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1785, 12, n. 49-53 (3, 10, 17, 24, 31 décembre)
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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT 18356
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l' Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Scientes & les Arts; les Spectacles
; les Caufes Célebres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits .
Arréts ; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 3 DÉCEMBRE 1785 .
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Novembre 1785 .
PIÈICÈCEESS FUGITIVES. Instructiondreſſséepar
Bouquet à Mme de Beau- miffion du Clergé ,
•hanais, 1
A AlmeGuiard ,
la Com
26
3Effai fur les Maladies des Eu6
ropéensdans lespays chauds,
La Reine & la Bergère , Fable
, ib . La Morale des Rois ,
35
38
Le Singe &le PetiteMaître, Suite de la Vie& des Opinions
Conte, 49
de Tristram Shandy ,
Lettre deMadame la Marquise Histoire d'Hérodien ,
dA***, 13
71
105
Les Dangers d'un premier
choix ,
97De la Monarchie Françoise ,
Epitre fur les Ages de la
122
Vie,
Vers à M. le Marquis de
Bièvre ,
161
145 Panegyrique de Ste Thérèse ,
La Rofe&le Zéphyr , Fable ,
170
147
Réflexions Physiques & Mo-
Anacréon en belle humeur , 180
SPECTACLES.
rales fur l'Eternument , 149 Comédie Italienne , 85
Charades , Enigmes & Logo Variétés , 89 , 130 , 137 ,
gryphes , 8 , 68 , 102 , 158 181, 186
NOUVELLES LITTÉR. Annonces & Notices , 41 , 91 ,
Mémoirefur les Corvées , 10 140, 189
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
que de laHarpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 3 DÉCEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE JUGE INDÉCIS , adreſſé à deux
Dames d'âge different.
NoQUVEAU Paris , un jour j'eus la prétention
De juger à mon gré ſur cette préférence ,
Que diſputoit Minerve à Vénus , à Junon.
Comme Junon n'avoit , à mon opinion ,
Aucun droit à la concurrence ,
Entre deux ſeulement je mis la queſtion .
Indécis , tenant la balance ,
J'arrive chez Zirphé ; c'en eſt fait, déſormais ,
Diſois-je en l'écoutant , Minerve aura la pomme,
EtVénus perdra ſon procès.
Bon, Corinne paroît , & voilà que mon homme
Eſt plus indécis que jamais.
L
(Par M.de Saint- George , Chevalier
de S. Louis , à Crépy en Valois. )
Aij
4 MERCURE
1
LA ROSE ET LE POMMIER
Fable, à Mile N....
Duhaut de
ſa tige épineuſe ,
La Roſe , au Pommier ſon voiſin ,
D'une voix fière & dédaigneuſe ,
Tenoit ce langage un matin ,
Je dis un matin & pour cauſe:
Ami , je ne fais trop pourquoi
Tu végètes ſi près de moi ;
Ycrois- tugagner quelque choſe ?
La Roſe, tu le ſais , eſt la Reine des fleurs ;
L'aurore , de mon teint emprante ſes couleurs ,
Et tu vois le zéphyr des parfums que j'exhale ,
Embaumer les lieux d'alentour ;
Demon éclat enfin j'embellis ce ſéjour ,
As-tu , dis-moi , rien qui m'égale ?
Tout fier d'être aſſez bien fleuri,
Tu crois de la maîtreſſe être l'arbre chéri ;
Et cependant , malgré ton pompeux étalage ,
Tu la vois preſque chaque jour
De l'aſtre qui nous luit devançant le retour,
Accourir de ſon choix me rapporter l'hommage.
Je fais , dit le Pommier , que tu dois à ſes yeux
Avoir ce matin l'avantage;
Mais ce ſoir, plus juſte &plus ſage,
Elle pourra nous juger mieux.
DE FRANCE.
5
D'ailleurs au temps heureux où l'automne féconde
Viendra nous enrichir des biens
Qu'elle répand dans tout le monde ,
Mes fruits ſont recherchés , que fera-t'on des tiens ?
(Por M. l'Abbé Rangeard. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
:.
Lemot de la Charade eſt Chauve- Souris ;
celui de l'énigme eſt Enfant , ( enviſagé
comme nègre ou blanc, légitime ou naturel );
celui du Logogryphe eſt Balancier, où l'on
trouve bain , Nil , carabine , racine , Liban ,
bail , baie , Aibane , Ariane , Liber ( furnom
de Bacchus ) , Baal , ban , Calabre ,
Abel & Cain , cabale , Albe , Belin.
D
CHARADE.
ès qu'un enfant peut doubler mon premier ,
Il enchante l'oreille & le coeur de ſon père ;
Mon ſecond & l'Amour accompagnent Glycère.
Quand reviendrai-je , hélas ! habiter mon entier ?
(Par un Parifien relégué en Touraine. )
ر
Aiij
MERCURE
ÉNIGME.
IRIS, RIS , aux yeux des Grands ma vûe eſt importune;
Quoique flatteur , humble & refpectueux ,
Je ne fais pas ſouvent fortune.
Une lettre de moins , mon fort eſt plus heureux ;
Car tous les matins j'empriſonne
Les tréſors de ton ſein & ta taille mignone.
( Par M. L. Michel. )
LOGOGRYPHE.
QUOIQUE ſept pieds , Lecteur, compofent ma
ftructore ,
Onques ne ſuis debout,pas même en ma parure ;
Auxhabitans de l'air , aux habitans des bois ,
Je dois ſouventmon exiftence;
Fils irguat , en naiſſant je fuis de leur préſence
Pour aller ſéjourner dans le palais des Rois.
J'habite très- ſouvent les lieux de l'indigence ;
Le fort décide chaque fois
De ceux à qui je dois la préférence ;
Par-tout battu , baloré , maltraité ,
Ces étranges moyens font que je ſuis fêté;
Mais lorſque des enfans je deviens le partage ,
Chaque jour de leur part je ſouffre quelqu'outrage
DE
7
FRANCE.
Chez la Sultane , chez l'Émir , ..
On ne ſauroit trop me chérir.
Veux- tudécompoſer mon être ,
En rebrouffant je te ferai paroître
(
Parmi les lambris les plus beaux ;
Va fur trois pieds me voir dans ces vaiſſeaux
Qui fillonnent l'humide plaine ;
Tu trouveras encor ce que cache une gaine
Aux jeux de piquet , aux tarots ;
Ce qui vient toujours à propos;
Du bien tu verras l'antipode ;
En voyageant un meuble très- commode ;
Unmot exprimant la douleur ,
Et l'état où ſe trouve au gîte un voyageur ;
Ce qu'en dépit de nous & d'elle
Ne fauroit être une femelles
D'une Ifle je montre le nom .
Enfin , Lecteur , en reſtant ſur trois griffes ,
Je ſuis , phyſique ou moral , toujours bon ,
Dans la cuiſine& dans les legogryphes.
( Fait par un Habitant de Smyrne. )
Aiv
8 MERC URE
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS couronné par la Société Royale
des Arts & des Sciences de Metz, fur les
queſtions fuivantes , propoſées pour ſujet
du Prix de l'année 1784. 1 °. Quelle est
l'origine de l'opinion qui étend fur tous
les individus d'une même famille , une
partie de la honte attachée aux peines infamantes
que fubit un coupable ? 2°. Cette
opinion est- elle plus nuisible qu'utile ?
3°. Dans le cas où l'on se décideroit pour
affirmative quels ſeroient les moyens de
parer aux inconvéniens qui en réfultent ?Par
M. deRobeſpierre , Avocat en Parlement ,
avéc cette épigraphe :
天
Quod genus hoc hominum ? Quavehunc tam barbara
{
morem ,
Permittet patria ? Virg. Æn.
A Amſterdam , & ſe trouve à Paris , chez
J. G. Mérigot jeune , Libraire , quai des
Auguftins.
CE Difcours , comme on le voit par fon
titre, a obtenu un ſecond Prix dans l'Académie
qui avoit propoſé ce ſujet. Auteur d'un
Ouvrage qui a été préféré , il ſemble que je
ne puiffe appuyer ſur le mérite de celui-ci ,
DE FRANCE.
9
fans paroître vouloir relever l'avantage que
j'ai obtenu. J'eſpère parler de ce Diſcours avec
affez de candeur pour écarter ce ſoupçon ; je
lui rendrai juſtice avec une ſatisfaction que
je ne diſſimulerai pas; je ferai mes remarques
avec tout le zèle que peut inſpirer la
vérité ſur un objet important. J'avois d'abord
le projet d'écarter toute mention , tout fouvenir
méme de mon propre Ouvrage. Mais
ilm'aparu que la comparaiſon entre les idées
de deux Aureurs pouvoit offrir quelques vues
piquantes & répandre plus de lumières ſur
le ſujet traité.
Je ne puis m'empêcher de revenir encore
furune idée que j'ai déjà préſentée. Une Académie
nepouvoit concevoir un plan plus heureuxque
celui de ſoumettre à la diſcuſſion publique
les préjugés funeſtes qui règnent dans
la Nation. S'il eſt des préjugés qui faſſent la
grandeur d'un peuple ou le bonheur de l'homme
, il faut les conſerver avec ſoin; il faut
chercher dans la raiſon même des moyens de
les affermir. Loin de les ébranler , la philoſophie
doit révérer ces myſtères d'une vaſte politique
ou ces bienfaits du haſard. Mais pour
ces autres préjugés qui , tenant à des choſes
qui ne font plus, ſans raiſon dans leurs principes
, font encore fans excuſe dans les circonftances
nouvelles, il importe de les examiner;
fi on les trouve injuftes & malfaifans ,
il faut préparer ou achever leur ruine , en
foulevant fa raiſon des ſages contre l'aveugle
opinion de lamultitude. Il en exiſte beaucoup
Av
10 MERCURE
de ce genre chez tous les peuples; il en exifte
encore davantage dans une Nation qui , toujours
gouvernée par une forte de fanatifme
d'honneur , a rarement confulté le bon ſens
& l'utilité publique dans la diſpenſation de
fon blâme & de fon eftime. Nous avons donc
pluſieurs préjugés qui tiennent à de faufles
notions de l'honneur. Dans un temps où l'opinion
publique n'eſt plus uniquement la tradition
des idées de nos pères , mais où elle eſt
auflì devenue le réſultat des lumières qui fe
répandent , on peut ſe promettre de faire tomber
ces anciennes &dangereuſes maximes , qui
n'ont beſoin que d'examen pour être abandonnées
, & auxquelles on ne confent encore
à fe foumettre, que parce que la défobéiffance
n'eſt pas devenue l'impulſion générale. Rien
ne peut davantage commencer ces heureuſes
révolutions que les bons Écrits ; s'ils ont quelque
puiſſance , c'eſt celle de fixer l'attention
"fur lesmauvaiſes inſtitutions , d'en faire rougir,
"de les attaquer par la raifon,pour les renverfer
enfuite parles exemples.Unfeul Écrivainpourroit
n'avoir pas affez d'autorité dans ces ſujers ;
il convient mieux aux Sociétés Littéraires d'en
faire la matière des récompenfes qu'elles ont
à diftribuer. Leurs récompenfes alors s'annobliſſent
des vûes , des effets de bien public
auxquels elles fe rapportent. Unbeau Difcours
peut devenir alors un bon Ouvrage ; un bon
Cuvrage l'acte d'un bon Citoyen , & cet acte
d'un bon Citoyen un fervice public. Les Lettres
auroient encore mérité plus de refpect
DE FRANCE. II
A
& de reconnoiſſance des. Nations , fi elles
avoient toujours été dirigées par un eſprit fi
fage& vers unbut fi noble.
Ondoit donc féliciter l'Académie de Metz
de cette carrière nouvelle qu'elle a ouverte ,
&dans laquelle elle marche avec conftance .
Elle a commencé par le préjugé des familles ;
elle a propoſé pour cette année celui de la
bitardife , & va s'occuper des caufes & des
remèdes de l'aviliſſement des Juifs. Elle
pourra arriver ſucceſſivement au plus uni-
Iverſel , au plus ancien , au plus funeſte des
préjugés , & fur-tout au plus difficile à extirper
, à celui des duels. La philofophie &
l'éloquence ne pourront jamais ni rencontrer
-un plus grand objet , ni remporter une plus
belle victoire. Mais elles auront beſoin de
s'allier ici à la plus fublime politique ; car il
-n'y aplus rien à prouver fur l'abſurde atrocité
de cetuſage; mais il faut trouver des moyens
de le déraciner dans toutes les Nations modernes
, qui en ont fait l'effence même de
:P'honneur; il faut, par quelque grand acte pirblic,
leur faire abdiquer un uſage qui a réfifté
à toute la puiffance des loix , ainſi qu'aux
anathemes de la religion ; il faut défarmer
P'honneur par Phonneur même. Je l'avoue ,
je ne crois pas ce grand Ouvrage impoflible.
Mais , pour dire ma penſée toute entière , ce
n'eſt pas une Compagnie de Gens de Lettres
qui peut dignement & efficacement propofer
ce ſujet, il faudroit qu'il fut préſente par ce
Tribunal qui , parmi nous , eſt le juge de ces
:
4
Avi
12 MERCURE
querelles qui ne ſe vident que par le glaive,
&lemodérateur impuiſſant de cette fanglante
juftice. Alors , au milieu d'un grand éclat public
, &devant des hommes qui peuvent exécuter
les idées qu'ils adopteront , l'éloquence
pourroit s'élever à des vûes & des beautés
proportionnées à un fi grand effort.
Mais je m'écarte d'un ſujet déjà traité, pour
m'élancer vers un autre qui eſt peut-être encore
bien loin de l'être. Je reviens au préjugé.
Ce ſujet méritoit une attention férieuſe ; il
offre une queſtion importantedans nos moeurs.
S'il n'a pas été reçu avec indifference , il n'a
pas excité non plus ni ces vifs débats dans lefquels
la vérité achève de triompher , ni cet
acquiefcement prompt & univerſel qui annonce
que fon jour est arrivé. Le préjugé eſt
bon, ont dit quelques eſprits , même des efprits
très-diftingués , ce qui pourroit ſurpren
dre, ſi l'on ne ſavoit qu'il n'eſt point d'erreurs
qui n'ayent eu des partiſans. Il eſt odieux &
abſurde , a dit le plus grand nombre. Il eſt
déjà affez tombé , ſelon quelques autres. Je ne
voudrois d'autres preuves de la néceflité d'approfondir
cette queſtion, que cette contrariété
&cette indéciſion. J'oferai tenter de fixer à
cet égard le véritable état des choſes. C'eſt
parcequenos lumières& les principes de douçeur
qui rentrent dans nos idées& nos moeurs
ont déjà beaucoup affoibli le préjugé , qu'il eſt
urile de le difcuter , afin de hâter , par une
inſtructio,n plus complette , par un mouvement
plus rapide , la réforme qui ſe prépare.
DE FRANCE.
13
<
Mais ne croyez pas que le préjugé ſe détruiſe
tant qu'il n'aura pas effuyé un examen rédéchi
, que cet examen n'aura pas fixe l'opinion
publique&donné lieu dans l'adminiftration
même à des principes ſtables ; il tient à trop
de choſes dans nos loix&nos moeurs , pour
tomber ainſi de lui-même. Des faits recens
nous le montrent déjà comme bien affoibli ;
mais d'autres faits qui peuvent arriver , ſeroient
capables de le rétablir avec preſque
toutes ſes cruautés , au moins dans certains
lieux & pendant quelque temps. L'objet eft
affez important ; cepréjugé expoſe les familles
aux plus affreux malheurs ; & s'il préſente ,
d'un côté , quelqu'avantage pour la ſociété , il
y entraîne, de l'autre, les plus funeſtes inconvéniens.
Occupons-nous-en donc une fois ; les
circonſtances ſont favorables ; jamais on n'a
été plus en état de réſoudre cette queſtion ,&
la réforme commence d'elle-même. Voyons
donc ce que nous avons à faire. Si le préjugé
eſt plus utile que funeſte; hâtons - nous , le
temps preffe , il faut le foutenir & même le
relever. S'il eſt abſolument mauvais , conſommons
fa ruine de manière qu'il ne puiffe plus
renaître. Mais , en travaillant ſur un point important
de l'ordre ſocial , ne faiſons rien à
demi; tirons parti , s'il ſe peut , du mal même
que nous détruiſons , en confervant le bien
qu'il offroit. Si le préjugé tendoit à quelques
bons effets , ne les perdons pas , tâchons de les
retenirpar d'autres moyens. Fixons notre attention
fur la liaiſon de l'intérêt des familles.
14 MERCURE
:
avec celui de l'État, & préſentons quelques
vûes utiles pour cette légiflation. Je crois pouvoir
conclure & répéter que ce font là des
raiſons qui recommandent ce ſujet à l'attention
des bons Citoyens , des Sages' , des Légiflateurs.
:
Il a auſſi excité une émulation qui n'eſt pas
commune;vingt-deuxDifcours ont étéenvoyés
¿à l'Académie de Metz , parmi leſquels il y en
apluſieurs de très-eftimables. Celui de M. de
Robeſpierre a mérité la diftinction particulière
d'un ſecond Prix. C'eſt peut - être une
choſe digne de remarque , que le grand
nombre d'idées ſemblables que l'on trouve
dans les deux Ouvrages que l'Académie
a couronnés ; cela eſt au point qu'on ne
manqueroit pas de croire que l'un de ces Ouvrages
a été fait d'après l'autre , s'ils n'avoient
' été écrits dans le même temps,& par des hom
mes qui ne ſe connoiffoient pas. On rencontre
allez ſouvent cette fingularité , qui eſt moins
réelle qu'elle ne le paroît. Et cela doit tenir en
garde les eſprits juſtes & droits fur l'inculpation
de plagiat qu'on prodigue ſi aiſément.
Il eſt dans chaque ſujet une foule d'idées qui
ne peuvent échapper à ceux qui les méditent ;
&il peut auffi ſe rencontrer des eſprits de la
même nature qui, en procédant par les mêmes
recherches , doivent arriver aux mêmes réfultars.
D'ailleurs , s'il n'eft point vrai , comme
bien des gens le difent que tout foit découvert
, il eſt certain du moins que tout a été
apperçu. L'originalité d'un penſeur ou d'un
1
DE FRANCE.
15
Écrivain ne peut pas être dans ſes principales
idées , qui peuvent ſe trouver ailleurs ,
&même par-tout; mais dans les conféquences
où elles le mènent, dans le ſyſtême où il les
fond& les lie , dans les développemens qu'il
leur donne. Preſque toutes les idees de Roufſeau
qui ſe détachent le plus aifément ſont
dans Plutarque , Montagne , Locke. Recherchez-
les dans ces Écrivains ; relifez - les enfuite
dans ſes Ouvrages , & voyez fi elles ne
lui appartiennent pas. Avantces Auteurs, elles
exiſtoient dans le bon ſens éternel ; & fans
eux, il les auroit trouvées. On peut , ce me
ſemble, poſer ici une règle générale ; puiſque
les hommes ſe rencontrent dans les mêmes
idées autant qu'ils ſe les empruntent , ce n'eſt
point par-là qu'on peut les différencier ; mais
par les développemens & les réſultats où ils
ne peuvent ſe reſſembler que bien rarement.
Le Programme de l'Académie avoit parfaitement
diviſé le ſujet. Quelle eſt l'origine
du préjugé ? Produit-il plus de mal que de
bien ? Quels ſeroient les moyens de le modifier
ou de le détruire ? M. de Robeſpierre a
ſuivi ce plan.
L'origine du préjugé étoit la partie du ſujet
la plus difficile à traiter. On fait feulement
qu'il est très-ancien dans notre Nation. Mais
notre Hiftoire ne nous met jamais fur ſes
traces. Ce n'eft pas-là la ſeule difficulté. Le
préjugé a-t'il exifté dans d'autres temps , d'aur
tres Gouvernemens ? Voilà ce qu'il faut encore
expliquer & ee qui eſt encore moins
16 MERCURE
éclairci par les monumens antiques. C'est une
Hiftoire qu'il faut ecrirefurdes matériaux qui
n'existent pas , mais auxquels il faut donner,
en les creant , cette vraisemblance qui repréfente
la vérité, comme l'a dit très-fpirituellement
un de nos premiers Écrivains : que
tous les amis du grand talent & de la vertu
pleurent dans ce moment. On ne peut
y réullir , qu'en analyſant avec une faine
métaphysique le fond de la conſtitution ſociale
& les frits généraux de l'Hiftoire. Bien
des gens ont cru que cette recherche n'étoit
que curieuſe; il m'a ſemblé que ſi elle étoit
bien faite , elle devoit fournir les meilleures
vûes pour apprécier le préjugé & pour l'abolir.
Je l'ai traitée avec tout le ſoin dont j'étois capable;
M. de Robeſpierre ne l'a pas négligée ;
mais il n'a pas pris cette Hiſtoire de fi haut,
*&ne l'a pas conduite fi loin.Cependant il s'eſt
arrêté avec étendue ſur la queſtion de ſavoir
ſi le préjugé a exiſté dans les Républiques anciennes
, & s'il peut s'allier avec les Gouvernemens
deſpotiques. Il penſe , ainſi que moi ,
que ces conſtitutions lerepouſſent invinciblement.
Duclos, dans ſes Confiderationsfur les
Moeurs , avoit déjà jeté quelques notions
lumineuſes ſur ce point.
L'État Monarchique eſt donc le ſeul qui
appelle le préjugé. Écoutons ici M. de Robefpierre
lui-même.
« Quels font les lieux où il domine ? Ce
>> font les Monarchies ; c'eſt - là que , ſe-
>> condé par la nature du Gouvernement ,
DE FRANCE. 17
>> foutenu par les moeurs , nourri par l'eſprit
» général, il ſemble établir fon empire fur
>> unebaſe inébranlable.
>> L'honneur , comme on l'a ſouvent remar-
>> qué , l'honneur eſt l'âme du Gouvernement
>> Monarchique; non pas cet honneur philo-
>> ſophique , qui n'eſt autre choſe que le ſentiment
exquis qu'une âme noble & pure a
de ſa propre dignité , qui a la raiſon pour
>> baſe ,& fe confond avec le devoir, qui exif-
>> teroit même loin des regards des hommes ,
ود
ود
ود fans autre témoin que le ciel,&fans autre
>> juge que la confcience; mais cet honneur
>> politique , dont la nature eſt d'aſpirer aux
>> préférences & aux diftinctions , qui fait
» que l'on ne ſe contente pas d'être eſtima-
>> ble,mais que l'on veut fur-tour être eſtimé ;
>> plus jaloux de mettre dans ſa conduite de
ود la grandeur que de la justice , de l'éclat &
>> de la dignité quede la raiſon; cet honneur ,
>> qui tient plus à la vanité qu'à la vertu ,
>> maisqui dans l'ordre politique ſupplée à la
>> vertu même, puiſque , par le plus ſimple de
tous les refforts , il force les Citoyens à
marcher vers le bien public , lorſqu'ils ne
>> penſent aller qu'au but de leurs paffions
>> particulières; cet honneur enfin , ſouvent
ود
ود
ود auffi bizarredans ſesloixque granddans ſes
>> effets , qui produit tant de fentimens ſubli-
ود mes &tant d'abſurdes préjugés , tant de
>> traits héroïques & tant d'actions extrava-
>>gantes; qui ſe pique ordinairement de ref-
>> pecter les loix ,& quelquefois auſſi ſe fait
18 MERCURE
» un devoir de les enfreindre ; qui preſcrit
>> impérieuſement l'obéiſſance aux volontés
» du Prince , & cependant permet de refufer
ود ſes ſervices à quiconque ſe croit bleflè par
>> une injufte préférence ; qui ordonne en
» même temps de traiter avec générofité les
ennemis de lapatrie ,&de laver un affront
dans le ſang du Citoyen.
ود
ود
>>Ne cherchons point ailleurs que dans ce
>> ſentiment, tel que nous venons de le pein-
>> dre , la ſource du préjugé dont il eſt ici
» queſtion. Si l'on confidère la nature de cet
>> honneur, fertile en caprices , toujours porté
ود
ود
à une exceffive délicateſſe , appréciant fou-
>> vent les chofes par leur éclat , plutôt que
>> par leur valeur intrinféque , les hommes
>> par des acceſſoires , par des titres qui leur
>> font étrangers , plutôt que par leurs qua-
>> lités perſonnelles,on concevra facilement
>> comment il a pu livrer au mépris ceux qui
tiennent à un ſcélérat flétri par la fociété. »
Les idées de ce morceau ſur l'honneur ne
font pas neuves; elles font dans Monteſquieu
& Duclos ; mais elles font raffemblées avec
jufteffe,&écrites avec élégance.
Ilme ſemble que l'Auteur, en traçant avec
foin ſa définition de l'honneur , ne s'eſt pas
affez occupé de l'application de ces idées à fon
ſujet. Il me paroît qu'en appercevant fort bien
que le préjugé ne pouvoit naître que dans une
Monarchie , il ne dit ni comment ni pourquoi.
Il obſerve qu'il faut un État gouverné
par l'honneur pour admettre le préjugé ; il dit
DE FRANCE.
19
ce que c'eſt que l'honneur. Mais comment,
l'honneur a-t'il été amené à établir , à adopter
ce préjugé ? On voit qu'il faut ici d'autres
cauſes; & on les trouve, ce me ſemble , dans
les premières moeurs de la Nation qui a fondé
la Monarchie Françoife. Qu'on me permette
de prendre dans mon Ouvrage l'explication
de cette idée. ९
" Si nous nous attachons aux antiquités de
>>notre barbarie , nous y verrons des loix &
des moeurs qui avoient trop d'analogie avec
notre préjugé , pour ne l'avoir pas fait
naître.
ود
ود
ود
>>Les Germains , nos ancêtres , étoient un
>> peuple fingulier entre les barbares même.
>>Lorſqu'ils étoient encore ſans richeſſes &
ود
ود
fans loix, ils connoiffoient déjà tout le pouvoirde
l'opinion. Ils avoient déjà attachéde
>> la gloire ou de l'infamie à une foule de
>> choſes; & la gloire ou l'infamie étoient les
>> plus grands ou de leurs biens ou de leurs
>>maux. Ce fentiment de l'honneur, qui pa-
ود
ود
ود
roît être né chez eux avant fon époque or-
>> dinaire , n'avoit pas pour guide les règles
de la vertu trop éloignées de la groſſièreté
de leurs fentimens ; il ne ſe rapportoit pas
>> non plus au bien public , qui n'eſt jamais
biendéterminé chez des peuples pareils ; ce
n'étoit qu'une exaltation de leur âme , née
de leur génie guerrier. Ce goût , cette
habitude , cette manie même de réputer
arbitrairement , & d'après quelques fenfations
confufes , certaines chofes honorables
رد
ود
ود
وو
ود
20 MERCURE
» ou dégradantes , eſt un des plus anciens &
>> des plus perſévérans caractères de notre
>> Nation. Il étoit donc tout ſimple qu'un
>> jour, fortement émue de la penſée d'un
>> crime , & enſuite de la vûe de ſon ſupplice ,
> & paffant , comme il eſt naturel au coeur de
> l'homme , de l'horreur pour le criminel à
>> l'averſion pour les êtres qui lui appartien-
» nent , elle arrêtât de tenir à déshonneur de
>> s'allier avec eux , & méme d'y communi-
» quer par aucunes relations de plaiſirs ou
d'affaires. Voila donc le premier penchant
que nous avons marqué comme la première
> ſource du préjugé , ſecondé par un prin-
>> cipe focial , lequel n'a jamais eu tant d'in-
> fluence & fi peu de raiſon que parmi nous.
و د
ود
>>L'habitude de ne jamais conſidérer un pa-
>> rent fans ſa famille , a encore été augmentée
» par une partie de notre-antique légiflation.
» Nous avons vû que , pour ne pas s'entre-
» détruire, les familles avoient été obligées
>> de recourir à des moyens d'extirper leurs
>> haines, en fe faiſant fatisfaction pour leurs
" offenſes. Delà ces compoſitions ſur les cri-
>>>mes que l'on trouve chez toutes les Nations
barbares. Mais elles ont duré bien plus
>> long-temps chez les modernes , où elles
devinrent des loix écrites ; if paroît qu'elles
>> ne furent jamais chez les anciens que des
>> uſages. Nous les connoiffons parfaitement
>>par les premières loix de ces barbares , qui
ود
ود
ود furent nos ancêtres.
ود Nous y voyons que lorſqu'un homme
DEE FRANCE. 21
"
"
» avoit été offenſé dans ſa perſonne ou dans
fon honneur , il avoit droit à une fatisfaction
déterminée. Comme autrefois toute fa
famille venoit à ſon ſecours pour l'aider
dans ſa vengeance , elle fuccédoit à fon droit
>>pour la compoſition.
ود
ور
» De même , comme l'agreſſeur pourfuivi
>> appeloit toute fa famille à ſon ſecours , elle
ود dût être auſſi forcée de l'aider dans le
>> payement de la compoſition ; c'étoit tou-
>> jours le ſauver ; car lorſqu'il ne payoit pas
de fon argent , il payoit de ſa tête. Ce ſecond
uſage étoit une conféquence naturelle
du premier ; & il n'y a rien que l'on puifle
>> plus raiſonnablement préſumer que ce qui
fortd'un ordre de choſes établi. »
ود
ود
ود
"
On eſt ſurpris que l'Auteur , après avoir fi
bien examiné toutes les parties de ſon ſujet ,
& lors même que ſes recherches tournoient
ſon eſprit vers les premiers temps de notre
Nation , n'ait pas apperçu que le ſyſtème des
compofitions , qui a fi long-temps duré en Europe
, eſt la ſource la plus apparente , pour ne
rien dire de plus , de notre préjugé.
Je me permettrai encore d'obſerver une
autre omiſſion dans cette première partie du
Diſcours de M. de Robeſpierre ; en traitant de
l'origine du préjugé, il me ſemble qu'il falloit
fixer ſes principaux caractères. Or , le plus
bizarre qu'il offre eſt de ne pas étendre ſes rigueurs
fur les grandes familles. C'eſt encore
là une recherche importante. M. de Robefpierre
auroit pu trouver les cauſes de cette
22 MERCURE
1
contradiction , non pas dans les idées générales
que nous avons des Monarchies , leſquelles
nous appelons des gouvernemens , où des loix
fixes tempèrent l'autorité abſolue , mais dans
cette inégalité de rangs & de prérogatives qui
caractériſent la Monarchie Françoife.
La feconde partie du ſujet est celle où la
raiſon exerce toute fa puiffance , parce qu'elle
eft toujours ſecondée par le ſentiment. Le
préjugé eſt-il plus funeſte qu'utile ? Qui peut
douter dans une pareille queſtion ? Ce qui eſt
ſouverainement injuſte eſt toujours ſouverainement
mauvais. Tel eſt le principe d'où part
l'Auteur. Cependant il s'arrête bientôt pour
examiner & apprécier à leur juſte valeur les
avantages qu'on attribue au préjugé. Il refferre
les liens defamille; il prévient les crimes , en
intéreſſant tous les parens à réprimer les dangereux
penchans , les vites naiſſans dans un
mauvais ſujet qui leur appartient. La difcuffion
de l'Auteur, ſur tous ces points , eſt toujours
folide & perfuafive. Il eſt permis aux
familles de ſe prémunir contre le malheur
qui les menace, en implorant les ſecours de
P'autorité. Quel remède ! comment ne voit- on
pas qu'il eſt lui-même un véritable défordre
dans la ſociété. L'Auteur parcourt enſuite tous
les mauxque le préjugé entraîne , &dans les
familles , où il voue , au gré du hafard , un
grand nombre d'hommes innocens , d'hommes
recommandables par différens genres de mérite
à une véritable dégradation , une véritable
profcription , &dans l'État même , qu'il
DE FRANCE. 23
prive de ſujets précieux , forcés de s'exiler , &
où il condamne en quelque forte des gens de
bien à devenir des ſcélérats , parce qu'il eſt
naturel de chercher les profits du crime ,
quand on ne peut plus eſpérer les récompenfes
de l'honneur. Mais le plus grand des
abus du préjugé , ou plutôt ſon plus grand
crime , eſt d'arrêter les rigueurs de la justice ,
lorſqu'elles font prêtes à tomber ſur une famille
reſpectable ou en crédit.
ود
" Que fera-ce , lorſque les familles n'au-
>> ront pu recourir à ces précautions funeſtes ,
>> &que le crime d'un particulier aura éveillé
l'attention de la police ? C'eſt alors que l'on
>> verra tous ceux qui tiennent au coupable
par quelque lien , ſe liguer pour l'arracher
à la peine qui le menace. Tout ce que peut
>> le crédit , la faveur, les richeſſes , l'amitié ,
ود
ود
ود
la bienfaiſance , le zèle , le courage , le dé-
>> ſeſpoir, toutes les paſſions humaines exal-
>> tées par le plus puiflant de tous les intérêts ,
>> tout eſt prodigué pour impofer filence à la
>> loi , à chaque délit qu'elle veut réprimer ,
ود
ود
ود
ود
elle voit ſe former contre- elle une nouvelle
conſpiration plus ou moins redoutable,
ſuivant le degré de crédit & de confidération
dontjouit la famille du criminel.
>> Eh! qui pourroit faire un crime à ces infortunés
, de réunir toutes leurs forces pour
>> échapper à un tel déſaſtre ? La commifèra-
>> tion publique ſe range elle-même de leur
>> parti. Quels étranges contraſtes ! l'intérêt
ود
د de la ſociété demande la punition du cou-
<
24 MERCURE
10
>> pable; & la ſociété elle-même eſt , en
>> quelque forte , contrainte à faire des voeux
>> pour fon falur. Une foule de Citoyens irré-
>> prochables eſt placée entre les Magiſtrats
ود &l'Accuſe; pour frapper celui- ci , il faut
>> qu'ils plongent dans le coeur des autres le
>> glaive dont ils font armés pour punir le
ود crime.Que je plains un Juge réduit à cette
>> ſituation cruelle , où il ne peut déployer la
ſévérité de fon miniſtère , ſansimmoler à la
fois la vertu , l'innocence , les talens , la
beauté ! la loi , toujours inexorable , lui
>> crie : armez votre âme d'un triple airain ;
>> frappez fans foibleſſe & fans pitié. Mais
» l'humanité, la nature, l'équité même lui
ود
ود
ور demandent grâce pour une famille que ſa
>> bienfaiſance , ſes moeurs , ſes ſervices ont
rendue reſpectable & chère à toute la con-
>> trée qu'elle habite ; à leur voix touchante
ود
ود ſemêlent les gémiſſemens de tout un peu-
>>ple qui partage l'horreur de ſa ſituation ;
>> au deuil, à la confternation qui glace tous
ود
ود
ود
les coeurs , vous diriez que tous les Citoyens
> font la famille de l'Accuſe ; le ſpectacle de
la douleur publique redouble & juftifie la
ſenſibilité des Magiſtrats.Ah ! ce n'eſt point
>> contre le vice qu'il faut ici ſe tenir en
>>garde , c'eſt contre leurs propres vertus
>> qu'ils ont à ſe défendre......
.” و
>> Mais c'eſt ſur-tout auprèsdu Souverain que
l'on fera les plusgrandsefforts pour ſauverles
>> coupables: le pouvoir de faire grâce réſide
>> en ſes mains. Il eſt vrai que le depôt de la
>>félicité
DE FRANCE.
25
L
ود
ود
ود
ور
félicité d'un peuple dont il eſt chargé ,
élève ſon âme au-deſſus des mouvemens
d'une fenfibilité vulgaire ,& lui inſpire une
>> fainte referve dans la diſpenſation de cetto
fortede bienfaits. Mais ici tant de circonf
tances impérieuſes ſe réuniront ſouvent en
faveur des familles ! tant d'objets touchans
s'offriront a l'humanité du Prince ! tant de
raiſons féduiſantes ferontpréſentées même
à fa ſageſſe ..... Comment la clémence pour
roit - elle demeurer toujours inexorable ,
>> quand la Justice ell-emême tremble de pu-
وو
رد
دو
22
ود nir ? On lui arrachera la grâce du cou-
>>> pable; mais dans le moment même où fon
» ccoeur combattu la laiſſera échapper , il ſera
forcé de gémir ſur la bizarrerie d'un peu-
رو ple frivole , dont les préjugés font violence
» à la juſte ſévérité des loix , & ébranlene
>> les principes ſalutaires qui font la bêſe de
>>> l'ordre public.»ود
Je céderois au plaifir d'exprimer tout co
que m'inſpire ce morceau , ſi je n'avois traité
le même objet avec les mêmes idées & lo
-mêmes ſentimens. Nulle part je n'ai plus ſent
juſqu'à quel point deux Écrivains pouvoien
ſe rencontrer. Cette refſſemblance me paroît
affez piquante , pour hafarder de mettre en
comparaiſon un des morceaux qui avoient le
moins droit de frapper dans mon Ouvrage
avec celui qui me paroît le meilleur du Dif
cours de M. de Robeſpierre.
" S'il eſt effrayant de voir, ſur de légen
foupçons , fur des accufations qui ,
Nº. 49 , 3 Décembre 1785. ,
B
26 MERCURE
1
» moins , n'ont pas une forme légale , & par-
ور là reſtent toujours ſuſpectes ,des hommes
>> defcendre pour la vie dans ces priſons que
>> la loi n'ouvre pas , & où elle n'étend pas
ود
ود
même ſon empire , où le malheureux eſt ſi
>> facilement oublié , où il ne peut obtenir
grâce que de ceux qui ont intérêt de l'accabler
, juſtice que de ceux qui ſe ſont dé-
>> clarés ſes ennemis ; de plus grands maux
>> encore n'arrivent-ils pas,quand les alarmes
>> ſur un caractère vicieux étoient fondées ,
» & quand elles n'ont pas obtenu ce cruel
>> remède! Un grand crime vient d'être com-
>> mis; la terreur publique élève un vaſte cri
>> de vengeance. On cherche le coupable. On
> trouve un membre d'une famille riche , refpectée
, digne de l'être. A l'inſtant on eſt
>> frappé d'une autre crainte ; on eft encore
>> plus conſterné , épouvanté de la vengeance
>> que du crime. Le zèle des Magiſtrats ſe
>>>rallentit , ſans ſouvent qu'ils s'en apper-
>> çoivent; car il eſt aiſe de ſe trouver des
>> excuſes ſur l'omiſſion d'un devoir qui va
>> devenir ſi terrible. Tout ce qui peut émou-
>> voir le coeur de l'homme eſt employé con-
>> tre le cours de la Juftice. Le cri maternel ,
ود
ود
les prières de l'innocence, les fupplications
de la beauté , l'intéreſſante voix de l'amitié ,
les fervices , les vertus , les talens d'une
nombreuſe famille, tout ſe fait entendre
>> pour fléchir la loi , tandis que l'or coule à
• grands flots parmi les hommes prêts à tra-
* fiquer de leurs devoirs. Qu'arrive-t'il très
۱
DE FRANCE. 27
>> ſouvent ? Sans qu'on fache comment , fans
» qu'on ait un prévaricateur à punir , le
ود crime échappe aux recherches. D'autres
>> fois, lors même que le coupable eſt entre
>> les mains de la Justice , il lui eſt enlevé.
وو Plus ſouvent les plus touchantes fupplica-
>>> tions arrivent juſqu'au trône ; & le droit
>>de faire grâce , qui ne doit pas moins tour-
>> neràl'utilité publique que la juſtice même ,
>> qui fut plutôt accordé à la hauteur des vûes
ود d'un Prince qu'àla ſenſibilité de ſon coeur ,
>> ce droit arme dans ce moment ſes propres
>> vertus contre ſon devoir. Alors le peuple ,
» qui ne trouve jamais en ſa faveur ce con-
>> cours de réclamations , s'apperçoit avec
» indignation de ſa baſſeſſe ,qui fait ſon dé
>> laiſſement; il ne voit plus dans une juſtice
22
20
22
دد
ſi partiale que ſon oppreffion. Il ſe plaint ,
>>>il crie , il ſe révolte ; il voudroit bouleverfer
une ſociété où c'eſt moins le crime que
la pauvreté qui porte la ſévérité des loix.
D'où viennent de ſi grands déſordres ? D'une
ſeule cauſe qui les rendra preſque toujours
inévitables ? La loi ſe préſente pour ſaiſir
>> un coupable. Mais une famille puiſſante
> par fon rang , par ſes richeſſes , quelquefois
>> par l'amour& le reſpect qu'on lui doit , le
20
ود luidiſpute avec une grande force, un grand
>> courage ; il s'agit de toute ſon exiftence ci-
* vile, maintenant attachée à une ſeule tête,
ود Les vertus même ici font oppoſées aux
>> vertus. On ne peut frapper ſur le crime ,
>> fans frapper ſur l'innocence ; & la pitié
:
Bij
23 MERCURE
>> affoiblit la justice dans tous les coeurs . Quand
>> j'entends le peuple ſe ſoulever contre ces
>> ménagemens qu'on n'a pas pour lui , j'entre
→→→dans fes raifons , dans ſes ſentimens; je ſuis
> prêt de méler mes réclamations à ſes em-
» portemens. Mais ſi j'apperçois cette famille,
ſi je contemple toute l'étendue de
fon déſaſtre , je cède à ſes douleurs , je crie
>>grace avec elle. Le peuple lui-même , auſſi
variable qu'impétueux dans ſes paflions,
» n'a beſoin , pour ſe démentir , que d'être
>>appelé à une autre penſée par un autre
ود
ſpectacle. Montrez-lui cette famille que
>>fes clameurs pourſuivent , & il prendra
>> parti pour elle contre lui-même , il la pro-
>> tégera de ſes larmes &de ſes invocations.
>>La raiſon n'a jamaisfuffi pour déraciner
nunpréjugé, dit encoreM. Thomas , dans
la Lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire
fur ce ſujet; " ilfaut ébranler l'âme & l'ima-
> gination . "
ود
M. de Robeſpierre a trop de talent pour
n'avoir pas ſouvent écrit d'après cet heureux
principe. Il préſente le préjugé ſous un afpect
inattendu, pour le rendre plus révoltant.
Je ſuppoſe donc qu'un habitant de quel-
→ que contrée lointaine , où nos ufages font
inconnus , après avoir voyagé parmi nous ,
• retournevers ſes compatriotes&leurtienne
• ce difcours :
" J'ai vû des pays où règne une coutume
fingulière: toutes les fois qu'un criminel eft
• condamné au fupplice , ilfaut que pluſicants
DE FRANCE. 29
>> Citoyens foient déshonorés. Ce n'eſt pas
>>qu'on leur reproche aucune faute ; ils peu-
ود vent être juftes , bienfaifans , généreux; ils
>> peuvent poffeder mille talens & mille ver-
>> tus; mais ils n'en ſont pas moins des gens
infimes. ود
ود
>> Avec l'innocence , ils ont encore les droits
les plus touchans à la commiferation de
>> leurs Concitoyens. C'eſt , par exemple , une
famille défolée, à qui l'on arrache fon chef
&fon appui pour le traîner à l'échafaud :
>> on juge qu'elle feroit trop heureuſe ſi elle
ود
ود
ور n'avoitque ce malheur r à pleurer; on ladé
» voue elle-même à un opprobre éternel.
ود
ود
Les infortunés ! avec toute la ſenſibilité
d'une âme honnête, ils ſont réduits à porter
>> tout le poids de cette peine horrible , que
ود le ſcélérat peut ſeul foutenir. Ils n'ofent
>>plus lever les yeux, de peurde lire le mépris
ود fur leviſage de tous ceux qui les environ-
>> nent; tous les états les dédaignent ; tous les
ود corps les reponent; toutes les familles
>> craignent de ſe fouiller par leur alliance ;
lafociété entière les abandonne & les miffe
dans une folitude affreuſe; la bienfaifance
>> même qui les foulage , ſe défend à peine
ود
ود
ود du fentiment fuperbe & cruel qui les ou-
>> trage ; l'amitié...... J'oubliois que l'amitié
>> ne peut plus exiſter pour eux. Enfin , leur
fituation eſt ſi terrible , qu'elle fait pitié à
ceux même qui en font les auteurs; on les
>> plaint du mépris que l'on fe fent pour eux,
&on continue de les flécrir; on plonge le
ود
ود
ود
Biij
30 MERCURE
>> couteau dans le coeur de ces victimes inno-
>> centes , mais ce n'eſt pas ſans être un peu
» ému de leurs cris. >>>
J'ai encore l'avantage de m'être rencontré
avec l'Auteur, non pas dans la même idée ,
maisdans le même deſſein. J'ai auſſi employé
une figure à peu-près du même genre. Je vais
encore me citer moi-même une dernière fois.
• Sous quelle effrayante condition exiſté - je
>> doncdans la ſociété ? Un ſeul de ces hom-
>> mes , à qui la Nature m'a uni , encoureroit
ود
ود
les punitions infamantes de la loi , & fa
honte réjailliroit fur moi ?& ſa mort entraî-
>> neroit ma proſcription ?Dans quel jour de
» démence a-t'on arrêté que l'innocent péri-
>> roit avec le coupable , & que l'opprobre
couleroit, comme le ſang , dans les familles ?
ود Nous vivons entre le crime &le malheur ,
» &nous réclamons ſans ceffe la pitié & l'in-
>> dulgence ; mais nous ne favons que nous
» opprimer nous- mêmes par nos affreuſes
ود inftitutions ! tous lesjours nos Tribunaux
>> retentiſſent des triſtes plaintes de ces hom-
>> mes qui font obligés de demander à la loi
هر les parens que la Nature leur avoit donnés.
>>> Je ſens profondément leur malheur : l'hom-
>> me n'eſt pas fait pour vivre ſeul ; il a be-
ود ſoinde communiquer ſes affections , d'en-
>> trer dans celles des autres ; il aime à leur
donner des droits ſur lui , pour en acquérir
fur eux ; il veut des êtres qui s'intéreffent
à tous les événemens de fa vie, & qui le
>> pleurent lorſqu'il ne ſera plus. Il eſt dou-
ود
ود
ود
-
DE FRANCE.
31
2
>> loureux, il eſt humiliant de n'appartenir à
perſonne, de ne pouvoir ni nommer un
» père, ni ſe réfugier dans une famille , d'être
>> né hors de cet état où divers attachemens
>> rempliffent notre coeur depuis notre naif-
>>fance juſqu'à notre mort , &qui nous pro-
>> met des fecours ,de la protection , quelque
رد fois des diſtinctions honorables. Mais plus
>>frappé encore dans ce moment, de tous les
>>dangers auxquels le préjugé nous expoſe ,
>> nous , qui nous contemplons dans nos
> famillesavecundouxorgueil,jeſerois tenté,.
>> non pas d'envier le fort de ces hommes ;
>> car il eſt trop difficile de ſe détacher d'un
>>bonheur qu'on a une fois goûté ; mais de
>> leur faire redouter le nôtre , & de leur
>> dire : malheureux , que faites-vous ? Reſtez
ود dans cette obfcurité qui vous iſole : vous
» ne répondez que de vos actions. Tous les
>>jours , à votre réveil , ſi vous ſentez la
» vertu dans votre coeur , vous pourrez vous
ود dire : je vivrai fans reproche &fans tache.
>> Votre gloire n'appartiendra qu'à vous ; vo-
» tre honte même , ſi jamais vous deviez
>> vous fouiller d'un forfait , finiroit avec
» votre exiſtence. Mais une fois reçu dans
>>cette famille qui maintenant vous rejette,
>> vous aurez ſans ceſſe à trembler ſur eux ,
» & pour vous-même. Craignez d'avoir des
parens. Ceux que vous réclamez ſont des
hommes purs& reſpectés ; mais qui vous
» répondra que le vice ne germe pas en ſe-
>> cret dans le coeur de l'un d'eux; qu'une paf-
ود
ود
Biv
32 MERCURE
» fion, honnête en elle-même , ne le con
» duira pas à un crime ? Il auroit pu retenir à
>> lui tout ce qu'il auroit acquis de richeſſes
» & d'honneurs ; mais il vous envelopperá
>> dans ſon infamie , ſans que vous ayez pu ni
la prévoir , ni la prévenir. Fût-il mortà l'au-
>> tre bout du monde , elle reviendra vous
> couvrir tout entier; rien ne l'effacera , ni
>> vos talens, ni vos vertus; vous la porterez
juſqu'au tombeau , & vous la laiſſerez à
vos enfans. Telles font nos idées & ros
moeurs; telle eſt notre destinée dans nos
familles.»
93
ود
3
:
La troifième partie , qui traite des moyens
de détruire le préjugé , eſt moins fufceptible
d'analyſe , parce que chaque idée ne pourroit
guère en être préſentée ſans ſes preuves.
L'Auteur penſe qu'il eſt de véritables moyens
d'abolir le préjugé. D'abord, la douceur de nos
moeurs & les progrès de la raifon l'ont déjà
beaucoup affoibli. Ilne s'agit plus que de détruire
dans nos loix ce qui le ſoutient encore ,
&dediriger autrement l'opinion publique. Plufieurs
de nos loix ont trop d'analogie avec lui ;
relles font la confifcation, & l'excluſion des bâtardsdeplufieursdes
droits du Citoyen . D'aueres
loix le favoriſent, telle eſt celle qui établit
un fupplicedifférentpourles Nobles. D'ailleurs
Popinion publique ſe forme de l'inſtruction
qui ſe répand dans une Nation , & des exemples
qu'on lui donne. Multiplions donc , répandons
juſques dans le peuple les idées ſaines
quela raiſon&l'intérêt publicnous fourniffent
DE FRANCE. 35
fur le préjugé; que le Roi n'accorde plus de
lettres de grace en faveur des familes que le
préjugé va frapper ; mais qu'il leur accorde
des lignes d'interèt& les récompenfes qu'elles
ont méritées ; que l'on donne de l'éclat à ces
actes de l'autorité ſouveraine ; qu'ils ſe répètent
ſouvent , qu'ils ſoyent celebrés dans
toutes les Provinces comme des bienfaits publics
; &bientôt on verra ce que des moyens
aulli fimples peuvent faire contre les plus anciens
prejuges. Tel eſt le ſyſtème de l'Auteur.
Son Ouvrage feră lû avec intérêt , & obtiendra
une attention honorable. Il eſt rempli
de vues ſaines & de traits d'un talent heureux
& vrai . On en concevra encore plus d'eſpérances,
quand on faura que l'Auteur , voué à
la profetlion d'Avocat , qui convient ſi bien à
un ſi bon efprit , plaidoit ſa première cauſe
dans le temps où il écrivoit ce Difcours , &
qu'il n'ajamais vécu à Paris , où le commerce
des Gens de Lettres développe le talent &
perfectionne le goût. J'oſerai lui témoigner le
plus fincère intérêt , en lui préſentant quelques
obſervations que j'attendrois de lui, s'il
avoit auſſi à parler de l'Ouvrage qui a concouru
avec le fien. Il annonce un eſprit ferme
&juſte, qui voit les objets avec netteté ; mais
il me ſemble qu'il ne les approfondit pas affez ,
& qu'il ne les prend pas dans toute leur
étendue. Sans cela cependant , on riſque ,
dans la morale & la politique de dire des
choſes trop vraies , ou , pour mieux m'exprimer,
trop communes. Il amonte auifi cette
Bv
34
MERCURE
fenfibilité qui fait répandre de l'intérêt dans
les idées , & les empreindre des caractères
d'une âme douce & noble ; il y a dans fon
Ouvrage un grand nombre de traits d'une éloquence
fimple. Mais il me paroît que ſouvent
fon ſtyle manque de préciſion , de vigueur ;
fes meilleurs morceaux ne produiſent pas tout
l'effet qu'on devoit en attendre. Peut- être at'il
beſoin de raſſembler davantage ſes penſées,
de ſe recueillir dans les émotions qu'elles
peuvent porter à fon âme ; alors il fera plus
prêt de l'art,, ou plutôtdu talent d'enchaîner
fortement fes idées , de groupper ſes tableaux ,
de varier les formes de fon ftyle ,& d'y jeter
cet éclat qui anime ſans fatiguer. Voilà des
critiques , & même des conſeils. Il ſemble
qu'on devroit les fupprimer , quand on a l'expériencede
la manière dont ils ſont reçus fi
fréquemment. Mais comment ſentir le talent,
fans defirer tous ſes progrès?Ce ſeroit unbien
triſte travail que celui d'avoir à étudier les
beautés & les défauts d'un Ouvrage , fi on
n'avoit l'eſpérance de plaire quelquefois à
l'Auteur par une louange vraie , & peut- être
de le ſervir par une critique dont il reſte le
juge ? On s'attache particulièrement aux Ouvrages
qui font bien penſerde l'Écrivain. Celui
deM. de Robeſpierre me répond preſque qu'il
chérira les motifs qui me dictent ces obfervations
; & que , fi elles ont quelque juſteſſe,
ellesne lui feront pas inutiles.
(Cet Article est de M. de L. C.)
DE FRANCE.`
35
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 14 Novembre , on ajoué , pour la
première fois , le Page Supposé, ou Edgard,
Roi d'Angleterre , Comédie en deux Actes
& en vers.
Edgard, traveſti ſous le coſtume d'un Page ,
a quitté ſa Cour pour voyager. Il s'eſt arrêté
chez le père d'une certaine Pauline dont il
eſt épris , & qu'il a rendue ſenſible à fa tendreffe.
Cette Pauline eſt promiſe à un vieillard
riche , qui annonce devant Edgard , que
depuis l'abfence du Roi , il s'eſt formé dans
Londres différens partis , & que la rébellion
eft près d'éclater. Tandis qu'Edgard balance
entre ſon devoir & fon amour, il ſe propoſe
d'éprouver le coeur de ſa maîtreſſe , en lui diſant
que le Roi eſt amoureux d'elle. Pauline
n'eſt point éblouie par l'eſpoir brillant que cet
amour paroît lui promettre, elle préfère fon
cher Page à la grandeur & au- trône. Edgard ſe
fait connoître ; le vieillard renonce à ſes prétentions
, & le Roi épouſe Pauline.
Au milieu des murmures , des cris , des
éclats bruyans du Public , voilà ce que nous
avons pu recueillir de cette bizarre Comédie ,
dont le fonds a quelque rapport avec un Conte
deM. Cazotte , qui a pour titre: la Brunette
B vj
36 MERCURE
Angloife. L'Ouvrage eſt ſans intérêt; il annonce
ou un très-jeune homme ou un Écrivain
dont les connoiffances Dramatiques font encore
très-fuperficielles. Le ſtyle a une facilité
vague & verbeuſe. L'Auteur paroît avoir du
penchant a la fatyre ; on ne peut que l'engager
à matriſer ce goût, au moins juſqu'à ce qu'il
ait mis au jour des Ouvrages qui lui donnent
le droit de fronder avec impunité,
:
LE Vendredi 25 du même mois, on adonné
la première reprefentation de l'oncle & les
Tantes , Comedie en trois Actes & en vers ,
par M. le Marquis de la Salle.
Henriette eſt ſous la tutelle d'un oncle &
de deux tantes, le Baron, la Comteffe & la
Préſidentę. Le Baron a la manie des jardins
Anglois ou Chinois , de la phyſique, de l'electricité
, des aréoſtats. La Comteſſe n'aime que
le jeu , le bal , la Comédie, les proverbes &
les affembléesde plaifir. La Préſidenţe n'a que
fes aïeux en tête , elle eſt l'ennemie déclaréz
de tout ce qui tient à ſon fiècle , & va toujours
faiſant, aux dépens du préſent, l'éloge du
paff. C'est à ces trois ridicules perſonnages
qu'il faut plaire, c'eſt de leurs confentemens
reunis ;& comme on voit difficiles à réunir ,
que depend l'eſpoir d'épouſer Henriette.
L'amant aimé de la jeune perſonne obtient
l'appui de la Comteffe, ſous le nom du Comte
de Brilluncourt , en prenant le ton , les airs ,
le jargon d'un Homme de Cour , d'un fat à
DE FRANCE. 37
bonnes fortunes , & d'un amateur de tous les
plaiſirs qu'amènent le moment & la mode,
Avec le Baron , ſous le nom du Marquis
de Florville , il joue le rôle d'un agromane.
Avec la Préſidente , il affecte un ton grave ,
ſententieux , réſervé ; il va même juſqu'à feindre
de quitter ſon nom pour prendre celur
de Prudeval; l'état Militaire pour confentir à
faire fon Droit ,bref, à ſe faire recevoir Avocat,
afin de pouvoir un jour devenir Préſident. La
maniede la Préſidente eſt de ne marier ſanièce
qu'à un Préſident , parce que tous ſes aïeux
ont été dans la robe , & qu'elle regarde leur
état comme l'état par excellence. A l'aide d'un
Notaire qu'on met dans la confidence , on
obtient ſeparérent l'aveu des trois extravagans;
le contrat de mariage ſe ſigne , & tout
s'explique & s'approuve , lorſque chacun
d'eux reconnoît dans le même individu l'objet
qu'il avoit choiſi.
Le fonds de cet Ouvrage eſt à - peu - près
celui d'une Comédie en deux Actes & en
vers , que le même Auteur a fait repréſenter
â la Comédie Italienne le 20 Mars 1781 , ſous
ce titre : hacun afa folie , ou le Conciliateur;
mais la marche de la copie eſt ſi éloignée
de celle de l'original , & les perſonnages
te trouvent aujourd'hui placés dans des fituations
fi différentes des premières , qu'à peine
les deux productions ſe reſſemblent-elles . En
cherchant à ne ſe point reſſembler à luimême
, M. le Marquis de la Salle auroit di
éviter auffi de reflembler à d'autres , & mal-
A
3388 MERCURE
heureuſement fon intrigue paroît calquée ſur
celle des Tuteurs , de M. Paliſſot. Dans cette
Comédie , pour obtenir la main d'une jeune
perfonne, il faut avoir l'aveu de trois Tuteurs ,
dont l'un eſt un Voyageur , le ſecond un
Nouvelliſte , & le troisième un Antiquaire.
L'amant parle voyages avec le premier , nouvelles
avec le ſecond ,&joue avec le dernfer
le rôle d'un maniaque del'antiquité. Par cet artifice,
il parvient à obtenirle confentementdes
trois Tuteurs. La reſſemblance eft frappante.
Onpourroit encore remarquer dans le ſecond
_Acte de l'Oncle & les Tantes , une ſituation
analogue à une Scène de l'Impromptu de Campagne
, Comédie de Philippe Poiffon ; mais
dans cette Scène l'imitateuref. fi fort au-deffus
de fon modèle , que fon imitation , loin d'être
le motif d'un reproche , nous paroît au contraire
mériter beaucoup d'éloges.
La Pièce eſt dénuée d'intérêt , voilà fon
principal vice. Le dénouement eft prévu dès
la fin du premier Acte , &où la curiofité ceſſe
d'être fortement excitée , l'attention s'affoiblit
; par conféquent l'effet de l'Ouvrage. Des
portraits deffinés avec eſprit , des tableaux
préſentés avec adreſſe , des deſcriptions bien
faites, &dans leſquelles la difficulté eſt ſowvent
vaincue avec intelligence , ont mérité
beaucoupd'applaudiſſemens à cette Comédie ,
quiavéritablement du mérite ,&qui annonce
de la connoiffance du Théâtre. On y a remarqué
quelques détails oifeux , quelques tirades
inutiles; mais il eſt aiſé de les fire diſparoîDE
FRANCE. 39
tre. Le ſtyle a de la facilité , quelquefois de
la grâce , & plus ſouvent de la négligence.
Au total , l'Ouvrage a eu du ſuccès . On a demandé
l'Auteur ; M. Molé, en paroiffant pour
le nommer , reçu l'accueil qu'on devoit à
fon jeu brillant & paffionné , jeu qui a
beaucoup ajouté au mérite du rôle de Florville
, que repréſentoit ce charmant Comédien.
a
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 21 Novembre , on a donné la pre
mière repréſentation de la Dot , Comédie en
trois Actes & en profe, mêlée d'ariettes , par
M. Desfontaines , muſique de M. d'Aleyrac.
Un Seigneur de village veut doter chaque
année une payſanne dans ſes Domaines. Le
Magiſter eft chargé de recueillir les noms
des jeunes filles , de s'informer de leur âge &
de la ſituation de leurs âmes , afin qu'enfuite
le Seigneur faſſe ſon choix. Colin aime Colette,
mais Colette eſt aimée du Payſan Mathurin
, qui l'obsède ſans ceſſe , &qui fuit par-tout
ſes pas. Les afliduités de celui-ci éveillent la
jalouſie de Colin , & fait naître entre les deux
jeunes gens une de ces querelles ſi communes
aux amans . C'eſt pendant leur bouderie que
le Magifter vient , au nom d'un Seigneur éminent
prendre le nom des Payfinnes, Colette
refuſe de donner le fien . Le Seigneur eft curieuxde
ſavoir quelle eſt la jeune fille qui a re-
و
40 MERCURE
fuſe de ſe faire infcrire. Ildeſcend au village ,
rencontre Colette , lui arrache ſon ſecret fans
ſe faire connoître, & lui donne un ballet qu'il
Ja prie de remettre au Magifter. Colette ne fait
pas lire , elle préſente l'écrit à Mathurin.
Celui- ci , effrayé de ce qu'il contient , dit à la
Payianne que ce billet eft de Monfeigneur ,
& qu'il donne au Magifter l'ordre de marier
fur le champ au vieil Alain celle qui
le lui remettra. Colette effrayée , à ſon tour,
prie ſa vieille tante Catau de porter ellemême
le billet. Mathurin eſt enchanté ;
mais le haſard dévoile ſon impoſture :
tous les payfans , amis de Colin & de
Colette, tourmentent Mathurin , & Colette
court vers le Château. Elle arrive à l'inftant
où Colin , après avoir été quelque temps
dupe du qui pro quo , après avoir fait à la
vieille Catau des careſſes qu'il lui prodigue
comme à une tante , & qu'elle reçoit comme
une maîtreffe , ſe déſole & ſe deſeſpère du
fort qui le menace. Le Seigneur paroît, raflure
les amans, veut punir Mathurin en le forçant
d'épouſer Catau : la vieille le refuſe , &
le Seigneur fait fentir au payſan , par le chagrin
qu'il éprouvoit en craignant de donner la
main à Catau, combien il avoit de torts en voulant
épouferColette, dont iln'étoit pointaimé,
La fituation la plus piquante de cetre Comédie
eft prife d'une anecdote récente &
connue. Parmi celles que l'Auteur a imaginées
pour encadrer celle-là, on en diflingue quelques-
unes qui font très-agréables , & remplies
DE FRANCE. 41
degaieté; ily enad'autresd'un genre très-grave
leux , &qui ne devroient jamais ètre portées
fur le Théâtre. Pour donner une idée de ces
dernières , nous citerous celle où le Magifter
prendlenom, l'âge&les diſpoſitionsdes jeunes
filles à marier , & fait enſuite des réflexions
très - courtės , mais très - énergiques ſur l'érat
de leur coeur. Quel âge, dit- il à la première ?
- Seize ans. Pas mal: - -
Amoureuse.
-PRESSÉE. Ala ſeconde: quelâge?-quinze
ans. - Amoureuse.- Je crois que oui : -
PRÉCOCE. A la troiſième : quel âge ? -
fept ans&demi .
.....
-
-
-
dix-
- SOUFAmoureuse.
- Non : -
DESESPÉRÉE. A la quatrième: quel âge ? -
vingt ans.-Vous n'avez point d' Amans !-
Si fait; mais ils ne ſe décident pas :
FRANTE. Enfin , à la vieille Catau : quel âge?
moins trois mois.- Amoureuse?
- toujours , toujours : INCURABLE. Ce
dialogue a été très- applaudi par le Parterre ;
mais , nous le demandons aux gens raiſonnables
, dans quel lieu cela s'appelle- t- il de la
gaieté? A. force d'accoutumer le Public aux
excès , on le blaſera ſur tout. Répétons-le :
c'eſt au mauvais goût , qui ſe propage ſur une
foule de tréteaux multipliés fans beſoin , que
le Public doit la perte de la décence & l'oubli
des principes. Le ſecond Acte eſt gai , agréable
&amufant, quoique l'Auteur n'y ait pas ufé
des mêmes moyens pour plaire ; il prouve un
homme d'eſprit , à qui les connoiſſances du
Théâtre font très-familières. Le dénouement
eſt froid, parce qu'il n'eſt pas affez rapide ;&
42 MERCURE
comme il eſt à-peu-près prévu, il ne fauroit
arriver trop tôt.
La Muſique doit ajouter à la réputation de
M. d'Aleyrac. Elle eſt écrite avec facilité ,
pleine de goût, d'eſprit , de grâces&de gaieté.
La romance que chante Colette au ſecond
Actedans ſa ſcène avec le Seigneur, eſt d'un
chant trifte & pénible ; on peut la fupprimer
d'autantplus facilement qu'elle fait longueur
dans la ſcène, & qu'elle retarde l'action. Le
Muficien doit faire comme le Poëte,feftinare
ad eventum.
ANNONCES ET NOTICES.
CATALOGUE des Livres de M. Moreau de
Beaumont , Conſeiller d Etat , dont la vente a commencé
Jeudi premier Décembre , en ſon hôtel , rue
Vivienne , in- 8°. A Paris, chez Saugrain , Libraire ,
rue Pavée S. André , No 22 .
BIBLIORUM Sacrorum Vulgata Verſionis
Editio , juſſu Chriſtianiſtimi Regis ad Inftitutionem
Sereniffimi Delphini. Parifius , excudebat Fr. Ambr.
Didot natu maj . 1785. Cette Edition in - 8 ° . fur
papier vélin de Johannot d'Annonay, contiendra
huit Volumes. Les deux premiers qui paroiffent
actuellement ſe vendront 20 liv. brochés juſqu'à la
ſeconde Livraiſon , qui ſe fera en Janvier ; alors on
payera 20 liv. le troisième & quatrième Volumes
&les Perſonnes qui n'auront poirt encore retiré les
deux premiers, les payeront 24 livres , & ainſi de
fuite aux deux autres Livraiſons - Bibliorum Sa-
,
DE FRANCE.
43
erorum Vulgata Verfionis Editio , Clero Gallicano
dicata , huit Volumes in 8 ° . Les deux premiers font
en vente actuellement , méme papier, même prix ,
même condition que ci - deſſus .
VOYAGE de Henri Swimburne dans les Deux-
Siciles en 1777 , 78 , 79 & 1780 , traduit de l'Anglois
par un Voyageur François. Il y aura quatre
Volumes in- 8°. grand papier de la fabrique de
Mathieu Johannor d'Annoray ; il en paroît actuellement
deux Volumes chez Didot l'aîné , rue Pavée-
Saint-André. Prix , 24 liv , brochés.
Le ſecond Volume cortient le Voyage de M. de
Nom, Gentilhomme ordinaire du Roi, dans les
Deux-Siciles, des Notes du Traducteur, qui a fait
auffi le même Voyage , & qui relève queiquis fautes
échappées à M. de Swimourne , trois Généalogiestrès
- intéreſſantes des différentes Maiſons qui
ont occupé les Trônes de Naples & de Sicile. On
grave actuellement deux Canes faites avec la plus
grande exactitude, ſur lesquelles ſeront marqués les
Evénemens les plus confidérables de l'Histoire ancienne
& moderne de ces deux Royaumes Auffitôt
qu'elles feront prêtes à paroître , les Acquéreurs de
ce Voyage en ſeront inſtruits par le Journal de
Paris,
ÉDITION Grecque de Démosthène & d'Eſchine ,
avec une Verfion Latine & des Notes pour l'intelligence
du Texte , par M. l'Abbé Auger , Vicaire Général
de Leſcar, de l'Académie des Inſcriptions &
Belles- Lettres , & de celle de Rouen .
Perſonne ne paroît plus propre que M. l'Abbé
Auger à nous donner une bonne Édition de ces deux
célèbres Orateurs , dont il a fat paſſer les beautés
dans notre langue avec autant d'élégance que d'exactitude.
4
MERCURE
Ilaprofité de rout ce qu'il a trouvé de bon dans
les Éditeurs qui l'ont précédé, en évitant leurs défauts.
Son Edition', fans être trop nue, ne fera pas
chargée de Notes embarraſſantes; il n'y en aura
que le nombre fufficant pour bien éclaircir le Texte.
Il ſuivra la même méthode que dans les Editions
d'Ifocrate & de Lyfias . Les Diſcours feront précédés
d'une analyſe qui en expliquera avec clarté le ſujet
& la marche. Les Notes régneront fut les deux
pages de regard grecque & latine , fans aucun figne
de renvoi , afin que rien d'étranger n'embarraffe &
ne défigure 'e Texte. On marquera ſeulement à
quelle ligne de la page elles répondent.
Voilà ce que promet M. l'Abbé Auger ; nous
croyons qu'il a le defir de tenir parole , & il a prouvé
déjà qu il en avoit le pouvoir. Un avantage de ſon
Edition, c'eft que les manuscrits ne manquent ni pour
Démosthène ni pour Efchine. Il a con'ulté tous
ceux de la Bibliothèque du Roi &de celle de Saint
Germain. Dans une multitude de leçons différentes,
il a choiſi celles qui rétabliſſoient le Texte ou qui
l'amélioroient , celles qui lui ont paru conformes à
l'eſprit de ſes Auteurs ; il a renvoyé ailleurs ou rejeté
tout-à-fait celles qui lui étoient contraires , ou qui
étoient inuriles & indifférentes. Son travail eſt entièrement
achevé. Auſſi dès que le premier Volume
pourra être imprimé & publié, les autres ſuivront de
près fans retard & fans interruption.
Quant à la partie typographique ,M. Didot l'aîné,
dont les Editions font recommandables par la beauté
de leur exécution , fera usage , pour le latin , de ſes
plus beaux caractères romains ; & pour le grec , il
emploiera les caractères que M. Firmin , ſon ſecond
fils , déjà connu par la précifion de ſon burin , grave
actuellement par ordre de sa Majeſté. M. Didot ,
fon fils aîné , qui joint à une grande connoiffance de
ſa langue ceiledes langues grecque& latine , & de
1
1
DE FRANCE.
45
p'uſieurs langues vivantes , le fecondera dans ton
travail , comme il a déjà fait dans les Eit ions grecquesd
Ifocrate& de Lynas , & contribuera pour ſa
part à la beauté& à Fexactitude d'une Edition que
doivent defirer tous les vrais Amateurs de l'Eloquence
& des Lettres antiques.
Le Roi voulant encourager une Eduion qui peut
être utile aux progrès des Lettres grecques , a foalcrit
pour vingt-cinq Exemplaires; it a même fait
l'avance d'une partie des fonds de fa fou cription ,
ce qui a diſpenſé d'en exiger aucune de la part des
Soufcripteurs.
L'Ouvrage contiendra cing on fix Volumes in-
4°. Le prix fera, pour l'Edition ſur papier grand raifin
ſuperfin d'Annonay, de 48 liv. chaque Volume ,
&pour le papier ordinaire is liv. On ne demande
aucune ſomme d'avance , mais ſeulement l'engagement
de payer chacun des Volumes lorſqu'ils paroîtront.
On ſouſcrit chez Didot l'aîné , Imprimeure
Libraire , rue Pavée Saint-André ; Debare l'ainé &
Barrois jeune , Libraires , quai des Auguſtins , &
Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine.
LE Café Littéraire , ou la Folie du jour , Comédie-
Prologue fans Préface , repréſentée tous les
jours & felon les circonstances , par Mlle C***
D***. A Athènes ; & ſe trouve à Paris , chez
Leroy , ſucceſſeur de M. Lottin le jeune , Libraire ,
rue Saint Jacques , & chez les Marchands de Nouveautés.
Il eſt fingulier qu'une Demoiselle ſe déclare l'Auteur
d'une Comédie dont la ſcène ſe paſſe dans un
Café ! Est-ce dans les Cafés qu'elle va porter ſon
efprit obfervateur ? Mais plutôt cette hardie Demoifelle
ne ſeroit-elle pas un Cavalier timide qui autoit
pris ce maſque pour échapper à la vengeance
de l'Auteur qu'il attaque; car la Pièce preſque ca
46 MERCURE
entier eſt une critique en dialogue du Mariage de
Figaro?
Quoi qu'il en ſoit , il y a dans ſa Pièce de la
gaieté ( quoiqu'elle tombe dans le farce ) , & quelques
bonnes critiques. Mais nous exhortons l'Auteurà
donnerquelqu'autre Piècequi puiſſe faire mieux
juger ſon talent , & à parler plus noblement des
Lettres qu'il cultive.
HYDROGRAPHIE nouvelle , ou Description des
Bains Hydrauliques Médicinaux de toutes les efpeces
, c'est à - dire , par distillation , &c. fur un méchaniſme
inconnu jusqu'à préſent. A Paris , chez
Morin , Libraire, rue Saint Jacques , à la Vérité.
Prix , I liv. s ſols broché.
Cette Brochure n'est qu'une eſpece de proſpectus
très- détaillé d'un Établiſſement que la SociétéRoyale
&la Faculté de Médecine ont jugé devoir être trèsutile
dans un grand nombre de maladies , & que
M. Laugier , Médecin de Marseille , fait exécuter
actuellement au Fauxbourg Saint Denis , près la
Foire Saint Laurent , n°. 31. Le Public ſera averti
du moment où l'on pourra recevoir des malades
dans cet Etabliſſement,
La Méprise, Estampe , peinte par Mouchet ,
commencée à graver par Macret , & terminée par
Anſelin . Prix , 3 liv.
Cette Eſtampe, piquante par le ſujet , eſt gravée
avec beaucoup de fineffe, & doit plaire aux Amateurs
de ce genre,
ANTIQUITÉS Étruſques , Grecques & Romaines,
gravées par F. A. David, imprimées avec leurs cou
leurs propres , Tome premier , Nº. premier. Prix ,
livres , composé de douze Planches & Difcours
DE FRANCE.
47
AParis , chez M. David , rue des Cordeliers , au
coinde celle de l'Obſervance.
M. David fait pour cet important Ouvrage ce
qu'il a fait déjà pour les Antiquités d'Herculanum ;
il le réduit , pour en rendre l'acquifition moins dif
pendieuſe , aux formats in-4°. & in- 8 °. Il est à
préſumer que cette Entrepriſe aura le ſuccès de la
première.
LE Fidèle Indiscret , peint par F. Schall , gravé
par R. Gaillard . Prix , 3 liv, A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint Jacques , au-deſſus des Jacobins.
Il y adu ſoin &de la grâce dans cette Eſtampe,
QUATORZIÈME Cahier des Jardins Chinois ,
contenant les onze principales maiſons de plaiſance
de l'Empereur de la Chine , tirées du Cabinet du
Roi ſur des tableaux peints ſur ſoie à Pékin meme,
▲ Paris , chez Lerouge , fue des grands Auguſtins.
Prix , 12 liv.
DEUXIÈME Recueil de variations pour le Violon
avec la Baffe, fur l'air de Lindor, la Fête des
bonnes Gens & le Menuet de Ficher , par M. Antoine
Michaud, gravé par Mile Michaud, Prix ,
3 liv, A Paris , chez M. Michaud , rue des mauvais
Garçons , près celle de Buſſy , chez l'Herboriſte.
LE Sieur LETHIEN , Maître Coutelier , rue
Neuve-Saint- Merry , près l'hôtel Jaback , prévient
lePublic qu'il vient d'inventer , 1º. des Raſoirs à fix
lames, toutes détachées , faites avec un acier fondu,
raffiné & trempé avec des ſels qui les font réſiſter
aux barbes les plus fortes; ces lames ont un avantage
bien précieux fur celles même d'Angleterre , en
ce qu'elles n'ont jamais beſoin d'être repaffées ſur
la meule , mais ſeulement ſur la pierre à l'huile , ou
48 MERCURE
fir un Cuir préparé avec une compoſition nouvelle.
1º . Des Raſoirs à rabot , avec leſquels on ſe raſe
Tans riſquer de ſe couper. 39. Des Cuirs renfermant
vingt - deux pièces de linvention du Sieur
Lethien 4°. Des Couteaux dits à couliffes en or &
en argent , qui ſe changent en trois parties , qui
coupent le fer comme le bois , étant faits de lames
de fabres de Damas. 5º . Des Couteaux à dix pièces
qui ſont parfaitement renfermées dans le manche
6°. Des Serpettes où il y a quatre pieces; favoir ,
une Lame, un Greffoir, un Ecuffonnoir & une Scie
qui ne s'engage jamais dans le bois vert. L'Auteur
est fi sûr de fa trempe , qu il les garantit fix mois à
l'épreuve.
Les Perſonnes qui lui feront l'honneur de lui
écrire, ſont priées d'affranchir le port des lettres.
LEJuge Indécis ,
lePommier , Fa
ble,
La Rose&
i
3 Difcours couronné par la SociétéRoyalede
Metz,
Charade, Enigme & Logo Comédie Italienne ,
TABLE.
8
4 Comédie Françoise , 35
39
gryphe,
:
5 Annonces & Notices , 42
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Mor. le Garde- des-Sceaux ,
Mercurede France, pour le Samedi 3 Décemb . 1785. Jen'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 2 Décembre 1985. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI Ε.
DE PÉTERSBOURG , le 5 Novembre.
C'EST le 16 Octobre qu'a été ſigné le
'Traité de commerce entre notre Cour &
celle de Vienne. Le courier qui en a porté la
nouvelle à Vienne , a été chargé de remettre
au Prince de Kaunitz , de la part de l'Impératrice
, une collection des Médailles &
des Monnoies d'or de cet Empire , évaluée
à 60000 ducats. L'Ambaſſadeur Impérial a
reçu , outre le préſent ordinaire de 4000
ducats , une bague de brillans , du prix de
4 à 5000 roubles : les Secrétaires d'Ambaffade
ont été honorés de cadeaux proportionnels.
La Cour de Vienne , non moins
magnifique , a fait paſſer pour 30000 ducats
de préſens aux différens employés de la
Chancellerie Ruſſe .
Le Prince Dolgoroucki, Ambaſſadeur à
Berlin , eſt rappellé & on lui donne pour
N°. 49, 3 Décembre 1785.
a
-
( 2 )
fucceffeur le Chambellan Comte Hargé de
Romanzof , fils puîné du Feldt-Maréchal
de même nom .
En prenant congé de l'Impératrice , les
Ambaſſadeurs du Czar de Georgie ont
adreſſéànotre Souveraineune harangue d'un
ſtyle fingulier ; en voici la traduction :
TRÈS- ILLUSTRE , TRÈS PUISSANTE , GRANDE
DAME , L'IMPÉRATRICE & AUCTOCRATRICE
DE TOUTES LES RUSSIES .
Nous avons encore le bonheur de nous prolterner
aux pieds de la plus grande Impératrice
de la terre , qui eſt le chef de la vraie égliſe
des croyans & la puiſſante protectrice de la ſeule
& unique croyance , au nom de notre illuftre
Souverain & de tout notre pays , pour offrir à
votre Majeſté , notre fidélité & notre foumiffion
& lui en faire un ſacrifice , en l'affurant que
nous vivrons & que nous mourrons à ſon ſervice.
Pendant notre ſéjour à la Cour de votre Majeſté
Impériale , à laquelle nous avons reçu en particulier
des marques éclatantes de voire grande
bienveillance , nous avons été témoins des grands
foins & de la grande ſollicitude de votre Majesté ,
pour l'avantage de ſon Empire , & celui de
toute la Chrétienté.
2 Prêts à repartir pour revenirdans notre patrie,
nous nous repréſentons d'avance , la ſatisfaction
avec laquelle nous ferons reçus de nos compatriotes,
lorſque nous les informerons de la grace
particulière que votre Majesté Impériale nous
a faite , en recevant notre pays ſous ſa protection
invincible, Que le Tout - Puiſſant prolonge les
jours de votre Majefté , juſqu'à la vieilleſſe la
plus avancée , qu'il béniſſe ſon glorieux regne ,
marqué par des grandes actions ,& qu'il couronne
du plus beereux ſuccès toutes vos grandes
( 3 )
entrepriſes , pour fon honneur & pour l'avance
ment de la vraie religion.
Le Conſeiller Intime , Comte Bedbarodkin
répondit en ces mots au nom de l'Impératrice.
Sa Majefté Impériale , en donnant congé à
Meſſieurs les Ambaffadeurs , les charge d'affurer
leur Souverain & toute la nation , de
toute ſa bienveillance Impériale ; ſon bras
tout-puiſſant les protégera toujours efficacement ,
& S. M. Impériale n'exige , de leur part , d'autre
ſacrifice , que fidélité, paix& bonne intelligence.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 13 Novemb.
Lei de ce mois , la frégate Angloiſe qui
avoit accompagné le Yacht , dont le Roi
d'Angleterre a fait préſent au Prince Royal
de Danemarck, a mis à la voile pour la mer
du Nord. L'équipage du Yacht retourne en
Angleterre fur cette frégate.
Le 3 le Comte de Muſquiz , nouveau
Miniſtre du Roi d'Eſpagne auprès de notre
Cour , eft arrivé dans cette réſidence.
Les actions de la Compagnie de la Baltique
ſe font vendues depuis sià 53 rixdalers
,& celles de l'aſſurance maritime depuis
180 à 185 rixdalers ...
La vente des marchandiſes des Indes
Orientales apportées par le vaiſſeau la Juliana
Maria ,s'eſt faite le 11 Octobre . Cent
livres peſant de ſalpêtre ont été vendues à
1 a 2
( 4 )
raiſon de 8 rixdalers 2 à 6 shellings; le meme
poids de bois de Caliatur 4 rixdalers
25 à 26sh. Le coton la livre 12 à 15 sh. &
trois quarts ; le poivre la livre 13 sh . & trois
quarts; le borax la livre 11 à 12 sh. l'arrak
lepol 11 à 13 sh.
Dès le 25 Septembre , une partie de la
Norwege étoit déja couverte de neige ; &-
le 27 ony eſſuya un violent orage accompagné
de grêle. L'hyver nous menace également
de ſes rigueurs prématurées , & l'on
craint qu'avant la fin de Janvier , le bétail
ne manque de nourriture ; la récolte des
foins ayant été très-médiocre.
Voici un état détaillé de la population dans
l'Evêché de Holum en Iſlande. En 1783 on y
compta 13,382 ames ; ce nombre a été réduit
à la fin de 1784 à 10,110. Ainfi dans cet
intervalle , on trouve un déficit de 3,272
individus , dont 2,477 font morts & le reſte s'eſt
retiré ailleurs . La famine & les maladies qui
l'ont ſuivie , ont fait périr 2,035 perſonnes,
Dans le nombre des morts , on comptoit un
centenaire , un de 98 ans; deux de 93 ; deux
de 92 ; un de 90 ; deux de 89 , un de 88 ;
un de 87 ; un de 86 ; un de 84; un de 83 ; un
de 82 ; deux de 81 & fix de 80. Le nombre des
mariages en 1784 y a monté à 28 , & celui des
naiſſances à 233 , dont 108 garçons& 125 filles;
parmi les naiſſances il y avoit vingt- cinq enfans
illégitimes.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le 19 Novembre.
Le Comte Gustave Philippe Creutz , Sé(
5 )
nateur du Royaume de Suede , Préſident
de la Chancellerie , Chancelier d'Upfal &
Chevalier des Ordres du Roi , eſt mort à
Stockolm , le 30 Octobre , dans la sse. année
de ſon âge.
Le Prince d'Anhalt-Coethen , qui eſt à
Varſovie depuis quelque temps , a prêté le
ſerment pour l'indigenat qui lui a été accordé
à la Diete de Grodno. Le diplôme
lui fut expédié le mêmejour de la Chancellerie
de la Couronne.
On prépare quelque changement dans la
répartition des différentes diviſions de l'armée
Ruſſe ; entr'autres la diviſion de Novogorod
ſera transférée à Polotsk. Quelques
Régimens nouveaux feront envoyés à
Aſtracan & dans le Gouvernement d'Oren .
bourg , afin de renforcer les troupes qui y
ſont déja cantonnées. On ne s'occupe pas
moins dans ce vaſte Empire , de la Marine
que de l'armée. Le Prince Potemkin , diton
, a touché à la Banque cinq cent miile
roubles , conſacrées à la flotte de la Mer
Noire. On prétend que cette flotte eſt aujourd'hui
compoſée des vaiſſeaux de 74
can. , de 15 groſſes frégates &des cutters.
A la fin du mois dernier , le temps a été
très-orageux ſur la Baltique. Un bâtiment
Anglois , chargé de mercerie , a été jetté ſur
un rocher; & il eſt péri un bâtiment du
Havre de Grace , allant à Brême.
a3
( 6 )
DE VIENNE , le 18 Novembre.
La réponſe préſumée de notre Cour aux
propoſitions de la Porte , relative aux limites
, porte , dit on , ſur quatre articles fondamentaux.
1º. La Cour Impériale exige que la fortereffe
de Wihacz foit compriſe dans la ceſſion de la
Croatiequi eſt en deçà de l'Unna , parce que cette
fortereſſe lui eſt abſolument néceſſare pour
arrêter les brigandages , & empêcher la déſertion.
2º. Si la Porte conſent à lui céder la partie
de la Valachie Turque , qui s'étend juſqu'à la
riviere d'Alura , la Cour Impériale conſent de
ſon côté à renoncer à l'extenfion des limites
au- delà de la Save , & à ce que les frontieres
du côté de la Boſnie & de l'Herzowine , reſtent
in ftatuo quo . 3°. La Porte ſera tenue , toutes
les fois qu'elle dépoſera un Prince de Valachie ,
d'en déduire les raiſons à la Cour Impériale ,
&de lui nommer le ſujet qu'elle detine à cette
dignité. Le Hoſpodar de Valachie ſera auſſi tenu
de remettre à l'Empereur tous les déſerteurs de
fes troupes . 4°. La fortereffe d'Orfowa fera
remiſe à la Cour Impériale.
Le Corps des Houlans auxque's on doit
joindre quelques Régimens de Haſſards , eft
deſtiné , à ce qu'on croit , au Comte Staniflas
Rzewuski , Général- Major & Capitaine-
Lieutenant de la Garde-Noble Gallicienne.
Le Commandant de la fortereſſe de Carsl .
bourg a été donné au Comte de Truchſeſ,
Iieutenant-Colonel du Régiment de Teutfchmeifter.
( 7 )
La Hongrie & la Gallicie ont éprouvé
dès le milieu du mois dernier , un froid rigoureux
, qui a nui à toutes les récoltes . Les
vignobles de Tockai ont particulierement
fouffert de cette intempérie ; les raiſins
n'ont muri qu'imparfaitement , & font en
petite quantité , que le vin a déja confidérablement
hauffé de prix. La continuité des
pluies a égalemenr endommagé les dernieres
moiffons aux environs de Lemberg ,
ainſi que les grains entaſſes dans les campagnes
, faute de granges. Les chemins font
rompus en divers endroits , & le tranſpott
des denrées eſt intercepté. Heureuſement le
Bannat de Temeſwar n'a partagé aucun de
ces défaſtres ; la vendange y a été très -abondante
& d'une bonne qualité .
Le Comte François d'Eſterhazi de Galantha
, Chancelier du Royaume de Hon
grie , Ban de Croatie , eſt mort le 7 de ce
mois dans ſa 71e. année.
On vient de rendre publique l'Ordonnance
ſuivante , relativement à la taxe fur
l'induſtrie. :
Nous JOSEPH II , &c. &c. &c. Pour en
courager & faciliter l'application au travail &
à Finduſtrie ,fi avantageuſe à l'état , nous fupprimons
la taxe que paient les artiſans , dans
toutes fortes d'endroits , & de la maniere que
les artiſans ont déjà été exemptés des impofitions
fur l'exercice de leurs métiers.
En conséquence, la taxe qu'on a été juſqu'ici
dans l'uſage de lever ſur les artiſans , appelés
Handwerkszinn , ſoit qu'ils aient des habitations
a4
( 8 )
fur leurs propres fonds , ou fur des fonds domaniaux
, ceffera généralement & en toutes
fortes d'endroits; attendu cependant que cette
exemption n'a pour but que l'exercice qu'on
peut faire perſonnellement d'une profeſſion
quelconque , les artiſans qui ont des maiſons
Tur des fonds Seigneuriaux ou Dominiaux , ne
continueront pas moins d'en payer le droit
uſité pour le louage , & pour les fonds qu'ils
poſfédent particulièrement , la rédévance annuelle
qui n'aura pas encore été défendue par les loix.
D'un autre côté , il ſera pareillement défendu
très - ſévèrement aux domaines de vouloir en
aucune façon ſe dédommager de la perte qu'ils
pourroient faire par la fuppreffion de la taxe
en queſtion , en vou'ant forcer les artiſans &
particulièrement les tifferans de travailler pour
eux fans ſalaire , ou à un moindre prix.
Donné à VIENNE , le 20 Août 1785 .
On dit que le port de Trieſte ſera rendu
plus profond , que ſon môle ſera réparé , &
que l'Empereur aaſſigné 300 mille florins
pour cet objet.
Suite de l'Examen de l'Exposé des motifs ,
publié par S. М. Р.
« La Maiſon Electorale de Brandebourga ,
>> comme toutes les autres Maiſons des Princes
>> de l'Allemagne , le droit incontestable de trai-
>> ter de ſes Pays- Héréditaires à ſon bon- plaiſir ,
>> pour autant qu'elle ne porte point de préju-
>> dice aux loix féodales & de l'Empire. Sous
>> ce droit de traites à ſon bon-plaifir doit auſſi
> être compris indubitablement celui d'échanger
> quelqu'un de ſes Pays - Héréditaires , ſans cela
>> S. M. le Roi de Pruſſe n'eût pu réunir en
» même tems la prétendue validité de l'incorpo,
(و )
.
>> ration des pays d'Anſpach & de Bareith àla
>> primogéniture de la Maiſon de Brandebourg ,
>>avec l'échange de ces pays contre la Luface.
» Suivant toutes les loix naturelles , civiles , &
>>> féodales , il doit être libre à la Maiſon Pala-
>>> tine d'abolir , de l'aveu unanime de tous ſes
>>>Membres , les anciens pactes de famille , de
>>> les altérer , & de faire , ſuivant les circonf-
>> tances du tems , d'autres arrangemens , qui
>> lui ſont utiles. Sans cela l'Electorat Palatin
>> ſeroit le ſeul en Allemagne , qui n'auroit pas
>> cette faculté naturelle. L'Empereur & l'Empire
, la Ruſſie , la France , la Pruſſe , & ta
Saxe , en confirmant & en garantiſſant les
>> pactes de famille de la Maiſon Palatine ,
» n'ont certainement pas acquis ni ne ſe ſont
>> réſervé le droit de s'arroger ſur quelque in-
>> novation portée à ces pactes le moindre ju-
> gement ni connoiſſance. Par ces confirmations
» & ces garanties ces pactes de famille ſont auſſi
» peu devenus une loi inaltérable que cent &
mille autres pactes des Princes du CorpsGermanique.
Toutes ces Puiſſances confirmantes
>> &garantes n'y ont abſolument aucun intérêt.
>> Les ſeuls Princes de la Maiſon Palatine y
α
ſont concernés. Eux ſeuls , & non l'Empereur
» & l'Empire , ni aucune des autres Puiſſances ,
>> ne peuvent ſe fonder ſur les pactes de famille
de 1766 , 1771 , 1774 , & fur la ſanction dit
>> pragmatique de 1329 , & en demander l'ac-
> compliſſement : Mais, lorſqu'ils ſont d'accord
>> entr'eux de ne point le faire , & de prendre
>> un autre arrangement à l'égard de leurs Pays-
>> Héréditaires , ni l'Empereur , ni l'Empire , ni
>> quelque autre Cour que ce ſoit , n'ont le
droit de s'y oppoſer. »
Qui font effentiellement intéreſſes à ce que ce
as
( 10 )
grand& important duché de Baviere reſte au pouvoir
de la maison Palatine , puiſqu'il faute aux yeux ,
qu'indépendamment de la difproportion géographique
& politique entre les Pays-Bas Autrichiens &toute
laBavière , en transférant ce grind & beau pays a
la maison d'Autriche , & en arrondiſſant ainsi la
monarchie Autrichienne déja trop prépondérantes
tout l'équilibre du pouvoir en Allemagne feroit perdu
, & la sûreté , ainsi que la liberté de tous les Etats
de l'Empire , ne dépendroit plus que de la discrétion
de la maison d'Autriche. Ilsemble que cette grande
&puiſſante Maiſon devroit se contenter de sa vaſte
Monarchie , & ne plusfonger à une acquisition auſſi
alarmante , non-feulement pour l'Allemagne , mais
auffi pour toute l'Europe.
Il eſt univerſellement connu , combien la
MaiſonArchiducale d'Autriche a eſſuyé de pertes
de pays depuis la paix de Baden , & combien ces
pertes ont été conſidérables. Cependant , quoique
ſes poffeffions fuffent alors bien plus nonbreuſes&
plus importantes , la ſuſdite paix , ſpécialement
l'article XVIII , furentunanimement
confirmés & ratifiés alors par l'Empire & par tous
les états qui le compoſent. Il n'y en eut aucun qui
craignît , que l'équilibre de pouvoir & la fûreté
de l'Allemagne ne fuſſent anéantis , ni que la libertéde
tous les autres états de l'Empire ne fût
rendue dépendante de la volonté de la Maiſon
d'Autriche , quand même cette Maiſon obtiendroit
le duché de Bavière par l'échange , approuvé
d'avance pour tous les cas qui exiſteroient
à l'avenir. Ce qu'on ne craignoit pas
alors , pourquoi s'en inquiéteroit - on dans les
circonftances préſentes , où les états héréditaires
de la Maiſon Archiducale font bien plus circonfcrits
qu'ils ne l'étoient alors , & où la Cour
( II )
deBerlin eſt parvenue , principalement aux dépens
de cette Maiſon , à une grandeur & à un
dégré de pouvoir , avec lequel celui , qu'elle
avoit lors de la conclufion de la paix de Baden ,
ne sçauroit entrer en aucune comparaifon ? De
plus , il n'a jamais été queſtion d'un agrandiffement
de la Maiſon Archiducale, maus ſeule--
ment d'un arrangement , en vertu duquel , pour
ce qu'elle obtiendroit d'un côté , elle rendroit ,
de l'autre , un équivalent non-ſeulement parfait,
mais qui furpaſſeroit encore de beaucoup ce
qu'elle recevroit . Comme il réſulteroit de cet
arrangement une acquifition formidable , nonſeulement
pour l'Allemagne , mais pour l'Europe
entiere , c'eſt ce qu'on peut auſſi peu concevoir
, qu'il eſt impoſſible de conteſter la vérité
du dilemme ſuivant : Lorſqu'il s'agit d'un échan
ge à faire , la Maiſon Palatine doit croire trouver
ſon compteà l'équivalent propoſé , ou ne pas
l'y trouver. Si elle croit ne l'y point trouver, toute
idée d'echange tombe d'elle-même : Si elle croit
l'y trouver, ni la Maiſon d'Autriche , ni la Maifon
Palatine , ne ſont point, autant qu'elles ſçachent,
ſous quelque tutèle étrangere , qui les empêche
de juger par elles - mêmes de leurs avantages
réciproques , en donnant & en recevant,
& de décider à cet égard d'après leur propre
fentiment.
Atoutes ces preuves, fondées ſur les termes
mêmes de l'aveu fait par la cour de Berlin , nous
ajouterons par ſurabondance une analyſe ultérieure
des objections , qu'on fait par cette déclaration:
Elles confiftent « en ce que les contractans de la
> paix de Baden n'ont pas ſongé ni pu ſonger à
>> l'échange total de laBaviere. » Qu'ils n'y aient
pas ſongé , l'on veut le prouver a par ce qu'il
préſulte clairement du diſpoſitif même de l'art.
a6
( 12 )
» XVIII de la paix de Baden , que les contrac-
>> tans n'ont cru promettre à la maiſon de Ba-
>> viere qu'un échange partiel de quelques pays
>> ou districts qui pourroit être convenable à ſes
» intérêts. Qu'ils n'aient pu y ſonger , onveut
le conclure de ce a qu'il eſt queſtion ici de l'échange
total d'un grand électorat & fief de
» l'Empire, qui , ſe trouvant ſous la diſpoſition
>> de la Bulle-d'or , n'étoit aucunement ſuſcepti-
>> ble d'une altération de cette nature. «
Aquoi les contractans aient ſongé ou n'aient
pas ſongé , en faiſant l'un ou l'autre des articles
des traités , ou quelles aient éte proprement
leurs vues , c'eſt une queſtion de fait , laquelle
, ſi les mots pouvoient donner lieu de façon
ou d'autre à quelque doute , ne pourroit s'éclaircir
avec certitude qu'uniquement par l'hiſtoire
de la négociation de la paix, conclue à Baden ;
& les actes qui exiſtent à ce ſujet , prouvent de
la maniere la plus évidente :
>> Que l'Electeur , qui avoit été mis alors au
ban de l'Empire & dépouillé de ſes états en Allemagne
, ne voulait pas abſolument retourner
en Baviere , & que ſes deſirs les plus ardens ſe
portoient vers les Pays- Bas : Que de-là il faut
déduire la ſource immédiate & l'unique motif ,
pourquoi alors , lorſqu'il fut enfin décidé que
l'Electeur ſeroit rétabli cependant dans ſesEtats ,
fans aucundédommagement quelconque , il fut
d'abord mis ſur le tapis divers projets d'échange ,
tantôt pour la Baviere entiere & le haut-Palatinat
, tantôt pour la plus grande partie de ces
Etats : qu'on ne put pas s'accorder d'abord ſur
ce point , mais qu'on ne voulut pourtant pas regarder
pour ce ſeul objet une paix , dont la concluſion
étoit des plus preſſantes : que dans cette
vue , pour concilier autant qu'il étoit poſſible
( 13 )
l'un avec l'autre , l'on détermina une fois pour
toutes , par l'article XVIII , lalibre faculté d'un
échange , mais qu'on laiſſa au choix & à la libre
diſpoſitionde lapartie intéreſſée la façon de faire
cet échange ».
,
Acet effet l'on ajouta au premier projet du
traité de paix , notamment à l'article XX la
claufe : Si l'Electeur de Baviere , aprèsson rétabliſſement
total , trouve qu'il lui convienne defaire
quelque changement deſes Etats contre d'autres
te Roi Très-Chrétien ne s'y oppoſera pas. D'après
l'expreſſion , ſi l'Electeur , l'on auroit pu élever
avec raiſon le doute, fi cette libre faculté d'échange
étoit ſeulement perſonnelle pour l'Electeurd'alors
, ou fi elle appartiendroit à tous ſos
fucceſſeurs. Afin de lever ce doute , & d'expr: -
mer clairement , qu'on avoit en vue ceste derniere
ſtipulation , l'on inféré l'article XVIII
dans le traitéde Raſtadt , & l'article XVIII dans
celui de Baden ,ainſi qu'on l'a dit ci -deſſfus .
a
Les faits , tels qu'on vient de les détailler , &
tout l'enſemble des négociations , telles qu'elles
ont eu lieu alors , moins que les termes mêmes
de l'article XVIII comparés avec eux , mettent
hors de tout doute le vrai ſens & l'intention
de cet article.
Il n'y eſt pas dit: « Si la maiſon de Baviere
>> trouve qu'il lui convienne de faire un
changement de quelques- uns de ſes Etats. » Si
Domus Bavarica permutationem ALIQUORUM fuorum
Statuum rebus fuis convenire autumaret : Mais
il y eſt dit : « Si la maiſon de Baviere trouve
*>> qu'il lui convienne de faire quelques change-
>> mensde ſesEtats : ALIQUAM permutationem
Statuumfuorum .
Pour ce qui regarde l'allégation ultérieure .
que les contractans de la paix de Baden , quand
( 14 )
même ils euſſent voulu , n'euſſent néanmoinspas
pu ſonger ſeulement à un échange de toute la
Baviere , l'on ſemble ne s'être pas rappellé , en
minutant la déclaration de S. M. le roi de Pruffe,
que les contractans de la paix de Baden étoient,
d'un côté , l'Empereur & tout le Corps Germanique
, d'autre part S. M. Très - Chrétienne. Or
il eſt certainement hors de tout doute , que tout
légiflateur peut étendre , limiter , changer , ou
même abroger totalement ſes propres loix ou
celles de ſes prédéceſſeurs ſuivant ſon bon plaifir.
Par conféquent ce à quoi toute puiſſance légiflative
fur la terré auroit été autoriſée , l'Em
pereur & tout le Corps Germanique doivent
néceſſairement en avoir eu le droit . Vu donc ,
que , d'après le contenu même du décret de
l'Empire , ce qu'aux négociations de la paix de
>>>Baden il pourroit être traité , de la part & au
>> nom de tout le Corps de l'Empire , pour
ود conclure la paix fur le pied des conditions,
>> dont on étoit convenu à Raſtadt: >> Que par
le décret ultérieur du 9 Octobre 1714, il a été
réſolu unanimement, qu'il falloit ratifier & cond
firmer , de la part de l'Empereur & de l'Empire,
la paix ſignée, à Baden , entre S. M. Im-
>> périale& le St. Empire Romain , d'une part,
» & la Couronne de France , de l'autre : >> Et
que cette ratification de la paix s'en eſt effectivement
enſuivie le 15 Octobre , il réſulte de
tous ces faits la concluſion incontestable , que ,
nonobſtant la Bulle d'or & toutes les autres anciennes
Ordonnances à ce contraires , quelles
qu'elles euſſent pu être , l'Empereur & le Corps
entier de l'Empire ont pu accorder à la maiſon
de Baviere la libre faculté d'échanger toutes
ſes poſſeſſions ou une partie d'icelles ;& qu'ils la
lui ont accordée réellement par le ſuſdit article
XVIII , tel qu'il a été ſtipulé & ratifié .
( 15 )
Si après une démonstration fi évidemment
convaincante , il étoit néceſſaire d'apporter encore
d'autres preuves , il ſeroit très aifé de réfuter
ce qui a été dit de la part de la cour de
Berlin d'un grand Electorat , des diſpoſitions de
la Bulle-d'or , de ſon incompatibilité abfolue
avec cette Bulle , de l'indiviſibilité & de Pinaliénabilité
d'un grand Electorat . N'eft- il pas connu
par l'Histoire , quelle a été la grande étendue
du pays de la Baviere dans des temps plus anciens
, de quelle façon it a été diminué & retreci
de temps en temps , combien ſouvent & à quel
degré il a été morcelé & démembré ? N'eſt il
pas connu , que même après les droits de fidéicommis
& de primogéniture , établis par le duc
Albert V, & après que les Etats de Baviere
eurent réſolu , que leur pays ne pourroit jamais
être diviſé , les ducs de Baviere ont néanmoins
reçu de l'Empereur une inveſtiture particuliere
pour laBaviere , une autre ave: Leuchtenberg ,
&une troiſeme par lettre , de la part du Conſeil
aulique del'Empire , avec les petits Comtés &
Seigneuries ? N'eſt it pas connu , qu'après la paix
de Westphalie ces inveſtitures memes ont toujours
été faites ſéparément avec la dignité électorale
, avec celle de grand échanfon de l'Empire
, & avec le haut-Palatinat, enſuite ſéparé
ment avec le duché de Baviere ? N'est- il pas
connu , que , dans le cas de l'extinction de la
ligne maſculine de Baviere , Leuchtenberg & les
autres, Comtés & Seigneuries , qui relevoient de
l'Empire , lui ont été dévolus ;& que l'Empereur
ne lesta accordés à la maiſon Palatine que par
une nouvelle grace ſpéciale , ainſi que les fiefs..
de la Bohême? Enfin , n'est- il pas connu que le
duché de Baviere n'a jamais été qu'un Duché ,
jamais un Electorat , & que pour cette raiſon it
( 16 )
n'a pas eu ſéance & fuffrage dans le collage
électoral , mais ſeulementdans celui des princes ;
finalement , que par un Conclufum du collège des
Electeurs pris en 1778 , il a même été déclaré
que ladignité électorale de Baviere ſe trouvoit
éteinte?
Lorſque la cour de Berlin mit ſur le tapis
l'échange des deux Margraviats d'Anſpach &
de Baviere contre la Luſace , elle avoit , entre
pluſieurs autres de ſes convenances , pour objet
principal L'avantage d'un arrondiſſement : elle
crut pouvoir ſe permettre ce but ſans le moindre
doute , ni fcrupule : Mais, dès qu'il s'agit d'une
pareille convenance à l'égard de l'Autriche ,
tout doit s'entendre dans un ſens diametralement
oppoſé.
Au reſte le véritable équilibre du pouvoir relativement
aux Etats entr'eux , ne conſiſte , ſelon la
conſtitution de l'Allemagne , qu'en ce que les
Etats ne s'arrogent aucun pouvoir, les uns fur
les autres , mais que chacun d'eux foit soumis
à l'autorité ſuprême légitimement établie. De
même l'équilibre du pouvoir , relativement au
chef ſuprême de l'Empire , ſur les Etats qui lui
ſont ſubordonnés , ne conſiſte non plus qu'en ce
que les derniers aient part à la législation & à
quelques droits de ſouveraineté , déterminés par
les loix ; que l'objet du pouvoir exécutif foit
rempli par les Etats dénommés particulièrement
à cet effet ; & qu'on n'y emploie régulièrement
que les individus fournis par lesEtats.
Acet équilibre eſſentiel , &uniquement véritablede
l'empire d'Allemagne , n'eſt aucunement
contraire la faculté , qui compete à tous ſes
membres , d'accepter autant de pays qu'on leur
en cede; qu'il leur en échoit, ſelon la diſpoſitiondes
loix ; ou qu'ils pourront en obtenir de
( 17 )
toute autre maniere légitime , par échange &
d'autres voies licites.
Les ſeulsEtats qui renverſent l'équilibre ſont
ceux , qui font des ligues particulieres contre
d'autres Etats , ſur des objets , dont la connoiffance
& la déciſion étoient réſervées à tous en
général ; qui s'arrogent des jugemens arbitraires ,
ſe réuniſſent même entr'eux pour les foutenir
à main- armée , & prétendent ainſi ſoumettre
tous les autres à un pouvoir fuprême tout- à- fait
incompétent.
La maison d'Autriche devroit ſe rappeller auſſi ,
qu'elle a promis dans le traité de Barriere de 1715 ,
aux Puissances maritimes , « qu'elle n'aliéneroit
jamais aucune partie des Bays-Bas à aucun
>> Princehors desa propre maifon » : Stipulation ,
qui ne peutpas être levée ſans le conſentement des
parties contractantes .
L'Europe ignore abſolument juſqu'ici , que
les deux Puiſſances maritimes aient confié leurs
droits & facultés reſpectifs aux ſoins de la Cour
de Pruſſe. Aufſi-tôt qu'elle produira les pieces
néceſſaires à prouver ce plein - pouvoir, ou , qu'on
tout cas , les Puiſſances maritimes elles- mêmes
feront va'oir cette grave objection contre la cour
Impériale Royale , dès- lors celle-ci ne manquera
point de donner ſur cet objet , avec franchiſe &
vérité , tous les éclairciſſemens convenables , &
d'endemander à ſon tour ſur quelques points ;
par exemple : fi , lorſque le ſujet , l'objet & le
butd'un traité n'exiſtant plus , l'obligation , qui
en réſultoit , continue de ſubſiſter encore dans
toute ſa force ? Et fi les traités ſont eſſentiellement
fondés ſur autre choſe que ſur l'accompliſſement
exact & réciproque des obligations ,
que tous les contractans ont priſes ſur eux.
Lafuite à l'ordinaire prochain.
( 18 )
Le fils d'un valet de-chambre de cette
ville a tué d'un coup de couteau la maitreffe
de ſon pere , en préſence de celui ci.
DE FRANCFORT , le 21 Novembre.
Le Roi de Prufſſe a remplacé le Baron de
Riedefel , fon Miniſtre à Vienne , mort dernierement
, par M. de Chambrier , employé
ci devant à Turin avec le même caractere.
M. de Keller paſſe en Piémont à la place
de M. de Chambrier.
S'il faut ajouter foi au rapport de quelques
Papiers publics , durant ſon dernier voyage
en Siléne , le Roi de Pruſſe a eu de trèslongs
entretiens avec les principaux Négocians
de cetteProvince. Il les a queſtionnés
ſur l'étatdu commerce & fur les moyens
de l'augmenter au dedans & au dehors ; enfin
, il leur a expoſé les plans qu'il avoit
⚫ conçus à ce ſujet , en leur demandant de lui
faire part de leurs obſervations.
En paſſant dans une ville de Siléfie , ce
Monarque remarqua un édifice à demi- conſtruit.
Il fit appeller le Magiftrat , & lui demanda
pourquoi on n'achevoit pas ce bâtiment. C'eſt
la maison des pauvres, dit le Magiſtrat , je ne puis
l'achever si le bourgeois n'y contribue . Ilfaut qu'on
y travaille , reprit le Roi ; je vais au camp ,
envoyez- moi le plan de cet édifice , je vous feras
paffer des fonds ; & qu'il soit achevé fans délai.
Ce Prince vient d'affigner une fomme
de 500 , 000 rixdalers , qui feront
employés à diverſes nouvelles conſtruc
( 19 )
tions dans la Capitale pendant l'année 1786.
Indépendamment des maiſons que l'on élévera
, on commencera dans l'année à entourer
Berlin d'une muraille..
On affure que le Roi viendra dans cette
Capitale plutôt qu'à l'ordinaire. Parmi les
divertiſſemens qui auront lieu à la Cour
pendant l'hyver , on compte 8 Opéra , ceux
d'Arminius&de la Mortde Caton font du
nombre.
Le Prince héreditaire de Naſſau Saarbruk
est allé à Potidam, où s'eſt auſſi rendu le
Comte de Goërz , Miniftre du Roi à
la Cour de Pétersbourg , de retom par
congé.
Les grandes vacances de la Diete ſont finies.
La plupart des Miniſtres font déja de
retour de la campagne à Ratisbonne. On eſt
très curieux d'apprendre les objets qui feront
traités à l'ouverture de l'aſſemblée.
On écrit de Vienne , que pour faciliter
le commerce des Erats de l'Empereur avec
l'impératrice de Ruflie , il eſt queſtion de
réaliſer le projet que l'on avoit déja formé
ily a quelque temps , de réunir par un canal
le Danube avec la Méditerranée & la
mer Noire.
La Maiſon des pauvres à Prague vient
d'être fupprimée. Les pauvres qui y étoient
ontle choix de ſe rendre à l'Hôpitalde Carlfbad
, ou de' prendre par jour une penſion
alimentaire des creutzers.
( 20)
Les freres Jean & Jacques Andréas
Bonnetiers à Prague , viennent d'y établir
une fabrique de chapeaux tricotés , que l'on
prétend être auſſi bons que ceux de feutre
faits à la maniere uſitée.
Une Députation de l'Académie des Sciences
de Munich a préſenté à l'Electeur l'Hiftoire
de Baviere qu'elle a fait rédiger par un
de ſes Membres , le ſieur Weſtenrieder.
Cette Hiſtoire rectifie , dit on , pluſieurs erreurs
de M. Schmidt, Archiviſte à Vienne ,
dans fon Hiftoire des Allemands.
:
LaProvince de la nouvelle Marche eſt repartie
en onze cercles , dans leſquels on compte
actuellement trente neuf villes , dix-neuf baillages
, deux cents vingt- un bourgs , fix centquarante
- trois villages , cent vingt - quatre
fermes , & une population de 246,689 ames ,
excluſivement de l'état militaire. La population
des villes monte à 67,002 individus . - En
1783 , on comptoit dans cette Province 1,964
métiers pour la fabrication des marchandiſes
de lainerie , quatre métiers pour les marchandiſes
de coton 184 tanneurs & mégiſſiers ,
1005 métiers pour la fabrication des toiles , 3
blanchiſſeriesde cire , 3 fabriques de ſavon noir ,
2 de tapiſſerie , & 23 de peignes pour les
drapiers. Les marchandiſes fabriquées dans cette
Province pendant la ſuſdite année , ont monté
à la ſomme de 879,822 rixdalers & deux tiers ;
il en eſt reſté dans le pays pour 580 , 640 rixdalers
& un tiers , & le ſurplus a été exporté.
Les matériaux qui ont été employés pour la
fabrication de ces marchandises , avoient coûté
11 femme de 501 , 340 rixdalers & trois tiers ,
,
( 2 )
dont 184,579 & demi étoient pour des matériaux
que l'on avoit fait venir de l'étranger..
ITALIE .
DE LIVOURNE , le 4 Novembre.
Deux chebecs de l'eſcadre Vénitienne ont
apporté des dépêches au Conſul de la République
, qui , ſur le champ , les a fait paffer
au Sénat. On a appris de ces deux bâtimens
, que dans les premiers jours du mois
d'Octobre , le Chevalier Emo abombardé la
Goulette de Tunis , qu'il a coulé bas une
chaloupe canoniere , & en a endommagé
une autre. Malgré le feu des ennemis , les
Vénitiens parvinrent à démolir les batteries ,
& à faire de grands dégats fur la côte. Le
Dey intimidé écrivit de ſa main propre au
Chevalier Emo pour lui demander la paix ;
mais fon Excellence ne crut pas ces propoſitions
aſſez avantageuſes. Le Dey en fitde
nouvelles , que l'Amiral envoya auffitôt au
Sénat pour les ſoumettre à ſa déciſion , & il
confentit à ſuſpendre les hoſtilités juſqu'à
ce qu'il eût reçu réponſe. Des lettres plus
récentes nous apprennent que le Chevalier
Emo a fait voile de la rade de Tunis pour
l'iſle de Malthe avec une partie de ſon efcadre
, afin d'y attendre la réſolution du
Sénat. On dit à préſent qu'il va lui être envoié
un plein pouvoir de faire la paix ou de
continuer les hoſtilités.
( 22 )
DE TURIN , le 1 Novembre.
;
Le droit de mer , appellé Villa Franca ,
auquel étoit afſujetti le pavillon Danois , a
été entierement aboli par le Traité conclu
entre les Rois de Danemarck & de Sardaigne
, le 4 Février de cette année , & ratifié
de part&d'autre , les 26 Juillet & 14 Septembre
dernier. La Cour de Turin en a fait
faire la publication par ſon decret du 4 de
ce mois , enregiſtré à la Chambre des
Comptes de cette ville , le 8 , & au Confulat
de Nice , le 17 du même mois .
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 21 Novembre.
S. M. a conféré à M. Hugh Elliot , ſonEnvoyé
extraordinaire à la Cour de Danemarck,
le caractere additionnel de Miniſtre plénipo .
tentiaire auprès de la même Cour.
Quoique nos papiers publics s'accordent à
dire qu'on prépare au palais deS.-James & au
château deWindfor, les appartemensdeſtinés
auPrinceRoyal de Danemarck, le temps de
l'arrivée de ce Prince eft encore incertain ou
inconnu : iline paroît pas que nous le poffédionscethiver,
puiſque l'équipage Angloisdu
Yacht ,fur lequel il devoit s'embarquer , eft
paffé à bord d'une de nos frégates qui , de
( 23 )
Coppenhague , a fait route pour la mer du
nord.
Le Collier de l'Ordre de la Jarretiere , vacant
par la mortduLangrave de Heſſe Caffel,
ſeroit probablement donné au Marquis de
Buckingham , fi S. M. n'en diſpoſoit pas en
faveur du nouveau Landgrave , qui , dans
tous les temps a montré pour le Roi la plus
grande confiance & le plus vif attachement.
Le Duc de Dorſet,Ambaſſadeur à la Cour
deFrance , eſt parti d'ici pour ſe rendre à ſa
destination.
Le Duc & la Ducheſſe de Cumberland
ont quitté cette Capitale le 14 , & fe rendent
fur le continent. LL. AA. RR. viſiteront , à
ce qu'on dit , Turin & Naples , avant leur
retour en Angleterre , où l'on ne les attend
qu'àla fin de l'année prochaine.
Notre Conſul à Livourne a faitparvenirau
Miniftere un relevé des différens vaiſſeaux
d'Angleterre & de Terre Neuve, entrés dans
ceport pendant les fix derniers mois. Tous
nosConfuls , dans la Méditerranée , ont reçu
l'ordre d'envoyer de pareils états chaque femeſtre
, afin de mettre le Gouvernement à
portée de juger de la ſituation de notre commerce
en Italie: Ge commerce a diminué ;
mais heureuſement cette diminution n'a pas
été générale ; car le revenu desDouanes dans
les trois derniers mois , a excédé fon produit
ordinaire , de plus de 1.200,000 liv. fterl .
こ
S'il est vrai , comme on l'affure , qu'ily ait
dans le Trefor public une épargne nette d'un
( 24 )
million ſterling ,& que cette épargne neſoitdue
à aucune circonſtance accidentelle , nos Miniftres
auront la plus grande ſupériorité ſur l'Oppofition.
M. Pitt ſe préſentera àla premieres Seſſion
du Parlement , avec cette épargne à la main , &
l'on ſent bien qu'il ne négligera point cette occafion
de faire valoir les meſures qu'il a priſes
pour aſſurer la perception du revenu public.
Les Ecrivains , dévoués à l'Oppoſition ,
font bien embarraſſés de la hauſſe prodigieufe
des Fonds publics , qui augmentent journellement,
au point que les 3 pour cent conſolidés
ſont aujourd'hui à 69. Ces Ecrivains
avoient tant prédit la ruine irrémédiable du
crédit public , tant accuſé les meſures de
M. Pitt pour l'accroiſſement du revenu national,
qu'ils imaginent à chaque Ordinaire ,
de nouvelles explications de l'état floriſſant
de nos Finances. L'un d'eux prétend qu'incognito,
leMiniſtre a fait racheter ſur laplace
pour deux millions d'effets conſolidés , au
prix de 58 à 62 ; de maniere qu'ils n'ont coûté
que 1,200,000 l.ft. Cette maſſe , hors de
la Bourſe , a dû faire renchérir les effets reftans,
& la Nation ſe trouve libérée de deux
millions ſterl. à très bon marché. On eſtime
à environ 300 mille l. ft. la ſomme que l'Inde
verſe annuellement dans le numéraire de la
Grande Bretagne.
Diverſes Feuilles nationales & étrangeres
reproduiſent ſans ceſſe des états fictifs , ou
tout au moins très-inexacts de notre dette
publique &de ſes accroiſſemens périodiques.
Ces
( 25 )
Ces différens tableaux , tracés par l'eſprit
de parti , devroient inſpirer de la défiance aux
étrangers. Voici le ſommaire très - exact des
capitaux de la Banque , de la Compagnie de
la Mer du Sud , & de celle des Indes-Orientalės,
avec leurs intérêts dûs , calculésjuſqu'au
Janvier 1786.
Fondsde la
Banque .
5 pour cent
annuités
de lamarine.....
4pour cent
confolidés
....
3pourcent
confolidés
....
3 pourcent
: réduits .
3 pour cent
1726 ...
Longuesannuités
.
Courtes annuités
,
1777 ...
Courtes an.
nuítés ,
1778 &
1779 ...
Fonds de la
Compe.
delamer
Capitaux.
Liv.
11,642,400
Intérêts.
S. D. Liv. S.D.
698,544
..
17,869.993 910 893,499 135
..
1,310,000
...
32,750,000
107,401,696 5 3,222,050 179
37,340,073 16 4 1,120,202 43
1,000,000
.......
....
....
...
......
....
30,000
...
680.375
.....
...
.......... 25,000
......
...........
.........
...........
.... :
412,000
...
No. 49 , 3 Décembre 1785 .
( 26 )
11,907,470
..
duSud..
3 pour cent
anciennes
annuités .
3 pour cent
nouvelles
annuités .
3,662,784 8.6 128,197 9
27 357,224 2
8,494,830 2 10 250,844
3 pour cent ...
1751 ... 1,919,600 57,588
Fonds de la
Compe. e
desIndes..
3.200,000 256,000
3 pour cent
annuités. 3,000,000 90,000
Total 240,188,848 5 2 9,536,020 47
La frégate l'Afſurance , de 44 canons , &
quatre autres frégates, dont une de 32 , ſeront
équippées après Noël. Cette eſcadre
doit être prête pour la fin de Février , & relever
les vaiſſeaux ſtationnés àlaJamaïque qui
reviendront au Printemps ; cesvaiſſeauxfont ;
:
Le Janus ,
La Flora ,
La Camille ,
L'Iphigénie ,
Le Swan ,
Canons.
44
36
20
32
14
Le Janus a ſouffert quelques avaries dans
le dernier ouragan : l'Europa , de so can . , à
bord duquel l'amiral Innes a arboré fon pavillon
, reſtera à la Jamaïque ; c'eſt un vaifſeau
neuf& dans le meilleur état.
Le traité de Commerce qu'on ſuppoſe entre la
France& la Ruffie , a fort alarmé nos fabricans
de Toiles. Les Ruſſes font un très grand uſage
( 27 )
de Toiles fines , & l'on importe peu de groſſes
Toiles dans cet Empire , vu qu'on en fabrique
en Ruſſie à peu- près la quantité néceſſaire pour
l'habillement des payſans. Les Toiles fines de
France , fabriquées à Amiens & ailleurs , font
auſſi belles que les nôtres . Il eſt vrai qu'elles ſont
un peu plus cheres , mais cette différence de
prix en notre faveur s'évanouiroit ſi l'Impératrice
s'engageoit par un traité avec la France à mettre
fur nos Toiles un droit additionnel .
Les Médailles données par le Général
Elliot à la Famille Royale & à chacun des
Officiers & Soldats de l'ancienne garniſon de
Gibraltar , repréſentant d'un côté le rocher ,
avec cette légende : Per tot difcrimina rerum .
Sur l'exergue : XIII Sept. M. DCC. LXXXII .
Sur le revers , eſt une couronne de laurier ,
avec le mot allemand : Bruderschaft , qui
fignifie Fraternité. Dans la guirlande , font
les noms des 4 principaux Officiers , Reder ,
Lamotte , Sydow, Elliot. Les deſſeins ont été
exécutés par M. Pingo , & on a frappé plus
de 1 2000 de ces Médailles, tant en or qu'en
argent.
Selonunde nos Gazetiers , une perſonne nouvellement
arrivée de Philadelphie , & qui a
pris les informations les plus exactes ſur l'é
tat du commerce des Américains , aſſure que
les articles de commerce que pourroit produire
l'Amérique pendant cinq années , fufiroient
à peine pour payer tout ce qu'elle tire
d'Europe en une ſeule. La même perſonne ajoute
que les Américains ſont dans un tel diſcré it
qu'en divers ports on oſe à peine leur confier
uae pipe de vin.
b2
( 28 )
:
Lorſque M. Pitt ſe rendit il ya ts jours
au diner du Lord Maire à Guildhall, quelques
Boutiquiers de Cheapſide & des environs
le reçurent ſur ſon paſſage avec des infultes
: cette petite avanie , auquel il eſt fort
rare qu'une fois en ſa vie le plus populaire
de nos Miniftres ne ſoit pas expoté , &qui
entretient chez le peuple le ſentiment de fon
indépendance , a donné lieu à beaucoup de
plaifanteries , dont voici un exemple.
Le Chancelier de l'Echiquier , dit un de nos
Papiers , doit, par reconnoiffance , devenir l'apologifte
le plus chaud des fortifications du Lord
Richmond , puiſque c'eſt à ſes talens dans ce
genre qu'il a dû la vie. Lorſqu'ils furent affaillis
derniérement par la populace , en allant à
Guildhall , ce Lord prouva que non- ſeulenient
il étoit homme à refſources , mais encore habi'e Ingénieur
; car ayant les couffins de la voiture, il en
fit un parapet qui mit M. Pitt parfaitement à couvertdes
attaques de l'ennemi.
On continue à s'entretenir du projet de
vendre les terres incultes de la Couronne ,
par voie de loterie , dans le but de diminuer
la dette publique,
On fe flatre que laNation retirera un avantage
&unprofit immenfe de cette opération. Outre
l'a gent qu'elle produira, cette vente contribuera
à acquitter une grande partie des dettes publiques,
il en réſultera encore un accroiſſement
conſidérable pour l'Agriculture ; & des milliers
d'hommes détenus dans les priſons , & obligés
d. mendier leur ſubſiſtance , trouveront de l'emploi
. Le Miniſtere eſt fortement réſolu à terminer
cette opération , & il n'y a point de doute que le
( 29 )
Patlement ne l'approuve , d'autant plus que c'eſt
la ſeule dont on puiſſe attendre quelque ſecours
efficace. Le Parlement n'acquiefcera jamais à
une répartition égale de la taxe des terres , attendu
qu'à beaucoup d'égards une telle répartition
ſeroit injufte. Quant à la ceſſion de Gibraltar
, la dignité & la ſûreté du Royaume exigent
qu'une pareille propoſition ne ſoit jamais rendue
publique..
Le Morning Chronicle &d'autres Papiers
préſentent l'Etat ſuivant des forces maritimes
de l'Eſpagne , au premier Août dernier
, comme dreſſé ſur des renſeignemens
exacts.
Au Ferrol , 16 vaiſſeaux de ligne , 13 frégates
& 11 floops en état de ſervir; 4 vaiſſeaux de
ligne & 2 frégates en réparation , 3 vaiſſeaux
de ligne & a frégates en conſtruction , 2 vaifſeaux
de ligne & 2 frégates que l'on devoit détruire.
A la Corogne , 9 vaiſſeaux de ligne , 7 frégates
& 9floops en état de ſervir , 2 vaiſſeaux de ligne
&une frégate en conſtruction , un vaiſſeau de
ligne& 2 frégates en réparation .
A Cadix , 21 vaiſſeaux deligne , 7 frégates &
II floops ou barques d'avis en état de ſervir ; 7
vaiſſeaux de ligne en conſtruction , 5 vaiſſeaux
de ligne en réparation , 3 vailſeaux de ligne qui
devoient être détruits .
A Carthagene 4 vaiſſeaux de ligne & 2 frégates
en état deſervir , un vaiſſeau de 60 canons
& 3 frégates en conſtruction, 4 frégates en réparation
, 2 frégates déclarées hors d'état de
fervir.
A Malaga , 3 vaiſſeaux de ligne& s frégates
en étatde ſervir , un vaiſſeau de 70 canons &
4 b3
( 30 );
une frégate en conſtruction , un vaiſſeau de 60
canons , &une frégate de 40 en réparation.
AMajorque , 2 frégates de 38 canons chacune
en conſtruction , un vaiſſeau de 24 en réparation.
A la Havane , 7 vaiſſeauxde ligne en état
de ſervir , vaiſſeaux de ligne en conftruotion.
19
Selon ce calcul , le total eſt de 72 vaiſſeaux de
ligne , outre les frégates ; forces ſupérieures à
celles qu'a eu l'Eſpagne dans les deux derniers
fiecles.
Lorſque les Dames aux ifles d'Amérique ,
dit l'Editeur d'un ouvrage périodique , venlent
renouveller leur teint trop baſanné par
le ſoleil , elles prennent la premiere écorce
d'un certain, arbre , appellé en Anglois le
Cushew Cherry Tree , & elles s'en frottent le
viſage. Cette partie enfle auffitôt , ſe noircit;
& la peau rongée par le ſuc de cette
écorce , s'enleve par lambeaux au bout de
cinq ou fix jours. On garde encore la chambre
une quinzaine de jours , mais au bout
de ce temps on ſe trouve avoir la peau la
plus delicate. L'arbre dont on vient de par,
ler contient une eſpece d'huile cauſtique ,
qui , lorſqu'on la goûte laiſſe à la bouche
penlant pluſieurs heures l'acreté la plus défagréable.
Il eſt étonnant que parmi la grande
quantité de ſecrets &de recettes qui entrent
aujourd'hui dans la toilette des Dames
, elles n'aient point encore adopté
celle-ci .
Le fameux Dentiſte Berdmore vient de
( 31 )
mourir en laiſſant une fortune de 38000 liv.
ſterl. Il a fait pour 8000 liv. ſterl. de legs
particuliers ; ſon neveu eſt héritier du reſte.
Il a ordonné par ſon teſtament qu'on l'enſevelît
à Nottingham , ſon lieu de naiſſance ,
& qu'on gravat ſur une tablette de marbre
l'inſcription ſuivante : Près de cette place repofe
le corps de Thomas Berdmore qui ſe procura
une ample fortune en arrachant des dents.
FRANСЕ.
DE VERSAILLES , le 23 Novembre.
Le Vicomte de Laval , le Comte de
Volonzac , le Prince Louis d'Aremberg de
laMark & le Marquis du Lac , qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préſentés
au Roi, ont eu , le 31 du mois dernier , celui
de moater dans les voitures de S. M. & de
Ja ſuivre à la chaffe.
Le Roi d'Eſpagne ayant diſpoſé de
l'Ordre de la Toiſon d'or , en faveur du
Prince de Poix , Capitaine des Gardes du-
Corps du Roi , & Gouverneur de Verſailles ,
les Chevaliers de la Toiſon - d'or ſe ſont
aſſemblés , le 11 de ce mois , à Fontainebleau,
dans le Cabinet de Monfieur , où ce Prince ,
en vertu d'une Commiſſion de Sa Majeſté
Catholique , après avoir tenu Chapitre de
l'Ordre, a reçu Chevalier le Prince de Poix ,
le Duc d'Ayen , Capitaine des Gardes-du-
Corps du Roi , lui fervant de Parrain. Les
b4
3.2 )
Grands-Officiers de l'Ordre ont été repréſentés
par le ſieur Taillepied de la Garenne ,
Secrétaire des Commandemens de Monfieur.
Le 12 , le ſieur Foullon d'Ecotiers , Intendant
de la Guadeloupe , a eu l'honneur
de prendre congé de Sa Majesté , pour ſe
rendre à ſa deſtination , préſenté par le Maréchal
de Caſtries , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Marine.
Le Comte d'Adhémar , Ambaſſadeur du
Roi près Sa Majesté Britannique , qui eſt
de retour en cette Cour par congé , a eu
l'honneur , à ſon arrivée ici le 18 de ce mois ,
d'être préſenté à Sa Majeſté par le Comte
de Vergennes , Chef du Conſeil royal des
Finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat, ayant
le département des Affaires étrangeres .
La Cour a pris le deuil , le 22 , pour douze
jours, à l'occaſion de la mortdu Duc d'Orléans.
Le ſieur Bertier de Sauvigny , Avocat
général de la Cour des Aides de Paris , a
eu , le 23 du mois dernier , l'honneur d'être
préſenté en cette qualité au Roi par le
Garde des Sceaux de France , & de faire fes
remercîmens à Sa Majeſté ; il a enfuite eu
celui de faire ſes révérences à la Reine & à
la Famille Royale.
Le Marquis de Vaudreuil , Lieutenant
général des armées navales , Inſpecteur général
des Claſſes du Royaume , de retour de
la viſite qu'il a faite des quartiers de la Flan
( 33 )
dre , Picardie & Normandie , où il a établi
l'Ordonnance du 31 Octobre 1784 , a été
préſenté, le 20 de ce mois , à S. M. par le
Maréchal de Caſtries , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Marine.
Le même jour ,le ſieur de Veymerange ,
Intendant des Poſtes aux chevaux , Relais
&Meſſageries de France , a eu l'honneur
d'être préſenté en cette qualité au Roi par
le Due de Polignac , Directeur général des
Poſtes aux chevaux , Relais & Meſſageries
de France.
Le 22 , le Comte Diodati , Miniſtre plénipotentiaire
du Duc de Mecklembourg-
Schwerin , a eu une audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il a remis ſa lettre
de créance à S. M. Il a enfuite été conduit
à l'audience de la Reine & à celles de la
Famille Royale , par le ſieur de la Garenne ,
Introducteur des Ambaſſadeurs ; le fieur de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi pour
la conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 24 Novembre.
Une Déclaration du Roi , donnée à Fontainebleau
le 30 Octobre , & enregiſtrée en
la Cour des Monnoies le 21 Novembre , a
fixé, de la maniere ſuivante, la valeur relative
de l'or à l'argent , & la proportion entre les
monnoies de l'un & de l'autre métal , en ordonnant
une nouvelle fabrication des monnoies
d'or.
( 34)
Louis , &c. L'attention vigilante que nous
donnons à tout ce qui peut intéreſſer la fortune
de nos ſujets & le bien de notre Etat , nous a
fait appercevoir que le prix de l'or eft augmenté
depuis quelques années dans le Commerce
; que la proportion du marc d'or au
marc d'argent étant reſtée la même dans notre
royaume , n'eſt plus relative aujourd'hui à ce le
qui a été ſucceſſivement adoptée en d'autres
pays ; & que nos monnoies d'or ont actuelle .
ment , comme métal , une valeur ſupérieure à
celle que leur dénomination exprime , & ſuivant
laquelle on les échange contre nos monnoies
d'argent ; ce qui a fait maître la ſpéculation
de les vendre à l'étranger , & préſente en mêmetems
l'appât d'un profit conſidérable à ceux qui
ſe permettroient de les fondre , au mépris de
nos Ordonnances.
5
Le préjudice qui en réſulte pour pluſieurs
genres de commerce , par la diminution déjà
ſenſible de l'abondance des eſpèces d'or dans
notre royaume , a rendu indiſpenſable d'en
ordonner la nouvelle fabrication , comme le
ſeulmoyende remédier au mal , en faiſant ceſſer
fon principe; mais en cédant à cette néceſſité ,
notre premier ſoin & la première baſe de notre
détermination ont été qu'elle ne pût caufer la
moindre perte aux poffefſeurs de nos monnoies
d'or , qu'elle leur devînt même avantageuſe :
& pour ne laiſſer aucun nuage fur cet objet
important , nous avons voulu que le développe .
ment de toute l'opération , & la publication du
tarif qui en préſente les réſultats , en manifeſtaſſent
clairement la juſtice & l'exactitude .
La nouvelle monnoie d'or aura la même
valeur numéraire que la monnoie actuelle ; elle
aura auſſi le même titre de fin ; il n'y aura de
( 35 )
différence que dans la quantité de la matière
qui y ſera réduite à ſa juſte proportion , & il
ſera tenu compte de cette différence aux poſ
ſeffeurs d'eſpèces d'or , lorſqu'ils les rapporteront
ànos hôtels des monnoies; notre intention étant
qu'ils profitent du bénéfice de l'augmentation
fur le prix de l'or .
Par une opération dirigée ſi équitablement,
le rapport de nos monnoies d'or aux monnoies
d'argent ſe trouvera rétabli dans la meſure
qu'exige celle qui a lieu chez les autres Nations ,
l'intérêt de les exporter diſparoîtra , la tentation
de les fondre ne fera plus excitée paarr Fappât
du gain , notre royaume ne fera plus léſé dans
l'échange des métaux , & il n'en pourra réſulter
ni dérangement dans la circulation , ni changement
aucun dans le prix,des productions &
des marchandiſes , puiſque toutes les valeurs ſe
règlent relativement à l'argent dont le cours
ſera toujours le même. A CES CAUSES , &C. ,
nous avons ordonné ce qui ſuit :
I. Chaque marc d'or fin de vingt - quatre
karats , vaudra quinze marcs & demi d'argent
fin de douze deniers , & ſera reçu & payé dans
nos monnoies & changes , pour la ſomme de
Huit cents vingt - huit livres douze fols , valeur
deſdits quinze marcs & demi d'argent au prix
actuel de cinquante - trois livres neuf sols deux
deniers le marc , fixés par le tarif de nos monnoies
du mois de mai 1773 .
,
II . Toutes nos monnoies d'or ayant cours actuellement
. Louis , Double-louis & Demi louis
ceſſeront d'avoir cours , à compter du premier
Janvier prochain ,& feront reçus & payés comotant
en eſpeces dans nos Mannoles & Changes,
à compter dujour de la publication de la préſente
Déclaration ,juſqu'au premier Avril prochain ,
b6
( 36 )
ſur le pied de ſept cents cinquante livres le marc
ou vingt cinq livres le louis , qui , par l'uſage ,
n'auroit rien perdu de ſon poids ; & fauf, en cas
dediminution dans le poids , de faire ſur ledit prix
de vingt-cing livres une diminution proportionnelle;
ledit terme expiré ils n'y feront plus
reçus que ſur le pied de ſept cents quarante deux
livres dix fols le marc , ou vingt-qua're livres
quinzefols par louis ayant ſon poids complet .
د
III. L'or , tant enlingots qu'en monnoies étrangeres
, apporté dans nos Monnoies & Changes ,
y ſera payé en proportion de ſon titre de fin , ſur
lepied de huit cents vingt-huit livres douzefols le
marc fin,& trente quatre livres dix folsfix deniers
* le karat , conformément au tarif annexé à lapréſente
Déclaration , dans lequel les monnoits
étrangeres ont été portées ſur le pied de ladite
augmentation.
IV. Il fera fabriqué de nouveaux louis d'or ,
au même titre que ceux qui ont actuellement
cours ; chaque marc ſera compoſé de trente-deux
louis , afin qu'au moyen de l'augmentation ſurvenuedans
la valeur de l'or , chaque nouveau
louis continuede valoir vingt-quatre livres , &
ait précitément lamême valeuren argent ; lefquels
louis porteront l'empreinte défignée dans la
fewille attachée ſous le contre-ſcel de la préſente
Déclaration , & auront cours dans tout notre
Royaume pour vingt-quatre livres lapiece.
V. Le travailde la fabrication deſdits louis ſera
fait aux mêmes remedes de poids &de loi quenos
monnoies d'or actuelles , & fera jugé en notre
Cour des Monnoies , conformément à nos précédents
Edits & Déclarations .
VI. Voulons que la refonte & fabrication des
louis ſoient faites dans nos Monnoies de Paris
de Lyon , Metz , Bordeaux & Nantes ſeulement ;
,
( 37 )
que les lingots ou eſpeces d'or étrangeres , qui
pourront être apportées pendant cette nouvelle
fabrication , foient également remis exclusivement
auxdites Monnoies , & que nos autres Monnoies
ne puiſſent fabriquer aucun louis à la nouvelle
empreinte, juſqu'à ce qu'ilen ſoit autrement
ordonné .
Le 10 Novembre , un Arrêt du Confeil
d'Etat a dérerminé , ainſi qu'il ſuit , les droits
des changeursdes monnoies.
Article premier. A compter du jour de la publication
du préſent Arrêt , les changeurs ne
pourront percevoir ſur tous les louis frappés à
l'ancienne empreinte , qui leur feront apportés
pour être échangés , quela moitié des droits qui
Jeur ſont attribués par l'Arrêt du Conſeil ſuſdaté,,
pour leur tenir lieu de l'intérêt de leurs
avances & des frais de tranſport , & en conféquence
, les droits ſeront fixés juſqu'à nouvel
ordre ;
SAVOIR :
A demi-denier pour livre pour ceux qui demeurent
dans les villes où il y a hôtel des Monnoies.
Aun denier & demi pour ceux qui en ſont à la
distance de dix lieues.
A deux deniers pour ceux qui demeurent audela
, & juſqu'à vingt- cinq lieues de diſtance.
Adeux deniers & demi pour ceux au- delà de
vingt- cing lieues juſqu'à quarante.
Et enfin à trois deniers pour ceux qui demeurent
au-delàde quarante lieues , & à quelque diſtance
que ce ſoit.
Art. II . Ordonne Sa Majesté auxdits changeurs
, de recevoir les louis anciens ſur le pied
fixé far l'art, II de la Déclaration du 30 Octobre
( 38 )
dernier ,&de les faire tranſporter ſans retarddans
celle des Monnoies déſignées enl'article VI , qui
fera laplus prochainede leur demeure , &c .
Les droits qui feront perçus ſur les voitures
étrangeres à leur entrée dans le Royaume ,
viennent d'être fixés par un Arrêt du Conſeil
d'Etat du 13 Novembre , dont voici le diſpo--
fitif.
ont
Le Roi étant informé que les Réglemens qui
pour but. d'empêcher la vente des voitures
érrangeres dans le Royaume , & ceux qui ont
afſujetti àde forts droitsd'entrée les voitures que
des particuliers auroient permiffion de faire venir
d'Angleterre , ſont continuellement éludes , ſoit
qu'on maſque leur véritable origine, en les faifant
arriver par la frontiere de Flandre , ſoit qu'on
les introduiſe à la faveur de faufſes déclarations
de propriété , données par de prétendus voyageurs
qui ne font que les prête noms de ceux à
qui elles ſont destinées , ſoit enfin que le paiement
du droit de trente pour cent de leur valeur,
&dix fols pour livre en ſus , ſoit rendu fans effet
par des évaluations dériſoires qui le réduiſent
preſque à rien , Sa Majesté a jugé néceſſairede
prendre , contre ces différens moyens de fraude ,
des meſures capables d'en arrêter le cours. A
quoi voulant pourvoir , &c . Le Roi ordonne :
qu'il ſera perçu à toutes les entrées du Royaume ,
for toutes les voitures à quatre roues qui y arriveront
, un droit uniforme de huit cents livres ,&
les dix ſols pour livre en ſus. Veut Sa Majesté que
les voyageurs étrangers qui entreront dans le
Royaume avec leurs voitures , ne paient ledit
droit que par forme de conſignation , & qu'il
-leur ſoit remboursé lorſqu'ils fortiront du Royaume
avec les mêmes voitures ; à l'effet de quoi il
( و )
leur fera remis aupremier bureau d'entrée du
Royaume , une reconnoillance du paiement du
droit configné , pour leur être remboursé à leur
fortie par les Receveurs des Bureauxde Bayonne ,
Perpignan , Marſeille , Antibes , Pont-de- Bonvoiſin
, Longerai , Strasbourg , Metz , Sédan ,
Valenciennes , Givai , Lille , Calais , Boulogne ,
Dieppe , le Havre , Rouen, Saint-Malo & Bor
deaux . Il ne ſera perçu aucun droit ſur les voitures
à la fortie du Royaume ; & les voyageurs ,
tant françois qu'étrangers , qui auront intention
d'y rentrer avec les mêmes voitures, n'en paie
ront aucun à leur rentrée , pourvu qu'à leur for
tie ils aient fait une déclaration aux Bureaux cideſſusdéſignés,
fur laquelle il leur ſera expédié
un certificat contenant unedeſcription ſommaire,
avec évaluation deſdites voitures , lequel certificat
ils feront tenus de repréſenter enrentrant dans
leRoyaume. Les chariots , charrettes ou haquets
à l'uſage du commerce ne feront compris dans
les diſpoſitions du préfent Arrêt , qui ſera impris
mé , publié & affiché par-tout où beſoin fera.
Des lettres de Nantes , en date du 3 du
courant, annoncent qu'un coup de vent affreux
a cauſé un dommage immenfe au bas
de la côte de S.Domingue, en renverſant les
cannes à fucre& les cafiers ; elles ajoutent que
les arbres qui ont réſiſté à la tempête , n'en
ont pas moins perdu leur fruit , & que cet
événement a fait augmenter le prix des denrées
dans la Colonie. Suivant les avis d'Amfterdam
, du 27 Octobre , un ouragan aravagé
les Illes de Saint Eustache & Sainte
Croix. [ Journal de Provence.1
1
( 40 )
M. Baumes , Docteur en Médecine de
l'Univerſité de Montpellier , Correſpondant
de la Société Royale de Médecine de Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , Arts
&Belles - Lettres de Difon , de la-Société
Royale de Montpellier , Médecin ci -devant
à Lunel , & maintenant à Nifines , s'eſt fait
connoître pour l'Auteur du Mémoire anonyme
, portant cette Epigraphe : Ejufdem
prudentiæ cujus eft cognofcere morborum
caufas , etiam eft noffe morbos fanare ; & auquel
l'Académie de Dijon a décerné le premier
acceffit dans ſa Séance publique du
21 Août 1785 , dont nous avons donné
l'extrait.
Le troifiéme tirage de la Loterie Royale ,
établie par Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi ,
du 5 Avril 1783 , ayant eu lieu les 24 , 25 ,
26 & 27 Octobre dernier ; les principaux lots
ſont échus aux Numeros ſuivans , ſavoir ;
un lot de 120,000 liv. au No. 12501 ; un
de 60,000 liv. au N°, 37433 ; quatre de
12,000 liv. aax Nos. 1628 , 11358 , 26345 ,
36842 ; & quatre de 6000 liv. aux Numéros
17154 , 20024,21743,24467.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES, le 27 Novembre .
Le Traité ſigné entre l'Empereur & les
Provinces Unies eſt compoſé de XXIX Articles
, dont voici la ſubſtance.
1
( 41 )
Article premier. Une amitié ſincère & durable
aura lieu entre Sa Majesté l'Empereur & la Ré
publique, &c .
II . LeTraité de Munſter , du 30 Janvier 1648 ;
ſert debaſe au préſent Traité , en tout ce en quei
il n'y a pas été dérogé par celui-ci .
III . Les deux Paiſſances- Contractantes confervent
la liberté de faire chacune chez elles , tels
Réglemens de Commerce , &c. qu'elles jugeront
néceſſaires .
IV. Les limites de la Flandre reftent telles
qu'elles furent réglées par la Convention de l'année
1664 , & s'il reſtoit quelque obſcurité à ce
ſujet , elle fera éclaircie un mois après la ratification
du préſent Traité , par des Commiſſaires,
nommés de part & d'autre, & cela ſur le pied de:
la plus parfaite amitié.
V. Il eſt accordé de part & d'autre qu'on ne
pourra bâtir aucun fort , nidreſſer aucune batterie
à la portée reſpective du canon des deux Puiffances,
& s'il en exiſte , ils ſeront démolis.
VI. L. H. P. procureront, de la meilleurema
niere poffible , l'écoulement des eaux dans la
Flandre Autrichienne , du côté de la Meuſe , afin
de prévenir les inondations : les écluſes qui feront
conſtruites à cet effet ſur le territoire de la République
, reſteront en pleine fouveraineté à L.
H. P.; & feront nommés des Commiſſaires pour
choiſir le meilleur emplacement poſſible , pour
conſtruire les ſuſdites écluſes .
VII . L. H. P. reconnoiſſent la Souveraineté
parfaite de l'Empereur ſur toutes les parties de
l'Efcaut , depuis Anversjuſqu'à la pointe de Saftingen
, conformément à la ligne de démarcation ,
tirée l'année 1664 , &c. Ainfi L. H. P. ſe départent
du droit de percevoir aucune eſpece de péage
ſur cette partie du fleuve , & s'engagent à ne
( 42 )
porter aucun empêchement à la navigation &
commerce des Sujets de S. M. Imp. fur cette
même partie du fleuve. Le reſte de ce freuve ,
depuis la Ligne ci-deſſus mentionnée , jusqu'à la
mer , demeure ſous la pleine Souverainetédes Etats
Généraux , & cette partie reſtera fermée de leur
côté& par eux , de même que les canaux de Sas ,
du Swin , & tous les autres y aboutiſſant , juſqu'à
la mer , felon la teneur du Traité de Munster.
VIII . L. H. P. feront évacuer & front démolir
les forts de Kruis Schans & Frédéric Henri , &
en céderont le territoire à l'Empereur .
IX . L. H. P. feront évacuer & laifferont à la
diſpoſition de l'Empereur , les forts de Lillo &
de Lieskenhoek , dans le même état où ils font
actuellement , excepté le canon & les munitions ,
que les Etats Généraux en retireront.
X. Ces deux articles feront accomplis fix femaines
après la ratification du préſent Traité.
XI & XII S. M. Imp. ſe départ de toutes ſes
prétentions ſur les diſtricts & villages de Bladel
&de Ruffel; & de même L. H. P. ſe départent de
leur côté , de leurs prétentions ſur le village de
Poftel; bien entendu que les biens de l'Abbaye
de Poſtel , en tant que déclarée sécularisée , ne
peuvent pas être réclamés par les Etats-Généraux.
XIII. Il ſera nommé des Commiffaires de part
& d'autre , un mois après la ratification , pour
arranger l'une & l'autre de ces ceffions.
XIV. Sa Majeſté renoncé à tous fes droits &
prétentions , en quoi qu'ils puiſſent confifter , &
quilui competent , en vertu du Traité de l'année
1661 , fur la ville de Mastricht , le Comté de
Vrogenhoven , le territoire de Saint- Servans & les
pays d'Outre-Meufe .
XV & XVI . Et pour bonnifier à l'Empereur
43
toutes les ceffions ci-deffus, L. H. P. paieront à
S. M. Imp. une fomme de neuf millions & demi ,
argent courant de Hollande , & un demi-million
pour dédommagement des pertes caufées à ſes
ſujets , par l'inondation effectuée de la part de
L. H. P.
XVII Le paiement defdits dix millions ſe fera
de fix en fix mois; le premier terme devant
échoir trois mois après la ratification du préſent
Traité .
XVIII. La ville & lechâteau de Dalem & quelques
territoires des environs , feront cédés a
S. M. Imp. &c.
XIX. En échange de la ſuſdite ville & chateau
de Dalem , &c . P'Empereur cede à L. H. P. quele
ques autres territoires enclavés dans ſes poffeffions
,& renonce à toutes autres prétentions qu'il
avoit expoſées ſur quelques autres villages ..
XX. Pour la cefien faire de l'Empereur des
deux forts de Lillo & de Liefkencek , S. M. Imp .
cede à L. H. P. tous les droits qu'elle pourroit
avoir fur les Villages appellés de Réd mption , excepté
les trois villages de Falais , d'Argenteau &
de Hermal, dont L. H. P. font de leur côté ceffion
à l'Empereur ; s'obligeant de ne lever ſur ces villages
aucun droit en argent, fous le titre d'argent
de Redemption ; de même que S. M. Imp. s'y
oblige auffi par rapport aux trois villages qui lui
font cédés.
XXI. II fera libre aux habitans refpectifs de ces
villages cédés de part & d'autre , de les aban
donner , oude continuer à y reſter ; & les fufdits
habitans yjouiront d'une liberté entiere de culte
religieux.
٢٠
XXII & XXIII . L. H. P. cedent à l'Empereur
tous leurs droits fur le Village de Berne us
dans le pays de Dalem , qui étoit reſté indevis par
( 44 )
lepartagedu pays d'Outre - Meuse , fait en l'année
1661; &en compensation , l'Empereur cede à
Leurs Hautes Puiſſances ;un autre village dans le
pays de Fauquemont , dont les droits avoient été
pareillement laiſſés par indevis aux deuxPuiffances:
XXIV. Un mois après la ratification , il ſera
nommé de part & d'autre des Commiffaires pour
régler les limites des poſſeſſions reſpectives dans
le pays d'Outre-Meufe.
XXV. On est convenu que les dettes refpectives
des deux Souverains , qu'ils ont à répéter
Tun de l'autre , feront tenues pour entiérement
liquidées & éteintes de part & d'autre ; & quant
auxdettes des ſujets reſpectifs , il ſera nommé des
Commiffaires pourles épurer.
XXVI. Un mois après la ratification , il ſera
pareillement nommé des Commiſſaires pour fixer
av juſte le contingent que les Etats-Génétaux devront
fournir à l'avenir dans les rontes affectées
fur les anciennesAides du Brabart ; leſque'sCom .
miffaires devront avoir fini leur travail dans l'ef
paced'une année , les choſes reſtant juſqu'à ce
tems ſur l'ancien pied .
XXVII. Les deux Hautes Parties Contractantes
renoncent , ſans aucune réſerve quelconque ,
àtoutes les autres prétentions que l'une d'elles
pourroit avoir ſur l'autre , & réciproquement , en
quoi qu'elles puiſſent confifter.
২
XXVIII . S. M. Très-Chrétienne eſt priée par
les deux Hautes Parties Contractantes , devouloir
ſe charger de la garantie du préſentTraité.
XXIX. Le préſent Traité ſera ratifié par S. M.
Imp. & par L. H. P & l'échange des actes de tatification
ſera fat dans l'eſpacede fix ſemaines , ou
plutôt , s'il eſt poſſible , à compter de ce jour.
Fait à Fontainebleau , le 8 Novembre 1785.
Signés ( L. S. ) Comte DE MERCY D'ARGENTEAU.
:
1(445 )
/
(L.S. ) LESTEVENON VAN BERKENROODE.
(L.S. ) BRANTZEN.
Et en qualité de Miniſtre Plénip. de S. M. T. C.
( L.S. ) COMTE DE VERGENNES.
CONVENTION SÉPARÉE.
Articles I , II , III & IV. regent les impôts
à lever ſur les pays & places cédés reſpectivement
dans les articles du Traité.
V. Celui- ci porte que tous les Officiers actuel
lement au ſervice dans la ville de Dalem , & mê.
me que ceux qui ont un revenu fixe , jouiront
pendant leurvie d'une penfion , à la chargede ce
pays.
VI. Les Major& Greffier , autant de la ville ,
quede la Cour de Juſtice de Dalem , de même
que ceux des Seigneuries cédées à S. M. l'Empereur
, & ceux qui ne feront pas continués dans
leurs emplois recevront un dédommagement honorable
, ou auront la liberté de vendre leurs
charges& emplois , avec l'approbation du Gouvernement-
Général de Bruxelles ; ce que L. H. P.
exécuteront auffi de leur côté , par rapport aux
diſtricts & places qui leur ont été cédés .
VII. Les places cédées réciproquement , ſeront
remiſes franches de toutes charges du pays.
VIII . Cet article regle ce qui concerne les
Fiefs à Mouvance , par rapport auxqueis on fe
réglera ſur le traité de partage du 26 Décembre
1661. Les ceffions réciproques ſe feront en même-
tems & de la même maniere , un mois après
l'échange des ratifications .
IX. Cet article regle une convention , par rap
port ou Couvent de Saint-Gerlach , cédé à L. H.
P. par l'art. XIX. comme étant enclavé dans les
territoires qui leury fontcédés.
Cette Convention eſt ſignée auſſi en date du
( 46 )
8Novembre , par les Plénipotentiaires reſpectifsdes
Hautes Parties Contractantes.
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1) .
CHATELET DE PARIS. PARC CIVIL.
Cause entre les héritiers de la Dlle. Laurent-
& les Cure & Marguillersde la Paroiffe Saint-
Sulpice.
Une piété ſolide , une ſenſibilité qui nous fait
regarder les malheureux comme dignes de nos
ſoins , l'abdication courageuſe de cet égoïſme
cruel qui attaque & détruit tous les liens de la
ſociété, ce ſont là , ſans doute , les vertus dignes
de notre admiration & de nos éloges. Mais les
paflions , ces ennemis ſecrets qui nous livrent une
guerre continuelle , ſemblent ſuſpendre l'envie
quenous aurions d'être juſtes ; & fi , d'un côté ,
nous faiſons un bien réel , un bien digne d'étre
remarqué , nous commettons preſque toujours
, de l'autre , une injustice qui mérite la
réprobation des Loix. La cauſe que nous allons
développer vient à l'appui de ces réflexions .
Le 27 Juillet 1785 , il a été rendu , au Châtelet,
une Sentence qui , comme l'a dit à l'Andience
le Chef de ce Tribunal , fera époque dans la
Jurisprudence , & par la nature de la queſtion ,
&par les circonstances qui s'y ſont mêlées. Voici
quel étoit l'objet de la cauſe. En 1771 ,
1774, & 1785 , la Dile. Laurent qui vivoit à
Paris , ſur la Paroiſſe Saint- Sulpice , fit à cetie
Paroiſſe différentes donations de rentes conftituées
ſur les Etats de Bretagne & fur les Aides &
Gabelles , & voulut qu'elles fuſſent appliquées à
des fondations particulieres , du genre de celles
qui ſont autoriſées par l'Edit de 1749 , &qui
n'exigent pas de Lettres - Patentes. Toutes ces
donations ,dont le montant pouvoit s'élever à un
capital de so mille livres , avoient été acceptées
( 47 )
Y
--
parle fieur Dulau , ancien Curé de Saint Sulpice
, en la qualité de premier Supérieur de la
charité de certe Paroiffe , & par cet Ecclefiaftique
ſeul. La Dile . Laurent eſt morte au
mois d'Août 1782. Şes héritiers , qui étoient fon
frere& fon neveu , ont attaqué de Curé actuel
de Saint- Sulpice , & ont demandé la nullité des
donations . Le Curé s'eſt préſenté & aveclui
les Marguillers de la Paroiſſe , qui ſontintervenus
dans la cauſe , comme profitant auſſi du bienfait
de ladonation .
La cauſe a été plaidée au mois de Juillet ,
pendant pluſieurs Audiences , & a toujours attiré
ungrand concours . Le Défenſeur, des héritiers
a fait valoir deux moyens. Le premier pris
du défaut d'homologation de ces donations au
Parlement , comme l'exige l'article 3 de l'Edit
de 1740. Le ſecond , pris de l'inſuffiſance de
l'acceptation des donations , pour laquelle l'article
8 de l'Ordonnance de 1731 exige le concours
du Curé & des Marguillers , & qui dans
l'eſpece n'avoit été faite que par le Curé ſeul.
- Les Défenſeurs du Curé& Marguilliers foutenoient
qu'on avoit le choix ; que laLoi préientoit
une alternative , & que pourvu que le Curé
ou les Marguilliers accepraſſent la donation , ſon
objet étoit rempli. Le Défenſeur des héritiers
foutenoit au contraire que la diſpoſition de la
Loi étoit une: que les trois genres de donation
qu'elle déſignoit exigeoit également le concours
du Curé & des Marguilliers : que quelque reſpectable
que fût le miniſtere des Curés , on ne
pouvoit pas leur accorder une faveur dont la Loi
n'avoit pas voulu les faire jouir , il a mêlé enſuite
à ſa diſcuſſion des conſidérations touchantes
fur fes Cliens , Gentilhommes , Militaires & pauvres
; il a cherché à attirer fur eux la faveurde
( 48 )
,
la Juſtice ; il s'eſt plaint de ce qu'ils avoient été
oubliés par la nature ; il a préſenté la Dile.
Laurent comme ſéduite par un excès de vertu .
-M. Hérault de Sechelles , alors Avocat du
Roi au Chatelet , & aujourd'hui Avocat Général
au Parlement , a porté la parole dans cette affaire
. Ce Magistrat a adopté les deux moyens du
Défenſeur des héritiers & a ſu trouver des
idées nouvelles dans une matiere qui paroiſſoit
avoir été épuiſée. Il a parfaitement developpé
l'eſprit de la Loi. Il a prouvé la néceſſité du corcours
des Curés & Marguilliers dans l'acceptationdes
donations , & il l'a fait avec une précifion
, une juſteſſe d'idées , & une éloquence qui
ontenchanté tous ceux qui ont eu occafion de
l'entendre . M. de Sechelles a fait aux Orateurs
de la cauſe , & fur- tout au Défenſeur des hési
ters , les complimens les plus ingénieux ; &
comme c'étoit pour la derniere fois que ce Magiftrat
parloit au Châtelet , il a adreffé , à la fin
de fon plaidoyer , au Chef auguſte de ce Tribrnal&
à tous les Magiſtrats qui le compoſent , les
adieux les plus attendriſſans & les plus nobles.
M. le Lieutenant- Civil , après avoir prononcé
la Sentence qui déclare les donations nulles ,
comme non revêtues des formalités de l'Ordonnance
, a répondu à M. Héraut de Sechelles
avec toute la dignité qui lui eſt naturelle , & le
ſentiment le plus affectueux. Ce Magiftrat a obſervé
, dans ſa réponſe , que la Sentence qui
venoit d'être prononcée dans cette affaire , feroit
époque dans la Jurisprudence , par toutes les circonſtances
qui l'environnoient ; & cette obſervation
ſemble déjà s'être d'autant plus vérifiée ,
qu'il n'y a point eu d'appel interjetté , & que
le Curé de Saint- Sulpice & les Marguilliers ont
également adhéré à la déciſion ,
:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI TO DÉCEMBRE 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
و
:
IMPROMPTU fait à un diner où
l'on demanda à l'Auteur des vers pour
Mme la Marquise DE SUFFREN , qui
étoit préfente.
SUFFREN, Vainqueur de l'Inde, y fit briller ſes armes,
Et la gloire par lui nous procure la paix ;
L'Armour , belle Suffren , ne la donne jamais
Aceux que foumettent vos charmes .
( Par M. Sabatier de Cavaillor. )
(
Nº. so ; to Décembre 1785.
!
MERCURE
ÉPITRE à MileAURORE, de l'Académie
Royalede Musique , que jesoupçonnois de
neplus écrire.
SAPHO, APHO , que je ne connois pas,
Toi qui ſais joindre à l'art d'écrire
L'art de charmer par tes appas,
Aurois-tu ſuſpendu ta lyre ?
Hélas , ta Muſe a tant d'attraits !
Tantôtgrave , tantôt légère ,
Pour nous ravir ou pour nous plaire ,
Elle réunit tous les traits.
Je l'ai vue & vive & brillante
Sousun joli chapeau de fleurs
Elle n'étoit pas moins touchante
Sous le crêpe de la douleur.
DE GRACE , Ouvre-nous tes tabletres ,
Abjure un pénible repos ;
Prends tes crayons & tes paleites ,
Ettes ingénieux pinceaux ;
Ranime les riches tableaux
Du Peintre qui charma la terre
Par ſes Fables & ſes Héros .
Oma Sapho , veux-tu mieux faire ?
Quitte la trompetre guerrière
Pour la lyre d'Anacreon.
DE FRANCE. SE
Nepenſe plus au vieil Homère.
Nous connoiffons Agamemnon
Et ſa famille ſanguinaire ;
On n'aime plus à voir Junon
に
Implacabledans ſa colère;
L'épouſe du Dieu du Tonnerre ,
En Déeſſedu mauvais ton ,
S'armer du flambeau de la guerre ,
Et prendre l'air d'une Mégère ,
Parce que Pâris , nous dit-t'on ,
Aux yeux d'Hélène avoulu plaire.
QUBLIONS tous ces demi-Dieux ,
Tous ces Héros couverts de gloire ;
J'abhorre leur nom , leur victoire ,
Ils onttrop fait de malheureux !
Le tendre vieillard de la Grèce ,
Qui chantoit Bacchus & les Ris ,
Et ſur le ſein de ſa maîtreffe
Fêtoit l'Amour en cheveux gris :
Voilà , Sapho , l'heureux modèle
Que j'offre à ton pinceau fidèle.
Saifis ſes grâces , ſa gaîté;
Trace de ta plume badine
L'heureux code qu'il a dicté ,
Er ſa morale & ſa doctrine.
Apôtre charmant du plaiſir ,
Il nous rappelle à la Nature;
Cil
MERCURE :
Rival aimable d'Épicure ,
Il nous apprend l'art de jouir.
Il fait donner à la folie
La dignité de la raiſon ,
Et, fur la route de la vie ,
Semer avec difcrétion
Les fruits de la philoſophie
Et les fleurs de l'illuſion .
Il n'a point flétri l'innocence
En célébrant la volupté ;
Comme Peintre de la Beauté
Tu lui dois bien la préférence.
t
( Par M. Baffet. )
:
COUPLETS chantés à M. le Marquis DE LA
FAYETTE , dans un repas qui lui a été
donnélors defon dernier paſſage à Lyon.
A
AIR : Elle aime à rire , &c.
MIS , quoi , ce convive aimable
Eſt ce Général redouté !
Ce la Fayette ſi vanté
Eſt donc affis à cette table.
Ah ! combien notre ſort eſt doux ,
Et que ce Guerrier a de gloire !
Il fait combattre , vaincre & boire ,
Ildaigne chanter avec nous.
DE FRANCE.
OUBLIONS cet Hercule antique ,
Vengeur des Rois & des Sujets ;
Hercule n'étoit pas François ,
Il'n'a pas ſauvé l'Amérique.
Ah ! combien , &c.
QUAND il s'embarque au gré d'Éole ,
Auffitôt l'Amour est en pleurs ;
Mais après mille exploits vainqueurs ,
Par ſon retour il le conſole .
Ah! combien , &c.
:
CHER à ſon Roi , chéri des Belies ,
Aimé de Mars & de Cypris ;
Il renverſe nos ennemis ,
Et ne peut trouver de cruelles.
Ah! combien , &c.
Que la Peyrouze , ſur les ondes ,
Aille chercher de nouveaux bords ;
Amis , ici ſans tant d'efforts ,
On voit le Héros des deux Mondes.
Ah! combien notre fort eſt dour ,
Et que ce Guerrier a de gloire !
Il ſait combattre , vaincre & boire ,
Il daigne chanter avec nous .
)
(ParM. Delandine. )
,
Ciij
54
MERCURE
RÉPONSES A LA QUESTION :
Laquelle de ces deux affectations fait plus
de tort à unefemme, de vouloir paroître plus
jeune&plus jolie qu'elle n'eft, ou de vouloir
montrerplus d'esprit qu'elle n'en a.
CLARICE
I.
LARICE fut jeune &jolic
Clarice s'en ſouvient lorſque chacun l'oublie;
Cetravers innocent peut bien ſe pardonner.
Life par ſon eſprit cherche à nous étonner,
On voit à chaque mot qu'elle aine à dominer
Rarement on pardonne à qui nous humilie.
(ParM. Dehauffy de Robécourt. )
II.
Pour montrer de l'eſprit , Glycère
Se bat les flancs à tout moinent;
Mais àchaque effort chaque amant
Rit& lui tourne le derrière ;
Tandis qu'avec un oeil de verre ,
Et quelques dents de Savoyard ,
La vieille Iſmène , à force d'art ,
Glane encore aux champs de Cythère.
Laide& fotte ont beau dire & faire ,
On voit toujours leur déficit.
:
DE FRANCE. 55
Laide, qui par l'art s'embellit ,
N'aveugle que des ſots crédules ;
Sotre, qui court après l'eſprit ,
N'attrappe que des ridicules .
(ParM. le Vicomte de Mélignan. )
III
Surton minoisde quarante ans,
Tâche de peindre le printemps
Et tous les tréſors du bel-âge;
C'eſt fort bien fait; mais pour ton intérêt
Laiffe ton eſprit tel qu'il eſt,
Ilnous plaira bien davantage.
Retiens , Chloé, pour ton profit,
Qu'on ne ſe fait point un eſprit
Comme l'on ſe fait un viſage.
(ParunMembre de la Chambre Littéraire
deRennes.)
IV.
Le ridicule eſt grand d'aimer trop ſa figure.
En vain Liſe voudroit que ſon miroir mentit ;
En vain ſon art s'épuiſe en toilette , en parure ;
Rien ne peut rappeler ſa beauté qui s'enfuit.
Plus modeſte en ſes goûts , l'eſprit eſt ſans enflure :
C'eſt un préſentdes Dieux , l'art n'eſt pas fait pour lui ;
Et puiſqu'il faut opter , choiſiſſons l'impoſture
Dont on peut eſpérer de tirer quelque fruit.
Ciy
36
MERCURE
La coquette eſt ſouvent bien près de la Nature ,
Mais to jours la pédante eſt loin du bel- efprit.
1 (Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine
au Régiment de Provence. ).....
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Deux Dames Anonymes nous prient de
propoſer la Queſtion ſuivante : Quelle est la
pofition la plus affligeante pour une femme ,
d'aimer tendrement un époux qui n'a pour
elle que de l'averſion , ou d'être tendrement
aimée d'un mari qu'elle n'aime pas ?
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Paris ; celui de
l'Enigme eft Placet; celui du Logogryphe eſt
Matelas, où l'on trouvefale ( de compagnie ) ,
mat , lame , as mat ( aux.tarots ) , mal ,
male , las ( pour hélas ) , las ( pour fatigué) ,
male , Maite & fel.
DE FRANCE.
$7
CHARADE.
SUZON , dès la pointe du jour ,
Prend mon premier & ſe met à l'ouvrage ;
Surmon ſecond près d'elle inſpiré par l'Amour ,
Je chante les douceurs du lien qui m'engage ;
Senſible aux accords de ma voix ,
Suzette de mon tout a peine à ſe défendre';
Son ſourire eſt plus doux , ſon regard eſt plus tendre ,
Et l'aiguille échappe à fes doigts.
POUR
(Par M. D. L. M. )
ÉNIGME.
OUR me loger je n'ai beſoin d'autrui ;
Auſſi chez moi je ne ſouffre perſonne.
Et ſous mon toit fi quelqu'un s'introduit ,
C'eſt quand j'y meurs ou quand je l'abandonne.
Dans ce ſolide& fingulier abri ,
Je brave tout , vent , frimats , pluie & grêle.
Ame fermer ſi le froid me réduit
Juſqu'au retour de la ſaiſon nouvelle ,
Sans art , fans peine & fans aucun apprêt ,
Tout fimplementje clos ma ſolitude ;
Et là je prends , exempt de tout regret ,
Du jeûne & du repos l'économe habitude.
(ParM. le Chevalier D. B. , Offi . d'Ar. R. deB.)
Cv
58
MERCURE
LOGOGRYPH Ε.
TANTOT dans ton gouffet, & tanto fufpendue,
Lecteur , je me dérobe ou me montre àta vûc.
Également uti'e en mes emplois divers ,
Docile àtes defirs, je me prête & je ſers.
Tantôt je ſuis fixée &tantôt vagabonde ;
Et, Narciſſe nouveau , je me mire dans l'onde,
Mais non pour y chercher comme lui le trépas.
Des injures du temps je ne m'affecte pas.
Je puis te procurer des ſecours ſalutaires.
Je concours à régler tes travaux, tes affaires.
Par toi-même, à toute heure , &dans toute ſaiſon ,
Tu peux , fi tu le veux , me mettre en action .
Mon dévouement ſans borne , & dans toute occurrence
,
Tient quitte du fardeau de la reconnoiſſance.
Pour les lâches humains inutiles leçons !
Un avare intérêt ſouilla toujours leurs don's.
Je porte , en mes fix pieds , une bête emp'umée;
Ce qui vient au ſecours d'une vûe éclopée ;
Un poiſſon affez fade; un Prophète fameux ;
La terreur des Payens & celle des faux-dieux;
Un oiſeau babillard qui chérit le fromage ;
Ce qu'on n'oſe braver , ſur-tout un jour d'orage;
Le vermillon d'un Dieu qui bannit le chagrin ;
Un mal qui défigure , un mal affreux enfin ;
e
DE FRANCE.
رو
:
Etpourpeindre à la foisdeux maux plus grands encore;
Deux animaux hideux que tout le monde abhorre,
(Par M. G. , Avocat au Parlement.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MORCEAUX choisis du Rambler ou du
Rodeur , Ouvrage dans le genre du Spectateur,
traduit de l'Anglois de Johnſon ,
par M. Boulard , Notaire à Paris .
Que mes délaſſemens , s'il ſe peut , foient utiles.
AParis , chez J. R. Lottin de St-Germain,
Libraire , rue S. André-des-Arcs , No. 27.
M. JOHNSON étoit , dans ces derniers
temps , un des Littérateurs les plus diftingués
de l'Angleterre. Son Rambler ou Rodeur n'eft
cependant pas un Ouvrage original; Addiffon
&Stéele lui en avoient donné le modèle dans
le Spectateur, & d'autres avant lui avoient
ſuivi ce modèle. C'eſt un genre de Littérature
très - favorable au développement des
plus utiles idées de la morale. Il vous laiffe
toujours le maître de la forme , de l'étendue,
du degré d'énergie , de mouvement , d'agrément
, d'intérêt que vous voulez donner à
vos idées , & de la variété que vous voulez
donner à vos formes. C'eſt un Conte , tantôt
gai, tantôt ſérieux , tantôt épique , tantôt
Cvj
60 MERCURE
:
dramatique; ce ſont des Lettres, avec les réponfes,
de perſonnes de tout âge, de tout ſexe,
de toute condition ; c'eſt le récit d'un fait qui
porte avec lui ſa moralité; ce ſont des réflexions
nées d'un à-propos ; c'eſt , en un mot ,
la morale miſe en action , & qui a par-tout
de l'âme & de la vie: faire profeffion de moraliſer
, c'eſt éloigner, c'eſt refroidir du moins
une multitude de Lecteurs :
Une morale nue apporte de l'ennui ,
Le Conte fait paſſer le précepte avec lui.
Parmi nous , M. de Marivaux avoit imité
aulli , mais d'une manière qui lui étoit propre
, Addiffon & Stéele ; il avoit fait un Spectateur
Francois , Ouvrage qui ne nous paroît
pas avoir été mis à ſa place dans l'opinion
publique : il eſt plein de tableaux des moeurs,
propres à faire la plus grande impreffion ;
d'hiſtoires qui intéreſſent , qui émeuvent ,
qui ferrent le coeur , qui provoquent les larmes;
de réflexions qui peuvent éclairer fur
beaucoup d'abus , & corriger beaucoup de
travers. C'étoit un penfeur que ce Marivaux ,
&fa fineffe couvroit ſouvent de la profondeur.
L'homme qui lui étoit le plus favorable
parmi nous , étoit M. de Fontenelle ;
parmi les Nations étrangères , ceux qui en
faifoient le plus de cas , ( & ils en faifoient
beaucoup ) c'étoient les Anglois.
2
i
f
Les Anglois penſent profondément,
dir La Fontaine. Ils ont eftimé Marivaux au
DE FRANCE. 61
pointde l'avoir pris pour modèle de ces beaux
Romans Anglois , de ces ſuperbes Épopées
Tragiques ou Comiques , qui ont effacé chez
nous-mêmes les Romans François , s'ils n'ont
pu les faire oublier totalement; les meilleurs.
Romans François aux yeux des Romanciers
Anglois , font Marianne & le Paysan Parvenu
; & fi cejugement peut nous étonner ,
nous n'avons pas droit de le dédaigner.
Revenons aux Journaux moraux de l'Angleterre.
Celui de M. Johnſon eſt un des
meilleurs dans ce genre, un des plus ſemblables
au Spectateur ; & nous avons beaucoup
d'obligation au Citoyen laborieux &
lettré qui , occupé utilement pour le ſervice
du public, a bien voulu employer ſes délaffemens
à nous faire connoître ce qu'il y a de
meilleur dans un ſi bon Ouvrage.,
Ces morceaux choiſis font ici au nombre
de trente-huit ; quelques-uns ſont purement
allégoriques ; ce ne font ni les plus amuſans
ni les plus intéreſſans. Le premier cependant
qui roule fur l'Eſprit & la Science eſt trèspiquant
par la fineſſe des rapports & la juſteſſe
duparallèle.
" L'Eſprit divertiſſoit Vénus à ſa toilette,
» en contrefaiſant Bair grave de la Science ;
laScience cherchoit à amuſer Minerve pen
>>>dant fon travail, en lui montrant les bévues
» & l'ignorance de l'Eſprit.... L'Eſprit étoit
20 hardi & donnant au hafard ; la Science
>> étoit prudente & réfléchie. L'Eſprit ne re
62 MERCURE
>> doutoitd'autre reproche que celui de paffer
>>>pour lourd; la Science n'en craignoit d'au-
>>> tre que celui de s'être trompée. L'Eſprit
>> répondoit avant que d'avoir entendu ; la
>>> Science s'arrêtoit même où il n'y avoit pas
>> de difficulté , dans la crainte de laiſſer
>> paffer quelque ſophiſme infidieux , fans le
>>faire reconnoître. L'Eſprit rendoit chaque
>> queſtion difficile à réſoudre , par la rapi-
>> dité&la confufion de ſes idées ; la Science
>> fatiguoit ſes Auditeurs par des diſtinctions
> ſans fin , & elle allongeoit la diſpute en
> prouvant ce qui n'avoit jamais été nié......
>> La Nouveauté étoit le favori de l'Efprit ,
> & l'Antiquité celui de la Science. L'Eſprit
>> trouvoit ſpécieux tout ce qui étoit nou-
>> veau; la Science regardoit comme ſacré
>> tout ce qui étoit ancien.... L'Eſprit.captiva
>> lajeuneſſepar ſa gaîté,& la Science obtint
>>par ſa gravité le fuffrage de la vieilleffe.....
> On conftruifit des théâtres pour y recevoir
→→→ IEſprit ,& on fonda des colléges pour en
>> former l'afyle de la Science...... On étoit
> quelquefois pénétré d'une grande vénéra-
» tion pour la Science, mais on ſe ſentoit
>> plus d'amitié pour l'Eſprit......
>>Rien n'étoit plus commun à chacun de
>> cesantagoniſtes quedequitterſon caractère,
•& d'emprunter les armes de fon adver
» ſaire ; ainfi , l'Eſprit travailloit quelquefois
ود à un fyllogifme , & la Science défiguroit
>> festraits par une plafanterie. Mais..... Fair
DE FRANCE. 63
ود férieux de l'Eſprit étoit ſans nobleffe ,&
>> l'enjouement de la Science manquoit de
» vivacité. »
Engénéral il nous ſemble qu'on ne peut
guères mieux diftinguer par le bien &par le
mal , par le mérite & par les défauts ces deux
avantages , qui ne peuvent avoir toute leur
étendue qu'en ſe réuniſſant , & dont Horace
a dit , ce qui eſt paſſe depuis long-temps en
proverbe:
Alteriusfic
Altera pofcit opem res , & conjurat amice.
Auſſi eſt-ce par cette réunion dont ils fentent
l'un&l'autre la néceſſiré que finit cette allégorie.
2
Enparticulier, les derniers traits que nous
avons cités ne nous paroiffent pas avoir la
juſteſſede tous les autres. Le fyllogifme n'appartient
pas à laſcience , excluſivement à l'efprit.
Tous deux en font ufage , mais l'eſprit
le fonde principalement ſur la raiſon , & la
ſcience fur l'autorité. Nous ne voyons pas
non plus pourquoi l'air ſérieux de l'eſprit feroit
fans nobleſſe; l'eſprit n'est pas effentiellement
plaifant , & n'a point d'oppoſition
pour le ſérieux, auquel même il fait donner
des grâces&de la nobleſſe; il est vrai cependantqu'un
des abus de l'eſprit eſt d'être un
peu trop porté à la plaifanterie.
Nous donnons la préférence , comme nous
l'avons annoncé , aux diſcours fans allégorie ;
ils font plus ſimples , s'approchent davantage
64 MERCURE
de la converfation , & font plus d'illuſion.
Telles font , par exemple , les Lettres d'Euphélie
, qui avoit compté s'amuſer beaucoup
à la campagne , & qui s'y ennuie parce
qu'elle ne fait pas s'occuper ; & une autre
Lettre de la même , ſur l'éternité des haines
en Province.
Une Lettre de Cornélia, logée à la campagne
chez une parente , qui ne connoît pas
d'autre mérite dans le monde que celui de
favoir bien tous les détails de la cuiſine & de
l'office .
Il ne s'agit dans cette Lettre que d'un caractère
particulier , qu'on n'eſt peut-être pas fort
menacé de rencontrer dans le monde , mais
qui eſt fort bien peint , & qu'on retrouve
affez fouvent en Province , avec quelques légères
différences dans la forme. Suivons cette
énumération .
Des Lettres d'Eubulus , qui a eu le malheur
de trop compter ſur la protection des Grands.
Diverſes Lettres de gens malheureux pendant
preſque toute leur vie, par le defir &
l'eſpérance de recueillir des ſucceffions qui
ont fini par leur échapper.
Lettred'unejeune Demoiſelle , qui ſe plaint
d'une ſociété où l'on ala fureur du jeu.
Lettre d'un homme qui a fait la folie de
mettre beaucoup à la loterie.
Lettre de Quiſquilius , qui s'eſt ruiné en
voulant faire toutes fortes de collections de
curiofité, dont quelques-unes ne font que
bizarres , & ne peuvent fervir à rien.
4
:
DE FRANCE. 65
i Lettre de Vivaculus , contenant une critique
de ceux qui employent leur temps à des
recherches peu utiles.
Lettres de Florentulus , qui , n'ayant rien
appris dans ſa jeuneſſe , & n'ayant cherché
pendant ce temps qu'à plaire par ſon élégance
, ſe trouve dans l'âge mûr déplaire également
aux hommes & aux femmes.
Unemultitude de Lettres fur le mariage , od
les avantages & les inconvéniens de ce lien
font fort bien expofés , & dont le dernier réſultat
eſt qu'il en faut toujours revenir au
mariage.
Deux diſcours ſur la mauvaiſe humeur &
fur la colère , contenant des idées nouvelles ,
bien capables de guérir de ces deux maladies.
Dans ces Lettres , dans ces Diſcours , comme
dans les autres , dont nous ne parlons pas,
on trouve une multitude de portraits fort
bien peints , qui animent i moralité & ré
pandent la variété. L'Auteur eſt dans l'uſage
de donner aux divers perſonnages des noms
qui expriment leurs caractères : Captator ,
Quiſquilius , Vivaculus , Florentulus , &c.
Cet ufage , quoiqu'autoriſé par l'exemple de
nos meilleures Comédies , n'eſt pas du goût
de tout le monde. " Notre langue , dit l'Auteur
du Théâtre à l'usage des Jeunes Per-
Sonnes "ne fournit pas un ſeul exemple de
>> cette eſpèce dans le genre noble. Tous les
<>> noms François qui ont une ſignification
relative on au caractère ou à la ſituation
des perſonnages , font en général burlef
ود
و
66 MERCURE
>> ques&de mauvais goût: tels que Fiérenfat,
> M. Paſſepied, M. Tout-à-bas , M. Chica
>> neau , &c. Il ſeroit à ſouhaiter que beau-
>> coupd'Imitateurs &de Traducteurs fillent
>> un peu plus de réflexion ſur le génie de
>> leur langue , & qu'ils ſentiffent davantage
>> qu'en voulant toujours traduire littérale
>>ment , on défigure l'Ouvrage original. ,
Cette dernière réflexion ne peut s'appliquer
au Traducteur deces morceaux choiſis
du Rambler. Il ne traduit pas ces noms , il les
laiſſe avec leur terminaifon & leur forme
latines.
Nous nous fommes contentésde dire que
l'Auteur ſavoit peindre, il faut le prouver ;
nous prendrons pour exemple la lettre d'une
jeune fille , dont ſa mère eſt jalouſe. Ce caractère
de mère jalouſe n'eſt point rare dans
lemonde, c'eſtdans le monde qu'il naît , c'eſt
l'amourdu monde qui le faitnaître. La femme
dont il s'agit avoitbeaucoup aimé & regretté
fon mari; elle ſe conſacroit par tendreffe à
l'éducation d'une fille & d'un fils qu'il lui
avoit laiſſés; la fille étoit l'aînée , elle avoit
dix ans à la mort de fon père. La mère étoit
jeune & belle , le monde la rappeloit. Des
amis, telsque lemonde en fournit en foule,
vinrent lui dire avecde grandes démonſtrations
d'amitié, " qu'on commençoit à remar-
>>> quer publiquement combien elle outroit
>>>fon rôle..... Qu'on ſoupçonnoit même que
l'eſpérancedeſe procurer unnouveau mari
→→→ étoit de vrai fondement de tout ce faſte de
DE FRANCE.
>>tendreffe&d'amour conjugal...... » On lui
répéta beaucoup d'ironies ingénieuſes , tendantàjeterdu
mépris ſur les foins du mé
nage.
La vertu cède aifément à la crainte du
> ridicule&aux invitations du plaifir , fur-
> tout quand on ne lui propofepas un crime
>>actuel, & lorſque la prudence même peut
» fuggérer beaucoupde raifons pour inviter
> à prendre du delaffement & à goûterdes
> amuſemens modérés.
Ameſure que le monde devenoit plus cher
àcette femme, fes enfans lui devenoientplus
indifférens.
de
"Dans certains momens , dit fa fille , j'étois
>>cependant encore favorifée par hafard de
>>quelques careffes&confeils paffagers ; &
> elle m'embraffoit de temps en temps avec
> tranſport , parce que j'avois le fouris
» mon père. » Mais bientôt la foeur & le
frère furent relégués dans des penfions , leur
éducation n'étant plus un ſoin dont une mère
livrée aumonde pût ſe charger.
D'abord elle vint me voir chez mes mal-
» tres , enſuite elle m'écrivit ; mais peu de
>> temps après je n'en reçus plus ni viſites ni
>> lettres ...... Quand je vins chez ma mère aux
>> vacances , je fus reçue froidement avec
» l'obſervation que cette petite - fille ſeroit
>> tout-à-l'heure une femme....... Lorſque je
ود fus renvoyée à ma penſion , j'entendis ma
>> mère dire : Ilfaut donc que je la reprenne
»déjà. »ود
68 MERCURE
Elle ne fut repriſe que ſix mois après.
"Etcommeje courois , dit-elle, l'embraſſer
» avec la vivacité ordinaire aux enfans , elle
» me repoufla avec de grandes exclamations
ود
ود
ſur ce que j'étois grandie ſi ſoudainement
& fi extraordinairement , diſant qu'elle
» n'avoit jamais vû perſonne d'une ſi grande
taille àmon âge. ود
>>Je fus déconcertée , & je me retirai en
>> laiſſant voir le chagrin que je reffentois de
» cet accueil..... Ce reſſentiment , que je
>> n'avoispu m'empêcher de témoigner , fer-
» vit à ma mère de prétexte pour continuer
ود fos mauvais traitemens , & elle ne parloit
>> jamaisde moi ſans laiſſer échapper quelque
marque d'humeur ou de haine.......
ود
ود
Elle me regarde comme une ufurpa-
>> trice, qui me ſuis emparée des priviléges
>> d'une femme avant qu'ils m'appartinffent ,
>>& qui la pouffe avec force dans la claffede
>>la vieilleſſe , afin de pouvoir régner fans
» partage ..... Chacune de mes paroles & cha-
>> cun de mes regards font des offenſes ; je
>> ne peux ouvrir la bouche que je n'aſpire à
» quelque qualité qu'il ne m'eſt pas permis
>> de poffeder; ſi je ſuis gaie , elle dit que
>> c'eſt commencer de bonne heure à être co-
» quette; fi je ſuis férieuſe , elle hait une
>> jeune prude; fi je me hafarde en compa-
>> gnie , je ſuis preffée d'avoir un mari ; fi je
» me retire dans ma chambre , ces Demoi-
>> ſelles, qui veulent faire les Dames , aiment
la contemplation. Elle ne me mène point
ود
DE FRANCE. 69
» dans le monde ; & quand elle en revient
avec des vapeurs , je ſuis sûre qu'on lui a
>> parlé de mabeauté & de mon eſprit.....
ود
ود
» Ainſi , je vis dans un état de perfecution
>> continuelle , ſeulement parce que je ſuis
» née dix ans trop tôt , & que ne pouvant
arrêter le cours de la Nature & du temps ,
>>je ſuis malheureuſement près d'être une
>> femme , avant que ma mère veuille ceffer
» d'avoir des prétentions à paſſer pour fille.
ود
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
"
ود
Je crois donc , Monfieur , ajoute-t'elle en
s'adreſſant au Rambler , que vous contribueriez
au bonheur de beaucoup de familles
, fi..... vous pouviez faire rougir les
mères de vouloir être les rivales de leurs
filles; ſi vous pouviez leur faire fentir que ,
>> quoiqu'elles ne veuillent pas devenir ſages ,
elles deviendront néceffairement vieilles ,
& que les confolations convenables à un
» âge avancé..... font la ſageſſe &la piété. »
M. Barthe , homme d'un talent rare , qui
vient d'être enlevé aux Lettres cette année ,
ainſi que ſon illuſtre & reſpectable ami , M.
Thomas , avoit mis au Théâtre ce ſujet de la
Mère Jaloufe , dans une Pièce à laquelle le
Public n'a peut-être pasrendu affez de justice.
Il y avoit dans cette Pièce une tante aufli
pénétrée de tendreſſe & d'admiration pour fa
nièce , que la mère l'eſt de jaloufie , & ce
contraſte étoit dans les détails une ſource
d'excellent comique. Nous obſerverons , non
comme une fingularité, mais comme une rencontre
peut-être fort naturelle , qu'il y a une
76 MERCURE
pareille tante dans le Rambler, avec certe
différence que latantede la Comédie , trèsbonne
femme , inſulte & défole la mère ,
fans le vouloir &fans s'en douter , ce qui la
rend plus piquante; au heu que la tante du
Rambler paroît avoir intention de mortifier ,
ou du moins de cenſurer lamère,
Le Traducteur de ces morceaux choiſis du
Rambler, indique pluſieurs autres Ouvrages
Anglois du même genre , d'où on pourroit
tirer de pareils choix, tels font le Monde ,
l'Aventurier , l'Oifif,le Miroir,le Connoiffeur,
le Visiteur,les Effais Moraux & Litté
raires de Knox , &c.
VARIÉTÉS.
EXTRAIT d'une Lettre deM. F. DE N.
au Cap.
V
OTRE amitié , Monfieur , veut bien m'impoſer
ledevoir devous donner de mes nouvelles , & ce devoir
eſt un plaiſir que j'aurois goûté bien plus tôt, fi
Le premier effet du climat de Saint-Domingue ne
m'avoit interdit toute occupation. Je commence à
me trouver mieux , & je m'en applaudis , puiſque je
peux vous conſacrer l'effai de ma convalefcence.
Je ne me flatte pas que la relation de mon Voyage
puiffe en avoir les deux mérites: il a été court&
heureux. J'étois ſur le navire le Maréchal de Caftries
; cenom étoit de bon augure. En effet , ce
DE FRANCE. 71
vaiſſeau m'a conduit au Cap en trente- neuf jours
eulement : c'eſt aller affez vite , quoiqu'on puiffo
faire la route en beaucoup moins de temps. Mais
vous voulez plus de détails : je les dois à votre
amitié , je les adreſſe à votre indulgence.
La mer m'a bien moins fatigué que la route ,
par terre , de Nancy à Bordeaux. En quittant la
Lorraine , j'avois l'eſprit & le coeur triftes , mais
d'une triſteſſe mortelle : quelques conſeils ſtoïques
m'avoient armé trop foiblement contre les pleurs
de ma famille , & les regrets touchans de mes
concitoyens. Abandonne t'on , ſans peine , les perſonnes
que l'on chérit , & les lieux où l'on eſt
aimé!
Vousſavez qu'en Lorraine j'avois cet avantage :
je jouiſſois , dans mon département , de la confiance
des peuples ; j'étois occupé de leur bien s
ik le ſavoient , ils ſe repofoient ſur mon zèle.
En les quittant , j'ai cru quitter la vie: je tournois
, malgré moi , les yeux vers ces contrées &
chères , & je me rappelois , avec un ſentiment
pénible , le Vers de l'Eneide :
• Etdulces moriens reminifcitur Argos.
Je ſuis fort éloigné des craintes ſuperſtitieuſes ;
mais dans la ſombre humeur où j'étois en partant
, j'ai nourri ma mélancolie des accidensdéfa
gréables qui ſe ſont offerts ſur ma route,
APoitiers , dans l'inſtant où je deſcendois devoi
ture , j'ai vu le plus affreux ſpectacle : un Vieillard
vénérable, victime de l'ingratitude de quelques,
uns de ſes enfans , eſt venu mourir ſous mes yeux ,
d'un accès de colère contre ſa propre fille.
En ſortant de Châtellerault , au milieu de la nuit,
lavoiture qui me portoit s'eſt briſée tout à coup. J'ai
voulu bravement gagner le gîte à pied, & je n'ai
gagnéque la fièvre,
72
MERCURE
2 Enfin , à Angoulême , j'ai mangé des orronges ,
(forte de champignons ) , mal cuits ou mal choiſis
qui m'ont cauſé tous les ſymptômes de l'empoiſonnement.
A ces traits , Monfieur , vous jugez que mon
entrée à Bordeaux n'étoit pas fort brillante : j'avois
l'air , à peu près , du pigeon voyageur ; vous cuffiez
reconnu en moi
<<< La volatile malheureuſe ,
>> Traînant l'aîle &tirant le pié ,
>> Demi morte , demi-boiteure .
:
)
Le ſéjour de Bordeaux & de ſes environs m'a
bientôt rétabli. Il y manquoit pourtant un grand,
charme pour moi : Démosthène n'y étoit pas; je
l'avois laiffé à Paris . J'ai retrouvé ſon coeur dans les
attentions & les aimables ſoins de Madame la Préſidente
du P. , l'épouſe la plus vertueuſe , la mère la:
plus tendre , & la plus digne femme que j'aie le
bonheur de connoitre.
La circonstance de la foire , & le concours des
étrangers , imprimoient un grand mouvement au
ſuperbe port de Bordeaux. J'ai toujours aimé cette
ville , & j'ai reçu , dans ce voyage , ume nouvelle
récompenfe de cette prédilection. M. D. de S. M.
Directeur del'Académie , a propoſéà cetteCompagnie
ſavante de m'aſſocier à ſes travaux. i
J'ai vu avec plaiſir mon nom inſcrit ſur cette lifte
honorée du nom de Montesquieu.
Je n'ai pas moins apprécié l'avantage de conférer ,
avec M. D. de S. M. , ſur ſes grandes vûes du bien
*public; ſes projets d'un canal de Ceintières à Bordeaux;
Les mémoires ſur la liberté de la culture du tabac , &
le rétabliſſement de la marine de Bayonne. Il eſt rare
de voir des diſcuſſions de ce genre émanées du génie
, & de la propre plume des Adminiſtrateurs . Cette
forte degloire appartient à notre ſiècle.
Les
DE FRANCE. 73
Les converſations de M. D. élevoient & flattolent
mon ame ; elles me rappeloient des ſpéculations pareilles
, relatives à la Lorraine , dont je me ſuis tant
occupé ſous les yeux de M. de la P. J'aurois voulu
ſacrifier ma vie à leur exécution ; mais ma mauvaiſe
étoile ne me l'a point permis ; c'eſt un regret que
j'emporte au bout du monde. Je me conſolerai , fi
j'apprends le bonheur de ma patrie , & fi les hommes
en place, appelés à la gouverner , bravent avec courage
le ridicule prétendu quede certaines gens attachent
aux rêves des bons citoyens : car c'eſt avec de
pareils mots qu'on croit dénaturer des choſes vraiment
grandes & vraiment belles , & que ne pouvant atteindre
à cette élévation de patriotiſme , on se vengepar
enmédire.
Revenons à ma traverſée. En attendant que le
navire deſcendit au bourg de Pouillac ( où l'on va
s'embarquer au - deſſous de Bordeaux ) , j'ai paffe
quelques jours chez M. Malécot , propriétaire de
bonnes vignes , & père d'enfans très-aimables , à
Saint - Lambert , dans le Médoc. Là , j'ai vu les
fameux vignobles de la Fite, la Tour , &c Je les
ai même célébrés autant qu'un buveur d'cau peut
célébrer d'exellens vins . Je vous enverrois mes chanſons
, ſi j'étois à portée de les faite valoir en y
joignart quelques bouteilles de cette fameufeliqueur.
Ce qui m'a fort ſurpris , c'eſt que ces vignobles , &
riches , font tous plantés dans des cailloux. Les ceps
ſemblent percer les pierres. On taille ces cailloux
comme des eſpèces de ſtras; mais c'eſt ſur tout par
leurs vendarges que les habitans de Médoc doivent
regarder leur filex comme des pierres précieuſes Au
refte , ce pays mérite d'être plus connu. Nous avors
pluſieurs deſcriptions détaillées des pays étrangers ;
il nous manque un bon Voyage de France.
Enfin , Monfieur & cher Confrere , accompagné
des voeux de ces aimables hôtes , comblé de leurs at-
Nº. so , 10 Décembre 1785 . D
74
MERCURE
tentions , muni de leurs bons vins , & de tous les
fecours dont s'étoient avitées deux Dames de Bordeaux
, mes Anges tutélaires , je ſuis parti le 8 Novembre
, après dîner , à la vûe d'un Ami qui pleuroit
fur la rive , en ſuivant non vaiſſeau des yeux , &
récitant tout haut la belle Ode d'Horace , adreffée
au navire où s'embarquafon cher Virgile, fon cher
Virgile ! Hélas ! je ſuis bien loin de ce grand
Homme : mais je n'ai pas autour du coeur la triple
cuirafle d'airain dont parle le Lyrique. Quand je vis
le rivagedécroître & diſparoître ; quand je perdis de
vûe cet ami qui , de loin , cherchoit encore à m'embraffer
une dernière fois ; quand je ſongeai qu'il
falloit dire ces triſtes mots : Adieu les miens , adieu
la France , adieu peut-être pour jamais , alors je
vous l'avoue , mes genoux chancelèrent , je ſentis
mon coeur ſe ferrer; mon viſage , baigné de larmes ,
tomba fur l'appui du navire, & j'y reſtai ſans mouvement
toute cette ſoirée , eſſuyant vainement mes
yeux , qui recommençoient à pleurer lorſque je les
Jevois vers les côtes de France .
Cependant le navire ciogloit à pleines voiles'; fattendois
, d'un moment à l'autre , cette douleur inexprimable
que les mouvemens de la mer occaſionnent,
&dont vous avez vû la peinture expreſſive dans un
Chapitre de Candide. Peu de perſonnes font exemptes
du mal de mer,j'en avois d'autant plus de peur, qu'on
n'a rien de certain fur les moyens de l'éviter , ou de
le rendre plus ſupportable. Les Marins donnent à
ceteffet des recettes bizarres : je me ſuis contenté de
reſpirer le grand air , de me promener conſtamment ,
&de manger très- peu. Ce régime , joint à l'uſage de
quelques anti-fcorburtiques , m'a parfaireinent réuffi.
Le ſecond jour, je ſentis un peu de mal- aiſe , pour
m'être renfermé dans une chambre cloſe : je montai
vite fur le pont, le vent fouffloit très- fort. Je ne
fus pas plutôt à ce grand courant d'air , pur & fris,
DE FRANCE.
75
que jeme trouvai mieux. Par un exercice fréquent ,
j'acquis en peu de jours l'adreſſe & l'habitude de
marcher ſur le pont, & de m'y foutenir , foit au
roulis , foit au tangage: auli , Monfieur , de dix-
• neuf à vingt paſſagers , j'ai preſque été le ſeul qui
n'ait pas ſouffert de la mer.
Tous mes compagnons de voyage étoient dans un
état bien different ; j'ai plaint fur- tout deux Dames ,
dont l'une étoit forcée d'aller à Saint- Domingue ,
malgré ſes répugnances , pour répéter le prix d'une
terre à ſucre , vendue depuis pluſieurs années , fans
que ſon débiteur lui ait payé le moindre à compte,
&dont l'autre , quoique très - foible , faisoit ce grand
trajet par un pur motif de tendreſſe ; elle y venoit
uniquement pour ne pas quitter ſon mari pendant
cinq à fix mois. Ces deux femmes intéreſſantes ont
été malades , non pas ſeulement à faire pitié , mais à
faire peur. Le pauvre Chirurgien de bord ne ſavoit
que leur dire: les gens de l'art n'ont pas daigné
s'occuper de cette douleur ; on ne la confidère que
commeune criſe purgative ; les Marins y font faits ,
la plupart même en rient , quoique pluſieurs d'entreeux
en foientplus travaillés que d'autres. Cependant
c'eſt un mal cruel , auquel je crois que l'opium , en
doſes ménagées , pourroit être opposé avec un grand
ſuccès.
Il ſeroit digne de la Société Royale de Médecine
, ou de quelques Académies , d'aſſigner un
prix folemnel à quiconque auroit preſcrit la meilleure
méthode de prévenir ou d'adoucir le mal de
mer. Des expériences bien faites éclaireroient , à ce
ſujet , les Chirurgiens de vaiſſeaux. Cet ouvrage
feroit le guide des paſſagers , dans la conduite qu'ils
auroient à tenir , ſoit avant , ſoit après l'embarquement.
On feroit un grand bien , ſi l'on parvenoit à
détruire ou du moins à calmer les dangers & les
frayeurs de la mer. Heft , dans le Royaume , bien
2
L
Dij
76 MERCURE
des perſonnes qui viſiteroient les parages du Nouveau
Monde ; il en eſt que leurs intérêts appellent
en Amérique , & qui ſont retenues par la crainte de
compromettre leur ſanté & leur vie. On leur rendroit
ſervice , ainſi qu'à l'État même , en les prémuniſſant
contre cette terreur : il est vrai qu'elle
règne moins dans les Provinces maritimes ; mais
dans celles de l'intérieur , c'eſt toute autre choſe.
Notre nobleffe de Lorraine ne connoît que le ſervice
de terre ; c'eſt en vain que d'heureux exemples ſemblent
l'encourager à ſe mettre dans la Marine : à
M. , à N. même , lorſqu'on m'a vû décidé à m'embarquer
, tout le monde m'a cru noyé ; mais , Dieu
merci , je ſens très- bien que je ne ſuis pas mort
Le calme & la ſanté dont j'ai joui ſur le navire ,
ont rendu plus piquant pour moi le ſpectacle de
l'océan. Cet immenſe aſſemblage d'eaux , quelquefois
noirâtres , & le plus ſouvent bleues , n'offre aux
regards vulgaires qu'un coup-d'oeil aſſez monotone.
Je l'ai trouvé très- impoſant.
L'écume de la mer eſt d'une blancheur & d'un
éclat à quoi l'on ne peut rien comparer ; on croit
voir bouillonner des diamans fluides. Je ne ſuis pas
étonné que les anciens ayent fait naître de cette
écume la Déeſſe de la Beauté.
D'ailleurs , rien n'eſt dans le monde auſſi ſurprenant
, auffi beau que la marche rapide , j'ai preſque
dit le vol d'un Navire ſuperbe , qui , pouſſé d'un
vent favorable , & toutes voiles déployées , fillonne
majestueuſement les mers étincelantes. Cette épithète
n'eſt pas une fiction poétique , c'eſt l'image
imparfaite d'un phénomène qui m'a ſouvent extâfié
pendant des heures & des nuits entières . Sur le ſoir ,
autour du Navire , l'écume de la mer préſente des
millions de poiuts lumineux. C'eſt un jailliſſement
continuel de petites flammes comparables aux aigrettes
électriques , ſoit que cette ſcintillation ſoit
DE FRANCE.
77
dûe en effet à l'électricité , ſoit qu'elle vienne de
petits inſectes brillans répandus dans la mer; ce qui
me porteroit à croire que c'eſt une lumière animale ,
fi j'oſe m'exprimer ainfi , c'eſt que les poiſſons , les
Dorades , les Bonites , les Veaux Marins , &c. paroiſſent
auſſi radieux & enflammés , lorſqu'ils s'élèvent
un moment ſur la ſurface de la mer. Je ne ſais
pas ſi les Phyſiciens ont recherché les cauſes de cette
illumination merveilleuſe , mais elle a été inconnue
aux Poëres & aux Peintres ; & c'eſt dommage : ce
ondes phoſphoriques auroient produit dans leurs
tableaux un effet fingulier.
Ce n'est pas la ſeule richeſſe dont les Beaux-Arts
auroient dû faire la conquête dans les voyages maritimes.
Vous pourrez en juger par la ſuite de mon
écrit.
Nous avions , en très-peu de temps , gagné la
région des vents qu'on appelle Alifés. C'étoit au
commencementde Décembre , & juſqu'alors il avoit
fait un froid piquant & ſec ; mais aux approches du
Tropique, tout ſe reſſentità la fois du changement
de la température. Ce changement agit d'abord fur
deux plans de mûrier à papier de la Chine , que j'ai
pris au Jardin du Roi , pour eſſayer de les naturaliſer
à Saint Domingue. Ces deux plans commencèrent
à pouſſer des feuilles. La chaleur croifſoit par
degrés : bientôt les rayons du ſoleil furent affez piquans
pour nous incommoder , & , dès huit heures
du matin , il falloit tendre des toiles ſur le pont.
Nous ne pouvions affez nous récrier ſur ce nouveau
printemps , quand nous nous figurions la France
enfevelie ſous la neige & les glaces de l'hiver. Ce
qui nous raviſſoit , c'étoit entre- autres choſes le lever
&le coucher de ſoleil. La poéſie antique ſe plaiſoit
à peindre cet aftre forant tout radieux du ſein des
eaux ; mais que la poéſie eſt au deſſous de la Nature
! Je ne fais point d'expreſſions qui rendent los
Diij
78 MERCURE
couleurs , les nuances , les grouppes , les contraftes ,
la bizarrerie admirable & le déſordre pittore ſque des
nuages preffés , amoncelés , diſperſés , entafles ſous
mille formes différentes , figurant , autour de cet
aftre , des villes , des châteaux , des forêts , des
payſages, des montagnes& des armées , des animaux
&des ſtatues , des clairs- obſcurs , des perspectives ,
des monftres , des jets d'eau , des colonnes , des
pyramides , en un mot, une ſuite de décorations
magiques , toujours ſi neuve , fi brillante , que nous
ne pouvions nous raſſaſier de les voir.
Dans le jour , nous avions de ces légers orages
qui durent à peine un quart d'heure , & qu'on
nomme des Grains. Ces pluies momentanées multiplioient
de tous les côtés de l'horizon des arcs enciel
d'une vivacité , d'une grandeur , d'une magni
ficence inconnue en Europe.
Aux jours les plus doux fuccédoient les nuits
les plus délicieuſes. Le brillant des vagues & des
étoiles , l'azur des cieux , & la ſérénité de l'air ,
la marche tranquille & majestueuſe de la Lune ,
le vaſte filence des flots , à peine interrompu par
le fillage du Navire , le calme , la fraîcheur , l'admiration
de cet art qui dompte la mer& les vents,
&le retour ſecret du coeur vers les objets chéris
que l'on fuit à regret , ce mélange nouveau de
réflexions & d'images , de tableaux & de ſentimens
, porte à l'ame une ivreſſe , ſous le poids
de laquelle j'ai cru mille fois fuccomber...
O!fi Vernet & ſes émules étoient venus au
Nouveau Monde , s'ils avoient contemple cet
Océan immenſe , cet antre Ciel , & cette Nature
agrandie , dont la ſeule idée électriſe ma foible
imagination , quelle carrière toute neuve ils auroient
pu s'ouvrir ! L'Amérique , pour les beaux-
Arts , est une Terre Vierge Croiroit-on , qu'à
DEFRANCE.
79
beaucoup d'égards , c'eſt une découverte qui reſte
encore à faire ?
Toute la trave: fée n'a pas été auſſi tranquille ;
nous avons eu des vents contraires. Sur la fin de
Novembre , la mer étoit très- forte , les vagues
venoient fur le pont , j'écoutois avec intérêt le
filement des vents & le mugiffement des flots.
Les coups de mer font rudes , mais c'est vraiment
une belle horreur.
,
Je m'étois bien tiré de l'épreuve de l'eau ; mais
ua ſoir j'entendis crier au feu ; le Cuisinier avoit
ea l'imprudence de chauffer ſon brafier avec des
copeaux goudronnés , les flammes s'élevoient ,
elles alloient gagner les cordages & les voiles . Vous
jagez que ſur un Navire où tout eſt combustible
cette alarme étoit ſérieuſe. Tout Philoſophe que
je fois ſur l'idée de la dernière heure , je conviendrai
ſans peine que l'attente de cette mort affreuſe ,
inévitable , mettoit mon courage en défaut. La
fermetéd'un Officier & la réunion active des ſoins
de l'équipage , nous ſauvèrent de ce danger , le
plus grand& le plus terrible que l'on puitſe jamais
courir. Heureux ceux qui , comme nous , en font
quities pour la peur !.
Lors du paſſage du Tropique,les marins ont l'uſage
de baptifer tous ceux qui n'ont pas encore fait le
voyage de l'Amérique. Ce prétendu baptême eſt une
ridicule & bizarre cérémonie , qui conſiſte à jeter de
l'eau ſur les Paſſagers , pour en extorquer del'argent.
Cette vexation n'a point eu lieu fur le Maréchal de
Castries. Je m'informai du Capitaine , s'il la permetroit
à fon bord ; mais cet homme ſenſfé me dit
qu'il ne la ſouffroit point , que c'étoit une ſource de
riſques & d'abus , & qu'il ſe ſouviendroit toujours
d'avoirvûpérir un homme des fuites de cette coutume
barbare. J'étois charmé de le trouver ſi raiſonnable .
La vie que nous menions àbord n'étoit pas amu
Div
80 MERCURE
ſante , parce qu'elle étoit uniforme : ceux qui pouvoient
manger , faisoient bonne chère. On fervoir
tous les jours des légumes , de la volaille & du lait
frais; mais l'eau , de temps en temps , étoit croupie
& corrompue : l'odeur ſeule en étoit infecte. Je ne
fais pas pourquoi nos Arma eurs ne veulent pas mettre
en uſage les moyens affez ſimples que le Docteur
Hals , chez les Anglois , M. Deſlandes , parmi nous ,
&d'autres ſavans eſtimables , * ont imaginé pour
conſerver les boiſſons & les vivres dans les Voyages
de long cours. Il n'en coûte pour l'eau , qu'un peu de
foufre, & des précautions qui ne font pas difpen
dieuſes .
La cut , nous étions aſſaillis par des légions de
rats, & fur tout par des ſcarabées rongeurs &
dégoûrans , qu'on nomme des Ravets. Ils fortent
par milliers de toutes les jointures des planches du
vaiffeu: nulle proviſion ne peut leur échapper. On
pour oit les détruire , mais onne prend pas cette peine.
On n'a pas ſoin non plus de former les navires
avec des bois choiſis , inattaquables aux infectes :
auſſi en eſt t'on dévoré , même ſur les vaiſſeaux du
Roi.
J'ai eu la curioſité de goûter du biſcuit dont les
matelots vivent. Il eſt fort bon , quand il eſt récent
&bien fait ; mais trop ſouvent ils n'ont que de
vieux reſtes , des moififfures , bien plus propres à
foulever le coeur , qu'à fatisfaire l'appétit.
Vous autres , Habitans de la terre ferme , vous
déplorez ſouvent le triſte ſort des poſtillons , des
foldats & des porte-faix ; mais les malheureux
marelots ſont cent fois plus à plaindre.. Expoſés à
des temps affreux , vivant dans la vermine , &
couchés fur des planches , debout preſqu'à toute
* M. Poiffonier.
J
DE FRANCE. 81
heure du jour & de la nuit , nourris comme je
vous l'ai dit , n'ayant ſouvent pendant deux mois.
que la même chemiſe ſale & la même grande
culotte qu'ils ne quittent jamais , tour à - tour
brûlés du ſoleil & battus de torrens de pluie , ils
ſont ſouvent traités par leurs Supérieurs , comme
nos plus grofiers payſans ne traitent pas leur
bétail.
Le 14 Décembre , nous fimes une rencontre
qui forme l'époque la plus remarquab'e de tout
notre voyage. Nous vimes , le matin , un Navire
qui faiſoit des fignaux de détreſſe. Il y avoit trentefix
jours que nous n'avions parlé à perſonne : nous
avions vu d'autres Vaiſſeaux , mais de loin & fans
leur rien dire. Celui- ci nous approche ; le portevoix
nous apporte les queſtions du Capitaine. Le
nôtre lui répond d'abord , ſuivant l'uſage , que
nous venions de France & du Port de Bordeaux ;
lui venoit de Guinée. C'étoit un Négrier de Nantes
, & , en nous l'apprenant , fon lamentable portevoix
nous ajouta , d'un ton qui retentit encore dans
le fond de mon coeur : « Capitaine de Bordeaux ,
>> ſecourez-moi ; je manque de vivres ; mon Na-
>> vire fait eau ; nous ſommes à la pompe ſans
>> diſcontinuer ; la petite vérole eſt ſur le bord.
>> Le Capitaine eſt mort , ainſi que le Contre-
>> maître , & depuis trois ſemaines nous luttons
>> tous contre la faim , la foif , la maladie & le
>> déſeſpoir. » A ces mots , Monfieur , à ces mots
terribles , notre ſenſible Capitaine répondit avec
tout le feu du zèle & de l'humanité : mais quoi !
notre Canot , nouvellement repeint , n'étoit pas
en état d'être mis à la mer. Celui du Négrier
étoit troué de toutes parts : cependant un des.
Orficiers de ce dernier Vaiſſeau ſe riſque dans ce
frêle eſquif avec deux matelots occupés à vuider
fans cette l'eau , qui ſans ceſſe entroit , prête à les
Dv
82 MERCURE
,
engloutir. Cependant , leur Navire même ſe rapprochoit
du nôtre : il offroit un coup- d'oeil vraiment
épouvantable. Peignez-vous trois cents Noirs,
nads , déchaînés , malades , pouffant des hurlemens
affreux , entaffés l'un près de l'autre , comine on
encaque des ſardines ou des harengs . Ce ſpectacle
me fit un mal que je neſaurois rendre. Le Canot
nous aborda connie par miracle ; notre équipage
s'empreſſa de prodiguer tous les ſecours poſſibles à
ce Navire infortuné. Mais quelle fut notre ſurpriſe
lorſque , comparant notre eſtime avec la
leur , l'un & l'autre calcul ſe trouvèrent différer
de cent lieues . Dans la poſition où nous étions
près de la terre , quel ſujet de frayeur que cette
incertitude ! Nous pouvions bien nous brifer la
nuit , ſans pouvoir nous en garantir. Nous nous
ſerions perdus îmême de jour ; le temps étoit obfcur
& chargé de nuages noirs. Nous n'avions pas
trouvé de ces marques , de ces oiſeaux , de ces
herbages , qui font conjecturer qu'on approche des
terres , & que les Marins , dans leur idiome ,
nomment des connoiffances . Nous avions vu beaucoup
de Raisins du Tropique , production marine
que les iguorans croyent être une plante , & que
Jes Naturaliftes regardent , au contraire
l'aſſemblage du frar ou des ovaires d'un coquillage ,
dont on pourroit tirer parti pour Fuſage des Arts.
La mer en eft couverte ; mais juſqu'a préſent les
Marins ne ſe ſont pas aviſés d'en porter en Europe.
Ils ont cru que ces grappes n'étoient que du goëmon
, ou du varech ; & les Savans de nos Académies
n'ont pas été à portée de les détromper ;
quoiqu'il en ſoit, ces raiſins ſinguliers que les Matelots
appellent encore Savonettes de mer , ne déſignent
pas nommément le voisinage de la terre. Nous
D'en avions pas d'autre indice , car les poiſlons
volans qui vensient tomber ſur le bord , n'en
comme
DE FRANCE. 83
étoient pas un aſſez précis : nous étions donc trèsinquiets
, & nous paſſaines dans ces tranſes la nuit
du quatorze au quinze.
,
C'eſt dans ces momens de criſe qu'il faut
étudier le caractère des Marins. Un proverbe moderne
dit qu'il faut voyager ſur mer pour appsendre
à prier. En effet , tout notre équipage , dans
la peur du danger , chantoit les prières du foir ,
avec une ouction une dévotion , un accent &
un coeur bien au-deſſus de la ferveur des Béats de
profeffion. C'eſt une très-bonne méthode que les
prières en commun ; mais vous ne pourriez croire
la platitude dégoûtante des oraiſons & des cantiques
que les Aumôniers du Navire font répéter
aux Matelots.
Ne feroit - il donc pas poſſib'e de dicter aux
Marins François , des prières plus raiſonnables ?
Les Hollandois ( qu'il faut citer ſouvent , en fait
de navigation ) , les Hollandois font plus heureux
que nous à cet égard. Ils ont le Traité de la vérité
de la Religion chrétienne , que le célèbre
Hugues Grotius acompoſé en vers Flamands , pour
l'uſage des Matelots qui font le voyage des Indes.
Au reſte , on peut penſer que le ſtyle fait aux
prières beaucoup moins que l'intention. La pieufe
frayeur de nos Marins fut bientôt diffipée ; car le
15 Décembre on cria Terre , & nous nous reconnumes
à quelques lienes du Cap-François . Nous
en jugeames par l'aspect d'une ſorte de Promontoire
, que l'on nomme la Grange , à cauſe de ſa
figure. En paſſant à la vue des côtes Eſpagnoles de S.
Domingue, le vent, ou la Brife de terre nous apportoit,
la nuit, le parfum des forêts d'orangers & de citronniers
, dont les côtes incultes font encore toutes
couvertes. Cette odeur & la vue de la terre que
nous avions perdue depuis tant de temps , nous
faifoient treſſaillir d'une joie indicible. Nous
D vị
84 MERCURE
n'étions pourtant pas quittes de tout danger. Un
Navire du Havre , qui venoit après nous , étoit
commandé par un homme très-imprudent , pour
ne rien dire de plus. Cet homme voulut nous couper
en entrant dans l'étroit paſſage de la rade du
Cap : nous vimes le moment où ſon étourderie
faiſoit choquer les deux vaiſſeaux , & nous briſoit
à la vue du port , ſur les reſcifs ou rochers à
fleur d'eau , qui enceignent la rade , & que la mer
blanchit d'écume en ſe brifant contre eux . Les
Daines paſſagères jetoient des cris affreux ; notre
Capitaine, affez ſage pour céder le pas au Normand
téméraire , ſauva l'un & l'autre Navire par une
manoeuvre admirable , mais il y fut bleſſé d'un
éclat de poulie. Cet incident déſagréable mêla
quelque amertume au plaiſir du débarquement.
Nous deſcendimes , le 17 Décembre , à trois
heures après midi. Le ſoleil rayonnoit comme au
milieu du mois de Mai , dans le printemps de nos
Provinces. Cependant nous trouvames un Habitane
du Cap , dont le premier propos fut de nous dire
qu'il n'avoit jamais fait fi froid ; il avoit l'air tranfi
fous un habit de diap. Le même ſoir , dans cette
faiſon prétendue froide , nous eumes à ſouper de
petits pois & des aſperges ; le lendemain 18 Désembre
, on nous fervit à déjeûner des oranges
délicieuſes , cueillies dans les haies d'un jardin du
voiſinage. Depuis ce temps , j'ai tous les jours des
bouquets de roſes nouvelles. Ce pays eft vraiment
ſuperbe ; la ville du Cap eſt jolie , & les plaines
qui l'environnent , ſont d'une richeſſe incroyable.
Saint-Domingue vaut un royaume. C'est vraiment
grand dommage que tout y ſoit encore précaire :
on diroit qu'on y vit au jour la journée , ſans
police pour le préſent , fans prévoyance pour l'avenir.
Ce n'eſt là qu'un premier coup- d'oeil ; mais
n'anticipons pas ſur les détails de mon fejour : ce
DE FRANCE. 85
-
ſera le ſujet de quelques autres Lettres. Celle-ci
me paroît fi longue , que j'en ſuis tout honteux.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
DEPUIS EPUIS que nous avons rendu compte du
Début de Mlle Vanhove , nous avons ſuivi
très-exactement cette jeune Actrice dans tous
les rôles qu'elle a joués. C'eſt avec un vrai
plaifir que nous l'avons vue , pour continuer
l'eſſai de ſes talens , préférer les rôles de la
Comédie à ceux de la Tragédie , & nous
aimons à croire que la Comédie Françoiſe a
étépour quelque chofe dans cette préference .
En effet , l'âge & la foibleſſe de Mlle Vanhove
ne lui permettent pas de ſe livrer , ſans précaution
, à l'exercice conftant du genre tragique.
Il ſeroit à craindre que l'uſage des
moyens exaltés & conventionnels qu'exige la
Tragédie , n'altérât la pureté de fon organe ,
&n'affoiblit dans leurgerme les heureuſes
diſpoſitions qu'elle doit à la Nature , à une
intelligence précoce & aux ſages leçons qu'elle
paroît avoir reçues. Le genre comique n'a pas
les mêmes inconvéniens , parce qu'il ſe rapproche
davantage de la vérité. Mlle Vanhove
ya fuivi ſes Débuts avec ſuccès ; & il feroit im
86 MERCURE
poſſiblededonnerdes eſpérances plus brillantes
&mieux fondées. Parmi pluſieurs rôles qu'elle
ajoués ,&que nous pourrions citer, nous choiſirons
celui d'Eugénie , qu'elle a repréſenté
deux fois ; la première , le Samedi 26 , & la
ſeconde , le Mercredi 30 Novembre. Ce rôle ,
un des plus équivoques du Théâtre , eft , par
ſa ſituation , un des plus difficiles à bien remplir.
Il fauty joindre ladécence à la ſenſibilite,
la paffion à la pudeur , la grâce à la vérité ,
oppofer lavertu à la foibleſſe ; fondre les unes
dans les autres , les nuances de tous les divers
ſentimens qui agitent le coeur d'Eugenie
, & faire difparoître ſur-tout ce qu'a de
trop choquant la faute de cette infortunée
fans affoiblir l'intérêt qu'elle peut inſpirer.
Cette tâche eſt très - difficile. Mlle Vanhove
en a vaincu toutes les difficultés , tant par
l'intelligence de fon débit , que par la nobleffe
touchante de fon maintien , & par le charme
qu'elle a fu donner à l'expreffion des fentimens
qu'elle avoit àpeindre. Ellea parlé à tous les efprits
, ému tous les coeurs , & entraîné tous les
ſuffrages. Si dans un âge auſſi tendre , Mile
Vanhove a déjà trouvé l'art de réunir , dans
pluſieurs rôles , l'univerſalité des opinions,
qu'il eft ordinairement fi difficile de rafſembler
; quelle réputation ne mériterat-
elle pas quand l'expérience & la réflexion
auront développé le germe de fes étonnantes
difpofitions ? Sage , décente , raifonnable
& fenfible tout-à- la- fois , elle eft
DE FRANCE. 87
conftaniment à la hauteur de ſes rôles ; elle
ufe de fes moyens ſans les forcer; elle n'outre
rien, & fait , quand il le faut , fubordonner
fon jeu à celuides perſonnages quil'entourent.
Ah!qu'elle nes'écartejamais desſentiers qu'on
lui a frayés ; que, dédaignant le vain preftige
par lequel on ſeduit les ignorans , les éclats &
le charlataniſme qui ſervent à tromper les
fots , elle foit toujours fidelle à la Nature , à la
vérité & aux principes qu'on lui a indiqués ;
alors elle rendra au Public , aux Auteurs & à
l'Art Dramatique un modèle dont notre goût
dégénéré a plus beſoin que jamais , & que les
Partiſans de la Scène Françoiſe défefperoient
de voir reparoître.
Al'inſtant où nous finiſſons cet article , nous
apprenons que Mlle Vanhove vient d'étre
reçue au nombre des Comédiens du Roi ;
nous en félicitons le Public & le Théâtre
François , & nous croyons que cette faveur ,
d'ailleurs méritée , ne fera quajouter au zèle
&aux efforts tant de la jeune Actrice que de
ceux qui ont échiré ſa jeuneſſe, foutenu fes
pas&guidé fon inexpérience. L
88 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en vente Lundi prochain , 12
du courant , la Seizième Livraison de l'Encyclopédie.
Cette Livraiſon eſt compoſée d'une partie
nouvelle ; du Tome premier , première Partie de la
Logique & Métaphysique ; du Tome deuxième , première
Partie de l'Art Militaire ; du Tome quatrième ,
première Partie des Arts & Métiers ; du Tome cinquième
, deuxième partie de la Jurisprudence.
Le prix de cette ſeizième Livraiſon eſt de
24 liv . broch. , & de 22 liv. en feuilles.
La ſouſcription de cette Encyclopédie eſt toujours
ouverte ; elle eſt du prix de 751 liv . On peut
s'adreſſer pour ſouſcrire , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N° . 17 , & chez les Libraires de France
&Etrangers.
Le Tome troisième des Minéraux in- 4°. Prx ,
15 liv. en blanc, 15 liv. 19 ſols broché , 17 liv. relié.
Les Tomes Cinq & Six du même Ouvrage , in- 12 .
Prix , 6 liv. broché , 7 liv. 4 ſols relié.
Le Tome Quatrième des Animaux Quadrupedes ,
formant le Dixième volume des oeuvres complettes
deM. le Comte de Buffon , in-4°. Prix 21 liv. en bl. ,
21 liv. 16 fols br. , & 24 liv . relié.
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fur les différentes préparations du Chocolat , in -fol.
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Harpe, au - deſſus du College d'Harcour. Prix ,
6 liv. avec figures coloriées.
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le Tabac. Prix , 4 livres , & une autre far le
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repréſentées en figures coloriées Prix , 1 liv. 10 fols
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cet Almanach intéreſſant. L'Autear y a fait cette
année des changemens & des augmentations qui
doivent y ajouter un nouveau prix.
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, Nº. 20 , vient de mettre au jour fix
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12 liv. les fix , & plus , ſuivant les manches.
On en trouvera chez le même Artiſte ſur la
Partie de Chafſe de Henri IV , & fix fur Fanfan &
Colas, ainſi que ſur l'Hiſtoire de France, ſur les
Fables de La Fontaine , ſur les Métamorphoſes
d'Ovide , ſur la Géographie, &c. &c.
L'Atlas moderne , grand in -folio de Librairie ,
connu &accueilli du Public ſuivant la Géographie
de feu M. l'Abbé Nicolle de la Croix , auquel on
vient d'ajouter depuis peu la Géographie ancienne
par M. Bonne , premier Hydrographe du Roi , avec
des tableaux hiſtoriques & chronologiques des principaux
Evénemens arrivés depuis les premiers Empires
connus juſqu'au moyen âge , ſervant d'explications
pour chaque Carte ; par M. Degrace , Cenfeur
Royal , avec des Tables de comparaiſon pour
les noms anciens avec les modernes . Ce dernier Ou१०
MERCURE
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que l'Atlas moderne, & en eſt le complément ,
qui le porte à cent feuilles. On vend le tout en
ſemble ou ſéparément.
Un petit Atlas Elémentaire format grand in- 8 °.
avec des Tables à chaque Carte pour faciliter l'étude
aux jeunes Gens à qui il eſt dédié. Il eſt terminé par
un Traité de la Sphère. Prix, 7 liv. 4 ſols broché en
carton.
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Marchands , feuille grand aigle de Hollande. Prix ,
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Roi , ſur lequel on a mis toutes les nouveautés . Prix ,
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ce qu'on peut defirer enGéographie. 1
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àla guérisondes Engelures. C'eſt au ſieur Maille,
Vinaigrier - Diſtillateur du Roi , de la Cour & de
LL. MM. Impériales , que le Public eft redevable de
cebienfait depuis plufieurs années. Cette diſtribution
a recommencé au premier Dimanche de Novembre ,
&continuera juſqu'au dernier Dimanche d'Avril
prochain. Elle ſe fait depuis huit heures du matin
•juſqu'à midi , à ſon magaſin général des Vinaigres ,
rue S. André-des Arcs , la porte-cochère en face de
la rue Haute- Feuille.
On voit que cet Artiſte a ſu acquérir des titres
divers à la reconnoiſſance de ſes Concitoyens.
OEUVRES choisies de Boſſuet , Evêque de Meaux ,
dédiées à Mgr. l'Archevêque de Bordeaux , par
DE FRANCE. 91
M. l'Abbé de Sauvigny. Tomes II & III , in-4 °. &
in- 8°.
Ces deux nouveaux vo umes contiennent en deux
Tomes l'Histoire des Variations . Nous ne pouvons
qu'inviter l'Éditeur à poursuivre cette importante
entrepriſe.
Ess A1fur les bornes des Connoiſſances humaines ,
par M. G. V. D. V.; à laquelle on a joint une
Lettre du même Aus ur ſur la Tolérance Nouvelle
Édition in - 12 . A Lausanne , & à Paris , chez Mérigot
le jeune , Eugène Onfroy , & Barrois le jeune',
Libraires. Quai des Auguſtins.
Nous avons , dans la nouveauté , rendu juſtice à
cet Ouvrage , fait avec ſageſſe& impartialité Cetre
nonvelle Édition est augmentée d'une Lettre ſur la
Tolérance qui mérite les mêmes éloges.
DESCRIPTION des Machines Electriques à Taffetas,
de leurs effets & des divers avantages que
préfentent ces nouveaux apparei's , par M. Rou and
Profeffeur & Démonstrateur de Phyſique expérimentale
dans l'Univerſité de Paris , de la Société
Royale de Phyſique d'Orléans , &c. brochure de
35 pages avec figures Prix, t liv. 4ſols AAmſterdam
, & fe trouve à Paris, chez l'Auteur , hôtel de
Mouy , rue Dauphine , & chez Gueffier , Imprimeur-
Libraire , au bas de la rue de la Harpe.
4 NOUVELLES Obfervations fur la Phthifie Pul
monaire , par M. Raw'in , Médecin du Roi , de la
Société Roya'e de Londres , &c. &c. in- 8 ° . Prix ,
I liv. 10 fols A Paris , chez Méquignon l'aîné ,
Libraire , rue des Cordeliers.
Nous avons rendu juſtice des premiers à l'excellent
Ouvrage que M. Raulin a publié fur la Phthifie
92 MERCURE
pulmonaire; cette Brochure y ſert de ſuite , & y
ajoute un nouvel intérêt.
FRAGMENS fur l'Electricité humaine , par M.
Retz , Médecin à Paris , compoſés de deux Mémoires
in - 12 . Prix , 1 liv. 4 ſols , avec un troiſième
Mémoire ſur le même objet , même prix , par M.
Maſars de Caſelles , Docteur en l'Univerſité de
Montpellier , &c. A Amſterdain , & ſe trouve à
Paris , chez Méquignon l'aîné , Libraire , rue des
Cordeliers .
Le premier de ces Mémoires contient les motifs
& les moyens d'augmenter & de diminuer le fluide
électrique du corps humain dans les maladies qui
l'exigent; le ſecond Mémoire renferme des recherches
ſur la cauſe de la moit des perſonnes foudroyées
, & fur les moyens de ſe préſerver de la
foudre. Au troiſième Mémoire eſt jointe une hiſtoire
du traitement électrique adminiſtré à quarante malades
entièrement guéris ou notablement ſoulagés
par ce moyen, dont onze ſous les yeux des Commiſſaires
nommés par l'Académic Royale des Scien
ces de Toulouſe.
CesMémoires peuvent donner des lumières fur
un objet intéreſſant pour l'humanité.
NOUVEAU Traité des Serins de Canarie , par
MJ. C. Hervieux de Chanteloup ; nouvelle édition ,
à laquelle on a joint le Traité du Roffignol & des
petits Oiſeaux de volière. A Paris , chez Fournier ,
Libraise , rue du Hurepoix.
Cet Ouvrage traite des différentes inclinations
des Serins , de la nourriture qui leur eſt propre , &
de leurs maladies Il peut être utile à ceux qui s'amuſent
à élever ces fortes d'oiſeaux .
DE FRANCE.
93
OEUVRES Complettes de Paul Scarren, contenant
ſa Vie , ſes Lettres , ſon Roman comique avec les
deux Suites & les nouvelles Tragi Comiques , le
Virgile traveſti avec les différentes ſuites, ſon Théatre
, ſes Pièces fugitives , un Diſcours ſur le Style
burleſque , & c. grand in- 8 ° . 7 vol . inprimés ſurbeau
papier carré double , avec le Portrait , brochés en
carton et étiquetés. Prix , 30 liv.
Depuis long temps il manquoit une édition complette
& exacte des Ouvrages de cet Auteur. Celles
de Paris étoient abſolument épuiſées , & on ne pouvoit
en trouver qu'une imprimée en Hollande , en
1752 , dans laquelle ily a des fautes & des omiſſions
confidérables . On a donc corrigé les endroits dé.
fectueux ſur tous les textes que l'on s'eſt procurés ; en
forte que cette édition peut être conſidérée comme
lameilleure de toutes celles qui ontparu desOuvrages
d'un des hommes les plus finguliers que la France
ait produits.
Le fieur CHAUMONT , Perruquier , honoré de
l'Approbation de l'Académie Royale des Sciences
pour quelques découvertes avantageuſes dans ſon
Art , préſenté à cette Compagnie une nouvelle
eſpèce de Toupets en friture naturelle ,
compoſée de longs & courts Cheveux naiſſans , qui
ſont placés ſans tiſſu , très-près de la peau , & d'unc
manière affez ſemblable à ceux qui ſortent natusel.
lement de la tête. Il vient de perfectioner les bordures
de ces nouveaux Toupets; il a trouvé une
nouvelle manière de les rendre bien plus fines &
plus naturelles , qu'aucune autre qui ait paru juſqu'à
ce jour , enſorte quelles s'identifient pour ainſi dire
avec la peau , par le moyen d'une Pommade attractive
, qui les fait tenir ſur la tête ſans aucun
inconvénient imitant la chevelure la mieux
plantée. Le bon uſage de cette Pommade eft re-
,
!
94
MERCURE
connu de pluſieurs Perſonnes de conſidération qui
s'en fervent jou nellement. Il la vend trois livres le
bâton de deux onces.
Il fait auſſi pluheurs fortes de Perruques dans le
goût le plus noveau , entr'autres celles qui font à
Bourſes , où il s'applique encore plus particulièrementà
bien prendre l'air du viſage , & à imiter le
naturel des Cheveux .
Il demeure rue des Poulies, en entrant à gauche,
par la rue Saint Honoré , la première allée.
La Sxième Livraiſon des Estampes pour les
OEuvres de Volta're in 8°. , par M. Moreau le
jeune, Deffinateur & Graveur du Roi & de ſon Cabinet
, vient de paroître.
Ony trouve par-tout cette variété de compofition
, cette exacte fidélité au coſtume & cette grâce
qui caractériſent les productions de cet Artiſte. On
peut dire auſſi que les Graveurs qui ont exécuté
ſes deſſins , MM. Lemire , Longueil , Trière
Halbou , Simonet , Dembrun , Romanet & Delignou
, ont mis un accord dans leurs Estampes ,
au point qu'elles paroiſſent ſorties du même burin ;
& cette harmonie ſi préci uſe dans une collection
auſſi intéreſſante que celle là donne lieu d'ef
pérer que le même ſoin continuera juſqu'à la fin
de l'ouvrage , ce qui n'arrive pas toujours dans
une entrepriſe auffi conſidérable.
د
Cette Livraiſon eſt comme les précédentes , compoſée
de dix Estampes repréſentant les ſcènes
des Guèbres , du Duc de Foix , des Scythes , de
Tanis & Zélide , du Dépositaire , de la Prude ;
de l'Opéra de Sarfon , des deux Tonneaux , de
La Princeffe de Navarre , & du Baron d'Otrante.
Le prix de ceste Livraiſon eſt de 6 liv. On a
imprimé quelques exemplaires ſur du papier vélin :
le prix de ces Livraiſons eſt de 15 liv. On fouf-
:
DE FRANCE.
95
$
crit à Paris , pour cette ſuite , chez M. Morcm
jeune , Deffinateur & Graveur du Roi , rue du
Coq Saint Honoré, près le Louvre,
L'ENLEVEMENT des Sabines , gravé dans la
manière du Deffin , par Mme Lingée, pour ſa réception
à l'Académie Royale de Peinture , Sculpture ,
&c .... de Marſeille , d'après le Deffin original de
M. Cochin , Chevalier de l'Ordre du Roi. Prix ,
12 liv. AParis , chez l'Auteur , rue Saint Thomas ,
Porte Saint Jacques , nº. 22.
Cemorceau , de même grandeur que celui du Lycurgue,
d'après le même Maître , eſt deſtiné à lai
ſervir de pendant. La compoſition en eſt belle ,
riche , digne de ſon Auteur ; & la Gravure , qui en
rend tout l'effet pittoreſque, doit faire honneur au
burin de Mme Lingée.
Les Délices d'Euterpe , quatrième ſuite d'Airs
tirés des Opéras de MM. Gluck , Piccini , Sacchini
, Paifiello , &c. Accompagnement de Clavicin
ou de Harpe , Violon ad libitum , par MM. Edelmann
& Adam . Prix , 6 liv. A Paris , chez M Bailleux
, Marchand deMuſiquede la Famille Royale ,
au Bureau du Journal d'Ariettes Itallennes , rue S.
Honoré , piès celle de la Lingerie.
NUMÉROS S1 & 52 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin . Le Numéro
52 qui termine l'année contient une Table de tous
les Airs qui y ont été employés.
1à 6
Le fuccès de cet Ouvrage périodique ayant engagé
l'Editeur à le continuer , il paroît maintepant
de la ſeconde année les Numéros
pour chacun de ces Inſtrumens. Chaque Numéro ,
qui paroît le Lundi , coûte pour chaque Inftrument
I livre 4 fols. On s'abonne pour l'année chez
92
MERCURE
Couſineau père & fils , Luthiers de la Reine , rue
de Poulies .
TROIS Sonates pour le Clavecin , par Giuſeppe
Hayden , OEuvres XLI & V pour le Clavecin. Prix ,
6 liv . franc de port par la poſte. — Numéros 43 à
49 du Journalde Harpe, par les meilleurs Maîtres ,
cinquième année; chaque Numéro ſéparé 12 fols ;
il en paroît un tous les Dimanches. Prix de l'abonnement
, 15 liv. port franc.-Numéro II du Journal
de Clavecin , par les meilleurs Maîtres , quatrième
année ; chaque Numéro 3 liv. Abonnement pour
douze Numéros, 15 liv. port franc. Numéro s
du Journal Hebbdomadaire , vingt- unième année ,
contenant des Airs de chant avec accompagnement
de Clavecin, par les meilleurs Auteurs ; chaque Numéro
12 liv. Abonnement de cinquante-deux Livraifons
, Is liv. port franc. A Paris , chez Leduc , au
Magaſin de Muſique & d'Inftrumens , rue du Roule ,
ຄ°. 6.
IMPROMPTU,
TABLE.
EpitreàMileAurore , sc Morceaux choifis du Rambler
Couplets chantés à M. le Mar
quisdelaFoyeite,
49 phe , 57
ou du Rodeur , 59
52 Variétés , 70
85
&Norices, 88
Réponse àla Queſtion , 54 Comédie Françoise ,
Charade, Enigme& Logogy Annonces
J'AI lu
APPROBATIΟΝ.
, par ordre de Mgr le Garde des Sccaux , le
Mercurede France, pour le Samedi 10 Décem. 1785. Je n'y
`ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 9 Décembre 1985. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 26 Novembre.
ON écrit de Polocz , que les ex-Jéſuites
de la Ruffie blanche ont tenu , avec la
permiſſion de l'Impératrice , une Congrégation
générale , dans laquelle le Pere Gabriel
Deukiewiez a été élu Vicaire Général.
L'importation du ſeigle étranger en Danemarck
fur des bâtimens Danois quelconques
, fera permiſe juſqu'à la fin du mois de
Juillet prochain , en payant pour la tonne
un droit de 24 schellings , argent de Danemarck;
& cette même importation fur des
vaiſſeaux étrangers aura lieu concurremment
avec les Nationaux , juſqu'à la clôture de
la navigation actuelle.
Pluſieurs Feuilles publiques Allemandes
rapportent l'anecdote ſuivante , ſur laquelle
il eſt permis d'avoir des doutes.
La famille polonoiſe des Princes de Woroniezky
N°. 50 , 10 Décembre 1785.
C
1
( 50 )
:
avoit eſſuyé tantde revers , qu'au commencement
de ce fiecle elle étoit abſolument tombée dans
L'indigence. Un des rejettons de cette famille ſe
vitmême dans la néceſſité de cacher ton origine
& d'entrer au ſervice d'un noble Polonois. Ce
jeune homme s'arrêta un jour dans le cabaret
c'un Juif: le maître de la maiſon , après l'avoir
regardé attentivement , le reconnur & le tira à
part. Votregrand pere & votre pere , lui dit-il ,
>> m'ont comblé de bienfairs , & il eſt juſte que je
>> témoigne ma reconnoiſſance à leur fils. La
>> providence a béni mes entrepriſes ; j'ai de la
>> fortune , & je me réjouis de la partager avec
>> mes ſemblables. Je ne pourrai mourir tran-
>> quillement qu'avec la conſcience d'avoir contribué
en quelque choſe au rétabliſſement du
>> luſtre de votre famille. Promettez -moi de quit-
>> ter votre ſervice &de reprendre votre noma,
Le jeune homme ayant donné ſa parole , le généreux
Iſraëlite le fit habiller convenablement ,mit
à ſon ſervice quatre laquais , & lui fit préſent
d'un caroffe & de pluſieurs chevaux. Quelques
jours après il lui conſeilla de demander en mariage
la fille d'un riche particulier Allemand du
voinnage,& de ſe rendre auparavant à Warſovie,
dans ledeſſein d'y folliciter du Roi une décorarion.
Le Juiflui remitmille ducats pour le voyage.
Le jeuneWoroniezky ſuivit le conſeil de fon
bienfaiteur qui , pendant ſon abſence , négocia
Je mariage projetté : le Prince revint bientôt décoré
d'un Ordre ; quelques ſemaines après ſon
retour , il épouſa l'Allemande avec une dot de
100,000 florins , & la promeſſe d'une pareille
fomme à la naiſſance du premier fils. Ce même
Woroniezky eut deux fils de ſen mariage , l'un
mourut jeune , mais l'autre laiſſa une poſtérité
nombreuſe qui n'a jamais ceſſé de protéger & de
( st )
combler de bienfaits les defcendans du bienfaiteur
de leur ayeul.
N. B. Nous ne connoiſſons ni en Pologne
, ni en Lithuanie aucune famille de
PrincesWoroniezky. Probablementon veut
parler des Princes Wiesnowiecki , deſcendans
du Roi Michel , & dont la famille eſt ,
àce que nous croyons , éteinte maintenant.
DE VIENNE , le 25 Novembre.
Différentes lettres de Presbourg ont annoncé
& confirmé la mort du Prince de
Mecklenbourg-Strelitz , Général - Major au
ſervice Impérial , Colonel d'un Régiment
de Cavalerie , décédé à Tyrnau , à l'âge de
37 ans. Ce Prince étoit frere cadet du Duc
regnant de Mecklenbourg-Strelitz& de la
Reine d'Angleterre. La place de Chancelier
de Hongrie , vacante par la mort du Comte
Efterhazy, n'eſt point encore donnée , excepté
par le Public qui l'adjuge au Comte
Charles Palfy, ou au Comte de Noſtitz.
Dernierenient , l'Empereur étant monté
fur l'échafaud d'une maiſon nouvellement
conſtruite, cette charpente ſe brifa; & S. M.
diton , ne dut la vie qu'au ſecours d'un
ouvrier auquel on adonné 24 ducats de récompenfe&
unepenſion de 300 florins.
Un courier extraordinaire de Milan nous
a apporté la nouvelle de l'heureux accouchement
de S. A. R. l'Archiducheſſe Béatrix
, qui a mis un fils au monde le 2 de ce
mois.
C2
( 52 )
M. Jean-Rochus Dorſſeith , afſocié avec une
Compagnie particuliere , a préſenté au Gouvernement
un plan pour rendre navigable la riviere
de March dans la Moravie , & s'eſt en même
temps offert de mettre ce même plan à exécution
, fous condition que ſa Compagnie auroit le
privilége exclufif , pendant l'eſpace de 20 ans ,
de pouvoir naviguer ſeule ſur ce fleuve. LeGouvernement
ayant fait examiner le ſuſdit plan &
l'ayant trouvé avantageux & utile , a accepté les
offres de l'Entrepreneur , ſous la condition que ,
pendant les 20 ans de privilége exclufifaccordés
à lui & à ſa Compagnie , pour la navigation duditfleuve
, il le rendra tellement navigable qu'il
ſoit , toujours après , propre à la navigation. Les
tentatives répétées qu'on a faites pour rendre
cette riviere navigable garantiſſent affez les avan
tages qu'on doit le promettrede cette entrepriſe ,
qu'on a véritablement déjà commencé.
L'Empereur s'étant fait rendre compte
du ſervice des Officiers attachés à la Cour ,
&de tous les Emploiés aux différens bureaux
&départemens du Miniſtere , & ayant
reconnu qu'un très-grand nombre des uns
&des autres ne rempliſſoient que fort imparfaitement
les devoirs reſpectifs de leurs
emplois , a ordonné , qu'il feroit formé des
liſtes dans tous les Bureaux de Chancellerie
& autres , fur lesquelles les Emploiés fubalternes
feront tenus d'écrire leurs noms &
T'heure à laquelle ils entrent dans le Bureau ,
de même que celle à laquelle ils en fortent.
On affure poſitivement que les Princes
de Moldavie & de Valachie ont reçu de
Conſtantinople l'ordre de faire conſtruire
( 53 )
&d'équipper à leurs dépens un vaiſſeau de
guerre. On recrute auſſi dans ces provinces
pour le ſervice de la Porte.
:
Suité de l'Examen de l'Exposé des motifs
publiés par S. M. P.
LeRoi ne pouvant donc que se persuader, par
tout ce qu'on vient d'expoſer , que la cour de Vienne
ne renoncera pas fitôt , & peut- être jamais , au projet
d'acquérir la Baviere tôt ou tard , d'une maniere
ou d'autre , & que felon les principes , qu'el'e
continue d'annoncer dans ses dernieres déclarations
circulaires , elle s'en réſerve toujours la poſſibilité &
la faculté , Sa Majesté a cru ne pouvoirpas moins
faire pour sa propre fûreté , & pour celle de tout
l'empire d'Allemagne , que de proposer à ses co - Etats
de faire une aſociation , conforme à toutes les conftitutions
fondamentales de l'Empire , nommément
à la paix de Westphalie & aux capitulations des
Empereurs , & fondée sur l'exemple de tous lesfiecles,
tendante uniquement à conferver la conftitution
préſente & légale de tout l'Empire , & chacun de
Ses membres dans la jouiſſance libre & tranquille
de ses droits , états & poffeſſions , & à oppofer à
toute entrepriſe arbitraire , illégale & contraire au
Syſtème de l'Empire.
Tous les argumens , qu'on a apportés juſqu'ici
contre la légitimité d'un échange du duché de
Baviere, font ſi mal- fondés & fi contraires aux
principes mêmes de la cour de Berlin , que cer
tainement il n'est pas étonnant , qu'elle n'ait pu
par- là ſe perfuader , que celle de Vienne ne re
noncera pas fitôt & peut- être jamais au projet
d'acquérir la Baviere tôt ou tard , d'une maniere
ou d'autre , & que ſelon les principes qu'elle a
posésdans ſes dernieres déclarations circulaires ,
( 54 )
elle s'en réſerve toujours la poſſibilité & la
faculté.
Sa Majefté ayant rencontre les mêmesSentimens
auprès des féréniffimes Electeurs de Saxe & de
Brunswick- Lunebourg, Elle vient de conclure & de
figner avec eux un traité d'Union , qui n'est offenfifcontre
personne, qui ne déroge en aucune maniere
à la dignité, aux droits , & aux prérogatives de S.
M. l'Empereur des Romains , qui n'a abfolument
pour but que le maintien du ſyſtême conftitutionel de
T'Empire & des objets , qu'on vient d'énoncer , &
qui ne peut par conséquent ni inquiéter ni offenfer
La cour de Vienne , fi ele a les memes vues & intentions
pour la confervation dudit Systême , comme
on a lieu de s'y attendre , & comme on s'y attend
auffi de la grandeur d'ame & de la loyauté du chefde
P'Empire .
Le but du traité d'Union , ( ainſi qu'on le
nomme) lequel a été conclu & figné , doit
zendre à opposer à toute entrepriſe arbitraire , ille
gale , 5 contraire au Systême de l'Empire. Le
ſuſdit but doit de plus tendre à maintenir chacun
des membres de l'Empire dans la jouiſlance libre &
tranquille de ſes droits , étais & poffeffions. Or il
a été prouvé également de la maniere la plus
évidente , que d'après tous les droits ; d'après les
termes mêmes de l'article XVIII de la paixde
Baden , confi mée par 1 Empereur & par tout
l'Empire , d'après les principes mêmes que la
cour deBerlin a reconnus & pofés publiquement,
la maiſon Palatine de Baviere a la faculté inconteftable
d'échanger ſes Etats , en tel temps
&de telle façon , qu'e'le le juge à propos ; que
le même droit appartient auſſi incontestabler
ment à la maison d'Autriche , comme à tous les
autres états de l'Empire ; & que néanmoins
l'aſſociazion dont il s'agit, tend à êter ce droit
(55 )
auxdeux maiſons , tandis qu'on aſſure qu'elle
n'a d'autre vue que de maintenir chacun des membres
de l'Empire dans la jouiſſance libre & tranquille
deses aroits.
Comment peut-on foutenir , » que cette afſo-
>> ciation ne déroge en aucune manière à la
>> dignité , aux droits , & aux prérogatives de
> S. M. l'Empereur, tandis que par ce moyen
même l'on veut ôter au Chef de l'Empire un
droit, qui appartient à chaque membre indivi.
duel du corps Germanique depuis le premier
juſqu'au dernier ? Comment peut- on foutenir,
que le Traité d'union n'eſt offenfif contre perfonne
, tandis que tout le contenu de la déclaration
de S. M. Prufſienne montre publiquement
que ce Traité eſt dirigé directement contre
S. M. Impériale ? Comment peut- on foutenir
que cette aſſociation ne peut offenſer la cour
deVienne , tandis qu'on ſuppoſe à cette Cour
des entrepriſes arbitraires , illégales , & contraires
au ſyſtème de l'Empire , & que fur cene
fuppofition l'on fonde abſolument les motifs du
foidifant Traité d'union ? Il est vrai , qu'immédiatement
après ces ſuppoſitions l'on ajoute
l'affurance , qu'on doit attendre de la grandeur
d'ame & de la loyauté du Chef de l'Empire les
mêmes vues & les mêmes intentions pour la
confervation du ſyſtême de l'Empire , & qu'on les
en attend effectivement. Mais , ou l'on a
réellement & en vérité cette opinion de S. M.
l'Empereur , ou on ne l'a point. Si on l'a , tout
le Traité d'union eſt ſans motif, fans fujer ,
fans but. Si on ne l'a point , qu'on ne ſe borne
point à de ſimples accuſations vagues d'entrepriſes
arbitraires , illégales , & contraires au
ſyſtême de l'Empire. Qu'on cite ces entrepriſes ,
qu'on lesnomme.
C4
( 56 )
Le Roi n'a donc pu apprendre qu'avec quelque
Senfibil.té & Surprise , que la cour de Vienne fe
recrie contre cette union dans ses déclarations ,
publiquement adreſſsées à toutes les cours de l'Europe
& de l'Empire , & qu'elle tâche même d'y donner
des couleurs odieuſes . Sa Majesté croit n'avoir donné
aucun lieu à un procédé pareil , & avoir plutôt
mérité , qu'on rende plus de justice à la conduite
ouverte , patriotique , & désintéreſſée , qu'ele a
tenue avant & après la paix de Teschen , à l'égard
de tout ce qui regarde la Bavière & la Maiſon
Palatine. Elle n'imitera pas le ton adopté dans les
déclarations fuſdites : elle se gardera bien de réeriminer
: ellese contente de provoquer au témoignage
des Electeurs & des Princes de l'Empire ,
qui atteſteront , que , sans aucune suggestion ni
accusation , on s'eft borné à leur retracer l'inadmiſſibilité
& le dangerde tout échange de la Bavière,
& à leur proposer la concluſion d'un Traité constitutionnel
, tel qu'on peut le montrer à tout le
monde.
Les bruits répandus au ſujet des vues con
traires à la conſtitution de l'Empire , qu'on at
tribue à S. M. l'Empereur , ſont des faits notoires
: & toute la préſente déclaration prouve,
avec combien de fondement & de droit l'on a
repréſenté l'échange de la Bavière comme illicite
& dangereux. Si donc la cour Impériale &
Royale refute les fortes accuſations , avancées
à ſa charge , & montre combien peu elles ſont
fondées , tout le monde impartial peut auſſi peu
le déſapprouver , qu'il doit l'approuver au contraire
, tandis que la cour de Berlin attribue à
S.M. l'Empereur , non-ſeulement au moyen de
bruits répandus de bouche par toute l'Allemagne
& à toutes les autres cours de l'Europe , mais
même par des déclarations , qui y ont été for
( 57 )
mellement remiſes , des entrepriſes tendantes à
ſon propre avantage , contraires aux loix & à
la conſtitution de l'Empire. Il apert au reſte de
foi-même , par ce que nous venons de dire ,
qu'unTraité d'union , dont le motif , le principe
, & les vues ſont tels qu'on l'a montré
juſqu'ici , ne fauroit être ni un Traité conforme
àla conſtitution de l'Empire , ni qu'on ne fauroit
le montrer avec tous ſes articles ſecrets.
Pour ne laiſſer aucun doute fur la pureté de fes
intentions & fur la justice de ses démarches ,
qu'on fait avoir été représentées par - tout dans un
jour défavorable , le Roi s'empreſſe de faire part
de la conclufion de ce Traité d'aſſociation , & des
motifs preſſans qui y ont déterminé les parties
contractantes , .... comme à une Puifſſance ,
qui a toujours pris un intérêt vif & particulier au
bien - être & à la conſervation de l'Empire Germanique.
..
Qu'on confidère avec une équiré impartiale
tout ce qui a été démontré juſqu'ici , & qu'on
juge alors de la pureté ſi vantée des intentions ,
de lajuſtice,des démarches ,& de motifs preffans
de la cour de Berlin .
Le Roi efpère , que ...... reconnoîtra elle-même
e , que
Vinnocence & la légalité de cette union , qu'elle
ne lui refusera pas fon fuffrage , qu'elle en écartera
toute interprétation ſiniſtre , & qu'elle voutra plutôt
contribuer elle-même , par laſageſſe de fes conseils
& de ses mesures , pour qu'il ne foit plus jamais
queſtion d'un échange quelconque de la Bavière
attendu que cet échange est trop contraire aux Traités
& au véritable avantage de la Maison Palatine
ainſi que trop dangereux pour la sûreté de l'Empire ,
pour que les Puiſſances puiſſent jamais y confentir ,
qui ont à coeur le maintien de l'équilibre & du
Lyſtême de l'Empire Germaniqne , qui influe fi
( 18 )
eſſentiellement fur le bonheur & la tranquillité du
refte de l'Europe.
: La conclufion de cette déc'aration , adreſſée
aux membres reſpectifs du corps Germanique
& aux autres cours de l'Europe , eſt principelement
destinée pour les deux Alliés de S. Μ.
l'Empereur, comme étant en même-tems garans
de la paix de Teſchen. Pour ce qui regarde
S. M. Très - Chrétienne , la cour Impériale &
Royale ne doute nullement , qu'elle ne trouve
très-édifiante la requifition qui ui est faite ici ,
pour autant qu'elle eſt diametralement contraire
aux engagemens , qui la tiennent en vertu des
Traités de paix les plus folemnels , en confultant
à cet égard ſon amour pour la justice
univerſellement reconnu & ſon defir d'obſerver
fdèlement les Traités. Comment cette même
requifition a été priſe & jugée par S. M. l'Impératrice
de Ruffie , c'eſt ce que font voir
d'avance les inftructions circulaires , adreſſées à
tous les Miniſtres de la cour de Pétersbourg ,
ainſi que la réponſe , que cette Cour a déjà
donnée à celle de Berlin au mois de Février
dernier.
La fin à l'ordinaire prochain.
DE FRANCFORT , le 29 Novembre.
La Diete de Ratisbonne a rouvert fes
féances le 7 , & l'on s'attend à d'importantes
délibérations . On y agitera , dit -on , l'élection
d'un Roi des Romains , peut être la
création d'un nouvel Electorat , ce qui néanmoins
n'est pas très-probable. L'on a diſtribué
à Ratisbonne un Imprimé juftificatifdes
prétentions de la Maiſon d'Autriche à un
( 59 ).
échange de la Baviere , ſous le titre ſuivant;
De l'Equilibre de l'Europe & de l'Allemagne ,
relativement à l'échange de la Baviere. Cette
brochure eſt attribuée au Baron de Gemmingen,
déja connu par des ouvrages dramatiques.
Il n'eſt point certain, malgré les affertions
contraires , que l'Electeur de Mayence
ait formellement accédé à la Ligue Germanique
formée à Berlin; cinq Miniſtres étrangers
ſe trouvent maintenant à la Cour de ce
Prince , ſavoir; le Comte de Trautmanfdorff
de la partde l'Empereur , le Comte
de Romanzow de la part de la Ruffie; le
Comte d'Okelly , Miniftre de France , le
Baron de Stein , Miniſtre de Pruffe , & le
Baron de Steinberg , Miniftre de l'Electeur
d'Hanovre. Le nouveau Landgrave de
Heffe Caffel eſt encore , plus que ſon pere ,
dans des diſpoſitions favorables à cette Ligue
, à laquelle on continue d'affirmer qu'il
eſt déja réuni. L'Evêque de Wurtzbourg a
embraffé , dit-on , le même parti.
Le 2 Novembre , le Ministre d'Eſpagne à
la Cour de Berlin eut la premiere audience
de S. M. P. , à laquelle il préſenta les Lettres
de créance , &dont il fut reçu avec la
plus grande diſtinction .
Le Roi de Pruſſe a remplacé le Baron de
Riedeſel , fon ancien Miniſtre à Vienne , par
le Comte de Podewills , & non par M. de
Chambrier , comme on l'avoit rapporté. Ce
c6
( 60 )
même Monarque a envoié au Landgrave regnantdeHeffe
Caffel le Collier de l'Ordrede
TAigle Noir que portoit le feu Landgrave.
On a mis en vente les magaſins de proviſions
de bouche , de fourrages & de bois
qu'on avoit établis à Cologne & à Liege
pour les troupes de l'Empereur dans les
Pays-Bas. ?
Le 11 , a été porté à la Dictature de la
Diete un Decret de l'Empereur , par lequel
S. M. I. , en ſa qualité de Chef de l'Empire
, ratifie le Placitum des Etats , du 8
Juillet dernier , concernant la nomination
aux diverſes places vacantes de Généraux
de l'Empire , dont on a publié la liſte il y
aquelque temps .
Par une Ordonnance du 18 Octobre ,
le Landgrave de Heſſe-Darmſtadt a enjoint
aux Juifs de ſes Etats de ſe ſervir , ſous
peine de nullité , de la Langue Allemande
dans leurs titres de commerce & autres actes
civils quelconques .
La derniere Foire de Leipfick a fourni
moins de livres que les précédentes. Le total
des livres nouveaux n'a monté cette
fois qu'au nombre de 897, dont 146 traitent
des matieres. religieuſes , 75 de l'hiſtoire
, & 55 de la Géographie. Les romans
étoient au nombre de 47.
Le 16 de ce mois , le Prince Abbé de
Kempten , de la Maiſon des Barons de Roth
de Schroeckenſtein , eſt mort à Kempten,
dans la coe, année de fon âge.
( 61 )
ITALIE.
DE VENISE , le 13 Novembre.
Le Sénat reçut le 8 des dépêches importantes
de Conſtantinople. Le Baile mande
que la Porte a nommé trois Commiſlaires ,
chargés de faire en Albanie des recherches
au ſujet del'incurfion du Pacha de Scutari
fur les frontieres de la Dalmatie Vénitienne,
&de déterminer les dédommagemens dus
à la République. On ne penſe point que
notre Gouvernement entame de négociations
publiques avec la Régence de Tunis,
avant d'en avoir obtenu une fatisfaction
préalable.
:
DE ROME , le 9 Novembre.
Quelques légeres ſecouſſes de tremblement
de terre's'étant faites ſentirdans la Marche
d'Ancone , & même en cette Capitale ,
Sa Sainteté , pour prévenir efficacement le
retour de ce fleau , a ordonné de réciter
dans toutes les Meſſes la Collecte tempore
terræ motus , de recourir à l'interceffion de
la Sainte- Vierge & des Apôtres S. Pierre &
S. Paul , & de fonner la plus groffe cloche
de chaque Eglife , à une heure de la nuit;
accordant de plus ſept années d'indulgence
à ceux qui , durant ce temps , réciteront le
Salve Regina , trois Pater, trois Ave & le
1
( 62 )
Gloria en l'honneur des deux SS. Apôtres.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 28 Novembre.
Le Vice-Amiral Campbell , revenu derniérement
de Terre-Neuve ſur le Salisbury ,
mouillé à Portimouth , a obtenu de l'Amirauté
la permiſſion de quitter ſon vaiſſeau , &
eſt arrivé le 18 en cette Capitale.
Suivant une lettre de Kingſton , du 14
Septembre , le Capitaine Corran venant
d'Afrique , étoit arrivé dans ce port de la
Jamaïque , après une relâche à la Dominique
, d'où il avoit appareillé le 30 Août,
Pendant ſon ſéjour en cette ifle , on y reçut
avis de la Martinique , que toutes les maifons
des rues baſſes de la ville de S. Pierre
avoient été détruites de fond en comble
par une inondation ſurvenue le 25 Août ,
&que les bâtimens mouillés dans le port ,
avoient tous ou péri , ou éré jettés à la côte ,
ou démâtés par l'ouragan. Des lettres de
$. Chriftophe& de la Barbade font la peinture
la plus triſte des dégâts occaſionnés
dans ces deux ifles par le même ouragan.
On parle de dépêches , adreſſées par la
voiedeterre à laCompagnie des Indes , qui
lui apprennent la nouvelle d'une bataille
dans le Myffour , entre Tippoo- Saïb & les
Marattes. Ces derniers , s'il faut en croire
le bruit du moment , ont été pleinement
victorieux , & ils ont réduit Tippoo à prendre
la fuite , après avoir perdu beaucoup de
( 63 )
monde , ſon artillerie & ſes équipages de
campagne. Selon les mêmes lettres , le paquebotde
laCompagnie, parti en Décembre
dernier , a été pillé près de Bafſora .
Le Tribunal du Banc du Roi avoit condamné
, le 27 Novembre 1784 , l'opulent
Munitionnaire Arkinton , ci-devant Membre
du Parlement pour le bourg d'Heyden dans
le Yorckshire , à un an de priſon , à être
mis une heure entiere au pilori, durant l'époque
de fa détention , & à payer au Roi une
amende de deux mille liv.ft. Malgré tous
les efforts de ce millionnaire coupable de
péculat & de parjure , Londres entier l'a vu
au pilori le 25 , de midi à une heure ;
il s'étoit fait une infinité de gageures pour
& contre l'exécution de cette clauſe infamantede
laSentence; les unsavoient parié so
contre un , que M. Atkinson ne feroit point
pilorié , ouqu'il le ſeroit à huis clos; les autres
, 10 contre un , qu'avant un an, on en
feroit un Pair d'Irlande , &c. &c.
Le Prince Royal , Ernest- Auguſte , âgé
de 15 ans , ſuivra les traces de fon frere aîné,
le Prince Guillaume Henri , & doit s'embarquer
à bord d'un vaiſſeau au printemps
prochain. Le Prince Adolphe Frédéric embraſſera
la même carriere ; il eſt dans ſa 12 .
année , & continuera ſes études juſqu'à 14
ans &demi. Pour donner à ces jeunes Princes
une idée juſte de la théorie des conftructions
navales, on a mis fous leurs yeux deux
modeles , ſupérieurement exécutés , d'un
( 64 )
vaiſſeau de guerre du premier rang & d'une
frégate ; l'un & l'autre complettement équipés.
Le premier de ces modeles eſt imaginé,
de maniere à s'ouvrir d'un côté , & à laiſſer,
voir toute la diftribution intérieure du tillac
à fond de cale.
On exerce les foldats dans les caſernes
de Chatam à un nouveau maniement des
armes très- extraordinaire . C'eſt , dit on , une
eſpece d'eſcrime avec le fuſil & la bayon
nette. Depuis quelques mois , on l'a introduit
dans divers Corps de l'établiſſement
d'Irlande , & il a été très-applaudi des Généraux
Burgoyne , Pitt , & autres Officiers.
de distinction. On doit l'idée de cette manoeuvre
au Lieutenant Gordon , du 67me.
Régiment. Chaque jour , il exerce à Chatam
un certain nombre de ſoldats , en préſence.
des perſonnes les plus verſées dans l'art mi
litaire : juſqu'à ce jour , cette méthode eſt un
fecret; fon Auteur , actif& intelligent , paffe
pour la meilleure épée de l'Angleterre.
On eſtime que la vente des terres de la Couronne
pourra produire un & demi million ſter) .
Si l'on avoit ſuivi l'ancien plan de les affermer ,
la rente qu'on en eût tirée ſe ſeroit montée environ
à 140,000 liv: ſterl . Il eſt facile de reconnoître
lequel de ces deux plans eût été le plus avan
tageux à l'Etat. Le produit de la vente des terres
ne peut acquitter qu'une très-petite partie de la
dette publique , au lieu que par le premier plan ,
& la génération actuelle & les générations futures
euſſent été aſſurées de jouir à perpétuité de la
vente annuelle de ces terres. ( Il eſt ſuperflu de
dire que cette réflexion appartient aux Adver
( 65 )
faires de M. Pitt , qui peut- être n'a pas même de
Pro projet arrêté à ce ſujet. ) C
Les mouſſelines de la Manufacture de
Glaſgow ont été portées à un tel point de
perfection , qu'elles égalent preſqu'en beauté
celles de l'Inde. On eſpere qu'avant peu
d'années cette Manufacture ſera en état de
fournir cet article à tout le royaume. On a
conſtruit dernierement diverſes machines
propres à cette fabrique , & dont le plan
avoit été donné par le ſieur Arkwright ,
inventeur des fameuſes machines à filer le
coton : elles ont réuſſi au-delà des eſpérances.
Une lettre de Terre- Neuve en datte du 2ο Ολο
bre , apportée par le Salisbury , parle ainſi de
l'état de cette Iſle. >> Tout annonce que nous
>> aurons un hiver très-dur ; mais graces à Dieu
>> cette perſpective ne nous allarme point , vû
que nous avons en abondance des proviſions de
>>>toute eſpece , exportées de l'Angleterre & de
>> l'Irlande pendant le cours de l'été , & dont le
>> débit a été très-avantageux. Les habitans des
>> Ifles St. Pierre & Miquelon ont obtenu de
> leurs Gouverneurs la permiſſion d'acheter ici
>> les articles qui leur manquoient , & nous leur
>> avons donné àcet égard toutes les facilités qu'ils
>> pouvoient defirer. Il ne s'eſt élévé cette année
>> aucun différend au ſujet des limites de la pêche.
>> La nôtre a été une des plus heureuſes dont on
> ſe ſouvienne. On a vu à la fois jeſqu'à 220
>>>bâtimens anglois ſur le banc de Terre- Neuve ,
>& le poiſſon qui y abondoit s'eſt trouvé de la
>>>meil'eure eſpece. La nouvelle méthode adoptée
l'année derniere pour apprêter & faler le poif
1
( 66 )
fon a parfaitement réuſſi. Environ 40 de nos
>> bâtimens ont fait deux voyages dans la Méditerranée.
«.
M. Jean Howard , ce généreux citoyen ,
qui a dépensé plus de 20,000 liv. ſterl. en
recherches ſur l'état des priſons de toute
l'Europe , & fur les moyens d'améliorer
celles de la Grande-Bretagne , s'eſt embarqué
pour la Méditerranée , dont il va viſiter
les Lazarets; on eſpere qu'il publiera le
réſultat de ſes obſervations , comme il l'a
fait à l'égard des priſons .
Suivant des lettres du Canada , cette Colonie
reçoit un grand nombre d'Emigrans des Etats-
Unis. Les nouvelles taxes impoſées ſur les Américains
, & dont ils étoient affranchis avant la
révolution , entretient parmi eux le mécontentement.
Si cet eſprit d'émigration continue à ſe
manifeſter , il donnera plus de conſiſtance aux
Colonies qui nous reftent dans l'Amérique Septentrionale.
Un Bâtiment venant de Baltimore eſt arrivé
àHallifax avec un nombre de familles qui ont
quitté le Maryland.
Un plaiſant , ennuyé des Commentaires
&des brochures puériles publiées ſur la vie
du Docteur Johnſon , a adreſſé les queſtions
ſuivantes aux faiſeurs d'Ana.
Ne vous ſouvient- il point , leur dit- il , fi cet
immortel Ecrivain mouchoit la chandelle avec
ſes doigts & des paroles qui lui échappoient à
cette occafion ?
Lorſqu'il attiſoit le feu , ſe ſervoit- il d'abord
de la pêle , ou bien des pincettes , & ne s'est- il
jamais plaint du charbon d'Ecoſſe ? ( Le Docteur
( 67 )
Johnson ne penſoit pas favorablement desEcoſſois
qu'il a fort mal traités dans ton voyage auxHé,
brides. Le charbon d'Ecoſſe eſt le plus eſiimé &
celui qu'on brûle dans les appartemens. )
Ses boucles de ſoulier étoient - elles rondes ,
ovales ou quarrées , de métal , d'argent ou
d'acier?
-Quand il prenoit médecine , n'a- t- on pas remarqué
quelque particularité notable dans cette
opération?
Exprimoit-il ſon approbation au ſpectacle en
frappant avec ſa canne ? Cette recherche eſt trèsimportante
, parce qu'on pourroit ſubſtituer le
nom d'applaudiſſement Johnfonien à celui de notre
ancien Trunk Maker.
Son livre de prieres étoit-il un in-80, ou un
in11223&aattoonn quelque preuve qu'il ait moralité
fur les fauciſſes de porc ?
A-t-iljamais donné ſon opinion fur les ballons,
& fur la qualité digestive du lapin de Fran
ce? &c. &c.
Il s'eſt paffé , il y a quelques jours , une
ſcene comique aux Affiſes de Midleſex. Une
jeune&jolie fervante s'étoit pourvue d'un
Warrant ( décret , ordre d'arrêter ) contre
unjeune homme qu'elle accuſoit d'un attentat
ſur ſon honneur. A l'examen , pardevant
la Barre du Tribunal , elle ſoutint que
l'accuſé l'avoit attaquée à pluſieurs repriſes ,
mêmejuſqu'à l'étrangler. Le Magiſtratl'ayant
requiſe de détailler plus particulierement
cette violence, elle répondit que le drôle
lui avoit pris pluſieurs baiſers avec beaucoup
d'emportement ; & que , ſi elle n'eût pris la
fuite , elle étoit menacée des plus ſérieuſes
1
( 68 )
conféquences. Le Magiſtrat lui obſerva que
ce cas là fortant de la regle commune , il
lui conſeilloit un accommodement , dont
elle ne voulut point. Alors le Juge prononça
que , ſuivant la loi Moſaïque , la
choſe volée devoit être reſtituée : >> On
>> vous a pris des baiſers , rendez les ; & ren-
>> dez les au décuple , ſi vous n'êtes pas fa-
>>>tisfaite d'une reſtitution égale . >> Toute
l'Audience éclata de rire ; & John &Betty
ſe retirerent pour accomplir la lettre de la
Sentence.
!
Le Lady's Magazine raconte en ces ter
mes l'hiſtoire d'une finguliere gageure , tirée
du Journal d'un voyageur ; c'eſt ce
voyageur qui parle :
24
C'eſt
La veille de mon départ de ***, me promenant
le ſoir dans la cour de l'auberge , je
vis entrer un homme conduisant un cheval
par la bride. Il s'adreſſa au garçon d'écurie
, & lui recommanda de prendre ſoin de
La monture . Celui-ci lui dit : « Monfieur , cher-
>>>chez une autre auberge , s'il vous plaît , celle-
>>ci eſt remplie de voyageurs ; l'écurie eſt pleine
>>& nous n'avons point de lit vacant. »
jufte , mon ami , lui répondit cet homme , demain
matinjene t'oublierai point - Mais , Monfieur,
>> je ne parle point de cela ; je dis que nous ne
>>> pouvons loger nivous , ni votre cheval. »
Celafuffit , te dis je , tu me parois être un bon garçon
, & tu peux compter sur ma parole. Je
>> penſe que cet homme eſt fou , me dit le gar-
> çon , en le voyant s'acheminer vers la cuiſine ;
>> que veux- t-il que je faſſe de ſon cheval ? >> -
Non , lui répondis-je , il n'est point fou, mais plu
( 69 )
tot fourd. Enferme Son cheval , parce que s'il s'en
alloit , zu en ferois responsable.
Je ſuivis cet étranger dans la cuiſine , où l'hôteſſe
lui répéta qu'il n'y avoit point de logement
vacant. Acela il répondit , qu'il lui étoit infiniment
obligé , mais qu'il la prioit de ne point
faire tant de façons avec lui , parce qu'il étoit ſi
fourd qu'il ne pouvoit pas même entendre le
bruitd'un canon. Auffi-tôt il prit une chaiſe &
s'approcha du feu. L'hôteſſe embarraſſée , demanda
à ſon mari ce qu'elle devoit faire , & après
s'être conſultés , ils déciderent de le laiſſer paſſer
lanuit ſur ſa chaife. Je rejoignis mes amis pour
leur raconter la finguliere aventure dont je venois
d'être témoin ; ils en rirentdebon coeur ainfi que
moi , mais je ne préſageois point alors combien
ceperſonnage alloit m'être incommode. Le ſouper
étant ſervi ,voilànotre homme qui entre à la
ſuite du garçon , qui prend une chaiſe & ſe met
à table à côté de la porte. Nous lui obſervâmes
que nous ne voulions point admettre d'étrangers
parmi nous , & qu'il feroit infiniment mieux à
la table d'hôte. Nous articulâmes cette déclararation
le plus diftinctement que nous pûmes , mais
ileut l'air de penſer que nous lui offrions le haut
bout de la table , & que nous le preſſions de
l'accepter. Il s'en défendit , aſſurant qu'il ſe trouvoit
très bien , &qu'il ne le déplaceroit pas.
Voyantque nous ne pouvions nous faire entendre,
nous le laiſſames , & il fit honneurà notre ſouper.
Lorſqu'on apporta la carte , il jetta deux ſchellings
ſur la table; mais comme ſon écot montoit
beaucoup plus haut , nous fames de nouveaux
efforts pour lui faire comprendre qu'il ne donnoit
point aſſez ; ce fut en vain , & il répondit qu'il ne
ſouffriroit point que nous payaſſions pour lui ,
que quoiqu'il fût vêtu ſimplement , il ne man
-
( 70 )
quoit pas d'argent;&pour nous leprouver,il nous
montra pluſieurs guinées. Quelques inſtans après,
notre homme vit une ſervante qui portoit une
baffiroire ; il la ſuivit & nous laiſſa le champ
libre pour rire à fes dépens. Cependant notie
ga'eté ne dura pas long temps. La ſervante entra
précipitament dans l'appartement où nous étions ,
& me dit , que ſi je n'allois point défendre mon
lit, le fourd s'en empareroit. Ceci me parut
mériter attention , & j'engagai mes amis àme
prêter main- forte. Nous courûmes à ma chambre
; mais nous trouvâmes la porte fermée; que
faire? Crier ne nous eût ſervi à rien; nous primes
donc le parti d'enfoncer la porte: nous nous y
préparions lorſque nous entendimes parler notre
honime: voisi ce qu'il difoit.
«Que je fuis ma heureux ! Je ſuis fi fourd que
>>de>s voleurspourroient brifer ma porte fans que
>>j'en fuſſe inſtruit par le moindre bruit. Quel
>>parti prendrai-je ? Il n'y en a qu'un , c'eſt de
nepointmecoucher,deconferverde la lumiere
& de brûler la cervelle au premier homme qui
>> ofera entrer dans ma chambre » Cet avis fit que
nous nous retirâmes en filence , & je paſſai la nuit
dans un fauteuil. Le lendemain ,la premiere per
ſonne que je vis ,fut notre ſourd ; it m'adreſſa la
parole&me dit :«Monfieur, j'oſe eſpérer que
? vous me pardonnerez d'avoir pris votre lit ,
>>lorſquevous faurez mon hiſtoire. J'ai parie
>> avec un de mes amis auquel on avoit refuſéun
>>logementdans cette auberge , que j'en trouve-
>>rois un. La gageure fut de trente guinées ,&
>> vous avez vu quel mogen j'ai employé pour la
>> gagner. Mon intention eſtde vous dédomma
>>ger de la mauvaiſe nuit que je vous ai fait paf-
» ſer , & de vous offrir , ains qu'à vos amis un
>>bon déjeuner chez moi. La plaifanterie me
( 71 )
parut fors boune; mais nos affaires ne nous permettant
point d'accepter ſes offres , je le remerciai
: il nous quitta en renouvellant ſes excuſes.
Il paya largement le garçon d'écurie , ſe mit en
ſelle & partit au galop.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 30 Novembre.
Le ſieur d'Agay , à qui le Roi a accordé
l'adjonction à l'Intendance d'Amiens , a eu
l'honneur d'être préſenté, le 20 de ce mois ,
par le fieur de Calonne , Miniſtre d'Etat ,
Contrôleur général des Finances, &de faire
ſes remercîmens à Sa Majeſté.
i
Le Comte d'Angeville , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préſenté
au Roi , a eu , le 14 de ce mois , celui
demonter dans les voitures de S. M. &de la
ſuivre à la chaſſe.
Le fieur de Bellecombe , Maréchal-decamp
, Grand Croix de l'Ordre de Saint-
Louis , de retour de ſon gouvernement de
Saint-Domingue , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi ,le 20, par le Maréchal de Caftries
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat , ayant le
département de la Marine. Il a eu également
l'honneur d'être préſenté , le 27, à laReine &
à la Famille Royale..
LeComte de la Luzerne , Lieutenant-général
des Armées du Roi , que S. M. a ci-devant
nommé au gouvernement de SaintDo
I
( 72 )
mingue ,acu l'honneurde prendre congédu
Roi le 26 , étant préſenté par le Maréchal de
Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département de la Marine.
Le Roi a nommé Monſeigneur le Duc
d'Angoulême Colonel-propriétaire du Régiment
d'Infanterie Savoie-Carignan , qui portera
le nom d'Angoulême. Le Comte de Sérent
, qui a été nomméColonel en fecond de
ceRégiment , a eu , le 28 , l'honneur d'être
préſenté, en cette qualité , à Sa Majeſté.
Leurs Majestés & la Famille Royale ont
ſigné , le 27, le contrat de mariage du Marquis
de Piercour , Officier au Régiment des
Carabiniers , avec Demoiselle deRothe.
Le même jour , la Comteſſe Demetrius-
Comnène a eu l'honneur d'être préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale , par
la Comteſſe de la Tour-d'Auvergne.
DE PARIS, le 3 Décembre.
Cinq Provinces riveraines de la Loire , la
Touraine , le Blaifois , l'Orléanois , le Saumurois
& l'Anjou gémiſſoient depuis plus
de foixante ans ſous la dureté d'une loi fifcale
, qui leur interdiſoit les débouchés de
leurs vins : elles viennent d'être affranchies
de ces entraves , par un Arrêt émané de la
justice du Roi & de la ſageſſe du Miniftere.
Cet Arrêt du Conſeild'Etat du Roi , qui ſufpend
l'exécution de ceux des 10 & 22 Mai
1722 , ainſi que de l'article V. de l'Ordonnance
( 73 )
nance de 1687 , ordonne que l'affianchifſement
accordé par les Lettres Patentes du
mois d'Avril 1717 , & par l'art. IV. de ladite
Ordonnance de 1687 , aura lieu en faveur
des Provinces de la Loire. L'Arrêt eft
du 11 Novembre dernier.
Un Eccléſiaſtique , nommé Etienne Brun ,
attaché au ſervice des priſons du Châtelet ,
a , par ſon teſtament , légué une fomme de
6001. pourles beſoins d'un prifonnier au Châtelet,
de l'un ou de l'autre ſexe, qui aura été,
par Sentence , déchargé de l'acculation intentée
contre lui ; & illaiſſe aux Ma iftrats
la liberté d'appliquer cette aumône à ser
gré. Ce vertueux donateur avoit vu de trasprès
toute l'horreur du fost de tant de înalheureux
, victimes d'une accufation , & le
plus ſouvent ruinés au fortir de leurs cachos.
Le Journal Général de France rapporte ,
ſur un témoignage authentique , une clar e
finguliere du teſtament olographe de M.
Groſley , dont nous avons annoncé la mort
le 18 du mois paffé.
>>>Je legue , dit le Teſtateur , une femme de
> 600 liv. pour contribution de ma part du mo-
>> nument à ériger au célèbre Antoine Arnauld ,
>> ſoit à Paris , ſoit à Bruxelles . L'élude ſuivie
> que j'ai faite de ſes écrits , m'a offert un hom-
» me , au milieu d'une perſécution continue ,
>> ſupérieur aux deux grands mobiles des dé
>> terminations humaines , la crainte & l'eſpé-
>>>rance , un homme détaché , comme le plus pare
>> fait Anachorète , de toutes vues d'intérêt &
>>>d'ambition , de bien- être & de ſenſualité , qui
N°. 50 , 10 Décembre 1785.
d
( 74)
dans tous les temps , ont formé les recrues de
>> tous les partis. Ses écrits ſont l'expreſſion de
» l'éloquence du coeur , qui n'appartient qu'aux
>> ames fortes & libres. Il n'a pas joui de ſon
>> triomphe. Clément XIV lui en eût procuré les
>>>honneurs . en faiſant dépoſer fur fon tombeau
>> les clefs du gran-jefu , comme celles du Châ-
>> teau-neuf de Randan furent dépoſées ſur le
cercueil de du Gueſclin » .
On nous mande de Cerifier un fait d'Hiftoire
naturelle , dont on a vu fréquemment
des exemples , & qui mérite d'être rapporté
dans ſes principales circonstances,
Le 3 Octobre dernier , il s'eſt ouvert dans
la prairie , entre Vaudeurs & le hameau de
Grange-ſeiche , ungouffre qui d'abord n'avoit
qu'environ fix pieds de diametre. On voyoit
l'eau bouillonner à travers les terres qui venoient
de s'écrouler ; quelques heures après ,
ce gouffre s'étendit juſqu'a quinze pieds de
diametre. Dans la nuit ſuivante, les puits du
hameau deGrange-ſeiche , à deux ou trois cens
pas au-deſſus , éprouverent une crue d'eau aſſez
ſenſible ; dans quelques-uns , l'eau groffit de
quinze pieds. Les puits de Vaudeurs , au-deſſous
de cet abyme d'environ 500 pas , ont éprouvé
un effet contraire ; tous ſe ſont troublés&ont
beaucoup baiffé; quelques-uns même ont manquéd'eau.
Les fontainesde Vareille, à cinq quarts
de lieue au-deſſous , toujours dans la même
gorge , ont éprouvé le même effet ; & faute
d'eau , le moulin de Vareille a ceſſé de tourner.
Quelques jours après , les fontaines de
Vareille ont recommencé à fournir de l'eau ,
mais en fi petite quantité , que le moulin eft
encore hors de ſervice. Les puits de Vaudeurs
ont donné de l'eau , mais juſqu'à préſent en
( 75 )
bien moindre quantité qu'auparavant. Quatre
jours après , le gouffre avoit 24 pieds de diar
metre & 20 pieds de profondeur, dont fix remplisd'eau.
Il exiſte au- deſſus de cet endroit , dans un
village appellé Arces , au pied de la forêt
d'Othe , deux fontaines dont le ruiſſeau grofi
dans ſon cours par quelques ſources , couloic
autrefois à Grange ſeiche , Vaudeurs & Vareilles
, & en atroſoit les prés. Depuis très-longtemps
, ce ruiſſeau ſe perdſous terre. Sans doute ,
ceruiſſeau en excavant les terres , a produit une
caverne affez conſidérable pour occaſionner la
chute deterrein dont je viens de parler. Les habitans
de ces endroits ſouhaiteroient trouver un
moyen de foutenir ce ruiſſeau & d'en diriger le
cours par un autre endroit; mais il ſeroit àdeſirer
que l'Etat vint àleur ſecours. Il eſt à craindre
que quelques maiſons qui ſe trouvent bâties ſur
la même ligne ne s'enfoncent quelque jour , &
on appellera cela un tremblement de terre.
ACeriziers ce 23 Novembre 1785 .
Nous avons reçu diverſes lettres fort
étendues au ſujet du canal du Rhône , exécutable
ou non ; leurs auteurs nous pardonneront
de ne point entrer dans ces difcufſions
étrangeres à l'objet de ce Journal ;
mais nous ne pouvons nous refuſer le plaiſir
de citer l'idée qu'a inſpiré ce Canal à un
Lecteur des Commentaires de Célar. Voici
comment il s'exprime :
Mrs ,je ſuis très- étonné que vous ayez paru
douter de la poſſibilité de joindre le Lac de
Neuchâtel , celui de Genève & le Rhône , par
un canal de navigation ; vous auriez été moins
incrédult, fi vous aviez lu les Commentaires de
da
( 76 )
Jules César de la traduction de M. de Wailly ; vous
y auriez vu qu'anciennement , l'on a monté ,
avec la plus grande facilité , le Rhin ſur le Jura,
pour le faire couler en Franche- Comté , & de-là
dans les Evêchés .
ود
,
Je me fais un plaisir , de tranfcrire ici , pour
votre instruction , ce morceau curieux , que vous
n'avez pas l'avantage de connoître : >> A l'égard
>> du Rhin , il prend ſa ſource chez les Grifons
>> qui habitent les Alpes ; & il coule long tems
« avec rapidité au travers du pays de Vaud ,
>> de la Suiffe , de la Franche- Comté , du pays
Meffin de l'Alface , & du territoire de
» Trêves , &c.... Un Profeſſeur m'a aſſuré ,
que la traduction de M. de Wailly étoit trèsexacte
; effectivement , j'ai trouvé dans un
Dictionnaire Latin -François , que les Nantuates
étoient les peuples de la Gaule Celtique , qui
habitoient le pays de Vaud & le bas-Valais ;
Helvetii les Suifſſes ; Sequani les Francs- Comtois ;
Médiomatici les peuples de Mets , &c. : ces
deux mots , citatus feftus , ſignifient auſſi , coule
avec rapidité ; d'après cela , il reſte démontré
que le Rhin couloit autrefois avec rapidité , per
finesnantualium & fequanorum , au travers du
pays de Vaud & de la Franche- Comté ; ce qui
ſuppoſe néceſſairement qu'on lui avoit pratiqué
un canal par le Jura .
...
Nous n'avons pas l'avantage de connoître
la traduction de M. de Wailly , ni le
Dictionnaire conſulté par notre ſavant Correſpondant
; mais nous sommes convaincus
qu'aucun Profeſſeur ni aucuns Dictionnaires
n'ont jamais pu faire couler le Rhin en
Franche- Comté & dans le pays de Vaud.
Notre autorité en cela est tout fimplement
pelle de Jules Céſar lui-même , qui étoit un
( 77 )
Profeſſeur de Géographie & de bon fens ,
autant que d'art militaire & d'éloquence .
>>>Les Helvétiens , dit- il , feroient conte-
>> nus par la nature même des lieux ; d'un
>> côté par le Rhin qui ſépare l'Helvétie de
>> la Germanie ; de l'autre par le mont Jura
>> très-élevé , entre les Séquanois & les Hal-
>> vétiens ; enfin par le lac Léman & le
» Rhône » . Comme on voit , il n'eſt pas
queſtion d'un canal du Rhin ſur le Jura ;
canal qui eût traverſé la Suiſſe entiere , foixante
lieues de montagnes non interrompues
, & affez extraordinaire afſurément ,
pour que l'Oppreſſeur de Rome en dît un
mot. Les Nantuates ; dont il parle ailleurs ,
étoient les habitans du Rhintal & des environs
du lac de Conſtance. L'Auteur de
la Lettre les confond avec les Antuates , peuples
du pays de Vaud , du Valais , du Bugey
, &c . &c. Jules-Céſar détermine trèsclairement
la poſition des uns & des autres ;
& il ne faut pas croire , ſur la foi d'un Dictionnaire
, qu'on porte le Rhin au fommet
du Jura , des Voſges , comme on éleve un
bras de la Seine ſur la colline de Mariy.
De Lille , le 22 Nov. » . La 16e expérience
>> de M. Blanchard a eu lieu le 19 , à Gand ;
>> mais Mad. de l'Epinard , qui avoit déjà pris
>> place dans la nacelle , & reçu de M. le Prince
>> de Ligne & des autres perſonnes qui entou-
>> roient le Ballon , les complimens dus à ſon
>> courage , s'eſt vue forcée d'en deſcendre :
elle avoit les larmes aux yeux; ce qui té-
>> moignoit aſſez ſon dépit , & le regret qu'elle
:
d3
( 78 )
> éprouvoit d'être dans la dure néceffité d'a-
>> bandonner ſon compagnon. L'acide & le fer
>dont M. Blanchard a été obligé de ſe ſervir,
érant , felon lui , de la plus mauvaiſe qualité
, le Ballon s'eſt à peine rempli à moitié,
» & n'a jamais pu enlever deux perſonnes .
Comme on s'attendoit à voir une femme dans
» les airs , l'expérience n'a pas été flatteuſe ,
⚫ ni pour l'aéronaute , ni pour le public , qui ,
> en ce moment , ſe contentoit de prendre part
>> au vif chagrin de Mad. de l'Epinard « .
La reclamation ſuivante , dont nous ne
nous mêlerons pas d'apprécier lajuſteſſe ,
mérite d'être généralement connue : le nom
de fon auteur eſt propre à lui donner du
poids.
MONSIEUR ,
J'entends vanter de toutes parts l'habileté
desArtiſtes Anglois & leurs ouvrages ; ce n'eſt
qu'à Londres que l'on trouve des inſtrumens
de Mathématiques bien faits , bien diviſes. Je
ſoutiens moi , & je vais prouver par des faits ,
que nous avons en France des Artiſtes aufi
habiles que les plus intelligens de Londres , &
que la plûpart des objets qu'on vend en France
pour être de Londres , font en effet faits àParis .
'M. Richer , Méchanicien d'un mérite rare ,
a inventé & exécuté une Machine avec laquelle
il diviſe une ligne , c'est-à-dire , la douzième
partie d'un pouce en 1,200 parties , avec une
juſteſſe inconcevable , & avec autant de netteté
fur le verre que ſur les métaux. Il fait des micromètres
très -utiles pour meſurer des petits
objets ; j'ai chez moi des foes de ligne , des
100es , des 200cs , 3000 , 600es , 8000s , 1,200es
de lignes fur verre. Les incrédules qui douteroient
de la vérité de ce que j'avance , peuvent
( 79 )
venir s'en convaincre par leurs propres yeux,
Et qu'on nous diſe après cela que nos Artiftes
font incapables de rien inventer & de rien
exécuter comme il faut.
Il eſt vrai que nous n'avons point encore de
platte-forme à divifer le cercle , & qu'en cela
les Anglois ont juſqu'ici l'avantage fur nous ;
mais eſt ce la faute de nos Artiſtes ? Nous l'aurionsdéjà
cette Machine précieute , fi l'inventeur
(le même M. Richer ) eût trouvé , comme
Ramſden, dans ſes compatriotes des encouragemens
& des fecours. Aujourd'hui , il eſt impoffible
qu'un bomme àtalens ſe faſſe connoître.
Le ſeul moyen qu'il auroit , ſeroit de mettre
fon nom fur fes ouvrages ; mais l'Angleterrien
s'y oppoſe : auſſi tous les Artiſtes de Paris ,
fachant que fans examen nous trouvons mauvais
tout inſtrument ſur lequel ſe trouve un nom
François , préférent-ils de mettre fur-tout ce
qu'ils font London &Ramsden.
• Il en eft de même de tout ; lunettes , têtescopes
, inſtrumens de toute eſpèce , tous ſe font
à Paris , & pour les vendre plus cher , on les
baptiſe de Londres , &c.
Je pourrois citer pluſieurs autres Artiſtes ,
tels que M. Le Noir , qui fait actuellement des
inſtrumens de Marine pour le Roi ; M. Mouſſy,&c.
Mais , outre que je ne les connois pas tous ,
ceux que je cite ſuffiſent pour faire voir qu'il
y en a en France d'auffi habiles qu'en Angleterre
, & nous en aurons un bien plus grand
nombre dans la ſuite , ſi , comme il y a tout
lieu de l'eſpérer , le Gouvernement encourage
ceux qui annoncent des talens , & fur-tout s'il
leur ôre les entraves qu'on leur a données
juſqu'ici , on les attachant aux fix corps de
4
( 80 )
Marchands , qui exercent ſur eux une tyrannie
deftructive .
-
GRENET , Profeffeur au
Collège de Lisieux.
Le ſieur Deſnos , Ingénieur Géographe ,
rue Saint - Jacques , vient de mettre en vente
ſa nombreuſe collection d'Almanachs , pour
l'année 1786 , au nombre deſquels font l'Anacréon
en belle humeur ou le plus jo'i Chanfonnier.
Le petit Chantien. - L'Ovide
François . La journée d'une Jolie Femme.
-Les Sens . -A qui plaît aux Dames.-
Le paffe- tems du Palais Royal. Le portefeuille
d'une Jolie Femme. - - L'ami des Femmes
. Le Secrétaire des Dames. -Les
Jolies Françoiſes . Le Bijou du jour de l'an.
-Le petit Bouace , ou les mille & une folies .
--Toilette des Dames , &c. Chacun de ces
Almanachs est compoſé de jolies chanſons &
orné de douze figures. D'autres ſont avec des
cartes Géographiques , tels que le plus utile
des Almanachs. -Le Néceſſaire aux étrangers.
Tous ces Almanachs_font reliés en maroquin
& fermés d'un ſtyles , & du prix de quatre
liv. dix fols chacun & de cinq liv. port franc.
Les Lettres non-affranchies neferont point reçues.
Les ſieur & dame de Charpignans , âgés
de 79 ans , ont célébré la cinquantaine de
leur mariage , à Fermoutier en Brie , le 22
du mois dernier ; & à cette occafion , ont
fait diftribuer du pain à so pauvres. Lamême
cérémonie a eu lieu le 14 du même
mois dans la Paroiſſe de Matougnes , près
de Châlons- fur-Marne , entre Pierre Mailly
&Cécile Hutin , Laboureurs : cette dermiere
, âgée de 80 ans , avoit été mariée
( 81.)
12 ans enpremieres noces , avant de s'un'r
à ſon époux actuel.
Le Marquis de Corbeau , Chevalier de
l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
eſt mort dans ſon château de Vaulſerre près
le Pont-de-Beauvoiſin , âgé de 48 ans .
François- Alexandre , Conte de Polignac,
Lieutenant - général des Armées du Roi ,
veuf de Françoiſe Elifabeth Feyderbe de
Maudave , eſt mort à Paris , le 13 de ce
mois , âgé de 80 ans .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le i de ce
mois , Cont : 2,64,89,61 , & 41 .
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 4 Décembre.
Le Traité d'alliance entre S. M. le Roi
de France & les Etats-Généraux des Provinces-
Unies des Pays-Bas , ſigné à Fontainebleau
le 10 Novembre 1785 , eſt de
la teneur ſuivante.
AU NOM DE LA TRÈS - SAINTE ET INDIVISIBLE
TRINITÉ , PERE , FILS , ET SAINT-ESPRIT,
AINSI SOIT- IL.
SOIT NOTOIRE à ceux qu'il appartiendra ,
ou peut appartenir en maniere quelconque.
Les marques d'amitié & d'affection que S. M.
le Roi Très-Chrétien n'a ceffé de donner aux
Provinces - Unies des Bays- Bas , & les ſervices
qu'Elle leur a rendus dans des circonstances importantes
, ont conſolidé la confiance de Leurs
Hautes-Puiſſances dans les principes de juſtice
& de magnanimité de ſadite Majesté Très-Chrétienne
, & elles leur ont inſpiré le defir de s'at
ds
( 82 )
tacher à Elle par des liens propres à aſſurer
d'une maniere ſolide & permanente.
Sa Majefté Très- Chrétienne s'eft portée d'autantplus
volontiers à accueillir le voeu de LL.
HH. PP. qu'Elle prend un intérêt véritable à la
proſpérité des Provinces Unies , & que l'unian
qu'il s'agit de contracter avecElles , étant purement
défenſive , ne tendra au préjudice d'aucune
autre Puiſſance , & n'aura d'autre objet que
de rendre plus ſtable la paix entre fes Etats &
ceux de Leurs Hautes-Puiffances , &de contribuer
en même-temps au maintiende la tranquil
lité générale.
Pour remplir un but auſſi ſalutaire , Sa Majeſté
T. C. anommé & autoriſé le très- illuftre
& très-excellent ſeigneur Charles Gravier , comte
de Vergennes , baron de Welferding , &c.
Conſeiller du Roi en tous fes Conſeils , Commandeur
de ſes ordres , Chef du Conſeil Royal
desFinances , Conſeiller d'Etat d'épée , Miniftre
&Secrétaire d'Etat & de ſes Commandemens &
Finances ; & les Seigneurs Etats-Généraux , les
très-nobles& très-excellens ſeigneurs , Matthieu
Leſtevenon , Seigneur de Berkenrood & Stryen,
Député de la Province de Hollande aux Etats-
Généraux & leur Ambaſſadeur à la Cour de
France , &Gérard Brantſen , bourgmestre &fénateur
de la ville d'Arnhem , Conſeiller Grand-
Maître des monnoies de la République , Déparé
ordinaire à l'aſſemblée des Etats-Généraux , &
Jeur Ambaſſadeur extraordinaire & plénipotentiaire
près SaMajeſté Très Chrétienne ; leſquels
après s'être communiqués leurs pleins pouvoirs
en bonne fornie , & après avoir conféré entr'eux,
font convenus des articles ſuivans.
ARTICLE I. Il y auraune amitié & uneunion
Anceres & conftantes entre Sa Majesté Très(
83 )
Chrétienne , ſes héritiers & ſucceſſeurs & les
Provinces-Unies des Pays-Bas. - Les hautes
parties contractantes apporteront en conféquence
la plus grande attention à maintenir entr'elles
& leurs Etats & ſujets reſpectifs , une amitié &
bonne correſpondance réciproques , ſans permertre
que de part ni d'autre l'on commette aucune
forte d'hoftilité , pour quelque cauſe , ou fous
quelque prétexte que ce puiſſe être , en évitant
tout ce qui pourroit à l'avenir altérer l'union
&la bonne intelligence heureuſement établies
entre-Elles , & en donnant au contraire tous
leurs foins à procurer en toute occaſion leur uti
lité, honneur & avantages mutuels.
II. Le roi Très - Chrétien & les ſeigneurs
Etats-Généraux ſe promettent de contribuer autant
qu'il ſera en leur pouvoir à leur fûreté
reſpective , de ſe maintenir&conſerver mutuellement
en la tranquillité , paix , & neutralité ,
ainſi que la poſſeſſion actuelle de tous leurs états ,
domaines , franchiſes & libertés ,&de ſe préſerver
l'un l'autre de toute aggreffion hoftile , dans
quelque partie du monde que ce puiſſe être. Et
pourd'autant mieux fixer l'étendue de la garantiedont
ſe charge le roi Très Chrétien , il eſt expreſſément
convenu qu'Elle comprendra nommé
ment les traités de Munſter de 1648 , & d'Aixla-
Chapelle de 1748 , ſauf les dérogations que
les deux Traités ont éprouvées , ou pourront
éprouver à l'avenir .
III . En conféquence de l'engagement con
tracté par l'article précédent , les deux hautes
parties contractantes travailleront toujours de
concert pour le maintien de la paix, & dans le
cas où l'une delles feroit menacée d'une attaque
, l'autre employera d'abord fes bons offices
Pourprevenir les holtilités ,& ramener lesclie
d6
( 84 )
ſes dans les voies de la conciliation.
IV . Mais ſi les bons offices ci-deſſus énoncés
n'ont pas l'effet defiré , dans ce cas Sa Majesté T.
C. & LL. HH. PP. s'obligent dès- à préſent à
ſe ſecourir mutuellement tant par terre que par
mer. Pour quel effet le roi T. C. fournira àla
République dix mille hommes d'infanterie , deux
mille hommes de cavalerie , douze vaiſſeaux de
ligne & fix frégates ; & LL. HH. PP. dans le cas
d'une guerre maritime , ou dans tous les cas où
Sa Majesté T. C. éprouveroit des hoftilités par
mer , fourniront fix vaiſſeaux de ligne & trois
frégates ; & dans le cas d'une attaque du territoire
François , les Etats-Généraux fourniront
leur contingent de troupes en argent , lequel
ſera évalué par un article ou convention, ſéparé,
àmoins qu'ils ne préférent de le fournir en nature.
L'évaluation ſe fera ſur le pied ſuivant ,
ſavoir 5000hommes d'infanterie & 1000 de cavalerie.
V. La puiſſance qui fournira les fecours , ſoit
en vaiſſeaux & frégates , ſoit en troupes , les
payera & entretiendra par-tout où ſon alliée les
fera agir , & la puiſſance requérante ſera obligée ,
ſoit que leſdits vaiſſeaux , frégates & troupes
reſtent peu ou long-temps dans ſes ports ,deles
faire pourvoir de tout ce dont ils auront beſoin ,
au même prix que s'ils lui appartenoient en propriété
, il a été convenu que dans aucun cas lefdites
troupes ou vaiſſeaux ne pourront être à la
chargede la partie requérante , & qu'ils demeureront
néanmoins à ſa diſpoſition pendanttoute
la duréede la guerre, dans laquelle elle ſe trouvera
engagée. Le ſecours dont il s'agit fera ,
quant à la police , ſous les ordres du chef qui
le commandera , & il ne pourra être employé lé.
parément ni autrement , que de concert avec
Jedit chef; quant aux opérations , il fera entié(
85 )
rement ſoumis aux ordres du commandant en
chef de la puiſſance requérante.
VI. Le roi Très - Chrétien & les ſeigneurs
Etats-Généraux s'obligent à tenir complets &
bien armés les vaiſſeaux , frégates & troupes qu'ils
fourniront réciproquement; de forte qu'autfi-tôt
que la puiſſance requiſe aura fourni les ſecours
ſtipulés par l'article IV, elle fera ariner dans ſes
ports un nombre de vaiſſeaux de ligne& de frégates,
égal à celui énoncé dans le même article ,
pour remplacer ſur le champ ceux qui pourroient
être perdus par les événemens de la guerre
ou de la mer .
VII. Dans le cas où les ſecours ſtipulés cideſſus
ne ſeroient pas fuffiſans pour la défenſe de
la puiſſance requérante , & pour lui procurer
une paix convenable , la puiſſance requiſe les
augmentera ſucceſſivement felon les beſoins de
fon alliée . Elle l'aſſiſtera même de TOUTES SES
FORCES ſi les circonstances le requierent ; mais
il eſt convenu expreffément que dans tous les
cas le contingent des ſeigneurs Etats-Généraux
en troupes de terre , n'excédera pas l'évaluation
de vingt mille hommes d'infanterie , & de 4000
de cavalerie , & la réſerve feite dans l'article
IV en faveur des ſeigneurs Etats - Généraux ,
à l'égard des troupes de terre , aura ſon application.
VIII. Lorſqu'il ſe déclarera une guerre ma
ritime à laquelle les deux hautes parties contractantes
ne prendront aucune part ; Elles ſe
garantiront mutuellement la liberté des mers ,
conformément au principe qui veut que pavillon
ami , Sauve marchandise ennemie : fauf toutefois
les exceptions énoncées dans les articles
XIX & XX du traité de Commerce', figné à
Utrecht le 11 Avril 1713 , entre la France &
les Provinces-Unies , lesquels articles auront la
( 86 )
1
même force & valeur que s'ils étoient inférés
mot à mot dans le préſent traité.
IX. Si ( ce qu'à Dieu ne plaiſe ) l'une des
deux hautes parties contractantes ſe trouve engagée
dans une guerre à laquelle l'autre ſe trouvera
dans le cas de prendre une part directe ,
Elles concerteront entre Elles les opérations
qu'il conviendra de faire pour nuire à l'ennemi
commun, & pour l'obliger à la paix ; & Elles
ne pourront défarmer , faire ou recevoir des propofitions
de paix ou de treve que d'un commun
accord; & dans le cas où il s'ouvriroit une négeciation
, elle ne pourra être commencée &
ſuivie par l'une des deux hau es parties contractantes,
fans la participation de l'autre , & elles
ſe donneront ſucceſſivement communication de
tout ce qui ſe paſſera en ladite négociation.
X. Les deux hautes parties contractantes dans
la vue de remplir efficacement les engagemens
qui font l'objetdu préſent traité s'obligent d'entretenir
en tout temps leurs forces en bon érat ,
& elles auront la faculté de ſe demander réciproquementtous
les éclairciſſemens qu'elles pourront
defirer à cet égard, Elles ſe confieront également
l'état de défenſe où se trouveront leurs
établiſſemens militaires , & concerteront entre
Elles les moyens d'y pourvoir.
XI. Les deux hautes parties contractantes fe
communiqueront de bonne foi les engagemens
qui peuvent exiſter entre Elles & d'autres pui
ſances de l'Europe , leſquels doivent demeurer
dans toute leur intégrité ,& Elles ſe promettent
de ne contracter à l'avenir aucune alliance &
aucun engagement, de quelque nature qu'ils puifſent
être , qui ſeroient contraires directement ou
indirectement au préſent traité .
XII. L'objet du préſent traité étant non-leulement
la fûreté & la tranquillité des deux-hau
( 87 )
tes parties contractantes , mais auffi le maintien
de la paix générale , Sa Majesté Très-Chrétienne
, & LL. HH. PP. fe font refervé la liberté
d'appeller de concert telles puiſſances qu'elles
jugeront a propos à participer & à accéder
aupréſent traité.
XIII . Pour d'autant mieux cimenter labonne
correſpondance &l'union entre les nationsFrançoifes
& Hollandoiſes , il eſt convenu , en attendant
que les deux hautes parties contractantes
faſſent entre Eles un traité de Commerce,
que les ſujets de laRépublique ſeront traités en
France relativement au commerce & à la navigation
, comme la nation la plus favoriſée ; il
en ſera ulé de même dans les Provinces-Unies à
l'égard des ſujets de Sa Majesté Très-Chrétienne.
à
XIV. Les ratifications ſolemnelles du préſent
traité, expediées en bonne & due forme , ſeront
échangées en la ville de Verfailles , entre
les hautes parties contractantes dans l'eſpace de
fix ſemaines , ou plutôt fi faire ſe peut ,
compterdujour de la ſignature du préſent Traité.
En foi de quoi nous ſouſſignés , Ambaſſadeurs
& Miniſtres - Piénipotentiaires , avons
figné de notre main , & en leur nom , le préſent
Traité & y avons appofé le cachet de nos
armes.
✓ Fait à Fontainebleau le to Novembre 1705 .
:
(Signés)
L. S. GRAVIER COMTE DE VERGENNES.
L. S. LESTEVENON DE BERKENROODE.
L. S. GERARD BRANTSEN .
ARTICLES SÉPARÉS
I. Dans le cas où la puiſſance requérante
voudra employer hors de l'Europe le ſecours
qui devra lui être fourni , Elle fera obligée d'en
prévenir auſſitôt qu'il fera poſſible ,&au plus
( 88 )
tarddans trois mois la partie requiſe , afin que
celle - ci puiſſe prendre ſes metures en conféquence.
II. En conséquence de l'article IV du traité
d'alliance figné ce jour , les hautes parties ſont
convenues que mille hommes d'Infanterie ſeront
évalués à io mille florins courant de Hollande
par mois , & 1000 hommes de cavalerie à
30 mille florins méme valeur également par
mois.
III . En vertu de l'alliance contractée ce
jourd'hui , tant Sa Majeſté Très - Chrétienne
que les Seigneurs Etats-Généraux , procureront
&avanceront fidélement le bien & la proſpérité
l'un de l'autre par tout ſupport , aide ,
conſeils , aſſiſtance réelle en toute occaſion &
en tout temps , & ne conſentiront à aucuns
traités & négociations qui pouroient apporter
du dommage à l'un ou à l'autre , mais les rompront
& détourneront , & en donneront avis
réciproquement avec ſoin & fincérité , auſſitôt
qu'ils en auront connoiffance. ;
IV. Il eſt expreſſement convenu que la garantie
ſtipulée par l'article II du traité ſigné cejourd'hui
, comprendra l'arrangement qui eft
fait , ſous la médiation du Roi Très -Chrétien ,
entre l'Enpereur & les Provinces-Unies.
r
V. Les préſens articles ſéparés auront la même
force & vigueur , que s'ils étoient inférés dans
le corps du ſuſdit traité d'alliance figné ce
jourd'hui .
En foi de quoi nous ſouſſignés Ambaſſadeurs
&Miniftres - Plénipotentiaires avons ſigné les
préſens articles ſéparés , & y avons fait appoler
le cachet de nos armes .
Fait à Fontainebleau le to Novembre 1785 .
(Signé comme ci deffus . )
Le Chevalier Harris ,Envoyé extraordi
( 89 )
naire &Miniſtre plénipotentiaire de la Cour
de Londres à la Haye , a remis au Préſident
des Etats-Généraux un Mémoire qui porte
ce qui fuit , ſelon la traduction des Gazettes
Hollandoiſes.
Le Roi ne peut que faire des voeux bien
finceres pour que les moyens que V. H. P. ont
employés pour concilier les différends entre
S. M. l'Empereur &la République puiffent longtems
& ſolidement aſſurer la paix entre les
deux Puiſſances .
S. M. ſaiſit avec plaifir ce moment de tranquillité
publique , pour renouveller à V. H. P.
les afſurances les plus fortes des ſentimens damitié
& de bienveillance pour la République
dont S. M. eſt conftamment animée , ainſi que
toute la nation Britannique.
Ces ſentimeus ne ſont pas moins fondés ſur
le ſouvenir des ſecours eſſentie's que les deux
Pays ſe ſont rendus réciproquement dans le
temps paffé , pour conſolider leur liberté , leur
indépendance & leur religion même , que fur
leurs intérêtsnaturels& permanens , qui devroient
à jamais les porter à la plus parfaite union .
En effet , ſoit qu'on refléchiſſe aux maux
qui , par la ſituation locale des deux Pays , réſultent
néceſſairement & d'une maniere toute
particuliere , pendant la guerre , au préjudice
de leurs intérêts les plus chers de politique &
de commerce , dans les différentes parties du
monde ; ſoit qu'on confidere la ſolidité qu'une
bonne intelliger ce entre Elles peut donner à
leurs poffeffions reſpectives , à la sûreté de leur
commerce , & à la conſervation de la paix générale
, il ſemble que toute prudence bonne politique
ne peuvent que les engager à ſe rapprocher
de plus en plus..
Cependant fi V. H. P. croyent que les diſ
) وه (
enfonsinternesqui depuis quelque temps agitent
malheureuſement la République (& fur lesquelles
le Roi ne peut qu'exprimer ſes regrets ) rendent
le moment actuel peut favorable pour un arrangementdes
intérêts réciproques des deux Nations
( objet toujours defiré par S. M. ) l'on efpere
du moins qu'enfuite des affurances , des
ſentimens du Roi, & de toutes ſes diſpoſitions
cordiales pour la République , V. H. P, jugeront
digne de leur ſageſſe accoutumée , de ne
pas ſe laiſſer impliquer dans des engagemens qui
puiffentenaucuns casles entraîner dansun ſyſteme
contraire aux vues de droiture dont S. M. fat
profeffion,les éloigner d'une baſe ſolide , d'une
neutralité indépendante , & mettre des obftacles
infurmontables au renouvellement d'une alliance
entre les deux pays , lorſque le temps & les circonſtances
pourroientla faire enviſager à V. H.P.
comme étant néceſſaire , & de convenance réciproque
A quoi S. M.ſera toujours prête ,
de fon côté , d'apporter toutes les facilités qui
pourront dépendre d'Elle.
C'eſt par ordre exprès deS. M. que le ſouſſignéa
l'honneurde mettre ſous les yeux de V. H. P.
ces réflexions tendantes à un but ſi ſalutaire ,
dans la ferme confiance qu'Elles voudront y avoir
l'égard que l'importance de l'objet mérite.
Les Etats Généraux ont levé la défenſe
d'exporter des chevaux & des efpeces
hors du territoire des Provinces -Unies.
On parle d'un accord projetté entre le
Rhingrave de Salm & les Directeurs de la
Compagnie Hollandoiſe des Indes Orientales
, par lequel ce Prince s'engageroit à
foumir à la Compagnie un Corps de 6000
hommes , pour la défenſe du Cap deBonne
)
و ا
(
Efpérance & des poſſeſſions Hollandoiſes
dans l'Archipel Oriental .
On commence à perdre toute eſpérance
de revoir à la Haye , cet hiver , la Cour
Stathoudérienne. Le Baron d'Elſpe , Grand-
Maître de la Cour de S. A. S. , eſt parti
pour Loo , ainſi que M. de Biſdom , Tréforier-
Général de l'Union , & Membre du
Conſeil d'Etat.
«Les Papiers Anglois & d'autres Feuilles
>>>publiques avoient dénoncé un aventurier
>> fous le faux nom d'Hyppolite Chamorant ,
>>coupable du plus affreux attentat fur
»M. Mackay , Tapiſſier de Londres , qu'il
>>avoit volé, après l'avoir mis de la ma-
>>>niere la plus barbare , hors d'état d'invo-
>>quer du ſecours. Ce ſcélérat a eu l'audace
>>de venir à Paris , & d'y faire eſcompter
>>un des billets de Banque qu'il avoit ar-
>>rachés à M. Mackay. La Police l'ayant
fait ſuivre , il faillit être arrêté aux Champs-
>>Eliſées par un Inſpecteur de Police, dont
>> il ſe débarraſſa en lui perçant la main ; il
>>reſta enſuite caché deux jours entiers dans
>> les bois de Meudon , & a été enfin arrêté
>> le_23 , rue Michel -le- Comte , dans la
>> chambre d'un Doreur , avec lequel il étoit
>> venu de Bruxelles à Paris. Le nom de ce
>> malheureux eſt Fini ; il eſt de Besançon ;
>> on l'accuſe de crimes antérieurs en France,
» & notamment d'un vol de 40 mille liv.
>> en diamans , fait à la Princeſſe K... , il y a
>> quelque temps. >>
( 92 )
Nous recevons à l'inſtant les détails de
l'exécution du ſieur Atkinson , dont nous
avons parlé à l'article de Londres .
Amidi , on l'avertit de ſe préparer , & environ
neuf minutes après , il fut mis à un pilori , qu'en
avoit érigé dans la cour du marché au bled dans
Mark Lane. Le pilori étoit fait de maniere que
M. Akinſon pouvoit y paſſer , & y pafla en effet
latête, les mains& le corps , juſqu'à l'eſtomac :
il avoit entièrement l'uſage de ſes mains pour garantir
ſon viſage de ce que la populace auroit pu
lui jeter. Il parut très-agité dans le premier moment
, mais il ſe remit bientôt , malgré les huées
&les cris de la multitude. Le bourreau fit tourner
fon prifonnier toutes les fois qu'on le requit de le
faire ; ce qui atriva toutes les cinq minutes, pendant
les 56 qu'il fut au pilori ; les meilleures
montres s'accorderent toutes à avancer de 4 minutes
ſur celles des Sherifs , qui ne s'accordoient
pas entre elles ; il ne reſta en effet au pilori que
56minutes.
Près de 300 conftables tinrent tellement la populace
en reſpect , & à une ſi grande diftance , que
ni oeuf, ni pierre , ni boue , ne purent être jettés
-juſqu'au pilori. Les deux Sherifs , dans leurs carroffes
, le Concierge , ſes Officiers , & ceux des
Shérifs , étoient placés près de lui ; cette armée
formoit un croiffant , qui couvroit entièrement le
priſonnier , qui par-là fut mis à l'abri de tout accident
de la part des ſpectateurs. Du piloti on
tranſporta M. Arkinſon dans la même maiſon où
il avoit été mis le matin , en attendant que la populace
fût diſſipée ; après quoi il fut reconduit à
la priſon du King's-Bench , où il doit reſter juſqu'à
ceque l'amende à laquelle il a été condamné
ſoit payée.
Comme les opinions ont été partagées ſur la
( 93 )
Sentence que M. Atkinson a fubie , il eſt néceffaire
, dit le Général Advertiser , d'apprendre au
Public , qu'un Seigneur très- reſpectable s'étant
adreſſé à 9, M. pour la ſupplier d'exempter le ſieur
Atkinſon du pilori , alléguant pour motif de ſa
requête , que le verdict du Juré avoit été injuſte ,
S. M. ordonna au Chancelier de réviſer la procédure
, & de lui donner ſon opinion ; après l'examen
le plus exact , le plus long , & le plus attentif,
le Chancelier alla trouver le Roi , & lui dit :
• Sire , j'ai examiné avec le plus grand ſoin
toute l'affaire , & je ne puis pas découvrir le plus
léger prétexte , pour exempter cet homme de
fubir la Sentence dans toute ton étendue. »
Paragraphes extraits des PapiersAnglois Gautres.
«Après n'avoir pas réufli dans leur plan de
>>>faire aller le Duc des Deux Ponts & l'Electeur
» de Tréves à Vienne , & de faire changer de
>> ſyſtême à l'Electeur de Saxe , les Nouvelliſtes
> annoncent aujourd'hui avec autant de fonde-
>> ment , que l'Electeur de Hanovre s'eſt détaché
>> de la confédération Germanique ; ce dont il eſt
> certainement très-éloigné. Loin que les mem-
>> bres qui ont accédéjuſqu'ici à cette confédéra
>>>tionſongentà revenir ſur leurs pas , on eſt bien
> afſuré au contraire par des avis directs des diver-
>> ſes Cours de l'Empire , que pluſieurs desMembres
les plus reſpectables qui le compoſent , ſe
>> ſont joints à cette afſociation,Elle acquiert par-
5 là de jour en jour plus de conſiſtance ;& lorf-
> qu'elle aura toute l'étendue & toute la ſtabi-
>> lité dont elle eſt fufceptible , on peut ſe flatter
qu'elle aſſurera pour long-tems la durée du
>> repos & de la tranquillité de l'Europe. C'eſt avec
>> la même véracité, que les gazettes annoncent
∞ à l'article de Vienne , que la cour de Berlin
travaille à contrecarrer le mariage du Prince
Antoine de Saxe avec une Princeſſe de
>> Toseane ; projet qui n'a peut être jamais exiſté
-( 94 )
>> que dans les mêmes gazettes. Enfin , il eſt
> tout auffi peu vrai que la Cour de Versailles
>> ait offert ſa médiation aux Cours de Vienne
& de Berlin , & que cette derniere l'ait acceptée.
( Courier du Bas- Rhin , n. 94 ) ».
“ Onraconte que le Roi de Pruſſe , en donnant
la premiere audience au Prince de Reuff,
>> Miniſtre Impérial à Berlin , lui dit : Vous
>> pouvez affurer l'Empereur , votre Maître ,
> que je ſuis diſpoſé à entrer dans toutes ſes
>> vues & même à les appuyer fortement , pour-
>> vu qu'elles ſoient d'accord avec la juſtice &
lebien-être de l'Allemagne : & pourvu encore
>> qu'elles tendentà maintenir l'équilibrede l'Eu-
>> rope. ( Gazette d'Amſterdam , n. 95).
cc Tandis que notre Gouvernement enfante
>> des chimeres , le Cabinet de Verſailles , plus
>>>habile , conclut avec la Ruſſie , avec la Hol-
>> lande , des traités dont les effets ſeront auffi
35 avantageux pour cette Puiſſance , que préjudi-
>> ciables á nos intérêts. Tel doit être pour notre
>> rival le réſultat des efforts cachés de la ſageſſo
>> quiveilleàſaconduite , & qui applique à toutes
> ſes démarches ,des principes fondés ſur l'expé
rience& fur la pratique, & tel doit être pour
>>> nous le réſultat d'une vaine théorie, & des
égaremens d'unjeune eſprit qui connoît mieux
→ les détoursde la chicanne parlementaire que la
>>marche de la politique. ( Gazeteer general
Advertiser ) .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1) .
Cause entre la veuve & héritiers le Blane , &
les fieurs & Dame Duvignot;-demande en
entherinement de Lettres de reſciſion , contre
une obligation paffée au profit d'un tiers , portant
promeffe d'une pension pendant ladurée d'un
privilege , pour prix dudéſiſtement de l'obtention
de cemême privilege.
( 95 )
En 1778 , le ſieur le Blanc étoit ſur le point
de voir expirer le privilege du Courier d'Avignon
, qu'il avoit obtenu en 1760 pour 18 années
& i s'occupoit des démarches néceſſaires pour
parvenir à le faire renouveller. Dans le même
temps le ſieur Duvignet ſe donnoit des mouvemens
à l'effet d'obtenir pour lui le même privilege
qui dépend du Pape. Le ſieur Duvig not
ſe thattoit de pouvoir le faire demander à Sa
Sainteté par la Reine de France. Le ſuccès paroiſſoit
afſſuré avec une protection auſſi puiſſante.
Le ſieur le Blanc en fut inſtruit , & il crut qu'il
ne lui reſtoit d'autre parti à prendre que de
faire des propoſitions avantageuſes au fieurDuvignot
, pourl'engager à ſe déſiſter des ſollicitations
qu'il faiſoit pour obtenir le privilege dont
il s'agit. En effet , le ſieur le Blanc lui propoſaune
penſion de 3000 livres , reverfible fur
la tête de la Dame Duvignot , & enſuite ſur celle
de ſes enfans; plus , d'une ſomme de 600 liv.
pour le ſieur Duvignct, ſon frere , pendant la
durée du nouveau privilege à obtenir. Ces offres
furent accéprées , & le ſieur Duvignot ſe réunit
au fieur le Blanc , pour lui faire obtenir le renouvellement
du privilege , qui lui fut accordé
en 1779 ,pour 18 ans. Le ſieur le Banc a
été fidelle à ſes engagemens ; il a payé les
penſions promiſes , quoiqu'il n'y eût encore d'acte
paffé devant. Notaire pour conftituer un titre
au fieur Duvignot. -Dans ces circonstances
le fi ur le Blanc tomba malade ; le Geur
Duvignot lui témoigna ſes inquiétudes pour la
penſion , qui n'avoit d'autre baſe qu'une promeſſe
verbale ; alors le ſieur le Blanc , effrayé
lui-même du danger que couroit le ſieurDuvignot
& fa famille , conſomma devant Notaire
l'acte qui n'étoit que projetté. Le
Geur le Blanc & ſon épouſe s'engagerent donc
( 96 )
pour eux & leurs hoirs ou ayans cauſe , à payer
au ſieur Duvignet la penſion de 3000 livres ,
reverſible ſur la tête de la dame Duvignot , &
fur celle de des enfans , & celle de 600 livres
au ſieur Duvignot , frere , pendant toute la durée
du nouveau privilege. - Le fſieur le Blanc
eſt mort en 1782 , em recommandant à la dame
ſon épouſe de tenir fidellement les engagemens
qu'il avoit pris avec la famille de Duvignot.
La veuve le Blanc eſt reſtée propriétaire du
privilege ; mais s'étant perfuadée que le ſieur
Duvignet ne devoit la promeſſe des penſions
ſurpriſes à ſon mari , qu'à la crainte qu'il avoit
ſu lui inſpirer d'ètre dépouillé de ſon privilege ,
elle ne crut pas devoir tenir des obligations
qu'elle regardoit comme faites ſans cauſes ; elle
ceffa de payer les penfions. - - Les ſieur &
dame Duvignot firent aſſigner la veuve & héritiers
le Blanc , pour les faire condamner à
continuer de payer les penſions promiſes par acte
paſſédevantNotaire,&àleur fournir titre nouvel.
Sur cette demande , la veuve le Blanc , tant
en ſon nom qu'en celui de ſes enfans , obtint
des lettres de reſciſion contre l'ergagement contracté
en 1782 , elle les appuyoit ſur le dol &
le défaut de cauſe dans l'obligation.
Les ſieur & dame Duvignot aſſignés pour
voir entherinerleſdites lettres , ſoutinrent la validité
de l'acte de 1782. Hs établirent qu'il
n'étoit pas fait fans cauſe , puiſqu'il étoit le
prixdudéſiſtement de l'obligation du privilege.
M. l'Avocat général Seguier , qui portoit la
parole dans cette cauſe, écarta la demande en
entherinement des lettres de reſciſion & conclut
à ce que la veuve & héritiers le Blanc ,
fuſſent condamnés à continuer le paiement des
penſions; ce qui fut ordonné par Arrêt du 7
Septembre 1785 .
i
MERCURE
DE FRANCE
SAMEDI 17 DÉCEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. le Chevalier DE CUBIÈRES.
HEUREUX qui loin des paſſions
Dont le ſouffle impur empoisonne ,
Ami des Beaux- Arts , ſe couronne
Du priſme des illuſions !
Qui ſur le fleuve de la vie ,
Par des goûts divers emporté ,
Cueille ſur ſa rive chérie ,
Et les fleurs de la poéſie
Et celles de la volupté!
Cette alliance fortunée
De tendres voeux , de jolis vers ,
Fait la brillante deſtinée
-Des Cubières & des B ** ;
Nº. 51 , 17 Décembre 1785. E
១৪ MERCURE
:
Mais un auſtère conobite
Chargé de lugubres atours ,
Chez Cythérée & les Amours
Ne riſque guère une viſite.
De décence tout chamarré ,
At'imiter rien ne l'invite ,
Et tous les Ris prennent la fuite
A l'aspect d'un bonnet quarré.
Vainement dans mon hermitage ,
La voix de mon luth attriſté ,
De ces enfans qui m'ont quitté
Rappelle la troupe volage ;
Ils en font tous épouvantés.
Les Grâces font des Déïtés
Que je ne vois pas davantage;
Mais j'adore au moi nsleur langage
Dans les vers qu'elles t'ont dictés.
Vole au ſéjour des neuf Déeſſes ,
Pourfuis , ô brillant Chevalier!
Pour chacune de tes proueiſes ,
Vois fleurir un nouveau laurier.
Ne prends que toi ſeul pour raodèle ;
Toujours variant tes ſuccès,
Recherche une gloire nouvelle ;
Treffe un bou quet pour Beauharnais ,
Peins nous l'âme de Fontenelle,
Et puis reviens à tes hochets.
On dit qu'il en eſt pour chaque âge ;
DE FRANCE .
99
Mais les tiens ſavent plaire à tous ,
Et , chers aux p'us aimables fous ,
Ils font les délices du ſage.
Q
( Par M Morel , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de Bourbon , à Aix. )
IMITATION du Grec de Callimaque.
UE la vertu , ſans l'or, eſt un préſent ſtérile !
Sans la vertu , mortels , que f'or eſt ſuperflu !
Paiſque l'une , grand Dieu! ſans l'autre eſt inutile,
Donnez- moi beaucoup d'or & beaucoup de vertu.
( Par M. Duchofal. )
LA ROSE ET
L'IMMORTELLE ,
ENTRE
Fable.
NTRE la Rofe & l'Immortelle
Une diſpute s'éleva ;
Près de ces fleurs un Berger ſe trouva ,
Qui fut choisi pour juger la querelle.
La Roſe diſoit : je ſuis belle ;
Fille de Flore & du Zéphyr ,
Je m'ouvre en ſaluant l'Aurore ,
Je vois à mon aſpect l'Univers s'embellir ,
Et le Soleil m'admire encore
Lorſque dans l'onde il va s'enſevelir.
Eij
100 MERCURE
1 Des douxpleurs du matin mes feuilles imbibées ,
Etvers mon ſein vermeil mollement recourbées ,
Forment une grote d'Amour
D'oùs'exhale une odeur qui parfume le jour.
J'accompagne Vénus ,je flotte à ſon corſage;
Et lorſq dans Paphos on lui vient rendre hommage ,
Les Amours ont ſouvent douté
Laquelle on fixoit davantage
Ou de la Fleur ou de la Déité.
Enfin mon doux parfum , mon éclat , ma verdure ,
Fixent autour de moi les Amours du canton ,
Et j'orne du plus beau fleuron
La couronne de la Nature.
Ma ſoeur , vous vous vantez toujours ,
Reprit l'humble Immortelle , &vous n'êtes pas ſage ;
Plus que moi , je le ſais , vous plaiſez aux Amours ;
Mais j'ai fur vous un bien grand avantage :
Vous mourez avec les beaux jours;
On me retrouve après l'orage.
AIMABLES Fleurs , dit le Berger ,
puis entre vous ni choiſir ni juger ;
Vous régnez ſur mon corur avec le même empire ;
Mais je vais vous cueillir , & demain au matin
Je donnerai la Roſe à ma inaîtreſſe Elmire ,
Et l'Immortelle à mon ami Colin .
(Par M. Hoffman. )
DEFRANCE. 101
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Délire ; celui de
l'Enigme eft Escargot ; celui du Logogryphe
eſt Poulie ( qu'on ſuſpend à un puits , &
qui est en même-temps une des pièces d'une
montre ) , où l'on trouve poule , loupe,
plie , Elie ,pie , pluie , lic , loupe , pouil (ou
maladie pelliculaire ) , loup .
CHAQUE
CHARADE.
HAQUE matin , Lecteur, tu cherches mon premier ;
Aton baudet , par fois , tu donnes mon dernier ;
Souvent dans un concert l'on entend mon entier.
(Par M. M. ***. )
ÉNIGME..
JEEſuis gris, jaune , rouge oublanc;
Après le malheur le plus grand
Je parus; des mortels j'adoucis la misère;
Amon bienheureux inventeur ,
Saufmon reſpect pour le Lecteur ,
Je fis montrer le derrière .
E iij
102 MERCURE
Je ſuis ennemi du chagrin ,
Etje fais braver le deſtin.
Je force mes prifſons ; j'inſpire la tendreſſe ;
L'Amour eſt ſujet à mes lois ,
Je fomente , accrois ſon ivreſſe ;
J'en ai trop dit pour cette fois.
(Par M. Leclerc Doze , âgé de 13 ans , Ecolier
de Philofophie au Collège de Thiers. )
J
LOGOGRYPΗ Ε.
E fuis cette fille divine
Dont les attributs précieux
Sont les plus beaux tréſors des cieux ,
D'où j'ai tiré mon origine.
Depuis que les mortels habitent l'Univers ,
Mapuiſſance s'étend ſur toute la Nature ,
Et je ſuis ce flambeau dont la lumière pure
Éclaire les peuples divers .
C'est moi , par l'eſp: it de Voltaire ,
Qui déſillai les yeux des fots;
Et de l'immortel Deſpréaux
J'inſpirois l'Apollon auſtère.
Mais , cher Lecteur , laiſſant-là les grands mots,
Permets qu'en fort peu de propos,
Je faſſe ici mon analyſe entière.
Arranges mes fix pieds; tu trouveras d'abord
DE FRANCE. 103
La couleur qui nous peint Lucifer & la mort;
Ce point du jour où d'injuſtes Zoïles ,
Dans les parterres à Paris
Vout juger d'un air de mépris
Nos Racines & nos Virgiles ;
Un titre digne de Louis ;
L'aimable expreſſion que fait naître Molière ;
Ceque doit avoir de ſon fils ,
Dans l'enfance , une bonne mère ;
Cequi frappe nos ſens , les charme à l'Opéra ;
L'élément où Pilâtre à Boulogne expira ;
Un mont fameux ; le Gluck, dans le ſein d' Amphitrite
Plongé par de vils Matelots ,
Et qui fut retiré des flots
Sur le dos
DesDauphins qu'il charmoitpar ſes ſons , ſon mérite:
Unvieux mot exprimant la clarté que produit
Phébé dans une belle nuit ;
Et joignant un pronom , Lecteur , à ma harangue ,
Je volerai dès-lors ſur le bout de ta langue.
(Par M. Briffat , Peintre & Profeſſfeur de Deſſin
&d'Ecriture , à Roanne. )
E iv
104 MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES.
BIBLIOTHÈQUE Universelle des Dames.
A Paris , rue d'Anjou , la ſeconde portecochère
à gauche en entrant par la rue
Dauphine.
C'EST EST avec fatisfaction que nous voyons
s'augmenter le ſuccès d'un Ouvrage dont les
Auteurs , comme nous l'avons déjà dit , en
travaillant pour un fexe, ſe ſont acquis des
droits à la reconnoiffance de tous les deux. Il
en paroît déjàdix-huit volumes; ce qui prouve
de l'exactitude dans les Livraiſons. Ne pouvant
les faire tous connoître , nous nous bornerons
aujourd'hui à jeter un coup-d'oeil fur
le Tome Ier , qui a paru ſur la morale. Nous
choififfons ce volume pour prouver que ,
même dans les ſujets qui ſemblent le plus
faits pour effrayer l'imagination du fexe auquel
cet Ouvrage eſt conſacré , les Auteurs
ont ſu prendreun ton &des formes capables
d'encorriger la fechereſſe ou d'en applanir les
difficultés ,de faire lire en un mot avec plaiſir
ce qu'ils n'ont pu rédiger qu'avec beaucoup
de travail.
Avant d'expoſer les principes de la morale,
les Rédacteurs ont cru devoir donner un
précis hiſtorique des différentes opinions des
4
DE FRANCE.
1ος
moraliſtes anciens. La Grèce n'a compté
d'abord que ſept Sages , dont les plus connus
font Thales & Solon.
Pythagore paſſe pour avoir fait le premier
une ſcience de la morale ; il ne nous eſt parvenu
aucun Ouvrage de lui. Il avoit une
double doctrine , l'une publique , l'autre ſecrette.
Le plus célèbre & le plus révéré des Philoſophes
Grecs , c'eſt ſans doute Sacrate. Plus
amoureux de la vertu que de la gloire , il n'a
rien écrit ; il enſeigna la philoſophie par ſes
actions , & la fit aimer par ſes diſcours. Sa
morale étoit douce , aimable ; pendant la vie,
ſavertu avoit été indulgente ; à ſa mort , ſon
courage fut fans oftentation. Accuſé par la
calomnie , condamné par l'injuftice , en entendant
fon arrêt , ſa modération lui défendit
les murmures ; mais ſa fierté dédaigna de ſe
juſtifier. " Lorſqu'on vint lui dire que les
35 Athéniens le condamnoient à la mort , il
ſe contenta de répondre que la Nature les
>> y condamnoit eux-mêmes ; & lorſque ſes
amis l'invitoient à s'enfuir, il leur demanda
>> s'ils connoiffoient hors de l'Attique , un
endroit où l'on ne mourût pas..>>
رد
ود
Les Diſciples de Socrate furent très-nombreux.
Ceux qu'on a diftingués ſont Platon ,
Ariftipe,Antisthène , Phædon & Euclide . Les
deuxderniers ont fait peu de bruit , & affe
peu de mémoire ; tous ont fondé une ſecte
particulière.
Platon doit être mis à la tère des Élèves de
Ev
106 MERCURE
Socrate. Son ſtyle oratoire , fon imagination
poétique s'écartèrent de la ſimplicité de fon
maître ; mais même après Socrate , il reftoit
encore une belle place à remplir ; & c'eſt
celle qu'il obtint par ſes écrits & par ſa vie
philofophique. Il oſa faire entendre à Denys ,
l'ancient Roi de Syracuſe , les vérités les plus
hardies. Voyant que ſes jours n'étoient pas en
sûreté , il prit la fuite; mais il ne put échapper
à la vengeance du Tyran , qui le fit vendre
dans l'Iſle d'Egine. Cette trahiſon , en rendant
ce Philofophe plus intéreſſant , procura encore
un nouveau triomphe à la philoſophie :
Annicéris , Diſciple d'Ariftipe , le racheta ;
& quand les parens de Platon voulurent lui
rembourſer les frais de ſa rançon , il les refuſa
en leur diſant qu'ils n'étoientpas les feuls à
qui appartint ce Philofophė.
Platon , revenu dans ſon école , Denys lui
écrivit pour s'excuſer ; mais le Philofophe lui
répondit avec fierté quefos occupations ne lui
permettoient pas de ſe ſouvenir d'un Roi de
Syracfe.
Ariftipe,forti de l'école de Socrate , eut un
Élève celèbre dans ſa fille Arétée , qui forma
elle - même pluſieurs Diſciples. De la ſecte
d'Ariftipe , il en dériva pluſieurs autres , notamment
celle de Théodore , qui , abuſant de
tous les principes , & empoifonnant les fources
le plus facrées , profeſſa la morale la plus
Petriflante pour l'humanité. On peutjuger fes
fophifmes licentieux d'après le ſuivant , par
lequel il prétendoit juftifier tous les plaiſirsde
DE FRANCE.
107
l'amour. " Pourquoi, diſoit-il , vante-t'on les
lumières d'un jeune homme ou d'une fem-
>> me , n'est-ce pas à cauſe de leur utilité? Ne
>>peut - on pas dire la même choſe de ſa
ود beauté? Or, ce qui eſt utile ne fauroit être
>> mauvais; ainſi , l'uſage de la beauté n'eſt
>> pas plus condamnable que celui de la
ſcience. » ود
Antisthène fut l'auteur de la ſecte fameuſe
des Cyniques. Admis à l'école de Socrate , il
commença dès-lors à profeſſer la morale la
plus auſtère ; il affectoit d'ètre plus mal vêtu
par goût, que ceux qui l'étoient mal par nécefſité
; il mettoit en un met ſon luxe dans ſes
haillons ; c'eſt ce que lui reprochoit ingénieuſement
Socrate,en lui diſant: Antisthène,
pourquoi cette oftentation avec nous ?
L'austérité d'Antiſthène fut exagérée par
Diogène , dont le cyniſme fut encore plus
célèbre ; il trouva trop ſenſuel d'avoir une
habitation ; il prétendoit qu'il n'étoit pas décent,
pour un Sage , de coucher ailleurs que
dans la rue. Il convenoit pourtant de l'excès
de fon rigorifme; mais il ajoutoit qu'il ſe permettoit
d'en faire trop , afin que les autres en
fiffent affez.
Il eſt à remarquer ici qu'au moment où les
moeurs de la Grèce étoient au plus haut degré
de dépravation , il s'éleva de ſon fein une
ſecte de Philoſophes qui profeffoient tout
haut le fanatiſme de la vertu.Au milieu d'une
Nation corrompue vivoient des Sages , qui
ne renonçoient pas ſeulement au luxe , mais
Evj
108 MERCURE
même à toutes les commodités ; qui alloient
vêtus de haillons ; n'ayant qu'une beface &
un bâton pour tout équipage; vivant des mets
les plus communs ; fans feu , ſans lieu ; couchantdans
la rue & dans le premier endroit
où ils étoient ſurpris par la nuit ; regardant
même comme inutiles ou dangereux les Arts ,
les Sciences ; proſcrivant preſque l'étude ,
parceque, difoient-ils , le Sage n'a rien à apprendre
,&qu'il fait tout ce qu'il doit ſavoir ,
puiſqu'il fait être vertueux. On a calomnié la
conduite de Diogène; mais les reproches injuftes
qu'on lui a faits s'appliquent plus juſtement
aux Cyniques qui ſont venus après , &
qui femblèrent moins s'attacher à outrer la
vertu qu'à braver la bienſéance & les moeurs.
>
Parmi les Cyniques , on a compté Cratès
qui a fourni une anecdote affez fingulière.
« Né à Thèbes, avec de grands biens, Cratès
>> les abandonna pour ſe dévouer au cynifme.
2. Quelque temps après , ayant fait la con-
>>>quête d'Hipparchia , laquelle avoit des ri
2 cheffes&de la naiſſance , il agit de concert
>>> avec les parens pour ladétourner de l'épou-
>> fer. Ilmontra ſa misère ; il montra ſaboffe,
>> car il étoit contrefait. Mais elle s'obſtina ,
>>>diſant qu'elle ne connoiffoit perſonne qui
>> fürni plus riche , ni plus beau. Son père lui
>>>donna donc un manteau , une beface , un
>>>bâton, & ce fut une fille établie. Elle ſe
>> rendit célèbre. >>>
Tels furent les plus célèbres Diſciples de
Socrate. Platon eur pour Élève , & bientôt
DE FRANCE . 109
P
:
pour rival , cet Ariftote , qui a joui d'une fi
brillante réputation. Cet ambitieux Philoſophe
voulut élever fon école fur les débris de
celles qui l'avoient précédé ; dans cette vûe ,
il ſe mit à réfuter tous les ſyſtèmes philoſophiques
, même celui de fon Maître Platon ;
c'eſt à cette occaſion qu'il a dit ce mot, qu'on
auroit fans doute moins admiré ſi l'on en avoit
mieux apprécié le motif : J'aime Platon ,
maisj'aime encore plus la vérité.
On voit que ce mot, qu'on a cité comme
l'effet d'une vertu courageuſe , n'étoit guères
qu'une raſe de l'ingratitude, ou tout au moins
de l'ambition .
Il faut pourtant convenir qu'Ariftote favoit
prodigieuſement ; & ſes volumineux
écrits , quoique moins révérés qu'autrefois ,
en font une preuve honorable.
Les écoles de la philoſophie primitive durent
néceſſairement ſubir des réformes ; &
parmi les réformateurs on distingue Épicure
&Zénon.
Epicure, fi long-temps & ſi ſouvent calomnié
, a été jugé fort mal, parce qu'il a été mal
interprêté. C'eſt dans la volupté qu'il plaçoit
le bonheur ; mais il n'admettoit de volupté
que celle qui réfultoit de la vertu. Il a beaucoup
écrit ; peu de ſes Ouvrages nous font
parvenus. Nous ne réſiſterons pas àl'envie de
citer une tirade qui tend à nous prémunir
contre la crainte de la mort. " Si vous êtes
>>malheureux, difoit-il , que regrettez- vous ?
• La mort finira vos maux. Pouvez- vous
110 MERCURE
>> compter que l'avenir faſſe pour vous ce que
ود lepaſſe n'a pas fait ? Ne prévoyez-vous pas
>> que vos pertes s'accumuleront avec vos
>> années , & que le temps ne les réparera
>> pas ? Si au contraire vous êtes heureux , fi
» vous avez vécu dans l'affluence des biens ,
>> qu'attendez-vous encore ? Sortez de la vie
>> comme on fort d'un feſtin. Tout s'uſe in-
ود ſenſiblement pour vous ; ce qui vous a
>> plu ceſſe de vous plaire, & cependant la
» Nature n'a plus de nouveaux plaiſirs à vous
ود donner. Vous verriez donc avec dégoût
>>toujours les mêmes chofes , fi vous viviez
>> pluſieurs fiècles , & avec plus de dégoût
>> encore , ſi vous ne mouriez plus. Cepen-
ود
ود
ود
dant un autre doit venir pour qui tout fera
>> nouveau ; cédez une place qu'on vous a
» cédée ; cédez - la lui , elle n'eſt plus à
vous ; vous devez mourir pour qu'il vive.
C'eſt ainfi que la Nature ſe répare.>>
Zénon réforma la doctrine des Cyniques ;
il en tempéra l'austérité ; il la rendit plus
douce , plus aimable. C'est lui que la ſecte
des Philoſophes , appelés Stoïciens , reconnoît
pour fon fondateur.
La ſecte ſtoïque dégénéra comme toutes
les autres; ce fut Épiciète qui s'efforça de
lui rendre ſa pureté primitive.Nous devons à
ce Philofophe un excellent Abrégéde Morale,
dont les Rédacteurs de la Bibliothèque des
Dames promettent d'enrichir leurCollection.
Après avoirparlé enfuite des Pyrrhoniens, qui
doutoient de tout ,&dont le ſyſteme , raifonDE
FRANCE. 111
1
nable à certains égards , a mérité le ridicule
par ſon exagération , ils terminent par un
Chapitre de la philofophie chez les Romains.
Ils s'y arrêtent fort peu, parce qu'à l'égard de
la philofophie , les Romains n'ont fait que
marcher fur les traces des Grecs ; & foit dans
le chemin de l'erreur , foit dans celui de la
vérité , ils n'ont jamais joué que le rôle d'imitateur.
La lecture de la Bibliothèque des Dames
rend vraiſemblable,&juftifie le ſuccès qu'elle
a obtenu. Au mérite d'une rédaction faite
avec goût, au mérite d'une utilité prouvée, ſe
joint l'avantage du ton & des formes agréables.
Juſqu'à l'idée qu'ils ont eue de faire
ſervir de titre à l'Ouvrage le nom même de la
Dame qui a ſouſcrit , ou pour qui l'on a foufcrit
, flatte l'amour-propre , & peut fervir la
galanterie ; en effet , une Dame , en ſe levant ,
peut , fans en être prévenue , trouver ſur ſa
toilette un Livre , qui , par ſon nom qu'il
porte en titre , ſemble n'avoir été imprimé
que pour elle. C'eſt ainſi que cette Collection
utile , en déguifant l'inſtruction fous les
livrées de la frivolité , ſemble emprunter de
cette dernière de nouveaux moyens de ſuccès.
J12 MERCURE
:
LES Terriers rendus perpétuels , ou véritable
méchaniſme de leur confection ; Ouvrage
enfix Livraiſons, utile à tous Proprietaires
de Terres ou Fiefs , à tous Notaires , Regiffeurs
, Géomètres , Féodistes , & autres
enfin quiſe deftinent à la partie des Terriers
, dans lequel , & c.&c. Première &
deuxième Livraiſons ; par M. Aubry de
Saint - Vibert , Commiſſaire aux Droits
Féodaux. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Blancs-Manteaux, Nº. 37 ; Belin , Libraire ,
rue S. Jacques ; Hardouin , Libraire , au
Palais Royal , & Petit , quai de Gêvres.
Prix , 15 liv.
Si la confection des Terriers eſt encore fi
peu connue , n'en cherchons la cauſe que dans
la manière avec laquelle elle a été cultivée
juſqu'à cejour ; nous n'avons, pour ainſi dire,
point d'Auteur qui en ait traité. On a longtemps
conſidéré M. de Fréminville comme
le premier Législateur de cet Art ; mais un
examenplus approfondi de ſon Ouvrage nous
laiſſe appercevoir que ſes moyens , trop près
de la routine, en ont confervé une partie des
inconvéniens.
Une pareille difette d'Écrivains étoit bien
faite pour exciter l'émulation d'un Artiſte
aufli zélé pour fon Artque le paroitM. Aubry
de Saint-Vibert ; auffi voit-on qu'il n'a rien
épargnépour rendre fon Livre auſſi intéreſfant
qu'utile.
DE FRANCE. 113
(
Sonplan nous a paru ſage , & fa manière
de l'exécuter ſimple ; il a parfaitement ſenti
qu'un Ouvrage auſſi aride que le fien , devoit
plus abonder en exemples qu'en difcours ; il a
en conféquence ſuivi le procédé ordinaire des
gens qui ne ſe livrent aux raiſonnemens que
quand ils ne peuvent pas préſenter de modèles
qui parlent pour eux ; ce n'eſt cependant
pas queM. A. D. S. V. ne foit entré dans
les plus grands détails ; mais en général, on remarque
que ſon diſcours eſt plutôt fubordonné
àſon ſujetque ſon ſujet, àſon difcours .
Nous defirerions pouvoir faire connoître
dans le plus grand detail le fond & les acceffoires
de cet important Ouvrage ; mais fon
étendue conſidérable , & les choſes abſolument
neuves qu'il contient nous en interdiſent
la faculté; nous préféreronsd'y renvoyer
nos Lecteurs. Ce qui nous a ſeulement paru
digne d'être remarqué pour l'inſtant préſent ,
c'eſtque les deux Livraiſons qui paroiffent,
font , en quelque façon , un traité ſéparé de
la confection des Terriers , en forte que ,
quoique le plan en paroiſſe lié avec la partie
de leur entretien , qui eſt encore à donner ,
on a la fatisfaction de voir néanmoins que les
perſonnes qui font dans l'intention d'adopter
cette méthode , peuvent , des-à-préſent , en
faire l'application dans leurs domaines ; ce
qui leur devient d'autant plus facile , que
l'Auteur a cru devoir joindre à fon Ouvrage
la collection complette de tous les papiers néceffaires
à cette opération , procédé d'autant
114 MERCURE
plus ingénieux , qu'il eſt extraordinairement
fimple ; & qu'à l'aide de ce moyen il n'eſt pas
de Seigneur qui ne puiſſe ſe flatter de diriger
lui-même la confection de ſes Terriers , ou du
moins de ſe la rendre plus familière .
Malgré les bornes qui nous font preſcrites ,
nous croyons devoir ajouter que c'eſt une
manière toute nouvelle de mettre les Tenans
, qui nous a paru ſi ſupérieure à toutes
celles qu'on a employées juſqu'à cejour, que
nous ne ferions pas étonnés de la voir univerſellement
adoptée , non - ſeulement par les
Seigneurs qui font renouveler leurs Terriers ,
mais encore par les Citoyens de tous les étars
qu'elle intéreſſe.
En général , cet Ouvrage eſt d'un homme
qui paroît avoirbeaucoup médité les principes
de fon Art, & les avoir conftamment appliqués
aux détails de ſa partie: il ne falloit pas
moins que les connoiffances qu'il a vraiſemblablement
acquiſes en l'exerçant , pour nous
donner une méthode aufli claire & auffi
préciſe , & qui renferme des moyens pratiques
dont la néceſſité nous a paru demontrée
juſqu'à l'évidence.
2
DE FRANCE.
SCIENCES ET ARTS.
PROSPECTUS d'un Traité d'Anatomie
& de Phyfiologie , dédié au Roi , par
M. Vicq-d'Azir , in-folio . A Paris , chez
Didot l'aîné .
TOUT
Our ce Proſpectus mériteroit d'être copié :
il est très - court pour l'étendue du plan & des
vûes qu'il annonce, il ſeroit trop long pour un
Journal qui n'eſt pas particulièrement conſacré aux
Sciences . Nous ne ceſſerons du moins de le copier
que pour parler un inſtant des eſpérances que donne
l'Ouvrage qu'il annonce.
Depuis que le goût des Sciences a commencé à
>> ſe répandre parmi nous , on a vû le Public s'oc-
>> cuper ſucceſſivement de Phyſique , de Chimie ,
ود & non- ſeulement s'intéreſſer à leurs progrès ,
25 mais encore ſe livrer avec ardeur à leur étude ;
ود
20
גכ
il ſe porte en foule aux école où elles font enſei-
» gnées, il s'empreſſe de lire les Ouvrages dont
elles font le ſujet ; il recueille avec avidité tout
» ce qui lui en rappelle le ſouvenir; il y a peu de
Perſonnesriches chez leſquelles on ne trouve quel-
» ques-uns des inſtrumens propres à ces Sciences
utiles. Le ſpectacle des merveilles dont l'homme
eſt environné mérite ſans doute de ſa part autant
d'attention que de reconnoiffance ; mais lorſqu'il
>> interroge tout ce qui est hors de lui , faut il qu'il
» s'ignore lui - même ? Les formes extérieures , les
ود
ככ loix du mouvement , les élémens & la compoſi-
>> tion des corps lui fourniſſent des conſidérations
116 MERCURE
>> importantes ; mais s'il ne fait point quels font
> leurs rapports avec le mécanisme particulier de
>> ſes organes , ne perd-t-il pas le fruit le pluspré-
>> cieux de ſes méditations & de ſes recherches ?
>> Qu'est-ce qu'une théorie des ſenſations , fa elle
> n'eſt appuyée ſur la deſcription exacte des ſens
* eux-mêmes ? L'examen des nerfs , de leur origine ,
>> de leur connexion , n'explique-t-il pas un grand
>> nombre de phénomènes dont chacun eſt intéreſſé
>> à connoître les cauſes , & fur lesquels il eſt ſi
>> commun & quelquefois fi dangereux de raiſon-
>> ner mal ? Pourquoi le mouvement du ſang & de
la lymphe, qui font la ſource & l'aliment de la
>> vie , ne ſeroit-il pas auffi-bien l'objet de notre
>> étude, que la route & la direction des fleuves qui
>> coulent ſous un autre ciel, ou celle des aftres qui
>> ſe meuvent fi loin de nos têtes ? Qu'y a-t- il de
> plus ſatisfaiſant que de voir en quoi conſiſte cette
• ſupériorité ſur les autres animaux dont la plupart
>> des hommes ſont fi fiers , ſans ſavoir quelle eſt ſa
>> baſe & quelles ſont ſes limites ? De conſidérer
>> dans la ſérie des êtres l'ordre & l'étendue reſpec-
** tive de leurs fonctions , de contemp'er enfin dans
>> lemonde vivant, dont une partie a déjà été ſi élo-
>> quemment & ſi exactement décrite par deux Ecri-
>> vains illuftres, quels font les refforts de ces mouve-
- mens &leur analogie avec les nôtres ? Il n'appartient
qu'à l'Anatomie de réfoudre ces problêmes.
Voilà le grand objet que ſe propoſe M. Vicqd'Azir.
Sans doute 1:Anatomie peut le remplir ;
mais c'eſt par les longs travaux d'un eſprit à
qui la Nature a donné ce coup - d'oeil juſte &
prompt , qui ne peut se repoſer ſur un objet ſans
y découvrir de nouveaux rapports ; d'un eſprit à
qui la vraie Philofophie a appris à enchaîner les
obſervations aux obſervations , les réſu tats aux réſultats
, à établir enfia entre les faits & les idées ,
DE FRANCE.
117
cette liaiſon qui fait de preſque tous les points de la
chaînedes points lumineux,&de la chaîne entière
un corps étendu de lumière. Avec cette méthode
même il y aura ſans doute des intervalles obfcurss
mais on verra toujours où ils ſont , où ils commencent&
où ils finiſſent. L'attention & l'obſervation
ſans ceffe dirigées ſur ces points obſcurs , les éciaireront
peut être , les éclairciront du moins : enfin , on
diſtinguera du moins toujours nettement les ténèbres
& les lumières Dans le déſordre & la confufion
des méthodes anciennes , le jour& la nuit toujours
confondus enſemble , donnaient une forte de
lumière ténébreuſe dans laquelle on croyoit tout
voir , & où réellement il étoit impoſſible de rien
diftinguer. L'Anatomie a des difficultés qui lui font
propres , & que l'eſprit humain ne rencontre point
dans les autres Sciences.
Le Peintre de la Nature , M. de Buffon , par
exemple , parlant preſque toujours d'objets expoſés
àtous les regards , n'a qu'à les bien décrire , chacun
peut porter fes regards du modèle au tableau , du
tableau au modèle. Les Gravures , les Planches ne
font néceſſaires que pour un petit nombre d'objets
rares que le ſtyle ſeul ne peut pas mettre ſous les
yeux , lors même que ce ſtyle et celui de M. de
Buffon. Alors encore ces objets ont tant de rapports
avec ceux qui nous ſont très familiers , que le Deffinateur&
leGraveur, avec l'attention la plus médiocre
peuvent me les faire voir aiſément. Peu de gens ont
vû le véritable tigre , le tige des bords du Gange ;
mais tout le monde a vû des chats , & en grandifſant
toutes les proportions de la forme du chat ,
entirant ſur ſa robe de larges bandes , celui qui
a vû un chat peut avoir aitement ſous les yeux une
image exacte du tigre du Bengale.
Il n'en est pas de même de la deſcription & de la
peinture de l'intérieur du corps humain ; cet inté
118 MERCURE
rieur eſt fermé à tous les regards : les phénomènes
du monde vivant , quoiqu'ils ſe paſſent en nous ,
ſont plus difficiles à obſerver & à décrire que les
phénomènes de ces mondes phyſiques dont les Képler
& les Newton ont découvert les loix. On ne
les voit point, & rien de ce qu'on voit ne leur refſemble:
voi'à pourquoi ils ſont ſi difficiles à décrire
pour celui qui les connoît le mieux, & fi difficile à comprendre
pour celui qui a le plus d'intelligence ; c'eſt
ici le cas d'employer une expreſſion ſi heureuſement
haſardée par i de Buffon : Ils sont incompréhenſibles
parce qu'ils font incomparables. S'il y avoit un
ſeul animal dont l'organiſation intérieure ſe laiſsât
voir à l'oeil , l'organiſation des autres animaux auroit
beau être différente, elle en ſeroit infiniment plus
facile à peindre & à connoître : ce feroit une choſe
très- bien connue autour de laquelle l'imagination &
la langue placeroient avec beaucoup moins de peine
&toutes les reffemblances & toutes les différences .
Il failoit deux hommes pour vaincre ces grandes
difficultés . M. Vicq- d'Azir lui- même va nous en faire
connoître un .
CC L'exécution d'un projet de cette nature exigeoit
>> le concours d'un Artiſte habile, courageux &
>> patient. M. Briceau, qui me ſeconde dans cette
>> entrepriſe , réunit ces différentes qualités. Ses Def-
>> fins ont mérité l'approbation des Anatomiſtes les
plus célèbres. Aucun obſtacle ne l'a rebuté , ni les
>> dangers qui réſultent d'un ſéjour long- temps pro-
>> longé au milieu d'exhalaiſons putrides , ni le
» dégoût d'un ſpectacle auquel il n'étoit point ac-
>> cou umé. Il a corrigé & recommencé ſes Deſſins
>> avec une docilité extrême , & autant de fois qu'il
>> a fallu pour parvenir à imiter la Nature. Juſqu'ici
ככ les objets ont été meſurés dans toutes leurs
- dimenſions , & repréſentés dans la grandeur qui
>> leur étoit propre..... On s'eſt efforcé de donner à
DE FRANCE.
119
› chaque organe le ton de couleur qui lui eſt parti-
>> culier , en employant un nombre ſuffifant de
>> cuivres,
Pour diriger les travaux de M. Briceau , & donner
au Public louvrage que ce Profpectus nous annonce
, il falloit un homme , conſacré de bonne
heure à toutes les Sciences, dont le corps humain eſt
le ſujet& l'objet; qui eût fait un travail long & tout
neuf fur toutes les parties du corps humain ; qui
eût porté lui-même ſur toutes les parties le ſcalpel
& la loupe , & joignît à l'art de diviſer avec les
inſtrumens & la main , l'art bien plus rare de
diviſer avec l'analyſe , l'inſtrument , pour ainſi
dire , & le ſcalpel de l'eſprit ; il falloit un homme
qui , étant bien perfuadé que toutes les vérités ont
des faits pour baſe , & ne font elles-mêmes que
des faits , fût l'ennemi irréconciliable de tous les
ſyſtemes , & eût cependant le talent de rapprocher
les faits , de les claſſer dans l'ordre ſyſtématique
le plus propre pour les comparer fous toutes leurs
faces, pour les voir facilement ſous tous leurs rapports;
il falloit un homme qui , poſſédant parfaitement
la langue ſavante de l'Anatomie, cette langue
toute grecque que preſque perſonne ne comprend
plus , sût, en l'employant , la traduire par des defcriptions
élégantes & claires de tous les organes du
torps humain, il falloit enfin un homme qui joignît
la pratique de la Médecine aux opérations de
l'Anatomie , qui eût obſervé dans les mouvemens réguliers
de la ſanté & dans les mouvemens déſordonnés
de la maladie , le jeu de tous ces organes dont les
corps morts lui ont laiſſé dévoiler la ſtructure intérieure;
qui attirât plus fortement notre attention ſur
ſes recherches par l'eſpérance d'y trouver des moyens
ou d'aſſurer ou d'étendre notre exiſtence fi incertaine
& fi fugitive.
Ceux qui fauront appercevoir dans ce Proſpec120
MERCURE
tus l'eſprit vraiment philofophique qui l'a dicté ,
croiront que cet homme devoit être M. Vicqd'Azir
; ceux qui ont lû le Recueil de ſes éloges ne
pourront pas en douter.
tota-
Le Recueil de ces Éloges de M. Vicq- d'Azir ,
dont le nombre s'accroît toutes les années , eſt une
des lectures les plus inſtructives & les plus confolantes.
Là , on commence à croire qu'il peut y avoir
une Médecine , & que cet Artfi extraordinaire qui
combat la mort & la do leur n'eſt pas
lement une chimère :là , on voit quelques hommes ,
quelques Médecins remplis de lumières, envoyés parla
Providence comme des anges conſolateurs autour des
lits de ceux qui ſouffrent & de ceux qui meurent :
ces hommes rares dans cette multitude d'opinions
funeftes & homicides qu'on leur a tranfmifes
comme l'art de guérir , ſavent trouver un petit
nombre de vérités utiles ; dans cette multitude
infinie de drogues & de remèdes qu'on mêle enſemble
, comme ſi on vouloit s'oter les moyens d'en
diftinguer les vertus , ils découvrent quelques plaures
que la Nature ſemble avoir fait naître pour nos
maux , comme elle en a fait naître d'autres pour
nos beſoins. M. Vicq-d'Azir , qui peint les vertus de
ces hommes ſi précieux avec cet intérêt qu'on donne
aux choses qu'on révère & qu'on aime , ne rend pas
ſeulement compte de leurs découvertes , de leurs/
vûes ou de lears conjectures; tantôt il les reſſerre
dans les limites de la vérité qu'elles avoient pafſées
; tantôt il les érend , & olles en paroiffent
plus vraies ; il les apprécie toujours avec cette extrême
lévérité naturelle à un eſprit très jaſte , &
néceſſaire dans un Art dont une ſeule erreur peut
donner la mort à des milliers d'hommes. La ſévérité,
ailleurs ſi peu aimable , prend dans ces difcours
le caractère de la bienfaiſance même : chacun
de ceux qui les lit croit voir un ami actif &
vigilant
DE FRANCE. 121
vigilant qui repouſſe loin de lui lui ce qui
peut attenter à la sûreté & à la douceur de la
vie.
Le grand Ouvrage que M. Vicq d'Azir annonce
aujourd'hui, augmentera ſans doute le nombre de
ces hommes bienfaiſans qui ſe rendent digresde
ſes éloges : en faiſant infiniment mieux connoître
le corps humain , il rendra l'art d'en traiter les maladies
moins conjectural ; il dirigéra les obſervations
ſur des points plus fixes , ſur des régions moins cachées
, pour ainſi dire , à la vue ; & l'expérience ,
qui ne faiſoit guères qu'accumuler fes incertitudes .
augmentera le petit nombre des choſes certaines.
Autrefois les Médecins commençoient par ne douter
de rien , & finiſſoient ſouvent par ne croire à
rien : leur crédulité venoit de ce qu'ils n'avoient
rien obſervé , & leur incrédulité de ce qu'ils avoient
tout mal obſervé. Aujourd'hui les Médecins qui pofsèdent
l'art de l'obſervation , ( & c'eſt l'art de toutes
les Sciences , c'eſt l'art unique , ) ne peuvent ni douter
de ce qu'ils voient, ni croire à ce qu'ils ne
voient pas. L'Anatomie de M. Vicq - d'Azir , en faiſant
connoître avec une plus grande exactitude les
organes où ſe paſſent les phénomènes de la vie &
de la mort, en rendra l'obſervation bien moins
difficile & bien plus sûre.
Le defir que mentre M. Vicq-d'Azir de rendre
l'Anatomie une Scierce populaire comme l'Hiftoire
Naturelle , comme la Chimie , n'eſt pas ſeulement
cette ambition du talent qui cherche à ré.
pandre la Science qu'il enſeigne , pour répandre
plus loin ſon nom & fa gloire : l'Anatomie & l'art
de guérir , comme toutes les connoiſſances , doivent
fortir des Ecoles & des Livres dogmatiques pour
atteindre à une certaine perfection , & fur-tout à
une utilité générale. La largue hiéroglyphique des
Sciences efttoujours une langue un peu obfcure pour
Nº. 51 , 17 Décembre 1785.
122 MERCURE
1
les initiés même. Tant qu'ils ne ſe ſervent que de
cette langue , ſon obſcurité naturelle ſe répand plus
ou moins fur leurs idées . Pour les rendre très - claires
pour eux- mêmes, ils doivent donc les rendre dans
la langue que parle tout le monde , dans cette langue
où les mots n'ont pas la prétention d'être ſavans ,
où ils n'ont quelque mérite que lorſqu'ils diſent
quelque choſe , & que tout le monde entend
affez bien pour être sûr qu'ils ne diſent rien lorfqu'ils
ne diſent rien. Locke avoit coutume de dire
que la Médecine ne feroit jamais de grands progrès
tant que les Médecins s'obftineroient à parler latin ;
mais juſqu'à préſent l'Anatomie s'eſt obſtinée à parler
Grec; elle eſt preſque toute Grecque , & c'eſt
pour cela ſurtout qu'elle eſt ſi obſcure pour
tout le monde, M. Vicq- d'Azir lui laiſſe encore
cette langue de ſon berceau qui a dû la retenir
long-temps dans ſon enfance ; mais par ſes deſcriptions
il la traduira dans le françois que nous parlons
, & l'Anatomie , lorſqu'elle parlera françois ,
fera plus claire pour tous les Anatomiſtes ; elle
fera plus claire pour M. Vicq- d'Azir lui-même;
car il ſera obligé de lui donner un nouveau degré
de clarté pour lui faire parler cette nouvelle langue.
Ce n'eſt pas tout Les Médecins ſeuls ne créeront
jamais une bonne Médecine s'ils ne ſont ſecourus
&aidés par les malades. Si les malades ne ſavent
pasdire ce qu'ils fentent , ou s'ils le diſent mal (&
l'une de ces deux choſes ou toutes les deux doivent
arriver le plus ſouvent) , le Médecin manque des
faits les plus néceffaires pour régler ſa marche & ſes
opérations. On dira bien, je le ſais , que les organes
extérieurs apprennent affez au Médecin ce qui ſe
pafſedans l'intérieur , mais cela ne fauroit être vrai ;
pluſieurs maladies très différentes donnent à l'exté
kieur les mêmes ſignes : la fièvre eſt toujours la
frèvre; mais elle peut avoir vingt cauſes diverſes ,
DE FRANCE.
123
lors même qu'elle a les mêmes retours & les mêmes
périodes . On dira bien encore qu'un malade n'a aucun
beſoin de connoiffances anatomiques pour dire
où eſt ſa douleur,& quelle eſt ſa donicur ; mais je
ne croirai pas davantage à cette affertion , quoiqu'elle
ſoit très -ſimple & qu'elle parouffe de très bon
ſens. Quand on n'a point appris à obſerver ſes fonſations
, rien n'eſt plus commun que de les rapper
ter à des parties de ſon corps où elles ne ſe patient
point, rien n'eſt plus ordinaire que de confondre
dans ſes dou'ears la poitrine , l'eſtomac & le basventre
: entendez les vaporeux dans ces longs ré
cits de leurs maux où ils ſe complaiſent tant , on
eſt tenté de les prendre pour des fous , & ils diſent
en effet de véritables folies : c'eſt qu'il leur manque
l'art & les mots , & les connoiffances néceſ
faires pour rendre un compre fidèle des douleurs
bizarres dont ils gémiffent. Un Médecin d'ailleurs
a beau recommander a un malade de ne dire que
ce qu'il fent , ce qu'il fent ne peut pas être rendu
avec les expreſſions de la langue qui est à fon
uſage; il fait ( & il fait mal ) quelques mots de
Médecine & d'Anatomie ; il dira donc qu'il a les
nerfs criſpés & le fang brûlé ! Nous demandons
aux malades , diſoit Gatti , ce qu'ils fentent , & ils
nous apprennent ce qu'ils penfent. Au lieu de parler
comme des malades, ils parlent comme des Médecins.
Il eſt difficile de voir d'autre remède à cet
inconvénient , que de rendre un très-grand nombre
au moins de malades aſſez inſtruits de la manièr
dont le corps humain eſt organiſé , pour qu'i's
ſoient capables de veiller eux- mêmes ſur leurs
organes , & de rendre compte fidèlement de tout
ce qu'ils y fentiront de très- remarquable : il eft
peat être hors de doute que lorſque les connoiffancesanatomiques
feronttrès -perfecti onnées & rèsrépandues
, beaucoup de perſonnes acqueront le
Fij
124 MERCURE
talent de faire connaîne leurs douleurs au Médecin
qui doit les guétir. Que de révolutions , que de
phénomènes des maladies les Médecins ignorent ,
parce que les malades n'ont jamais ſu ni les indiquer
ni les peindre ! En un mot , la Médecine eſt un Art
d'obſervation , & le plus grand nombre des obſervations
ne peuvent être faites que par les inalades ;
il faut donc les mettre en état de les bien faire,
Il eſt hors de doute que plus d'un malade a été
tué pour avoir mal fait l'histoire de ſa maladie.
Les Savans de tous les genres ont trop penfé
qu'eux feuls devoient travailler à l'édifice des
Sciences : pour perfectionner les connoiſſances
humaines ce n'eſt pas trop du genre humain.
Une choſe eſt bien heureuſe, c'eſt qu'à meſure
que les Sciences ſe perfectionnent , elles ſe mettent
à la portée de tout le monde &que tout le monde
alors peut concourir à les perfectionner encore.
Je vais dire une choſe qui paffera peut être
pour une folie : Je ſuis perfuadé que la Phyſique
expérimentale , la Botanique & la Chimie , fi elles
étoient très -bien traitées , pourroient être poſſédées &
cultivées par nos payfans , & que nos payſans n'en
cultiveroient que mieux nos campagnes , mais nous
aimons à croire qu'il faut des eſprits ſublimes
pour comprendre ce que nous comprenons ; &
parce que nous l'enſeignons très-mal , nous penſons
que cela est très difficile à apprendre.
Tout fait eſpérer que l'Ouvrage de M. Vicqd'Azir
préparera une révolution dans l'Anatomie ;
qu'en rendant la connoiſſance du corps humain
plus détaillée & plus exacte , il répandra
cette connoiffance dans un plus grand nombre
d'eſprits; & que cette révolution dans l'Anatomie
pourra être la ſource d'une autre révolution dans
la Médecine.
Nous ne nous ſommes permis ici tant de ré
DE FRANCE.
125
nexions que pour jouir de ces belles eſpérances que
donne l'Ouvrage de M. Vicq d'Azir.
Il est dédié au Roi ; & c'eſt en effet autour
du Trône des Monarques bienfaiſans qu'il faut
raſſembler toutes ces grandes entrepriſes qui ont
pour objet d'améliorer la condition humaine.
«Ces- deux paties , la defeription & les planches
, peuvent suffire à ceux qui cultivent l'Ana-
>> tom'e pour elle-même; mais les perſonnes qui
>> ne s'occupent de cette Science que pour connoître
>> ſes rapports avec la Médecine ou avec la Phi-
>> loſophie ont beſoin qu'on leur repréfente le
>> réfu'tat des deſcriptions , des ufages connus &
>>> le jou des organes, les raparochemens des faits
» & la comparaiſon de la ſtructure de l'homme
>> avec celle des animaux : les diſcours phyſiologi-
> ques qui termineront l'histoire de chaque région
>> rempliront ces vues. D'un côté , l'importance du
> ſujet ne me permettra point d'omettre rien
d'effentiels de l'autre , l'étendue de la matière
>> ime fera toujours ſentir la néceſſité d'apporter
la plus graude préciſion dans chaque article. Je
ferai en peu de mots le tableau des erreurs , c'eſtà-
dire , des ſyſtêmes , & l'application des Sciences
» phyſiques à l'Anatomie ſera le principal ſujer
de mes réflexions. ce
>>>Les Planches paroîtront par Cahier de fix ,
> avec des explications très détaillées : la deſcrip-
- tion des organes qui doit les précéder & les dif-
>> cours qui doivent les ſuivre ſeront publiés ſépa-
>>> rément. ८
>> Quant à la deſcription & autres diſcours ,
ils feront publiés dans des Cahiers in-folio ſé-
>> parés ( même papier & même caractère que les
» premières pages de ce Profpectus ) ,& vendus à
raiſon de 6 fols 6 den. la feuille. "
* On a diminué le prix autant qu'il a été pof-
Fiij
126 MERCURE
fible. Chaque Cahier , composé de fix Plarches
in folio co oriées , de fix autres Planches de
même format , contenant les mêmes figures
* avec le trait ſeulement & les lettres de renver,
*" & de plufieurs pages d'explications , ſera vendu
» 12 livres , prix inférieur à celui que l'on fait
payer pour des Planches relatives àl HiftoireNa-
>> turelle , dont les ſujets n'exigent d'ailleurs pref-
> qu'aucune préparation; tandis que dans les recherches
dont i s'agit le travail de l'Anatomiſte ,
>> qui eſt ſouvent tres long & très difficile,
>> doit précéder & accompagner même celui du
>> Dellinateur.
ود Il eſt facile de préſumer qu'un Ouvrage de ce
genre doit exiger beaucoup de temps & de ſoins ,
aufli je ne propoſe point de ſouſcription : le Pu-
>> blic aime trop fa liberté , & la mienne m'eft
>> trop chère pour lui impofer & pour m'impofer
>> à moi- même des conditions qui pourroient le
>> contraindre , & qu'il me feroit peut- être difficile
* de remplir.
>> Les Cahiers feront annoncés dans les Jour-
> naux, & vendus à mesure qu'ils feront publiés.
>>-On invite ſeulement les Perſonnes qui, après avoir
acheté la première Livraiſon , defiteront ſe procurer
les ſuivantes , à vouloir bien faire inferre
>>leurs noms & leurs adreſſes chez M. Briceau ,
• Deffinateur & Graveur , rue Aubry-le-Boucher ,
à la Perle , chez lequel on pourra voir les Planches
annoncées dans ce Profpectus , & chez les
>> fheurs Didot l'aîné , Imprimeur de cet Ouvrage ,
rue Pavée- Saint-André ; Barrois jeune, Libraire ,
>>>quai des Auguftins , & Chereau , Marchand d'EC
tampes, rue des Mathurins. ود
( Cet Article est de M. de Matalas de Larrefore. )
DE FRANCE.
7
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
,
ONNa admiré la facture noble & ſavante
d'une Symphonie de M. Rigel. M. Chardini
a chanté pour la première fois à ce Concert
un Hyérodrame , de la compoſition de M.
Tomeoni nouveau Maître Italien. Cet
ouvrage a paru plaire , on en a fur- tout applaudi
le premier & le troiſième morceaux.
M. Chardini , qu'on voit avec plaifir remplacer
, depuis quelque temps à l'Opéra , MM.
Laïs & Cheron , n'en a pas moins fait dans,
l'exécution de cet ouvrage. MM. le Brun &
Dommnich ont exécuté fur le cor-de- chaffe,
une Symphonie Concertante de la compofition
de M. le Brun. On connoît tout le talent
de cet Artiſte , dont les ſons moelleux.
& touchans ont été bien ſecondés & confraftés
par l'exécution rapide de ſon ſecond.
M. Aldée a joué avec beaucoup d'habileté
un Concerto de M. Viotti , il a été très-applaudi;
& nous ne doutons pas que ce ſuccès
ne l'encourage à faire de nouveaux efforts
pour acquérir encore plus de sûreté , &
une plus grande qualitéde fon. La Symphonie
de M. Hayden , quoique très - connue ,
a été entendue avec tranſport , tant par la
Fiv
128 MERCURE
*
,
perfection delicate avec laquelle elle a éré
exécutée , que parce que les ouvrages de
cet homme unique ont un charme particu-.
lier , qui ſe renouvelle toutes les fois qu'on
lesentend. Mlle. Renaud, accoutumée à exci
ter par tout un enthouſiaſme univerſel , a
produit à ce Concert cet effet ordinaire.
Il eſt impoſſible d'avoir une voix plus belle ,
plus touchante , plus facile , plus étendue
plus égale ; d'avoir une exécution plus rapide
&plus nette, plus de juſtelle& de préciſion,
quand on fonge qu'elle réunit tant d'avantages
à une figure , àune taille charmantes ,
àune phyſionomie intereffante& auffi modeſte
que les moeurs , on eſt étonné que la
nature ait été ſi prodigue de ſes dons dans
unmême Sujet. Des oreilles délicates à l'excès,
ont regretté que Mile. Renaud ait été obligée
d'exercer fon charmant gozier ſur la langue
Italienne , qu'elle n'a pas l'habitude de prononcer
; mais cette obfervation eſt abſolument
independante de ſon talent. Mlle. Renaud
, qui n'a point la manie des paroles
Italiennes , eſt plus faite , qu'aucune autre ,
pour faire rendre à la langue Françoiſe la
juftice qu'elle mérite , & qu'on cherche envain
à lui ravir.
DE FRANCE.
129
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE.Vendredi 9 de ce mois , on a donné , ſur
ce Théâtre , la première repréſentation de
Pénélope , Tragédie en trois Actes , dont le
Poëme eſt de M. Marmontel , & la muſique
de M. Piccinni.
Pour donner le plus promptement poſſible
à nos Lecteurs une idée des nouveautés qui
paroiffent fur ce Théâtre , nous envoyons
ordinairement à l'impreſſion notre article
avant que l'Ouvrage ait été repréſenté. Nous
ne pouvons donc parler ni de ſon ſuccès ni
même de fon mérite; nous nous contentons
d'en expoſer le ſujet&d'en tracer le canevas ,
fans y joindre aucune critique , aucun éloge
qui ne prouveroient que notre ſentiment particulier
; nous ne devons au Public que le
réſultat de l'opinion générale ,& nous ne pouvons
le recueillir avant qu'elle exiſte .
Gette méthode étoit celle de l'Homme de
Lettres qui nous a précédés dans cette rédaction.
Elle nous paroît trop ſage , trop conforme
à l'eſprit d'impartialité qu'on doit attendre
de nous pour ne pas la fuivre. Elle
nous laiſſe le temps de raffembler les diverſes
opinions qu'un même Ouvrage fait naître ,
d'en chercher les motifs , de les comparer ,
d'en offrir les développemens au Public , ce
Juge fouverain; & fi nous y joignons la nôtre,
c'eſt en l'appuyant de toutes les raiſons qui
Fy
130 MERCURE
ont fervi à la déterminer , & en la foumettant
de même à ſa déciſion. Nos conclufions ne
font que des doutes ; nous ne nous aviſerions
pas de dicter des loix.
Cette lenteur de jugement eſt plus néceffaire
encore pour un Drame en muli
que que pour tout autre. La muſique eſt
un Art déjà compliqué par lui-même ; quand
ilſe joint encore à celui de la poélie , à une ac
Stion dramatique, à des danſes , à l'illufion du
fpectacle ; quand fon fuccès dépend de la parfaite
exécution de tant de parties différentes ,
de l'art & de l'intelligence des Acteurs , de
Tenſemble des cheoeurs & de l'orcheſtre , de
lajuſte longueur des ballets , dont on ne peut
juger qu'à l'effet , & qui cependant contribue
fifort à l'intérêt , il eſt bien difficile , pour ne
pas dire impoffible , qu'une feule repréſentation
en puiffe donner une juſte idée.
Nous croyons auſſi que nos Lecteurs nous
pardonneront facilement de ne pas prononcer
aveclégèretéfurl'ouvrage d'unhommecomme
M. Marinontel , l'un des premiers Littérateurs
de notre ſiècle , & qui , dans tous les
fiècles , eût obtenu un rang diſtingué ; d'un
homme comme M. Piccinni , l'un des créateurs
de la forme de chant & de ſtyle dramatique
aujourd'hui généralement adoptés , &
qui a contribué fi efficacement à opérer dans
notre ancien ſyſteme muſical la plus heureuſe
révolution.
Le fujer de Pénélope , emprunté d'Homère,
eft affez connu. Troye eſt en cendre
DE FRANCE.
131
2
&tous les Chefs de l'Armée des Grecs font
depuis long-temps rentrés dans leurs États.
Ulyffe feul eſt errant fut les meis , & ne
peut revoir Itaque. La fidelle Pénelope , qui
lui eſt tendrement attachée , éprouve fur fon
fort des inquiétudes d'autant plus vives
qu'elle eft perfécutée par une foule de Rois ,,
ſes voifins, qui veulent lui perfuader que fon
époux n'eſt plus , & l'obliger de ſe déclarer
pour l'un d'eux. Trop foible pour leur réfifter!
ouvertement , elle les amuſe ſous différens
prétextes; enfin Télémaque, leur fils, eſt parti
pour aller s'aſſurer du deſtin d'Ulyffe. A fon
retour qu'on attend , la Reine a promis de ſe
decider. C'eſt ici que l'action commence.
1
Le Théâtre repréſente le veſtibule du pa- :
lais d'Ulyífe , & au-delà une falle où les pourfuivans
de Pénélope font à table. Les plaiſirs
auxquels ils ſe livrent, la joie qu'ils fontéclater
, forment un contraſte avec la douleur
de Pénélope , qui , fur le devant de la Scène.
avec ſes femmes , déplore le malheur de fa
ſituation. Les députés de fon peuple qui gémit
fous l'oppreffion de ces Rois , aggravent en-:
core ſes maux en la preſſant de ſe déclarer.:
Elle s'y engage.
Au retour de mon fils , je ſubirai mon fort ,
N'en demandez pas davantage.
Pénélope attend en effet le retour de Télémaque,
mais ſeulement par une tendre inquiétude
, & parce qu'elle eſpère qu'il lui apportera
des nouvelles de ſon époux. Néfus ,
1
Fvj
32
MERCURE
?
T
l'un des Rois ſes amans , vient augmenter ſes
alarmes , en lui apprenant que fi fon fils arrive
, il mourra victime d'un complot formé
par ſes rivaux , & dont il n'a pas voulu être
complice. Cette mère infortunée implore fon
appui , Néfus ne s'y engage qu'à condition
qu'elle acceptera ſa main. Pénélope eſt au
déſeſpoir :
Mon fils! je ſuis réduite au choix inévitable ,
Ou de trahir ton père ou de te voir périr.
Le choeur prend part à ſa ſituation. Eumée ,
un ancien Serviteur demeuré fidèle à Ulyfſſe ,
vient annoncer le retour de Télémaque , dont
il a vû le vaiſſeau prêt d'aborder. Cette nouvelle
, qui eût comblé de joie Pénélope un.
inſtant auparavant, lui cauſe de vives alarmes ;
Eumée reçoit l'ordre de s'oppoſer à l'arrivée
du jeune Prince , s'il en eſt encore temps.
Agitée par ſes craintes , &uniquement frappée
du danger préſent qui menace ſon fils ,
elle envoie ſa Suivante à Néſus , lui promettre
ſa main , à condition que Télémaque lui
fera rendu. Scène où Pénélope croit entendre
l'ombre de ſon époux lui reprocher la parole
qu'elle a donnée. Les Pourſuivans paroiffent.
Elle leur reproche le complot tramé contre
fon fils , ils s'en défendent , & recommencent
leurs perfécutions.
Cédez, cédez fans crainte
Au plus ardent amour.
DE FRANCE.
133
PÉNÉLOPE .
Vous me glacez de crainte ,
Et vous parlez d'amour !
Elle offre de leur abandonner ſes États & ſes
tréfors.
Seulement avec moi que j'emmèné mon fils ,
C'est le ſeul tréſor d'une mère.
Télémaque arrive. Il annonce la prochaine
arrivée d'Ulyffe , qui doit faire trembler les
Tyrans. La joie de Pénélope & du Peuple , &
les menaces fecretres des Pourſuivans forment
un choeur contraſté qui termine le premier
Acte.
Au ſecond , le Théâtre repréſente un hameau
, où l'on diftingue le vieux château de
Laërte & la maiſon d'Eumée ; on voit la mer
dans l'éloignement.
Eumée annonce à Laërte , père d'Ulyffe ,
le retour de ce fils ſi long-temps attendu.
Cette nouvelle eſt trop chère à ce vieillard
pour qu'il la croie facilement ; Télémaque
vient la lui confirmer. Les Pasteurs des environs
prennent part à ſa joie. Une tempête
s'élève, on voit un vaiſſeau battu par les
vents , & des malheureux qui latent contre
les vagues.
TÍLÉ MAQUE.
Odieux! fi mon père
Couroit ee danger.
134
MERCURE
2
Cette réflexion l'emeut vivement , il vole
avec Eumée & les Paſteurs au ſecours des
paffagers.
Ulyffe vient par un autre côté. Tout a
péri ; feul & fans armes il s'eſt échappé du
naufrage. Il ignore d'abord où il eſt ; il croit
cependant reconnoître une grotte où il avoit
coutume de facrifier aux Nymphes ; elles
paroiffent en effet, lui confirment qu'il eſt à
Itaque , le préviennent ſur les perfecutions
que Pénélope & fon fils éprouvent en fon
abfence , & fur les dangers qu'il couroit en
ſe faifant connoître. Minerve a imprimé fur
fon front les caractères de la vieilleffe ; elles
lui conſeillent de profiter de ce déguiſement ,
& de diffimuler juſqu'à ce qu'il trouve un
moment favorable à fa vengeance.
Télémaque , inquiet pour ſon père , vient
endemander des nouvelles à ce vieillard qu'il
ne reconnoît pas. Ulyffe laiſſe entendre qu'il
a perdu la vie. Les regrets de fon fils & d'Eumée
font une jouiſſance délicieuſe pour fon
coeur. Il n'y tient pas , & fe découvre. On
l'inftruit de ce qui s'eft paffé dans fon abfence,
& tous trois méditent des projets de
vengeance qu'ils ſe propoſent de diffimuler en
faiſant courir le bruit de la mort d'Ulyffe.
L'Acte finit par ce trio.
Au troiſième Acte , Ulyſſe ſe prépare à
revoir Pénélope; mais il ne ſe déclarera point
malgré la vive affliction que la nouvelle de
ſon trépas doit caufer à ce ſenſible coeur. Plus
il lui connoît pour lui de tendreffe , plus il
DE FRANCE. 135
.
doit éviter de lui inſpirer une joie qu'elle ne
pourroit contenir, & dont l'exploſion renverferoit
tous fes deſſeins. Il ne faut pas oublier
qu'il eſt ſans armes,&qu'il ne peut parvenir
à s'emparer des fiennes fans riſquer de ſe
rendre ſuſpect.
Pénélope vient enfin , & veut interroger
le vieillard, qui apporte, dit - on, des nouvelles
d'Ulyffe ; elle ignore encore combien
elles feront funeftes.
. PÉNÉLOP I.
N'a- t'on rien appris de fa bouche
i Qui l'intéreſſe & qui me touche ?
Cette queſtion donne lieu au vieillard de
rendre compte à la Reine des principales
actions d'Ulyffe depuis la ruine de Troye.
Il lui parle de ſon triomphe fur Ajax au
fújet des armes d'Achille, des dangers qu'il a
eſſuyés entre Scylla & Charybde , de fon arrrvée
dans l'Ifle de Circé, & de ſon adreſſe
à éviter ſes pièges, de ſon ſejour plus dan
gereux dans l'Iffe de Calypfo , qui lui propor
foit l'immortalité.
PÉNÉLOPE .
Ah! comment réſiſter aux charmes d'une amante
Qui propoſe un tet prix à l'infidélité ?
Cette converſation eſt interrompue par l'arrivée
d'un des Pourſuivans , qui vient folliciter
de nouveau la Reine , puiſqu'Ulyffe eſt
mort , d'après le récit même du vieillard.
136 . MERCURE
Pénélope , que cette nouvelle déſeſpère , refuſe
d'y ajouter foi .
Vieillard, à m'accabler peut-être on vous engage.
Déjà pour complaire à ces Rois
Des étrangers plus d'une fois
M'ent tenu le même langage.
>
L'homme dans le malheur eſt ſi foible à votre âge.
..
Ah ! vous ne ſavez-pas quel coeur vous déchirez !
ULYSSE.
Reine , vous inſultez àmon abaiſſement.
PÉNÉLOPE.
Bon vieillard , pardonnez : je vous fais un outrage;
,
Mais dans mon coeur en ce moment
Je ne ſais quelle voix en ſecret vous dément,
Ulyffe , pour détruire ſes doutes , lui
montre l'Anneau d'Ulyffe ,&la Reine accablée,
ſe croit trop sûre de ſon malheur. Elle .
ordenne qu'on lui dreſſe un Tombeau. Le
Vieillard dit à Télémaque :
Prince , n'oubliez pas d'y ſuſpendre ſes armes.
C'eſt-là que Pénélope déclare à ſes Amans
qu'elle veut faire un choix; mais ſondeſſein eſt
d'y terminer ſa vie. Le Vieillard s'y oppoſe ,
il lui annonce , de la part d'Ulyffe même ,
une vengeance prédite par ce Héros .
DE FRANCE.
137
Le Tombeau eſt élevé. Pénélope veut que
le Vieillard faſſe ſerment ſur ce Tombeau
même , de la vérité de ſon récit.Il y monte ,
s'empare des armes qui y font ſuſpendues ,
ſe fait reconnoître pour Ulyffe , & fuivi de
fon Fils , d'Eumée & de ſes amis fidèles ,
ſe met à la pourſuite des Tyrans. Pénélope ,
tranſportée de joie , tombe dans les bras de
fon Époux , qui revient bientôt vainqueur.
Un Choeur d'alegreſſe , où les principaux
perfonn ges expriment leurs ſentimens , &
un Baller général terminent le Spectacle.
Nous renfions compte dans les prochains
Numéros , de l'effet de cet Ouvrage , de la
Muſique , & des principales parties de l'exé
cution.
ANNONCES ET NOTICES.
RÉPERTOIRE univerfel & raisonné de Jurisprudence,
Ouvrage de pluſieurs Jurifconfultes , mis en
ordre & publié par M. Guyet , Ecuyer, ancien Magiftrat.
A Paris, chez Viſſe , rue de la Harpe ,&
chez les principaux Libraires de France .
Cet Ouvrage, actuellement complet, eſt compoſé
de dix fept Volumes in - 4º imprimés en caractère
petit Romain, avec des Noves. Le prix eft
de 180 livres , non compris la relieure ni la brochure.
On diſtribue gratis le Profpectus chez le
Libraire.
sa
COSMOGRAPHIE Elémentaire , in - 8 ° . , par
M. Mentelic , Hiftoriographe de Mgr. Comte
238 MERCURE
d'Artois , Cenfear Royal , nouvelle Édition , confidérablement
augmentée de Difcours & de pluſieurs
Cartes & Planches. Prix , 7 liv. 4 fols brochée.
On a fait de cet Ouvrage , fijuſtement eſtimé &
approuvé par l'Académie des Sciences de Paris , une
Edition in - 4 ° . de cont Exemplaires, dont cinquante
ſeulement ſur papier vélin de la Manufacture
de Courralin. Ces cinquante Exemplaires ont
été , depuis l'impreffion , relevés & latinés par les
foins & fous les yeux de M. Réveillon , à ſa Manufacture
du Fauxbourg Saint Antoine. On y a joint
un fort grand nombre de Cartes très bien enluminées.
Prix , 48 liv. brochée en carton.
L'autre Édition , ſur grand raiſin de Montargis
avec les mêmes Cartes eſt du prix de 24 livres. A
Paris , chez l'Auteur, rue de Seine , nº. 27 , Fauxb.
Saint Germain.
CATALOGUE Latin & François des Plantes
vivaces qu'on peut cultiver en pleine terre pour la
décoration desjardins à l'Angloise & des parterres,
auquel on ajoint la liste des Plantes nouvelles quise
trouvent repréſentées dans le grandjardin de l'Univers
, par M. Buc'hoz , Médecin Botaniſte. A Londres;
& fe trouve à Paris , chez l'Auteur , rue de la
Harpe, an deffus du Collège d'Harcour. Prix
2 liv. 8 fols à Paris & par toute la France.
La France connue sous ses plus utites rapports ,
ou nouveau Dictionnaise univerfel de la France ,
dreſſé d'après la Carte en cent quatre- vingt feuilles
de Caffini , par M. Dupain- Triel , Géographe du
Roi, de MONSIEUR & du Département des Mines ,
Cenfeur Royal.
La grande Carte de France de Caflini n'exiſtant
pas encore quand on a publié des Ouvrages fur cerremême
matière , celui que nous annonçons peut être
1 139
DE FRANCE.
d'une plus grande étendue , & par corféquent d'une
plus grande utilité. Il préſentera le tableau du
Royaume ſous les rapports ci-après : 1 °. ſous ſes
rapports géographiques & même topographiques.
2°. Sous le rapport de ſes grands bois & de ſes forêts.
3°. Sous le rapport de ſes chauffées & principaux
chemins. 4°. Sous le rapport de ſa navigation intérieure.
5º . Sous le rapport de divers genres de commerce
établis dans les Villes , les Bourgs & autres
lieux conſidérables. 69. Sous le rapport de ſes Jurifdictiors
eccléſaſtiques ou civiles. 7°. Sous le
rapport de ſa minéralogie. 8 °. Enfin , ſous le rapport
de ſa population actuelle.
L'impreſſion de ce nouveau Dictionnaire ſera
du format in 8 °. Chacun des Cahiers ne comprendra
jamais que les objets renfermés dans la feuille
de Caffini , à laquelle il correſpondra par ſon
numéro ; par conféquent le premier Cahier contiendra
celle de Paris , nº. I : le deuxième , la
feuille de Compiègne , nº. 2 : le troiſième , la feuille
de Fontainebleau , nº. ; : ainfi de ſuite , juſqu'à
ce qu'on ait completté la Généra'ité de Paris; car
c'eſt par Généralités qu'on diviſera le Royaume.
Chaque Généralité aura ſon Dictionnaite particulier
; on ne diftribuera les Cahiers que l'un après
l'autre & ſéparément, afin de laiſſer an Curieux ou
au Lecteur intéreſſé la liberté du choix.
N. B. Dès que l'on ſera parvenu à la confection
entière de ce Dictionnaire détaillé de la
France par Généralités , on réunira tous les Cahiers
qui le compoſeront pour en former un Diction
naire Général en un ſeul Volume qui en fera l'extrait
, & ne préſentera plas , toujours par ordre alphabétique
, que le nom de routesles Vil'es , Bourgs ,
Vi'lages & Abbayes ; la Province où ils ſont ſitués ,
de Dioceſe , la Généralité & l'élection dont ils dé
pendent , avec le nombre de feux qu'on y compte.
140 MERCURE
La première Feuille paroîtra au commencement
de l'année 1786 .
OEUVRE de Plutarque , &Amyot , avec des Som
maires , Notes & Obfervations de MM l'Abbé
Brotier & Vanvilliers , de l'Académie Roya'e des
Infcriptions & Belles- Lerres & par M. l'Abbé
Brotier neveu , en 24 vol. in 8°. & in 4°. avec de
très belles Figures, A Paris , chez Cuflac , carrefour
S. Benoît, vis à vis la rue Taranne.
,
Cette belle Édi ion jouit toujours d'un ſuccès
mérité. Les Notes & Commentares y donnent uu
grand prix. L'exécution Typographique , confiée
aux foins de M. Pierres , premur imprimeur du
Roi , eft recommandabe par lélégance de la compofition
, la netteté & l'égalité du tirage. Les
Figures , gravées d'après les plus habiles Deflinateurs
, ne font pas un ſimple ornement de luxe;
elles repréſentent une des actions la plus éclatante
de la vie même du Héros d'où le ſujer eit tiré.
Il paroît actuellement II volumes de Plutarque ,
dont 6 des Vies des Hommes aluſtres , & s des
Ouvres Morales .
On continue à ſe faire infcrire pour le peu
d'Exemplaires qui reſtent à placer des oeuvresde
Plutarque, avec Figures , à raiſon de 6 liv. 10 f.
par vol. in 8 ° . broc.; 15 liv pour lemême format,
papier d'Hollande , & 27 liv. pour le formar in 4° .
papier d'Annonay , tiré ſur la même juſtification
que l'in- 8 °. Les Exemp'aires , tirés ſur papier dHollande
in 8°. & fur de l'Annonay , in 4º. ſont
avec des figures avant la lettre.
On foufcrit chez le même Libraire pour l'Ouvrage
ſuivant , du même format , & comme
pouvant faire ſuite au précédent : Théâtre des
Grecs , par le P. Brumoy , nouvelle Édition ,
enrichie de très belles gravures , dont la plupart
DE FRANCE.
149
,
des ſujets font tirés des Monumens antiques , &
augmentée de la traduction entière de Pièces
Grecques dont il n'exiſte que des extraits dans
toutes les Edicions précédentes , & de comparaiſons ,
d'obſervations & de remarques nouvelles , par une
Société de Gens de Lettres ; propoſée par ſoufcription
, en 10 ou 12 volumes , grand & petit
in-8 . & in-4° . avec figures. Le prix de la ſouſcription
du petit in-8 . eſt de 8 liv.,& celui dugrand
in- 8°. 12 liv. Le même format , papier vélin
30 liv. , celui de l'in- 4º papier vélin , tiré fur la
même juſtification que l'in- 8 ° . 54 liv.; en recevant
chaque volume, petit in- 8 ° . , on paye 4 liv , & pour
le grand in 8°. 6 liv. ; le même , papier vélin
Is liv. , & 27 liv. pour l'in-4 . , même papier que le
précédent ; l'un & l'autre , avec les figures avant
la Lettre. Quel que foit le format que l'on choifiſſe
, le prix de la Souſcription ſera à valoir ſur
les deux derniers qu'on livrera gratis à MM. les
Souſcripteurs . Les Tomes I & II paroiffent ac
tuellement , & contiennent toutes les OEuvres d'Efchyle
&une partie de celles de Sophocle, Dans le
III , qui paroîtra inceſſamment , & le , IV feront
compriſes toutes celles de ce Tragique.
Nouveau Précis de l'Histoire d'Angleterre depuis
les commencemens de cetie Monarchiejusqu'en
1784 , traduit de l'Anglois , avec des Notes , une
Introduction Géographique & deux Cartes qui ne
font pas dans l'original , nouvelle Edition , petit
in- 12 de 280 pages. Prix , I liv. 10 fol . A Paris ,
chez Belin & Regnault, Libraires , rue S. Jacques,
Ce Précis a le double méite d'être tout-à-lafois
propre à l'éducation de la Jeuneffe , & à rappeler
dans un bon ordre aux hommes verfés dans
l'Hiftoire d'Angleterre les faits les plus intéreſfans,
Chaque Règne offre une Notice bien curieuſedes
142 MERCURE
progrès dans les Arts , dansle Commerce & dans
les Sciences . L'Introduction Géographique , compoſée
par M. Mentelle , a toutes les qualités qui
diftinguent les Ouvrages de ce Savant , l'exactitude
, l'ordre & la clarté.
LES Règles & Préceptes de Santé de Plutarque ,
traduits du Grec par Jacques Amyot, Grand-Aumônier
de France , avec des Notes & des obfervations
de M. l'Abbé Brotier , neveu , in- 8 ° . fig.
A Paris , chez J. B. Cuſſac , Libraire , rue & Carrefour
S. Benoit, vis-à vis la rue Taranne.
Cet Ouvrage , enrichi de Notes intéreſſantes , eft
détaché de la belle Edition de Plutarque publiée par
le même Libraire. On a cru faire plaifir à ceux
qui ne pourront ſe procurer les OEuvres entières , en
leur offrant un Traité auſſi important par ſon objet
que par la manière dont il eſt rempli.
ETRENNES de Polymnie , année 1786. Prix , 3
liv. franc de port par tout le Royaume. A Paris ,
au Bureau de la petite Bibliothèque des Théâtres ,
rue des Moulins , nº. 11 ; Belin, Libraire , rue S.
Jacques , près S. Yves ; Brunet , rue de Marivaux ,
près le Théâtre Italien , & tous les Marchands de
Nouveautés & de Muſique.
Ces Etrennes , qui font ſuite à la petite Bibliothèque
des Théâtres , & que les Souſcripteurs de
cette Collection reçoivent gratis , paroîtront tous
les ans vers le 15 Décembre ; elles ſont compoſées
des plus jolis Morceaux qu'adreſſent aux Rédacteurs
avant le 15 Août les Auteurs, foit de paroles
, foit de Muſique. Ce font des Chanſons ,
Vaudevilles de l'année gravés , ainſi que la Muſique
, qui eſt nouvelle auffi; on y a joint les tinabre
des airs connus ſur leſquels,la plupart des
Morceaux peuvent auffi être chantés . )
ت
DE FRANCE.
143
RECUEIL d'Airs pour la Harpe , Accompagne.
ment de Flûte ou Violon , contenant l'ouverture de
Dardanus & de la Caravane , une Sonate & un Pot-
Pourri pour la Harpe ſeule , par Mme Cléry , de la
Muſique du Roi & de la Reine , OEuvre II. Prix ,
6 liv. A Verſailles , chez l'Auteur , rue de Maurepas ,
Pavillon Teffier ; Blaizot , rue Satory ; Wafflard,
rue de la Chancellerie.
TROIS Sonates pour le Clavecin , Accompagnement
de Violon par M. Muzio Clementi ,
OEuvre XIII. Prix ; 7 liv. 4 fols . A Paris , chez Im
bault, rue& vis-à-vis le Cloître S. Honoré , maiſon
du Chandelier , nº . 573 .
PARMI les Perſonnes qui ſe ſont appliquées à
perfectionner le Rouge Végétal , on doit diftinguer
le ſieur Launoy , qui a fait la découverte d'une nou
vellecompofition dont il eſt ſeul poſſeſſeur , laquelle
rend le Rouge plus beau , & lui donne en mêmetemps
plus de falubrité pour la peau. Il compoſe
auſſi le véritable Blanc de Venise pour blanchir la
peau. Un objet plus effentiel encore , c'eſt que le
fieur Launoy eſt ſeul Auteur & Poffeffeur d'une.
Pommade Végétalepour le teint. Cette Pommade eft
bonne pour enlever le rouge du viſage , elle ôte
en même-temps les taches , boutons & rougeurs ;
& en en faiſant uſage foir & matin
efface les rides & préſerve des coups de ſoleil On
peut l'employer auſſi à la ſuite de la petite vérole
pour empêcher d'en être marqué, ainſi que pour
les engelûres.
elle
Pour éviter la contrefaction , l'on ne trouvera
de ce Rouge , ainſi que les autres objets , que dans
la demeure du ſieur Launoy, rue S. Honoré , bôtel
d'Angleterre, près & vis-à- vis le Palais Royal ;
44 MERCURE
& chez le ſieur Gouret , rue & grand hotel de
Berry , au Marais ; & à Verfailies , chez le Libraire
dans l'eſcalier de marbre,
N. B. Outre les Libraires indiqués dans le Mercure
du No. 45 la Morale des Rois , puisée dans l'Eloge,
ou l'exemple du Père du Peuple, ſe trouve à Paris ,
chez Nyon , rue du Jardinet , & chez Buiſſon , hôtel
deMeſgrigny.
ERRATA . En annonçant la Moutarde que diſtribue
gratis M. Maille , pour les Engelures , nous
avons oublié de prévenir que MM. les Seigneurs &
Curés, dans toute l'étendue du Royaume , peuvent
en faire prendre pour leurs Pauvres ,par.un Corref-
Fondantqui indiquera le beſoin qu'on peut en avoir ,
en s'adreſſant toujours à fon Magaſin, rue S. André
des-Arcs,
TABLE.
AM. le Chevalier de Cu- Dames ,
bières ,
Imitation du Grec ,
ble ,
1e4
97 Les Terriers rendus perpé-
99 tuels , 112
La Rose & l'Immortelle, Fa- Prospectus d'un Traitéd'Ana
ibid. tomie& de Physiologie, 114
Charade, Enigme & Logo Concert Spirituel ,
gryphe, 101 AcadémieRoy. de Musiq.129
Bibliothèque Univerſelle des Annonces &Notices ,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
127
139
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 17 Décem. 1 785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 16Décembre 1785. GUIDI,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 3 Décembre.
ON ne lira pas fans intérêt les particularités
ſuivantes de la mort du Comte de
Creutz , décédé à Stockolm , le 30 Octobre
dernier , ainfi que nous l'avons rapporté.
Il étoit arrivé le 27 Octobre de Dorttningholm
en bonne ſanté & ſe retira chez lui après avoir
paſſé la ſoirée avec pluſieurs amis. Pendant la
nuit , il fut réveillé par des douleurs aiguës qu'o
cafionnoit la goutte remontée. Les Médecins fu
rent appellés & déclarerent d'abord le cas mortel.
Le Roi étant arrivé le même ſoir , S. M. ſe
rendit chez le Comte de Creutz & paſſa pluſieurs
heures avec lui. Le lendemain le mal ne fit qu'empirer
; mais il ne priva le Comte de Creutz de la
connoiffance & de ſa raiſon , que peu d'inſtans
avant ſa mort. Il fit appeller M. Schroderheim ,
l'un des Secrétaires d'Etat de S. M. & prit congé
de lui ſeul avec la tranquillité & la ſérénité d'ame
qui lui étoient particulieres . Il lui dit qu'il voyoit
approcher la mort fans regret & fans crainte ,
N°. 51 , 17 Décembre 1785.
e
fans regret, parce qu'il s'étoit, entoute confcience,
acquitté de ce qu'il devoit à ſon Roi & à la
Patrie; fans crainte , parce qu'il ſavoit que Dieu
étoit bon , & que lui n'avoitjamais été méchant.
Il chargea M. Schroderheim de faire ſes adieux
au Roi . Le Samedi ſoir il y eut une apparence de
mieux qui ne tarda pas à s'évanouir , & les fouffrances
du malade ſe terminerent par ſa mort à
huit heures du matin . Sa maiſon & fon fuperbe
mobilier ſeront achetés par le Roi , qui
yeut conferver ce que ce Sujet rare & fidele avoit
rafiembé à tant de frais. Son buſte & ſa biblictheque
feront placés à Tivoli , ( domaine que le
Roi lui avoit donné près d'Ulrieſdahl , & où il
avoit déjà tracé le plan d'une maiſon de campagne
& d'un jardin anglois , pour lui ſervir de
retraite ) dans un pavillon que le Roi y fera
bâir en mémoire de ceMiniſtre. Il a été enterré
dans l'Egliſe de St. Jacques , univerſeilement
regretté.
Le Prince Jérôme de Radziwill eſt de
retour à Varſovie depuis quelque temps avec
ſon épouſe , née Princeſſe de la Tour &
Taxis. La réunion de ces deux époux a caufé
une joie univerſelle en Pologne ; & l'on y
faitdes voeux pour qu'il en réſulte des fuc
ceſſeurs àlabranche aînée de l'illuſtre Maifon
de Radziwill, dont le Prince Jérôme
fera le chef, après la mort de ſon oncle ,
l'ancien Palatin de Wilna , fi connu par ſes
malheurs durant les derniers troubles de la
République.
Nous avons eſſaié, ditune lettre deCracovie
, du 19 Novembre, un tremblement
de terre , le 12 Septembre à 7 heures du
( 99 )
!
1
matin. Trois ſecouſſes ſe ſont manifeſtées
par des ofcillations des vitres & des meubles
dans les appartemens , & fembloient
partir de l'Oueſt à l'Eſt. Ce phénomene ne
s'étoit jamais fait ſentir ici ; il s'eſt étendu à
une très-grande diſtance de Cracovie , mais
ſans caufer aucundommage.
Le 19 Novembre , le vent étant beau , &
le vent S. O. , près de 200 bâtimens de diverſes
nations firent voile d'Helſingor pour
la mer du Nord; on comptoit dans ce nombreun
bâtiment Danois , Capitaine Langoé ,
allant en Chine.
On apprendde Falkenberg , écrit- on de Stockolm
, que dans l'ouragan du 26 Octobre , un
Yachtallantde Bostad àGotthembourg , & ayant
àbord 56 hommes & 2 femmes , a péri près de
cette derniereVille.On n'a pu ſauver que 12 per-
Lonnes.
Le 24 Novembre , la Princeſſe Frédérique
Elifabeth Amélie de Wirtemberg-Stutgard,
épouſe du Duc de Holſtein Oldenbourg,
Prince-Evêque de Lubeck , eſt morte
ici dans la 21e. année de ſon âge. Cerre
Princeſſe étoit accouchée au commence,
mentdu même mois d'un enfant mort né.
Un Journal de Commerce offre les réſultats
fuivans , exacts ou non , du commerce d'Angleterre
depuis 1740 juſqu'en 1780. Importation
depuis 1740juſqu'en 1750-7,396,609 liv.
Gerl.-Exportation , même époque , 12,309,055 .
Balance en faveur de l'Angleterre , 5,002,446.
=Importation depuis 1750 juſqu'en 1760 ,
8,560,989.-Exportation , même époque ,-
e2
( 100 )
13,829,953 .-Balance en ſa faveur-5,269,964:
Importation depuis 1760 juſqu'en 1770 ,
11,088,711 . Exportation même époque ,
14,841,548 .-- Balance en ſa faveur-- 3,753,837.
-Importation depuis 1770 juſqu'en 1780 ,-
11,760,655 . Exportation, 13,913,245.
Balance en ſa faveur , -2,152,590 .
DE VIENNE , le 4 Décembre.
:
Une Ordonnance ſuprême du Gouverne
ment a preſcrit la ſuppreffion de 23 Couvens
à Gratz & dans le reſte de la Stirie.
On réduira aux deux tiers le nombre de
Religieux confervés dans 27 autres Monafteres
: le nombre des Curés ou Chapelains
ſera de 399 , avec une penſion de 400 flor.
pour les premiers , & de 300 flor. pour les
leconds. Une penſion de 180 flor. eft allouée
aux Moines mendians que l'on conſerve ;
ceux qui feront congédiés jouiront de 250
flor. annuels.
Le 7 de Novembre ſe fit ici l'inauguration fo
lemnelle de la nouvelle Académie de Médecine
&de Chirurgie , établie par l'ordre de S. M. I.;
le Sr. de Brambilla , premier Chirurgien de l'Empereur
, remit à cette occafion aux Profeſſeurs de
l'Académie, des Médailles d'or , qui d'un côté repréſentent
le buſte de l'Empereur avec l'inſcription
ſuivante : Jofephus II, Auguftus : de l'autre
côté on voit l'édifice de la nouvelle Académie
avec cette inſcription :Curandis militum morbis &
vulneribus. On lit dans l'exergue : Academia Medico-
Chirurgica inſtituta Vienne 1785 ......
On lit dans le Public une lettre récente
( 101 )
écrite par l'Empereur au Prince de Kaunitz,
dont voici la traduction :
Mon cher Princes
Vous venez de me féliciter au ſujet de
l'arrivée du courier de Paris avec les préliminaires
de l'arrangement entre moi& les Hol
landois. Je dois vous féliciter à mon tour fur
>> un événement qui , commetous les autres arrivés
fous mon regne , doiten grande partie fon
››développement au zele & aux talens ſupérieurs
» que vous continuez à montrer dans le manie
,, ment du timon de l'Etat. Auſfile ciel ſemble-t-
>> il vouloir reconnoître la part éminente que vous
„ avez à la réuſſite de cette affaire , en vous faifantun
préſent auſſi flatteur pour demain (jour
>> de ſa fête ) . Je vous connois trop pour n'être
pas convaincu que le plaifir que vous en ref-
,, fentez ne fauroit être contrebalancé par tous les
>> préſens que je pourrois vous offrir. Dans notre
, premiere entrevue je vous exprimerai ces ſen-
„ timens plus amplement de bouche ; mais mon
,, coeur étoit trop plein dans ce moment , pour
›, que je puffe en arrêter l'effufion juſqu'à ce
,, temps. Le 28 Septembre 1785 à deux heures
,, après-midi ...
$90,000 voies de bois ont été coupées
dans les forêrs de S. M. I. qui les fait vendre
en cette Capitale , au prix de 8 flor. 10
creutzers la voie.
On rapporte une anecdote récente , qui
atteſte l'attention de notre Monarque à faire
exécuter les dernieres injonctions aux Emploiés
des divers Bureaux.s :
Ceux de la Chancellerie de Boheme , en y
arrivant un de ces jours , furent étonnés d'y trou
e 3
( 102 )
ver notre augufte Monarque qui les avoitprévenus
de quelques minutes. Lorſque tous ces
Meſſieurs furent aſſemblés , le Préſident demanda
à Sa Majeſté fi elle defiroit monter ſur le Tribunal.
Non , répondit le Prince ; je viens ici m'inſtruire ,
je ne veux qu'écouter. Agiſſez en liberté , & comme
ije n'y étois pas , ne faites pas attention à moi.
Après ces mots , il ſe retira près d'une fenêtre où
il reſta cing heures entieres ſans parler. On remarqua
ſeulement qu'il faiſoit des notes fur ſes
tablettes. Peu dejours après, il rendit le même
honneur à la Chancellerie de Hongrie.
On écrit de Pologne la nouvelle abſolunent
invraiſemblable, que le Bacha deChoc-
Lim, craignant pour ſa tête , s'eſt ſouſtrait
au cordon, en abandonnant la fortereſſe ,
&que, ſuivi de soo hommes , il s'eſt retiré
vers Kaminieck. Les avis qui parlent du
cantonnement des troupes , ſous les ordres
du Pacha d'Albanie , ſur les frontieres Vénitiennes
,paroiſſent mériter plus de créance.
Fin de l'Examen de l'Exposé des motifs publiés
par S. M. P.
Quant à tous les autres Etats de l'Empire &
Cours de l'Europe , on ſoumet à leur propre
conſidérationimpartiale & équitable tout cet objet
tel qu'il eſt , & l'on croit , avecpleine confiance ,
pouvoir s'en rapporter aux éclairciſſemens donnés
juſqu'à préſent ,comme à autant de preuves
convaincantes .
» Qu'à Braunau il ne fut , ni ne pouvoit aucunement
être queſtion , de preuve ſur l'admiſſibilité
ou la non-admiffibilité d'un échange
dú Duché deBaviere.
( 103 )
«Que la renonciation , faite de notre côté ,
àtoutes les prétentions ſur laBaviere , n'a pas
la moindre connexion avec la propoſition amis
cale d'un échange entierement libre & volontaire
de part & d'autre: Qu'une défenſe abſoluede
toute eſpece d'aliénation n'a aucunement
été portée par les pactes de la Maiſon Palatine
, & qu'elle est même en contradiction avec
le ſens littéral de ces Pactes . »
« Que , d'après les principes de la Cour de
Berlin même, il doit être libre à tout Etat de
l'Empire , de maintenir ſes pactes de famille ,
ou de les changer du conſentement unanime
de ſes Membres. »
ceQue, ſelon les propres principes de ladite
Cour , cette faculté libre, mentionnée ci-deſſus,
ne peut être reſtreinte de quelque maniere
que ce ſoit , par la confirmation que de tels
Pactes de famille auroient reçue de la part des
Etrangers,»
Que le droit a été accordé à la Maiſon de
Bavere , fur- tout par l'article XVIII de la paix
de Bade , d'effectuer tel échange qu'elle jugeroit
à propos de faire de toutes les poffeffions
ou d'une partie d'icelles . >>
« Qu'en ratifiant formellement & unanimement
le Traité de Bade , l'Empereur & l'Empire
réunis ont approuvé & confirmé l'échange
de la Baviere à être effectué tôt ou tard.
Que par conséquent ni l'effectuation réelle
de cet echange, ni encore moins la propoſition
purement amicale de le faire , ne font une
entrepriſe arbitraire , illégale & contraire à la
conftitution de l'Empire.
Que , les choſes étant ainsi , le traité ap
pelé Traité d'Union , ſe préſente comme u
Ouvrage , qui , d'après tous ſes motifs détails
e4
( 104 )
-
lés , fon but & fa deftination eſt ouvertement
contraire à la conſtitution & aux capitulations
de l'Empire , au Traité de Westphalie , & eft
auffi directement offenfif contre S. M. I. & la
Maiſon Electorale Palatine , puiſqu'il ne tend
dans le fond à plus ni moins , qu'à s'oppoſer aux
Maiſons d'Autriche & Palatine , au cas que tốt
ou tard elles convinflent de faire un échange
de quelques- unes de leurs poſſeſſions : à les empêcher
les armes à la main, par conséquent
à les inquiéter dans l'exécution des droits &
facultés , qui leur fontnon ſeulement communes
avec tous les autres Etats de l'Empire , mais
dont elles ont d'avance , pour elles en particu
lier , la ratification éventuelle même de l'Empereur&
de tout l'Empire; à les troubler enfin
d'une maniere violente , contraite à toutes
les loix de l'Empire , & principalement à l'Ordonnance
publiée en 1673 ſur les exécutions. Cette
Ordonnance érablit pour regle permanente &
inimuable , ce qu'aucun Etat ne doit attaquer
l'autre de fait , ni l'offenſer , ni l'affliger , ni
>>>former contre lui aucune conſpiration ou ligue ,
> ni y prendre part , pour quelque cauſe que ce
>> puiſſe être , ni publiquement , ni ſecrettement ,
ssni par lui-même , ni par d'autres de ſa part .
--Les éclairciſſemens ſusdits étant ébauchés , il
aparu dans les feuilles publiques une déclara
tion de la Cour de Prufſe , ayant pour titre ,
Exposé des motifs qui ont porté Sa Majesté le Roi
de Pruffe à proposer à ses hauts co - Etats de l'Empire,
& à faire avec quelques uns d'entr'eux une
affociation pour la confervation & le maintien de
la conftitutionGermanique .
Cet Exposé ne differe aucunement , quant à
Peffentiel, de la Déclaration que nous avons
alléguée , en y joignant notre réponſe à chaque
( 105 )
paragraphe. On ne remarque dans cette Piece
aucur nouveau principe , mais ſeulement un
peu plus de prolixité & pluſieurs forties remplies
d'aigreur contre la Cour impériale &
Royale.
On fait à ces ſorties l'honneur qu'elles méritent
, en les paffant avec indifférence . Voici
cependant quelques affertions contenues dans
ledit Expoſé , qui ne fauroient être paſſées ſous
filence.
>> Qu'on a fait au Duc des Deux Pants la
déclaration menaçante , que l'échange auroit
> lieu même.contre ſa volonté : ,,
Qu'on ne lui laiſſa que le terme de huit
>>jours pour ſe décider.
>> Que dès ce moment il réclama l'aſſiſtance
>> de S. M. Pruffienne contre un deſſein , auſſi
>>pe>rnicieux pour lui , formé par la Cour Impériale
& Royale.
Si l'ouverture prétendue menaçante avoit été
réellement faite par le Comte de Romanzow
Miniſtre plénipotentiaire de Ruffie , il devoit
en avoir été chargé & en avoir fait ſon rapport
dès qu'il s'étoit acquitté de ce devoir : er dans
les rapports qu'il a faits à ce ſujer , on n'en
remarque non - ſeulement aucune trace , mais
auſſi rien au monde n'auroit pu être plus contraire
à la commiſſion dont il étoit chargé
qu'une pareille menace. Comment est- il donc
poſſible de préſumer , qu'un Miniſtre , tel que
M. le Comte de Romanzow , qui réunit tantde
lumieres , de ſageſſe & de probité , aux autres
qualités perſonnelles qu'on lui connoît , ait pu
faire une démarche fi manifeſtement contraire
à ſes inftructions , & ait déclaré à celui dont
il avoit ordre de rechercher le conſentement
es
( 106 )
d'une maniere amicale , qu'il n'avoit aucunement
teſoin de ce même conſentement.
Il eſt tout auſſi peu fondé qu'on n'ait accordé
à Mgr. le Duc qu'un terme de huit jours.
Ce terme de 8 jours c'eſt lui même qui l'avoit
fixé , & M. le Comte de Romanzow avoit
été renvoyé à ce tems , avec promelle que ,
ce terme écoulé , on lui feroit remettre une
réponſe par écrit.
Ilconvient de remarquer ici en outre une
circonstance eſſentielle , qui mérite d'être connue
; c'eſt que , pendant tout le tems fixé par
Mgr. le Duc pour ſe conſulter, M. le Comte de
Romanzow n'a pas paru à la Cour de Mgr. le
Duc , mais qu'il a atrendu tranquillement à
Francfort la réponſe promiſe , qu'il l'y a auſſi
reque; & qu'enfuite il n'a plus revu Mgr. le
Duc.
Tout ceci démontre bien clairement juſqu'a
l'impoffibilité physique , que ledit Miniſtre a
ufé de ſurpriſe ou de menace contre Mgr. le
Duc des Deux Ponts.
Au reſte ,nous n'examinerons point , ſi Mgr.
le Duc a d'abord reclamé l'aſſiſtance de S. M.
Prufſienne : Mais il doit être à chacun d'autant
plus inconcevable , enquoi peuvent confifter les
véritablesmotifs&les raiſons preſſantes de cette
réclamation , qu'il apert évidemment par ce
qui précede , que toute cette affaire , tant pour
fon exécution , que pour en laiſſer tomber entierement
le projet [ ce qui a eu effectivement
lieu] n'étoit fondée que ſur un oui ouun non ;
dépendant de la libre volonté de Mgr. leDuc.
Depuis le 16 Août juſqu'au 16 de ce
mois , il eſt entré dans l'Hôpital général ,
deux mille neut cents quatorze malades , &
( 107 )
ily en étoit reſté du dernier trimestre onze
cents trente quatre; de ce total deux mille
fept cents trente-trois ont été guéris , &
deux cents quatre-vingt-dix ſont morts.
L'Empereur a envoyé aux malades de cet
Hôpital, fix cents bouteilles de vin du Cap
&d'Eſpagne.
Depuis pluſieurs années , le Prélat Bilanzky ,
Abbé de Goldencron s'eſt occupé à améliorer
l'éducation de la jeuneſſe dans le territoire de
l'Abbaye , à la diriger principalement vers l'utilité
publique , & en général à perfectionner les
divers genres d'agriculture. Il a la fatisfaction
aujourd'hui de voir proſpérer toutes ſes entrepriſes
patriotiques. La jeuneſſe eſt inſtruite gratuite -
ment , non ſeulement dans la religion, la lecture
, l'écriture & le calcul , mais auſſi dans les
bons principes de l'agriculture , dans la maniere
d'élever les arbres,& de les enter , dans la connoiſſance
des herbes ,& de la culture des prés ,
dans l'éducation des abeilles , & dans la pratique
de filer du lin & de la laine. A l'aide de ces
éleves , l'Abbé a planté ſur un district conſidérable
4400 pieds d'arbres fruitiers , & un autre
diſtria a été planté en vignes ; il a encore fait
exécuter uneplantationde bois de pins & de ſaules
fur un diſtrictde 9000 to ſes. La culture de vers
àſoie , & la manierede traiter la foie & de l
teindre eſt auſſi enſeignée àla jeuneſſe. Ce Prélat
fait auffi cultiver l'indigo & la garance , & it a
beaucoup perfectionné la culture des grains .
DE FRANCFORT , lk 6 Décembre.
Uvient de førtir des preſſes del'Impri-
еб
( 108
merie de la Cour de Berlin , une réponſe à
P'Examen des motifs d'une aſſociation , &c.
publié ſous les auſpices de la Cour de
Vienne.
Le Duc Ferdinand de Brunswick eſt encore
à Potsdam , où le Duc Frédéric de
Branfwick , & le Lieutenant Général de
Prittviz ſe font auſſi rendus. Le Major-Général
d'Holzendorf, Commandant en chef
de l'Artillerie , eſt mort à Berlin , le 17 Novembre
, âgé de foixante-dix ans.
Le Duc Fréderic-Auguſte de BrunswickWol
fembutel ayant ſupplié le Roi de Pruſſe d'accorder
au Prince Frederic-Guillaume , quatrieme
fils de Charles Guillaume-Ferdinand , Duc regnant
de Brunswick Wolfembutel , des Lettres
d'Expectative & de Co-Inveſtiture de la Principauté
d'Oëls , S. M. a agréé cette demande
&fait expédier en conféquence les Lettres né
ceſſaires le Octobre dernier.
LesNovembre , les Etats de Heſſe-
Caſſel , le Clergé , les Employés des divers
Dicaſteries , la Bourgeoifie & le Militaire
, ont prêté ferment de fidélité au Landgrave
actuel Guillaume IX.
On affure que la Landgrave douairiere
néePrinceffedeBrandebourg- Schwedt, quittera
Caſſel pour fixer ſa réſidence à Berlin.
Son douaire annuel eſt de 40,000 rixdalers.
i
Indépendamment du rétabliſſement de la
ville deCaffel ruinée dans la guerre ddee ſept
ans , le feu Landgrave fit réparer & conftruire
pluſieurs châteaux & maiſons de campagne ,
( 109 )
l'Académie Caroline , le Lycée , & d'autres
établiſſemens d'éducation. Pour la conflruction
de l'Ecole de la Ville , ce Prince a fourni une
fomme de 18,000 rixdalers , une autre de 20,000
pour l'augmentation du traitement des Regens
& Inſtituteurs , & une ſomme de 5000 pour;
l'établiſſement d'un Séminaire pour la for
mation de Maîtres d'école . C'eſt encore à lui
que doivent leur exiſtence l'Académie de peinture
, la Fabrique de porcelaine , les Foires de
Caffel , la Compagnie de commerce de Carlshaven
, la navigation rétablie ſur la Fulde , les
maiſons de travail , d'accouchemens , des enfans
trouvés à Caſſel & de pluſieurs autres villages.
Sous ſon regne on n'a point établi de
nouvelles impoſitions , même pluſieurs anciennes
ont été fupprimées. Ce Prince a laiſſe ſes
Finances dans le meilleur état , & il a placé
en capital pluſieurs millions de rixdalers . Les
revenus ordinaires de la Heſſe montent à environ
un million & demi de rixdalers ,
On affure que le Comte de Roſenberg
eſt attendu à Mayence en qualité d'Envoyé
extraordinaire de la Cour de Vienne.
L'Electeur de Baviere a donné , dit- on ,
des ordres de lever des troupes ; l'intention
de S. A. E. eſt de porter au complet les
Régimens d'Infanterie & de Cavalerie. Le
complet des premiers eſt de quinze cents
hommes, & celui des autres de fix cents.
M. de Born , Conſeiller de l'Empereur , Directeur
des mines de S. M. I. , &. Membre de
l'Académie des Sciences de Munich , a adreſſé ,
dit-on , au Préſident de cette Académie , une
lettre dans laquelle il lui déclare , qu'en qualité
de membre de la Franc- Maçonnerie , pour
( 110 )
fuftie ſi rigoureuſement en Baviere , &de membre
déterminé à ne jamais ſe ſéparer de cette
eſtimable Société , il doit s'attendre à la punitiondont
font menacés les Franc-Maçons opiniâtres
, & à laquelle feront probablement auffi
aſſujettis les Membres de l'Académie ; qu'en conſéquence
il lui renvoye ſon Brevet d'Académicien
, en le priant d'effacer ſon nom de la liſte de
l'Académie.
On adécouvert , il ya quelque tems , au
dépôt de Blaſſembourg dans le Margraviat
d'Auſpach , un grand nombre de documens
très-anciens concernant le Royaume
de Hongrie. Toutes ces pieces ont été féparées
avec ſoin des autres documens du dépôt
, & envoyées à Vienne par l'ordre du
Margrave.
८
La brochure du Baron de Gemmingen ,
dont nous avons parlé l'Ordinaire dernier ,
eſt intitulée : De l'aſſociation de Berlin pour
le maintien du Systéme & de la conftitution
de l'Empire. Cet Ecrit politique , qui n'a pas
paru ſatisfaiſant à tout le monde , ni furtout
fort en nouveaux argumens en faveur
de l'échange de la Baviere , eſt terminé par
l'eſpece de peroraiſon ſuivante , contre l'af
ſociation de quelques Etats de l'Empire.
» Les Etats de l'Empire jouiſſent inconteſtablement
du droit de former des aſſociations ; mais
la clauſe que , dans la capitulation , les Princes
de l'Empire ont fait appoſer ſi ſagement à la confirmation
de l'aſſociation électorale , doit ſervir
deregle à toutes les aſſociations en général : c'eſt
cettemême clauſe qui fait de l'aſſociation propo
( )
ſéeune ligue illégitime ; une affociation dont le
butprincipal eſtde reſtreindre les droits & privilegesd'Etatsde
l'Empire aufli éminens que le font
lesMaiſons d'Autriche & Palatine ; une aſſociationqui
, dans le fond, ne tend àrien moins qu'a
empêcher , par une ligue commune , la Maiſon
Palatine de parvenir à une grandeur que les circonſtances
lui préſentent,&qu'elle mérite & bien
par les qualités éminentes des Membres qui la
compoſent ;une aſſociation dont , fous prétexte
de conſerver le ſyſteme de l'Empire , on peut
abuſer , au détriment de ce même Empire , bien
plus encore que de l'aſſociation appellée Corporis
Evangelicorum ; une aſſociation qui déclare la
conſtitution de l'Allemagne inſuffiſante par ellemême
, renverſe les loix ſacrées de l'Empire ,
met le Gouvernement entre les mains d'un ſeul
Prince , ſe loue de l'aſſembléedes Etats de l'Empire
,& andantit l'autorité de S. A. E. de Mayenee,
ſi ſagement conférée à un Prince Electeur,
Suppoſons pour un moment qu'un Electeur de
Mayence accede à cette aſſociation ; dès lors le
premier Electeur de l'Empire , qui juſqu'ici fut
leſoutiende notre conſtitution , le digne Préfident
de l'illuftre aſſemblée des Etats , ne ſeroit
plus que ce que feront la plupartdes aſſociés , des
inftrumens ſubordonnés aux vues politiques d'une
puiſſante Cour. Ainſi cette afſociation , qui devoit
maintenir le ſyſtème de l'Empire , en ſappe les
fondemens , reſtreint la liberté de ſes Membres
individuels , affoiblit l'autorité des autres , anéantit
notre conſtitution ,&devientun cruel outrage
pour les Puiſſances qui affuroient le maintien de
notre conſtitution & l'ont priſe juſqu'ici fi fort à
coeur. Elle est une déclaration formelle qu'on regarde
la protection des Puiſſances garantes comme
ſuſpecte ou inefficace ; ſans parler de ce qu'elle
( 112 )
contient d'offenfant pour le Chef ſuprême de
l'Empire » .
Nous annonçâmes , il y a quelque tems ,
une invention de machines propres à rem
placer les foufflets dans les Fonderies , au
moyen de l'évaporation de l'eau , & dont
l'Auteur eſt le ſieur Klipſtein , à Darmſtadt.
La plus petite de ces machines eſt une chaudiere
de cuivre mince de forme cylindrique ; elle
contient 15 chopines d'eau , & eſt fermée par un
couvercle ſphæroïdal. De ce couvercle part en
divers coudes un tuyau de vapeurs de la longueur
de pluſieurs pieds , & auquel font appliqués deux
bou'es. Une de ces boules recueille les groſſes
gouttes d'eau , & l'autre chauffée par le moyen
d'un conduit qui communique à la premiere boule,
rarefie de nouveau les vapeurs & les chaſſe toutes
ſeches , mais chaudes , ſur lecharbon allumé , par
une ouverture d'environ une ligne de diametre.
La ſeconde machine , qui eſt plus grande que la
précédente , eſt de la même conſtruction , & contient
17 pintes d'eau . La force des vapeurs
qui ſortent de ces machines eſt telle qu'en moins
de trois minutes la maſſe des charbons pour un
creuſet de 200 marcs eſt directement allumée ; &
dans ce feu , un lingotde cuivre de l'épaiſſeur
'd'un pouce eſt mis en fuſion en deux à trois minutes
. On a fondu en douze minutes avec la petite
machine cing onces de cuivre , & enſuite du
minerai de cuivre. En continuant enſemble les
deux machines , ona mis en fuſion en quinze minutes
une livre & demie , & en vingt minutes
deux livres & demie de minerai de cuivre ; dans
le même eſpace de temps on a rougi le fer au de
gré propre à être forgé .
( 113 )
:
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 16 Novembre. 1
Les lettres reçues ici , & écrites à bord
de la Fama , vaiſſeau commandant de l'efcadre
du Chevalier Emo , font datées du 18
Octobre; elles parlent en ces termes de l'expédition
de l'Amiral Vénitien contre le Fort
de la Goulette. :
Dans la nuit du 3 O&obre , la mer étant tranquille
, on fit toutes les diſpoſitions convenables
, & às heures le feu commença. Nos bâti
mens ayant eiluyé une décharge générale de la
mouſqueterie ennemie , ils y ripoſterent fi
vigoureuſement qu'ils jetterent l'épouvante parmi
les Barbarefques , & les forcerent à ſe retirer
avec précipitation dans leurs parapets.Ontenta
de les déloger entierement de cette batterie ,
mais on ne puty parvenir , parce que leurs travaux
les mettoient à l'abri , & qu'il creva un
obuſfier fur notre troiſieme batterie. Après la
retraite des ennemis , nous apprîmes par unbatiment
François que le nombre des morts & des
bleſſés avoit été conſidérable. Le feu ceſſa à 9
heures , & le Sr. Condulmier reſta pour préſider
aux opérations..
Dans la matinée du 4 , l'obuſier ayant été rac
commodé , & les batteries flottantes & bombar
des ayant pris leur, place , le feu recommença
àla pointe du jour ; mais voyant qu'il ne produiſoit
aucun effet ſenſible , on le fit cefler, Le
8, l'Eſcadre fut rangée en bataille , & l'on fit
avancer les bargues pour attaquer les ennemis
( 114 )
qui n'oferent fortir du goulet.Aonze heures on
commença à jetter des bombes qui , pendant s
heures tomberent dans le camp ennemi , & cauferent
le plus grand dommage à la fortereſſe
même. Les batteries ennemies tiroient ſans interruption
, mais nous nous trouvámes entiérement
à l'abri par la bonne diſpoſition de'nos
Vaiſſeaux. La marée ne permit pas de rien en
treprendre duram les jours ſuivans. Le 17
dans la matinée , on vit ſortir du goulet une
Felouque , avec pavillon de Treve , au devant de
laquelle notre Commandant envoya une Saïque
avec le même pavillon ; mais la Felouque s'en
retourna , frappée d'une vaine terreur, On he
diſpoſoit à recommencer les hoftitités lorſqu'on
vit paroître une Saïque françoiſe qui , comme
neutre, apportaune lettre au Commandant , qui
lui dit , que le Commandant Tuniſien pouvoit
en toute sûreté venir à ſon bord, dans le cas où
il voudroit traiter avec lui. Le 18 , on détacha
un Officier vers un bâtiment François avec
la réponſe ; le Rey envoya tune nouvelle lertre
par une autre Saïque Françoife. En confé
quence de cette lettre, il fut accordé à la Place
une treve de 40 jours , & on dépêcha à Venile
, le Chebec l'Esploratore , pour ſavoir l'in
tention du Sénat.
On apprend de Malte, en date du 20 Octobre
, les circonstances d'un combat meurtrier
entre trois galiotes Maltoiſes & une
eſcadrille Tuniſienne.
Il étoit forti de Tunis une Eſcadre de quatre
Galiottes Barbareſqnes , avant l'arrivée de
E cadre Vénitienne ſur les côtes d'Afrique ; la
petite Aotille de Pirates étoit en courſe dans la
Méditerranée , & n'oſoit ſe préſenter devant Tu
nis poury rentrer ,crainte d'être interceptéepar
lesVénitiens. En attendant de pouvoir regagner
Ieur port , les Tunifiens entreprirentde faireune
defcente dans l'Iſle Rouge , voiſine de l'Iſſe de
Sardaigne. Cette Iſſe eſt abſolument fans défenſe
,& les Barbareſques auroient facilement exécuté
leur deſſein ,s'ils n'avoient été découverts&
apperçus de Cagliari , capitale de la Sardaigne,
Trois galiottes Maltoiſes ſe trouvoient heureuſement
à l'ancredans le port de Cagliari ; les braves
Capitaines qui les commandoient , leverent
l'ancre ſur le champ & mirent à la voile pour
aller chercher les Tunifiens. La petite Eſcadre de
Malte eût bientôt joint l'Etcadre Tuniſienne , &
en l'approchant , lui préſenterent le combat. Le
défi fut accepté & la bataille s'engagea. Le Com
mandant des Infideles s'attacha à la plus petitedes
Galiottes de laReligion , pendant que les trois
autres Galiottes de ſon E çadre combattoientcon.
ue les deux Galioties Maltoiſes. Le Capitaing
Pieteo qui ſe battoit contre le Général Infidele ,
ſoutint tout fon fer avec une intrépidité qui lui
fait leplusgrand honneur & qui lui aſſura la vice
toire. Quoique déſemparé , & que toutes lesrames
de ſa Galiotte fuſſent briſées, ſur le rang à
ſa droite , il ordonna l'abordage. Son Equipage
redoublant de courage à l'approche du danger ,
s'empreſſa d'obéir à ſes ordres ; on fit cinq tentatives
inutiles pour jetter le grapin ; la fixieme
fut plus heureuſe; la Galiotte ennemie fut accrochée
, & l'Equipage Maltois paſſant bruſquement,
le ſabre à la main , ſur le pont du Navire
ennemi , le combat devint meurtrier & ſanglant.
On ſe battitcorps - à-corps pendant long-temps;
enfinàquatre heures &demie de l'après- midi , la
victoire ſe déclara contre les Corſaires ; la Galiote
ennemie fut priſe àl'abordage , & nos deux
( 116 )
autres Galiottes s'emparerent chacune d'une des
autres ; de façon que la victoire a été complette.
La quatrieme Galiotte de Tunis ſe ſauva au
commencement du combat , & on ne l'a plus
vue cc.
Ils'eſt trouvé ſur les troisGaliottes priſes ,
220 hommes d'équipage , ſur leſquels , il y en eut
52 de tués& 32 de bleſlés ; nous avons eu de notre
côté , 6 hommes tués & 5 bleſſés ».
ز ا
DE VENISE , le 15 Novembre.
L'allarme jettée à Tunis par les dernieres
opérations de notre eſcadre , ayant déterminé
le Bey à entrer en accommodement ,
il écrivit en ces termes au Chevalier Emot
Tu te difois mon ami lorſque tu m'apportas,
ilya quelques années , les préſens de laRépu.
blique ; mais je m'apperçois que tu es le plus
cruel ennemi que j'ais au monde , atenda qu'aucunne
m'a fait plus de mal que toi. Si tu difois
alors la vérité , & fi tu veux me prouver que
tu es incérement mon ami, renvoyes ton ECcadre
, reſte ſeul avec ton vaiſfeau , & nous traiserons
enſemble de la paix « .
Notre Amiral répondit au Bey
,ל
>>Que pour le fatisfaire , & pour le convaincre
entièrement qu'il étoit toujours ſon ami,
>> il vouloit bien mettre bas les armes pour le
>>moment , mais qu'il avoit ordre de fa Répu-
>>blique de lui faire la guerre , qu'elle ne lui
>>avoit pas donné le pouvoir de traiter avec lui
>> de la paix , & qu'il alloit écrire ſur le champ
au Sénat pour le deminder ; qu'il accordoit
>>néanmoins une treve de quarante jours; qu'il
>préparât en attendant les propofitions de paix ,
:
( 117 )
>>>mais qu'il obſervat bien qu'elles fuſſent tellas
>> que l'exigeoit la dignité du Sénat , conformes
>> aux circonstances où il ſe trouvoit réduit , &
>> à la grace qu'il recevoit cc.
Le Chevalier Emo écrivit auſſi tôt à la Répua
plique ; il manda que s'il obtenoit la permiſſion
de continuer la guerre , il ſe propoſoit de retourner
à Sfax , étant sûr , par les mesures pris
ſes , de réduire entiérement cette ville en cendres
; qu'il retourneroit encore à Biſerte pour s'y
réparer des dommages les plus conſidérabies , &
que quant à laGoulette , il avoit fait des diſpofuions
, pour pouvoir, ſuivant les circonstances ,
paffer tout l'hiver dans cette rade. Le Sénat après
avoir réfléchi ſur cet article , a accordé unanime
mentau Commandant , le pouvoir le plus étendu
d'hiverner dans l'endroit qui lui paroîtroit le plus
convenable , de pouſſer les opérations militaires
auſſi loin qu'il le voudroit , & de conclure la paix
quand il le jugeroit à propos aux conditions les
plus avantageuſes.
:
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , les Décembre.
Le Parlement qui avoit été prorogé au
premier de Décembre , l'a été de nouveau
au 24 Janvier. Conformément à la derniere
prorogation , le Parlement d'Irlande devoit
auffi s'aſſembler le 22 Novembre dernier ;
mais une proclamation du Lord-Lieutenant
l'a remis au 6 de ce mois .
M. Orde , Secrétaire de la vice Royauté
d'Irlande , a été nommé par S. M. , Mem-
こ
( 118 )
-
bredu Conſeil privé de la Grande-Bretagne
&ya pris place le 23 Novembre.
Le 30 du même mois , il n'y eut ni levera
du Roi à S. James, ni Aſſemblée à la Cour,
à cauſe de la mort du Prince de Mecklen
bourg-Strelitz , le plus jeune frere de la Rei
ne. Quelques jours auparavant , la Cour
avoit pris le deuil du Landgrave de Heſſe-
Caffel.
On eſt occupé actuellement à couper dans
la nouvelle forêtune grande quantité debois
de conſtruction , qui ſera tranſporté au chantier
de Portſmouth ,& placé ſous des hangards
pour le faire ſécher avant de l'équarrir.
Il eſt démontré que le chêne acquiert par
cette méthode plusde qualité,&dure beaucoup
plus long-temps.
On travaille actuellement à Porſmouth à
donner plus de longueur à la calle de conftruction
, d'où a été lancé le Saint George de
28 canons ; aufſi- tôt après , on y poſeraune
nouvelle quille. Les vaiſſeaux , actuellement
ſur le chantier de ce port , ſont le Prince of
Walesde 90 can., leBulwarkde 74, un autre,
également de 74, non encore nommé. On a
ordonné auſſi la conſtruction d'un nouveau
vaiſſeau de 110 can. On répare le Barfleur
de 90 can. , leBedford &le Berwick de 74.
Il paroît que l'intentiondu Miniſtere eſtde
faire évacuer les poſtes ſitués près les lacs qui
ont été cédés aux Américains par le Tra té
de paix , auſſi - tôt qu'il aura été conſtruit
d'autres forts für les frontieres des poſſeſſiors
( 119 )
Angloiſes. Dans ce deſſein , on a fait paſſer
depuis peu pluſieurs Ingénieurs & un détachement
d'ouvriers au Canada ; mais comme
la conſtruction de ces forts doit néceſſairement
prendre beaucoup de temps , les Américains
ne peuvent pas s'attendre à retirer
cette année , ni même l'année prochaine , un
grand bénéfice dans le commerce de fourrures
que ces poſtes commandent aujourd'hui.
LeGouvernement ſe propofe de faire lever
le plan de tous les Comtés de l'Angleterre
; ceux levés précédemment n'étant ni
aſſez exacts , ni aſſez érendus. Celui du Comvé
de Kent a déjà été mis ſous les yeux du
Miniſtere. Il a été dreſſé par pluſieurs Ingénieurs
& autres Officiers d'artillerie , qui travailloient
fous les ordres du Général Roy.
Ces plans ne ſeront pas rendus publics , attendu
que le giſſement des côtes , les lieux
de débarquement & autres détails , dont la
connoiffance pourroit ſervir à l'ennemi en
temps de guerre,y feront indiqués. Un travailde
cette nature avoit été commencé en
Ecoffe , il y a quelques années ; mais les
Ingénieurs qui en étoient chargés , furent
rappellés à l'occaſion de la derniere guerre.
On aſſure qu'il va être repris inceſſamment,
&qu'ony mettra laderniere main.
Le dernier paquebot de la Jamaïque ,
qui en étoit parti le 24 Septembre , a raſſuré
les Intéreſſés au commerce des Ifles , ſur le
fort de nos Colonies.On a appris que l'ou
( 120 )
ragan du 26 Août n'y a pas cauſé autant de
dommage qu'on l'avoit cru d'abord. Le
temps ayant été aſſez beau depuis, les cannes
à fucie ont repris une vigueur , à laquelle on
ne s'attendoit pas , & la Jamaïque ne manquoit
point de vivres , par l'attention que
le Gouverneur & le Conſeil avoient eu de
mettre un embargo général ſur tous les
vaiſſeaux qui avoient à bord au-delà d'une
certaine quantité de proviſions.
Voici quelques détails ultérieurs fur les
effets de cet ouragan , tels du moins que les
rapportent nos Papiers publics.
Le coup de vent a cauſé peu de dommages à la
Barbade.
Une Perſonne arrivée ici ( à la Jamaïque ) de
Saint Domingue , qu'il a quitté la ſemaine der
niere , nous a donné quelques détails ſur les dommages
que le dernier ouragan y a caufés ; les voici
: cet ouragan a commencé le 26 Août , & a
duré juſqu'au lendemain. Les plantations de la
partie ſeptentrionale ont ſouffert conſidérablement
&pluſieurs ont été entiérement détruites. Huit
bâtimens étoient mouillés dans le port de Jérémie
; un ſeul a tenu ſur les ancres , les autres
ont été portés à la côte , mais on eſpere qu'on
parviendra à les relever. Au Cap- François , trois
bâtimens ont péri , & un grand nombre ont été
jettés à la côte. Pluſieurs maiſons ont été fort
endommagées . La ville du Port- au-Prince n'a pas
beaucoup fouffert , mais les vaiſſeaux mouillés
dans leport ont été fort endommagés en s'abordant
réciproquement. Il n'y avoit aux bayes que a brigs
Américains & un bâtiment François ; tous trois
ont
( 121 )
ont péri . A Jacquemel , une goelette Françoife ,
le ſeul bâtiment qui y fut mouillé , a également
péri.
On a eſſuyé à Antigoa un coup de vent qui a
jetté à la côte toutes les petites embarcations
mouillées dans les différens ports de cette Ifne .
Les plantations de l'intérieur ont peu fouffert .
:A Sainte- Croix , preſque toutes les maiſons
ont été renverſées par le coup de vent , & des bâ
timens ontchaſſe ſur leurs ancres .
ASaint Eustache, pluſieurs maiſons ont été ren .
verſees ,&un grand nombre de bâtimens ont été
portésau large.
A Saint Chriftophe , pluſieurs maiſons ont été
renversées , & toutes les plantations ont ſouffert
conſidérablement. Beaucoup de bâtimens ont
échoué ou ont été emportés au large.
On apprend par un vaiſſeau nouvellement arrivé
de Newyork , que vers la fin de Septembre
on avoit eſſuyé dans ces parages pluſieurs coups
devent qui avoient fait beaucoup de dégats dans
le Maryland & la Virginie, au point même qu'on
ne comptoit faire qu'une demi-récolte de tabac ,
ce qui avoit rendu cet article très-rare. Pluſieurs
bâtimens ont été perdus dans la Cheſapeack , entr'autres
, un bâtiment François ,& un bâtiment
Irlandois qui amenoit aux Etats-Unis une quantité
d'émigrans. Plus de cent perſonnes ont péri
dans le naufrage de ce dernier vaiſſeau.
Ces jours derniers le Théâtre de Covent-
Garden a perdu l'un des plus grands Comédiens
de l'Angleterre & de l'Europe , M.
Henderson , mort dans la vigueur de l'âge &
du talent , à l'âge de 38 ans. Il emporte les
plus vifs regrets de fa famille , de ſes amis,
& ce qui acheve ſon éloge , DE SES CONFRENo.
51 , 17 Décembre 1785.
f
( 122 )
AES. Ni jaloux , ni tracaflier , ni avide, ni
baſſementambitieux de quelques ſtupides applaudiſſemens
, il avoit la paſſion de fon art ,
&l'avoit en ame noble. Ses ſuccès foutenus
conſoleroient les amateurs de laperte de Garrick
, fi un grand talent , quoiqu'inférieur ,
pouvoit en conſoler. Ceux qui ont vu jouer
à M. Henderson les rôles de Sciolto dans
Califte , d'Evandre dans la Fille Grecque , du
Roi Léar , du Chevalier Falstaff, dans les
Femmes joyeuses de Windsor , ſe flattent peu
que cethubile Acteur ſoit bientôt remplacé ,
malgré les grandes eſpérances que donnent
pluſieurs ſujets du même Théâtre. On croit
que M. Henderson ſera inhumé dans l'Egliſe
de Westminster , à côté de Garrick .
On trouve dans pluſieurs de nos Papiers
une Lettre authentique ou apocryphe , écrite
à Londres par le Supercargue d'un vaiſſeau
Suédois , en date de Canton , le 25. Février
dernier..
» Le4 du mois dernier , dit ce Supercargue ,
nousavons reçu avis de Hainan , iſle ſituée ſur les
côtes de la Chine , quelques degrés à l'Oueſt de
ce port , que deux de nos vaiſſeaux que nous attendions
depuis fi long-temps , y ſont arrivés ,
&qu'ils ont deſſein d'y paſſer l'hiver : ce ſereit
un événementbien malheureux pour notre Compagnie
& pour le commerce de cette ville , attendu
que ces deux vaiſſeaux ont à bord plus
d'un million de piaſtres dont la circulation nous
procureroit les plus grands avantages ; jamais on
n'a vu dans cette place une auſſi grande difetts
de numéraire. Le commerce en général eſtdé
( 123 )
favantageux , & une quantite d'articles qui don .
noient jadis les bénéfices les plus conſidérables ,
cefferont , je crois , de rapporter beaucoup , le
Gen-Seng , par exemple : le vaiſſeau américain
YImpératrice de la Chine en a apporté une pacotille
fi forte , que cet article eſt tombé au plus
bas prix , & que les perſonnes qui en avoient entre
les mains perdront beaucoup.
On aſſure que les Américains ont le projet
d'envoyer annuellement à la Chine un ou pluſieurs
vaiſſeaux avec une cargaiſon ſemblable ,
compoſée principalement de gen- ſeng , de fourures
, &c. en un mot, de former un établiſſement
à Canton. Il en réſultera que le prix du gen ſeng
ira toujours en diminuant. Je ſouhaite que vos
amis qui ſont en route pour la Chine , n'aient
point ſpéculé ſur cet article. Le vif argent ſe
vend aujourd'hui à perte , les pendules & les
montres font dans le même cas , en vertu d'un
Edit donné par l'Empereur pour ſupprimer les
préſens annuels & d'autres uſages .
Des lettres de Bombay nous apprennent l'arrivée
d'un vaiſſeau impérial deſtiné pour ce port ,
qui apporte plus de cent balles de marchandifes
&une forte pacotille d'horloges & de montres appartenant
à M. Bolts & à la Compagnie de
Trieſte , dont la vente doit afſurer la réuffite de
leur voyage. Je crains fort que ce vaiſſeau ne
faſſe unpauvre retour ; car aujourd'hui il n'y a
plus que de bornes piaſtres méxicaines qui puiſfent
aſſurerune cargaison de retour avantageuſe.
Les deux vaiſſeaux arrivés à Hainan ont apporté
des Lettres d'Angleterre datées du mois de Mai
dernier , plus fraîches de deux mois que les dernieres
dépêches reques en droiture. Ces lettres
ont été apportées au Cap , & remifes à ces vaiſ
ſeaux par le Capitaine Mackintosh , Comman
f2
( 124 )
dant le Huffard , vaiſleau danois. Nous avons
appris par ces lettres que le Ministere d'Angleterre
avoit modéré les droits fur le thé. Cette
opération nous fera le plus grand tort , ainſi
qu'aux autres Compagnies & auxNégocians particuliers
qui étoient intéreſſés dans ce commerce;
mais en revanche , elle ſera très- avantageuſe à
l'Etat , & fur-tout aux Facteurs de la Compagnie
angloiſe des Indes Orientales.
Parmi la quantité prodigieuſe d'articles
deſtinés à être exportés aux Indes-Orientales,
il y a un nombre conſidérable de cartes à
jouer. On en a fait à un ſeul Marchand Papetier
une demande de 300 groffes. On
doit y envoyer aufli une grande quantité
de gants , dont pluſieurs font brodés d'or.
La remiſe d'un gant , dans pluſieurs parties
de l'Inde , eſt toujours regardée comme
une marque d'inveſtiture. Le reſpect pour
les gants n'eſt pas feulement un goût oriental
; car une Dame Angloife , de la premiere
diſtinction , conſerve foigneufement
l'héritage des véritables gants que portoit le
brave Amiral Anglois Bembow , lors de ſon
combat avec le célebre du Caffe .
Il eſt arrivé à Crofton Place , maiſon de campagne
du Chevalier Jonh Briſco , Barronet , un
accident bien malheureux. M. Chriftophe Pat
kin , riche Serrurier de Cariifle , vint à Crofton ,
&demanda le maître de la maiſon, ſur la réponſe
affirmative , il pria le domeſtique de lui donner
enparticulier une plume , de l'encre &du papier.
Ayant été pourvu de ce qu'il demandoit , on le
Laiſſa ſeul ; mais au bout de quelques minutes , le
someſtique ayant entendu l'écho d'un piſtoler ,
( 125 )
accourut dans la chambre de M. Parkin qu'il
trouva devant la table ſe couvrant le front avec
la main. Celui- ci lui dit qu'il avoit été ſaiſi d'uri
étourdiſſement en écrivant , qu'il étoit tombé&
s'étoit bleſlé le front, qu'il répandoit beaucoup
de fang , & qu'il deſireroit avoir un baffin plein
d'eau . Le-domeſtique ſortit, revint fur- le-champ
avec le baffin , & il vit ſur le carreau le malheureux
Parkin qui s'étoit coupé la gorge. En exa
minant le corps , on trouva un piflolet caché fous
la cheminée. On ſoupçonne que s'étant manqué ,
&n'ayant que le front bleſſé , il s'étoit achevé de
la manière expoſée. Le même jour les Magißrats
ayant examinéle corps , déclarerent dans leur rapport
que le défunt étoit attaqué de folie ( lunacy ) ;
tout le monde cependant regardoit cesMarchand
comme un homme d'ordre , riche & d'un eſprit
fage.
2
Une lettre de Quebec du 20 Octobre
rapporte le phénomene ſuivant.
<<<Le Dimanche , 9 de ce mois , entre quatre &
cinqheures de l'après- midi , on éprouva dans cette
ville une obfcurité ſoudaine , d'autant plus extraordinaire
, que l'atmoſphere paroiſſoit en feu : des
coups de vent , une pluie violente ,& un orage de
tonnerre & d'éclairs fuccéderent enfuite à cette
obſcurité ; il avoit gelé très- fort la veille.
« Le Samedi 15 , vers les trois heures de l'aprèsmidi
, l'obſcurité recommença plus fortement
que le Dimanche précédent ; l'horiſon paroilloit
également embrâfé , & l'orage qui ſuccéda àces
ténèbres fut des plus violens.
« La matinéedu Dimanche 16 fut remarquable
parun brouillard très-épais , juſques vers les
dixheures du matin , qu'un vent d'eſt aſſez vif le
diffipa; une demi-heure après , il faiſoit ſi obfcur,
f3
( 126 )
qu'on ne pouvoit lire dans les maisons. Acette
obscurité ſu céderent de nouveaux coups de
vent , une pluie très - forte , & des ténèbres plus
fombres encore ; elles furent telles , que les Miniftres
, dans les EgliſesAngloiſes & Preſbytériennes,
futent obligés de ſuſpendre leurs lectures, juſqu'à
ce qu'on eût apporté des lumieres. Depuis
deux heures juſqu'à trois , il faisoit plus obfcur
qu'à minuit. Les habitans de cette ville furent
obligés de dîner aux lumieres , & pafferent toute
la journée à les allumer & à les éteindre, à meſure
que l'obſcurité augmentoit ou diminuoit ; chaque
nouvelle nuance d'obſcurité étoit ſuivie de cot ps
de vent & d'une pluie violente ; on a remarqué
que pendant la journée du Samedi , deux courans
d'air contraires diviſolent l'atmoſphere ; le ſupérieur
poufſoit vers le nord-ouest des nuées lumineuſes
, & l'inférieur portoit avec rapidité au fud
oueft des nuages très-opaqquueess & très-noirs. On a
obſervé auſſi que la pluie , tombée le Dimanche ,
étoit d'une couleur neirâtre .>>>
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 7 Décembre.
Le Baron de Fock , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préſenté au Roi ,
a eu , le 3 de ce mois , celui de monter
dans les voitures de S. M. & de la ſuivre
à la chaffe.
La Comteſſe de Vérac a eu , le 4 de ce
mois , l'honneur d'être préſentée à Leurs
Majeſtés & à la Famille Royale , par la
Ducheſſe d'Avray..
4 Ce jour , le ſieur Muyart de Vouglans,
( 127 )
Confeiller au Grand-Conſeil , Auteur des
Loix Criminelles de France , a eu l'honneur
de préſenter au Roi un Ouvrage de fa compoſition
, ayant pour titre : Lettre fur le
Systéme de l'Auteur de l'Efprit des Loix , touchant
la modération des peines .
Le 6 , la Marquiſe de Saint Aignan & la
ComteffeduDreſnaydes Roches ont eu l'honneur
d'être préſentées à Leurs Majeſtés par la
Princeffe de Conti; la premiere en qualité de
Damed'honneur,&la ſeconde en qualité de
Dame pour accompagner cette Princefle .
Le même jour , le Marquis de Noailles ,
Ambaſſadeur extraordinaire du Roi près
l'Empereur , Roi de Hongrie &de Bohême ,
de retour par congé , a eu l'honneur d'être
préſenté à S. M. par le Comte de Vergennes ,
Chefdu Conſeil royal des Finances , Miniftre&
Secrétaire d'Etat, ayant le département
des Affaires étrangeres .
Ce jour , le. Margrave d'Anſpach Bareith
a été préſenté , ſous le nom de Comte
de Sayn , à Leurs Majestés & à la Famille
Royale, avec les formalités ordinaires , étant
conduit par le ſieur de la Garenne , Introducteur
des Ambaſſadeurs ; le ſieur de Séqueville,
Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 13 Décembre.
Le Jeudi , 8 de ce mois , on a fait l'ouverture
d'un nouveau Spectacle, rue de Chartres,
ſubſtitué , ſous le nom de Panthéon , à l'anf4
( 128 )
cien Waux-Hall d'hiver , établi auparavant à
la Foire S. Germain. On fait qu'il exiſte auſſi
un Panthéon à Londres , dans la conſtruction
duquel on a mis tant de magnificence , qu'il
en coûte une guinée aux curieux qui defirent
voir cette falle pendant lejour. Pour rapprocher
le Panthéon Anglois du Panthéon François
, au moins dans la forme & la décoration
de l'édifice , ſeul article à comparer entre ces
deux Spectacles , d'ailleurs abſolument différens
, nous donnerons l'extrait de la deſcription
du nouveau Panthéon de Paris , telle
que l'a publiée une Feuille périodique de
cette Capitale.
La principale face eſt décorée de 6 colonnes
'doriques , fur plattes-bandes & fans baſe. L'entablement
architravé forme à la galerie du premier
étage , un balcon , auquel on communique
par 3 grandes portes- croiſées , ornées d'un petit
ordre ſurun fond liffe , entre leſquelles feront
placées 2 ſtatues , figures allégoriques .
La partie fupérieure eſt éclairée à l'à-plomb des
croisées ; par 3 médaillons ovales , ornés de guir-
Jandes de chêne. Cette façade eſt terminée par un
três-bel entablement à conſoles , au-deſſus duquel
regne un petit attique.
L'eſcalier principal conduit d'abord , à une galerie
d'environ 66 pieds de long , fur 24 à 25 de
large , décorée de 20 colonnesd'ordre corinthien ,
applaties pour gagner de la largeur, foutenant une
corniche architravée , & un plafond peint & rehauffé
en or.
Les 2extrémités de cette galerie font endemicercle.
Le vuide des entrecolonnemens qui les décorent
, figure des boſquets ornés de fleurs arti
( 129 )
icielles, au-devant deſquels ſont placées les ſta
twes de Zéphyre d'un côté & de Vénus de l'autre ,
fur un fond deglace : leurs piédeſtaux ſervent de
poëles pour chauffer la falle.
Trois arcades , pratiquées dans les entrecolonnemens
du milieu , font occupées du côté de la
rue , par des glaces , & conduiſent en face , au
grand fallon du Panthéon : il y a des torcheres
dans les petits entrecolonnemens de l'intérieur.
Le grand fallon , de forme ovale , eſt décoré ,
dans fon rez-de-chauffée , formant ſoubaſſement,
d'arcades peintes en marbre , avec vouſſure en
encorbellement , qui porte des banquettes , & qui
paroît ſupportée par des Termes , dont les gaînes
ſont ornées de guirlandes de fleurs .
Unpromenoir de 7 à 8 pieds de large , permet
de circuler derriere les banquettes , qui regnent
au pourtour , & ferment l'enceinte de la danſe ,
laquelle ſe trouve ſurbaiſſée de 18 pouces , au
moyen de la mobilité de cette partie de plancher..
L'orcheſtre , qui fait face aux 3 arcades d'entrée
, & dont les angles font marquées par des
figures portant ces lumieres , eſt élevé de maniere
qu'on paffe deflous , pour aller à un petit fallon
où ſe réuniſſenties Danſeurs. Aceste poſition fe
trouve un eſcalier à deux rampes , à découvert
, repréſentant un antre , dont l'effet eſt aſſez
pittoreſque.
Les 4 principaux axes de ce fallon ſont percés
: 3 y fervent d'entrée ; & le 4e. communique
au fallon de réunion des Danfeurs .
Les autres arcades forment des Loges ,dont le
milieu eſt orné d'un oranger factice , à droite &
à gauche duquel ſont des glaces qui répetent la
double épaiſſeur de la caiſſe &qui multiplient les
Spectateurs.
f
(130 )
--L'étage ſupérieur eſt ſur le même plan , mais
d'un plus grand diametre : un ordre ionique y
forme une galerie circulaire. Les petits entrecolonnemens
ſont occupés par des glaces , ſur
leſquelles font peintes pluſieurs Divinités de la
Fable; & les grands , ornés de payſages , communiquent
à des dégagemens , ainſi qu'à une gale
riechineiſe.
Leplafond du grand fallon eſt diſpoſé en calotte,
avec quatre grandes & 4 petites lunettes
dans ſon pourtour , qui compofent des Loges
peintes en caiffons , & portées fur les 8 colonnes
ſaillantes , en forme de pendentifs : entre ces
4entrecolonnemens , font placées des figures allégoriques
dorées , tenant des torcheres. Ce plafond
eſt ouvert en lanterne , éclairant la ſalle d'une
maniere mystérieuſe & repréſentant un berceau de
verdure. 1
La galerie Chinoiſe a ſes angles à pas coupés.
Aux extrémités ſont des demi-palanquins
qui paroiſſent entiers au moyen du reflet des glaces
ſur leſquelles ils ſont poſés : on a placé deffous
, des Pagodes. D'autres figures Chinoiſes ,
poſées dans les petits entrecolonnemens de cette
piece , y répandent une lumiere brillante : 28
colonnes Chinoifes en ſoutiennent le plafond , décoré
auſſi dans le goût Chinois.
Sur la totalité du monument , regne une terraſſe
en lames de fer à l'épreuve de la rouille ,
ſuivant le nouveau procédé de l'Artiſte qui ,
depuis 18 mois , en a couvert pluſieurs mai
fons.
L'Artiſte à qui l'on doit les deſſeins decette
Salle , eſt M. le Noir , Architecte , ſous la direction
duquel a étéélevée entr'autres la Salle
actuelle d'Opera , porte S. -Martin .
( 131 ).
Le port de Dieppe vient d'être témoin
d'un nouveau trait de bravoure &d'humanité,
digne d'être rapporté.
Dans un fort grostems,de la matinée du 29
Novembre , les Bateaux de Dieppe , employés à
la pêche du Hareng , ſe diſpoſant à regagner le
Port , un d'eux a eu le malheurde faire côte. Les
Pilotes lamaneurs , n'ofant braver la violence
d'un vent forcé , nord- ouest , le Bâtiment alloit
périr ſans la bravoure d'un nommé Modard","
Maître du Bateau le plus voiſin . Cet intrépide
Marin , accable des plus ſanglans reproches les
Pilotes timides &faute dans un eſquif; ſes menaces
, ſes prieres , le font ſuivre de pluſieurs de ſes
gens : il fait force de rames ,affronte la tempête,
aborde le Bateau prêt à s'entrouvrir , y attaclie
un cable , & , ſecondé de ſes Matelots , que fon
exemple encourage , parvient à lui faire reprendre
vent ; & quoique ſes mats fuſſent fracaffés ,
&qu'il fût privé de ſon gouvernail , il le ramene
glorieuſement dans le Port, au bruit des acclamations
d'un Peuple immenfe.
A peine Modard a-t-il mis pied-à terre , que
le ſieur Paon , beau-pere du Propriétaire dudic
Bateau , vole à lui , l'embraſſe, lui préſente ſa
bourſe , & veut lui faire accepter quelques louis.
Je n'ai rien faitpar intérêt , dit- il avec la franchiſe
des gens de mer ; j'ai fait pour Maître Flambard
tout ce qu'il auroit fait pour moi : & il a perfifté
confiamment dans ſes refus .
Quatre jours auparavant , s'il faut encroire
les affiches.de Normandie , d'où nous tirons
ce fait& le ſuivant,le célebreBouffard & fon
fils ſauverent dans le même port, & avec autant
de courage , 3 hommes & un mouſſe de
l'équipage d'une barque ſubmergée.
f6
( 132 )
:
Un Médecin de la Faculté de Paris ,célébre
par divers Ouvrages pleins d'idées , &
ſouvent d'éloquence , M. Paulet , dit on ,
prépare un livre ſur les champignons , où il
démontrera le danger de cette indigeſte &
meurtriere production végétale ; les faits
journaliers viennent à l'appui des obſervations
de M. Paulet ; voici ce qu'on nous
mande à ce ſujet.
Un Cavalier du Régiment Royal-Pologne , partant
de Niort pour aller en ſémeſtre , s'eſt trouvé
à ſouper au Blanc en Poitou , avec fix autres Militaires
ſémeſtriers . On leur fervit unegigue garnie
de champignons : dès les trois heures du matin
, le Cavalier commença à être malade ; dans
l'intervale des premieres douleurs , il voulut ſe
remettre en route , mais il n'eut pas fait deux
lieux qu'il s'évanouit. On le porte au premier
village où un Chirurgien lui donna quelques
fecours , & le mit en état d'aller juſqu'à Saint-
Gauthier , qui eft à cinq lieues du Blanc : là les
fix autres éprouvèrent une telle indigeſtion , que
Pon fit appeller toute la Faculté des environs ;
le mal reconnu , on leur fit boire beaucoup de
lait , qui paſſe pour être l'antidote de cette eſpèce
de poiſon ; mais tous ces ſecours n'empécherent
pas de mourir unfoldat du Régiment de la Ferre ,
au bout du ſixième jour. Le lendemain un ſecond
le ſuivit. Les cinq autres ont été à toute extrémité
; & celui dontje tiens ce fait , s'étant traîné
d'hôpital en hôpital juſqu'à celui de cette ville ,
eſt encore bien éloigné d'être rétabli depuis plus
de deux mois de fon accident. Ne feroit- il pas
bien à defirer , Monfieur , que l'on rendit les
hôtes reſponſablesde pareils événemens , vú leur
fréquence toutes les années.
( 133 )
3
Le Chevalier de BOHAN , Capitaine au Regi
ment Royal- Pologne , Cavalerie.
Bourg- en-Breffe , 30 Novembre 1785 .
Les Chevaliers de l'Ordre de St. Michel
ſe ſont aſſemblés le 28 du mois dernier au
Couvent des Cordeliers de cette ville , &
ont tenu unChapitre , auquel a préſidé pour
S. M. le Marquis de Jaucourt , Chevalier-
Commandeur des Ordres de St. Michel &
du St. Eſprit ; après un Difcours prononcé
par le fieur Collet , Chevalier , Secrétaireperpétuel
de l'Ordre , tous les Chevaliers ,
le Marquis de Jaucourt à leur tête , ſe ſont
rendus proceſſionnellement à l'Eglife du
Couvent , & ont affifté à la Meſſe de
Requiem pour les Confreres décédés.
Les courses de chars , chantées par les
Poëtes de l'ancienne Grece , & qui faifolent
P'objet principal des fêtes de cette célebre
contrée , font généralement abandonnées
aujourd'hui. Le defir de les faire revivre a
inſpiré à un Amateur la lettre ſuivante , à
laquelle il nous prie de donner cours.
--Les courses de chevaux ſont ſeules en vogue
dansun petit coin de la terre à peine connu de
ces Grecs dont nous venons de parler , & que
les Romains ne regardoient que comme un pays
peuplé de barbares. Cet oubli dans lequel les
courſes de chars ſont plongées depuis fi longtems
, & duquel elles ne ſe releveront peut- être
jamais , tient fans doute à ce qu'il faut plus d'art,
-plus de dextérité pour conduire dans l'arene un
-char attelé de pluſieurs chevaux , que pour en
manier & conduire un ſeul ; mais cette difficulté
n'auroit-elle pas dû , au contraire , engager les
( 134 )
gens riches , ceux qui aiment la gloire , à préférer
les courſes de chars à celles des chevauxe
dans ces dernieres , ils ne font que témoins , &
leur bourſe fait tout.
Quoi deplusnoble , de plusglorieux & de plus
fatisfaiſant que de tenir ſous ſon obéiſſance quatre
brillans & vigoureux couriers , de leur inſpirer
le defir de vaincre , & les trouvant auſſi ardens
que dociles à ſeconder la main qui les guide , les
voir , par l'inquiétude de leurs mouvemens , témoigner
leur impatience & leur ardeur , & au
moindre fignal , déployer leurs refforts , précipiter
leurs pas avec la rapidité de l'éclair, & redoublerde
célérité &d'adreſſe pour devancer leurs
rivaux. Quoi de plus flatteur pour l'athlete qui
les conduit , que de franchir , à l'aspect du but ,
lesdifficultés ſans les appréhender. It efface , par
ſonair d'affurance , la crainte du coeur des ſpectateurs
, qui s'animent , s'agitent& ſe paffionnent
comme s'ils conduiſoient eux-mêmes les chevaux
; il y fait ſuccéder cette joie pure , ce plaifir
qu'inſpire la victoire. Eſt- il un inſtant plus
délicieux que celui d'entendre ces cris de joie &
d'alégreſſe qui proclament le vainqueur , font
voler fon nom de bouche en bouche , & le graventdans
la mémoire des hommes .
La Courſe des Chars eſt le plus beau des ſpec
tacles , elle est bien faite pour émouvoir ceux
qui ſont ſuſceptibles de l'impreffion des grandes
choſes, elle est très-intéreſſanté pour les hommes
quiaiment les chevaux & la gloire ; & le pays
où elle ſera en vogue aura toujours un avantage
réel ſurſes voiſins , ſoit pour le commerce
des chevaux , foit pour endurcir les hommes à
la fatigue , foit pour avoir une cavalerie ſupérieure.
Les courſes ſont utiles à un Etat qui veut
encourager la propagation des beaux chevaux;
ce ſont elles qui ſeules depuis long-tems ont
( 135 )
confervé à l'Angleterre cette prépondérance dans
le commercede ſes chevaux, dont la réputation &
labonté ſontconnues . Les Américains ont ſi bien
ſenti cette vérité ( je me propoſe de la dévelop
per amplement dans un Ouvrage ſur les haras ,
qui va bientôt paroître) , qu'ils ont introduit les
courſes dans les Colonies ; & depuis lors ils ont
créé dans la Virginie &dans le Mariland des che
vaux auffibons qu'enAngleterre.
Mais ſi les courſes de chars étoient introduites
parmi nous , à l'avantage d'augmenter la richeſſe
territoriale , en faiſant naître le goût hyppique
parmi toutes les claffes des citoyens,oonnjoindroit
celui d'ajouter à l'éclat de la Nation , par un
ſpectacle digne d'elle; ſpectacle qui ſemble ſeul
manquer dans un Empire qui réunit tous ceux
qui peuvent être utiles & agréables ; & fans
ambitionner pour le moment d'auſſi ſuperbes
hyppodromes que ceux des Grecs &des Romains ,
il ne ſeroit ni difficile , ni diſpendieux d'en
congruire un dans un emplacement voiſin de
la Capitale , &c.
L'Académie Royale d'Architecture a reçu
en ſa Séance du Lundi , s de ce mois ,
M. de Bourge , Architecte du Roi , d'après
le choix de Sa Majesté , pour remplir la place
vacante par la mort de M. Peyre l'aîné.
L'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres
de Chalons-fur- Marne , tint le jourde Saint-
Louis ſa ſéance publique.
M. de Parvillez , Directeur de l'Académie ,
ouvrit la ſéance par un difcours relatif au prix
qui alloit être adjugé , & dont le ſujet confiftoit
àtrouver les moyens de faciliter & d'encourager les
mariages en France , conciliés avec le respect dû à la
Religion & aux moeurs publiques . Le prix fut ac1136)
:
,
cordé au No. 10 ; dont l'Auteur eſt M. Havard;
Paris & une mention honorable au N°. 5 .
M. l'Abbé de la Lauze , de l'Ordre de Malte ,
eſt auteur de ce dernier Mémoire.
L'Académie propoſe pour ſujet du prix qu'elle
décernera le 25 Acût 1787 :.
Quelsferoient les moyens de multiplier en Champagne
la culture du lin & du chanvre , & d'en fixer
Lapréparation dans la Province , au plus grand avan
tage deſes habitans.
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur de
trois cens livres.
Les Mémoires ſeront écrits en françois ou en
latin, & feront envoyés , avant le ter Mai 1787,
francs de port , à M. Sabbatier , Secrétaire per
pétuel de l'Académie à Châlons- fur-Marne.
L'Académie a déjà annoncé qu'elle adjugeroit
dans ſon aſſemblée publique du 25 Août 1785 ,
un autre prix au meilleur Mémoire ſur la
queſtion ſuivante :
Quels feroient les moyens de prévenir en France ,
&particulierement dans la Province de Champagne ,
la difette des bois , tant de charpente civile , militaire
&navale , que de charronnage , chauffage & autres.
Uneperſonne d'un rang diſtingué avoit remis à
laCompagnie une ſomme de fix cens livres pour
unprix extraordinaire dont le ſujet eſt conçu en
ces termes :
- Quels feroient les moyens d'animer le commerce
dans la Province de Champagne , &particulièrement
dans la ville de Châlons .
L'Académie' n'ayant pas été plinement fatisfaite
des Méinoires qu'elle avoit reçus fur cette
queſtion , avoit remis le prix au 25 Août 1783 , &
de nouveau à cette année ; mais pluſieurs des
concurrens s'étant trompés ſur l'époque de l'envoi
des Mémoires , l'Académie s'eſt déterminée
(137)
àattendre encore une année pour le décerner.
La perſonne bienfaifante à qui elle eſt redevable
de ce prix , a bien voulu y ajouter une nouvelle
ſommede fix cens livres , Ainſi le prix ſera
de douze cens livres .
M. Houel vient de publier le vingt- quatrième
chapitre de fon Voyage pittoresque de la Sicile , de
Malte & des Ifles de Lipari , qui termine & complette
le ſecond volume de cet Ouvrage. Il ne
lui reſte plus qu'à donner le troiſieme & dernier
volume , dont le premier cahier paroît maintenant
, &dont le ſecond , actuellement ſous preſſe ,
ne tardera pas à être publié.
Il ne reſteplus à donner au Public que les pays
de l'intérieurde la Sicile ; M. Houel dirigera ſa
route ſur Léontium , Agoſta & Siracuſe: dela ,
ſuivant le rivage de la mer , il terminera ſes
obſervations ſur la Sicile à la célebre ville d'Agrigente
, où les débris de douze temples antiques
ſubſiſtent encore au milieu d'une foule immenfe
de ruines , dignes d'être obſervées par des
connoiffeurs.
Il joindra à cet ouvrage , & il terminera ce
troiſieme volume par ſon voyage à l'île de Malte.
Cet ouvrage ſera terminé au plus tard à la fin
de l'année prochaine 1786.
L'Auteur a eu ſoin de placer , toutes les fois
qu'il l'a pu ſans nuire à l'exécution , pluſieurs
ſujets ſur une même planche , afin qu'il n'y ait
aucune eſtampe qui ne ſoit remplie. Ainfi le
nombre des livraiſons ,qui devoit être de cinquante
, felon les premieres annonces , ſe trouvera
réduit , par: cette économie , ſans que le
Souſcripteur y perde rien , à quarante , & vrai-
Yémblablementà moins.
On ſouſcrit chez l'Auteur , rue du Coq- Saint-
Honoré, près le café des Arts . Le prix de la
( 138 )
ſouſcription eſt de douze livres par cahier ou
chapitre , dont chacun contient fix planches , &
le texte hiſtorique des ſujets qu'elles repréſentent
, ainſi que les remarques & obſervations
critiques qui ne font pas ſuſceptibles d'être gravées.
Dame Françoiſe - Mathurine Bourru ,
veuve de M. Jacques Briffault , Conſeiller
du Roi , eſt décédée le 20 Novembre 1785 ,
dans ſa 88me, année.
Il eſt à remarquer que le mois de ſa naifſance
a été le même de ſon mariage , de fa
premiere couche , de la mort de fon mari ,
du mariage d'une fille , de la mort d'une
autre , des premieres couches de trois filles
&brus ; elle a eu , dans une de ſes premieres
couches , 7 enfans qui ont reçu le Baptême.
Elle portoit des lunettes , prenoit du tabac
dès ſa jeuneſſe ,& depuis trois ou quatre ans,
elle ne s'en fervoit plus ; l'on préſume qu'elle
pouvoit être une des dernieres de ſa claſſe,
dans la tontine de 1760 ou 1761. Elle laiſſe
40 enfans , petits enfans & arrieres petitsenfans
; elle a conſervé ſa raifon juſqu'au
dernier moment de ſa vie. ( Cette note nous
aété envoyée par un des fils de la defunte.)
:
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 11 Décembre.
Depuis quelques ſemaines on eſt occupé
de l'écoulement des eaux des Polders inondés;
tous les préparatifs de guerre ont dif
(139 )
continué : nos Provinces ſe dégarniſſentde
troupes , tous les Régimens vont rentrer
dans leurs garniſons reſpectives. Les Hufſards
de Wurmſer , les Dragons de Tofcane
, les deux bataillons de Lattermann ont
déjà quitté les Pays-Bas. Les régimens de
Preiff & de Teuchſmeiſler vont ſuivre immédiatement
avec les dernieres colonnes
d'artillerie , &le tréſor militaire. Les navires
armés que les Etats - Généraux faiſojent
croiſer à la pointe de Saftingen & au- deſſous
ſont rentrés dans la rade de Rammekens ,
&ne tarderont pas à être défarmés .
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres.
>>>Une toque degaze àpeu près ſemblable à
>> celle des Basques , avec un fond un peu plus
>>élevé ,& entouré de deux rubans de gaze &de
foie , bouclés en chaînons , font les coëffures
>> à la mode à Paris. Les cheveux liſſes & pen
>> dans couvrent le front &les faces , à-peu-près
> comme ceux des Jockeys. Cela s'appelle coëffe
ala captif; mais , dans le fait , la mode en
>> vient de quelques portraits en cire de Georgien
>> nes , que l'on voit coëffées ainſi dans le cabinet
>> de Curtius. On fait auffi uſage de ce nouveau
>> coſtume dans l'Opéra de la Caravanne. Les
>>hommes portent , aujourd'hui , des habits de
>drap d'une couleur ſi drôle & fi bariolée , qu'on
>> a donné à cette nouvelle mode le nom
d'Entraves de Procureurs . ( Nouv. 'd'All. nº.
." ) סמ162
ceLa Pyramide , dont on a parlé en 1783 , à
élever , pour conſacrer le départ des ſieurs
(140 )
Charles & Robert , partant des Tuileries , &
>> voyageant au travers des airs , doit être inceffamment
conſtruite à Paris , ſur le cours de
la Reine , entre les Champs- Elifées & la Seine.
> Les fondemens de cet édifice plongeant dans
>>>l'eau , marqueront la hauteur de la riviere ,
55 tandis que l'obéliſque atteſtera à la poſtérité un
>> voyage aérien , qui n'eſt point fabuleux ,
> comme ceux de Dédale , de Persée , de Bel-
> lerophon . Le pont de la place Louis XVest éga-
>> lement décidé . ( Ibid. ) » .
Ce n'eſt point fans la plus grande ſurpriſe ,
qu'on voit ici ( Berlin ) les fauſſes nouvelles ,
>> qui ſe répandent dans divers Papiers publics ,
>> même dans ceux qui s'attachent le plus ſcrupu-
>>>leuſement à écarter de leur rédaction ce qu'il y
a de peu vraisemblable ou de hazardé parmiles
bruits du jour. La plupart de ces avis controu-
>vés ſont tirés de lettres , datées de Paris ou- de
Vienne. Il faut donc qu'il y ait dans ces deux
>>places des perſonnes, qui ſe plaiſent à ſervir
>>> leur parti ou à favoriſer leurs inclinations parde
>>p>areilles fabrications. L'on peut aſſurer que la
>>C>our deVerſailles n'a point offertde médiation
>> relativement à l'affaire de l'échange de la Ba-
>> viere , non plus que celle d'Angleterre ; que le
>>Roi de Pruſſe n'a demandé à cet égard aucune
>>>afſurance de celle de Vienne ; que S. M. P. n'a
>> point fait de propoſitions à l'Impératrice de
>>>Ruffie , au ſujet de la confédération Germani-
>> que ; qu'Elle ne ſonge point à envoyer une
>> perſonne qualifiée à Pétersbourg ; que dans les
>> Cabinets , qui nous ſont connus , l'on ne négo-
>>>cie ni fur l'élection d'un Roides Romains , nifur
>> le neuvieme Electorat . Nous eſtimons ici , que ,
» comme les deux Cours Impériales ont déclaré
>> ne penſer qu'à des trocs volontaires de la Baviere,
( 141 )
2>&que notre Cour ( de Berlin ) a l'afſurance des
>> Princes Palatins , appuyée par l'aſſociation ,
>>>qu'ils ne veulent ſe prêter d' aucun échange volontaire
, il n'existe aucun démêlé réel entre les
>>>Cabinets de Vienne & de Berlin , mais ſeule-
>> ment une différence d'opinions ſur un projet
éloigné & ſpéculatif, pour lequel certainement
>>> ils ne voudront pas commencer une guerre «.
(Gazette de Leyde , nº. 97. )
DICTIONNAIRE DE POLICE,
Parmi la foule innombrable de livres que
chaque jour voit paroître , on do't diſtinguer
ceux qui ont un but utile. On doit fur tout accueillir
favorablement les ouvrages qui peuvent
contribuer au bien public & au bonheur des citoyens.
Nous croyons donc que nos Lecteurs nous
ſauront gré de leur annoncer le Profpectus , qui
vientde paroître ,d'un Dictionnaire univerſel de
Police nationale & étrangere. L'Auteur de cet
Ouvrage , M. Deſeſſarts , Avocat , Membre de
pluſieurs Académies , s'occupe depu's dix ans
de cette vafte&utile entrepriſe. Le premier volume
eſt ſous preſſe , & il doit paroître dans le
courant de Janvier prochain . Nous ne pouvons
mieux faire connoître le plan de l'Auteur qu'en
tranſcrivant quelques morceaux de fon Profpectus.
« Quel eſt le but , dit-il , des fonctions des
Magistratsde Police ? Hs doivent maintenir l'ordre&
l'harmonie , procurer l'aiſance & la commo
dité , prévenir les abus & les réprimer par des
exemples utiles ; ils doivent enfin faire le bonheurd'une
population immenſe, ſans que chaque
particulier s'apperçoive , pour ainſi dire , qu'une
Providence terrestre s'occupe ſans cefle de lui.
C'eſt dans les Capitales , & fur-tout dans Paris ,
que les fonctions du Magiſtrat de Police font
grandes , importantes & difficiles. Il faut , pour
20 ( 142 )
les remplir , uneréunion de qualités précieuſes,
&de talens rares . La connoiſſance des Loix , une
attention ſuivie, & le deſir de faire le bien ſuffiſent
pour former un Lieutenant de Police d'une
-Ville de Province ; mais le Mag ſtrat de Police
de la Capitale a une carriere bien plus vaſte
à parcourir. C'eſt à lui , en effet, qu'un million
d'habitans doit l'ordre & l'harmonie ſi néceſſaires
à leur bonheur. Auſſi ne peut-on mieux comparer
les avantages de cet établiſſement fublime qu'à
ceux qui réſultent des mouvemens des corps céleſtes
. L'homme jouit des effets attachés à leur
régularité ſans en conncître la cauſe , comme
P'habitant de la Capitale jouit des bienfaits du
Magiftrat de Police ſans connoître ſes peines &
fes travaux.
Après avoir tracé le tableau des fonctions du
Magiftrat de Police , & fait une analyſe abrégée
du travail immenſe du Traité de la Police , du
Commiſſaire de Lamarre (analyſe qui prouve
une longue méditation de cet Ouvrage impertant
, & qui annonce un Jurifconfulte capable de
l'apprécier ) , M. des Effarts rend compte du
p'an qu'il a ſuivipour rendre ſon Ouvrage toutàla-
fois curieux ,intéreſſant &utile . La nomenclature
, dit- il , du Dictionnaire univerſel , qu'on
annonce , renfermera tous les mots qui ont des
rapports direts on indirects avec la Police : ainſi
l'on peut dire que ce ſera une véritable Encyclopédiede
Police , puiſqu'on y raffemblera généralement
tout ce qu'il eſt eſſentiel de connoître ,
tout ce qu'il eſt agréable de ſavoir ſur l'adminiſ
tration de la Police.
<<L<esMagiſtrats, les Juges&les Officiers de
Policey trouveront tout ce qui a rapport à leurs
charges & à leurs fonctions.
La proſpéritédu commerce étantun des ob
( 143 )
jets les plus importans de l'adminiſtration de la
Police , on a rapporté tout ce qui concerne chaque
Corps & chaque Communauté d'Arts &
Métiers.
: >>>Le Dictionnaire de Police renfermera enfin
une multitude d'articles hiſtoriques ſur la Police
desNations tant anciennes que modernes . Tout
cequi a été écrit à cet égard mérite la confiance
des Lecteurs , puiſqu'il a été tiré des ſources les
plus reſpectables. Cette partie , abſolument neuve,
doit d'autant plus piquer la curioſité , qu'elle
necontiendra point des romans , mais l'hiſtoire
véritable , plus ou moins étendue de la Police de
preſque tous les Peuples. Ainsi , avec le ſecours
de ce Dictionnaire , on réunira toutes les connoiffances
nationales & étrangeres , utiles &
agréables qu'on peut deſirer ſur la Police.
On n'exige d'autre avance des Souſcripteurs
que cellede to liv. pour le paiement du dernier
volume qui leur ſera délivré gratis . Chaque vo
lume ſera compoſé de quatre-vingt feuilles in 4 .
àdeux colonnes , & l'on ne le paiera que lamême
ſomme de to liv. Ceux qui n'auront pas ſouſcrit
paieront l'Ouvrage un quart de plas que le prix de
la ſouſcription. On foufcrit chez Moutard , Imprimeur
de la REINE , rue des Mathurins , hôtel
deCluny.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS .
Grand Chambre .
Bains chauds , à 1 liv 4f. fur la viviere de SEINE.
Plus les établiſſemens font utiles , plus ils
éprouventde contrad Gions. Les Bains chauds ,
diſtribués chez quelques Baigneurs de Paris , coutoient
autrefois 6 liv. 12 f. par perſonne ; ce prix
exceffif ne pouvoit convenir qu'aux riches. Le
Geur Poitevin cut l'idée d'en établir de pareils fur.
( 144 )
la riviere de Seine, à 2 liv. 6 f.; il obtint un
privilege pour vingt- sept ans , & ſa ſpéculation
eut tout l'effet qu'il s'en étoit promis ; mais
comme le bien n'exclut pas le mieux , & que
lesgens peu fortunés ſont en grand nombre , &
d'une bien plus grande utilité que les riches , ils
méritent qu'on s'occupe d'eux , & qu'on les faſſe
jouird'un avantage que des peuples éclairés ont
mis au rangdes premiers beſoins. Le ſieur Cuignarda
fuccédé au ſieur Poitevin ; il ſavoit que le
Bureau de la Ville s'occupoit de former un établiſſement
de bains chauds à i liv. 4 ſ. Le ſieur
Cuignard ademandé la préférence pour, exécuter
un projet auſſi utile; & ſous les auspices du
Corps Municipal , il a obtenu le privilege d'éta
blir cesbains entre le pont Neuf&le pontRoyal,
&à lapointe de l'ifle S. Louis. Les Maîtres
Perruquiers-Baigneurs & Etuvistes de la ville de
Paris ant formé oppoſition à l'enregiſtrement des
Lettres-Patentes obtenues par le ſieur Cuignard ;
lour intérêt perſonnel étoit , comme on peut le
croire , ce qui les touchoit le plus , & c'eſt aufli
le moyen principal de leurs défenſes. Mais les
Magiftrats qui ne perdent pointde vue la choſe
publique , qui la défendent avec zele , & qui
écartent fans ceſſe tout ce qui peut lui nuire ,
n'ont pas adopté les moyens des Baigneurs ; &
parArrét rendu le 7 Septembre 1785 , la Cour a
débouté les oppoſans de leur oppoſition , & a ordonné
qu'il feroit paſſé outre à l'enregistrement
des Lettres-Patentes.
ERRATA.
7
?
Page79 du dernier Journal , lig. 15 , l'Angleterrien
, lifez l'Anglomanie, Pag. 87, lig.29,
1705 , lifez 1785 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 24 DÉCEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LESVERS-A- SOIE , Traduction du
Septième Livre du Prædium Ruſticum.
QUAUANNDD l'arbredeThisbé, reprenant ſaparure,
Promet au Ver-à-Soie une riche pâture ,
Hâte-toi , jeune fille; en des réduits heureux
Qu'une douce chaleur faſſe éclore les oeufs .
Veux-tu que de ſes dons l'infecte t'enrichiffe ,
Veille à tous ſes beſoins & foigue fon hofpice ?
Que ta main avec art lui dreſſe un lit nouveaus
Que de paisibles toits protègent ſon berceau ;
Du ſouffle des Autans garantis ſes retraites ;
En eſpaces égaux diſpoſe des tabletses ;
Courbe en voûte l'aſyle où le Ver à nos yeux
N°. 52 , 24 Décembre 1785 .
:
146 MERCURE
File , arron dit , ſuſpend ſon tiffu précieux ;
De l'avide ſouris écarte le ravage ,
Et préſerve leſſaim de meurtre & de pillage.
QUAND le Ver eſt éclos , quand de ſon foible corps
Unléger mouvement anime les reſſorts ,
Tandis qu'à moins de frais on nourrit ſa jeuneſſe,
Conſacre à ces emplois les loiſirs qu'il te laiſſe ,
Lorſqu'au loin répandu l'élève grandiſſant ,
Dévore un tendre mets ſans ceſſe renaiſſant,
A peine ſous tes loix une famille entière
Fournit à ſa pâture & ſoigne ſa litière,
FAIS choix pour le nourrir du mûrier le plus vieux,
Lorſqu'un nuage ſombre , obſourciffant les cieux,
S'élève , s'épaiflit , & lentement s'avance ,
Pour des jours pluvieux recueille avec prudence,
Toi , dant l'oeil inquiet veille fur les rayons ,
Toi qui répands la feuille , écoute mes leçons :
Și le froid a ſaiſi le feuillage livide ,
Si l'Auſter l'a mouillé de fon haleine humide ,
Redoute fon poiſon , attends que la chaleur
L'épure en le ſéchant , ranime ſa couleuri
Qu'alors , pour appaiſer une faim dévorante ,
La graiſſe exhale au feu ſa vapeur nourriffante.
VOIS -TU des Vers languir , expirer à tes yeux ?
Qu'un lit nouveau détourne un mal contagieux.
Viens tu de rejeter une ancienne pâture
DE FRAIN CE. 147
Hâte- toi d'y ſemer une fraîche verdure .
L'inſecte recelé ſort preffé par la faim ;
Ala feuille nouvelle il s'attache ſoudain ;
Alors ta jeune main l'emporte avec ſa proie.
Un peuple immenſe enfin ſous tes yeux ſedéploie,
Et ton art le partage en divers bataillons.
Morphée accable-t'il ces frêles nourriſſons ?
Tu changes leurs rayons & leur lit de feuillage
Tu ſauves leur repos des fureurs de l'orage.
产
Lorſque plein de vigucur le reptile vermeil
S'éveille & briſe enfin les chaînes du ſommeil ,
A l'ouvrage dès- lors invite-le toi-même ;
Retranche par degrés le feuillage qu'il aime,
Etqu'entre des rameaux adroitement placé ,
Il monte & file un or fans ceffe entrelacé.
¿
QUAND l'animal tranquille a fermé ſa paupière;
Seul il yeille , & le ciel qui borna la carrière ,
Du ſommeil quatre fois lui verſe les pavots ;
En élevant la tête , il goûte un doux repos ;
Juſqu'au troisièmejour ſon corps eſt immobile'
Le Ver d'un long ſommeil s'éveille plus agile.
Dès que ſa faim dévore un nouvel aliment ,
Les tablettes aa loin murmurent fourdement.
Tel eſt le bruit des toits lorſqu'épanchant ſon onde;
Le ciel fond en torrens ſur les champs qu'il inonde.
7
MAIS déjà pour le Ver la vie eſt un fardeau ;
Il languit, il s'apprête à bâtir fon tombeau.
Gi
148 MERCURE
Monté ſur le branchage , il s'élève , il s'abaiſſe ;
Son corps jaune en longs plis ſe joue avec ſoupleſſe ,
Et par les brins légers qu'il enlace aux rameaux ,
Ourdit les fondemens de ſes heureux travaux.
JEUNES filles , priez pour écarter l'orage .
Si la foudre à grand bruit déchire le nuage ,
Pleurez vos ſoins perdus'; du Ver épouvanté
L'ouvrage eſt ſuſpendu,l'aſyle eſt déſerté;
Il s'enfuit plein d'effroi fous la feuille prochaine ,
Et de ſes fils briſés ne pourſuit plus la chaîne.
:
DRESSÉ ſur un rameau , quand le ciel eſt ſercin,
Ikrépand à loiſir les tréſors de ſon ſein .
En unglobe alongé l'ouvrier plein d'adreſſe
Arrondit un fil d'or qu'il prolonge ſans ceſſe;
Ainſi que lepoiſſon ſous le voile des eaux ,
D'abord on le découvre à travers ſes réſeaux;
Il ſe courbe , il s'étend , va , revient , s'entrelace ,
En cercles redoublés ſe replie avec grâce ,
Épaiſſu par degrés les murs de ſa priſon ,
Etdiſparoît enfin ſous ſa riche toiſon,
Dans ſon réduit obſour l'induſtrieux reptile
S'épuiſe en pourſuivant une trame docile.
D'UNE oreille attentive épions déſormais
Des travaux qu'à nos yeux voile un nuage épais.
Quand l'ouvrage eft fini , quand le tumulte ceſſe.
Des ramcaur jauniſſans dépouillons la richeſſe.
:
DE FRANCE.
BIENTÔT le Ver, laſſé de vivre loin du jour ,
S'échappe impatient d'an ténébreux ſéjour.
Il admire l'émail de ſes brillantes aîles,
Etſon front couronné de vives étincelles..
Mais aux vagues de l'air , qu'il tremble d'eſſayer ,
Le nouveau papillon n'oſe ſe confier ;
Et , plein du ſouvenir de ſa naiſſance obfcure ,.
Il s'étonne , frémit , bat de l'alle &murmure.
Tranquille, dédaignant le plus léger repas ,
Sur untapis lugubre il attend le trepas .
Revivre en ſes enfans eſt l'eſpoir qui le touche;
Il cherche une compagne & l'admet à ſa couche ;
Il ne donne à l'amour que ſon dernier inftant
Et de nouveaux eſſaims m'enrichit en mourant.
A
(Par M. l'Abbé Odezène , de Beziers. )
QUATRAIN
)
1
Pour le Portrait de Mme VERDIER,
d'Uzès en Languedoc , Auteur d'une Idylle
intitulée: La Fontaine de Vaucluſe , &c.
TENDRE Émule de Théocrite,
Qui lui légua des chalumeaux ,
Tout rend hommage à ſon mérite ,
Son ſexe même & ſes rivaux .
iij
so MERCURE
LES ÉPIS , Fable.
DzEsS Épis ondoyans ſurune plaine immenfe,
Humbles jouets d'une aveugle inconftance ,
Obéiffoient au caprice des vents .
Und'eux , plus élevé ,de plus riche apparence ,
(Un peu plus de fumier féconda ſa naiſſance )
Prétendit oppofer la force à ſes tyrans ,
Et reſter droit ſur ſa tigę orgueilleure.
Que prétend , lui dit ſon veiflin ,
Ta foibleſſe préſomptueuſe ?
Le Maître qui ſema cetteplaine orageuſe,
Nous jeta de la même main ,
Eſclaves d'un même deftin ,
Sans murmurer, courbons nos têtes
Juſqu'à ce que le Moiffonneur ,
D'une égale faucille , abaiſſant ta hauteur ,
Nous porte, l'un& l'autre , à l'abri des tempêtes.
(Par M. Regnet , Avocat à Briquebec. )
14
DE FRANCE.
Explication de la Charade, de l'énigme
duLogogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Baſſon ; celui de
l'Enigme eſt Vin; celui du Logogryphe eſt
Raiſon,où l'ontrouve noir, foir , Koi , ris ,
foin fon, air , Sion Arion,rais,foi.
M
CHARADE.
ON premier , mot latin , agouverné la terre s
Amon ſecond , priſé chez les anciens ,
Le fier Ajax moiffonnant les Troyens ,
Fut comparé jadis par le divin Homère ;
Aux hôtes des forêts mon tout faiſoit la guerre.
(Par M. Ba**n. )
ÉNIGME.
ous ſommes pluſieurs foeurs , toutes detaille fine,
Toutes de bon accord, faites pour le plaiſir :
Chacune a ſon chacun , nulle n'eſt libertine ,
Et toutes cependant répondent au defir .
On nous fait parcourir l'un & l'autre hémisphère ,
On nous garrote enſemble, au gré de nos tyrans ,
Giv
#52 MERCURE
Et l'on nous fait paſſer , ſous un coin éphémère,
D'une ville dans l'autre , au gré des bons enfans.
Nous vendonsnos faveurs au pauvre comme auriche;
Même prix , même droit pour tous en général.
On nous prend , on nous laiſſe, on peut nous faire
niche,
Jamais on ne nous voit faire du bachanal.
Perfides cependant , comme l'eſt notre ſexe ,
Nous tramons entre nous , par des moyens divers ,
La perte ou le malheur de quiconque nous vexe,
Ainſi finit la ſcène , avec de grands revers.
-
( Par un Citoyen de la villed'Arles , enProvence.)
T
LOGOGRYPHE.
JE diſpoſois jadis de la nature entière ,
Etj'inſpirai long- temps le reſpect & l'effroi ;
Mais aujourd'hui , Lecteur , plains-moi ,
Je ne puis renverſer la plus foible chaumière.
Pris en détail , mes huit pieds te font voir
Une ville aux confins d'Italie& de France;
Chez les Orientaux un homme de ſavoir
D'un Marchand le flatteur eſpoir ;
L'objet dont un amant defire la préſence;
Une priſon ; ce qui fait ma puiſſance ;
Et ce qu'on tend pour recevoir.
८
T
L
(Par M. Gratton de Saint- Gilles , Capitaine
de Canonniers.)
:
DE FRANCE. ارو
I
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGES dans les Deux - Siviles de
M. Henri Swinburne dans les années
1777 , 1778 , 1779 & 1780 , traduits de
l'Anglois par Mlle de Kéralio.
T
Quid verum atque decens curo. Horat.
A Paris , chez Théophile Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftiis , 1785 .
LES Voyages d'Italie ſe ſont extrêmement
multipliés; & tous nous apprennent quelque
choſe , chaque Voyageur a la manière de voit
& fon point de vûe particulier , ſon objet de
goût & de connoiſſances auquel il rapporte
principalement ſes obfervations & fes recherches.
L'un eft attiré dans ce pays par le goût
des Arts , un autre n'y conſidère que la politique
, & n'y étudie que les hommes ; un atutre
y obſerve une belle & riche nature.
Sedneque Medorum fylva ditiffima terra ,
Nec pulcherGanges atque auro turbidus hermus
Laudibus Italia certent , non Bactra neque Indi
Totaque Thuriferis Panchaia pinguis arenis.
D'autres enfin y cherchent les monumens de
la vénérable antiquité , les reftes de la puiffance
& de la grandeur Romaines , tant de
Gv
154
MERCURE
-
lieux célèbres par tant d'exploits , tant de
vertus devenues étrangères à ce beau climat ,
les ſouvenirs de tant de grands hommes.
Tot egregias urbes operumque laborem
Tot congesta manu praruptis oppidafaxis ,
Fluminaque antiquos fubter labentia muros.....
Extulit hac Decios Marios magnoſque Camillos ,
Scipiadas duros bello , & te maxime Cefar.
Tous faluent cette terre ſi féconde en richefſes
phyſiques & morales.
Salve , magna parens frugum ,Saturnia tellus ,
Magna virûm.
Mais la partie la plus négligée dans la plupart
des Voyages d'Italie , eſt précisément celle
qui fait l'objet particulier de ce Voyage. On
ne voit guères ordinairement du Royaume
deNaples que Naples même & ſes environs ,
le Véfuve, la Solfatare , &c. On ne voit guères
de la Sicile que l'Etna& les côtes de Palerme,
Meffine, Catane , les reſtes de Syracufe , &c.
Il eſt rare que dans lesDeux-Siciles , les étrangers
fur- tout , voyagent dans l'intérieur des
terres,& c'eſt ce qu'a fait M. Swinburne. Il a
étéparmer en Italie; mais dans l'Italie même,
c'eſt par terre qu'il a voyagé , c'eſt par terre
qu'il a étéde Naples à Tarente , de Tarente à
Reggio , de Reggio à Naples. Voilà pour ce
qui concerne la Sicile de deçà le Fare ou le
Royaume de Naples; quant à la Sicile pro
DE FRANCE. ISS
prement dite , elle n'eſt point l'objet de ce
premier volume.
,
L'Auteur , en parcourant ainſi la partie la
moins connue de l'Italie , a néceſſairement
acquis , & donne par conféquent des notions
nouvelles ; ainſi , ce Voyage ne rentre point
du tout dans les précédens ; un autre avantage
particulier à ce Voyage , c'eſt que , comme il
eftdirigé vers les lieux les moins fréquentés ,
les plus dépourvus de commerce , les moins
travaillés, les moins modifiés par le mêlange
des étrangers , par l'action réciproque des
langues , par le concours des moeurs & des
uſages par la communication des idées ,
PAuteur y retrouve dans une multitude de
coutumes les reſtes ſouvent peu altérés des
anciens uſages; il recueille ces reſtes précieux,
& nous devons obferver qu'il montre beaucoup
de ſagacité dans la manière dont il ſaiſit
des rapports entre des uſages anciens & les
uſages actuels , & dont il explique certains
pafſages de Virgile , & fur-tout d'Horace ,
par des faits qu'il a ſous les yeux. Cette partie
de fon Ouvrage ſera très-agréable aux Gens
de Lettres , quoiqu'elle ne ſoit pas toujours.
fans raffinement & fans excès , & quoiqu'en
général il faille beaucoup ſe défier de ces rapports
entre leſquels s'élève une longue ſuite
d'événemens &de fiècles.Quand ces rapports
n'ont rien de forcé ni de trop tiré , ils font
intéreſſans à rencontrer , & utiles à confidérer
; que M. Swinburne , par exemple , ſe
tappelant ce qu'Horace , dans la fixième Ode
Gvj
16
MERCURE
e
du Livre 3º, dit de l'éducation févère & de
l'obéiffance filiale des Samnites , le retrouve
dans le reſpect du jeune Payſan Calabrois
pour ſes parens; & dans la manière même
dont ce reſpect s'annonce , qu'il repréſente
ce Payſan , qui , " après avoir labouré la terre
>> tout le jour, fans autre nourriture que du
> pain , affaifonné quelquefois avec une
>>gouffe d'ail , un oignon & quelques olives
>> sèches , n'oſeroit ſe préſenter devant ſa
>> mère , ſans lui apporter un fagot de lentifques
ou d'autres bois qu'il jette devant la
porte avant de demander à en paſſer le
>> feuil ,>> nous concevons qu'il ait été frappé
du rapport de cette conduite avec ce paffage
d'Horace :
ود
SedRufticorum mafcula militum
Proles, fabellis docta ligonibus
Verfare glebas , & fevera
: Matris ad arbitrium reciſos
Portarefuftes , fol ubi montium
Mutaret umbras &juga demeret
Bobus fatigatis , &c.
:
Mais nous ne voyons pas que ce vers de
Virgile:
Hine altâ fub rupe canet frondator ad auras.
reçoive aucune lumière du Payſan ſuſpendu
> au fommet des arbres , fur une corde de
>> ſaules entrelacés , taillant le peuplier & les
>> branches fuperflues de la vigne ,& faifant
DE FRANCE. 157
1
>> retentir la vallée de ſes chanſons en langage
» ruſtique. Il y a par-tout des élagueurs qui
chantent en travaillant , & c'eſt , à ce qu'il
nous ſemble , tout ce que Virgile a voulu dire
en cet endroit.
Nous ne croyons pas non plus que ces vers
d'Horace:
Pallida mors aquo pulfat pedepauperum tabernas
Regumqueturres.
:
:
ayent beſoin d'être expliqués par l'uſage où
eſt la justice en Calabre , de frapper du pied
à la porte d'un débiteur négligent & lent à
payer.
Mais d'ailleurs la plupart des rapports an
noncés par M. Swinburne font juſtes & finement
ſaiſis , ils éclairciſſent les paſſages &
confirment ou expliquent l'hiſtoire..
Cet Ouvrage eſt encore recommandable
par des détails hiftoriques ſur chaque état ,
fur chaque ville , ſur chaque lieu important
par des obſervations politiques ſur leGouvernement
& les moeurs , par des obſervations
d'Hiſtoire Naturelle , de Botanique , de
Phyſique ; par l'énumération des médailles&
des autres monumens de l'antiquité , &c.
Aucun genre d'inſtruction ne paroît avoir été
négligé dans ce voyage , & c'eſt un de ceux
où on trouvera le plus à apprendre.
M. Swinburne réhabilite un peu les Napo
litains; ils ne font , dit- il , à aucun égard,
aufli cruels ni auſſi vindicatifs que nous les
repréſentent beaucoup de Voyageurs. Il leur
158 MERCURE
ود >> faut plus qu'une légère provocation pour
>> les porter aux extrémités. Pendant le défordre
prodigieux & la confufion des courſes
de chevaux du carnaval , on n'entend
» jamais ni querelle ni tumulte ; & même
ود
ود
ود dans la cruelle faminede 1764, le ſeul acte
» de violence commis par une populace af-
>> famée , accrue du double par le concours
>> des Payſans des Provinces où le blé avoit
>> manqué , fut de forcer & de mettre au pil-
→ lagelaboutique d'un Boulanger.Pourroit- on
>> en dire autant de la populace de Londres &
» d'Édimbourg ? .... » Les vols de nuit& avec
violence dans les maiſons , font inconnus à
Naples , les émeutes rares & le nombre des
affaflinats peu conſidérable.
Il n'en eft pas de même des Provinces de
ce Royaume, fur-tout des Provinces un peu
éloignées.Je ſuisbien informé , dit M. Swinburne
, que dans ces Provinces , il n'y a pas
moinsdequatre mille perſonnes tuées annuellement.
La plus grande partie de ces crimes
> ſe commettent avec des armesà feu dans
>> les pays de montagnes , où règnentun carao
>> tère féroce& des moeurs groſſières , où les
> habitans font vagabonds & moins expoſes
>> aux pourſuites de la juſtice , qui même , en
>>toute autre partie du Royaume , est loin
➤ d'être formidable. Il faudroit un exercice
>> long , prudent , inflexible , d'une juſtice
>> impartiale pour réduire ces fiers & intrai-
>> tables habitans des montagnes de la Cala-
» bre, qui , réduits à la misère & au défeſpoir
DEFRANCE.
159
> par la tyrannie des Barons & des Officiers
>> de la Douane , attachent un léger prix à la
>> conſervation de leur vie , & bravent le
>> danger juſqu'à la dernière goutte de leur
>> fang. »
L'Auteur explique enſuite ce qu'il entend
par cet exercice long, prudent & inflexible ,
d'une juſtice impartiale , & cette explication
n'eſt peut-être pas inutile; car il ſeroit affreux
d'appeſantir fur des malheureux le double
joug de l'oppreſſion d'un côté , &d'une juftice
inflexible de l'autre. " Aucune meſure priſe
par la Police , dit-il , n'aura d'effet , à moins
>> que le Gouvernement n'adopte & ne ſuive
>> avec fermeté un ſyſtême qui puiffe adoucir
>> la misère du pauvre, réprimer le deſpo-
ود tiſme des petits tyrans , & en affurantau
>>Payſan plus de moyens de ſe ſoutenir , lui
» & fa famille , par un honnête travail , le
>> garantiſſe de la tentation d'embraffer un
>> coupable genre de vie. »
Au refte, fil'on veut connoître avec quelle
lenteur, quelle négligence , quelle irrégularité
la juſtice criminelle s'adminiftre , même
àNaples , on en peut juger par ce trait.Une
affaire venoit d'être terminée , choſe affez
rare , le malfaiteur venoit d'être condamné ,
on envoye ordre au Geolier de le faire comparoître
devant les Juges, pour entendre fon
jugement ; le Geolier paroît ſeul , & déclare
que le priſonnier étoit mort dans la prifon
deux ans auparavant. Il y avoit donc deus
ans qu'on n'avoit fait comparoître ce prifon
160 MERCURE
nier , ſoit pour l'interroger , foit pour lui
confronter les témoins , & c'étoit ſur de
vieilles procédures , peut-être abandonnées ,
qu'on s'étoit aviſé , au bout de deux ans , de
prononcer un jugement contre ce prifonnier
oublié.
3
On trouve ici ſur les Lazarons de Naples ,
& fur les Pêcheurs de Sainte-Lucie , des détails
curieux qu'il faut lire dans l'Ouvrage
même , ainſi que ceux qui regardent les Bohémiens
de la Calabre. L'Auteur peint bien
dans tous les genres ; ſes peintures morales ,
ſes deſcriptions phyſiques ont de l'agrément
& de l'intérêt. Nous indiquerons principalement
, dans le premier genre, les obſervations
de l'Auteur ſur les Prafica ( ou pleureuſes
aux enterremens ) tant anciennes que modernes
, & fur diverſes autres cérémonies des
funérailles , tant à Naples que dans d'autres
villes du Royaume ; le parallèle des Sibarites
&desCrotoniates ,où lapréférencé eſt donnée
aux Sibarites, ( il faut joindre à ce tableau les
réflexions contraires de la Traductrice; ) le
portraitdeCharles d'Anjou , frère de S. Louis ,
&premier Roi de Naples de ſa Maiſon, celui
de Mainfroi , &c .
Nous indiquerons dans le ſecond genre la
deſcription du Véſuve , celle du Mont-Gargan
&de ſes forêts :
Garganum mugire putes nemus ,
Querceta Gargani laborant.
La deſcription des effets de la piquûre de
DE FRANCE. 161
:
la tarentule , quoique l'Auteur n'en ait vû
qu'une imitation , qu'à la vérité on lui a aſſuré
être très-fidèle.
Voici une autre deſcription d'un autre
genre , qui pourra plaire aux Lecteurs , quoique
vraiſemblablement il n'en faille rien conclure
ſur l'état préſent de l'Art Dramatique
enItalie.
" A Villa- Franca , dit l'Auteur , je fus ré-
>> galé d'une repréſentation de la Tragédie de
>> Judith&d'Holopherne, jouée par les jeunes
>>gens de la ville.... La rudeſſe de leurs ac-
>> cens , leurs geſtes forcés & leurs étranges
>>fautes de langue , firent de ce Drame hor-
>> rible une farce complette. Quand l'hé-
>> roïne eut tué le Général , toute la falle
>> retentit des éclats bruyans d'un applau-
>>diſſement unanime; la partie ſupérieure
>> de fon corps étoit cachée dans les couliffes.
» & les membres inférieurs paroiffoient au
>>bord de la Scène ſur un lit de repos , dans
>> l'agorie de la mort ; l'Acteur parut tom-
" ber en de telles convulfions , frappemens
" de pieds & contorfions , qu'il fit fendre les
>> coeurs , & remplit d'admiration l'âme des
» Spectateurs. Judith parut enſuite , & dé-
>> bita un long monologue , tenant ſon épée
» d'une main , & de l'autre une tête de bois
» dégoûtante de fang. Jamais Princeſſe de
» Théâtre n'a été reçue & renvoyée avec des
>> applaudiſſemens plus vifs&plus ſincères.>>
Ce récit peut donner lieu à quelques remarques.
162 MERCURE
:
1º. Le tableau de l'ineptie des Acteurs &
des Spectateurs ſeroit bien plus piquant s'il
s'agifloit d'Acteursde profeftion ; car il n'y a
rien qu'on n'attende en mal d'une Société
Bourgeoiſe,jouant la Tragédie dans une petite
ville de Province.
2º. L'Auteur auroit bien dû nous dire
quelle étoit cette Judith ,& dans quelle langue.
Si c'eſt en Italien , un étranger , quelque
connoiffance qu'il ait d'une langue qui n'eſt
pas la ſienne , peut- il , dans la rapidité d'une
repréſentation , être ſi frappé des fautes de
Langue
3°. C'eſt un Anglois qui trouve fi horrible
unDrame, où il ne s'agit, après tout, que de la
mort d'un perſonnage qui , dans la Pièce ,
tient lieu d'un tyran , & contre lequel tout
l'intérêt eft dirigé. Le Théâtre Anglois n'a
'pas dû , ce ſemble, l'accoutumer à beaucoup
de délicateſſe , ſur la diſtinction du terrible&
de l'horrible dans le genre dramatique.
Un mérite encore très-conſidérable de ce
nouveau Voyage , c'eſt que l'Auteur , ſans
montrer un goût pour le paradoxe , qui diminueroit
la confiance , ne perd pas une occafion
de diffiper les erreurs & de réformer
les idées inexactes en tout genre. Voici ,
par exemple , une erreur de géographie qui
méritoit d'être relevée , & qui l'eſt peut-être
affez bien. " Tous les Géographes , dit- il ,
>> excepté Zannoni , nous tracent depuis les
» Apennins , proche Venoſa ( Venouſe ) juf-
>>> qu'au Cap de Leuca , une chaîne diagonale
DE FRANCE. 163
> de hautes montagnes , ſur laquelle ils écr
> vent: branche des Apennins. Cette chaîne
→ eſt placéede forte que , ſi elle exiſtoit , elle
rendroit la communication entre Bari &
→ Tarente , auffi difficile que le paſſage du
Montcénis ou du Sempion , dans les Al-
➤ pes.... Si ces Géographes avoient viſité les
>> pays qu'ils vouloient deſſiner , ou même
20
ود s'ils ſe fuſſent informés aux premiersVoi-
- turiers comment ils paſſoient ces Cordillères
imaginaires, ils auroient été bientôt
- tirés de leur erreur; car le terrein eſt ſi peu
→ élevé au-deſſus de la mer , que du haut
>> d'Oria , point central entre Tarente &
> Brindisi, ( Brindes ) il y a peu d'éminences
- affez élevées pour empêcher l'oeil de découvrir
la mer de tous les côtés. »
Il cite à l'appui de ce qu'il vient de dire,
ces vers de Virgile :
Provehimurpelago vicina Cerauniajuxtà
Unde iter Italiam curſuſque breviffimus unais....
Jamque rubefcebat ftellis aurora fugatis
Cùmfemel obſcuros colles,humilemque videmus
Italiam.
Il prétend que les mots ſoulignés indiquent,
dans l'intentionde Virgile , l'humble
niveau des rivages Salentins ; mais on raſoit
la côte de l'Épire , & Virgile peut n'avoir
voulu déſigner par ces montagnes effacées,
par ce rivage de l'Italie , qui paroît bas , que
l'effet naturel de l'éloignement. Dans l'endroit
164 MERCURE
même du plus court paſſage de laGrèce en
Italie , M. Swinburne prétend que cette diftance
, qui eſt de ſoixante milles , n'eſt pas
affez grande pour produire un tel effet , &
que Virgile étoit trop exact pour l'attribuer
à cette cauſe; c'eſt ſur quoi on pourroit abfolument
difputer. En effet , c'eſt exiger d'un
Poëte , dans ſes deſcriptions , une préciſion
bien géométrique.
Mais un point ſur lequel on ne peut pas
difputer de bonne- foi , c'eſt l'agrément &
l'utilité de ce nouveau Voyage , qui fournit
tantdenotions ſur la partiede l'Italie la moins
connue.
L'époque du départ de l'Auteur, nond'An
gleterre , mais de Marſeille , pour ce Voyage
d'Italie , eſt le 17 Décembre 1776. Il a occupé
les quatre années ſuivantes , & par conféquent
il a précédé de bien peu l'étrange ren
verſement arrivé ces dernières années dans
la Calabre , & dont on trouve chez le même
Libraire une Relation par MM. le Chevalier
Hamilton & le Marquis Hippolyte , traduite
parM. le FèvredeVillebrune. On a du même,
( M. Swinburne ) un Voyage d'Eſpagne &
quelques autres Ouvrages qui lui avoient déjà
faitun nom.
LaTraduction de Mlle de Kéralio a paffe
Tous les yeux de l'Auteur , c'eſt une raifon
plusque ſuffiſante de compter ſur la fidélité
de cette Traduction .
DE FRANCE. 165
L'HARMONIE imitative de la Langue
Françoise , Poëme en Quatre Chants ,
par M. de Piis , Écuyer , Secretaire- Inter
prète de Mgr. Comte d'Artois.
:
Il eſt un heureux choix de mots harmonieux.
Boileau , Art Poétique.
AParis , de l'Imprimerie de Ph. D. Pierres ,
: premier Imprimeur ordinaire du Roi.
६
: IL ſeroit difficile de prouver que notre langue
n'eſt ni moins facile , ni moins harmonieuſe,
ni moins poétique que celle des Grecs
&des Romains. Mais nos bons Poëtes ont fu
lui prêter leur génie : ils ont tiré leurs plus
grandes beautés des difficultés même de notre
verfification ; & la langue de Deſpréaux
eft prefque égale à celle de Virgile. D'ailleurs
les mots& les fyllabes peuvent s'arranger de
manière que leurs concours produiſe l'effet
que le Poëte deſire. L'analyſe de cette queftion
pourroit paroître fubtile & fatigante
pour le Lecteur , même en ſtyle de Grammaire:
M. de Piis a oſé l'approfondir en vers.
Ce poëme didactique adû lui coûter beaucoup
de peine ; c'eſt un motif d'indulgence.
Combien ne falloit- il pas de connoiffances ,
d'obſervations & de reffources dans l'eſprit
pour vertifier des minuties de grammaire&
de proſodie ? Des Cenſeurs clairvoyans.ont
trouvé aiſement nombre de défauts dans ce
Poëme : ces Ariſtarques me reprocheront
166 MERCURE
peut-être la modération qui conduit ici ma
plume , & que je veux porter très-loin ,
fans néanmoins compromettre mon opi
nion ni heurter de front celle des gens de
goût. Eft-ce un crime de dire , m'objecterar'on,
que tels vers ſont des rimes techniques
& martelées , telles expreſſions bizarres &
ridicules? Je réponds que j'aime mieux encourager
les efforts d'un Ecrivain que de le
rabailler par une recherche trop ſcrupuleuſe
de ſes défauts. Je regarde les Gens de Lettres
comme une famille nombreuſe , qui poſsède
par indivis des fonds qu'elle ne peut bien mettre
en valeurqu'autant que les différens membres
s'animent au travail par des applaudifſemens
fur leurs fuccès réciproques , & par
des avis mutuels ſur leurs fautes & leurs erreurs.
Ces égards ſont dûs à M. de Piis , à
d'autant plus juſte titre, qu'il s'eſt empreſſé
dans ſes notes de rendre hommage à tous les
talens vivans qui honorent encore notre Littérature.
En me réſervant la liberté de la cenfure
autant que les intérêts du goût paroîtroient
m'en impoſer la loi , je me ſuis permis d'obſerver
que M, de Piis me ſemble avoir pouffé
juſqu'à l'excès l'idée qu'il s'eſt formée de
T'harmonie imitative. On ſe rappelle ce quatrain
où Deſpréaux ſe fit un jeu de parodier
l'harınonie bizarrement imitative de Chapelain.
Maudit Soit l'Auteur dur dont l'âpre & rude verve .
DE FRANCE. 167
Son cerveau tenaillant rima malgré Minerve ,
Etdefon lourd marteau martelant lebon sens ,
Rima de mauvais vers douzefois douze cens.
Ces vers excellens en ſtyle de parodie ,
feroient extravagans & ridicules dans un
Poëme férieux , tel que l'Art Poétique. On
diroit néanmoins que cette obſervation toute
ſimple a échappé à M. de Piis , lorſqu'on lit
dans ſon Poëme une quantité de vers ſembla
bles à ceux-ci ;
Adéciderſon ton pour peu que leDtarde ,
Ilfaut contre les dents que la langue le darde,
Etdéjà defon droit uſant dans le discours ,
Ledos tendufans ceffe ildécrit cent détours.
?
•
LeG, plusgai voit l'R accourirſurſes traces.
C'est toujours àson gré quesegrouppent les Gråces:
Unjet de voix ſuffit pour engendrer le G,
Ilgémit quelquefois dans la gorge engagé,
4
Certainement il a fallu beaucoup d'eſprit &
de peine pour agencer ces rimes en ſtyle logogryphique.
C'eſt l'abus de l'eſprit , j'en
conviens ; mais c'eſt toujours de l'eſprit. La
belle verfification de Deſpréaux , fi bien travaillée,
a dû coûter moins que ce baladinage
métrique.Que M. de Piis me permettedoncde
regretter tous les ſoins que ſa Muſe a pris
pour forger ſur l'enclume de Chapelain & du
P. Buffier des mètres ſi étranges. Les conſeils
d'un homme de goût auroient épargné à fon
168 MERCURE
imagination bien des élucubrations ſtériles&
malheureuſes. L'intérêt général de la Littérature
exigeque certaines vérités ne foient point
déguiſées. Combiende méchans Auteurs ſuentpour
être pires , & ſemblent s'étudier à la perfection
du mauvais goût ! Voilà la ſeule obſervation
effentielle que ne m'a permis de
diffimuler la bienféance littéraire , qui a ſes
droits comme la bienſéance ſociale. Cette
critique une fois admiſe , on peut ſe livrer au
plaifir de louer. Ce qui plaît fur-tout dans le
Poëme dont il s'agit , eft une grande clarté
dans le détail des choſes. En fe foumettant
aux loix de la méthode dans le genre didactique,
l'Auteur a employé beaucoup d'art pour
en baanir la ſéchereſſe par des digreſſions
amuſantes & des épiſodes ingénieux , tels que
l'origine de l'Écho , & les Amours d'Euſtelle
&d'Eutrope.
Je vais citer d'abord des vers qui me paxoiffent
excellens dans le genre didactique ,
où , pour exceller, il fuffit de joindre à l'agrément
la clarté &la préciſion.
N'allez pas toutefois , Poëte Géomètre ,
Outrer un tel ſyſtême & le prendre à la lettre ,
Et tourmenter la langue au point de calculer
Des vers que le Lecteur craindroit d'articuler.
Pour prixd'un teltravail devenu mécanique ,
Vous verriez tout à-coup l'inflexible critique
Au rangdes Auteurs durs vous claſſant àl'écart,
Vous mettre en parallèle avec le ſec Ronfard,
Et
>
1
DE FRANCE.
169
Et de vos froids écrits confondant l'artifice ,
D'un ſouffle renverſer le pénible édifice.
Cette tirade plaira à tous les bons eſprits;
elle a le mérite rare d'énoncer avec clarte des
préceptes vrais que la préciſion poétique rend
plus frappans. En voici une autre dans un
genre plus gracieux & plus piquant. Mes Lecteurs
partageront fans doute le plaifir que
j'éprouve à la tranfcrire.
Il fiffle en grafféiant le grave perroquet ,
Et je veux fur trois points diriger ſon caquet.
Sincère courtiſan d'un Roi prudent &juſte ,
Qu'il diſe à l'oeil de boeuf: Bonjour César Auguste.
Si ma maîtreſſe eſt froide & s'amuſe à jafer ,
Je veux que le frison lui conſeille un baifer ;
Et lorſque Bavius de boutique en boutique
Colpertera le ſoir ſon OEuvre fatyrique ,
J'entends qu'à ſes barreaux l'animal cramponné
En le voyant de loin crie: As-tu déjeûné?
Si dans mon cabinet je tranſporte ſa cage ,
Puiffe alors fon babil m'enhardir à l'ouvrage !
Ah! pour me rappeler un modèle parfait ,
Que fon mot favori foit le nom de Greſſet.
Beau perroquet mignon , c'en eft affez ſans doute.
Voilà déjà du temps que le Lecteur t'écoûte.
D'ai'leurs tu reviendrois à tes premiers diſcours.
Combien d'Auteurs fans moi t'imiteront toujours.
Rien de plus fin & de plus ingénieux que la
tournure critique de ce dernier vers. Je pour-
Nº. 52 , 24 Décembre 1785. H
170 MERCURE
rois en citer beaucoup d'autres ou bien frappés
, ou coulans , ou embellis des charmes.
mélancoliques de la réflexion ; mais je ſuis
obligé de me borner ; je ne puis néanmoins
m'empêcher de citer dans ce dernier genre
les quatre ſuivans. Si l'on m'accuſe de chercher
à orner cette feuille , j'en conviendrai
volontiers.
Quel bonheur , juſtes Dieux ! s'il avoit pu durer.
Mais quel ruiſſeau jamais coula ſans murmurer !
Et telle eſt des plaiſirs la ſource trop légère !
Si tout mortel y boit , nul ne s'y déſaltère.
Sije raſſemblois tout ce qu'il y a de louable
dans le Poëme de M. de Piis, je forcerois de
convenir que les fifflets de la critique doivent
être ſouvent étouffés par le bruit des applâudiffemens
les mieux mérités.
LES Dangers de la Simpathie , par M. N......
A Paris , chez Baſtien , Libraire rue
S. Hyacinte , place S. Michel.
,
Mlle de Belval eſt reléguée dès ſon enfance
au fond d'une Province , auprès d'une tante.
Abbeffe , qui , n'ayant pu la réſoudre à prendrele
voile , la renvoie à Paris àſa mère , inimédiatement
après ſon veuvage. Le Chevalier
de Belval , ſon frère , eſt le ſeul qui lui faſſe
accueil. Le Baron de Luzi , épris des charmes
de Mlle de Belval , la demande en mariage
, on la lui refuſe , & Mme de Belval
enmène ſa fille à Marseille.
A
DEFRANCE.
IZI
,
....
Il ſe rencontre dans les Sociétés où lòn
préſente Mlle de Belval , un roué(M. Desforges
) qui , après avoir abandonné à Tou
louſe une Demoiselle de qualité..
s'attache aux charmes de Mile de Belval
parce qu'on lui dit qu'elle aura une
dot de 100,000 liv. L'infortuné Baron
de Luzi , ayant ſuivi ſa maîtreſſe en fecrer,
s'introduit auprès d'elle ſous le nom de
Dangel , & profite de la foibleſſe de la vûe
de Mile de Belval pour la voir ſans être
découvert. Mais ſon rival , que Mlle de
- Belval déteſtoit , découvrit l'intrigue ; &
pour ſe faire un mérite auprès de la mère ,
il lui dit tout. Mme de Belval part ſubitement
pour Paris avec ſa fille , & la met dans
un couvent. Le tendre , le conſtant Baron ,
à la faveur d'un déguiſement , s'introduit
auprès de ſa maîtreffe , & fur le point de
l'enlever il eſt encore découvert par Desforges
. On entraîne Mlle de Belval dans une
Terre de ſa mère , ſituée en Picardie ; le
Baron de Luzi les ſuit ; au moment où on
l'entraîne à l'autel pour lui faire épouser
Desforges , le Baron entre l'épée à la main,
il fond ſur Desforges & le bleſſe. L'alarme
eſt dans la maiſon, on arrête Luzi , on le
précipite dans une priſon du château pour
le livrer à la justice. Sur ces entrefaites arrive
le Chevalier de Belval , que le Baron
avoit prévenu; il arrache ſa ſoeur des mains
de Desforges au moment où le mariage alloit
ſe conclure , le bleſſe dangerenfement ,
Hij
172 MERCURE
delivre le Baron des fers , & met ſa ſoeur
entre les bras de ſon amant. Le Baron &
Mile de Belval fuyent en Hollande pour y
concluse leur hymen; Mile de Belval reçoit
une lettre de ſa mère qui la conjure , avant
de rien terminer avec le Baron , de venir
lui fermer la paupière. Elle revient avec le
Baron auprès de Mme de Belval , qui étoit
à toute extrémité , & qui apprend à ſa fille
que le Baron de Luzi eſt ſon frère .......
Mlle de Belval , au déſeſpoir part pour
Bordeaux , ſe réfugie dans un couvent , y
prend le voile , malgré les efforts que fait
le Baron pour l'en détourner , & elle meurt
trois mois après ſa profeſſion ; fon amant
lui ſurvit à peine d'une année .
,
Voilà le ſujet & la marche de ce Roman ,
qui eſt bien peu volumineux pour le nombre
d'incidens qui s'y rencontrent ; il y a
quelques ſituations qui ne ſont pas fans intérêt
, mais qui exigeroient de plus grands
développemens ; la marche en eſt ſouvent
trop preſſee ; la fin nous a paru mieux écrite
que le commencement ; en général cet Ouvrage
mérite des éloges .
DE FRANCE.
173
VARIÉTÉS.
REMARQUES Grammatico - Morales fur
la particule On.
C'EST EST un des meilleurs Chapitres de l'excellent
Ouvrage de M. Locke , ſur l'entendement humain ,
que celui qui traite de l'abus des mots. Les exemples
que rapporte le Philoſophe Anglois , font tous des
termes abſtraits & généraux de morale ou de métaphyſique
, ſous lesquels l'erreur peut ſe cacher facilement
, ſageſſe , gloire , grace , religion , justice ,
étendue , áme , forme , espèces , matière , esprit ,
imagination , &c. Mais il paroît plus difficile qu'un
terme vulgaire de l'uſage le plus commun & le plus
fréquent puiſſe nous égarer ſans ceſſe, nous entraîner
aux plus funeſtes erreurs , empoisonner tous nos
difcours & devenir le fléau de la ſociété. Ce font là
néanmoins autant d'effets de l'abus d'un des mots de
notre langue le plus répété & le plus court , le monofyllabe
on .
Parmi les diverſes manières d'abuſer des mots
recueillies par Locke , celle qui me paroît avoir été
employée le plus fréquemment dans l'uſage de la
particule on , eſt de lui donner plus d'étendue qu'elle
n'en doit avoir.
Cetux qui ſe ſervent de ce monoſyllabe dans ces
phraſes : on dit , &c . , on fait , &c. , on penſe , & c. ,
veulent communément appuyer leur opinion de
l'autorité d'on ; & pour la rendre plus impofante ,
ils lui font ſignifier un nombre de perſonnes le plus
grand , & lui donnent le plus d'étendue qu'ils peu-
Hiij
174 MERCURE
vent. A n'entendre par on qu'un feel homme ou un
petit nombre d'hommes, cceellui qui chercheà établir
unt opinion ou un fait, à décrier un Livre à décréditer
on Minifore , à répandre une calomnie . ne
trouve pas fon compte. Il faut qu'il donne à entendre
que fon on dit comprend la ville , le Royaune ,
l'Europe , &, s'il ſe peut , le monde entier. Des
exemples éclaireront ceci.
Commençons par une elaſſe d'hommes à qui
Fuſage de l'on est très-familier , celle des Auteurs. Il
eſt commode à celui qui vient de publier un Ouvrage
mauvais , ou ſeulement médiocre , de dire
qu'on a été content, qu'on est enchanté de fon difcours
ou de ſon Livre. En faiſant entendre que cet
on comprend& la Ville & la Cour , ces éloges qu'il
prétend avoir obtenus , ne font pas fortis d'un cercie
étroit ; mais en employant cet heureux monofyllabe
il lui fait embraſſer un champ.bien plus étendu. Semblable
à ces Géographes qui , ne connoiffant que
les bords de l'Afrique , ont appelé des pays immenfes
de fon intérieur, du nom d'une côte dépeuplée &
barbare ; leur on , qui n'est qu'une petite coterie , ils
le donnent comme fignifiant la Capitale , les Provinces
, & quelquefois l'Europe entière. En diſant
ainſi leur fecret , je montre bien mon déſintér ffemet,
car enfin j'ai auſſi mon on, à qui je fais
couvrir autant d'eſpace que je puis. Mais ce ſecret ,
je n'en fais pas le fin , parce que je dis en mêmetemps
celui de beaucoup d'autres .
On est d'un uſage journalier parmi les eſclaves du
pouvoir & les flatteurs des gens en place . On eſt
fort content de l'Adminiſtration de MM. tels &
tels, fignifie dans l'eſprit de celui qui parle , que la
Province entière ſe trouve bien gouvernée , tandis
que le Panegyriſte eſt ſeul de ſon avis , parce qu'il
eſt l'ami ou la créature du Commandant , ou qu'il a
DE FRANCE.
175
obtenu de l'Intendant de détourner le grand chemin
pour le faire paffer à la porte de ſon château .
On dit que ce Ministre entendfort bien les affaires ,
fignifie toujours dans l'intention de celui qui parle ,
que le Royaume entier eſt perfuadé de la capacité
de l'homme en place , perfuafion peut - être fort
mal établie , & que le protégé lui-même n'a pas
toujours.
Lor qu'un homme , maître d'une grande fortune ,
occupant de grandes places , comblé de grâces &
de penfions , dit qu'on est fort heureux , il nous
donne à entendre que cet on , c'eſt la maſſe entière ,
ou du moins le plus grand nombre des Citoyens ;
& en y regardant de plus près , il eſt aiſé de reconnoître
que lui ſeul , avec un petit nombre d'autres ,
fontheureux & contens .
Mais on n'eſt pas toujours employé dans des occafions
fi férieuſes. Par exemple , j'ai ſouvent remarqué
que nos Dames s'en fervent adroitement
pour justifier l'extravagance , la mobilité , le luxe
de leurs modes & de leurs vêtemens. Vous vous
étonnez de voir une jolie femme cachant les traits .
les plus agréables fou un chapeau auſſi large qu'une
table à thé , & garni d'une blonde haute d'un demipied
, au travers de laquelle je la devine plus queje
ne la reconnois une autre avec un fichu bouffant ,
qui lui remonte juſqu'au menton ; celle- là , avec des
cheveux ébouriffés qui dénaturent ſa phyſionomie;
toutes avec des vêtemens & de prétendues parures ,
qui altèrent ou vous dérobent la plus grande partie
de ces belles formes que la Nature a miſes en elles ,
au moins pour le plaisir des yeux. Si vous demandez
raiſon de ces uſages extravagans , qui vont défigusant
la plus belle moitié du genre-humain & ruinant
l'autre elles vous répondent : On porte les chapeaux
& les fichus comme cela , on s'habille , on ſe coëffe
comme cela. Remontez à la ſource , vous trouverez
Hiv
176 MERCURE
ou une
qu'on eſt ſouvent une fille qui fait adopter ſes modes
les plus indécentes aux honnêtes femmes , ou une
laide qui fait recevoir par les belles les ſtratagêmes
qu'elle emploie à cacher ſes digrâces
femme opulente qui a vingt mible franes pour ſes
épingles , & que les autres imitent en ſe ruinant , ou
JaMarchande de Modes qui ſe moque de toutes ca
leur attrapant leur argent.
Dans les exemples précédens , on ſert l'amourpropre
des Auteurs , la vanité & les intérêts des gens
en place , le luxe des femmes , &c.; & dans tous
ces cas,s'il nous trompe , c'eſt en nous préſentant
les choſes par un côté favorable. Mais ce monoſyllab:
eft au moins auſſi fréquemment employé à décrier
ce qui eft louable , à dénigrer les talens , à ca-
Jomnier la vertu.
C'est d'abord l'arme commune de cette multitude
d'hommes fans connoiſſances , ſans goût , & furtout
fans juſtice , qui inondent les grandes Capitales
, & dont l'unique & chère occupation eſt de
puire aux Lettres en affectant de les aimer. On dit
que ce diſcours étoit bien plat , on dit que cela eft
bien mauvais. On trouve certe pièce détestabie . on
dit qu'elle a fort mal réuſſi à Fontaineb'eau. De dix
perſonnes qui employent ces formules , j'avertis
qu'il y en a neuf qui cherchent à nuire à l'Ouvrage
&à l'Auteur.
N'est- ce pas auſſi la méthode commune employée
par lacalomnie, de dire d'un air aifé & fans aigreur,
on dit qu'elle vit avec M. un tel , on affure que cet
Officier a eu une aventure dont il ne s'eſt pas trèsbien
tiré , on penſe que ce Miniſtre n'ira pas loin.
Dans tous ces ſens on , ſelon l'intention de celui qui
l'employe , fignifie ou de grandes autorités ou un
grand nombre de perſonnes bien inſtruites ; & cette
fignification une fois admiſe , qui peut douter que
Madame ne ſoit galante , quedeMilitaire ne ſoit un
DE ERANCE.
177
lâche , & que l'Homme en place ne ſoit bientôt
chaffé.
Enfin , pour achever le tableau des to ts de ce
malheureux on , je dirai encore que c'eſt à la faveur
de cette extenfion uſurpée qu'il s'arroge trop ſouvent
une puiſſance qui est notre ouvrage , & qui dégénère
en une horrible tyrannie. Un ancien a dit que les
Grecs étoient eſclaves pour ne ſavoir pas prononcer
le monoſyllabe ouk ; mais on , fait lui-même bien
plus d'eſclaves que toutes les Républiques anciennes
n'ont eu d'hommes libres. Que de gens afſervis à
de vils & d'abſurdes préjugés , ou ſe laiſſant lâchement
détourner d'une action honnête , par la miférable
crainte de ce qu'on en dira.
Les Grammairiens diſent que cette particule eſt
indéfinie; mais on pourroit dire avec plus de raifon
qu'elle est infinie , puiſqu'elle comprend ſouvent
dans l'opinion de celui qui l'emploie , ou du moins
qu'on veut lui faire comprendre , un nombre infini
d'individus . De forte que ce mot fi court , comme
le charmant quoi qu'on die , de Béliſe & de Philaminte
, dit beaucoup plus qu'il ne ſemble , qu'on en
tend là- deſſous un million de mots , & qu'il dit plus
de choses qu'il n'est gros.
Cette fignification étendue que prend le terme on
dans tous ces emplois , eſt une véritable ufurpation.
La preuve en eſt dans ſon étymologie même ; car
on vient d'unus un , de forte qu'originairement , &
encore aujourd'hui grammaticalement, on ne fignifie
qu'un. T
Les Anglois ont conſervé au terme onc cette ſignification
limitée; oncfays , dans leur langue , fignifie
quelqu'un m'a dit , mais non pas comme chez nous
beaucoup de gens difent , & encore moins tout le
monde dit.
Dans un des Intermèdes du Malade Imaginaire
Polichinelle , chantant la nuit ſous les fenêtres de la
Hv
173 MERCURE
maîtreffe , eſt poursuivi par le Guet, qui veut l'arrê
er. Il appelle ſes Laquais , Champagre , Poitevin ,
Picard , Baſque , Breton ; le Guet le croyant bien
accompagné , s'effraye & s'enfuit. Mais pendant
que Polichinelle ſe félicite du ſuccès de ſon ſtratagême
, les Archers l'entendent , & découvrant qu'il
eſt ſeul, ſe ſaifiſſent de lui pour le mener en priſon.
Il me ſemble qu'on emploie ſouvent la ruſe de Polichinelle.
Pour moi , je ſuis comme le Guer. J'épie tant que
je puis pour découvrir ſi on ne cache pas un Polichinelle.
Je ris ſouvent de l'humeur d'un de mes amis ,
au demeurant le meilleur homme du monde , qui ne
peut pas entendre employer ce mot fans s'écrier
avec indignation: Qui , on ? Qui , on ? Mais moi ,
avecma métaphysique , & lui avec ſa colère , nous
rouvons preſque toujours l'un & l'autre qu'on eſt
feul , ou qu'on est un fot.
En corrigeant airſi les phrases où s'emploie la
particute on , nous les verrons reprendre l'exactitude
& la précifion dont nous venons de dire qu'elles
marquent ; car elles ne ſignifieront plus rien autre
choſe , finon qu'un homme ou quelques hommes
qui peuvent être , ou des méchans ou des fots ont
dit, ont jugé , &c.
,
Mais dès- lors ceſſent tous les abus que nous venons
de remarquer , car fi je me contente de dire
qu'une perſonne a jugé , ou que moi-même j'ai jugé ,
enbien ou en mal , l'Homme en place , le Livre
nouveau la Pièce nouvelle , je n'énonce qu'un
fait vrai , ( fi pourtant en cela je dis la vérité. ) Mais
ne s'enfuit rien delà contre le Miniſtre ni
contre la Pièce , à moins que mon autorité ou celle
de l'homme que je cite ne ſoit grave. Ceux qui
m'écouten: pèleront ſon fuffrage & le mien . Il n'y
aura point dinjustice commife , point de fauſſeré
miſe en avant & nuiable à un tiers.
DE FRANCE.
179
De même je ne m'inquiéterai plus du qu'en diraton,
lorſque je voudrai faire une action honnête &
tenir un propos courageux. Si je confidère cette
phrafe comme ſynonyme de celles- ci , qu'est cequ'un
petit nombre ( ou même un grand nombre ) defots ou
defripons en dira .
: Je ne dis pas cependant qu'on étende toujours ſes
prétentions au- delà de ſes droits. Ceux qui , en le
faiſant parler , croyent faire entendre le Public , ne
nous induiſent pas toujours en erreur. Par exemple ,
lorſqu'après la repréſentation de telle Pièce nouvelleque
je ne veux pas citer , j'entends dire qu'on
en eſt ravi , je vois bien que ſous le mot on je dois
entendre en effet le Public ; mais fa la Pièce eſt
commej'en vois tant , on aura beau être le Public ,
ſon autorité ne me la fera pas trouver bonne , & je
dirai que l'on qui applaudit à de pareils ouvrages, eft
de mauvais goût.
Je dois pourtant convenir qu'il y a des cas où
ceux qui ſe ſervent de la particule on , lui donnent
une fignification très- reftreinte , & la rappeilent à
fon étymologie. C'eſt ce qui arrive lorſqu'on ſert à
cacher des perſonnes & des noms reſpectables qu'il
n'eſt pas sûr d'offenſer. Si je dis telle guerre auroit
été beaucoup plus heureuſe ſans les ſottiſes qu'on a
faites , les affaires de ** ſeroient en meilleure
poſture fi on les eûc adminiſtrées avec plus d'intelligence
& d'économie ; on a commis une grande
faure en renvoyant un habile homme , qui les enrendoit
parfaitement , &c . Cet on n'eſt plus que
ſynonymed'un.
Mais cet uſage de la particule on , irréprochable
même d'après les principes ſévères que je viens
d'établir , peut être encore de quelque danger ; car
on a beau être indéterminé comme il l'eſt dans
toutes ces phrafes , une malignité pénétrante nomme
trop ſouvent ce que vous n'avez pas déſigné ; & il y
Hvj
180 MERCURE
ades gens d'une ſagacité ſoupçonneuſe qui devinent
ceque vous avez penſé d'eux ſans que vous en ayez
rien dit. On pent appliqner àces derniers le décret
des Lacédémoniens pour l'Apotheoſe d'Alexandre :
Puiſqu'Alexandre veut être Dieu , qu'il le foit.
Je tirerai des obfervations précédentes une conféquence
qui pourra paroître hardie , mais qui me
femble en découler bien naturellement. Cette conféquence
eſt que pour éviter tous les inconvéniens
dont j'ai fait l'énumération , il faut bannir déſormais
de la langue cette dangereuſe particule , & ſubſtituer
toujours à on , un nominatifprécis & connu. Je
fens que ma propofition peut effaroucher , non- feulement
l'Académie Françoiſe , mais beaucoup de
gens que la Grammaire n'intéreſſe point du tour.
L'obſervation de cette règle aura ſes difficultés : elle
mettra quelque embarras dans la ſociété. Je connois
tel homme qui y perdra en un coup les trois
quarts, je ne dis pas de ſes idées , mais de ſa cenverſation.
Tous ceux qui cachoient ſous le maſque
d'on leur partialité , ou leur malignité , ou leur abfurdité
, réduits à ſe citer eux-mêmes , ou des autorités
, ou à donner des raiſons de tout ce qu'ils mettoient
fur le compte de ce pauvre on , feront réduits
au filence , ou peu s'en faut, uniquement parce que
ce mot fi court ſera retranché de leur Dictionnaire.
J'éprouve moi-même ici la difficulté de m'en paſſer ;
car tandis que je l'attaque & le pourſuis avec une
forte d'acharnement , il eſt venu cent fois ſe préfenter
au bout de ma plume , & s'eſt gliffé malgré
moi en vingt endroits de cet écrit , d'où je l'ai
effacé après coup , tant la force de l'habitude
écarte facilement les Philofophes eux-mêmes de la
route qu'ils tracent aux aures. Il faut du temps
pour contracter une habitude contraire. Il feroit à
fouhaiter que quelque Club ou Sallon entreprit de
faire recevoir men ſyſtême. Une légère amende
DE FRANCE. ISI
impoſée à tout membre qui employeroit la particule
on , le banniroit avec le temps de la converſation.
Je ſupplierois la Société qui goûteroit cette
idée , de m'admettre pour veiller à l'exécution de
mon plan , & s'il m'eſt permis d'employer pour la
dernière fois le monoſyllabe que je veux exclure à
jamas de la langue , on me donnera peut être beaucoup
de boules noires ; mais j'eſpère que les perſonnes
équitables voudront bien ne pas me juges
/
d'après l'humeur qu'on peut avoir contre ma petite
differtation.
SPECTACLES.
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
:
1
LA ſeconde repréſentation de Pénélope eft,
fufpendue par l'indiſpoſition de M. Larrivée.
A la première , le premier Acte , fur lequel
on comptoit le moins , a beaucoup réuffi. Le
fecond a produit le bon effet qu'on en avoit
eſpéré ; le troiſième , celui qui offre la Scène
la plus intéreſſante , celui où l'Auteur du
Drame a le plus foutenu ſon ſtyle , où le
Compoſiteur a raſſemblé le plus de chant &
de grands effets , celui enfin où l'Actrice chargée
du rôle de Pénélope a été le plus à portée
de développer ſes talens , n'a eu aucune efpèce
de ſuccès; mais comme ce jugement ne
nous a pas paru le dernier mot du Public
nous attendrons qu'il ait revu l'Ouvrage pour
enparler.
2
182 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
MLLE RENAUD cadette a débuté dans
l'emploi des Jeunes Amoureuſes de l'Opéra-
Comique , au commencement du mois de
Novembre dernier. Quelques circonstances ,
affez indifferentes par elles mêmes , ne nous
ayant pas permis de rendre compte de fon
Début, nous allons nous acquitter de ce devoir.
L'extrême jeuneſle de cette Débutante ,
rend très pardonnables les fautes que l'on remarque
de temps en temps dans ſon jeu :
elles font d'ailleurs rachetées par de la vérité,
par le charme que la Nature attache à la
beautédans fon enfance, & par une diſpoſition
à la finefle qui annonce un eſprit& un
germe de talent ſuſceptibles de ſe développer
très-heureuſement. C'eſt à ceux qui font chargés
de veiller ſur la croiffance de cette jeune
Roſe, à ne point preffer le moment où elle
doit s'épanouir ; c'eſt à MM. les Comédiens
Italiens à ne confier à Mile Renaud cadette
que des rôles faits pour ſon âge , analogues à
fa force & à ſes moyens. Cette attention
pourra ſeule la ſauver des inconvéniens qui
'menacent tous les talens précoces , quand on
veut trop ufer & par confequent abufer de
leur premier éclat. Tout ce qu'on a remarqué
de rare & d'intéreſſant dans la manière
de chanter & dans l'organe de Mile Renaud
l'aînée , on le retrouve dans Mille Renaud caDE
FRANCE. 183
dette; c'eſt le même goût , la même juſteſſe, la
même préciſion , la même méthode. Celui qui
acomparé la famille de ces enfans à une nichée
de roflignols , a dit un mot tout-à-la- fois juſte
& agréable. Qu'il nous ſoit pourtant permis
de faire quelques réflexions qui ne feront pas
inutiles , peut-être , aux Dlles Renaud. Il nous
ſemble que fi l'on s'occupe beaucoup de perfectionner
ces deux jeunes perſonnes dans
une des parties les plus brillantes de l'art du
chant , on ne s'occupe pas avec le même ſoin
d'une autre partie qui n'eſt pas moins effentielle
, & qui , au Théâtre , eft fans doute plus
néceflaire encore : celle de l'expreffion. Aflurément,
c'eſt un mérite fait pour être diſtingué
, que celui de vaincre , àl'aide d'un gofier
Hexible & léger , les difficultés les plus fortes
, de rendre facilement les paſſages les plus
épineux , & les modulations les plus travaillées
; mais à la ſcène tous ces traits qu'on
admire dans un Concert , ſont des ornemens
fouvent ſuperflus, nuiſibles à l'illufion , deftructifs
de tout interès, ambitiofa ornamenta.
C'eſt principalement par l'expreffion qu'un
Chanteur habile maîtriſe l'âme & l'eſprit des
Spectateurs; qu'il verſe tour-d -tour dans leurs
coeurs les divers ſentimens dont il veut les
pénétrer; qu'il les fait paſſer de la crainte à
P'eſpérance , de la triſteſſe à la gaieté , du rire
aux gémiſſemens; & pour produire de tels
effets , il faut au talent du Chanteur réuntr
celui du Comédien. Ily a plus, ſans la réunion
de ces deux talens, on ne fauroit conferver au
184 MERCURE
Theatre des ſuccès & une réputation durables.
Si dans nos Spectacles on a trop longtemps
négligé l'Art du Chant, ce n'est pas
une miton pour qu'on lui fubordonne à préfent
l'Art de la Comédie, & le facrifice du
ſecond feroit encore plus facheux que celui
du premier. Avec d'excellens Chanteurs , des
Cantatrices dignes de leur renommée , un
grand nombre de Compofiteurs illuftres , &
un Poëte tel que Métaſtaſe , l'Italie n'a pas pu
illuftrer fon Théâtre. Pourquoi ? Parce qu'elle
a protégé l'Art Muſical au préjudice de l'Art
Dramatique , parce qu'en conféquence elle
a toujours ou preſque toujours manqué de
Comédiens. Tout ſe réunit donc pour faire
defirer que les Dlles Renaud ſe livrent au
double travail du chant & de l'expreffion ,
qu'elles joignent la connoiffance des moyens
qui fontlesActrices,àl'étude &àlaméthodequi
forment les Cantatrices ; alors leur réputation
s'établira fur une bafe folide & inébranlable.
ANNONCES ET NOTICES.
T
ROISIEME Voyage Abrégé du Capitaine Cook ,
dans l'Océan Pacifique ; avec une Carte générale
& l'Estampe représentant la mort de ce Capitaine;
ou Histoire des dernières découvertes dans la mer
du Sud pendant les années 1776 , 1777 , 1778 ,
1779 & 1780. Trois Vol. in- 8°. br. 15 liv.
12 ſols ,rel . 18 liv. A Paris , chez Moutard , Impr-
Libraire de la Reine , de Madame , de Madame
DE FRANCE . 185
Comteffe d'Artois , & de l'Académie des Sciences ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
Les deux premiers Voyages du célèbre Cook
avoient déja enrichi la Géographie d'une multitude
de découvertes : jamais Navigateur n'employa
plus d'ardeur , de talens& d'intrépidité pour agrandir
la ſphère des connoiſſances humaines ; mais les
progrès de la Géographie exigeoient encore l'éclairciſſement
d'un point infiniment intéreſſant. Le
paſſage tant diſcuté de la Mer Pacifique dans l'Ar-
Jantique par le Nord-Est , ou celui de la même
Mer dans la Mer du Nord par le Nord- Ouest ,
étoient encore un objet de doure. C'étoit à l'immortel
Cook qu'il étoir réſervé de le réſoudre.
Pour la toiſieme fois cet illuftre Navigateur a
parcouru l'Océan Pacifique Il a rectifié les erreurs
échappées dans les premiers Voyages ; des obſervations
nouvelles ont été ajoutées aux obſervations
déjà faites ; la découverte de plufieurs Ifles inconnues
, & fur tout du grand Archipel , nommé Iſles
de Sandwich , a couronné ſes travaux. Il a relevé
avec le plus grand ſoin vingt-fix degrés , ou environ
douze cens lieues de la côte occidentale
d'Amérique , depuis la Californie juſqu'aux montagnes
de glaces qui ferment le paſſage au Nord.
Il a reconnu une partie de la côte des Tſchut kis ,
& fixé le giſement des Iſſes ſituées entre le
Kamtſcharka & l'Amérique. Les Relations des
Eſpagnols étoient infidelles , les Cartes des Ruſſes
fourmilloient d'erreurs. Eles ont diſparu , & avec
elles ces Iſles imaginaires , ces Terres ſuppoſées de
Gama , de Staten Iſland & l'Iſle de Jeſo , qui
n'avoient exiſté que dans l'opinion des Géographes.
Ni les travaux les plus pénibles , ni les dangers
les plus fufceptibles d'étonner le courage , n'ont
pu arrêter ce grand homme ; il s'eſt avancé jufqu'au
716 degré de latitude; ſon audace dans des
186
: MERCURE
mers dangereuſes & inconnues , où le naufrage ne
laiſſe aucun eſpoir , intéreſſe autant qu'elle étonne ;
& s'il n'a point trouvé de paſſage pour fortir de
cette mer par le Nord , il en réſulte ou qu'il n'en
exiſte pas , ou que les montagnes de glaces qui
y font permanentes le rendent abſolument impraticable.
C'eſt l'hiſtoire de ce Voyage , le plus intéreſſant
detous , qu'on préſente au Public; de ce Voyage,
où rempli tout à la fois d'étonnement d'admiration
& de la reconnoiffance qu'inſpirent les travaux
hardis de ce grand homme , le Lecteur ſe
trouve tout-à-coup ſpectateur de ſa fin tragique ,
& voit l'infortuné Cook terminer ſes jours au
milieu d'une carrière qui doit l'immortaliſer.
Le Journal d'un Marin n'offre en général que
des matériaux à l'Hiſtoire. Les Rédacteurs de
l'Abrégé de ce Voyage ont cherché à faire un
corps d'Histoire de ce qui n'étoit qu'un Journal.
Ils de font appliqués à faire connoître tous les
giffemens des Ifles , les relevés des côtes , les manoeuvres
principales & effentielles , les vents les
marées & les courans. Ils ont rapporté avec exacti
tude les obſervations astronomiques , ainſi que tout
ce qui concerne les moeurs & l'hiſtoire naturelle
des contrées que notre célèbre Auteur a parcourues.
,
Il ne faut pas confondre cet Abrégé en trois
vol in-8 °, avec un prétendu Abrégé , en un vol. ,
qui a paru , il y a quelques années , avant même
que le grand Ouvrage de Cook fût publié. L'Abrégé
actuel , dont on a fait un corps d'Hiſtoire , eſt
extrait en entier du troiſieme Voyage du Capitaine
Cook, en 4 vol. in-49. Cet Abrégé forme une
lecture rapide & fuivie , à l'uſage de cette partie
du Public qui n'eſt pas dans le cas de ſe procurer
le grand Voyage .
C'eſt d'accord avec M. Panckoucke , propriétaire
DE FRANCE. 187
L
du Privilége du troiſième Voyage de Cock , que
nous publions cet Abrégé , afin de mettre le Public
à portée de ſe completter , & de ne pas l'expofer
à acheter deux ou trois fois le même Livre ſous
des titres différens .
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel. A Paris , chez
Alex. Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine ,
près le Pont-Neuf.
Ce qui rend plus particulièrement intéreſſant ce
Calendrier , c'eſt d'y avoir réuni au mérite d'un
uſage à volonté rétrogade ſur le paffé , & prolongé
dans l'avenir , la forme la plus ſimple &
la diſpoſition la plus commode pour le ſervice
journalier. Il préſente , comme les Almanachs ordi
naires de cabinet , fix mois ſur une face , & fix
mois fur l'autre . Renfermé fous un verre blanc.
&dans un cadre proprement doré , il offre pour
un cabinet , un meuble en même temps agréable
&utile. Sa forme eſt un quarré-long de 9 pouces
de largeur ſur 15 pouces de hauteur , y compris
la bordure. L'impreffion en eſt ſoignée & ſur beau
papir , en caracteres bien nets , & d'un coeil affez
gros pour qu'on les puiſſe lire facilement de loin .
Le prix eft de 12 liv. tout encadré , bordures
dorées de as lignes , ornées de peries.
,
Son ſervice pour le paſſé ainſi que pour le futur
foit qu'on veuille vérifier quelque époque
antérieure, foit qu'on veuille établir chaque année
nouvelle , n'exige ni combinaiſon ni travail. Le
Calendrier complet est compoſé d'un livret mince ,
renfermé comme nous l'avons dit , dans un
cadre : ce livret contient 35 ca'endriers pour chacune
des 35 époques différentes de Pâques , & une
Table qui préſente une ſérie d'années depuis l'an
I juſqu'à l'an 2200 de Jeſus Chriſt. Chaque année
د
188 MERCURE
de cette ſérie renvoie par un numéro à celui des
35 calendriers qui lui eſt propre .
Exemple. Veut-on avoir ſous les yeux l'année
1746 ; on cherche cette année ſur la Table , elle
renvoie au calendrier numéro 20 , qui eſt propre
à cette année 1746. De même veut- on avoir le
calendrier de l'année 1786 ; on voit ſur la Table
le numéro , & conféquemment le calendrier qui
ſervira pour l'année 1780. Rien n'eſt plus aifé.
,
Pour mieux réuffir à ſatisfaire le Public dans
fes différens defirs on lui offre le même Calendrier
Perpétuel dans un cadre plus petit , & qui
ne préſente que deux mois à la fois ; on eft alors
obligé de retourner les feuillets de deux en deux
mois. Du reſte il réunit tous les avantages du
précédent , & fon uſage eſt le même. Sa dimenfion
eſt des pouces de largeur ſur 8 de hauteur,
y compris la bordure. Le cadre de ce petit Calendrier
ne contient qu'une année ; ks 34 qui le complettent
, ainſi que la Table indicative , font rentermés
dans une boîte de la forme & de l'apparence
d'un volume in-8 °. couvert en vean , que
l'on peut placer dans ſa bibliothèque. Le prix de
ce dernier eſt de 12 liv. Le même Calendrier
propre à reſter ſur un bureau , à arrêter l'échéance
des lettres de- change , & auffi d'une utilité intéreſſante
pour ceux qui font des voyages de long
cours , relié en un vol. in-8 ° . Prix 6 liv.
,
ALMANACH Penfant ou Etrennes aux Philosophes.-
Aimanach Bienfaisant , ou Etrennes
aux belles Ames. Almanach Plaifant , ou Etrennes
aux Beaux- Efprits . - Aimanach Chantant ,
ou Etrennes aux jolies Voix. Prix , chacun 12
ſols. A Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire
rue S. Jacques ; Leſclapart , Libraire , rue du Roule ;
Libraite, rue de Marivaux , prés du Brunet
DE FRANCE.
189
,
nouveau Théâtre Italien & Petit , Libraire
quai de Gevres.
Ces Almanachs , par les choix de proſe & de
vers qu'ils renferment , ont été diftingués l'année
dernière de la foule éphémère de ces fortes d'Ouvrages.
Cette année on y a joint un ſecond Recueil
à l'Almanach Chantant', ce qui les porte au
nombre de cinq.
VARIÉTÉS Littéraires , Hiſtoriques , Galantes ,
&c. Ouvrage périodique propoſé par ſouſcription .
Il a été publié , il y a deux mois , un projet
de ſouſcription en faveur de l'oeuvre de la Rédemption
des Captifs. Les Perſonnes fenfibles
ont applaudi à ce projet & les Papiers
publics ont confirmé cette unanimité flatteuſe par
l'éloge particulier de l'Ouvrage que l'on conſacroir
à cette oeuvre touchante ; mais des miliers de
Perſonnes abſentes n'ont pu ſuivre le mouvement
de leur coeur en ſe faiſant inſcrire, & l'écoulement
de deux mois emporte bien des idées
dont on avoit été touché. On croit en conféquence
devoir renouveler une invitation qui intéreſſe autant
l'humanité, avant de publier la liſte des Soufcripteurs
comme on s'y eſt engagé. Cette lifte , qui
déjà contient les noms auguſtes de nos Maîtres ,
de la Famille Royale , des Princes du Sang , des
Miniſtres & de tant de Perſonnes illuftres ou refpectables
dans tous les ordres de l'État fera un
monument ſi touchant de bienfaiſance , que l'on
chérira les noms qu'on y verra tracés .
L'Égliſe a dit : Lemalheur des Captifs est un malheur
public Sans doute en s'exprimant ainſi elle a
aurant eſpéré de les voir ſoulager , que defiré de
nous inftruire .
....
On s'abonne rue neuve SainteCatherine , nº. 21 ,
& l'on s'adreſſe à M. Siredey de Grandbois , Chef
190 MERCURE
du Bureau , en affranchiſſant les lettres & l'argent..
La ſouſcription eſt de 24 liv. pour Paris & de 30 liv .
pour la Province. Il a déjà paru ſeize Cahiers de
vingt-cinq qui doivent être fournis pour le prix de,
l'abonnement. On fait que cet Ouvrage eſt tiré en
partie de manufcrits précieux. Nous en parlerons
dans les Nouvelles Littéraires. La liſte des Soufcripteurs
paroîtra dans peu. Il eſt donc temps encore
de ſouſcrire , & d'ajouter à une liſte qui est compoſée
des plus grands noms.
: Les Etrennes de Cupidon , Almanach pour l'année
1786 , enrichi de figures en taille-douce. A
Paris , chez Maillet , Imprimeur en taille-douce ,
rue S. Jacques , n° . 45 ; Hérou , Doreur , même
rue , nº, 21 ; & à Versailles , chez Benoiſt , Libraire
, rue Satory.
Cet Almanach contient une Scène dialoguée des
Fragmens de Mythologie , quelques Chauſons &
autres Poéſies.
: LETTRES Afcétiques de Saint Gaëtan de
Thienne, précédées de l'Eloge du Saint Fondateur ,
prononcé dans l'Egliſe des Théatins en 1780 par
M. l'Abbé de Barral , Docteur en Droit, de plufieurs
Académies , Vicaire de Saint Merry. A Paris ,
de l'Imprimerie de MONSIEUR , & chez l'Auteur ,
rue Saint Martin , au Bureau des Extraits .
On doit ſavoir gré à M. l'Abbé de Barral de
nous avoir fait connoître les Lettres pieuſes &
édifiantes du Fondateur des Théatins ; on les
lit avec intérêt , & par conféquent avec fruit.
L'éloge du Fondateur qui précède les Lettres refpire
par-tout la bonne morale & les vertus qui
caractériſent une Congrégation trop peu répandue
en France , puiſqu'elle y poſsède une ſeule Maifon,
qui eft celle de Paris. Il y a dans le Pifcours
DE FRANCE.
191
del'ordre, de la clarté & un ſtyle ſage & correct.
Le Volume eſt terminé par un Éloge de Saint
Louis , prononcé par l'Auteur dans l'Égliſe des
Chanoines Réguliers,de la Congrégation de France.
Nous avons trouvé dans cet Ouvrage la même
pureté de doctrine & les mêmes qualités que dans
PÉloge de Saint Gaetan.
La Fontaine d'Amour , gravée d'après leTableau
de M. Fragonard par N. T. Regnault. Prix , 24 liv.
A Paris , chez l'Auteur & Delalande , même maiſon
, rue de Montmorency , en entrant par la rue
S. Martin , nº . 22 .
Cette Eſtampe eſt d'une compoſition heureuſe ,
& le burin a bien rendu toute la grâce de l'original.
Elle eſt gravée avec ſoin , avec nettere , & l'effet en
eſt auſſi agréable que piquant.
TROIS Sonates pour le Clavecin , compofées par
M. Muzio Clementi , OEuvre XIV. Prix , 7 liv.
4 ſels port franc par tout le Royaume , ainſi que
toure eſpèce de Muſique au prix marqué ſur chaque
Exemplaire. - Deuxième Concerto à Violoncel
principal , Violons , Alto & Baffe, Cors & Haut-
Bois ad libitum , par M. L. Duport. Prix , 4 liv.
4 fols franc de port. A Paris , chez Imbault, Profeffeur
& Marchand de Muſique , rue & vis-à-vis le
Cloître S. Honoré , maiſon du Chandelier .
,
NUMÉROS 43 à 48 de la Muse Lyrique , ou
Journal de Guittare , par M. Porro contenant des
Airs choiſis des plus nouveaux Opéras & autres
complettant l'année 1785. On s'abonne chez Mme
Veuve Baillon , rue neuve des Petits - Champs , au
coin de celle de Richelieu .- Troisième année des
Etrennes de Guittare, compoſées d'Ans nouveaux,
Pièces & Obfervations ſur cet Inſtrument , par le
:
192 MERCURE
même Auteur. rix , 7 liv 4 ſols franc de port.
Numéro II du Journal de Violon , on Recueil
d' Airs nouveaux , par les meilleurs Maîtres , pour
Violon , Flûte , Alto & Baffe. Prix , ſéparément
2 liv. & fols . Abonnement 18 & 21 liv. Même
Adreſſe.
TROIS Sonates pour le Clavecin , par M. J D.
Hermann , Violon ad libitum , excepté le demiér
morceau , OEuvre I. Prix , 6 liv. A Paris , chez l'Auteur
, rue d'Anjou , Fauxbourg S. Honoré , nº. 133 ,
& chez Leduc , au Magaſin de Muſique & d'Inftauniens
, rue du Roule , à la Croix d'or , nº. 6 .
Quatre Sonates pour le Clavecin , par M. J. Hayden,
@avre XLII & VI de Clavecin . Prix, 7 liv. 4 fols
port franc par la poſte.- Trois Symphonies à
huitparties , par M. Barrière , OEuvre X & XI de
Symphonies. Prix , 9 liv. port franc. Ces Symphonies
peuvent s'exécuter fans Flûte & fans Cors. A
Paris , chez Leduc , même Adreſſe que ci-deſſus.
TABLE.
Les Vers- à-Soie, 145 Langue Françoise,
Quatrain ,
Les Epis , Fable.
phe,
165
150
149 LesDangers de la Simpathie ,
Charade, Enigme& Logorry Varietés ,
Voyages dans les Deux-Sici- Comédie Italienne ,
170
173
151 AcadémieRov. deMusiq. 181
182
tes, 153 Annonces & Notices, 184
L'Harmonie imitative de la
1
JALI
APPROBATION.
,par ordre de Mgr le Garde des Sccaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 24 Décem. 1785.Je n'y
airien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 23 Décembre 1985. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 5 Novemb:
Sultan-Mustapha , troiſieme
filsduGrand-
Seigneur, eſt mort le 22 Octobre dernier.
Son enfeveliſſement a été précédé & accompagné
des cérémonies luſtrales & autres ,
preſcrites par la Loi Muſulmane .
On ſcait avec quelle indifférence le Gouvernement&
le peuple Ottomans ont regardé
juſqu'ici les ravages de la peſte. Quelqu'aient
été les cauſesde cette réſignation à
un fleau auſſi terrible , leur empire ſembleroit
s'affoiblir , s'il est vrai , comme on l'annonce
, qu'enfin l'on ſonge à inftituer des
Lazarets. On parle même de leur emplacement
futur. Les quatre principaux ſeroient
établis l'un ici dans l'iſle du Prince ; l'autre
dans la Citadelle de Smyrne ; un troiſieme
No. 52 , 24 Décembre 1785. g
ر
( 146 )
en Morée dans le port de Pirée , & le quatrieme
à Alexandrie d'Egypte. Chaque ifle
de l'Archipel auroit des Lazarets fubordonnés
, & la contumace ſeroit de 15 jours
pour les paſſagers , & de 25 pour les marchandises.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 2 Décembre.
,
Nous avons ſu d'Alexandrie , que le Baron
Tholus notre Conful général dans
cette échelle , y avoit arboré le pavillon
Ruſſe le 16 Août dernier. Le bruit de vingt
canons annonça l'entrée de ce Conful , qui
fut introduit à cheval , & avec beaucoup de
pompe dans la ville.
On prétend que notre Cour a été informée
de la mort du Régent de Perfe , uſurpateur
qui a péri d'une mort violente. Comme
on lui ſuppoſoit des intentions peu ami
cales à notre égard, le Colonel Tamara , au
ſervice de l'Impératrice, s'eſt joint au Gouverneur
du Mazanderan ſur la côte méridionale
de la mer Caſpienne. Notre Colonel
& le Rébelle fon protégé ont ſurpris la
Régent , l'ont fait prisonnier ; & afin d'abréger
, ils l'ont tué. On ſe promet de
grands avantages de cette brillante expédition
, pour étendre notre influence
fur la Perſe , & pour réprimer les Tar-
す
( 147 )
tares , dont l'indocilité fatigue nos front'eres
, aing que les troupes qui les gardent.
Nonobſtant ces belles eſpérances ,
d'autres avis détruiſent les premiers , en révoquant
la nouvelle de la mort du Régent
de Perſe , & celle des fuites de la prétendue
victoire de ſon Adverſaire.
Le nombre des bâtimens arrivés l'Eté
dernier dans le port d'Archangel , a été de
94 , dont 37 Anglois , 15 Danois , 8 Hollandois
, I Suédois & 19 Allemands ;
celui des bâtimens qui en ſont partis de 101 ;
de ces derniers , 38 Anglois & و Hollandois
, ces deux nations ayant acheté ici
chacune un bâtiment neuf. Le nombre des
bâtimens qui avoient fait voile de ce port
pour la pêche de la baleine au Spitzberg , à la
Nouvelle Zemble , &c. étoit de 305 ; un
de ces bâtimens d'Onega , eſt revenu avec
une riche cargaiſon. En général la pêche a
été abondante,
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 11 Décembre.
* Suivant un état détaillé de la pêche Hollandoiſe
de la baleine au Groënland &dans
le détroit de Davis pendant cette année ,
cette pêche a été faite par 68 bâtimens , dont
28 d'Amſterdam , & a produit 328 baleines.
1
g2
( 148 )
D'après l'hiſtoire très-curieure du commerce
de l'Allemagne , que publie M. Frédéric - Jonathan
Fischer, l'opération des Suédois de faire de l'huile
dehareng,dont ilsdébitent depuis quelques années
une quantité conſidérable , étoit connue dans le
14e. fiécle , & les villes Anſéatiques avoient em .
ployé une grande partie des harengs , pêchés en
abondance dans la mer du Nord & ſur les côtes
d'Eſpagne , à en tirer de l'huile.
Un Journal de commerce préſente ainſi
la valeur ſtatiſtique ou économique de l'Angleterre.
L'Angleterre contient 39,000,00o acres de
terre. Sa population monte à 5,545,000 ames ; il
revient à chaque individu 7 acres & demi ; la population
deLondres eſt d'environ 600,000 ames ;
celle des autres villes & grandsbourgs,de870,000,
&celledes petits bourgs & villages,de4,100,000.
Toutes les terres rapportent par an , 10,000,০০০
liv. ſterl.; la redevance annuelle des terres à bled ,
fait un objet de 2,000,000 1. ſt. & leur produit net
monte à 9,000,000 ; la taxe du bétail &la redevance
pour les Communes , pâturages , bois &
landes , montent par an à 7,000,000 I. ft. Le produit
annuel du beurre , du fromage& du lait , fait
un objet de 2,500,000 liv. ſterl . & la laine , un de
2,000,000 ; les chevaux peuvent être évalués par
an à 250,0001. ft. La viande conſommée par an en
Angleterre , forme un objet de 3 3,000,000 1. ſterl.
La confommation du ſavon & des peaux , monte
à 600,000 liv. ft. La conſommation de l'avoine ,
par les chevaux , forme un objet annuel de
1,300,000 1.ft. & celle des autres beſtiaux , un de
1,000,000. Il faut par an pour 500,000 1. ft. de
bois de conſtruction pourmaiſons&pour500,000
( 149 )
1. ft. de bois de chauffage. La valeur du froment ,
du ſeigle&de l'orge , consommés en Angleterre,
monte à 6,000,000 1.ſt.; celle des laineries, conſommées
dans le pays , à 8,000,000 1. ft . , & celle
des laineries exportées , à 2,000,000 liv. ft . Les
taxes perſonnelles , levées dans le royaume , forment
un objet annuel de 43,000,000 1. ft. On évalue
ces mêmes taxes en France, à 81,000,000 1. ft .
&en Hollande , à 18,250,000 liv. ſterl .
Preſque tous ces calculs font erronés .
L'Angleterre a au moins deux millions d'ha
bitans de plus qu'on ne lui en donne; Londres
eſt peuplée de 900,000 ames & davantage
, &c. &c.
DE VIENNE , le 11 Décembre .
Quelques Décrets peu intéreſſans d'adminiſtration
économique , quelques promotions
, & des raiſonnemens de tout genre fur
le fort à venir de la Baviere , font depuis
notre paix avec la Hollande , les ſeuls objets
de la curioſité publique. L'Empereur a été
indiſpoſé & rétabli preſqu'en même temps ,
de maniere que nous n'avons pas eu le tems
d'être allarmés ſur la ſanté de ce Monarque.
On s'eſt beaucoup entretenu du beau
préſent envoié au Prince de Kaunitz par
l'Impératrice de Ruſſie. Ce préſent confifte
ainſi que nous l'avons dit , en une collection
de médailles d'or. Elles font enfermées
dans une caffette aufli galante que magnifique
, & on les évalue de 26 à 28 mille flor.
Des calculateurs qui ne donnent jamais
( 150 )
aucunes preuves de leurs prétendus dénombremens
, viennent de compter dans leurs
cabinets 223,000 Juifs , répandus ſur les
Etats de l'Empereur.
Faute d'un nombre ſuffiſant d'Actionnaires
, la Compagnie de commerce avec les
Etats-Unis projettée à Trieſte , vient de ſe
I diſſoudre avant d'avoir acquis aucune confiſtance.
DE FRANCFORT, le 13 Décembre.
Il n'eſt point vrai , comme l'ont affirmé
diverſes Feuilles publiques , que l'Elesteur
de Cologne ait obtenu la Coadjutorerie de
Paderborn. Cet arrangement étoit nécefſairement
fubordonné à l'aveu du Prince-
Evêque actuel , qui juſqu'ici ne l'a point
donné.
Il eſt toujours incertain ſi l'Electeur de
Mayence a pris parti dans la Ligue de Berlin.
Ceux qui l'affirment varient même ſur
la qualité en vertu de laquelle ce Prince eſt
entré dans cette aſſociation. On lui a donné
un nouvel allié dans l'Electeur de Treves ,
dans les Princes de Heſſe Darmſtadt , de
Saxe -Weimar , &c. &c. Mais rien de moins
authentique que ces nouvelles de gazette.
Selon nos lettres de Berlin , Mylord Vicomte
Dalrymple , Envoié d'Angleterre en
Pruſſe, a eu le 3 , ſa premiere audience de
Şa Majeſté.
( 131 )
Nous avons parlé d'un Reſcrit Impérial ,
concernant l'établiſſement de la Nonciature
à Munich. Ce Reſcrit vient d'être publié
en ces termes dans le Journal politique
de Hambourg , dont nous le traduiſons. Il
eſt daté de Vienne , le 12 Octobre dernier.
>> Leurs Dilections , l'Electeur & l'Archevêque
de Mayence , & l'Archevêque de Salzbourg
m'ont remontré que c'étoit le deffein de la cour
de Rome d'envoyer un Nonce à Munich & de
le revêtir des mêmes pouvoirs , pour la Baviere
& le Palatinat , dont jouit celui de Cologne ,
&dans la crainte que cette nouvelle Nonciature
n'uſurpât leurs droits diocéſains , ils ont imploré
la protection impériale que je leur dois comme
protecteur ſuprême de laconſtitution de l'Egliſe
Germanique » .
>> Puiſque j'ai été habitué dans tous les temps ,
&que je me ſuis attaché dans toutes les circonſtances
à donner les preuves les plus finceres
&les moins équivoques de mon zele patriotique
pour le bien - être & le maintien de l'Empire
dans toutes les partiesde ſa conſtitution , je dois
doncauſſi enbon ami , frere & gracieux aſſocié,
non ſeulement maintenir les droits des Evêques
dans leurs Dioceſes , comme faiſant partie
eſſentielle de la bonne diſcipline , mais encore
contribuer de tout mon pouvoir à ce que les
Evêques recouvrent tous les droits qu'ils ont
poffédés primitivement , qu'ils ont conſervés
pendant tantde ficcles , & qu'ils n'ont pu perdre
que par les malheurs des temps , & par des em
piétemens illicites oe.
>> J'ai en conséquence réſolu', àl'occafion des
remontrances ſuſdites , de notifier d'une maniere
claire & préciſe à tout l'Empire mes ſentimens
84
( 152 )
à ce ſujet , comme auſſi de déclarer à la cour
de Rome , que jamais je ne ſouffrirai que lesArchevêques
& Evêques de l'Empire ſoient aucunement
troublés dans l'exercice de leurs droits
diocéſains qu'ils tiennent de Dieu & de l'Egliſe ;
que je ne reconnoîtrai à l'avenir les Nonces que
comme des envoyés du Pape pour les affaires politiques
, ou celles qui le regardent immédiatement
, comme chefde l'Eglise , mais que je ne
peux permettre que ces Nonces exercent dorénavant
aucune eſpece de jurifdiction dans les
affaires Eccléfiaftiques , & foient les chefs d'aucune
judicature particuliere , auſſi peu que celui
qui eft actuellement à Cologne , que celui qu'on
attend à Vienne , ni même tout autre que le Pape
pourroit envoyer par la ſuite dans quelqu'Etat de
l'Empire que ce ſoit «.
- En même temps que je fais part à vos Di.
lections de mes ſentimens , je vous exhorte à
maintenir contre toute attaque tous vos droits
métropolitains &diocésains , tant pour vous que
pour vos fuffrages , & de vous oppoſer fermement
à tous les empiétemens & ufurpations que
la courdeRome pourroit entreprendre contre de
-tels droits & le bon ordre , à l'effet de quoi je
vous aſſure de toute la plénitude de mon appui ,
&proteſtnion Impériale».
Je veillerai encore à ce que dans tout ce qui
concerne les matieres bénéficiales , on obſerve
àla lettre les concordats de la nation Allemande ,
& j'eſpere par mes ſoins patriotiques de contribuer
aux progrès de la Religion , comme auffi de
donner aux Etats Eccléſiaſtiques & aux Evêques
des preuves convaincantes de mon zele conſtant
pour le maintien de leurs droits & de leurs
conftitutions «. A tant , je ſuis , &c.
JOSEPH .
( 153)
D'après un nouvel état militaire, l'armée
de l'Electorat d'Hanovre eſt compoſée de
26,048 hommes , dont 4202 de Cavalerie
répartis en II Régimens , 13762 d'Infanterie,
répartis en 15 Régimens ; 5500 de milice
réglée , & 2584 de troupes de garnifon.
Deux régimens d'Infanterie font encore
actuellement dans les Indes Orientales .
On apprend de Francfort- fur- l'Oder , que la
derniere Foire y a été plus fréquentée qu'aucune
des précédentes . On y a vendu , entr'autres marchandises
, 4,184 pieces de drap de Siléfie , pour
71,508 rixdalers ; 2,440 de ces pieces ont paflé à
l'Etranger ; leur valeur étoit de 40,620 rixdalers .
Les toiles , coutils , crêpes , linons , fils de Siléfie,
ont été très recherchés ; le débit de ces marchandiſes
a monté à la ſomme de 63,471 rixdalers. Le
débit des bas , bonnets & gants de laine deGoldberg
& Bunzlau , a fait un objet de 5,944 rixdalers
,& celui des marchandiſes de coton de Bunzlau,
Brieg& Frankenſtein , a monté à 2,620 rixdalers.
En général , les marchandiſes de Siléſie ,
vendues à cette Foire , ont produit la ſomme de
149,274 rixdalers ; il en a paffé à l'Etranger pour
71,571 rixdalers.
:
On écrit de Vienne que le Prince d'Anhalt-
Zerbſt aura le Régiment vacant par la
mort du Prince de Mecklenbourg-Strelitz .
Le Baron de Schonfeldt , nouveau Miniſtre
de l'Electeur de Saxe à la Cour de
Vienne , a paffé le 16 Novembre par Ratisbonne
pour ſe rendre à ſa deſtination.
Le 19 , la veuve d'un Garde Forêt , de
2
g5
(154 )
Fridecval en Heſſe , nommé Recter , eſt
morte dans la 107e. année de ſon âge.
ESPAGNE.
DE MADRID, le 20 Novembre.
S. M. C. vient de donner une Pragmatique
Sanction pour remédier aux abus introduits
dans l'emploi des races de taureaux
&demulets. Par cette Pragmatique , compoſée
de 6articles , S. M. défend à toutes
perſonnes d'avoir dans les villes& aux promenades
plus de deux chevaux à leurs voitures
, excepté cependant à la Cour & dans
Jes Maiſons Royales. Permet S. M. de tirer
des chevaux del'étranger , pendant l'eſpace
de deux années ſeulement. Enfin S. M. défend
les courſes de taureaux à mort dans
toutes les villes du Royaume , à moins
qu'elles n'aient été inſtituées en vertu de
fondations pieuſes; dans ce cas , S. M.
cherchera les moyens de ſubſtituer à ces
fondations quelque rente équivalente , ou
tel autre moyen qu'elle jugera convenable.
La Banque nationale de S. Charles avoit
d'abord chargé ſes Commiſſionnaires de
payer dans les Provinces aux Actionnaires
de la Banque le dividende échu ; mais ayant
reconnu l'abus de cette pratique , elle a
averti le Public que les Actionnaites ne
pourront abſolument recevoir qu'à Madrid.
( 155 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES, le 12 Décembre:
La Cour a pris le deuil du Prince de
Mecklenbourg-Strelitz , frere de la Reine ,
& le 8 , le Duc &la Ducheſſe de Devonfhire
, les Comtes de Carlifle & de Darmouth
, Lord Vicomte Stormont , divers
autres Lords de la Minorité , ainſi que les
Miniſtres , préſenterent leurs condoléances
à LL. MM.
Le Prince de Galles, à ce que diſent pluſieurs
feuilles publiques , a ſoupé dernierement
chez M. Adams , Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Amérique.
M. William Eden a été nommé Commiſſaire
pour travailler au Traité de Commerce
avec la France , il a , dit- on , des
pouvoirs très- étendus , & un traitement égal
à celui d'un Ambaſſadeur ; ſavoir , 6000
liv. ſterlings par an. Ce choix eſt univerſellement
applaudi & fait le plus grand honneur
à M. Pitt. Perſonne n'a plus approfondi
que M. Eden , les intérêts commerciaux
de l'Angleterre ; mais ſa qualité de Membre
de l'Oppoſition l'auroit exclu d'un emploi
ſi important ſous un Miniſtere moins
éclairé .
M. Eden eſt encore un exemple de la
fortune & de la confideration où peuvent
g.6
( 156)
4
conduire ici les talens littéraires. Il débuta
par divers ouvrages inſtructifs ſur pluſieurs
branches d'économie politiques ; ſes connoiflances
en ce genre le conduiſirent au
burcau du Commerce & des Plantations
dont il fut un des Commiſſaires. De- là ,
il paſſa en Amérique en 1778 , avec le
Comte de Carlifle & le Gouverneur Johnſtone
, comme l'un des trois Commiſſaires
chargés de propoſitions de paix avec les
Etats-Unis . A fon retour, il fut nommé
Secrétaire de la Vice-Royauté d'Irlande ,
puis élu Membre du Conſeil privé.
L'Amirauté fait dans ce moment-ci des achats
conſidérables de bois de conſtruction . Il y a ordre
de reconſtruire ſucceſſivement dans les Chantiers
du Roi lesVaiſſeaux de guerre ſuivans , à meſure
qu'il y aura des places vacantes.
L'Ajax , 74 Canons.
Tigre , 74 Do. , dépécé depuis la paix .
Téméraire , 74 Do., à Portsmouth .
Torbay , 74 Do. , vendu depuis la paix.
Burford , 64 Do.
Belleifle , 64 Do.
Mars , 64 Do.
Dragon , 64 Do.
L'amélioration des pêcheries ſur les côtes
d'Ecoſſe occupera certainement une partie
conſidérable de la prochaine ſeſſion du Parlement.
Outre le rapport du, Docteur Anderſon
qui a été emploié par le Gouvernenement
à l'inſpection des côtes d'Ecofle ,
M. Dempſter prépare un gros volume de
renſeignemens fur le même ſujet.
( 157 )
:
L'opération projettée par M. Pitt , pour
parvenir à une extinction partielle de la
dette nationale , conſiſte , felon l'opinion
courante , à convertir 25 millions des 3 pour
cent conſolidés en une tontine repartie en
différentes claſſes , qui jouiront chacune
d'un intérêt proportionné à l'uſage de ceux
qui les compoſent. On eſtime que le ſurplus
du revenu annuel porté à un million
ſuffira pour payer l'accroiſſement d'intérêt
que ce plan aſſure aux propriétaires des 3
pour cent; l'extinction progreffive des clafſes
en opérera une femblable dans la dette
nationale , juſqu'à la parfaite liquidation des
25 millions.
Le Gouvernement a reçu des dépêches
de M.Walpole , notre Miniſtre à Lisbonne ,
qui annonce le départ de trois vaiſſeaux
de guerre & de pluſieurs tranſports ſortis
du Tage pour conduire des troupes aux
établiſſemens Portugais de l'Amérique , dont
on releve les garnifons.
Le nouveau Lord Maire vient de déclarer
àtous les Boulangers de la Capitale
que , celui d'entr'eux qui , pour la feconde
fois , feroit convaincu d'avoir fraudé le
poids du pain ſeroit annoncé par fon nom
dans tous les papiers publics , afin que les
acheteurs fuſſent en garde contre fa mauvaiſe
foi.
ء ا
M. Henderson , a été inhumé dans l'Egliſe
de Westminster , à côté de Garrick ,
& près du Moniment de Shakespeare. Un
( 158 )
1
grand cortege de carroffes , de gens à cheval
& à pied , accompagnoit le convoi ,
qui fut reçu par le Doyen du Chapitre &
par les Chanoines de Westminster en cérémonie.
On a remarqué entre les aſſiſtans
à ces funérailles trois Editeurs de Shakefpeare
; ſavoir , M. Steevens , M. Malone ,
&M. Reed.
Dimanche dernier , le peuple a donné
une fort bonn e leçon à l'un des Officiers
de la Douane. Cetinſolent Employé ayant
rencontré près de Blackvall une jeune fille
très jolie , accompagnée de ſa mere , la
fouilla très-indécemment , ſous prétexte
que ſesjupes réceloient de la Contrebande.
Aux cris de la jeune perſonne , le peuple
s'ameuta ; le Douanier eut beau dire qu'il
agiſſoit de par le Roi & le Pariement , un des
vengeurs de l'offenſée, le prit au collet&
le renverſa d'un croc en jambes ; puis on
le conduiſit à la riviere , où il fubit d'itératives
immerfions. Après cette prompte &
néceſſaire juſtice , le peuple congédia ce
miſérable , en l'avertiſſant d'informer ſes
confreres de ſon aventure, afin de les rendre
circonſpects à l'avenir.
Le 29 du mois dernier , on a ſaiſi à Liverpool
,unAllemand convaincu d'avoir acquis
furtivement pluſieurs des machines d'Arckriwgth
, pour filer le coton , avec le deſſe'n
de les faire paſſer dans les Etats de l'Empereur.
Il eſt accuſé également d'avoir tenté de
ſéduire des ouv riers de diverſes manufactu
( 159 )
res.Comme ce crime , qui emporte une violation
déshonorante des droits de l'hoſpitalité&
une perfidie manifeſte , ſe répete depuis
long-temps , le priſonnier ſera puni à la
rigueur des loix. Elles condamnent le coupable
à 200 1. ſt. & confiſcation , & à foo
I. ft. & un an de priſon , lorſqu'il eft queftion
d'un enrêlement d'ouvriers .
Deux gentilhommes , MM. Witham&Stevens,
s'étant trouvés d'opinions différentes dans une
ſociété, l'und'eux donnaune eſpèce de démenti
à l'autre , qui ſortit fur le champ , & le lendemain
matin envoya un cartel à ſon antagoniſte
par le Colonel G-, demandant des
excuſes , ou une fatisfaction immédiate : Mr.
Witham répondit qu'il réfléchiroit ſur la derniere
propoſition , & qu'il enverroit une réponſe
dans lajournée.
Cette réponſe fut faite à- peu- près dans ces
termes : Je ſuis pere de famille , Monfieur ,
j'ai neuf enfans , une femme , une mere &
des foeurs ; ma maiſon n'a d'autre protecteur
> & d'autre ſoutien que moi : comme vous n'êtes
>> pas dans le même cas , puiſque vous avez à-
> peu-près 6,000 livres ſterlings de rente , &
beaucoup d'argent a la banque , je ſuis prêt
>> à vous prouver que je ſuis auſſi délicat que
>> vous fur le point d'honneur , & je confens
> à me battre , pourvu que dans le cas où je
>> ſerai tué , vous vous engagerez à faire une
> penſion de 200 liv. fterl, à ma femme , &
> une de cinquante à chacun de mes enfans.
>> J'ai P'honneur d'être , &c. &c. «
Mr. S. répondit laconiquement, » qu'il voyoit
>> bien que Mr W. étoit un lâche , & qu'il au.
roit ſoin d'en inftruire le public «; à quoi
( 160 )
4
ce dernier répliqua au bas de la même lettre :
>> fi vous avez Paudace de mal parler de moi ,
je vous étrillerai , juſqu'à ce que je vous aie
fait déſavouer ce que vous aurez avancé , &c . c
Dimanche dernier , ces deux Adverſaires ,
s'étant malheureuſement rencontrés à cheval
dans Hydeparc , chacun aecompagné d'un ami &
d'un domestique , M. S. cria très-haut : >> Voilàle
>> lâche qui paſſe ! - Celuieci aufitôt
courut fur fon alverſaire , & d'un coup de
poing appuyé avec force au milieu de l'eſtomac ,
il le déſarçonna , & le jeta par terre . Saurant
lui - même enſuite leſtement dans l'arème .,
on vitdans l'inſtant ces deux Cavaliers ſe porter
, à la mode du pays , des bottes à toute
outrance , fans qu'il fût au pouvoir de leurs
amis de les empêcher : une vingtaine de garçons
bouchers s'étant raſſemblés autour des combattans
dès le commencement de la vixe , firent
auffitôt cercle autour d'eux , & infifterent fur
ce qu'on laiſſat les deux gentilhommes s'amufer
tant que cela leur plairoit. L'érat actuel de cete
dispute eſt un indictment pris par un des combattans
, pour avoir été battu ; & un ſecond
indictment pris par l'autre , pour avoir reçu un
cartel.
Un foldat , nommé Richard Midleton , écoutant
le Service divin , dans une Egliſe de Glaſcow ,
avec le reſte de ſa Compagnie , au lieu d'avoir la
Bible ſous ſesyeux comme ſes camarades , il déploya
devant lui un paquet de cartes. Cette fingularité
fut remarquée de l'Eccléſiaſtique en fonctions&
du Sergent de la Compagnie. Ce dernier
, en particulier , ordonna à Midleton de jetter
ſes cartes , & fur ſon refus , il le conduifit , après
le ſervice Divin , devant le Maire auquel il porta
( 161 )
4
plaintedecette profanation . «Brave ſoldat, ditle
>> Maire,quelle excuſe avez- vous pourjuſtihervotre
conduite ? ſi vos motifs ſont raisonnables , tant
>> mieux , finon vous ferez puni comme vous le
>>méritez . Puiſque votre Seigneurie , repartit
Midleton , a la bonté de m'entendre , je lui
>> dirai que jai fait dix- huit jours de marche avec
>> ma paie de fix pences par jour ; ( douze ſols de
>> France ) ce n'eſt pas trop pour nourrir , abreuver
, blanchir un pauvre diable comme moi :
>> par conféquentil n'a pu me reſter de quoi ache-
>> ter une Bible , ni un livre de prieres. En di-
•fant ces mots , Richard ſortit ſon paquet de cartes,
préſenta un as au Magiſtrat , & continua.
>> Quand je vois un as , n'en déplaiſe à votre Sei-
>> gneurie , je me rappelle qu'il n'eſt qu'un ſcul
>> Dieu ; les deux & les trois me rappellent le
>> Fils & le Saint-Eſprit ; les quatre me repréſen-
>> tent les quatre Evangéliſtes ; les cinq , les cinq
>> Vierges qui eurent foin d'entretenir leurs lam-
> pes ; lesfix , me peignent l'oeuvre de la créa-
>> tion faite en fix jours ; lesſept , le jour du re-
>> pos ; les huit , les huit perſonnes juſtes ſauvées
>>>du Déluge ; ſavoir Noé & ſa femme , ſes trois
>> fils& leurs femmes; les neuf, me font ſouve-
>> nir des lépreux guéris par Notre Seigneur , &
* les dix, des dix Commandemens. Richard plaça
enſuite le Valet devant lui , & paſſant à la
Reine , il dit ; « Cette Reine me rappelle la
>> Reine de Saba , qui fut curieuſe de viſiter le
>> ſage Salomon ; quant au Roi , il me ramene
>>toujours à l'idée du Roi des Cieux & de notre
>>bon Roi Georges III . A merveille , dit le Mai-
>>>re; mais le Valet qui vous reſte ? Le Valet bas
» & méchant , me repréſente le Sergent qui m'a
> amené devant Votre Seigneurie. Je ne fais , re-
> pliqua le Magiſtrat , s'il eſt un méchant valet
( 162 )
5 ounon; mais c'eſt ungrand fou. Cejeu de cara
tes, continua le ſoldat, me ſert à divers uſages.
Les 365 points me font ſouvenir des 365jours
>> de l'année ; les 52 cartes , des 52 semaines ; le
>> nombre de tricks , (de mains ) des treize mois
>> de l'année , ( la paie des ſoldats & matelots eft
>> comptée ſur le pied de treize mois ) Ainfice
jeu de cartes eſt à la fois ma Bible , mon Al-
>> manach& mon Livre de prieres , &c . » Après
cette explication , le Magistrat ordonna à ſes
domeſtiques de bien régaler le ſoldat , & de lui
donner trois ſchellings.
Ila paru , dans le courant de l'été , une
Hiſtoire très - curieuſe & très -détaillée du
fiege de Gibraltar , par le Capitaine Drinkwater,
du ſoixante-douxieme Régiment. Entr'autres
particularités très-fingulieres , renfermées
dans cet ouvrage , on y lit que le
Gouverneur Elliot avoit déterminé par des
expériences exactes, la quantité de riz necelfaire
par jour à l'entretien d'un homme. Luimême
, durant huit jours, ſe ſoutint avec
quatre oncés de riz par jour. Rien n'égale
d'ailleurs ſon étonnante ſobriété il vivoit
de quelque végétaux , de puddings & d'eau.
Lesmiettes de biſcuit ſe vendoient dans la
place juſqu'à un ſchelling la livre. = Une
femme fut lapremiere perſonne bleſſfée durant
ce fiege. Pendantle bombardement,
une bombe ayant enfoncé le magaſin d'un
Marchand dont les foldats avoient à ſe
plaindre , ils firent rôtir un cochon au feu
de la canelle diſperſée dans ce magafin. -
Dans l'eſpace de treize mois, il n'y eut entre
-
( 163 )
le feu de la place & celui des Affiegeans
qu'une diſcontinuation de vingt - quatre
heures.
Onacompté pendant le fiége , mille deux cens
cinquante-un hommes , dont 333 morts des bleffures
qu'ils ont reçues ; 138 mis hors d'état de
ſervir, egalement pardes bleſſures; 536 morts
de maladie , ſans y comprendre ceux qui ſont
morts du ſcorbut en 1779 & 1780 ; 181 mis
hors de ſervice , à cauſe de leurs maladies incurab'es
; & 43 déſerteurs.
La garniſon a employé , depuis 1779 juſqu'en
Février 1783 , deux cens cinq mille trois cens
virgt-huit boulets , &c. & huit mille barils de
poudre ; elle a eu 53 canons endommagés ou
détruits.
La premiere gratification diſtribuée à la garniſon
de Gibraltar , a été de trente mille livres
ſterling . Cette ſomme provenoit de l'argent accordé
par le Parlement pour avoir détruit les
batteries flottantes , & celui de la vente du vaifſeau
de guerre le Saint- Michel. Le Gouverneur
a eu mille huit cens ſoixante-quinze livres ſterling
; le Gouverneur en ſecond, neufcens trenteſept
livres dix shelings ; le Major-Général ,
quatre cens ſoixante huit livres quinze shelings ;
le Brigadier-Général , deux cens ſoixante- ſept
livres dix shelings ; chaque Colonel , cent cinquante-
fix livres un sheling ; chaque Lieutenant-
Colonel , quatre - vingt livres ſeize shelings ;
chaque Major , cinquante ſept livres quinze shelings
fix fols ; chaque Capitaine , quarante-trois
livres dix shelings ; chaque Lieutenant, vingtcinq
livres cinq shelings fix fols ; chaque Enſeigue
, douze livres ; chaque Sergent , trois livres
fix shelings ; chaque Caporal , deux livres ; &
( 164 )
chaque Soldat ,une livre neufshelings deux
fols.
Par un autre acte du Parlement , il a été accordé
à la garniſon tout ce qui pourroit être tiré
de la mer des débris des batteries flottantes. En
conféquence , on a retiré des canons de fer & de
bronze , & d'autres articles , pour une ſomme
conſidérable ; & il doit être bientôt fait une ſeconde
diftribution de dix mille livres ſterlings ,
qui ſera ſuivie d'une troiſieme.
Tous nos Papiers ont tranſcrit une lettre
du célébre Docteur Price , à un de ſes amis
de Philadelphie , & dans laquelle ce conf
tant défenſeur de l'Indépendance des Colonies
finit en difant:
:
?
En vérité , Monfieur , depuis que j'ai publié
mes obſervations ſur la révolution de l'Amérique ,
j'ai entendu parler de tant de choſes qui ne me
plaiſent point , que j'ai craint quelquefois de
m'être rendu ridicule , par ce que j'ai dit de l'importance
de cette révelution. Un de mes Correfpondans
en Amérique , qui a toujours été attaché
àla cauſe Américaine , m'aſſure que rien ne peut
être plus chimérique que les eſpérances que j'ai
formées ,& il m'inſtruit de certains faits ,qui contribuent
beaucoup à diminuer mes eſpérances ,
s'ils font vrais . J'aime cependant à me flatter
encore que la révolution Américaine deviendra
une introduction à un meilleur état des affaires
humaines , & qu'avec le temps , les Etats - Unis
feront le fiége de la liberté , de la paix & de la
vertu. Ce font les voeux ardens de la partie éclairée
& inftruite de l'Europe.
Cette lettre vous parviendra par le Docteur
Franklin. Il quitte pour toujours cette partie du
monde. Puiffe-t- il faire un heureux voyage !
( 165 )
RICHARD PRICE , Newington-Green , ce
22 Juillet.
La Société pour l'encouragement des
Arts , de l'Agriculture & du Commerce , a
donné une médaille d'argent à M. Stripley
de Maidſtone , inventeur d'une lampe flottante
très utile , dont voici la deſcription :
« Pour rendre cette lampe flottante toujours
utile , il faut la confier aux ſoins des Officiers de
quart : ceux- ci doivent la tenir toujours garnie ,
on aura également l'attention d'hume ter ſa mêche
d'huile de térébenthine , afin qu'elle prenne
feu à l'approche d'une lampe ou d'une chandelle.
Dès qu'un homme de l'équipage ſera tombé à la
merpendant la nuit , l'Officier dequart allumera
le plus promptement poſſible la lampe dans la lanterne
qui doit envelopper ſa machine flottante , &
la deſcendra immédiatement à la mer , au moyen
d'une petite corde , juſqu'à ce qu'elle ait flotté environ
l'eſpace d'une ſéconde , & qu'elle ſoit preſque
perpendiculaire à la petite corde. Pour y parvenir
, l'Officier de quart attachera autour du loc
cette même corde , à laquelle il donnera pluſieurs
ſecouſſes,qui lui feront prendre ſa ligne de direction
, endécrivant une ligne preſque perpendiculaire.
Avec cette précaution , la corde n'embarrafſera
point l'homme qui s'efforce d'atteindre en nageant
la lampe flottante. Dès que l'homme tombé
aura ſaiſi les anſes de cette lampe , il ſera maître
alors de la mouvoir & de la diriger auſſi promptement
qu'il voudra , en obfervant ſeulement de
faire avec ſes cuiſſes les mêmes mouvemens que
ceux qu'il exécute en nag ant. La lumiere de la
lampe lui ſervira de guide sûr pour arriver à elle;
elledirigera non moins fidelement l'équipage du
vaiſſeaupouratteindre l'homine & la lampe. Voici
( 166 )
comment on doitretirer de la mer l'un & l'autres
Lorsque le bâtiment aura viré de bord ,&joint la
lampe flottante , de l'extrémité d'une ſolive , on
deſcendra à la mer, au moyen d'une corde &d'une
poulie , la lanterne ordinaire avec une échelle de
corde , juſqu'à ce que la barre placée diamétralementau-
deflous de la lanterne touche l'eau; ce dont
l'équipage pourra s'aſſurer avec le ſecours de la lumierequi
reſte au fondde la lanterne. Alors le Matelot
tombé pourra s'accrocher à la barre , & fixer
ſonpiedſurundes échellonsdel'échellede cordes ;
il ſaiſira en même temps d'une main l'anſe de fer
de la lampe flottante , qu'il prendra au crochet
fixé à la corde au- deſſus de la barre . Cette manoeuvre
étant exécutée à l'aide d'une poule attachée
àune piece de bois , l'homme & la lampe ficttante
pourront être enlevés dans le vaiſſeau ſans aucun
riſque ».
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 14 Décembre.
Le Marquis de la Rochelambert a eu
l'honeur d'être préſenté au Roi & à la Reine
par Monfieur , en qualité de l'un de ſes
Gentilshommes d'honneur.
Sa Majesté a accordé , le 7 de ce mois ,
au ſieur Amat de la Plaine , des Lettres
d'honneur de Grand-Maître des Eaux &
Forêts des provinces du Lyonnois , Forès,
Beaujolois , Mâconnois , Auvergne , Dauphiné&
Provence.
Le Comte de Brachet de Floreſſac , qui
avoit précédemment eu l'honneur d'être
:
( 167 )
préſenté au Roi , a eu , le 10 , celui de monter
dans les voitures de Sa Majesté & de la
fuivre à la chaſle.
Le lendemain , la Marquiſe de Piercour
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Maréchale
de Richelieu .
La Cour prendra le deuil , le 17 de ce
mois , pour quatre jours , à l'occaſion de la
mort du Landgrave de Heſſe Caffel .
DE PARIS , le 21 Décembre.
;
ParLettres -Patentes de S. M. données à
Verſailles le 11 Décembre , & regiſtrées le
1 2 du même mois en la Cour des Monnoies ,
la refonte & la fabrication des louis aura lieu
aux Hôtels des Monnoies de Lille & de Limoges
, comme à ceux nommés dans la
Déclaration du Roi du 30 Octobre dernier ;
les louis , double- louis & demi-louts ſeront
reçus & payés en eſpeces dans les Hôtels
des Monnoies au prix de 750 liv. le marc ,
juſqu'au premier Avril 1786 ; leſdites Monnoies
devant avoir cours juſqu'à cette époque;
enfin aucunes eſpeces d'or ne feront
reçues avant le 28 de ce mois , tant aux
changes de l'Hôtel des Monnoies de Paris ,
qu'à ceux établis dans la ville.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 20 Novembre
1785 , portant Réglement pour l'Adminiſtration
de la Poſte aux lettres & fur celui des
Poſtes aux chevaux , Relais & Meſſageries , à
compter du premier Janvier 1786 .
L
( 168 )
Le Directeur général des poſtes aux chevaux,
relais &meſſageries de France, tiendra leConſeil
de l'adminiftration des poſtes aux chevaux en la
maniere accoutumée ; ce Conſeil ſera préfidé , en
ſon abſence , par l'Intendant des poſtes aux chevaux
, relais & meſſageries , & toutes les affaires
concernant ce ſervice , y feront rapportées & décidées
par le Directeur général qui rendra compte
à S. M. , & prendra directement ſes déciſions
lorſqu'il y aura lieu. Le fervice de la poſte
aux lettres , ſéparé de celui des relais de poſte
&des meſſageries , ſera régi en chef par l'Intendant
général de la poſte aux lettres & Courriers
de France , qui rendra compte directement
à S. M. de tout ce qui a rapport à ce ſervice ,
recevra ſes ordres , & continuera de préſider les
aſſemblées des Adminiſtrateurs des poſtes .
L'Intendant général de la poſte aux lettres connoîtra
ſeul des plaintes qui ſeroient portées pour
raifon de furtaxe des lettres.-La nomination
& l'expédition de tous les Courriers ordinaires
& extraordinaires , appartiendra à l'Intendant
général de la poſte aux lettres , qui conſervera
le droit de faire partir des Courriers de dépêches
, toutes les fois que les circonstances l'exigeront.
Tous les fonds néceſſaires pour ſub .
venir aux dépenſes de l'adminiſtration des relais
de poſte , ſeront déſormais fournis directement
du Tréſor royal , à la réſerve de ceux qui ſont
remis par différentes provinces , lesquels feront
verſés à la Caifſſe à ce deſtinée , comme par le
paffé. A compter de la même époque , la
régie de la poſte aux lettres ne fera plus aucun
paiement pour les objets concernant l'adminiſtration
des relais de poſte , & verſera directement
au Tréſor royal les fonds qu'elle remettoit
pour ce ſervice .-Tous les Officiers &
Employés
( 169 )
Employés de l'adminiſtration des poſtes aux chevaux,
relais & meſſageries , feront , à compter
du premier Janvier prochain , ſous les ordres
du Directeur général , & ſecondairement fous
ceux de I Intendant des poſtes aux chevaux , relais
& meſſageries , nommé par S. M.
A compter du premier Janvier prochain , la
Ferme des meſſageries ſera ſéparée de la régie
de la poſte aux lettres , & n'aura plus aucun
rapport avec l'adminiſtration de ce ſervice. A
compter de la même époque , les Fermiers des
m ſſageries verſeront directement auTréſor royal
le prix de leur Ferme , &c. & c .
Autre du 23 Novembre 1785 , qui difpenſe
les livres venant de l'Etranger , pour
paſſer en tranfit dans un autre pays étranger
, d'être conduits à la Chambre Syndicale
de Paris : pourvu que les ballots foient
chargés ſur les voitures de la Ferme des
Meſſageries , & plombés à leur entrée dans
le Royaume , à peine de confiſation des
ballots , charettes & chevaux , & de mille
livres d'amende .
M. Bruſté, Médecin de la Marine à Breſt ,
nous a adreſlé une Réponſe très importante
à la Lettre de M. Gardanne , inférée dans
ce Journal , touchant les cauſes de l'eſpece
de colique qui attaque les équinages des
vaiſſeaux & les moyens d'y remédier. Voici
la ſubſtance de cette Réponſe trop volumineuſe
pour être inférée en entier ici .
J'ai fait , dit Mr Bit , plfieurs campagnes
de Chirurg'en-major. Depuis quelques années
je ſuis fixé à Breſt comme Médecin , Javore de
No.52 , 24 Décembre 1785. h
( 170 )
bonne foi quej'ignorois qu'il y eût eu à ce ſujet
aucune réclamation , ſoit dans le Département
ou auprès du Miniſtre , fi je n'avois pas lu la
lettre de M. Gardanne , & le mémoire qu'il a
publié.
M. Gardanne cite , à l'appui des afſſertions de
ſa lettre , l'événement terrible arrivé en 1775
fur la Corvette du Roi le Serin , commandée par
M. le Chevalier de Marigny. J'atteſterai volontiers
ce fait , & d'autant mieux , que j'étois embarqué
comme Chirurgien-major fur certe Corvette
; que dès le premier temps de la maladie
je reconnus tous les ſymptômes de la colique
métallique ; qu'enfin, moi même j'en ai été longtemps
affecté àun degré très-grave. Les détails
que M. le Chevalier Hooke a bien voulu en donner
, écrits de fa main , à M. Gardanne , ſont
exacts ; mais j'obſerverai que ce fait eſt unique,
ilolé, dépendant de circonstances particulieres .
M. Chevalier de Marigny , reçut , très - peu
de temps après avoir eu le commandement de la
Corvette le Serin , ſes inſtrutions qui le preffoient
de mettre à la voile. L'armement , qui à
peine étoit commencé , fut terminé dans l'eſpace
de quelques jours , d'après les ordres qu'il donna
aux ouvriers. Non-ſeulement on employa une
très-grande quantité de litharge pour rendre la
peinture plus deſficative , mais le vaiſſeau fut
conduit en rade , & les Officiers couchoient dans
leurs chambres avant que les Peintres les euſſent
quittées.
Or ce fait unique , dépendant de la circonfsance
d'un armement précipité , ne peut pas être
la baſe d'une théorie générale.
M. Gardanne ne s'eſt pas contenté d'annoncer
cette théorie , par la voie des Journaux , dans la
forme & le ſtyle épiltolaires ; de la développer
( 171 )
parun mémoire imprimé , dont le Miniſtre a fait
remettre quelques exemplaires auDépartement; il
en a fait l'application au traitement des maladies
des gens de mer, en ſuppoſant qu'onn'a point donné
juſqu'ici affez d'attention au véritable caractere
des coliques qu'ils éprouvent ; qu'il eſt le
premier qui ait reconnu qu'elles dépendent , dans
Je plus grand nombre de cas , des mauvais effets
dela peinture , en obſervant qu'on ne peut eſpérer
de les guérir radicalement , que par la méthode
très-violente qui est enuſage , & dont le ſuccès
eſt reconnu pour les coliques métalliques. Je ne
crois pas cette application ſeulement ſyſtématique,
je la crois infiniment dangereuſe dans la
pratique de la médecine.
On fait qu'à la ſuite des campagnes , fur-tout
dans les climats chauds , les Officiers , ainſi que
les matelots , font attaqués fréquemment de coliqués
qui , chez les uns degénérent en fievres intermittentes
, quelquefois en dyſſenteries , &c.&c.
randis que chez d'autres elles confervent leur ca
ractere primitif , & réſiſtent aux remedes les
mieux indiqués .
L'expérience m'a mis à portée de reconnoître
quedans cette eſpece de colique , qui eft déſignée
ſous la dénomination générale decoliques bilieus
fes, les organes de la digestion font très affoiblis
que l'inflammation de l'eſtomac &des inteftins
eſt toujours à craindre ; qu'elles peuvent ſe terminer
par la gangrene. C'eſt encore d'après l'expé
périence la plus conſtante , qu'il m'eſt permis
d'aſſurer que ces coliques ſont entretenues par le
vice ſcorbutique des humeurs , que fil'on pouvoit
, dans une pratique ſage de la médecine ,
indiquer un remede ou une méthode de traitement
exclufive , ce ſeroit le qui quina , à trèsforte
doſe , qui devroit fur-tout être recomman
h2
( 172 )
dé ; qu'enfin on ne ſauroit inſiſter ſur l'uſage de
l'émétique dans le premier temps , fur les purgatifs
violents, & engénéral ſur la méthode de traitement
très- active que M. Gardanne indique , &
qu'on fait être le moyen de guériſon le plus sûr
dans la colique des peintres ou la colique métallique
, ſans que l'événement de la maladie ſoit le
plus ſouventfuneſte.
Je ne me rappellerai jamais ſans frémirl'exemple
d'une femme d'un rang diſtingué , qui , dans
le cas d'une colique moins bilieuſe que ſpaſmodique,
ayant été traitée par la même méthode qu'on
auroit dû ſuivre , ſi elle avoit été attaquée d'une
colique métallique , n'a ſurvécu à cette méthode
que fix mois , & à péri , après avoir éprouvé des
rechutes qui ne lui laiſſoient que peu de relâche ,
dans des convulfions horribles , ayant l'eſtomaç
détruit par la gangrene , & ouvert de la largeur
gang
delamain dans lapartie ſupérieure.
L'intervalle eft immenſe entre la doctrine que
j'établis , d'après ma propre expérience , ſur la
colique qui regne dans les Equipages à la fin
des campagnes longues , que je regarde comme
bilieuſe ,& la doctrine que M. Gardanne , d'après
un petit nombre d'obſervations , annonce fur
cette eſpècede colique qu'il ſuppoſe étre occaſionnée
, le plus ſouvent , par les mauvais effets
de la peinture dans l'intérieur des vaiſſeaux.
Le Médecin qui auroit acquis l'expérience la
plus sûre , ſeroit encore embarraſfé , dans un
grand nombre de cas , à reconnoî re le caractere
de ces deux eſpèces de coliques , à les diſtinguer
dans un département où il exiſteroit des cauſes
propres à les produire en même temps l'une &
Jautre; tant leurs ſymptômes font analogues.
Ce n'eſt donc pas une queſtion qu'on doive
traiter fi légerement , que de ſavoir fi la pein
( 173 )
ture, dans l'intérieur des vaiſſeaux , occafionne
de mauvais effets auſſi fréquemment que M. Gardanne
l'a penſé& qu'il l'annonce , de la maniere
la plus affirmative , d'après l'événement arrivé
fur la Corvette le Serin , fans avoir pris d'autres
éclairciſſemens que les détails qui lui ont été communiqués
par M. le Chevalier Hooke .
Je crois que M. Gardanne étant fixé depuis
long-temps dans la Capitale , loin de la claſſe des
gens de mer , n'a eu aucun moyen d'obſerver les
travaux immenfes qu'ils ſupportent , leurs moeurs ,
les cauſes des maladies auxquelles ils ſont ſujets.
C'eſt une opinion ſyſtématique , dont les ſuites
pourroient être funeſtes dans la pratique de la
médecine , que de ſuppoſer qu'ils font fréquemment
attaqués de la colique métallique ; au con.
traire , je ne crains pas d'avancer que cette maladie
s'obſerve très - rarement dans le Départes
ment de Brest , &c. &c.
La lettre de M. Allemand contre les nouvelles
écluſes propoſées par M. de Fer , a
mis cet habile Ingénieur dans la néceſſité
de nous adreſſer une réponſe, que nous publions
d'autant plus volontiers , malgré fon
étendue , qu'elle nous diſpenſera de revenir
ultérieurement ſur une difcuffion peu faite
pour des Feuilles périodiques .
' MONSIEUR ,
Je dois une réponſe à M. Allemand , & vous
la trouverez dans la copie de la lettre que j'ai
fait inferer dans le Journal de Paris , du 9 acût
dernier , & que je tranſcris ici (*) , pour vous
prier de la remettre ſous les yeux du public .
J'y ajouterai cependant la réflexion ſuivante. Si
les écluſes que j'ai propoſces , & que M. Ale
h3
( 174)
mand n'apas encore ledroit de critiquer , puifqu'il
ne les connoît pas , ſont jugées infufifantes
pour remplir les vues que j'ai annoncées ,
par MM. les Commiſſaires qui doivent les examiner
, elles feront rejettées , & je ne ſache pas
que le Gouvernement pût même alors me favoir
mauvaisgré de lui en avoir préſenté l'idée . Je
dirai plus , files Digues mobiles que propoſent M.
Allemand , & far leſquellesje me garderai de
prononcer , en ayant inutilement cherché la
deſcription dans lefavant Ouvrage qu'il vient de
publier , fi , dis -je , ces Digues méritent d'être
préférées , je le verrai ſans jalouſſe ; je ſerai mê,
me le premier à en conſeiller l'uſage , dès le
moment qu'elles auront reçues la même ſanction
que je follicite en faveur de mes Ecluſes. Je
defire, autant que M. Allemand , les progrès
d'une navigation débaraffée de toutes entraves.
J'ai porté mes vues fur cegrand objet , depuis
longues années , & tout peut faire croire que
les différentes fonctions que j'ai exercées dans
Tintention d'être utile ,& que M. Allemand fe
plaît à rappeller , ont dû me faciliter l'étude
néceſſaire pour m'éviter des moyens de propoſer
des abfurdités . Au reſte je n'ai jamais eu avec
ce Savant aucune relation ni directe ni indirecte ;
mais lorſque je lus ſes Ouvrages , j'y reconnus
le zele d'un bon Citoyen , & cela me fuffit
pour me faire oublier , je ne dirai pas l'humeur
que l'idée de mes Ecluſes lui a donnée , mais
la manière véhémente avec laquelle il n'a pas
craintde l'exprimer. Ainſi permettez , Monfieur,
que je borne ici mes réflexions fur la difcuffion
que vous avez annoncée comme affez
importante pour être miſe ſous les yeux du
public , puiſqu'elle doit être inceſſamment jugée
au ſeul Tribunal qui ait le droit d'en connoître.
,
( 175 )
Cependant , Monfieur , je dois vous prévenir que
ce jugement ne ſera guères prononcé avant les
derniers jours du mois de Mai prochain , parce
qu'il tient au grand projet de navigation que j'ai
propoſé pour rendre à la France pluſieurs Provinces
, & aſſurer à la ville de Paris l'approviſionnement
de ſes bois de chauffage , & que
vous ne pouvez ignorer , qu'un projet de cet
étendue demande un travail préliminaire confidérable
, & qu'on ne peut entamer que parties
à parties . J'ai l'honneur d'être , & c.
Signé , DE FER DE LA NOUERRE , ancien
Capitaine d'Artillerie , &c . &c.
(*) Copie de la Lettre imprimée dans le Journal de
eaux
Paris.
en
La difficulté , Meſſieurs , des approviſionnemens
de Paris par la rivière de Seine eſt ſenfible.
On defiroit depuis longtems qu'on ima.
ginât des écluſes qui puffent rehauffer les
ea dans les tems où eelllleess font trop baffles
& fiffent difparoître les entraves qu'éprouve
alors la navigation . J'ai trouvé , Meffieurs , le
moyen de remplir le voeu du Gouvernement ,
&je viens de lui propoter d'en faire l'application
à la partie de cette rivière qui eft comprife
entre Montereau & la ville de Rouen . MM. les
Commiſſaires de l'Académie des Sciences , que
M. le Contrôleur-général a chargé de l'examen
de mon Mémoire , d'après l'avis de M. le Prevot
des Marchands , font M.le Marquis de Condorcet,
M. l'Abbé Rochon & M. l'Abbé le Boffut. Etant
obligé, Meſſieurs, d'employer divers ouvriers pour
exécuter le modèle de ces nouvelles écluſes , &
des deſſinateurs pour faire les plans qui en développent
les parties , il eſt plus convenable
que le Public foit inſtruit par l'Auteur même
h4
( 176 )
que par les bruits vagues qui pourroient s'en
répandre. Pour fixer l'opinion , Meffieurs , fur
l'utilité de ces nouvelles écluſes , je vais expofer
leurs principaux avantages . Eles rehautferont
les eaux d'une rivière au point néceſſaire
pour qu'elles prennent la profondeur de 4,5
&6pieds dans les endroits où cette profondeur
eſt ſouvent réduite à moins d'un pied. Lenombre
qu'il conviendra d'en établir dans une longueur
donnée ſera relatif à la pente de cette
rivière , & on pourra toujours les multiplier
fans inconvéniens. Le paſſage des bateaux par
ces écluſes ſera auſſi facile que celui de toutes
les écluſes connues des canaux de navigation.
Dans le moment où les eaux de la rivière fur
laquelle on les auroit établies , viendront à
s'accroître , ces écluſes ſe déplaceront fans peine,
& ne laifferont point à craindre que , ſon lit
érent obftrué , les inondations s'augmentent &
détruiſent les récoltes des terres fituées près
de tes bords. Les h útes eaux étant ceffées , les
éclues feront replacées à peu de frais. Enfin ,
au moyen de ces nouvelles écluſes , la navigation
de toutes rivières peut être perfectionnée
ou rendue poffible , fans qu'on ait à redouter de
leur éabl flement les terribles inconvéniens
qui ré ultoient de ces eſpèces de Digues qui
ont été conſtruites dans cette intention , & dont
T'expérience a démontré depuis long-tems le danger
& l'infuffifance. Elles peuvent conféquemment
être regardées comme le moyen le plus
certain d'accélérer la formation d'un ſyſteme
général de navigation intérieure , non- ſeulement
dans le Royaume , mais dans tous les pays où
l'on defireroit ſe procurer ce grand moyen de
faciliter le commerce par la diminution du prix
du tranſport qui en réſulteroit .
J'ai l'honneur d'être , &c .
( 177 )
Signé , DEFER DE LA NOUERRE , ancien
Capitaine d'Artillerie , &c. &c.
A Ercy ſur Seine , M. le Curé , au Prône
de la Meſſe Paroiſſiale , a annoncé la mort
de Monſeigneur le Duc d'Orléans , par un
diſcours , dans lequel il a peint en ces termes
le caractere du Prince dont il célébroit
la mémoire.
Citoyen par goûtdans ſa conduire, autant que
Prince digne de l'être par l'élévation de ſes
ſentimens , bien loin de ſe croire d'une nature
privilégiée dans les autres hommes , il ſe plaiſoit
au contraire à contempler ſes ſemblables , à aimer
ſes frères. Bienfaiteur de la vertu , il ſe
faifoit un religieux devoir de la rechercher ,
d'aller au-devant de ſes beſoins , de l'honorer
dans tous les états. Protecteur zélé des talens ,
combien d'hommes de mérite tirés de l'obſcurité
par fa main généreuse , ne lui doivent pas
& leurs reſſources & leurs ſuccès. Inacceffible
la prevention , toujours en garde contre l'abus
du pouvoir , avec quelle douce fatisfaction ne
s'en ſervoit- il pas au contraire pour faire partout
des heureux. Modèle des Pères , &c. &c .
Le Bureau Académique d'Ecriture , à la
tête duquel étoient ſes Préſidens honoraires
a tenu , le 8 Octobre , ſa ſéance publique
de rentrée , dans la Salle de ſes exercices , à
la Bibliotheque du Roi.
M. Harger , Secrétaire , l'ouvrit par la lecture
d'un Mémoire ſur les travaux du Bureau depuis
ſon établiſſement , & fur l'étendue dont ils vont
être fusceptibles par la tranſlation de ce Corps
Académique dans une des ſalesde la Bibliothèque .
Ce Mémoire a été très- goûté & les applau
hs
( 178 )
diſſemens en ont interrompu la lecture lors du
⚫compliment adreſſé à M. de Crofne , qui , pour
la premiere fois , a préſidé dans cette ſéance ,
&lors de l'hommage public que M. Harger a
rendu au nom de fon Corps à M. Lenoir , au
ſujet du logement que ce Magiftrat a procuré
au Bureau. Le fieur d'Autrepe , Directeur , lut
enfuite un Mémoire ſur la vérification des
écritures , dans lequel il réfuta deux affertions
d'anciens Jurifconfultes , Bonnier & Thévenot ,
tendantes à déprimer l'art des experts écrivains.
Le fieur Verron , Aggrégé , en lut un autre fur
l'enſeignement de l'art d'écrire , où il indique
les procédés qu'il eſt néceſſaire d'employer pour
faire naître dans les éleves l'amour de l'écriture
& pour procurer à chacun d'eux les divers
genres d'écrire propres aux états auxquels ils
ſe deſtineroient. Mademoiselle Rozé , adjointe
audit Bureau , a terminé la féance Académique
par la lecture d'un Mémoire dont l'objet eſt de
démontrer la néceffité & la poſſibilité de donner
aux femmes une éducation morale pareille à
celle des hommes . Ce Mémoire n'a pas été
moins applaudi que les précédens & cette ému -
lation de Mademoiselle Rozé a fait la plus
grande ſenſation . M. Haüy , Interprête du Roi ,
membre & Profeſſeur du Bureau Académique ,
ayant , en cette derniere qualité , defiré profiver
de ladite ſéance , pour rendre compte de ſes
progrès dans l'éducation des aveugles , devoit
lire un Mémoire dont la premiere partie a pour
objet cette éducation , & la ſeconde un précis
de ſes découvertes ſur le jeune inconnu trouvé
en Normandie , & confié à ſes ſoins. Le tems
n'ayant pas permis la lecture entiere de ce
Mémoire , M. Haüy s'eſt borné à la ſeconde
partie dont la lecture a été ſuivie de quelques(
179 )
uns des exercices annoncés. La repriſe des
mêmes exercices & la lecture entiere du Mémoire
de M. Haüy ont été remis au dimanche
ſuivant. Les exercices des aveugles ont fait
l'admiration de tous ceux qui compo oient
l'affemblée. Douze aveugles ont exécuté enſem.
ble un travail de filature à Paide d'une mécarique
de la compoſition de M. Hildebrand &
avec un chanvre préparé par cet Artiſte. Un
autre aveugle y a fait une opération de calcul .
Quelques autres y ont lu dans des livres à leur
ulage; d'autres y ont fait des ouvrages manuels ,
tel que filer , brocher des livres , &c. D'autres
ent indiqué différentes parties dans des cartes
de Géographie qui leur ont été préſentées ;
d'autres enfin y ont compofé & imprimé tant
en relief à leur u'age ſeul , qu'en noir à l'uſage
des clairvoyans. Le jeune inconnu , qui juſqu'à
préſent n'a parlé qu'un jargon inintelligible , a lu
à la fin de cette séance quelques phraſes fran
çoiſes.
HARGER
Secrétaire.
Nota. Ce Mémoire doit être imprimé par les
aveugles & à leur profit. Le Roi , à qui il a
été rendu compte de la poſſibilité de rendre
utiles à la ſociété des infortunés qui en étoient
léparés, a daigné accepter la dédicace du pre--
mier ouvrage qui fortiroit de leur preffe c
ſouſcrire pour ledit ouvrage.
L'Académie Royale des Sciences & Belles
Lettres d'Angers avoit propoſé en 1784
pour objet du prix qu'elle devoit diftribuer
Len Novembre dernier : Quels sont les moyens
les plus convenables & les moins diſpendieux
de pourvoir à la confervation des Enfans
la:6
( 180 )
Trouvés en France , & de leur donner l'éducation
la plus utile à l'Etat. L'Académie a remis
le prix au mois de Novembre 1786 ,
&recevra juſqu'au premier Mai prochain
les Mémoires qu'on doit adreſſer à M. de
Narcé , Secrétaire de l'Académie à Angers.
Le prix de l'Académie eſt une médaille d'or
de 300 liv.
M. le Comte de Waroquier de Combles ,
Officier des Grenadiers Royaux de Picardie ,
étant occupé du travail de ſon grand ouvrage ,
intitulé Etat Général de France , enrichi de
gravures , & qui contiendra les qualités & prérogatives
du Roi , de tous les Officiers de la
Cour , des Troupes de la Maiſon du Roi , de
Ia Reine , &c. &c. , du Clergé de France , des
Duchés & Pairies de France , des Ordres de
Chevalerie , des Maréchaux de France & autres
Officiers Généraux de terre & de mer , les Conſeils
du Roi , les Secrétaires d'Etat , les Partemens
, &c. &c . , & ſuivi d'une table générale ,
prie les Perſonnes qui , par leur rang , leurs
charges & leurs emplois ſont ſuſceptibles d'être
compriſes dans cet Ouvrage , de s'adreſſer franc
deport à lui , rue des Cordeliers , nº. 4.
Une Feuille publique contient l'extrait
ſuivant d'une Lettre de Grenoble , du 16
Novembre.
<< M. Meſmer a fait dans notre ville l'apparition
dont il avoit flatté ſes partiſans : voici le
détail de la réception qui lui a été faite . La Société
Meſmérienne , connue ici ſous le nom de
Société de l'Harmonie , avoit placé à 4 lieues
de la ville un Courier en ſentinelle , pour être
avertie par lui de l'arrivée du Grand Maure ; en
( 181 )
!
attendant , on ſe tenoit aſſemblé. Le Courier
vient annoncer que M. Meſmer s'approche de la
ville. On va à ſa rencontre , les uns montés ſur
des chevaux , les autres ſur des mules ; on ne
marche pas , on vole. Arrivés à la Porte de la
France , le Préſident de la Compagnie , qui en
eſt auffi l'Orateur , fait faire halte , dans le deſſein
de rappeller ſon diſcours à ſa mémoire : il en
étoit à la Peroraiſon , lorſqu'il fut interrompu
par le claquement du fouet du Poſtillon , glorieux
de mener un grand Homme. La cohorte extafiée
s'écrie : Le voici , le voici. En vain l'Orateur de
mande-t- il filence du geſte & de la voix : l'efcadron
indocile de crier ne ceſſa , le voilà , le voilà ;
& le compliment reſta- là. On ne vit alors que
déſordre & confufion. Les plus agiles s'élancerent
aux portieres de la voiture, d'autres ſur l'impériale
; ceux-ci s'emparent des rênes , ceux- là dételent
les chevaux , & ſe diſputerent , à la maniere
des Anglois , la gloire de ſe mettre à leur place ,
laiſſant par reſpect au Préſident l'honneur du
brancart. On entre en triomphe , & l'on va droit
à la maiton où l'illuſtre Compagnie tient ſes
aſſiſes. Un repas ſomptueux y eft préparé. Le
Héros de la fêre jette un regard curieux ſur tous
les Convives : il ne voit que des phyſionomies
inconnues ; & le Docteur , à qui , moyennant cent
Louis , il avoit fait confidence à Paris de ſes ſecrets
, ne s'offre point à ſa vue. Il le demande
avec un empreſſement affectueux; on lui apprend
qu'il n'a pu ſe préſerver lui- même des maux
dont il guérit les autres , & qu'il eſt retenu chez
lui par une indiſpoſition aſſez grave. Un membre
zélé court aufi-tôt chez le malade , pour lui apprendre
la grande nouvele que le Maitre a parlé
de lui. La reconnoiffance vivement fentie fait
oublier les douleurs : le malade eſt ſur pied ; il ſe
( 182 )
:
préſente dans la ſalle du feftin ; il s'approche du
Maître , qui le magnétiſe à l'inſtant , & produit
chez lui une criſe qui l'oblige à ſeretirer. Cepen
dant la joie brilloit fur tous les viſages ; le nectar
* verſé à grands flots la rendoit plus ſaillante, & faiſoit
oublier la perfidie de M. D... , les recherches
de M. Thouret , les rapports des Commiſſaires
royaux , l'Arrêt du Parlement de Paris , qui con.
ſacré la radiation de M. V... , du Corps de la Faculté;
les brochures , les pamphlets , les épigrammes,
les analyſes , les rapports des Gazetiers , &
toutes les contradictions & les avanies auxquelles
font expoſés les Membres de la Société reſpectable.
Le Maître ſeul ſe poſſede : il ne perd rien de
fon urile gravité ; & après avoir exhorté pathétiquement
ſes Sectateurs à la patience& au courage,
il leur annonce que , ſuivant l'ordre des deſtins,
fon départ eſt invariablement fixé au lendemain .
Les témoignages d'admiration , de dévouement ,
deviennent plus nombreux : chacun veut avoir la
gloire d'entretenir un inſtant leGrand -Homme ;
&il réſulte de cet empreſſement unbourdonnement&
une confufion , auxquels il eût été difficile
auxmeilleurs tympans de réſiſter. Le Docteur Allemand
ſe retire : après quelques heures de repos,
il remonte en voiture ».&c.&c.
Pierre-Nicolas Lebourg , Curé de Martairville
, Diocese de Lisieux , eſt mort âgé
de 92 ans ; fimple dans ſes moeurs & dans
ſa conduite , il fut l'ami & le pere des pauvres
de ſa paroiſfe.
Marie Marguerite-Antoinette - Louise du
Pas de Feuquiere, veuve de Henri du Maitz ,
Marquis de Goimpy, eſt morte le 3 de ce
mois , au château de Billancourt en Picardie
, âgée de 88 ans ,
( 183 )
4
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 1,53,90,3 , & 40 .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 18 Décembre..
Le départ de Madame l'Archi-Ducheſſe
Gouvernante des Pays-Bas , & du Duc de
Saxe Teſchen ſon époux , eſt décidé & trèsprochain
. L. A. R. doivent ſe rendre à
Vienne , en quittant nos Provinces .
Les Etats de Brabant ont été affemblés le
15 du mois dernier. Après le conſentement
donné au ſubſide ordinaire , le Chancelier
de S. M. I. demanda au nom de ce Monarque
un don gratuit extraordinaire de
huit millions de florins .
Le Comte de Maillebois a prêté ferment
à LL. HH. PP. en qualité de Gouverneur
de Breda .
Le Prince d'Orange a fait remettre aux
Etats de Hollande une Lettre & un Mémoire
relatif à ſes droits fur le commandement
de la garnifſon de la Haye, & aux motifs
qui ont fait paffer ce commandement
fous d'autres ordres.
Le Baron de Thulemeyer , Miniftre de
Pruſſe , a remis au Préſident des Etats Généraux
un nouveau Mémoire de la part de
fon Souverain. On jugera , en le lifant, de
la fenfation qu'il a dû produire : en voici la
teneur :
HAUTS ET PUISSANS SEIGNEURS !
Vos Hautes Puiffences ont différé juſqu'ici
de répondre à la Lettre que le Roi mon Maitue
( 184 )
leur a adreſſée en date du 18 O&obre : mais
Sa Majesté n'a pu qu'être ſenſiblement affectée
par le contenu de celle que les Etats de Hollande
lui ont écrite les du mois dernier.
Elle voit avec peine que loin de faire aucune
attention à ſa recommandation amicale en faveur
du Prince d'Orange , on a projecté une réſolution
encore plus forte que celle du 8 Septembre
, tout en aſſurant le Roi qu'on ne toléreroit
aucune démarche qui ſeroit contraire aux
dro ts légitimes du Stadhouder- Héréditaire. Ces
réſolutions ont été étayées par des exemples
tirés des temps où le Stadhouderat a été fufpendu
, ou de ceux de la minorité du Prince
d'Orange actuel : exemples qui paroiſſent peu
applicables au cas préſent. Perſonne ne conteſtera
furement à LL. NN. PP. les Etats de
Hollande leur plein droit de Souveraineté , & en
particulier celui de diſpoſer de leurs troupes ;
mais on ne rendroit par juſtice d'un autre côté
au Prince d'Orange , fi on l'accuſoit d'y avoir
jamais dérogé , ou aſpiré à ſouſtraire. l'autorité
militaire aux ordres du Souverain.
Il paroit cependant que , telon la conſtitution
de la République dans ſa forme actuelle , le
pouvoir exécutif dans la partie militaire de
P'adminiſtration , a été déposé entre les mains
du Capitaine Général , & que c'eſt par ſon canal
que les ordres du Souvarain doivent être
tranſmis aux troupes.
Le Prince d'Orange a de tout temps exercé
les devoirs de ſa charge avec exactitude , & avec
une application mene pénible ; il n'a manqué
en rien à ce qu'il devoit & pouvoit faire pour
reprimer dans la fatale journée du 4 Septenbre
, les mouvemens ſéditieux qui ont éclaté
à la Haye : une circonſtance auffi mince & accidentelle
ne fauroit fournir un prétexte qu
( 185 )
l'occaſion d'ôter au Prince le commandement
de la garniſon de la Haye , & de l'attribuer à
un Officier foumis aux ordres du Capitaine
Général ; il paroit plutôt conſtant qu'en adoptant
une meſure auffi forte& auſſi peu néceſſaire ,
ſans des motifs urgens , ou ſuffifans , on a efſentiellement
dérogé à la dignité & à l'autorité
de l'éminente charge confiée héréditairement
au Prince d'Orange par un acte tolemnel
, tant de la part de la Province de Hollande
que des autres Provinces ; on cherche
à perpétuer une réſolution , qui réduit le Stadhouderat
& la charge de Capitaine Général à
un vain nom , & à une ſimple repréſentation ,
pendant qu'on proteſie les vouloir maintenir en
entier.
Le Prince d'Orange n'a porté aucune plainte
au Roi : il eſt connu que les démarches qu'on
vient d'expoſer ont remporté auſſi peu les ſuffrages
de la nation en général , que de tous les
Regens de la Province de Hollande. Ces faits
font notoires dans toute l'Europe ; & fi les
prérogatives Stadhoudériennes ont été maintenues
récemment dans plus d'une Province ,
avec une fermeté auſſi noble que patriotique ,
ony applaudit.
Le Roi voit avec ſenſibilité que dans le
nombre des membres du Gouvernement qui
compoſent les Etats de la Province de Hollande,
quelques-uns entraînés peut - être par des
préventions, parun méſentendu , ou par un zèle
outré , affectent de ne témoigner aucun égard
pour ſon intervention , ni pour la Maiſon d'Orange
qui de tout temps a ſi bien mérité de la
République. Sa Majeſté ſe flatte cependant que
cette façon de penſer n'eſt pas celle d'une nation
auſſi reſpectable que la Hollandaiſe. Elle ne doute
pas que Vos Hautes Puiſſances , dont l'aflemblée
( 186 )
eſt le centre & l'organe des délibérations des
Membres de l'Union , n'apprécient mieux l'amitié
d'une Puiſſance voifine , qui dans plus
d'une occafion a été utile , &poura l'être encore
à la République.
Le Roi ne fauroit jamais être indifférent au
fort de l'illuftre Maiſon d'Orange , qui lui appartient
de fi près, dans laquelle il a placé une
Princeſſe qui lui eft chere , & qui doit l'être
également à toute la République par les vertus
, les grandes qualités dont elle eſt ornée ,
& par l'excellente éducation qu'elle donne à
ſa famille. C'eſt dans cette juſte ſuppoſition que
Sa Majeſté requiert de nouveau Vos Hautes
Puiffances, & qu'elle attend avec confiance de
leur part , qu'en conformité de leurs ſentimens
auſſi éclairés que patriotiques , Elles rendront
plus de justice à ceux du Roi , & en même
temps à ceux du Prince d'Orange ; qu'Elles s'employeront
de la maniere la plus efficace , tant
dans la Province de Hollande que partout autre
part où les circonstances pouroient l'exiger , pour
arrêter des meſures trop précipitées , pour rétablir
par leurs fages Conteils , & par leur in-
Avence l'Union , ſi néceſſaire , mais auſſi ouvertement
interrompue dans l'intérieur , pour
amener une conciliation générale des eſprits ,
des meſures & d'arrangemens , & furtout pour
mettre le Prince d'Orange dans la poſition de
pouvoir s'acquitter des fonctions attachées aux
charges éminentes dont il eſt revêtu , ſelon la
conftitution primordiale de l'Etat , pour le véritable
bien & le contentemens de toute la nation.
い
Le Roi eſt toujours également diſpoſé à employer
ſes bons offices , fi on le juge néceſſaire
ou utile , même avec la concurrence des
Puiſſances Amies de la République , en
( 187 )
faveur de la réunion des différens partis , pour
un accommodement , & arrangement ſolide .
convenable aux intérêts de l'Etat. Sa Majefté
renouvelle à V. H. P. , en qualité de voifin ,
&à tout plein de titres l'affûrance de l'impartialité
de fon intervention . Elle prend , H. &
P. S. un intérêt auſſi vif que fincere au bien
être & au repos des Provinces-Unies.
Le Roi jugera par le cas que l'on fera de
ces nouvelles repréſentations , du prix que la
République mettra à ſon amitié. Ses ſentimens
feront toujours invariables , mais proportionnés
au joſte retour que Sa Majeté poura rencontrer
, furtout par les égards raisonnables qu'elle
demande pour la Maiſon d'Orange.
La Haye le 9 Décembre 1785 .
( Signé ) DE THULEMEYER.
:
Rien n'annonce , quoi qu'en diſent quelques
Gazettes , le retour prochain du Stathouder
à la Have; les raiſons de cette abfencene
font pas difficiles à pénétrer.
Deux nouveaux Mémoires importans, pu
bliés depuis quelquesjours, vont encore occuper
les eſprits divilés de la République. L'un
eſt l'Expoſé justificatifde la conduite deM.
Van Slype , vice Baillif de Maſtricht , acculé
il y a un an d'une Correſpondance illicite
avec le Duc Louis de Brun wick. Le
ſecond eſt une apologie tres -détaillée de çe
même Duc , en Hollandois & en François .
Elle renferme toute la Correſpondance de
cet ancien Feldt- Maréchal avec les divers
Miniftres de la République , pendant fon
adminiſtration
& une foule de pieces ,
( 188 )
1
juſtificatives , qui rendent cet Ecrit trèsvolumineux.
La Régence de Duſſeldorf a confirmé le
premier rapport des Juges d'Aix-la-Chapelle
touchant le complot d'enlever les papiers
du Duc de Brunswick. L'Avocat Fifcal
avoit donné un écrit différent , argué d'illégalité,
& auquel on avoit ſubſtitué celui
que la Régence vient d'adopter, en déboutant
l'Avocat Fifcal de ſa demande. Les
Protocolles des Juges d'Aix-la-Chapelle qui
ont fondé les procédures ſuivantes renferment
ce qui fuit : ر
Protocolle du 28 Juillet 1785. Après que la
copie ci-jointe , n ° . I , eut été portée par un
domeſtique François, inconnu à S. A. S. Mgr. le
Ducde Brunswick , & que celui - ci l'eut remis à
M.le Grand-Mayeur , ce dernier a fait venir chez
lui , le 19 Juillet , certain Baron d'A ... , qui,
ſelontoute apparence , étoit l'auteur de la lettre ,
&qui étoit logé en cachette chez le perruquier
Hocfus , où il a déclaré en préſence du noraire
Van-Duffel , du ſubſtitut Secrétaire de la Majorerie
Fabri & du fieur Ducheſne , comme témoins
, que par induction du Conſeiller - Penfionnaire
de la ville de Dordrecht , Gyzelaar ....
il étoit convenu entre pluſieurs gens , gagnés par
argent , d'enlever les papiers de M. le Duc de
Brun wick, ici dans la ville , & de les tranſporter
en Hollande; que ſelon les informations priſes ,
ces papiers devoient ſe trouver ici chez les Capucins
, d'où , ou de tel endroit où on les trouveroit
, s'il n'y avoit pas d'autre moyen de les
avoir , on les enleveroit par force , & on les
porteroit près de la ville , où se trouveroit une
groſſe troupe de gens ( que d'A ... devoit com
( 189 )
mander] pour tranſporter leſdits papiers en
Ho'lande.
Protocolle du 30 Juillet. ». Les témoins nommés
dans le Protocolle du 28 Juillet , ayant été appointés
ſur la dénonciation de d'A , & aviſés
contre le parjure , ont déclaré que tout ce qui
étoit noté au Protocolle de cette dénonciation ,
étoit conforme à la vérité , & cela mot-a- mot ,
ce qu'ils ont confirmé par ferment & par leurs
fignatures,
[Etoit figné ] Franz Goſwin de Fabri , Duchefre.
Les Etats-Généraux ont rappellé le Baron
de Waſſenaër & le Baron de Lynden , leurs
Députés à Vienne. On préſume que le nouvel
Ambaſſadeur de la République à la même
Cour ſera le Baron de Haaften , qui a
réſidé pluſieurs années à Conſtantinople.
La République a réſolu d'élever un nouveau
fort , & un Bureau de Douane dans le
Sud-Beveland , l'une des ifles de Zéelande ,
dans le but de maintenir ſes droits ſur l'Ef
caut , & de remplacer les forts cédés cu
démolis.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois&autres.
Le bruit court que le Chev. Emo , ayant
rencontré à quelque diſtance de Malthe deux
>>>navires marchands neutres qui avoient à leur
bord pour 70,000 ducats de munitions de
guerre , deſtinées pour Tunis ; cet amiral
s'étoit emparé de ces munitions , & a oit
relâché enfuite les navires . Ce bruit demande
>> ſans doute autant de confirmation qu'un autre
qui le répand, que pluſieurs eſquifs de Tunis
avoient tenté de mettre le feu pendant la
>> nuit au vaiſſeau de ligne la Concorde qui
>> bloque le port de laGoulette , mais qu'ayant
( 190 )
été apperçus , ils avoient tous été coulés à
fond par le canon de ce vaiſſeau. [ Nouvelle
d'Allemagne , nº. 195 ] . ce
Il paroît très-certain >> que le Roi de Pruſſe
> perſiſte à demander , que la cour Impériale
déclare folemnellement qu'elle renonce, tant
pour le préſent que pour l'avenir , à tout
> projet d'acquiſition de la Baviere. Si cette
>déclaration a lieu & fi en outre la cour
>> Impériale ainſi que la France & la Ruffie ,
garantiſſent au Roi de Pruſſe , non ſeulement
> ſes poffeffions actuelles , mais encore la
>> réunion des Margraviats d'Anſpach & de Ba-
>>> reuth à la primogéniture de Brandebourg ,
>> qui doit s'effectuer dans ſon tems ; S. Maj .
>>>Pruffienne promet par contre de donner ſa
voix en faveur du Grand-Duc de Torcane
>> ou de l'Archiduc François fon fils , lors de
V'élection d'un Roi des Romains.
La Cour de Verſailles s'efforce de perfuader à
toutes les Puiſſances , que le principal objet de
ſes négociations , eſt de maintenir la paix , dont
l'Europe jouit en ce moment ; & en effet ,
comme il eſt viſiblement de ſon intérêt qu'elle
ne ſoit pas troublée , on peut donner quelque
croyance au préambule des différens Traités que
cette Cour depuis peu a rendus publics . Le zale
qu'elle a montré pour effectuer un accommodement
entre l'Empereur & les Hollandois , fournitune
preuve encore plus convaincante de ſes
difpofitions pacifiques . ( Gazeteer public Advertiſer
).
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Cause entre le fieur PASQUIER DE LUNEAU , Tre-
Sorier de France au Bureau des Finances d'Orléans,
Défendeur ; & lesſieur & demoiselle GEORGEON
, Appellans & Demandeurs.-Gardien-
Noble est-il tenu d'acquitter les legs faits par le
( 191 )
:
prédécédé , comme Charge de la Garde- Noble ?
Ce qui rendoit cette queſtion délicate ; & par
conféquent difficile à décider , c'eſt qu'elle s'élevoit
dans la Coutume d'Orléans , qui donne en
toute propriété au Gardien - Noble tout le mobilier
avec l'ufufruit des immeubles : avantage qui
lui eſt refuſé par pluſieurs Coutumes , qui ne lui
donnent que l'uſufruit des meubles ; d'autres
Coutumes , comme celle d'Orléans , le chargent
expreſſément de l'acquit des dettes de la ſucceſfion&
des legs portés auTeſtament du prédécédé;
mais la Coutume d'Orléans eſt muette , relativement
à la charge des legs , & ne parle que des
dettes & de l'entretien des immeubles. Dans ce
filence , quelles Coutumes prendra t - on pour
regle ? Suivra-t- on celles qui ne donnent au Gardien
que l'uſufruit des meubles , &dans leſquelles
il n'eſt pas tenu de payer les legs & charges du
Teftament , ou bien les Coutumes qui donnent
lapropriété ,& le chargent expreffément de l'acquit
des legs ? Mais ce qui ajoute beaucoup d'intérêt
à cette affaire , ce ſont les circonſtances dans
leſquelles la queſtion s'eſt élevée vis-à-vis du
Gardien-Noble ( le ſieur Pasquier de Luneau ) , qu
n'a pas joui 18 mois de laGarde-Noble ; il a perdu
laDameſon épouſe après 15 mois de mariage , &
une fille au berceau ( Henriette Pasquier ) dix-huit
mois après la naiſſance. -- La Dame Pasquier a
fait un Testament le 15 Décembre 1781 , par lequel
elle donne & legue au ſieur Dubouchet , ſon
bel - oncle , Tréſorier de France à Orléans , la
ſomme de 20,000 liv. , pour lui être payée par les
héritiers dans l'année de fon décès , ſur les biens
immeubles qu'elle délaiſſera , déclarant ne pas
vouloir que ce legs puiſſe être pris ſur ſon mobilier.
A la mort de la Dame Pasquier , ſon mari a
accepté la Garde-Noble de ſa fille , mais cette mi
( 192 )
neure eſt morte én Septembre 1783. Le 26 Jan
vier 1784 , le ſieur Debouchet a formé contre les
héritiers de la mineure ſa demande en délivrance
du legs de 20,000 liv. contenu au Teftament de
la Dame Pasquier. Les héritiers ont d'abord prétendu
que ce legs n'étoit qu'un fidéi - commis en
faveur du ſieurPasquier ; ils ont exigé l'affirmation
du fieur Dubouchet. Ce dernier a affirmé qu'il n'y
avoit eu aucune convention directe ni indirecte
entre lui & la teftatrice , de remettre le legs au
mari ni à autres perſonnes prohibées , & a déclaré
qu'il acceptoit le legs pour lui -même. Alors les
héritiers , ne pouvant plus conteſter la validité du
legs, ont foutenu qu'il devoit être acquitté par le
fieur Pasquier , comme une des charges de laGarde-
Noble de ſa fille ; fans mettre en cauſe le fieur
Pasquier , ils ſe ſont contentésdeplaider ce moyen
auBailliage d'Orléans. UneSentence du 15 Jaillet
1784 les a condamné à payer le legs de vingt
mille livres. Ces héritiers ont interjetté appel de
la Sentence , & fait affigner le ſieur Pasquier , lui
ont dénoncé les demandes formées contr'eux , la
Sentence & l'Appel par eux interjetté ; & ont
conclu contre lui à ce qu'il fût tenu d'intervenir,
prendre leur fait & cauſe , finon & à faute de ce
faire , condamnés à les garantir& indemnifer des
condamnations qui pourroient être prononcées
contr'eux en cet état. Les Parties ont été appointes.
L'affaire a été inſtruite par écrit , & déve
loppée dans des Mémoires imprimés. - L'Arrêt,
rendu le 2 Août 1785 , a confirmé la Sentence
, & déclaré les héritiers non- recevables &
malfondés dans leur demande en garantie , & les
a condamnés aux dépens envers toutes les Parties.
Errata de la Gazette abrégée des Tribunaux de
l'avant dernier n° , au lieu de M. Duvignat , liſez
de Mignaux.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 31 DÉCEMBRE 1785:
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A M. D** , fur la Convalescence de
Mgr. l'Archevêque de Toulouse.
>
D
** IL Vivra donc ! .... Nous reverrons un père !
Anos pleurs , ànos voeux Brienne eſt donc randu !
Ah! s'il étoit le prix d'une douleur ſincère ,
Anos pleurs , ànos voeux ce bonheur étoit dû.
Pour ſon plus cher appui la plaintive indigence
Du Dieu qu'il imitoit imploroit la clémence ;
Les Beaux-Arts , qui déjà ſe croyoient orphelins,
L'Égliſe , qui lui doit les plus heureux deſtins ,
Toutcherchoit à Aéchir la colère céleste.
On rappeloit ces jours , où d'un fléau funeſte
Nº. 53 , 31 Décembre 1785. I
T
194
MERCURE
Il ſut, par ſesbienfaits , adoucir les rigueurs.*
Ces jours ſi malheureux , non moins chers à nos
coeurs ,
Où , pour guérir les maux d'une affreuſe diſette ,
Onle vit , de ſes biens heureux diſſipateur ,
Se dépouiller lui-même , &, zélé bienfaiteur ,
De la Nature avare ainſi payer la dette.
Jouis de nos tranſports , tous nos voeux font remplis;
Brienne , en t'épargnant , la mort ſécha nos larmes ;
Pour toi de la mort ſeule on redontoit les armes ....
Eh! que pourront jamais tes autres ennemis ?
Tu vis ſous un Roi juſte; & quand fur ton génie
Tes talens, tes vertus , l'obſcure calomnie
Pourroit verſer ſon fiel , brave ſes vains complots :
Onnepeut pashaïr le frère d'un Héros. **
Que le ſoin de tes jours , je le répète encore,
Soit ton unique ſoin; d'un peuple qui t'adore
C'eſt auſſi le ſeul vezu, Brienne ! ah ! fi le ciel
Pouvoit auſſi long-temps te conſerver la vie ,
*Notes de l'Auteur. Il y a quelques années , le Diocèſe
deToulouſe fut affligé de la mortalité qui ſe répandit fur
les animaux. M. l'Archevêque fit tuer tous ceux qui étoient
attaqués de la peſte , &dédommagea les particuliers à fos
frais.
** On connoît le trait héroïque de M. le Marquis de
Brienne , frère de l'Archevêque de Toulouſe. Etant an
combat d'Exiles , il eut un bras emporté ; ſes amis lui
conſeillèrent de ſe retirer : Il m'en reste un autre , dit-il ,
pour le service du Roi ; ca même-temps il remonte aux
paliſſades , & y eſt tué.
DE FRANCE.
197
Que ton coeur d'obliger confervera l'envie,
J'en atteſtece coeur , tu ſerois immortel.
(Par un Diocésain de Toulouse. )
VERS SUR JEANNE D'ARC.
GUERRIÈRE infortunée, autrefois pourſuivie
Par l'exécrable barbarie
Du fanatiſme ingrat & de la lâcheté;
Puis de nosjours encore indignement flétrie
Par le rire inſultant d'une folle gaîté !
Ombre généreuſe & plaintive
De l'Héroïne d'Orléans ,
Que la Seine vit fur la rive
Victime d'abſurdestyrans!
Rayonnante à la fin de toutevotte gloire ,
Paroiſſez ; recevez l'hommage des François.
Un Orateur ſenſible aux grands traits de l'Hiſtoire ,
Juſte appréciateur des vertus , des hauts faits, *
Amarqué votre place au temple de Mémoire.
Brûlant du même zèle , un autre en vers pompeux,
Peignant de Jeanne d'Arc & la mort & la vie ,
Dira pour nos derniers neveux :
C'est elle quiſauvafon Prince & Sa Patrie.
( Par M. Monget , Officier au Tribunal
des Maréchaux de France. )
*M. Gaillard , de l'Académie Françoiſe , arécité, dansune
Séance , une intéreſſante Diſſertation ſur Jeanne d'Arc , nous
en avons faitmention,en rendant compte de cette Séaroc.
I ij
100 MERCURE
VERS à S. F. M. le C.... DE B....
DESES Poëtes Latins les Écrits enchanteurs
D'un délire ſacré m'inſpiroient les fureurs ,
Lorſque dans ces accès où l'âme n'eſt plus libre ,
Je crus vivre en ce temps qu'exiſtoient ces Auteurs ,
Et me vis tranſporté ſur les rives du Tibre,
Enfin je les verrai ces mortels ſi fameux ;
Enfin je m'écripis , plein d'une ſainte ivreſſe ,
Je vais tomber aux pieds des Héros du Permeſſe;
Un ſeul de leurs regards va m'élever aux cieux.
Allons baiſer leurs pas , allons , que je contemple
De ces maîtres vantés l'aſyle glorieux ;
Fût- il une cabane, elle ſera mon temple.
Que faut- il aux talens? l'encensqu'on doit auxDitur.
Déjà je croyois voir des palmes verdoyantes
M'indiquer , en croiſſant , leurs demeures ſavantes ,
Quand cette voix funeſte a détruit mon eſpoir:
Ils font morts tes Héros, ils ne ſont plus ces Sages,
Je répands déſolé : quoi , je n'ai pu les voir!
Allons chercher leureendre , elle aura meshommages,
Et mes pleurs chaque jour baigneront leurs images;
Le coeur ſeul doit ſurvivre aux maîtres qu'on chérit,
Maisun brillant génie aufſitât me ſourit ,
Et me dit , d'une voix qui peignoit l'alegreſſe:
Un mortel dans ces lieux peut bannirta trifteffe ;
Lui ſeul fait vivre encor tes Auteurs favoris;
DE FRANCE. 201
Et foudain m'adreſſant des regards attendris ,
Il plaça dans mes mains un Livre dont les charmes
De mes yeux abattus eſſuyèrent les larmes ;
Je l'ouvre , je vous vois, je parcours vos Écrits ,
Et content d'admirer votre pinceau fertile ,
Je ne regrettai plus Horace ni Virgile .
(ParM. Sabatier de Cavaillor. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Lemot de la Charade eſt Diane ; celui de
l'énigme eſt le Jeu de Cartes ; celui du Logogryphe
eſt Magicien , où l'on trouve Nice ,
Mage,gain ,mie , cage, magie , main.
CHARADE.
'EST par excès d'eſpritqu'ondevient mon premier;
Lorſque l'on n'a pas d'or ondevient mon dernier ,
Et c'eſt un grand défaut que d'êtremon entier.
(ParM. le Chevalier de Meude Monpas.)
I iij
202 MERCURE
)
ÉNIGME.
DIVERSEMENT, IVERSEMENT , Lecteur , tu connois ma nature,
Etje vais en deux mots t'en faire la peinture.
Lorſque je fuis d'acier , d'or ou de diamans,
J'offre un objet bien cher à tous nos élégans .
En des liens plus forts quand je ſuis arrangée ,
Je fais venger les droits de Themis outragée.
Mais quandle tendre Amour me forme avecdes fleurs,
Par l'attrait du plaiſir je captive les coeurs.
(Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine an
Régiment de Provence. )
LOGOGRYPHE.
T
ANDIS que parcourant l'empire de Neptune,
Le Marchand fur les flots yoit errer ſa fortune ,
Tout-à-coupje me montre ,&tous ſes vains projets
De mon cruel pouvoir deviennent les jouets.
Combinant les huit pieds qui compoſent mon être ,
Si vous êtes François vous voyez votre Maître ;
Vous pourrez encor voir ſi vous êtes Chaſſeur ,
Ce qui peut de vos chiens faire augmenter l'ardeur;
Étes-vous Financier? j'ai ce qui vous honore ,
Cemétal tout- puiſſant que chez vous on adore ;
Si vous êtes dévot, en moi vous trouverez
Ce qu'au pied des Autels quelquefois vous tenez ;
:
[
DE FRANCE.
203
Si vous êtes amant, une fleur ſe préſente;
Allez en décorer le ſein de votre amante.
(Par M. Lelong , Avocat au Parlement
deBretagne.)
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRES Critiques & Politiques fur les
Colonies & le commerce des Villes Maritimes
de France; adreſſees à G.T. Raynal ,
par M. ****. Se trouve à Paris , chez
Jombert , Libraire , rue Dauphine , &
chez Deffenne , au Palais Royal.
L'ADMINISTRATION, en laiſſant aux parties
intéreſſées laliberté de diſcuter publiquement
le problème politique qui fait le ſujet de cet
Ouvrage , a indiqué la folidité des baſes ſur
leſquelles fut établi l'Édit du 30 Août 1784 ;
carjamaisune diſpoſition législative , préparée
avec ſageſſe , ne redoutera l'examen & le jugementde
l'opinion.
Malheureuſement les athlères qui ont com
battu pour ou contre ledegréde liberté à accor
der au commerce des Colonies, n'étoient point
animés d'un zèle auſſi déſintéreſſe que le Légiflateur;
moins impartiaux , ils ont dû être
moins éclairés ; la prévention , quelle qu'en
foit la fource, nous dicte plus d'erreurs encore
que l'ignorance.
L'eſprit de contention ſe joignant à
Liv
204 MERCURE
l'intérêt pour repréſenter des vérités relatives
comme des maximes abſolues , des faits
accidentels , comme un état de choſes néceffaires
, & des rapports iſolés comme un ſyſtême
général , le Lecteur , embarraffé de tant de
fophifmes oppofés, ne voit que des affertions
fans preuves , des raiſonnemens ſans principes
, des faufſes applications de dogmes politiques
très-peu évidens.
C'eſt encore pire, lorſque des controverfes ,
qui ne peuvent être débattues qu'avec l'efprit
d'analyfſee ,, de méthode &de clarté , dégénèrent
endéclamations ; lorſqu'on traite du café
&de lamoruedequelques Ifles d'Amérique ,
dans le ſtyle dont Boiluet peignoit la decadence
des Empires ; lorſqu'enfin on s'attache
plus aux récriminations injurieuſes , qu'aux
moyens de perfuader ſans échauffement.
: L'Auteur des Lettres Critiques & Politiques
s'eſt préſervé de la plupart de ces défauts.
Quelquefois cependant la chaleur lui fait per
dre le tonde la modération ; il s'annonce dans
ſa Préface comme parfaitement libre d'inté
rèss perſonnels ; mais en divers endroits , fon
indépendance reſſemble àcelle de ces Armateurs
, qui arborent un pavillon neutre pour
croifer plus sûrement contre leurs ennemis.
Dans ſes Recherchesfur la nature &fur les
causes de la Richeſſe des Nations , le méthodique
&profond Adam Smith a dit : " Fonder
" un grand Empire , dans le ſeul deſſein de
ود ſe procurer des pratiques, ſemble d'abord
>> n'être que le projet d'une Nation de boutiDE
FRANCE. 205
1
"
>> quiers; cependant ce projet n'eſt pas même
convenable à une Nation de boutiquiers ; il
>> ne peut convenir qu'à une Nation où les
>>boutiquiers tiendroient le timon de l'État. »
Les obſervations de l'Auteur des Lettres Critiques
, &c. font un développement & une
application de cette maxime.
ود
Dans ſa première Lettre ſur les Colonies
en général , il cherche à prouver que ces établiſſemens
n'ont été fondés ni par laMétropole
ni pour la Métropole. D'autres avant lui
avoient déjà examiné cette propofition , en
arrivant mutuellement à des réſultats oppofés.
Lorſqu'il s'élève une telle contrariété de fyftêmes
entre les bons eſprits , on peut décider
que la queſtion eft encore très-obfcure ; peutêtre
M. D. ne la tire-t'il pas de cette obſcurité.
Que font les Colonies , ſe demande-til ?
" Les Colonies Françoiſes de l'Amérique
font des populations agricoles , impor-
>> tantes par le genre de leurs cultures , efti-
ود
ود mables par l'eſpèce de leurs Colons. Ce
>> font des Provinces du Royaume de France ,
>> comme la Normandie , la Bretagne , la
» Guyenne ; & s'il étoit queſtion de préémi-
>> nence entre les parties intégrantes de l'Em-
» pire , je ne balancerois pas un inſtant à
>> l'affigner aux Colonies. Plus d'utilité , plus
>> de lumières , moins de populace & de fri-
" pons , &c. &c. » Ailleurs , l'Auteur ajoute :
>> Les Colonies procurent à la France des
>> moyens de travail , de population , de ri-
>>> cheſſes , qui doivent les rendre à jamais
ود
ود
IvV
206 MERCURE
>>précieuſes à ce Royaume. Sans ces établiſ
>> ſemens , la France , tant vantée pour la fer-
رد tilité de fon fol, pour l'induſtrie & l'acti-
>>vitéde ſes habitans, verſeroit chaque année
>> trente millions chez les autres Nations ,
رد
ود
foit pour les intérêts de ſes emprunts , foit
pour les matières premières dont elle a be-
>> foin; fans ces établiſſemens précieux , fon
> numéraire éprouveroit chaque année cette
>> effrayante diminution , tandis que , chaque
>> année , il augmente de quarante millions;
>> ſans l'aliment enfin que les denrées des Colonies
fourniſſent à ſon commerce , elle ne
>> ſe montreroit dans les marchés de l'Europe
>> que pour y afficher ſa pauvreté,fon inertie
>> ou les erreurs de ſon Adminiſtration. >>>
Ces idées ne paroîtront probablement ni
exactes ni politiques. Il n'eſt certainement
point vrai , ſous quelque rapport qu'on les
confidère , que deux ou trois Ifles à fucre , à
deuxmille lieues de nous , puiffent avoir la
même importance qu'une grande Provincede
laMonarchie. Perſonné, avantM. D. , n'avoit
imprimé que , fans ces trois Iſles , la France
afficheroit par- toutſa pauvreté &fon inertie.
Des hommes de génie ont même douté que
l'établiſſement des Colonies eût été utile à
leurs Métropoles. Le même Philofophe ,
Adam Smith , déjà cité , prouve combien
celles de l'Angleterre en Amérique furent
funeſtes au commerce de la More - Fatrie ,
en employant des capitaux immenfes qui
euffent fait proſpérer cinquante branches
DE FRANCE. 207
d'induſtrie , de navigation , de commerce direct
ou indirect , & dont les retours , extrêmement
lents , diminuent néceſſairement la
circulation ; mais ce n'eſt point ici le lieu
d'une pareille diſcuſſion ; il ſuffit de remarquer
que l'Auteur des Lettres , trop entraîné
par le defir de démontrer toute l'utilité des
Colonies , leur fubordonne en quelque forte
le Royaume entier ;& ce dogme , il faut en
convenir, paroît dominer dans le cours entier
de fonOuvrage.
Peu de perſonnes , je crois , admettront ſa
définition du commerce. Selon lui , le commerce
eſt formé de ceux qui produiſent les
objets de l'échange , tels que les Agriculteurs
&les Fabriquans. Les Négocians , ajoute-t'il,
ne fontque les agens , les appareilleurs , les
ennemis , les destructeurs du commerce , &c.
&c. Il fuffit d'indiquer cette fubtilité fans la
relever ; car perſonne n'ignore que le commerçant
eſt l'entremetteur de l'échange , &
que ſans lui , cet échange n'auroit pas lieu ,
à moins que le producteur lui - même ne
s'adreſsât directement au conſommateur , &
dans ce cas il deviendroit lui-même le Négociant.
Les recherches de l'Auteur ſur l'état actuel
de la Martinique , de la Guadeloupe & de
Saint-Domingue , ſont bien plus inſtructives
que ces préliminaires trop peu approfondis.
Onvoit dans les Lettres III & IV un tableau
très-circonftancié & très- curieux de la popu+
lation ,des cultures ,des reſſources , des mal+
I vj
208 MERCURE
heurs , du degré de dépériſſement de ces trois
Ifles , ou des eſpérances qu'elles laiffent concevoir.
Cette deſcription feroit peut-être encore
plus attachante fi elle étoit écrite avec
plus de fimplicité. En parlant de la Martinique
, l'Auteur dit :
" L'agriculture y languit ; la terre n'y eft
> plus cette vierge , qui , fertiliſée ſubite
>> ment , récompenſa les premiers foins du
> cultivateur; des récoltes nombreuſes ont
>> épuiſé chez elles cette force végétante que
> des fiècles d'inaction avoient formée d'an-
>> tiques débris , des dépouilles annuelles des
arbres & de leurs troncs , cédant fuccefli
vement à la loi de la vétuſté ; vieillie main-
> tenant pour étre encore féconde , elle ap-
>> pelle les reffources de l'art au ſecoursde la
>> Nature pareffeuſe;'pour ranimer les fels
>>épars , illui fautdes préparations , &c. &c. »
Virgile , dans ſes Georgiques , n'eſt pas
aufli métaphorique , & on pouvoit annoncer
l'épuiſement du fol dans un ſtyle
moins oriental. " L'ouragan , dit l'Auteur en
rappelant ces affreuſes tempêtes dont les Ifles
font fouvent défolées , " avoit déjà fait fentir
>>ces tourbillons furieux qui ſemblent les
> efforts convulsifs de la région des airs , tout-
» à-coup conjurée contre les mêmes plantations
que fes douces influences avoient fait
fructifier. "
ود
وو
Lorſqu'on a bien médité ſon ſujet , comme
l'a fait M. D. , & qu'à ſon exemple on peut
saffembler des idées , des faits & des obferDE
FRANCE.
209
a
vations , on n'a aucun beſoin de la reſſource
de cette éloquence des tréteaux. M. D. eſt
trop judicieux pour ignorer que les matières
didactiques font peu fufceptibles de cette
fauſſe chaleur & de ces contorfions , familières
depuis quelques années à de prétendus
Orateurs, qui font des phrafes de théâtre ſur
desbillets de banque , &des figures poétiques
furdes caiffes de thé.
Ce que dit l'Auteur dans ſa quatrième Lertre
, contre les loix prohibitives , nous paroît
être penſé avec meſure & avec juſteſſe.
Laiſſant l'examen très-compliqué, très- embarrallant
pour les meilleurs Philoſophes , dứ
régime prohibitif en général, M. D. diftingue
l'importation des objets de luxe , de celle des
objets de première néceffité , tels que les bois ,
les farines , le poiffon , les ſalaiſons dans les
Colonies. Il prouve enſuite la fauffeté des
inductions qu'on tireroitdes loix prohibitives
de l'Angleterre dans ſes Ifles d'Amérique ,
contre les motifs de l'Édit rendu en France
en 1784. Il obſerve que les Iiles Angloifes ,
anciennement approviſionnées par le continent
preſque entier de l'Amérique Septentrionale
, réuni alors ſous la même domination
, ſe ſoutenoient dans une abondance
malgré le monopole, à laquelle les Colonies
Françoiſes ne pouvoient atteindre.
" Avant d'imiter les loix prohibitives des
>>Anglois , ajoute M. D. , il eût été raiſonna-
>> ble de comparer la foibleſſe de notre Marine
Marchande avec la force de celle des
210 MERCURE
>> Anglois; le peu d'intelligence de nos Né-
>> gocians , leur peu d'économie , l'exiguité
ود
ود
de leurs moyens, avec l'activité , la ſageffe
& les fortunes énormes des Marchands
>>Anglois; les différences de l'intérêt de l'ar-
>> gent en France & en Angleterre; celles du
" génie , des moeurs, des préjugés des deux
>> Nations , & des formes des deux Gouver-
» nen.ens.... Il eût été néceſſaire de meſurer
رد
,
fur la carte l'étendue de notre territoire
>> aux Antilles , d'en comparer la population
>> avec celle des Colonies Angloiſes a fucre
>> & de ne pas ſe flatter que le Canada & le
>>Miffiffipi ( qui nous appartenoient au mo
>>ment de l'établiſſement des loix prohibi-
>> tives , ) puſſent remplir à l'égard de nos
>> Colons , les mêmes fonctions que la Nous
>> velle- Angleterre rempliſſoit avec ſurabon-
>>dance vis-à- vis les Colonies Angloifes. >>>
Les Lettres ſuivantes contiennent un précis
hiſtorique de l'influence des loix prohibitives
fur les Colonies Françoiſes , de la révocation ,
du rétabliſſement de ces loix ,&des effets qui
ont réſulté de ces variations. L'Auteur énumère
enſuite les divers articles d'importations
néceffaires aux Antilles ,& en déduit l'impuifſance
où ſe trouve la Métropole de fournir à
leurs beſoins , ſoit par la quantité , ſoit par
le bon prix de l'importation. :
La dernière Lettre , dont le ſujer eſt la
traite des Nègres , n'eſt pas la moins curieuſe.
Onvoit entre-autres un tableau effrayant de
la conſommation d'hommes que coûte à
r
DE FRANCE. 211
l'Afrique la culture de ces Ifles , dont l'Auteur
rehauſſe ſi fort l'utilité. Tous les ans
l'Afrique perd 60 mille Nègres. " Les François
>> en enlèvent 12 mille; les Anglois 40 mille;
22 les Hollandois , à préſent , à peine 6 mille.
>> L'Eſpagnol & le Danois , quoiqu'avec des
>> comptoirs en Afrique , ne paroiffent pref-
>> que plus dans ſes marchés. Les Portugais
>> ne font pas monter leur traite à plus de
ود
ود
22
4 mille. Ces diverſes extractions annuelleş
>> ont dépeuplé les rivages de l'Afrique ; ſes
côtes font déſertes, & la traite ne pouvant
>> plus ſe faire qu'à cent lieues & plus dans
l'intérieur des terres , il s'enfuit que le
>> terme de ce commerce eſt très-prochain . >>
A cette époque , que deviendront les atteliers
de Saint - Domingue , de la Jamaïque ,
&c. &c. ? Ces 150 millions de denrées Coloniales
exportées par les ſeuls navires François,
& cette proſpérité éblouiffante , dont
l'Auteur s'efforce de groffir l'étendue & de
développer les moyens ? Il pourvoit à cet acci
dent , par le confeil donné aux Colonies , de
ſe munir abondamment de Nègres , avant
que ce trafic ceſſe par l'épuiſement de la marchandiſe
, de s'en munir au meilleur compte ,
en en achetant à force des étrangers , de leur
épargner l'horreur du traitement ufité pendant
la traverſée ; enfin, de ne pas les affaiſiner
en détail par le mauvais choix & par la
diſettede lanourriture. L'Auteur perfuaderat'il
aux Colons qu'il vaut mieux travailler à
conſerver leurs Nègres qu'à en acheter con
212 MERCURE
tinuellement de nouveaux ? C'eſt ce dont on
pourroit douter; & lorſqu'à toutes les cauſes
de mortalité qui frappent aux Antilles cette
race infortunée , on joint encore le tranſport
continuel qui s'en fait en Europe , où les
naturels du Congo & du Benin ſont devenus
les laquais de mode de nos petites maîtreffes
, cette nouvelle population de Noirs
dans les Antilles ne ſemble pas très- facile à
réaliſer.
M. D. termine fon Ouvrage par ces mots :
* Que veulent les Colons ? Conſerver &
>> créer. Que veulent les Négocians ? Ré-
>>duire & détruire. Qu'est - il néceſſaire ,
>>après cela , d'articuler la conclufion de cer
» ouvrage ? Liberté de commerce dans les
Colonies quant à l'importation de vivres
» & de Negres ; exportation totale par le
>> commerce de France de toutes leurs pro-
>> ductions , excepté les firops & les taffias ,
- qui lui font inutiles , ou ne pourroient lui
>> être avantageux. "
ود
Sans adopter , fans combattre , fans difcuter
même les allégués & les concluſions de
PAuteur , nous recommanderons la lecture
de fon Ouvrage aux perſonnes qui portent
leurs vûes ſur l'adminiſtration des Colonies ,
en les avertiſſant néanmoins de ne pas oublier
que ces Lettres font un Écrit polémique.
( Cet Article eft de M. Mallet-du-Pan. )
DE FRANCE. 213
1
PROCÈS- VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale de Haute- Guyenne
tenue à Villefranche dans les mois de Septembre
& d'Octobre 1785. in- 4°. Prix, 3 liv.
broché. A Paris , chez Moutard , Impr.-
Libraire , rue des Mathurins , hotel de
Cluny; Crapart , rue d'Enfer ; Lamy , quai
des Auguftins Hardouin au Palais
Royal , Nos 13 & 14 ; & Monory,rue des
: Folles S. Germain-des-Prés.
د
IL. fuffit d'avoir une idée de la forme &du
régime de l'Adminiſtration Provinciale de
Haute-Guyenne pour la faire chérir ; le plus
ſimple expoſé des objets de ſes Délibérations
rendra extrêmement intéreſſant le volume
que nous annonçons : nous nous bornerons
doncici àdonner une idée de ſa compofition
& de fon régime , après quoi nous expolerons
très-ſuccinctement les objets qui y font
traités.
Forme. 52 Propriétaires compoſent cette
Adminiſtration ; ils font choiſis dans les trois
Ordres , ſavoir , 10 du Clergé , 16 de la Nobleſſe
& 26 du Tiers-État. Le premier choix
s'en eſt fait par 16 Membres, à qui le Roi
avoit donné ordre de s'aſſembler à cet effer ;
le renouvellement doit s'en faire par tiers , à
commencer la fixième année , & les nouveauxMembres
feront choiſis par l'Aſſemblée
Générale.
Indépendammment de cette Affemblée
214
MERCURE
Générale , qui ſe tient tous les deux ans pendant
un mois , il y a une Commiffion intermédiaire
conftamment aſſemblée , qui eſt
compoſée de huit Membres de l'Adminiſtration
, de deux Procureurs-Généraux- Syndics
&d'un Secrétaire Archiviſte .
Régime. L'Aſſemblée Générale délibère ,
dans ſes ſéances , ſur tout ce qui peut intéreſfer
la gloire du Roi & le bonheur de la Province
; la Commiflion intermédiaire pourſuit
auprès du Conſeil du Roi l'autoriſation des
délibérations , les fait exécuter lorſqu'elles
ſont autoriſées , & rend compre à chaque
Affemblée Générale de ſes opérations.
On voit , par ce que nous venons de dire ,
que cette Adminiſtration n'a d'activité que
pour formerdes voeux de bien publie , &que
pour faire exécuter ce qu'il plaît au Roi d'ordonner
ſur ſes repréſentations. On voit auffi
que Sa viajeſté n'a eu pour objet, en la
créant , que de réunir une plus grande maffe
demoyens pour opérer le bien des peuples.;
Telle eſt l'idée que l'on peut prendre ,dans
ce ſimple extrait de cette forme d'adminiftration
& de fon régime: elle eſt ſuffiſante ,
fans doute , pour lui attirer tous les ſuffrages.
Voici l'expofé ſuccinct des principaux objets
rapportés à l'Affemblée Générale de 1782 ,
parMM. les Procureurs Généraux-Syndics.
Rapport. L'ordre ſucceſſif des opérations
de la Commiſſion intermédiaire dans l'intervalledes
féances de l'Aſſemblée Générale , eſt
expoſédans ce rapport. Ony rend compte de
DE FRANCE.
215
la manière dont elle a opéré dans le départementdes
impoſitions , c'est-à-dire , de la répartition&
perception de tous les impôts , & du
foulagement accordé aux Communautés ou
aux particuliers qui ont éprouvé des pertes
par l'intempériedes ſaiſons ou pardes accidens
fortuits. On y expoſe les travaux faits pour
parvenir à la rectification de l'ancien tarifde
la Province , qui ſert de bâſe à la répartition ,
&pour renouveler les cadaſtres. On y expofe
les plans qu'elle a ſuivis pour répartir avec
plus de juſtice la capitation , les démarches
qu'elle a faites pour obtenir du Roi un abonnementdes
vingtièmes de la Province, à l'effet
d'avoir des déclarations plus exactes des propriétés
, afin de rendre proportionnel le fardeau
des contribuables.
La commiffion intermédiaire a ſuivi l'exécutiondesdélibérations
de l'Aſſemblée Générale
ſur l'objet des grandes routes , elle y a
placé des atteliers , elle a fait faire des adjudications
avec la plus grande économie , &
procure annuellement à la Province des routes
parfaites avec infiniment moins de dépenſe
que l'ancien régime .
Elle ne s'eſt pas moins occupée du beſoin
qu'a la Province de rendre ſes rivières navigables;
mais c'eſt ſur-tout dans l'emploi des
fonds de charité que le Roi accorde à chaque
Province , & qui ſe lèvent ſur elle , pour pro
curer de l'ouvrage & la ſubſiſtance à la claſſe
indigente du peuple , que la Commiffion intermédiaire
adonné les preuves les plus frap
216 MERCURE
pantes de fon zèle patriotique &de ſes ſoins
paternels.
Lesautres objets de ce rapport font trop
nombreux pour trouver place dans cet extrait
, il ſuffit de les indiquer.
Le rétabliſſement de divers ponts & chaufſées
emportés par les inondations ; l'exploitation
des mines abondantes , & fur-tout celles
du charbon de terre, qui ſe trouvent dans la
Province; l'uniformité des poids & des mefures
, fi utile à la ſécurité & à la facilité du
commerce ; la perfection à donner à l'agriculture
; l'amélioration & l'augmentation des
chevaux, des mulets&bêtes à laines ,&c. &c.
Délibérations. Les délibérations , bien difcutéesdans
les rapports des bureaux particuliers
, ne feront qu'indiquées ici; il ſuffit de
faire connoître les objets ſur leſquels elles
font priſes , pour engager à les lire dans l'Ouvrage
même.
Première Délibération. Sur la ſuppreffion
d'un privilège excluſif d'exploitation des charbons
de terre , à l'effet de procurer la fécurité
aux propriétaires des mines , & la plus
grande concurrence des ſpéculateurs dans ce
genre d'induſtrie.
2. Sur la fuppreffionde la Pépinière Royale,
qui eft beaucoup plus difpendieuſe qu'utile.
3. Surle nouveau plan de répartition de la
capitation , afin de mettre les contribuables
à portée de connoître leurs facultés & leurs
contributions reſpectives.
4. Sur la forme des déclarations des pro-
;
DE FRANCE. 217
priétaires des biens fonds , à l'effet de répartir
avec juſtice la ſomme à laquelle eſt abonnée
la Province pour les vingtièmes ...
5. Sur le droit de boucherie ; approbation
d'un réglement pour répartir ce droit avec
juſtice.
6. Sur les aſſociations d'agriculture , afin
de ſe communiquer les obfervations qu'on
aura faites , & encourager les expériences.
7. Sur les grands chemins , les Commiſſaires
des travaux publics , les Ingénieurs des
Ponts & Chauſſées , leurs devis eſtimatifs &
les adjudications de ces travaux.
8. Sur les contraintes ; réglement pour
empêcher de ruiner les contribuables qui
ne payent pas exactement les impoſitions
Royales.
9. Sur les parties de routes à faire inceſſamment
, & la forme de contribution établie à
cet effer.
10. Pour établir des cours d'accouchemens
gratuits pour des femmes de la Province.
11. Sur les fonds & atteliers de charité ,
réglement très-ſage à ce ſujet.
12. Sur les travaux faits & à faire pour la
rectification de l'aneien tarif,& le renouvellement
des cadaſtres.
13. Sur l'habileté & l'harmonie avec lef
quelles M. de Richepry a dirigé l'opération
des cadaſtres .
14. Sur le commerce de la Province , afin
de le délivrer de ſes entraves.
15. Sur la liberté à accorder aux Commu
218 MERCURE
nautés de ſe diviſer lorſque leur trop grande
étendue nuit à la choſe publique , ou de ſe
reunir lorſqu'elles font trop peu conſidérables
pour ſupporter lesCharges Municipales.
16. Sur les moyens d'établir une juſte proportion
des droits réſervés entre les villes &
bourgsde laProvince.
T 17. Sur la fuppreffion des privilèges des
Gardes Étalons & l'amélioration des Haras ;
fur le beſoin d'avoir des Maréchaux Experts ,
Élèves de l'École Vétérinaire de Paris , &
fur l'augmentation de la Maréchauffée dans
le pays.
18. Sur les privilèges de la Vicomté de
Turenne , ſituée dans la Haute-Guyenne;
fur la nomination aux places de l'Adminiftration
, vacantes par mort ou démiſſion , &
fur l'uniformité des poids &meſures.
19. Sur le renouvellement des Membres
de l'Adminiſtration.
20. Enfin, ſur l'Arrêt de Réglément du 8
Septembre 1782 , qui fixe les rapports de la
Commiſſion intermédiaire avec le Commif
faire départi dans la Généralité.
DE FRANCE. 219
:
VARIÉTÉS.
Lettre à M. ALPHONSE LEROI , Docteur
en Médecine , Auteur d'un Ouvrage
intitulé : De la Nature & de l'Homme ,
ou Plan raiſonné de matière Médicale ,
dans lequel on rapporte à la Médecine les
connoiſſances anciennes & modernes de
la Phyſique &de la Chimie.
:
1Ly a long-temps , Monfieur , que j'ai reçu & lê
votre Livre ; a j'avois été auſſi empreſſé à vous remercier
de cet agréable préſent qu'à en jouir , je ne
ſerois pas obligé de commencer par des excuſes ;
mais il eſt plus aiſé de courir au plaiſir que vos Onvrages
promettent , que de bien parler de celui
qu'ils font. 1
C'eſt une choſe vraiment frappante que le nouveau
ſyſtème d'études médicinales que vous propoſez
; d'autres le jugeront : d'autres en profiteront;
mais il eſt donné à tout homme qui penſe d'en appercevoir
l'étendue & d'en prévoir l'utilité.
Vous tranſportez le jeune talent ſur le ſommet de
la ſcience ; de cette hauteur , vous lui montrez
toute la Nature , & vous dites , comme dans l'Évangile
: Tout ceci t'appartient ſi tu veux me suivre.
Mais quand Satan ( pardonnez la comparaiſon )
tenoit à peu près le même langage , il faifoit comme
biendes gens , il diſpoſoit d'un bien qui n'étoit pas
à lui ; vous , Monfieur , au contraire , ces vaſtes
champs de la Nature , dont vous offrez l'empire ,
on ſait qu'ils font votre conquête; vous êtes fâché
220 MERCURE
de n'y voir qu'une poignée de gens pour défricher
des landes immenfes , & vous montrez la route
de nouveaux Colons.
Vous aviez bien raiſon , Monfieur , d'être vivement
ému de votre idée , & je ne ſuis plus étonné de
l'enthouſiaſme avec lequel vous en parliez ; je re
grette ſeulement que vous n'ayez pu lui donner encore
tout le développement dont elle ſeroit ſuſceptible
; fi je l'ai bien entendue ,vous ne voulez pas
que la Médecine marche déſormais ſans le cortège
de toutes les Sciences Naturelles; vous voulez que le
Médecin étudie tous les êtres qui compoſent l'Univers
, comme les parties du tout unique qu'il fe
propoſede l'homme.
J'aime à vous voir , Monfieur , vous applaudir
du rapportque cette méthode paroît avoir avec celle
des anciens ; vous m'avez même en cela donné une
fatisfaction flatteuſe , & mon amour-propre vous
fait bien bon gré d'avoir trouvé dans vos idées des
preuves d'une obſervation que j'ai ſouvent faite en
examinant la prétendue ſupériorité de notre ſiècle
dans les Sciences . *
pu sh
Je ne crois pas qu'on puiſſe nier que les modernes
n'ayent infiniment reculé les bornes de chaque
Science en particulier ; ils ont partagé en différens
domaines le vaſte empire de l'eſprit humain ; & il
paroît que ces domaines ainſi iſolés en ont été cultivés
avec plus de ſoin , & en font devenus plus
* Des Recherchés fur la Société d'Athènes , comparée à
la nôtre , relativement aux Lettres ,& fur l'union admirable
de tous les Beaux Arts entre eux , qui réfultoit de fes
formes particulières , ont conduit aux obſervations qui fuivent
: ces recherches font partie d'un Ouvrage intitulé :
Du Goût National & de l'Esprit du siècle , conſidérés dans
leur influencefur les Lettres , Difcours prononcé par l'Auteur,
lorsdesa réception à l'Académie de Dijon. Il paroîtra
bientôt,
richess
DE FRANCE. 217
A
riches; mais la maxime , diviſe pour régner, n'eſt
pas auſſi généralement vraie dans les Sciences que
dans la Politique; il eſt arrivé que chacune d'elles ,
énorgueillie de fon accroiſſement nouveau , a prétendu
ſe former une exiſtence indépendante , une
domination diſtincte , & faire de ſes amis une Nation
à part ; je ne ſais quelle anarchie philoſophique
abriſe le lien qui doit réunir toutes nos connoifſances
; leurs rapports mutuels ſont devenus infenfibles;
leurs beſoins réciproques ont été oubliés;
leur langue a ceſſé d'être la même; delà , tant de
contradictions , tant d'incertitude , tant d'obícurité
au milieu de tant de lumières , tant de Savans &
peu de Philoſophes.
:
C'eſt à vous , Monfieur , qu'il appartient de juger
ſi j'exagère les conféquences de la méthode moderne
qui diviſe & fubdiviſe ſi ſoigneusement les Sciences
&les Arts; du moins voit-on clairement que les
anciens en ſuivoient une toute contraire; l'enſemble
qu'on admire dans leurs conſtitutions politiques ,
on le voit régner dans leurs ſyſtemes d'inſtruction ;
ils faifoient marcher de front toutes les études de la
Nature; ils ne vouloient point obſerver les membres
ſéparément du corps ; ils ſembloient tous dirigés
&animés par cette idée , peut être aufli vraie qu'elle
paroît audacieuſe , qui nefait pas tout , nefait rien.
L'univerſalité des connoiſſances de notre Homère,
de votre Hippocrate , d'Empedocle , d'Arif
tore , d'Eratosthène & de tous les Philoſophes anciens
, celle même de Deſcartes, de Leibnitz , de
Boerthaawe, de Newton , de Locke même , & des
plus grands génies de la Philoſophie moderne ,
montre qu'ils ont ſuivi cette route , & j'y vois avcc
plaifir une preuve de la ſupériorité de votre plan
inftruction.
Le grand Livre de la Nature reſſemble à nos
Livres; connoître l'alphabeth , aſſembler des fyl
N°. 53 , 31 Décembre 1785. K
218 MERCURE
A
labes , même des mots , appellera-t'on cela ſavoir
lire?
Je ſuis fi frappé du tort que nous a fait cette
diviſion exceflive de toutes les Sciences & de tous
les Arts , que ce qui a dû principalement faire naître
-l'idéed'une Encyclopédie , c'eſt , à ce qu'il me ſemble,
la néceſſité de remédier à ce défaut d'accord
& d'union , néceſſité & défaut indiqués dès- longtemps
par Fontenelle même ; & quand je vois que
limperfection de ce grand édifice vient ſur tout de
ce qu'il eſt l'ouvrage de p'uſieurs , & non d'un ſeul ,
je me livre avec plus de confiance à mes conjectures
fur l'heureux enchaînement qui doit réſulter de la
méthode ancienne & de la vêtre ..
4
Mais voici bien autre choſe , Monfieur; ce mérite
que j'attribuois tout- à-l'heure à l'uſage où nous
ſommes de claffer à l'infini les Sciences , & de les
étudier à part , il ne ſeroit pas difficile de leconteſter
en grande partie ; fans aveugle prédilection
pour les anciens , fans amour du paradoxe , je
ſuis tenté de croire qu'il feroit plus utile & plus
philoſophique d'étudier pluſieurs Sciences enſemble,
& même que chacune en particulier en ſeroit mieux
connue & cultivée avec plus de ſuccès.
A N'est-il pas vrai que ſouvent l'excès de l'ordre
prodnit la confufion ? N'avez-vous pas vu de ces
gens minitieux , qui ne trouvent jamais rien , parce
qu'ils ont une place marquée pour tout ? N'est- ce
pas-là l'inconvénient de nos volumineuſes nomencla.
tures , de tous ces magaſins particuliers des Sciences
: & des Arts ? D'ailleurs , en iſolant ſes recherches,
en les concentrant dans un ſeul genre , l'eſprit renonce
preſque ertièrement aux avantages des applications
& des analogies , amis ſecourables de la
mémoire , guides néceſſaires à l'imagination ; c'eſt
alots qu'il erre dans le vague des hypothèſes . qu'il
s'enfonce dans l'immenſité des détails curieuſement
DE FRANCE.
219
puériles , qu'il s'énerve dans les diſcuſſions frivoles
& les fubtiles analyſes , qu'il ſe perd enfin au
milieu de tous ces abus , qu'on peut appeler les
fuperftitions de la Science.
Mais ſi au contraire , guidé par une méthode
comme la vôtre, l'efprit entoure ſon étude principale
de pluſieurs études acceſſoires, à meſure qu'elles
avanceront enſemble, celle-ci ralliera ſans ceffe auprès
d'elle toutes les autres ; les réſultats communs
&particuliers ſe réuniront ſans ſe confondre ; l'objet
qu'il ſe propoſe deviendra tout à-la- fois plus vafte
&moins vague; les idées ſe rectifieront en mêmetemps
qu'elics s'étendront; l'eſprit ira plus loin ,
plus droit & plus vite.
,
- Enfin , Mongeur , le moment eſt venu ; voulonsnous
réellement devenir ſupérieurs aux Anciens
il faut lier , comme eux , les membres épars de la
*Science ; mais il faut abjurer nos méthodes timides,
adopter leur marche hardie , & ce qu'on a dit , à
Légard des lettres , de ces grands Modèles , fera
encore plus vrai pour les Sciences.
Jid
C'eſt en les imitantqu'on peut les furpaffer.
On va crier à la difficulté , à la chimère ; da
travail & du gérie , voilà ma réponſe; voilà ce qui
peut mettre la penſée d'un ſeul homme en proportion
avec l'immenſité de la nature ; & d'ailleurs -
la perfection eſt un fonge, c'eſt du moins ua
fonge ſouvent utile ; je demande le mieux , l'idéal ,
pour obtenir le poſſible.
Mais s'élevera t-on contre mes principes mêmes?
M'oppoſera- t- on l'autorité de Bacon ? Ce grand
homme, en effer , diviſa les Sciences & confeilla
les études partielles de la nature ; mais dans quel
fiècle? Lui même , d'ailleurs , n'avait- il pas
preflenti l'abus de fa méthode ? Par- tout il vous en
avertit : en même temps qu'il envoye differines
Kj
220 MERCURE
Colonies à la conquête des diverſes régions de l'entendement
humain ; il veut qu'il s'établiſſe entreelles
une correſpondance non- interrompue ; il croit
que les Univerſités & les Académies peuvent en
être les principaux Agens ; le faisceau du Vieillard
de la Fable , diſoit- il , eſt l'emblême des Sciences ;
ſa force n'eſt point dans quelques chétifs bâtons ,
ſeuls & ſéparés, mais dans ces mêmes bâtons rafſemblés&
ferrés d'un lien puiſſant.
Le goût fingulier de ce ſiècle pour l'analyſe fournira
peut- être quelques nouvelles objections ; mais
oſerai-je dire tout ce que j'oſe penſer? Cette méthode
ſi vantée n'a-t- elle pas ſes excès comme elle a
eu ſes ſuccès ? Elle ſépare , elle distingue; mais elle
diſſout, elle atténue , elle dénature , elle détruit ; fi
l'infini nous furpafie , l'unité abſolue nous fuit également
; l'analyſe s'égare en ſimplifiant comme la
ſynthèſe en compoſant; rien n'exiſtant ſeul , contempler
tous les êtres individuellement , c'eſt rif
querd'oublier leurs qualités rélatives ? Et ne font-ce
pas les principales ſources des vérités dans les Sciences-
pratiques ? Il me ſemble que l'inventeur de
l'analyſe , Deſcartes lui - même, ſavoit l'abandonner
, ou du moins ne pas s'y abandonner : quel
autre après avoir décompoſé , diftingué les objets ,
Jes rapprocha , les embraila avec plus d'audace ? Et
cette urile communauté des Sciences , qui l'a mieux
connue ? Sa fameuſe application de l'Algèbre à la
Géométrie, n'eſt pas la ſeule afſociation de ce genre
qu'il eut imaginée : c'eſt ſon admirable Panégyriſte
qui me l'apprend ; il projettoit même de diviſer.
toute la Philofophie en deux branches uniques , la
Méchanique & la Médecine; car Descartes avoit ,
ainſi que vous , conçu cette dernière dans les rapports
univerſels de l'homme & de la Nature *.
*V. les Notesde l'Eloge de Descartes , jar M. Thomas
DE FRANCE. 221
Votre plan nouveau prouvera les vérités qu'il n'avoit
que préſumées ; &, comme l'Architecte d'Athènes
, ce qu'il a dit vous offrez de le faire . /
Auſſi , Monfieur , pénétré de la rare extenfion qui
fait le caractère de ce plan , je me ſuis perfuadé
qu'on pourroit l'appliquer à p'uſieurs autres desSciences
& des Arts; on a beaucoup réfléchi & beaucoup
écrit ſur l'éducation de l'homme en général ; de
bons eſprits pourroient encore s'exercer avec ſuccès
&avecgloire ſur l'éducation particulière des talens ;
nosOuvrages élémentaires ſont compoſés dans des
vûestrop refferrées; je voudrois que dans chaque
Art un Maître habile rédigeât un plan d'inſtruction
collective conçu de cette manière vaſte & féconde
que vous m'avez fa't aimer. Ariftote n'a pas autrement
compoſe ſes Traités , admirables fur- tout par
la liaiſon qui les unit & réfléchit ſur chacun la
lumière de tous : ce travail auroit deux grands mérites
que je trouve dans le vôtre; il enflammeroit le
génie, il épouvanteroit la médiocrité.
Les bornes d'une Lettre, Monfieur , & fur tout
les bornes de montalent , ne me permettent pas de
développer ici comment l'objet de chaque Art , plus
agrandi par ces théories nouvelles, ſeroit en mêmetemps
mieux déterminé & plus fixe, cominent les
principes feroient tout-à-la fois plus généraux &
plus appropriés à la nature de cet Art, comment
T'unité naîtroit de l'étendue , comment , en reculant
les limites de l'horiſon de chaque Science , l'imagi
nation y feroit mieux contenue , & ne feroit plus
tentée de ſe livrer immodérément à des excursions
étrangères , de cultiver une partie aux dépens da
tout, & d'approfondir telle connoiſſance acceſſoire
aux dépens de la ſcience principale : ces prédilec -
tions du Savant & de l'Artiſte n'ont- elles pas quelques
exemples , & ne leur trouvez-vous pas quelques
dangers , fur-tout-dans un Art de l'importance
Kiij
222 MERCURE
du võrre ? Ne pourroit-on pas ſoupçonner , par
exemple , que dans une conſultation la variété des
avis fur la même maladie ne vient pas toujours de la
différence naturelle des eſprits , mais ſouvent d'une
répartition très- inégale des divers genres de connoiffances
dans chaque cerveau ? La préférence de tel
Médecin pour la Phyſique ou la Botanique , ou la
Chimie ne doit-elle pas ſe faire ſentir dans ſes ordonnances?
Et faut- il abſolument croire que ce goût
favori du Médecin ſoie toujours favorable au
malade
4
Avant de finir , Monfieur , je veux auffi vous
faire compliment du mépris que vous montrez pour
eet empyriſme ignorant qui prend la routine pour
l'expérience , qui transforme un Art libéral en
un aveugle méchaniſme , & dont les pratiques vulgaires
ſont ſans doute à la véritable Médecine , ce
que les Almanachs de Mathieu Laensberg font aux
fublimes ſpéculations d'un Aftronome.
Qu'allez - vous penſer , Monfieur, de l'audace
tourdie avec laquelle j'entre ainſi ſur des terres
étrangères , &dont j'entends à peine la langue , Efculape
eſt fils d'Apollon; mais ce fils-là ne vit point
dans la fociété de ſon père ; nous ne ſommes que les
amans légers de la Nature, vous êtes ſes fidèles
amis; mais , Monfieur , il eſt permis maintenant &
même ordonné à l'Homme de Lettres de réfléchir
quelquefois fur la marche de l'eſprit humain dans
les Sciences; je n'ai pas prétendu davantage; d'ailleurs
dans ce pays- ci & dans ce moment ci tout le
monde parle de tout ; vous ſavez comment les
découvertes nouvelles , vraies ou fauffes , ont
amené dans la Société la Phyſique , la Chimie & la
Médecine; comment les mots de gaz , de fluides , de
pôles ſont entrés dans la langue des converſations.
Ce n'est pas une manie nouvelle ; Fontenelle raconte
avec fa grace ordinaire que l'éloquence naturelle de
DE FRANCE. 223
Duverney avoit donné à l'Anatomie une telle faveur
, qu'il étoit du meilleur ton d'avoir dans ſa
poche une pièce sèche , un os , un crâne , &c. Ces
modes-là ne ſont ni les plus dangereuſes ni les plus
folles ; elles mettent toujours quelques connoiſſances
de plus en circulation; ſuivant Monteſquieu , en
feignant d'aimer les Sciences on s'y attache réellement
; & il faut l'obſerver , ſans tirer à conféquence,
telle eſt dans ce ſiècle l'ardeur générale qu
emporte les eſprits vers la lumière , qu'elle ſe propage,
même par nos ridicules. J'ai l'honneur
d'être, &c.
M
GROUVELLE , Secrétaire des
Commandemens & du Cabinet
de S. A. S. Mgr. le
Prince de Condé
,
l'Académie de Dijon.
Au Rédacteur du Mercure.
ONSIEUR ,
de
Le Voyageur Anglois Henry Swimburne , ſera
fansdoute flatté de l'accueil que l'on a fait ici à ſon
Voyage des deux Siciles , puiſque nous en avons vu
deuxTraductions faites en même-temps , & qui ont
paru à quinze jours l'une de l'autre. Parmi les notes
qui ont éré jointes à la ſeconde Traduction , imprimée
chez Didot l'aîné , il en eſt une fur laquelle on
ſe croit dans le droit de réclamer formellement ,
attendu qu'elle n'eſt rien moins qu'exacte : c'eſt celle
d'où il ſembleroit réſulter que l'Auteur du Voyage
Pittoresque de Naples & de Sicile , s'eſt ſervi & comme
parédes Ouvrages de plufieurs Auteurs , ſans les nom
Kiv
224 MERCURE
mer ; & où il eft dit , page 89 du ſecond volume: il
• falloitdire que le texteda Voyage Pittoreſque eſt
> preſqu'en entier de M. Denon; toute la partie de
>> l'Antiquité, de M. l'AbbéChauppy; celle de l'Hif-
→ toire Naturelle , de M. Faujas de Saint- Fond; celle
> de la Peinture & Sculptare , de M. W... le Diſcours
>> Préliminaire& Hiſtorique , de M. de Champfort ,
> & l'Hiſtorique de la grande Grèce , de M. de Cabanis,
&c. &c. En général , il vaut mieux dire la
* vérité ».
Et pourquoi doncne pas la dire , la vérité? Il au
roit été cependant bien facile de vérifier : 1 ° . Que
dès l'Avant-propos du premiervolume , M. de Champfort
, de qui eft effectivement le Précis Hiſtorique des
Révolutions de Naples , n'ayant pas voulu abſolument
être nommé , y est déſigné très-clairement,
page s, & comme il l'avoit dicté lui-même.
2°. Que M. de Faujas ,qui n'a écrit dans ext
Ouvrage que trois ou quatre deſcriptions ou notices
ſommaires concernant l'Histoire Naturelle , y est
nommé à chacune , pages 182 , 188 & 202 du ſecond
volume.
old
3 ° . Que tout ce qui eſt cité du Journal des Deffinateurs
, fait par M. Denon , dans le premier vo-
Jume , eſt indiqué par des guillemets aux pages 74 ,
196 , 204 & 20s de ce volume ; aux pages 37 & ss
du ſecond. M. Denon ayant, à cette époque de l'Ouvrage,
permis à l'Editeur du Voyage Pittoreſque de
le nommer , il l'a été dans une note infinimenthonnête,
page 57 du même volume ; & une ſeconde
fois , pages du quatrième , où il eſt encore dit , que
c'eſt M. Denon qui a écrit le Journal de ce Voyage,
qu'il y fert de guide , & que c'eſt lui qui a préſidé aux
travaux des Artiſtes dans la Calabre & la Sicile . Le
texte de ce Journal , quoique fait par un homme de
beaucoup de goût & de beauoup d'eſprit , avoit été
d'ailleurs écrit fi fort à la hâte & avec fi peu de ſoin ,
DE FRANCE.
225
furtout pour la partie de la Sicile , ſi peu approprié
aux deffins & aux vûes , objet principal d'un Voyage
Pittoreſque , que le Rédacteur de cetOuvrege a été
obligé de le refaire , & de le récrire en entier. *
40. Quant à la partie de l'Antiquité , il eſt de fait
que M. l'Abbé Chauppy n'a pas écrit une ſeule ligne
de tout le Voyage Pittoreſque. L'Auteur de cet Ouvrage
s'eſt ſeulement regardé commme trop heureux
de confulter ce Savant ſur les Inſcriptions antiques ,
dont preſque toutes étoient très-altérées dans le Journal
de M. Denon , & il a en la complaiſance de
les rétablir ; cet Antiquaire ayant de plus une connoif
ſance parfaite des anciennes voies des Romains , i
a été confulté & cité à ce ſujet aux pages 1511
190& 191 du troiſième vo'ume.
s . Il en eſt de même des articles Peinture &
Sculpture , attribués en entier à M. W.... L'Editeur
du Voyage Pittoreſque s'est fait effectivement un
plaiſir de conſulter M. W.... ſon parent & fon
ami , qui lui a uniquement donné la Deſcription de
trois ou quatre Tableaux inférés dans le premier
Volume, pages 114 & 117 ; mais il ne lui avoit pas
permis de le nommer.
6°. Enfin , quant à l'hiſtorique de la grande
Grèce, ſi le manuscrit de M. de Cabanis eût été plus
exactement ſuivi par l'Auteur du Voyage Pittorefque
, il n'auroit point héſité un inſtant de le nom
* Il n'est pas encore inutile d'obſerver que le Voyage
qui adonné lieu à ce Journal ayant été fait entièrement
aux dépens de l'Éditeur , le manufcrit étoit devenu pour
lui une vraie propriété , & propriété fort chère , puiſque les
frais de ce voyage font montés à plus de dix mille écus ,
fansy comprendre tous les deſſinsqui ont été payés à partaux
Artiſtes ; il ſemble donc qu'il n'a été ni très délicat , ni
extrêment honnête de faire réimprimer ce Journal fans fon
ayeu& fon conſentement ; c'eſt ce que l'on croit être de
soute vérité à repréſenter.
Kv
226 MERCURE
mer , comme tous ceux qui ont bien voulu l'aider
dans ſes travaux , & qui le lui ont permis ; mais le
dé ordre qui lui a paru régner dans ces recherches
l'a obligé de les refondre en entier , & d'avoir recours
aux fources & aux Auteurs que M. de Cabanis
avoit confultés lui même, ſavoir les Mémoires
de Freret inférés dans les Recueils de l'Académie des
Inſcriptions , & le Voyage du Baron de Riedeſel
dansla grande Grèce.
L'on pourroit ajouter qu'il en eſt de cet Ouvrage,
affez étendu , comme de tous les autres du même.
"genre , que leurs Auteurs n'ont pu faire qu'en confultant
& en s'appuyant ſur tous ceux qui ont écrit
avant cur.
Voila malgré le conſeil du Traducteur , les ſeules
véritis que l'on s'eſt permis de dire,
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
1
LE MÉFIANT , Comédie en cing Actes &
en vers , a été repréſenté , pour la première
fois,le Mardi 20de ce mois. Il n'a pas eu ce
qu'on appelleun fuccès décidé ; mais il a obtenu
de nombreux applaudiſſemens , & il
mérite de l'eſtime. Avant d'examiner juſqu'à
quel point le Méfiant eſt un caractère dramarique
, nous allons voir comment l'Aureur
adefiiné fon perſonnage , dans quelles fituations
il l'a placé , & par quels refforts il l'a
mis en action.
DE FRANCE. 227
Damis a quitté la ville & s'eſt retiré dans
un château , où il vit avec une ſoeur trèsnubile,
puiſqu'elle a, depuis trois jours, atteint
ſa majorité ; avec une Comteſſe veuve &
jeune encore ; enfin avec un Intendant dont
les ſervices commencent à devenir fort anciens .
Son caractère inquiet , ombrageux &méfiant,
fait le malheur de Béliſe , ſa ſoeur excite un
intérêt de pitié très- tendre dans le coeur de
la Comteſſe qui ſe propoſe de le corriger,
& le rend la dupe de ſon vieil Intendant ,
dont il ſe méfie fans ceſſe , qu'il maltraite de
propos , &dont , malgré ſes éternels ſoupçons,
il fait toujours la volonté : la Comteſſe aun
frère dont elle defire faire l'époux de Bélife ;
ce frère , homme très-confiant , fans fatuité ,
arrive au château où il n'eſt point attendu : fon
arrivée ſubite rend ſuſpectes àDamis les intentions
de Béliſe, qu'il accuſe de vouloir , tout-àcoup
, ſe ſouſtraire à ſon autorité. Damis aime
laComteffe, il en eſt aimé; il redoute de faire
fadéclaration ,il ne s'apperçoit point de la tendreſſe
qu'il inſpire , par une ſuite de fa méfiance
qui s'attache à tout , & dont la Comreffe
n'eſt pas exceptée.UnBaron, jadis amant
de la Comteffe , marié depuis , devenu veuf,
arrive aufli au château à l'impromptu , ſent
rallumer ſes premiers feux, & ne lesdiſſimule
pas. Damis promet au Baron de le ſervir auprèsde
la Comteſſe , dans l'unique intention
de fonder le coeurde celle qu'il craint d'avouer
pour ſamaîtreſſe. En effet , il parle à la veuve,
mais d'une manière très- équivoque ; de forte
Kvj
228 MERCURE
que celle-ci croyant qu'il parle pour lui , répond
affirmativement avec beaucoup de tendreſſe
& de grâces. Le Baron ſe préſente , if
eſt ravi , enchanté. La Comtefle voit fon
erreur ,& fe retire en s'expliquant de façon à
ouvrir les yeux de Damis. Le Méfiant n'entend
rien , il n'eſt pas même éclairé par ce
que lui dit , à quelques Scènes delà , le trèspeu
clairvoyant Baron , qui s'apperçoit feulement
qu'on ne l'aime point , & qui part
aufli bruſquement qu'il étoit arrivé. Cependant
Bélife reçoit très - froidement les hommages
du Marquis , frère de la Comteffe; elle
ne confent à lui donner la main que dans le
cas oùDamis épouſera ſa ſoeur , & Damis ne
fait rien pour cela. D'autres circonftances ,
fondées ſur un autre incident , ſemblent devoir
éloigner toute eſpérance.Une affaired'intérêt
a changé en une haine très-vigoureuſe ,
l'amitié que Damis avoit autrefois pour un
M. Damon. Cette affaire doit opérer la ruine
de l'un ou de l'autre. La Comteſſe tente de
rapprocher les efprits; elle écrit à Damon à
l'infçu du Métiant. Le vieil Intendant , qui
trouve fon compte à ne laiſſer à Damis aucun
ami véritable , intercepte la lettre , & la
remet à fon maître. Damis ne l'ouvre point ,
il ordonne même qu'elle foit remiſe à fon
adreffe; mais il frémit d'indignation. La Comteffe
écrire à Damon ! à fon ennemi capital !
c'eſt une trahiſon , c'eſt une perfidie qui la
rend à ſes yeux la plus mépriſable de toutes
lesfemmes. Une lettre de Damon , que DaDE
FRANCE.
229
mis prend pour un cartel, ajoute encore à ſa
fureur , & dérange abſolument toutes fes
idées. LeMarquis , devenu Philoſophe & moraliſte
, d'homme confiant & leger qu'il étoit
d'abord , tente d'éclairer Damis ſur ſes torts,
&le prévient du départ de ſa ſoeur pour le
couvent ; on juge bien qu'il perd fon tems&
fesbelles paroles. Bientôt après on annonce au
Méfiantque la Comteffe vient de ſortirduvillage.
Bientôt après encore on lui apprend que
ſon Intendant eſt un fripon , dont on a découvert
les coquineries , & qu'il a pris la
fuite. Ainfi abandonné de tout le monde ,
Damis voit entrer Damon , met l'épée à la
main; Béliſe ſe précipite entre ſon frère & le
très-étonnéDamon: laComteſſe&le Marquis
font dans le fond ; ils s'approchent , & tout
s'explique. La lettre de Damon n'eſt point un
cartel , c'eſt une propoſition de terminer à
l'amiable que le Méfiant a mal interprêtée.
La Comtelle ſera médiatrice entre les deux
amis; c'eſt elle qui a ramené Béliſe , qui , à
force de ſervices , veut convaincre Damis que
ſon caractère ſeul le rend malheureux. Le
bandeau tombe; Damis , chancelant d'abord ,
&un peu incertain , abjure ſes ſoupçons , fe
réconcilie avec Damon , accorde Bélife au
Marquis , & reçoit la main de la Comteffe.
Il n'eſt pas difficile de voir que l'intrigue
de cette Comédie eſt un peu embrouillée ;
que la marche en eſt lente , pénible ; qu'il y
a complication & obfcurité dans les incidens
, fur-tout dans ceux qui amènent le
230 MERCURE
denouement. Ce defaut eftd'autant plus re
marquable , que l'action d'une Comédie de
caractère doit être ſimple , ou au moins trèspeu
compliquée; qu'elle doit s'expoſer , ſe
nouer & fe développer facilement; fans quoi,
l'attention qu'elle exige nuit à celle qu'on donneroit
au perſonnage principal , & détruit
une partie de l'effet qu'il pourroit produire.
Ce n'eſt pas que les intentions de l'Auteur ne
méritent des éloges. En examinant ſa Comédie
avec réflexion , on s'apperçoit qu'il
a voulu que fon caractère intriguât ſon
action , qu'il marchât toujours à côté d'elle ,
& que tout s'y rapportât à lui & à lui
feul. Ce principe , conforme aux règles de
l'art& aux loix de la raiſon , nous paroît infiniment
louable: mais l'Auteur ne l'a pas affez
habilement mis en oeuvre ; parce qu'il n'a pas
ſu ſe rendre clair ; parce que , pour tenter de
le devenir, il a employé des développemens
trop étendus; parce qu'il a trop multiplié les
fils de fon action. De tout cela, il réſulte une
confufion , un chocd'idées qui ſe croifent &
ſe heurtentd'une manière très-fatigante pour
le Spectateur. Le meilleur de tous les modèles
fur cet objet , c'eſt Molière: hors ſon intrigue
du Miſantrope qui , peut-être , eſt un peu
trop fimple , on peut citer toutes ſes intri
gues de Comédies de caractère , comme autantde
chef-d'oeuvres .
Le Méfiant est-il un caractère véritablement
Dramatique ? Eſt-il un de ces caractères
primitifs , dont l'inclination ou la paffion do
DE FRANCE. 231
minante puiffe éclater dans toutes les démar
ches , dans tous les difcours d'un perſonnage
principal; dont cette inclination foit la bafe&
le premiermobile de toutes les actions ? Est-il
enfin capable de foutenir d'une manière intéreſſante
& raiſonnable , pendant le cours
de cinq Actes , l'attention & la curiofité du
ſpectateur ? Quelques autorités l'affurent ,
malgré cela , nous oferons en douter. Qu'estce
que la Méfiance ? ce n'eſt point une
pafion ; c'eſt une foibleſſe: & la différence
eft grande. Une foibleſſe ne peut acquérir
quelqu'énergie que lorſqu'elle s'attache à la
fuite d'une paſſion : ifolez-la , elle laiſſera
'peut-être d'abord échapper quelques lueurs,
quelques étincelles , mais bientôt elle retombera
dans ſon inertie. La Méfiance s'attache
àl'avarice , à la jalouſie, àla miſantropie , &c.;
alors elle prend la force des caractères auxquels
elle eſt liée , elle y ajoute , elle les
fortifie , elle les met en jeu , elle en développe
les refforts dont elle même fait partie.
Horsdelà, cen'estqu'unefoibleſſe; elleprouve
lapufillanimité,nousdirions preſquelabaffeffe.
Avec de la bonne-foi , il ſera donc facilede ſe
convaincre que le Méfiant n'eſt point un
caractère primitif ; que ſa foibleſſe n'eſt
qu'une nuance ſecondaire de quelques paffions
& de quelques vices ; qu'il ne peut devenir
véritablement dramatique , qu'après
:avoir été grouppé , pour ainfi dire , avec quelques
autres caractères en contraſte ; & qu'il
232
1
MERCURE
ne peut être la matière unique & première
d'une grandeComédie.
En 1718 , Charles Coypel fit repréſenter à
la Comédie Italienne le Défiant , canevas en
trois Actes & en Profe. Ce Défiant qui , par
une bizarrerie aſſez remarquable , devenoit
la dupe d'un homme dans lequel il avoit
beaucoup de confiance , avoit encore le défaut
de reſſembler à l'avare. Il ne faut pas
s'en étonner ; tout Auteur qui voudra traiter
le caractère du Méfiant , retombera néceſſairement
dans un autre caractère , quand
il voudra l'offrir ſeul , & lui donner une
longue carrière à fournir. Le Malheureux
imaginaire de feu M. Dorat , n'eſt autre choſe
que le Méfiant : ce Malheureux imaginaire
reſſemble à l'Indécis , àl'Irréſolu , à l'Inquiet.
Le Méfiant dont nous venons de rendre
compte , reffemble d'abord àce même Malheureux
imaginaire , enſuite à l'Irréſolu ,
enfin au Miſantrope. Le vice du caractère
choiſi par l'Auteur l'a entraîné malgré lui ,
& encore une fois , il étoit impoſſible que
cela fût autrement.
Malgré toutes ces obſervations , & d'autres
que nous n'ajouterons point , le Méfiant eſt
un ouvrage fort eftimable , & qui annonce
de grandes diſpoſitions pour le Théâtre. Ily
a infiniment d'adreſſe & d'eſprit dans la
manière dont ce caractère eſt établi ; & plus
il eſt équivoque, plus fon établiſſement étoit
difficile; il eſt d'ailleurs très - bien foutenu.
Il réſulte de ſon humeur quelques forties
DE FRANCE. 233
+
très-vigoureuſes , & remplies de vérité contre
les ridicules , les vices & les erreurs dont
lacapitale abonde. Damıs ne ſe dément jamais :
quand il fait ce que lui fait faire ſon vieil
Intendant , c'eſt plutôt par beſoin & par
habitude que par confiance ; il le lui dit, il
le lui répète dans l'effuſion de ſon coeur
ombrageux. On lui apprend que cet Intendant
l'a trahi ; le malheureux , dit-il , qui
preſque avoit ma confiance ! Ses amis l'entourent
, éclairent ſa raiſon , le forcent à les
connoître. Ne me trompez-vous point ? s'écrie-
t-il dans un retour de méfiance dont il
n'eſt pas le maître. Tout cela nous autoriſe
à répéter que l'Auteur eſt appelé au Théâtre ,
&qu'il y doit mériter des ſuccès. Nous l'invitons
ſeulement à châtier un peu plus fon
ſtyle, d'ailleurs agréable & facile , & à choifir
avec plus de foin les caractères qu'il voudra
traiterdéſormaiscommecaractèresprincipaux,
Le rôle du Méfiant eſt très-bien rendu par
M. Granger , dont le jeu énergique n'a pas
peu contribué à faire ſentir ce que la Pièce a
de mérite.
ANNONCES ET NOTICES.
E
TAT Généralde la France , enrichi de Gravures,
conterant : 19. Les qualités & prérogatives du Roi ,
la Généalogie abrégée de la Maiſon Royale , le
Clergé de la Cour , les Officiers de la Mufique du
234 MERCURE
Roi de faMaiſon , de fa Chambre&de fa Garde-
Robe , de ſes Bâtimens & Maiſons Royales. 2º. Les
Troupes de la Maiſon du Roi , le Grand Écuyer , les
Officiers de la Grande & Petite Écutie , les Plaiſirs du
Roi , le Juge de la Cour ,le Grand-Maître , les Tréforiers
, Marchands & Artiſans ſuivant la Cour ; la
Maiſon de laReine , des Enfans de France , Princes
&Princeſſes du fang , Princes légitimés & Princes
Étrangers. 3 °. Le Clergé de France , les Bénéfices à
la nomination du Roi &des Princes. 4°. Les Duchés
&Pairies de France , les Ordres de Saint - Lazare , de
Saint Michel , du Saint- Eſprit , de la Toiſen -d'Or ,
de Malthe & de Saint-Georges . 5°. Les Maréchaux
de France & autres Oficiers Généraux de terre & de
mer , le Corps Royal-d'Artillerie , les Gouverneurs
des Provinces & Etars- Majors des Villes , &c. 6.º Les
Conſeils du Roi, les Secrétaires d'État , les Parlemens
, les Cours Supérieures & autres Jurisdictions
du Royaume, les Généralités & Recettes , les Univerfués
, les Académies , les Bibliothèques publiques ,
lesAmbaffadeurs,Envoyés ou Réfidens dans lesCours
Étrangères , le tout avec les différens gages , honneurs
, prérogatives & exemptions attribués à toutes
les places; les différens Réglemens & Ordonnances
qui leur font propres , & l'état actuel des Maiſons de
tous les Grands-Officiers de la Couronne , des Dues
& Pairs , & des Chefs de la Magiſtrature , ſuivi d'une
table générale de tout l'Ouvrage. Dédié au Roi , Par
M. le Comte de Waroquier de Combles , Officier
des Grenadiers- Royaux de la Picardie.
Les Perſonnes qui par leur rang , leurs charges &
leurs emplois, ſont ſuſceptibles d'être compriſes dans
cetOuvrage , ſont priées d'adreſſer , franc de port ,
à l'Anteur , à Paris , rue des Cordiers , No. 4 , près
la Place Sorbonne , leur nom de Baptême , de
Famille, Sornoms & Qualités , la date de leur Naif
fance & de leurs Proviñons, les noms de ceux à qui
DE FRANCE. 235
ils ont fuccédé, & l'état actuel des Maiſons , des
Chefs de Corps & de Magiftrature , &c .
:
LES Illuftres François , Seconde Livraiſon , gravée
par N. Ponce. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Aucur
, rue Sainte Hyacinthe , nº. 19.
Ce Livre contient deux Portraits , ceux de
Henri IV & de Sully. Chaque Gravure eſt accompagnée,
an bas, d'un apperçu de la vie de l'Homine
célèbre qu'elle repréſente , & elle eft entourée de
Médaillons qui en retracent les traits principaun
L'idée de ces Gravures , qui ſont traitées avec ſoin ,
eft intéreſſante , & peut être utile à l'étude de
'Hiſtoire.
ETRENNES de la Vertu pour l'année 1776 , contenant
les Actions de Bienfaiſance, de Courage ,
d'Humanité, &c. qui fe font faites dans le courant
de l'année. 1775 , auxquelles on a joint quelques
autres Anecdotes intéreſſantes. A Paris , chez Savoye,
Libraire , rue Saint Jacques. :
Le Volume que nous annonçons , & qui eſt digre
des premiers , eſt le cinquième de cette Collection
intéreſlante. Nous avons applaudi à l'heureuſe idée
de 'Auteur. En effet, cet Ouvrage peut tout-à-la-fois
éclairer& conſoler l'Humanité.
ÉT AT des Cours de l'Europe & des Provinces de
France pour l'année 1786 , publié pour la première
fois en 1773 , par M. l'Abbé de la Roche - Tilhac',
Conſeiller du Roi à la Table de Marbre . Prix ,
3 liv. br. A Paris , chez l'Auteur, rue Garancière
Leroy , Libraire , rue Saint Jacques , & chez les
principaux Libraires de l'Europe .
Nous avons parlé de cet Ouvrage utile qui mérite
le ſuccès qu'il aobtenu.
.
236 MERCURE
THEATRE des Grecs , par le P. Brumoy , nou
velle Édition , enrichie de très-belles gravures , dont
la plupart des ſujets ſont tirès des Monumens ansiques,
& augmentée de la traduction entière des
Pièces Grecques dont il n'exiſte que des extraits
dans toutes les Éditions précédentes , & de comparaiſons
, d'obſervations & de remarques nouvelles ,
par une Société de Gens de Lettres; propoſée par
ſouſcription , en X ou XII volumes , grand & petit
in-8 °. & in-4°. avec figures.AParis , chez Cuffac,
Carrefour S. Benoît , vis-à- vis la rue Taranne.
Le prix de la ſouſcription du petit in-8°. eſt de
8liv. ; celui du grand in-8º 12 liv. ; celui du même
format , papier vélin , 30 liv.; & celui de l'in-4°
papier vélin , tiré ſur la même juſtification que
l'in-8°. 54 liv : en recevant chaque volume , petit
in8° , on paie 4 liv. & pour le grand in-8°. 6
livres ; le même , papier vélin, 15 liv. & 27 liv.
pour l'in-4º. même papier que le précédent ; l'un
&l'autre , avec les figures avant la lettre.
N. B. Quel que foit le format que l'on choiſiſſe,
le prix de la Souſcription ſera à valoir ſur les deux
derniers volumes qu'on livrera gratis à MM. les
Souſcripteurs.
Dans les Tomes I & II qui paroiffent actuellement
, ſont compriſes toutes les OEuvres d'Eſchyle
& une partie de celles de Sophocle. Dans le IIIe ,
qui paroîtra inceſſamment , & le IVe feront compriſes
toutes celles de ce dernier.
Euripide viendra après , enſuite Ariftophanes ,
& les Fragmens de divers Auteurs comiques termineront
cette intéreſſante Collection defirée depuis
long- temps. Nous reviendrons ſur cet Ouvrage,
ALMANACHParifien en faveur des Etrangers &
des Perſonnes curieuses , nouvelle Edition , ornée de
jolies gravures , repréſentant les Monumens les plus
DE FRANCE..
237
recens , pour l'année 1786 , deux Parties in- 12.
Prix, 2 liv. 8 fols br. 3 liv. rel..
Cet Almanach curieux , & qui a du ſuccès , indique
par ordre alphabétique tous les Monumens des
Beaux-Arts répandus dans la Ville de Paris , les
Spectacles, les Promenades , & généralement tous
les endroits dignes de curiofité , & les Châteaux ,
Parcs , Maiſons Royales & Maiſons de plaiſance
qui environnent la Capitale.
ALMANACH Américain , Asiatique & Africain ,
ou Etat Physique , Politique , Eccléfiaftique & Militaire
des Colonies d'Europe en Afie , en Afrique
& en Amérique , prix 3 liv, br. A Paris , chez
l'Auteur , rue Garencière , & chez le Roy , Lib .
rue S. Jacques.
Cet Almanach , intéreſſant par ſon objet , a
joui d'un ſuccès mérité. Tous les ans on en im
prime un Volume, où l'on ne répête rien de ce
qui a été dit dans les précédens. On y a joint le
Tableau des Poſſeſſions d'Europe en Afie & en
Afrique , ce qui peut ajouter beaucoup à l'intérêt
de l'Ouvrage , en occaſionnant de nouveaux détails ,
qui peuvent varier avec les années.
:
ALMANACH du Voyageur à Paris , par
M. Thiéry , année 1786. Prix , 2 liv. 8 ſols. A
Paris , chez Hardouin & Gattey , Libr. au Palais
Royal , ſous les arcades à gauche , Nos. 13 & 14 .
Cet Almanach eſt connu des Nationaux & des
Etrangers; &nous avons déjà parlé de ſon ſuccès&
de fonutilité.
-
Le Don intéreffé, Eſtampe de huit pouces &
demi , ſur douze pouces. Prix , 2 liv. La Morale
inutile. Prix , 2 liv. Ces deux Estampes font
238 MERCURE
pendant. AParis , chez Voyfard , Graveur, rue de
la Harpe , nº. 18 , vis- à-vis la rue Serpente.
Le Déjeûner Anglois, peint par Lavrince ,
gravé par Vidal. Prix , 3 liv. A Paris , chez Vidal ,
rue de la Harpe , au coin de celle Poupée, nº. 181 .
Ce froid Déjeûner, qui repréſente une Dame qui
alamain ſur ſon chien , un galant Cavalier qui lit
à côté d'elle quelques papierspublics , &une Femmede
chambre qui verſe duthé , eſt d'une grande vérité,
& mérite des éloges au Peintre & au Graveur .
PORTRAIT de' Mille Renaut l'aînée , de la Comédie
Italienne , peint & gravé par de Bréa. Prix , 2 liv.
AParis , chez l'Auteur , rue Montmartre , vis-à-vis
S. Joſeph. Daphnis & Chloéſe faiſant dire la
bonne aventure , estampe gravée dans la manière du
lavis, par M. de Bréa , d'après M. Greuze. Prix ,
18 liv. avant la lettre & avec. A Paris , chez
l'Auteur , même Adreſſe.
• Cette Eſtampe eſt d'un grand effet; c'eſt un nouveau
genre de gravure ; elle imite parfaitement le
lavis , & ouvre une nouvelle ſource aux Amateurs.
<
NOUVEAUX Cornets en Crystal. A Paris , chez
le fieur Salmon , rue Dauphine , vis-à- vis celle d'Anjou.
La difficulté de pouvoir fermer les Cornets en
Cryſtal fans aucune fuite d'Encre , étoit le feul motif
qui empêchoit d'en faire uſage , quoiqu'ils foient
les ſeuls qui puiſſent contenir & conferver l'Encre
dans la bonne qualité. Ces nouveaux Cornets réuniffent
en eux tout ce que l'on peut defirer à
cet égard , fermant bien hermétiquement , contepant
& confervant parfaitement l'Encre ſans la
ſécher, peuvent être trauſportés ſans crainte qu'ils
fuyent , & ont de plus l'agrément de pouvoir le
DE FRANCE.
239
inétoyer très - facilement , promptement & fans
aucun embarras. Leurs proportions ſont de 18
lignes quarrées , far 19 & 20 lignes de haut , y
compris la fermeture. Ils ont été ſoufflés dans les
moules que le ſieur Salmon a fait exécuter d'après
les Modèles qu'il en a donnés , & peuvent remplacer
dans les Porte Feuilles à Écritoires , Pupitres ,
Secrétaires , Néceſſaires , & autres Écritoires portatives
, ceux en métal. Il ſuffit de paſſer dedans
un peu d'eau ſeconde , elle nétoye l'Encre entièrement
& enlève celle même qui y feroit ſéchée ,
fans faire aucun tort. L'on trouvera de même chez
le fieur Salmon des Porte-Feuilles , Écritoires &
Pupitres garnis de ces mêmes Cornets , & autres .
Le ſieur Salmon , qui n'épargne rien pour enrichir
ſon Magalin de tout ce qui peut fatisfaire les di-
-vers goûts des Curieux , vend une Encre de fa
compofition, approuvée par l'Académie des Sciences,
comme étant ſupérieure à toutes les autres.
On trouve auffi chez lui beaucoup d'objets utiles &
agréables qui peuavveenntt être donnés pour Étrennes.
RECUEIL d'Airs d'Opéras Comiques & autres ,
avec Accompagnement de Ciftre ou Guittare , par
M. Delabrière , Muficien ordinaire de la Comédie
Italienne , Maître de Chant& de Ciſtre Prix , 4 liv.
16 fols . A Paris , chez l'Auteur , rue neuve Saint
Eustache , nº. 60. & Leroy , Marchand de Muique
, Café de la Régence , Place du Palais Royal.
JOURNAL d'Ariettes Italiennes , dédié à la
Reine , Numéros 165 , 66 , 67 , 68 , complettant
l'année 1785 .
L'Editeur annonce dans un nouveau Proſpectus
que ſon intention avoir été d'abord de déterminer
la durée de cetre publication périodiques mais que
les defirs de ſes Abonnés l'engagent à la continuer.
240
MERCURE
En
effet, nulles productions des Arts ne font aufh
fugitives que celles de la Muſique. Les plus beaux
Airs , quand on les a beaucoup entendus , perdent
de leur prix. La nouveauté eſt donc toujours ce
qu'il y a de plus piquant. On aime d'ailleurs à
connoître les nouveaux Artiſtes qui paruiffent dans
cette carrière. L'Editeur s'engage à y donner ſes
ſoins, & on ne peut que lui en ſavoir gré. On fouferit
à Paris, chez le ſieur Bailleux , Marchand de
Muſique du Roi & de la Famille Royale ,
Saint Honoré , près celle de la Lingerie, à la Règle
d'or. Il paroît deux Airs par mois. Le prix de l'abonnement
eſt de 36 & 42 liv. Chaque Air ſéparé
2 liv. 8 ſols. Les Scènes & Duos 3 liv. 12 fols.
ruc
NUMEROS 5 & 6 des Feuilles de Terpsychore
pourle Clavecin & pour la Harpe. Prix de l'abonnement
pour chaque 30 liv. franc de port pour
cinquante-deux Numéros qui paroiffent tous les
Lundis. Les Numéros ſéparés I liv. 4 ſols. A
Paris, chez Couſincau père & fils , Luthiers de la
Reine , rue des Poulies.
TABLE .
EPITRE M. D** , 1931 fur les Colonies , 293
Vers fur Jeanned'Arc, 197 Procès-Verbal de l'Assemblée
AS. E. M. le C... de B... Provin.de Haute-Guyenne,
200
,
Charade, Enigme & Logo- Variétés ,
gryphe,
201 Comédie Italienne ,
Lettres Critiques & Politiques Annonces&Notices ,
APPROBATION.
213
219, 223
226
233
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde-des-Sceaux,le
Mercure de France, pour le Samedi 31 Décem. 1785. Jen'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 30Décembre 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 9 Décembre.
E voyage de Cherſon , dont pluſieurs
Ifois on a attribué le projet à l'impéra
trice , s'effectuera , dit on , au Printemps
prochain. Comme une infinité de circonfrances
peuvent contrarier ce départ extraordinaire,
on ne ſe preſſe pas de le regarder
comme très certain. Quelques préparatifs
font le principal fondementde ce bruit public
; on parle d'ordres expédiés de tenir
prêts les bâtimens ſur leſquels l'Impératrice
&ſa ſuite deſcendront le Nieſter depuis
Kiow. Les Nouvelliſtes ne manquent point
de faire arriver l'Empereur à Cherſon enmême
temps que la Czarine.
M. Fitz- Herbert , Miniſtre d'Angleterre
ade fréquentes conférences avec le Comte
d'Oſterman . L'on croit avoir remarqué de
la froideur entre notre Cour & celle de
No. 53 , 31 Décembre 1785.
i
( 194 ) .
Londres ; de-là le bruit abſurde, recueilli
par les Gazettes , que l'Impératrice a ſommé
le Roi d'Angleterre de ſe départir de la Ligue
de Berlin.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 10 Décembre.
Dès le premier de 1786 , le port des lettres
ſera doublé dans ce Royaume , & l'on
parle d'une augmentation peu vraiſemblable
de cinquante pour cent fur le prix des
eaux-de-vie , fabriquées & vendues exclufivement
, comme on ſcait , pour le compte
de la Couronne. Le Roi vient d'acheter
une nouvelle terre , dans laquelle il ſe propoſe
d'élever un château de marbre à l'Italienne.
Le Roi a nommé le Barón de Ramel ,
Chancelier de la Cour , pour diriger ad interim
le département des Affaires étrangeres.
On apprend de Jonkoping , qu'un incen
die de 12 heures a réduit en cendres dans
cette ville, le 23 de Novembre , 40 maiſons
& d'autres édifices. On compte dans
ce nombre la Maiſon-de Ville & une parție
de l'édifice du Tribunal royal,
ALLEMAGNE:
DE HAMBOURG , le 18 Décembre.
Le Traité de commerce entre les Cours
( 195 )
de Pétersbourg &de Vienne , pour le terme
de 12 ans , eſt compoſé de plus de 40 articles.
Voici la ſuoſtance des principaux.
Les ſujets de l'Empereur acquitteront , comme
les Anglois , dans toute la Ruffie , excepté à
Riga , les droits en monnoie de Ruffie ; le
rixdaler , évalué à 125 copeickes : les vins ordinaires
de Hongrie ne payeront à leur importation
en Ruſſie , que 4 roubles & so copeickes
, par axhoft de 6 ankars ; mais les vins
de liqueurs , comme ceux de Tockay , payeront
9 roubles par axholft. L'article 12 eſt conforme
aux principes de la neutralité armée , établis
par pluſieurs Puiſſances pendant la derniere
guerre ; les deux parties contractantes ſont convenues
de les obſerver réciproquement .
1
L'article 24 accorde aux sujets de l'Empereur ,
de conſtruire & d'acheter des maiſons à Péersbourg
, Mofckow, Archangel , Cherſon , Sébaſtopolis
& Theodofia , avec l'aſſurance que ces
maiſons feront exemptes du logement de gens
de guerre. La porcelaine de la manufacture de
Vienne pourra être importée en Ruffie , excluſivement
à toute autre ,& pour cette faveur ,
les pelleteries Ruſſes ſeront favoriſées à leur
importation dans les Etats Autrichiens. Les ſujets
Ruſſes auront la liberté d'acquérir ou de
faire bâtir des maiſons & de s'établir à Vienne,
Preſbourg , Lemberg , Brody & Trieste , & ils
jouiront de l'exemption Témpewſar , du logement
de gens de guerre. Les productions de la
Ruffie & celles de la Chine , qui ſeront importées
dans les Etats de la Maiſon d'Autriche
des ports de Cherfon , de Sébastopolis & de
Théodoſia , ne payeront qu'un quart du droit
d'entrée qui avoit été payé auparavant. Les
i 2
( 196 )
Ruſſes auront la faculté d'importer à Oftende
& à Nieuport leurs marchandises , de les y
enmagaſiner & de les tranſporter ailleurs fans
payer aucun droit. Les cuirs de Ruffie payefont
à leur entrée dans les Etats de l'Empereur
6 florins & 40 creutzers par quintal , les
pelleteries 10 pour cent & le caviar 5 pour cent.
Du premier Décembre 1784 , au premier
Décembre actuel , on a compté dans Altona
204 mariages , 645 naiſſances , dont 326
garçons & 319 filles ; & 766 morts , dont
379 hommes & 387 femmes. Le nombre
des morts a furpaſſé de 121 celui des naifſances.
Dans la Seigneurie de Pinneberg le
nombre des mariages a monté dans la même
époque à 176, celui des naiſſances à
814 , dont 408 garçons , & 406 filles ; &
celui des morts à 804 , dont 411 hommes
& 395 femmes. Il s'eſt trouvé à Altona dans
le nombre des morts 3 nonagénaires & 21
Octogénaires.
Dans un Chapitre Provincial , qu'ont tenu
le 19 de Novembre les Chevaliers de Malthe
établis à Varſovie , ils ont publié leur union
avec la langue Anglo-Bavaroiſe ; ils ont réſolu
*en même tems de faire en corps des remercimens
au Roi , pour les ſoins que S. M. a pris
dans cette affaire. Le lendemain , ils ſe ſont
rendus en uniforme chez le Roi & ils ont eu
l'honneur d'être admis à l'audience de S. M. ,
dans laquelle le Prince de Poninsky , Grand-
Prieur , a porté la parole.
Le Docteur Buſching a publié dans ſa
ſavante Feuille hebdomadaire , un article
curieux , concernant la Police de toutes
les villes de l'Empire de Ruffie.
( 197 )
Les nouvelles villes que l'Impératrice a ore
donné d'élever dans ſes Etats , dit M. Buſching ,
montent à 216. Elles ſont bâties d'après un
plan adopté par l'Impératrice. Cette Souveraine ,
a figné , le 2 mai de cette année , une police
pour toutes les villes de ſon Empire , en ordonnant
qu'elle fût rendue publique.
Chaque ville choiſira tous les trois ans , par
Je ballotage , le Chef de la bourgeoiſie , les
Bourguemestres & les Conſeillers de la ville ;
&tous les ans les Anciens & les Juges de premiere
inſtance. Aucun bourgeois ne peut avoir
une place dans l'adminiſtration , à moins qu'il
n'ait 25 ans & un capital infcrit dans une tribu ,
&portant 50 roubles de rente. Le protocolle
des bourgeois de chaque ville , ſera diviſé en
fix parties ; la premiere contiendra les noms des
habitans qui ont des propriétés ; la deuxieme
ceux des corps marchands , la troiſieme ceux des
corporations des métiers , la quatrieme ceux des
étrangers , la cinquieme ceux des bourgeois
notables qui ont rempli quelque place dans
l'adminiſtration , la fixieme ceux de la derniere
claſſe ou du peuple. --- Tous ceux , fans
diſtinction d'âge , de ſexe , de famille , de métier
, dont le capital déclaré monte depuis
1000 à 50000 roubles , peuvent ſe faire infcriredans
les corps marchands , & on s'en tiendra
à leur déclaration concernant leur fortune ,
fans aucune autre information à ce ſujet. Les
membres des corps marchands ne feront point
tenus de fournir des recruës & des ouvriers ,
mais une ſomme d'argent à leur place; ils pourront
auffi conclure avec la couronne , des contrats
pour les fermes & des fournitures. Dans
la premiere claſſe du corps marchand , feront inf
crits , ceux qui déclareront un capital de 10,000
i3
( 198 )
:
350,000 , & au-delà. Les membres de cette
claſſe pourront faire le commerce intérieur &
extérieur , en gros & en détail , établir des
forges , fabriques & autres ouvrages & conftruire
& pofléder des vaiſſeaux ; il leur eſt permis
d'avoir une berline à deux chevaux , &
de s'en ſervir dans la ville , & ils ſeront exempts
des punitions corporelles. Dan's la deuxieme
claſſe de ce corps , feront inſcrits ceux qui
déclareront un capital de 5 à 10,000 roubles ;
ſes membres pourront faire le commerce intérieur
, étab'ir des fabriques , forges , &c. conftruire
& poffeder des bâteaux propres pour la
navigation des rivieres ; on leur permet une
chaiſe à deux chevaux , & ils font exempts des
punitions corporelles. Dans la troiſienmee claffe
de ce corps , feront inscrits ceux qui déclareront
un capiral de 1000 à 5000 roubles ; ſes
membres pourront faire le commerce en détail,
dans les villes & à la campagne , établir des
manufactures & des métiers , avoir de petits
bâteaux & tenir des cabarets ; l'uſage des berlines
leur eſt défendu dans la ville, mais il leur
eſt libre d'avoir une voiture avec un cheval. ---
Toutes les religions pourront être exercées li
brement. Les Catholiques- Romains feront foumis
, quant au ſpirituel , à l'Archevêque de
Mohilow , & les Proteſtans , aux Confiftoires
qui feront établis dans les villes principales ; ces
Confiftoires feront compoſés moitié d'aſſeſſeurs
eccléſiaſtiques & moitié d'aſſeſſeurs laïques. ---
Lorſqu'il y aura dans une ville 500 familles
étrangeres , ou plus , il ſera permis de compoſer
le corps de la Magiſtrature , moitié de
Ruſſes & moitié d'étrangers ; c'eſt- à-dire , le
nombre des Bourguemeſtres & Confeillers Ruſſes
reſtera tel qu'il étoit, mais il ſera permis aux
( 199 )
Etrangers d'y ajouter de leur côté un nombre
égal. La douane ſera compoſée de même. ---
Les étrangers pourront également établir des
fabriques , manufactures , forges , fonderies , &c.
Les bourgeois notables , tels que les Savans,
Architectes , Sculpteurs , Peintres , Muſicienscompoſiteurs
, les capitaliſtes de 50,000 roubles ,
les Banquiers ayant un fonds de 100,000 à
200,000 , les gros négocians & les proprietaires
des bâtimens de mer , pourront avoir une berline
& aller dans la ville avec deux ou quatre
chevaux ; ils pourront poffeder des terres &
jardins hors la ville , établir des fabriques , forges
& autres ouvrages , conſtruire des bâtimens da
mer & de riviere , & ils ſeront exempts des punitions
corporelles ( 1 ) . L'aîné des petits fils d'un
bourgeois eft ſuſceptible de nobleſſe , lorſqu'il
ſera parvenu à l'âge de trente ans , &que ſa
conduite aura été irréprochable. --- Cette nou
velle police porte encore qu'une inſulte faite
à la femme d'un bourgeois ſera punie plus rigoureuſement
que celle faite au mari ; il en
ſera de même en cas d'inſulte à une fille d'un
bourgois : la punition de l'offenſeur , ſera quatre
fois plus rigoureuſe que s'il eût inſulté les pere
& mere.
DE VIENNE , le 18 Décembre.
Chaque jour on parle ici d'une maniere
plus affirmative , c'est - à- dire , plus haſardée
, de l'échange de la Baviere. Les
eſprits ſages , beaucoup plus circonſpects ,
(1) Il eſt probable que par punitions corporelles
on entend ſeulement les battogues &le knout.
i4
( 200 )
n'ajoutent aucune foi à ces inventions politiques
, que les Papiers publics répétent ſans
les accréditer. De ce genre font le prétendu
voyage du Duc de Deux-Ponts dans cette
Capitale ; fon aveu obtenu pour l'échange
de ſes Etats éventuels , moyennent 10 millions
de florins ; la nomination d'un Com
miſſaire Impérial , chargé d'aller prendre
poffeffion de la Baviere ; l'arrangement arrêté
de donner le Gouvernement de celleci
à l'Archiduc Ferdinand , qui feroit rem
placé en Lombardie par l'Archi -Ducheſſe
Marie- Chriftine , & par ſon époux le Duc
de Saxe Teſchen ; enfin , la ceffion faite au
Roi de Pruſſe , de Dantzick , de Thorn ,
&c. &c. pour prix de ſa condeſcendance à
ratifier tous ces beaux plans.
Un autre bruit de même eſpece , eſt celui
du départ d'un Officier de Huſſards , chargé
d'aller recevoir ſur la frontiere le Pacha de
Choczim , qui veut ſe faire baptiſer dans
les Etats de l'Empereur.
En conféquence du nouveau Traité de
commerce entre notre Cour & celle de
Ruſſie , deux navires feront expédiés de
Trieſte pour Pétersbourg , avec une cargaiſon
de productions nationales , & furtout
de vins de Hongrie. A leur retour ils
chargeront en Ruffie des mâts & des pelleteries.
Selon des avis qui paſſent pour authentiques
, des Juifs Polonois ont apporté en
Gallicie la peſte , ou tout au moins une
( 201 )
maladie contagieuſe , dans des peaux de
mouton achetées au Levant. Aufſfitôt on a
tiré un cordon à 12 lieues en arriere de
Léopold , afin d'arrêter toute communication.
Les troupes de la Tranſylvanie feront
augmentées de quatre Régimens. On croit
que l'Empereur fera inceſſamment prendre
poſſeſſion d'une partie de la Valachie juſqu'à
la riviere d'Aluta.
Il réſulte des comptes de la Régie du tabác
pendant l'année , que le produit net de
cettemarchandiſe eſt monté à la ſomme de
3,140,000 forins. L'ancienne ferme n'en
avoit payé au fifc que 2,700,000 florins. Les
quatre régiſſeurs actuels , auxquels l'Empereur
a accordé vingt pour cent , ont gagné
cette année pour leur adminiſtration 88,000
florins.
Selon des lettres de Schemnitz , on a commen.
cé le mois dernier à ſuivre le procédé du Conſeiller
de Born , pour extraire l'or & l'argent
du minerai qui les enveloppe ; tous les yeux
étoient fixés ſur cette nouvelle opération . On
Pa commencée avec 20 quintaux de minerai
d'argent , le marc a 4 onces d'argent fin , & le
réſultat a été des plus fatisfaifans. Depuis ce
tems , ce travail eſt continué ſans interruption
dans un édifice particulier. Cent vingt à cent
foixante quintaux de minerai peuvent y être
amalgamés à la fois ; le déchet en vif-argent eft
d'environ3 onces ſur un quintal de minerai ,
&pour achever l'amalgame des 120 à 160 quintaux
, il ne faut pas plus d'une corde de bois.
15
( 202 )
Lorſqu'on calcule la quantité de combustible
qu'il falloit employer à l'ancien procédé de la
fonte , un marc d'argent coûtant près d'une
corde de bois ; & que l'on fait attention à la
diminution du déchet en argent , à l'épargne
du plomb , à la promptitude avec laquelle la
nouvelle opération s'exécute , & à d'autres avantages
, on peut ſe convaincre ſans peine , quel
bénéfice il réſulte de cette nouvelle méthode .
Auſſi elle s'étend de plus en plus , & on l'adopte
avec empreſſement.-Le Comte de Thun , Confeiller
de l'Empereur au département des Mines ,
a fait il y a quelques jours un eſſai de cette
méthode pour extraire l'or & l'argent du cuivre
de roſette , & il a auſſi parfaitement
réuffi.
DE FRANCFORT, le 20 Décembre:
Quelques villes du cercle du Haut-Rhin
ayant fixé un prix affez haut, mais néceffaire
apparemment , aux livraiſons demandées
pour le paſſage des woupes Impériales ,
le Comte de Trautmanſdorf , Ministre de
l'Empereur auprès du Cercle , s'eſt plaint
très-vivement , en diſant que , la fatisfaction
qu'il avoit reſſentie deſe voir accrédité
cuprès du Cercle , se changeoit en mortification
, puisqu'il étoit obligé de mander à la
Cour de Vienne le peu de déférence & de refpect
que ce Cercle faisoit paroître pour l'illustre
Chef de l'Empire.
Le nouveau Landgrave de Heſſe Caffel a
déja introduit de grands changemens dans
( 203 )
l'Adminiſtration de ſes Etats. Le Lotto , qui
faifoit à Caſlel autant de mal qu'il en fait
ailleurs , a été ſupprimé. Une très inutile
troupe de Comédiens François & une partie
des Muficiens de la Cour ont été renvoiés.
Les Gardes-Suiſſes & du Corps ſeront ſupprimés
& diſtribués dans divers Régimens
d'Infanterie & de Cavalerie. On fait monter
• à 56 millions de florins les ſommes d'argent
comptant , laiflées par le feu Landgrave.
Les intérêts de ce tréſor , vraiſemblablement
très-exagéré , ſeront répartis entre les
trois Fils de S. A. S,, le capital reſtant indiviſible.
1
Le Landgrave actuel a auſſi augmenté de
100,000 florins le fonds de l'Univerſité de
Marbourg , & il a amélioré le traitement
de ſes troupes.
La Brochure du Baron de Gemmingen
en faveur de l'échange de la Baviere n'a fait
aucune ſenſation dans l'Empire. Non-feulement
on reproche à l'Auteur des erreurs
graves d'Histoire & de Chronologie , de
faux raiſonnemens & des déclamations ;
maisona trouvé fort étrange qu'unparticu ier,
pour faire ſa Cour , ſe permît de parler d'un
Souverain commele Roi de Pruſſe avec aufl
peude,ménagemens. Onabeaucoup ri d'apprendre
du Baron deGemmingen, que la
Maison de Brandebourg avoit causé la guerre
de 30 ans & les malheurs de IAllemagne.
On nomme déjà les chefs des quatre re
16
( 204 )
gimens de Volontaires , que l'on doit lever
au printems prochain dans les Etats du Roi
de Pruſſe ; ce ſont les Colonels de Rein , de
Fabrat , d'Arnaud & de Chamonte. On a
levé auſſi un nouveau corps de Chaſſeurs ,
dont le commandement ſera donné auMajor
deDelpon. LeRoi a ordonné à tous les chefs
des régimens de la garniſon deBerlin , de lui
envoyer la liſte des Officiers qui y ont ſervi
avec diftinction, pour être employés en qualité
de Majors & de Capitaines dans les nouveaux
régimens .
On écrit de Vienne que l'Hospodar de la
Valachie a non - ſeulement renouvellé les Privileges
dont jouiſſoient dans cette Province les
Sujets Autrichiens , & particulierement les Bergers
Valaques de la Tranſylvanie , mais qu'il
en a même ajouté de nouveaux. Les Patentes
de ce Prince , à cet effet , ſont datées du 19
& 20 Août de cette année. Voici les principaux
points qu'elles renferment : les Bergers
Autrichiens , qui ont coutume de paſſer avec
leurs troupeaux dans la Vallachie depuis la S.
Demetrius juſqu'à la S. George , ne payeront
plus de droits pour leurs fourrures ; on ne pourra
plus àleur paffage retenir les Agneaux de leurs
troupeaux ; ils pourront paſſer librement les
terres des Couvens ſans payer de droit de påsurage
; ils ſeront exempts à l'avenir des droits
qu'ils payoient pour leurs Chevaux ; ils ne ſeront
plus afſujettis à donner l'Agneau de paffage
, mais s'ils s'arrêtent ſur une terre ils
payeront un droit pour le pâturage ; à leur paffage
dans la Transylvanie , ils laiſſeront un
Agneau par troupeau ; ils pourront vendre leurs
د
( 205 )
1
Fromages & leurs Moutons aux Foires qui ſe
tiennent dans la Moldavie.
Un Ouvrage périodique Allemand ſur le
commerce , donne le précis ſuivant du
commerce de Londres ; précis qui n'eſt pas
exempt d'imperfections .
On peut regarder la ville de Londres , y
eſt- il dit , comme le centre du commerce
de l'Angleterre. Tous les Fabricans & Manufacturiers
des Provinces y ont des entrepôts
pour leurs marchandises , & on y trouve également
les produtions naturelles du pays& celles
des Colonies Angloiſes , ſoit laine , charbon de
terre , fer , cuivre , plomb , étain , alun , litharge
d'argent, céruſe , eau vitriolique .
Ses productions artificielles ſont : draps & étoffes
de laine , étoffes de ſoie & autres marchandi
ſes , rubans , dentelles , toile , étoffes de coton ,
velours , indiennes , chapeaux , bas , montres ,
marchandiſes d'acier , quincailleries & fer blanc.
Les draps ſont fabriqués de laine angloiſe &
eſpagnole: les étoffes de laine les plus connues
ſont lescariſets , exceſtos ſerges , kerſeys , bayettes
de Mancheſter & de Gloucester , perpetuanes ,
friſes , molletons , flanelles , &c .
Les principales étoffes de ſoie font : moires
noires & de couleur , taffetas , gazes & dentelles
de ſoie. Les principales fabriques de ces dentelles
ſont établies à Londres. Les points d'Angleterre
ou dentelles de ſoie & de fil ſont fabriqués la plupart
dans le Comté de Buckingham. On fabrique
à Londres toutes les eſpèces de rubans ;
ceux qui ſont fabriqués à Coventry ne ſont pas
moins confidérables. La toile irlandoiſe eſt la
plus recherchée ; on fabrique auſſi des toiles
connues ſous le nom de batiſtes & de claires; mais
ces toiles ne font pas auſſi bonnes & belles que
( 206 )
cellesdes manufactures françoiſes. Les basdeſoie,
de laine& de fit ſont fabriqués en grand nombre
à Londres & dans les cantons de York & de Nottingham
. La chapellerie occupe un grand nombre
de Manufactures ; auſſi l'Angleterre exporte
prodigieuſement de chapeaux danstous lesEtats
de l'Europe , la France exceptée. Les étoffes de
coton & d'écorce d'arbre , le velours & la toile
font fabriqués en grande quantité dans les Manufactures
de Mancheſter . Les principales manufactures
des perſes & indiennes font à Londres ;
cette marchandise qui est très- recherchée fait la
plus forte branche du commerce de cette ville.
Les marchandises de quincailleries fabriquées à
Londres & dans les provinces ſont ſans nombre.
L'importation à Londres & dans les principales
villes d'Angleterre confſte dans les marchandiſes
ſuivantes , ſavoir . 1º. des Iſles & de
l'Afrique : pelleteries , peaux , bois de conſtruc
tion , huile de baleine , de loup marin & de morue
, huile d'olive , poraſſe , cire , goudron , poix,
fer en barres , ris , tabac , douves , indigo,bois
deteinture , drogues , ſucre , café , cacao , poivre
, gingenbre , aloes , plumes d'autruche ,
amandes , dents d'éléphans , coraux , gomme , &c,
2° . Des Indes Orientales : café , thé , cloux de
girofle , canelle , noix de muſcade , ſoie , toile ,
mouffeline , nanquins, drogues. 3°. De la France:
bled , vin, eaux-de-vie , coton , tole & dentelles
de Saint-Quentin & de Valenciennes , marchandiſes
de ſoie , de Lyon & de Tours , de la Normandie
, marchandiſes de mode ; huile d'olives
& de noix , fruits secs , amandes , raiſins ſecs ,
marons, eaux distillées ,indigo , épices , drogues,
cuirs verts & d'autres marchandises des fabriques
françoiſes. 4°. De l'Espagne : laine, ſoude , raifins
fecs ,aniandes , bois de liège , vin , foie,
( 207 )
cochenille , indigo , peaux vertes , quinquina ,
jalap & autres drogues , or & argent. 5° . Du
Portugal : bois de Bréſil , citrons , oranges , laine,
vin , huile, peaux , drogues , pierres précieuſes ,
or & argent . 6°. De l'Italie & du Levant : foie ,
coton , laine, vin , huile , eſſences , huiles odoriférantes
, mouches cantharides , chapeaux de
paille ; drogues , vifargent , &c. 7 ° . De la Hol
Lande: clous de girofle , noix muſcades , canelle,
toile & les marchandises d'Allemagne & de la
Suiſſe. 80. De Hambourg & en général du Nord :
chanvre , mâts , bois de conſtruction , ſavon ,
potaſſe, fer , ſoies de porc, cire , colle de poiſſon,
arſenic , &c .
L'exportation de Londres conſiſte dans tous
les articles des productions naturelles & artifi
cielles ci-deſſus détaillés & dans du poiſſon ,
comme morue , harengs , ſardines , &c .
Le Gouvernement fait rembourſer les taxes
fur preſque toutes les marchandiſes qui font ex,
portées à l'Etranger.
ITALIE.
DE ROME , le 2 Décembre.
On apprend de Pétersbourg , qu'enfin
l'on a élu un Vicaire général des Jéſuites
dans la Ruffie Blanche. Le choix eſt tombé
fur le P. Gabriel Lenkowicz , Polonois ,
homme de mérite , Recteur du College de
Polotsk , & Vicaire général par interim.
L'Aſſemblée étoit compofée de trente perſonnes
. L'élection s'est faite avec la plus
grande harmonie à l'unanimité. On a élu
( 208 )
également les perſonnes qui doivent remplir
les emplois ſubalternes , tels que ceux
d'Aſſiſtant , de Secrétaire , &c. Ces Actes
ont été déposés dans les Archives du College
de Polotsk. On a remarqué comme une
fingularité , que le 8 Octobre , jour de ces
Elections , répond dans l'ancien Calendrier
encored'uſage en Ruffie , au 27 Septembre ,
jour auquel le Pape Paul III , approuva
la Société de Jeſus , il y a 245 ans.
Depuis quelque mois , écrit- on de Naples ,
le Mont Véſuve jette une quantité de matieres
embraſées. On regarde ce dégorgement comme
très- heureux . La bouche d'où ſort le feu , répand
ſa lave dans un vallon aux pieds du volcan ,
fans caufer aucun dommage. Depuis quelques
jours cependant , le feu paroît s'augmenter ; on
éprouve dans ſes environs de fortes ſecouſſes ,
& la nuit on entend des mugiſſemens ſouterrains
qui reſſemblent au tonnerre.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 19 Décembre.
M.William Eden , nommé principal Commiſſaire
pour la négociation du Traité de
commerce entre la France & l'Angleterre , a
fait le 12 ſes remercîmens à S. M. Quoique
tous les Partis s'accordent àreconnoître dans
M. Eden , les lumieres , l'expérience& le talent
néceſſaire à l'emploi dont il eſt chargé ,
l'Oppoſition ne lui pardonne point de con(
209 )
1
F
facrer ſes talens au ſervice de la Patrie. Selon
le code des cabales , un factieux doit crier
toujours contre les Miniſtres , quelles que
foient leurs opérations ,& ne jamais les ſeconder.
Auffi ,les Papiers de la Minorité
font- ils remplis de paragraphes contre l'apoftafiede
M. Eden. Alive ces injures , on ne ſe
douteroit guères que la plupart des Chefs
del'Oppofition actuelle ont , durant leur carrierepolitique,
changédéjàpluſieurs fois d'uniforme
, & autoriſé de leur exemple la défection
de M. Eden. On l'accuſe ſur-tout
d'avoir manqué à la reconnoiſſance envers
Mylord North ; on a publié l'inventaire de
ſes émolumens , de ſes penſions , de ſa fortune
entiere ; on lui fait écrire des lettres
apologétiques àſes anciens amis. Il n'eſt point
vrai qu'il reçoive un ſervice d'argenterie &
6000 1. d'appointemens. Ces derniers ſeront
de 3000 liv. ſterl .
On dit que le ſeptieme Régiment de
Dragons a ordre de ſe tenir prêt à s'embarquer
pour l'Inde au printemps prochain.
Il y relevera le vingt-troiſieme Régiment de
Dragons légers , commandé par le Chevalier
John Burgoyne. Ce remplacement procurera
au Gouvernement une épargne de
20,000 liv. fterlings.
On préſume que M. Eden n'est pas le
ſeul Membre prêt à ſe détacher de l'Oppoſition
qui , probablement , fera une triſte
figure dans la ſeſſion ſuivante. Selon le bruit
public , les Lords Carlifle , Loughborough
( 210 )
&Stormontvont l'abandonner. Il ne lui ref
teroit guères , en ce cas- là , dans la Chambre-
Haute , d'autres harangueurs , que le Comte
de Derby& Lord Fitz -Williams , héritier du
Marquis de Rockingham .
Il s'est tenu le 15 , chez M. Pitt , une afſemblée
des plus habiles calculateurs de
Londres , qui ont examiné , avec le Miniſtre,
le projet de convertir en tontines 25 millions
des 3 pour cent conſolidés. Il paroît
de plus en plus qu'on ſonge ſérieuſement à
cette opération , dont on répand le plan
dans le Public , pour éprouver le voeu général.
Il eſt entièrement en faveur de cette
meſure de finance ; en voici un état clair &
exact , parfaitement rendu dans une Feuille
publique.
On calcule , que la recette des Taxes aquelles
-doit produire plus d'un million au-delà des befoins
publics. Les Douanes doivent rendre un
autre excédant d'un million , ' c'est- à - dire , audelà
de l'année précédente . Tout cela , avec l'épargne
des Emplois , Penſions Appointemens
ſupprimés , doit former un Fonds d'amortiſſement
d'environ deux millions cinq cens mille
liv . fterl . L'eſſentiel de ce Plan eſt de convertir
vingt - cinq millions des Annuités conſolidés à
trois pour cent en vingt- cinq millions de Rentes
viageres , & d'accorder un Intérêt additionnel ,
qui fera monter le revenu annuel de ces fonds à
fix pour cent pour la vie ſeulement , au lieu des
trois pour cent actuels , que produiſent les Annuités
transférables . Si le Souſcrivant a atteint
la ſoixantaine , on lui donnera un intérêt additionnel
de cinq pour cent; & cette augmenta(
211 )
tion aura lieu proportionnément pour tous les
âges. La partie additionnelle des rentes viageres
ſera tirée du Fonds d'Amortiſſement en queftion
: Et , comme les décès , depuis la claſſe des
plus jeunes juſqu'à celle des plus âgés , font l'un
dans l'autre, à raiſon de quatre pour cent par an
au moins ; il eſt évident , qu'à la fin de la pre
miere on aura éteint un million des vingt- cing ,
ainſi convertis en rentes viageres. Cette opération
allégera par conféquent la Dette d'un million
avec l'intérêt primitif de trois pour cent.
Alors on ajoutera un million ,pour entretenir les
vingt-cinq millions complets , & toujours de
même chaque année ; de forte que par ce moyen
il ſera éteint chaque année un million de la
dette nationale avec l'intérêt primitif. Le fonds
d'amortiſſement augmentera à proportion que la
dette diminuera , & par une conféquence naturelle
le prix des fonds hauſſera graduellement ,
àmeſure que la maſſe en diminuera. Enfin l'on
verra le crédit national fleurir plus que jamais.
Vendredi dernier , le Colonel Jofeph
Brandt , Chef des Mokawks , l'une des fix
Nations ſauvages de l'Amérique-Septentrionale
, a été préſenté au Roi. Il a paru dans
ſon coftume naturel. On lui attribue le deſſein
d'un Traité particulier entre l'Angleterre
& ſa Nation.
Lors de la premiere campagne maritime
du Prince Williams Henri , durant le ſiége
de Gibraltar , Don Juan de Langara , allant
rendre viſite à l'Amiral Digby , fut introduit
par le jeune Prince. Pendant la conférence
des deux Amiraux , S. A. R. fe
retira , & lorſque Don Juan de Langara
(212 )
fut prêt à repartir ,le Prince , alors Garde-
Marine , l'informa avec reſpect, que fa
chaloupe l'attendoit. L'Amiral Eſpagnol
étonné de voir le fils d'un Roi réduit aux
fimples fonctions d'un Officier ſubalterne, ne
pût être maître de ſon étonnement , & s'écria
, qu'il ceſſoit d'être ſurpris de la puiſſance
maritime des Anglois , puiſque les princes
de la Maiſon Royale , ne dédaignoient pas
d'occuper les derniers rangs ſur les vaifſeaux!
Ce fait eſt atteſté par le Capitaine
Drinkwater , dans ſa relation du fiége de
Gibraltar , dont nous avons rapporté quelques
traits , l'ordinaire dernier.
Les Arts ont fait ici une perte ſenſible
dans la perſonne de M. Cipriani , Peintre
& Deflinateur célebre , dont le pinceau
gracieux & délicat eſt ſuffisamment connu.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 21 Décembre.
Le Roi ayant accordé au ſieur Semonin ,
Directeur du Dépôt des Affaires étrangeres ,
des Lettres deConſeiller d'Etat , il a , le 17,
prêté ſerment en cette qualité , entre les
mains du Garde des Sceaux.
I.a Comteſſe de Roys & la Vicomteſſe
de Bouillé ont eu , le 18 de ce mois , l'honneur
d'être préſentées à Leurs Majestés & à
la Famille Royale ; la premiere par la Ducheſſe
de Narbonne , Dame d'honneur de
( 213 )
Madame Adélaïde de France ; & la ſeconde
par la Marquiſe de Bouillé.
Le Roi a accordé un brevet de Conſeiller
d'Erat au ſieur de la Paillotte , ancien Lieutenant
général du Bailliage royal de Commercy
, pour le récompenſer de l'ancienneté
de ſes ſervices , & de la maniere diſtinguée
avec laquelle il a rempli ſon emploi pendant
45 ans.
Le 20 , le Roi , accompagné de Monfieur
&de Monſeigneur Comte d'Artois , a aſſiſté
au Service anniverſaire , célébré dans l'Egliſe
de la Paroiſſe Saint Louis , pour le repos de
lame de feu Monſeigneur le Dauphin ;
Madame Elifabeth de France y a également
aſſiſté.
DB PARIS , le 28 Décembre.
Edit du Roi , portant création de quatre
millions de rentes héréditaires , rembourfables
en dix ans. Donné à Versailles au
mois de Décembre 1785. Régiſtré en Parlement
le 21 du même mois. En voici le
préambule & la ſubſtance des principaux
articles.
LOUIS , &c. Quoique les ſages & utiles meſures
que nous avons priſes pour écarter ce qui
auroit pu troubler la tranquillité de l'Europe ,
nous aient occaſionné cette année pluſieurs ſurcroîts
de dépense ; quoique l'intempérie des ſaifons
, & les calamités qui ont affligé pluſieurs
de nos provinces , aient ajouté à nos charges or
( 214)
dinaires ce que le ſoulagement de nos ſujets a
exigéde notre bienfaiſance ; quoique nos revenus
en aient fouffert de la diminution , & nos recouvremens
du retard , les paiemens re'atifs aux
différens ſervices n'en ont pas été un ſeul inſtant
meins exacts ; tous nos engagemens ont été acquittés
ponctuellement à leurs époques ; les termes
de pluſieurs rembourſemens ont été même
anticipés ; les arrérages de rentes ont été payés
plus promptement qu'ils ne l'avoient jamais été ;
jamais autant de fonds n'ont été employés en
amortiſſemens ; jamais il n'en a été accordé d'auſſi
conſidérables pour les travaux d'utilité publique ,
pour les ports , pour les canaux , pour les chemins
, pour les deſſéchemens ; jamais le commerce
n'a reçu plus d'encouragemens ; jamais des
ſecours plus abondans n'ont été répandus dans
les provinces : tels ſont déjà les fruits , telles devoient
être les premieres baſes du plan que nous
avons adopté ; les reſſources qu'il nous a fait trouver
pour fatisfaire à tant de beſoins au milieu de
tant d'obstacles , nous ont de plus en plus convaincus
que les dépenſes d'amélioration ſont des
ſources de richeſſes , & que le crédit ſe fortifie par
les paiemens. Nous ſommes au moment d'achever
ceux de toutes les dettes de la derniere guerre
, & même de toutes celles qui s'étoient arriérées
en différens départemens; leur entier acquittement
doit être conſommé dans le courant
de l'année 1786 , & fi ce n'eſt pas ſans regret ,
que pour y parvenir nous nous voyons obligés
d'ouvrir encore un Emprunt , nous avons en
même- temps la ſatisfaction d'être aſſurés qu'avec
ſon ſecours nous pourrons effectuer cet appurement
total ſans lequel l'ordre que nous travaillons
à mettre dans nos finances ſeroit impoffible,
& foutenir cette abondance de fonds qui eſt i
( 215 )
néceſſaire pour le ſuccès des opérations les p'us
utiles . Au furplus , loin que cet emprunt puiſſe
déranger ni retarder en aucune forte la marche de
la libération ſucceſſive que nous avons réglée par
notre Edit du mois d'Août 1784 , il eſt combiné
de maniere à s'accorder avec elle , il en confirme
l'exécution par l'emploi auquel il eſt deſtiné , le
progrès notoire des acquittemens en eſt le gage
le plus certain , & l'augmentation de revenus
que le prochain renouvellement du bail de nos
Fermes nous procurera , y ajoute encore une
nouvelle fûreté. Les deſirs du public ſembloient
nous inviter à créer des rentes viageres : mais la
réſolution que nous avons priſe de n'avoir recours
que le moins qu'il ſeroit poffible à ce genre
d'emprunt , nous a fait préférer une création de
rentes héréditaires , rembourſables dans l'eſpace
de dix ans par la voie du fort , en laiſſant cependant
aux propriétaires la libre option de recevoir
leurs rembourſemens en argent comptant ,
ou d'en conſtituer les capitaux ; la ſimple faculté
de faire de pareils remplois en rentes viagères ,
qui, réparties dans l'eſpace de dix années , ne
peuvent former pour chacune , qu'un objet modique
& limité , nous a paru concilier ſans inconvénient
le goût& les convenances d'un grand
nombre de prêteurs , avec les principes qui nous
ont fait exclure le même moyen pour des parties
plus conſidérables . A ces cauſes , &c.
Sa Majeſté crée quatre millions de livres de
rentes héréditaires au denier vingt , avec les attributions
de primes ci après énoncés , le tout à
prendre par privilege & par préférence à la partie
du Tréfor royal ſur le produit des Aides & Gabelles
, & autres revenus ſpécialement affectés ,
obligés & hypothéqués , tant au paiement des ar
pérages des rentes & à celui des primes qui y
( 216 )
fontjointes ,qu'au remboursement des capitaux ,
lequel fe fera dans l'eſpace de dix ans , par la
voie de loterie , ainſi qu'il ſera ci - apres ordonné.
Les capitaux deſdites rentes feront reçus au
Tréſor royal chez le ſieur Micault d'Harvelay, &
leſdites rentes auront cours , du premier jour du
quartier dans lequel les capitaux auront été fournis
au Tréſor royal , dont mention ſera faite
dans les quittances qui en ſeront délivrées; &
leſdites quittances feront toutes numérotées.
Le Garde du Tréſor royal délivrera en outre
aux acquéreurs deſdites rentes , pour chaque
mille livres compriſes dans leſdites quittances de
finances , un bulletin contenant un numéro , ſuivart
le modele annexé à l'Edit , pour , en vertu
dudit numéro , avoir part aux huit cens mille livres
de primes , qui ſont attribuées à chaque tirage
annuel du rembourſement des capitaux ,
pour être diſtribuées aux porteurs deſdits bulletins
, par la voie du ſort , conformément à la table
des lots imprimée ci-après.
Les conſtitutions particulieres deſdites rentes ,
ne pourront être moindres de cinquante livres
de jouiſſance annuelle au principal de mille livres,
& les contrats feront paſſes ſans frais pardevant
tels Notaires au Châtelet de Paris que les
acquéreurs voudront choiſir.
:Les acquéreurs deſdites rentes pourront faire
expédier les quit ances de finance , pour leur en
être paſſés contrats , juſqu'à la concurrence de
telle ſomme qu'ils jugeront à propos , à condition
que les parties qui compoſeront leſdites
fommes , feront toujours de mille liv. chacune ,
fans fraction.
Il ſera libre aux acquéreurs deſdites rentes ,
de faire expédier au porteur les quittances de finance,
( 217 )
nance, de telles ſommes qu'ils jugeront à pro-:
pos ,& elles leur feront délivrées avec les bulletins
énoncés ci-deſſus , & en outre avec dix coupons
payables d'année en année avec le Tréforier..
de la caiſſe d'amortiſſement ; leſquels coupons
porteront les mêmes numéros que ceux deſdites
quittances de finance, & feront ignés par le :
perſonnes qui ſeront commiſes à cet effet.
Les propriétaires deſdites quittances au porteur
pourront à leur volonté les convertir en contrats
fous les noms qu'is indiqueront , en remettant
leſdites quittances avec leurs coupons:
non échus au Garde du Tréſor royal, qui leur :
en expédiera de nouvelles en nom.
Lefdites rentes ne pourront être diminuées ni
réduites en aucun cas; les arrérages d'icelles ſeront
exempts àtoujours de toutes impofitions généralement
quelconques , préſentes & à venir ;& le
paiement deídits arrérages deſdites rentes dont
feta paffé contrat, ſe fera de fix mois en fix mois,
àbureau ouvert , en l'Hôtel de Ville de Paris ,
à commencer du premier Juillet 1786. Quant
aux arrérages des quittances au porteur , le
paiement en ſera fait par année , à commencer
au premier Janvier 1787 , par le Tréſorier de la
caiffe d'amortiſſement.
Le remboursement des quatre-vingts millions
de capitaux deſdites rentes , ſera fait dans l'efpace
de dix années , à raiſon de huit millions
par chacune deſdites années. Le premier tirage
aura lieu au mois de Décembre 1786 : dans le cas
où le dernier numéro forti feroit d'une quittance
de finance , dont le montant excéderoit le reſtant
deſdits huit millions , cet excédant ſeroit rembourſé
an tirage ſubſéquent par prélevement &
fans mettre dans la roue le numéro de ladite
quittance de finance ; au moyen de quoi , les
N° . 53 , 31 Décembre 1785. k
( 218 )
arrérages deſdites rentes,dont le rembourſement
des capitaux fera échu à chaque tirage , n'auront
plus cours à compter du premier du mois
de Janvier de l'année qui ſuivra ledit tirage.
Le tirage des primes ſe fera chaque année ,
trois mois après celui des rembourſemens , &
il n'y aura d'admis au tirage deſdites primes ,
que les numéros des bulletins rélatifs à celles
des quittances de finance qui ſetont forties au
tirage des rembourſemens , à la concurrence
de huit millions par an : il y aura conſequemment
huit mille numéros participant chaque
année au tirage des primes ; les lors feront
payés en argent comptant par le Tréſorier de
la caiſſe d'Amortiſſement , immédiatement après
le tirage , en rapportant le bulletindont le ruméro
ſera ſorti , & conformément à la liſte
dudit tirage.
Les capitaux des rentes dont le rembourſement
ſera échu à chaque tirage , feront payés
aux propriétaires deſdites rentes , par le Tréforier
général de la caiſſe d'Amortiſſement , en argent
comptant , fi mieux n'aiment les propriétaires
deſdites rentes faire emploi de la totalité ou
d'une portion des capitaux dont le rembourſement
leur ſera échu ; ſur quoi ils feront tenus
d'opter dans l'année qui ſuivra le tirage; & dans
le cas où ils préféreroient le remploi defdits ca
pitaux en rentes viageres , ils vetireroient dudit
Tréſorier de la caiſſe des Amortiſſemens , des
récépiſſés portant obligation par ledit Tréſorier.
de verſer au Tréſor royal les ſommes que leſdits
propriétaires n'auroient pas voulu recevoir comptant
pour leſdies rembourſemens ; fur lesquels
récépiffés , le garde du Tréſor royal leur expédiera
de nouvelles quittances de finance , ſous
tels noms qu'ils indiqueront, pour être confli
( 219 )
tuées en rentes viageres à neuf pour cent fu1r
une tête , & à huit pour cent fur deux têtes ,
à leur choix , & en feront les contrats paffés
par les commiſſaires du Conſeil , qui feront
nommés à cet effet , lesquelles rentes viageres
ſeront exemptes de toutes impoſitions préſentes
&àvenir , & auront cours à compter du premier
jour du quartier où la quittance de finance ſera
expédiée.
Les arrérages deſdites rentes viageres feront
payés en l'Hôtel-de-ville ; les conftitutions particulieres
ne pourront être moindres de cinq
cents livres de capital , pour jouir deſdites rentes
par les acquéreurs , ſoit ſur leurs têtes ou ſur
celles des autres perſonnes qu'ils voudront choiſir,
indiſtinctement à tous âges ; ſur le pied ci -deſſus
fixé , & les contrats en feront paffés pardevant
tels notaires que les acquéreurs voudront choiſir .
Lescommunautés eccléſiaſtiques , les hôpitaux
du royaume , & autres gens de main - morte ,
pourront acquérir les rentes créées par cet édit ,
& en jouir comme de leurs autres biens , fans
être obligés à aucune formalité, ni payer aucun
droit d'amortiſſement .
Les étrangers non- naturaliſés , même ceux
demeurant hors du royaume , pourront auſſi
acquérir leſdites rentes , même en diſpoſer en
principaux & arrérages entre-vifs , ou par ter
tament , & en cas qu'ils n'en aient diſpoſé , les
héritiers leur fuccéderont , encore que leurs, donaraires
ou héritiers ſoient étrangers& non vegnicoles
; S. M. renonce à cet effet au droit d'au
baine & autres droits .
>
Les acquéreurs deſdites rentes dont il aura
été paffé contrat de conſtitution , qui voudront
s'en défaire , pourront en tranſmettre la propriété
par la voie de réconſtitution.
k2
( 220 )
Les nouveaux acquéreurs jouiront deſdites
rentes ainſi réconftituées , à compter du premier
jour du ſemeſtre dans lequel les quittances
de finances qui auront été expédiées à leur profit
feront datées . 1
Distribution des 800,000 livres de primes en 800
lots , attribuées à chaque tirage.
1
Lot de .....
...
2....
.......
de ...........
de 20,000 liv.
2 de 10,000 ...
...
......
150,000 liv.
50,000
4.0,000
20,000-
4 ... de
5000٠٠ 20,000
20 ... de
3000 ..... 60,000
30 ... de 2000 ..... 60,000
2
40
de 1000 ..... 40,000
100 . de 800 ..... ৪০,০০০
200 .. de 6co ...... 120,000
400 de 400 .......... 160,000
1
7
:
.. 800 Lots.. 800,000.
1
L'enregiſtrement porte : ::
Regiſtré , oui & ce requérant le Procureur
Général du Roi , du très- exprès commandement
dudit Seigneur Roi , porté par fa réponſe dur
dix-huit du préſent mois , aux très - humbles &
trèreſpectueuſes repréſentations du ſeize du
mên le mois , & réitéré par la réponſe du jour
d'hie, aux très- humbles & très-reſpectueules itérative
s repréſentations de ſon Parlement , pour
être e. xécuté ſelon ſa forme & teneur ; & copies
colletic nnées envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées
du reffort , pour y être lu , publié &
regiſtré ; Enjoint aux Subſtituts du Procureur
:
( 221 )
$
Général du Roi eſdits Sieges d'y tenir la main
&d'en certifier la Cour dans, le mois , ſuivant
PArrêt de ce jour. A Paris en Parlement ,
toutes les Chambres aſſemblées , le vingt-un Décembre
mil ſept cent quatre-vingt -cinq. Signé
LEBRET.
M. le Duc d'Orléans , a obtenu des Letteis
- Patentes enregiſtrées au Parlement ,
pour ouvrir un emprunt de ſix millions ,
dont voici le plan.
L'Emprunt eſt diviſé en 600 actions au porteur
de 1000 livres chacune , qui dans leur principe ,
produiront 40 livres de rente , à raiſon de quatre
pour cent d'intérêt annuel . Mais comme cet Emprunt
ſe fait par voie de tontine , & que la totalitédes
rentes ſe porte à la ſomme de 240,000
livres , les rentes s'accroîtront au profit de cha
que actionnaire furvivant, felon l'uſage ordi
naire ; il n'y aura aucune retenue fur les rentes ,
de façon que le dernier ſurvivant de tous les ac
tionnaires jouira de la rente entiere de 240,000
liv. juſqu'au jour de ſon décès. Pour donner plus
d'appas aux actionnaires , M. le duc d'Orléans ,
affecte une rente viagere de 135,000 liv. qu'il diviſe
en 600 lots ; c'eſt à raiſon d'un lot par dix
actions. Ces lots feront tirés au fort& ceux qui
auront le bonheur de les gagner , auront une nouvelle
rente en forme de prime. Ces primes font
diftribuées en un lot de 20,000 liv. de rente , un
de 10,000 ; un de 6000 ; un de sooo ; un de
3000, cinq de 1000 ; dix de 600 ; dix de 500 ;
quinze de 400 ; quinze de 300; vingt de 250 ;
vingt de 200, cinquante de 150; cinquante de
140; cinquante de 120 ; & trois cens cinquante
de 100 liv. de rentes. Le tirage de ces primes
k3
(222 )
aura lieu dans les dix premiers jours de Janvier
1787 .
Les airdrages des rentes tontines commenceront
à courir du premier Décembre 1785 ; néanmoins
les propriétaires des actions ne feront pas
obligés deles conftituer avant le premier Janvier
1787. Pour l'aſſurance des act onnaires , M. le
duc d'Orléans affecte toutes les nouvelles maitons
qui entourent le Palais - Royal , & qui font aflurées
à Londres ; & hypotheque en outre tous fes
biens , préſens & à venir. S. A. S. délégue pour
le paiement deſdites rentes vingeres , la totalité
des loyers des ſuſdites maisons, qui font actuellement
affirmées àssocoolivre .Pour êter toute
difficulté, Mme. la ducheſſe d'Orléans , renonce,
tant pour elle , que pour ſes enfans ou ayant
cauſe,à l'exercice de ſes droits & conventions
fur les revenus délégués pour le paiement defdites
rentes , en conſidération de l'emploi de
PEmprunt fait par le Prince.
Ilne Compagnie a pris par péculation la totalité
de cet Emprunt ; il ſe négocie déjà , à trois
pour cent de bénéfice.
11
1
Le rer. Décembre , il reſtoit dans le port
de Bordeaux 423 navires , dont 314 étrangers
&, 109 François ; un navire avoit été
mis en conſtruction pendant le mois de No :
vembre ; 24 étoient ſur divers chantiers , &
19 avoient été mis en coſtume.
Pendant le cours de Novembre , il eſt
entré dans le port de Bordeaux 18 navires
François , venant des Iſles Françoiſes , ſavoir;
4du Cap: 1 de la Guadeloupe: 3 des Cayes-
Saint Louis : 2 de la Pointe à Pitre : 2 du
( 223 )
1
1
Port-au-Prince : 1 de la Martinique : 1 de la
Losiliane de Cayenne: 2 de Miquelon :
da petir Nord. Leurs chargemens confiftolent
en fucre , café , indigo , cacao , coton,
bois de teinture, morue, &c. Ce même mois,
il eſt entré dans le port 108 bâtimens François
de petit cabotage , & s de grand , ainſi que
105 navires étrangers , chargés de merrain ,
planches , porres , mês , bois de conftruction,
avoine , chanvre , beurre , tromage , &
Ja plus grande partie fur lear left.
7
Dansle coursdu même mois, il est forti 29
navires François , deſtinés pour les Colonies
Françoiſes , ſavoir: 8 à Saint Domingue , sau
Cap , s à la Martinique , 2 à Cayenne , 2 au
Port-au -Prince , 2 à la Guadeloupe , aux
Cayes Saint-Louis , à la Pointe-à-Pitre ,
1 à Saint Marc , 1 au Cap & aux Cayus ,
Saint-Domingue & aux fles du Vent. Les
chargemens de ces navires conſiſtoient en
vin, farine , boeuf, burré , biere , eau de vie,
lard , marchandiſes ſeches , &c. Ce même
mois, il eſt forti di post 112 barques ou petits
bâtimens de petit cabotage François ,&
2 de grand cabotage , ainſi que 57 navires
étrangers , chargés de vin, eau de vie , lucre,
café , prunes , &c.
Il vientde ſe former en cette ville par une
Compagnie ſolide , autori ée duGouvernement ,
un établiſſement depuis long-temps defiré , ſous
-la dénomination du Transport des ballots , paquets
&marchandises , dans l'intérieur de la ville & des
k 4
(224 )
fauxbourgs de Paris , au moyen duquel on pourra
faire transporter au prix le plus modique . les
différens paquets d'un quartier à l'autre de la capitale.
Cetétabliſſement dû aux foins de M. Valanger
Duvalon , Directeur général , & l'un des intérefſés
en l'entre riſe , eft dirigé ſur un plan d'adminiftration
ſemblable à celui de la petite poſte ;
quatre fois le jour on fera par la ville la collecte
des paquets , & quatre fois lejour on les diſtribuera
, felon leur deſtination . Le prix du traníport
eſt fixé , depuis livre jusqu'à 10 livres ,
à
5fols.
4
De 10liv, à 20 liv. 6
De 20 à40 7
De 40 à 60 8
De 60 à 80
!
De 80 à 100 TO
Erd'ha fol d'augmentation par chaque dix livres
de plus; mais entre cetarif, il ſera fait desprix
de gré à gré pour le tranſport conſidérable , &
les Négocians auront la facilité de s'abonner à
l'année; les Etrangers ou perſonnes de Province ,
quin'aurontpoint d'adreſſe à Paris , & qui defireront
y faire parvenir leurs effets en ſureté,
pourront les adreffer, avec une lettre d'avis,
à M. Duvalon , Directeur général , au Bureau
du Transport , rue du Mail , Nº. 43 , après en
avoir acquitté les droits , & ils ſeront retirés &
conſervés ſoigneusement juſqu'à la réclamation
des propriétaires , ou envoyés de ſuite à la deſtination
par eux indiquée.
Le 12 de ce mois , les Officiers- Municipaux
de Crépi en Valois ont fait célébrer un
(225 )
Service public pour le repos de l'ame de
Mr. le Duc d'Orléans .
L'intérieur de l'Egliſe étoit tendu en noir avec
les armoiries du Prince de diſtance en distance :
au milieu du choeur on avoit élevé un catafalque
à pluſieurs gradins garnis de cierges ,& furmonté
d'un dais chargé d'ornemens analogues à cette
triſte cerémonio. La milice bourgeoiſe en armes
Lordoit l'enceinte du choeur & en gardoit les
portes pour maintenir le bon ordre . Tout le
Clergé de la ville , MM. les Curés des villages
voiſins , la Nobleſſs , les Compagnies de Magiftrature
, & tous les notables citoyens ont été
invités , & ont montré le plus grand zèle à s'y
rendre. M. Choron , Doyen du Chapitre , quoiqu'âgé
de 81 ans , a voulu officier lui-même à
la Meſſe chantée en Muſique par une ſociété d'Amateurs..
L'idée contenue dans la lettre ſuivante ,
au ſujet des difficultés que rencontre ſouvent
la recherche des filiations , nous a paru mériter
de l'attention. Voici comme s'exprime
l'Auteur , M. de la Houſſaye , Avocat au Parlement.
Un Particulier veut dans la nobleſſe ou dans la
rôture établir une longue deſcendance de ſes
peres ; remonter à la plus ancienne origine , rechercher
la baſe de ſes droits ſucceſſifs , leur fource&
leur étendue, il eſt ſouvent arrêté dans ce traavail
pénible par l'imperfection même de laforme
-dans laquelle ſont rédigés les actes de mariages ,
& pourquoi ? C'eſt que les actes n'ont pas coutume
de contenir le lieu de la naiſſance des
époux , la date de cette naiſſance , la mention du
diocèse , le lieu où les peres & meres des époux
ks 1
&
(226 )
?
ont contracté mariage; enfin , en quel lieu & devant
quels Notaires les époux ont arrêté leurs conventions
matrimoniales. Qu'une loi poſitive , Monfieur
, enjoigne à tous les Curésdu Royaume , ou
Prètres par eux commis , de n'omettre à l'avenir
dans les actes de mariage la mention d'aucune des
circonstances ci-deſſus , & vous ſentez combien
les ſujets de Sa Majeſté , à mesure que nous avancerons
dans les ſiècles futurs , trouveront d'avantages
dans une loi auſſi falutaire. Les actes de
mariages ſeuls ſuffiront pour mettre les familles
fur la trace ſenſible , & non interrompue , tant
de leur filiation , que de tous leurs droits fucceffifs
, en quoi qu'ils puiſſent confifter. Une idée
aufli heureuſe , qui tient au bien de tout , dont
l'exécution facile ne ſera à charge à perfonne ,
appartient toute entiereau ſieur Pluquet , Curéde
Tournam , en Brie.
P. DELAHOUSSAIE , Avocat au Parlement.
L'Atlas portatif , à l'uſage des Colléges ,
par M. l'Abbé Grenet, Profeſſeur au Collége
de Liſieux , réuniſſant le mérite de l'exactitude
, de la Gravure &d'une étendue ſuffiſante
, doit être diftingué à tous égards de la
plupart des rédactions imparfaites , conſacrées
juſqu'ici à l'éducation (1 ) .
:
Le nombre des cartes qui compoſent cetAtlas,
le rend également utile à tous ceux qui veulent
lire avec fruit l'hiſtoire ancienne & moderne ; ils
ytrouveront quinze cartes anciennes ; & cin-
(1) Cet Atlas , de 65 Cartes , relié en veau ,
coûte46 liv. ; en parchemin , 44 liv . , &se trouve
chez l'Auteur , au Collège de Lisieux.
( 227 )
quante cartes modernes : ces cartes ſe vendent
ſéparément 12 fols přece , excepté les 21 feuilles
des gouvernemens de France , qui ſe vendent 15
fols. Pour les colléges l'Auteur les diſtribue par
claffes , afin que la dépenſe chaque année ſoit
modique , & n'excè le pas le prix des livres claffiques
ordinaires. En fixieme , il ne donne que
trois cartes réelles dans un fort carton , avec des
onglets pour y coller tous les ans 4 ou 5 nouvelles
cartes.
Ce qui diſtingue particulièrement cet Atlas ,
c'eſt 1°. que les cartes anciennes ſont faites
exactement ſur la même échelle que les modernes
quiy répondent ; avantage qu'on ne trouvera
dans aucun autre ouvrage de ce genre. 2°. Que
-ces cartes font faites à neuf, d'après les obſervations
astronomiques les plus récentes , ou d'après
les calculs faits avec le plus grand foin par M.
Bonne , Ingénieur Hydrographe de la Marine.
Les 21 feuilles de détail ſur la France ſont faites
d'après la grande carte de l'Académie ; mais
ce n'eſt point une ſimple copie de cette derniere.
On a ſuppléé les degrés de longitude &de latitude
qui ne point tracés ſur celle de M. de Caffini
; on a calculé un grand nombre de points ,
-&c. elles font toutes ſur la même échelle , afin
qu'on puiffe diftinguer à l'oeil la grandeur relative
de chaque province. On y trouvera toutes les
villes , les bourgs , les grandes forêts , les mon.
tagnes , les rivieres grandes & petites , les vignobles
les plus renommés. Pour les villages , on
n'y a mis que ceux qui ſe trouvent ſur les grandes
routes , ou ceux où il s'eſt paffé quelque fait
intéreſſant. On y a marqué toutes les batailles
qui ſe ſontlivrées en France , chacune avec leur
date. Les batailles gagnées par nos Rois ſont indiquées
par des ſabres la pointe en haut , &
k 6 1
( 228 )
les batailles perdues par des fabres la pointe
en bas.
L'Abrégé de Géographie du même Auteur
eſt fait fur le même plan que ſes cartes; les
ſpheres de M. l'abbé Grenet repréſentent ſenſiblement
aux yeux le mouvement de la terre autour
du ſoleil & fur elle même , le lever & le
coucher du ſoleil pour tous les peuples du monde
, ſon mouvement apparent dans l'écliptique,
fans rien déplacer , ſans hauſſer ou baifſer le
pôle , &c.
Mais la plus curieuſe de ces trois fortes de ma
chines , c'eſt la ſphere terrestre & céleſte tout àla
fois; elle est compofée de deux globes , l'un terreftre
& l'autre celeſte , tournant autour d'une
lanterne à deux faces , par le moyen d'un rouage
commun. Il y a ſur le pied un écliptique avec
les fignes& les quatre années, afin de tenir compte
des 6 , 12 , 18 heures que le ſoleil avance la
premiere, la ſeconde , la troiſieme année après la
biſſextile. La bouſſole , qui eſt également ſur le
pied, ſert à orienter les globes , & à faire trouver
aisément dans le ciel l'étoile polaire & les
conftellations .
Les obſervations ſuivantes , fur les maladies
de la peau , plus communes dejour en
jour, ont pour objet de déterminer les cauſes
&les remedes de ces maladies. Ce n'eſt qu'un
abrégé des idées de l'Auteur ſur cette matiere;
idées qui exigeroient beaucoup plus de développemens
& de diſcuſſions que n'en comporte
une Feuille périodique , étrangere aux
ſujets de cette nature.
Les affections pſoriques ſont évidemment produites
par un excès de chaleur; la preuve de
( 229 )
cette afſertion ſe trouve dans leurs effets , puif-
:qu'il eſt vrai qu'elles defféchent & corrodent la
peau. Comment ſe développent elles ſpontanément
? Le voici : le ſang venant à être agité &
échauffé par des boiſſons inflammables & diſpolées
à fermenter , s'appauvrit , ſe diſſout & s'altere;
ſa partie onctueuse qui ſert à unir les autres
, que j'appelle ſon baume ou ſon phlogiftique
, s'évapore , & en ſe diffipant , elle détruit
au moins en partieleur état d'aggrégation . Alors
les différens principes dont le mixte eſt compofé ,
ſe ſéparent & agiſſent ſuivant leurs propriétés
particulieres . Les parties ſolphureuſes brûlent &
enflamment ; les falines irritent & diffolvent ; les
terreuſes ſe dépoſent & obftruent ; les ſéreuſes s'épanchent
& deviennent ſtagnantes. Que de cauſes
de déſordres ! Auſſi la décompoſition du ſang
donne-t-elle lieu a un très-grand nombre de
maladies , telle eſt l'origine de la plupart des vices
de la peau.
4
:On ne fauroit néanmoins ſe diffimuler qu'il en
exiſte beaucoup dûs àdes principes de contagion:
-tels que les vices ſcorbutiques , ſcrophuleux , va- .
rioliques , cançereux , goutteux , vénériens , &c.
Ce dernier fur-tout joue un très-grand rôle dans.
-le développement de ces fortes de maux , à l'égard
des perſonnes qui mettent peu de foin à s'en
guérir , & accordent leur confiance à des gens
plus capables d'aggraver leur mal , que de les
*en délivrer .
Les bains & le petit lait doivent être confidérés
:comme la baſe des traitemens des maladies de la
peau. Il convientd'y joindre des remedes fondans,
choifis dans les préparations mercurielles & antimoniales
, auxquels on ajoute quelques ſels , &
Ies ſues de certaines plantes. L'éthiops minéral ,
le mercure doux , la panacée , l'antimoine crud ,
( 230 )
bien purifié , l'ethiops antimonial, le ſoufre doré,
Je kermès minéral , les ſels de glauber , l'extrait
de cigue , &c. , font les meilleures armes qu'on
puiffe employer contre les infirmités dont il
s'agit. C'eſt aux praticiens àſavoir les amalgamer
& adminiſtrer à une doſe convenable .
Le régime n'eſt pas moins indiſpenſable que
les remedes dans ces fortes de traitemens . On
doit fur- tout s'attacher à tenir le ventre libre ,
à tempérer & adoucir le ſang , à faciliter la
tranſpiration & la ſecrétion de la bile. Les
viandes blanches & les végétaux fourniffent la
nourriture la plus propre à remplir ces différens
points de vue .
L'auteur de ces recherches ( 1 ) croit d'après
des faits bien conftatés , que les cautes qui
donnent naiſſance aux maladies de la peau ,
ſont ſouvent celles qui engendrent les obftructions
, les ſquirres & les cauteres , les ulceres
invétérées ou les plaies habituelles , les pertes
en blanc, la goutte , le rhumatiſme & pluſieurs
autres qu'il feroit trop long de détailler. Il
pen'e en même tems qu'en doit les traiter àpeu
-près de la même maniere. H ſe fera un
plaifir d'entrer dans des plus grands détails ,
foit par écrit ,afoit verbalement avec les perſonnes
de l'art ou autres , qui font intéreſſées
à approfondir cette matiere.
ر
On connoît les ravages que les ſauterelles font
dans pluſieurs endroits de l'Europe , & quelquefois
dans certaines provinces du royaume ; се
fléau redoutable ſe ſaiſant particulieremeer ſentir
dans les parties de l'Espagne qui font ſituées du
[ 1 ] M. la Bastays , ancien Médecin desHôpitaux
militaires , rue de Richelieu , nº. 32.......
( 231 )
côté de l'Afrique ; la Société Royale Economi
que de Madrid a propoſé en 1784 un prix qui
devoit être adjugé à l'Auteur du meilleur Mémoire
fur cet objet ; mais ceux qui lui ont été
adreſſés n'ayant pas entierement rempli ſes vues ,
la Société n'a point décerné le prix , & elle s'eſt
contentée d'accorder un Acceſſit , conſiſtant en
une Médaille d'argent , à M Jacquelin Dupleſſis ,
ancien Officier de Dragons , qui a propoté de
naturaliter en Eſpagne un oiſeau , connu aux
Ifles de France & de Bourbon , ſous le nom
d'Oiseau - Martin , & qui a ſervi à y détruire les
intectes qui ravageoient autrefois ces campagnes.
Cet oiſeau a été apporté dans les colonies , des
grandes Indes ; & le Gouvernement perſuadéde
ſon utilité , a rendu ſucceſſivement pluſieurs Ordonnances
, pour enjoindre aux Colons de le
laiſſer multiplier , & de u'en détruire aucun.
Quelques Auteurs ont cependant aſſuré, d'après
des relations infidèles , que les habitans de ces
Ifles avoient été obligés de tuer ces oiſeaux qui ,
après avoir détruit ces infectes , dévaſtoient , à
leur tour , les récoltes. M. Dup'effis , qui a réfidé
pluſieurs années à l'Ifle de Bourbon , où il
a vu introduire les oiſeaux -martins , perfuadé
qu'il étoit eſſentiel de détruire une erreur qui
peut empêcher de ſonger aux moyens de les naturaliſer
dans les parties méridionales de l'Europe,
ou même de chercher une autre eſpèce d'oiſeau
qui pût remplacer celui-ci (1) , a préſenté à la
Société Royale d'Agriculture , les papiers qu'il a
pu raſſembler , relatifs à l'hiſtoire de cet oiſeau ,
&d'après leſquels il conſte qu'il eſt toujours très-
(1) On en trouve pluſieurs en Arabie & fur la
côte de Barbarie , qui poxiroient être propres à remplir
les mêmes vues.
( 232 )
multiplié aux Iſles de France & de Bourbon , &
que les Ordonnances , rendues pour en favoriſer
la multiplication , font encore en vigueur. Les
perſonnes qui defireront les conſulter , les trouveront
chez M. Brouffonet , Secrétaire-Perpétuel
de la Société Royale d'Agriculture, rue des Blancs-
Manteaux , n°. 57 .
La propriété des rentes ſur le Roi ſe tranf
met ou par des lettres de ratification qui ſont
ſeulement ſcellées le jour du Sceau , ou par
des contrats de reconſtitution qui s'expédient
tous les jours , ou cette propriété ceſſe
par les rembourſemens qui s'en font journellement
; les oppoſitions ſur ces rentes ſe
font au Bureau des Huiſſiers des Conſeils du
Roi , & de la grande Chancellerie , rue du
Chevalier-du-Guet ; ils ont ſeuls le droit de
les former.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 25 Décembre .
Les Etats-Genéraux ont arrêté , dit-on ,
une réduction des troupes levées derniereiment.
Les Corps de Lega & de Sternbach
feront licenciés & réformés ; la Légion de
Maillebois , réduite à mille hommes , le
Corps de Salm à 800 , celui de Heſſe Darmftadt
à 400 , ainſi que les Volontaires de
Matha. Les Officiers réformés jouiront de
la demi penſion. Enfin on donnera congé
à neuf hommes par compagnie , dans toute
l'armée de la République.
Le Baron de Hop , Miniſtre de LL. HH .
PP. auprès de notre Cour, s'eſt rendu dans
(233 )
cette Capitale , pour y reprendre ſes fonetions.
ett 121.
r
Des lettres, de Cadix rapportent en ces
termes ! un événement bien extraordinaire.
1. Un certain Antoine Cuffoni , riche particu-
Jier de cette ville , deſtinoit l'un de deux enfans
qui lui reſtoit à la profeſſion de négociant.
Ce jeune homme parvenu à l'âge de to ans
fut en conséquence embarqué en cette qualité
avec une pacotille affez conſidérable ſur le vaifſeau
Eſpagnol Los Spidros , qui faifoit voile
pour des Indes. Parti avec un bon vent , tout
ſembloit pronoſtiquer un voyage heureux , lorſ
qu'une bouraſque ſurvint un peu après avoir
dépaſſé le détroit de Gibraltar , qui pouffa le
navire contre un écueil , l'y fit échouer , &
périr la plus grande partie de l'équipage. Cette
fâcheuſe nouvelle étant arrivée à Cadix, le pere
de notre jeune homme fit faire pendant trois
mois les recherches les plus exactes for le fort
de fon fils. Mais elles furent vaines , & il reſta
perfuadé que ce malheureux fils avoit péri dans
les flots . Il y avoit déja 8 mois que cet accident
étoit arrivé , & l'on commençoit à loubler
, quand le 26 du mois d'Octobre dernien ,
pendant que le Pere Cuffoni étoit hors de la
maifon pour affaires , le jeune homme qu'on
croyoit mort entre ſubitement , ſe jette au cou
de ſa mere , qui- pteíque évanouie de joie , le
tenoit étroitement ferré ſur ſon ſein , fans proférer
aucune parole. Au milieu d'une reconnoiſſance
fi tendre , arrive le mari , qui avoit
par malheur le défaut d'être jaloux. Sa paffion
l'emporte fur les cris de la nature , il ne reconncît
point, fon fils , ille prend pour un
amant qui le déshonore , & dans ſa fureur jalouſe
it l'étend à demi mort à ſes pieds d'un
( 234 )
coup de ftilet ; il allcit poursuivre les effets de
fa rage , & l'aflouvir tur la mere , lortque la
voix mourante de ſon fils , qu'il reconnoît enfin ,
mais trop tard , lui découvre la mépriſe , l'innocence
de fon épouse, & fon crime. La bleffure
du jeune,liomme étoit mortelle ; il eut
à peine le temps de raconter comment il étoit
parvenu avec fix autres à te ſauver ſur une frèle
planche du vaiſſeau , de la mort qui l'attendit
dans les Bots , & il expira au bout de que ques
minutes , dans les bras de ſon infortunée mere.
Le pere plus à plaindre inille fois étoit tombé
fans connoillance , & il ne revint de ſa foibleſſe
que pour tourner contre lui même le
poignard encore teint du fang de fon enfant.
Mais des perſonnes qui étoient accourues au bruit
& qui étoient présentes à cette tragédie vinrent
àbout de l'améter , & les larmes de ſon époufe
&de fon autre fils dui perfuaderent de ne point
quitter la vie . Cette affaire n'en eft cependant
point melà, le Comen
a pris connoiffance , & il eft occupé maintenant
de l'inſtruction du procès. Mais Pon croit
généralement que la compaflion l'emportera fur
la ſévérité des loix dans cette occafion ; &
tout le public eſpere que le coupable fera ab-
Tous , les remords de ſa confcience étant déjà
pour lui un fupplice plus cruel que tous ceux
qu'on pourroit imaginer.
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres.
Le Lieutenant-Général Pignatelli , qui étoit
allé à Madrid de la part du roi des Deux-Siciles
pour s'acquitter d'une commiffion particuliere
auprès du roi d'Eſpagne , n'y eſt reſté que trois
jours & eſt retourné immédiatement à Naples. On
avoit cru , que ce Seigneur étoit chargé de venir
annoncer , que S. M. Sicilienne , par égard aux
( 235 )
1
5
repréſentations & aux inſtances de notre Cour ,
avoit congédiéM. Acton , Miniftre de la Marine
Napolitaine : Le mécontentement contre ce Miniſtre
provenait , dit-on , de ce qu'il avoit engagé
le roi de Naples , fon maître , à céder à la cour
de Ruffie , un port libre & de refuge ſur les cô
tes de ſon Royaume : on apprend, que le Lieuzenant
Général Pignatelli , bien loin d'avoir aps
porté la diſgrace du Miniſtre Napolitain , eſtvenu
au contraire porter des excuſes du roi de
Naples , au roi d'Espagne , ſon pere , de ne pous
voir ſe conformera ſesdefirs , Gaz d'Amst. n . 101,
>> La portion du terrein , dit M. Buſching ,
>>que la Maiſon d'Autriche poſſede actuellement
>>>en Allemagne , eſt ſuivant la derniere computation,
de 4143. milles quarrés d'Allemagne.
>>La Bavière contient 784 milles La Maiſon Impériale
, en faifant cette acquifition au moyen
>> de l'Echange projeté , auroit par conféquent
>> en Allemagne une étendue de 4927 milles
quarrés deterrein :Et, commeſuivant la carte
> critique de Mayer l'Empire contient 11224
>> milles quarrés , il arriveroit par l'échange de
la Baviere , que la Maiſon d'Autriche y pof-
>> ſéderoit preſque les 4 neuviemes du Pays «.
(Gaz. de Leyde , nº. 101 ) .
Quelques apparences font préſumer toujours
que l'élection d'unRoi des Romains précédera les
autres événemens dont on paroît redouter les
ſuites, >> Il n'y a point de doute , dit une lettre
>> de Ratisbonne du 29 Novembre , que plu-
>> ſieurs princes de l'Empire , effrayés de l'au-
>> gmentation énorme de pouvoir de la maiſon
>> d'Autriche , n'aient formé le projet de faire
>> paffer la Couronne Impériale dans une autre
>> Maiſon. Mais à quel Prince la deſtinent- ils ,
>> c'eſt ce qu'il ſeroit difficile de prévoir. Ceux-
>>qui ne croient pas que la Maiſon de Brande
1
( 236 )
bourgpuiſſey prétendre ſous le prétexte qu'elle
eſt proteſtante, ſe trompent très certainement,
>> cette clauſe de la Bulle d'or ayant été abrogée
>> depuis, Cependant l'on préſume avec beaucoup
>> de raiſon que la maison de Saxe eft celle fur
>> laquelle on a jeté les yeux , pour éviter toutes
>>>difficultés. On eſt même intimement perfuadé
>> que c'eſt la ſeule raiſon qui a engagé l'électeur
> de Saxe de prendreune part ſi active à la confédération
Germanique . :
Dès que le projet en fut éventé , la cour de
>> Vienne prit de nouvelles alarmes, & en con-
> clut la néceffité de chercher à détacher cet
>> Electeur du parti de la Pruffe , pour ne point
courirles riſques de perdre une couronne que
>> 1s princes de la maiſon d'Autricheont fucceffivement
portée Le mariage d'une princeſſe
-> deToſcane avec un prince de Saxe fut regardé
>> comme un premier scheminement à la réu-
סכ
nion des cours de Vienne & de Drefde. Mais
>> bientôt l'on fentir que pour dédommager cette
dernière d'un sceptre qu'on lui promettoit , il
>> fal'oit lui en affurer un autre moins brillant
> peut- être , mais auffi plus ſolide ; & l'on jeta ,
>> dit- on , les yeux fur la Pologne , dont le pere
grandpere de l'électeur de Saxe avoient été
Rois. Pour effectuer ce deffein , l'on prétend
» que le Roi actuel conſent à abdiquer la Cou-
ככ
כנ
&le
ronne , dès qu'il en ſera temps ; qu'alors les
>> deux cours Impériales forceront les Polonois
>> d'accepter l'électeur de Saxe pour ſouverain ,
& en rendront le trône héréditaire .
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Parlement de Paris , premiere Chambre des Enquêtes:
Cauſe entre Alexandre Baudoire ; Anne le
Sueurſafemme , auparavant veuve de Nicolas Filleul
, Nicolas- Marc Filleulfon fils ; = & Guillaume
Pillon , Louise Lagneausafemme , auparae
( 237 )
:
vant veuve Guerinot , le nommé Avignon , Marie
Guerinot sa femme , & Denis Guénard,=Demande
àfin de preuve d'eſcroquerie .
Un Particulier , nominé Filleul , articuloit
qu'une fille , nommée Guerinot , étant parvenue
à lui ſurprendre ſa ſignature au pied d'un engagement
écrit par un tiers , portant promeſſe d'époufer
cette fille , ou de lui payer , par forme de dé
dit , 800 liv.; ma's que , peu après , les parens de
ce jeune homme , âgé d'environ 21 ans , ayant réfolu
de le marier , & la Guérinot en ayant été inftruite
,elle le fit menacer d'y former oppofition ,
&de faire ufage de ſon engagement ; qu'alors il
courut tout éploré vers elle , dans l'eſpoir de retirer
fon engagement ; ce qu'elle refuſa , en l'affurant
qu'elle l'avoit remis dans les mains d'un parent
à elle , nommé Guénard , avec ordre de faire
les pourſuites néceſſaires ; qu'il alla ſur le champ
chez Guénard , lequel confentit à la reſtitution de
l'engagement , ſous la condition de payer 500 1. ,
à quoi la Guerinot voulut bien ſe réduire ; ques
dès le lendemain , après avoir cherché à emprunter
cette fomme , il revint chez Guénard , n'ayant
trouvé que 400 livres , qu'il lui remít , mais que
Guénard exigea encore que ce jeune homme lui
paflåt à lui Guénard, afin de completter les 500 1. ,
un billet de 100 liv . , ftipulé pour cause de prêt , ce
qui fut fait à l'inſtant. Par ce moyen ,l'engagement
fut rendu au jeune homme , qui, de dépit &
de colere , le déchira , ſur le champ , en préſence
d'un tiers , témoin de cette ſcene. « Cette ef-
>>c>roquerie,diſoitdans un Précis imprimé le Défenſeur
de ce Particulier , parut fi plaiſante à
> ceux qui l'avoient commiſe , qu'ils la divul-
5guerent eux- mêmes , & en amuferent le Public
> aux dépens du niais qu'ils venoient de plumer » .
-
Il inſtruifit ſes parens de cette manoeuvre , &
Ceux-ci ſe réunirent à lui , & formerent demande
( 238 )
devant le Juge des heux , à fin de reſtitution des
400 liv. &du billet de 100 livres - Sur cela ,
Sentence contradictoire qui admit la preuve des
fai's articulés . Appel par les Défendeurs devant
le Bailli de Mortagne, qui l'infirma , & déclara
les Demandeurs non- recevables en la preuve par
euxdemandée. -Appelde cette derniere Sentence
en la Cour , & Arrêt rendu le 3 Septembre
1785 , qui confirme la Sentence du Bailli de
Mortagne avec dépens.
Cause extraite du Journal des Causes célèbres [1] .
Journalier condamné à être pendu , pour avoir violé
une fille de fix ans & demi .
L'homme brutal qui oſe employer la violence
pour ravir les faveurs qu'un amour légitime a
droit d'obtenir , eſt un monſtre dont on doit
délivrer la ſociété. Les libertins plaifantent fur
le viol ; mais les loix , protect ices des moeurs,
puniſſent du dernier fupplice les coupables de
ce délit. Si l'homme , emporté par ſa paffion ,
réfléchiſſoit qu'elle peut le conduire à l'échafaud,
cette idée effrayante calmeroit , ſans
doute , ſes ſens , & le forceroit à reſpecter les
moeurs.
Violer une fille nubile eſt un crime ; mais
pouffer la brutalité & l'oubli de tous les principes
de l'honnêteré juſqu'à violer un enfant ,c'eſt un
forfait qui révolte & qu'on ne peut trop
punir.
Lorſque nous parlons de livrer au ſupplice
ceux qui ſe rendent coupables du crime de viol,
nous entendons ceux qui ſont convaincus de ce
crime par des preuves certaines ; car il ſeroit
bien dangereux de prononcer une condamnation
furdes indices douteux , & fur des préſomptions
équivoques,
Un Juriſconſulte rapporte , à ce ſujet , un
trait qui prouve combien le Juge doit être
( 239 )
une
en garde contre les vraiſemblances. Un jeune
homme ayant été accuſé d'avoir violé
femme , fut cond mné à lui payer une ſomme
d'argent : le Juge qui avoit prononcé cette
consamnation , ordonna que la ſomme ſeroit
payée en la préſence , & autorila , en mêmetemps
, le jeune homme à reprendre ſon argent
, s'il pouvoit l'arracher des mains de la
femme qui l'accuſoit de l'avoir violé.
Cette fentence fut exécutée; le jeune homme
paya , & la femme ſe ſa fit de l'argent. Au
fignal da Juge, le jeune homme s'avança pour
arracher la fomme qu'il venoit de donner ;
mais il éprouva une réſiſtance ſi vigoureuſe ,
qu'il fut obligé de renoncer à fon argent.
Alors le Juge dit à la femme qui prétendoit
avoir été violée : Si vous aviez défendu votre
honneur avec autant de courage que vous venez
de défendre l'argent que vous avez reçu , vous auriez
triomphe des efforts de ce jeune homme.
Vous êtes fa complice , &je vous condamne à lui
reftituer la fomme qu'il vous a payée Le Juritconfulte
qui nous fournit ce trait ajoute que
le public applaudit à la ſageſſe de ce jugement.
Mais fi la juſtice doit être en garde contre
l'incertitude des preuves , lorſqu'il s'agitd'une
accutation de viol, intentée par une femme ou
une fille en état de repouſſer les attaques d'un
homme , il n'en eſt pas de même lorſqu'il
s'agit d'une fille qui est encore dans l'enfance.
Alors toutes les préſomptions font en faveur
de l'être foible , de la victime immolée par
une force bruta'e ; & fi le juge a des preuves
du forfait , il ne doit pas balancer à prononcer
la peine portée par les loix .
Auffi les arrêtiſtes rappor ent des exemples
de la juſte ſevérité des Tribunaux contre les
coupables. Nous n'en citerons que deux.
( 240 )
Par arrêt du 27 ſeptembre 1588 , un parti
culier fut condamné à être pendu , pour avoir
violé une fille de huit ans .
Par un autre arrêt du 30 acût 11636 , un
particulier fut condamné à être rompu , pour
avoir violé une fille qui n'étoit âgée que de
quatre ans & demi.
Nous ne citerons pas une multitude d'autres
exemples de ſemblables condamnations ; nous
allons paffer à celui que le Parlement de Paris
a fait depuis peu.
Voici les faits qui ont ſervi de baſe à la cond
damnation récente du journalier dont
avons annoncé le crime .
nous.
Ce journalier, nommé Aulert , demeuroit
dans l'étendue de la justice de Dunois à Châ
teaudum. Il y croit connu pour un homme fans
nears, Les filles de fuyoient comme un ſatyre
dangereux. No trouvant p'us d'occaſions pour
fatistaire fa paffion brutale , il réſolut d'attaquer
une jeune fille de fix ans & demi , nommée
Marie-Anne Pillaux . Cette jeune fille ignorant
les motifs des carelles d'Aubert , s'y livroit avec
l'innocence de fon âge ; mais le monſtre , au
lieu de la reſpecter , oſa la faire ſervir à affouvir
ſa paffion brutale. Les pleurs & les cris de
cette petite malheureuſe excitèrent la curiofité
des veiſins , qui lui en demandèrent la cauſe.
Elle leur déclara , avec l'ingénuité de l'enfance ,
ce. que le féroce journalier avoit loſe tenter.
Les voiſirs , indignés , dénoncèrent ce monftre
à la Juſtice , qui lui fit , fur le champ , fon
procès. Les premiers Juges,ne l'avoient condamné
qu'aux galères à perpétuité & à 1000
Livres de dommages & intérêts ; mais par arrêt
du premier février 1785 , for les preuves qui
réfultoient du procès , le Parlement a condamné
Aulert à être pendu & à 10co- livres, de, dom
DE FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT 18356
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l' Analyse des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Découvertes
dans les Scientes & les Arts; les Spectacles
; les Caufes Célebres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Édits .
Arréts ; les Avis particuliers , &c. &c.
SAMEDI 3 DÉCEMBRE 1785 .
A PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , hôtel de Thou ,
rue des Poitevins .
Avec Approbation & Brevet du Roi.
TABLE
Du mois de Novembre 1785 .
PIÈICÈCEESS FUGITIVES. Instructiondreſſséepar
Bouquet à Mme de Beau- miffion du Clergé ,
•hanais, 1
A AlmeGuiard ,
la Com
26
3Effai fur les Maladies des Eu6
ropéensdans lespays chauds,
La Reine & la Bergère , Fable
, ib . La Morale des Rois ,
35
38
Le Singe &le PetiteMaître, Suite de la Vie& des Opinions
Conte, 49
de Tristram Shandy ,
Lettre deMadame la Marquise Histoire d'Hérodien ,
dA***, 13
71
105
Les Dangers d'un premier
choix ,
97De la Monarchie Françoise ,
Epitre fur les Ages de la
122
Vie,
Vers à M. le Marquis de
Bièvre ,
161
145 Panegyrique de Ste Thérèse ,
La Rofe&le Zéphyr , Fable ,
170
147
Réflexions Physiques & Mo-
Anacréon en belle humeur , 180
SPECTACLES.
rales fur l'Eternument , 149 Comédie Italienne , 85
Charades , Enigmes & Logo Variétés , 89 , 130 , 137 ,
gryphes , 8 , 68 , 102 , 158 181, 186
NOUVELLES LITTÉR. Annonces & Notices , 41 , 91 ,
Mémoirefur les Corvées , 10 140, 189
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
que de laHarpe , près S. Côme.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 3 DÉCEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE JUGE INDÉCIS , adreſſé à deux
Dames d'âge different.
NoQUVEAU Paris , un jour j'eus la prétention
De juger à mon gré ſur cette préférence ,
Que diſputoit Minerve à Vénus , à Junon.
Comme Junon n'avoit , à mon opinion ,
Aucun droit à la concurrence ,
Entre deux ſeulement je mis la queſtion .
Indécis , tenant la balance ,
J'arrive chez Zirphé ; c'en eſt fait, déſormais ,
Diſois-je en l'écoutant , Minerve aura la pomme,
EtVénus perdra ſon procès.
Bon, Corinne paroît , & voilà que mon homme
Eſt plus indécis que jamais.
L
(Par M.de Saint- George , Chevalier
de S. Louis , à Crépy en Valois. )
Aij
4 MERCURE
1
LA ROSE ET LE POMMIER
Fable, à Mile N....
Duhaut de
ſa tige épineuſe ,
La Roſe , au Pommier ſon voiſin ,
D'une voix fière & dédaigneuſe ,
Tenoit ce langage un matin ,
Je dis un matin & pour cauſe:
Ami , je ne fais trop pourquoi
Tu végètes ſi près de moi ;
Ycrois- tugagner quelque choſe ?
La Roſe, tu le ſais , eſt la Reine des fleurs ;
L'aurore , de mon teint emprante ſes couleurs ,
Et tu vois le zéphyr des parfums que j'exhale ,
Embaumer les lieux d'alentour ;
Demon éclat enfin j'embellis ce ſéjour ,
As-tu , dis-moi , rien qui m'égale ?
Tout fier d'être aſſez bien fleuri,
Tu crois de la maîtreſſe être l'arbre chéri ;
Et cependant , malgré ton pompeux étalage ,
Tu la vois preſque chaque jour
De l'aſtre qui nous luit devançant le retour,
Accourir de ſon choix me rapporter l'hommage.
Je fais , dit le Pommier , que tu dois à ſes yeux
Avoir ce matin l'avantage;
Mais ce ſoir, plus juſte &plus ſage,
Elle pourra nous juger mieux.
DE FRANCE.
5
D'ailleurs au temps heureux où l'automne féconde
Viendra nous enrichir des biens
Qu'elle répand dans tout le monde ,
Mes fruits ſont recherchés , que fera-t'on des tiens ?
(Por M. l'Abbé Rangeard. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
:.
Lemot de la Charade eſt Chauve- Souris ;
celui de l'énigme eſt Enfant , ( enviſagé
comme nègre ou blanc, légitime ou naturel );
celui du Logogryphe eſt Balancier, où l'on
trouve bain , Nil , carabine , racine , Liban ,
bail , baie , Aibane , Ariane , Liber ( furnom
de Bacchus ) , Baal , ban , Calabre ,
Abel & Cain , cabale , Albe , Belin.
D
CHARADE.
ès qu'un enfant peut doubler mon premier ,
Il enchante l'oreille & le coeur de ſon père ;
Mon ſecond & l'Amour accompagnent Glycère.
Quand reviendrai-je , hélas ! habiter mon entier ?
(Par un Parifien relégué en Touraine. )
ر
Aiij
MERCURE
ÉNIGME.
IRIS, RIS , aux yeux des Grands ma vûe eſt importune;
Quoique flatteur , humble & refpectueux ,
Je ne fais pas ſouvent fortune.
Une lettre de moins , mon fort eſt plus heureux ;
Car tous les matins j'empriſonne
Les tréſors de ton ſein & ta taille mignone.
( Par M. L. Michel. )
LOGOGRYPHE.
QUOIQUE ſept pieds , Lecteur, compofent ma
ftructore ,
Onques ne ſuis debout,pas même en ma parure ;
Auxhabitans de l'air , aux habitans des bois ,
Je dois ſouventmon exiftence;
Fils irguat , en naiſſant je fuis de leur préſence
Pour aller ſéjourner dans le palais des Rois.
J'habite très- ſouvent les lieux de l'indigence ;
Le fort décide chaque fois
De ceux à qui je dois la préférence ;
Par-tout battu , baloré , maltraité ,
Ces étranges moyens font que je ſuis fêté;
Mais lorſque des enfans je deviens le partage ,
Chaque jour de leur part je ſouffre quelqu'outrage
DE
7
FRANCE.
Chez la Sultane , chez l'Émir , ..
On ne ſauroit trop me chérir.
Veux- tudécompoſer mon être ,
En rebrouffant je te ferai paroître
(
Parmi les lambris les plus beaux ;
Va fur trois pieds me voir dans ces vaiſſeaux
Qui fillonnent l'humide plaine ;
Tu trouveras encor ce que cache une gaine
Aux jeux de piquet , aux tarots ;
Ce qui vient toujours à propos;
Du bien tu verras l'antipode ;
En voyageant un meuble très- commode ;
Unmot exprimant la douleur ,
Et l'état où ſe trouve au gîte un voyageur ;
Ce qu'en dépit de nous & d'elle
Ne fauroit être une femelles
D'une Ifle je montre le nom .
Enfin , Lecteur , en reſtant ſur trois griffes ,
Je ſuis , phyſique ou moral , toujours bon ,
Dans la cuiſine& dans les legogryphes.
( Fait par un Habitant de Smyrne. )
Aiv
8 MERC URE
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISCOURS couronné par la Société Royale
des Arts & des Sciences de Metz, fur les
queſtions fuivantes , propoſées pour ſujet
du Prix de l'année 1784. 1 °. Quelle est
l'origine de l'opinion qui étend fur tous
les individus d'une même famille , une
partie de la honte attachée aux peines infamantes
que fubit un coupable ? 2°. Cette
opinion est- elle plus nuisible qu'utile ?
3°. Dans le cas où l'on se décideroit pour
affirmative quels ſeroient les moyens de
parer aux inconvéniens qui en réfultent ?Par
M. deRobeſpierre , Avocat en Parlement ,
avéc cette épigraphe :
天
Quod genus hoc hominum ? Quavehunc tam barbara
{
morem ,
Permittet patria ? Virg. Æn.
A Amſterdam , & ſe trouve à Paris , chez
J. G. Mérigot jeune , Libraire , quai des
Auguftins.
CE Difcours , comme on le voit par fon
titre, a obtenu un ſecond Prix dans l'Académie
qui avoit propoſé ce ſujet. Auteur d'un
Ouvrage qui a été préféré , il ſemble que je
ne puiffe appuyer ſur le mérite de celui-ci ,
DE FRANCE.
9
fans paroître vouloir relever l'avantage que
j'ai obtenu. J'eſpère parler de ce Diſcours avec
affez de candeur pour écarter ce ſoupçon ; je
lui rendrai juſtice avec une ſatisfaction que
je ne diſſimulerai pas; je ferai mes remarques
avec tout le zèle que peut inſpirer la
vérité ſur un objet important. J'avois d'abord
le projet d'écarter toute mention , tout fouvenir
méme de mon propre Ouvrage. Mais
ilm'aparu que la comparaiſon entre les idées
de deux Aureurs pouvoit offrir quelques vues
piquantes & répandre plus de lumières ſur
le ſujet traité.
Je ne puis m'empêcher de revenir encore
furune idée que j'ai déjà préſentée. Une Académie
nepouvoit concevoir un plan plus heureuxque
celui de ſoumettre à la diſcuſſion publique
les préjugés funeſtes qui règnent dans
la Nation. S'il eſt des préjugés qui faſſent la
grandeur d'un peuple ou le bonheur de l'homme
, il faut les conſerver avec ſoin; il faut
chercher dans la raiſon même des moyens de
les affermir. Loin de les ébranler , la philoſophie
doit révérer ces myſtères d'une vaſte politique
ou ces bienfaits du haſard. Mais pour
ces autres préjugés qui , tenant à des choſes
qui ne font plus, ſans raiſon dans leurs principes
, font encore fans excuſe dans les circonftances
nouvelles, il importe de les examiner;
fi on les trouve injuftes & malfaifans ,
il faut préparer ou achever leur ruine , en
foulevant fa raiſon des ſages contre l'aveugle
opinion de lamultitude. Il en exiſte beaucoup
Av
10 MERCURE
de ce genre chez tous les peuples; il en exifte
encore davantage dans une Nation qui , toujours
gouvernée par une forte de fanatifme
d'honneur , a rarement confulté le bon ſens
& l'utilité publique dans la diſpenſation de
fon blâme & de fon eftime. Nous avons donc
pluſieurs préjugés qui tiennent à de faufles
notions de l'honneur. Dans un temps où l'opinion
publique n'eſt plus uniquement la tradition
des idées de nos pères , mais où elle eſt
auflì devenue le réſultat des lumières qui fe
répandent , on peut ſe promettre de faire tomber
ces anciennes &dangereuſes maximes , qui
n'ont beſoin que d'examen pour être abandonnées
, & auxquelles on ne confent encore
à fe foumettre, que parce que la défobéiffance
n'eſt pas devenue l'impulſion générale. Rien
ne peut davantage commencer ces heureuſes
révolutions que les bons Écrits ; s'ils ont quelque
puiſſance , c'eſt celle de fixer l'attention
"fur lesmauvaiſes inſtitutions , d'en faire rougir,
"de les attaquer par la raifon,pour les renverfer
enfuite parles exemples.Unfeul Écrivainpourroit
n'avoir pas affez d'autorité dans ces ſujers ;
il convient mieux aux Sociétés Littéraires d'en
faire la matière des récompenfes qu'elles ont
à diftribuer. Leurs récompenfes alors s'annobliſſent
des vûes , des effets de bien public
auxquels elles fe rapportent. Unbeau Difcours
peut devenir alors un bon Ouvrage ; un bon
Cuvrage l'acte d'un bon Citoyen , & cet acte
d'un bon Citoyen un fervice public. Les Lettres
auroient encore mérité plus de refpect
DE FRANCE. II
A
& de reconnoiſſance des. Nations , fi elles
avoient toujours été dirigées par un eſprit fi
fage& vers unbut fi noble.
Ondoit donc féliciter l'Académie de Metz
de cette carrière nouvelle qu'elle a ouverte ,
&dans laquelle elle marche avec conftance .
Elle a commencé par le préjugé des familles ;
elle a propoſé pour cette année celui de la
bitardife , & va s'occuper des caufes & des
remèdes de l'aviliſſement des Juifs. Elle
pourra arriver ſucceſſivement au plus uni-
Iverſel , au plus ancien , au plus funeſte des
préjugés , & fur-tout au plus difficile à extirper
, à celui des duels. La philofophie &
l'éloquence ne pourront jamais ni rencontrer
-un plus grand objet , ni remporter une plus
belle victoire. Mais elles auront beſoin de
s'allier ici à la plus fublime politique ; car il
-n'y aplus rien à prouver fur l'abſurde atrocité
de cetuſage; mais il faut trouver des moyens
de le déraciner dans toutes les Nations modernes
, qui en ont fait l'effence même de
:P'honneur; il faut, par quelque grand acte pirblic,
leur faire abdiquer un uſage qui a réfifté
à toute la puiffance des loix , ainſi qu'aux
anathemes de la religion ; il faut défarmer
P'honneur par Phonneur même. Je l'avoue ,
je ne crois pas ce grand Ouvrage impoflible.
Mais , pour dire ma penſée toute entière , ce
n'eſt pas une Compagnie de Gens de Lettres
qui peut dignement & efficacement propofer
ce ſujet, il faudroit qu'il fut préſente par ce
Tribunal qui , parmi nous , eſt le juge de ces
:
4
Avi
12 MERCURE
querelles qui ne ſe vident que par le glaive,
&lemodérateur impuiſſant de cette fanglante
juftice. Alors , au milieu d'un grand éclat public
, &devant des hommes qui peuvent exécuter
les idées qu'ils adopteront , l'éloquence
pourroit s'élever à des vûes & des beautés
proportionnées à un fi grand effort.
Mais je m'écarte d'un ſujet déjà traité, pour
m'élancer vers un autre qui eſt peut-être encore
bien loin de l'être. Je reviens au préjugé.
Ce ſujet méritoit une attention férieuſe ; il
offre une queſtion importantedans nos moeurs.
S'il n'a pas été reçu avec indifference , il n'a
pas excité non plus ni ces vifs débats dans lefquels
la vérité achève de triompher , ni cet
acquiefcement prompt & univerſel qui annonce
que fon jour est arrivé. Le préjugé eſt
bon, ont dit quelques eſprits , même des efprits
très-diftingués , ce qui pourroit ſurpren
dre, ſi l'on ne ſavoit qu'il n'eſt point d'erreurs
qui n'ayent eu des partiſans. Il eſt odieux &
abſurde , a dit le plus grand nombre. Il eſt
déjà affez tombé , ſelon quelques autres. Je ne
voudrois d'autres preuves de la néceflité d'approfondir
cette queſtion, que cette contrariété
&cette indéciſion. J'oferai tenter de fixer à
cet égard le véritable état des choſes. C'eſt
parcequenos lumières& les principes de douçeur
qui rentrent dans nos idées& nos moeurs
ont déjà beaucoup affoibli le préjugé , qu'il eſt
urile de le difcuter , afin de hâter , par une
inſtructio,n plus complette , par un mouvement
plus rapide , la réforme qui ſe prépare.
DE FRANCE.
13
<
Mais ne croyez pas que le préjugé ſe détruiſe
tant qu'il n'aura pas effuyé un examen rédéchi
, que cet examen n'aura pas fixe l'opinion
publique&donné lieu dans l'adminiftration
même à des principes ſtables ; il tient à trop
de choſes dans nos loix&nos moeurs , pour
tomber ainſi de lui-même. Des faits recens
nous le montrent déjà comme bien affoibli ;
mais d'autres faits qui peuvent arriver , ſeroient
capables de le rétablir avec preſque
toutes ſes cruautés , au moins dans certains
lieux & pendant quelque temps. L'objet eft
affez important ; cepréjugé expoſe les familles
aux plus affreux malheurs ; & s'il préſente ,
d'un côté , quelqu'avantage pour la ſociété , il
y entraîne, de l'autre, les plus funeſtes inconvéniens.
Occupons-nous-en donc une fois ; les
circonſtances ſont favorables ; jamais on n'a
été plus en état de réſoudre cette queſtion ,&
la réforme commence d'elle-même. Voyons
donc ce que nous avons à faire. Si le préjugé
eſt plus utile que funeſte; hâtons - nous , le
temps preffe , il faut le foutenir & même le
relever. S'il eſt abſolument mauvais , conſommons
fa ruine de manière qu'il ne puiffe plus
renaître. Mais , en travaillant ſur un point important
de l'ordre ſocial , ne faiſons rien à
demi; tirons parti , s'il ſe peut , du mal même
que nous détruiſons , en confervant le bien
qu'il offroit. Si le préjugé tendoit à quelques
bons effets , ne les perdons pas , tâchons de les
retenirpar d'autres moyens. Fixons notre attention
fur la liaiſon de l'intérêt des familles.
14 MERCURE
:
avec celui de l'État, & préſentons quelques
vûes utiles pour cette légiflation. Je crois pouvoir
conclure & répéter que ce font là des
raiſons qui recommandent ce ſujet à l'attention
des bons Citoyens , des Sages' , des Légiflateurs.
:
Il a auſſi excité une émulation qui n'eſt pas
commune;vingt-deuxDifcours ont étéenvoyés
¿à l'Académie de Metz , parmi leſquels il y en
apluſieurs de très-eftimables. Celui de M. de
Robeſpierre a mérité la diftinction particulière
d'un ſecond Prix. C'eſt peut - être une
choſe digne de remarque , que le grand
nombre d'idées ſemblables que l'on trouve
dans les deux Ouvrages que l'Académie
a couronnés ; cela eſt au point qu'on ne
manqueroit pas de croire que l'un de ces Ouvrages
a été fait d'après l'autre , s'ils n'avoient
' été écrits dans le même temps,& par des hom
mes qui ne ſe connoiffoient pas. On rencontre
allez ſouvent cette fingularité , qui eſt moins
réelle qu'elle ne le paroît. Et cela doit tenir en
garde les eſprits juſtes & droits fur l'inculpation
de plagiat qu'on prodigue ſi aiſément.
Il eſt dans chaque ſujet une foule d'idées qui
ne peuvent échapper à ceux qui les méditent ;
&il peut auffi ſe rencontrer des eſprits de la
même nature qui, en procédant par les mêmes
recherches , doivent arriver aux mêmes réfultars.
D'ailleurs , s'il n'eft point vrai , comme
bien des gens le difent que tout foit découvert
, il eſt certain du moins que tout a été
apperçu. L'originalité d'un penſeur ou d'un
1
DE FRANCE.
15
Écrivain ne peut pas être dans ſes principales
idées , qui peuvent ſe trouver ailleurs ,
&même par-tout; mais dans les conféquences
où elles le mènent, dans le ſyſtême où il les
fond& les lie , dans les développemens qu'il
leur donne. Preſque toutes les idees de Roufſeau
qui ſe détachent le plus aifément ſont
dans Plutarque , Montagne , Locke. Recherchez-
les dans ces Écrivains ; relifez - les enfuite
dans ſes Ouvrages , & voyez fi elles ne
lui appartiennent pas. Avantces Auteurs, elles
exiſtoient dans le bon ſens éternel ; & fans
eux, il les auroit trouvées. On peut , ce me
ſemble, poſer ici une règle générale ; puiſque
les hommes ſe rencontrent dans les mêmes
idées autant qu'ils ſe les empruntent , ce n'eſt
point par-là qu'on peut les différencier ; mais
par les développemens & les réſultats où ils
ne peuvent ſe reſſembler que bien rarement.
Le Programme de l'Académie avoit parfaitement
diviſé le ſujet. Quelle eſt l'origine
du préjugé ? Produit-il plus de mal que de
bien ? Quels ſeroient les moyens de le modifier
ou de le détruire ? M. de Robeſpierre a
ſuivi ce plan.
L'origine du préjugé étoit la partie du ſujet
la plus difficile à traiter. On fait feulement
qu'il est très-ancien dans notre Nation. Mais
notre Hiftoire ne nous met jamais fur ſes
traces. Ce n'eft pas-là la ſeule difficulté. Le
préjugé a-t'il exifté dans d'autres temps , d'aur
tres Gouvernemens ? Voilà ce qu'il faut encore
expliquer & ee qui eſt encore moins
16 MERCURE
éclairci par les monumens antiques. C'est une
Hiftoire qu'il faut ecrirefurdes matériaux qui
n'existent pas , mais auxquels il faut donner,
en les creant , cette vraisemblance qui repréfente
la vérité, comme l'a dit très-fpirituellement
un de nos premiers Écrivains : que
tous les amis du grand talent & de la vertu
pleurent dans ce moment. On ne peut
y réullir , qu'en analyſant avec une faine
métaphysique le fond de la conſtitution ſociale
& les frits généraux de l'Hiftoire. Bien
des gens ont cru que cette recherche n'étoit
que curieuſe; il m'a ſemblé que ſi elle étoit
bien faite , elle devoit fournir les meilleures
vûes pour apprécier le préjugé & pour l'abolir.
Je l'ai traitée avec tout le ſoin dont j'étois capable;
M. de Robeſpierre ne l'a pas négligée ;
mais il n'a pas pris cette Hiſtoire de fi haut,
*&ne l'a pas conduite fi loin.Cependant il s'eſt
arrêté avec étendue ſur la queſtion de ſavoir
ſi le préjugé a exiſté dans les Républiques anciennes
, & s'il peut s'allier avec les Gouvernemens
deſpotiques. Il penſe , ainſi que moi ,
que ces conſtitutions lerepouſſent invinciblement.
Duclos, dans ſes Confiderationsfur les
Moeurs , avoit déjà jeté quelques notions
lumineuſes ſur ce point.
L'État Monarchique eſt donc le ſeul qui
appelle le préjugé. Écoutons ici M. de Robefpierre
lui-même.
« Quels font les lieux où il domine ? Ce
>> font les Monarchies ; c'eſt - là que , ſe-
>> condé par la nature du Gouvernement ,
DE FRANCE. 17
>> foutenu par les moeurs , nourri par l'eſprit
» général, il ſemble établir fon empire fur
>> unebaſe inébranlable.
>> L'honneur , comme on l'a ſouvent remar-
>> qué , l'honneur eſt l'âme du Gouvernement
>> Monarchique; non pas cet honneur philo-
>> ſophique , qui n'eſt autre choſe que le ſentiment
exquis qu'une âme noble & pure a
de ſa propre dignité , qui a la raiſon pour
>> baſe ,& fe confond avec le devoir, qui exif-
>> teroit même loin des regards des hommes ,
ود
ود
ود fans autre témoin que le ciel,&fans autre
>> juge que la confcience; mais cet honneur
>> politique , dont la nature eſt d'aſpirer aux
>> préférences & aux diftinctions , qui fait
» que l'on ne ſe contente pas d'être eſtima-
>> ble,mais que l'on veut fur-tour être eſtimé ;
>> plus jaloux de mettre dans ſa conduite de
ود la grandeur que de la justice , de l'éclat &
>> de la dignité quede la raiſon; cet honneur ,
>> qui tient plus à la vanité qu'à la vertu ,
>> maisqui dans l'ordre politique ſupplée à la
>> vertu même, puiſque , par le plus ſimple de
tous les refforts , il force les Citoyens à
marcher vers le bien public , lorſqu'ils ne
>> penſent aller qu'au but de leurs paffions
>> particulières; cet honneur enfin , ſouvent
ود
ود
ود auffi bizarredans ſesloixque granddans ſes
>> effets , qui produit tant de fentimens ſubli-
ود mes &tant d'abſurdes préjugés , tant de
>> traits héroïques & tant d'actions extrava-
>>gantes; qui ſe pique ordinairement de ref-
>> pecter les loix ,& quelquefois auſſi ſe fait
18 MERCURE
» un devoir de les enfreindre ; qui preſcrit
>> impérieuſement l'obéiſſance aux volontés
» du Prince , & cependant permet de refufer
ود ſes ſervices à quiconque ſe croit bleflè par
>> une injufte préférence ; qui ordonne en
» même temps de traiter avec générofité les
ennemis de lapatrie ,&de laver un affront
dans le ſang du Citoyen.
ود
ود
>>Ne cherchons point ailleurs que dans ce
>> ſentiment, tel que nous venons de le pein-
>> dre , la ſource du préjugé dont il eſt ici
» queſtion. Si l'on confidère la nature de cet
>> honneur, fertile en caprices , toujours porté
ود
ود
à une exceffive délicateſſe , appréciant fou-
>> vent les chofes par leur éclat , plutôt que
>> par leur valeur intrinféque , les hommes
>> par des acceſſoires , par des titres qui leur
>> font étrangers , plutôt que par leurs qua-
>> lités perſonnelles,on concevra facilement
>> comment il a pu livrer au mépris ceux qui
tiennent à un ſcélérat flétri par la fociété. »
Les idées de ce morceau ſur l'honneur ne
font pas neuves; elles font dans Monteſquieu
& Duclos ; mais elles font raffemblées avec
jufteffe,&écrites avec élégance.
Ilme ſemble que l'Auteur, en traçant avec
foin ſa définition de l'honneur , ne s'eſt pas
affez occupé de l'application de ces idées à fon
ſujet. Il me paroît qu'en appercevant fort bien
que le préjugé ne pouvoit naître que dans une
Monarchie , il ne dit ni comment ni pourquoi.
Il obſerve qu'il faut un État gouverné
par l'honneur pour admettre le préjugé ; il dit
DE FRANCE.
19
ce que c'eſt que l'honneur. Mais comment,
l'honneur a-t'il été amené à établir , à adopter
ce préjugé ? On voit qu'il faut ici d'autres
cauſes; & on les trouve, ce me ſemble , dans
les premières moeurs de la Nation qui a fondé
la Monarchie Françoife. Qu'on me permette
de prendre dans mon Ouvrage l'explication
de cette idée. ९
" Si nous nous attachons aux antiquités de
>>notre barbarie , nous y verrons des loix &
des moeurs qui avoient trop d'analogie avec
notre préjugé , pour ne l'avoir pas fait
naître.
ود
ود
ود
>>Les Germains , nos ancêtres , étoient un
>> peuple fingulier entre les barbares même.
>>Lorſqu'ils étoient encore ſans richeſſes &
ود
ود
fans loix, ils connoiffoient déjà tout le pouvoirde
l'opinion. Ils avoient déjà attachéde
>> la gloire ou de l'infamie à une foule de
>> choſes; & la gloire ou l'infamie étoient les
>> plus grands ou de leurs biens ou de leurs
>>maux. Ce fentiment de l'honneur, qui pa-
ود
ود
ود
roît être né chez eux avant fon époque or-
>> dinaire , n'avoit pas pour guide les règles
de la vertu trop éloignées de la groſſièreté
de leurs fentimens ; il ne ſe rapportoit pas
>> non plus au bien public , qui n'eſt jamais
biendéterminé chez des peuples pareils ; ce
n'étoit qu'une exaltation de leur âme , née
de leur génie guerrier. Ce goût , cette
habitude , cette manie même de réputer
arbitrairement , & d'après quelques fenfations
confufes , certaines chofes honorables
رد
ود
ود
وو
ود
20 MERCURE
» ou dégradantes , eſt un des plus anciens &
>> des plus perſévérans caractères de notre
>> Nation. Il étoit donc tout ſimple qu'un
>> jour, fortement émue de la penſée d'un
>> crime , & enſuite de la vûe de ſon ſupplice ,
> & paffant , comme il eſt naturel au coeur de
> l'homme , de l'horreur pour le criminel à
>> l'averſion pour les êtres qui lui appartien-
» nent , elle arrêtât de tenir à déshonneur de
>> s'allier avec eux , & méme d'y communi-
» quer par aucunes relations de plaiſirs ou
d'affaires. Voila donc le premier penchant
que nous avons marqué comme la première
> ſource du préjugé , ſecondé par un prin-
>> cipe focial , lequel n'a jamais eu tant d'in-
> fluence & fi peu de raiſon que parmi nous.
و د
ود
>>L'habitude de ne jamais conſidérer un pa-
>> rent fans ſa famille , a encore été augmentée
» par une partie de notre-antique légiflation.
» Nous avons vû que , pour ne pas s'entre-
» détruire, les familles avoient été obligées
>> de recourir à des moyens d'extirper leurs
>> haines, en fe faiſant fatisfaction pour leurs
" offenſes. Delà ces compoſitions ſur les cri-
>>>mes que l'on trouve chez toutes les Nations
barbares. Mais elles ont duré bien plus
>> long-temps chez les modernes , où elles
devinrent des loix écrites ; if paroît qu'elles
>> ne furent jamais chez les anciens que des
>> uſages. Nous les connoiffons parfaitement
>>par les premières loix de ces barbares , qui
ود
ود
ود furent nos ancêtres.
ود Nous y voyons que lorſqu'un homme
DEE FRANCE. 21
"
"
» avoit été offenſé dans ſa perſonne ou dans
fon honneur , il avoit droit à une fatisfaction
déterminée. Comme autrefois toute fa
famille venoit à ſon ſecours pour l'aider
dans ſa vengeance , elle fuccédoit à fon droit
>>pour la compoſition.
ود
ور
» De même , comme l'agreſſeur pourfuivi
>> appeloit toute fa famille à ſon ſecours , elle
ود dût être auſſi forcée de l'aider dans le
>> payement de la compoſition ; c'étoit tou-
>> jours le ſauver ; car lorſqu'il ne payoit pas
de fon argent , il payoit de ſa tête. Ce ſecond
uſage étoit une conféquence naturelle
du premier ; & il n'y a rien que l'on puifle
>> plus raiſonnablement préſumer que ce qui
fortd'un ordre de choſes établi. »
ود
ود
ود
"
On eſt ſurpris que l'Auteur , après avoir fi
bien examiné toutes les parties de ſon ſujet ,
& lors même que ſes recherches tournoient
ſon eſprit vers les premiers temps de notre
Nation , n'ait pas apperçu que le ſyſtème des
compofitions , qui a fi long-temps duré en Europe
, eſt la ſource la plus apparente , pour ne
rien dire de plus , de notre préjugé.
Je me permettrai encore d'obſerver une
autre omiſſion dans cette première partie du
Diſcours de M. de Robeſpierre ; en traitant de
l'origine du préjugé, il me ſemble qu'il falloit
fixer ſes principaux caractères. Or , le plus
bizarre qu'il offre eſt de ne pas étendre ſes rigueurs
fur les grandes familles. C'eſt encore
là une recherche importante. M. de Robefpierre
auroit pu trouver les cauſes de cette
22 MERCURE
1
contradiction , non pas dans les idées générales
que nous avons des Monarchies , leſquelles
nous appelons des gouvernemens , où des loix
fixes tempèrent l'autorité abſolue , mais dans
cette inégalité de rangs & de prérogatives qui
caractériſent la Monarchie Françoife.
La feconde partie du ſujet est celle où la
raiſon exerce toute fa puiffance , parce qu'elle
eft toujours ſecondée par le ſentiment. Le
préjugé eſt-il plus funeſte qu'utile ? Qui peut
douter dans une pareille queſtion ? Ce qui eſt
ſouverainement injuſte eſt toujours ſouverainement
mauvais. Tel eſt le principe d'où part
l'Auteur. Cependant il s'arrête bientôt pour
examiner & apprécier à leur juſte valeur les
avantages qu'on attribue au préjugé. Il refferre
les liens defamille; il prévient les crimes , en
intéreſſant tous les parens à réprimer les dangereux
penchans , les vites naiſſans dans un
mauvais ſujet qui leur appartient. La difcuffion
de l'Auteur, ſur tous ces points , eſt toujours
folide & perfuafive. Il eſt permis aux
familles de ſe prémunir contre le malheur
qui les menace, en implorant les ſecours de
P'autorité. Quel remède ! comment ne voit- on
pas qu'il eſt lui-même un véritable défordre
dans la ſociété. L'Auteur parcourt enſuite tous
les mauxque le préjugé entraîne , &dans les
familles , où il voue , au gré du hafard , un
grand nombre d'hommes innocens , d'hommes
recommandables par différens genres de mérite
à une véritable dégradation , une véritable
profcription , &dans l'État même , qu'il
DE FRANCE. 23
prive de ſujets précieux , forcés de s'exiler , &
où il condamne en quelque forte des gens de
bien à devenir des ſcélérats , parce qu'il eſt
naturel de chercher les profits du crime ,
quand on ne peut plus eſpérer les récompenfes
de l'honneur. Mais le plus grand des
abus du préjugé , ou plutôt ſon plus grand
crime , eſt d'arrêter les rigueurs de la justice ,
lorſqu'elles font prêtes à tomber ſur une famille
reſpectable ou en crédit.
ود
" Que fera-ce , lorſque les familles n'au-
>> ront pu recourir à ces précautions funeſtes ,
>> &que le crime d'un particulier aura éveillé
l'attention de la police ? C'eſt alors que l'on
>> verra tous ceux qui tiennent au coupable
par quelque lien , ſe liguer pour l'arracher
à la peine qui le menace. Tout ce que peut
>> le crédit , la faveur, les richeſſes , l'amitié ,
ود
ود
ود
la bienfaiſance , le zèle , le courage , le dé-
>> ſeſpoir, toutes les paſſions humaines exal-
>> tées par le plus puiflant de tous les intérêts ,
>> tout eſt prodigué pour impofer filence à la
>> loi , à chaque délit qu'elle veut réprimer ,
ود
ود
ود
ود
elle voit ſe former contre- elle une nouvelle
conſpiration plus ou moins redoutable,
ſuivant le degré de crédit & de confidération
dontjouit la famille du criminel.
>> Eh! qui pourroit faire un crime à ces infortunés
, de réunir toutes leurs forces pour
>> échapper à un tel déſaſtre ? La commifèra-
>> tion publique ſe range elle-même de leur
>> parti. Quels étranges contraſtes ! l'intérêt
ود
د de la ſociété demande la punition du cou-
<
24 MERCURE
10
>> pable; & la ſociété elle-même eſt , en
>> quelque forte , contrainte à faire des voeux
>> pour fon falur. Une foule de Citoyens irré-
>> prochables eſt placée entre les Magiſtrats
ود &l'Accuſe; pour frapper celui- ci , il faut
>> qu'ils plongent dans le coeur des autres le
>> glaive dont ils font armés pour punir le
ود crime.Que je plains un Juge réduit à cette
>> ſituation cruelle , où il ne peut déployer la
ſévérité de fon miniſtère , ſansimmoler à la
fois la vertu , l'innocence , les talens , la
beauté ! la loi , toujours inexorable , lui
>> crie : armez votre âme d'un triple airain ;
>> frappez fans foibleſſe & fans pitié. Mais
» l'humanité, la nature, l'équité même lui
ود
ود
ور demandent grâce pour une famille que ſa
>> bienfaiſance , ſes moeurs , ſes ſervices ont
rendue reſpectable & chère à toute la con-
>> trée qu'elle habite ; à leur voix touchante
ود
ود ſemêlent les gémiſſemens de tout un peu-
>>ple qui partage l'horreur de ſa ſituation ;
>> au deuil, à la confternation qui glace tous
ود
ود
ود
les coeurs , vous diriez que tous les Citoyens
> font la famille de l'Accuſe ; le ſpectacle de
la douleur publique redouble & juftifie la
ſenſibilité des Magiſtrats.Ah ! ce n'eſt point
>> contre le vice qu'il faut ici ſe tenir en
>>garde , c'eſt contre leurs propres vertus
>> qu'ils ont à ſe défendre......
.” و
>> Mais c'eſt ſur-tout auprèsdu Souverain que
l'on fera les plusgrandsefforts pour ſauverles
>> coupables: le pouvoir de faire grâce réſide
>> en ſes mains. Il eſt vrai que le depôt de la
>>félicité
DE FRANCE.
25
L
ود
ود
ود
ور
félicité d'un peuple dont il eſt chargé ,
élève ſon âme au-deſſus des mouvemens
d'une fenfibilité vulgaire ,& lui inſpire une
>> fainte referve dans la diſpenſation de cetto
fortede bienfaits. Mais ici tant de circonf
tances impérieuſes ſe réuniront ſouvent en
faveur des familles ! tant d'objets touchans
s'offriront a l'humanité du Prince ! tant de
raiſons féduiſantes ferontpréſentées même
à fa ſageſſe ..... Comment la clémence pour
roit - elle demeurer toujours inexorable ,
>> quand la Justice ell-emême tremble de pu-
وو
رد
دو
22
ود nir ? On lui arrachera la grâce du cou-
>>> pable; mais dans le moment même où fon
» ccoeur combattu la laiſſera échapper , il ſera
forcé de gémir ſur la bizarrerie d'un peu-
رو ple frivole , dont les préjugés font violence
» à la juſte ſévérité des loix , & ébranlene
>> les principes ſalutaires qui font la bêſe de
>>> l'ordre public.»ود
Je céderois au plaifir d'exprimer tout co
que m'inſpire ce morceau , ſi je n'avois traité
le même objet avec les mêmes idées & lo
-mêmes ſentimens. Nulle part je n'ai plus ſent
juſqu'à quel point deux Écrivains pouvoien
ſe rencontrer. Cette refſſemblance me paroît
affez piquante , pour hafarder de mettre en
comparaiſon un des morceaux qui avoient le
moins droit de frapper dans mon Ouvrage
avec celui qui me paroît le meilleur du Dif
cours de M. de Robeſpierre.
" S'il eſt effrayant de voir, ſur de légen
foupçons , fur des accufations qui ,
Nº. 49 , 3 Décembre 1785. ,
B
26 MERCURE
1
» moins , n'ont pas une forme légale , & par-
ور là reſtent toujours ſuſpectes ,des hommes
>> defcendre pour la vie dans ces priſons que
>> la loi n'ouvre pas , & où elle n'étend pas
ود
ود
même ſon empire , où le malheureux eſt ſi
>> facilement oublié , où il ne peut obtenir
grâce que de ceux qui ont intérêt de l'accabler
, juſtice que de ceux qui ſe ſont dé-
>> clarés ſes ennemis ; de plus grands maux
>> encore n'arrivent-ils pas,quand les alarmes
>> ſur un caractère vicieux étoient fondées ,
» & quand elles n'ont pas obtenu ce cruel
>> remède! Un grand crime vient d'être com-
>> mis; la terreur publique élève un vaſte cri
>> de vengeance. On cherche le coupable. On
> trouve un membre d'une famille riche , refpectée
, digne de l'être. A l'inſtant on eſt
>> frappé d'une autre crainte ; on eft encore
>> plus conſterné , épouvanté de la vengeance
>> que du crime. Le zèle des Magiſtrats ſe
>>>rallentit , ſans ſouvent qu'ils s'en apper-
>> çoivent; car il eſt aiſe de ſe trouver des
>> excuſes ſur l'omiſſion d'un devoir qui va
>> devenir ſi terrible. Tout ce qui peut émou-
>> voir le coeur de l'homme eſt employé con-
>> tre le cours de la Juftice. Le cri maternel ,
ود
ود
les prières de l'innocence, les fupplications
de la beauté , l'intéreſſante voix de l'amitié ,
les fervices , les vertus , les talens d'une
nombreuſe famille, tout ſe fait entendre
>> pour fléchir la loi , tandis que l'or coule à
• grands flots parmi les hommes prêts à tra-
* fiquer de leurs devoirs. Qu'arrive-t'il très
۱
DE FRANCE. 27
>> ſouvent ? Sans qu'on fache comment , fans
» qu'on ait un prévaricateur à punir , le
ود crime échappe aux recherches. D'autres
>> fois, lors même que le coupable eſt entre
>> les mains de la Justice , il lui eſt enlevé.
وو Plus ſouvent les plus touchantes fupplica-
>>> tions arrivent juſqu'au trône ; & le droit
>>de faire grâce , qui ne doit pas moins tour-
>> neràl'utilité publique que la juſtice même ,
>> qui fut plutôt accordé à la hauteur des vûes
ود d'un Prince qu'àla ſenſibilité de ſon coeur ,
>> ce droit arme dans ce moment ſes propres
>> vertus contre ſon devoir. Alors le peuple ,
» qui ne trouve jamais en ſa faveur ce con-
>> cours de réclamations , s'apperçoit avec
» indignation de ſa baſſeſſe ,qui fait ſon dé
>> laiſſement; il ne voit plus dans une juſtice
22
20
22
دد
ſi partiale que ſon oppreffion. Il ſe plaint ,
>>>il crie , il ſe révolte ; il voudroit bouleverfer
une ſociété où c'eſt moins le crime que
la pauvreté qui porte la ſévérité des loix.
D'où viennent de ſi grands déſordres ? D'une
ſeule cauſe qui les rendra preſque toujours
inévitables ? La loi ſe préſente pour ſaiſir
>> un coupable. Mais une famille puiſſante
> par fon rang , par ſes richeſſes , quelquefois
>> par l'amour& le reſpect qu'on lui doit , le
20
ود luidiſpute avec une grande force, un grand
>> courage ; il s'agit de toute ſon exiftence ci-
* vile, maintenant attachée à une ſeule tête,
ود Les vertus même ici font oppoſées aux
>> vertus. On ne peut frapper ſur le crime ,
>> fans frapper ſur l'innocence ; & la pitié
:
Bij
23 MERCURE
>> affoiblit la justice dans tous les coeurs . Quand
>> j'entends le peuple ſe ſoulever contre ces
>> ménagemens qu'on n'a pas pour lui , j'entre
→→→dans fes raifons , dans ſes ſentimens; je ſuis
> prêt de méler mes réclamations à ſes em-
» portemens. Mais ſi j'apperçois cette famille,
ſi je contemple toute l'étendue de
fon déſaſtre , je cède à ſes douleurs , je crie
>>grace avec elle. Le peuple lui-même , auſſi
variable qu'impétueux dans ſes paflions,
» n'a beſoin , pour ſe démentir , que d'être
>>appelé à une autre penſée par un autre
ود
ſpectacle. Montrez-lui cette famille que
>>fes clameurs pourſuivent , & il prendra
>> parti pour elle contre lui-même , il la pro-
>> tégera de ſes larmes &de ſes invocations.
>>La raiſon n'a jamaisfuffi pour déraciner
nunpréjugé, dit encoreM. Thomas , dans
la Lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire
fur ce ſujet; " ilfaut ébranler l'âme & l'ima-
> gination . "
ود
M. de Robeſpierre a trop de talent pour
n'avoir pas ſouvent écrit d'après cet heureux
principe. Il préſente le préjugé ſous un afpect
inattendu, pour le rendre plus révoltant.
Je ſuppoſe donc qu'un habitant de quel-
→ que contrée lointaine , où nos ufages font
inconnus , après avoir voyagé parmi nous ,
• retournevers ſes compatriotes&leurtienne
• ce difcours :
" J'ai vû des pays où règne une coutume
fingulière: toutes les fois qu'un criminel eft
• condamné au fupplice , ilfaut que pluſicants
DE FRANCE. 29
>> Citoyens foient déshonorés. Ce n'eſt pas
>>qu'on leur reproche aucune faute ; ils peu-
ود vent être juftes , bienfaifans , généreux; ils
>> peuvent poffeder mille talens & mille ver-
>> tus; mais ils n'en ſont pas moins des gens
infimes. ود
ود
>> Avec l'innocence , ils ont encore les droits
les plus touchans à la commiferation de
>> leurs Concitoyens. C'eſt , par exemple , une
famille défolée, à qui l'on arrache fon chef
&fon appui pour le traîner à l'échafaud :
>> on juge qu'elle feroit trop heureuſe ſi elle
ود
ود
ور n'avoitque ce malheur r à pleurer; on ladé
» voue elle-même à un opprobre éternel.
ود
ود
Les infortunés ! avec toute la ſenſibilité
d'une âme honnête, ils ſont réduits à porter
>> tout le poids de cette peine horrible , que
ود le ſcélérat peut ſeul foutenir. Ils n'ofent
>>plus lever les yeux, de peurde lire le mépris
ود fur leviſage de tous ceux qui les environ-
>> nent; tous les états les dédaignent ; tous les
ود corps les reponent; toutes les familles
>> craignent de ſe fouiller par leur alliance ;
lafociété entière les abandonne & les miffe
dans une folitude affreuſe; la bienfaifance
>> même qui les foulage , ſe défend à peine
ود
ود
ود du fentiment fuperbe & cruel qui les ou-
>> trage ; l'amitié...... J'oubliois que l'amitié
>> ne peut plus exiſter pour eux. Enfin , leur
fituation eſt ſi terrible , qu'elle fait pitié à
ceux même qui en font les auteurs; on les
>> plaint du mépris que l'on fe fent pour eux,
&on continue de les flécrir; on plonge le
ود
ود
ود
Biij
30 MERCURE
>> couteau dans le coeur de ces victimes inno-
>> centes , mais ce n'eſt pas ſans être un peu
» ému de leurs cris. >>>
J'ai encore l'avantage de m'être rencontré
avec l'Auteur, non pas dans la même idée ,
maisdans le même deſſein. J'ai auſſi employé
une figure à peu-près du même genre. Je vais
encore me citer moi-même une dernière fois.
• Sous quelle effrayante condition exiſté - je
>> doncdans la ſociété ? Un ſeul de ces hom-
>> mes , à qui la Nature m'a uni , encoureroit
ود
ود
les punitions infamantes de la loi , & fa
honte réjailliroit fur moi ?& ſa mort entraî-
>> neroit ma proſcription ?Dans quel jour de
» démence a-t'on arrêté que l'innocent péri-
>> roit avec le coupable , & que l'opprobre
couleroit, comme le ſang , dans les familles ?
ود Nous vivons entre le crime &le malheur ,
» &nous réclamons ſans ceffe la pitié & l'in-
>> dulgence ; mais nous ne favons que nous
» opprimer nous- mêmes par nos affreuſes
ود inftitutions ! tous lesjours nos Tribunaux
>> retentiſſent des triſtes plaintes de ces hom-
>> mes qui font obligés de demander à la loi
هر les parens que la Nature leur avoit donnés.
>>> Je ſens profondément leur malheur : l'hom-
>> me n'eſt pas fait pour vivre ſeul ; il a be-
ود ſoinde communiquer ſes affections , d'en-
>> trer dans celles des autres ; il aime à leur
donner des droits ſur lui , pour en acquérir
fur eux ; il veut des êtres qui s'intéreffent
à tous les événemens de fa vie, & qui le
>> pleurent lorſqu'il ne ſera plus. Il eſt dou-
ود
ود
ود
-
DE FRANCE.
31
2
>> loureux, il eſt humiliant de n'appartenir à
perſonne, de ne pouvoir ni nommer un
» père, ni ſe réfugier dans une famille , d'être
>> né hors de cet état où divers attachemens
>> rempliffent notre coeur depuis notre naif-
>>fance juſqu'à notre mort , &qui nous pro-
>> met des fecours ,de la protection , quelque
رد fois des diſtinctions honorables. Mais plus
>>frappé encore dans ce moment, de tous les
>>dangers auxquels le préjugé nous expoſe ,
>> nous , qui nous contemplons dans nos
> famillesavecundouxorgueil,jeſerois tenté,.
>> non pas d'envier le fort de ces hommes ;
>> car il eſt trop difficile de ſe détacher d'un
>>bonheur qu'on a une fois goûté ; mais de
>> leur faire redouter le nôtre , & de leur
>> dire : malheureux , que faites-vous ? Reſtez
ود dans cette obfcurité qui vous iſole : vous
» ne répondez que de vos actions. Tous les
>>jours , à votre réveil , ſi vous ſentez la
» vertu dans votre coeur , vous pourrez vous
ود dire : je vivrai fans reproche &fans tache.
>> Votre gloire n'appartiendra qu'à vous ; vo-
» tre honte même , ſi jamais vous deviez
>> vous fouiller d'un forfait , finiroit avec
» votre exiſtence. Mais une fois reçu dans
>>cette famille qui maintenant vous rejette,
>> vous aurez ſans ceſſe à trembler ſur eux ,
» & pour vous-même. Craignez d'avoir des
parens. Ceux que vous réclamez ſont des
hommes purs& reſpectés ; mais qui vous
» répondra que le vice ne germe pas en ſe-
>> cret dans le coeur de l'un d'eux; qu'une paf-
ود
ود
Biv
32 MERCURE
» fion, honnête en elle-même , ne le con
» duira pas à un crime ? Il auroit pu retenir à
>> lui tout ce qu'il auroit acquis de richeſſes
» & d'honneurs ; mais il vous envelopperá
>> dans ſon infamie , ſans que vous ayez pu ni
la prévoir , ni la prévenir. Fût-il mortà l'au-
>> tre bout du monde , elle reviendra vous
> couvrir tout entier; rien ne l'effacera , ni
>> vos talens, ni vos vertus; vous la porterez
juſqu'au tombeau , & vous la laiſſerez à
vos enfans. Telles font nos idées & ros
moeurs; telle eſt notre destinée dans nos
familles.»
93
ود
3
:
La troifième partie , qui traite des moyens
de détruire le préjugé , eſt moins fufceptible
d'analyſe , parce que chaque idée ne pourroit
guère en être préſentée ſans ſes preuves.
L'Auteur penſe qu'il eſt de véritables moyens
d'abolir le préjugé. D'abord, la douceur de nos
moeurs & les progrès de la raifon l'ont déjà
beaucoup affoibli. Ilne s'agit plus que de détruire
dans nos loix ce qui le ſoutient encore ,
&dediriger autrement l'opinion publique. Plufieurs
de nos loix ont trop d'analogie avec lui ;
relles font la confifcation, & l'excluſion des bâtardsdeplufieursdes
droits du Citoyen . D'aueres
loix le favoriſent, telle eſt celle qui établit
un fupplicedifférentpourles Nobles. D'ailleurs
Popinion publique ſe forme de l'inſtruction
qui ſe répand dans une Nation , & des exemples
qu'on lui donne. Multiplions donc , répandons
juſques dans le peuple les idées ſaines
quela raiſon&l'intérêt publicnous fourniffent
DE FRANCE. 35
fur le préjugé; que le Roi n'accorde plus de
lettres de grace en faveur des familes que le
préjugé va frapper ; mais qu'il leur accorde
des lignes d'interèt& les récompenfes qu'elles
ont méritées ; que l'on donne de l'éclat à ces
actes de l'autorité ſouveraine ; qu'ils ſe répètent
ſouvent , qu'ils ſoyent celebrés dans
toutes les Provinces comme des bienfaits publics
; &bientôt on verra ce que des moyens
aulli fimples peuvent faire contre les plus anciens
prejuges. Tel eſt le ſyſtème de l'Auteur.
Son Ouvrage feră lû avec intérêt , & obtiendra
une attention honorable. Il eſt rempli
de vues ſaines & de traits d'un talent heureux
& vrai . On en concevra encore plus d'eſpérances,
quand on faura que l'Auteur , voué à
la profetlion d'Avocat , qui convient ſi bien à
un ſi bon efprit , plaidoit ſa première cauſe
dans le temps où il écrivoit ce Difcours , &
qu'il n'ajamais vécu à Paris , où le commerce
des Gens de Lettres développe le talent &
perfectionne le goût. J'oſerai lui témoigner le
plus fincère intérêt , en lui préſentant quelques
obſervations que j'attendrois de lui, s'il
avoit auſſi à parler de l'Ouvrage qui a concouru
avec le fien. Il annonce un eſprit ferme
&juſte, qui voit les objets avec netteté ; mais
il me ſemble qu'il ne les approfondit pas affez ,
& qu'il ne les prend pas dans toute leur
étendue. Sans cela cependant , on riſque ,
dans la morale & la politique de dire des
choſes trop vraies , ou , pour mieux m'exprimer,
trop communes. Il amonte auifi cette
Bv
34
MERCURE
fenfibilité qui fait répandre de l'intérêt dans
les idées , & les empreindre des caractères
d'une âme douce & noble ; il y a dans fon
Ouvrage un grand nombre de traits d'une éloquence
fimple. Mais il me paroît que ſouvent
fon ſtyle manque de préciſion , de vigueur ;
fes meilleurs morceaux ne produiſent pas tout
l'effet qu'on devoit en attendre. Peut- être at'il
beſoin de raſſembler davantage ſes penſées,
de ſe recueillir dans les émotions qu'elles
peuvent porter à fon âme ; alors il fera plus
prêt de l'art,, ou plutôtdu talent d'enchaîner
fortement fes idées , de groupper ſes tableaux ,
de varier les formes de fon ftyle ,& d'y jeter
cet éclat qui anime ſans fatiguer. Voilà des
critiques , & même des conſeils. Il ſemble
qu'on devroit les fupprimer , quand on a l'expériencede
la manière dont ils ſont reçus fi
fréquemment. Mais comment ſentir le talent,
fans defirer tous ſes progrès?Ce ſeroit unbien
triſte travail que celui d'avoir à étudier les
beautés & les défauts d'un Ouvrage , fi on
n'avoit l'eſpérance de plaire quelquefois à
l'Auteur par une louange vraie , & peut- être
de le ſervir par une critique dont il reſte le
juge ? On s'attache particulièrement aux Ouvrages
qui font bien penſerde l'Écrivain. Celui
deM. de Robeſpierre me répond preſque qu'il
chérira les motifs qui me dictent ces obfervations
; & que , fi elles ont quelque juſteſſe,
ellesne lui feront pas inutiles.
(Cet Article est de M. de L. C.)
DE FRANCE.`
35
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Lundi 14 Novembre , on ajoué , pour la
première fois , le Page Supposé, ou Edgard,
Roi d'Angleterre , Comédie en deux Actes
& en vers.
Edgard, traveſti ſous le coſtume d'un Page ,
a quitté ſa Cour pour voyager. Il s'eſt arrêté
chez le père d'une certaine Pauline dont il
eſt épris , & qu'il a rendue ſenſible à fa tendreffe.
Cette Pauline eſt promiſe à un vieillard
riche , qui annonce devant Edgard , que
depuis l'abfence du Roi , il s'eſt formé dans
Londres différens partis , & que la rébellion
eft près d'éclater. Tandis qu'Edgard balance
entre ſon devoir & fon amour, il ſe propoſe
d'éprouver le coeur de ſa maîtreſſe , en lui diſant
que le Roi eſt amoureux d'elle. Pauline
n'eſt point éblouie par l'eſpoir brillant que cet
amour paroît lui promettre, elle préfère fon
cher Page à la grandeur & au- trône. Edgard ſe
fait connoître ; le vieillard renonce à ſes prétentions
, & le Roi épouſe Pauline.
Au milieu des murmures , des cris , des
éclats bruyans du Public , voilà ce que nous
avons pu recueillir de cette bizarre Comédie ,
dont le fonds a quelque rapport avec un Conte
deM. Cazotte , qui a pour titre: la Brunette
B vj
36 MERCURE
Angloife. L'Ouvrage eſt ſans intérêt; il annonce
ou un très-jeune homme ou un Écrivain
dont les connoiffances Dramatiques font encore
très-fuperficielles. Le ſtyle a une facilité
vague & verbeuſe. L'Auteur paroît avoir du
penchant a la fatyre ; on ne peut que l'engager
à matriſer ce goût, au moins juſqu'à ce qu'il
ait mis au jour des Ouvrages qui lui donnent
le droit de fronder avec impunité,
:
LE Vendredi 25 du même mois, on adonné
la première reprefentation de l'oncle & les
Tantes , Comedie en trois Actes & en vers ,
par M. le Marquis de la Salle.
Henriette eſt ſous la tutelle d'un oncle &
de deux tantes, le Baron, la Comteffe & la
Préſidentę. Le Baron a la manie des jardins
Anglois ou Chinois , de la phyſique, de l'electricité
, des aréoſtats. La Comteſſe n'aime que
le jeu , le bal , la Comédie, les proverbes &
les affembléesde plaifir. La Préſidenţe n'a que
fes aïeux en tête , elle eſt l'ennemie déclaréz
de tout ce qui tient à ſon fiècle , & va toujours
faiſant, aux dépens du préſent, l'éloge du
paff. C'est à ces trois ridicules perſonnages
qu'il faut plaire, c'eſt de leurs confentemens
reunis ;& comme on voit difficiles à réunir ,
que depend l'eſpoir d'épouſer Henriette.
L'amant aimé de la jeune perſonne obtient
l'appui de la Comteffe, ſous le nom du Comte
de Brilluncourt , en prenant le ton , les airs ,
le jargon d'un Homme de Cour , d'un fat à
DE FRANCE. 37
bonnes fortunes , & d'un amateur de tous les
plaiſirs qu'amènent le moment & la mode,
Avec le Baron , ſous le nom du Marquis
de Florville , il joue le rôle d'un agromane.
Avec la Préſidente , il affecte un ton grave ,
ſententieux , réſervé ; il va même juſqu'à feindre
de quitter ſon nom pour prendre celur
de Prudeval; l'état Militaire pour confentir à
faire fon Droit ,bref, à ſe faire recevoir Avocat,
afin de pouvoir un jour devenir Préſident. La
maniede la Préſidente eſt de ne marier ſanièce
qu'à un Préſident , parce que tous ſes aïeux
ont été dans la robe , & qu'elle regarde leur
état comme l'état par excellence. A l'aide d'un
Notaire qu'on met dans la confidence , on
obtient ſeparérent l'aveu des trois extravagans;
le contrat de mariage ſe ſigne , & tout
s'explique & s'approuve , lorſque chacun
d'eux reconnoît dans le même individu l'objet
qu'il avoit choiſi.
Le fonds de cet Ouvrage eſt à - peu - près
celui d'une Comédie en deux Actes & en
vers , que le même Auteur a fait repréſenter
â la Comédie Italienne le 20 Mars 1781 , ſous
ce titre : hacun afa folie , ou le Conciliateur;
mais la marche de la copie eſt ſi éloignée
de celle de l'original , & les perſonnages
te trouvent aujourd'hui placés dans des fituations
fi différentes des premières , qu'à peine
les deux productions ſe reſſemblent-elles . En
cherchant à ne ſe point reſſembler à luimême
, M. le Marquis de la Salle auroit di
éviter auffi de reflembler à d'autres , & mal-
A
3388 MERCURE
heureuſement fon intrigue paroît calquée ſur
celle des Tuteurs , de M. Paliſſot. Dans cette
Comédie , pour obtenir la main d'une jeune
perfonne, il faut avoir l'aveu de trois Tuteurs ,
dont l'un eſt un Voyageur , le ſecond un
Nouvelliſte , & le troisième un Antiquaire.
L'amant parle voyages avec le premier , nouvelles
avec le ſecond ,&joue avec le dernfer
le rôle d'un maniaque del'antiquité. Par cet artifice,
il parvient à obtenirle confentementdes
trois Tuteurs. La reſſemblance eft frappante.
Onpourroit encore remarquer dans le ſecond
_Acte de l'Oncle & les Tantes , une ſituation
analogue à une Scène de l'Impromptu de Campagne
, Comédie de Philippe Poiffon ; mais
dans cette Scène l'imitateuref. fi fort au-deffus
de fon modèle , que fon imitation , loin d'être
le motif d'un reproche , nous paroît au contraire
mériter beaucoup d'éloges.
La Pièce eſt dénuée d'intérêt , voilà fon
principal vice. Le dénouement eft prévu dès
la fin du premier Acte , &où la curiofité ceſſe
d'être fortement excitée , l'attention s'affoiblit
; par conféquent l'effet de l'Ouvrage. Des
portraits deffinés avec eſprit , des tableaux
préſentés avec adreſſe , des deſcriptions bien
faites, &dans leſquelles la difficulté eſt ſowvent
vaincue avec intelligence , ont mérité
beaucoupd'applaudiſſemens à cette Comédie ,
quiavéritablement du mérite ,&qui annonce
de la connoiffance du Théâtre. On y a remarqué
quelques détails oifeux , quelques tirades
inutiles; mais il eſt aiſé de les fire diſparoîDE
FRANCE. 39
tre. Le ſtyle a de la facilité , quelquefois de
la grâce , & plus ſouvent de la négligence.
Au total , l'Ouvrage a eu du ſuccès . On a demandé
l'Auteur ; M. Molé, en paroiffant pour
le nommer , reçu l'accueil qu'on devoit à
fon jeu brillant & paffionné , jeu qui a
beaucoup ajouté au mérite du rôle de Florville
, que repréſentoit ce charmant Comédien.
a
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 21 Novembre , on a donné la pre
mière repréſentation de la Dot , Comédie en
trois Actes & en profe, mêlée d'ariettes , par
M. Desfontaines , muſique de M. d'Aleyrac.
Un Seigneur de village veut doter chaque
année une payſanne dans ſes Domaines. Le
Magiſter eft chargé de recueillir les noms
des jeunes filles , de s'informer de leur âge &
de la ſituation de leurs âmes , afin qu'enfuite
le Seigneur faſſe ſon choix. Colin aime Colette,
mais Colette eſt aimée du Payſan Mathurin
, qui l'obsède ſans ceſſe , &qui fuit par-tout
ſes pas. Les afliduités de celui-ci éveillent la
jalouſie de Colin , & fait naître entre les deux
jeunes gens une de ces querelles ſi communes
aux amans . C'eſt pendant leur bouderie que
le Magifter vient , au nom d'un Seigneur éminent
prendre le nom des Payfinnes, Colette
refuſe de donner le fien . Le Seigneur eft curieuxde
ſavoir quelle eſt la jeune fille qui a re-
و
40 MERCURE
fuſe de ſe faire infcrire. Ildeſcend au village ,
rencontre Colette , lui arrache ſon ſecret fans
ſe faire connoître, & lui donne un ballet qu'il
Ja prie de remettre au Magifter. Colette ne fait
pas lire , elle préſente l'écrit à Mathurin.
Celui- ci , effrayé de ce qu'il contient , dit à la
Payianne que ce billet eft de Monfeigneur ,
& qu'il donne au Magifter l'ordre de marier
fur le champ au vieil Alain celle qui
le lui remettra. Colette effrayée , à ſon tour,
prie ſa vieille tante Catau de porter ellemême
le billet. Mathurin eſt enchanté ;
mais le haſard dévoile ſon impoſture :
tous les payfans , amis de Colin & de
Colette, tourmentent Mathurin , & Colette
court vers le Château. Elle arrive à l'inftant
où Colin , après avoir été quelque temps
dupe du qui pro quo , après avoir fait à la
vieille Catau des careſſes qu'il lui prodigue
comme à une tante , & qu'elle reçoit comme
une maîtreffe , ſe déſole & ſe deſeſpère du
fort qui le menace. Le Seigneur paroît, raflure
les amans, veut punir Mathurin en le forçant
d'épouſer Catau : la vieille le refuſe , &
le Seigneur fait fentir au payſan , par le chagrin
qu'il éprouvoit en craignant de donner la
main à Catau, combien il avoit de torts en voulant
épouferColette, dont iln'étoit pointaimé,
La fituation la plus piquante de cetre Comédie
eft prife d'une anecdote récente &
connue. Parmi celles que l'Auteur a imaginées
pour encadrer celle-là, on en diflingue quelques-
unes qui font très-agréables , & remplies
DE FRANCE. 41
degaieté; ily enad'autresd'un genre très-grave
leux , &qui ne devroient jamais ètre portées
fur le Théâtre. Pour donner une idée de ces
dernières , nous citerous celle où le Magifter
prendlenom, l'âge&les diſpoſitionsdes jeunes
filles à marier , & fait enſuite des réflexions
très - courtės , mais très - énergiques ſur l'érat
de leur coeur. Quel âge, dit- il à la première ?
- Seize ans. Pas mal: - -
Amoureuse.
-PRESSÉE. Ala ſeconde: quelâge?-quinze
ans. - Amoureuse.- Je crois que oui : -
PRÉCOCE. A la troiſième : quel âge ? -
fept ans&demi .
.....
-
-
-
dix-
- SOUFAmoureuse.
- Non : -
DESESPÉRÉE. A la quatrième: quel âge ? -
vingt ans.-Vous n'avez point d' Amans !-
Si fait; mais ils ne ſe décident pas :
FRANTE. Enfin , à la vieille Catau : quel âge?
moins trois mois.- Amoureuse?
- toujours , toujours : INCURABLE. Ce
dialogue a été très- applaudi par le Parterre ;
mais , nous le demandons aux gens raiſonnables
, dans quel lieu cela s'appelle- t- il de la
gaieté? A. force d'accoutumer le Public aux
excès , on le blaſera ſur tout. Répétons-le :
c'eſt au mauvais goût , qui ſe propage ſur une
foule de tréteaux multipliés fans beſoin , que
le Public doit la perte de la décence & l'oubli
des principes. Le ſecond Acte eſt gai , agréable
&amufant, quoique l'Auteur n'y ait pas ufé
des mêmes moyens pour plaire ; il prouve un
homme d'eſprit , à qui les connoiſſances du
Théâtre font très-familières. Le dénouement
eſt froid, parce qu'il n'eſt pas affez rapide ;&
42 MERCURE
comme il eſt à-peu-près prévu, il ne fauroit
arriver trop tôt.
La Muſique doit ajouter à la réputation de
M. d'Aleyrac. Elle eſt écrite avec facilité ,
pleine de goût, d'eſprit , de grâces&de gaieté.
La romance que chante Colette au ſecond
Actedans ſa ſcène avec le Seigneur, eſt d'un
chant trifte & pénible ; on peut la fupprimer
d'autantplus facilement qu'elle fait longueur
dans la ſcène, & qu'elle retarde l'action. Le
Muficien doit faire comme le Poëte,feftinare
ad eventum.
ANNONCES ET NOTICES.
CATALOGUE des Livres de M. Moreau de
Beaumont , Conſeiller d Etat , dont la vente a commencé
Jeudi premier Décembre , en ſon hôtel , rue
Vivienne , in- 8°. A Paris, chez Saugrain , Libraire ,
rue Pavée S. André , No 22 .
BIBLIORUM Sacrorum Vulgata Verſionis
Editio , juſſu Chriſtianiſtimi Regis ad Inftitutionem
Sereniffimi Delphini. Parifius , excudebat Fr. Ambr.
Didot natu maj . 1785. Cette Edition in - 8 ° . fur
papier vélin de Johannot d'Annonay, contiendra
huit Volumes. Les deux premiers qui paroiffent
actuellement ſe vendront 20 liv. brochés juſqu'à la
ſeconde Livraiſon , qui ſe fera en Janvier ; alors on
payera 20 liv. le troisième & quatrième Volumes
&les Perſonnes qui n'auront poirt encore retiré les
deux premiers, les payeront 24 livres , & ainſi de
fuite aux deux autres Livraiſons - Bibliorum Sa-
,
DE FRANCE.
43
erorum Vulgata Verfionis Editio , Clero Gallicano
dicata , huit Volumes in 8 ° . Les deux premiers font
en vente actuellement , méme papier, même prix ,
même condition que ci - deſſus .
VOYAGE de Henri Swimburne dans les Deux-
Siciles en 1777 , 78 , 79 & 1780 , traduit de l'Anglois
par un Voyageur François. Il y aura quatre
Volumes in- 8°. grand papier de la fabrique de
Mathieu Johannor d'Annoray ; il en paroît actuellement
deux Volumes chez Didot l'aîné , rue Pavée-
Saint-André. Prix , 24 liv , brochés.
Le ſecond Volume cortient le Voyage de M. de
Nom, Gentilhomme ordinaire du Roi, dans les
Deux-Siciles, des Notes du Traducteur, qui a fait
auffi le même Voyage , & qui relève queiquis fautes
échappées à M. de Swimourne , trois Généalogiestrès
- intéreſſantes des différentes Maiſons qui
ont occupé les Trônes de Naples & de Sicile. On
grave actuellement deux Canes faites avec la plus
grande exactitude, ſur lesquelles ſeront marqués les
Evénemens les plus confidérables de l'Histoire ancienne
& moderne de ces deux Royaumes Auffitôt
qu'elles feront prêtes à paroître , les Acquéreurs de
ce Voyage en ſeront inſtruits par le Journal de
Paris,
ÉDITION Grecque de Démosthène & d'Eſchine ,
avec une Verfion Latine & des Notes pour l'intelligence
du Texte , par M. l'Abbé Auger , Vicaire Général
de Leſcar, de l'Académie des Inſcriptions &
Belles- Lettres , & de celle de Rouen .
Perſonne ne paroît plus propre que M. l'Abbé
Auger à nous donner une bonne Édition de ces deux
célèbres Orateurs , dont il a fat paſſer les beautés
dans notre langue avec autant d'élégance que d'exactitude.
4
MERCURE
Ilaprofité de rout ce qu'il a trouvé de bon dans
les Éditeurs qui l'ont précédé, en évitant leurs défauts.
Son Edition', fans être trop nue, ne fera pas
chargée de Notes embarraſſantes; il n'y en aura
que le nombre fufficant pour bien éclaircir le Texte.
Il ſuivra la même méthode que dans les Editions
d'Ifocrate & de Lyfias . Les Diſcours feront précédés
d'une analyſe qui en expliquera avec clarté le ſujet
& la marche. Les Notes régneront fut les deux
pages de regard grecque & latine , fans aucun figne
de renvoi , afin que rien d'étranger n'embarraffe &
ne défigure 'e Texte. On marquera ſeulement à
quelle ligne de la page elles répondent.
Voilà ce que promet M. l'Abbé Auger ; nous
croyons qu'il a le defir de tenir parole , & il a prouvé
déjà qu il en avoit le pouvoir. Un avantage de ſon
Edition, c'eft que les manuscrits ne manquent ni pour
Démosthène ni pour Efchine. Il a con'ulté tous
ceux de la Bibliothèque du Roi &de celle de Saint
Germain. Dans une multitude de leçons différentes,
il a choiſi celles qui rétabliſſoient le Texte ou qui
l'amélioroient , celles qui lui ont paru conformes à
l'eſprit de ſes Auteurs ; il a renvoyé ailleurs ou rejeté
tout-à-fait celles qui lui étoient contraires , ou qui
étoient inuriles & indifférentes. Son travail eſt entièrement
achevé. Auſſi dès que le premier Volume
pourra être imprimé & publié, les autres ſuivront de
près fans retard & fans interruption.
Quant à la partie typographique ,M. Didot l'aîné,
dont les Editions font recommandables par la beauté
de leur exécution , fera usage , pour le latin , de ſes
plus beaux caractères romains ; & pour le grec , il
emploiera les caractères que M. Firmin , ſon ſecond
fils , déjà connu par la précifion de ſon burin , grave
actuellement par ordre de sa Majeſté. M. Didot ,
fon fils aîné , qui joint à une grande connoiffance de
ſa langue ceiledes langues grecque& latine , & de
1
1
DE FRANCE.
45
p'uſieurs langues vivantes , le fecondera dans ton
travail , comme il a déjà fait dans les Eit ions grecquesd
Ifocrate& de Lynas , & contribuera pour ſa
part à la beauté& à Fexactitude d'une Edition que
doivent defirer tous les vrais Amateurs de l'Eloquence
& des Lettres antiques.
Le Roi voulant encourager une Eduion qui peut
être utile aux progrès des Lettres grecques , a foalcrit
pour vingt-cinq Exemplaires; it a même fait
l'avance d'une partie des fonds de fa fou cription ,
ce qui a diſpenſé d'en exiger aucune de la part des
Soufcripteurs.
L'Ouvrage contiendra cing on fix Volumes in-
4°. Le prix fera, pour l'Edition ſur papier grand raifin
ſuperfin d'Annonay, de 48 liv. chaque Volume ,
&pour le papier ordinaire is liv. On ne demande
aucune ſomme d'avance , mais ſeulement l'engagement
de payer chacun des Volumes lorſqu'ils paroîtront.
On ſouſcrit chez Didot l'aîné , Imprimeure
Libraire , rue Pavée Saint-André ; Debare l'ainé &
Barrois jeune , Libraires , quai des Auguſtins , &
Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine.
LE Café Littéraire , ou la Folie du jour , Comédie-
Prologue fans Préface , repréſentée tous les
jours & felon les circonstances , par Mlle C***
D***. A Athènes ; & ſe trouve à Paris , chez
Leroy , ſucceſſeur de M. Lottin le jeune , Libraire ,
rue Saint Jacques , & chez les Marchands de Nouveautés.
Il eſt fingulier qu'une Demoiselle ſe déclare l'Auteur
d'une Comédie dont la ſcène ſe paſſe dans un
Café ! Est-ce dans les Cafés qu'elle va porter ſon
efprit obfervateur ? Mais plutôt cette hardie Demoifelle
ne ſeroit-elle pas un Cavalier timide qui autoit
pris ce maſque pour échapper à la vengeance
de l'Auteur qu'il attaque; car la Pièce preſque ca
46 MERCURE
entier eſt une critique en dialogue du Mariage de
Figaro?
Quoi qu'il en ſoit , il y a dans ſa Pièce de la
gaieté ( quoiqu'elle tombe dans le farce ) , & quelques
bonnes critiques. Mais nous exhortons l'Auteurà
donnerquelqu'autre Piècequi puiſſe faire mieux
juger ſon talent , & à parler plus noblement des
Lettres qu'il cultive.
HYDROGRAPHIE nouvelle , ou Description des
Bains Hydrauliques Médicinaux de toutes les efpeces
, c'est à - dire , par distillation , &c. fur un méchaniſme
inconnu jusqu'à préſent. A Paris , chez
Morin , Libraire, rue Saint Jacques , à la Vérité.
Prix , I liv. s ſols broché.
Cette Brochure n'est qu'une eſpece de proſpectus
très- détaillé d'un Établiſſement que la SociétéRoyale
&la Faculté de Médecine ont jugé devoir être trèsutile
dans un grand nombre de maladies , & que
M. Laugier , Médecin de Marseille , fait exécuter
actuellement au Fauxbourg Saint Denis , près la
Foire Saint Laurent , n°. 31. Le Public ſera averti
du moment où l'on pourra recevoir des malades
dans cet Etabliſſement,
La Méprise, Estampe , peinte par Mouchet ,
commencée à graver par Macret , & terminée par
Anſelin . Prix , 3 liv.
Cette Eſtampe, piquante par le ſujet , eſt gravée
avec beaucoup de fineffe, & doit plaire aux Amateurs
de ce genre,
ANTIQUITÉS Étruſques , Grecques & Romaines,
gravées par F. A. David, imprimées avec leurs cou
leurs propres , Tome premier , Nº. premier. Prix ,
livres , composé de douze Planches & Difcours
DE FRANCE.
47
AParis , chez M. David , rue des Cordeliers , au
coinde celle de l'Obſervance.
M. David fait pour cet important Ouvrage ce
qu'il a fait déjà pour les Antiquités d'Herculanum ;
il le réduit , pour en rendre l'acquifition moins dif
pendieuſe , aux formats in-4°. & in- 8 °. Il est à
préſumer que cette Entrepriſe aura le ſuccès de la
première.
LE Fidèle Indiscret , peint par F. Schall , gravé
par R. Gaillard . Prix , 3 liv, A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint Jacques , au-deſſus des Jacobins.
Il y adu ſoin &de la grâce dans cette Eſtampe,
QUATORZIÈME Cahier des Jardins Chinois ,
contenant les onze principales maiſons de plaiſance
de l'Empereur de la Chine , tirées du Cabinet du
Roi ſur des tableaux peints ſur ſoie à Pékin meme,
▲ Paris , chez Lerouge , fue des grands Auguſtins.
Prix , 12 liv.
DEUXIÈME Recueil de variations pour le Violon
avec la Baffe, fur l'air de Lindor, la Fête des
bonnes Gens & le Menuet de Ficher , par M. Antoine
Michaud, gravé par Mile Michaud, Prix ,
3 liv, A Paris , chez M. Michaud , rue des mauvais
Garçons , près celle de Buſſy , chez l'Herboriſte.
LE Sieur LETHIEN , Maître Coutelier , rue
Neuve-Saint- Merry , près l'hôtel Jaback , prévient
lePublic qu'il vient d'inventer , 1º. des Raſoirs à fix
lames, toutes détachées , faites avec un acier fondu,
raffiné & trempé avec des ſels qui les font réſiſter
aux barbes les plus fortes; ces lames ont un avantage
bien précieux fur celles même d'Angleterre , en
ce qu'elles n'ont jamais beſoin d'être repaffées ſur
la meule , mais ſeulement ſur la pierre à l'huile , ou
48 MERCURE
fir un Cuir préparé avec une compoſition nouvelle.
1º . Des Raſoirs à rabot , avec leſquels on ſe raſe
Tans riſquer de ſe couper. 39. Des Cuirs renfermant
vingt - deux pièces de linvention du Sieur
Lethien 4°. Des Couteaux dits à couliffes en or &
en argent , qui ſe changent en trois parties , qui
coupent le fer comme le bois , étant faits de lames
de fabres de Damas. 5º . Des Couteaux à dix pièces
qui ſont parfaitement renfermées dans le manche
6°. Des Serpettes où il y a quatre pieces; favoir ,
une Lame, un Greffoir, un Ecuffonnoir & une Scie
qui ne s'engage jamais dans le bois vert. L'Auteur
est fi sûr de fa trempe , qu il les garantit fix mois à
l'épreuve.
Les Perſonnes qui lui feront l'honneur de lui
écrire, ſont priées d'affranchir le port des lettres.
LEJuge Indécis ,
lePommier , Fa
ble,
La Rose&
i
3 Difcours couronné par la SociétéRoyalede
Metz,
Charade, Enigme & Logo Comédie Italienne ,
TABLE.
8
4 Comédie Françoise , 35
39
gryphe,
:
5 Annonces & Notices , 42
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Mor. le Garde- des-Sceaux ,
Mercurede France, pour le Samedi 3 Décemb . 1785. Jen'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 2 Décembre 1985. GUIDI.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSI Ε.
DE PÉTERSBOURG , le 5 Novembre.
C'EST le 16 Octobre qu'a été ſigné le
'Traité de commerce entre notre Cour &
celle de Vienne. Le courier qui en a porté la
nouvelle à Vienne , a été chargé de remettre
au Prince de Kaunitz , de la part de l'Impératrice
, une collection des Médailles &
des Monnoies d'or de cet Empire , évaluée
à 60000 ducats. L'Ambaſſadeur Impérial a
reçu , outre le préſent ordinaire de 4000
ducats , une bague de brillans , du prix de
4 à 5000 roubles : les Secrétaires d'Ambaffade
ont été honorés de cadeaux proportionnels.
La Cour de Vienne , non moins
magnifique , a fait paſſer pour 30000 ducats
de préſens aux différens employés de la
Chancellerie Ruſſe .
Le Prince Dolgoroucki, Ambaſſadeur à
Berlin , eſt rappellé & on lui donne pour
N°. 49, 3 Décembre 1785.
a
-
( 2 )
fucceffeur le Chambellan Comte Hargé de
Romanzof , fils puîné du Feldt-Maréchal
de même nom .
En prenant congé de l'Impératrice , les
Ambaſſadeurs du Czar de Georgie ont
adreſſéànotre Souveraineune harangue d'un
ſtyle fingulier ; en voici la traduction :
TRÈS- ILLUSTRE , TRÈS PUISSANTE , GRANDE
DAME , L'IMPÉRATRICE & AUCTOCRATRICE
DE TOUTES LES RUSSIES .
Nous avons encore le bonheur de nous prolterner
aux pieds de la plus grande Impératrice
de la terre , qui eſt le chef de la vraie égliſe
des croyans & la puiſſante protectrice de la ſeule
& unique croyance , au nom de notre illuftre
Souverain & de tout notre pays , pour offrir à
votre Majeſté , notre fidélité & notre foumiffion
& lui en faire un ſacrifice , en l'affurant que
nous vivrons & que nous mourrons à ſon ſervice.
Pendant notre ſéjour à la Cour de votre Majeſté
Impériale , à laquelle nous avons reçu en particulier
des marques éclatantes de voire grande
bienveillance , nous avons été témoins des grands
foins & de la grande ſollicitude de votre Majesté ,
pour l'avantage de ſon Empire , & celui de
toute la Chrétienté.
2 Prêts à repartir pour revenirdans notre patrie,
nous nous repréſentons d'avance , la ſatisfaction
avec laquelle nous ferons reçus de nos compatriotes,
lorſque nous les informerons de la grace
particulière que votre Majesté Impériale nous
a faite , en recevant notre pays ſous ſa protection
invincible, Que le Tout - Puiſſant prolonge les
jours de votre Majefté , juſqu'à la vieilleſſe la
plus avancée , qu'il béniſſe ſon glorieux regne ,
marqué par des grandes actions ,& qu'il couronne
du plus beereux ſuccès toutes vos grandes
( 3 )
entrepriſes , pour fon honneur & pour l'avance
ment de la vraie religion.
Le Conſeiller Intime , Comte Bedbarodkin
répondit en ces mots au nom de l'Impératrice.
Sa Majefté Impériale , en donnant congé à
Meſſieurs les Ambaffadeurs , les charge d'affurer
leur Souverain & toute la nation , de
toute ſa bienveillance Impériale ; ſon bras
tout-puiſſant les protégera toujours efficacement ,
& S. M. Impériale n'exige , de leur part , d'autre
ſacrifice , que fidélité, paix& bonne intelligence.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 13 Novemb.
Lei de ce mois , la frégate Angloiſe qui
avoit accompagné le Yacht , dont le Roi
d'Angleterre a fait préſent au Prince Royal
de Danemarck, a mis à la voile pour la mer
du Nord. L'équipage du Yacht retourne en
Angleterre fur cette frégate.
Le 3 le Comte de Muſquiz , nouveau
Miniſtre du Roi d'Eſpagne auprès de notre
Cour , eft arrivé dans cette réſidence.
Les actions de la Compagnie de la Baltique
ſe font vendues depuis sià 53 rixdalers
,& celles de l'aſſurance maritime depuis
180 à 185 rixdalers ...
La vente des marchandiſes des Indes
Orientales apportées par le vaiſſeau la Juliana
Maria ,s'eſt faite le 11 Octobre . Cent
livres peſant de ſalpêtre ont été vendues à
1 a 2
( 4 )
raiſon de 8 rixdalers 2 à 6 shellings; le meme
poids de bois de Caliatur 4 rixdalers
25 à 26sh. Le coton la livre 12 à 15 sh. &
trois quarts ; le poivre la livre 13 sh . & trois
quarts; le borax la livre 11 à 12 sh. l'arrak
lepol 11 à 13 sh.
Dès le 25 Septembre , une partie de la
Norwege étoit déja couverte de neige ; &-
le 27 ony eſſuya un violent orage accompagné
de grêle. L'hyver nous menace également
de ſes rigueurs prématurées , & l'on
craint qu'avant la fin de Janvier , le bétail
ne manque de nourriture ; la récolte des
foins ayant été très-médiocre.
Voici un état détaillé de la population dans
l'Evêché de Holum en Iſlande. En 1783 on y
compta 13,382 ames ; ce nombre a été réduit
à la fin de 1784 à 10,110. Ainfi dans cet
intervalle , on trouve un déficit de 3,272
individus , dont 2,477 font morts & le reſte s'eſt
retiré ailleurs . La famine & les maladies qui
l'ont ſuivie , ont fait périr 2,035 perſonnes,
Dans le nombre des morts , on comptoit un
centenaire , un de 98 ans; deux de 93 ; deux
de 92 ; un de 90 ; deux de 89 , un de 88 ;
un de 87 ; un de 86 ; un de 84; un de 83 ; un
de 82 ; deux de 81 & fix de 80. Le nombre des
mariages en 1784 y a monté à 28 , & celui des
naiſſances à 233 , dont 108 garçons& 125 filles;
parmi les naiſſances il y avoit vingt- cinq enfans
illégitimes.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG, le 19 Novembre.
Le Comte Gustave Philippe Creutz , Sé(
5 )
nateur du Royaume de Suede , Préſident
de la Chancellerie , Chancelier d'Upfal &
Chevalier des Ordres du Roi , eſt mort à
Stockolm , le 30 Octobre , dans la sse. année
de ſon âge.
Le Prince d'Anhalt-Coethen , qui eſt à
Varſovie depuis quelque temps , a prêté le
ſerment pour l'indigenat qui lui a été accordé
à la Diete de Grodno. Le diplôme
lui fut expédié le mêmejour de la Chancellerie
de la Couronne.
On prépare quelque changement dans la
répartition des différentes diviſions de l'armée
Ruſſe ; entr'autres la diviſion de Novogorod
ſera transférée à Polotsk. Quelques
Régimens nouveaux feront envoyés à
Aſtracan & dans le Gouvernement d'Oren .
bourg , afin de renforcer les troupes qui y
ſont déja cantonnées. On ne s'occupe pas
moins dans ce vaſte Empire , de la Marine
que de l'armée. Le Prince Potemkin , diton
, a touché à la Banque cinq cent miile
roubles , conſacrées à la flotte de la Mer
Noire. On prétend que cette flotte eſt aujourd'hui
compoſée des vaiſſeaux de 74
can. , de 15 groſſes frégates &des cutters.
A la fin du mois dernier , le temps a été
très-orageux ſur la Baltique. Un bâtiment
Anglois , chargé de mercerie , a été jetté ſur
un rocher; & il eſt péri un bâtiment du
Havre de Grace , allant à Brême.
a3
( 6 )
DE VIENNE , le 18 Novembre.
La réponſe préſumée de notre Cour aux
propoſitions de la Porte , relative aux limites
, porte , dit on , ſur quatre articles fondamentaux.
1º. La Cour Impériale exige que la fortereffe
de Wihacz foit compriſe dans la ceſſion de la
Croatiequi eſt en deçà de l'Unna , parce que cette
fortereſſe lui eſt abſolument néceſſare pour
arrêter les brigandages , & empêcher la déſertion.
2º. Si la Porte conſent à lui céder la partie
de la Valachie Turque , qui s'étend juſqu'à la
riviere d'Alura , la Cour Impériale conſent de
ſon côté à renoncer à l'extenfion des limites
au- delà de la Save , & à ce que les frontieres
du côté de la Boſnie & de l'Herzowine , reſtent
in ftatuo quo . 3°. La Porte ſera tenue , toutes
les fois qu'elle dépoſera un Prince de Valachie ,
d'en déduire les raiſons à la Cour Impériale ,
&de lui nommer le ſujet qu'elle detine à cette
dignité. Le Hoſpodar de Valachie ſera auſſi tenu
de remettre à l'Empereur tous les déſerteurs de
fes troupes . 4°. La fortereffe d'Orfowa fera
remiſe à la Cour Impériale.
Le Corps des Houlans auxque's on doit
joindre quelques Régimens de Haſſards , eft
deſtiné , à ce qu'on croit , au Comte Staniflas
Rzewuski , Général- Major & Capitaine-
Lieutenant de la Garde-Noble Gallicienne.
Le Commandant de la fortereſſe de Carsl .
bourg a été donné au Comte de Truchſeſ,
Iieutenant-Colonel du Régiment de Teutfchmeifter.
( 7 )
La Hongrie & la Gallicie ont éprouvé
dès le milieu du mois dernier , un froid rigoureux
, qui a nui à toutes les récoltes . Les
vignobles de Tockai ont particulierement
fouffert de cette intempérie ; les raiſins
n'ont muri qu'imparfaitement , & font en
petite quantité , que le vin a déja confidérablement
hauffé de prix. La continuité des
pluies a égalemenr endommagé les dernieres
moiffons aux environs de Lemberg ,
ainſi que les grains entaſſes dans les campagnes
, faute de granges. Les chemins font
rompus en divers endroits , & le tranſpott
des denrées eſt intercepté. Heureuſement le
Bannat de Temeſwar n'a partagé aucun de
ces défaſtres ; la vendange y a été très -abondante
& d'une bonne qualité .
Le Comte François d'Eſterhazi de Galantha
, Chancelier du Royaume de Hon
grie , Ban de Croatie , eſt mort le 7 de ce
mois dans ſa 71e. année.
On vient de rendre publique l'Ordonnance
ſuivante , relativement à la taxe fur
l'induſtrie. :
Nous JOSEPH II , &c. &c. &c. Pour en
courager & faciliter l'application au travail &
à Finduſtrie ,fi avantageuſe à l'état , nous fupprimons
la taxe que paient les artiſans , dans
toutes fortes d'endroits , & de la maniere que
les artiſans ont déjà été exemptés des impofitions
fur l'exercice de leurs métiers.
En conséquence, la taxe qu'on a été juſqu'ici
dans l'uſage de lever ſur les artiſans , appelés
Handwerkszinn , ſoit qu'ils aient des habitations
a4
( 8 )
fur leurs propres fonds , ou fur des fonds domaniaux
, ceffera généralement & en toutes
fortes d'endroits; attendu cependant que cette
exemption n'a pour but que l'exercice qu'on
peut faire perſonnellement d'une profeſſion
quelconque , les artiſans qui ont des maiſons
Tur des fonds Seigneuriaux ou Dominiaux , ne
continueront pas moins d'en payer le droit
uſité pour le louage , & pour les fonds qu'ils
poſfédent particulièrement , la rédévance annuelle
qui n'aura pas encore été défendue par les loix.
D'un autre côté , il ſera pareillement défendu
très - ſévèrement aux domaines de vouloir en
aucune façon ſe dédommager de la perte qu'ils
pourroient faire par la fuppreffion de la taxe
en queſtion , en vou'ant forcer les artiſans &
particulièrement les tifferans de travailler pour
eux fans ſalaire , ou à un moindre prix.
Donné à VIENNE , le 20 Août 1785 .
On dit que le port de Trieſte ſera rendu
plus profond , que ſon môle ſera réparé , &
que l'Empereur aaſſigné 300 mille florins
pour cet objet.
Suite de l'Examen de l'Exposé des motifs ,
publié par S. М. Р.
« La Maiſon Electorale de Brandebourga ,
>> comme toutes les autres Maiſons des Princes
>> de l'Allemagne , le droit incontestable de trai-
>> ter de ſes Pays- Héréditaires à ſon bon- plaiſir ,
>> pour autant qu'elle ne porte point de préju-
>> dice aux loix féodales & de l'Empire. Sous
>> ce droit de traites à ſon bon-plaifir doit auſſi
> être compris indubitablement celui d'échanger
> quelqu'un de ſes Pays - Héréditaires , ſans cela
>> S. M. le Roi de Pruſſe n'eût pu réunir en
» même tems la prétendue validité de l'incorpo,
(و )
.
>> ration des pays d'Anſpach & de Bareith àla
>> primogéniture de la Maiſon de Brandebourg ,
>>avec l'échange de ces pays contre la Luface.
» Suivant toutes les loix naturelles , civiles , &
>>> féodales , il doit être libre à la Maiſon Pala-
>>> tine d'abolir , de l'aveu unanime de tous ſes
>>>Membres , les anciens pactes de famille , de
>>> les altérer , & de faire , ſuivant les circonf-
>> tances du tems , d'autres arrangemens , qui
>> lui ſont utiles. Sans cela l'Electorat Palatin
>> ſeroit le ſeul en Allemagne , qui n'auroit pas
>> cette faculté naturelle. L'Empereur & l'Empire
, la Ruſſie , la France , la Pruſſe , & ta
Saxe , en confirmant & en garantiſſant les
>> pactes de famille de la Maiſon Palatine ,
» n'ont certainement pas acquis ni ne ſe ſont
>> réſervé le droit de s'arroger ſur quelque in-
>> novation portée à ces pactes le moindre ju-
> gement ni connoiſſance. Par ces confirmations
» & ces garanties ces pactes de famille ſont auſſi
» peu devenus une loi inaltérable que cent &
mille autres pactes des Princes du CorpsGermanique.
Toutes ces Puiſſances confirmantes
>> &garantes n'y ont abſolument aucun intérêt.
>> Les ſeuls Princes de la Maiſon Palatine y
α
ſont concernés. Eux ſeuls , & non l'Empereur
» & l'Empire , ni aucune des autres Puiſſances ,
>> ne peuvent ſe fonder ſur les pactes de famille
de 1766 , 1771 , 1774 , & fur la ſanction dit
>> pragmatique de 1329 , & en demander l'ac-
> compliſſement : Mais, lorſqu'ils ſont d'accord
>> entr'eux de ne point le faire , & de prendre
>> un autre arrangement à l'égard de leurs Pays-
>> Héréditaires , ni l'Empereur , ni l'Empire , ni
>> quelque autre Cour que ce ſoit , n'ont le
droit de s'y oppoſer. »
Qui font effentiellement intéreſſes à ce que ce
as
( 10 )
grand& important duché de Baviere reſte au pouvoir
de la maison Palatine , puiſqu'il faute aux yeux ,
qu'indépendamment de la difproportion géographique
& politique entre les Pays-Bas Autrichiens &toute
laBavière , en transférant ce grind & beau pays a
la maison d'Autriche , & en arrondiſſant ainsi la
monarchie Autrichienne déja trop prépondérantes
tout l'équilibre du pouvoir en Allemagne feroit perdu
, & la sûreté , ainsi que la liberté de tous les Etats
de l'Empire , ne dépendroit plus que de la discrétion
de la maison d'Autriche. Ilsemble que cette grande
&puiſſante Maiſon devroit se contenter de sa vaſte
Monarchie , & ne plusfonger à une acquisition auſſi
alarmante , non-feulement pour l'Allemagne , mais
auffi pour toute l'Europe.
Il eſt univerſellement connu , combien la
MaiſonArchiducale d'Autriche a eſſuyé de pertes
de pays depuis la paix de Baden , & combien ces
pertes ont été conſidérables. Cependant , quoique
ſes poffeffions fuffent alors bien plus nonbreuſes&
plus importantes , la ſuſdite paix , ſpécialement
l'article XVIII , furentunanimement
confirmés & ratifiés alors par l'Empire & par tous
les états qui le compoſent. Il n'y en eut aucun qui
craignît , que l'équilibre de pouvoir & la fûreté
de l'Allemagne ne fuſſent anéantis , ni que la libertéde
tous les autres états de l'Empire ne fût
rendue dépendante de la volonté de la Maiſon
d'Autriche , quand même cette Maiſon obtiendroit
le duché de Bavière par l'échange , approuvé
d'avance pour tous les cas qui exiſteroient
à l'avenir. Ce qu'on ne craignoit pas
alors , pourquoi s'en inquiéteroit - on dans les
circonftances préſentes , où les états héréditaires
de la Maiſon Archiducale font bien plus circonfcrits
qu'ils ne l'étoient alors , & où la Cour
( II )
deBerlin eſt parvenue , principalement aux dépens
de cette Maiſon , à une grandeur & à un
dégré de pouvoir , avec lequel celui , qu'elle
avoit lors de la conclufion de la paix de Baden ,
ne sçauroit entrer en aucune comparaifon ? De
plus , il n'a jamais été queſtion d'un agrandiffement
de la Maiſon Archiducale, maus ſeule--
ment d'un arrangement , en vertu duquel , pour
ce qu'elle obtiendroit d'un côté , elle rendroit ,
de l'autre , un équivalent non-ſeulement parfait,
mais qui furpaſſeroit encore de beaucoup ce
qu'elle recevroit . Comme il réſulteroit de cet
arrangement une acquifition formidable , nonſeulement
pour l'Allemagne , mais pour l'Europe
entiere , c'eſt ce qu'on peut auſſi peu concevoir
, qu'il eſt impoſſible de conteſter la vérité
du dilemme ſuivant : Lorſqu'il s'agit d'un échan
ge à faire , la Maiſon Palatine doit croire trouver
ſon compteà l'équivalent propoſé , ou ne pas
l'y trouver. Si elle croit ne l'y point trouver, toute
idée d'echange tombe d'elle-même : Si elle croit
l'y trouver, ni la Maiſon d'Autriche , ni la Maifon
Palatine , ne ſont point, autant qu'elles ſçachent,
ſous quelque tutèle étrangere , qui les empêche
de juger par elles - mêmes de leurs avantages
réciproques , en donnant & en recevant,
& de décider à cet égard d'après leur propre
fentiment.
Atoutes ces preuves, fondées ſur les termes
mêmes de l'aveu fait par la cour de Berlin , nous
ajouterons par ſurabondance une analyſe ultérieure
des objections , qu'on fait par cette déclaration:
Elles confiftent « en ce que les contractans de la
> paix de Baden n'ont pas ſongé ni pu ſonger à
>> l'échange total de laBaviere. » Qu'ils n'y aient
pas ſongé , l'on veut le prouver a par ce qu'il
préſulte clairement du diſpoſitif même de l'art.
a6
( 12 )
» XVIII de la paix de Baden , que les contrac-
>> tans n'ont cru promettre à la maiſon de Ba-
>> viere qu'un échange partiel de quelques pays
>> ou districts qui pourroit être convenable à ſes
» intérêts. Qu'ils n'aient pu y ſonger , onveut
le conclure de ce a qu'il eſt queſtion ici de l'échange
total d'un grand électorat & fief de
» l'Empire, qui , ſe trouvant ſous la diſpoſition
>> de la Bulle-d'or , n'étoit aucunement ſuſcepti-
>> ble d'une altération de cette nature. «
Aquoi les contractans aient ſongé ou n'aient
pas ſongé , en faiſant l'un ou l'autre des articles
des traités , ou quelles aient éte proprement
leurs vues , c'eſt une queſtion de fait , laquelle
, ſi les mots pouvoient donner lieu de façon
ou d'autre à quelque doute , ne pourroit s'éclaircir
avec certitude qu'uniquement par l'hiſtoire
de la négociation de la paix, conclue à Baden ;
& les actes qui exiſtent à ce ſujet , prouvent de
la maniere la plus évidente :
>> Que l'Electeur , qui avoit été mis alors au
ban de l'Empire & dépouillé de ſes états en Allemagne
, ne voulait pas abſolument retourner
en Baviere , & que ſes deſirs les plus ardens ſe
portoient vers les Pays- Bas : Que de-là il faut
déduire la ſource immédiate & l'unique motif ,
pourquoi alors , lorſqu'il fut enfin décidé que
l'Electeur ſeroit rétabli cependant dans ſesEtats ,
fans aucundédommagement quelconque , il fut
d'abord mis ſur le tapis divers projets d'échange ,
tantôt pour la Baviere entiere & le haut-Palatinat
, tantôt pour la plus grande partie de ces
Etats : qu'on ne put pas s'accorder d'abord ſur
ce point , mais qu'on ne voulut pourtant pas regarder
pour ce ſeul objet une paix , dont la concluſion
étoit des plus preſſantes : que dans cette
vue , pour concilier autant qu'il étoit poſſible
( 13 )
l'un avec l'autre , l'on détermina une fois pour
toutes , par l'article XVIII , lalibre faculté d'un
échange , mais qu'on laiſſa au choix & à la libre
diſpoſitionde lapartie intéreſſée la façon de faire
cet échange ».
,
Acet effet l'on ajouta au premier projet du
traité de paix , notamment à l'article XX la
claufe : Si l'Electeur de Baviere , aprèsson rétabliſſement
total , trouve qu'il lui convienne defaire
quelque changement deſes Etats contre d'autres
te Roi Très-Chrétien ne s'y oppoſera pas. D'après
l'expreſſion , ſi l'Electeur , l'on auroit pu élever
avec raiſon le doute, fi cette libre faculté d'échange
étoit ſeulement perſonnelle pour l'Electeurd'alors
, ou fi elle appartiendroit à tous ſos
fucceſſeurs. Afin de lever ce doute , & d'expr: -
mer clairement , qu'on avoit en vue ceste derniere
ſtipulation , l'on inféré l'article XVIII
dans le traitéde Raſtadt , & l'article XVIII dans
celui de Baden ,ainſi qu'on l'a dit ci -deſſfus .
a
Les faits , tels qu'on vient de les détailler , &
tout l'enſemble des négociations , telles qu'elles
ont eu lieu alors , moins que les termes mêmes
de l'article XVIII comparés avec eux , mettent
hors de tout doute le vrai ſens & l'intention
de cet article.
Il n'y eſt pas dit: « Si la maiſon de Baviere
>> trouve qu'il lui convienne de faire un
changement de quelques- uns de ſes Etats. » Si
Domus Bavarica permutationem ALIQUORUM fuorum
Statuum rebus fuis convenire autumaret : Mais
il y eſt dit : « Si la maiſon de Baviere trouve
*>> qu'il lui convienne de faire quelques change-
>> mensde ſesEtats : ALIQUAM permutationem
Statuumfuorum .
Pour ce qui regarde l'allégation ultérieure .
que les contractans de la paix de Baden , quand
( 14 )
même ils euſſent voulu , n'euſſent néanmoinspas
pu ſonger ſeulement à un échange de toute la
Baviere , l'on ſemble ne s'être pas rappellé , en
minutant la déclaration de S. M. le roi de Pruffe,
que les contractans de la paix de Baden étoient,
d'un côté , l'Empereur & tout le Corps Germanique
, d'autre part S. M. Très - Chrétienne. Or
il eſt certainement hors de tout doute , que tout
légiflateur peut étendre , limiter , changer , ou
même abroger totalement ſes propres loix ou
celles de ſes prédéceſſeurs ſuivant ſon bon plaifir.
Par conféquent ce à quoi toute puiſſance légiflative
fur la terré auroit été autoriſée , l'Em
pereur & tout le Corps Germanique doivent
néceſſairement en avoir eu le droit . Vu donc ,
que , d'après le contenu même du décret de
l'Empire , ce qu'aux négociations de la paix de
>>>Baden il pourroit être traité , de la part & au
>> nom de tout le Corps de l'Empire , pour
ود conclure la paix fur le pied des conditions,
>> dont on étoit convenu à Raſtadt: >> Que par
le décret ultérieur du 9 Octobre 1714, il a été
réſolu unanimement, qu'il falloit ratifier & cond
firmer , de la part de l'Empereur & de l'Empire,
la paix ſignée, à Baden , entre S. M. Im-
>> périale& le St. Empire Romain , d'une part,
» & la Couronne de France , de l'autre : >> Et
que cette ratification de la paix s'en eſt effectivement
enſuivie le 15 Octobre , il réſulte de
tous ces faits la concluſion incontestable , que ,
nonobſtant la Bulle d'or & toutes les autres anciennes
Ordonnances à ce contraires , quelles
qu'elles euſſent pu être , l'Empereur & le Corps
entier de l'Empire ont pu accorder à la maiſon
de Baviere la libre faculté d'échanger toutes
ſes poſſeſſions ou une partie d'icelles ;& qu'ils la
lui ont accordée réellement par le ſuſdit article
XVIII , tel qu'il a été ſtipulé & ratifié .
( 15 )
Si après une démonstration fi évidemment
convaincante , il étoit néceſſaire d'apporter encore
d'autres preuves , il ſeroit très aifé de réfuter
ce qui a été dit de la part de la cour de
Berlin d'un grand Electorat , des diſpoſitions de
la Bulle-d'or , de ſon incompatibilité abfolue
avec cette Bulle , de l'indiviſibilité & de Pinaliénabilité
d'un grand Electorat . N'eft- il pas connu
par l'Histoire , quelle a été la grande étendue
du pays de la Baviere dans des temps plus anciens
, de quelle façon it a été diminué & retreci
de temps en temps , combien ſouvent & à quel
degré il a été morcelé & démembré ? N'eſt il
pas connu , que même après les droits de fidéicommis
& de primogéniture , établis par le duc
Albert V, & après que les Etats de Baviere
eurent réſolu , que leur pays ne pourroit jamais
être diviſé , les ducs de Baviere ont néanmoins
reçu de l'Empereur une inveſtiture particuliere
pour laBaviere , une autre ave: Leuchtenberg ,
&une troiſeme par lettre , de la part du Conſeil
aulique del'Empire , avec les petits Comtés &
Seigneuries ? N'eſt it pas connu , qu'après la paix
de Westphalie ces inveſtitures memes ont toujours
été faites ſéparément avec la dignité électorale
, avec celle de grand échanfon de l'Empire
, & avec le haut-Palatinat, enſuite ſéparé
ment avec le duché de Baviere ? N'est- il pas
connu , que , dans le cas de l'extinction de la
ligne maſculine de Baviere , Leuchtenberg & les
autres, Comtés & Seigneuries , qui relevoient de
l'Empire , lui ont été dévolus ;& que l'Empereur
ne lesta accordés à la maiſon Palatine que par
une nouvelle grace ſpéciale , ainſi que les fiefs..
de la Bohême? Enfin , n'est- il pas connu que le
duché de Baviere n'a jamais été qu'un Duché ,
jamais un Electorat , & que pour cette raiſon it
( 16 )
n'a pas eu ſéance & fuffrage dans le collage
électoral , mais ſeulementdans celui des princes ;
finalement , que par un Conclufum du collège des
Electeurs pris en 1778 , il a même été déclaré
que ladignité électorale de Baviere ſe trouvoit
éteinte?
Lorſque la cour de Berlin mit ſur le tapis
l'échange des deux Margraviats d'Anſpach &
de Baviere contre la Luſace , elle avoit , entre
pluſieurs autres de ſes convenances , pour objet
principal L'avantage d'un arrondiſſement : elle
crut pouvoir ſe permettre ce but ſans le moindre
doute , ni fcrupule : Mais, dès qu'il s'agit d'une
pareille convenance à l'égard de l'Autriche ,
tout doit s'entendre dans un ſens diametralement
oppoſé.
Au reſte le véritable équilibre du pouvoir relativement
aux Etats entr'eux , ne conſiſte , ſelon la
conſtitution de l'Allemagne , qu'en ce que les
Etats ne s'arrogent aucun pouvoir, les uns fur
les autres , mais que chacun d'eux foit soumis
à l'autorité ſuprême légitimement établie. De
même l'équilibre du pouvoir , relativement au
chef ſuprême de l'Empire , ſur les Etats qui lui
ſont ſubordonnés , ne conſiſte non plus qu'en ce
que les derniers aient part à la législation & à
quelques droits de ſouveraineté , déterminés par
les loix ; que l'objet du pouvoir exécutif foit
rempli par les Etats dénommés particulièrement
à cet effet ; & qu'on n'y emploie régulièrement
que les individus fournis par lesEtats.
Acet équilibre eſſentiel , &uniquement véritablede
l'empire d'Allemagne , n'eſt aucunement
contraire la faculté , qui compete à tous ſes
membres , d'accepter autant de pays qu'on leur
en cede; qu'il leur en échoit, ſelon la diſpoſitiondes
loix ; ou qu'ils pourront en obtenir de
( 17 )
toute autre maniere légitime , par échange &
d'autres voies licites.
Les ſeulsEtats qui renverſent l'équilibre ſont
ceux , qui font des ligues particulieres contre
d'autres Etats , ſur des objets , dont la connoiffance
& la déciſion étoient réſervées à tous en
général ; qui s'arrogent des jugemens arbitraires ,
ſe réuniſſent même entr'eux pour les foutenir
à main- armée , & prétendent ainſi ſoumettre
tous les autres à un pouvoir fuprême tout- à- fait
incompétent.
La maison d'Autriche devroit ſe rappeller auſſi ,
qu'elle a promis dans le traité de Barriere de 1715 ,
aux Puissances maritimes , « qu'elle n'aliéneroit
jamais aucune partie des Bays-Bas à aucun
>> Princehors desa propre maifon » : Stipulation ,
qui ne peutpas être levée ſans le conſentement des
parties contractantes .
L'Europe ignore abſolument juſqu'ici , que
les deux Puiſſances maritimes aient confié leurs
droits & facultés reſpectifs aux ſoins de la Cour
de Pruſſe. Aufſi-tôt qu'elle produira les pieces
néceſſaires à prouver ce plein - pouvoir, ou , qu'on
tout cas , les Puiſſances maritimes elles- mêmes
feront va'oir cette grave objection contre la cour
Impériale Royale , dès- lors celle-ci ne manquera
point de donner ſur cet objet , avec franchiſe &
vérité , tous les éclairciſſemens convenables , &
d'endemander à ſon tour ſur quelques points ;
par exemple : fi , lorſque le ſujet , l'objet & le
butd'un traité n'exiſtant plus , l'obligation , qui
en réſultoit , continue de ſubſiſter encore dans
toute ſa force ? Et fi les traités ſont eſſentiellement
fondés ſur autre choſe que ſur l'accompliſſement
exact & réciproque des obligations ,
que tous les contractans ont priſes ſur eux.
Lafuite à l'ordinaire prochain.
( 18 )
Le fils d'un valet de-chambre de cette
ville a tué d'un coup de couteau la maitreffe
de ſon pere , en préſence de celui ci.
DE FRANCFORT , le 21 Novembre.
Le Roi de Prufſſe a remplacé le Baron de
Riedefel , fon Miniſtre à Vienne , mort dernierement
, par M. de Chambrier , employé
ci devant à Turin avec le même caractere.
M. de Keller paſſe en Piémont à la place
de M. de Chambrier.
S'il faut ajouter foi au rapport de quelques
Papiers publics , durant ſon dernier voyage
en Siléne , le Roi de Pruſſe a eu de trèslongs
entretiens avec les principaux Négocians
de cetteProvince. Il les a queſtionnés
ſur l'étatdu commerce & fur les moyens
de l'augmenter au dedans & au dehors ; enfin
, il leur a expoſé les plans qu'il avoit
⚫ conçus à ce ſujet , en leur demandant de lui
faire part de leurs obſervations.
En paſſant dans une ville de Siléfie , ce
Monarque remarqua un édifice à demi- conſtruit.
Il fit appeller le Magiftrat , & lui demanda
pourquoi on n'achevoit pas ce bâtiment. C'eſt
la maison des pauvres, dit le Magiſtrat , je ne puis
l'achever si le bourgeois n'y contribue . Ilfaut qu'on
y travaille , reprit le Roi ; je vais au camp ,
envoyez- moi le plan de cet édifice , je vous feras
paffer des fonds ; & qu'il soit achevé fans délai.
Ce Prince vient d'affigner une fomme
de 500 , 000 rixdalers , qui feront
employés à diverſes nouvelles conſtruc
( 19 )
tions dans la Capitale pendant l'année 1786.
Indépendamment des maiſons que l'on élévera
, on commencera dans l'année à entourer
Berlin d'une muraille..
On affure que le Roi viendra dans cette
Capitale plutôt qu'à l'ordinaire. Parmi les
divertiſſemens qui auront lieu à la Cour
pendant l'hyver , on compte 8 Opéra , ceux
d'Arminius&de la Mortde Caton font du
nombre.
Le Prince héreditaire de Naſſau Saarbruk
est allé à Potidam, où s'eſt auſſi rendu le
Comte de Goërz , Miniftre du Roi à
la Cour de Pétersbourg , de retom par
congé.
Les grandes vacances de la Diete ſont finies.
La plupart des Miniſtres font déja de
retour de la campagne à Ratisbonne. On eſt
très curieux d'apprendre les objets qui feront
traités à l'ouverture de l'aſſemblée.
On écrit de Vienne , que pour faciliter
le commerce des Erats de l'Empereur avec
l'impératrice de Ruflie , il eſt queſtion de
réaliſer le projet que l'on avoit déja formé
ily a quelque temps , de réunir par un canal
le Danube avec la Méditerranée & la
mer Noire.
La Maiſon des pauvres à Prague vient
d'être fupprimée. Les pauvres qui y étoient
ontle choix de ſe rendre à l'Hôpitalde Carlfbad
, ou de' prendre par jour une penſion
alimentaire des creutzers.
( 20)
Les freres Jean & Jacques Andréas
Bonnetiers à Prague , viennent d'y établir
une fabrique de chapeaux tricotés , que l'on
prétend être auſſi bons que ceux de feutre
faits à la maniere uſitée.
Une Députation de l'Académie des Sciences
de Munich a préſenté à l'Electeur l'Hiftoire
de Baviere qu'elle a fait rédiger par un
de ſes Membres , le ſieur Weſtenrieder.
Cette Hiſtoire rectifie , dit on , pluſieurs erreurs
de M. Schmidt, Archiviſte à Vienne ,
dans fon Hiftoire des Allemands.
:
LaProvince de la nouvelle Marche eſt repartie
en onze cercles , dans leſquels on compte
actuellement trente neuf villes , dix-neuf baillages
, deux cents vingt- un bourgs , fix centquarante
- trois villages , cent vingt - quatre
fermes , & une population de 246,689 ames ,
excluſivement de l'état militaire. La population
des villes monte à 67,002 individus . - En
1783 , on comptoit dans cette Province 1,964
métiers pour la fabrication des marchandiſes
de lainerie , quatre métiers pour les marchandiſes
de coton 184 tanneurs & mégiſſiers ,
1005 métiers pour la fabrication des toiles , 3
blanchiſſeriesde cire , 3 fabriques de ſavon noir ,
2 de tapiſſerie , & 23 de peignes pour les
drapiers. Les marchandiſes fabriquées dans cette
Province pendant la ſuſdite année , ont monté
à la ſomme de 879,822 rixdalers & deux tiers ;
il en eſt reſté dans le pays pour 580 , 640 rixdalers
& un tiers , & le ſurplus a été exporté.
Les matériaux qui ont été employés pour la
fabrication de ces marchandises , avoient coûté
11 femme de 501 , 340 rixdalers & trois tiers ,
,
( 2 )
dont 184,579 & demi étoient pour des matériaux
que l'on avoit fait venir de l'étranger..
ITALIE .
DE LIVOURNE , le 4 Novembre.
Deux chebecs de l'eſcadre Vénitienne ont
apporté des dépêches au Conſul de la République
, qui , ſur le champ , les a fait paffer
au Sénat. On a appris de ces deux bâtimens
, que dans les premiers jours du mois
d'Octobre , le Chevalier Emo abombardé la
Goulette de Tunis , qu'il a coulé bas une
chaloupe canoniere , & en a endommagé
une autre. Malgré le feu des ennemis , les
Vénitiens parvinrent à démolir les batteries ,
& à faire de grands dégats fur la côte. Le
Dey intimidé écrivit de ſa main propre au
Chevalier Emo pour lui demander la paix ;
mais fon Excellence ne crut pas ces propoſitions
aſſez avantageuſes. Le Dey en fitde
nouvelles , que l'Amiral envoya auffitôt au
Sénat pour les ſoumettre à ſa déciſion , & il
confentit à ſuſpendre les hoſtilités juſqu'à
ce qu'il eût reçu réponſe. Des lettres plus
récentes nous apprennent que le Chevalier
Emo a fait voile de la rade de Tunis pour
l'iſle de Malthe avec une partie de ſon efcadre
, afin d'y attendre la réſolution du
Sénat. On dit à préſent qu'il va lui être envoié
un plein pouvoir de faire la paix ou de
continuer les hoſtilités.
( 22 )
DE TURIN , le 1 Novembre.
;
Le droit de mer , appellé Villa Franca ,
auquel étoit afſujetti le pavillon Danois , a
été entierement aboli par le Traité conclu
entre les Rois de Danemarck & de Sardaigne
, le 4 Février de cette année , & ratifié
de part&d'autre , les 26 Juillet & 14 Septembre
dernier. La Cour de Turin en a fait
faire la publication par ſon decret du 4 de
ce mois , enregiſtré à la Chambre des
Comptes de cette ville , le 8 , & au Confulat
de Nice , le 17 du même mois .
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 21 Novembre.
S. M. a conféré à M. Hugh Elliot , ſonEnvoyé
extraordinaire à la Cour de Danemarck,
le caractere additionnel de Miniſtre plénipo .
tentiaire auprès de la même Cour.
Quoique nos papiers publics s'accordent à
dire qu'on prépare au palais deS.-James & au
château deWindfor, les appartemensdeſtinés
auPrinceRoyal de Danemarck, le temps de
l'arrivée de ce Prince eft encore incertain ou
inconnu : iline paroît pas que nous le poffédionscethiver,
puiſque l'équipage Angloisdu
Yacht ,fur lequel il devoit s'embarquer , eft
paffé à bord d'une de nos frégates qui , de
( 23 )
Coppenhague , a fait route pour la mer du
nord.
Le Collier de l'Ordre de la Jarretiere , vacant
par la mortduLangrave de Heſſe Caffel,
ſeroit probablement donné au Marquis de
Buckingham , fi S. M. n'en diſpoſoit pas en
faveur du nouveau Landgrave , qui , dans
tous les temps a montré pour le Roi la plus
grande confiance & le plus vif attachement.
Le Duc de Dorſet,Ambaſſadeur à la Cour
deFrance , eſt parti d'ici pour ſe rendre à ſa
destination.
Le Duc & la Ducheſſe de Cumberland
ont quitté cette Capitale le 14 , & fe rendent
fur le continent. LL. AA. RR. viſiteront , à
ce qu'on dit , Turin & Naples , avant leur
retour en Angleterre , où l'on ne les attend
qu'àla fin de l'année prochaine.
Notre Conſul à Livourne a faitparvenirau
Miniftere un relevé des différens vaiſſeaux
d'Angleterre & de Terre Neuve, entrés dans
ceport pendant les fix derniers mois. Tous
nosConfuls , dans la Méditerranée , ont reçu
l'ordre d'envoyer de pareils états chaque femeſtre
, afin de mettre le Gouvernement à
portée de juger de la ſituation de notre commerce
en Italie: Ge commerce a diminué ;
mais heureuſement cette diminution n'a pas
été générale ; car le revenu desDouanes dans
les trois derniers mois , a excédé fon produit
ordinaire , de plus de 1.200,000 liv. fterl .
こ
S'il est vrai , comme on l'affure , qu'ily ait
dans le Trefor public une épargne nette d'un
( 24 )
million ſterling ,& que cette épargne neſoitdue
à aucune circonſtance accidentelle , nos Miniftres
auront la plus grande ſupériorité ſur l'Oppofition.
M. Pitt ſe préſentera àla premieres Seſſion
du Parlement , avec cette épargne à la main , &
l'on ſent bien qu'il ne négligera point cette occafion
de faire valoir les meſures qu'il a priſes
pour aſſurer la perception du revenu public.
Les Ecrivains , dévoués à l'Oppoſition ,
font bien embarraſſés de la hauſſe prodigieufe
des Fonds publics , qui augmentent journellement,
au point que les 3 pour cent conſolidés
ſont aujourd'hui à 69. Ces Ecrivains
avoient tant prédit la ruine irrémédiable du
crédit public , tant accuſé les meſures de
M. Pitt pour l'accroiſſement du revenu national,
qu'ils imaginent à chaque Ordinaire ,
de nouvelles explications de l'état floriſſant
de nos Finances. L'un d'eux prétend qu'incognito,
leMiniſtre a fait racheter ſur laplace
pour deux millions d'effets conſolidés , au
prix de 58 à 62 ; de maniere qu'ils n'ont coûté
que 1,200,000 l.ft. Cette maſſe , hors de
la Bourſe , a dû faire renchérir les effets reftans,
& la Nation ſe trouve libérée de deux
millions ſterl. à très bon marché. On eſtime
à environ 300 mille l. ft. la ſomme que l'Inde
verſe annuellement dans le numéraire de la
Grande Bretagne.
Diverſes Feuilles nationales & étrangeres
reproduiſent ſans ceſſe des états fictifs , ou
tout au moins très-inexacts de notre dette
publique &de ſes accroiſſemens périodiques.
Ces
( 25 )
Ces différens tableaux , tracés par l'eſprit
de parti , devroient inſpirer de la défiance aux
étrangers. Voici le ſommaire très - exact des
capitaux de la Banque , de la Compagnie de
la Mer du Sud , & de celle des Indes-Orientalės,
avec leurs intérêts dûs , calculésjuſqu'au
Janvier 1786.
Fondsde la
Banque .
5 pour cent
annuités
de lamarine.....
4pour cent
confolidés
....
3pourcent
confolidés
....
3 pourcent
: réduits .
3 pour cent
1726 ...
Longuesannuités
.
Courtes annuités
,
1777 ...
Courtes an.
nuítés ,
1778 &
1779 ...
Fonds de la
Compe.
delamer
Capitaux.
Liv.
11,642,400
Intérêts.
S. D. Liv. S.D.
698,544
..
17,869.993 910 893,499 135
..
1,310,000
...
32,750,000
107,401,696 5 3,222,050 179
37,340,073 16 4 1,120,202 43
1,000,000
.......
....
....
...
......
....
30,000
...
680.375
.....
...
.......... 25,000
......
...........
.........
...........
.... :
412,000
...
No. 49 , 3 Décembre 1785 .
( 26 )
11,907,470
..
duSud..
3 pour cent
anciennes
annuités .
3 pour cent
nouvelles
annuités .
3,662,784 8.6 128,197 9
27 357,224 2
8,494,830 2 10 250,844
3 pour cent ...
1751 ... 1,919,600 57,588
Fonds de la
Compe. e
desIndes..
3.200,000 256,000
3 pour cent
annuités. 3,000,000 90,000
Total 240,188,848 5 2 9,536,020 47
La frégate l'Afſurance , de 44 canons , &
quatre autres frégates, dont une de 32 , ſeront
équippées après Noël. Cette eſcadre
doit être prête pour la fin de Février , & relever
les vaiſſeaux ſtationnés àlaJamaïque qui
reviendront au Printemps ; cesvaiſſeauxfont ;
:
Le Janus ,
La Flora ,
La Camille ,
L'Iphigénie ,
Le Swan ,
Canons.
44
36
20
32
14
Le Janus a ſouffert quelques avaries dans
le dernier ouragan : l'Europa , de so can . , à
bord duquel l'amiral Innes a arboré fon pavillon
, reſtera à la Jamaïque ; c'eſt un vaifſeau
neuf& dans le meilleur état.
Le traité de Commerce qu'on ſuppoſe entre la
France& la Ruffie , a fort alarmé nos fabricans
de Toiles. Les Ruſſes font un très grand uſage
( 27 )
de Toiles fines , & l'on importe peu de groſſes
Toiles dans cet Empire , vu qu'on en fabrique
en Ruſſie à peu- près la quantité néceſſaire pour
l'habillement des payſans. Les Toiles fines de
France , fabriquées à Amiens & ailleurs , font
auſſi belles que les nôtres . Il eſt vrai qu'elles ſont
un peu plus cheres , mais cette différence de
prix en notre faveur s'évanouiroit ſi l'Impératrice
s'engageoit par un traité avec la France à mettre
fur nos Toiles un droit additionnel .
Les Médailles données par le Général
Elliot à la Famille Royale & à chacun des
Officiers & Soldats de l'ancienne garniſon de
Gibraltar , repréſentant d'un côté le rocher ,
avec cette légende : Per tot difcrimina rerum .
Sur l'exergue : XIII Sept. M. DCC. LXXXII .
Sur le revers , eſt une couronne de laurier ,
avec le mot allemand : Bruderschaft , qui
fignifie Fraternité. Dans la guirlande , font
les noms des 4 principaux Officiers , Reder ,
Lamotte , Sydow, Elliot. Les deſſeins ont été
exécutés par M. Pingo , & on a frappé plus
de 1 2000 de ces Médailles, tant en or qu'en
argent.
Selonunde nos Gazetiers , une perſonne nouvellement
arrivée de Philadelphie , & qui a
pris les informations les plus exactes ſur l'é
tat du commerce des Américains , aſſure que
les articles de commerce que pourroit produire
l'Amérique pendant cinq années , fufiroient
à peine pour payer tout ce qu'elle tire
d'Europe en une ſeule. La même perſonne ajoute
que les Américains ſont dans un tel diſcré it
qu'en divers ports on oſe à peine leur confier
uae pipe de vin.
b2
( 28 )
:
Lorſque M. Pitt ſe rendit il ya ts jours
au diner du Lord Maire à Guildhall, quelques
Boutiquiers de Cheapſide & des environs
le reçurent ſur ſon paſſage avec des infultes
: cette petite avanie , auquel il eſt fort
rare qu'une fois en ſa vie le plus populaire
de nos Miniftres ne ſoit pas expoté , &qui
entretient chez le peuple le ſentiment de fon
indépendance , a donné lieu à beaucoup de
plaifanteries , dont voici un exemple.
Le Chancelier de l'Echiquier , dit un de nos
Papiers , doit, par reconnoiffance , devenir l'apologifte
le plus chaud des fortifications du Lord
Richmond , puiſque c'eſt à ſes talens dans ce
genre qu'il a dû la vie. Lorſqu'ils furent affaillis
derniérement par la populace , en allant à
Guildhall , ce Lord prouva que non- ſeulenient
il étoit homme à refſources , mais encore habi'e Ingénieur
; car ayant les couffins de la voiture, il en
fit un parapet qui mit M. Pitt parfaitement à couvertdes
attaques de l'ennemi.
On continue à s'entretenir du projet de
vendre les terres incultes de la Couronne ,
par voie de loterie , dans le but de diminuer
la dette publique,
On fe flatre que laNation retirera un avantage
&unprofit immenfe de cette opération. Outre
l'a gent qu'elle produira, cette vente contribuera
à acquitter une grande partie des dettes publiques,
il en réſultera encore un accroiſſement
conſidérable pour l'Agriculture ; & des milliers
d'hommes détenus dans les priſons , & obligés
d. mendier leur ſubſiſtance , trouveront de l'emploi
. Le Miniſtere eſt fortement réſolu à terminer
cette opération , & il n'y a point de doute que le
( 29 )
Patlement ne l'approuve , d'autant plus que c'eſt
la ſeule dont on puiſſe attendre quelque ſecours
efficace. Le Parlement n'acquiefcera jamais à
une répartition égale de la taxe des terres , attendu
qu'à beaucoup d'égards une telle répartition
ſeroit injufte. Quant à la ceſſion de Gibraltar
, la dignité & la ſûreté du Royaume exigent
qu'une pareille propoſition ne ſoit jamais rendue
publique..
Le Morning Chronicle &d'autres Papiers
préſentent l'Etat ſuivant des forces maritimes
de l'Eſpagne , au premier Août dernier
, comme dreſſé ſur des renſeignemens
exacts.
Au Ferrol , 16 vaiſſeaux de ligne , 13 frégates
& 11 floops en état de ſervir; 4 vaiſſeaux de
ligne & 2 frégates en réparation , 3 vaiſſeaux
de ligne & a frégates en conſtruction , 2 vaifſeaux
de ligne & 2 frégates que l'on devoit détruire.
A la Corogne , 9 vaiſſeaux de ligne , 7 frégates
& 9floops en état de ſervir , 2 vaiſſeaux de ligne
&une frégate en conſtruction , un vaiſſeau de
ligne& 2 frégates en réparation .
A Cadix , 21 vaiſſeaux deligne , 7 frégates &
II floops ou barques d'avis en état de ſervir ; 7
vaiſſeaux de ligne en conſtruction , 5 vaiſſeaux
de ligne en réparation , 3 vailſeaux de ligne qui
devoient être détruits .
A Carthagene 4 vaiſſeaux de ligne & 2 frégates
en état deſervir , un vaiſſeau de 60 canons
& 3 frégates en conſtruction, 4 frégates en réparation
, 2 frégates déclarées hors d'état de
fervir.
A Malaga , 3 vaiſſeaux de ligne& s frégates
en étatde ſervir , un vaiſſeau de 70 canons &
4 b3
( 30 );
une frégate en conſtruction , un vaiſſeau de 60
canons , &une frégate de 40 en réparation.
AMajorque , 2 frégates de 38 canons chacune
en conſtruction , un vaiſſeau de 24 en réparation.
A la Havane , 7 vaiſſeauxde ligne en état
de ſervir , vaiſſeaux de ligne en conftruotion.
19
Selon ce calcul , le total eſt de 72 vaiſſeaux de
ligne , outre les frégates ; forces ſupérieures à
celles qu'a eu l'Eſpagne dans les deux derniers
fiecles.
Lorſque les Dames aux ifles d'Amérique ,
dit l'Editeur d'un ouvrage périodique , venlent
renouveller leur teint trop baſanné par
le ſoleil , elles prennent la premiere écorce
d'un certain, arbre , appellé en Anglois le
Cushew Cherry Tree , & elles s'en frottent le
viſage. Cette partie enfle auffitôt , ſe noircit;
& la peau rongée par le ſuc de cette
écorce , s'enleve par lambeaux au bout de
cinq ou fix jours. On garde encore la chambre
une quinzaine de jours , mais au bout
de ce temps on ſe trouve avoir la peau la
plus delicate. L'arbre dont on vient de par,
ler contient une eſpece d'huile cauſtique ,
qui , lorſqu'on la goûte laiſſe à la bouche
penlant pluſieurs heures l'acreté la plus défagréable.
Il eſt étonnant que parmi la grande
quantité de ſecrets &de recettes qui entrent
aujourd'hui dans la toilette des Dames
, elles n'aient point encore adopté
celle-ci .
Le fameux Dentiſte Berdmore vient de
( 31 )
mourir en laiſſant une fortune de 38000 liv.
ſterl. Il a fait pour 8000 liv. ſterl. de legs
particuliers ; ſon neveu eſt héritier du reſte.
Il a ordonné par ſon teſtament qu'on l'enſevelît
à Nottingham , ſon lieu de naiſſance ,
& qu'on gravat ſur une tablette de marbre
l'inſcription ſuivante : Près de cette place repofe
le corps de Thomas Berdmore qui ſe procura
une ample fortune en arrachant des dents.
FRANСЕ.
DE VERSAILLES , le 23 Novembre.
Le Vicomte de Laval , le Comte de
Volonzac , le Prince Louis d'Aremberg de
laMark & le Marquis du Lac , qui avoient
précédemment eu l'honneur d'être préſentés
au Roi, ont eu , le 31 du mois dernier , celui
de moater dans les voitures de S. M. & de
Ja ſuivre à la chaffe.
Le Roi d'Eſpagne ayant diſpoſé de
l'Ordre de la Toiſon d'or , en faveur du
Prince de Poix , Capitaine des Gardes du-
Corps du Roi , & Gouverneur de Verſailles ,
les Chevaliers de la Toiſon - d'or ſe ſont
aſſemblés , le 11 de ce mois , à Fontainebleau,
dans le Cabinet de Monfieur , où ce Prince ,
en vertu d'une Commiſſion de Sa Majeſté
Catholique , après avoir tenu Chapitre de
l'Ordre, a reçu Chevalier le Prince de Poix ,
le Duc d'Ayen , Capitaine des Gardes-du-
Corps du Roi , lui fervant de Parrain. Les
b4
3.2 )
Grands-Officiers de l'Ordre ont été repréſentés
par le ſieur Taillepied de la Garenne ,
Secrétaire des Commandemens de Monfieur.
Le 12 , le ſieur Foullon d'Ecotiers , Intendant
de la Guadeloupe , a eu l'honneur
de prendre congé de Sa Majesté , pour ſe
rendre à ſa deſtination , préſenté par le Maréchal
de Caſtries , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Marine.
Le Comte d'Adhémar , Ambaſſadeur du
Roi près Sa Majesté Britannique , qui eſt
de retour en cette Cour par congé , a eu
l'honneur , à ſon arrivée ici le 18 de ce mois ,
d'être préſenté à Sa Majeſté par le Comte
de Vergennes , Chef du Conſeil royal des
Finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat, ayant
le département des Affaires étrangeres .
La Cour a pris le deuil , le 22 , pour douze
jours, à l'occaſion de la mortdu Duc d'Orléans.
Le ſieur Bertier de Sauvigny , Avocat
général de la Cour des Aides de Paris , a
eu , le 23 du mois dernier , l'honneur d'être
préſenté en cette qualité au Roi par le
Garde des Sceaux de France , & de faire fes
remercîmens à Sa Majeſté ; il a enfuite eu
celui de faire ſes révérences à la Reine & à
la Famille Royale.
Le Marquis de Vaudreuil , Lieutenant
général des armées navales , Inſpecteur général
des Claſſes du Royaume , de retour de
la viſite qu'il a faite des quartiers de la Flan
( 33 )
dre , Picardie & Normandie , où il a établi
l'Ordonnance du 31 Octobre 1784 , a été
préſenté, le 20 de ce mois , à S. M. par le
Maréchal de Caſtries , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Marine.
Le même jour ,le ſieur de Veymerange ,
Intendant des Poſtes aux chevaux , Relais
&Meſſageries de France , a eu l'honneur
d'être préſenté en cette qualité au Roi par
le Due de Polignac , Directeur général des
Poſtes aux chevaux , Relais & Meſſageries
de France.
Le 22 , le Comte Diodati , Miniſtre plénipotentiaire
du Duc de Mecklembourg-
Schwerin , a eu une audience particuliere
du Roi , pendant laquelle il a remis ſa lettre
de créance à S. M. Il a enfuite été conduit
à l'audience de la Reine & à celles de la
Famille Royale , par le ſieur de la Garenne ,
Introducteur des Ambaſſadeurs ; le fieur de
Séqueville , Secrétaire ordinaire du Roi pour
la conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 24 Novembre.
Une Déclaration du Roi , donnée à Fontainebleau
le 30 Octobre , & enregiſtrée en
la Cour des Monnoies le 21 Novembre , a
fixé, de la maniere ſuivante, la valeur relative
de l'or à l'argent , & la proportion entre les
monnoies de l'un & de l'autre métal , en ordonnant
une nouvelle fabrication des monnoies
d'or.
( 34)
Louis , &c. L'attention vigilante que nous
donnons à tout ce qui peut intéreſſer la fortune
de nos ſujets & le bien de notre Etat , nous a
fait appercevoir que le prix de l'or eft augmenté
depuis quelques années dans le Commerce
; que la proportion du marc d'or au
marc d'argent étant reſtée la même dans notre
royaume , n'eſt plus relative aujourd'hui à ce le
qui a été ſucceſſivement adoptée en d'autres
pays ; & que nos monnoies d'or ont actuelle .
ment , comme métal , une valeur ſupérieure à
celle que leur dénomination exprime , & ſuivant
laquelle on les échange contre nos monnoies
d'argent ; ce qui a fait maître la ſpéculation
de les vendre à l'étranger , & préſente en mêmetems
l'appât d'un profit conſidérable à ceux qui
ſe permettroient de les fondre , au mépris de
nos Ordonnances.
5
Le préjudice qui en réſulte pour pluſieurs
genres de commerce , par la diminution déjà
ſenſible de l'abondance des eſpèces d'or dans
notre royaume , a rendu indiſpenſable d'en
ordonner la nouvelle fabrication , comme le
ſeulmoyende remédier au mal , en faiſant ceſſer
fon principe; mais en cédant à cette néceſſité ,
notre premier ſoin & la première baſe de notre
détermination ont été qu'elle ne pût caufer la
moindre perte aux poffefſeurs de nos monnoies
d'or , qu'elle leur devînt même avantageuſe :
& pour ne laiſſer aucun nuage fur cet objet
important , nous avons voulu que le développe .
ment de toute l'opération , & la publication du
tarif qui en préſente les réſultats , en manifeſtaſſent
clairement la juſtice & l'exactitude .
La nouvelle monnoie d'or aura la même
valeur numéraire que la monnoie actuelle ; elle
aura auſſi le même titre de fin ; il n'y aura de
( 35 )
différence que dans la quantité de la matière
qui y ſera réduite à ſa juſte proportion , & il
ſera tenu compte de cette différence aux poſ
ſeffeurs d'eſpèces d'or , lorſqu'ils les rapporteront
ànos hôtels des monnoies; notre intention étant
qu'ils profitent du bénéfice de l'augmentation
fur le prix de l'or .
Par une opération dirigée ſi équitablement,
le rapport de nos monnoies d'or aux monnoies
d'argent ſe trouvera rétabli dans la meſure
qu'exige celle qui a lieu chez les autres Nations ,
l'intérêt de les exporter diſparoîtra , la tentation
de les fondre ne fera plus excitée paarr Fappât
du gain , notre royaume ne fera plus léſé dans
l'échange des métaux , & il n'en pourra réſulter
ni dérangement dans la circulation , ni changement
aucun dans le prix,des productions &
des marchandiſes , puiſque toutes les valeurs ſe
règlent relativement à l'argent dont le cours
ſera toujours le même. A CES CAUSES , &C. ,
nous avons ordonné ce qui ſuit :
I. Chaque marc d'or fin de vingt - quatre
karats , vaudra quinze marcs & demi d'argent
fin de douze deniers , & ſera reçu & payé dans
nos monnoies & changes , pour la ſomme de
Huit cents vingt - huit livres douze fols , valeur
deſdits quinze marcs & demi d'argent au prix
actuel de cinquante - trois livres neuf sols deux
deniers le marc , fixés par le tarif de nos monnoies
du mois de mai 1773 .
,
II . Toutes nos monnoies d'or ayant cours actuellement
. Louis , Double-louis & Demi louis
ceſſeront d'avoir cours , à compter du premier
Janvier prochain ,& feront reçus & payés comotant
en eſpeces dans nos Mannoles & Changes,
à compter dujour de la publication de la préſente
Déclaration ,juſqu'au premier Avril prochain ,
b6
( 36 )
ſur le pied de ſept cents cinquante livres le marc
ou vingt cinq livres le louis , qui , par l'uſage ,
n'auroit rien perdu de ſon poids ; & fauf, en cas
dediminution dans le poids , de faire ſur ledit prix
de vingt-cing livres une diminution proportionnelle;
ledit terme expiré ils n'y feront plus
reçus que ſur le pied de ſept cents quarante deux
livres dix fols le marc , ou vingt-qua're livres
quinzefols par louis ayant ſon poids complet .
د
III. L'or , tant enlingots qu'en monnoies étrangeres
, apporté dans nos Monnoies & Changes ,
y ſera payé en proportion de ſon titre de fin , ſur
lepied de huit cents vingt-huit livres douzefols le
marc fin,& trente quatre livres dix folsfix deniers
* le karat , conformément au tarif annexé à lapréſente
Déclaration , dans lequel les monnoits
étrangeres ont été portées ſur le pied de ladite
augmentation.
IV. Il fera fabriqué de nouveaux louis d'or ,
au même titre que ceux qui ont actuellement
cours ; chaque marc ſera compoſé de trente-deux
louis , afin qu'au moyen de l'augmentation ſurvenuedans
la valeur de l'or , chaque nouveau
louis continuede valoir vingt-quatre livres , &
ait précitément lamême valeuren argent ; lefquels
louis porteront l'empreinte défignée dans la
fewille attachée ſous le contre-ſcel de la préſente
Déclaration , & auront cours dans tout notre
Royaume pour vingt-quatre livres lapiece.
V. Le travailde la fabrication deſdits louis ſera
fait aux mêmes remedes de poids &de loi quenos
monnoies d'or actuelles , & fera jugé en notre
Cour des Monnoies , conformément à nos précédents
Edits & Déclarations .
VI. Voulons que la refonte & fabrication des
louis ſoient faites dans nos Monnoies de Paris
de Lyon , Metz , Bordeaux & Nantes ſeulement ;
,
( 37 )
que les lingots ou eſpeces d'or étrangeres , qui
pourront être apportées pendant cette nouvelle
fabrication , foient également remis exclusivement
auxdites Monnoies , & que nos autres Monnoies
ne puiſſent fabriquer aucun louis à la nouvelle
empreinte, juſqu'à ce qu'ilen ſoit autrement
ordonné .
Le 10 Novembre , un Arrêt du Confeil
d'Etat a dérerminé , ainſi qu'il ſuit , les droits
des changeursdes monnoies.
Article premier. A compter du jour de la publication
du préſent Arrêt , les changeurs ne
pourront percevoir ſur tous les louis frappés à
l'ancienne empreinte , qui leur feront apportés
pour être échangés , quela moitié des droits qui
Jeur ſont attribués par l'Arrêt du Conſeil ſuſdaté,,
pour leur tenir lieu de l'intérêt de leurs
avances & des frais de tranſport , & en conféquence
, les droits ſeront fixés juſqu'à nouvel
ordre ;
SAVOIR :
A demi-denier pour livre pour ceux qui demeurent
dans les villes où il y a hôtel des Monnoies.
Aun denier & demi pour ceux qui en ſont à la
distance de dix lieues.
A deux deniers pour ceux qui demeurent audela
, & juſqu'à vingt- cinq lieues de diſtance.
Adeux deniers & demi pour ceux au- delà de
vingt- cing lieues juſqu'à quarante.
Et enfin à trois deniers pour ceux qui demeurent
au-delàde quarante lieues , & à quelque diſtance
que ce ſoit.
Art. II . Ordonne Sa Majesté auxdits changeurs
, de recevoir les louis anciens ſur le pied
fixé far l'art, II de la Déclaration du 30 Octobre
( 38 )
dernier ,&de les faire tranſporter ſans retarddans
celle des Monnoies déſignées enl'article VI , qui
fera laplus prochainede leur demeure , &c .
Les droits qui feront perçus ſur les voitures
étrangeres à leur entrée dans le Royaume ,
viennent d'être fixés par un Arrêt du Conſeil
d'Etat du 13 Novembre , dont voici le diſpo--
fitif.
ont
Le Roi étant informé que les Réglemens qui
pour but. d'empêcher la vente des voitures
érrangeres dans le Royaume , & ceux qui ont
afſujetti àde forts droitsd'entrée les voitures que
des particuliers auroient permiffion de faire venir
d'Angleterre , ſont continuellement éludes , ſoit
qu'on maſque leur véritable origine, en les faifant
arriver par la frontiere de Flandre , ſoit qu'on
les introduiſe à la faveur de faufſes déclarations
de propriété , données par de prétendus voyageurs
qui ne font que les prête noms de ceux à
qui elles ſont destinées , ſoit enfin que le paiement
du droit de trente pour cent de leur valeur,
&dix fols pour livre en ſus , ſoit rendu fans effet
par des évaluations dériſoires qui le réduiſent
preſque à rien , Sa Majesté a jugé néceſſairede
prendre , contre ces différens moyens de fraude ,
des meſures capables d'en arrêter le cours. A
quoi voulant pourvoir , &c . Le Roi ordonne :
qu'il ſera perçu à toutes les entrées du Royaume ,
for toutes les voitures à quatre roues qui y arriveront
, un droit uniforme de huit cents livres ,&
les dix ſols pour livre en ſus. Veut Sa Majesté que
les voyageurs étrangers qui entreront dans le
Royaume avec leurs voitures , ne paient ledit
droit que par forme de conſignation , & qu'il
-leur ſoit remboursé lorſqu'ils fortiront du Royaume
avec les mêmes voitures ; à l'effet de quoi il
( و )
leur fera remis aupremier bureau d'entrée du
Royaume , une reconnoillance du paiement du
droit configné , pour leur être remboursé à leur
fortie par les Receveurs des Bureauxde Bayonne ,
Perpignan , Marſeille , Antibes , Pont-de- Bonvoiſin
, Longerai , Strasbourg , Metz , Sédan ,
Valenciennes , Givai , Lille , Calais , Boulogne ,
Dieppe , le Havre , Rouen, Saint-Malo & Bor
deaux . Il ne ſera perçu aucun droit ſur les voitures
à la fortie du Royaume ; & les voyageurs ,
tant françois qu'étrangers , qui auront intention
d'y rentrer avec les mêmes voitures, n'en paie
ront aucun à leur rentrée , pourvu qu'à leur for
tie ils aient fait une déclaration aux Bureaux cideſſusdéſignés,
fur laquelle il leur ſera expédié
un certificat contenant unedeſcription ſommaire,
avec évaluation deſdites voitures , lequel certificat
ils feront tenus de repréſenter enrentrant dans
leRoyaume. Les chariots , charrettes ou haquets
à l'uſage du commerce ne feront compris dans
les diſpoſitions du préfent Arrêt , qui ſera impris
mé , publié & affiché par-tout où beſoin fera.
Des lettres de Nantes , en date du 3 du
courant, annoncent qu'un coup de vent affreux
a cauſé un dommage immenfe au bas
de la côte de S.Domingue, en renverſant les
cannes à fucre& les cafiers ; elles ajoutent que
les arbres qui ont réſiſté à la tempête , n'en
ont pas moins perdu leur fruit , & que cet
événement a fait augmenter le prix des denrées
dans la Colonie. Suivant les avis d'Amfterdam
, du 27 Octobre , un ouragan aravagé
les Illes de Saint Eustache & Sainte
Croix. [ Journal de Provence.1
1
( 40 )
M. Baumes , Docteur en Médecine de
l'Univerſité de Montpellier , Correſpondant
de la Société Royale de Médecine de Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , Arts
&Belles - Lettres de Difon , de la-Société
Royale de Montpellier , Médecin ci -devant
à Lunel , & maintenant à Nifines , s'eſt fait
connoître pour l'Auteur du Mémoire anonyme
, portant cette Epigraphe : Ejufdem
prudentiæ cujus eft cognofcere morborum
caufas , etiam eft noffe morbos fanare ; & auquel
l'Académie de Dijon a décerné le premier
acceffit dans ſa Séance publique du
21 Août 1785 , dont nous avons donné
l'extrait.
Le troifiéme tirage de la Loterie Royale ,
établie par Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi ,
du 5 Avril 1783 , ayant eu lieu les 24 , 25 ,
26 & 27 Octobre dernier ; les principaux lots
ſont échus aux Numeros ſuivans , ſavoir ;
un lot de 120,000 liv. au No. 12501 ; un
de 60,000 liv. au N°, 37433 ; quatre de
12,000 liv. aax Nos. 1628 , 11358 , 26345 ,
36842 ; & quatre de 6000 liv. aux Numéros
17154 , 20024,21743,24467.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES, le 27 Novembre .
Le Traité ſigné entre l'Empereur & les
Provinces Unies eſt compoſé de XXIX Articles
, dont voici la ſubſtance.
1
( 41 )
Article premier. Une amitié ſincère & durable
aura lieu entre Sa Majesté l'Empereur & la Ré
publique, &c .
II . LeTraité de Munſter , du 30 Janvier 1648 ;
ſert debaſe au préſent Traité , en tout ce en quei
il n'y a pas été dérogé par celui-ci .
III . Les deux Paiſſances- Contractantes confervent
la liberté de faire chacune chez elles , tels
Réglemens de Commerce , &c. qu'elles jugeront
néceſſaires .
IV. Les limites de la Flandre reftent telles
qu'elles furent réglées par la Convention de l'année
1664 , & s'il reſtoit quelque obſcurité à ce
ſujet , elle fera éclaircie un mois après la ratification
du préſent Traité , par des Commiſſaires,
nommés de part & d'autre, & cela ſur le pied de:
la plus parfaite amitié.
V. Il eſt accordé de part & d'autre qu'on ne
pourra bâtir aucun fort , nidreſſer aucune batterie
à la portée reſpective du canon des deux Puiffances,
& s'il en exiſte , ils ſeront démolis.
VI. L. H. P. procureront, de la meilleurema
niere poffible , l'écoulement des eaux dans la
Flandre Autrichienne , du côté de la Meuſe , afin
de prévenir les inondations : les écluſes qui feront
conſtruites à cet effet ſur le territoire de la République
, reſteront en pleine fouveraineté à L.
H. P.; & feront nommés des Commiſſaires pour
choiſir le meilleur emplacement poſſible , pour
conſtruire les ſuſdites écluſes .
VII . L. H. P. reconnoiſſent la Souveraineté
parfaite de l'Empereur ſur toutes les parties de
l'Efcaut , depuis Anversjuſqu'à la pointe de Saftingen
, conformément à la ligne de démarcation ,
tirée l'année 1664 , &c. Ainfi L. H. P. ſe départent
du droit de percevoir aucune eſpece de péage
ſur cette partie du fleuve , & s'engagent à ne
( 42 )
porter aucun empêchement à la navigation &
commerce des Sujets de S. M. Imp. fur cette
même partie du fleuve. Le reſte de ce freuve ,
depuis la Ligne ci-deſſus mentionnée , jusqu'à la
mer , demeure ſous la pleine Souverainetédes Etats
Généraux , & cette partie reſtera fermée de leur
côté& par eux , de même que les canaux de Sas ,
du Swin , & tous les autres y aboutiſſant , juſqu'à
la mer , felon la teneur du Traité de Munster.
VIII . L. H. P. feront évacuer & front démolir
les forts de Kruis Schans & Frédéric Henri , &
en céderont le territoire à l'Empereur .
IX . L. H. P. feront évacuer & laifferont à la
diſpoſition de l'Empereur , les forts de Lillo &
de Lieskenhoek , dans le même état où ils font
actuellement , excepté le canon & les munitions ,
que les Etats Généraux en retireront.
X. Ces deux articles feront accomplis fix femaines
après la ratification du préſent Traité.
XI & XII S. M. Imp. ſe départ de toutes ſes
prétentions ſur les diſtricts & villages de Bladel
&de Ruffel; & de même L. H. P. ſe départent de
leur côté , de leurs prétentions ſur le village de
Poftel; bien entendu que les biens de l'Abbaye
de Poſtel , en tant que déclarée sécularisée , ne
peuvent pas être réclamés par les Etats-Généraux.
XIII. Il ſera nommé des Commiffaires de part
& d'autre , un mois après la ratification , pour
arranger l'une & l'autre de ces ceffions.
XIV. Sa Majeſté renoncé à tous fes droits &
prétentions , en quoi qu'ils puiſſent confifter , &
quilui competent , en vertu du Traité de l'année
1661 , fur la ville de Mastricht , le Comté de
Vrogenhoven , le territoire de Saint- Servans & les
pays d'Outre-Meufe .
XV & XVI . Et pour bonnifier à l'Empereur
43
toutes les ceffions ci-deffus, L. H. P. paieront à
S. M. Imp. une fomme de neuf millions & demi ,
argent courant de Hollande , & un demi-million
pour dédommagement des pertes caufées à ſes
ſujets , par l'inondation effectuée de la part de
L. H. P.
XVII Le paiement defdits dix millions ſe fera
de fix en fix mois; le premier terme devant
échoir trois mois après la ratification du préſent
Traité .
XVIII. La ville & lechâteau de Dalem & quelques
territoires des environs , feront cédés a
S. M. Imp. &c.
XIX. En échange de la ſuſdite ville & chateau
de Dalem , &c . P'Empereur cede à L. H. P. quele
ques autres territoires enclavés dans ſes poffeffions
,& renonce à toutes autres prétentions qu'il
avoit expoſées ſur quelques autres villages ..
XX. Pour la cefien faire de l'Empereur des
deux forts de Lillo & de Liefkencek , S. M. Imp .
cede à L. H. P. tous les droits qu'elle pourroit
avoir fur les Villages appellés de Réd mption , excepté
les trois villages de Falais , d'Argenteau &
de Hermal, dont L. H. P. font de leur côté ceffion
à l'Empereur ; s'obligeant de ne lever ſur ces villages
aucun droit en argent, fous le titre d'argent
de Redemption ; de même que S. M. Imp. s'y
oblige auffi par rapport aux trois villages qui lui
font cédés.
XXI. II fera libre aux habitans refpectifs de ces
villages cédés de part & d'autre , de les aban
donner , oude continuer à y reſter ; & les fufdits
habitans yjouiront d'une liberté entiere de culte
religieux.
٢٠
XXII & XXIII . L. H. P. cedent à l'Empereur
tous leurs droits fur le Village de Berne us
dans le pays de Dalem , qui étoit reſté indevis par
( 44 )
lepartagedu pays d'Outre - Meuse , fait en l'année
1661; &en compensation , l'Empereur cede à
Leurs Hautes Puiſſances ;un autre village dans le
pays de Fauquemont , dont les droits avoient été
pareillement laiſſés par indevis aux deuxPuiffances:
XXIV. Un mois après la ratification , il ſera
nommé de part & d'autre des Commiffaires pour
régler les limites des poſſeſſions reſpectives dans
le pays d'Outre-Meufe.
XXV. On est convenu que les dettes refpectives
des deux Souverains , qu'ils ont à répéter
Tun de l'autre , feront tenues pour entiérement
liquidées & éteintes de part & d'autre ; & quant
auxdettes des ſujets reſpectifs , il ſera nommé des
Commiffaires pourles épurer.
XXVI. Un mois après la ratification , il ſera
pareillement nommé des Commiſſaires pour fixer
av juſte le contingent que les Etats-Génétaux devront
fournir à l'avenir dans les rontes affectées
fur les anciennesAides du Brabart ; leſque'sCom .
miffaires devront avoir fini leur travail dans l'ef
paced'une année , les choſes reſtant juſqu'à ce
tems ſur l'ancien pied .
XXVII. Les deux Hautes Parties Contractantes
renoncent , ſans aucune réſerve quelconque ,
àtoutes les autres prétentions que l'une d'elles
pourroit avoir ſur l'autre , & réciproquement , en
quoi qu'elles puiſſent confifter.
২
XXVIII . S. M. Très-Chrétienne eſt priée par
les deux Hautes Parties Contractantes , devouloir
ſe charger de la garantie du préſentTraité.
XXIX. Le préſent Traité ſera ratifié par S. M.
Imp. & par L. H. P & l'échange des actes de tatification
ſera fat dans l'eſpacede fix ſemaines , ou
plutôt , s'il eſt poſſible , à compter de ce jour.
Fait à Fontainebleau , le 8 Novembre 1785.
Signés ( L. S. ) Comte DE MERCY D'ARGENTEAU.
:
1(445 )
/
(L.S. ) LESTEVENON VAN BERKENROODE.
(L.S. ) BRANTZEN.
Et en qualité de Miniſtre Plénip. de S. M. T. C.
( L.S. ) COMTE DE VERGENNES.
CONVENTION SÉPARÉE.
Articles I , II , III & IV. regent les impôts
à lever ſur les pays & places cédés reſpectivement
dans les articles du Traité.
V. Celui- ci porte que tous les Officiers actuel
lement au ſervice dans la ville de Dalem , & mê.
me que ceux qui ont un revenu fixe , jouiront
pendant leurvie d'une penfion , à la chargede ce
pays.
VI. Les Major& Greffier , autant de la ville ,
quede la Cour de Juſtice de Dalem , de même
que ceux des Seigneuries cédées à S. M. l'Empereur
, & ceux qui ne feront pas continués dans
leurs emplois recevront un dédommagement honorable
, ou auront la liberté de vendre leurs
charges& emplois , avec l'approbation du Gouvernement-
Général de Bruxelles ; ce que L. H. P.
exécuteront auffi de leur côté , par rapport aux
diſtricts & places qui leur ont été cédés .
VII. Les places cédées réciproquement , ſeront
remiſes franches de toutes charges du pays.
VIII . Cet article regle ce qui concerne les
Fiefs à Mouvance , par rapport auxqueis on fe
réglera ſur le traité de partage du 26 Décembre
1661. Les ceffions réciproques ſe feront en même-
tems & de la même maniere , un mois après
l'échange des ratifications .
IX. Cet article regle une convention , par rap
port ou Couvent de Saint-Gerlach , cédé à L. H.
P. par l'art. XIX. comme étant enclavé dans les
territoires qui leury fontcédés.
Cette Convention eſt ſignée auſſi en date du
( 46 )
8Novembre , par les Plénipotentiaires reſpectifsdes
Hautes Parties Contractantes.
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1) .
CHATELET DE PARIS. PARC CIVIL.
Cause entre les héritiers de la Dlle. Laurent-
& les Cure & Marguillersde la Paroiffe Saint-
Sulpice.
Une piété ſolide , une ſenſibilité qui nous fait
regarder les malheureux comme dignes de nos
ſoins , l'abdication courageuſe de cet égoïſme
cruel qui attaque & détruit tous les liens de la
ſociété, ce ſont là , ſans doute , les vertus dignes
de notre admiration & de nos éloges. Mais les
paflions , ces ennemis ſecrets qui nous livrent une
guerre continuelle , ſemblent ſuſpendre l'envie
quenous aurions d'être juſtes ; & fi , d'un côté ,
nous faiſons un bien réel , un bien digne d'étre
remarqué , nous commettons preſque toujours
, de l'autre , une injustice qui mérite la
réprobation des Loix. La cauſe que nous allons
développer vient à l'appui de ces réflexions .
Le 27 Juillet 1785 , il a été rendu , au Châtelet,
une Sentence qui , comme l'a dit à l'Andience
le Chef de ce Tribunal , fera époque dans la
Jurisprudence , & par la nature de la queſtion ,
&par les circonstances qui s'y ſont mêlées. Voici
quel étoit l'objet de la cauſe. En 1771 ,
1774, & 1785 , la Dile. Laurent qui vivoit à
Paris , ſur la Paroiſſe Saint- Sulpice , fit à cetie
Paroiſſe différentes donations de rentes conftituées
ſur les Etats de Bretagne & fur les Aides &
Gabelles , & voulut qu'elles fuſſent appliquées à
des fondations particulieres , du genre de celles
qui ſont autoriſées par l'Edit de 1749 , &qui
n'exigent pas de Lettres - Patentes. Toutes ces
donations ,dont le montant pouvoit s'élever à un
capital de so mille livres , avoient été acceptées
( 47 )
Y
--
parle fieur Dulau , ancien Curé de Saint Sulpice
, en la qualité de premier Supérieur de la
charité de certe Paroiffe , & par cet Ecclefiaftique
ſeul. La Dile . Laurent eſt morte au
mois d'Août 1782. Şes héritiers , qui étoient fon
frere& fon neveu , ont attaqué de Curé actuel
de Saint- Sulpice , & ont demandé la nullité des
donations . Le Curé s'eſt préſenté & aveclui
les Marguillers de la Paroiſſe , qui ſontintervenus
dans la cauſe , comme profitant auſſi du bienfait
de ladonation .
La cauſe a été plaidée au mois de Juillet ,
pendant pluſieurs Audiences , & a toujours attiré
ungrand concours . Le Défenſeur, des héritiers
a fait valoir deux moyens. Le premier pris
du défaut d'homologation de ces donations au
Parlement , comme l'exige l'article 3 de l'Edit
de 1740. Le ſecond , pris de l'inſuffiſance de
l'acceptation des donations , pour laquelle l'article
8 de l'Ordonnance de 1731 exige le concours
du Curé & des Marguillers , & qui dans
l'eſpece n'avoit été faite que par le Curé ſeul.
- Les Défenſeurs du Curé& Marguilliers foutenoient
qu'on avoit le choix ; que laLoi préientoit
une alternative , & que pourvu que le Curé
ou les Marguilliers accepraſſent la donation , ſon
objet étoit rempli. Le Défenſeur des héritiers
foutenoit au contraire que la diſpoſition de la
Loi étoit une: que les trois genres de donation
qu'elle déſignoit exigeoit également le concours
du Curé & des Marguilliers : que quelque reſpectable
que fût le miniſtere des Curés , on ne
pouvoit pas leur accorder une faveur dont la Loi
n'avoit pas voulu les faire jouir , il a mêlé enſuite
à ſa diſcuſſion des conſidérations touchantes
fur fes Cliens , Gentilhommes , Militaires & pauvres
; il a cherché à attirer fur eux la faveurde
( 48 )
,
la Juſtice ; il s'eſt plaint de ce qu'ils avoient été
oubliés par la nature ; il a préſenté la Dile.
Laurent comme ſéduite par un excès de vertu .
-M. Hérault de Sechelles , alors Avocat du
Roi au Chatelet , & aujourd'hui Avocat Général
au Parlement , a porté la parole dans cette affaire
. Ce Magistrat a adopté les deux moyens du
Défenſeur des héritiers & a ſu trouver des
idées nouvelles dans une matiere qui paroiſſoit
avoir été épuiſée. Il a parfaitement developpé
l'eſprit de la Loi. Il a prouvé la néceſſité du corcours
des Curés & Marguilliers dans l'acceptationdes
donations , & il l'a fait avec une précifion
, une juſteſſe d'idées , & une éloquence qui
ontenchanté tous ceux qui ont eu occafion de
l'entendre . M. de Sechelles a fait aux Orateurs
de la cauſe , & fur- tout au Défenſeur des hési
ters , les complimens les plus ingénieux ; &
comme c'étoit pour la derniere fois que ce Magiftrat
parloit au Châtelet , il a adreffé , à la fin
de fon plaidoyer , au Chef auguſte de ce Tribrnal&
à tous les Magiſtrats qui le compoſent , les
adieux les plus attendriſſans & les plus nobles.
M. le Lieutenant- Civil , après avoir prononcé
la Sentence qui déclare les donations nulles ,
comme non revêtues des formalités de l'Ordonnance
, a répondu à M. Héraut de Sechelles
avec toute la dignité qui lui eſt naturelle , & le
ſentiment le plus affectueux. Ce Magiftrat a obſervé
, dans ſa réponſe , que la Sentence qui
venoit d'être prononcée dans cette affaire , feroit
époque dans la Jurisprudence , par toutes les circonſtances
qui l'environnoient ; & cette obſervation
ſemble déjà s'être d'autant plus vérifiée ,
qu'il n'y a point eu d'appel interjetté , & que
le Curé de Saint- Sulpice & les Marguilliers ont
également adhéré à la déciſion ,
:
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI TO DÉCEMBRE 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ETEN PROSE.
و
:
IMPROMPTU fait à un diner où
l'on demanda à l'Auteur des vers pour
Mme la Marquise DE SUFFREN , qui
étoit préfente.
SUFFREN, Vainqueur de l'Inde, y fit briller ſes armes,
Et la gloire par lui nous procure la paix ;
L'Armour , belle Suffren , ne la donne jamais
Aceux que foumettent vos charmes .
( Par M. Sabatier de Cavaillor. )
(
Nº. so ; to Décembre 1785.
!
MERCURE
ÉPITRE à MileAURORE, de l'Académie
Royalede Musique , que jesoupçonnois de
neplus écrire.
SAPHO, APHO , que je ne connois pas,
Toi qui ſais joindre à l'art d'écrire
L'art de charmer par tes appas,
Aurois-tu ſuſpendu ta lyre ?
Hélas , ta Muſe a tant d'attraits !
Tantôtgrave , tantôt légère ,
Pour nous ravir ou pour nous plaire ,
Elle réunit tous les traits.
Je l'ai vue & vive & brillante
Sousun joli chapeau de fleurs
Elle n'étoit pas moins touchante
Sous le crêpe de la douleur.
DE GRACE , Ouvre-nous tes tabletres ,
Abjure un pénible repos ;
Prends tes crayons & tes paleites ,
Ettes ingénieux pinceaux ;
Ranime les riches tableaux
Du Peintre qui charma la terre
Par ſes Fables & ſes Héros .
Oma Sapho , veux-tu mieux faire ?
Quitte la trompetre guerrière
Pour la lyre d'Anacreon.
DE FRANCE. SE
Nepenſe plus au vieil Homère.
Nous connoiffons Agamemnon
Et ſa famille ſanguinaire ;
On n'aime plus à voir Junon
に
Implacabledans ſa colère;
L'épouſe du Dieu du Tonnerre ,
En Déeſſedu mauvais ton ,
S'armer du flambeau de la guerre ,
Et prendre l'air d'une Mégère ,
Parce que Pâris , nous dit-t'on ,
Aux yeux d'Hélène avoulu plaire.
QUBLIONS tous ces demi-Dieux ,
Tous ces Héros couverts de gloire ;
J'abhorre leur nom , leur victoire ,
Ils onttrop fait de malheureux !
Le tendre vieillard de la Grèce ,
Qui chantoit Bacchus & les Ris ,
Et ſur le ſein de ſa maîtreffe
Fêtoit l'Amour en cheveux gris :
Voilà , Sapho , l'heureux modèle
Que j'offre à ton pinceau fidèle.
Saifis ſes grâces , ſa gaîté;
Trace de ta plume badine
L'heureux code qu'il a dicté ,
Er ſa morale & ſa doctrine.
Apôtre charmant du plaiſir ,
Il nous rappelle à la Nature;
Cil
MERCURE :
Rival aimable d'Épicure ,
Il nous apprend l'art de jouir.
Il fait donner à la folie
La dignité de la raiſon ,
Et, fur la route de la vie ,
Semer avec difcrétion
Les fruits de la philoſophie
Et les fleurs de l'illuſion .
Il n'a point flétri l'innocence
En célébrant la volupté ;
Comme Peintre de la Beauté
Tu lui dois bien la préférence.
t
( Par M. Baffet. )
:
COUPLETS chantés à M. le Marquis DE LA
FAYETTE , dans un repas qui lui a été
donnélors defon dernier paſſage à Lyon.
A
AIR : Elle aime à rire , &c.
MIS , quoi , ce convive aimable
Eſt ce Général redouté !
Ce la Fayette ſi vanté
Eſt donc affis à cette table.
Ah ! combien notre ſort eſt doux ,
Et que ce Guerrier a de gloire !
Il fait combattre , vaincre & boire ,
Ildaigne chanter avec nous.
DE FRANCE.
OUBLIONS cet Hercule antique ,
Vengeur des Rois & des Sujets ;
Hercule n'étoit pas François ,
Il'n'a pas ſauvé l'Amérique.
Ah ! combien , &c.
QUAND il s'embarque au gré d'Éole ,
Auffitôt l'Amour est en pleurs ;
Mais après mille exploits vainqueurs ,
Par ſon retour il le conſole .
Ah! combien , &c.
:
CHER à ſon Roi , chéri des Belies ,
Aimé de Mars & de Cypris ;
Il renverſe nos ennemis ,
Et ne peut trouver de cruelles.
Ah! combien , &c.
Que la Peyrouze , ſur les ondes ,
Aille chercher de nouveaux bords ;
Amis , ici ſans tant d'efforts ,
On voit le Héros des deux Mondes.
Ah! combien notre fort eſt dour ,
Et que ce Guerrier a de gloire !
Il ſait combattre , vaincre & boire ,
Il daigne chanter avec nous .
)
(ParM. Delandine. )
,
Ciij
54
MERCURE
RÉPONSES A LA QUESTION :
Laquelle de ces deux affectations fait plus
de tort à unefemme, de vouloir paroître plus
jeune&plus jolie qu'elle n'eft, ou de vouloir
montrerplus d'esprit qu'elle n'en a.
CLARICE
I.
LARICE fut jeune &jolic
Clarice s'en ſouvient lorſque chacun l'oublie;
Cetravers innocent peut bien ſe pardonner.
Life par ſon eſprit cherche à nous étonner,
On voit à chaque mot qu'elle aine à dominer
Rarement on pardonne à qui nous humilie.
(ParM. Dehauffy de Robécourt. )
II.
Pour montrer de l'eſprit , Glycère
Se bat les flancs à tout moinent;
Mais àchaque effort chaque amant
Rit& lui tourne le derrière ;
Tandis qu'avec un oeil de verre ,
Et quelques dents de Savoyard ,
La vieille Iſmène , à force d'art ,
Glane encore aux champs de Cythère.
Laide& fotte ont beau dire & faire ,
On voit toujours leur déficit.
:
DE FRANCE. 55
Laide, qui par l'art s'embellit ,
N'aveugle que des ſots crédules ;
Sotre, qui court après l'eſprit ,
N'attrappe que des ridicules .
(ParM. le Vicomte de Mélignan. )
III
Surton minoisde quarante ans,
Tâche de peindre le printemps
Et tous les tréſors du bel-âge;
C'eſt fort bien fait; mais pour ton intérêt
Laiffe ton eſprit tel qu'il eſt,
Ilnous plaira bien davantage.
Retiens , Chloé, pour ton profit,
Qu'on ne ſe fait point un eſprit
Comme l'on ſe fait un viſage.
(ParunMembre de la Chambre Littéraire
deRennes.)
IV.
Le ridicule eſt grand d'aimer trop ſa figure.
En vain Liſe voudroit que ſon miroir mentit ;
En vain ſon art s'épuiſe en toilette , en parure ;
Rien ne peut rappeler ſa beauté qui s'enfuit.
Plus modeſte en ſes goûts , l'eſprit eſt ſans enflure :
C'eſt un préſentdes Dieux , l'art n'eſt pas fait pour lui ;
Et puiſqu'il faut opter , choiſiſſons l'impoſture
Dont on peut eſpérer de tirer quelque fruit.
Ciy
36
MERCURE
La coquette eſt ſouvent bien près de la Nature ,
Mais to jours la pédante eſt loin du bel- efprit.
1 (Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine
au Régiment de Provence. ).....
NOUVELLE QUESTION A RÉSOUDRE.
Deux Dames Anonymes nous prient de
propoſer la Queſtion ſuivante : Quelle est la
pofition la plus affligeante pour une femme ,
d'aimer tendrement un époux qui n'a pour
elle que de l'averſion , ou d'être tendrement
aimée d'un mari qu'elle n'aime pas ?
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Paris ; celui de
l'Enigme eft Placet; celui du Logogryphe eſt
Matelas, où l'on trouvefale ( de compagnie ) ,
mat , lame , as mat ( aux.tarots ) , mal ,
male , las ( pour hélas ) , las ( pour fatigué) ,
male , Maite & fel.
DE FRANCE.
$7
CHARADE.
SUZON , dès la pointe du jour ,
Prend mon premier & ſe met à l'ouvrage ;
Surmon ſecond près d'elle inſpiré par l'Amour ,
Je chante les douceurs du lien qui m'engage ;
Senſible aux accords de ma voix ,
Suzette de mon tout a peine à ſe défendre';
Son ſourire eſt plus doux , ſon regard eſt plus tendre ,
Et l'aiguille échappe à fes doigts.
POUR
(Par M. D. L. M. )
ÉNIGME.
OUR me loger je n'ai beſoin d'autrui ;
Auſſi chez moi je ne ſouffre perſonne.
Et ſous mon toit fi quelqu'un s'introduit ,
C'eſt quand j'y meurs ou quand je l'abandonne.
Dans ce ſolide& fingulier abri ,
Je brave tout , vent , frimats , pluie & grêle.
Ame fermer ſi le froid me réduit
Juſqu'au retour de la ſaiſon nouvelle ,
Sans art , fans peine & fans aucun apprêt ,
Tout fimplementje clos ma ſolitude ;
Et là je prends , exempt de tout regret ,
Du jeûne & du repos l'économe habitude.
(ParM. le Chevalier D. B. , Offi . d'Ar. R. deB.)
Cv
58
MERCURE
LOGOGRYPH Ε.
TANTOT dans ton gouffet, & tanto fufpendue,
Lecteur , je me dérobe ou me montre àta vûc.
Également uti'e en mes emplois divers ,
Docile àtes defirs, je me prête & je ſers.
Tantôt je ſuis fixée &tantôt vagabonde ;
Et, Narciſſe nouveau , je me mire dans l'onde,
Mais non pour y chercher comme lui le trépas.
Des injures du temps je ne m'affecte pas.
Je puis te procurer des ſecours ſalutaires.
Je concours à régler tes travaux, tes affaires.
Par toi-même, à toute heure , &dans toute ſaiſon ,
Tu peux , fi tu le veux , me mettre en action .
Mon dévouement ſans borne , & dans toute occurrence
,
Tient quitte du fardeau de la reconnoiſſance.
Pour les lâches humains inutiles leçons !
Un avare intérêt ſouilla toujours leurs don's.
Je porte , en mes fix pieds , une bête emp'umée;
Ce qui vient au ſecours d'une vûe éclopée ;
Un poiſſon affez fade; un Prophète fameux ;
La terreur des Payens & celle des faux-dieux;
Un oiſeau babillard qui chérit le fromage ;
Ce qu'on n'oſe braver , ſur-tout un jour d'orage;
Le vermillon d'un Dieu qui bannit le chagrin ;
Un mal qui défigure , un mal affreux enfin ;
e
DE FRANCE.
رو
:
Etpourpeindre à la foisdeux maux plus grands encore;
Deux animaux hideux que tout le monde abhorre,
(Par M. G. , Avocat au Parlement.)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MORCEAUX choisis du Rambler ou du
Rodeur , Ouvrage dans le genre du Spectateur,
traduit de l'Anglois de Johnſon ,
par M. Boulard , Notaire à Paris .
Que mes délaſſemens , s'il ſe peut , foient utiles.
AParis , chez J. R. Lottin de St-Germain,
Libraire , rue S. André-des-Arcs , No. 27.
M. JOHNSON étoit , dans ces derniers
temps , un des Littérateurs les plus diftingués
de l'Angleterre. Son Rambler ou Rodeur n'eft
cependant pas un Ouvrage original; Addiffon
&Stéele lui en avoient donné le modèle dans
le Spectateur, & d'autres avant lui avoient
ſuivi ce modèle. C'eſt un genre de Littérature
très - favorable au développement des
plus utiles idées de la morale. Il vous laiffe
toujours le maître de la forme , de l'étendue,
du degré d'énergie , de mouvement , d'agrément
, d'intérêt que vous voulez donner à
vos idées , & de la variété que vous voulez
donner à vos formes. C'eſt un Conte , tantôt
gai, tantôt ſérieux , tantôt épique , tantôt
Cvj
60 MERCURE
:
dramatique; ce ſont des Lettres, avec les réponfes,
de perſonnes de tout âge, de tout ſexe,
de toute condition ; c'eſt le récit d'un fait qui
porte avec lui ſa moralité; ce ſont des réflexions
nées d'un à-propos ; c'eſt , en un mot ,
la morale miſe en action , & qui a par-tout
de l'âme & de la vie: faire profeffion de moraliſer
, c'eſt éloigner, c'eſt refroidir du moins
une multitude de Lecteurs :
Une morale nue apporte de l'ennui ,
Le Conte fait paſſer le précepte avec lui.
Parmi nous , M. de Marivaux avoit imité
aulli , mais d'une manière qui lui étoit propre
, Addiffon & Stéele ; il avoit fait un Spectateur
Francois , Ouvrage qui ne nous paroît
pas avoir été mis à ſa place dans l'opinion
publique : il eſt plein de tableaux des moeurs,
propres à faire la plus grande impreffion ;
d'hiſtoires qui intéreſſent , qui émeuvent ,
qui ferrent le coeur , qui provoquent les larmes;
de réflexions qui peuvent éclairer fur
beaucoup d'abus , & corriger beaucoup de
travers. C'étoit un penfeur que ce Marivaux ,
&fa fineffe couvroit ſouvent de la profondeur.
L'homme qui lui étoit le plus favorable
parmi nous , étoit M. de Fontenelle ;
parmi les Nations étrangères , ceux qui en
faifoient le plus de cas , ( & ils en faifoient
beaucoup ) c'étoient les Anglois.
2
i
f
Les Anglois penſent profondément,
dir La Fontaine. Ils ont eftimé Marivaux au
DE FRANCE. 61
pointde l'avoir pris pour modèle de ces beaux
Romans Anglois , de ces ſuperbes Épopées
Tragiques ou Comiques , qui ont effacé chez
nous-mêmes les Romans François , s'ils n'ont
pu les faire oublier totalement; les meilleurs.
Romans François aux yeux des Romanciers
Anglois , font Marianne & le Paysan Parvenu
; & fi cejugement peut nous étonner ,
nous n'avons pas droit de le dédaigner.
Revenons aux Journaux moraux de l'Angleterre.
Celui de M. Johnſon eſt un des
meilleurs dans ce genre, un des plus ſemblables
au Spectateur ; & nous avons beaucoup
d'obligation au Citoyen laborieux &
lettré qui , occupé utilement pour le ſervice
du public, a bien voulu employer ſes délaffemens
à nous faire connoître ce qu'il y a de
meilleur dans un ſi bon Ouvrage.,
Ces morceaux choiſis font ici au nombre
de trente-huit ; quelques-uns ſont purement
allégoriques ; ce ne font ni les plus amuſans
ni les plus intéreſſans. Le premier cependant
qui roule fur l'Eſprit & la Science eſt trèspiquant
par la fineſſe des rapports & la juſteſſe
duparallèle.
" L'Eſprit divertiſſoit Vénus à ſa toilette,
» en contrefaiſant Bair grave de la Science ;
laScience cherchoit à amuſer Minerve pen
>>>dant fon travail, en lui montrant les bévues
» & l'ignorance de l'Eſprit.... L'Eſprit étoit
20 hardi & donnant au hafard ; la Science
>> étoit prudente & réfléchie. L'Eſprit ne re
62 MERCURE
>> doutoitd'autre reproche que celui de paffer
>>>pour lourd; la Science n'en craignoit d'au-
>>> tre que celui de s'être trompée. L'Eſprit
>> répondoit avant que d'avoir entendu ; la
>>> Science s'arrêtoit même où il n'y avoit pas
>> de difficulté , dans la crainte de laiſſer
>> paffer quelque ſophiſme infidieux , fans le
>>faire reconnoître. L'Eſprit rendoit chaque
>> queſtion difficile à réſoudre , par la rapi-
>> dité&la confufion de ſes idées ; la Science
>> fatiguoit ſes Auditeurs par des diſtinctions
> ſans fin , & elle allongeoit la diſpute en
> prouvant ce qui n'avoit jamais été nié......
>> La Nouveauté étoit le favori de l'Efprit ,
> & l'Antiquité celui de la Science. L'Eſprit
>> trouvoit ſpécieux tout ce qui étoit nou-
>> veau; la Science regardoit comme ſacré
>> tout ce qui étoit ancien.... L'Eſprit.captiva
>> lajeuneſſepar ſa gaîté,& la Science obtint
>>par ſa gravité le fuffrage de la vieilleffe.....
> On conftruifit des théâtres pour y recevoir
→→→ IEſprit ,& on fonda des colléges pour en
>> former l'afyle de la Science...... On étoit
> quelquefois pénétré d'une grande vénéra-
» tion pour la Science, mais on ſe ſentoit
>> plus d'amitié pour l'Eſprit......
>>Rien n'étoit plus commun à chacun de
>> cesantagoniſtes quedequitterſon caractère,
•& d'emprunter les armes de fon adver
» ſaire ; ainfi , l'Eſprit travailloit quelquefois
ود à un fyllogifme , & la Science défiguroit
>> festraits par une plafanterie. Mais..... Fair
DE FRANCE. 63
ود férieux de l'Eſprit étoit ſans nobleffe ,&
>> l'enjouement de la Science manquoit de
» vivacité. »
Engénéral il nous ſemble qu'on ne peut
guères mieux diftinguer par le bien &par le
mal , par le mérite & par les défauts ces deux
avantages , qui ne peuvent avoir toute leur
étendue qu'en ſe réuniſſant , & dont Horace
a dit , ce qui eſt paſſe depuis long-temps en
proverbe:
Alteriusfic
Altera pofcit opem res , & conjurat amice.
Auſſi eſt-ce par cette réunion dont ils fentent
l'un&l'autre la néceſſiré que finit cette allégorie.
2
Enparticulier, les derniers traits que nous
avons cités ne nous paroiffent pas avoir la
juſteſſede tous les autres. Le fyllogifme n'appartient
pas à laſcience , excluſivement à l'efprit.
Tous deux en font ufage , mais l'eſprit
le fonde principalement ſur la raiſon , & la
ſcience fur l'autorité. Nous ne voyons pas
non plus pourquoi l'air ſérieux de l'eſprit feroit
fans nobleſſe; l'eſprit n'est pas effentiellement
plaifant , & n'a point d'oppoſition
pour le ſérieux, auquel même il fait donner
des grâces&de la nobleſſe; il est vrai cependantqu'un
des abus de l'eſprit eſt d'être un
peu trop porté à la plaifanterie.
Nous donnons la préférence , comme nous
l'avons annoncé , aux diſcours fans allégorie ;
ils font plus ſimples , s'approchent davantage
64 MERCURE
de la converfation , & font plus d'illuſion.
Telles font , par exemple , les Lettres d'Euphélie
, qui avoit compté s'amuſer beaucoup
à la campagne , & qui s'y ennuie parce
qu'elle ne fait pas s'occuper ; & une autre
Lettre de la même , ſur l'éternité des haines
en Province.
Une Lettre de Cornélia, logée à la campagne
chez une parente , qui ne connoît pas
d'autre mérite dans le monde que celui de
favoir bien tous les détails de la cuiſine & de
l'office .
Il ne s'agit dans cette Lettre que d'un caractère
particulier , qu'on n'eſt peut-être pas fort
menacé de rencontrer dans le monde , mais
qui eſt fort bien peint , & qu'on retrouve
affez fouvent en Province , avec quelques légères
différences dans la forme. Suivons cette
énumération .
Des Lettres d'Eubulus , qui a eu le malheur
de trop compter ſur la protection des Grands.
Diverſes Lettres de gens malheureux pendant
preſque toute leur vie, par le defir &
l'eſpérance de recueillir des ſucceffions qui
ont fini par leur échapper.
Lettred'unejeune Demoiſelle , qui ſe plaint
d'une ſociété où l'on ala fureur du jeu.
Lettre d'un homme qui a fait la folie de
mettre beaucoup à la loterie.
Lettre de Quiſquilius , qui s'eſt ruiné en
voulant faire toutes fortes de collections de
curiofité, dont quelques-unes ne font que
bizarres , & ne peuvent fervir à rien.
4
:
DE FRANCE. 65
i Lettre de Vivaculus , contenant une critique
de ceux qui employent leur temps à des
recherches peu utiles.
Lettres de Florentulus , qui , n'ayant rien
appris dans ſa jeuneſſe , & n'ayant cherché
pendant ce temps qu'à plaire par ſon élégance
, ſe trouve dans l'âge mûr déplaire également
aux hommes & aux femmes.
Unemultitude de Lettres fur le mariage , od
les avantages & les inconvéniens de ce lien
font fort bien expofés , & dont le dernier réſultat
eſt qu'il en faut toujours revenir au
mariage.
Deux diſcours ſur la mauvaiſe humeur &
fur la colère , contenant des idées nouvelles ,
bien capables de guérir de ces deux maladies.
Dans ces Lettres , dans ces Diſcours , comme
dans les autres , dont nous ne parlons pas,
on trouve une multitude de portraits fort
bien peints , qui animent i moralité & ré
pandent la variété. L'Auteur eſt dans l'uſage
de donner aux divers perſonnages des noms
qui expriment leurs caractères : Captator ,
Quiſquilius , Vivaculus , Florentulus , &c.
Cet ufage , quoiqu'autoriſé par l'exemple de
nos meilleures Comédies , n'eſt pas du goût
de tout le monde. " Notre langue , dit l'Auteur
du Théâtre à l'usage des Jeunes Per-
Sonnes "ne fournit pas un ſeul exemple de
>> cette eſpèce dans le genre noble. Tous les
<>> noms François qui ont une ſignification
relative on au caractère ou à la ſituation
des perſonnages , font en général burlef
ود
و
66 MERCURE
>> ques&de mauvais goût: tels que Fiérenfat,
> M. Paſſepied, M. Tout-à-bas , M. Chica
>> neau , &c. Il ſeroit à ſouhaiter que beau-
>> coupd'Imitateurs &de Traducteurs fillent
>> un peu plus de réflexion ſur le génie de
>> leur langue , & qu'ils ſentiffent davantage
>> qu'en voulant toujours traduire littérale
>>ment , on défigure l'Ouvrage original. ,
Cette dernière réflexion ne peut s'appliquer
au Traducteur deces morceaux choiſis
du Rambler. Il ne traduit pas ces noms , il les
laiſſe avec leur terminaifon & leur forme
latines.
Nous nous fommes contentésde dire que
l'Auteur ſavoit peindre, il faut le prouver ;
nous prendrons pour exemple la lettre d'une
jeune fille , dont ſa mère eſt jalouſe. Ce caractère
de mère jalouſe n'eſt point rare dans
lemonde, c'eſtdans le monde qu'il naît , c'eſt
l'amourdu monde qui le faitnaître. La femme
dont il s'agit avoitbeaucoup aimé & regretté
fon mari; elle ſe conſacroit par tendreffe à
l'éducation d'une fille & d'un fils qu'il lui
avoit laiſſés; la fille étoit l'aînée , elle avoit
dix ans à la mort de fon père. La mère étoit
jeune & belle , le monde la rappeloit. Des
amis, telsque lemonde en fournit en foule,
vinrent lui dire avecde grandes démonſtrations
d'amitié, " qu'on commençoit à remar-
>>> quer publiquement combien elle outroit
>>>fon rôle..... Qu'on ſoupçonnoit même que
l'eſpérancedeſe procurer unnouveau mari
→→→ étoit de vrai fondement de tout ce faſte de
DE FRANCE.
>>tendreffe&d'amour conjugal...... » On lui
répéta beaucoup d'ironies ingénieuſes , tendantàjeterdu
mépris ſur les foins du mé
nage.
La vertu cède aifément à la crainte du
> ridicule&aux invitations du plaifir , fur-
> tout quand on ne lui propofepas un crime
>>actuel, & lorſque la prudence même peut
» fuggérer beaucoupde raifons pour inviter
> à prendre du delaffement & à goûterdes
> amuſemens modérés.
Ameſure que le monde devenoit plus cher
àcette femme, fes enfans lui devenoientplus
indifférens.
de
"Dans certains momens , dit fa fille , j'étois
>>cependant encore favorifée par hafard de
>>quelques careffes&confeils paffagers ; &
> elle m'embraffoit de temps en temps avec
> tranſport , parce que j'avois le fouris
» mon père. » Mais bientôt la foeur & le
frère furent relégués dans des penfions , leur
éducation n'étant plus un ſoin dont une mère
livrée aumonde pût ſe charger.
D'abord elle vint me voir chez mes mal-
» tres , enſuite elle m'écrivit ; mais peu de
>> temps après je n'en reçus plus ni viſites ni
>> lettres ...... Quand je vins chez ma mère aux
>> vacances , je fus reçue froidement avec
» l'obſervation que cette petite - fille ſeroit
>> tout-à-l'heure une femme....... Lorſque je
ود fus renvoyée à ma penſion , j'entendis ma
>> mère dire : Ilfaut donc que je la reprenne
»déjà. »ود
68 MERCURE
Elle ne fut repriſe que ſix mois après.
"Etcommeje courois , dit-elle, l'embraſſer
» avec la vivacité ordinaire aux enfans , elle
» me repoufla avec de grandes exclamations
ود
ود
ſur ce que j'étois grandie ſi ſoudainement
& fi extraordinairement , diſant qu'elle
» n'avoit jamais vû perſonne d'une ſi grande
taille àmon âge. ود
>>Je fus déconcertée , & je me retirai en
>> laiſſant voir le chagrin que je reffentois de
» cet accueil..... Ce reſſentiment , que je
>> n'avoispu m'empêcher de témoigner , fer-
» vit à ma mère de prétexte pour continuer
ود fos mauvais traitemens , & elle ne parloit
>> jamaisde moi ſans laiſſer échapper quelque
marque d'humeur ou de haine.......
ود
ود
Elle me regarde comme une ufurpa-
>> trice, qui me ſuis emparée des priviléges
>> d'une femme avant qu'ils m'appartinffent ,
>>& qui la pouffe avec force dans la claffede
>>la vieilleſſe , afin de pouvoir régner fans
» partage ..... Chacune de mes paroles & cha-
>> cun de mes regards font des offenſes ; je
>> ne peux ouvrir la bouche que je n'aſpire à
» quelque qualité qu'il ne m'eſt pas permis
>> de poffeder; ſi je ſuis gaie , elle dit que
>> c'eſt commencer de bonne heure à être co-
» quette; fi je ſuis férieuſe , elle hait une
>> jeune prude; fi je me hafarde en compa-
>> gnie , je ſuis preffée d'avoir un mari ; fi je
» me retire dans ma chambre , ces Demoi-
>> ſelles, qui veulent faire les Dames , aiment
la contemplation. Elle ne me mène point
ود
DE FRANCE. 69
» dans le monde ; & quand elle en revient
avec des vapeurs , je ſuis sûre qu'on lui a
>> parlé de mabeauté & de mon eſprit.....
ود
ود
» Ainſi , je vis dans un état de perfecution
>> continuelle , ſeulement parce que je ſuis
» née dix ans trop tôt , & que ne pouvant
arrêter le cours de la Nature & du temps ,
>>je ſuis malheureuſement près d'être une
>> femme , avant que ma mère veuille ceffer
» d'avoir des prétentions à paſſer pour fille.
ود
ود
ود
"
ود
ود
ود
ود
"
ود
Je crois donc , Monfieur , ajoute-t'elle en
s'adreſſant au Rambler , que vous contribueriez
au bonheur de beaucoup de familles
, fi..... vous pouviez faire rougir les
mères de vouloir être les rivales de leurs
filles; ſi vous pouviez leur faire fentir que ,
>> quoiqu'elles ne veuillent pas devenir ſages ,
elles deviendront néceffairement vieilles ,
& que les confolations convenables à un
» âge avancé..... font la ſageſſe &la piété. »
M. Barthe , homme d'un talent rare , qui
vient d'être enlevé aux Lettres cette année ,
ainſi que ſon illuſtre & reſpectable ami , M.
Thomas , avoit mis au Théâtre ce ſujet de la
Mère Jaloufe , dans une Pièce à laquelle le
Public n'a peut-être pasrendu affez de justice.
Il y avoit dans cette Pièce une tante aufli
pénétrée de tendreſſe & d'admiration pour fa
nièce , que la mère l'eſt de jaloufie , & ce
contraſte étoit dans les détails une ſource
d'excellent comique. Nous obſerverons , non
comme une fingularité, mais comme une rencontre
peut-être fort naturelle , qu'il y a une
76 MERCURE
pareille tante dans le Rambler, avec certe
différence que latantede la Comédie , trèsbonne
femme , inſulte & défole la mère ,
fans le vouloir &fans s'en douter , ce qui la
rend plus piquante; au heu que la tante du
Rambler paroît avoir intention de mortifier ,
ou du moins de cenſurer lamère,
Le Traducteur de ces morceaux choiſis du
Rambler, indique pluſieurs autres Ouvrages
Anglois du même genre , d'où on pourroit
tirer de pareils choix, tels font le Monde ,
l'Aventurier , l'Oifif,le Miroir,le Connoiffeur,
le Visiteur,les Effais Moraux & Litté
raires de Knox , &c.
VARIÉTÉS.
EXTRAIT d'une Lettre deM. F. DE N.
au Cap.
V
OTRE amitié , Monfieur , veut bien m'impoſer
ledevoir devous donner de mes nouvelles , & ce devoir
eſt un plaiſir que j'aurois goûté bien plus tôt, fi
Le premier effet du climat de Saint-Domingue ne
m'avoit interdit toute occupation. Je commence à
me trouver mieux , & je m'en applaudis , puiſque je
peux vous conſacrer l'effai de ma convalefcence.
Je ne me flatte pas que la relation de mon Voyage
puiffe en avoir les deux mérites: il a été court&
heureux. J'étois ſur le navire le Maréchal de Caftries
; cenom étoit de bon augure. En effet , ce
DE FRANCE. 71
vaiſſeau m'a conduit au Cap en trente- neuf jours
eulement : c'eſt aller affez vite , quoiqu'on puiffo
faire la route en beaucoup moins de temps. Mais
vous voulez plus de détails : je les dois à votre
amitié , je les adreſſe à votre indulgence.
La mer m'a bien moins fatigué que la route ,
par terre , de Nancy à Bordeaux. En quittant la
Lorraine , j'avois l'eſprit & le coeur triftes , mais
d'une triſteſſe mortelle : quelques conſeils ſtoïques
m'avoient armé trop foiblement contre les pleurs
de ma famille , & les regrets touchans de mes
concitoyens. Abandonne t'on , ſans peine , les perſonnes
que l'on chérit , & les lieux où l'on eſt
aimé!
Vousſavez qu'en Lorraine j'avois cet avantage :
je jouiſſois , dans mon département , de la confiance
des peuples ; j'étois occupé de leur bien s
ik le ſavoient , ils ſe repofoient ſur mon zèle.
En les quittant , j'ai cru quitter la vie: je tournois
, malgré moi , les yeux vers ces contrées &
chères , & je me rappelois , avec un ſentiment
pénible , le Vers de l'Eneide :
• Etdulces moriens reminifcitur Argos.
Je ſuis fort éloigné des craintes ſuperſtitieuſes ;
mais dans la ſombre humeur où j'étois en partant
, j'ai nourri ma mélancolie des accidensdéfa
gréables qui ſe ſont offerts ſur ma route,
APoitiers , dans l'inſtant où je deſcendois devoi
ture , j'ai vu le plus affreux ſpectacle : un Vieillard
vénérable, victime de l'ingratitude de quelques,
uns de ſes enfans , eſt venu mourir ſous mes yeux ,
d'un accès de colère contre ſa propre fille.
En ſortant de Châtellerault , au milieu de la nuit,
lavoiture qui me portoit s'eſt briſée tout à coup. J'ai
voulu bravement gagner le gîte à pied, & je n'ai
gagnéque la fièvre,
72
MERCURE
2 Enfin , à Angoulême , j'ai mangé des orronges ,
(forte de champignons ) , mal cuits ou mal choiſis
qui m'ont cauſé tous les ſymptômes de l'empoiſonnement.
A ces traits , Monfieur , vous jugez que mon
entrée à Bordeaux n'étoit pas fort brillante : j'avois
l'air , à peu près , du pigeon voyageur ; vous cuffiez
reconnu en moi
<<< La volatile malheureuſe ,
>> Traînant l'aîle &tirant le pié ,
>> Demi morte , demi-boiteure .
:
)
Le ſéjour de Bordeaux & de ſes environs m'a
bientôt rétabli. Il y manquoit pourtant un grand,
charme pour moi : Démosthène n'y étoit pas; je
l'avois laiffé à Paris . J'ai retrouvé ſon coeur dans les
attentions & les aimables ſoins de Madame la Préſidente
du P. , l'épouſe la plus vertueuſe , la mère la:
plus tendre , & la plus digne femme que j'aie le
bonheur de connoitre.
La circonstance de la foire , & le concours des
étrangers , imprimoient un grand mouvement au
ſuperbe port de Bordeaux. J'ai toujours aimé cette
ville , & j'ai reçu , dans ce voyage , ume nouvelle
récompenfe de cette prédilection. M. D. de S. M.
Directeur del'Académie , a propoſéà cetteCompagnie
ſavante de m'aſſocier à ſes travaux. i
J'ai vu avec plaiſir mon nom inſcrit ſur cette lifte
honorée du nom de Montesquieu.
Je n'ai pas moins apprécié l'avantage de conférer ,
avec M. D. de S. M. , ſur ſes grandes vûes du bien
*public; ſes projets d'un canal de Ceintières à Bordeaux;
Les mémoires ſur la liberté de la culture du tabac , &
le rétabliſſement de la marine de Bayonne. Il eſt rare
de voir des diſcuſſions de ce genre émanées du génie
, & de la propre plume des Adminiſtrateurs . Cette
forte degloire appartient à notre ſiècle.
Les
DE FRANCE. 73
Les converſations de M. D. élevoient & flattolent
mon ame ; elles me rappeloient des ſpéculations pareilles
, relatives à la Lorraine , dont je me ſuis tant
occupé ſous les yeux de M. de la P. J'aurois voulu
ſacrifier ma vie à leur exécution ; mais ma mauvaiſe
étoile ne me l'a point permis ; c'eſt un regret que
j'emporte au bout du monde. Je me conſolerai , fi
j'apprends le bonheur de ma patrie , & fi les hommes
en place, appelés à la gouverner , bravent avec courage
le ridicule prétendu quede certaines gens attachent
aux rêves des bons citoyens : car c'eſt avec de
pareils mots qu'on croit dénaturer des choſes vraiment
grandes & vraiment belles , & que ne pouvant atteindre
à cette élévation de patriotiſme , on se vengepar
enmédire.
Revenons à ma traverſée. En attendant que le
navire deſcendit au bourg de Pouillac ( où l'on va
s'embarquer au - deſſous de Bordeaux ) , j'ai paffe
quelques jours chez M. Malécot , propriétaire de
bonnes vignes , & père d'enfans très-aimables , à
Saint - Lambert , dans le Médoc. Là , j'ai vu les
fameux vignobles de la Fite, la Tour , &c Je les
ai même célébrés autant qu'un buveur d'cau peut
célébrer d'exellens vins . Je vous enverrois mes chanſons
, ſi j'étois à portée de les faite valoir en y
joignart quelques bouteilles de cette fameufeliqueur.
Ce qui m'a fort ſurpris , c'eſt que ces vignobles , &
riches , font tous plantés dans des cailloux. Les ceps
ſemblent percer les pierres. On taille ces cailloux
comme des eſpèces de ſtras; mais c'eſt ſur tout par
leurs vendarges que les habitans de Médoc doivent
regarder leur filex comme des pierres précieuſes Au
refte , ce pays mérite d'être plus connu. Nous avors
pluſieurs deſcriptions détaillées des pays étrangers ;
il nous manque un bon Voyage de France.
Enfin , Monfieur & cher Confrere , accompagné
des voeux de ces aimables hôtes , comblé de leurs at-
Nº. so , 10 Décembre 1785 . D
74
MERCURE
tentions , muni de leurs bons vins , & de tous les
fecours dont s'étoient avitées deux Dames de Bordeaux
, mes Anges tutélaires , je ſuis parti le 8 Novembre
, après dîner , à la vûe d'un Ami qui pleuroit
fur la rive , en ſuivant non vaiſſeau des yeux , &
récitant tout haut la belle Ode d'Horace , adreffée
au navire où s'embarquafon cher Virgile, fon cher
Virgile ! Hélas ! je ſuis bien loin de ce grand
Homme : mais je n'ai pas autour du coeur la triple
cuirafle d'airain dont parle le Lyrique. Quand je vis
le rivagedécroître & diſparoître ; quand je perdis de
vûe cet ami qui , de loin , cherchoit encore à m'embraffer
une dernière fois ; quand je ſongeai qu'il
falloit dire ces triſtes mots : Adieu les miens , adieu
la France , adieu peut-être pour jamais , alors je
vous l'avoue , mes genoux chancelèrent , je ſentis
mon coeur ſe ferrer; mon viſage , baigné de larmes ,
tomba fur l'appui du navire, & j'y reſtai ſans mouvement
toute cette ſoirée , eſſuyant vainement mes
yeux , qui recommençoient à pleurer lorſque je les
Jevois vers les côtes de France .
Cependant le navire ciogloit à pleines voiles'; fattendois
, d'un moment à l'autre , cette douleur inexprimable
que les mouvemens de la mer occaſionnent,
&dont vous avez vû la peinture expreſſive dans un
Chapitre de Candide. Peu de perſonnes font exemptes
du mal de mer,j'en avois d'autant plus de peur, qu'on
n'a rien de certain fur les moyens de l'éviter , ou de
le rendre plus ſupportable. Les Marins donnent à
ceteffet des recettes bizarres : je me ſuis contenté de
reſpirer le grand air , de me promener conſtamment ,
&de manger très- peu. Ce régime , joint à l'uſage de
quelques anti-fcorburtiques , m'a parfaireinent réuffi.
Le ſecond jour, je ſentis un peu de mal- aiſe , pour
m'être renfermé dans une chambre cloſe : je montai
vite fur le pont, le vent fouffloit très- fort. Je ne
fus pas plutôt à ce grand courant d'air , pur & fris,
DE FRANCE.
75
que jeme trouvai mieux. Par un exercice fréquent ,
j'acquis en peu de jours l'adreſſe & l'habitude de
marcher ſur le pont, & de m'y foutenir , foit au
roulis , foit au tangage: auli , Monfieur , de dix-
• neuf à vingt paſſagers , j'ai preſque été le ſeul qui
n'ait pas ſouffert de la mer.
Tous mes compagnons de voyage étoient dans un
état bien different ; j'ai plaint fur- tout deux Dames ,
dont l'une étoit forcée d'aller à Saint- Domingue ,
malgré ſes répugnances , pour répéter le prix d'une
terre à ſucre , vendue depuis pluſieurs années , fans
que ſon débiteur lui ait payé le moindre à compte,
&dont l'autre , quoique très - foible , faisoit ce grand
trajet par un pur motif de tendreſſe ; elle y venoit
uniquement pour ne pas quitter ſon mari pendant
cinq à fix mois. Ces deux femmes intéreſſantes ont
été malades , non pas ſeulement à faire pitié , mais à
faire peur. Le pauvre Chirurgien de bord ne ſavoit
que leur dire: les gens de l'art n'ont pas daigné
s'occuper de cette douleur ; on ne la confidère que
commeune criſe purgative ; les Marins y font faits ,
la plupart même en rient , quoique pluſieurs d'entreeux
en foientplus travaillés que d'autres. Cependant
c'eſt un mal cruel , auquel je crois que l'opium , en
doſes ménagées , pourroit être opposé avec un grand
ſuccès.
Il ſeroit digne de la Société Royale de Médecine
, ou de quelques Académies , d'aſſigner un
prix folemnel à quiconque auroit preſcrit la meilleure
méthode de prévenir ou d'adoucir le mal de
mer. Des expériences bien faites éclaireroient , à ce
ſujet , les Chirurgiens de vaiſſeaux. Cet ouvrage
feroit le guide des paſſagers , dans la conduite qu'ils
auroient à tenir , ſoit avant , ſoit après l'embarquement.
On feroit un grand bien , ſi l'on parvenoit à
détruire ou du moins à calmer les dangers & les
frayeurs de la mer. Heft , dans le Royaume , bien
2
L
Dij
76 MERCURE
des perſonnes qui viſiteroient les parages du Nouveau
Monde ; il en eſt que leurs intérêts appellent
en Amérique , & qui ſont retenues par la crainte de
compromettre leur ſanté & leur vie. On leur rendroit
ſervice , ainſi qu'à l'État même , en les prémuniſſant
contre cette terreur : il est vrai qu'elle
règne moins dans les Provinces maritimes ; mais
dans celles de l'intérieur , c'eſt toute autre choſe.
Notre nobleffe de Lorraine ne connoît que le ſervice
de terre ; c'eſt en vain que d'heureux exemples ſemblent
l'encourager à ſe mettre dans la Marine : à
M. , à N. même , lorſqu'on m'a vû décidé à m'embarquer
, tout le monde m'a cru noyé ; mais , Dieu
merci , je ſens très- bien que je ne ſuis pas mort
Le calme & la ſanté dont j'ai joui ſur le navire ,
ont rendu plus piquant pour moi le ſpectacle de
l'océan. Cet immenſe aſſemblage d'eaux , quelquefois
noirâtres , & le plus ſouvent bleues , n'offre aux
regards vulgaires qu'un coup-d'oeil aſſez monotone.
Je l'ai trouvé très- impoſant.
L'écume de la mer eſt d'une blancheur & d'un
éclat à quoi l'on ne peut rien comparer ; on croit
voir bouillonner des diamans fluides. Je ne ſuis pas
étonné que les anciens ayent fait naître de cette
écume la Déeſſe de la Beauté.
D'ailleurs , rien n'eſt dans le monde auſſi ſurprenant
, auffi beau que la marche rapide , j'ai preſque
dit le vol d'un Navire ſuperbe , qui , pouſſé d'un
vent favorable , & toutes voiles déployées , fillonne
majestueuſement les mers étincelantes. Cette épithète
n'eſt pas une fiction poétique , c'eſt l'image
imparfaite d'un phénomène qui m'a ſouvent extâfié
pendant des heures & des nuits entières . Sur le ſoir ,
autour du Navire , l'écume de la mer préſente des
millions de poiuts lumineux. C'eſt un jailliſſement
continuel de petites flammes comparables aux aigrettes
électriques , ſoit que cette ſcintillation ſoit
DE FRANCE.
77
dûe en effet à l'électricité , ſoit qu'elle vienne de
petits inſectes brillans répandus dans la mer; ce qui
me porteroit à croire que c'eſt une lumière animale ,
fi j'oſe m'exprimer ainfi , c'eſt que les poiſſons , les
Dorades , les Bonites , les Veaux Marins , &c. paroiſſent
auſſi radieux & enflammés , lorſqu'ils s'élèvent
un moment ſur la ſurface de la mer. Je ne ſais
pas ſi les Phyſiciens ont recherché les cauſes de cette
illumination merveilleuſe , mais elle a été inconnue
aux Poëres & aux Peintres ; & c'eſt dommage : ce
ondes phoſphoriques auroient produit dans leurs
tableaux un effet fingulier.
Ce n'est pas la ſeule richeſſe dont les Beaux-Arts
auroient dû faire la conquête dans les voyages maritimes.
Vous pourrez en juger par la ſuite de mon
écrit.
Nous avions , en très-peu de temps , gagné la
région des vents qu'on appelle Alifés. C'étoit au
commencementde Décembre , & juſqu'alors il avoit
fait un froid piquant & ſec ; mais aux approches du
Tropique, tout ſe reſſentità la fois du changement
de la température. Ce changement agit d'abord fur
deux plans de mûrier à papier de la Chine , que j'ai
pris au Jardin du Roi , pour eſſayer de les naturaliſer
à Saint Domingue. Ces deux plans commencèrent
à pouſſer des feuilles. La chaleur croifſoit par
degrés : bientôt les rayons du ſoleil furent affez piquans
pour nous incommoder , & , dès huit heures
du matin , il falloit tendre des toiles ſur le pont.
Nous ne pouvions affez nous récrier ſur ce nouveau
printemps , quand nous nous figurions la France
enfevelie ſous la neige & les glaces de l'hiver. Ce
qui nous raviſſoit , c'étoit entre- autres choſes le lever
&le coucher de ſoleil. La poéſie antique ſe plaiſoit
à peindre cet aftre forant tout radieux du ſein des
eaux ; mais que la poéſie eſt au deſſous de la Nature
! Je ne fais point d'expreſſions qui rendent los
Diij
78 MERCURE
couleurs , les nuances , les grouppes , les contraftes ,
la bizarrerie admirable & le déſordre pittore ſque des
nuages preffés , amoncelés , diſperſés , entafles ſous
mille formes différentes , figurant , autour de cet
aftre , des villes , des châteaux , des forêts , des
payſages, des montagnes& des armées , des animaux
&des ſtatues , des clairs- obſcurs , des perspectives ,
des monftres , des jets d'eau , des colonnes , des
pyramides , en un mot, une ſuite de décorations
magiques , toujours ſi neuve , fi brillante , que nous
ne pouvions nous raſſaſier de les voir.
Dans le jour , nous avions de ces légers orages
qui durent à peine un quart d'heure , & qu'on
nomme des Grains. Ces pluies momentanées multiplioient
de tous les côtés de l'horizon des arcs enciel
d'une vivacité , d'une grandeur , d'une magni
ficence inconnue en Europe.
Aux jours les plus doux fuccédoient les nuits
les plus délicieuſes. Le brillant des vagues & des
étoiles , l'azur des cieux , & la ſérénité de l'air ,
la marche tranquille & majestueuſe de la Lune ,
le vaſte filence des flots , à peine interrompu par
le fillage du Navire , le calme , la fraîcheur , l'admiration
de cet art qui dompte la mer& les vents,
&le retour ſecret du coeur vers les objets chéris
que l'on fuit à regret , ce mélange nouveau de
réflexions & d'images , de tableaux & de ſentimens
, porte à l'ame une ivreſſe , ſous le poids
de laquelle j'ai cru mille fois fuccomber...
O!fi Vernet & ſes émules étoient venus au
Nouveau Monde , s'ils avoient contemple cet
Océan immenſe , cet antre Ciel , & cette Nature
agrandie , dont la ſeule idée électriſe ma foible
imagination , quelle carrière toute neuve ils auroient
pu s'ouvrir ! L'Amérique , pour les beaux-
Arts , est une Terre Vierge Croiroit-on , qu'à
DEFRANCE.
79
beaucoup d'égards , c'eſt une découverte qui reſte
encore à faire ?
Toute la trave: fée n'a pas été auſſi tranquille ;
nous avons eu des vents contraires. Sur la fin de
Novembre , la mer étoit très- forte , les vagues
venoient fur le pont , j'écoutois avec intérêt le
filement des vents & le mugiffement des flots.
Les coups de mer font rudes , mais c'est vraiment
une belle horreur.
,
Je m'étois bien tiré de l'épreuve de l'eau ; mais
ua ſoir j'entendis crier au feu ; le Cuisinier avoit
ea l'imprudence de chauffer ſon brafier avec des
copeaux goudronnés , les flammes s'élevoient ,
elles alloient gagner les cordages & les voiles . Vous
jagez que ſur un Navire où tout eſt combustible
cette alarme étoit ſérieuſe. Tout Philoſophe que
je fois ſur l'idée de la dernière heure , je conviendrai
ſans peine que l'attente de cette mort affreuſe ,
inévitable , mettoit mon courage en défaut. La
fermetéd'un Officier & la réunion active des ſoins
de l'équipage , nous ſauvèrent de ce danger , le
plus grand& le plus terrible que l'on puitſe jamais
courir. Heureux ceux qui , comme nous , en font
quities pour la peur !.
Lors du paſſage du Tropique,les marins ont l'uſage
de baptifer tous ceux qui n'ont pas encore fait le
voyage de l'Amérique. Ce prétendu baptême eſt une
ridicule & bizarre cérémonie , qui conſiſte à jeter de
l'eau ſur les Paſſagers , pour en extorquer del'argent.
Cette vexation n'a point eu lieu fur le Maréchal de
Castries. Je m'informai du Capitaine , s'il la permetroit
à fon bord ; mais cet homme ſenſfé me dit
qu'il ne la ſouffroit point , que c'étoit une ſource de
riſques & d'abus , & qu'il ſe ſouviendroit toujours
d'avoirvûpérir un homme des fuites de cette coutume
barbare. J'étois charmé de le trouver ſi raiſonnable .
La vie que nous menions àbord n'étoit pas amu
Div
80 MERCURE
ſante , parce qu'elle étoit uniforme : ceux qui pouvoient
manger , faisoient bonne chère. On fervoir
tous les jours des légumes , de la volaille & du lait
frais; mais l'eau , de temps en temps , étoit croupie
& corrompue : l'odeur ſeule en étoit infecte. Je ne
fais pas pourquoi nos Arma eurs ne veulent pas mettre
en uſage les moyens affez ſimples que le Docteur
Hals , chez les Anglois , M. Deſlandes , parmi nous ,
&d'autres ſavans eſtimables , * ont imaginé pour
conſerver les boiſſons & les vivres dans les Voyages
de long cours. Il n'en coûte pour l'eau , qu'un peu de
foufre, & des précautions qui ne font pas difpen
dieuſes .
La cut , nous étions aſſaillis par des légions de
rats, & fur tout par des ſcarabées rongeurs &
dégoûrans , qu'on nomme des Ravets. Ils fortent
par milliers de toutes les jointures des planches du
vaiffeu: nulle proviſion ne peut leur échapper. On
pour oit les détruire , mais onne prend pas cette peine.
On n'a pas ſoin non plus de former les navires
avec des bois choiſis , inattaquables aux infectes :
auſſi en eſt t'on dévoré , même ſur les vaiſſeaux du
Roi.
J'ai eu la curioſité de goûter du biſcuit dont les
matelots vivent. Il eſt fort bon , quand il eſt récent
&bien fait ; mais trop ſouvent ils n'ont que de
vieux reſtes , des moififfures , bien plus propres à
foulever le coeur , qu'à fatisfaire l'appétit.
Vous autres , Habitans de la terre ferme , vous
déplorez ſouvent le triſte ſort des poſtillons , des
foldats & des porte-faix ; mais les malheureux
marelots ſont cent fois plus à plaindre.. Expoſés à
des temps affreux , vivant dans la vermine , &
couchés fur des planches , debout preſqu'à toute
* M. Poiffonier.
J
DE FRANCE. 81
heure du jour & de la nuit , nourris comme je
vous l'ai dit , n'ayant ſouvent pendant deux mois.
que la même chemiſe ſale & la même grande
culotte qu'ils ne quittent jamais , tour à - tour
brûlés du ſoleil & battus de torrens de pluie , ils
ſont ſouvent traités par leurs Supérieurs , comme
nos plus grofiers payſans ne traitent pas leur
bétail.
Le 14 Décembre , nous fimes une rencontre
qui forme l'époque la plus remarquab'e de tout
notre voyage. Nous vimes , le matin , un Navire
qui faiſoit des fignaux de détreſſe. Il y avoit trentefix
jours que nous n'avions parlé à perſonne : nous
avions vu d'autres Vaiſſeaux , mais de loin & fans
leur rien dire. Celui- ci nous approche ; le portevoix
nous apporte les queſtions du Capitaine. Le
nôtre lui répond d'abord , ſuivant l'uſage , que
nous venions de France & du Port de Bordeaux ;
lui venoit de Guinée. C'étoit un Négrier de Nantes
, & , en nous l'apprenant , fon lamentable portevoix
nous ajouta , d'un ton qui retentit encore dans
le fond de mon coeur : « Capitaine de Bordeaux ,
>> ſecourez-moi ; je manque de vivres ; mon Na-
>> vire fait eau ; nous ſommes à la pompe ſans
>> diſcontinuer ; la petite vérole eſt ſur le bord.
>> Le Capitaine eſt mort , ainſi que le Contre-
>> maître , & depuis trois ſemaines nous luttons
>> tous contre la faim , la foif , la maladie & le
>> déſeſpoir. » A ces mots , Monfieur , à ces mots
terribles , notre ſenſible Capitaine répondit avec
tout le feu du zèle & de l'humanité : mais quoi !
notre Canot , nouvellement repeint , n'étoit pas
en état d'être mis à la mer. Celui du Négrier
étoit troué de toutes parts : cependant un des.
Orficiers de ce dernier Vaiſſeau ſe riſque dans ce
frêle eſquif avec deux matelots occupés à vuider
fans cette l'eau , qui ſans ceſſe entroit , prête à les
Dv
82 MERCURE
,
engloutir. Cependant , leur Navire même ſe rapprochoit
du nôtre : il offroit un coup- d'oeil vraiment
épouvantable. Peignez-vous trois cents Noirs,
nads , déchaînés , malades , pouffant des hurlemens
affreux , entaffés l'un près de l'autre , comine on
encaque des ſardines ou des harengs . Ce ſpectacle
me fit un mal que je neſaurois rendre. Le Canot
nous aborda connie par miracle ; notre équipage
s'empreſſa de prodiguer tous les ſecours poſſibles à
ce Navire infortuné. Mais quelle fut notre ſurpriſe
lorſque , comparant notre eſtime avec la
leur , l'un & l'autre calcul ſe trouvèrent différer
de cent lieues . Dans la poſition où nous étions
près de la terre , quel ſujet de frayeur que cette
incertitude ! Nous pouvions bien nous brifer la
nuit , ſans pouvoir nous en garantir. Nous nous
ſerions perdus îmême de jour ; le temps étoit obfcur
& chargé de nuages noirs. Nous n'avions pas
trouvé de ces marques , de ces oiſeaux , de ces
herbages , qui font conjecturer qu'on approche des
terres , & que les Marins , dans leur idiome ,
nomment des connoiffances . Nous avions vu beaucoup
de Raisins du Tropique , production marine
que les iguorans croyent être une plante , & que
Jes Naturaliftes regardent , au contraire
l'aſſemblage du frar ou des ovaires d'un coquillage ,
dont on pourroit tirer parti pour Fuſage des Arts.
La mer en eft couverte ; mais juſqu'a préſent les
Marins ne ſe ſont pas aviſés d'en porter en Europe.
Ils ont cru que ces grappes n'étoient que du goëmon
, ou du varech ; & les Savans de nos Académies
n'ont pas été à portée de les détromper ;
quoiqu'il en ſoit, ces raiſins ſinguliers que les Matelots
appellent encore Savonettes de mer , ne déſignent
pas nommément le voisinage de la terre. Nous
D'en avions pas d'autre indice , car les poiſlons
volans qui vensient tomber ſur le bord , n'en
comme
DE FRANCE. 83
étoient pas un aſſez précis : nous étions donc trèsinquiets
, & nous paſſaines dans ces tranſes la nuit
du quatorze au quinze.
,
C'eſt dans ces momens de criſe qu'il faut
étudier le caractère des Marins. Un proverbe moderne
dit qu'il faut voyager ſur mer pour appsendre
à prier. En effet , tout notre équipage , dans
la peur du danger , chantoit les prières du foir ,
avec une ouction une dévotion , un accent &
un coeur bien au-deſſus de la ferveur des Béats de
profeffion. C'eſt une très-bonne méthode que les
prières en commun ; mais vous ne pourriez croire
la platitude dégoûtante des oraiſons & des cantiques
que les Aumôniers du Navire font répéter
aux Matelots.
Ne feroit - il donc pas poſſib'e de dicter aux
Marins François , des prières plus raiſonnables ?
Les Hollandois ( qu'il faut citer ſouvent , en fait
de navigation ) , les Hollandois font plus heureux
que nous à cet égard. Ils ont le Traité de la vérité
de la Religion chrétienne , que le célèbre
Hugues Grotius acompoſé en vers Flamands , pour
l'uſage des Matelots qui font le voyage des Indes.
Au reſte , on peut penſer que le ſtyle fait aux
prières beaucoup moins que l'intention. La pieufe
frayeur de nos Marins fut bientôt diffipée ; car le
15 Décembre on cria Terre , & nous nous reconnumes
à quelques lienes du Cap-François . Nous
en jugeames par l'aspect d'une ſorte de Promontoire
, que l'on nomme la Grange , à cauſe de ſa
figure. En paſſant à la vue des côtes Eſpagnoles de S.
Domingue, le vent, ou la Brife de terre nous apportoit,
la nuit, le parfum des forêts d'orangers & de citronniers
, dont les côtes incultes font encore toutes
couvertes. Cette odeur & la vue de la terre que
nous avions perdue depuis tant de temps , nous
faifoient treſſaillir d'une joie indicible. Nous
D vị
84 MERCURE
n'étions pourtant pas quittes de tout danger. Un
Navire du Havre , qui venoit après nous , étoit
commandé par un homme très-imprudent , pour
ne rien dire de plus. Cet homme voulut nous couper
en entrant dans l'étroit paſſage de la rade du
Cap : nous vimes le moment où ſon étourderie
faiſoit choquer les deux vaiſſeaux , & nous briſoit
à la vue du port , ſur les reſcifs ou rochers à
fleur d'eau , qui enceignent la rade , & que la mer
blanchit d'écume en ſe brifant contre eux . Les
Daines paſſagères jetoient des cris affreux ; notre
Capitaine, affez ſage pour céder le pas au Normand
téméraire , ſauva l'un & l'autre Navire par une
manoeuvre admirable , mais il y fut bleſſé d'un
éclat de poulie. Cet incident déſagréable mêla
quelque amertume au plaiſir du débarquement.
Nous deſcendimes , le 17 Décembre , à trois
heures après midi. Le ſoleil rayonnoit comme au
milieu du mois de Mai , dans le printemps de nos
Provinces. Cependant nous trouvames un Habitane
du Cap , dont le premier propos fut de nous dire
qu'il n'avoit jamais fait fi froid ; il avoit l'air tranfi
fous un habit de diap. Le même ſoir , dans cette
faiſon prétendue froide , nous eumes à ſouper de
petits pois & des aſperges ; le lendemain 18 Désembre
, on nous fervit à déjeûner des oranges
délicieuſes , cueillies dans les haies d'un jardin du
voiſinage. Depuis ce temps , j'ai tous les jours des
bouquets de roſes nouvelles. Ce pays eft vraiment
ſuperbe ; la ville du Cap eſt jolie , & les plaines
qui l'environnent , ſont d'une richeſſe incroyable.
Saint-Domingue vaut un royaume. C'est vraiment
grand dommage que tout y ſoit encore précaire :
on diroit qu'on y vit au jour la journée , ſans
police pour le préſent , fans prévoyance pour l'avenir.
Ce n'eſt là qu'un premier coup- d'oeil ; mais
n'anticipons pas ſur les détails de mon fejour : ce
DE FRANCE. 85
-
ſera le ſujet de quelques autres Lettres. Celle-ci
me paroît fi longue , que j'en ſuis tout honteux.
SPECTACLE S.
COMÉDIE FRANÇOISE.
DEPUIS EPUIS que nous avons rendu compte du
Début de Mlle Vanhove , nous avons ſuivi
très-exactement cette jeune Actrice dans tous
les rôles qu'elle a joués. C'eſt avec un vrai
plaifir que nous l'avons vue , pour continuer
l'eſſai de ſes talens , préférer les rôles de la
Comédie à ceux de la Tragédie , & nous
aimons à croire que la Comédie Françoiſe a
étépour quelque chofe dans cette préference .
En effet , l'âge & la foibleſſe de Mlle Vanhove
ne lui permettent pas de ſe livrer , ſans précaution
, à l'exercice conftant du genre tragique.
Il ſeroit à craindre que l'uſage des
moyens exaltés & conventionnels qu'exige la
Tragédie , n'altérât la pureté de fon organe ,
&n'affoiblit dans leurgerme les heureuſes
diſpoſitions qu'elle doit à la Nature , à une
intelligence précoce & aux ſages leçons qu'elle
paroît avoir reçues. Le genre comique n'a pas
les mêmes inconvéniens , parce qu'il ſe rapproche
davantage de la vérité. Mlle Vanhove
ya fuivi ſes Débuts avec ſuccès ; & il feroit im
86 MERCURE
poſſiblededonnerdes eſpérances plus brillantes
&mieux fondées. Parmi pluſieurs rôles qu'elle
ajoués ,&que nous pourrions citer, nous choiſirons
celui d'Eugénie , qu'elle a repréſenté
deux fois ; la première , le Samedi 26 , & la
ſeconde , le Mercredi 30 Novembre. Ce rôle ,
un des plus équivoques du Théâtre , eft , par
ſa ſituation , un des plus difficiles à bien remplir.
Il fauty joindre ladécence à la ſenſibilite,
la paffion à la pudeur , la grâce à la vérité ,
oppofer lavertu à la foibleſſe ; fondre les unes
dans les autres , les nuances de tous les divers
ſentimens qui agitent le coeur d'Eugenie
, & faire difparoître ſur-tout ce qu'a de
trop choquant la faute de cette infortunée
fans affoiblir l'intérêt qu'elle peut inſpirer.
Cette tâche eſt très - difficile. Mlle Vanhove
en a vaincu toutes les difficultés , tant par
l'intelligence de fon débit , que par la nobleffe
touchante de fon maintien , & par le charme
qu'elle a fu donner à l'expreffion des fentimens
qu'elle avoit àpeindre. Ellea parlé à tous les efprits
, ému tous les coeurs , & entraîné tous les
ſuffrages. Si dans un âge auſſi tendre , Mile
Vanhove a déjà trouvé l'art de réunir , dans
pluſieurs rôles , l'univerſalité des opinions,
qu'il eft ordinairement fi difficile de rafſembler
; quelle réputation ne mériterat-
elle pas quand l'expérience & la réflexion
auront développé le germe de fes étonnantes
difpofitions ? Sage , décente , raifonnable
& fenfible tout-à- la- fois , elle eft
DE FRANCE. 87
conftaniment à la hauteur de ſes rôles ; elle
ufe de fes moyens ſans les forcer; elle n'outre
rien, & fait , quand il le faut , fubordonner
fon jeu à celuides perſonnages quil'entourent.
Ah!qu'elle nes'écartejamais desſentiers qu'on
lui a frayés ; que, dédaignant le vain preftige
par lequel on ſeduit les ignorans , les éclats &
le charlataniſme qui ſervent à tromper les
fots , elle foit toujours fidelle à la Nature , à la
vérité & aux principes qu'on lui a indiqués ;
alors elle rendra au Public , aux Auteurs & à
l'Art Dramatique un modèle dont notre goût
dégénéré a plus beſoin que jamais , & que les
Partiſans de la Scène Françoiſe défefperoient
de voir reparoître.
Al'inſtant où nous finiſſons cet article , nous
apprenons que Mlle Vanhove vient d'étre
reçue au nombre des Comédiens du Roi ;
nous en félicitons le Public & le Théâtre
François , & nous croyons que cette faveur ,
d'ailleurs méritée , ne fera quajouter au zèle
&aux efforts tant de la jeune Actrice que de
ceux qui ont échiré ſa jeuneſſe, foutenu fes
pas&guidé fon inexpérience. L
88 MERCURE
ANNONCES ET NOTICES.
ON mettra en vente Lundi prochain , 12
du courant , la Seizième Livraison de l'Encyclopédie.
Cette Livraiſon eſt compoſée d'une partie
nouvelle ; du Tome premier , première Partie de la
Logique & Métaphysique ; du Tome deuxième , première
Partie de l'Art Militaire ; du Tome quatrième ,
première Partie des Arts & Métiers ; du Tome cinquième
, deuxième partie de la Jurisprudence.
Le prix de cette ſeizième Livraiſon eſt de
24 liv . broch. , & de 22 liv. en feuilles.
La ſouſcription de cette Encyclopédie eſt toujours
ouverte ; elle eſt du prix de 751 liv . On peut
s'adreſſer pour ſouſcrire , Hôtel de Thou , rue des
Poitevins , N° . 17 , & chez les Libraires de France
&Etrangers.
Le Tome troisième des Minéraux in- 4°. Prx ,
15 liv. en blanc, 15 liv. 19 ſols broché , 17 liv. relié.
Les Tomes Cinq & Six du même Ouvrage , in- 12 .
Prix , 6 liv. broché , 7 liv. 4 ſols relié.
Le Tome Quatrième des Animaux Quadrupedes ,
formant le Dixième volume des oeuvres complettes
deM. le Comte de Buffon , in-4°. Prix 21 liv. en bl. ,
21 liv. 16 fols br. , & 24 liv . relié.
DISSERTATION fur le Cacao , fur fa culture &
fur les différentes préparations du Chocolat , in -fol.
A Paris , chez l'Auteur , M. Buchoz , rue de la
Harpe, au - deſſus du College d'Harcour. Prix ,
6 liv. avec figures coloriées.
On trouve chez le même Auteur une Differtasionfur
le Tabac. Prix , 4 livres , & une autre far le
Quaffi. Prix, 2 liv.
1
DE FRANCE . 89
:
ATLAS Ecclésiastique , Civil , Militaire & Commerçant
de la France & de l'Europe , pour l'année
1786 , in - 24 . de 200 pages , orné de cinq belles
Cartes lavées , & de toutes les Troupes de France
repréſentées en figures coloriées Prix , 1 liv. 10 fols
br. A Paris , chez Beauvais , maiſon de M. Lambert ,
Imprimeur - Libraire rue de la Harpe , près
S. Côme.
,
Nous avons déjà annoncé avec de juſtes éloges
cet Almanach intéreſſant. L'Autear y a fait cette
année des changemens & des augmentations qui
doivent y ajouter un nouveau prix.
Leſieur LATTRÉ, Graveur ordinaire du Roi , rue
S. Jacques, la porte- cochère vis-à- vis la rue de la Parcheminerie
, Nº. 20 , vient de mettre au jour fix
beaux Ecrans bien intéreſſans ſur l'Histoire Romaine
, avec le trait hiſtorique ſur le revers. Prix ,
12 liv. les fix , & plus , ſuivant les manches.
On en trouvera chez le même Artiſte ſur la
Partie de Chafſe de Henri IV , & fix fur Fanfan &
Colas, ainſi que ſur l'Hiſtoire de France, ſur les
Fables de La Fontaine , ſur les Métamorphoſes
d'Ovide , ſur la Géographie, &c. &c.
L'Atlas moderne , grand in -folio de Librairie ,
connu &accueilli du Public ſuivant la Géographie
de feu M. l'Abbé Nicolle de la Croix , auquel on
vient d'ajouter depuis peu la Géographie ancienne
par M. Bonne , premier Hydrographe du Roi , avec
des tableaux hiſtoriques & chronologiques des principaux
Evénemens arrivés depuis les premiers Empires
connus juſqu'au moyen âge , ſervant d'explications
pour chaque Carte ; par M. Degrace , Cenfeur
Royal , avec des Tables de comparaiſon pour
les noms anciens avec les modernes . Ce dernier Ou१०
MERCURE
Vrage, attendu depuis long temps, cit du même format
que l'Atlas moderne, & en eſt le complément ,
qui le porte à cent feuilles. On vend le tout en
ſemble ou ſéparément.
Un petit Atlas Elémentaire format grand in- 8 °.
avec des Tables à chaque Carte pour faciliter l'étude
aux jeunes Gens à qui il eſt dédié. Il eſt terminé par
un Traité de la Sphère. Prix, 7 liv. 4 ſols broché en
carton.
Un très beau Plan de Paris , avec toutes les nouveautés
en rues & édifices , dédié à M. le Prevột des
Marchands , feuille grand aigle de Hollande. Prix ,
7 liv. 4 fols.
Un autre Plan de Paris en quatre feuilles , du
fonds de feu M. Jaillot, Géographe ordinaire du
Roi , ſur lequel on a mis toutes les nouveautés . Prix ,
3 liv.
De très-jolis Volumes d'Etrennes Géographiques
pour la poche, bien reliés en maroquin ,&généralementtout
ce qu'on peut defirer enGéographie. 1
A
DISTRIBUTION gratuite d'une Moutarde propre
àla guérisondes Engelures. C'eſt au ſieur Maille,
Vinaigrier - Diſtillateur du Roi , de la Cour & de
LL. MM. Impériales , que le Public eft redevable de
cebienfait depuis plufieurs années. Cette diſtribution
a recommencé au premier Dimanche de Novembre ,
&continuera juſqu'au dernier Dimanche d'Avril
prochain. Elle ſe fait depuis huit heures du matin
•juſqu'à midi , à ſon magaſin général des Vinaigres ,
rue S. André-des Arcs , la porte-cochère en face de
la rue Haute- Feuille.
On voit que cet Artiſte a ſu acquérir des titres
divers à la reconnoiſſance de ſes Concitoyens.
OEUVRES choisies de Boſſuet , Evêque de Meaux ,
dédiées à Mgr. l'Archevêque de Bordeaux , par
DE FRANCE. 91
M. l'Abbé de Sauvigny. Tomes II & III , in-4 °. &
in- 8°.
Ces deux nouveaux vo umes contiennent en deux
Tomes l'Histoire des Variations . Nous ne pouvons
qu'inviter l'Éditeur à poursuivre cette importante
entrepriſe.
Ess A1fur les bornes des Connoiſſances humaines ,
par M. G. V. D. V.; à laquelle on a joint une
Lettre du même Aus ur ſur la Tolérance Nouvelle
Édition in - 12 . A Lausanne , & à Paris , chez Mérigot
le jeune , Eugène Onfroy , & Barrois le jeune',
Libraires. Quai des Auguſtins.
Nous avons , dans la nouveauté , rendu juſtice à
cet Ouvrage , fait avec ſageſſe& impartialité Cetre
nonvelle Édition est augmentée d'une Lettre ſur la
Tolérance qui mérite les mêmes éloges.
DESCRIPTION des Machines Electriques à Taffetas,
de leurs effets & des divers avantages que
préfentent ces nouveaux apparei's , par M. Rou and
Profeffeur & Démonstrateur de Phyſique expérimentale
dans l'Univerſité de Paris , de la Société
Royale de Phyſique d'Orléans , &c. brochure de
35 pages avec figures Prix, t liv. 4ſols AAmſterdam
, & fe trouve à Paris, chez l'Auteur , hôtel de
Mouy , rue Dauphine , & chez Gueffier , Imprimeur-
Libraire , au bas de la rue de la Harpe.
4 NOUVELLES Obfervations fur la Phthifie Pul
monaire , par M. Raw'in , Médecin du Roi , de la
Société Roya'e de Londres , &c. &c. in- 8 ° . Prix ,
I liv. 10 fols A Paris , chez Méquignon l'aîné ,
Libraire , rue des Cordeliers.
Nous avons rendu juſtice des premiers à l'excellent
Ouvrage que M. Raulin a publié fur la Phthifie
92 MERCURE
pulmonaire; cette Brochure y ſert de ſuite , & y
ajoute un nouvel intérêt.
FRAGMENS fur l'Electricité humaine , par M.
Retz , Médecin à Paris , compoſés de deux Mémoires
in - 12 . Prix , 1 liv. 4 ſols , avec un troiſième
Mémoire ſur le même objet , même prix , par M.
Maſars de Caſelles , Docteur en l'Univerſité de
Montpellier , &c. A Amſterdain , & ſe trouve à
Paris , chez Méquignon l'aîné , Libraire , rue des
Cordeliers .
Le premier de ces Mémoires contient les motifs
& les moyens d'augmenter & de diminuer le fluide
électrique du corps humain dans les maladies qui
l'exigent; le ſecond Mémoire renferme des recherches
ſur la cauſe de la moit des perſonnes foudroyées
, & fur les moyens de ſe préſerver de la
foudre. Au troiſième Mémoire eſt jointe une hiſtoire
du traitement électrique adminiſtré à quarante malades
entièrement guéris ou notablement ſoulagés
par ce moyen, dont onze ſous les yeux des Commiſſaires
nommés par l'Académic Royale des Scien
ces de Toulouſe.
CesMémoires peuvent donner des lumières fur
un objet intéreſſant pour l'humanité.
NOUVEAU Traité des Serins de Canarie , par
MJ. C. Hervieux de Chanteloup ; nouvelle édition ,
à laquelle on a joint le Traité du Roffignol & des
petits Oiſeaux de volière. A Paris , chez Fournier ,
Libraise , rue du Hurepoix.
Cet Ouvrage traite des différentes inclinations
des Serins , de la nourriture qui leur eſt propre , &
de leurs maladies Il peut être utile à ceux qui s'amuſent
à élever ces fortes d'oiſeaux .
DE FRANCE.
93
OEUVRES Complettes de Paul Scarren, contenant
ſa Vie , ſes Lettres , ſon Roman comique avec les
deux Suites & les nouvelles Tragi Comiques , le
Virgile traveſti avec les différentes ſuites, ſon Théatre
, ſes Pièces fugitives , un Diſcours ſur le Style
burleſque , & c. grand in- 8 ° . 7 vol . inprimés ſurbeau
papier carré double , avec le Portrait , brochés en
carton et étiquetés. Prix , 30 liv.
Depuis long temps il manquoit une édition complette
& exacte des Ouvrages de cet Auteur. Celles
de Paris étoient abſolument épuiſées , & on ne pouvoit
en trouver qu'une imprimée en Hollande , en
1752 , dans laquelle ily a des fautes & des omiſſions
confidérables . On a donc corrigé les endroits dé.
fectueux ſur tous les textes que l'on s'eſt procurés ; en
forte que cette édition peut être conſidérée comme
lameilleure de toutes celles qui ontparu desOuvrages
d'un des hommes les plus finguliers que la France
ait produits.
Le fieur CHAUMONT , Perruquier , honoré de
l'Approbation de l'Académie Royale des Sciences
pour quelques découvertes avantageuſes dans ſon
Art , préſenté à cette Compagnie une nouvelle
eſpèce de Toupets en friture naturelle ,
compoſée de longs & courts Cheveux naiſſans , qui
ſont placés ſans tiſſu , très-près de la peau , & d'unc
manière affez ſemblable à ceux qui ſortent natusel.
lement de la tête. Il vient de perfectioner les bordures
de ces nouveaux Toupets; il a trouvé une
nouvelle manière de les rendre bien plus fines &
plus naturelles , qu'aucune autre qui ait paru juſqu'à
ce jour , enſorte quelles s'identifient pour ainſi dire
avec la peau , par le moyen d'une Pommade attractive
, qui les fait tenir ſur la tête ſans aucun
inconvénient imitant la chevelure la mieux
plantée. Le bon uſage de cette Pommade eft re-
,
!
94
MERCURE
connu de pluſieurs Perſonnes de conſidération qui
s'en fervent jou nellement. Il la vend trois livres le
bâton de deux onces.
Il fait auſſi pluheurs fortes de Perruques dans le
goût le plus noveau , entr'autres celles qui font à
Bourſes , où il s'applique encore plus particulièrementà
bien prendre l'air du viſage , & à imiter le
naturel des Cheveux .
Il demeure rue des Poulies, en entrant à gauche,
par la rue Saint Honoré , la première allée.
La Sxième Livraiſon des Estampes pour les
OEuvres de Volta're in 8°. , par M. Moreau le
jeune, Deffinateur & Graveur du Roi & de ſon Cabinet
, vient de paroître.
Ony trouve par-tout cette variété de compofition
, cette exacte fidélité au coſtume & cette grâce
qui caractériſent les productions de cet Artiſte. On
peut dire auſſi que les Graveurs qui ont exécuté
ſes deſſins , MM. Lemire , Longueil , Trière
Halbou , Simonet , Dembrun , Romanet & Delignou
, ont mis un accord dans leurs Estampes ,
au point qu'elles paroiſſent ſorties du même burin ;
& cette harmonie ſi préci uſe dans une collection
auſſi intéreſſante que celle là donne lieu d'ef
pérer que le même ſoin continuera juſqu'à la fin
de l'ouvrage , ce qui n'arrive pas toujours dans
une entrepriſe auffi conſidérable.
د
Cette Livraiſon eſt comme les précédentes , compoſée
de dix Estampes repréſentant les ſcènes
des Guèbres , du Duc de Foix , des Scythes , de
Tanis & Zélide , du Dépositaire , de la Prude ;
de l'Opéra de Sarfon , des deux Tonneaux , de
La Princeffe de Navarre , & du Baron d'Otrante.
Le prix de ceste Livraiſon eſt de 6 liv. On a
imprimé quelques exemplaires ſur du papier vélin :
le prix de ces Livraiſons eſt de 15 liv. On fouf-
:
DE FRANCE.
95
$
crit à Paris , pour cette ſuite , chez M. Morcm
jeune , Deffinateur & Graveur du Roi , rue du
Coq Saint Honoré, près le Louvre,
L'ENLEVEMENT des Sabines , gravé dans la
manière du Deffin , par Mme Lingée, pour ſa réception
à l'Académie Royale de Peinture , Sculpture ,
&c .... de Marſeille , d'après le Deffin original de
M. Cochin , Chevalier de l'Ordre du Roi. Prix ,
12 liv. AParis , chez l'Auteur , rue Saint Thomas ,
Porte Saint Jacques , nº. 22.
Cemorceau , de même grandeur que celui du Lycurgue,
d'après le même Maître , eſt deſtiné à lai
ſervir de pendant. La compoſition en eſt belle ,
riche , digne de ſon Auteur ; & la Gravure , qui en
rend tout l'effet pittoreſque, doit faire honneur au
burin de Mme Lingée.
Les Délices d'Euterpe , quatrième ſuite d'Airs
tirés des Opéras de MM. Gluck , Piccini , Sacchini
, Paifiello , &c. Accompagnement de Clavicin
ou de Harpe , Violon ad libitum , par MM. Edelmann
& Adam . Prix , 6 liv. A Paris , chez M Bailleux
, Marchand deMuſiquede la Famille Royale ,
au Bureau du Journal d'Ariettes Itallennes , rue S.
Honoré , piès celle de la Lingerie.
NUMÉROS S1 & 52 des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin . Le Numéro
52 qui termine l'année contient une Table de tous
les Airs qui y ont été employés.
1à 6
Le fuccès de cet Ouvrage périodique ayant engagé
l'Editeur à le continuer , il paroît maintepant
de la ſeconde année les Numéros
pour chacun de ces Inſtrumens. Chaque Numéro ,
qui paroît le Lundi , coûte pour chaque Inftrument
I livre 4 fols. On s'abonne pour l'année chez
92
MERCURE
Couſineau père & fils , Luthiers de la Reine , rue
de Poulies .
TROIS Sonates pour le Clavecin , par Giuſeppe
Hayden , OEuvres XLI & V pour le Clavecin. Prix ,
6 liv . franc de port par la poſte. — Numéros 43 à
49 du Journalde Harpe, par les meilleurs Maîtres ,
cinquième année; chaque Numéro ſéparé 12 fols ;
il en paroît un tous les Dimanches. Prix de l'abonnement
, 15 liv. port franc.-Numéro II du Journal
de Clavecin , par les meilleurs Maîtres , quatrième
année ; chaque Numéro 3 liv. Abonnement pour
douze Numéros, 15 liv. port franc. Numéro s
du Journal Hebbdomadaire , vingt- unième année ,
contenant des Airs de chant avec accompagnement
de Clavecin, par les meilleurs Auteurs ; chaque Numéro
12 liv. Abonnement de cinquante-deux Livraifons
, Is liv. port franc. A Paris , chez Leduc , au
Magaſin de Muſique & d'Inftrumens , rue du Roule ,
ຄ°. 6.
IMPROMPTU,
TABLE.
EpitreàMileAurore , sc Morceaux choifis du Rambler
Couplets chantés à M. le Mar
quisdelaFoyeite,
49 phe , 57
ou du Rodeur , 59
52 Variétés , 70
85
&Norices, 88
Réponse àla Queſtion , 54 Comédie Françoise ,
Charade, Enigme& Logogy Annonces
J'AI lu
APPROBATIΟΝ.
, par ordre de Mgr le Garde des Sccaux , le
Mercurede France, pour le Samedi 10 Décem. 1785. Je n'y
`ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 9 Décembre 1985. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 26 Novembre.
ON écrit de Polocz , que les ex-Jéſuites
de la Ruffie blanche ont tenu , avec la
permiſſion de l'Impératrice , une Congrégation
générale , dans laquelle le Pere Gabriel
Deukiewiez a été élu Vicaire Général.
L'importation du ſeigle étranger en Danemarck
fur des bâtimens Danois quelconques
, fera permiſe juſqu'à la fin du mois de
Juillet prochain , en payant pour la tonne
un droit de 24 schellings , argent de Danemarck;
& cette même importation fur des
vaiſſeaux étrangers aura lieu concurremment
avec les Nationaux , juſqu'à la clôture de
la navigation actuelle.
Pluſieurs Feuilles publiques Allemandes
rapportent l'anecdote ſuivante , ſur laquelle
il eſt permis d'avoir des doutes.
La famille polonoiſe des Princes de Woroniezky
N°. 50 , 10 Décembre 1785.
C
1
( 50 )
:
avoit eſſuyé tantde revers , qu'au commencement
de ce fiecle elle étoit abſolument tombée dans
L'indigence. Un des rejettons de cette famille ſe
vitmême dans la néceſſité de cacher ton origine
& d'entrer au ſervice d'un noble Polonois. Ce
jeune homme s'arrêta un jour dans le cabaret
c'un Juif: le maître de la maiſon , après l'avoir
regardé attentivement , le reconnur & le tira à
part. Votregrand pere & votre pere , lui dit-il ,
>> m'ont comblé de bienfairs , & il eſt juſte que je
>> témoigne ma reconnoiſſance à leur fils. La
>> providence a béni mes entrepriſes ; j'ai de la
>> fortune , & je me réjouis de la partager avec
>> mes ſemblables. Je ne pourrai mourir tran-
>> quillement qu'avec la conſcience d'avoir contribué
en quelque choſe au rétabliſſement du
>> luſtre de votre famille. Promettez -moi de quit-
>> ter votre ſervice &de reprendre votre noma,
Le jeune homme ayant donné ſa parole , le généreux
Iſraëlite le fit habiller convenablement ,mit
à ſon ſervice quatre laquais , & lui fit préſent
d'un caroffe & de pluſieurs chevaux. Quelques
jours après il lui conſeilla de demander en mariage
la fille d'un riche particulier Allemand du
voinnage,& de ſe rendre auparavant à Warſovie,
dans ledeſſein d'y folliciter du Roi une décorarion.
Le Juiflui remitmille ducats pour le voyage.
Le jeuneWoroniezky ſuivit le conſeil de fon
bienfaiteur qui , pendant ſon abſence , négocia
Je mariage projetté : le Prince revint bientôt décoré
d'un Ordre ; quelques ſemaines après ſon
retour , il épouſa l'Allemande avec une dot de
100,000 florins , & la promeſſe d'une pareille
fomme à la naiſſance du premier fils. Ce même
Woroniezky eut deux fils de ſen mariage , l'un
mourut jeune , mais l'autre laiſſa une poſtérité
nombreuſe qui n'a jamais ceſſé de protéger & de
( st )
combler de bienfaits les defcendans du bienfaiteur
de leur ayeul.
N. B. Nous ne connoiſſons ni en Pologne
, ni en Lithuanie aucune famille de
PrincesWoroniezky. Probablementon veut
parler des Princes Wiesnowiecki , deſcendans
du Roi Michel , & dont la famille eſt ,
àce que nous croyons , éteinte maintenant.
DE VIENNE , le 25 Novembre.
Différentes lettres de Presbourg ont annoncé
& confirmé la mort du Prince de
Mecklenbourg-Strelitz , Général - Major au
ſervice Impérial , Colonel d'un Régiment
de Cavalerie , décédé à Tyrnau , à l'âge de
37 ans. Ce Prince étoit frere cadet du Duc
regnant de Mecklenbourg-Strelitz& de la
Reine d'Angleterre. La place de Chancelier
de Hongrie , vacante par la mort du Comte
Efterhazy, n'eſt point encore donnée , excepté
par le Public qui l'adjuge au Comte
Charles Palfy, ou au Comte de Noſtitz.
Dernierenient , l'Empereur étant monté
fur l'échafaud d'une maiſon nouvellement
conſtruite, cette charpente ſe brifa; & S. M.
diton , ne dut la vie qu'au ſecours d'un
ouvrier auquel on adonné 24 ducats de récompenfe&
unepenſion de 300 florins.
Un courier extraordinaire de Milan nous
a apporté la nouvelle de l'heureux accouchement
de S. A. R. l'Archiducheſſe Béatrix
, qui a mis un fils au monde le 2 de ce
mois.
C2
( 52 )
M. Jean-Rochus Dorſſeith , afſocié avec une
Compagnie particuliere , a préſenté au Gouvernement
un plan pour rendre navigable la riviere
de March dans la Moravie , & s'eſt en même
temps offert de mettre ce même plan à exécution
, fous condition que ſa Compagnie auroit le
privilége exclufif , pendant l'eſpace de 20 ans ,
de pouvoir naviguer ſeule ſur ce fleuve. LeGouvernement
ayant fait examiner le ſuſdit plan &
l'ayant trouvé avantageux & utile , a accepté les
offres de l'Entrepreneur , ſous la condition que ,
pendant les 20 ans de privilége exclufifaccordés
à lui & à ſa Compagnie , pour la navigation duditfleuve
, il le rendra tellement navigable qu'il
ſoit , toujours après , propre à la navigation. Les
tentatives répétées qu'on a faites pour rendre
cette riviere navigable garantiſſent affez les avan
tages qu'on doit le promettrede cette entrepriſe ,
qu'on a véritablement déjà commencé.
L'Empereur s'étant fait rendre compte
du ſervice des Officiers attachés à la Cour ,
&de tous les Emploiés aux différens bureaux
&départemens du Miniſtere , & ayant
reconnu qu'un très-grand nombre des uns
&des autres ne rempliſſoient que fort imparfaitement
les devoirs reſpectifs de leurs
emplois , a ordonné , qu'il feroit formé des
liſtes dans tous les Bureaux de Chancellerie
& autres , fur lesquelles les Emploiés fubalternes
feront tenus d'écrire leurs noms &
T'heure à laquelle ils entrent dans le Bureau ,
de même que celle à laquelle ils en fortent.
On affure poſitivement que les Princes
de Moldavie & de Valachie ont reçu de
Conſtantinople l'ordre de faire conſtruire
( 53 )
&d'équipper à leurs dépens un vaiſſeau de
guerre. On recrute auſſi dans ces provinces
pour le ſervice de la Porte.
:
Suité de l'Examen de l'Exposé des motifs
publiés par S. M. P.
LeRoi ne pouvant donc que se persuader, par
tout ce qu'on vient d'expoſer , que la cour de Vienne
ne renoncera pas fitôt , & peut- être jamais , au projet
d'acquérir la Baviere tôt ou tard , d'une maniere
ou d'autre , & que felon les principes , qu'el'e
continue d'annoncer dans ses dernieres déclarations
circulaires , elle s'en réſerve toujours la poſſibilité &
la faculté , Sa Majesté a cru ne pouvoirpas moins
faire pour sa propre fûreté , & pour celle de tout
l'empire d'Allemagne , que de proposer à ses co - Etats
de faire une aſociation , conforme à toutes les conftitutions
fondamentales de l'Empire , nommément
à la paix de Westphalie & aux capitulations des
Empereurs , & fondée sur l'exemple de tous lesfiecles,
tendante uniquement à conferver la conftitution
préſente & légale de tout l'Empire , & chacun de
Ses membres dans la jouiſſance libre & tranquille
de ses droits , états & poffeſſions , & à oppofer à
toute entrepriſe arbitraire , illégale & contraire au
Syſtème de l'Empire.
Tous les argumens , qu'on a apportés juſqu'ici
contre la légitimité d'un échange du duché de
Baviere, font ſi mal- fondés & fi contraires aux
principes mêmes de la cour de Berlin , que cer
tainement il n'est pas étonnant , qu'elle n'ait pu
par- là ſe perfuader , que celle de Vienne ne re
noncera pas fitôt & peut- être jamais au projet
d'acquérir la Baviere tôt ou tard , d'une maniere
ou d'autre , & que ſelon les principes qu'elle a
posésdans ſes dernieres déclarations circulaires ,
( 54 )
elle s'en réſerve toujours la poſſibilité & la
faculté.
Sa Majefté ayant rencontre les mêmesSentimens
auprès des féréniffimes Electeurs de Saxe & de
Brunswick- Lunebourg, Elle vient de conclure & de
figner avec eux un traité d'Union , qui n'est offenfifcontre
personne, qui ne déroge en aucune maniere
à la dignité, aux droits , & aux prérogatives de S.
M. l'Empereur des Romains , qui n'a abfolument
pour but que le maintien du ſyſtême conftitutionel de
T'Empire & des objets , qu'on vient d'énoncer , &
qui ne peut par conséquent ni inquiéter ni offenfer
La cour de Vienne , fi ele a les memes vues & intentions
pour la confervation dudit Systême , comme
on a lieu de s'y attendre , & comme on s'y attend
auffi de la grandeur d'ame & de la loyauté du chefde
P'Empire .
Le but du traité d'Union , ( ainſi qu'on le
nomme) lequel a été conclu & figné , doit
zendre à opposer à toute entrepriſe arbitraire , ille
gale , 5 contraire au Systême de l'Empire. Le
ſuſdit but doit de plus tendre à maintenir chacun
des membres de l'Empire dans la jouiſlance libre &
tranquille de ſes droits , étais & poffeffions. Or il
a été prouvé également de la maniere la plus
évidente , que d'après tous les droits ; d'après les
termes mêmes de l'article XVIII de la paixde
Baden , confi mée par 1 Empereur & par tout
l'Empire , d'après les principes mêmes que la
cour deBerlin a reconnus & pofés publiquement,
la maiſon Palatine de Baviere a la faculté inconteftable
d'échanger ſes Etats , en tel temps
&de telle façon , qu'e'le le juge à propos ; que
le même droit appartient auſſi incontestabler
ment à la maison d'Autriche , comme à tous les
autres états de l'Empire ; & que néanmoins
l'aſſociazion dont il s'agit, tend à êter ce droit
(55 )
auxdeux maiſons , tandis qu'on aſſure qu'elle
n'a d'autre vue que de maintenir chacun des membres
de l'Empire dans la jouiſſance libre & tranquille
deses aroits.
Comment peut-on foutenir , » que cette afſo-
>> ciation ne déroge en aucune manière à la
>> dignité , aux droits , & aux prérogatives de
> S. M. l'Empereur, tandis que par ce moyen
même l'on veut ôter au Chef de l'Empire un
droit, qui appartient à chaque membre indivi.
duel du corps Germanique depuis le premier
juſqu'au dernier ? Comment peut- on foutenir,
que le Traité d'union n'eſt offenfif contre perfonne
, tandis que tout le contenu de la déclaration
de S. M. Prufſienne montre publiquement
que ce Traité eſt dirigé directement contre
S. M. Impériale ? Comment peut- on foutenir
que cette aſſociation ne peut offenſer la cour
deVienne , tandis qu'on ſuppoſe à cette Cour
des entrepriſes arbitraires , illégales , & contraires
au ſyſtème de l'Empire , & que fur cene
fuppofition l'on fonde abſolument les motifs du
foidifant Traité d'union ? Il est vrai , qu'immédiatement
après ces ſuppoſitions l'on ajoute
l'affurance , qu'on doit attendre de la grandeur
d'ame & de la loyauté du Chef de l'Empire les
mêmes vues & les mêmes intentions pour la
confervation du ſyſtême de l'Empire , & qu'on les
en attend effectivement. Mais , ou l'on a
réellement & en vérité cette opinion de S. M.
l'Empereur , ou on ne l'a point. Si on l'a , tout
le Traité d'union eſt ſans motif, fans fujer ,
fans but. Si on ne l'a point , qu'on ne ſe borne
point à de ſimples accuſations vagues d'entrepriſes
arbitraires , illégales , & contraires au
ſyſtême de l'Empire. Qu'on cite ces entrepriſes ,
qu'on lesnomme.
C4
( 56 )
Le Roi n'a donc pu apprendre qu'avec quelque
Senfibil.té & Surprise , que la cour de Vienne fe
recrie contre cette union dans ses déclarations ,
publiquement adreſſsées à toutes les cours de l'Europe
& de l'Empire , & qu'elle tâche même d'y donner
des couleurs odieuſes . Sa Majesté croit n'avoir donné
aucun lieu à un procédé pareil , & avoir plutôt
mérité , qu'on rende plus de justice à la conduite
ouverte , patriotique , & désintéreſſée , qu'ele a
tenue avant & après la paix de Teschen , à l'égard
de tout ce qui regarde la Bavière & la Maiſon
Palatine. Elle n'imitera pas le ton adopté dans les
déclarations fuſdites : elle se gardera bien de réeriminer
: ellese contente de provoquer au témoignage
des Electeurs & des Princes de l'Empire ,
qui atteſteront , que , sans aucune suggestion ni
accusation , on s'eft borné à leur retracer l'inadmiſſibilité
& le dangerde tout échange de la Bavière,
& à leur proposer la concluſion d'un Traité constitutionnel
, tel qu'on peut le montrer à tout le
monde.
Les bruits répandus au ſujet des vues con
traires à la conſtitution de l'Empire , qu'on at
tribue à S. M. l'Empereur , ſont des faits notoires
: & toute la préſente déclaration prouve,
avec combien de fondement & de droit l'on a
repréſenté l'échange de la Bavière comme illicite
& dangereux. Si donc la cour Impériale &
Royale refute les fortes accuſations , avancées
à ſa charge , & montre combien peu elles ſont
fondées , tout le monde impartial peut auſſi peu
le déſapprouver , qu'il doit l'approuver au contraire
, tandis que la cour de Berlin attribue à
S.M. l'Empereur , non-ſeulement au moyen de
bruits répandus de bouche par toute l'Allemagne
& à toutes les autres cours de l'Europe , mais
même par des déclarations , qui y ont été for
( 57 )
mellement remiſes , des entrepriſes tendantes à
ſon propre avantage , contraires aux loix & à
la conſtitution de l'Empire. Il apert au reſte de
foi-même , par ce que nous venons de dire ,
qu'unTraité d'union , dont le motif , le principe
, & les vues ſont tels qu'on l'a montré
juſqu'ici , ne fauroit être ni un Traité conforme
àla conſtitution de l'Empire , ni qu'on ne fauroit
le montrer avec tous ſes articles ſecrets.
Pour ne laiſſer aucun doute fur la pureté de fes
intentions & fur la justice de ses démarches ,
qu'on fait avoir été représentées par - tout dans un
jour défavorable , le Roi s'empreſſe de faire part
de la conclufion de ce Traité d'aſſociation , & des
motifs preſſans qui y ont déterminé les parties
contractantes , .... comme à une Puifſſance ,
qui a toujours pris un intérêt vif & particulier au
bien - être & à la conſervation de l'Empire Germanique.
..
Qu'on confidère avec une équiré impartiale
tout ce qui a été démontré juſqu'ici , & qu'on
juge alors de la pureté ſi vantée des intentions ,
de lajuſtice,des démarches ,& de motifs preffans
de la cour de Berlin .
Le Roi efpère , que ...... reconnoîtra elle-même
e , que
Vinnocence & la légalité de cette union , qu'elle
ne lui refusera pas fon fuffrage , qu'elle en écartera
toute interprétation ſiniſtre , & qu'elle voutra plutôt
contribuer elle-même , par laſageſſe de fes conseils
& de ses mesures , pour qu'il ne foit plus jamais
queſtion d'un échange quelconque de la Bavière
attendu que cet échange est trop contraire aux Traités
& au véritable avantage de la Maison Palatine
ainſi que trop dangereux pour la sûreté de l'Empire ,
pour que les Puiſſances puiſſent jamais y confentir ,
qui ont à coeur le maintien de l'équilibre & du
Lyſtême de l'Empire Germaniqne , qui influe fi
( 18 )
eſſentiellement fur le bonheur & la tranquillité du
refte de l'Europe.
: La conclufion de cette déc'aration , adreſſée
aux membres reſpectifs du corps Germanique
& aux autres cours de l'Europe , eſt principelement
destinée pour les deux Alliés de S. Μ.
l'Empereur, comme étant en même-tems garans
de la paix de Teſchen. Pour ce qui regarde
S. M. Très - Chrétienne , la cour Impériale &
Royale ne doute nullement , qu'elle ne trouve
très-édifiante la requifition qui ui est faite ici ,
pour autant qu'elle eſt diametralement contraire
aux engagemens , qui la tiennent en vertu des
Traités de paix les plus folemnels , en confultant
à cet égard ſon amour pour la justice
univerſellement reconnu & ſon defir d'obſerver
fdèlement les Traités. Comment cette même
requifition a été priſe & jugée par S. M. l'Impératrice
de Ruffie , c'eſt ce que font voir
d'avance les inftructions circulaires , adreſſées à
tous les Miniſtres de la cour de Pétersbourg ,
ainſi que la réponſe , que cette Cour a déjà
donnée à celle de Berlin au mois de Février
dernier.
La fin à l'ordinaire prochain.
DE FRANCFORT , le 29 Novembre.
La Diete de Ratisbonne a rouvert fes
féances le 7 , & l'on s'attend à d'importantes
délibérations . On y agitera , dit -on , l'élection
d'un Roi des Romains , peut être la
création d'un nouvel Electorat , ce qui néanmoins
n'est pas très-probable. L'on a diſtribué
à Ratisbonne un Imprimé juftificatifdes
prétentions de la Maiſon d'Autriche à un
( 59 ).
échange de la Baviere , ſous le titre ſuivant;
De l'Equilibre de l'Europe & de l'Allemagne ,
relativement à l'échange de la Baviere. Cette
brochure eſt attribuée au Baron de Gemmingen,
déja connu par des ouvrages dramatiques.
Il n'eſt point certain, malgré les affertions
contraires , que l'Electeur de Mayence
ait formellement accédé à la Ligue Germanique
formée à Berlin; cinq Miniſtres étrangers
ſe trouvent maintenant à la Cour de ce
Prince , ſavoir; le Comte de Trautmanfdorff
de la partde l'Empereur , le Comte
de Romanzow de la part de la Ruffie; le
Comte d'Okelly , Miniftre de France , le
Baron de Stein , Miniſtre de Pruffe , & le
Baron de Steinberg , Miniftre de l'Electeur
d'Hanovre. Le nouveau Landgrave de
Heffe Caffel eſt encore , plus que ſon pere ,
dans des diſpoſitions favorables à cette Ligue
, à laquelle on continue d'affirmer qu'il
eſt déja réuni. L'Evêque de Wurtzbourg a
embraffé , dit-on , le même parti.
Le 2 Novembre , le Ministre d'Eſpagne à
la Cour de Berlin eut la premiere audience
de S. M. P. , à laquelle il préſenta les Lettres
de créance , &dont il fut reçu avec la
plus grande diſtinction .
Le Roi de Pruſſe a remplacé le Baron de
Riedeſel , fon ancien Miniſtre à Vienne , par
le Comte de Podewills , & non par M. de
Chambrier , comme on l'avoit rapporté. Ce
c6
( 60 )
même Monarque a envoié au Landgrave regnantdeHeffe
Caffel le Collier de l'Ordrede
TAigle Noir que portoit le feu Landgrave.
On a mis en vente les magaſins de proviſions
de bouche , de fourrages & de bois
qu'on avoit établis à Cologne & à Liege
pour les troupes de l'Empereur dans les
Pays-Bas. ?
Le 11 , a été porté à la Dictature de la
Diete un Decret de l'Empereur , par lequel
S. M. I. , en ſa qualité de Chef de l'Empire
, ratifie le Placitum des Etats , du 8
Juillet dernier , concernant la nomination
aux diverſes places vacantes de Généraux
de l'Empire , dont on a publié la liſte il y
aquelque temps .
Par une Ordonnance du 18 Octobre ,
le Landgrave de Heſſe-Darmſtadt a enjoint
aux Juifs de ſes Etats de ſe ſervir , ſous
peine de nullité , de la Langue Allemande
dans leurs titres de commerce & autres actes
civils quelconques .
La derniere Foire de Leipfick a fourni
moins de livres que les précédentes. Le total
des livres nouveaux n'a monté cette
fois qu'au nombre de 897, dont 146 traitent
des matieres. religieuſes , 75 de l'hiſtoire
, & 55 de la Géographie. Les romans
étoient au nombre de 47.
Le 16 de ce mois , le Prince Abbé de
Kempten , de la Maiſon des Barons de Roth
de Schroeckenſtein , eſt mort à Kempten,
dans la coe, année de fon âge.
( 61 )
ITALIE.
DE VENISE , le 13 Novembre.
Le Sénat reçut le 8 des dépêches importantes
de Conſtantinople. Le Baile mande
que la Porte a nommé trois Commiſlaires ,
chargés de faire en Albanie des recherches
au ſujet del'incurfion du Pacha de Scutari
fur les frontieres de la Dalmatie Vénitienne,
&de déterminer les dédommagemens dus
à la République. On ne penſe point que
notre Gouvernement entame de négociations
publiques avec la Régence de Tunis,
avant d'en avoir obtenu une fatisfaction
préalable.
:
DE ROME , le 9 Novembre.
Quelques légeres ſecouſſes de tremblement
de terre's'étant faites ſentirdans la Marche
d'Ancone , & même en cette Capitale ,
Sa Sainteté , pour prévenir efficacement le
retour de ce fleau , a ordonné de réciter
dans toutes les Meſſes la Collecte tempore
terræ motus , de recourir à l'interceffion de
la Sainte- Vierge & des Apôtres S. Pierre &
S. Paul , & de fonner la plus groffe cloche
de chaque Eglife , à une heure de la nuit;
accordant de plus ſept années d'indulgence
à ceux qui , durant ce temps , réciteront le
Salve Regina , trois Pater, trois Ave & le
1
( 62 )
Gloria en l'honneur des deux SS. Apôtres.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 28 Novembre.
Le Vice-Amiral Campbell , revenu derniérement
de Terre-Neuve ſur le Salisbury ,
mouillé à Portimouth , a obtenu de l'Amirauté
la permiſſion de quitter ſon vaiſſeau , &
eſt arrivé le 18 en cette Capitale.
Suivant une lettre de Kingſton , du 14
Septembre , le Capitaine Corran venant
d'Afrique , étoit arrivé dans ce port de la
Jamaïque , après une relâche à la Dominique
, d'où il avoit appareillé le 30 Août,
Pendant ſon ſéjour en cette ifle , on y reçut
avis de la Martinique , que toutes les maifons
des rues baſſes de la ville de S. Pierre
avoient été détruites de fond en comble
par une inondation ſurvenue le 25 Août ,
&que les bâtimens mouillés dans le port ,
avoient tous ou péri , ou éré jettés à la côte ,
ou démâtés par l'ouragan. Des lettres de
$. Chriftophe& de la Barbade font la peinture
la plus triſte des dégâts occaſionnés
dans ces deux ifles par le même ouragan.
On parle de dépêches , adreſſées par la
voiedeterre à laCompagnie des Indes , qui
lui apprennent la nouvelle d'une bataille
dans le Myffour , entre Tippoo- Saïb & les
Marattes. Ces derniers , s'il faut en croire
le bruit du moment , ont été pleinement
victorieux , & ils ont réduit Tippoo à prendre
la fuite , après avoir perdu beaucoup de
( 63 )
monde , ſon artillerie & ſes équipages de
campagne. Selon les mêmes lettres , le paquebotde
laCompagnie, parti en Décembre
dernier , a été pillé près de Bafſora .
Le Tribunal du Banc du Roi avoit condamné
, le 27 Novembre 1784 , l'opulent
Munitionnaire Arkinton , ci-devant Membre
du Parlement pour le bourg d'Heyden dans
le Yorckshire , à un an de priſon , à être
mis une heure entiere au pilori, durant l'époque
de fa détention , & à payer au Roi une
amende de deux mille liv.ft. Malgré tous
les efforts de ce millionnaire coupable de
péculat & de parjure , Londres entier l'a vu
au pilori le 25 , de midi à une heure ;
il s'étoit fait une infinité de gageures pour
& contre l'exécution de cette clauſe infamantede
laSentence; les unsavoient parié so
contre un , que M. Atkinson ne feroit point
pilorié , ouqu'il le ſeroit à huis clos; les autres
, 10 contre un , qu'avant un an, on en
feroit un Pair d'Irlande , &c. &c.
Le Prince Royal , Ernest- Auguſte , âgé
de 15 ans , ſuivra les traces de fon frere aîné,
le Prince Guillaume Henri , & doit s'embarquer
à bord d'un vaiſſeau au printemps
prochain. Le Prince Adolphe Frédéric embraſſera
la même carriere ; il eſt dans ſa 12 .
année , & continuera ſes études juſqu'à 14
ans &demi. Pour donner à ces jeunes Princes
une idée juſte de la théorie des conftructions
navales, on a mis fous leurs yeux deux
modeles , ſupérieurement exécutés , d'un
( 64 )
vaiſſeau de guerre du premier rang & d'une
frégate ; l'un & l'autre complettement équipés.
Le premier de ces modeles eſt imaginé,
de maniere à s'ouvrir d'un côté , & à laiſſer,
voir toute la diftribution intérieure du tillac
à fond de cale.
On exerce les foldats dans les caſernes
de Chatam à un nouveau maniement des
armes très- extraordinaire . C'eſt , dit on , une
eſpece d'eſcrime avec le fuſil & la bayon
nette. Depuis quelques mois , on l'a introduit
dans divers Corps de l'établiſſement
d'Irlande , & il a été très-applaudi des Généraux
Burgoyne , Pitt , & autres Officiers.
de distinction. On doit l'idée de cette manoeuvre
au Lieutenant Gordon , du 67me.
Régiment. Chaque jour , il exerce à Chatam
un certain nombre de ſoldats , en préſence.
des perſonnes les plus verſées dans l'art mi
litaire : juſqu'à ce jour , cette méthode eſt un
fecret; fon Auteur , actif& intelligent , paffe
pour la meilleure épée de l'Angleterre.
On eſtime que la vente des terres de la Couronne
pourra produire un & demi million ſter) .
Si l'on avoit ſuivi l'ancien plan de les affermer ,
la rente qu'on en eût tirée ſe ſeroit montée environ
à 140,000 liv: ſterl . Il eſt facile de reconnoître
lequel de ces deux plans eût été le plus avan
tageux à l'Etat. Le produit de la vente des terres
ne peut acquitter qu'une très-petite partie de la
dette publique , au lieu que par le premier plan ,
& la génération actuelle & les générations futures
euſſent été aſſurées de jouir à perpétuité de la
vente annuelle de ces terres. ( Il eſt ſuperflu de
dire que cette réflexion appartient aux Adver
( 65 )
faires de M. Pitt , qui peut- être n'a pas même de
Pro projet arrêté à ce ſujet. ) C
Les mouſſelines de la Manufacture de
Glaſgow ont été portées à un tel point de
perfection , qu'elles égalent preſqu'en beauté
celles de l'Inde. On eſpere qu'avant peu
d'années cette Manufacture ſera en état de
fournir cet article à tout le royaume. On a
conſtruit dernierement diverſes machines
propres à cette fabrique , & dont le plan
avoit été donné par le ſieur Arkwright ,
inventeur des fameuſes machines à filer le
coton : elles ont réuſſi au-delà des eſpérances.
Une lettre de Terre- Neuve en datte du 2ο Ολο
bre , apportée par le Salisbury , parle ainſi de
l'état de cette Iſle. >> Tout annonce que nous
>> aurons un hiver très-dur ; mais graces à Dieu
>> cette perſpective ne nous allarme point , vû
que nous avons en abondance des proviſions de
>>>toute eſpece , exportées de l'Angleterre & de
>> l'Irlande pendant le cours de l'été , & dont le
>> débit a été très-avantageux. Les habitans des
>> Ifles St. Pierre & Miquelon ont obtenu de
> leurs Gouverneurs la permiſſion d'acheter ici
>> les articles qui leur manquoient , & nous leur
>> avons donné àcet égard toutes les facilités qu'ils
>> pouvoient defirer. Il ne s'eſt élévé cette année
>> aucun différend au ſujet des limites de la pêche.
>> La nôtre a été une des plus heureuſes dont on
> ſe ſouvienne. On a vu à la fois jeſqu'à 220
>>>bâtimens anglois ſur le banc de Terre- Neuve ,
>& le poiſſon qui y abondoit s'eſt trouvé de la
>>>meil'eure eſpece. La nouvelle méthode adoptée
l'année derniere pour apprêter & faler le poif
1
( 66 )
fon a parfaitement réuſſi. Environ 40 de nos
>> bâtimens ont fait deux voyages dans la Méditerranée.
«.
M. Jean Howard , ce généreux citoyen ,
qui a dépensé plus de 20,000 liv. ſterl. en
recherches ſur l'état des priſons de toute
l'Europe , & fur les moyens d'améliorer
celles de la Grande-Bretagne , s'eſt embarqué
pour la Méditerranée , dont il va viſiter
les Lazarets; on eſpere qu'il publiera le
réſultat de ſes obſervations , comme il l'a
fait à l'égard des priſons .
Suivant des lettres du Canada , cette Colonie
reçoit un grand nombre d'Emigrans des Etats-
Unis. Les nouvelles taxes impoſées ſur les Américains
, & dont ils étoient affranchis avant la
révolution , entretient parmi eux le mécontentement.
Si cet eſprit d'émigration continue à ſe
manifeſter , il donnera plus de conſiſtance aux
Colonies qui nous reftent dans l'Amérique Septentrionale.
Un Bâtiment venant de Baltimore eſt arrivé
àHallifax avec un nombre de familles qui ont
quitté le Maryland.
Un plaiſant , ennuyé des Commentaires
&des brochures puériles publiées ſur la vie
du Docteur Johnſon , a adreſſé les queſtions
ſuivantes aux faiſeurs d'Ana.
Ne vous ſouvient- il point , leur dit- il , fi cet
immortel Ecrivain mouchoit la chandelle avec
ſes doigts & des paroles qui lui échappoient à
cette occafion ?
Lorſqu'il attiſoit le feu , ſe ſervoit- il d'abord
de la pêle , ou bien des pincettes , & ne s'est- il
jamais plaint du charbon d'Ecoſſe ? ( Le Docteur
( 67 )
Johnson ne penſoit pas favorablement desEcoſſois
qu'il a fort mal traités dans ton voyage auxHé,
brides. Le charbon d'Ecoſſe eſt le plus eſiimé &
celui qu'on brûle dans les appartemens. )
Ses boucles de ſoulier étoient - elles rondes ,
ovales ou quarrées , de métal , d'argent ou
d'acier?
-Quand il prenoit médecine , n'a- t- on pas remarqué
quelque particularité notable dans cette
opération?
Exprimoit-il ſon approbation au ſpectacle en
frappant avec ſa canne ? Cette recherche eſt trèsimportante
, parce qu'on pourroit ſubſtituer le
nom d'applaudiſſement Johnfonien à celui de notre
ancien Trunk Maker.
Son livre de prieres étoit-il un in-80, ou un
in11223&aattoonn quelque preuve qu'il ait moralité
fur les fauciſſes de porc ?
A-t-iljamais donné ſon opinion fur les ballons,
& fur la qualité digestive du lapin de Fran
ce? &c. &c.
Il s'eſt paffé , il y a quelques jours , une
ſcene comique aux Affiſes de Midleſex. Une
jeune&jolie fervante s'étoit pourvue d'un
Warrant ( décret , ordre d'arrêter ) contre
unjeune homme qu'elle accuſoit d'un attentat
ſur ſon honneur. A l'examen , pardevant
la Barre du Tribunal , elle ſoutint que
l'accuſé l'avoit attaquée à pluſieurs repriſes ,
mêmejuſqu'à l'étrangler. Le Magiſtratl'ayant
requiſe de détailler plus particulierement
cette violence, elle répondit que le drôle
lui avoit pris pluſieurs baiſers avec beaucoup
d'emportement ; & que , ſi elle n'eût pris la
fuite , elle étoit menacée des plus ſérieuſes
1
( 68 )
conféquences. Le Magiſtrat lui obſerva que
ce cas là fortant de la regle commune , il
lui conſeilloit un accommodement , dont
elle ne voulut point. Alors le Juge prononça
que , ſuivant la loi Moſaïque , la
choſe volée devoit être reſtituée : >> On
>> vous a pris des baiſers , rendez les ; & ren-
>> dez les au décuple , ſi vous n'êtes pas fa-
>>>tisfaite d'une reſtitution égale . >> Toute
l'Audience éclata de rire ; & John &Betty
ſe retirerent pour accomplir la lettre de la
Sentence.
!
Le Lady's Magazine raconte en ces ter
mes l'hiſtoire d'une finguliere gageure , tirée
du Journal d'un voyageur ; c'eſt ce
voyageur qui parle :
24
C'eſt
La veille de mon départ de ***, me promenant
le ſoir dans la cour de l'auberge , je
vis entrer un homme conduisant un cheval
par la bride. Il s'adreſſa au garçon d'écurie
, & lui recommanda de prendre ſoin de
La monture . Celui-ci lui dit : « Monfieur , cher-
>>>chez une autre auberge , s'il vous plaît , celle-
>>ci eſt remplie de voyageurs ; l'écurie eſt pleine
>>& nous n'avons point de lit vacant. »
jufte , mon ami , lui répondit cet homme , demain
matinjene t'oublierai point - Mais , Monfieur,
>> je ne parle point de cela ; je dis que nous ne
>>> pouvons loger nivous , ni votre cheval. »
Celafuffit , te dis je , tu me parois être un bon garçon
, & tu peux compter sur ma parole. Je
>> penſe que cet homme eſt fou , me dit le gar-
> çon , en le voyant s'acheminer vers la cuiſine ;
>> que veux- t-il que je faſſe de ſon cheval ? >> -
Non , lui répondis-je , il n'est point fou, mais plu
( 69 )
tot fourd. Enferme Son cheval , parce que s'il s'en
alloit , zu en ferois responsable.
Je ſuivis cet étranger dans la cuiſine , où l'hôteſſe
lui répéta qu'il n'y avoit point de logement
vacant. Acela il répondit , qu'il lui étoit infiniment
obligé , mais qu'il la prioit de ne point
faire tant de façons avec lui , parce qu'il étoit ſi
fourd qu'il ne pouvoit pas même entendre le
bruitd'un canon. Auffi-tôt il prit une chaiſe &
s'approcha du feu. L'hôteſſe embarraſſée , demanda
à ſon mari ce qu'elle devoit faire , & après
s'être conſultés , ils déciderent de le laiſſer paſſer
lanuit ſur ſa chaife. Je rejoignis mes amis pour
leur raconter la finguliere aventure dont je venois
d'être témoin ; ils en rirentdebon coeur ainfi que
moi , mais je ne préſageois point alors combien
ceperſonnage alloit m'être incommode. Le ſouper
étant ſervi ,voilànotre homme qui entre à la
ſuite du garçon , qui prend une chaiſe & ſe met
à table à côté de la porte. Nous lui obſervâmes
que nous ne voulions point admettre d'étrangers
parmi nous , & qu'il feroit infiniment mieux à
la table d'hôte. Nous articulâmes cette déclararation
le plus diftinctement que nous pûmes , mais
ileut l'air de penſer que nous lui offrions le haut
bout de la table , & que nous le preſſions de
l'accepter. Il s'en défendit , aſſurant qu'il ſe trouvoit
très bien , &qu'il ne le déplaceroit pas.
Voyantque nous ne pouvions nous faire entendre,
nous le laiſſames , & il fit honneurà notre ſouper.
Lorſqu'on apporta la carte , il jetta deux ſchellings
ſur la table; mais comme ſon écot montoit
beaucoup plus haut , nous fames de nouveaux
efforts pour lui faire comprendre qu'il ne donnoit
point aſſez ; ce fut en vain , & il répondit qu'il ne
ſouffriroit point que nous payaſſions pour lui ,
que quoiqu'il fût vêtu ſimplement , il ne man
-
( 70 )
quoit pas d'argent;&pour nous leprouver,il nous
montra pluſieurs guinées. Quelques inſtans après,
notre homme vit une ſervante qui portoit une
baffiroire ; il la ſuivit & nous laiſſa le champ
libre pour rire à fes dépens. Cependant notie
ga'eté ne dura pas long temps. La ſervante entra
précipitament dans l'appartement où nous étions ,
& me dit , que ſi je n'allois point défendre mon
lit, le fourd s'en empareroit. Ceci me parut
mériter attention , & j'engagai mes amis àme
prêter main- forte. Nous courûmes à ma chambre
; mais nous trouvâmes la porte fermée; que
faire? Crier ne nous eût ſervi à rien; nous primes
donc le parti d'enfoncer la porte: nous nous y
préparions lorſque nous entendimes parler notre
honime: voisi ce qu'il difoit.
«Que je fuis ma heureux ! Je ſuis fi fourd que
>>de>s voleurspourroient brifer ma porte fans que
>>j'en fuſſe inſtruit par le moindre bruit. Quel
>>parti prendrai-je ? Il n'y en a qu'un , c'eſt de
nepointmecoucher,deconferverde la lumiere
& de brûler la cervelle au premier homme qui
>> ofera entrer dans ma chambre » Cet avis fit que
nous nous retirâmes en filence , & je paſſai la nuit
dans un fauteuil. Le lendemain ,la premiere per
ſonne que je vis ,fut notre ſourd ; it m'adreſſa la
parole&me dit :«Monfieur, j'oſe eſpérer que
? vous me pardonnerez d'avoir pris votre lit ,
>>lorſquevous faurez mon hiſtoire. J'ai parie
>> avec un de mes amis auquel on avoit refuſéun
>>logementdans cette auberge , que j'en trouve-
>>rois un. La gageure fut de trente guinées ,&
>> vous avez vu quel mogen j'ai employé pour la
>> gagner. Mon intention eſtde vous dédomma
>>ger de la mauvaiſe nuit que je vous ai fait paf-
» ſer , & de vous offrir , ains qu'à vos amis un
>>bon déjeuner chez moi. La plaifanterie me
( 71 )
parut fors boune; mais nos affaires ne nous permettant
point d'accepter ſes offres , je le remerciai
: il nous quitta en renouvellant ſes excuſes.
Il paya largement le garçon d'écurie , ſe mit en
ſelle & partit au galop.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 30 Novembre.
Le ſieur d'Agay , à qui le Roi a accordé
l'adjonction à l'Intendance d'Amiens , a eu
l'honneur d'être préſenté, le 20 de ce mois ,
par le fieur de Calonne , Miniſtre d'Etat ,
Contrôleur général des Finances, &de faire
ſes remercîmens à Sa Majeſté.
i
Le Comte d'Angeville , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préſenté
au Roi , a eu , le 14 de ce mois , celui
demonter dans les voitures de S. M. &de la
ſuivre à la chaſſe.
Le fieur de Bellecombe , Maréchal-decamp
, Grand Croix de l'Ordre de Saint-
Louis , de retour de ſon gouvernement de
Saint-Domingue , a eu l'honneur d'être préfenté
au Roi ,le 20, par le Maréchal de Caftries
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat , ayant le
département de la Marine. Il a eu également
l'honneur d'être préſenté , le 27, à laReine &
à la Famille Royale..
LeComte de la Luzerne , Lieutenant-général
des Armées du Roi , que S. M. a ci-devant
nommé au gouvernement de SaintDo
I
( 72 )
mingue ,acu l'honneurde prendre congédu
Roi le 26 , étant préſenté par le Maréchal de
Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant
le département de la Marine.
Le Roi a nommé Monſeigneur le Duc
d'Angoulême Colonel-propriétaire du Régiment
d'Infanterie Savoie-Carignan , qui portera
le nom d'Angoulême. Le Comte de Sérent
, qui a été nomméColonel en fecond de
ceRégiment , a eu , le 28 , l'honneur d'être
préſenté, en cette qualité , à Sa Majeſté.
Leurs Majestés & la Famille Royale ont
ſigné , le 27, le contrat de mariage du Marquis
de Piercour , Officier au Régiment des
Carabiniers , avec Demoiselle deRothe.
Le même jour , la Comteſſe Demetrius-
Comnène a eu l'honneur d'être préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale , par
la Comteſſe de la Tour-d'Auvergne.
DE PARIS, le 3 Décembre.
Cinq Provinces riveraines de la Loire , la
Touraine , le Blaifois , l'Orléanois , le Saumurois
& l'Anjou gémiſſoient depuis plus
de foixante ans ſous la dureté d'une loi fifcale
, qui leur interdiſoit les débouchés de
leurs vins : elles viennent d'être affranchies
de ces entraves , par un Arrêt émané de la
justice du Roi & de la ſageſſe du Miniftere.
Cet Arrêt du Conſeild'Etat du Roi , qui ſufpend
l'exécution de ceux des 10 & 22 Mai
1722 , ainſi que de l'article V. de l'Ordonnance
( 73 )
nance de 1687 , ordonne que l'affianchifſement
accordé par les Lettres Patentes du
mois d'Avril 1717 , & par l'art. IV. de ladite
Ordonnance de 1687 , aura lieu en faveur
des Provinces de la Loire. L'Arrêt eft
du 11 Novembre dernier.
Un Eccléſiaſtique , nommé Etienne Brun ,
attaché au ſervice des priſons du Châtelet ,
a , par ſon teſtament , légué une fomme de
6001. pourles beſoins d'un prifonnier au Châtelet,
de l'un ou de l'autre ſexe, qui aura été,
par Sentence , déchargé de l'acculation intentée
contre lui ; & illaiſſe aux Ma iftrats
la liberté d'appliquer cette aumône à ser
gré. Ce vertueux donateur avoit vu de trasprès
toute l'horreur du fost de tant de înalheureux
, victimes d'une accufation , & le
plus ſouvent ruinés au fortir de leurs cachos.
Le Journal Général de France rapporte ,
ſur un témoignage authentique , une clar e
finguliere du teſtament olographe de M.
Groſley , dont nous avons annoncé la mort
le 18 du mois paffé.
>>>Je legue , dit le Teſtateur , une femme de
> 600 liv. pour contribution de ma part du mo-
>> nument à ériger au célèbre Antoine Arnauld ,
>> ſoit à Paris , ſoit à Bruxelles . L'élude ſuivie
> que j'ai faite de ſes écrits , m'a offert un hom-
» me , au milieu d'une perſécution continue ,
>> ſupérieur aux deux grands mobiles des dé
>> terminations humaines , la crainte & l'eſpé-
>>>rance , un homme détaché , comme le plus pare
>> fait Anachorète , de toutes vues d'intérêt &
>>>d'ambition , de bien- être & de ſenſualité , qui
N°. 50 , 10 Décembre 1785.
d
( 74)
dans tous les temps , ont formé les recrues de
>> tous les partis. Ses écrits ſont l'expreſſion de
» l'éloquence du coeur , qui n'appartient qu'aux
>> ames fortes & libres. Il n'a pas joui de ſon
>> triomphe. Clément XIV lui en eût procuré les
>>>honneurs . en faiſant dépoſer fur fon tombeau
>> les clefs du gran-jefu , comme celles du Châ-
>> teau-neuf de Randan furent dépoſées ſur le
cercueil de du Gueſclin » .
On nous mande de Cerifier un fait d'Hiftoire
naturelle , dont on a vu fréquemment
des exemples , & qui mérite d'être rapporté
dans ſes principales circonstances,
Le 3 Octobre dernier , il s'eſt ouvert dans
la prairie , entre Vaudeurs & le hameau de
Grange-ſeiche , ungouffre qui d'abord n'avoit
qu'environ fix pieds de diametre. On voyoit
l'eau bouillonner à travers les terres qui venoient
de s'écrouler ; quelques heures après ,
ce gouffre s'étendit juſqu'a quinze pieds de
diametre. Dans la nuit ſuivante, les puits du
hameau deGrange-ſeiche , à deux ou trois cens
pas au-deſſus , éprouverent une crue d'eau aſſez
ſenſible ; dans quelques-uns , l'eau groffit de
quinze pieds. Les puits de Vaudeurs , au-deſſous
de cet abyme d'environ 500 pas , ont éprouvé
un effet contraire ; tous ſe ſont troublés&ont
beaucoup baiffé; quelques-uns même ont manquéd'eau.
Les fontainesde Vareille, à cinq quarts
de lieue au-deſſous , toujours dans la même
gorge , ont éprouvé le même effet ; & faute
d'eau , le moulin de Vareille a ceſſé de tourner.
Quelques jours après , les fontaines de
Vareille ont recommencé à fournir de l'eau ,
mais en fi petite quantité , que le moulin eft
encore hors de ſervice. Les puits de Vaudeurs
ont donné de l'eau , mais juſqu'à préſent en
( 75 )
bien moindre quantité qu'auparavant. Quatre
jours après , le gouffre avoit 24 pieds de diar
metre & 20 pieds de profondeur, dont fix remplisd'eau.
Il exiſte au- deſſus de cet endroit , dans un
village appellé Arces , au pied de la forêt
d'Othe , deux fontaines dont le ruiſſeau grofi
dans ſon cours par quelques ſources , couloic
autrefois à Grange ſeiche , Vaudeurs & Vareilles
, & en atroſoit les prés. Depuis très-longtemps
, ce ruiſſeau ſe perdſous terre. Sans doute ,
ceruiſſeau en excavant les terres , a produit une
caverne affez conſidérable pour occaſionner la
chute deterrein dont je viens de parler. Les habitans
de ces endroits ſouhaiteroient trouver un
moyen de foutenir ce ruiſſeau & d'en diriger le
cours par un autre endroit; mais il ſeroit àdeſirer
que l'Etat vint àleur ſecours. Il eſt à craindre
que quelques maiſons qui ſe trouvent bâties ſur
la même ligne ne s'enfoncent quelque jour , &
on appellera cela un tremblement de terre.
ACeriziers ce 23 Novembre 1785 .
Nous avons reçu diverſes lettres fort
étendues au ſujet du canal du Rhône , exécutable
ou non ; leurs auteurs nous pardonneront
de ne point entrer dans ces difcufſions
étrangeres à l'objet de ce Journal ;
mais nous ne pouvons nous refuſer le plaiſir
de citer l'idée qu'a inſpiré ce Canal à un
Lecteur des Commentaires de Célar. Voici
comment il s'exprime :
Mrs ,je ſuis très- étonné que vous ayez paru
douter de la poſſibilité de joindre le Lac de
Neuchâtel , celui de Genève & le Rhône , par
un canal de navigation ; vous auriez été moins
incrédult, fi vous aviez lu les Commentaires de
da
( 76 )
Jules César de la traduction de M. de Wailly ; vous
y auriez vu qu'anciennement , l'on a monté ,
avec la plus grande facilité , le Rhin ſur le Jura,
pour le faire couler en Franche- Comté , & de-là
dans les Evêchés .
ود
,
Je me fais un plaisir , de tranfcrire ici , pour
votre instruction , ce morceau curieux , que vous
n'avez pas l'avantage de connoître : >> A l'égard
>> du Rhin , il prend ſa ſource chez les Grifons
>> qui habitent les Alpes ; & il coule long tems
« avec rapidité au travers du pays de Vaud ,
>> de la Suiffe , de la Franche- Comté , du pays
Meffin de l'Alface , & du territoire de
» Trêves , &c.... Un Profeſſeur m'a aſſuré ,
que la traduction de M. de Wailly étoit trèsexacte
; effectivement , j'ai trouvé dans un
Dictionnaire Latin -François , que les Nantuates
étoient les peuples de la Gaule Celtique , qui
habitoient le pays de Vaud & le bas-Valais ;
Helvetii les Suifſſes ; Sequani les Francs- Comtois ;
Médiomatici les peuples de Mets , &c. : ces
deux mots , citatus feftus , ſignifient auſſi , coule
avec rapidité ; d'après cela , il reſte démontré
que le Rhin couloit autrefois avec rapidité , per
finesnantualium & fequanorum , au travers du
pays de Vaud & de la Franche- Comté ; ce qui
ſuppoſe néceſſairement qu'on lui avoit pratiqué
un canal par le Jura .
...
Nous n'avons pas l'avantage de connoître
la traduction de M. de Wailly , ni le
Dictionnaire conſulté par notre ſavant Correſpondant
; mais nous sommes convaincus
qu'aucun Profeſſeur ni aucuns Dictionnaires
n'ont jamais pu faire couler le Rhin en
Franche- Comté & dans le pays de Vaud.
Notre autorité en cela est tout fimplement
pelle de Jules Céſar lui-même , qui étoit un
( 77 )
Profeſſeur de Géographie & de bon fens ,
autant que d'art militaire & d'éloquence .
>>>Les Helvétiens , dit- il , feroient conte-
>> nus par la nature même des lieux ; d'un
>> côté par le Rhin qui ſépare l'Helvétie de
>> la Germanie ; de l'autre par le mont Jura
>> très-élevé , entre les Séquanois & les Hal-
>> vétiens ; enfin par le lac Léman & le
» Rhône » . Comme on voit , il n'eſt pas
queſtion d'un canal du Rhin ſur le Jura ;
canal qui eût traverſé la Suiſſe entiere , foixante
lieues de montagnes non interrompues
, & affez extraordinaire afſurément ,
pour que l'Oppreſſeur de Rome en dît un
mot. Les Nantuates ; dont il parle ailleurs ,
étoient les habitans du Rhintal & des environs
du lac de Conſtance. L'Auteur de
la Lettre les confond avec les Antuates , peuples
du pays de Vaud , du Valais , du Bugey
, &c . &c. Jules-Céſar détermine trèsclairement
la poſition des uns & des autres ;
& il ne faut pas croire , ſur la foi d'un Dictionnaire
, qu'on porte le Rhin au fommet
du Jura , des Voſges , comme on éleve un
bras de la Seine ſur la colline de Mariy.
De Lille , le 22 Nov. » . La 16e expérience
>> de M. Blanchard a eu lieu le 19 , à Gand ;
>> mais Mad. de l'Epinard , qui avoit déjà pris
>> place dans la nacelle , & reçu de M. le Prince
>> de Ligne & des autres perſonnes qui entou-
>> roient le Ballon , les complimens dus à ſon
>> courage , s'eſt vue forcée d'en deſcendre :
elle avoit les larmes aux yeux; ce qui té-
>> moignoit aſſez ſon dépit , & le regret qu'elle
:
d3
( 78 )
> éprouvoit d'être dans la dure néceffité d'a-
>> bandonner ſon compagnon. L'acide & le fer
>dont M. Blanchard a été obligé de ſe ſervir,
érant , felon lui , de la plus mauvaiſe qualité
, le Ballon s'eſt à peine rempli à moitié,
» & n'a jamais pu enlever deux perſonnes .
Comme on s'attendoit à voir une femme dans
» les airs , l'expérience n'a pas été flatteuſe ,
⚫ ni pour l'aéronaute , ni pour le public , qui ,
> en ce moment , ſe contentoit de prendre part
>> au vif chagrin de Mad. de l'Epinard « .
La reclamation ſuivante , dont nous ne
nous mêlerons pas d'apprécier lajuſteſſe ,
mérite d'être généralement connue : le nom
de fon auteur eſt propre à lui donner du
poids.
MONSIEUR ,
J'entends vanter de toutes parts l'habileté
desArtiſtes Anglois & leurs ouvrages ; ce n'eſt
qu'à Londres que l'on trouve des inſtrumens
de Mathématiques bien faits , bien diviſes. Je
ſoutiens moi , & je vais prouver par des faits ,
que nous avons en France des Artiſtes aufi
habiles que les plus intelligens de Londres , &
que la plûpart des objets qu'on vend en France
pour être de Londres , font en effet faits àParis .
'M. Richer , Méchanicien d'un mérite rare ,
a inventé & exécuté une Machine avec laquelle
il diviſe une ligne , c'est-à-dire , la douzième
partie d'un pouce en 1,200 parties , avec une
juſteſſe inconcevable , & avec autant de netteté
fur le verre que ſur les métaux. Il fait des micromètres
très -utiles pour meſurer des petits
objets ; j'ai chez moi des foes de ligne , des
100es , des 200cs , 3000 , 600es , 8000s , 1,200es
de lignes fur verre. Les incrédules qui douteroient
de la vérité de ce que j'avance , peuvent
( 79 )
venir s'en convaincre par leurs propres yeux,
Et qu'on nous diſe après cela que nos Artiftes
font incapables de rien inventer & de rien
exécuter comme il faut.
Il eſt vrai que nous n'avons point encore de
platte-forme à divifer le cercle , & qu'en cela
les Anglois ont juſqu'ici l'avantage fur nous ;
mais eſt ce la faute de nos Artiſtes ? Nous l'aurionsdéjà
cette Machine précieute , fi l'inventeur
(le même M. Richer ) eût trouvé , comme
Ramſden, dans ſes compatriotes des encouragemens
& des fecours. Aujourd'hui , il eſt impoffible
qu'un bomme àtalens ſe faſſe connoître.
Le ſeul moyen qu'il auroit , ſeroit de mettre
fon nom fur fes ouvrages ; mais l'Angleterrien
s'y oppoſe : auſſi tous les Artiſtes de Paris ,
fachant que fans examen nous trouvons mauvais
tout inſtrument ſur lequel ſe trouve un nom
François , préférent-ils de mettre fur-tout ce
qu'ils font London &Ramsden.
• Il en eft de même de tout ; lunettes , têtescopes
, inſtrumens de toute eſpèce , tous ſe font
à Paris , & pour les vendre plus cher , on les
baptiſe de Londres , &c.
Je pourrois citer pluſieurs autres Artiſtes ,
tels que M. Le Noir , qui fait actuellement des
inſtrumens de Marine pour le Roi ; M. Mouſſy,&c.
Mais , outre que je ne les connois pas tous ,
ceux que je cite ſuffiſent pour faire voir qu'il
y en a en France d'auffi habiles qu'en Angleterre
, & nous en aurons un bien plus grand
nombre dans la ſuite , ſi , comme il y a tout
lieu de l'eſpérer , le Gouvernement encourage
ceux qui annoncent des talens , & fur-tout s'il
leur ôre les entraves qu'on leur a données
juſqu'ici , on les attachant aux fix corps de
4
( 80 )
Marchands , qui exercent ſur eux une tyrannie
deftructive .
-
GRENET , Profeffeur au
Collège de Lisieux.
Le ſieur Deſnos , Ingénieur Géographe ,
rue Saint - Jacques , vient de mettre en vente
ſa nombreuſe collection d'Almanachs , pour
l'année 1786 , au nombre deſquels font l'Anacréon
en belle humeur ou le plus jo'i Chanfonnier.
Le petit Chantien. - L'Ovide
François . La journée d'une Jolie Femme.
-Les Sens . -A qui plaît aux Dames.-
Le paffe- tems du Palais Royal. Le portefeuille
d'une Jolie Femme. - - L'ami des Femmes
. Le Secrétaire des Dames. -Les
Jolies Françoiſes . Le Bijou du jour de l'an.
-Le petit Bouace , ou les mille & une folies .
--Toilette des Dames , &c. Chacun de ces
Almanachs est compoſé de jolies chanſons &
orné de douze figures. D'autres ſont avec des
cartes Géographiques , tels que le plus utile
des Almanachs. -Le Néceſſaire aux étrangers.
Tous ces Almanachs_font reliés en maroquin
& fermés d'un ſtyles , & du prix de quatre
liv. dix fols chacun & de cinq liv. port franc.
Les Lettres non-affranchies neferont point reçues.
Les ſieur & dame de Charpignans , âgés
de 79 ans , ont célébré la cinquantaine de
leur mariage , à Fermoutier en Brie , le 22
du mois dernier ; & à cette occafion , ont
fait diftribuer du pain à so pauvres. Lamême
cérémonie a eu lieu le 14 du même
mois dans la Paroiſſe de Matougnes , près
de Châlons- fur-Marne , entre Pierre Mailly
&Cécile Hutin , Laboureurs : cette dermiere
, âgée de 80 ans , avoit été mariée
( 81.)
12 ans enpremieres noces , avant de s'un'r
à ſon époux actuel.
Le Marquis de Corbeau , Chevalier de
l'Ordre royal & militaire de Saint Louis ,
eſt mort dans ſon château de Vaulſerre près
le Pont-de-Beauvoiſin , âgé de 48 ans .
François- Alexandre , Conte de Polignac,
Lieutenant - général des Armées du Roi ,
veuf de Françoiſe Elifabeth Feyderbe de
Maudave , eſt mort à Paris , le 13 de ce
mois , âgé de 80 ans .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le i de ce
mois , Cont : 2,64,89,61 , & 41 .
PAYS - BAS.
DE BRUXELLES , le 4 Décembre.
Le Traité d'alliance entre S. M. le Roi
de France & les Etats-Généraux des Provinces-
Unies des Pays-Bas , ſigné à Fontainebleau
le 10 Novembre 1785 , eſt de
la teneur ſuivante.
AU NOM DE LA TRÈS - SAINTE ET INDIVISIBLE
TRINITÉ , PERE , FILS , ET SAINT-ESPRIT,
AINSI SOIT- IL.
SOIT NOTOIRE à ceux qu'il appartiendra ,
ou peut appartenir en maniere quelconque.
Les marques d'amitié & d'affection que S. M.
le Roi Très-Chrétien n'a ceffé de donner aux
Provinces - Unies des Bays- Bas , & les ſervices
qu'Elle leur a rendus dans des circonstances importantes
, ont conſolidé la confiance de Leurs
Hautes-Puiſſances dans les principes de juſtice
& de magnanimité de ſadite Majesté Très-Chrétienne
, & elles leur ont inſpiré le defir de s'at
ds
( 82 )
tacher à Elle par des liens propres à aſſurer
d'une maniere ſolide & permanente.
Sa Majefté Très- Chrétienne s'eft portée d'autantplus
volontiers à accueillir le voeu de LL.
HH. PP. qu'Elle prend un intérêt véritable à la
proſpérité des Provinces Unies , & que l'unian
qu'il s'agit de contracter avecElles , étant purement
défenſive , ne tendra au préjudice d'aucune
autre Puiſſance , & n'aura d'autre objet que
de rendre plus ſtable la paix entre fes Etats &
ceux de Leurs Hautes-Puiffances , &de contribuer
en même-temps au maintiende la tranquil
lité générale.
Pour remplir un but auſſi ſalutaire , Sa Majeſté
T. C. anommé & autoriſé le très- illuftre
& très-excellent ſeigneur Charles Gravier , comte
de Vergennes , baron de Welferding , &c.
Conſeiller du Roi en tous fes Conſeils , Commandeur
de ſes ordres , Chef du Conſeil Royal
desFinances , Conſeiller d'Etat d'épée , Miniftre
&Secrétaire d'Etat & de ſes Commandemens &
Finances ; & les Seigneurs Etats-Généraux , les
très-nobles& très-excellens ſeigneurs , Matthieu
Leſtevenon , Seigneur de Berkenrood & Stryen,
Député de la Province de Hollande aux Etats-
Généraux & leur Ambaſſadeur à la Cour de
France , &Gérard Brantſen , bourgmestre &fénateur
de la ville d'Arnhem , Conſeiller Grand-
Maître des monnoies de la République , Déparé
ordinaire à l'aſſemblée des Etats-Généraux , &
Jeur Ambaſſadeur extraordinaire & plénipotentiaire
près SaMajeſté Très Chrétienne ; leſquels
après s'être communiqués leurs pleins pouvoirs
en bonne fornie , & après avoir conféré entr'eux,
font convenus des articles ſuivans.
ARTICLE I. Il y auraune amitié & uneunion
Anceres & conftantes entre Sa Majesté Très(
83 )
Chrétienne , ſes héritiers & ſucceſſeurs & les
Provinces-Unies des Pays-Bas. - Les hautes
parties contractantes apporteront en conféquence
la plus grande attention à maintenir entr'elles
& leurs Etats & ſujets reſpectifs , une amitié &
bonne correſpondance réciproques , ſans permertre
que de part ni d'autre l'on commette aucune
forte d'hoftilité , pour quelque cauſe , ou fous
quelque prétexte que ce puiſſe être , en évitant
tout ce qui pourroit à l'avenir altérer l'union
&la bonne intelligence heureuſement établies
entre-Elles , & en donnant au contraire tous
leurs foins à procurer en toute occaſion leur uti
lité, honneur & avantages mutuels.
II. Le roi Très - Chrétien & les ſeigneurs
Etats-Généraux ſe promettent de contribuer autant
qu'il ſera en leur pouvoir à leur fûreté
reſpective , de ſe maintenir&conſerver mutuellement
en la tranquillité , paix , & neutralité ,
ainſi que la poſſeſſion actuelle de tous leurs états ,
domaines , franchiſes & libertés ,&de ſe préſerver
l'un l'autre de toute aggreffion hoftile , dans
quelque partie du monde que ce puiſſe être. Et
pourd'autant mieux fixer l'étendue de la garantiedont
ſe charge le roi Très Chrétien , il eſt expreſſément
convenu qu'Elle comprendra nommé
ment les traités de Munſter de 1648 , & d'Aixla-
Chapelle de 1748 , ſauf les dérogations que
les deux Traités ont éprouvées , ou pourront
éprouver à l'avenir .
III . En conféquence de l'engagement con
tracté par l'article précédent , les deux hautes
parties contractantes travailleront toujours de
concert pour le maintien de la paix, & dans le
cas où l'une delles feroit menacée d'une attaque
, l'autre employera d'abord fes bons offices
Pourprevenir les holtilités ,& ramener lesclie
d6
( 84 )
ſes dans les voies de la conciliation.
IV . Mais ſi les bons offices ci-deſſus énoncés
n'ont pas l'effet defiré , dans ce cas Sa Majesté T.
C. & LL. HH. PP. s'obligent dès- à préſent à
ſe ſecourir mutuellement tant par terre que par
mer. Pour quel effet le roi T. C. fournira àla
République dix mille hommes d'infanterie , deux
mille hommes de cavalerie , douze vaiſſeaux de
ligne & fix frégates ; & LL. HH. PP. dans le cas
d'une guerre maritime , ou dans tous les cas où
Sa Majesté T. C. éprouveroit des hoftilités par
mer , fourniront fix vaiſſeaux de ligne & trois
frégates ; & dans le cas d'une attaque du territoire
François , les Etats-Généraux fourniront
leur contingent de troupes en argent , lequel
ſera évalué par un article ou convention, ſéparé,
àmoins qu'ils ne préférent de le fournir en nature.
L'évaluation ſe fera ſur le pied ſuivant ,
ſavoir 5000hommes d'infanterie & 1000 de cavalerie.
V. La puiſſance qui fournira les fecours , ſoit
en vaiſſeaux & frégates , ſoit en troupes , les
payera & entretiendra par-tout où ſon alliée les
fera agir , & la puiſſance requérante ſera obligée ,
ſoit que leſdits vaiſſeaux , frégates & troupes
reſtent peu ou long-temps dans ſes ports ,deles
faire pourvoir de tout ce dont ils auront beſoin ,
au même prix que s'ils lui appartenoient en propriété
, il a été convenu que dans aucun cas lefdites
troupes ou vaiſſeaux ne pourront être à la
chargede la partie requérante , & qu'ils demeureront
néanmoins à ſa diſpoſition pendanttoute
la duréede la guerre, dans laquelle elle ſe trouvera
engagée. Le ſecours dont il s'agit fera ,
quant à la police , ſous les ordres du chef qui
le commandera , & il ne pourra être employé lé.
parément ni autrement , que de concert avec
Jedit chef; quant aux opérations , il fera entié(
85 )
rement ſoumis aux ordres du commandant en
chef de la puiſſance requérante.
VI. Le roi Très - Chrétien & les ſeigneurs
Etats-Généraux s'obligent à tenir complets &
bien armés les vaiſſeaux , frégates & troupes qu'ils
fourniront réciproquement; de forte qu'autfi-tôt
que la puiſſance requiſe aura fourni les ſecours
ſtipulés par l'article IV, elle fera ariner dans ſes
ports un nombre de vaiſſeaux de ligne& de frégates,
égal à celui énoncé dans le même article ,
pour remplacer ſur le champ ceux qui pourroient
être perdus par les événemens de la guerre
ou de la mer .
VII. Dans le cas où les ſecours ſtipulés cideſſus
ne ſeroient pas fuffiſans pour la défenſe de
la puiſſance requérante , & pour lui procurer
une paix convenable , la puiſſance requiſe les
augmentera ſucceſſivement felon les beſoins de
fon alliée . Elle l'aſſiſtera même de TOUTES SES
FORCES ſi les circonstances le requierent ; mais
il eſt convenu expreffément que dans tous les
cas le contingent des ſeigneurs Etats-Généraux
en troupes de terre , n'excédera pas l'évaluation
de vingt mille hommes d'infanterie , & de 4000
de cavalerie , & la réſerve feite dans l'article
IV en faveur des ſeigneurs Etats - Généraux ,
à l'égard des troupes de terre , aura ſon application.
VIII. Lorſqu'il ſe déclarera une guerre ma
ritime à laquelle les deux hautes parties contractantes
ne prendront aucune part ; Elles ſe
garantiront mutuellement la liberté des mers ,
conformément au principe qui veut que pavillon
ami , Sauve marchandise ennemie : fauf toutefois
les exceptions énoncées dans les articles
XIX & XX du traité de Commerce', figné à
Utrecht le 11 Avril 1713 , entre la France &
les Provinces-Unies , lesquels articles auront la
( 86 )
1
même force & valeur que s'ils étoient inférés
mot à mot dans le préſent traité.
IX. Si ( ce qu'à Dieu ne plaiſe ) l'une des
deux hautes parties contractantes ſe trouve engagée
dans une guerre à laquelle l'autre ſe trouvera
dans le cas de prendre une part directe ,
Elles concerteront entre Elles les opérations
qu'il conviendra de faire pour nuire à l'ennemi
commun, & pour l'obliger à la paix ; & Elles
ne pourront défarmer , faire ou recevoir des propofitions
de paix ou de treve que d'un commun
accord; & dans le cas où il s'ouvriroit une négeciation
, elle ne pourra être commencée &
ſuivie par l'une des deux hau es parties contractantes,
fans la participation de l'autre , & elles
ſe donneront ſucceſſivement communication de
tout ce qui ſe paſſera en ladite négociation.
X. Les deux hautes parties contractantes dans
la vue de remplir efficacement les engagemens
qui font l'objetdu préſent traité s'obligent d'entretenir
en tout temps leurs forces en bon érat ,
& elles auront la faculté de ſe demander réciproquementtous
les éclairciſſemens qu'elles pourront
defirer à cet égard, Elles ſe confieront également
l'état de défenſe où se trouveront leurs
établiſſemens militaires , & concerteront entre
Elles les moyens d'y pourvoir.
XI. Les deux hautes parties contractantes fe
communiqueront de bonne foi les engagemens
qui peuvent exiſter entre Elles & d'autres pui
ſances de l'Europe , leſquels doivent demeurer
dans toute leur intégrité ,& Elles ſe promettent
de ne contracter à l'avenir aucune alliance &
aucun engagement, de quelque nature qu'ils puifſent
être , qui ſeroient contraires directement ou
indirectement au préſent traité .
XII. L'objet du préſent traité étant non-leulement
la fûreté & la tranquillité des deux-hau
( 87 )
tes parties contractantes , mais auffi le maintien
de la paix générale , Sa Majesté Très-Chrétienne
, & LL. HH. PP. fe font refervé la liberté
d'appeller de concert telles puiſſances qu'elles
jugeront a propos à participer & à accéder
aupréſent traité.
XIII . Pour d'autant mieux cimenter labonne
correſpondance &l'union entre les nationsFrançoifes
& Hollandoiſes , il eſt convenu , en attendant
que les deux hautes parties contractantes
faſſent entre Eles un traité de Commerce,
que les ſujets de laRépublique ſeront traités en
France relativement au commerce & à la navigation
, comme la nation la plus favoriſée ; il
en ſera ulé de même dans les Provinces-Unies à
l'égard des ſujets de Sa Majesté Très-Chrétienne.
à
XIV. Les ratifications ſolemnelles du préſent
traité, expediées en bonne & due forme , ſeront
échangées en la ville de Verfailles , entre
les hautes parties contractantes dans l'eſpace de
fix ſemaines , ou plutôt fi faire ſe peut ,
compterdujour de la ſignature du préſent Traité.
En foi de quoi nous ſouſſignés , Ambaſſadeurs
& Miniſtres - Piénipotentiaires , avons
figné de notre main , & en leur nom , le préſent
Traité & y avons appofé le cachet de nos
armes.
✓ Fait à Fontainebleau le to Novembre 1705 .
:
(Signés)
L. S. GRAVIER COMTE DE VERGENNES.
L. S. LESTEVENON DE BERKENROODE.
L. S. GERARD BRANTSEN .
ARTICLES SÉPARÉS
I. Dans le cas où la puiſſance requérante
voudra employer hors de l'Europe le ſecours
qui devra lui être fourni , Elle fera obligée d'en
prévenir auſſitôt qu'il fera poſſible ,&au plus
( 88 )
tarddans trois mois la partie requiſe , afin que
celle - ci puiſſe prendre ſes metures en conféquence.
II. En conséquence de l'article IV du traité
d'alliance figné ce jour , les hautes parties ſont
convenues que mille hommes d'Infanterie ſeront
évalués à io mille florins courant de Hollande
par mois , & 1000 hommes de cavalerie à
30 mille florins méme valeur également par
mois.
III . En vertu de l'alliance contractée ce
jourd'hui , tant Sa Majeſté Très - Chrétienne
que les Seigneurs Etats-Généraux , procureront
&avanceront fidélement le bien & la proſpérité
l'un de l'autre par tout ſupport , aide ,
conſeils , aſſiſtance réelle en toute occaſion &
en tout temps , & ne conſentiront à aucuns
traités & négociations qui pouroient apporter
du dommage à l'un ou à l'autre , mais les rompront
& détourneront , & en donneront avis
réciproquement avec ſoin & fincérité , auſſitôt
qu'ils en auront connoiffance. ;
IV. Il eſt expreſſement convenu que la garantie
ſtipulée par l'article II du traité ſigné cejourd'hui
, comprendra l'arrangement qui eft
fait , ſous la médiation du Roi Très -Chrétien ,
entre l'Enpereur & les Provinces-Unies.
r
V. Les préſens articles ſéparés auront la même
force & vigueur , que s'ils étoient inférés dans
le corps du ſuſdit traité d'alliance figné ce
jourd'hui .
En foi de quoi nous ſouſſignés Ambaſſadeurs
&Miniftres - Plénipotentiaires avons ſigné les
préſens articles ſéparés , & y avons fait appoler
le cachet de nos armes .
Fait à Fontainebleau le to Novembre 1785 .
(Signé comme ci deffus . )
Le Chevalier Harris ,Envoyé extraordi
( 89 )
naire &Miniſtre plénipotentiaire de la Cour
de Londres à la Haye , a remis au Préſident
des Etats-Généraux un Mémoire qui porte
ce qui fuit , ſelon la traduction des Gazettes
Hollandoiſes.
Le Roi ne peut que faire des voeux bien
finceres pour que les moyens que V. H. P. ont
employés pour concilier les différends entre
S. M. l'Empereur &la République puiffent longtems
& ſolidement aſſurer la paix entre les
deux Puiſſances .
S. M. ſaiſit avec plaifir ce moment de tranquillité
publique , pour renouveller à V. H. P.
les afſurances les plus fortes des ſentimens damitié
& de bienveillance pour la République
dont S. M. eſt conftamment animée , ainſi que
toute la nation Britannique.
Ces ſentimeus ne ſont pas moins fondés ſur
le ſouvenir des ſecours eſſentie's que les deux
Pays ſe ſont rendus réciproquement dans le
temps paffé , pour conſolider leur liberté , leur
indépendance & leur religion même , que fur
leurs intérêtsnaturels& permanens , qui devroient
à jamais les porter à la plus parfaite union .
En effet , ſoit qu'on refléchiſſe aux maux
qui , par la ſituation locale des deux Pays , réſultent
néceſſairement & d'une maniere toute
particuliere , pendant la guerre , au préjudice
de leurs intérêts les plus chers de politique &
de commerce , dans les différentes parties du
monde ; ſoit qu'on confidere la ſolidité qu'une
bonne intelliger ce entre Elles peut donner à
leurs poffeffions reſpectives , à la sûreté de leur
commerce , & à la conſervation de la paix générale
, il ſemble que toute prudence bonne politique
ne peuvent que les engager à ſe rapprocher
de plus en plus..
Cependant fi V. H. P. croyent que les diſ
) وه (
enfonsinternesqui depuis quelque temps agitent
malheureuſement la République (& fur lesquelles
le Roi ne peut qu'exprimer ſes regrets ) rendent
le moment actuel peut favorable pour un arrangementdes
intérêts réciproques des deux Nations
( objet toujours defiré par S. M. ) l'on efpere
du moins qu'enfuite des affurances , des
ſentimens du Roi, & de toutes ſes diſpoſitions
cordiales pour la République , V. H. P, jugeront
digne de leur ſageſſe accoutumée , de ne
pas ſe laiſſer impliquer dans des engagemens qui
puiffentenaucuns casles entraîner dansun ſyſteme
contraire aux vues de droiture dont S. M. fat
profeffion,les éloigner d'une baſe ſolide , d'une
neutralité indépendante , & mettre des obftacles
infurmontables au renouvellement d'une alliance
entre les deux pays , lorſque le temps & les circonſtances
pourroientla faire enviſager à V. H.P.
comme étant néceſſaire , & de convenance réciproque
A quoi S. M.ſera toujours prête ,
de fon côté , d'apporter toutes les facilités qui
pourront dépendre d'Elle.
C'eſt par ordre exprès deS. M. que le ſouſſignéa
l'honneurde mettre ſous les yeux de V. H. P.
ces réflexions tendantes à un but ſi ſalutaire ,
dans la ferme confiance qu'Elles voudront y avoir
l'égard que l'importance de l'objet mérite.
Les Etats Généraux ont levé la défenſe
d'exporter des chevaux & des efpeces
hors du territoire des Provinces -Unies.
On parle d'un accord projetté entre le
Rhingrave de Salm & les Directeurs de la
Compagnie Hollandoiſe des Indes Orientales
, par lequel ce Prince s'engageroit à
foumir à la Compagnie un Corps de 6000
hommes , pour la défenſe du Cap deBonne
)
و ا
(
Efpérance & des poſſeſſions Hollandoiſes
dans l'Archipel Oriental .
On commence à perdre toute eſpérance
de revoir à la Haye , cet hiver , la Cour
Stathoudérienne. Le Baron d'Elſpe , Grand-
Maître de la Cour de S. A. S. , eſt parti
pour Loo , ainſi que M. de Biſdom , Tréforier-
Général de l'Union , & Membre du
Conſeil d'Etat.
«Les Papiers Anglois & d'autres Feuilles
>>>publiques avoient dénoncé un aventurier
>> fous le faux nom d'Hyppolite Chamorant ,
>>coupable du plus affreux attentat fur
»M. Mackay , Tapiſſier de Londres , qu'il
>>avoit volé, après l'avoir mis de la ma-
>>>niere la plus barbare , hors d'état d'invo-
>>quer du ſecours. Ce ſcélérat a eu l'audace
>>de venir à Paris , & d'y faire eſcompter
>>un des billets de Banque qu'il avoit ar-
>>rachés à M. Mackay. La Police l'ayant
fait ſuivre , il faillit être arrêté aux Champs-
>>Eliſées par un Inſpecteur de Police, dont
>> il ſe débarraſſa en lui perçant la main ; il
>>reſta enſuite caché deux jours entiers dans
>> les bois de Meudon , & a été enfin arrêté
>> le_23 , rue Michel -le- Comte , dans la
>> chambre d'un Doreur , avec lequel il étoit
>> venu de Bruxelles à Paris. Le nom de ce
>> malheureux eſt Fini ; il eſt de Besançon ;
>> on l'accuſe de crimes antérieurs en France,
» & notamment d'un vol de 40 mille liv.
>> en diamans , fait à la Princeſſe K... , il y a
>> quelque temps. >>
( 92 )
Nous recevons à l'inſtant les détails de
l'exécution du ſieur Atkinson , dont nous
avons parlé à l'article de Londres .
Amidi , on l'avertit de ſe préparer , & environ
neuf minutes après , il fut mis à un pilori , qu'en
avoit érigé dans la cour du marché au bled dans
Mark Lane. Le pilori étoit fait de maniere que
M. Akinſon pouvoit y paſſer , & y pafla en effet
latête, les mains& le corps , juſqu'à l'eſtomac :
il avoit entièrement l'uſage de ſes mains pour garantir
ſon viſage de ce que la populace auroit pu
lui jeter. Il parut très-agité dans le premier moment
, mais il ſe remit bientôt , malgré les huées
&les cris de la multitude. Le bourreau fit tourner
fon prifonnier toutes les fois qu'on le requit de le
faire ; ce qui atriva toutes les cinq minutes, pendant
les 56 qu'il fut au pilori ; les meilleures
montres s'accorderent toutes à avancer de 4 minutes
ſur celles des Sherifs , qui ne s'accordoient
pas entre elles ; il ne reſta en effet au pilori que
56minutes.
Près de 300 conftables tinrent tellement la populace
en reſpect , & à une ſi grande diftance , que
ni oeuf, ni pierre , ni boue , ne purent être jettés
-juſqu'au pilori. Les deux Sherifs , dans leurs carroffes
, le Concierge , ſes Officiers , & ceux des
Shérifs , étoient placés près de lui ; cette armée
formoit un croiffant , qui couvroit entièrement le
priſonnier , qui par-là fut mis à l'abri de tout accident
de la part des ſpectateurs. Du piloti on
tranſporta M. Arkinſon dans la même maiſon où
il avoit été mis le matin , en attendant que la populace
fût diſſipée ; après quoi il fut reconduit à
la priſon du King's-Bench , où il doit reſter juſqu'à
ceque l'amende à laquelle il a été condamné
ſoit payée.
Comme les opinions ont été partagées ſur la
( 93 )
Sentence que M. Atkinson a fubie , il eſt néceffaire
, dit le Général Advertiser , d'apprendre au
Public , qu'un Seigneur très- reſpectable s'étant
adreſſé à 9, M. pour la ſupplier d'exempter le ſieur
Atkinſon du pilori , alléguant pour motif de ſa
requête , que le verdict du Juré avoit été injuſte ,
S. M. ordonna au Chancelier de réviſer la procédure
, & de lui donner ſon opinion ; après l'examen
le plus exact , le plus long , & le plus attentif,
le Chancelier alla trouver le Roi , & lui dit :
• Sire , j'ai examiné avec le plus grand ſoin
toute l'affaire , & je ne puis pas découvrir le plus
léger prétexte , pour exempter cet homme de
fubir la Sentence dans toute ton étendue. »
Paragraphes extraits des PapiersAnglois Gautres.
«Après n'avoir pas réufli dans leur plan de
>>>faire aller le Duc des Deux Ponts & l'Electeur
» de Tréves à Vienne , & de faire changer de
>> ſyſtême à l'Electeur de Saxe , les Nouvelliſtes
> annoncent aujourd'hui avec autant de fonde-
>> ment , que l'Electeur de Hanovre s'eſt détaché
>> de la confédération Germanique ; ce dont il eſt
> certainement très-éloigné. Loin que les mem-
>> bres qui ont accédéjuſqu'ici à cette confédéra
>>>tionſongentà revenir ſur leurs pas , on eſt bien
> afſuré au contraire par des avis directs des diver-
>> ſes Cours de l'Empire , que pluſieurs desMembres
les plus reſpectables qui le compoſent , ſe
>> ſont joints à cette afſociation,Elle acquiert par-
5 là de jour en jour plus de conſiſtance ;& lorf-
> qu'elle aura toute l'étendue & toute la ſtabi-
>> lité dont elle eſt fufceptible , on peut ſe flatter
qu'elle aſſurera pour long-tems la durée du
>> repos & de la tranquillité de l'Europe. C'eſt avec
>> la même véracité, que les gazettes annoncent
∞ à l'article de Vienne , que la cour de Berlin
travaille à contrecarrer le mariage du Prince
Antoine de Saxe avec une Princeſſe de
>> Toseane ; projet qui n'a peut être jamais exiſté
-( 94 )
>> que dans les mêmes gazettes. Enfin , il eſt
> tout auffi peu vrai que la Cour de Versailles
>> ait offert ſa médiation aux Cours de Vienne
& de Berlin , & que cette derniere l'ait acceptée.
( Courier du Bas- Rhin , n. 94 ) ».
“ Onraconte que le Roi de Pruſſe , en donnant
la premiere audience au Prince de Reuff,
>> Miniſtre Impérial à Berlin , lui dit : Vous
>> pouvez affurer l'Empereur , votre Maître ,
> que je ſuis diſpoſé à entrer dans toutes ſes
>> vues & même à les appuyer fortement , pour-
>> vu qu'elles ſoient d'accord avec la juſtice &
lebien-être de l'Allemagne : & pourvu encore
>> qu'elles tendentà maintenir l'équilibrede l'Eu-
>> rope. ( Gazette d'Amſterdam , n. 95).
cc Tandis que notre Gouvernement enfante
>> des chimeres , le Cabinet de Verſailles , plus
>>>habile , conclut avec la Ruſſie , avec la Hol-
>> lande , des traités dont les effets ſeront auffi
35 avantageux pour cette Puiſſance , que préjudi-
>> ciables á nos intérêts. Tel doit être pour notre
>> rival le réſultat des efforts cachés de la ſageſſo
>> quiveilleàſaconduite , & qui applique à toutes
> ſes démarches ,des principes fondés ſur l'expé
rience& fur la pratique, & tel doit être pour
>>> nous le réſultat d'une vaine théorie, & des
égaremens d'unjeune eſprit qui connoît mieux
→ les détoursde la chicanne parlementaire que la
>>marche de la politique. ( Gazeteer general
Advertiser ) .
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1) .
Cause entre la veuve & héritiers le Blane , &
les fieurs & Dame Duvignot;-demande en
entherinement de Lettres de reſciſion , contre
une obligation paffée au profit d'un tiers , portant
promeffe d'une pension pendant ladurée d'un
privilege , pour prix dudéſiſtement de l'obtention
de cemême privilege.
( 95 )
En 1778 , le ſieur le Blanc étoit ſur le point
de voir expirer le privilege du Courier d'Avignon
, qu'il avoit obtenu en 1760 pour 18 années
& i s'occupoit des démarches néceſſaires pour
parvenir à le faire renouveller. Dans le même
temps le ſieur Duvignet ſe donnoit des mouvemens
à l'effet d'obtenir pour lui le même privilege
qui dépend du Pape. Le ſieur Duvig not
ſe thattoit de pouvoir le faire demander à Sa
Sainteté par la Reine de France. Le ſuccès paroiſſoit
afſſuré avec une protection auſſi puiſſante.
Le ſieur le Blanc en fut inſtruit , & il crut qu'il
ne lui reſtoit d'autre parti à prendre que de
faire des propoſitions avantageuſes au fieurDuvignot
, pourl'engager à ſe déſiſter des ſollicitations
qu'il faiſoit pour obtenir le privilege dont
il s'agit. En effet , le ſieur le Blanc lui propoſaune
penſion de 3000 livres , reverfible fur
la tête de la Dame Duvignot , & enſuite ſur celle
de ſes enfans; plus , d'une ſomme de 600 liv.
pour le ſieur Duvignct, ſon frere , pendant la
durée du nouveau privilege à obtenir. Ces offres
furent accéprées , & le ſieur Duvignot ſe réunit
au fieur le Blanc , pour lui faire obtenir le renouvellement
du privilege , qui lui fut accordé
en 1779 ,pour 18 ans. Le ſieur le Banc a
été fidelle à ſes engagemens ; il a payé les
penſions promiſes , quoiqu'il n'y eût encore d'acte
paffé devant. Notaire pour conftituer un titre
au fieur Duvignot. -Dans ces circonstances
le fi ur le Blanc tomba malade ; le Geur
Duvignot lui témoigna ſes inquiétudes pour la
penſion , qui n'avoit d'autre baſe qu'une promeſſe
verbale ; alors le ſieur le Blanc , effrayé
lui-même du danger que couroit le ſieurDuvignot
& fa famille , conſomma devant Notaire
l'acte qui n'étoit que projetté. Le
Geur le Blanc & ſon épouſe s'engagerent donc
( 96 )
pour eux & leurs hoirs ou ayans cauſe , à payer
au ſieur Duvignet la penſion de 3000 livres ,
reverſible ſur la tête de la dame Duvignot , &
fur celle de des enfans , & celle de 600 livres
au ſieur Duvignot , frere , pendant toute la durée
du nouveau privilege. - Le fſieur le Blanc
eſt mort en 1782 , em recommandant à la dame
ſon épouſe de tenir fidellement les engagemens
qu'il avoit pris avec la famille de Duvignot.
La veuve le Blanc eſt reſtée propriétaire du
privilege ; mais s'étant perfuadée que le ſieur
Duvignet ne devoit la promeſſe des penſions
ſurpriſes à ſon mari , qu'à la crainte qu'il avoit
ſu lui inſpirer d'ètre dépouillé de ſon privilege ,
elle ne crut pas devoir tenir des obligations
qu'elle regardoit comme faites ſans cauſes ; elle
ceffa de payer les penfions. - - Les ſieur &
dame Duvignot firent aſſigner la veuve & héritiers
le Blanc , pour les faire condamner à
continuer de payer les penſions promiſes par acte
paſſédevantNotaire,&àleur fournir titre nouvel.
Sur cette demande , la veuve le Blanc , tant
en ſon nom qu'en celui de ſes enfans , obtint
des lettres de reſciſion contre l'ergagement contracté
en 1782 , elle les appuyoit ſur le dol &
le défaut de cauſe dans l'obligation.
Les ſieur & dame Duvignot aſſignés pour
voir entherinerleſdites lettres , ſoutinrent la validité
de l'acte de 1782. Hs établirent qu'il
n'étoit pas fait fans cauſe , puiſqu'il étoit le
prixdudéſiſtement de l'obligation du privilege.
M. l'Avocat général Seguier , qui portoit la
parole dans cette cauſe, écarta la demande en
entherinement des lettres de reſciſion & conclut
à ce que la veuve & héritiers le Blanc ,
fuſſent condamnés à continuer le paiement des
penſions; ce qui fut ordonné par Arrêt du 7
Septembre 1785 .
i
MERCURE
DE FRANCE
SAMEDI 17 DÉCEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A M. le Chevalier DE CUBIÈRES.
HEUREUX qui loin des paſſions
Dont le ſouffle impur empoisonne ,
Ami des Beaux- Arts , ſe couronne
Du priſme des illuſions !
Qui ſur le fleuve de la vie ,
Par des goûts divers emporté ,
Cueille ſur ſa rive chérie ,
Et les fleurs de la poéſie
Et celles de la volupté!
Cette alliance fortunée
De tendres voeux , de jolis vers ,
Fait la brillante deſtinée
-Des Cubières & des B ** ;
Nº. 51 , 17 Décembre 1785. E
១৪ MERCURE
:
Mais un auſtère conobite
Chargé de lugubres atours ,
Chez Cythérée & les Amours
Ne riſque guère une viſite.
De décence tout chamarré ,
At'imiter rien ne l'invite ,
Et tous les Ris prennent la fuite
A l'aspect d'un bonnet quarré.
Vainement dans mon hermitage ,
La voix de mon luth attriſté ,
De ces enfans qui m'ont quitté
Rappelle la troupe volage ;
Ils en font tous épouvantés.
Les Grâces font des Déïtés
Que je ne vois pas davantage;
Mais j'adore au moi nsleur langage
Dans les vers qu'elles t'ont dictés.
Vole au ſéjour des neuf Déeſſes ,
Pourfuis , ô brillant Chevalier!
Pour chacune de tes proueiſes ,
Vois fleurir un nouveau laurier.
Ne prends que toi ſeul pour raodèle ;
Toujours variant tes ſuccès,
Recherche une gloire nouvelle ;
Treffe un bou quet pour Beauharnais ,
Peins nous l'âme de Fontenelle,
Et puis reviens à tes hochets.
On dit qu'il en eſt pour chaque âge ;
DE FRANCE .
99
Mais les tiens ſavent plaire à tous ,
Et , chers aux p'us aimables fous ,
Ils font les délices du ſage.
Q
( Par M Morel , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de Bourbon , à Aix. )
IMITATION du Grec de Callimaque.
UE la vertu , ſans l'or, eſt un préſent ſtérile !
Sans la vertu , mortels , que f'or eſt ſuperflu !
Paiſque l'une , grand Dieu! ſans l'autre eſt inutile,
Donnez- moi beaucoup d'or & beaucoup de vertu.
( Par M. Duchofal. )
LA ROSE ET
L'IMMORTELLE ,
ENTRE
Fable.
NTRE la Rofe & l'Immortelle
Une diſpute s'éleva ;
Près de ces fleurs un Berger ſe trouva ,
Qui fut choisi pour juger la querelle.
La Roſe diſoit : je ſuis belle ;
Fille de Flore & du Zéphyr ,
Je m'ouvre en ſaluant l'Aurore ,
Je vois à mon aſpect l'Univers s'embellir ,
Et le Soleil m'admire encore
Lorſque dans l'onde il va s'enſevelir.
Eij
100 MERCURE
1 Des douxpleurs du matin mes feuilles imbibées ,
Etvers mon ſein vermeil mollement recourbées ,
Forment une grote d'Amour
D'oùs'exhale une odeur qui parfume le jour.
J'accompagne Vénus ,je flotte à ſon corſage;
Et lorſq dans Paphos on lui vient rendre hommage ,
Les Amours ont ſouvent douté
Laquelle on fixoit davantage
Ou de la Fleur ou de la Déité.
Enfin mon doux parfum , mon éclat , ma verdure ,
Fixent autour de moi les Amours du canton ,
Et j'orne du plus beau fleuron
La couronne de la Nature.
Ma ſoeur , vous vous vantez toujours ,
Reprit l'humble Immortelle , &vous n'êtes pas ſage ;
Plus que moi , je le ſais , vous plaiſez aux Amours ;
Mais j'ai fur vous un bien grand avantage :
Vous mourez avec les beaux jours;
On me retrouve après l'orage.
AIMABLES Fleurs , dit le Berger ,
puis entre vous ni choiſir ni juger ;
Vous régnez ſur mon corur avec le même empire ;
Mais je vais vous cueillir , & demain au matin
Je donnerai la Roſe à ma inaîtreſſe Elmire ,
Et l'Immortelle à mon ami Colin .
(Par M. Hoffman. )
DEFRANCE. 101
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Délire ; celui de
l'Enigme eft Escargot ; celui du Logogryphe
eſt Poulie ( qu'on ſuſpend à un puits , &
qui est en même-temps une des pièces d'une
montre ) , où l'on trouve poule , loupe,
plie , Elie ,pie , pluie , lic , loupe , pouil (ou
maladie pelliculaire ) , loup .
CHAQUE
CHARADE.
HAQUE matin , Lecteur, tu cherches mon premier ;
Aton baudet , par fois , tu donnes mon dernier ;
Souvent dans un concert l'on entend mon entier.
(Par M. M. ***. )
ÉNIGME..
JEEſuis gris, jaune , rouge oublanc;
Après le malheur le plus grand
Je parus; des mortels j'adoucis la misère;
Amon bienheureux inventeur ,
Saufmon reſpect pour le Lecteur ,
Je fis montrer le derrière .
E iij
102 MERCURE
Je ſuis ennemi du chagrin ,
Etje fais braver le deſtin.
Je force mes prifſons ; j'inſpire la tendreſſe ;
L'Amour eſt ſujet à mes lois ,
Je fomente , accrois ſon ivreſſe ;
J'en ai trop dit pour cette fois.
(Par M. Leclerc Doze , âgé de 13 ans , Ecolier
de Philofophie au Collège de Thiers. )
J
LOGOGRYPΗ Ε.
E fuis cette fille divine
Dont les attributs précieux
Sont les plus beaux tréſors des cieux ,
D'où j'ai tiré mon origine.
Depuis que les mortels habitent l'Univers ,
Mapuiſſance s'étend ſur toute la Nature ,
Et je ſuis ce flambeau dont la lumière pure
Éclaire les peuples divers .
C'est moi , par l'eſp: it de Voltaire ,
Qui déſillai les yeux des fots;
Et de l'immortel Deſpréaux
J'inſpirois l'Apollon auſtère.
Mais , cher Lecteur , laiſſant-là les grands mots,
Permets qu'en fort peu de propos,
Je faſſe ici mon analyſe entière.
Arranges mes fix pieds; tu trouveras d'abord
DE FRANCE. 103
La couleur qui nous peint Lucifer & la mort;
Ce point du jour où d'injuſtes Zoïles ,
Dans les parterres à Paris
Vout juger d'un air de mépris
Nos Racines & nos Virgiles ;
Un titre digne de Louis ;
L'aimable expreſſion que fait naître Molière ;
Ceque doit avoir de ſon fils ,
Dans l'enfance , une bonne mère ;
Cequi frappe nos ſens , les charme à l'Opéra ;
L'élément où Pilâtre à Boulogne expira ;
Un mont fameux ; le Gluck, dans le ſein d' Amphitrite
Plongé par de vils Matelots ,
Et qui fut retiré des flots
Sur le dos
DesDauphins qu'il charmoitpar ſes ſons , ſon mérite:
Unvieux mot exprimant la clarté que produit
Phébé dans une belle nuit ;
Et joignant un pronom , Lecteur , à ma harangue ,
Je volerai dès-lors ſur le bout de ta langue.
(Par M. Briffat , Peintre & Profeſſfeur de Deſſin
&d'Ecriture , à Roanne. )
E iv
104 MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES.
BIBLIOTHÈQUE Universelle des Dames.
A Paris , rue d'Anjou , la ſeconde portecochère
à gauche en entrant par la rue
Dauphine.
C'EST EST avec fatisfaction que nous voyons
s'augmenter le ſuccès d'un Ouvrage dont les
Auteurs , comme nous l'avons déjà dit , en
travaillant pour un fexe, ſe ſont acquis des
droits à la reconnoiffance de tous les deux. Il
en paroît déjàdix-huit volumes; ce qui prouve
de l'exactitude dans les Livraiſons. Ne pouvant
les faire tous connoître , nous nous bornerons
aujourd'hui à jeter un coup-d'oeil fur
le Tome Ier , qui a paru ſur la morale. Nous
choififfons ce volume pour prouver que ,
même dans les ſujets qui ſemblent le plus
faits pour effrayer l'imagination du fexe auquel
cet Ouvrage eſt conſacré , les Auteurs
ont ſu prendreun ton &des formes capables
d'encorriger la fechereſſe ou d'en applanir les
difficultés ,de faire lire en un mot avec plaiſir
ce qu'ils n'ont pu rédiger qu'avec beaucoup
de travail.
Avant d'expoſer les principes de la morale,
les Rédacteurs ont cru devoir donner un
précis hiſtorique des différentes opinions des
4
DE FRANCE.
1ος
moraliſtes anciens. La Grèce n'a compté
d'abord que ſept Sages , dont les plus connus
font Thales & Solon.
Pythagore paſſe pour avoir fait le premier
une ſcience de la morale ; il ne nous eſt parvenu
aucun Ouvrage de lui. Il avoit une
double doctrine , l'une publique , l'autre ſecrette.
Le plus célèbre & le plus révéré des Philoſophes
Grecs , c'eſt ſans doute Sacrate. Plus
amoureux de la vertu que de la gloire , il n'a
rien écrit ; il enſeigna la philoſophie par ſes
actions , & la fit aimer par ſes diſcours. Sa
morale étoit douce , aimable ; pendant la vie,
ſavertu avoit été indulgente ; à ſa mort , ſon
courage fut fans oftentation. Accuſé par la
calomnie , condamné par l'injuftice , en entendant
fon arrêt , ſa modération lui défendit
les murmures ; mais ſa fierté dédaigna de ſe
juſtifier. " Lorſqu'on vint lui dire que les
35 Athéniens le condamnoient à la mort , il
ſe contenta de répondre que la Nature les
>> y condamnoit eux-mêmes ; & lorſque ſes
amis l'invitoient à s'enfuir, il leur demanda
>> s'ils connoiffoient hors de l'Attique , un
endroit où l'on ne mourût pas..>>
رد
ود
Les Diſciples de Socrate furent très-nombreux.
Ceux qu'on a diftingués ſont Platon ,
Ariftipe,Antisthène , Phædon & Euclide . Les
deuxderniers ont fait peu de bruit , & affe
peu de mémoire ; tous ont fondé une ſecte
particulière.
Platon doit être mis à la tère des Élèves de
Ev
106 MERCURE
Socrate. Son ſtyle oratoire , fon imagination
poétique s'écartèrent de la ſimplicité de fon
maître ; mais même après Socrate , il reftoit
encore une belle place à remplir ; & c'eſt
celle qu'il obtint par ſes écrits & par ſa vie
philofophique. Il oſa faire entendre à Denys ,
l'ancient Roi de Syracuſe , les vérités les plus
hardies. Voyant que ſes jours n'étoient pas en
sûreté , il prit la fuite; mais il ne put échapper
à la vengeance du Tyran , qui le fit vendre
dans l'Iſle d'Egine. Cette trahiſon , en rendant
ce Philofophe plus intéreſſant , procura encore
un nouveau triomphe à la philoſophie :
Annicéris , Diſciple d'Ariftipe , le racheta ;
& quand les parens de Platon voulurent lui
rembourſer les frais de ſa rançon , il les refuſa
en leur diſant qu'ils n'étoientpas les feuls à
qui appartint ce Philofophė.
Platon , revenu dans ſon école , Denys lui
écrivit pour s'excuſer ; mais le Philofophe lui
répondit avec fierté quefos occupations ne lui
permettoient pas de ſe ſouvenir d'un Roi de
Syracfe.
Ariftipe,forti de l'école de Socrate , eut un
Élève celèbre dans ſa fille Arétée , qui forma
elle - même pluſieurs Diſciples. De la ſecte
d'Ariftipe , il en dériva pluſieurs autres , notamment
celle de Théodore , qui , abuſant de
tous les principes , & empoifonnant les fources
le plus facrées , profeſſa la morale la plus
Petriflante pour l'humanité. On peutjuger fes
fophifmes licentieux d'après le ſuivant , par
lequel il prétendoit juftifier tous les plaiſirsde
DE FRANCE.
107
l'amour. " Pourquoi, diſoit-il , vante-t'on les
lumières d'un jeune homme ou d'une fem-
>> me , n'est-ce pas à cauſe de leur utilité? Ne
>>peut - on pas dire la même choſe de ſa
ود beauté? Or, ce qui eſt utile ne fauroit être
>> mauvais; ainſi , l'uſage de la beauté n'eſt
>> pas plus condamnable que celui de la
ſcience. » ود
Antisthène fut l'auteur de la ſecte fameuſe
des Cyniques. Admis à l'école de Socrate , il
commença dès-lors à profeſſer la morale la
plus auſtère ; il affectoit d'ètre plus mal vêtu
par goût, que ceux qui l'étoient mal par nécefſité
; il mettoit en un met ſon luxe dans ſes
haillons ; c'eſt ce que lui reprochoit ingénieuſement
Socrate,en lui diſant: Antisthène,
pourquoi cette oftentation avec nous ?
L'austérité d'Antiſthène fut exagérée par
Diogène , dont le cyniſme fut encore plus
célèbre ; il trouva trop ſenſuel d'avoir une
habitation ; il prétendoit qu'il n'étoit pas décent,
pour un Sage , de coucher ailleurs que
dans la rue. Il convenoit pourtant de l'excès
de fon rigorifme; mais il ajoutoit qu'il ſe permettoit
d'en faire trop , afin que les autres en
fiffent affez.
Il eſt à remarquer ici qu'au moment où les
moeurs de la Grèce étoient au plus haut degré
de dépravation , il s'éleva de ſon fein une
ſecte de Philoſophes qui profeffoient tout
haut le fanatiſme de la vertu.Au milieu d'une
Nation corrompue vivoient des Sages , qui
ne renonçoient pas ſeulement au luxe , mais
Evj
108 MERCURE
même à toutes les commodités ; qui alloient
vêtus de haillons ; n'ayant qu'une beface &
un bâton pour tout équipage; vivant des mets
les plus communs ; fans feu , ſans lieu ; couchantdans
la rue & dans le premier endroit
où ils étoient ſurpris par la nuit ; regardant
même comme inutiles ou dangereux les Arts ,
les Sciences ; proſcrivant preſque l'étude ,
parceque, difoient-ils , le Sage n'a rien à apprendre
,&qu'il fait tout ce qu'il doit ſavoir ,
puiſqu'il fait être vertueux. On a calomnié la
conduite de Diogène; mais les reproches injuftes
qu'on lui a faits s'appliquent plus juſtement
aux Cyniques qui ſont venus après , &
qui femblèrent moins s'attacher à outrer la
vertu qu'à braver la bienſéance & les moeurs.
>
Parmi les Cyniques , on a compté Cratès
qui a fourni une anecdote affez fingulière.
« Né à Thèbes, avec de grands biens, Cratès
>> les abandonna pour ſe dévouer au cynifme.
2. Quelque temps après , ayant fait la con-
>>>quête d'Hipparchia , laquelle avoit des ri
2 cheffes&de la naiſſance , il agit de concert
>>> avec les parens pour ladétourner de l'épou-
>> fer. Ilmontra ſa misère ; il montra ſaboffe,
>> car il étoit contrefait. Mais elle s'obſtina ,
>>>diſant qu'elle ne connoiffoit perſonne qui
>> fürni plus riche , ni plus beau. Son père lui
>>>donna donc un manteau , une beface , un
>>>bâton, & ce fut une fille établie. Elle ſe
>> rendit célèbre. >>>
Tels furent les plus célèbres Diſciples de
Socrate. Platon eur pour Élève , & bientôt
DE FRANCE . 109
P
:
pour rival , cet Ariftote , qui a joui d'une fi
brillante réputation. Cet ambitieux Philoſophe
voulut élever fon école fur les débris de
celles qui l'avoient précédé ; dans cette vûe ,
il ſe mit à réfuter tous les ſyſtèmes philoſophiques
, même celui de fon Maître Platon ;
c'eſt à cette occaſion qu'il a dit ce mot, qu'on
auroit fans doute moins admiré ſi l'on en avoit
mieux apprécié le motif : J'aime Platon ,
maisj'aime encore plus la vérité.
On voit que ce mot, qu'on a cité comme
l'effet d'une vertu courageuſe , n'étoit guères
qu'une raſe de l'ingratitude, ou tout au moins
de l'ambition .
Il faut pourtant convenir qu'Ariftote favoit
prodigieuſement ; & ſes volumineux
écrits , quoique moins révérés qu'autrefois ,
en font une preuve honorable.
Les écoles de la philoſophie primitive durent
néceſſairement ſubir des réformes ; &
parmi les réformateurs on distingue Épicure
&Zénon.
Epicure, fi long-temps & ſi ſouvent calomnié
, a été jugé fort mal, parce qu'il a été mal
interprêté. C'eſt dans la volupté qu'il plaçoit
le bonheur ; mais il n'admettoit de volupté
que celle qui réfultoit de la vertu. Il a beaucoup
écrit ; peu de ſes Ouvrages nous font
parvenus. Nous ne réſiſterons pas àl'envie de
citer une tirade qui tend à nous prémunir
contre la crainte de la mort. " Si vous êtes
>>malheureux, difoit-il , que regrettez- vous ?
• La mort finira vos maux. Pouvez- vous
110 MERCURE
>> compter que l'avenir faſſe pour vous ce que
ود lepaſſe n'a pas fait ? Ne prévoyez-vous pas
>> que vos pertes s'accumuleront avec vos
>> années , & que le temps ne les réparera
>> pas ? Si au contraire vous êtes heureux , fi
» vous avez vécu dans l'affluence des biens ,
>> qu'attendez-vous encore ? Sortez de la vie
>> comme on fort d'un feſtin. Tout s'uſe in-
ود ſenſiblement pour vous ; ce qui vous a
>> plu ceſſe de vous plaire, & cependant la
» Nature n'a plus de nouveaux plaiſirs à vous
ود donner. Vous verriez donc avec dégoût
>>toujours les mêmes chofes , fi vous viviez
>> pluſieurs fiècles , & avec plus de dégoût
>> encore , ſi vous ne mouriez plus. Cepen-
ود
ود
ود
dant un autre doit venir pour qui tout fera
>> nouveau ; cédez une place qu'on vous a
» cédée ; cédez - la lui , elle n'eſt plus à
vous ; vous devez mourir pour qu'il vive.
C'eſt ainfi que la Nature ſe répare.>>
Zénon réforma la doctrine des Cyniques ;
il en tempéra l'austérité ; il la rendit plus
douce , plus aimable. C'est lui que la ſecte
des Philoſophes , appelés Stoïciens , reconnoît
pour fon fondateur.
La ſecte ſtoïque dégénéra comme toutes
les autres; ce fut Épiciète qui s'efforça de
lui rendre ſa pureté primitive.Nous devons à
ce Philofophe un excellent Abrégéde Morale,
dont les Rédacteurs de la Bibliothèque des
Dames promettent d'enrichir leurCollection.
Après avoirparlé enfuite des Pyrrhoniens, qui
doutoient de tout ,&dont le ſyſteme , raifonDE
FRANCE. 111
1
nable à certains égards , a mérité le ridicule
par ſon exagération , ils terminent par un
Chapitre de la philofophie chez les Romains.
Ils s'y arrêtent fort peu, parce qu'à l'égard de
la philofophie , les Romains n'ont fait que
marcher fur les traces des Grecs ; & foit dans
le chemin de l'erreur , foit dans celui de la
vérité , ils n'ont jamais joué que le rôle d'imitateur.
La lecture de la Bibliothèque des Dames
rend vraiſemblable,&juftifie le ſuccès qu'elle
a obtenu. Au mérite d'une rédaction faite
avec goût, au mérite d'une utilité prouvée, ſe
joint l'avantage du ton & des formes agréables.
Juſqu'à l'idée qu'ils ont eue de faire
ſervir de titre à l'Ouvrage le nom même de la
Dame qui a ſouſcrit , ou pour qui l'on a foufcrit
, flatte l'amour-propre , & peut fervir la
galanterie ; en effet , une Dame , en ſe levant ,
peut , fans en être prévenue , trouver ſur ſa
toilette un Livre , qui , par ſon nom qu'il
porte en titre , ſemble n'avoir été imprimé
que pour elle. C'eſt ainſi que cette Collection
utile , en déguifant l'inſtruction fous les
livrées de la frivolité , ſemble emprunter de
cette dernière de nouveaux moyens de ſuccès.
J12 MERCURE
:
LES Terriers rendus perpétuels , ou véritable
méchaniſme de leur confection ; Ouvrage
enfix Livraiſons, utile à tous Proprietaires
de Terres ou Fiefs , à tous Notaires , Regiffeurs
, Géomètres , Féodistes , & autres
enfin quiſe deftinent à la partie des Terriers
, dans lequel , & c.&c. Première &
deuxième Livraiſons ; par M. Aubry de
Saint - Vibert , Commiſſaire aux Droits
Féodaux. A Paris , chez l'Auteur , rue des
Blancs-Manteaux, Nº. 37 ; Belin , Libraire ,
rue S. Jacques ; Hardouin , Libraire , au
Palais Royal , & Petit , quai de Gêvres.
Prix , 15 liv.
Si la confection des Terriers eſt encore fi
peu connue , n'en cherchons la cauſe que dans
la manière avec laquelle elle a été cultivée
juſqu'à cejour ; nous n'avons, pour ainſi dire,
point d'Auteur qui en ait traité. On a longtemps
conſidéré M. de Fréminville comme
le premier Législateur de cet Art ; mais un
examenplus approfondi de ſon Ouvrage nous
laiſſe appercevoir que ſes moyens , trop près
de la routine, en ont confervé une partie des
inconvéniens.
Une pareille difette d'Écrivains étoit bien
faite pour exciter l'émulation d'un Artiſte
aufli zélé pour fon Artque le paroitM. Aubry
de Saint-Vibert ; auffi voit-on qu'il n'a rien
épargnépour rendre fon Livre auſſi intéreſfant
qu'utile.
DE FRANCE. 113
(
Sonplan nous a paru ſage , & fa manière
de l'exécuter ſimple ; il a parfaitement ſenti
qu'un Ouvrage auſſi aride que le fien , devoit
plus abonder en exemples qu'en difcours ; il a
en conféquence ſuivi le procédé ordinaire des
gens qui ne ſe livrent aux raiſonnemens que
quand ils ne peuvent pas préſenter de modèles
qui parlent pour eux ; ce n'eſt cependant
pas queM. A. D. S. V. ne foit entré dans
les plus grands détails ; mais en général, on remarque
que ſon diſcours eſt plutôt fubordonné
àſon ſujetque ſon ſujet, àſon difcours .
Nous defirerions pouvoir faire connoître
dans le plus grand detail le fond & les acceffoires
de cet important Ouvrage ; mais fon
étendue conſidérable , & les choſes abſolument
neuves qu'il contient nous en interdiſent
la faculté; nous préféreronsd'y renvoyer
nos Lecteurs. Ce qui nous a ſeulement paru
digne d'être remarqué pour l'inſtant préſent ,
c'eſtque les deux Livraiſons qui paroiffent,
font , en quelque façon , un traité ſéparé de
la confection des Terriers , en forte que ,
quoique le plan en paroiſſe lié avec la partie
de leur entretien , qui eſt encore à donner ,
on a la fatisfaction de voir néanmoins que les
perſonnes qui font dans l'intention d'adopter
cette méthode , peuvent , des-à-préſent , en
faire l'application dans leurs domaines ; ce
qui leur devient d'autant plus facile , que
l'Auteur a cru devoir joindre à fon Ouvrage
la collection complette de tous les papiers néceffaires
à cette opération , procédé d'autant
114 MERCURE
plus ingénieux , qu'il eſt extraordinairement
fimple ; & qu'à l'aide de ce moyen il n'eſt pas
de Seigneur qui ne puiſſe ſe flatter de diriger
lui-même la confection de ſes Terriers , ou du
moins de ſe la rendre plus familière .
Malgré les bornes qui nous font preſcrites ,
nous croyons devoir ajouter que c'eſt une
manière toute nouvelle de mettre les Tenans
, qui nous a paru ſi ſupérieure à toutes
celles qu'on a employées juſqu'à cejour, que
nous ne ferions pas étonnés de la voir univerſellement
adoptée , non - ſeulement par les
Seigneurs qui font renouveler leurs Terriers ,
mais encore par les Citoyens de tous les étars
qu'elle intéreſſe.
En général , cet Ouvrage eſt d'un homme
qui paroît avoirbeaucoup médité les principes
de fon Art, & les avoir conftamment appliqués
aux détails de ſa partie: il ne falloit pas
moins que les connoiffances qu'il a vraiſemblablement
acquiſes en l'exerçant , pour nous
donner une méthode aufli claire & auffi
préciſe , & qui renferme des moyens pratiques
dont la néceſſité nous a paru demontrée
juſqu'à l'évidence.
2
DE FRANCE.
SCIENCES ET ARTS.
PROSPECTUS d'un Traité d'Anatomie
& de Phyfiologie , dédié au Roi , par
M. Vicq-d'Azir , in-folio . A Paris , chez
Didot l'aîné .
TOUT
Our ce Proſpectus mériteroit d'être copié :
il est très - court pour l'étendue du plan & des
vûes qu'il annonce, il ſeroit trop long pour un
Journal qui n'eſt pas particulièrement conſacré aux
Sciences . Nous ne ceſſerons du moins de le copier
que pour parler un inſtant des eſpérances que donne
l'Ouvrage qu'il annonce.
Depuis que le goût des Sciences a commencé à
>> ſe répandre parmi nous , on a vû le Public s'oc-
>> cuper ſucceſſivement de Phyſique , de Chimie ,
ود & non- ſeulement s'intéreſſer à leurs progrès ,
25 mais encore ſe livrer avec ardeur à leur étude ;
ود
20
גכ
il ſe porte en foule aux école où elles font enſei-
» gnées, il s'empreſſe de lire les Ouvrages dont
elles font le ſujet ; il recueille avec avidité tout
» ce qui lui en rappelle le ſouvenir; il y a peu de
Perſonnesriches chez leſquelles on ne trouve quel-
» ques-uns des inſtrumens propres à ces Sciences
utiles. Le ſpectacle des merveilles dont l'homme
eſt environné mérite ſans doute de ſa part autant
d'attention que de reconnoiffance ; mais lorſqu'il
>> interroge tout ce qui est hors de lui , faut il qu'il
» s'ignore lui - même ? Les formes extérieures , les
ود
ככ loix du mouvement , les élémens & la compoſi-
>> tion des corps lui fourniſſent des conſidérations
116 MERCURE
>> importantes ; mais s'il ne fait point quels font
> leurs rapports avec le mécanisme particulier de
>> ſes organes , ne perd-t-il pas le fruit le pluspré-
>> cieux de ſes méditations & de ſes recherches ?
>> Qu'est-ce qu'une théorie des ſenſations , fa elle
> n'eſt appuyée ſur la deſcription exacte des ſens
* eux-mêmes ? L'examen des nerfs , de leur origine ,
>> de leur connexion , n'explique-t-il pas un grand
>> nombre de phénomènes dont chacun eſt intéreſſé
>> à connoître les cauſes , & fur lesquels il eſt ſi
>> commun & quelquefois fi dangereux de raiſon-
>> ner mal ? Pourquoi le mouvement du ſang & de
la lymphe, qui font la ſource & l'aliment de la
>> vie , ne ſeroit-il pas auffi-bien l'objet de notre
>> étude, que la route & la direction des fleuves qui
>> coulent ſous un autre ciel, ou celle des aftres qui
>> ſe meuvent fi loin de nos têtes ? Qu'y a-t- il de
> plus ſatisfaiſant que de voir en quoi conſiſte cette
• ſupériorité ſur les autres animaux dont la plupart
>> des hommes ſont fi fiers , ſans ſavoir quelle eſt ſa
>> baſe & quelles ſont ſes limites ? De conſidérer
>> dans la ſérie des êtres l'ordre & l'étendue reſpec-
** tive de leurs fonctions , de contemp'er enfin dans
>> lemonde vivant, dont une partie a déjà été ſi élo-
>> quemment & ſi exactement décrite par deux Ecri-
>> vains illuftres, quels font les refforts de ces mouve-
- mens &leur analogie avec les nôtres ? Il n'appartient
qu'à l'Anatomie de réfoudre ces problêmes.
Voilà le grand objet que ſe propoſe M. Vicqd'Azir.
Sans doute 1:Anatomie peut le remplir ;
mais c'eſt par les longs travaux d'un eſprit à
qui la Nature a donné ce coup - d'oeil juſte &
prompt , qui ne peut se repoſer ſur un objet ſans
y découvrir de nouveaux rapports ; d'un eſprit à
qui la vraie Philofophie a appris à enchaîner les
obſervations aux obſervations , les réſu tats aux réſultats
, à établir enfia entre les faits & les idées ,
DE FRANCE.
117
cette liaiſon qui fait de preſque tous les points de la
chaînedes points lumineux,&de la chaîne entière
un corps étendu de lumière. Avec cette méthode
même il y aura ſans doute des intervalles obfcurss
mais on verra toujours où ils ſont , où ils commencent&
où ils finiſſent. L'attention & l'obſervation
ſans ceffe dirigées ſur ces points obſcurs , les éciaireront
peut être , les éclairciront du moins : enfin , on
diſtinguera du moins toujours nettement les ténèbres
& les lumières Dans le déſordre & la confufion
des méthodes anciennes , le jour& la nuit toujours
confondus enſemble , donnaient une forte de
lumière ténébreuſe dans laquelle on croyoit tout
voir , & où réellement il étoit impoſſible de rien
diftinguer. L'Anatomie a des difficultés qui lui font
propres , & que l'eſprit humain ne rencontre point
dans les autres Sciences.
Le Peintre de la Nature , M. de Buffon , par
exemple , parlant preſque toujours d'objets expoſés
àtous les regards , n'a qu'à les bien décrire , chacun
peut porter fes regards du modèle au tableau , du
tableau au modèle. Les Gravures , les Planches ne
font néceſſaires que pour un petit nombre d'objets
rares que le ſtyle ſeul ne peut pas mettre ſous les
yeux , lors même que ce ſtyle et celui de M. de
Buffon. Alors encore ces objets ont tant de rapports
avec ceux qui nous ſont très familiers , que le Deffinateur&
leGraveur, avec l'attention la plus médiocre
peuvent me les faire voir aiſément. Peu de gens ont
vû le véritable tigre , le tige des bords du Gange ;
mais tout le monde a vû des chats , & en grandifſant
toutes les proportions de la forme du chat ,
entirant ſur ſa robe de larges bandes , celui qui
a vû un chat peut avoir aitement ſous les yeux une
image exacte du tigre du Bengale.
Il n'en est pas de même de la deſcription & de la
peinture de l'intérieur du corps humain ; cet inté
118 MERCURE
rieur eſt fermé à tous les regards : les phénomènes
du monde vivant , quoiqu'ils ſe paſſent en nous ,
ſont plus difficiles à obſerver & à décrire que les
phénomènes de ces mondes phyſiques dont les Képler
& les Newton ont découvert les loix. On ne
les voit point, & rien de ce qu'on voit ne leur refſemble:
voi'à pourquoi ils ſont ſi difficiles à décrire
pour celui qui les connoît le mieux, & fi difficile à comprendre
pour celui qui a le plus d'intelligence ; c'eſt
ici le cas d'employer une expreſſion ſi heureuſement
haſardée par i de Buffon : Ils sont incompréhenſibles
parce qu'ils font incomparables. S'il y avoit un
ſeul animal dont l'organiſation intérieure ſe laiſsât
voir à l'oeil , l'organiſation des autres animaux auroit
beau être différente, elle en ſeroit infiniment plus
facile à peindre & à connoître : ce feroit une choſe
très- bien connue autour de laquelle l'imagination &
la langue placeroient avec beaucoup moins de peine
&toutes les reffemblances & toutes les différences .
Il failoit deux hommes pour vaincre ces grandes
difficultés . M. Vicq- d'Azir lui- même va nous en faire
connoître un .
CC L'exécution d'un projet de cette nature exigeoit
>> le concours d'un Artiſte habile, courageux &
>> patient. M. Briceau, qui me ſeconde dans cette
>> entrepriſe , réunit ces différentes qualités. Ses Def-
>> fins ont mérité l'approbation des Anatomiſtes les
plus célèbres. Aucun obſtacle ne l'a rebuté , ni les
>> dangers qui réſultent d'un ſéjour long- temps pro-
>> longé au milieu d'exhalaiſons putrides , ni le
» dégoût d'un ſpectacle auquel il n'étoit point ac-
>> cou umé. Il a corrigé & recommencé ſes Deſſins
>> avec une docilité extrême , & autant de fois qu'il
>> a fallu pour parvenir à imiter la Nature. Juſqu'ici
ככ les objets ont été meſurés dans toutes leurs
- dimenſions , & repréſentés dans la grandeur qui
>> leur étoit propre..... On s'eſt efforcé de donner à
DE FRANCE.
119
› chaque organe le ton de couleur qui lui eſt parti-
>> culier , en employant un nombre ſuffifant de
>> cuivres,
Pour diriger les travaux de M. Briceau , & donner
au Public louvrage que ce Profpectus nous annonce
, il falloit un homme , conſacré de bonne
heure à toutes les Sciences, dont le corps humain eſt
le ſujet& l'objet; qui eût fait un travail long & tout
neuf fur toutes les parties du corps humain ; qui
eût porté lui-même ſur toutes les parties le ſcalpel
& la loupe , & joignît à l'art de diviſer avec les
inſtrumens & la main , l'art bien plus rare de
diviſer avec l'analyſe , l'inſtrument , pour ainſi
dire , & le ſcalpel de l'eſprit ; il falloit un homme
qui , étant bien perfuadé que toutes les vérités ont
des faits pour baſe , & ne font elles-mêmes que
des faits , fût l'ennemi irréconciliable de tous les
ſyſtemes , & eût cependant le talent de rapprocher
les faits , de les claſſer dans l'ordre ſyſtématique
le plus propre pour les comparer fous toutes leurs
faces, pour les voir facilement ſous tous leurs rapports;
il falloit un homme qui , poſſédant parfaitement
la langue ſavante de l'Anatomie, cette langue
toute grecque que preſque perſonne ne comprend
plus , sût, en l'employant , la traduire par des defcriptions
élégantes & claires de tous les organes du
torps humain, il falloit enfin un homme qui joignît
la pratique de la Médecine aux opérations de
l'Anatomie , qui eût obſervé dans les mouvemens réguliers
de la ſanté & dans les mouvemens déſordonnés
de la maladie , le jeu de tous ces organes dont les
corps morts lui ont laiſſé dévoiler la ſtructure intérieure;
qui attirât plus fortement notre attention ſur
ſes recherches par l'eſpérance d'y trouver des moyens
ou d'aſſurer ou d'étendre notre exiſtence fi incertaine
& fi fugitive.
Ceux qui fauront appercevoir dans ce Proſpec120
MERCURE
tus l'eſprit vraiment philofophique qui l'a dicté ,
croiront que cet homme devoit être M. Vicqd'Azir
; ceux qui ont lû le Recueil de ſes éloges ne
pourront pas en douter.
tota-
Le Recueil de ces Éloges de M. Vicq- d'Azir ,
dont le nombre s'accroît toutes les années , eſt une
des lectures les plus inſtructives & les plus confolantes.
Là , on commence à croire qu'il peut y avoir
une Médecine , & que cet Artfi extraordinaire qui
combat la mort & la do leur n'eſt pas
lement une chimère :là , on voit quelques hommes ,
quelques Médecins remplis de lumières, envoyés parla
Providence comme des anges conſolateurs autour des
lits de ceux qui ſouffrent & de ceux qui meurent :
ces hommes rares dans cette multitude d'opinions
funeftes & homicides qu'on leur a tranfmifes
comme l'art de guérir , ſavent trouver un petit
nombre de vérités utiles ; dans cette multitude
infinie de drogues & de remèdes qu'on mêle enſemble
, comme ſi on vouloit s'oter les moyens d'en
diftinguer les vertus , ils découvrent quelques plaures
que la Nature ſemble avoir fait naître pour nos
maux , comme elle en a fait naître d'autres pour
nos beſoins. M. Vicq-d'Azir , qui peint les vertus de
ces hommes ſi précieux avec cet intérêt qu'on donne
aux choses qu'on révère & qu'on aime , ne rend pas
ſeulement compte de leurs découvertes , de leurs/
vûes ou de lears conjectures; tantôt il les reſſerre
dans les limites de la vérité qu'elles avoient pafſées
; tantôt il les érend , & olles en paroiffent
plus vraies ; il les apprécie toujours avec cette extrême
lévérité naturelle à un eſprit très jaſte , &
néceſſaire dans un Art dont une ſeule erreur peut
donner la mort à des milliers d'hommes. La ſévérité,
ailleurs ſi peu aimable , prend dans ces difcours
le caractère de la bienfaiſance même : chacun
de ceux qui les lit croit voir un ami actif &
vigilant
DE FRANCE. 121
vigilant qui repouſſe loin de lui lui ce qui
peut attenter à la sûreté & à la douceur de la
vie.
Le grand Ouvrage que M. Vicq d'Azir annonce
aujourd'hui, augmentera ſans doute le nombre de
ces hommes bienfaiſans qui ſe rendent digresde
ſes éloges : en faiſant infiniment mieux connoître
le corps humain , il rendra l'art d'en traiter les maladies
moins conjectural ; il dirigéra les obſervations
ſur des points plus fixes , ſur des régions moins cachées
, pour ainſi dire , à la vue ; & l'expérience ,
qui ne faiſoit guères qu'accumuler fes incertitudes .
augmentera le petit nombre des choſes certaines.
Autrefois les Médecins commençoient par ne douter
de rien , & finiſſoient ſouvent par ne croire à
rien : leur crédulité venoit de ce qu'ils n'avoient
rien obſervé , & leur incrédulité de ce qu'ils avoient
tout mal obſervé. Aujourd'hui les Médecins qui pofsèdent
l'art de l'obſervation , ( & c'eſt l'art de toutes
les Sciences , c'eſt l'art unique , ) ne peuvent ni douter
de ce qu'ils voient, ni croire à ce qu'ils ne
voient pas. L'Anatomie de M. Vicq - d'Azir , en faiſant
connoître avec une plus grande exactitude les
organes où ſe paſſent les phénomènes de la vie &
de la mort, en rendra l'obſervation bien moins
difficile & bien plus sûre.
Le defir que mentre M. Vicq-d'Azir de rendre
l'Anatomie une Scierce populaire comme l'Hiftoire
Naturelle , comme la Chimie , n'eſt pas ſeulement
cette ambition du talent qui cherche à ré.
pandre la Science qu'il enſeigne , pour répandre
plus loin ſon nom & fa gloire : l'Anatomie & l'art
de guérir , comme toutes les connoiſſances , doivent
fortir des Ecoles & des Livres dogmatiques pour
atteindre à une certaine perfection , & fur-tout à
une utilité générale. La largue hiéroglyphique des
Sciences efttoujours une langue un peu obfcure pour
Nº. 51 , 17 Décembre 1785.
122 MERCURE
1
les initiés même. Tant qu'ils ne ſe ſervent que de
cette langue , ſon obſcurité naturelle ſe répand plus
ou moins fur leurs idées . Pour les rendre très - claires
pour eux- mêmes, ils doivent donc les rendre dans
la langue que parle tout le monde , dans cette langue
où les mots n'ont pas la prétention d'être ſavans ,
où ils n'ont quelque mérite que lorſqu'ils diſent
quelque choſe , & que tout le monde entend
affez bien pour être sûr qu'ils ne diſent rien lorfqu'ils
ne diſent rien. Locke avoit coutume de dire
que la Médecine ne feroit jamais de grands progrès
tant que les Médecins s'obftineroient à parler latin ;
mais juſqu'à préſent l'Anatomie s'eſt obſtinée à parler
Grec; elle eſt preſque toute Grecque , & c'eſt
pour cela ſurtout qu'elle eſt ſi obſcure pour
tout le monde, M. Vicq- d'Azir lui laiſſe encore
cette langue de ſon berceau qui a dû la retenir
long-temps dans ſon enfance ; mais par ſes deſcriptions
il la traduira dans le françois que nous parlons
, & l'Anatomie , lorſqu'elle parlera françois ,
fera plus claire pour tous les Anatomiſtes ; elle
fera plus claire pour M. Vicq- d'Azir lui-même;
car il ſera obligé de lui donner un nouveau degré
de clarté pour lui faire parler cette nouvelle langue.
Ce n'eſt pas tout Les Médecins ſeuls ne créeront
jamais une bonne Médecine s'ils ne ſont ſecourus
&aidés par les malades. Si les malades ne ſavent
pasdire ce qu'ils fentent , ou s'ils le diſent mal (&
l'une de ces deux choſes ou toutes les deux doivent
arriver le plus ſouvent) , le Médecin manque des
faits les plus néceffaires pour régler ſa marche & ſes
opérations. On dira bien, je le ſais , que les organes
extérieurs apprennent affez au Médecin ce qui ſe
pafſedans l'intérieur , mais cela ne fauroit être vrai ;
pluſieurs maladies très différentes donnent à l'exté
kieur les mêmes ſignes : la fièvre eſt toujours la
frèvre; mais elle peut avoir vingt cauſes diverſes ,
DE FRANCE.
123
lors même qu'elle a les mêmes retours & les mêmes
périodes . On dira bien encore qu'un malade n'a aucun
beſoin de connoiffances anatomiques pour dire
où eſt ſa douleur,& quelle eſt ſa donicur ; mais je
ne croirai pas davantage à cette affertion , quoiqu'elle
ſoit très -ſimple & qu'elle parouffe de très bon
ſens. Quand on n'a point appris à obſerver ſes fonſations
, rien n'eſt plus commun que de les rapper
ter à des parties de ſon corps où elles ne ſe patient
point, rien n'eſt plus ordinaire que de confondre
dans ſes dou'ears la poitrine , l'eſtomac & le basventre
: entendez les vaporeux dans ces longs ré
cits de leurs maux où ils ſe complaiſent tant , on
eſt tenté de les prendre pour des fous , & ils diſent
en effet de véritables folies : c'eſt qu'il leur manque
l'art & les mots , & les connoiffances néceſ
faires pour rendre un compre fidèle des douleurs
bizarres dont ils gémiffent. Un Médecin d'ailleurs
a beau recommander a un malade de ne dire que
ce qu'il fent , ce qu'il fent ne peut pas être rendu
avec les expreſſions de la langue qui est à fon
uſage; il fait ( & il fait mal ) quelques mots de
Médecine & d'Anatomie ; il dira donc qu'il a les
nerfs criſpés & le fang brûlé ! Nous demandons
aux malades , diſoit Gatti , ce qu'ils fentent , & ils
nous apprennent ce qu'ils penfent. Au lieu de parler
comme des malades, ils parlent comme des Médecins.
Il eſt difficile de voir d'autre remède à cet
inconvénient , que de rendre un très-grand nombre
au moins de malades aſſez inſtruits de la manièr
dont le corps humain eſt organiſé , pour qu'i's
ſoient capables de veiller eux- mêmes ſur leurs
organes , & de rendre compte fidèlement de tout
ce qu'ils y fentiront de très- remarquable : il eft
peat être hors de doute que lorſque les connoiffancesanatomiques
feronttrès -perfecti onnées & rèsrépandues
, beaucoup de perſonnes acqueront le
Fij
124 MERCURE
talent de faire connaîne leurs douleurs au Médecin
qui doit les guétir. Que de révolutions , que de
phénomènes des maladies les Médecins ignorent ,
parce que les malades n'ont jamais ſu ni les indiquer
ni les peindre ! En un mot , la Médecine eſt un Art
d'obſervation , & le plus grand nombre des obſervations
ne peuvent être faites que par les inalades ;
il faut donc les mettre en état de les bien faire,
Il eſt hors de doute que plus d'un malade a été
tué pour avoir mal fait l'histoire de ſa maladie.
Les Savans de tous les genres ont trop penfé
qu'eux feuls devoient travailler à l'édifice des
Sciences : pour perfectionner les connoiſſances
humaines ce n'eſt pas trop du genre humain.
Une choſe eſt bien heureuſe, c'eſt qu'à meſure
que les Sciences ſe perfectionnent , elles ſe mettent
à la portée de tout le monde &que tout le monde
alors peut concourir à les perfectionner encore.
Je vais dire une choſe qui paffera peut être
pour une folie : Je ſuis perfuadé que la Phyſique
expérimentale , la Botanique & la Chimie , fi elles
étoient très -bien traitées , pourroient être poſſédées &
cultivées par nos payfans , & que nos payſans n'en
cultiveroient que mieux nos campagnes , mais nous
aimons à croire qu'il faut des eſprits ſublimes
pour comprendre ce que nous comprenons ; &
parce que nous l'enſeignons très-mal , nous penſons
que cela est très difficile à apprendre.
Tout fait eſpérer que l'Ouvrage de M. Vicqd'Azir
préparera une révolution dans l'Anatomie ;
qu'en rendant la connoiſſance du corps humain
plus détaillée & plus exacte , il répandra
cette connoiffance dans un plus grand nombre
d'eſprits; & que cette révolution dans l'Anatomie
pourra être la ſource d'une autre révolution dans
la Médecine.
Nous ne nous ſommes permis ici tant de ré
DE FRANCE.
125
nexions que pour jouir de ces belles eſpérances que
donne l'Ouvrage de M. Vicq d'Azir.
Il est dédié au Roi ; & c'eſt en effet autour
du Trône des Monarques bienfaiſans qu'il faut
raſſembler toutes ces grandes entrepriſes qui ont
pour objet d'améliorer la condition humaine.
«Ces- deux paties , la defeription & les planches
, peuvent suffire à ceux qui cultivent l'Ana-
>> tom'e pour elle-même; mais les perſonnes qui
>> ne s'occupent de cette Science que pour connoître
>> ſes rapports avec la Médecine ou avec la Phi-
>> loſophie ont beſoin qu'on leur repréfente le
>> réfu'tat des deſcriptions , des ufages connus &
>>> le jou des organes, les raparochemens des faits
» & la comparaiſon de la ſtructure de l'homme
>> avec celle des animaux : les diſcours phyſiologi-
> ques qui termineront l'histoire de chaque région
>> rempliront ces vues. D'un côté , l'importance du
> ſujet ne me permettra point d'omettre rien
d'effentiels de l'autre , l'étendue de la matière
>> ime fera toujours ſentir la néceſſité d'apporter
la plus graude préciſion dans chaque article. Je
ferai en peu de mots le tableau des erreurs , c'eſtà-
dire , des ſyſtêmes , & l'application des Sciences
» phyſiques à l'Anatomie ſera le principal ſujer
de mes réflexions. ce
>>>Les Planches paroîtront par Cahier de fix ,
> avec des explications très détaillées : la deſcrip-
- tion des organes qui doit les précéder & les dif-
>> cours qui doivent les ſuivre ſeront publiés ſépa-
>>> rément. ८
>> Quant à la deſcription & autres diſcours ,
ils feront publiés dans des Cahiers in-folio ſé-
>> parés ( même papier & même caractère que les
» premières pages de ce Profpectus ) ,& vendus à
raiſon de 6 fols 6 den. la feuille. "
* On a diminué le prix autant qu'il a été pof-
Fiij
126 MERCURE
fible. Chaque Cahier , composé de fix Plarches
in folio co oriées , de fix autres Planches de
même format , contenant les mêmes figures
* avec le trait ſeulement & les lettres de renver,
*" & de plufieurs pages d'explications , ſera vendu
» 12 livres , prix inférieur à celui que l'on fait
payer pour des Planches relatives àl HiftoireNa-
>> turelle , dont les ſujets n'exigent d'ailleurs pref-
> qu'aucune préparation; tandis que dans les recherches
dont i s'agit le travail de l'Anatomiſte ,
>> qui eſt ſouvent tres long & très difficile,
>> doit précéder & accompagner même celui du
>> Dellinateur.
ود Il eſt facile de préſumer qu'un Ouvrage de ce
genre doit exiger beaucoup de temps & de ſoins ,
aufli je ne propoſe point de ſouſcription : le Pu-
>> blic aime trop fa liberté , & la mienne m'eft
>> trop chère pour lui impofer & pour m'impofer
>> à moi- même des conditions qui pourroient le
>> contraindre , & qu'il me feroit peut- être difficile
* de remplir.
>> Les Cahiers feront annoncés dans les Jour-
> naux, & vendus à mesure qu'ils feront publiés.
>>-On invite ſeulement les Perſonnes qui, après avoir
acheté la première Livraiſon , defiteront ſe procurer
les ſuivantes , à vouloir bien faire inferre
>>leurs noms & leurs adreſſes chez M. Briceau ,
• Deffinateur & Graveur , rue Aubry-le-Boucher ,
à la Perle , chez lequel on pourra voir les Planches
annoncées dans ce Profpectus , & chez les
>> fheurs Didot l'aîné , Imprimeur de cet Ouvrage ,
rue Pavée- Saint-André ; Barrois jeune, Libraire ,
>>>quai des Auguftins , & Chereau , Marchand d'EC
tampes, rue des Mathurins. ود
( Cet Article est de M. de Matalas de Larrefore. )
DE FRANCE.
7
SPECTACLE S.
CONCERT SPIRITUEL.
,
ONNa admiré la facture noble & ſavante
d'une Symphonie de M. Rigel. M. Chardini
a chanté pour la première fois à ce Concert
un Hyérodrame , de la compoſition de M.
Tomeoni nouveau Maître Italien. Cet
ouvrage a paru plaire , on en a fur- tout applaudi
le premier & le troiſième morceaux.
M. Chardini , qu'on voit avec plaifir remplacer
, depuis quelque temps à l'Opéra , MM.
Laïs & Cheron , n'en a pas moins fait dans,
l'exécution de cet ouvrage. MM. le Brun &
Dommnich ont exécuté fur le cor-de- chaffe,
une Symphonie Concertante de la compofition
de M. le Brun. On connoît tout le talent
de cet Artiſte , dont les ſons moelleux.
& touchans ont été bien ſecondés & confraftés
par l'exécution rapide de ſon ſecond.
M. Aldée a joué avec beaucoup d'habileté
un Concerto de M. Viotti , il a été très-applaudi;
& nous ne doutons pas que ce ſuccès
ne l'encourage à faire de nouveaux efforts
pour acquérir encore plus de sûreté , &
une plus grande qualitéde fon. La Symphonie
de M. Hayden , quoique très - connue ,
a été entendue avec tranſport , tant par la
Fiv
128 MERCURE
*
,
perfection delicate avec laquelle elle a éré
exécutée , que parce que les ouvrages de
cet homme unique ont un charme particu-.
lier , qui ſe renouvelle toutes les fois qu'on
lesentend. Mlle. Renaud, accoutumée à exci
ter par tout un enthouſiaſme univerſel , a
produit à ce Concert cet effet ordinaire.
Il eſt impoſſible d'avoir une voix plus belle ,
plus touchante , plus facile , plus étendue
plus égale ; d'avoir une exécution plus rapide
&plus nette, plus de juſtelle& de préciſion,
quand on fonge qu'elle réunit tant d'avantages
à une figure , àune taille charmantes ,
àune phyſionomie intereffante& auffi modeſte
que les moeurs , on eſt étonné que la
nature ait été ſi prodigue de ſes dons dans
unmême Sujet. Des oreilles délicates à l'excès,
ont regretté que Mile. Renaud ait été obligée
d'exercer fon charmant gozier ſur la langue
Italienne , qu'elle n'a pas l'habitude de prononcer
; mais cette obfervation eſt abſolument
independante de ſon talent. Mlle. Renaud
, qui n'a point la manie des paroles
Italiennes , eſt plus faite , qu'aucune autre ,
pour faire rendre à la langue Françoiſe la
juftice qu'elle mérite , & qu'on cherche envain
à lui ravir.
DE FRANCE.
129
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
LE.Vendredi 9 de ce mois , on a donné , ſur
ce Théâtre , la première repréſentation de
Pénélope , Tragédie en trois Actes , dont le
Poëme eſt de M. Marmontel , & la muſique
de M. Piccinni.
Pour donner le plus promptement poſſible
à nos Lecteurs une idée des nouveautés qui
paroiffent fur ce Théâtre , nous envoyons
ordinairement à l'impreſſion notre article
avant que l'Ouvrage ait été repréſenté. Nous
ne pouvons donc parler ni de ſon ſuccès ni
même de fon mérite; nous nous contentons
d'en expoſer le ſujet&d'en tracer le canevas ,
fans y joindre aucune critique , aucun éloge
qui ne prouveroient que notre ſentiment particulier
; nous ne devons au Public que le
réſultat de l'opinion générale ,& nous ne pouvons
le recueillir avant qu'elle exiſte .
Gette méthode étoit celle de l'Homme de
Lettres qui nous a précédés dans cette rédaction.
Elle nous paroît trop ſage , trop conforme
à l'eſprit d'impartialité qu'on doit attendre
de nous pour ne pas la fuivre. Elle
nous laiſſe le temps de raffembler les diverſes
opinions qu'un même Ouvrage fait naître ,
d'en chercher les motifs , de les comparer ,
d'en offrir les développemens au Public , ce
Juge fouverain; & fi nous y joignons la nôtre,
c'eſt en l'appuyant de toutes les raiſons qui
Fy
130 MERCURE
ont fervi à la déterminer , & en la foumettant
de même à ſa déciſion. Nos conclufions ne
font que des doutes ; nous ne nous aviſerions
pas de dicter des loix.
Cette lenteur de jugement eſt plus néceffaire
encore pour un Drame en muli
que que pour tout autre. La muſique eſt
un Art déjà compliqué par lui-même ; quand
ilſe joint encore à celui de la poélie , à une ac
Stion dramatique, à des danſes , à l'illufion du
fpectacle ; quand fon fuccès dépend de la parfaite
exécution de tant de parties différentes ,
de l'art & de l'intelligence des Acteurs , de
Tenſemble des cheoeurs & de l'orcheſtre , de
lajuſte longueur des ballets , dont on ne peut
juger qu'à l'effet , & qui cependant contribue
fifort à l'intérêt , il eſt bien difficile , pour ne
pas dire impoffible , qu'une feule repréſentation
en puiffe donner une juſte idée.
Nous croyons auſſi que nos Lecteurs nous
pardonneront facilement de ne pas prononcer
aveclégèretéfurl'ouvrage d'unhommecomme
M. Marinontel , l'un des premiers Littérateurs
de notre ſiècle , & qui , dans tous les
fiècles , eût obtenu un rang diſtingué ; d'un
homme comme M. Piccinni , l'un des créateurs
de la forme de chant & de ſtyle dramatique
aujourd'hui généralement adoptés , &
qui a contribué fi efficacement à opérer dans
notre ancien ſyſteme muſical la plus heureuſe
révolution.
Le fujer de Pénélope , emprunté d'Homère,
eft affez connu. Troye eſt en cendre
DE FRANCE.
131
2
&tous les Chefs de l'Armée des Grecs font
depuis long-temps rentrés dans leurs États.
Ulyffe feul eſt errant fut les meis , & ne
peut revoir Itaque. La fidelle Pénelope , qui
lui eſt tendrement attachée , éprouve fur fon
fort des inquiétudes d'autant plus vives
qu'elle eft perfécutée par une foule de Rois ,,
ſes voifins, qui veulent lui perfuader que fon
époux n'eſt plus , & l'obliger de ſe déclarer
pour l'un d'eux. Trop foible pour leur réfifter!
ouvertement , elle les amuſe ſous différens
prétextes; enfin Télémaque, leur fils, eſt parti
pour aller s'aſſurer du deſtin d'Ulyffe. A fon
retour qu'on attend , la Reine a promis de ſe
decider. C'eſt ici que l'action commence.
1
Le Théâtre repréſente le veſtibule du pa- :
lais d'Ulyífe , & au-delà une falle où les pourfuivans
de Pénélope font à table. Les plaiſirs
auxquels ils ſe livrent, la joie qu'ils fontéclater
, forment un contraſte avec la douleur
de Pénélope , qui , fur le devant de la Scène.
avec ſes femmes , déplore le malheur de fa
ſituation. Les députés de fon peuple qui gémit
fous l'oppreffion de ces Rois , aggravent en-:
core ſes maux en la preſſant de ſe déclarer.:
Elle s'y engage.
Au retour de mon fils , je ſubirai mon fort ,
N'en demandez pas davantage.
Pénélope attend en effet le retour de Télémaque,
mais ſeulement par une tendre inquiétude
, & parce qu'elle eſpère qu'il lui apportera
des nouvelles de ſon époux. Néfus ,
1
Fvj
32
MERCURE
?
T
l'un des Rois ſes amans , vient augmenter ſes
alarmes , en lui apprenant que fi fon fils arrive
, il mourra victime d'un complot formé
par ſes rivaux , & dont il n'a pas voulu être
complice. Cette mère infortunée implore fon
appui , Néfus ne s'y engage qu'à condition
qu'elle acceptera ſa main. Pénélope eſt au
déſeſpoir :
Mon fils! je ſuis réduite au choix inévitable ,
Ou de trahir ton père ou de te voir périr.
Le choeur prend part à ſa ſituation. Eumée ,
un ancien Serviteur demeuré fidèle à Ulyfſſe ,
vient annoncer le retour de Télémaque , dont
il a vû le vaiſſeau prêt d'aborder. Cette nouvelle
, qui eût comblé de joie Pénélope un.
inſtant auparavant, lui cauſe de vives alarmes ;
Eumée reçoit l'ordre de s'oppoſer à l'arrivée
du jeune Prince , s'il en eſt encore temps.
Agitée par ſes craintes , &uniquement frappée
du danger préſent qui menace ſon fils ,
elle envoie ſa Suivante à Néſus , lui promettre
ſa main , à condition que Télémaque lui
fera rendu. Scène où Pénélope croit entendre
l'ombre de ſon époux lui reprocher la parole
qu'elle a donnée. Les Pourſuivans paroiffent.
Elle leur reproche le complot tramé contre
fon fils , ils s'en défendent , & recommencent
leurs perfécutions.
Cédez, cédez fans crainte
Au plus ardent amour.
DE FRANCE.
133
PÉNÉLOPE .
Vous me glacez de crainte ,
Et vous parlez d'amour !
Elle offre de leur abandonner ſes États & ſes
tréfors.
Seulement avec moi que j'emmèné mon fils ,
C'est le ſeul tréſor d'une mère.
Télémaque arrive. Il annonce la prochaine
arrivée d'Ulyffe , qui doit faire trembler les
Tyrans. La joie de Pénélope & du Peuple , &
les menaces fecretres des Pourſuivans forment
un choeur contraſté qui termine le premier
Acte.
Au ſecond , le Théâtre repréſente un hameau
, où l'on diftingue le vieux château de
Laërte & la maiſon d'Eumée ; on voit la mer
dans l'éloignement.
Eumée annonce à Laërte , père d'Ulyffe ,
le retour de ce fils ſi long-temps attendu.
Cette nouvelle eſt trop chère à ce vieillard
pour qu'il la croie facilement ; Télémaque
vient la lui confirmer. Les Pasteurs des environs
prennent part à ſa joie. Une tempête
s'élève, on voit un vaiſſeau battu par les
vents , & des malheureux qui latent contre
les vagues.
TÍLÉ MAQUE.
Odieux! fi mon père
Couroit ee danger.
134
MERCURE
2
Cette réflexion l'emeut vivement , il vole
avec Eumée & les Paſteurs au ſecours des
paffagers.
Ulyffe vient par un autre côté. Tout a
péri ; feul & fans armes il s'eſt échappé du
naufrage. Il ignore d'abord où il eſt ; il croit
cependant reconnoître une grotte où il avoit
coutume de facrifier aux Nymphes ; elles
paroiffent en effet, lui confirment qu'il eſt à
Itaque , le préviennent ſur les perfecutions
que Pénélope & fon fils éprouvent en fon
abfence , & fur les dangers qu'il couroit en
ſe faifant connoître. Minerve a imprimé fur
fon front les caractères de la vieilleffe ; elles
lui conſeillent de profiter de ce déguiſement ,
& de diffimuler juſqu'à ce qu'il trouve un
moment favorable à fa vengeance.
Télémaque , inquiet pour ſon père , vient
endemander des nouvelles à ce vieillard qu'il
ne reconnoît pas. Ulyffe laiſſe entendre qu'il
a perdu la vie. Les regrets de fon fils & d'Eumée
font une jouiſſance délicieuſe pour fon
coeur. Il n'y tient pas , & fe découvre. On
l'inftruit de ce qui s'eft paffé dans fon abfence,
& tous trois méditent des projets de
vengeance qu'ils ſe propoſent de diffimuler en
faiſant courir le bruit de la mort d'Ulyffe.
L'Acte finit par ce trio.
Au troiſième Acte , Ulyſſe ſe prépare à
revoir Pénélope; mais il ne ſe déclarera point
malgré la vive affliction que la nouvelle de
ſon trépas doit caufer à ce ſenſible coeur. Plus
il lui connoît pour lui de tendreffe , plus il
DE FRANCE. 135
.
doit éviter de lui inſpirer une joie qu'elle ne
pourroit contenir, & dont l'exploſion renverferoit
tous fes deſſeins. Il ne faut pas oublier
qu'il eſt ſans armes,&qu'il ne peut parvenir
à s'emparer des fiennes fans riſquer de ſe
rendre ſuſpect.
Pénélope vient enfin , & veut interroger
le vieillard, qui apporte, dit - on, des nouvelles
d'Ulyffe ; elle ignore encore combien
elles feront funeftes.
. PÉNÉLOP I.
N'a- t'on rien appris de fa bouche
i Qui l'intéreſſe & qui me touche ?
Cette queſtion donne lieu au vieillard de
rendre compte à la Reine des principales
actions d'Ulyffe depuis la ruine de Troye.
Il lui parle de ſon triomphe fur Ajax au
fújet des armes d'Achille, des dangers qu'il a
eſſuyés entre Scylla & Charybde , de fon arrrvée
dans l'Ifle de Circé, & de ſon adreſſe
à éviter ſes pièges, de ſon ſejour plus dan
gereux dans l'Iffe de Calypfo , qui lui propor
foit l'immortalité.
PÉNÉLOPE .
Ah! comment réſiſter aux charmes d'une amante
Qui propoſe un tet prix à l'infidélité ?
Cette converſation eſt interrompue par l'arrivée
d'un des Pourſuivans , qui vient folliciter
de nouveau la Reine , puiſqu'Ulyffe eſt
mort , d'après le récit même du vieillard.
136 . MERCURE
Pénélope , que cette nouvelle déſeſpère , refuſe
d'y ajouter foi .
Vieillard, à m'accabler peut-être on vous engage.
Déjà pour complaire à ces Rois
Des étrangers plus d'une fois
M'ent tenu le même langage.
>
L'homme dans le malheur eſt ſi foible à votre âge.
..
Ah ! vous ne ſavez-pas quel coeur vous déchirez !
ULYSSE.
Reine , vous inſultez àmon abaiſſement.
PÉNÉLOPE.
Bon vieillard , pardonnez : je vous fais un outrage;
,
Mais dans mon coeur en ce moment
Je ne ſais quelle voix en ſecret vous dément,
Ulyffe , pour détruire ſes doutes , lui
montre l'Anneau d'Ulyffe ,&la Reine accablée,
ſe croit trop sûre de ſon malheur. Elle .
ordenne qu'on lui dreſſe un Tombeau. Le
Vieillard dit à Télémaque :
Prince , n'oubliez pas d'y ſuſpendre ſes armes.
C'eſt-là que Pénélope déclare à ſes Amans
qu'elle veut faire un choix; mais ſondeſſein eſt
d'y terminer ſa vie. Le Vieillard s'y oppoſe ,
il lui annonce , de la part d'Ulyffe même ,
une vengeance prédite par ce Héros .
DE FRANCE.
137
Le Tombeau eſt élevé. Pénélope veut que
le Vieillard faſſe ſerment ſur ce Tombeau
même , de la vérité de ſon récit.Il y monte ,
s'empare des armes qui y font ſuſpendues ,
ſe fait reconnoître pour Ulyffe , & fuivi de
fon Fils , d'Eumée & de ſes amis fidèles ,
ſe met à la pourſuite des Tyrans. Pénélope ,
tranſportée de joie , tombe dans les bras de
fon Époux , qui revient bientôt vainqueur.
Un Choeur d'alegreſſe , où les principaux
perfonn ges expriment leurs ſentimens , &
un Baller général terminent le Spectacle.
Nous renfions compte dans les prochains
Numéros , de l'effet de cet Ouvrage , de la
Muſique , & des principales parties de l'exé
cution.
ANNONCES ET NOTICES.
RÉPERTOIRE univerfel & raisonné de Jurisprudence,
Ouvrage de pluſieurs Jurifconfultes , mis en
ordre & publié par M. Guyet , Ecuyer, ancien Magiftrat.
A Paris, chez Viſſe , rue de la Harpe ,&
chez les principaux Libraires de France .
Cet Ouvrage, actuellement complet, eſt compoſé
de dix fept Volumes in - 4º imprimés en caractère
petit Romain, avec des Noves. Le prix eft
de 180 livres , non compris la relieure ni la brochure.
On diſtribue gratis le Profpectus chez le
Libraire.
sa
COSMOGRAPHIE Elémentaire , in - 8 ° . , par
M. Mentelic , Hiftoriographe de Mgr. Comte
238 MERCURE
d'Artois , Cenfear Royal , nouvelle Édition , confidérablement
augmentée de Difcours & de pluſieurs
Cartes & Planches. Prix , 7 liv. 4 fols brochée.
On a fait de cet Ouvrage , fijuſtement eſtimé &
approuvé par l'Académie des Sciences de Paris , une
Edition in - 4 ° . de cont Exemplaires, dont cinquante
ſeulement ſur papier vélin de la Manufacture
de Courralin. Ces cinquante Exemplaires ont
été , depuis l'impreffion , relevés & latinés par les
foins & fous les yeux de M. Réveillon , à ſa Manufacture
du Fauxbourg Saint Antoine. On y a joint
un fort grand nombre de Cartes très bien enluminées.
Prix , 48 liv. brochée en carton.
L'autre Édition , ſur grand raiſin de Montargis
avec les mêmes Cartes eſt du prix de 24 livres. A
Paris , chez l'Auteur, rue de Seine , nº. 27 , Fauxb.
Saint Germain.
CATALOGUE Latin & François des Plantes
vivaces qu'on peut cultiver en pleine terre pour la
décoration desjardins à l'Angloise & des parterres,
auquel on ajoint la liste des Plantes nouvelles quise
trouvent repréſentées dans le grandjardin de l'Univers
, par M. Buc'hoz , Médecin Botaniſte. A Londres;
& fe trouve à Paris , chez l'Auteur , rue de la
Harpe, an deffus du Collège d'Harcour. Prix
2 liv. 8 fols à Paris & par toute la France.
La France connue sous ses plus utites rapports ,
ou nouveau Dictionnaise univerfel de la France ,
dreſſé d'après la Carte en cent quatre- vingt feuilles
de Caffini , par M. Dupain- Triel , Géographe du
Roi, de MONSIEUR & du Département des Mines ,
Cenfeur Royal.
La grande Carte de France de Caflini n'exiſtant
pas encore quand on a publié des Ouvrages fur cerremême
matière , celui que nous annonçons peut être
1 139
DE FRANCE.
d'une plus grande étendue , & par corféquent d'une
plus grande utilité. Il préſentera le tableau du
Royaume ſous les rapports ci-après : 1 °. ſous ſes
rapports géographiques & même topographiques.
2°. Sous le rapport de ſes grands bois & de ſes forêts.
3°. Sous le rapport de ſes chauffées & principaux
chemins. 4°. Sous le rapport de ſa navigation intérieure.
5º . Sous le rapport de divers genres de commerce
établis dans les Villes , les Bourgs & autres
lieux conſidérables. 69. Sous le rapport de ſes Jurifdictiors
eccléſaſtiques ou civiles. 7°. Sous le
rapport de ſa minéralogie. 8 °. Enfin , ſous le rapport
de ſa population actuelle.
L'impreſſion de ce nouveau Dictionnaire ſera
du format in 8 °. Chacun des Cahiers ne comprendra
jamais que les objets renfermés dans la feuille
de Caffini , à laquelle il correſpondra par ſon
numéro ; par conféquent le premier Cahier contiendra
celle de Paris , nº. I : le deuxième , la
feuille de Compiègne , nº. 2 : le troiſième , la feuille
de Fontainebleau , nº. ; : ainfi de ſuite , juſqu'à
ce qu'on ait completté la Généra'ité de Paris; car
c'eſt par Généralités qu'on diviſera le Royaume.
Chaque Généralité aura ſon Dictionnaite particulier
; on ne diftribuera les Cahiers que l'un après
l'autre & ſéparément, afin de laiſſer an Curieux ou
au Lecteur intéreſſé la liberté du choix.
N. B. Dès que l'on ſera parvenu à la confection
entière de ce Dictionnaire détaillé de la
France par Généralités , on réunira tous les Cahiers
qui le compoſeront pour en former un Diction
naire Général en un ſeul Volume qui en fera l'extrait
, & ne préſentera plas , toujours par ordre alphabétique
, que le nom de routesles Vil'es , Bourgs ,
Vi'lages & Abbayes ; la Province où ils ſont ſitués ,
de Dioceſe , la Généralité & l'élection dont ils dé
pendent , avec le nombre de feux qu'on y compte.
140 MERCURE
La première Feuille paroîtra au commencement
de l'année 1786 .
OEUVRE de Plutarque , &Amyot , avec des Som
maires , Notes & Obfervations de MM l'Abbé
Brotier & Vanvilliers , de l'Académie Roya'e des
Infcriptions & Belles- Lerres & par M. l'Abbé
Brotier neveu , en 24 vol. in 8°. & in 4°. avec de
très belles Figures, A Paris , chez Cuflac , carrefour
S. Benoît, vis à vis la rue Taranne.
,
Cette belle Édi ion jouit toujours d'un ſuccès
mérité. Les Notes & Commentares y donnent uu
grand prix. L'exécution Typographique , confiée
aux foins de M. Pierres , premur imprimeur du
Roi , eft recommandabe par lélégance de la compofition
, la netteté & l'égalité du tirage. Les
Figures , gravées d'après les plus habiles Deflinateurs
, ne font pas un ſimple ornement de luxe;
elles repréſentent une des actions la plus éclatante
de la vie même du Héros d'où le ſujer eit tiré.
Il paroît actuellement II volumes de Plutarque ,
dont 6 des Vies des Hommes aluſtres , & s des
Ouvres Morales .
On continue à ſe faire infcrire pour le peu
d'Exemplaires qui reſtent à placer des oeuvresde
Plutarque, avec Figures , à raiſon de 6 liv. 10 f.
par vol. in 8 ° . broc.; 15 liv pour lemême format,
papier d'Hollande , & 27 liv. pour le formar in 4° .
papier d'Annonay , tiré ſur la même juſtification
que l'in- 8 °. Les Exemp'aires , tirés ſur papier dHollande
in 8°. & fur de l'Annonay , in 4º. ſont
avec des figures avant la lettre.
On foufcrit chez le même Libraire pour l'Ouvrage
ſuivant , du même format , & comme
pouvant faire ſuite au précédent : Théâtre des
Grecs , par le P. Brumoy , nouvelle Édition ,
enrichie de très belles gravures , dont la plupart
DE FRANCE.
149
,
des ſujets font tirés des Monumens antiques , &
augmentée de la traduction entière de Pièces
Grecques dont il n'exiſte que des extraits dans
toutes les Edicions précédentes , & de comparaiſons ,
d'obſervations & de remarques nouvelles , par une
Société de Gens de Lettres ; propoſée par ſoufcription
, en 10 ou 12 volumes , grand & petit
in-8 . & in-4° . avec figures. Le prix de la ſouſcription
du petit in-8 . eſt de 8 liv.,& celui dugrand
in- 8°. 12 liv. Le même format , papier vélin
30 liv. , celui de l'in- 4º papier vélin , tiré fur la
même juſtification que l'in- 8 ° . 54 liv.; en recevant
chaque volume, petit in- 8 ° . , on paye 4 liv , & pour
le grand in 8°. 6 liv. ; le même , papier vélin
Is liv. , & 27 liv. pour l'in-4 . , même papier que le
précédent ; l'un & l'autre , avec les figures avant
la Lettre. Quel que foit le format que l'on choifiſſe
, le prix de la Souſcription ſera à valoir ſur
les deux derniers qu'on livrera gratis à MM. les
Souſcripteurs . Les Tomes I & II paroiffent ac
tuellement , & contiennent toutes les OEuvres d'Efchyle
&une partie de celles de Sophocle, Dans le
III , qui paroîtra inceſſamment , & le , IV feront
compriſes toutes celles de ce Tragique.
Nouveau Précis de l'Histoire d'Angleterre depuis
les commencemens de cetie Monarchiejusqu'en
1784 , traduit de l'Anglois , avec des Notes , une
Introduction Géographique & deux Cartes qui ne
font pas dans l'original , nouvelle Edition , petit
in- 12 de 280 pages. Prix , I liv. 10 fol . A Paris ,
chez Belin & Regnault, Libraires , rue S. Jacques,
Ce Précis a le double méite d'être tout-à-lafois
propre à l'éducation de la Jeuneffe , & à rappeler
dans un bon ordre aux hommes verfés dans
l'Hiftoire d'Angleterre les faits les plus intéreſfans,
Chaque Règne offre une Notice bien curieuſedes
142 MERCURE
progrès dans les Arts , dansle Commerce & dans
les Sciences . L'Introduction Géographique , compoſée
par M. Mentelle , a toutes les qualités qui
diftinguent les Ouvrages de ce Savant , l'exactitude
, l'ordre & la clarté.
LES Règles & Préceptes de Santé de Plutarque ,
traduits du Grec par Jacques Amyot, Grand-Aumônier
de France , avec des Notes & des obfervations
de M. l'Abbé Brotier , neveu , in- 8 ° . fig.
A Paris , chez J. B. Cuſſac , Libraire , rue & Carrefour
S. Benoit, vis-à vis la rue Taranne.
Cet Ouvrage , enrichi de Notes intéreſſantes , eft
détaché de la belle Edition de Plutarque publiée par
le même Libraire. On a cru faire plaifir à ceux
qui ne pourront ſe procurer les OEuvres entières , en
leur offrant un Traité auſſi important par ſon objet
que par la manière dont il eſt rempli.
ETRENNES de Polymnie , année 1786. Prix , 3
liv. franc de port par tout le Royaume. A Paris ,
au Bureau de la petite Bibliothèque des Théâtres ,
rue des Moulins , nº. 11 ; Belin, Libraire , rue S.
Jacques , près S. Yves ; Brunet , rue de Marivaux ,
près le Théâtre Italien , & tous les Marchands de
Nouveautés & de Muſique.
Ces Etrennes , qui font ſuite à la petite Bibliothèque
des Théâtres , & que les Souſcripteurs de
cette Collection reçoivent gratis , paroîtront tous
les ans vers le 15 Décembre ; elles ſont compoſées
des plus jolis Morceaux qu'adreſſent aux Rédacteurs
avant le 15 Août les Auteurs, foit de paroles
, foit de Muſique. Ce font des Chanſons ,
Vaudevilles de l'année gravés , ainſi que la Muſique
, qui eſt nouvelle auffi; on y a joint les tinabre
des airs connus ſur leſquels,la plupart des
Morceaux peuvent auffi être chantés . )
ت
DE FRANCE.
143
RECUEIL d'Airs pour la Harpe , Accompagne.
ment de Flûte ou Violon , contenant l'ouverture de
Dardanus & de la Caravane , une Sonate & un Pot-
Pourri pour la Harpe ſeule , par Mme Cléry , de la
Muſique du Roi & de la Reine , OEuvre II. Prix ,
6 liv. A Verſailles , chez l'Auteur , rue de Maurepas ,
Pavillon Teffier ; Blaizot , rue Satory ; Wafflard,
rue de la Chancellerie.
TROIS Sonates pour le Clavecin , Accompagnement
de Violon par M. Muzio Clementi ,
OEuvre XIII. Prix ; 7 liv. 4 fols . A Paris , chez Im
bault, rue& vis-à-vis le Cloître S. Honoré , maiſon
du Chandelier , nº . 573 .
PARMI les Perſonnes qui ſe ſont appliquées à
perfectionner le Rouge Végétal , on doit diftinguer
le ſieur Launoy , qui a fait la découverte d'une nou
vellecompofition dont il eſt ſeul poſſeſſeur , laquelle
rend le Rouge plus beau , & lui donne en mêmetemps
plus de falubrité pour la peau. Il compoſe
auſſi le véritable Blanc de Venise pour blanchir la
peau. Un objet plus effentiel encore , c'eſt que le
fieur Launoy eſt ſeul Auteur & Poffeffeur d'une.
Pommade Végétalepour le teint. Cette Pommade eft
bonne pour enlever le rouge du viſage , elle ôte
en même-temps les taches , boutons & rougeurs ;
& en en faiſant uſage foir & matin
efface les rides & préſerve des coups de ſoleil On
peut l'employer auſſi à la ſuite de la petite vérole
pour empêcher d'en être marqué, ainſi que pour
les engelûres.
elle
Pour éviter la contrefaction , l'on ne trouvera
de ce Rouge , ainſi que les autres objets , que dans
la demeure du ſieur Launoy, rue S. Honoré , bôtel
d'Angleterre, près & vis-à- vis le Palais Royal ;
44 MERCURE
& chez le ſieur Gouret , rue & grand hotel de
Berry , au Marais ; & à Verfailies , chez le Libraire
dans l'eſcalier de marbre,
N. B. Outre les Libraires indiqués dans le Mercure
du No. 45 la Morale des Rois , puisée dans l'Eloge,
ou l'exemple du Père du Peuple, ſe trouve à Paris ,
chez Nyon , rue du Jardinet , & chez Buiſſon , hôtel
deMeſgrigny.
ERRATA . En annonçant la Moutarde que diſtribue
gratis M. Maille , pour les Engelures , nous
avons oublié de prévenir que MM. les Seigneurs &
Curés, dans toute l'étendue du Royaume , peuvent
en faire prendre pour leurs Pauvres ,par.un Corref-
Fondantqui indiquera le beſoin qu'on peut en avoir ,
en s'adreſſant toujours à fon Magaſin, rue S. André
des-Arcs,
TABLE.
AM. le Chevalier de Cu- Dames ,
bières ,
Imitation du Grec ,
ble ,
1e4
97 Les Terriers rendus perpé-
99 tuels , 112
La Rose & l'Immortelle, Fa- Prospectus d'un Traitéd'Ana
ibid. tomie& de Physiologie, 114
Charade, Enigme & Logo Concert Spirituel ,
gryphe, 101 AcadémieRoy. de Musiq.129
Bibliothèque Univerſelle des Annonces &Notices ,
APPROΒΑΤΙΟΝ.
127
139
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 17 Décem. 1 785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 16Décembre 1785. GUIDI,
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 3 Décembre.
ON ne lira pas fans intérêt les particularités
ſuivantes de la mort du Comte de
Creutz , décédé à Stockolm , le 30 Octobre
dernier , ainfi que nous l'avons rapporté.
Il étoit arrivé le 27 Octobre de Dorttningholm
en bonne ſanté & ſe retira chez lui après avoir
paſſé la ſoirée avec pluſieurs amis. Pendant la
nuit , il fut réveillé par des douleurs aiguës qu'o
cafionnoit la goutte remontée. Les Médecins fu
rent appellés & déclarerent d'abord le cas mortel.
Le Roi étant arrivé le même ſoir , S. M. ſe
rendit chez le Comte de Creutz & paſſa pluſieurs
heures avec lui. Le lendemain le mal ne fit qu'empirer
; mais il ne priva le Comte de Creutz de la
connoiffance & de ſa raiſon , que peu d'inſtans
avant ſa mort. Il fit appeller M. Schroderheim ,
l'un des Secrétaires d'Etat de S. M. & prit congé
de lui ſeul avec la tranquillité & la ſérénité d'ame
qui lui étoient particulieres . Il lui dit qu'il voyoit
approcher la mort fans regret & fans crainte ,
N°. 51 , 17 Décembre 1785.
e
fans regret, parce qu'il s'étoit, entoute confcience,
acquitté de ce qu'il devoit à ſon Roi & à la
Patrie; fans crainte , parce qu'il ſavoit que Dieu
étoit bon , & que lui n'avoitjamais été méchant.
Il chargea M. Schroderheim de faire ſes adieux
au Roi . Le Samedi ſoir il y eut une apparence de
mieux qui ne tarda pas à s'évanouir , & les fouffrances
du malade ſe terminerent par ſa mort à
huit heures du matin . Sa maiſon & fon fuperbe
mobilier ſeront achetés par le Roi , qui
yeut conferver ce que ce Sujet rare & fidele avoit
rafiembé à tant de frais. Son buſte & ſa biblictheque
feront placés à Tivoli , ( domaine que le
Roi lui avoit donné près d'Ulrieſdahl , & où il
avoit déjà tracé le plan d'une maiſon de campagne
& d'un jardin anglois , pour lui ſervir de
retraite ) dans un pavillon que le Roi y fera
bâir en mémoire de ceMiniſtre. Il a été enterré
dans l'Egliſe de St. Jacques , univerſeilement
regretté.
Le Prince Jérôme de Radziwill eſt de
retour à Varſovie depuis quelque temps avec
ſon épouſe , née Princeſſe de la Tour &
Taxis. La réunion de ces deux époux a caufé
une joie univerſelle en Pologne ; & l'on y
faitdes voeux pour qu'il en réſulte des fuc
ceſſeurs àlabranche aînée de l'illuſtre Maifon
de Radziwill, dont le Prince Jérôme
fera le chef, après la mort de ſon oncle ,
l'ancien Palatin de Wilna , fi connu par ſes
malheurs durant les derniers troubles de la
République.
Nous avons eſſaié, ditune lettre deCracovie
, du 19 Novembre, un tremblement
de terre , le 12 Septembre à 7 heures du
( 99 )
!
1
matin. Trois ſecouſſes ſe ſont manifeſtées
par des ofcillations des vitres & des meubles
dans les appartemens , & fembloient
partir de l'Oueſt à l'Eſt. Ce phénomene ne
s'étoit jamais fait ſentir ici ; il s'eſt étendu à
une très-grande diſtance de Cracovie , mais
ſans caufer aucundommage.
Le 19 Novembre , le vent étant beau , &
le vent S. O. , près de 200 bâtimens de diverſes
nations firent voile d'Helſingor pour
la mer du Nord; on comptoit dans ce nombreun
bâtiment Danois , Capitaine Langoé ,
allant en Chine.
On apprendde Falkenberg , écrit- on de Stockolm
, que dans l'ouragan du 26 Octobre , un
Yachtallantde Bostad àGotthembourg , & ayant
àbord 56 hommes & 2 femmes , a péri près de
cette derniereVille.On n'a pu ſauver que 12 per-
Lonnes.
Le 24 Novembre , la Princeſſe Frédérique
Elifabeth Amélie de Wirtemberg-Stutgard,
épouſe du Duc de Holſtein Oldenbourg,
Prince-Evêque de Lubeck , eſt morte
ici dans la 21e. année de ſon âge. Cerre
Princeſſe étoit accouchée au commence,
mentdu même mois d'un enfant mort né.
Un Journal de Commerce offre les réſultats
fuivans , exacts ou non , du commerce d'Angleterre
depuis 1740 juſqu'en 1780. Importation
depuis 1740juſqu'en 1750-7,396,609 liv.
Gerl.-Exportation , même époque , 12,309,055 .
Balance en faveur de l'Angleterre , 5,002,446.
=Importation depuis 1750 juſqu'en 1760 ,
8,560,989.-Exportation , même époque ,-
e2
( 100 )
13,829,953 .-Balance en ſa faveur-5,269,964:
Importation depuis 1760 juſqu'en 1770 ,
11,088,711 . Exportation même époque ,
14,841,548 .-- Balance en ſa faveur-- 3,753,837.
-Importation depuis 1770 juſqu'en 1780 ,-
11,760,655 . Exportation, 13,913,245.
Balance en ſa faveur , -2,152,590 .
DE VIENNE , le 4 Décembre.
:
Une Ordonnance ſuprême du Gouverne
ment a preſcrit la ſuppreffion de 23 Couvens
à Gratz & dans le reſte de la Stirie.
On réduira aux deux tiers le nombre de
Religieux confervés dans 27 autres Monafteres
: le nombre des Curés ou Chapelains
ſera de 399 , avec une penſion de 400 flor.
pour les premiers , & de 300 flor. pour les
leconds. Une penſion de 180 flor. eft allouée
aux Moines mendians que l'on conſerve ;
ceux qui feront congédiés jouiront de 250
flor. annuels.
Le 7 de Novembre ſe fit ici l'inauguration fo
lemnelle de la nouvelle Académie de Médecine
&de Chirurgie , établie par l'ordre de S. M. I.;
le Sr. de Brambilla , premier Chirurgien de l'Empereur
, remit à cette occafion aux Profeſſeurs de
l'Académie, des Médailles d'or , qui d'un côté repréſentent
le buſte de l'Empereur avec l'inſcription
ſuivante : Jofephus II, Auguftus : de l'autre
côté on voit l'édifice de la nouvelle Académie
avec cette inſcription :Curandis militum morbis &
vulneribus. On lit dans l'exergue : Academia Medico-
Chirurgica inſtituta Vienne 1785 ......
On lit dans le Public une lettre récente
( 101 )
écrite par l'Empereur au Prince de Kaunitz,
dont voici la traduction :
Mon cher Princes
Vous venez de me féliciter au ſujet de
l'arrivée du courier de Paris avec les préliminaires
de l'arrangement entre moi& les Hol
landois. Je dois vous féliciter à mon tour fur
>> un événement qui , commetous les autres arrivés
fous mon regne , doiten grande partie fon
››développement au zele & aux talens ſupérieurs
» que vous continuez à montrer dans le manie
,, ment du timon de l'Etat. Auſfile ciel ſemble-t-
>> il vouloir reconnoître la part éminente que vous
„ avez à la réuſſite de cette affaire , en vous faifantun
préſent auſſi flatteur pour demain (jour
>> de ſa fête ) . Je vous connois trop pour n'être
pas convaincu que le plaifir que vous en ref-
,, fentez ne fauroit être contrebalancé par tous les
>> préſens que je pourrois vous offrir. Dans notre
, premiere entrevue je vous exprimerai ces ſen-
„ timens plus amplement de bouche ; mais mon
,, coeur étoit trop plein dans ce moment , pour
›, que je puffe en arrêter l'effufion juſqu'à ce
,, temps. Le 28 Septembre 1785 à deux heures
,, après-midi ...
$90,000 voies de bois ont été coupées
dans les forêrs de S. M. I. qui les fait vendre
en cette Capitale , au prix de 8 flor. 10
creutzers la voie.
On rapporte une anecdote récente , qui
atteſte l'attention de notre Monarque à faire
exécuter les dernieres injonctions aux Emploiés
des divers Bureaux.s :
Ceux de la Chancellerie de Boheme , en y
arrivant un de ces jours , furent étonnés d'y trou
e 3
( 102 )
ver notre augufte Monarque qui les avoitprévenus
de quelques minutes. Lorſque tous ces
Meſſieurs furent aſſemblés , le Préſident demanda
à Sa Majeſté fi elle defiroit monter ſur le Tribunal.
Non , répondit le Prince ; je viens ici m'inſtruire ,
je ne veux qu'écouter. Agiſſez en liberté , & comme
ije n'y étois pas , ne faites pas attention à moi.
Après ces mots , il ſe retira près d'une fenêtre où
il reſta cing heures entieres ſans parler. On remarqua
ſeulement qu'il faiſoit des notes fur ſes
tablettes. Peu dejours après, il rendit le même
honneur à la Chancellerie de Hongrie.
On écrit de Pologne la nouvelle abſolunent
invraiſemblable, que le Bacha deChoc-
Lim, craignant pour ſa tête , s'eſt ſouſtrait
au cordon, en abandonnant la fortereſſe ,
&que, ſuivi de soo hommes , il s'eſt retiré
vers Kaminieck. Les avis qui parlent du
cantonnement des troupes , ſous les ordres
du Pacha d'Albanie , ſur les frontieres Vénitiennes
,paroiſſent mériter plus de créance.
Fin de l'Examen de l'Exposé des motifs publiés
par S. M. P.
Quant à tous les autres Etats de l'Empire &
Cours de l'Europe , on ſoumet à leur propre
conſidérationimpartiale & équitable tout cet objet
tel qu'il eſt , & l'on croit , avecpleine confiance ,
pouvoir s'en rapporter aux éclairciſſemens donnés
juſqu'à préſent ,comme à autant de preuves
convaincantes .
» Qu'à Braunau il ne fut , ni ne pouvoit aucunement
être queſtion , de preuve ſur l'admiſſibilité
ou la non-admiffibilité d'un échange
dú Duché deBaviere.
( 103 )
«Que la renonciation , faite de notre côté ,
àtoutes les prétentions ſur laBaviere , n'a pas
la moindre connexion avec la propoſition amis
cale d'un échange entierement libre & volontaire
de part & d'autre: Qu'une défenſe abſoluede
toute eſpece d'aliénation n'a aucunement
été portée par les pactes de la Maiſon Palatine
, & qu'elle est même en contradiction avec
le ſens littéral de ces Pactes . »
« Que , d'après les principes de la Cour de
Berlin même, il doit être libre à tout Etat de
l'Empire , de maintenir ſes pactes de famille ,
ou de les changer du conſentement unanime
de ſes Membres. »
ceQue, ſelon les propres principes de ladite
Cour , cette faculté libre, mentionnée ci-deſſus,
ne peut être reſtreinte de quelque maniere
que ce ſoit , par la confirmation que de tels
Pactes de famille auroient reçue de la part des
Etrangers,»
Que le droit a été accordé à la Maiſon de
Bavere , fur- tout par l'article XVIII de la paix
de Bade , d'effectuer tel échange qu'elle jugeroit
à propos de faire de toutes les poffeffions
ou d'une partie d'icelles . >>
« Qu'en ratifiant formellement & unanimement
le Traité de Bade , l'Empereur & l'Empire
réunis ont approuvé & confirmé l'échange
de la Baviere à être effectué tôt ou tard.
Que par conséquent ni l'effectuation réelle
de cet echange, ni encore moins la propoſition
purement amicale de le faire , ne font une
entrepriſe arbitraire , illégale & contraire à la
conftitution de l'Empire.
Que , les choſes étant ainsi , le traité ap
pelé Traité d'Union , ſe préſente comme u
Ouvrage , qui , d'après tous ſes motifs détails
e4
( 104 )
-
lés , fon but & fa deftination eſt ouvertement
contraire à la conſtitution & aux capitulations
de l'Empire , au Traité de Westphalie , & eft
auffi directement offenfif contre S. M. I. & la
Maiſon Electorale Palatine , puiſqu'il ne tend
dans le fond à plus ni moins , qu'à s'oppoſer aux
Maiſons d'Autriche & Palatine , au cas que tốt
ou tard elles convinflent de faire un échange
de quelques- unes de leurs poſſeſſions : à les empêcher
les armes à la main, par conséquent
à les inquiéter dans l'exécution des droits &
facultés , qui leur fontnon ſeulement communes
avec tous les autres Etats de l'Empire , mais
dont elles ont d'avance , pour elles en particu
lier , la ratification éventuelle même de l'Empereur&
de tout l'Empire; à les troubler enfin
d'une maniere violente , contraite à toutes
les loix de l'Empire , & principalement à l'Ordonnance
publiée en 1673 ſur les exécutions. Cette
Ordonnance érablit pour regle permanente &
inimuable , ce qu'aucun Etat ne doit attaquer
l'autre de fait , ni l'offenſer , ni l'affliger , ni
>>>former contre lui aucune conſpiration ou ligue ,
> ni y prendre part , pour quelque cauſe que ce
>> puiſſe être , ni publiquement , ni ſecrettement ,
ssni par lui-même , ni par d'autres de ſa part .
--Les éclairciſſemens ſusdits étant ébauchés , il
aparu dans les feuilles publiques une déclara
tion de la Cour de Prufſe , ayant pour titre ,
Exposé des motifs qui ont porté Sa Majesté le Roi
de Pruffe à proposer à ses hauts co - Etats de l'Empire,
& à faire avec quelques uns d'entr'eux une
affociation pour la confervation & le maintien de
la conftitutionGermanique .
Cet Exposé ne differe aucunement , quant à
Peffentiel, de la Déclaration que nous avons
alléguée , en y joignant notre réponſe à chaque
( 105 )
paragraphe. On ne remarque dans cette Piece
aucur nouveau principe , mais ſeulement un
peu plus de prolixité & pluſieurs forties remplies
d'aigreur contre la Cour impériale &
Royale.
On fait à ces ſorties l'honneur qu'elles méritent
, en les paffant avec indifférence . Voici
cependant quelques affertions contenues dans
ledit Expoſé , qui ne fauroient être paſſées ſous
filence.
>> Qu'on a fait au Duc des Deux Pants la
déclaration menaçante , que l'échange auroit
> lieu même.contre ſa volonté : ,,
Qu'on ne lui laiſſa que le terme de huit
>>jours pour ſe décider.
>> Que dès ce moment il réclama l'aſſiſtance
>> de S. M. Pruffienne contre un deſſein , auſſi
>>pe>rnicieux pour lui , formé par la Cour Impériale
& Royale.
Si l'ouverture prétendue menaçante avoit été
réellement faite par le Comte de Romanzow
Miniſtre plénipotentiaire de Ruffie , il devoit
en avoir été chargé & en avoir fait ſon rapport
dès qu'il s'étoit acquitté de ce devoir : er dans
les rapports qu'il a faits à ce ſujer , on n'en
remarque non - ſeulement aucune trace , mais
auſſi rien au monde n'auroit pu être plus contraire
à la commiſſion dont il étoit chargé
qu'une pareille menace. Comment est- il donc
poſſible de préſumer , qu'un Miniſtre , tel que
M. le Comte de Romanzow , qui réunit tantde
lumieres , de ſageſſe & de probité , aux autres
qualités perſonnelles qu'on lui connoît , ait pu
faire une démarche fi manifeſtement contraire
à ſes inftructions , & ait déclaré à celui dont
il avoit ordre de rechercher le conſentement
es
( 106 )
d'une maniere amicale , qu'il n'avoit aucunement
teſoin de ce même conſentement.
Il eſt tout auſſi peu fondé qu'on n'ait accordé
à Mgr. le Duc qu'un terme de huit jours.
Ce terme de 8 jours c'eſt lui même qui l'avoit
fixé , & M. le Comte de Romanzow avoit
été renvoyé à ce tems , avec promelle que ,
ce terme écoulé , on lui feroit remettre une
réponſe par écrit.
Ilconvient de remarquer ici en outre une
circonstance eſſentielle , qui mérite d'être connue
; c'eſt que , pendant tout le tems fixé par
Mgr. le Duc pour ſe conſulter, M. le Comte de
Romanzow n'a pas paru à la Cour de Mgr. le
Duc , mais qu'il a atrendu tranquillement à
Francfort la réponſe promiſe , qu'il l'y a auſſi
reque; & qu'enfuite il n'a plus revu Mgr. le
Duc.
Tout ceci démontre bien clairement juſqu'a
l'impoffibilité physique , que ledit Miniſtre a
ufé de ſurpriſe ou de menace contre Mgr. le
Duc des Deux Ponts.
Au reſte ,nous n'examinerons point , ſi Mgr.
le Duc a d'abord reclamé l'aſſiſtance de S. M.
Prufſienne : Mais il doit être à chacun d'autant
plus inconcevable , enquoi peuvent confifter les
véritablesmotifs&les raiſons preſſantes de cette
réclamation , qu'il apert évidemment par ce
qui précede , que toute cette affaire , tant pour
fon exécution , que pour en laiſſer tomber entierement
le projet [ ce qui a eu effectivement
lieu] n'étoit fondée que ſur un oui ouun non ;
dépendant de la libre volonté de Mgr. leDuc.
Depuis le 16 Août juſqu'au 16 de ce
mois , il eſt entré dans l'Hôpital général ,
deux mille neut cents quatorze malades , &
( 107 )
ily en étoit reſté du dernier trimestre onze
cents trente quatre; de ce total deux mille
fept cents trente-trois ont été guéris , &
deux cents quatre-vingt-dix ſont morts.
L'Empereur a envoyé aux malades de cet
Hôpital, fix cents bouteilles de vin du Cap
&d'Eſpagne.
Depuis pluſieurs années , le Prélat Bilanzky ,
Abbé de Goldencron s'eſt occupé à améliorer
l'éducation de la jeuneſſe dans le territoire de
l'Abbaye , à la diriger principalement vers l'utilité
publique , & en général à perfectionner les
divers genres d'agriculture. Il a la fatisfaction
aujourd'hui de voir proſpérer toutes ſes entrepriſes
patriotiques. La jeuneſſe eſt inſtruite gratuite -
ment , non ſeulement dans la religion, la lecture
, l'écriture & le calcul , mais auſſi dans les
bons principes de l'agriculture , dans la maniere
d'élever les arbres,& de les enter , dans la connoiſſance
des herbes ,& de la culture des prés ,
dans l'éducation des abeilles , & dans la pratique
de filer du lin & de la laine. A l'aide de ces
éleves , l'Abbé a planté ſur un district conſidérable
4400 pieds d'arbres fruitiers , & un autre
diſtria a été planté en vignes ; il a encore fait
exécuter uneplantationde bois de pins & de ſaules
fur un diſtrictde 9000 to ſes. La culture de vers
àſoie , & la manierede traiter la foie & de l
teindre eſt auſſi enſeignée àla jeuneſſe. Ce Prélat
fait auffi cultiver l'indigo & la garance , & it a
beaucoup perfectionné la culture des grains .
DE FRANCFORT , lk 6 Décembre.
Uvient de førtir des preſſes del'Impri-
еб
( 108
merie de la Cour de Berlin , une réponſe à
P'Examen des motifs d'une aſſociation , &c.
publié ſous les auſpices de la Cour de
Vienne.
Le Duc Ferdinand de Brunswick eſt encore
à Potsdam , où le Duc Frédéric de
Branfwick , & le Lieutenant Général de
Prittviz ſe font auſſi rendus. Le Major-Général
d'Holzendorf, Commandant en chef
de l'Artillerie , eſt mort à Berlin , le 17 Novembre
, âgé de foixante-dix ans.
Le Duc Fréderic-Auguſte de BrunswickWol
fembutel ayant ſupplié le Roi de Pruſſe d'accorder
au Prince Frederic-Guillaume , quatrieme
fils de Charles Guillaume-Ferdinand , Duc regnant
de Brunswick Wolfembutel , des Lettres
d'Expectative & de Co-Inveſtiture de la Principauté
d'Oëls , S. M. a agréé cette demande
&fait expédier en conféquence les Lettres né
ceſſaires le Octobre dernier.
LesNovembre , les Etats de Heſſe-
Caſſel , le Clergé , les Employés des divers
Dicaſteries , la Bourgeoifie & le Militaire
, ont prêté ferment de fidélité au Landgrave
actuel Guillaume IX.
On affure que la Landgrave douairiere
néePrinceffedeBrandebourg- Schwedt, quittera
Caſſel pour fixer ſa réſidence à Berlin.
Son douaire annuel eſt de 40,000 rixdalers.
i
Indépendamment du rétabliſſement de la
ville deCaffel ruinée dans la guerre ddee ſept
ans , le feu Landgrave fit réparer & conftruire
pluſieurs châteaux & maiſons de campagne ,
( 109 )
l'Académie Caroline , le Lycée , & d'autres
établiſſemens d'éducation. Pour la conflruction
de l'Ecole de la Ville , ce Prince a fourni une
fomme de 18,000 rixdalers , une autre de 20,000
pour l'augmentation du traitement des Regens
& Inſtituteurs , & une ſomme de 5000 pour;
l'établiſſement d'un Séminaire pour la for
mation de Maîtres d'école . C'eſt encore à lui
que doivent leur exiſtence l'Académie de peinture
, la Fabrique de porcelaine , les Foires de
Caffel , la Compagnie de commerce de Carlshaven
, la navigation rétablie ſur la Fulde , les
maiſons de travail , d'accouchemens , des enfans
trouvés à Caſſel & de pluſieurs autres villages.
Sous ſon regne on n'a point établi de
nouvelles impoſitions , même pluſieurs anciennes
ont été fupprimées. Ce Prince a laiſſe ſes
Finances dans le meilleur état , & il a placé
en capital pluſieurs millions de rixdalers . Les
revenus ordinaires de la Heſſe montent à environ
un million & demi de rixdalers ,
On affure que le Comte de Roſenberg
eſt attendu à Mayence en qualité d'Envoyé
extraordinaire de la Cour de Vienne.
L'Electeur de Baviere a donné , dit- on ,
des ordres de lever des troupes ; l'intention
de S. A. E. eſt de porter au complet les
Régimens d'Infanterie & de Cavalerie. Le
complet des premiers eſt de quinze cents
hommes, & celui des autres de fix cents.
M. de Born , Conſeiller de l'Empereur , Directeur
des mines de S. M. I. , &. Membre de
l'Académie des Sciences de Munich , a adreſſé ,
dit-on , au Préſident de cette Académie , une
lettre dans laquelle il lui déclare , qu'en qualité
de membre de la Franc- Maçonnerie , pour
( 110 )
fuftie ſi rigoureuſement en Baviere , &de membre
déterminé à ne jamais ſe ſéparer de cette
eſtimable Société , il doit s'attendre à la punitiondont
font menacés les Franc-Maçons opiniâtres
, & à laquelle feront probablement auffi
aſſujettis les Membres de l'Académie ; qu'en conſéquence
il lui renvoye ſon Brevet d'Académicien
, en le priant d'effacer ſon nom de la liſte de
l'Académie.
On adécouvert , il ya quelque tems , au
dépôt de Blaſſembourg dans le Margraviat
d'Auſpach , un grand nombre de documens
très-anciens concernant le Royaume
de Hongrie. Toutes ces pieces ont été féparées
avec ſoin des autres documens du dépôt
, & envoyées à Vienne par l'ordre du
Margrave.
८
La brochure du Baron de Gemmingen ,
dont nous avons parlé l'Ordinaire dernier ,
eſt intitulée : De l'aſſociation de Berlin pour
le maintien du Systéme & de la conftitution
de l'Empire. Cet Ecrit politique , qui n'a pas
paru ſatisfaiſant à tout le monde , ni furtout
fort en nouveaux argumens en faveur
de l'échange de la Baviere , eſt terminé par
l'eſpece de peroraiſon ſuivante , contre l'af
ſociation de quelques Etats de l'Empire.
» Les Etats de l'Empire jouiſſent inconteſtablement
du droit de former des aſſociations ; mais
la clauſe que , dans la capitulation , les Princes
de l'Empire ont fait appoſer ſi ſagement à la confirmation
de l'aſſociation électorale , doit ſervir
deregle à toutes les aſſociations en général : c'eſt
cettemême clauſe qui fait de l'aſſociation propo
( )
ſéeune ligue illégitime ; une affociation dont le
butprincipal eſtde reſtreindre les droits & privilegesd'Etatsde
l'Empire aufli éminens que le font
lesMaiſons d'Autriche & Palatine ; une aſſociationqui
, dans le fond, ne tend àrien moins qu'a
empêcher , par une ligue commune , la Maiſon
Palatine de parvenir à une grandeur que les circonſtances
lui préſentent,&qu'elle mérite & bien
par les qualités éminentes des Membres qui la
compoſent ;une aſſociation dont , fous prétexte
de conſerver le ſyſteme de l'Empire , on peut
abuſer , au détriment de ce même Empire , bien
plus encore que de l'aſſociation appellée Corporis
Evangelicorum ; une aſſociation qui déclare la
conſtitution de l'Allemagne inſuffiſante par ellemême
, renverſe les loix ſacrées de l'Empire ,
met le Gouvernement entre les mains d'un ſeul
Prince , ſe loue de l'aſſembléedes Etats de l'Empire
,& andantit l'autorité de S. A. E. de Mayenee,
ſi ſagement conférée à un Prince Electeur,
Suppoſons pour un moment qu'un Electeur de
Mayence accede à cette aſſociation ; dès lors le
premier Electeur de l'Empire , qui juſqu'ici fut
leſoutiende notre conſtitution , le digne Préfident
de l'illuftre aſſemblée des Etats , ne ſeroit
plus que ce que feront la plupartdes aſſociés , des
inftrumens ſubordonnés aux vues politiques d'une
puiſſante Cour. Ainſi cette afſociation , qui devoit
maintenir le ſyſtème de l'Empire , en ſappe les
fondemens , reſtreint la liberté de ſes Membres
individuels , affoiblit l'autorité des autres , anéantit
notre conſtitution ,&devientun cruel outrage
pour les Puiſſances qui affuroient le maintien de
notre conſtitution & l'ont priſe juſqu'ici fi fort à
coeur. Elle est une déclaration formelle qu'on regarde
la protection des Puiſſances garantes comme
ſuſpecte ou inefficace ; ſans parler de ce qu'elle
( 112 )
contient d'offenfant pour le Chef ſuprême de
l'Empire » .
Nous annonçâmes , il y a quelque tems ,
une invention de machines propres à rem
placer les foufflets dans les Fonderies , au
moyen de l'évaporation de l'eau , & dont
l'Auteur eſt le ſieur Klipſtein , à Darmſtadt.
La plus petite de ces machines eſt une chaudiere
de cuivre mince de forme cylindrique ; elle
contient 15 chopines d'eau , & eſt fermée par un
couvercle ſphæroïdal. De ce couvercle part en
divers coudes un tuyau de vapeurs de la longueur
de pluſieurs pieds , & auquel font appliqués deux
bou'es. Une de ces boules recueille les groſſes
gouttes d'eau , & l'autre chauffée par le moyen
d'un conduit qui communique à la premiere boule,
rarefie de nouveau les vapeurs & les chaſſe toutes
ſeches , mais chaudes , ſur lecharbon allumé , par
une ouverture d'environ une ligne de diametre.
La ſeconde machine , qui eſt plus grande que la
précédente , eſt de la même conſtruction , & contient
17 pintes d'eau . La force des vapeurs
qui ſortent de ces machines eſt telle qu'en moins
de trois minutes la maſſe des charbons pour un
creuſet de 200 marcs eſt directement allumée ; &
dans ce feu , un lingotde cuivre de l'épaiſſeur
'd'un pouce eſt mis en fuſion en deux à trois minutes
. On a fondu en douze minutes avec la petite
machine cing onces de cuivre , & enſuite du
minerai de cuivre. En continuant enſemble les
deux machines , ona mis en fuſion en quinze minutes
une livre & demie , & en vingt minutes
deux livres & demie de minerai de cuivre ; dans
le même eſpace de temps on a rougi le fer au de
gré propre à être forgé .
( 113 )
:
ITALIE.
DE LIVOURNE , le 16 Novembre. 1
Les lettres reçues ici , & écrites à bord
de la Fama , vaiſſeau commandant de l'efcadre
du Chevalier Emo , font datées du 18
Octobre; elles parlent en ces termes de l'expédition
de l'Amiral Vénitien contre le Fort
de la Goulette. :
Dans la nuit du 3 O&obre , la mer étant tranquille
, on fit toutes les diſpoſitions convenables
, & às heures le feu commença. Nos bâti
mens ayant eiluyé une décharge générale de la
mouſqueterie ennemie , ils y ripoſterent fi
vigoureuſement qu'ils jetterent l'épouvante parmi
les Barbarefques , & les forcerent à ſe retirer
avec précipitation dans leurs parapets.Ontenta
de les déloger entierement de cette batterie ,
mais on ne puty parvenir , parce que leurs travaux
les mettoient à l'abri , & qu'il creva un
obuſfier fur notre troiſieme batterie. Après la
retraite des ennemis , nous apprîmes par unbatiment
François que le nombre des morts & des
bleſſés avoit été conſidérable. Le feu ceſſa à 9
heures , & le Sr. Condulmier reſta pour préſider
aux opérations..
Dans la matinée du 4 , l'obuſier ayant été rac
commodé , & les batteries flottantes & bombar
des ayant pris leur, place , le feu recommença
àla pointe du jour ; mais voyant qu'il ne produiſoit
aucun effet ſenſible , on le fit cefler, Le
8, l'Eſcadre fut rangée en bataille , & l'on fit
avancer les bargues pour attaquer les ennemis
( 114 )
qui n'oferent fortir du goulet.Aonze heures on
commença à jetter des bombes qui , pendant s
heures tomberent dans le camp ennemi , & cauferent
le plus grand dommage à la fortereſſe
même. Les batteries ennemies tiroient ſans interruption
, mais nous nous trouvámes entiérement
à l'abri par la bonne diſpoſition de'nos
Vaiſſeaux. La marée ne permit pas de rien en
treprendre duram les jours ſuivans. Le 17
dans la matinée , on vit ſortir du goulet une
Felouque , avec pavillon de Treve , au devant de
laquelle notre Commandant envoya une Saïque
avec le même pavillon ; mais la Felouque s'en
retourna , frappée d'une vaine terreur, On he
diſpoſoit à recommencer les hoftitités lorſqu'on
vit paroître une Saïque françoiſe qui , comme
neutre, apportaune lettre au Commandant , qui
lui dit , que le Commandant Tuniſien pouvoit
en toute sûreté venir à ſon bord, dans le cas où
il voudroit traiter avec lui. Le 18 , on détacha
un Officier vers un bâtiment François avec
la réponſe ; le Rey envoya tune nouvelle lertre
par une autre Saïque Françoife. En confé
quence de cette lettre, il fut accordé à la Place
une treve de 40 jours , & on dépêcha à Venile
, le Chebec l'Esploratore , pour ſavoir l'in
tention du Sénat.
On apprend de Malte, en date du 20 Octobre
, les circonstances d'un combat meurtrier
entre trois galiotes Maltoiſes & une
eſcadrille Tuniſienne.
Il étoit forti de Tunis une Eſcadre de quatre
Galiottes Barbareſqnes , avant l'arrivée de
E cadre Vénitienne ſur les côtes d'Afrique ; la
petite Aotille de Pirates étoit en courſe dans la
Méditerranée , & n'oſoit ſe préſenter devant Tu
nis poury rentrer ,crainte d'être interceptéepar
lesVénitiens. En attendant de pouvoir regagner
Ieur port , les Tunifiens entreprirentde faireune
defcente dans l'Iſle Rouge , voiſine de l'Iſſe de
Sardaigne. Cette Iſſe eſt abſolument fans défenſe
,& les Barbareſques auroient facilement exécuté
leur deſſein ,s'ils n'avoient été découverts&
apperçus de Cagliari , capitale de la Sardaigne,
Trois galiottes Maltoiſes ſe trouvoient heureuſement
à l'ancredans le port de Cagliari ; les braves
Capitaines qui les commandoient , leverent
l'ancre ſur le champ & mirent à la voile pour
aller chercher les Tunifiens. La petite Eſcadre de
Malte eût bientôt joint l'Etcadre Tuniſienne , &
en l'approchant , lui préſenterent le combat. Le
défi fut accepté & la bataille s'engagea. Le Com
mandant des Infideles s'attacha à la plus petitedes
Galiottes de laReligion , pendant que les trois
autres Galiottes de ſon E çadre combattoientcon.
ue les deux Galioties Maltoiſes. Le Capitaing
Pieteo qui ſe battoit contre le Général Infidele ,
ſoutint tout fon fer avec une intrépidité qui lui
fait leplusgrand honneur & qui lui aſſura la vice
toire. Quoique déſemparé , & que toutes lesrames
de ſa Galiotte fuſſent briſées, ſur le rang à
ſa droite , il ordonna l'abordage. Son Equipage
redoublant de courage à l'approche du danger ,
s'empreſſa d'obéir à ſes ordres ; on fit cinq tentatives
inutiles pour jetter le grapin ; la fixieme
fut plus heureuſe; la Galiotte ennemie fut accrochée
, & l'Equipage Maltois paſſant bruſquement,
le ſabre à la main , ſur le pont du Navire
ennemi , le combat devint meurtrier & ſanglant.
On ſe battitcorps - à-corps pendant long-temps;
enfinàquatre heures &demie de l'après- midi , la
victoire ſe déclara contre les Corſaires ; la Galiote
ennemie fut priſe àl'abordage , & nos deux
( 116 )
autres Galiottes s'emparerent chacune d'une des
autres ; de façon que la victoire a été complette.
La quatrieme Galiotte de Tunis ſe ſauva au
commencement du combat , & on ne l'a plus
vue cc.
Ils'eſt trouvé ſur les troisGaliottes priſes ,
220 hommes d'équipage , ſur leſquels , il y en eut
52 de tués& 32 de bleſlés ; nous avons eu de notre
côté , 6 hommes tués & 5 bleſſés ».
ز ا
DE VENISE , le 15 Novembre.
L'allarme jettée à Tunis par les dernieres
opérations de notre eſcadre , ayant déterminé
le Bey à entrer en accommodement ,
il écrivit en ces termes au Chevalier Emot
Tu te difois mon ami lorſque tu m'apportas,
ilya quelques années , les préſens de laRépu.
blique ; mais je m'apperçois que tu es le plus
cruel ennemi que j'ais au monde , atenda qu'aucunne
m'a fait plus de mal que toi. Si tu difois
alors la vérité , & fi tu veux me prouver que
tu es incérement mon ami, renvoyes ton ECcadre
, reſte ſeul avec ton vaiſfeau , & nous traiserons
enſemble de la paix « .
Notre Amiral répondit au Bey
,ל
>>Que pour le fatisfaire , & pour le convaincre
entièrement qu'il étoit toujours ſon ami,
>> il vouloit bien mettre bas les armes pour le
>>moment , mais qu'il avoit ordre de fa Répu-
>>blique de lui faire la guerre , qu'elle ne lui
>>avoit pas donné le pouvoir de traiter avec lui
>> de la paix , & qu'il alloit écrire ſur le champ
au Sénat pour le deminder ; qu'il accordoit
>>néanmoins une treve de quarante jours; qu'il
>préparât en attendant les propofitions de paix ,
:
( 117 )
>>>mais qu'il obſervat bien qu'elles fuſſent tellas
>> que l'exigeoit la dignité du Sénat , conformes
>> aux circonstances où il ſe trouvoit réduit , &
>> à la grace qu'il recevoit cc.
Le Chevalier Emo écrivit auſſi tôt à la Répua
plique ; il manda que s'il obtenoit la permiſſion
de continuer la guerre , il ſe propoſoit de retourner
à Sfax , étant sûr , par les mesures pris
ſes , de réduire entiérement cette ville en cendres
; qu'il retourneroit encore à Biſerte pour s'y
réparer des dommages les plus conſidérabies , &
que quant à laGoulette , il avoit fait des diſpofuions
, pour pouvoir, ſuivant les circonstances ,
paffer tout l'hiver dans cette rade. Le Sénat après
avoir réfléchi ſur cet article , a accordé unanime
mentau Commandant , le pouvoir le plus étendu
d'hiverner dans l'endroit qui lui paroîtroit le plus
convenable , de pouſſer les opérations militaires
auſſi loin qu'il le voudroit , & de conclure la paix
quand il le jugeroit à propos aux conditions les
plus avantageuſes.
:
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , les Décembre.
Le Parlement qui avoit été prorogé au
premier de Décembre , l'a été de nouveau
au 24 Janvier. Conformément à la derniere
prorogation , le Parlement d'Irlande devoit
auffi s'aſſembler le 22 Novembre dernier ;
mais une proclamation du Lord-Lieutenant
l'a remis au 6 de ce mois .
M. Orde , Secrétaire de la vice Royauté
d'Irlande , a été nommé par S. M. , Mem-
こ
( 118 )
-
bredu Conſeil privé de la Grande-Bretagne
&ya pris place le 23 Novembre.
Le 30 du même mois , il n'y eut ni levera
du Roi à S. James, ni Aſſemblée à la Cour,
à cauſe de la mort du Prince de Mecklen
bourg-Strelitz , le plus jeune frere de la Rei
ne. Quelques jours auparavant , la Cour
avoit pris le deuil du Landgrave de Heſſe-
Caffel.
On eſt occupé actuellement à couper dans
la nouvelle forêtune grande quantité debois
de conſtruction , qui ſera tranſporté au chantier
de Portſmouth ,& placé ſous des hangards
pour le faire ſécher avant de l'équarrir.
Il eſt démontré que le chêne acquiert par
cette méthode plusde qualité,&dure beaucoup
plus long-temps.
On travaille actuellement à Porſmouth à
donner plus de longueur à la calle de conftruction
, d'où a été lancé le Saint George de
28 canons ; aufſi- tôt après , on y poſeraune
nouvelle quille. Les vaiſſeaux , actuellement
ſur le chantier de ce port , ſont le Prince of
Walesde 90 can., leBulwarkde 74, un autre,
également de 74, non encore nommé. On a
ordonné auſſi la conſtruction d'un nouveau
vaiſſeau de 110 can. On répare le Barfleur
de 90 can. , leBedford &le Berwick de 74.
Il paroît que l'intentiondu Miniſtere eſtde
faire évacuer les poſtes ſitués près les lacs qui
ont été cédés aux Américains par le Tra té
de paix , auſſi - tôt qu'il aura été conſtruit
d'autres forts für les frontieres des poſſeſſiors
( 119 )
Angloiſes. Dans ce deſſein , on a fait paſſer
depuis peu pluſieurs Ingénieurs & un détachement
d'ouvriers au Canada ; mais comme
la conſtruction de ces forts doit néceſſairement
prendre beaucoup de temps , les Américains
ne peuvent pas s'attendre à retirer
cette année , ni même l'année prochaine , un
grand bénéfice dans le commerce de fourrures
que ces poſtes commandent aujourd'hui.
LeGouvernement ſe propofe de faire lever
le plan de tous les Comtés de l'Angleterre
; ceux levés précédemment n'étant ni
aſſez exacts , ni aſſez érendus. Celui du Comvé
de Kent a déjà été mis ſous les yeux du
Miniſtere. Il a été dreſſé par pluſieurs Ingénieurs
& autres Officiers d'artillerie , qui travailloient
fous les ordres du Général Roy.
Ces plans ne ſeront pas rendus publics , attendu
que le giſſement des côtes , les lieux
de débarquement & autres détails , dont la
connoiffance pourroit ſervir à l'ennemi en
temps de guerre,y feront indiqués. Un travailde
cette nature avoit été commencé en
Ecoffe , il y a quelques années ; mais les
Ingénieurs qui en étoient chargés , furent
rappellés à l'occaſion de la derniere guerre.
On aſſure qu'il va être repris inceſſamment,
&qu'ony mettra laderniere main.
Le dernier paquebot de la Jamaïque ,
qui en étoit parti le 24 Septembre , a raſſuré
les Intéreſſés au commerce des Ifles , ſur le
fort de nos Colonies.On a appris que l'ou
( 120 )
ragan du 26 Août n'y a pas cauſé autant de
dommage qu'on l'avoit cru d'abord. Le
temps ayant été aſſez beau depuis, les cannes
à fucie ont repris une vigueur , à laquelle on
ne s'attendoit pas , & la Jamaïque ne manquoit
point de vivres , par l'attention que
le Gouverneur & le Conſeil avoient eu de
mettre un embargo général ſur tous les
vaiſſeaux qui avoient à bord au-delà d'une
certaine quantité de proviſions.
Voici quelques détails ultérieurs fur les
effets de cet ouragan , tels du moins que les
rapportent nos Papiers publics.
Le coup de vent a cauſé peu de dommages à la
Barbade.
Une Perſonne arrivée ici ( à la Jamaïque ) de
Saint Domingue , qu'il a quitté la ſemaine der
niere , nous a donné quelques détails ſur les dommages
que le dernier ouragan y a caufés ; les voici
: cet ouragan a commencé le 26 Août , & a
duré juſqu'au lendemain. Les plantations de la
partie ſeptentrionale ont ſouffert conſidérablement
&pluſieurs ont été entiérement détruites. Huit
bâtimens étoient mouillés dans le port de Jérémie
; un ſeul a tenu ſur les ancres , les autres
ont été portés à la côte , mais on eſpere qu'on
parviendra à les relever. Au Cap- François , trois
bâtimens ont péri , & un grand nombre ont été
jettés à la côte. Pluſieurs maiſons ont été fort
endommagées . La ville du Port- au-Prince n'a pas
beaucoup fouffert , mais les vaiſſeaux mouillés
dans leport ont été fort endommagés en s'abordant
réciproquement. Il n'y avoit aux bayes que a brigs
Américains & un bâtiment François ; tous trois
ont
( 121 )
ont péri . A Jacquemel , une goelette Françoife ,
le ſeul bâtiment qui y fut mouillé , a également
péri.
On a eſſuyé à Antigoa un coup de vent qui a
jetté à la côte toutes les petites embarcations
mouillées dans les différens ports de cette Ifne .
Les plantations de l'intérieur ont peu fouffert .
:A Sainte- Croix , preſque toutes les maiſons
ont été renverſées par le coup de vent , & des bâ
timens ontchaſſe ſur leurs ancres .
ASaint Eustache, pluſieurs maiſons ont été ren .
verſees ,&un grand nombre de bâtimens ont été
portésau large.
A Saint Chriftophe , pluſieurs maiſons ont été
renversées , & toutes les plantations ont ſouffert
conſidérablement. Beaucoup de bâtimens ont
échoué ou ont été emportés au large.
On apprend par un vaiſſeau nouvellement arrivé
de Newyork , que vers la fin de Septembre
on avoit eſſuyé dans ces parages pluſieurs coups
devent qui avoient fait beaucoup de dégats dans
le Maryland & la Virginie, au point même qu'on
ne comptoit faire qu'une demi-récolte de tabac ,
ce qui avoit rendu cet article très-rare. Pluſieurs
bâtimens ont été perdus dans la Cheſapeack , entr'autres
, un bâtiment François ,& un bâtiment
Irlandois qui amenoit aux Etats-Unis une quantité
d'émigrans. Plus de cent perſonnes ont péri
dans le naufrage de ce dernier vaiſſeau.
Ces jours derniers le Théâtre de Covent-
Garden a perdu l'un des plus grands Comédiens
de l'Angleterre & de l'Europe , M.
Henderson , mort dans la vigueur de l'âge &
du talent , à l'âge de 38 ans. Il emporte les
plus vifs regrets de fa famille , de ſes amis,
& ce qui acheve ſon éloge , DE SES CONFRENo.
51 , 17 Décembre 1785.
f
( 122 )
AES. Ni jaloux , ni tracaflier , ni avide, ni
baſſementambitieux de quelques ſtupides applaudiſſemens
, il avoit la paſſion de fon art ,
&l'avoit en ame noble. Ses ſuccès foutenus
conſoleroient les amateurs de laperte de Garrick
, fi un grand talent , quoiqu'inférieur ,
pouvoit en conſoler. Ceux qui ont vu jouer
à M. Henderson les rôles de Sciolto dans
Califte , d'Evandre dans la Fille Grecque , du
Roi Léar , du Chevalier Falstaff, dans les
Femmes joyeuses de Windsor , ſe flattent peu
que cethubile Acteur ſoit bientôt remplacé ,
malgré les grandes eſpérances que donnent
pluſieurs ſujets du même Théâtre. On croit
que M. Henderson ſera inhumé dans l'Egliſe
de Westminster , à côté de Garrick .
On trouve dans pluſieurs de nos Papiers
une Lettre authentique ou apocryphe , écrite
à Londres par le Supercargue d'un vaiſſeau
Suédois , en date de Canton , le 25. Février
dernier..
» Le4 du mois dernier , dit ce Supercargue ,
nousavons reçu avis de Hainan , iſle ſituée ſur les
côtes de la Chine , quelques degrés à l'Oueſt de
ce port , que deux de nos vaiſſeaux que nous attendions
depuis fi long-temps , y ſont arrivés ,
&qu'ils ont deſſein d'y paſſer l'hiver : ce ſereit
un événementbien malheureux pour notre Compagnie
& pour le commerce de cette ville , attendu
que ces deux vaiſſeaux ont à bord plus
d'un million de piaſtres dont la circulation nous
procureroit les plus grands avantages ; jamais on
n'a vu dans cette place une auſſi grande difetts
de numéraire. Le commerce en général eſtdé
( 123 )
favantageux , & une quantite d'articles qui don .
noient jadis les bénéfices les plus conſidérables ,
cefferont , je crois , de rapporter beaucoup , le
Gen-Seng , par exemple : le vaiſſeau américain
YImpératrice de la Chine en a apporté une pacotille
fi forte , que cet article eſt tombé au plus
bas prix , & que les perſonnes qui en avoient entre
les mains perdront beaucoup.
On aſſure que les Américains ont le projet
d'envoyer annuellement à la Chine un ou pluſieurs
vaiſſeaux avec une cargaiſon ſemblable ,
compoſée principalement de gen- ſeng , de fourures
, &c. en un mot, de former un établiſſement
à Canton. Il en réſultera que le prix du gen ſeng
ira toujours en diminuant. Je ſouhaite que vos
amis qui ſont en route pour la Chine , n'aient
point ſpéculé ſur cet article. Le vif argent ſe
vend aujourd'hui à perte , les pendules & les
montres font dans le même cas , en vertu d'un
Edit donné par l'Empereur pour ſupprimer les
préſens annuels & d'autres uſages .
Des lettres de Bombay nous apprennent l'arrivée
d'un vaiſſeau impérial deſtiné pour ce port ,
qui apporte plus de cent balles de marchandifes
&une forte pacotille d'horloges & de montres appartenant
à M. Bolts & à la Compagnie de
Trieſte , dont la vente doit afſurer la réuffite de
leur voyage. Je crains fort que ce vaiſſeau ne
faſſe unpauvre retour ; car aujourd'hui il n'y a
plus que de bornes piaſtres méxicaines qui puiſfent
aſſurerune cargaison de retour avantageuſe.
Les deux vaiſſeaux arrivés à Hainan ont apporté
des Lettres d'Angleterre datées du mois de Mai
dernier , plus fraîches de deux mois que les dernieres
dépêches reques en droiture. Ces lettres
ont été apportées au Cap , & remifes à ces vaiſ
ſeaux par le Capitaine Mackintosh , Comman
f2
( 124 )
dant le Huffard , vaiſleau danois. Nous avons
appris par ces lettres que le Ministere d'Angleterre
avoit modéré les droits fur le thé. Cette
opération nous fera le plus grand tort , ainſi
qu'aux autres Compagnies & auxNégocians particuliers
qui étoient intéreſſés dans ce commerce;
mais en revanche , elle ſera très- avantageuſe à
l'Etat , & fur-tout aux Facteurs de la Compagnie
angloiſe des Indes Orientales.
Parmi la quantité prodigieuſe d'articles
deſtinés à être exportés aux Indes-Orientales,
il y a un nombre conſidérable de cartes à
jouer. On en a fait à un ſeul Marchand Papetier
une demande de 300 groffes. On
doit y envoyer aufli une grande quantité
de gants , dont pluſieurs font brodés d'or.
La remiſe d'un gant , dans pluſieurs parties
de l'Inde , eſt toujours regardée comme
une marque d'inveſtiture. Le reſpect pour
les gants n'eſt pas feulement un goût oriental
; car une Dame Angloife , de la premiere
diſtinction , conſerve foigneufement
l'héritage des véritables gants que portoit le
brave Amiral Anglois Bembow , lors de ſon
combat avec le célebre du Caffe .
Il eſt arrivé à Crofton Place , maiſon de campagne
du Chevalier Jonh Briſco , Barronet , un
accident bien malheureux. M. Chriftophe Pat
kin , riche Serrurier de Cariifle , vint à Crofton ,
&demanda le maître de la maiſon, ſur la réponſe
affirmative , il pria le domeſtique de lui donner
enparticulier une plume , de l'encre &du papier.
Ayant été pourvu de ce qu'il demandoit , on le
Laiſſa ſeul ; mais au bout de quelques minutes , le
someſtique ayant entendu l'écho d'un piſtoler ,
( 125 )
accourut dans la chambre de M. Parkin qu'il
trouva devant la table ſe couvrant le front avec
la main. Celui- ci lui dit qu'il avoit été ſaiſi d'uri
étourdiſſement en écrivant , qu'il étoit tombé&
s'étoit bleſlé le front, qu'il répandoit beaucoup
de fang , & qu'il deſireroit avoir un baffin plein
d'eau . Le-domeſtique ſortit, revint fur- le-champ
avec le baffin , & il vit ſur le carreau le malheureux
Parkin qui s'étoit coupé la gorge. En exa
minant le corps , on trouva un piflolet caché fous
la cheminée. On ſoupçonne que s'étant manqué ,
&n'ayant que le front bleſſé , il s'étoit achevé de
la manière expoſée. Le même jour les Magißrats
ayant examinéle corps , déclarerent dans leur rapport
que le défunt étoit attaqué de folie ( lunacy ) ;
tout le monde cependant regardoit cesMarchand
comme un homme d'ordre , riche & d'un eſprit
fage.
2
Une lettre de Quebec du 20 Octobre
rapporte le phénomene ſuivant.
<<<Le Dimanche , 9 de ce mois , entre quatre &
cinqheures de l'après- midi , on éprouva dans cette
ville une obfcurité ſoudaine , d'autant plus extraordinaire
, que l'atmoſphere paroiſſoit en feu : des
coups de vent , une pluie violente ,& un orage de
tonnerre & d'éclairs fuccéderent enfuite à cette
obſcurité ; il avoit gelé très- fort la veille.
« Le Samedi 15 , vers les trois heures de l'aprèsmidi
, l'obſcurité recommença plus fortement
que le Dimanche précédent ; l'horiſon paroilloit
également embrâfé , & l'orage qui ſuccéda àces
ténèbres fut des plus violens.
« La matinéedu Dimanche 16 fut remarquable
parun brouillard très-épais , juſques vers les
dixheures du matin , qu'un vent d'eſt aſſez vif le
diffipa; une demi-heure après , il faiſoit ſi obfcur,
f3
( 126 )
qu'on ne pouvoit lire dans les maisons. Acette
obscurité ſu céderent de nouveaux coups de
vent , une pluie très - forte , & des ténèbres plus
fombres encore ; elles furent telles , que les Miniftres
, dans les EgliſesAngloiſes & Preſbytériennes,
futent obligés de ſuſpendre leurs lectures, juſqu'à
ce qu'on eût apporté des lumieres. Depuis
deux heures juſqu'à trois , il faisoit plus obfcur
qu'à minuit. Les habitans de cette ville furent
obligés de dîner aux lumieres , & pafferent toute
la journée à les allumer & à les éteindre, à meſure
que l'obſcurité augmentoit ou diminuoit ; chaque
nouvelle nuance d'obſcurité étoit ſuivie de cot ps
de vent & d'une pluie violente ; on a remarqué
que pendant la journée du Samedi , deux courans
d'air contraires diviſolent l'atmoſphere ; le ſupérieur
poufſoit vers le nord-ouest des nuées lumineuſes
, & l'inférieur portoit avec rapidité au fud
oueft des nuages très-opaqquueess & très-noirs. On a
obſervé auſſi que la pluie , tombée le Dimanche ,
étoit d'une couleur neirâtre .>>>
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 7 Décembre.
Le Baron de Fock , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préſenté au Roi ,
a eu , le 3 de ce mois , celui de monter
dans les voitures de S. M. & de la ſuivre
à la chaffe.
La Comteſſe de Vérac a eu , le 4 de ce
mois , l'honneur d'être préſentée à Leurs
Majeſtés & à la Famille Royale , par la
Ducheſſe d'Avray..
4 Ce jour , le ſieur Muyart de Vouglans,
( 127 )
Confeiller au Grand-Conſeil , Auteur des
Loix Criminelles de France , a eu l'honneur
de préſenter au Roi un Ouvrage de fa compoſition
, ayant pour titre : Lettre fur le
Systéme de l'Auteur de l'Efprit des Loix , touchant
la modération des peines .
Le 6 , la Marquiſe de Saint Aignan & la
ComteffeduDreſnaydes Roches ont eu l'honneur
d'être préſentées à Leurs Majeſtés par la
Princeffe de Conti; la premiere en qualité de
Damed'honneur,&la ſeconde en qualité de
Dame pour accompagner cette Princefle .
Le même jour , le Marquis de Noailles ,
Ambaſſadeur extraordinaire du Roi près
l'Empereur , Roi de Hongrie &de Bohême ,
de retour par congé , a eu l'honneur d'être
préſenté à S. M. par le Comte de Vergennes ,
Chefdu Conſeil royal des Finances , Miniftre&
Secrétaire d'Etat, ayant le département
des Affaires étrangeres .
Ce jour , le. Margrave d'Anſpach Bareith
a été préſenté , ſous le nom de Comte
de Sayn , à Leurs Majestés & à la Famille
Royale, avec les formalités ordinaires , étant
conduit par le ſieur de la Garenne , Introducteur
des Ambaſſadeurs ; le ſieur de Séqueville,
Secrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des Ambaſſadeurs , précédoit.
DE PARIS , le 13 Décembre.
Le Jeudi , 8 de ce mois , on a fait l'ouverture
d'un nouveau Spectacle, rue de Chartres,
ſubſtitué , ſous le nom de Panthéon , à l'anf4
( 128 )
cien Waux-Hall d'hiver , établi auparavant à
la Foire S. Germain. On fait qu'il exiſte auſſi
un Panthéon à Londres , dans la conſtruction
duquel on a mis tant de magnificence , qu'il
en coûte une guinée aux curieux qui defirent
voir cette falle pendant lejour. Pour rapprocher
le Panthéon Anglois du Panthéon François
, au moins dans la forme & la décoration
de l'édifice , ſeul article à comparer entre ces
deux Spectacles , d'ailleurs abſolument différens
, nous donnerons l'extrait de la deſcription
du nouveau Panthéon de Paris , telle
que l'a publiée une Feuille périodique de
cette Capitale.
La principale face eſt décorée de 6 colonnes
'doriques , fur plattes-bandes & fans baſe. L'entablement
architravé forme à la galerie du premier
étage , un balcon , auquel on communique
par 3 grandes portes- croiſées , ornées d'un petit
ordre ſurun fond liffe , entre leſquelles feront
placées 2 ſtatues , figures allégoriques .
La partie fupérieure eſt éclairée à l'à-plomb des
croisées ; par 3 médaillons ovales , ornés de guir-
Jandes de chêne. Cette façade eſt terminée par un
três-bel entablement à conſoles , au-deſſus duquel
regne un petit attique.
L'eſcalier principal conduit d'abord , à une galerie
d'environ 66 pieds de long , fur 24 à 25 de
large , décorée de 20 colonnesd'ordre corinthien ,
applaties pour gagner de la largeur, foutenant une
corniche architravée , & un plafond peint & rehauffé
en or.
Les 2extrémités de cette galerie font endemicercle.
Le vuide des entrecolonnemens qui les décorent
, figure des boſquets ornés de fleurs arti
( 129 )
icielles, au-devant deſquels ſont placées les ſta
twes de Zéphyre d'un côté & de Vénus de l'autre ,
fur un fond deglace : leurs piédeſtaux ſervent de
poëles pour chauffer la falle.
Trois arcades , pratiquées dans les entrecolonnemens
du milieu , font occupées du côté de la
rue , par des glaces , & conduiſent en face , au
grand fallon du Panthéon : il y a des torcheres
dans les petits entrecolonnemens de l'intérieur.
Le grand fallon , de forme ovale , eſt décoré ,
dans fon rez-de-chauffée , formant ſoubaſſement,
d'arcades peintes en marbre , avec vouſſure en
encorbellement , qui porte des banquettes , & qui
paroît ſupportée par des Termes , dont les gaînes
ſont ornées de guirlandes de fleurs .
Unpromenoir de 7 à 8 pieds de large , permet
de circuler derriere les banquettes , qui regnent
au pourtour , & ferment l'enceinte de la danſe ,
laquelle ſe trouve ſurbaiſſée de 18 pouces , au
moyen de la mobilité de cette partie de plancher..
L'orcheſtre , qui fait face aux 3 arcades d'entrée
, & dont les angles font marquées par des
figures portant ces lumieres , eſt élevé de maniere
qu'on paffe deflous , pour aller à un petit fallon
où ſe réuniſſenties Danſeurs. Aceste poſition fe
trouve un eſcalier à deux rampes , à découvert
, repréſentant un antre , dont l'effet eſt aſſez
pittoreſque.
Les 4 principaux axes de ce fallon ſont percés
: 3 y fervent d'entrée ; & le 4e. communique
au fallon de réunion des Danfeurs .
Les autres arcades forment des Loges ,dont le
milieu eſt orné d'un oranger factice , à droite &
à gauche duquel ſont des glaces qui répetent la
double épaiſſeur de la caiſſe &qui multiplient les
Spectateurs.
f
(130 )
--L'étage ſupérieur eſt ſur le même plan , mais
d'un plus grand diametre : un ordre ionique y
forme une galerie circulaire. Les petits entrecolonnemens
ſont occupés par des glaces , ſur
leſquelles font peintes pluſieurs Divinités de la
Fable; & les grands , ornés de payſages , communiquent
à des dégagemens , ainſi qu'à une gale
riechineiſe.
Leplafond du grand fallon eſt diſpoſé en calotte,
avec quatre grandes & 4 petites lunettes
dans ſon pourtour , qui compofent des Loges
peintes en caiffons , & portées fur les 8 colonnes
ſaillantes , en forme de pendentifs : entre ces
4entrecolonnemens , font placées des figures allégoriques
dorées , tenant des torcheres. Ce plafond
eſt ouvert en lanterne , éclairant la ſalle d'une
maniere mystérieuſe & repréſentant un berceau de
verdure. 1
La galerie Chinoiſe a ſes angles à pas coupés.
Aux extrémités ſont des demi-palanquins
qui paroiſſent entiers au moyen du reflet des glaces
ſur leſquelles ils ſont poſés : on a placé deffous
, des Pagodes. D'autres figures Chinoiſes ,
poſées dans les petits entrecolonnemens de cette
piece , y répandent une lumiere brillante : 28
colonnes Chinoifes en ſoutiennent le plafond , décoré
auſſi dans le goût Chinois.
Sur la totalité du monument , regne une terraſſe
en lames de fer à l'épreuve de la rouille ,
ſuivant le nouveau procédé de l'Artiſte qui ,
depuis 18 mois , en a couvert pluſieurs mai
fons.
L'Artiſte à qui l'on doit les deſſeins decette
Salle , eſt M. le Noir , Architecte , ſous la direction
duquel a étéélevée entr'autres la Salle
actuelle d'Opera , porte S. -Martin .
( 131 ).
Le port de Dieppe vient d'être témoin
d'un nouveau trait de bravoure &d'humanité,
digne d'être rapporté.
Dans un fort grostems,de la matinée du 29
Novembre , les Bateaux de Dieppe , employés à
la pêche du Hareng , ſe diſpoſant à regagner le
Port , un d'eux a eu le malheurde faire côte. Les
Pilotes lamaneurs , n'ofant braver la violence
d'un vent forcé , nord- ouest , le Bâtiment alloit
périr ſans la bravoure d'un nommé Modard","
Maître du Bateau le plus voiſin . Cet intrépide
Marin , accable des plus ſanglans reproches les
Pilotes timides &faute dans un eſquif; ſes menaces
, ſes prieres , le font ſuivre de pluſieurs de ſes
gens : il fait force de rames ,affronte la tempête,
aborde le Bateau prêt à s'entrouvrir , y attaclie
un cable , & , ſecondé de ſes Matelots , que fon
exemple encourage , parvient à lui faire reprendre
vent ; & quoique ſes mats fuſſent fracaffés ,
&qu'il fût privé de ſon gouvernail , il le ramene
glorieuſement dans le Port, au bruit des acclamations
d'un Peuple immenfe.
A peine Modard a-t-il mis pied-à terre , que
le ſieur Paon , beau-pere du Propriétaire dudic
Bateau , vole à lui , l'embraſſe, lui préſente ſa
bourſe , & veut lui faire accepter quelques louis.
Je n'ai rien faitpar intérêt , dit- il avec la franchiſe
des gens de mer ; j'ai fait pour Maître Flambard
tout ce qu'il auroit fait pour moi : & il a perfifté
confiamment dans ſes refus .
Quatre jours auparavant , s'il faut encroire
les affiches.de Normandie , d'où nous tirons
ce fait& le ſuivant,le célebreBouffard & fon
fils ſauverent dans le même port, & avec autant
de courage , 3 hommes & un mouſſe de
l'équipage d'une barque ſubmergée.
f6
( 132 )
:
Un Médecin de la Faculté de Paris ,célébre
par divers Ouvrages pleins d'idées , &
ſouvent d'éloquence , M. Paulet , dit on ,
prépare un livre ſur les champignons , où il
démontrera le danger de cette indigeſte &
meurtriere production végétale ; les faits
journaliers viennent à l'appui des obſervations
de M. Paulet ; voici ce qu'on nous
mande à ce ſujet.
Un Cavalier du Régiment Royal-Pologne , partant
de Niort pour aller en ſémeſtre , s'eſt trouvé
à ſouper au Blanc en Poitou , avec fix autres Militaires
ſémeſtriers . On leur fervit unegigue garnie
de champignons : dès les trois heures du matin
, le Cavalier commença à être malade ; dans
l'intervale des premieres douleurs , il voulut ſe
remettre en route , mais il n'eut pas fait deux
lieux qu'il s'évanouit. On le porte au premier
village où un Chirurgien lui donna quelques
fecours , & le mit en état d'aller juſqu'à Saint-
Gauthier , qui eft à cinq lieues du Blanc : là les
fix autres éprouvèrent une telle indigeſtion , que
Pon fit appeller toute la Faculté des environs ;
le mal reconnu , on leur fit boire beaucoup de
lait , qui paſſe pour être l'antidote de cette eſpèce
de poiſon ; mais tous ces ſecours n'empécherent
pas de mourir unfoldat du Régiment de la Ferre ,
au bout du ſixième jour. Le lendemain un ſecond
le ſuivit. Les cinq autres ont été à toute extrémité
; & celui dontje tiens ce fait , s'étant traîné
d'hôpital en hôpital juſqu'à celui de cette ville ,
eſt encore bien éloigné d'être rétabli depuis plus
de deux mois de fon accident. Ne feroit- il pas
bien à defirer , Monfieur , que l'on rendit les
hôtes reſponſablesde pareils événemens , vú leur
fréquence toutes les années.
( 133 )
3
Le Chevalier de BOHAN , Capitaine au Regi
ment Royal- Pologne , Cavalerie.
Bourg- en-Breffe , 30 Novembre 1785 .
Les Chevaliers de l'Ordre de St. Michel
ſe ſont aſſemblés le 28 du mois dernier au
Couvent des Cordeliers de cette ville , &
ont tenu unChapitre , auquel a préſidé pour
S. M. le Marquis de Jaucourt , Chevalier-
Commandeur des Ordres de St. Michel &
du St. Eſprit ; après un Difcours prononcé
par le fieur Collet , Chevalier , Secrétaireperpétuel
de l'Ordre , tous les Chevaliers ,
le Marquis de Jaucourt à leur tête , ſe ſont
rendus proceſſionnellement à l'Eglife du
Couvent , & ont affifté à la Meſſe de
Requiem pour les Confreres décédés.
Les courses de chars , chantées par les
Poëtes de l'ancienne Grece , & qui faifolent
P'objet principal des fêtes de cette célebre
contrée , font généralement abandonnées
aujourd'hui. Le defir de les faire revivre a
inſpiré à un Amateur la lettre ſuivante , à
laquelle il nous prie de donner cours.
--Les courses de chevaux ſont ſeules en vogue
dansun petit coin de la terre à peine connu de
ces Grecs dont nous venons de parler , & que
les Romains ne regardoient que comme un pays
peuplé de barbares. Cet oubli dans lequel les
courſes de chars ſont plongées depuis fi longtems
, & duquel elles ne ſe releveront peut- être
jamais , tient fans doute à ce qu'il faut plus d'art,
-plus de dextérité pour conduire dans l'arene un
-char attelé de pluſieurs chevaux , que pour en
manier & conduire un ſeul ; mais cette difficulté
n'auroit-elle pas dû , au contraire , engager les
( 134 )
gens riches , ceux qui aiment la gloire , à préférer
les courſes de chars à celles des chevauxe
dans ces dernieres , ils ne font que témoins , &
leur bourſe fait tout.
Quoi deplusnoble , de plusglorieux & de plus
fatisfaiſant que de tenir ſous ſon obéiſſance quatre
brillans & vigoureux couriers , de leur inſpirer
le defir de vaincre , & les trouvant auſſi ardens
que dociles à ſeconder la main qui les guide , les
voir , par l'inquiétude de leurs mouvemens , témoigner
leur impatience & leur ardeur , & au
moindre fignal , déployer leurs refforts , précipiter
leurs pas avec la rapidité de l'éclair, & redoublerde
célérité &d'adreſſe pour devancer leurs
rivaux. Quoi de plus flatteur pour l'athlete qui
les conduit , que de franchir , à l'aspect du but ,
lesdifficultés ſans les appréhender. It efface , par
ſonair d'affurance , la crainte du coeur des ſpectateurs
, qui s'animent , s'agitent& ſe paffionnent
comme s'ils conduiſoient eux-mêmes les chevaux
; il y fait ſuccéder cette joie pure , ce plaifir
qu'inſpire la victoire. Eſt- il un inſtant plus
délicieux que celui d'entendre ces cris de joie &
d'alégreſſe qui proclament le vainqueur , font
voler fon nom de bouche en bouche , & le graventdans
la mémoire des hommes .
La Courſe des Chars eſt le plus beau des ſpec
tacles , elle est bien faite pour émouvoir ceux
qui ſont ſuſceptibles de l'impreffion des grandes
choſes, elle est très-intéreſſanté pour les hommes
quiaiment les chevaux & la gloire ; & le pays
où elle ſera en vogue aura toujours un avantage
réel ſurſes voiſins , ſoit pour le commerce
des chevaux , foit pour endurcir les hommes à
la fatigue , foit pour avoir une cavalerie ſupérieure.
Les courſes ſont utiles à un Etat qui veut
encourager la propagation des beaux chevaux;
ce ſont elles qui ſeules depuis long-tems ont
( 135 )
confervé à l'Angleterre cette prépondérance dans
le commercede ſes chevaux, dont la réputation &
labonté ſontconnues . Les Américains ont ſi bien
ſenti cette vérité ( je me propoſe de la dévelop
per amplement dans un Ouvrage ſur les haras ,
qui va bientôt paroître) , qu'ils ont introduit les
courſes dans les Colonies ; & depuis lors ils ont
créé dans la Virginie &dans le Mariland des che
vaux auffibons qu'enAngleterre.
Mais ſi les courſes de chars étoient introduites
parmi nous , à l'avantage d'augmenter la richeſſe
territoriale , en faiſant naître le goût hyppique
parmi toutes les claffes des citoyens,oonnjoindroit
celui d'ajouter à l'éclat de la Nation , par un
ſpectacle digne d'elle; ſpectacle qui ſemble ſeul
manquer dans un Empire qui réunit tous ceux
qui peuvent être utiles & agréables ; & fans
ambitionner pour le moment d'auſſi ſuperbes
hyppodromes que ceux des Grecs &des Romains ,
il ne ſeroit ni difficile , ni diſpendieux d'en
congruire un dans un emplacement voiſin de
la Capitale , &c.
L'Académie Royale d'Architecture a reçu
en ſa Séance du Lundi , s de ce mois ,
M. de Bourge , Architecte du Roi , d'après
le choix de Sa Majesté , pour remplir la place
vacante par la mort de M. Peyre l'aîné.
L'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres
de Chalons-fur- Marne , tint le jourde Saint-
Louis ſa ſéance publique.
M. de Parvillez , Directeur de l'Académie ,
ouvrit la ſéance par un difcours relatif au prix
qui alloit être adjugé , & dont le ſujet confiftoit
àtrouver les moyens de faciliter & d'encourager les
mariages en France , conciliés avec le respect dû à la
Religion & aux moeurs publiques . Le prix fut ac1136)
:
,
cordé au No. 10 ; dont l'Auteur eſt M. Havard;
Paris & une mention honorable au N°. 5 .
M. l'Abbé de la Lauze , de l'Ordre de Malte ,
eſt auteur de ce dernier Mémoire.
L'Académie propoſe pour ſujet du prix qu'elle
décernera le 25 Acût 1787 :.
Quelsferoient les moyens de multiplier en Champagne
la culture du lin & du chanvre , & d'en fixer
Lapréparation dans la Province , au plus grand avan
tage deſes habitans.
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur de
trois cens livres.
Les Mémoires ſeront écrits en françois ou en
latin, & feront envoyés , avant le ter Mai 1787,
francs de port , à M. Sabbatier , Secrétaire per
pétuel de l'Académie à Châlons- fur-Marne.
L'Académie a déjà annoncé qu'elle adjugeroit
dans ſon aſſemblée publique du 25 Août 1785 ,
un autre prix au meilleur Mémoire ſur la
queſtion ſuivante :
Quels feroient les moyens de prévenir en France ,
&particulierement dans la Province de Champagne ,
la difette des bois , tant de charpente civile , militaire
&navale , que de charronnage , chauffage & autres.
Uneperſonne d'un rang diſtingué avoit remis à
laCompagnie une ſomme de fix cens livres pour
unprix extraordinaire dont le ſujet eſt conçu en
ces termes :
- Quels feroient les moyens d'animer le commerce
dans la Province de Champagne , &particulièrement
dans la ville de Châlons .
L'Académie' n'ayant pas été plinement fatisfaite
des Méinoires qu'elle avoit reçus fur cette
queſtion , avoit remis le prix au 25 Août 1783 , &
de nouveau à cette année ; mais pluſieurs des
concurrens s'étant trompés ſur l'époque de l'envoi
des Mémoires , l'Académie s'eſt déterminée
(137)
àattendre encore une année pour le décerner.
La perſonne bienfaifante à qui elle eſt redevable
de ce prix , a bien voulu y ajouter une nouvelle
ſommede fix cens livres , Ainſi le prix ſera
de douze cens livres .
M. Houel vient de publier le vingt- quatrième
chapitre de fon Voyage pittoresque de la Sicile , de
Malte & des Ifles de Lipari , qui termine & complette
le ſecond volume de cet Ouvrage. Il ne
lui reſte plus qu'à donner le troiſieme & dernier
volume , dont le premier cahier paroît maintenant
, &dont le ſecond , actuellement ſous preſſe ,
ne tardera pas à être publié.
Il ne reſteplus à donner au Public que les pays
de l'intérieurde la Sicile ; M. Houel dirigera ſa
route ſur Léontium , Agoſta & Siracuſe: dela ,
ſuivant le rivage de la mer , il terminera ſes
obſervations ſur la Sicile à la célebre ville d'Agrigente
, où les débris de douze temples antiques
ſubſiſtent encore au milieu d'une foule immenfe
de ruines , dignes d'être obſervées par des
connoiffeurs.
Il joindra à cet ouvrage , & il terminera ce
troiſieme volume par ſon voyage à l'île de Malte.
Cet ouvrage ſera terminé au plus tard à la fin
de l'année prochaine 1786.
L'Auteur a eu ſoin de placer , toutes les fois
qu'il l'a pu ſans nuire à l'exécution , pluſieurs
ſujets ſur une même planche , afin qu'il n'y ait
aucune eſtampe qui ne ſoit remplie. Ainfi le
nombre des livraiſons ,qui devoit être de cinquante
, felon les premieres annonces , ſe trouvera
réduit , par: cette économie , ſans que le
Souſcripteur y perde rien , à quarante , & vrai-
Yémblablementà moins.
On ſouſcrit chez l'Auteur , rue du Coq- Saint-
Honoré, près le café des Arts . Le prix de la
( 138 )
ſouſcription eſt de douze livres par cahier ou
chapitre , dont chacun contient fix planches , &
le texte hiſtorique des ſujets qu'elles repréſentent
, ainſi que les remarques & obſervations
critiques qui ne font pas ſuſceptibles d'être gravées.
Dame Françoiſe - Mathurine Bourru ,
veuve de M. Jacques Briffault , Conſeiller
du Roi , eſt décédée le 20 Novembre 1785 ,
dans ſa 88me, année.
Il eſt à remarquer que le mois de ſa naifſance
a été le même de ſon mariage , de fa
premiere couche , de la mort de fon mari ,
du mariage d'une fille , de la mort d'une
autre , des premieres couches de trois filles
&brus ; elle a eu , dans une de ſes premieres
couches , 7 enfans qui ont reçu le Baptême.
Elle portoit des lunettes , prenoit du tabac
dès ſa jeuneſſe ,& depuis trois ou quatre ans,
elle ne s'en fervoit plus ; l'on préſume qu'elle
pouvoit être une des dernieres de ſa claſſe,
dans la tontine de 1760 ou 1761. Elle laiſſe
40 enfans , petits enfans & arrieres petitsenfans
; elle a conſervé ſa raifon juſqu'au
dernier moment de ſa vie. ( Cette note nous
aété envoyée par un des fils de la defunte.)
:
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 11 Décembre.
Depuis quelques ſemaines on eſt occupé
de l'écoulement des eaux des Polders inondés;
tous les préparatifs de guerre ont dif
(139 )
continué : nos Provinces ſe dégarniſſentde
troupes , tous les Régimens vont rentrer
dans leurs garniſons reſpectives. Les Hufſards
de Wurmſer , les Dragons de Tofcane
, les deux bataillons de Lattermann ont
déjà quitté les Pays-Bas. Les régimens de
Preiff & de Teuchſmeiſler vont ſuivre immédiatement
avec les dernieres colonnes
d'artillerie , &le tréſor militaire. Les navires
armés que les Etats - Généraux faiſojent
croiſer à la pointe de Saftingen & au- deſſous
ſont rentrés dans la rade de Rammekens ,
&ne tarderont pas à être défarmés .
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres.
>>>Une toque degaze àpeu près ſemblable à
>> celle des Basques , avec un fond un peu plus
>>élevé ,& entouré de deux rubans de gaze &de
foie , bouclés en chaînons , font les coëffures
>> à la mode à Paris. Les cheveux liſſes & pen
>> dans couvrent le front &les faces , à-peu-près
> comme ceux des Jockeys. Cela s'appelle coëffe
ala captif; mais , dans le fait , la mode en
>> vient de quelques portraits en cire de Georgien
>> nes , que l'on voit coëffées ainſi dans le cabinet
>> de Curtius. On fait auffi uſage de ce nouveau
>> coſtume dans l'Opéra de la Caravanne. Les
>>hommes portent , aujourd'hui , des habits de
>drap d'une couleur ſi drôle & fi bariolée , qu'on
>> a donné à cette nouvelle mode le nom
d'Entraves de Procureurs . ( Nouv. 'd'All. nº.
." ) סמ162
ceLa Pyramide , dont on a parlé en 1783 , à
élever , pour conſacrer le départ des ſieurs
(140 )
Charles & Robert , partant des Tuileries , &
>> voyageant au travers des airs , doit être inceffamment
conſtruite à Paris , ſur le cours de
la Reine , entre les Champs- Elifées & la Seine.
> Les fondemens de cet édifice plongeant dans
>>>l'eau , marqueront la hauteur de la riviere ,
55 tandis que l'obéliſque atteſtera à la poſtérité un
>> voyage aérien , qui n'eſt point fabuleux ,
> comme ceux de Dédale , de Persée , de Bel-
> lerophon . Le pont de la place Louis XVest éga-
>> lement décidé . ( Ibid. ) » .
Ce n'eſt point fans la plus grande ſurpriſe ,
qu'on voit ici ( Berlin ) les fauſſes nouvelles ,
>> qui ſe répandent dans divers Papiers publics ,
>> même dans ceux qui s'attachent le plus ſcrupu-
>>>leuſement à écarter de leur rédaction ce qu'il y
a de peu vraisemblable ou de hazardé parmiles
bruits du jour. La plupart de ces avis controu-
>vés ſont tirés de lettres , datées de Paris ou- de
Vienne. Il faut donc qu'il y ait dans ces deux
>>places des perſonnes, qui ſe plaiſent à ſervir
>>> leur parti ou à favoriſer leurs inclinations parde
>>p>areilles fabrications. L'on peut aſſurer que la
>>C>our deVerſailles n'a point offertde médiation
>> relativement à l'affaire de l'échange de la Ba-
>> viere , non plus que celle d'Angleterre ; que le
>>Roi de Pruſſe n'a demandé à cet égard aucune
>>>afſurance de celle de Vienne ; que S. M. P. n'a
>> point fait de propoſitions à l'Impératrice de
>>>Ruffie , au ſujet de la confédération Germani-
>> que ; qu'Elle ne ſonge point à envoyer une
>> perſonne qualifiée à Pétersbourg ; que dans les
>> Cabinets , qui nous ſont connus , l'on ne négo-
>>>cie ni fur l'élection d'un Roides Romains , nifur
>> le neuvieme Electorat . Nous eſtimons ici , que ,
» comme les deux Cours Impériales ont déclaré
>> ne penſer qu'à des trocs volontaires de la Baviere,
( 141 )
2>&que notre Cour ( de Berlin ) a l'afſurance des
>> Princes Palatins , appuyée par l'aſſociation ,
>>>qu'ils ne veulent ſe prêter d' aucun échange volontaire
, il n'existe aucun démêlé réel entre les
>>>Cabinets de Vienne & de Berlin , mais ſeule-
>> ment une différence d'opinions ſur un projet
éloigné & ſpéculatif, pour lequel certainement
>>> ils ne voudront pas commencer une guerre «.
(Gazette de Leyde , nº. 97. )
DICTIONNAIRE DE POLICE,
Parmi la foule innombrable de livres que
chaque jour voit paroître , on do't diſtinguer
ceux qui ont un but utile. On doit fur tout accueillir
favorablement les ouvrages qui peuvent
contribuer au bien public & au bonheur des citoyens.
Nous croyons donc que nos Lecteurs nous
ſauront gré de leur annoncer le Profpectus , qui
vientde paroître ,d'un Dictionnaire univerſel de
Police nationale & étrangere. L'Auteur de cet
Ouvrage , M. Deſeſſarts , Avocat , Membre de
pluſieurs Académies , s'occupe depu's dix ans
de cette vafte&utile entrepriſe. Le premier volume
eſt ſous preſſe , & il doit paroître dans le
courant de Janvier prochain . Nous ne pouvons
mieux faire connoître le plan de l'Auteur qu'en
tranſcrivant quelques morceaux de fon Profpectus.
« Quel eſt le but , dit-il , des fonctions des
Magistratsde Police ? Hs doivent maintenir l'ordre&
l'harmonie , procurer l'aiſance & la commo
dité , prévenir les abus & les réprimer par des
exemples utiles ; ils doivent enfin faire le bonheurd'une
population immenſe, ſans que chaque
particulier s'apperçoive , pour ainſi dire , qu'une
Providence terrestre s'occupe ſans cefle de lui.
C'eſt dans les Capitales , & fur-tout dans Paris ,
que les fonctions du Magiſtrat de Police font
grandes , importantes & difficiles. Il faut , pour
20 ( 142 )
les remplir , uneréunion de qualités précieuſes,
&de talens rares . La connoiſſance des Loix , une
attention ſuivie, & le deſir de faire le bien ſuffiſent
pour former un Lieutenant de Police d'une
-Ville de Province ; mais le Mag ſtrat de Police
de la Capitale a une carriere bien plus vaſte
à parcourir. C'eſt à lui , en effet, qu'un million
d'habitans doit l'ordre & l'harmonie ſi néceſſaires
à leur bonheur. Auſſi ne peut-on mieux comparer
les avantages de cet établiſſement fublime qu'à
ceux qui réſultent des mouvemens des corps céleſtes
. L'homme jouit des effets attachés à leur
régularité ſans en conncître la cauſe , comme
P'habitant de la Capitale jouit des bienfaits du
Magiftrat de Police ſans connoître ſes peines &
fes travaux.
Après avoir tracé le tableau des fonctions du
Magiftrat de Police , & fait une analyſe abrégée
du travail immenſe du Traité de la Police , du
Commiſſaire de Lamarre (analyſe qui prouve
une longue méditation de cet Ouvrage impertant
, & qui annonce un Jurifconfulte capable de
l'apprécier ) , M. des Effarts rend compte du
p'an qu'il a ſuivipour rendre ſon Ouvrage toutàla-
fois curieux ,intéreſſant &utile . La nomenclature
, dit- il , du Dictionnaire univerſel , qu'on
annonce , renfermera tous les mots qui ont des
rapports direts on indirects avec la Police : ainſi
l'on peut dire que ce ſera une véritable Encyclopédiede
Police , puiſqu'on y raffemblera généralement
tout ce qu'il eſt eſſentiel de connoître ,
tout ce qu'il eſt agréable de ſavoir ſur l'adminiſ
tration de la Police.
<<L<esMagiſtrats, les Juges&les Officiers de
Policey trouveront tout ce qui a rapport à leurs
charges & à leurs fonctions.
La proſpéritédu commerce étantun des ob
( 143 )
jets les plus importans de l'adminiſtration de la
Police , on a rapporté tout ce qui concerne chaque
Corps & chaque Communauté d'Arts &
Métiers.
: >>>Le Dictionnaire de Police renfermera enfin
une multitude d'articles hiſtoriques ſur la Police
desNations tant anciennes que modernes . Tout
cequi a été écrit à cet égard mérite la confiance
des Lecteurs , puiſqu'il a été tiré des ſources les
plus reſpectables. Cette partie , abſolument neuve,
doit d'autant plus piquer la curioſité , qu'elle
necontiendra point des romans , mais l'hiſtoire
véritable , plus ou moins étendue de la Police de
preſque tous les Peuples. Ainsi , avec le ſecours
de ce Dictionnaire , on réunira toutes les connoiffances
nationales & étrangeres , utiles &
agréables qu'on peut deſirer ſur la Police.
On n'exige d'autre avance des Souſcripteurs
que cellede to liv. pour le paiement du dernier
volume qui leur ſera délivré gratis . Chaque vo
lume ſera compoſé de quatre-vingt feuilles in 4 .
àdeux colonnes , & l'on ne le paiera que lamême
ſomme de to liv. Ceux qui n'auront pas ſouſcrit
paieront l'Ouvrage un quart de plas que le prix de
la ſouſcription. On foufcrit chez Moutard , Imprimeur
de la REINE , rue des Mathurins , hôtel
deCluny.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS .
Grand Chambre .
Bains chauds , à 1 liv 4f. fur la viviere de SEINE.
Plus les établiſſemens font utiles , plus ils
éprouventde contrad Gions. Les Bains chauds ,
diſtribués chez quelques Baigneurs de Paris , coutoient
autrefois 6 liv. 12 f. par perſonne ; ce prix
exceffif ne pouvoit convenir qu'aux riches. Le
Geur Poitevin cut l'idée d'en établir de pareils fur.
( 144 )
la riviere de Seine, à 2 liv. 6 f.; il obtint un
privilege pour vingt- sept ans , & ſa ſpéculation
eut tout l'effet qu'il s'en étoit promis ; mais
comme le bien n'exclut pas le mieux , & que
lesgens peu fortunés ſont en grand nombre , &
d'une bien plus grande utilité que les riches , ils
méritent qu'on s'occupe d'eux , & qu'on les faſſe
jouird'un avantage que des peuples éclairés ont
mis au rangdes premiers beſoins. Le ſieur Cuignarda
fuccédé au ſieur Poitevin ; il ſavoit que le
Bureau de la Ville s'occupoit de former un établiſſement
de bains chauds à i liv. 4 ſ. Le ſieur
Cuignard ademandé la préférence pour, exécuter
un projet auſſi utile; & ſous les auspices du
Corps Municipal , il a obtenu le privilege d'éta
blir cesbains entre le pont Neuf&le pontRoyal,
&à lapointe de l'ifle S. Louis. Les Maîtres
Perruquiers-Baigneurs & Etuvistes de la ville de
Paris ant formé oppoſition à l'enregiſtrement des
Lettres-Patentes obtenues par le ſieur Cuignard ;
lour intérêt perſonnel étoit , comme on peut le
croire , ce qui les touchoit le plus , & c'eſt aufli
le moyen principal de leurs défenſes. Mais les
Magiftrats qui ne perdent pointde vue la choſe
publique , qui la défendent avec zele , & qui
écartent fans ceſſe tout ce qui peut lui nuire ,
n'ont pas adopté les moyens des Baigneurs ; &
parArrét rendu le 7 Septembre 1785 , la Cour a
débouté les oppoſans de leur oppoſition , & a ordonné
qu'il feroit paſſé outre à l'enregistrement
des Lettres-Patentes.
ERRATA.
7
?
Page79 du dernier Journal , lig. 15 , l'Angleterrien
, lifez l'Anglomanie, Pag. 87, lig.29,
1705 , lifez 1785 .
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 24 DÉCEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LESVERS-A- SOIE , Traduction du
Septième Livre du Prædium Ruſticum.
QUAUANNDD l'arbredeThisbé, reprenant ſaparure,
Promet au Ver-à-Soie une riche pâture ,
Hâte-toi , jeune fille; en des réduits heureux
Qu'une douce chaleur faſſe éclore les oeufs .
Veux-tu que de ſes dons l'infecte t'enrichiffe ,
Veille à tous ſes beſoins & foigue fon hofpice ?
Que ta main avec art lui dreſſe un lit nouveaus
Que de paisibles toits protègent ſon berceau ;
Du ſouffle des Autans garantis ſes retraites ;
En eſpaces égaux diſpoſe des tabletses ;
Courbe en voûte l'aſyle où le Ver à nos yeux
N°. 52 , 24 Décembre 1785 .
:
146 MERCURE
File , arron dit , ſuſpend ſon tiffu précieux ;
De l'avide ſouris écarte le ravage ,
Et préſerve leſſaim de meurtre & de pillage.
QUAND le Ver eſt éclos , quand de ſon foible corps
Unléger mouvement anime les reſſorts ,
Tandis qu'à moins de frais on nourrit ſa jeuneſſe,
Conſacre à ces emplois les loiſirs qu'il te laiſſe ,
Lorſqu'au loin répandu l'élève grandiſſant ,
Dévore un tendre mets ſans ceſſe renaiſſant,
A peine ſous tes loix une famille entière
Fournit à ſa pâture & ſoigne ſa litière,
FAIS choix pour le nourrir du mûrier le plus vieux,
Lorſqu'un nuage ſombre , obſourciffant les cieux,
S'élève , s'épaiflit , & lentement s'avance ,
Pour des jours pluvieux recueille avec prudence,
Toi , dant l'oeil inquiet veille fur les rayons ,
Toi qui répands la feuille , écoute mes leçons :
Și le froid a ſaiſi le feuillage livide ,
Si l'Auſter l'a mouillé de fon haleine humide ,
Redoute fon poiſon , attends que la chaleur
L'épure en le ſéchant , ranime ſa couleuri
Qu'alors , pour appaiſer une faim dévorante ,
La graiſſe exhale au feu ſa vapeur nourriffante.
VOIS -TU des Vers languir , expirer à tes yeux ?
Qu'un lit nouveau détourne un mal contagieux.
Viens tu de rejeter une ancienne pâture
DE FRAIN CE. 147
Hâte- toi d'y ſemer une fraîche verdure .
L'inſecte recelé ſort preffé par la faim ;
Ala feuille nouvelle il s'attache ſoudain ;
Alors ta jeune main l'emporte avec ſa proie.
Un peuple immenſe enfin ſous tes yeux ſedéploie,
Et ton art le partage en divers bataillons.
Morphée accable-t'il ces frêles nourriſſons ?
Tu changes leurs rayons & leur lit de feuillage
Tu ſauves leur repos des fureurs de l'orage.
产
Lorſque plein de vigucur le reptile vermeil
S'éveille & briſe enfin les chaînes du ſommeil ,
A l'ouvrage dès- lors invite-le toi-même ;
Retranche par degrés le feuillage qu'il aime,
Etqu'entre des rameaux adroitement placé ,
Il monte & file un or fans ceffe entrelacé.
¿
QUAND l'animal tranquille a fermé ſa paupière;
Seul il yeille , & le ciel qui borna la carrière ,
Du ſommeil quatre fois lui verſe les pavots ;
En élevant la tête , il goûte un doux repos ;
Juſqu'au troisièmejour ſon corps eſt immobile'
Le Ver d'un long ſommeil s'éveille plus agile.
Dès que ſa faim dévore un nouvel aliment ,
Les tablettes aa loin murmurent fourdement.
Tel eſt le bruit des toits lorſqu'épanchant ſon onde;
Le ciel fond en torrens ſur les champs qu'il inonde.
7
MAIS déjà pour le Ver la vie eſt un fardeau ;
Il languit, il s'apprête à bâtir fon tombeau.
Gi
148 MERCURE
Monté ſur le branchage , il s'élève , il s'abaiſſe ;
Son corps jaune en longs plis ſe joue avec ſoupleſſe ,
Et par les brins légers qu'il enlace aux rameaux ,
Ourdit les fondemens de ſes heureux travaux.
JEUNES filles , priez pour écarter l'orage .
Si la foudre à grand bruit déchire le nuage ,
Pleurez vos ſoins perdus'; du Ver épouvanté
L'ouvrage eſt ſuſpendu,l'aſyle eſt déſerté;
Il s'enfuit plein d'effroi fous la feuille prochaine ,
Et de ſes fils briſés ne pourſuit plus la chaîne.
:
DRESSÉ ſur un rameau , quand le ciel eſt ſercin,
Ikrépand à loiſir les tréſors de ſon ſein .
En unglobe alongé l'ouvrier plein d'adreſſe
Arrondit un fil d'or qu'il prolonge ſans ceſſe;
Ainſi que lepoiſſon ſous le voile des eaux ,
D'abord on le découvre à travers ſes réſeaux;
Il ſe courbe , il s'étend , va , revient , s'entrelace ,
En cercles redoublés ſe replie avec grâce ,
Épaiſſu par degrés les murs de ſa priſon ,
Etdiſparoît enfin ſous ſa riche toiſon,
Dans ſon réduit obſour l'induſtrieux reptile
S'épuiſe en pourſuivant une trame docile.
D'UNE oreille attentive épions déſormais
Des travaux qu'à nos yeux voile un nuage épais.
Quand l'ouvrage eft fini , quand le tumulte ceſſe.
Des ramcaur jauniſſans dépouillons la richeſſe.
:
DE FRANCE.
BIENTÔT le Ver, laſſé de vivre loin du jour ,
S'échappe impatient d'an ténébreux ſéjour.
Il admire l'émail de ſes brillantes aîles,
Etſon front couronné de vives étincelles..
Mais aux vagues de l'air , qu'il tremble d'eſſayer ,
Le nouveau papillon n'oſe ſe confier ;
Et , plein du ſouvenir de ſa naiſſance obfcure ,.
Il s'étonne , frémit , bat de l'alle &murmure.
Tranquille, dédaignant le plus léger repas ,
Sur untapis lugubre il attend le trepas .
Revivre en ſes enfans eſt l'eſpoir qui le touche;
Il cherche une compagne & l'admet à ſa couche ;
Il ne donne à l'amour que ſon dernier inftant
Et de nouveaux eſſaims m'enrichit en mourant.
A
(Par M. l'Abbé Odezène , de Beziers. )
QUATRAIN
)
1
Pour le Portrait de Mme VERDIER,
d'Uzès en Languedoc , Auteur d'une Idylle
intitulée: La Fontaine de Vaucluſe , &c.
TENDRE Émule de Théocrite,
Qui lui légua des chalumeaux ,
Tout rend hommage à ſon mérite ,
Son ſexe même & ſes rivaux .
iij
so MERCURE
LES ÉPIS , Fable.
DzEsS Épis ondoyans ſurune plaine immenfe,
Humbles jouets d'une aveugle inconftance ,
Obéiffoient au caprice des vents .
Und'eux , plus élevé ,de plus riche apparence ,
(Un peu plus de fumier féconda ſa naiſſance )
Prétendit oppofer la force à ſes tyrans ,
Et reſter droit ſur ſa tigę orgueilleure.
Que prétend , lui dit ſon veiflin ,
Ta foibleſſe préſomptueuſe ?
Le Maître qui ſema cetteplaine orageuſe,
Nous jeta de la même main ,
Eſclaves d'un même deftin ,
Sans murmurer, courbons nos têtes
Juſqu'à ce que le Moiffonneur ,
D'une égale faucille , abaiſſant ta hauteur ,
Nous porte, l'un& l'autre , à l'abri des tempêtes.
(Par M. Regnet , Avocat à Briquebec. )
14
DE FRANCE.
Explication de la Charade, de l'énigme
duLogogryphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eſt Baſſon ; celui de
l'Enigme eſt Vin; celui du Logogryphe eſt
Raiſon,où l'ontrouve noir, foir , Koi , ris ,
foin fon, air , Sion Arion,rais,foi.
M
CHARADE.
ON premier , mot latin , agouverné la terre s
Amon ſecond , priſé chez les anciens ,
Le fier Ajax moiffonnant les Troyens ,
Fut comparé jadis par le divin Homère ;
Aux hôtes des forêts mon tout faiſoit la guerre.
(Par M. Ba**n. )
ÉNIGME.
ous ſommes pluſieurs foeurs , toutes detaille fine,
Toutes de bon accord, faites pour le plaiſir :
Chacune a ſon chacun , nulle n'eſt libertine ,
Et toutes cependant répondent au defir .
On nous fait parcourir l'un & l'autre hémisphère ,
On nous garrote enſemble, au gré de nos tyrans ,
Giv
#52 MERCURE
Et l'on nous fait paſſer , ſous un coin éphémère,
D'une ville dans l'autre , au gré des bons enfans.
Nous vendonsnos faveurs au pauvre comme auriche;
Même prix , même droit pour tous en général.
On nous prend , on nous laiſſe, on peut nous faire
niche,
Jamais on ne nous voit faire du bachanal.
Perfides cependant , comme l'eſt notre ſexe ,
Nous tramons entre nous , par des moyens divers ,
La perte ou le malheur de quiconque nous vexe,
Ainſi finit la ſcène , avec de grands revers.
-
( Par un Citoyen de la villed'Arles , enProvence.)
T
LOGOGRYPHE.
JE diſpoſois jadis de la nature entière ,
Etj'inſpirai long- temps le reſpect & l'effroi ;
Mais aujourd'hui , Lecteur , plains-moi ,
Je ne puis renverſer la plus foible chaumière.
Pris en détail , mes huit pieds te font voir
Une ville aux confins d'Italie& de France;
Chez les Orientaux un homme de ſavoir
D'un Marchand le flatteur eſpoir ;
L'objet dont un amant defire la préſence;
Une priſon ; ce qui fait ma puiſſance ;
Et ce qu'on tend pour recevoir.
८
T
L
(Par M. Gratton de Saint- Gilles , Capitaine
de Canonniers.)
:
DE FRANCE. ارو
I
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGES dans les Deux - Siviles de
M. Henri Swinburne dans les années
1777 , 1778 , 1779 & 1780 , traduits de
l'Anglois par Mlle de Kéralio.
T
Quid verum atque decens curo. Horat.
A Paris , chez Théophile Barrois le jeune ,
Libraire , quai des Auguftiis , 1785 .
LES Voyages d'Italie ſe ſont extrêmement
multipliés; & tous nous apprennent quelque
choſe , chaque Voyageur a la manière de voit
& fon point de vûe particulier , ſon objet de
goût & de connoiſſances auquel il rapporte
principalement ſes obfervations & fes recherches.
L'un eft attiré dans ce pays par le goût
des Arts , un autre n'y conſidère que la politique
, & n'y étudie que les hommes ; un atutre
y obſerve une belle & riche nature.
Sedneque Medorum fylva ditiffima terra ,
Nec pulcherGanges atque auro turbidus hermus
Laudibus Italia certent , non Bactra neque Indi
Totaque Thuriferis Panchaia pinguis arenis.
D'autres enfin y cherchent les monumens de
la vénérable antiquité , les reftes de la puiffance
& de la grandeur Romaines , tant de
Gv
154
MERCURE
-
lieux célèbres par tant d'exploits , tant de
vertus devenues étrangères à ce beau climat ,
les ſouvenirs de tant de grands hommes.
Tot egregias urbes operumque laborem
Tot congesta manu praruptis oppidafaxis ,
Fluminaque antiquos fubter labentia muros.....
Extulit hac Decios Marios magnoſque Camillos ,
Scipiadas duros bello , & te maxime Cefar.
Tous faluent cette terre ſi féconde en richefſes
phyſiques & morales.
Salve , magna parens frugum ,Saturnia tellus ,
Magna virûm.
Mais la partie la plus négligée dans la plupart
des Voyages d'Italie , eſt précisément celle
qui fait l'objet particulier de ce Voyage. On
ne voit guères ordinairement du Royaume
deNaples que Naples même & ſes environs ,
le Véfuve, la Solfatare , &c. On ne voit guères
de la Sicile que l'Etna& les côtes de Palerme,
Meffine, Catane , les reſtes de Syracufe , &c.
Il eſt rare que dans lesDeux-Siciles , les étrangers
fur- tout , voyagent dans l'intérieur des
terres,& c'eſt ce qu'a fait M. Swinburne. Il a
étéparmer en Italie; mais dans l'Italie même,
c'eſt par terre qu'il a voyagé , c'eſt par terre
qu'il a étéde Naples à Tarente , de Tarente à
Reggio , de Reggio à Naples. Voilà pour ce
qui concerne la Sicile de deçà le Fare ou le
Royaume de Naples; quant à la Sicile pro
DE FRANCE. ISS
prement dite , elle n'eſt point l'objet de ce
premier volume.
,
L'Auteur , en parcourant ainſi la partie la
moins connue de l'Italie , a néceſſairement
acquis , & donne par conféquent des notions
nouvelles ; ainſi , ce Voyage ne rentre point
du tout dans les précédens ; un autre avantage
particulier à ce Voyage , c'eſt que , comme il
eftdirigé vers les lieux les moins fréquentés ,
les plus dépourvus de commerce , les moins
travaillés, les moins modifiés par le mêlange
des étrangers , par l'action réciproque des
langues , par le concours des moeurs & des
uſages par la communication des idées ,
PAuteur y retrouve dans une multitude de
coutumes les reſtes ſouvent peu altérés des
anciens uſages; il recueille ces reſtes précieux,
& nous devons obferver qu'il montre beaucoup
de ſagacité dans la manière dont il ſaiſit
des rapports entre des uſages anciens & les
uſages actuels , & dont il explique certains
pafſages de Virgile , & fur-tout d'Horace ,
par des faits qu'il a ſous les yeux. Cette partie
de fon Ouvrage ſera très-agréable aux Gens
de Lettres , quoiqu'elle ne ſoit pas toujours.
fans raffinement & fans excès , & quoiqu'en
général il faille beaucoup ſe défier de ces rapports
entre leſquels s'élève une longue ſuite
d'événemens &de fiècles.Quand ces rapports
n'ont rien de forcé ni de trop tiré , ils font
intéreſſans à rencontrer , & utiles à confidérer
; que M. Swinburne , par exemple , ſe
tappelant ce qu'Horace , dans la fixième Ode
Gvj
16
MERCURE
e
du Livre 3º, dit de l'éducation févère & de
l'obéiffance filiale des Samnites , le retrouve
dans le reſpect du jeune Payſan Calabrois
pour ſes parens; & dans la manière même
dont ce reſpect s'annonce , qu'il repréſente
ce Payſan , qui , " après avoir labouré la terre
>> tout le jour, fans autre nourriture que du
> pain , affaifonné quelquefois avec une
>>gouffe d'ail , un oignon & quelques olives
>> sèches , n'oſeroit ſe préſenter devant ſa
>> mère , ſans lui apporter un fagot de lentifques
ou d'autres bois qu'il jette devant la
porte avant de demander à en paſſer le
>> feuil ,>> nous concevons qu'il ait été frappé
du rapport de cette conduite avec ce paffage
d'Horace :
ود
SedRufticorum mafcula militum
Proles, fabellis docta ligonibus
Verfare glebas , & fevera
: Matris ad arbitrium reciſos
Portarefuftes , fol ubi montium
Mutaret umbras &juga demeret
Bobus fatigatis , &c.
:
Mais nous ne voyons pas que ce vers de
Virgile:
Hine altâ fub rupe canet frondator ad auras.
reçoive aucune lumière du Payſan ſuſpendu
> au fommet des arbres , fur une corde de
>> ſaules entrelacés , taillant le peuplier & les
>> branches fuperflues de la vigne ,& faifant
DE FRANCE. 157
1
>> retentir la vallée de ſes chanſons en langage
» ruſtique. Il y a par-tout des élagueurs qui
chantent en travaillant , & c'eſt , à ce qu'il
nous ſemble , tout ce que Virgile a voulu dire
en cet endroit.
Nous ne croyons pas non plus que ces vers
d'Horace:
Pallida mors aquo pulfat pedepauperum tabernas
Regumqueturres.
:
:
ayent beſoin d'être expliqués par l'uſage où
eſt la justice en Calabre , de frapper du pied
à la porte d'un débiteur négligent & lent à
payer.
Mais d'ailleurs la plupart des rapports an
noncés par M. Swinburne font juſtes & finement
ſaiſis , ils éclairciſſent les paſſages &
confirment ou expliquent l'hiſtoire..
Cet Ouvrage eſt encore recommandable
par des détails hiftoriques ſur chaque état ,
fur chaque ville , ſur chaque lieu important
par des obſervations politiques ſur leGouvernement
& les moeurs , par des obſervations
d'Hiſtoire Naturelle , de Botanique , de
Phyſique ; par l'énumération des médailles&
des autres monumens de l'antiquité , &c.
Aucun genre d'inſtruction ne paroît avoir été
négligé dans ce voyage , & c'eſt un de ceux
où on trouvera le plus à apprendre.
M. Swinburne réhabilite un peu les Napo
litains; ils ne font , dit- il , à aucun égard,
aufli cruels ni auſſi vindicatifs que nous les
repréſentent beaucoup de Voyageurs. Il leur
158 MERCURE
ود >> faut plus qu'une légère provocation pour
>> les porter aux extrémités. Pendant le défordre
prodigieux & la confufion des courſes
de chevaux du carnaval , on n'entend
» jamais ni querelle ni tumulte ; & même
ود
ود
ود dans la cruelle faminede 1764, le ſeul acte
» de violence commis par une populace af-
>> famée , accrue du double par le concours
>> des Payſans des Provinces où le blé avoit
>> manqué , fut de forcer & de mettre au pil-
→ lagelaboutique d'un Boulanger.Pourroit- on
>> en dire autant de la populace de Londres &
» d'Édimbourg ? .... » Les vols de nuit& avec
violence dans les maiſons , font inconnus à
Naples , les émeutes rares & le nombre des
affaflinats peu conſidérable.
Il n'en eft pas de même des Provinces de
ce Royaume, fur-tout des Provinces un peu
éloignées.Je ſuisbien informé , dit M. Swinburne
, que dans ces Provinces , il n'y a pas
moinsdequatre mille perſonnes tuées annuellement.
La plus grande partie de ces crimes
> ſe commettent avec des armesà feu dans
>> les pays de montagnes , où règnentun carao
>> tère féroce& des moeurs groſſières , où les
> habitans font vagabonds & moins expoſes
>> aux pourſuites de la juſtice , qui même , en
>>toute autre partie du Royaume , est loin
➤ d'être formidable. Il faudroit un exercice
>> long , prudent , inflexible , d'une juſtice
>> impartiale pour réduire ces fiers & intrai-
>> tables habitans des montagnes de la Cala-
» bre, qui , réduits à la misère & au défeſpoir
DEFRANCE.
159
> par la tyrannie des Barons & des Officiers
>> de la Douane , attachent un léger prix à la
>> conſervation de leur vie , & bravent le
>> danger juſqu'à la dernière goutte de leur
>> fang. »
L'Auteur explique enſuite ce qu'il entend
par cet exercice long, prudent & inflexible ,
d'une juſtice impartiale , & cette explication
n'eſt peut-être pas inutile; car il ſeroit affreux
d'appeſantir fur des malheureux le double
joug de l'oppreſſion d'un côté , &d'une juftice
inflexible de l'autre. " Aucune meſure priſe
par la Police , dit-il , n'aura d'effet , à moins
>> que le Gouvernement n'adopte & ne ſuive
>> avec fermeté un ſyſtême qui puiffe adoucir
>> la misère du pauvre, réprimer le deſpo-
ود tiſme des petits tyrans , & en affurantau
>>Payſan plus de moyens de ſe ſoutenir , lui
» & fa famille , par un honnête travail , le
>> garantiſſe de la tentation d'embraffer un
>> coupable genre de vie. »
Au refte, fil'on veut connoître avec quelle
lenteur, quelle négligence , quelle irrégularité
la juſtice criminelle s'adminiftre , même
àNaples , on en peut juger par ce trait.Une
affaire venoit d'être terminée , choſe affez
rare , le malfaiteur venoit d'être condamné ,
on envoye ordre au Geolier de le faire comparoître
devant les Juges, pour entendre fon
jugement ; le Geolier paroît ſeul , & déclare
que le priſonnier étoit mort dans la prifon
deux ans auparavant. Il y avoit donc deus
ans qu'on n'avoit fait comparoître ce prifon
160 MERCURE
nier , ſoit pour l'interroger , foit pour lui
confronter les témoins , & c'étoit ſur de
vieilles procédures , peut-être abandonnées ,
qu'on s'étoit aviſé , au bout de deux ans , de
prononcer un jugement contre ce prifonnier
oublié.
3
On trouve ici ſur les Lazarons de Naples ,
& fur les Pêcheurs de Sainte-Lucie , des détails
curieux qu'il faut lire dans l'Ouvrage
même , ainſi que ceux qui regardent les Bohémiens
de la Calabre. L'Auteur peint bien
dans tous les genres ; ſes peintures morales ,
ſes deſcriptions phyſiques ont de l'agrément
& de l'intérêt. Nous indiquerons principalement
, dans le premier genre, les obſervations
de l'Auteur ſur les Prafica ( ou pleureuſes
aux enterremens ) tant anciennes que modernes
, & fur diverſes autres cérémonies des
funérailles , tant à Naples que dans d'autres
villes du Royaume ; le parallèle des Sibarites
&desCrotoniates ,où lapréférencé eſt donnée
aux Sibarites, ( il faut joindre à ce tableau les
réflexions contraires de la Traductrice; ) le
portraitdeCharles d'Anjou , frère de S. Louis ,
&premier Roi de Naples de ſa Maiſon, celui
de Mainfroi , &c .
Nous indiquerons dans le ſecond genre la
deſcription du Véſuve , celle du Mont-Gargan
&de ſes forêts :
Garganum mugire putes nemus ,
Querceta Gargani laborant.
La deſcription des effets de la piquûre de
DE FRANCE. 161
:
la tarentule , quoique l'Auteur n'en ait vû
qu'une imitation , qu'à la vérité on lui a aſſuré
être très-fidèle.
Voici une autre deſcription d'un autre
genre , qui pourra plaire aux Lecteurs , quoique
vraiſemblablement il n'en faille rien conclure
ſur l'état préſent de l'Art Dramatique
enItalie.
" A Villa- Franca , dit l'Auteur , je fus ré-
>> galé d'une repréſentation de la Tragédie de
>> Judith&d'Holopherne, jouée par les jeunes
>>gens de la ville.... La rudeſſe de leurs ac-
>> cens , leurs geſtes forcés & leurs étranges
>>fautes de langue , firent de ce Drame hor-
>> rible une farce complette. Quand l'hé-
>> roïne eut tué le Général , toute la falle
>> retentit des éclats bruyans d'un applau-
>>diſſement unanime; la partie ſupérieure
>> de fon corps étoit cachée dans les couliffes.
» & les membres inférieurs paroiffoient au
>>bord de la Scène ſur un lit de repos , dans
>> l'agorie de la mort ; l'Acteur parut tom-
" ber en de telles convulfions , frappemens
" de pieds & contorfions , qu'il fit fendre les
>> coeurs , & remplit d'admiration l'âme des
» Spectateurs. Judith parut enſuite , & dé-
>> bita un long monologue , tenant ſon épée
» d'une main , & de l'autre une tête de bois
» dégoûtante de fang. Jamais Princeſſe de
» Théâtre n'a été reçue & renvoyée avec des
>> applaudiſſemens plus vifs&plus ſincères.>>
Ce récit peut donner lieu à quelques remarques.
162 MERCURE
:
1º. Le tableau de l'ineptie des Acteurs &
des Spectateurs ſeroit bien plus piquant s'il
s'agifloit d'Acteursde profeftion ; car il n'y a
rien qu'on n'attende en mal d'une Société
Bourgeoiſe,jouant la Tragédie dans une petite
ville de Province.
2º. L'Auteur auroit bien dû nous dire
quelle étoit cette Judith ,& dans quelle langue.
Si c'eſt en Italien , un étranger , quelque
connoiffance qu'il ait d'une langue qui n'eſt
pas la ſienne , peut- il , dans la rapidité d'une
repréſentation , être ſi frappé des fautes de
Langue
3°. C'eſt un Anglois qui trouve fi horrible
unDrame, où il ne s'agit, après tout, que de la
mort d'un perſonnage qui , dans la Pièce ,
tient lieu d'un tyran , & contre lequel tout
l'intérêt eft dirigé. Le Théâtre Anglois n'a
'pas dû , ce ſemble, l'accoutumer à beaucoup
de délicateſſe , ſur la diſtinction du terrible&
de l'horrible dans le genre dramatique.
Un mérite encore très-conſidérable de ce
nouveau Voyage , c'eſt que l'Auteur , ſans
montrer un goût pour le paradoxe , qui diminueroit
la confiance , ne perd pas une occafion
de diffiper les erreurs & de réformer
les idées inexactes en tout genre. Voici ,
par exemple , une erreur de géographie qui
méritoit d'être relevée , & qui l'eſt peut-être
affez bien. " Tous les Géographes , dit- il ,
>> excepté Zannoni , nous tracent depuis les
» Apennins , proche Venoſa ( Venouſe ) juf-
>>> qu'au Cap de Leuca , une chaîne diagonale
DE FRANCE. 163
> de hautes montagnes , ſur laquelle ils écr
> vent: branche des Apennins. Cette chaîne
→ eſt placéede forte que , ſi elle exiſtoit , elle
rendroit la communication entre Bari &
→ Tarente , auffi difficile que le paſſage du
Montcénis ou du Sempion , dans les Al-
➤ pes.... Si ces Géographes avoient viſité les
>> pays qu'ils vouloient deſſiner , ou même
20
ود s'ils ſe fuſſent informés aux premiersVoi-
- turiers comment ils paſſoient ces Cordillères
imaginaires, ils auroient été bientôt
- tirés de leur erreur; car le terrein eſt ſi peu
→ élevé au-deſſus de la mer , que du haut
>> d'Oria , point central entre Tarente &
> Brindisi, ( Brindes ) il y a peu d'éminences
- affez élevées pour empêcher l'oeil de découvrir
la mer de tous les côtés. »
Il cite à l'appui de ce qu'il vient de dire,
ces vers de Virgile :
Provehimurpelago vicina Cerauniajuxtà
Unde iter Italiam curſuſque breviffimus unais....
Jamque rubefcebat ftellis aurora fugatis
Cùmfemel obſcuros colles,humilemque videmus
Italiam.
Il prétend que les mots ſoulignés indiquent,
dans l'intentionde Virgile , l'humble
niveau des rivages Salentins ; mais on raſoit
la côte de l'Épire , & Virgile peut n'avoir
voulu déſigner par ces montagnes effacées,
par ce rivage de l'Italie , qui paroît bas , que
l'effet naturel de l'éloignement. Dans l'endroit
164 MERCURE
même du plus court paſſage de laGrèce en
Italie , M. Swinburne prétend que cette diftance
, qui eſt de ſoixante milles , n'eſt pas
affez grande pour produire un tel effet , &
que Virgile étoit trop exact pour l'attribuer
à cette cauſe; c'eſt ſur quoi on pourroit abfolument
difputer. En effet , c'eſt exiger d'un
Poëte , dans ſes deſcriptions , une préciſion
bien géométrique.
Mais un point ſur lequel on ne peut pas
difputer de bonne- foi , c'eſt l'agrément &
l'utilité de ce nouveau Voyage , qui fournit
tantdenotions ſur la partiede l'Italie la moins
connue.
L'époque du départ de l'Auteur, nond'An
gleterre , mais de Marſeille , pour ce Voyage
d'Italie , eſt le 17 Décembre 1776. Il a occupé
les quatre années ſuivantes , & par conféquent
il a précédé de bien peu l'étrange ren
verſement arrivé ces dernières années dans
la Calabre , & dont on trouve chez le même
Libraire une Relation par MM. le Chevalier
Hamilton & le Marquis Hippolyte , traduite
parM. le FèvredeVillebrune. On a du même,
( M. Swinburne ) un Voyage d'Eſpagne &
quelques autres Ouvrages qui lui avoient déjà
faitun nom.
LaTraduction de Mlle de Kéralio a paffe
Tous les yeux de l'Auteur , c'eſt une raifon
plusque ſuffiſante de compter ſur la fidélité
de cette Traduction .
DE FRANCE. 165
L'HARMONIE imitative de la Langue
Françoise , Poëme en Quatre Chants ,
par M. de Piis , Écuyer , Secretaire- Inter
prète de Mgr. Comte d'Artois.
:
Il eſt un heureux choix de mots harmonieux.
Boileau , Art Poétique.
AParis , de l'Imprimerie de Ph. D. Pierres ,
: premier Imprimeur ordinaire du Roi.
६
: IL ſeroit difficile de prouver que notre langue
n'eſt ni moins facile , ni moins harmonieuſe,
ni moins poétique que celle des Grecs
&des Romains. Mais nos bons Poëtes ont fu
lui prêter leur génie : ils ont tiré leurs plus
grandes beautés des difficultés même de notre
verfification ; & la langue de Deſpréaux
eft prefque égale à celle de Virgile. D'ailleurs
les mots& les fyllabes peuvent s'arranger de
manière que leurs concours produiſe l'effet
que le Poëte deſire. L'analyſe de cette queftion
pourroit paroître fubtile & fatigante
pour le Lecteur , même en ſtyle de Grammaire:
M. de Piis a oſé l'approfondir en vers.
Ce poëme didactique adû lui coûter beaucoup
de peine ; c'eſt un motif d'indulgence.
Combien ne falloit- il pas de connoiffances ,
d'obſervations & de reffources dans l'eſprit
pour vertifier des minuties de grammaire&
de proſodie ? Des Cenſeurs clairvoyans.ont
trouvé aiſement nombre de défauts dans ce
Poëme : ces Ariſtarques me reprocheront
166 MERCURE
peut-être la modération qui conduit ici ma
plume , & que je veux porter très-loin ,
fans néanmoins compromettre mon opi
nion ni heurter de front celle des gens de
goût. Eft-ce un crime de dire , m'objecterar'on,
que tels vers ſont des rimes techniques
& martelées , telles expreſſions bizarres &
ridicules? Je réponds que j'aime mieux encourager
les efforts d'un Ecrivain que de le
rabailler par une recherche trop ſcrupuleuſe
de ſes défauts. Je regarde les Gens de Lettres
comme une famille nombreuſe , qui poſsède
par indivis des fonds qu'elle ne peut bien mettre
en valeurqu'autant que les différens membres
s'animent au travail par des applaudifſemens
fur leurs fuccès réciproques , & par
des avis mutuels ſur leurs fautes & leurs erreurs.
Ces égards ſont dûs à M. de Piis , à
d'autant plus juſte titre, qu'il s'eſt empreſſé
dans ſes notes de rendre hommage à tous les
talens vivans qui honorent encore notre Littérature.
En me réſervant la liberté de la cenfure
autant que les intérêts du goût paroîtroient
m'en impoſer la loi , je me ſuis permis d'obſerver
que M, de Piis me ſemble avoir pouffé
juſqu'à l'excès l'idée qu'il s'eſt formée de
T'harmonie imitative. On ſe rappelle ce quatrain
où Deſpréaux ſe fit un jeu de parodier
l'harınonie bizarrement imitative de Chapelain.
Maudit Soit l'Auteur dur dont l'âpre & rude verve .
DE FRANCE. 167
Son cerveau tenaillant rima malgré Minerve ,
Etdefon lourd marteau martelant lebon sens ,
Rima de mauvais vers douzefois douze cens.
Ces vers excellens en ſtyle de parodie ,
feroient extravagans & ridicules dans un
Poëme férieux , tel que l'Art Poétique. On
diroit néanmoins que cette obſervation toute
ſimple a échappé à M. de Piis , lorſqu'on lit
dans ſon Poëme une quantité de vers ſembla
bles à ceux-ci ;
Adéciderſon ton pour peu que leDtarde ,
Ilfaut contre les dents que la langue le darde,
Etdéjà defon droit uſant dans le discours ,
Ledos tendufans ceffe ildécrit cent détours.
?
•
LeG, plusgai voit l'R accourirſurſes traces.
C'est toujours àson gré quesegrouppent les Gråces:
Unjet de voix ſuffit pour engendrer le G,
Ilgémit quelquefois dans la gorge engagé,
4
Certainement il a fallu beaucoup d'eſprit &
de peine pour agencer ces rimes en ſtyle logogryphique.
C'eſt l'abus de l'eſprit , j'en
conviens ; mais c'eſt toujours de l'eſprit. La
belle verfification de Deſpréaux , fi bien travaillée,
a dû coûter moins que ce baladinage
métrique.Que M. de Piis me permettedoncde
regretter tous les ſoins que ſa Muſe a pris
pour forger ſur l'enclume de Chapelain & du
P. Buffier des mètres ſi étranges. Les conſeils
d'un homme de goût auroient épargné à fon
168 MERCURE
imagination bien des élucubrations ſtériles&
malheureuſes. L'intérêt général de la Littérature
exigeque certaines vérités ne foient point
déguiſées. Combiende méchans Auteurs ſuentpour
être pires , & ſemblent s'étudier à la perfection
du mauvais goût ! Voilà la ſeule obſervation
effentielle que ne m'a permis de
diffimuler la bienféance littéraire , qui a ſes
droits comme la bienſéance ſociale. Cette
critique une fois admiſe , on peut ſe livrer au
plaifir de louer. Ce qui plaît fur-tout dans le
Poëme dont il s'agit , eft une grande clarté
dans le détail des choſes. En fe foumettant
aux loix de la méthode dans le genre didactique,
l'Auteur a employé beaucoup d'art pour
en baanir la ſéchereſſe par des digreſſions
amuſantes & des épiſodes ingénieux , tels que
l'origine de l'Écho , & les Amours d'Euſtelle
&d'Eutrope.
Je vais citer d'abord des vers qui me paxoiffent
excellens dans le genre didactique ,
où , pour exceller, il fuffit de joindre à l'agrément
la clarté &la préciſion.
N'allez pas toutefois , Poëte Géomètre ,
Outrer un tel ſyſtême & le prendre à la lettre ,
Et tourmenter la langue au point de calculer
Des vers que le Lecteur craindroit d'articuler.
Pour prixd'un teltravail devenu mécanique ,
Vous verriez tout à-coup l'inflexible critique
Au rangdes Auteurs durs vous claſſant àl'écart,
Vous mettre en parallèle avec le ſec Ronfard,
Et
>
1
DE FRANCE.
169
Et de vos froids écrits confondant l'artifice ,
D'un ſouffle renverſer le pénible édifice.
Cette tirade plaira à tous les bons eſprits;
elle a le mérite rare d'énoncer avec clarte des
préceptes vrais que la préciſion poétique rend
plus frappans. En voici une autre dans un
genre plus gracieux & plus piquant. Mes Lecteurs
partageront fans doute le plaifir que
j'éprouve à la tranfcrire.
Il fiffle en grafféiant le grave perroquet ,
Et je veux fur trois points diriger ſon caquet.
Sincère courtiſan d'un Roi prudent &juſte ,
Qu'il diſe à l'oeil de boeuf: Bonjour César Auguste.
Si ma maîtreſſe eſt froide & s'amuſe à jafer ,
Je veux que le frison lui conſeille un baifer ;
Et lorſque Bavius de boutique en boutique
Colpertera le ſoir ſon OEuvre fatyrique ,
J'entends qu'à ſes barreaux l'animal cramponné
En le voyant de loin crie: As-tu déjeûné?
Si dans mon cabinet je tranſporte ſa cage ,
Puiffe alors fon babil m'enhardir à l'ouvrage !
Ah! pour me rappeler un modèle parfait ,
Que fon mot favori foit le nom de Greſſet.
Beau perroquet mignon , c'en eft affez ſans doute.
Voilà déjà du temps que le Lecteur t'écoûte.
D'ai'leurs tu reviendrois à tes premiers diſcours.
Combien d'Auteurs fans moi t'imiteront toujours.
Rien de plus fin & de plus ingénieux que la
tournure critique de ce dernier vers. Je pour-
Nº. 52 , 24 Décembre 1785. H
170 MERCURE
rois en citer beaucoup d'autres ou bien frappés
, ou coulans , ou embellis des charmes.
mélancoliques de la réflexion ; mais je ſuis
obligé de me borner ; je ne puis néanmoins
m'empêcher de citer dans ce dernier genre
les quatre ſuivans. Si l'on m'accuſe de chercher
à orner cette feuille , j'en conviendrai
volontiers.
Quel bonheur , juſtes Dieux ! s'il avoit pu durer.
Mais quel ruiſſeau jamais coula ſans murmurer !
Et telle eſt des plaiſirs la ſource trop légère !
Si tout mortel y boit , nul ne s'y déſaltère.
Sije raſſemblois tout ce qu'il y a de louable
dans le Poëme de M. de Piis, je forcerois de
convenir que les fifflets de la critique doivent
être ſouvent étouffés par le bruit des applâudiffemens
les mieux mérités.
LES Dangers de la Simpathie , par M. N......
A Paris , chez Baſtien , Libraire rue
S. Hyacinte , place S. Michel.
,
Mlle de Belval eſt reléguée dès ſon enfance
au fond d'une Province , auprès d'une tante.
Abbeffe , qui , n'ayant pu la réſoudre à prendrele
voile , la renvoie à Paris àſa mère , inimédiatement
après ſon veuvage. Le Chevalier
de Belval , ſon frère , eſt le ſeul qui lui faſſe
accueil. Le Baron de Luzi , épris des charmes
de Mlle de Belval , la demande en mariage
, on la lui refuſe , & Mme de Belval
enmène ſa fille à Marseille.
A
DEFRANCE.
IZI
,
....
Il ſe rencontre dans les Sociétés où lòn
préſente Mlle de Belval , un roué(M. Desforges
) qui , après avoir abandonné à Tou
louſe une Demoiselle de qualité..
s'attache aux charmes de Mile de Belval
parce qu'on lui dit qu'elle aura une
dot de 100,000 liv. L'infortuné Baron
de Luzi , ayant ſuivi ſa maîtreſſe en fecrer,
s'introduit auprès d'elle ſous le nom de
Dangel , & profite de la foibleſſe de la vûe
de Mile de Belval pour la voir ſans être
découvert. Mais ſon rival , que Mlle de
- Belval déteſtoit , découvrit l'intrigue ; &
pour ſe faire un mérite auprès de la mère ,
il lui dit tout. Mme de Belval part ſubitement
pour Paris avec ſa fille , & la met dans
un couvent. Le tendre , le conſtant Baron ,
à la faveur d'un déguiſement , s'introduit
auprès de ſa maîtreffe , & fur le point de
l'enlever il eſt encore découvert par Desforges
. On entraîne Mlle de Belval dans une
Terre de ſa mère , ſituée en Picardie ; le
Baron de Luzi les ſuit ; au moment où on
l'entraîne à l'autel pour lui faire épouser
Desforges , le Baron entre l'épée à la main,
il fond ſur Desforges & le bleſſe. L'alarme
eſt dans la maiſon, on arrête Luzi , on le
précipite dans une priſon du château pour
le livrer à la justice. Sur ces entrefaites arrive
le Chevalier de Belval , que le Baron
avoit prévenu; il arrache ſa ſoeur des mains
de Desforges au moment où le mariage alloit
ſe conclure , le bleſſe dangerenfement ,
Hij
172 MERCURE
delivre le Baron des fers , & met ſa ſoeur
entre les bras de ſon amant. Le Baron &
Mile de Belval fuyent en Hollande pour y
concluse leur hymen; Mile de Belval reçoit
une lettre de ſa mère qui la conjure , avant
de rien terminer avec le Baron , de venir
lui fermer la paupière. Elle revient avec le
Baron auprès de Mme de Belval , qui étoit
à toute extrémité , & qui apprend à ſa fille
que le Baron de Luzi eſt ſon frère .......
Mlle de Belval , au déſeſpoir part pour
Bordeaux , ſe réfugie dans un couvent , y
prend le voile , malgré les efforts que fait
le Baron pour l'en détourner , & elle meurt
trois mois après ſa profeſſion ; fon amant
lui ſurvit à peine d'une année .
,
Voilà le ſujet & la marche de ce Roman ,
qui eſt bien peu volumineux pour le nombre
d'incidens qui s'y rencontrent ; il y a
quelques ſituations qui ne ſont pas fans intérêt
, mais qui exigeroient de plus grands
développemens ; la marche en eſt ſouvent
trop preſſee ; la fin nous a paru mieux écrite
que le commencement ; en général cet Ouvrage
mérite des éloges .
DE FRANCE.
173
VARIÉTÉS.
REMARQUES Grammatico - Morales fur
la particule On.
C'EST EST un des meilleurs Chapitres de l'excellent
Ouvrage de M. Locke , ſur l'entendement humain ,
que celui qui traite de l'abus des mots. Les exemples
que rapporte le Philoſophe Anglois , font tous des
termes abſtraits & généraux de morale ou de métaphyſique
, ſous lesquels l'erreur peut ſe cacher facilement
, ſageſſe , gloire , grace , religion , justice ,
étendue , áme , forme , espèces , matière , esprit ,
imagination , &c. Mais il paroît plus difficile qu'un
terme vulgaire de l'uſage le plus commun & le plus
fréquent puiſſe nous égarer ſans ceſſe, nous entraîner
aux plus funeſtes erreurs , empoisonner tous nos
difcours & devenir le fléau de la ſociété. Ce font là
néanmoins autant d'effets de l'abus d'un des mots de
notre langue le plus répété & le plus court , le monofyllabe
on .
Parmi les diverſes manières d'abuſer des mots
recueillies par Locke , celle qui me paroît avoir été
employée le plus fréquemment dans l'uſage de la
particule on , eſt de lui donner plus d'étendue qu'elle
n'en doit avoir.
Cetux qui ſe ſervent de ce monoſyllabe dans ces
phraſes : on dit , &c . , on fait , &c. , on penſe , & c. ,
veulent communément appuyer leur opinion de
l'autorité d'on ; & pour la rendre plus impofante ,
ils lui font ſignifier un nombre de perſonnes le plus
grand , & lui donnent le plus d'étendue qu'ils peu-
Hiij
174 MERCURE
vent. A n'entendre par on qu'un feel homme ou un
petit nombre d'hommes, cceellui qui chercheà établir
unt opinion ou un fait, à décrier un Livre à décréditer
on Minifore , à répandre une calomnie . ne
trouve pas fon compte. Il faut qu'il donne à entendre
que fon on dit comprend la ville , le Royaune ,
l'Europe , &, s'il ſe peut , le monde entier. Des
exemples éclaireront ceci.
Commençons par une elaſſe d'hommes à qui
Fuſage de l'on est très-familier , celle des Auteurs. Il
eſt commode à celui qui vient de publier un Ouvrage
mauvais , ou ſeulement médiocre , de dire
qu'on a été content, qu'on est enchanté de fon difcours
ou de ſon Livre. En faiſant entendre que cet
on comprend& la Ville & la Cour , ces éloges qu'il
prétend avoir obtenus , ne font pas fortis d'un cercie
étroit ; mais en employant cet heureux monofyllabe
il lui fait embraſſer un champ.bien plus étendu. Semblable
à ces Géographes qui , ne connoiffant que
les bords de l'Afrique , ont appelé des pays immenfes
de fon intérieur, du nom d'une côte dépeuplée &
barbare ; leur on , qui n'est qu'une petite coterie , ils
le donnent comme fignifiant la Capitale , les Provinces
, & quelquefois l'Europe entière. En diſant
ainſi leur fecret , je montre bien mon déſintér ffemet,
car enfin j'ai auſſi mon on, à qui je fais
couvrir autant d'eſpace que je puis. Mais ce ſecret ,
je n'en fais pas le fin , parce que je dis en mêmetemps
celui de beaucoup d'autres .
On est d'un uſage journalier parmi les eſclaves du
pouvoir & les flatteurs des gens en place . On eſt
fort content de l'Adminiſtration de MM. tels &
tels, fignifie dans l'eſprit de celui qui parle , que la
Province entière ſe trouve bien gouvernée , tandis
que le Panegyriſte eſt ſeul de ſon avis , parce qu'il
eſt l'ami ou la créature du Commandant , ou qu'il a
DE FRANCE.
175
obtenu de l'Intendant de détourner le grand chemin
pour le faire paffer à la porte de ſon château .
On dit que ce Ministre entendfort bien les affaires ,
fignifie toujours dans l'intention de celui qui parle ,
que le Royaume entier eſt perfuadé de la capacité
de l'homme en place , perfuafion peut - être fort
mal établie , & que le protégé lui-même n'a pas
toujours.
Lor qu'un homme , maître d'une grande fortune ,
occupant de grandes places , comblé de grâces &
de penfions , dit qu'on est fort heureux , il nous
donne à entendre que cet on , c'eſt la maſſe entière ,
ou du moins le plus grand nombre des Citoyens ;
& en y regardant de plus près , il eſt aiſé de reconnoître
que lui ſeul , avec un petit nombre d'autres ,
fontheureux & contens .
Mais on n'eſt pas toujours employé dans des occafions
fi férieuſes. Par exemple , j'ai ſouvent remarqué
que nos Dames s'en fervent adroitement
pour justifier l'extravagance , la mobilité , le luxe
de leurs modes & de leurs vêtemens. Vous vous
étonnez de voir une jolie femme cachant les traits .
les plus agréables fou un chapeau auſſi large qu'une
table à thé , & garni d'une blonde haute d'un demipied
, au travers de laquelle je la devine plus queje
ne la reconnois une autre avec un fichu bouffant ,
qui lui remonte juſqu'au menton ; celle- là , avec des
cheveux ébouriffés qui dénaturent ſa phyſionomie;
toutes avec des vêtemens & de prétendues parures ,
qui altèrent ou vous dérobent la plus grande partie
de ces belles formes que la Nature a miſes en elles ,
au moins pour le plaisir des yeux. Si vous demandez
raiſon de ces uſages extravagans , qui vont défigusant
la plus belle moitié du genre-humain & ruinant
l'autre elles vous répondent : On porte les chapeaux
& les fichus comme cela , on s'habille , on ſe coëffe
comme cela. Remontez à la ſource , vous trouverez
Hiv
176 MERCURE
ou une
qu'on eſt ſouvent une fille qui fait adopter ſes modes
les plus indécentes aux honnêtes femmes , ou une
laide qui fait recevoir par les belles les ſtratagêmes
qu'elle emploie à cacher ſes digrâces
femme opulente qui a vingt mible franes pour ſes
épingles , & que les autres imitent en ſe ruinant , ou
JaMarchande de Modes qui ſe moque de toutes ca
leur attrapant leur argent.
Dans les exemples précédens , on ſert l'amourpropre
des Auteurs , la vanité & les intérêts des gens
en place , le luxe des femmes , &c.; & dans tous
ces cas,s'il nous trompe , c'eſt en nous préſentant
les choſes par un côté favorable. Mais ce monoſyllab:
eft au moins auſſi fréquemment employé à décrier
ce qui eft louable , à dénigrer les talens , à ca-
Jomnier la vertu.
C'est d'abord l'arme commune de cette multitude
d'hommes fans connoiſſances , ſans goût , & furtout
fans juſtice , qui inondent les grandes Capitales
, & dont l'unique & chère occupation eſt de
puire aux Lettres en affectant de les aimer. On dit
que ce diſcours étoit bien plat , on dit que cela eft
bien mauvais. On trouve certe pièce détestabie . on
dit qu'elle a fort mal réuſſi à Fontaineb'eau. De dix
perſonnes qui employent ces formules , j'avertis
qu'il y en a neuf qui cherchent à nuire à l'Ouvrage
&à l'Auteur.
N'est- ce pas auſſi la méthode commune employée
par lacalomnie, de dire d'un air aifé & fans aigreur,
on dit qu'elle vit avec M. un tel , on affure que cet
Officier a eu une aventure dont il ne s'eſt pas trèsbien
tiré , on penſe que ce Miniſtre n'ira pas loin.
Dans tous ces ſens on , ſelon l'intention de celui qui
l'employe , fignifie ou de grandes autorités ou un
grand nombre de perſonnes bien inſtruites ; & cette
fignification une fois admiſe , qui peut douter que
Madame ne ſoit galante , quedeMilitaire ne ſoit un
DE ERANCE.
177
lâche , & que l'Homme en place ne ſoit bientôt
chaffé.
Enfin , pour achever le tableau des to ts de ce
malheureux on , je dirai encore que c'eſt à la faveur
de cette extenfion uſurpée qu'il s'arroge trop ſouvent
une puiſſance qui est notre ouvrage , & qui dégénère
en une horrible tyrannie. Un ancien a dit que les
Grecs étoient eſclaves pour ne ſavoir pas prononcer
le monoſyllabe ouk ; mais on , fait lui-même bien
plus d'eſclaves que toutes les Républiques anciennes
n'ont eu d'hommes libres. Que de gens afſervis à
de vils & d'abſurdes préjugés , ou ſe laiſſant lâchement
détourner d'une action honnête , par la miférable
crainte de ce qu'on en dira.
Les Grammairiens diſent que cette particule eſt
indéfinie; mais on pourroit dire avec plus de raifon
qu'elle est infinie , puiſqu'elle comprend ſouvent
dans l'opinion de celui qui l'emploie , ou du moins
qu'on veut lui faire comprendre , un nombre infini
d'individus . De forte que ce mot fi court , comme
le charmant quoi qu'on die , de Béliſe & de Philaminte
, dit beaucoup plus qu'il ne ſemble , qu'on en
tend là- deſſous un million de mots , & qu'il dit plus
de choses qu'il n'est gros.
Cette fignification étendue que prend le terme on
dans tous ces emplois , eſt une véritable ufurpation.
La preuve en eſt dans ſon étymologie même ; car
on vient d'unus un , de forte qu'originairement , &
encore aujourd'hui grammaticalement, on ne fignifie
qu'un. T
Les Anglois ont conſervé au terme onc cette ſignification
limitée; oncfays , dans leur langue , fignifie
quelqu'un m'a dit , mais non pas comme chez nous
beaucoup de gens difent , & encore moins tout le
monde dit.
Dans un des Intermèdes du Malade Imaginaire
Polichinelle , chantant la nuit ſous les fenêtres de la
Hv
173 MERCURE
maîtreffe , eſt poursuivi par le Guet, qui veut l'arrê
er. Il appelle ſes Laquais , Champagre , Poitevin ,
Picard , Baſque , Breton ; le Guet le croyant bien
accompagné , s'effraye & s'enfuit. Mais pendant
que Polichinelle ſe félicite du ſuccès de ſon ſtratagême
, les Archers l'entendent , & découvrant qu'il
eſt ſeul, ſe ſaifiſſent de lui pour le mener en priſon.
Il me ſemble qu'on emploie ſouvent la ruſe de Polichinelle.
Pour moi , je ſuis comme le Guer. J'épie tant que
je puis pour découvrir ſi on ne cache pas un Polichinelle.
Je ris ſouvent de l'humeur d'un de mes amis ,
au demeurant le meilleur homme du monde , qui ne
peut pas entendre employer ce mot fans s'écrier
avec indignation: Qui , on ? Qui , on ? Mais moi ,
avecma métaphysique , & lui avec ſa colère , nous
rouvons preſque toujours l'un & l'autre qu'on eſt
feul , ou qu'on est un fot.
En corrigeant airſi les phrases où s'emploie la
particute on , nous les verrons reprendre l'exactitude
& la précifion dont nous venons de dire qu'elles
marquent ; car elles ne ſignifieront plus rien autre
choſe , finon qu'un homme ou quelques hommes
qui peuvent être , ou des méchans ou des fots ont
dit, ont jugé , &c.
,
Mais dès- lors ceſſent tous les abus que nous venons
de remarquer , car fi je me contente de dire
qu'une perſonne a jugé , ou que moi-même j'ai jugé ,
enbien ou en mal , l'Homme en place , le Livre
nouveau la Pièce nouvelle , je n'énonce qu'un
fait vrai , ( fi pourtant en cela je dis la vérité. ) Mais
ne s'enfuit rien delà contre le Miniſtre ni
contre la Pièce , à moins que mon autorité ou celle
de l'homme que je cite ne ſoit grave. Ceux qui
m'écouten: pèleront ſon fuffrage & le mien . Il n'y
aura point dinjustice commife , point de fauſſeré
miſe en avant & nuiable à un tiers.
DE FRANCE.
179
De même je ne m'inquiéterai plus du qu'en diraton,
lorſque je voudrai faire une action honnête &
tenir un propos courageux. Si je confidère cette
phrafe comme ſynonyme de celles- ci , qu'est cequ'un
petit nombre ( ou même un grand nombre ) defots ou
defripons en dira .
: Je ne dis pas cependant qu'on étende toujours ſes
prétentions au- delà de ſes droits. Ceux qui , en le
faiſant parler , croyent faire entendre le Public , ne
nous induiſent pas toujours en erreur. Par exemple ,
lorſqu'après la repréſentation de telle Pièce nouvelleque
je ne veux pas citer , j'entends dire qu'on
en eſt ravi , je vois bien que ſous le mot on je dois
entendre en effet le Public ; mais fa la Pièce eſt
commej'en vois tant , on aura beau être le Public ,
ſon autorité ne me la fera pas trouver bonne , & je
dirai que l'on qui applaudit à de pareils ouvrages, eft
de mauvais goût.
Je dois pourtant convenir qu'il y a des cas où
ceux qui ſe ſervent de la particule on , lui donnent
une fignification très- reftreinte , & la rappeilent à
fon étymologie. C'eſt ce qui arrive lorſqu'on ſert à
cacher des perſonnes & des noms reſpectables qu'il
n'eſt pas sûr d'offenſer. Si je dis telle guerre auroit
été beaucoup plus heureuſe ſans les ſottiſes qu'on a
faites , les affaires de ** ſeroient en meilleure
poſture fi on les eûc adminiſtrées avec plus d'intelligence
& d'économie ; on a commis une grande
faure en renvoyant un habile homme , qui les enrendoit
parfaitement , &c . Cet on n'eſt plus que
ſynonymed'un.
Mais cet uſage de la particule on , irréprochable
même d'après les principes ſévères que je viens
d'établir , peut être encore de quelque danger ; car
on a beau être indéterminé comme il l'eſt dans
toutes ces phrafes , une malignité pénétrante nomme
trop ſouvent ce que vous n'avez pas déſigné ; & il y
Hvj
180 MERCURE
ades gens d'une ſagacité ſoupçonneuſe qui devinent
ceque vous avez penſé d'eux ſans que vous en ayez
rien dit. On pent appliqner àces derniers le décret
des Lacédémoniens pour l'Apotheoſe d'Alexandre :
Puiſqu'Alexandre veut être Dieu , qu'il le foit.
Je tirerai des obfervations précédentes une conféquence
qui pourra paroître hardie , mais qui me
femble en découler bien naturellement. Cette conféquence
eſt que pour éviter tous les inconvéniens
dont j'ai fait l'énumération , il faut bannir déſormais
de la langue cette dangereuſe particule , & ſubſtituer
toujours à on , un nominatifprécis & connu. Je
fens que ma propofition peut effaroucher , non- feulement
l'Académie Françoiſe , mais beaucoup de
gens que la Grammaire n'intéreſſe point du tour.
L'obſervation de cette règle aura ſes difficultés : elle
mettra quelque embarras dans la ſociété. Je connois
tel homme qui y perdra en un coup les trois
quarts, je ne dis pas de ſes idées , mais de ſa cenverſation.
Tous ceux qui cachoient ſous le maſque
d'on leur partialité , ou leur malignité , ou leur abfurdité
, réduits à ſe citer eux-mêmes , ou des autorités
, ou à donner des raiſons de tout ce qu'ils mettoient
fur le compte de ce pauvre on , feront réduits
au filence , ou peu s'en faut, uniquement parce que
ce mot fi court ſera retranché de leur Dictionnaire.
J'éprouve moi-même ici la difficulté de m'en paſſer ;
car tandis que je l'attaque & le pourſuis avec une
forte d'acharnement , il eſt venu cent fois ſe préfenter
au bout de ma plume , & s'eſt gliffé malgré
moi en vingt endroits de cet écrit , d'où je l'ai
effacé après coup , tant la force de l'habitude
écarte facilement les Philofophes eux-mêmes de la
route qu'ils tracent aux aures. Il faut du temps
pour contracter une habitude contraire. Il feroit à
fouhaiter que quelque Club ou Sallon entreprit de
faire recevoir men ſyſtême. Une légère amende
DE FRANCE. ISI
impoſée à tout membre qui employeroit la particule
on , le banniroit avec le temps de la converſation.
Je ſupplierois la Société qui goûteroit cette
idée , de m'admettre pour veiller à l'exécution de
mon plan , & s'il m'eſt permis d'employer pour la
dernière fois le monoſyllabe que je veux exclure à
jamas de la langue , on me donnera peut être beaucoup
de boules noires ; mais j'eſpère que les perſonnes
équitables voudront bien ne pas me juges
/
d'après l'humeur qu'on peut avoir contre ma petite
differtation.
SPECTACLES.
'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.
:
1
LA ſeconde repréſentation de Pénélope eft,
fufpendue par l'indiſpoſition de M. Larrivée.
A la première , le premier Acte , fur lequel
on comptoit le moins , a beaucoup réuffi. Le
fecond a produit le bon effet qu'on en avoit
eſpéré ; le troiſième , celui qui offre la Scène
la plus intéreſſante , celui où l'Auteur du
Drame a le plus foutenu ſon ſtyle , où le
Compoſiteur a raſſemblé le plus de chant &
de grands effets , celui enfin où l'Actrice chargée
du rôle de Pénélope a été le plus à portée
de développer ſes talens , n'a eu aucune efpèce
de ſuccès; mais comme ce jugement ne
nous a pas paru le dernier mot du Public
nous attendrons qu'il ait revu l'Ouvrage pour
enparler.
2
182 MERCURE
COMÉDIE ITALIENNE.
MLLE RENAUD cadette a débuté dans
l'emploi des Jeunes Amoureuſes de l'Opéra-
Comique , au commencement du mois de
Novembre dernier. Quelques circonstances ,
affez indifferentes par elles mêmes , ne nous
ayant pas permis de rendre compte de fon
Début, nous allons nous acquitter de ce devoir.
L'extrême jeuneſle de cette Débutante ,
rend très pardonnables les fautes que l'on remarque
de temps en temps dans ſon jeu :
elles font d'ailleurs rachetées par de la vérité,
par le charme que la Nature attache à la
beautédans fon enfance, & par une diſpoſition
à la finefle qui annonce un eſprit& un
germe de talent ſuſceptibles de ſe développer
très-heureuſement. C'eſt à ceux qui font chargés
de veiller ſur la croiffance de cette jeune
Roſe, à ne point preffer le moment où elle
doit s'épanouir ; c'eſt à MM. les Comédiens
Italiens à ne confier à Mile Renaud cadette
que des rôles faits pour ſon âge , analogues à
fa force & à ſes moyens. Cette attention
pourra ſeule la ſauver des inconvéniens qui
'menacent tous les talens précoces , quand on
veut trop ufer & par confequent abufer de
leur premier éclat. Tout ce qu'on a remarqué
de rare & d'intéreſſant dans la manière
de chanter & dans l'organe de Mile Renaud
l'aînée , on le retrouve dans Mille Renaud caDE
FRANCE. 183
dette; c'eſt le même goût , la même juſteſſe, la
même préciſion , la même méthode. Celui qui
acomparé la famille de ces enfans à une nichée
de roflignols , a dit un mot tout-à-la- fois juſte
& agréable. Qu'il nous ſoit pourtant permis
de faire quelques réflexions qui ne feront pas
inutiles , peut-être , aux Dlles Renaud. Il nous
ſemble que fi l'on s'occupe beaucoup de perfectionner
ces deux jeunes perſonnes dans
une des parties les plus brillantes de l'art du
chant , on ne s'occupe pas avec le même ſoin
d'une autre partie qui n'eſt pas moins effentielle
, & qui , au Théâtre , eft fans doute plus
néceflaire encore : celle de l'expreffion. Aflurément,
c'eſt un mérite fait pour être diſtingué
, que celui de vaincre , àl'aide d'un gofier
Hexible & léger , les difficultés les plus fortes
, de rendre facilement les paſſages les plus
épineux , & les modulations les plus travaillées
; mais à la ſcène tous ces traits qu'on
admire dans un Concert , ſont des ornemens
fouvent ſuperflus, nuiſibles à l'illufion , deftructifs
de tout interès, ambitiofa ornamenta.
C'eſt principalement par l'expreffion qu'un
Chanteur habile maîtriſe l'âme & l'eſprit des
Spectateurs; qu'il verſe tour-d -tour dans leurs
coeurs les divers ſentimens dont il veut les
pénétrer; qu'il les fait paſſer de la crainte à
P'eſpérance , de la triſteſſe à la gaieté , du rire
aux gémiſſemens; & pour produire de tels
effets , il faut au talent du Chanteur réuntr
celui du Comédien. Ily a plus, ſans la réunion
de ces deux talens, on ne fauroit conferver au
184 MERCURE
Theatre des ſuccès & une réputation durables.
Si dans nos Spectacles on a trop longtemps
négligé l'Art du Chant, ce n'est pas
une miton pour qu'on lui fubordonne à préfent
l'Art de la Comédie, & le facrifice du
ſecond feroit encore plus facheux que celui
du premier. Avec d'excellens Chanteurs , des
Cantatrices dignes de leur renommée , un
grand nombre de Compofiteurs illuftres , &
un Poëte tel que Métaſtaſe , l'Italie n'a pas pu
illuftrer fon Théâtre. Pourquoi ? Parce qu'elle
a protégé l'Art Muſical au préjudice de l'Art
Dramatique , parce qu'en conféquence elle
a toujours ou preſque toujours manqué de
Comédiens. Tout ſe réunit donc pour faire
defirer que les Dlles Renaud ſe livrent au
double travail du chant & de l'expreffion ,
qu'elles joignent la connoiffance des moyens
qui fontlesActrices,àl'étude &àlaméthodequi
forment les Cantatrices ; alors leur réputation
s'établira fur une bafe folide & inébranlable.
ANNONCES ET NOTICES.
T
ROISIEME Voyage Abrégé du Capitaine Cook ,
dans l'Océan Pacifique ; avec une Carte générale
& l'Estampe représentant la mort de ce Capitaine;
ou Histoire des dernières découvertes dans la mer
du Sud pendant les années 1776 , 1777 , 1778 ,
1779 & 1780. Trois Vol. in- 8°. br. 15 liv.
12 ſols ,rel . 18 liv. A Paris , chez Moutard , Impr-
Libraire de la Reine , de Madame , de Madame
DE FRANCE . 185
Comteffe d'Artois , & de l'Académie des Sciences ,
rue des Mathurins , Hôtel de Cluni.
Les deux premiers Voyages du célèbre Cook
avoient déja enrichi la Géographie d'une multitude
de découvertes : jamais Navigateur n'employa
plus d'ardeur , de talens& d'intrépidité pour agrandir
la ſphère des connoiſſances humaines ; mais les
progrès de la Géographie exigeoient encore l'éclairciſſement
d'un point infiniment intéreſſant. Le
paſſage tant diſcuté de la Mer Pacifique dans l'Ar-
Jantique par le Nord-Est , ou celui de la même
Mer dans la Mer du Nord par le Nord- Ouest ,
étoient encore un objet de doure. C'étoit à l'immortel
Cook qu'il étoir réſervé de le réſoudre.
Pour la toiſieme fois cet illuftre Navigateur a
parcouru l'Océan Pacifique Il a rectifié les erreurs
échappées dans les premiers Voyages ; des obſervations
nouvelles ont été ajoutées aux obſervations
déjà faites ; la découverte de plufieurs Ifles inconnues
, & fur tout du grand Archipel , nommé Iſles
de Sandwich , a couronné ſes travaux. Il a relevé
avec le plus grand ſoin vingt-fix degrés , ou environ
douze cens lieues de la côte occidentale
d'Amérique , depuis la Californie juſqu'aux montagnes
de glaces qui ferment le paſſage au Nord.
Il a reconnu une partie de la côte des Tſchut kis ,
& fixé le giſement des Iſſes ſituées entre le
Kamtſcharka & l'Amérique. Les Relations des
Eſpagnols étoient infidelles , les Cartes des Ruſſes
fourmilloient d'erreurs. Eles ont diſparu , & avec
elles ces Iſles imaginaires , ces Terres ſuppoſées de
Gama , de Staten Iſland & l'Iſle de Jeſo , qui
n'avoient exiſté que dans l'opinion des Géographes.
Ni les travaux les plus pénibles , ni les dangers
les plus fufceptibles d'étonner le courage , n'ont
pu arrêter ce grand homme ; il s'eſt avancé jufqu'au
716 degré de latitude; ſon audace dans des
186
: MERCURE
mers dangereuſes & inconnues , où le naufrage ne
laiſſe aucun eſpoir , intéreſſe autant qu'elle étonne ;
& s'il n'a point trouvé de paſſage pour fortir de
cette mer par le Nord , il en réſulte ou qu'il n'en
exiſte pas , ou que les montagnes de glaces qui
y font permanentes le rendent abſolument impraticable.
C'eſt l'hiſtoire de ce Voyage , le plus intéreſſant
detous , qu'on préſente au Public; de ce Voyage,
où rempli tout à la fois d'étonnement d'admiration
& de la reconnoiffance qu'inſpirent les travaux
hardis de ce grand homme , le Lecteur ſe
trouve tout-à-coup ſpectateur de ſa fin tragique ,
& voit l'infortuné Cook terminer ſes jours au
milieu d'une carrière qui doit l'immortaliſer.
Le Journal d'un Marin n'offre en général que
des matériaux à l'Hiſtoire. Les Rédacteurs de
l'Abrégé de ce Voyage ont cherché à faire un
corps d'Histoire de ce qui n'étoit qu'un Journal.
Ils de font appliqués à faire connoître tous les
giffemens des Ifles , les relevés des côtes , les manoeuvres
principales & effentielles , les vents les
marées & les courans. Ils ont rapporté avec exacti
tude les obſervations astronomiques , ainſi que tout
ce qui concerne les moeurs & l'hiſtoire naturelle
des contrées que notre célèbre Auteur a parcourues.
,
Il ne faut pas confondre cet Abrégé en trois
vol in-8 °, avec un prétendu Abrégé , en un vol. ,
qui a paru , il y a quelques années , avant même
que le grand Ouvrage de Cook fût publié. L'Abrégé
actuel , dont on a fait un corps d'Hiſtoire , eſt
extrait en entier du troiſieme Voyage du Capitaine
Cook, en 4 vol. in-49. Cet Abrégé forme une
lecture rapide & fuivie , à l'uſage de cette partie
du Public qui n'eſt pas dans le cas de ſe procurer
le grand Voyage .
C'eſt d'accord avec M. Panckoucke , propriétaire
DE FRANCE. 187
L
du Privilége du troiſième Voyage de Cock , que
nous publions cet Abrégé , afin de mettre le Public
à portée de ſe completter , & de ne pas l'expofer
à acheter deux ou trois fois le même Livre ſous
des titres différens .
CALENDRIER Ufuel & Perpétuel. A Paris , chez
Alex. Jombert jeune , Libraire , rue Dauphine ,
près le Pont-Neuf.
Ce qui rend plus particulièrement intéreſſant ce
Calendrier , c'eſt d'y avoir réuni au mérite d'un
uſage à volonté rétrogade ſur le paffé , & prolongé
dans l'avenir , la forme la plus ſimple &
la diſpoſition la plus commode pour le ſervice
journalier. Il préſente , comme les Almanachs ordi
naires de cabinet , fix mois ſur une face , & fix
mois fur l'autre . Renfermé fous un verre blanc.
&dans un cadre proprement doré , il offre pour
un cabinet , un meuble en même temps agréable
&utile. Sa forme eſt un quarré-long de 9 pouces
de largeur ſur 15 pouces de hauteur , y compris
la bordure. L'impreffion en eſt ſoignée & ſur beau
papir , en caracteres bien nets , & d'un coeil affez
gros pour qu'on les puiſſe lire facilement de loin .
Le prix eft de 12 liv. tout encadré , bordures
dorées de as lignes , ornées de peries.
,
Son ſervice pour le paſſé ainſi que pour le futur
foit qu'on veuille vérifier quelque époque
antérieure, foit qu'on veuille établir chaque année
nouvelle , n'exige ni combinaiſon ni travail. Le
Calendrier complet est compoſé d'un livret mince ,
renfermé comme nous l'avons dit , dans un
cadre : ce livret contient 35 ca'endriers pour chacune
des 35 époques différentes de Pâques , & une
Table qui préſente une ſérie d'années depuis l'an
I juſqu'à l'an 2200 de Jeſus Chriſt. Chaque année
د
188 MERCURE
de cette ſérie renvoie par un numéro à celui des
35 calendriers qui lui eſt propre .
Exemple. Veut-on avoir ſous les yeux l'année
1746 ; on cherche cette année ſur la Table , elle
renvoie au calendrier numéro 20 , qui eſt propre
à cette année 1746. De même veut- on avoir le
calendrier de l'année 1786 ; on voit ſur la Table
le numéro , & conféquemment le calendrier qui
ſervira pour l'année 1780. Rien n'eſt plus aifé.
,
Pour mieux réuffir à ſatisfaire le Public dans
fes différens defirs on lui offre le même Calendrier
Perpétuel dans un cadre plus petit , & qui
ne préſente que deux mois à la fois ; on eft alors
obligé de retourner les feuillets de deux en deux
mois. Du reſte il réunit tous les avantages du
précédent , & fon uſage eſt le même. Sa dimenfion
eſt des pouces de largeur ſur 8 de hauteur,
y compris la bordure. Le cadre de ce petit Calendrier
ne contient qu'une année ; ks 34 qui le complettent
, ainſi que la Table indicative , font rentermés
dans une boîte de la forme & de l'apparence
d'un volume in-8 °. couvert en vean , que
l'on peut placer dans ſa bibliothèque. Le prix de
ce dernier eſt de 12 liv. Le même Calendrier
propre à reſter ſur un bureau , à arrêter l'échéance
des lettres de- change , & auffi d'une utilité intéreſſante
pour ceux qui font des voyages de long
cours , relié en un vol. in-8 ° . Prix 6 liv.
,
ALMANACH Penfant ou Etrennes aux Philosophes.-
Aimanach Bienfaisant , ou Etrennes
aux belles Ames. Almanach Plaifant , ou Etrennes
aux Beaux- Efprits . - Aimanach Chantant ,
ou Etrennes aux jolies Voix. Prix , chacun 12
ſols. A Paris , chez la Veuve Duchefne , Libraire
rue S. Jacques ; Leſclapart , Libraire , rue du Roule ;
Libraite, rue de Marivaux , prés du Brunet
DE FRANCE.
189
,
nouveau Théâtre Italien & Petit , Libraire
quai de Gevres.
Ces Almanachs , par les choix de proſe & de
vers qu'ils renferment , ont été diftingués l'année
dernière de la foule éphémère de ces fortes d'Ouvrages.
Cette année on y a joint un ſecond Recueil
à l'Almanach Chantant', ce qui les porte au
nombre de cinq.
VARIÉTÉS Littéraires , Hiſtoriques , Galantes ,
&c. Ouvrage périodique propoſé par ſouſcription .
Il a été publié , il y a deux mois , un projet
de ſouſcription en faveur de l'oeuvre de la Rédemption
des Captifs. Les Perſonnes fenfibles
ont applaudi à ce projet & les Papiers
publics ont confirmé cette unanimité flatteuſe par
l'éloge particulier de l'Ouvrage que l'on conſacroir
à cette oeuvre touchante ; mais des miliers de
Perſonnes abſentes n'ont pu ſuivre le mouvement
de leur coeur en ſe faiſant inſcrire, & l'écoulement
de deux mois emporte bien des idées
dont on avoit été touché. On croit en conféquence
devoir renouveler une invitation qui intéreſſe autant
l'humanité, avant de publier la liſte des Soufcripteurs
comme on s'y eſt engagé. Cette lifte , qui
déjà contient les noms auguſtes de nos Maîtres ,
de la Famille Royale , des Princes du Sang , des
Miniſtres & de tant de Perſonnes illuftres ou refpectables
dans tous les ordres de l'État fera un
monument ſi touchant de bienfaiſance , que l'on
chérira les noms qu'on y verra tracés .
L'Égliſe a dit : Lemalheur des Captifs est un malheur
public Sans doute en s'exprimant ainſi elle a
aurant eſpéré de les voir ſoulager , que defiré de
nous inftruire .
....
On s'abonne rue neuve SainteCatherine , nº. 21 ,
& l'on s'adreſſe à M. Siredey de Grandbois , Chef
190 MERCURE
du Bureau , en affranchiſſant les lettres & l'argent..
La ſouſcription eſt de 24 liv. pour Paris & de 30 liv .
pour la Province. Il a déjà paru ſeize Cahiers de
vingt-cinq qui doivent être fournis pour le prix de,
l'abonnement. On fait que cet Ouvrage eſt tiré en
partie de manufcrits précieux. Nous en parlerons
dans les Nouvelles Littéraires. La liſte des Soufcripteurs
paroîtra dans peu. Il eſt donc temps encore
de ſouſcrire , & d'ajouter à une liſte qui est compoſée
des plus grands noms.
: Les Etrennes de Cupidon , Almanach pour l'année
1786 , enrichi de figures en taille-douce. A
Paris , chez Maillet , Imprimeur en taille-douce ,
rue S. Jacques , n° . 45 ; Hérou , Doreur , même
rue , nº, 21 ; & à Versailles , chez Benoiſt , Libraire
, rue Satory.
Cet Almanach contient une Scène dialoguée des
Fragmens de Mythologie , quelques Chauſons &
autres Poéſies.
: LETTRES Afcétiques de Saint Gaëtan de
Thienne, précédées de l'Eloge du Saint Fondateur ,
prononcé dans l'Egliſe des Théatins en 1780 par
M. l'Abbé de Barral , Docteur en Droit, de plufieurs
Académies , Vicaire de Saint Merry. A Paris ,
de l'Imprimerie de MONSIEUR , & chez l'Auteur ,
rue Saint Martin , au Bureau des Extraits .
On doit ſavoir gré à M. l'Abbé de Barral de
nous avoir fait connoître les Lettres pieuſes &
édifiantes du Fondateur des Théatins ; on les
lit avec intérêt , & par conféquent avec fruit.
L'éloge du Fondateur qui précède les Lettres refpire
par-tout la bonne morale & les vertus qui
caractériſent une Congrégation trop peu répandue
en France , puiſqu'elle y poſsède une ſeule Maifon,
qui eft celle de Paris. Il y a dans le Pifcours
DE FRANCE.
191
del'ordre, de la clarté & un ſtyle ſage & correct.
Le Volume eſt terminé par un Éloge de Saint
Louis , prononcé par l'Auteur dans l'Égliſe des
Chanoines Réguliers,de la Congrégation de France.
Nous avons trouvé dans cet Ouvrage la même
pureté de doctrine & les mêmes qualités que dans
PÉloge de Saint Gaetan.
La Fontaine d'Amour , gravée d'après leTableau
de M. Fragonard par N. T. Regnault. Prix , 24 liv.
A Paris , chez l'Auteur & Delalande , même maiſon
, rue de Montmorency , en entrant par la rue
S. Martin , nº . 22 .
Cette Eſtampe eſt d'une compoſition heureuſe ,
& le burin a bien rendu toute la grâce de l'original.
Elle eſt gravée avec ſoin , avec nettere , & l'effet en
eſt auſſi agréable que piquant.
TROIS Sonates pour le Clavecin , compofées par
M. Muzio Clementi , OEuvre XIV. Prix , 7 liv.
4 ſels port franc par tout le Royaume , ainſi que
toure eſpèce de Muſique au prix marqué ſur chaque
Exemplaire. - Deuxième Concerto à Violoncel
principal , Violons , Alto & Baffe, Cors & Haut-
Bois ad libitum , par M. L. Duport. Prix , 4 liv.
4 fols franc de port. A Paris , chez Imbault, Profeffeur
& Marchand de Muſique , rue & vis-à-vis le
Cloître S. Honoré , maiſon du Chandelier .
,
NUMÉROS 43 à 48 de la Muse Lyrique , ou
Journal de Guittare , par M. Porro contenant des
Airs choiſis des plus nouveaux Opéras & autres
complettant l'année 1785. On s'abonne chez Mme
Veuve Baillon , rue neuve des Petits - Champs , au
coin de celle de Richelieu .- Troisième année des
Etrennes de Guittare, compoſées d'Ans nouveaux,
Pièces & Obfervations ſur cet Inſtrument , par le
:
192 MERCURE
même Auteur. rix , 7 liv 4 ſols franc de port.
Numéro II du Journal de Violon , on Recueil
d' Airs nouveaux , par les meilleurs Maîtres , pour
Violon , Flûte , Alto & Baffe. Prix , ſéparément
2 liv. & fols . Abonnement 18 & 21 liv. Même
Adreſſe.
TROIS Sonates pour le Clavecin , par M. J D.
Hermann , Violon ad libitum , excepté le demiér
morceau , OEuvre I. Prix , 6 liv. A Paris , chez l'Auteur
, rue d'Anjou , Fauxbourg S. Honoré , nº. 133 ,
& chez Leduc , au Magaſin de Muſique & d'Inftauniens
, rue du Roule , à la Croix d'or , nº. 6 .
Quatre Sonates pour le Clavecin , par M. J. Hayden,
@avre XLII & VI de Clavecin . Prix, 7 liv. 4 fols
port franc par la poſte.- Trois Symphonies à
huitparties , par M. Barrière , OEuvre X & XI de
Symphonies. Prix , 9 liv. port franc. Ces Symphonies
peuvent s'exécuter fans Flûte & fans Cors. A
Paris , chez Leduc , même Adreſſe que ci-deſſus.
TABLE.
Les Vers- à-Soie, 145 Langue Françoise,
Quatrain ,
Les Epis , Fable.
phe,
165
150
149 LesDangers de la Simpathie ,
Charade, Enigme& Logorry Varietés ,
Voyages dans les Deux-Sici- Comédie Italienne ,
170
173
151 AcadémieRov. deMusiq. 181
182
tes, 153 Annonces & Notices, 184
L'Harmonie imitative de la
1
JALI
APPROBATION.
,par ordre de Mgr le Garde des Sccaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 24 Décem. 1785.Je n'y
airien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 23 Décembre 1985. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
TURQUIE.
DE CONSTANTINOPLE , le 5 Novemb:
Sultan-Mustapha , troiſieme
filsduGrand-
Seigneur, eſt mort le 22 Octobre dernier.
Son enfeveliſſement a été précédé & accompagné
des cérémonies luſtrales & autres ,
preſcrites par la Loi Muſulmane .
On ſcait avec quelle indifférence le Gouvernement&
le peuple Ottomans ont regardé
juſqu'ici les ravages de la peſte. Quelqu'aient
été les cauſesde cette réſignation à
un fleau auſſi terrible , leur empire ſembleroit
s'affoiblir , s'il est vrai , comme on l'annonce
, qu'enfin l'on ſonge à inftituer des
Lazarets. On parle même de leur emplacement
futur. Les quatre principaux ſeroient
établis l'un ici dans l'iſle du Prince ; l'autre
dans la Citadelle de Smyrne ; un troiſieme
No. 52 , 24 Décembre 1785. g
ر
( 146 )
en Morée dans le port de Pirée , & le quatrieme
à Alexandrie d'Egypte. Chaque ifle
de l'Archipel auroit des Lazarets fubordonnés
, & la contumace ſeroit de 15 jours
pour les paſſagers , & de 25 pour les marchandises.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 2 Décembre.
,
Nous avons ſu d'Alexandrie , que le Baron
Tholus notre Conful général dans
cette échelle , y avoit arboré le pavillon
Ruſſe le 16 Août dernier. Le bruit de vingt
canons annonça l'entrée de ce Conful , qui
fut introduit à cheval , & avec beaucoup de
pompe dans la ville.
On prétend que notre Cour a été informée
de la mort du Régent de Perfe , uſurpateur
qui a péri d'une mort violente. Comme
on lui ſuppoſoit des intentions peu ami
cales à notre égard, le Colonel Tamara , au
ſervice de l'Impératrice, s'eſt joint au Gouverneur
du Mazanderan ſur la côte méridionale
de la mer Caſpienne. Notre Colonel
& le Rébelle fon protégé ont ſurpris la
Régent , l'ont fait prisonnier ; & afin d'abréger
, ils l'ont tué. On ſe promet de
grands avantages de cette brillante expédition
, pour étendre notre influence
fur la Perſe , & pour réprimer les Tar-
す
( 147 )
tares , dont l'indocilité fatigue nos front'eres
, aing que les troupes qui les gardent.
Nonobſtant ces belles eſpérances ,
d'autres avis détruiſent les premiers , en révoquant
la nouvelle de la mort du Régent
de Perſe , & celle des fuites de la prétendue
victoire de ſon Adverſaire.
Le nombre des bâtimens arrivés l'Eté
dernier dans le port d'Archangel , a été de
94 , dont 37 Anglois , 15 Danois , 8 Hollandois
, I Suédois & 19 Allemands ;
celui des bâtimens qui en ſont partis de 101 ;
de ces derniers , 38 Anglois & و Hollandois
, ces deux nations ayant acheté ici
chacune un bâtiment neuf. Le nombre des
bâtimens qui avoient fait voile de ce port
pour la pêche de la baleine au Spitzberg , à la
Nouvelle Zemble , &c. étoit de 305 ; un
de ces bâtimens d'Onega , eſt revenu avec
une riche cargaiſon. En général la pêche a
été abondante,
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 11 Décembre.
* Suivant un état détaillé de la pêche Hollandoiſe
de la baleine au Groënland &dans
le détroit de Davis pendant cette année ,
cette pêche a été faite par 68 bâtimens , dont
28 d'Amſterdam , & a produit 328 baleines.
1
g2
( 148 )
D'après l'hiſtoire très-curieure du commerce
de l'Allemagne , que publie M. Frédéric - Jonathan
Fischer, l'opération des Suédois de faire de l'huile
dehareng,dont ilsdébitent depuis quelques années
une quantité conſidérable , étoit connue dans le
14e. fiécle , & les villes Anſéatiques avoient em .
ployé une grande partie des harengs , pêchés en
abondance dans la mer du Nord & ſur les côtes
d'Eſpagne , à en tirer de l'huile.
Un Journal de commerce préſente ainſi
la valeur ſtatiſtique ou économique de l'Angleterre.
L'Angleterre contient 39,000,00o acres de
terre. Sa population monte à 5,545,000 ames ; il
revient à chaque individu 7 acres & demi ; la population
deLondres eſt d'environ 600,000 ames ;
celle des autres villes & grandsbourgs,de870,000,
&celledes petits bourgs & villages,de4,100,000.
Toutes les terres rapportent par an , 10,000,০০০
liv. ſterl.; la redevance annuelle des terres à bled ,
fait un objet de 2,000,000 1. ſt. & leur produit net
monte à 9,000,000 ; la taxe du bétail &la redevance
pour les Communes , pâturages , bois &
landes , montent par an à 7,000,000 I. ft. Le produit
annuel du beurre , du fromage& du lait , fait
un objet de 2,500,000 liv. ſterl . & la laine , un de
2,000,000 ; les chevaux peuvent être évalués par
an à 250,0001. ft. La viande conſommée par an en
Angleterre , forme un objet de 3 3,000,000 1. ſterl.
La confommation du ſavon & des peaux , monte
à 600,000 liv. ft. La conſommation de l'avoine ,
par les chevaux , forme un objet annuel de
1,300,000 1.ft. & celle des autres beſtiaux , un de
1,000,000. Il faut par an pour 500,000 1. ft. de
bois de conſtruction pourmaiſons&pour500,000
( 149 )
1. ft. de bois de chauffage. La valeur du froment ,
du ſeigle&de l'orge , consommés en Angleterre,
monte à 6,000,000 1.ſt.; celle des laineries, conſommées
dans le pays , à 8,000,000 1. ft . , & celle
des laineries exportées , à 2,000,000 liv. ft . Les
taxes perſonnelles , levées dans le royaume , forment
un objet annuel de 43,000,000 1. ft. On évalue
ces mêmes taxes en France, à 81,000,000 1. ft .
&en Hollande , à 18,250,000 liv. ſterl .
Preſque tous ces calculs font erronés .
L'Angleterre a au moins deux millions d'ha
bitans de plus qu'on ne lui en donne; Londres
eſt peuplée de 900,000 ames & davantage
, &c. &c.
DE VIENNE , le 11 Décembre .
Quelques Décrets peu intéreſſans d'adminiſtration
économique , quelques promotions
, & des raiſonnemens de tout genre fur
le fort à venir de la Baviere , font depuis
notre paix avec la Hollande , les ſeuls objets
de la curioſité publique. L'Empereur a été
indiſpoſé & rétabli preſqu'en même temps ,
de maniere que nous n'avons pas eu le tems
d'être allarmés ſur la ſanté de ce Monarque.
On s'eſt beaucoup entretenu du beau
préſent envoié au Prince de Kaunitz par
l'Impératrice de Ruſſie. Ce préſent confifte
ainſi que nous l'avons dit , en une collection
de médailles d'or. Elles font enfermées
dans une caffette aufli galante que magnifique
, & on les évalue de 26 à 28 mille flor.
Des calculateurs qui ne donnent jamais
( 150 )
aucunes preuves de leurs prétendus dénombremens
, viennent de compter dans leurs
cabinets 223,000 Juifs , répandus ſur les
Etats de l'Empereur.
Faute d'un nombre ſuffiſant d'Actionnaires
, la Compagnie de commerce avec les
Etats-Unis projettée à Trieſte , vient de ſe
I diſſoudre avant d'avoir acquis aucune confiſtance.
DE FRANCFORT, le 13 Décembre.
Il n'eſt point vrai , comme l'ont affirmé
diverſes Feuilles publiques , que l'Elesteur
de Cologne ait obtenu la Coadjutorerie de
Paderborn. Cet arrangement étoit nécefſairement
fubordonné à l'aveu du Prince-
Evêque actuel , qui juſqu'ici ne l'a point
donné.
Il eſt toujours incertain ſi l'Electeur de
Mayence a pris parti dans la Ligue de Berlin.
Ceux qui l'affirment varient même ſur
la qualité en vertu de laquelle ce Prince eſt
entré dans cette aſſociation. On lui a donné
un nouvel allié dans l'Electeur de Treves ,
dans les Princes de Heſſe Darmſtadt , de
Saxe -Weimar , &c. &c. Mais rien de moins
authentique que ces nouvelles de gazette.
Selon nos lettres de Berlin , Mylord Vicomte
Dalrymple , Envoié d'Angleterre en
Pruſſe, a eu le 3 , ſa premiere audience de
Şa Majeſté.
( 131 )
Nous avons parlé d'un Reſcrit Impérial ,
concernant l'établiſſement de la Nonciature
à Munich. Ce Reſcrit vient d'être publié
en ces termes dans le Journal politique
de Hambourg , dont nous le traduiſons. Il
eſt daté de Vienne , le 12 Octobre dernier.
>> Leurs Dilections , l'Electeur & l'Archevêque
de Mayence , & l'Archevêque de Salzbourg
m'ont remontré que c'étoit le deffein de la cour
de Rome d'envoyer un Nonce à Munich & de
le revêtir des mêmes pouvoirs , pour la Baviere
& le Palatinat , dont jouit celui de Cologne ,
&dans la crainte que cette nouvelle Nonciature
n'uſurpât leurs droits diocéſains , ils ont imploré
la protection impériale que je leur dois comme
protecteur ſuprême de laconſtitution de l'Egliſe
Germanique » .
>> Puiſque j'ai été habitué dans tous les temps ,
&que je me ſuis attaché dans toutes les circonſtances
à donner les preuves les plus finceres
&les moins équivoques de mon zele patriotique
pour le bien - être & le maintien de l'Empire
dans toutes les partiesde ſa conſtitution , je dois
doncauſſi enbon ami , frere & gracieux aſſocié,
non ſeulement maintenir les droits des Evêques
dans leurs Dioceſes , comme faiſant partie
eſſentielle de la bonne diſcipline , mais encore
contribuer de tout mon pouvoir à ce que les
Evêques recouvrent tous les droits qu'ils ont
poffédés primitivement , qu'ils ont conſervés
pendant tantde ficcles , & qu'ils n'ont pu perdre
que par les malheurs des temps , & par des em
piétemens illicites oe.
>> J'ai en conséquence réſolu', àl'occafion des
remontrances ſuſdites , de notifier d'une maniere
claire & préciſe à tout l'Empire mes ſentimens
84
( 152 )
à ce ſujet , comme auſſi de déclarer à la cour
de Rome , que jamais je ne ſouffrirai que lesArchevêques
& Evêques de l'Empire ſoient aucunement
troublés dans l'exercice de leurs droits
diocéſains qu'ils tiennent de Dieu & de l'Egliſe ;
que je ne reconnoîtrai à l'avenir les Nonces que
comme des envoyés du Pape pour les affaires politiques
, ou celles qui le regardent immédiatement
, comme chefde l'Eglise , mais que je ne
peux permettre que ces Nonces exercent dorénavant
aucune eſpece de jurifdiction dans les
affaires Eccléfiaftiques , & foient les chefs d'aucune
judicature particuliere , auſſi peu que celui
qui eft actuellement à Cologne , que celui qu'on
attend à Vienne , ni même tout autre que le Pape
pourroit envoyer par la ſuite dans quelqu'Etat de
l'Empire que ce ſoit «.
- En même temps que je fais part à vos Di.
lections de mes ſentimens , je vous exhorte à
maintenir contre toute attaque tous vos droits
métropolitains &diocésains , tant pour vous que
pour vos fuffrages , & de vous oppoſer fermement
à tous les empiétemens & ufurpations que
la courdeRome pourroit entreprendre contre de
-tels droits & le bon ordre , à l'effet de quoi je
vous aſſure de toute la plénitude de mon appui ,
&proteſtnion Impériale».
Je veillerai encore à ce que dans tout ce qui
concerne les matieres bénéficiales , on obſerve
àla lettre les concordats de la nation Allemande ,
& j'eſpere par mes ſoins patriotiques de contribuer
aux progrès de la Religion , comme auffi de
donner aux Etats Eccléſiaſtiques & aux Evêques
des preuves convaincantes de mon zele conſtant
pour le maintien de leurs droits & de leurs
conftitutions «. A tant , je ſuis , &c.
JOSEPH .
( 153)
D'après un nouvel état militaire, l'armée
de l'Electorat d'Hanovre eſt compoſée de
26,048 hommes , dont 4202 de Cavalerie
répartis en II Régimens , 13762 d'Infanterie,
répartis en 15 Régimens ; 5500 de milice
réglée , & 2584 de troupes de garnifon.
Deux régimens d'Infanterie font encore
actuellement dans les Indes Orientales .
On apprend de Francfort- fur- l'Oder , que la
derniere Foire y a été plus fréquentée qu'aucune
des précédentes . On y a vendu , entr'autres marchandises
, 4,184 pieces de drap de Siléfie , pour
71,508 rixdalers ; 2,440 de ces pieces ont paflé à
l'Etranger ; leur valeur étoit de 40,620 rixdalers .
Les toiles , coutils , crêpes , linons , fils de Siléfie,
ont été très recherchés ; le débit de ces marchandiſes
a monté à la ſomme de 63,471 rixdalers. Le
débit des bas , bonnets & gants de laine deGoldberg
& Bunzlau , a fait un objet de 5,944 rixdalers
,& celui des marchandiſes de coton de Bunzlau,
Brieg& Frankenſtein , a monté à 2,620 rixdalers.
En général , les marchandiſes de Siléſie ,
vendues à cette Foire , ont produit la ſomme de
149,274 rixdalers ; il en a paffé à l'Etranger pour
71,571 rixdalers.
:
On écrit de Vienne que le Prince d'Anhalt-
Zerbſt aura le Régiment vacant par la
mort du Prince de Mecklenbourg-Strelitz .
Le Baron de Schonfeldt , nouveau Miniſtre
de l'Electeur de Saxe à la Cour de
Vienne , a paffé le 16 Novembre par Ratisbonne
pour ſe rendre à ſa deſtination.
Le 19 , la veuve d'un Garde Forêt , de
2
g5
(154 )
Fridecval en Heſſe , nommé Recter , eſt
morte dans la 107e. année de ſon âge.
ESPAGNE.
DE MADRID, le 20 Novembre.
S. M. C. vient de donner une Pragmatique
Sanction pour remédier aux abus introduits
dans l'emploi des races de taureaux
&demulets. Par cette Pragmatique , compoſée
de 6articles , S. M. défend à toutes
perſonnes d'avoir dans les villes& aux promenades
plus de deux chevaux à leurs voitures
, excepté cependant à la Cour & dans
Jes Maiſons Royales. Permet S. M. de tirer
des chevaux del'étranger , pendant l'eſpace
de deux années ſeulement. Enfin S. M. défend
les courſes de taureaux à mort dans
toutes les villes du Royaume , à moins
qu'elles n'aient été inſtituées en vertu de
fondations pieuſes; dans ce cas , S. M.
cherchera les moyens de ſubſtituer à ces
fondations quelque rente équivalente , ou
tel autre moyen qu'elle jugera convenable.
La Banque nationale de S. Charles avoit
d'abord chargé ſes Commiſſionnaires de
payer dans les Provinces aux Actionnaires
de la Banque le dividende échu ; mais ayant
reconnu l'abus de cette pratique , elle a
averti le Public que les Actionnaites ne
pourront abſolument recevoir qu'à Madrid.
( 155 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES, le 12 Décembre:
La Cour a pris le deuil du Prince de
Mecklenbourg-Strelitz , frere de la Reine ,
& le 8 , le Duc &la Ducheſſe de Devonfhire
, les Comtes de Carlifle & de Darmouth
, Lord Vicomte Stormont , divers
autres Lords de la Minorité , ainſi que les
Miniſtres , préſenterent leurs condoléances
à LL. MM.
Le Prince de Galles, à ce que diſent pluſieurs
feuilles publiques , a ſoupé dernierement
chez M. Adams , Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Amérique.
M. William Eden a été nommé Commiſſaire
pour travailler au Traité de Commerce
avec la France , il a , dit- on , des
pouvoirs très- étendus , & un traitement égal
à celui d'un Ambaſſadeur ; ſavoir , 6000
liv. ſterlings par an. Ce choix eſt univerſellement
applaudi & fait le plus grand honneur
à M. Pitt. Perſonne n'a plus approfondi
que M. Eden , les intérêts commerciaux
de l'Angleterre ; mais ſa qualité de Membre
de l'Oppoſition l'auroit exclu d'un emploi
ſi important ſous un Miniſtere moins
éclairé .
M. Eden eſt encore un exemple de la
fortune & de la confideration où peuvent
g.6
( 156)
4
conduire ici les talens littéraires. Il débuta
par divers ouvrages inſtructifs ſur pluſieurs
branches d'économie politiques ; ſes connoiflances
en ce genre le conduiſirent au
burcau du Commerce & des Plantations
dont il fut un des Commiſſaires. De- là ,
il paſſa en Amérique en 1778 , avec le
Comte de Carlifle & le Gouverneur Johnſtone
, comme l'un des trois Commiſſaires
chargés de propoſitions de paix avec les
Etats-Unis . A fon retour, il fut nommé
Secrétaire de la Vice-Royauté d'Irlande ,
puis élu Membre du Conſeil privé.
L'Amirauté fait dans ce moment-ci des achats
conſidérables de bois de conſtruction . Il y a ordre
de reconſtruire ſucceſſivement dans les Chantiers
du Roi lesVaiſſeaux de guerre ſuivans , à meſure
qu'il y aura des places vacantes.
L'Ajax , 74 Canons.
Tigre , 74 Do. , dépécé depuis la paix .
Téméraire , 74 Do., à Portsmouth .
Torbay , 74 Do. , vendu depuis la paix.
Burford , 64 Do.
Belleifle , 64 Do.
Mars , 64 Do.
Dragon , 64 Do.
L'amélioration des pêcheries ſur les côtes
d'Ecoſſe occupera certainement une partie
conſidérable de la prochaine ſeſſion du Parlement.
Outre le rapport du, Docteur Anderſon
qui a été emploié par le Gouvernenement
à l'inſpection des côtes d'Ecofle ,
M. Dempſter prépare un gros volume de
renſeignemens fur le même ſujet.
( 157 )
:
L'opération projettée par M. Pitt , pour
parvenir à une extinction partielle de la
dette nationale , conſiſte , felon l'opinion
courante , à convertir 25 millions des 3 pour
cent conſolidés en une tontine repartie en
différentes claſſes , qui jouiront chacune
d'un intérêt proportionné à l'uſage de ceux
qui les compoſent. On eſtime que le ſurplus
du revenu annuel porté à un million
ſuffira pour payer l'accroiſſement d'intérêt
que ce plan aſſure aux propriétaires des 3
pour cent; l'extinction progreffive des clafſes
en opérera une femblable dans la dette
nationale , juſqu'à la parfaite liquidation des
25 millions.
Le Gouvernement a reçu des dépêches
de M.Walpole , notre Miniſtre à Lisbonne ,
qui annonce le départ de trois vaiſſeaux
de guerre & de pluſieurs tranſports ſortis
du Tage pour conduire des troupes aux
établiſſemens Portugais de l'Amérique , dont
on releve les garnifons.
Le nouveau Lord Maire vient de déclarer
àtous les Boulangers de la Capitale
que , celui d'entr'eux qui , pour la feconde
fois , feroit convaincu d'avoir fraudé le
poids du pain ſeroit annoncé par fon nom
dans tous les papiers publics , afin que les
acheteurs fuſſent en garde contre fa mauvaiſe
foi.
ء ا
M. Henderson , a été inhumé dans l'Egliſe
de Westminster , à côté de Garrick ,
& près du Moniment de Shakespeare. Un
( 158 )
1
grand cortege de carroffes , de gens à cheval
& à pied , accompagnoit le convoi ,
qui fut reçu par le Doyen du Chapitre &
par les Chanoines de Westminster en cérémonie.
On a remarqué entre les aſſiſtans
à ces funérailles trois Editeurs de Shakefpeare
; ſavoir , M. Steevens , M. Malone ,
&M. Reed.
Dimanche dernier , le peuple a donné
une fort bonn e leçon à l'un des Officiers
de la Douane. Cetinſolent Employé ayant
rencontré près de Blackvall une jeune fille
très jolie , accompagnée de ſa mere , la
fouilla très-indécemment , ſous prétexte
que ſesjupes réceloient de la Contrebande.
Aux cris de la jeune perſonne , le peuple
s'ameuta ; le Douanier eut beau dire qu'il
agiſſoit de par le Roi & le Pariement , un des
vengeurs de l'offenſée, le prit au collet&
le renverſa d'un croc en jambes ; puis on
le conduiſit à la riviere , où il fubit d'itératives
immerfions. Après cette prompte &
néceſſaire juſtice , le peuple congédia ce
miſérable , en l'avertiſſant d'informer ſes
confreres de ſon aventure, afin de les rendre
circonſpects à l'avenir.
Le 29 du mois dernier , on a ſaiſi à Liverpool
,unAllemand convaincu d'avoir acquis
furtivement pluſieurs des machines d'Arckriwgth
, pour filer le coton , avec le deſſe'n
de les faire paſſer dans les Etats de l'Empereur.
Il eſt accuſé également d'avoir tenté de
ſéduire des ouv riers de diverſes manufactu
( 159 )
res.Comme ce crime , qui emporte une violation
déshonorante des droits de l'hoſpitalité&
une perfidie manifeſte , ſe répete depuis
long-temps , le priſonnier ſera puni à la
rigueur des loix. Elles condamnent le coupable
à 200 1. ſt. & confiſcation , & à foo
I. ft. & un an de priſon , lorſqu'il eft queftion
d'un enrêlement d'ouvriers .
Deux gentilhommes , MM. Witham&Stevens,
s'étant trouvés d'opinions différentes dans une
ſociété, l'und'eux donnaune eſpèce de démenti
à l'autre , qui ſortit fur le champ , & le lendemain
matin envoya un cartel à ſon antagoniſte
par le Colonel G-, demandant des
excuſes , ou une fatisfaction immédiate : Mr.
Witham répondit qu'il réfléchiroit ſur la derniere
propoſition , & qu'il enverroit une réponſe
dans lajournée.
Cette réponſe fut faite à- peu- près dans ces
termes : Je ſuis pere de famille , Monfieur ,
j'ai neuf enfans , une femme , une mere &
des foeurs ; ma maiſon n'a d'autre protecteur
> & d'autre ſoutien que moi : comme vous n'êtes
>> pas dans le même cas , puiſque vous avez à-
> peu-près 6,000 livres ſterlings de rente , &
beaucoup d'argent a la banque , je ſuis prêt
>> à vous prouver que je ſuis auſſi délicat que
>> vous fur le point d'honneur , & je confens
> à me battre , pourvu que dans le cas où je
>> ſerai tué , vous vous engagerez à faire une
> penſion de 200 liv. fterl, à ma femme , &
> une de cinquante à chacun de mes enfans.
>> J'ai P'honneur d'être , &c. &c. «
Mr. S. répondit laconiquement, » qu'il voyoit
>> bien que Mr W. étoit un lâche , & qu'il au.
roit ſoin d'en inftruire le public «; à quoi
( 160 )
4
ce dernier répliqua au bas de la même lettre :
>> fi vous avez Paudace de mal parler de moi ,
je vous étrillerai , juſqu'à ce que je vous aie
fait déſavouer ce que vous aurez avancé , &c . c
Dimanche dernier , ces deux Adverſaires ,
s'étant malheureuſement rencontrés à cheval
dans Hydeparc , chacun aecompagné d'un ami &
d'un domestique , M. S. cria très-haut : >> Voilàle
>> lâche qui paſſe ! - Celuieci aufitôt
courut fur fon alverſaire , & d'un coup de
poing appuyé avec force au milieu de l'eſtomac ,
il le déſarçonna , & le jeta par terre . Saurant
lui - même enſuite leſtement dans l'arème .,
on vitdans l'inſtant ces deux Cavaliers ſe porter
, à la mode du pays , des bottes à toute
outrance , fans qu'il fût au pouvoir de leurs
amis de les empêcher : une vingtaine de garçons
bouchers s'étant raſſemblés autour des combattans
dès le commencement de la vixe , firent
auffitôt cercle autour d'eux , & infifterent fur
ce qu'on laiſſat les deux gentilhommes s'amufer
tant que cela leur plairoit. L'érat actuel de cete
dispute eſt un indictment pris par un des combattans
, pour avoir été battu ; & un ſecond
indictment pris par l'autre , pour avoir reçu un
cartel.
Un foldat , nommé Richard Midleton , écoutant
le Service divin , dans une Egliſe de Glaſcow ,
avec le reſte de ſa Compagnie , au lieu d'avoir la
Bible ſous ſesyeux comme ſes camarades , il déploya
devant lui un paquet de cartes. Cette fingularité
fut remarquée de l'Eccléſiaſtique en fonctions&
du Sergent de la Compagnie. Ce dernier
, en particulier , ordonna à Midleton de jetter
ſes cartes , & fur ſon refus , il le conduifit , après
le ſervice Divin , devant le Maire auquel il porta
( 161 )
4
plaintedecette profanation . «Brave ſoldat, ditle
>> Maire,quelle excuſe avez- vous pourjuſtihervotre
conduite ? ſi vos motifs ſont raisonnables , tant
>> mieux , finon vous ferez puni comme vous le
>>méritez . Puiſque votre Seigneurie , repartit
Midleton , a la bonté de m'entendre , je lui
>> dirai que jai fait dix- huit jours de marche avec
>> ma paie de fix pences par jour ; ( douze ſols de
>> France ) ce n'eſt pas trop pour nourrir , abreuver
, blanchir un pauvre diable comme moi :
>> par conféquentil n'a pu me reſter de quoi ache-
>> ter une Bible , ni un livre de prieres. En di-
•fant ces mots , Richard ſortit ſon paquet de cartes,
préſenta un as au Magiſtrat , & continua.
>> Quand je vois un as , n'en déplaiſe à votre Sei-
>> gneurie , je me rappelle qu'il n'eſt qu'un ſcul
>> Dieu ; les deux & les trois me rappellent le
>> Fils & le Saint-Eſprit ; les quatre me repréſen-
>> tent les quatre Evangéliſtes ; les cinq , les cinq
>> Vierges qui eurent foin d'entretenir leurs lam-
> pes ; lesfix , me peignent l'oeuvre de la créa-
>> tion faite en fix jours ; lesſept , le jour du re-
>> pos ; les huit , les huit perſonnes juſtes ſauvées
>>>du Déluge ; ſavoir Noé & ſa femme , ſes trois
>> fils& leurs femmes; les neuf, me font ſouve-
>> nir des lépreux guéris par Notre Seigneur , &
* les dix, des dix Commandemens. Richard plaça
enſuite le Valet devant lui , & paſſant à la
Reine , il dit ; « Cette Reine me rappelle la
>> Reine de Saba , qui fut curieuſe de viſiter le
>> ſage Salomon ; quant au Roi , il me ramene
>>toujours à l'idée du Roi des Cieux & de notre
>>bon Roi Georges III . A merveille , dit le Mai-
>>>re; mais le Valet qui vous reſte ? Le Valet bas
» & méchant , me repréſente le Sergent qui m'a
> amené devant Votre Seigneurie. Je ne fais , re-
> pliqua le Magiſtrat , s'il eſt un méchant valet
( 162 )
5 ounon; mais c'eſt ungrand fou. Cejeu de cara
tes, continua le ſoldat, me ſert à divers uſages.
Les 365 points me font ſouvenir des 365jours
>> de l'année ; les 52 cartes , des 52 semaines ; le
>> nombre de tricks , (de mains ) des treize mois
>> de l'année , ( la paie des ſoldats & matelots eft
>> comptée ſur le pied de treize mois ) Ainfice
jeu de cartes eſt à la fois ma Bible , mon Al-
>> manach& mon Livre de prieres , &c . » Après
cette explication , le Magistrat ordonna à ſes
domeſtiques de bien régaler le ſoldat , & de lui
donner trois ſchellings.
Ila paru , dans le courant de l'été , une
Hiſtoire très - curieuſe & très -détaillée du
fiege de Gibraltar , par le Capitaine Drinkwater,
du ſoixante-douxieme Régiment. Entr'autres
particularités très-fingulieres , renfermées
dans cet ouvrage , on y lit que le
Gouverneur Elliot avoit déterminé par des
expériences exactes, la quantité de riz necelfaire
par jour à l'entretien d'un homme. Luimême
, durant huit jours, ſe ſoutint avec
quatre oncés de riz par jour. Rien n'égale
d'ailleurs ſon étonnante ſobriété il vivoit
de quelque végétaux , de puddings & d'eau.
Lesmiettes de biſcuit ſe vendoient dans la
place juſqu'à un ſchelling la livre. = Une
femme fut lapremiere perſonne bleſſfée durant
ce fiege. Pendantle bombardement,
une bombe ayant enfoncé le magaſin d'un
Marchand dont les foldats avoient à ſe
plaindre , ils firent rôtir un cochon au feu
de la canelle diſperſée dans ce magafin. -
Dans l'eſpace de treize mois, il n'y eut entre
-
( 163 )
le feu de la place & celui des Affiegeans
qu'une diſcontinuation de vingt - quatre
heures.
Onacompté pendant le fiége , mille deux cens
cinquante-un hommes , dont 333 morts des bleffures
qu'ils ont reçues ; 138 mis hors d'état de
ſervir, egalement pardes bleſſures; 536 morts
de maladie , ſans y comprendre ceux qui ſont
morts du ſcorbut en 1779 & 1780 ; 181 mis
hors de ſervice , à cauſe de leurs maladies incurab'es
; & 43 déſerteurs.
La garniſon a employé , depuis 1779 juſqu'en
Février 1783 , deux cens cinq mille trois cens
virgt-huit boulets , &c. & huit mille barils de
poudre ; elle a eu 53 canons endommagés ou
détruits.
La premiere gratification diſtribuée à la garniſon
de Gibraltar , a été de trente mille livres
ſterling . Cette ſomme provenoit de l'argent accordé
par le Parlement pour avoir détruit les
batteries flottantes , & celui de la vente du vaifſeau
de guerre le Saint- Michel. Le Gouverneur
a eu mille huit cens ſoixante-quinze livres ſterling
; le Gouverneur en ſecond, neufcens trenteſept
livres dix shelings ; le Major-Général ,
quatre cens ſoixante huit livres quinze shelings ;
le Brigadier-Général , deux cens ſoixante- ſept
livres dix shelings ; chaque Colonel , cent cinquante-
fix livres un sheling ; chaque Lieutenant-
Colonel , quatre - vingt livres ſeize shelings ;
chaque Major , cinquante ſept livres quinze shelings
fix fols ; chaque Capitaine , quarante-trois
livres dix shelings ; chaque Lieutenant, vingtcinq
livres cinq shelings fix fols ; chaque Enſeigue
, douze livres ; chaque Sergent , trois livres
fix shelings ; chaque Caporal , deux livres ; &
( 164 )
chaque Soldat ,une livre neufshelings deux
fols.
Par un autre acte du Parlement , il a été accordé
à la garniſon tout ce qui pourroit être tiré
de la mer des débris des batteries flottantes. En
conféquence , on a retiré des canons de fer & de
bronze , & d'autres articles , pour une ſomme
conſidérable ; & il doit être bientôt fait une ſeconde
diftribution de dix mille livres ſterlings ,
qui ſera ſuivie d'une troiſieme.
Tous nos Papiers ont tranſcrit une lettre
du célébre Docteur Price , à un de ſes amis
de Philadelphie , & dans laquelle ce conf
tant défenſeur de l'Indépendance des Colonies
finit en difant:
:
?
En vérité , Monfieur , depuis que j'ai publié
mes obſervations ſur la révolution de l'Amérique ,
j'ai entendu parler de tant de choſes qui ne me
plaiſent point , que j'ai craint quelquefois de
m'être rendu ridicule , par ce que j'ai dit de l'importance
de cette révelution. Un de mes Correfpondans
en Amérique , qui a toujours été attaché
àla cauſe Américaine , m'aſſure que rien ne peut
être plus chimérique que les eſpérances que j'ai
formées ,& il m'inſtruit de certains faits ,qui contribuent
beaucoup à diminuer mes eſpérances ,
s'ils font vrais . J'aime cependant à me flatter
encore que la révolution Américaine deviendra
une introduction à un meilleur état des affaires
humaines , & qu'avec le temps , les Etats - Unis
feront le fiége de la liberté , de la paix & de la
vertu. Ce font les voeux ardens de la partie éclairée
& inftruite de l'Europe.
Cette lettre vous parviendra par le Docteur
Franklin. Il quitte pour toujours cette partie du
monde. Puiffe-t- il faire un heureux voyage !
( 165 )
RICHARD PRICE , Newington-Green , ce
22 Juillet.
La Société pour l'encouragement des
Arts , de l'Agriculture & du Commerce , a
donné une médaille d'argent à M. Stripley
de Maidſtone , inventeur d'une lampe flottante
très utile , dont voici la deſcription :
« Pour rendre cette lampe flottante toujours
utile , il faut la confier aux ſoins des Officiers de
quart : ceux- ci doivent la tenir toujours garnie ,
on aura également l'attention d'hume ter ſa mêche
d'huile de térébenthine , afin qu'elle prenne
feu à l'approche d'une lampe ou d'une chandelle.
Dès qu'un homme de l'équipage ſera tombé à la
merpendant la nuit , l'Officier dequart allumera
le plus promptement poſſible la lampe dans la lanterne
qui doit envelopper ſa machine flottante , &
la deſcendra immédiatement à la mer , au moyen
d'une petite corde , juſqu'à ce qu'elle ait flotté environ
l'eſpace d'une ſéconde , & qu'elle ſoit preſque
perpendiculaire à la petite corde. Pour y parvenir
, l'Officier de quart attachera autour du loc
cette même corde , à laquelle il donnera pluſieurs
ſecouſſes,qui lui feront prendre ſa ligne de direction
, endécrivant une ligne preſque perpendiculaire.
Avec cette précaution , la corde n'embarrafſera
point l'homme qui s'efforce d'atteindre en nageant
la lampe flottante. Dès que l'homme tombé
aura ſaiſi les anſes de cette lampe , il ſera maître
alors de la mouvoir & de la diriger auſſi promptement
qu'il voudra , en obfervant ſeulement de
faire avec ſes cuiſſes les mêmes mouvemens que
ceux qu'il exécute en nag ant. La lumiere de la
lampe lui ſervira de guide sûr pour arriver à elle;
elledirigera non moins fidelement l'équipage du
vaiſſeaupouratteindre l'homine & la lampe. Voici
( 166 )
comment on doitretirer de la mer l'un & l'autres
Lorsque le bâtiment aura viré de bord ,&joint la
lampe flottante , de l'extrémité d'une ſolive , on
deſcendra à la mer, au moyen d'une corde &d'une
poulie , la lanterne ordinaire avec une échelle de
corde , juſqu'à ce que la barre placée diamétralementau-
deflous de la lanterne touche l'eau; ce dont
l'équipage pourra s'aſſurer avec le ſecours de la lumierequi
reſte au fondde la lanterne. Alors le Matelot
tombé pourra s'accrocher à la barre , & fixer
ſonpiedſurundes échellonsdel'échellede cordes ;
il ſaiſira en même temps d'une main l'anſe de fer
de la lampe flottante , qu'il prendra au crochet
fixé à la corde au- deſſus de la barre . Cette manoeuvre
étant exécutée à l'aide d'une poule attachée
àune piece de bois , l'homme & la lampe ficttante
pourront être enlevés dans le vaiſſeau ſans aucun
riſque ».
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 14 Décembre.
Le Marquis de la Rochelambert a eu
l'honeur d'être préſenté au Roi & à la Reine
par Monfieur , en qualité de l'un de ſes
Gentilshommes d'honneur.
Sa Majesté a accordé , le 7 de ce mois ,
au ſieur Amat de la Plaine , des Lettres
d'honneur de Grand-Maître des Eaux &
Forêts des provinces du Lyonnois , Forès,
Beaujolois , Mâconnois , Auvergne , Dauphiné&
Provence.
Le Comte de Brachet de Floreſſac , qui
avoit précédemment eu l'honneur d'être
:
( 167 )
préſenté au Roi , a eu , le 10 , celui de monter
dans les voitures de Sa Majesté & de la
fuivre à la chaſle.
Le lendemain , la Marquiſe de Piercour
a eu l'honneur d'être préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Maréchale
de Richelieu .
La Cour prendra le deuil , le 17 de ce
mois , pour quatre jours , à l'occaſion de la
mort du Landgrave de Heſſe Caffel .
DE PARIS , le 21 Décembre.
;
ParLettres -Patentes de S. M. données à
Verſailles le 11 Décembre , & regiſtrées le
1 2 du même mois en la Cour des Monnoies ,
la refonte & la fabrication des louis aura lieu
aux Hôtels des Monnoies de Lille & de Limoges
, comme à ceux nommés dans la
Déclaration du Roi du 30 Octobre dernier ;
les louis , double- louis & demi-louts ſeront
reçus & payés en eſpeces dans les Hôtels
des Monnoies au prix de 750 liv. le marc ,
juſqu'au premier Avril 1786 ; leſdites Monnoies
devant avoir cours juſqu'à cette époque;
enfin aucunes eſpeces d'or ne feront
reçues avant le 28 de ce mois , tant aux
changes de l'Hôtel des Monnoies de Paris ,
qu'à ceux établis dans la ville.
Arrêt du Conſeil d'Etat du Roi , du 20 Novembre
1785 , portant Réglement pour l'Adminiſtration
de la Poſte aux lettres & fur celui des
Poſtes aux chevaux , Relais & Meſſageries , à
compter du premier Janvier 1786 .
L
( 168 )
Le Directeur général des poſtes aux chevaux,
relais &meſſageries de France, tiendra leConſeil
de l'adminiftration des poſtes aux chevaux en la
maniere accoutumée ; ce Conſeil ſera préfidé , en
ſon abſence , par l'Intendant des poſtes aux chevaux
, relais & meſſageries , & toutes les affaires
concernant ce ſervice , y feront rapportées & décidées
par le Directeur général qui rendra compte
à S. M. , & prendra directement ſes déciſions
lorſqu'il y aura lieu. Le fervice de la poſte
aux lettres , ſéparé de celui des relais de poſte
&des meſſageries , ſera régi en chef par l'Intendant
général de la poſte aux lettres & Courriers
de France , qui rendra compte directement
à S. M. de tout ce qui a rapport à ce ſervice ,
recevra ſes ordres , & continuera de préſider les
aſſemblées des Adminiſtrateurs des poſtes .
L'Intendant général de la poſte aux lettres connoîtra
ſeul des plaintes qui ſeroient portées pour
raifon de furtaxe des lettres.-La nomination
& l'expédition de tous les Courriers ordinaires
& extraordinaires , appartiendra à l'Intendant
général de la poſte aux lettres , qui conſervera
le droit de faire partir des Courriers de dépêches
, toutes les fois que les circonstances l'exigeront.
Tous les fonds néceſſaires pour ſub .
venir aux dépenſes de l'adminiſtration des relais
de poſte , ſeront déſormais fournis directement
du Tréſor royal , à la réſerve de ceux qui ſont
remis par différentes provinces , lesquels feront
verſés à la Caifſſe à ce deſtinée , comme par le
paffé. A compter de la même époque , la
régie de la poſte aux lettres ne fera plus aucun
paiement pour les objets concernant l'adminiſtration
des relais de poſte , & verſera directement
au Tréſor royal les fonds qu'elle remettoit
pour ce ſervice .-Tous les Officiers &
Employés
( 169 )
Employés de l'adminiſtration des poſtes aux chevaux,
relais & meſſageries , feront , à compter
du premier Janvier prochain , ſous les ordres
du Directeur général , & ſecondairement fous
ceux de I Intendant des poſtes aux chevaux , relais
& meſſageries , nommé par S. M.
A compter du premier Janvier prochain , la
Ferme des meſſageries ſera ſéparée de la régie
de la poſte aux lettres , & n'aura plus aucun
rapport avec l'adminiſtration de ce ſervice. A
compter de la même époque , les Fermiers des
m ſſageries verſeront directement auTréſor royal
le prix de leur Ferme , &c. & c .
Autre du 23 Novembre 1785 , qui difpenſe
les livres venant de l'Etranger , pour
paſſer en tranfit dans un autre pays étranger
, d'être conduits à la Chambre Syndicale
de Paris : pourvu que les ballots foient
chargés ſur les voitures de la Ferme des
Meſſageries , & plombés à leur entrée dans
le Royaume , à peine de confiſation des
ballots , charettes & chevaux , & de mille
livres d'amende .
M. Bruſté, Médecin de la Marine à Breſt ,
nous a adreſlé une Réponſe très importante
à la Lettre de M. Gardanne , inférée dans
ce Journal , touchant les cauſes de l'eſpece
de colique qui attaque les équinages des
vaiſſeaux & les moyens d'y remédier. Voici
la ſubſtance de cette Réponſe trop volumineuſe
pour être inférée en entier ici .
J'ai fait , dit Mr Bit , plfieurs campagnes
de Chirurg'en-major. Depuis quelques années
je ſuis fixé à Breſt comme Médecin , Javore de
No.52 , 24 Décembre 1785. h
( 170 )
bonne foi quej'ignorois qu'il y eût eu à ce ſujet
aucune réclamation , ſoit dans le Département
ou auprès du Miniſtre , fi je n'avois pas lu la
lettre de M. Gardanne , & le mémoire qu'il a
publié.
M. Gardanne cite , à l'appui des afſſertions de
ſa lettre , l'événement terrible arrivé en 1775
fur la Corvette du Roi le Serin , commandée par
M. le Chevalier de Marigny. J'atteſterai volontiers
ce fait , & d'autant mieux , que j'étois embarqué
comme Chirurgien-major fur certe Corvette
; que dès le premier temps de la maladie
je reconnus tous les ſymptômes de la colique
métallique ; qu'enfin, moi même j'en ai été longtemps
affecté àun degré très-grave. Les détails
que M. le Chevalier Hooke a bien voulu en donner
, écrits de fa main , à M. Gardanne , ſont
exacts ; mais j'obſerverai que ce fait eſt unique,
ilolé, dépendant de circonstances particulieres .
M. Chevalier de Marigny , reçut , très - peu
de temps après avoir eu le commandement de la
Corvette le Serin , ſes inſtrutions qui le preffoient
de mettre à la voile. L'armement , qui à
peine étoit commencé , fut terminé dans l'eſpace
de quelques jours , d'après les ordres qu'il donna
aux ouvriers. Non-ſeulement on employa une
très-grande quantité de litharge pour rendre la
peinture plus deſficative , mais le vaiſſeau fut
conduit en rade , & les Officiers couchoient dans
leurs chambres avant que les Peintres les euſſent
quittées.
Or ce fait unique , dépendant de la circonfsance
d'un armement précipité , ne peut pas être
la baſe d'une théorie générale.
M. Gardanne ne s'eſt pas contenté d'annoncer
cette théorie , par la voie des Journaux , dans la
forme & le ſtyle épiltolaires ; de la développer
( 171 )
parun mémoire imprimé , dont le Miniſtre a fait
remettre quelques exemplaires auDépartement; il
en a fait l'application au traitement des maladies
des gens de mer, en ſuppoſant qu'onn'a point donné
juſqu'ici affez d'attention au véritable caractere
des coliques qu'ils éprouvent ; qu'il eſt le
premier qui ait reconnu qu'elles dépendent , dans
Je plus grand nombre de cas , des mauvais effets
dela peinture , en obſervant qu'on ne peut eſpérer
de les guérir radicalement , que par la méthode
très-violente qui est enuſage , & dont le ſuccès
eſt reconnu pour les coliques métalliques. Je ne
crois pas cette application ſeulement ſyſtématique,
je la crois infiniment dangereuſe dans la
pratique de la médecine.
On fait qu'à la ſuite des campagnes , fur-tout
dans les climats chauds , les Officiers , ainſi que
les matelots , font attaqués fréquemment de coliqués
qui , chez les uns degénérent en fievres intermittentes
, quelquefois en dyſſenteries , &c.&c.
randis que chez d'autres elles confervent leur ca
ractere primitif , & réſiſtent aux remedes les
mieux indiqués .
L'expérience m'a mis à portée de reconnoître
quedans cette eſpece de colique , qui eft déſignée
ſous la dénomination générale decoliques bilieus
fes, les organes de la digestion font très affoiblis
que l'inflammation de l'eſtomac &des inteftins
eſt toujours à craindre ; qu'elles peuvent ſe terminer
par la gangrene. C'eſt encore d'après l'expé
périence la plus conſtante , qu'il m'eſt permis
d'aſſurer que ces coliques ſont entretenues par le
vice ſcorbutique des humeurs , que fil'on pouvoit
, dans une pratique ſage de la médecine ,
indiquer un remede ou une méthode de traitement
exclufive , ce ſeroit le qui quina , à trèsforte
doſe , qui devroit fur-tout être recomman
h2
( 172 )
dé ; qu'enfin on ne ſauroit inſiſter ſur l'uſage de
l'émétique dans le premier temps , fur les purgatifs
violents, & engénéral ſur la méthode de traitement
très- active que M. Gardanne indique , &
qu'on fait être le moyen de guériſon le plus sûr
dans la colique des peintres ou la colique métallique
, ſans que l'événement de la maladie ſoit le
plus ſouventfuneſte.
Je ne me rappellerai jamais ſans frémirl'exemple
d'une femme d'un rang diſtingué , qui , dans
le cas d'une colique moins bilieuſe que ſpaſmodique,
ayant été traitée par la même méthode qu'on
auroit dû ſuivre , ſi elle avoit été attaquée d'une
colique métallique , n'a ſurvécu à cette méthode
que fix mois , & à péri , après avoir éprouvé des
rechutes qui ne lui laiſſoient que peu de relâche ,
dans des convulfions horribles , ayant l'eſtomaç
détruit par la gangrene , & ouvert de la largeur
gang
delamain dans lapartie ſupérieure.
L'intervalle eft immenſe entre la doctrine que
j'établis , d'après ma propre expérience , ſur la
colique qui regne dans les Equipages à la fin
des campagnes longues , que je regarde comme
bilieuſe ,& la doctrine que M. Gardanne , d'après
un petit nombre d'obſervations , annonce fur
cette eſpècede colique qu'il ſuppoſe étre occaſionnée
, le plus ſouvent , par les mauvais effets
de la peinture dans l'intérieur des vaiſſeaux.
Le Médecin qui auroit acquis l'expérience la
plus sûre , ſeroit encore embarraſfé , dans un
grand nombre de cas , à reconnoî re le caractere
de ces deux eſpèces de coliques , à les diſtinguer
dans un département où il exiſteroit des cauſes
propres à les produire en même temps l'une &
Jautre; tant leurs ſymptômes font analogues.
Ce n'eſt donc pas une queſtion qu'on doive
traiter fi légerement , que de ſavoir fi la pein
( 173 )
ture, dans l'intérieur des vaiſſeaux , occafionne
de mauvais effets auſſi fréquemment que M. Gardanne
l'a penſé& qu'il l'annonce , de la maniere
la plus affirmative , d'après l'événement arrivé
fur la Corvette le Serin , fans avoir pris d'autres
éclairciſſemens que les détails qui lui ont été communiqués
par M. le Chevalier Hooke .
Je crois que M. Gardanne étant fixé depuis
long-temps dans la Capitale , loin de la claſſe des
gens de mer , n'a eu aucun moyen d'obſerver les
travaux immenfes qu'ils ſupportent , leurs moeurs ,
les cauſes des maladies auxquelles ils ſont ſujets.
C'eſt une opinion ſyſtématique , dont les ſuites
pourroient être funeſtes dans la pratique de la
médecine , que de ſuppoſer qu'ils font fréquemment
attaqués de la colique métallique ; au con.
traire , je ne crains pas d'avancer que cette maladie
s'obſerve très - rarement dans le Départes
ment de Brest , &c. &c.
La lettre de M. Allemand contre les nouvelles
écluſes propoſées par M. de Fer , a
mis cet habile Ingénieur dans la néceſſité
de nous adreſſer une réponſe, que nous publions
d'autant plus volontiers , malgré fon
étendue , qu'elle nous diſpenſera de revenir
ultérieurement ſur une difcuffion peu faite
pour des Feuilles périodiques .
' MONSIEUR ,
Je dois une réponſe à M. Allemand , & vous
la trouverez dans la copie de la lettre que j'ai
fait inferer dans le Journal de Paris , du 9 acût
dernier , & que je tranſcris ici (*) , pour vous
prier de la remettre ſous les yeux du public .
J'y ajouterai cependant la réflexion ſuivante. Si
les écluſes que j'ai propoſces , & que M. Ale
h3
( 174)
mand n'apas encore ledroit de critiquer , puifqu'il
ne les connoît pas , ſont jugées infufifantes
pour remplir les vues que j'ai annoncées ,
par MM. les Commiſſaires qui doivent les examiner
, elles feront rejettées , & je ne ſache pas
que le Gouvernement pût même alors me favoir
mauvaisgré de lui en avoir préſenté l'idée . Je
dirai plus , files Digues mobiles que propoſent M.
Allemand , & far leſquellesje me garderai de
prononcer , en ayant inutilement cherché la
deſcription dans lefavant Ouvrage qu'il vient de
publier , fi , dis -je , ces Digues méritent d'être
préférées , je le verrai ſans jalouſſe ; je ſerai mê,
me le premier à en conſeiller l'uſage , dès le
moment qu'elles auront reçues la même ſanction
que je follicite en faveur de mes Ecluſes. Je
defire, autant que M. Allemand , les progrès
d'une navigation débaraffée de toutes entraves.
J'ai porté mes vues fur cegrand objet , depuis
longues années , & tout peut faire croire que
les différentes fonctions que j'ai exercées dans
Tintention d'être utile ,& que M. Allemand fe
plaît à rappeller , ont dû me faciliter l'étude
néceſſaire pour m'éviter des moyens de propoſer
des abfurdités . Au reſte je n'ai jamais eu avec
ce Savant aucune relation ni directe ni indirecte ;
mais lorſque je lus ſes Ouvrages , j'y reconnus
le zele d'un bon Citoyen , & cela me fuffit
pour me faire oublier , je ne dirai pas l'humeur
que l'idée de mes Ecluſes lui a donnée , mais
la manière véhémente avec laquelle il n'a pas
craintde l'exprimer. Ainſi permettez , Monfieur,
que je borne ici mes réflexions fur la difcuffion
que vous avez annoncée comme affez
importante pour être miſe ſous les yeux du
public , puiſqu'elle doit être inceſſamment jugée
au ſeul Tribunal qui ait le droit d'en connoître.
,
( 175 )
Cependant , Monfieur , je dois vous prévenir que
ce jugement ne ſera guères prononcé avant les
derniers jours du mois de Mai prochain , parce
qu'il tient au grand projet de navigation que j'ai
propoſé pour rendre à la France pluſieurs Provinces
, & aſſurer à la ville de Paris l'approviſionnement
de ſes bois de chauffage , & que
vous ne pouvez ignorer , qu'un projet de cet
étendue demande un travail préliminaire confidérable
, & qu'on ne peut entamer que parties
à parties . J'ai l'honneur d'être , & c.
Signé , DE FER DE LA NOUERRE , ancien
Capitaine d'Artillerie , &c . &c.
(*) Copie de la Lettre imprimée dans le Journal de
eaux
Paris.
en
La difficulté , Meſſieurs , des approviſionnemens
de Paris par la rivière de Seine eſt ſenfible.
On defiroit depuis longtems qu'on ima.
ginât des écluſes qui puffent rehauffer les
ea dans les tems où eelllleess font trop baffles
& fiffent difparoître les entraves qu'éprouve
alors la navigation . J'ai trouvé , Meffieurs , le
moyen de remplir le voeu du Gouvernement ,
&je viens de lui propoter d'en faire l'application
à la partie de cette rivière qui eft comprife
entre Montereau & la ville de Rouen . MM. les
Commiſſaires de l'Académie des Sciences , que
M. le Contrôleur-général a chargé de l'examen
de mon Mémoire , d'après l'avis de M. le Prevot
des Marchands , font M.le Marquis de Condorcet,
M. l'Abbé Rochon & M. l'Abbé le Boffut. Etant
obligé, Meſſieurs, d'employer divers ouvriers pour
exécuter le modèle de ces nouvelles écluſes , &
des deſſinateurs pour faire les plans qui en développent
les parties , il eſt plus convenable
que le Public foit inſtruit par l'Auteur même
h4
( 176 )
que par les bruits vagues qui pourroient s'en
répandre. Pour fixer l'opinion , Meffieurs , fur
l'utilité de ces nouvelles écluſes , je vais expofer
leurs principaux avantages . Eles rehautferont
les eaux d'une rivière au point néceſſaire
pour qu'elles prennent la profondeur de 4,5
&6pieds dans les endroits où cette profondeur
eſt ſouvent réduite à moins d'un pied. Lenombre
qu'il conviendra d'en établir dans une longueur
donnée ſera relatif à la pente de cette
rivière , & on pourra toujours les multiplier
fans inconvéniens. Le paſſage des bateaux par
ces écluſes ſera auſſi facile que celui de toutes
les écluſes connues des canaux de navigation.
Dans le moment où les eaux de la rivière fur
laquelle on les auroit établies , viendront à
s'accroître , ces écluſes ſe déplaceront fans peine,
& ne laifferont point à craindre que , ſon lit
érent obftrué , les inondations s'augmentent &
détruiſent les récoltes des terres fituées près
de tes bords. Les h útes eaux étant ceffées , les
éclues feront replacées à peu de frais. Enfin ,
au moyen de ces nouvelles écluſes , la navigation
de toutes rivières peut être perfectionnée
ou rendue poffible , fans qu'on ait à redouter de
leur éabl flement les terribles inconvéniens
qui ré ultoient de ces eſpèces de Digues qui
ont été conſtruites dans cette intention , & dont
T'expérience a démontré depuis long-tems le danger
& l'infuffifance. Elles peuvent conféquemment
être regardées comme le moyen le plus
certain d'accélérer la formation d'un ſyſteme
général de navigation intérieure , non- ſeulement
dans le Royaume , mais dans tous les pays où
l'on defireroit ſe procurer ce grand moyen de
faciliter le commerce par la diminution du prix
du tranſport qui en réſulteroit .
J'ai l'honneur d'être , &c .
( 177 )
Signé , DEFER DE LA NOUERRE , ancien
Capitaine d'Artillerie , &c. &c.
A Ercy ſur Seine , M. le Curé , au Prône
de la Meſſe Paroiſſiale , a annoncé la mort
de Monſeigneur le Duc d'Orléans , par un
diſcours , dans lequel il a peint en ces termes
le caractere du Prince dont il célébroit
la mémoire.
Citoyen par goûtdans ſa conduire, autant que
Prince digne de l'être par l'élévation de ſes
ſentimens , bien loin de ſe croire d'une nature
privilégiée dans les autres hommes , il ſe plaiſoit
au contraire à contempler ſes ſemblables , à aimer
ſes frères. Bienfaiteur de la vertu , il ſe
faifoit un religieux devoir de la rechercher ,
d'aller au-devant de ſes beſoins , de l'honorer
dans tous les états. Protecteur zélé des talens ,
combien d'hommes de mérite tirés de l'obſcurité
par fa main généreuse , ne lui doivent pas
& leurs reſſources & leurs ſuccès. Inacceffible
la prevention , toujours en garde contre l'abus
du pouvoir , avec quelle douce fatisfaction ne
s'en ſervoit- il pas au contraire pour faire partout
des heureux. Modèle des Pères , &c. &c .
Le Bureau Académique d'Ecriture , à la
tête duquel étoient ſes Préſidens honoraires
a tenu , le 8 Octobre , ſa ſéance publique
de rentrée , dans la Salle de ſes exercices , à
la Bibliotheque du Roi.
M. Harger , Secrétaire , l'ouvrit par la lecture
d'un Mémoire ſur les travaux du Bureau depuis
ſon établiſſement , & fur l'étendue dont ils vont
être fusceptibles par la tranſlation de ce Corps
Académique dans une des ſalesde la Bibliothèque .
Ce Mémoire a été très- goûté & les applau
hs
( 178 )
diſſemens en ont interrompu la lecture lors du
⚫compliment adreſſé à M. de Crofne , qui , pour
la premiere fois , a préſidé dans cette ſéance ,
&lors de l'hommage public que M. Harger a
rendu au nom de fon Corps à M. Lenoir , au
ſujet du logement que ce Magiftrat a procuré
au Bureau. Le fieur d'Autrepe , Directeur , lut
enfuite un Mémoire ſur la vérification des
écritures , dans lequel il réfuta deux affertions
d'anciens Jurifconfultes , Bonnier & Thévenot ,
tendantes à déprimer l'art des experts écrivains.
Le fieur Verron , Aggrégé , en lut un autre fur
l'enſeignement de l'art d'écrire , où il indique
les procédés qu'il eſt néceſſaire d'employer pour
faire naître dans les éleves l'amour de l'écriture
& pour procurer à chacun d'eux les divers
genres d'écrire propres aux états auxquels ils
ſe deſtineroient. Mademoiselle Rozé , adjointe
audit Bureau , a terminé la féance Académique
par la lecture d'un Mémoire dont l'objet eſt de
démontrer la néceffité & la poſſibilité de donner
aux femmes une éducation morale pareille à
celle des hommes . Ce Mémoire n'a pas été
moins applaudi que les précédens & cette ému -
lation de Mademoiselle Rozé a fait la plus
grande ſenſation . M. Haüy , Interprête du Roi ,
membre & Profeſſeur du Bureau Académique ,
ayant , en cette derniere qualité , defiré profiver
de ladite ſéance , pour rendre compte de ſes
progrès dans l'éducation des aveugles , devoit
lire un Mémoire dont la premiere partie a pour
objet cette éducation , & la ſeconde un précis
de ſes découvertes ſur le jeune inconnu trouvé
en Normandie , & confié à ſes ſoins. Le tems
n'ayant pas permis la lecture entiere de ce
Mémoire , M. Haüy s'eſt borné à la ſeconde
partie dont la lecture a été ſuivie de quelques(
179 )
uns des exercices annoncés. La repriſe des
mêmes exercices & la lecture entiere du Mémoire
de M. Haüy ont été remis au dimanche
ſuivant. Les exercices des aveugles ont fait
l'admiration de tous ceux qui compo oient
l'affemblée. Douze aveugles ont exécuté enſem.
ble un travail de filature à Paide d'une mécarique
de la compoſition de M. Hildebrand &
avec un chanvre préparé par cet Artiſte. Un
autre aveugle y a fait une opération de calcul .
Quelques autres y ont lu dans des livres à leur
ulage; d'autres y ont fait des ouvrages manuels ,
tel que filer , brocher des livres , &c. D'autres
ent indiqué différentes parties dans des cartes
de Géographie qui leur ont été préſentées ;
d'autres enfin y ont compofé & imprimé tant
en relief à leur u'age ſeul , qu'en noir à l'uſage
des clairvoyans. Le jeune inconnu , qui juſqu'à
préſent n'a parlé qu'un jargon inintelligible , a lu
à la fin de cette séance quelques phraſes fran
çoiſes.
HARGER
Secrétaire.
Nota. Ce Mémoire doit être imprimé par les
aveugles & à leur profit. Le Roi , à qui il a
été rendu compte de la poſſibilité de rendre
utiles à la ſociété des infortunés qui en étoient
léparés, a daigné accepter la dédicace du pre--
mier ouvrage qui fortiroit de leur preffe c
ſouſcrire pour ledit ouvrage.
L'Académie Royale des Sciences & Belles
Lettres d'Angers avoit propoſé en 1784
pour objet du prix qu'elle devoit diftribuer
Len Novembre dernier : Quels sont les moyens
les plus convenables & les moins diſpendieux
de pourvoir à la confervation des Enfans
la:6
( 180 )
Trouvés en France , & de leur donner l'éducation
la plus utile à l'Etat. L'Académie a remis
le prix au mois de Novembre 1786 ,
&recevra juſqu'au premier Mai prochain
les Mémoires qu'on doit adreſſer à M. de
Narcé , Secrétaire de l'Académie à Angers.
Le prix de l'Académie eſt une médaille d'or
de 300 liv.
M. le Comte de Waroquier de Combles ,
Officier des Grenadiers Royaux de Picardie ,
étant occupé du travail de ſon grand ouvrage ,
intitulé Etat Général de France , enrichi de
gravures , & qui contiendra les qualités & prérogatives
du Roi , de tous les Officiers de la
Cour , des Troupes de la Maiſon du Roi , de
Ia Reine , &c. &c. , du Clergé de France , des
Duchés & Pairies de France , des Ordres de
Chevalerie , des Maréchaux de France & autres
Officiers Généraux de terre & de mer , les Conſeils
du Roi , les Secrétaires d'Etat , les Partemens
, &c. &c . , & ſuivi d'une table générale ,
prie les Perſonnes qui , par leur rang , leurs
charges & leurs emplois ſont ſuſceptibles d'être
compriſes dans cet Ouvrage , de s'adreſſer franc
deport à lui , rue des Cordeliers , nº. 4.
Une Feuille publique contient l'extrait
ſuivant d'une Lettre de Grenoble , du 16
Novembre.
<< M. Meſmer a fait dans notre ville l'apparition
dont il avoit flatté ſes partiſans : voici le
détail de la réception qui lui a été faite . La Société
Meſmérienne , connue ici ſous le nom de
Société de l'Harmonie , avoit placé à 4 lieues
de la ville un Courier en ſentinelle , pour être
avertie par lui de l'arrivée du Grand Maure ; en
( 181 )
!
attendant , on ſe tenoit aſſemblé. Le Courier
vient annoncer que M. Meſmer s'approche de la
ville. On va à ſa rencontre , les uns montés ſur
des chevaux , les autres ſur des mules ; on ne
marche pas , on vole. Arrivés à la Porte de la
France , le Préſident de la Compagnie , qui en
eſt auffi l'Orateur , fait faire halte , dans le deſſein
de rappeller ſon diſcours à ſa mémoire : il en
étoit à la Peroraiſon , lorſqu'il fut interrompu
par le claquement du fouet du Poſtillon , glorieux
de mener un grand Homme. La cohorte extafiée
s'écrie : Le voici , le voici. En vain l'Orateur de
mande-t- il filence du geſte & de la voix : l'efcadron
indocile de crier ne ceſſa , le voilà , le voilà ;
& le compliment reſta- là. On ne vit alors que
déſordre & confufion. Les plus agiles s'élancerent
aux portieres de la voiture, d'autres ſur l'impériale
; ceux-ci s'emparent des rênes , ceux- là dételent
les chevaux , & ſe diſputerent , à la maniere
des Anglois , la gloire de ſe mettre à leur place ,
laiſſant par reſpect au Préſident l'honneur du
brancart. On entre en triomphe , & l'on va droit
à la maiton où l'illuſtre Compagnie tient ſes
aſſiſes. Un repas ſomptueux y eft préparé. Le
Héros de la fêre jette un regard curieux ſur tous
les Convives : il ne voit que des phyſionomies
inconnues ; & le Docteur , à qui , moyennant cent
Louis , il avoit fait confidence à Paris de ſes ſecrets
, ne s'offre point à ſa vue. Il le demande
avec un empreſſement affectueux; on lui apprend
qu'il n'a pu ſe préſerver lui- même des maux
dont il guérit les autres , & qu'il eſt retenu chez
lui par une indiſpoſition aſſez grave. Un membre
zélé court aufi-tôt chez le malade , pour lui apprendre
la grande nouvele que le Maitre a parlé
de lui. La reconnoiffance vivement fentie fait
oublier les douleurs : le malade eſt ſur pied ; il ſe
( 182 )
:
préſente dans la ſalle du feftin ; il s'approche du
Maître , qui le magnétiſe à l'inſtant , & produit
chez lui une criſe qui l'oblige à ſeretirer. Cepen
dant la joie brilloit fur tous les viſages ; le nectar
* verſé à grands flots la rendoit plus ſaillante, & faiſoit
oublier la perfidie de M. D... , les recherches
de M. Thouret , les rapports des Commiſſaires
royaux , l'Arrêt du Parlement de Paris , qui con.
ſacré la radiation de M. V... , du Corps de la Faculté;
les brochures , les pamphlets , les épigrammes,
les analyſes , les rapports des Gazetiers , &
toutes les contradictions & les avanies auxquelles
font expoſés les Membres de la Société reſpectable.
Le Maître ſeul ſe poſſede : il ne perd rien de
fon urile gravité ; & après avoir exhorté pathétiquement
ſes Sectateurs à la patience& au courage,
il leur annonce que , ſuivant l'ordre des deſtins,
fon départ eſt invariablement fixé au lendemain .
Les témoignages d'admiration , de dévouement ,
deviennent plus nombreux : chacun veut avoir la
gloire d'entretenir un inſtant leGrand -Homme ;
&il réſulte de cet empreſſement unbourdonnement&
une confufion , auxquels il eût été difficile
auxmeilleurs tympans de réſiſter. Le Docteur Allemand
ſe retire : après quelques heures de repos,
il remonte en voiture ».&c.&c.
Pierre-Nicolas Lebourg , Curé de Martairville
, Diocese de Lisieux , eſt mort âgé
de 92 ans ; fimple dans ſes moeurs & dans
ſa conduite , il fut l'ami & le pere des pauvres
de ſa paroiſfe.
Marie Marguerite-Antoinette - Louise du
Pas de Feuquiere, veuve de Henri du Maitz ,
Marquis de Goimpy, eſt morte le 3 de ce
mois , au château de Billancourt en Picardie
, âgée de 88 ans ,
( 183 )
4
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loerie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 1,53,90,3 , & 40 .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 18 Décembre..
Le départ de Madame l'Archi-Ducheſſe
Gouvernante des Pays-Bas , & du Duc de
Saxe Teſchen ſon époux , eſt décidé & trèsprochain
. L. A. R. doivent ſe rendre à
Vienne , en quittant nos Provinces .
Les Etats de Brabant ont été affemblés le
15 du mois dernier. Après le conſentement
donné au ſubſide ordinaire , le Chancelier
de S. M. I. demanda au nom de ce Monarque
un don gratuit extraordinaire de
huit millions de florins .
Le Comte de Maillebois a prêté ferment
à LL. HH. PP. en qualité de Gouverneur
de Breda .
Le Prince d'Orange a fait remettre aux
Etats de Hollande une Lettre & un Mémoire
relatif à ſes droits fur le commandement
de la garnifſon de la Haye, & aux motifs
qui ont fait paffer ce commandement
fous d'autres ordres.
Le Baron de Thulemeyer , Miniftre de
Pruſſe , a remis au Préſident des Etats Généraux
un nouveau Mémoire de la part de
fon Souverain. On jugera , en le lifant, de
la fenfation qu'il a dû produire : en voici la
teneur :
HAUTS ET PUISSANS SEIGNEURS !
Vos Hautes Puiffences ont différé juſqu'ici
de répondre à la Lettre que le Roi mon Maitue
( 184 )
leur a adreſſée en date du 18 O&obre : mais
Sa Majesté n'a pu qu'être ſenſiblement affectée
par le contenu de celle que les Etats de Hollande
lui ont écrite les du mois dernier.
Elle voit avec peine que loin de faire aucune
attention à ſa recommandation amicale en faveur
du Prince d'Orange , on a projecté une réſolution
encore plus forte que celle du 8 Septembre
, tout en aſſurant le Roi qu'on ne toléreroit
aucune démarche qui ſeroit contraire aux
dro ts légitimes du Stadhouder- Héréditaire. Ces
réſolutions ont été étayées par des exemples
tirés des temps où le Stadhouderat a été fufpendu
, ou de ceux de la minorité du Prince
d'Orange actuel : exemples qui paroiſſent peu
applicables au cas préſent. Perſonne ne conteſtera
furement à LL. NN. PP. les Etats de
Hollande leur plein droit de Souveraineté , & en
particulier celui de diſpoſer de leurs troupes ;
mais on ne rendroit par juſtice d'un autre côté
au Prince d'Orange , fi on l'accuſoit d'y avoir
jamais dérogé , ou aſpiré à ſouſtraire. l'autorité
militaire aux ordres du Souverain.
Il paroit cependant que , telon la conſtitution
de la République dans ſa forme actuelle , le
pouvoir exécutif dans la partie militaire de
P'adminiſtration , a été déposé entre les mains
du Capitaine Général , & que c'eſt par ſon canal
que les ordres du Souvarain doivent être
tranſmis aux troupes.
Le Prince d'Orange a de tout temps exercé
les devoirs de ſa charge avec exactitude , & avec
une application mene pénible ; il n'a manqué
en rien à ce qu'il devoit & pouvoit faire pour
reprimer dans la fatale journée du 4 Septenbre
, les mouvemens ſéditieux qui ont éclaté
à la Haye : une circonſtance auffi mince & accidentelle
ne fauroit fournir un prétexte qu
( 185 )
l'occaſion d'ôter au Prince le commandement
de la garniſon de la Haye , & de l'attribuer à
un Officier foumis aux ordres du Capitaine
Général ; il paroit plutôt conſtant qu'en adoptant
une meſure auffi forte& auſſi peu néceſſaire ,
ſans des motifs urgens , ou ſuffifans , on a efſentiellement
dérogé à la dignité & à l'autorité
de l'éminente charge confiée héréditairement
au Prince d'Orange par un acte tolemnel
, tant de la part de la Province de Hollande
que des autres Provinces ; on cherche
à perpétuer une réſolution , qui réduit le Stadhouderat
& la charge de Capitaine Général à
un vain nom , & à une ſimple repréſentation ,
pendant qu'on proteſie les vouloir maintenir en
entier.
Le Prince d'Orange n'a porté aucune plainte
au Roi : il eſt connu que les démarches qu'on
vient d'expoſer ont remporté auſſi peu les ſuffrages
de la nation en général , que de tous les
Regens de la Province de Hollande. Ces faits
font notoires dans toute l'Europe ; & fi les
prérogatives Stadhoudériennes ont été maintenues
récemment dans plus d'une Province ,
avec une fermeté auſſi noble que patriotique ,
ony applaudit.
Le Roi voit avec ſenſibilité que dans le
nombre des membres du Gouvernement qui
compoſent les Etats de la Province de Hollande,
quelques-uns entraînés peut - être par des
préventions, parun méſentendu , ou par un zèle
outré , affectent de ne témoigner aucun égard
pour ſon intervention , ni pour la Maiſon d'Orange
qui de tout temps a ſi bien mérité de la
République. Sa Majeſté ſe flatte cependant que
cette façon de penſer n'eſt pas celle d'une nation
auſſi reſpectable que la Hollandaiſe. Elle ne doute
pas que Vos Hautes Puiſſances , dont l'aflemblée
( 186 )
eſt le centre & l'organe des délibérations des
Membres de l'Union , n'apprécient mieux l'amitié
d'une Puiſſance voifine , qui dans plus
d'une occafion a été utile , &poura l'être encore
à la République.
Le Roi ne fauroit jamais être indifférent au
fort de l'illuftre Maiſon d'Orange , qui lui appartient
de fi près, dans laquelle il a placé une
Princeſſe qui lui eft chere , & qui doit l'être
également à toute la République par les vertus
, les grandes qualités dont elle eſt ornée ,
& par l'excellente éducation qu'elle donne à
ſa famille. C'eſt dans cette juſte ſuppoſition que
Sa Majeſté requiert de nouveau Vos Hautes
Puiffances, & qu'elle attend avec confiance de
leur part , qu'en conformité de leurs ſentimens
auſſi éclairés que patriotiques , Elles rendront
plus de justice à ceux du Roi , & en même
temps à ceux du Prince d'Orange ; qu'Elles s'employeront
de la maniere la plus efficace , tant
dans la Province de Hollande que partout autre
part où les circonstances pouroient l'exiger , pour
arrêter des meſures trop précipitées , pour rétablir
par leurs fages Conteils , & par leur in-
Avence l'Union , ſi néceſſaire , mais auſſi ouvertement
interrompue dans l'intérieur , pour
amener une conciliation générale des eſprits ,
des meſures & d'arrangemens , & furtout pour
mettre le Prince d'Orange dans la poſition de
pouvoir s'acquitter des fonctions attachées aux
charges éminentes dont il eſt revêtu , ſelon la
conftitution primordiale de l'Etat , pour le véritable
bien & le contentemens de toute la nation.
い
Le Roi eſt toujours également diſpoſé à employer
ſes bons offices , fi on le juge néceſſaire
ou utile , même avec la concurrence des
Puiſſances Amies de la République , en
( 187 )
faveur de la réunion des différens partis , pour
un accommodement , & arrangement ſolide .
convenable aux intérêts de l'Etat. Sa Majefté
renouvelle à V. H. P. , en qualité de voifin ,
&à tout plein de titres l'affûrance de l'impartialité
de fon intervention . Elle prend , H. &
P. S. un intérêt auſſi vif que fincere au bien
être & au repos des Provinces-Unies.
Le Roi jugera par le cas que l'on fera de
ces nouvelles repréſentations , du prix que la
République mettra à ſon amitié. Ses ſentimens
feront toujours invariables , mais proportionnés
au joſte retour que Sa Majeté poura rencontrer
, furtout par les égards raisonnables qu'elle
demande pour la Maiſon d'Orange.
La Haye le 9 Décembre 1785 .
( Signé ) DE THULEMEYER.
:
Rien n'annonce , quoi qu'en diſent quelques
Gazettes , le retour prochain du Stathouder
à la Have; les raiſons de cette abfencene
font pas difficiles à pénétrer.
Deux nouveaux Mémoires importans, pu
bliés depuis quelquesjours, vont encore occuper
les eſprits divilés de la République. L'un
eſt l'Expoſé justificatifde la conduite deM.
Van Slype , vice Baillif de Maſtricht , acculé
il y a un an d'une Correſpondance illicite
avec le Duc Louis de Brun wick. Le
ſecond eſt une apologie tres -détaillée de çe
même Duc , en Hollandois & en François .
Elle renferme toute la Correſpondance de
cet ancien Feldt- Maréchal avec les divers
Miniftres de la République , pendant fon
adminiſtration
& une foule de pieces ,
( 188 )
1
juſtificatives , qui rendent cet Ecrit trèsvolumineux.
La Régence de Duſſeldorf a confirmé le
premier rapport des Juges d'Aix-la-Chapelle
touchant le complot d'enlever les papiers
du Duc de Brunswick. L'Avocat Fifcal
avoit donné un écrit différent , argué d'illégalité,
& auquel on avoit ſubſtitué celui
que la Régence vient d'adopter, en déboutant
l'Avocat Fifcal de ſa demande. Les
Protocolles des Juges d'Aix-la-Chapelle qui
ont fondé les procédures ſuivantes renferment
ce qui fuit : ر
Protocolle du 28 Juillet 1785. Après que la
copie ci-jointe , n ° . I , eut été portée par un
domeſtique François, inconnu à S. A. S. Mgr. le
Ducde Brunswick , & que celui - ci l'eut remis à
M.le Grand-Mayeur , ce dernier a fait venir chez
lui , le 19 Juillet , certain Baron d'A ... , qui,
ſelontoute apparence , étoit l'auteur de la lettre ,
&qui étoit logé en cachette chez le perruquier
Hocfus , où il a déclaré en préſence du noraire
Van-Duffel , du ſubſtitut Secrétaire de la Majorerie
Fabri & du fieur Ducheſne , comme témoins
, que par induction du Conſeiller - Penfionnaire
de la ville de Dordrecht , Gyzelaar ....
il étoit convenu entre pluſieurs gens , gagnés par
argent , d'enlever les papiers de M. le Duc de
Brun wick, ici dans la ville , & de les tranſporter
en Hollande; que ſelon les informations priſes ,
ces papiers devoient ſe trouver ici chez les Capucins
, d'où , ou de tel endroit où on les trouveroit
, s'il n'y avoit pas d'autre moyen de les
avoir , on les enleveroit par force , & on les
porteroit près de la ville , où se trouveroit une
groſſe troupe de gens ( que d'A ... devoit com
( 189 )
mander] pour tranſporter leſdits papiers en
Ho'lande.
Protocolle du 30 Juillet. ». Les témoins nommés
dans le Protocolle du 28 Juillet , ayant été appointés
ſur la dénonciation de d'A , & aviſés
contre le parjure , ont déclaré que tout ce qui
étoit noté au Protocolle de cette dénonciation ,
étoit conforme à la vérité , & cela mot-a- mot ,
ce qu'ils ont confirmé par ferment & par leurs
fignatures,
[Etoit figné ] Franz Goſwin de Fabri , Duchefre.
Les Etats-Généraux ont rappellé le Baron
de Waſſenaër & le Baron de Lynden , leurs
Députés à Vienne. On préſume que le nouvel
Ambaſſadeur de la République à la même
Cour ſera le Baron de Haaften , qui a
réſidé pluſieurs années à Conſtantinople.
La République a réſolu d'élever un nouveau
fort , & un Bureau de Douane dans le
Sud-Beveland , l'une des ifles de Zéelande ,
dans le but de maintenir ſes droits ſur l'Ef
caut , & de remplacer les forts cédés cu
démolis.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois&autres.
Le bruit court que le Chev. Emo , ayant
rencontré à quelque diſtance de Malthe deux
>>>navires marchands neutres qui avoient à leur
bord pour 70,000 ducats de munitions de
guerre , deſtinées pour Tunis ; cet amiral
s'étoit emparé de ces munitions , & a oit
relâché enfuite les navires . Ce bruit demande
>> ſans doute autant de confirmation qu'un autre
qui le répand, que pluſieurs eſquifs de Tunis
avoient tenté de mettre le feu pendant la
>> nuit au vaiſſeau de ligne la Concorde qui
>> bloque le port de laGoulette , mais qu'ayant
( 190 )
été apperçus , ils avoient tous été coulés à
fond par le canon de ce vaiſſeau. [ Nouvelle
d'Allemagne , nº. 195 ] . ce
Il paroît très-certain >> que le Roi de Pruſſe
> perſiſte à demander , que la cour Impériale
déclare folemnellement qu'elle renonce, tant
pour le préſent que pour l'avenir , à tout
> projet d'acquiſition de la Baviere. Si cette
>déclaration a lieu & fi en outre la cour
>> Impériale ainſi que la France & la Ruffie ,
garantiſſent au Roi de Pruſſe , non ſeulement
> ſes poffeffions actuelles , mais encore la
>> réunion des Margraviats d'Anſpach & de Ba-
>>> reuth à la primogéniture de Brandebourg ,
>> qui doit s'effectuer dans ſon tems ; S. Maj .
>>>Pruffienne promet par contre de donner ſa
voix en faveur du Grand-Duc de Torcane
>> ou de l'Archiduc François fon fils , lors de
V'élection d'un Roi des Romains.
La Cour de Verſailles s'efforce de perfuader à
toutes les Puiſſances , que le principal objet de
ſes négociations , eſt de maintenir la paix , dont
l'Europe jouit en ce moment ; & en effet ,
comme il eſt viſiblement de ſon intérêt qu'elle
ne ſoit pas troublée , on peut donner quelque
croyance au préambule des différens Traités que
cette Cour depuis peu a rendus publics . Le zale
qu'elle a montré pour effectuer un accommodement
entre l'Empereur & les Hollandois , fournitune
preuve encore plus convaincante de ſes
difpofitions pacifiques . ( Gazeteer public Advertiſer
).
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Cause entre le fieur PASQUIER DE LUNEAU , Tre-
Sorier de France au Bureau des Finances d'Orléans,
Défendeur ; & lesſieur & demoiselle GEORGEON
, Appellans & Demandeurs.-Gardien-
Noble est-il tenu d'acquitter les legs faits par le
( 191 )
:
prédécédé , comme Charge de la Garde- Noble ?
Ce qui rendoit cette queſtion délicate ; & par
conféquent difficile à décider , c'eſt qu'elle s'élevoit
dans la Coutume d'Orléans , qui donne en
toute propriété au Gardien - Noble tout le mobilier
avec l'ufufruit des immeubles : avantage qui
lui eſt refuſé par pluſieurs Coutumes , qui ne lui
donnent que l'uſufruit des meubles ; d'autres
Coutumes , comme celle d'Orléans , le chargent
expreſſément de l'acquit des dettes de la ſucceſfion&
des legs portés auTeſtament du prédécédé;
mais la Coutume d'Orléans eſt muette , relativement
à la charge des legs , & ne parle que des
dettes & de l'entretien des immeubles. Dans ce
filence , quelles Coutumes prendra t - on pour
regle ? Suivra-t- on celles qui ne donnent au Gardien
que l'uſufruit des meubles , &dans leſquelles
il n'eſt pas tenu de payer les legs & charges du
Teftament , ou bien les Coutumes qui donnent
lapropriété ,& le chargent expreffément de l'acquit
des legs ? Mais ce qui ajoute beaucoup d'intérêt
à cette affaire , ce ſont les circonſtances dans
leſquelles la queſtion s'eſt élevée vis-à-vis du
Gardien-Noble ( le ſieur Pasquier de Luneau ) , qu
n'a pas joui 18 mois de laGarde-Noble ; il a perdu
laDameſon épouſe après 15 mois de mariage , &
une fille au berceau ( Henriette Pasquier ) dix-huit
mois après la naiſſance. -- La Dame Pasquier a
fait un Testament le 15 Décembre 1781 , par lequel
elle donne & legue au ſieur Dubouchet , ſon
bel - oncle , Tréſorier de France à Orléans , la
ſomme de 20,000 liv. , pour lui être payée par les
héritiers dans l'année de fon décès , ſur les biens
immeubles qu'elle délaiſſera , déclarant ne pas
vouloir que ce legs puiſſe être pris ſur ſon mobilier.
A la mort de la Dame Pasquier , ſon mari a
accepté la Garde-Noble de ſa fille , mais cette mi
( 192 )
neure eſt morte én Septembre 1783. Le 26 Jan
vier 1784 , le ſieur Debouchet a formé contre les
héritiers de la mineure ſa demande en délivrance
du legs de 20,000 liv. contenu au Teftament de
la Dame Pasquier. Les héritiers ont d'abord prétendu
que ce legs n'étoit qu'un fidéi - commis en
faveur du ſieurPasquier ; ils ont exigé l'affirmation
du fieur Dubouchet. Ce dernier a affirmé qu'il n'y
avoit eu aucune convention directe ni indirecte
entre lui & la teftatrice , de remettre le legs au
mari ni à autres perſonnes prohibées , & a déclaré
qu'il acceptoit le legs pour lui -même. Alors les
héritiers , ne pouvant plus conteſter la validité du
legs, ont foutenu qu'il devoit être acquitté par le
fieur Pasquier , comme une des charges de laGarde-
Noble de ſa fille ; fans mettre en cauſe le fieur
Pasquier , ils ſe ſont contentésdeplaider ce moyen
auBailliage d'Orléans. UneSentence du 15 Jaillet
1784 les a condamné à payer le legs de vingt
mille livres. Ces héritiers ont interjetté appel de
la Sentence , & fait affigner le ſieur Pasquier , lui
ont dénoncé les demandes formées contr'eux , la
Sentence & l'Appel par eux interjetté ; & ont
conclu contre lui à ce qu'il fût tenu d'intervenir,
prendre leur fait & cauſe , finon & à faute de ce
faire , condamnés à les garantir& indemnifer des
condamnations qui pourroient être prononcées
contr'eux en cet état. Les Parties ont été appointes.
L'affaire a été inſtruite par écrit , & déve
loppée dans des Mémoires imprimés. - L'Arrêt,
rendu le 2 Août 1785 , a confirmé la Sentence
, & déclaré les héritiers non- recevables &
malfondés dans leur demande en garantie , & les
a condamnés aux dépens envers toutes les Parties.
Errata de la Gazette abrégée des Tribunaux de
l'avant dernier n° , au lieu de M. Duvignat , liſez
de Mignaux.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 31 DÉCEMBRE 1785:
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A M. D** , fur la Convalescence de
Mgr. l'Archevêque de Toulouse.
>
D
** IL Vivra donc ! .... Nous reverrons un père !
Anos pleurs , ànos voeux Brienne eſt donc randu !
Ah! s'il étoit le prix d'une douleur ſincère ,
Anos pleurs , ànos voeux ce bonheur étoit dû.
Pour ſon plus cher appui la plaintive indigence
Du Dieu qu'il imitoit imploroit la clémence ;
Les Beaux-Arts , qui déjà ſe croyoient orphelins,
L'Égliſe , qui lui doit les plus heureux deſtins ,
Toutcherchoit à Aéchir la colère céleste.
On rappeloit ces jours , où d'un fléau funeſte
Nº. 53 , 31 Décembre 1785. I
T
194
MERCURE
Il ſut, par ſesbienfaits , adoucir les rigueurs.*
Ces jours ſi malheureux , non moins chers à nos
coeurs ,
Où , pour guérir les maux d'une affreuſe diſette ,
Onle vit , de ſes biens heureux diſſipateur ,
Se dépouiller lui-même , &, zélé bienfaiteur ,
De la Nature avare ainſi payer la dette.
Jouis de nos tranſports , tous nos voeux font remplis;
Brienne , en t'épargnant , la mort ſécha nos larmes ;
Pour toi de la mort ſeule on redontoit les armes ....
Eh! que pourront jamais tes autres ennemis ?
Tu vis ſous un Roi juſte; & quand fur ton génie
Tes talens, tes vertus , l'obſcure calomnie
Pourroit verſer ſon fiel , brave ſes vains complots :
Onnepeut pashaïr le frère d'un Héros. **
Que le ſoin de tes jours , je le répète encore,
Soit ton unique ſoin; d'un peuple qui t'adore
C'eſt auſſi le ſeul vezu, Brienne ! ah ! fi le ciel
Pouvoit auſſi long-temps te conſerver la vie ,
*Notes de l'Auteur. Il y a quelques années , le Diocèſe
deToulouſe fut affligé de la mortalité qui ſe répandit fur
les animaux. M. l'Archevêque fit tuer tous ceux qui étoient
attaqués de la peſte , &dédommagea les particuliers à fos
frais.
** On connoît le trait héroïque de M. le Marquis de
Brienne , frère de l'Archevêque de Toulouſe. Etant an
combat d'Exiles , il eut un bras emporté ; ſes amis lui
conſeillèrent de ſe retirer : Il m'en reste un autre , dit-il ,
pour le service du Roi ; ca même-temps il remonte aux
paliſſades , & y eſt tué.
DE FRANCE.
197
Que ton coeur d'obliger confervera l'envie,
J'en atteſtece coeur , tu ſerois immortel.
(Par un Diocésain de Toulouse. )
VERS SUR JEANNE D'ARC.
GUERRIÈRE infortunée, autrefois pourſuivie
Par l'exécrable barbarie
Du fanatiſme ingrat & de la lâcheté;
Puis de nosjours encore indignement flétrie
Par le rire inſultant d'une folle gaîté !
Ombre généreuſe & plaintive
De l'Héroïne d'Orléans ,
Que la Seine vit fur la rive
Victime d'abſurdestyrans!
Rayonnante à la fin de toutevotte gloire ,
Paroiſſez ; recevez l'hommage des François.
Un Orateur ſenſible aux grands traits de l'Hiſtoire ,
Juſte appréciateur des vertus , des hauts faits, *
Amarqué votre place au temple de Mémoire.
Brûlant du même zèle , un autre en vers pompeux,
Peignant de Jeanne d'Arc & la mort & la vie ,
Dira pour nos derniers neveux :
C'est elle quiſauvafon Prince & Sa Patrie.
( Par M. Monget , Officier au Tribunal
des Maréchaux de France. )
*M. Gaillard , de l'Académie Françoiſe , arécité, dansune
Séance , une intéreſſante Diſſertation ſur Jeanne d'Arc , nous
en avons faitmention,en rendant compte de cette Séaroc.
I ij
100 MERCURE
VERS à S. F. M. le C.... DE B....
DESES Poëtes Latins les Écrits enchanteurs
D'un délire ſacré m'inſpiroient les fureurs ,
Lorſque dans ces accès où l'âme n'eſt plus libre ,
Je crus vivre en ce temps qu'exiſtoient ces Auteurs ,
Et me vis tranſporté ſur les rives du Tibre,
Enfin je les verrai ces mortels ſi fameux ;
Enfin je m'écripis , plein d'une ſainte ivreſſe ,
Je vais tomber aux pieds des Héros du Permeſſe;
Un ſeul de leurs regards va m'élever aux cieux.
Allons baiſer leurs pas , allons , que je contemple
De ces maîtres vantés l'aſyle glorieux ;
Fût- il une cabane, elle ſera mon temple.
Que faut- il aux talens? l'encensqu'on doit auxDitur.
Déjà je croyois voir des palmes verdoyantes
M'indiquer , en croiſſant , leurs demeures ſavantes ,
Quand cette voix funeſte a détruit mon eſpoir:
Ils font morts tes Héros, ils ne ſont plus ces Sages,
Je répands déſolé : quoi , je n'ai pu les voir!
Allons chercher leureendre , elle aura meshommages,
Et mes pleurs chaque jour baigneront leurs images;
Le coeur ſeul doit ſurvivre aux maîtres qu'on chérit,
Maisun brillant génie aufſitât me ſourit ,
Et me dit , d'une voix qui peignoit l'alegreſſe:
Un mortel dans ces lieux peut bannirta trifteffe ;
Lui ſeul fait vivre encor tes Auteurs favoris;
DE FRANCE. 201
Et foudain m'adreſſant des regards attendris ,
Il plaça dans mes mains un Livre dont les charmes
De mes yeux abattus eſſuyèrent les larmes ;
Je l'ouvre , je vous vois, je parcours vos Écrits ,
Et content d'admirer votre pinceau fertile ,
Je ne regrettai plus Horace ni Virgile .
(ParM. Sabatier de Cavaillor. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
Lemot de la Charade eſt Diane ; celui de
l'énigme eſt le Jeu de Cartes ; celui du Logogryphe
eſt Magicien , où l'on trouve Nice ,
Mage,gain ,mie , cage, magie , main.
CHARADE.
'EST par excès d'eſpritqu'ondevient mon premier;
Lorſque l'on n'a pas d'or ondevient mon dernier ,
Et c'eſt un grand défaut que d'êtremon entier.
(ParM. le Chevalier de Meude Monpas.)
I iij
202 MERCURE
)
ÉNIGME.
DIVERSEMENT, IVERSEMENT , Lecteur , tu connois ma nature,
Etje vais en deux mots t'en faire la peinture.
Lorſque je fuis d'acier , d'or ou de diamans,
J'offre un objet bien cher à tous nos élégans .
En des liens plus forts quand je ſuis arrangée ,
Je fais venger les droits de Themis outragée.
Mais quandle tendre Amour me forme avecdes fleurs,
Par l'attrait du plaiſir je captive les coeurs.
(Par M. le Vicomte de Tilly , Capitaine an
Régiment de Provence. )
LOGOGRYPHE.
T
ANDIS que parcourant l'empire de Neptune,
Le Marchand fur les flots yoit errer ſa fortune ,
Tout-à-coupje me montre ,&tous ſes vains projets
De mon cruel pouvoir deviennent les jouets.
Combinant les huit pieds qui compoſent mon être ,
Si vous êtes François vous voyez votre Maître ;
Vous pourrez encor voir ſi vous êtes Chaſſeur ,
Ce qui peut de vos chiens faire augmenter l'ardeur;
Étes-vous Financier? j'ai ce qui vous honore ,
Cemétal tout- puiſſant que chez vous on adore ;
Si vous êtes dévot, en moi vous trouverez
Ce qu'au pied des Autels quelquefois vous tenez ;
:
[
DE FRANCE.
203
Si vous êtes amant, une fleur ſe préſente;
Allez en décorer le ſein de votre amante.
(Par M. Lelong , Avocat au Parlement
deBretagne.)
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRES Critiques & Politiques fur les
Colonies & le commerce des Villes Maritimes
de France; adreſſees à G.T. Raynal ,
par M. ****. Se trouve à Paris , chez
Jombert , Libraire , rue Dauphine , &
chez Deffenne , au Palais Royal.
L'ADMINISTRATION, en laiſſant aux parties
intéreſſées laliberté de diſcuter publiquement
le problème politique qui fait le ſujet de cet
Ouvrage , a indiqué la folidité des baſes ſur
leſquelles fut établi l'Édit du 30 Août 1784 ;
carjamaisune diſpoſition législative , préparée
avec ſageſſe , ne redoutera l'examen & le jugementde
l'opinion.
Malheureuſement les athlères qui ont com
battu pour ou contre ledegréde liberté à accor
der au commerce des Colonies, n'étoient point
animés d'un zèle auſſi déſintéreſſe que le Légiflateur;
moins impartiaux , ils ont dû être
moins éclairés ; la prévention , quelle qu'en
foit la fource, nous dicte plus d'erreurs encore
que l'ignorance.
L'eſprit de contention ſe joignant à
Liv
204 MERCURE
l'intérêt pour repréſenter des vérités relatives
comme des maximes abſolues , des faits
accidentels , comme un état de choſes néceffaires
, & des rapports iſolés comme un ſyſtême
général , le Lecteur , embarraffé de tant de
fophifmes oppofés, ne voit que des affertions
fans preuves , des raiſonnemens ſans principes
, des faufſes applications de dogmes politiques
très-peu évidens.
C'eſt encore pire, lorſque des controverfes ,
qui ne peuvent être débattues qu'avec l'efprit
d'analyfſee ,, de méthode &de clarté , dégénèrent
endéclamations ; lorſqu'on traite du café
&de lamoruedequelques Ifles d'Amérique ,
dans le ſtyle dont Boiluet peignoit la decadence
des Empires ; lorſqu'enfin on s'attache
plus aux récriminations injurieuſes , qu'aux
moyens de perfuader ſans échauffement.
: L'Auteur des Lettres Critiques & Politiques
s'eſt préſervé de la plupart de ces défauts.
Quelquefois cependant la chaleur lui fait per
dre le tonde la modération ; il s'annonce dans
ſa Préface comme parfaitement libre d'inté
rèss perſonnels ; mais en divers endroits , fon
indépendance reſſemble àcelle de ces Armateurs
, qui arborent un pavillon neutre pour
croifer plus sûrement contre leurs ennemis.
Dans ſes Recherchesfur la nature &fur les
causes de la Richeſſe des Nations , le méthodique
&profond Adam Smith a dit : " Fonder
" un grand Empire , dans le ſeul deſſein de
ود ſe procurer des pratiques, ſemble d'abord
>> n'être que le projet d'une Nation de boutiDE
FRANCE. 205
1
"
>> quiers; cependant ce projet n'eſt pas même
convenable à une Nation de boutiquiers ; il
>> ne peut convenir qu'à une Nation où les
>>boutiquiers tiendroient le timon de l'État. »
Les obſervations de l'Auteur des Lettres Critiques
, &c. font un développement & une
application de cette maxime.
ود
Dans ſa première Lettre ſur les Colonies
en général , il cherche à prouver que ces établiſſemens
n'ont été fondés ni par laMétropole
ni pour la Métropole. D'autres avant lui
avoient déjà examiné cette propofition , en
arrivant mutuellement à des réſultats oppofés.
Lorſqu'il s'élève une telle contrariété de fyftêmes
entre les bons eſprits , on peut décider
que la queſtion eft encore très-obfcure ; peutêtre
M. D. ne la tire-t'il pas de cette obſcurité.
Que font les Colonies , ſe demande-til ?
" Les Colonies Françoiſes de l'Amérique
font des populations agricoles , impor-
>> tantes par le genre de leurs cultures , efti-
ود
ود mables par l'eſpèce de leurs Colons. Ce
>> font des Provinces du Royaume de France ,
>> comme la Normandie , la Bretagne , la
» Guyenne ; & s'il étoit queſtion de préémi-
>> nence entre les parties intégrantes de l'Em-
» pire , je ne balancerois pas un inſtant à
>> l'affigner aux Colonies. Plus d'utilité , plus
>> de lumières , moins de populace & de fri-
" pons , &c. &c. » Ailleurs , l'Auteur ajoute :
>> Les Colonies procurent à la France des
>> moyens de travail , de population , de ri-
>>> cheſſes , qui doivent les rendre à jamais
ود
ود
IvV
206 MERCURE
>>précieuſes à ce Royaume. Sans ces établiſ
>> ſemens , la France , tant vantée pour la fer-
رد tilité de fon fol, pour l'induſtrie & l'acti-
>>vitéde ſes habitans, verſeroit chaque année
>> trente millions chez les autres Nations ,
رد
ود
foit pour les intérêts de ſes emprunts , foit
pour les matières premières dont elle a be-
>> foin; fans ces établiſſemens précieux , fon
> numéraire éprouveroit chaque année cette
>> effrayante diminution , tandis que , chaque
>> année , il augmente de quarante millions;
>> ſans l'aliment enfin que les denrées des Colonies
fourniſſent à ſon commerce , elle ne
>> ſe montreroit dans les marchés de l'Europe
>> que pour y afficher ſa pauvreté,fon inertie
>> ou les erreurs de ſon Adminiſtration. >>>
Ces idées ne paroîtront probablement ni
exactes ni politiques. Il n'eſt certainement
point vrai , ſous quelque rapport qu'on les
confidère , que deux ou trois Ifles à fucre , à
deuxmille lieues de nous , puiffent avoir la
même importance qu'une grande Provincede
laMonarchie. Perſonné, avantM. D. , n'avoit
imprimé que , fans ces trois Iſles , la France
afficheroit par- toutſa pauvreté &fon inertie.
Des hommes de génie ont même douté que
l'établiſſement des Colonies eût été utile à
leurs Métropoles. Le même Philofophe ,
Adam Smith , déjà cité , prouve combien
celles de l'Angleterre en Amérique furent
funeſtes au commerce de la More - Fatrie ,
en employant des capitaux immenfes qui
euffent fait proſpérer cinquante branches
DE FRANCE. 207
d'induſtrie , de navigation , de commerce direct
ou indirect , & dont les retours , extrêmement
lents , diminuent néceſſairement la
circulation ; mais ce n'eſt point ici le lieu
d'une pareille diſcuſſion ; il ſuffit de remarquer
que l'Auteur des Lettres , trop entraîné
par le defir de démontrer toute l'utilité des
Colonies , leur fubordonne en quelque forte
le Royaume entier ;& ce dogme , il faut en
convenir, paroît dominer dans le cours entier
de fonOuvrage.
Peu de perſonnes , je crois , admettront ſa
définition du commerce. Selon lui , le commerce
eſt formé de ceux qui produiſent les
objets de l'échange , tels que les Agriculteurs
&les Fabriquans. Les Négocians , ajoute-t'il,
ne fontque les agens , les appareilleurs , les
ennemis , les destructeurs du commerce , &c.
&c. Il fuffit d'indiquer cette fubtilité fans la
relever ; car perſonne n'ignore que le commerçant
eſt l'entremetteur de l'échange , &
que ſans lui , cet échange n'auroit pas lieu ,
à moins que le producteur lui - même ne
s'adreſsât directement au conſommateur , &
dans ce cas il deviendroit lui-même le Négociant.
Les recherches de l'Auteur ſur l'état actuel
de la Martinique , de la Guadeloupe & de
Saint-Domingue , ſont bien plus inſtructives
que ces préliminaires trop peu approfondis.
Onvoit dans les Lettres III & IV un tableau
très-circonftancié & très- curieux de la popu+
lation ,des cultures ,des reſſources , des mal+
I vj
208 MERCURE
heurs , du degré de dépériſſement de ces trois
Ifles , ou des eſpérances qu'elles laiffent concevoir.
Cette deſcription feroit peut-être encore
plus attachante fi elle étoit écrite avec
plus de fimplicité. En parlant de la Martinique
, l'Auteur dit :
" L'agriculture y languit ; la terre n'y eft
> plus cette vierge , qui , fertiliſée ſubite
>> ment , récompenſa les premiers foins du
> cultivateur; des récoltes nombreuſes ont
>> épuiſé chez elles cette force végétante que
> des fiècles d'inaction avoient formée d'an-
>> tiques débris , des dépouilles annuelles des
arbres & de leurs troncs , cédant fuccefli
vement à la loi de la vétuſté ; vieillie main-
> tenant pour étre encore féconde , elle ap-
>> pelle les reffources de l'art au ſecoursde la
>> Nature pareffeuſe;'pour ranimer les fels
>>épars , illui fautdes préparations , &c. &c. »
Virgile , dans ſes Georgiques , n'eſt pas
aufli métaphorique , & on pouvoit annoncer
l'épuiſement du fol dans un ſtyle
moins oriental. " L'ouragan , dit l'Auteur en
rappelant ces affreuſes tempêtes dont les Ifles
font fouvent défolées , " avoit déjà fait fentir
>>ces tourbillons furieux qui ſemblent les
> efforts convulsifs de la région des airs , tout-
» à-coup conjurée contre les mêmes plantations
que fes douces influences avoient fait
fructifier. "
ود
وو
Lorſqu'on a bien médité ſon ſujet , comme
l'a fait M. D. , & qu'à ſon exemple on peut
saffembler des idées , des faits & des obferDE
FRANCE.
209
a
vations , on n'a aucun beſoin de la reſſource
de cette éloquence des tréteaux. M. D. eſt
trop judicieux pour ignorer que les matières
didactiques font peu fufceptibles de cette
fauſſe chaleur & de ces contorfions , familières
depuis quelques années à de prétendus
Orateurs, qui font des phrafes de théâtre ſur
desbillets de banque , &des figures poétiques
furdes caiffes de thé.
Ce que dit l'Auteur dans ſa quatrième Lertre
, contre les loix prohibitives , nous paroît
être penſé avec meſure & avec juſteſſe.
Laiſſant l'examen très-compliqué, très- embarrallant
pour les meilleurs Philoſophes , dứ
régime prohibitif en général, M. D. diftingue
l'importation des objets de luxe , de celle des
objets de première néceffité , tels que les bois ,
les farines , le poiffon , les ſalaiſons dans les
Colonies. Il prouve enſuite la fauffeté des
inductions qu'on tireroitdes loix prohibitives
de l'Angleterre dans ſes Ifles d'Amérique ,
contre les motifs de l'Édit rendu en France
en 1784. Il obſerve que les Iiles Angloifes ,
anciennement approviſionnées par le continent
preſque entier de l'Amérique Septentrionale
, réuni alors ſous la même domination
, ſe ſoutenoient dans une abondance
malgré le monopole, à laquelle les Colonies
Françoiſes ne pouvoient atteindre.
" Avant d'imiter les loix prohibitives des
>>Anglois , ajoute M. D. , il eût été raiſonna-
>> ble de comparer la foibleſſe de notre Marine
Marchande avec la force de celle des
210 MERCURE
>> Anglois; le peu d'intelligence de nos Né-
>> gocians , leur peu d'économie , l'exiguité
ود
ود
de leurs moyens, avec l'activité , la ſageffe
& les fortunes énormes des Marchands
>>Anglois; les différences de l'intérêt de l'ar-
>> gent en France & en Angleterre; celles du
" génie , des moeurs, des préjugés des deux
>> Nations , & des formes des deux Gouver-
» nen.ens.... Il eût été néceſſaire de meſurer
رد
,
fur la carte l'étendue de notre territoire
>> aux Antilles , d'en comparer la population
>> avec celle des Colonies Angloiſes a fucre
>> & de ne pas ſe flatter que le Canada & le
>>Miffiffipi ( qui nous appartenoient au mo
>>ment de l'établiſſement des loix prohibi-
>> tives , ) puſſent remplir à l'égard de nos
>> Colons , les mêmes fonctions que la Nous
>> velle- Angleterre rempliſſoit avec ſurabon-
>>dance vis-à- vis les Colonies Angloifes. >>>
Les Lettres ſuivantes contiennent un précis
hiſtorique de l'influence des loix prohibitives
fur les Colonies Françoiſes , de la révocation ,
du rétabliſſement de ces loix ,&des effets qui
ont réſulté de ces variations. L'Auteur énumère
enſuite les divers articles d'importations
néceffaires aux Antilles ,& en déduit l'impuifſance
où ſe trouve la Métropole de fournir à
leurs beſoins , ſoit par la quantité , ſoit par
le bon prix de l'importation. :
La dernière Lettre , dont le ſujer eſt la
traite des Nègres , n'eſt pas la moins curieuſe.
Onvoit entre-autres un tableau effrayant de
la conſommation d'hommes que coûte à
r
DE FRANCE. 211
l'Afrique la culture de ces Ifles , dont l'Auteur
rehauſſe ſi fort l'utilité. Tous les ans
l'Afrique perd 60 mille Nègres. " Les François
>> en enlèvent 12 mille; les Anglois 40 mille;
22 les Hollandois , à préſent , à peine 6 mille.
>> L'Eſpagnol & le Danois , quoiqu'avec des
>> comptoirs en Afrique , ne paroiffent pref-
>> que plus dans ſes marchés. Les Portugais
>> ne font pas monter leur traite à plus de
ود
ود
22
4 mille. Ces diverſes extractions annuelleş
>> ont dépeuplé les rivages de l'Afrique ; ſes
côtes font déſertes, & la traite ne pouvant
>> plus ſe faire qu'à cent lieues & plus dans
l'intérieur des terres , il s'enfuit que le
>> terme de ce commerce eſt très-prochain . >>
A cette époque , que deviendront les atteliers
de Saint - Domingue , de la Jamaïque ,
&c. &c. ? Ces 150 millions de denrées Coloniales
exportées par les ſeuls navires François,
& cette proſpérité éblouiffante , dont
l'Auteur s'efforce de groffir l'étendue & de
développer les moyens ? Il pourvoit à cet acci
dent , par le confeil donné aux Colonies , de
ſe munir abondamment de Nègres , avant
que ce trafic ceſſe par l'épuiſement de la marchandiſe
, de s'en munir au meilleur compte ,
en en achetant à force des étrangers , de leur
épargner l'horreur du traitement ufité pendant
la traverſée ; enfin, de ne pas les affaiſiner
en détail par le mauvais choix & par la
diſettede lanourriture. L'Auteur perfuaderat'il
aux Colons qu'il vaut mieux travailler à
conſerver leurs Nègres qu'à en acheter con
212 MERCURE
tinuellement de nouveaux ? C'eſt ce dont on
pourroit douter; & lorſqu'à toutes les cauſes
de mortalité qui frappent aux Antilles cette
race infortunée , on joint encore le tranſport
continuel qui s'en fait en Europe , où les
naturels du Congo & du Benin ſont devenus
les laquais de mode de nos petites maîtreffes
, cette nouvelle population de Noirs
dans les Antilles ne ſemble pas très- facile à
réaliſer.
M. D. termine fon Ouvrage par ces mots :
* Que veulent les Colons ? Conſerver &
>> créer. Que veulent les Négocians ? Ré-
>>duire & détruire. Qu'est - il néceſſaire ,
>>après cela , d'articuler la conclufion de cer
» ouvrage ? Liberté de commerce dans les
Colonies quant à l'importation de vivres
» & de Negres ; exportation totale par le
>> commerce de France de toutes leurs pro-
>> ductions , excepté les firops & les taffias ,
- qui lui font inutiles , ou ne pourroient lui
>> être avantageux. "
ود
Sans adopter , fans combattre , fans difcuter
même les allégués & les concluſions de
PAuteur , nous recommanderons la lecture
de fon Ouvrage aux perſonnes qui portent
leurs vûes ſur l'adminiſtration des Colonies ,
en les avertiſſant néanmoins de ne pas oublier
que ces Lettres font un Écrit polémique.
( Cet Article eft de M. Mallet-du-Pan. )
DE FRANCE. 213
1
PROCÈS- VERBAL des Séances de l'Affemblée
Provinciale de Haute- Guyenne
tenue à Villefranche dans les mois de Septembre
& d'Octobre 1785. in- 4°. Prix, 3 liv.
broché. A Paris , chez Moutard , Impr.-
Libraire , rue des Mathurins , hotel de
Cluny; Crapart , rue d'Enfer ; Lamy , quai
des Auguftins Hardouin au Palais
Royal , Nos 13 & 14 ; & Monory,rue des
: Folles S. Germain-des-Prés.
د
IL. fuffit d'avoir une idée de la forme &du
régime de l'Adminiſtration Provinciale de
Haute-Guyenne pour la faire chérir ; le plus
ſimple expoſé des objets de ſes Délibérations
rendra extrêmement intéreſſant le volume
que nous annonçons : nous nous bornerons
doncici àdonner une idée de ſa compofition
& de fon régime , après quoi nous expolerons
très-ſuccinctement les objets qui y font
traités.
Forme. 52 Propriétaires compoſent cette
Adminiſtration ; ils font choiſis dans les trois
Ordres , ſavoir , 10 du Clergé , 16 de la Nobleſſe
& 26 du Tiers-État. Le premier choix
s'en eſt fait par 16 Membres, à qui le Roi
avoit donné ordre de s'aſſembler à cet effer ;
le renouvellement doit s'en faire par tiers , à
commencer la fixième année , & les nouveauxMembres
feront choiſis par l'Aſſemblée
Générale.
Indépendammment de cette Affemblée
214
MERCURE
Générale , qui ſe tient tous les deux ans pendant
un mois , il y a une Commiffion intermédiaire
conftamment aſſemblée , qui eſt
compoſée de huit Membres de l'Adminiſtration
, de deux Procureurs-Généraux- Syndics
&d'un Secrétaire Archiviſte .
Régime. L'Aſſemblée Générale délibère ,
dans ſes ſéances , ſur tout ce qui peut intéreſfer
la gloire du Roi & le bonheur de la Province
; la Commiflion intermédiaire pourſuit
auprès du Conſeil du Roi l'autoriſation des
délibérations , les fait exécuter lorſqu'elles
ſont autoriſées , & rend compre à chaque
Affemblée Générale de ſes opérations.
On voit , par ce que nous venons de dire ,
que cette Adminiſtration n'a d'activité que
pour formerdes voeux de bien publie , &que
pour faire exécuter ce qu'il plaît au Roi d'ordonner
ſur ſes repréſentations. On voit auffi
que Sa viajeſté n'a eu pour objet, en la
créant , que de réunir une plus grande maffe
demoyens pour opérer le bien des peuples.;
Telle eſt l'idée que l'on peut prendre ,dans
ce ſimple extrait de cette forme d'adminiftration
& de fon régime: elle eſt ſuffiſante ,
fans doute , pour lui attirer tous les ſuffrages.
Voici l'expofé ſuccinct des principaux objets
rapportés à l'Affemblée Générale de 1782 ,
parMM. les Procureurs Généraux-Syndics.
Rapport. L'ordre ſucceſſif des opérations
de la Commiſſion intermédiaire dans l'intervalledes
féances de l'Aſſemblée Générale , eſt
expoſédans ce rapport. Ony rend compte de
DE FRANCE.
215
la manière dont elle a opéré dans le départementdes
impoſitions , c'est-à-dire , de la répartition&
perception de tous les impôts , & du
foulagement accordé aux Communautés ou
aux particuliers qui ont éprouvé des pertes
par l'intempériedes ſaiſons ou pardes accidens
fortuits. On y expoſe les travaux faits pour
parvenir à la rectification de l'ancien tarifde
la Province , qui ſert de bâſe à la répartition ,
&pour renouveler les cadaſtres. On y expofe
les plans qu'elle a ſuivis pour répartir avec
plus de juſtice la capitation , les démarches
qu'elle a faites pour obtenir du Roi un abonnementdes
vingtièmes de la Province, à l'effet
d'avoir des déclarations plus exactes des propriétés
, afin de rendre proportionnel le fardeau
des contribuables.
La commiffion intermédiaire a ſuivi l'exécutiondesdélibérations
de l'Aſſemblée Générale
ſur l'objet des grandes routes , elle y a
placé des atteliers , elle a fait faire des adjudications
avec la plus grande économie , &
procure annuellement à la Province des routes
parfaites avec infiniment moins de dépenſe
que l'ancien régime .
Elle ne s'eſt pas moins occupée du beſoin
qu'a la Province de rendre ſes rivières navigables;
mais c'eſt ſur-tout dans l'emploi des
fonds de charité que le Roi accorde à chaque
Province , & qui ſe lèvent ſur elle , pour pro
curer de l'ouvrage & la ſubſiſtance à la claſſe
indigente du peuple , que la Commiffion intermédiaire
adonné les preuves les plus frap
216 MERCURE
pantes de fon zèle patriotique &de ſes ſoins
paternels.
Lesautres objets de ce rapport font trop
nombreux pour trouver place dans cet extrait
, il ſuffit de les indiquer.
Le rétabliſſement de divers ponts & chaufſées
emportés par les inondations ; l'exploitation
des mines abondantes , & fur-tout celles
du charbon de terre, qui ſe trouvent dans la
Province; l'uniformité des poids & des mefures
, fi utile à la ſécurité & à la facilité du
commerce ; la perfection à donner à l'agriculture
; l'amélioration & l'augmentation des
chevaux, des mulets&bêtes à laines ,&c. &c.
Délibérations. Les délibérations , bien difcutéesdans
les rapports des bureaux particuliers
, ne feront qu'indiquées ici; il ſuffit de
faire connoître les objets ſur leſquels elles
font priſes , pour engager à les lire dans l'Ouvrage
même.
Première Délibération. Sur la ſuppreffion
d'un privilège excluſif d'exploitation des charbons
de terre , à l'effet de procurer la fécurité
aux propriétaires des mines , & la plus
grande concurrence des ſpéculateurs dans ce
genre d'induſtrie.
2. Sur la fuppreffionde la Pépinière Royale,
qui eft beaucoup plus difpendieuſe qu'utile.
3. Surle nouveau plan de répartition de la
capitation , afin de mettre les contribuables
à portée de connoître leurs facultés & leurs
contributions reſpectives.
4. Sur la forme des déclarations des pro-
;
DE FRANCE. 217
priétaires des biens fonds , à l'effet de répartir
avec juſtice la ſomme à laquelle eſt abonnée
la Province pour les vingtièmes ...
5. Sur le droit de boucherie ; approbation
d'un réglement pour répartir ce droit avec
juſtice.
6. Sur les aſſociations d'agriculture , afin
de ſe communiquer les obfervations qu'on
aura faites , & encourager les expériences.
7. Sur les grands chemins , les Commiſſaires
des travaux publics , les Ingénieurs des
Ponts & Chauſſées , leurs devis eſtimatifs &
les adjudications de ces travaux.
8. Sur les contraintes ; réglement pour
empêcher de ruiner les contribuables qui
ne payent pas exactement les impoſitions
Royales.
9. Sur les parties de routes à faire inceſſamment
, & la forme de contribution établie à
cet effer.
10. Pour établir des cours d'accouchemens
gratuits pour des femmes de la Province.
11. Sur les fonds & atteliers de charité ,
réglement très-ſage à ce ſujet.
12. Sur les travaux faits & à faire pour la
rectification de l'aneien tarif,& le renouvellement
des cadaſtres.
13. Sur l'habileté & l'harmonie avec lef
quelles M. de Richepry a dirigé l'opération
des cadaſtres .
14. Sur le commerce de la Province , afin
de le délivrer de ſes entraves.
15. Sur la liberté à accorder aux Commu
218 MERCURE
nautés de ſe diviſer lorſque leur trop grande
étendue nuit à la choſe publique , ou de ſe
reunir lorſqu'elles font trop peu conſidérables
pour ſupporter lesCharges Municipales.
16. Sur les moyens d'établir une juſte proportion
des droits réſervés entre les villes &
bourgsde laProvince.
T 17. Sur la fuppreffion des privilèges des
Gardes Étalons & l'amélioration des Haras ;
fur le beſoin d'avoir des Maréchaux Experts ,
Élèves de l'École Vétérinaire de Paris , &
fur l'augmentation de la Maréchauffée dans
le pays.
18. Sur les privilèges de la Vicomté de
Turenne , ſituée dans la Haute-Guyenne;
fur la nomination aux places de l'Adminiftration
, vacantes par mort ou démiſſion , &
fur l'uniformité des poids &meſures.
19. Sur le renouvellement des Membres
de l'Adminiſtration.
20. Enfin, ſur l'Arrêt de Réglément du 8
Septembre 1782 , qui fixe les rapports de la
Commiſſion intermédiaire avec le Commif
faire départi dans la Généralité.
DE FRANCE. 219
:
VARIÉTÉS.
Lettre à M. ALPHONSE LEROI , Docteur
en Médecine , Auteur d'un Ouvrage
intitulé : De la Nature & de l'Homme ,
ou Plan raiſonné de matière Médicale ,
dans lequel on rapporte à la Médecine les
connoiſſances anciennes & modernes de
la Phyſique &de la Chimie.
:
1Ly a long-temps , Monfieur , que j'ai reçu & lê
votre Livre ; a j'avois été auſſi empreſſé à vous remercier
de cet agréable préſent qu'à en jouir , je ne
ſerois pas obligé de commencer par des excuſes ;
mais il eſt plus aiſé de courir au plaiſir que vos Onvrages
promettent , que de bien parler de celui
qu'ils font. 1
C'eſt une choſe vraiment frappante que le nouveau
ſyſtème d'études médicinales que vous propoſez
; d'autres le jugeront : d'autres en profiteront;
mais il eſt donné à tout homme qui penſe d'en appercevoir
l'étendue & d'en prévoir l'utilité.
Vous tranſportez le jeune talent ſur le ſommet de
la ſcience ; de cette hauteur , vous lui montrez
toute la Nature , & vous dites , comme dans l'Évangile
: Tout ceci t'appartient ſi tu veux me suivre.
Mais quand Satan ( pardonnez la comparaiſon )
tenoit à peu près le même langage , il faifoit comme
biendes gens , il diſpoſoit d'un bien qui n'étoit pas
à lui ; vous , Monfieur , au contraire , ces vaſtes
champs de la Nature , dont vous offrez l'empire ,
on ſait qu'ils font votre conquête; vous êtes fâché
220 MERCURE
de n'y voir qu'une poignée de gens pour défricher
des landes immenfes , & vous montrez la route
de nouveaux Colons.
Vous aviez bien raiſon , Monfieur , d'être vivement
ému de votre idée , & je ne ſuis plus étonné de
l'enthouſiaſme avec lequel vous en parliez ; je re
grette ſeulement que vous n'ayez pu lui donner encore
tout le développement dont elle ſeroit ſuſceptible
; fi je l'ai bien entendue ,vous ne voulez pas
que la Médecine marche déſormais ſans le cortège
de toutes les Sciences Naturelles; vous voulez que le
Médecin étudie tous les êtres qui compoſent l'Univers
, comme les parties du tout unique qu'il fe
propoſede l'homme.
J'aime à vous voir , Monfieur , vous applaudir
du rapportque cette méthode paroît avoir avec celle
des anciens ; vous m'avez même en cela donné une
fatisfaction flatteuſe , & mon amour-propre vous
fait bien bon gré d'avoir trouvé dans vos idées des
preuves d'une obſervation que j'ai ſouvent faite en
examinant la prétendue ſupériorité de notre ſiècle
dans les Sciences . *
pu sh
Je ne crois pas qu'on puiſſe nier que les modernes
n'ayent infiniment reculé les bornes de chaque
Science en particulier ; ils ont partagé en différens
domaines le vaſte empire de l'eſprit humain ; & il
paroît que ces domaines ainſi iſolés en ont été cultivés
avec plus de ſoin , & en font devenus plus
* Des Recherchés fur la Société d'Athènes , comparée à
la nôtre , relativement aux Lettres ,& fur l'union admirable
de tous les Beaux Arts entre eux , qui réfultoit de fes
formes particulières , ont conduit aux obſervations qui fuivent
: ces recherches font partie d'un Ouvrage intitulé :
Du Goût National & de l'Esprit du siècle , conſidérés dans
leur influencefur les Lettres , Difcours prononcé par l'Auteur,
lorsdesa réception à l'Académie de Dijon. Il paroîtra
bientôt,
richess
DE FRANCE. 217
A
riches; mais la maxime , diviſe pour régner, n'eſt
pas auſſi généralement vraie dans les Sciences que
dans la Politique; il eſt arrivé que chacune d'elles ,
énorgueillie de fon accroiſſement nouveau , a prétendu
ſe former une exiſtence indépendante , une
domination diſtincte , & faire de ſes amis une Nation
à part ; je ne ſais quelle anarchie philoſophique
abriſe le lien qui doit réunir toutes nos connoifſances
; leurs rapports mutuels ſont devenus infenfibles;
leurs beſoins réciproques ont été oubliés;
leur langue a ceſſé d'être la même; delà , tant de
contradictions , tant d'incertitude , tant d'obícurité
au milieu de tant de lumières , tant de Savans &
peu de Philoſophes.
:
C'eſt à vous , Monfieur , qu'il appartient de juger
ſi j'exagère les conféquences de la méthode moderne
qui diviſe & fubdiviſe ſi ſoigneusement les Sciences
&les Arts; du moins voit-on clairement que les
anciens en ſuivoient une toute contraire; l'enſemble
qu'on admire dans leurs conſtitutions politiques ,
on le voit régner dans leurs ſyſtemes d'inſtruction ;
ils faifoient marcher de front toutes les études de la
Nature; ils ne vouloient point obſerver les membres
ſéparément du corps ; ils ſembloient tous dirigés
&animés par cette idée , peut être aufli vraie qu'elle
paroît audacieuſe , qui nefait pas tout , nefait rien.
L'univerſalité des connoiſſances de notre Homère,
de votre Hippocrate , d'Empedocle , d'Arif
tore , d'Eratosthène & de tous les Philoſophes anciens
, celle même de Deſcartes, de Leibnitz , de
Boerthaawe, de Newton , de Locke même , & des
plus grands génies de la Philoſophie moderne ,
montre qu'ils ont ſuivi cette route , & j'y vois avcc
plaifir une preuve de la ſupériorité de votre plan
inftruction.
Le grand Livre de la Nature reſſemble à nos
Livres; connoître l'alphabeth , aſſembler des fyl
N°. 53 , 31 Décembre 1785. K
218 MERCURE
A
labes , même des mots , appellera-t'on cela ſavoir
lire?
Je ſuis fi frappé du tort que nous a fait cette
diviſion exceflive de toutes les Sciences & de tous
les Arts , que ce qui a dû principalement faire naître
-l'idéed'une Encyclopédie , c'eſt , à ce qu'il me ſemble,
la néceſſité de remédier à ce défaut d'accord
& d'union , néceſſité & défaut indiqués dès- longtemps
par Fontenelle même ; & quand je vois que
limperfection de ce grand édifice vient ſur tout de
ce qu'il eſt l'ouvrage de p'uſieurs , & non d'un ſeul ,
je me livre avec plus de confiance à mes conjectures
fur l'heureux enchaînement qui doit réſulter de la
méthode ancienne & de la vêtre ..
4
Mais voici bien autre choſe , Monfieur; ce mérite
que j'attribuois tout- à-l'heure à l'uſage où nous
ſommes de claffer à l'infini les Sciences , & de les
étudier à part , il ne ſeroit pas difficile de leconteſter
en grande partie ; fans aveugle prédilection
pour les anciens , fans amour du paradoxe , je
ſuis tenté de croire qu'il feroit plus utile & plus
philoſophique d'étudier pluſieurs Sciences enſemble,
& même que chacune en particulier en ſeroit mieux
connue & cultivée avec plus de ſuccès.
A N'est-il pas vrai que ſouvent l'excès de l'ordre
prodnit la confufion ? N'avez-vous pas vu de ces
gens minitieux , qui ne trouvent jamais rien , parce
qu'ils ont une place marquée pour tout ? N'est- ce
pas-là l'inconvénient de nos volumineuſes nomencla.
tures , de tous ces magaſins particuliers des Sciences
: & des Arts ? D'ailleurs , en iſolant ſes recherches,
en les concentrant dans un ſeul genre , l'eſprit renonce
preſque ertièrement aux avantages des applications
& des analogies , amis ſecourables de la
mémoire , guides néceſſaires à l'imagination ; c'eſt
alots qu'il erre dans le vague des hypothèſes . qu'il
s'enfonce dans l'immenſité des détails curieuſement
DE FRANCE.
219
puériles , qu'il s'énerve dans les diſcuſſions frivoles
& les fubtiles analyſes , qu'il ſe perd enfin au
milieu de tous ces abus , qu'on peut appeler les
fuperftitions de la Science.
Mais ſi au contraire , guidé par une méthode
comme la vôtre, l'efprit entoure ſon étude principale
de pluſieurs études acceſſoires, à meſure qu'elles
avanceront enſemble, celle-ci ralliera ſans ceffe auprès
d'elle toutes les autres ; les réſultats communs
&particuliers ſe réuniront ſans ſe confondre ; l'objet
qu'il ſe propoſe deviendra tout à-la- fois plus vafte
&moins vague; les idées ſe rectifieront en mêmetemps
qu'elics s'étendront; l'eſprit ira plus loin ,
plus droit & plus vite.
,
- Enfin , Mongeur , le moment eſt venu ; voulonsnous
réellement devenir ſupérieurs aux Anciens
il faut lier , comme eux , les membres épars de la
*Science ; mais il faut abjurer nos méthodes timides,
adopter leur marche hardie , & ce qu'on a dit , à
Légard des lettres , de ces grands Modèles , fera
encore plus vrai pour les Sciences.
Jid
C'eſt en les imitantqu'on peut les furpaffer.
On va crier à la difficulté , à la chimère ; da
travail & du gérie , voilà ma réponſe; voilà ce qui
peut mettre la penſée d'un ſeul homme en proportion
avec l'immenſité de la nature ; & d'ailleurs -
la perfection eſt un fonge, c'eſt du moins ua
fonge ſouvent utile ; je demande le mieux , l'idéal ,
pour obtenir le poſſible.
Mais s'élevera t-on contre mes principes mêmes?
M'oppoſera- t- on l'autorité de Bacon ? Ce grand
homme, en effer , diviſa les Sciences & confeilla
les études partielles de la nature ; mais dans quel
fiècle? Lui même , d'ailleurs , n'avait- il pas
preflenti l'abus de fa méthode ? Par- tout il vous en
avertit : en même temps qu'il envoye differines
Kj
220 MERCURE
Colonies à la conquête des diverſes régions de l'entendement
humain ; il veut qu'il s'établiſſe entreelles
une correſpondance non- interrompue ; il croit
que les Univerſités & les Académies peuvent en
être les principaux Agens ; le faisceau du Vieillard
de la Fable , diſoit- il , eſt l'emblême des Sciences ;
ſa force n'eſt point dans quelques chétifs bâtons ,
ſeuls & ſéparés, mais dans ces mêmes bâtons rafſemblés&
ferrés d'un lien puiſſant.
Le goût fingulier de ce ſiècle pour l'analyſe fournira
peut- être quelques nouvelles objections ; mais
oſerai-je dire tout ce que j'oſe penſer? Cette méthode
ſi vantée n'a-t- elle pas ſes excès comme elle a
eu ſes ſuccès ? Elle ſépare , elle distingue; mais elle
diſſout, elle atténue , elle dénature , elle détruit ; fi
l'infini nous furpafie , l'unité abſolue nous fuit également
; l'analyſe s'égare en ſimplifiant comme la
ſynthèſe en compoſant; rien n'exiſtant ſeul , contempler
tous les êtres individuellement , c'eſt rif
querd'oublier leurs qualités rélatives ? Et ne font-ce
pas les principales ſources des vérités dans les Sciences-
pratiques ? Il me ſemble que l'inventeur de
l'analyſe , Deſcartes lui - même, ſavoit l'abandonner
, ou du moins ne pas s'y abandonner : quel
autre après avoir décompoſé , diftingué les objets ,
Jes rapprocha , les embraila avec plus d'audace ? Et
cette urile communauté des Sciences , qui l'a mieux
connue ? Sa fameuſe application de l'Algèbre à la
Géométrie, n'eſt pas la ſeule afſociation de ce genre
qu'il eut imaginée : c'eſt ſon admirable Panégyriſte
qui me l'apprend ; il projettoit même de diviſer.
toute la Philofophie en deux branches uniques , la
Méchanique & la Médecine; car Descartes avoit ,
ainſi que vous , conçu cette dernière dans les rapports
univerſels de l'homme & de la Nature *.
*V. les Notesde l'Eloge de Descartes , jar M. Thomas
DE FRANCE. 221
Votre plan nouveau prouvera les vérités qu'il n'avoit
que préſumées ; &, comme l'Architecte d'Athènes
, ce qu'il a dit vous offrez de le faire . /
Auſſi , Monfieur , pénétré de la rare extenfion qui
fait le caractère de ce plan , je me ſuis perfuadé
qu'on pourroit l'appliquer à p'uſieurs autres desSciences
& des Arts; on a beaucoup réfléchi & beaucoup
écrit ſur l'éducation de l'homme en général ; de
bons eſprits pourroient encore s'exercer avec ſuccès
&avecgloire ſur l'éducation particulière des talens ;
nosOuvrages élémentaires ſont compoſés dans des
vûestrop refferrées; je voudrois que dans chaque
Art un Maître habile rédigeât un plan d'inſtruction
collective conçu de cette manière vaſte & féconde
que vous m'avez fa't aimer. Ariftote n'a pas autrement
compoſe ſes Traités , admirables fur- tout par
la liaiſon qui les unit & réfléchit ſur chacun la
lumière de tous : ce travail auroit deux grands mérites
que je trouve dans le vôtre; il enflammeroit le
génie, il épouvanteroit la médiocrité.
Les bornes d'une Lettre, Monfieur , & fur tout
les bornes de montalent , ne me permettent pas de
développer ici comment l'objet de chaque Art , plus
agrandi par ces théories nouvelles, ſeroit en mêmetemps
mieux déterminé & plus fixe, cominent les
principes feroient tout-à-la fois plus généraux &
plus appropriés à la nature de cet Art, comment
T'unité naîtroit de l'étendue , comment , en reculant
les limites de l'horiſon de chaque Science , l'imagi
nation y feroit mieux contenue , & ne feroit plus
tentée de ſe livrer immodérément à des excursions
étrangères , de cultiver une partie aux dépens da
tout, & d'approfondir telle connoiſſance acceſſoire
aux dépens de la ſcience principale : ces prédilec -
tions du Savant & de l'Artiſte n'ont- elles pas quelques
exemples , & ne leur trouvez-vous pas quelques
dangers , fur-tout-dans un Art de l'importance
Kiij
222 MERCURE
du võrre ? Ne pourroit-on pas ſoupçonner , par
exemple , que dans une conſultation la variété des
avis fur la même maladie ne vient pas toujours de la
différence naturelle des eſprits , mais ſouvent d'une
répartition très- inégale des divers genres de connoiffances
dans chaque cerveau ? La préférence de tel
Médecin pour la Phyſique ou la Botanique , ou la
Chimie ne doit-elle pas ſe faire ſentir dans ſes ordonnances?
Et faut- il abſolument croire que ce goût
favori du Médecin ſoie toujours favorable au
malade
4
Avant de finir , Monfieur , je veux auffi vous
faire compliment du mépris que vous montrez pour
eet empyriſme ignorant qui prend la routine pour
l'expérience , qui transforme un Art libéral en
un aveugle méchaniſme , & dont les pratiques vulgaires
ſont ſans doute à la véritable Médecine , ce
que les Almanachs de Mathieu Laensberg font aux
fublimes ſpéculations d'un Aftronome.
Qu'allez - vous penſer , Monfieur, de l'audace
tourdie avec laquelle j'entre ainſi ſur des terres
étrangères , &dont j'entends à peine la langue , Efculape
eſt fils d'Apollon; mais ce fils-là ne vit point
dans la fociété de ſon père ; nous ne ſommes que les
amans légers de la Nature, vous êtes ſes fidèles
amis; mais , Monfieur , il eſt permis maintenant &
même ordonné à l'Homme de Lettres de réfléchir
quelquefois fur la marche de l'eſprit humain dans
les Sciences; je n'ai pas prétendu davantage; d'ailleurs
dans ce pays- ci & dans ce moment ci tout le
monde parle de tout ; vous ſavez comment les
découvertes nouvelles , vraies ou fauffes , ont
amené dans la Société la Phyſique , la Chimie & la
Médecine; comment les mots de gaz , de fluides , de
pôles ſont entrés dans la langue des converſations.
Ce n'est pas une manie nouvelle ; Fontenelle raconte
avec fa grace ordinaire que l'éloquence naturelle de
DE FRANCE. 223
Duverney avoit donné à l'Anatomie une telle faveur
, qu'il étoit du meilleur ton d'avoir dans ſa
poche une pièce sèche , un os , un crâne , &c. Ces
modes-là ne ſont ni les plus dangereuſes ni les plus
folles ; elles mettent toujours quelques connoiſſances
de plus en circulation; ſuivant Monteſquieu , en
feignant d'aimer les Sciences on s'y attache réellement
; & il faut l'obſerver , ſans tirer à conféquence,
telle eſt dans ce ſiècle l'ardeur générale qu
emporte les eſprits vers la lumière , qu'elle ſe propage,
même par nos ridicules. J'ai l'honneur
d'être, &c.
M
GROUVELLE , Secrétaire des
Commandemens & du Cabinet
de S. A. S. Mgr. le
Prince de Condé
,
l'Académie de Dijon.
Au Rédacteur du Mercure.
ONSIEUR ,
de
Le Voyageur Anglois Henry Swimburne , ſera
fansdoute flatté de l'accueil que l'on a fait ici à ſon
Voyage des deux Siciles , puiſque nous en avons vu
deuxTraductions faites en même-temps , & qui ont
paru à quinze jours l'une de l'autre. Parmi les notes
qui ont éré jointes à la ſeconde Traduction , imprimée
chez Didot l'aîné , il en eſt une fur laquelle on
ſe croit dans le droit de réclamer formellement ,
attendu qu'elle n'eſt rien moins qu'exacte : c'eſt celle
d'où il ſembleroit réſulter que l'Auteur du Voyage
Pittoresque de Naples & de Sicile , s'eſt ſervi & comme
parédes Ouvrages de plufieurs Auteurs , ſans les nom
Kiv
224 MERCURE
mer ; & où il eft dit , page 89 du ſecond volume: il
• falloitdire que le texteda Voyage Pittoreſque eſt
> preſqu'en entier de M. Denon; toute la partie de
>> l'Antiquité, de M. l'AbbéChauppy; celle de l'Hif-
→ toire Naturelle , de M. Faujas de Saint- Fond; celle
> de la Peinture & Sculptare , de M. W... le Diſcours
>> Préliminaire& Hiſtorique , de M. de Champfort ,
> & l'Hiſtorique de la grande Grèce , de M. de Cabanis,
&c. &c. En général , il vaut mieux dire la
* vérité ».
Et pourquoi doncne pas la dire , la vérité? Il au
roit été cependant bien facile de vérifier : 1 ° . Que
dès l'Avant-propos du premiervolume , M. de Champfort
, de qui eft effectivement le Précis Hiſtorique des
Révolutions de Naples , n'ayant pas voulu abſolument
être nommé , y est déſigné très-clairement,
page s, & comme il l'avoit dicté lui-même.
2°. Que M. de Faujas ,qui n'a écrit dans ext
Ouvrage que trois ou quatre deſcriptions ou notices
ſommaires concernant l'Histoire Naturelle , y est
nommé à chacune , pages 182 , 188 & 202 du ſecond
volume.
old
3 ° . Que tout ce qui eſt cité du Journal des Deffinateurs
, fait par M. Denon , dans le premier vo-
Jume , eſt indiqué par des guillemets aux pages 74 ,
196 , 204 & 20s de ce volume ; aux pages 37 & ss
du ſecond. M. Denon ayant, à cette époque de l'Ouvrage,
permis à l'Editeur du Voyage Pittoreſque de
le nommer , il l'a été dans une note infinimenthonnête,
page 57 du même volume ; & une ſeconde
fois , pages du quatrième , où il eſt encore dit , que
c'eſt M. Denon qui a écrit le Journal de ce Voyage,
qu'il y fert de guide , & que c'eſt lui qui a préſidé aux
travaux des Artiſtes dans la Calabre & la Sicile . Le
texte de ce Journal , quoique fait par un homme de
beaucoup de goût & de beauoup d'eſprit , avoit été
d'ailleurs écrit fi fort à la hâte & avec fi peu de ſoin ,
DE FRANCE.
225
furtout pour la partie de la Sicile , ſi peu approprié
aux deffins & aux vûes , objet principal d'un Voyage
Pittoreſque , que le Rédacteur de cetOuvrege a été
obligé de le refaire , & de le récrire en entier. *
40. Quant à la partie de l'Antiquité , il eſt de fait
que M. l'Abbé Chauppy n'a pas écrit une ſeule ligne
de tout le Voyage Pittoreſque. L'Auteur de cet Ouvrage
s'eſt ſeulement regardé commme trop heureux
de confulter ce Savant ſur les Inſcriptions antiques ,
dont preſque toutes étoient très-altérées dans le Journal
de M. Denon , & il a en la complaiſance de
les rétablir ; cet Antiquaire ayant de plus une connoif
ſance parfaite des anciennes voies des Romains , i
a été confulté & cité à ce ſujet aux pages 1511
190& 191 du troiſième vo'ume.
s . Il en eſt de même des articles Peinture &
Sculpture , attribués en entier à M. W.... L'Editeur
du Voyage Pittoreſque s'est fait effectivement un
plaiſir de conſulter M. W.... ſon parent & fon
ami , qui lui a uniquement donné la Deſcription de
trois ou quatre Tableaux inférés dans le premier
Volume, pages 114 & 117 ; mais il ne lui avoit pas
permis de le nommer.
6°. Enfin , quant à l'hiſtorique de la grande
Grèce, ſi le manuscrit de M. de Cabanis eût été plus
exactement ſuivi par l'Auteur du Voyage Pittorefque
, il n'auroit point héſité un inſtant de le nom
* Il n'est pas encore inutile d'obſerver que le Voyage
qui adonné lieu à ce Journal ayant été fait entièrement
aux dépens de l'Éditeur , le manufcrit étoit devenu pour
lui une vraie propriété , & propriété fort chère , puiſque les
frais de ce voyage font montés à plus de dix mille écus ,
fansy comprendre tous les deſſinsqui ont été payés à partaux
Artiſtes ; il ſemble donc qu'il n'a été ni très délicat , ni
extrêment honnête de faire réimprimer ce Journal fans fon
ayeu& fon conſentement ; c'eſt ce que l'on croit être de
soute vérité à repréſenter.
Kv
226 MERCURE
mer , comme tous ceux qui ont bien voulu l'aider
dans ſes travaux , & qui le lui ont permis ; mais le
dé ordre qui lui a paru régner dans ces recherches
l'a obligé de les refondre en entier , & d'avoir recours
aux fources & aux Auteurs que M. de Cabanis
avoit confultés lui même, ſavoir les Mémoires
de Freret inférés dans les Recueils de l'Académie des
Inſcriptions , & le Voyage du Baron de Riedeſel
dansla grande Grèce.
L'on pourroit ajouter qu'il en eſt de cet Ouvrage,
affez étendu , comme de tous les autres du même.
"genre , que leurs Auteurs n'ont pu faire qu'en confultant
& en s'appuyant ſur tous ceux qui ont écrit
avant cur.
Voila malgré le conſeil du Traducteur , les ſeules
véritis que l'on s'eſt permis de dire,
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
1
LE MÉFIANT , Comédie en cing Actes &
en vers , a été repréſenté , pour la première
fois,le Mardi 20de ce mois. Il n'a pas eu ce
qu'on appelleun fuccès décidé ; mais il a obtenu
de nombreux applaudiſſemens , & il
mérite de l'eſtime. Avant d'examiner juſqu'à
quel point le Méfiant eſt un caractère dramarique
, nous allons voir comment l'Aureur
adefiiné fon perſonnage , dans quelles fituations
il l'a placé , & par quels refforts il l'a
mis en action.
DE FRANCE. 227
Damis a quitté la ville & s'eſt retiré dans
un château , où il vit avec une ſoeur trèsnubile,
puiſqu'elle a, depuis trois jours, atteint
ſa majorité ; avec une Comteſſe veuve &
jeune encore ; enfin avec un Intendant dont
les ſervices commencent à devenir fort anciens .
Son caractère inquiet , ombrageux &méfiant,
fait le malheur de Béliſe , ſa ſoeur excite un
intérêt de pitié très- tendre dans le coeur de
la Comteſſe qui ſe propoſe de le corriger,
& le rend la dupe de ſon vieil Intendant ,
dont il ſe méfie fans ceſſe , qu'il maltraite de
propos , &dont , malgré ſes éternels ſoupçons,
il fait toujours la volonté : la Comteſſe aun
frère dont elle defire faire l'époux de Bélife ;
ce frère , homme très-confiant , fans fatuité ,
arrive au château où il n'eſt point attendu : fon
arrivée ſubite rend ſuſpectes àDamis les intentions
de Béliſe, qu'il accuſe de vouloir , tout-àcoup
, ſe ſouſtraire à ſon autorité. Damis aime
laComteffe, il en eſt aimé; il redoute de faire
fadéclaration ,il ne s'apperçoit point de la tendreſſe
qu'il inſpire , par une ſuite de fa méfiance
qui s'attache à tout , & dont la Comreffe
n'eſt pas exceptée.UnBaron, jadis amant
de la Comteffe , marié depuis , devenu veuf,
arrive aufli au château à l'impromptu , ſent
rallumer ſes premiers feux, & ne lesdiſſimule
pas. Damis promet au Baron de le ſervir auprèsde
la Comteſſe , dans l'unique intention
de fonder le coeurde celle qu'il craint d'avouer
pour ſamaîtreſſe. En effet , il parle à la veuve,
mais d'une manière très- équivoque ; de forte
Kvj
228 MERCURE
que celle-ci croyant qu'il parle pour lui , répond
affirmativement avec beaucoup de tendreſſe
& de grâces. Le Baron ſe préſente , if
eſt ravi , enchanté. La Comtefle voit fon
erreur ,& fe retire en s'expliquant de façon à
ouvrir les yeux de Damis. Le Méfiant n'entend
rien , il n'eſt pas même éclairé par ce
que lui dit , à quelques Scènes delà , le trèspeu
clairvoyant Baron , qui s'apperçoit feulement
qu'on ne l'aime point , & qui part
aufli bruſquement qu'il étoit arrivé. Cependant
Bélife reçoit très - froidement les hommages
du Marquis , frère de la Comteffe; elle
ne confent à lui donner la main que dans le
cas oùDamis épouſera ſa ſoeur , & Damis ne
fait rien pour cela. D'autres circonftances ,
fondées ſur un autre incident , ſemblent devoir
éloigner toute eſpérance.Une affaired'intérêt
a changé en une haine très-vigoureuſe ,
l'amitié que Damis avoit autrefois pour un
M. Damon. Cette affaire doit opérer la ruine
de l'un ou de l'autre. La Comteſſe tente de
rapprocher les efprits; elle écrit à Damon à
l'infçu du Métiant. Le vieil Intendant , qui
trouve fon compte à ne laiſſer à Damis aucun
ami véritable , intercepte la lettre , & la
remet à fon maître. Damis ne l'ouvre point ,
il ordonne même qu'elle foit remiſe à fon
adreffe; mais il frémit d'indignation. La Comteffe
écrire à Damon ! à fon ennemi capital !
c'eſt une trahiſon , c'eſt une perfidie qui la
rend à ſes yeux la plus mépriſable de toutes
lesfemmes. Une lettre de Damon , que DaDE
FRANCE.
229
mis prend pour un cartel, ajoute encore à ſa
fureur , & dérange abſolument toutes fes
idées. LeMarquis , devenu Philoſophe & moraliſte
, d'homme confiant & leger qu'il étoit
d'abord , tente d'éclairer Damis ſur ſes torts,
&le prévient du départ de ſa ſoeur pour le
couvent ; on juge bien qu'il perd fon tems&
fesbelles paroles. Bientôt après on annonce au
Méfiantque la Comteffe vient de ſortirduvillage.
Bientôt après encore on lui apprend que
ſon Intendant eſt un fripon , dont on a découvert
les coquineries , & qu'il a pris la
fuite. Ainfi abandonné de tout le monde ,
Damis voit entrer Damon , met l'épée à la
main; Béliſe ſe précipite entre ſon frère & le
très-étonnéDamon: laComteſſe&le Marquis
font dans le fond ; ils s'approchent , & tout
s'explique. La lettre de Damon n'eſt point un
cartel , c'eſt une propoſition de terminer à
l'amiable que le Méfiant a mal interprêtée.
La Comtelle ſera médiatrice entre les deux
amis; c'eſt elle qui a ramené Béliſe , qui , à
force de ſervices , veut convaincre Damis que
ſon caractère ſeul le rend malheureux. Le
bandeau tombe; Damis , chancelant d'abord ,
&un peu incertain , abjure ſes ſoupçons , fe
réconcilie avec Damon , accorde Bélife au
Marquis , & reçoit la main de la Comteffe.
Il n'eſt pas difficile de voir que l'intrigue
de cette Comédie eſt un peu embrouillée ;
que la marche en eſt lente , pénible ; qu'il y
a complication & obfcurité dans les incidens
, fur-tout dans ceux qui amènent le
230 MERCURE
denouement. Ce defaut eftd'autant plus re
marquable , que l'action d'une Comédie de
caractère doit être ſimple , ou au moins trèspeu
compliquée; qu'elle doit s'expoſer , ſe
nouer & fe développer facilement; fans quoi,
l'attention qu'elle exige nuit à celle qu'on donneroit
au perſonnage principal , & détruit
une partie de l'effet qu'il pourroit produire.
Ce n'eſt pas que les intentions de l'Auteur ne
méritent des éloges. En examinant ſa Comédie
avec réflexion , on s'apperçoit qu'il
a voulu que fon caractère intriguât ſon
action , qu'il marchât toujours à côté d'elle ,
& que tout s'y rapportât à lui & à lui
feul. Ce principe , conforme aux règles de
l'art& aux loix de la raiſon , nous paroît infiniment
louable: mais l'Auteur ne l'a pas affez
habilement mis en oeuvre ; parce qu'il n'a pas
ſu ſe rendre clair ; parce que , pour tenter de
le devenir, il a employé des développemens
trop étendus; parce qu'il a trop multiplié les
fils de fon action. De tout cela, il réſulte une
confufion , un chocd'idées qui ſe croifent &
ſe heurtentd'une manière très-fatigante pour
le Spectateur. Le meilleur de tous les modèles
fur cet objet , c'eſt Molière: hors ſon intrigue
du Miſantrope qui , peut-être , eſt un peu
trop fimple , on peut citer toutes ſes intri
gues de Comédies de caractère , comme autantde
chef-d'oeuvres .
Le Méfiant est-il un caractère véritablement
Dramatique ? Eſt-il un de ces caractères
primitifs , dont l'inclination ou la paffion do
DE FRANCE. 231
minante puiffe éclater dans toutes les démar
ches , dans tous les difcours d'un perſonnage
principal; dont cette inclination foit la bafe&
le premiermobile de toutes les actions ? Est-il
enfin capable de foutenir d'une manière intéreſſante
& raiſonnable , pendant le cours
de cinq Actes , l'attention & la curiofité du
ſpectateur ? Quelques autorités l'affurent ,
malgré cela , nous oferons en douter. Qu'estce
que la Méfiance ? ce n'eſt point une
pafion ; c'eſt une foibleſſe: & la différence
eft grande. Une foibleſſe ne peut acquérir
quelqu'énergie que lorſqu'elle s'attache à la
fuite d'une paſſion : ifolez-la , elle laiſſera
'peut-être d'abord échapper quelques lueurs,
quelques étincelles , mais bientôt elle retombera
dans ſon inertie. La Méfiance s'attache
àl'avarice , à la jalouſie, àla miſantropie , &c.;
alors elle prend la force des caractères auxquels
elle eſt liée , elle y ajoute , elle les
fortifie , elle les met en jeu , elle en développe
les refforts dont elle même fait partie.
Horsdelà, cen'estqu'unefoibleſſe; elleprouve
lapufillanimité,nousdirions preſquelabaffeffe.
Avec de la bonne-foi , il ſera donc facilede ſe
convaincre que le Méfiant n'eſt point un
caractère primitif ; que ſa foibleſſe n'eſt
qu'une nuance ſecondaire de quelques paffions
& de quelques vices ; qu'il ne peut devenir
véritablement dramatique , qu'après
:avoir été grouppé , pour ainfi dire , avec quelques
autres caractères en contraſte ; & qu'il
232
1
MERCURE
ne peut être la matière unique & première
d'une grandeComédie.
En 1718 , Charles Coypel fit repréſenter à
la Comédie Italienne le Défiant , canevas en
trois Actes & en Profe. Ce Défiant qui , par
une bizarrerie aſſez remarquable , devenoit
la dupe d'un homme dans lequel il avoit
beaucoup de confiance , avoit encore le défaut
de reſſembler à l'avare. Il ne faut pas
s'en étonner ; tout Auteur qui voudra traiter
le caractère du Méfiant , retombera néceſſairement
dans un autre caractère , quand
il voudra l'offrir ſeul , & lui donner une
longue carrière à fournir. Le Malheureux
imaginaire de feu M. Dorat , n'eſt autre choſe
que le Méfiant : ce Malheureux imaginaire
reſſemble à l'Indécis , àl'Irréſolu , à l'Inquiet.
Le Méfiant dont nous venons de rendre
compte , reffemble d'abord àce même Malheureux
imaginaire , enſuite à l'Irréſolu ,
enfin au Miſantrope. Le vice du caractère
choiſi par l'Auteur l'a entraîné malgré lui ,
& encore une fois , il étoit impoſſible que
cela fût autrement.
Malgré toutes ces obſervations , & d'autres
que nous n'ajouterons point , le Méfiant eſt
un ouvrage fort eftimable , & qui annonce
de grandes diſpoſitions pour le Théâtre. Ily
a infiniment d'adreſſe & d'eſprit dans la
manière dont ce caractère eſt établi ; & plus
il eſt équivoque, plus fon établiſſement étoit
difficile; il eſt d'ailleurs très - bien foutenu.
Il réſulte de ſon humeur quelques forties
DE FRANCE. 233
+
très-vigoureuſes , & remplies de vérité contre
les ridicules , les vices & les erreurs dont
lacapitale abonde. Damıs ne ſe dément jamais :
quand il fait ce que lui fait faire ſon vieil
Intendant , c'eſt plutôt par beſoin & par
habitude que par confiance ; il le lui dit, il
le lui répète dans l'effuſion de ſon coeur
ombrageux. On lui apprend que cet Intendant
l'a trahi ; le malheureux , dit-il , qui
preſque avoit ma confiance ! Ses amis l'entourent
, éclairent ſa raiſon , le forcent à les
connoître. Ne me trompez-vous point ? s'écrie-
t-il dans un retour de méfiance dont il
n'eſt pas le maître. Tout cela nous autoriſe
à répéter que l'Auteur eſt appelé au Théâtre ,
&qu'il y doit mériter des ſuccès. Nous l'invitons
ſeulement à châtier un peu plus fon
ſtyle, d'ailleurs agréable & facile , & à choifir
avec plus de foin les caractères qu'il voudra
traiterdéſormaiscommecaractèresprincipaux,
Le rôle du Méfiant eſt très-bien rendu par
M. Granger , dont le jeu énergique n'a pas
peu contribué à faire ſentir ce que la Pièce a
de mérite.
ANNONCES ET NOTICES.
E
TAT Généralde la France , enrichi de Gravures,
conterant : 19. Les qualités & prérogatives du Roi ,
la Généalogie abrégée de la Maiſon Royale , le
Clergé de la Cour , les Officiers de la Mufique du
234 MERCURE
Roi de faMaiſon , de fa Chambre&de fa Garde-
Robe , de ſes Bâtimens & Maiſons Royales. 2º. Les
Troupes de la Maiſon du Roi , le Grand Écuyer , les
Officiers de la Grande & Petite Écutie , les Plaiſirs du
Roi , le Juge de la Cour ,le Grand-Maître , les Tréforiers
, Marchands & Artiſans ſuivant la Cour ; la
Maiſon de laReine , des Enfans de France , Princes
&Princeſſes du fang , Princes légitimés & Princes
Étrangers. 3 °. Le Clergé de France , les Bénéfices à
la nomination du Roi &des Princes. 4°. Les Duchés
&Pairies de France , les Ordres de Saint - Lazare , de
Saint Michel , du Saint- Eſprit , de la Toiſen -d'Or ,
de Malthe & de Saint-Georges . 5°. Les Maréchaux
de France & autres Oficiers Généraux de terre & de
mer , le Corps Royal-d'Artillerie , les Gouverneurs
des Provinces & Etars- Majors des Villes , &c. 6.º Les
Conſeils du Roi, les Secrétaires d'État , les Parlemens
, les Cours Supérieures & autres Jurisdictions
du Royaume, les Généralités & Recettes , les Univerfués
, les Académies , les Bibliothèques publiques ,
lesAmbaffadeurs,Envoyés ou Réfidens dans lesCours
Étrangères , le tout avec les différens gages , honneurs
, prérogatives & exemptions attribués à toutes
les places; les différens Réglemens & Ordonnances
qui leur font propres , & l'état actuel des Maiſons de
tous les Grands-Officiers de la Couronne , des Dues
& Pairs , & des Chefs de la Magiſtrature , ſuivi d'une
table générale de tout l'Ouvrage. Dédié au Roi , Par
M. le Comte de Waroquier de Combles , Officier
des Grenadiers- Royaux de la Picardie.
Les Perſonnes qui par leur rang , leurs charges &
leurs emplois, ſont ſuſceptibles d'être compriſes dans
cetOuvrage , ſont priées d'adreſſer , franc de port ,
à l'Anteur , à Paris , rue des Cordiers , No. 4 , près
la Place Sorbonne , leur nom de Baptême , de
Famille, Sornoms & Qualités , la date de leur Naif
fance & de leurs Proviñons, les noms de ceux à qui
DE FRANCE. 235
ils ont fuccédé, & l'état actuel des Maiſons , des
Chefs de Corps & de Magiftrature , &c .
:
LES Illuftres François , Seconde Livraiſon , gravée
par N. Ponce. Prix , 3 liv. A Paris , chez l'Aucur
, rue Sainte Hyacinthe , nº. 19.
Ce Livre contient deux Portraits , ceux de
Henri IV & de Sully. Chaque Gravure eſt accompagnée,
an bas, d'un apperçu de la vie de l'Homine
célèbre qu'elle repréſente , & elle eft entourée de
Médaillons qui en retracent les traits principaun
L'idée de ces Gravures , qui ſont traitées avec ſoin ,
eft intéreſſante , & peut être utile à l'étude de
'Hiſtoire.
ETRENNES de la Vertu pour l'année 1776 , contenant
les Actions de Bienfaiſance, de Courage ,
d'Humanité, &c. qui fe font faites dans le courant
de l'année. 1775 , auxquelles on a joint quelques
autres Anecdotes intéreſſantes. A Paris , chez Savoye,
Libraire , rue Saint Jacques. :
Le Volume que nous annonçons , & qui eſt digre
des premiers , eſt le cinquième de cette Collection
intéreſlante. Nous avons applaudi à l'heureuſe idée
de 'Auteur. En effet, cet Ouvrage peut tout-à-la-fois
éclairer& conſoler l'Humanité.
ÉT AT des Cours de l'Europe & des Provinces de
France pour l'année 1786 , publié pour la première
fois en 1773 , par M. l'Abbé de la Roche - Tilhac',
Conſeiller du Roi à la Table de Marbre . Prix ,
3 liv. br. A Paris , chez l'Auteur, rue Garancière
Leroy , Libraire , rue Saint Jacques , & chez les
principaux Libraires de l'Europe .
Nous avons parlé de cet Ouvrage utile qui mérite
le ſuccès qu'il aobtenu.
.
236 MERCURE
THEATRE des Grecs , par le P. Brumoy , nou
velle Édition , enrichie de très-belles gravures , dont
la plupart des ſujets ſont tirès des Monumens ansiques,
& augmentée de la traduction entière des
Pièces Grecques dont il n'exiſte que des extraits
dans toutes les Éditions précédentes , & de comparaiſons
, d'obſervations & de remarques nouvelles ,
par une Société de Gens de Lettres; propoſée par
ſouſcription , en X ou XII volumes , grand & petit
in-8 °. & in-4°. avec figures.AParis , chez Cuffac,
Carrefour S. Benoît , vis-à- vis la rue Taranne.
Le prix de la ſouſcription du petit in-8°. eſt de
8liv. ; celui du grand in-8º 12 liv. ; celui du même
format , papier vélin , 30 liv.; & celui de l'in-4°
papier vélin , tiré ſur la même juſtification que
l'in-8°. 54 liv : en recevant chaque volume , petit
in8° , on paie 4 liv. & pour le grand in-8°. 6
livres ; le même , papier vélin, 15 liv. & 27 liv.
pour l'in-4º. même papier que le précédent ; l'un
&l'autre , avec les figures avant la lettre.
N. B. Quel que foit le format que l'on choiſiſſe,
le prix de la Souſcription ſera à valoir ſur les deux
derniers volumes qu'on livrera gratis à MM. les
Souſcripteurs.
Dans les Tomes I & II qui paroiffent actuellement
, ſont compriſes toutes les OEuvres d'Eſchyle
& une partie de celles de Sophocle. Dans le IIIe ,
qui paroîtra inceſſamment , & le IVe feront compriſes
toutes celles de ce dernier.
Euripide viendra après , enſuite Ariftophanes ,
& les Fragmens de divers Auteurs comiques termineront
cette intéreſſante Collection defirée depuis
long- temps. Nous reviendrons ſur cet Ouvrage,
ALMANACHParifien en faveur des Etrangers &
des Perſonnes curieuses , nouvelle Edition , ornée de
jolies gravures , repréſentant les Monumens les plus
DE FRANCE..
237
recens , pour l'année 1786 , deux Parties in- 12.
Prix, 2 liv. 8 fols br. 3 liv. rel..
Cet Almanach curieux , & qui a du ſuccès , indique
par ordre alphabétique tous les Monumens des
Beaux-Arts répandus dans la Ville de Paris , les
Spectacles, les Promenades , & généralement tous
les endroits dignes de curiofité , & les Châteaux ,
Parcs , Maiſons Royales & Maiſons de plaiſance
qui environnent la Capitale.
ALMANACH Américain , Asiatique & Africain ,
ou Etat Physique , Politique , Eccléfiaftique & Militaire
des Colonies d'Europe en Afie , en Afrique
& en Amérique , prix 3 liv, br. A Paris , chez
l'Auteur , rue Garencière , & chez le Roy , Lib .
rue S. Jacques.
Cet Almanach , intéreſſant par ſon objet , a
joui d'un ſuccès mérité. Tous les ans on en im
prime un Volume, où l'on ne répête rien de ce
qui a été dit dans les précédens. On y a joint le
Tableau des Poſſeſſions d'Europe en Afie & en
Afrique , ce qui peut ajouter beaucoup à l'intérêt
de l'Ouvrage , en occaſionnant de nouveaux détails ,
qui peuvent varier avec les années.
:
ALMANACH du Voyageur à Paris , par
M. Thiéry , année 1786. Prix , 2 liv. 8 ſols. A
Paris , chez Hardouin & Gattey , Libr. au Palais
Royal , ſous les arcades à gauche , Nos. 13 & 14 .
Cet Almanach eſt connu des Nationaux & des
Etrangers; &nous avons déjà parlé de ſon ſuccès&
de fonutilité.
-
Le Don intéreffé, Eſtampe de huit pouces &
demi , ſur douze pouces. Prix , 2 liv. La Morale
inutile. Prix , 2 liv. Ces deux Estampes font
238 MERCURE
pendant. AParis , chez Voyfard , Graveur, rue de
la Harpe , nº. 18 , vis- à-vis la rue Serpente.
Le Déjeûner Anglois, peint par Lavrince ,
gravé par Vidal. Prix , 3 liv. A Paris , chez Vidal ,
rue de la Harpe , au coin de celle Poupée, nº. 181 .
Ce froid Déjeûner, qui repréſente une Dame qui
alamain ſur ſon chien , un galant Cavalier qui lit
à côté d'elle quelques papierspublics , &une Femmede
chambre qui verſe duthé , eſt d'une grande vérité,
& mérite des éloges au Peintre & au Graveur .
PORTRAIT de' Mille Renaut l'aînée , de la Comédie
Italienne , peint & gravé par de Bréa. Prix , 2 liv.
AParis , chez l'Auteur , rue Montmartre , vis-à-vis
S. Joſeph. Daphnis & Chloéſe faiſant dire la
bonne aventure , estampe gravée dans la manière du
lavis, par M. de Bréa , d'après M. Greuze. Prix ,
18 liv. avant la lettre & avec. A Paris , chez
l'Auteur , même Adreſſe.
• Cette Eſtampe eſt d'un grand effet; c'eſt un nouveau
genre de gravure ; elle imite parfaitement le
lavis , & ouvre une nouvelle ſource aux Amateurs.
<
NOUVEAUX Cornets en Crystal. A Paris , chez
le fieur Salmon , rue Dauphine , vis-à- vis celle d'Anjou.
La difficulté de pouvoir fermer les Cornets en
Cryſtal fans aucune fuite d'Encre , étoit le feul motif
qui empêchoit d'en faire uſage , quoiqu'ils foient
les ſeuls qui puiſſent contenir & conferver l'Encre
dans la bonne qualité. Ces nouveaux Cornets réuniffent
en eux tout ce que l'on peut defirer à
cet égard , fermant bien hermétiquement , contepant
& confervant parfaitement l'Encre ſans la
ſécher, peuvent être trauſportés ſans crainte qu'ils
fuyent , & ont de plus l'agrément de pouvoir le
DE FRANCE.
239
inétoyer très - facilement , promptement & fans
aucun embarras. Leurs proportions ſont de 18
lignes quarrées , far 19 & 20 lignes de haut , y
compris la fermeture. Ils ont été ſoufflés dans les
moules que le ſieur Salmon a fait exécuter d'après
les Modèles qu'il en a donnés , & peuvent remplacer
dans les Porte Feuilles à Écritoires , Pupitres ,
Secrétaires , Néceſſaires , & autres Écritoires portatives
, ceux en métal. Il ſuffit de paſſer dedans
un peu d'eau ſeconde , elle nétoye l'Encre entièrement
& enlève celle même qui y feroit ſéchée ,
fans faire aucun tort. L'on trouvera de même chez
le fieur Salmon des Porte-Feuilles , Écritoires &
Pupitres garnis de ces mêmes Cornets , & autres .
Le ſieur Salmon , qui n'épargne rien pour enrichir
ſon Magalin de tout ce qui peut fatisfaire les di-
-vers goûts des Curieux , vend une Encre de fa
compofition, approuvée par l'Académie des Sciences,
comme étant ſupérieure à toutes les autres.
On trouve auffi chez lui beaucoup d'objets utiles &
agréables qui peuavveenntt être donnés pour Étrennes.
RECUEIL d'Airs d'Opéras Comiques & autres ,
avec Accompagnement de Ciftre ou Guittare , par
M. Delabrière , Muficien ordinaire de la Comédie
Italienne , Maître de Chant& de Ciſtre Prix , 4 liv.
16 fols . A Paris , chez l'Auteur , rue neuve Saint
Eustache , nº. 60. & Leroy , Marchand de Muique
, Café de la Régence , Place du Palais Royal.
JOURNAL d'Ariettes Italiennes , dédié à la
Reine , Numéros 165 , 66 , 67 , 68 , complettant
l'année 1785 .
L'Editeur annonce dans un nouveau Proſpectus
que ſon intention avoir été d'abord de déterminer
la durée de cetre publication périodiques mais que
les defirs de ſes Abonnés l'engagent à la continuer.
240
MERCURE
En
effet, nulles productions des Arts ne font aufh
fugitives que celles de la Muſique. Les plus beaux
Airs , quand on les a beaucoup entendus , perdent
de leur prix. La nouveauté eſt donc toujours ce
qu'il y a de plus piquant. On aime d'ailleurs à
connoître les nouveaux Artiſtes qui paruiffent dans
cette carrière. L'Editeur s'engage à y donner ſes
ſoins, & on ne peut que lui en ſavoir gré. On fouferit
à Paris, chez le ſieur Bailleux , Marchand de
Muſique du Roi & de la Famille Royale ,
Saint Honoré , près celle de la Lingerie, à la Règle
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eſt de 36 & 42 liv. Chaque Air ſéparé
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Lundis. Les Numéros ſéparés I liv. 4 ſols. A
Paris, chez Couſincau père & fils , Luthiers de la
Reine , rue des Poulies.
TABLE .
EPITRE M. D** , 1931 fur les Colonies , 293
Vers fur Jeanned'Arc, 197 Procès-Verbal de l'Assemblée
AS. E. M. le C... de B... Provin.de Haute-Guyenne,
200
,
Charade, Enigme & Logo- Variétés ,
gryphe,
201 Comédie Italienne ,
Lettres Critiques & Politiques Annonces&Notices ,
APPROBATION.
213
219, 223
226
233
J'AI lu, par ordre de Mgr. le Garde-des-Sceaux,le
Mercure de France, pour le Samedi 31 Décem. 1785. Jen'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , le 30Décembre 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 9 Décembre.
E voyage de Cherſon , dont pluſieurs
Ifois on a attribué le projet à l'impéra
trice , s'effectuera , dit on , au Printemps
prochain. Comme une infinité de circonfrances
peuvent contrarier ce départ extraordinaire,
on ne ſe preſſe pas de le regarder
comme très certain. Quelques préparatifs
font le principal fondementde ce bruit public
; on parle d'ordres expédiés de tenir
prêts les bâtimens ſur leſquels l'Impératrice
&ſa ſuite deſcendront le Nieſter depuis
Kiow. Les Nouvelliſtes ne manquent point
de faire arriver l'Empereur à Cherſon enmême
temps que la Czarine.
M. Fitz- Herbert , Miniſtre d'Angleterre
ade fréquentes conférences avec le Comte
d'Oſterman . L'on croit avoir remarqué de
la froideur entre notre Cour & celle de
No. 53 , 31 Décembre 1785.
i
( 194 ) .
Londres ; de-là le bruit abſurde, recueilli
par les Gazettes , que l'Impératrice a ſommé
le Roi d'Angleterre de ſe départir de la Ligue
de Berlin.
SUÈDE.
DE STOCKOLM , le 10 Décembre.
Dès le premier de 1786 , le port des lettres
ſera doublé dans ce Royaume , & l'on
parle d'une augmentation peu vraiſemblable
de cinquante pour cent fur le prix des
eaux-de-vie , fabriquées & vendues exclufivement
, comme on ſcait , pour le compte
de la Couronne. Le Roi vient d'acheter
une nouvelle terre , dans laquelle il ſe propoſe
d'élever un château de marbre à l'Italienne.
Le Roi a nommé le Barón de Ramel ,
Chancelier de la Cour , pour diriger ad interim
le département des Affaires étrangeres.
On apprend de Jonkoping , qu'un incen
die de 12 heures a réduit en cendres dans
cette ville, le 23 de Novembre , 40 maiſons
& d'autres édifices. On compte dans
ce nombre la Maiſon-de Ville & une parție
de l'édifice du Tribunal royal,
ALLEMAGNE:
DE HAMBOURG , le 18 Décembre.
Le Traité de commerce entre les Cours
( 195 )
de Pétersbourg &de Vienne , pour le terme
de 12 ans , eſt compoſé de plus de 40 articles.
Voici la ſuoſtance des principaux.
Les ſujets de l'Empereur acquitteront , comme
les Anglois , dans toute la Ruffie , excepté à
Riga , les droits en monnoie de Ruffie ; le
rixdaler , évalué à 125 copeickes : les vins ordinaires
de Hongrie ne payeront à leur importation
en Ruſſie , que 4 roubles & so copeickes
, par axhoft de 6 ankars ; mais les vins
de liqueurs , comme ceux de Tockay , payeront
9 roubles par axholft. L'article 12 eſt conforme
aux principes de la neutralité armée , établis
par pluſieurs Puiſſances pendant la derniere
guerre ; les deux parties contractantes ſont convenues
de les obſerver réciproquement .
1
L'article 24 accorde aux sujets de l'Empereur ,
de conſtruire & d'acheter des maiſons à Péersbourg
, Mofckow, Archangel , Cherſon , Sébaſtopolis
& Theodofia , avec l'aſſurance que ces
maiſons feront exemptes du logement de gens
de guerre. La porcelaine de la manufacture de
Vienne pourra être importée en Ruffie , excluſivement
à toute autre ,& pour cette faveur ,
les pelleteries Ruſſes ſeront favoriſées à leur
importation dans les Etats Autrichiens. Les ſujets
Ruſſes auront la liberté d'acquérir ou de
faire bâtir des maiſons & de s'établir à Vienne,
Preſbourg , Lemberg , Brody & Trieste , & ils
jouiront de l'exemption Témpewſar , du logement
de gens de guerre. Les productions de la
Ruffie & celles de la Chine , qui ſeront importées
dans les Etats de la Maiſon d'Autriche
des ports de Cherfon , de Sébastopolis & de
Théodoſia , ne payeront qu'un quart du droit
d'entrée qui avoit été payé auparavant. Les
i 2
( 196 )
Ruſſes auront la faculté d'importer à Oftende
& à Nieuport leurs marchandises , de les y
enmagaſiner & de les tranſporter ailleurs fans
payer aucun droit. Les cuirs de Ruffie payefont
à leur entrée dans les Etats de l'Empereur
6 florins & 40 creutzers par quintal , les
pelleteries 10 pour cent & le caviar 5 pour cent.
Du premier Décembre 1784 , au premier
Décembre actuel , on a compté dans Altona
204 mariages , 645 naiſſances , dont 326
garçons & 319 filles ; & 766 morts , dont
379 hommes & 387 femmes. Le nombre
des morts a furpaſſé de 121 celui des naifſances.
Dans la Seigneurie de Pinneberg le
nombre des mariages a monté dans la même
époque à 176, celui des naiſſances à
814 , dont 408 garçons , & 406 filles ; &
celui des morts à 804 , dont 411 hommes
& 395 femmes. Il s'eſt trouvé à Altona dans
le nombre des morts 3 nonagénaires & 21
Octogénaires.
Dans un Chapitre Provincial , qu'ont tenu
le 19 de Novembre les Chevaliers de Malthe
établis à Varſovie , ils ont publié leur union
avec la langue Anglo-Bavaroiſe ; ils ont réſolu
*en même tems de faire en corps des remercimens
au Roi , pour les ſoins que S. M. a pris
dans cette affaire. Le lendemain , ils ſe ſont
rendus en uniforme chez le Roi & ils ont eu
l'honneur d'être admis à l'audience de S. M. ,
dans laquelle le Prince de Poninsky , Grand-
Prieur , a porté la parole.
Le Docteur Buſching a publié dans ſa
ſavante Feuille hebdomadaire , un article
curieux , concernant la Police de toutes
les villes de l'Empire de Ruffie.
( 197 )
Les nouvelles villes que l'Impératrice a ore
donné d'élever dans ſes Etats , dit M. Buſching ,
montent à 216. Elles ſont bâties d'après un
plan adopté par l'Impératrice. Cette Souveraine ,
a figné , le 2 mai de cette année , une police
pour toutes les villes de ſon Empire , en ordonnant
qu'elle fût rendue publique.
Chaque ville choiſira tous les trois ans , par
Je ballotage , le Chef de la bourgeoiſie , les
Bourguemestres & les Conſeillers de la ville ;
&tous les ans les Anciens & les Juges de premiere
inſtance. Aucun bourgeois ne peut avoir
une place dans l'adminiſtration , à moins qu'il
n'ait 25 ans & un capital infcrit dans une tribu ,
&portant 50 roubles de rente. Le protocolle
des bourgeois de chaque ville , ſera diviſé en
fix parties ; la premiere contiendra les noms des
habitans qui ont des propriétés ; la deuxieme
ceux des corps marchands , la troiſieme ceux des
corporations des métiers , la quatrieme ceux des
étrangers , la cinquieme ceux des bourgeois
notables qui ont rempli quelque place dans
l'adminiſtration , la fixieme ceux de la derniere
claſſe ou du peuple. --- Tous ceux , fans
diſtinction d'âge , de ſexe , de famille , de métier
, dont le capital déclaré monte depuis
1000 à 50000 roubles , peuvent ſe faire infcriredans
les corps marchands , & on s'en tiendra
à leur déclaration concernant leur fortune ,
fans aucune autre information à ce ſujet. Les
membres des corps marchands ne feront point
tenus de fournir des recruës & des ouvriers ,
mais une ſomme d'argent à leur place; ils pourront
auffi conclure avec la couronne , des contrats
pour les fermes & des fournitures. Dans
la premiere claſſe du corps marchand , feront inf
crits , ceux qui déclareront un capital de 10,000
i3
( 198 )
:
350,000 , & au-delà. Les membres de cette
claſſe pourront faire le commerce intérieur &
extérieur , en gros & en détail , établir des
forges , fabriques & autres ouvrages & conftruire
& pofléder des vaiſſeaux ; il leur eſt permis
d'avoir une berline à deux chevaux , &
de s'en ſervir dans la ville , & ils ſeront exempts
des punitions corporelles. Dan's la deuxieme
claſſe de ce corps , feront inſcrits ceux qui
déclareront un capital de 5 à 10,000 roubles ;
ſes membres pourront faire le commerce intérieur
, étab'ir des fabriques , forges , &c. conftruire
& poffeder des bâteaux propres pour la
navigation des rivieres ; on leur permet une
chaiſe à deux chevaux , & ils font exempts des
punitions corporelles. Dans la troiſienmee claffe
de ce corps , feront inscrits ceux qui déclareront
un capiral de 1000 à 5000 roubles ; ſes
membres pourront faire le commerce en détail,
dans les villes & à la campagne , établir des
manufactures & des métiers , avoir de petits
bâteaux & tenir des cabarets ; l'uſage des berlines
leur eſt défendu dans la ville, mais il leur
eſt libre d'avoir une voiture avec un cheval. ---
Toutes les religions pourront être exercées li
brement. Les Catholiques- Romains feront foumis
, quant au ſpirituel , à l'Archevêque de
Mohilow , & les Proteſtans , aux Confiftoires
qui feront établis dans les villes principales ; ces
Confiftoires feront compoſés moitié d'aſſeſſeurs
eccléſiaſtiques & moitié d'aſſeſſeurs laïques. ---
Lorſqu'il y aura dans une ville 500 familles
étrangeres , ou plus , il ſera permis de compoſer
le corps de la Magiſtrature , moitié de
Ruſſes & moitié d'étrangers ; c'eſt- à-dire , le
nombre des Bourguemeſtres & Confeillers Ruſſes
reſtera tel qu'il étoit, mais il ſera permis aux
( 199 )
Etrangers d'y ajouter de leur côté un nombre
égal. La douane ſera compoſée de même. ---
Les étrangers pourront également établir des
fabriques , manufactures , forges , fonderies , &c.
Les bourgeois notables , tels que les Savans,
Architectes , Sculpteurs , Peintres , Muſicienscompoſiteurs
, les capitaliſtes de 50,000 roubles ,
les Banquiers ayant un fonds de 100,000 à
200,000 , les gros négocians & les proprietaires
des bâtimens de mer , pourront avoir une berline
& aller dans la ville avec deux ou quatre
chevaux ; ils pourront poffeder des terres &
jardins hors la ville , établir des fabriques , forges
& autres ouvrages , conſtruire des bâtimens da
mer & de riviere , & ils ſeront exempts des punitions
corporelles ( 1 ) . L'aîné des petits fils d'un
bourgeois eft ſuſceptible de nobleſſe , lorſqu'il
ſera parvenu à l'âge de trente ans , &que ſa
conduite aura été irréprochable. --- Cette nou
velle police porte encore qu'une inſulte faite
à la femme d'un bourgeois ſera punie plus rigoureuſement
que celle faite au mari ; il en
ſera de même en cas d'inſulte à une fille d'un
bourgois : la punition de l'offenſeur , ſera quatre
fois plus rigoureuſe que s'il eût inſulté les pere
& mere.
DE VIENNE , le 18 Décembre.
Chaque jour on parle ici d'une maniere
plus affirmative , c'est - à- dire , plus haſardée
, de l'échange de la Baviere. Les
eſprits ſages , beaucoup plus circonſpects ,
(1) Il eſt probable que par punitions corporelles
on entend ſeulement les battogues &le knout.
i4
( 200 )
n'ajoutent aucune foi à ces inventions politiques
, que les Papiers publics répétent ſans
les accréditer. De ce genre font le prétendu
voyage du Duc de Deux-Ponts dans cette
Capitale ; fon aveu obtenu pour l'échange
de ſes Etats éventuels , moyennent 10 millions
de florins ; la nomination d'un Com
miſſaire Impérial , chargé d'aller prendre
poffeffion de la Baviere ; l'arrangement arrêté
de donner le Gouvernement de celleci
à l'Archiduc Ferdinand , qui feroit rem
placé en Lombardie par l'Archi -Ducheſſe
Marie- Chriftine , & par ſon époux le Duc
de Saxe Teſchen ; enfin , la ceffion faite au
Roi de Pruſſe , de Dantzick , de Thorn ,
&c. &c. pour prix de ſa condeſcendance à
ratifier tous ces beaux plans.
Un autre bruit de même eſpece , eſt celui
du départ d'un Officier de Huſſards , chargé
d'aller recevoir ſur la frontiere le Pacha de
Choczim , qui veut ſe faire baptiſer dans
les Etats de l'Empereur.
En conféquence du nouveau Traité de
commerce entre notre Cour & celle de
Ruſſie , deux navires feront expédiés de
Trieſte pour Pétersbourg , avec une cargaiſon
de productions nationales , & furtout
de vins de Hongrie. A leur retour ils
chargeront en Ruffie des mâts & des pelleteries.
Selon des avis qui paſſent pour authentiques
, des Juifs Polonois ont apporté en
Gallicie la peſte , ou tout au moins une
( 201 )
maladie contagieuſe , dans des peaux de
mouton achetées au Levant. Aufſfitôt on a
tiré un cordon à 12 lieues en arriere de
Léopold , afin d'arrêter toute communication.
Les troupes de la Tranſylvanie feront
augmentées de quatre Régimens. On croit
que l'Empereur fera inceſſamment prendre
poſſeſſion d'une partie de la Valachie juſqu'à
la riviere d'Aluta.
Il réſulte des comptes de la Régie du tabác
pendant l'année , que le produit net de
cettemarchandiſe eſt monté à la ſomme de
3,140,000 forins. L'ancienne ferme n'en
avoit payé au fifc que 2,700,000 florins. Les
quatre régiſſeurs actuels , auxquels l'Empereur
a accordé vingt pour cent , ont gagné
cette année pour leur adminiſtration 88,000
florins.
Selon des lettres de Schemnitz , on a commen.
cé le mois dernier à ſuivre le procédé du Conſeiller
de Born , pour extraire l'or & l'argent
du minerai qui les enveloppe ; tous les yeux
étoient fixés ſur cette nouvelle opération . On
Pa commencée avec 20 quintaux de minerai
d'argent , le marc a 4 onces d'argent fin , & le
réſultat a été des plus fatisfaifans. Depuis ce
tems , ce travail eſt continué ſans interruption
dans un édifice particulier. Cent vingt à cent
foixante quintaux de minerai peuvent y être
amalgamés à la fois ; le déchet en vif-argent eft
d'environ3 onces ſur un quintal de minerai ,
&pour achever l'amalgame des 120 à 160 quintaux
, il ne faut pas plus d'une corde de bois.
15
( 202 )
Lorſqu'on calcule la quantité de combustible
qu'il falloit employer à l'ancien procédé de la
fonte , un marc d'argent coûtant près d'une
corde de bois ; & que l'on fait attention à la
diminution du déchet en argent , à l'épargne
du plomb , à la promptitude avec laquelle la
nouvelle opération s'exécute , & à d'autres avantages
, on peut ſe convaincre ſans peine , quel
bénéfice il réſulte de cette nouvelle méthode .
Auſſi elle s'étend de plus en plus , & on l'adopte
avec empreſſement.-Le Comte de Thun , Confeiller
de l'Empereur au département des Mines ,
a fait il y a quelques jours un eſſai de cette
méthode pour extraire l'or & l'argent du cuivre
de roſette , & il a auſſi parfaitement
réuffi.
DE FRANCFORT, le 20 Décembre:
Quelques villes du cercle du Haut-Rhin
ayant fixé un prix affez haut, mais néceffaire
apparemment , aux livraiſons demandées
pour le paſſage des woupes Impériales ,
le Comte de Trautmanſdorf , Ministre de
l'Empereur auprès du Cercle , s'eſt plaint
très-vivement , en diſant que , la fatisfaction
qu'il avoit reſſentie deſe voir accrédité
cuprès du Cercle , se changeoit en mortification
, puisqu'il étoit obligé de mander à la
Cour de Vienne le peu de déférence & de refpect
que ce Cercle faisoit paroître pour l'illustre
Chef de l'Empire.
Le nouveau Landgrave de Heſſe Caffel a
déja introduit de grands changemens dans
( 203 )
l'Adminiſtration de ſes Etats. Le Lotto , qui
faifoit à Caſlel autant de mal qu'il en fait
ailleurs , a été ſupprimé. Une très inutile
troupe de Comédiens François & une partie
des Muficiens de la Cour ont été renvoiés.
Les Gardes-Suiſſes & du Corps ſeront ſupprimés
& diſtribués dans divers Régimens
d'Infanterie & de Cavalerie. On fait monter
• à 56 millions de florins les ſommes d'argent
comptant , laiflées par le feu Landgrave.
Les intérêts de ce tréſor , vraiſemblablement
très-exagéré , ſeront répartis entre les
trois Fils de S. A. S,, le capital reſtant indiviſible.
1
Le Landgrave actuel a auſſi augmenté de
100,000 florins le fonds de l'Univerſité de
Marbourg , & il a amélioré le traitement
de ſes troupes.
La Brochure du Baron de Gemmingen
en faveur de l'échange de la Baviere n'a fait
aucune ſenſation dans l'Empire. Non-feulement
on reproche à l'Auteur des erreurs
graves d'Histoire & de Chronologie , de
faux raiſonnemens & des déclamations ;
maisona trouvé fort étrange qu'unparticu ier,
pour faire ſa Cour , ſe permît de parler d'un
Souverain commele Roi de Pruſſe avec aufl
peude,ménagemens. Onabeaucoup ri d'apprendre
du Baron deGemmingen, que la
Maison de Brandebourg avoit causé la guerre
de 30 ans & les malheurs de IAllemagne.
On nomme déjà les chefs des quatre re
16
( 204 )
gimens de Volontaires , que l'on doit lever
au printems prochain dans les Etats du Roi
de Pruſſe ; ce ſont les Colonels de Rein , de
Fabrat , d'Arnaud & de Chamonte. On a
levé auſſi un nouveau corps de Chaſſeurs ,
dont le commandement ſera donné auMajor
deDelpon. LeRoi a ordonné à tous les chefs
des régimens de la garniſon deBerlin , de lui
envoyer la liſte des Officiers qui y ont ſervi
avec diftinction, pour être employés en qualité
de Majors & de Capitaines dans les nouveaux
régimens .
On écrit de Vienne que l'Hospodar de la
Valachie a non - ſeulement renouvellé les Privileges
dont jouiſſoient dans cette Province les
Sujets Autrichiens , & particulierement les Bergers
Valaques de la Tranſylvanie , mais qu'il
en a même ajouté de nouveaux. Les Patentes
de ce Prince , à cet effet , ſont datées du 19
& 20 Août de cette année. Voici les principaux
points qu'elles renferment : les Bergers
Autrichiens , qui ont coutume de paſſer avec
leurs troupeaux dans la Vallachie depuis la S.
Demetrius juſqu'à la S. George , ne payeront
plus de droits pour leurs fourrures ; on ne pourra
plus àleur paffage retenir les Agneaux de leurs
troupeaux ; ils pourront paſſer librement les
terres des Couvens ſans payer de droit de påsurage
; ils ſeront exempts à l'avenir des droits
qu'ils payoient pour leurs Chevaux ; ils ne ſeront
plus afſujettis à donner l'Agneau de paffage
, mais s'ils s'arrêtent ſur une terre ils
payeront un droit pour le pâturage ; à leur paffage
dans la Transylvanie , ils laiſſeront un
Agneau par troupeau ; ils pourront vendre leurs
د
( 205 )
1
Fromages & leurs Moutons aux Foires qui ſe
tiennent dans la Moldavie.
Un Ouvrage périodique Allemand ſur le
commerce , donne le précis ſuivant du
commerce de Londres ; précis qui n'eſt pas
exempt d'imperfections .
On peut regarder la ville de Londres , y
eſt- il dit , comme le centre du commerce
de l'Angleterre. Tous les Fabricans & Manufacturiers
des Provinces y ont des entrepôts
pour leurs marchandises , & on y trouve également
les produtions naturelles du pays& celles
des Colonies Angloiſes , ſoit laine , charbon de
terre , fer , cuivre , plomb , étain , alun , litharge
d'argent, céruſe , eau vitriolique .
Ses productions artificielles ſont : draps & étoffes
de laine , étoffes de ſoie & autres marchandi
ſes , rubans , dentelles , toile , étoffes de coton ,
velours , indiennes , chapeaux , bas , montres ,
marchandiſes d'acier , quincailleries & fer blanc.
Les draps ſont fabriqués de laine angloiſe &
eſpagnole: les étoffes de laine les plus connues
ſont lescariſets , exceſtos ſerges , kerſeys , bayettes
de Mancheſter & de Gloucester , perpetuanes ,
friſes , molletons , flanelles , &c .
Les principales étoffes de ſoie font : moires
noires & de couleur , taffetas , gazes & dentelles
de ſoie. Les principales fabriques de ces dentelles
ſont établies à Londres. Les points d'Angleterre
ou dentelles de ſoie & de fil ſont fabriqués la plupart
dans le Comté de Buckingham. On fabrique
à Londres toutes les eſpèces de rubans ;
ceux qui ſont fabriqués à Coventry ne ſont pas
moins confidérables. La toile irlandoiſe eſt la
plus recherchée ; on fabrique auſſi des toiles
connues ſous le nom de batiſtes & de claires; mais
ces toiles ne font pas auſſi bonnes & belles que
( 206 )
cellesdes manufactures françoiſes. Les basdeſoie,
de laine& de fit ſont fabriqués en grand nombre
à Londres & dans les cantons de York & de Nottingham
. La chapellerie occupe un grand nombre
de Manufactures ; auſſi l'Angleterre exporte
prodigieuſement de chapeaux danstous lesEtats
de l'Europe , la France exceptée. Les étoffes de
coton & d'écorce d'arbre , le velours & la toile
font fabriqués en grande quantité dans les Manufactures
de Mancheſter . Les principales manufactures
des perſes & indiennes font à Londres ;
cette marchandise qui est très- recherchée fait la
plus forte branche du commerce de cette ville.
Les marchandises de quincailleries fabriquées à
Londres & dans les provinces ſont ſans nombre.
L'importation à Londres & dans les principales
villes d'Angleterre confſte dans les marchandiſes
ſuivantes , ſavoir . 1º. des Iſles & de
l'Afrique : pelleteries , peaux , bois de conſtruc
tion , huile de baleine , de loup marin & de morue
, huile d'olive , poraſſe , cire , goudron , poix,
fer en barres , ris , tabac , douves , indigo,bois
deteinture , drogues , ſucre , café , cacao , poivre
, gingenbre , aloes , plumes d'autruche ,
amandes , dents d'éléphans , coraux , gomme , &c,
2° . Des Indes Orientales : café , thé , cloux de
girofle , canelle , noix de muſcade , ſoie , toile ,
mouffeline , nanquins, drogues. 3°. De la France:
bled , vin, eaux-de-vie , coton , tole & dentelles
de Saint-Quentin & de Valenciennes , marchandiſes
de ſoie , de Lyon & de Tours , de la Normandie
, marchandiſes de mode ; huile d'olives
& de noix , fruits secs , amandes , raiſins ſecs ,
marons, eaux distillées ,indigo , épices , drogues,
cuirs verts & d'autres marchandises des fabriques
françoiſes. 4°. De l'Espagne : laine, ſoude , raifins
fecs ,aniandes , bois de liège , vin , foie,
( 207 )
cochenille , indigo , peaux vertes , quinquina ,
jalap & autres drogues , or & argent. 5° . Du
Portugal : bois de Bréſil , citrons , oranges , laine,
vin , huile, peaux , drogues , pierres précieuſes ,
or & argent . 6°. De l'Italie & du Levant : foie ,
coton , laine, vin , huile , eſſences , huiles odoriférantes
, mouches cantharides , chapeaux de
paille ; drogues , vifargent , &c. 7 ° . De la Hol
Lande: clous de girofle , noix muſcades , canelle,
toile & les marchandises d'Allemagne & de la
Suiſſe. 80. De Hambourg & en général du Nord :
chanvre , mâts , bois de conſtruction , ſavon ,
potaſſe, fer , ſoies de porc, cire , colle de poiſſon,
arſenic , &c .
L'exportation de Londres conſiſte dans tous
les articles des productions naturelles & artifi
cielles ci-deſſus détaillés & dans du poiſſon ,
comme morue , harengs , ſardines , &c .
Le Gouvernement fait rembourſer les taxes
fur preſque toutes les marchandiſes qui font ex,
portées à l'Etranger.
ITALIE.
DE ROME , le 2 Décembre.
On apprend de Pétersbourg , qu'enfin
l'on a élu un Vicaire général des Jéſuites
dans la Ruffie Blanche. Le choix eſt tombé
fur le P. Gabriel Lenkowicz , Polonois ,
homme de mérite , Recteur du College de
Polotsk , & Vicaire général par interim.
L'Aſſemblée étoit compofée de trente perſonnes
. L'élection s'est faite avec la plus
grande harmonie à l'unanimité. On a élu
( 208 )
également les perſonnes qui doivent remplir
les emplois ſubalternes , tels que ceux
d'Aſſiſtant , de Secrétaire , &c. Ces Actes
ont été déposés dans les Archives du College
de Polotsk. On a remarqué comme une
fingularité , que le 8 Octobre , jour de ces
Elections , répond dans l'ancien Calendrier
encored'uſage en Ruffie , au 27 Septembre ,
jour auquel le Pape Paul III , approuva
la Société de Jeſus , il y a 245 ans.
Depuis quelque mois , écrit- on de Naples ,
le Mont Véſuve jette une quantité de matieres
embraſées. On regarde ce dégorgement comme
très- heureux . La bouche d'où ſort le feu , répand
ſa lave dans un vallon aux pieds du volcan ,
fans caufer aucun dommage. Depuis quelques
jours cependant , le feu paroît s'augmenter ; on
éprouve dans ſes environs de fortes ſecouſſes ,
& la nuit on entend des mugiſſemens ſouterrains
qui reſſemblent au tonnerre.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 19 Décembre.
M.William Eden , nommé principal Commiſſaire
pour la négociation du Traité de
commerce entre la France & l'Angleterre , a
fait le 12 ſes remercîmens à S. M. Quoique
tous les Partis s'accordent àreconnoître dans
M. Eden , les lumieres , l'expérience& le talent
néceſſaire à l'emploi dont il eſt chargé ,
l'Oppoſition ne lui pardonne point de con(
209 )
1
F
facrer ſes talens au ſervice de la Patrie. Selon
le code des cabales , un factieux doit crier
toujours contre les Miniſtres , quelles que
foient leurs opérations ,& ne jamais les ſeconder.
Auffi ,les Papiers de la Minorité
font- ils remplis de paragraphes contre l'apoftafiede
M. Eden. Alive ces injures , on ne ſe
douteroit guères que la plupart des Chefs
del'Oppofition actuelle ont , durant leur carrierepolitique,
changédéjàpluſieurs fois d'uniforme
, & autoriſé de leur exemple la défection
de M. Eden. On l'accuſe ſur-tout
d'avoir manqué à la reconnoiſſance envers
Mylord North ; on a publié l'inventaire de
ſes émolumens , de ſes penſions , de ſa fortune
entiere ; on lui fait écrire des lettres
apologétiques àſes anciens amis. Il n'eſt point
vrai qu'il reçoive un ſervice d'argenterie &
6000 1. d'appointemens. Ces derniers ſeront
de 3000 liv. ſterl .
On dit que le ſeptieme Régiment de
Dragons a ordre de ſe tenir prêt à s'embarquer
pour l'Inde au printemps prochain.
Il y relevera le vingt-troiſieme Régiment de
Dragons légers , commandé par le Chevalier
John Burgoyne. Ce remplacement procurera
au Gouvernement une épargne de
20,000 liv. fterlings.
On préſume que M. Eden n'est pas le
ſeul Membre prêt à ſe détacher de l'Oppoſition
qui , probablement , fera une triſte
figure dans la ſeſſion ſuivante. Selon le bruit
public , les Lords Carlifle , Loughborough
( 210 )
&Stormontvont l'abandonner. Il ne lui ref
teroit guères , en ce cas- là , dans la Chambre-
Haute , d'autres harangueurs , que le Comte
de Derby& Lord Fitz -Williams , héritier du
Marquis de Rockingham .
Il s'est tenu le 15 , chez M. Pitt , une afſemblée
des plus habiles calculateurs de
Londres , qui ont examiné , avec le Miniſtre,
le projet de convertir en tontines 25 millions
des 3 pour cent conſolidés. Il paroît
de plus en plus qu'on ſonge ſérieuſement à
cette opération , dont on répand le plan
dans le Public , pour éprouver le voeu général.
Il eſt entièrement en faveur de cette
meſure de finance ; en voici un état clair &
exact , parfaitement rendu dans une Feuille
publique.
On calcule , que la recette des Taxes aquelles
-doit produire plus d'un million au-delà des befoins
publics. Les Douanes doivent rendre un
autre excédant d'un million , ' c'est- à - dire , audelà
de l'année précédente . Tout cela , avec l'épargne
des Emplois , Penſions Appointemens
ſupprimés , doit former un Fonds d'amortiſſement
d'environ deux millions cinq cens mille
liv . fterl . L'eſſentiel de ce Plan eſt de convertir
vingt - cinq millions des Annuités conſolidés à
trois pour cent en vingt- cinq millions de Rentes
viageres , & d'accorder un Intérêt additionnel ,
qui fera monter le revenu annuel de ces fonds à
fix pour cent pour la vie ſeulement , au lieu des
trois pour cent actuels , que produiſent les Annuités
transférables . Si le Souſcrivant a atteint
la ſoixantaine , on lui donnera un intérêt additionnel
de cinq pour cent; & cette augmenta(
211 )
tion aura lieu proportionnément pour tous les
âges. La partie additionnelle des rentes viageres
ſera tirée du Fonds d'Amortiſſement en queftion
: Et , comme les décès , depuis la claſſe des
plus jeunes juſqu'à celle des plus âgés , font l'un
dans l'autre, à raiſon de quatre pour cent par an
au moins ; il eſt évident , qu'à la fin de la pre
miere on aura éteint un million des vingt- cing ,
ainſi convertis en rentes viageres. Cette opération
allégera par conféquent la Dette d'un million
avec l'intérêt primitif de trois pour cent.
Alors on ajoutera un million ,pour entretenir les
vingt-cinq millions complets , & toujours de
même chaque année ; de forte que par ce moyen
il ſera éteint chaque année un million de la
dette nationale avec l'intérêt primitif. Le fonds
d'amortiſſement augmentera à proportion que la
dette diminuera , & par une conféquence naturelle
le prix des fonds hauſſera graduellement ,
àmeſure que la maſſe en diminuera. Enfin l'on
verra le crédit national fleurir plus que jamais.
Vendredi dernier , le Colonel Jofeph
Brandt , Chef des Mokawks , l'une des fix
Nations ſauvages de l'Amérique-Septentrionale
, a été préſenté au Roi. Il a paru dans
ſon coftume naturel. On lui attribue le deſſein
d'un Traité particulier entre l'Angleterre
& ſa Nation.
Lors de la premiere campagne maritime
du Prince Williams Henri , durant le ſiége
de Gibraltar , Don Juan de Langara , allant
rendre viſite à l'Amiral Digby , fut introduit
par le jeune Prince. Pendant la conférence
des deux Amiraux , S. A. R. fe
retira , & lorſque Don Juan de Langara
(212 )
fut prêt à repartir ,le Prince , alors Garde-
Marine , l'informa avec reſpect, que fa
chaloupe l'attendoit. L'Amiral Eſpagnol
étonné de voir le fils d'un Roi réduit aux
fimples fonctions d'un Officier ſubalterne, ne
pût être maître de ſon étonnement , & s'écria
, qu'il ceſſoit d'être ſurpris de la puiſſance
maritime des Anglois , puiſque les princes
de la Maiſon Royale , ne dédaignoient pas
d'occuper les derniers rangs ſur les vaifſeaux!
Ce fait eſt atteſté par le Capitaine
Drinkwater , dans ſa relation du fiége de
Gibraltar , dont nous avons rapporté quelques
traits , l'ordinaire dernier.
Les Arts ont fait ici une perte ſenſible
dans la perſonne de M. Cipriani , Peintre
& Deflinateur célebre , dont le pinceau
gracieux & délicat eſt ſuffisamment connu.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 21 Décembre.
Le Roi ayant accordé au ſieur Semonin ,
Directeur du Dépôt des Affaires étrangeres ,
des Lettres deConſeiller d'Etat , il a , le 17,
prêté ſerment en cette qualité , entre les
mains du Garde des Sceaux.
I.a Comteſſe de Roys & la Vicomteſſe
de Bouillé ont eu , le 18 de ce mois , l'honneur
d'être préſentées à Leurs Majestés & à
la Famille Royale ; la premiere par la Ducheſſe
de Narbonne , Dame d'honneur de
( 213 )
Madame Adélaïde de France ; & la ſeconde
par la Marquiſe de Bouillé.
Le Roi a accordé un brevet de Conſeiller
d'Erat au ſieur de la Paillotte , ancien Lieutenant
général du Bailliage royal de Commercy
, pour le récompenſer de l'ancienneté
de ſes ſervices , & de la maniere diſtinguée
avec laquelle il a rempli ſon emploi pendant
45 ans.
Le 20 , le Roi , accompagné de Monfieur
&de Monſeigneur Comte d'Artois , a aſſiſté
au Service anniverſaire , célébré dans l'Egliſe
de la Paroiſſe Saint Louis , pour le repos de
lame de feu Monſeigneur le Dauphin ;
Madame Elifabeth de France y a également
aſſiſté.
DB PARIS , le 28 Décembre.
Edit du Roi , portant création de quatre
millions de rentes héréditaires , rembourfables
en dix ans. Donné à Versailles au
mois de Décembre 1785. Régiſtré en Parlement
le 21 du même mois. En voici le
préambule & la ſubſtance des principaux
articles.
LOUIS , &c. Quoique les ſages & utiles meſures
que nous avons priſes pour écarter ce qui
auroit pu troubler la tranquillité de l'Europe ,
nous aient occaſionné cette année pluſieurs ſurcroîts
de dépense ; quoique l'intempérie des ſaifons
, & les calamités qui ont affligé pluſieurs
de nos provinces , aient ajouté à nos charges or
( 214)
dinaires ce que le ſoulagement de nos ſujets a
exigéde notre bienfaiſance ; quoique nos revenus
en aient fouffert de la diminution , & nos recouvremens
du retard , les paiemens re'atifs aux
différens ſervices n'en ont pas été un ſeul inſtant
meins exacts ; tous nos engagemens ont été acquittés
ponctuellement à leurs époques ; les termes
de pluſieurs rembourſemens ont été même
anticipés ; les arrérages de rentes ont été payés
plus promptement qu'ils ne l'avoient jamais été ;
jamais autant de fonds n'ont été employés en
amortiſſemens ; jamais il n'en a été accordé d'auſſi
conſidérables pour les travaux d'utilité publique ,
pour les ports , pour les canaux , pour les chemins
, pour les deſſéchemens ; jamais le commerce
n'a reçu plus d'encouragemens ; jamais des
ſecours plus abondans n'ont été répandus dans
les provinces : tels ſont déjà les fruits , telles devoient
être les premieres baſes du plan que nous
avons adopté ; les reſſources qu'il nous a fait trouver
pour fatisfaire à tant de beſoins au milieu de
tant d'obstacles , nous ont de plus en plus convaincus
que les dépenſes d'amélioration ſont des
ſources de richeſſes , & que le crédit ſe fortifie par
les paiemens. Nous ſommes au moment d'achever
ceux de toutes les dettes de la derniere guerre
, & même de toutes celles qui s'étoient arriérées
en différens départemens; leur entier acquittement
doit être conſommé dans le courant
de l'année 1786 , & fi ce n'eſt pas ſans regret ,
que pour y parvenir nous nous voyons obligés
d'ouvrir encore un Emprunt , nous avons en
même- temps la ſatisfaction d'être aſſurés qu'avec
ſon ſecours nous pourrons effectuer cet appurement
total ſans lequel l'ordre que nous travaillons
à mettre dans nos finances ſeroit impoffible,
& foutenir cette abondance de fonds qui eſt i
( 215 )
néceſſaire pour le ſuccès des opérations les p'us
utiles . Au furplus , loin que cet emprunt puiſſe
déranger ni retarder en aucune forte la marche de
la libération ſucceſſive que nous avons réglée par
notre Edit du mois d'Août 1784 , il eſt combiné
de maniere à s'accorder avec elle , il en confirme
l'exécution par l'emploi auquel il eſt deſtiné , le
progrès notoire des acquittemens en eſt le gage
le plus certain , & l'augmentation de revenus
que le prochain renouvellement du bail de nos
Fermes nous procurera , y ajoute encore une
nouvelle fûreté. Les deſirs du public ſembloient
nous inviter à créer des rentes viageres : mais la
réſolution que nous avons priſe de n'avoir recours
que le moins qu'il ſeroit poffible à ce genre
d'emprunt , nous a fait préférer une création de
rentes héréditaires , rembourſables dans l'eſpace
de dix ans par la voie du fort , en laiſſant cependant
aux propriétaires la libre option de recevoir
leurs rembourſemens en argent comptant ,
ou d'en conſtituer les capitaux ; la ſimple faculté
de faire de pareils remplois en rentes viagères ,
qui, réparties dans l'eſpace de dix années , ne
peuvent former pour chacune , qu'un objet modique
& limité , nous a paru concilier ſans inconvénient
le goût& les convenances d'un grand
nombre de prêteurs , avec les principes qui nous
ont fait exclure le même moyen pour des parties
plus conſidérables . A ces cauſes , &c.
Sa Majeſté crée quatre millions de livres de
rentes héréditaires au denier vingt , avec les attributions
de primes ci après énoncés , le tout à
prendre par privilege & par préférence à la partie
du Tréfor royal ſur le produit des Aides & Gabelles
, & autres revenus ſpécialement affectés ,
obligés & hypothéqués , tant au paiement des ar
pérages des rentes & à celui des primes qui y
( 216 )
fontjointes ,qu'au remboursement des capitaux ,
lequel fe fera dans l'eſpace de dix ans , par la
voie de loterie , ainſi qu'il ſera ci - apres ordonné.
Les capitaux deſdites rentes feront reçus au
Tréſor royal chez le ſieur Micault d'Harvelay, &
leſdites rentes auront cours , du premier jour du
quartier dans lequel les capitaux auront été fournis
au Tréſor royal , dont mention ſera faite
dans les quittances qui en ſeront délivrées; &
leſdites quittances feront toutes numérotées.
Le Garde du Tréſor royal délivrera en outre
aux acquéreurs deſdites rentes , pour chaque
mille livres compriſes dans leſdites quittances de
finances , un bulletin contenant un numéro , ſuivart
le modele annexé à l'Edit , pour , en vertu
dudit numéro , avoir part aux huit cens mille livres
de primes , qui ſont attribuées à chaque tirage
annuel du rembourſement des capitaux ,
pour être diſtribuées aux porteurs deſdits bulletins
, par la voie du ſort , conformément à la table
des lots imprimée ci-après.
Les conſtitutions particulieres deſdites rentes ,
ne pourront être moindres de cinquante livres
de jouiſſance annuelle au principal de mille livres,
& les contrats feront paſſes ſans frais pardevant
tels Notaires au Châtelet de Paris que les
acquéreurs voudront choiſir.
:Les acquéreurs deſdites rentes pourront faire
expédier les quit ances de finance , pour leur en
être paſſés contrats , juſqu'à la concurrence de
telle ſomme qu'ils jugeront à propos , à condition
que les parties qui compoſeront leſdites
fommes , feront toujours de mille liv. chacune ,
fans fraction.
Il ſera libre aux acquéreurs deſdites rentes ,
de faire expédier au porteur les quittances de finance,
( 217 )
nance, de telles ſommes qu'ils jugeront à pro-:
pos ,& elles leur feront délivrées avec les bulletins
énoncés ci-deſſus , & en outre avec dix coupons
payables d'année en année avec le Tréforier..
de la caiſſe d'amortiſſement ; leſquels coupons
porteront les mêmes numéros que ceux deſdites
quittances de finance, & feront ignés par le :
perſonnes qui ſeront commiſes à cet effet.
Les propriétaires deſdites quittances au porteur
pourront à leur volonté les convertir en contrats
fous les noms qu'is indiqueront , en remettant
leſdites quittances avec leurs coupons:
non échus au Garde du Tréſor royal, qui leur :
en expédiera de nouvelles en nom.
Lefdites rentes ne pourront être diminuées ni
réduites en aucun cas; les arrérages d'icelles ſeront
exempts àtoujours de toutes impofitions généralement
quelconques , préſentes & à venir ;& le
paiement deídits arrérages deſdites rentes dont
feta paffé contrat, ſe fera de fix mois en fix mois,
àbureau ouvert , en l'Hôtel de Ville de Paris ,
à commencer du premier Juillet 1786. Quant
aux arrérages des quittances au porteur , le
paiement en ſera fait par année , à commencer
au premier Janvier 1787 , par le Tréſorier de la
caiffe d'amortiſſement.
Le remboursement des quatre-vingts millions
de capitaux deſdites rentes , ſera fait dans l'efpace
de dix années , à raiſon de huit millions
par chacune deſdites années. Le premier tirage
aura lieu au mois de Décembre 1786 : dans le cas
où le dernier numéro forti feroit d'une quittance
de finance , dont le montant excéderoit le reſtant
deſdits huit millions , cet excédant ſeroit rembourſé
an tirage ſubſéquent par prélevement &
fans mettre dans la roue le numéro de ladite
quittance de finance ; au moyen de quoi , les
N° . 53 , 31 Décembre 1785. k
( 218 )
arrérages deſdites rentes,dont le rembourſement
des capitaux fera échu à chaque tirage , n'auront
plus cours à compter du premier du mois
de Janvier de l'année qui ſuivra ledit tirage.
Le tirage des primes ſe fera chaque année ,
trois mois après celui des rembourſemens , &
il n'y aura d'admis au tirage deſdites primes ,
que les numéros des bulletins rélatifs à celles
des quittances de finance qui ſetont forties au
tirage des rembourſemens , à la concurrence
de huit millions par an : il y aura conſequemment
huit mille numéros participant chaque
année au tirage des primes ; les lors feront
payés en argent comptant par le Tréſorier de
la caiſſe d'Amortiſſement , immédiatement après
le tirage , en rapportant le bulletindont le ruméro
ſera ſorti , & conformément à la liſte
dudit tirage.
Les capitaux des rentes dont le rembourſement
ſera échu à chaque tirage , feront payés
aux propriétaires deſdites rentes , par le Tréforier
général de la caiſſe d'Amortiſſement , en argent
comptant , fi mieux n'aiment les propriétaires
deſdites rentes faire emploi de la totalité ou
d'une portion des capitaux dont le rembourſement
leur ſera échu ; ſur quoi ils feront tenus
d'opter dans l'année qui ſuivra le tirage; & dans
le cas où ils préféreroient le remploi defdits ca
pitaux en rentes viageres , ils vetireroient dudit
Tréſorier de la caiſſe des Amortiſſemens , des
récépiſſés portant obligation par ledit Tréſorier.
de verſer au Tréſor royal les ſommes que leſdits
propriétaires n'auroient pas voulu recevoir comptant
pour leſdies rembourſemens ; fur lesquels
récépiffés , le garde du Tréſor royal leur expédiera
de nouvelles quittances de finance , ſous
tels noms qu'ils indiqueront, pour être confli
( 219 )
tuées en rentes viageres à neuf pour cent fu1r
une tête , & à huit pour cent fur deux têtes ,
à leur choix , & en feront les contrats paffés
par les commiſſaires du Conſeil , qui feront
nommés à cet effet , lesquelles rentes viageres
ſeront exemptes de toutes impoſitions préſentes
&àvenir , & auront cours à compter du premier
jour du quartier où la quittance de finance ſera
expédiée.
Les arrérages deſdites rentes viageres feront
payés en l'Hôtel-de-ville ; les conftitutions particulieres
ne pourront être moindres de cinq
cents livres de capital , pour jouir deſdites rentes
par les acquéreurs , ſoit ſur leurs têtes ou ſur
celles des autres perſonnes qu'ils voudront choiſir,
indiſtinctement à tous âges ; ſur le pied ci -deſſus
fixé , & les contrats en feront paffés pardevant
tels notaires que les acquéreurs voudront choiſir .
Lescommunautés eccléſiaſtiques , les hôpitaux
du royaume , & autres gens de main - morte ,
pourront acquérir les rentes créées par cet édit ,
& en jouir comme de leurs autres biens , fans
être obligés à aucune formalité, ni payer aucun
droit d'amortiſſement .
Les étrangers non- naturaliſés , même ceux
demeurant hors du royaume , pourront auſſi
acquérir leſdites rentes , même en diſpoſer en
principaux & arrérages entre-vifs , ou par ter
tament , & en cas qu'ils n'en aient diſpoſé , les
héritiers leur fuccéderont , encore que leurs, donaraires
ou héritiers ſoient étrangers& non vegnicoles
; S. M. renonce à cet effet au droit d'au
baine & autres droits .
>
Les acquéreurs deſdites rentes dont il aura
été paffé contrat de conſtitution , qui voudront
s'en défaire , pourront en tranſmettre la propriété
par la voie de réconſtitution.
k2
( 220 )
Les nouveaux acquéreurs jouiront deſdites
rentes ainſi réconftituées , à compter du premier
jour du ſemeſtre dans lequel les quittances
de finances qui auront été expédiées à leur profit
feront datées . 1
Distribution des 800,000 livres de primes en 800
lots , attribuées à chaque tirage.
1
Lot de .....
...
2....
.......
de ...........
de 20,000 liv.
2 de 10,000 ...
...
......
150,000 liv.
50,000
4.0,000
20,000-
4 ... de
5000٠٠ 20,000
20 ... de
3000 ..... 60,000
30 ... de 2000 ..... 60,000
2
40
de 1000 ..... 40,000
100 . de 800 ..... ৪০,০০০
200 .. de 6co ...... 120,000
400 de 400 .......... 160,000
1
7
:
.. 800 Lots.. 800,000.
1
L'enregiſtrement porte : ::
Regiſtré , oui & ce requérant le Procureur
Général du Roi , du très- exprès commandement
dudit Seigneur Roi , porté par fa réponſe dur
dix-huit du préſent mois , aux très - humbles &
trèreſpectueuſes repréſentations du ſeize du
mên le mois , & réitéré par la réponſe du jour
d'hie, aux très- humbles & très-reſpectueules itérative
s repréſentations de ſon Parlement , pour
être e. xécuté ſelon ſa forme & teneur ; & copies
colletic nnées envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées
du reffort , pour y être lu , publié &
regiſtré ; Enjoint aux Subſtituts du Procureur
:
( 221 )
$
Général du Roi eſdits Sieges d'y tenir la main
&d'en certifier la Cour dans, le mois , ſuivant
PArrêt de ce jour. A Paris en Parlement ,
toutes les Chambres aſſemblées , le vingt-un Décembre
mil ſept cent quatre-vingt -cinq. Signé
LEBRET.
M. le Duc d'Orléans , a obtenu des Letteis
- Patentes enregiſtrées au Parlement ,
pour ouvrir un emprunt de ſix millions ,
dont voici le plan.
L'Emprunt eſt diviſé en 600 actions au porteur
de 1000 livres chacune , qui dans leur principe ,
produiront 40 livres de rente , à raiſon de quatre
pour cent d'intérêt annuel . Mais comme cet Emprunt
ſe fait par voie de tontine , & que la totalitédes
rentes ſe porte à la ſomme de 240,000
livres , les rentes s'accroîtront au profit de cha
que actionnaire furvivant, felon l'uſage ordi
naire ; il n'y aura aucune retenue fur les rentes ,
de façon que le dernier ſurvivant de tous les ac
tionnaires jouira de la rente entiere de 240,000
liv. juſqu'au jour de ſon décès. Pour donner plus
d'appas aux actionnaires , M. le duc d'Orléans ,
affecte une rente viagere de 135,000 liv. qu'il diviſe
en 600 lots ; c'eſt à raiſon d'un lot par dix
actions. Ces lots feront tirés au fort& ceux qui
auront le bonheur de les gagner , auront une nouvelle
rente en forme de prime. Ces primes font
diftribuées en un lot de 20,000 liv. de rente , un
de 10,000 ; un de 6000 ; un de sooo ; un de
3000, cinq de 1000 ; dix de 600 ; dix de 500 ;
quinze de 400 ; quinze de 300; vingt de 250 ;
vingt de 200, cinquante de 150; cinquante de
140; cinquante de 120 ; & trois cens cinquante
de 100 liv. de rentes. Le tirage de ces primes
k3
(222 )
aura lieu dans les dix premiers jours de Janvier
1787 .
Les airdrages des rentes tontines commenceront
à courir du premier Décembre 1785 ; néanmoins
les propriétaires des actions ne feront pas
obligés deles conftituer avant le premier Janvier
1787. Pour l'aſſurance des act onnaires , M. le
duc d'Orléans affecte toutes les nouvelles maitons
qui entourent le Palais - Royal , & qui font aflurées
à Londres ; & hypotheque en outre tous fes
biens , préſens & à venir. S. A. S. délégue pour
le paiement deſdites rentes vingeres , la totalité
des loyers des ſuſdites maisons, qui font actuellement
affirmées àssocoolivre .Pour êter toute
difficulté, Mme. la ducheſſe d'Orléans , renonce,
tant pour elle , que pour ſes enfans ou ayant
cauſe,à l'exercice de ſes droits & conventions
fur les revenus délégués pour le paiement defdites
rentes , en conſidération de l'emploi de
PEmprunt fait par le Prince.
Ilne Compagnie a pris par péculation la totalité
de cet Emprunt ; il ſe négocie déjà , à trois
pour cent de bénéfice.
11
1
Le rer. Décembre , il reſtoit dans le port
de Bordeaux 423 navires , dont 314 étrangers
&, 109 François ; un navire avoit été
mis en conſtruction pendant le mois de No :
vembre ; 24 étoient ſur divers chantiers , &
19 avoient été mis en coſtume.
Pendant le cours de Novembre , il eſt
entré dans le port de Bordeaux 18 navires
François , venant des Iſles Françoiſes , ſavoir;
4du Cap: 1 de la Guadeloupe: 3 des Cayes-
Saint Louis : 2 de la Pointe à Pitre : 2 du
( 223 )
1
1
Port-au-Prince : 1 de la Martinique : 1 de la
Losiliane de Cayenne: 2 de Miquelon :
da petir Nord. Leurs chargemens confiftolent
en fucre , café , indigo , cacao , coton,
bois de teinture, morue, &c. Ce même mois,
il eſt entré dans le port 108 bâtimens François
de petit cabotage , & s de grand , ainſi que
105 navires étrangers , chargés de merrain ,
planches , porres , mês , bois de conftruction,
avoine , chanvre , beurre , tromage , &
Ja plus grande partie fur lear left.
7
Dansle coursdu même mois, il est forti 29
navires François , deſtinés pour les Colonies
Françoiſes , ſavoir: 8 à Saint Domingue , sau
Cap , s à la Martinique , 2 à Cayenne , 2 au
Port-au -Prince , 2 à la Guadeloupe , aux
Cayes Saint-Louis , à la Pointe-à-Pitre ,
1 à Saint Marc , 1 au Cap & aux Cayus ,
Saint-Domingue & aux fles du Vent. Les
chargemens de ces navires conſiſtoient en
vin, farine , boeuf, burré , biere , eau de vie,
lard , marchandiſes ſeches , &c. Ce même
mois, il eſt forti di post 112 barques ou petits
bâtimens de petit cabotage François ,&
2 de grand cabotage , ainſi que 57 navires
étrangers , chargés de vin, eau de vie , lucre,
café , prunes , &c.
Il vientde ſe former en cette ville par une
Compagnie ſolide , autori ée duGouvernement ,
un établiſſement depuis long-temps defiré , ſous
-la dénomination du Transport des ballots , paquets
&marchandises , dans l'intérieur de la ville & des
k 4
(224 )
fauxbourgs de Paris , au moyen duquel on pourra
faire transporter au prix le plus modique . les
différens paquets d'un quartier à l'autre de la capitale.
Cetétabliſſement dû aux foins de M. Valanger
Duvalon , Directeur général , & l'un des intérefſés
en l'entre riſe , eft dirigé ſur un plan d'adminiftration
ſemblable à celui de la petite poſte ;
quatre fois le jour on fera par la ville la collecte
des paquets , & quatre fois lejour on les diſtribuera
, felon leur deſtination . Le prix du traníport
eſt fixé , depuis livre jusqu'à 10 livres ,
à
5fols.
4
De 10liv, à 20 liv. 6
De 20 à40 7
De 40 à 60 8
De 60 à 80
!
De 80 à 100 TO
Erd'ha fol d'augmentation par chaque dix livres
de plus; mais entre cetarif, il ſera fait desprix
de gré à gré pour le tranſport conſidérable , &
les Négocians auront la facilité de s'abonner à
l'année; les Etrangers ou perſonnes de Province ,
quin'aurontpoint d'adreſſe à Paris , & qui defireront
y faire parvenir leurs effets en ſureté,
pourront les adreffer, avec une lettre d'avis,
à M. Duvalon , Directeur général , au Bureau
du Transport , rue du Mail , Nº. 43 , après en
avoir acquitté les droits , & ils ſeront retirés &
conſervés ſoigneusement juſqu'à la réclamation
des propriétaires , ou envoyés de ſuite à la deſtination
par eux indiquée.
Le 12 de ce mois , les Officiers- Municipaux
de Crépi en Valois ont fait célébrer un
(225 )
Service public pour le repos de l'ame de
Mr. le Duc d'Orléans .
L'intérieur de l'Egliſe étoit tendu en noir avec
les armoiries du Prince de diſtance en distance :
au milieu du choeur on avoit élevé un catafalque
à pluſieurs gradins garnis de cierges ,& furmonté
d'un dais chargé d'ornemens analogues à cette
triſte cerémonio. La milice bourgeoiſe en armes
Lordoit l'enceinte du choeur & en gardoit les
portes pour maintenir le bon ordre . Tout le
Clergé de la ville , MM. les Curés des villages
voiſins , la Nobleſſs , les Compagnies de Magiftrature
, & tous les notables citoyens ont été
invités , & ont montré le plus grand zèle à s'y
rendre. M. Choron , Doyen du Chapitre , quoiqu'âgé
de 81 ans , a voulu officier lui-même à
la Meſſe chantée en Muſique par une ſociété d'Amateurs..
L'idée contenue dans la lettre ſuivante ,
au ſujet des difficultés que rencontre ſouvent
la recherche des filiations , nous a paru mériter
de l'attention. Voici comme s'exprime
l'Auteur , M. de la Houſſaye , Avocat au Parlement.
Un Particulier veut dans la nobleſſe ou dans la
rôture établir une longue deſcendance de ſes
peres ; remonter à la plus ancienne origine , rechercher
la baſe de ſes droits ſucceſſifs , leur fource&
leur étendue, il eſt ſouvent arrêté dans ce traavail
pénible par l'imperfection même de laforme
-dans laquelle ſont rédigés les actes de mariages ,
& pourquoi ? C'eſt que les actes n'ont pas coutume
de contenir le lieu de la naiſſance des
époux , la date de cette naiſſance , la mention du
diocèse , le lieu où les peres & meres des époux
ks 1
&
(226 )
?
ont contracté mariage; enfin , en quel lieu & devant
quels Notaires les époux ont arrêté leurs conventions
matrimoniales. Qu'une loi poſitive , Monfieur
, enjoigne à tous les Curésdu Royaume , ou
Prètres par eux commis , de n'omettre à l'avenir
dans les actes de mariage la mention d'aucune des
circonstances ci-deſſus , & vous ſentez combien
les ſujets de Sa Majeſté , à mesure que nous avancerons
dans les ſiècles futurs , trouveront d'avantages
dans une loi auſſi falutaire. Les actes de
mariages ſeuls ſuffiront pour mettre les familles
fur la trace ſenſible , & non interrompue , tant
de leur filiation , que de tous leurs droits fucceffifs
, en quoi qu'ils puiſſent confifter. Une idée
aufli heureuſe , qui tient au bien de tout , dont
l'exécution facile ne ſera à charge à perfonne ,
appartient toute entiereau ſieur Pluquet , Curéde
Tournam , en Brie.
P. DELAHOUSSAIE , Avocat au Parlement.
L'Atlas portatif , à l'uſage des Colléges ,
par M. l'Abbé Grenet, Profeſſeur au Collége
de Liſieux , réuniſſant le mérite de l'exactitude
, de la Gravure &d'une étendue ſuffiſante
, doit être diftingué à tous égards de la
plupart des rédactions imparfaites , conſacrées
juſqu'ici à l'éducation (1 ) .
:
Le nombre des cartes qui compoſent cetAtlas,
le rend également utile à tous ceux qui veulent
lire avec fruit l'hiſtoire ancienne & moderne ; ils
ytrouveront quinze cartes anciennes ; & cin-
(1) Cet Atlas , de 65 Cartes , relié en veau ,
coûte46 liv. ; en parchemin , 44 liv . , &se trouve
chez l'Auteur , au Collège de Lisieux.
( 227 )
quante cartes modernes : ces cartes ſe vendent
ſéparément 12 fols přece , excepté les 21 feuilles
des gouvernemens de France , qui ſe vendent 15
fols. Pour les colléges l'Auteur les diſtribue par
claffes , afin que la dépenſe chaque année ſoit
modique , & n'excè le pas le prix des livres claffiques
ordinaires. En fixieme , il ne donne que
trois cartes réelles dans un fort carton , avec des
onglets pour y coller tous les ans 4 ou 5 nouvelles
cartes.
Ce qui diſtingue particulièrement cet Atlas ,
c'eſt 1°. que les cartes anciennes ſont faites
exactement ſur la même échelle que les modernes
quiy répondent ; avantage qu'on ne trouvera
dans aucun autre ouvrage de ce genre. 2°. Que
-ces cartes font faites à neuf, d'après les obſervations
astronomiques les plus récentes , ou d'après
les calculs faits avec le plus grand foin par M.
Bonne , Ingénieur Hydrographe de la Marine.
Les 21 feuilles de détail ſur la France ſont faites
d'après la grande carte de l'Académie ; mais
ce n'eſt point une ſimple copie de cette derniere.
On a ſuppléé les degrés de longitude &de latitude
qui ne point tracés ſur celle de M. de Caffini
; on a calculé un grand nombre de points ,
-&c. elles font toutes ſur la même échelle , afin
qu'on puiffe diftinguer à l'oeil la grandeur relative
de chaque province. On y trouvera toutes les
villes , les bourgs , les grandes forêts , les mon.
tagnes , les rivieres grandes & petites , les vignobles
les plus renommés. Pour les villages , on
n'y a mis que ceux qui ſe trouvent ſur les grandes
routes , ou ceux où il s'eſt paffé quelque fait
intéreſſant. On y a marqué toutes les batailles
qui ſe ſontlivrées en France , chacune avec leur
date. Les batailles gagnées par nos Rois ſont indiquées
par des ſabres la pointe en haut , &
k 6 1
( 228 )
les batailles perdues par des fabres la pointe
en bas.
L'Abrégé de Géographie du même Auteur
eſt fait fur le même plan que ſes cartes; les
ſpheres de M. l'abbé Grenet repréſentent ſenſiblement
aux yeux le mouvement de la terre autour
du ſoleil & fur elle même , le lever & le
coucher du ſoleil pour tous les peuples du monde
, ſon mouvement apparent dans l'écliptique,
fans rien déplacer , ſans hauſſer ou baifſer le
pôle , &c.
Mais la plus curieuſe de ces trois fortes de ma
chines , c'eſt la ſphere terrestre & céleſte tout àla
fois; elle est compofée de deux globes , l'un terreftre
& l'autre celeſte , tournant autour d'une
lanterne à deux faces , par le moyen d'un rouage
commun. Il y a ſur le pied un écliptique avec
les fignes& les quatre années, afin de tenir compte
des 6 , 12 , 18 heures que le ſoleil avance la
premiere, la ſeconde , la troiſieme année après la
biſſextile. La bouſſole , qui eſt également ſur le
pied, ſert à orienter les globes , & à faire trouver
aisément dans le ciel l'étoile polaire & les
conftellations .
Les obſervations ſuivantes , fur les maladies
de la peau , plus communes dejour en
jour, ont pour objet de déterminer les cauſes
&les remedes de ces maladies. Ce n'eſt qu'un
abrégé des idées de l'Auteur ſur cette matiere;
idées qui exigeroient beaucoup plus de développemens
& de diſcuſſions que n'en comporte
une Feuille périodique , étrangere aux
ſujets de cette nature.
Les affections pſoriques ſont évidemment produites
par un excès de chaleur; la preuve de
( 229 )
cette afſertion ſe trouve dans leurs effets , puif-
:qu'il eſt vrai qu'elles defféchent & corrodent la
peau. Comment ſe développent elles ſpontanément
? Le voici : le ſang venant à être agité &
échauffé par des boiſſons inflammables & diſpolées
à fermenter , s'appauvrit , ſe diſſout & s'altere;
ſa partie onctueuse qui ſert à unir les autres
, que j'appelle ſon baume ou ſon phlogiftique
, s'évapore , & en ſe diffipant , elle détruit
au moins en partieleur état d'aggrégation . Alors
les différens principes dont le mixte eſt compofé ,
ſe ſéparent & agiſſent ſuivant leurs propriétés
particulieres . Les parties ſolphureuſes brûlent &
enflamment ; les falines irritent & diffolvent ; les
terreuſes ſe dépoſent & obftruent ; les ſéreuſes s'épanchent
& deviennent ſtagnantes. Que de cauſes
de déſordres ! Auſſi la décompoſition du ſang
donne-t-elle lieu a un très-grand nombre de
maladies , telle eſt l'origine de la plupart des vices
de la peau.
4
:On ne fauroit néanmoins ſe diffimuler qu'il en
exiſte beaucoup dûs àdes principes de contagion:
-tels que les vices ſcorbutiques , ſcrophuleux , va- .
rioliques , cançereux , goutteux , vénériens , &c.
Ce dernier fur-tout joue un très-grand rôle dans.
-le développement de ces fortes de maux , à l'égard
des perſonnes qui mettent peu de foin à s'en
guérir , & accordent leur confiance à des gens
plus capables d'aggraver leur mal , que de les
*en délivrer .
Les bains & le petit lait doivent être confidérés
:comme la baſe des traitemens des maladies de la
peau. Il convientd'y joindre des remedes fondans,
choifis dans les préparations mercurielles & antimoniales
, auxquels on ajoute quelques ſels , &
Ies ſues de certaines plantes. L'éthiops minéral ,
le mercure doux , la panacée , l'antimoine crud ,
( 230 )
bien purifié , l'ethiops antimonial, le ſoufre doré,
Je kermès minéral , les ſels de glauber , l'extrait
de cigue , &c. , font les meilleures armes qu'on
puiffe employer contre les infirmités dont il
s'agit. C'eſt aux praticiens àſavoir les amalgamer
& adminiſtrer à une doſe convenable .
Le régime n'eſt pas moins indiſpenſable que
les remedes dans ces fortes de traitemens . On
doit fur- tout s'attacher à tenir le ventre libre ,
à tempérer & adoucir le ſang , à faciliter la
tranſpiration & la ſecrétion de la bile. Les
viandes blanches & les végétaux fourniffent la
nourriture la plus propre à remplir ces différens
points de vue .
L'auteur de ces recherches ( 1 ) croit d'après
des faits bien conftatés , que les cautes qui
donnent naiſſance aux maladies de la peau ,
ſont ſouvent celles qui engendrent les obftructions
, les ſquirres & les cauteres , les ulceres
invétérées ou les plaies habituelles , les pertes
en blanc, la goutte , le rhumatiſme & pluſieurs
autres qu'il feroit trop long de détailler. Il
pen'e en même tems qu'en doit les traiter àpeu
-près de la même maniere. H ſe fera un
plaifir d'entrer dans des plus grands détails ,
foit par écrit ,afoit verbalement avec les perſonnes
de l'art ou autres , qui font intéreſſées
à approfondir cette matiere.
ر
On connoît les ravages que les ſauterelles font
dans pluſieurs endroits de l'Europe , & quelquefois
dans certaines provinces du royaume ; се
fléau redoutable ſe ſaiſant particulieremeer ſentir
dans les parties de l'Espagne qui font ſituées du
[ 1 ] M. la Bastays , ancien Médecin desHôpitaux
militaires , rue de Richelieu , nº. 32.......
( 231 )
côté de l'Afrique ; la Société Royale Economi
que de Madrid a propoſé en 1784 un prix qui
devoit être adjugé à l'Auteur du meilleur Mémoire
fur cet objet ; mais ceux qui lui ont été
adreſſés n'ayant pas entierement rempli ſes vues ,
la Société n'a point décerné le prix , & elle s'eſt
contentée d'accorder un Acceſſit , conſiſtant en
une Médaille d'argent , à M Jacquelin Dupleſſis ,
ancien Officier de Dragons , qui a propoté de
naturaliter en Eſpagne un oiſeau , connu aux
Ifles de France & de Bourbon , ſous le nom
d'Oiseau - Martin , & qui a ſervi à y détruire les
intectes qui ravageoient autrefois ces campagnes.
Cet oiſeau a été apporté dans les colonies , des
grandes Indes ; & le Gouvernement perſuadéde
ſon utilité , a rendu ſucceſſivement pluſieurs Ordonnances
, pour enjoindre aux Colons de le
laiſſer multiplier , & de u'en détruire aucun.
Quelques Auteurs ont cependant aſſuré, d'après
des relations infidèles , que les habitans de ces
Ifles avoient été obligés de tuer ces oiſeaux qui ,
après avoir détruit ces infectes , dévaſtoient , à
leur tour , les récoltes. M. Dup'effis , qui a réfidé
pluſieurs années à l'Ifle de Bourbon , où il
a vu introduire les oiſeaux -martins , perfuadé
qu'il étoit eſſentiel de détruire une erreur qui
peut empêcher de ſonger aux moyens de les naturaliſer
dans les parties méridionales de l'Europe,
ou même de chercher une autre eſpèce d'oiſeau
qui pût remplacer celui-ci (1) , a préſenté à la
Société Royale d'Agriculture , les papiers qu'il a
pu raſſembler , relatifs à l'hiſtoire de cet oiſeau ,
&d'après leſquels il conſte qu'il eſt toujours très-
(1) On en trouve pluſieurs en Arabie & fur la
côte de Barbarie , qui poxiroient être propres à remplir
les mêmes vues.
( 232 )
multiplié aux Iſles de France & de Bourbon , &
que les Ordonnances , rendues pour en favoriſer
la multiplication , font encore en vigueur. Les
perſonnes qui defireront les conſulter , les trouveront
chez M. Brouffonet , Secrétaire-Perpétuel
de la Société Royale d'Agriculture, rue des Blancs-
Manteaux , n°. 57 .
La propriété des rentes ſur le Roi ſe tranf
met ou par des lettres de ratification qui ſont
ſeulement ſcellées le jour du Sceau , ou par
des contrats de reconſtitution qui s'expédient
tous les jours , ou cette propriété ceſſe
par les rembourſemens qui s'en font journellement
; les oppoſitions ſur ces rentes ſe
font au Bureau des Huiſſiers des Conſeils du
Roi , & de la grande Chancellerie , rue du
Chevalier-du-Guet ; ils ont ſeuls le droit de
les former.
PAYS-BAS.
DE BRUXELLES , le 25 Décembre .
Les Etats-Genéraux ont arrêté , dit-on ,
une réduction des troupes levées derniereiment.
Les Corps de Lega & de Sternbach
feront licenciés & réformés ; la Légion de
Maillebois , réduite à mille hommes , le
Corps de Salm à 800 , celui de Heſſe Darmftadt
à 400 , ainſi que les Volontaires de
Matha. Les Officiers réformés jouiront de
la demi penſion. Enfin on donnera congé
à neuf hommes par compagnie , dans toute
l'armée de la République.
Le Baron de Hop , Miniſtre de LL. HH .
PP. auprès de notre Cour, s'eſt rendu dans
(233 )
cette Capitale , pour y reprendre ſes fonetions.
ett 121.
r
Des lettres, de Cadix rapportent en ces
termes ! un événement bien extraordinaire.
1. Un certain Antoine Cuffoni , riche particu-
Jier de cette ville , deſtinoit l'un de deux enfans
qui lui reſtoit à la profeſſion de négociant.
Ce jeune homme parvenu à l'âge de to ans
fut en conséquence embarqué en cette qualité
avec une pacotille affez conſidérable ſur le vaifſeau
Eſpagnol Los Spidros , qui faifoit voile
pour des Indes. Parti avec un bon vent , tout
ſembloit pronoſtiquer un voyage heureux , lorſ
qu'une bouraſque ſurvint un peu après avoir
dépaſſé le détroit de Gibraltar , qui pouffa le
navire contre un écueil , l'y fit échouer , &
périr la plus grande partie de l'équipage. Cette
fâcheuſe nouvelle étant arrivée à Cadix, le pere
de notre jeune homme fit faire pendant trois
mois les recherches les plus exactes for le fort
de fon fils. Mais elles furent vaines , & il reſta
perfuadé que ce malheureux fils avoit péri dans
les flots . Il y avoit déja 8 mois que cet accident
étoit arrivé , & l'on commençoit à loubler
, quand le 26 du mois d'Octobre dernien ,
pendant que le Pere Cuffoni étoit hors de la
maifon pour affaires , le jeune homme qu'on
croyoit mort entre ſubitement , ſe jette au cou
de ſa mere , qui- pteíque évanouie de joie , le
tenoit étroitement ferré ſur ſon ſein , fans proférer
aucune parole. Au milieu d'une reconnoiſſance
fi tendre , arrive le mari , qui avoit
par malheur le défaut d'être jaloux. Sa paffion
l'emporte fur les cris de la nature , il ne reconncît
point, fon fils , ille prend pour un
amant qui le déshonore , & dans ſa fureur jalouſe
it l'étend à demi mort à ſes pieds d'un
( 234 )
coup de ftilet ; il allcit poursuivre les effets de
fa rage , & l'aflouvir tur la mere , lortque la
voix mourante de ſon fils , qu'il reconnoît enfin ,
mais trop tard , lui découvre la mépriſe , l'innocence
de fon épouse, & fon crime. La bleffure
du jeune,liomme étoit mortelle ; il eut
à peine le temps de raconter comment il étoit
parvenu avec fix autres à te ſauver ſur une frèle
planche du vaiſſeau , de la mort qui l'attendit
dans les Bots , & il expira au bout de que ques
minutes , dans les bras de ſon infortunée mere.
Le pere plus à plaindre inille fois étoit tombé
fans connoillance , & il ne revint de ſa foibleſſe
que pour tourner contre lui même le
poignard encore teint du fang de fon enfant.
Mais des perſonnes qui étoient accourues au bruit
& qui étoient présentes à cette tragédie vinrent
àbout de l'améter , & les larmes de ſon époufe
&de fon autre fils dui perfuaderent de ne point
quitter la vie . Cette affaire n'en eft cependant
point melà, le Comen
a pris connoiffance , & il eft occupé maintenant
de l'inſtruction du procès. Mais Pon croit
généralement que la compaflion l'emportera fur
la ſévérité des loix dans cette occafion ; &
tout le public eſpere que le coupable fera ab-
Tous , les remords de ſa confcience étant déjà
pour lui un fupplice plus cruel que tous ceux
qu'on pourroit imaginer.
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres.
Le Lieutenant-Général Pignatelli , qui étoit
allé à Madrid de la part du roi des Deux-Siciles
pour s'acquitter d'une commiffion particuliere
auprès du roi d'Eſpagne , n'y eſt reſté que trois
jours & eſt retourné immédiatement à Naples. On
avoit cru , que ce Seigneur étoit chargé de venir
annoncer , que S. M. Sicilienne , par égard aux
( 235 )
1
5
repréſentations & aux inſtances de notre Cour ,
avoit congédiéM. Acton , Miniftre de la Marine
Napolitaine : Le mécontentement contre ce Miniſtre
provenait , dit-on , de ce qu'il avoit engagé
le roi de Naples , fon maître , à céder à la cour
de Ruffie , un port libre & de refuge ſur les cô
tes de ſon Royaume : on apprend, que le Lieuzenant
Général Pignatelli , bien loin d'avoir aps
porté la diſgrace du Miniſtre Napolitain , eſtvenu
au contraire porter des excuſes du roi de
Naples , au roi d'Espagne , ſon pere , de ne pous
voir ſe conformera ſesdefirs , Gaz d'Amst. n . 101,
>> La portion du terrein , dit M. Buſching ,
>>que la Maiſon d'Autriche poſſede actuellement
>>>en Allemagne , eſt ſuivant la derniere computation,
de 4143. milles quarrés d'Allemagne.
>>La Bavière contient 784 milles La Maiſon Impériale
, en faifant cette acquifition au moyen
>> de l'Echange projeté , auroit par conféquent
>> en Allemagne une étendue de 4927 milles
quarrés deterrein :Et, commeſuivant la carte
> critique de Mayer l'Empire contient 11224
>> milles quarrés , il arriveroit par l'échange de
la Baviere , que la Maiſon d'Autriche y pof-
>> ſéderoit preſque les 4 neuviemes du Pays «.
(Gaz. de Leyde , nº. 101 ) .
Quelques apparences font préſumer toujours
que l'élection d'unRoi des Romains précédera les
autres événemens dont on paroît redouter les
ſuites, >> Il n'y a point de doute , dit une lettre
>> de Ratisbonne du 29 Novembre , que plu-
>> ſieurs princes de l'Empire , effrayés de l'au-
>> gmentation énorme de pouvoir de la maiſon
>> d'Autriche , n'aient formé le projet de faire
>> paffer la Couronne Impériale dans une autre
>> Maiſon. Mais à quel Prince la deſtinent- ils ,
>> c'eſt ce qu'il ſeroit difficile de prévoir. Ceux-
>>qui ne croient pas que la Maiſon de Brande
1
( 236 )
bourgpuiſſey prétendre ſous le prétexte qu'elle
eſt proteſtante, ſe trompent très certainement,
>> cette clauſe de la Bulle d'or ayant été abrogée
>> depuis, Cependant l'on préſume avec beaucoup
>> de raiſon que la maison de Saxe eft celle fur
>> laquelle on a jeté les yeux , pour éviter toutes
>>>difficultés. On eſt même intimement perfuadé
>> que c'eſt la ſeule raiſon qui a engagé l'électeur
> de Saxe de prendreune part ſi active à la confédération
Germanique . :
Dès que le projet en fut éventé , la cour de
>> Vienne prit de nouvelles alarmes, & en con-
> clut la néceffité de chercher à détacher cet
>> Electeur du parti de la Pruffe , pour ne point
courirles riſques de perdre une couronne que
>> 1s princes de la maiſon d'Autricheont fucceffivement
portée Le mariage d'une princeſſe
-> deToſcane avec un prince de Saxe fut regardé
>> comme un premier scheminement à la réu-
סכ
nion des cours de Vienne & de Drefde. Mais
>> bientôt l'on fentir que pour dédommager cette
dernière d'un sceptre qu'on lui promettoit , il
>> fal'oit lui en affurer un autre moins brillant
> peut- être , mais auffi plus ſolide ; & l'on jeta ,
>> dit- on , les yeux fur la Pologne , dont le pere
grandpere de l'électeur de Saxe avoient été
Rois. Pour effectuer ce deffein , l'on prétend
» que le Roi actuel conſent à abdiquer la Cou-
ככ
כנ
&le
ronne , dès qu'il en ſera temps ; qu'alors les
>> deux cours Impériales forceront les Polonois
>> d'accepter l'électeur de Saxe pour ſouverain ,
& en rendront le trône héréditaire .
GAZETTE ABRÉGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Parlement de Paris , premiere Chambre des Enquêtes:
Cauſe entre Alexandre Baudoire ; Anne le
Sueurſafemme , auparavant veuve de Nicolas Filleul
, Nicolas- Marc Filleulfon fils ; = & Guillaume
Pillon , Louise Lagneausafemme , auparae
( 237 )
:
vant veuve Guerinot , le nommé Avignon , Marie
Guerinot sa femme , & Denis Guénard,=Demande
àfin de preuve d'eſcroquerie .
Un Particulier , nominé Filleul , articuloit
qu'une fille , nommée Guerinot , étant parvenue
à lui ſurprendre ſa ſignature au pied d'un engagement
écrit par un tiers , portant promeſſe d'époufer
cette fille , ou de lui payer , par forme de dé
dit , 800 liv.; ma's que , peu après , les parens de
ce jeune homme , âgé d'environ 21 ans , ayant réfolu
de le marier , & la Guérinot en ayant été inftruite
,elle le fit menacer d'y former oppofition ,
&de faire ufage de ſon engagement ; qu'alors il
courut tout éploré vers elle , dans l'eſpoir de retirer
fon engagement ; ce qu'elle refuſa , en l'affurant
qu'elle l'avoit remis dans les mains d'un parent
à elle , nommé Guénard , avec ordre de faire
les pourſuites néceſſaires ; qu'il alla ſur le champ
chez Guénard , lequel confentit à la reſtitution de
l'engagement , ſous la condition de payer 500 1. ,
à quoi la Guerinot voulut bien ſe réduire ; ques
dès le lendemain , après avoir cherché à emprunter
cette fomme , il revint chez Guénard , n'ayant
trouvé que 400 livres , qu'il lui remít , mais que
Guénard exigea encore que ce jeune homme lui
paflåt à lui Guénard, afin de completter les 500 1. ,
un billet de 100 liv . , ftipulé pour cause de prêt , ce
qui fut fait à l'inſtant. Par ce moyen ,l'engagement
fut rendu au jeune homme , qui, de dépit &
de colere , le déchira , ſur le champ , en préſence
d'un tiers , témoin de cette ſcene. « Cette ef-
>>c>roquerie,diſoitdans un Précis imprimé le Défenſeur
de ce Particulier , parut fi plaiſante à
> ceux qui l'avoient commiſe , qu'ils la divul-
5guerent eux- mêmes , & en amuferent le Public
> aux dépens du niais qu'ils venoient de plumer » .
-
Il inſtruifit ſes parens de cette manoeuvre , &
Ceux-ci ſe réunirent à lui , & formerent demande
( 238 )
devant le Juge des heux , à fin de reſtitution des
400 liv. &du billet de 100 livres - Sur cela ,
Sentence contradictoire qui admit la preuve des
fai's articulés . Appel par les Défendeurs devant
le Bailli de Mortagne, qui l'infirma , & déclara
les Demandeurs non- recevables en la preuve par
euxdemandée. -Appelde cette derniere Sentence
en la Cour , & Arrêt rendu le 3 Septembre
1785 , qui confirme la Sentence du Bailli de
Mortagne avec dépens.
Cause extraite du Journal des Causes célèbres [1] .
Journalier condamné à être pendu , pour avoir violé
une fille de fix ans & demi .
L'homme brutal qui oſe employer la violence
pour ravir les faveurs qu'un amour légitime a
droit d'obtenir , eſt un monſtre dont on doit
délivrer la ſociété. Les libertins plaifantent fur
le viol ; mais les loix , protect ices des moeurs,
puniſſent du dernier fupplice les coupables de
ce délit. Si l'homme , emporté par ſa paffion ,
réfléchiſſoit qu'elle peut le conduire à l'échafaud,
cette idée effrayante calmeroit , ſans
doute , ſes ſens , & le forceroit à reſpecter les
moeurs.
Violer une fille nubile eſt un crime ; mais
pouffer la brutalité & l'oubli de tous les principes
de l'honnêteré juſqu'à violer un enfant ,c'eſt un
forfait qui révolte & qu'on ne peut trop
punir.
Lorſque nous parlons de livrer au ſupplice
ceux qui ſe rendent coupables du crime de viol,
nous entendons ceux qui ſont convaincus de ce
crime par des preuves certaines ; car il ſeroit
bien dangereux de prononcer une condamnation
furdes indices douteux , & fur des préſomptions
équivoques,
Un Juriſconſulte rapporte , à ce ſujet , un
trait qui prouve combien le Juge doit être
( 239 )
une
en garde contre les vraiſemblances. Un jeune
homme ayant été accuſé d'avoir violé
femme , fut cond mné à lui payer une ſomme
d'argent : le Juge qui avoit prononcé cette
consamnation , ordonna que la ſomme ſeroit
payée en la préſence , & autorila , en mêmetemps
, le jeune homme à reprendre ſon argent
, s'il pouvoit l'arracher des mains de la
femme qui l'accuſoit de l'avoir violé.
Cette fentence fut exécutée; le jeune homme
paya , & la femme ſe ſa fit de l'argent. Au
fignal da Juge, le jeune homme s'avança pour
arracher la fomme qu'il venoit de donner ;
mais il éprouva une réſiſtance ſi vigoureuſe ,
qu'il fut obligé de renoncer à fon argent.
Alors le Juge dit à la femme qui prétendoit
avoir été violée : Si vous aviez défendu votre
honneur avec autant de courage que vous venez
de défendre l'argent que vous avez reçu , vous auriez
triomphe des efforts de ce jeune homme.
Vous êtes fa complice , &je vous condamne à lui
reftituer la fomme qu'il vous a payée Le Juritconfulte
qui nous fournit ce trait ajoute que
le public applaudit à la ſageſſe de ce jugement.
Mais fi la juſtice doit être en garde contre
l'incertitude des preuves , lorſqu'il s'agitd'une
accutation de viol, intentée par une femme ou
une fille en état de repouſſer les attaques d'un
homme , il n'en eſt pas de même lorſqu'il
s'agit d'une fille qui est encore dans l'enfance.
Alors toutes les préſomptions font en faveur
de l'être foible , de la victime immolée par
une force bruta'e ; & fi le juge a des preuves
du forfait , il ne doit pas balancer à prononcer
la peine portée par les loix .
Auffi les arrêtiſtes rappor ent des exemples
de la juſte ſevérité des Tribunaux contre les
coupables. Nous n'en citerons que deux.
( 240 )
Par arrêt du 27 ſeptembre 1588 , un parti
culier fut condamné à être pendu , pour avoir
violé une fille de huit ans .
Par un autre arrêt du 30 acût 11636 , un
particulier fut condamné à être rompu , pour
avoir violé une fille qui n'étoit âgée que de
quatre ans & demi.
Nous ne citerons pas une multitude d'autres
exemples de ſemblables condamnations ; nous
allons paffer à celui que le Parlement de Paris
a fait depuis peu.
Voici les faits qui ont ſervi de baſe à la cond
damnation récente du journalier dont
avons annoncé le crime .
nous.
Ce journalier, nommé Aulert , demeuroit
dans l'étendue de la justice de Dunois à Châ
teaudum. Il y croit connu pour un homme fans
nears, Les filles de fuyoient comme un ſatyre
dangereux. No trouvant p'us d'occaſions pour
fatistaire fa paffion brutale , il réſolut d'attaquer
une jeune fille de fix ans & demi , nommée
Marie-Anne Pillaux . Cette jeune fille ignorant
les motifs des carelles d'Aubert , s'y livroit avec
l'innocence de fon âge ; mais le monſtre , au
lieu de la reſpecter , oſa la faire ſervir à affouvir
ſa paffion brutale. Les pleurs & les cris de
cette petite malheureuſe excitèrent la curiofité
des veiſins , qui lui en demandèrent la cauſe.
Elle leur déclara , avec l'ingénuité de l'enfance ,
ce. que le féroce journalier avoit loſe tenter.
Les voiſirs , indignés , dénoncèrent ce monftre
à la Juſtice , qui lui fit , fur le champ , fon
procès. Les premiers Juges,ne l'avoient condamné
qu'aux galères à perpétuité & à 1000
Livres de dommages & intérêts ; mais par arrêt
du premier février 1785 , for les preuves qui
réfultoient du procès , le Parlement a condamné
Aulert à être pendu & à 10co- livres, de, dom
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