle preuve de la part fincere qu'elle prend
au bonheur & à la prospérité des Provinces-
Unies. Le Marquis de VERAC.
La Haye , 21 Avril 1786.
-
La réforme de la Légion de Maillebois
s'eft effectuée à Bois - le - Duc : le Marquis de
Caflini , Colonel Commandant de cette
Légion , étoit lui - même chargé des ordres
de l'Erat. La Légion de Salm s'eft tranfportée
de Breda à Bois le Duc où elle remplace
le Corps de Maillebois . Les Etats de Zélande
& d'Overyffel ont délibéré & réfolu .
d'envelopper ce même Régiment de Salm
dans le congé de toutes les Troupes légeres
levées l'année derniere.
Une lettre de Paris contient ce qui fuit :-
Catherine Eftinès étoit acculée à Cazeau , dans
( 46 )
le Comté de Comminge , d'avoir empoisonné fon
pere , Barthelemi Eftinès . Les accufateurs de
cette malheureufe étoient deux hommes reconnus
pour avoir féduit plufieurs jeunes perfonnes ,
& pour avoir fait des propofitions galantes à
Catherine , dont ils ſe ſont enſuite déclarés les
perfécuteurs ; la belle-mere de celle - ci , nommée
Dominiquette Fontan , & Jeanne Minoz , femme
jaloufe , qui faifoit femblant de croire que la
fille Eftinès étoit la maîtreffe de fon mari : tous
ces gens-là fe font entendus avec les Juges préfidiaux
de la Riviere , pour condamner l'accuſée
( déclarée coupable ) à être brûlée vive. Le Parlement
de Touloufe a épluché cette affaire , it a
décrété les Juges de Riviere , nommés Barres ,
Laguenzs pere & fils , tous trois fugitifs . Mais
Pourthe , Greffier de la Jurifdiction , eft détenu
prifonnier dans la Conciergerie. L'Arrêt qui innocente
provifoirement Catherine d'Eftinès , fait
le plus grand honneur aux Magiftrats de Tou
loufe.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
e L'Auteur de la feuille périodique Hollandoife
, connue tous le titre de Poft van de Neder-
Rhyn , ayant inféré dans fon numéro 433 ,
un article contenant plufieurs traits injurieux à
la Magiftrature de la ville d'Arneim , calomnieux
& entierement contraires à la vérité : la
Régence de ladite Ville a pris connoiffance du
délit , & après jugement porté à cet égard,
» elle a fait bruler par la main du bourreau , le .
» dit numéro du Poft van de Neder- Rhyn , com-
>> me libelle infâme & digne de l'animadverfion
» des Loix. La Régence d'Arneim a de plus écrit.
à la Magiftrature d'Utrecht des lettres requifi(
47 )
toriales , pour prier cette derniere d'obliger
l'Ecrivain , Rédacteur ou Distributeur de ladite
» Feuille , de montrer l'original-de l'article ca-
» lomnieux , ou d'en déchner l'Auteur , afin
qu'il foit pourfuivi en droit , & puni felon
l'exigence du cas, ( Gaz, de la Haye, nº. 50.)
2
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1).
-
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE.
Entre M, le Procureur- Général & le nommé
GENNEBON , Italien , Joueur de Marionnettes.
Ahus d'Autorité d'un Juge qui , fur un fimple ordre
verbal, fans avoir préalablement conftaté le dé
lit , fait empriſonner an particulier.
Le nommé Gennebon , Italien Parméfan , n'a
voit d'autre état que d'aller de ville en ville faire.
jouer des Marionnettes ; il étoit en fociété avec
deux autres Italiens , qui promenoient & faifoient
voir des animaux extraordinaires. Dans
chaque ville où Gennebon vouloit faire quelque
réfidence , il obtenoit , ainsi qu'il eft d'ufage,
une permiffion des Juges de Police , pour s'én
tablir fur la place publique . Il avoit déjà parcouru
un grand nombre de villes , fans avoir
donné lieu à aucune plainte. Erant arrivé à G.
en M. avec les affociés , il en ufa comme il
avoit toujours fait , il commença à fe munir d'une
permiflion du Lieutenant de Police , avant de
monter fon petit théatre : alors on ne fait trop
pourquoi la méfintelligence & l'efprit de difcorde
brouillerent Gennebon av les deuxcompagnons ;
il voulut fe retirer de la fociété : les deux af-
1ociés de Gennebon , qui n'étoien : pas contens de
Cette rupture , porterent leurs plaintes au Liestenant
de Pelice , qui manda Gennebon , ui
( 48 )
--
和
7:05
enjoignit de fe raccommoder & de vivre
meilleure intelligence avec les camarades ;
fat meme menacé de prifon , s'il donnoit lieu
à de nouvelles plaintes. Gennebon , déterminé
néanmoins à rompre la fociété qu'il avoit avec
les deux Italiens , n'eut aucun égard aux ordres .
Candu) Lieutenrnto de Police , & fe permit des pr
roles contraires au refpect dû à fon fupérieur
& fur-tout à un Juge . Alors le Lientenant
de Police donna ordre de le conduire en prifon
31 pour 24 heures feulement , pour lui apprendre à
être plus refervé , il ne fut pas même écroué-
Alors Genneton regardant l'emprisonnement fait
desfa perfonne comme un fujet légitime de ſe
plaindre du Juge , même de le prendre à partie , tran
pour obtenir des dommages intérêts , ne voulut ****
pas profiter de la liberté qui lui fut offerte le lens ,
demain de fa détention , & après avoir paffé deux p
mois en prifen , il fe rendit appellant de fon em
prifonement , demanda fa liberté provifojre ,
qui duie fut accordée par un premier Arrêt .
ché ¿Âuffi- tôt qu'il fut élargi , il demanda da pers
ion de prendre à partie le Lieutenant de Po
lice de G. & que fon emprisonnement fut declaté
lojurieux , tertionnaire & déraisonnable ,
comme ayant été fait fars motif & fans avoir
conftaté aucun délir . L'Arrêt de la Cour dù
27 Août 1783 déclara feulement l'emprifonnement
de Gennebon nul tortionnaire & déraifon.
nable , ordonna que l'élargilement provisoire
demeurefois défi tif; & faifant droit fur les conclufons
de M. le Procureur Général , fit défenfe
au Lieutenant de Polite de G. de plus à l'avenire.
ordonner l'emprisonnement de qui que ce foit ,
fans avoir préalablement conftaté le délit, Sur
le farplus des demandes , met les parties hors
de Cour, Proko
200
NM
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 14 Avril .
ARR Lettres -Patentes du 28 Mars , le Roi
a convoqué les Etats du Royaume à la
Diete générale qui commencera le 1 Mai
prochain. La Bourgeoifie de cette Capitale
s'affemblera le 15 de ce mois , pour élire fes
Députés repréſentans .
Le zo Mars , Sa Majefté fit part au
Sénat qu'elle avoit trouvé bon de renouveller
& d'étendre les Statuts de l'Académie
des Sciences établie en 1753 par la
feue Reine Eléonore Ulrique , & de la titrer
d'Académie Royale des Sciences , d'Hiftoire &
des Antiquités. Le même jour cette Académie
s'étant aſſemblée , le Roi ouvrit la féance
par un Difcours auquel répondit le Directeur
actuel , le Comte de Hopken , Sénateur
du Royaume. On lut enfuite les nouveaux
Statuts & l'état arrêté des membres
N. 19 , 13 Mai ng86 .
C
:( 50 )
qui compoferont cette Académie. Leurnombre
fera de so , dont 14 honoraires & 16
étrangers. Parmi ces derniers nommés par le
Roi feul , on compte le Cardinal de Bernis ,
le Duc de Nivernois , le Baron de Hertzberg
Miniftre d'Etat du Roi de Pruffe , le fieur de
Suhm , Confeiller privé du Roi de Danemarck
, & le Profeffeur Pallas de Péterfbourg.
ALLEMAGNE.
DB HAMBOURG , le 29 Avril.
€
La frégate Danoife le Comte Schimmelman
Capitaine Lowenoern , qui doit aller à la
découverte de l'ancien Groenland , eft en
rade depuis huit jours.
On apprend de Mofcou , que le fecond
détachement de la Compagnie qui doit fe
rendre au nord oueft de l'Empire pour en
faire la reconnoiffance , y eft arrivé le 2 Février
, & qu'il compte fe remettre en route
vers la fin du mois d'Avril . L'Archevêque de
Novogorod a obtenu de l'Impératrice la
permiffion de s'affocier à cette Compagnie
& de faire le voyage avec elle .
Il a paru à Mecklenbourg un Réglement
fomptuaire , qui fera mis en exécution au
commencement de 1788 , & par lequel il
eft interdit aux hommes de porter à cette
époque des galons & broderies en or , ar(
ST )
gent & foie , des habits de foie & de velours
& des manchettes de dentelles , & aux
femmes toutes les étoffes riches & de diverfes
couleurs , les dentelles & tous les bijoux
à l'exception des bagues .
Le Duc de Mecklenbourg Schwerin a
accordé une exemption de droits d'accife &
de douane pendant 6 ans pour les draps &
les foies fabriqués à Parchim.
DE VIENNE , le 28 Avril.
3
On parle déja du départ de M. de Schoënfeldt
, Envoié de Saxe , arrivé ici depuis
peu ; l'Electeur ne voulant entretenir ici
qu'un fimple Réfident , comme il la fait juſqu'ici.
L'Empereur fuivra la même marche ;
ainfi l'on préfume que le Comte O'kelly.
fon Miniftre à Drefde , ne tardera pas à être
rappellé.
Le9 , le Baron de Guldencrone , Minif
tre plénipotentiaire de la Cour de Copenhague
, eut fa premiere audience de l'Empereur
, dans laquelle il remit fes lettres de
créance. Il fut conduit enfuite à l'audience
de l'Archiduc François.
On travaille depuis quelques jours aux
voitures de voyage de l'Empereur.
Le Baron de Rewizky eft parti pour fe
rendre à fon pofte de Miniftre plénipotentiaire
à la Cour de Londres.
On apprend de Salzbourg, que le Prince
C 2
( 32 )
Evêque de Chiemfée eft mort le 9 Avril.
Les 2 vieillards auxquels l'Empereur
lava les pieds le Jeudi Saint avoient enfemble
1003 ans ; le plus âgé , nommé Joſeph
Koll avoit 106 ans.
On écrit de Janoviz , dans la haute Siléfie
,, que la femme d'un tifferand , nommé
Zbamitel , accoucha le z de ce mois deC4
enfans vivans & d'un mort né ; la mere eft
morte après le travail de l'accouchement f
C
DE FRANCFORT , le 3 Mai.net
Nous avons plufieurs Tragédies Allemandes
, dont le sujet eft pris de l'Hiftoire
de Baviere , telles qu'Agnès de Bernau &
Otton de Wittelfbach. On affure que l'Electeur
vient des défendre de jouer ces pieces
nationales dans fes Etats : cependant c'eft le
genre de Littérature auquel les Bavarois fe
font adonnés avec le plus de fuccès.
J
Les Feuilles publiques ont beaucoup par
lé du nouveau Prophete Mufulman Scheick
Manfur , efpece de Réformateur qui vou
droit rapprocher la Loi Mahométane de la
Religion naturelle . Il eft âgé , dit on , d'environ
40 ans , fait plufieurs langues , a fréquenté
les Négocians Européens dans le
Levant, & pafle pour affez inftruit. Il ne
faut pas fans doute ajouter beaucoup de foi
à toutes ces relations lointaines , ni les prendre
pour des vérités hiftoriques ; mais il pa,
2 殉
( 53 )
roît affez conftant que cet homme a public
un nouveau Code de doctrine , dont voici
les principaux articles.faberg us, evel
1º . Il fépare du Coran tout ce qui touche aux
pratiques fuperftitieufes , & réduit cet ouvrage
à la pureté des fentimens qui établiront les rapports
à l'Etre Suprême , & c'eft fur ces fentimens
qu'il veut appuyer tout le dogme de fa
nouvelle docrine.
2. Il confeille feulement les ablutions que
le Mahométisme prefcrit , & il les réduit à trois
fois par jour , le matin , à midi & le foir ; il
abolit deux des cinq prieres ordonnées journellement
; celle du lever du foleil fera pour demander
l'affiftance divine , celle du midi pour
implorer fa miféricorde , & celle du foir pour
la remercier de fes bienfaits.
3 °. I preferit la priere du vendredi , & n'exemp
te perfonne de la faire publiquement dans une
Molquée ce jour - là : il ne donne , aucune for
nule pour cette priere ; mais il veut qu'elle
foit tirée de quelques paffages du Coran , où Dieu
feul eft glorifié , fans jamais faire mention de
Mahomet toute priere doit être adreffée à Dieu
fans le tourner du côté de la Mecque , & fans
prendre pour cela une attitude particuliere , Dieu
érant partout.
4. I conferve le jeûne pendant le temps du
Ramazan , & permet à chacun de boire & de
famer pendant ce temps d'abftinence : on ne fera choiul repas
par jour , mais à l'heure
de fon
choix les femnies ne feront point affujetties à
jeûner ; mais les hommes obferveront ce précepte
depuis vingt ans jufqu'à foixante.
5 Le Beyram fe célébrera , fuivant l'uſage
pendant trois jours après le Ramazan baroq
c 3
( 54 )
6. L'aumône journaliere fera de précepte rigoureux
pour tous les Croyans ; & l'homme le
plus pauvre , qui fera hors d'état de la faire en
argent ou en vêtement , devra y fuppléer par
des pratiques charitables envers fon prochain
miférable , fans égard à aucune diverfité de re-
Legion.
-7°. L'ufage du vin eft permis ; mais l'ivrognerie
fera punie de cent coups de bâtons fur la
plante des pieds , l'eau - de vie & les liqueurs
fortes font abfolument profcrites , & tout homme
qui fe fera enivré avec ces liqueurs défendues ,
outre les cent coups de bâton qu'il recevra , fera
tenu de payer cent piaftres en faveur de l'Hôpital
des foux , ou à les fervir jusqu'à ce qu'il
ait payé cette fomme.
8°. Il abolit toute diftin&tion & tout privilege
que s'attribuent les Mahométans fur les
Chrétiens relativement à la couleur de leurs habits
& de leurs turbans , laiffant à chacun la
liberté de fuivre fon goût pour les couleurs qui
lui plairont le mieux ; cependant il veut introduire
l'ufage d'un habit national à la façon orienrale
, mais plus court que celui qu'on porte au
jourd'hui.
3. Les Mofquées feront conftruites de maniere
qu'il y ait des lieux particuliers deftinés
aux femmes pour leurs prieres ; mais nulle d'entr'elles
ne pourra s'y rendre que voilée , &
Couverte de pied' en cap.
24 /10 ° Les Muezzim chargés d'appeller le peuple
à la priere du haut des Minarets , l'appeileront
uniquement au nom de Dieu , fans parler de
Mahomet fon Prophête , & on priera pour le
Scheick Manfur ; cependant Mahomet fera toujours
refpecté comme un Légiflateur , & comme
le compilateur du Coran ; & chaque année on
( 55 )
célébrera fa fête avec une brillante, foire : le pélerinage
de la Mecque fera interdit , quand il
n'aura qu'un but religieux , attendu qu'il eft fuperftitieux
& inutile ; mais il fera permis de le
faire avec les caravannes ordinaires , quand il
s'agira d'un objet de commerce.
11. Les ftatues & peintures d'hommes , plus
que celles des animaux , feront tolérées dans les
Mofquées; mais il eft défendu de faire aucun
tableau , flatue ou portrait de Mahomet.
12. La Circoncifion eft confeillée, non comme
pratique de Religion , mais comme un ufage utile
& ancien dans la coutume orientale .
13. La tolérance fera illimitée , & toute controverfe
entre perfonnes de différente Religion
eft profcrite , ordonnant à tous de fe regarder
comme freres.
14. I ordonne qu'il foit formé un code de
loix pour fon Gouvernement ; & fur ce qu'il
a entendu parler du code de Juftinien , il fait
travailler à la traduction en langue turque , pour
pouvoir en adopter ce qu'il trouvera de conve
nable à fon fyftême .
Il a choifi quelque gens inftruits parmi fes
difciples , les a chargés de fe propoſer réciproquement
des doutes ; ils feront débattus enfuite
dans une affemblée générale . On recueillera les
avis les plus lumineux & les plus jules , qui
formeront des jugemens , & ces jugemens ferviront
à former des loix .
Les jugemens rendus dans les caufes particu
lieres feront examinés dans les mêmes affemblées
générales ; & lorfqu'ils auront été reconnus fages
& juftes , on en tiendra regiftre , afin que , de
leur réunion on puifle former un code utile
& ftable , qui fera appellé le code Minfus .
•
Après dix ans , ce code fera encore revu dans
( SG).
une affemblée générale , & on le divifera en
deux parties , l'une pour le civil , & l'autre pour
le ctiminel. Wisuday te
Manfur enfin condamne comme hérétiques toutes
les diverfes interprétations faites fur le Coran
; & veut que tous les Légiftes qui s'en font
occupés , ainfi que leurs fectateurs , foient regardés
comme perurbateurs du repos public ,
comme fauteurs de l'ignorance , & comme oppreffeurs
du genre humain ; & il ordonne que
leurs noms foient rayés de la lifte des hommes
grands & religieux , pour être placés en tête du
catalogue des fanatiques .
La Porte , à ce qu'on ajoute , qui regarde
ce Miffionnaire , non fans quelque raifon ,
comme un ambitieux apofté pour femer le
trouble dans l'Empire , a publié contre lui
une déclaration dont l'effet n'a pas encore
été très fenfible. Sy
Des lettres de Hongrie démentent formellement
le récit de la cataſtrophe du
Comte Beniowski à l'ifle de Madagafcar,
que nous rapportâmes il y a quelques mois ,
d'après les nouvelles de Paris. On cite en
faveur de ce démenti des lettres de Madame
Beniowski , qui fe trouvant à Baltimore au
mois de Novembre dernier , favoit que fon
mari avoit été favorablement accueilli par
les naturels , & que fon établiffement étoit
en vigueur. Il faut ajouter à cette autorité le
filence abfola de toutes les nouvelles d'Angleterre
fur ce prétendu maffacre qui intéreffe
néanmoins une compagnie de Negocians
Anglois. Ainfi , fans le révoquer abfo*
90s 906
lument en doute, il eft prudent de fufpendre
fon opinion fur ce fait conteſté .
Les Etats du cercle de Souabe s'affemblerent
à Ulm , le 3 du mois prochain . On dit
que le principal objet de leurs délibérations
roulera fur les mefures à prendre , relativement
aux affaires monétaires.
L'Empereur a fait acheter en Pologne
200,000 malters d'avoine.
Par un ordre du Cabinet , du 7 Mars , le
Landgrave de Heffe Caffel a étendu la prérogative
du libre exercice de Religion , accordée
aux Proteftans de la Confeffion
d'Augsbourg. Dorénavant , les Miniftres de
cette Confeffion pourront exercer tous les
actes paroiffiaux , à condition cependant
qu'on continuera à payer les droits d'étole
aux Miniftres de la Confeffion Helvétique.
Il s'accrédite de plus en plus que le Prince
de Hohenlohe a acheté la Principauté de
Sagan , pour le Duc de Courlande.on pup
Le fieir Reinhold d'Ofnabruck a imaginé
une Preffe d'Imprimerie , fans vis , avec
laquelle on peut imprimer la page d'une
feuille , fans qu'il foit befoin de fe fervir
deux fois du coffre. Cette preffe eft moins
chere que les Preffes ordinaires , & on peut
la faire aller très- ailément.
Nous av ons rapporté fuccinctement l'Or
donnance monétaire , rendue par les Etats
du Cercle du Haut-Rhin il n'eft pas indif
férent au Commerce de connoître en détail
CS
( 58 )
cette fixation provifoire qui détermine la
valeur des efpeces d'or & d'argent.
ESPECES D'OR. Valeur de chaque eſpece ;
7
de aoflorins
à la taille.
d'après lepied d'après le pied
de 24florins
à la taille.
fl. cr. pf. A. cr. pf.
Uncarolin de Cologne , de
Baviere , du Palatinat
d'Anfpac,de Wirtemberg,
de Helle & de Fulde .
Un demi-carolin ...
Un quart de carolin . ...
Un marc d'or de Baviere..
Un demi-marc d'or , ou
un florin d'or.....
Un fouverain d'or....
Un demi idem ...
Un ducat impérial , un
ducat de Pruffe un ducat
de Ruffie complets .....
Un ducat de Cremniz
complet .....
Un ducat du Pape , de
Hollande , de Brunswick
complets ...
Un ducat de Ruffie ......
Un Frédéric d'or depuis
1763 , une pareille piece
d'or de Saxe , de Brunf-
4 45
9726
30 71 24
1
5 42
22 2 2 •
20
5'1
7 36
3 10
3 48
12 43 15 14
6 21
7 37
18
5 10
4 5 11
4 16
4 14 5
wick & de Heffe - Caffe ! .7 30
Un Louis d'or de Louis
XIV .. 734
Une double d'Efpagne ... 7 32
Une double- double idem : 15
+1
936
( 59 )
ESPECES D'OR. Valeur de chaque efpece ;
d'après le pied d'après le pied
A. cr. pf, A.
de 20 florins de 24 florins
à la taille. à la taille.
cr. pf.
8
36 12
4
ΤΟ II
429
5.30
17.2
6
245
10 56
Une quadruple idem ..... 30
Un Louis d'or à écuſſon ,
antérieur à l'année 178569
Un demi Louis d'or idem . 4 35
Un quart de Louis idem..
Un Louis d'or au ſoleil ..
*
7
Un Louis d'or des années
1785 & 1785 , même en
preints
8 36 ΤΟ 2
Efpeces d'argent.
Les écus de convention du poids complet , les
demi-écus de convention , les quarts d'écus , les
demi-florins , les pieces de 20 kreutzers , celles
de ro & de 5 kreutzers , refteront dans la circulation
fur l'ancien pied , à l'exception cependant
des écus & des demi - écus de S. Gall , & des pieces
de zo kreutzers des Comtes de Montfort ,
des années
1761 & 1762 , qui font & refteront exclus
de la circulation .
Les écus de 6 liv. de France , depuis 1726 juf
qu'en 1783 , inclufivement , refterent dans la
circulation , & ils feront pris d'après le pied de 20
florins à la taille , à raifon de 2 florins & i15s kreut
zers piece , & d'après le pied de 24 florins , à raifon
de 2 florins & 42 kreutzers ; les écus de 6 liv
des années 1784 & 1785 , feront pris d'aprèsle
premier pied , pour 2 florins , 14 kreutzers
piece , & d'après le fecond pied , pour 2 florins &
€ 6
60 )
41-kreutzers. →→→ Les écus de 3 liv. , frappés fous th
Louis XV, font mis hors de la circulation .
Les Feuilles publiques ont parlé plufieurs
fois d'une Colonie , formée à Conftance par
des Génevois , mécontens du gouvernement
adopté par leur République , en 1782. Voici
les principaux priviléges accordés par l'Empereur
à cette Colonie.
Libre exercice de leur religion , une Eglife ,
& un Pafteur de leur choix , indépendant de
toute jurifdiction du Clergé Catholique , & dès
qu'il y auroit 30 families réunies,
L'érection d'un tribunal arbitral , pour déci-..
der les difficultés relatives à leur commerce
& à leurs manufactures , réfervant les cas réels
& perfonnels , pour lefquels les Colons feront
foumis aux regles générales.
Exemption de toute contribution perfonnelle.
pendant vingt ans not as pose ba
Exemption du tirage de la milice , & du logement
des gens de guerre.
Exemption de tout péage pour leurs équipages,
uftenfiles de fabrique , & marchandifes , tant à
leur entrée dans la Ville de Conftance que dans
toute l'Autriche antérieure ."
Si les objets de leurs fabriques d'indiennes ,
horlogerie & bijouterie ne le fabriquent pas
ou fe fabriquent en petite quantité dans l'Autriche
intérieure , & autres Etats héréditaires, il ne fera
fait aucune difficulté de les y lailler jouir , pour
les mêmes articles des mêmes droits fixés pour
Pays -Bas & aurres Etats héréditaires féparés ,
moyennant une permiffion , d'après un rapport
préalable. A
les
La ville de Conftance & la Régence de 20
Fribourg en Brifgawont fait également un
( 61 )
diverfes conceffions aux Artiftes & Négo- a
cians Génevois leur nouvel établiflement i
compte déjà plus de zoo perfonnes . Le jour
de Pâques , on a fait la Dédicace de l'Eglife
Proteftante dans le Couvent & dans la Salle
où fe tenoitjadis le Chapitre des Dominicains .
ོད་ ན་
さ
3 330
ITALIE.
1
DEROME, le 12 Avril » "}
Il eft arrivé ces jours derniers un événe-"
ment qui auroit pu avoir les fuites les plus
funeftes. Les archers voulant exécuter , à la
vue du château , S. Ange , une Sentence
rendue contre un malheureux , dont les
haillons appartenoient à un foldat de la garnifon
du Château , le créancier préſent s'y
oppofa , en difant qu'il ne vouloit pas que
la faifie eût lieu pour les vêtemens. La que
relle s'étant échauffée , un des archers mit
un piftolet fur la poitrine du foldat : d'autres
accoururent fur ces entrefaites ; les archers
prirent la fuite , & fe réunirent à un grand
nombre de leurs camarades qui , tous armés
de fufils , allerent chercher les foldats . Its les
trouverent au nombre de 40. Ils rétrograde--"
rent à cette vue , & coururent fe renfermer
dans les ma fons voisines. Les Officiers furvenus
reconduifirent les foldats au quartier ,
& firent enfuite leur rapport. En conféquen
ce , Sa Sainteté ordonna l'emprisonnement
du foldat , premier moteur de la querelle
( 62 )
L'ordre ayant été exécuté , tous les foldats
fe liguerent , & ceux du château S. Ange
eurent la hardieffe pendant la nuit de pointer
un des canons vers le palais du Vatican.
Une fentinelle ayant découvert à temps l'attentat
projetté , fonna la cloche , au fon de
laquelle accoururent les Officiers qui ne
parvinrent à calmer la fureur des foldats ,
qu'en leur promettant la liberté de leur camarade
toujours aux fers .
DE NAPLES , le 12 Avril,
On prétend que le vaiffeau qui doit conduire
dans peu le nouveau Viceroi en Sicile ,
eft deftiné à paffer enfuite dans le Nord , &
qu'il partira en même temps trois autres
vaiffeaux , dont un pour l'Espagne , un autre
pour l'Angleterre , & un troifiéme pour
l'Amérique. Tous ces bâtimens feront munis
d'une dépêche du Roi , cachetée , qu'ils ouvriront
, comme cela fe pratique , lorfqu'ils
feront en pleine mer , & d'après laquelle ,
chacun d'eux prendra la route qui lui fera.
prefcrite.
Suivant des lettres de Corfou , le tremb'ement
de terre que cette Ifle a éprouvé ,
y a fait des ravages terribles . Une grande
partie de la ville a été détruite. Cent vingt
perfonnes ont été écrasées fous les ruines
des édifices écroulés, & le nombre des bleftés
eft beaucoup plus confidérable .
( 63 )
DE MILAN , le 15 Avril.
Le 6 , on a reffenti dans cette ville une
fecouffe de tremblement de terre , qui n'a
duré que deux fecondes , & n'a caufé aucun
dommage. Elle a été plus forte ailleurs ,
& notamment à Lifcate , où quelques vieilles
maifons ont été abattues . Cette Terre n'eft
cependant éloignée de Milan que de 7 lieues.
Les efpeces d'or , portées à la Monnoie
de cette ville , depuis le 1er. Février jufqu'au
1er. de ce mois , montent au poids de 89,186
onces , 9. 3. , qui valent 10,725,295 liv . 12 .
On y a frappé , dans le même efpace de
temps, pour 9,085,839 liv . ì 2 f. d'eſpèces d'or
nationales.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 29 Avril.
Sir Guy Carleton , nouveau Gouverneur
général du Canada & des Provinces adjacentes
, a pris congé de S. M. pour fe rendre
à fa deftination . Le Commodore Gardner ,
qui va remplacer ' le Contre-Amiral Innis ,
dans le Commandement de l'Efcadre de la
Jamaïque , a également reçu fes derniers.
ordres.
L'Amiral- Royal, le plus gros vaiffeau de
la Compagnie des Indes eft arrivé de la
Chine ; après une relâche à Bombay , & à
( 64 )
Sainte - Helene , d'où il fit voile le 23 Février.
Il a ramené plufieurs Officiers.
Le Parlement s'étant ajourné pendant les
Fêtes de Pâques , la Chambre Haute eft reng
trée le 24 , & celle des Communes le 25.
Ce jour- là , M. Pitt propofa à cette derniere
Affemblée , que , conformément à l'ordre
du jour , on préfentât à la Chambre le
rapport du Bill , pour qu'il foit dépofé certaines
fommes entre les mains de Comniiffaires
chargés de réduire la dette nationale,
Mais plufieurs Membres de la Chambre
ayant annoncé qu'ils avoient à propofer plu
fieurs changemens importans dans la forme
de ce Bill , M. Pitt en remit l'examen au
lundi premier Mai .
ན
Dans la Séance du 26 , le Major Scott
préfenta une pétition de M. Haftings , requérant
d'être entendu à la Barre , pour ré--
pondre en perfonne aux accufations portées
contre lui , & qu'il lui en fût remis une cont
pie. M. Burke & fes Affociés au projet
d'accufation , n'oferent pas aller jufqu'à demander
qu'on interdît à un Anglois accufé
la liberté de fe défendre , mais ils s'oppoferen
à la communication des charges produites
contre lui . Il eft fans doute curieux de
voir par quels argumens , cette étrange vio
lation des formes , des loix , de la juftice
put être foutenue . Voici un précis des débats
qui eurent lieu à ce fujet. རྣ་བས་་ ་།་་ ་ ཞེས་པ་
and sub amic, sí
་་་ ་
( 65 )
Les Chefs d'accufation , dirent M. Burke &
le Chevalier Grey Cooper , n'étant point encore
dans l'état de perfection où ils doivent être , il
faut qu'ils foient complets , & fur-tout adoptés
par la Chambre , pour que l'accofé ait le droit
d'en demander la communication , & le tems
néceffaire pour établir la réfutation des différen◄
tes charges qu'ils pourront contenir.
M. Fox , partant de ce principe , dit que , dans
le cas où la ftricte Juftice exigeroit la communication
de ces charges , il ne voyoit pas pour
quelle raifon cette communication n'auroit pas
été déjà faite. La Chambre n'avoit certainement
pas encore décidé que la nature des Chefs
d'accufation donnoient lieu au décret , ( impeachément
) . Jufqu'à cette réſolution , on ne pouvoit
les regarder comme l'ouvrage de la Chambre
, ni M. Haftings appuyer fa défenſe fur leur
réfutation .
M. Pitt rappella la Chambre au véritable état
de la queftion , dont , felon lui , on cherchoit à
l'écarter. La ftricte Juftice , dit il , demande qu'au
*moment où une accufation eft intentée , l'Accufé
foit mis en poffeffion de tous les moyens de dé↓ 1
fenfe , pour qu'aucune des attaques qui lui font
faites ne puiffe l'être à fon infcu . Je n'hésite
point à déclarer que les Chefs d'accufation produits
contre M. Haftings , font de la nature la
plus grave , la plus capitale , & qui demande que
la Chambre apporte à leur examen l'attention la
plus férieure , & perfonne ne defire plus que moi
que l'homme coupable d'excès auffi énormes foit
puni comme il le mérite , G réellement il étoit
trouvé coupable. Cependant je pense en mêmetems
, que la Chambre en la qualité de Juge
doit chercher à trouver l'innocence plutôt que,
le crime. Cette humanité fait une partie in(
66.)
T
difpenfable de fes devoirs , parce que tout hom
me doit être préfumé innocent jufqu'à ce que
le contraire foit bien prouvé. Au turplus , malgré
l'énormité des charges résultantes des Chefs
d'accufation , il me femble qu'on y a mêlé une
foule d'incidens & de détai's inutiles qui tendent
plutôt à embrouiller la queftion qu'à l'éclaircir
M. Burke foutint qu'il etoit indifpen able de
donner quelque étendue aux accufations : il pria
le Chancelier de l'Echiquier de lui expliquer
comment il étoit poffible d'expofer des griefs de
ce genre fans entre dans un détail circonftancié
des faits qui tiennent immédiatement aux actions
contre lesquelles on procédoit. Il cita pour exem
ples l'affaire de Benarès & celle du pays d'Oudé.
Il donna la fignification du mot Misdemeanors;
On l'applique , dit - il, aux crimes qui n'ont pas
de nom dans notre langue ; c'est un terme général
dont on fe fett pour défigner ces énormités
évoltantes qu'aucune autre expreffion ufitée ne
pourroit rendre ». Il repréfenta combien il étoit
difficile de pécifier & de claffer exactement les
crimes qui étoient pour ainfi dire locaux , c'eftà
dire, qui devenoient plus ou moins graves ,
d'après les moeurs coutumes & opinions despays
dans lefquels ils étoient commis , Puis il revint
à l'affaire de la Famille Royale d'Oudé , « Les
outrages, dit- il , que les Princeffes de cette Eamille
ont reçus font d'un genre qui pourra ne
pas révolter beaucoup le peuple anglois . Je crains .
bien que nos compatriotes ne foient pas trèschoqués
en apprecant qu'on a exp ofé publiquementen
vente des femmes , toutes nues , à moins
cependant qu'on ne leur faffe connoître la difference
qui exifte entre les moeurs & les opinions
des habitans de l'Inde , & les coutumes les plus
dans ce pays ci po
拳
( 67 )
M. Burke continua enfuite fon récit , & fuivit
la comparaifon de maniere à faire éclater de
rire toute l'aſſemblée . « Cependant , dit - il , tout
graves que font ces délits dans l'Inde , j'ai cru
qu'il étoit très- difficile de les faire envifager
d'une maniere férieuſe par ceux qui doivent les
juger ici. Car comment pourra t on juger de la
grandeur de l'outrage fait aux plus illuftres femmes
de l'Inde , fi l'on n'a pas une connoiffance .
exacte des opinions reçues chez les, Indiens fur
T'honneur des femmes. Il étoit donc né,
Ceffaire , en rendant compte d'un crime de cette
efpece , de démontrer qu'expofer des femmes
nues en vente dans une place publique , c'étoit
leur faire le plus fanglant outrage qu'on puiffe
faire a la délicateffe du beau fexe .... Timides ,
modeftes , ayant les moeurs aufli douces que leur
caractere , la plupart des femmes indiennes aroient
préféré la mort à cet opprobre , & beaucoup
d'entre elles fe font ôté la vie plutôt que
d'être réduites à une fituation aufft déshonorante.
Ceci , Meffieurs , entr'autres chofes , nous
prouve combien la modeftie & la pureté font plus
refpectées chez les fectateurs de l'Alcoran que
chez ceux de la Bible »
M. Burke cita encore plufieurs exemples , toujours
avec la même gravité , à l'appui de fon opinion.
M. Fox dit qu'il étoit fort étonné de l'obfervation
du Chancelier de l'Echiquier , & de ce qu'il
avoit avancé concernant les accufations foumifes
à l'examen de la Chambre, « L'honorable Membie
, dit - il , a prétendu qu'il n'y avoit perfonne
qui put prononcer fur les dépofitions telles
qu'elles étoient énoncées. Et moi je nie pofitiyement
cette affertion , & je foutiens le contraire,
Mais ce n'eft pas cette queſtion qui doit dans ce
768-) )
moment ci occuper la Chambre. L'objet de Yes
délibérations eft de favoir s'il y amatiere à décret?
dans les dépofitions qui lui ont été faites. Or que
chacun s'interroge ici de bonne foi : Eft- il quel
qu'un qui puiffe affirmer que les articles defdites
dépofitions , abftraction faite des explications qui
y
font jointes , ne font pas remplies des griefs
les plus graves ? Ce fujet demande à être traité
avec un peu d'étendue , & je m'estimerai heu
reux de pouvoir enfuite receuillir les voix de cette
affemblée fur un point qui , felon mon avisone
peut feulement pas être difcuté.
Enfuite M. Fox exhorta avec beaucoup d'éner
gie tous les Membres de la Chambre à laiffer
agir leur propre jugement touchant cette queftion
, fur laquelle tout le monde étoit en état de
prononcer. « Je n'hésite point , dit-il , à affirmer
que fi certains Membres de cette affemblée le font
décidés à attaquer l'énoncé des dépofitions , ce
n'eft pas parce que les articles qu'elles contien
nent font confus & inintelligibles ; mais au contraire
parce qu'ils font trop clairs. S'ils étoient
plus obfcurs , s'ils étoient déduits enttermes
moins précis , moins exacts , s'ils n'étoient pas
de nature à entraîner tous les fuffrages , il eft
probable qu'on auroit fupprimé au moins pour ce
moment- ci , les objections qu'on y a faites . C'eft
précisément parce que ces dépofitions font à la
portée de tout le monde , c'est parce qu'elles
font accompagnées de détails qui en fpécifient
exactement tous les points , & qui les rendent
parfaitement intelligibles , c'eft parce qu'elles ne
font pas exposées d'une maniere affez confufel;
affez embrouillée pour en diminuer l'effet , qu'on
les a cenfurées , & qu'on a dit qu'elles étoienti
furchargées d'un fatras obfcur de détails , & en
tiérementétrangers à l'affaire, 150 ; mejilleglb
( 69 )
Le Chancelier de l'Echiquier , indigné , fe leva
& parla ainfi e D'après ce qu'on vient de dire ,
la Chambre peut juger des difpofitions avec lefquelles
cecte affaire a été
Membre a adopté une entamée . L'honorable
maniere d'argumenter qui ,
je crois , ne pourroit que faire le plus grand tort
à la cauſe la plus jufte. Il eft aifé de deviner ce
qu'il a voulu infinuer dans fon difcours auffi indécent
qu'emporté . Mais je fuis bien aiſe de lui
dire que des infinuations fans fondement ne me
feront jamais renoncer à la conduite loyale &
jufte que je me crois obligé de fuivre , tant par
le respect que l'on doit au Parlement , que pour
les intérêts de la Juftice , que j'efpere voir triompher
dans cette affaire . Ileft poffible que j'ignore,
les motifs particuliers qui font agir quelques
Membres de cette affemblée ; mais je ne croirai
jamais qu'on puiffe avoir l'ame affez noire , affez
endarcie pour fe fervir du prétexte de découvrir
& de poursuivre le crime , comme des moyens de
fatisfaire une inimitié particuliere.
Je ne prétends gêner perfonne dans la maniere
de penfer; mais en même tems qu'on me permette
de réclamer le
droits que j'ai à une femblable
indépendance. J'affirmerai donc , malgré
la remarque adroite du très honorable Membre
que les dépofitions font faites d'une maniere incohérente
& obfcure dans une infinité d'endroits ;
j'en pourrois même citer des exemples ; mais je
craindrois d'abufer de la complaifance de la
Chambre en prolongeant ce débat. Je me contente
donc de répéter une fois pour toutes que
telle eft mon opinion fur les dépofitions foumifes
à l'examen de la Chambre. Je prie auffi la Cham
bre d'obſerver que je ne prononce ici en aucune
maniete fur la vérité ou fur la fauffeté defdites
dépofitions ; c'est un point far lequel je me ré
( 70 )
•
ferve de dire ouvertement mon opinion , lorfqu'il
fera difcuté régulièrement dans cette affemblée.
Quoi qu'il en foit , je fuis bien convaincu ,
& j'efpere que la Chambre ne l'eft pas moins
qu'il eft jufle de communiquer à M. Haftings
une copre des dépofitions , & qu'il faut écouter
fa défenſe fur les points d'accufation intentés
contre lui.
Après plufieurs difcours épifodiques , la
motion du Major Scott paffa , telle qu'il l'avoit
faite , fans même aller aux voix ,
M. Burke préfenta enfuite deux nouveaux
chefs d'accufation ; l'un , concernant un
Libelle écrit par M. Haftings contre la Cour
des Directeurs ; l'autre , qui inculpe l'Accufé
d'avoir entiérement abandonné Shaw Allun ,
lors du Traité conclu avec les Marattes . Ces
nouveaux chefs d'accufation & deux autres
que les Accufateurs ne tarderont pas à produire
, pour peu qu'ils tâtonnent encore certe
Adminiftration de M. Haftings durant 35
ans , completteront la totalité des charges .
M. Burke demanda auffi que la Chambre
fe formât en grand Comité pour prendre fur
le champ ces mêmes charges incomplettes
en confidération ; mais cette motion fut rejettée
à la pluralité de 139 voix contre 80 ;
la Chambre devant néceffairement entendre
M. Hafiings , avant de procéder ultérieurement
à cette affaire. Alors , il fut arrêté
que M. Haflings feroit entendu à la Barre
de la Chambre , le Lundi 1er. Mai , & que
la procédure feroit repriſe en Comité de
( 71 )
5
toute la Chambre ,
mois.
e Mardi 2 du même
La Cour des Directeurs de la Compagnie
des Indes a réglé , qu'à compter de l'année
1787 , & plutôt , s'il eft poffible , on n'enverra
plus en Chine que des vaiffeaux de
fooo tonneaux , attendu que ceux d'un port
moins confidérable font moins prop.es à
cette navigation .
Le Général Advertiſer a dernierement récapitulé
en ces termes l'hiftoire de la lifte
civile.
Avant la révolution , le total du revenu du
Royaume s'appelloit le revenu de la Couronne ,
& le Roi en difpofoit conime bon lui fembloit.
Charles II & Jacques 11 diffiperent des fommes
immenfes. Pour prévenir de tels abus à l'avenir ,
il fut décidé par les communes , le 28 Février
1689 , que le revenu du Roi étoit annullé de
droit par la vacance du trône , & qu'il étoit
dévolu à L. M. le Roi Guillaume III & àla Reine
Marie. Ce revenu pour l'année 1689 , fut fixé à
.600,000 liv. ft. , qui devoient être payées fur le
revenu public. L'année fuivante , l'excife héréditaire
fut placée far la tête du Roi pendant la vie ,
Lavec cette claufe qu'elle ferviroit d'hypotheque
-pour la fomme de 250,000 liv . ft. Dans le même
tems le produit des douanes fut auffi accordé au
Roi pour quatre ans , à condition que ce produit
feroit face à 500,000 liv . ft . Mais comme ces différens
droits ne produifoient pas ce à qui ils
étoient effimés , il fut mis en 1698 un nouveau
fubfide de tonnage & de poundage ( le fol par
livre ) qui fut accordé au Roi pour fa vie , & poreta
ſes revenus à 700,000 liv . ft. par an. La Keine
( 72 )
Anne en jouit auffi jufqu'en 1713 , lorfque le
trouvant endettée elle fut autorisée à placer , par
Lettres Patentes , la femme de 35,000 liv . ft.
qui devoit être fur les revenus de la lifte civile
pendant trente- deux ans , fur telle perfonne ou
perfonnes qui avanceroient la fomme de 500,000
liv. ft. pour acquitter les dettes de la lifte civile.
En 1715 , la fomme annuelle de 120,000 l.ft.
fut ajoutée au revenu de la lifte civile , durant la
vie de George I , à condition que fi tout le revenu
de la lifte civile , avec cette addition , produifoit
moins que la fomme annuelle de 700,000 l . ft.
le deficit feroit rempli par le Parlement ; fi au
contraire , il produifoit davantage , le furplus feroit
mis dans le fonds d'amortiffement qui fut
établi cette même année . En 1720 , la lifte civile
étant beaucoup arriérée , les compagnies d'affurance
, connues , l'une fous le nom de compagnie
royale , & l'autre fous le nom de compagnie de
Londres , convinrent de donner au Roi la fomme
de 600,000 liv. ft. pour en obtenir des Lettres
d'incorporation . Elles payerent 200,000 liv. fterl.
mais furent difpenfées de payer le refte , par un
acte du Parlement paffé l'année ſuivante , qui
autorifoit le Roi à emprunter 500,000 liv . fterl.
às pour 100 , jufqu'à ce que cette fomme fût
rachetée par la couronne ; & de prélever fix den.
par livre , fur toutes les penfions , emolumens ,
&c. pour le paiement de cet intérêt . La liſte civile
continuant à être arriérée , le Roi fut autorifé
, en 1725 , à emprunter un million par bills
de l'Echiquier , &c. à 3 pour 100 , fur le crédit
des revenus de la lifte civile , & la réduction des
fix deniers par livre , jufqu'à ce que le principal
fût payé ; c'étoit pour acquitter les 500,000 liv.
fterl, empruntées en 1721 , & pour fournir au
Rei 500,000 liv. fterl. pour acquitter les dettes
Courantes
( 73 )
C
courantes de la life civile. L'année fuivante
en 1726 ) le milion levé par bills de l'Echiquier
fut remboursé par une loterie , & la déduction
des fix deniers par livre fut rendue perpétuelle
.
A l'avènement de Georges II , au trône , la lifte
civile fut fixée à 800,000 liv . fterl . par an , pour
fa vie . Le Parlement devoit faire bon le deficit ,
s'il y en avoir , mais il ne fut fait mention d'aucun
(urplus fixe .
$
27 %
Ge - ges III. à fon avènement au trône , demanda
un revenu annuel clair & net de 800,000
liv . fterl . , au lieu du revenu de la lifte civile .
C'étoit le plan de fon pere , qui , dans un papier
fourni à l'oppofition par le feu Lord Ledefpencer
, &c. dit : «S. A. R. promit de plus de ne
pas accepter au - delà de 800 , oco liv. fterl . pour fa
life civile , à cha'ge de rente ».
Le 28 Février 1762 , S. M. requit du Parlement
, par un melage , une fomme pour le paiement
de fes dettes ; & il lui fut accordé $ 13,511
Le 9 Avril 1777,› le Parlement lui
accorda fur un autre meflag :
Dans le même tems , la lifte civile
fut augmentée de 100,000 liv . fter!.
par an. +
Le 2 Mai 1782 , il fut accordé à S. M.
pour le paiement de fes de tes
618,340
433,893
liv. fteri. 1,565,744
210,000
La demande qui vient d'être faire!
eft de
Ce qui fait un total d'extraordinaire
en 24 ans de 1,775,744
No 19 , 13 Mai nghé
d ·
( ( 74 )
Tous nos Journaux ont cité la lettre fuivante
de Bedford dans l'Amérique feptentrionale
, & au contenu de laquelle il eft
fage de ne pas donner un trop prompt af
fentiment.
Un Particulier de Marthas Vineyard , nommé
'Allen , a trouvé un nouveau moyen de féparer®
T'eau douce de l'eau falée. Comme fon procédé
eft infiniment plus fimple , & fur-tout plus productif
que ceux qui ont été imaginés jufqu'à
préfent , il y a tout lieu de croire que
l'Act
démie des Sciences d'Amérique ne lui refufera
pas la récompenfe qu'il demande pour communiquer
fon fecret . Dans le cas contraire , il
eft déterminé à l'aller vendre à quelque Puiffance
Européenne . Cette découverte eft en effet
de la plus grande importance , puifque la Machine
de M. Allen eft déja en état de donner
en vingt- quatre heures , cent vingt gallons d'eau
douce , & qu'il eft actuellement occupé à conftruire
une autre Machine , avec laquelle il en
donnera fept à huit cents gallons dans le même
espace de tems. Il feroit fuperflu de faire l'énumération
de tous les avantages qui réful
tent d'une pareille découverte. L'approvifionnement
d'eau toujours affuré , fans occafionnor
de frais , & fans occuper de place , n'est pas
un des moins confidérables , quand on penſe que
dans les voyages de long cours & notamment
ceux de l'Inde , l'eau fraîche, embarquée à bord
fait le tiers de la cargaifon . Ce fera auffi un
moven bien fimple & bien facile de procurer
de l'éau douce aux ifles qui en fort dépourvues.
Enfin ce fera pour nous une Manufacture confante
de fel qui nous difpenfera d'importer
grands frais cet article de premiere neceffité,
75
)
Il feroit même difficile d'en fabriquer d'une
maniere plus expéditive , puiſque les procédé
de M. Allen , en féparant l'eau des particules
falines qui y font mêlées , cryftallife prefque en
même-tems ces dernieres.
•
Ce qui ne paroîtra pas moins étonnant , c'eft
que l'Auteur d'une invention auffi utile , n'eft
ni Chimifte , ni Phyficien , ni Méchanicien , &
qu'il n'a même étudié aucune des fciences na
turelles. C'est au hafard feul que M. Allen eft
redevable de cette découverte . Etant encore
enfant , il fit un voyage au Groenland à bord d'un
bâtiment baleinier. Ce navire fe trouvait trèsprès
d'une trombe , & le jeune Allen obferva
que la furface de la mer , qui environnoit à
une certaine dictance le pied de cette colonne
liquide , avoit exactement la même couleur que
l'eau douce; & comme la pluie qui en tomboit
étoit en effet de l'eau douce , il jugea que la féparation
des parties falines s'opéroit à la furface
avant la formation du fyphon , Voilà ce qui lui
fuggéra l'idée d'imiter ce procédé par la Machine
très -Gimple qu'il a imaginée , fans avoir la moindre
notion des loix de l'hydrostatiquet
2. At
FRANCE.
DI VERSAILLES , le 3 Mai.
L'Abbé de Clément Dumetz , Vicaire général
du dioce e de Senlis , nommé à la pla
ce d'Aumônier du Roi, vacante par la nomination
de l'Abbé de Gafte'anne à l'Evêché
de Toulon , a eu , le 23 , l'honneur d'èda
( 76 )
tre préfenté à Leurs Majeftés & àla Famille
Royale.
Le Comte de Montécot a eu l'honneur
d'être préfenté au Roi & à la Reine par
Monfeigneur Comte d'Artois , en qualité
de fon premier Chambellan en furvivance.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 30 du mois de nier , le cont at
de mariage du fieur de Balainvilliers , Intendant
de Languedoc , avec Demoitelle
d Aubers ; & celui du fieur de Crefpy , Major
du régiment d'Infanterie de Vermandois ,
Ecuyer ordinaire de Madame Victoire de
France , avec Demoiſelle Dubois.
Le même jour , le fieur Guerrier de Romagnat
, Confeiller au Parlement de Paris ,
préfenté au Roi par le Garde des Sceaux de
France , a eu l'honneur de faire les remercîmens
au Roi pour la place de Premier Préfident
de la Cour des Aides de Clermont-
Ferrand , en furvivance du keur Guerrier de
Bezance fon pere.
Ce jour , les Députés des Etats d'Artois
furent admis à l'audience du Roi , & préfentés
à Sa Majesté par le Maréchal Duc de Lévis ,
Gouverneur général de la province , & par
le Maréchal de Ségur , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au département de la Guerre , ayant
celui de l'Artois . La Députation , conduite
à l'audience du Roi par le fieur de Nantouillet
, Maître des Cérémonies , & par le fieur
( 77 )
de Watronville , Aide des Cérémonies , étoit
compolée , pour le G.etgé , de l'Abbé de
Fabry , Chanoine & Vicaire général de
Saint - Omer , qui porta la parole ; pour la
Nobleffe , di Marquis d'Eftourmel , Maréchal
des Camps & Armées du Roi ; & pout
le Tiers Erat , du fieur Duquesnoy , Ecuyer,
Avocat en Parlement & ancien Echevin de
la ville d'Arras .
DE PARIS , le 11 Mai.
Ordonnance du Roi portant Réglement
fur la Police à obferve : fur les routes par les
poftillons de pofte , & les Rouliers , Char
retiers , & autres Volturiers . Du 4 Févriet
1786.
>
Sa Majefté a ordonné & or lonne que tous Rou
lies , Charretiers , Voiturier . & autres , feront
tenus de cider le pavé , & de faire place à tous
Courriers & Voyageurs allant en pofte leur fait
Sa Majefté expreffes inhibitions & défenfes de
troubler à l'avenir , en quelque forte & maniere
que ce puiffe être , lefdits Maîtres de Pofte &
Poftillons dans leur fervice far les routes , comme
auffi d'exercer à l'avenir aucune voie de fait
violences & mauvais traitemens, à peine de trente
livres d'amende payab'e fur le champ , & applicable
un riers aux pauvre du lieu de l'établiffemint
de poft , & les deux autres tiers au profit
des Cavalers de Maréchauffée qui auront été
employés à conflater la contravention & à arrêter
le contrevenant , même de punition corporelle
, fie cas y échoit . Pour ne laiffer aux Charretiers
& Voituriers aucun prétexte qui puiffe les
dz
( 78 )
mettre dans le cas de caufer le moindre accident
,il leur eft défendu , fous les mêmes peines,
de quitter leurs chevaux & de inarcher derrière
leur voiture; fi plufieurs Veituriers fe fuivoient ,"
it devra toujours s'en trouver un pour marcher à
la tête de la premiere voiture ; défendant égalemert
Sa Majesté à tous Poftillons d'ufer , en cas
de réfiftance de la part des Voituriers , d'aucunes
voies de fait , ni de menaces de les frapper pour
faire ranger les voitures qui s'oppoferoient à leur
paffage , & voulant qu'ils fe borner: à porter leurs
plaintes contre ceux qui auroient refufé de leur
faire place après en avoir été avertis , & c. & c.
Edit du Roi donné à Verfailles , au mois
de Février 1786 , portant création de huit
Offices de Receveurs particuliers des Finances
de la Ville de Paris .
Autre dit du mois de Février 1786 , portant
établiſſement d'un Hôtel des Monnoies
en la ville de Marſeille.
Autre dit du même mois & an , portant
fuppreffion de la Monnoie d'Aix.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 26*
Janvier 1786 , qui affujettit les couvertures
de laine à l'appofition du plomb preſcris par
celui du 7 Décembre 1785 .
Autre dit du 18 Mars , portant nomination
de Commiffaires pour affifter au Chapitre
ordinaire de la Congrégation de Saint-
Vannes , dont l'ouverture eft indiquée au 3
Juin prochain.
« Le Samedi 15 Avril un incendie a confumé
à Limély- en - Caux feize maiſons pleines d'ef
( 79 )
ם כ
1. fets ou marchandifes , trois granges pleines de
grains , un grand nombre de boutiques & au
» tres bâtimens le Presbytere , les maisons vi
çariales , les Ecoles des garçons & des filles, ont
été la proie des flammes . On ne peut trop louer
la vigilance & l'humanité de M. de Villedeuil ,
» Intendant de la Généralité de Rouen . Au premier
avis de ce fun : fte événement , il a envoyé
»M..(on Subdélégué fur le lieu , porter des fe
59
cours aux malheureux incendiés. Ils font d'au-.
» tant plus à plaindre , que le Curé dudit lieu n'a
» prefque rien fauvé de les effets , & que la ma
» jeure partie des bâtimens incendiés apparte-
>> oient aux principaux propriétaires , ce qui
leur donne trop de pertes à réparer , pour être
» en état de fubvenir aux befoins des incendiés.
" Its fe recommandent aux ames charitables. Cel
les qui daigneront leur accorder quelques fe-"
cours , peuvent les adreffer à M. Bernage ,
Curé de la premiere pertion de Limézy , par,
Do Barentin en Caux ; ou à M. Gilotte , No-
» taire , rue S. Lo , ' à Rouen . ( Affiches de Normandie
).
Le Journal de Champagne du premier
Mai rapporte une Ordonnance du 15 Avril,
rendue à Troies .
9
Ordonnance de Police , qui taxe chaque livre
de viande tant veau , boeuf que mouton ,
raifon de fept fols fix deniers : enjoint aux Bouchers
de fe conformer à ladite taxe ; leur fait défenfe
de vendre à plus haut prix , quand même il
leur feroit offert , fous peine d'amende arbitraire ;
comme auffi d'y comprendre aucun morceau appellé
agrément ou réjouiffance , aucun os détaché
de la chair , même les têtes ou pieds de veau
fauf à vendre lefdits bas morceaux à la main , &
d4
( 80 )
de gré à gré , & ce fous les mêmes peines ; fait
auffi défenſe aux dits Boucher d'apporter , étaler
dans les boucheries , vendre , ni débiter au poids ,
aucune tête ni pieds de boeuf ou vache , fous peine
de confiication & d'amende arbitraire, & fous plus
grande peine en cas de récidive .
M. Bourignon , Rédacteur du Journal.
de Saintonge , Feuille naillante qui s'annonce
très favorablement , nous fait part en ces
ternies d'une découverte intéreffante pour
les Antiquaires .
Monfieur , j'ai l'honneur de vous faire part
d'une découverte qui intéreffe tous les Savans ,
& qui d . vient d'une grande utilité pour la Géographie
; elle confifte dans plufieurs colonnes m :1-
Jiaires creulées en forme de tombeaux , & tirées .
de la fouille de l'ancien cimetiere de la Paroiffe
de Senon , fituée au confluent de la Vienne & du
'
an
, près
de
l'endroit
appellé
Vieux
- Poitiers
,
une lieue & demie de Chatellerault en Poitou .
Quatre de ces colonnes portent le nom d'Antonin
Pie , fous l'empire duquel elles ont été élevées
; une cinquieme paroit avoir été gravée du
tems de Maximin - Daza . Les infcriptions de ces
monumens , dont quelques- uns portent le nom
de Limonum , Poitiers , & celui de la ftation Fines,
concourent à prouver que l'endroit appellé Vieux-
Poitiers a dû être cette ancienne manfion ; elles
nous éclairent auffi fur des erreurs de l'Itinéraire
d'Antonin & de la Table Théodofienne ; ces cartes
Géographiques dennent le nombre XX pour
diſtance de Limónum à Fines , & la diftance marquée
fur le monument eft dedix lieues Gauloifes ,
qui s'accordent parfaitement avec la distance locale.
C'est d'après cette fauffe pofition que le fa
( 81 )
vant M. d'Anville avoit placé à Heins la station
Fines.
On trouve auprès du Vieux Poitiers une pierre
pyramidale haute de douze piedi , on y lit une
infcription gravée à la mémoire de Brivatus ,
follat , originaire de Tarbes ; cette épitaphe ,
compofée de monogrammes , rni ce monument
très intéreffant . On déterre tous les jours , dins
les environs , des briques , des fragmens antiques
, des frifes , des corniches , des vafes , des
fibules , anneaux & autres uflenfi.es , & beaucoup
de médailles . La plupart de ces débris ont
été tranfportés au château du Fon , appartenant à
M. le Marquis de la Rochedumaine , & c . & c.
BOURIGNON ,
Correfpondant de la Société
Royale , de plufieurs
Académies , & du
Mufée de Monfieur .
Saintes , 12 Avril 1788 .
Nous nous empreffons de concourir à la
publicité d'un acte de courage , d'autant
moins fait pour refter ignoré , qu'il a pour
aliteur un arriere- petit neveu de l'immortel
Bofuet .
x 11
Etienne Charlet , natif de Dijon , & dit Beaufort
, au fervice du Roi depuis douze ans , Sergent
au Régiment de Penthievre Infanterie , embarqué
fur les vaiffeaux du Roi la Bretagne & le
Terrible , & chargé du détail des détachemens à
bord defdits va ffeux , le 5 Septembre 1781 , fut
détaché du vaiffeau le Terrible pour paffer à bord
du navire la Forre , & conduire à l'hôpital de
Sainte- Marie en Espagne , cent hommes & plus ,
attaqués de maladies peftilentielles . Le capitaine
dudit navire , ne connoiffant pas les attérages de
ds
( 81 ))
cette ifle , demanda un Pilote côtier eſpagnol i
qui par fon impéritie , fit toucher le bâtiment
fur la barre de la riviere , engagé dans les ro- i
chers dont elle étoit hériffée , & faifant eau de
toutes parts. Le peu d'énergie qui reftoit à l'Equipage
, le fpecicle plus affreux mille fois que
la mort même , d'un élément redoutable , auquel
il reftoit peu d'espoir d'échapper ; enfin près
d'une lieue & demie à faire pour gagner le
port , enlevoient au petit nombre des naufragés .
épargnés par le fcorbut , jufqu'à l'espoir de tenter
ton falut , en fe précipitant au milieu des
flots , & de gagner terre à la nage ; une délibération
peu réfléchie s'empara rapidement des efprits.
1roublés. Le feur Charlet , moins fenfble à fon
propre malheur qu'à celui de fes camarades
maître de fa tête & de fang froid , propofe de
s'élancer dans un foible canot , de lutter à force
de rames contre les flors , & d'aller chercher des
bâtimens de fecours . Ce moyen fut rejetté com
me impraticable , & n'offrant à ceux qui le tenteroient
qu'une mort plus prompte . Charlez infifta
, mais les prières , les inftanees furent inutiles
; les menaces feules & une fermeté intrépide
forcèrent trois matelots à deſcendre avec Charlet
dans le canot : ils abordent , & les habitans du
pays qui connoiffent ce parage , forent moins
frappés encore de leur courage , que d'un fuccès:
dont ils n'avoient point eu d'exemple ; les fe
cours furent auffiot obtenus que demandés
Charlet vole vers l'Equipage livré au défeſpoir
qui imploroit à hauts cris de prompts fecours.
A peine Peut-il reçu fur fon bord , que le vaiffeau
naufragé fe brifa fur les rochers.
2
La fuite de cette journée fi laborieufe fur pour
le fieur Charlet une maladie de près de deux mois ,
à laquelle il a manqué de fuccomber .
( 83 )
L'authenticité de cette action fe trouve dans un en
procès - verbal & fept certificats , dont trois font ,
le premier du Capitaine Commandant ; le deuxieme
, du Lieutenant , & le troifieme , de l'Aumônier
; de plus , M. de Mongeles , Conful de
France en Espagne , après s'être fait rendre un
compte fidele de l'acte d'humanité du heur
Charlet, lui promit , en pr'fence de fils de M. le
Comte de Guichen , & d'autres perfonnes de
diſtinction , d'en inftruire la Cour , dans l'efpoir.
de faire recueillir au fieur Chalet larécompenſe .
que peut mériter un Militaire dont la bravoure a
fauvé la vie à cent & plus de fes femblables .
Toutes les Peuilles publiques ont plus
d'une fois retenti des Annonces de M. Maupin
; mais aucun de les Profpectus ne femble
donner d'aulli brillantes efpérances fur
les révolutions promifes par ce favant Agronome
, que la Lettre fuivante qu'il vient d'adreffer
à l'Editeur des Affiches de Meaux.
Elle mérite d'être lue.
MONSIEUR ,
A Paris , le 31 Mars 1786.
Un célebre Sculpteur du dernier fiecle , pour.
exprimer toute la puiflance de fon talent , di'oit :
le marbre tremble devant moi ». Je n'ai pas
dit cela ; mais bien convaincu , comme tout le
monde doit l'être , que le commun des hommes,
fi facile à s'émouvoir pour les chofes qui fouvent
lui importent le moins , ne peut être mû , dans
les matieres d'agriculture , que par les chofes les
plus fortes , les plus prononcées & les plus extraordinaires
, j'ai été forcé , comme je le fuis en-
, de dire dans un de mes Ouvrages : « Je me
joue de la vigne , je me joue des vins , &je me
core ,
dé
23
( 84 )
» joue encore des terres ; ou , en d'autres termes,
» je veux ; & la vigne & les vins & les terres vey ,
» lent auffi ». "
Et en effet , pour ne parler ici que des terres ,
j'ai voulu que des terres qui , de toute éternité , n'ont
donné que trois ou quatre feptiers de bled par arpent
, puffent , par les moyens les plus écono
miques , en donner fur le pied de douze à quinze,
>
celi a été fait . J'ai voulu qu'on pût multiplier
prodigieufement les bois dans toute la France
fans qu'il en coutât un fol de plus , & fans prendre
un pouce de terre aux autres productions ;
& cela a été fait . J'ai voulu , fans tromper, fans
argent , fans coup férir , pouvoir conquérir à
mon pays & agrandir fon agriculture , de huit à
dix millions d'arpens de te re ; & j'en ai déja livré
plus de fept. J'ai voulu pouvoir concilier les intérêts
, jufqu'à préfent inconciliables , de la propriété
& du peuple , cu aurrement dit , faire
baiffer le prix de toutes les fubfiances , fans faire
baifler le taux des fermages ; & tout c . la a été fait.
J'ai voulu encore , à l'occafion des terres , faire
beaucoup d'autres chofes , regardées comme impolfibles
; & elles ont été faites , comme elles l'ont été
encore en ce qui regarde la vigne & les vins.
Je ne m'arrêterai point , Monfieur , à vous faire
remarquer la nouveauté , la grandeur & l'impor--
tance de toutes ces chofes , & de celle que je paffe
fous filence ; mais je dirai que de toutes les grandes
affertions que je viens d'avancer , & que j'ai pu
avancer ailleurs , il n'y en a pas une feule fur laquelle
je craigne d'être démenti publiquement ,
non feulement en ce qui concerne la vigne & les
vins , à l'égard defquels j'ai fait mes preuves depuis
fi long-tems , mais même à l'égard des terres
, parce que , parfait ou non , dans tous les
points , mon plan pour la culture desterres labou
#
785 )
rables , eſt établi fur des fondemens fi folides , &
eft fi felide lui même , qu'il eft impoffible de le
renverfer , & de difconvenir de tous les effets que
je lui af attribués .
J'aurois bien des chofes à dire , Monfieur , à
l'occafion de mes découvertes fur la vigne & les ,
vins , & c .
On regrette feulement en lifant ce détail
de volontés fi efficaces , de voir la Note
qu'y ajoute M. Maupin : « Quand je dis ,
nous avertit-il , » que tout cela a étéfait , je
» n'entends dire autre chofe , finon que j'ai
→ donné des moyens certains pour le faire.
La Société Royale des Sciences de Montpellier
propofe les Prix fuivans .
Les Etats Généraux de la Province de Languedoc
avoient deſtiné un Prix de 600 livres à celui
qui , au jugement de la Société Royale des Scien- 1
ces de Montpellier , auroit le mieux traité la
queftion fuivante: Quelsfont les meilleurs moyens &
les moins difpendieux d'entretenir les ports de mer
fujets aux enfablemens , & notamment le port de
Cette ? Elle s'eft déterminée à remettre ce Prix ,
qui fera décerné dins l'Affemblée publique ,
pendant la tenue des Etats de 1786 à 1787.
4
C'eft avec regret que l'Académie fe voit auffi
dans la néceffité de remettre pour la même époque
les Pix fuivans. Un de 300 liv . proposé par .
M. Brouffonet, de l'Académie Royale des Sciences,
de Paris & de Montpellier , & lont le fujet eft
l'Eloge hiftorique de Pierre Richer de Belleval ; &
un autre confiftant en une médaille d'or de 300 1. ,
propofé par un Anonyme au Savant qui indiquera
un procédé peu difpendieux pour faire des Miroirs
qui n'offriront qu'une feule image bien nette &
parfaitement terminée .
( 86 )
Les Mémoires feront envoyés avant le premier
Novembre 1786. Les Auteurs qui ont concourus A
pour ces trois Prix , pourront remettre leurs Ouvrages
perfectionnés..
La Société renouvelle l'annonce qu'elle avoit
déja faite de trois autres Prix qu'eile aura à décerner
dans la mêm: Affemblée de la tenue des
Etats de 1786 à 1787 ; un de ces Prix propofé par
M. Mourgue de Montredon , & de la fomme de 300
liv. , a pour objet le meilleur moyen d'extraire la
partie colorante des drapeaux ou chiffons préparés à
Galargues en Languedoc , pour en tirer le parti le
plus utile pour les Arts & pour la Teinture..
Deux autres Prix chacun de 300 livres , ou
d'une médaille d'or de pareille valeur , propofés
par des Anonymes , l'un fur cette queftion : l'explication
de l'Arc- en- ciel donné par Nwton portet-
elle fur des principes inconteftables ? Et eft- il bien
démontré que les rayons hétérogènes fuppofés émer- "
gens du nombre infini de gouttes de pluie qui tombent
de nue doiventformer des arcsféparés ? L'autre fujer.
eft de démontrer par des expériences fimples & décifives
, la caufe du froid que les liqueurs produifent en
s'évaporant , & le rapport de cette caufe à celle du rafraichiffement
qu'une abondante tranfpiration pro
cure , foit dans l'état de fanté , foit dans celui de
mal die.
M. Brouffonet , toujours zélé pour le progrès
& pour l'honneur des Sciences qui font l'objet particulier
de fes recherches , vient de propofer un
autre Prix de 300 liv . qui fera décerné à la même
époque , à l'Eloge hiftorique d'Olivier de Serres ,
dont tout le monde connoît l'excellent Ouvrage
fur l'Agriculture.
Les pieces feront reçues jufqu'au 31 Octobre.
1787 inclufivement. On adreffera les Ouvrages
( 87 )
francs de port , à M. de Ratte , Secretaire perpé
tuel de l'Académie à Montpellier . Les perfonnes
qui concourront doivent fe procurer le programme,
pour connoître plus fpécialement les conditions
requifes.
Après l'annonce des Prix faire au commence
ment de la féance , M. de Ratte , Secretaire Perpétuel
de la Compagnie , a la l'Eloge de M. le
Vicomte de Saint- Prieft , Confeiller d'Etat ordinaire
, Intendant de la Province de Languedoc ,
Académicien Honoraire.
Cette lecture a été ſuivie de celle d'un Mémoire
de M. l'Abbé Bertholon , Sur la théorie des incendies
, confidérée relativement aux différentes caufes
qui les produifent , & aux moyens de les prévenir &
de les éteindre.
Des recherchesfur la différence des méridiens entre
Toulouse & Montpellier ont fait le fujet d'un Mémoire
lu par M. Poitevin
M. Cuffon a fu un écrit qui a pour titre : Recherches
pratiques fur l'inoculation de la petite
vérole.
M. Chaptal a fait lecture d'un Mémoirefur la
maniere de faire, avec les ocres , le rouge- brun & les
pouffolanes. N
M. Ratte a terminé la féance par la lecture de
l'éloge de M. Séguier , Affocié libre.
» Le Vendre di Saint , on a rencontré une
→ femme de so à 5 ans fur le grand che-
55
» min , entre Marmonde & Tonneins ; cette
» femme intéreffa la charité des gens qui la
» rencontrerent : elle refufa leurs aumônes ,
» mais ils la firent retirer dans une métairie
» voisine. Le jour de Pâques elle fe rendit
22 à Tonneins, où elle coucha fur la paille
( 88 )
» dans une maifon : le lendemain Lundi , fe
» reffon enant des perfonnes qui l'avo ent
» rencontrée , elle le rendit chez eux , &
» ces perfonnes l'ayant trouvée encore plus
>> intéreflante par fon maintien , par fes pro-
> pos fort au deffus du commun , la retire-
>> rent chez eux , où elle est encore . Cette
» perfonne malade & fatiguée n'a pas pu
» vraifemb'ablement aller plus loin ; elle ne
»fe foutient pas toujours dans fes propos
» relevés , mais fon efprit paroît dénoter
» une perfonne qui a reçu la meilleure édu
> cation : comme les parens de cette per-
» fonne pourroient en être inquiets , on les
prie de vouloir s'adreffer à M. de Pey-
» neau , Curé de Tonneins , pour en avoir
» des nouvelles , & pour la retirer.
Elifabeth Pauline Gabrielle Colbert de ,
Seignelai , née Comteffe de Walfaffine ,
éponte de Pierre François Charles d'Efparbès
, Comte de Jonfac , Lieutenant-général
des Armées du Roi , & Lieutenant général
des Provinces de Saintonge & Angoumo's ,
Gouverneur de Colioure , eft morte en fon
château de Linières en Berry , le 28 Mars-
1786.
Louife Marguerite Colbert de Seignelay.
veuve de Jofeph Marie , Comte de Lordat ,
Baron des Etats de la Province de Languedoc
, Maréchal des Camps & Armées du
( 89 )
Roi , Major & Infpecteur de la Gendar
merie , Gouverneur de Brouage & de la citadelle
de Carcaffonne , eft morte le 2 Avril ,
dans fa terre de Lignières en Berry , âgée de
48 ans.
Augufte René de Saint Ferreol de Villediefe
, Lieutenant commandant pour le
Roi à Douav en Fiandre , ancien Lieutenantcolonel
du Régiment qui a été fuccellivement
Souvré , Ségur , Briqueville , & aujourd'hui
Soiffonnois , eft mort dans fa terre
auprès de Montbelliard , âgé de 86 ans . Il
étoit d'une des plus anciennes Familles du
Dauphiné , dont la branche aînée exiſte en
la perfonne du Marquis de Saint Ferreol ,
ancien Capitaine de Grenadiers au Régiment.
de Languedoc .
t
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 22 Avril.
Un Journal politique Allemand a publié
un état de comparaifon , exact ou non ,
des forces navales de la Hollande en 1780
& en 1785
En 1780.
En 1785 .
I vaiffeau de 76 canons. 5 de 76 canons .
2 68 4 63
66
64 6 64
(1901 )
En 1780 .
60
En 1781
AwwBMW X
5. бо
56
10
54
40
36
$
32
7 728
·26
24 14 24
20
18 11 18
16 6 16
14 Το
14
12
44 vaiff. en 1780. 107 vaiff en 1785.
On mande d'Amfterdam que deux Maçons étant
defcendus dans une citerne pour la nettoyer , y
ont été fuffoqués par l'air peftilentiel qu'évapo
roient les eaux ftagnantes qu'elle renfermoit. Un
troifiome ne fe doutant pas de l'accident qui
leur étoit arrivé , voulut y defcendre avec une
lumiere qui s'éteignit d'abord. Cette circonf
tance fit alors foupçonner ce qu'on redoutoit
d'apprendre. On ſe mit en devoir de porter des
fecours aux deux malheureux ; mais on perdit
beaucoup de temps. Un matelot , en attendant ,
hafarda d'entrer dans la citerne , & en tira les
deux maçons , mais privés de la vie.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
L'indécence des gravures publiées derniérement
à l'occaſion de l'union d'un jeune Prince
avec une Dame Catholique , a décidé le Confeil
de S. A. R. à faire pourfuivre les Diſtributeurs &
Graveurs de celles de ces Eftampes qui leur ont
paru les plus révoltantes . Un indidement a été
préfénté aux Grands - Jurés à Guildhall , & a été.
trouvé juftement fondé ; ce qui mettra fans doute
fin aux abus d'une liberté qui a été pouffée infiniment
trop loin. ( Cour . de l'Eur. n° . 35. )
Le Printemps , qui a fait fortir les marmottes
de leurs trous , réveille auffi les Aëronautes , qui
commencent à fe remontrer parmi nous. Le fils &
la fille du fieur Durry , Fabriquant de foie , viennent
de faire partir un ballon en Irlande , aux açclamations
, dit on , d'une populace innombrable;
& le fieur Lunardi vient d'en faire conftruire un,
avec un bateau de fer- blanc , de quatre pieds de
long , dans lequel il efpere de traverser le canal
Saint George. ( Idem.)
« Le Château de Sans Souci ayam été diſpolé
pour la réception du Roi de Pruffe , en conféquence
des ordres que S. M. avoit donnés , il y a quel- ..
ques jours , elle s'y rendit de 15 , dans le deffein
d'y paffer la belle faifon : mais avant d'y defcendre
, elle fit un tour en carroffe d'environ 4 lieues
à la ronde , accompagnée du Général Comte de
Gortz. Ce fait prouve que l'état de ce Monarque
et bien meilleur qu'on ne l'a cru. Effectivement ,
à la grande joie de les fujets , il le trouve aujourd'hui
en bonne fanté , & les forces font affez confidérables
pour qu'il le promette de faire en perfonne
& à cheval la revue de notre Garnifon . On
l'attend ici au premier jour pour faire l'inſpection
particuliere des Régimens qui la compofent. Les
revues feront de nouveau cette année très - brillantes
par la multitude d'Officiers étrangers, particuliérement
de François , qui ont obtenu du Roi la
permiffion d'y affifter . Il en eft déja arrivé plu
( 92 )
feurs , notamment le Comte de Toulongeon , Maréchal
- de - Camp ; le Colonel Comte de la Ferté ;
les Comtes de Damas , l'un Colonel , I autre Capi
taine ; le Major de Fabry , &c . L'on a arré é des
appartemens encore pour une trentaine d'autres .
Le Duc-Régnint de Brunswick ea attendu aujourd'hui
ou demain à Potsdam. S. M. a augmenté de
3,000 thalers par an les a pointemens du Prince
Frédéric Eugene de Würtemberg , frere de
Madame la Grande -Dacheffe de Ruffie , & Chef
d'un Régiment de Huffards , actuel ement en
Siléfie. [ Gazette de Leyde , no . 34. ] »
་
Le Prince de Naffau - Siegen , qui n'a jamais
été reconnu par la branche de Naffa - Diets
comme véritablement Prince de cette il udra
Maifon , a gagné fon procès , contre l'heritier,
& chefde cette derniere branche , Mgr.le Sthadhouder
des VII Provinces Unies. Le grand Confeil
de l'Empire a reconnu le Prince de Naffau-.
Siegen , comme véritable héritier de la ligne
de la maison , & lui a adj gé tous les biens ,
que la branche de Nallau- Diets poffédait à fon
préjudice . On dit que le Prince d'Orange a déjà
fait propofer un accommodement à fon coufin ;
& que S. A. lui a fait cffrir la fomme d'un
million de florins , avec la condition exprefle
d'entrer dans l'Ordre de Ma'the , pour ne pas
laiffer par ce moyen , une postérité légitime
après lui . On ne croit pas que l'effre fost acceptée
, puiſqu'on affure , que fans aucune condit
on quelconque , l'Empereur cffre de fon côté
au Prince de Naffau Siegen , une penfion via .
gere de neuf cens mille florins , pour ceffion
de toutes fes prétentions fur la Maifon de Nallau-
Diets. Refie à favoir fi toutes ces belles off es
font réelies on a tour lieu de croire que non.
( Gazette d'Amfterdam , n. 35 ) .
( 93 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
CONSEIL DU ROI.
Duel & afaffinat.
Toute l'Europe a retenti du fameux pro ès
poursuivi devant le Parlement de G .... contre
M. D... C….. , Pu fujet du crime de duel & d'affallina
qu il étoit accusé d'avoir commis fur le
fieur S... L... B... , C - p'taine dans la Légion de
F... Un Arret , rendu le 16 Septembre 1769 ,
toutes les Chambres affemblées , prononça la
peine due au coupable , & adjugea au pere de
l'homicidé 12,000 liv. de réparations civiles ; cet
Arrêt a été exécuté , relativement aux condamnations
pécuniaires & à la confifcation les biens
de M. D... C ... ; mais il ne reçut , a fon égard ,
qu'ene exécution figurative, attendu fa contumace
& fa fuite en pays étranger. En 1784 , il-a
repaffé en France , & s'ell pourvu par le cainiitere
de Mrs. d'Augy , d'Amours , d'Efpaula & Auda ,
Avocats aux Confeils , en caffation de l'Arrêt de
condamnation. Sur le rapport de la requête , le
Confeil a demandé au Parlement de G ... les
motifs de fon Arrêt , & ordonné l'apport des
charges & informations : ce qui a été fait . Mais
la famille du fieur S ……. L ….. a cru ne devoir
rien nég'igr pour faire maintenir l'Arrêt , elle a
fait réimprimer le Mémoire qu'elle avoit publié
pendant le procès à G ... Eile y a joint la réim
---
(1 ) On feuferit à toute époque pour l'Ouvrage entier ,
dont le prix eft de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue & hotel Serpente.
( 9944 )
preffion de l'Arrêt , avec un Mémoire à confulter,
& une Confultation très- développée de M. Robin
de Mozas , Avocat au Parlement de Paris , & cidevant
au Parlement de G ... « Toutes les
>> pieces , a - t-il dit , qui ont été miles fous nos
» veux , offrent les preuves les plus claires & les
» plus fortes du crime d'affaffinat , commis fous
l'apparence & le prétexte d'un combat de duel.
» On ne peut pas réunir plus de pretutions traîtreffes
, plus de lâcheté , plus de barbarie , que
´» le fieur D... C….. en montra dans cet affreux
» moment ; & la langue n'a point de termes pour
exprimer le 'fentiment qu'on éprouve à la lecture
des interrogatoires de D... , domestique de
l'affaffin , expliquant comment fon maître met
>> un genou fur le corps de la victime pour l'égor
» ger plus à fon aife & s'affurer qu'elle n'échappe
ra pas à fa férocité . L'Arrêt , à l'exécution du-
» quel il s'eft fouftrait par la fuite , lui inflige une
peine qui , quelque forte qu'elle foit , ne peut
jamais être proportionnée à un crime fi deteftable
; il a puni , en fupprimant la mémoire du
» mort , la faute involontaire & forcée par le pré-
» jugé , qu'il avoit commiſe en fe rendant à la
" provocation du meurtrier ; il a accordé une foible
indemnité à un pere infortuné , qui , pour
» exercer cette action , n'empruntoit rien de fon
fils , mais tenoit tout de lui-même , pour venger
» un pareil meurtre ; enfin , il a puni des Galeres
feulement le domestique du fieur D ... C... qui ,
par l'ordre de ce maître féroce , s'étoit rendu
avec armes fur le lieu du combat , avoit favorité
» l'exécution du crime , & prété , comme dit l'Or-
» donnance , aide & fecours au meurtrier. Toutes
les difpofitions de cet Arrêt ne préfentent donc
pas le plus léger carac‹ re d'injuftice ; & s'it
» falloit aujourd'hui rejuger les coupables , il n'est
( 95 )
» aucun Tribunal au monde qui pût le difpenfer
de leur infliger les mêmes peines, Ɔ Corfidérant
enfuite la forme , le défenfeur établit
qu'un conturnax n'eft jamais admis à fe pourvo'r
par la voie de la caffation , mais eft tenu de fe repréfenter
dans les prifons du Tribunal qui a rezu
l'Arrêt , en prenant des Lettres d'eftes à droit ,
lorfque les 5 ans de la contumace font expirés.
Voila la marche. La loi n'en indique & n'en
adopte pas d'autre. Il a réfuté le moyen de
caffation , tiré de ce que le Parlement entier avoit
jugé le coupable , dans un temps de Vacances , fans
avoir obtenu de Letrces Patentes de prorogation.
Après l'examen de cette queſtion & des autorités
qui y ont trait , il a expofé les loix générales qui
tiennent les Cours Souveraines toujours en mouvement
, pour le maintien de l'ordre & de la tranquillité
publiqué ; par exemple , « une fédition,,
» une émotion , un monopole qui éclate tout -àcoup
, un grand crime , en un mot ; car on peut
fuppofer tous les cas poffibles , fe feront fentir
» dans une Province , dans un lieu du reffort ; le
အ danger de l'exemple & l'impunité peuvent ac
croître le mal ; au milieu de ces agitations , le
» Parlement reftera- t il dans un étát paffif , & at-
» tendra-t-il de l'autorité qui peut être éloignée ,
» le pouvoir de fe proroger & d'agir , d'inftruire
, & de juger , de rétablir le calme par l'exemple
& la promptitude da châtiment , dans une oc-
» currence où le progrès du mal peut avoir des
» fuites fi funeftes ? Ainfi , l'ordre de la Loi ,
l'exemple dû au Public , la juftice dûe aux Par-
» ties offenfées , ont excité le zele du Parlement
» & n'ont pas dû lui laiffer un inftant de repos ,
» qu'il ne foit arrivé au terme que demandoit la
Juftice ; mais un incident, ménagé par le cou
pable , en faisant paroître fon domestique , a
((1960 )
50
c pu
a différé cet inftant ; & le temps des Vacations eft
arrisé , avant que l'ouvrage de la Justice ait
» étre couronné. Le Parlement confervera- t - il ,
» pendaft deux mois encore , un crimine con
2 vaincu ? Laiffera - t - il , pendant deux mois , le
Public Botter dans l'incertitude , fi ce n'eft
point un coupable qu'on veuille dérober à la
pengeance des Loix ; & l'intérêt du Sr D ... C…..
» lui toome , s'il eût été innocent , n'étoit - il pas
» d'ere promptement & folemnellement jufti .
ɔɔ fié ? 35 Au furplus , les regles tracées par
toutes les Ordonnances , recommandent en tout
temps la prompte expédition des affaires crimi
nelles , & le Parlement n'a fait ici qu'acquitter
à la décharge du Roi , le ferment qu'il fair de ne
pardonner jamais le crime de duel & d'affaffin prémédité.
Le Roi s'arme de toute fa colere contre
des crimes i horribles ; & pour parler de duel
P'Edit d'Acûr 1679 , ordonne de le poursuivre
avec promptitude & célérité . Il veut , & c. &c.
Ainfi , Edit du duel fait taire toutes les regles
ordinaires , impote filence à toutes les loix com™
munes & force les Juges de marcher fans interruption
, fans aucun retard , à la découverte &
& à la punition prompte & éclatante du crime.
Le Parlement n'a donc fair qu'obéir aux ordres de
la Loi , & fatisfaire , après une inſtruction trèsréguliere
, à ce que la Loi même lui prefcrivoit.
C'est dans ces circonftances qu'eſt intervenu , le
9 Septembre 1785 , Arrêt qui déboute le fieur
D..C,. de fa demande en caffition ; lui enjoint de
fe repréfenter devant le Parlement de G... , dans
le délai de deux mois , & néanmoins , lui donne
les grands chemins pour prifon .
2124
1
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 25 Avril. -
Dans la nuit du 14 au 15 les glaçons venant
de la Baltique s'accumulerent dans
la rade de Helfingor , au point que plufieurs
bâtimens furent en grand danger ; le 16 , 20
de ces navires quitterent la rade après avoir
perdu leurs ancres & cordages , & ſe réfugierent
dans la baie de Hornbek ; le 17 par
un vent de S. O. le Sund fut rempli de glaces.
La Direction de la Compagnie d'Afie a
reçu la nouvelle , que le vaiffeau la Princeffe
Louife -Augufte eft parti le 16 Octobre dernier
de Tranquebar , avec une tiche cargaifon
en retour , & que le vaiffeau la Sophie-
Magdeleine a fait voile le 26 Janvier de
Porto Prayo pour continuer fa route aux
Indes Orientales .
N° . 20 , 20 Mai 1786 . e
( 98 )
ALLEMAGNE
.
DE HAMBOURG
, le 6 Mai.
Les lettres de Pétersbourg parlent toujours
de la conclufion des Traités de commerce
de la Ruffie avec la France & l'Angleterre
, comme étant très -prochaine ; mais depuis
fi long-temps on tient le même langage
que les gens prudens reftent dans leur incertitude.
Le Roi d'Angleterre a ajouté aux
appointemens
de M. Fitz Herbert , fon Miniftre
à Pétersbourg , une gratification extraordinaire
des mille liv . fterl . Le Comte
de Gorz , ci - devant Envoié de Pruffe en
Ruffie , n'eft point encore remplacé . On a
défigné pour cette miffion le Baron de Keller
; aujourd'hui on parle du Baron de Roth ,
prétendues nominations qui n'ont d'autre
fondement que les conjectures du Public.
La Lettre circulaire du Roi de Suede pour
la convocation
de la Diete générale qui a
dû s'ouvrir à Stockolm le premier Mai , étoit dans la forme & de la teneur fuivante :
Nous GUSTAVE
, &c. N'ayant reçu de nos fideles fujets , pendant le cours d'ure adminiftration
de 15 ans , que des preuves d'obéiffance
&
d'attachement
, nous n'avons auffi rien eu plus à coeur que d'employer le pouvoir qui nous a été confié , au bien- être d'un chacun , & de mériter
par nos foins continue's la gratitude de ncs fujets. Nous avons été en particulier attentifs à entrete
nir l'union & la bonne intelligence avec les Puif
( 99 )
fances étrangeres , de maniere que nous pouvons
voir l'époque de notre Régence , comme celle de
la plus longue paix dont ait joui le Royaume , &
qui n'a jamais eu lieu pendant fi long tems , fous
aucun des grands Rois nos prédéceffeurs ; & nous
ne pourrions affez louer la bonté divine pour fes
bénédictions abon lantes fur notre règne , fi pendant
les trois dernieres années confécutives , les
récoltes n'avoient aggravé notre follicitude pa
ternelle .
Les mesures prifes pour votre foulagement témoignent
notre vive attention à écarter & prévenir
, pour le bien être général , tout ce qui peut
nuire à votre bonheur.
Cependant , il ne fuffit point que l'on ne fonge
au fecours qu'au moment du befoin ; car alors , ce
fecours devient difficile & fouvent impoffible ,
tandis qu'une utile prévoyance empêche & arrête
à tems les malheurs que l'on craint.
Teleft le but où tendent a&tuellement nos vues,'
& dont la réuffice demande nos foins & les vôtres ,
pour l'opérer fur une bafe folide & fal taire . C'eft
pourquoi nous requérons votre préfence & affemblée
, afin de délibérer avec nous fur cet impor
tant objet .
·
Nous vous invitons en conféquence , les Membres
de l'Etat du Royaume , & vous recommandons
de comparoître le premier de Mai en cette
Capitale de Stockholm , & que le Corps Equeftre
non feulement fuive pour regle ce qui a été
ſtatué en 1626 , le 2 Juin , par Gustave- Adolphe II,
de glorieufe mémoire , & a été confirmé de nou .
veau par Nous ; mais auffi que les autres Membres
de l'Etat qui , fuivan : l'ufage , envoient des Députés
, le fallent de maniere que de la part du
Clergé , l'Archevêque & chaque Evêque s'y trou
vent : ce à quoi eft ordonné le Paftor Primarius de
C 2
( 100 )
Stockholm , & de chaque Diocèfe , autant qu'il a
coutume d'en venir , & des autres Etats , fuivant
l'ufage établi , afin que nous puiffions ouvrir la
Diète , & après une conclufion heureuſe , accorder
à un chacun la liberté de retourner chez foi.
Après quoi , tous en commun , & chacun en
particulier , auront à fe conformer à ce qui aura
été réfolu . Vous affurant en général , comme en
particulier , de notre faveur & affection Royale .
Stockholm , le 28 Mars 1786.
Pendant l'année 1785 , il est entré 1278
bâtimens dans le port Suédois de Gothenbourg
, & il en eft forti 1276.
On a vu depuis quelques années la détreffe
toujours croiffante , dans laquelle fe
trouve la Compagnie des Indes Hollandoile
; mais l'on ceffera d'en être étonné , en
lifant les obfervations fuivantes , recueillies
par un Journaliſte Allemand,
Le Capital primitif de cette Compagnie confiftdit
en 6,300,000 florins répartis en 2,100 Actions
de 3,000 florins chacune. Le nombre des
Actions fut porté par la fuite à 2,130 liv.; ce qui
fit monter le Capital à 6,390,000 florins. Des circonftances
favorables , dont cette Compagnie a fu
profiter, augmenterent bientôt fon Capital juf
qu'à la fomme de 40,950,000 florins ; mais ces
grands avantages difparurent fucceffivement , &
au point que le Capital de la Compagnie a defcendu
d'après les dividendes , à 340 à 355 pour cent.
Les calculs fuivans prouveront la décadence progreffive
de cette Compagnie.
La Compagnie vend dans l'Inde ,
50,000 liv. pefant de cloux de girofle à 5 flor.
roo,000 de noix de muſcade à 2 fl, 16 ftuv,”
Florins.
750,000
280,000
( 101 )
10,000 1. de fleurs de mufcade à 6 A. 8 ftuv.
200,000 de canelle à 5 A. S ft.
3,500,000 de poivre à 30 pour cent,
Total.
En Europe.
350.000 liv. pef. de cloux de girofle às flor.
250, 00 de noix de mufcade à 3 Al. 15 ftuv.
100.000 de fleurs de mufcade à 6 Al. 8 ftuv.
400,000 de canelle à 5 Яor, 6 ftiiv.
5,000,000 de poivre à so pour cent.
•
64,000
· 1,050,000
· 1,050,000
3,194,000
1,750,000
937,500
640,000
2,100,000
• 2.500.000
Total. 7.527,500
Total général de la vente.
• 11,123,500
Les frais de ces épiceries montent d'après les
prix moyens à. 3.519,500
Bénéfice net de la Compagnie. 7,602,000
Le Capital de la Compagnie dans l'Inde , fes
vaiffeaux , fes biens , fes dettes actives , bonnes &
mauvaifes , fes provifions de bouche & de guerre ,
& c. , montent à la fomme de · ••~ 47,000,000
La Compagnie doit en Europe la
fomme de 11,250,000 flor. à 3 & demi
pour cent d'intérêts ; & en Alie ,
celle de 7,000,000 , où les intérêts
font rarement au- deffous de 10 pour
cent : ce qui fait
Ainfi , le Capital per de la Compagnie
eft de
Nota. Cette derniere fomme provient
des gainsprimitifs de la Compagnie ; les
intérêts de cettefomme à 5 pour cent ,
font 2,406 250 florins . On évalu: le bénéfice
annuel à 3,500,000florins.
Déduction faite du Capital net des
18,250,000
28,750,000
e 3
( 102 )
mauvaises detres actives & des non-
Valeurs qui peuvent monter à . ·
Le Capital réel de la Compagnie
eft réduit à
$ 5,250 000
13.500,000
Il réfulte de ces calculs , que le Capital primitif
de la Compagnie , qui est de 2,130 Actions , à
3,000 flor. , ou de 6,390,000 florins , eft au Capital
réel dans la proportion de 211 florins 5 ft ,
& 4 pour 100. Mais comme la Compagnier gle
fon dividende dans la proportion de 350 florins
pour cent , il eû palpable qu'elle accorde tous les
ans un bénéfice imaginaire , au moins de 138 Aur.
14 ft. 8 pf. pour cent. Il s'enfuit , que fi la Compagnie
continue à porter fon Capital réel plus haut
qu'il n'eft en effet ; qu'elle regle des dividendes
exhorbitans , & qu'elle diftribue par an 4 & demi
jufqu'à 5 pour cent , comme ( tant le bénéfice vrai
du Capital réel , elle ne manquera pas , d'après
les règles de la progreffion , de confommer ton
Capital entier dans l'efpace de 14 à 15 ans.
DE VIENNE , le 5 Mai.
Le Chevalier Somma , ci devant Ambaffadeur
du Roi de Naples auprès de notre
Cour , a déclaré le 15 Avril fon mariage
avec la Princeffe Douairiere de Picolomini ;
mariage conciu depuis long temps , mais
qui avoit été tenu fecret. On dit que l'Empereur
& le Prince de Kaunitz feuls étoient
dans la confidence .
On a découvert ici une fabrique de faux
Billets de Banque , heureufement avant que
ces Billets fuffent répandus fur la place . On
( 103 )
en a faifi pour 80,000 florins fur les Auteurs
du faux qui font arrêtés. Parmi eux fe trouve.
une perfonne d'une famille diftinguée , &
qui étoit à la veille d'hériter de 50,000 rixd.
de rente ( près de 170,000 liv. tournois ) . Il
étoit affocié , à ce qu'on ajoute , avec un
Papetier , un Juif & un Graveur. Ce dernier
qui a dénoncé le crime , a été liberé de la
peine , & a reçu 10,000 flor. de récompenfe.
Les coupables feront jugés à la rigueur
des Loix : ils s'étoient engagés par ferment
à ne pas fe trahir.
Il est décidé , à ce qu'on croit , de fubftituer
aux fufils ordinaires des troupes , des
fufils à deux canons d'une nouvelle invention
; plufieurs Régimens en ont déja été
pourvus.
On écrit de Clagenfurt qu'on y a éprouvé
le 11 de ce mois quelques fecouffes légeres
de tremblement de terre.
La même Lettre ajoute que le Régiment
de Rife , Infanterie , en garnifon à Clagenfurt
, & plufieurs autres Régimens ont reçu
ordre de fe mettre en marche le 12
Mai pour ſe rendre aux frontieres de Hongrie.
le 9 "
DE FRANCFORT , le 10 Mai .
Le Baron de Falkenhayn , Lieutenant-
Général des armées du Roi de Pruffe , &
Gouverneur de Schweidnitz , eft mort âgé
de 67 ans, à la fuite d'une apoplexie.
€ 4
( 104 )
Le 27 Avril , la Landgrave Douairiere de
Heffe Caffel eft arrivée à Hanau , où elle
fixera fa réfidence .
Les Bourgeois de Nuremberg ont envoie
à Vienne deux Députés , chargés de préfenter
à l'Empereur un Mémoire contre le Décret
du Magiftrat qui établit une nouvelle
capitation. Ces Députés font partis le 23
Avril.
Le Duc regnant de Saxe - Gotha fait établir
à Gotha un Obfervatoire , & il anommé
Aftronome de la Cour le Profeffeur de
Zach qui féjourne actuellement à Londres.
On lit dans le nouveau Réglement dreffé
en 1769 par l'ordre du Général Feld-Maréchal
de Lafcy pour la Cavalerie de l'Empereur
, les détails fuivans fur l'entretien des
Régimens de Cavalerie .
Régimens.
a Carabiniers ,
Force & entretien
en temps depaix.
Force & entretien
en temps de guerre.
hom. florins. hom . florins.
2,724 332,211 3,064 4: 6736
15 Cuiraffiers , 12,555 1,604.061 17,445 2,36239 2
10 Dragons , 8,370 1,069,374 11,630 1,574928
2 Chevaux -légers , 1,674 213,874
10 Huffards , 8,330 1,065,054
2,326 314985
1580 1,567188
39 Régimens. 33,683 4,28,577 46,045 6,236232
Peu de Monarques , dit une Feuille publique ,
ont donné à leurs Alliés d'auffi grandes preuves
d'eftime & d'amitié , que l'Empereur en donne
journellement à l'Impératrice de Ruffie. On travaille
par ordre de S. M. Imp . , pour cette
Souveraine, dans la Fabrique de porcelaine de cette
( 105 )
Capitale , à un fervice de table , qui fera une
piece unique en fon genre. Chaque affiette reviendra
à près de 16 ducats. Nous avons ici de
très -habiles Peintres ; mais afin de réunir dans
cet ouvrage le goût à la perfection de la peinture ,
on a fait venir de France deux de : meilleurs Peintres
de la Fabrique de porcelaine de Séve . Sur les
grandes foupieres & réchauds feront repréfentés
les portraits de l'Empereur , de l'Archiduc Fran
çois , de la Princeffe Elifabeth , ainfi que les plus
belles vues de Vienne ; & fur les affietter , les dif
férens coftumes de tous les peuples foumis à la
domination Autrichienne . Enfin , pour perpétuer
le fouvenir de la part éminente que Jofeph 11 a
eue à la conquête de la Crimée , par la pofition
qu'il fit prendre à fon armée le long des frontieres
de la Turquie , le Monarque veut faire faire ici la
Couronne que l'Impératrice de Ruffie portera le
jour de fon couronnement , comme Reine de Tauride,
& il y deftine la plus belle partie de diamans
& de perles de fon tréfor ; on voit par - là que
S. M. Imp . met autant de munificence dans les
préfens , que de goût dans leur choix.
Au précis que nous avons donné fur le
Commerce de Danemarck , nous joindrors
celui que préfente le même Journal Allemand
du Commerce de la Ruffie .
a
L'Empire de la Ruffie ayant pour limites , à
l'oueft , la Baltique , à l'eft la mer Pacifique ,
au nord la mer Glaciale , & au fud la mer Noire
renferme dans cette vafte enceinte des pays immenfes
, les urs à la vérité prefqu'incules , les
autres très - fertiles en toutes efpeces de productions
, mais tous heureulement fitués pour le
commerce , foit de terre foit de mer. La Ruffie
peut fe procurer par terre les riches marchandifess
( 106 )
de la Chine , de l'Inde & de la Perfe; & comme
elle eft aujourd'hui en poffeffion de la Crimée &
du Cubar , il lui fera facile d'étendre conûdérable--
ment fon commerce maritime. Il farcit même
poffible qu'elle concentrât dars fon fein la plus
grande partie du commerce européen & afiatique,
en établiffart par des canaux une communication
entre les mers Noire & Caſpienne , la Baltique &
la mer Blanche , afin de pouvoir naviguer d'Archangel
à Afof, & de Pétersbourg à Afracan . Son
heureuse fituation , il faut en convenir , est trèspropre
à lui procurer un jour une prépondérance
décidée dans le commerce en général , fur- tout
files Souverains de Ruffie mettent toute leur atten
ion à favoriser la population , l'agriculture ,
les manufactures , le commerce de l'Empire , &
à augmenter infi par une fage adminiftration
le bien être de leurs fujets. Il eft vrai que jufqu'à
préfent la plus grande partie du commerce
extérieur de cet Empire a été fait par les étrangers
, & nommément par les Acglois ; mais il
y a lieu de croire que les Ruffes , p'us éclairés
aujourd'hui fur leurs véritables intérêts, écarteront
les obftacles qui les empêchent de s'en occoper,
& qu'i's reprendrort fucceffivement les
grands avantages que les étrangers ont retirés
jufqu'ici de leur commerce . On donne plufieurs
raifons de cette négligence des Ruffes : les principales
font le défaut de numéraire & le trop
haut intérêt de l'argent. Effectivement il faut
des fonds extraordinaires pour faire le commerce
de la Ruffie fur le pied actuel . Les Ruffes font
dans l'ufage de ne prendre les marchandifes étrangeres
qu'à fix ou douze mois de crédit , & de
vendre comptant kurs propres marchandifes ,
fur lefquelles il arrive quelquefois qu'ils le font
payer des avances. Cette manière de commercer
eft affujettie à de grands inconvéniens , & il
( 107 )
9
n'y a que des Négocians ou des compagnies de
Négocians trés-riches qui puffent s'en accommoder.
D'abord il faut des fonds pour paver
les marchandifes qu'on veut importer en Ruffie
& il en faut d'autres pour y acheter les marchandifes
d'exportation , pour payer le fret , les
droits de Douane , & c. Esfuite il est néceffaire
d'établir à Pétersbourg des comptoirs , tant pour
l'achat des marchandifes ruffes & leur prompte
expédition , que pour la vente des marchandifes
importées. Ainfi l'on apperçoit fans difficulté
que dans ce commerce il fe préfente des rifques
fans nombre pour le Négociant qui n'a pas
fuffisamment de fonds , & qui paie fon crédit
avec de gros intérêts : il fe paffe même quelquefois
deux ans & plus , avant qu'on puiffe retirer
fa première mife des fonds , & il arrive auffi de
temps à autre que les Ruffes ne paient pas à
l'échéance convenue , ou qu'ils ne fournilent
pas au temps ftipulé les marchandifes pour lefquelles
ils avoient reçu des avances. Les Anglois
ont fu concilier jufqu'à préfent tous les
moyens propres à acquérir la prépondérance dans
ce commerce : autrefois c'étoient les Hollan
dois ; mais il feroit facile à d'autres nations , qui
ont intérêt de faire ce commerce , dont l'importance
s'accroît de jour en jour , d'en partager
les avantages , avec les Anglois , & de s'en
approprier une grande partie. Rien n'eft impoffible
au génie mercantile , s'il eft appuyé de la protection
du Gouvernement.
Nations qui commercent en Ruffie.
Les Anglois , les Hollandois , les Pruffiens ,
les Suédois , les Danois , les villes de Hambourg
, Lubec , Brême , Toftok , Dantzic ,
Stelfin.
Les François , les Espagnols , les Portugais &
( 108
les nations d'Italie n'y ont envoyé jufqu'à préſent
que peu de bâtimens.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 18 Avril.
En publiant l'année derniere l'état des envois
faits aux Indes , & des retours pendant
l'année 1784 , on avoit annoncé le deffein de
donner tous les ans de pareils réfumés , pour
mettre la nation à portée de juger des pro
grès de fon commerce. En conféquence
avec les états ci - deffous du commerce
des Indes , pendant l'année 1785 , on rapportera
ceux de l'année 1784 , afin que l'on
puiffe en faire la comparaifon , & juger de
l'accroiffement des Exportations nationales.
Eat des productions & marchandifes tant nationales
qu'étrangeres , embarquées pour les
Indes dans les ports d'Espagne , pendant l'année
1784.
Valeur
Réaux de Veillon.
Valeur
PORTS. des productions des productions TOTAL.
nationales . étrangeres.
Cadix. 147,891,263 218,253,107 . 362,344,370
Malaga. 19,637 965 1,430,109 21,068,074
Séville. 6,271,373 3,054.365 9.325:738
Barcelonne. 12.263,177 2,124,064 14,387,241
La Corogne. 6,457,595 3.996,200 10,453,795
Saintander. 3,671,501 9,017,374 12,688,975
Tortofe . 766 918 28,953 . 793,871
Les Canarias. 2,497,4'5 2,497,415
Gijon. 428,154 1,019.147 1,447,201
Totaux
195,885,361 238,923,2190 434,808,5.30
Qui font
piaftres
fortes
Différence en faveur des productions étrangeres 53,037.858
21,740,438 10
( 109 )
Le même Etat pendant l'année 1785 .
Réaux de Veillon .
Valeur
PORTS. des productions des productions
Valeur
TOTAL
nacionales. étrangeres.
Cadix. 267,600,719 400,172,243- 667,772,953
La Corogne. 8,596,786 19. 5,273,373 25 13,870.160 107,
Malaga. 16,744,698 26 2,589,175 8
Séville . 8,946,779 3>449,437
S. Lucar. 436,661 17 574.665 17
19,333 874
12,396,216
I , CO1,327
Alicante. 1,496,246 19 540,335 23 2 036,582 8.
Barcelonne. 24,396,329 26. 2,566,597 26,962,926 26
Torto . 1,874,150 17 127,103. 2,001,253 17
Gijon. 199,555 1,447,779 15 1,647,334, 26
S. Sébaften. 170,235.21 1.735.511 5. 1,907,746 26
Saintander. 4.290,796 2! I1,189,433 3 15,480,229 25
Les Canaries. 2,623,651
།
Totaur 337,266,601
Qui font , piaftres fortes
314,532 5. 2.938,183 5.
429 982,185 28 767.248,787
· 38,362,439 7
Difference en faveur des productions étrangeres 91,714,584
qui font 4,635,729 P. 4 r.
N.B. Accroiffement des exportations totales cette année
332,441,220 réaux.
Qui font piaſtres fortes ... 16,622,061
Etat des productions & marchandifes des Indes ,
importées dans les ports d'Espagne , tant fur
les vaiffeaux du Roi , que fur les vaiffeaux par
ticuliers , pendant l'année 1784 .
Réaux de Veillon.
Numéraire
PORTS. عون Merchandifes.
TOTAL.
Bijoux.
Cadix. 829,716,470 299,075,708 1,128,792,178.
Malaga .
1.860,554 , 3,860,554
Barcelonne. 10,214,060 9.123,320 12,337,381
La Corogne. 74, 128.334 9,00 , 94 83.128,519
Saintander. 4,094,340 10,097,410 14,181,770
Les Canaries. 10,980,700 16 217,380
Toraux. 929,123,894 334,393,885 1,263,517,782
Qui font piaftres fortes. 63.175 887 3ro
5,236,680
Q *
( ITO ) .
Le même pendral Pannée 1785 .
Reaux de Veillon .
Numéraire,
PORTS.
مويلا
Bijoux.
Cadix . 758 258,551
Marchandifes. TOTAL.
330,606,627 11068,865.318
Malaga.
Barcelonne.
Saintander. 8,759,809
S. Sébastien. 2,544.388
Alicante.
Gijon. 845,174
Vigo.
149,000
Les Canaries.
La Corogne. 106,967,818 71
6,631,440
10.990.237 5 12,166,801 7
4,843,226 32 111,811,045 9
1,350,928 30 7.982,368 30
23,157,038 12
16,147,387 31 24,507,194 31
20,020,586 22,564,974
539,821
339,821
5647.315 1,492,489 8
390,600 530,600
2 :923,223 7 1,699,995 2 4,620,218 9
Totaux . 877,660,778 388,410,289 1266,071,067
Qui font P altres fortes
63,303.553 7
N. B. Accroiſſement des importations totales cette année ,
553287
Qui font piaftres fortes ... 127,664 7 réaux .
44 contrebandiers étant fortis de Bayonne
fous une eſcorte de so des leurs à cheval
bien armés , pour entrer dans le Royaume
de Navarre , le Comte de la Cadena , Adminiftrateur
général des Impofitions de cette
Province , prit des mefures pour les arrêter
au voifinage de Pampelune . I.es contrebandiers
attaqués dans une maifon qui leur fervoit
d'afyle , fe défendirent pendant 10 h.
De part & d'autre , plufieurs combattans
ont été tués ; mais les contrebandiers fe font
échappés , en abandonnant 35 de leurs Cavaliers
& 51 charges de tabac .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Mai.
On a été très alarmé , durant plufieurs
( 111 )
jours , fur la vie du Chancelier Lord Thurlow.
S. S. étoit attaquée d'une ftrangurie , extrêmement
douloureufe , occafionnée par la
goutte , avec des fymptômes menaçans.
Déjà le Public formoit des arrangemens pour
cettefucceffion miniftérielle, orfque l'habileté
des Médecins eft venue déranger ces promotions.
Le Chancelier eft aujourd'hui hors
de danger , & l'on fe flatte même que fa
convalefcence ne fera pas longue.
Le Comte de Mansfield, qu'avoit nommé
le Roi pour préfider la Chambre des Pairs ,
pendant la maladie du Lord Chancelier ,
s'eft excufé fur l'état de fa fanté : il eft renplacé
dans cette fonction par Lord Bathurst ,
dont S. M. a figné la commiffion le 2 de ce
mois. Ceux qui fuppofent peu d'union entre .
Lord Mansfield & les Miniftres actuels , attribuent
à la politique le refus de ce Chef éminent
du Banc du Roi.
Le paquebot le Swallow , à bord duquel
étoit embarqué Lord Cornwallis , est rentré
à Portſmouth , après avoir été contratié par
les vents , quelques jours de fuite , à la hauteur
de l'Ile de Whigt. Cette circonftance
a favorifé les intentions du Gouvernement
qui avoit expédié un cutter à Mylord Cornwallis
, avec de nouvelles dépêches qu'il a
rencontrées en revenant à Portſmouth . Le
Swallow ne remettra à la voile , qu'après avoir
reçu le bill de M. Dundas , que vient de fanctionner
le Parlement,
( 112 )
Lundi dernier , Lord Hood a hiffé fon
pavillon , à bord du Triumph , de 74 can . ,
en qualité de Commandant en chef du port
de Portſmouth , à la place de l'Amiral Montague.
Le Journal du Parlement , depuis l'Ordinaire
dernier , a été rempli par des objets
très intéreffans ; nous n'en rapporterons que
les principaux ; mais avec l'étendue néceffaire
à des difcuffions dont on détruit l'ef
fence par des extraits trop raccourcis.
Le 28 Avril M. Powis prit en confidération
ure requête préſentée il y a deux ans par les
habitans de Quebec , & après avoir expofé
les différentes loix données au Canada depuis fa
conquête , il s'attacha particulierement à l'acte
paffé en 1774. Suivant la requête des Canadiens ,
dont M. Powis fit l'analyfe , les Supplians follicitent
de pouvoir être jugés par Jurés dans les
caufes civiles; d'étendre au Canada l'acte d'habeas
corpus , d'avoir des Jeges indépendans , & une
affemblée repréfentative ; ils demandent auffi ,
que les Officiers du Département civil foient
fous la dépendance , non du Gouverneur- général',
mais du Rei. M. Powis après avoir difcuté
chacun de ces points avec clarté , fit une motion
pour » qu'il lui fût permis de préfenter un bill
explicatif & commutatif de l'acte connu fous
le nom d'a&e du Canada » .
ور
Le Chancelier de l'Echiquier loua le zole de
M. Powis , & convirt qu'il étoit juste de fave
participer les Canadiens aux avantages de la
Conftiturion Britannique ; mais le moment préfent
lui parut peu favorable à aucune mefore
décifive fur cet objet , attendu qu'on ignoroie
( 113 )
le voeu général des Canadiens , & que le Gou
vernement avoit chargé le Chevalier Guy Car
leton , près de partir pour le Canada , de fonder
la difpofition des efprits.
M. Fox s'étonna , qu'après une poffeffion de
22 ans , le Miniftere fut aufi mal inftruit des
affaires du Canada . Quant au voeu général des
Habitans , il avoit toujours été pour la liberté ,
& dans tous les tems , le Miniftere leur avoit fait
efpérer une meilleure Adminiftration , Mais loin
de tenir cette promeffe , le Parlement , par un
acte paffé en 1778 , ôta au Confeil légiflatif.
le pouvoir de taxer les habitans. M. Fex
critiqua vivement cette meſure , & en démontra
l'injuftice .
L'Avocat-Général répondit à M. Fox que les
Canadiens jouiffoiznt déjà des avantages du
jugement par Jurés dans toutes les caufes où la
vie des citoyens étoit intéreflée , & il obferva
qu'en cela ils étoient plus favorifés que certaines
Provinces d'Ecoffe.
Après plufieurs débats , on alla aux voix , &
la motion de M. Powis fut rejettée par 63 voix
contre 21.
Le même jour , la Chambre paffa le bill
de Terre Neuve , propofé par M. Jenkinson ,
en comprenant les navires de Jerfey & de
Guernſey , dans le nombre de ceux qui par
ticiperont aux encouragemens donnés aux
pêcheries de Terre Neuve.
Conformément à l'ordre dujour, M. Haf
tings comparut à la Barre de la Chambre des
Communes , & demanda la permiſſion de
lire fa défenſe , vu fa nature qui exigeoit
beaucoup de dates , fon étendue & le peu
( 114 )
d'habitude qu'avoit l'Accufé de parler en
public. Ce plaidoyer , très-long , a été horriblement
mutilé par les Editeurs des Papiers
publics , qui en ont donné le fquelette
d'une manière auffi barbare , qu'inexacte &
décharnée. Nous fommes forcés de nous en
tenir à ces extraits rapides , en choififfant
celles des Feuilles publiques les plus concordantes
, & les plus habiles dans l'art de ces
traditions parlementaires .
M. Haftings fit obferver en débutant , que
l'accufation intentée contre lui , étoit non--feulement
très - mal fondée , mais encore calomnieufe
; que les différens Papiers du jour , contenoient
les remarques les plus injuftes fur fa conduire
; que les preffes faifoient éclorre chaque
femaine de nouveaux libelles , auffi erronés que
condamnables fur les différentes époques de fon
adminiftration dans l'Inde ; que le plus extraordinaire
de tous étoit un pamphlet , publié en dernier
lieu , dans lequel les chefs d'accufation n'étoient
pas feulement copieufement amplifiés ,
mais où l'on voyoit fur le frontifpice le nom de
fon Accufateur ( M. Burke ) : ce qui manifeftoit
affez que ce pamphlet étoit muni de fa fanction ,
& que même cet Accufateur complaifant avoit
la condefcendance officieuſe d'en être l'Editeur ;
que les charges étoient le réſultat de plufieurs
délibérations , & d'un long travail ; que durant
une période d- cinq ans , fes ennemis s'étoient
étudiés à les combiner , & à y donner le plus
grand degré d'apparence poffible , que de fon
côté, il n'y avoit pas plus de huit jours , qu'avec
la permillion de l'honorable Chambre , il s'étoit
déterminé à parler lui - même pour fa défenfe
; qu'en conféquence , c'étoit le travail d'un
auffi petit nombre de jours , qu'il oppofoit à des
machinations tramées par fes Adverfaires pendant
plufieurs années ; que cependant il fe flattoit
de pouvoir les confondre , & de découvrir toute
la calomnie & l'odieux de leurs inputations.
M. Haflings fe plaignit encore de ce qu'il étoit
obligé de répondre à des reproches vagues , où il
n'y avoit rien de ſpécifié , & qu'on pouvoit traiter
de pures narrations hiftoriques , ornées de
commentaires auffi obfcurs qu'infidieux. Il ajouta
qu'il avoit été dins l'Inde dès fa premiere
jeuneffe ; & que durant une période de trente- fix
années d'esclavage , il avcet toujours eu le bonheur
d'y conferver un caractere noble & refpectable
; que dans tous les temps il avoit agi felon
la néceffité des circonftances ; que fouvent il
avoit été réduit aux plus fâcheufes extrémités ;
que nul homme ne s'étoit vu dans des fituations
auffi périlleuses , fans autres reffources que celles
qu'il avoit fu trouver en lui - même ; que fe
voyant fans ceffe en butte aux menaces de fes
ennemis , il s'étoit enfin déterminé à réſigner
fon gouvernement dans l'Inde ; que cette réfignation
avoit été fuivie des regrets les plus vifs
des fideles Sujets ; qu'il avoit reçu des adreffes
même de fes
multipliées de remerciemens
Commettans , la Cour des Directeurs de la Compagnie
des Indes - Orientales ; & que comme il
avoit la fatisfaction de pouvoir juftifier la confiance
dont on l'avoit honoré , par une approba
tion auffi unanime , il penfoit que nul autre pouvoit
fur la terre n'avoir le droit de jetter du doute
fur fa conduite .
A la fuite de ce préambule vigoureux ,
M. Haftings entra dans la réfutation fom(
116 )
maire de chacune des accufations , & d'abord
, de celle qui a pour objet la guerre
des Rohillas.
Il nia abfolument d'avoir été l'auteur origi
naire de cette guerre dont il fit un hiftorique
détaillé. L'idée en avoit é é fuggérée par le Général
Barker ; l'Accufé ne fit que la reprendre
dans une occafion fubféquente. D'ailleurs , d'au-
´tres mains avoient morté la machine : même ,
depuis long- tems , elle étoit en mouvement lorfqu'il
en prit la direction . Les droits de Sujah Dow .
lah à notre affiflance , n'étoient qu'un acceffoire
dans cette guerre ; mais en lui rendant fervice ,
on avoit rendu les fèrvices les plus efficaces &
les plus imporrans à la Compagnie elle -même. Les
tribus Rohillas n'étoient point ce peuple d'agneaux
timides & dépouillés qu'on avoit peints à la Chambre
; elles étoient formées d'un mélange d'aventu
riers militaires , qui ne connoiffoient d'autre
profeffion que celle des armes. Depuis 60 ans
feulement ils habitoient le pays , fans autre titre
au nom de Rohillas, que l'ufurpation qu'ils avoient
faite du territoire de ces derniers. L'objet de
l'expédition faite contre ces ufurpateurs , avoit
été une augmentation du domaine des alliés de
la Compagnie; la mort du Chef Hafez ne fut
qu'un jufte châtiment , puifqu'il avoit envahi
le pouvoir & les propriétés de fon Patron & de
fon, bienfaiteur.
M. Markam & les deux Greffiers de la
Chambre aiderent M. Haftings dans cetre
lecture ; mais comme elle avoit duré depuis
4 h. du foir jufqu'à 10 , M. Pitt l'interrom
pit pour en demander la remife au lendemain.
Cette motion paffa malgré les objections
de M. Burke.
( 117 )
La curiofité du Public pour voir M. Haf-,
tings étoit telle que , non feulement les galeries
, mais même toutes les avenues qui y
conduifent , furent remplies de fpectateurs
avant midi. La foule étoit fi prodigieufe
dans la Chambre même , qu'elle rempliffoit
l'espace entre la barre & l'Orateur qui eft
ordinairement vuide. Lorfque M. Haltings
parut , tous les yeux de cette multitude furent
dirigés fur lui. Il ne fut aucunement intimidé
ni embarraffé ; il procéda à ſa défenfe
avec beaucoup de fang- froid & de
tranquillité, & en fit lecture d'un ton ferme
& très- diftinct. Il n'étoit pas connu perfonnellement
de M. Burke , qui le vit en cette
oceafion pour la premiere fois.
Les principaux Orateurs de la Chambre
des Lords s'étoient auffi rendus aux Galeries
de la Chambre des Communes pour entendre
la défenſe de M. Haftings ; elle fut terminée
le 2 mais l'efpace & les documens
authentiques nous manquent , pour en reprendre
le fil en ce moment.
unanimement ›
Lecture achevée , M. Haftings requit la
Chambre d'en recevoir les minutes ; le Major
Scott en fit la motion formelle ; ells paffa
ainfi que celle du même
Membre pour demander l'impreflion de
cette apologie. La copie qui en a été publiée
par des Libra res avides , ne mérite aucune
confiance ; & M. Haftings l'a formellement
défavouée,
( 118 )
Le bill rédigé par M. Dundas , qui modifie le
bill de l'Inde , a été lu pour la derniere fois , &
admis le 3 dans la Chambre des Communes . Par
ce nouvel acte , les Employés de la Compagnie
font difpenfés de déclarer leur fortune , & il
défend à qui que ce foit d'aller s'établir dans
l'Inde , fans y être autorisé par la Compagnie.
Lorfqu'on propofa le 4 , dans la Chambre
des Communes , de faire le rapport du
Bill de M. Pitt , concernant la réduction de
la dette nationale , M. Sheridan , qui depuis
deux mois faifoit retarder ce rapport , pour
ſe préparer à attaquer le Bill , fit ufage de
fes reffources dans un difcours très -adroit ,
dont nous fommes forcés de reftraindre l'analyfe
commençant d'abord par des perfonnalités
, l'Orateur prétendit que :
Le Comité chargé du travail fur le rapport ,
avoir été choisi parmi les perfonnes attachées à
la Trésorerie , & les créatures de M. Pitt. Il en
eft réfulté que ce Comité s'eft bien moins occupé
de recherches fur nos finances que du panégyrique
de fon patron. Toutes les difcuffions
tous les calculs ont été dirigés vers cet objet . En
conféquence on a établi le revenu permanent de
la nation , non d'après un terme moyen donné par
un long intervalle de temps , mais feulement
d'après une feule année où le produit s'eft trouvé
affez haut.
Les prudens Commiffaires ont eu le plus grand
foin de dérober à la connoiffance du public les
caufes réelles de cet accroiffement particulier à
l'année qu'ils ont choifi exprès pour Pattribuer à
la fuppreffion de la contrebande . Mais en fuppo
fant même , ce qui n'eſt point , qu'elle eût feule
( 119 )
opéré cet avantage. Ce n'eft point à M. Pitt ,
mais au Lord Cavendish qu'on en auroit l'obli--
gation , puifque ce Lord s'en étoit occupé avant le
Miniftre actuel .
Dans l'état même de cette année 1785 , choifie
de préférence comme la plus productive , le Comité
a fait une gaucherie qui décele fon adulation
, puifqu'il n'eft entré dans aucun détail pour
nous apprendre fi cette augmentation eft de nature
permanente , ou fi ce n'étoit que l'effet de
caufes accidentelles & d'après lefquelles on ne
pouvoit établir aucun calcul pour l'avenir. Le fait
eft que cette circonstance eft abfolument etrangere
à la fuppreffion de la contrebande. De 800
mille livres fterling d'accroiffement dans le revenu
des Douannes , 100 mille feulement peuvent
être attribuées à cette caufe . Les articles de
l'Inde , le tabac & le fucre font les trois grands
objets de cet accroiffement ; er très - certainement
les réglemens contre les contrebandiers n'y ont
coopéré en rien . D'autres articles font encore
dans le même cas , tels que l'huile de baleine , le
fer , & d'autres marchandifes qui n'ont certainement
jamais fait une branche de la contrebande .
M. Sheridan fit enfuite une fortie contre l'acté
de commutation auffi foumis à l'examen du
Comité ; il l'appella un acte de démence nationale
. On ne croira jamais , dit- il , qu'une
nation éclairée , dans les circonftances où elle
fe trouve actuelment , ait pu favorifer ainfi l'accroiffement
d'un luxe étranger , d'un luxe pro
venant d'un paiement où la balance du commerce
eft fi fort à notre défavantage & dont par
cette raifon l'accroiffement , bien loin de nous
être utile , ne peut qu'accélérer le moment de
notre ruine. On ne le perfuadera jamais que to t
cela n'ait été fait que pour l'intérêt d'une monc
( 120 )
pole ; que la nation foit obligée de prêter une
fomme énorme pour la continuation d'un trafic
fi préjudiciable à fes intérêts , & qu'on lui impofe.
encore l'obligation de payer une taxe très - onéreufe
pour un art cle devenu pour ainfi dire de
premier befo'n , au lieu de la rétribution volontaire
qui n'étoit ci -devant attachée qu'à certains
objets de luxe.
Paffant enfuite aux dépenfes de la Milice , il
´eft vrai , continua M. Sheridan , que M. Pit a
fait entendre que l'on pourroit en réduire la dépenfe
, en ne faifant affembler qu'un tiers de ce
corps tous les ans ; mais il eft bon d'obſerver que
' ce Miniftre parle tantôt comme fimple membre
-de la Chambre , & tantôt comme Miniftre. Or
il est probable que cette promeffe ne fera point
exécutée ; d'ailleurs la nation confidérant la Milice
comme la défenſe conftitutionelle , ne doit
pas le defirer , & peut craindre qu'une pareille
mefure n'entraîne des inconvéniens & peut - être
des réformes.
cet
Les dépenfes de la Marine étoient fi connues
que , malgré les efforts que le Comité a faits
pour tirer du Chevalier Charles Middleton des
réponfes favorables à fes deffeins , il n'avoit pu
engager Officier à rien diminuer de la fomme
qu'il avoit eftimée pour les conftructions & les
radoubs . M. Sheridan alla plus loin ; il affura la
Chambre que l'ordinaire de la Marine fe monteroit
plus haut qu'on ne l'avoit eftimé , attendu
que les réductions propofées ne pouvoient pas
avoir lieu de fitôt , & que l'on ne pouvoit point
obliger les Officiers à mourir par affignation . La
Marine , felon lui , reffembloit à l'élément auquel
elle appartenoit , qui ne s'appaiſe que longtemps
après que la tempête a ceffé : de même la
Marine , pendant plufieurs années , abforbe des
4
fommes
( 121 )
fommes immenfes , & ce n'eft qu'au bout d'un
certain temps que l'on s'apperçoit de l'effet des
réductions . Il examine fucceffivement chacun des
articles du rapport , & articule qu'il y avoit beau
coup de dépenfes indifpenfables auxquelles on
n'avoit point pourvu , & qui cependant feroient
à la charge du public en attendant , l'époque da
P'excédant tant defiré.
Par réfumé de cette partie de fon difcours ,
M. Sheridan conclut que le rapport offroit d'une
part une dépenfe certaine , & de l'autre des reffources
trompeufes , incertaines & illufoires .
L'eftimation des dépenfes n'eft relative qu'à l'année
1791 ; les recettes futures font calculées
fur celles de l'année dernière , & c'eft avec de
femblables conjectures qu'on eft parvenu à perfuader
au public qu'il exiftoit un excédant de
900,000 liv . , tandis qu'il n'en exiſte pas , dans
le fait, un feul schelling.
M. Sheridan examina enfuite cet excédant tant
vanté. M. Pitt a impofé des taxes très - fortes en
1784 , dans l'efpérance , de fe procurer un excédant
pour l'année fuivante , mais il s'eft trompé.
·
En 1785 il a impofé des taxes additionnelles ;
il a conftitué toutes les dettes de la Marine
& cependant il ne fe trouve aujourd'hui aucun
excédant. Quels moyens employera - t- il donc
pour en obtenir un ? Empruntera- t - il un million
d'une main pour le dépen fer de l'autre ? ou fera.
til comme la Clariffa de la Pièce intitulée la
Confédération , qui dit : « je ne demande pas
mieux que de payer Madame Amlet , pourvu
qu'elle me prête la fomme ». Le plan de M ..
Pitt eft conçu dans le même principe : il conſiſte
à réduire la dette conftituée en augmentant les
dettes non fondées . Il fera donc obligé de trouver
l'excédant par un Emprunt en billets de l'Echi
No. 20 , 20 Mai 1786,
f
( 122 )
quier. Or , cette maniere de lever des fommes
paroît fujette à tant d'inconvéniens , qu'on ne
fauroit mieux employer l'argent qui en provien
dra qu'à acquitter les billets mêmes.
Mais fuppofons pour un inftant que le Miniftre
ait furmonté toutes les difficultés , & qu'il ait
effectivement payé 750,000 liv. ferl. de la dette
nationale , comment fera t- il l'année prochaine ?
Les dépenses ne feront certainement pas moindres
, & cependant il n'y aura pas , de même que
cette année , un million de la Compagnie des
Indes; il ne pourra point difpofer des fonds octroyés
, mais non employés , pour les fortifications
, ni des épargnes de l'armée qui ſe ſont
montées cette année à une femme confidérable.
M. Sheridan , pour achever de prouver l'embarras
où feroit M. Pitt par la fuite , produific
un état fimulé des dépenses indifpenfables , dont
il n'avoit été fait aucune mention dans le rapport,
& le fit monter feulement à quatre millions
dix mille liv. fter.; outre les 2,000,000 dus à la
Banque , enfemble plus de fix millions , &c. &c.
Après ce difcours , M. Sheridan fit une motion
> " pour que l'examen ultérieur du rapport
fur les finances fût remis à huitaine ».
Cette motion , ce difcours , ces démentis,
ces calculs , ces affertions , furent combattus
tout auffi vivement par MM . Grenville
& Beaufoy , Membres du Comité , & dont
le caractère , au- deffus du foupçon , donnoit
quelque force à leur réplique aux reproches
qu'on venoit de leur faire , d'avoir prévariqué.
M. Beaufoy avoua hautement fon atachement
& fon eftime pour M, Pitt ; fenti(
123 )
mens dont il lui avoit donné des preuves
conftantes dans la Chambre , pendant que
l'ancien Ministère diftribuoit les places &
les faveurs. Il difcuta les principaux articles
du rapport , & entr'autres , la fortie de Mr.
Sheridan , contre l'acte de commutation ; il
obferva qu'il n'étoit pas queſtion d'envifager
la plus grande conſommation d'une denrée
fuperflue , telle que le thé ; mais de favoir fi
elle devoit être apportée en Angleterre par
des matelots Anglois ou par des étrangers ;
fi le bénéfice de cette vente devoit appartenir
à la Compagnie des Indes Angloife
ou à des Contrebandiers. La motion de
Mr. Sheridan fut rejettée , fans divifion de
fuffrages.
Il y a actuellement plus de 200 bâtimens
venant de la Jamaïque , des Ifles & de différentes
parties de l'Amérique en route pour
l'Angleterre; & la plupart de ces bâtimens
font attendus d'un jour à l'autre. Il en eft
arrivé 40 dans la Tamite la femaine derniere.
ر ي غ ص ل ا
Les récoltes à la Grenade ont été trèsabondantes
, & on attend . cette année de
cette ifle plus de vaiffeaux qu'il n'en eft arrivé
depuis la derniere guerre.
Il y a ordre de conftruire à Deptford un
vaifleau de 90 can. , qui fera appellé la Princeffe
, auffitôt que la forme d'où a été lancé
Impregnable fera préparée .
Un détachement du troifieme bataillon
du régiment d'Artillerie a ordre de s'embarquer
le 2 Mai à Woolwich , à bord du bâf
2
( 124 ) )
timent de transport le Général Elliot, qui
doit le conduire à Gibraltar pour relever les
trois Compagnies du même Corps qui y
font actuellement en garnifon. Suivant les
derniers Réglemens faits par le Grand Maitre
d'Artillerie , ces Compagnies , après leur
retour en Angleterre, partiront pour les
Indes Occidentales , & les troupes qui fe
trouvent dans ces ifles feront tranfportées
au Canada , d'où l'on ramenera en Angle
terre le Corps d'Artillerie qui s'y trouve ac
tuellement.
Une lettre d'Hanovre porte que la Régence
a donné des ordres à tous les Officiers
de rejoindre le 12 Mai leurs Corps refpectifs
, & de lever des recrues pour remplacer
les foldats morts ou défertés .
Il paroît d'après les différens états mis fur
Je bureau de la Chambre des Communes , relativement
à la pêche du Groenland , que les
gratifications accordées pour l'encouragement
de cette pêche depuis l'année 1733 , tems où
elles ont commencé , juſqu'à la fin de l'année
dernière , font montées
Pour l'Angleterre à .... 1,064,272 1. 18 f. 2 d.
Pour l'Ecoffe à ... , 202,158 l . 16 f. 11 d .
L'Ecoffe n'avoit point équipé de vaiffeaux
pour la pêche du Groenland, avant l'année 1750.
La gratification accordée aux vaiffeaux Anglois
l'année derniere , a été plus forte que dans
aucune année antérieure. Celle accordée aux
vaiffeaux Ecoffois , s'eft auffi accrue ; car en 1784 ,
elle n'étoit que de 4,094 liv. & l'année derniere
elle s'eft montée à 7.7.29 liv .
( 125 )
Le nombre des vaiffeaux équipés cette année
pour cette pêche eft , favoir ;
à Whitby
Lynne!
•
t
20 vaiffeaux .
Liverpool
Sunderland
Newcaftle
Yarmouth
Hull
•
13.
25
16 .
18%
On ignore le nombre de ceux de Londres.
-Hexifte une Ferme dans le Comté de
Berks , qui depuis trois fiécles eft poffédée
par la même famille , fans avoir été augmen
rée ni diminuée d'un pouce de terrein . Le
Général Conway , faifant part au Roi de
cette fingularité , S. M. lui répondit : Il eft
étrange en effet que durant trois fiécles , il nefe
foit trouvé dans cette famille , ni un homme
avifé , ni un fou.
Par un relevé dreffé dernierement , on a
conftaté que dans l'efpace de 14 ans , on a
conftruit 27,000 maifons nouvelles dans
Londres & fes fauxbourgs , fans compter les
édifices reconſtruits."
La ville de Margate , port de l'ifle de
Thanet , à Fembouchure de la Tamife , &
très fréquenté depuis quelque temps , a demandé
au Parlement la permiffion d'élever
une falle de fpectacle. L'Archevêque de
Cantorbery s'y eft oppofé , & n'a confenti
au Bill , qu'autant que ce nouveau Théâtre
ne feroit ouvert que dans l'Eté ; condition à
laquelle la Chambre des Pairs a accordé la
demande de la ville de Margate.
"
£
3
( 126 )
On rapporte un fingulier exemple du pouvoir
de la Mufique nationale. En 1720 , Charles
Molloy compofa une Farce intitulée les Officiers
à demi- paye. On la reçut au Théâtre de Drurylane
, & on donna le rôle d'une Grand'Mere , à
une vieille. Irlandoife nommée Madame Fryer ,
qui avoit quitté le Théâtre depuis le regne de
Charles II. Sur l'affiche , on lût ces mots « Le
» rôle de Lady Richlove fera repréfenté par
Peggy Fryer , qui n'a paru fur aucun Théâtre.
depuis cinquante ans . L'Affemblée fut trèsnombreuſe.
L'A&trice furannée exécuta trèsbien
fon perfonnage , mais à la fin de la piece,
on voulut lui faire danfer une gigue , &la fatigue
de quatre- vingt- cinq ans commençoit à lui ren-
'dre la plaifanterie fort à charge , lorfqu'aux premieres
mesures d'un air Irlandois , elle fe fentit
ranimer , reprit toute fon agilité , & danfa comme
elle l'eût fait à vingt-cinq ans. Mifs. Fryer
jouit d'une très- bonne fanté jufqu'à l'âge de
cent dix fept ans , auquel elle mourut en
1747.
·
C
FRANC E.
DE VERSAILLES , le 10 Mai.
Le Comte d'Ambly, le Marquis de Lefcure
& le Chevalier Louis de Gineftous ,
qui avoient précédemment eu , l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , le 4 , celui
de monter dans les voitures de Sa Majesté &
de la fuivre à la chaffe.
Le Comte O - Belly , Miniftre plénipoten
tiaire du Roi près l'Electeur de Mayence ,
qui eft de retour en cette Cour par congé ,
a eu, à fon arrivée ici le 7 de ce mois , l'honneur
d'être préfenté à Sa Majefté par le
( 127 )
Comte de Vergennes , Chefdu Confeil royal
des finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
ayant le département des Affaires étrangeres .
Le Marquis de Liniers , le Marquis de
Forbin d'Oppede , le Comte de Savary de
Mauleon , le Comte d'Eftur de Solminiac
& le Chevalier de Galard Terraube , qui
avoient précédemment eu l'honneur d'être
préſentés au Roi , ont eu , le 8 , celui de
monter dans les voitures de Sa Majeſté &
de la fuivre à la chaſſe .
Le 9 de ce mois, le Roi , accompagné
de Monfieur , s'eft rendu vers midi à la plai
ne des Sablons , où il a paffé en revue le
régiment des Gardes - Françoifes & celui des
Suiffes , Monfeigneur Comte d'Artois , Colonel
de ce dernier Corps , étant à fa tête.
Les Troupes , après avoir fait l'exercice , ont
défilé devant Sa Majefté , devant Monfieur ,
Madame , Madame Comteffe d'Artois &
Madame Elifabeth de France.
Le ro , le Roi s'eft rendu à l'Eglife de
la paroiffe Notre - Dame , où il a affifté au
Service folemnel que les Curé & Marguilliers
ont fait célébrer pour l'anniverfaire de
la mort de Louis XV. Le fieur Jacob, Curé
de cette paroiffe , y a officié. Madame , Madame
Comteffe d'Artois , Madame Elifa ,
beth de France , ainfi que Mefdames Adelaïde
& Victoire de France , y ont affifté.
Monfieur & Monfeigneur Comte d'Artois
fe font rendus , le même jour , à l'Abbaye
royale de Saint Denis, où ils ont aflifté au
£ 4
( 128 )
Service folemnel qui y a été célébré pour le
même anniverſaire.
DE PARIS , le 18 Mai.
» Les Chevaliers de l'Ordre de St. Mi-
» chel , fe font affemblés le 9 de ce mois ,
* au Couvent des Cordeliers de cette ville ,
& ont tenu un Chapitre , auquel a préfidé
"pour Sa Majefté , le Maréchal Duc de Lé-
» vis , Commandeur des Ordres de St. Mi-
» chel & du St. Eſprit ; après un difcours
» qui a été prononcé par le fieur Pourfin
» de Grandchamp , Secretaire du Roi , Chevalier
dudit Ordre , nommé par Sa Ma-
» jefté pour fuppléer le fieur Collet , Chevalier
, Secretaire perpétuel dudit Ordre ,
» le Maréchal Duc de Lévis a reçu Cheva-
» lier , au nom du Roi , les fieurs le Faucheux
, Dehaut Delaffus , Regnier, Rochard
, Grandjean , Faucompré , Garre
Breeck , Darteins & Dauvergne : enfuite
» tous les Chevaliers , le Maréchal Duc de
Lévis à leur tête , fe font rendus proceffionnellement
en l'Eglife dudit Couvent ,
» & ont affifté à la Meffe folemnelle qui
fe célébre tous les ans , le jour de l'ap-,
>> parition de St. Michel.
"
« Le 27 du mois d'avril dernier , on a trouvé
» dans un ravin près d'un pont , fur la route ,
de Criel à Dieppe , le cadavre d'un homme
de la taille de cinq pieds quatre pouces , percé
» de plufieurs coups ; il étoit dépouillé de fes.
habits qui étoient près de lui avec un chapeau
; ils confiftoient en une redingotte grife
( 129 )
propre , un habit de drap bleu , & un gillet
» de foye ; fes chemiſes , mouchoirs , &c. étoient
marqués des lettres G. R.
*
» Il s'eft trouvé fur lui un commencement
de lettre écrite en anglois , où on lit à -peuprès
ces mots : Capitaine Burton , quand vous
pafferez mon fils , conduisez- le à l'auberge où
j'ai logé , quand je partis pour Paris ; & un
» mémoire écrit en anglois , fous la date du
11- Avril 1786 , dans lequel il eft queft on de
l'acquifition d'une lampe. On a trouvé près
» du cadavre , une montre d'argent avec fa
boete, & quelqu'argent répandu à terre ou
» dans fes poches , fans aucune autre indica-
» tion qui puiffe faire découvrir ce qu'étoit
cet étranger ».
Il réfulte d'un état inféré dans le Journal
Général de France , état dont nous ne connoiffons
pas les fources d'authenticité , qu'il
eft entré en 1785 , 857 navires dans les ports
réunis de Nantes , Bordeaux , Marfeille , de
Havre , l'Orient & la Rochelle , & que dans
la mêmeannée, il eft parti des mêmes Ports3
navires. Tous fefontrendus en Amérique , en
Afrique & dans l'Inde , ou en font arrivés. Par
Je même tableau , il paroît qu'il eft revenu
des les Françoifes d'Amérique 633 bârimens
en 1785 , & que 549 ont été expédiés
dans la même année à cette deftination."
Terre- Neuve & Miquelon ont fourni les
retours de 132 navires , & il en eft parti 16
feulement en 1785 pour cette pêche . La na
vigation avec les Etats Unis a été dans le
même efpace de 54 vaiffeaux , dont il en
( 130 )
eft parti 35 la même année pour les treize
Républiques confédérées .
Les vaiffeaux de la nouvelle Compagnie
des Indes la Reine , le Maréchal de - Ségur , le
Miroměnil , le Baron - de- Breteuil , le Comted'Artois
, le Maréchal- de- Caftries , le Comtede-
Vergennes font partis del'Orient , du 29
Mars au 16 Avril 1786 ; les deux premiers
deftinés pour la Chine , les deux feconds
pour le Bengale , & les trois derniers pour
les côtes de Coromandel & d'Orixa. Le '
vaiffeau le Comte de Provence , deſtiné pour
la côte de Malabar , n'attend qu'un vent favorable
pour mettre en mer.
Il vient de paroître plufieurs Ordonnances
& Réglemens intéreffans , concernant le
Corps des Officiers de la Marine & le fervice
des Ports & des vaiffeaux de S. M. En
attendant que nous les faffions connoître
plus en détail , voici les titres de ces is Ordonnances
.
La premiere pour divifer les forces navales en
9 Elcadres ; la ze . portant fuppreffion & création
de grades ; la 3e. concernant les Officiers de la
Marine ; la 4e. pour régler les appointemens &
uniformes des Officiers de la Marine ; la 5e, concernant
les montres & revues des Officiers & Entretenus
de la Marine ; la 6e. concernant les Capitaines
de Vaiffeau lorfqu'ils ne feront pas en activité
de fervice ; la 7e. qui fupprime la Compagnie
des Gardes du Pavillon & de la Marine , créée des
Eleves de la Marine , & regle la forme de l'inftruc
tion & de l'avancement des jeunes gens deſtinés à
entrer dans la Marine ; la 8e. concernant les Volontaires
employés fur les Vaiffeaux de Sa Ma((
431)) .
4
jefté ; la ge concernant les Officiers de Port ; la
10e, concernant les Ingénieurs- conftructeurs ; la
12e. portant création de 9 Divifions de Canonniers
matelots , fous le titre de Corps royal de Canonniers-
matelots ; la 13e. pour établir des Intendans
ou Commiffaires à la fuite des Armées navales
, Efcadres -ou Divifions , & des Commis aux
revues & appointemens à bord des Vaiffeaux , Frégates
& autres Bâtimens ; la 14e, concernant les
Claffes ; la 15e . concernant les appointemens des
Officiers des Prévôtés de la Marine.
Les Reglemens , au nombre de 11 , ont pour
objets : le premier l'ordre , la police & la difcipline
des Cafernes des Matelots ; le 2e, les paies &
les avancements des Gens de mer , le ze, les Etatsmajors
& Equipages , & états de répartition des
Equipages à leurs différens poftes le jour du combat;
le 4e. à la formation des rôles de combat & de
quart à bord des Vaiffeaux ; le 5e. la difcipline des.
Equipages à bord des Vaiffeaux ; le 6e . l'ordre , la
propreté & la falubrité à maintenir à bord des
Vaiffeaux ; le 7e. le traitement des Officiers à la
mer; le 8e, le fervice des Officiers de la Marine à
la mer ; le ge, le fervice particulier des Officiers
de quart à bord des vaiffeaux ; leo . la forme
& la tenue des tables de loch & des journaux à
bord des Vaiffeaux , Frégates & aures Bâtimens
de Sa Majefté ; le 11e les Ecoles d'Hydrographie ,
& la réception des Capitaines , Maîtres ou
Patrons.
Trois malfaiteurs s'étant échappés des
prifons de Montargis , la bonne conduite
de la Maréchauffée en a fait retomber deux
dans les fers . Les Affiches de Montargis
donnent de cette capture un récit fort détaillé
, dont voici la fubftance.
f 6
( ( ~ 132 ) )
Le Mercredi 26 Avril dernier , les Geolier &
Guichetiers des prifons de Montargis s'appercurent
, fur les 4 heures & demi du matin , que
les nommés Claude Martinet , Jacques le Verne &
le nommé Lafrance , s'étoient échappés de leur
cachot , après avoir brifé leurs fers & en faifant
une effraction au mur , ils en furent fur le champ
avertir le Commandant de la Maréchauffée , qui
dès l'inſtant fit partir la Brigade , avec ordre d'aller
au domicile dudit Lafrance , en la Paroiffe de
Vimory , diftante de z lieues de Montargis , & où
l'on foupçonnoit qu'il pourroit avoir emmené les
deux autres , parce que l'un d'eux s'étoit évadé
fans fouliers & fans chapeau. Les Cavaliers reçurent
ordre en partant de faire fonner le tocfin dans
les Paroiffes circonvoiſines , afin d'affembler les
gens de la campagne pour battre les bois & les
bleds. Il partit en même tems de Montargis un
détachement de la Compagnie d'Invalides de la
garde des pritons , pour fouiller les bois & vifiter
les bleds des environs de la ville . Sur les 8 heures
du matin , les Invalides ramenèrent le nommé Lafrance
, qu'ils avoient pris dans un bois , diftant
d'un quart de lieue de Montargis. Toute la journée
du 26 fut inutilement employée à la recherche
des deux autres. On détacha , à leur pourfuite
, fur les 9 heures du foir , le feur Billecoq ,
Cavalier de la Brigade de Montargis.
Il prit la route de Château - Renard , où le hafard
lui fit découvrir le nommé Renard , homme
plein de zèle , de bravoure & d'adreffe , qui , au
fignalement des fuyards , affura qu'il les avoit yu
paffer , donna des indices fur la route qu'ils pouvoient
avoir prife , & demanda avec inſtance au
fieur Billecoq de partager avec lui les dangers & la
gloire de leur capture. L'offre acceptée , ils vifitent
enſemble toutes les Fermes du lieu , & par'
( 133 ) )
viennent dans un hameau , fitué entre lá Ferté-
Louptière & Chevillon . Ils frappent à la porte
d'une Ferme , une vieille femme qui l'habite leur
ouvre , & répond à leurs queftions qu'elle n'a aucun
étranger dans fa maifon. Sur cette réponse ,
ils paffent à une autre Métairie , où ils ne trouvent
aucuns indices fur les objets de leur recherche.
-Alors , le fieur Billecoq fe rappellant l'air d'enr
barras avec lequel la vieille Fermière leur a ré-
-pondu , dit 3 fon compagnon : retournons fur nos
pas , mon ami , nous les tenons. Il revient frapper à
la même Ferme , on ouvre , & le fieur Billecoq ,
mettant le fabre à la main , dit à la vieille Fermière
, qu'il fait qu'elle a des voleurs retirés chez
elle , & qu'il va l'arrêter elle- même , avec tour
ce qui eft dans fa maifon. La Fermière tombe à
fes genoux , & en le conjurant qu'il ne lui foit
point fait de mal , avoue que deix étrangers font
venus fort tard lui demander l'hospitalité, & qu'ils
font couchés dans la grange. Les feurs Billecoq &
Renard y volent ; mais Martinet & le Verne Ton
compagnon , entendant le bruit de la porte qu'on
Ouvroit , s'échappent par un trou qui communiquoit
de la grange dans une bergerie , & -delà ga
gnent la plaine. Ardent à la pour fuite de fa proie,
le fieur Billecoy s'élance par le même trou , tandis
que Renard fait extérieurement le tour des bâtimens
pour parvenir à les mettre entre eux deux' ;
mais les deux prifonniers s'étant féparés & fuyant
chacun par une route différente , les heurs Billecoq
& Renard font obligés d'en faire autant. Marrinet
faute par-deffus la haie d'un champ , d'où il
pouvoit en peu de tems gagner un grand bois voifin.
Au moment où il a déjà franchi la haie , le
fieur Billecoq tire un de fes piftolets , chargé de
* IT chevrotines & de 3 balles. Ce coup , tiré avec
adreffe entre les jambes du fuyard , lui couvre le
( 134 )
vifage de terre & de petits cailloux ; la frayeur le
fait chanceler, le fieur Billecoq , qui a franchi la
haie , croit le faifir , mais il reprend la courfe
avec la plus grande viteffe , & ce n'eft qu'à la rive
du bois qu'il parvient à l'atteindre. Martinet, faifi
au collet , fe débat avec fureur , mord & déchire
des hardes du Cavalier qui , en ufant de fes armes,
pouvoit faire ceffer promptement cette lutte dangereuse
contre un homme doué par la nature
d'une force extraordinaire ; mais réuniffant la prudence
à l'intrépidité la plus rare , le fieur Billecog
fe contente de faire avec ſon ſabre , trois violen
tes contufions fur le bras droit de ſon adverſaire ,
qu'enfin il terraffe & garotte avec des courroies
dont il avoit eu la précaution de fe munir.
י
Tandis que le fieur Billecoq menoit fon entreprife
à une fin auffi heureufe , fon brave émule
Renard avoit obtenu le même fuccès. Après avoir
poursuivi Jacques le Verne plus d'un grand quart
de lieue , l'atteindre , le combattre corps à corps ,
le terraffer & garotter , ne lui avoit pas coûté plus
de tems qu'au fieur Billeco , qui venant le joindre
avec fa proie , le complimente fur la preuve qu'il
vient de donner de fon courage. Renard répond
avec gaité : J'ai été bien- aife d'apprendre à ce drolelà
que j'ai eu l'honneur de fervir le Roi pendant fix
ans dans la Milice. Les deux fuyards ont été reconduits
à Montargis.
La Lettre qu'on a lue dans le 17e. No.
de ce Journal , touchant une nouvelle forme
de cheminées , a donné lieu à la réclamation
fuivante qu'il eft jufte de rendre publique .
Permettez-moi , Monfieur , de prendre dans
votre Journal , date d'antériorité fur M. ***
aú fujet des obfervations qu'il vous a adreffées
le 29 Mars , fur les inconvéniens de nos che(
135 )
minées actuelles ; & fur les moyens d'y rémes
dier.
Ces obfervations contiennent des vues do
bien public , des apperçus d'économie politique ,
des idées enfin que j'ai développées dans un
Mémoire adreffé à la fin de Décembre dernier ,
au Secrétaire perpétuel de la Société Royale
d'Agriculture de Lyon.
4
Le but de ce Mémoire eft de démontrer com
bien il feroit avantageux au Gouvernement d'a
dopter pour les monumens publics , tels que les
atteliers , les hôpitaux , les dépôts de mendicité
, &c . la conftruction d'une nouvelle forme
de cheminée inventée par M. B. Méchanicien ;
adoption qui pourroit par la fuite amener dans
notre architecture civile , une révolution bien
intéreffante , puifqu'en profcrivant la forme de
nos cheminées actuelles , qui confomment une
fi grande quantité de combustible prefqu'en pure
perte pour le but qu'on fe propofe en les alimentant
ainsi , elle prouveroit les moyens de
chauffer nos appartemens avec plus d'égalité &
beaucoup moins de frais.
Y
2 Il y avoit déjà long- tems que M. B. & moi
nous occupions de ce projet , & dès 1784 , ce
Méchanicien a fait exécuter en Franche- Comté
où il étoit alors , un petit modèle en cuivre de
la nouvelle cheminée dont il s'agit , modèle
qu'il a depuis offert à la curiofité des Amateurs ,
tant dans cette province & celle de Picardie ,
qu'il habite , qu'à Paris , & ici , où il eſt venu
plufieurs fois.
Nous allons offrir notre travail au Gouvernement
, lorfque la Société Royale de Lyon propofa
à réfoudre pour cette année le probleme
fuivant.
Trouver le moyen d'augmenter d'un tiers au
(1-136 )
thermometre de Réaumur la chaleur d'un apparter
ment produite par une cheminée ou par un poële ,
en ne conformant que la même quantité de bois ,
quantité déterminee par le poids .
Nous crûmes alors devoir attendre le réſultat
du concours propolé , en foumettant à cette
Compagnie nos vues & nos idées ..
Si M. *** n'a pas eu connoiffance de l'in
vention de M. B. il conviendra que ce n'eft pas
uné petite fingularité de nous être fi parfaitement
rencontrés & dans l'invention elle-même ,
& dans l'expofition des avantages qui doivent
en refulter. D. H.
L'Académie Royale des Belles Lettres
d'Arras a tenu deux feances publiques , le
26 & le 27 Avril ,
Don
M. Dubois dé Folfeux , Secrétaire perpétuel
a annoncé que l'Académie avoit décerné le
prix fondé par les Etats d'Artois , au Mémoire
de M. Delegorgue , le jeune , Avocat au Confeil
d'Artois , fur cette queftion .
Eft-il utile en Artois de divifer les fermes ou
exploitations des terres , & dans le cas de l'affir
mative , quelles bornes doit on garder dans cette
divifion ?
1
L'Académie a accordé un acceffit au Mémoire
de M. Defeftré du Terrage , Avocat à Paris .
M. le Comte de Galametz , Directeur , a lu
enfuite des reflexions fur le bonheur.
M. Legay, nouvel Académicien ordinaire ,
a fait fon difcoars de remerciement , fuivi d'une
differtation contre le divorce.
ˆ
M. de Champmorin , nouvel Académicien
ordinaire , a remercié l'Académie , & a prouvé
Putilité des connoiffances pour les militaires.
M. Taranget , nouvel Académicien honoraire ,
( 137 )
alu un difcours fur la conftitution phyfique &
morale de la femme.
M. de Robespierre , Avocat , Chancelier de
l'Académie , a fait l'ouverture de la feconde
féance par un difcours fort étendu fur cette
partie de la légiflation qui rege les droits & l'état
des bâtards,
Le Secrétaire a lu un difcours de remerciement
que M. l'Abbé Soulavie , nouvel Académicien
honoraire , a envoyé , & auquel M. le
Comte de Galametz a répondu .
M. Lenglet , Avocat , nouvel Académicien
ordinaire , a lu un effai fur le droit naturel
& politique qu'il a fait précéder d'un remerciement
à l'Académie , & qui a été fuivi de la
réponse de M. le Comte de Galametz .
M. le Gay a lu enfuite deux pieces de Poëfie ,
P'une intitulée aux Manes d'une amie. ; l'autre ,
le Bonheur fonge.
Le Secrétaire de l'Académie , nouvellement
pourvu de cet emploi , a fait fon remercîment ,
& a terminé la Séance par l'éloge de M. Harduin
, fon prédéceffeur , mort au mois de Septembre
dernier.
L'Académie a propofé pour fujets des
deux Prix qu'elle décernera à Pâques 1787 .
les deux Queſtions fuivantes :
» Quelles furent autrefois les différentes bran
« ches de commerce dans les contrées qui forment
» préfentement la Province d'Artois , en remon-
» tant même au temps des Gaulois ? Quelles ont
été les caufes de leur décadence , & quels feroient
les moyens de les rétablir , notamment
» les Manufactures de la Ville d'Arras ?
ל כ
Eft-il avantageux de réduire le nombre des
chemins dans le territoire des Villages de la Pro
( 138 )
vince d'Artois , & de donner à ceux que l'on cona
ferveroit une largeur fuffifante pour être plantés 2
Indiquer, dans le cas de l'affirmative, les moyens
» d'opérer cette réduction ».
L'Académie décernera un Prix femblable vers
Pâques de l'année 1788 , au Mémoire qui aura
le mieux traité la Queftion fuivante :
» Quelle est la meilleure méthode à employer
pour faire des Pâturages propres à multiplier les
Beftiaux en Artois »>.
Les Auteurs (eront tenus de remettre leurs MEmoires
, pour ce dernier Prix , avant le premier
Décembre 1787.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 77 , 35 , 30 , 6 , & 74.
PAYS - B´A S.
DE BRUXELLES , le 14 Mai.
La plus grande partie de l'Efcadre Hollandaife
qui a croifé dans la Méditerranée
fous les ordres du contre -Amiral de Kinsber
gen , eft rentrée au Texel , le 3 de ce mois.
L'affaire du vol de la Tréforerie royale
'de Lisbonne dontnous avons rendu compte,
a été pourſuivie très -févérement. Le Tréfo
rier- Général , M. J. Henriquez de Souza ,
a été arrêté dans fa maifon , comme convaincu
d'avoir eu connaiffance du fait . On
le plaint d'autant plus qu'il jouit d'une gran
de réputation d'intégrité , & qu'on le dit
victime d'une trop grande foibleffe pour un
fils diffipateur. On vend publiquement les
eubles & effets des Commis & du Marchand
Anglais détenu. Malgré les démar
( 139 )
ches du Miniftre Britannique , on redoute
un banniffement pour le dernier. M. Pury
très riche Négociant de Neuchâtel en Suiffe
, établi à Lisbonne , & dont nous avons
cité la munificence publique envers fa patrie
, s'eft trouvé à la vente des effets du
Marchand Anglais , a tout acheté , & l'a
renvoyé à l'époufe du prifonnier.
Les perfonnes qui ont voyagé récemment
en Ruffie , y ont fans doute vu le Palais
extraordinaire que fait bâtir le Prince
Potemkin, à quelques milles de Pétersbourg.
Ce Seigneur magnifique a donné le 2 Mars ,
dans la partie achevée de cet édifice , une
fête champêtre à Lady Craven , Anglaife
célebre par les agréments de fa figure &
ceux de fon efprit."
Le jour deftiné à la fête , cette Dame précédée
des Aides - de-Camp du Prince , & accompagnée
du Prince lui-même , & de fes nieces
les Princeffes Gallitzin , fut introduite , à travers
un immenfe veftibule circulaire , dans un
falon de 30 pieds de long , auffi magnifiquement
décoré qu'il étoit vaste . A l'une des extrêmités
, il y avoit un grand amphitéâtre pour
la mufique ; à l'autre étoit la table du feftin ,
& les deux côtés dans la longueur , offroient
un double rang de colonnes , ornées & parfumées
de fleurs les plus belles & les plus
odorantes de toutes les parties du globe. Là ,
fe promenoit la compagnie , compofée de Miniftres
& Seigneurs érrangers , & de tout ce
qu'il y avoit de plus diftingué dans la nobleffe
Raffe , en attendant ie feftin , qui fut fplen lidé.
Dès que Milady Craven fut placée , la mufique
( 140 )
commença & ne fut plus interrompue. Cette
mufique particuliere au Prince Potemkin , eft
peut-être unique en ion genre. Elle confifte
en 60 flûtes de métal , de différentes grandeurs
Chacune d'elles n'eft affectée qu'à une ſeule note ,
& il faut néceffaitement 60 muficiens pour jouer
un feul air. L'harmonie de ces inftrumens eft ,
dit-on , inconcevable , & il faut les avoir entendus
, pour le former une idee de leur effet. - :
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres.
» Le rédacteur du papier Anglois Lloyd's Ever
" ning Poft dément , dans la feuille du 28 Avril
» différentes affertions , qu'on a pu lire , foit dans
les Gazettes Angloifes , foit dans les Gazettes
➡ étrangeres. On avoit dit , que le traité de com-
» merce entre la Ruffie & la France étoit conclu
» & figné. Cette nouvelle eft prématurée ; il n'eſt
"
pas même certain qu'elle ait jamais lieu ; &
» dans le cas où le traité s'accompliroit , il fera
de nature à'ne faire aucun (ort as commerce que
font les Anglois dans la Ruffie , ni par confés
quent à rien diminuer des avantages qu'ils ont
» obtenus par leurs traités antérieurs avec cettë
puiffance. On avoit dit encore que le Mix
» niftere ne s'étoit décidé à retirer fon bill pour
défendre l'exportation du turbot , provenant de
pêche étrangere que parce qu'il avoit été inti mi-
" dé par les menace: des Hollandois . Ce motif eft
encore faux ; les Hollandois n'ont fait aucunes
menaces; & celles qu'ils auroien pu faire euffent
fans doute été dédaignées. Mais il eft vrai
" que le Miniftre a retiré fon bill , parce qu'il
n'en prévoyoit aucun avantage , cu plutôt parce
qu'il en prévoyoit un défavantage réel , celui
" de faire payer à la nation ce poiffon délicieux
infiniment plus cher. L'on avoit dit auffi que
» l'Afrique feroit bientôt un fujet de difcorde en-
99
1
( 141 )
tre les Anglois & les François ; que ceux- ci y
" avoient envahi tous les plus beaux gains du
» commerce qui fe fait fur ces côtes , que les factorerias
Angloifes y étoient ruinées , &c. &c.
Cette fituation du commerce de la Grande - Bre
tagne en Afrique n'eſt à la vérité que trop réelle ;
mais la pofition des François n'y eft pas plus
priante. Les bénéfices font à peine fuffifants pour
couvrir les dépenses . Ainfi il n'y a là aucun
motif de jalousie ni de guerre » .
f
2
» Des lettres de Hollande portent qu'on y a
arrêté le fameux Prince d'Albanie, fi connu en
99 Europe tous ce nom , fous celui de Warta , du
» Vieux Berger , & c . , qui ſe difoit fucceffeur du
grand Scanderberg , & chefdes Monténégrins ;
qui avoit offert aux Etats- Généraux un corps
de ces montagnards pour fervir contre l'Em-
" pereur , & qui avoit reparu en Hollande pour
réclamer de L. H. P. une indemnifation des
groffes fommes qu'il avoit dû dépenſer pour
» armer fes ſujets , & c. &c.. On a reconnu que
" ce Prince d'Albanie n'eft autre que Stephano
» Zannowich , l'un des perfonnages impliqués
dans les torts qui ont été faits à MM. Chomel
& Jourdan , & pour la réparation def
quels ces derniers ont réclamé la protection des
Etats- Généraux contre le Sénat de Venife &
contre fes fujets. On s'attend à tirer de ce pri-
» fonnier des lumières ultérieures & importantes
> concernant la fraude en queßion & ceux qui y
» ont eu part. (Courier du Bas - Rhin , nº. 36. )
"2
"" Depuis que le Roi de Pruffe a fixé fon
féjour à Sans- Souci , Sa Majesté femble pren
dre tous les jours de nouvelles forces ; de
» forte qu'il ne s'en paffe point qu'Elle ne faffe
» un tour à cheval. Le 21 Elle a commandé
Elle- même à l'exercice de fes Gardes, & il
23
( 142 )
·
n'y a prefque point de doute qu'Elle ne vienne
au commencement de Mai dans cette capitale ,
» pour faire , fuivant fa coutume annuelle , les
≫ revues particulieres des Régimens , tant de
» notre garnifon que de ceux qui appartiennent
» à ce département. Les grandes manoeuvres
» auront lieu dans notre voifinage le 21 Mai
» & les deux jours ſuivans ; & fi la fanté du
» Monarque continue de fe raffermir, ainſi qu'elle
» le fait depuis que l'hyver nous a quittés ,
» le grand nombre d'étrangers qui fe font déjà
» rendus ici , aura la fatisfaction de voir remplir
le plus grand objet de fa curiofité , c'effà
-dire , de voir le plus ancien & le plus grand
des guerriers de l'Europe , commander lui-
» même des manoeuvres , dont en grande partie
» il eft l'inventeur. Les Régimens qui comman-
93
deront ce camp font attendus ici le 14 Mai.
» Hier encore , S. M. ayant fait une promea
nade à cheval , s'eft trouvée à l'exercice de
la garnifon ; & l'on a obfervé à cette occafion
» qu'Elle n'eft pas moins vigoureuſe qu'on peut
» fe le promettre à fon âge. Une des dernieres
occupations de notre Souverain , c'eft la for-
» mation'des divers Corps- francs , pour lefquels
il fe fait des levées tant en Suiffe que dans
" l'Empire : ils feront complets vers l'automne ;
» & c'eft à cette époque que leur folde commencera
à courir . ( Gazette de Leyde , no . 36. )
« Un voyage de M. le Comte de Maillebois
» à Loo a pour but , dit-on , de demander Pap-
» pui de S. A. pour fon fameux mémoire
dans lequel il demande les arrérages de fes
prétentions , une indemnité pour la réforme
de fa Légion , le titre de Général - Major avec
5000 florins d'appointemens, pour M. le Marquis
de Caffini , & enfin , de payer une fois
( 143 )
pour toutes aux Officiers de fa Légion réformée
leurs appoincemens de quatre années,
& une gratification honnête pour les Soldats
de la fufdite Légion. De Loo , M. le Comte
» de Maillebois ſe rendrá à fon Gouvernement
de Breda , d'où , après y avoir fait un court
» féjour , Son Excellence fe rendra dans une
terre qu'il a aux environs de Lille en Flandre
so pour y paffer l'été . Tel eft le bruit public.
(Gazette d'Amfterdam , n°. 36. )
Nous avons lu avec furpriſe la nouvelle de
nouvelle , que plufieurs papiers publics fe font
empreffés de répandre , favoir que le Confeil
Aulique a adjugé à M. le Prince de Naffau les
biens dont il pourfuivoit la rentrée comme légitime
héritier de la branche de la Maifon de
Naffau qu'il repréfente . Nous fommes autorisés
à déclarer cette nouvelle fauffe dans toutes les
parties. Le Prince de Naffau n'a pas gagné fon
procès ; il en a feulement obtenu la revifion
de l'Empereur , qui n'a pu lui offrir aucune
fomme pour des biens qui ne font pas l'objet du
litige. ( Gazette de la Haye , n. 37 ).
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1),
PARLEMENT DE PARIS GRAND CHAMBRE .
Inftance entre les Dames Religieufes URSULINES
de la ville de Saint Pierre -le - Moutier & le
fleur de La Font de Fontaillier. Rentes dues
Clergé ou Gens de Main morte par des particuliers
, reconftituées à prix d'argent , jugéesfujettes
à retenue des impofitions royales , lorfque le
droit d'amortiffement n'a pas été payé,
Telle eft la queftion importante qui a été ju
gée par l'Arrêt que nous allons rapporters les
faits s'expliquent en peu de mots. Pierre de La
"J ( 144 ) ཏི
Font de Fontaillier & fon fils ont conftitué, pat
contrat du 21 Juin 1740 , au profit das Dames
Religieufes Urfulines de la ville de Saint - Pierrele
-Moutier, une rente annuelle de 250 liv. au
principal de 5000 liv .; elle a été ſervie exactement
jufqu'en 1782 ; & jamais les débiteurs ne
fe font permis d'exiger ia retenue des impofitions
royales , ufant au contraire de la faculté
que les Jugemens du Confeil leur donnoient ,
ils ont obtenu du Commiffaire départi de la province
la décharge de la femme annuelle à la
quelle ces impofitions non retenues pouvoient
s'élever. Mais en 1782 , le fucceffeur des premiers
débiteurs , qui avoit lui- même payé , depuis
1772 , cette rente fans aucune retenue
l'a exigée , non feulement fur les arrérages qu'il
devoir , mais encore fur ceux qu'il avoit payés
depuis 1772. Cette prétention a donné lieu à des
pourfuites de la part des Urfulines , & l'affaire
s'eft engagée au Bailliage de Saint - Pierre- le-
Moutier , où il eft intervenu , le 5 Mai 1785.
Sentence contradictoire qui , pour faire droit
aux parties , les a appointées à mettre . Le fieur
de La Font en a interjeté appel en la Cour ;
ila demandé l'évocation du principal , & a été
autorifé à faire la retenue des impofitions royales
fur les arrérages échus & à écheoir de la rente
dont il s'agit. Les Urfalines ont demandé au
contraire la confirmation de la Sentence , & fubfidiairement
l'évocation du principal & le paiement
fans retenue, L'arrêt du 13 Mars 1786
a mis l'appellation & ce au néant , émendant ,
évoquant le principal & y faifant droit , a déclaré
les offres du fieur de Lafont , bennes &
valables , l'a autorifé à prélever la retenue des
impofitions royales fur le paiement de la rente
due aux Religieufes , & les a condamnées aux
dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES. 7
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 2 Mai.
A frégate la Chriftiana eft arrivée à la
Lrade de ce port. Le. Sund cit actuelle.
ment débarraflé de glaces , & il y eft entré
les 29 & 30 Avril 150 bâtimens de diverfes & 30
nations.
Les frégates le Store Belt & le Hvide Oern
partiront inceffamment pour faire des évolutions
deftinées à l'inftruction des Cadets
de Marine. Ces jours derniers on a lancé un
vaiffeau de ligne de 74 can.
ALLEMAGNE
DE HAMBOURG , le 13 Mai.
Suivant des lettres de Fétersbourg , les
ordres font donnés pour l'établ : ffement
d'une nouvelle route de cette ville à Mof-
No. 21 , 27 Mai 1786. g
( 146 )
cou. L'Impératrice a fait dépofer fept millions
de roubles , dont les intérêts feront
emploiés à cet ouvrage , qui doit être achevé
en 12 ans.
辈
Malgré les mesures prifes pour arrêter les
excès de la contrebande , écrit on de Konisberg
, il paroît impoflible de la réprimer
entierement. Une bande d'environ So payfans
tenta récemment d'introduire fur des
traîneaux des marchandifes prohibées dans
le Royaume de Pruffe ; les emploiés de l'accife
trop foibles pour réfifter , appellerent
des foldats à leur lecours; on en vint aux
mains avec les contrebandiers : 20 d'entre
eux furent tués , 1 bleffés , & 15 faits prifonniers.
Plufieurs foldats perdirent la vie ,
& d'autres furent bleffés.
་
Un Journal de commerce préfente les détai's
fuivans , qui ne font pas abfolument exacts , (ur
le commerce de la Compagnie Angloite des Indes
Orientales . On peur porter une année dans
l'autre à 3,522.000 rixdalers la valeur des mar
chantifes exporiées d'Angleterre dans l'Inde &
à la Chine , & l'importation de ees pays d'après
les prix fur la place , à 9,633,000 rixdalers . Les
deux tiers des marchandiles d'importation font
de la Chine le théen forme le principal objet .
Depuis 1775 jufqu'en 1782 il a été importé en
Angleterre 2.094.037 liv . pe'ant de foie du Bengale
; la Compagnie a perdu fur cette marchandite
477.7
.86 liv . ft . Le produit des revenus que
la Compagnie tire d fes poffeffions monte à
1.077.000 liv . fter) . Depuis 1772 juſqu'en 1783
on a compté 209 vaiffeaux Européens , & dans
( ( 147 )
ce nombre 92 appartiennent à la Compagnie
Angloife des Indes , qui ont chargé à Canton
189,239,504 liv. pefant de thé. D'après ce calcul
l'Europe achete en Chine une année dans
l'autre 19 millions de livres pefant de thé , dont
12 millions & demi font confommés dans la
Grande Bretagne & l'Irlande. Dans cet efpace
de 10 années la Compagnie a vendu
à ces royaumes par an environ 6 , 070 , 000
liv. pefant , & le furplus y a été importé en
fraude.
·
DE VIENNE , le 12 Mai
Le Chevalier Somma , ci - devant Envoié
de Naples , & aujourd'hui Ambaffadeur de
la même Cour à celle de Verfailles , a pris
congé de S. M. le 30 Avril , & le lendemain
il est parti pour fa nouvelle deftination.
Le départ de l'Empereur pour Laxembourg
eft fixé au 15 on croit que dans
l'Eré , S. M. I. fera une tournée en Hongrie
& en Buckowine , & qu'à fon retour , elle
fe rendra au camp de Minkendorf.
Le Tribunal Suprême d'Autriche vient
de rendre une fentence de mort contre le
Comte Sekely, Lieutenant - Colonel , accufé
d'avoir diverti les deniers de fon Régiment.
On préfume qu'il fera fufillé dans la femaine.
Les nouvelles de Conftantinople font de
jour en jour plus allarmantes , mais non
moins équivoques que la plupart de celles
qu'on a déja débitées . Quelques-uns annonsent
la dépofirion du Grand- Seigneur.com-
8 2
( 148 )
2 me tres prochaine ; d'autres la difent déja
effectuée : ils équipent à Conftantinople une
flotte de 20 vaiffeaux de ligne ; foumettent
toutes les places & tout l'Empire au Capitan
Pacha & au nouveau Grand - Vifir , &
finiffent enfin par
Ruffie au nom de la Porte. Suivant des lettres
de Venife , le Seraskier de Bofnie a reçu
ordre de marcher avec toutes fes forces contre
le Pacha de Scutari toujours rébelle ;
toujours armé , & qui n'a point obtenu de
pardon du Grand-Vifir , ainſi qu'on l'avoit
fauffement débité.
déclarer la guerre
à la
.
1
DE BERLIN , le 10 Mai.
M. de Mollendorf, Gouverneur de Ber
lin , a paffé le 2 la revue des fept Régimens
d Infanterie qui compofent la garnifon de
cette Capitale. Le Roi y étoit attendu dans.
peu de jours chez la Princeffe Amélie où il
devoit dîner , & l'on s'étoit flatté mais vainement
, que le 9 il pafferoit la revue particuliere
de cette même garnifon.
* Depuis le premier de Juin 1784 , juſqu'au
premier de Juin 1786 , ce Monarque a affigné
la répartition d'une fommede 1,901,766
rixdalers pour l'avancement des fabriques
dans fes Etats . On jugera par la notice de
cette diftribution , de l'attention que donne
le Gouvernement aux plus petits objets.
rixdalers.
Pour des moutons d'Eſpagne , 22,000
( 149 )
Crixdalers :
17,000
4,000,0
Pour augmenter les magafins de laines
Pour améliorer la filature de laine
Pour l'établ ffement d'une fabrique de
lainerie à Zenna ,
Pour une plantation de mûriers à Novawet
Pour un magafin de cocons de foie ,
Pour de petites fabriques de cuir & de
lainerie & pour des moulins à foulon
à Cuftrin , Neuw edel , Falkenbourg
& Sommerfeld , dans la Nouvelle-
Marche ,.
Pour augmenter les magafins de laine
dans la Pomeranie ,
Pour une fabrique de bas de coton
à Garz , idem.
•
Pour une fabrique de cuir à Anclam , id ..
Pour idem , à Treptow , idem ,
Pour une fabrique de toile à voile à Rugenvalde
, idem.
3,000
2,000
20,000
4,021
6:000
4,000
3,000
11505
5,000
Pour une fabrique de cordage , idem , 4,000
Pour une fabrique de toilee pour tentes ,
à Stettin , idem. • •
3,000
Pour une fabrique de maroquin à Kɔnigsberg,
3,000
Pour une fabrique de porcelaine à l'angloife
, idem. 4,000
Pour une fabrique de cuirs , idem. 1,000
бод
Pour une fabrique de rubins , idem.
Pour une fabrique d'indiennes à Gumbinnen , 1000
Pour un attelier de teinture de laine à
Darkehnen , .
Pour un atelier de teinture à Bromberg >
2,000
2,600
Pour une fabrique de draps fins à Culm, 7,200
Gratifications aux Fabriquans & aux
Tifferands dans la Siléfic , 17,000
g 3.
( 150 )
Le Roi a envoié les marques de l'Ordre
de l'Aigle Noir au Duc des Deux- Ponts &
au Margrave de Bade.
Le Duc de Courlande occupe actuellement
le palais du Margrave de Schwedt. Les
arrangemens de domicile dont s'occupe ce
Princefontpréfumer qu'il ne quitera pas fitôt
cette Capitale .
A l'exemple du Jubilé national ou Anniverfaire
, célébré à Londres en mémoire
d'Handel, il en fera célébré un pareil dans la
Cathédrale de cette ville , le 18 ou le 19 de
ce mois. Les Muficiens feront au nombre
de 300. Ils exécuteront le Meffie de Handel&
répartiront les bénéfices de ce concert aux
veuves & aux orphelins de Muficiens,
Depuis 8 jours , un infecte venimeux , de
la grandeur d'une petite mouche , fait aux
environs de Rathenow & de Tangermunde
de grands ravages parmi les beftiaux. Plus
de 100 bêtes à corne & chevaux font morts
des piquûres de cet inſecte.
DE FRANCFORT , le 17 Mai.
.
Le Magiftrat & les Bourgeois de Francfortfur
l'Oder ont célébré le 27 Avril , par un
concert funebre , l'anniverfaire de la mort
héroïqué du Duc Léopold de Brunſwick ; le
concert fini , on fonna pendant une heure
toutes les cloches de la ville & des fauxbourgs
, & on diftribua des préfens aux Eleves
, de l'Ecole fondée par le feu Duc. Le
Magiftrar a figné le même jour un contrat
avec le fieur Mayer, Sculpteur du Roi , qui
doit exécuter le monument en mémoire de
ce Héros . Ce monument fera placé dans l'en .
droit même où a péri ce généreux Prince ,
& confiftera en un groupe de 3 figures repréfentant
l'Humanité , la Fermeté & l'Hu
milité ; fur les épaules de ces figures fera
placée une urne de marbre noir. Le piedef
tal offrira d'un côté le bufte du Duc en
marbre blanc , les autres côtés feront rem
plis d'in criptions en lettres d'or fur des tables
de marbre noir. A côté du piedestal s'é
leveront trois figures , l'une repréfentant la
ville de Francfort dans l'attitude de placer
fur le bufte une couronne de chêne , l'autre
la riviere d'Oder , & la troiſieme un Génie
avec des marques militaires & d'autres.
emblêmes. La hauteur de ce monument fera
de 21 pieds Rhenans , & la largeur de 16.
Le Duc Ferdinand de Brunswick eft arrivé
à Caffel le 2 de ce mois , & a pris fon
logement au Château .
On écrit de Vienne , que malgré l'activité
que Fon met aux travaux de la fortereffe de
Théréfienftadt , elle ne pourra être achevée
entierement que dans l'efpace de deux, ans."
Cette nouvelle fortereffe , diftante de fept
milles de Drefde , pourra recevoir une garnifon
de 15,000 hommes.
Un papier public affure que les Ordon-
3.
84
( 152 )
nances , Réglemens , donnés par l'Empe--
reur actuel , depuis la 4e. année de fon regne
montent à plus de 270 .
Le bruit court que l'Hofpodar de Vala- .
chie a été dépofé & remplacé par le Drago- ,
man du Capitan Pacha.
Voici un état des Cures , Chapellenies & Couvens
qui ſe trouvent actuellement dans l'Autriche
au - deffous de l'Ens : favoir , Cures à Vienne
9 , & 19 dans les fauxbourgs ; à la campagne (95
anciennes & 70 nouvelles ; en outre 48 anciennes
Chapellenies & 109 nouvelles , en tout 793
Gures & 157 Chapellenies. Couvens d'hommes ,
22 à Vienne , dont 18 mendians , & 49 à la campagne
, dont 13 mendians ; ces Couvens renferment
1817 individus ; on en compte 967 dans
les Couvens mendians . Couvens de femmes , 3 à
Vienne & à la campagne , les individus ſont au
nombre de 184. Le total des Couvens eſt 76 , &
celui des individas 2001. Les individus des Couvens
mendians feront réduits à 548 ; & ceux des
autres Couvens d hommes à 148. i
讀
Suite des détails fur le commerce de la Ruffie.
Manufactures de Ruffie.
Les manufactures en général y font encore
dans un état médiocre . Celles pour la préparation
des cuirs font les meilleures . On trouve des
manufactures de foierie à Pétersbourg , Mofcow
Jaroflow , Aftracan , Jambourg. On fabrique
auffi en Ruffie des draps & autres étoffes de laine
mais , outre que ces draps font d'une qualité
bien médiocre , les manufactures n'en fourniffent
pas affez pour les befoins de l'Empire. Une des
meilleures eft établie à Jambourg.
( 453 )
Les manufacturès de toile ordinaire & de toile
pour voiles , font en meilleur état , on en exporte
confidérablement à l'étranger,
On fabrique de la batifte à Jambourg , & des
perfes & indiennes à Pétersbourg. Près de cette
ville il fe trouve auffi une manufacture de por
celaine & de fayence.
Indépendamment de ces fabriques , il exifte
auffi en Ruffie des verreries & des manufactures
de glaces , des raffineries de fucre , des falines &
des fabriques de favon , goudron , &c. & enfin
des fabriques pour toutes les e peces de métaux .
On compte dans la partie Européenne de cet
Empire dix - fept ports ; favoir , Kola en Laponie
, Cherfon , Jenicale , Caffa & Batfchafari fur
la mer Noire , Arcangel & One koellſtie près
de la mer Blanche , Cronftadt , Pétersbourg
Revel , Narva , Wibourg, Fredericsham & Hapfal
, dans le golfe de Finlande , qui fait partie
de la Baltique , Rica , Kernau & Arensbourg fur
la Baltique. Mais les principales affaires commerciales
fe font à Pétersbourg & à Riga.
COMMERCE DE PÉTERSBOURG.
Marchandifes d'exportation.
Anis, cire , bougies , voilure , cheveux , crins,
fer , kaviar , colle de poiffon , cuir , lin , chan-
VEC, étoupes de lin & de chanvre , huile de
lin , favon , cuivre , édredon , duvet , fuif
chandelle , falpêtre , tabac de l'Ukraine , thé
de Chine , foies de cochon , cuirs appellés rouffis ,
planches , cornes & os , pelleseries de caftor
de zibelines , &c. , peaux de renard , d'ours ,
de lievre , de loup , nattes , toiles & d'autres
marchandifes , manufacturées .
Marchandifes d'importation.
Soieries , draps , perfes , indiennes , dentelles ,
quincaillerie , étain , plomb , porcelaine , fayen
gS
( 154 )
ce ; poterie , vins , eaux- de- vie , harengs , épicerie
, papier , cartes à jouer , livres , aiguilles
& épingles , outils pour ouvriers , inftrumens de
mufique & de chirurgie , acier , fromages , tabac
, citrons , oranges & d'autres fruits , verre ,
glaces , marchandifes de bois , ferrurerie , cuir
d'Angleterre , bierre angloife & autres & toutes
les marchandifes de fabrique :
· Jufqn'à préſent le bilan étoit en faveur de
Pétersbourg.
La fin d l'ordinaire prochain.
ITALIE
DE ROME , le 4 Mai.
、,, ……
Y -
On a enfin découvert aux yeux du public
dans les jours de la Semaine Sainte , la grande
ftatue coloffale , haute de treize palmes ,
qui repréfente le Souverain Pontife affis
donnant la bénédiction , & revêtu des
habits pontificaux ; elle eft placée ſur le palier
de l'efca'ier noble qui conduit à la nouvelle
Sacriſtie de S. Pierre . Cette ftatue, qui
eft l'ouvrage du célebre Auguftin Penna ,
Sculpteur Romain , a ' été généralement admirée
, & a mérité à fon auteur les plus
grands éloges de la part des Intendans &
Profeffeurs des Beaux-Arts..
On a pareillement placé dans le Mufée Clémertin
au Vatican les fatues fuivantes. Dans la
piece , dite de la Rotonde , deux buftes coloffaux,
P'un de Fauftine & l'autre de Sainte Julie , avec
Jeurs piedeftaux de porphyre rouge,
Dans la galerie , la fta ue de l'Empereur Macrin
, un peu plus haute que la grandeur naturelle
, & une autre de l'Empereur Claudius de
9 à 10 palmes , qui a été trouvée en dernier lieu
dans la fouille faite à la Chiaruccia.
Dans la chambre des Buftes , le bufte de Sep- .
timius Severe, raccommodé par le même Sculpteur
.
Dans la piece des animaux , un cheval de marbre
grec blanc , raccommodé par le Sculpteur
Franzoni, un autre petit cheval de marbre blanc,
dans l'attitude de la courfe ; une vache de mar
bre violet , allaitant un veau ; un lion fur crin
ouvrage nouveau du même Franzoni , compofé
d'une pierre femblable au ferpentin fur un
piedeftal , en forme de vague de mer ; une au
ireveche de marbre couchée par terre , & un faucon
de marbre grec , tenant fa proie dans les
ferres, &c. & c .
Nous avons parlé de l'embarras que donnoit
au Gouvernement une bande de voleurs
réfugiés dans le château de Monte Bello
; on eft parvenu à les en déloger : une
lettre du To Avril , écrite fur les lieux ,
conftate ainfi les détails de cet événement.
« Les malfaiteurs qui , fous la conduite de
Thomas Rinald ni , s'étoient emparés du Fort de
Monte - Belio , & qui de - là défoloient tous nos environs
, en ont été finalement chaffés le 22 Avril.
On fe fervit , pour en venir à bout , du miniftere
d'un antre chef de voleurs de Monte-Tiffi , ngm²
mé Sébastien Zulini , qui vint un foir avec fix de
fes compagnons demander à Thomas de les recevoir
dans fa retraite. Celui- ci étant forti le lens
demain marin , felon fa coutume , pour aller à læ
Meffe , Zulini donna le fignal par un coup de fufily ,
g 6
( 156 )
une troupe de Sbirres & de foldats qui fe tenoient
dans le voisinage. Ils fe mirent auffi tôt à
la pourfuite des voleurs , qu'ils atteignirent d'affez
près , & fur lesquels ils firent un feu continuel
mais toujours fans effet. Thomas , avec feulement,
fix des fiens, prit la courageufe réfolution de s'arrêter
, & de tenir tête à 76 Sbirres , partie à pied ,,
partie à cheval , à 50 foldats de troupes réglées .
de la garniſon d'Ancone , & environ 100 miliciens
. Il gagua, pour cet effet une cabane de payian
du village de Miliarino , s'y barricada le
mieux poffible , & y foutint un fiége très- vifpendant
toute la journée. Cependant , comme il fe
voyoit ferré de près , il fongea fur la brune à faire.
une nouvelle retraire. Il profita en conféquence
d'un moment de relache, que lui laifferent les affiégeans
, qui laffés eux mêmes , le repofoient
pour prendre de nouvelles forces , & il s'enfuit
avec les fiens par un trou qu'ils firent à la muraille
, du côté oppofé à celui où fe tenoient les
Soirres. Ceux- ci s'en étant apperçu peu après , fe
mirent à la pourſuite , & recommencerent un feu
violent , mais toujours aufli mal -adroitement dirigé
que le matin . Enfin , à la faveur de la nuit
qui devenoit plus obfcure , ils manquerent totalement
leur proie , & les bandits leur échapperent
. L'un de ces derniers , nommé Fagotto
fut bleffé d'une balle à travers le corps , pendant
le fiége. Il avoit eu la force de déguiſer fon mal, &
cene fut que lorfqu'il vit fes compagnons en sûreté
, qu'il leur dit : « Jufqu'ici , mes amis , je ne
vous ai point avoué que j'étois bleflé mortelle
» ment ; c'eft que je craignois de vous attrifter &
de vous décourager. Maintenant je me fens
» mourir ; mais puisque vous êtes échappés , je
meurs fans regret ; » & il rendit effectivement
les derniers foupirs , quelques minutes après.
( 157 )
Tant de courage fans doute étoit digne d'un autre
fort. Son cadavre a été trouvé par les Sbirres ,
qui s'en font emparés , ainsi que de celui du
neveu de Rinaldini , que fon oncle avoit laiffé malade
dans le Fort . C'eſt à l'évacuation de cette
place & à la prise de deux cadavres , que s'eft bor.
née toute l'expédition de nos troupes. De leur
côté , le nombre des morts & des bleffés a été
beaucoup plus confidérable. Néanmoins le Souverain
a récompenfé le zèle de Sébastien Zulini ,
qu'on a relevé d'un décret de bangiſſement & autres
peines qu'il avoit encourues , & à qui l'on a
confié en outre la garde des deux poftes importans
de Monte Bello & Monte - Tiffi. »
33
DE LIVOURNÉ , le 6 Mai .
Le Bey de Tunis a demandé à la Régence,
d'Alger des fecours pour défendre fes cô
tes des courfes des Vénitiens ; mais leur
Conful s'eft oppofé à cette demande , &
a notifié aux Chefs de la Régence que la
République lui déclareroit la guerre , fi elle
fourniffoit les fecours demandés . En conféquence
, le Bey a répondu à la Régence
de Tunis «que les circonftances préfentes
ne lui permettoient point de fournir au-
» cun fecours , fans compromettre la bonne
» harmonie qui fubfifte entre la Républi-
>> que de Venife & fes fujets , que d'ailleurs
» il lui confeilloit de conclure au plutôt quel-
» que accommodement honorable qui pût le
» mettre à l'abri des événemens de la guerre ,
» & qu'il lui offroit la médiation. »
לכ
( 158 )
La nouvelle qui fe répand ici de la prife de
Sfax n'eft pas encore très certaine ; ou la raconte
de plufieurs manieres , & voici celle qui paroît
la plus vraisemblable. Le Général Emo s'eft
rendu avec fon Eſcadre fur la côte di Royaume
de Tunis , pour examiner le lieu qu'il feroit le
plus à propos d'attaquer pour fe procurer une
rade für:. I fe détermina pour la ville de
Sfix , comme fituée le plus près de la côte , &-
éloignée feulement de douze milles de trois petites
les très-propres à fervir d'afyle à fon Etcadre.
L'attaque commença par mer avec un ar
deur incroyable , & la défenfe fut très - vigoureufe
; mais il creva quatre canons de fer
dont les éclats tuerent un grand nombre de
foldats de la garnifon . Le Général Emo inftruit
de la confternation de la Pace , fit débarquer
1500 Elclavons pour tenter l'affaut qui eut
tout le fuccès qu'on s'en promettoit , & ils (e
rendirent maîtres de la ville l'épée à la main : la
garnifon prit la fuite , & une partie fut taillée en
piéces.
ESPAGNE.
DE MADRID le 27 Avril.
Sur un ordre de la Cour , le Comte d'Oreilly
a donné fa démiffion de toutes fes
places de Capitaine Général d'Andaloufie ,
de Gouverneur de Cadix , d'Inspecteur de
'Infanterie Espagnole & Etrangere . On
ajoute que ce Général eft relégué dans une
ville de l'Eftramadure.
D. Jofeph Clavijo Taxardo , Auteur de
quelques ouvrages Efpagnols eftimés ; a
( 159 )
publié le premier volume d'une Traduction
complette de l'Hiftoire Naturelle , & c. par
M. le Comte de Buffon . « Ayant réſolu ,
» dit le Traducteur , de traduire le meilleur
ouvrage fur l'Hiftoire Naturelle , mon
choix ne pouvoit être douteux . » Toutes
les nations qui fe font appropriées dans leur
langue cet immortel ouvrage , en ont jugé
de même ; mais il faut convenir qu'aucun
livre de fcience ne doit perdre autant par la
Traduction , puifqu'elle ne peut rendie
qu'imparfaitement la beauté de ce ſtyle mâle
, éloquent & foutenu , particulier au génie
de M. de Buffon , & qui fera àjamais l'exemple
& l'ornement des Lettres Françoifes
Cependant Don Clavijo a emploié toutes
les reffources de fon talent pour s'élever jufqu'à
fon original , dont il a fait précéder
Houvrage d'une Préface fage & folide , qui
contribuera à animer , & à former le goût
des Eſpagnols pour la Philofophie naturelle.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 133 Mai.
M. Burke , femblable à l'Hydre de Lerne,
reproduit fans ceffe de nouvelles charges
contre M. Haftings , enforte qu'il eft difficile
de favoir quand il s'arrêtera. Pourful ,
vant donc le cours de fes lamentations Indiennes
, il a mis en icène dans la féance des
( 160 )
Communes, le 5 de ce mois , le Chef actuel
des Rohillas , qui cette fois ci n'eft ni
trahi , ni exposé en vente , ni égorgé , mais
feulement molefté par M. Haftings . Cet illuftre
Accufé n'a eu que vingt- quatre heures
pour répondre à cette nouvelle diatribe juri
dique , & il l'a fait en remettant à la Chambre
une Copie de fa défenſe que la fatigue da
travail delanuitnelai permit pas delire . Nous
n'avons pas cru devoir traiter ferieufement
cette chaîne de perfécutions , commencées
par la haine de parti , pourſuivies par l'a
mour-propre , & par la vanité de bel efprit.
I feroit même à fouhaiter que les Feuilles
publiques ne fe bornaffent pas à tranfcrite
les invectives de l'Oppofition , à citer des
accufations comme des délits avérés , & des
faits inventés ou défigurés comme l'hiſtoire
réelle de ce qui s'eft paffé dans l'Inde , fous
le Miniftere de M. Haftings. Au refte , l'éloquence
de fon accufateur , commence à
baifler de ton ; M. Burke s'eft déjà radouci ,
& ce n'eft pas un procédé mal adroit..
Un objet non moins intéreflant occupa
la même féance du 5. M. Pitt préfenta à la
Chambre des Communes un Bill , qui remettroit
à l'Accife le recouvrement des
droits fur les vins , jufqu'à préfent perçus par
les Douanes .
M. Pit expofa qu'en comparant à différentes
époques la confommation du vin , on remarquoit
une diminution confiante pendant les cinquante
dernieres années . Depuis 1773 , la confomma-
#
( 161 )
tion annuelle du vin a monté à 19,000 tonnes
& fouvent a excédé cette quantité ; aujourd'hui
elle ne paffe pas 10,000 tonnes . Il ne feroit pas
difficile d'évaluer le produit des droits , s'il ne
fe commettoit aucune fraude ; mais d'après un
calcul modéré , M. Pitt . aſſura que le revenu*
de l'état feroit augmenté par fon opétation de
plus de 280,000 liv. fterl . Il convenoit cependant
de déduire de cette fomme 12 ou 13,000 liv.
fterl. de frais de recouvrement. Dans les circonftances
actuelles , un objet de cette importance
ne lui parut point devoir être négligé.
Il tranquillifa les efprits fur la crainte
que la nation avoit d'une accife générale .
Il dit que jamais il n'avoit eu l'idée de
propofer une innovation auffi dangereufe , &
il affura que les vifites domiciliaires fe borne
roient aux magafins feuls des Marchands de vin ,
qui y font déjà foumis . Mr Pitt fit encore fentir
que fi l'Angleterre defiroit trouver le débit de
fes quincailleries , de fes étoffes de coton chez les
étrangers , il falloit néceffairement qu'elle reçût
en échange les objets qui pouvoient balancer ces
envois.
L'opération projetée devant augmenter les revenus
de l'état , favorifer fon commerce , encourager
fon induftrie , M. Pitt ne crut point,
que la Chambre pût s'oppofer aux motions fuivantes.
သ
Que les droits payables à l'importation de
toute efpece de vins dans ce Royaume foient
fupprimés ».
сс
Qu'au lieu defdits droits , il foit payé la
fomme de 35 liv. 14 f. par tonneau fur tous
les vins de France importés , & celle de 17 l . 176.
par tonneau fur tous les autres vins importés .………..
Lalecture du Bill fut agréée , & le rapport
en fera fait le 18. Ceft à cette époque que
( 162 )
M. Fox & les principaux Orateurs du parti
de l'Oppofition fe propofent de faire con
noître leur fentiment fur la propoſition de
M. Pitt. M. Fox a déclaré que s'il la trouvoit
falutaire , il lui donneroit fa voix ; en attendant
, il a demandé que les articles du Bill
fuflent imprimes , afin que tous les membres
de la Chambre puffent en faifir les rap-
Forts , & le préparer à les difcuter de point
en point , ainfi qu'il convient à de fideles repréfentans
du peuple.
Si cette opération réuflit , malgré un fort
préjugé contre l'extenfion de l'Accife, introduite
par l'un des Miniftres les plus odieux
à la Nation, ( Robert Walpo'e ) la bouteille
de vin de France payeroit environ & fols
tournois de droits d'entrée à Londres & dans
toute la Grande - Bretagne , & celle de vin
d'Efpagne , de Madere , de Portugal , 4 f.
La tonne contient près de 2000 bouteilles.
Les Marchands de vins , & furtout ceux de
vinsfabriqués , rédigent une Requête contre
le Bill de M. Pitt , mais ils ne feront nullement
foutenus par le peuple , fort mécontent
d'avoir bu jufqu'à préfent , fous le nom
de vin , une compofition chimique trèsmalfaifante.
Dans la même féance , M. Jenkinſon fixa
l'attention de la Chambre fur l'état actuel
de la pêche méridionale de la Baleine , dont
les lim'tes font marquées par le cap de
Bonne Efpérance & par le détroit de Magel .
Jan. Deux nations font occupées de cette
( 163 )
pêche , les Etats -Unis & le Portugal : aujourd'hui
elle eft devenue l'une des plus uti
les à l'Angleterre.
Afin de l'encourager encore plús , M. Jenkinfon
propofa qu'il fût accordé des gratifications
à 15 vaiffeaux ; favoir , une gratification de 509
liv. fterl. à chacun des trois premiers vaiffeaux
qui mettroient à la voile dans les mois de Mai
& de Juin , & qui reviendroient l'année ſuivante
dans le même mois avec une cargaison de vingt
tonneaux d'huile au moins ; une gratification de
400 liv. fteri . à chacun des trois vaiffeaux qui
faivroient ces premiers ; 300 liv . flerl. aux trois
fuivans ; aux autres 200 liv . fterl . & aux trois
de niers 100 liv. fterl . Il propofa enfuite qu'
fût accordé des gratifications de 700 & de 400 l.
ft. aux vaiffeaux qui doubleroient le cap de Horn.
& qui parviendroiens à un certain degré de latitude.
Toutes ces propofitions furent agréées d'une
voix unanime. C
La féance de la Chambre des Communes fut
ouverte le 11 par la lecture du rapport des arrêtés
qui impofent un droit fur les planches de fapin
importées de la Ruffie & de la Norwege . Ce rapport
fut approuvé , & la Chambre ordonna que
le bill fût mis à la groffe.
Le Capitaine Macbride fixa enfuite l'attention
de la Chambre fur le traitement des Officiers
vétérans de la Marine Royale. Il dit que dans ce
moment - ci , il n'exiftoit point d'état des Capitaines
vétérans ; mais que lorfque l'âge & les in
Laités obligcoient les Capitaines de vaiffeaux
de fe retirer du fervice , on leur faifoit un traitement
pareil à ceux des Centre Amiraux ,
quoiqu'ils n'y euffent aucun droit . Il obferva
que ces Officiers éprouvoient beaucoup de défa(
164 )
grémens , qu'on leur refufoit de l'emploi fous
les prétextes les plus frivoles , tandis que de
jeunes Officiers étoient mis en activité. Pourprouver
ce qu'il avançoit , il lut un Mémoire,
préfenté à l'Amirauté par le Capitaine Brodie ,
qui ayant perdu un bras au fervice de fon pays ,
offrit inutilement fes fervices pendant l'avantderniere
guerre. S'étant de nouveau préſenté au
commencement de la derniere guerre , on rejetta ,
encore fa demande , en alléguant qu'il n'avoit
point fervi dansla guerre précédente . Après avoir
fait fentir toute l'injustice de cet ufage de l'Amirauté
, M. Macbride fir la motion fuivante : « que
» la Chambre préfeniât une humble adreſſe à
,, Sa Majefté , & qu'elle la fuppliât d'ordonner que
» les anciens Capitaines de vaiffeaux ne foient
point portés fur la lifte des Contre- Amiraux ;
mais qu'ils foient affurés d'une perfion équiva
» lente à leur demi- paie , & que ceux qui auront
des emplois civils foient feuls exceptés de cette
» regle ».
ဘ
Le Capitaine Levefon Gower , dit que le Capitaine
Brotic n'avoit pas lieu de fe plaindre , puifqu'il
jouiffoit aujourd'hui d'une penſion de 200 liv.
fterlings.
Le Capitaine Macbride lui répondit que cette
penfion lui avoit été accordée en confidération de
la perte de fon bras , & non comme la récompenfe
de fes fervices. Il obferva que d'ailleurs la penfion
ordinairement accordée aux Capitaines de
vaiffeaux qui avoient perdu un membre au fervice
, étoitde 300 1. ft.
M. James Luttrell appuya vivement la motion.
Il parut fort mécontent de l'indifférence du Bureau
de l'Amirauté pour tout ce qui concernoit
la Marine. Il reprocha à ce département de n'avoir
encore rien décidé fur le bill propofé à la
( 165 )
Chambre pourclaffer les Marelots , & il fe plaignit
de ce qu'on n'avoit point encore arrêté
quelles étoient les meilleures proportions que l'on
devoit donner à un vaiffeau pour réfiler le plus
efficacement poffible à l'ennemi .
Le Commodore Bowyer , Lord Hood & M.
Brett s'oppoferent à la motion ; ils dirent
que l'objet qu'elle embrafloit n'étoit point
du reffort du Parlement . Mais malgré les efforts
du Miniftere , la motion fut agréée par une majorité
de feize voix .
Le pavillon de Lord Hood eft actuellement
arboré à Portsmouth fur le Triumph
de 74 , qui a été remis en commiffion , &
il a été falué par tous les vaiffeaux de guerre
qui font dans ce port. Le Salisbury de sa
eft fur le point d'appareiller pour Terre-
Neuve. Tous les chantiers font remplis de
vaiffeaux en réparation . Le Prince de Galles
de 98 canons , & le Bulwark de 74 font
actuellement en conftruction.
On va aggrandir les chantiers de Sheer
neff & former un fecond baffin pour la conf
truction & la réparation des vaiffeaux
de ligne. Le Polypheme , de 64 canons ,
lancé il y a environ 5 ans , eft le premier.
La mer a plus de profondeur à la hauteur
des chantiers de Sheerneff , que dans tout
autre endroit du Royaume , ce qui les rend
très -propres à la conftruction de gros vailfeaux
, même de ceux à 3 ponts .
On équipe actuellement à Woolwich
Impregnable de 90 can., lancé depuis peu
à Deptford; il fe rendra enfuite à Plymouth ,
( 166 ).
où il augmentera le nombre des vaiffeaux de
garde. Le nouvel Amiral dut
pot l'attendra
å Spithead ; il y arborera fon pavillon , &
paffera enfuite à Plymouth à bord de ce
vaiffeau.
La veille du départ du Comte de Cornwal
lis , le Roi l'envoya chercher & lui remit le
ruban & les marques de l'Ordre de la Jarretiere
, avec une commiffion , en vertu de laquelle
fa réception doit se faire à Calcutta.
Cette cérémonie tera beaucoup de fenfation
dans l'Inde , l'on fait que pour le faire refpecter
des Indiens , il faut étaler le plus grand
tatte à leurs yeux.
>
Le Chargé des affaires de la Cour d'Eſpagne
a notifié publiquement cette ſemaine au
Secrétaire d'Etat , ayant le département des
affaires étrangeres , que S. M. Catholique
avoit nommé un Ambaffadeur pour réfider
auprès de S. M.Britannique , & qu'il partiroit
dans peu de Madrid pour fe rendre en Angleterre
. S. M. a nommé pour fon Ambaffadeur
en Espagne Lord Walfingham, fils de M. Grey,
ancien Chef du Tribunal des Plaids Communs
, & diftingué par fon application ,
comme par la capacité , aux affaires publiques,
et
On affure que le Roi voulant fouftraire
fes fils à la contagion de la Capitale & des
mauvailes moeurs de certains Courtisans , va
envoyer trois de ces Princes à Gottingue
pour y fuivre leurs études.
On lit ce qui fuit dans une lettre de Ma(
167 )
drafs , datée du 7 Septembre 1785. « Un
a croifeur de Bombay a trouvé fur l'une des
Ifles Maldives une partie des débris du
» Caton , fes ancres & un habit complet de
» l'infortuné Amiral Hyde Parker , ce qui ne
laifle plus de doute fur fon fort . »
D'après un état des habitations de l'Irlan
de , formé récemment par ordre du Duc de
Rutland , il paroît que le nombre actuel des
mailons dans ce Royaume eft plus que doublé
, depuis la révolution. Le Chevalier William
Petty eftimoit le nombre des maiſons ,
en 1672 , à 200,010. Plus d'un fiécle s'eft
écoulé depuis cette époque , & le nombre s'eft
trouvé de 429,759. En calculant fur le pied
des perfonnes par maifon , le nombre des
habitans de 1 Irlande , du temps du Chevalier
Petty , étoit d'environ un million ; & d'après
l'état actuel , il feroit aujourd'hui de près de
2,750,000 ames. Quoique ces fortes de calculs
n'aient point l'exactitude la plus parfaite,
cependant ils font établis fur des données qui
doivent les faire approcher de la vérité .
Pendant la Magiftrature du célebre Holt ,
il s'éleva dans le quartier de Londres , appellé
Holborn , une fédition fort vive , occafionnée
par ces fortes de vols d'enfans , appellés
en anglois Kidnapping. On envoya de Whitehall
un parti de Gardes pour contenir la
populace on expédia auffi un Officier poor
inftruire ce Magiftrat de ce mouvement , &
le prier d'envoyer du monde pour aider &
foutenir les troupes. « Suppofons , dit Mr.
( 168 )
Holt , que la populace
ne véuillé
,
point fe
difperfer
à vos prieres , ni même à vos me-
! ɔɔ naces. » — « Nous avons ordre , Mylord
,
>> defaire feu. » « En ce cas , Monfieur
,
+23
faites attention à ce que je vais vous dire :
» S'il y a quelqu'un de tué par la troupe , &
que vous foyez appellé en juſtice devant
moi pour ce meurtre , j'aurai foín que vous
& les foldats de votre Corps qui feront
coupables , foyez pendus. Allez retrouver
ceux qui vous ont envoyé , & dites-leur
» qu'aucun de mes Officiers n'accompagnera
» la troupe. Les loix du Royaume ne doivent
» pas être exécutées à la pointe de l'épée .
Leur exécution appartient uniquement à
la Puiffance civile , & nullement aux Militaires
. Alors , fe faifant accompagner
par fes Sergens & quelques Conftables , il
fe rendit au lieu où la populace étoit raflemblée
, & l'ayant affurée que juftice feroit rendue
à fes griefs , elle fe difperfa de la mainiere
la plus tranquille.
. د ر
M. John Holker , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , Inspecteur
Général des Manufactures, de France , eft more
le 28 Avril dernier à Rouen. Sa vie offre un tiffu
d'aventures fingulieres. Il étoit d'abord fimple
Manufacturier à Marchefer , mais ayant embraffé
le parti du Prétendant , il fut fait prifonnier
à Carlisle. On l'enferma dans les prifons de
Newgate , & il auroit certainement été la vic-
: time de fon attachement à la caufe des Stuarts ,
- s'il n'étoit parvenu à s'échapper par une brêche
qu'il fit avec un autre prifennier dans la muraille.
( 169 )
raille. Son compagnon fortit le premier ; mais
Holker étant fort corpulent , le trou fe trouva
trop petit pour le laiffer paffer. Son ami eut
alors la générofité de rentrer dans la priſon , réfolu
de partager fon fort. Cependant ils fe remirent
à travailler , & ayant élargi le trou , ils
s'échapperent tous les deux . Holker refta caché
fix femaines dans Londres chez une Marchande
de Scie , quoiqu'on eût offert des formes pour
le découvrir. Il paffa enfuite en France , & en
tra dans les troupes Irlandoifes où il mérita la
Croix ; mais la paix étant furvenue , il fut réformé.
Il fit des démarches pour revenir en Ant
gleterre , mais jamais le Roi ne voulut y confentir.
Contraint alors par la néceffité , il établit
à Rouen des Manufactures à l'inftar de celles
de Mancheſter , opération où il ne réuffit que
trop au détriment des Manufactures Angloifes.
Il vécut affez pour voir les entrepriſes profpérer
& pour jouir des récompenfes qu'il avoit méri
tées par fon induftrie.
M. Samwel , Chirurgien très -recommandable
du fameux navire le Discovery [ la
Découverte ] , vient de publier une espece
de fupplément aux Voyages du Cap. Cook,
dont il fut le compagnon de courfes. Nous
en extrayons les particularités fuivantes ,
concernant la vie & le caractere de cet immortel
Navigateur , perfuadé s que tous nos
lecteurs s'y arrêteront avec intérêt.
Le Capitaine Cook naquit en 1719, à Marton ,
petit village de l'York-shire ; fon pere étoit journalier
& travailloit à la terre ; cependant malgré
La pauvreté , il fit ce qu'il put pour procurer à fon
fils la meilleure éducation qu'on puiffe donner au
N° . 21 , 27 Mai 1786 .
( 170 )
village , & il le plaça de bonne heure comme
apprentifchez M. Saunderfon, Marchand de Staith
petite ville fur la côte de l'York- shire à 10
milles
'
de Withby , & dont le commerce confifte en pêcheries.
Le jeune Cook ne tarda pas à fe dégoûter
de cet état & il le quitta pour aller fervir ſur mer .
Whitby étoit le port le plus voifin de Steeth , it
il
s'y rendit & y fit un apprentiffage de 9 ans chez
M. John Walker , Marchand de charbon . Ce
Marchand le fit Contre-maître d'un de fes bâtimens,
& peu de temps après il lui offrit l'emploi
de Patron , mais il le refufa , ayant dès ce moment
l'envie d'entrer dans la Marine militaire .
Au commencement de la guerre , en 1755 , M.
Cook obtint un emploi à bord du vaiffeau l'Eagle
de 64 canons , dont le commandement fut donné
peu de temps après au Chevalier Hugh Pallifer.
Cette circonftance n'eft pas indifférente , puifqu'elle
peut être regardée comme la fource de la
gloire du Capitaine Cook . En effet , le nouveaut
Commandant ne fut pas long temps à s'appercevoir
du mérite extraordinaire de notre héros , il
l'avança , lui accorda fa protection , & il l'a foutenu
depuis dans toutes les occafions avec un zele
& une chaleur qui font le plus grand honneur à
get Amiral, L'univers entier lui doit quelque
reconnoillance de ce qu'il a le premier diſtingué
dans l'obfcurité , le plus grand génie qui ait jaais
exifté parmi les navigateurs de tous les pays
& de tous les âges .
す
En 17,8, il fut nommé Maître (Mafler'ships) du
Northumberland, alors en Amérique , fous le commandement
du Lord Colville. C'eft là , à ce qu'il a
dit lui- même, que pendantun hiver très rude,il lat
pour la premiere fois Euclide , & qu'il s'appliqua
à l'étude de l'Aftronomie & des Mathématiques.
fit dans ces deux fciences des progrès très- rapis
( 171 )
des , fans autre fecours que fes difpofitions naturelles
. Il fut conftamment employé dans les opérations
d'une guerre très vive qui fe faifoit alors
en Amérique. Sir Hugh Pallifer l'ayant préfenté
pendant le fiege de Québec au Chevalier Charles
Saunders , celui - ci lui confia la conduite des bateaux
deftinés à l'attaque de Montmorency & celle
de l'expédition où l'on s'empara des hauteurs d'Abraham
. Il fut encore chargé de fonder le cours
du fleuve St. Laurent & de marquer avec des
bouées la route que devoient tenir les vaiffeaux
de guerre. A la paix , le Chevalier Hugh Pallifer
ayant obtenu le commandement de la ftation de
Terre- neuve , il chargea M. Cook de la garde de'
cette ifle & de la côte de Labrador , & lui donna à
cet effet le bricq le Grenville. Les cartes qu'il a
données de ces parages font des preuves bien fatisfaifantes
de la maniere dont il remplit fa deftination.
Il conferva cet emploi jufqu'en 1767. A
cette époque , le Gouvernement arrêta , que l'on
enverroit quelques vaiffeaux dans la mer du Sud,
pour tenter d'y faire quelque découverte , & en
mêmetemps pour obferver le paffage de Vénus.
Milord Hawke , alors à la tête de l'Amirauté ,
étoit vivement follicité de charger de cette expédition
M. Alexandre Dalrymple ; mais , à la
priere de fon ami le Chevalier Hugh Pallifer , il
Te détermina en faveur de M. Cook , qui obtint
en outre le rang de Lieutenant. Il fut arrêté qu'à
fon retour, il pourroit, s'il le vouloit, retourner à
Terre-neuve , & que s'il avoit le malheur de périr
on auroit foin de fa famille.
A fon retour , on lui donna le rang de Capitaine
en ſecond , & il fut nommé l'un des Capitaines
de l'hôpital de Greenwich . Mais il lui falloit
de l'activité , & une vie auffi tranquille ne
pouvoit lui convenir long- temps . En conféquence
Ꮒ 2
( 172 )
1
ayant appris qu'on méditoit ure troifieme expé
dition dans la mer du Sud , pour découvrir un
pailage d'Afe en Eu ope par le nord , il alla cffrir
les fervices au Gouvernement . Ce fut dans
cette expédition qu'il mourut malheureufement ,
après avoir rempli exactement le but de fon
voyage.
Il eft aifé de fe former une idée jufte du caracrere
du Capitaine Cock , d'après les fervices
qu'il a rendu & qui l'ont mis au- deffus des navigateurs
les plus célebres , tant anciens que modernes.
La nature lui avoit donné un eſprit mâle
& vafle , qu'il cultiva dans un âge mûr avec autant
de foin que de fuccès. Ses connciffances générales
étoient étendues & variées ; quant à celles
qui font particulieres à fon état , jamais perfonne
ne les pofféda à degré auffi éminent . Doué d'un
jugement fain , d'un grand courage & d'un génie
entreprenant , il fuivoit avec une perfévérance
inébranlable le but qu'il s'étoit propofé. Il étoit
aft f& vigilant , intrépide au milieu des dangers ,
patient & ferme dans le malheur , fécond en reffources.
Ses projets étoient grands , ils n'étoient
qu'à lui , & il mettoit à les exécuter une vigueur
& une conftance furprenantes. Auffi étcit- il l'ame
de toutes les expéditions. Par-tout fupérieur aux
( autres , lui ſeul fixoit tous les yeux ; c'étoit notre
étoile conductrice qui , en difparoiffant , nous a
laiffé plongés dans les ténebres & dans le déferpoir.
Le Capitaine Cook étoit d'une forte conftitution
; il vivoit très fobrement . Je ne puis deviner
pourquoi le Capitaine King prétend qu'il
avoit moins de mérite qu'un autre à être fobre ,
car il n'étoit point du tout ennemi du plaifir , &
il avoit toujours une bonne table, quoiqu'il en fupportât
la privation fans aucune peine. Il étoit
( 173 )
-
modefte & d'une timidité qui alloit fouvent trop
loin. Sa converfation étoit agréable , enjouée &
fpirituelle. Il avoit des momens de vivacité , mais
le fond de fon caractere étoit la bonté & l'humanité.
Il étoit grand & d'un extérieur très - agréable ;
fon habillement , comme fon ton , toujours
très fimple. Il avoit la tête petite , les che
veux d'un brun foncé & noués par- derriere ; la
figure pleine d'expreffion , le nez d'une très belle
forme , les yeux bruns & petits , mais perçans &
pleins de feux ; fes fourcils étoient un peu épais ,
ce qui donnoit à fon vilage uun certain air de févérité
. Il étoit fort aimé de fon équipage qui le
regardoit comme un pere, & il en étoit obéi avec
empreffement . La confiance que nous avions en
lui étoit fans bornes , ainfi que notre admiration
pour les talens.
Son activité étoit réellement furprenante ;
donnoit une attention fuivie à tous les objets relatifs
au fervice . L'économie rigide qu'il obferva
toujours dans l'emploi des provifions dų vail
feau , & les foins affidus qu'il donnoit à la fanté
de fes matelots , font les deux points qui l'ont
mis en état de pourfuivre les découvertes dans
les pays éloignés , avec une fuite , qui jufqu'alors
avoit paru impoffible. Les moyens qu'il avoit
imaginés pour conferver la fanté de fon équipage
pendant fes longs voyages , rendront fon
nom précieux à la poftérité , comme étant celui
d'un ami & d'un, bienfaiteur de l'humanité.
Les fuccès de ce genre , fatisfaifoient plus cet
homme vraiment grand , que la haute renommée
que fes découvertes lui avoient acquifes.
L'Angleterre lui a payé unanimement le tri
but de louanges dû à fes vertus , & l'Europe entiere
a rendu ju tice à fon mérite. Il n'y a pas un
coin du globe , quelqu'écarté , quelque fauvage
h3
( 174 )
qu'il foit , qui n'ait entendu parler de fa bienvei
lance & de fon humanité. L'Indien reconnoiffant
, en montrant à fes enfans les troupeaux
nombreux qui couvrent fes plaines , leur racontera
comment on apporta les premiers beftiaux
dans leur pays , & Cook fera mis par eux au
nombre de ces intelligences bienfaifantes , qu'ils
reverent comme les fources de tous biens.
Je crois devoir ajouter que la gravure exécutée
par Sherwin , d'après le portrait, du Capitaine
Cook , peint par Dance , eft d'une reflemblance
frappante , & qu'elle eft d'autant plus précieuſe
que c'eft la feule qui ait ce mérite-là.
FRANCE.
1
DDE VERSAILLES , le 17 Mai.
Le 12 , le Roi , accompagné de Monfieur
& de Monfeigneur Comte d'Artois , s'eft
rendu à l'Eglife de la paroiffe Saint- Louis ,
où il a affifté au Service fondé pour le repos
de l'ame de Louis XV , auquel le fieur Jacob
, Curé de cette Paroiffe , a officié. Madame
, Madame Comteffe d'Artois , Madame
Elifabeth de France , ainfi que Mefdames
Adelaïde & Victoire de France , y ont égay
dement affifté .
L'Archiduc Ferdinand , Gouverneur de
la Lombardie Autrichienne , & l'Archiducheffe
fon époufe , qui voyagent fous le nom
de Comte & de Comteffe de Nellembourg,
à leur arrivée ici , le 13 de se mois , fe font
rendus chez Lours Majeftés.
( 175 )
Le Comte de Rollat , qui avoit précé
demment eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu, le 14 , celui de monter dans les
voitures de Sa Majefté & de la fuivre à la
chaffe,
་
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 14 de ce mois , le contrat de mariage
du Marquis de Lambilly, Sous lieutenant
au régiment des Gardes Françoiſes
avec Demoifelle de Rofilly ; & celui du
Comte de Saint Souplet , Ecuyer ordinaire
du Roi , avec demoifelle l'Efcalopier. 442
Ce jour , le Baron de Semur a prêté ſerment
entre les mains de Sa Majefté , pour
la Lieutenance de Roi du Bourbonnois.
Le même jour , les Secrétaires du Roi ,
ayant à leur tête le fieur Tiffet , qui porta la
parole , ont eu l'honneur de préfenter à Sa
Majefté la Bourfe , fuivant l'ufage. St A
Le Roi a nommé le Duc de Caftries , fur
la démiffion du Marquis d'Autichamp , à la
charge de Capitaine- lieutenant des Gendarmes
Anglois , à laquelle eft uni le commandement
en fecond de la Gendarmerie. Sa
Majefté a auffi nommé à la Majorité de ce
Corps, vacante par la mort du Vicomte d'Imécourt
, le Comte de Harville , Brigadier
de fes Armées & Capitaine -lieutenant des
Gendarmes de la Reine.
Le Baron de Montalembert a eu l'honneur
de préfenter au Roi , à Monſieur & à
Monfeigneur Comte d'Artois un Suppléh
4+
( 176 )
ment au se. volume de la Fortification , par
le Marquis de Montalembert fon oncle.
DE PARIS , le 25 Mai.
Le nouveau Code de la Marine forme
une légiflation complette , dont toutes les
parties fe correfpondent , & qui détermine
les prérogatives , les fonctions, les devoirs
& l'inftruction de chaque Membre , de maniere
que l'émulation foit toujours excitée ,
& l'ordre maintenu depuis l'Eleve jufqu'à
l'Officier général. Il feroit prefqu'impoffible
de cor figner dans un extrait tous les détails
de ce grand ouvrage , qui renferme
plus de 700 pages in - 4° . Nous nous bornerons
donc à en faire connoître l'efprit géné
ral.
Les jeunes gens qui fe deftinent à la Marine ;
après avoir fait les preuves de nobleffe requifes
pour le fervice de terre , feront admis dans les
Ecoles deftinées à leur inftruction , & qui feront
établies aux environs de Breft , de Toulon & de
Rochefort. Ils n'y feront pas reçus au- deffous de
l'âge de 11 ans , ni au-deffus de 13 ; leurs parens
s'engageront d'honneur & par écrit à leur donner
une penfion de 600 liv. pour l'habillement & enaretien
, & S. M. fera tous les autres frais d'inf
irection & d'éducation dans les regles . Ils y fu
biront divers examens ; & quand on les croira
fuffifamment inftruits , ils feront envoyés dans les
poris en qualité d'Eleves de la 3 me , claffe , où dèslors
ils jouiront de 300 liv . d'appointemens ;
c'eft- là qu'ils feront inftruits, non- feulement dans
la théorie , mais dans la pratique de tous les trag
yaux maritimes.
( 177 )
A cet effet , il y aura dans chaque départemen
une corvette toujours en activité , à bord de laquelle
on exercera les Eleves à toutes les manoeuvres
de mer & à une fubordination continuelle
; après les exercices prefcrits , ils feront
foumis à un nouvel examen , qui les conduira
à la 2me. claffe , où ils recevront 400 liv. d'appointemens
; enfin , après avoir fait , à la fatisfaction
de leurs Supérieurs , les exercices de ce
grade , ils pafferont à la rere, clafle , avec 500 1.
d'appointemens .
Le nombre total des Eleves eft fixé à 360 , tant
dans les Colleges , que dans les ports. Ces Eleves
remplaceront les Gardes du Pavillon & ceux de la
Marine , qui font fupprimés , & ils formeront ,
au befoin , une Compagnie de 60 , pour la garde
de l'Amiral .
Une Ordonnance particulière étab'it une claffe
d'Eleves volontaires , pris parmi les Marins qui
ont été attachés au corps de la Marine , parmi
leurs, enfans & parmi les enfans de gens vivant
noblement . Ceux- ci participeront à l'inſtruction
des autres & à leurs fervices ; mais au lieu que
les Eleves du Corps pafferont de la ere, claffe
aux grades de Lieutenant de vaiffeau , après les
examens requis , les volontaires Eleves n'obtiendront
que celui de Sous- Lieutenant , & dans ces
grades , ils feront ſuſceptibles , les uns & les autres,
d'avoir le commandement de petits bâtimens ,
tels que lougre , fllites , gabarres , &c. L'Ordonnance
leur permet même , en certains cas , de naviguer
pour le compte du commerce .
Les Sous- Lieutenans remplaceront les Enfeignes
qui demeurent fupprimés , & leur nombre
eft fixé à 840. Ils font divifés en deux claffes ; ceux
de la premiere auront 1000 liv. d'appointemens ,
& ceux de la feconde , 840 liv.
hs
( 178 ).
Au-deffus de ce grade , font les Lieutenans de
vaiffeaux , divifés aufli en deux claffes ; la premiere
a 1600 liv. , & la feconde a 1050 liv. d'appointemens
, Leur nombre eft fixé à 680. Ils commanderont
auffi des bâtimens , & on exige , pour
leur avancement , un certain nombre de campagnes
de mer.
200 Entre les Lieutenans & les Capitaines , S. M;
crée un grade intermédiaire de Majors de vaiffeau
qui feront attachés aux divifions & qui jouiront
de 2000 1. de traitement. Le nombre de ces
Majors eft fixé à 100 .
t Les Capitaines en activité de fervice font fixés
au même nombre de 100 , parmi lesquels il y aura
27 Chefs de divifion ; ils feront tenus , en tems de
paix , de 4 mois de fervice au département , & ils
recevront , pendant ces 4 mois , 400 1. par moiss ;
pendant les autres 8 mois , ils auront 200 liv. par
mois ; de forte que leur trairement ordinaire fera
de 3,200 liv. annuellement , & les Chefs de divifion
auront 600 liv . de plus , ou 3,800 liv. Tous
les autres Officiers , attachés aux divifions , jouiront
d'un fupplément de traitement , & S. M. arrêtera
tous les ans un état de ceux qui feront en
activité.
Rien n'eft changé , relativement aux grades
fupérieurs à celui de Capitaine ; mais nul d'entre
eux ne pourra être élévé au grade de Chef d'efcadre
, qu'après avoir commandé une divifion de
trois vaiffeaux , de trois autres bâtimens à trois
mâts , tels que frégates ou corvettes .
Les Majors ne pourront devenir Capitaines ,
s'il n'ont commandé auparavant un vaiffeau de
S.M. , foit dans ce grade , foit dans celui de Lieutenant.
Les Lieutenans , fous la même condition , pourront
être élevés au grade de Capitaine , fans paffer
( 179 )
parCcelui
de Major
, lorfque
leurs
fervices
mériteront
cette
faveur
.
S. M. veut que toutes les demandes d'avancement
paffent de main en main en remontant de
grade , depuis ceux qui les feront , jufques au
Commandant du port , pour que ce dernier les
adreffe avec fon avis , s'il le juge à propos , au
Miniftre.
L'adminiftration de la Marine eft rétablie fous
l'autorité des Commandans des départemens , &
dans chaque département , il y aura un Directeur
général qui réunira toutes les autorités fur les
directions , du port , des conftructions , du génie
& de l'artillerie , confiés à des Directeurs parti-
Culi , ayant fouvent des Sous Directeurs , &
autres Officiers ; ceux - ci auront rang de Capitaines
, de Lieutenans , &c.; mais i's ne prendront
rang qu'après les Officiers des vaiffeaux .
Il fera établi des Intendans ou Commiffaires attachés
aux efcadres & divifions , & des Commis
aux revues & aux approvifionnemens , à bord de
chaque vaiffeau de Sa Majefté .
Il y aura un Infpe &teur général des claffes & une
Adminiftration particuliere pour cette partie , qui
doit fournir des troupes à la Marine , foit en matelots
, foit en canoniers , & il en ferà formé 9 divifions
, fous le titre de Corps Royal de canoniers
matelots.
Les forces maritimes de S. M. feront formées
en 9 efcadres dont s feront à Breft ou aux environs
, 2 à Toulon & 2 à Rochefort . Ces efcadres
porteront à leur mât principal une flamme
blanche , fur laquelle fera placé en groffes lettres
d'or un numéro qui les diftinguera ; les
Officiers qui y feront employés feront auffi dif
tingués par la couleur du collet de leur uniforme,
cramoifi pour la premiere , blanc pour la feh69
( 180 )
conde , verd de Saxe pour la troifieme , jaunea
citron pour la quatrieme , bleu- deuil pour la cin- < ?
quieme , orangé pour la fixieme , violer pour la
feptieme , cham is pour la huitieme , & role
pour la neuvieme,
·
Le rang des Officiers de la Marine eft affigné
dans les nouvelles ordonnances Les Vice - Amiraux
les prendront après les Maréchaux deFrance,
les Lieutenans - Généraux avec ceux de terre ;
les Chefs d'efcadre avec les Maréchaux-de-
Camp ; les quarante anciens Capitaines avec les
Brigadiers ; les autres Capitaines avec les Colonels
; les Majors avec les Lieutenans- Colonels ;
les Lieutenans avec les Majors ; les cent plus
anciens Lieutenans auront rang de Capitaines
d'infanterie , & les autres celui de Lieutenant.
Dans les autres ordonnances relatives au régime
intérieur , on a confulté toujours l'expérience
, la raifon , l'utilité , quelquefois même
la convenance. On y diftingue les précautions
d'ordre & de probité établie fur les vaiffeaux ,
pour y établir la falubrité , & éviter les encombres
: le frein mis au luxe des tables , & la
fubordination établie dans les différens grades ,
le bel ordre de combat , la loi d'airer fouvent
les chambres , la remife de toute la comptabilité
à un corps qui s'en occupera uniquement . Enfin
l'émulation toujours entretenue , & les encouragemens
offerts à tous les grades.
M. de la Houffaye , qui a configné le premier
dans ce Journal des idées utiles fur la
réforme des Regiftres de mariage & de baptêmes
, nous adreffe une nouvelle lettre fur
un objet encore plus intéreffant ; ſavoir la
sûreté des gens de la campagne dans leurs
maladies. Voici comment il s'exprime :
( 181 )
M. le Contrôleur- Général , en fecondant les
intentions de la Société Royale d'Agricolture ,
a accordé une fomme de 1200 liv . pour un
Prix deſtiné à celui qui aura le mieux traité les
moyens de vêtir les gens de la campagne , & à
meilleur prix qu'ils n'ont coutume de l'être ,
pour le garantir du froid & de la pluie . Ne leroit-
il pas également d'ga dès foins paternels
du Gouvernement , & du zele de la Soité
Royale d'Agriculture , de propoſer auffi un
Prix particulier à la perfonne qui traiteroit de
la maniere la plus fatisfaifante des moyens
d'extirper du milieu des gens de la campagne
les Chirurgiens ignorans qui les tuent journellement
pir des méprifes cruelles fur les caufes & la nature
de leurs maladies ( 1 ).
Ces méprifes font inévitables de la part de
gens qui communément n'ont pas chez eux pour
vingt francs de livres ; qui n'ont que des idées
très - fuperficielles d'Anatomie ; qui ne favent ni
parler ni écrire leur langue. Un de ces Efculapes
demandant un jour , fur une de les ordonnances,
trois grains d'émétique, écrivit trois crins . L'Apothecaire
, juſtement indigné , lui envoya dans un
papier trois crins de cheval . L'intempérie des
faifons , la faim , la foif , la mifere & les maladies
enlevent àl'Agriculture & à l'Etat moins de
fujets que la lancette & les poifons de l'igno-
>rance.
vers
(1) Tout le monde fait que le Gouvernement , attentif
à la population , envoie tous les ans
le mois de Novembre , à MM. les Curés , des feuilles
imprimées avec trois colonnes , pour y mar
les naiffances , les morts , & les mariages.
Nous favons que plufieurs Carés ont mis cette année
à la colonne des morts , pour caufe ordinaire , ivrognerie
, mifere & mauvais Chirurgiens.
quer
( 182 )
2
C'eft fur- tour , Monfieur , dans les regnes d'é
pidémies défaftreufes que les méprifes des Chirur
giens de campagne fe font horriblement ſentir .
Souvent depetites Villes , des Bourgs & des Villages
entiers ont été dévastés avant que la vigilance
du Gouvernement , prévenue , y ait envoyé
de la Capitale un Chirurgien ou un Médecin
d'un mérite recorgu . Alors quel ſpectacle af-
Aigeant ! La plupart des maiſons du pauvre font
défertes ou s'il refte quelques Membres échappés
à la mort , ce font de miférables orphelins ,
privés de tout fecours pour leur éducation dans
les devoirs de la Religion , & pour le travail.
Le métier flétriffant de la mendicité commence
par rendre ces enfans à charge à leurs concitoyens
dont ils affiegent les portes , & finit par
les confiner dans des dépôts publics de vagabonds
& de fainéans , ou dans les bois , où ils ne craignent
point d'attenter à la fûreté des chemins ,
& de terminer leurs jours fur des échafauds. !
Mais avant que de fe flatter d'attirer le véritable
mérite & les talens à la campagne , il faut
y créer des places , & propofer des honoraires fixes ,
pour déterminer les fujets à quitter nos grandes
Villes , à s'établir dans les campagnes , & à y
porter leurs travaux & leurs lumieres. Dans les
Villages , ces créations ne feront gueres pratiquables
; mais dans de petites Villes qui ont un
certain territoire , & un arrondiffement de deux
ou trois lieues de circonférence , jufqu'à d'autres
Villes voisines , les moyens ne manqueront pas ;
les principaux habitans de ces Villes , les Seigneurs
& les Curés des Villages circonvoisins
fe prêteroient fans doute à faciliter ces établir
femens.
+ En attendant , Monfieur , qu'il me foit permis
de vous annoncer , & à vos nombreux Lecs
( 183 )
teurs , que la Ville de Tournans en Brie ; &
les Adminiftrateurs de fon petit Hôpital , effica
cement fecondés par l'humanité & la bienfaifance
de S. A. S. Monfeigneur le Duc de Penthievre
, Seigneur du lieu , font fur le point de
créer pour le bien général de la contrée , une
des places dont je vous parle , & d'y attacher
400 liv. d'honoraires fixes , favoir , deux cents
livres qui ont été accordées par le Prince fur la
"repréfentation des Adminiftrateurs , MM . les
Curé & Prévôt de la Ville , & deux cents autres
livres deftinées par la Ville & fon Hôpital à
l'avantage du même établiffement. Il y a plus ,
M. Lallus , de l'Académie Royale de Chirurgie
de Paris , Lieutenant de M. le premier Chirur
gien du Roi , & en cette qualité feul autorisé à
expédier des Lettres de capacité dans toute la banlieue
, Prévôté & Vicomté de Paris , n'attend
plus qu'une Lettre publique de MM. les Adminiftrateurs
de l'Hôpital de Tournans , pour indi
quer le concours & l'examen févere dans lequel celui
d'entre les concurrens & les Eleves de l'Académie
, qui prouvera le plus de lumierės , de capacité
, de pratique & de bonnes moeurs , ſera couronné
, & obtiendra la place dont il s'agit , &c
& c. & c.
Je fuis parfaitement
Monfieur ,
Votre très -humble & trèsa
obéiffant ferviteur ,
DE LA HOUSSAYE , Avocat
au Parlement .
Paris , ce premier Mai 1786.
L'Académie de Marfeille a tenu une
féance publique de rentrée , le 26 Avril .
M. le Marquis des Pannes , Directeur , en a
( 184 )
fait l'ouverture par un difcours , dans lequel il a
rappellé l'établiffement de cette Compagnie , &
le fouvenir de fes Membres les plus diftingués ;
M. Groffou a lu une differtation fur une figure de
Mercure , en bronze , trouvée à Marſeille ; M.
Joyeuse , Médecin de la Marine , une Differtation
de M. Bernard, Adjoint à l'Obfervatoire
Royal de la Marine , fur le figuier ; M. Seimandez
, l'éloge de M. Barthe ; M. Mavia a terminé
la féance par un Mémoire fur les Philofophes
hermétiques ; M. le Marquis des Pennes
a annoncé que l'Académie avoit trois Prix a
diftribuer dans la partie des Sciences , pour l'année
1787 : le fujet du premier eft , quels font les
efpeces de vers marins qui attaquent les n vires dans
les divers ports de la Provence ; & quelle feroit la
méthode de les en préferver : du fecond , l'éducation
des Abeilles , adaptée au climat de Provence , &
la caufe de leur dépopulation : du troisieme , l'hiftoire
naturelle du caprier , l'utilité de la culture de
cet arbuste en Provence , la meilleure méthode pour
en rendre les récoltes plus abondantes , & quelles
font les préparations les p us convenables pour en
conferver les boutons ou capres , & les fruits avant
qu'ilsfoient parvenus à leur état de maturité.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 21 Mai.
3
A
Quelques Gazetres ont parlé de la détention
du Perfonnage , connu fous le nom de
Prince d'Albanie , actuellement arrêté pour
dettes à Amſterdam. Cet homme qui fert à
groffit le nombre des Pfeudonymes à aventuses
, dont l'Europe fourmille , & auxquels
( 185 ).
elle croit , comme on n'y auroit pas cru au
X. fiecle , a préſenté un Mémoire fingulierement
original à L. H. P. , Mémoire dont
voici le titre & quelques paffages.
Memoire à L. H. P. les Seigneurs Etats - Généraux
des Pays-Bas Unis , par Štiepan Annibal , Prince
d'Albanie , Capitaine genéral des Monténégrins ,
Vieux Berger , Duc de St. Saba. Amfterdam , le
13 Avril 1786.
H. & P. S. « C'eft de l'arrêt civil de cet hôtel
que j'ai l'honneur , H. & P. S. de vous airef
fer ce Mémoire , pour faire part à V. H. P. que
le Prince d'Albanie , qui a eu le zele bienfaisant
d'adhérer à vos demandes faites par le décret du
28 Décembre 1784 , la confofation d'avoir été
afluré d'une gratitude éternelle & d'unfouvenir à jamais
reconnoiffant , &c. & c. & remercié par le
décret du 11 Janvier 1785 , fe trouve aujour
d'hui 23 Avril dans l'arrêt civil de cet hôtel , Cet
arrêt , j'aurois pu l'éviter par fa fuite ; mais le
prince d'Albanie fugitif n'auroit pas été digne,
de vous avoir fatisfait dans vos deffeins publics ,
& il n'oferoit pas , H. & P. S. , vous écrire ni fes
circonftances actuelles , ni répéter fes droits ,
droits qu'il répete toujours auprès de la juftice de
V. H. P.
Le crime fais la konte , & non pas l'échafaud !
Je fuis auffi ferme , auffi tranquille & auffi
glorieux , dans l'arrêt de votre République que
j'ai voulu l'être à la tête de l'armée pour défendre
cette même République. Les nouvelles pu
bliques ont fait connoître l'événement malheureux
& fatal qui vient de m'arriver par l'infidélité
& la mauvaile foi de mon Secretaire allemand .
La perte de mon propre bien n'a pas fuffi pour
accomplir mon malheur ; on veut encore me
( 186 )
rendre refponfable de ce que des Négo
cians imprudens ont fait fans mon ordre , fans
mon confentement , ni connoiffance quelconque
de ma part , avec ce fatal homme qui manioit
mes affaires. Les loix de cette République font
favorables aux bourgeois , au point de pouvoir
faire arrêter fur leur fimple demande , un étranger
de quelque rang ( 1 ) élevé , de quelque condition
qu'il foit , fans avoir même de bonnes
raifons à faire valoir . On m'a dit d'avance que
l'on me feroir arrêter , & je me fuis fais arrêter,
pour voir quellefera ma deftinée , & la récompenfe
que je recevrai dans cette République , que j'ai
tâché , autant que j'ai pu , de fatisfaire dans fes
projets du bien être public ; pour laquelle j'ai
contracté de fortes dettes , comme l'état de cette
affaire a déja paru fur la table de V. H. P.;
vor enfin comment je ferai traité par cette
République , qu'à tout événement je regarde
audisment comme ma propre patrie . ».
« La chambre de mon arrêt fera peut - êtremon
Compsaur : Car la réflexion & le parallele que je
fais dans mia folitude , entre ce que j'ai fait pour
la République , & ma pofition actuelle , me font
une impreffion trop fenfible & trop amere ,
pour pouvoir la diffimuler à V. H. P. & au
monde entier .... Mais le fort en eſt jeté , &
comme un rocher au milieu des orages , je luis
tranquille dans le malheur , & je dis avec Sé-
(1) On a arrêté Théodore , Roi de Corfe le
Duc régnant de Wurtemberg Stutgard , le Prince
Charles de Ligne , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'or , grand Feld- Maréchal des Armées de l'Empeun
Duc & Pair d'Angleterre ; fans_compter
d'autres perfonnages moins qualifiés , dont les noms
& les malheurs font tombés dans l'oubli .
reur ,
-( 187 )
meque ..... vir fortis cum malá fortund compofitus
.
cc Agité par tant de malheurs , j'ai pu réfifter
cinq jours & cinq nuits , fans manger ni boire ;
luttant toujours entre maliberté & ma vertu , &
j'ai facrifié ma liberté à la vertu qui ne meurt
jamais , & c.... Si je ne trouve point reconnoiffance
& récompenfe dans les Etats de V. H. P. ,
j'espere trouver au moins juſtice. Si j'ai tort , &
que je ne puiffe payer mes propres créanciers
je leur donnerai ce que la trahifon & l'avarice
des hommes m'ont laiflé. S'ils veulent m'oppri-
& exiger de moi plus que je ne dois &
poffede , je leur livrerai une vie couverte de la
gloire d'avoir été utile à cette République ,
aux dépens de mon repos & de mes propres inté
rêts , fans avoir été ni payé ni récompenfe ». & c .
mer ,
Pour entendre ce que dit ici le Prince
d'Albanie , touchant la reconnoiffance de la
République , il faut favoir qu'en 1784 , il
offrit un Corps armé de Monténégrins à
L. H. P. qui le remercierent fans accepter
cette offre.
Une Gazette étrangere contient les détails
fuivans très -intéreflans pour la France.
On fait que M. Poivre enrichit , il y a plu
fieurs années , l'ile de France d'une quantité
d'arbre précieux , qu'il avoit enlevés , à travers
mille périls , des pays foumis à la domination
des Hollandois. Tranfplantés à l'Ile de France ,
ces arbres y avoient profpéré ; mais l'envie fe
déchaina bientôt contre M. Poivre ; & l'on vit
le moment où il ne devoit plus refter de traces
du bienfait fignalé qu'il avoit rendu , en rappro
chant de nous les épiceries. Heureufement M.
Céré , Commandant du quartier de Pample(
188 )
mouffes dans l'ifle de France , convaincu que le
climat de cette iſle étoit favorable à ces arbres,
en fauva quelques - uns de la profcription portée
contre eux , & doana fes foins à les cultiver.
Ils réuffirent très - bien & l'on a été en fin obligé
'de fe rendre à la meilleure de toutes les preuves,
à l'expérience. M. Céré fut nommé Directeur du
Jardin du Roi. Il eft parvenu à le mettre dans
l'état le plus floriffant.
On vient de nous communiquer un imprimé
de l'année derniere , par lequel il prévient les
habitans des Iles de France & de Bourbon , fur
la délivraison des arbres en pépiniere audit jardin
, propres à la tranfplantation . On eft étonné
de la quantité de ces arbres , dont plufieurs font des
plus précieux & des plus importans. On voit ,
par exemple , qu'il s'y trouve 3000 canneliers
de Ceylan , 10,416 girofliers , dont 18 font fi
forts , qu'il faut deux robuftes Noirs pour en porser
un ; 894 , un Noir pour un arbre ; 484 , un
Noir pour deux arbres ; & 9000 âgés de quatre à
fix mois , un Noir pour quatre. On y trouve encore
20 muſcadiers aromatiques ; & l'on dit à ce
fujet que le Jardin du Roi poffede 18 mufca diers
femelles , tant de fouches que créoles & gagnés
par les provins faits . M. Céré devoit y faire
tranfplanter 7 autres arbres femelles rapportans ,
qu'il a chez lui , autant pour augmenter cette
fouche précieufe , que pour les avoir plus à portée
de fes foins . Dix fur ces dix - huit arbres , ont
fourni entr'eux , depuis 1779 , époque de la
maturité des premieres noix 1088 mufcades ,
tant mûres que jettées par des coups de vent ,
avant d'être parfaitement à ce point Ce nombre.
de fruits a produit 60 mufcadiers placés au Jardin
du Roi , 20 autres qui ont été délivrés tang
dans la Colonie qu'envoyés aux Iſles de Bourg
•
( 189 ).
bon , à Cayenne & la Guiane Françoiſe , & 124
jeunes plants qui exiftent dans les pépinieres du
Roi , dont zo de tranfplantables préfentement.
Au commencement de Juin 1785 , un feul arbre
montroit 300 mufcades , & neuf autres 500 entr'eux
, avancées. Vingt- quatre de ces noix ont
été envoyées à l'Ifle de Bourbon ; 260 ont été
plantées dans les pépinicres du Roi ; & il en ref
toit 366 fur les arbres , qui devoient s'ouvrir
dans peu. Ces arbres fructifians qui jouiffent tous
de la plus belle & de la plus forte végétation
ayant le feuillage le plus verd & le plus garni
préfentent continuellement des fleurs & des
fruits de tout âge. Enfin le brillant état où ils
font , qui ne laiffe rien à defirer , doit faire ef
pérer que bientôt l'unifexe mufcadier fera proportionné
, pour fa multiplication , à celui de
l'hermaphrodite girofflier .
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres:
:
Les Etats-Généraux ont fait part ces jours der
niers , à l'affemblée des dix fept Directeurs - Dé- :
putés de la Compagnie des Indes de l'extrait
d'une lettre , que L. H. P. avoient reçue de la
part de M. le Baron de Lynden , leur Envois extraordinaire
à la Cour de Londres , datée du 24
Mars i les y informoit des fervices particuliers
que M. Pitt , premier Miniftre de S. M. Britannique
, avoit rendus pour fecourir le navire de la
Compagnie , le Voorberg , qui avoit été forcé par
la détreffe la plus extrême d'entrer dans la baie
de Darmouth : ce fut en vertu d'un Bill , lu trois
fois & paffé en un même jour par les deux Chambres
du Parlement , que l'équipage fut non - leulement
di pente ,de la quarantaine ordinaire ;
mais qu'on lui donna aux frais du Roi tous les
( 190 )
fecours dont il aveit befoin. La Direction de la
Compagnie , fenfible à ce traitement humain &
généreux , a témoigné les fentimens par une lertre
qu'elle a écrite à M. Pitt , en l'affurant de la
reconnoiffance perfonnelle qu'elle lui avoit d'un
fervice auffi effentiel . [ Gaz. de Leyde , n . 37.1
refe
Le bruit fe répand , que le Duc de Courlande ,
qui a fait l'acquifition de la Principauté de Sagan
en Siléfie , céde fon Duché de Courlande au
Prince Potemkin , pour une fomme très - confidérable
or ajoute que l'acquéreur en a obtenu la
permiffion & l'agrément de l'Impératrice de
Ruffic. La Pologne eft la feule Puiffance qui
puiffe confentir , ou le trafic de ce Duché
, qui eft un grand fiefde la République , mais
vu l'influence abfolue que la Ruffie a fcu fe pro-
Curer en Pologne , depuis quelques années , on
croit qu'à tout événement , le Prince Potemkin
pourra attendre le confentement de la Pologne
& jouir néanmoins des avantages de cette belle
acquifition. [ Gaz. d'Amfterdam , n° . 39. ]
•
On affure que l'Ambaffadeur de Ruffie à Vienne
a reçu la nouvelle importante , que fa Cour
eft fur le point d'entrer en guerre avec la Porte,
Le dernier courier de Conftantinople à Péterf
bourg auroit apporté des dépêches affez importantes
pour donner occafion à la tenue d'un confeil
d'Etat extraordinaire , auquel tous les Miniftres
de S. M. l'Impératrice auroient été appelés .
A l'iffue de ce confeil , qui fut très - long , on expédia
un aautre courrier à M. Bulgakow , notre
Miniftre auprès du Grand - Seigneur : on croit
que les dépêches qu'on lui a remis , portent l'ordre
exprès de quitter Conftantinople fans prendre
congé , & le plus fecretement poffible . Si ce
bruit , qui s'eft répandu tout à coup , fe confirme,
nous fommes à la veille de voir éclore de
鄒
( 191 )
plus grands événemens que ceux , dont on prévoit
la poffibilité depuis plus d'un an . Idem.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Caufe entre le fieur Hegron , Directeur de la
Régie générale à Vendôme ; & le fieur Hegron
fils Penfion alimentaire demandée par un
Bâtard.
Les peres doivent des alimens à leurs enfans ;
il n'eft pas befoin d'ouvrir les Loix pour s'en
convaincre. Ce principe , qui eft de tous les
tems & de tous les pays , eft gravé dans tous les
coeurs. Les Bâtards ne fuccedent pas , parce qu'il
n'y a que la parenté légitime qui ait droit à la
fucceffion ; neque gentem , neque familiam habent.
Cependant l'équité naturelle a fait admettre dans
notre Droit François que les Bâtards pouroient
réclamer des alimens , mais dans quelle circonf
tance ? Tant qu'ils font dans l'enfance , & même
dans la premiere jeuneffe , le pere naturel eft
tenu de fournir de quoi foutenir la vie qu'il
leur a donnée ; la nature le preferit , & la Jurifprudence
des Arrêts l'ordonne , La quotité
des alimens ne peut être fixée ni exigée qu'en
raifon de l'état & de l'aifance du pere qui ne doit
que les chofes néceffaires à la vie , nutritum &
veftitum. Ces alimens ne font dus à l'enfant naturel
que jufqu'au temps où il a pu pourvoir
lui-même à fes befoins par fon travail & fes
talens ; dès que , parvenu à l'âge de dix-huit à
vingt ans , il a appris un métier ou obtenu un
emploi , il ne peut alors rien demander juridiquement
à fon pere. Ces principes one
reçu une application fenfible dans cette caufe.
Le fieut Hegron avoit un fils naturel , âgé
de vingt fept ans , dont il avoit pris foin ,
& auquel il avoit fait apprendre le métier de
·
( 192 )
34
A
Brodeur. Le jeune homme , inconftant dans fes
goûts avoit quitté cet état , il étoit entré chez
un Banquier pour y tenir des livres ; il n'avoit
pas plus réuffi dans cet état que dans celui qu'il
venoit de quitter : fon pere lui avoit enluite
procuré un emploi dans les Aides , qu'il n'avoit
pu garder. C'eft dans ces circonftances que le
heur Hegron fils demandoit à fon pere une
penfion pour vivre à Paris . Le fieur Hegron
pere , qui n'avoit pas de fortune , ne vivoit que
du produit de quelques emplois qu'il avoit eus
fucceffivement ; il avoit d'abord été Secrétaire
de M. l'Ambaffadeur de Portugal , puis Infpec
teur des droits réunis en Alface , avec 125 1
d'appointe mens par mois ; enfin , Directeur de
la Régie générale à Thouars , enfuite à Vendôme
, place qui lui rapportoit environ 4000 l.
c'étoit- là toute la reffource du fieur Hegron pere
pour foutenir une femme & trois enfans légitimes
qu'il a eus depuis la naiffance de ton fi
naturel. Ainfi il répondoit à ce fils dénature
qu'ayant entièrement acquitté la derte de la na
ture par l'éducation & les talens qu'il lui avoit
procurés , il n'avoit rien à exiger de lui, & n'avoit
plus d'action en Juftice pour l'y contraindre.
Néanmoins ce pere avort encore la bonté
d'offrir à fon fils une penfion alimentaire & viagere
de 200 liv. pár an . L'Arrêt du 4 Mars 1786
a donné acte au fieur Hegron pere de les offres
de payer à Hegron fils une penfion alimentaire &
viagere de 200 liv ; ce faifant a condamné
Hegron pere au paiement de lad . penſion de 200 l.
dépens compenſés.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères