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1785, 11, n. 45-48 (5, 12, 19, 26 novembre)
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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
ONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Noticedes Edits, Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDIS NOVEMBRE 1785 .
GHAT
A
PALAR
ROYAL
PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de hot
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois d'Octobre 1785.
PIACES FUGITIVES. Supplement aux Projets de
#3
4
49
A M. de l'Averdy ,
Epltre à Mme de Z.....
Le Vieillard au Printemps :
Elégie ,
Effai d'Infcriptions pour la
Halle au Blé ,
Couplets,
La Rofe , Fable,
Aune très jolie Femme ,
Epigramme ,
Réponses à la Queſtion ,
Anecdote Hiftorique,
Stances à M. de Piis ,
SI
ib.
52
Bienfaifance & de Patriotifme
pour toutes les Villes
& gros Bourgs du Royau
me ,
IT2
Penfees & Obfervations modefte
de M. le Comte de
Barruel-Beauvert , 120
168 Melcour & Verfeuil ,
97 Mélanges de Littérature étran-
98 gère,
179
ib. De l'autorité de l'Ufagefur la
Langue, ΙΟΙ
199
96 Explication du fyftême de
Î'Harmonie , Le Tombeau de l'Ifle de Jen- 219
148 Mémoirefur la Navigation in-
164 térieure , nings ,
Gouplet à Mme de....,
Yers faits après une
fentation de Didon ,
Fable du Géant Antée,
Charades , Enigmes & Legogryphes
, 6 , 54 , 110, 165 ,
repré-
194
229
SCIENCES IT ARTS .
>
18
181
193 Expofition des Peintures
Sculptures & Gravures dans
le Sallon du Louvre ,
Variétés , 71 . 125 3
197 Comédie Françoiſe , 133 , 231
NOUVELLES LITTER . Comédie Italienne , 87 , 233
Nouveau Recueil de Gaîté & Annonces & Notices , 45 , 91 ,
138 , 185,234 IC
de Philofophie ,
Morceaux choifis de Tavite, 56 |
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ;
aue de la Harpe , près S. Côme,
STOR
LIBRARY
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 5
NOVEMBRE 1785.
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
BOUQUET
A Mme la Comteffe DE BEAUHARNAIS ;
ORNEMENT de Gnide & du Pinde ,
Toi qui , fur le double coteau
De nos Littéraires Renaud,
Armide à la fois & Clorinde ,
Triomphes par un Art nouveau ;
Senfible Auteur de Stéphanie ,
Ce jour, ce nom de Saint- François
Trahiffent donc ta modeftie ,
Et nous donnent enfin les droits
D'offrir nos chants à ton génie !
Mais que d'écueils ! fi de nos coeurs
Le tribut te plaît & t'honore ,
Aij
MERCURE
Nos chants te plairont-ils encore ?
Comment fur le parfum des fleurs ,
Comment tromper les fens de Flore !
Si nous n'avions à célébrer
Qu'une femme obſcure , ordinaire ,
Če feroit de l'inaugurer
Au trêne banal de Cythère ,
Et foudain chacun d'admirer ;
Mais cet encens fade & vulgairea
Comment le faire reſpirer
A tes fens que le goût éclaire?
Auffi , je le dis fans mystère :
Pourquoi t'avifas-tu , dis -moi ,
De fortir du modefte emploi
Qu'a ton fexe fur l'hémiſphère ?
Ofer cultiver fa raifon!
Quitter les jeux de la fougère
Pour gravir le haut Hélicon !
Faire au ridicule la guerre
Aulicu de lui prêter fon nom ,
Et négliger la grave affaire
Du choix d'un ruban , d'un pompon ,
Pour cueillir d'une main légère
Toutes les palmes d'Apoll n !
Dieu ! quel fcandale ! ... des rulles
Vois fur toi fonner le tocfin ;
Tremble à la fuite de ces Belles ;
Moi-même , un grelor à la main.....
DE FRANCE.
5
Mais non.... Devenons plus paifible....
Si ton efprit à des travers ,
Ton âme du moins eſt ſenſible ;
En fa faveur paffons tes vers
Et ta profe douce & flexible.
Le jour où Phébus réunit
Dans tes agréables demeures
Le goût , le fentiment , l'efprit ,
Jour léger qui paroît & fuit ,
Où le plaifir fonne dix heures
Lorſque le temps frappe minuit ,
J'ai vû fouvent ton ceil humide
Au récit touchant des malheurs ;
Tabouche , où ton âme réfide ,
S'adreffe toujours à nos coeurs.
Enfin , bienfaitrice honteuse ,
L'on dit que bien fouvent ta main
Fait dans l'ombre mystérieuse
Un don comme on fait un larcin.
En faveur d'une âme auffi bonne
Je te pardonne ta raiſon .
Penfe , compofe , écris , raiſonne ,
Jouis des refpects de Buffon ;
A la honte d'un nom antique
Déroge jufques aux Beaux- Arts ,
Grave ce nom , de toutes parts ,
Sur le double mont poétique ,
Loin de l'offrir à la chronique
1
A.iij
MERCURE
"
Pour fes bulletins babillards ,
Sois vaine que l'Auteur d'Émile
Aimât ton âme & ton talent;
De crimes quel nombre effrayant !
Mais je fuis un juge facile
A l'afpect d'un coeur excellent.
(Par M. Verninac de Saint-Maur.)
A Madame GUIARD , de l'Académie
Royale de Peinture.
PEINTRE
EINTRE de la Nature & de la Vérité ,
Dont tout Paris au Louvre admire les Ouvrages ,
De tes originaux qu'importe la beauté ?
Celle de ton talent ravit tous nos fuffrages.
LA REINE ET LA BERGÈRE ,
Fable , à ceux qui ne peuvent ou ne veulent
pasjuger chaque chofe dans fon genre.
LÀ Reine Venufta , la Bergère Silvie ,
Dans l'âge des plaifirs mortes le même jour ,
Defcendoient triftement au ténébreux féjour ,
Et cheminoient de compagnie .
De compagnic ! eh ! oui : les mortels font égaux
Sitôt qu'ils ont quitté la vie ,
Et Caron paffe tout , les Bergers , les Héros.
DE FRANCE.
7
Enfin , nos belles voyageules
Arrivent en jafant aux demeures heureuſes
Où vivent , quoique morts , l'efprit & la beauté.
Aux grilles du jardin le couple eft arrêté ;
Il falloit décider quelle étoit la plus belle .
L'une avoit pour attraits la Nature fans fard ,
L'autre offroit la Nature & l'Art ;
Et comme le fujet tendoit à la querelle ,
Pour éviter un démêlé
Le Dieu du Goût fut appelé.
Voltaire vint. Çà , lui dit Rhadamante ,
Jugez ces deux Beautés , l'une & l'autre eft charmante ;
Mais leur rivalité caufe notre embarras :
A laquelle des deux donneriez -vous le pas
Dans les jardins de l'Élysée ?
Eh! quoi ! c'est pour cela que l'on m'appelle ici ,
Dit le Dieu ; mais , Meffieurs , la chofe eft fort aisée ;
La Reine eft belle & la Bergère auffi.
Que chaque chofe à fon rang foit pefſée .
Entre Homère & Chaulieu aulle comparaiſon :
J'aime un Poëme & j'aime une Chanſon .
( Par M. Hoffmax. )
A iv
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Hautbois ; celui de
l'Enigme eft Epingle ; celui du Logogryphe
eft Efpérance , où l'on trouve Persée , Spa ,
pance , Perfe , pensée , ferpe , carpe , ré,
pan , ane , rance , ance , père, race , crêpe ,
fac , crâne , Rancé.
CHARA DE.
ONfauche Nfauche mon premier ,
On rafe mon dernier ,
On chante mon entier.
ENIGM E.
E fuis très- recherché de diverfes couleurs ;
A la ville on me voit toujours plutôt qu'ailleurs.
Mélide me choifit felon fa fantaiſie ;
Je fers à fes atours. Le temps vient , on m'oublie ;
Et pour lors négligé pour le bien que j'ai fait ,
L'ingratte m'abandonne , hélas ! me méconnoît.
La Nymphe d'Opéra de moi fait grand uſage ,
Et paroît par mon art avec plus d'avantage.
DE FRANCE. 9
Quoique d'un petit prix , à propos préſenté ,
J'ai fubjugué par fois la févère beauté.
Ce
( Par M. le Chevalier de Briois , Officier
au Régiment de Breffe. )
LOGOGRYPHE.
JE fuis un endroit agréable ,
Plus d'un Lecteur en conviendra ;
Et dans mes fix pieds trouvera
communément on fert fur une table ; que
Un meuble utile auprès du feu ;
Un animal à longue oreille ,
Cette boiffon qui nous éveille ,
Don't chacun aime à prendre un peu ;
L'un des habitans de l'Afrique ;
Un autre des bois d'alentour.
De plus , deux tons de la mufique ;
Une monnoie qui n'a plus cours ;
Ce qui tient au port un navire.
Je puis offrir une liqueur
Avec un métal deſtructeur ;
Une arme du Dieu de la lyre ;
Une conjonction ; de la France une ville ;
Puis un pronom démonſtratif ;
Et ce temps toujours trop hâtif
Pour celui qui le rend utile.
(Par l'Auteur des Amuſemens du Jour. )
A v *
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRE fur les Corvées , 1785. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale.
PERSONNE
ERSONNE ne doute aujourd'hui que la
conftruction & l'entretien des chemins , des
routes publiques , ne foit un des objets les
plus importans de l'Adminiftration d'un
Royaume. En faifant circuler les richeffes ,
le commerce les multiplie , & les routes
font , pour ainsi dire , les canaux par où circule
la vie dans toutes les Provinces d'un
vafte empire. Deux pays favorifés de la Nature
, peuplés d'hommes actifs , & placés à
peu de diftance l'un de l'autre , font tous
les deux pauvres ; on ouvre un chemin qui
va de l'un à l'autre , & tous les deux font
riches.
Ces vérités font très - fimples , & il n'y a
pas long temps qu'elles font très - communes.
Sully avoit fait profpérer le pâturage & le
labourage , ( on aime à fe fervir des mots
dont il fe fervoit lui - même ) ; Colbert avoit
créé les manufactures , il avoit voulu nous
faire jouir en France des plaifirs de l'Inde
mais ni Colbert ni Sully n'avoient fait de la
conftruction des chemins un objet général
DE FRANCE. 11
des foins & des travaux de la Souveraineté.
Ils faifoient naître des richeffes , & ne leur
ouvroient pas des routes. Sous Louis XIV ,
on avoit fongé à faire des canaux , & non
pas des chemins. Il eft vrai que Boileau
n'auroit pas pu faire d'auffi beaux vers fur
un grand chemin , bien commode pour les
Rouliers , que fur ce canal du Languedoc ,
qui joignit
Les deux mers étonnées
De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées.
Comment fe faifoient donc les chemins ?
Ils ne fe faifoient point. Il faut néceffairement
des routes aux hommes , aux animaux ,
aux voitures , & l'on avoit pour chemins
publics les traces des pas des anirnaux & des
hommes , les intervalles laiffent entreelles
les deux roues des voitures . Aujourd'hui
on fait des chemins pour les voitures ; alors
c'étoient les voitures elles - mêmes qui faifoient
les chemins.
que
On a cru que la corvée étoit une inftitution
très ancienne ; elle ne remonte pas
au-delà de la Régence ; elle a commencé
à cette époque..
Elle eft née des
circonftances & d'un exemple donné par
les étrangers. Le Duc Léopold s'en fervit
en Lorraine , on l'imita en Alface , enfuite
en Champagne , infenfiblement & de proche
en proche dans toutes les Provinces.
A vj
12 . MERCURE
Le mot de Corvée eft très-ancien dans le
fyftême féodal ; mais il y avoit un autre
fens ; il y repréfentoit certains travaux de la
Glèbe.
Que faut -il donc penfer de ceux qui ont
parlé de la nature de la corvée , des principes
conftitutifs de la corvée , des loix fondamentales
de la corvée ? Sa naturè eft de n'avoir
point de principes , & le bonheur de la
France eft qu'elle n'ait pour fondement aucune
loi émanée de nos Souverains.
Chofe heureufe & bien remarquable !
la première & l'unique loi qui exifte en
France fur la corvée , eft une loi qui l'abolic
dans tout le Royaume : c'eſt l'Édit enregistré
en Lit de Juftice en 1776. Aucun peuple du
monde peut- êêtre n'a reçu des loix auffi douces
de fes Monarques ; tout ce qu'il y a
encore de barbare & d'oppreffif dans nos
inftitutions nous vient d'ailleurs.
L'inftinct des peuples a toujours eu la
corvée en horreur ; & cet instinct , quoiqu'irréfléchi
, n'eft pas une choſe dont le Légiflateur
doive dédaigner de prendre confeil .
Le peuple n'a pas la même averfion pour les
impôts , dont il a cependant porté quelquefois
le poids ; c'eft qu'il fent , fans trop
s'en rendre compte , que les impôts , juftes
leur nature , ne ceffent de l'être que par
leur excès.
par
·
De bons Ouvrages ont déjà prouvé que la
DE FRANCE 13
corvée fait beaucoup de mal au peuple & de
mauvais chemins à la Nation ; & l'Ouvrage
où cela eft le mieux prouvé , c'eft l'Édit
même émané du Trône en 1776. L'Auteur
du Mémoire fe fait gloire d'avouer qu'il y
puifera un grand nombre d'idées . Ainfi on
préfente aujourd'hui au Gouvernement les
lumières qu'il a répandues lui - même dans la
Nation , & les Conſeils qui entourent le Légiflateur,
n'ont rien de mieux à lui préfenter
que les propres penfées & fes propres loix.
Mais les vérités les mieux démontrées de
viennent plus claires , plus faciles à faifir
quand elles font préfentées de plufieurs manières
par d'excellens efprits : elles deviennent
plus préciſes & plus complettes ; & ce
n'eft qu'alors qu'elles entrent dans tous les
efprits pour n'en fortir jamais . C'eft ce qu'on
éprouve en lifant ce Mémoire fur la Corvée.
Il eft probable que la corvée n'aura plus de
parrifans que dans ceux qui n'auront pas lú
ce Mémoire. De combien de maux en effet ,
de combien d'injuftices il démontre que la
corvée eft la fource !
1º. Les chemins donnent une nouvelle
valeur aux propriétés ; ils élèvent le prix des
denrées ; & par la corvée , les travaux des
chemins retombent entièrement fur les Journaliers
qui n'ont point de propriété , & dont
la main d'oeuvre ne s'élève pas toujours avec
le prix des denrées. Le Journalier a vû fouvent
que le blé qu'il avoit fait naître, lui étoit
enlevé par les chemins qu'il avoit conftruits.
14 MERCURE
Ainfi , par la corvée , les chemins ne coûtent
rien à ceux qu'ils enrichiffent , & ils font
faits par ceux à qui fouvent ils font trèsfuneftes.
2º. Une Province entière profite également
des chemins qui la traverfent ; & par
la corvée, les habitans éloignés des grandes
routes ne font pas appelés à les faire ; l'avantage
eft pour tous , & le travail pour quelques-
uns.
3. L'accroiffement de l'agriculture eſt le
principal objet de la conftruction des chemius
; & par la corvée , la conftruction des
chemins devient funefte à l'agriculture . Il
n'eft pas de faifon abſolument morte pour
les travaux de la terre ; & quand on appelle
tous les Journaliers à la fois d'un canton
fur un grand chemin , on enlève néceffairement
àbeaucoup de terres les bras dont elles
avoient befoin. Les moyens par lefquels on
ouvre des canaux aux richeffes , tariffent les
richeffes ;, il eft vrai qu'on a du blé malgré la
corvée ; mais on en a beaucoup moins , rarement
on en a affez pour le faire circuler dans
les routes du commerce.
4°. On a cru que la corvée n'étoit pas un
impôt , parce qu'elle demande du travail &
non pas de l'argent. On voit par- là que les
mots ne trompent pas moins en adminiftration
qu'en philofophie. Mais les erreurs d'un
Philofophe font bien moins dangereufes que
celles d'un Adminiftrateur. Dans la Société, où
le travail repréfente continuellement l'arDE
FRANCE. IS
*
gent, où l'argent repréfente continuellement
le travail ; le travail eft l'argent de celui qui
n'a point d'argent , l'argenr eft le travail de
celui qui ne travaille point. S'il y a quelque
différence , ( & il y en a une très - grande )
c'eſt que celui qui paye de fon travail , paye
infiniment plus que celui qui paye de fon
argent, lors même que tous les deux paroiffent
payer la même fomme.
Il faut donc évaluer en argent les journées
de travail qu'exige la corvée , & vous trouverez
, dit l'Auteur du Mémoire , qu'on ne
fait pas avec un million en corvée , ce
que tout Adminiſtrateur fera exécuter avec
moins de quatre cent mille livres en argent.
Quel fait !ileft attefté par un Adminiſtrateur
éclairé , par un homme qui a préfidé luimême
à la conftruction des grands chemins.
Il en résulte que la corvée fait payer aux
malheureux qui ne poſsèdent au monde que
leurs bras , le double de ce qu'il en coûteroit
, dans un autre fyftême , à tous les habitans
du Royaume ; les pauvres feuls payent
le double de ce que devroient payer les pauvres
& les riches enfemble.
Au premier coup- d'oeil cette affertion de
l'Auteur du Mémoire paroît extraordinaire ;
il la rend enfuite très facile à concevoir.
Si le corvéable eft un peu éloigné du lieu
du travail , il perd une jou née pour s'y ren
dre , & ane autre journée pour s'en retourner.
t
Si au contraire fa maiſon eft voifine du
16 MERCURE
chemin , il s'échappe à chaque inſtant pour
voir fa femme , fes enfans , fa maiſon .
Quand on raffemble les Journaliers pour
la corvée , tous ne peuvent pas arriver en
même -temps , & aucun ne veut commencer
le travail que lorfqu'ils font tous arrivés ,
parce que nul ne veut faire plus de travail
que les autres.
Que de manières de perdre du temps ,
c'eſt -à - dire , du travail , c'eft - à - dire , de
l'argent !
On travaille forcément , lentement , &
voilà encore de nouvelles pertes d'argent ,
puifque voilà de nouvelles pertes de travail ,
de temps.
25° . Non feulement ce qu'on fait coûte
davantage , mais on le fait mal. Il ne fuffit
pas de favoir donner un coup de pioche , de
favoir tranſporter des cailloux pour favoir
conftruire un chemin. C'eſt un art très fimple,
mais un art pourtant , & on ne le fait
pas fans l'avoir appris , non plus que les autres.
Les Laboureurs ne le favent pas , & ne
fe foucient pas de l'apprendre. Il faut donc
des piqueurs très intelligens , & ces piqueurs
font rares ; il en faut de durs , de févères ;
ceux-là font trop communs, & l'humanité des
Intendans ne peut pas toujours les réprimer.
Autre inconvénient. Des hommes , dont la
conftruction des chemins feroit le principal
métier , pourroient veiller continuellement
fur ceux qui feroient faits ; & une pierre re
mife auffitôt que déplacée , une ornière comDE
FRANCE.
blée au moment où elle va s'approfondir ;
les foins les plus faciles & les moins coûteux,
fuffiroient pour l'entretien d'une route bien
conftruite , mais quand les jours de la corvée
font finis , quand les atteliers font difperfés
, perfonne ne veille fur les chemins';
ils fe dégradent entièrement. Ce qu'on ap
pelle une réparation , eft une nouvelle conftruction
qui exige des corvées nouvelles.
Ainfi les maux naiffent des maux , les injuftices
des injuftices , les corvées des corvees.
Voilà les vérités , c'est - à - dire , les faits
que développe parfaitement l'Auteur du Mé
moire. On a beaucoup déclamé fur cet objet
en vers & en profe ; il n'y a point ici de dé
clamation , c'est le ton calme & tranquille
d'un Magiftrat qui délibère au pied du Trône,
& ce ton perfuade bien davantage.
Ces vérités , conteftées encore par quelques
perfonnes, ne le font plus par l'opinion publique.
C'est ainsi que penfoit M. de Trudaine
père , dont le nom eft une autorité dans ces
matières : c'eft ainfi que penfent plufieurs
Provinces, qui , ayant le choix de la corvée
& da rachat en argent , out aboli la corvée.
C'est ainsi que penfent prefque toutes les
Cours Souveraines de Magiftrature ; & on
a mal connu les opinions & les fentimens
de celles qui ont été foupçonnées d'être favorables
au ſyſtême oppreffif de la corvée.
On aime à voir un Magiftrat du Confeil
prendre la défenfe des Parlemens du Royaume;
& je me plais à tranfctire ici , d'après
18 MERCURE
l'Auteur du Mémoire , ce qu'un Magiftrat
de Bordeaux difoit à ce fujet dans une Affemblée
de Chambres .
و ر
ود
" On ne craint pas , Meffieurs , de vous
repréfenter comme les apologiftes du ré-
" gime cruel de la corvée ; cependant vos
» remontrances de 1.79 ont pour objet de
» démontrer les inconvéniens & les avantages
qu'il y auroit à la fupprimer . Vous
avez fupplié le Roi d'établir dans votre
reffort les Adminiftrations Provinciales ,
» dont une des premières opérations auroit
été fans doute l'abolition de la corvée .
» Dans les remontrances de 1784 , vous
» conjuriez de nouveau le Roi de réformer
» l'adminiftration des corvées. Vous avez
» ajouté: Nous fommes prêts , Sire , à don-
» ner aux Ordres les plus diftingués de l'État,
l'exemple d'un facrifice généreux , fage-
» ment combiné pour le foulagement des
» campagnes .
"
3 Certes , ce n'eft point là le langage des
apologiftes & des defenfeurs de la corvée.
Combien ily a loin encore du moment où
les efprits diftingués apperçoivent une vérité
politique à celui où un fage Adminiftrateur
peut la faire paffer dans la Légiflation !
Tout le monde entend la voix de l'hu
manité ; l'Adminiftrateur éclairé eft le feul
qui fache comment il faut la faire refpecter
dans les loix d'un grand Empire. C'eft l'objet
dont s'occupe l'Auteur dans la feconde Partie
de fon Mémoire.
DE FRA, NGE. 19
L'abolition de la corvée rend l'établiffement
d'un impôt inévitable. Mais comment
l'impôt fera-t'il pofé & comment fera - til
lévé ? Ces deux queftions préfentent de
grandes difficultés ; l'Auteur les difcute avee
la même clarté , avec le même ordre , &
toujours avec cet intérêt attaché aux penſées
d'un Magiftrat qui .médite fur le fort du
peuple , fur le fort des pauvres.
Un impôt général fur le Royaume peut
être établi , ou fur tous les poffeffeurs des
fonds indiftinctement , ou à raifon des
vingtièmes , ou au marc la livre de la taille.
Le fecond de ces moyens paroît évidemment
mauvais , quoique ce fut celui que préféra
l'Édir de 1776. Cette loi en choififfant
le vingtième pour bâfe , alloir même contre
le motif énoncé de faire payer l'impôt des
chemins aux propriétaires. D'abord le Clergé
n'eft pas affujéti au vingrième , & c'eft
un des grands propriétaires. En fecond lieu,
les Commerçans , les Artifans , les Capitaliftes
ne payent pas le vingtième des terres ,
& perfonne ne profite plus des chemins.
Nous favons que le Miniftre qui préfida
à la rédaction de l'Edit de 1776 , avoir eu
d'abord le projet d'établir fur toutes les
terres indiftinctement cet impôt dont l'emploi
devoit être fi avantageux à toutes les
terres.
MERCURE
Un impôt fur toutes les serres paroîtroit
auffi le plus légitime à l'Auteur du Mémoire ;
mais il y infifte peu , & ne combat pas non
plus des priviléges qui fe condamneroient
peut-être eux-mêmes.
Ce refpect des droits établis , lors même
que ces droits pourroient être confiderés
comme des abus, eft la marque la plus certaine
d'un Gouvernement modéré & bienfaifant.
On y respecte jufqu'à l'ombre de la justice.
L'Auteur du Mémoire apperçoit dans le
troisième moyen , dans l'impôt au marc la
livre de la taille , prefque tous les avantages
d'une contribution univerfelle fur les terres ,
& aucun des inconvéniens.
Il n'y a en effet de terres exemptes de tout
impôt que celles dont la culture eft dirigée
par les Propriétaires même qui ont des priviléges
; ce nombre eft très - petit : les Fermiers
payent pour toutes les autres terres nobles
indiftinctement , & on eft fondé à confidérer
une contribution au marc la livre de la
taille , comme une contribution générale
fur les terres.
"
A quoi tient la fageffe des difpofitions
dans ce genre ! Pofez l'impôt fur toutes les
terres , vous bleffez une multitude de droits
ou de prétentions Pofez l'impôt au marc la
livre de la taille , les terres le payent également
, & perfonne ne murmure . Ce qui
fépare une loi fage d'une loi imprudente ,
DE FRANCE. 20
n'eft qu'un trait délié ; mais c'eſt précisément
parce que ce trait eft fort délié , qu'il eſt difficile
de l'appercevoir , & honorable de
l'avoir apperçu .
Enfin par quelles mains cette contribution
fera- t'elle levée ? Le Souverain fe
chargera t'il de cette fonction fi importante
de la Souveraineté ? La fera- t'il lever par
les mêmes mains dans tout le Royaume , &-
par un acte unique émané de fon Trône
qui établiroit un impôt perpétuel ? Des I
génieurs choifis par le Monarque , feront- ils
chargés de faire & d'entretenir tous les chemins
de la France d'après le même plan &
les mêmes vûes ?
On eft porté à croire que cette unité dans
les vûes & dans le travail , rendroit le travail
plus prompt & plus parfait. On voit dans
cette méthode ce caractère de fimplicité fans
lequel la confufion ſe met fi ailément dans
les affaires d'un grand Empire.
Mais l'Auteur du Mémoire ne.confidère
pas feulement les rapports des chofes entreelles
, il confidère bien plus encore l'impref
fion que les chofes font fur les hommes ; il
fonge aux alarmes du peuple , à fes foupçons
, qui n'ont pas besoin d'être fondés
pour le rendre malheureux......
Le peuple peut craindre qu'un impôt per
pétuel & univerfel pour les chemins, ne foit
détourné pour d'autres befoins de l'État,
22 MERCURE
& qu'on ne rétabliffe encore la corvée.
L'Auteur répond , 1º . que la corvée deviendra
bien plus odieufe encore par fon
abolition , qu'on la regardera bientôt
comme un de ces fléaux de la barbarie qui
ont ravagé les fiècles paffes ; que dans les
befoins les plus urgens , il feroit infiniment
plus aifé au Gouvernement d'établir un nou-.
vel impôt, que de détourner l'argent de l'impôt
des chemins & de rétablir la corvée.
2°. Qu'il vaut mieux cependant renoncer à
ce moyen , qui ne feroit plus le meilleur,
puifqu'il pourroit altérer cette confiance qui
doit unir le Gouvernement aux peuples.
L'Auteur du Mémoire apperçoit dans la
manière dont l'Adminiftration Provinciale.
du Berry a procédé à la confection des chemins
, un moyen qui n'a pas les inconvé
niens d'un impôt général , & qui en a tous
les avantages,
L'Adminiftration Provinciale du Berry
voit les travaux qui feront néceffaires dans
l'année , établit chaque année une contribution
proportionnée à ces travauK & en
DE FRANCE. 23
livre elle - même le produit à l'adjudicataire.
Que ce modèle foit imité dans toutes les
Provinces , & le Peuple fera sûr que l'argent
qu'il donnera pour les chemins fera toujours
employé pour les chemins.
Mais ce n'eft. pas feulement le peuple qui
a des craintes , le Gouvernement en a auffi :
on veut du moins lui en ſuppoſer ou lui en
donner.
Si les Provinces , dit - on , lèvent un impôt
fur les peuples , le peuple fera moins capable
de payer les impôts ordinaires.
Il en fera plus capable , & cela eft évident.
d'après les lumières que l'Auteur du Mémoire
a répandues fur cet objet.
On a vú que le peuple payoit trois ou
quatre fois plus en travail , qu'il ne fera
obligé de payer en argent. Il aura donc trois
ou quatre fois plus d'argent pour payer les
impôts ordinaires.
La claffe la plus pauvre du peuple , les
Journaliers , payeront pour les chemins ;
mais en travaillant pour les chemins, ils gagneront
bien au - delà de ce qu'ils auront
payé.
Les chemins publics deviendront pour
le peuple de grands atteliers de charité ,
où il trouvera. du travail & du pain dans
les jours où il manque de l'un & de
l'autre.
24
MERCURE
Ainfi , comme l'a dit fi bien un homme
éloquent , la juftice feule dans l'Adminiſtration
des grands Empires eft une bienfaisance.
Il fe préfente une dernière queſtion.
Le Souverain doit- il laiffer aux Provinces
le choix du rachat en argent & de la corvée ?
Ici , l'Auteur du Mémoire , quoique tou
jours porté aux opinions modérées , penſe
qu'il vaudroit mieux ne pas laiffer aux Provinces
une liberté dont elles ne peuvent fe
fervir que pour le faire beaucoup de mal ;
& la perfuafion paroît être encore du côté
de fon avis.
1º. L'opinion qui demande aujourd'hui
l'abolition de la corvée , eſt à peu près l'opinion
générale ; & ce voeu univerfel , prononcé
par le Monarque , eft le véritable fceau
d'une loi.
2º. La corvée eft déjà abolie dans plufieurs
Provinces , elle lê fera bientôt dans
plufieurs autres . Les Provinces qui la conferveroient
ne feroient que rompre cette
uniformité defirable , cet accord qui doit fe
trouver dans toutes les parties de l'Adminiſ
tration du même Empire.
3. Tandis que les habitans de ces Provinces
jouiroient dans tout le Royaume de
la beauté des chemins faits à prix d'argent,
tout le Royaume fouffiroit de l'imperfec
tion de leurs chemins faits par la corvée.
. Par une fuite de la conftitution de
prefque toutes les Municipalités , le choix ,
Gon le laiffe libre , fera fait , non par ceux
qui
DE FRANCE
25
qui gémiffent fous la corvée , mais par ceux
qu'elle difpenfe de contribuer aux frais des
chemins leur préjugé , ( car il faut croire
que c'est un préjugé plutôt qu'une injuftice )
peur durer encore un demi fiècle , un fiècle,
Eft- ce donc peu de chofe qu'un demifiècle
de perdu pour le foulagement des infortunés
?
Pourquoi attendre du teres , un bien qu'on
peut faire tout de fuite par les lumières?
Je conçois que la raifon feule , fans l'autorité
des faits , peut être fufpecte aux
hommes ; celui qui les a un peu obfervés , a
vû que la vérité n'existe pas encore pour eux
tant qu'elle n'eft démontrée que par la parole
; les exemples feuls ont pour eux de
l'évidence ; mais ici les exemples font en
grand nombre , & il n'y en a pas un qui ne
prometre & qui n'affure le bonheur ..
Je conçois que dans les temps peu éclairés
, cette défiance de la raifon peut ê re e lemême
une chofe très - raifonnable ; mais lorfque
les lumières ont fait beaucoup de progrès
, eft- elle autre chofe qu'une foibleffe ?
Dans la naiffance de l'Architecture , on
n'ofe toucher à une maifon qui menace
ruine , de peur de la renverfer entièrement
l'Architecture perfectionnée foutient la maifon
en l'air , & la pofe fur de nouveaux fondemens.
On apperçoit à chaque inſtant deux choſes
bien précieufes dans ce Mémoire , c'est une
raifon couragenfe qui porte fes idées juf-
N" . 45 , 5 Novembre 1785. B
26
MERCURE
qu'où va la vérité , & une raiſon fage & circonfpecte
, qui prend toutes fes idées dans
l'expérience.
Il y a un grand charme à lire un pareil-
Ouvrage lorfqu'il eft fait par un homme qui
tient Administration ; on fe dit à chaque
page , la voix qui parle avec tant de reſpect
& tant d'amour des intérêts du peuple , eft
une voix qui fe fait entendre autour du
Trône.
(Cet Article eft de M. Garat. )
INSTRUCTION dreffée par la Commiſſion
du Clergé , fur la demande faite aux Bénéficiers
des foi & hommage , aveux &
dénombremens. A Paris , de l'Imprimerie de
Guillaume Defprez. - Défenfe des Droits
du Roi contre les prétentions du Clergé de
France , fur cette queftion : Les Eccléfiaf
tiques doivent- ils à Sa Majefté la foi &
hommage , l'aveu & dénombrement , ou des
déclarations de temporelpour les biens qu'ils
pofsèdent dans le Royaume. A Paris , de
TImprimerie de Louis Cellot , rue des
Grands Auguftins.
Il n'eft pas ordinaire de parler dans des
Ouvrages comme celui- ci , des queftions de
Jurifprudence qui s'agitent dans nos Tribunaux.
On doit cependant faire quelquefois des
exceptions à cette règle ; & la queftion des
foi & hommage du Clergé en réclame une
DE FRANCE. 27
particulière ; elle tient de toutes parts à notre
droit public ; & difcutée folemnellement devant
le Confeil du Roi par le premier Ordre
de l'État & la plus ancienne Compagnie de
Magiftrature , intéreffant la Nation entière ,
elle eft aujourd'hui un des plus grands objets
dont les Savans & les Politiques ayent à s'oc
cuper; mais s'il convient d'en parler ici , il
ne conviendroit pas de rien préjuger fur la
déciſion qui doit intervenir. Nous nous bornerons
à donner une idée très-fuccinte de
cette conteftation.
Rien n'eft plus compliqué que les règles
qui régiffent nos propriétés. Par la nature des
chofes , toutes les poffeffions , protégées par
l'union fociale , font foumifes à des devoirs
envers l'État . Delà les tributs , les impôts ,
qui font les fignes d'une utile dépendance , &
le gage de la sûreté dans la jouiffance de nos
fortunes particulières. Delà encore un devoir
de la fidélité dans le propriétaire qui affecte
la propriété même , parce que la violation
de ce devoir entraînant une peine , il eft plus
fimple , plus jufte & plus doux de frapper le
Citoyen dans fa poffeffion que dans fa perfonne
; mais par le régime féodal , qui s'eft
étendu fur prefque toute l'Europe , les terres
fe trouvent encore affujéties à une autre forte
de domination. Dans des temps où tous les
maux de la barbarie étoient encore augmentés
par ceux de l'anarchie , des hommes puiffans
ont envahi les poffeffions des foibles ; &
les foibles eux-mêmes , pour s'affurer une pro
Bij
28 MERCURE
,
tection , ont mis leurs terres dans la dépendance
de ces hommes fous lefquels on ne
trouvoit plus de sûreté : delà une domination
particulière , qui entraine aufli des tributs
des actes de foumiflion , des charges de différentes
natures , & même un dévouement du
vaffal au Seigneur ; les plus connus , les plus
univerfels de ces devoirs de la féodalité, s'appellent
l'aveu & le dénombrement , la foi &
Prommage. Aujourd'hui ces deux dominations
territoriales ne fe combattent plus ; l'une
eft entièrement fubordonnée à l'autre ; mais
elles marchent & concourent encore enfemble
, malgré toutes les chofes qui femblent
éteindre l'une pour donner à l'autre toute fa
force & fon poids. Elles fe réuniffent même
en dernier degré dans les mêmes mains. Le
fouverain unique eft le Suzerain univerfel.
Delà , dans plufieurs cas , une grande difficulté
de favoir fi les devoirs de la terre fe rapportent
au Souverain ou au Suzerain ; l'incertitude
des règles augmente encore par la contrariété
de leurs principes. Les principes qui règlent
les droits de la Souveraineté , naiffent du fond
de l'ordre focial , de la raifon éternelle , &
quelquefois des pactes qui ont été faits entre
les Princes & les Sujets ; ils font fimples &
précis ; mais les droits de la Suzeraineté font
arbitraires de leur nature ; ils font fondés fur
des ufages , des conventions qu'il faut aller
étudier dans les veftiges de ces temps où l'on
ne réduifoit rien en règles générales , où l'on
ne confervoit pas les titres , où tour reftoit
DE FRANCE. 29
dans la confufion. Il faut cependant faire un
choix entre des règles fi contraires ; & alors ,
par la force des ufages & de la poffeflion , c'eft
fouvent la loi de l'injuftice & de la barbarie
qui l'emporte & qui doit l'emporter.
Tel eft le choix qu'il s'agit de faire ici , en
confultant & en combinant les titres fur lefquels
le Clergé fonde la franchife qu'il réclame,
& ceux que les défenfeurs des droits du Domaine
lui oppofent.
Comme Sujets , les Eccléfiaftiques doivent
ferment de fidélité pour les bénéfices qu'ils
pofsèdent; le Clergé lui-même fait de ce principe
la bâfe de fon ſyſtême.
Mais doivent- ils en outre la foi féodale ?
Leurs biens font-ils des fiefs de leur nature ,
ou ont-ils pu refter des fiefs entre leurs mains?
Ne font- ils pas au contraire , par leur deftination,
ou par l'efprit & les formalités dans lefquels
ils ont été concédés à l'Églife , affranchis
de tous les devoirs féodaux ? Voilà la queſtion.
Toutes les parties qu'elle embraffe font parfaitement
pofées dans le Mémoire du Clergé.
L'Églife pofsède des dîmes qui n'ont au-
» cun rapport avec les mouvemens du Do-
» maine Royal , qui n'ont jamais été comprifes
dans les différentes ordonnances con-
» cernant les demandes de déclarations &
» dénombremens de biens , & qui ne peu-
» vent pas devenir l'objet d'une preftation
de foi & hommage.
و د
و د
(c
22
L'Églife doit être déchargée des foi &
» hommage pour les dîmes.
و د
Biij
30
MERCURE
"
» L'Églife poſsède des alleux & franc-alleux ;
>> les ordonnances reconnoiffent les poffeffions
d'alleux & franc-alleux dans le Royaume.
Les alleux & franc-alleux ne doivent
point la foi & hommage , qui n'eft dûe que
» pour les fiefs.
"
"
ود
Et les alleux & franc- alleux ne font ainfi
dénommés que pour les diftinguer des
biens qui font foumis aux droits féodaux.
L'Églife doit être déchargée des foi &
hommage pour tous les biens qu'elle pofsède
en alleu & franc-alleu.
ود
و د »L'Églifepofsèdedesbiensàtitredefranche
-aumône , & la franche - aumône eft
regardée par les féodiftes , par les coutumes
» & par les arrêts des Cours , comme un titre
» d'affranchiffement des droits féodaux.
ود
ود
و د
L'Églife doit être déchargée des foi &
hommage pour tous les biens qu'elle pofsède
à titre de fianche-aumône.
ود »L'Églifepofsèdedesbiensamortis.L'amor-
» tiffement a , de tous les temps , compris.
l'indemnité des droits Seigneuriaux .
Ce n'eft que depuis 1724 qu'on a dif-
» tingué dans les Domaines du Roi l'amortiffement
de l'indemnité.
وو
?>
و د
"L'amortiffement eft appelé , par les Féodif-
» tes même , l'affranchiffement de la loi du fief.
» Les recherches faites depuis deux cent
" ans , pour caufe d'amortiffement , n'ont eu
pour objet que les biens non amortis , &
» n'ont point eu pour objet la preſtation des
" foi & hommage des biens amortis .
DE FRANCE. 31
ور
ود
ود
L'Églife doit être déchargée des foi &
hommage pour tous les biens amortis .
› L'Églife ne pofsède aucuns biens anté-
» rieurs à 1700 , qui ne foient des dimes ou
» des alleux , ou franc-alleux , ou qui n'ayent
» été donnés à titre de franche-aumône, ou
" qui n'ayent été amortis.
ود
L'Églife doit être déchargée de la pref-
» tation des foi & hommage pour tous les
» biens qu'elle pofsède avant 1700.
و ر
و ر
و د
Il n'y a d'exception à faire que pour les
biens amortis , dont l'amortiflement con-
» tiendroit une réferve expreffe des droits
» féodaux & de la foi & hommage.
ود
ود »Cesexceptionsdoiventêtreinfiniment
» rares. L'Églife doit être déchargée pour
» tous les biens qu'elle poſsède avant 1700 ,
» excepté pour ceux dont l'amortifement
» réferve les droits féodaux.
و د
» On demande à qui appartient la preuve
» d'une exception qui doit être infiniment
» rare. La preuve incombe à la partie inté
reffée à prouver l'exception.
23
ود
ود
و ر
C'eft au Domaine à prouver qu'un bien
poffédé par l'Églife eft retenu dans fa mouvance
par le titre même de fon amortiffement.
,, Tel eft le véritable état de la queftion. »
Ce qu'il y aa dd''ééttrraannggee ,, cc''eefſtt que le Mémoire
pour la défenſe des droits du Roi attaque
, fans aucune reftriction , toutes ces propofitions
, & que ce font précisément les inverfes
qu'on y établit en principes.
Biv
32
MERCURE
Cependant , l'un & l'autre de ces Mémoires
eft plein de modération , de fagelſe , de dignité.
Tout y annonce , tout y repréſente les
deux auguftes Corps dont ils ont reçu la fanction
. Rien ne prouve mieux combien ces queftions
font difficiles à éclaircir & à décider.
Dans une conteftation de cette nature , les
confidérations politiques ne font pas fans influence.
Il s'en préfente deux ici.
Depuis l'édit de 1759 , la légiflation tend
à reftreindre les droits & les avantages du
Clergé plutôt qu'à les étendre . Doit -on encore
lui accorder un privilège particulier , & qui
diftingueroit fes poffeffions de toutes celles
du Royaume d'une manière fi utile & même
fi glorieufe ; car l'affranchiffement des devoirs
féodaux, fut toujours & doit être la plus belle
décoration d'une propriété?
D'un autre côté , ce privilège en eſt- il véritablement
un ? Ne dérive - t'il pas du droit
primitif & effentiel des Nations ? N'eft-il pas
la manière la plus naturelle de pofféder ? Dans
un temps de lumières , & lorfque tout tend à
détruire ce qui nous refte des inftitutions
féodales , n'eft- il pas heureux que le premier
Ordre de l'État ait trouvé le moyen de s'y
fouftraire ? Le foumettre aux loix du régime
féodal , ne feroit-ce pas renforcer cette bizarre
& funefte légiflation , qui , aujourd'hui ,
n'eft pas moins embarraffante pour le Souverain
, qu'onéreufe aux particuliers ? Ne
vaudroit- il pas mieux ici fe décider par ces
vûes politiques qui préparent ces heureuſes
DE FRANCE.
33
réformes , que par les vûes fifcales , qui ne
donnent des reffources momentanées qu'en
perpétuant les abus ?
Ces Mémoires , par leur objet & la manière
dont il eft traité , fappellent le Mémoire
publié l'année dernière pour la défenfe
d'une de nos Provinces , ( la Baffe -Navarre )
qui prétend être reftée jufqu'aujourd'hui dans
une allodialité entière , Ouvrage que l'on
peut appeler un excellent Traité fur cette
matière, où une difcuffion fupérieure donne
tout fon prix à la plus vafte érudition . Ceux qui
s'occupent de ces points de notre droit public ,
fentiront les rapports de ces difcuffions mieux
que je ne puis les indiquer.
Pour me renfermer dans le genre d'appréciation
qui convient à l'Ouvrage où j'écris ,
j'obferverai que ces Mémoires , pour & contre
le Clergé , fur lefquels je regrette de ne
pouvoir m'arrêter plus long-temps , font furtout
diftingués par l'ordre , la méthode , la
netteté des idées & le ftyle propre à de tels
Ouvrages .
La défenſe du Domaine offre plus de développemens
dans les recherches & fur les principes.
L'Inftruction publiée au nom du Clergé
a un mérite différent. Elle établit le véritable
état de la queftion que le Public n'avot pas
connu ; elle la rend nouvelle & intéreffante
par fon rapport avec les droits & la propriété
des Citoyens ; & des Mémoires plus étendus
femblent devenir inutiles par la préciſion
avec laquelle toute la caufe eſt embraffée
B v
34
MERCURE
& refferrée. On eft d'abord tenté de s'étonner
que l'Auteur de plufieurs autres Mémoires
pour la défenfe du Clergé , d'une grande éloquence
, celui d'une de nos plus belles Oraifons
Funèbres , celui d'un grand nombre de
Mandemens , où la plus belle morale eft préfentée
dans le ftyle le plus noble & le plus
touchant , qu'un Académicien plein de goût
& d'efprit , ait pu écrire fur un fujet qui excluoit
les qualités de talent qui lui font le
plus naturelles ; mais c'eft le propre du grand
talent de fe conformer toujours aux fujets
qu'il traite , & de ne paroître étranger à aucuns.
**
( Cet Article eft de M. de L. C. )
* On peut voir dans les procès - verbaux de l'Affemblée
du Clergé de 1780 , le Mémoire pour l'augmentation
des portions congrues , & celui pour
l'affaire des dîmes du Languedoc ; l'on fentira après
les avoir-lûs combien cet éloge eft mérité.
** On fait que cette Inftruction eft de M. l'Archevêque
d'Aix , Auteur de l'Oraifon Funèbre de Staniflas
, de celle de Madame la Dauphine , qui n'eft
inférieure à la première que parce que le fujet ne
préfentoit pas des événemens auffi propres à la
grande éloquence ; mais dans laquelle l'on trouve
toujours celle du fentiment & l'intérêt le plus .
touchant d'un grand nombre de Mandemens qui
mériteroient d'être recueillis , & de qui l'on a entendu
plufieurs Difcours à l'Académie Françoiſe ,
faits pour être vivement goûtés des Juges les plus
délicats & les plus févères . Cet illuftre Prélat doit
nous pardonner d'avoir rappelé quelques- uns de fes.
zitres au refpect & à l'admiration du Publie , puifque
nous n'en avons parlé que d'après l'opinion publi
que même
DE FRANCE. 35
ESSAI fur les Maladies des Européens dans
les pays chauds,& les moyens d'en prevenir
les fruits ; fuivi d'un appendice fur les-
Fièvres Intermittentes , & d'un Memoire
qui fait connoître une méthode fimple pour
defaler l'eau dela mer, &prévenir la difette
des commeftibles dans les Navigations de
long cours ; par Jacques Lind , Médecin
de l'Hôpital du Roi Charles Ier de Portfmouth
, & Membre du College Royal de
Médecine d'Édimbourg ; traduit de l'Anglois
fur la dernière Édition , publiée en
1777, & augmentée de notes, par M. Thion
de la Chaume D. M. , ancien Médecin des
Hôpitaux Militaires , employé en chef dans
les dernières expéditions de Mahon & de
Gibraltar , Correfpondant de la Société
Royale de Médecine , Penfionnaire du Roi.
2 vol . in- 12 . A Paris , chez Théophile
Barrois le jeune , Libraire , quai des Auguftins.
LE rang diftingué que le Docteur Lind
tient en Angleterre parmi les praticiens ; fa
réputation dans toute l'Europe ; les Éditions
multipliées des Ouvrages qu'il a publiés fur la
même matière , & le mérite du Traducteur ,
donnent , de l'Effai que nous annonçons, l'idée
la plus avantageuſe.
"
ود
" Les hommes , dit l'Auteur , qui quittent
le lieu de leur naiffance pour des pays
lointains , peuvent être affimilés à des végé
Bvi
36 MERCURE
ور
و د
» taux tranfplantés dans un fol étranger , où
» ils ne peuvent être confervés & accouturnés
qu'avec un foin extraordinaire , & la plus
grande attention : leur conftitution refpec-
» tive doit néceffairement éprouver quelque
changement à cet égard.
ور
» "
C'eft d'après cette réflexion que le Docteur
Lind a compofé fon Ouvrage : fon but eft de
faire connoitre les maladies qui régnent dans
certaines parties de l'Europe , de l'Amérique ,
de l'Afrique & des Indes Orientales & Occidentales
; de fixer celles qui font particulières
à chaque température ; de comparer les différens
degrés de falubrité que l'on y trouve ;
de prévenir les dangereux effets d'un nouveau
climat ; & enfin de donner les moyens les plus
efficaces de fe garantir des maladies qui font
le plus à craindre dans chaque habitation , ou
de les détruire par un traitement qui leur foit
propre.
Sa méthode, foit préfervative, foit curative,
eft fondée fur l'obfervation , & toujours établie
fur des faits inconteftables. Éloigné de
tout efprit de fyftême , l'Auteur n'avance rien
qui n'ait été confirmé par des épreuves réitérées.
La précifion , l'ordre & la clarté caractérifent
particulièrement l'Ouvrage que nous
annonçons , & ajoutent à fon utilité. Il laiffe
fi peu de chofes à defirer que , fuivant M. de
la Ch. , tous ceux qui , depuis fa publication ,
fe font exercés dans la même carrière , n'ont
fait que reproduire fes principes , & fouvent
fes propres expreffions. On voit dans les notes
DE FRANCE.
37
intéreffantes & inftructives du Traducteur
combien il s'eft lui - même affermi dans l'ef
time qu'il avoit conçue des obfervations de
l'Auteur , & avec quel avantage il s'en eft
fervi pour le falut des troupes confiées à fes
foins.
Сс
Employé , dit-il , dès le commencement
» de ma carrière à la médecine des parties
méridionales de l'Europe , j'ai toujours eu
lieu de me louer de l'application de fes
principes & de fa méthode. »
و د
و ر
ور
Un pareil aveu doit infpirer bien de la
confiance , quand il eft fait fur-tout par un
Médecin qui fe diftingue dans fon état , & qui
a mérité d'être choiíi pour être employé en
chefdans les dernières expéditions de Mahon
& de Gibraltar..
L'Auteur a joint à cet Effai deux Mémoires ,
dont le fujet eft auffi bien vû que préfenté :
l'un fur les Fièvres Intermittentes , & l'autre
fur les moyens de prévenir en mer les calamités
de la faim & de la foif.
Nous regrettons que la nature de ce Journal
ne nous permette pas d'entrer dans de
plus grands détails , nous aurions bien des
morceaux à citer , mais des extraits ne fuffiroient
pas pour faire apprécier l'Ouvrage , il
faut le lire tout entier . Nous invitons les gens
de l'Art à le méditer ; ils fauront certainement
bon gré à M. de la Ch. , déjà connu par plufieurs
Prix qu'il a remportés à la Société Royale
de Médecine , d'avoir fait paffer dans notre
langue un Ouvrage auffi utile , & d'avoir en38
MERCURE
richi fa Traduction de beaucoup de notes excellentes
, qui annoncent de grandes connoiffances
, & cet efprit d'obfervation fi effentiel
à un Médecin.
LA Morale des Rois , puifée dans l'Éloge
du Père du Peuple , pour fervir de fuite à
la Collection des Moraliftes , par le Rédacteur
de la Morale de Moïfe.
Le Peuple étoit heureux , le Roi couvert de gloire .
›
A Stockholm , & fe trouve à Paris , chez
la Veuve Duchefne , Belin , Guillot
Regnault Libraires , rue S. Jacques ;
Mérigot le jeune , quai des Auguftins ;
Bailly , rue S. Honoré , Efprit , Hardouin ,
au Palais Royal ; l'Eſclapart , Pont N. D.
LA MORALE DES ROIS : voilà un grand
titre , & qui promet de grandes choſes.
Quid tanto feret hic promiſſor hiatu ?
Nous ne prétendons pas accufer l'Auteur
d'avoir voulu , comme tant d'autres , tromper
fes Lecteurs par cette espèce de char :
lataniſme dont on abuſe plus que jamais.
Nous croyons feulement , avec Voltaire ,
qu'un Ecrivain, doit fe garder de trois chofes
, du Titre , de l'Épître Dédicatoire &
de la Préface. L'affiche de fon Ouvrage eft
1
DE FRANCE. 39
un peu faſtueuſe , & doit le paroître d'autant
plus que l'Auteur ne tient pas fa promeffe.
Ce qu'il appelle la Morale des Rois
n'eft qu'une efquiffe ébauchée & diffufe de
l'Éloge de Louis XII , propofé pour prix
d'éloquence par l'Académie Françoife. On
feroit en droit néanmoins d'attendre un
code de morale pratique pour le Trône ,
puifé dans les Ouvrages des Monarques Philofophes
. L'âme de Marc- Aurèle , les hautes
qualités de Staniflas , d'Alfred , leurs talens
& leurs vertus font des objets immorrels
d'étude pour les Rois , & d'admiration
pour les autres hommes. Il eft vrai que dans
un Poft -fcriptum l'Auteur avoue qu'il n'a
voulu que préfenter le tableau des vertus
du Père du Peuple ; il convient même du
défaut de méthode & de concifion qui rend
la lecture de fon Livre vague & fatigante .
On ne peut d'ailleurs qu'applaudir à fes intentions
patriotiques , honnêtes & louables .
Voici comme il s'exprime lui-même fur fon
Ouvrage.
"
"
Militaire , Citoyen , père de famille
j'aime autant reconnoître l'infuffifance
réelle de mes talens , que de rejeter for
la multiplicité non moins réelle de mes
devoirs , de mes affaires & de mes courfes
, les palpables & nombreufes défec-
» tuofités de cet Ouvrage , qui demandoit
» une tranquillité d'efprit & de pofition
"2
"
dont le ciel n'a pas encore daigné m'ac-
» corder la jouiffance ni même l'eſpérance.
40 MERCURE
"
"
Cependant, au milieu de cette continuité
d'embarras fans ceffe renaiffans & variés
» à l'infici , dont l'apperçu trouvera grâce ,
auprès du Lecteur ami de la candeur &
» de l'ingénuité , je crois avoir foigné ce
petit volume , de manière qu'on n'y trouvera
, foit dans les récits , foit dans les
» réflexions , rien de contraire à la vérité ,
» que je mers au- deffus de tout , puiſqu'elle
feule eft la fource des lumières & des
"
"
» vertus. "
L'amour que l'Auteur a voué à la vérité ,
nous perfuade qu'il ne nous faura pas mauvais
gré d'avoir ofé en être l'organe . Si nos
remarques lui paroiffent févères , nous le
prions d'obferver qu'il n'en eft que l'occafion
; nous avons pour but de prémunir un
grand nombre de Littérateurs d'une manie
qui eft trop commune. D'ailleurs , il convient
lui même que fa diction eft extrêmement
diffufe , & le Lecteur a pu s'appercevoir
, par la citation précédente , que les
phrafes de l'Auteur font prefque toutes des
périodes à longue queue interminables.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICES.
Les Aventures de Télémaque , par Fenélon , 2 vol .
4°. De l'Imprimerie de MONSIEUR . A Paris ,
chez P. Fr. Didot jeune , Imprimeur ; Barrois l'aîné ,
Eugène Onfroy , Théophile Barrois le jeune , tous
quatre quai des Auguftins , & Delalain jeune , rue
S. Jacques.
Les Éditeurs de cet Ouvrage , retardés par des
obftacles imprévus & inévitables , n'ayant pu le livrer
au terme annoncé par leur Profpectus , le font réduits
à ne demander qu'une fimple foumiflion fans
aucune avance .
Nous avons annoncé , avec des éloges juſtifiés
par le fuccès , les éditions de M. Didot l'aîné ; le
même efprit d'équité nous impofe un devoir que
nous rempliffons avec joie , celui d'être également
juftes envers M. Didot le jeune . Une noble émulation
, qui ne peut que tourner au profit de l'Art , lui
fait depuis long-temps tenter les plus heureux efforts
pour acquérir des droits à la même reconno flance.
La beauté du papier & du caractère de cette éd tion
doit lui mériter de grands éloges ; & nous ne doutons
point que l'accueil da Public ne l'encourage à
concourir à la perfection d'un Art qui devra tant à
fa famille.
Les figures , deffinées par M. Monnet , & gravées
par M. Tilliard , n'ayant pas été tirées fur du papier
vélin d'Annonai , la nuance & le grain du papier fe
font trouvés fi oppofés , qu'on a cru devoir y renoncer.
On en a fait deffiner d'autres par M. Moitte ,
qui font gravées au lavis par M. Parifot , & tires
42 MERCURE.
fur papier vélin. On peut s'en procurer des épreuves
chez M. Didot jeune ; on en trouvera auffi de coloriées
& de peintes à la gouache ; mais pour l'un ou
l'autre exemplaire de ces dernières , il eft néceffaire
de fe faire infcrire. Il a été tiré quelques exemplaires
du Télémaque fur vélin , auxquels on peut joindre
les figures peintes à la gouache auffi fur vélin.
TABLEAU Hiftorique & Chronologique de toutes
les Rédemptions qui ont été faites par MM. les Chanoines
Réguliers de la Ste Trinité , dits Mathurins,
depuis leur origine juſqu'à nos jours , avec un Précis
fur S. Jean de Matha & S. Félix de Valois , leurs
Fondateurs , & les détails de chaque genre de fupplice
qu'on a coutume d'employer contre les Chré
tiens en Barbarie . in - 4 ° . A Paris , chez Leroi , Libraire
, rue S. Jacques.
Ce Tableau , intéreffant par lui - même , le devient
encore plus dans un moment où Paris, témoin du ſpectacle
de tant de prifonniers dont on a brifé les fers ,
partage fa fenfibilité entre la pitié qu'excitent leurs
infortunes paffées , & l'admiration que méritent
leurs Libérateurs.
CHANSONS nouvelles de M. de Piis , Ecuyer ,
Secrétaire- Interprête de Mgr. Comte d'Artois. A
Paris , de l'Imprimerie de Ph . D. Pierres , & fe trouve
chez l'Auteur , rue Copeau ; la Veuve Duchefne ,
rue S. Jacques ; Brunet, rue de Marivaux ; Hardouin,
au Palais Royal ; Bailly , rue S. Honoré , Lejay ,
rue Neuve des Petits Champs ; & à Bordeaux , chez
les Frères Labottière .
Nous avions annoncé le Profpectus de cet Ouvrage
comme une promeffe qui feroit agréable au
Public. Notre préjugé fe trouve juftifié par le premier
Numéro. Nous nous empreffons d'en louer
l'exécution Typographique , qui eft remarquable
DE FRANCE: 43
par la beauté du caractère & du papier , & le mérite
des Gravures , qui font faites avec beaucoup de
foin , & qui répondent à la réputation de leur Auteur
, M. Gaucher.
Nous parlerons au premier jour du mérite des
Chanfons , que nous ferons connoître avec quelque
détail.
LE Lévitique expliqué d'après les textes primitifs ,
avec des Differtations & des Réponses aux difficultés
des Incrédules , par M. l'Abbé du Content de la
Molette , Vicaire- Général de Vienne. 2 vol. in- 12.
Prix , 5 liv . br. , 6 liv . reliés. A Paris , chez Moutard
, Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins , hôtel
de Cluni.
Cet Ouvrage eft rédigé avec beaucoup de clarté ,
& il annonce de la part de l'Auteur une grande étendue
de connoiffances.
NOUVEAU choix des Caufes Célèbres , 15 vol.
in- 12 . par Soufcription , Prix , 45 liv. reliés , & 371.
10 fo's br.
La Soufcription de cet Ouvrage curieux & intéreffant
, dont le feptième Volume vient de paroître ,
eft toujours ouverte , à la même adreffe que ci- déffus.
En payant la Souſcription en entier , on reçoit les
volumes à mesure qu'ils paroiffent . Il en paroîtra un
de mois en meis.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires Particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France , Tome 9 ,
contenant les Mémoires d'Olivier de la Marche. A
Londres , & fe trouve à Paris , rue d'Anjou Dauphine,
No. 6.
Il paroît régulièrement chaque mois un volume
de cette importante & utile Collection . Le prix de la
Soufcription pour 12 vol . à Paris , eft de 48 liv. , ou
44 MERCURE
de 24 liv. pour la demi-année . Les Soufcripteurs de
Province payent de plus 7 liv . 4 fols , à caufe des
frais de pofte.
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames , Mélanges.
Tome 4. Même adreffe que ci - deffus.
>
Nous avons parlé avec de juftes éloges de cet intéreffant
Ouvrage. Il en paroît deux volumes par
mois brochés , ou reliés en veau fauve ou écaillé ,
& dores fur tranche , avec ou fans le nom de chaque
Soufcripteur , imprimé au frontispice de chaque volume.
La Soufcripuon pour les 24 volumes reliés eft
de 72 liv. , & de 54 liv . brochés . On ne peut foufcrire
que pour la demi année . Les Soufcripteurs auxquels
on ne peut les envoyer par la pofte que brochés
payent de plus 7 liv. 4 fols pour l'année entière ,
3 liv. 12 fols pour la demi-année.
ou
JUGEMENT d'un Muficien fur le Sallon de
Peinture de 1785. A Amfterdam ; & fe trouve à
Paris , chez Quillau l'aîné , Libraire , rue Chriftine ,
& chez les Mar hands de Nouveautés.
L'Auteur laiffe aux Peintres à juger de la diftribution
plus ou moins heureufe des lumières , de la
jufteffe des contours , du grouppement & du balancement
des figures , des tons plus ou moins argentins
, & ne s'attache uniquement qu'à l'efprit des cho
fes. Il eft effentiel que quelqu'un fe charge de cette
partie intéreffante , trop négligée par les Artiftes . Il
examine enfin ce qu'un Artifte-n'examineroit pas.
par
L'ART de former l'Homme , Ouvrage commencé
fous le titre de Cours de Latinité , par Thomas-
Ignace de Vaniere , achevé & dédié au Roi
Pierre-Antoine de Vaniere fon fils , ancien Chanoine
de la Cathédrale de Vabres , & Prieur de
Saint-Jean- Baptifte de Pomeirols , quatrième EdiDE
FRANCE. 45
tion , remife en ordre , corrigée & augmentée , avec
la Vie & le Portrait de l'Auteur , fix Volumes in-
8 °., propofés par foufcription. A Paris , chez l'Autear
& Editeur , Place du Carioufel , près de l'Hôtel
du Roi.
La première Partie de cet Ouvrage , imprimée
déjà pluſieurs fois fous le titre de Cours de Latinité ,
a obtenu une eftime univerfelle & méritée.
Le Continuateur a fuivi le pian. de l'Auteur , qui ,
fous un titre fimple , avoit caché le projet de donner
un Traité complet d'Education , ce qui juft fie
le nouveau titre donné à l'Ouvrage .
Soufcription En foufcrivant , 15 liv .; en recevant
le premier Volume , qui traitera de l'Education
en général, 4 liv.; en recevant le fecond , qui
commencera le Recueil , & qui traitera du Spectacle
de la Nature , 4 liv. ; en recevant le troisième , qur
traitera des Devoirs , 4 liv . ; en recevant le quatrième
, qui traitera des Arts & des Sciences , 3 liv.;
en recevant le cinquième , qui traitera des Paffions ,
3 liv.; en recevant le fixième , qui en formera
deur, & qui contiendra le Recueil des Auteurs facrés ,
& la partie des principes des Langues , 3 livres.
Total , 36 livres. Ceux qui n'auront pas foufcrit
payeront 45 liv.
On foufcrira chez l'Auteur & Editeur , & on fera
libre de foufcrire jufqu'à la livraiſon du premier
Volume , qui paroîtra auffitôt que le nombre des
Soufcripteurs fera fuffifant ; mais on ne paffera pas
le premier Janvier 1786. On diftribuera les autres
Volumes de fuite , de trois en trois mois . On prie le
Public d'obferver que l'impreffion du Recueil devient
fort chère par la différence des caractères qui le
compofent, & par les lettres & les chiffres dont il eft
chargé. Les deux Volumes fe font vendus jufqu'ici
21 liv. Il eſt aiſé de voir dans le prix de tout l'Ou46
MERCURE
vrage combien l'on cherche à faire triompher le
zèle qui l'a conçu .
RAPPORT fait par MM. les Commiffaires nommés
par la Faculté de Médecine , pour l'examen des
Eaux d'Enghien , au- deffous de l'étang de Saint-
Gratien.
Voici comment le réfument les Commiffaires de
la Faculté : Nous croyons pouvoir conclure de la
nature connue de ces eaux qu'elles peuvent produire
des effets très -falutaires dans plufieurs maladies
chroniques ; qu'on a lieu d'attendre qu'elles feront
apéritives , atténuantes , incifives , déterfives : qu'elles
pourront convenir dans les affections pforiques , les
paralyfies & les ulcères internes ; nous favons même
qu'on en a fait ufage avec quelque fuccès dans plufieurs
affections de cette efpece ; qu'elles ont paru ,
lorfqu'on les a prifes avec les précautions & les ménagemens
convenables , porter à la peau , & exciter
des fueurs abondantes .
La diftribution de ces eaux le fait à la fontaine &
dans tous les dépôts où le débitent les nouvelles eaux
minérales de Paffy : favoir , à Paris , chez M. de
Pene-Tancoigne , Apothicaire , fucceffeur de M.
Boulduc , rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, & chez MM. Cadet & Derofne , Apothicaires
, rue Saint Honoré ; à Verfailles , chez M.
Colombot , Apothicaire , fucceffeur de M. Corion ;
à Saint Germain , chez M. Gros , Apothicaire ; & à
Paffy , aux nouvelles eaux minérales on pourra
même les y boire dans le jardin.
On les donnera gratis aux pauvres à la fontaine ,
ainfi qu'on l'a toujours fait pour les nouvelles eaux
de Paffy , mais fur le certificat figné d'un Médecin
ou d'un Chirurgien , ou du Curé de leur Paroiffe ,"
qui porte la quantité dont ils ont befoin , & qu'ils
font hors d'état de les payer.
DE FRANCE.
47
NOUVEAU Plan de Géographie méthodique &
univerfelle difpofée par tablettes & colonnes qui défi
gnent par divifion les Royaumes , Provinces , Com
tés , les Villes , leur claffe , leurs Jurifdictions Civile
, Eccléfiaftique , leur climat , leur commerce
&c. , leur longitude , leur latitude , Ouvrage fuivi
d'un Traité de la Sphère à la portée de tout le monde,
& principalement de ceux qui ne peuvent s'adonner à
l'étude des Mathématiques ; par M. Baignoux. A
Paris , chez Royez , quai des Auguſtins , à la deſcente
du Pont Neuf.
y
Cet Ouvrage , qui n'eft qu'une Nomenclature ,
remp it affez bien fon titre ; il n'eft point ſuſceptible
d'être lû de fuite , mais on peut y avoir recours , &
les Villes font claffées avec affez de jufteffe ; fi
l'Auteur entreprend jamais un grand Ouvrage de
Géographie , que celui-ci paroît ne faire qu'annoncer,
comme le porte le titre , nous l'exhortons à
revoir avec fcrupule les obfervations qu'il a faites.
fur chaque Ville en particulier ; nous en avons
remarqué quelques- unes qui manquoient d'exactitude
; nous citerons l'article de Montpellier. L'Auteur
dit , en parlant de cette Ville , le Merdanfon
qui l'arrofe paffe dans plufieurs endroits de la
» Ville par des canaux fouterrains. » Le ruiffeau
qui paffe bien hors la Ville s'appelle le Verdanfon ,
& non le Merdanfon; ce ruiffeau ne paſſe dans aucun
endroit de la Ville , mais elle eft percée prefque
dans toutes les rues de canaux fouterrains par lefquels
les immondices s'écoulent , & vont à près d'un
mille fe jeter dans le Verdanſon.
Le Traité de la Sphère qui fuit le Plan de Géographie
eft clair & méthodique ; & quoiqu'il ne contienne
rien de particulier & de nouveau , nous
croyons que les Perfonnes qui veulent acquérir une
connoiffance auffi utile & auffi agréable que celle du
Systême du Monde , & qui ne peuvent fe livrer à
48.
MERCURE
l'étude des Mathématiques , liront ce Traité avec
fruit .
*
NUMEROS 9 & 10 du Journal de Clavecin , par
les meilleurs Maîtres. Prix féparément , 3 liv chaque
abonnement , Is liv franc.
port
37 à
- Numéros
42 du Journal de Harpe , par les meilleurs
Maîtres. Prix féparément , 12 fols ; abonnement ,
15 liv. franc de port pour 2 Livraiſons , qui ſe
font chaque Dimanche. A Paris , chez Leduc , au
Magafin de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule ,
à la Croix d'or , No. 6 .
NUMEROS 47 à so des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Il paroît une
Feuille pour chacun de ces Inftrumens tous les
Lundis. Prix ,' 1 liv. 4 fols. A Paris , chez Coufineau ,
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies ,
& Salomon , Luthier , place de l'Ecole
ERRATA du N*. 44.
Pag. 239 , ligne 18 , vâes politiques ; lifez : rêves politiques .
TABLE.
1
BOUQUET à Mme de Beau - Inftruction dreſſée par la Comharnais
,
A Mme Guiard ,
3 miffion du Clergé ,
26
6 Effaifur les Maladies des Européens
dans les pays chauds , La Reine & la Bergère , Fable
,
ib.
Charade, Enigme & Lego La Morale des Rois ,
gryphe ,
Mémoirefur les Corvées ,
8 Annonces & Notices ,
10
35
38
41
J'AI
APPROBATION.
AI lu par ordre de Mgr. le Garde- des-Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 5 Novemb . 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 4 Novembre 1785. R AULIN.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 12
NOVEMBRE 1785.
PIECES FUGITIVES.
EN VERSET EN PROSE.
LE SINGE ET LE PETIT- MAITRE
Conte.
MON Conte eft vrai , point moral ; je détaille
Ce que j'ai vû , Lecteur ; voici le fait :
Un Petit- Maître , aufli riche
que
laid ,
Avoit un Singe à - peu- près de fa taille ;
Ne penfez point que mon Apollon raille ,
On les eût pris pour deux fières de lait.
Le Singe , lui qui n'eft pas le plus bête ,
Voyant fon maître heureux , libre , fêté,
Veut l'être auffi , veut vivre en liberté ,
Et qu'au logis on le lorgne , on le fête
Dès le foir même. Or voici le comment:
N°. 46 , 12 Novembre 1735. C
So
MERCURE
Le drôle attend que Monfieur Damis forte
De fa toilette ; il connoît chaque porte
Et chaque trou de chaque appartement.
Et garderobe & bouge , en un moment
Tout eft ouvert , fouillé : rapidement
Il vous faifit un frac couleur de rofe ,
Vefte brodée en perles & brillans ,
Bas carmélite aux coins fleuris & blancs ;
Et le voilà qui fe métamorphofe.
Deux beaux cordons , de breloques chargés,
Sur les gouffets deſcendent allongés ;
Il fe parfume , il fe poudre , s'arrange
Du mieux qu'il peut ; confulte fon miroir ,
Et fort content de fa figure étrange ,
Pimpant & fier, il fort de fon boudoir.
N'oublions pas qu'uné cravate énorme ,
Dont les deux bouts paffent dans un anneau
Entortilloit le cou du Damoiſeau ,
Et qu'il couvrit fon chef d'un grand chapeau
Gris , rabartu , d'une bizarre forme ;
Un petit jonç badine dans ſa main ,
Qui fait briller un diamant très fin
Mis à fon doigt. Bref , des pieds à la tête
Il avoit l'air du Jumeau d'Adonis ;
Ou tel Imbert nous conte que Pâris
Se pomponoit pour aller en conquête,
C'est en conquête anfi que veut aller
Mons fagotin. Il vole s'étaler
DE FRANCE.
Dans un fauteuil avant que l'affemblée
Soit , pourjouer , au fallon raffemblée ;
Et là , croifant fes jambes fans façon ,
Faifant femblant de lire le Mercure ,
De déchiffrer quelque charade obfcure ,
Tirant Ta boîte & croquant un bonbon ,
Il vous jouoit fi bien le petit maître ,
Il en avoit fi bien l'air & le tour ,
Qu'en arrivant , & grâce au demi-jour ,
Chacun prenoit le Singe pour le Maître.
J'approuve affez fon burleſque projet ;
Il a l'air riche , il fera de l'effet.
Plus d'une mère , à l'éclat dont il brille ,
En admirant fa vefte & fes bijoux ,
Difoit tour bas , quel bonheur fi ma fili :
Se nantiffoit d'un fi charmant époux !
Tout bas aufli , mainte jeune pucelle ,
Faifant jouer de côté la prunelle ,
Semble fe dire : « Il n'eft certes pas beau ;
» Mais il eft bon. ( Quelle riche dentelle ! )
» Pour un mari. ( C'eſt dans le goût nouveau
Qu'il eft vêtu. Dieux ! que fa bague eft belle ! )
» Cent mille francs de rente ! Oh ! oh ! oh ! oh !
» Je veux l'avoir plutôt que telle & telle.
»
33-- Mais c'eft un fot. ―
N'importe , Il a de l'or
» Impunément il peut être un butor. >>
Je dis ici ce qui trotte dans l'âme
D'une femelle, ou fille , ou veure , ou femme,
C4
-MERCURE
L
J'en connois une , oh ! mais une fans plus ,
Indifférente à l'appât des écus ,
Et qui préfère un amant doux & fage ,
Laborieux , actif & plein c actif & plein d'amour ,
A ces veaux d'or de finance & de Cour ,
Dont le palais n'eft qu'un antre fauvage ;
De qui l'Hymen n'eft qu'un trifte efclavage ,
Sans nul bonheur ni la nuit ni le jour.
Mais revenons au héros de mon conte.
2
Tandis qu'ainfi , par une avare erreur ,
Un fexe vain , dans le fond de fon coeur
Le convoitoit ; Damis arrive , monte,
Entre au fallon , & fe trouve en entrant
Là……….. nez à nez avec Monfieur Bertrand,
Figurez-vous , s'il fe peut , la furpriſe
Et les régards des deux brillans acteurs ;
Figurez- vous la plaiſante mépriſe
Où quelque temps furent les fpectateurs......
Calot peut feul buriner cette fcène :
Damis enfin reconnoît , non fans peine,
Son Singe.... ô ciel ! il cède à fon courroux ,
Lève ſa canne..... & le magot en garde ,
De fon côté montre les dents , regarde
Très fièrement , prêt à rendre les coups :
Leur attitude eft vraiment théâtrale ;
Un rire fou circule dans la fale;
Mais le cadet la porte regardant ,
Craignant enfin d'avoir les étrivières
DE FRANCE.
ود
"
ود
و د
Saute , détale & gagne en gambadant ,
Tout habillé , les plus hautes goutières,
AUROIS- JE peint ici vos fentimens ,
Sexe adoré ! non , non , je dois le dire ,
De vains dehors ne fauroient vous féduire :
Vous choififfez fi bien tous vos amans !
(Par M. Bérenger. )
LETTRE de Madame la Marquife
D'A *** à ſa Soeur.
MON rhume s'obftinant à me retenir
dans ma chambre , je me hâte de vous
» écrire , ma foeur , pour diffiper votre erreur.
» Vous vous méprenez au motifde mes quef-
» tions à Juftine , & fur l'efpèce de mécon-
» tentement dont elle a mal inteprêté la
caufe. En lui remettant cette immenfité de
jolies bagatelles , que vous paroiffiez fi iinpatiente
de recevoir , j'ai montré , non du
» mécontentement , mais une extrême furprife
d'apprendre qu'elles étoient toutes
deftinées à votre propre ufage. La fin de
» votre lettre m'a fait une impreffion plus
défagréable encore. Comment pouvez-
» vous , ma chère amie , me conter avec tant
» d'indifference le malheur d'une jeune perfonne
, votre compagne depuis un an ,
» dont vous fembliez rechercher la fociéré.
» Que je crains de découvrir une trifte vérité!
"3
و د
و د
&
C iij
54
MERCURE
"
30
J'en ai long - temps rejeté le foupçon ;
» mais vos lettres , vos difcours , votre con-
» duite le font toujours renaître. Je le dis à
» regret , je vous vois difpofée à devenir trèsperfonnelle.
Sans mettre fous vos yeux la
" foule des inconvéniens , fuite ordinaire de
» ce naturel haïffable , je vous exhorte à
>> vous occuper férieufement du foin de corriger
en vous ce penchant à vous aimer
» trop , à n'aimer que vous - même. Soyez
» sûre , ma foeur , qu'il détruit en nous toutes
» les fources du bonheur. Jeune , jolie , riche.
» Dans fix mois , temps du retour de votre
» mari , vous quitterez le couvent pour -habiser
avec lui, partager les honneurs dûs à
» fon rang, & les plaifirs qu'une grande fortune
permet de fe procurer. Mais fi votre
» coeur eft fermé à cet intérêt qui lie , attache
, unit les humains entre-eux , feule au
» milieu de la fociété , vous n'éprouverez au-
93
cune des fenfations vives & flatteufes qui
» nous font chérir notre exiſtence . Madamede
» M*** m'a fi fouvent demandé des détails
fur la Comteffe de C *** , que j'ai
profité de mon féjour forcé chez moi pour
» les écrire. Je les mets fous votre enveloppe.
» Avant de les donner à Madame de M ***.
lifez- les , ma chère , avec attention . Réfléchiffez
fur le caractère de la Comteffe , &
faites de continuels efforts fur vous-même
» pour qu'il ne foit jamais le votre. »
ود
גכ
"
, H *** de V ***, fille d'un homme attaché
à la Compagnie des Indes , & d'une riche
DE FRANCE.
55
Créole , perdit fa mère dès fa troiſième année.
Son père conçut pour elle une affection fi
tendre , que la crainte de lui caufer le plus
léger déplaifir le foumettoit à toutes les volontés.
Il lui laiffa la liberté de fuivre fes penchans
, de fe livrer à fes goûts , à ſes fantaiſies ;
on n'ofoit la reprendre ni la contrarier. A
douze ans elle diſpoſoit à fon gré des immenfes
revenus de fon père , & ne trouvoit
jamais d'oppofition à l'uſage qu'il lui plaiſoit
d'en faire.
Après une longue réfidence dans l'Inde ,
Monfieur de V *** revint en France , avec le
deffein d'employer une partie de fes richeffes à
donner un état brillant à fa fille , en l'upillant
à un homme dont la place ou les titres lui procuraffent
à lui-même une forte de confidération
, que la fortune n'affure pas toujours.
Ce projet, communiqué à celle qu'il devoit
intéreffer , lui plut d'abord ; mais en acquérant
des lumières fur les coutumes établies ,
elle ceffa de l'approuver; & dès les premiers
mois de fon fejour à Paris , elle montra beaucoup
de répugnance à former des liens qu'elle
trouvoit pénibles & affujettillans.
Blonde , blanche , bien faite , affez jolie ,
Mademoiſelle de V *** pouvoit infpirer de
rendres fentimens ; mais haute , impérieuſe
vaine de fon opulence , elle daignoit à peine
abaiffer fes regards fur la fouled'amans empreffés
à lui plaire. Accoutumée à la foumiffion des
efclaves de l'Inde , à voir fes moindres fignes
entendus & obéis , elle ne s'appercevoit ni
Civ
$6 MERCURE
des foins , ni des attentions , ou s'en voyoit
l'objet avec indifférence. Ardente à fatisfaire
fes goûts , elle ne s'occupoit jamais du plaifir
des autres , & montroit dans toutes les occa
fions ce naturel exigeant , cette humeur per
fonnelle fi choquante , fi propre à révolter
ceux même qu'aucun intérêt n'engage à s'en
plaindre .
Ce caractère éloigna de Mademoiſelle de
V*** les perfonnes qui avoient recherché fon
amitié, mais il ne rebuta pas les prétendans à fa
fortune. Elle vit où tendoient leurs affiduités ,
& s'affermit dans la réfolution de refter libre.
Bleffée des conventions ordinaires , des ufages
reçus , il lui paroiffoit imprudent d'abandon→
ner fes biens à la difpofition d'un homme ,
autorifé par la loi à s'en réferver la jouiffance,
à régler la maifon , borner la dépenfe de la
femme qui l'enrichiffoit , à mettre au nombre
de fes droits fur elle le pouvoir de lui impofer
des privations , quand il ofoit prodiguer,
fouvent dilliper la fortune qu'il lui devoir ,
pour contenter fes propres fantaiſies . Les circonftances
aidèrent Mille de V *** à rejeter
tous les partis offerts à fon choix. Son père
avancé en âge , fouvent malade , la preffoit
moins de fe marier ; la préfence de cette fille
chérie le confoloit dans fes fouffrances , & fes
foins les adoucifloient. Deux ans après fon
retour en France , une violente attaque de
goutte termina fa vie. Par fes difpofitions , il
rendit fa fille abfolument maitreffe d'elle→
même & de toute la fortune.
DE FRANCE.
57
Trop jeune pour tenir une maiſon , elle fe
fit meubler un appartement à l'Abbaye de
T *** , où elle connoilloit une Religieufe ,
c'étoit Madame de Ch*** , foeur du Comte de
Cezane , fille aimable , douce , indulgente ; capable
par la bonté de fon naturel de ne pas
s'appercevoir des défauts de fes amies , ou de
les fupporterfans dégoût & fans impatience. En
entrant à l'Abbaye , Mademoiſelle de V ***
annonça le deffein formé d'y attendre l'âge où
la bienféance lui permettroit de vivre dans le.
monde , & d'y vivre fans engagement .
Une déclaration fi préciſe ne laiffa aucun
eſpoir de vaincre fon averfion pour le mariage.
On ceffa de prétendre à fa main , & de l'importuner
par d'inutiles inftances . Elle conferva
au dehors une partie de fes gens & de fes
chevaux , tint une table délicate , y admit les
Dames de la maifon qui defirèrent d'y pren--
dre place , fe conduifit avec beaucoup de prudence,
fortit rarement , n'abuſa point de fon
indépendance ; & fi fon humeur altière la
rendit défagréable au plus grand nombre des
compagnes de fa retraite , la décence de fes
moeurs & la régularité de fa conduite lui attirèrent
l'eftime de celles même qui ne l'aimoient
pas.
Mademoiſelle de V *** étoit au couvent
depuis près de deux ans , & paroiffoit nepas fonger
à rentrer dans le monde quand elle apprit le
défaftre du Comte de C ***. Elle l'avoit vû
plufieurs fois chez fon père , où mon mari , lié
avec Monſieur de V *** par quelques affaires
C vj
MERCURE
d'intérêt , y menoit fon ami , dans le deffein
peut-être de déterminer en fa faveur le penchant
d'une jeune perfonne dont il ignoroit
les fecrettes difpofitions. Elle le connoiffoit
trop peu , & n'étoit pas affez fenfible pour
prendre part à fon malheur ; mais les larmes
& les gémiffemens de Madame de Ch *** la forcèrent
de s'en occuper. Cette tendre foeur ,
dont toute la félicité fe bornoit à recevoir les
vifites du Comte & les marques fréquentes
de fon amitié , alloit le perdre , il s'éloignoit
à jamais ; & la vive douleur que lui caufoit
la certitude de ne plus le voir , s'aigriffoit encore
par l'idée de l'état déplorable où il fe réduifoit
& du trifte féjour où il fe condamnoit
à paffer le refte de fa vie.
Louis-Augufte de Ch *** , Comte de C***,
âgé d'environ quarante-fix ans , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , diftingué par
l'ancienneté de fa Maiſon , par ſes talens militaires
& par des qualités vraiment eftimables,
jouiffoit d'une grande confidération & d'une
fortune très- aifée. Plus de la moitié de cette
fortune confiftoit dans le revenu de deux
Terres léguées à ſon père au préjudice d'un
héritier plus proche. Les moeurs , le caractère
& la mauvaife conduite de ce parent avoient
irrité le teftateur , & fixé fa tendreffe fur un
fujet plus digne de fa bienveillance.
Dès le temps où cette fucceflion inattendue
doubla la fortune du Marquis de C*** , cn
l'avertit que des formalités oubliées pouvoient
donner atteinte aux difpofitions faites en fa
DE FRANCE. 59
faveur , il négligea cet avis & mourut fans
avoir pris aucune mefure pour allurer fa poffeflion.
Le Comte , fon fils , ignora cette particularité
, ou n'y fit point d'attention. Ce parent
exclus du teftament , fans bien , fans amis ,
fans crédit , ne devoit caufer aucune inquiétude.
En effet cet homme , hors d'état d'avancer
les frais néceffaires à l'éclairciffement de
fes droits , fe contenta de fe maintenir dans la
faculté de les réclamer un jour , en paffant annuellement
des proteftations ufitées en pareil
cas.
Malheureuſement pour le Comte de C ***
cet homme mourut , & légua fes droits à un
neveu de fa mère. Cet héritier ayant des fonds
& de la protection , commença le procès , le
pourfuivit avec chaleur , & le mit en peu de
tems en état d'être jugé. Il ne s'éloignoit pas d'un
accommodement ; mais Monfieur de C ***,
confeillé par des gens intéreffés à lui faire
fuivre la caufe , s'y refufa , plaida , perdit. Fut
condamné à la reftitution des fruits perçus
depuis vingt ans , fe vit chargé d'une dette immenfe
, & de toutes celles contractées pendant
le cours de cette vaine & ruineuse défenfe.
Honnête & courageux , Monfieur de € ***
n'hésita point à facrifier le refte de fon bien
pour s'acquitter. Il fit eftimerfon hôtel , ſes maifons
de ville & de campagne , tous les effets ;
réfolu de fe retirer au fond du Poitou , dans
une Métairie qu'il avoit autrefois donné à vie ,
& dont la mort récente du poffeffeur lui ren-
Cv
MERCURE
doit la propriété. Il ne fe referva rien , pas
même fes penfions, abandonnées depuis fix ans
à deux de fes parentes , âgées , infirmes & pauvres
, les repréſentations de fes amis , fes propres
befoins ne purent le déterminer à leur
retirer un fecours fi néceffaire à leur état.
Tout mis en ordre , fes arrangemens pris , sûr
de ne rien faire perdre à perfonne , il ſe confola
dans fon malheur par la certitude d'en
fouffrir feul.
Mademoiſelle de V*** trouva tous ces dé
tails dans une lettre du Comte écrite à fa foeur .
Il l'exhortoit à ne pas s'affliger de fa ruine , à
fupporter fon abfence avec la fermeté que devoit
lui infpirer le détachement du monde , &
une parfaite réfignation aux décrêts du ciel.
Mademoifle de V *** lut plufieurs fois
cette lettre , s'informa curieufement de toutes'
les particularités relatives à cette affaire , du
montant des dettes, de la valeur desbiens qu'on
alloit mettre en vente . Satisfaite fur tous ces
points , elle rêva profondément , prit enfuite
un crayon , traça des chiffres fur un papier ,
les calcula , & , fe levant de l'air d'une perfonne
fort occupée de fes idées , elle embraffa
Madame de Ch*** , luidit qu'elle croyoit avoir
trouvé un moyen de la confoler , de lui rendre
la douceur de voir fon frère continuer à vivre
dans la fituation convenable à fa naiffance &
à fon rang.
Deux heures après elle revint chez fon
amie, lui préfenta une lettre ouverte , la pria
de la lire avec attention , & d'examiner fi la
DE FRANCE. 61
décence lui permettoit de l'envoyer à fon
frère. Jamais furpriſe n'égala celle de l'affligce
foeur du Comte, en voyant ces mots écrits de
la main de Mademoiſelle de V ***.
و د
ود
33
و د
»
" Monfieur , le parti noble mais violent où
», vous vous arrêtez , va vous éloigner à jamais
d'une foeur défolée de vous perdre.
» Témoin de fa douleur , mon amitié pour
» elle m'engage à faire une démarche , irrégulière
fans doute , mais dont les circonf-
» tances preffantes peuvent être l'excufe . Je
, vous propofe , Monfieur , d'arranger vos
affaires en un inftant , de vous fournir les
fommes néceffaires à vous acquitter entièrement
, & de vous replacer dans la po-
» fition où vous étiez avant la perte de votre
procès ; & pour qu'on ne puiffe vous reprocher
de manquer à la délicateffe connue de
» vos principes , en recevant ce fervice d'une
» femme , & d'une femme étrangère à votre
Maifon , fans intérêt à vous obliger , je vous
offre , Monfieur, une main long-temps de-
» mandée , toujours refufée par des confidérations
, qui m'éloigneroient encore de for-
» mer aucun lien , fi je n'efpérois vous voir
accepter les conditions où j'attache le don'
» de ma perfonne , mon bonheur , & le votre ,
Monfieur , fi vos fentimens & mes defirs
peuvent s'accorder. Madame votre four
vous inftruira de ces conditions . Si vous confentez
à les remplir , je fuis prête à termi-
" ner vos embarras , à vous rendre à Madame
» de Ch*** , au monde & à vous - même. »
"
33
ور
و د
62 MERCURE
L'étonnement , la joie & la reconnoiffance
de la fenfible Religieufe ne s'exprimèrent
d'abord que par de douces larmes , elle en inondoit
le fein de fon amie , la nommoit fa foeur ,
La généreufe foeur ! la preffoit entre fes bras,
en lui répétant : ah , ciel ! je reverrois mon
frère ; je le reverrois pailible , heureux ! & je
vous devrois ce bien fi grand , fi véritable !
Ces premiers mouvemens ralentis , elle s'informades
conditions exigées par Mademoiſelle
de V ***, les écrivit fous fa dictée & en fon
nom. Les voici telles qu'on les a trouvées
dans les papiers du Comte après la mort.
>
Articles à rédiger pour être inferés dans mon
contrat - de - mariage , fuivant la forme
ufitce , dont je ne me fuis encore procuré
aucune connoiffance.
PREMIER ARTICLE . Monfieur le Comte de
C *** fe reconnoîtra débiteur envers moi
des fommes que j'aurai avancées pour lui
avant notre union . Les biens qu'il alloit mettre
en vente me feront engagés pour la sûreté de
mes fonds.
DEUXIÈME ARTICLE. Je laifferai à Monfieur
de C *** la jouiffance du revenu de ces mêmes
biens , & j'y joindrai une penſion annuelle de
quinze mille livres , afin de le remettre dans
fa première fituation .
TROISIÈME ARTICLE. Si je meurs avant
Monfieur de C *** , fa dette contractée avec
moi feraéteinte, mes droits fur fes biens anéantis
, ilrentreradans leur libre poffeffion fans que
.
༦༣ DE FRANCE.
perfonne puiffe lui rien demander en mon
nom. Outre cette remiſe de ſa dette , je lui
donne cent mille écus une fois payés , que
mes héritiers feront tenus de lui délivrer un
mois après ma mort. L'équité me porte à lui
faire ces avantages en compenfation du pouvoir
que je lui ôte par l'article fuivant.
QUATRIÈME ARTICLE. Il fera ftipulé ,
énoncé dans les termes les plus clairs & les
plus précis, conftaté par toutes les formalités
prefcrites pour rendre un acte valide , inattaquable
, que je conferverai l'entière jouiffance
de ma fortune , & la pleine liberté d'en difpofer
à mon gré ; que , chargée feule de ma
maifon , des dépenfes relatives à cet objet, je
prendrai l'état que je jugerai convenable à
mes revenus , & qu'ils me permettront de
maintenir.
CINQUIÈME ARTICLE. Monfieur de C ***
voudra bien quitter fon hôtel, habiter avec moi
celui que mon père faifoit bâtir , achevé un an
après la mort, il eft prêt à me recevoir. Sa fituation
agréable & riante me le fait préférer à toute
autre demeure. Pour m'expliquer fans détour,
j'exige que Monfieur le Comte de C *** confente
à vivre chezmoi , à s'yregarder , à s'y con
duire , non comme un mari , titre qui fe change
bientôt en celui de maitre , mais comme un
ami reçu avec diftinction dans une maiſon
étrangère . Les droits de cet ami doivent fe borner
à fe voir bien traité , & ne jamais s'étendre
à contrarier les goûts ou combattre les volontés
de celle qui l'admet à partager fon habita
64
MERCURE
tion & les agrémens que le defir de fe rendre
heureufe elle-méme doit naturellement l'engager
à fe procurer.
Je fais qu'aucune loi ne peut m'affurer l'obfervation
de ce dernier article; mais connoiffant
l'exactitude de Monfieur de C *** & fa
parfaite probité , je regarderai fa parole d'honneur
comme un engagement formel ; s'il veut
bien me la donner , je fuis prête à tenir tout ce
que je promets.
Madune de Ch*** fit peu d'attention à la
fingularité de ces articles , elle fe hâta d'écrire
à fon frère, & renferma fous l'enveloppe de
fa lettre celle de Mademoiſelle de V *** , &
le papier où fes conditions étoient exprimées.
Mon mari fe trouvoit feul chez Monfieur de
C *** au moment où le paquet , apporté de
Trefnel , lui fut remis. Le Comte l'ouvrit ,
parut étonné , parcourut les papiers qu'il contenoit
, & les jetta fur la table de l'air d'un
homme peu difpofé à s'en occuper d'avantage.
Les reprenant un peu-après , il les donna aut
Marquis d'A✶✶✶★ & fe montra moins tou→
ché des offres de Mademoiſelle de V ***
furpris de la bizarrerie de fa démarche , &
choqué de fes propofitions.
›
que
Monfieur d'A *** les enviſagea fous un afpect
bien différent. Il pria fon ami de les examineravec
plus d'attention , de pefer les raiſons
qui devoient le déterminer dans une occafion fr
importante , d'où dépendoit fi pofitivement
le bonheur ou le malheur du refte de ſa vie.
Il lui repréſenta le défefpoir où il fe livreroit
DE FRANCE.
ઈ
dans fa trifte retraite fi la guerre venant à fe
déclarer , comme toutes les apparences l'annonçoient
, il fe voyoit hors d'état de fervir ,
ignoré , oublié , déchiré par le regret d'avoir
refufé un moyen d'être encore utile à fon
Prince , à fa Patrie , & de foutenir une réputation
acquife par tant de nobles travaux.
Frappé de ces confidérations , Monfieur de
C*** reprit les papiers des mains de fon ami,
il les relut, foupira, rêva . Il s'affligeoit, héſitoit,
ne fe décidoit point. Il lui fembloit dur , peu
honorable , encore moins fatisfaifant d'accepter
la main & les fecours d'une fille qui abufoit
de fon infortune pour lui impofer des
loix , offroit de le recevoir dans une maifon
dont il ne feroit point le maître , où il entreroit
en contractant des obligations capables de
lui en rendre le féjour pénible & même
odieux.
Cependant ce bruit de guerre , en effet déjà
répandu , dont mon mari venoit de lui rappeler
le fouvenir , lui faifant regarder la retraite
du fervice comme la plus accablante de
fes difgrâces , il fe montra moins révolté des
confeils & des inftances de cet ami tendre &
zélé. La noble ambition de fe diftinguer encore
dans les champs de l'honneur l'emporta
fur fa répugnance , il accepta les offres de
Mademoiſelle de V *** , & fe foumit à
toutes les conditions exigées par elle.
Les circonftances firent de ce mariage
un événement dont on s'entretint beaucoup
& long- tems. On ne fe laffoit point de vanter le
66 MERCURE
défintéreffement de Mademoiſelle de V✶✶✶
la bonté de fon coeur fi marqué par le choix
qu'elle venoit de faire . Un murmure applaudiffant
& flatteur s'élevoit autour d'elle par
tout où elle paroiffoit. C'eft ainfi qu'en fe fatisfaifant
fur l'objet où elle attachoit le plus
d'importance, elle parvint à changer d'état
fans changer de principes , à prendre un mari
fans rifquer de fe donner un maitre , à s'at
tirer le fuffrage public , la confidération & la
reconnoiffance d'une grande Maifon . Mais
trois ans après fon mariage la mort du Comte
de C *** , tué à la bataille de Minden , découvrit
en partie le caractère de fa veuve. On
fut à quel prix elle l'avoit obligé. Les parens
de Monfieur de C *** s'éloignèrent d'elle. Sa
hauteur , fa perfonnalité dégoûtèrent peu à peu
la brillante fociété que le Comte attiroit chez
elle. Des flatteurs intéreffés , de vils complaifans
l'entourent à préfent. Cette grande
fortune , unique objet de fon attachement ,
lui a donné les moyens de fe livrer à fes goûts
& de les épuifer. En s'occupant toujours du
foin de fatisfaire fes propres defirs , on perd la
faculté d'en former encore. Madame de C ***
peut beaucoup , mais elle ne veut rien. Le
vide de fon coeur répand l'ennui fur tous les
inftans de fa vie. Elle accufe de fes chagrins
tous ceux dont elle eft environnée . Sans s'appercevoir
que fon infenfibilité les fait naître
& les entretient , il faut s'intéreffer aux autres ,
être capable de compatir aux peines de fes
femblables , de partager leurs plaiſirs pour
DE FRANCE, 67
jouir de ces fenfations vives qui écartent de
nous l'infipide indifférence. Un Sage l'a dit ,
& l'expérience le prouve , il faut faire des
heureux fi on veut l'être foizmême. Le riche ,
uniquement occupé de fon bien-être , exigeant
que tout concoure à flatter fes fens ,
élève une barrière entre le bonheur & lui.
C'eft en aimant , c'eft en fe faifant aimer , c'eſt
en excitant la joie autour de lui qu'il introduira
le plaifir dans fon coeur. Les fenfations
douces qu'il caufera aux autres pénétreront
imperceptiblement au fond de fon âme ,
comme le parfum des fleurs odorantes s'élève
fous la main de l'amateur qui les arrofe & le
force à refpirer l'air embaumé par leurs
exhalaifons.
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Préface ; celui
de l'Enigme eft Ruban ; celui du Logogryphe
eft France , où l'on trouve farce , écran ,
áne , café, cafre , fan , cerf, fa , ré ,franc ,
ancre , rac,fer , arc , car , Caen , ce , an.
MERCURE !
CHARADE.
Aux noces de ton fils tu trouves ma première ,
Veux-tu de ma feconde ? Il faut tirer au fort ;
Mais fur les eaux ne fais jamais la guerre ,
Mon tout y porte & la flamme & la mort.
ÉNIGM E.
Sur l'Air du Confiteor.
JE fuis du genre féminin ,
Méchante quand je fuis vieillie ,
J'ai le front ridé , l'oeil malin ,
On ne me trouve pas jolie ; bis
Mais , mais paffons bis donc fur cela ;
Voyons qui me devinera ,
Voyons qui me devinera.
IRIS , fi vous vous connoiffez ,
Vous ne pourrez pas me connoître ;
Cependant , quand vous paroîtrez ,
Sur vos pas vous me ferez naître , bis
Mais , mais j'en dis bis trop fur cela ;
Voyons qui me devinera ,
Voyons qui me devinera .
VOTRE amant fait peut- être bien
Mon nom & toute mon affaire ;
DE 69 FRANCE.
S'il ne vous en témoigne rien ,
C'eſt par crainte de vous déplaire ; bis
S'il eft heureux, bis il obtiendra
Le doux prix qui me détruira ,
Le doux prix qui me détruira.
( Par Mme la Marquise de ****. )
LOGO GRYPH E.
LECTEUR , ECTEUR , tu me connois ; je fuis dans ta maiton
Un fecours des plus néceffaires ,
Puifque je te fournis deux facultés contraires
Alternativement & dans toute faiſon.
On me conftruit toujours ou de bois ou de pierres.
Arranges mes huit pieds de diverfes manières ,
En moi tu trouveras un cérémonial
Pieux , magnifique & royal;
Deux plantes que fouvent on emploie en cuifine ,'
Et qu'on ufite en Médecine ;
Une preuve de bonne humeur ;
Une expreffion de douleur ;
Un fruit d'une faveur exquile
Qu'on mange au milieu de l'été ;
Ce que devient une chemife ;
Un mot en France reſpecté ;
Ce qui brille , éblouit & prévient le tonnerre;
Un certain endroit de la terre
Où l'on s'exerçoit autrefois
70 MERCURE
A des courfes, à des tournois ;
Ce qu'on eft fatisfait de faire en un bon livre;
L'inviſible élément fans quoi l'on ne peut vivie ;
L'uftenfile qui fert à porter les papiers
Des Procureurs & des Greffiers ;
Ce qui fait le niveau pour pofer la charpente ;
Ce que le fameux Ramponeau
Trouvoit , ou trouve encore au fond de fon tonneau ;
Un immenfe amas d'eau qui ne court ni ferpente ,
Et n'a point d'autre mouvement
Que ce qu'il en reçoit du vent ;
Trois tons majeurs de la mufique ;
Un inftrument utile ; un meuble familier ;
Un lieu plein de vapeurs de la liqueur bachique ,
Où le Vigneron prend un plaifir fingulier ;
Ce dont on fait de la bougie ;
Ce qui fait voler les oiſeaux ;
Celui qui fut jeté du foleil dans les eaux;
Un mal très - dangereux qu'on traite en Chirurgie ;
Un terme de trictrac ; une carte ; un pronom ;
Un état maladif digne d'attention ;
Un terrein dans la mer , ou qu'enclot la rivière s
Ce qui nous donne un luftre ou de l'obscurité.
Devine , cher Lecteur , je crois qu'en vérité
Tu tiens mon analyſe entière.
( Par M. Gallet , Chirurgien à Jambrille,
près Meulan. )
DE FRANCE. 71
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUITE de la Vie & des Opinions de Triftram
Shandy , traduites de l'Anglois de Sterne ,
troifième & quatrième Parties . A Paris
chez Volland , Libraire , quai des Auguftins
, 1785.
AMATEUR paffionné de Sterne , dit le Traducteur
, j'ai pris le texte Anglois & un Dictionnaire.
Aucun Dictionnaire , que je fache
, n'eût appris à l'Auteur François à faifir
l'efprit de fon original . Pour en faire paffer
le caractère en notre langue , il a fallu de
la pa ience , une longue étude , même la
lecture de divers Ouvrages analogues. Sterne
eft en Angleterre ce que fut l'Ariofte en Iralie
, inventeur d'un genre de plaifanterie
prefque impoffible à traduire ou à imiter.
Sterne eft même bien plus dangereux , parce
que la gaîté , les modèles , fes peintures
fes charges , fa couleur tiennent au goût national
: le repréfenter fous fon véritable
coftume à des Erangers peu accoutumés à
cette eſpèce de figures , eft une entrepriſe
hardie.
Entre la foule d'originaux qui ont peuplé
& qui peuplent l'Angleterre , il n'y a pas eu
d'homme ni d'Aureur plus original que
Sterne, Prébendaire d'Yorck. Ses moeurs fu
72 MERCURE
rent auffi irrégulières que fes Écrits. Dans fa
conduite , il s'étoit mis au-deffus des bienféances
, comine au- deffus des règles & de
toute imitation dans fes Ouvrages finguliers ,
où il ne reffemble jamais qu'à lui - même ,
c'est -à- dire , à l'efprit le plus fantaſque & le
plus indépendant.
On fait qu'ayant pris le nom d'Yorick ,
bouffon du Roi de Danemarck , introduit
par Shakespeare dans fa Tragédie d'Hamlet ,
il fit imprimer fes Sermons fous ce fobriquet.
Le Prédicateur ne parut pas moins extraordinaire
que le Romancier. Jamais la
raifon ni la religion n'avoient parlé un pas
reil langage ; mais tout nouveau qu'étoit ce,
genre d'éloquence faciée , on y trouva une
morale & une argumentation folides , des
traits de génie , & une grande connoiffance
du coeur humain. Chacun de ces Sermons
eft plein de digreffions & de penſées ingénieuſes
, déplacées. Dans celui fur l'Enfant
Prodigue , on lit une phrafe quelquefois
citée ; la converfation , dit l'Auteur , eft un
commerce ; fi vous y entrez fans fonds pour.
balancer le compte des autres ce commerce
ne peut avoir lieu, Sa mauvaife fanté , fon
inconftance , fon efprit d'obfervation entraînèrent
Sterne dans des voyages perpétuels.
Plusieurs fois il vint en France ; il fit
un affez long féjour en Italie : par- tout il fe
livroit à fes goûts avec une liberté , il s'exprimoit
avec un cynifme , que fon manteau ,
d'eccléfiaftique rendoit encore plus indécent.
>
Exercé
DE FRANCE. 75
Exercé , la plume à la main , à fe jouer de
toutes les opinions , il n'étoit guères plus rigoureux
fur les devoirs. Un jour à Milan on
le mit aux prifes avec la célèbre Cantatrice
F.... , fes propos furprirent à tel point cette
femme , accoutumée aux faillies les plus
licentieufes , qu'elle lui demanda , Monfieur
quel âge avez vous ? Madame , reprit Sterne ,
fans fe déconcerter , je réponds felon l'intention
des perfonnes....... La décence empêche
d'achever. Čet Écrivain étoit très laid , &
d'une laideur à exciter le tire ; on eût cra
voir un Satyre pétri d'efprit & de feuj
Dînant chez le Duc de Modène , il fe
trouva placé entre deux Prélats . L'un d'eux ,
Evêque de Mantoue , lui propofa , en badinant
, de le convertir. Cela eft très aife , dit
Sterne. On citeroit
de lui mille propos de cette efpèce , conformes
à la tournure de fon efprit, & à l'habitude
qu'il avoit prife de ne fe gêner fur
rien , de laiffer aller fon imagination comme
fa vie , au gré de fes inclinations & des circonftances.
Les unes & les autrès le conduifirent au
plus grand défordre dans les affaires domef
tiques , & à mourir fans fucceffion . I laiffa
dans la pauvreté une femme & une fille dont
il s'étoit féparé , & qui n'ont joui qu'après
lui des fruits de fa réputation . Le relâchement
de fes moeurs influa fur fon bonhear
domestique ; il ne fut pas heureux ; il ne
N°. 46 , 12 Novembre 1785. D
74 MERCURE
paffanipour un époux ni pour un père tendre;
cependant on le jugeroit très -fenfible en lifant
fes Lettres à Eliza . Perfonne n'ignore qu'il
a célébré fous ce nom Miftreff Draper , à
qui un Écrivain François a adreffe une apothéole
dans un Ouvrage fameux , où l'on ne
s'attendroit guères à trouver des hymnes
amoureuſes.
Ce Diogène Anglois , ce Vicaire fi peu
fcrupuleux, ce Cofmopolite fi indifférent en
apparence aux relations les plus chères de
l'humanité , a imaginé des fcènes , a exprimé
des traits de fentiment qui font couler des
larmes. Sans parler des Lettres à Éliza , il
fuffit de citer le touchant épifode de Maria ,
celui de le Febvre , l'hiftoire du Chien tué
fous la berline , que nous rapporterons plus
bas , & le Voyage fentimental tout entier .
Perfonne ne narre vec plus d'intérêt , ne
détaille avec plus de vérité , ne peint avec
plus d'âme que Sterne dans ces divers morceaux.
Cet Écrivain eft dramatique ; on affifte
avec lui au lieu de la fcène , on en voit
les Acteurs , on en reconnoît le langage 5
jufqu'à l'attitude , au gefte , à l'habillement
des perfonnages , tout fert à animer le tableau
, à en fortifier l'expofition , à la graver
dans l'âme du Lecteur . Pas un coup vague
de pinceau , point de recherche ni d'exagé
ration. D'autres Romanciers Anglois fe font
appliqués à multiplier les détails minutieux ;
Sterne les choifit ; il les place comme des
DE FRANCE. 75
nuances qui concourent à l'effet total . Loriqu'Angelica
, dans fon charmant tableau de
la Maria , du Voyage Sentimental , n'auroit
pas nommé le fujer , chacun eut dit : voilà
la pauvre
villageolie
des environs
de Moulins
; voilà fon ruban
verd , fon chalumeau
,
le faule qui lui prête fon ombrage
, & le
fidéle Sylvio
qu'elle
tient en laiffe. *
Les premiers volumes de Triftram Shandy,
traduits , imités , raccourcis , étiquetés par
M. Frenais , ont fait connoître en France
certte builefque production. On prétendit
en Angleterre , & M. de Voltaire l'a répété
que par ce chaos de chapitres , de digreffions
, de differtations qui forment ce Roman
amphigourique , fans amener ni fuite
ni conclufion , Sterne avoit voulu fe moquer
du Public dans l'attente , & s'amufer
de fa crédulité en prolongeant ces horsd'oeuvres
perpétuels. Plus vraisemblable
ment , Sterne eut le projet de perfiffler les
longs Romans de fa Nation ; encourage par
le fuccès des premières parties , il fe livra à
fon enjouement & au plaifir d'étendre une
fatire qu'il rendoit prefque univerfelle.
Il verfa le ridicule fur les Univerfités , fur
les Érudits , fur les Docteurs , fur les verbiages
des Auteurs Metaphyfiques , fur le
Maria eft la même que M. Frenais appelle
Juliette , on ne fait pourquoi , & qu'il a tranfportée
de Moulins à Amboife.
Dij
76
MERCURE
Clergé , fur les Médecins , fur les Orateurs
du Parlement , fur tous les états , fur les
caractères finguliers , fur toutes les espèces
de radotages .
"
ور
"
Dans un des Chapitres de Triftram Shandy,
il fait dire à fon Héros : « Le matin mon
oncle étoit monté à cheval avec mon
père , pour tâcher de fauver un petit bois
charmant que le Doyen & le Chapitre
» de Shandy faifoient abattre pour en donner
» le profit aux pauvres . » En note il ajoute :
Pauvres d'efprit s'entend ; car l'argent du
bois fut partagé entre le Doyen & les Chanoines
. Ces farcafmes fur fes confrères , multipliés
en toute occaſion , lui attirèrent une
foule de Brochures polémiques & d'ennemis
, en augmentant le nombre de fes Lecteurs.
Rabelais & le Docteur Swift avoient été
l'objet de fes études favorites. Souvent il a
emprunté la manière , la bouffonnerie , la
charge du premier ; le fel , la philofophie ,
la plaifanterie fatyrique du fecond. Il a furtout
de Swift ce caractère de gaîté , qu'indiquent
les Anglois par le mot humour, particulier
à leur Nation , & dont le terme ni
la chofe ne fe trouvent parmi nous ,
cepté dans quelques morceaux de M. de
Voltaire , dont le talent avoir fu adopter ce
genre de comique fans bleffer la delicateffe
de notre goût.
ex-
On fe méprendroit en ne regardant Sterne
DE FRANCE. 97
་
que comme un Romancier facétieux ; il eft
plein de raiſon & de raiſon fine ; il rajeunit
les moralités , les maximes , les vérités , foit
par une expreffion neuve , foit par des images
fortes. Perfonne n'a mieux obfervé les
différens travers de l'efprit , les petites foibleffes
& les motifs déterminans du coeur
humain .
:
Sterne vécut indépendant ; c'eft le premier
des titres en Angleterre il devroit
l'être par tout où le fentiment de la dignité
de l'homme n'eft pas encore éteint. Sterne ,
ainfi que Pope , fe glorifioit d'être :
Un plac'd , un penſion'd ; no man's heir or flave.
Sans places , fans penfion , héritier ni efclave
de perfonne. Il dédia le premier volume
de Triftram Shandy au célèbre Lord
Charam , Miniftre alors fous le nom de
M. Pitt. Je vous prie très- humblement , lui
dit l'Auteur , de prendre mon Livre , non pas
fous votre protection , car il doit fe protéger
lui-même ; mais pendant votre fejour à la
campagne , où j'espère qu'il excitera quelquefois
votrefourire, & vous diftraira un inftant
de vos travaux.-
no-
Rappelons ici ce qu'il feroit trifte qu'on
eût oublié , que M. Frenais , Traducteur des
premières parties de ce Roman , eut le
ble courage de les dédier à un Miniftre qui
venoit de perdre fa place , fans fatiguer le
Public du fpectacle de fes regrets ; à un Miniftre
qui , ainsi que le Comte de Chatam
Dij
78 MERCURE
réuniffuit les vertas fortes aux lumières.
;
pen-
Triftram Shandy paffe en Angleterre pour
être auffi difficile à bien entendre en profe
que Shakespeare & Butler le font en
vers : quelles doivent donc être ces difficultés
pour les étrangers ? L'anglois de Sterne
eft pur , fouvent même élégant ; mais il eſt
plein de locutions particulières au genre de
l'Ouvrage dans fon laconifme , l'Auteur
fous- entend quelquefois la moitié de fa
fée ou de fon expreffion ; fes tranfitions brufques
interrompent à tout inftant le fens , &
déroutent le Traducteur ; chaque Chapirrea,
en quelque forte , une forme de ftyle propre.
Rien d'ailleurs n'eft moins ailé à interprérer
que la plaifanterie & le burlesque ;
en un mot , dans une pareille verſion on eft
toujours auffi près d'inſpirer le dégoûr que
de faire rire .
Je ne fais fi dans notre langue on foutiendra
une auffi longue caricature. M. Frenais
fe permit de l'abréger , & malgré ces facrifices
, il ek reſté encore beaucoup de détails
qui dégénèrent en bavarderie. L'Auteur , il
eft vrai , convient lui - même de fon galimatias
affecté. Quelque part il fe prépare à
donner une définition de l'amour , & il
ajoute Quand je ne pourrai plus ailer ,
» & que je me trouverai empêtré de tous
côtés dans ce labyrinthe mystique , alois
je m'expliquerai avec plus de précifion ,
» & l'on verra ce que je penfe fur l'amour.
Dans le Chapitre fuivant , ayant à faire le
"
99
99
la
:
DE FRANCE. 70
portrait de la veuve Wadman , il s'adrefle
au Lecteur : Faites vous - même ce portrait;,
» voici une plume , de l'encre , du papier ;
» affeyez- vous , Monfieur , peignez cette
» veuve à votre fantaifie. Comme votre
"
-
maîtreffe , fi vous pouvez ,
-
& nom
» comme
votre femme
, fi votre confcience
» vous le permer. »
Il eft à fouhaiter que le Traducteur des
dernières parties de cet Ouvrage foit récompenfé
des peines de fon travail. Il a tâché de
conferver , autant qu'il l'a pu , le ton de fon
original & la méthode de M. Frenais
comme celui-ci , il a interyerti l'ordre des
Livres & des Chapitres ; il n'exifte aucune
difparate entre les deux Traductions ; cette
dernière est même plus littérale , & moins
fouvent l'interprête s'eft fubftitué à ſon
original .
Il n'eft cependant pas toujours heureux
dans fes fuppreflions & dans fes remplace
mens. Par exemple , le fixième volume Anglois
de Triftram Shandy, commence par une
efpèce d'introduction plus bizarre que
toutes les bizarreries de ce Roman . Le Traducteur
retranche ce morceau , & fous le
titre d'intermède , invente ce qui fuit.
-
" Les differtations favantes de mon père,
fes verbes auxiliaires , peuvent bien ne
» pas plaire à tout le monde . Je vois là
» un gros Abbé qui dort. Et cette Dame ,
non pas cette vieille Préfidente qui prend
» du tabac , mais cette jeune Marquife qui
Div
80 MERCURE
"
30
30
--
- Une
eft dans la même loge avec ce Duc qui lui
parle à l'oreille ; croyez -vous qu'elle nous
» ait entendus ? Le Public eft partagé en
» deux claffes , dont l'une admire tout ce
qu'elle ne comprend pas , & l'autre déchire
tout ce qu'elle comprend.
troifième claffe eft compofée de ceux qui ,
» comme vous , jugent fans prévention , critiquent
fans humeur , & louent fans par-
» tialité. Perfonne ne reconnoîtra Sterne
à ces antithèfes ; ce n'eft pas un Chanoine
d'Yorck qui parle du gros Abbé, de la vieille
Préfidente & de la jeune Marquife qui parle
à l'oreille d'un Duc. A ce qu'il me femble, ou
il ne falloit pas mettre ces gentilleffes Francoifes
dans la bouche d'Yorick , ou bien le
Traducteur auroit dû s'abftenir de le faire
parler.
"
En divers autres endroits , le Traducteur
n'eft pas plus heureux en inventions ; il altère
quelquefois fon original fans néceffité ,
& l'accourcit fans motif. On ne fait , par
exemple , pourquoi il a dénaturé le Chapitre
affez plaifant fur les lignes droites ;
mais en général cette verfion épineufe indique
un homme d'efprit , familiarifé avec
l'Anglois & avec fon Auteur.
Il feroit téméraire de prédire une grande
fortune en notre langue à cet Ouvrage f
eftimé , fi lû , tant de fois imprimé chez les
Anglois . Indépendamment de la différence
de goût entre les deux Nations , depuis
long-temps tout Roman gai eft devenu une
1
DE FRANCE. 81
monftruofité en France , où on ne rit plus
ni dans la Littérature ni au Théâtre , où l'on
peint quelquefois des vices & où l'on n'ob
ferve plus de caractères , où le bel - efprit &
le jargon du monde ont femé leur ennui dans
les Romans comme dans tout le refte.
Qu'on nous permette cependant de citer
un morceau entièrement écrit dans le goût
du Voyage Sentimental. Il eft propre à confirmer
l'opinion qu'on a de Sterne , & celle
qu'on doit prendre du Traducteur. Shandy
arrivé en France , change à Amiens de chevaux
de pofte ; & voici la fcène qu'il
décrit.
"
-
-
Je n'ai rien , mon bonhomme , lai dis-
» je. C'étoit à un vieillard couvert de
» haillons , qui s'étoit avancé jufqu'à deux
» pas de la portière , fon bonnet de laine
» rouge à la main. Son gefte & fes yeux
» demandoient , fa bouche ne parloit pas.
» Il avoit un chien qui tenoit , ainfi que
fon maître , fes yeux fixés fur moi , &
» qui fembloit auffi folliciter ma charité.
» Je n'ai rien , dis- je une feconde fois.
» C'étoit un menfonge & un acte de
» dureté. Je rougis de l'avoir dit . -
» Mais , penfai- je en moi-même , ces pau-
» vres font fi importuns ! Celui là ne le
» fut pas. Dieu vous conferve , dit- il ,
» & il fe retira humblement.
"
-
» Ho hé , ho hé , vite les chevaux. -
» C'étoit la berline qui venoit d'arriver. Les
poftillons coururent. Le vieillard & fon
90
Dv
82 MERCURE
39
30
و ر
chien s'app ochèrent , n'obtinrent rien ,
& fe retirèrent fans murmure.
39
Celui qui vient d'avoir un tort , feroit
fâché de rencontrer quelqu'un qui , à ſa
place , ne l'auroit pas eu . Si les voyageurs
de la berline euffent donné au pauvre ,
je crois que j'en aurois fenti quelque
peine . Après tout , dis- je , ces hommes
» font plus riches que moi , & puifque.......
Bon Dieu ! m'écriai je , leur dureté ex-
» cufe t'elle la mienne ? Cette réflexion mé
» mit mal avec moi - même . - Je cherchai
des yeux le pauvre comme fi j'euffe voulu
» le rappeler. Il s'étoit aflis fur un banc
» de pierre , fon chien vis à - vis de lui , &
» la tête appuyée entre les genoux de fon
maître , qui le flattoit de la main fans lever
les yeux de mon côté.
"
-
» Sur le même banc je vis un Soldat que
fes fouliers poudreux annonçoient pour
un voyageur. Il avoit pofé fon havrefac
fur le banc entre le pauvre & lui , & pardeffus
fon havrefac fon épée & fon chapeau.
Il s'effuyoit le front avec la main ,
» & paroiffoit reprendre haleine pour continuer
la route. Son chien ( car il avoit
auffi fon chien ) étoit affis par terre à côté
de lui , regardant les paffans d'un air
» her.
» Ce fecond animal me fit mieux remarquer
le premier , noir , fort laid , & à
moitié pele. Je m'étonnois que le vieillard
, rédux à la dérnière misère , voulûr
DE FRANCE. $3
----
» ainfi partager avec lui une fubfiftance
» rare & toujours incertaine . L'air dont
ils fe regardoient tous deux , m'éclaira
» fur le champ. O de tous les animaux
» le plus aimable & le plus juftement aimé ,
» dis je en moi-même ! tu es le compagnon
―
de l'honime , fon ami , fon frère , toi feul
» lui reftes fidèle dans le malheur ; toi ſeul
» ne dédaignes pas le pauvre.....
"
" En ce moment une glace dé la berline
fe baiffa , & il en tomba quelques débris
» de viandes froides avec lesquelles les
" Voyageurs venoient de déjeûner . Les deux
» chiens s'élancèrent. La berline partit ,
» un feul chien fut écrâfé. C'étoit celuž
"
"
-
-
- du pauvre.
» L'animal
jeta un cri. Ce fut le der
» nier, Son maître s'étoit précipité
fur luis
» fon maître dans le plus fombre
défefpoir
!
" il ne pleuroit
point . Hélas ! il ne pouvoir
» pleurer. Mon bonhomme
, hi criai-
» je. I retourna
doulourenfement
la
» tête. Je lui jetai un écu de fix livres.-
" L'écu roule à côté de lui fans qu'il s'en mit
» en peine. Il ne me remercia
que par un
» mouvement
de tête affectueux
, & il re-
" prit fon chien entre les bras.
-
Mon ami , dit le Soldat , en lui rendant
» la mein avec les fix francs qu'il avoit ra-
» maffé: ce brave Gentilhomme Anglois
» vous a donné de l'argent. Il est bien heu-
» reux , il eft riche ! mais tout le monde ne
» l'eft
l'eft pas.
-Je n'ai qu'un chien , vous
D vj
84
MERCURE
き
» avez perdu le vôtre. Celui - ci eft à
vous. En même temps il attacha fon
chien avec une petite corde , qu'il mit dans
la main du vieillard , & il s'éloigna auffi- tôt
" O Monfieur le Soldat , s'écria le bon
» vieillard à genoux & lui tendant les bras ,
& le Solda s'éloignoit toujours , laiffant
le pauvre dans l'extafe de la reconnoif-
» fance.
39
34
» Mais les bénédictions du pauvre , mais
les miennes le fuivront par- tout . Brave &
galant homme , m'écriai -je , eh ! qui fuis-
» je auprès de toi ? Je n'ai donné à ce mal-
» heureux que de l'argent : tu viens de lui
rendre un ami . »
J'invite les Lecteurs que pourroient rebuter
le galimatias des titres de Chapitres.
& le défordre des fujets , à paffer tout de
fuite à l'hiftoire de le Febvre , à la danfe
avec Nannette en Languedoc , à la touchante
aventure de Maria. Quant aux Amateurs de
fcènes grotefques , ils en trouveront à chaque
page de l'hiftoire du bon Capitaine
Tobie , qui ne fait cas de la chronologie
qu'en raifon des éclairciffemens relatifs à
l'époque de l'invention de la poudre à canon
; époque qu'il nomme plaifamment une
efpèce d'ère militaire.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
DE FRANCE 85
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 31 Octobre , on a donné la première
repréſentation de l'Amitié au Village
Comédie en trois Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par M. Desforges , mufique de
M. Philidor.
Un ancien Seigneur du village de Clémencey
, a fondé un prix de vertu qui tous les
ans , doit être diftribué au payfan le plus laborieux
, le plus fenfible & le plus fage.
Profper & Vincent , unis tous deux de l'amitié
la plus tendre , partagent entre- eux les
fuffrages : mais l'amitié délicate de Profper
lui fait craindre de l'emporter für Vincent;
en conféquence , dans l'intention de lui affurer
le prix, il s'éloigne , & fait courir le bruit
de fa mort. Le prix eft donc accordé à Vincent
d'une voix unanime. Le jeune homme,
au défeſpoir d'avoir perdu fon ami , demande
au moins qu'on cache cet événement au malheureux
auteur de fes jours. Le généreux
payfan revient incognito chez fon père
jouit du plaifir de le voir , de l'embraffer , de
recevoir les témoignages de fon affection
paternelle ; puis fe retire en déclarant
que des raifons puiffantes le forcent à cacher
fon retour jufqu'au foir ; & voici
,
>
86 MERCURE
quelles font ces raifons. Le garçon du village
qui a obtenu le prix de vertu peut, le même
jour , demander la main de la fille qu'il aime
le plus. Vincent aime Élife ; mais Élife a été
promife à Profper , & Vincent craint tout-àla-
fois , en la choififfant pour époufe , & de
lui faire violence & d'outrager la mémoire de
fon ami. Sa joie eft à fon comble quand il apprend
que non-feulement Élife n'auroit fait
qu'obéir en époufant Profper , mais encore
qu'il en eft tendrement aimé. La Marquife de
Clémencey unit elle-même Élife & Vincent.
Alors Profper fe montre , il fait connoître le
motif de fon éloignement paffager , & jouit
du double triomphe de fon ami. Au travers
de cette intrigue paffent deux perfonnages épifodiques;
une Demoiſelle Honorine qui aime
Vincent fans en être aimée , & un M. Claude
Brunet qui n'eft point aimé d'Honorine ,
qu'il aime. La coquetterie de l'une , & la malignité
niaife de l'autre jettent des étincelles
de gaîté dans l'action principale , dont le ton
général eſt plus trifte encore qu'il n'eft admiratif.
Une Anecdote , confignée dans l'Encyclo
pédie , paroit avoir fourni le fonds de cette
Comédie , qui étoit d'abord en quatre Actes ,
& que l'Auteur a réduite à trois , pour en refferrer
la marche. Il réfulte de cette réduction
que les entrées & les forties des perfonnages
ne font pas toujours bien motivées . Par exemple,
Profper & fon ami la Franchiſe , viement
a fecond Acte , dans la feule intention de
DE FRANCE. 87
faire connoître au Public les projets que le
premier a formés pour le bonheur de Vincent:
& où viennent-ils s'entretenir de ces
projets ? Dans le lieu où le prix doit être diftribué,
dans un endroit public, ouvert à tout le
monde. Il faut, fans doute, un concours de circonftances
bien heureux & bien rare, pour que
Profper arrive en ce lieu fans être vû, le quitte
fans être rencontré par perfonné , pour qu'il fe
rende enfuite chez fon père, & s'en retire enfin,
encore fans être apperçu. Toute cette marche
n'eft ni motivée ni vraisemblable. Parmi les
fituations que préfente cette Comédie , trèspeu
gaie , il faut remarquer celle où Profper
entrant dans la cabane de fon père , le trouve
endormi dans un fauteuil , s'apperçoit qu'il
s'occupe de lui pendant fon fommeil , fe met
doucement à fes genoux , & le réveille en fe
jetant dans fes bras ouverts. Ce tableau de la
tendreffe paternelle & de la reconnoillance
filiale , a fait une très-vive fenfation ; il a obtenu
les applaudiffemens les plus univerfels
& les plus mérités.
n'a
Quant au fonds général de l'Ouvrage , il
pas été, à beaucoup près , auffi univerfellement
goûté. L'amitié de Profper pour Vincent
a paru très -exagérée. Ce renoncement
abfolu à foi-même, cette foule de facrifices , &
des facrifices les plus chers que ce premier fait à
l'autre, ont femblé au-deffus des forces humai
nes. Il n'eft pas impoffible , on en convient ,
de rencontrer quelquefois de tels phénomènes
d'amitié; mais ces phénomènes font des ex
88 MERCURE
ceptions à la marche ordinaire de la Nature.
Quand on veut inviter les hommes à la pratique
des vértus , il faut leur préfenter des modèles
à leur portée , & non pas des modèles
toujours très - difficiles , & le plus fouvent im
poflibles à imiter.Les plaifirs que promet levice
ont des dehors fi flatteurs , fi féduifans , qu'ils
rendent pénible l'exercice ordinaire des vertus
les plus fimples ; avant de montrer aux hommes
le chemin du mieux , il faut donc leur
montrer celui du bien.
Le ftyle de cette Comédie eft facile , mais
négligé. Nous ne cefferons de dire à l'Auteur
que fa facilité lui deviendra funefte , s'il continue
de s'y livrer. Ce qu'un Écrivain regarde
comme le cachet du naturel , eft fouvent
regardé par le Public comme le cachet de la
négligence.
La mufique eft de M. Philidor, Nommer
cet Artifte , c'eft faire fon éloge. Un ftyle pur ,
correct , de beaux effets d'harmonie , des accompagnemens
travaillés d'une manière favante,
une compofition qui réunit fouvent la
richeffe à beaucoup d'expreffion : telles font
les qualités que l'on diftingue dans le nouvel
Ouvrage de M. Philidor. On lui a reproché
d'avoir donné à fa couleur un ton générale- .
ment trifte. Eft-ce fa faute ? Eft - ce celle du
Poëte, ou, pour mieux dire , celle du fujet ?
La queſtion n'eft pas difficile à réfoudre . Ce
qu'il y a de certain , c'eft que le duo à double
Voyez la Préface imprimée en tête de la Femme
Jaloufe , Comédie de M. Desforges.
DE FRANCE. 89
motif du premier Acte , entre Honorine &
Vincent, eft bien fenti , bien écrit & fort gai,
Celui du troifième Acte , entre Honorine &
Brunet , eft plus gai encore. Les morceaux
d'enſemble font très - eftimables & d'un ſtyle
propre à la fituation , fauf celui qui termine
Je troifième Acte , dont le chant nous a paru
pénible. Nous ne terminerons point cet article
fans parler du duo chanté par le vieux Profper
& fon fils pendant le fommeil du premier.
Ilréunit la grâce , la vérité , la richeffe , au
charme d'une expreffion douce , naturelle &
touchante. C'eſt un morceau de Maître : on y
reconnoît M. Philidor tout entier.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
VOTRE Journal nous a fait connoître , Monfieur,
avec autant de goût que d'impartialité , le différent
mérite des Compofitions qui ont été exposées cette
année au Louvre ; mais vous n'avez pu indiquer
aux Amateurs de Peinture un Tableau qui n'auroit
point déparé cette Collection s'il avoit eu le droit
d'être placé à côté des morceaux dans lesquels on a
apperçu le plus de talent. Cependant quelques Artistes
fans jaloufie , inftruits de l'existence d'un Ouvrage
qui annonce le plus grand mérite , ont été lui accorder
le tribut d'eftime qui lui eft dû ; c'eft d'après
leurs jugemens que je crois pouvoir le défigner à ce
Public curieux qui cherche à encourager les talens.
par fes éloges , & à les éclairer par fes obfervations .
90 MERCURE
Mlle de Beaulieu * a peint , dans un tableau de
34 pouces de hauteur & de 27 pouces de largeur
la Mufe de la Poéfie livrée aux regrets que lui caufe
la mort de Voltaire. Cette compofition , imaginée
avec fageffe , & exécutée avec intelligence , eft entièrement
relative au fujet & dans le ton poétique
qu'il exige. Le deffin en eft correct , la lumière bien
difpofée, l'artifice du clair obſcur bien entendu , les
objets exactement placés fur ieur plan , la draperie
jetée avec grâce & avec cette modeftie qui pare la
Nature ; le coloris en eft vrai , les teintes parfaitement
fondues ; & fi l'habitude du pinceau n'a pas
encore permis à cette jeune Artifte d'acquérir ce
faire affuré & cette touche mâle qui caractériſent les
grands Maîtres , il eft aifé de s'appercevoir qu'elle
s'attache à l'imitation de la Nature , & qu'elle en a
fi bien faifi le ton & les effets , que fes moindres
progrès peuvent la rapprocher de la manière du
Corrège. Un talent fi marqué & fi précieux doit être
connu & encouragé. Les Artiftes ont befoin du
véhicule de la louange pour n'être point rebutés par
les difficultés de l'Art , & pour avoir ce defir de la
célébrité qui produit les belles conceptions du génie .
Vous voudrez bien inférer ma Lettre dans votre
Journal ; vous fervirez la reconnoiffance que je dois
à Mlle de Beaulieu , pour le plaifir que m'ont fait
& le tableau dont je viens de vous parler , & les belles
têtes qu'on admire en même temps , & dans lefquelles
on trouve le ftyle de Vandick.
Je fuis , avec les fentimens d'eftime & d'amitié
que je vous ai voués , Monfieur ,
Votre très-humble & rés
obéiffant ferviteur , L....
Paris , le 20 Q&obre 1785 .
* Cette Artifte demeure dans, le Cloître S. Louis -du-
Louvre , Cour de l'Horloge.
DE FRANCE.
༡ ་
2
ANNONCES ET NOTICES.
LE Cabinet des Fées , ou Collection choisie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de figures. Septième Livraiſon , Tomes 13 & 14 ,
contenant la fuite des Aventures d'Abdula , & le
premier volume des Mille & un Jours.
Cette intéreffante Collection aura 30 v. de Contes
&. un volume de Difcours , contenant l'origine des
Contes des Fées & les notices fur les Auteurs. On
délivrera régulièrement deux volumes par mois. On
s'infcrit pour ladite Collection , à Paris , rue & hôtel
Serpente , chez Cuchet , Libraire - Éditeur des OEuvres
de le Sage & de l'Abbé Prévost. Le prix de l'infcrip
tion eft de 3 liv. 12 fols le volume broché , orné
de trois planches , faites fous la direction de MM.
Delaunay & Marillier.
SIGEVART , dédié aux âmes fenfibles , Roman
traduit de l'Allemand par M. de la Vaux. vol.
in- 12. Prix , s liv. br. A Paris , chez Volland ,
Libraire , quai des Auguftins , & Deffenné , au Palais
Royal , près du Théâtre des Variétés , No. 216.
Nous reviendrons fur cet Ouvrage , dont l'original
a eu du fuccès en Allemagne.
DISSERTATIONfur le Quaffi & furfespropriétés
Médicinales nouvellement découvertes. A Paris , chez
M. Buc'hoz , Auteur de cette Differtation , rue de la
Harpe , au - deffus du Collège d'Harcour. Prix ,
2 liv. avec figure coloriée.
On trouve auffi chez le même la Differtation fur
92 MERCURE
-
le Tabac , fur fes bons & mauvais effets. Prix ,
4 liv. Traité des Plantes qui fervent à la Teinture
& àlaPeinture , par le même , & chez le même
Auteur . in- 12 . Prix , 1 liv . 10 fols . Traité de la
nature des Arbres & Arbuftes qu'on peut élever dans
le Royaume , & qui peuvent y paffer l'hiver en plein
air , par le même , & chez le même Auteur. in - 12 .
Tome premier.
M. Buc'hoz avoit publié un Catalogue latin &
françois des Arbres & Arbustes qu'on peut cultiver
en France en plein air ; pour completter cette partie
économique , il donne maintenant la manière de
les cultiver , & c'eſt le premier volume de ce Traité
que nous annonçons.
On trouve à Paris , chez Crépy , rue S. Jacques ,
No. 252 , les Almanachs fuivans pour l'année 1786 ,
Variétés Amufantes ; Etrennes aux Gens de Bon
Goût , Sérail à l'Encan , Pièce Turque ; la Nouvelle
Omphale; les Bigarures agréables , lyriques &
galantes ; les Délices de Cythère , ou l'Ecole de
l'Amour ; Etrennes aux Grâces. Prix , 1 liv. 10 fols
pièce.
COLLECTION Académique , compofée des Mémoires
, Actes ou Journaux des plus célèbres Académies
& Sociétés Littéraires de l'Europe , concernant
l'Hiftoire Naturelle , la Botanique , la Phyfique
, la Chimie , la Médecine , l'Anatomie , la
Mécanique , &c. Tomes 8 & 9 , partie Françoife ,
contenant la faite de l'Hiftoire & des Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris, in 4° . A
Paris , chez G. J. Cuchet , rue & hôtel Serpente , &
à Liège , chez C. Plombreux , Imprimeur de MMgrs .
les États.
Le feul titre de cette Collection en annonce l'importance
& la grande utilité. Les découvertes des
DE FRANCE. 93
Savans feroient peu utiles aux Sciences , fi , fe bornant
à la jouiffance exclufive de leurs acquifitions ,
ils renonçoient à la gloire de les publier . Mais la
publicité que chacun d'eux en particulier peut donner
à leurs découvertes, ne forme , pour ainfi dire , que
des rayons épars ; l'ufage de les recueillir , en forme
un foyer commun qui répand fes lumières fur tout
le monde favant.
Tel eft l'avantage de la riche Collection que nous
annonçons au Public. Elle préfente à la fois le ta¬
bleau des conquêtes que l'homme a faites dans les
Sciences , & fournit des armes pour en faire encore
de nouvelles.
ESSAIS de Géographie , de Politique & d'Hiftoire
fur les poffeffions de l'Empereur des Tarcs en
Europe , divifés en trois Parties , par M. L. C. D.
M. D. L. D. G. D. C. D. M. L. C. d'A. , pour fervir
de fuite aux Mémoires du Baron de Tott , in- 8º.
A Londres , & fe trouve à Paris , chez Poinçot ,
Libraire , rue de la Harpe.
L'Auteur de cette Brochure paroît fort inftruit de
la matière qu'il traite ; il a corrigé la féchereffe des
détails géographiques par l'intérêt des tableaux hiftoriques
dont il les a entourés . Cet Ouvrage peut
être utile , & remplit l'objet de fon Auteur.
***
RECUEIL de Réglemens & Recherches concernant
la Municipalité , Parties 10 , 11 , 12 , 13 & 14 ,
par M. Avocat. Tome troisième . Prix , les
3 vol . brochés , 9 liv. A Paris , chez Prévôt , Libr . ,
quai des Auguftins , & Méquignon le jeune , Libr. ,
grand'falle du Palais.
Les trois Damis , Comédie en un Acte & en
vers , repréfentée fur le Théâtre des Variétés au
Palais Royal, A Paris , chez Cailleau , Libraire , rue
94 MERCURE
Galande, & Hardouin , Libraire , au Palais Royal.
« Cette petite Comédie , dit on dans la Préface ,
soa été deſtinée au Théâtre des Variétés , qui ,
porté de l'extrémité d'un Fanzbourg au centre de
» la Ville , en confervant plufieurs jolies Pièces accueillies
du Public , va fans doute fe purger des
» farces qu'on y a trop applaudies . Il doit prendre
» un ton convenable au lieu qu'il occupe , & fait
pour plaire à la benne Compagnie qui le fréquentera.
Il y a long temps que l'on defiroit voir
s'élever un Spectacle mitoyen entre ceux de la
so Nation & les Tréteaux de la Foire , où les jeunes
gens puffent effayer leurs forces & fonder le goût
» da Public. » Le dialogue de cette petite Comé
die , quoique facile & agréable , n'eſt pas adez
nourri d'idées , aſſez vif pour fuppléer au défaut
d'intrigue.
LEÇONS de Géographie ancienne & moderne
abrégées d'une forme nouvelle , propres à l'Education
des jeunes Gens de l'un & de l'autre fexe, par
M. l'Abbé Morin , feconde Edition , rédigée fur les
derniers Traités de Paix & de Commerce de 1783
& 1784 , &fur les Obfervations du Capitaine Cook.
Prix , 1 liv. 10 fols relé en parchemin . A Paris ,
chez Nyon le jeune , Libraire , Place des Quatre-
Nations.
Cet Ouvrage eft rédigé avec beaucoup d'exactitude
& de méthode , & remplit l'intention de l'Au
teur, qui eft d'être utile à la Jeuneffe.
M. le Chevalier de Lamanon a fait l'Hiftoire
Naturelle de la Fontaine de Vaucluse & des Pays
Circonvoisins en un Volume in - 8°. qu'il devoit
bientôt faire imprimer. Il prévient les Perfonnes
qui ont foufcrit pour cet Ouvrage que des circonfDE
FRANCE. 95
tances relatives aux Sciences l'empêchent aujourd'hui
de le publier , & qu'on peut renvoyer les bil
les de foufcription à M. l'Abbé Arnavon , Prieur
de Vauclufe , chez lequel on les avoit pris.
LE Sieur DESNOS , Ingénieur- Géographe &
Libraire du Roi de Danemarck , à Paris , rue Saint
Jacques , au Globe , annonce à MM. les Libraires &
autres Marchands des Pays étrangers & des Provinces
de France les plus éloignées qui defireroient
recevoir des Almanachs avant le temps de la vente ,
que les fiens compofés de Chanfons choifies par
les meilleurs Poëtes , ornés de douze Eſtampes chacun
, avec Tablettes économiques , Perte & Gain ,
reliés en maroquin & fermés d'un ftylet, pour 1786,
font actuellement en vente. Il fuffira de charger
quelques Perfonnes de la demande , lefquelles en
répondront au fieur Defnos.
Du nombre de ces Almanachs font les douze
Parties d'Anacréon en belle humeur , ou le plus
joli Chanfonnier François , indépendantes l'une de
l'autre , & qui fe vendent féparément ; les Etrennes
du Sentiment , de l'Amour & de Amitié , dédiées
aux deux Sexes.
Chacun de ces Almanachs fe vend , prix ordinaire
, 4 liv. 10 fols . Le fieur Defnos en diftribue le
Catalogue , ainfi que celui de Géographie , comme
Globes & Sphères , &c.
On trouve chez le même Libraire le nouvel
Effai for les combinaifons de la Loterie Royale de
France fuivant toutes les fpéculations qui y ont été
faites ; le Livre des Rêves , ou Application des Songes
aux ruméros de cette Loterie . Prix , chacun 1 livre
16 fols.
NOUVELLE Carte Géographique & très - détaillée
de la Province du Languedoc , en deux feuilles , di96
MERCURE
vifée fuivant les différens Diocèfes , dans laquelle
font comprifes les Provinces du Renergue , du
Quercy , du Rouffillon & du Comté de Foix ; dreffée
d'après plufieurs Cartes particulières & manuf
crites levées fur les lieux , & affujéties aux obſervations
aftronomiques de MM . de l'Académie Royale
des Sciences , par le fieur Dezauche , fucceffeur des
fieurs Delifle & Phil . Buache , premiers Géographes
du Roi , & de la même Académie. Prix , a liv . 10 f.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Noyers.
SUITE des principaux Monumens , Hôtels &
Maifons de Paris , gravée en couleur par différens
Graveurs. A Paris , chez les Frères Campion , rue
S. Jacques , à la Ville de Rouen.
A
Il en paroît douze Numéros , & l'on promet d'en
donner autant fous peu de jours.
TA BL E.
LE Singe & le Petit-Maure , Suite de la Vie & des Opinions
Conte ,
Lettre de Madame la Marquife Comédie Italienne , d'A ***
49 de Triftram Shandy ,
53 Variétés ,
681
Charade, Enigme & Logogry Annonces & Notices
phe .
85
89
•
APPROBATION.
PAI la , par ordre de Mgr le Garde des Sccans , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Novem. 1785. Je n'y
ai tien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 11 Novembre 1785. GUIDI
MERCURE.
DE FRANCE.
SAMEDI 19 NOVEMBRE 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE SUR LES AGES DE LA VIE
A M. ***
Tute fais , Atifton , du palais des Sciences .
Nous avons parcouru les demeures immenfes ;
De ces filles du ciel , infidèles amans ,
Et payant leurs faveurs d'hommages inconftans ,
Nous avons tour à tour , dans un magique verre ,
Groffi l'aftre des cieux & les fleurs de la teure ,
Elevé l'aftrolabe à la hauteur de Mars ,
Sur l'épaiffe lentille abaiffe nos regards ,
Vu la loi de Newton dans les fphères crrantes
Et celle de Linné dans les amours des plantes ;
Nos fens ont éprouvé ce fluide nouveau
Qui dirige la foudre & meut notre cerveau :
Quelques Phyficiens ont penfé que le fuide électrique
& le fluide nerveux étoient une même chofe. Note de
l'Auteur.
No. 47, 19 Novembre 1785. E
98 MERCURE
Cet Art audacieux , la fière anatomie ,
Qui demande à la mort le fecret de la vie ,
Nous vit porter les mains fur fes autels fanglans ;
A nos yeux la Chimie , en fes foyers brûlans ,
Des fels & des métaux divifa la fubftance ,
Et fut leur redonner leur première exiſtence.
Mais je cours maintenant à d'autres vérités ;
De miracles favans les yeux alimentés ,
L'homme peut parcourir cette chaîne infinie :
Ce n'eft plus l'Univers , c'eft lui que j'étudie ;
Je veux de leur fecret inftruire les humains ,
Et, le prifme de Locke en mes utiles mains ,
Divifer ce rayon de l'effence fuprême ,
Ce double agent qui fait & qu'on penſe & qu'on aime,
Éclairé par les fens , par les fens obfcurci ,
Corrompu dans Caprée & pur dans Salenci.
Avec Pope & Buffon , ma Mule véridique
Abaiffant fur nous,même un oeil philofophique ,
Veut de l'homme naiffant interroger la voix ,
Et faifant agir l'âme & le temps à la fois ,
Peindre par leur progrès en vers que l'on renomine ,
La nature morale & les faifons de l'homme.
SUR les traits de l'enfance effayant mon pinceau,
Je conduirai ma Muſe au bord de ce berceau ,
Qu'une mère attentive inveſtit & contemple;
Dans des vers maternels puifant un doux exemple ,
D'Émile & de leur coeur écoutant les leçons ,
Toutes de leurs enfans feront leurs nourriſſons,
DE FRANCE. 99
Ce bienfait leur prépare une touchante ivreffe ;
L'inftinct du fentiment reconnoît leur tendreffe.
Voyez ces jeunes bras foibles , mais courageux ,
Défendre l'heureux ſein qui s'eft ouvert pour eux !
Inftruit par les befoins que la Nature donne ,
Et brifant par degrés le joug qui l'environne ,
L'enfant court au plaifir , & de légers efforts
Raffermiffent toujours fes fragiles refforts.
Échappé par fa force au péril du jeune âge ,
Il voit de l'Achéron s'éloigner le rivage. *
Mes vers s'arrêteront fur ces inftans heureux ,
Et , fimples comme lui , retraceront les jeux.
De ces jeunes rameaux la sève active & pure
Végète fous un ciel ami de la Nature ;
Bientôt elle fermente aux feux d'un nouveau jour;
L'arb:iffeau , tranſplanté dans un brûlant fejour
S'élance vers les cieux , & fon front fe colore.
L'enfant n'eft déjà plus , l'homme n'eft pas encore ;
L'être innocent fuccombe à la voix des defirs ;
Il meurt.... & renaît homme au milieu des plaifirs.
L'amour , des paffions la fource & la première,
Anime fon regard , abaiſſe ſa paupière ,
Altère fon humeur , fon gefte , les accens ,
Porte une âme nouvelle à chacun de les fens ;
Et faifant preffentir l'ardente jouillance ,
* L'âge de ſept ans et celui auquel on peut efpéter une.
plus longue durée de vie.
E ij
100 MERCURE
Du poids des voluptés charge fon exiſtence ;
Sur mille objets charmans fon acil roule égaré ;"
Son coeur le fuit , balance , & bientôt déclaré ,
Voyant de fon tourment naître un charme ſuprême
Entouré de Beautés , nomme celle qu'il aime .
MAIS de l'adolefcence abrégeant les erreurs ,
De l'âge qui la fuit je peindrai les douceurs ;
En s'ouvrant aux vertus , l'âme ferme & fenfible
Aime à fe délaffer de ce rêve pénible..
Jeune encor , de vingt ans le récént ſouvenir
Confole mon réveil. Un aimable avenir
Vient m'offrir la Raifon , des Jeux environnée ,
Des Arts près de l'Amour la troupe fortunée ,
Et l'Amitié fuivant ce cortège enchanteur....
Éleverai - je alors le temple du Bonheur ?
Infortunés du moins , embraffons fon image;
La faifon de jouir eft le printemps du fage .
AH ! ruinant bientôt l'édifice facré ,
L'homme traîne en projets fon efprit égaré;
Il croit voir le Bonheur enfant de la Fortune.
L'afpe&t de l'avenir , qui déjà l'importune ,
Lui fait à la Déeffe adreffer fes defirs ;
Il veut par les honneurs remplacer les plaisirs ;.
Son front audacieux appelle les nuages;
La raifon femble fuir le plus noble des âges ;
Er Roi de la Nature , affiégé de regrets ,
Comme les Rois du monde it méconnoît la paix,
DE FRANCE. ΙΟΙ
MAIS plutôt , de fon être éprouvant la puiſſance ,
Qu'il fe fonde lui- même , & cet abîme immenſe ,
Où long-temps inconnue a fui la vérités
Dans les détours obfcars qu'il porte la clarté ,
Et s'efforce , animé d'un eſprit vif & jufte ,
D'ôter fon dernier voile à cette Vierge augufte.
Les Sciences , les Arts , la Gloire & les Talens
A l'homme qui vieillit fauvent l'ennui des ans ;
Il vécut par les fens , il vit par la penfée 5
La Sageffe en fes mains a mis fon caducée ;
Le roleau qui foutient fes membres chancelans ,
Dirige le vieillard vers le palais du Temps ;
Tranquille voyageur , de loin il confidère
Les aspects variés d'une longue carrière ;
Et marchant d'un pas lent au pays des frimats ,
Aime à fe rappeler de plus heureux climats :
Il jouit du refpect que fa foibleſſe impofe ;
Sans force il comniandoit , fans fommeil il repofe
Dans ce calme des fens , trop heureux s'il s'endort ,
Et s'il peut fe fouftraire à cette longue mort,
Quand à l'aspect affreux du monftre qui s'avance ,
S'envolent tous les biens , & même l'eſpérance.
AINSI , de nos faiſons retraçant le tableau ,
Dont la couleur s'efface à la nuit du tombeau ,
Je vais peindre l'enfance inconſtante & naïve ;
Sá fineffe innocente & fa foibleffe active ;
La prompte adolefcence au caractère ardent ,
Prenant vers les plaifirs un effor imprudent ;
E iij
102 MERCURE
Aux autels du bonheur l'âge mûr qui s'empreffe ,
Et les foucis empreints au front de la fageſſe ;
Des rapides inftans d'un printemps éclipfé ,
La vieilleſſe échauffant fon fouvenir glacé ;
Préfente à l'avenir & du paffé fuivie ,
Ma Mufe va conter l'hiftoire de la vie.
( Par M. de Choify. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Brûlot ; celui de
F'Enigme eft Jaloufie ; celui du Logogryphe
eft Efcalier , où l'on trouve facre , céleri ,
ail, ris , cri , cerife , fale , Sire , éclair , Licée,
lire air, fac , cale , lie , lac , ré, la , fi ,
fcie,falière , célier , cire , aile , Icare , carie ,
cafe, as, il, crife , ifle , race.
و
CHARA D E.
Mon premier d un beau fein relève tout l'éclat ,
Et foutient les attraits d'un fat , d'une coquette ;
Le chien , par mon fecond , fait un affreux dégât ,
Et mon tour, à l'Anglois , fit craindre la Fayette.
( Par M. Briffat , Peintre à Roanne. )
DE FRANCE. 103
ENIGM E.
JE fuis une cité d'agréable ſtructure ;
J'ai pourtant contre moi des ennemis fi forts ,
Qu'ils abattent mes murs & ruinent mes forts ,
Sans avoir de ma part fouffert aucune injure.
Confidérez un peu quelle eft mon aventure ,
Et comment je réfifte à ces puiffans efforts :
Mon gouverneur me vend , mes habitans font morts ;
Et , comme leur cité, je fuis leur fépulture .
Les plus fâcheux hivers font pour moi des étés ;
Car je fens des chaleurs de ces lieux écartés ,
Que brûle fe foleil fous la zône torride.
La mer rouge fouvent vieng arrofer mes bords ;
Mais j'ai des ennemis dont la fureur avide
Sait prendre le dedans & tarir le dehors.
(ParM. Navarre , Profeffeur de Géographie,
& Mattre d'Armes de la Première Compagnie
de MM. les Gardes- du- Corps du Roi, )
LOGOGRYPHE.
E plais au village , à la ville;
Là , je fuis fans prétentions
Ici , j'ai plus d'ambition ,
A contenter l'on eft plus difficile.
E iv
104 MERCURE
A deux Mufes je fuis voué ;
Dans les palais , à la guinguette ,
Point de fête , Lecteur , qui puiffe être complette ,
Si par moi tu n'es enjoué.
Tantôt je fuis moelleux , tantôt je fais vacarme;
Souvent j'écorche & rarement je charme ;
A tout rompre Fon m'applaudit ,
Ou je fuis durement maudit ;.
Pour reflentir la louange ou le blâme,
Rien n'eft tel que d'avoir une âme ;
Et mes fix pieds me donnent de l'humeur
De ce qu'ils offrent plus d'un crime ,
Un attentat aux biens , à la pudeur ;
Auſſi j'embraffe un frein qui le réprimeJATTL
O vous , mes chers applaudiffeurs
Pardonnez fi je manifefte
Mé As uel
Une liqueur chère & funefte
r chère & funefte sox situ bant
A plus
de mes amateurs
;
Tip swm03 2.1
Je puis calmer leur fof ardentesenc
Pour contrafter avec Bacchus e 191
Et tempérer fon divin jus, is) enne
Dans mes fix pieds un fleuve le préfente,insber
( Par M. R..... de Narbonne , ancien Capitaine
Aide- Major au Regiment de Bourgogne. )
295 ZN97 29) 20
2319
I don
syrol 31
S
CHIMEE O
DE FRANCE. 105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE d'Hérodien , traduite du Grec en
François , avec des Remarquesfur la Tra»
duction , par M. l'Abbé Mongault , de
l'Académie Françoife , & ci - devant Précepteur
de Mgr. le Duc d'Orleans . Nouvelle
Édition , revue & corrige . A Paris , chez
Barrois l'ainé, quai des Auguftis , & Savoie ,
rue S. Jacques. zula nsilio alien
ET
6 asid RUS JAIMEES
T l'Auteur & le Traducteur de cette Hif
toire ont l'un & l'autre beadcoup de réputation.
C'eft à M. l'Abbé Mongeylt que nous
devons une excellente Traduction des Épitres
de Ciceron ; Hérodien eft cité parmi les Hiftoriens
comme un des plus recommandables
par la première qualité d'un Hiftorien , la
fidélité ; il l'eft beaucoup auffi par l'intérêt
continu qu'il fait répandre für fon récit , par
le talent de ne dire que ce qui eft néceffaire ,
de fupprimer les détails froids ou minutieux ,
de mettre fous les yeux les perfonnages avec
leurs paflions , leurs vertus & leurs vices ,
ouves par les faits & non fimplement alcomme
on le voit fouvent chez beaucoup
d'Hiftoriens maladroits , qui ne favent
point mettre d'accord & de convenance entre
les portraits & Phiftoire de leurs perfonnages ;
E v
106 MERCURE
en rapportant des faits même vrais , ils leur
ôtent , pour ainfi dire , leur vraifemblance ,
faute d'obferver les gradations & les nuances
progreflives des caractères ; ils font , pour ainſi
dire , agir ces caractères par refforts & par
fecouffes , il les font marcher par bonds &
par fauts , ils oublient que , dans l'ordre moral
comme dans l'ordre phylique , tout a une
marche régulière & graduelle , tout a un commencement
, un progrès & une fin. Hérodien
marque avec foin , & rend fenfibles toutes les
gradations du pallage de la vertu au vice, &.
du retour du vice à la vertu. Le premier eft
malheureufement le plus commun. En voyant
Commode fuccéder à Marc- Aurèle , on cherche
d'abord comment
+
Le ciel a permis
Que vertueux père eût cet indigne fils.
Comment le fils & l'élève du Philofophe
>Marc- Aurèle , formé fous fes yeux & par fes
mains , guidé par fes leçons & par fes exemples
, a pu dégénérer à tel point de la vertu
d'un tel père. On eft porté à conclure qu'il
avoit une perverfité innée dont l'éducation
n'avoit pas pu triompher. Ce n'eft point du
tout cela. Commode étoit affez bien né , il
portoit fur le Trône d'affez heureufes difpofitions
, il regrettoit fincèrement fon père, il
en chériffoit & en révéroit la mémoire , il
voulut prendre fa conduite pour modèle ; il
eftimoit , il aimoit , il confultoit les amis de
Marc-Aurèle, il les prioit de guider fes pas fur
DE FRANCE. 107
les traces de ce Héros. On voit ici le flatteur
Pérennis s'infinuer infenfiblement dans la
confiance de Cominode , le corrompre par
le charme des voluptés , l'éloigner peu- à-peu
de fes devoirs & des affaires , laguerrir contre
les remontrances , lui rendre les gens de
bien & les amis de fon père , d'abord incommodes
, puis importuns , pais odieux , & enfin
fufpects , ce qui devient pour eux un arrêt de
mort des conjurations nées , pour la plupart
de fes fautes & de fes crimes , achèvent d'aigrir
fon caractère & de l'accoutumer à la
cruauté ; une fois engagé dans cette route funefte
, il finit par vérifier de tout point ce que
Burrhus dit à Néron :
Mais fi de vos Flatteurs vous fuivez la maxine ,
Il vous faudra , Seigneur , courir de crime en crime,
Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés
Et laver dans le fang vos bras enfanglar.tés....
Craint de tout l'Univers , il vous faudratour craindre ,
Toujours punir, toujours trembler dans vos projets ;
Et pour vos ennemis compter tous vos fujets
Voilà ce que devint le fils de Marc- Aurèle ,
conduit par Pérennis. Léontine dit :
C'eft du fils d'un Tyran que j'ai fait ce Héros..
Pérennis pouvoit dire :
C'eft du fils d'an Héros que j'aifait ce Tyran.
Et il refulte delà une importante leçon ; il en
E vj
108 MERCURE
fort une voix terrible qui crie aux jeunes
Princes :
De l'abfolu pouvoir voas ignorez l'ivreffe ,
Et des lâches Flatteurs la voix enchantereffe.
Le portrait de, Sévère eft encore parfaitement
deffiné ; only voir le Conquerant rapide :
Qui d'abord accabloit les ennemis furpris ,
U
ค
>
Et d'un inftant perdu connoiffoit tout le prix .
Le Soldat robufte , endurci à la fatigue , aux
rigueurs des faifons , aux injures de l'air , aux
exercices militaires ; le Politique , fourbe
cruel , fanguinaire , qui jainais ne fut pardonner
à un ennemi , & dans qui le langage &
l'apparence de la vertune furent qu'un moyen
de tromper les hommes & de perdre fes
rivaux.as olon up ,Jashib tas
La haine implacable des deux frères Caracalla
& Geta, fils de Sévère , haine qui rend
vraisemblable tout ce que la fable nous raconte
des fureurs d'Eréocle & Polynice ; Geta ,
le plus aimable des deux frères égorgé par
Caracalla prefque dans les bras de leur mère ;
les fureurs de cer odieux Caracalla , qui ne
prit le furnom facré d'Antonin que pour le
profaner, la molletfe , les folies & les facrilèges
d'Héliogabale ou Hélagabale ; les cruautés du
terrible Maximin ; la relation du fiège d'Aquilée
, où ce Maximin fut tué par fes propres
Soldats , forment ici des tableaux impofans &
affez variés , quoique le fond en ſoit effentiel
lement uniforme ; mais le talent de l'Auteur
DE FRANCE. 109
ne ſe borne point à peindre avec des couleurs
effrayantes les monftres qui ont défolé l'humanité
, il fait auffi peindre avec des couleurs
douces & riantes l'ame célefte de Marc-Aurèle
, la vertu conftante & courageufe de Pertinax
, & fa mort defattrenfe foutenue avec
fermeté; la douceur inalterable , mais un peu
pufillanime & trop melee de, foiblette , d'Alexandre
, fils de Mammée. Le moment où cet
enfant malheureux, detroné pour les vices &
l'avarice de fa mère , qu'il n'avoit jamais ofé
réprimer , fe jetterentre fes bras , en lui reprochant
la mort qu'il attend y & à laquelle
il fe réfigne , eft un mouvement pathétique.
La fucprife & l'incrédulité de Pertinax
lorfqu'au lieu de la mort qu'il attendoit , on
vient lui offrir l'Empire , forme un tableau
d'un genre different , & qui confole après les .
violences de Commode , dont on vient d'être
raffafié. somiar „ onáváč ob of
Marcia , concubine de Commode , Électus ,
fon Chambellan , & Loetus , chef des Cohortes
Prétoriennes , ayant furpris une lifte
écrite de la main de cet Enipereur, & où leurs
- noms étoient proferits , l'avoient prévenu en
Tempoifonnante Lorus & Électus , avec
و د
quelques- uns de leurs amis , alièrent vers
» minuit à la maifon de Pertinax , & éveil-
» lèrent fon portier , qui , leur ayant ouvert ,
» & ayant apperçu des Soldats avec Lotus ,
» leur Commandant , courut tout effrayé en
» avertir fon maître. Il dit qu'on les fit en-
» trer ; qu'il voyoit bien que fou heure étoit
110 MERCURE
» venue ; que ce coup n'avoit rien qui le
furptit . Quoiqu'il ne doutât point que ces
» Officiers ne vinffent pour le tuer , il les vit
toutefois paroître fans changer de viſage ;
& fe tenant fur fon lit avec un air affuré :
» Je m'attendois , dit- il , toutes les nuits à un
pareil fort. Je refteis feul des amis de Marc-
ور
"
>
-
Aurèle , & je ne comprenois pas pourquoi
" fon fils differoit fi long-temps de me re-
» joindre à eux. Exécutez vos ordres , & délivrez-
moi pour toujours d'une incertitude
plus cruelle que la mort anême. N'ayez
point de nous , dit Lotus , des penfées fi
injuftes , & concevez des efpérances qui
répondent au mérite de vos grandes actions.
» Nous fonimes bien éloignés d'avoir aucun
» deffein contre votre perfonne ; nous ve-
» nons au contraire implorer votre fecours ,
& nous remettre à vos foins de la liberté
du peuple & du falut de l'Empire. Le Tyran
eft mort , fes crimes ne font pas demeurés
» impunis ; nous l'avons prévenu , & nous
» avons fauvé notre vie en lui ôtant la fienne.
→❞
Il faut que vous preniez fa place ; votre au-
» torité, votre prudence , votre modération
votre âge même , tout vous en rend digne.
Le peuple à pour vous beaucoup d'affec-
" tion , d'eftime & de refpect ; nous fommes
perfuadés qu'il nous avouera de notre
choix , & qu'il trouvera fon avantage où
» nous cherchons notre sûreté. Pourquoi ,
reprit Pertinax , infulter un vieillard , &
vouloir éprouver la conftance : N'est- ce pas
»
ود
DE FRANCE. III
affez de me faire mourir , fans joindre la
» moquerie à la cruauté ? Puifqu'il n'y a
» pas moyen de vous défabufer , dit Électus ,
» lifez cet écrit ; » & il lui donne à lire la lifte
de profcription qui les avoit déterminés à ſe
défaire de Commode.
Le moment de la mort de Pertinax eft le
pendant de ce tableau aveclequel il contrafte.
Le Sénat , le Peuple , tout l'Empire béniffoir
le Gouvernement doux , jufte & ferme de
Pertinax ; mais les Soldats Prétoriens que
Commode avoit accoutumés à la plus grande
licence , ne pouvoient fouffrir un Prince uniquement
occupé à rétablir l'ordre & la difcipline
; ils courent au palais pour l'affafliner.
Pertinax eût pu fe fauver en fejetant entre
les bras du peuple , & on le lui confeilloit. Ce
parti lui parut trop indigne de fon rang , de
fon caractère & de la réputation qu'il s'étoit
faite ; il ne voulut ni fuir ni fe cacher , il alla
au-devant du péril , parut hors de fa chambre,
& fans rien perdre de fa gravité ni de fa
majefté , s'avança pour parler aux Soldats .
Quel eft votre deffein , leur dit-il , & que
prétendez - vous faire ? Tuer un vieillard
qui n'a que trop vécu , & qui a acquis affez
de gloire pour n'avoir pas de regret à la vie;
» auffi- bien fundra- t'il toujours en venir à ce
» terme , & je n'en fuis pas fort éloigné. Mais
» que vous , qui êtes cornmis à la garde du
» Prince , qui êtes chargés de fa confervation
& de la vie , qui en répondez à tout l'Em-
" pire ; que vous , qui êtes armés pour fa dé-
כ
23
כ
"
112 MERCURE
ور
ככ
» fenfe , deveniez fes affallins ; que vous
» trempiez vos mains dans le fang de votre
Empereur! c'eft un attentat qui peut avoir
» pour vous d'aufli dangereufes fuites , qu'il
» eft en lui-même horrible & incui..... Si c'eſt
» la mort de Commode qui vous chagrine ,
» prenez-vous -en à la Nature , qui ne diſpenſe
perfonne de ce tribut ; fi vous prétendez
qu'il a été empoisonné , il eſt toujours sûr
que je fuis très- innocent de ce crime....... &
que les foupçons qu'on a pu former ne font
jamais tombes fur moi. Au refte , vous ne
perdrez rien à fa mort ; on ne prétend vous
retrancher aucune des chofes que l'équité
» & la bienféance permettent qu'on vous
י כ כ
ور
""
و د
"
و د
و د
laiffe ; on vous accordera tout ce que vous
» demandérez fans vouloir l'emporter de force
» & aux dépens des Citoyens en fa
Ce difcours en avoit déjà ébranlé un grand
nombre, & quelques uns s'étoient retirés,
frappés par cet air de majesté que fa vieilleffe
augmentoit ; mais quelques autres plus furieux
le tuèrent.
Il fembleroit que ce tableau de la mort de
Pertinax , eût fourni à l'Auteur de la Henriade
quelques traits du tableau de la Mort de
Coligny.
Déjà des affaffins la nombreuſe cohorte ,
Du fallon qui l'enferme alloit brifer la porte ;
Il leur ouvre lui-même , & le montre à leurs yeux
Avec cet air ferein , ce front majeftueux ,
1
Tel que , dans les combats maître de fon courage ,
DE FRANCE. 113
Tranquille , il arrêtoit ou preffoit le carnage.
A cet air vénérable , à cet augufte afpe&,
Les meurtriers furpris font faifis de refpect;
Une force inconnue a fufpendu leur rage :
39
Compagnons , leur dit- il , achevez votre ouvrage ,
Et de mon fang glacé fouillez ces cheveux blancs
Que le fort des conibats reſpecta refpecta quarante ans ;
Frappez , ne craignez rien , Coligny vous pardonne,
Ma vie eft peu de choſe & je vous l'abandonne
;
J'euffè aimé mienzula sperdrepen combattant pour
d cho vous , do THI
Ces tigres à ces mors tombent à fes genoux ;
L'un , faili d'épouvante , abandonne les armes ;
037
L'autre embraffe les pids qu'il trempe de les larines ,
Et dedesaans ce grand Homme entouré ,
Sembloit un Roi puissant par fon peuple adoré.
Befmery..dans de flanc, 11076 79.uk
Lui plonge fon épée en détournant les yeux ,
De pelit que d'un coup d'oeil det augufte vifage
Ne fit trembler fon bras & glaçat fon courage.
Il eft certain que ce dernier morceau femble
être l'hiftoire de la mort de Pertinax embellie
par la poélie. 163 Lb amo eno
L'avénement du vieux Gordien à l'Empire ,
bientôt fuivi de fa mort , fernble être par
toutes fes circonftances la répétition de l'hiftoire
du même Pertinax ; ce feroit un défaut
choquant dans une fiction , c'eft une choſe
inévitable dans l'hiftoire , c'eft la fortune qui
114 MERCURE
1
s'eft répétée, & qui a ramené deux fois les
mêmes événemens.
Il y a plufieurs harangues dans Hérodien ,
comme dans la plupart des Hiftoriens anciens
& même chez quelques modernes. Nous
avons déjà préſenté des morceaux de quelques-
unes de ces harangues. « Ceux qui les
aiment , dit le Traducteur , auront de quoi
fe contenter. Ceux qui , élevés dans notre
goût , voudroient les bannir de l'Hiftoire ,
» fautont du moins bon gré à l'Auteur de ne
» les avoir pas faites trop longues. "
و د
Il eft vrai qu'elles n'ont point la longueur
qui , chez plufieurs autres Hiftoriens , nuit à
la vraisemblance , détruit l'illufion , & annonce
le travail ; elles font d'une étendue proportionnée
à celle du récit ; elles font d'ailleurs
adaptées à la perfonne , à la fituation ,
aux circonftances ; plufieurs ont l'éloquence
& le pathétique que l'occafion fourniffoit.
Sévère , tenant en fa puiflance les Prétoriens
affaflins de Pertinax , dont il fe déclaroit
le vengeur , leur dit : « Vous avez porté
» vos mains facrilèges fur un faint vieillard ,
fur votre Prince , dont la vie vous étoit
confiée , & que vous deviez défendre aux
dépens de la vôtre. Vous avez indignement
» vendu comme un bien qui vous apparte-
» noit, ou comme l'héritage d'un particulier ,"
و د
cet Empire qui n'avoit été jufqu'à préfent
» que le prix d'une vertu éminente , ou le
" partage d'une naiffance illuftre ..... Rendez-
» vous juftice , & vous reconnoîtrez ma clé,
DE FRANCE.
و ر
mence. Je ne répandrai point votre fang ,
» mes mains feront plus retenues que les vô-
» tres. Mais ce feroit une profanation , une
injuſtice , ( & une imprudence ) qu'après
» que vous avez violé votre ferment, manqué
» à la fidélité que vous deviez à votre Prince,
» & trempé vos mains dans le fang d'une
perfonne fi facrée , on vous confiât encore
» la tête & le falut des Empereurs. » Auffitôt
il les caffe , & leur fait ôter par fes Soldats
leurs habits & toutes les marques militaires
qu'ils portoient.
و و
Caracalla & Gétà ne pouvant vivre & régner
enfemble , avoient partagé l'Empire ;
l'un devoit avoir l'Europe , l'autre l'Afie , &
la Propontide devoit être de part & d'autre la
limite de leurs États ; l'Impératrice Julie, leur
mère , qu'on nommoit Jocafte , à caufe de fa
tendrelle pour ces deux frères ennemis ,
n'ayant pu parvenir à les réconcilier , leur
tient ce difcours : ok ht
" Vous trouvez , mes enfans , les moyens
» de partager entre vous toute la terre , en
» faifant fervir la Propontide de borne à vos
» États. Mais ce n'eft pas encore tout ,
il vous
faut aufli partager votre mère : comment
ferai -je , malheureufe que je fuis , pour me
» partager entre vous deux? Commencez par
» me tuer , cruels , coupez mon corps par
» morceaux , donnez chacun dans votre Em-
22.
pire la fépulture à cette moitié qui vous
en reftera ; c'eft le feul moyen de me faire
116 MERCURE
» entrer dans ce partage funefte que vous
» méditez. "
L'Impératrice , ajoute l'Hiftorien , entrecoupa
ces paroles de foupirs & de fanglots , &
ferrant fes deux enfans entre fes bras , elle les
exhortoit à étouffer leurs reflentimens .
Le partage n'eut point lieu , & Julie n'en
fut que plus malheureufe ; Caracalla , comme
nous l'avons dit , affallina fon frère prefque
entre les bras de fa mère . Julie vit aufli périr
Caracalla , après l'avoir vu devenir l'horreur
des Romains , & elle fe tua de défefpoir.
Cette Hiftoire finit à la mort de Maxime &
de Balbin , fucceffeurs de Maximin ; elle montre
dans l'efpace de foixante ans douze ou
quatorze Empereurs , & même davantage , fi
on veut compter tous ceux à qui ce titre dangereux
, gage d'une mort violente , a été
donné par quelque armée révoltée , & qui
tous avoient le même droit , auquel le fuccès
feul donnoit de la valeur.
De tous ces Empereurs un feul meurt dans
fon lit , c'eft Sévère ; encore Caracalla , fon
fils , engagea-t'il fes Médecins à terminer fes
jours , & les fit-il périr , parce qu'il n'avoit pu
les corrompre. Aulli Herodien dit-il que Sévère
mourut plutôt de mélancolie que du mal
dont il étoit attaqué . Tous les autres furent
tués. C'eft fur-to : des Empereurs Romains
qu'on peut dire avec Juvénal :
Ad generum cereris fine cade & vulnere pauci
Defcendunt Reges , &ficca morte tyranni.
DE FRANCE. 117
Comment donc pouvoit-on vouloir être
Empereur ? Souvent on ne le vouloit pas ,
mais on n'étoit pas maitre de refufer. Les Soldats
qui vous proclamoient ne vous laifoient
point la liberté , ils ne vous offroient que l'alternative
de l'Empire ou de la mort . Maximin
fe défendit , il. voulut ôter la robe de
pourpre dont on le couvroit. Mille épées furent
tirées à l'inftant contre lui ; il fit fes proreftations
& accepta.
Hérodien a été accufé d'avoir été trop favorable
à ce barbare Maximin , & cela par
averfion pour Alexandre Mammée , fon prédéceffeur
, nous ne concevons pas qu'un pareil
reproche ait pu être fait par quelqu'un
qui ait pris la peine de lire Herodien . Il est
impoffible de dire plus de bien d'Alexandre
& plus de mal de Maximin. Il ne peint pas , à
la vérité, Alexandre comme un guerrier , parce
qu'Alexandre ne l'étoit pas , & que fon règne
fut un règne de paix ; il ne peint pas Maximin
comme un lâche , parce que Maximin étoit
très -brave & très -redoutable dans les combats
mais la douceur & du caractère & du
règne d'Alexandre eft par-tout mife en oppofition
avec la férocité de Maximin & les horreurs
de fa tyrannie .
"Je ne comprends pas Jale Capitolin , dit
» avec raifon M. l'Abbé Mongault ; après
» avoir avancé qu'Hérodien a été trop favo-
» rable à Maximin , il copie tout ce qu'il a
» dit de plus fort fur le courage & l'intrépi-
» dité de cet Empereur, fans rien ajouter à
118 :
MERCURE
"
l'affreufe defcription qu'il nous fait de fa
tyrannie. C'eft néanmoins fur ce témoi
» gnage qu'eft fondé principalement le reproche
qu'on a voulu faire à Hérodien . »
Et voilà comment les opinions s'établiffent
quelquefois ; mais pour détruire celle-ci ,
il fuffit de lire Hérodien.
"
و و
Cet Auteur étoit contemporain de tous les
Empereurs dont il a écrit l'Hiftoire ; il nous
apprend qu'il a exercé différentes charges ,
& qu'il a été employé dans différentes affaires.
" Il me femble , dit le Traducteur , qu'il de
» voit fe montrer quelquefois fur la ſcène ,
» cela auroit donné plus de dignité à fa per-
» fonne & plus d'autorité à fon Hiftoire. "
On fait d'ailleurs qu'il étoit d'Alexandrie , fils
d'un Rhéteur nommé Apollonius le Dyfcole
ou le Difficile , & qu'il fuivit au moins quelque
temps la profeffion de fon père.
و د
Examinons quelques idées de M. l'Abbé
Mongault fur l'art de traduire.
و د
Les Traductions trop littérales font , felon
lui , les moins fidelles. « On eft revenu , dit-il ,
» de ces verfions barbares , où , fous des mots
François , on fentoit une phrafe toute grec-
» que ou toute latine , femblables à ces étran-
» gers qui, avec nos habits , ne peuvent pren-
» drenotre air & nos manières. On a reconnu
que cette fervitude , en faifant perdre aux
anciens les beautés qui font propres à leurs
langues , ne leur communiquoit point les
agrémens de la nôtre. »,
"
"
Il eft à préfumer qu'un Traducteur , tel que
4
DE FRANCE, 119
1
M. l'Abbé Mongault , favoit renfermer ces
propofitions dans de juftes bornes. Il a raiſon ,
nulle verfion ne doit être barbare , & une verfion
françoiſe doit , avant tout , être françoife ;
mais il y a dans tout Auteur qu'on traduit
deux caractères précieux & néceffaires à conferver
, l'un eſt le caractère national , l'autre
le caractère perfonnel. Il faut qu'on reconnoiffe
& qu'on diftingue fi l'Auteur eſt Grec,
ou Perfan , ou Romain , ou Anglois , ou Efpagnol
; il ne faut pas qu'en lifant la Traduction
de Virgile on croye lire celle d'Homère ,
parce que ces deux Poëtes ont un ton national
différent , excepté peut-être dans les endroits
où l'imitation les rapproche ; il faut de plus
qu'on diftingue l'Auteur de tous les autres
Écrivains de la même langue ; car un bon Auteur
a toujours fa manière propre ; & il ne
faut pas non plus qu'en lifant Virgile on croye
lire ou Ovide , ou Stace , ou Lucain ou Claudien.
M. l'Abbé Mongault conviendroit de
tous ces principes.
C6
و د
Ce Traducteur s'accule ou fe vante d'avoir
retranché dans fon Auteur des circonstances
répétées plufieurs fois dans une même.narration
, des penſées qui revenoient trop fou-
» vent , & plufieurs autres petites négligences
qui lui font communes avec beaucoup
» de Grecs , & qui font fupportables dans les
originaux, foit que l'emphafe & la fécon-
» dité de leur langue les foutiennent.
و ر
"
"3
( L'emphafe ne fe prend guères en bonne
part ; & la fécondité , loin d'excufer les répé
I 20 MERCURE
titions , les rendroit plus vicieuſes. Pourfuivons.
)
Soit que le refpect que l'on a pour l'antiquité
nous rende moins difficiles. Mais les
» anciens , par la traduction devenant
» comme modernes , on ne leur paffe plus
» rien , & l'on fent beaucoup mieux les redites
dans une langue qui ne peut les
fouffrir ni dans les mots ni dans les chofes.
» Jai fait un petit nombre de tranfpofi-
» tions pour donner à la narration plus de
fuite & de netteté. J'ai quelquefois fubftitué
des équivalens à la place de certaines
expreffions favorites qu'Hérodien rema
» nioit trop fouvent & de trop près. J'ai en-
» core exprimé d'une façon plus naturelle
quelques phrafes emphatiques , où il ne
difoit que des chofes fort fimples , ce qui
» dans notre langue lui auroit donné un air
» de déclamation , dont il n'eft pas tout-à-
» fait exempt dans la fienne ......
ود
و ر
و د
» J'ai cru qu'en faifant paroître Hérodien
» en françois , il falloit le rapprocher de nos
» manières , fans toutefois le rendre mécon
و د
noiffable ; & je fuis perfuadé qu'il m'avoue-
» roit lui-même de toutes les libertés que j'ai
prifes dans cette vue . >> "
ود
Il n'y a rien là que nous vouluffions contredire
formellement ; mais il y a divers points
que nous croirions devoir expliquer. C'eſt fort
bien fait , fans doute , d'épurer le texte autant
qu'il eft poffible , & la traduction ôte toujours
à Poriginal affez de beautés pour qu'on ait le
droit
DE FRANCE. 121
droit de lui ôter quelques défauts ; mais fi ces
défauts fervent à caractériſer l'Auteur , ne
faut-il pas les lui conferver ? Quel eft l'objet
de la Traduction ? C'eft de mettre autant
qu'il eft poffible les ignorans , c'eft-à-dire, ceux
qui n'entendent pas la langue de l'original ,
au niveau des Savans dans ce qui concerne la
connoiffance de l'Auteur traduit ; c'eft de procurer
aux premiers les moyens d'entendre &
de juger le jugement que les Savans ont porté
de cet Auteur ; fi vous faites difparoître les
défauts dont ils ont parlé , le Lecteur qui n'en
retrouvera aucune trace dans la traduction ,
croira que les Critiques fe font trompés , on
fera en droit d'accufer votre verfion d'infidélité.
Qu'on retranche de l'Énéïde l'épiſode
des harpies qui faliffent les viandes desTroyens,
& qui leur prédifent qu'ils feront réduits à
manger leurs tables , & l'exclamation du petit
Afcagne , qui explique l'énigme :
Etiam menfas confumimus.
On aura fait difparoître des puérilités qui
n'ont d'autre mérite que celui que leur prête
l'harmonie des vers ; mais des Critiques ont
relevé ces puérilités , & le Lecteur qui ne les
trouvera plus dans Virgile ainfi tronqué , ou ,
fi l'on veut , ainfi purgé , reconnoîtra d'abord
que la Traduction n'eft pas complette. , Ce
fera bien pis fi le goût du Traducteur s'égare
dans ces fuppreffions , comme il eft arrivé au
Traducteur du Roman Anglois de Clarice ,
qui , fous prétexte de retrancher des longueurs ,
N. 47 , 19 Novembre 1785. F
122 MERCURE
a fupprimé l'enterrement de Clarice , c'eſtà-
dire , le morceau le plus pathétique qui foit
dans l'Auteur Anglois & dans tout Auteur. Il
y a plus , même les véritables longueurs qui
font dans Richardfon , qu'elle intimité ne mettent-
elles pas entre le Lecteur & les perfonnages
, & par conféquent de quel intérêt ne
font-elles pas la fource ?
A l'égard des défauts réels , inconteſtables ,
& qui ne produifent pas de beautés , nous
croyons , pour tout concilier, qu'on a raiſon
de les retrancher ; mais qu'il faut en avertir
avec grand foin , non - feulement d'une manière
générale dans la Préface , mais particulièrement
& à chaque retranchement dans
des notes faites exprès , & c'eft ce que M.
l'Abbé Mongault a fait dans des remarques
qu'il a placées à la fuite de fa Traduction.
LES Dangers d'unpremier choix , ou Lettres
de Laure à Émilie , par M. de la Dixmerie.
Trois Parties in-12 . A la Haye , & fe trouve
i à Paris , chez Delalain le jeune , Libraire ,
rue S. Jacques.
LES Romans qui ne font que frivoles , font
lûs vîte , & vîte oubliés ; ceux qui propagent
les mauvaiſes moeurs par le tableau qu'ils en
préfentent , trouvent des Lecteurs fans doute ,
mais ils valent à leurs Auteurs moins d'eftime :
que de célébrité ; ceux qui refpirent une morale
douce & aimable , méritent d'étre diftingués
de la foule des Romans du jour , qui
"
DE FRANCE. 123
ont fini par faire regarder comme effentielle-'
ment futile , un genre qui pourroit avoir fur
l'efprit & fur le coeur humain la plus utile
influence.
L'Ouvrage que nous annonçons ne mérite
rien moins que ce reproche. Bien loin de faire
aimer le vice , il tend à faire craindre les fuites
même de la foibleffe. Son but moral eft de
prouver que le premier choix d'un jeune coeur
influe fur le fort de la vie entière.
- Le cadre qu'a choiſi l'Auteur eſt une correfpondance
entre Laure , l'Héroïne du Roman
, & Émilie , à qui elle rend compte de
tout ce qui fe paffe en elle & autour d'elle . '
Laure , âgée de 17 ans , arrive à Paris ; ce qui
lui donne lieu de faire quelques obfervations.
« Un jeune homme dit àaine femme : vous
» êtes belle , je vous admire , comme il lui
diroit : je fuis » beau , admirez-moi. »
Parmi les jeunes gens qui adreffent ces
difcours àLaure, on voit dès le commencement
qu'elle en diftingue un , même fans le favoir ,
Surville , qui paroît plein d'une paffion qu'il
cherche à diffimuler , & qu'il inſpire par degrés.
Laure eft d'abord étonnée, enfuite piquée
de fon filence ; enfin elle ne fait plus qu'imaginer
, lorfque ne pouvant plus douter de
l'amour de Surville, elle voit qu'il s'obſtine toujours
à le taire. Le père même & la tante de
Laure s'en apperçoivent ; & comme le jeune
homme eft un parti digne d'elle , on cherché
à l'encourager , mais il couvre toujours fes
fentimens d'un voile impénétrable. L'amour a
Fij
124
MERCURE
déjà fait trop de progrès dans le coeur de
Laure , pour qu'un filence auffi opiniâtre n'y
jette pas les plus vives alarmes. Ses frayeurs
ne font que trop fondées ; car Surville ne pouvant
fe taire plus long- temps , finit par lui
avouer qu'il a déjà pris d'autres engagemens ,
& qu'il ne peut plus difpofer de fa main .
On juge du cruel effet que produit cette
confidence , & fur le coeur de Laure & fur l'efprit
de fa famille . D'autant plus malheureuſe
qu'il n'eft plus en fon pouvoir de ceffer d'aimer
, elle le livre au plus cruel défeſpoir. Ses
parens , qui connoiffent fes fentimens fecrets,
& quine defirent que fon bonheur , faififfent
& voudroient lui faire adopter un rayon d'efpérance
qu'elle rejette avec mépris. L'engagement
de Surville eft illégal ; c'eft un mariage
fecret auquel il manque des formalités effentielles
; & l'ona l'alternative de faire rompre ces
noeuds , ou d'amener celle qui en a été l'objet, à
y renoncer volontairement . Cette jeune perfonne
fe nomme , Cécile ; & fa pauvreté fait ›
efpérer que des propofitions avantageuſes
pourront lui faire abandonner fes prétentions.
Mais elle a le courage de réfifter aux offres
qu'on lui fait , & Laure , la générofité d'embraffer
les intérêts de fa rivale.
C'eft ici que la fituation de l'Héroïne devient
intéreffante. Elle aime tendrement Surville
; elle facrifieroit tout pour être à lui ;
mais elle ne peut fe réfoudre à fe rendre heureuſe
en faisant le malheur de fa rivale . Elle
écrit elle- même à Surville en faveur de Cécile ;
DE FRANCE.
125
elle fait parler l'honneur , la probité ; & enfin
elle détermine Surville , qui l'aime toujours
avec paffion , à reprendre fes premiers engagemens.
Sa noble générofité ne s'arrête point
là: le père de Surville ne veut point confentir
à un hymen qu'il regarde comme funeſte à la
fortune de fon fils ; Laure ne fe rebute point ;
il n'y a pas de rufe innocente qu'elle n'imagine
pour faire valoir les qualités & les droits
de Cécile ; & elle ne fe repofe qu'après lui
avoir rendu fon époux.
On voit que cette fituation , qui fait le
fonds du Roman , eft d'un grand intérêt. Mais
Laure , en fe dévouant à fa générofité , n'a pu
faire que trois malheureux ; elle pleure l'amant
qu'elle a cédé ; & les deux époux qu'elle a
réunis ne peuvent être heureux , parce que
l'amour n'a pas refferré leurs liens . Surville a
pour Cécile tous les foins , toutes les attentions
dont fa probité lui fait un devoir ; &
elle feroit heureufe fi d'autres fentimens que
l'amour pouvoient fuffire à l'amour.
Un événement funefte vient changer la
pofition de nos amans. Un fat , nommé Dorfigny,
qui avoit aimé Laure , piqué de la préférence
qu'elle avoit donnée à Surville , fait
courir contre-elle quelques vers fatyriques.
Surville demande raifon a Dorfigny ; Cécile ,
dont la jaloufie avoit été réveillée par la fortie
myftérieufe de fon époux , avoit pris un habit
d'homme pour le fuivre fecrettement ; informée
enfuite du véritable motif du rendezvous
, elle y arrive la première ; & comme dès
Fiij
426 MERCURE
fon enfance le hafard a voulu que fon père
l'ait exercée à l'art de l'efcrime , elle tire
l'épée , & s'élance vers Dorfigny , qui la bleff
mortellement. Surville , qui arrive en même
temps , & qui reconnoît Cécile , fond fur
Dorfigny , qui ne peut éviter fes coups , & qui
to nbe mourant à fes pieds .
La mort de Cécile rend à Surville fa liberté;
& Cécile elle-même a fupplié Laure , en mourant
, de confoler fon époux par un hymen
plus fortuné. Elle lui en a prefque arraché la
promeffe par les plus vives inftances , ne
croyant pas pouvoir mieux payer le facrifice
qe Laure avoit eu la générofité de lui faire .
Mais Laure , après la mort de Cécile , ne
crit pas que la délicateffe lui permette d'accopter
la main de Surville. Elle réfifte à fon
anie , à fa famille entière ; fe réfugie dans un
Coitre , y prend le voile pour y finir les jours
infortunes ; & Surville profite d'un moment
de guerre pour aller y chercher la mort.
C'eſt par cette chaine d'événemens défaftreux
que M. de la Dixmerie a voulu repréfenter
le Danger d'un premier hoix ; & l'on
ne peut que recommander la lecture de fon
Ouvrage aux jeunes gens , qui le liront avec
autant de plaifir que d'utilité. Ce n'eft pas qu'il
ne donne lieu à quelques obfervations critiques.
Par exemple , l'honnêteté de Surville ,
dans les commencemens , eft un peu trop équivoque.
On voudroit ou le voir plus entra né
par fa paflion , ou le voir s'éloigner plus vite
de l'objet qui l'a fait naître. Il fait trop peu
DE FRANCE. 127
pour l'amour , ou trop peu pour la probité .
On defireroit encore que Laure , dans les
facrifices qu'elle fait , parût davantage combattre
contre elle - même. Plus on verroit fa
pallion lutter contre fa vertu , plus on lui fauroit
gré de fon dévouement.
Il y a auffi d'autres incidens qu'on peut taxer
d'invraisemblance. Après la mort de Cécile ,
on trompe Laure ; & fa famille , fous prétexte
de lui faire voir une terre qu'on vient d'acheter
, la mène dans un château de Surville , qui
vient bientôt les y trouver. La nouvelle de ce
voyage a mal pris dans le monde ; on trouve
qu'elle compromet Laure ; & l'on a raiſon .
Pourquoi fes parens la forcent-ils à cette démarche
indifcrette ? On ne voit pas l'intérêt
qu'ils y trouvent. Toute action qui eft contraire
à la fituation & au caractère du perfonnage
, devient invraiſemblable , & nuit à
l'illufion.
Nous en dirons autant de la vifite que fait
à Laure la mère de l'infortunée Cécile. Què
cette mère pleure amèrement la perte d'une
fille chérie , cela eft dans l'ordre ; mais qu'elle
vienne prier Laure de refufer la main de Surville
, parce qu'il a été l'époux de fa fille ;
voilà qui eft tout-à-fait invraisemblable. Il
pent fe faire qu'une femme en mourant
craigne que fon époux , devenu libre par fa
mort , n'époufe fa rivale ; mais il n'eft pas naturel
que la mère de cette femme ait la même
crainte, à moins qu'il n'y ait quelque raifon
d'intérêt. Cette femme mourante peut avoir
>
Fiv
128 MERCURE
un motif de jaloufie ; mais quel motif peut
avoir fa mère ? L'Auteur a voulu donner un
reffort de plus à la délicateffe de Laure ; mais
il falloit prendre ce reffort dans une plus
exacte vraisemblance.
Ces obfervations ne portent que fur quelques
détails, & n'ôtent rien au mérite de l'Ouvrage.
Les caractères en font bien deffinés ; il
y a d'heureux développemens ; des Lettres
qu'on lira avec le plus grand intérêt . L'Auteur
n'a pas eu befoin , pour fe faire lire , d'employer
cet Art fi commun de faire contraſter
le vice & la vertu . Il a peint quelques caractères
ridicules , mais pas un de vicieux .
و د
و د
22
ود
Quant au ftyle , il a peut-être un peu de
monotonie ; mais il a de l'élégance , de la
grâce , & quelquefois de la rapidité. Nous en
allons citer au hafard un morceau qui terminera
cet article. La fcène eft dans le château
de Surville ; & c'eft Laure qui écrit, « Nous
les devançâmes donc , Surville & moi . Il
étoit fort ému , & je n'étois pas moi-même
plus tranquille. Je me hâtai , fans que je
puiffe bien dire pourquoi , de mettre la
" converfation fur des objets indifférens. Je
» lui parlai de la beauté de fon château &
» de l'heureuſe diftribution de fes jardins. Je
» les trouve délicieux , reprit- il auffitôt ; mais
» ce n'eft que depuis bien peu de temps. Il
» étoit cependant bien difficile , repris - je
» que ce qu'ils ont d'agréable vous eût fi
» long- temps échappé. C'eft , répondit Sur-
» ville , que je n'y voyois pas alors tout ce que
ور
-
DE FRANCE. 129
"
» j'y vois aujourd'hui. Ils m'offrent dans ce
» moment un bonheur dont je n'eſpérois pas
jouir fitôt , & dont je craignois même de
» ne jouir jamais . Pour moi , lui dis -je , c'eſt
» au hafard , ou plutôt à je ne fais quel projet
» de mon père, que je dois l'avantage de par-
» courir ces beaux lieux. Je l'ai fuivi fans bien
» favoir où il me conduifoit.
و ر
Ces derniers mots firent foupirer Sur-
» ville. Il garda quelques momens le filence.
Ah ! je le vois trop , s'écria -t'il enfuite ; ce
qui peut m'être favorable ne fera jamais que
l'effet du hafard ; mais mes malheurs fe-
» ront toujours celui d'une caufe bien déter-
>» minée. Quoi , lui dis-je ! trouveriez -vous
» bien raiſonnable que je vinffe vous chercher
» volontairement ici ? Je fuis fi malheureux ,
» me répondit-il , que je ne dois pas être foup-
» çonné d'un tel excès de préfomption. J'ofe
» même encore à peine m'expliquer ; & fi
» vous ne devinez une partie de ce que j'ai à
» vous dire , cet entretien , dont je ne fuis
redevable qu'au hafard , fera encore perdu
לכ
52
» pour moi. »
450 MERCURE
VARIÉTÉS.
LETTRE fur la Chaffe en Provence.
LE
E tableau de mes plaisirs champêtres n'eft encore
qu'efquiffé , mon très - cher ami , car vous penfez
bien que la chaffe fuccède quelquefois à la pêche
, & la botanique aux promenades fur mer Eh
quoi ! n'allez - vous dire , l'homme ne fauroit il done
jamais s'amufer innocemment ? & jufques dans ce
fiècle de lumière & d'humanité , le fera-t-il une volupté
barbare de l'art d'exterminer : Cet être fi doux
& fi piroyable , à qui la Nature , par un privilège
unique , accorda le don des larmes , lui qu'elle organifa
pour broyer & digérer les végétaux qu'elle lui
prodigue , eft-il né pour courir fur une proie animée ,
pour lui arracher la vie , pour la dévorer encore
chaude & fumante..... & devenir le rival du chien
& du vautour ! Sans doute , quiconque pofède ou
cultive un champ , tient de la Nature l'imprefcriptible
droit de tuer les animaux qui lui difputent fa
propriété ou fon travail ; mais , hors de la , je ne
vois plus dans la chaffe qu'un exercice féroce fait
pour apprivoifer l'homme avec le meurtre & le fang,
qu'un exercice digne de fa fauvage origine . Les Philofophes
l'ont dit : les fucs de tous ces cadavres
mêles à des humeurs déja trop aduftes dépravent
peut être encore plus notre moral qu'ils ne corrompent
notre phyfique.
-
•
Mais.... mais ! quelle brufque fortie contre un
plaifir de tous les temps & de tous les lieux , contre
DE FRANCE. 131
- I. -
-2. -
un divertiffement fi noble ! Je ne veux pas , Monfieur
le Pythagoricien , relever quelques petites contradictions
qui vous font échappées dans la chaleur de
l'attaque je ne me permets que quelques obfervations
légères. Si l'on a ( felon vous ) le
droit de tuer l'animal qui fait le dégât , convenez
qu'il faut des armes à feu , ou tout au moins des
pièges. Si ce n'eft pas un privilège , ou
plutôt un devoir des Nobles de garantir nos fillons
du labour des fangliers , & nos bergeries des aflauts
du loup affamé , il faut donc que ros laboureurs ,
que nos pâtres abandonnert le foc , dépofent la houtlette
, & marchent , armés de carabines , dans les
champs & parmi les bois ? Convenons , avec M. de
Saint- Lambert , que la Nobleffe qui , en général ,
fat de fi grands facrifices à la patrie , mérite quelques
privilèges , & que le droit de chaffe en eft un
qui peut n'être point à charge aux citoyens des
ordres inférieurs. Convenons que nos Rois out
fait fagement de fe réserver le droit primitif de la
chaffe , plus fagement d'accorder ce privilège aux
Seigneurs , & plus fagement encore d'établir des
louvetiers contre les animaux dévastateurs des récoltes
& des beftiaux : convenons enfin , avec Horace
( qu'il eft tout fimple que je vous cite ) , que
la chaffe a , de tout temps , été en honneur ;
qu'elle donne bonne opinion d'un homme , de
fes moeurs , de fa force : Solemne viris opus , utile
fama , vitaque & menbris , &c . ; & trouvez bon ,
mon beau Déclamateur , que nous chatfions dans
ce pays - ci , non pas à la bête noire , mais tout
bonnement aux petits oifeaux . Quelqu'ennemi
que vous me paroiffiez de cet amuſement innocent
, vous auriez du plaifir , je le parie , à voir
nos pipées , nos battues , & à fentir votre part
dans un plat de cailles & d'ortolans rôtis , cuits à
point , & pofés fur de friandes rôties.
F vj
432 MERCURE
La pipée ne fe tente que dans les belles matinées
d'automne. Les femmes & les enfans font
avides de cette chaffe ; feroit ce parce que la rule
& la tromperie y tiennent lieu de force & d'adreffe ?
On choifit un bosquet affez fourré , & voiſin cependant
de la raſe campagne : on ébranche , ou
plutôt on exfolie un jeune arbre , dans lequel on
fait des entailles pour placer les baguettes enduites
de glu. Cet arbre , ifolé dans une clariere d'enviren
vingt pas , devient le piège fatal à tous les
oifillons qu'on attire fur les gluaux , en contrefaifant
le cri de la chouette avec des feuilles de
rofeaux. Aux premiers fifflemens , des nuées d'étourneaux
& de martinets , la famille des linottes ,
celle des chardonnerets , les pinçons , les bouvreuils ,
les volatiles de toute eſpèce , s'attroupeut en ciiaillant
, voltigent quelque tems autour de la cabane
où vous êtes caché , & finiffent par s'abattre fur
les perfides baguettes . Elles tombent fitôt qu'ils
s'y pofent ; leurs ailes fe barbouillent , & plus
ils s'agitent plus ils s'empêtrent Amour , amour !
s'écrieroit l'Ariofte , tel eft l'effet de tes gluaux !
Dès que la volée eft à terre , le coeur bat de joie
au pip ur il court à fa proie , attrape les pauvres
priforniers de guerre ; & malgré leurs cris plaintifs ,
malgré leurs jolis plumages , leurs formes charmantes
, & les concerts dont ils ont rempli les
airs au retour du printemps , il les empoigne impitoyablement
, leur tord le col , & les enfile à
des ofiers.
La chaffe au filet eft de tous les jours ; on la fait
à fa porte , elle eft , pour aina parler , une trahifon
perpétuelle qui attire à tout moment l'imprudence
de ce foible & malheureux gibier. Sur
une longueur plus ou moins étendue , on plante
les liferes d'un pré , d'un bois , ou d'an ruiffeau
de différens arbiiffeaux, arbres ou arbustes. On
DE FRANCE. 133
"
doit ménager par l'alignement deux petits fentiers
couverts aux deux côtés de la plantation , & , s'il ſe
peut , un troifième dans le milieu du long maſſif;
en peu de temps ces jeunes plants s'élèvent , fleuriflent
& fructifient enfemble. L'oeil eft flatté de
voir cette variété de teintes & de formes , de bouquets
ou de baies . L'alifier , le cornouiller ſauvage
à tige rouge y occupent les premiers rangs ; le
bienfaifant fureau y ploye fous fes larges ombelles
à fruits d'un pourpre foncé , l'arboufier au moindre
vent y fait briller fes glands de corail ; le troefne
docile & la ronce elle- même y étalent leurs grappes
noires & luifantes. Les phyllirea chargés de leurs
olives s'y marient au lentiique , & le térébinthe au
laurier -thym ; on y admet l'aubépine & le nerprun ,
la viorae & le prunelier épineux ; le fmilax circule
à travers tout cela , il entoure & preffe , & marie
toutes les tiges avec les cent bras fouples & fleuris ;
d'efpace en efpace des touffes de roſeaux éiancés ,
& de figuiers furmontés de labrufques , couvertes
de leurs grappes rougeâtres & allongées , coupent les
maffifs dont on a foin d'étager graduellement la
route, Oh ! fi le moindre filet d'eau pouvoit ferpenter
dans le frais bocage , fi le bruit d'une cafcade
naturelie ou artificielle pouvoit le faire entendre aux
oifeaux du voifinage , quelle foule innombrable
fe jeteroit dans nos filets ! Vous jugez bien que
dans un terroir brûlé par le foleil , cu les remifes
font fi rares , où les garennes ne font formées
que par quatre arides murs , les oifeaux doivent
fe rendre par milliers dans de fi charmans abris !
ils n'y manquent pas , & le foir & le matin ces
harmonieufes retraites font toutes peuplées de rouges
gorges , d'ortolans , de roffignols , de verdières ,
de mélanges de toutes couleurs , de fauvettes rouf
fes & grifes , de merles , de grives voraces , &
quelquefois même de cailles & de bartayelles. L'al134
MERCURE,
lée ou bofquet doit aboutir à une espèce de tonnelle
large d'environ douze pas en quarré. Là ,
s'élevent deux mâts peints en verd , haut d'environ
20 à 25 pieds , & terminés par deux poulies ;
à ces poulies fent folidement attachés de vaftes
filets de foie verte , fur le plus vertical defquels
à l'aide de plufieurs cordes tranfverfales , font
ménagées des files de poches profondes & diftantes
d'un pied & demi , c'eft- la que vient fe jeter
le bec- figue au plumage tigré & le fenouillet ,
efpece de roitelet , & le tarin ( citrinella ) , & le
lucre (Spinus ) , dont les accens font fi mélodieux ;
& l'impériale , elpece de chardonneret , dont la
tête eft marquée de taches purpurines . Un quart
d'heure fuffit pour faire quinze à vingt priſonniers
. On bat les buiffons en avançant doucement
vers les rêts. Les arbres qui badirent au fond du
tableau , & qui font ou des faules légers , ou de
petits peupliers d'Italie , papillotent aux yeux de
l'oifeau , qui croyant pourfuivre fa route , & fair
les chaffeurs , donne dans le piège , & s'y débat
vainement. On arrive , on détend la tèfe , & la
main détache avec précaution les malheureufes vic
times , jolies créatures , qui deux heures après reparoîtront
a table fous la forme la plus hideuſe &
la plus révolante.Après cette opération , on remonte
le filet , & il demeure ainfi tendu & déployé tout le
jour lorfqu'il ne fait ni vent ni pluie.
Ces fortes de filets fe travaillent à Marſeille . L'on
m'a dit que les fimples coûtoient environ deux cent
francs ; mais les tiples valent jufqu'à vingt louis.
Ces derniers forment un arrêt circulaire d'où rien ne
peut s'échapper ; mais ils font d'un entretien fort
difpendieux : il faut les garantir du mauvais temps ,
& fur- tout des grandis vents , les faire reteindre lortqu'ils
blanchiffert ; les tendre , les détendre avec
beaucoup d'attention . Cependant , malgré ces foins
DE FRANCE. 135
& cette dépenfe , les Provençaux , naturellement eirnemis
des uns & de l'autre , confervent le plus grand
attachement à leurs filets. Les amateurs en ont deux
& jufqu'à trois , ce qui garnit leurs tables de brochettes
délicates , & dont I hiftoire eſt toujours contée
avec toutes les circonftances par les enfans de
la maison.
Il eft encore une autre efpece de chaſſe très en
ufage dans le terroir de Marfeille. Les jeunes gens
établiffent près de leurs buftides un pofte ( u cabane
) couvert de ramées . Les arbres des environs
rares & furmontés de branches mortes , qu'on y
adapte , invitent les oifeaux , qu'attirent inceffamment
d'innombrables appeaux , & des fifflets , tivaux
de la Nature elle- même. On peut compter au
moins quatre mille poftes dans ce qu'on appelle le
Tarradou , c'eft - à- dire , dans un pourtour d'environ'
quinze lieues , couvert de quinze mille habitations
qu'on appelle Baftides , & divifé en dix -fept
cu dix - huit paroiffes . Or , chaque chaffeur
Alant & tiraillant foir & matin , tue à peu- près
douze pieces , ce qui , de compte fait , détruit plufeurs
quintaux d'oifillons par femaine . J'en ai calculé
la fupputation , & je ne la fupprime ici que
parce qu'elle paroîtroit exagérée ; elle eft pourtant
cavée au moins fort poffible , & je n'y fais entrer ni
la perdrix , ni la bécaffe , ni le ramier ; enfin , ni
lapins , ni lièvres.
D'où peut donc venir en Provence cette incroyable
abondance d'oifeaux qui fait que plus on en tue
& plus il s en préfente ? Apparemment les côtes maritimes
méridionales font le rendez -vous commun de
ces especes peut- être nos fruits , nos figues fur tout
attirent & retiennent les mères ; peut être auffi ces
mères y font plus fécondes & moins troublées dans
nos montagnes. Quoi qu'il en foit , voilà la fource
d'un des plus vifs plaifirs de nos Provençaux ; j'ajoute
136
MERCURE
"
que ces captures font une reffource toujours préfente
à la campagne , & que les mets fort d'une fince
exquife.
La feule chofe qui me répugne dans cet exercice ,
je le répète , c'eft que les femmes & les enfans en
raffolent. Je ne faurois me faire à voir ces mains - là
faifir & étouffer un chardonneret , le plus intéreſſant
de nos petits oifeaux , ou de jeunes roffignols , délices
du printemps & des âmes fenfibles . Quel féroce
plaifir peut trouver une femme à tuer ces pauvres
petits êtres , créés pour animer & embellir nos bocages
& nos vergers ? Sexe aimé , ſexe aimable , à
qui la foibleffe fert d'ornement , & dont l'empire eft
fondé fur la douceur ! croyez - m'en , la fage Nature
ne vous a pas créé pour détruire.
Il est vrai qu'avant l'auto où l'autillo da fè on
fait toujours un touchant éloge du captif ; on vante
les vives couleurs dont il eft peint , la forme ſvelte de
fon corfage , la mélodie de fes chants . On le flatte ,
on le plaint , on le baife , & l'on finit par le lancer
contre terre avec roideur , pour lui éviter les tourmens
de l'agonie. Qu'une femme me paroît laide
après un tel meurtre! & que Lesbie careffant fon
moineau chéri , lui faifant faire les échelettes fur
fes jolis doigts , lui préfentant un bonbon dans fes
lèvres de rofe , en préfence de Catyle ; que Lesbie ,
défolée de fa perte , & pleurant à chaudes larmes la
mort , l'affreuſe mort de cet inforțuné paffereau , me
paroît bien plus aimable & bien plus intére flante que
la chaffereffe Diane ou Harpalice courant les bois
avec fes nymphes retrouffées pour relancer des
biches , dépecer des fangliers & dévorer leurs membres
rôtis au bruit des fanfares & des chiens
abayans , &c .
( Par M. Bérenger. )
DE FRANCE. 137
RÉPONSE à une Lettre de M. GROSLEY ,
inférée dans le Mercure du 24 Septembre.
JE penfe avec quelque raiſon , Monfieur , que
l'honneur d'appartenir , par ma inère , à la famille
du célèbre La Fontaine , me donne plus de droit à
le juftifier de l'ignorance & des balourdifes que vous
lui imputez , que votre qualité de Compatriote ne
vous en donneroit pour jeter un ridicule fur un
homme qui feroit tant d'honneur à votre Province
s'il en étoit. Quelques traits qui lui font échappés ,
peur- être par diftraction , lui ont fans doute valu le
brevet de bonhommie dont on l'a gratifié ; & comme
on aime à charger les ortraits , on a fini par le préfenter
fous les dehors d'une fimplicité ridicule Cependant,
Monfieur , perfonne jufqu'à vous ne s'étoit
avifé de trancher le mot ; il vous étoit réſervé de
qualifier une de fes actions de balo dife , & de vonloir
le faire paffer pour un ignorant . Ah ! Monfieur ,
comme vous faites les honneurs de votre prétendu
Compatriote ! avec quel ton de mépris vous parlez
d'un homme dont la France s'honore ! Sans doute
votre efprit vous a mis fouvent dans le cas de voir
des Gens de Lettres : n'avez - vous jamais remarqué
dans leurs Difcours plus ou moins de cet air d'ingé
nuité que l'on cite comme particulier à La Fontaine ?
Moi , Monfieur , qui me fuis fans doute , moins que
vous, trouvé à portée de faire cette remarque , je
l'ai faite , & plufieurs fois. Je dirai plus , fouvent
mêine j'ai été furpris de la naïveté des questions de
ces Meffieurs , & de la fimplicité peu fatisfaifante de
leurs réponſes . Mais Join de les traiter de balourdifes
, j'ai rapporté cette fingularité à des idées écran
138 MERCURE
gères qui ne leur permettaient pas d'être entièrement
à la converſation Ainfi donc , Monfieur , en
furpolant que La Fontaine ait fait quelques réponſes
d'une fimplicité remarquable , il reffembloit en céla
aux autres Gens de Lettres dont je viens de parler ;
& fi de fon temps même on s'eft permis de relever
quelques-unes de fes réponfes , d'en plaifanter & de
lui donner le titre de bon dans l'acception de fimple ,
ce qu'il ne méritoit afaffurément pas , c'eft fa douque
ceur permettoit tout à fes amis. C'eft à Château-
Thierri , ville que la Brie difpure à la Champagne
où ce grand Fabulifte a vécu , où font encore fes
petites filles . où eft encore prefque tout le refte de
fa famille , qu'on peut vraiment apprendre ce qu'il
étoit. Monfieur votre père a vû fon fils que , par
parenthèſe , vous n'avez tiré de fon obfcurité que
pour lui lancer un trait affez vif ; mais ce fils ne
lui a sûrement pas appris à juger fon père comme
vous le faites . Je fuis , Monfieur , arrière - petit- fils
de ce M. Pinterel , parent de M. de La Fontaine ,
qui a forcé fa modeftie à mettre au jour les Fables;
j'ai paffé la moitié de ma vie avec des perfonnes de
Château -Thierri , dont quelques unes avoient vû
l'Homme célèbre dont nous parlons ; d'autres avoient
beaucoup connu fon fis & fes ancieus amis , ( ma
mère eft du nombre de ces derniers toutes fe font
accordées à dire qu'il étoit bien éloigné de la fimplicité
qu'on lui fuppofe ; & fon portrait , on ne peut
pas plus reffemblant , dit on , refté dans la famille ,
ne dément pas moins l'idée générale à ſon ſujet.
Perme tez moi de vous dire qu'il eſt bien incroyable
que l'on puiffe fuppofer au grand La Fontaine aflez
d'ignorance pour confondre le genre héroïque avec
le genre érotique . Parel jugement pourtoit faire
foupço, ner moins que de la bonhommie , c'eſt- àdire
, une vraie fimplicité a'enfant dans celui qui jugeroit
ainfi . Que La Fontaine ait ignoré ce que c'eft
DE FRANCE. 5439
que Poëme cot que , cela n'eft pas concevable ;
mais qu'il n'ait pas feulement connu le genre heroïque
, cela eft de la plus grande abfurdité. Cepen-
' dant il eft certain que s'il eût employé l'un de ces
deux mots , lui croyant la fignification de l'autre ,
il réfulteroit qu'il n'auroit fu la fignification d'aucun
des deux . Mais pourquoi , Monfieur , ne pas fuppofer
une faute d'impreffion fi vraisemblable , plutôt
que de croire tant d'ignorance à La Fontaine , qui ,
quoique vous en penfiez , n'étoit nullement ignorant,
& une intention auffi malhonnête , auffi méchante
à Racine , qui n'étoit affurément pas méchant
. Croyez-moi , Monfieur , abjurez votre erreur,
cu du moins par confidération pour les defcendans
efpectables de cet Homine célèbre que vous
traitez fi mal , qui n'ont pu voir fans beaucoup de
chagrin la manière peu décente dont vous avez parlé
de leur aïeul & de leur père , contentez - vous de ce
que vous en avez dit , & laiffez pour toujours le
foin de les peindre à des pinceaux plus doux que les
vôtres.
1
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très humble & très obéiffant
ferviteur , le Chevalier de SAINTGEORGE
, Chevalier de S. Louis ,
& Lieutenant de MM, les Maréchaux
de France.
Crépy en Valois , 29 Septembre 1785 .
* Pour la preuve que La Fontaine n'étoit pas un ignorant ,
je renvoye M. Grolley à l'Avertiffement qu'il a donné à la
tête des Ouvrages de profe & de poétie de lui & du Geur
de Maucroy , Chanoine de la Cathédrale de Reims , imprimés
chez Claude Barbin en 1685. Il y verra que La
Fontaine n'avoit pas befoin ic Racine pour lui expliquer
le grec , & qu'il connoiffoit tous ics Auteurs en cette
langue.
140 MERCURE
1
ANNONCES ET NOTICES.
EUVRESposthumes de J. J. Rouſſeau , Tomes X ,
XI & XII , faifant Supplément à toutes les Editions
, in- 8°., Vol . de plus de 350 pages chacun.
Prix , 3 liv. 12 fols , au lieu de
liv
.
9
On trouve dans ces Volumes la découverte du
Nouveau-Monde , le Fragment d'Iphis , le Verger
des Charmettes ( Pièce dans le genre de la Chartreufe
de Greffet ) , différentes Lettres en vers & en
profe , dont une vingtaine fur la Botanique , la
Vertu vengée par l'Amitié , l'Hiftoire des démélés
de Rouffeau avec MM . Hume & Voltaire , Projet
d'Éducation . pour M. de Sainte-Marie , l'Oraiſon
funèbre de Mgr. le Duc d'Orléans , les Prifonniers
de Guerre , Comédie , &c. Ces trois Volumes mis à
un prix modique , & ne contenant que des Pièces
ifolées , conviennent aux Perfonnes qui n'auroient
pas même un Volume de Rouffeau.
LEROY, Libraire , rue Saint Jacques , donne avis
qu'il vient d'acquérir l'Etat des Cours de l'Europe ,
par M. Poncelin de la Roche- Tilhac , Écuyer , Confeiller
du Roi à la Table de Marbre , & l'Almanach
Américain , par le même. Ces deux Ouvrages paroitront
au commencement de Décembre prochain.
MEMOIRE fur la néceffité de transférer & reconftruire
l'Hôtel- Dieu de Paris , fuivi d'un Projet
de tranflation de cet Hôpital , propofé par le fieur
Poyet , Architecte , & Contrôleur des Bâtimens de
la Ville.
L'objet de ce Mémoire eft , fans contredit , du
DE 141
FRANCE.
plus grand intérêt pour l'humanité , & la beauté du
ftyle & la force du raifonnement répondent à l'inté
rêt du fujet.
PUBLII Virgilii Maronis Bucolica , Georgica
& Eneis. Ad optimorum Exemplarium fidem recenfuit
Rich. Franc. Phil. Brunck. Argentorati fumptibus
Bibliopolii Academici.
Les Amateurs des belles Editions doivent fe procurer
celle- ci , qui eft remarquable par la beauté
de l'impreffion & du papier.
RESULTATS des Expériences faites à Ram
bouillet fous les yeux du Roi , relativement à la maladie
du Froment appelée Carie , par M. l'Abbé
Teffier , D. M. P. de l'Academie des Sciences , de
la Société de Médecine , Cenfeur Royal , &c. A
Paris , chez la Veuve Hériffant , Imprimeur- Libraire
, rue Neuve Notre- Dame , & Théophile Barrois
le jeune , Libraire , quai des Auguftius.
Cette Brochure paroît à propos , & fur un objet
des plus intéreffans . C'eft le fruit des recherches que
l'Auteur a faites depuis huit ans. Le procédé qu'il
preferit pour préferver le bled de la carie ſe réduit
à l'eau fimple & à la chaux employées dans une
proportion fuffifante . Par occafion il propofe des
Expériences fur la quantité de femence qu'on doit
confier à la terre. Nous croyons que cette Brochure
peut être utile aux Cultivateurs .
DE la Connoiffance des Plantes , ou Catalogue
des Plantes Ufuelles de France , avec les caractères
diftinctifs , &c. , par feu M. Gauthier , Médecin du
Roi, des Univerfités de Paris & de Montpellier ,
in- 12 . A Paris , chez Santus , Libraire , quai des
Auguftins , près de la rue Pavée.
GRAMMATICA Hebraica Francifci Mafelefii,
142 MERCURE
punctis mafforeticis libera. Edita à Luca frane.
Lalande , Presbytero orator. D. J. quarta Editio ,
præcedentibus brevior & emendatior. A Paris , chez
Nyon le jeune , Libraire , au Pavillon des Quatre-
Nations.
ELEMENS de Mathématiques pour fervir d'Introduction
aux Leçons de Phyfique , par M. Lecoquierre
, ancien Profeffeur de Philofophie. A Caën
chez Leroy . Prix , 1 liv. 16 fols broché.
Cet Ouvrage contient l'Arithmérique , l'Algèbre
jufqu'aux Equations du fecond degré , la Géométrie
& la Trigonométrie rectiligne & fphérique , dont.
on ne peut fe paffer fi on veut faire quelques pas "
dans l'Aftronomie . On y a ajouté des Tables de
logarithmes , des finus & tangentes de 15 en 15
minutes de degré , & des nombres naturels jufqu'a
360 , afin que les jeunes gens puiffent s'exercer à
faire quelques opérations fans être obligés d'acheter
des Tables pis étendues , qu'un grand nombre
ne pourroit pas fe procurer facilement. Depuis un
an que cet Ouvrage paroît , il a déjà été adopté par
fix Colléges , ce qui eft un bon préjugé en la faveur.
LA Vie & les Opinions de Triftram Shandy,
traduites de l'Anglois de Stern , par M Frénais &
M. le Marquis de *** , 4 Vol . in- 12 , fig. br.
8 liv.
Il court des deux derniers Volumes de ce Livre
une Traduction qu'il ne faut pas confondre avec
celle- ci . La nouvelle Traduction que nous annonçons,
eft faite par un Homme de la Cour , qui a la
gáité , & , fi on ofoit le dire , un peu du génie de;
M. Stern. Nous nous difpenferons de parler de
l'original : les Éditions multipliées & la réputation .
de M. Stern le louent affez. Cette Traduct on
DE FRANCE.
143
de format in 18 & in- 11 , étant ornée des figures
de l'original Anglois , il eft très- facile de la difting.
er
Les Tomes III & IV fe vendent féparément
4 liv. br.
NOUVELLE Méthode pour apprendre à lire & à
écrire correctement la Langue Françoife , par Dom
de Devienne , in 12. Prix , 1 liv. 4 fols relié en parchemin.
A Paris , chez Nyon le jeune , Libraire ,
au Pavillon des Quatre- Nations.
Cet eftimable Ouvrage eft augmenté d'une Table
alphabétique de conjugaisons des verbes irréguliers
& difficiles , à l'aide de laquelle on pourra facilement
conjuguer toutes espèces de verbes.
PARIS en miniature , d'après les Deffins d'un
nouvel Argus. Prix , 1 liv. 4 fols.
Cette Brochure agréable , dont nous avons déjà
parlé, fe trouve actuellement à Paris , chez Hardouin
& Gattey , Libraires , au Palais Royal ,
n° . 14.
LE Colifée , vú de S. Gregoire , & l'Aquéduc du
Palais des Empereurs , de même vû de S. Gregoire.
Ces deux Eftampes , de 13 pouces de large fur 8 p.
de haut , gravées par L. T. Chenu , femme Defimaifons
, d'après les deffins que M. Cochin a faits à
Rome , fe vendent à Paris , chez Defmaiſons , Graveur
, rue Galande , No. 61. Prix de chacune des
Eftampes , 1 liv. 4 fols.
Il y aura deux autres Vûes d'après les deffins de
M. Cochin , à la fuite de celles - ci , prifes du même
point de vue, & qui peuvent être affemblées de fuite .
NUMÉROS 157 , 58 , 59 , 60 , 61 , 62 , 63 & 64
du Journal d'Ariettes Italiennes , dédié à la Reine ,
144
MERCURE
pour lequel on foufcrit chez M. Bailleux , Marchand
de Mufique de la Famille Royale , rue Saint Honoré,
à la Règle d'or. Prix de la ſouſcription , 36 1.
& 42 liv.
Le Numéro 157 eft un Rondeau de M. Borghi ;
158 un Air d'expreffion de M. Sarti ; 159 , un Air
bouffon de M. Cimarofa , d'un caractère très- piquant
; 160 , Rondeau de M. Mortellari ; 161 , un
Air parlant de M. Monza , 162, un Rondeau de M.
Rauzzini ; 163 , un Air de bravoure de M. Paifiëllo ,
d'une tournure de modulation fingulière : il a été
chanté avec beaucoup de fuccès par M. David ; le
Numéro 164 eft une Scène de M. Sarti , chantée par
M. Babbini au Concert Spirituel. L'air eft d'une
grande beauté. Le prix de ce dernier Numéro féparément
eft de 3 liv. 12 fols : tous les autres 2 liv.
8 fols. Ce Journal fe foutient toujours par le choix
& la variété des morceaux.
E
TABLE.
PITRE fur les Ages de la Les Dangers d'un premier
Vie, 97 choix ,
Charade, Enigme & Logo Variétés
gryphe,
Hiftoire d'Hérodien ,
122
130 , 137
162 Annonces & Notices , 149
1051
J'AI
APPROBATION.
•
AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercurede France, pour le Samedi 19 Novem. 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 18 Novembre 1785. GUI PI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 26 NOVEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Adreffes à M. le Marquis DE BIÈVRE ,
enfortant de la repréfentation du Séducteur,
donnée le s Octobre 1785.
ATHLÈTE heureux , pourſuivez la carrière ;
La Scène , en vous , attend un digne appui ;
Vous débutez à l'âge de Molière,
Et vous avez réuſſi comme lui.
Votre fuccès n'eft plus dans la balance ;
De Rofalie on a pour vous les yeux ,
Et le Public , malgré fou inconftance ,
Avec Orgon vous trouve merveilleux ;
No. 48 , 26 Novembre 1785.
146 MERCURE
Mais il n'eft pas défabulé comme eux ;
Voilà , Marquis , la feule différence.
Que votre fort excite de jaloux !
Venez entendre un Encyclopédifte ,
De vos talens terrible antagonifle,
Avec fureur déclamer contre vous ,
Et les amans de la philofophie *
2
Dont vous glofez les favantes cricurs ,
Dans leurs greniers fronder votre génie ,
Et déchirer vos vers provocateurs.
Malgré leurs cris vous obtenez la pomme ;
Déjà le Drame a fonné le tocfin ;
し
Mais cet enfant qui fe croit un grand homine ,
A votre aſpect tremble , & rougit foudain.
POUR moi , qui fuis d'une franchife extrême ,
Je me fuis dit , en voyant que l'Auteur
Avoit fi bien dépeint le Séducteur :
A coup sûr il a pris modèle fur lui- même . **
( Par M. Duchofal. )
* Je ne prétends parler ici que des faux Philofophes.
** La comparɛifon ne peut avoir lieu que jufqu'à la fin
du troisième Ace , parce que dans les deux derniers , le
Séducteur eft un homme odieux .
2
ه ن ا م
DE FRANCE. 147
LA ROSE ET LE ZEPHYR , Fable.
UN jour la Rafe
Dit au Zéphyr :
Ne fuis-je éclofe
Que pour périr ?
Má jouillance
Fait ton bonheur;
Ton inconftance
Fait mon malhem .
Sois plus fidèle ,
Quand ma fraichear
Pour mon vainqueur
Et moins nouvelle..
Je perds l'éclat
Et l'incarnat
Qui me rend belle ;
Mais tes defirs
En font la caufe ;
Aux repentirs ,
Pour tes plaifirs
Las ! je m'expofe.
Quand je te crois
Senfible & fage ,
Je ne prévois
Pas ton ufage.
Be te charmer
Gi
148 MERCURE
J'ai l'affurance , 1 .
De te fixer
J'ai l'eſpérance.
Mais vains efforts ,
Tu prends la fuite ,
De tes tranſports
Voilà la fuite..
Une autre fleur
Reçoit l'hommage
D'un féducteur
Et d'un volage.
BIENTÔT Zéphyr ,
Las de morale,
Courut s'enfuir
Vets fa rivale ,
Qui , mille fois
Plus fage qu'elle,
De l'infidèle
Fixa le choix ;
Et la pauvretie ,
Connut trop tard
Qu'être diferette
Eft un grand art,
Se faire craindre
-Eft une erreur.
Avec douceur
On doitfe plaindre ;
DE FRAN G´E. 149
Pour retenir
Un coeur volage ,
Il faut bannit
La trifle image
De l'esclavage ;
Et fous nos loix
Lorfqu'il fe range ,
A tous nos droits
Donner l'échange.
( Par Mme Dufrenoy. )
RFELEXIONS Phyfiques & Morales fur
l'Éternument , Lettre à Mme L. D. D. C.
MADAME •
Ja me rends au defir que vous avez témoigné de
connoître les Réflexions phyfiques & morales qu'on
a pu faire férieufement fur l'ufage bizarre en ap
parence de faire des fouhaits en faveur d'une perfonne
qui éternue. Cet ufage , comme on l'a remarqué
, eft le feul peut-être qui ait réfifté aux
caufes de deftruction qui , depuis l'origine du monde,
ont englouti & difperle les Nations . L'univerfalizé ,
comme l'antiquité de cette coutume mérite votre
étonnement ; & vous conviendrez , Madame , en
remontant fans fiction jufqu'à l'âge d'or , qu'elle eft
digne à jamais d'être confervée , & qu'elle a une
fource pure , qui lui eft commune avec les plus
belles inftitutions.
L'ufage de faluer quand on éternue , exiftoit en
G iij Giij
150
MERCURE
Afrique , chez des peuples inconnus aux Grecs &
aux Romains. Les relations du Monomnotapa nous
inftruilent ( 1 ) que lorfque le Prince éteine , les
Sujets , dans le lieu de la réfidence , en font avertis ,
afin qu'ils fallent des voeux folemnels pour fa confervation.
SE 229 3
L'Auteur de la Conquête du Pérou affure que le
Cacique de Guachoia , ayant éternué en préfence
des Efpagnols , les Indiens de fa fuite s'inclinèrent
devant lui , étendirent leurs bras , & lui donnèrent les
marques ordinaires de leur refpect , en priant le Soleil
de Péclairer , de le défendre , & d'être toujours
avec lui tak
On fait que les Romains fe faluoient dans ces momens
; & Pline ( 2) rapporté que Tibere exigea ces
marqués de déférence, traîné dans un char. La fuperf
nition , qui peut tout avilir , avoit dégradé cette coutume
depuis bien des fiècles , en attachant aux éternumens
des augures fâcheux ou favorables , felon
les heures du jour ou de la nit , felon les fignes
duzodiaque , felon qu'un ouvrage étoit plus ou
moins avancé , que l'on avoit étermué à droite ou à
gauche. ( 3 ) Si on étérnvoit au fortir de la table ou
du lit , il falloit s'y remettre . Cicéron , Sénèque , &
divers Auteurs de Comédie , ont eu raiſen de le moquer
de tant de fuperftitions qui convient la fource
pure de cet antique ufage , pour n'en montrer que
la corruption Vous vous étonnez , dit Timothée
aux Athéniens , qui vouloient reptrer dans le port (4)
avec leur flotte , parce qu'il avoit éternué : vous
vous étonn: z de ce qu'un homme , fur dix mille , a
le cerveau bumide.
1) Strada , Prol . Acad .
(2) Pline, Hift. Nat. L. 2 , C. 2.
(3 ) Spond. Homeri , Comment,
Frontin , L. 1 , C. 110.
39221
DE FRANCE: 151
Polydore Virgile prétend que du temps de Gré
goire- le- Grand , il régna dans l'Itane une épidémie
maligne , qui faifoit périr , par des éternumens ..
ceux qui en étoient atteints , & que ce Pontife ordonna
des Prières , accompagnées de certains fignes
de croix. Mais outre qu'il est très- peu de circonftances
où les éternamens puiffent être regardés
comme fâcheux , & qu'ils font fouvent favorables , ( 1 )
il cft évident qu'on ne doit pas fixer au fixième siècle
l'origine d'une contume qui fe confond avec les
faltes du monde , Avicenne & Cardan affarent que
c'est là une espèce de convulfion qui fait craindre
l'épilepfie , & qu'on cherche à détourner par des
fouhaits. Clément d'Alexandrie le regarde contme
un figne d'intempérance & de mol'effe qu'il faut
profcrire. Il fait de férieux, reproches à ceux qui fe
procurent des éternumens par des fecours étrangers.
Montagne , au contraire , explique ce fait d'un ton
un pen cynique. Il eft affez fingulier que sant de
motifs ridicules , contradictoires & fuperftitieux,
n'ayent pas anéanti des civilités d'ufage qui fe con
fervent encore parmi les Peuples & les Grands , &
que les feuls Anabaptiftes & les Quakers ont aboli ,
parce qu'ils ont fupprimé les falutations dans tous.
les cas.
Chez les Grecs , l'éternument étoit prefque tou-,
jours de bon augure . Il exciroit des marques de tendreffe
, de refpect & de dévouement. Le génie de
Sociáte ( 2 ) l'avertiffoit par des éternumens quand il
falloit agir. La jeune Parthénis , entraînée par fa
paffion , fe réfout à écrire à Sarpedon , pour lui faire
l'aveu de fes fentimens ; ( 3 ) elle éternue dans l'endroit
de fa lettre le plus vif & le plus tendre : c'en eft
( 1) Hippocrate , Haller , Phyfiol.
(2) Plutarque de Gen. Socratis.
(3 ) Ariftencte.
C iv
152 MERCURE
aflez pour elle , cet incident lui tient lieu de réponfe
& lui perfuade que Sarpedon penfoit à elle. Péné
Jope , excédée des affiduités de la foule de les amans ,
les maudiffet, & faifoit des voux pour le retour ( 1)
dUlyffe. Son fils Télémaque l'interrompt par un
violent éternument. Auffitôt elle treffaille de joie ,
& regarde ce figne comme l'affurance du retour prochain
de fon époux. Xénophon haranguoit les
Troupes ; un Soldat ( 2 ) éternue au moment où il les
exhortoit à prendre un parti dangereux , mais néceffaire.
Toute l'Armée , émue par ce préfage , fe dé
termine , & Xénophon ordonne des facrifices au
Dieu confervateur.
Ce refpect religieux pour les éternumens , déjà fi
ancien & fi univerfel dans les temps même d'Ho
mère , piqua toujours la curiofité des Philofophes
Grecs & des Rabbins. Ceux- ci ont répandu par tras
dition , qu'après la création du monde , Dieu fit
une loi générale , qui portoit que tour homme vi
yant ( 3 ) n'éternucroit jamais qu'une fois , & qu'au
même inftant il rendroit fon âme au Seigneur , fans
aucune indifpofition précédente. Jacob obtint d'érre
excepté de la commune loi , & d'être averti de fa der
nière heure , il érernua .& . ne mourut point : ce
figne de mort fut changé en figne de vie . Tom les
Princes de la terre en furent avertis & ils orden.
nèrent qu'à l'avenir les éternemens feroient accom
pagnes d'actions de grâces& de vieux pour les perfon
nes qui éternuoient. Ariftote remonte auffi aux fources
de la religion naturelle . Il obferve que la rête eft
l'origine des nerfs , des efprits , des fenfations , le
fiège de l'âme , l'image de la Divinité ; (4 ) qu'à tous
?
(1) Homère , Odyffée , L. 17 .
( 2 ) In exped . Cyr . L. 8 , Ć. 3.
Acad. des Infcrip. , vol. 4
Ariftot. in prob.
3
DE FRANCE. 153
ces titres la fubitance du cerveau a toujours été
honorée que les premiers hommies juroient par
leur tête ; qu'ils n'ofoient toucher ni manger la ĉervelle
d'aucun animal ; que c'étoit même un mor
facré qu'ils n'ofoient pononcer Remplis de ces
idées , il n'eft pas étonnant qu'ils ayent étendu
leurs refpects jufques à l'éternument. Telle eft
l'opinion des plus anciens & des plus favans Philofophes
Grecs. Mais pour trouver une fource
plus lumineufe , renontons jufqu'à la philofophie
de la fable & de l'âge d'or. L'allégorie fimple
& fublime de Prométhée nous l'offre dans fa naiffance.
Quand Prométhée eut mis la dernière main
à fa figure d'argille , il eut befoin du fecours da
ciel pour lui donner le meuvement & la vie . ( 1 ) 11
fit un voyage fous la conduite de Minerve. Après
avoit parcouru légèrement les tourbillons de plufieurs
Planètes , où il fe contenta de ramaffer en paffant
certaines influences qu'il jugea néceſſaires
la température des humeurs , il entra dans le tourbillon
du folit ; il s'approcha de fo globe fous le
manteau de Minerve , avec une fiole de cryſtal
faite exprès . Il la remplit fubtilement d'une portion
de fes rayons ; & l'ayant fcellée hermétiquement ,
il revint autlitôt à fon ouvrage favori ; il préfente le
flacon fous le nez de fa ftatue , il l'ouvre , & les
rayons foliires , dans toute leur activité , pénétrert
par le canal de la refpiration dans les pores de l'os
Spongieux avec tant d'impétuofité , qu'ils y produi ,
firent l'effet que nous éprouvons en regardant fixement
cet altre. Ils la firent éternuer , & ils fe répandirent
en un inftant dans les fibres du cerveau , dans
les artères & dans les veines , pour animer toute la
maffe. Prométhée , charmé de l'heureux fuccès de
(1) Héliode. Strada . Acad . des Infcrip.
Gy
Four
154
MERCURE
fa machine , fe mit en prières , & fit des voeux pout
l'ouvrage de les mains & pour fa confervation . Son
élève l'entendit , & s'en fouvint. Les premiers ob
jets font des impreflions profondes qui ne s'effacent
pas dans la fuite de la vie ; il cut grand ſoin de répéter
les mêmes fouhaits dans les occafions ſemblables
, & d'en faire l'application à fes defcendans ,
qui , de père en fils , l'ont perpétuée de génération
en génération jufqu'à ce jour dans toutes leurs Colonics.
Cette ingénicufe fiction , qui nous laiffe entrevoir
les procédés de l'électricité , employés pour
l'harmonie du monde , l'art de charger une bouteille
près des globes électriques & de donner la
commotion peint avec fimplicité la Nature &
l'homme à fa naiffance. Elle révéloit chez les anciens
le plus haut principe de la phyfique , de la reli
gion naturelle & de la chaîne qui lie l'homme à
Univers. Prométhée fut fans doute un reftaurateur
de la philofophie , puifqu'il fut conduit par Minerve ,
emblême de la Sageffé & des Sciences . C'eſt ainfi
de nos jours on pourroit dire que MM. Dalibard
& Francklin ont dérobé le feu du ciel comme Prométhée.
que
Mais quelque part que ce puiffe être , repréſentezvous
les premiers fils de l'homme ; voyez dans toutes
les foriétés du mor de les craintes d'un père & l'excès
de a joie à l'aspect de fon enfant qui jouit de
la lumiere. Le poids de l'air , du fluide univerfel qui
fe precipite dans les organes & les excite , eft la
caufe de la première infpiration & des changemens
remarquables qui s'opèrent dans ce moment de
nouvelle exiftence . Combien d'enfans qui ne refpirent
que quelques inftans après qu'ils font nés ! Combien
d'autres qui font plus long- temps dans un état
de mort apparente , & dans lefquels il faut , avec
des liqueurs irritantes , fouffler la chaleur & la vie !
Dans tous les cas poffibles , le premier effet de l'air
4
DE FRANCE. ESS
6
2.
coeur
&
& te premier figne de vie & de vigueur qu'ils donnent
, eft l'éternument. ( 1 ) Cette efpèce de convulfion
générale femble les réveiller en furfaut ,
c'eft alors que commence le jeu de la refpiration ,
l'harmonie parfaite , & le libre exercice de chaque
organe . Au comble de fes voeux ou dans l'excès
même de fés craintes , un père n'a qu'un fouhait à
faire , qu'il répétera ou qui retentira dans fon
à chaque fecouffe qui le fait treffaillir. Son voeu eft
que fon fils vive , que le Dieu des cieux le conferve ;
& cette expreffion du fentiment eft celle dont on
s'eft fervi dans tous les temps ( 2 ) L'antiquité la
plus reculée , plus portée fans doute à l'obfervation
de la nature , n'avoit pas perdu de vue la grande influence
de la fumière & des airs fur les nouveaux
nés , & les rapports frappans de l'éternument avec
leurs premiers fignes de vie & de vigueur. L'Hif- ,
toire du peuple Juif nous rappelle que l'enfant que
le Prophète Élifée reffufcita , commença d'abord par
eternuer fept fois , & la mythologie grecque peine ,
les Amours qui éternuent à la naiffance d'un bel
enfant. Ainfi , ces falutations , ou plutôt cet ufage
frivole en apparence , ridicule , bizarre , inexplicable
, parce que les motifs de fa véritable origine
ont été plus ou moins méconnus dans des fiècles
d'argent , d'aitain & de fer , eft réellement le plus
univerfel , le plus antique , le plus folemnel. C'eft
l'image & l'expreffion du fentiment & du dévouement
les plus purs , excités par le tableau le plus touchant
de la Nature. C'eft la trace de la p'us douce
émotion & de l'élan irréfiftible de l'homme vers fon
ouvrage le plus parfait , le fouvenir de la première
chaîne d'affections qui fe foit formée autour d'un
( 1 ) Hipp. de Superfæt.
(2) Acad. des Infcrip.
G vj
155 MERCURE
nouveau membre de la fociété , le premier vivat qui
foit forti de la bouche des hommes. C'eft le cri
général , univerfel de la paternité , de la piété
filiale , de la fraternité , de l'amitié, de la patrie &
de l'humanité dans l'âge d'or , & cer age exiftera
toujours dans les cours fenfibles.
QUESTIONS, d'Amour & de Morale ,
Bolts - rimes & Acrofliches.
LES Queſtions d'amour & de morale que
l'on propofe chaque mois dans le Mercure ,
ayant paru intéreller le Public , en donnant
heu à des réponſes très - piquantes , & fouvent
très-ingénieufes , nous prions MM. les
Gens de Lettres de vouloir bien continuer à
s'y intéreffer , foit en nous fourniflant des
Réponfes , foit en propofant des Queftions ,
que l'on s'empreffera d'y inferer. Outre ces
Queftions , & pour remplir l'objet du Mercure
, dont la diverfité fait la devife , nous
propoferons auffi , une feule fois par mois ,
des Bouts - rimés , & même des Acroftiches,
On fait que les Beurs - rimés fent des mots qui
riment, & qu'on propofe aux Postes à reinplir
à leur volonté. L'Acroftiche eft une forte
d'Ouvrage en vers , dont chaque vers commence
par chacune des lettres qui forment
un certain mot. Les plus grands Hommes fe
font amufes de Bouts- rimés & d'Acroftiches.
Cicéron dit expreffément qu'Ennius avoit fait
des Acroftiches. S. Auguftin même parle
DE FRANCE. 157
d'Acroftiches . Les argumens qui font à la tête
des Comédies de Plaute , font des Acroftiches
de fa façon , & c'eft le nom de la Pièce qui
en eft le mot. Un Acroftiche peut rappeler ou
confacrer le nom d'un événement important,
d'uneaction illuftre , d'un homme digne d'être
célébré . Sans doute qu'il faudroit plaindre celui
qui palleroit fa vie à faire des Charades , des
Énigines , des Logogryphes , des Bours- rimés ,
des Acroftiches ; qui donneroit même à ces
bagatelles plus de prix qu'elles n'en ont ; mais
tous les jeux qui exercent l'efprit , qui l'aiguillonnent
, qui le tourmentent même , peu
vent , dans de certaines occafions , être pour
un moment des objets de délaffement. Nous
ferons , à l'égard de ces Bouts-rimés & de ces
Acroftiches , auffi févères que nous le fommes
pour les Queſtions de morale & d'amour; nous
ne préfènterons à nos Lecteurs que ceux qui
offriront quelques traitsplaifans ou ingénieux ,
our une tournure piquante ou fpirituelle.
Bouts-rimés propofés pour le mois de Janvier.
BACHELIER.
CELLIER.
TENDRE.
RENDRE.
HONNEUR.
COEUR.
OREILLE.
PAREILLE.
*
Voyez les Tropes de M. Dumarfais.
158 MERCURE
Acroftiche propofé pour le même mois.
D'ASSAS. *
7 # A
·
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Courage ; celui
de l'Enigme eft Pâté; celui du Logogryphe
eft Violon , où l'on trouve yol , viol, loi ,
vin , Nil.
CHARADE.
Mon tout eft mon premier , mon tout eft mon
fecond .
( Par M. Boinvilliers Foireftier. )
* Tout le monde a entendu parler du généreux
dévouement du Chevalier d'Affas ; la gravure a confae
é ce trait , dont les Hiftoires anciennes offrent à
peine quelques exemples.
DE FRANCE. 152
ENIG ME.
QUAND le chaos fit place à la lumière ,
Quand du Très- Haut la bonté fingulière
Créa les cieux , l'homme , les élémens ,
La chofe eft affez finguliere ,
Je ne pas exifter dans ces heureux momens 3
Mais n'en déplaife à votre Aréopage ,
Lecteurs ! quoique raiſon ne foit pas inon partage ,
Je fuis pourtant un être inté effant,
Soit dit ici tout en paffant.
Je nais en plus d'un lieu de la machine ronde ;
On me donne le jour fur la terre & fur l'onde ;
Je n'y parois jamais en cheveux gris ,
2
Etma figure eft noire ou brune, ou blanche ou blonde,
Écoute encore je pourfuis.
Sur moi fouvent un grand eſpoir le fonde ,
Auffi fuis je par tout un être qu'on chérit ,
Et chez les Grands & chez le plus petit ;
Mais telle eft des humains la bizarre nature
Que fans avoir des torts je fais pa fois hoteur ,
Et qua jeffers à la plus vive injure ; ank
laideure g Juges par-là de ma laideur.
Enfin , quelle autre extravagance !
O prodige que je n'explique pas !
Quand à ma mère , hélas , je donne le trépas ,
Jamais on n'a crié vengeance .
( Par un Habitant de Smyrne )
160 MERCURE
LOGO GRY PH E.
UNE obfcure prifon, Lecteur , eft mon féjour ,
Et jufques à me perdre on pouffe mon fupplice.
Malgré ces cruautés , & la nuit & le jour ,
Je fuis en mouvement pour te rendre fervice.
Si ce début ne paroît affez clair
En me défuniffant , tu pourras me connoître.
J'offre dans les neuf pieds qui compofent mon être ,
Ce qu'on prend en été plus fouvent qu'en hiver ;
Un fleuve , une arme à feu ; cet immortel génie
Qui nous intéreffa pour l'amant de Junie ;
Une montagne où croît un bois fort odorant ;
Certain Écrit légal qui pour un temps nous lie;
L'endroit où les vaiffeaux font à l'abri du vent;
Un peintre gracieux ; l'amante infortunée ,
Pour prix de fes bienfaits dans Naxe abandonnée;
De fon époux j'offre un furnom latin ;
Un faux Dieu révéré par le Samaritain ;
Pour les Nochers un objet redoutable ;
Un pays dont le fort infpire la terreur ;
Un humain vertueux , & fon frère exécrable ;
Ce qui plus d'une fois fit tomber un Acteur ;
La ville que fonda le petit fils d'Anchife ;
Celle où réfide un Philofophe Roi.
Mais de mon nom affez je t'ai fait l'analyſe ; "
Si tu ne le tiens pas , Lecteur , tant pis pour toi.
( Par M. .... Y
DE FRANCE. 161
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE la Monarchie Françoife ou de fes Loix ,
par Pierre Chabrit , Confeiller au Confeil
Souverain de Bouillon , & Avocat au Parlement
de Paris . A Paris , chez Belin ,
Libraire , rue S. Jacques , près S. Yves.
Tome II.
CE n'eft point ici un Ouvrage de Jurifprudence
, c'eft un Livre d'Hiftoire : l'Auteur ,
quoique Avocat , n'eft pas & ne veut pas être
Jurifconfulte , il ne prétend qu'au titre d'Hiftorien
, & c'eft fous ce rapport uniquement
que nous allons le confidérer,
Le premier volume de cer Ouvrage parut
l'année dernière , & attira l'attention des
hommes de Lettres , du Gouvernement & de
P'Académie Françoife. L'Auteur a reçu les
plus grands encouragemens , & il paroit que
les critiques même l'ont encourage. C'est l'effet
qu'elles produitent toujours fur l'homme d'ef
prit , & lorfqu'elles font vraies & lorfqu'elles
font fauffes. Dans le premier cas , c'eft une
nouvelle lumière qu'on lui préfente ; il voit
mieux fa route , il y marche plus sûrement
& avec plus de rapidité. Si les critiques font
fauffes , cet avantage qu'il a fur fes Critiques
lui donne une meilleure opinion de lui-même;
fi elles font injuftes , cette injuftice même lui
162 URE
annonce la gloire. M. de Chabrit ne paroît
point avoir été en butte à ces perfecutions
littéraires que fon mérite pouvoit lui fufciter ;
le genre de fon Ouvrage le met à part , pour
ainfi dire , parmi les Gens de Lettres,; il marche
feul dans la carrière ; il n'y rencontre point
d'ennernis.
On avoit reconnu dans le Livre de M. de
Chabrit de grandes connoiffances ; mais on
lui avoit reproché de les répandre d'une main
trop économe : on avoit trouvé qu'il s'exprimoit
avec précifion .& avec énergie, mais on
Pavoit prié de donner plus de développement
à fes idées , plus d'étendue à fes phrafes : on
s'étoit apperçu qu'il imitoit très - habilement
Montefquieu ; mais on lui avoit dit qu'un,
homme tel que lui ne devoit imiter perfon
ne, & pas mêmeun grand Homme ; premièrement
, parce qu'un grand Homme ne s'imite
pas , & que l'imitation la plus fidèle du génie
n'eft pas du génie ; fecondement , parce que,
ce foin continuel de copier gêne l'allure natu-"
relle de l'efprit , & foumet les penfées au ftyle,
tandis que c'est le ftyle qui doit être foumis à
la penfee. D'ordinaire on dit aux Écrivains de
fe borner; on avoit dit à M. de Chabrit de
s'étendre , & c'étoit- là un témoignage bien
honorable de l'opinion que fon premier vo
lume avoit donnée de lui.
Le fecond volume , que M. de Chabrit fait
faccéder avec tant de rapidité au premier,!
contient
10. Un Difcours fur la domination des RoDE
FRANCE. 163
?
mains dans les Gaules. Dans ce Difcours ,
M. de Chabrit parle beaucoup plus des Gaulois
que des Romains , & cela eft bien plus
cutieux : les Roinains font très - connus ; les
Gaulois ne le font prefque pas. Nous n'avons
guère fur ce peuple que des recherches d'Érudits
; & lorfque l'Ouvrage des Erudits eft achevé
, celui des Philofophes eft encore à faire.
M. de Chabrit parle de la religion des Gau
lois , fuperftitieufe à la fois & atroce ; de leur
Gouvernement , rêlange confus de Démocrarie
, d'Ariftocratie & de Theocratie ; de
leurs connoiffances , qui étoient des ténèbres
plutôt que des lumières ; de leurs Loix civiles
& criminelles , où parmi des ufages qui n'ont
jamais été réfléchis , on en trouve qui feroient
dignes d'entrer dans les Codes des Peuples
éclairés. Dans ce Difcours , le flyle de M. de
Chabrit à des formes plus larges , il ne ferre
pas fa penfée de manière à l'étouffer : il s'eft
fouvenu qu'il écrivoit un Difcours , & non
pas un Chapitre.
2º. Un Livre de l'Hiftoire de la Légiflation
Francoife fqu'à Louis XIV. Ce Livre ,
compofe de XLVI Chapitres , traite la plus
grande partie du fujet , & forme par confe
quent une grande partie de l'Ouvrage. Ici on
voit l'origine & la formation de tout ce qui
eft entré dans notre Légiflation. Les Arrêts du
Confeil de nos Rois , les Lettres de petite
Chancellerie , les cahiers des Étars-Généraux
les remontrances fur les Enregiftremens , les
prétentions de la Cour de Rome , la liberté de
164
MERCURE
P'Eglife Gallicane , le Droit Écrit , les Ordonnances
d'Orléans , de Moulins , de Blois , &c.
& c. & c.
M. de Chabrit traite tous ces objets avec fa
précifion ordinaire ; & comme la plupart de
ces Loix ne touchent ni aux droits de l'homme ,
ni aux droits des François , comme elles font
peu connues , ou d'une application rare , la
concifion de M. de Chabrit ne mérite ici que
des éloges. Pourquoi parleroit- on longuement
de Loix oubliées ? Il faut favoir gré , par exemple
, à l'Auteur , de n'avoir pas traité d'une
manière contentieufe la queftion de l'Enregiftrement.
Que les hommes difputent avec
chaleur , avec courage fur les droits éternels
de l'homme , à la bonne heure ; mais il n'eſt
pas raifonnable de mettre la même chaleur à
défendre des ufages qui défendent mal ces
droits éternels. D'ailleurs , c'eft porter les
doutes de l'Hiftoire dans l'évidence des fentimens
du coeur humain . Quand Locke , Sydney
, Montefquieu parlent , quand ils difcue
tent les droits du genre- humain , le genrehumain
leur doit attention & filence . Quand
Blackftone commente une Loi d'Édouard III ;
quand Domat cherche dans Moïfe la nature
du Gouvernement François , c'eft l'affaire des
Jurifconfultes , & il n'appartient pas aux Gens
de Lettres de parler de pure Jurifprudence.
M. de Chabrit jette un coup -d'oeil fur la
compilation de Juftinien : depuis quelque
temps on fe permet d'attaquer ce dépôt des
volontés de tant de maîtres du monde Romain,
DE FRANCE. 165
>
ce recueil des penféès de tant de fages : l'efprit
du fiècle eſt tourné a une certaine audace
de jugement qui ne refpecte plus les objets de
la vénération de tant de fiècles & tant de
peuples. M. de Chabrit ne paroit eftimerni Tribonien
ni fon Ouvrage , mais plus fage, il a parlé
avec plus de retenue de ce dépôt immenfe oùily
a tant de lumières , & dont les obfcurités
même impriment le refpect. On pourroit dire
à ceux qui ont parlé un autre langage : Qui
êtes-vous pour oppoſer ainfi votre raifon à la
raifon des fiècles , & vos doutes aux déciſions
de tant d'efprits prefque furnaturels Avezvous
plus d'érudition que les Godefroi , famille
confacrée , pour ainfi dire , de père en
fils à la Jurifprudence , comme ces races de
l'ancienne Égypte , qui ne faifoient éternellement
que la même chofe ? Avez-vous plus
de bon fens que Cujas , dont le nom fixe ,
pour ainfi dire , tous les doutes de la Juftice ,
& ne permet pas aux bras de fa balance de.
refter en équilibre ? Avez-vous plus de génie
que Gravina , Gravina , favant comme Papinien
, éloquent comme Platon , Gravina
qu'on auroit pu prendre , lorfqu'on croyoit
aux merveilles , pour un ancien , reffufcité , &
forti de ces tombeaux qui giffent épars fur le
fel de l'Italie ? Eh bien ! Gravina , Čujas & les
Godefroi vivoient , en quelque forte , à genoux
devant ce Corps de Loix dont vous avez
la témérité de parler avec dédain. Vous ne les
comprenez pas , dites-vous ; elles fe contredifent.
Qu'eft-ce à dire ? Comprenez- vous les
:
166 MERCURE
lo ix de la création , ou les mépriferez -vous
parce que leur fublimité les met fi fort audeflus
de votre intelligence , au delfus de vos
petites idées , fur, Fordre & fur la clarréa
Étudiez ce que vous ne comprenez pas , & me
furez le progrès de votre efprit par les progrès
que vous ferez dans l'intelligencede cette legiflation
, à laquelle prefque tout l'Univers à obéi .
Il faudroit avoir bien de la préfomption
pour croire qu'il foit permis de répondre à
de pareils raifonnemens ; mais ce fiècle rai
fonneur ne raifonne guère , & le talent de la
difcuffion palle pour une pédanterie lorſque
l'audace des affirmations eft portée au comble.
Si on étudie quelque chofe , c'eſt avec un
efprit de critique & d'examen ; on ne veut croire
que ce qu'on fent , & on ne fait pas un feul
argument en forme, pas un feul fyllogifme.Les
efprits attachés aux vieilles doctrines ne fau
roient trop déplorer cette décadence des études
qu'on vante dans les Brochures comme.
la preuve des progrès de la raifon. On parle
toujours de s'avancer: qu'il feroit plus fage de
chercher les moyens de reculer ! O Socrate !
Lhôpital , nous ferons toujours trop loin de
Vos fiècles ! #
3 °. Deux Livres de la Suite de la Légiflation
Françoife jufqu'au règne de Louis XVI ;
le premier , fur les monumens des Coutumes
du pays Coutumier ; le fecond , fur les monumens
des Coutumes du pays de Droit Ecrit.
Ces objets font arides , & leurA, fechereffe ..
effrayé l'imagination : la réflexion , plus cou
DE FRANCE. 167
rageufe , aime à parcourir ces déferts , & deux
ou trois penfées qu'elle y rencontre la frappent
, comme la vue d'un petit nombre d'êtres
animés dans une vafte folitude. Nous invitons
tous les François à jeter les yeux fur l'Hif
toire de ces Coutumes , qui régillent la plus
grande partie de la France. On verra qu'elles
ont été établie par des Serfs , qui venoient à
peine de fecouer leurs chaines , & rédigées
par des Commiffaires vendus au defpotifme ,
qui recueilloient les ufages oppreflifs du peuple
, & jamais fes privilèges. On verra combien
la France a gagné aux révolutions fucceffives
qui ont réuni toutes les branches de .
la puiffance dans une feule main. Heureuſe
deftinée de nos Monarques ! on les en aime
davantage toutes les fois qu'on lit l'Hiftoire de
la Monarchic. Les annales de l'Empire , tracées
par Tacite , ne faifoient pas aimer de même
les Empereurs.
On voit que ce n'eft pas feulement l'Ouvrage
de M. de Chabrit qui avance , mais fon
efprit. Les défauts qu'on lui avoit reprochés fe
font tous adoucis ; cependant on les apperçoit
encore. Qu'il s'abandonne davantage au cours
naturel de fes idées , il ne nous donne que des
réfultats ; qu'il nous donne à la fois & des réfultats
& des développemens ; qu'il s'étende
davantage fur toutes les parties de fon ſujet ,
& il fentira fon efprit s'affouplir & s'agrandir
dans ces libres déploiemens. Le Phrafier ne
fait que délayer les idées lorfqu'il veut les
développer ; l'homme d'efprit ne les dévelop
168 MERCURE
pe que par de nouvelles idées , que par des
fentimens heureux ajoutés à des vûes intéreffantes
, que par des comparaifons , par des
images qui mettent la penfée fous les yeux.
Le monument de M. de Chabrit s'élève;
qu'il fonge que c'eft au faîte fur - tout qu'il
faut répandre les beautés , les feuilles d'acanthe
ou les guirlandes de la colonnade. On n'a
befoin que de dire une chofe à M. de Chabrit ;
c'eft que ces embelliffemens lui font permis.
P. S. Au moment même que nous félicitions
ainfi M. de Chabrit de fes progrès , que
nous l'invitions à de nouveaux progrès encore
, une deftinée malheureufe terminoit les
jours de ce jeune Écrivain , & l'entraînoit au
tombeau au milieu de fon Ouvrage & de fa
carrière. Né fans fortune comme prefque tous
ceux qu'une paffion invincible entraîne à la
culture des Lettres ; expofé à tous les befoins
de l'homme , & n'occupant fon efprit que
des befoins des Nations ; le malheur & des
chagrins que le défeſpoir lui a fait trop tôt
juger éternels, ont empoisonné & fini fa vie.
Lorfqu'on le portoit au tombeau , les bienfaits
honorables de l'amitié & du Gouvernement
alloient le chercher dans fa demeure.
Avant même que fes plus intimes amis puffent
connoître combien fa fituation étoit
cruelle , M. le M. de Ch. lui avoit écrit pour
lui offrir tous les fecours qui lui feroient néceffaires.
Deux jours après la mort M. le Ma
réchal de B. lui envoyoit , de la part de M. de
Calonne , un bon pour une gratification fur
le
DE FRANCE. 169
le Tréfor Royal. Ces bienfaits n'ont pu prévenir
la mort , ils honorent fa mémoire ; &
quoiqu'ils rendent fa perte plus fenfible , ils
femblent adoucir ce qu'il y a eu de plus affreux
& de plus cruel dans fa deftinée. Ils empêchent
de penfer qu'un homme de talent , un homme
honnête , & qui a déja bien mérité du Public ,
puifle mourir au milieu d'une ville opulente
, faute de deux ou trois jours d'efpérance.
En lifant M. de Chabrit , on eftimoit
fon efprit , en le voyant on eftimoit encore
davantage fon caractère. Simple de moeurs &
de langage , il n'avoit point ces formes extérieures
qui cachent fi fouvent celle de l'âme.
On voyoit tout de fuite fon caractère , parce
qu'il n'avoit point de manières , & ce caractère
très doux paroiffoit capable de réfolutions
fortes.
C'étoit un véritable Homme de Lettre , vivant
pour le travail , n'ayant que le travail
pour efpérance, & n'attendant de l'avenir que
les Ouvrages qu'il faifoit lui-même. L'énergie
de fon âme fe montroit dans le fyftême de
compofition même qu'il avoit adopté. Il ne
lifoit aucun des Ouvrages qui avoient paru
fur les mêmes objets : jamais il ne vouloit fe
repofer un moment fur les bras des autres :
il vouloit tout tirer de lui-même , & dévoroit
tour feul ces vieux monumens , ces langues
à demi-effacées par le temps , dont beaucoup
d'autres Écrivains ont avant lui déchiffré les
énigmes. Ilfetrouvoit tout feuldans ces déferts,
& il n'étoit point effrayé On peut être furpris
No. 48 , 26 Novembre 1785. H
170 MERCURE
qu'avec tant de courage d'efprit , il eut affervi
fon efprit à copier , non pas les idées , mais
les formes du ftyle de Montefquieu. Montef
quieu feul , peut - être , pouvoit prendre fur
lui un tel pouvoir ; on peut trouver une forte
de grandeur à obéir à un fi grand homme.
M. de Chabrit vivoit peu dans le monde ; mais
Diderot & Thomas étoient fes amis ; quand
on avoit beaucoup vécu avec ces deux hommes
, on pouvoit ne pas fentir vivement le
befoin des autres.
Nous ignorons fi quelqu'un entreprendra
de continuer fon Ouvrage ; mais celui - là ,
quel qu'il foit , fentira mieux alors le mérite
de M. de Chabrit,
PANÉGYRIQUE de Sainte Thérèfe , Réfor
matrice du Carmel , prononcé dans l'Eglife
des Carmélites de Saint Denis , le is
Octobre 1784 ; dédié à Madame Louiſe de
France , par M. l'Abbé du Serre - Figon.
A Paris , chez Lefclapart , Libraire , pont
Notre-Dame , & Berton , rue S. Victor.
LA Reformatrice du Carmel eft fans doute
une de ces âmes privilégiées , pour qui l'ordre
ordinaire des chofes eft étroit & circonfcrit ;
de qui l'extrême fenfibilité ne pouvant fe
renfermer en elle-même , eft forcée de fé répandre
au dehors , & femble dans fon activité
même trouver fans ceffe un nouvel aliment ;
qui , en un mot , dans quelqu'état que le fort
les eut placées , fe feroient élevées au- deffus
de leur fphère , on en auroient brifé les li
mites.
DE FRANCE. 177
Mais plus le nom de Thérèfe éveille , exalte
l'imagination , plus il eft difficile de le célébrer
d'une manière fatisfaifante ; il eft rare
qu'en pareil cas l'éloge fe trouve au niveau de
Fidée qu'on a de l'héroïne. M. l'Abbé du Sérre
Figon a réuni affez de fuffrages pour ſe flatter
d'avoir vaincu cette difficulté de fon fujet.
Nous allons donner une idée de fon Difcours ,
& fuivre avec lui la vie & le caractère de la
Sainte qu'il a célébrée.
Il la préfente fous trois afpects différens ,
& lui alligne " un rang diftingué parmi les
» martyrs , dont elle a retracé les épreuves &
le courage ; parmi les Docteurs de l'Eglife ,
dont elle eut les lumières & les vertus
parmi les fondateurs de fociétés Religieufes ,
» ces illuftres Patriarches, dont elle a renou²
velé les travaux & les fuccès.
25
و د
Le Panégyrifte s'arrête fur les obſtacles
qu'opposèrent long- temps le monde & la nature
à la pieufe vocation de Thérèſe , & qu'il
regarde comme les épreuves de fon martyre.
Prévenue en naiffant des plus riches bénésdictions
du ciel , elle étoit née auffi avec
ce talent & ce defir de plaire fi dangereux à
» l'innocence. La Nature lui avoit prodigué
» tous fes dons , & elle en rehauffoit l'éclat
» par tous les fecours de l'art. Ce n'eft plus
» cette pieufe enfant uniquement parée de la
» modeftie , dont les goûts purs & faints
» étoient tous pour la vertu ; qui avoit déjà
affez de philofophie chrétienne pour être
frappée de ce grand mot : éternité ! éternité !
Hij
172 MERCURE
»
"
و ر
» & qui , jaloufe de faire revivre les anciens
» habitans du défert , fe plaifoit à bâtir &
à réédifier , avec avec un frère chéri , de
petits hermitages , où ces jeunes Anacho-
» rettes retraçoient les Scolaftique & les Benoît.
Son ambition actuelle eft d'élever
l'édifice de la vanité par tous les foins de la
» parure. Les grâces de la beauté , relevées
par les grâces plus féduifantes encore d'un
efprit plein de gaîté & d'enjoûment , commençoient
à lui frayer le chemin des coeurs ,
» & faifoient augurer que par le concert des
qualités les plus brillantes , elle pourroit
» être un jour le défefpoir de fon fexe &
l'idole du notre. »
ود
ود
"
و د
Le goût , la pallion des Romans , dont fa
mère lui avoit donné l'exemple , furent encore
une épreuve dangereufe pour Thérèſe.
Les jours & les nuits étoient confacrés à cette
lecture. Mais quand la Providence l'a arrêté ,
les occupations les plus profanes concourent
à fes projets ; & ce qui femble éloigner
d'elle un coeur qu'elle a choifi , ne fert bien
fouvent qu'à le rapprocher davantage . Ces
Ecrits , que la févérité de la morale chrétienne
interdifoit à Thérèſe , fervoient d'aliment à ſa
fenfibilité , qui devoit être bientôt épurée ,
confacrée par un plus digne objet. Ces lectures
mondaines , en enflammant fon imagination
, fembloient la difpofer mieux à brûler de
l'amour divin ; en un mot , ce qui dans d'autres
coeurs auroit peut-être développé le germe
des pallions humaines , devenoit pour elle le
DE FRANCE. 173
foyer de ce faint enthouſiaſme qui devoit la
rendre le modèle du monde chrétien , & intéreffer
jufqu'au monde profane. En effet ,
Thérèfe étoit douée de cette fenfibilité ardente
& courageufe , qui auroit rempli d'admiration
& d'eftime ceux même qu'elle n'auroit pu
ramener à fes opinions.
C'eft cette exquife fenfibilité qui lui dicta
'ce mot fublime & touchant , que nous avons
été furpris de ne pas trouver dans le Difcours
que nous analyfons , ou dans les notes qui l'ac
compagnent ; ce mot que l'efprit feul n'eût
trouvé jamais , lorfqu'en parlant du diable ,
elle s'écria: Le malheureux, qui ne peutjamais.
aimer !
-
Obfervons ici , ( car fon Panégyrifte n'a
dû voir Thérèſe qu'en Orateur Chrétien ;
mais il nous eft permis de jeter fur elle un
coup d'oeil plus philofophique. ) Obfervons
ici qu'en fongeant au démon , la première
idée qui viendroit à une piété vulgaire , feroit
de le confidérer comme privé de la préfence
de fon Dieu , condamné à des fupplices éternels.
L'âme aimante , l'âme brûlante de Thérèſe
, en fongeant aux tourmens qu'il endure ,
n'en voit qu'un feul qui , à fes yeux , les renferme
tous : Il ne peut jamais aimer !
Revenons au Panégyrique , dont nous nous
fommes un peu écartés fans nous en appercevoir.
Après avoir rappelé les remords de Thérèfe
, après avoir fait connoître , expliqué fes
extâfes , dont nous ne pourrions parler ici fans
témérité , & qui ont fourni à l'Orateur des
Hiij.
174
MERCURE
traits ingénieux ; après l'avoir montrée en
proie au ridicule qu'elle méritoit fi peu , que
La vie extraordinaire fembloit appeler fr
elle , & qui complette les épreuves de fon
martyre , M. l'Abbé du Serre- Figon palle à fa
feconde partie , dans laquelle il repréfente
Thérèſe comme un des Docteurs de l'Églife .
Il jette d'abord un coup-d'oeil rapide fur les
divers ouvrages de fa Sainte Heroine , ouvrages
qui tous portent l'empreinte de fon
âme , le fceau de fon ardente imagination , &
dont quelques- uns ont recueilli des fuffrages
parmi nous , même dans un monde fì peu füt
pour les apprécier. « Ah ! je ne m'étonne plus
» s'écrie l'Orateur , que des hommes diftin-
» gués par la naiffance & par les dignités ,
» ayent recours aux lumières de Thérèfe ;
» qu'elle foit l'Ananie des Pauls , le Docteur
» des Docteurs en Ifraël ; que du fond de fon
» cloître , elle forme à foranon de grands
Prélats , qui femblent dépofer à fes pieds
» la houlette paftorale , & la confultent
» comme un oracle infaillible ; que les arbi-
» tres eux-mêmes de la confcience , de juges ,
» de maîtres devenus difciples , ne rougiffent
» point de s'inftruire à ſon école. »
8
La fameufe querelle fur le quiétifme , qui
divifa deux Prélats illuftres , Boffuet & Fenélon,
& qui par eux partagea toute l'Églife Gal
licane , fournit une anecdote glorieuſe à la més
moire de Thérèfe . Ces deux célèbres rivaux
s'efforçoient à l'envi d'interprêter fes Écrits
en faveur de leurs opinions. "Chacun , comme
DE FRANCE. 275
» dit M. l'Abbé du Serre- Figon , jaloux de la
» mettre dans fes intérêts , veur L'attirer à
» fon parti , & croit , ayant Thérèfe pour
foi , avoir pour foi la vérité & la victoire. »
»
Une chote bien remarquable dans ces ouvrages
, c'est que l'enjoûment & la gaîté s'y
mêlent fouvent au ton , aux myſtères de la
plus haute piézé. Un de fes Ecrits eft intis
tulé le Chateau de l'ame ; c'eſt une fiction
plus pieufe que de bon goût , dans laquelle
elle repréfente l'ame comme un château dont
Karaifon eft la porte. Thérèfe , en adrellant
cet ouvrage à fes Religieufes , leur dit avec
une aimable gué : « Jefpère , mes Soeurs
a que vous trouverez de la confolation dans
» ce château intérieur , où vous pourrez , à
quelque heure que ce foit, entrer, & vous
» promener fans en demander la permiffion à
→ vos fupérieurs. a
Avec quelle grâce elle peint ces fauffes ferveurs
, qui font de l'éclat d'abord pour ſe dé
mentir auffitôt , & qui femblent courir après
les pénitences les plus auftères ! « Il eſt vrai ,
» dit-elle ,, que leurs pénitences durent en
» viron deux jours ; après quoi elles s'imagi
» nent que cela nuit à leur fanté , & qu'après
» une telle épreuve , elles ne doivent plus en
» faire du tout , pas même les pénitences
» qui font d'obligation dans notre Ordre.
» Alors nous n'obfervons pas même les moin
" dres chofes de la Règle , comme le filence ,
و د
quoiqu'il ne puiffe nuire à notre fanté......
" Nous manquons un jour d'aller au choeur ,
Hiv
176 MERCURE
» parce que nous avons mal à la tête ; un autre
jour , parce que nous y avons eu mal ;
» & deux ou trois autres , de crainte d'y avoir
mal , & c. » ""
C'eft cet enjouement aimable & plein de
grâce , qui lui concilioit tous les efprits ; c'eft
par cette aménité qu'elle fe faifoit pardonner
la fupériorité de fes lumières & de fes vertus ;
car , n'en doutons point , on a fouvent befoin
dans les cloîtres de fe faire pardonner ſa ſainteté,
comme on a befoin dans le monde de
faire excufer , par fes manières , fa richeffe ou
fon élévation.
Thérèfe poffédoit cet heureux talent, ou plutôt
ce don précieux. Auffi ayant logé quelque
temps à Alcala , dans le Monaftère des Capucines
, ce que dit d'elle à fon départ la Supérieure
de cette maiſon , eft un éloge bien remarquable
en pareil cas : " Dieu foit béni de
» nous avoir fait connoître une Sainte que
» nous pouvons toutes imiter ! Sa conduite
» n'a rien d'extraordinaire : elle mange , elle
dort , elle parle , & rit comme toutes les
autres , fans affectation , fans façon , fans
» cérémonie ; & l'on voit pourtant bien
» qu'elle eft pleine de l'efprit de Dieu. »
Une Sainte qu'on croit pouvoir imiter , rappelle
ces hommes de génie qui , par leurs
traits les plus fublimes , font dire quelquefois
à leurs Lecteurs : j'en aurois dit autant..
Dans fa troifième partie , le Panégyrifte de
Thérèſe la repréfente comme Réformatrice
du Carmel ; & il prouve qu'elle n'a dû fon
DE FRANCE. 177
ود
fuccès qu'à une conftance infatigable , à un
zèle aulli fage que courageux. L'hiftoire des
fuccès de Thérèfè , dans fes projets de réforme,
conduit naturellement l'Orateur à l'éloge
de cet Ordre refpectable , qui s'eft illuftré encore
de nos jours par la conquête qu'il a faite
fur le monde, en appelant & en retenant dans
fon fein l'augufte Princeffe à qui M. l'Abbé du
Serre- Figon a fait un jufte hommage de fon
Panégyrique. Une anecdote récente fournit
en faveur des Vierges du Carmel , un cadre .
d'éloge dont l'Auteur a habilement profité...
" L'on avoit dit , s'écrie-t'il , ouvrez les cloî-
» tres ; donnez le pouvoir de franchir ces bar-
» rières facrées à la jeuneffe imprudente qui .
» s'eſt immolée dans un âge où l'on s'ignore ;
» aux diverfes victimes du préjugé, du fanatifmereligieux,
& foyez ailures qu'elles verront
» tomber leurs liens avec plus de joie que de
" regrer. Telle étoit la prophétie , & l'on s'at-
» tendoit bien à fon accompliffement : lorf
" que , par un de ces coups d'une Providence-
» adorable dans fes deffeins , les portes du
» Carmel s'ouvrent dans certaines contrées ,.
» & rendent au peuple profane le peuple
faint qui habitoit ces afyles vénérés. Voilà
" donc des efclaves qui fecouent , qui brifent.
leurs chaînes ; des morts qui reffufcitent;
» des fantômes lugubres qui dépouillent leurs
» vêtemens de deuil , & vont ceffer d'attrifter
» la Nature par les fombres dehors de la pénitence
! Dans le moment d'une catastrophe
dont la perfpective feroit riante pours
"3
و ر
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و د
و د
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231
وو
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178 MERCURE
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ן כ
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» des coeurs moins purs , dans un moment
» favorable à l'amour de la liberté , dont on
» ne fent jamais fi bien le prix que lorfqu'on
» en recouvre les droits après en avoir été
long-temps dépouillé , que feront les dignes
Filles de Thérèfe ? Elles regardent en foupirant
, & avec un oeil d'envie , la terre où
» il eft encore permis à leur mère de faire
régner fes loix réprimantes ; elles s'arra-
» chent à leur patrie pour voler fans délai
» vers ces heureufes contrées , & renouvelant.
» aux habitans du Carmel la demande que fit
» autrefois Abraham aux enfans de Heth :
étrangères parmi vous , leur difent-elles ,
» non par les fentimens , mais par le lieu de
» la naiffance , nous venons réclamer le droit
de vivre , ou plutôt de mourir dans vos
faintes demeures : qu'il nous foit permis de
partager les chaînes que vous portez ,
» fuaire qui vous couvre, le fépulcre où vous
» êtes enfevelies . Tel eft l'unique objet de
» nos demandes & de notre ambition .... Les
prières de la ferveur ne pouvoient man-
» quer d'être exaucées par la charité & le
› zèle. Déjà ces efclaves , qui étoient devenus
ور
د و
>>
le
libres , ont repris leurs fers ; ces morts ref-
» fufcités font rentrés dans le tombeau; l'auf-
» tère légiflation , l'habit pauvre & groffier
» de Therèfe , font préférés aux livrées du
luxe , &c. » >>
Le Panégyrifte de la Réformatrice du Carmel
rapporte , avec raiſon , ce fait comme un
hommage glorieux rendu à fa réforme. A tout
DE FRANCE. 179
ce qu'il a dit de Thérèſe , à ce que nous en
avons ofe dire nous -mêmes , qu'il nous foir
permis d'ajouter un trait qui nous paroit peindre
avec énergie ces faints épanchemens , ces
élans de fenfibilité qui étoient devenus l'exercice
& le befoin habituel de fon coeur , l'âme
de fa vie. Ce befoin de s'élever par la penſée
vers l'objet de fon adoration , cette habitude.
de converfer avec lui , occupoient fi fort
toutes les facultés de fon âme, que la créature
alors fembloit s'identifier avec fon Dieu ; le
refpect fembloit abforbé par l'amour . Dans
un de ces momens , ayant à prier pour quelqu'un
de fa famille , elle commence fa prière
par ces mots , dont on ne peut s'empêcher de
fourire , qui feroient une impiété dans toute
autre bouche , & qui n'annoncent dans Thérèfe
qu'un excès d'amour : « Grand Dieu , fr
» vous aviez un parent qui eût befoin de
» moi , avec quel zèle je volerois à fon fe--
» cours ! eh bien , Seigneur , j'en ai un qui
a befoin de votre aide , je vous la de-
» mande , & c .
">
Voilà de ces traits de caractère qu'on n'invente
point , qu'on n'imite point , & qui font
propres à faire méditer à la fois le Chrétien
& le Philofophe. Nous ne répéterons pas iciles
éloges donnés au Panégyrifte dans la finple
annonce que nous avons faite de fon Dif
cours. Nous ajouterons feulement qu'il·laiffe
defirer un peu plus de précision, & un peu
moins de myfticité , non dans les chofes , mais
dans le ftyle; fa manière eft pittorefque , ani
H vj
1,80, MERCURE
mée , un peu trop fouvent figurée ; défaut qui,,
à la vérité , fe trouve analogue à fon fujet ,
mais dont il doit craindre de contracter l'habitude
. Au reste , ce Panégyrique nous paroît
mériter le fuccès qu'il a obtenu ,
( Cet Article eft de M. Imbert. )
AN ACREON en belle humeur , ou le plus
joli Chanfonnier François , douze Parties ,
formant + vol. petit format. A Paris ,
chez Defnos , Libraire , rue S. Jacques.
f
A
Nous avons un peu tardé à rendre
compte de cette Collection ; mais aujourd'hui
que nous la fuppofons entre les.
mains des Amateurs , on n'en fera que plus
à portée d'apprécier ce que nous croirons
devoir en dire..
Ce Recueil , qui paroît fous le titre général
d'Anacréon en belle humeur , eft composé,
de douze Parties , qui ne laiffent pas d'être.
baptifées chacune de leurs furnoms , comme
les Grâces en Goguettes , la Semaine d'un
Enfant de la Joie , les Escapades de l'Amour,
furnoms qui ne donnent pas une grande,
idée du goût des Rédacteurs. Mais nous préfumons
que le Libraire n'a adopté ces dénominations
un peu bizarres , que pour vendre
ehacun des petits cahiers féparément comme;
des Almanachs.
Les Éditeurs , dans une des Préfaces , car
il y en a à la tête de plufieurs des Parties du
Petit Chanfonnier , qui , en général , n'étoient,
DE FRANCE. 181
guères néceffaires , prétendent que ce Recueil,
fous l'air du badinage le plus décidé , ne
contient que la morale la plus pure & la plus
auftère. Nous ne confeillons pas néanmoins.
d'y chercher précisément cette qualité , à
moins que ce ne foit de la morale à la manière
d'Épicure & d'Anacreon .
Au refte , on y trouve des couplets trèsdignes
de l'un & de l'autre ; & c'eſt quelque
chofe. On regarde communément une chan.
fon comme une chofe très -facile à faire , &
néanmoins les bonnes chanfons ne font pas
communes. Il eft donc inutile d'ajouter qu'il
y en a dans ce Recueil plufieurs foibles , un
peu foibles , très - foibles .
Sunt bona , funt quadam mediocria , funt mala plura.
Pourquoi ? C'est que la plupart des Éditeurs
ne font rien moins que des Gens de Lettres.
VARIÉTÉ S..
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR,
M. LE PRÉSIDENT DE MEINIÈRES . eft mort
le 27 du mois de Septembre. Honoré de fon amitié
, admis dans l'intimité de fes recherches litté
raires , guidé par lui dans un travail important ,
fon Éloge eft ma dette ; mais il me fuffira , pour bien
honarer fa mémoire , de préfenter fa vie.
Jean- Baptiste- François Durey de Meinières , Pré
182 MERCURE
fident Honoraire de la deuxième Chambre des En
quêtes , appartenoit à une famille diftinguée dans
la Robe. Il avoit été reçu au Parlement le 4 Maj
1731 ; il avoit apporté à fa Compagnie trois qualités
qui le rendoient précieux : un efprit cultivé
, une probité ferme & un caractère pacificateur.
Eh ! dans quelles époques la Magiftrature
eut-elle un befoin auffi grand de bons Magiſtrats !
Les fuites trop connues du ſyſtême de Law ,
l'opiniâtreté du Régent , qui avoit renversé toutes
les formes par l'Ordonnance de 1718 , la perfévé
rance du Cardinal de Fleury à foutenir la Bulle
les impôts , les guerres , les conflits de Jurifdictions
les prétentions du Clergé , telles font les luttes
que la Magiftrature eut à foutenir. Quand j'aurai
parlé du genre d'études du Président de Meinieres
, on croira qu'il a dû influer fur les Délibérations
d'une Compagnie à laquelle il étoit fi ten
drement atraché, Quand on faura qu'il n'a rien fait
pour l'ambition , on croira qu'il n'a jamais approuvé
rien d'étranger au bien public. Quand j'aurai dit que
cet homme paisible a fait écrire fous fon portrait :
Silentio gaudet , on pesfera qu'il a approuvé 1 Édit
fi tardif & fi fage de 4 Septembre 1754 , qui fut appelé
la Loi du Silence. Il ne fut plus permis d'attaquer
ni de défendre la Bulle.
Le Président de Meinières obtint fa retraite en
1758. Sa délicateffe ne lui permit point de remplic
une place que fes incommodités l'auroient obligé de
laiffer quelquefois vacante ; car il avoit toujours
pouffé jufqu'au fcrupule l'amour de fes devoirs. Ce
n'étoit point affez d'avoir montré avec quelle affiduité
on doit remplir fes fonctions , il voulut apprendre
à fes Collègues qu'il eft des circonftances cu
la probité ordonne la retraite .
Il étoit né avec une brillante fortune , & avec une
amabilité capable de la lui faise pardonner. La douDE
FRANCE.
183
de ce que
ceur de Ton caractère influa fur fes paffions , qui
furent douces. Il avot une grande moleftie , mais
de celle qui nous arrête aux bornes où le fentiment
l'on vaut feroit de l'orgueil , & qui laiffe la
faculté de bien dire tout ce qu'on veut. Toujours
égal parce qu'il étoit toujours honnête & bon , jamais
défiant , parce que la défiance tient à un peu
de dureté , il fut un fage dans les plaifirs , un fage
dans les peines. Son goût pour les Letres le lia avec
les Littérateurs diftingués , avec le Préfident de
Montefquieu , le Piéfident Hénaut , Voltaire ,
Ame Duchâtelet , MM . de Sainte- Palaye , de Foncemagne,
la Condamine , & dans la fuite avec tous
les Hommes célèbres . Doué d'une mémoire exquife ,
il poffédoit l'hiftoire de tous les fiècles. On pouvoit
le confu¹ter , on trouvoit un Savant exact & fage.
Son cabinet , enrichi de manufcrits précieux , étoit
devenu unique par foixanté années de travail. I
avoit fait des Tables fur toutes les matières , fur le
Droit public , fur les Parlemens , fur les Tribunaux ,
fur les Loix , fur les Pairs , fur le Clergé , fur toutes
les Origines . Cent Volumes in folio , écrits prefque
en entier de fa main, ont fait de fa bibliothèque un
tréfor d'érudition , un dépôt dont la perte feroit irré.
parable . L'ordre , la clarté , la méthode 'ajoutent un
nouveau mérite à cet Ouvrage immenfe . Toutes les
difcuffions font claires , les dates exactes , les origines
débrouillées , les faits appuyés de preuves ; la critique
eft lumineufe & remarquable par fon impartialité.
L'Auteur difparoît toujours . Point de fyfteme , point
de fauffes interprétations , par- tout l'amour du bien ,
par - tout l'amour du vrai . La pureté de ſes principes
décèle l'excellence de fon coeur. Les Savans , les Légiftes
, les Magiftrats comparent les Tables à des
bornes milliaires qui indiquent toutes les routes de
la fcience & de la vérité,
Louis XV connoiffoit le prix de cet Ouvrage , &
1.84
MERCURE
avoit donné au Préſident de Meinières des marques
d'eftime . Un de fes Miniftres voulut acquérir ce
dépôt I offrit trois cent mille livres . M. de Meinières
n'étoit pointtiche alors ; il refufa : il craignit que
le Public n'en jouit plus , & qu'elle ne fervit qu'à
l'inftruction du Propriétaire . Un ami devoit recevoir
ce monument , & répondre à fes defirs en ouvrant
fa bibliothèque à ces Écrivains qui favent toucher àt
de femblables dépôts fans les altérer ni les profaner.
Il a trouvé celui qu'il cherchoit , cet ami qui , en
communiquant fon cabinet , va mériter d'en être le...
poffeffeur.
M. de Meinières travailloit avec la plus grande
affiduité. Il ajoutoit fans relâche à fon Ouvrage , le
rectifioit , l'earichiſſoit. Il étoit journellement confulté
par des Savans & par des Magiftrats. Parmi les
Savans dont le travail eft d'une utilité générale , &
qui le recherchoient , je dois nommer M. de Brequigny,
qui n'a point diffimulé à M. Bertin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , les fecours qu'il en a reçus pour
la Collection des Ordonnances . Je connois d'autres
Écrivains qui fans doute, lui rendront hautement des
témoignages de reconnoiffance. Il eft jufte d'honorer
la fource dans laquelle on a puifé. Comment
M. de Meinières ne fut-il point infcrit fur les liftes de.
nos Académies ? C'est que fa modeftie lui faifoit
prendre autant de peine à fuir la renommée que
d'autres en prennent pour la chereher. Le bonheur
n'eft pas toujours à la fuite du bruit. Il aimoit fi
geu le bruit ! il connoiffoit fi bien la douceur de ce.
repos de l'âme , du vrai dormir du bon La Fontaine !
Mais quand on vit long- temps on n'eft point à
l'abri de quelques revers . Sa fortune fut compromife
; & dans le temps où la penfion que Louis XV
lui accordoit lui devenoit d'une abfolue néceffité ,.
il l'abandonna à des créanciers que fa délicateffe lui.
avoit attirés. C'eft alors qu'il fentit que l'eftime.pu
DE FRANCE. 185
blique eft une feconde fortune qui répare la perte
de la première. Pendant qu'il fe dépouilloit , il confervoit
à des indigens fes bienfaits. Un gouverneur
qu'il avoit donné à fon fils , eut le courage de lui
déclarer que la haine du cloître où il étoit entré malgré
lui, l'avoit engagé à violer fes voeux ; qu'il étoit
tourmenté par fes remords & retenu par la crainte
du châtiment. M. de Meinières le calma , ménagea
fon retour dans fon Couvent. Son pardon le rendit à
la vertu , & il lui affura durant la vie une penſion de
cinq cent liv.
Le Préſident de Meinières a toujours conſervé fa
facilité pour le travail . Il avoit retrouvé fa première
tranquillité; & fi l'on vouloit avoir une idée des
vingt dernières années de bonheur dont il a joui , &
qu'il devoit à des mains chéries , il fuffiroit de tranfcrire
l'infcription qu'il avoit placée fur fon cabinet :
Mufco & amica vivere beatus .
Il lifoit avec une rapidité fingulière. Sa correfpondance
étoit ingénieufe , pleine de fenfibilité ; if
difoit volontiers des chofes agréables , & il y met
toit ce charme dont il étoit doué. Ii favoit qu'il
étoit aimé , & il fe plaifoit à vouloir l'être. Il a vû
pendant fa maladie jufqu'à quel point il avoit
réuffi . Il a prouvé jufqu'au dernier moment qu'il
étoit pénétré des foins de fa famille . Il n'étoit bientôt
plus , fon ceil paroiffoit fixe qu'avez vous ,
lui dit on en fondant en larmes , votre regard eft
celui de l'étonnement. Vous vous trompez , répondit-
il d'une voix mourante , c'eft celui de la reconnoiffance
, & ce furent fes dernières paroles.
Heureux ceux qui appartiennent à un homme de
bien qui fait mériter des regrets auffi publics & auffi
univerfels !
-
J'ai l'honneur d'être , & c. DE MAYER .
786 MERCURE
RÉPONSE à une Lettre de Monfieur de la
Harpe , inférée dans le Journal de Paris ,
du 16 Novembre.
ONNa fans doute eu tort d'attribuer à M. de la
Harpe , dans la partie Politique du Mercure , and
Virginie , qui devoit être repré entée à Fontaine,
bleau , & dont il déclare expreflément qu'il n'eft
pas l'Auteur. On fe feruit empreflé de relever dans
Finftant cette méprife , s'il eût cu la bonté de
Dous en prévenir ; mais on ne peut s'en pêcher
d'être furpris que M. de la Harpe ait adreffé
fes plaintes dans un autre Journal ; comme fi l'on fe
fut refufé à la réclamation qu'il avoit eu foin de
faire ; & fur-tout , quit fe foit permis à cette occaben
des réflexions qui , fi elles étoient fondées ,
pourroient faire tort à un Journal dont le fuccès ne
peut lui être indifférent , puiſqu'il vient d'obtenir une
pention fur le Mercure.
1
39
M. de la Harpe allègue « que l'exactitude
» des faits , le feul mérite qu'on puiffe avoin
* dans une Gazette , & qui semble fi facile ,
eft pourtant, comme tous les autres , devenu affez
rare aujourd'hui . » D'abord , fi l'exactitude des
faits eft le principal mérite d'un Journal Politique ,
il feroit aile de prouver qu'il n'en cft pas le feul ; &
d'ailleurs , parce que , d'après un faux bulletin , on
a imprimé quelques inexactitudes , qui n'offenſent
ni l'ordre public ni l'honneur des particuliers , manque-
t'on toujours d'exactitude ? Eft-il vrai encore
que cette exactitude des faits qui feroit fi defirable
foit aufli facile qu'on voudroit le perfuader ? Et M. de
la Harpe , qui a écrit fur l'Hiftoire , qui a traduit
DE FRANCE. 187
pour
Suétone , n'ignore pas combien les Hiftoriens les
plus véridiques ont eu fouvent de peine à s'affurer
de la vérité Ne fait t'on pas que les plus fimples
faits s'altèrent dans les récits , dans les difcours , &
en paffant de bouche en bouche ? Cerre exactitude ,
qui n'eft pas même facile pour l'Hiftorien com
pofant à loifir, devient d'une extrême difficulté
le Rédacteur d'un Journal Politique qui paroît tous
les huit jours , & qui , par la rapidité de la compo
fition , de l'impreffion & du fervice , ne peut que
s'en rapporter aux matériaux de fa correfpondance ,
fans qu'il lui foit poffible d'en faire un examen feru
puleux dans l'inftant. Mais puifque l'occafion s'en
préfente , qu'on nous permette d'entrer dans quelques
détails fur cette partie Politique , qui , ayant
été réunie au Mercure , en a affiré le fuccès.
Depuis on origine , la partie Folitique du Mercure
a joui d'une faveur conftante , qu'on s'eft efforcé
de mériter , eu donnant de plus en plus à cet Ouvrage
Périodique de l'intérêt & de la variété . Il tient lieu de
toutes les Gazettes , & indépendamment d'un grand
nombre d'articles nouveaux , i renferme le retume
exact des Feuilles publiques dans toutes les langues ,
& d'une correfpondance politique très - étendue.
་ ་ ་
On eft attentif à rectifier fans relâche les inexace
titudes & les erreurs dont les Papiers l'ublics ne
font pas toujours exempts ; à guider , autant que
cela fe peut, le jugement du Lecteur fur les événemens
; à le tenir en garde contre les fauffetés que
font circuler très - fouvent la politique . l'efprit de
parti , les préventions nationales , pour donner le
change à l'opinion publique.
Toutes les fois que les circonftances l'exigent , on
préfente dans ce Journal les détails hiftoriques & de
droit public analogues aux événemens du jour , à
leur origine , au lieu où ils arrivent & à leurs principaux
acteurs . En joignant à ces no:ices , comme
188 MERCURE T
on le fait ſcrupuleufement , tous les traités , actes
publics , mémoires ou négociations importantes , on
prépare à l'Hiftorien des matériaux , & aux Soufcripteurs
une bibliothèque politique , utile à confulter
dans tous les temps.
Enfin , on a tâché de raſſembler les faits avec affez
de liaifon & de méthode , & d'en nouer le fil de manière
à ce que la collection annuelle n'offre pas dé
lacunes , & qu'il fe trouve dans les chofes la même
fuite que dans les cabiers. Il n'eft pas toujours permis
de fuivre cet ordre ; mais du moins on travaille
conftamment à s'en rapprocher , ainfi qu'on a
pu l'appercevoir dans l'article d'Angleterre.
L'événement de la dernière paix a dû néceffairement
changer à un certain point la nature des matériaux
de ce Journal. Quoique moins propre aujourd'hui
à flatter cette curiofité fugitive qu'on
donne aux nouvelles militaires , il eft fufceptible
d'acquérir des avantages plus précieux pour des Lecteurs
qui aiment à s'inftruire. C'eft dans ce but
qu'on y recueille des notions variées & exactes fur
toutes les parties de l'économie politique des divers
États de l'Europe , fur leurs forces , leur population ,
feur commerce , leurs finances ; fur leurs particularités
phyfiques , fur les réformes dans l'adminiftration
& dans les loix . Ces fupplémens naturels d'un
Journal Politique , doivent le faire rechercher par
ceux même à qui la lecture des Gazettes ordinaires
eft abfolument indifférente.
P. S. Le Public étant prévenu que les erreurs qui
fe gliffent dans la partie Politique du Mercure
font toujours involontaires , on aura obligation
aux perfonnes qui voudront bien relever " celles
dans lesquelles on fera tombé , & elles peuvent
être affurées qu'on s'empreffera de les rectifier dans
l'inftant.
DE FRANCE. 189
ANNONCES ET NOTICES.
COSMOGRAPHI COSMOGRAPHIE Elémentaire divifée en Parties
Aftronomique & Géographique , Ouvrage dans
lequel on a tâché de mettre les vérités les plus inté
reffantes de la Phyfique célefte à la portée de ceux
mème qui n'ont aucune notion des Mathématiques ,
avec des Planches & des Cartes , dédiée à Mgr. le
Duc d'Angoulême , par M. Mentelle , Hiftoriographe
de Mgr. Comte d'Artois , de l'Académie des
Sciences & Belles- L : tres de Rouen , de l'Académie
Royale de la Hiftoria de Madrid , Cenfeur Royal ,
&c. , nouvelle Édition in - 4° . grand papier. A Paris,
chez l'Auteur , rue de Seine , n °. 27, Fauxbourg
Saint-Germain .
Le fuccès de la première Edition de cet Ouvrage ,
approuvé par l'Académie des Sciences , & honoré du
fuffrage des premiers Savans de l'Europe , qui l'ont
regardé comme le plus propre à donner dis ilées
élémentaires & précifes de toutes les parties de la
Phyfique célefte , a engagé l'Auteur , en mêmetemps
qu'il en publie une nouvelle Édition in- 8 °.
confidérablement augmentée , à en donner une
in 4°. tirée feulement à cent Exemplaires fur grand
papier raifin,
Cette Edition , deftinée aux Bibliothèques des
Souverains & à celles des riches Amateurs , eft accompagnée
de trois Planches Aftronomiques , d'un
Tableau Chronologique des Rois de France trèsbien
gravé, & de vingt Cartes enluminées dans le
plus grand détail.
De ces cent Exemplaires , cinquante tirés fur pa190
MERCURE
pier vélin de M. Reveillon , feront préparés pour la
rehure fous les yeux de cet eftimable Citoyen ,
par des procédés qui probablement different peu
de ceux dont il a été mention dans le Journal de
Paris , & que l'on pratique ailleurs .
Chaque Volume broché fera de 48 liv.
L'aurre Editien , auffi de cinquante Exemplaires
tirés fur papier fin grand rain de Montargis , avec
les mêmes Planches & les Cartes enluminées , fera ,
chaque Volume broché, du prix de 24 lv.
Elles paroîtront au commencement de Décembre
prochain.
PENSEES fur le Theifme, ou Défenfe d'Ali
Gier-Ber, par l'Auteur des Principes contre l'Incrédulité
, l'un des Titulaires de Académie de Châlons
- fur - Marne. A Paris , chez Cl Simon , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , près Saint Yves ,
& chez Savoye , Libraire , rue Saint Jacques.
Nous répéterons ce qu'a dit juftement le Cenfeur
de cet Ouvrage , qu'il réunit la préciſion , lá
julteffe , la clarté & la folidité des idées .
HERBIER de la France , ou Collection des Plantes
du Royaume , repréfentées avec leurs couleurs naturelles
, leurs détails anatomiques & leurs propriétés
tant en Médecine que dans les Arts , foixanteunieme
Cahier,
Cat Ouvrage intéreffant fe continue toujours avec
le même foin & le même fuccès . Il en paroît un
Cahier chaque mois . On le reçoit franc de poit dans
toute l'étendue du Royaume pour 3 livres , ce qui
eft à raison de 15 fols chaque Epreuve ( il faut pour
cela prendre la Collection entière . ) Les Perfonnes
qui ne prennent au contraire qu'une des divifions de
Cette Collection , telle que l'Hiftoire des Plantes
Vénéneufes terminée, l'Hiftoire des Plantes MediDE
FRANCE. igr
cinales , celle des Champignons du Royaume déjà
fort avancée , celle des Planes aimentaires , des
Plantes propres aux meilleurs fourrages , & c . payent
chaque Epreuve io fols .
Le Public a déjà été averti qu'au premier Février
1786.le nombre des Exemplaires de l'Herbier de la
France feroit fixé pour le tirage à celui des Perſonnes
enregistrées chez l'Auteur , M. Bulliard , rue des
Poftes , au coin de celle du Cheval vert , à Paris , ou
chez Didot jeune , Barrois jeune & Belin , Libraires.
Les Perfonnes qui fe préfenteront plus tard pour faire
Pacquifition de cet Ouvrage en totalité ou en partie ,
voudront bien fouffrir une augmentation de io fuls
par Cahier.
Pour la facilité des Acquéreurs , on leur délivrera à
leur gré deux , trois ou quatre Cahiers par mois
qu'ils payeront à mefure jufqu'à ce qu'ils fe trouvent
au courant des Livraiſons. On ne recevra rien
d'avance des Perfonnes qui habitent Paris , & feulement
une fomme de 36 liv. des Perfonnes de Pro
vince auxquelles on s'eft obligé de faire des envois
affranchis .
J'y Pafferai , peint par Antoine Borel , & gravé
par R. Delaunay le jeune . Prix , 3 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue & porte S Jacques , la porte -cochère
près le petit Marché , n ° . 112 .
Cette jolie Eftampe fert de pendant à la Cachette
découverte , d'après Fragonard , Peintre du Roi , &
fait fuite de grandeur au Mariage rompu & au
Mariage conclu , gravés par le même.
HISTOIRE d'Angleterre repréſentée par Figures ,
accompagnée d'un Précis Hiftorique , fixième Livrai
fon. Prix , 15 liv. A Paris , chez David , Graveur ,
rue des Cordeliers , au coin de celle de l'Obfervance.
Il feroit difficile de mettre plus d'exactitude que
192
MERCURE
M. David dans les Livraiſons des grands Ouvrages
qu'il entréprend.
――
TROIS Quatuors pour deux Violons , Alto &
Baffe ,, par M. Blafius , OEuvre X. Prix , 6 liv. franc
de port. Six Duos pour deux Flûtes ou deux
Violons , par M. Charles Hartman de Saxe . Prix ,
6 liv. A Paris , chez M. Leduc , fucceffeur de M. de
la Chevardiere , rue du Roule , à la Croix d'or ,
n°. 5, au Magafin dé Mufique & d'Inftrumens.
NUMEROS 10 & 11 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pour deus Violons ou deux Violoncelles .
Prix féparément, 2 liv .; abonnement , 15 liv. &
18 liv. A Paris , chez M. Bornet l'aîné , Penfionnaire
du Roi , Profefleur de Violon , iue Tiquetonne ,
N°. 10.
VE
TABLE.
ERS & M. le Marquis de De la Monarchie Françoiſe ,
Bièvre, 145 161
La Rofe & le Zéphyr , Fable , Panégyrique de Ste Thérèse ,
147 170
181, 186
Réflexions Phyfiques & Mo- Anacréon en belle humeur , 180
rales fur l'Eternument , 149 Variétés ,
Charadt, Enigme & Logogy | Annonces & Notices , 189
phe , 158
JAY lu
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sccaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Novem. 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 25 Novembre 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 5 Octobre.
E 28 du mois dernier , on a lancé à l'ALmirauté
, en présence de la Cour , deux
nouveaux vaiffeaux de ligne , Fun de 100
canons, l'autre de 74. Deux autres de cette
derniere force font actuellement fur les
chantiers , & bientôt notre Marine fera refpectable
par le nombre de fes bâtimens' ;
nous n'aurons plus befoin que de matelots , &
d'un grand commerce maritime pour les former.
L'Impératrice a fait publier un nouveaut
Réglement concernant la Nobleife . Par cer
acte important de légiflation , il femble que
notre Souveraine cherche à rapprocher fon
autorité arbitraire & illimitée , de celle plus
douce & moins irréguliere de la Monarchie.
Voici la fubftance de cet Edit fondamental
qui rend à la Nobleffe plufieurs droits naturels
, & lui affure des prérogatives imminen-
No. 45, 5 Novembre 1785.
a
( 2 )
tes , fans y attacher néanmoins aucun pouvoir
politique , capable d'en maintenir la
confervation .
Aucun Noble ne fera privé de fa nobleffe que
par un Jugement légal , & il ne pourra être jugé
que par les pairs . Le Jugement d'un procès criminel
intenté contre un noble ne pourra être
exécuté que lorfqu'il aura été revu par le Sénat
& confirmé par S. M. I. Il fera permis à la Nobleffe
de prendre du fervice chez les Puiffances
d'Europe alliées de la Ruffie , & en général de
voyager dans les pays étrangers , mais à condition
de revenir dans la patrie auffi - tôt après le rappel
formel. L'héritage d'un noble condamné
pour crime ne fera point confifqué ; mais il paf-
Tera à fes héritiers légitimes. La Nobleffe aura le
droit de pofféder des maifons dans les villes , &
d'y établir des manufactures ; mais dans ce cas
elle fera foumife aux loix des villes quant à ces
poffeffions . La Nobleffe pourra faire vendre ,
conformément aux réglemens , les marchandifes
qu'elle fera fabriquer dans fes terres. Elle
jouira de la pleine propriété de fes terres , nonfeulement
de ce que la furface produira , mais
auffi des productions minérales & du droit de pêche
& autres droits fur les étangs & rivieres qui
s'y trouveront. Chaque Noble fera exempt ,
pour fon individu , des impofitions perfonnelles.
La Nobleffe aura le droit de tenir des affemblées
dans les Gouvernemens refpectifs , & d'y
délibérer fur les intérêts communs ; mais les délibérations
& les repréſentations qui auront été
'arrêtées , feront remifes au Gouverneur Général
ou au Gouverneur , & il fera interdit à la Nobleffe
de faire des arrêtés contraires aux loix .
Chaque affemblée dans chaque Gouvernement
( 3 )
-
aura des archives & un fceau particulier ; elle
pourra auffi fe donner un Secrétaire & établir une
caifle particuliere pour fes intérêts. On ne
pourra jamais arrêter quelqu'un de la Nobleffe
Torfqu'elle tient fes affemblées. On tiendra dans
chaque Gouvernement un protocole des familles
nobles qui y font établies ; on y portera d'après
l'ordre alphabétique , le nom des familles , les
mariages , les naiffances , les rangs & les emplois.
La premiere partie de ce protocole fera deftinée
l'enregistrement des familles qui prouveront
une nobleffe de cent ans , & de celle que nous ou
nos fucceffeurs au trône , ainfi que d'autres Monarques
auront gratifiées d'un diplome de Nobleffe
; la feconde fervira à l'enregistrement de
le Nobleffe Militaire . Tous les Officiers de
l'armée , qui ne font pas nobles de naiflance ,
deviendront nobles par le fervice ; il leur fera
délivré des patentes de Nobleffe qu'ils tranfmettront
à leur postérité légitime . La troisieme renfermera
la Nobleffe des huit premiers rangs ;
c'eft à - dire , tous les Employés nationaux ou
étrangers , qui ont un brevet ou rang dans les
huit premieres claffes de l'Etat ; ces employés &
leurs enfans légitimes , quoiqu'ils ne foient pas
nobles de naiffance , jouiront de toutes les prérogatives
de l'ancienne Nobleffe. La quatrieme
contiendra toutes les familles étrangeres . La cinquieme
, les familles titrées ou brevetées ; & enfin
la fixieme partie , les anciennes familles nobles
qui pourront prouver plus de cent ans de nobleffe
, & dont l'origine fe perd dans l'obscurité
des fiecles précédens . Les families prouveront
leur nobleffe par des titres originaux ou des
copies dignes de foi ; le Maréchal du Gouvernement
& les Députés de la Nebleffe feront chargés
d'examiner les preuves , qui doivent confifter dans
a 2
( 4 )
les pieces fuivantes : favoir , Lettres de Nobleffe
accordées par nous ou nos prédéceffeurs ou
d'autres têtes couronnées ; armoiries données par
des Souverains ; brevet pour un emploi qui donne
rang de nobleffe ; pieces qui atteftent que les
aïeux de celui qui fait preuve ont été décorés d'un
Ordre équestre de Ruffic ; Lettres de conceffion)
des terres ; conceffions des fiefs ; lettres , ordres
ou inftructions qui atteftent que les aïeux de
celui qui fait preuve ont été employés dans les
affaires d'Etat , comme Ambaffadeurs , Minif
très , & c.; pieces qui prouvent des fervices nobles
ou des poffeffions de terres . Les Officiers fupérieurs
, qui ne font pas nobles de naiffance , auront
la nobleffe pour eux & pour ceux de leurs
enfans qui font nés lorfqu'ils avoient le grade
d'Officier ; fi leurs enfans font venus au monde
antérieurement à cette époque , la nobleffe ne
fera accordée qu'à un des fils que le pere aura
choifi. Les enfans des Employés civils avec
rang d'Officier fupérieur , ne feront pas nobles ,
la nobleffe de leur pere ne devant être que perfonnelle.
Cependant lorfque l'aïeul , le pere & le
fils auront eu des emplois qui donnent la nobleffe
perfonnelle , leurs héritiers pourront demander
la nobleffe héréditaire .
Donné au Sénat le 29 Avril 1785.
L'original eft figné de la propre main de l'Ins
pératrice.
( L. S. ) CATHERINE ,
NE..
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 22 O&obre.
Le Magiftrat de Riga vient de rendre
( 5 )
une Ordonnance qui oblige tous les com
merçans de tenir leurs livres en regle , & de
les fermer à la fin de l'année. Ceux qui le
négligeront , & qui déclareront leur infolvabilité
, feront pourfuivis comme banqueroutiers
frauduleux.
Le nombre des bâtimens arrivés cette année
dans le port de la même ville monte à
683 , & il en eft parti 618 .
Les 11 gabarres Françoifes qui y étoient
venues , ont chargé dans ce port 311 mâts ,
beaucoup de bois de conftruction , du chanvre
, da lin & du feigle ; les droits de douane
qu'elles ont acquitté , montoient , d'après
le cours , à 10,034 roubles & 45 copeiks.
Voici un état de l'or & de l'argent importés
à Petersbourg pendant l'année 1784 Monnoie
de Ruffie en or 85 roubles , en argent
2,013 ; or étranger , en barres , fix livres péfant
, évalués 2,090 roubles ; en ducats ; 4 liv.
péfant , & 24 folot , ou pour 1,500 roubles ;
argent étranger , en barres , 47 pouds , & 32
livres péfant , ou pour 45,3 20 roubles , & 40,300
écus d'Albert , ou pour 56,900 roubles .
On lit dans le Porte feuille hiftorique l'état
fuivant de l'armée de terre Efpagnole.
Capitaines Généraux , 3 ; Lieutenants- Généraux
, 52 ; Maréchaux - de- Camp , 67 ; Brigadiers
, 129 ; Infpecteurs - Généraux , 6 .
Maifon du Roi.
Gardes-du- Corps , 3 Compagnies , Gardesdes
Hallebardiers ; Gardes - à - Pied Espagnols
Bataillons ; Gardes-à-pied Wallons , 6 Bataila
3
( 6 )
·
Ions ; Brigade de Carabiniers du Roi ; 4 Ef
cadres.
Infanterie.
Chaque Régiment eft de deux Bataillons.
Régiment du Roi ; Régiment du Prince
Royal; Gallicie ; Savire ; Corogne ; Afrique ;
Zamore ; Soria ; Cordova ; Guadalaxara ; Seville ;
Grenade ; Victoria ; Lisbonne ; Espagne ; Tolede
; Mayorque ; Burgos ; Maria ; Léon ; Ir-
Jande ; Cantabrie ; Afturie ; Ceuta ; Navarre ;
Hibernia ; Altonia ; Aragon ; Oran ; Volontaires
d'Arragon ; Catalonie , deux Régimens ;
Amérique ; Princeffe ; Eftremadura. Régimens
Italiens , Naples , Milan. Régimens Wallons ,
Flandre , Brabant , Bruxelles. Régimens Suiffes ,.
Bruch , Saint-Gall , Ehaler , Bontchard.
Artillerie. $
Ce Corps eft compofé de 5 bataillons & d'une
Compagnie de Cadets Gentilshommes . Le nombre
des Officiers eft de 72. Le Corps du Gé
nie a 10 Directeurs , 10 Colonels , 20 Lieutenants
-Colonels , 30 Capitaines , 40 Lieutenants-
Capitaines & 40 Adjudans.
Cavalerie.
Chaque Régiment eft compofé de 4 Escadrons.
Le Régiment du Roi ; de la Reine ; du Prince ;
Infant ; Bourbon; Farneſe ; Alcantara ; Eſpagne ;
Algarve ; Calatrava ; Sanjago ; Montefa ; Granada
; Volontaires. Dragons du Roi ; de
la Reine ; Almanfa ; Paire ; Villaviciofa ; Sagunto
; Numancia ; Lufitanie.
-
Les Régimens de la Milice Provinciale font
au nombre de 42 , chacun d'un Bataillon . Le
Régiment de la Milice réglée de Mayorque ,
eft compofé de 2 Bataillons.
Milice des Villes : à Cadix , 20 Compagnies :
à Puerto de Santa - Maria , 9 ; à Saint Roch ,
( 77 )
13 ; à Carthagene , 9 ; à Zeata , 5 ; à Badajoz ,
14 ; à Albuquerque , 8 ; à Alcantara , 6 ; à
Valence , 7 ; à Corogne , 12 ; à Cividad - Rodrigo
, 9 & à Tarifa , 4 .
à
Compagnies de Garnifon : une de Fufiliers ,
Sant -Roch ; une de Cavalerie de Lanzas ,
Ceuta ; une de Cavalerie de Moros-Almogatages
, à Oran , & 10 Compagnies fur la côte
de Grenade .
Le Corps des Invalides eft composé de 46
Compagnies & réparti dans les Provinces.
DE VIENNE , le 21 Octobre.
Le Comte Rewitzki , ci- devant Miniftre
Impérial à la Cour de Berlin , eft ici depuis
quelques jours. Il a été préſenté à l'Empereur
par le Prince de Kaunitz , & il attend
fes inftructions & lettres de créance pour fe
rendre à Londres , en qualité de Miniftre plénipotentiaire.
.
Le 12 , le Prince Gallitzin , Ambaſſadeur
de Ruffie , reçut un courier de Péterfbourg
, qui lui apporta , dit- on , des inftructions
, en ertu defquelles il eut le lendemain
une longue conférence avec le
Chancelier Prince de Kaunitz . Il remit à ce
Miniftre , à ce qu'on prétend , la réponſe de
l'Impératrice de Ruffie à la déclaration du
Roi de Pruffe , dont nous avons donné le
contenu .
On continue à s'entretenir d'une alliance
entre les Maifons d'Autriche & de Saxe ,
par le mariage du Prince Antoine de Saxe
avec l'Archiducheffe Marie Thérefe de
Toſcane. On fait honneur de ce projet qui
a 4
( 8 )
n'eft pas confommé , aux Electeurs de Cologne
& de Treves. Jufqu'à préfent le Prince
Antoine Clément , frere de l'Electeur ,
eft héritier éventuel de l'Electorat.
A peine le Comte Scaffgotfch , nouvel
Evêque de Budweis en Bohême , a - t- il été
inftallé dans fon diocefe , qu'il a fait enle
ver toutes les colombes attachées au haut
des Autels , & fymboles de la Trinité. Il a
de même défendu aux Curés de laiffer re
préfenter ce grand Myftere à l'avenir , autrement
que fous l'embléme d'un triangle
avec le mot Jehova.
Les Dominicains du Couvent fupprimé
de Budweis , recevoient 15 creutzers par
jour pour leur fabfiftance. La modicité de
ce pécule les ayant réduits à mendier ou à
mourir de faim , ils le font adreffés à l'Empereur
qui a accordé à chacun d'eux une
penfion de 200 florins par an , à prendre
fur la caifle de religion .
En conféquence de la réfquution de S. M.
I. de ramener l'ancienne difcipline de l'Eglife
, le Cardinal Migazzi , Archevêque de
Vienne , & Evêque de Waitzen en Hongrie ,
a été obligé d'opter entre ces deux bénéfices
, & de réfigner le dernier . Ce Prélat a
fait un nouvel effort pour éviter cette alternative
; il a préſenté , dit on , à l'Empereur
un Mémoire en ces termes , & auquel
5. M. I. a fait la réponſe annexée .
( و )
MOTIFS
De fon Emin. pour con-
Server l'Evêché de
Waizzen.
I. Feue Sa Majesté
I'Impératrice avoit donné
l'Evêché deWaizzen
à Mgr. le Cardinal &
Evêque de Vienne ,
Comte de Migazzi
pour en jouir . jufqu'à
fa mort ; & le Pape
avoit dans le temps
confirmé cette nomination.
"
IL M. le Cardinal
quand il fut fait Ambaffadeur
en Espagne ,
a été contraint de faire
des dettes, qui ont obligé
les biens de fa famille.
III. Mgr . le Cardinal
a employé 600 mille
florins pour l'embelliffement
de la Ville
& de l'Evêché de Waiz
zen .
IV. Le Cardinal eft
-Magnat de Hongrie ,
& comme tel on ne
peut lui retirer fon
Evêché , fans lui faire
fon procès.
REPONSES
De Sa Majeſté Impériale
& Royale.
Mes Prédéceffeurs ont
pu faire ce qu'illeur a plu;
& moi jefais auffi cequ'il
me plaît. Quant à la confirmation
du Pape ,
ne peut porter que fur ce
qui exifte , & non fur ce
qui n'existe plus .
elle
Il eft connu d'un chacun
que jamais ni Mr.
le Cardinal ni fa famille
n'ont eu de patrimoine.
J'ignore l'emploi de
ces 600 mille florins ;
mais je fuis certain que
le Cardinal a retiré de
fon Evêché au-delà de
deux millions.
Et moi je fuis Roi de
Hongrie , & comme tel ,
je fais ce que j'ai à faire
avec mes Magnats.
a s
> i
( 10 )
V. Il est vrai que le
Saint Concile de Trente
défend de pofféder plufieurs
Evêchés ; mais il
fait une exception inter
viros illuftres & fummè
doctos.
Mr. le Cardinal n'eft
ni dans l'un ni dans l' autre
de ces cas. Illuftres
s'entend des fils des Roiss
quant à l'autre point , j'en
fais juges les habitans de
Vienne.
Le Comte de Bathyani , Evêque d'Hermanſtadt
, a établi dans cette ville une Académie
, dont il a lui-même rédigé les ftaturs
. Cette Société lavante doit s'appliquer
d'abord aux recherches fur l'hiftoire & fur
Fétat phyfique de la Hongrie & de la Tranfylvanie
, dont elle devra donner une defcription.
Elle s'occupera enfuite de l'hiftoire
diplomatique du pays ; enfin de mémoires
fur toutes les Sciences la feule
Théologie exceptée.
La Régence de la haute Autriche , dans
le but d'étendre la culture de l'efpece d'indigo
, nommé Schmalt dans le
pays , a établi
fur tous les indigos étrangers un droit de
fix florins par quintal , qui fera perçu du
premier Novembre prochain.
Au fameux Edit du 30 Août 1782 , rendu
par l'Empereur , pour fixer la légiflation
matrimoniale , il faut joindre une nouvelle
Ordonnance qui vient d'être publiée fur le
même objet.
Nous Jofeph II. &c . & c. &c. La Patente du
30 Août 1782 concernant les fiançailles , & l'Orf
( 11)
donnance rendue le 16 Janvier 1783 concernant
les caules matrimoniales , continu ron ; de fervie
de loi & de regles générales pour toutes les fiançailles
faites & les contrats de mariage paffés
dans nos Etats; mais pour tout contrat , promeſſe
de mariage & fiançailles qui fe feront par nos fu
jets dans les pays étrangers on fe conformera
exactement aux loix , réglemens & principes fuivans.
I. Toute promeffe ou contrat de mariage fait
par quelqu'un de nos fujets dans quelques nations
étrangeres que ce puiffe être , doit être & fera effet
vement comme non valable dans tous les
Etats de notre dépendance .
II. Tous nos vaffaux ou fujets , encore mineurs
& toutes perfonnes Militaires à notre fervice , ne
pourront auffi contra &er dans les pays étrangers
aucun mariage valable dans nos Etats , qu'autant
que pour ce qui regarde les mineurs ils en au
ront indifpenfablement obtenu le confentement ,
foit de leurs peres , grands - peres , tuteurs ; &
pour ce qui concerne les perfonnes Militaires ,
qu'autant qu'elles en auront eu la permiffion du
Régiment , du Corps dans lequel elles ferviront ,
ou des perfonnes chargées de la juriſdiction ſupérieure
fur les Corps Militaires.
III. Dans le cas que les e mrêchemens ſpécifiés
dans l'Ordonnance matrimoniale , paragraphés
10 , 11 , 13 , 15 , 17 , 18 , 19 & 20 , fe rencontrent
, aucuns de nos fujets ne pourron non plus
contracter dans un pays étranger un mariage valable
dans nos Etats.
Dans le cas qu'on ait négligé de faire la publication
des bans , ou de fe procurers difpenfes
prefcrites à cet égard par les loix matrimoniales ,
le mariage contracté par quelqu'un de nos fujets
a 6
( 12 )
dans une nation étrangere ne fera invalide pour
nos Etats , qu'autant que la fufdite publication
des bans aura été d'obligation dans l'endroit oû
le mariage a été conclu , ou qu'autant qu'on ne
fe fera pas procuré les difpenfes néceffaires conformément
aux loix du pays & de la maniere dont
elles les prefcrivent.
IV. Pour ce qui concerne la maniere dont la
bénédiction nuptiale doit être adminiftrée , tous
ceux de nos fujets qui pourroient contracter un
mariage dans un pays étranger , ne font pas
obligés de fe conformer à cet égard aux loix prefcrites
dans nos Etats ; mais il fuffira qa'ils fe conforment
à celles du pays dans lequel ils recevront
la bénédiction nuptiale.
Donné dans notre Capitale le 16 Septembre 1785 .
Le Gouvernement royal de Hongrie a
fait publier dernierement une Ordonnance
datée du 7 Septembre , & portant en fubftance
:
Que S. M. a toujours eu pour but qu'au .
cuns de fes fujets contribuables ne fuffent expofés
aux moindres oppreffions , ou vexations
quelconques , entierement contraires aux loix ;
qu'on rendit à chacun d'eux avec la promptitude
& l'exactitude poffible la juftice qui leur
étoit due ; qu'en outre elle avoit trouvé abfolument
contraire à tout ordre judiciaire , que la
perfonne qui fe préſente en juftice en qualité
de demandeur , ou qui y eft appellée comme
partie y paroiffe appellée comme Juge
ainfi qu'il arrive ordinairement dans toutes le
caufes cù il eft queftion des droits des Seigneurs
que d'ailleurs l'expérience n'a que trop démon
>
( 13 )
tré que l'affiftance qu'avoit dû donner le fifc,
en pareil cas , n'avoit que foiblement rémédié
à ce mal ; qu'au contraire la procédure par ce
moyen n'avoit été que prolongée & foumife à
des difcuffions & des recherches , qui d'un procès
fommaire de fa nature , en avoient fait un
procès de longue durée. 3 .
Ainfi done , pour couper entierement la racine
de cet abus , & abolir une maniere de
procéder fi oppofée au contenu & au but général
des loix , S. M. a gracieufement réfolu
& veut expreffement qu'à l'avenir , toutes plaintes
& procédures concernant les droits Seigneuriaux
, foient portées immédiatement comme
en premiere inflance , ou par les Magiftrats du
Fife , ou par des Avocats choifis par les vaffaux
mêmes , au Tribunal du Comitat fous le reffort
duquel la conteftation fe fera élevée ; &
qu'en conféquence dorénavant aucunes caufes
pareilles , dans lefquelles la Cour Seigneuriale
fera mêlée , ne pourra être portée à la juftice
des Seigneurs , qui n'aura que la feule faculté
de connoître des conteftations purement civiles
entre vaffaux ou autres fujets , dans lesquelles ladite
Cour Seigneuriale n'aura aucun intérêt .
Par cette nouvelle forme de procéder non - feulement
l'Adminiftration de la Juftice fera plus
prompte & plus exacte , mais auffi les fentences
du Tribunal du Comitat , comme premiere
inftance , feront appuyées fur des principes plus
furs.
On apprend de Temefwar , qu'on vient
de punir féverement à Belgrade une révolte
qui s'y étoit élevée , & dans laquelle 150
perfonnes ont perdu la vie. Le Pacha a fait
( 14 )
exécuter 32 féditieux , dont le fupplice futannoncé
par autant de coups de canon , entendus
même de Temelwar.
Vers la fin du mois de Septembre , le
jardinier Boos , qui , par ordre de l'Empereur
, avoit accompagné le Profeffeur Moerter
dans l'Amérique Septentrionale , en eft
revenu avec plus de mille plantes Américaines
que l'on a placées fur le champ dans
le jardin botanique de Schonbrunn . Indépendamment
des plantes , ce jardinier avoit
encore avec lui des oifeaux & plufieurs
quadrupedes vivans .
L'année derniere on comptoit dans cette
Capitale 12 , 600 négocians , fabriquans
banquiers , artiſtes & artifans , & 50 ;400
ouvriers & apprentifs.
Les ordres pour le retour des troupes en
marche vers les Pays bas , & de plufieurs
reglemens qui y étoient arrivés , ont été expédiés
immédiatement après les dernieres
dépêches de Paris. Les régimens de Cavalerie
de Tofcane & de Czartorinski retourneront
dans la Hongrie.
Un Décret de la Cour , du 22 du mois
dernier , publié dans la baffe - Autriche le 30 ,
a porté à 15 kreutzers les droits de fortie
pour chaque lievre ; le but de ce Décret eft
de remédier à la cherté des peaux de cet
animal , qui commencent à devenir raves .
L'Empereur , pour empêcher l'abus que
( 15 )
les Marchands pourroient faire des paffe
ports & des permiffions qui leur ont été accordés
pour l'introduction des marchandifes
étrangeres , qu'ils ont demandées avant la
prohibition du 27 Août de l'année derniere ,
a fixé le 31 Décembre prochain pour le dernier
terme de ces permiflions & paffeports ,
après lequel ils ne vaudront plus.
DE FRANCFORT , le 27 Octobre:
Le Roi de Suede a nommé le Baron d'Ochfenftiern
, Confeiller de légation à la
Cour de Drefde , fon Miniftre pléniporentiaire
auprès de la Diete générale de l'Empire.
On a célébré à Hildbourghaufen le mariage
du Duc regnant de Saxe-Hildbourghaufen
avec la Princeffe Charlotte Georgette
Louife Frédérique de Meklenbourg-
Streliz , fille aînée du Prince Charles , Duc
de Meklenbourg Streliz .
Le premier de ce mois , un incendie s'eft
declaré à Weimar au milieu de la nuit. A
force de travaux on eft parvenu à l'éteindre
fans qu'il ait café de grands ravages. Deux
maifons cependant ont été entierement incendiées.
D'après un état que l'on dit ex & , on compte
dans les Provinces fuivantes de 1. Maison d'Autriche
223,100 individus de la Nation Joive ;
favoir , 157,000 dans la Gallicie & la Lodo(
16 )
merie ; 36,000 dans la Bohême ; 24,000 dans
la Moravie ; 2,080 dans le Mantoue ; 1,530 dans
le Tyrol & l'Autriche Antérieure ; 800 dans
la Silefie ; 570 dans la Baffe-Autriche ; & 400
à Graz & à Gradifca.
9
Une des plus fortes fabriques de foieries
à Roveredo a fait une banqueroute de
300,000 florins ; le commerce de Botzen en
perd la moitié .
On apprend de la haute- Autriche , qu'il
y regne dans les forêts une eſpèce de maladie
, qui attaque fur tout les arbres de
bois blanc. Ils deviennent galeux , & dépériffent.
On a été obligé de couper plufieurs
bois , afin d'arrêter le progrès de cette finguliere
contagion.
Plufieurs Feuilles publiques Allemandes
ont rapporté l'anecdote fuivante , que nous
tranfcrirons fans la garantir.
Le nommé Henfis , François de nation ,
& maître Serrurier à Lemberg depuis la
paix de 1763 , époufa pendant qu'il fervoit
encore au régiment Impérial de Tillier , une
femme de l'Electorat de Treves , que des
démêlés & des procès de famille avoient
forcée de quitter fa patrie. Cette femme
qui avoit toujours eu grand foin de cacher
fon origine à ion mari , eft une Baronne de,
Schwerdlorf. Elle reçut il y a quelque tems des
lettres de fon pays , qui l'invitoient à revenir ,
&à prendrepoffeflion de fon héritage , confiftant
en 2 châteaux , 2 bourgs , 7 villages &
'( -17 )
dépendances. Ces nouvelles l'ayant déterminée
à faire un voyage dans fa patrie , elle
a été reconnue bientôt après fon arrivée
pour la feule héritiere de la famille de
Schwerdlorf, dont la fucceffion entiele lui
a été remife . Cette grande fortune n'a point
changé fes fentimens envers fon mari & fes
enfans. Elle eft retournée à Lemberg pour
les y chercher , & pour partager avec eux .
fa riche fucceffion.
D'après un état imprimé de cette année ,
l'armée du roi de Pruffe eft compofée de 192,377
hommes , dont 152,829 d'infanterie , & 39,545
de cavalerie. Le corps d'artillerie eſt de 11,582
hommes , & les Pentoniers font au nombre de
2900. Cette armée eft répartie de la maniere ſuivante
, favoir : dans le Magd bourg 39,184 hommes
d'infanterie , & 4,930 de cavalerie ; dans
la Pomeranie 10,582 d'infanterie , & 7,669 de
cavalerie ; dans la Pruffe 19,424 d'infanterie ,
& 21,470 de cavalerie.
L'année derniere il fut exporté des magafins
royaux de la Siléfie 2493 ballots de
toile , évalués à 1,516,576 rixdalers. Indépendamment
de la toile , il a été exporté
beaucoup de linons , batiftes , crêpes" ,
draps , garance , blé ; on évalue le total de
tous ces articles à 6 millions de rixdalers ,
dont 4 pour les toiles , linons , & c. un
tiers pour draps ; un tiers pour garance , &
un tiers pour blé.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 3 Octobre..
Les dernieres lettres de Tripoli , en date
( 18 )
des premiers jours de Septembre , "annonçoient
d'affreux ravages de la pefte dans
cette Régence Barbarefque. Tous les Miniftres
du Bey , le frere de ce Prince & deux
de fes fils en étoient morts ; enfin on comptoit
30,000 victimes , entre leſquelles 3300
Juifs.
Ces mêmes lettres expriment en ces termes
un nouvel exemple de piraterie impunie.
Un Pirate de la Morée jetta l'ancre dans notre
port, fe difant Tunifien & envoyé en croifiere contre
les Vénitiens. Son navire étoit monté de
douze pieces de canon ; il avoit à fon bord un
Capitaine Vénitien & trois Matelots qu'il avoit
fait esclaves, après s'être rendu maître du navire .
Peu après fon arrivée , nous vîmes jetter l'ancre
à une petite efcadre compofée d'un vaiffeau de
Guerre de 60 canons , d'une frégate de 44 , &
d'un chébec de 18 , fous pavillon Mahometan .
Nous fumes bientôt par le Commandant , que
c'étoit une efcadre envoyée par le Capitan- Pacha
à la pourfuite de ce Pirate , qui s'étoit rendu
coupable des plus horribles cruautés . On affure
qu'il avoit pris treize navires de différentes nations
dont il avoit maffacré les équipages . On eft
affuré de cinq ; favoir un François , deux Vénitiens
, un Ruffe & un Ragufan. Le dernier avoit à
bord cinquante Pélerins qui tous furent égorgés .
Le Commandant Turc ayant donné connoiſſance
de fa commiffion au Gouvernement , le Pirate lui
fut livré fur le champ. Il en fit paffer l'équipage
fur fon bord ; mais il donna de fi mauvais ordres
pour s'en affurer , que le quatrieme jour fes Maelots
prirent la fuite & fe refugierent dans un
( 19 )
Oratoire , azyle refpecté & inviolable chez nous.
Ainfi il ne fut pas poffible de les en retirer : l'efcadre
turque fut obligée de mettre à la voile
fans pouvoir les emmener.
"
Quatre, vaiffeaux de guerre Hollandois
ont mouillé hier dans ce port. Ce font les
mêmes qui ont appareillé le 30 Août dernier
, pour accompagner Leurs Majeſtés Siciliennes
jufqu'à Naples. Le Conful Hollandois
, qui réfide ici , s'étoit embarqué à bord
d'un de ces vaiffeaux , & eft revenu avec
eux . On prétend qu'ils remettront dans peu
de temps à la voile , pour fe rendre à leur
deftination .
DE NAPLES , le 7 Octobre.
La Cour a donné des ordres de préparer
la maison de campagne de Caferte , où le
Roi , la Reine & la Famille Royale fe rendront
du 10 au 12 de ce mois. Le Prince
héréditaire ira à Portici , dont l'air eft plus
falubre pour fa complexion dans la faifon
actuelle.
On attend dans peu de Florence la célé
bre Improvifatrice Corilla , que notre Souveraine
a mandée pour affifter à fon accouchement.
On lui prépare en conféquence
dans le Palais un logement qu'elle occupera
pendant fon féjour en cette Capitale.
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 22 Octobre.
Le Jupiter de so canons , que l'on répare.
( 20 )
1
actuellement à Sherneff, eft deftiné à la ftar
tion des Ifles , où il remplacera le vaiffeau
monté par le Chevalier Richard Hughes qui
fe trouve à Antigoa. On changera de même
les autres bâtimens fous les ordres de cet
Amiral. De jour en jour , on attend l'Amiral
Campbell qui a dû appareiller de Terre-
Neuve le 25 du mois dernier , & dont l'efcadre
eft compofée du Salisbury de so can. ,
de la Winchelſea de 32 , du Thorn de 14 , &
du Pélican de 12 canons .
Voici l'état de nos vaiffeaux de guerre ,
actuellement en ftation dans toutes les parties
du monde .
Dans l'Inde , 3 vaiffeaux de ligne , 1 de 50 ,
3 frigates , 2 floops.
En Afrique , de ro , & 2 floops .
Dans la Méditerranée , 1 de 50 , 7 frégates ;
& 2 floops.
En Amérique , à la ftation de Halifax , I de 50 ,
2 frégates , 11 floops .
A Terre Neuve , 1 de 50 , 2 frégates , s floops.
Ala Jamaïque , 1 de 50 , 3 frégates , 7 floops ,
& deux aliéges.
Aux Iles du Vent ; 1 de 50 , 4 frégates , 9
floops , & un cutter pour porter & rapporter les
dépêches.
La Croifierefur les côtes d'Angleterre , 7 frégates ;
zo floops , & 13 cuiters , vaiffeau de garde dans
les différens Ports.
A Portſmouth , 7 vaiffeaux de ligne , dont I
de 90 , 5 de 74 , & I de 64 ..
A Plimouth , 8 vaiffeaux de ligne , dont 4
de 74 , & 4 de 64 .
A Chatham & Shurnofs , 1 de 74 & 2 de 64•
( 21)
Total des vaiffeaux , mis en fervice au premier
Octobre , 21 vaiffeaux de ligne , 7 de so , 28
frégates , 61 floops & .16 cutters , en tout 13.3 .
Le dernier paquebot , arrivé des Indes-
Occidentales , a confirmé la nouvelle qui
s'étoit répandue, d'un ouragan furieux , dont
plufieurs ifles , & fur-tout St. Chriftophe ,
ont été défolées , du 24 au 27 Août dernier,
L'ifle Suédoife de S. - Barthelemi a beaucoup
fouffert & la nouvelle maifon du Gouverneur
, ainfi que beaucoup d'autres , a été renverfée
. Même dommage à la Dominique , &
nombre de navires jettés à la côte . Une lettre
de Baffeterre , dans l'ifle de St.Chriſtophe ,
écrite le 28 , détaille en ces termes les circonftances
de cet ouragan.
Le 24 du courant , nous avons effuyé une des
plus violentes tempêtes que nous euffions eue
depuis celle qui nous fut fi fatale en 1772. Il
avoit fait pendant quelques jours auparavant
une chaleur étouffante. La proximité apparente
des Ifles voisines , & l'apparition lumineufe du
firmament , le foir auparavant , furent des fignes
trop certains d'une prochaine tempête. A environ
onze heures & demie de la nuit le vent
commença à fouffler du nord eft , & continua
en augmentant jufqu'à quatre heures & demie.
Alors il changea tout - à - coup au fud- eft , &
fouffla depuis cinq jufqu'à fept avec une fureur
inconcevable . Il n'y a eu que peu de dommige
de fait dans la ville ; un petit nombre
de vieilles maifons ont été abattues , & la plupart
de : haies emportées. Nous apprenons que le
ravage a été très- confidérable dans la campagne ;
mais tous les détails que nous en ſavons juſqu'à
( .22 )
préfent , c'eft ' que la plantation d'Antoine So
merfall , Sen. Ecuyer , dans la Paroiffe de Sainte-
Anne , Sandy -point , a perdu tous les bâtimens ,
à l'exception de la maifon où il fait fa demeure ;
celle de John St. Léger Douglas , Ecuyer dans
la Paroiffe de St. Pierre , Baffeterre , a été en
partie découverte . Il y a plufieurs autres plantations
qui ont fouffert de cet ouragan , mais
comme nous n'avons pas pu encore en raffembler
les détails , nous les expoferons dans notre
premiere lettre .
"
>
Au moment que la tempête commença , il
n'y avoit que fix bâtimens en rade , qui fe
mirent tous en mer . Le Spooner , Cap .
Loran , a été jetté fur le rivage , & a péri ,
mais l'équipage s'eft fauvé. Le Thomas
Cap . Furber fut jetté à terre & on a fauvé
la cargaison & l'équipage . Le brig la
Venus , Cap. Clarkſon ; le ſchooner le Hafard ,
de M. Priddie , Cap . Gadderer ; le ſchooner
de MM . Stack , & Macnamara , Cap. Lodowick
, furent pouffés au large , & on n'en a
plus entendu parler. Le fchooner la Betfey
de M. Tyfon , Cap , Redftrum , eft à terre audeffous
de la vieille rade .
Autant que nous pouvons juger du dommage.
fait aux cannes à fucre dans cette Paroiffe-ci
nous ne craignons pas de dire que la moitié
de la récolte de l'année prochaine eft perdue.
Les cannes un peu avancées fent entierement
détruites ; & les jeunes rejetons ont été fi battus
par le vent , & tellement brifés , qu'ils ne
s'en releveront pas affez , même avec un beau
tems , pout en tirer la quantité de fucre
que nous en attendions , il n'y a que peu de
jours.
Les chûtes de ballons aëroftatiques dans
( 23 )
la mer , avec leurs conducteurs , deviennent
prefque auffi fréquentes que ces périlleux divertiffemens
. Paffe pour ceux qui s'y expofent,
en ne fe montrantpas pour rien ; mais que
des particuliers plus défintéreffés fe livrent à ces
promenades , bien leur en prend d'eſſayer
leur courage fur des côtes prefque toujours
couvertes de navires. La femaine derniere ,
un Docteur Routh s'eft élevé dans la province
de Suffolk dans un ballon de 36 pieds de
diamêtre. Un peintre , nommé M. Davy , &
Mlle Shuldam devoient l'accompagner . Cette
derniere s'étant trouvée trop pefante , Mme
Hines fon amie la remplaça , fans hésiter , &
tout le cortége , porté dans les airs , le fut
enfuite fur la mer , où un bâtiment Hollandois
le repêcha fain & fauf au milieu des
flots . Mme Hines a foutenu cette immerfion
avec beaucoup de vigueur phyfique & de
fermeté.
Les Portuguais ont été pendant long - temps
favorifés des Chinois à Macao ; mais un événement
qui a eu lieu il y a environ un an , trou
blera probablement la bonne harmonie entre les
deux Nations : voici le fait , tel que le rapportent
divers papiers. Quatre Miffionnaires furent découverts
par les Mandarins dans les Provinces voifines
de Macao , où ils s'étoient introduits par le
moyen d'un Chrétien Chinois , échappé aux
pourfuites des Officiers de Juftice . Les Chinois
prétendirent qu'il s'étoit réfugié dans un Couvent
à Macao , & exigerent des Portugais de le
remettre entre leurs mains ; ceux - ci nierent d'en
avoir aucune connoiffance . Cette déclaration
peu fatisfaifante pour les Chinois , donna lieu à
( 24 )
une difpute qui , depuis , a toujours continué. Le
Gouvernement Chinois menace les Portugais
de les forcer à lui donner fatisfaction , & ceux- ci
paroillent dispofés à faire toute la réfiftance qui
eft en leur pouvoir. L'Empereur est très- couroucé
de cette réfolution ; les Mandarins (ous la
jurifdiétion defquels cet événement s'eft paffé ont
perdu leur emploi. Les Marchands du Hong ont
été condamnés à une amende de 100,000 tales ,
pour avoir entretenu une correfpondance avec
les Européens : & toute déraisonnable que cette
amende puifle paroître , le montant doit en être
prélevé fur le commerce. Tel étoit l'état des
affaires entre les deux Nations , anciennement
liées d'une amitié fi étroite , lorfque les derniers
vaiffeaux ont quitté Canton .
M. Silas Deane a fait un très-long séjour
en Angleterre , après avoir quitté les Pays-
Bas pour des raifons de politique. Cet Américain
, dont la détection a tant étonné fa patrie
, s'eft fixé principalement chez . le Lord
Sheffield , qui lui a fourni les principaux matériaux
de fon traité fur les affaires de l'Amérique.
Les Ouvriers François , dit un de nos papiers ,
qui font paffés dans la Caroline méridionale pour
y établir des Fabriques de foierics , ont emporté
avec eux une machine qui remplit l'objet du devidoir
du célebre Piemontois , fans aucun mécanime
additionnel , & qui donne de la folidité &
de la beauté à la foie . Les François accordent
tous les encouragemens poffibles à leurs Manufactures
de foie ; mais malgré leur art & leur indufirie
, ils ne découvriront jamais une machine
à filer la foie qui égale celle dont on fait ufage
dans
}
( 25 )
dans le Comté de Derby , & qui file 73,728
aunes à chaque tour que fait la roue du moulin à
eau , & cette roue fait trois révolutions en une
minute en 26,546 bobines , qui marchent continuellement
. Une roue de moulin a eau fait tout
mouvoir ; une pompe à feu communique l'air ,
& in régulateur gouverne cette grande machine.
Miff Franckland , fille d'un Miniftre de
Paroiffe , ayant été mordue par un petit
chien , avec lequel elle badinoit , fes cris
firent accourir une fervante qui lavoit du
linge , & qui fut aufli mordue au bras , en
voulant retirer l'animal. Miff Franckand ne
foupçonnant point que le chien fût enragé
, ne fit aucun remede , & mourut d'hydrophobie
un des jours fuivans . La bleffure
de la fervante n'a eu au contraire aucune
fuite ; ce qu'on attribue à l'eflet de l'huile
& de la foude contenues dans le favon .
Nous ne confeillons à perionne , cependant,
de fe fier à ce préfervatif.
La difette de nouvelles intéreffantes nous
la ff: aujourd'hui de la place pour rapporter
ici l'hiftoire très- plaifante & authentique d'un
fingulier procès , jugé dans l'un des Tribunaux
de cette Capitale.
Le Commis d'un des plus riches Marchands.
de Londres depuis long - temps étoit amoureux
d'une jeune Laiy ( 1 ) , remarquable par fon ex-
(1 ) Ce titre de Lady ne fignifie point la femme ou la
fille d'un Lord, C'eft un fimple titre d'honneur , au deffus
de celui de Miff , & qu'on donne par courtoisie aux
filles ou femmes de Chevaliers Baronnets , de Gentlemen
un peu qualifiés , d'Efquires , &c.
No. 45 , 5 Novembre 1785.
Ꮟ
( 26 )
trême infenfibilité ; elle payoit de la plus grande
indifférence les feux de cet amant ; il ne pouvoit
s'en plaindre , puifque fes rivaux n'étoient pas
mieux traités que lui. Quand on faura que cette
jeune Lady étoit une beauté accomplie , on fe
Egurera aifément que beaucoup de foupirans
s'étoient mis fur les rangs pour obtenir la main .
Trois concurrens , du nombre defquels étoit
notre Commis , déclarerent ouvertement leur
paffion ; mais le charmant objet de leur flamme ,
que rien ne pouvoit émouvoir , ne témoigna pas
le plus léger égard pour l'un ou l'autre de ces
Compétiteurs , & étoit bien loin de fe laiffer
attendrir par de fi douces déclarations.
Le pere de la jeune Lady défiroit ardemment
de la voir mariée . Comme il jugeoit que les trois
rivaux en étoient également dignes , il la preffoit
vivement de fe déclarer pour l'un d'eux .
" Ouvre moi ton coeur avec confiance ,
» dit- il un jour à ſa fille , ton choix fera le
» mien ; mais fur- tout , ne me déguife pas celui
des trois amans à qui tu donnes la préféɔɔrence
» ,
Je ne puis me décider , dit - elle à fon pere,
en faveur de l'un des tros ; je les eftime & les
vois tous trois avec un égal plaifir , mais je ne
faurois aimer l'un plutôt que l'autre ; ainfi , mon
pere , c'eft à vous de me choisir un époux .
Le pere fut enchanté d'une foumiffion auffi
marquée ; foumiffion d'autant plus précieuſe
qu'elle eft fi rare de nos jours. Il réfolut
réanmoins d'attendre avec patience que les
tendres affiduités de l'un des trois rivaux
pût la déterminer à pencher en fa faveur, Mais
en vain chacun d'eux s'efforça d'emporter la balance
; ils échouerent tous ; & bien convaincus
qu'ils ne parviendroient jamais à gagner le coeur
( 27 )
de cette jeune beauté , ils s'adrefferent féparément
au pere , dans l'efpérance qu'il uſeroitenfin
de fon autorité .
Le pere fatigué de toute cette incertitude
réfolut en effet d'inviter les trois rivaux à fouper
avec lui . On le doute bien qu'ils ne manquerent
pas de fe rendre à l'invitation : mais
à leur arrivée , quelle fut leur furprife & leur
crainte de fe trouver ainfi réunis ! Car le pere
qui vouloit abfolument régler le mariage de fa
fille , les avoit engagés chacun en particulier.
L'hôte & les convives ne penferent d'abord qu'à
fatisfaire leur appetit ; la joie la plus pure régna
pendant tout le repas . Le fouper fini , le pere'
adreifa le difcours fuivant aux trois amans , qui
recherchcient fa fille avec une égale ardeur.
>
« Je connois vos intentions , Meffieurs , &
je les approuve. Je voudrois vous rendre tous
parfaitement contens mais cela n'eft pas en
mon pouvoir. Je n'ai qu'une fille , & elle ne
peut avoir qu'un mari ; elle a conçu pour vous
une fi grande cftime , qu'elle ne fauroit fe décider
en faveur de l'un ou de l'autre , quoique
je la follicite vivement depuis longtems à nommer
l'amant heureux ; elle s'en rapporte entierement
à ma prudence pour fixer fon choix .
& vous ainsi qu'elle attendez que je prononce.
Je ne ferai pas , Meffieurs , plus injufte que
votre maî reffe , & le deftin feul décidera irré.
vocablement de votre fort & de la main de
ma fille . J'ai réfolu de terminer de cette manière
une affaire fi épineufe , pour éviter tout
reproche & fortir victorieufement d'embarras.
Ma fille jouira d'une fortune confidérable à
ma mort ; mais elle n'aura rien tant que je v’-
vrai. Vous êtes tous riches , & vous aimez tous
également ma file ; ainfi , puifque vous afpirez
b 2
( 28 )
tous trois à pofféder fon coeur , vous pouvez ,
fans que cela dérange le moins du monde vos
facultés , lui accorder chacun une fomme égale ;
ces trois fommes réunies formeront un capital
honnête , pour l'objet de vos espérances , & fi
votre amour eft fincere , vous foufcrirez fans
balancer à la condition que je vais vous impofer,
Remettez moi , chacun , cent guinées
entre les mains , & ces trois cents guinées fer.
viront de dot à ma fille , lorfqu'elle époufera
celui de vous trois que la fortune aura
favorifé ».
Les conditions furent acceptées ; quiconque les
eût refusées le fût montré indigne de s'unir à tant
d'appas , & eût prononcé la propre excluſion,
Peu de jours après , les trois rivaux vinrent
remettre leur argent entre les mains du pere
de la jeune Lady , qui , après l'avoir reçu , prit
un livre qu'il leur préfenta , en leur déclarant
que celui d'entr'eux qui piqueroit la principale
Jettre feroit le mari de fa fille. En conféquence:
chacun choifit l'endroit du livre qu'il crut lui
être le plus favorable , & d'une main tremblante
y enfonça une épingle.
Le livre s'ouvre & les trois rivaux font
faifis tout-à- la fois de crainte & d'impatience .
Mais le deftin fe déclare pour le Commis du
Marchand , qui , entendant l'oracle , penſe devenir
fou de joie , tandis que les deux autres
concurrens fe retirent accablés de dépit & de
trifeffe.
L'heureux mortel demeuré yainqueur de fes
rivaux reçut à l'infant même de fon amante
les marques de la plus vive tendreffe , qui re
lui permirent pas de douter que le deftin ne fe
fût attaché à fuivre fidéler ent les inclinations
de la charmante prétendue .
( 29 )
Un bonheur auffi grand qu'inefpéré ne lui
permit pas de demeurer affez maître de luimême
pour contenir fa joie , & dès qu'il fut de
retour chez le Marchand , qui étoit garçon ,
il s'empreffa de lui conter toute la félicité ,
fans cacher la moindre circonstance de cette
cet aveu ?
hiftoire finguliere. Hélas ! devoit- il s'attendre
à l'incident fatal qui devoit réfulter de
Non , fans doute , & la confiance
qu'il avoit mife dans le Marchand étoit
fi grande , qu'il lui avoua même que les cent
guinées qu'il avoit dépofées entre les mains du
pere de fon amante , lui appartenoient ; mais
qu'il les lui rendroit immédiatement.
Le Marchand applaudit la conduite de fon
Commis , & le félicita de fon brillant fuccès ,
& pour preuve de l'eftime qu'il lui accordoit ,
il lui promit d'avoit avec fa future épouſe un
entretien analogue à la circonstance .
Le Commis ne manqua pas en effet de parler
de cet entre : ien à la maîtreffe , qui ne fit
aucune difficulté de l'accepter. Elle fe rendit
en conféquence chez le Négociant , qui fut fi
vivement frappé de l'éclat de ſes charmes , qu'il
en devint tout à coup amoureux .
Le lendemain de cet entretien , le Marchand
qui avoit férieufement ,pefé toutes les circonftances
, defquelles fon Commis avoit obtenu le droit
de prétendre à la main de fa maîtreffe , réfolut
de la lui enlever ; mais avant tout il l'appella &
lui parla en ces termes ,
. 3
Ami , lui dit - il , c'eſt au hafard feul que vous
êtes redevable du bonheur d'époufer la jeune
Lady que je vis hier ; mais votre paffion pour
elle ne fauroit être fi forte que vous ne puiffiez
» vous en détacher fans difficulté . Si mon atrachement
pour vous mérite de votre part un
b
3
( 30 )
10
.
jufte retour , vous devez vous défifter de vos
prétentions en ma faveur. J'adore l'objet de
vos voeux; mais bien loin de prétendre vous.
fruftrer de la fortune attachée à ce mariage
mon intention au contraire eft de vous
» faire un préfent de trois cents guinées
équivalent de la dot de cette jeune Lady , &
quant aux cent guinées que vous avez avancées
» comme mon droit , & dont je ne vous demande
aucun compte , non - feulement je vous en ferai
préfent , mais même je doublerai la fomme.
Voyez , continua t il , réfléchiffez & décidez ;
→ car j'ai résolu d'aller à l'inſtant trouver le pere
» de la jeune Lady. »
ל כ
4
Notre Commis refufa fans héfiter toutes ces
offres; le bonheur d'être uni à fa jeune .Lady étoit,
felon lui , infiniment au-deffus de tous les dons de
la fortune. Son maître eut beau le preffer , le fupplier
, il ne put rien gagner. Voyant enfin que
tous les efforts étoient fuperflus : » Tremble , lui
dit - il d'un ton terrible ; apprends que je puis
» me procurer par la force , & en vertu des loix
du Royaume , le tendre objet que je me fuis
abaiffé à te demander. Oui , en dépit de toi ,
j'obtiendrai la main de ta maitreffe , & tu perdras
avec elle tous les avantages que mon coeur
trop généreux daignoit t'offrir.
ود
Le Commis r't de ces vaines menaces , & le
retira fans aucune inquiétude. Son maître alla
trouver auffi-tôt la jeune Lady & fon pere , à qui
il demanda la main de cette belle perfonne ; il
leur fit un pompeux étalage de fes richeffes &
de fon amour ; mais il parloit à des fourds & à
des aveugles ; ils avoient donné leur parole , ils
étoient incapables de la violer.
Le Commis ne tarda pas à être inftruit de la
démarche de fon maître , & il eft aisé de jugez
combien il s'eftimcit heureux de fon triomphe ;
( 31 ) ,
Il ne penfoit plus alors qu'à preffer un hymen qui
Jui offroit une perfpective fi riante ; déjà même il
fe croyoit sûr de fa conquête , quand foudain il fe
vit appellé en Juftice par fon maître pour le voir
condamner à perdre fa future époufe , comme marchandife
acquife avec de l'argent qui lui avoit été
confié , & duquel , fuivant la teneur de la Loi ,
le produit appartenoit au propriétaire .
Les Parties en conféquence comparurent en
Juftice , & l'Avocat du Marchand cita en faveur
de fon client cetre Loi fondamentale de l'Angleterre
, qui attribue formellement à tous les Marchands
quelconques le profits en général que leurs
Commis peuvent faire pendant tout le temps qu'ils
font à leur fervice .
«Vous connoiffez , Meffieurs , cette Loi , leur
dit- il , & vous êtes duement convaincus de
toute fa fagelle . Je ne puis donc douter que
vous ne la mainteniez dans touto fa vigueur.
» Mon Commis s'eft fervi de mes fonds pour
» acheter fa femme ; fans mes cent guinécs , il
» lui eût été impoffible d'entrer en lice & de
tenter la fortune ; la beauté qui lui eft échue
» parla voie du fort et donc ma propriété , certe
" propriété eft mienne ; l'intérêt qu'il a retiré de
mes cent guinées , cette jeune beauté nommément
, eft le gain que , conformément à la
» Loi , il n'a dû faire que pour mon avantage
feulement ; cet objet charm nt , cette époule
future eft donc le produit qui m'appartient ,
» que j'attends de votre juftice , & que fans con-
» tredit vous ne pouvez vous refuſer de mad-
❞ juger.
ور
Cette finguliere application d'une Loi mercantile
dut fans doute amufer infiniment la Cour ,
quoiqu'elle fût obligée de l'écouter gravement ;
PAvocat du Commis réfuta la valité de ce
Б 4
( 32 )
raifonnement ; il obferva avec raifon qu'il n'étoit
jamais arrivé qu'aucune Lei , Coutume , ou même
qu'aucun être penfant eût jamais affimüé les
femmes aux épiceries & aux quincailleries ; car ,
dit-il , quoique les femmes puiffent entrer en
comparaison avec les quincailleries & pour la
reffemblance , & pour la variété , & qu'elles réuniffent
en même temps l'aigreur & la douceur des
épiceries , jamais nation policée ne s'eft avifée de
les confondre avec des objets de trafic . Il n'appartient
qu'aux Barbares , dit -il d'un air triomphant ,
d'expofer en vente les femmes fan . rougir de
honte. Ainfi , en dépit de fon éloquence , le Marchand
fut condamné , & le Commis obtint à
l'inſtant la main de fa prétendue .
Le Capitaine Ifaac Stewart a publié une
relation très intéreflante d'un long séjour
qu'il fit , il y a quelques années , parmi les
Sauvages du Nord de l'Amérique. Voici la
fubftance de ce petit Ecrit.
Il y a environ 18 ans que je fus fait prifonnier
à environ so milles à l'oueft du fort Pitt ,
par les Sauvages , qui me conduifirent chez les
Ouabaches , avec beaucoup d'autres blancs qui
furent exécutés d'une maniere barbare. J'eus
le bonheur d'exciter la compaffion de ce qu'on
appelle la bonne - femme de la Vile , qui eût la
permillion de me fauver des flammes , en donnant
un cheval pour ma rançon .
J'étois depuis 2 ans en efclavage, lorfqu'un Efpagnot,
envoyé du Mexique pour faire des dé-
Couvertes ,. arriva dans ces contrées. Il s'adreffa
aux chefs des Sauvages pour me racheter , moi
& un autre blanc qui fe trouvoit dans la même
Situation. Cet homme étoir du pays de Galles ,
& s'appelloit Davey. L'Efpagnol s'étant ac(
33 )
tordé , nous recouvrâmes enfin notre liberté .
Nous partines avec lui , & faifant route vers
J'oueft , nous traversâmes le Midiffipi , près de
la Riviere-rouge. Nous remontâmes les bords de
cette Riviere dans une eſpace de 700 milles , &
arrivâmes chez une nation de Sauvages extraor
dinairement blancs , dont les cheveux étoient généralement
rouges. Ils habitoient les bords de
la riviere de Poft , qui tombe daus la Riviererouge
. Le lendemain de notre arrivée parmi ces
Sauvages , le Gallois nous annonça qu'il étoit réfole
à refer chez eux , parce que , difoit-il , leur
langage étoit très - femblable au fien. Cette découverte
excita vivement ma curiofité. J'allai
trouver avec mon compagnon les chefs de la
Ville , qui lui apprirent , dans une langue
dont je n'avois point de connoiffance , & qui ne
reffembloit en rien aux autres langues Indiennes
que j'avois entendu parler , que leurs ancêtres
étoient venus d'un pays très lointain ,
qu'ils avoient abordés à l'eſt du Miffiffipi , dans
Un pays dont la defcription quadroit parfaitement
avec ce que l'on appelle la Floride eccidentale.
Ils ajouterent que lorfque les Espagnols
avoient pris poffeffion du Mexique , ils s'étoient
enfuis dans le pays qu'ils habitoient encore aujourd
hui. Pour p'us grande preuve de ce qu'ils
avançoient , ils produiffrent des rouleaux de par
chemin , qui étoient foigneufement enveloppés
dans des peaux de loutre , & fur lesquels étoient
de grands caracteres écrits en bleu , que je ne
pus point déchifrer. Mon compagnon ne fachant
pas lire , même dins fa langue , je ne
pus point obtenir l'explication de ces parchemins.
Ce peuple eft brave , guerrier & intrépide ,
& les femmes y font belles en comparaifon des
autres Sauvages.
bs
&
( 34 )
L
1
r
Nous quittâmes cette nation après y avoir
été fort bien reçus , & même invités à nous y
établir . Nous n'étions plus que deux , l'Eſpagnol
& moi. Nous continuâmes notre route , en remontant
toujours la Riviere - rouge. Bientôt nous
nous trouvâmes chez un peuple appellé les
Quindots , qui n'avoient jamais vu de blancs ,
& qui ignoroient l'ufage des armes à feu. Nous
vîmes en chemin un ruiffeau qui rentroit en terre,
au pied d'une chaîne de montagnes. Ce ruiffe u
étoit extraordinairement clair , & nous trouvâmes
fur fes bords , les offemens de deux animaux ,
fi grands que l'on pouvoit fe tenir debout entre
Ies cô: es. Les dents de ces animaux étoient auffi
extrêmement lourdes.
La nation qui n'avoit jamais vu de blancs ,
habitoit les environs de la fource de la Riviererouge
, & ce fut - là que l'Espagnol découvrit
de la poudré d'or , dans les fources & les ruif
feaux.
Ayant appris des Sauvages qu'il y avoit encore
plus à l'oueft une nation très riche , chez
laquelle les pointes des fleches étoient d'or ,
nous partimes , dans l'efpérance de la trouver.
Au bout de 500 milles de marche , nous traverfâmes
une chaîne de montagnes , d'où les ruiffeaux
couloient dire&ement à l'oueft . Nous trouvâmes
enfin au pied de ces montagnes de l'or en
grande abondance. L'Espagnol fit alors éclater
toute la joie. Je ne connoillois point la nature
de la mine , mais je ramaffois ce qu'il appelloit
de la poudre d'or du fond des ruiffeaux qui couloient
des rochers. Elle avoit une couleur jaunâtre
, & étoit extrêmement lourde . Men camɔrade
fut fi fatisfait de notre travail , qu'il réfofut
de ne pas avancer plus loin , étant perfua lé
qu'il avoit trouvé une terre affez riche en
mines.
( 35 )
A notre retour , nous primes ure route différente
, & ayant atteint le Miffiffipi , nous
nous rendîmes dans un canot à l'embouchure
du Milfouri , où fe trouve un pofte Espagnol .
Là je pris congé de mon Efpagnol , & me rendis
chez les Chickefaus , de- là chez les Cherokis
, & peu de temps après j'arrivai au fort de
Ninety Six , dans la Caroline méridionale.
Je ne faurois donner une jufte defcription du
pays au fud- oueft du Miffiffipi. J'ai ceffé d'admirer
les contrées au nord eft de ce fleuve , lorf
que j'ai vu ce pays : la fertilité du fol , la richeffe
des pâturages , la majefté des forêts ; la
beauté des prairies , qui dans beaucoup d'endroits
font de la plus grande étendue , & couvertes
d'herbes qui ont trois pieds de haut ; le
gibier & les animaux de toute efpece ; les raifins
& les fruits qui s'y rencontrent par- tout en
automne ; tout en un mot me fait croire que le
refte de l'Amérique eft un défert , en comparaifon
de ce pays connu , en Europe fous le nom
de la Louifiane . L'air y eft pur & ferein , & le
climat Y eft des plus excellens . La nature y a
arrofé le terrein avec abondance , & en quantité
d'endroits l'on trouve des efpaces de fel de
roche , où les animaux vont dans certaines faifons.
L'on diftingue fur la furface les traces
qo'y ont laiffé avec leurs langues les bêtes fé
roces.
Il n'eft point de pays dans le monde plus
propre à la culture du ris , de l'indigo & du
tabac . Les rives du Miffouti & de la Riviererouge
, pourroient , fi on les cultivoit , fournit
affez de ces articles pour la confommation de
toute l'Europe. On pourroit auffi conftruire des
vaiffeaux dans une espace de rood milles , entre
les confluents de ces deux rivieres ; & le courant
b 6
( 36 )
eft affez rapide pendant trois mois de l'année ·
pour permettre à des vaiffeaux dè defcendre le
fleuve fur le pied de 100 milles par 24 heures.
Le tableau de la Mort d'Adéon par le
Titien , qu'a acheté le célébre Weft , fit ,
dit - on, partie de la collection de Charles I.
Durant les troubles , tandis que le fanatifme
détruifoit tous les monumens des Arts , on
fauva ce tableau , en le couvrant d'une couche
de vernis coloré , qui , en fe féchant ,
rendoit la peinture méconnoiffable . Mille
accidens ultérieurs fembloient devoir la détruire
; jamais elle n'avoit été foumife à l'épreuve
de la broffe , quoique , depuis pluhieurs
années , cet ouvrage eût appartenu à
un réparateur de tableaux .
100
Leurs Majeftés revenant derniérement de
Londres au château de Windfor en chaife de
polte , un grand nombre d'enfans entoura la
voiture pour voir le Roi & la Reine à la defcente
il fe trouva dans le nombre un petit
garçon d'une très jolie figure , qui avoit été
mis en culotte ce jour même pour la premiere
fois. La contenance joyeuſe de cet enfant , qui
avoit de fuperbes cheveux blonds , fixa les regards
de S. M. , qui lui demanda à qui il appartenoit.
Mon pere eft un des Mangeurs de
Boeuf ( r ) du Roi , répondit l'enfant . - Ehr
bien dit S. M. mers- toi à genoux , & tu baiferas
la main de la Reine.Non , fûrement ,
répliqua le petit bon homme , je ne veux pas
me mettre à genoux , je falirois mes culettes
(1 ) Sobriquet que donne le peuple aux Gardes de
la Porte armés de halebaries .
( 37 )
neuves. Cette répartie plus tellement à L. M.
qu'elles firent présent à l'enfant de cinq gui
nées.
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 26 Odobre.
Le Comte de Lanoy , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu , le 18 de ce mois , celui de
monter dans les voitures de S. M. , & de
la fuivre à la chaffe.
Le 19 , le Comte de Maulevrier Colbert,
Miniftre plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Cologne , de retour en cette Cour ,
par congé , a eu , à fon arrivée ici , l'honneur
d'être préfenté à S. M. par le Comte de Vergennes
, Chef du Confeil royal des finances ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le fieur de Calonne , Contrôleur général
des finances , accompagné du fieur de la
Milliere , Intendant des Ponts & Chauffées ,
& du fieur Perronnet , Premier Ingénieur
du même Département , a eu l'honneur , le
20 de ce mois , de préfenter au Roi , à la
Reine & à la Famille Royale , la Médaille
frappée à l'occafion de l'ouverture de la
partie du Canal de Bourgogne , qui fe
trouve fur la Généralité de Paris .
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné, le 23 , le contrat de mariage du Baron
d'Eaubonne , Enſeigne des Cent - Suiffes
de la Garde du Roi , avec Demoiſelle de
la Mardelle .
( 38 )
DE PARIS , le 2 Novembre.
M. Enfen , Méchanicien de Strafbourg ,
a fait ces jours derniers l'effai de figures
aëroftatiques de fa compofition , & l'a fait
avec le plus grand fuccès. Il a lancé , du
fauxbourg Montmartre , un mannequin de
femme avec un ballon fur fa tête , & un
Pégale monté par un Bellerophon . Cette
expérience , d'une forme nouvelle , avoit raflemblé
un grand concours de fpectateurs.
L'afcenfion du Pégafe fut véritablement
curieufe , & répondit aux efpérances comme
aux talens de l'Inventeur. Après un trajet
d'une heure , le cavalier & fa monture vinrent
tomber près de Montmorenci . Le cheval
rafant la terre avec viteffe , un payſan qui
le prit pour un animal vivant , crioit au Bellerophon
de s'arrêter , & qu'il fe cafferoit le
cou. Une lettre que la figure portoit dans fa
main , favorifoit encore l'illufion du payfan,
qui parvint à faifir les jambes de derriere du
cheval ; mais effrayé de la légéreté de cette
`machine aërienne , il la laiſſa courir , & il ně
la ratrappa qu'avec le fecours d'autres payfans
. La demoiſelle tomba dans la plaine
de Genevilliers , où un payfan la prit pour
une femme en défaillance, & fe hâ´a de l'embraffer
, afin de lui donner du fecours . L'une
& l'autre de ces figures n'ont point fouffert
de leur voyage..
A cette occafion , nous placerons ici une uné
( 39 )
annonce dont l'Auteur defire conftater la
primauté de fon invention . Il s'exprime en
ces termes ,
Tandis qu'on fe promene en ballon pour
trouver des moyens de direction difficiles à concevoir
, M. de R ... , Capitaine au Corps Royal
du Génie , a cherché une application très utile à
faire de l'ufage de cette machine à la perfection.
des cartes topographiques . Après avoir donné à
fa chambre zéroftatique toujours retenue , la flabilité
néceffaire à fes opérations , l'optique lui a
fourni une méthode de tirer de la Scénographie
tout le parti poffible pour l'Ichonographie , &
d'obtenir par fon procédé , fur toutes fortes d'échelles
données , le figuré des montagnes , qu'on
ne peut lever par les moyens crdinaires fur une
grande étendue , fans un travail long & difpendieux
..
Pendant le mois de Septembre , il eit entré
dans le port de Bordeaux 44 navires François
, venant des ifles Françoiles & de Terre-
Neuve , & 77 navires étrangers , chargés de
divers articles d'approvifionnement . Le bâtiment
la Concordia , chargé de 5s0o0o balles de
café de Bourbon a fait naufrage près de
Breft ; on a fauvé l'équipage & les troupes à
bord..
Dix Gazettes ont imprimé le paragraphe
fuivant , qui ne fait pas honneur aux connoiffances
topographiques de fes Editeurs .
Toujours occupé de multiplier les voies de
communication dans toute l'étendue du Royaume
, par le moyen des canaux , le Gouvernement
fe propofe d'en fire ouvrir un qui commencera
au lac de Genève , & qui viendra aboutir am
1
( 40 )
Rhône auprès du bourg de Lucey, à deux lienes.
de l'endroit où ce fleuve s'étant perdu , fort de
deffous les rochers pour devenir navigable dans
la Province de Bugey. Une feconde partie de ce
canal ira joindre le lac de Neuchâtel, Cette entrepriſe
doit s'exécuter avec deux millions , tomme
bien modique en comparaifon de l'utilité
qu'on en faura tirer.
Premierement , en lifant ces beaux détails
géographiques, chacun fe perfuadera que le lac
de Genèveelt dans l'enceinte du Royaume . En
fecond lieu , c'eft vis à -vis du hameau même
de Lucey que le Rhône s'engouffre pendant
quelques minutes ; en troifiéme lieu , établir
un canal navigable fur les étroits efcarpemens
du mont Credo eft une entrepriſe tout
autrement difficile que celle de faire un article
de papier public , & rellement difficile , qu'on
peut le juger à peu près impratiquable , à
moins de renverfer une montagne entiere.
de deux lieues ; ce qui ne s'eft pas répété de
puis Xercès ; enfin , le canal entre le lac de
Ne fchâtel & celui de Genève , feroit tout
entier fur le territoire du canton de Berne ;
il eft fait en grande partie ; mais il n'eft
encore nullement queftion de l'achever.Dans
tous les cas , on fera bien de prendre au mot
le donneur de plan qui s'engage à l'exécuter
pour deux millions.
Un Journal de la Capitale vient de publier
l'indication fuivante d'un procédé facile pour
deffécher les plâtres des maifons nouvellement
bâties. L'utilité de cette méthode nou
( 41 )
engage
teurs.
à la mettre fous les yeux de nos Lec
Il n'y a que le tems , le tems feul qui puiffe
rendre habitaole une maifon nouvellement bâtie.
Voilà à quoi pourroit ſe borner nore réponfe
; mais la queftion eft trop intéreffante
pour ne pas la réoudre d'une maniere circonftanciée
On fait généralement qu'un bâtiment
neuf eft mal fain , cependant on fe décide à
l'habiter ; peut être rendrons nous plus circonfpects
en développant les caufes de ce genre
d'infalubrité .
·
Les matériaux , employés à la conftruction
des bâ imens , contiennent beaucoup d'eau . Le
plâtre fur tout , qui perd , pendant fa calcination
, fon eau de cryftallifation , en reprend beau
coup au- delà de ce qu'il a perdu . Une portion
de cette eau lui demeure inhérente , mais la
majeure partie s'en évapore. Commençons par
établir ces quantités refpectives . Cinquante liv,
de plâtre crud fe trouvent réduites par la calcination
à quarante livres . Il faut , pour ga
cher ces quarante liv. de plâtre calciné , vingt
livres d'eau , & même vingt-cinq fi le plâtre
provient de pierre dure. La majeure partie de
ces vingt ou vingt - cinq livres d'eau doit s'éva
porer , le p'âtre n'en retenant qu'un neuvième
de fon poids total ; ainfi quarante liv. de plâtre ,
qui ont abſorbé vingt livres d'eau , en ont quinze
à perdre.
Voilà donc une énorme quantité d'eau qu'abforbe
un bâtiment , & dont il faut que les trois
quarts s'évaporent.
Maintenant examinons à l'aide de la phyfique ,
& cet examen nous le croyons neuf , la caufe
des accidens auxquels s'expofent ceux qui ha(
42 )
b'tent des maifons nouvellement conftruites . Nous
allons confidérer l'évaporation de l'eau fous deux.
é:ats : eau réduite en vapeurs ; & eau fe dégageant
des fubftances minérales qui la retiennent.
On fait que le ferein par une belle foirée d'été,
que les venis humides , que les courans d'air
qui s'établiffent dans les appartemens , connus
fous le nom de vens coulis , en interceptant
la tranſpiration , produifent des Auxions , des
rhumes , des douleurs vagues , des rhumatifmes ,
rappellent les affections de goutte & de lait répandu
, &c. , &c. Ces effets tiennent à ce que
l'eau réduite en vapeur change la marche du
Auide électrique , & que les corps organ fés
font on ne peut pas plus fufceptibles de l'impreffion
de ce fluide.
Mais ces vapeurs deviennent bien plus perfides
, quand elles s'échappent de fubftinces
minérales. Les émanations , qui s'élevent du
fein de la terre au printems , font très - dangereufes
; elles caufent fouvent des accidens
graves à ceux qui s'y repofent trop long- tems ,
ou qui s'y endorment. Ces émanations font la
caufe de maladies épizootiques , lorsqu'on abandonne
trop tôt les beft aux dans les champs. Les
pays aquatiques font fort infalubres , fur tout
en automne. Enfin les moffetes , fouvent meurtrieres
, qui s'échappent de la terre , ne s'engendrent
jamais que dans des lieux humides ;
les carrieres , les grottes , les mines , les caves
profondes , les puits , &c.
Rien de plus facile à établir que cette analogie
. Un bâtiment neuf eft, une carriere tranfportée
fur un autre fol. La pierre , le moilon.
le plâtre , le fable , la chaux , font toutes fubftances
minérales qui modifient l'eau , qu'elles
contiennent de maniere à en rendre l'évapo
( 43 )
·
ration très préjudiciable ; elles lui ' impriment "
ce caractere particulier , qui appartient aux émanations
terreftres.
A ces deux manieres d'être de l'eau , faites
pour produire les plus grands accidens , nous ,
avons à joindre une troifieme & derniere caufe
d'infalubrité .
Le plâtre fe décompofe en partie par la calcination
; l'acide vitriolique qui le conftitue fe
combine avec le principe du feu , & forme du
foufre. La portion de terre calcaire , qui étoit
unie à l'acide vitriolique , devenue libre , forme ,
par fa combinaiſon avec le foufre , un hépar ou
foie de foufre. Cette odeur d'auf pourri , ou
de poudre à canon , qui fe dégage du plâtre
qu'on gâche , provient de cet hépar. Or ,
fous les gaz , un des plus dangereux eft le gaz
hépatique.
de
Nous concluons donc que c'eft principalement
au tems à rendre habitable une maifon neuve :
on peut cependant accélérer l'évaporation de
T'humidité en ouvrant dans le jour les portes
& les fenêtres pour laiffer circuler l'air , en établiffant
dans les pieces principales des poêles
garais de longs tuyaux , qu'on allumera pendant
la nuit. A l'époque où l'on fe décidera à ha
biter , il faut entretenir du feu dans les che
minées jour & nuit , pour y établir un courant
d'air conftant. Il fera prudent de faire paffer fur
les murs un lait de chaux avant d'occuper les
lieux.
Le fentiment qui a dicté la notice ſuivante
eft trop naturel & trop touchant , pour ne
Fas feconder , autant qu'il eft en nous , les
recherches de la perfonne qui nous écrit en
ces termes. -
( 44 )
Therefe Bellanger , apportée aux Enfans -trouvés
de Paris , les Mai 1755 , de la rue des Petits-
Carreaux , maifon d'un Perruquier , portant fur
el'e une nore qu'elle eft fille de Lois Belanger &
de Therefe Betrand , demeurant actuellement à
Conches , peie ville de Normandie , pres
dEvreux , defire connoître fes parens , les af
furant qu'ils n'auront point à rougir ni de fon
état ni de fa conduite ; & qué , bien loin de
leur être à charge , elle partagera, en cas de
befoin avec eux la petite fortune que la bonne
conduire , & les économies lui ont permis d'amaf
fer.
3
Si un retour d'humanité peut toucher quelques
uns de fa famille , qu'elle defire ardemment
de connoître ; elle les prie de fe fervir
de ce Journal pour lui indiquer le lieu où ils
réfident , leur état , & la maniere de les connoître
& de le faire connoître. Dans le cas où
ils refuferoient de prendre cette voie , ils vod
dront bien s'adreffer à M. le Roi , Procureur
du Roi du Bailliage de Conches , qui donnera
les éclairciffemens néceffaires .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le 2
de ce
mois , font : 1 , 60 , 75. 30 , & 62.
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 30 Octobre.
Les Préliminaires ayant été ratifiés par les
quatre Provinces de Hollande , d'Utrecht ,
d'Overyffel & de Groningue , on n'a tenu
compte de l'Oppofition de la Zélande , de
( 45 )
la Gueldre & de la Frife , & les Etats Généraux
ont conclu cette ratification à la
fimple pluralité. On difpute pour favoir fi
cette forme eft légale ou non , & en cette
occafion , comme dans toutes les autres ,
chacun réclame la Conftitution. Dans les
Républiques déchirées , il y a toujours autant
de fyftêmes de loix fondamentales , que de
partis divers.
Le Baron de Thulemeyer , Envoyé de
Pruffe , infifte fur une prompte & cathégorique
réponse aux lettres de fon Maître . Les
Etats de Hollande s'en occupent , à ce qu'on
dit ; & ce qu'on dit encore , c'est que l'Ordre
Equeftre de la même Province , formant
aux Etats la 19e voix , a tenu une Affemblée
particuliere , où il a arrêté un projet de réponſe
à S. M. Pr. ; projet, à ce qu'on ajoute,
pris ad referendum par les Députés des villes .
Le Stathouder & fa famille ne pafferont
point l'hyver en Frife , comme on le fuppofoit
, ni cependant ne reviendront à la Haye.
Ils doivent fe rendre en Gueldres par Groningue
& le pays de Drenthe , & on prépare
le château de Loo pour leur réception . La
Haye eft & fera fort trifte par l'abfence de
la Cour.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres .
. M. le Comte de Trautmannsdorf , envoyé
Impérial , eft parti d'ici le 10 pour le rendre
à Hanau . On fait que fon Excellence doit vi
( 46 )
fiter quelques Cours d'Allemagne pour les détourner
d'entrer dans la Ligue Germanique .
On conjecture , avec quelque fondement , que
Télecteur de Mayence eft entré dans la Confédération
de Bertin .
Quelques Lettres de Vienne annoncent , que
le Prince de Kaunitz fe rendra en perfonne à
Ratisbonne d'abord après les vacances de la diete ,
& qu'il y remettra à cette illuflre Affemblée de
l'Empire , le Mémoire de S. M. l'Empereur ,
qui eft une réfutation complette du Mémoire
de la Cour de Berlin , pour autorifer l'exiflence
légale de la Confédération , qui donne tant
d'inquiétude à la Cour de Vienne & à celle de
Pétersbourg , fa fidelle alliée.
Le réfident Piuffien a fait au Sénat de Lubeck
une propofition de la part du Roi fon
maître , pour la levée d'un corps de troupes ;
mais le Sénat , d'après l'avis de fon Evêque ,
éludant la propofition , & remettant de jour en
jour à donner une réponſe déc.five , le Miniftre
Pruffien a immédiatement acquitté ce qu'il
pouvoit devoir dans cette ville , & l'a quittée
fubitement. Cette circonftance imprévue n'a pas
laiffé d'inquiéter beaucoup les habitans qui craignent
avec raifon le reffentiment de Sa Majefté
Pruffienne. ( Gazette des Deux- Ponts , nº 85. )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE .
Caufe entre Me Varnier , Doleur Réent de la
Faculté de Médecine de Paris ;
de Médecine.
Et la Faculté
MAGNÉTISME - ANIMAL.
Nous avons annoncé , dans le nº 14 de la
( 47 )
préfente année , une conteftation entre M. Varnier
& la Faculté , au fujet d'un décret du 23
Octobre 1784 , relatif au Magnétisme Animal.
Nous avons également annoncé le Mémoire de
Me Fourne pour Me Varnier ; & la ſenſation que
ce Mémoire a produite dans le public , a fortifié
le jugement que nous avions porté de cet
Ouvrage éloquent ; mais tous les ta'ens du defenleur
n'ont pu fouftraire le client à la difcipline
d'un Corps fur fes Membres , & par Arrêt
du 31 Août 1785. La Cour , faifant droit fur
l'appel de Me Vanier , a mis l'appellation au
néant , ordonne que le décret fortiroit fon plein
& entier effet , & condamne l'appellant en
Pamende & aux dépens.
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE .
Reconnoiffance de p ternité.
La demoiſelle le G... de P... , défendue par
M. Robin de Mozas , s'exprimeit ainfi dans un
Précis de cet Avocat : « Je ne croirois jamais
que le ficar P... , s'il étoit libre de n'écouter
» que fon propre coeur , eû: l'indigni é d'abandonner
une fille de condition après l'avoir ſéduite.
Je ne puis donc imputer qu'à fes parens
la perfécution qui m'oblige d'implorer la Juftice.
» de la Cour » . Cet exorde fait affez connoître le
fujet de la conteftation. La demoiſelle de P...
avoit affigné le fieur P... devant lesdages du Duché-
Pairie d'Amboiſe , pour qu'il fût con famné
à lui payer annuellement une fomme de 600 liv.
pour la nourriture & entretien de l'enfant dont
elle étoit acouchée , & à fin de reconnoiffance de
deux lettres écrites par le fieur P..., dans lefquelles
la demoiſelle de P ... difois qu'il avoit
( 48 )
avoué la paternité , afin de lui donner acte
des réferves qu'elle faifoit de fes droits &
actions , relativement à fes dommages & intérêts.
Tout cela avoit été prononcé par défaut contrele
fieur P... par une Sentence du 27 Août 1784.
Le fieur P... a prétendu , fur fon apppel en la
Cour , qu'il rempliffoit fuffifamment fon obligation
en offrant de payer 12 liv. par mois , pour la
nourriture & entretien de l'enfant ; pour le paffé
il a demandé que la Sentence fût infirmée dans
toutes les autres difpofitions , & que cet enfant
lui fût remis pour veiller lui- même à fon entretien
& à ſon éducation , M. Robin de Moza: afou
tenu au contraire , pour la demoiſelle de P... que
l'enfant naturel ne devoit refter qu'entre les
mains de la mere ; il a établi que la penfion alimen
aire de Goe liv. , en la confidérant relativement
à la qualité des parties , leur état , leur
fortune & les autres motifs d'appréciation qu'il a
fait valoir , n'avoit rien que de raisonnable ; que
La difpofition de la Sentence , qui donnoir acte
des réferves de la demoiselle de P..., n'étoit pas
fufceptible de critique , parce qu'il eft libre de
protefter d'un droit qui eft acquis au moment de
la proteftation , & que la dispofition qui tient les
lettres du feur P... pour reconnues , puifqu'il
n'ofoit pas les dénier, étoit également jufte, par e
que la demoiſelle de P... avoit raifon de prévoir
Tous les cas poffibles & de faire conftater la filiation
de fon enfant. Arrêt le 3 Septembre 1785 ,
qui confirme la Sentence dans toutes les difpofitions
, ordonne que l'enfant refera entre les
mains de la demoifelle de P ... , & condamne
Leur P... aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 12 Odobre.
Deflamment
ANS tout l'Empire , on doit lever inceffamment
le 250e . des habitans mâles
& adultes , pour en fermer un Corps de
36000 hommes , Chaffeurs & Grenad.ers ,
ordonné dès le mois de Février dernier.
Le Comte de Goërtz , envoié extraordinaire
du Roi de Pruffe , a quitté Pétersbourg
& a laiffé les affaires de fa légation entre les
mains de M. Huttel , fon Secrétaire d'Ambaffade.
L'Impératrice a fait l'acquifition du Cabinet
d'Hiftoire Naturelle du Profefleur
Pallas , pour la fomme de 20,000 roubles.
Cette collection eft très intéreffante , furtout
en minéraux.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 29 Octobre .
Le Régiment levé pont la République de
No. 46 , 12 Novembre 1785. C
(450 )
Pologne par le Comte Stanislas Potocki , Palatinae
Ruffie , & entretenu aux frais de ce généreux
Seigneur , eft actuellement complet ,
& compolé de fort beaux jeunes gens . Il
eft très-bien difcipliné , & porte un Uni
forme blanc avec des paremens & revers
bleu de ciel .
Le 14 , le Roi de Danemarck déclara au
Cercle de fa Cour , le prochain mariage de
fa Fille , la Princeffe Louife- Augufte , avec
le Prince Héréditaire , Frédéric Chriſtian de
Holftein- Auguftenbourg.
Le commerce entre la Pologne & la ville
de Dantzick commence à diminuer. Les
Polonois travaillent fans relâche à diriger
leurs entrepriles mercantiles vers la Crimée ,
& à rendre navigable le Niefter. S'ils réuffiffent
dans ce projet , il eft hors de doute
que le commerce de Dantzick ne foit entierement
ruiné ,
Le Conful Impérial , réfident à Cherfon ,
a frété & chargé le bâtiment Impérial , la
Minerve , Cap. John Makenzie , pour remonter
le Dniefter jufque dans la Gallicie,
On écrit de Riga que la récolte du ( eigle & du
froment a été très médiocre cette année : auffi
le prix de cette denrée augmente beaucoup. Le
feigle de 117 livres pefant , fe paie.44 rixdalers ;
on ne l'avoit payé , l'année derniere , que 39. Le
laft de froment eft au taux de 68 rixdalers . Les
prix des autres marchandifes font moins hauts ;
& le lin eft à bon marché . Le chanvre vaut le
fchifpfurd ou 400 livres pelant , depuis 11 juf(
5 )
qu'à 12 rixdalers. Le tabac de Raffie en feuilles
& un quart & 7 & demi rixdalers ; & le lin de
Rakifch 23 à 24 rixdalers . Le nombre des bâtimens
, qui font arrivés ici , monte à 509 , dont
200 étoient chargés de fel qui , à cauſe de fon
abondance , eft à trés- bon marché.
DE BERLIN , le 27 Octobre.
Nous vimes paffer , il y a huit jours ,
deux couriers , l'un François & l'autre Ruffe ,
qui fe rendoient à Pétersbourg. Le premier
venoit de Paris , & l'autre de la Haye.
S. M. eft affez bien rétablie pour avoir
déja plufieurs fois monté à cheval , & affifté
à la Parade. Le Duc regnant de
Brunswick eft arrivé le 21 à Potzdam où il
n'étoit point venu , non plus qu'ici , depuis
plufieurs années . Le Roi a honoré ce Prince
de l'accueil le plus amical & le plus diſtingué.
Le Lieutenant Général de Prittwiz a commandé
les troupes du Roi raflemblées en
camp près de Magdebourg ; & le Prince
d'Anhalt Coëthen a affifté aux manoeuvres
qui y ont été exécutées.
DE VIENNE , le 28 Octobre.
La
Chancellerie d'Etat s'eft occupée du
travail d'une Réponse à l'Exposé de la Cour
de Berlin , touchant la formation d'une Ligue
défenfive en
Allemagne . Cette Réponse ,
C 2
( 52 )
paroît fous le titre d'Examen des motifs
d'une affeciation pour le maintien de la Conf
titution Germanique, 'expofés dans la Déclaration
adreffée par S. M. le Roi de Pruffe d
fes co-Etats de l'Empire & à d'autres Cours de
l'Empire.
Afin de mettre nos lecteurs en état de
juger de l'efprit de cetteContre - Déclaration ,
nous en rapporterons un fragment effentiel ,
en attendant que nous la donnions en entier.
Il y eft dit :
Qu'on remarque que dans les conférences, tenues
à Braunau en 1778 , on n'y avoit pas mis en queftion
, fi le Duché de Baviere pouvoit être échangé
ou non. Que la rénonciation faite par la
Cour de Vienne , à tous droits & prétentions fur
la Baviere , lors du Traité de Tefchen , n'avoit
pas la moindre liaison , ni le moindre rapport
avec une propofition amicale , qui a pour objet
un échange libre & volontaire. Que l'on ne
trouve aucune expreffion contraire à l'échange
quelconque d'une partie des biens de la Maifon
Palatine , dans le pacte de famille de cette illuftre
Maifon. Que cette prohibition feroit même contraire
au contenu du fufdit pacte de famille. Que
felon même les prétentions de la Cour de Berlin
& fes principes , il doit être permis à chaque
Membre de l'Empire de s'en tenir à fon pacte de
famille particulier , ou de le changer & d'y faire
des altérations arbitraires , pourvu que cela fe
faffe avec le libre confentement des parties intéreffées
. Qu'en conféquence des principes de la
fufdite Cour , ce pouvoir de changer les pactes
de famille , ne peut être troublé ni fixé , ni même
limité d'aucune maniere , par des arrangemens
( 53 )
étrangers. Qu'en particulier , le dix- huitieme ar- \
ticle du Traité de Bade , donne à la Maifon de
Baviere , le droit de pouvoir , quand bon lui
femblera , faire un échange de tous les Etats ,
ou d'une partie d'iceux . Que par la ratification
du Traité de Bade , faite par l'Empereur & par
l'Empire , d'une voix unanime & d'une maniere
folemnelle il s'enfuit clairement que tout
échange qu'il plairoit de faire à la Maifon de
Baviere , a été approuvé d'avance , & même rátifié.
Que par conféquent , une négociation réelle ,
& encore moins une propofition amicale , faite
pour confommer cet échange , ne peuvent pas
être regardées comme une entrepriſe directe &
arbitraire , contre les loix de l'Empire & contre
fa conftitution.
Le Corps franc de Brentano a dû être
congédié à Ofen . Les Officiers rentreront
dans leurs Régimens refpectifs , & les foldats
dans des Régimens Hongrois , à moins
qu'ils ne préferent quelque établiffement dans
l'Autriche , où on leur donneroit du terrein
& des inftrumens d'Agriculture. Les Chaffeurs
du Tirol ont été pareillement diffous à
Infpruck. Trois nouveaux Régimens de
Cuiraffiers , tirés des bataillons de Grenadiers
vont augmenter au premier jour notre
Cavalerie .
On reparle vaguement d'un échange du
Frioul & de la Dalmatie Vénitienne , contre
une partie du Tirol & quelques diftricts fur
la mer Adriatique. Cet échange et poflible
; mais il n'eft pas plus réalifé encore que
t'alliance de Venite avec les deux Cours
C3
( 54 )
Impériales ; alliance que des circonftances à
venir pourroient feules porter à fon point
de maturité. Il n'y a gueres plus de fondement
dans le bruit qui amene ici le Duc de
Wirtemberg , le Duc de Brunfwick , &
tous les Princes qui fe trouvent en paffant
fous la plume des Gazetiers .
Le Comte d'Efterhazi , Chancelier de
Hongrie , & le vice Chancelier , Comte de
Palfi , vont , dit - on , réfigner leurs dignités
; & l'on attribue cette abdication au
mécontentement de ces Seigneurs , touchant
les immunités rendues par S. M. I. aux payfans
de la Hongrie.
L'Empereur a fait expédier les ordres
néceffaires pour la conftruction d'un grand
Hôpital Militaire à Iglau en Moravie ; les
fonds qui ont été affignés pour cet objet ,
montent à 80,000 florins.
Des lettres de Conftantinople , du 15 Septembre
, portent qu'un incendie de 24 h. a réduit
en cendres un grand nombre de mailons.
Ces lettres ajoutent que le Divan fe montre
aujourd'hui plus difpofé à finir l'affaire de la
Démarcation avec la Cour Impériale , &
qu'il a propofé , au lieu des diftricts qu'on
avoit demandé en Bofnie , de faire la ceffion
d'une partie de la Wallachie , depuis
l'embouchure de la riviere d'Ola jufqu'à
l'endroit où elle fe jette dans le Danube.
Le Gouvernement de la Baffe - Autriche a fait
publier le 30 Septembre , que S. M. Imp. ,
pour accélérer le débit des marchandifes mifes
('55:)
hors du commerce de fes Etats avoit réfolu
de preferire à ce regard ce qui fuit : 1 ° . Tous
les commerçans fans exception , pourront vendre
leurs marchandifes dont la nouvelle importation
a été profcrite , aux foires des grandes villes de
province ; il leur fera permis en conféquence de
les retirer des dépôts publics , à condition cependant
d'en fournir un état , de défigner les
foires qu'ils le propoferont de fréquenter ; de
fixer le temps qu'ils y refteront , & de rapporter
au dépôt ou magafin public les marchandifes
qu'ils n'auront pas vendues . 2º . Plufieurs Négocians
de Nuremberg ayant non feulement éta
bli des fabriques nouvelles dans les Etats de
S. M. mais aulli foutenu des anciennes manufactures
, il fera permis aux Marchands qui trafiquent
avec des marchandifes connues fous le
non de marchanlifes de Nuremberg , de les vendre
librement pendant encore une année entiere
à compter du premier Novembre prochain .
3. Les paffe-ports pour les marchandifes qui
avoient été commandées avant leur pro cription ,
feront prolongés , & pafferont pour bones &
valables jufqu'à la fin du mois de Décembre
prochain .
Nous fommes ici , écrit on d'Hermanftadt
, comme en plein hiver. Les gelées ont
commencé le 28 Septembre & les jours
fuivans il est tombé beaucoup de neige.
Nous n'aurons pas de vendanges cette année
, les raiſins n'étant pas encore mûrs à
moitié.
DE FRANCFORT , le 3 Novembre.
Un incendie violent avoit confumé le 10
C4
( 56 )
deux maifons dans la ville d'Ulm . La nuit
du 14 au 15 , le feu s'eft manifefté de nouveau,
&malgré la promptitude des fecours, les
flammes ont dévoré 14 maifons , fans compter
celles qu'on a démolies pour couper la
conmunication. Une partie de la belle Bibliotheque
de cette ville a été incendiée ;
cinq étrangers foupçonnés ont été mis en
priſon.
Le Cardinal Archevêque de Vienne avoit
fait à l'Empereur une repréfentation paftorale
contre les affemblées des Francs- Maçons . S. M,
fe contenta d'y répondre : que le Cardinal
و د
ignoroit probablement ce qui fe paffoit
» dans ces affemblées ; mais que S. M. I. qui
le favoit parfaitement , étoit bien affurée
» qu'il ne s'y taſoit rien que de très- innocent ;
က 4 Painfi toutes remontrances à cet égard étoient
deftituées de fondement . Mais fi je m'appercevois
jamais , ajouta S. M. , que cette focié
» té , oubliant l'efprit de fon inſtitut , au point
de donner dans les défordres qu'on lui im-
" pute ; je la fupprimerois fur le champ dans
mes Etats , fans que la Puiffance eccléfiafti-
» que ait befoin de s'en mêler.
Cette même Société de Francs - Maçons
ne trouve pas les mêmes fentimens en Baviere
L'Electeur a ordonné à tous les Officiers
Francs Maçons de remettre leur diplôme
d'aggrégation , fous peine d'être caffés
. Plus de cent Officiers Bavarois ont
obéi.
Les trois Régimens de Cavalerie ; favoir ,
Wurmfer , Coborg & Tofcana & une
57 )
Compagnie de Mineurs & de Sapeurs ont
ordre de quitter les Pays - Bas , & de retourner
par la Franconie dans les Etats de S. M.
Impériale. Les Huffards de Wurmfer fe renont
à Egra , & les Dragons de Cobourg à
Pilfen. Les Régimens d'Infanterie de Preiff,
Teutſchmeiſter , Latterman & Tillier pafferont
par la Souabe.
d:
On débite que l'Empereur fe propoſe
d'adreffer des refcrits aux trois Electeurs
Eccléfiaftiques , pour les exhorter à uſer de
leurs droits , & à s'oppofer à la Jurifdiction
qui pourroit être conférée au Nonce
du Siége Apoftolique en Baviere. On ajoute
qu'il fera auffi adreffé un refcrit Impérial à
l'Electeur Palatin , Duc de Baviere , relatif
à la même affaire.
Des lettres de Hanovre affurent politivement
que la Régence a reçu l'ordre de faire
un état des prétentions pécuniaires que cet
Electorat avoit à former fur les Provinces-
Unies des Pays - Bas ,. & d'en réclamer le
paiement .
Le Landgrave de Heffe a envoié le Baron.
de Wittorf en députation à Hanovre , d'où
ce Miniftre fe rendra à Berlin . On -préfume
qu'il eft chargé de notifier à ces deux Cours
l'acceffion du Landgrave à l'affociation formée
par les fons du Roi de Pruffe.
Un Mémoire intéreffant qui a par à
Gottingue fur la Religion des anciens Hongrois
, & dont l'auteur eft le fieur Daniel
C5
758 )
Cornides , Garde de la Bibliotheque de l'Univerfité
de Peft , prouve d'une maniere'
claire & précife , que la Religion des anciens
Hongrois reffeinbloit beaucoup à celle
des anciens Perfans . Comme eux , les Hongrois
n'avoient ni temples , ni imagės ; ils
adoroient le feu comme Dieu unique , &
lui facrifioient des chevaux . Ces deux nations
avoient encore la même maniere de
faire des alliances & de les jurer. Ils fe bleffoient
, & faifoient couler leur fang dans un
vafe qu'ils buvoient enfuite ; c'eft ainfi qu'ils
devenoient des amis confédérés . Ils avoient
auffi la coutume , à l'occafion d'une confédération
, de former un cercle , & d'y placer
un chien. Le ferment prononcé , les
confédérés tomboient fur cet animal , & le
tuoient à coups de hache , afin de faire voir
par là le genre de mort qui attendoit le
parjure.
Un Journal de commerce évalue à 107 millions
de livres de France le produit que tirent
par an , l'Espagne , le Danemark , la Hollande ,
l'Angleterre & la France , de leurs colonies
dans l'Amérique. Voici la répartition de cette
Lomme.
L'Espagne en retire 10 millions.
Le Danemark 7 , & deux du commerce des
Negres.
La Hollande 24 ; elle emploie pour le com
merce 150 bâtimens & 4,000 matelots .
L'Angleterre 66 ; elle emploie 600 bâtimens
pour ce commerce & 12,000 matelots .
La France 100 ; le nombre des bâtimens
( 59 )
qui font employés à ce commerce , monte à
600 , & celui des matelots à 12,000 .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 29 Octobre.
Le dernier ajournement du Parlement
étant expiré le 27 , les deux Chambres fe
font rendues à la maifon des Pairs , où, par
ordre de S. M. le Chancelier a prorogé cette
Affemblée jufqu'au premier de Décembre
prochain.
D'après le relevé des équipages des vaiffeaux
de garde qui font à Spithead , il n'eft
mort que 37 hommes dans les fix derniers
mois de leur ſtation . Le St. - George , vaiffeau
neuf de 98 c. a été mis en ordinaire . Il vient
d'arriver à Sainte- Hélene un vaifleau avec des
mâts de fortune que l'on fuppofe être le Naffau,
vaiffeau neuf de 64 can . lancé depuis peu
à Bristol.
40
Le St. Anthony , fregate Efpagnole de
can. s'eft perdue dans le golfe de Gascogne ;
elle étoit fortie depuis peu de jours du port
de Saint -Andero . On n'a fauvé qu'un feul
homme de l'équipage.
Les vaiffeaux du fecond rang actuellement
en conftruction dans les chantiers de
la Tamife , font le Windfor- Castle & le
Boyne de 98 can. l'Impregnable & le Prince ,
de 90 .
Les dernieres nouvelles reçues des Ifles
сб
( 60 )
fous - le- vent , ont été apportées par le paquebot
qui a appareillé d'Antigoa le 13 Septembre.
L'ouragan s'eft fait reffentir dans toutes
les ifles , quoique deux d'entr'elles feulement
aient effuyé des dommages confidérables . Il
n'y a pas eu le moindre dégât, ni à la Grenáde
, ni à St. -Vincent : la Dominique, Antigoa
& Montferrat ont peu fouffert ; les plantations
de cannes à fucre à St. Chriftophe & à
Nevis ont été détruites en grande partie ;
mais la plupart des bâtimens ont été confervés .
L'ifle Danoife de Sainte - Croix eft prefque
entiérement ruinée , l'ouragan paroiffant y
avoir exercé les plus grands ravages. If a tenverfé
tout ce qui lui oppofoit une forte réfiftance,
& détruit des rangées entieres de maifons
. Mais l'ifle de Tortola , prefque contiguë
à Sainte - Croix , a été préfervée; ce qui prouve
que la direction de la tempête étoit reftreinte
du nord au fud. Les nouvelles reçues de la
Jamaïque font encore plus malheureufes,
Voici en quels termes les Gazettes de Kingston
racontent les défaftres caufés dans cette
ifle par l'ouragan .
Nous avons effuyé dans l'après- midi de Samedi
dernier un ouragan affreux , qui eft le quatrieme
dont cette malheureufe colonie a été défolée depuis
cinq ans. Le vent commença à fouffler du
N. O. avec la plus grande violence vers les quatre
heures ; il continua dans cette partie jufqu'à fix ,
tems auquel il tourna prefque entiérement au
nord. La tempête augmenta avec force juſqu'à
onze heures , & parut alors s'appaifer ; mais elle
recommença peu de tems après avec plus de fu(
61 )
reur , & dura jufqu' au Dimanche matin ; pendant
tout ce jour le vent fouffla par raffales : une
pluie des plus violentes fe méla à l'ouragan ,
& fit des rues de cette ville autant de canaux ;
les coups de vents ne cefferent que le Mardi au
foir. Les vaiffeaux de S. M. l'Europa , le Janus ,
la Fore , l'Ariel & le Bull - Dog , mirent à la
mer auffi- tôt que l'ouragan commença ; ils n'ont
pas reçu le moindre dommage , ce qui eft dû à
la prudence & aux foins de l'Amiral Innes , qui
craignant les coups de vent ordinaires dans
cette faifon , avoit eu la précaution d'ordonner
quelques jours auparavant que les grandes vergues
& les mâts de perroquets fuflent abattus.
Il n'y a que le floop le Camille , qui n'ayant pas
pris ces précautions , perdit fes mâs & fut trèsmaltraité
. Le paquebot le Swallow , qui n'étoit
entré dans le port que la veille de l'ouragan
caffa quatre cables , & fut échouer à Greenwich ,
où il eft actuellement à la côte ; il a perdu tous
fes mâts. Une douzaine de bâtimens , tout au
`plus , ont réfiflé aux efforts de la tempête ,
mais en effuyant de très grands dommages . Il eft
impoffible de pouvoir vous donner des détails
exacts fur les pertes qu'ont pu faire tous les bâtimens
, mais l'efquiffe fuivante peut en donner
une idée :
1
Les cafernes de Stoney-hill ont été renverfées
, & il y a eu qua re hommes de tues ; celles
de Upper-camp font tombées en partie , & ce
qui en a reſté eft très - endommagé ; celles de
Spanish- town , & du Fort- Augufta , ont été
entièrement détruites ; heureufement perfonne
n'a été tué dans ces trois derniers endroits . Les
mai ons fituées dans North - ftreer , & tous les enclos
aux environs de cette ville ont confidérablement
fouffert. Les toits des maifons ont été em(
62 )
portés , & prefque tous les bâtimens faillans renverfés.
Durant cette fcene effrayante , M. Léɔnard
Wray , Marchand de cette Ville , revenant
de Spanish-town , chercha à fe mettre à l'abri à
Farneftate avec plufieurs autres perfonnes ,
croyant être plus en fûreté dans l'intérieur des
fortifications que dans la mifon : ils y entrerent
; à peine y furent- ils qu'elles s'écroulerent
en partie ; M. Wray reçut une bleffure à la tête ,
& eut le corps tout meurtri. Ce qui augmenta la
frayeur que la tempête caufoit aux habitans , ce
fur l'alarme qu'on donna vers les huit heures
d'un feu qui menaçoit d'embrafer toute la ville
de Kington . Mais l'incendie fat bientôt éteint ,
& on en fut quitte pour la peur . Il eft impoffible
de donner un détail des dommages faits dans
la ville & aux environs. On croit que le fort de
la tempête a été vers une heure après minuit.
Il a péri un très - grand nombre de perſonnes
dans ce terrible conflit des Elémens , & on craint
que les nouvelles qu'on attend n'augmentent
confidérablement la lifte que l'on a déji reçue.
Duz Septembre.
L'Amiral Innes a ordonné que les vaiffeaux de
guerre s'employaffent à fauver tout ce qui feroit
poffible de retirer des navires marchands.
Les quais de Greenwich ont beaucoup fouffert
, ainfi que plufieurs des magafins.
APort -Royal , les ravages ont été très grands.
Les bâtimens publics , les quais , les maiſons ont
été renversés entiérement , ou détruits en partie.
C'eft fur- tout dans le port , parmi les floops &
autres navires , que le dommage a été très - confi◄
dérable. Dans la nuit qui précéda la tempête ,
l'eau s'éleva perpendiculairement de quatre
( 63⋅ )
pieds , & caufa plufieurs inendations , & c.
Au fort Augufta , l'hôpital qui n'étoit fini que
depuis quatre mois , a été entiérement démoli ,
& les toits des cafernes emportés à une trèsgrande
distance .
Au port Henderfon , on a trouvé plus de vingt
cadavres , la plupart blancs , qui avoient été jetés
fur le rivage : les différens rapports que l'on a eus
donnent une lifte de plus de cent corps trouvésfur
la côte en divers endroits.
A Ro ky- Point , les pertes qu'ont faites les
particuliers font immenfes.
Les ravages n'ont pas été moindres à S. Jage
de la Vega , & dans le voifinage , & c . On n'a pas
pu favoir le tort fait à la campagne , parce que
les chemins font inondés par la quantité de pluie
qui eft tombée fans ceffer jufqu'à hier. La tempête
s'eft à peine fait fentir dans la Paroiffe de
Vere & dans tous les environs .
Les plantations , les maisons , les habitations
des Negres ont beaucoup fouffert à S. James's.
A la baie Annotto , tous les navires gros &
petits , ont été jetés à terre , ainfi que dans
plufieurs autres rades. Il n'y a qu'un brig venant
de la Caroline feptentrionale , & allant à Mor. nt-
Bay , qui fe foit perdu à la vue de Rocky-
Point.
On écrit de Port- Antonio , que cette ville &
les planta ions qui l'entourent ont été entiérement
détruites , ainfi que le tiers de la ville de
Titchfield. De tous les navires qui étoient dans
le port oriental , il n'y a que le Triton qui ne
foit pas à fec. Manchioneal , Annotto - Bey , &
les parties intérieures de la campagne , font entièrement
ruinées. La plupart des navires font à
la côte. Le Schooner Attierina a été renversé
par un coup de vens , & le Capitaine a péri, Le
( 64 )
navire l'Aréthufe , de Londres , arriva Lundi au
port Maria , après cinquante- cinq jours de piffage
, & fut furpris de la tempête le 27 à la vue
de S. Domingue. Elle dura pendant fix heures
vec la plus grande violence.
a
Le good Intent arriva des côtes de Mufquitos
deux heures avant la tempête. L'Agnès eft arrivée
à Bofton après un paffage de quarante &
un jours , & n'a pas fouffert autant que les autres
navires. Elle n'a perdu que fon grand mât . Tous
les autres bâtimens qui fe font trouvés en mer
durant la tempête font entrés dans les différents
ports de cette ifle.
Le gouvernement craignant que les ravages
faits par cet ouragan n'occafionnaffent une difette
de vivres , a fait mettre un embargo géné
ral fur tous les vaiſſeaux & navires dans les différens
ports de cette iffe ; cet embargo eft pour fix
femaine , à commencer du 8 de ce mois.
Le nombre des vaiffeaux deftinés pour le
dehors , qui fe trouvent actuellement dans la
Tamife , eft plus confidérable qu'il ne l'a
jamais été. Le commerce de ce pays ne paroît
pas avoir aucunement fouffert depuis la féparation
de l'Amérique ; l'efprit d'entrepriſes
& l'induftrie de nos compatriotes font à tel
point, que lorfqu'une reffource leur manque,
ils en trouvent auffi tôt une autre ; tous les
cafés fitués près de la Bourſe font remplis
d'avis de départs de vaiffeaux , & l'on voit
actuellement au café de la Jamaïque une
lifte de près de 80 vaiffeaux deftinés pour
cette ifle.
La Princeffe fille aînée du Roi & la Princeffe
Augufta , doivent avoir une réfidence à
( 65 )
Londres , & l'autre à la campagne , auffi - tôt
que l'aînée de ces Princelles aura atteint ſa
21me. année. Elles habiteront , à ce qu'on
dit , le palais de Kenſington.
Le Duc de Bedford , qui doit paffer l'hiver à
Nice , ne fe propofe de revenir en Angleterre ,
qu'au mois de Juillet prochain , où il entreraen
majorité. A cette époque il donnera à Wooburn
les fètes les plus bril antes. Le jeune Duc entrera
en pleine poffeffion d'un revenu annuel de 63000
liv . fterl . duquel il pourra difpofer entiérement ,
à l'exception d'un Douaire de 10000l . paran , qui
lui rentrera à la mort de fa Mere , & de 600 par
an , ainfi que d'une fomme de 10000 liv._qu'il
eft tenu de donner à chacun de fes freres les Lords
John & William. Chacun de ces derniers jouira
auffi du revenu de socoo liv. fterl . qui leur ont
été léguées par le feu Duc de Bedfort.
Les Membres du Bureau du Contrôle
qui ont nommé dernierement le Chevalier
Archibald Campbell au gouvernement de
Madras , ont paffé en même temps un vote
qui ftatue leur intention à l'égard des affaires
de l'Inde , & qui devra fervir de regle à
leurs fucceffeurs ils ont arrêté qu'ils ne
confentiroient point à ce qu'aucun Gouverneur
ou Officier fupérieur reftât emploié
dans l'Inde , au- delà de trois ou quatre ans
au plus.
Un de nos élégans de la premiere claffe
s'eft promené dernierement dans une voiture
, dont les armes , fans être conformes
aux regles du Blafon , n'en étoient pas
( 66 )
moins remarquables par le rapport qu'elles
ont avec le caractere de celui qui les a adoptées.
Le corps de l'éca repréfente une Vénus
qui coupe les ailes à l'Amour. Elle à
pour fupports deux chiens couchans , pour
cimier un coq d'or , & pour devile : Sine
Cerere & Baccho friget Venus.
Les Papiers publics d'Irlande nous apprennent
que le Duc & la Ducheffe de Rutland
font allés voir le Lac de Killarney , cù chaque
nouveau Viceroi ne manque prefque jamais de
fe rendre. Ce Lac , fitué dans la partie méridionale
du Comté de Kerry , offre dans un espace
de quelques arpens , toutes les beautés de la
nature. Au milieu de fes eaux font une quantité
de petites ifles , difpofées de la maniere la
plus pittorefque. Des arbres , des plantes de
toute efpéce y croiffent naturellement & fatis
font à la fois l'imagination & l'oeil des curieux .
Tandis que les Etrangers font à voguer fur les
eaux du Lac , ils entendent tout -à- coup une
décharge d'artillerie qui part d'un lieu éloigné.
Cette explofion produit dans les collines & les
vallons d'alentour cent éclats répétés femblables
à ceux du tonnerre , qui rempliffent les Spectateurs
d'effroi & d'admiration . Cette décharge
eft bientôt après remplacée par des concerts
charmans , que la difpofition du lieu rend
encore plus agréable . Ce divertiffement , fondé
par le Lord Kenmare , fe donne à chaque conpagnie
qui vient voir le Lac. Mais lorsqu'il
vient des Etrangers d'un certain rang , on leur
procure plufieurs autres amuſemens , dont l'un
des plus goûtés eft la chaffe du cerf. Le Lac
eft environné de maifons de campagne , la plus
belle eft celle appellée Mu.rus. Elle eft fituée fur
( 67 )
le Lac même , & appartient à M. Herbert , gendre
du feu Lord Sackville .
L'un des derniers Vicerois d'Irlande , le Lord
Townsend , étant venu vifiter ce Lac , il lui
arriva fur la route une aventure très plaifante.
Un Aubergifte s'étoit tellement attiré les bonnes
graces par fon enjouement extraordinaire &
fes attentions , qu'après avoir bu quelques bouteilles
de fon meilleur vin , il appella fon hôte ,
& dans un accès de gratitude , lui conféra l'honneur
de la Chevalerie. Le pauvre diable pendant
la cérémonie , donnoit tour - à - tour des
fignes de frayeur & d'étonnement. Cependant
i fut fi bien confeillé avant le retour de l'aurore
qu'il refufa de renoncer à fa dignité & de garder
le filence fur cette aventure , quelqu'avantageufes
que fuffent pour lui les offres que lui
faifoit le Lord. La fingularité du fat attira ,
pendant fort long tems , de nombreufes compagnies
chez notre Chevalier ; mais ce premier
enthoufiafme s'étant refroidi , on affure que ce
dignitaire de la bouteille , ne retire actuellement
que très- peu d'avantage de fa Chevalerie prefqu'oubliée.
Il exifte dans le nord de l'Irlande , fur les
bords d'une riviere , une pierre , avec l'Inf
cription fuivante , qui paroîtra curieufe , &
qui fans doute avoit été mife dans l'intention
de fervir aux étrangers qui paffo: ent par
ce chemin. « Il faut obferver , que lorfque
» cette pierre eft fous l'eau , il n'eft pas prudent
de paffer à gué cette riviere » . Cette
Infcription eft à - peu près femblable à celle
de ce fameux poteau qui fut placé par ordre
de l'Infpecteur des routes & chemins , il y
( 68 )
a quelques années , dans le Comté de Kent :
» Ce fentier conduit à Feversham ; fi vous ne
pouvez pas lire cer écrit ; vous ferez mieux
» defuivre la grande route.
»
Le différend qui s'eft élevé , dit un de nos
Papiers publics , entre les Hollandois & l'Empereur
de Candie dans l'ifle de Ceylan , donnera
probablement une nouvelle face aux affaires de
leur Compagnie des Indes. S'il faut s'en rapporter
au témoignage des Officiers Anglois ,
qui ont féjourné à Trinquemale pendant la derniere
guerre , il eft peu d'ifles qui poffedent
une fi grande quantité de plantes diverfes , de
minéraux , &c. & dont le fol foit auffi varié.
Dans certaines parties , cette iflè eft d'une fertilité
furprenante , dans d'autres elle eft extrêmement
aride , & l'on n'y voit que des monceaux
de pierres , des rochers d'une groffeur énorme &
des plaines immenfes de fable , où le voyageur
court rifque d'être enfeveli fous des tourbillons
de pouffiere , fi malheureufement il y eft furpris
par un coup de vent. C'eft ce qui a manqué
arriver à quelques Officiers Anglois actuellement
à Londres .
On a découvert récemment ' un phénomene
très fingulier dans cette ifle . L'équipage d'un
bâtiment avoit envoyé quelques matelots à terre
pour y faire de l'eau ; mais comme la nuit ap
prochoir , & qu'ils craignoient de ne pas arriver
à temps à l'endroit défigné , ils prirent le parti
de retourner à bord , & de remettre leur approvifionnement
au lendemain . A deux milles environ
du rivage un moreeau de rocher s'offre
à leur vue ; l'un des matelots l'ayant frappé machinalement
avec une pince de fer ; il en fortit
tout- à- coup un filet d'eau très - pure . Cette dé(
69 )
}
couverte ayant fixé l'attention des Officiers qui
commandoient le détachement , ils reconnurent
qu'un lit de rechers régnoit dans toute l'étendue
de l'ifle , & qu'en entâmant ces rochers ,
trouvoit dans de certain endroiss des eaux excellentes
, & dans preſque tous une eau d'une affez
bonne qualité.
1
on
Des Officiers Anglois ayant pénétré dans l'inrérieur
de l'ifle , les habitans auxquels ils étoient
recommandés , leut firent la meilleure réception
, & s'emprefferent de leur montrer tous les
objets d'hiftoire naturelle qui pouvoient piquer
leur curiofité.
Le Canelier de cette ifle fe fait remarquer par
fa beauté. Il fembleroit que cette plante profpere
davantage , lorfqu'elle eft abandonnée à ellemême
, & qu'elle fe multiplie plus de femences
tombées naturellemen :, que lorsqu'elle eft reproduite
par la culture. Une perfonne digne de foi
affure que les Gorneilles contribuent auffi à la
réproduction de cette plante . Voici comment
les oifeaux aiment finguliérement le fruit rouge
du Camelier ; ils avalent avec le fruit la graine
qu'il renferme, laquelle étant difperfée çà & là avec
leurs excrémens , fans avoir été digérée , le terrein
ſe trouve tout- à- la - fois enfemencé & fumé .
La plante prend racine & leve peu de temps
après .
L'Affemblée des Directeurs de la Compagnie
des Indes a pris , comme nous l'avons
rapporté , la résolution de permettre à fes
Employés dans l'Inde , de tirer fur elle
6,000,000 1. Ce qui l'a déterminée à prendre
ce parti , c'eft le poids énorme de fes dettes
dans l'Inde qu'elle veut transférer en An(
70 )
gleterre. Les lettres feront tirées fur le pied
de 1 f. 8 d. par roupie courante , & fur un
taux proportionnel pour la pagode & la roupi
: de Bombay , payables à 548 jours de
da e , avec l'option de reporter le paiement
entier fur la demi année d'intérêt que paie la
Compagnie fur le pied de s pour cent par
an, à compter du jour de l'échéance, & en
payant pour le tranfport defdits billets 10
pour cent fur le principal , chaque année
après le 1er. Mai 1790 , à moins qu'ils n'aient
été acquittés avant cette époque. Pour la
commodité des porteurs de ces billets , il en
fera délivré de la fomme de 5s0o0o liv.
L'Auteur anonyme d'un ouvrage piquant
, imprimé à Edimbourg , fous le titre
de The Lounger , vient d'examiner d'une
maniere originale & plaifante , l'interminable
queftion de la préférence des Anciens fur
les Modernes. Laifant à part la fauffe érudition
, fentêtement de fecte , & les longueurs
métaphysiques , voici comment il
préfente fa propre opinion. Il est à obſerver.
que dans cette fatyre , il a particulierement
en vue les uſages & les moeurs de l'Angleterre.
« Suivant les Frondeurs , dit - il , toutes les
Sciences touchent à leur déclin , les Arts retrò- ”
gradent, les grandes vertus font anéanties , & il
ne refte plus de moralité dans les actions humaines.
Même dégénération au Phyfique ; la ftature
de l'efpece humaine s'eft rabougrie , la vigueur
corporelle a diminué , les faifons font devenues
plus irrégulieres , la terre a perdu de fa fertilité
& le foleil de fa chaleur » .
( 71 )
ee J'accorde que la Mufique ne transplante plus
des forêts comme la lyre d'Orphée , que le feu Roi
de Pologne , qui de fes mains caffoit un fer à
cheval , n'étoit qu'un embryon auprès d'Hercule ,
que les Cygnes ne chantent plus , enfin que nos
gâteaux ni nos pâtés n'approchent pas de ceux de
l'antiquité ; mais à tous autres égards , les modernes
peuvent foutenir avantageufement la comparaifon
».
e Autrefois , lorfqu'il s'agiffoit de nuire , on
avoit la brutalité d'aller droit à ſon but ; fi un
homme en vouloit à fon voifin , il le frappoit
fans détour , mettoit le feu à fa maiſon , immoloit
fa femme & les enfans . Maintenant , cetre
rufticité a changé pour le mieux . On ne voit
p'us de bêtes féroces dans la fociété. Votre ennemi
fe préfente à vous dans la contenance d'un
ami : il vous accable de politeffe en votre préfence
, & fe contente de vous diffamer lorfque
Vous avez tourné le dos , Si vous êtes dans le befoin
, on vous prête honnêtement de l'argent à
gros intérêts , & l'on vous fait enfermer lorfque
vous négligez de vous acquitter.
"Avez- vous commis quelqu'infulte de la premiere
gravité , comme de marcher dans la rue fur
le pied d'un Gentilhomme , comme de le troubler
dans les têtes - à- têtes avec votre femme , il
yous fait part de les intentions amicales , avec la
plus grande civilité ; il vous reconnoît pour un
homme d'honneur , & en conféquence , il vous
invite à recevoir deux balles dans la cervelle.
» Certainement les anciens étoient très inférieurs
aux modernes dans tout ce qui concerne
le bon goût & les belles manières. Le rafinement
de goût parmi nous le manifefte particuliérement
dans un mépris poli pour toutes les productions
nationales , & dans une généreule admiration de
( 72 )
·
tout ce qui vient de l'étranger. Un Gentilhomme
Anglois , bien élevé , doit n'appartenir à aucun
pays ; il doit réunir en fa perfonne les caracteres
de fept ou huit Nations , parler & s'habiller à
la françoife , chanter à l'italienne , imiter l'indolence
d'un Eſpagnol , l'intempérance d'un Allemand
; il doit avoir une maiſon en ſtyle grec ,
les offices en ftyle gothique , & un ameublement
chinois. Pareillement , il doit fe préſerver de
toute partialité de religion , ne pas préférer Confucius
à Brama , Mahomet à Jefus- Chrift , & le
piquer d'indulgence pour toutes les opinions.
» Combien l'efprit des Grecs & des Romains
étoit différent Servilement attach´s à leurs
coutumes , ils dédaignoient les étrangers ; & que
pouvoit- on attendre de Nations affez barbares pour
prodiguer elles - même cette épithete aux autres
peuples?
啼
»On a beaucoup célébré le patriotisme des Anciens
; mais en examinant la choſe de bien près
on découvre l'exagération de ces éloges. Il eft
vrai qu'on rencontre parmi eux des individus
d'une grande vertu publique ; cependant jamais
cette vertu ne fut répandue , comme elle l'eft
chez nous dans tout le corps du peuple. Les por
teurs de chaife & les fiacres de Rome & d'Athênes
étoient d'une déplorable ignorance fur les affaires
d'Etat . On ne voyoit dans ces capitales pas un club
pour la réforme de la conftitution . Les Charpentiers
, ni les Maçons ; les Cordonnier , ni les
Tailleurs ne fe mêloient de corriger le Gouver
nement.
22
Qu'a de fi extraordinaire l'exemple de Thémiftocle
& d'Ariftide , tous deux ennemis jurés ,
& fe réconciliant lorfque la patrie fut menacée
par les Prfes ? N'avons- nous pas des hommes
d'Etat qu'on a vu un jour le déchier , fe regarder
( 73 )
garder mutuellement comme des monftres , &
le lendemain s'uniffant pour le bien public , &.
fe prodiguant les plusfinceres témoignages de l'eftime
& de la vénération . Decius , il eft vrai , fe
dévoua pour fon pays ; quelques uns de nos Généraux
ont facrifié leur armée entiere par pur ef
prit de patriotisme.
» Voyez d'ailleurs dans tous les papiers - nouvelles
, le regiftre toujours plein des inventions
des découvertes , des merveilles de toute efpece
dans les Sciences & dans les Arts. Voyez le plus
noble de tous , celui de guérir , parvenu à un tel
degré de perfection , qu'un de mes amis , en
feuilletant l'autre jour les bills de mortalité , y
trouva qu'une foule de perfonnes avoient choifi ;
pour mourir , précisément les maladies auxquelles
on a appliqué les plus infaillibles fpéci
fiques .
Un Art analogue à la Médecine eft celui de réparer
la figure humaine : ici la prééminence des
modernes eft bien marquée. Les Anciens (e bornèrent
à quelques embelliffomens extérieurs de la
contenance ; ils ne connoiffoient nullement le
pouvoir créateur de fe donner des membres &
des organes auffi - bien que des attraits , des gras
de jambes de parchemin , des yeux de verre ,
des dents factices . Ce méchanifine eft tellement
perfectionné , qu'un homme de bois peut exécuters
un folo de violon , jouer une partie d'échecs
fe promener , &c. &c . De là à des automates qui
exécutent toutes les fonctions de la vie & de la
fociété , le pas eft court , & on le franchira.
Alors on verra les divers départemens occupés
pat des Administrateurs inflexibles ; la grande
machine de notre Gouvernement fera parfaitenient
conduite ; les Juges rendront la juftice avec
la plus rigide imparialité ; un Roi foliveau pour-
No. 46, 12 Novembre 1785.
d
( 74 )
ra fe trouver à la tête des affaires , fans cauferaucune
dépense à la Nation , & la délivrera de toutes
fes terreurs fur l'extenſion de la prérogative de la
Couronne , &c.
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE.
DE NEW - YORCK , le 12 Septembre.
M. Richard Henri Lee , Préſident du
Congrès , eft parti d'ici , le 20 Août , pour
fe rendre dans la Penfylvanie ; l'attention
foutenue que ce zelé citoyen a donnée aux
affaires publiques , ayant confidérablement
affoibli fa conftitution , fes Médecins lui
ont confeillé l'ufage des eaux de Harrowgate.
dans le voisinage de Philadelphie. Auffitôt
que la fanté de M. Lee fera rétablie , il retournera
à New- Yorck pour reprendre fes
fonctions . En attendant M. Samuel Holton ,
l'un des Députés de l'Etat de Maſſachuſett ,
préfidera le Congrès.
Le Chevalier John Rutledge a refufé la
place de Miniftre Plénipotentiaire auprès des
Provinces- unies , à laquelle il avoit été
nommé ; la fituation de fes affaires particulieres
auxquelles le fervice public , depuis
plufieurs années , ne lui a pas permis de
veiller , l'empêche d'accepter ce pofte honorable
.
Un particulier du Maryland écrit les particularités
fuivantes à un de fes amis à Philadelphie
, en date du IS Août,
( 75 )
Mon fils & un de fes amis qui font arrivés ici
de Louisville , peu de temps après votre départ ,
m'ont affuré que plufieurs colons qui s'étoient
établis vers la partie nord oueft , avoient eu la
chevelure enlevée , &
que fix autres colons avoient
été tués dans le même endroit .
On apprend aufi , par une perfonne arrivée
depuis peu de Wheelan que plufieurs Négocians
qui étoient entrés fur le territoire des Sauvages ,
y avoient été tués, & qu'on leur avoit enlevé tous
leurs chevaux & leurs pelleteries , quoiqu'ils fulfent
fous la protection d'une perſonne naturaliſée
& mariée parmi les fauvages.
·
Plufieurs autres nouvelles s'accordent à dire que
les fauvages ne s'en tiendront à aucun des derniers
traités conclus avec eux , & qu'ils s'oppoferoni
à tous les établiffemens que l'on tenteroit de
faire dans la partie occidentale de l'Ohio . Ces différens
rapports , joints au refus qu'ils ont fait d'abandonner
les poftes qu'ils occupent fur le lac
paroiffent indiquer clairement des intentions hoftiles
de leur part , & elles feront probablement
appuyées fortement par nos anciens amis
devenus aujourd'hui nos plus cruels ennemis.
Si les fauvages fe bernent à nous empêcher
de nous établir fur la partie occidentale
de l'Ohio , je crois que c'eft ce qui pourra
nous arriver de plus heureux , j'ai toujours regardé
le projet de fe rendre maître de tout le pays
qu'habitent les fauvages , comme la politique la
plus dangereufe , attendu qu'elle engageroit nos
concitoyens à nous quitter pour aller peupler ces
nouvelles contrées ; ce qui diminueroit confidérablement
la valeur des
établiſſemens déjà formés
, & nous mettroit hors d'état de payer les
taxes & d'acquitter les dettes déjà contractées. Ces
dz
( 76 )
confidérations me font dire que , quand même
les fauvages s'éloigneroient de nous d'un millier
de milles , il faudroit rejetter l'idée de former de
nouveaux établiſſemens.
Le Commodore Sawyer avoit envoié
d'Hallifax à Bofton un certain nombre de
petits bâtimens , fous le convoi de la frégate
le Mercury , pour charger du bétail
vivant. Le Capitaine Stanhope fe rendit
chez le Gouverneur Bawdoin à Boſton , accompagné
de les Officiers , en habits d'Uniforme
; & en fortant de fon Hôtel , ils furent
infultés par la populace qui fit pleuvoir fur
eux une grêle de pierres , en leur criant d'ôter
leur Uniforme , & proférant le nom du
Roi leur maître. Le Capitaine Stanhope &
deux hommes de l'équipage ont pensé être
tués par des coups de pierres. Ce Capitaine ,
fans fe déconcerter , traverfa la foule pour
retourner à l'hôtel du Gouvernement , &
porter fes plaintes au Gouverneur Bawdoin ,
qui l'affura qu'il lui donneroit fatisfaction ,
ainsi qu'aux gens de fon équipage , & qu'ils
ne feroient plus infultés à l'avenir ; mais en
retournant vers fa chaloupe , la populace fe
porta à de nouveaux excès ; & le lendemain
les papiers publics de Bofton furent remplis
d'injures atroces contre le Roi de la Grande-
Bretagne , fes Miniftres & fes Officiers. Le
Capitaine Stanhope écrivit en conféquence
une lettre au Gouverneur Bawdoin , dans
laquelle il le prioit de faire fupprimer ces
injures dans les papiers : mais le Gouverneur
( 77 )
lui ayant fait une réponſe entortillée ( 1 ) , le
Capitaine Stanhope mit de nouveau pied à
terre, pour faire des repréfentations au Gouverneur
, & l'affurer que fi l'on répétoit les
infultes contre le pavillon du Roi fon maître
ou fes Officiers , il détruiroit une partie
de la ville. Au depart des dernieres nouvelles
de Bofton , il avoit en conféquence placé
fon vaiffeau dans une pofition convenable
pour effectuer fes menaces , s'il s'y trouvoit
forcé.
Voici le contenu des lettres refpectives
entre le Cap . Stanhope , commandant la
frégate Angloife le Mercury , & M. Bawdoin
, Gouverneur de Boſton.
A bord du Mercury , dans le port de Bofton , le
1 Août 1785 .
Je fuis fâché de me voir dans la néceffité
de faire des représentations à Votre Excellence ,
touchant les infultes répétées & les indignités
atroces commiſes par la populace de cette ville
envers moi & mes Officiers , & les propos indécens
dont les Papiers publics ont été remplis ;
je ne vous importunerois pas aujourd'hui fi je
n'euffe pas couru le danger ainfi qu'un de mest
Officiers , de perdre la vie hier au foir , par la
rage affreufe d'une populace qui n'avoit été provoquée
de notre part en aucune maniere.
(1 ) Le Gouverneur l'invita à s'adreſſer à quelqu'un
des Tribunaux de Bofton , pour faire conftater le
délit , en obtenir juftice . Le Capitaine Stanhope
regardant fon affaire comme une infulte au Droit des
gens, & non comme une attaque particuliere , prit
la réponse de M. Bawdoin pour une défaite.
d3
( 78 )
Je pense qu'il n'eft pas néceffaire de recommander
à Votre Excellence de prendre les mefures
convenables pour découvrir les chefs de
parti , afin de les livrer à la justice publique &
de nous mettre à l'abri de toute infulte¯ultérieure.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Son Excellence le Gouverneur BAWDOIN.
De Bofton , dans l'Etat de Maſſachuſett , le 1
MONSIEUR ,
Août.
J'ai maintenant fous les yeux votre Lettre
en date de ce jour . C'eft un grand malheur que
les fujets, ou habitans de différens pays qui ont
été ennemis , ne puiffent pas être ramenés aifément
à fe traiter mutuellement avec les égards
convenables , lorfque les Gouvernemens auxquels
ils appartiennent refpectivement , ont conclu
un traté d'amitié & remis l'épée dans le foureau.
Mais je dois vous obferver que de pareils
troubles n'arrivent que trop fouvent dans des
villes maritimes où il fe trouve beaucoup de
peuple.
Si vous avez été infuké & • que votre vie
fe foit trouvée en danger de la maniere done
vous me le repréfentez , je dois vous informer
que nos Loix vous donneront une ample fatisfaction.
Les Etrangers ont droit de prétendre
à la protection de la Loi ainfi que tout Ci
toyen des Etats-Unis , tant qu'ils font dans la
Juridiction de cet Etat.
"
Tout Jurifconfulte inftruit , fi vous vous ade
fez à lui , vous indiquera les moyens de procéder
légalement pour obtenir la fatisfa&ion
que vous demanderez fi vous avez été infulté
& la Cour de Justice prendra des informations
de moi touchant les affemblées tumultueufes &
illégales , & les événemens fâcheux auxque's
elles pourront avoir donné lieu , & elle infi ,
( 79 )
gera un châtiment égal aux coupables für le rapport
du Juré.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Au Capitaine STANHOPE.
A bord du Mercury , dans le port de Bofton , le
2 Août 1785.
MONSIEUR ,
Lorſque j'eus l'honneur de m'adreffer à Votre
Excellence , pour la prier de faire ceffer les
infultes qui m'étoient faites , ainsi qu'aux Officiers
du vaiffeau de S. M. Britannique le
Mercury que je commande , & d'implorer votre
protection , je fondai toute mon espérance fur
Paffuraace pofitive que vous me donnâtes à cet
effet en leur préſence ; la contradiction qui ſe
trouve dans votre conduite ne peut ni me fatisfaire
, ni vous faire honneur à vous- même,
Votre Excellence voudra bien me permettre
de lui faire obferver que je n'ai jamais reçu
de lettre auffi infultante que celle qu'elle m'a
écrite en réponse à la demande que je lui ai
faite hier. Je fuis néanmoins heureux de trouver
des difpofitions plus favorables dans la premiere
claffe d'habitans , dont l'affiftance , je vous
l'avoue avec plaifir , m'eft la plus agréable ,
après le prétexte apparent qu'a pu fournir la
fubftance de ma lettre ; & malgré la connoit-
-fance que prétend avoir Votre Excellence , des
Loix & ufages des Nations en pareils cas , elle
me permettra de lui affurer qu'il n'y en a pas
ni même l'alliée de ces Etats , qui ne défapprouve
très-fortement , foit le manque d'énergie
de la part du Gouvernement , foit la répugnance
du Gouverneur à punir des infultes
auffi manifeftes.
unc
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Son Excellence le Gouverneur BAWDOIN ,
d4
༽ ས་ ( 80 )
Réponse au Capitaine STANHOPE.
Votre lettre , datée du 2 de ce mois , m'a été
remife. par M. Nash , votre Lieutenant , à quatre
heures après midi .
Je vous donne avis par la préſente , que comme
vous avez employé dans votre derniere lettre
les expreffions les plus outrageantes & les
plus infultantes à mon égard , fans que j'y aie
donné lieu , je prendrai à cet égard , les melures
qu'exigent la dignité de ma place , & les
égards qui font dus à l'honneur de cet Etat
lié à celui des Etats-Unis en général.
De Bofton , les Août , à 6 heures après midi .
A bord du Mercury , dans la rade de Nantusket,
le 4 Août 1785 , à midi & demi .
Je reçois á inftant la lettre que V. E. m'a
'fait l'honneur de m'adreffer , & je dois l'affarer
que je me foume:trai très - volontiers aux conféquences
les plus fâcheufes qui pourront réfulter
de notre correfpondance
dans laquelle je
ne conçois pas qu'elle ait pu trouver des expreffions
outrageantes
& infultantes pour elle
de ma part , ce qui cft plus que je ne pourrois
dire de la fienne ; & telle élevée que puiffe être
la place de V. E. , je ne fais pas s'il y en a de
plus refpectable que celle que j'ai l'honneur
d'occuper.
J'ai l'honneur d'être , & c .
A S. E. le Gouverneur BAWDOIN.
La chaleur a été fi exceffive à Kingſton ,
que le mercure du thermometre de Farenheit
a monté beaucoup au deffus de 90 degrés
à l'ombre , & dans un endroit où l'air
circuloit librement .
( 81 )
FRANCE..
DE FONTAINEBLEAU , le 2 Novembre.
Le Comte de Rofnivinen de Piré & le
Comte la Rivierre , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préſentés au
Roi , ont eu , le 27 de ce mois , celui de
monter dans les voitures de S. M. & de la
fuivre à la chaffe .
Le 1er. de ce mois , fête de la Touffaints ,
Leurs Majeftés & la Famille Royale aflifterent
, dans la Chapelle du Château , à la
grand'Meffe célébrée par l'Evêque de
Rhodes , & chantée par la Mufique du Roi ;
la Marquife de Loftanges y fit la quête.
L'après -midi , le Roi , accompagné de la
Famille Royale , fe rendit à la même Chapelle
, où , après avoir entendu le Sermon
prononcé par l'Abbé Gayet de Sanfale , Docteur
& Bibliothécaire de Sorbonne , Prédicateur
du Roi , il affifta aux Vêpres chantées
par fa Munique. Le foir de ce jour , Leurs
Majeftés fouperent à leur grand couvert.
Pendant le repas , la Mufique du Roi exécuta
differens morceaux , fous la conduire du fieur
Dauvergne , Surintendant de la Mufique de
Sa Majesté.
DE PARIS, le 9 Novembre.
M. Guignard de St. - Prieft , Intendant du
Languedoc , eft mort à Montpellier le 18 da
mois dernier. Sa place de Confeiller d'Eat a
été donnée à M. de Cypierre , Intendant
ds
( 82 )
d'Orléans qui a prêté ferment en cette qualité.
Les nouveautés dramatiques qui ont été
reprélenrées à Fontainebleau , ou qui doivent
l'être , font :
Opera . Themistocle , de MM . Morel & Phili
dor ; Dardanus , retouché par MM . Gu llard &
Sacchini ; Pénélope , par MM. Marmontel &
Piccini. C
Tragédies . Virginie , de M. de la Harpe ; Séramis
, de M. Lemiere ; Roxelane de M. de
Maifon Neuve , avec quelques changemers.
Comédies. Le Mariage fecret , en trois actes
& en vers , & le Portrait , en un acte & en vers ,
toutes deux par M. Desfontaines ; l'Oncle & les
deux Tantes , en vers & en trois actes , par M lę
Marquis de la Salle. Le Page fuppofé , en deux
actes & en vers , par M. le Chevalier de Chenier.
Opéra- Com'que . L'Amitié au Village , en
quatre actes & en vers , par MM. Desforges &
Philidor ; Richard coeur de Lion , mis en quatre
actes par MM . Sedaine & Grerry ; la Dot , en
trois as & en vers , par MM. Manquitot &
Bruneti ; le Jeu de l'Arc , Mufique de M. St.
Amant.
Jufqu'ici , le fort de ces différens ouvrages
pas été heureux ; le feul Opéra de Dardanus
ayant réuffi .
n'a
Il vient de paroître trois états en forme de
tableaux, concernant les forces & les finances
duRoyaume . Sans donner ces notices comme
exactes & authentiques , nous les rapporte
rons telles que les .
Le premier tableau concerne les troupes de
dont la totalité s'éleve à 288,000 bommes
comprenant les troupes provinciales. Cet étar
terre ,
! ( 83 )
donne la formation actuelle de tous les corps avec
les noms de tous les chefs.
Le fecond état et pour la Marine. On y voit
que depuis le retour de la paix il a été conſtruit
dans les ports 9 vaiffeaux de ligne ; favoir , à
Breft les deux Freres de 80 canons & le Superte
de 74 : à Rochefort le Généreux & l'Horifon de
74 ; & à l'Orient l'Audacieux , le Borée & le Fougueux
, tous trois de 74. Suivant cet état la
France a dans ce moment 72 vailleaux de ligre,
74 fiégates , 27 Corvettes ou chebecs , 36
Alûtes ou gabarres , 27 cutters ou lougres & 19
galiotes à bombes ou chaloupes canonieres ;
formant enſemble la totalité de 256 bâtimens
de guerre , ils font montés enfemble de 8368
pieces de canons. Leur armement fur le pied de
paix eft de 43 , oco hommes & en temps de guerre
de 70,000. On voit par cet état que ce département
de la Marine n'a rien ralenti de fon a&ivité.
Le troifieme tableau eft intitulé , Apperçu de
Padminiftration des Finances de la France en 1785 .
Sivant cet apperçu la recerte eft divilée en trois
chapitres.
Le premier. Contribution ou impofition de
toute nature qui s'éleve à
2. Revenus du Roi tels que
forêts , domaines , & c.
3. Impofition des Colonies.
Sur cette fomme il convient
de déduire pour les faifies &
contraintes dont les frais ne
doivent point entrer en rece te
Partant , le total effectif de
la recette monte à
La fecette générale ci deffus
$85,000,000 1.
25,000,000
7,000.000
617,000,000
10,000,000
607,000,000
d6
( 84 )
eft de 617,000,000
629,000,000 La dépense générale eft de
Partant , on voit que la dépenfe
excede la recette de 12,5000,000
Mais cette différence eft compensée , & audelà
, par les 37 millions de rembourfemens qui
ont été effectués.
Le même tableau contient la balance du commerce
de France avec l'Etranger , & fait voir
qu'elle eft à l'avantage du Royaume pour la
fomme de 70 millions , c'eft- à- dire , que tandis
que nous en verfons à l'Etranger 230 , il nous
en rend 300.
La Société d'Humanité, formée en Angleterre
pour adminiftrer des fecours aux noyés,
a fauvé plus de 1500 perfonnes depuis 10 ans
qu'elle exifte. Elle a multiplié les expériences
pour s'affurer d'un procédé efficace ; elle a fait
voyager en Europe , & fur tout en Hollande,
des gens de l'art qui ont fecondé fon zele généreux.
Il feroit bien à defirer qu'on traduisît.
en notre langue l'extrait des regiftres que pu
blie chaque année cette reſpectable Société.
Une Feuille de Province vient de donner ,
d'après les inftructions du Major Hart , le
précis de la méthode que cet Anglois dit être
employée dans fa patrie pour ramener à la
vie les noyés , morts en apparence. Une femblable
notice ne fauroit être trop répandue ;
en voici le contenu .
1º. Le noyé doit être foigneufement tranfporté
dans la maifon la plus voifine , afin de ne
pas laiffer éteindre les reftes de vie qui peuvent
encore exifter en lui : il faut lui tenir la tête un
peu élevée , & porter fon corps dans une pofture
maturelle & aisée , comme quand on eft couché.
( 85 )
le
2. On doit auffitôt le deshabiller & l'éten
dre dans un lit chaud, & bien effuyer fa peau avec
des morceaux de flarelle chauffés , & fi le corps
était nud au moment de l'accident , on doit ,
plus vite poffible , l'envelopper dans une couverture
chaude après avoir entièrement pompé
l'humidité avec de la laine bien chaude .
1
30. Quand le temps eft froid ou humide , l'opé
ration doit le faire auprès d'un bon feu ou dans
un appartement échauffé : fiau contraire le temps
eft chaud & étouffant , il faut ouvrir les fenêtres
& les portes de la chambre , & chercher de
toutes les manières poffibles à obtenir un air
frais & jouiffant de fon reffort , ce qui eft de
la plus grande importance pour réunir & railumer
les étincelles de vie difperfées & cachées
dans le corps , & pour rétablir la refpiration naturelle..
4° On ne doit admettre à cette opération que
les perfonnes qui y feront employées , & le nombre
de fix eft auffi grand comme il le peut être
dans de telles occafions ; c'eft pourquoi on doit
prier de fortir celles que la curiofité y ferait
refter , parceque leur préfence pourroit retarder
ou empêcher totalement le rétabliſſement.
5. Le corps doit être légèrement frotté de
fel commun , & pendant un temps affez confidérable
on peut paffer & repaffer doucement
une baffinoire le long du dos , par deffus la cou
verture dont il eft enveloppé. Des bouteilles
quarrées pleines d'eau chaude ou des briques
chaudes , recouvertes de flanelle & appliquées
à la plante des pie's & à la paume des mains ,
peuvent produire un très bon effer.
6º. Quand cette méthode a été pratiquée fans
fuccès pendant une heure ou davantage , & qu'il
y a dans le voisinage quelque bain chaud où la
maifon de quelque boulanger ou braffeur , on
3
( 86 )
que l'on peut fe procurer promptement des avan
tages équivalens , on doit porter le corps dans
de tels endroits , & l'y laiffer environné de corps
chauds pendant trois ou quatre heures , afin de
faciliter le plus qu'il eft poffible le retour de la
vie. Si c'eft un enfant qui a été noyé , fon corps
doit être parfaitement effuyé , & immédiatement
placé dans un lit chaud , entre deux perfonnes
d'une bonne conſtitution : les bons effets
fans nombre qu'a produits cette chaleur naturelle
en ont prouvé l'efficacité .
7° . Il faut frotter le corps avec des flanelles
le mouiller dans différens endroits avec des liqueers
fpirituenfes , telles que le rum cu le gen'evre
ou d'eau de vie chaude , appliquée particulierement
à la poitrine , & répéter ſouvent
ces frictions. Les narines doivent être de moment
à autre chatouillées avec une plume & du tabac ,
de l'efprit de corne de cerf ou de l'eau de luce
pour exciter l'érer nuement, s'il eft poffible. Tendis
que les affiftans emploient les différentes nanières
de recouvremens , on doit de dix en dix
minutes fecouer fortement le corps du noyé, afin
d'en obtenir un effet plus certain , & agiter plus
violemment encore celui des enfans , en les faififfant
fouvent par les bras & par les jambes, & pendant
un affez long e pace de temps . Va variété
des agitations jointe à la méthode ci - deffus annon
cée , ont ramené à la vie des enfans poyés fur quit
on aveit vu , pendant fort long temps , toutes les
apparences de la mort.
8°. La fumée de tabac introduite dans le fondement
, doit être mife au rang des moyens efficacrs
: fi un fumeur fe trouve à l'opération , une
pipe commune pourra en introduire la vapeur
dans les inteftins . Cette opération facile & impor
tante , peut être réitérée fouvent d'après les bons
( 87 )
effets que l'on a obtenus, dans plufieurs occafions,
de la fumée de tabac .
9°. Un des affi tans doit fouffler , le plus fort
qu'il lui eft poffible, à travers un morceau d'étoffe
ou un mouchoir appliqué à la bouche du noyé ,
afin d'introduire de l'air dans les poumons : les
narines pendant ce temps doivent être fermées
d'une main , & de l'autre il faut doucement pref
fer la poitrine , tant pour en exprimer les vapeurs
nuifibles , que pour imiter , le m'eux qu'il fera
p ffible , le mouvement de la refpiration natu◄
re le.
10. Si la vie manifefte tant foit peu fon retour
par quelques lignes , comme par les foupirs ,
la refpiration , des mouvemens convulfifs, le bat-.
tement des arteres , ou la chaleur naturelle , on
peut alors donner une cuillerée de quelque liqui le
chaud , & fi l'on voit que le fujet commence à
pouvoir avaler , alors on peut lui donner quelque
liqueur cordiale , comme de l'eau - de- vie ou du
vin chaud , en petite quantité ; ce qui peut produire
un très grand avantage.
On doit bien fe garder d'employer la faignée
dans de pareils cas , à moins que quelque Médecin
préfent & inftruit de: circonftances de l'accident ,
ne le juge néceffaire.
Il faut pratiquer la métho le ci- deffus annoncée
pendant deux heures , & même plus , quand même
on ne verroit luire aucune espérance de fuccès ;
car c'eft une opinion bien dangereufe parmi le
vulgaire, que les perfonnes en qui on ne voit aucun
figne de vie , font mortes fans reffource ; une
pareille opinion a déjà privé de la vie & mis au
tombeau un nombre infini de perfonnes mortes en
apparence , que l'on auroit pû faire revivre , fi on
eût eu une réfolution plus ferme & une perfévérance
plus conftante à les traiter.
( 88 )
་
Le relevé des regiftres des Paroiffes &
Hôpitaux de la Subdélégation de Toulouse ,
offre, les réfultats fuivans : 6013 naiffances ,
1348 mariages , 4886 morts , 27 profeflions
religieufes, 39 morts en religion . A ces états ,
on a joint celui des hommes péris par les
fupplices , qui ont été au nombre de 7 , &
8 fépultures par Ordonnance de Police . En
les comparant avec ceux de 1783 , on trouve
qu'il y a eu en 1784 , 379 naiffances , 109
mariages de plus ; 596 morts , 2 profeffions
religieufes de moins ; & 3 fuppliciés de plus.
Une lettre de Meaux du 4 Octobre , rapporte
que :
Un orage qui grondoit depuis quelque temps
du côté de l'Occident , vint , à cinq heures du
foir, fondre far la ville . La pluie tomboit à ceaux ,
les coups de tonnerre étoient effrayans , & les
éclairs qui fe fuccédoient fans interruption ,
étoient d'un éclat tel qu'on ne fe fouvient pas
d'en avoir vu d'auffi brillans . A fix heures les
nuées paroiffoient s'être écartées , le tonnerre ne
grondoit plus que dans le lointain , lor qque toutà-
coup il fe fit entendre avec un éclat , un déchirement
épouvantable, & frappa plufieurs endroits
de la ville à la fois ; les effets de la foudre ne fe
manifefterent fenfiblement que dans la maison
qui fait le coin de la rue du Puits du Cloître & de
Celle de la Maîtrife . Il entra , dit- on , par la che
minée de la cuifine , puis ayant décrit plufieurs
cercles fur la muraille qu'il dégrada par place , il
fuivit un fil d'archal de fonnette jufque dans un
cabinet , à la porte duquel travailloit un garçon
Vitrier , qu'il renverfa fans le bleff: r ; de - là paffant
da ns une armoire , il en culbuta les planches ;
( 89 )
& après avoir foulevé une douzaine de carreaux
fur le plancher , il difparet.
Dame Marie Gaultier , femme de Me.
Combalet , Procureur à Créon près de Bordeaux
, eft décédée le 25 Mai 1785 , âgée de
100 ans . Elle tricotoit fans lunettes , jouiffoit
de tous les fens ; fon mari , âgé de 83 ans , eft
exempt de toute infirmité, & va fouvent à la
chaffe.
Antoine de Mercier , Chef d'Efcadre des
Armées navales , Chevalier de l'Ordre royal
& militaire de Saint- Louis , eft mort le 9୨ du
mois dernier à Saint- Thiebeaux.
André Berthier de Chemilly , Meftre-decamp
de Cavalerie , eft mort le 12 Octobre ,
en fon château de Viviers près Tonnerre ,
âgé de 67 ans .
PAYS- BAS.
`'
DE BRUXELLES , le 6 Novembre.
Un Corps de Troupes formé de détachemens
, de divers Régimens , a reçu ordre de
fe tenir prêt à aller prendre poffeflion des
forts de Lillo , de Liefkenshoeck , & Heick,
sholdt, à l'inftant où les Hollandois les auront
évacués. Le Prince de Ligne ira , dit- on , en
perfonne occuper le fort de Lillo . On a calculé
, que par le Traité avec les Provinces-
Unies , l'Empereur gagnoit 16 mille arpens
de terrein & deux mille fujets .
On prépare une Efcadre Hollandoife de
deux vaiffeaux de ligne & de quatre frégates
, deftinée à paffer , dans le mois prochain ,
aux Indes- Orientales : le commandement en
( 90 )
eft donné au Capitaine Sylveftre , qui relevera
le Capitaine Van Braam .
Le 21 Octobre , les Etats de Hollande
ont dreffé leur projet de réponſe au Roi de
Pruffe , relativement aux plaintes de ce Mo
narque fur les atteintes portées à l'autorité
du Stathouder. Cette réponſe , portée aux
Etats Généraux , a été prife ad referendum
par les autres Provinces. Les Etats , s'il faut
en croire les Gazetiers de ce pays là, apprennent
au Roi de Pruffe qu'il n'existe aucun
fujet de diſſenſion entr'eux & le Stathouders
qu'on en a toujours refpecté les prérogatives,
& que par conféquent , le Roi de Pruffe a
très grand tort de propofer fa médiation .
Une lettre d'Oftende , du 26 Octobre ,
rapporte en ces termes un naufrage récent ,
arrivé fur les côtes de Flandre.
Le 20 de ce mois , il a péri à notre vue deux
vailleaux hollandois fous Pavillon Pruffien . Ils
étoient destinés pour Londres .
Le premier s'eft enfoncé à la portée du canon
de cette ville. L'équipage & plufieurs paffagers
ont été ſubmergés . Le navire cependant s'eft relevé
& a dérivé ſur le ſtran où il s'eft redreffé . On
yeft allé à marée baſſe , mais on n'y a trouvé
perfonne,
venu ,
Le fecond étoit déja entré de quelques toi
fés dans le Port , lorfquin ca'me étant furil
fut repouffé par le courant de la marée
defcendante fur les jettées près de la Porte de
Secours. Le Capitaine & fa fer me s'étoient
élancés fur les Pilotis , une lame d'eau les a
rejettés dans la mer. A marée baffe , on a trouvé
la femme embraffant un pilier. On a cru pouvoir
la conferver à la vie par diverfes opérations qu'on
a tentées depuis le foir jufqu'à quatre heures du
matin mais on n'a pu réuffir.
Trois matelots ont eu le bonheur de ſe ſauver.
Quelques hommes étant montés à bord ont
trouvé dans la chambre le fils du Capitaine fain
& fauf. C'eſt un enfant de 5 à 6 ans. Ils l'ont
jetté à d'autres matelots qui étoient à portée &
on l'a fauvé.
Un troisième navire , destiné pour le même
endroit , le voyant auffi obligé de relâcher dans
notre Port , a manqué de périr également à
F'entrée , par l'inconftance du vent & la rapidité
de la marée defcendante,
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres.
On raconte de l'Electeur actuel de Cologne
que peu après la mort de fon premier Miniftre
le Baron de Gymnich , un Jéfuite regrettoit
en la préfence que le Baron n'eût point eu le
temps de fe repentir avant fa mort. Et de quoi ,
reprit S. A. ? d'avoir été franc - maçon , dit le
Jefuite. N'eff - ce que pour cela tranquillifez-
vous , mon pere , je fuis perfuadé qu'un
franc-maçon entrera dans le Ciel auffi facilement
qu'un ex- Jéſuite. Gazette de Berlin du 15 Oc
robre.
Enfin le Prince de Naffau Siegen a eu le
bonheur de réuffir dans les pourvices qu'il faifoit
pour obtenir la révifion de la fentence du
Haut-Confeil de l'Empire , prononcée contre fon
Pere en 1746 , en faveur de la Maifon des
Princes d'Orange Naffau. Après avoir follicité
inutilement cette grace pendant pluſieurs années
de fuite , le Confeil de l'Empirevient de rece
voir fa plainte. Il a été rendu un decret , par
lequel il eft enjoint à fa Partie de fournir dans
deux mois , les pieces authentiques & juftificati-.
( 92 )
ves de fa prétention. Il s'agit de la poffeffion
de la Principauté de Naflau Siegen , qui lui a
été difputée , parce qu'étant fils de la Marquile
de Mailly , mariée au Prince Emanuel de Naf
fau- Siegen , ce mariage avoit été diffous par
fentence , à la pourluite de la Marquite de
Milly , qui en obtint la ' diffolution . Là - deffus
la Maifon de Naffau - Orange regarda le Prince
actuel comme bâtard , parce qu'effectivement il
fut déclaré tel par la fentence de 1746. Gaz.
d'Amterdam , nº. 87.
Dans le temps où l'on croyoit toucher au mo
ment de voir nos différends avec l'Autriche heureufement
finis , il s'éleve de la part de l'Empereur
quelques difficultés au fujet du plus ou du
moins d'extenfion de la navigation Autrichienne
fur l'Efcaut, ainfi que du commerce dans les Indes.
Malgré la bonne volonté & les difpofitions finceres
, qu'ont montré Leurs Hautes - Puiffances ,
dans tout le cours de cette affaire , l'on a reçu
des nouvelles indirectes , que S. M. n'eft pas
encore fatisfaite des ftipulations inférées dans
les préliminaires fur divers autres points de l'accommodement.
On n'a qu'à fe rappeller combien
d'obstacles il a fallu furmonter , à combien de
dangers de diverſe efpece l'on s'est même expofé
pour le porter à des facrifices auffi confiderables
que ceux faits par les Etats Généraux ;
& l'on conviendra , qu'il ne falloit rien moins
qu'un defir décidé de conferver la paix , pour
les engager à fe prêter à des moyers de conciliation
auffi douloureux . Il est donc à préfumer
qu'ils ne pourront porter plus loin la condefcendance
, & que s'étant déterminés à des ceffions
auffi confidérables dans une cauſe auffi jufte &
auffi évidente , que dans la vue de prévenir à
jamais par un arrangement clair , pofitif & folide
( 93 )
toute difpute ultérieure , ils fe montreront inacceffibles
à des propofitions , de quelque part
qu'elles leur fuffent faites , qui compromettroient
leur honneur & leur existence : Ils favent à
quel point ils peuvent compter fur une Nation ,
qui n'a pas vu d'un oeil indifférent les derniers
facrifices fairs à l'amour du repos , & qui reffentiroit
une indignation capable de tout expofer,
plutôt que de foufcrire à des conditions nouvelles
, qui rendroient la paix auffi précaire que
précieufe . Gaz , de Leyde , no. 87.
Caufe extraite du Journal des caufes célébres [ 1 ] .
Fille condamnée au carcan & à être renfermée pen
-dant neuf ans à la Salpétriere , pour avoir battu
fa mere.
La légiflation de plufieurs Nations anciennes
ne contenoit aucune peine contre les parricides.
Ce filence , honorable pour l'humanité , étoit
fondé fur l'opinion qu'il étoit impoffible qu'un .
fils oubliât les droits facrés de la nature , jufqu'au
point d'attenter à la vie de ceux qui lui avoient
donné le jour . Malheureufement les Légifla
teurs des Nations modernes ont été forcés de
prononcer des peines contre ce forfait , & nos
annales criminelles ne contiennent que trop
d'exemples qui juftifient cette trifte & néceffaire
prévoyance.
La fille qui vient d'être punie n'avoit pas
trempé les mains dans le fang de fa mere , mais
elle avoit ofé la maltraiter. Veici les faits qui
ont fervi de bafe à fa condamnation.
Brigide Ballet , née avec un caractere violent ;
avoit conçu une haine affreufe contre la mere.
Il paroit que , depuis quelque tems , ce monftre
[ 1 ] On feuferit en tout temps pour le Journal des
Caufes célebres , chez M. Defearts , Avocat , rre Dauphine
, Hôtel de Mouy , & chez Mérigot lejeune , Libraire ,
Quai des Auguftins, Prix , 18 liv, pour Paris , & 84 liv.
pour la Province.
( 94 )
... ta
...
cherchoit l'occafion d'affouvir fa rage für l'au
teur de les jours . Le 18 Avril 1785 lui parut
favorable pour exécuter fon infâme projet.
Comme elle étoit mariće , & qu'elle demeuroit
avec fon mari dans une maison féparée de celle
qu'occhpoit fa mere , elle fortit ce jour- là dans
le deffein de la maltraiter. Après avoir été dans
plufieues endroits où elle croyoit la rencontrer,
elle eut l'audace de fe préfenter à la porte de fa
maison ; l'ayant trouvée feule , elle y enɩra , &
l'accabla d'injures. La mere voyant que fa fille
avançoit vers elle pour la frapper , elle lui dit :
malheureufe ! eft- ce que tu oferois maltraiter
celle qui t'a donné le jour ... C'est dans mes entrailles
, monftre › que tu as reçu la vie :
main feroit-elle affez témeraire pour frapper ce
fein qui t'a allaitée ? ... pour meurtrir ces bras qui
t'ont portéefi long- tems dans ton enfance ? .
Ce difcours , au lieu de faire rentrer en elle.
même la fille dénaturée , accrut fa rage ; comme
un tigre furieux , elle s'élance fur fa mere , &
lui paffe une corde autour du corps pour la térraffer.
La mere infortunée ne pouvant oppoſer
une force capable de réfifter à la fureur de fa
fille , fe vit renversée par terre & foulée aux
pieds du monftre qui l'accabloit de coups & d'injures.
Tremblante , éplorée , la mere conjura fa
fille de refpe&er l'auteur de fes jours ; maisfes
pleurs furent inutiles. Elle fut expofée à tous les
mouvemens de la rage & de la cruauté de fa
file. Ce monftre ofa même la menacer de lui
âter la vie ; heureuſement des voifins accoururent
aux cris de la mere , & mirent fin aux
excès criminels de la fille. Le bruit de cette
fcène affreule s'étant répandu , Brigide Ballet
fut l'objet de l'exécration publique , & la Juftice
s'empreffa de venger les droits facrés de la nature
qu'elle avoit outragée. Sur la plainte du
( 25 )
miniftere public , il fut permis d'informer , &
for les preuves de l'information , Brigide Ballet
fut décrétée de prife-de-corps , & conftituée
pri'onniere . Son procès ayant été inftruit au Bailliage
d'Auxerre , par Sentence du 12 Août dernier
, Brigide Ballet a été condamnée au carcan
pendant trois jours , & en, 10 liv . d'amende envers
le Roi. Sur l'appel à minima interjetté par le miniftere
public , la Chambre des vacations du
Parlement de Paris , par Arrêt du 10 Septembre
1785 , a condamné Bigide,Ballet à être attachée
au carcan , ayant écriteau devant & derrière portant
ces mots , femme violente envers fa mere , & à
être renfermée à l'hôpital général de la Salpêtriere
pendant neuf ans.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE NORMANDI E.
Donation d'un adultere à fa concubine , & au frui
de leur libertinage , déclarée nulle .
Le fieur T ... époux & pere , Garde- Marteau
de la Maîtrife de . .. a entretenu un commerce
criminel avec Catherine B ... depuis 1770 jufqu'en
1782 , époque de fa mort. Le 10 Mars
1780 , il avoit fait une obligation à terme , de
3350 liv . au profit des fieurs le D ... pere & fils ,
fous la condition de paffer par eux au profit de
Catherine,un contrat de vente de la moitié d'une
maiſon dont ils étoient propriétaires , par lequel
ils donneroient une quittance de la fomme cideffus
à la fille B ... dont ils ne recevroient
rien.
Le premier Juillet 1782 , le fieur T ... fit
un teftament olographe , par lequel il légua à
la fille B... une portion confidérable de fes
meubles & effets , & à Jofeph Defiré , fruit hon-
(1) On fouferit à toute époque pour l'Ouvrage entier
dont le prix eft de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue & hôtel Serpente.
( 96 )
teux & malheureux de fon libertinage avec la
dite B ... , la moitié de fa garderobe & quel-"
qu'argenterie ; par le même acts , il fit donation
à la mere & à l'enfant de 500 liv. de penfion
alimentaire & viagere. Après la mort du fieur
T ... Ces deux actes ont été attaqués par fon
fils légitime , & par les créanciers . Par
Sentence du Bailliage ... les créanciers ont été
évincés de leur demande en revendication de la
maifon acquife par la fille B... des fieurs le D...
les meubles légués à la fille lui ont été accordés.
Quant à la validité de la penfion viagere , il y:
a eu une inftruction ordonnée . Sur l'appel
le Défenfeur du fils légitime & des heritiers a
préfenté d'abord le tableau d'un fils aux prifes
avec la concubine adultere de fon pere , & lui
difputant les débris de fon patrimoine ; paffant
à la difcuffion des actes attaqués , il en a établi
la nullité. La veuve & les trois foeurs du fieur T...
ont adhéré aux conclufions prifes par leur Défenfeur.
L'Avocat de la fille B ... a cherché à
émouvoir la fenfibilité des Magiftrats & du pubic
: « Teleft , a - t - il dit , le fort de ce fexe
» foible : on le féduit : on l'égare , & bientôt on
» l'outrage , on l'immole & on l'abandonne ».
Il a foutenu enfuite que les concubines adulteres
pouvoient recevoir des libéralités de leurs amans,
telles que des reconnoiffances , des meubles & des
donations d'immeubles ; que ces actes ne pouvoient
être annullés lorsque le prix étoit paffé
"des mains du donateur dans celles du donataire .
La Cour , par fon Arrét du premier Mars 1785 ,
a caffé le teftament fait au profit de ladite fille
B ... & de fon fils ; l'a condamnée à reftituer à
la fucceffion du fieur T ... la maiſon vendue
par le fieur le D... & à en reftituer les loyers ,
avec dépens , &a accordé néanmoins 200 liv. de
penfion alimentaire à Jofeph Defiré..
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG , les Novembre.
LE
E Miniftere de la Porte a fubi encore
une révolution le 11 Septembre. Le
Kaga du Grand Vifir qui jouiftoit de toute
la faveur de Sa Hauteffe , en a été abandon.
né. L'ancien Muphti , Mollah Bey , exilé à
Angora avec fon Harem , eft morten chemin ,
ron fans foupçon d'une fin tragique . Au contraire
, le Grand Vifir , dont on avoit préfagé
la dépofition , a été confi mé dans fa
place par un Hati Cherif, & S. M. lui a envoié
la Peliffe de Renard noir .
Le nouveau Corps de Chaffeurs & Grenadiers
qu'on leve en Ruffie , fera de 36000
hommes , & doit être complet au mois de
Février prochain . Les équipages de la flotte
de Cronstadt font confervés , un tiers d'entr'eux
refient à bord de leurs vaiffeaux refpectifs
; les autres n'ont qu'un congé de
trois mois.
No. 47 , 19 Novembre 1785. *.
( 98 )
Une grêle affreufe a détruit toutes les récoltes
aux environs de Wilna en Lithuanie,
au commencement d'Octobre . Telle étoit
la violence de l'orage , qu'une quantité d'arbres
ont été déracinés , renverfés , couchés
en quelques endroits fur les grandes routes
qu'ils obftruent. A quelques lieues de Wilna
la neige couvre les campagnes.
Le Prince héréditaire de Danemarck a
reçu le beau Yacht dont le Roi d'Angleterre
fon oncle lui a fait préfent. On a donné au
Capitaine , chargé de la conduite de ce bâtiment
, une boëte d'or , garnie de brillans ,
& dans laquelle fe trouvoient mille ducats.
Quoique l'hyver & l'été dernier aient été
affez favorables à l'Iflande , les habitans de
cette malheureuſe ifle ont perdu prefque
tout leur bétail ; & du premier Janvier 1784
à la fin de Décembre de la même année , il
eft mort dans le feul Evêché d'Holum 2477
perfonnes.
DE BERLIN, le 3
Novembre.
Le 29 de ce mois , toutes les Colonies
Françoifes , établies dans les Etats du Roi ,
ont célébré l'année féculaire de leur émigration
en Pruffe. Ce fut le 29 Octobre 1685 ,
que le Grand Electeur Frédéric Guillaume ,
fit publier l'Edit , par lequel il ouvrit un
afyle aux Proteftans que fit fortir de France
la révocation de l'Edit de Nantes , Le Con(
99 )
fiftoire de la Colonie Françoife de cette
ville a fait frapper à cette occafion une médaille
, fur le deffein du célébre Chodowiecki
, qui repréſenté d'un côté le bufte de
l'Electeur Frédéric Guillaume. La Religion
éplorée eft fur le devant, aux genoux de ce
Prince , & dans le lointain , on apperçoit des
habitations défertes & démolies. Sur le revers
on lit Les Réfugiés , confolés dans
» leurs infortunes par le Grand Electeur , le
» 29 Octobre MDCLXXXV , & c . » . Cette
médaille , qui fe vend au profit des pauvres
de la Colonie , coûte 3 dahlers de Pruffe ,
& pefe une once.
On avoit répandu le bruit d'un voyage
fecret du Général Mollendorf en Silefie ;
on fuppofoit cet habile Militaire chargé
d'ordres pour l'armée cantonnée dans cette
Province; mais l'on n'a pas encore de cer--
titude touchant ce départ fubit.
On vend ici publiquement la Réponſe
de la Cour de Vienne à la Déclaration du
Roi , & on eft perfuadé que notre Cour
n'aura pas de peine à y répliquer, en développant
certains faits qui fe font paffés durant
les négociations pour la paix de Tefchen .
Quelques Feuilles ont fait mention que la
Cour de Ruffie avoit reclamé l'intervention des
Puiffances maritimes pour terminer les différends
de commerce qui fubfiftoient encore entre le
Roi & la ville de Dantzic . Mais ces Nouvelliftes
ignorent apparemment que la Cour de Ruffie
a expoté à celle de Berlin , dans un mémoire qui
e 2
( 100 )
lui a été préſenté , quatre prétendus griefs de la
ville de Dantzic ; que la Cour de Pruffe a donné
fur trois de ces points , une réponie dont la
ville de Dantzic ne pourra qu'etre fatisfaite ;
mais qu'elle a déclaré ne pouvoir céder tur le
quatieme point , favoir , la perception d'un double
droit , au Blockhaus de Dantzic , fans abandonner
gratuitement à cette ville tout le commerce
, non - feulement de la Pologne , mais auffi
de la Pruffe même ; ce qui eft contre le lens
littéral de la derniere convention . Il faudroit
lire les mémoires qui ont été fournis de part
& d'autre pour jager du fond de la caute .
D'ailleurs , il ne paroît pas que les Puiffances
dont on a reclamé l'intervention , fe fuient
empreffées de fe prêter à cette demande.
DE VIENNE , le 4 Novembre.
Une nouvelle forme de Judicature dans'
la Hongrie & la Croatie a été fubftituée à
l'ancienne , par une Ordonnance de S. M. I.
dont voici la ſubſtance :
2
Déclarons & ordonnons par la préfente , qu'à
comprer de la fin du préfent terms de Juflice
tous ces Tribunaux folent fupprimés ; qu'avec
le premier Janvier 1786 , l'ouverture fe fafle des
nouveaux Tribunaux ; & qu'enfuite pendant ent
le cours de l'année ils tiennent leurs féar ces fan ›
interruption .
Il fera établi un Département de Juftice - Suprème
, auquel appartiendront Pinſpection & ta
conduite des Tibunaux inférieurs , & devant
lequel il ne fera point permis de porter une procédure
en révifion , à moins que les deux par- ,
ties n'aient obtenu chacune une Sentence difié(
101 )
-
rente. Nous voulons bien laiffer à ce Département
Suprème le nom de Table Septemvirale ,
qu'il a porté jufqu'à préfent. Il fera établi , en
fecond lieu , un autre Tribunal d'appel , qui
portera le nom ufité jufqu'ici de Table Royale ,
& qui fera par agé en deux feffions differentes .
Ce Tribenal f ra là révision de tous les proces
dans la Hongrie & la Croatie , qui lui feront
dévolus de Tribunaux inférieurs , à établir en
premiere inftance , par la voye d'appel ; & il
tiendra parei lement à cet effet les teffions pendant
le cours de lannée .
Comme Tribunaux de premiere inſtance ,
l'on conservera les qua re Tables Diftri&tuales ,
qui exiftent déja en Hongrie , ainfi que la Table
de Juftice , qui exite en Croatie . L'on confervera
de plus les Jurifdictions des Comitats & celles
des di rict privilégiés , mais feulement
pour des differens de peu d'importance , puifque
tous ceux qui feront de plus de confidération
devront le porter immédiatement aux Tables
Diftri&tuales , Il en fera de même des Juftices des
villes libres & de celles des montagnes : Et pour
les habitans du plat - pays , les Juftices Seigneuriales
, ainfi que pour les bourgs , les Magiftrats
locaux fubfifteront comme Tribunaux de premiere
inftance . Il ne fera pas permis à qui que
ce foit de les paffer : mais le procès n'y fera,
traité que Tommairement ; & il fera libre à la
partie , mécontente du prononcé , de poner
alors le procès devant le Tribunal ordinaire du
Comitat , en le commençant par toutes les formalités
ufitées.
Les Tables des diftri&ts tiendront leurs féances
pendant tout le cours de l'année : Pour ce qui
et des Jurifdictions des comitats , bourgs , &
montagnes , elles adminiftreront auffi la Juftice
e3
( 102 )
aux parties durant toute l'année , conformément
à la nouvelle Ordonnance . Notre Chancelerie
de Cour de Hongrie & Tranfylvanie n'aura plus
déformais aucune influence dans les affaires de
Juftice.
Les procès - criminels , faits à des nobles comme
à des roturiers , feront décidés par les Juftices
des comitats , & ceux des bourgeois des
villes par les Magiftrats locaux , en premiere
inftance. De- là , lorfqu'ils concernent des No
bles , ils feront portés à la Table Royale : mais
s'ils regardent des roturiers , ou bourgeois des
villes , aux Tables des diſtricts . De ces Tribunaux
les nobles pourront avoir recours , par la voye
de grace , à la Table Septemvirale , & les roturiers
aux Commiffaires Royaux que nous avons
établis .
Dans chacun des Tribunaux ou Jurifdictions
fus mentionnés chaque Affeffeur inftruira les
procès , qui lui feront affignés par le Préfident ;
il en fera l'extrait & le rapport ; d'où il s'enfuit
que la charge des Juges territoriaux ( ou pro
tonotaires ) doit entierement ceffer. Quant aux
Confeillers , que nous nommerons pour compofer
les nouveaux Tribunaux , & qui doivent
y être occupés à des féances permanentes , nous
aurons très- gracieufement foin de leur fixer un
rang , & des appointemens convenables aux
Tribunaux tant inférieurs que fupérieurs ..
Donné à Vienne le 25 Septembre 1785.
On parle de quelques nouvelles propofitions
de la Porte à notre Cour , relativement
à la démarcation des limites. Elles confiftent
en fix articles , de la teneur fuivante :
1. La rivière d'Olla , & non celle d'Aluta ,
comme notre Cour l'exigeoit dans le tableau de
!
( 103 )
fes demandes , fervira de limite du côté de la
Valachie Turque , du point où cette riviere entre
dans cette derniere Province de la Tranfylvanie ,
jufqu'à fon embouchure dans le Danube , toutes
fois fous la condition expreffe , que la Cour
Impériale laiffera les limites de fa Province de
Dalmatie dans le même état où elles ont été
jufqu'à préfent.
20. Pour pouvoir mieux arrêter dans la fuite
toute espece de brigandage , la Porte confent
à céder à l'Empereur toute la partie de la Croatie
qu'elle pofféle & qui eft fituée de l'autre
côté de l'Unna , depuis la fource de cette rivière
ufqu'à l'endroit appellé Novi.
3. La fortereffe Wihacz , fituée dans une Iſle
de l'Unna & plus près du rivage Turc , nefera
point comprife dans cette ceffion & reftera à la
Porte comme auparavant.
4°. Comme la riviere de Save dans l'Efclavonie
forme la limite la plus naturelle entre les
deux Empires , la Porte ne peut confentir à ce
que les limites de ce côté foient de nouveau
fixées d'après le traité de paix de Paffa - Owiez .
5. Il faut en excepter cependant le diſtric
fitué entre le Verbas & l'Unna , dont les limites
feront de nouveau êtablies par des Commiffaires ,
d'après le même traité.
6° . Les fujets de la Porte conſerveront tous
jours la libre navigation fur la Save , le Verbas
& l'Unna .
Les exemplaires de la Réponſe de notre
Cour à l'Expofé de celle de Berlin , font
aujourd'hui entre les mains de tout le monde
. Comme la queftion qui en fait l'objet ,
fixe les yeux de l'Europe , nous ne pouvons
nous difpenfer de rapporter cette piece im-
€ 4
( 104 )
portante d'un procès politique , dont les
intérelés ne font pas au bout de leurs argumens
réciproques.
Expolé de la Cour de Berlin.
Le Roi avoit cru pouvoir s'attendre que la co r
de Vienne ne penferoit jamais pas à l'acquifition de
la Baviere , foit par un échage , foit de toute at e
maniere ; l'inadmisibil té de cette acquifition aya t
été démontrée dans les conférences de Braunau , en
1778.
Réponse de la Cour de Vienne.
9
« Les conférences de Braunau n'avoient d'autre
objer que la préparation d'une convention
à l'amiable fur ce que la cour impér alex
royale devoit conferver des diftras de la Baviere
occupés par elle , & à quel es condition .
Il ne fut ucunement queftion alors d'une eth in
ge de la Baviere ; & néanmoins on veut fouten.r
ici nad miffioilité d'un tel échange, »
Cette Cor ayunt renoncé par la pax de Tefchen
, à toutes les préventions fur la Baviere......
"I est vrai que fue S. M. Impératrice - Reine,
dans la convention conclue le 13 Mai 1779 ,
avec S. A. Ele&orale de Baviere , en compenfation
de la ceffion accordée par le quatrieme
article , a renoncé à toutes le prétentions formées
ou à former à l'héri age de feu l'Electeur
fous quel titre que ce pût étre : mais quel rapport
y a t -il entre cette renonciation à des prétentions
juftes , & la propofition amicale d'un
éhange volontaire ? Celui qui propose un tel
échange volontaire , forme - t - il de novel'es
prétentions , rechauffe - t - il les anciennes ? Lorfque
la cour de Pruffe propofa d'échanger fes
deux principautés de Franconie contre la Luface
, fi on lui avoit objecté que les deux préten
( 105 )
tions à cette poffeffion de la Sixe a'étoient pas
va'ables , auroit - elle trouvé cette obje&ion équitable
& fondée ? »
Et s'étant engagée , ainfi que les autres Puiflances
contractantes & médiatrices de la paix de Techen
, d la garantie de tous les pactes de la Famille
de la maifon Bavaro - Palatine qui defendent
à cette Maifon toure aliénation & nommément tout
échange defes Etats.
« Pour favoir ce que c'eft que la prétendue
Sanction- Pragmagtique de l'année 1329 , fur laquelle
font fondés les traités de Famille pofté
rieurs , il faut lire l'Hiftoire des Allemands par
Schmidts . On y trouve , T. s . p . 205 de la nou¬
velle édition , le paffage fuivant . »
сс« L'Empereur Louis conclut à Pavie un traité
avec le fils de feu fon frere Rudolphe ; non-
» feulement parce que ceux ci preffoient la ref
» titution des biens de leur pere ; mais auffi
" parce que Rupert , quiaccompagnoit Louis, s'étoit
déjà engagé dans des négociations avec
» le légat du Pape. Pour les contenter on fit
" un partage formel & on détermina très-
» exactement ce que Louis ou les fils de fon
" frere devoient avoir de la Haute Baviere ,
ככ
ainfi que du Haut & Bas- Palatinat . Il ne fuc
" pas du tout queftion de la Baffe - Baviere ,
dont une autre branche ſe trouvoit déjà en
" poffeffion . Pour prévenir que dans la fuite un
» autre Empereur ne fît à l'égard de la Baviere
l'application des mêmes principes dont Louis
» s'étoit fervi peu auparavant contre la maifon
d'Afcanie , par rapport à la Marche de Brandebourg
, il fit ftipuler dans le traité , qu'au
» cas que l'un des contractans ou fes héritiers
vinffent à mourir fans defcendans , leurs tera
res , peuples & feigneuries , ainsi que le fuffrage
es
כ כ
( 106 )
» électoral feroient dévolus au furvivant. Louis
» eut encore la précaution d'inférer dans ce
» traité , qu'aucun des contractans n'auroit le
" pouvoir d'aliéner ou vendre aucune partie de
>>fa feigneurie , chevaux & autres biens , à qui
que ce fût , qu'à l'autre partie contractante. »
« L'exemple de la Marche de Brandebourgque
les defcendans de Louis ont aliénée , fans
la moindre contradiction de la part de la mai-
» fon Palatine , prouve clairement que ce traité
, de même que fes claufes particulieres ne
s'étendoient pas à toutes les terres dont Louis
étoit en poffeffion ; encore moins à celles dont
il feroit l'acquifition par la fuite . Au reste ,
ce traité à eu le fort de tous les traités de ce
» tems là , c'eſt- à - dire , que des deſcendans de
ceux qui les avoient contra ftés , y ont eu peu
→ d'égards . »
"
က
•
« Les confequences qui résultent de l'éclairciflement
ci- deffus , fe préfentent d'elles - mêmes
; & il appert particuliérement que le traité
de Pavie n'a pas été conclu alors par toute la
maifon de Baviere , ni pour toutes les poffel-
Gons actuelles & futures. Il ne nous refte donc
qu'à examiner l'affertion_contenue dans l'Expofé
de la cour de Pruffe favoir : Que les
Conventions ou pactes de la maifon Palatine lui interdifent
toute aliénation , & nommément tout échange
defes Etats. »
«Le quatorzieme article du traité de Famille
du 26 Février 1771 , contient mot à mot ce
qui fuit. Mais pour que les terres , pays &
peuples compris dans le traité de fucceffion
» reftent & fe confervent inaliénablement dans
» chaque maifon , de la maniere qui a été ftipulée
» dans le traité de Pavie & autres & comme le
» requiert par fa nature un traité de fidei- commis
( 107 )
» & d'union héréditaire , ( excepté les cas ou la
» néceffité , ou une plus grande utilité perimet-
» troient l'aliénation où un engagement hipothecai-
>> re , ) on doit fe conformer pour l'avenir à la
» teneur dudit traité : & dans le cas où l'une
» des parties contractantes , pour les raifons cideffus
, y feroit engagée ou forcée , l'au-
» tre partie aura toujours la préférence pour
l'achat des pays à aliéner ou pour l'hipothe
»
"
» que. ››
Par où l'on voit clairement que les traités
de Famille de la maifon Palatine ne lui interdifent
aucunement l'aliénation de la plus petite
partie de fes Etats ; encore moins est- il vrai
que toutes les poffeffions de cette maison foient
chargées d'un fidei commis perpétuel & abfolument
irrévocable. Tout au contraire le droit
d'aliénation , dans les cas de néceffité ou d'un
plus grand avantage eft expreffément ftipulé dans
les traités fufdits ; & dans ce fens limité , ce droit
eft reconnu comme réfultant de la nature d'un
fidei commis & d'un pacte de fucceffion . »
و ر
Or , fi les pactes de Familles de la maison
de Baviere permettent , en cas de néceffité ou
dans la vue de s'affurer de plus grands avantages
l'aliénation abfolue ou hipothécaire de quelques
-uns de fes domaines , fous la feule condition
que l'acquifition des Etats en queſtion fera
accordée aux Agnats de la Maifon , par préférence
, les mêmes pactes doivent d'autant plus
permettre un échange , qui par fa nature fuppofe
un troc de Province pour Province & non
une tranflation de domaine à prix d'argent , laquelle
de quelque utilité ou avantage qu'elle
pût être momentanément , ne laifferoit pas d'ètre
fujette aux dangers de déperdition , de diminution
ou d'altération de la valeur relative . »
еб
( 108
Sa Majefté ayant cependant appris , au mois
de Janvier de l'année courante , par la conmunication
du Duc des Deux Ponts , que , malgré
des confidérations fi fortes , la Cour de Vienne
avoit fait propofer à ce Prince l'échange de
toute la Baviere , ainfi que du Haut- Palatinat
& des Duchés de Neubourg & de Subzbach ,
contre une partie des Pays Bes Autrichiens , Elle
s'empreffa d'en ouvrir fes follicitudes à S. M.
l'Impératrice de toutes les Ruffies , comme garante
de la paix de Tefchen . La réponſe que
S. M. I. fit donner au Roi par fon Miniftre ,
le Prince Dolgorucki « qu'après le refus du Duc
» des Deux- Ponts il n'étoit plus queftion de
» cet échange , auroit pu raffurer S. M. fi El'e
avoit pu avoir la même certitude des intentions
de la Cour de Vienne .
Ce qu'on allègue de la réponse de S. M.
l'Impératrice de Ruffie eft tel , qu'on juge néceffaire
d'inférer ici cette réponſe mot-à- mot.
La voici. « Sa Majefté Impériale ne pouvoit fe
difpenfer de faire obferver au Roi , qu'attenda
que , d'un côté , la propofition de l'Echange
étoit foumife au confentement libre des parties
intéreffées , que d'autre part elle fe fon-
» doit fur des avantages inconteftables , que
S. M. l'Empereur deftinoit à la maifon Pala-
» tine , au moyen d'un facrifice confidérable en
revenus , l'Impératrice croyoit n'agir nulle-
» ment contre fes engagemens , fi elle appuyoit
» d'une part fes alliés , de l'autre ceux qui éto ent
»fous fa protection , dans l'accompliffement
d'un projet , qui paroiffoit être avantageux
aux deux parties , & qui ne portoit aucun préjudice
à l'exiflence de la garantie qu'Elle
» avoit prife fur Elle ; & fi Elle fecondoit ce
projet précisément de la même maniere , que
»
( 109 )
» lors de la conclufion du traité de Teſchen ,
Elle s'étoit intéreffée , en interpofant fes bons
» offices , en faveur de S. M. Pruffienne , pour
» la réunion des deux Margraviats à la primo-
» géniture de la maiſon Electorale de Brande-
» bourg, »
Mais cette Cour a fait voir trop clairement ,
tant par des démarches faites dans le cours de
l'année préfente , que par fon fyftême fuivi de
tout tems , qu'elle ne peut pas gagner fur elle de
renoncer entierement au projet d'acquérir tôt ou
tard la Baviere.
Quelles ont été les démarches faites dans le
cours de cette année ? La Cour de Berlin l'a pu
voir clairement déjà au mois de Février dernier
par la réponſe de l'Impératrice de Ruffie , qu'on
vient d'alléguer.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Il eft décidé qu'on fupprimera en Bohême
61 Couvens ; favoir , 6 des Bénédictins ; 4
des Paulins , 4 des Auguftins , 6 des Récollets
; des Prémontrés ; 1 des Barnabites ;
4 des Carmes ; 3 de Cîteaux , 10 des Capucins
, 3 des Chanoines Réguliers de S. Auguftin
, 4 de Servites , 6 des Minimes & 9
des Dominicains .
L'Empereur a élevé le Colonel de Brentano
au grade de Major Général & de Brigadier
au Généra'at de Carlstadt .
DE FRANCFORT , le 10 Novembre.
Chaque Officier & foldat de la Brigade
Hanoverienne , qui a fervi fi glorieufement
à Gibraltar pendant le fiege mémorable
( 110 )
de cette place , viennent de recevoir une
médaille d'argent , qu'avec l'agrément du
Roi d'Angleterre , le Général Elliot a fait
frapper en mémoire de la belle défenſe de
fa garnifon. Le Roi , la Reine , tous les
Princes & Princeffes de la Maifon Royale
ont accepté une de ces médailles en or.
Cette attention fi honorable du Général
Anglois pour les compagnons de fes travaux
, l'eft devenue encore davantage par
la maniere dont le Gouverneur de Gibraltar
a informé le Feld Maréchal Hanoverien
de Rhéder , de cette diftribution . Voici la
traduction littérale de la lettre touchante de
M. Elliot.
50 Je prends la liberté de m'adreffer à votre
/Excellence dans une circonftance , qui me paroît
remarquable à bien des égards «, I
S. M. a daigné me permettre de faire frap
per une Médaille d'argent pour transmettre à la
poftérité le fouvenir d'une action militaire qui ,
à ce que je crois , aété jufqu'ici fans exemple «.
» Votre Excellence comprendra d'abord que
je veux parler de cette brigade renommée des
troupes Electorales de S. M. , qui , aux yeux de
toute l'Europe , a montré une vertu fi éclatante ,
pendant filong temps , & dans des circonstances ,
qui auroient mis à l'épreuve la vertu des Héros
les plus fublimes. V. E. ne me croira pas capable
fans doure de publier ces lounges légitimes,
dans le deffein de m'emparer pour moimême
d'une partie de leur mérite « .
" Un Général peut être tranquille & fans inquiétudes
, au milieu même de la guerre , quan 1
il peut compter fur le courage & la fidélité de
( 111 )
>
pareilles troupes qui joignent la difcipline la
mieux obfervée , avec le zele , la patience & la
bravoure ; que les travaux les plus rudes & continuels
ne peuvent rebuter ; que les maladies
les bleffures & la mort même n'épouvantent point ;
qui favert , fans fe plaindre , avoir prefque toujours
la famine & la difette devant les yeux ,
&
jamais l'abondance . Votre Excellence les connoît
; & je ne finirois pas fi je difois d'eux tout
le bien que j'en fais dans le fond de mon coeur.
Comme le Roi a bien voulu que je lui préfente
fur cet événement une Médaille d'or , à Lui ,
la Reine , au Prince de Galles , à tous les Princes
& Princeffes de la Maifon Roya'e , j'en ai pris
occafion d'en faire frapper de femblables en
argent , qui doivent arriver inceffamment à
Hanovre « .
و ر
,
à
Oferois- je prier votre Excellence d'en accepter
une pour elle auffi bien que pour le
Général - Lieutenant de la Motte , le Général-
Major de Sydow & chaque Officier & foldat fans
exception , qui ont fervi à Gibraltar depuis le
le mois de Juin 1779 , & qui ne l'ont quitté
qu'avec le refte de la Brigade .
» Je me flatte que tous n'y verront qu'une
preuve de mon amitié , & de ma gratitude , qui
ne finira qu'avec ma vie. Je crois qui fe trouvera
un affez grand nombre de ces Médailles pour
remplir la totalité de mes intentions ; mais dans
le cas où il n'y en auroit pas affez , je renverrai
ce qui manquera le plutôt poffible «.
M, le Général de Freytag , mon vieux ami
avec lequel j'ai été en correfpondance fuivie pendant
tout ce temps , ne refufera certainement
point une Médaille qui a été frappée fous les aufpices
de S. Mc .
Votre Excellence voudra bien me pardon(
112 )
ner la liberté que je prends de m'adreffer à elle ;
mais j'ai cru qu'en paffant pas les mains , ces
Médailles recevrolent une nouvelle valeur . J'ai
Phonneur d'être , &c « . G. A. ELLIO г.
L'Electeur de Cologne n'a fait , en que!-
que forte , que paroître à Vienne , d'où il
repartit au milieu du mois dernier : le 25 ,
il arriva à Ratisbonne , & fe remit en route
pour Bonn le lendemain matin .
Chaque Province Autrichienne renfermera
, à ce qu'on affure , une priíon d'Etat ,
pour ce qu'on appelle les perturbateurs du
repos public , d'une claffe diftinguée . On
compte actuellement fix châteaux forts de
certe efpece ; favoir , Kufftein en Tyro!
Befig en Bohême , Spielberg en Moravie ,
Mengatfch en Hongrie , Graz en Stirie ,
& Vilvorden dans les Pays - Bas.
Selon des lettres de la Pologne , le Roi
de Pruffe y a fait acheter plufieurs milliers
de chevaux de remonte , & une gran le
quantité de feigle & d'avoine. Les fourniffeurs
Pruffiens ont reçu de nouveaux ordres
de continuer leurs achats .
Le Baron de Steinberg eft parti d'Hanovre
pour ſe rendre à Mayence en qualité de Miniftre
plénipotentiaire.
L'Electeur de Treves a donné des ordres
de placer des paratonnerres fur le château
neuf de Coblentz , fur l'édifice qui renferme
les documens & chartes publics , & fur
( 113 )
les magafins à poudre , dans la fortereſſe
d'Erenbreitenftein
.
La Principauté de Cobourg , lit on dans une
eft nouvelle deicription ftetif que de ce pays ,
compofée de onze Bailliages , favoir : Cobourg ,
Nuftad , Sonnefeld , Neuhaus , Sonneb.rg ,
Hildbourghaufen , Vei'fdorf , Heldbourg , Konigsberg
, Schalkan & Eisfell . On y compte to
vules , 7 bourgs , 332 villages , 48 terres nobles
, & une population de 65.000 ames . La
part des Prrces de Saxe Sealfel dans ce pays ,
cor fifte en 163 endroits dout la popula ion eft
évaluée à 25,482 ames. les principales prole
ductions de ce te Pr ncipauté font le blé ,
chanvre , le lin , les fruits , du houblon & d excellens
pâturages ; on en exporre des chevaux ,
des bétes à corres & à laine , des draps du bois ,
& beaucoup de b eu de Berlin , dont la plus forte
partie paffe en France , en Italie & en Espagne.
L'Eglife Françoi'e réformée de Caffel célébra
le 28 du mois dernier le Jubi é de fon
établiſſement
dans le Landgraviat de Heffe .
On a frappé une Médalle en commémoration
de cette cérémonie ; Médaille dont l'inf
cription au reveis porte : L'Eglife Françoife
de Caffel , établie par le Lan 'grave Charles, célebre
fon Jubiléfous Frédéric II.le 28 Octobre.
Quatre jours après , cette même ville a
été plongée dans le deuil . Son Alteffe Séréniffime
Frédéric II , Landgrave régnant de
Heffe Caffel , eft mort d'apoplexie à table
le 31 du mois dernier , au château de Weiffenflein
. Ce Prince , âgé de 65 ans, avoit été
marié en premieres noces à S. A. R. Marie ,
( 114 )
fille de George II , Roi d'Angleterre , & tante
du Roi actuel. Il eut trois fils de cette Princeffe
, favoir ; Guillaume , Prince héréditaire
& Comte de Hanau , qui lui fuccédera ;
Charles , Viceroi de Norwège , & Frédéric ,
Lieutenant-Général au fervice de LL . HH .
PP. & Gouverneur de Maftricht. Le Landgrave
Frédéric II , dont la douceur & l'humanité
formoient le caractere , meurt un des
Princes les plus riches d'Allemagne. Lorfqu'il
parvint à la Régence , fes Domaines
venoient d'être dévaftés par la guerre de
1756. Il fe chargea d'une partie des dettes
des Etats du pays , il fit de Caffel fa réſidence
une des plus belles & des plus agréables
villes de l'Europe ; il abolit la peine de mort;
il excita l'ind ftrie de les Sujets par l'établiffement
de diverfes fabriques , dont plufieurs
ont profpéré ; il augmenta par une armée
refpectable & par fes alliances l'influence politique
de fa Maifon en Allemagne , enfin ,
les fommes qu'il tira de fes Traités militaires
avec les Anglois ; Traités qui ont été l'objet
de beaucoup de reproches , auxquels on
pourroit faire beaucoup de réponſes , furent
employées en grande partie à faciliter des
fuppreffions d'impôts , à des établiffemens de
décoration ou d'utilité publique qui n'ont
rien coûté au peuple , & à la protection des
Lettres & des Arts ; foible mérite en comparaifon
de ceux expofés ci-aeffus. En fecondes
noces , le feu Landgrave avoit épouife
l'une des Princeffes de Brandebourg- Schwedt.
( 115 )
Il avoit l'efprit très cultivé , & fit à Geneve
dans fa jeuneffe , des études dont il reffentoit
encore l'utilité dans l'âge avancé.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 24 Octobre .
On a formé dans la Dalmatie Vénitienne ,
au - delà de Zara , un cordon de 12 mille
hommes , dont 8 mille Efclavons. On en
a déjà tiré un à Cattaro . Enfin , la République
fe donne des mouvemens pour mettre
en état de défenſe fes frontieres du côté de
la Turquie.
Plufieurs familles des Villes bombardées par
les Vénitiens , c'eft - à - dire de Sufe & de Sfax ,
font arrivées à Tunis , à ce que mande une lettre
de cette derniere ville . Ces réfugiés nous
apprennent que les dommages caufés par le
bombardement n'ont pas été fort confidérables ,
puifque les maifons qui compofent ces villes
font en petit nombre & de peu de valeur.
L'Efcadre Vénitienne compofée de 23 Vaiffeaux
de toutes forces , non compris les tranfports
& un brulot , eft arrivée à la Goulette. On ne
fait point encore quels font fes deffeins ; mais
quoi qu'il en foit notre Bey fe conduit avec la
plus grande indolence , & traite les hoftilités
dont nous fommes menacés , comme une affaire
de peu de conféquence. Les troupes de la Régence
font fans Chefs , & qui pis eft ; fans
difcipline . Le Conful d'Hollande nous affure ,
que l'Efcadre Vénitienne n'a d'autre objet que
( 116 )
d'obferver les mouvemens de l'Efcadre Hollandoi
e , qui depuis 18 mois eft ftationnée dans la
Méditerranée ; cependant nos Coriaires continuent
leurs courfes & rentrent quelquefois avec
des prifes.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 25 O bre.
La Banque na onale de S. Charles tiendra
le 29 Décembre prochan laffemblée
générale de fes Act.onnaires , qui fera préfidée
par S. E. le Comte d'Altamira , comme
premier Directeur .
S. E. le Cardinal Colonna de Stigliano ,
ci- devant Nonce du Pape en certe Cour ,
a pris congé de Sa Maj. le 22 de ce mois .
Le même jour , S. E. l'Archevêque de Corinthe
, nouveau Nonce Apoftoli ue , a remis
fes Lettres de créance à Sa Majesté.
Les habitans de Morviedro viennent d'être
témoins d'un fpect cle extraor lina're . On a en--
levé , à l'infigation d'un des Echevins de cette
ville , Doy Henri Palos , les terres qui couvroient
Famphitéâtre de l'ancienne & célebre Saguntum.
On n'a pu parvenir à débarra er que neuf gradins
des quatorze qui compofolent les fieges de
l'ordre équestre. Ne pouvant enlever non plus
toutes les terres qui couvroient l'orchestre , on
s'est contenté de lui donner une pente vers la
fcene. Le 30 Août , le 1er . le 3 & le 4 Sep.
tembre ont été les jours confacrés aux (pectacles
. On a repréſenté plufieurs Tragi- Comédies
elpagnoles & la Tragédie intitulée Sirbé. Le concours
des fpectateurs a été très- grand , & quoiqu'on
n'eût point fçû à Valence que ce fpectacle
devoit avoir lieu , il s'eft raffemblé dans l'am
( 117 )
phithéâtre jufqu'à 3300 perfonnes . On peut juger
que Pen ein e é out fat lom d'eare emplie , puifque
cet amphicare , te on divers Au ears ,
pouvoit contenir jafqu'à 10,000 .
en
Le 1er. de ce mois , la Compagnie des
Philippines a fait fa premiere expédition .
Elle a fat partir le va fleau la Notre Dame
des Plafirs , qui va prende des Fonds à
Lima , a où il fe rendra à Manille .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Nvembre.
Quoiqu'on annonce de nouveau le retour
du Général Elliot , & le départ du Lieutenant
Général Rainsfort , qui doit le remplacer
à Gibraltar en qualité de Lieutenant du
Gouverneur , cette nouvelle eft prématurée ,
& il eft peu probable qu'on revoie ici M. Elliot
avant le printems prochain.
Le compagnon de fa gloire & de fes travaux
, Sir Robert Boyd , Lieutenant - Général
, a obtenu du Roi la permiffion de faire
mettre le nom de Gibraltar fur les drapeaux
de fon Régiment . comme un monument
des tervices rendus par ce Corps & par fon
Commandant durant le Siege de cette Fortereffe.
**
L'on a imprimé le Bill préfenté au Parlement
, concernant une meilleure méthode de
lever les Matelots en tems de guerre. Ce Bill,
qui doit mettre fin aux irrégularités & aux inconvéniens
de la preffe , reparoîtra à la próchaine
feffion ; & nul doute qu'il ne foit admis
avec quelques changemens .
( 118 )
L'Amiral Howe apaffé en revue la divifion
des Troupes de Marine cantonnées à Plymouth.
Il a été tellement fatisfait de leur
difcipline , qu'il leur a tranfmis les remercîmens
de Sa Majefté , remercîmens qui ont été
communiqués aux foldats à la parade. — On
parle d'établir dans le même Port un Corps
de Cadets de Marine , compofé de mille jeunes
gens , & fur le plan adopté en France , à
Breft & à Toulon. Cependant , comme les
Ecoles exiftantes ont formé fuffifamment
d'excellens fujets , on ne croit pas que cette
innovation coûteufe foit agréée du Gouvernement.
S'il faut en croire quelques - uns de nos papiers
publics , le Roi a propofé au Prince de
Galles de lui affigner 100,000 liv. fterl. pour
la dépenſe de fa maiſon , de lui faire accorder
200,000 liv. fterl. pour payer fes dettes , &
une fomme équivalente à la dépenfe de la reconftruction
du Palais de Carleton , à condition
que le Prince confentît à fe marier .
L'époufe , deftinée à cette union , eft la Princeffe
Frédérique - Louiſe Guillelmine , fille du
Prince d'Orange , âgée de quinze ans . On
ajoute que , Sa Maj . ayant donné trois jours
àS. A. R. pour réfléchir fur cette propoſition ,
le Prince a fupplié le Roi de croire qu'il éto r
très - difpofé à fe marier ; quoiqu'il répugnât
engager fa parole pour une Princeffe qu'il
n'avoit jamais vue.
à
Le Miniftre de Portugal a eule 30 une longue
conférence avec les deux Secretaires d'Etat , &
( 119 )
à l'arrivée du Roi à S. James , ils fe font tous
renfermés dans le cabinet de S. Majesté. Il paroît
que depuis qu'il eft queſtion férieufement d'un
arrangement de commerce entre la France & la
Grande- Bretagne , la Cour de Lisbonne cherche
à y mettre des obftacles. Elle craint que l'on
confomme moins de vin d'Oporto en Angleterre
fi les vins de France y trouvent un débit aſſuré
par la fuppreffion des droits. En conféquence
Sa Majefté Très- Fidelle a offert d'annuller toutes
les restrictions dont fe plaignent les facteurs an
glois en Portugal , à condition qu'il fera fait une
remife de quelques droits particuliers fur les vins
du crû des poffeffions portugailes. On dit que les
François , indépendamment de leurs vins , demandent
que l'on permette l'entrée de leurs batiftes
; ils demandent auffi l'admiffion de leurs
eaux-de- vie & de leurs modes ; mais on affure
que ces dernieres propofitions ont été rejettées
par le Gouvernement. Notre commerce avec le
Portugal étoit autrefois bien plus avantageux.
Sur une période de dix années , depuis 1751
jufqu'en 1761 , la balance a été annuellement en
notre faveur de 965,705 liv .; mais d'après une
pareille donnée de 1761 à 1781 , la balance annuelle
n'a pas excédé 224,534 liv.
Mais avec la France , malgré les entraves ,
malgré les défenfes & les prohibitions réciproques
, nous avons obtenu en 1770 , 1771 &
1772 une balance connue de 143,352 liv. par
an ; cela feul fuffit pour faire juger des avantages
immenfes dont nous jouirions fi le commerce avec
cette Puiflance pouvoit devenir libre.
Les contrebandiers Flamands , que les
belles opérations de M. Pitt privent aujourd'hui
de leur principal commerce ,
( 120 )
celui d'introduire le thé en Angleterre ,
ont porté leurs vues du côté de la France
, où les principes prohibitifs ont acquis
une nouvelle vigueur plus la quincaillerie
angloife fera prolcrite , plus elle enchérira
, & plus il y aura d'avantage à en introdaire
Ganduleufement.
Le True Briton , arrivé dans les Dones
la femaine derniere, & qui é oit parti de Sante-
Helène le 8 Août , eft le dernier Bâtiment venant
de la Chine , at endu cette année par
Compagnie des Indes .
la
La Gazetre de Calcutta du 14 Avril dernier
rapporte , à ce qu'on prétend , que le bruit
couroit dans les Etabliflemens François &
Anglois de l'Inde , que le Sultan Tippoo-
Saïb avoit été empoisonné dans une talle de
café par l'une de les concubines ; mais , foit
que la dofe ne fût point affez forte , ou que
le poifon n'opérât que lentement , ce Prince
eut le tems d'appeller un Médecin Perfan qui ,
au moyen d'un antidote , lui fauva la vie. LLáa
coupable ayant été découverte , le Confeil
de Tippoo, en l'abfence de ce Prince alité ,
la condamna à être brulée à petit feu . Cette
Sentence fut confirmée quelques jours après
par le Prince en perfonne. On prépara un bucher
conftruit de façon que le feu ne pût confumer
qu'une buche à la fois . L'exécution de
cette malheureufe a duré, dit on , deux heures
avant qu'elle ait rendu fon dernier foupir.
Perfonne , au refte , n'a reçu ici cette nouvelle
directement.
Pen(
121 )
1
on
Peu de jours avant l'ouragan de la Jamaïque
dont nous avons rapporté les triftes détails
apperçut fur la côte une immenie quantité de
poiffons aglutinés en quelque forte à la furface
de la mer , & qui reffembloient à des fables
mouvans. Les plus anciens habitans de l'ifle ne
fe fouviennent pas d'un phénomêne auffi fingulier.
Dans une des lettres de la même iſle , on
lit le paffage fuivant ;
Le Capitaine d'un bâtiment espagnol qui a relâché
en cetté ifle , nous a appris qu'on avoit
effuyé un ouragan affreux dans le port de la Havanne
, & que les vailleaux qui y étoient mobillés
avoient été fort endommagés . Quatre bâtimens
ont péri ; l'un d'eux venoit de Lima avec
une riche cargaifon. Les maifons fituées fur le
rivage ont eu leurs toirs enlevés ; plufieurs perfonnes
ont été tuées , & des magafins ont été
renversés. Dix bâtimens mouillés le long du quai
ont chaffé fur leurs ancres & en s'abordant ont
reçu de grands dommages. Prefque toutes les
petites embarcations ont été fracaffées. Le Capitaine
a ajouté qu'il craignoit que l'ifle de Cuba
n'eût fouffert confidérablement en cette occas
fion.
"
M. Palmer , Acteur de Drury Lane , a été
nommé Directeur du nouveau Théâtre qu'on
projette d'ouvrir le premier de Mai prochain
aux Goodmans Fields. Ce Théâtre fera ſous la
Jurisdiction du Gouverneur de la Tour. Le
Roi , dit-on , a fait ouvrir une foufcription ,
où les perfonnes les plus diftinguées ont déjà
fourni plus de 30,000 livres fterl. Le Théâtre
fera ouvert été & hiver. Il fera bâti dans l'em-
*
No. 47 , 19 Novembre 1785. £ .
( 122 )
placement où étoit l'ancien Théâtre de Goodmans
Fields. Cet établiſſement fera le plus
grand tort aux autres Spectacles. I.'Acteur
Lee Lewes , long tems prifonnier au banc du
Roi par une fuite de fes mauvaiſes affaires ,
fera , dit-on, employé avec d'autres Acteurs
célebres dont l'engagement eft au moment
d'expirer. C'eft fur cet ancien Licée que l'inimitable
Garrick fit fon premier début.
Ce Théâtre , ainsi que ceux de Drurylane
& de Covent Garden, ſervit deſtiné aux grands
ouvrages dramatiques. Sous ce point de vue,
il obtiendra peut être une tolérance que les
Magiftrats du Comté de Midleſex viennent
de refufer de la maniere la plus énergique à
trois nouveaux lieux de divertiffemens publics
; l'un étoit une falle de concert dans la
banlieue de Londres , fur le plan du Panthéon
; l'autre , un manége dans le goût de
d'Aftley ; enfin , le troifieme , un nouveau
manége , demandé par le fieur Aftley
lui-même. M. Mainwaring, Membre du Par
lement pour le Comté de Midlefex & Prédent
de l'Affemblée, expola en ces termes les,
affreux inconvéniens, de la. multiplicité de
ces petits . Spectacles corrupteurs,
» Nous fommes, actuellement affemblés
dit-il , pour faire des réglemens importans. fue
la police , pour mettre des loix en force , pour
prendre les mefures les plus vigoureuſes pour
réprimer l'excès de diffipation qu'on voit ré-
≫gner parmi toutes les claffes de citoyens ; pour
arrêter le torrent de la dépravation des moure,
( 123 )
& le relâchement des loix dont on fe plaint ge.
» néralement. Irons- nous donc autoriſer de nou
» velles tentations offertes à la pareſſe , au vice ,
» à la corruption ? Ce feront de nouveaux reg
paires pour les voleurs , pour les débauchés ,
» pour les perturbateurs du repos public. Voyez
les beaux effets que produitent tous les lieux
» publics ! Promenez-vous autour des falles de
» fpectacles , & obfervez les ſcenes fcandaleufes
les foirs. Celles qu'on demande à établir en
produiront elles de différentes ? Le public doit
avoir fans doute des amufemens ; mais n'en
a-t- il pas affez , & c. &c. &c . ».
Tous les Magiftrats s'étant rangés fans
débats , à l'opinion de M. Mainwaring; les
permiffions demandées par les trois Entrepreneurs
furent rejettées à l'unanimité.
Le nouveau Lord Maire vient d'établir
dans la Cité une Garde de nuit , chargée
uniquement de purger les rues de femmes
publiques & de vagabonds , & l'on ne doute
pas que , d'après cet exemple , la même
Police ne foit adoptée dans le quartier de
Weſtminſter.
On voit à Rye , dans le Comté de Suffex ,
une jeune femme âgée de vingt - deux ans , appelée
Marguerite Gascoigne , qui felon ton propre
récit , & celui des Médecins qui l'ont vifiée
eft enceinte depuis près de trois ans. E le a ref
fenti régulierement tous les neuf mois les tra
vaux de l'enfantement . Ce phéromone prouve
combien un corps réduit à la fituation la plus
déplorable peu : être foutenu par la rater . Sa
taille eft effrayante , & les mouvemens de l'embryon
( fi tant eft que ce foit un enfant ) font
A
f 2
(41242)
furprenans. Pour tempérer ces douleurs , elle
eft obligée de prendre beaucoup d'opium . -OR
a appris ces détails par une lettre qu'elle a
fait écrire à un de fes amis à Londres , ne pouvant
point écrire elle- même , parce que depuis
huit mois elle garde le lit , & la chambre depuis
plus de deux ans. M. Mackrell , Médecin
à Rye , qui l'a traitée , attefte la vérité de ce
fair.
Le Général Advertiſer a publié en ces termes
un Avertiffement extraordinaire.
cc On demande tout de fuite un homate d'une
habileté confommée , grand maître dans l'art
de la perfuafion , & qui foit en état de faire .
croire au peuple qu'il eft riche dans fa pauvreté,
libre dans fon efclavage , & que la taxe des
boutiques eft pour lui une bénédiction. Toute
perfonne qui fera capable de cet emploi -rece
vra les plus grands encouragemens , & peut
s'adreffer à l'hôtel de la Prérogative , Downing
» Street ». ( rue du quartier de Weſtminſter , où
Joge M. Pitt.
?
Le Général Conway fe promenant l'un de ces
matins à fa campagne de Parh- Place , vit un
homme couché fur le grand chemin , & mort
en apparence. L'ayant interrogé , ce malheureux
lui répondit , avec l'accent de l'infortune
que différentes pertes avoient ruiné fon commerce
& l'aifance dont il jouiffoit ; que réduit à la
mifere depuis plufieurs mois , & honteux de demander
, il avoit pris le parti de fe présenter à
un hofpice de charité de la Province ; mais que
n'ayant pris depuis trois jours d'autre nourriture
que quelques bayes fur les haies , il s'étoit trouvé
dans un état de foibleffe qui le mettoit hors
d'état de continuer fa route. Vivement affecté
125 ( ) 125
de ce récit , le vieux Général courut à fa maiz
fon , envoya un de fes domeftiques au pauvre
Marchand , lui fit donner un bon lit & les alimens
les plus reftaurans , & le vifita lui même plu
fieurs fois. Après l'avoir gardé plufieurs jours
jufqu'à ce qu'il eût demande à fe retirer , le Gé
néral lui donna une guinée pour ſe rendre à
Londres, lui promit toute la protection pour rétablir
les affaires , pour trouver un emploi ,
& lui offrit fa table pendant tout le tems qu'il le
jugeroit néceffaire .
Le 14 d'Octobre , les Magiftrats de la Paroiffe
de Hardwick, dans le Comté de Bucks,
ont examiné le corps de John Hicks , qui traverfant
les champs le 12 , pour revenir chez
fui avec un autre homme & un enfant de
10 ans , fut frappé de la foudre pendant un
violent orage. Son chapeau , fa chemife , for
habit , fa velle & fes culottes ont été déchirés
& brûlés , Sa boucle de col qui étoit d'argent
, a été fondue ; une paire de gros fou
liers neufs qu'il avoit mis le même jour , ont
été également déchirés , & les cloux dont ils
étoient garnis , arrachés. Enfin , fon corps a
été meurtri en beaucoup d'endroits . L'homme
& l'enfant qui l'accompagnoient, frappés
par le même coup de foudre , font reftés fans
connoiffance plufieurs heures.
La Comteffe de Bedford , époufe du cinquieme
Comte de ce nom , & mere du généreux Lord
Ruffel , décapité fous Charles II , mourut avant
la promotion de fon mari à la dignité de Duc.
Sa mort fut très- finguliere. Cette femme accomplie
, étoit fille de Robert Carr , Comte de Som
f ;
( 126 )
rens ,
merfet , & de la libertine Comteffe d'Eſſex. On
lui avoit toujours caché la conduite de fes pa-
& l'affaffinat du Chevalier Thomas Overbury
; tout ce qu'elle en favoit étoit leur mé
fintelligence conjugale , qui s'étoit accrue au
point que , dans les derniers tems , ils habitoient
la même maiſon fans jamais le voir. Etant un
jour dans la chambre du Comte fon époux
abforbée par la perte de leur fils , le Lori Ruffel ,
le Comte fortit un inftant pour affaire ; elle
apperçut , machinalement à ce que l'on croit
un mince volume in - fol. dont le titre étoit ,
procès du Comte & de la Com :effe de Sommerfet.
Elle le prit avidement , & l'ayant feuilleté , elle
fut frappée comme d'un coup de foudre de l'op
probre de fes parens. Elle tomba évanouie &
fut trouvée morte par fon mari , avec le livre
ouvert à fes pieds .
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 10 Novemb.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Saint-
Malo , l'Abbé Cortois de Preffigny , Vicaire
général de Langres ; à l'Abbaye d'Ourfcamp,
Ordre de Câteaux , Diocèle de Noyon
l'Archevêque de Bordeaux ; à celle de Saint-
Ferme , Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de
Bazas , l'Abbé de Vichy , Aumônier de la
Reine ; à celle de Claire Fontaine , Ordre
de Saint Auguftin , Diocèfe de Chartres ,
l'Abbé d'Ozier , Vicaire général du même
Diocèfe ; à celle de la Clarté - Dieu , Ordre
de Cîteaux , Diocèle de Tours, l'Abbé Seve ,
( 127 )
Vicaire général de Verdun à celle réguliere
de Blandecque , même Ordre , Diocè e de
Saint- Omer , la dame Hadouart, Religieufe
profeffe de la même Abaye ; & à celle
réguliere de Woëſtines , même Ordre &
même Diocèfe , la Dame de Briois , Religieufe
profeffe de la même Abbaye.
Le Prince d'Aremberg , le Marquis de
Biencourt-Pontrincourt , le Comte Hypolite
de Chabrillant , le Vicomte Henri de Belfunce
, le Chevalier de Belfunce , le Comte
Bruno de Boifgelin , le Comte de Grouchy ,
le Comte de Boifdenemets , le Comte de la
Saumés , le Comte de Roys , le Comte de
Rully , le Comte le Preftre de Lezonnet , le
Comte de Murat & le Chevalier de Sariac ,
qui avoient précédemment eu l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , le 3 de
ce mois , celui de monter dans les voitures
de Sa Majesté & de la fuivre à la chaffe.
Le 8 , le Traité définitif de la Paix entre
l'Empereur & les Etats Généraux des Provinces
Unies des Pays Bas , a été figné ici
par leurs Amba Tadeurs reſpectifs , fous la
médiation & la garantie du Roi.
DE PARIS , le 16 Novembre.
On a rendu public le jugement porté par
un Confeil de Guerre , tenu aux Invalides ,
contre M. de Viantaix , qui eft condamné à
20 ans de prifon pour s'être décoré induement
de la Croix de Saint -Louis . Cette Sene
f 4
( 128 )..
tence , dit-on , pourra être fuivie d'une Ordonnance
qui obligera les Chevaliers à porter
dorénavant la Croix de l'Ordre , ainfi que
l'exigent les Statuts , au lieu d'un fimple
ruban rouge
.
Un Arrêt du Confeil d'Etat du 30 Octobre
1785 , concernant le fervice de la Pofte
aux chevaux , relais & meffageries , porte ce
qui fuit :
;
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui eft relatif au fervice des Poftes , a reconnu
que depuis la fuppreffion de la charge de Grand-
Maitre & Surintendant général des Poftes & Relais
, ce fervice s'étoit accru & perfectionné dans
toutes les parties qui en dépendent : Et Sa Majefté
ayant confidéré que fon état actuel pourroit s'améliorer
encore , fi l'Adminiftration des Haras étoit
réunie aux différens établiflemens qui emploient
un grand nombre de chevaux , Elle a jugé à propos
de féparer du fervice de la Pofte aux lettres
celui des relais de Poftes & celui des Meffageries
en tant qu'elles auroient rapport auxdits relais
Sa Majefté a pris en même temps toutes les mefures
néceffaires pour que les facilités qui en réfulteront
à l'avantage de ces différens fervices
ainfi réunis , n'empêchent pas que celui de la
Pofte aux lettres ne continue de fe faire avec autant
de célérité , de régularité & d'exactitude que
par le paffé. A quoi voulant pourvoir , &c. Sa
Majefté étant en fon Confeil , a confirmé & confirme
la difpofition de l'Edit du mois d'Août
1726, portant fuppreffion de la charge de Grand-
Maître & Surintendant général des Poftes , Courriers
& Relais de France , & celles des Edits de
Mars 1728 & Mai 1783 , qui ont fupprimé les
autres charges & offices fur les Poftes ; ce faifant ,,
( 129 )
Ordonne qu'il fera créé & établi une charge de
Directeur général des Poftes aux chevaux , Relais
& Meffageries de France , de laquelle fera pourvu
le fieur Duc de Polignac , pour en exercer les
fonctions , ainfi & de la même maniere que le
fieur Marquis de Polignac exerce celles de Directeur
général des Haras , avec furvivance réciproque
& réunion au décès de l'un d'eux Veut
en conféquence Sa Majefté que l'Adminiſtration
de la Pofte aux lettres foit , à commencer du rer.
Janvier prochain, féparée de celle des Pofles, aux
chevaux & de celle des Meff geries en tant qu'elles
y ont rapport , & qu'elle continue d'être
exercée par le fieur Baron d'Ogny ; avec adjonc
tion & furvivance de fon fils , aux mêmes titres ,
prérogavives & émolumens dont il a joui jufqu'à
préfent ; le réfervant Sa Majefté de fixer par un
Reglement particulier , les limites de chacune
deldites Adminiftrations , & les fonctions.refpe&ives
de ceux qui en feront chargés , &c .
Le ridicule que nous nous fommes permis
de jetter dans le pénultieme Nº. de ce
Journal , fur un canal du Rhône , de l'invention
de quelques Nouvelliftes à la main ,
rend néceffaires certains éclairciffemens ultérieurs
fur cet objet . Le projet d'ouvrir un
canal , foit de changer le lit du Rhône , en
tout ou en partie , de Geneve au point d'engouffrement
, de tirer ce fleuve effrayant
par fa profondeur & par fa rapidité , des
précipices où il eft encaiffé , depuis le fort
de l'Eclufe fur une efpace de deux lieues ,
pour en porte: les eaux dans un aqueduc en
maçonnerie für les pentes du Grand - Credo ,
coupées de ravins qui renverfent chaque an
( 130 )
née des rochers , des terres , des maifons ,
les ponts même les plus folides , eft une
entreprife qui , quoique réellement conçue
plus d'une fois , mérite peu qu'on en parle.
férieufement. Il faut la laifler dans l'oubli
dont quelques Gazettes l'avoient tirée, pour
annoncer qu'il existe un plan tout différent,
& dont l'exécution , fi elle eft confiée à des
mains prudentes & habiles , feroit un monument
de grandeur , de hardieffe & d'uti
lité. Il s'agiroit de fufpendre en quelque
forte les eaux du Rhône par un Barrage audeffus
de la cataracte qui précéde fon engouffrement
, de les faire refluer , & d'en
élever le niveau à foixante pieds au deffus
de leur hauteur actuelle , jufqu'au fort de
P'Eclufe ; ce qui formeroit un lit fpacieux
d'un cours tranquille , & couvriroit les précipices
, fans inonder les rives , vu les deux
chaînes de montagnes , hautes de 4 à 500
piels , qui les forment. Cette navigation de
deux lieues ainfi rendue praticable , il ne
refteroit plus qu'à pratiquer un canal depuis
Pemplacement même de la digue où barrage
, à 60 pieds d'élévation , fur une longueur
d'environ 3600 toifes , favoir du pont
de Lucey où le Rhône s'engouffre jufqu'au
ravin de Ringe. Telle eft l'idée générale de
c magnifique ouvrage , dont les nivellemens
ont été faits , les obſtacles à vaincre appréciés
, & les moyens calculés par Gens
expérimentés. A Ringe , les eaux du canal retomberoient
dans le lit naturel du Rhône ,
( 131 )
navigable delà jufqu'à la Méditerranée. Les
60 pieds de pente qu'on lui ôteroit fur 159
qu'il en a depuis Geneve à l'engouffrement ,
rendroient à la navigation cet espace de fix
lieues. Quelques travaux peu difpendieux à
Geneve même , qui deviendroit l'entrepôt
d'un commerce immenfe entre le nord & le
midi , permettroient aux barques de defcendre
& de remonterlibrement le fleuve qui
traverſe le lac éman . Dans celui - ci fejette en
tre Morges & Laufanne la petite riviere de la
Venoge , dont les eaux abreuveroient un canal
de communication entre le lac de Geneve &
celui de Neuchâtel ; canal commencé d'Entreroches
à Yverdun au dernier fiécle pour le
tranſport des vins du pays de Vaud , fur
une longueur de 4 lieues , & dont les barques
qui le parcourent portent 3 à 400 quintaux
. Ce qui refte à achever de cette communication
forme un efpace de trois lieues
& demi, & ne coûteroit pas deux cent mille
livres . Une fois arrivés au lac de Neuchâtel
, les tranfports y trouveroient la Thiele ,
riviere navigable qui fe jette dans le lac de
Bienne , & de celui ci dans l'Aar , grande
riviere qui , après avoir arrofé une partie des
Cantons de Berne & de Soleure , va s'unir
au Rhin à Valdshut. Par l'exécution de ce
grand projet dont les avantages font inappréciables
, on obtiendroit une navigation
non interrompue de 360 lieues de l'Océan à
la Méditéranée . Les travaux fur le Rhône
£ 6
( 132 )
peuvent s'exécuter avec cinq ou fix millions
au plus.
Nous avons reçu la Lettre fuivante , qui
ne peut être trop connue dans les ports de
mer.
Il regne , Monfieur , fur nos vaiffeaux , une
colique particuliere dont les fymptômes font les
mêmes que ceux de la colique des Peintres : parmi
les écrivains qui en ont fait mention , & qui
Yont en petit nombre , il en eſt un qui a remarqué
ce rapport fans varier ; mais aucun n'en a
rencontré la véritable caufe : tous entraînés par
l'ancienne hypothèſe fur la dégénération de la
bile , à laquelle on attribuoit autrefois auffi la
colique des plombiers , ont pensé que celle des
gens de mer venoit de cette acrimonie & de cet
épaiffiffement prétendu de la bile , & ont établi
leur opinion fur cette théorie furannée.
Mes recherches faites , il y a plufieurs années ,
fur ce qui concerne les maladies caufées par le
plomb & fes préparations , m'ont toujours porté
à redouter les couleurs dans tous les lieux où je
les ai vues employer. Vingt ans au moins de féjour
dans la Ville où j'ai pris nailance , & dans deux
ports voifins , l'un du Roi , & l'autre de com
merce , m'ont mis à même de monter fouvent à
bord des vaiffeaux , où j'ai pu me convaincre de
l'infection de leur intérieur : j'ai dû , dans la fuite,
a confirmation de ces faits à un travail fur les maladies
les gens de mer , dans lequel j'ai été aidé
par les confeils de Créoles très - éclairés , & des
Officiers de Marine du premier ordre,
Il eût été difficile de méconnoître la caufe da
la colique des gens de mer , aux figues qui la caractérisent
, à la manière particuliere avec la
quelle elle affecte l'Etat- Major , dont les chambres
font toujours peintes , enfin à la préſence
7133 S
de la conleur & à fon odeur , qui produisant la
colique des Peintres à ceux qui habitent trop tôt
les appartemens nouvellement peints , ne pouvoit ,
manquer d'en faire autant dans les chambres & les
entreponts , dont l'air furchargé de moffettes , ne
peut fouvent le renouveller , quand les fenêtres
& les fabords font fermés à caufe du mauvais
tems , ce qui arrive très - fréquemment.
Auffi , après avoir médité mon fujet , & m'être
convaincu par tous ces faits des malheurs qui pouvoient
en résulter , j'ai formé des voeux pour la
réforme de la peinture intérieure des vaiffeaux ,
dans un Mémoire approuvé dans une affemblée
publique de la Faculté , imprimé , & publié fous
la protection du Gouvernement , & accueil par
tous ceux qui favent voir , & qui ont l'ame honnête
& défintéreſſée . Un événement affreux ar➡i
rivé fur un vaiffeau du département de Brest ,
achévera de convaincre ceux qui pourroient encore
en douter. Je le tiens de M. le Chevalier
Hotte , qui a bien voulu m'en donner les détails ,
écrits de fa main.
» Il eft à ma connoiffance que M. le Chevalier
de Marigny , commandant la frégate du Roi le
Serin , en venant de Breft à la Martinique , dans
L'année 1775 ou 1776 , a été empoisonné par
la peinture de fon vaiffeau ; il en a eu des coliques
dont il a beaucoup fouffert en Amérique :
il y a prefque toujours été malade , & à fon retour
il a été obligé d'aller aux eaux . Son fecond
eft mort des fuites de la maladie occafionnée par
la peinture , & fon Chirurgien major , après avoir
fouffert les plus cruelles atteintes de colique , s'eft´
embarqué mourant , & n'a trouvé de foulagemental
fon retour qu'aux eaux . M. Brelé , aujourd'hui
Médecin de l'hôpital de Breft , a fait
les fonctions de Chirurgien major au retour de
la frégate en France ; il peut attefter le fait ,
134 )
ainfi que M. le Chevalier de Marigny , Major
de la Marine de Breft , & Capitaine de vaiffeaux
du Roi : prefque tout fon Etat Major a eu la ma
ladie ».
J'ai l'honneur d'être , &c. Signé , GARDANNE.
On trouve dans le Journal de Guienne un
plan très-curieux des conftructions projettées
fur l'emplacement du Château Trompette.
Voici comment le Redacteur de ce Journal
expoſe ce devis magnifique..
Le terrein actuellement accupé par le Château
& les Glacis , offre un exagone irrégulier , dont
le plus grand côté , borte par la Garonne , en
forme d'arc , a 200 toifes d'étendue . C'eft fur
cette ligne , prife pour baſe , en face de la riviere ,
qu'on doit élever une place de 900 pieds de
longueur , de 450 de profondeur, décorée du nom
de Lonis XVI , & d'un ob lifque érigé à la gloire..
Cette place , demi- circulaire , fera percée de treize
rues de 54 pieds de largeur chacune , formant
treize rayons dirigés fur fon centre. Réunies &
liées aux façades de la place , les treize rues s'ouvriront
en autant d'arcs de triomphe. Trois abou
tiront á la rue Porte- Richelieu , une à la placé
de la Comédie deux aux allées de Tourny ,
une à la place S. Germain , ayant une direction
droite fur le centre des deux places , trois aux
Cours de S Seurin ; les trois dernieres à une rue
[ rue de Monchy qui fera ouverte pour établir
la communication entre la ville & le faubourg
des Chartrons Le refte de l'emplacement formera
huit rues d'une largeur moins confidérable. Les
deux traverfales auront 50 pieds chacune ; l'une.
[ la rue de Vergennes ] , prenant à la place de
la Comédie , aboutira au Cours S. Seurin ; l'autre
[ rue de Mouchy ] , commençant au quai projetté
[ quai de Calonne } , rendra dans la rue de Vers
( 135 )
gennes. Les fix autres rues , larges feulement de
24 pieds , formeront des communications avec
les nouveaux quartiers. Les façades du pourtour
de la place & des bâtimens en aîles qui l'accom
pagneront , feront élevées de deux étages , couronnées
d'un attique , & ornées d'une architec
ture d'ordre compofite.
C'eft M. Louis , célebre Architecte , fi connu
par la belle falle de fpectacle qu'il a fait conftruire
à Bordeaux , qui eft chargé de diriger ces nou
veaux édifices : il doit fe rendre inceffamment
dans cette ville.
L'Académie de Montauban propofe pour
fujet du prix d'Eloquence qu'elle diftribuera
le 25 Août 1786, l'éloge du Marquis de Pompignan.
Ce Prix confifte en une fomme de 450 l.;
& pour fujet du Prix de Poëfie : l'Influence .
du climat fur le génie.
Le Salon de la Correfpondance fera ouvert
pour la premiere fois après les vacances d'automne
, Jeudi prochain 24 du préfent mois , &
continuera de l'être tous les huit jours en la
maniere accoutumée , toujours à l'Hôtel Villayer
, rue St. André des Arcs . M. de la Blanche
ie , Agent général de Correspondance pour
les Sciences & les Arts , de retour de fon voyag™
ge , recevra l'affemblée. Les objets à expoſer ,
doivent être envoyé , le Mardi au plus tard
Toute forte de perfonnes font admifes au
Salon , deruis midi jufqu'à deux heures . Pour être
reçu à l'affemblée de l'après midi , depuis cinq
heures jufqu'à neuf, il ne faut point de billets.
Tous les Savans , les Gens de Lettres , les Artiftes
ou Amateurs nationnaux & étrangers , de
l'un & l'autre fexe , qui fe font connoître à
J
7
( 136 )
l'Agent général , peuvent jouir de ce point de
réunion gratuit.
M. de Fourcroy , Docteur en Médecine
de la Faculté de Paris , Profeffeur de Chi-'
mie au Jardin du Roi , &c. commencera un
Cours d'Hiftoire Naturelle & de Chimie ,
le 16 Novembre à 11 heures du matin ,
dans fon laboratoire , rue des Bourdonnais ,
à la Couronne d'or.
N. B. Nous devons relever plufieurs
inexactitudes de la Notice des Pieces Dramatiques
, jouées à Fontainebleau , telle
qu'elle a été imprimée dans le dernier Nº .
--
Virginie n'eft point de M. de la Harpe , & eft
anonyme fur le répertoire. Sérnis , ou plu
tôt Céramis , n'y a jamais été. Le Mariage
fecret & le Portrait font de M. Desfa cherais , &
non pas de M. Desfontaines. L'Oncle & les deux
Tantes n'a pas été donné. Le Page fuppofe fut fupprimé
aux répétitions. La Dot n'eft point en vers
& eft de M. Desfontaines , mufique de M. d'Aleyrac.
C'eft Coradin qi eft de MM . Manquitot &
Bruni , & non pas Brunett, Le Jeu de l'Are
n'existe pas . Cétoit le Prix de l'Arc , paroles
du Marquis de la Salle , musique de M. de Saint-
Amans , qui a été ôté du répertoire même avantle
voyage.
Ajoutons qu'outre Dardanus , le Mariage
fecret a réuffi , & que le Jaloux fans amour
par M. Imbert , a confervé le fuccès mérité
qu'il avoit obtenu dans la Capitale. Nous
ne dirons rien de Pénélope , fur laquelle les
voix font partages , & des reprefentations
de laquelle nous n'avons pas été témoins..
( 137 )
7 Dans le pénultieme N°. il s'étoit également
gliffé une erreur au fujet de la penfion
de 2000 livres accordée à M. Bailly. La
penfion qu'a obtenue cet eftimable Académicien
, n'eft point celle qu'avoit M. Thomas.
Lorfqu'il fe gliffe de pareilles erreurs
dans le Journal , on doit croire qu'elles ne
viennent jamais de notre part , & nous
prions les perfonnes qu'elles intéreffent ,
de nous adreffer directement leur défaveu
, dont nous nous emprefferons de faire,
ufage.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 19 , 81 , 10 , 86 , & 70 .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 13 Novembre.
La plupart des Régimens Autrichiens ,
venus dans nos Provinces l'hiver dernier ,
partent ou fe préparent à partir. Le Corps
Franc de Stein a été réformé ; on a laiffé aux
foldats leurs habits & 4 florins d'Empire ;
plufieurs ont pris parti dans les troupes Hollandoifes.
Suivant les dernieres lettres de Paris , tout
étoit convenu entre les Plénipotentiaires refpectifs
, & le Traité de Paix final de notre
Cour avec la Hollande , a dû être figné le
à Fontainebleau . M. le Comte de Mercy ,
( 138 )
à ce qu'on prétend , ayant refufé de reconnoître
la fouveraineté de l'Efcaut , dans les
termes requis par les Hollandois on eft
convenu d'inférer dans le nouveau Traité ,
l'article concernant ce fleuve , tel qu'il fe
trouve dans le Traité de Munſter.
Quoique les Editeurs de quelques Papiers
publics euffent ordonné au Prince d'Orange
de revenir à la Haye tout de fuite , afin d'af
fifter à l'affemblée de l'Ordre Equeſtre , qui
dû nommer un fucceffeur dans cet Ordre
au feu Général de Maafdam , le Stathouder
& fa Cour font partis de Leuwarde & fe
rendent au château de Loo en Gueldres , où
LL. AA. SS. prolongeront vraisemblablement
leur domicile , puifque le refte de leur
maifon a quitté la Haye dans le deffein de
les rejoindre.
Le Samedi de ce mois , les Etats de
Hollande ont arrêté leur Réponse à la Lettre
du Roi de Pruffe , & l'on affure que l'Ordre
de la Nobleffe , ainfi que quelques villes, ont
refufé leur approbation.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres,
" Comme il y a fort long- tems qu'il n'a été
parlé de l'attentat commis contre les papiers de
l'ancien Veld- Maréchal de la République , S. A,
S. le Duc de Brunſwick , on a cru peut- être que
comme cette affaire tient encore aux querelles
républicaines , elle éprouveroit le fort de toutes
celles de la même nature , qui font d'abord grand
1
( 139 )
bruit , & qui enfuite s'affoupiffent infenfiblemem.
Une lettre récente d'Aix - la- Chapelle , que nous
allons tranſcrire , pourra fervir à détromper ceux
qui auroient cette penfée , & leur indiquera jufqu'à
quel point ce fameux procès eft avancé.
Les prifonniers qui avoient formé le projet
d'enlever les papiers du Duc de Brunfwek font
toujours tenus dans les prifons de cette Ville , &
il eft probable qu'ils y refteront encore longtems
, par un événement trop fingulier pour que
le public l'ignore. - Le Mayeur de cette Ville ,
le Baron de Geyt , & les deux Echevins Commiffaires
ayant fini les interrogatoires dont le
protocole eft dépofé au Siege des Echevins ,
Avocat Fifcal de S. A. Electorale Palatine a
donné fon rapport avec les conclufions refpectives
; mais cet écrit ne fe trouvant pas du goût
de Mgr. le Duc & du Mayeur , celui - ci l'a retiré
, & en a fait dreffer un autre qui eetffectivement
paroît beaucoup mieux conçu , & qu'on foupçonne
être de l'Avocat dont S. A. fe fert pendant
fon féjour ici.
On fe doute bien que cette ſubſtitution a fait
jetter les hauts cris à l'Avocat Fifcal , qui y
croit fa réputation & fon honneur outragés. Il
en a porté des plaintes à le Régence de S. A. E
à Duffeldorf , qui décidera lequel des deux rapports
fera partie des actes , ou celui du Fifcal ,
ou celui qu'on a fubftitué . En attendant les prifonniers
reftent dans leurs cachots , & gémiffent
fur l'incertitude des droits & ftyles unités en matiere
criminelle. On ne doit donc attribuer qu'à
cot événement le retard apporté dans la décifion
d'une affaire qui révélera , dit-on , d'affreufes vérités.
Il y en a qui prétendent que nos Juges
fent affez portés d'en déferer le jugement à une
célebre Univerfité , pour fe mettre à l'abri de
toute critique ( Gaz. de La Haye , nº. 133 ).
( 140 )
Il y avoit déja quelque tems qu'on n'enten
doit plus parler de la fameufe affaire des prifonniers
arrêtés à Aix- la- Chapelle , comme ayant
voulu enlever les papiers du Veld - Maréchal Duc
Louis de Brunswick ; elle ſe réveille aujourd'hui
& l'on apprend avec la plus grande furprife , que
les Juges d'Aix- la- Chapelle ont envoyé à ceux de
la ville de Dordrecht certains articles , extraits
des interrogatoires qu'ils ont fait fubir à ces Prifonniers
, & qu'ils demandent que fur les faits ou
dits y contenus l'on interroge M. de Gyfelaar ,
Confeiller- Penfionnaire de ladite Ville . ( Gaz,
de Leyde , no. 189 ) .
On débite à Ratisbonne , depuis deux jours ,
une brochure qui commence à faire du bruit.
Elle n'eft que de deux feuilles d'impreffion , & a
pour titre Réflexions fur l'équilibre de l'Europe &
de l'Allemagne par rapport à l'échange de la Baviere:
L'Anonyme s'attache à prouver « que lorsqu'une
des cinq grandes Puiffances de l'Europe prend
des arrangemens pour devenir plus forte que
chacune des autres en particulier , celles- cr
doivent s'y oppofer dès le principe , & ne pas
attendre que la Puiffance ambitieufe effectue
ofon plan d'agrandiffement ». Car , dit- il , le
) projet manifefté de devenir plus puiffant , eft une
véritable attaque faite à l'équilibre. « Mais il ne
voudroit pas que les Etats de l'Empire fe m
laffent en rien de cette querelle , felon lui , ils
» doivent garder la plus exacte neutralité , & lai-
» fer démêler la fufée aux grandes Puiffances »,
L'Anonyme veut paroître impartial , parce qu'il
ne parle pas dans le corps de ce petit ouvrage ,
de l'échange de la Bavieres mais il foutient que ,
tout échange de territoire peut devenir dans la fuite
très-préjudiciable aux autres Etats de l'Empire & de
Europe ( Gaz. d'Amſt. n°. 89 .
( 141 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Caufe entre les Syndics & Directeurs des Créanciers
Bronod & le Recteur du College de Moulins.
Arrérages de rentes conftituées prefcrits par
cinq ans.
Cette preſcription eft établie par l'article 71
de l'Ordonnance de Louis XII , de 1510. Le
motif de cette loi a été la préfomption de paiement
qui s'éleve toujours en faveur du débiteur
, lorfque le créancier a gardé le filence
pendant un espace de tems confidérable , & la
dureté de nombre de Créanciers qui laiffoient
accumuler plufieurs années d'arrérages pour
avoir occafion de faire des pourfuites , & faire
vendre les biens de leurs Débiteurs ; en conféquence
, le Légiflateur s'exprima en ces termes
: « Nous , confidérant tels contrats être
» odieux & à reftreindre , ordonnons que les
>> acheteurs de telles ventes , ne pourront demander
que les arrérages de cinq ans : & fi
outre iceux cinq ans , aucune année des arrérages
étoit échue , dont n'euffent fait queftion ,
ne demande, ne jugement, ne feront reçus à le
» demander , ains en feront déboutés par fins de
» non-recevoir , & en ce non compriſes les
rentes foncieres portant directe ou cenfive.
Le Créancier à qui on oppofe la preſcription ,
n'eft pas admis à déférer au Débiteur te ferment
fur le paiement des arrérages antérieurs
à ceux des dernieres années ; on l'a jugé
plufieurs fois , & l'Arrêt rendu en cette caufe
eft une nouvelle confirmation de ce principe.
:
Le College de Moulins a changé plufieurs
fois de chef ; il étoit anciennement gouverné
par des Jéfuites ; depuis l'extinction de cette Société
, il a été fucceffivement adminiftré par
( 142 )
---
des Réguliers & des Séculiers. En 1780 ;
le regime de ce College fut ôté à ceux que
l'avoient , & fut confié aux Oratoriens. En
1763 , ce College ayant beaucoup de réparations
à faire à les bâtimens , il fut autorifé ,
pir des lettres- patentes , à faire un emprunt.
Il parcit que feu Me . Bronod , Notaire , a qui
l'on s'adreffa , prêta lui même une fomme de
4000 liv. dont il fut paffé contrat de conftitution
d'une rente de 200 liv . En 1767 ,
remboursement de 2100 livres , ce qui réduifit
le capital à 1900 liv. & la rente à 95 liv . Depuis
cette époque , il n'y a eu aucune trace
de paiement de la rente , ni du remboursement
de 1900 liv. de capital ; il n'y a pas meme eu
de demande formée à cet égard. En 1782 ,
les Créanciers Bronod ayant trouvé dans fes
papiers le contrat originaire de la rente de
200 liv. dûe par le College , & réduite à 95
liv. par le remboursement de 2100 liv . fait en
1767 , dont meation étoit faite en marge , fans
aucune quittance d'arrérages d. puis ce tems , ont
fait affigner en 1784 , le Recteur du College , à
l'effet de payer 17 années des arrérages de la
rente. Le Recteur convint dans une lettre , qu'il
se trouvoit , fur les regiftres du College , aucune
mention ni de l'emprunt , ni du rembour
fement , ni de l'acquit des arrérages ; mais excipant
de la prefcription établie par l'Orionnanee
de 1510 , il offrit de payer cinq années d'ar
rérages , & de continuer à Pavenir.-
Créanciers voulant tirer avantage de l'aveu inféré
dans la lettre du Recteur , foutinrent les offres
mulles & infuffifantes , & perfifterent à demander
le paiement defdites 17 années d'arrérages , Le
College de fon côté continua d'oppofer la fin
de non-recevoir'; réſultante de la preſcription
Les
( 143 )
des années antérieures aux cinq dernieres. C'eft
dans cette circonftance , que les premiers Juges
ont déclaré les offres du College bonnes & valables
, & débouté les Créanciers du furplus de
leur demande , avec dépens.
Sur l'appel des Créanciers , Arrêt du 3 Juin
1785 , confirmatif de la Sentence.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
On ne doit point de dommages- intérêts pour raifon
de chofes jettées par la fenêtre dans l'intérieur
d'une maison.
Un Commiffaire du Roi faifoit renouveller
le terrier du Comte de Pezenas ; il étoit logé
dans la maifon du fieur Strozzy , Maréchal des
Camps , & tous les Cenfitaires s'y rendoient pour
faire leurs déclarations & acquitter les arrérages
des droits Seigneuriaux . La Demoiselle Chabbert
s'y rendit comme les autres : dans l'inftant
qu'elle entra dans la cour , le nommé Marié
Cocher du fieur Strozzy , jetta du fecond étage
un faiſceau de paille & de bois , qui tomba fur
elle , la renverfa , & lui cafla les jambes.
La Demoiselle Chabbert intenta une action en
dommages & intérêts contre Marié & le fieur
de Strozzy, comme garant des faits de fon Cocher.
Le premier Juge admet Marié à prouver
qu'il avoit crié gerre avant , de jetter ; fur l'appel
, la Cour , évoquant le principal , & y faifant
droit , a mis les parties hors de Cour , dépens
compenfés.
PARLEMENT DE NORMANDIE.
Privilege de Saint-Romain .
Par Arrêt rendu le 5 Mai 1785 , jour de l'AG
cenfion , les Chambres affemblées , au rapport
de M. de Guichainville , le nommé Girard , compagnon
Epinglier , condamné par Sentence du
Bailliage de Verneuil , du 19 Novembre 1781 ,
( 144 )
2
st
à être pendu , pour avoir tiré le 9 Juin 1782 ,
un coup de fufil fur le nommé Melociel , mort
de fa bleffure le 18 du même mois , à été jugé
digne du privilege de S. ROMAIN. Pour
avoir des notions exactes , relativement à ce privilege
, qu'on appelle auffi privilege de la
Fierté , à caufe de la Châffe où font renfer
mées les Reliques de ce faint Prélat . On peut
confulter Dupleffis , deſcription de la Haute-
Normandie , tom. 2 , page 29 Dom Pommeraye ,
Hift. des Archevêques de Rouen , page 125 , &
Pafquier , en fes Recherches für la France.
Ce Privilege appartient au Chapitre de l'Eglife
Cathédrale de Rouen : voici en quoi il confifte
Tous les ans, le jour de l'Afcenfion , les Chanoines
choififfent un criminel digne de mort ,
parmi tous ceux qui font dans les prifons de
la ville ils en préfentent le nom Parlement
affemblé , le matin du même jour , & après
que la Cour a entériné la grace da coupable , &
que celui - ci a enlevé trois fois fur les épaules
dans un endroit éminent de la place de la baffevieille
Courla Châffe du Saint , on le conduit
proceffionnellement à la Cathédrale , d'où
après une exhortation de la part du Doyen du.
Chapitre, il fe, retire chez le Maître de la Confrairie
de S. Romain , où il trouve un fouper
fomptueux & une chambre élégamment ornée.
S'il eft pauvre, le Maître lui donne de l'argent
pour le vetir & faire route jufques chez lui ; il eft
défendu fous des peines très - graves de reprocher,
le crime à celui qui a profité de ce privi
Lege.
ら
*
Ն .
ՎԱ
A
તંત્રનું
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 6 Novembre.
La régné ici le 30 Octobre un ouragan
Iterrible
terrible du fud- oueft , qui fit groffir la mer
d'une maniere prodigieufe . Une eftafette de
Warberg en Suede , arrivée à Helfingor , a
apporté la défagréable nouvelle que dans la
tempête du 11 Octobre , il a péri pluſieurs
bâtimens étrangers.
Un placard royal , du 19 Octobre, permet
jufqu'à la fin de Juillet prochain la libre importation
de grains dans les Evêchés méridionaux
de Norwege.
La réduction projettée du militaire dans la
Norwege vient d'être exécutée ; de deux Régimens
, on en a formé un; plufieurs Officiers
ont étéréformés avec la penfion .
On vient auffi d'apprendre , que le 25
Août , un ouragan terrible de trois heures , a
caufé d'affreux dégâts dans nos Ifles de
Nº. 48 , 26 Novembre 1785 . g
( 146 )
Sainte Croix & de Saint-Thomas . Un grand
nombre de maifons , du côté du fud , fe
font écroulées , & beaucoup de bâtinens
ont été jettés à terre .
La Chambre Générale du Commerce
& de la Douane , a fait publier qu'il fera
pe mis à tous les bâtimens , allant d'ici
à Sainte Croix , de charger en Irlande
& dans tout autre lieu étranger , des provifions
de bouche pour cette Ifle & celle
de Saint - Thomas , & qu'ils ne paieront ,
à leur arrivée , qu'un droit de trois pour
cent, argent des Indes Occidentales . Cette
importation restera ouverte jufqu'à la fin
de l'année.
ALLEMAGNE.
A
DE HAMBOURG , le 12 Novembre.
La Reine de Suede , qui avoit été malade
de la rougeole , eft parfaitement rétablie de
cette maladie. On affure que le Roi fera
inceffamment un voyage pour visiter les
mines de fon Royaume.
On écrit de Pétersbourg , que le 2 de ce
mois le Traité de commerce entre cetteCour
& celle de Vienne , a été figné par les Plénipotentiaires
refpectifs. On ajoute que les articles
de ce Traité feront publiés inceffamment.
Les Troupes Ruffes dans l'Ukraine font
entrées dans les quartiers de cantonnement.
( 147 )
La Cour de Pétersbourg a envoyé, dit- on ,
un Evêque du Rit Grec dans l'Ukraine - Polonoile
pour infpecter les Eglifes de ce cu'te.
Le Nonce Apoftolique s'oppofe à cet établiffement
, & a préfenté un Mémoire à ce
fujet au Roi de Pologne & au Confeil permanent.
M. Bernouilli dans le Journal qu'il publie
à Berling eftime le produit des mines du
Hartz , appartenantes à l'Electeur d'Hanovre ,
à 1,172,733 rixdalers , année commune ;
le
dividende des
Compagnies monte à
425,274 rixdalers , & la part des Seigneurs
Territoriaux à 369,000 . Le chef- lieu de ces
mines eft Claufthal ; la mine la plus riche
qu'on y exploite depuis 1699 , eft celle qui
porte le nom de Caroline ; le quintal de minerai
, tiré de cette mine , eft communément
de 60 1. pefant de plomb & des marcs d'argent
; on évalue fonproduit annuel à 194,000
rixdalers (1 ) .
Le produit des mines dans la Saxe Electorale
eft évalué par an à 1,500,000 rixdalers .
Ces mines ont rendu en argent depuis 1770
jufqu'en 1783 pour 3,200,000 rixdalers.
Les mines de vif- argent à Idria dans la Carniole
, rapportent par an à l'Empereur près
( 1 ) On trouve des détails extrêmement curieux
d'Hiftoire naturelle & d'économie publique , fur ces
établissemens du Hartz, dans les Lettresfur l'Hiftoire
de la Terre , par M. Deluc.
g 2
( 148 )
d'un million de florins . Le produit annuel des
fonderies & forges dans la Stirie monte à environ
18 millions de florins ; les ouvriers qui y
travaillent font au nombre de 7,000.
Le nombre des ouvriers qui travaillent
dans les mines , fonderies & forges en Suede,
monte à25,000. Les revenus que la Couronne
perçoit par an de l'exportation du fer font
évalués à 1,769,968 1. de France ; l'exportation
du cuivre en rapporte autant, & on peut
évaluer celle de l'alun à 30,000 rixdalers,
L'exportation du fer de Ruffie tait un objet
annuel de 1,120,000 roubles. Le cuivre qui
eft frappé par an à Pétersbourg monte à la
fomme de 2,500,000 roubles . Le produit des
mines d'or dans la Siberie eft un fecret.
D'après la nouvelle defcription de la Géorgie
du Docteur Jacob Reinegg, qui a féjourné pendant
quelque temps dans ce pays là , on y compte
61,000 habitans ou familles dont voici la répar
tition ; ſavoir : 20,000 à Tefis , 4000 à Caftel
6000 à Kiik , 4000 à Thieulet & Ghefzur
4000 à Schemfchettil , 6000 à Somgeti &
Bembek , 12,000 à Kakat , 3000 à Calek , &
2000 à Karajocs . Les fujets font écrasés par les
impofitions & payent fouvent au- delà de la moitié
de leurs revenus annuels. La Douane eſt
affermée pour une fomme annuelle de 25,000
roubles ; les mines d'or & d'argent d'Akdale ,
quoique mal exploitées , rendent par an 63,200
roubles , & Eriyan paye un tribut de 15,000
roubles,
DE VIENNE , le 11 Novembre.
On prétend que le 25 du mois dernier ,
( 149 )
la Cour expédia à Conftantinople un courier
chargé de la Réponse de l'Empereur aux
dernieres propofitions de la Porte. Le
Prince de Gallitzin , Ambaffadeur de Ruffie
a tranfmis à fa Cour cette Réponſe dont il
avoit reçu une copie.
Le Comte de Palfi , vice Chancelier dé
Hongrie , eft nommé Grand-Chancelier , à
la place du Comte d'Efterhazi qui a donné
fa démiffion.
Afin d'entretenir une correfpondance directe
avec la Gallicie , on a établi des couriers
qui partiront d'ici tous les jours pour
1 rendre dans cette province.
Suite de l'Examen de l'Expofe des motifs
publiés par S, M, P.
Après avoir difimulé dins fes premieres délarations
circulaires l'existence de ce projet , el'e affure
à la vérité dans les d-rnieres , à l'imitation des déclarations
de la Cour de Rufie , « qu'elle n'avoir
« pas fongé & ne fongerbit jamais à un troc violent
ou forcé de la Baiere » .
+
Quoique la Cour de Berlin eût été inftruite
déjà au mois de Février , ainfi qu'on vient de
fe prouver , par S. M. P'Impératrice de Ruffie
des circonstances réelles & vraies de la propofition
d'échange , l'on répandit néanmoins peu
après , non- feulement par toute l'Allemagne ,
mais auffi en plufieurs autres Cours , que S. M.
P'Empereur méditoit des projets très -violens d'échange
, de féculatifation & d'autres , qui ne tendoient
à rien moins qu'à renverser la Conftitu
tion de l'Empire . Ce n'étoit donc pas , de la part´
de la Cour Impériale & Royale , une diffimulation
de l'exiftence réelle de la propofition d'é(
150 )
change , qui avoit été faite ; mais rien de plus
ni rien de moins de la confirmation de la vérité
la plus pure , attendu que tous fes Minif
tres refpectifs furent chargés de déclarer par- tout ,
que S. M. Impériale n'avoir point eu , ni n'avoit
alors , ni n'auroit jamais les vues qu'on
lui attribuoit. »
Mais cette diftin&tion entre un troc forcé ou volontaire
indique affez , que la Cour de Vienne con-
Serve encore toujours l'idée de la poffibilité d'un
troc de la Baviere.
Ce qui en eft de cette diftinction entre un troc
forcé ou volontaire , & que le bruit en a été occafionné
immédiatement par les rapports qu'on
répandit , c'eft ce qui apert manifeftement par
ce qu'on vient de déduire : mais qu'on puiffe
d'abord faire un crime à la Cour de Vienne
même de la feule idée de la poffibilité d'un
échange de la Baviere , c'eft ce qui furpaſſe toute ,
imagination. Tandis qu'il exifte devant les yeux
dans les fiécles les plus reculés , dans le moyen
âge , & dans des tems plus récens , un fi grand
combre d'exemples d'échange de pays en Allemagne
, en partie réllement effectués , en partie
propofés , en partie même encore aujourd'hui en
négociation , la Cour Impériale & Royale n'avoit
pu penfer & ne fauroit penfer encore , que
le feul échange de la Baviere foit abfolument
impoffible , & que l'idée même , que cet échange
puiffe un jour ſe pratiquer , ne lui foit pas
permife.
Cette conjecture , déja très -forte en elle -même ,
ne fe confirme que trop par l'affertion de la Cour
de Vienne , que la maifon Palatine avoit par
« le traité de Baden , ta pleine liberté d'échanger
Ses Etats ». Il est vrai , que l'Article XVIII.
de la paix de Baden , porte , « que , fi la maison
က
( 151 )
« :
de Baviere trouve convenable de faire quelque.
» échange de fes Etats contre d'autres , S. M. T.C.
a promis de ne pas s'y oppofer mais il réfulte
clairement du difpofitif même de cet Article ,
que les contractins n'ont pu promettre à la maison
de Baviere qu'un échange partiel de quelques pays
ou diftricts , qui pourroit être convenable à fes
intérêts : mais on n'a furement pas fongé ni pu
Jonger alors à l'échange total d'un grand Electrat
& Fief de l'Empire , qui , fe trouvant fous la
difpofition de la Bulle-d'Or > n'étoit aucunement
fufceptible d'une altération de cette nature , laquelle
auroit affecté de trop près & renversé la
Conftitution effentielle du College Electoral , &
même l'intégrité de tout le fyftême confédératif de
l'Empire .
Déjà à l'occafion de la derniere fucceffion de
Baviere , la Cour Impériale & Royale a foutenu
que par la paix de Baden , il avoit été formellement
ftipulé, en faveur de la maifon de Baviere
, une liberté illimitée d'entreprendre un
échange de fes Etats contre d'autres pays. Sur
cela la Cour de Berlin , dans la réponse au manifefte
principal publié à Vienne , a repliqué à
la page 101 mor- à - mot ce qui fuit. « La paix
de Baden a donné , il eſt vrai , à la maiſon
de Baviere la faculté de faire un échange de
fes Etats , nais non de telle façon que des
»Membres individuels de cette Maifon puffens
» le faire fans le concours des autres ; & le pacte
» de Pavie a abfolumest défendu à la maison de
» Baviere tout échange & tout troc ; défenſe ,
qui ne fauroit du moins fe lever fans le copfentement
de la Maifon entiere. » L'on répete
la même chofe dans cette réponſe à la page 179
dans les termes fuivans : « Par le traité de Pa-
5)
84
( 152 )
» vie: il a été défendu aux Membres individuels
» de la maifon Bavaro-Palatine de rien échan-
" ger ni troquer de leurs Etats. L'on ne s'en
အ
eft point départi à la paix de Baden ; mais il
» eft leulement dit à l'Art. XVIII. Și Domus
» Bavarica àfua integra reftitutione aliquamftatuum
fuorum cum aliis permutationem rebus fuis convenire
autumaret , & tum Sacra Regia Majeftas
Chriftianiffima nihil obfta uti injiciet , L'on n'a
» proprement ftipulé ici que le confentement de
la Couronne de France ; & il s'enfuit feule-
» ment de cet Article , ainfi qu'il s'entend de foi-
» même , que la maifon entiere de Baviere pent
mechanger fes Etats , lorfqu'elle le juge à pro-
» pos , mais non pas qu'elle doive les échanger ,
ni que des Membres individuels puiffent nom
»plus le faire. »
Qu'on compare à préfent avec le contenu
qu'on vient de citer mot-à-mor , des déclaraxions
que la Cour de Ber'in fit alors , le langage
qu'elle tient aujourd'hui. En 1785 , l'accord
de ravie défend tout échange & tours autre
aliénation quelconque , de la maniere la plus
abfolue , même de la plus petite partie des Etats
de Baviere ; de forte que cette défenſe.ne peur
plus fe lever , pas même du confentement de la
maison entiere . En 1773 , l'abrogation de ce pace
étoit encore permiſe à la Maiſon entiere ; &
la défenſe n'en fubfiftoit qu'à l'égard des Membres
individuels . En 1785 , il résulte de difpofrif
même de l'Article XVIII de la paix de
Baden , a que les contractans n'ont pu promettre
à la maison de Baviere qu'un échange partiel
de quelques pays ou diftris , qui pourroit
être convenable à fes intérêts ; & qu'on n'a furement
pas fongé ni pu fonger alors à l'échange
total du grand Electorat & fief de l'Em((
153 )
» pire. En 1778 , le paix de Baden avoit nonfeulement
accordé à la maiſon de Baviere la faculté
d'échanger les Etats du confentement de
tous les Membres ; mais il s'entendoit alors de
foi-même , que toute la maifon de Baviere
pouvoit les échanger lorfqu'elle le voudroit. En
1785 , l'on foutient ouvertement « qu'on n'a
" pu fonger à l'échange total d'un grand Electorat
, qui fe trouvoit fous la difpofition de
la Bulle - d'Or , & qui par conféquent n'étoit
» aucunement fufceptible d'une altération de
» cette nature . » En 1778 , l'on convenoit nonfeulement
, que l'on avoit pu y fonger , mais
qu'on n'avoit jamais deuté de la poffibilité d'une
pareille altération . En 1785 ,l'on prétend & q'une
altération de cette nature affecteroit la
» Conſtitution effentielle du College Electoral ,
& même l'intégrité de tout le fyfteme confédératif
de l'Empire. » L'aveu qu'on a fair
en 1778 , fournit au contraire la preuve ' palpa ..
ble , que les difficultés & les conféquences qu'on
préfente aujourd'hui à l'imagination , doivent net
pas s'être offertes alors , même en fonge , à tou ›
I'Empire ni à chacun des Etats en particulier,
lorfqu'ils ratifierent à voix unanime la paix de
Baden , notamment l'Art. XVIII de ce traité , &
que par là ils confirmerent d'avance l'échange,
qui pouvoit fe faire plutôt ou plus tard , avec le
confentement de toure la maiton Bavaro - Palatine
, à l'égard de fes Etats.
« En admettant même , que la paix de Baden ait
permis à la maifon de Baviere de faire un échange
partiel , & convenable à fes intérêts , de quelque parrie
de fes pofeffions , la paix de Tefchen , & par
l'acte féparé , conclu en même tems par Electeur
Palatin & le Duc des Deux - Ponts , puifqu'en y
a renouvellé , confirmé , & garanti le's pactes de
85
( 154 )
D
mifon Palatine des années 1766 , 1771- & 17743
dans lesquels tous les Etats de la maison de Bavaro-
Palatine fent chargés d'un Fideicommis perpétuel
& inaliénable ; & on a rappellé l'ancienne
Sanction- Pragmatique de cette Maifon , conclue à
Pavie lan 1329 par laquelle toure cette illuftre
Mifon s'eft engagée de ne jamais faire aucun échange
ni autre aliénation de la moindre partie de fes
Etats. Or , comme le traité de Tefchen , avec tous
fes actes féparés , fe trouve fous la garantie du Roi
& de l'Electeur de Saxe , comme parties principalement
contractantes de cette paix , ainfi que fous
celle des deux Puffances média:rices , les Cours
de Ruffie & de France , & de tout l'Empire , qui
en ont pris la garantie , il en résulte , qu'un échange
quelconque de la Baviere ne fauroit plus avoir lieu ,
Jans le confentement & la concurrence de toutes
les Puiffances , qu'on vient de nommer , & furtout
fans l'intervention du Roi & de les Co-Etats de
l'Empire »
"
5)
L'effentiel de toutes ces objections confifte dans
les affertions fuivantes. » Quand même il eût été
accordé à la Maifon de Baviere par la paix de
Baden la facilité de faire un échange partiel de
» fes poffeffions , elle auroit néanmoins perdu
cette faculté par la paix de Tefchen , par laquelle
les pactes de famille de la Maiſon Palatine
, qui défendent tout échange , ont été renouvellés
, confirmés , & garantis par la Cour
» de Berlin , par la Cour Electorale de Saxe
par celles de France , de Ruffie , & par tout
l'Empire , de forte qu'il ne fauroit plus y avoir
échange de la Baviere , fans l'aveu de toutes
les Puiffances fus dites «<.
כ כ
Pour fixer dans une jufte & impartiale balance
le poids qu'ont ces affertions , faites aujourd'hui
( 155 )
·
par la Cour de Berlin , l'on n'a befoin que de les
comparer avec les principes , par lesquels on a foutenu
en 1778. la validité de la réunion des pays
d'Anfpach & de Bareith avec la primogéniture de
la Maiſon Electorale de Brandebourg , & qu'on l'a
établie enfin par la paix de Tefchen . Ces principes
confiftent effentiellement , & même mot- à-mot ,
en ce qui fuit.
» La Maiſon Electorale de Brandebourg avoits,
» comme toutes les autres Maifons des Princes
» de l'Allemagne , le droit inconteſtable de trai-
» ter de fes pays héréditaires à fon bon plaifir
» pour autant qu'on ne portât point de préjudice
» aux Loix Féodales & de l'Empire . Suivant
» toutes les Loix naturelles , civiles & féodales il
devoit être libre à cette Maiſon d'abolir , de
» l'aveu unanime de tous les Membres , les anciens
pactes de famille , de les altérer , & de
» faire , fuivant les circonftances du temps ,
d'autres arrangemens , qui lui feroient utiles.
Sans cela la Maifon Electorale de Brandebourg
auroit été la feule en Allemagne , qui n'auroit
pas eu cette faculté naturelle . L'Empereur &
» l'Empire , en confirmant les pactes de famille
» de la Maifon de Brandebourg , n'avoient certainement
pas acquis par- là ni ne s'étoient
réfervé le droit de s'arroger fur quelque inno-
» vation portée à ces pactes le moindre ' juge-
» ment ni connoiffance . Par la confirmation de
» l'Empereur & de l'Empire ces pactes de famille
» éoient auf peu devenus une loi inaltérable
de l'Empire , que cent & mille autres pactes
des Princes du corps Germinique. Tous deux,
» ni l'Empereur ni l'Empire , n'y avoient aucun
>> intérêt les feals Princes de la Maifon de
Brandebourg y étoient concernés . Eux feuls ,
& non l'Empereur & l'Empire , pouvoient fe
53
86
( 196 )
» fonder fur les pactes Albertin & de Gera , &
en demander l'accompliffement : mais , lorf-
» qu'ils étoient d'accord entre eux de ne point
» le faire , & de prendre un autre arrangement
» à l'égard de leur pays , ni l'Empereur , ni
l'Empire , ni quelque autre que ce fûr , n'a.
» voient droit de s'y oppoler.
Qu'on pofe à préfent le cas , que la propo
fition , faite amicalement , d'un trec volontaire ,
eût été effectivement agréée par la Maiſon Palatine
, mais que la Cour de Berlin eût fait contre
le troc les objections ci deflus mentionnées , ne
fe feroit- elle pas condamnée elle même , préci
fément d'après les mêmes principes , que nous
venons d alléguer ; & la Mailon Palatine n'auroitelle
pas été incontestablement autorisée à lui répondre
de la maniere foivante ?
Lafuite à l'ordinaire prochain.
Le Confeiller d'Etat Martini , que l'Empereur
a nommé fon Confeiller privé & principal
Commiffaire royal pour régler la Juftice
dans la Lombardie , a prêté Dimanche dernier
le ferment de fidélité entre les mains de
S. M. Imp.
L'Empereur a ordonné de verfer la caiffe
pour les nouveaux Convertis & celle des aumônes
de la Cour dans la caiffe générale des
pauvres , à laquelle participeront auffi les Rroreftans
.
La fabrique privilégiée d'indiennes & de
toile de coton à Graz, a fait établir à fes frais,
dans la baffe Stirie , plufieurs filatures de coton
& de fil . Par ce moyen , un grand nombre
de pauvres trouveront à s'occuper & à
gagner leur fubfiftance.
Le Négociant Juit liaac Arnfteiner, mort
ici derniérement, a fait à la caiffe des pauvres
un legs de mille florins.
DE FRANCFORT , le 3 Novembre.
Le 25 Octobre , on a célébré à Kircheim
les fiançailles du Prince héréditaire Henri
XIII de Reuls & de la Princeffe Louife , feconde
fille du Prince de Naffau Weilbourg .
Le 4 de ce mois , les Députés des Cercles
Electoraux du Bas -Rhin & du Haut Rhin fe
font affemblés ici pour régler les routes des
Troupes de l'Empereur qui retourneront des
Pays Bas dans les autres Erats de S. M. Imp.
Des lettres de Vienne affurent qu'indépen
damment du cordon de troupes que la République
de Venife a fait tirer près de Cattaro ,
elle en a établi un autre en Dalinatie , compofé
de 12,000 hommes ; favoir , 4000 de
troupes réglées , & 8000 Efclavons.
Un Journal Politique porte la population actuelle
de la Ruffie à 25,700.000 ames ; mais le
Clergé , la Nobleffe , les Cofaques , les Trupes
& la Sibérie ne font pas compris dans ce
dénombrement. Les revenus ordinaires de la
Couronne montent à 40 millions de Roubles &
les dépenfes à 35. Les épargnes font employées
à l'établiffement des ports , grands - chemins ,
canaux , &c. L'armée de rerre fans les troupes
Jégeres eft compofée de 260,000 hommes , & la,
marine confifte en 60 vaiffeaux de ligne & groffes,
frégates,
Un autre Journal contient l'article fui(
158 )
vant, concernant la fabrication du fer & de
l'acier en Angleterre.
Le fer & l'acier manufacturés par an dans cette
Ifle , montent à 4,000,000 liv. fterl . Le capital
néceffaire pour fe procurer cette marchandiſe
fait un objet de 10,000,000 I. fterl.
་་་
Les ouvriers occupés dans les diverfes Minufactures
de fer & d'acier , font au nombre de
200,000.
Les taxes que payent ces ouvriers & leurs
familles pour les befoins de la vie montent à
500,000 1. fterl.
Le montant du fer & d'acier que ces ouvriers
fabriquent par an , fait un objet de 250,000
tonneaux ,
dont 55,000 font importés en Angleterre.
Les impofitions publiques que payent les ou
vriers , montent à 154,000 1. fterl .
ESPAGNE.
DE CADIX le 15 Octobre. >
Un bâtiment de la Havane a ramené ici
les débris du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , dont il eft revenu 30 Officiers &
autant de foldats. Le refte s'eft fondu en
Amérique , foit par les maladies , foit pat
les congés qui ont laiffé aux foldats, auxquels
on les accordoit , la liberté de s'établir fur
l'autre continent.
On a traduit une Lettre écrite par le Miniftre
de l'Empereur de Maroc à tous les
Confuls étrangers , réfi lens dans les villes
( 159 )
maritimes de cet Empire , & voici la teneur
littérale de cette circulaire.
Sa Majefté l'Empereur , que Dieu conferve !
m'ordonne de vous écrire , pour vous faire favoir
que le Grand Seigneur a envoyé ici un
M.nifire pour travailler , par la médiation de
l'Empereur de Maroc , à un traité de paix entre
l'Espagne & la Régence d'Alger ; fi la paix
fe conclut effe&ivement , les chofes refteront
fur le pied qu'elles étoient ci - devant ; mais fi
les Algériens refufent la paix aux conditions
qui leur feront propofées , S. M. l'Empereur fationnera
dix de fes navires de guerre devant le
port d'A'ger , & autres appartenant à la fuf
dite Régence ; le Roi d'E pagne y en fera de
même venir dix des fiens qui croiferont de leur
côté devant la place , lefquelles efcadres ne
laifferont entrer dans lefdits ports , aucun navire
quelconque d'aucune Puiffance ; ils empêcheront
même que ceux qui s'y trouveronc
alors , n'en fortent . Si malgré cela , il arrivoit
que quelque navire , appartenant à quelque
Puiffance Chrétienne , voulût forcer le
paffage & y entrer , contre les ordres de S. M.
l'Empereur , lefdits navires feront déclarés de
bonne prife , & en outre , S. M. l'Empereur
déclarera la guerre à la Puiffance à laquelle ledit
navire appartiendroit , ou qui porteroit fon
pavillon , parce, que ces navires feront cenfés
avoir contrevenu aux ordres de S. M.
J'ai l'honneur d'être , & c.
à Maroc , le 4 Septembre 1785.
( Signé ) FROCHIAPPE , Miniftre des Affaires
Etrangeres.
( 160 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Novembre.:
Conformément aux ordres de l'Amirauté ,
on ne lancera qu'au mois de Mars prochain
les vaiffeaux fuivans , dont la conftruction
eft achevée ; l'Excellent de 74 can. , le Bellerophon
de 74 , le Coloffus de 74 , l'Eléphant ,
de 74 %
l'Indefatigable de 64 , & quatre frégates
de 32 à 44 can . ; tous travaillés en divers
chantiers particuliers , pour le compte
du Gouvernement.
Le 8 de ce mois , l'Alderman Thomas
Wright , nouveau Lord Maire , a prêté ferment
à Guidhall , où fon prédéceffeur , l'Aldermán
Richard Clarke , reçu les remercîmens
de la Cour des Aldermans pour fon
adminiſtration paſſée.
On dit que les Infpecteurs de l'Amirauté
ont recu ordre de vifiter toutes les forêts
de la Couronne , & de faire abattre tous
les bois propres à la conftruction des vaiffeaux
de la Marine Royale.
Le Yacht envolé au Prince Royal de Danemarck
eft fur le modele du Rattle - Snake
[ Serpent à Sonnettes ] . On en a donné le
commandement au Capitaine Seymour
Finch , & l'on parle toujours de la prochaine
arrivée du Prince de Danemarck , ainfi que
de fon mariage avec la Princeffe Royale.
On ajoute que le Comte de Northington
s'eft rendu à Copenhague , pour conduire
ici l'Augufte Neveu de S. M.
La pêche de la baie d'Hudſon a été auffi
( 161 )
heureuſe cette année que les précédentes ,
& les deux vaiffeaux qu'on envoie annuelle
ment à la nouvelle Ecoffe , donnent toujours
un profit immenfe. Un fait remarquable
, eft que ces vaiffeaux n'ont pas difcontinué
la pêche pendant la derniere guerre.
'Depuis la paix de 1763 le Canada fourniffoit
aux provinces méridionales , par la
voie du lac Champlain , une quantité de
bons chevaux , que l'on exportoit aux Ifles ,
mais jamais on n'en voyoit venir par le
fleuve S. Laurent . Aujourd'hui que le canal
du lac Champlain eft fermé , les cargaiſons
pour les ifles feront compofées , la plus grande
partie , de chevaux , d'autant mieux que
l'on cherche à augmenter de plus en plus ce
commerce avec les ifles.
Depuis 1771 , jufqu'en 1773 , la Nouvelle-
Angleterra a exporté aux ifles Angloifes , une
année dans l'autre , 2400 chevaux & 1200 têtes
de bétail ; tandis que l'Angleterre pouvoit les
exporter elle même ; puifque de tout tems ce
commerce s'eft foutenu en Angleterre & en
Irlande , & même depuis l'indépendance des
Etats Unis , l'Ecoffe a exporté pour les Ifles ,
´des chevaux d'un prix médiocre. Pendant les
22 années qui ont fini en 1771 , il paroît par les
Registres des Douannes , que l'Angleterre a exporté
29131 chevaux . Il y a donc lieu de croire
que les marais de l'Irlande , les montagnes de
l'Ecoffe , & les communes du Cornouaille fourniront
aisément 2400 chevaux , fans qu'on foit
obligé de ravaler les bons chevaux chaffeurs
du Yorkshire , jufqu'à les confacrer aux vils
travaux des moulins à fucre.
( 162 )
Le départ du Duc de Dorfet pour Paris
a été fufpendu jufqu'à préfent par des affaires
particulieres ; la principale eft celle de la
fucceffion du feu Lord Vicomte de Sackwille
; le fils de ce Lord , qui eſt mineur ,
l'a.compagnera en France , où il fera un
court féjour après quoi il commencera le
cours de voyages qui complette ordinairement
l'éducation des jeunes gens de fon
rang.
On apprend de Gibraltar que le Commodore
Cosby y eft arrivé , le 16 du mois
dernier, avec le Trufty , de so canons.
On a appris par la même voie , que le
Centurion , un des vaiffeaux de Terre Neuve,
dont on n'avoit point de nouvelles & qu'on
croyoit perdu , a mouillé à Livourne le 12
du même mois , après un voyage long , pénible
& accompagné de dangers .
Le Prince Edouard , quatrieme fils de
S. M. , qui doit s'embarquer au commencement
du Printemps , fait actuellement un
cours d'éducation nautique . On dit qu'il fervira
fous les ordres de fon frere , & qu'on a
deffein de lui imprimer de bonne heure l'idée
de la lubordination du fervice maritime.
On a remarqué dans le dernier ouragan
qui a défolé les ifles , que la tempête s'éleva
d'abord à Antigoa , & delà le vent étant à
l'Eft , elte gagna S. Chriftophe en trois heures.
En fix jours elle fe communiqua des
Indes Occidentales à la Jamaïque .
La polition de la Jamaïque , relativement
( 163 )
à S. Chriftophe , eft d'environ quinze degrés
de longitude , ce qui dans cette latitude
forme près de fept cents milles.
Tous nos politiques font occupés en ce
moment à rechercher les caufes qui ont influé
fur la hauffe rapide des fonds publics [ 1 ].
L'un des raifonneurs affigne les fuivantes qui
ont une très grande vraifemblance .
1. L'arrangement final du différend qui
s'étoit élevé entre la Hollande & l'Empereur,
fait refluer en Angleterre les capitaux retirés
pa les Hollandois qui fpéculent dans nos
fonds.
2°. Tout annonce la ftabilité de la paix
qui dure déjà depuis trois ans. On a pourvu
au paiement des principales dépenses de la
derniere guerre. Le Parlement a d'ailleurs
manifefté fon intention de ménager unfurplus
, deftiné à fournir un fonds d'amortiffement
permanent.
3. L'or que nous avions fait paffer en
Amérique nous eft revenu , & quoiqu'il n'ait
pas encore été mis dans la circulation , à cauſe
du déchet qu'il a éprouvé par les rognures
& l'altération des efpeces ; la Banque , en les
faifant fondre & les convertiffant en lingots ,
fe trouvera en poffeffion d'une fomme prodigieufe.
4. L'Efpagne , qui jufqu'à préſent avoit
été fourde aux repréfentations de fes Négo
cians , auxquels il étoit défendu de faire à
[ 1 ] Les 3 pour cent font aujourd'hui à 68 ; ils ont
été à 54 pendant la guerre."
( 164 )
l'Angleterre des remifes en argent , vient de
lever cette prohibition , & en conféquence ,
les Négocians Anglois ont déjà touché de
groffes fommes en piaftres.
5º. La balance générale du commerce a
été tellement à notre avantage depuis deux
ans , que les Négocians François , Hollandois,
Portugais & Américains , plutôt que de
tirer des Letrres de change , ont préféré de
nous envoyer des efpeces.
Les pertonnes engouées du fyftême furanné
du monopole , en fait de commerce , jetteront
fans doute les hauts cris lorfqu'on voudra leur
perfuader qu'il ca avantageux à la Nation que
Jes Marchandifes étrangeres foient vendues dans
nos propres marchés à meilleur compte que
celles qui fortent de nos Manufactures. Une
telle affertion eft cependant de la plus grande
évidence ; car l'unique moyen de s'aflurer fi
une Manufacture convient à un pays , eft de
lui faire éprouver la concurrence de l'Etranger
; fi elle fucombe à cette épreuve , concluons
hardiment qu'on a eu tort de l'y établir.
On préfente à la fuite de cet article un état
des neufs principales Manufactures établies dans
les deux Royaumes , en indiquant les objets dans
lefquels l'une ou l'autre Nation à la fupério
rité.
Lainerie ,
Clincailleries ,
Verreries , La fupériorité eft du côté de
Porcelaine & l'Angleterre.
Terres cuites >
Cuir ,
Coton,
( 1651 )
Soyeries ,
Toiles ,
Dentelles ,
Papier,
La fupériorité eft du côté de
la France.
Un Gentilhomme des environs de Shrews
bury racontoit dernierement un entretien
fort plaifant , qu'il avoit eu avec un Soldat
invalide , dont la bonne humeur & les aven
tures l'avoient fort égayé.
Je rencontrai ces jours derniers , difoit-il , un
pauvre malheureux que j'avois connu enfant ; i
porroit un habit de matelot & une jambe de bois ,
en demandant l'aumône à l'une des entrées de
cetre ville. L'ayant fu honnête & induftrieux
lorfqu'il habitoit la Province , j'étois curieux
d'apprendre ce qui l'avait réduit à fon état actuels
En conféquence , après lui avoir donné une aumône
, je lui demandai l'hiftoire de fa vie & de
fes malheurs. Le Soldat invalide ( car il l'étoit ,
quoiqu'il eût un habit de matelot ) , fe grattart
la tête , & s'appuyant fur fa béquille , fe mit
dans une pofition convenable pour me répondre ,
& me raconta fes aventures de la maniere fui
Vante :
"
,, Quant au malheur , Monfieur , je puis mé
,, vanter de l'avoir ſoutenu mieux que perfonne ;
,, car , excepte la perte de ma jambe , & l'obligation
où je fuis de demander l'aumône, je ne vois
,, pas , Dieu merci , que j'aie lieu de me plaindre.
Il y a ici Bill-Tibbs , du même Régiment que
,, moi, il a perdu fes deux jambes , & un ceil pardeffus
le marché ; mais , graces au Ciel , je
n'en fuis pas encore réduit là .
29
( 166 )
"
998
Je fuis né dans le Comté de Sbrop , mon
pere étoit Laboureur , & j'avois cinq ans quand
il mourut. En conféquence , je fus mis à la
charité de la Paroiffe. Comme il avoit été une
,, efpece de vagabond , les paroiffiens ne pou
, vo ent dire à quelle Paroiffe j'appartencis , ni
, l'endroit où j'étois né ; ils me renvoyerent
donc à une autre Paroiffe , & celle - ci à une
troifieme ; enfin , après avoir été balotté de
,, Pierre à Jacques , je trouvai un aſyle. J'avois
,, quelque difpofi icn à l'étude ; mais le maître de
l'attelier me mit à l'ouvrage auffi- tôt que je
fus en état de manier le maillet ; & j'y vécus
pendant cinq ans d'une maniere affez agréable.
Je ne travaillois que dix heures par jur , &
je gagnois ma nourriture. It eft vrai qu'on ne
me permetteit pas de fortir de la maiſon , dans
,, la crainte que je ne décampaffe ; mais qu'importe
? j'avois la liberté d'aller dans toute la
maiſon , & cela me fuffifoit. Je fus enfuite en-
,, gagé par un fermier chez lequel j'étois le pre-
,, mier lcvé , & le dernier couché ; je mangeois
,, je buvois bien , & j'étois affez content de mon
,, état , lorsqu'il mourut ; ce qui m'obligea de
,, me pourvoir ailleurs.
33
"
""
""
"
"
""
"" J'allai de ville en ville , travaillant lorſque je
pouvois trouver de l'ouvrage , & mourant de
,, faim lorfque je n'en trouvois pas : lorfqu'un
,, jour , traver ant un champ qui appartenoit à
,, un Juge de Paix , je vis un lievre fiant le fentier
précisémert devant moi ; le diable me mit
,, dans la tête de lui jetter mon bâton .
,, bien , direz -vous ; mais de quel droit ? Je
,, tuai le lievre , & je l'emportois , lorfque le
,, Juge lui- même me rencontra ; il m'appella
Fort
braconnier & drôle , & me prenant au collet
,, il m'ordonna de lui dire qui j'étois . Je tombai à
( 167 )
,, genoux en implorant fon pardon , & commençant
à lui rendre un compte exact de tout ce
,, que je favois de ma naiffance , de mes parens ,
,, & de toute ma génération. Mais quoique mon
,, rapport fût de la plus grande vérité , le Juge
ne s'en contenta point . Je fus enfermé pour être
,, jugé aux Seffions , & ma pauvreté ayant été
regardée comme un crime , on m'envoya à
Londres , dans la prifon de Newgate , pour
,, e're trafplanté comme vagabond.
"
?
,, Le peuple peut dire tout ce qu'il voudra fur
,, les prifons ; mais , quant à moi , je trouvai
Newgate l'endroit le plus agréable où j'euffe
,, été de ma vie . J'avois toujours le ventre
, plein fans être obligé de faire la moindre
,, chofe, Cette espece de vie étoit trop bonne
,, pour durer toujours ; auffi fus- je tiré de prifon
au bout de cinq mois , mis à bord d'un vaifſeau
, & conduit aux colonies , avec deux cents
autres honnêtes gens de mon efpecs. Notre
, traversée ne fut rien moirs qu'agréable , car
étant tous enfermés à fond de cale , le mauvais
air que nous refpirions en fit crever plus
;; de cent , & les autres fe portoient Dieu fait
,, comme . Lorfque nous arrivâmes fur le rivage,
""
""
""
""
nous fumes vendus aux planteurs , & je fus
,, engagé pour fept ans . Comme je n'étois pas
,, un favant , car je ne connois pas mes lettres ,
,, j'étois obligé de travailler avec les negres.
93
,, Lorfque mon tems fut expiré , je travaillai
,, pour gagner mon paffage , & j'étois hien aile
de revoir la vieille Angleterre , parce que
;, j'a mois mon pays. J'avois peur cependant
d'être dénoncé encore une fois comme vaga-
,, bend; en conféquence j'eus foin de ne plus
,, courir la campagne , mais de refer aux environs
de Londres , & de gagner ma vie le
mieux que je pourrois
"9
(7168 )
་
carreau ,
',
5 , Je vécus très-heureux de cette maniere ,
,, jufqu'au moment où rentrant un foir chez
,, moi , après mon travail , je fus affailli par
deux hommes qui me renverferent fur le
en me criant : arrête là. Its faifoient
,, partie de ces braves Meffieurs employés à la
,, preffe. Je fus conduit devant le Jueg ; & comme
,, je ne pouvois pas rendre un bien bon compte
de moi , on me laiffa le choix ou de monter
à bord d'un vaiffeau de guerre , ou d'être en-
,, rôlé comme foldat ; je choisis le dernier , &
,, dans ce pofte diftingué , je fervis en Flandres
pendant deux campagnes. Je me trouvai'à la
bataille de Fontenoi , & je ne reçus qu'une
bleffure ici au milieu de la poitrine ; mais le
,, Médecin du Régiment m'eut bientôt guéri.
""
29
و د
J'eus mon congé à la paix ; & comme je ne
pouvois pas travailler , parce que ma bletture
,, m'incommodoit quelquefois , je m'enrolai au
fervice de la Compagnie des Indes orientale .
""
J'ai combattu fix fois contre les François en
bataille rargée , & je crois , en vérité, que fi
,, j'eufle fu lire ou écrire , notre Capitaine m'au-
,, roit fait Caporal . Mais je n'étois pas affez chan-
,, ceux pour parvenir aux grades . Erant tombé
,, malade , je fus obligé de demander la permiffion
de revenir en Angleterre , où j'arrivai
avec quarante guinées dans ma poche. C'étoit
au commencement de la guerre actuelle , &
,, j'efpérois d'être mis à terre , & d'avoir le plai-
,, fir de dépenfer mon argent ; mais le Gouver
,, nement avoit befoin d'hommes , & en confé-
,, quence je fus arrêté par les Preſſeurs pour être
,, matelot , avant même d'avoir pu mettre les
,, pieds à terre.
·""
""
Le Contre maître prétendit que j'étois un
drôle obftiné ; il jura que je favois très- bien le
» métier ,
( 169 )
"
55 métier , mais que je feignois le contraire pour
,, ne point travailler. J'avois toujours mes quarante
livres ; c'étoit une espece de confolation
pour moi , à chaque coup que je recevois , indépendamment
de l'argent que je pouvois avoir
gagné depuis ; mais notre vaiffeau fut pris par
,, des François , & je perdis.tout.
99
""
"9
39
*
Notre équipage fut conduità Breft , & plufieurs
,, d'entre nous moururent , parce qu'ils n'étoient
" pas accoutumés à vivre en prifon. Quant à
moi , cela m'étoit égal ; j'y étois accoutumé.
Une nuit que j'étois couché fur le carreau, enveloppé
dans une couverture chaude ( car j'ai
,, toujours aimé à être bien couché ) , je fus
éveillé par le Contre - maître qui avoit une lan
terne fourde à la main : Jack
me dit- il,
,, Veux - tu faire fauter la cervelle aux fenti
nelles ? Si je le veux , Goddem
dis - je , en faifant tous mes efforts pour m'érépon
veiller Hé bien , fuis-moi , ajouta- t-il , &¿
,, j'efpere que nous ferons l'affaire. En confé-
,, quence , je me leve , & enveloppé dans ma
Couverture , qui étoit mon feul vêtement ,
marche avec lui contre les François.
je
و د
"
"
9)
"
→
Quoique fans armes , un Anglois eft capable de
battre cinq François à la jois en conféquence
,,
nousdefcendîmes à la porte où étoient les deux
fentinelles , & nous précipitant fur elles , nous
faisîmes en un moment leurs armes ,
les renversâmes . Enfuite neuf "d'entre nous
& nous
,, coururent enfemble vers le quai , & nous étant
emparé de la premiere chaloupe qui s'y trou-
», va , nous fortîmes du port , &
gagnâmes le
,, large. Nous n'y avions pas été trois jours que
nous
rencontrâmes le corfaire le Dorfet. II
nous prit à bord , fort aife de trouver une auffi
Nº. 48 , 26
Novembre 1785.
"
""
"
h
( 4170 ) )
"
"
bonne recrue , & nous confentimes volontiers
,, partager la fortune. Cependant nous n'eûmes
,, pas autant de bonheur que nous en attendions.
Trois jours après nous rencontrâmes le corfaire
le Pompadour , de quarante canons . Quoi
,, que nous n'en euffions que vingt trois, nous aflâ-
,, mes fur lui &le combattimes vergue à vergue.
99
L'action dura trois heures , & je fuis perfuadé
„, que nous aurions pris le vailleau françois , fi
nous avions eu quelques hommes de plus. Malheureuſement
nous perdîmes tout notre monde
au moment où nous étions près de remporter la
victoire .
99
32
99
" J'étois encore une fois au pouvoir des Fran-
,, çois , & je crois qu'on m'eût fait un mauvais
, parti fi j'euffe été ramené à Breft ; mais par bonheur
nous fumes repris par la Vipere. J'ai ou
blié de vous dire que j'ai été blaffé à deux endroits
dans ce combat. J'ai perdų quatre doigts
de la main gauche, & j'ai eu la jambe emportée.
Si j'avois eu le bonheur de perdre ma jambe à
,, bord d'un vaiffeau de roi , & non pas d'un cor faire ,
,, j'aurois été habillé & entretenu le refte de mes
,, jours ; mais ce n'étoit pas là le fort qui m'étoit
deftiné. Un homme nait avec une cuillier d'ar-
"
"
"
و د
99
"" gent dans la bouche , & un autre avec une de
bois. Cependant , graces à Dieu , je jouis d'une
bonne fanté , & j'aimerai toujours la liberté &
la vieille Angleterre. Oui , a jamais hizza poar
la liberté & la vieille Angleterre "
"
"
""
Après avoir parlé , ce foldats'en alla en boitant,
& me laiffa dans Péronnement de fa gaieté, Ce
retien m'a convaincu que pour méprifer las
mifere , l'habitude du malheur vaut beaucoup
mieux que la philofophie.
Les dernieres gazettes d'Amérique con
( 171 ) ;
tiennent la Lettre fuivante d'un habitant du
Comté de Bottetourt à fon ami en Virginie ;
Lettre datée du 23 Août dernier.
Le Colonel Lewis , qu'on croyoit avoir été
tué par les Indiens , a été ramené dernierement
Lous l'escorte de ro Chefs Shawaneſes , qui l'ont ve
tiré des mains des Cherokees & des Mingoes ,
dont il étoit prifonnier. Ce font ces Indiens qui
ont fait feu far lui & fur fon détachement ,
tandis qu'ils fe rendoient à Saltlick , pour y
traiter avec les Shawanefes. Le difcours prononcé
en Confeil à Mufquifacktourn , le 29 Juillet
de la préfente année , eft de la teneur fuis
vante :
FRERES >
Vous avez vu hier tous nos Chefs ; mais ils
ne font pas tous ici en ce moment. Freres ,
lorfque vos Concitoyens ont formé un établicfement
fur la partie de Big-River , laquelle
avoifine notre territoire , cela nous a caufe
beaucoup d'inquiétudes. Nous fommes bien
aifes que vous leur ayez ordonné de quitter cet
établiffement. Nous fouhaitons la paix .
Freres , nous nous félicitons , jeunes & vieux
de ce que vous avez ordonné à tous vos Concitoyens
d'abandonner notre territoire , & nous
envifageons cette démarche de votre part ,, comme
un moyen de faire regner entre nous la
paix & la concorde. Nous vous ramenons
notre frere le Colonel Lewis , & l'un de fes
camarades , que nous avons tiré des mains d'un
méchant homme. Nous vous fouhaitons à
tous un heureux retour dans votre pays.
Freres Virginiens , nous espérons que vous fe
rez toujours attentifs à conferver la paix & à
refferrer les liens d'amitié qui nous uniffent.
k 2
( 172 )
La
Vous ne devez point avoir égard aux méchana
Les gens qui fe trouvent parmi nous . --
paix eft le comble de nos voeux.
l'on lui donne. -
Tout le
mal doit être imputé à un feul homme , qui
ne tient aucun compte des fages confeils que
Frere Colonel Lewis , nous
nous flattons que vous repréfenterez avec force
à nos Freres Américains , que la paix eft notre
feul defir . Nous enverrons 10 de nos Chefs pour
vous escorter jufques dans votre pays. Nous en
avons choifi un dans chaque ville , afin de vous
convaincre que tous les nôtres font dans les
mêmes difpofitions , & qu'ils défirent unanimement
de renouer l'ancienne amitié qui a fi
Freres
heureufement fubfifté entre nous .
Virginiens , prêtez une oreille, attentive à vos
jeunes Freres ; le grand efprit nous a accordé
le bonheur de nous trouver réunis en ce moment
, & nous profitons de cette occafion pour vous témoigner notre vive douleur de tout ce
qur s'eft paffé . Frere Colonel Lewis , lorf- que vous quittâtes votre pays pour venir traiter
avec vos jeunes Freres , & que l'efpérance de
un défaftre imles
voir épanouiffoit votre ame
prévu a troublé votre joie. Lorsque vous arrivâtes
ici & que vous vous préfentâtes chez
vas Freres , ils vous prirent par la main &
effuyerent les larmes qui couloient de vos yeux . Maintenant que vos larmes font effuyées , vous pouvez juger fi vos jeunes Freres vous traitent
avec amitié.
•
;
Nous regrettons tous la perte du grand homme
qui vous accompagnoit
dans votre miffion
mais nous espérons que vous enlévelirez dans
un éternel oubli les circonftances
de fa ' mort.
En vous fuppliant d'oublier ce qui s'eft paffé Fous ne confultons que le defir fincere où nous
( 173 )
avec vous.
tant
fommes de vivre amicalement
Quant à votre commerce , nous fommes bienaites
d'apprendre que vous avez le projet d'être
raiſonnables dans l'échange de vos Marchandiſes
contre nos Pelleteries . Nous nous flattons , Freres
, de vous avoir démontré que la faute ne
doit pas être imputée aux Shawanéfes. Nous
Tommes chargés par toutes les Nations
rouges que blanches , de vous demander la paix ;
mais les Cherokees & un homme de la Nation
des Mimgoes s'efforcent de faire tout le mal
qu'ils peuvent , & de fufciter la difcorde . Vous
voyez que nous ne fommes point les auteurs
du mal , & qu'il nous eft impoffible de nous op
pofer à ceux qui le font.
33.
Au nom de vos jeunesFreres le Shawanéfes.
Signé par dix Chefs.
L'un de nos Journalistes vient de découvrir
une origine des Papiers publics , plus
refpectable qu'on n'auroit lieu de s'y atten
dre. Voici comment il préfente fon opinion.
Au commencement du dix - feptieme fiécle
les Gazettes furent introduites en Italie. Ainfi ,
l'on doit tirer de la langue Italienne , & non
pas d'une plus ancienne , l'étimologie du nom
de ces papiers actuellement adoptés dans toute
l'Europe. Nous ne penfons pas qu'il dérive du
mot latin gaza , tréfor , ni de la pièce de monnoye
que couloient ordinairement ces papiers ;
mais fimplement du nom Italien gazza , dont on
à fait le diminutif ( gazzi ) , le petit babillard.
Quant à l'ufage de ces récits périodiques
connus fous le nom de papiers publics , il remonte
à une plus grande antiquité & ils étoient
connus du tems de Cicéron. On peut regarder
Coelius , dont les lettres forment le huitieme
h
3
( 174 )
Aivre de celles de cet orateur , comme le premier
éditeur des papiers publics . Cicéron ayant
été nommé Pro Conful de Cilicie , recommanda
à ce Coelius , fon ami , de lui envoyer pendant fon
abfence , un détail des événements les plus intéref
fants ; en conféquence Calius choifit plufieurs
coopérateurs , & tandis qu'il les chargeoit de
compiler les décrets du Sénat , les édits , les
proclamations des préteurs & la chronique du
jour , lui-même s'étoit réfervé la rédaction plus
importante des affaires politiques , & découvroit
afon ami les fecrets de l'Etat . Cette collection
ain rangée , étoit envoyée fur le champ à
Cicéron , comme nous l'indique la premiere
lettre de Caelius . Le Pro - Conful , dans la réponfe
, lib. 2 , fe plaint du peu d'importance des
articles contenus dans ce papier , comme des
articles fur les théâtres , ( qui étoient peut- être
auffi partiaux & auffi fades que ceux de nos jours )
le nom des Gladiateurs appareillés , le renvoi
des procès & autres niaieries , que les gens de
diftinction à Rome , le foucicient fort peu de
voir ou d'apprendre. 4. I
Il paroit auffi que Coelius , comme plufieurs
de nos éditeurs & propriétaires de papers pubics
modernes , payoit les rédacteurs plutôt en
conféquence de la quantité que de la qualité
des articles qu'ils fournifloient . Il continua fon
entreprife pendant un tems confidérable , car
dans la onzieme lettre il dit à Cicéron qu'il
trouvera ce qui s'eft paffé dans le fénat relativement
aux pro confulats , dans les commentaires
fur les événemens du jour , in commentario
rerum urbanarum ; ajoutant qu'il pourroit en lire
auffi peu qu'il jugeroit à propos. « Choififfez ,
lui difoit Cælius , choififfez vos matières ;
» parcourez feulement les chofes que vous
( 175 )
"
Croyez peu dignes de votre attention ,
» comme par exemple la critique de la relation
des maria ges , des funérailles & d'autres bagatelles
de ce genre . Je vous avouerai que
jaime mieux vous expofer au dégoût de lire
les chofes indifférentes , que de courir les
rifques d'omettre des avis qu'il vous impor
teroit de recevoir ,
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre.
Le Comte de la Pullu , le Comte de la
Rochelambert , le Comte de Kergolay , le
Vicomte de Botterel - Quintin & le Vicomte
de Boifdenemets , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au Roi , ont eu ,
te 7 de
ce
mois
, celui
de
monter
dans
les
voitures
de
S.
M.
& de
la fuivre
à la chaffe
.
Le
Comte
de
Conway
, Maréchal
- decamp
, Commandant
pendant
la
guerre
les
Troupes
du
Roi
au
Cap
de
Bonne
- Eſpérance
, étant
revenu
de
fon
commandement
,
a eu , àfon
arrivée
ici
, le 9 de
ce mois
, l'honneur
d'être
préfenté
à S.
M.
par
le Maréchal
de
Caftries
, Miniftre
&
Secrétaire
d'Etat
,
ayant
le département
de
la Marine
.
Le 12 , le Baron de Grofchlag , Miniftre
plénipotentiaire du Roi près le Cercle du
Haut- Rhin , a eu l'honneur de prendre congé
de Sa Majesté pour retourner à fa deftination ,
étant préfenté par le Comte de Vergennes
Chef du Confeil royal des Finances , Minif
tre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres. )
h 4
( 176 )
Le Roi ayant créé , en faveur du Duc de
Polignac , une charge de Directeur général
des Poftes aux chevaux , Relais & Meffageries
de France , unie à celle de Directeur général
des Haras , le Duc de Polignac a eu
T'honneur d'en faire fes remercîmens à S. M.
Le même jour, le Roi , fur la préfentation da
Duc de Polignac , a nommé le fieur de Veimerange
à la place d'Intendant des Poftes
aux chevaux , Relajs & Meffageries de
France , & approuvé qu'il lui foit préſenté
en certe qualité.
La Cour quittera demain Fontainebleau
pour revenir à Versailles.
M. de Piis a eu l'honneur de préfenter à
Sa Majefté un Exemplaire de fon Poëme fur
1'Harmonie imitative de la Langue Francoife
[ 1 ].
DE PARIS, le 20 Novembre.
M. Grosley , Affocié libre- régnicole de
J'Académie des Infcriptions & Belles Lettres,
Auteur de divers Ouvrages , dont les plus
confidérables font celui intitulé : Londres
3.vol. in- 8°. , & les Obfervationsfur l'Italie &
fur les Italiens , eft mort à Troyes en Champagne
, fa patrie , le 4 de ce mois.
Nous n'avons pas changé une expreffion
'de la lettre fuivante , qui contient une dé
couverte & une relation bien plus merveil
[1 ] Cet ouvrage fe vend chez l'Auteur , rue Copeau
, & chez les Marchands de nouveautés . Prix,
50 Sols.
( 177 )
leufes encore , que toutes celles avec lef
quelles on s'eft diverti du Public depuis
quelque temps.
MONSIEUR ,
Je fuis le Phyficien qui fe ft annoncer dans
le Courier de l'Europe , en l'année 1784 , pour
avoir trouvé le moyen de marcher ſous terre
auffi aifément qu'une taupe. Vous vous rappellerez
d'autant plus facilement cette époque
qu'elle eft auffi celle de l'invention des fabots
élaftiques , par un de mes confreres , Phyficien
& Horloger à Lyon. Mon expérience n'eut pas
lieu au tems marqué , par les difficultés & les
contrariétés de toute efpece , que me firent
effuyer les perfonnes ennemies des gens à talens
. Forcé donc de manquer à la parole que
j'avois donnée au Public , je n'ai ceffé depuis
cet inftant de me livrer à la recherche de tous
les moyens capables de perfectionner ma découverte
; j'ai eu le bonheur de réuffir , & je
puis me flatter de l'avoir portée à un point
auquel toutes celles faites de nos jours , auront
bien de la peine à parvenir. Cependant , avant
d'entreprendre une expérience publique , j'avois
réfolu de faire un effai . En conféquence , je
me fuis tranſporté il y a eu mercredi huit jours ,
c'eft- à-dire , le 2 Novembre , à 7 heures du matin
, hors la barriere de Ménil-montant , à trente
toiles du grand chemin , fur la gauche , dans
un endroit rempli de brouffai les ; & là , m'étant
afflublé de ma tête & de mes pieds de taupe en
acier fondu , je me fuis enfoui avec une rapidité
égale à celle de l'animal que je repréfentois.
L'ardeur que je mettois dans cette opération
, m'empêcha de faire réflexion aux carrie
Ꮒ
hs
( 178 )
vinrent
2009
2 14
res immenfes qui le trouvent dans cette partie
de terrein , & peu s'en fallut que je ne m'y précipitaffe
; heurenfenient pour moi , elles me ret
affez , à tems dans l'idée pour que je
cherchalle à les éviter , j'en vins à bout , en
changeant de direction , c'est à dire , en rap
portant la tête ou j'avois les pieds lors de mon
départ , ce qui fut le plus difficile à exécuter
de tout mon voyage terrein . Je me rapprochai
alors de la fuperficie de la terre , & continuai
ma route a environ deux pieds & demi de pro
fondeur , me dirigeant fur les fondemens, du
viliage de Montmartre , où j'arrivai fur les cing
heures & demie du foir fans autre accident , que
celui d'avoir laiffé les trois quarts du derriere
de ma culotte , & le pan entier de ma chemile
, en traverfant deux arpens de vignes dont
je joignis les fouches d'un peu trop près . Quoique
les habitans de Montmartre ne fuffent point
prévenus de mon arrivée , j'en fus cependant
traité avec la plus grande diftinction . Dès que
Ton fut qu'un voyageur terrein étoit fur la
place , en habit de route , les notables de l'endroit
s'affemblerent , & accompagnés des muficiens
du canton , renommés pour les baffetailles
, ils vinrent me recevoir , ayant à leur
tête les principaux d'entr'eux. On me préfenta
une pinte de vin , mefure de Saint Denis , trois
litrons de farine , & des patentes de Bourgeois de
Montmartre; l'un d'eux pouffa même la générofité
, en voyant l'état déplorable de mon haut- dechauffe
, jufqu'à me forcer d'accepter les fiens ,
qu'il ôta fur le champ , quoiqu'il eût ce jourlà
une chemife fort courte . Vous avouerez
Monfieur , que tant d'honneurs font bien faits
pour encourager les gens de mérite , & les dédommager
des peines qu'ils fe donnent pour fe
rendre utiles à l'humanité. Auffi étois- je en(
179 )
chanté ! Après le compliment d'ufage , je fus
conduit en triomphe , debout fur un âne , foutenu
des deux côtés par les deux plus vigoureux
meuniers du canton qui fe chargerent
de me loger , & de me donner un fouper convenable
à un Phyficien , qui fort de deffous
terre ; & le lendemain jeudi ayant empaqueté
ma tête & mes pieds de taupe , je revins à
Paris , déterminé à faire un voyage public , fans
propofer de foufcription , & fans diftribuer de
billets , dérogeant en cette circonftance , à l'ufage
établi par mes confreres les Phyficiens ,
qui fe font rendus utiles à l'humanité , en vo
lant dans tous les pays à l'aide des aëroftats.
Je vous fupplie donc , Monfieur , de vouloir
bien inférer au plus prochain Mercure , que le
6 Décembre à 9 heures du matin , je m'enfouirai
au bout de l'avenue de S. Mandé , près
la barriere du Trône , & que je traverferai Parls
depuis cet endroit , jufques à la montagne des
Bons Hommes , à Paffi. Et afin de convaincre
les incrédules , & les gens mal intentionnés
je préviens que je voyagerai toujours affez près
de la fuperficie , pour foulever les pavés de dif
tance en diſtance , & que je me mettrai à l'air en
quatre endroits différens : La premiere fois fera
au milieu de la place Baudoyer ; la feconde , au
bas du Pont- neuf; la troifieme , au milieu du
grand baffin des Tuileries , par l'embouchure
du tuyau ; & la quatrieme & der niere , au bas
de la montagne de Paffi , précifément fous la
borne adoffée à l'encoignure du mur des Mi
nimes.
Je vous demande pardon , Monfieur de la
longueur de cette lettre , & vous prie de vouloir
bien corriger les fautes d'orthographe , & de
Grammaire qui peuvent s'y trouver . Je fuis
( 180 )
Phyficien , & n'ai point le talent d'écrire ; ain
je compte fur votre indulgence.
J'ai l'honneur d'étre avec les fentimens de
Confidération qui vous font dus ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble &
très- obeiffant ferv.
NEGRARD , Phyfi
cien & Bourgeois
de Montmartre,
Paris , ce lundi 14 Novembre 1785.
Quoique la difcuffion fuivante ne foit pas
d'un intérêt général pour nos Lecteurs , elle
eft cependant affez importante pour être
mife fous les yeux des Gens de l'Art .
MONSIEUR,
Paris, ce 30 Octobre 1785.
Je faifis le peu de tems que me laiffent mes
Occupations , pour m'élever contre le projet des
éclufes , de M. de Fer , ancien Capitaine d'A:-
tillerie , Sous - Ingénieur des Ponts & Chauffées
inféré dans le Journal de Paris , du 9 Août ,
n°. 221.
Lorfque j'ai entrepris d'écrire fur la navigation
intérieure , & de démontrer combien il étoit
important pour le bien de l'Etat , de mettre un
frein à la licence des riverains de nos fleuves &
rivieres , de débarráffer ceux - ci de la multitude
des encombres qui interceptent une grande partie
de la navigation , & rendent l'autre trèsdifficile
& périlleufe , je ne me fuis pas diffimulé
que cette opération importante ne pût
rencontrer quelques obftacles ; mais je n'aurois
jamais penfé qu'on lui en eût oppofé un auffi extraordinaire
que celui qu'a conçu M. de Fer , dans
la vue , dit - il , de faire difparoître toutes les
( 181 )
difficultés de la navigation intérieure dans tous
les pays.
Quel fuccès M. de Fer at-il pu fe promettre
d'un pareil projet , & ne pas appercevoir un feul
inconvénient à fon exécution ? S'il avoit tant
fait peu réfléchi fur tous les défaftres que caufent
journellement, tantôt dans un endroit , tantôt
dans un autre , les digues des moulins &
ufines que la barbarie des tems & une licence effrénée
ont introduit à travers nos fleuves & ri- ´
vieres , il auroit vu qu'il indiquoit un moyen
encore plus puiffant de dévaftation fur leurs
rives , & de nouveaux obſtacles à la naviga-,
tion .
Examinons en général l'état naturel des lits
des fleuves & rivieres ; la plupart , ou une grande
partie , ne font point encaiffés , & fe trouvent en
beaucoup d'endroits , de demi , trois quarts & une
lieue de largeur , dans lefquels les fleuves & rivieres
forment plufieurs bras , ou font des paffes
ou maigres qui fe fuccedent deproche en proche ,
& très-fouvent il y a une auffi grande difette is
d'eau à ceux qui font vers les embouchures des
rivieres , que vers la moitié de leurs cours , &
où elles commencent à devenir navigables ; &
dans celles qui font très-rapides , ces maigress
font encore plus multipliés.
D'après cet état des lits des fleuves & rivieres ,
on voit évidemment qu'il faudroit une quantité
immenfe d'éclufes , même dans le cours d'une
riviere qui couleroit lentement , & dont le lit.
feroit bien encaiffé , & qui , à tous égards , favoriferoit
le plus les vues de M. de Fer : dans
celles qui feroient rapides & le lit fpacieux , il
en faudroit une multitude , en ce que le refluement
qu'y opéreroit chaque écluse , le porteroit
peu au-deffus , foit que les eaux fe répandroient !
dans tous les bras adjacens , foit la grande pente
( 182 )
'de la riviere ; & la conftruction & l'entretien dev
tant d'éclufes exigeroient une dépenſe énorme.
D'après toute la pratique que j'ai dans cette
partie ; & toutes les recherches que j'ai faites , je
n'ai reconnu d'autre moyen pour diminuer en
baffes eaux dans les maigresextraordinaires , les
difficultés de la navigation , que de faire plage
des digues mobiles , ainfi que je l'ai propofé dans
mon dernier Ouvrage ; ces digues ne feroient
fufceptibles d'aucun inconvénient , on les place
roit & déplaceroit facilement avec une très- mo- ˇ,
dique dépenſe.
2
Tous ces premiers obftacles qui s'oppofent fiv
fortement à l'exécution du projet de M. de Fert
ne font rien en comparaison de ceux qu'on
éprouveroit pour placer & déplacer continuellement
fes éclufes, & des ravages affreux qu'elles
Occafionneroient lors des crues fubites des rivie
res. Dans ces circonftances , comment déplacer
toutes ces éclufes à point nommé? Le torrent
ne donne pas de délai ; il faudroit donc toujours
avoir une armée d'éclufiers au bivouac & ena
fentinelle ? Mais comme ce moyen , très faible
encore , n'eft nullement praticable , les trois
quarts des éclufes feroient emportées par le torrent
, & la plupart brifées , ou contre des roches
& des digues , ou contre des ponts dont plufieurs
feroient renverfés , & les éclufes qui réfifteroient
au torrent occafionneroient des débordemens qui
dévafteroient la campagne ; enfin ce feroit continuellement
de nouveaux défaftres que l'on auroit
à éprouver de plus .
Eft ce qu'on ne frémit pas quand on penfe à
ceux de cette nature qui viennent d'arriver dans
plufieurs Etats d'Allemagne ? Iis font effrayans,
& ont porté par- tout la déſolation , ainfi que
ceux très récens qu'on a effuyés à vingt lieces à
la ron de de Metz , occafionnés , j'en fuis fur ,en
( 183 )
plus grande partie , par les digues des moulins '
& ufines qui barrent les rivieres , & forcent celles-
ci à fortir de leurs lits. Dans ces débordemens
, le fléau le plus terrible de tous , on voit
les récoltes , les arbres & les terres emportés par
le torrent ; des maiſons abattues , beaucoup de
monde & de bétail ensevelis fous les eaux. Enfin
des rives très- riantes auparavant n'offrent plus
que des ravins affreux , & la plus grande défola
tion à tous égards. Après des défaftres fi affligeans
, n'eft-on pas étonné d'entendre parler de
projets qui ajoutent de nouveaux moyens à ceux
qui n'exiftent que trop malheureufement , pour
multiplier ces malheurs ? En voilà affez fur les
éclufes de M. de Fer. Bornons- nous ici à conti- -
nuer nos voeux pour que le Gouvernement , au
lieu de permettre l'introduction de nouvelles en .
traves dans nos fleuves & rivieres , daigne faire
lever celles qui y font , fi inhumaines & fi contraires
à tous égards au bien de l'Etat.´
J'ai l'honneur d'être , avec la plus grande confidération
,
MONSIEUR ,
Votre très - humble &
très-obéiffant ferviteur ,
ALLEMAND.
On mande de Poitiers , qu'on s'occupe
avec activité de l'exécution d'un port commode
& marchand , auprès de la petite ville
de Brouage , pour favorifer les bâtimens
Américains qui viendront y chercher du
fel , qu'on doit leur vendre à très- bas prix .
On fait les mêmes travaux aux fables d'olonne
, d'ou fera creufé un canal aboutiffant
à la riviere du Clain , laquelle fera communiquer
de la mer à la Loire , au deffus de
( 184 )
Tours , lieu de fon embouchure. On a continué
ces travaux , déja entrepris l'année
derniere. [ Journal de Provence. ]
Louis Philippe d'Orléans , Duc d'Orléans,
né le 12 Mai 1725 , eft mort à Saint - Affife
le 18 de ce mois , âgé de 60 ans & demi.
Cefar- Gabriel de Choifeul, Duc de Praflin ,
Pair de France , Miniftre d'Etat , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant- Général de
fes Armées & au Gouvernement des huit
Evêchés de la haute & baffe- Bretagne , cidevant
Ambaffadeur de S. M. très Chrétienne
près de la Cour de Vienne , & au
Congrès d'Ausbourg, &c. eft mort en fon
Hôtel , rue de Bourbon , & a été tranſporté
en fa Terre de Praflin.
Jacqueline - Henrietre d'Aumenil de Lignieres
, Vicomteffe de Néel , Gouvernante
des Enfans du Duc de Bourbon , épouse du
Vicomte de Néel , Lieutenant - colonel d'Infanterie
, Chevalier de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , eft mort le 29 Octobre
, en fon château de Sainte - Marie - l'Aumont
près Vire.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 20 Novembre.
Il paffe pour certain que le Traité d'alliance
entre la France & les Provinces -Unies ,
déja arrêté & fufpendu à l'inſtant des différends
de cette République avec l'Empereur,
a été figné à Fontainebleau le ro de ce mois.
La paix de ces mêmes Provinces Unies avec
l'Empereur a été auffi ratifiée le 8 à Fontai(
185 )
nebleau , ainfi que nous l'avons dit l'Ordinaire
dernier.
Le Baron de Reifchach eft à Maftricht
depuis quelques jours ; & l'on ne doute
point que ce Miniftre Impérial ne revienne
inceffamment reprendre fes fonctions à la
Haye.
Les Etats Généraux font moins preffés.
que les Etats de Hollande de répondre à la
Lettre que leur a adreffé le Roi de Prufle.
Un meffager d'Etat a porté à Berlin la Réponſe
particuliere des Etats de Hollande ;
comme elle eft une répétition des mêmes
chofes qu'on a lues antérieurement' dans les
réfolutions de cette province , en pareille
occafion , & qu'on s'y retranche à nier tout
deffein fur les prérogatives du Stathouder ,
nous croyons fuperflu de la rapporter en
entier.
Il y a eu à Amersfoort une efcarmouche
entre les Bourgeois & le détachement militaire
qu'on a envoié il y a deux mois dans
cette ville. Un des foldats eft mort de les
bleffures ; & plufieurs des combattans ont
été dangereufement maltraités.
Une Feuille publique des Pays - Bas Autrichiens
ordinairement très exacte , rapporte
de la maniere fuivante les circonftances qui
ont ſuivi la réforme du Corps Franc de
Stein .
Les ordres étant donnés pour que le corps franc
de Stein ne fût plus fur le tableau de guerre au
( 186 )
premier Novembre , le Général Comte de Rutan
lui annonça fa diffolution le 31 du mois d'Octobre.
Mais comme le Baron de Charver , Commiffaire
civil , qui avoit des inftructions pour
faire paffer cette troupe fur la frontiere d'Allemagne
, n'étoit pas arrivé , on renferma cès réformés
dans les cafernes , auxquelles ils mirent le
fen.
t
Ce premier défordre fut caufe qu'on en fit par
tir le lendemain , premier Novembre , fix cents
hommes , feus l'efcorte de foixante foldats de
Fillier , commandés par le Prince d'Ifembourg.
On les embarqua fur la Meufe , fur neuf bateaux ,
pour les conduire par eau jufqu'à Naiwagne ;
mais ce trajet étant trop fort pour un jour , les
Stein réformés fe mutinerent entre Huy & Licge
, prirent le Prince commandant au collet , le
menacerent de le jetter dans la Meuſe , fi on ne
Jear permettoit de defcendre au village de Chokier.
Si cette révolte eût été générale , qui fait
jufqu'où ces mutins euffent porté les extrémités ?
Mais une grande partie de leurs camarades fentant
tout l'odieux de pareils procédés , à l'égard
d'un jeune Officier qui avoit eu la générofité de
fe priver de fes provifions pour les leur diftribuer,
vinrent à bout de le dégager des mains des rebelles
, dont une partie prit terre à Chokier , & fe
débanda. L'autre ayant paffé la nuit fur les bateaux
, continua le lendemain fa route par Liege
fqu'à Vifé , où ils débarquerent , & où des recruteurs
hollandois & efpagnols qui s'y trouvoient
, en enrôlerent le plus grand nombre.
Son Excellence le Général de Lillien ayant eu
avis de ce départ , avoit fait partir de Herve , le
même jour du grand matin , un demi - efcadron
de Cobourg pour Vifé . Ils avoient l'ordre de
prendre les foldats réformés , & de les conduire
( 187 )
9
ici , où effectivement il en eft arrivé environ trois
cents trente entre huit & neuf heures du foit.
Le lendemain ils ont été conduits jufqu'à la frontiere
de notre Province , du côté d'Aix , par peloton
de vingt à trenie , efcortés de fix à fept
Dragons. Les Commiffaires civils de guerre ,
Mrs. Wunch & Ofts de Bulloi , ont fait donner
la nourriture à ces pauvres gens , & ont expédié
des ordres de patrouiller dans tout le pays , afin
d'arrêter & de faire partir tous ceux qui pouvoient
encore s'y trouver. Ces précautions n'ont
point été inutiles , puifque le 4 on a encore conduit
fur la frontiere vingt- deux de ces hommes ,
qui avoient été arrêtés la veille ; elles étoient
d'ailleurs néceffaires pour éloigner de notre contrée
des gens fans reffource , que la mifere aucontraindre
à former des bandes de voleurs
roit pu
& d'affaffins.
Le Prince de Naffau , en fe rendant à Loo
en Gueldres ', a reçu fur fa route des démonftrations
d'attachement qui , à Meppel
dans le pays de Drenthe , ont entraîné une
fcene , décrite en ces termes dans une lettre
de Meppel , du 12 Novembre.
Hier dans l'après-midi vers quatre heures,
6. A. S. Mgr. le Prince d'Orange , S. A. R.
Madame la Princeffe & leurs SS . Enfans arriverent
ici de Groningue . Quoique quelques étein
celles de difcorde paruffent couverts depuis quel
que temps fous les cendres , entre quelques pers
fonnes qui s'exercent dans le maniement des ar
mes , & d'autres qui ne croyent pas devoir le
faire , on s'attendoit cependant à la plus grande
union parmi nous à l'occafion de cet agréable
événement. Les habitans de divers Villages des
environs s'étoient réunis pour témoigner leur
( 188 )
joie , en élevant des arcs de triomphe , & un
grand nombre de perfonnes de diftinction s'y
trouverent également , pour prévenuir par leur
préfence toute espece de défordre. M. le Comte
de Heyden , Droffard de ce lieu , s'y étoit rendu
dès la veille , afin de pourvoir à tout ce qui pourroit
affurer le bon ordre , en faifant d'ailleurs
connoître que toutes démonftrations extravagantes
de joie ne feroient point vues de Leurs
Alteffes comme de veritables marques d'affec
tion , mais feroient au contraire très- fort défapprouvées.
Peu de momens après fon arrivée ,
M. le Comte de Heyden reçut une Députation
du Confeil de guerre du Corps armé , le priant
inftamment de permettre qu'ils euffent l'honneur
de recevoir LL. AA. fous les armes , & de les
escorter jufqu'à leur logement , avec intention
de donner par là des marques de leur attachement
à Leurs Alteffes ; ce qui ne leur a cependant
été accordé que fur la promeffe & affurance
qu'aucun de leurs membres ne feroit muni de
cartouches à balle qui , à ce qu'on avoit appris ,
avoient été préparées. A l'approche de Leurs
Alteffes , le Corps armé fut gêné dans fes manoeuvres
par un groupe nombreux de batteliers ,
charpentiers , & c . portant des fcies , des haches ,
& autres inftrumens avec lefquels ils faifoient
beaucoup de bruit entourant les caroffes du-
Prince, avec grande preffe , lefquels défiloient
entre une haye des Bourgeois armés , qui fe
trouverent choqués de ne pouvoir conferver le
bon ordre qu'ils defiroient de maintenir dans leurs
manoeuvres. Leurs Alteffes étant defcendues chez
M. Scholtes Kniphorft , la foule augmenta , & la
confufion devint plus forte ; des paroles on en
vint aux faits , & les exhortations les plus vives dé
fe modérer furent inutiles. Alors on entendit ti-
>
( 189 )
rer plufieurs coups dé fufil , & l'on apprit bientôt
qu'un habitant honnête & tranquille , qui , fans
être du Corps armé , ni ne s'être jamais mêlé
d'aucun différend parmi les Bourgeois , ne fe
trouvant- là que comme fpectateur , venoit d'être
tué fur la place , & étoit ainfi devenu la victime
d'une fureur infenfée parmi les habitans. Les
perfonnes à qui on en vouloit , entrerent alors
en une telle rage contre ceux qui étoient armés ,
que ces derniers durent profiter de ce que l'oc
cafion leur permettoit de fe retirer . Sans cela .
une horrible fcene de meurtre , auroit enfanglanté
la place d'autant qu'on a vu enfuite par
la vifite des fufils , que prefque tous étoient chargés
à balle. Cet événement a répandu une confternation
générale ici , & a troublé entierement
notre joie. L'Augufte Famille a témoigné par
des faits combien elle prenoit part au trifte fort
de la femme & des deux enfans de celui qui a eu
le malheur d'être tué.
La certitude de la paix a déterminé les
derniers ordres reçus par les différens Corps
militaires , cantonnés dans les Pays - Bas.
Les ordres qui avoient fufpendu la vente des
chevaux d'artillerie & la délivrance des congés
viennent d'être révoqués & le départ des troupes
venues d'Allemagne eft réfolu. Le 14 le régi
ment de Coburg- Dragons , qui eft dans le Lim
bourg , prend le devant fur Aix - la Chapelle &
Cologne. Le même jour les Huffards de Wurmfer
, qui font à Tirlemont & dans fes environs
quitteront le Brabant pour fuivre la même route.
Le 15 les Dragons de Tofcane partiront des en-..
virons de Louvain & iront occuper les quartiers
abandonnés la veille par les Wurmfer.
Les régimens de Lattermann , Preifs & Teut(
190 )
"
chmeiffer accompagnés chacun d'une divifion de
l'artillerie les fuivront à deux jours de diftance
l'un de l'autre.
Le régiment de Tiller prendra la route de
Luxembourg , d'où Bender & Migazzi partiront
inceffamment pour Fribourg.
Les régimens nationaux quitteront d'abord
Anvers , celui de Wurtemberg ira décidément
à Luxembourg , & probablement celui de Ligne
à Tournai.
Six-cents hommes du corps de Stein réformés
à Namur fe font préfentés à la fois aux portes de
la ville d'Aix ; la bourgeoife alarmée s'eft mife
fous les armes , & les a conduits poliment juf
qu'aux confins de fon territoire.
Les troupes qui prennent la route de Cologne
feront pourvues des magafins de Sa Maj. Imp.
jufqu'à Cologne inclufivement , le pain y com
pris. Le reftant de ces magafins à Liege & Cologne
fera vendu après leur paffage .
Le bois immenfe qui avoit été coupé dans
les forêts royales pour le befoin éventuel de
l'armée eft déja mis en vente.
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres .
L'affaire de Mr. van Slype , Vice- Bailly de
,, Maeftricht fe renouvelle aujourd'hui. Le jugement
que le Confeil- d'Etat avoit porté en fa
faveur , ordonnoit que les papiers trouvés dans
fa maiſon lui fuffent remis , puifqu'ils ne
,, contenoient rien de criminel à la charge ;
mais Mr. le Fifcal Tulling les ayant jugé ( lui)
de trop grande importance pour les rendre ,
n'a pas cru à propos de le faire. Mr. van Slype
fe difpofoit à l'attaquer pour cela , Mr. Tulling
,, a pris les devans , & intenté un nouveau procès-
22.
"
99
93
( 191 )
"
"
, au Vice Billi. C'eft le Haut- Confeil de
Hollande qui eft chargé du jugement par ordre
,, Ipécial de L. H. P. Il paroit par Its diverfes
,, preuves que fournit Mr. van Siype , qu'il a été
fort maltraité par le Fifcal , & même que ce
dernier a outre paffé les pouvoirs de fa com-
,, miffion. Les amis de Mr. van Slype ne doutent
, point qu'il ne remporte encore une victoire
,, complette , & digne du caractere de probité
qu'on lui connoit . Courier du Bas - Rhin ,
,, no. 91 .
•
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1).
PARLEMENT DE PARIS: GRAND CHAMBRE.
Caufe des Officiers de la BASOCHE du Palais à Paris,"
opofans à la réception en l'Office de Procureur ,
de deux Clercs qui n'avoient pas dix années de Cléricature.
Plufieurs Ordonnances , Arrêts & Réglemens
de la Cour défendent , de la maniere la plus précife
, de fe préfenter pour être reçu dans l'état &
Office de Procureur au Parlement , fans avoir
demeuré & travaillé , en qualité de Clerc , pendant
dix ans accomplis , chez des Procureurs au
Parlement , dont trois au moins en qualité de
Maître Clerc ; les mêmes Réglemens obligent
ceux qui ſe deſtinent à la profeffion de Procureur,
de rapporter des certificats en bonne forme , du
sems qu'ils auront paffé dans les Etudes ; & les
Officiers de la Bafoche tiennent des regiftres fur
lefquels chaque Clerc eft obligé de le faire inf
cise , lorfqu'il veut faire commencer les dix
ans d'étude dont il a effentiellement befoin.
Nonobftant ces Réglemens , il eft arrivé plus
d'une fois que des Clecs ayant mérité par leur
intelligence , & fur- tout par leur affiduité au
travail , la confiance & l'eftime de leurs Procureurs,
ont traité de leurs Charges avant l'expi
( 192 ).
{༨
ration des dix ans de Cléricature ; fouvent même
ils fe font proposés pour époufer leurs filles ; &
à la faveur de ces mariages de convenance , ils ont
été traités avec moins de rigueur quand il s'eft
agi de leur réception.
Des circonftances
particulieres avoient néceffité cette indulgence
pendant quelques années ; mais les mutations
étant devenues plus rares , & les ſujets en plus
grand nombre , les Officiers de la Bazoche ont
cru devoir réclamer l'obfervation rigoureufe des
Réglemens fur les dix ans de Cléricature. Ce
pendant le fieur Champagne , qui n'a travaillé
que huit ans & demi dans les Etudes , a néanmoins
traité de la Charge de Me. Contant , qui
lui a promis fa fille en mariage. Le fieur Bru
netiere , qui n'a travaillé que neuf ans , a éga
lement traité de la Charge de Me. Jobelin , dont
il doit épouser la niece. Malgré ces arrangemens ,
les Officiers de la Bafoche ont formé oppofition
à la réception de ces deux candidats , & demandé
que les Réglement fuffent exécutés , & qu'il leur
fut fait défenfes de traiter d'aucune Charge de
Procureur avant qu'ils euffent fait leurs dix ans
d'Etudes. Les fieurs Champagne & Brunetiere
ne pouvoient contefter une réclamation auffi
jufte ; mais ils demandoient , en confidération
des mariages préfentés , la faveur qui avoit déja ,
étéaccordée à plufieurs autres. L'Arrét du 20
Août 1785 , pour faire aux Parties , les a
appointées au Confeil , & fur les demandes en
droit & joint , dépens réfervés. Cet interlocu
toire donnera à ces jeunes gens llee tems néceffaire
pour s'inftruire davantage , & pour fe rendre par
conféquen t , plus dignes de leurs
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
ONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours; les Pièces fugitives nouvelles en
vers & en profe ; l'Annonce & Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles ,
les Caufes célèbres; les Académies de Paris & des
Provinces ; la Noticedes Edits, Arrêts ; les Avis
particuliers , &c. &c.
SAMEDIS NOVEMBRE 1785 .
GHAT
A
PALAR
ROYAL
PARIS ,
Chez PANCKOUCKE , Hôtel de hot
rue des Poitevins.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Du mois d'Octobre 1785.
PIACES FUGITIVES. Supplement aux Projets de
#3
4
49
A M. de l'Averdy ,
Epltre à Mme de Z.....
Le Vieillard au Printemps :
Elégie ,
Effai d'Infcriptions pour la
Halle au Blé ,
Couplets,
La Rofe , Fable,
Aune très jolie Femme ,
Epigramme ,
Réponses à la Queſtion ,
Anecdote Hiftorique,
Stances à M. de Piis ,
SI
ib.
52
Bienfaifance & de Patriotifme
pour toutes les Villes
& gros Bourgs du Royau
me ,
IT2
Penfees & Obfervations modefte
de M. le Comte de
Barruel-Beauvert , 120
168 Melcour & Verfeuil ,
97 Mélanges de Littérature étran-
98 gère,
179
ib. De l'autorité de l'Ufagefur la
Langue, ΙΟΙ
199
96 Explication du fyftême de
Î'Harmonie , Le Tombeau de l'Ifle de Jen- 219
148 Mémoirefur la Navigation in-
164 térieure , nings ,
Gouplet à Mme de....,
Yers faits après une
fentation de Didon ,
Fable du Géant Antée,
Charades , Enigmes & Legogryphes
, 6 , 54 , 110, 165 ,
repré-
194
229
SCIENCES IT ARTS .
>
18
181
193 Expofition des Peintures
Sculptures & Gravures dans
le Sallon du Louvre ,
Variétés , 71 . 125 3
197 Comédie Françoiſe , 133 , 231
NOUVELLES LITTER . Comédie Italienne , 87 , 233
Nouveau Recueil de Gaîté & Annonces & Notices , 45 , 91 ,
138 , 185,234 IC
de Philofophie ,
Morceaux choifis de Tavite, 56 |
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ;
aue de la Harpe , près S. Côme,
STOR
LIBRARY
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 5
NOVEMBRE 1785.
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
BOUQUET
A Mme la Comteffe DE BEAUHARNAIS ;
ORNEMENT de Gnide & du Pinde ,
Toi qui , fur le double coteau
De nos Littéraires Renaud,
Armide à la fois & Clorinde ,
Triomphes par un Art nouveau ;
Senfible Auteur de Stéphanie ,
Ce jour, ce nom de Saint- François
Trahiffent donc ta modeftie ,
Et nous donnent enfin les droits
D'offrir nos chants à ton génie !
Mais que d'écueils ! fi de nos coeurs
Le tribut te plaît & t'honore ,
Aij
MERCURE
Nos chants te plairont-ils encore ?
Comment fur le parfum des fleurs ,
Comment tromper les fens de Flore !
Si nous n'avions à célébrer
Qu'une femme obſcure , ordinaire ,
Če feroit de l'inaugurer
Au trêne banal de Cythère ,
Et foudain chacun d'admirer ;
Mais cet encens fade & vulgairea
Comment le faire reſpirer
A tes fens que le goût éclaire?
Auffi , je le dis fans mystère :
Pourquoi t'avifas-tu , dis -moi ,
De fortir du modefte emploi
Qu'a ton fexe fur l'hémiſphère ?
Ofer cultiver fa raifon!
Quitter les jeux de la fougère
Pour gravir le haut Hélicon !
Faire au ridicule la guerre
Aulicu de lui prêter fon nom ,
Et négliger la grave affaire
Du choix d'un ruban , d'un pompon ,
Pour cueillir d'une main légère
Toutes les palmes d'Apoll n !
Dieu ! quel fcandale ! ... des rulles
Vois fur toi fonner le tocfin ;
Tremble à la fuite de ces Belles ;
Moi-même , un grelor à la main.....
DE FRANCE.
5
Mais non.... Devenons plus paifible....
Si ton efprit à des travers ,
Ton âme du moins eſt ſenſible ;
En fa faveur paffons tes vers
Et ta profe douce & flexible.
Le jour où Phébus réunit
Dans tes agréables demeures
Le goût , le fentiment , l'efprit ,
Jour léger qui paroît & fuit ,
Où le plaifir fonne dix heures
Lorſque le temps frappe minuit ,
J'ai vû fouvent ton ceil humide
Au récit touchant des malheurs ;
Tabouche , où ton âme réfide ,
S'adreffe toujours à nos coeurs.
Enfin , bienfaitrice honteuse ,
L'on dit que bien fouvent ta main
Fait dans l'ombre mystérieuse
Un don comme on fait un larcin.
En faveur d'une âme auffi bonne
Je te pardonne ta raiſon .
Penfe , compofe , écris , raiſonne ,
Jouis des refpects de Buffon ;
A la honte d'un nom antique
Déroge jufques aux Beaux- Arts ,
Grave ce nom , de toutes parts ,
Sur le double mont poétique ,
Loin de l'offrir à la chronique
1
A.iij
MERCURE
"
Pour fes bulletins babillards ,
Sois vaine que l'Auteur d'Émile
Aimât ton âme & ton talent;
De crimes quel nombre effrayant !
Mais je fuis un juge facile
A l'afpect d'un coeur excellent.
(Par M. Verninac de Saint-Maur.)
A Madame GUIARD , de l'Académie
Royale de Peinture.
PEINTRE
EINTRE de la Nature & de la Vérité ,
Dont tout Paris au Louvre admire les Ouvrages ,
De tes originaux qu'importe la beauté ?
Celle de ton talent ravit tous nos fuffrages.
LA REINE ET LA BERGÈRE ,
Fable , à ceux qui ne peuvent ou ne veulent
pasjuger chaque chofe dans fon genre.
LÀ Reine Venufta , la Bergère Silvie ,
Dans l'âge des plaifirs mortes le même jour ,
Defcendoient triftement au ténébreux féjour ,
Et cheminoient de compagnie .
De compagnic ! eh ! oui : les mortels font égaux
Sitôt qu'ils ont quitté la vie ,
Et Caron paffe tout , les Bergers , les Héros.
DE FRANCE.
7
Enfin , nos belles voyageules
Arrivent en jafant aux demeures heureuſes
Où vivent , quoique morts , l'efprit & la beauté.
Aux grilles du jardin le couple eft arrêté ;
Il falloit décider quelle étoit la plus belle .
L'une avoit pour attraits la Nature fans fard ,
L'autre offroit la Nature & l'Art ;
Et comme le fujet tendoit à la querelle ,
Pour éviter un démêlé
Le Dieu du Goût fut appelé.
Voltaire vint. Çà , lui dit Rhadamante ,
Jugez ces deux Beautés , l'une & l'autre eft charmante ;
Mais leur rivalité caufe notre embarras :
A laquelle des deux donneriez -vous le pas
Dans les jardins de l'Élysée ?
Eh! quoi ! c'est pour cela que l'on m'appelle ici ,
Dit le Dieu ; mais , Meffieurs , la chofe eft fort aisée ;
La Reine eft belle & la Bergère auffi.
Que chaque chofe à fon rang foit pefſée .
Entre Homère & Chaulieu aulle comparaiſon :
J'aime un Poëme & j'aime une Chanſon .
( Par M. Hoffmax. )
A iv
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Hautbois ; celui de
l'Enigme eft Epingle ; celui du Logogryphe
eft Efpérance , où l'on trouve Persée , Spa ,
pance , Perfe , pensée , ferpe , carpe , ré,
pan , ane , rance , ance , père, race , crêpe ,
fac , crâne , Rancé.
CHARA DE.
ONfauche Nfauche mon premier ,
On rafe mon dernier ,
On chante mon entier.
ENIGM E.
E fuis très- recherché de diverfes couleurs ;
A la ville on me voit toujours plutôt qu'ailleurs.
Mélide me choifit felon fa fantaiſie ;
Je fers à fes atours. Le temps vient , on m'oublie ;
Et pour lors négligé pour le bien que j'ai fait ,
L'ingratte m'abandonne , hélas ! me méconnoît.
La Nymphe d'Opéra de moi fait grand uſage ,
Et paroît par mon art avec plus d'avantage.
DE FRANCE. 9
Quoique d'un petit prix , à propos préſenté ,
J'ai fubjugué par fois la févère beauté.
Ce
( Par M. le Chevalier de Briois , Officier
au Régiment de Breffe. )
LOGOGRYPHE.
JE fuis un endroit agréable ,
Plus d'un Lecteur en conviendra ;
Et dans mes fix pieds trouvera
communément on fert fur une table ; que
Un meuble utile auprès du feu ;
Un animal à longue oreille ,
Cette boiffon qui nous éveille ,
Don't chacun aime à prendre un peu ;
L'un des habitans de l'Afrique ;
Un autre des bois d'alentour.
De plus , deux tons de la mufique ;
Une monnoie qui n'a plus cours ;
Ce qui tient au port un navire.
Je puis offrir une liqueur
Avec un métal deſtructeur ;
Une arme du Dieu de la lyre ;
Une conjonction ; de la France une ville ;
Puis un pronom démonſtratif ;
Et ce temps toujours trop hâtif
Pour celui qui le rend utile.
(Par l'Auteur des Amuſemens du Jour. )
A v *
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRE fur les Corvées , 1785. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale.
PERSONNE
ERSONNE ne doute aujourd'hui que la
conftruction & l'entretien des chemins , des
routes publiques , ne foit un des objets les
plus importans de l'Adminiftration d'un
Royaume. En faifant circuler les richeffes ,
le commerce les multiplie , & les routes
font , pour ainsi dire , les canaux par où circule
la vie dans toutes les Provinces d'un
vafte empire. Deux pays favorifés de la Nature
, peuplés d'hommes actifs , & placés à
peu de diftance l'un de l'autre , font tous
les deux pauvres ; on ouvre un chemin qui
va de l'un à l'autre , & tous les deux font
riches.
Ces vérités font très - fimples , & il n'y a
pas long temps qu'elles font très - communes.
Sully avoit fait profpérer le pâturage & le
labourage , ( on aime à fe fervir des mots
dont il fe fervoit lui - même ) ; Colbert avoit
créé les manufactures , il avoit voulu nous
faire jouir en France des plaifirs de l'Inde
mais ni Colbert ni Sully n'avoient fait de la
conftruction des chemins un objet général
DE FRANCE. 11
des foins & des travaux de la Souveraineté.
Ils faifoient naître des richeffes , & ne leur
ouvroient pas des routes. Sous Louis XIV ,
on avoit fongé à faire des canaux , & non
pas des chemins. Il eft vrai que Boileau
n'auroit pas pu faire d'auffi beaux vers fur
un grand chemin , bien commode pour les
Rouliers , que fur ce canal du Languedoc ,
qui joignit
Les deux mers étonnées
De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées.
Comment fe faifoient donc les chemins ?
Ils ne fe faifoient point. Il faut néceffairement
des routes aux hommes , aux animaux ,
aux voitures , & l'on avoit pour chemins
publics les traces des pas des anirnaux & des
hommes , les intervalles laiffent entreelles
les deux roues des voitures . Aujourd'hui
on fait des chemins pour les voitures ; alors
c'étoient les voitures elles - mêmes qui faifoient
les chemins.
que
On a cru que la corvée étoit une inftitution
très ancienne ; elle ne remonte pas
au-delà de la Régence ; elle a commencé
à cette époque..
Elle eft née des
circonftances & d'un exemple donné par
les étrangers. Le Duc Léopold s'en fervit
en Lorraine , on l'imita en Alface , enfuite
en Champagne , infenfiblement & de proche
en proche dans toutes les Provinces.
A vj
12 . MERCURE
Le mot de Corvée eft très-ancien dans le
fyftême féodal ; mais il y avoit un autre
fens ; il y repréfentoit certains travaux de la
Glèbe.
Que faut -il donc penfer de ceux qui ont
parlé de la nature de la corvée , des principes
conftitutifs de la corvée , des loix fondamentales
de la corvée ? Sa naturè eft de n'avoir
point de principes , & le bonheur de la
France eft qu'elle n'ait pour fondement aucune
loi émanée de nos Souverains.
Chofe heureufe & bien remarquable !
la première & l'unique loi qui exifte en
France fur la corvée , eft une loi qui l'abolic
dans tout le Royaume : c'eſt l'Édit enregistré
en Lit de Juftice en 1776. Aucun peuple du
monde peut- êêtre n'a reçu des loix auffi douces
de fes Monarques ; tout ce qu'il y a
encore de barbare & d'oppreffif dans nos
inftitutions nous vient d'ailleurs.
L'inftinct des peuples a toujours eu la
corvée en horreur ; & cet instinct , quoiqu'irréfléchi
, n'eft pas une choſe dont le Légiflateur
doive dédaigner de prendre confeil .
Le peuple n'a pas la même averfion pour les
impôts , dont il a cependant porté quelquefois
le poids ; c'eft qu'il fent , fans trop
s'en rendre compte , que les impôts , juftes
leur nature , ne ceffent de l'être que par
leur excès.
par
·
De bons Ouvrages ont déjà prouvé que la
DE FRANCE 13
corvée fait beaucoup de mal au peuple & de
mauvais chemins à la Nation ; & l'Ouvrage
où cela eft le mieux prouvé , c'eft l'Édit
même émané du Trône en 1776. L'Auteur
du Mémoire fe fait gloire d'avouer qu'il y
puifera un grand nombre d'idées . Ainfi on
préfente aujourd'hui au Gouvernement les
lumières qu'il a répandues lui - même dans la
Nation , & les Conſeils qui entourent le Légiflateur,
n'ont rien de mieux à lui préfenter
que les propres penfées & fes propres loix.
Mais les vérités les mieux démontrées de
viennent plus claires , plus faciles à faifir
quand elles font préfentées de plufieurs manières
par d'excellens efprits : elles deviennent
plus préciſes & plus complettes ; & ce
n'eft qu'alors qu'elles entrent dans tous les
efprits pour n'en fortir jamais . C'eft ce qu'on
éprouve en lifant ce Mémoire fur la Corvée.
Il eft probable que la corvée n'aura plus de
parrifans que dans ceux qui n'auront pas lú
ce Mémoire. De combien de maux en effet ,
de combien d'injuftices il démontre que la
corvée eft la fource !
1º. Les chemins donnent une nouvelle
valeur aux propriétés ; ils élèvent le prix des
denrées ; & par la corvée , les travaux des
chemins retombent entièrement fur les Journaliers
qui n'ont point de propriété , & dont
la main d'oeuvre ne s'élève pas toujours avec
le prix des denrées. Le Journalier a vû fouvent
que le blé qu'il avoit fait naître, lui étoit
enlevé par les chemins qu'il avoit conftruits.
14 MERCURE
Ainfi , par la corvée , les chemins ne coûtent
rien à ceux qu'ils enrichiffent , & ils font
faits par ceux à qui fouvent ils font trèsfuneftes.
2º. Une Province entière profite également
des chemins qui la traverfent ; & par
la corvée, les habitans éloignés des grandes
routes ne font pas appelés à les faire ; l'avantage
eft pour tous , & le travail pour quelques-
uns.
3. L'accroiffement de l'agriculture eſt le
principal objet de la conftruction des chemius
; & par la corvée , la conftruction des
chemins devient funefte à l'agriculture . Il
n'eft pas de faifon abſolument morte pour
les travaux de la terre ; & quand on appelle
tous les Journaliers à la fois d'un canton
fur un grand chemin , on enlève néceffairement
àbeaucoup de terres les bras dont elles
avoient befoin. Les moyens par lefquels on
ouvre des canaux aux richeffes , tariffent les
richeffes ;, il eft vrai qu'on a du blé malgré la
corvée ; mais on en a beaucoup moins , rarement
on en a affez pour le faire circuler dans
les routes du commerce.
4°. On a cru que la corvée n'étoit pas un
impôt , parce qu'elle demande du travail &
non pas de l'argent. On voit par- là que les
mots ne trompent pas moins en adminiftration
qu'en philofophie. Mais les erreurs d'un
Philofophe font bien moins dangereufes que
celles d'un Adminiftrateur. Dans la Société, où
le travail repréfente continuellement l'arDE
FRANCE. IS
*
gent, où l'argent repréfente continuellement
le travail ; le travail eft l'argent de celui qui
n'a point d'argent , l'argenr eft le travail de
celui qui ne travaille point. S'il y a quelque
différence , ( & il y en a une très - grande )
c'eſt que celui qui paye de fon travail , paye
infiniment plus que celui qui paye de fon
argent, lors même que tous les deux paroiffent
payer la même fomme.
Il faut donc évaluer en argent les journées
de travail qu'exige la corvée , & vous trouverez
, dit l'Auteur du Mémoire , qu'on ne
fait pas avec un million en corvée , ce
que tout Adminiſtrateur fera exécuter avec
moins de quatre cent mille livres en argent.
Quel fait !ileft attefté par un Adminiſtrateur
éclairé , par un homme qui a préfidé luimême
à la conftruction des grands chemins.
Il en résulte que la corvée fait payer aux
malheureux qui ne poſsèdent au monde que
leurs bras , le double de ce qu'il en coûteroit
, dans un autre fyftême , à tous les habitans
du Royaume ; les pauvres feuls payent
le double de ce que devroient payer les pauvres
& les riches enfemble.
Au premier coup- d'oeil cette affertion de
l'Auteur du Mémoire paroît extraordinaire ;
il la rend enfuite très facile à concevoir.
Si le corvéable eft un peu éloigné du lieu
du travail , il perd une jou née pour s'y ren
dre , & ane autre journée pour s'en retourner.
t
Si au contraire fa maiſon eft voifine du
16 MERCURE
chemin , il s'échappe à chaque inſtant pour
voir fa femme , fes enfans , fa maiſon .
Quand on raffemble les Journaliers pour
la corvée , tous ne peuvent pas arriver en
même -temps , & aucun ne veut commencer
le travail que lorfqu'ils font tous arrivés ,
parce que nul ne veut faire plus de travail
que les autres.
Que de manières de perdre du temps ,
c'eſt -à - dire , du travail , c'eft - à - dire , de
l'argent !
On travaille forcément , lentement , &
voilà encore de nouvelles pertes d'argent ,
puifque voilà de nouvelles pertes de travail ,
de temps.
25° . Non feulement ce qu'on fait coûte
davantage , mais on le fait mal. Il ne fuffit
pas de favoir donner un coup de pioche , de
favoir tranſporter des cailloux pour favoir
conftruire un chemin. C'eſt un art très fimple,
mais un art pourtant , & on ne le fait
pas fans l'avoir appris , non plus que les autres.
Les Laboureurs ne le favent pas , & ne
fe foucient pas de l'apprendre. Il faut donc
des piqueurs très intelligens , & ces piqueurs
font rares ; il en faut de durs , de févères ;
ceux-là font trop communs, & l'humanité des
Intendans ne peut pas toujours les réprimer.
Autre inconvénient. Des hommes , dont la
conftruction des chemins feroit le principal
métier , pourroient veiller continuellement
fur ceux qui feroient faits ; & une pierre re
mife auffitôt que déplacée , une ornière comDE
FRANCE.
blée au moment où elle va s'approfondir ;
les foins les plus faciles & les moins coûteux,
fuffiroient pour l'entretien d'une route bien
conftruite , mais quand les jours de la corvée
font finis , quand les atteliers font difperfés
, perfonne ne veille fur les chemins';
ils fe dégradent entièrement. Ce qu'on ap
pelle une réparation , eft une nouvelle conftruction
qui exige des corvées nouvelles.
Ainfi les maux naiffent des maux , les injuftices
des injuftices , les corvées des corvees.
Voilà les vérités , c'est - à - dire , les faits
que développe parfaitement l'Auteur du Mé
moire. On a beaucoup déclamé fur cet objet
en vers & en profe ; il n'y a point ici de dé
clamation , c'est le ton calme & tranquille
d'un Magiftrat qui délibère au pied du Trône,
& ce ton perfuade bien davantage.
Ces vérités , conteftées encore par quelques
perfonnes, ne le font plus par l'opinion publique.
C'est ainsi que penfoit M. de Trudaine
père , dont le nom eft une autorité dans ces
matières : c'eft ainfi que penfent plufieurs
Provinces, qui , ayant le choix de la corvée
& da rachat en argent , out aboli la corvée.
C'est ainsi que penfent prefque toutes les
Cours Souveraines de Magiftrature ; & on
a mal connu les opinions & les fentimens
de celles qui ont été foupçonnées d'être favorables
au ſyſtême oppreffif de la corvée.
On aime à voir un Magiftrat du Confeil
prendre la défenfe des Parlemens du Royaume;
& je me plais à tranfctire ici , d'après
18 MERCURE
l'Auteur du Mémoire , ce qu'un Magiftrat
de Bordeaux difoit à ce fujet dans une Affemblée
de Chambres .
و ر
ود
" On ne craint pas , Meffieurs , de vous
repréfenter comme les apologiftes du ré-
" gime cruel de la corvée ; cependant vos
» remontrances de 1.79 ont pour objet de
» démontrer les inconvéniens & les avantages
qu'il y auroit à la fupprimer . Vous
avez fupplié le Roi d'établir dans votre
reffort les Adminiftrations Provinciales ,
» dont une des premières opérations auroit
été fans doute l'abolition de la corvée .
» Dans les remontrances de 1784 , vous
» conjuriez de nouveau le Roi de réformer
» l'adminiftration des corvées. Vous avez
» ajouté: Nous fommes prêts , Sire , à don-
» ner aux Ordres les plus diftingués de l'État,
l'exemple d'un facrifice généreux , fage-
» ment combiné pour le foulagement des
» campagnes .
"
3 Certes , ce n'eft point là le langage des
apologiftes & des defenfeurs de la corvée.
Combien ily a loin encore du moment où
les efprits diftingués apperçoivent une vérité
politique à celui où un fage Adminiftrateur
peut la faire paffer dans la Légiflation !
Tout le monde entend la voix de l'hu
manité ; l'Adminiftrateur éclairé eft le feul
qui fache comment il faut la faire refpecter
dans les loix d'un grand Empire. C'eft l'objet
dont s'occupe l'Auteur dans la feconde Partie
de fon Mémoire.
DE FRA, NGE. 19
L'abolition de la corvée rend l'établiffement
d'un impôt inévitable. Mais comment
l'impôt fera-t'il pofé & comment fera - til
lévé ? Ces deux queftions préfentent de
grandes difficultés ; l'Auteur les difcute avee
la même clarté , avec le même ordre , &
toujours avec cet intérêt attaché aux penſées
d'un Magiftrat qui .médite fur le fort du
peuple , fur le fort des pauvres.
Un impôt général fur le Royaume peut
être établi , ou fur tous les poffeffeurs des
fonds indiftinctement , ou à raifon des
vingtièmes , ou au marc la livre de la taille.
Le fecond de ces moyens paroît évidemment
mauvais , quoique ce fut celui que préféra
l'Édir de 1776. Cette loi en choififfant
le vingtième pour bâfe , alloir même contre
le motif énoncé de faire payer l'impôt des
chemins aux propriétaires. D'abord le Clergé
n'eft pas affujéti au vingrième , & c'eft
un des grands propriétaires. En fecond lieu,
les Commerçans , les Artifans , les Capitaliftes
ne payent pas le vingtième des terres ,
& perfonne ne profite plus des chemins.
Nous favons que le Miniftre qui préfida
à la rédaction de l'Edit de 1776 , avoir eu
d'abord le projet d'établir fur toutes les
terres indiftinctement cet impôt dont l'emploi
devoit être fi avantageux à toutes les
terres.
MERCURE
Un impôt fur toutes les serres paroîtroit
auffi le plus légitime à l'Auteur du Mémoire ;
mais il y infifte peu , & ne combat pas non
plus des priviléges qui fe condamneroient
peut-être eux-mêmes.
Ce refpect des droits établis , lors même
que ces droits pourroient être confiderés
comme des abus, eft la marque la plus certaine
d'un Gouvernement modéré & bienfaifant.
On y respecte jufqu'à l'ombre de la justice.
L'Auteur du Mémoire apperçoit dans le
troisième moyen , dans l'impôt au marc la
livre de la taille , prefque tous les avantages
d'une contribution univerfelle fur les terres ,
& aucun des inconvéniens.
Il n'y a en effet de terres exemptes de tout
impôt que celles dont la culture eft dirigée
par les Propriétaires même qui ont des priviléges
; ce nombre eft très - petit : les Fermiers
payent pour toutes les autres terres nobles
indiftinctement , & on eft fondé à confidérer
une contribution au marc la livre de la
taille , comme une contribution générale
fur les terres.
"
A quoi tient la fageffe des difpofitions
dans ce genre ! Pofez l'impôt fur toutes les
terres , vous bleffez une multitude de droits
ou de prétentions Pofez l'impôt au marc la
livre de la taille , les terres le payent également
, & perfonne ne murmure . Ce qui
fépare une loi fage d'une loi imprudente ,
DE FRANCE. 20
n'eft qu'un trait délié ; mais c'eſt précisément
parce que ce trait eft fort délié , qu'il eſt difficile
de l'appercevoir , & honorable de
l'avoir apperçu .
Enfin par quelles mains cette contribution
fera- t'elle levée ? Le Souverain fe
chargera t'il de cette fonction fi importante
de la Souveraineté ? La fera- t'il lever par
les mêmes mains dans tout le Royaume , &-
par un acte unique émané de fon Trône
qui établiroit un impôt perpétuel ? Des I
génieurs choifis par le Monarque , feront- ils
chargés de faire & d'entretenir tous les chemins
de la France d'après le même plan &
les mêmes vûes ?
On eft porté à croire que cette unité dans
les vûes & dans le travail , rendroit le travail
plus prompt & plus parfait. On voit dans
cette méthode ce caractère de fimplicité fans
lequel la confufion ſe met fi ailément dans
les affaires d'un grand Empire.
Mais l'Auteur du Mémoire ne.confidère
pas feulement les rapports des chofes entreelles
, il confidère bien plus encore l'impref
fion que les chofes font fur les hommes ; il
fonge aux alarmes du peuple , à fes foupçons
, qui n'ont pas besoin d'être fondés
pour le rendre malheureux......
Le peuple peut craindre qu'un impôt per
pétuel & univerfel pour les chemins, ne foit
détourné pour d'autres befoins de l'État,
22 MERCURE
& qu'on ne rétabliffe encore la corvée.
L'Auteur répond , 1º . que la corvée deviendra
bien plus odieufe encore par fon
abolition , qu'on la regardera bientôt
comme un de ces fléaux de la barbarie qui
ont ravagé les fiècles paffes ; que dans les
befoins les plus urgens , il feroit infiniment
plus aifé au Gouvernement d'établir un nou-.
vel impôt, que de détourner l'argent de l'impôt
des chemins & de rétablir la corvée.
2°. Qu'il vaut mieux cependant renoncer à
ce moyen , qui ne feroit plus le meilleur,
puifqu'il pourroit altérer cette confiance qui
doit unir le Gouvernement aux peuples.
L'Auteur du Mémoire apperçoit dans la
manière dont l'Adminiftration Provinciale.
du Berry a procédé à la confection des chemins
, un moyen qui n'a pas les inconvé
niens d'un impôt général , & qui en a tous
les avantages,
L'Adminiftration Provinciale du Berry
voit les travaux qui feront néceffaires dans
l'année , établit chaque année une contribution
proportionnée à ces travauK & en
DE FRANCE. 23
livre elle - même le produit à l'adjudicataire.
Que ce modèle foit imité dans toutes les
Provinces , & le Peuple fera sûr que l'argent
qu'il donnera pour les chemins fera toujours
employé pour les chemins.
Mais ce n'eft. pas feulement le peuple qui
a des craintes , le Gouvernement en a auffi :
on veut du moins lui en ſuppoſer ou lui en
donner.
Si les Provinces , dit - on , lèvent un impôt
fur les peuples , le peuple fera moins capable
de payer les impôts ordinaires.
Il en fera plus capable , & cela eft évident.
d'après les lumières que l'Auteur du Mémoire
a répandues fur cet objet.
On a vú que le peuple payoit trois ou
quatre fois plus en travail , qu'il ne fera
obligé de payer en argent. Il aura donc trois
ou quatre fois plus d'argent pour payer les
impôts ordinaires.
La claffe la plus pauvre du peuple , les
Journaliers , payeront pour les chemins ;
mais en travaillant pour les chemins, ils gagneront
bien au - delà de ce qu'ils auront
payé.
Les chemins publics deviendront pour
le peuple de grands atteliers de charité ,
où il trouvera. du travail & du pain dans
les jours où il manque de l'un & de
l'autre.
24
MERCURE
Ainfi , comme l'a dit fi bien un homme
éloquent , la juftice feule dans l'Adminiſtration
des grands Empires eft une bienfaisance.
Il fe préfente une dernière queſtion.
Le Souverain doit- il laiffer aux Provinces
le choix du rachat en argent & de la corvée ?
Ici , l'Auteur du Mémoire , quoique tou
jours porté aux opinions modérées , penſe
qu'il vaudroit mieux ne pas laiffer aux Provinces
une liberté dont elles ne peuvent fe
fervir que pour le faire beaucoup de mal ;
& la perfuafion paroît être encore du côté
de fon avis.
1º. L'opinion qui demande aujourd'hui
l'abolition de la corvée , eſt à peu près l'opinion
générale ; & ce voeu univerfel , prononcé
par le Monarque , eft le véritable fceau
d'une loi.
2º. La corvée eft déjà abolie dans plufieurs
Provinces , elle lê fera bientôt dans
plufieurs autres . Les Provinces qui la conferveroient
ne feroient que rompre cette
uniformité defirable , cet accord qui doit fe
trouver dans toutes les parties de l'Adminiſ
tration du même Empire.
3. Tandis que les habitans de ces Provinces
jouiroient dans tout le Royaume de
la beauté des chemins faits à prix d'argent,
tout le Royaume fouffiroit de l'imperfec
tion de leurs chemins faits par la corvée.
. Par une fuite de la conftitution de
prefque toutes les Municipalités , le choix ,
Gon le laiffe libre , fera fait , non par ceux
qui
DE FRANCE
25
qui gémiffent fous la corvée , mais par ceux
qu'elle difpenfe de contribuer aux frais des
chemins leur préjugé , ( car il faut croire
que c'est un préjugé plutôt qu'une injuftice )
peur durer encore un demi fiècle , un fiècle,
Eft- ce donc peu de chofe qu'un demifiècle
de perdu pour le foulagement des infortunés
?
Pourquoi attendre du teres , un bien qu'on
peut faire tout de fuite par les lumières?
Je conçois que la raifon feule , fans l'autorité
des faits , peut être fufpecte aux
hommes ; celui qui les a un peu obfervés , a
vû que la vérité n'existe pas encore pour eux
tant qu'elle n'eft démontrée que par la parole
; les exemples feuls ont pour eux de
l'évidence ; mais ici les exemples font en
grand nombre , & il n'y en a pas un qui ne
prometre & qui n'affure le bonheur ..
Je conçois que dans les temps peu éclairés
, cette défiance de la raifon peut ê re e lemême
une chofe très - raifonnable ; mais lorfque
les lumières ont fait beaucoup de progrès
, eft- elle autre chofe qu'une foibleffe ?
Dans la naiffance de l'Architecture , on
n'ofe toucher à une maifon qui menace
ruine , de peur de la renverfer entièrement
l'Architecture perfectionnée foutient la maifon
en l'air , & la pofe fur de nouveaux fondemens.
On apperçoit à chaque inſtant deux choſes
bien précieufes dans ce Mémoire , c'est une
raifon couragenfe qui porte fes idées juf-
N" . 45 , 5 Novembre 1785. B
26
MERCURE
qu'où va la vérité , & une raiſon fage & circonfpecte
, qui prend toutes fes idées dans
l'expérience.
Il y a un grand charme à lire un pareil-
Ouvrage lorfqu'il eft fait par un homme qui
tient Administration ; on fe dit à chaque
page , la voix qui parle avec tant de reſpect
& tant d'amour des intérêts du peuple , eft
une voix qui fe fait entendre autour du
Trône.
(Cet Article eft de M. Garat. )
INSTRUCTION dreffée par la Commiſſion
du Clergé , fur la demande faite aux Bénéficiers
des foi & hommage , aveux &
dénombremens. A Paris , de l'Imprimerie de
Guillaume Defprez. - Défenfe des Droits
du Roi contre les prétentions du Clergé de
France , fur cette queftion : Les Eccléfiaf
tiques doivent- ils à Sa Majefté la foi &
hommage , l'aveu & dénombrement , ou des
déclarations de temporelpour les biens qu'ils
pofsèdent dans le Royaume. A Paris , de
TImprimerie de Louis Cellot , rue des
Grands Auguftins.
Il n'eft pas ordinaire de parler dans des
Ouvrages comme celui- ci , des queftions de
Jurifprudence qui s'agitent dans nos Tribunaux.
On doit cependant faire quelquefois des
exceptions à cette règle ; & la queftion des
foi & hommage du Clergé en réclame une
DE FRANCE. 27
particulière ; elle tient de toutes parts à notre
droit public ; & difcutée folemnellement devant
le Confeil du Roi par le premier Ordre
de l'État & la plus ancienne Compagnie de
Magiftrature , intéreffant la Nation entière ,
elle eft aujourd'hui un des plus grands objets
dont les Savans & les Politiques ayent à s'oc
cuper; mais s'il convient d'en parler ici , il
ne conviendroit pas de rien préjuger fur la
déciſion qui doit intervenir. Nous nous bornerons
à donner une idée très-fuccinte de
cette conteftation.
Rien n'eft plus compliqué que les règles
qui régiffent nos propriétés. Par la nature des
chofes , toutes les poffeffions , protégées par
l'union fociale , font foumifes à des devoirs
envers l'État . Delà les tributs , les impôts ,
qui font les fignes d'une utile dépendance , &
le gage de la sûreté dans la jouiffance de nos
fortunes particulières. Delà encore un devoir
de la fidélité dans le propriétaire qui affecte
la propriété même , parce que la violation
de ce devoir entraînant une peine , il eft plus
fimple , plus jufte & plus doux de frapper le
Citoyen dans fa poffeffion que dans fa perfonne
; mais par le régime féodal , qui s'eft
étendu fur prefque toute l'Europe , les terres
fe trouvent encore affujéties à une autre forte
de domination. Dans des temps où tous les
maux de la barbarie étoient encore augmentés
par ceux de l'anarchie , des hommes puiffans
ont envahi les poffeffions des foibles ; &
les foibles eux-mêmes , pour s'affurer une pro
Bij
28 MERCURE
,
tection , ont mis leurs terres dans la dépendance
de ces hommes fous lefquels on ne
trouvoit plus de sûreté : delà une domination
particulière , qui entraine aufli des tributs
des actes de foumiflion , des charges de différentes
natures , & même un dévouement du
vaffal au Seigneur ; les plus connus , les plus
univerfels de ces devoirs de la féodalité, s'appellent
l'aveu & le dénombrement , la foi &
Prommage. Aujourd'hui ces deux dominations
territoriales ne fe combattent plus ; l'une
eft entièrement fubordonnée à l'autre ; mais
elles marchent & concourent encore enfemble
, malgré toutes les chofes qui femblent
éteindre l'une pour donner à l'autre toute fa
force & fon poids. Elles fe réuniffent même
en dernier degré dans les mêmes mains. Le
fouverain unique eft le Suzerain univerfel.
Delà , dans plufieurs cas , une grande difficulté
de favoir fi les devoirs de la terre fe rapportent
au Souverain ou au Suzerain ; l'incertitude
des règles augmente encore par la contrariété
de leurs principes. Les principes qui règlent
les droits de la Souveraineté , naiffent du fond
de l'ordre focial , de la raifon éternelle , &
quelquefois des pactes qui ont été faits entre
les Princes & les Sujets ; ils font fimples &
précis ; mais les droits de la Suzeraineté font
arbitraires de leur nature ; ils font fondés fur
des ufages , des conventions qu'il faut aller
étudier dans les veftiges de ces temps où l'on
ne réduifoit rien en règles générales , où l'on
ne confervoit pas les titres , où tour reftoit
DE FRANCE. 29
dans la confufion. Il faut cependant faire un
choix entre des règles fi contraires ; & alors ,
par la force des ufages & de la poffeflion , c'eft
fouvent la loi de l'injuftice & de la barbarie
qui l'emporte & qui doit l'emporter.
Tel eft le choix qu'il s'agit de faire ici , en
confultant & en combinant les titres fur lefquels
le Clergé fonde la franchife qu'il réclame,
& ceux que les défenfeurs des droits du Domaine
lui oppofent.
Comme Sujets , les Eccléfiaftiques doivent
ferment de fidélité pour les bénéfices qu'ils
pofsèdent; le Clergé lui-même fait de ce principe
la bâfe de fon ſyſtême.
Mais doivent- ils en outre la foi féodale ?
Leurs biens font-ils des fiefs de leur nature ,
ou ont-ils pu refter des fiefs entre leurs mains?
Ne font- ils pas au contraire , par leur deftination,
ou par l'efprit & les formalités dans lefquels
ils ont été concédés à l'Églife , affranchis
de tous les devoirs féodaux ? Voilà la queſtion.
Toutes les parties qu'elle embraffe font parfaitement
pofées dans le Mémoire du Clergé.
L'Églife pofsède des dîmes qui n'ont au-
» cun rapport avec les mouvemens du Do-
» maine Royal , qui n'ont jamais été comprifes
dans les différentes ordonnances con-
» cernant les demandes de déclarations &
» dénombremens de biens , & qui ne peu-
» vent pas devenir l'objet d'une preftation
de foi & hommage.
و د
و د
(c
22
L'Églife doit être déchargée des foi &
» hommage pour les dîmes.
و د
Biij
30
MERCURE
"
» L'Églife poſsède des alleux & franc-alleux ;
>> les ordonnances reconnoiffent les poffeffions
d'alleux & franc-alleux dans le Royaume.
Les alleux & franc-alleux ne doivent
point la foi & hommage , qui n'eft dûe que
» pour les fiefs.
"
"
ود
Et les alleux & franc- alleux ne font ainfi
dénommés que pour les diftinguer des
biens qui font foumis aux droits féodaux.
L'Églife doit être déchargée des foi &
hommage pour tous les biens qu'elle pofsède
en alleu & franc-alleu.
ود
و د »L'Églifepofsèdedesbiensàtitredefranche
-aumône , & la franche - aumône eft
regardée par les féodiftes , par les coutumes
» & par les arrêts des Cours , comme un titre
» d'affranchiffement des droits féodaux.
ود
ود
و د
L'Églife doit être déchargée des foi &
hommage pour tous les biens qu'elle pofsède
à titre de fianche-aumône.
ود »L'Églifepofsèdedesbiensamortis.L'amor-
» tiffement a , de tous les temps , compris.
l'indemnité des droits Seigneuriaux .
Ce n'eft que depuis 1724 qu'on a dif-
» tingué dans les Domaines du Roi l'amortiffement
de l'indemnité.
وو
?>
و د
"L'amortiffement eft appelé , par les Féodif-
» tes même , l'affranchiffement de la loi du fief.
» Les recherches faites depuis deux cent
" ans , pour caufe d'amortiffement , n'ont eu
pour objet que les biens non amortis , &
» n'ont point eu pour objet la preſtation des
" foi & hommage des biens amortis .
DE FRANCE. 31
ور
ود
ود
L'Églife doit être déchargée des foi &
hommage pour tous les biens amortis .
› L'Églife ne pofsède aucuns biens anté-
» rieurs à 1700 , qui ne foient des dimes ou
» des alleux , ou franc-alleux , ou qui n'ayent
» été donnés à titre de franche-aumône, ou
" qui n'ayent été amortis.
ود
L'Églife doit être déchargée de la pref-
» tation des foi & hommage pour tous les
» biens qu'elle pofsède avant 1700.
و ر
و ر
و د
Il n'y a d'exception à faire que pour les
biens amortis , dont l'amortiflement con-
» tiendroit une réferve expreffe des droits
» féodaux & de la foi & hommage.
ود
ود »Cesexceptionsdoiventêtreinfiniment
» rares. L'Églife doit être déchargée pour
» tous les biens qu'elle poſsède avant 1700 ,
» excepté pour ceux dont l'amortifement
» réferve les droits féodaux.
و د
» On demande à qui appartient la preuve
» d'une exception qui doit être infiniment
» rare. La preuve incombe à la partie inté
reffée à prouver l'exception.
23
ود
ود
و ر
C'eft au Domaine à prouver qu'un bien
poffédé par l'Églife eft retenu dans fa mouvance
par le titre même de fon amortiffement.
,, Tel eft le véritable état de la queftion. »
Ce qu'il y aa dd''ééttrraannggee ,, cc''eefſtt que le Mémoire
pour la défenſe des droits du Roi attaque
, fans aucune reftriction , toutes ces propofitions
, & que ce font précisément les inverfes
qu'on y établit en principes.
Biv
32
MERCURE
Cependant , l'un & l'autre de ces Mémoires
eft plein de modération , de fagelſe , de dignité.
Tout y annonce , tout y repréſente les
deux auguftes Corps dont ils ont reçu la fanction
. Rien ne prouve mieux combien ces queftions
font difficiles à éclaircir & à décider.
Dans une conteftation de cette nature , les
confidérations politiques ne font pas fans influence.
Il s'en préfente deux ici.
Depuis l'édit de 1759 , la légiflation tend
à reftreindre les droits & les avantages du
Clergé plutôt qu'à les étendre . Doit -on encore
lui accorder un privilège particulier , & qui
diftingueroit fes poffeffions de toutes celles
du Royaume d'une manière fi utile & même
fi glorieufe ; car l'affranchiffement des devoirs
féodaux, fut toujours & doit être la plus belle
décoration d'une propriété?
D'un autre côté , ce privilège en eſt- il véritablement
un ? Ne dérive - t'il pas du droit
primitif & effentiel des Nations ? N'eft-il pas
la manière la plus naturelle de pofféder ? Dans
un temps de lumières , & lorfque tout tend à
détruire ce qui nous refte des inftitutions
féodales , n'eft- il pas heureux que le premier
Ordre de l'État ait trouvé le moyen de s'y
fouftraire ? Le foumettre aux loix du régime
féodal , ne feroit-ce pas renforcer cette bizarre
& funefte légiflation , qui , aujourd'hui ,
n'eft pas moins embarraffante pour le Souverain
, qu'onéreufe aux particuliers ? Ne
vaudroit- il pas mieux ici fe décider par ces
vûes politiques qui préparent ces heureuſes
DE FRANCE.
33
réformes , que par les vûes fifcales , qui ne
donnent des reffources momentanées qu'en
perpétuant les abus ?
Ces Mémoires , par leur objet & la manière
dont il eft traité , fappellent le Mémoire
publié l'année dernière pour la défenfe
d'une de nos Provinces , ( la Baffe -Navarre )
qui prétend être reftée jufqu'aujourd'hui dans
une allodialité entière , Ouvrage que l'on
peut appeler un excellent Traité fur cette
matière, où une difcuffion fupérieure donne
tout fon prix à la plus vafte érudition . Ceux qui
s'occupent de ces points de notre droit public ,
fentiront les rapports de ces difcuffions mieux
que je ne puis les indiquer.
Pour me renfermer dans le genre d'appréciation
qui convient à l'Ouvrage où j'écris ,
j'obferverai que ces Mémoires , pour & contre
le Clergé , fur lefquels je regrette de ne
pouvoir m'arrêter plus long-temps , font furtout
diftingués par l'ordre , la méthode , la
netteté des idées & le ftyle propre à de tels
Ouvrages .
La défenſe du Domaine offre plus de développemens
dans les recherches & fur les principes.
L'Inftruction publiée au nom du Clergé
a un mérite différent. Elle établit le véritable
état de la queftion que le Public n'avot pas
connu ; elle la rend nouvelle & intéreffante
par fon rapport avec les droits & la propriété
des Citoyens ; & des Mémoires plus étendus
femblent devenir inutiles par la préciſion
avec laquelle toute la caufe eſt embraffée
B v
34
MERCURE
& refferrée. On eft d'abord tenté de s'étonner
que l'Auteur de plufieurs autres Mémoires
pour la défenfe du Clergé , d'une grande éloquence
, celui d'une de nos plus belles Oraifons
Funèbres , celui d'un grand nombre de
Mandemens , où la plus belle morale eft préfentée
dans le ftyle le plus noble & le plus
touchant , qu'un Académicien plein de goût
& d'efprit , ait pu écrire fur un fujet qui excluoit
les qualités de talent qui lui font le
plus naturelles ; mais c'eft le propre du grand
talent de fe conformer toujours aux fujets
qu'il traite , & de ne paroître étranger à aucuns.
**
( Cet Article eft de M. de L. C. )
* On peut voir dans les procès - verbaux de l'Affemblée
du Clergé de 1780 , le Mémoire pour l'augmentation
des portions congrues , & celui pour
l'affaire des dîmes du Languedoc ; l'on fentira après
les avoir-lûs combien cet éloge eft mérité.
** On fait que cette Inftruction eft de M. l'Archevêque
d'Aix , Auteur de l'Oraifon Funèbre de Staniflas
, de celle de Madame la Dauphine , qui n'eft
inférieure à la première que parce que le fujet ne
préfentoit pas des événemens auffi propres à la
grande éloquence ; mais dans laquelle l'on trouve
toujours celle du fentiment & l'intérêt le plus .
touchant d'un grand nombre de Mandemens qui
mériteroient d'être recueillis , & de qui l'on a entendu
plufieurs Difcours à l'Académie Françoiſe ,
faits pour être vivement goûtés des Juges les plus
délicats & les plus févères . Cet illuftre Prélat doit
nous pardonner d'avoir rappelé quelques- uns de fes.
zitres au refpect & à l'admiration du Publie , puifque
nous n'en avons parlé que d'après l'opinion publi
que même
DE FRANCE. 35
ESSAI fur les Maladies des Européens dans
les pays chauds,& les moyens d'en prevenir
les fruits ; fuivi d'un appendice fur les-
Fièvres Intermittentes , & d'un Memoire
qui fait connoître une méthode fimple pour
defaler l'eau dela mer, &prévenir la difette
des commeftibles dans les Navigations de
long cours ; par Jacques Lind , Médecin
de l'Hôpital du Roi Charles Ier de Portfmouth
, & Membre du College Royal de
Médecine d'Édimbourg ; traduit de l'Anglois
fur la dernière Édition , publiée en
1777, & augmentée de notes, par M. Thion
de la Chaume D. M. , ancien Médecin des
Hôpitaux Militaires , employé en chef dans
les dernières expéditions de Mahon & de
Gibraltar , Correfpondant de la Société
Royale de Médecine , Penfionnaire du Roi.
2 vol . in- 12 . A Paris , chez Théophile
Barrois le jeune , Libraire , quai des Auguftins.
LE rang diftingué que le Docteur Lind
tient en Angleterre parmi les praticiens ; fa
réputation dans toute l'Europe ; les Éditions
multipliées des Ouvrages qu'il a publiés fur la
même matière , & le mérite du Traducteur ,
donnent , de l'Effai que nous annonçons, l'idée
la plus avantageuſe.
"
ود
" Les hommes , dit l'Auteur , qui quittent
le lieu de leur naiffance pour des pays
lointains , peuvent être affimilés à des végé
Bvi
36 MERCURE
ور
و د
» taux tranfplantés dans un fol étranger , où
» ils ne peuvent être confervés & accouturnés
qu'avec un foin extraordinaire , & la plus
grande attention : leur conftitution refpec-
» tive doit néceffairement éprouver quelque
changement à cet égard.
ور
» "
C'eft d'après cette réflexion que le Docteur
Lind a compofé fon Ouvrage : fon but eft de
faire connoitre les maladies qui régnent dans
certaines parties de l'Europe , de l'Amérique ,
de l'Afrique & des Indes Orientales & Occidentales
; de fixer celles qui font particulières
à chaque température ; de comparer les différens
degrés de falubrité que l'on y trouve ;
de prévenir les dangereux effets d'un nouveau
climat ; & enfin de donner les moyens les plus
efficaces de fe garantir des maladies qui font
le plus à craindre dans chaque habitation , ou
de les détruire par un traitement qui leur foit
propre.
Sa méthode, foit préfervative, foit curative,
eft fondée fur l'obfervation , & toujours établie
fur des faits inconteftables. Éloigné de
tout efprit de fyftême , l'Auteur n'avance rien
qui n'ait été confirmé par des épreuves réitérées.
La précifion , l'ordre & la clarté caractérifent
particulièrement l'Ouvrage que nous
annonçons , & ajoutent à fon utilité. Il laiffe
fi peu de chofes à defirer que , fuivant M. de
la Ch. , tous ceux qui , depuis fa publication ,
fe font exercés dans la même carrière , n'ont
fait que reproduire fes principes , & fouvent
fes propres expreffions. On voit dans les notes
DE FRANCE.
37
intéreffantes & inftructives du Traducteur
combien il s'eft lui - même affermi dans l'ef
time qu'il avoit conçue des obfervations de
l'Auteur , & avec quel avantage il s'en eft
fervi pour le falut des troupes confiées à fes
foins.
Сс
Employé , dit-il , dès le commencement
» de ma carrière à la médecine des parties
méridionales de l'Europe , j'ai toujours eu
lieu de me louer de l'application de fes
principes & de fa méthode. »
و د
و ر
ور
Un pareil aveu doit infpirer bien de la
confiance , quand il eft fait fur-tout par un
Médecin qui fe diftingue dans fon état , & qui
a mérité d'être choiíi pour être employé en
chefdans les dernières expéditions de Mahon
& de Gibraltar..
L'Auteur a joint à cet Effai deux Mémoires ,
dont le fujet eft auffi bien vû que préfenté :
l'un fur les Fièvres Intermittentes , & l'autre
fur les moyens de prévenir en mer les calamités
de la faim & de la foif.
Nous regrettons que la nature de ce Journal
ne nous permette pas d'entrer dans de
plus grands détails , nous aurions bien des
morceaux à citer , mais des extraits ne fuffiroient
pas pour faire apprécier l'Ouvrage , il
faut le lire tout entier . Nous invitons les gens
de l'Art à le méditer ; ils fauront certainement
bon gré à M. de la Ch. , déjà connu par plufieurs
Prix qu'il a remportés à la Société Royale
de Médecine , d'avoir fait paffer dans notre
langue un Ouvrage auffi utile , & d'avoir en38
MERCURE
richi fa Traduction de beaucoup de notes excellentes
, qui annoncent de grandes connoiffances
, & cet efprit d'obfervation fi effentiel
à un Médecin.
LA Morale des Rois , puifée dans l'Éloge
du Père du Peuple , pour fervir de fuite à
la Collection des Moraliftes , par le Rédacteur
de la Morale de Moïfe.
Le Peuple étoit heureux , le Roi couvert de gloire .
›
A Stockholm , & fe trouve à Paris , chez
la Veuve Duchefne , Belin , Guillot
Regnault Libraires , rue S. Jacques ;
Mérigot le jeune , quai des Auguftins ;
Bailly , rue S. Honoré , Efprit , Hardouin ,
au Palais Royal ; l'Eſclapart , Pont N. D.
LA MORALE DES ROIS : voilà un grand
titre , & qui promet de grandes choſes.
Quid tanto feret hic promiſſor hiatu ?
Nous ne prétendons pas accufer l'Auteur
d'avoir voulu , comme tant d'autres , tromper
fes Lecteurs par cette espèce de char :
lataniſme dont on abuſe plus que jamais.
Nous croyons feulement , avec Voltaire ,
qu'un Ecrivain, doit fe garder de trois chofes
, du Titre , de l'Épître Dédicatoire &
de la Préface. L'affiche de fon Ouvrage eft
1
DE FRANCE. 39
un peu faſtueuſe , & doit le paroître d'autant
plus que l'Auteur ne tient pas fa promeffe.
Ce qu'il appelle la Morale des Rois
n'eft qu'une efquiffe ébauchée & diffufe de
l'Éloge de Louis XII , propofé pour prix
d'éloquence par l'Académie Françoife. On
feroit en droit néanmoins d'attendre un
code de morale pratique pour le Trône ,
puifé dans les Ouvrages des Monarques Philofophes
. L'âme de Marc- Aurèle , les hautes
qualités de Staniflas , d'Alfred , leurs talens
& leurs vertus font des objets immorrels
d'étude pour les Rois , & d'admiration
pour les autres hommes. Il eft vrai que dans
un Poft -fcriptum l'Auteur avoue qu'il n'a
voulu que préfenter le tableau des vertus
du Père du Peuple ; il convient même du
défaut de méthode & de concifion qui rend
la lecture de fon Livre vague & fatigante .
On ne peut d'ailleurs qu'applaudir à fes intentions
patriotiques , honnêtes & louables .
Voici comme il s'exprime lui-même fur fon
Ouvrage.
"
"
Militaire , Citoyen , père de famille
j'aime autant reconnoître l'infuffifance
réelle de mes talens , que de rejeter for
la multiplicité non moins réelle de mes
devoirs , de mes affaires & de mes courfes
, les palpables & nombreufes défec-
» tuofités de cet Ouvrage , qui demandoit
» une tranquillité d'efprit & de pofition
"2
"
dont le ciel n'a pas encore daigné m'ac-
» corder la jouiffance ni même l'eſpérance.
40 MERCURE
"
"
Cependant, au milieu de cette continuité
d'embarras fans ceffe renaiffans & variés
» à l'infici , dont l'apperçu trouvera grâce ,
auprès du Lecteur ami de la candeur &
» de l'ingénuité , je crois avoir foigné ce
petit volume , de manière qu'on n'y trouvera
, foit dans les récits , foit dans les
» réflexions , rien de contraire à la vérité ,
» que je mers au- deffus de tout , puiſqu'elle
feule eft la fource des lumières & des
"
"
» vertus. "
L'amour que l'Auteur a voué à la vérité ,
nous perfuade qu'il ne nous faura pas mauvais
gré d'avoir ofé en être l'organe . Si nos
remarques lui paroiffent févères , nous le
prions d'obferver qu'il n'en eft que l'occafion
; nous avons pour but de prémunir un
grand nombre de Littérateurs d'une manie
qui eft trop commune. D'ailleurs , il convient
lui même que fa diction eft extrêmement
diffufe , & le Lecteur a pu s'appercevoir
, par la citation précédente , que les
phrafes de l'Auteur font prefque toutes des
périodes à longue queue interminables.
DE FRANCE. 41
ANNONCES ET NOTICES.
Les Aventures de Télémaque , par Fenélon , 2 vol .
4°. De l'Imprimerie de MONSIEUR . A Paris ,
chez P. Fr. Didot jeune , Imprimeur ; Barrois l'aîné ,
Eugène Onfroy , Théophile Barrois le jeune , tous
quatre quai des Auguftins , & Delalain jeune , rue
S. Jacques.
Les Éditeurs de cet Ouvrage , retardés par des
obftacles imprévus & inévitables , n'ayant pu le livrer
au terme annoncé par leur Profpectus , le font réduits
à ne demander qu'une fimple foumiflion fans
aucune avance .
Nous avons annoncé , avec des éloges juſtifiés
par le fuccès , les éditions de M. Didot l'aîné ; le
même efprit d'équité nous impofe un devoir que
nous rempliffons avec joie , celui d'être également
juftes envers M. Didot le jeune . Une noble émulation
, qui ne peut que tourner au profit de l'Art , lui
fait depuis long-temps tenter les plus heureux efforts
pour acquérir des droits à la même reconno flance.
La beauté du papier & du caractère de cette éd tion
doit lui mériter de grands éloges ; & nous ne doutons
point que l'accueil da Public ne l'encourage à
concourir à la perfection d'un Art qui devra tant à
fa famille.
Les figures , deffinées par M. Monnet , & gravées
par M. Tilliard , n'ayant pas été tirées fur du papier
vélin d'Annonai , la nuance & le grain du papier fe
font trouvés fi oppofés , qu'on a cru devoir y renoncer.
On en a fait deffiner d'autres par M. Moitte ,
qui font gravées au lavis par M. Parifot , & tires
42 MERCURE.
fur papier vélin. On peut s'en procurer des épreuves
chez M. Didot jeune ; on en trouvera auffi de coloriées
& de peintes à la gouache ; mais pour l'un ou
l'autre exemplaire de ces dernières , il eft néceffaire
de fe faire infcrire. Il a été tiré quelques exemplaires
du Télémaque fur vélin , auxquels on peut joindre
les figures peintes à la gouache auffi fur vélin.
TABLEAU Hiftorique & Chronologique de toutes
les Rédemptions qui ont été faites par MM. les Chanoines
Réguliers de la Ste Trinité , dits Mathurins,
depuis leur origine juſqu'à nos jours , avec un Précis
fur S. Jean de Matha & S. Félix de Valois , leurs
Fondateurs , & les détails de chaque genre de fupplice
qu'on a coutume d'employer contre les Chré
tiens en Barbarie . in - 4 ° . A Paris , chez Leroi , Libraire
, rue S. Jacques.
Ce Tableau , intéreffant par lui - même , le devient
encore plus dans un moment où Paris, témoin du ſpectacle
de tant de prifonniers dont on a brifé les fers ,
partage fa fenfibilité entre la pitié qu'excitent leurs
infortunes paffées , & l'admiration que méritent
leurs Libérateurs.
CHANSONS nouvelles de M. de Piis , Ecuyer ,
Secrétaire- Interprête de Mgr. Comte d'Artois. A
Paris , de l'Imprimerie de Ph . D. Pierres , & fe trouve
chez l'Auteur , rue Copeau ; la Veuve Duchefne ,
rue S. Jacques ; Brunet, rue de Marivaux ; Hardouin,
au Palais Royal ; Bailly , rue S. Honoré , Lejay ,
rue Neuve des Petits Champs ; & à Bordeaux , chez
les Frères Labottière .
Nous avions annoncé le Profpectus de cet Ouvrage
comme une promeffe qui feroit agréable au
Public. Notre préjugé fe trouve juftifié par le premier
Numéro. Nous nous empreffons d'en louer
l'exécution Typographique , qui eft remarquable
DE FRANCE: 43
par la beauté du caractère & du papier , & le mérite
des Gravures , qui font faites avec beaucoup de
foin , & qui répondent à la réputation de leur Auteur
, M. Gaucher.
Nous parlerons au premier jour du mérite des
Chanfons , que nous ferons connoître avec quelque
détail.
LE Lévitique expliqué d'après les textes primitifs ,
avec des Differtations & des Réponses aux difficultés
des Incrédules , par M. l'Abbé du Content de la
Molette , Vicaire- Général de Vienne. 2 vol. in- 12.
Prix , 5 liv . br. , 6 liv . reliés. A Paris , chez Moutard
, Imprimeur- Libraire , rue des Mathurins , hôtel
de Cluni.
Cet Ouvrage eft rédigé avec beaucoup de clarté ,
& il annonce de la part de l'Auteur une grande étendue
de connoiffances.
NOUVEAU choix des Caufes Célèbres , 15 vol.
in- 12 . par Soufcription , Prix , 45 liv. reliés , & 371.
10 fo's br.
La Soufcription de cet Ouvrage curieux & intéreffant
, dont le feptième Volume vient de paroître ,
eft toujours ouverte , à la même adreffe que ci- déffus.
En payant la Souſcription en entier , on reçoit les
volumes à mesure qu'ils paroiffent . Il en paroîtra un
de mois en meis.
COLLECTION Univerfelle des Mémoires Particuliers
relatifs à l'Hiftoire de France , Tome 9 ,
contenant les Mémoires d'Olivier de la Marche. A
Londres , & fe trouve à Paris , rue d'Anjou Dauphine,
No. 6.
Il paroît régulièrement chaque mois un volume
de cette importante & utile Collection . Le prix de la
Soufcription pour 12 vol . à Paris , eft de 48 liv. , ou
44 MERCURE
de 24 liv. pour la demi-année . Les Soufcripteurs de
Province payent de plus 7 liv . 4 fols , à caufe des
frais de pofte.
BIBLIOTHEQUE Univerfelle des Dames , Mélanges.
Tome 4. Même adreffe que ci - deffus.
>
Nous avons parlé avec de juftes éloges de cet intéreffant
Ouvrage. Il en paroît deux volumes par
mois brochés , ou reliés en veau fauve ou écaillé ,
& dores fur tranche , avec ou fans le nom de chaque
Soufcripteur , imprimé au frontispice de chaque volume.
La Soufcripuon pour les 24 volumes reliés eft
de 72 liv. , & de 54 liv . brochés . On ne peut foufcrire
que pour la demi année . Les Soufcripteurs auxquels
on ne peut les envoyer par la pofte que brochés
payent de plus 7 liv. 4 fols pour l'année entière ,
3 liv. 12 fols pour la demi-année.
ou
JUGEMENT d'un Muficien fur le Sallon de
Peinture de 1785. A Amfterdam ; & fe trouve à
Paris , chez Quillau l'aîné , Libraire , rue Chriftine ,
& chez les Mar hands de Nouveautés.
L'Auteur laiffe aux Peintres à juger de la diftribution
plus ou moins heureufe des lumières , de la
jufteffe des contours , du grouppement & du balancement
des figures , des tons plus ou moins argentins
, & ne s'attache uniquement qu'à l'efprit des cho
fes. Il eft effentiel que quelqu'un fe charge de cette
partie intéreffante , trop négligée par les Artiftes . Il
examine enfin ce qu'un Artifte-n'examineroit pas.
par
L'ART de former l'Homme , Ouvrage commencé
fous le titre de Cours de Latinité , par Thomas-
Ignace de Vaniere , achevé & dédié au Roi
Pierre-Antoine de Vaniere fon fils , ancien Chanoine
de la Cathédrale de Vabres , & Prieur de
Saint-Jean- Baptifte de Pomeirols , quatrième EdiDE
FRANCE. 45
tion , remife en ordre , corrigée & augmentée , avec
la Vie & le Portrait de l'Auteur , fix Volumes in-
8 °., propofés par foufcription. A Paris , chez l'Autear
& Editeur , Place du Carioufel , près de l'Hôtel
du Roi.
La première Partie de cet Ouvrage , imprimée
déjà pluſieurs fois fous le titre de Cours de Latinité ,
a obtenu une eftime univerfelle & méritée.
Le Continuateur a fuivi le pian. de l'Auteur , qui ,
fous un titre fimple , avoit caché le projet de donner
un Traité complet d'Education , ce qui juft fie
le nouveau titre donné à l'Ouvrage .
Soufcription En foufcrivant , 15 liv .; en recevant
le premier Volume , qui traitera de l'Education
en général, 4 liv.; en recevant le fecond , qui
commencera le Recueil , & qui traitera du Spectacle
de la Nature , 4 liv. ; en recevant le troisième , qur
traitera des Devoirs , 4 liv . ; en recevant le quatrième
, qui traitera des Arts & des Sciences , 3 liv.;
en recevant le cinquième , qui traitera des Paffions ,
3 liv.; en recevant le fixième , qui en formera
deur, & qui contiendra le Recueil des Auteurs facrés ,
& la partie des principes des Langues , 3 livres.
Total , 36 livres. Ceux qui n'auront pas foufcrit
payeront 45 liv.
On foufcrira chez l'Auteur & Editeur , & on fera
libre de foufcrire jufqu'à la livraiſon du premier
Volume , qui paroîtra auffitôt que le nombre des
Soufcripteurs fera fuffifant ; mais on ne paffera pas
le premier Janvier 1786. On diftribuera les autres
Volumes de fuite , de trois en trois mois . On prie le
Public d'obferver que l'impreffion du Recueil devient
fort chère par la différence des caractères qui le
compofent, & par les lettres & les chiffres dont il eft
chargé. Les deux Volumes fe font vendus jufqu'ici
21 liv. Il eſt aiſé de voir dans le prix de tout l'Ou46
MERCURE
vrage combien l'on cherche à faire triompher le
zèle qui l'a conçu .
RAPPORT fait par MM. les Commiffaires nommés
par la Faculté de Médecine , pour l'examen des
Eaux d'Enghien , au- deffous de l'étang de Saint-
Gratien.
Voici comment le réfument les Commiffaires de
la Faculté : Nous croyons pouvoir conclure de la
nature connue de ces eaux qu'elles peuvent produire
des effets très -falutaires dans plufieurs maladies
chroniques ; qu'on a lieu d'attendre qu'elles feront
apéritives , atténuantes , incifives , déterfives : qu'elles
pourront convenir dans les affections pforiques , les
paralyfies & les ulcères internes ; nous favons même
qu'on en a fait ufage avec quelque fuccès dans plufieurs
affections de cette efpece ; qu'elles ont paru ,
lorfqu'on les a prifes avec les précautions & les ménagemens
convenables , porter à la peau , & exciter
des fueurs abondantes .
La diftribution de ces eaux le fait à la fontaine &
dans tous les dépôts où le débitent les nouvelles eaux
minérales de Paffy : favoir , à Paris , chez M. de
Pene-Tancoigne , Apothicaire , fucceffeur de M.
Boulduc , rue des Boucheries , Fauxbourg S. Germain
, & chez MM. Cadet & Derofne , Apothicaires
, rue Saint Honoré ; à Verfailles , chez M.
Colombot , Apothicaire , fucceffeur de M. Corion ;
à Saint Germain , chez M. Gros , Apothicaire ; & à
Paffy , aux nouvelles eaux minérales on pourra
même les y boire dans le jardin.
On les donnera gratis aux pauvres à la fontaine ,
ainfi qu'on l'a toujours fait pour les nouvelles eaux
de Paffy , mais fur le certificat figné d'un Médecin
ou d'un Chirurgien , ou du Curé de leur Paroiffe ,"
qui porte la quantité dont ils ont befoin , & qu'ils
font hors d'état de les payer.
DE FRANCE.
47
NOUVEAU Plan de Géographie méthodique &
univerfelle difpofée par tablettes & colonnes qui défi
gnent par divifion les Royaumes , Provinces , Com
tés , les Villes , leur claffe , leurs Jurifdictions Civile
, Eccléfiaftique , leur climat , leur commerce
&c. , leur longitude , leur latitude , Ouvrage fuivi
d'un Traité de la Sphère à la portée de tout le monde,
& principalement de ceux qui ne peuvent s'adonner à
l'étude des Mathématiques ; par M. Baignoux. A
Paris , chez Royez , quai des Auguſtins , à la deſcente
du Pont Neuf.
y
Cet Ouvrage , qui n'eft qu'une Nomenclature ,
remp it affez bien fon titre ; il n'eft point ſuſceptible
d'être lû de fuite , mais on peut y avoir recours , &
les Villes font claffées avec affez de jufteffe ; fi
l'Auteur entreprend jamais un grand Ouvrage de
Géographie , que celui-ci paroît ne faire qu'annoncer,
comme le porte le titre , nous l'exhortons à
revoir avec fcrupule les obfervations qu'il a faites.
fur chaque Ville en particulier ; nous en avons
remarqué quelques- unes qui manquoient d'exactitude
; nous citerons l'article de Montpellier. L'Auteur
dit , en parlant de cette Ville , le Merdanfon
qui l'arrofe paffe dans plufieurs endroits de la
» Ville par des canaux fouterrains. » Le ruiffeau
qui paffe bien hors la Ville s'appelle le Verdanfon ,
& non le Merdanfon; ce ruiffeau ne paſſe dans aucun
endroit de la Ville , mais elle eft percée prefque
dans toutes les rues de canaux fouterrains par lefquels
les immondices s'écoulent , & vont à près d'un
mille fe jeter dans le Verdanſon.
Le Traité de la Sphère qui fuit le Plan de Géographie
eft clair & méthodique ; & quoiqu'il ne contienne
rien de particulier & de nouveau , nous
croyons que les Perfonnes qui veulent acquérir une
connoiffance auffi utile & auffi agréable que celle du
Systême du Monde , & qui ne peuvent fe livrer à
48.
MERCURE
l'étude des Mathématiques , liront ce Traité avec
fruit .
*
NUMEROS 9 & 10 du Journal de Clavecin , par
les meilleurs Maîtres. Prix féparément , 3 liv chaque
abonnement , Is liv franc.
port
37 à
- Numéros
42 du Journal de Harpe , par les meilleurs
Maîtres. Prix féparément , 12 fols ; abonnement ,
15 liv. franc de port pour 2 Livraiſons , qui ſe
font chaque Dimanche. A Paris , chez Leduc , au
Magafin de Mufique & d'Inftrumens , rue du Roule ,
à la Croix d'or , No. 6 .
NUMEROS 47 à so des Feuilles de Terpfychore
pour la Harpe & pour le Clavecin. Il paroît une
Feuille pour chacun de ces Inftrumens tous les
Lundis. Prix ,' 1 liv. 4 fols. A Paris , chez Coufineau ,
père & fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies ,
& Salomon , Luthier , place de l'Ecole
ERRATA du N*. 44.
Pag. 239 , ligne 18 , vâes politiques ; lifez : rêves politiques .
TABLE.
1
BOUQUET à Mme de Beau - Inftruction dreſſée par la Comharnais
,
A Mme Guiard ,
3 miffion du Clergé ,
26
6 Effaifur les Maladies des Européens
dans les pays chauds , La Reine & la Bergère , Fable
,
ib.
Charade, Enigme & Lego La Morale des Rois ,
gryphe ,
Mémoirefur les Corvées ,
8 Annonces & Notices ,
10
35
38
41
J'AI
APPROBATION.
AI lu par ordre de Mgr. le Garde- des-Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 5 Novemb . 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 4 Novembre 1785. R AULIN.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 12
NOVEMBRE 1785.
PIECES FUGITIVES.
EN VERSET EN PROSE.
LE SINGE ET LE PETIT- MAITRE
Conte.
MON Conte eft vrai , point moral ; je détaille
Ce que j'ai vû , Lecteur ; voici le fait :
Un Petit- Maître , aufli riche
que
laid ,
Avoit un Singe à - peu- près de fa taille ;
Ne penfez point que mon Apollon raille ,
On les eût pris pour deux fières de lait.
Le Singe , lui qui n'eft pas le plus bête ,
Voyant fon maître heureux , libre , fêté,
Veut l'être auffi , veut vivre en liberté ,
Et qu'au logis on le lorgne , on le fête
Dès le foir même. Or voici le comment:
N°. 46 , 12 Novembre 1735. C
So
MERCURE
Le drôle attend que Monfieur Damis forte
De fa toilette ; il connoît chaque porte
Et chaque trou de chaque appartement.
Et garderobe & bouge , en un moment
Tout eft ouvert , fouillé : rapidement
Il vous faifit un frac couleur de rofe ,
Vefte brodée en perles & brillans ,
Bas carmélite aux coins fleuris & blancs ;
Et le voilà qui fe métamorphofe.
Deux beaux cordons , de breloques chargés,
Sur les gouffets deſcendent allongés ;
Il fe parfume , il fe poudre , s'arrange
Du mieux qu'il peut ; confulte fon miroir ,
Et fort content de fa figure étrange ,
Pimpant & fier, il fort de fon boudoir.
N'oublions pas qu'uné cravate énorme ,
Dont les deux bouts paffent dans un anneau
Entortilloit le cou du Damoiſeau ,
Et qu'il couvrit fon chef d'un grand chapeau
Gris , rabartu , d'une bizarre forme ;
Un petit jonç badine dans ſa main ,
Qui fait briller un diamant très fin
Mis à fon doigt. Bref , des pieds à la tête
Il avoit l'air du Jumeau d'Adonis ;
Ou tel Imbert nous conte que Pâris
Se pomponoit pour aller en conquête,
C'est en conquête anfi que veut aller
Mons fagotin. Il vole s'étaler
DE FRANCE.
Dans un fauteuil avant que l'affemblée
Soit , pourjouer , au fallon raffemblée ;
Et là , croifant fes jambes fans façon ,
Faifant femblant de lire le Mercure ,
De déchiffrer quelque charade obfcure ,
Tirant Ta boîte & croquant un bonbon ,
Il vous jouoit fi bien le petit maître ,
Il en avoit fi bien l'air & le tour ,
Qu'en arrivant , & grâce au demi-jour ,
Chacun prenoit le Singe pour le Maître.
J'approuve affez fon burleſque projet ;
Il a l'air riche , il fera de l'effet.
Plus d'une mère , à l'éclat dont il brille ,
En admirant fa vefte & fes bijoux ,
Difoit tour bas , quel bonheur fi ma fili :
Se nantiffoit d'un fi charmant époux !
Tout bas aufli , mainte jeune pucelle ,
Faifant jouer de côté la prunelle ,
Semble fe dire : « Il n'eft certes pas beau ;
» Mais il eft bon. ( Quelle riche dentelle ! )
» Pour un mari. ( C'eſt dans le goût nouveau
Qu'il eft vêtu. Dieux ! que fa bague eft belle ! )
» Cent mille francs de rente ! Oh ! oh ! oh ! oh !
» Je veux l'avoir plutôt que telle & telle.
»
33-- Mais c'eft un fot. ―
N'importe , Il a de l'or
» Impunément il peut être un butor. >>
Je dis ici ce qui trotte dans l'âme
D'une femelle, ou fille , ou veure , ou femme,
C4
-MERCURE
L
J'en connois une , oh ! mais une fans plus ,
Indifférente à l'appât des écus ,
Et qui préfère un amant doux & fage ,
Laborieux , actif & plein c actif & plein d'amour ,
A ces veaux d'or de finance & de Cour ,
Dont le palais n'eft qu'un antre fauvage ;
De qui l'Hymen n'eft qu'un trifte efclavage ,
Sans nul bonheur ni la nuit ni le jour.
Mais revenons au héros de mon conte.
2
Tandis qu'ainfi , par une avare erreur ,
Un fexe vain , dans le fond de fon coeur
Le convoitoit ; Damis arrive , monte,
Entre au fallon , & fe trouve en entrant
Là……….. nez à nez avec Monfieur Bertrand,
Figurez-vous , s'il fe peut , la furpriſe
Et les régards des deux brillans acteurs ;
Figurez- vous la plaiſante mépriſe
Où quelque temps furent les fpectateurs......
Calot peut feul buriner cette fcène :
Damis enfin reconnoît , non fans peine,
Son Singe.... ô ciel ! il cède à fon courroux ,
Lève ſa canne..... & le magot en garde ,
De fon côté montre les dents , regarde
Très fièrement , prêt à rendre les coups :
Leur attitude eft vraiment théâtrale ;
Un rire fou circule dans la fale;
Mais le cadet la porte regardant ,
Craignant enfin d'avoir les étrivières
DE FRANCE.
ود
"
ود
و د
Saute , détale & gagne en gambadant ,
Tout habillé , les plus hautes goutières,
AUROIS- JE peint ici vos fentimens ,
Sexe adoré ! non , non , je dois le dire ,
De vains dehors ne fauroient vous féduire :
Vous choififfez fi bien tous vos amans !
(Par M. Bérenger. )
LETTRE de Madame la Marquife
D'A *** à ſa Soeur.
MON rhume s'obftinant à me retenir
dans ma chambre , je me hâte de vous
» écrire , ma foeur , pour diffiper votre erreur.
» Vous vous méprenez au motifde mes quef-
» tions à Juftine , & fur l'efpèce de mécon-
» tentement dont elle a mal inteprêté la
caufe. En lui remettant cette immenfité de
jolies bagatelles , que vous paroiffiez fi iinpatiente
de recevoir , j'ai montré , non du
» mécontentement , mais une extrême furprife
d'apprendre qu'elles étoient toutes
deftinées à votre propre ufage. La fin de
» votre lettre m'a fait une impreffion plus
défagréable encore. Comment pouvez-
» vous , ma chère amie , me conter avec tant
» d'indifference le malheur d'une jeune perfonne
, votre compagne depuis un an ,
» dont vous fembliez rechercher la fociéré.
» Que je crains de découvrir une trifte vérité!
"3
و د
و د
&
C iij
54
MERCURE
"
30
J'en ai long - temps rejeté le foupçon ;
» mais vos lettres , vos difcours , votre con-
» duite le font toujours renaître. Je le dis à
» regret , je vous vois difpofée à devenir trèsperfonnelle.
Sans mettre fous vos yeux la
" foule des inconvéniens , fuite ordinaire de
» ce naturel haïffable , je vous exhorte à
>> vous occuper férieufement du foin de corriger
en vous ce penchant à vous aimer
» trop , à n'aimer que vous - même. Soyez
» sûre , ma foeur , qu'il détruit en nous toutes
» les fources du bonheur. Jeune , jolie , riche.
» Dans fix mois , temps du retour de votre
» mari , vous quitterez le couvent pour -habiser
avec lui, partager les honneurs dûs à
» fon rang, & les plaifirs qu'une grande fortune
permet de fe procurer. Mais fi votre
» coeur eft fermé à cet intérêt qui lie , attache
, unit les humains entre-eux , feule au
» milieu de la fociété , vous n'éprouverez au-
93
cune des fenfations vives & flatteufes qui
» nous font chérir notre exiſtence . Madamede
» M*** m'a fi fouvent demandé des détails
fur la Comteffe de C *** , que j'ai
profité de mon féjour forcé chez moi pour
» les écrire. Je les mets fous votre enveloppe.
» Avant de les donner à Madame de M ***.
lifez- les , ma chère , avec attention . Réfléchiffez
fur le caractère de la Comteffe , &
faites de continuels efforts fur vous-même
» pour qu'il ne foit jamais le votre. »
ود
גכ
"
, H *** de V ***, fille d'un homme attaché
à la Compagnie des Indes , & d'une riche
DE FRANCE.
55
Créole , perdit fa mère dès fa troiſième année.
Son père conçut pour elle une affection fi
tendre , que la crainte de lui caufer le plus
léger déplaifir le foumettoit à toutes les volontés.
Il lui laiffa la liberté de fuivre fes penchans
, de fe livrer à fes goûts , à ſes fantaiſies ;
on n'ofoit la reprendre ni la contrarier. A
douze ans elle diſpoſoit à fon gré des immenfes
revenus de fon père , & ne trouvoit
jamais d'oppofition à l'uſage qu'il lui plaiſoit
d'en faire.
Après une longue réfidence dans l'Inde ,
Monfieur de V *** revint en France , avec le
deffein d'employer une partie de fes richeffes à
donner un état brillant à fa fille , en l'upillant
à un homme dont la place ou les titres lui procuraffent
à lui-même une forte de confidération
, que la fortune n'affure pas toujours.
Ce projet, communiqué à celle qu'il devoit
intéreffer , lui plut d'abord ; mais en acquérant
des lumières fur les coutumes établies ,
elle ceffa de l'approuver; & dès les premiers
mois de fon fejour à Paris , elle montra beaucoup
de répugnance à former des liens qu'elle
trouvoit pénibles & affujettillans.
Blonde , blanche , bien faite , affez jolie ,
Mademoiſelle de V *** pouvoit infpirer de
rendres fentimens ; mais haute , impérieuſe
vaine de fon opulence , elle daignoit à peine
abaiffer fes regards fur la fouled'amans empreffés
à lui plaire. Accoutumée à la foumiffion des
efclaves de l'Inde , à voir fes moindres fignes
entendus & obéis , elle ne s'appercevoit ni
Civ
$6 MERCURE
des foins , ni des attentions , ou s'en voyoit
l'objet avec indifférence. Ardente à fatisfaire
fes goûts , elle ne s'occupoit jamais du plaifir
des autres , & montroit dans toutes les occa
fions ce naturel exigeant , cette humeur per
fonnelle fi choquante , fi propre à révolter
ceux même qu'aucun intérêt n'engage à s'en
plaindre .
Ce caractère éloigna de Mademoiſelle de
V*** les perfonnes qui avoient recherché fon
amitié, mais il ne rebuta pas les prétendans à fa
fortune. Elle vit où tendoient leurs affiduités ,
& s'affermit dans la réfolution de refter libre.
Bleffée des conventions ordinaires , des ufages
reçus , il lui paroiffoit imprudent d'abandon→
ner fes biens à la difpofition d'un homme ,
autorifé par la loi à s'en réferver la jouiffance,
à régler la maifon , borner la dépenfe de la
femme qui l'enrichiffoit , à mettre au nombre
de fes droits fur elle le pouvoir de lui impofer
des privations , quand il ofoit prodiguer,
fouvent dilliper la fortune qu'il lui devoir ,
pour contenter fes propres fantaiſies . Les circonftances
aidèrent Mille de V *** à rejeter
tous les partis offerts à fon choix. Son père
avancé en âge , fouvent malade , la preffoit
moins de fe marier ; la préfence de cette fille
chérie le confoloit dans fes fouffrances , & fes
foins les adoucifloient. Deux ans après fon
retour en France , une violente attaque de
goutte termina fa vie. Par fes difpofitions , il
rendit fa fille abfolument maitreffe d'elle→
même & de toute la fortune.
DE FRANCE.
57
Trop jeune pour tenir une maiſon , elle fe
fit meubler un appartement à l'Abbaye de
T *** , où elle connoilloit une Religieufe ,
c'étoit Madame de Ch*** , foeur du Comte de
Cezane , fille aimable , douce , indulgente ; capable
par la bonté de fon naturel de ne pas
s'appercevoir des défauts de fes amies , ou de
les fupporterfans dégoût & fans impatience. En
entrant à l'Abbaye , Mademoiſelle de V ***
annonça le deffein formé d'y attendre l'âge où
la bienféance lui permettroit de vivre dans le.
monde , & d'y vivre fans engagement .
Une déclaration fi préciſe ne laiffa aucun
eſpoir de vaincre fon averfion pour le mariage.
On ceffa de prétendre à fa main , & de l'importuner
par d'inutiles inftances . Elle conferva
au dehors une partie de fes gens & de fes
chevaux , tint une table délicate , y admit les
Dames de la maifon qui defirèrent d'y pren--
dre place , fe conduifit avec beaucoup de prudence,
fortit rarement , n'abuſa point de fon
indépendance ; & fi fon humeur altière la
rendit défagréable au plus grand nombre des
compagnes de fa retraite , la décence de fes
moeurs & la régularité de fa conduite lui attirèrent
l'eftime de celles même qui ne l'aimoient
pas.
Mademoiſelle de V *** étoit au couvent
depuis près de deux ans , & paroiffoit nepas fonger
à rentrer dans le monde quand elle apprit le
défaftre du Comte de C ***. Elle l'avoit vû
plufieurs fois chez fon père , où mon mari , lié
avec Monſieur de V *** par quelques affaires
C vj
MERCURE
d'intérêt , y menoit fon ami , dans le deffein
peut-être de déterminer en fa faveur le penchant
d'une jeune perfonne dont il ignoroit
les fecrettes difpofitions. Elle le connoiffoit
trop peu , & n'étoit pas affez fenfible pour
prendre part à fon malheur ; mais les larmes
& les gémiffemens de Madame de Ch *** la forcèrent
de s'en occuper. Cette tendre foeur ,
dont toute la félicité fe bornoit à recevoir les
vifites du Comte & les marques fréquentes
de fon amitié , alloit le perdre , il s'éloignoit
à jamais ; & la vive douleur que lui caufoit
la certitude de ne plus le voir , s'aigriffoit encore
par l'idée de l'état déplorable où il fe réduifoit
& du trifte féjour où il fe condamnoit
à paffer le refte de fa vie.
Louis-Augufte de Ch *** , Comte de C***,
âgé d'environ quarante-fix ans , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , diftingué par
l'ancienneté de fa Maiſon , par ſes talens militaires
& par des qualités vraiment eftimables,
jouiffoit d'une grande confidération & d'une
fortune très- aifée. Plus de la moitié de cette
fortune confiftoit dans le revenu de deux
Terres léguées à ſon père au préjudice d'un
héritier plus proche. Les moeurs , le caractère
& la mauvaife conduite de ce parent avoient
irrité le teftateur , & fixé fa tendreffe fur un
fujet plus digne de fa bienveillance.
Dès le temps où cette fucceflion inattendue
doubla la fortune du Marquis de C*** , cn
l'avertit que des formalités oubliées pouvoient
donner atteinte aux difpofitions faites en fa
DE FRANCE. 59
faveur , il négligea cet avis & mourut fans
avoir pris aucune mefure pour allurer fa poffeflion.
Le Comte , fon fils , ignora cette particularité
, ou n'y fit point d'attention. Ce parent
exclus du teftament , fans bien , fans amis ,
fans crédit , ne devoit caufer aucune inquiétude.
En effet cet homme , hors d'état d'avancer
les frais néceffaires à l'éclairciffement de
fes droits , fe contenta de fe maintenir dans la
faculté de les réclamer un jour , en paffant annuellement
des proteftations ufitées en pareil
cas.
Malheureuſement pour le Comte de C ***
cet homme mourut , & légua fes droits à un
neveu de fa mère. Cet héritier ayant des fonds
& de la protection , commença le procès , le
pourfuivit avec chaleur , & le mit en peu de
tems en état d'être jugé. Il ne s'éloignoit pas d'un
accommodement ; mais Monfieur de C ***,
confeillé par des gens intéreffés à lui faire
fuivre la caufe , s'y refufa , plaida , perdit. Fut
condamné à la reftitution des fruits perçus
depuis vingt ans , fe vit chargé d'une dette immenfe
, & de toutes celles contractées pendant
le cours de cette vaine & ruineuse défenfe.
Honnête & courageux , Monfieur de € ***
n'hésita point à facrifier le refte de fon bien
pour s'acquitter. Il fit eftimerfon hôtel , ſes maifons
de ville & de campagne , tous les effets ;
réfolu de fe retirer au fond du Poitou , dans
une Métairie qu'il avoit autrefois donné à vie ,
& dont la mort récente du poffeffeur lui ren-
Cv
MERCURE
doit la propriété. Il ne fe referva rien , pas
même fes penfions, abandonnées depuis fix ans
à deux de fes parentes , âgées , infirmes & pauvres
, les repréſentations de fes amis , fes propres
befoins ne purent le déterminer à leur
retirer un fecours fi néceffaire à leur état.
Tout mis en ordre , fes arrangemens pris , sûr
de ne rien faire perdre à perfonne , il ſe confola
dans fon malheur par la certitude d'en
fouffrir feul.
Mademoiſelle de V*** trouva tous ces dé
tails dans une lettre du Comte écrite à fa foeur .
Il l'exhortoit à ne pas s'affliger de fa ruine , à
fupporter fon abfence avec la fermeté que devoit
lui infpirer le détachement du monde , &
une parfaite réfignation aux décrêts du ciel.
Mademoifle de V *** lut plufieurs fois
cette lettre , s'informa curieufement de toutes'
les particularités relatives à cette affaire , du
montant des dettes, de la valeur desbiens qu'on
alloit mettre en vente . Satisfaite fur tous ces
points , elle rêva profondément , prit enfuite
un crayon , traça des chiffres fur un papier ,
les calcula , & , fe levant de l'air d'une perfonne
fort occupée de fes idées , elle embraffa
Madame de Ch*** , luidit qu'elle croyoit avoir
trouvé un moyen de la confoler , de lui rendre
la douceur de voir fon frère continuer à vivre
dans la fituation convenable à fa naiffance &
à fon rang.
Deux heures après elle revint chez fon
amie, lui préfenta une lettre ouverte , la pria
de la lire avec attention , & d'examiner fi la
DE FRANCE. 61
décence lui permettoit de l'envoyer à fon
frère. Jamais furpriſe n'égala celle de l'affligce
foeur du Comte, en voyant ces mots écrits de
la main de Mademoiſelle de V ***.
و د
ود
33
و د
»
" Monfieur , le parti noble mais violent où
», vous vous arrêtez , va vous éloigner à jamais
d'une foeur défolée de vous perdre.
» Témoin de fa douleur , mon amitié pour
» elle m'engage à faire une démarche , irrégulière
fans doute , mais dont les circonf-
» tances preffantes peuvent être l'excufe . Je
, vous propofe , Monfieur , d'arranger vos
affaires en un inftant , de vous fournir les
fommes néceffaires à vous acquitter entièrement
, & de vous replacer dans la po-
» fition où vous étiez avant la perte de votre
procès ; & pour qu'on ne puiffe vous reprocher
de manquer à la délicateffe connue de
» vos principes , en recevant ce fervice d'une
» femme , & d'une femme étrangère à votre
Maifon , fans intérêt à vous obliger , je vous
offre , Monfieur, une main long-temps de-
» mandée , toujours refufée par des confidérations
, qui m'éloigneroient encore de for-
» mer aucun lien , fi je n'efpérois vous voir
accepter les conditions où j'attache le don'
» de ma perfonne , mon bonheur , & le votre ,
Monfieur , fi vos fentimens & mes defirs
peuvent s'accorder. Madame votre four
vous inftruira de ces conditions . Si vous confentez
à les remplir , je fuis prête à termi-
" ner vos embarras , à vous rendre à Madame
» de Ch*** , au monde & à vous - même. »
"
33
ور
و د
62 MERCURE
L'étonnement , la joie & la reconnoiffance
de la fenfible Religieufe ne s'exprimèrent
d'abord que par de douces larmes , elle en inondoit
le fein de fon amie , la nommoit fa foeur ,
La généreufe foeur ! la preffoit entre fes bras,
en lui répétant : ah , ciel ! je reverrois mon
frère ; je le reverrois pailible , heureux ! & je
vous devrois ce bien fi grand , fi véritable !
Ces premiers mouvemens ralentis , elle s'informades
conditions exigées par Mademoiſelle
de V ***, les écrivit fous fa dictée & en fon
nom. Les voici telles qu'on les a trouvées
dans les papiers du Comte après la mort.
>
Articles à rédiger pour être inferés dans mon
contrat - de - mariage , fuivant la forme
ufitce , dont je ne me fuis encore procuré
aucune connoiffance.
PREMIER ARTICLE . Monfieur le Comte de
C *** fe reconnoîtra débiteur envers moi
des fommes que j'aurai avancées pour lui
avant notre union . Les biens qu'il alloit mettre
en vente me feront engagés pour la sûreté de
mes fonds.
DEUXIÈME ARTICLE. Je laifferai à Monfieur
de C *** la jouiffance du revenu de ces mêmes
biens , & j'y joindrai une penſion annuelle de
quinze mille livres , afin de le remettre dans
fa première fituation .
TROISIÈME ARTICLE. Si je meurs avant
Monfieur de C *** , fa dette contractée avec
moi feraéteinte, mes droits fur fes biens anéantis
, ilrentreradans leur libre poffeffion fans que
.
༦༣ DE FRANCE.
perfonne puiffe lui rien demander en mon
nom. Outre cette remiſe de ſa dette , je lui
donne cent mille écus une fois payés , que
mes héritiers feront tenus de lui délivrer un
mois après ma mort. L'équité me porte à lui
faire ces avantages en compenfation du pouvoir
que je lui ôte par l'article fuivant.
QUATRIÈME ARTICLE. Il fera ftipulé ,
énoncé dans les termes les plus clairs & les
plus précis, conftaté par toutes les formalités
prefcrites pour rendre un acte valide , inattaquable
, que je conferverai l'entière jouiffance
de ma fortune , & la pleine liberté d'en difpofer
à mon gré ; que , chargée feule de ma
maifon , des dépenfes relatives à cet objet, je
prendrai l'état que je jugerai convenable à
mes revenus , & qu'ils me permettront de
maintenir.
CINQUIÈME ARTICLE. Monfieur de C ***
voudra bien quitter fon hôtel, habiter avec moi
celui que mon père faifoit bâtir , achevé un an
après la mort, il eft prêt à me recevoir. Sa fituation
agréable & riante me le fait préférer à toute
autre demeure. Pour m'expliquer fans détour,
j'exige que Monfieur le Comte de C *** confente
à vivre chezmoi , à s'yregarder , à s'y con
duire , non comme un mari , titre qui fe change
bientôt en celui de maitre , mais comme un
ami reçu avec diftinction dans une maiſon
étrangère . Les droits de cet ami doivent fe borner
à fe voir bien traité , & ne jamais s'étendre
à contrarier les goûts ou combattre les volontés
de celle qui l'admet à partager fon habita
64
MERCURE
tion & les agrémens que le defir de fe rendre
heureufe elle-méme doit naturellement l'engager
à fe procurer.
Je fais qu'aucune loi ne peut m'affurer l'obfervation
de ce dernier article; mais connoiffant
l'exactitude de Monfieur de C *** & fa
parfaite probité , je regarderai fa parole d'honneur
comme un engagement formel ; s'il veut
bien me la donner , je fuis prête à tenir tout ce
que je promets.
Madune de Ch*** fit peu d'attention à la
fingularité de ces articles , elle fe hâta d'écrire
à fon frère, & renferma fous l'enveloppe de
fa lettre celle de Mademoiſelle de V *** , &
le papier où fes conditions étoient exprimées.
Mon mari fe trouvoit feul chez Monfieur de
C *** au moment où le paquet , apporté de
Trefnel , lui fut remis. Le Comte l'ouvrit ,
parut étonné , parcourut les papiers qu'il contenoit
, & les jetta fur la table de l'air d'un
homme peu difpofé à s'en occuper d'avantage.
Les reprenant un peu-après , il les donna aut
Marquis d'A✶✶✶★ & fe montra moins tou→
ché des offres de Mademoiſelle de V ***
furpris de la bizarrerie de fa démarche , &
choqué de fes propofitions.
›
que
Monfieur d'A *** les enviſagea fous un afpect
bien différent. Il pria fon ami de les examineravec
plus d'attention , de pefer les raiſons
qui devoient le déterminer dans une occafion fr
importante , d'où dépendoit fi pofitivement
le bonheur ou le malheur du refte de ſa vie.
Il lui repréſenta le défefpoir où il fe livreroit
DE FRANCE.
ઈ
dans fa trifte retraite fi la guerre venant à fe
déclarer , comme toutes les apparences l'annonçoient
, il fe voyoit hors d'état de fervir ,
ignoré , oublié , déchiré par le regret d'avoir
refufé un moyen d'être encore utile à fon
Prince , à fa Patrie , & de foutenir une réputation
acquife par tant de nobles travaux.
Frappé de ces confidérations , Monfieur de
C*** reprit les papiers des mains de fon ami,
il les relut, foupira, rêva . Il s'affligeoit, héſitoit,
ne fe décidoit point. Il lui fembloit dur , peu
honorable , encore moins fatisfaifant d'accepter
la main & les fecours d'une fille qui abufoit
de fon infortune pour lui impofer des
loix , offroit de le recevoir dans une maifon
dont il ne feroit point le maître , où il entreroit
en contractant des obligations capables de
lui en rendre le féjour pénible & même
odieux.
Cependant ce bruit de guerre , en effet déjà
répandu , dont mon mari venoit de lui rappeler
le fouvenir , lui faifant regarder la retraite
du fervice comme la plus accablante de
fes difgrâces , il fe montra moins révolté des
confeils & des inftances de cet ami tendre &
zélé. La noble ambition de fe diftinguer encore
dans les champs de l'honneur l'emporta
fur fa répugnance , il accepta les offres de
Mademoiſelle de V *** , & fe foumit à
toutes les conditions exigées par elle.
Les circonftances firent de ce mariage
un événement dont on s'entretint beaucoup
& long- tems. On ne fe laffoit point de vanter le
66 MERCURE
défintéreffement de Mademoiſelle de V✶✶✶
la bonté de fon coeur fi marqué par le choix
qu'elle venoit de faire . Un murmure applaudiffant
& flatteur s'élevoit autour d'elle par
tout où elle paroiffoit. C'eft ainfi qu'en fe fatisfaifant
fur l'objet où elle attachoit le plus
d'importance, elle parvint à changer d'état
fans changer de principes , à prendre un mari
fans rifquer de fe donner un maitre , à s'at
tirer le fuffrage public , la confidération & la
reconnoiffance d'une grande Maifon . Mais
trois ans après fon mariage la mort du Comte
de C *** , tué à la bataille de Minden , découvrit
en partie le caractère de fa veuve. On
fut à quel prix elle l'avoit obligé. Les parens
de Monfieur de C *** s'éloignèrent d'elle. Sa
hauteur , fa perfonnalité dégoûtèrent peu à peu
la brillante fociété que le Comte attiroit chez
elle. Des flatteurs intéreffés , de vils complaifans
l'entourent à préfent. Cette grande
fortune , unique objet de fon attachement ,
lui a donné les moyens de fe livrer à fes goûts
& de les épuifer. En s'occupant toujours du
foin de fatisfaire fes propres defirs , on perd la
faculté d'en former encore. Madame de C ***
peut beaucoup , mais elle ne veut rien. Le
vide de fon coeur répand l'ennui fur tous les
inftans de fa vie. Elle accufe de fes chagrins
tous ceux dont elle eft environnée . Sans s'appercevoir
que fon infenfibilité les fait naître
& les entretient , il faut s'intéreffer aux autres ,
être capable de compatir aux peines de fes
femblables , de partager leurs plaiſirs pour
DE FRANCE, 67
jouir de ces fenfations vives qui écartent de
nous l'infipide indifférence. Un Sage l'a dit ,
& l'expérience le prouve , il faut faire des
heureux fi on veut l'être foizmême. Le riche ,
uniquement occupé de fon bien-être , exigeant
que tout concoure à flatter fes fens ,
élève une barrière entre le bonheur & lui.
C'eft en aimant , c'eft en fe faifant aimer , c'eſt
en excitant la joie autour de lui qu'il introduira
le plaifir dans fon coeur. Les fenfations
douces qu'il caufera aux autres pénétreront
imperceptiblement au fond de fon âme ,
comme le parfum des fleurs odorantes s'élève
fous la main de l'amateur qui les arrofe & le
force à refpirer l'air embaumé par leurs
exhalaifons.
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Préface ; celui
de l'Enigme eft Ruban ; celui du Logogryphe
eft France , où l'on trouve farce , écran ,
áne , café, cafre , fan , cerf, fa , ré ,franc ,
ancre , rac,fer , arc , car , Caen , ce , an.
MERCURE !
CHARADE.
Aux noces de ton fils tu trouves ma première ,
Veux-tu de ma feconde ? Il faut tirer au fort ;
Mais fur les eaux ne fais jamais la guerre ,
Mon tout y porte & la flamme & la mort.
ÉNIGM E.
Sur l'Air du Confiteor.
JE fuis du genre féminin ,
Méchante quand je fuis vieillie ,
J'ai le front ridé , l'oeil malin ,
On ne me trouve pas jolie ; bis
Mais , mais paffons bis donc fur cela ;
Voyons qui me devinera ,
Voyons qui me devinera.
IRIS , fi vous vous connoiffez ,
Vous ne pourrez pas me connoître ;
Cependant , quand vous paroîtrez ,
Sur vos pas vous me ferez naître , bis
Mais , mais j'en dis bis trop fur cela ;
Voyons qui me devinera ,
Voyons qui me devinera .
VOTRE amant fait peut- être bien
Mon nom & toute mon affaire ;
DE 69 FRANCE.
S'il ne vous en témoigne rien ,
C'eſt par crainte de vous déplaire ; bis
S'il eft heureux, bis il obtiendra
Le doux prix qui me détruira ,
Le doux prix qui me détruira.
( Par Mme la Marquise de ****. )
LOGO GRYPH E.
LECTEUR , ECTEUR , tu me connois ; je fuis dans ta maiton
Un fecours des plus néceffaires ,
Puifque je te fournis deux facultés contraires
Alternativement & dans toute faiſon.
On me conftruit toujours ou de bois ou de pierres.
Arranges mes huit pieds de diverfes manières ,
En moi tu trouveras un cérémonial
Pieux , magnifique & royal;
Deux plantes que fouvent on emploie en cuifine ,'
Et qu'on ufite en Médecine ;
Une preuve de bonne humeur ;
Une expreffion de douleur ;
Un fruit d'une faveur exquile
Qu'on mange au milieu de l'été ;
Ce que devient une chemife ;
Un mot en France reſpecté ;
Ce qui brille , éblouit & prévient le tonnerre;
Un certain endroit de la terre
Où l'on s'exerçoit autrefois
70 MERCURE
A des courfes, à des tournois ;
Ce qu'on eft fatisfait de faire en un bon livre;
L'inviſible élément fans quoi l'on ne peut vivie ;
L'uftenfile qui fert à porter les papiers
Des Procureurs & des Greffiers ;
Ce qui fait le niveau pour pofer la charpente ;
Ce que le fameux Ramponeau
Trouvoit , ou trouve encore au fond de fon tonneau ;
Un immenfe amas d'eau qui ne court ni ferpente ,
Et n'a point d'autre mouvement
Que ce qu'il en reçoit du vent ;
Trois tons majeurs de la mufique ;
Un inftrument utile ; un meuble familier ;
Un lieu plein de vapeurs de la liqueur bachique ,
Où le Vigneron prend un plaifir fingulier ;
Ce dont on fait de la bougie ;
Ce qui fait voler les oiſeaux ;
Celui qui fut jeté du foleil dans les eaux;
Un mal très - dangereux qu'on traite en Chirurgie ;
Un terme de trictrac ; une carte ; un pronom ;
Un état maladif digne d'attention ;
Un terrein dans la mer , ou qu'enclot la rivière s
Ce qui nous donne un luftre ou de l'obscurité.
Devine , cher Lecteur , je crois qu'en vérité
Tu tiens mon analyſe entière.
( Par M. Gallet , Chirurgien à Jambrille,
près Meulan. )
DE FRANCE. 71
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUITE de la Vie & des Opinions de Triftram
Shandy , traduites de l'Anglois de Sterne ,
troifième & quatrième Parties . A Paris
chez Volland , Libraire , quai des Auguftins
, 1785.
AMATEUR paffionné de Sterne , dit le Traducteur
, j'ai pris le texte Anglois & un Dictionnaire.
Aucun Dictionnaire , que je fache
, n'eût appris à l'Auteur François à faifir
l'efprit de fon original . Pour en faire paffer
le caractère en notre langue , il a fallu de
la pa ience , une longue étude , même la
lecture de divers Ouvrages analogues. Sterne
eft en Angleterre ce que fut l'Ariofte en Iralie
, inventeur d'un genre de plaifanterie
prefque impoffible à traduire ou à imiter.
Sterne eft même bien plus dangereux , parce
que la gaîté , les modèles , fes peintures
fes charges , fa couleur tiennent au goût national
: le repréfenter fous fon véritable
coftume à des Erangers peu accoutumés à
cette eſpèce de figures , eft une entrepriſe
hardie.
Entre la foule d'originaux qui ont peuplé
& qui peuplent l'Angleterre , il n'y a pas eu
d'homme ni d'Aureur plus original que
Sterne, Prébendaire d'Yorck. Ses moeurs fu
72 MERCURE
rent auffi irrégulières que fes Écrits. Dans fa
conduite , il s'étoit mis au-deffus des bienféances
, comine au- deffus des règles & de
toute imitation dans fes Ouvrages finguliers ,
où il ne reffemble jamais qu'à lui - même ,
c'est -à- dire , à l'efprit le plus fantaſque & le
plus indépendant.
On fait qu'ayant pris le nom d'Yorick ,
bouffon du Roi de Danemarck , introduit
par Shakespeare dans fa Tragédie d'Hamlet ,
il fit imprimer fes Sermons fous ce fobriquet.
Le Prédicateur ne parut pas moins extraordinaire
que le Romancier. Jamais la
raifon ni la religion n'avoient parlé un pas
reil langage ; mais tout nouveau qu'étoit ce,
genre d'éloquence faciée , on y trouva une
morale & une argumentation folides , des
traits de génie , & une grande connoiffance
du coeur humain. Chacun de ces Sermons
eft plein de digreffions & de penſées ingénieuſes
, déplacées. Dans celui fur l'Enfant
Prodigue , on lit une phrafe quelquefois
citée ; la converfation , dit l'Auteur , eft un
commerce ; fi vous y entrez fans fonds pour.
balancer le compte des autres ce commerce
ne peut avoir lieu, Sa mauvaife fanté , fon
inconftance , fon efprit d'obfervation entraînèrent
Sterne dans des voyages perpétuels.
Plusieurs fois il vint en France ; il fit
un affez long féjour en Italie : par- tout il fe
livroit à fes goûts avec une liberté , il s'exprimoit
avec un cynifme , que fon manteau ,
d'eccléfiaftique rendoit encore plus indécent.
>
Exercé
DE FRANCE. 75
Exercé , la plume à la main , à fe jouer de
toutes les opinions , il n'étoit guères plus rigoureux
fur les devoirs. Un jour à Milan on
le mit aux prifes avec la célèbre Cantatrice
F.... , fes propos furprirent à tel point cette
femme , accoutumée aux faillies les plus
licentieufes , qu'elle lui demanda , Monfieur
quel âge avez vous ? Madame , reprit Sterne ,
fans fe déconcerter , je réponds felon l'intention
des perfonnes....... La décence empêche
d'achever. Čet Écrivain étoit très laid , &
d'une laideur à exciter le tire ; on eût cra
voir un Satyre pétri d'efprit & de feuj
Dînant chez le Duc de Modène , il fe
trouva placé entre deux Prélats . L'un d'eux ,
Evêque de Mantoue , lui propofa , en badinant
, de le convertir. Cela eft très aife , dit
Sterne. On citeroit
de lui mille propos de cette efpèce , conformes
à la tournure de fon efprit, & à l'habitude
qu'il avoit prife de ne fe gêner fur
rien , de laiffer aller fon imagination comme
fa vie , au gré de fes inclinations & des circonftances.
Les unes & les autrès le conduifirent au
plus grand défordre dans les affaires domef
tiques , & à mourir fans fucceffion . I laiffa
dans la pauvreté une femme & une fille dont
il s'étoit féparé , & qui n'ont joui qu'après
lui des fruits de fa réputation . Le relâchement
de fes moeurs influa fur fon bonhear
domestique ; il ne fut pas heureux ; il ne
N°. 46 , 12 Novembre 1785. D
74 MERCURE
paffanipour un époux ni pour un père tendre;
cependant on le jugeroit très -fenfible en lifant
fes Lettres à Eliza . Perfonne n'ignore qu'il
a célébré fous ce nom Miftreff Draper , à
qui un Écrivain François a adreffe une apothéole
dans un Ouvrage fameux , où l'on ne
s'attendroit guères à trouver des hymnes
amoureuſes.
Ce Diogène Anglois , ce Vicaire fi peu
fcrupuleux, ce Cofmopolite fi indifférent en
apparence aux relations les plus chères de
l'humanité , a imaginé des fcènes , a exprimé
des traits de fentiment qui font couler des
larmes. Sans parler des Lettres à Éliza , il
fuffit de citer le touchant épifode de Maria ,
celui de le Febvre , l'hiftoire du Chien tué
fous la berline , que nous rapporterons plus
bas , & le Voyage fentimental tout entier .
Perfonne ne narre vec plus d'intérêt , ne
détaille avec plus de vérité , ne peint avec
plus d'âme que Sterne dans ces divers morceaux.
Cet Écrivain eft dramatique ; on affifte
avec lui au lieu de la fcène , on en voit
les Acteurs , on en reconnoît le langage 5
jufqu'à l'attitude , au gefte , à l'habillement
des perfonnages , tout fert à animer le tableau
, à en fortifier l'expofition , à la graver
dans l'âme du Lecteur . Pas un coup vague
de pinceau , point de recherche ni d'exagé
ration. D'autres Romanciers Anglois fe font
appliqués à multiplier les détails minutieux ;
Sterne les choifit ; il les place comme des
DE FRANCE. 75
nuances qui concourent à l'effet total . Loriqu'Angelica
, dans fon charmant tableau de
la Maria , du Voyage Sentimental , n'auroit
pas nommé le fujer , chacun eut dit : voilà
la pauvre
villageolie
des environs
de Moulins
; voilà fon ruban
verd , fon chalumeau
,
le faule qui lui prête fon ombrage
, & le
fidéle Sylvio
qu'elle
tient en laiffe. *
Les premiers volumes de Triftram Shandy,
traduits , imités , raccourcis , étiquetés par
M. Frenais , ont fait connoître en France
certte builefque production. On prétendit
en Angleterre , & M. de Voltaire l'a répété
que par ce chaos de chapitres , de digreffions
, de differtations qui forment ce Roman
amphigourique , fans amener ni fuite
ni conclufion , Sterne avoit voulu fe moquer
du Public dans l'attente , & s'amufer
de fa crédulité en prolongeant ces horsd'oeuvres
perpétuels. Plus vraisemblable
ment , Sterne eut le projet de perfiffler les
longs Romans de fa Nation ; encourage par
le fuccès des premières parties , il fe livra à
fon enjouement & au plaifir d'étendre une
fatire qu'il rendoit prefque univerfelle.
Il verfa le ridicule fur les Univerfités , fur
les Érudits , fur les Docteurs , fur les verbiages
des Auteurs Metaphyfiques , fur le
Maria eft la même que M. Frenais appelle
Juliette , on ne fait pourquoi , & qu'il a tranfportée
de Moulins à Amboife.
Dij
76
MERCURE
Clergé , fur les Médecins , fur les Orateurs
du Parlement , fur tous les états , fur les
caractères finguliers , fur toutes les espèces
de radotages .
"
ور
"
Dans un des Chapitres de Triftram Shandy,
il fait dire à fon Héros : « Le matin mon
oncle étoit monté à cheval avec mon
père , pour tâcher de fauver un petit bois
charmant que le Doyen & le Chapitre
» de Shandy faifoient abattre pour en donner
» le profit aux pauvres . » En note il ajoute :
Pauvres d'efprit s'entend ; car l'argent du
bois fut partagé entre le Doyen & les Chanoines
. Ces farcafmes fur fes confrères , multipliés
en toute occaſion , lui attirèrent une
foule de Brochures polémiques & d'ennemis
, en augmentant le nombre de fes Lecteurs.
Rabelais & le Docteur Swift avoient été
l'objet de fes études favorites. Souvent il a
emprunté la manière , la bouffonnerie , la
charge du premier ; le fel , la philofophie ,
la plaifanterie fatyrique du fecond. Il a furtout
de Swift ce caractère de gaîté , qu'indiquent
les Anglois par le mot humour, particulier
à leur Nation , & dont le terme ni
la chofe ne fe trouvent parmi nous ,
cepté dans quelques morceaux de M. de
Voltaire , dont le talent avoir fu adopter ce
genre de comique fans bleffer la delicateffe
de notre goût.
ex-
On fe méprendroit en ne regardant Sterne
DE FRANCE. 97
་
que comme un Romancier facétieux ; il eft
plein de raiſon & de raiſon fine ; il rajeunit
les moralités , les maximes , les vérités , foit
par une expreffion neuve , foit par des images
fortes. Perfonne n'a mieux obfervé les
différens travers de l'efprit , les petites foibleffes
& les motifs déterminans du coeur
humain .
:
Sterne vécut indépendant ; c'eft le premier
des titres en Angleterre il devroit
l'être par tout où le fentiment de la dignité
de l'homme n'eft pas encore éteint. Sterne ,
ainfi que Pope , fe glorifioit d'être :
Un plac'd , un penſion'd ; no man's heir or flave.
Sans places , fans penfion , héritier ni efclave
de perfonne. Il dédia le premier volume
de Triftram Shandy au célèbre Lord
Charam , Miniftre alors fous le nom de
M. Pitt. Je vous prie très- humblement , lui
dit l'Auteur , de prendre mon Livre , non pas
fous votre protection , car il doit fe protéger
lui-même ; mais pendant votre fejour à la
campagne , où j'espère qu'il excitera quelquefois
votrefourire, & vous diftraira un inftant
de vos travaux.-
no-
Rappelons ici ce qu'il feroit trifte qu'on
eût oublié , que M. Frenais , Traducteur des
premières parties de ce Roman , eut le
ble courage de les dédier à un Miniftre qui
venoit de perdre fa place , fans fatiguer le
Public du fpectacle de fes regrets ; à un Miniftre
qui , ainsi que le Comte de Chatam
Dij
78 MERCURE
réuniffuit les vertas fortes aux lumières.
;
pen-
Triftram Shandy paffe en Angleterre pour
être auffi difficile à bien entendre en profe
que Shakespeare & Butler le font en
vers : quelles doivent donc être ces difficultés
pour les étrangers ? L'anglois de Sterne
eft pur , fouvent même élégant ; mais il eſt
plein de locutions particulières au genre de
l'Ouvrage dans fon laconifme , l'Auteur
fous- entend quelquefois la moitié de fa
fée ou de fon expreffion ; fes tranfitions brufques
interrompent à tout inftant le fens , &
déroutent le Traducteur ; chaque Chapirrea,
en quelque forte , une forme de ftyle propre.
Rien d'ailleurs n'eft moins ailé à interprérer
que la plaifanterie & le burlesque ;
en un mot , dans une pareille verſion on eft
toujours auffi près d'inſpirer le dégoûr que
de faire rire .
Je ne fais fi dans notre langue on foutiendra
une auffi longue caricature. M. Frenais
fe permit de l'abréger , & malgré ces facrifices
, il ek reſté encore beaucoup de détails
qui dégénèrent en bavarderie. L'Auteur , il
eft vrai , convient lui - même de fon galimatias
affecté. Quelque part il fe prépare à
donner une définition de l'amour , & il
ajoute Quand je ne pourrai plus ailer ,
» & que je me trouverai empêtré de tous
côtés dans ce labyrinthe mystique , alois
je m'expliquerai avec plus de précifion ,
» & l'on verra ce que je penfe fur l'amour.
Dans le Chapitre fuivant , ayant à faire le
"
99
99
la
:
DE FRANCE. 70
portrait de la veuve Wadman , il s'adrefle
au Lecteur : Faites vous - même ce portrait;,
» voici une plume , de l'encre , du papier ;
» affeyez- vous , Monfieur , peignez cette
» veuve à votre fantaifie. Comme votre
"
-
maîtreffe , fi vous pouvez ,
-
& nom
» comme
votre femme
, fi votre confcience
» vous le permer. »
Il eft à fouhaiter que le Traducteur des
dernières parties de cet Ouvrage foit récompenfé
des peines de fon travail. Il a tâché de
conferver , autant qu'il l'a pu , le ton de fon
original & la méthode de M. Frenais
comme celui-ci , il a interyerti l'ordre des
Livres & des Chapitres ; il n'exifte aucune
difparate entre les deux Traductions ; cette
dernière est même plus littérale , & moins
fouvent l'interprête s'eft fubftitué à ſon
original .
Il n'eft cependant pas toujours heureux
dans fes fuppreflions & dans fes remplace
mens. Par exemple , le fixième volume Anglois
de Triftram Shandy, commence par une
efpèce d'introduction plus bizarre que
toutes les bizarreries de ce Roman . Le Traducteur
retranche ce morceau , & fous le
titre d'intermède , invente ce qui fuit.
-
" Les differtations favantes de mon père,
fes verbes auxiliaires , peuvent bien ne
» pas plaire à tout le monde . Je vois là
» un gros Abbé qui dort. Et cette Dame ,
non pas cette vieille Préfidente qui prend
» du tabac , mais cette jeune Marquife qui
Div
80 MERCURE
"
30
30
--
- Une
eft dans la même loge avec ce Duc qui lui
parle à l'oreille ; croyez -vous qu'elle nous
» ait entendus ? Le Public eft partagé en
» deux claffes , dont l'une admire tout ce
qu'elle ne comprend pas , & l'autre déchire
tout ce qu'elle comprend.
troifième claffe eft compofée de ceux qui ,
» comme vous , jugent fans prévention , critiquent
fans humeur , & louent fans par-
» tialité. Perfonne ne reconnoîtra Sterne
à ces antithèfes ; ce n'eft pas un Chanoine
d'Yorck qui parle du gros Abbé, de la vieille
Préfidente & de la jeune Marquife qui parle
à l'oreille d'un Duc. A ce qu'il me femble, ou
il ne falloit pas mettre ces gentilleffes Francoifes
dans la bouche d'Yorick , ou bien le
Traducteur auroit dû s'abftenir de le faire
parler.
"
En divers autres endroits , le Traducteur
n'eft pas plus heureux en inventions ; il altère
quelquefois fon original fans néceffité ,
& l'accourcit fans motif. On ne fait , par
exemple , pourquoi il a dénaturé le Chapitre
affez plaifant fur les lignes droites ;
mais en général cette verfion épineufe indique
un homme d'efprit , familiarifé avec
l'Anglois & avec fon Auteur.
Il feroit téméraire de prédire une grande
fortune en notre langue à cet Ouvrage f
eftimé , fi lû , tant de fois imprimé chez les
Anglois . Indépendamment de la différence
de goût entre les deux Nations , depuis
long-temps tout Roman gai eft devenu une
1
DE FRANCE. 81
monftruofité en France , où on ne rit plus
ni dans la Littérature ni au Théâtre , où l'on
peint quelquefois des vices & où l'on n'ob
ferve plus de caractères , où le bel - efprit &
le jargon du monde ont femé leur ennui dans
les Romans comme dans tout le refte.
Qu'on nous permette cependant de citer
un morceau entièrement écrit dans le goût
du Voyage Sentimental. Il eft propre à confirmer
l'opinion qu'on a de Sterne , & celle
qu'on doit prendre du Traducteur. Shandy
arrivé en France , change à Amiens de chevaux
de pofte ; & voici la fcène qu'il
décrit.
"
-
-
Je n'ai rien , mon bonhomme , lai dis-
» je. C'étoit à un vieillard couvert de
» haillons , qui s'étoit avancé jufqu'à deux
» pas de la portière , fon bonnet de laine
» rouge à la main. Son gefte & fes yeux
» demandoient , fa bouche ne parloit pas.
» Il avoit un chien qui tenoit , ainfi que
fon maître , fes yeux fixés fur moi , &
» qui fembloit auffi folliciter ma charité.
» Je n'ai rien , dis- je une feconde fois.
» C'étoit un menfonge & un acte de
» dureté. Je rougis de l'avoir dit . -
» Mais , penfai- je en moi-même , ces pau-
» vres font fi importuns ! Celui là ne le
» fut pas. Dieu vous conferve , dit- il ,
» & il fe retira humblement.
"
-
» Ho hé , ho hé , vite les chevaux. -
» C'étoit la berline qui venoit d'arriver. Les
poftillons coururent. Le vieillard & fon
90
Dv
82 MERCURE
39
30
و ر
chien s'app ochèrent , n'obtinrent rien ,
& fe retirèrent fans murmure.
39
Celui qui vient d'avoir un tort , feroit
fâché de rencontrer quelqu'un qui , à ſa
place , ne l'auroit pas eu . Si les voyageurs
de la berline euffent donné au pauvre ,
je crois que j'en aurois fenti quelque
peine . Après tout , dis- je , ces hommes
» font plus riches que moi , & puifque.......
Bon Dieu ! m'écriai je , leur dureté ex-
» cufe t'elle la mienne ? Cette réflexion mé
» mit mal avec moi - même . - Je cherchai
des yeux le pauvre comme fi j'euffe voulu
» le rappeler. Il s'étoit aflis fur un banc
» de pierre , fon chien vis à - vis de lui , &
» la tête appuyée entre les genoux de fon
maître , qui le flattoit de la main fans lever
les yeux de mon côté.
"
-
» Sur le même banc je vis un Soldat que
fes fouliers poudreux annonçoient pour
un voyageur. Il avoit pofé fon havrefac
fur le banc entre le pauvre & lui , & pardeffus
fon havrefac fon épée & fon chapeau.
Il s'effuyoit le front avec la main ,
» & paroiffoit reprendre haleine pour continuer
la route. Son chien ( car il avoit
auffi fon chien ) étoit affis par terre à côté
de lui , regardant les paffans d'un air
» her.
» Ce fecond animal me fit mieux remarquer
le premier , noir , fort laid , & à
moitié pele. Je m'étonnois que le vieillard
, rédux à la dérnière misère , voulûr
DE FRANCE. $3
----
» ainfi partager avec lui une fubfiftance
» rare & toujours incertaine . L'air dont
ils fe regardoient tous deux , m'éclaira
» fur le champ. O de tous les animaux
» le plus aimable & le plus juftement aimé ,
» dis je en moi-même ! tu es le compagnon
―
de l'honime , fon ami , fon frère , toi feul
» lui reftes fidèle dans le malheur ; toi ſeul
» ne dédaignes pas le pauvre.....
"
" En ce moment une glace dé la berline
fe baiffa , & il en tomba quelques débris
» de viandes froides avec lesquelles les
" Voyageurs venoient de déjeûner . Les deux
» chiens s'élancèrent. La berline partit ,
» un feul chien fut écrâfé. C'étoit celuž
"
"
-
-
- du pauvre.
» L'animal
jeta un cri. Ce fut le der
» nier, Son maître s'étoit précipité
fur luis
» fon maître dans le plus fombre
défefpoir
!
" il ne pleuroit
point . Hélas ! il ne pouvoir
» pleurer. Mon bonhomme
, hi criai-
» je. I retourna
doulourenfement
la
» tête. Je lui jetai un écu de fix livres.-
" L'écu roule à côté de lui fans qu'il s'en mit
» en peine. Il ne me remercia
que par un
» mouvement
de tête affectueux
, & il re-
" prit fon chien entre les bras.
-
Mon ami , dit le Soldat , en lui rendant
» la mein avec les fix francs qu'il avoit ra-
» maffé: ce brave Gentilhomme Anglois
» vous a donné de l'argent. Il est bien heu-
» reux , il eft riche ! mais tout le monde ne
» l'eft
l'eft pas.
-Je n'ai qu'un chien , vous
D vj
84
MERCURE
き
» avez perdu le vôtre. Celui - ci eft à
vous. En même temps il attacha fon
chien avec une petite corde , qu'il mit dans
la main du vieillard , & il s'éloigna auffi- tôt
" O Monfieur le Soldat , s'écria le bon
» vieillard à genoux & lui tendant les bras ,
& le Solda s'éloignoit toujours , laiffant
le pauvre dans l'extafe de la reconnoif-
» fance.
39
34
» Mais les bénédictions du pauvre , mais
les miennes le fuivront par- tout . Brave &
galant homme , m'écriai -je , eh ! qui fuis-
» je auprès de toi ? Je n'ai donné à ce mal-
» heureux que de l'argent : tu viens de lui
rendre un ami . »
J'invite les Lecteurs que pourroient rebuter
le galimatias des titres de Chapitres.
& le défordre des fujets , à paffer tout de
fuite à l'hiftoire de le Febvre , à la danfe
avec Nannette en Languedoc , à la touchante
aventure de Maria. Quant aux Amateurs de
fcènes grotefques , ils en trouveront à chaque
page de l'hiftoire du bon Capitaine
Tobie , qui ne fait cas de la chronologie
qu'en raifon des éclairciffemens relatifs à
l'époque de l'invention de la poudre à canon
; époque qu'il nomme plaifamment une
efpèce d'ère militaire.
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan. )
DE FRANCE 85
SPECTACLES.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 31 Octobre , on a donné la première
repréſentation de l'Amitié au Village
Comédie en trois Actes & en vers , mêlée
d'ariettes , par M. Desforges , mufique de
M. Philidor.
Un ancien Seigneur du village de Clémencey
, a fondé un prix de vertu qui tous les
ans , doit être diftribué au payfan le plus laborieux
, le plus fenfible & le plus fage.
Profper & Vincent , unis tous deux de l'amitié
la plus tendre , partagent entre- eux les
fuffrages : mais l'amitié délicate de Profper
lui fait craindre de l'emporter für Vincent;
en conféquence , dans l'intention de lui affurer
le prix, il s'éloigne , & fait courir le bruit
de fa mort. Le prix eft donc accordé à Vincent
d'une voix unanime. Le jeune homme,
au défeſpoir d'avoir perdu fon ami , demande
au moins qu'on cache cet événement au malheureux
auteur de fes jours. Le généreux
payfan revient incognito chez fon père
jouit du plaifir de le voir , de l'embraffer , de
recevoir les témoignages de fon affection
paternelle ; puis fe retire en déclarant
que des raifons puiffantes le forcent à cacher
fon retour jufqu'au foir ; & voici
,
>
86 MERCURE
quelles font ces raifons. Le garçon du village
qui a obtenu le prix de vertu peut, le même
jour , demander la main de la fille qu'il aime
le plus. Vincent aime Élife ; mais Élife a été
promife à Profper , & Vincent craint tout-àla-
fois , en la choififfant pour époufe , & de
lui faire violence & d'outrager la mémoire de
fon ami. Sa joie eft à fon comble quand il apprend
que non-feulement Élife n'auroit fait
qu'obéir en époufant Profper , mais encore
qu'il en eft tendrement aimé. La Marquife de
Clémencey unit elle-même Élife & Vincent.
Alors Profper fe montre , il fait connoître le
motif de fon éloignement paffager , & jouit
du double triomphe de fon ami. Au travers
de cette intrigue paffent deux perfonnages épifodiques;
une Demoiſelle Honorine qui aime
Vincent fans en être aimée , & un M. Claude
Brunet qui n'eft point aimé d'Honorine ,
qu'il aime. La coquetterie de l'une , & la malignité
niaife de l'autre jettent des étincelles
de gaîté dans l'action principale , dont le ton
général eſt plus trifte encore qu'il n'eft admiratif.
Une Anecdote , confignée dans l'Encyclo
pédie , paroit avoir fourni le fonds de cette
Comédie , qui étoit d'abord en quatre Actes ,
& que l'Auteur a réduite à trois , pour en refferrer
la marche. Il réfulte de cette réduction
que les entrées & les forties des perfonnages
ne font pas toujours bien motivées . Par exemple,
Profper & fon ami la Franchiſe , viement
a fecond Acte , dans la feule intention de
DE FRANCE. 87
faire connoître au Public les projets que le
premier a formés pour le bonheur de Vincent:
& où viennent-ils s'entretenir de ces
projets ? Dans le lieu où le prix doit être diftribué,
dans un endroit public, ouvert à tout le
monde. Il faut, fans doute, un concours de circonftances
bien heureux & bien rare, pour que
Profper arrive en ce lieu fans être vû, le quitte
fans être rencontré par perfonné , pour qu'il fe
rende enfuite chez fon père, & s'en retire enfin,
encore fans être apperçu. Toute cette marche
n'eft ni motivée ni vraisemblable. Parmi les
fituations que préfente cette Comédie , trèspeu
gaie , il faut remarquer celle où Profper
entrant dans la cabane de fon père , le trouve
endormi dans un fauteuil , s'apperçoit qu'il
s'occupe de lui pendant fon fommeil , fe met
doucement à fes genoux , & le réveille en fe
jetant dans fes bras ouverts. Ce tableau de la
tendreffe paternelle & de la reconnoillance
filiale , a fait une très-vive fenfation ; il a obtenu
les applaudiffemens les plus univerfels
& les plus mérités.
n'a
Quant au fonds général de l'Ouvrage , il
pas été, à beaucoup près , auffi univerfellement
goûté. L'amitié de Profper pour Vincent
a paru très -exagérée. Ce renoncement
abfolu à foi-même, cette foule de facrifices , &
des facrifices les plus chers que ce premier fait à
l'autre, ont femblé au-deffus des forces humai
nes. Il n'eft pas impoffible , on en convient ,
de rencontrer quelquefois de tels phénomènes
d'amitié; mais ces phénomènes font des ex
88 MERCURE
ceptions à la marche ordinaire de la Nature.
Quand on veut inviter les hommes à la pratique
des vértus , il faut leur préfenter des modèles
à leur portée , & non pas des modèles
toujours très - difficiles , & le plus fouvent im
poflibles à imiter.Les plaifirs que promet levice
ont des dehors fi flatteurs , fi féduifans , qu'ils
rendent pénible l'exercice ordinaire des vertus
les plus fimples ; avant de montrer aux hommes
le chemin du mieux , il faut donc leur
montrer celui du bien.
Le ftyle de cette Comédie eft facile , mais
négligé. Nous ne cefferons de dire à l'Auteur
que fa facilité lui deviendra funefte , s'il continue
de s'y livrer. Ce qu'un Écrivain regarde
comme le cachet du naturel , eft fouvent
regardé par le Public comme le cachet de la
négligence.
La mufique eft de M. Philidor, Nommer
cet Artifte , c'eft faire fon éloge. Un ftyle pur ,
correct , de beaux effets d'harmonie , des accompagnemens
travaillés d'une manière favante,
une compofition qui réunit fouvent la
richeffe à beaucoup d'expreffion : telles font
les qualités que l'on diftingue dans le nouvel
Ouvrage de M. Philidor. On lui a reproché
d'avoir donné à fa couleur un ton générale- .
ment trifte. Eft-ce fa faute ? Eft - ce celle du
Poëte, ou, pour mieux dire , celle du fujet ?
La queſtion n'eft pas difficile à réfoudre . Ce
qu'il y a de certain , c'eft que le duo à double
Voyez la Préface imprimée en tête de la Femme
Jaloufe , Comédie de M. Desforges.
DE FRANCE. 89
motif du premier Acte , entre Honorine &
Vincent, eft bien fenti , bien écrit & fort gai,
Celui du troifième Acte , entre Honorine &
Brunet , eft plus gai encore. Les morceaux
d'enſemble font très - eftimables & d'un ſtyle
propre à la fituation , fauf celui qui termine
Je troifième Acte , dont le chant nous a paru
pénible. Nous ne terminerons point cet article
fans parler du duo chanté par le vieux Profper
& fon fils pendant le fommeil du premier.
Ilréunit la grâce , la vérité , la richeffe , au
charme d'une expreffion douce , naturelle &
touchante. C'eſt un morceau de Maître : on y
reconnoît M. Philidor tout entier.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
VOTRE Journal nous a fait connoître , Monfieur,
avec autant de goût que d'impartialité , le différent
mérite des Compofitions qui ont été exposées cette
année au Louvre ; mais vous n'avez pu indiquer
aux Amateurs de Peinture un Tableau qui n'auroit
point déparé cette Collection s'il avoit eu le droit
d'être placé à côté des morceaux dans lesquels on a
apperçu le plus de talent. Cependant quelques Artistes
fans jaloufie , inftruits de l'existence d'un Ouvrage
qui annonce le plus grand mérite , ont été lui accorder
le tribut d'eftime qui lui eft dû ; c'eft d'après
leurs jugemens que je crois pouvoir le défigner à ce
Public curieux qui cherche à encourager les talens.
par fes éloges , & à les éclairer par fes obfervations .
90 MERCURE
Mlle de Beaulieu * a peint , dans un tableau de
34 pouces de hauteur & de 27 pouces de largeur
la Mufe de la Poéfie livrée aux regrets que lui caufe
la mort de Voltaire. Cette compofition , imaginée
avec fageffe , & exécutée avec intelligence , eft entièrement
relative au fujet & dans le ton poétique
qu'il exige. Le deffin en eft correct , la lumière bien
difpofée, l'artifice du clair obſcur bien entendu , les
objets exactement placés fur ieur plan , la draperie
jetée avec grâce & avec cette modeftie qui pare la
Nature ; le coloris en eft vrai , les teintes parfaitement
fondues ; & fi l'habitude du pinceau n'a pas
encore permis à cette jeune Artifte d'acquérir ce
faire affuré & cette touche mâle qui caractériſent les
grands Maîtres , il eft aifé de s'appercevoir qu'elle
s'attache à l'imitation de la Nature , & qu'elle en a
fi bien faifi le ton & les effets , que fes moindres
progrès peuvent la rapprocher de la manière du
Corrège. Un talent fi marqué & fi précieux doit être
connu & encouragé. Les Artiftes ont befoin du
véhicule de la louange pour n'être point rebutés par
les difficultés de l'Art , & pour avoir ce defir de la
célébrité qui produit les belles conceptions du génie .
Vous voudrez bien inférer ma Lettre dans votre
Journal ; vous fervirez la reconnoiffance que je dois
à Mlle de Beaulieu , pour le plaifir que m'ont fait
& le tableau dont je viens de vous parler , & les belles
têtes qu'on admire en même temps , & dans lefquelles
on trouve le ftyle de Vandick.
Je fuis , avec les fentimens d'eftime & d'amitié
que je vous ai voués , Monfieur ,
Votre très-humble & rés
obéiffant ferviteur , L....
Paris , le 20 Q&obre 1785 .
* Cette Artifte demeure dans, le Cloître S. Louis -du-
Louvre , Cour de l'Horloge.
DE FRANCE.
༡ ་
2
ANNONCES ET NOTICES.
LE Cabinet des Fées , ou Collection choisie des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de figures. Septième Livraiſon , Tomes 13 & 14 ,
contenant la fuite des Aventures d'Abdula , & le
premier volume des Mille & un Jours.
Cette intéreffante Collection aura 30 v. de Contes
&. un volume de Difcours , contenant l'origine des
Contes des Fées & les notices fur les Auteurs. On
délivrera régulièrement deux volumes par mois. On
s'infcrit pour ladite Collection , à Paris , rue & hôtel
Serpente , chez Cuchet , Libraire - Éditeur des OEuvres
de le Sage & de l'Abbé Prévost. Le prix de l'infcrip
tion eft de 3 liv. 12 fols le volume broché , orné
de trois planches , faites fous la direction de MM.
Delaunay & Marillier.
SIGEVART , dédié aux âmes fenfibles , Roman
traduit de l'Allemand par M. de la Vaux. vol.
in- 12. Prix , s liv. br. A Paris , chez Volland ,
Libraire , quai des Auguftins , & Deffenné , au Palais
Royal , près du Théâtre des Variétés , No. 216.
Nous reviendrons fur cet Ouvrage , dont l'original
a eu du fuccès en Allemagne.
DISSERTATIONfur le Quaffi & furfespropriétés
Médicinales nouvellement découvertes. A Paris , chez
M. Buc'hoz , Auteur de cette Differtation , rue de la
Harpe , au - deffus du Collège d'Harcour. Prix ,
2 liv. avec figure coloriée.
On trouve auffi chez le même la Differtation fur
92 MERCURE
-
le Tabac , fur fes bons & mauvais effets. Prix ,
4 liv. Traité des Plantes qui fervent à la Teinture
& àlaPeinture , par le même , & chez le même
Auteur . in- 12 . Prix , 1 liv . 10 fols . Traité de la
nature des Arbres & Arbuftes qu'on peut élever dans
le Royaume , & qui peuvent y paffer l'hiver en plein
air , par le même , & chez le même Auteur. in - 12 .
Tome premier.
M. Buc'hoz avoit publié un Catalogue latin &
françois des Arbres & Arbustes qu'on peut cultiver
en France en plein air ; pour completter cette partie
économique , il donne maintenant la manière de
les cultiver , & c'eſt le premier volume de ce Traité
que nous annonçons.
On trouve à Paris , chez Crépy , rue S. Jacques ,
No. 252 , les Almanachs fuivans pour l'année 1786 ,
Variétés Amufantes ; Etrennes aux Gens de Bon
Goût , Sérail à l'Encan , Pièce Turque ; la Nouvelle
Omphale; les Bigarures agréables , lyriques &
galantes ; les Délices de Cythère , ou l'Ecole de
l'Amour ; Etrennes aux Grâces. Prix , 1 liv. 10 fols
pièce.
COLLECTION Académique , compofée des Mémoires
, Actes ou Journaux des plus célèbres Académies
& Sociétés Littéraires de l'Europe , concernant
l'Hiftoire Naturelle , la Botanique , la Phyfique
, la Chimie , la Médecine , l'Anatomie , la
Mécanique , &c. Tomes 8 & 9 , partie Françoife ,
contenant la faite de l'Hiftoire & des Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris, in 4° . A
Paris , chez G. J. Cuchet , rue & hôtel Serpente , &
à Liège , chez C. Plombreux , Imprimeur de MMgrs .
les États.
Le feul titre de cette Collection en annonce l'importance
& la grande utilité. Les découvertes des
DE FRANCE. 93
Savans feroient peu utiles aux Sciences , fi , fe bornant
à la jouiffance exclufive de leurs acquifitions ,
ils renonçoient à la gloire de les publier . Mais la
publicité que chacun d'eux en particulier peut donner
à leurs découvertes, ne forme , pour ainfi dire , que
des rayons épars ; l'ufage de les recueillir , en forme
un foyer commun qui répand fes lumières fur tout
le monde favant.
Tel eft l'avantage de la riche Collection que nous
annonçons au Public. Elle préfente à la fois le ta¬
bleau des conquêtes que l'homme a faites dans les
Sciences , & fournit des armes pour en faire encore
de nouvelles.
ESSAIS de Géographie , de Politique & d'Hiftoire
fur les poffeffions de l'Empereur des Tarcs en
Europe , divifés en trois Parties , par M. L. C. D.
M. D. L. D. G. D. C. D. M. L. C. d'A. , pour fervir
de fuite aux Mémoires du Baron de Tott , in- 8º.
A Londres , & fe trouve à Paris , chez Poinçot ,
Libraire , rue de la Harpe.
L'Auteur de cette Brochure paroît fort inftruit de
la matière qu'il traite ; il a corrigé la féchereffe des
détails géographiques par l'intérêt des tableaux hiftoriques
dont il les a entourés . Cet Ouvrage peut
être utile , & remplit l'objet de fon Auteur.
***
RECUEIL de Réglemens & Recherches concernant
la Municipalité , Parties 10 , 11 , 12 , 13 & 14 ,
par M. Avocat. Tome troisième . Prix , les
3 vol . brochés , 9 liv. A Paris , chez Prévôt , Libr . ,
quai des Auguftins , & Méquignon le jeune , Libr. ,
grand'falle du Palais.
Les trois Damis , Comédie en un Acte & en
vers , repréfentée fur le Théâtre des Variétés au
Palais Royal, A Paris , chez Cailleau , Libraire , rue
94 MERCURE
Galande, & Hardouin , Libraire , au Palais Royal.
« Cette petite Comédie , dit on dans la Préface ,
soa été deſtinée au Théâtre des Variétés , qui ,
porté de l'extrémité d'un Fanzbourg au centre de
» la Ville , en confervant plufieurs jolies Pièces accueillies
du Public , va fans doute fe purger des
» farces qu'on y a trop applaudies . Il doit prendre
» un ton convenable au lieu qu'il occupe , & fait
pour plaire à la benne Compagnie qui le fréquentera.
Il y a long temps que l'on defiroit voir
s'élever un Spectacle mitoyen entre ceux de la
so Nation & les Tréteaux de la Foire , où les jeunes
gens puffent effayer leurs forces & fonder le goût
» da Public. » Le dialogue de cette petite Comé
die , quoique facile & agréable , n'eſt pas adez
nourri d'idées , aſſez vif pour fuppléer au défaut
d'intrigue.
LEÇONS de Géographie ancienne & moderne
abrégées d'une forme nouvelle , propres à l'Education
des jeunes Gens de l'un & de l'autre fexe, par
M. l'Abbé Morin , feconde Edition , rédigée fur les
derniers Traités de Paix & de Commerce de 1783
& 1784 , &fur les Obfervations du Capitaine Cook.
Prix , 1 liv. 10 fols relé en parchemin . A Paris ,
chez Nyon le jeune , Libraire , Place des Quatre-
Nations.
Cet Ouvrage eft rédigé avec beaucoup d'exactitude
& de méthode , & remplit l'intention de l'Au
teur, qui eft d'être utile à la Jeuneffe.
M. le Chevalier de Lamanon a fait l'Hiftoire
Naturelle de la Fontaine de Vaucluse & des Pays
Circonvoisins en un Volume in - 8°. qu'il devoit
bientôt faire imprimer. Il prévient les Perfonnes
qui ont foufcrit pour cet Ouvrage que des circonfDE
FRANCE. 95
tances relatives aux Sciences l'empêchent aujourd'hui
de le publier , & qu'on peut renvoyer les bil
les de foufcription à M. l'Abbé Arnavon , Prieur
de Vauclufe , chez lequel on les avoit pris.
LE Sieur DESNOS , Ingénieur- Géographe &
Libraire du Roi de Danemarck , à Paris , rue Saint
Jacques , au Globe , annonce à MM. les Libraires &
autres Marchands des Pays étrangers & des Provinces
de France les plus éloignées qui defireroient
recevoir des Almanachs avant le temps de la vente ,
que les fiens compofés de Chanfons choifies par
les meilleurs Poëtes , ornés de douze Eſtampes chacun
, avec Tablettes économiques , Perte & Gain ,
reliés en maroquin & fermés d'un ftylet, pour 1786,
font actuellement en vente. Il fuffira de charger
quelques Perfonnes de la demande , lefquelles en
répondront au fieur Defnos.
Du nombre de ces Almanachs font les douze
Parties d'Anacréon en belle humeur , ou le plus
joli Chanfonnier François , indépendantes l'une de
l'autre , & qui fe vendent féparément ; les Etrennes
du Sentiment , de l'Amour & de Amitié , dédiées
aux deux Sexes.
Chacun de ces Almanachs fe vend , prix ordinaire
, 4 liv. 10 fols . Le fieur Defnos en diftribue le
Catalogue , ainfi que celui de Géographie , comme
Globes & Sphères , &c.
On trouve chez le même Libraire le nouvel
Effai for les combinaifons de la Loterie Royale de
France fuivant toutes les fpéculations qui y ont été
faites ; le Livre des Rêves , ou Application des Songes
aux ruméros de cette Loterie . Prix , chacun 1 livre
16 fols.
NOUVELLE Carte Géographique & très - détaillée
de la Province du Languedoc , en deux feuilles , di96
MERCURE
vifée fuivant les différens Diocèfes , dans laquelle
font comprifes les Provinces du Renergue , du
Quercy , du Rouffillon & du Comté de Foix ; dreffée
d'après plufieurs Cartes particulières & manuf
crites levées fur les lieux , & affujéties aux obſervations
aftronomiques de MM . de l'Académie Royale
des Sciences , par le fieur Dezauche , fucceffeur des
fieurs Delifle & Phil . Buache , premiers Géographes
du Roi , & de la même Académie. Prix , a liv . 10 f.
A Paris , chez l'Auteur , rue des Noyers.
SUITE des principaux Monumens , Hôtels &
Maifons de Paris , gravée en couleur par différens
Graveurs. A Paris , chez les Frères Campion , rue
S. Jacques , à la Ville de Rouen.
A
Il en paroît douze Numéros , & l'on promet d'en
donner autant fous peu de jours.
TA BL E.
LE Singe & le Petit-Maure , Suite de la Vie & des Opinions
Conte ,
Lettre de Madame la Marquife Comédie Italienne , d'A ***
49 de Triftram Shandy ,
53 Variétés ,
681
Charade, Enigme & Logogry Annonces & Notices
phe .
85
89
•
APPROBATION.
PAI la , par ordre de Mgr le Garde des Sccans , le
Mercure de France , pour le Samedi 12 Novem. 1785. Je n'y
ai tien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 11 Novembre 1785. GUIDI
MERCURE.
DE FRANCE.
SAMEDI 19 NOVEMBRE 1785 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE SUR LES AGES DE LA VIE
A M. ***
Tute fais , Atifton , du palais des Sciences .
Nous avons parcouru les demeures immenfes ;
De ces filles du ciel , infidèles amans ,
Et payant leurs faveurs d'hommages inconftans ,
Nous avons tour à tour , dans un magique verre ,
Groffi l'aftre des cieux & les fleurs de la teure ,
Elevé l'aftrolabe à la hauteur de Mars ,
Sur l'épaiffe lentille abaiffe nos regards ,
Vu la loi de Newton dans les fphères crrantes
Et celle de Linné dans les amours des plantes ;
Nos fens ont éprouvé ce fluide nouveau
Qui dirige la foudre & meut notre cerveau :
Quelques Phyficiens ont penfé que le fuide électrique
& le fluide nerveux étoient une même chofe. Note de
l'Auteur.
No. 47, 19 Novembre 1785. E
98 MERCURE
Cet Art audacieux , la fière anatomie ,
Qui demande à la mort le fecret de la vie ,
Nous vit porter les mains fur fes autels fanglans ;
A nos yeux la Chimie , en fes foyers brûlans ,
Des fels & des métaux divifa la fubftance ,
Et fut leur redonner leur première exiſtence.
Mais je cours maintenant à d'autres vérités ;
De miracles favans les yeux alimentés ,
L'homme peut parcourir cette chaîne infinie :
Ce n'eft plus l'Univers , c'eft lui que j'étudie ;
Je veux de leur fecret inftruire les humains ,
Et, le prifme de Locke en mes utiles mains ,
Divifer ce rayon de l'effence fuprême ,
Ce double agent qui fait & qu'on penſe & qu'on aime,
Éclairé par les fens , par les fens obfcurci ,
Corrompu dans Caprée & pur dans Salenci.
Avec Pope & Buffon , ma Mule véridique
Abaiffant fur nous,même un oeil philofophique ,
Veut de l'homme naiffant interroger la voix ,
Et faifant agir l'âme & le temps à la fois ,
Peindre par leur progrès en vers que l'on renomine ,
La nature morale & les faifons de l'homme.
SUR les traits de l'enfance effayant mon pinceau,
Je conduirai ma Muſe au bord de ce berceau ,
Qu'une mère attentive inveſtit & contemple;
Dans des vers maternels puifant un doux exemple ,
D'Émile & de leur coeur écoutant les leçons ,
Toutes de leurs enfans feront leurs nourriſſons,
DE FRANCE. 99
Ce bienfait leur prépare une touchante ivreffe ;
L'inftinct du fentiment reconnoît leur tendreffe.
Voyez ces jeunes bras foibles , mais courageux ,
Défendre l'heureux ſein qui s'eft ouvert pour eux !
Inftruit par les befoins que la Nature donne ,
Et brifant par degrés le joug qui l'environne ,
L'enfant court au plaifir , & de légers efforts
Raffermiffent toujours fes fragiles refforts.
Échappé par fa force au péril du jeune âge ,
Il voit de l'Achéron s'éloigner le rivage. *
Mes vers s'arrêteront fur ces inftans heureux ,
Et , fimples comme lui , retraceront les jeux.
De ces jeunes rameaux la sève active & pure
Végète fous un ciel ami de la Nature ;
Bientôt elle fermente aux feux d'un nouveau jour;
L'arb:iffeau , tranſplanté dans un brûlant fejour
S'élance vers les cieux , & fon front fe colore.
L'enfant n'eft déjà plus , l'homme n'eft pas encore ;
L'être innocent fuccombe à la voix des defirs ;
Il meurt.... & renaît homme au milieu des plaifirs.
L'amour , des paffions la fource & la première,
Anime fon regard , abaiſſe ſa paupière ,
Altère fon humeur , fon gefte , les accens ,
Porte une âme nouvelle à chacun de les fens ;
Et faifant preffentir l'ardente jouillance ,
* L'âge de ſept ans et celui auquel on peut efpéter une.
plus longue durée de vie.
E ij
100 MERCURE
Du poids des voluptés charge fon exiſtence ;
Sur mille objets charmans fon acil roule égaré ;"
Son coeur le fuit , balance , & bientôt déclaré ,
Voyant de fon tourment naître un charme ſuprême
Entouré de Beautés , nomme celle qu'il aime .
MAIS de l'adolefcence abrégeant les erreurs ,
De l'âge qui la fuit je peindrai les douceurs ;
En s'ouvrant aux vertus , l'âme ferme & fenfible
Aime à fe délaffer de ce rêve pénible..
Jeune encor , de vingt ans le récént ſouvenir
Confole mon réveil. Un aimable avenir
Vient m'offrir la Raifon , des Jeux environnée ,
Des Arts près de l'Amour la troupe fortunée ,
Et l'Amitié fuivant ce cortège enchanteur....
Éleverai - je alors le temple du Bonheur ?
Infortunés du moins , embraffons fon image;
La faifon de jouir eft le printemps du fage .
AH ! ruinant bientôt l'édifice facré ,
L'homme traîne en projets fon efprit égaré;
Il croit voir le Bonheur enfant de la Fortune.
L'afpe&t de l'avenir , qui déjà l'importune ,
Lui fait à la Déeffe adreffer fes defirs ;
Il veut par les honneurs remplacer les plaisirs ;.
Son front audacieux appelle les nuages;
La raifon femble fuir le plus noble des âges ;
Er Roi de la Nature , affiégé de regrets ,
Comme les Rois du monde it méconnoît la paix,
DE FRANCE. ΙΟΙ
MAIS plutôt , de fon être éprouvant la puiſſance ,
Qu'il fe fonde lui- même , & cet abîme immenſe ,
Où long-temps inconnue a fui la vérités
Dans les détours obfcars qu'il porte la clarté ,
Et s'efforce , animé d'un eſprit vif & jufte ,
D'ôter fon dernier voile à cette Vierge augufte.
Les Sciences , les Arts , la Gloire & les Talens
A l'homme qui vieillit fauvent l'ennui des ans ;
Il vécut par les fens , il vit par la penfée 5
La Sageffe en fes mains a mis fon caducée ;
Le roleau qui foutient fes membres chancelans ,
Dirige le vieillard vers le palais du Temps ;
Tranquille voyageur , de loin il confidère
Les aspects variés d'une longue carrière ;
Et marchant d'un pas lent au pays des frimats ,
Aime à fe rappeler de plus heureux climats :
Il jouit du refpect que fa foibleſſe impofe ;
Sans force il comniandoit , fans fommeil il repofe
Dans ce calme des fens , trop heureux s'il s'endort ,
Et s'il peut fe fouftraire à cette longue mort,
Quand à l'aspect affreux du monftre qui s'avance ,
S'envolent tous les biens , & même l'eſpérance.
AINSI , de nos faiſons retraçant le tableau ,
Dont la couleur s'efface à la nuit du tombeau ,
Je vais peindre l'enfance inconſtante & naïve ;
Sá fineffe innocente & fa foibleffe active ;
La prompte adolefcence au caractère ardent ,
Prenant vers les plaifirs un effor imprudent ;
E iij
102 MERCURE
Aux autels du bonheur l'âge mûr qui s'empreffe ,
Et les foucis empreints au front de la fageſſe ;
Des rapides inftans d'un printemps éclipfé ,
La vieilleſſe échauffant fon fouvenir glacé ;
Préfente à l'avenir & du paffé fuivie ,
Ma Mufe va conter l'hiftoire de la vie.
( Par M. de Choify. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Brûlot ; celui de
F'Enigme eft Jaloufie ; celui du Logogryphe
eft Efcalier , où l'on trouve facre , céleri ,
ail, ris , cri , cerife , fale , Sire , éclair , Licée,
lire air, fac , cale , lie , lac , ré, la , fi ,
fcie,falière , célier , cire , aile , Icare , carie ,
cafe, as, il, crife , ifle , race.
و
CHARA D E.
Mon premier d un beau fein relève tout l'éclat ,
Et foutient les attraits d'un fat , d'une coquette ;
Le chien , par mon fecond , fait un affreux dégât ,
Et mon tour, à l'Anglois , fit craindre la Fayette.
( Par M. Briffat , Peintre à Roanne. )
DE FRANCE. 103
ENIGM E.
JE fuis une cité d'agréable ſtructure ;
J'ai pourtant contre moi des ennemis fi forts ,
Qu'ils abattent mes murs & ruinent mes forts ,
Sans avoir de ma part fouffert aucune injure.
Confidérez un peu quelle eft mon aventure ,
Et comment je réfifte à ces puiffans efforts :
Mon gouverneur me vend , mes habitans font morts ;
Et , comme leur cité, je fuis leur fépulture .
Les plus fâcheux hivers font pour moi des étés ;
Car je fens des chaleurs de ces lieux écartés ,
Que brûle fe foleil fous la zône torride.
La mer rouge fouvent vieng arrofer mes bords ;
Mais j'ai des ennemis dont la fureur avide
Sait prendre le dedans & tarir le dehors.
(ParM. Navarre , Profeffeur de Géographie,
& Mattre d'Armes de la Première Compagnie
de MM. les Gardes- du- Corps du Roi, )
LOGOGRYPHE.
E plais au village , à la ville;
Là , je fuis fans prétentions
Ici , j'ai plus d'ambition ,
A contenter l'on eft plus difficile.
E iv
104 MERCURE
A deux Mufes je fuis voué ;
Dans les palais , à la guinguette ,
Point de fête , Lecteur , qui puiffe être complette ,
Si par moi tu n'es enjoué.
Tantôt je fuis moelleux , tantôt je fais vacarme;
Souvent j'écorche & rarement je charme ;
A tout rompre Fon m'applaudit ,
Ou je fuis durement maudit ;.
Pour reflentir la louange ou le blâme,
Rien n'eft tel que d'avoir une âme ;
Et mes fix pieds me donnent de l'humeur
De ce qu'ils offrent plus d'un crime ,
Un attentat aux biens , à la pudeur ;
Auſſi j'embraffe un frein qui le réprimeJATTL
O vous , mes chers applaudiffeurs
Pardonnez fi je manifefte
Mé As uel
Une liqueur chère & funefte
r chère & funefte sox situ bant
A plus
de mes amateurs
;
Tip swm03 2.1
Je puis calmer leur fof ardentesenc
Pour contrafter avec Bacchus e 191
Et tempérer fon divin jus, is) enne
Dans mes fix pieds un fleuve le préfente,insber
( Par M. R..... de Narbonne , ancien Capitaine
Aide- Major au Regiment de Bourgogne. )
295 ZN97 29) 20
2319
I don
syrol 31
S
CHIMEE O
DE FRANCE. 105
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE d'Hérodien , traduite du Grec en
François , avec des Remarquesfur la Tra»
duction , par M. l'Abbé Mongault , de
l'Académie Françoife , & ci - devant Précepteur
de Mgr. le Duc d'Orleans . Nouvelle
Édition , revue & corrige . A Paris , chez
Barrois l'ainé, quai des Auguftis , & Savoie ,
rue S. Jacques. zula nsilio alien
ET
6 asid RUS JAIMEES
T l'Auteur & le Traducteur de cette Hif
toire ont l'un & l'autre beadcoup de réputation.
C'eft à M. l'Abbé Mongeylt que nous
devons une excellente Traduction des Épitres
de Ciceron ; Hérodien eft cité parmi les Hiftoriens
comme un des plus recommandables
par la première qualité d'un Hiftorien , la
fidélité ; il l'eft beaucoup auffi par l'intérêt
continu qu'il fait répandre für fon récit , par
le talent de ne dire que ce qui eft néceffaire ,
de fupprimer les détails froids ou minutieux ,
de mettre fous les yeux les perfonnages avec
leurs paflions , leurs vertus & leurs vices ,
ouves par les faits & non fimplement alcomme
on le voit fouvent chez beaucoup
d'Hiftoriens maladroits , qui ne favent
point mettre d'accord & de convenance entre
les portraits & Phiftoire de leurs perfonnages ;
E v
106 MERCURE
en rapportant des faits même vrais , ils leur
ôtent , pour ainfi dire , leur vraifemblance ,
faute d'obferver les gradations & les nuances
progreflives des caractères ; ils font , pour ainſi
dire , agir ces caractères par refforts & par
fecouffes , il les font marcher par bonds &
par fauts , ils oublient que , dans l'ordre moral
comme dans l'ordre phylique , tout a une
marche régulière & graduelle , tout a un commencement
, un progrès & une fin. Hérodien
marque avec foin , & rend fenfibles toutes les
gradations du pallage de la vertu au vice, &.
du retour du vice à la vertu. Le premier eft
malheureufement le plus commun. En voyant
Commode fuccéder à Marc- Aurèle , on cherche
d'abord comment
+
Le ciel a permis
Que vertueux père eût cet indigne fils.
Comment le fils & l'élève du Philofophe
>Marc- Aurèle , formé fous fes yeux & par fes
mains , guidé par fes leçons & par fes exemples
, a pu dégénérer à tel point de la vertu
d'un tel père. On eft porté à conclure qu'il
avoit une perverfité innée dont l'éducation
n'avoit pas pu triompher. Ce n'eft point du
tout cela. Commode étoit affez bien né , il
portoit fur le Trône d'affez heureufes difpofitions
, il regrettoit fincèrement fon père, il
en chériffoit & en révéroit la mémoire , il
voulut prendre fa conduite pour modèle ; il
eftimoit , il aimoit , il confultoit les amis de
Marc-Aurèle, il les prioit de guider fes pas fur
DE FRANCE. 107
les traces de ce Héros. On voit ici le flatteur
Pérennis s'infinuer infenfiblement dans la
confiance de Cominode , le corrompre par
le charme des voluptés , l'éloigner peu- à-peu
de fes devoirs & des affaires , laguerrir contre
les remontrances , lui rendre les gens de
bien & les amis de fon père , d'abord incommodes
, puis importuns , pais odieux , & enfin
fufpects , ce qui devient pour eux un arrêt de
mort des conjurations nées , pour la plupart
de fes fautes & de fes crimes , achèvent d'aigrir
fon caractère & de l'accoutumer à la
cruauté ; une fois engagé dans cette route funefte
, il finit par vérifier de tout point ce que
Burrhus dit à Néron :
Mais fi de vos Flatteurs vous fuivez la maxine ,
Il vous faudra , Seigneur , courir de crime en crime,
Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés
Et laver dans le fang vos bras enfanglar.tés....
Craint de tout l'Univers , il vous faudratour craindre ,
Toujours punir, toujours trembler dans vos projets ;
Et pour vos ennemis compter tous vos fujets
Voilà ce que devint le fils de Marc- Aurèle ,
conduit par Pérennis. Léontine dit :
C'eft du fils d'un Tyran que j'ai fait ce Héros..
Pérennis pouvoit dire :
C'eft du fils d'an Héros que j'aifait ce Tyran.
Et il refulte delà une importante leçon ; il en
E vj
108 MERCURE
fort une voix terrible qui crie aux jeunes
Princes :
De l'abfolu pouvoir voas ignorez l'ivreffe ,
Et des lâches Flatteurs la voix enchantereffe.
Le portrait de, Sévère eft encore parfaitement
deffiné ; only voir le Conquerant rapide :
Qui d'abord accabloit les ennemis furpris ,
U
ค
>
Et d'un inftant perdu connoiffoit tout le prix .
Le Soldat robufte , endurci à la fatigue , aux
rigueurs des faifons , aux injures de l'air , aux
exercices militaires ; le Politique , fourbe
cruel , fanguinaire , qui jainais ne fut pardonner
à un ennemi , & dans qui le langage &
l'apparence de la vertune furent qu'un moyen
de tromper les hommes & de perdre fes
rivaux.as olon up ,Jashib tas
La haine implacable des deux frères Caracalla
& Geta, fils de Sévère , haine qui rend
vraisemblable tout ce que la fable nous raconte
des fureurs d'Eréocle & Polynice ; Geta ,
le plus aimable des deux frères égorgé par
Caracalla prefque dans les bras de leur mère ;
les fureurs de cer odieux Caracalla , qui ne
prit le furnom facré d'Antonin que pour le
profaner, la molletfe , les folies & les facrilèges
d'Héliogabale ou Hélagabale ; les cruautés du
terrible Maximin ; la relation du fiège d'Aquilée
, où ce Maximin fut tué par fes propres
Soldats , forment ici des tableaux impofans &
affez variés , quoique le fond en ſoit effentiel
lement uniforme ; mais le talent de l'Auteur
DE FRANCE. 109
ne ſe borne point à peindre avec des couleurs
effrayantes les monftres qui ont défolé l'humanité
, il fait auffi peindre avec des couleurs
douces & riantes l'ame célefte de Marc-Aurèle
, la vertu conftante & courageufe de Pertinax
, & fa mort defattrenfe foutenue avec
fermeté; la douceur inalterable , mais un peu
pufillanime & trop melee de, foiblette , d'Alexandre
, fils de Mammée. Le moment où cet
enfant malheureux, detroné pour les vices &
l'avarice de fa mère , qu'il n'avoit jamais ofé
réprimer , fe jetterentre fes bras , en lui reprochant
la mort qu'il attend y & à laquelle
il fe réfigne , eft un mouvement pathétique.
La fucprife & l'incrédulité de Pertinax
lorfqu'au lieu de la mort qu'il attendoit , on
vient lui offrir l'Empire , forme un tableau
d'un genre different , & qui confole après les .
violences de Commode , dont on vient d'être
raffafié. somiar „ onáváč ob of
Marcia , concubine de Commode , Électus ,
fon Chambellan , & Loetus , chef des Cohortes
Prétoriennes , ayant furpris une lifte
écrite de la main de cet Enipereur, & où leurs
- noms étoient proferits , l'avoient prévenu en
Tempoifonnante Lorus & Électus , avec
و د
quelques- uns de leurs amis , alièrent vers
» minuit à la maifon de Pertinax , & éveil-
» lèrent fon portier , qui , leur ayant ouvert ,
» & ayant apperçu des Soldats avec Lotus ,
» leur Commandant , courut tout effrayé en
» avertir fon maître. Il dit qu'on les fit en-
» trer ; qu'il voyoit bien que fou heure étoit
110 MERCURE
» venue ; que ce coup n'avoit rien qui le
furptit . Quoiqu'il ne doutât point que ces
» Officiers ne vinffent pour le tuer , il les vit
toutefois paroître fans changer de viſage ;
& fe tenant fur fon lit avec un air affuré :
» Je m'attendois , dit- il , toutes les nuits à un
pareil fort. Je refteis feul des amis de Marc-
ور
"
>
-
Aurèle , & je ne comprenois pas pourquoi
" fon fils differoit fi long-temps de me re-
» joindre à eux. Exécutez vos ordres , & délivrez-
moi pour toujours d'une incertitude
plus cruelle que la mort anême. N'ayez
point de nous , dit Lotus , des penfées fi
injuftes , & concevez des efpérances qui
répondent au mérite de vos grandes actions.
» Nous fonimes bien éloignés d'avoir aucun
» deffein contre votre perfonne ; nous ve-
» nons au contraire implorer votre fecours ,
& nous remettre à vos foins de la liberté
du peuple & du falut de l'Empire. Le Tyran
eft mort , fes crimes ne font pas demeurés
» impunis ; nous l'avons prévenu , & nous
» avons fauvé notre vie en lui ôtant la fienne.
→❞
Il faut que vous preniez fa place ; votre au-
» torité, votre prudence , votre modération
votre âge même , tout vous en rend digne.
Le peuple à pour vous beaucoup d'affec-
" tion , d'eftime & de refpect ; nous fommes
perfuadés qu'il nous avouera de notre
choix , & qu'il trouvera fon avantage où
» nous cherchons notre sûreté. Pourquoi ,
reprit Pertinax , infulter un vieillard , &
vouloir éprouver la conftance : N'est- ce pas
»
ود
DE FRANCE. III
affez de me faire mourir , fans joindre la
» moquerie à la cruauté ? Puifqu'il n'y a
» pas moyen de vous défabufer , dit Électus ,
» lifez cet écrit ; » & il lui donne à lire la lifte
de profcription qui les avoit déterminés à ſe
défaire de Commode.
Le moment de la mort de Pertinax eft le
pendant de ce tableau aveclequel il contrafte.
Le Sénat , le Peuple , tout l'Empire béniffoir
le Gouvernement doux , jufte & ferme de
Pertinax ; mais les Soldats Prétoriens que
Commode avoit accoutumés à la plus grande
licence , ne pouvoient fouffrir un Prince uniquement
occupé à rétablir l'ordre & la difcipline
; ils courent au palais pour l'affafliner.
Pertinax eût pu fe fauver en fejetant entre
les bras du peuple , & on le lui confeilloit. Ce
parti lui parut trop indigne de fon rang , de
fon caractère & de la réputation qu'il s'étoit
faite ; il ne voulut ni fuir ni fe cacher , il alla
au-devant du péril , parut hors de fa chambre,
& fans rien perdre de fa gravité ni de fa
majefté , s'avança pour parler aux Soldats .
Quel eft votre deffein , leur dit-il , & que
prétendez - vous faire ? Tuer un vieillard
qui n'a que trop vécu , & qui a acquis affez
de gloire pour n'avoir pas de regret à la vie;
» auffi- bien fundra- t'il toujours en venir à ce
» terme , & je n'en fuis pas fort éloigné. Mais
» que vous , qui êtes cornmis à la garde du
» Prince , qui êtes chargés de fa confervation
& de la vie , qui en répondez à tout l'Em-
" pire ; que vous , qui êtes armés pour fa dé-
כ
23
כ
"
112 MERCURE
ور
ככ
» fenfe , deveniez fes affallins ; que vous
» trempiez vos mains dans le fang de votre
Empereur! c'eft un attentat qui peut avoir
» pour vous d'aufli dangereufes fuites , qu'il
» eft en lui-même horrible & incui..... Si c'eſt
» la mort de Commode qui vous chagrine ,
» prenez-vous -en à la Nature , qui ne diſpenſe
perfonne de ce tribut ; fi vous prétendez
qu'il a été empoisonné , il eſt toujours sûr
que je fuis très- innocent de ce crime....... &
que les foupçons qu'on a pu former ne font
jamais tombes fur moi. Au refte , vous ne
perdrez rien à fa mort ; on ne prétend vous
retrancher aucune des chofes que l'équité
» & la bienféance permettent qu'on vous
י כ כ
ور
""
و د
"
و د
و د
laiffe ; on vous accordera tout ce que vous
» demandérez fans vouloir l'emporter de force
» & aux dépens des Citoyens en fa
Ce difcours en avoit déjà ébranlé un grand
nombre, & quelques uns s'étoient retirés,
frappés par cet air de majesté que fa vieilleffe
augmentoit ; mais quelques autres plus furieux
le tuèrent.
Il fembleroit que ce tableau de la mort de
Pertinax , eût fourni à l'Auteur de la Henriade
quelques traits du tableau de la Mort de
Coligny.
Déjà des affaffins la nombreuſe cohorte ,
Du fallon qui l'enferme alloit brifer la porte ;
Il leur ouvre lui-même , & le montre à leurs yeux
Avec cet air ferein , ce front majeftueux ,
1
Tel que , dans les combats maître de fon courage ,
DE FRANCE. 113
Tranquille , il arrêtoit ou preffoit le carnage.
A cet air vénérable , à cet augufte afpe&,
Les meurtriers furpris font faifis de refpect;
Une force inconnue a fufpendu leur rage :
39
Compagnons , leur dit- il , achevez votre ouvrage ,
Et de mon fang glacé fouillez ces cheveux blancs
Que le fort des conibats reſpecta refpecta quarante ans ;
Frappez , ne craignez rien , Coligny vous pardonne,
Ma vie eft peu de choſe & je vous l'abandonne
;
J'euffè aimé mienzula sperdrepen combattant pour
d cho vous , do THI
Ces tigres à ces mors tombent à fes genoux ;
L'un , faili d'épouvante , abandonne les armes ;
037
L'autre embraffe les pids qu'il trempe de les larines ,
Et dedesaans ce grand Homme entouré ,
Sembloit un Roi puissant par fon peuple adoré.
Befmery..dans de flanc, 11076 79.uk
Lui plonge fon épée en détournant les yeux ,
De pelit que d'un coup d'oeil det augufte vifage
Ne fit trembler fon bras & glaçat fon courage.
Il eft certain que ce dernier morceau femble
être l'hiftoire de la mort de Pertinax embellie
par la poélie. 163 Lb amo eno
L'avénement du vieux Gordien à l'Empire ,
bientôt fuivi de fa mort , fernble être par
toutes fes circonftances la répétition de l'hiftoire
du même Pertinax ; ce feroit un défaut
choquant dans une fiction , c'eft une choſe
inévitable dans l'hiftoire , c'eft la fortune qui
114 MERCURE
1
s'eft répétée, & qui a ramené deux fois les
mêmes événemens.
Il y a plufieurs harangues dans Hérodien ,
comme dans la plupart des Hiftoriens anciens
& même chez quelques modernes. Nous
avons déjà préſenté des morceaux de quelques-
unes de ces harangues. « Ceux qui les
aiment , dit le Traducteur , auront de quoi
fe contenter. Ceux qui , élevés dans notre
goût , voudroient les bannir de l'Hiftoire ,
» fautont du moins bon gré à l'Auteur de ne
» les avoir pas faites trop longues. "
و د
Il eft vrai qu'elles n'ont point la longueur
qui , chez plufieurs autres Hiftoriens , nuit à
la vraisemblance , détruit l'illufion , & annonce
le travail ; elles font d'une étendue proportionnée
à celle du récit ; elles font d'ailleurs
adaptées à la perfonne , à la fituation ,
aux circonftances ; plufieurs ont l'éloquence
& le pathétique que l'occafion fourniffoit.
Sévère , tenant en fa puiflance les Prétoriens
affaflins de Pertinax , dont il fe déclaroit
le vengeur , leur dit : « Vous avez porté
» vos mains facrilèges fur un faint vieillard ,
fur votre Prince , dont la vie vous étoit
confiée , & que vous deviez défendre aux
dépens de la vôtre. Vous avez indignement
» vendu comme un bien qui vous apparte-
» noit, ou comme l'héritage d'un particulier ,"
و د
cet Empire qui n'avoit été jufqu'à préfent
» que le prix d'une vertu éminente , ou le
" partage d'une naiffance illuftre ..... Rendez-
» vous juftice , & vous reconnoîtrez ma clé,
DE FRANCE.
و ر
mence. Je ne répandrai point votre fang ,
» mes mains feront plus retenues que les vô-
» tres. Mais ce feroit une profanation , une
injuſtice , ( & une imprudence ) qu'après
» que vous avez violé votre ferment, manqué
» à la fidélité que vous deviez à votre Prince,
» & trempé vos mains dans le fang d'une
perfonne fi facrée , on vous confiât encore
» la tête & le falut des Empereurs. » Auffitôt
il les caffe , & leur fait ôter par fes Soldats
leurs habits & toutes les marques militaires
qu'ils portoient.
و و
Caracalla & Gétà ne pouvant vivre & régner
enfemble , avoient partagé l'Empire ;
l'un devoit avoir l'Europe , l'autre l'Afie , &
la Propontide devoit être de part & d'autre la
limite de leurs États ; l'Impératrice Julie, leur
mère , qu'on nommoit Jocafte , à caufe de fa
tendrelle pour ces deux frères ennemis ,
n'ayant pu parvenir à les réconcilier , leur
tient ce difcours : ok ht
" Vous trouvez , mes enfans , les moyens
» de partager entre vous toute la terre , en
» faifant fervir la Propontide de borne à vos
» États. Mais ce n'eft pas encore tout ,
il vous
faut aufli partager votre mère : comment
ferai -je , malheureufe que je fuis , pour me
» partager entre vous deux? Commencez par
» me tuer , cruels , coupez mon corps par
» morceaux , donnez chacun dans votre Em-
22.
pire la fépulture à cette moitié qui vous
en reftera ; c'eft le feul moyen de me faire
116 MERCURE
» entrer dans ce partage funefte que vous
» méditez. "
L'Impératrice , ajoute l'Hiftorien , entrecoupa
ces paroles de foupirs & de fanglots , &
ferrant fes deux enfans entre fes bras , elle les
exhortoit à étouffer leurs reflentimens .
Le partage n'eut point lieu , & Julie n'en
fut que plus malheureufe ; Caracalla , comme
nous l'avons dit , affallina fon frère prefque
entre les bras de fa mère . Julie vit aufli périr
Caracalla , après l'avoir vu devenir l'horreur
des Romains , & elle fe tua de défefpoir.
Cette Hiftoire finit à la mort de Maxime &
de Balbin , fucceffeurs de Maximin ; elle montre
dans l'efpace de foixante ans douze ou
quatorze Empereurs , & même davantage , fi
on veut compter tous ceux à qui ce titre dangereux
, gage d'une mort violente , a été
donné par quelque armée révoltée , & qui
tous avoient le même droit , auquel le fuccès
feul donnoit de la valeur.
De tous ces Empereurs un feul meurt dans
fon lit , c'eft Sévère ; encore Caracalla , fon
fils , engagea-t'il fes Médecins à terminer fes
jours , & les fit-il périr , parce qu'il n'avoit pu
les corrompre. Aulli Herodien dit-il que Sévère
mourut plutôt de mélancolie que du mal
dont il étoit attaqué . Tous les autres furent
tués. C'eft fur-to : des Empereurs Romains
qu'on peut dire avec Juvénal :
Ad generum cereris fine cade & vulnere pauci
Defcendunt Reges , &ficca morte tyranni.
DE FRANCE. 117
Comment donc pouvoit-on vouloir être
Empereur ? Souvent on ne le vouloit pas ,
mais on n'étoit pas maitre de refufer. Les Soldats
qui vous proclamoient ne vous laifoient
point la liberté , ils ne vous offroient que l'alternative
de l'Empire ou de la mort . Maximin
fe défendit , il. voulut ôter la robe de
pourpre dont on le couvroit. Mille épées furent
tirées à l'inftant contre lui ; il fit fes proreftations
& accepta.
Hérodien a été accufé d'avoir été trop favorable
à ce barbare Maximin , & cela par
averfion pour Alexandre Mammée , fon prédéceffeur
, nous ne concevons pas qu'un pareil
reproche ait pu être fait par quelqu'un
qui ait pris la peine de lire Herodien . Il est
impoffible de dire plus de bien d'Alexandre
& plus de mal de Maximin. Il ne peint pas , à
la vérité, Alexandre comme un guerrier , parce
qu'Alexandre ne l'étoit pas , & que fon règne
fut un règne de paix ; il ne peint pas Maximin
comme un lâche , parce que Maximin étoit
très -brave & très -redoutable dans les combats
mais la douceur & du caractère & du
règne d'Alexandre eft par-tout mife en oppofition
avec la férocité de Maximin & les horreurs
de fa tyrannie .
"Je ne comprends pas Jale Capitolin , dit
» avec raifon M. l'Abbé Mongault ; après
» avoir avancé qu'Hérodien a été trop favo-
» rable à Maximin , il copie tout ce qu'il a
» dit de plus fort fur le courage & l'intrépi-
» dité de cet Empereur, fans rien ajouter à
118 :
MERCURE
"
l'affreufe defcription qu'il nous fait de fa
tyrannie. C'eft néanmoins fur ce témoi
» gnage qu'eft fondé principalement le reproche
qu'on a voulu faire à Hérodien . »
Et voilà comment les opinions s'établiffent
quelquefois ; mais pour détruire celle-ci ,
il fuffit de lire Hérodien.
"
و و
Cet Auteur étoit contemporain de tous les
Empereurs dont il a écrit l'Hiftoire ; il nous
apprend qu'il a exercé différentes charges ,
& qu'il a été employé dans différentes affaires.
" Il me femble , dit le Traducteur , qu'il de
» voit fe montrer quelquefois fur la ſcène ,
» cela auroit donné plus de dignité à fa per-
» fonne & plus d'autorité à fon Hiftoire. "
On fait d'ailleurs qu'il étoit d'Alexandrie , fils
d'un Rhéteur nommé Apollonius le Dyfcole
ou le Difficile , & qu'il fuivit au moins quelque
temps la profeffion de fon père.
و د
Examinons quelques idées de M. l'Abbé
Mongault fur l'art de traduire.
و د
Les Traductions trop littérales font , felon
lui , les moins fidelles. « On eft revenu , dit-il ,
» de ces verfions barbares , où , fous des mots
François , on fentoit une phrafe toute grec-
» que ou toute latine , femblables à ces étran-
» gers qui, avec nos habits , ne peuvent pren-
» drenotre air & nos manières. On a reconnu
que cette fervitude , en faifant perdre aux
anciens les beautés qui font propres à leurs
langues , ne leur communiquoit point les
agrémens de la nôtre. »,
"
"
Il eft à préfumer qu'un Traducteur , tel que
4
DE FRANCE, 119
1
M. l'Abbé Mongault , favoit renfermer ces
propofitions dans de juftes bornes. Il a raiſon ,
nulle verfion ne doit être barbare , & une verfion
françoiſe doit , avant tout , être françoife ;
mais il y a dans tout Auteur qu'on traduit
deux caractères précieux & néceffaires à conferver
, l'un eſt le caractère national , l'autre
le caractère perfonnel. Il faut qu'on reconnoiffe
& qu'on diftingue fi l'Auteur eſt Grec,
ou Perfan , ou Romain , ou Anglois , ou Efpagnol
; il ne faut pas qu'en lifant la Traduction
de Virgile on croye lire celle d'Homère ,
parce que ces deux Poëtes ont un ton national
différent , excepté peut-être dans les endroits
où l'imitation les rapproche ; il faut de plus
qu'on diftingue l'Auteur de tous les autres
Écrivains de la même langue ; car un bon Auteur
a toujours fa manière propre ; & il ne
faut pas non plus qu'en lifant Virgile on croye
lire ou Ovide , ou Stace , ou Lucain ou Claudien.
M. l'Abbé Mongault conviendroit de
tous ces principes.
C6
و د
Ce Traducteur s'accule ou fe vante d'avoir
retranché dans fon Auteur des circonstances
répétées plufieurs fois dans une même.narration
, des penſées qui revenoient trop fou-
» vent , & plufieurs autres petites négligences
qui lui font communes avec beaucoup
» de Grecs , & qui font fupportables dans les
originaux, foit que l'emphafe & la fécon-
» dité de leur langue les foutiennent.
و ر
"
"3
( L'emphafe ne fe prend guères en bonne
part ; & la fécondité , loin d'excufer les répé
I 20 MERCURE
titions , les rendroit plus vicieuſes. Pourfuivons.
)
Soit que le refpect que l'on a pour l'antiquité
nous rende moins difficiles. Mais les
» anciens , par la traduction devenant
» comme modernes , on ne leur paffe plus
» rien , & l'on fent beaucoup mieux les redites
dans une langue qui ne peut les
fouffrir ni dans les mots ni dans les chofes.
» Jai fait un petit nombre de tranfpofi-
» tions pour donner à la narration plus de
fuite & de netteté. J'ai quelquefois fubftitué
des équivalens à la place de certaines
expreffions favorites qu'Hérodien rema
» nioit trop fouvent & de trop près. J'ai en-
» core exprimé d'une façon plus naturelle
quelques phrafes emphatiques , où il ne
difoit que des chofes fort fimples , ce qui
» dans notre langue lui auroit donné un air
» de déclamation , dont il n'eft pas tout-à-
» fait exempt dans la fienne ......
ود
و ر
و د
» J'ai cru qu'en faifant paroître Hérodien
» en françois , il falloit le rapprocher de nos
» manières , fans toutefois le rendre mécon
و د
noiffable ; & je fuis perfuadé qu'il m'avoue-
» roit lui-même de toutes les libertés que j'ai
prifes dans cette vue . >> "
ود
Il n'y a rien là que nous vouluffions contredire
formellement ; mais il y a divers points
que nous croirions devoir expliquer. C'eſt fort
bien fait , fans doute , d'épurer le texte autant
qu'il eft poffible , & la traduction ôte toujours
à Poriginal affez de beautés pour qu'on ait le
droit
DE FRANCE. 121
droit de lui ôter quelques défauts ; mais fi ces
défauts fervent à caractériſer l'Auteur , ne
faut-il pas les lui conferver ? Quel eft l'objet
de la Traduction ? C'eft de mettre autant
qu'il eft poffible les ignorans , c'eft-à-dire, ceux
qui n'entendent pas la langue de l'original ,
au niveau des Savans dans ce qui concerne la
connoiffance de l'Auteur traduit ; c'eft de procurer
aux premiers les moyens d'entendre &
de juger le jugement que les Savans ont porté
de cet Auteur ; fi vous faites difparoître les
défauts dont ils ont parlé , le Lecteur qui n'en
retrouvera aucune trace dans la traduction ,
croira que les Critiques fe font trompés , on
fera en droit d'accufer votre verfion d'infidélité.
Qu'on retranche de l'Énéïde l'épiſode
des harpies qui faliffent les viandes desTroyens,
& qui leur prédifent qu'ils feront réduits à
manger leurs tables , & l'exclamation du petit
Afcagne , qui explique l'énigme :
Etiam menfas confumimus.
On aura fait difparoître des puérilités qui
n'ont d'autre mérite que celui que leur prête
l'harmonie des vers ; mais des Critiques ont
relevé ces puérilités , & le Lecteur qui ne les
trouvera plus dans Virgile ainfi tronqué , ou ,
fi l'on veut , ainfi purgé , reconnoîtra d'abord
que la Traduction n'eft pas complette. , Ce
fera bien pis fi le goût du Traducteur s'égare
dans ces fuppreffions , comme il eft arrivé au
Traducteur du Roman Anglois de Clarice ,
qui , fous prétexte de retrancher des longueurs ,
N. 47 , 19 Novembre 1785. F
122 MERCURE
a fupprimé l'enterrement de Clarice , c'eſtà-
dire , le morceau le plus pathétique qui foit
dans l'Auteur Anglois & dans tout Auteur. Il
y a plus , même les véritables longueurs qui
font dans Richardfon , qu'elle intimité ne mettent-
elles pas entre le Lecteur & les perfonnages
, & par conféquent de quel intérêt ne
font-elles pas la fource ?
A l'égard des défauts réels , inconteſtables ,
& qui ne produifent pas de beautés , nous
croyons , pour tout concilier, qu'on a raiſon
de les retrancher ; mais qu'il faut en avertir
avec grand foin , non - feulement d'une manière
générale dans la Préface , mais particulièrement
& à chaque retranchement dans
des notes faites exprès , & c'eft ce que M.
l'Abbé Mongault a fait dans des remarques
qu'il a placées à la fuite de fa Traduction.
LES Dangers d'unpremier choix , ou Lettres
de Laure à Émilie , par M. de la Dixmerie.
Trois Parties in-12 . A la Haye , & fe trouve
i à Paris , chez Delalain le jeune , Libraire ,
rue S. Jacques.
LES Romans qui ne font que frivoles , font
lûs vîte , & vîte oubliés ; ceux qui propagent
les mauvaiſes moeurs par le tableau qu'ils en
préfentent , trouvent des Lecteurs fans doute ,
mais ils valent à leurs Auteurs moins d'eftime :
que de célébrité ; ceux qui refpirent une morale
douce & aimable , méritent d'étre diftingués
de la foule des Romans du jour , qui
"
DE FRANCE. 123
ont fini par faire regarder comme effentielle-'
ment futile , un genre qui pourroit avoir fur
l'efprit & fur le coeur humain la plus utile
influence.
L'Ouvrage que nous annonçons ne mérite
rien moins que ce reproche. Bien loin de faire
aimer le vice , il tend à faire craindre les fuites
même de la foibleffe. Son but moral eft de
prouver que le premier choix d'un jeune coeur
influe fur le fort de la vie entière.
- Le cadre qu'a choiſi l'Auteur eſt une correfpondance
entre Laure , l'Héroïne du Roman
, & Émilie , à qui elle rend compte de
tout ce qui fe paffe en elle & autour d'elle . '
Laure , âgée de 17 ans , arrive à Paris ; ce qui
lui donne lieu de faire quelques obfervations.
« Un jeune homme dit àaine femme : vous
» êtes belle , je vous admire , comme il lui
diroit : je fuis » beau , admirez-moi. »
Parmi les jeunes gens qui adreffent ces
difcours àLaure, on voit dès le commencement
qu'elle en diftingue un , même fans le favoir ,
Surville , qui paroît plein d'une paffion qu'il
cherche à diffimuler , & qu'il inſpire par degrés.
Laure eft d'abord étonnée, enfuite piquée
de fon filence ; enfin elle ne fait plus qu'imaginer
, lorfque ne pouvant plus douter de
l'amour de Surville, elle voit qu'il s'obſtine toujours
à le taire. Le père même & la tante de
Laure s'en apperçoivent ; & comme le jeune
homme eft un parti digne d'elle , on cherché
à l'encourager , mais il couvre toujours fes
fentimens d'un voile impénétrable. L'amour a
Fij
124
MERCURE
déjà fait trop de progrès dans le coeur de
Laure , pour qu'un filence auffi opiniâtre n'y
jette pas les plus vives alarmes. Ses frayeurs
ne font que trop fondées ; car Surville ne pouvant
fe taire plus long- temps , finit par lui
avouer qu'il a déjà pris d'autres engagemens ,
& qu'il ne peut plus difpofer de fa main .
On juge du cruel effet que produit cette
confidence , & fur le coeur de Laure & fur l'efprit
de fa famille . D'autant plus malheureuſe
qu'il n'eft plus en fon pouvoir de ceffer d'aimer
, elle le livre au plus cruel défeſpoir. Ses
parens , qui connoiffent fes fentimens fecrets,
& quine defirent que fon bonheur , faififfent
& voudroient lui faire adopter un rayon d'efpérance
qu'elle rejette avec mépris. L'engagement
de Surville eft illégal ; c'eft un mariage
fecret auquel il manque des formalités effentielles
; & l'ona l'alternative de faire rompre ces
noeuds , ou d'amener celle qui en a été l'objet, à
y renoncer volontairement . Cette jeune perfonne
fe nomme , Cécile ; & fa pauvreté fait ›
efpérer que des propofitions avantageuſes
pourront lui faire abandonner fes prétentions.
Mais elle a le courage de réfifter aux offres
qu'on lui fait , & Laure , la générofité d'embraffer
les intérêts de fa rivale.
C'eft ici que la fituation de l'Héroïne devient
intéreffante. Elle aime tendrement Surville
; elle facrifieroit tout pour être à lui ;
mais elle ne peut fe réfoudre à fe rendre heureuſe
en faisant le malheur de fa rivale . Elle
écrit elle- même à Surville en faveur de Cécile ;
DE FRANCE.
125
elle fait parler l'honneur , la probité ; & enfin
elle détermine Surville , qui l'aime toujours
avec paffion , à reprendre fes premiers engagemens.
Sa noble générofité ne s'arrête point
là: le père de Surville ne veut point confentir
à un hymen qu'il regarde comme funeſte à la
fortune de fon fils ; Laure ne fe rebute point ;
il n'y a pas de rufe innocente qu'elle n'imagine
pour faire valoir les qualités & les droits
de Cécile ; & elle ne fe repofe qu'après lui
avoir rendu fon époux.
On voit que cette fituation , qui fait le
fonds du Roman , eft d'un grand intérêt. Mais
Laure , en fe dévouant à fa générofité , n'a pu
faire que trois malheureux ; elle pleure l'amant
qu'elle a cédé ; & les deux époux qu'elle a
réunis ne peuvent être heureux , parce que
l'amour n'a pas refferré leurs liens . Surville a
pour Cécile tous les foins , toutes les attentions
dont fa probité lui fait un devoir ; &
elle feroit heureufe fi d'autres fentimens que
l'amour pouvoient fuffire à l'amour.
Un événement funefte vient changer la
pofition de nos amans. Un fat , nommé Dorfigny,
qui avoit aimé Laure , piqué de la préférence
qu'elle avoit donnée à Surville , fait
courir contre-elle quelques vers fatyriques.
Surville demande raifon a Dorfigny ; Cécile ,
dont la jaloufie avoit été réveillée par la fortie
myftérieufe de fon époux , avoit pris un habit
d'homme pour le fuivre fecrettement ; informée
enfuite du véritable motif du rendezvous
, elle y arrive la première ; & comme dès
Fiij
426 MERCURE
fon enfance le hafard a voulu que fon père
l'ait exercée à l'art de l'efcrime , elle tire
l'épée , & s'élance vers Dorfigny , qui la bleff
mortellement. Surville , qui arrive en même
temps , & qui reconnoît Cécile , fond fur
Dorfigny , qui ne peut éviter fes coups , & qui
to nbe mourant à fes pieds .
La mort de Cécile rend à Surville fa liberté;
& Cécile elle-même a fupplié Laure , en mourant
, de confoler fon époux par un hymen
plus fortuné. Elle lui en a prefque arraché la
promeffe par les plus vives inftances , ne
croyant pas pouvoir mieux payer le facrifice
qe Laure avoit eu la générofité de lui faire .
Mais Laure , après la mort de Cécile , ne
crit pas que la délicateffe lui permette d'accopter
la main de Surville. Elle réfifte à fon
anie , à fa famille entière ; fe réfugie dans un
Coitre , y prend le voile pour y finir les jours
infortunes ; & Surville profite d'un moment
de guerre pour aller y chercher la mort.
C'eſt par cette chaine d'événemens défaftreux
que M. de la Dixmerie a voulu repréfenter
le Danger d'un premier hoix ; & l'on
ne peut que recommander la lecture de fon
Ouvrage aux jeunes gens , qui le liront avec
autant de plaifir que d'utilité. Ce n'eft pas qu'il
ne donne lieu à quelques obfervations critiques.
Par exemple , l'honnêteté de Surville ,
dans les commencemens , eft un peu trop équivoque.
On voudroit ou le voir plus entra né
par fa paflion , ou le voir s'éloigner plus vite
de l'objet qui l'a fait naître. Il fait trop peu
DE FRANCE. 127
pour l'amour , ou trop peu pour la probité .
On defireroit encore que Laure , dans les
facrifices qu'elle fait , parût davantage combattre
contre elle - même. Plus on verroit fa
pallion lutter contre fa vertu , plus on lui fauroit
gré de fon dévouement.
Il y a auffi d'autres incidens qu'on peut taxer
d'invraisemblance. Après la mort de Cécile ,
on trompe Laure ; & fa famille , fous prétexte
de lui faire voir une terre qu'on vient d'acheter
, la mène dans un château de Surville , qui
vient bientôt les y trouver. La nouvelle de ce
voyage a mal pris dans le monde ; on trouve
qu'elle compromet Laure ; & l'on a raiſon .
Pourquoi fes parens la forcent-ils à cette démarche
indifcrette ? On ne voit pas l'intérêt
qu'ils y trouvent. Toute action qui eft contraire
à la fituation & au caractère du perfonnage
, devient invraiſemblable , & nuit à
l'illufion.
Nous en dirons autant de la vifite que fait
à Laure la mère de l'infortunée Cécile. Què
cette mère pleure amèrement la perte d'une
fille chérie , cela eft dans l'ordre ; mais qu'elle
vienne prier Laure de refufer la main de Surville
, parce qu'il a été l'époux de fa fille ;
voilà qui eft tout-à-fait invraisemblable. Il
pent fe faire qu'une femme en mourant
craigne que fon époux , devenu libre par fa
mort , n'époufe fa rivale ; mais il n'eft pas naturel
que la mère de cette femme ait la même
crainte, à moins qu'il n'y ait quelque raifon
d'intérêt. Cette femme mourante peut avoir
>
Fiv
128 MERCURE
un motif de jaloufie ; mais quel motif peut
avoir fa mère ? L'Auteur a voulu donner un
reffort de plus à la délicateffe de Laure ; mais
il falloit prendre ce reffort dans une plus
exacte vraisemblance.
Ces obfervations ne portent que fur quelques
détails, & n'ôtent rien au mérite de l'Ouvrage.
Les caractères en font bien deffinés ; il
y a d'heureux développemens ; des Lettres
qu'on lira avec le plus grand intérêt . L'Auteur
n'a pas eu befoin , pour fe faire lire , d'employer
cet Art fi commun de faire contraſter
le vice & la vertu . Il a peint quelques caractères
ridicules , mais pas un de vicieux .
و د
و د
22
ود
Quant au ftyle , il a peut-être un peu de
monotonie ; mais il a de l'élégance , de la
grâce , & quelquefois de la rapidité. Nous en
allons citer au hafard un morceau qui terminera
cet article. La fcène eft dans le château
de Surville ; & c'eft Laure qui écrit, « Nous
les devançâmes donc , Surville & moi . Il
étoit fort ému , & je n'étois pas moi-même
plus tranquille. Je me hâtai , fans que je
puiffe bien dire pourquoi , de mettre la
" converfation fur des objets indifférens. Je
» lui parlai de la beauté de fon château &
» de l'heureuſe diftribution de fes jardins. Je
» les trouve délicieux , reprit- il auffitôt ; mais
» ce n'eft que depuis bien peu de temps. Il
» étoit cependant bien difficile , repris - je
» que ce qu'ils ont d'agréable vous eût fi
» long- temps échappé. C'eft , répondit Sur-
» ville , que je n'y voyois pas alors tout ce que
ور
-
DE FRANCE. 129
"
» j'y vois aujourd'hui. Ils m'offrent dans ce
» moment un bonheur dont je n'eſpérois pas
jouir fitôt , & dont je craignois même de
» ne jouir jamais . Pour moi , lui dis -je , c'eſt
» au hafard , ou plutôt à je ne fais quel projet
» de mon père, que je dois l'avantage de par-
» courir ces beaux lieux. Je l'ai fuivi fans bien
» favoir où il me conduifoit.
و ر
Ces derniers mots firent foupirer Sur-
» ville. Il garda quelques momens le filence.
Ah ! je le vois trop , s'écria -t'il enfuite ; ce
qui peut m'être favorable ne fera jamais que
l'effet du hafard ; mais mes malheurs fe-
» ront toujours celui d'une caufe bien déter-
>» minée. Quoi , lui dis-je ! trouveriez -vous
» bien raiſonnable que je vinffe vous chercher
» volontairement ici ? Je fuis fi malheureux ,
» me répondit-il , que je ne dois pas être foup-
» çonné d'un tel excès de préfomption. J'ofe
» même encore à peine m'expliquer ; & fi
» vous ne devinez une partie de ce que j'ai à
» vous dire , cet entretien , dont je ne fuis
redevable qu'au hafard , fera encore perdu
לכ
52
» pour moi. »
450 MERCURE
VARIÉTÉS.
LETTRE fur la Chaffe en Provence.
LE
E tableau de mes plaisirs champêtres n'eft encore
qu'efquiffé , mon très - cher ami , car vous penfez
bien que la chaffe fuccède quelquefois à la pêche
, & la botanique aux promenades fur mer Eh
quoi ! n'allez - vous dire , l'homme ne fauroit il done
jamais s'amufer innocemment ? & jufques dans ce
fiècle de lumière & d'humanité , le fera-t-il une volupté
barbare de l'art d'exterminer : Cet être fi doux
& fi piroyable , à qui la Nature , par un privilège
unique , accorda le don des larmes , lui qu'elle organifa
pour broyer & digérer les végétaux qu'elle lui
prodigue , eft-il né pour courir fur une proie animée ,
pour lui arracher la vie , pour la dévorer encore
chaude & fumante..... & devenir le rival du chien
& du vautour ! Sans doute , quiconque pofède ou
cultive un champ , tient de la Nature l'imprefcriptible
droit de tuer les animaux qui lui difputent fa
propriété ou fon travail ; mais , hors de la , je ne
vois plus dans la chaffe qu'un exercice féroce fait
pour apprivoifer l'homme avec le meurtre & le fang,
qu'un exercice digne de fa fauvage origine . Les Philofophes
l'ont dit : les fucs de tous ces cadavres
mêles à des humeurs déja trop aduftes dépravent
peut être encore plus notre moral qu'ils ne corrompent
notre phyfique.
-
•
Mais.... mais ! quelle brufque fortie contre un
plaifir de tous les temps & de tous les lieux , contre
DE FRANCE. 131
- I. -
-2. -
un divertiffement fi noble ! Je ne veux pas , Monfieur
le Pythagoricien , relever quelques petites contradictions
qui vous font échappées dans la chaleur de
l'attaque je ne me permets que quelques obfervations
légères. Si l'on a ( felon vous ) le
droit de tuer l'animal qui fait le dégât , convenez
qu'il faut des armes à feu , ou tout au moins des
pièges. Si ce n'eft pas un privilège , ou
plutôt un devoir des Nobles de garantir nos fillons
du labour des fangliers , & nos bergeries des aflauts
du loup affamé , il faut donc que ros laboureurs ,
que nos pâtres abandonnert le foc , dépofent la houtlette
, & marchent , armés de carabines , dans les
champs & parmi les bois ? Convenons , avec M. de
Saint- Lambert , que la Nobleffe qui , en général ,
fat de fi grands facrifices à la patrie , mérite quelques
privilèges , & que le droit de chaffe en eft un
qui peut n'être point à charge aux citoyens des
ordres inférieurs. Convenons que nos Rois out
fait fagement de fe réserver le droit primitif de la
chaffe , plus fagement d'accorder ce privilège aux
Seigneurs , & plus fagement encore d'établir des
louvetiers contre les animaux dévastateurs des récoltes
& des beftiaux : convenons enfin , avec Horace
( qu'il eft tout fimple que je vous cite ) , que
la chaffe a , de tout temps , été en honneur ;
qu'elle donne bonne opinion d'un homme , de
fes moeurs , de fa force : Solemne viris opus , utile
fama , vitaque & menbris , &c . ; & trouvez bon ,
mon beau Déclamateur , que nous chatfions dans
ce pays - ci , non pas à la bête noire , mais tout
bonnement aux petits oifeaux . Quelqu'ennemi
que vous me paroiffiez de cet amuſement innocent
, vous auriez du plaifir , je le parie , à voir
nos pipées , nos battues , & à fentir votre part
dans un plat de cailles & d'ortolans rôtis , cuits à
point , & pofés fur de friandes rôties.
F vj
432 MERCURE
La pipée ne fe tente que dans les belles matinées
d'automne. Les femmes & les enfans font
avides de cette chaffe ; feroit ce parce que la rule
& la tromperie y tiennent lieu de force & d'adreffe ?
On choifit un bosquet affez fourré , & voiſin cependant
de la raſe campagne : on ébranche , ou
plutôt on exfolie un jeune arbre , dans lequel on
fait des entailles pour placer les baguettes enduites
de glu. Cet arbre , ifolé dans une clariere d'enviren
vingt pas , devient le piège fatal à tous les
oifillons qu'on attire fur les gluaux , en contrefaifant
le cri de la chouette avec des feuilles de
rofeaux. Aux premiers fifflemens , des nuées d'étourneaux
& de martinets , la famille des linottes ,
celle des chardonnerets , les pinçons , les bouvreuils ,
les volatiles de toute eſpèce , s'attroupeut en ciiaillant
, voltigent quelque tems autour de la cabane
où vous êtes caché , & finiffent par s'abattre fur
les perfides baguettes . Elles tombent fitôt qu'ils
s'y pofent ; leurs ailes fe barbouillent , & plus
ils s'agitent plus ils s'empêtrent Amour , amour !
s'écrieroit l'Ariofte , tel eft l'effet de tes gluaux !
Dès que la volée eft à terre , le coeur bat de joie
au pip ur il court à fa proie , attrape les pauvres
priforniers de guerre ; & malgré leurs cris plaintifs ,
malgré leurs jolis plumages , leurs formes charmantes
, & les concerts dont ils ont rempli les
airs au retour du printemps , il les empoigne impitoyablement
, leur tord le col , & les enfile à
des ofiers.
La chaffe au filet eft de tous les jours ; on la fait
à fa porte , elle eft , pour aina parler , une trahifon
perpétuelle qui attire à tout moment l'imprudence
de ce foible & malheureux gibier. Sur
une longueur plus ou moins étendue , on plante
les liferes d'un pré , d'un bois , ou d'an ruiffeau
de différens arbiiffeaux, arbres ou arbustes. On
DE FRANCE. 133
"
doit ménager par l'alignement deux petits fentiers
couverts aux deux côtés de la plantation , & , s'il ſe
peut , un troifième dans le milieu du long maſſif;
en peu de temps ces jeunes plants s'élèvent , fleuriflent
& fructifient enfemble. L'oeil eft flatté de
voir cette variété de teintes & de formes , de bouquets
ou de baies . L'alifier , le cornouiller ſauvage
à tige rouge y occupent les premiers rangs ; le
bienfaifant fureau y ploye fous fes larges ombelles
à fruits d'un pourpre foncé , l'arboufier au moindre
vent y fait briller fes glands de corail ; le troefne
docile & la ronce elle- même y étalent leurs grappes
noires & luifantes. Les phyllirea chargés de leurs
olives s'y marient au lentiique , & le térébinthe au
laurier -thym ; on y admet l'aubépine & le nerprun ,
la viorae & le prunelier épineux ; le fmilax circule
à travers tout cela , il entoure & preffe , & marie
toutes les tiges avec les cent bras fouples & fleuris ;
d'efpace en efpace des touffes de roſeaux éiancés ,
& de figuiers furmontés de labrufques , couvertes
de leurs grappes rougeâtres & allongées , coupent les
maffifs dont on a foin d'étager graduellement la
route, Oh ! fi le moindre filet d'eau pouvoit ferpenter
dans le frais bocage , fi le bruit d'une cafcade
naturelie ou artificielle pouvoit le faire entendre aux
oifeaux du voifinage , quelle foule innombrable
fe jeteroit dans nos filets ! Vous jugez bien que
dans un terroir brûlé par le foleil , cu les remifes
font fi rares , où les garennes ne font formées
que par quatre arides murs , les oifeaux doivent
fe rendre par milliers dans de fi charmans abris !
ils n'y manquent pas , & le foir & le matin ces
harmonieufes retraites font toutes peuplées de rouges
gorges , d'ortolans , de roffignols , de verdières ,
de mélanges de toutes couleurs , de fauvettes rouf
fes & grifes , de merles , de grives voraces , &
quelquefois même de cailles & de bartayelles. L'al134
MERCURE,
lée ou bofquet doit aboutir à une espèce de tonnelle
large d'environ douze pas en quarré. Là ,
s'élevent deux mâts peints en verd , haut d'environ
20 à 25 pieds , & terminés par deux poulies ;
à ces poulies fent folidement attachés de vaftes
filets de foie verte , fur le plus vertical defquels
à l'aide de plufieurs cordes tranfverfales , font
ménagées des files de poches profondes & diftantes
d'un pied & demi , c'eft- la que vient fe jeter
le bec- figue au plumage tigré & le fenouillet ,
efpece de roitelet , & le tarin ( citrinella ) , & le
lucre (Spinus ) , dont les accens font fi mélodieux ;
& l'impériale , elpece de chardonneret , dont la
tête eft marquée de taches purpurines . Un quart
d'heure fuffit pour faire quinze à vingt priſonniers
. On bat les buiffons en avançant doucement
vers les rêts. Les arbres qui badirent au fond du
tableau , & qui font ou des faules légers , ou de
petits peupliers d'Italie , papillotent aux yeux de
l'oifeau , qui croyant pourfuivre fa route , & fair
les chaffeurs , donne dans le piège , & s'y débat
vainement. On arrive , on détend la tèfe , & la
main détache avec précaution les malheureufes vic
times , jolies créatures , qui deux heures après reparoîtront
a table fous la forme la plus hideuſe &
la plus révolante.Après cette opération , on remonte
le filet , & il demeure ainfi tendu & déployé tout le
jour lorfqu'il ne fait ni vent ni pluie.
Ces fortes de filets fe travaillent à Marſeille . L'on
m'a dit que les fimples coûtoient environ deux cent
francs ; mais les tiples valent jufqu'à vingt louis.
Ces derniers forment un arrêt circulaire d'où rien ne
peut s'échapper ; mais ils font d'un entretien fort
difpendieux : il faut les garantir du mauvais temps ,
& fur- tout des grandis vents , les faire reteindre lortqu'ils
blanchiffert ; les tendre , les détendre avec
beaucoup d'attention . Cependant , malgré ces foins
DE FRANCE. 135
& cette dépenfe , les Provençaux , naturellement eirnemis
des uns & de l'autre , confervent le plus grand
attachement à leurs filets. Les amateurs en ont deux
& jufqu'à trois , ce qui garnit leurs tables de brochettes
délicates , & dont I hiftoire eſt toujours contée
avec toutes les circonftances par les enfans de
la maison.
Il eft encore une autre efpece de chaſſe très en
ufage dans le terroir de Marfeille. Les jeunes gens
établiffent près de leurs buftides un pofte ( u cabane
) couvert de ramées . Les arbres des environs
rares & furmontés de branches mortes , qu'on y
adapte , invitent les oifeaux , qu'attirent inceffamment
d'innombrables appeaux , & des fifflets , tivaux
de la Nature elle- même. On peut compter au
moins quatre mille poftes dans ce qu'on appelle le
Tarradou , c'eft - à- dire , dans un pourtour d'environ'
quinze lieues , couvert de quinze mille habitations
qu'on appelle Baftides , & divifé en dix -fept
cu dix - huit paroiffes . Or , chaque chaffeur
Alant & tiraillant foir & matin , tue à peu- près
douze pieces , ce qui , de compte fait , détruit plufeurs
quintaux d'oifillons par femaine . J'en ai calculé
la fupputation , & je ne la fupprime ici que
parce qu'elle paroîtroit exagérée ; elle eft pourtant
cavée au moins fort poffible , & je n'y fais entrer ni
la perdrix , ni la bécaffe , ni le ramier ; enfin , ni
lapins , ni lièvres.
D'où peut donc venir en Provence cette incroyable
abondance d'oifeaux qui fait que plus on en tue
& plus il s en préfente ? Apparemment les côtes maritimes
méridionales font le rendez -vous commun de
ces especes peut- être nos fruits , nos figues fur tout
attirent & retiennent les mères ; peut être auffi ces
mères y font plus fécondes & moins troublées dans
nos montagnes. Quoi qu'il en foit , voilà la fource
d'un des plus vifs plaifirs de nos Provençaux ; j'ajoute
136
MERCURE
"
que ces captures font une reffource toujours préfente
à la campagne , & que les mets fort d'une fince
exquife.
La feule chofe qui me répugne dans cet exercice ,
je le répète , c'eft que les femmes & les enfans en
raffolent. Je ne faurois me faire à voir ces mains - là
faifir & étouffer un chardonneret , le plus intéreſſant
de nos petits oifeaux , ou de jeunes roffignols , délices
du printemps & des âmes fenfibles . Quel féroce
plaifir peut trouver une femme à tuer ces pauvres
petits êtres , créés pour animer & embellir nos bocages
& nos vergers ? Sexe aimé , ſexe aimable , à
qui la foibleffe fert d'ornement , & dont l'empire eft
fondé fur la douceur ! croyez - m'en , la fage Nature
ne vous a pas créé pour détruire.
Il est vrai qu'avant l'auto où l'autillo da fè on
fait toujours un touchant éloge du captif ; on vante
les vives couleurs dont il eft peint , la forme ſvelte de
fon corfage , la mélodie de fes chants . On le flatte ,
on le plaint , on le baife , & l'on finit par le lancer
contre terre avec roideur , pour lui éviter les tourmens
de l'agonie. Qu'une femme me paroît laide
après un tel meurtre! & que Lesbie careffant fon
moineau chéri , lui faifant faire les échelettes fur
fes jolis doigts , lui préfentant un bonbon dans fes
lèvres de rofe , en préfence de Catyle ; que Lesbie ,
défolée de fa perte , & pleurant à chaudes larmes la
mort , l'affreuſe mort de cet inforțuné paffereau , me
paroît bien plus aimable & bien plus intére flante que
la chaffereffe Diane ou Harpalice courant les bois
avec fes nymphes retrouffées pour relancer des
biches , dépecer des fangliers & dévorer leurs membres
rôtis au bruit des fanfares & des chiens
abayans , &c .
( Par M. Bérenger. )
DE FRANCE. 137
RÉPONSE à une Lettre de M. GROSLEY ,
inférée dans le Mercure du 24 Septembre.
JE penfe avec quelque raiſon , Monfieur , que
l'honneur d'appartenir , par ma inère , à la famille
du célèbre La Fontaine , me donne plus de droit à
le juftifier de l'ignorance & des balourdifes que vous
lui imputez , que votre qualité de Compatriote ne
vous en donneroit pour jeter un ridicule fur un
homme qui feroit tant d'honneur à votre Province
s'il en étoit. Quelques traits qui lui font échappés ,
peur- être par diftraction , lui ont fans doute valu le
brevet de bonhommie dont on l'a gratifié ; & comme
on aime à charger les ortraits , on a fini par le préfenter
fous les dehors d'une fimplicité ridicule Cependant,
Monfieur , perfonne jufqu'à vous ne s'étoit
avifé de trancher le mot ; il vous étoit réſervé de
qualifier une de fes actions de balo dife , & de vonloir
le faire paffer pour un ignorant . Ah ! Monfieur ,
comme vous faites les honneurs de votre prétendu
Compatriote ! avec quel ton de mépris vous parlez
d'un homme dont la France s'honore ! Sans doute
votre efprit vous a mis fouvent dans le cas de voir
des Gens de Lettres : n'avez - vous jamais remarqué
dans leurs Difcours plus ou moins de cet air d'ingé
nuité que l'on cite comme particulier à La Fontaine ?
Moi , Monfieur , qui me fuis fans doute , moins que
vous, trouvé à portée de faire cette remarque , je
l'ai faite , & plufieurs fois. Je dirai plus , fouvent
mêine j'ai été furpris de la naïveté des questions de
ces Meffieurs , & de la fimplicité peu fatisfaifante de
leurs réponſes . Mais Join de les traiter de balourdifes
, j'ai rapporté cette fingularité à des idées écran
138 MERCURE
gères qui ne leur permettaient pas d'être entièrement
à la converſation Ainfi donc , Monfieur , en
furpolant que La Fontaine ait fait quelques réponſes
d'une fimplicité remarquable , il reffembloit en céla
aux autres Gens de Lettres dont je viens de parler ;
& fi de fon temps même on s'eft permis de relever
quelques-unes de fes réponfes , d'en plaifanter & de
lui donner le titre de bon dans l'acception de fimple ,
ce qu'il ne méritoit afaffurément pas , c'eft fa douque
ceur permettoit tout à fes amis. C'eft à Château-
Thierri , ville que la Brie difpure à la Champagne
où ce grand Fabulifte a vécu , où font encore fes
petites filles . où eft encore prefque tout le refte de
fa famille , qu'on peut vraiment apprendre ce qu'il
étoit. Monfieur votre père a vû fon fils que , par
parenthèſe , vous n'avez tiré de fon obfcurité que
pour lui lancer un trait affez vif ; mais ce fils ne
lui a sûrement pas appris à juger fon père comme
vous le faites . Je fuis , Monfieur , arrière - petit- fils
de ce M. Pinterel , parent de M. de La Fontaine ,
qui a forcé fa modeftie à mettre au jour les Fables;
j'ai paffé la moitié de ma vie avec des perfonnes de
Château -Thierri , dont quelques unes avoient vû
l'Homme célèbre dont nous parlons ; d'autres avoient
beaucoup connu fon fis & fes ancieus amis , ( ma
mère eft du nombre de ces derniers toutes fe font
accordées à dire qu'il étoit bien éloigné de la fimplicité
qu'on lui fuppofe ; & fon portrait , on ne peut
pas plus reffemblant , dit on , refté dans la famille ,
ne dément pas moins l'idée générale à ſon ſujet.
Perme tez moi de vous dire qu'il eſt bien incroyable
que l'on puiffe fuppofer au grand La Fontaine aflez
d'ignorance pour confondre le genre héroïque avec
le genre érotique . Parel jugement pourtoit faire
foupço, ner moins que de la bonhommie , c'eſt- àdire
, une vraie fimplicité a'enfant dans celui qui jugeroit
ainfi . Que La Fontaine ait ignoré ce que c'eft
DE FRANCE. 5439
que Poëme cot que , cela n'eft pas concevable ;
mais qu'il n'ait pas feulement connu le genre heroïque
, cela eft de la plus grande abfurdité. Cepen-
' dant il eft certain que s'il eût employé l'un de ces
deux mots , lui croyant la fignification de l'autre ,
il réfulteroit qu'il n'auroit fu la fignification d'aucun
des deux . Mais pourquoi , Monfieur , ne pas fuppofer
une faute d'impreffion fi vraisemblable , plutôt
que de croire tant d'ignorance à La Fontaine , qui ,
quoique vous en penfiez , n'étoit nullement ignorant,
& une intention auffi malhonnête , auffi méchante
à Racine , qui n'étoit affurément pas méchant
. Croyez-moi , Monfieur , abjurez votre erreur,
cu du moins par confidération pour les defcendans
efpectables de cet Homine célèbre que vous
traitez fi mal , qui n'ont pu voir fans beaucoup de
chagrin la manière peu décente dont vous avez parlé
de leur aïeul & de leur père , contentez - vous de ce
que vous en avez dit , & laiffez pour toujours le
foin de les peindre à des pinceaux plus doux que les
vôtres.
1
J'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre très humble & très obéiffant
ferviteur , le Chevalier de SAINTGEORGE
, Chevalier de S. Louis ,
& Lieutenant de MM, les Maréchaux
de France.
Crépy en Valois , 29 Septembre 1785 .
* Pour la preuve que La Fontaine n'étoit pas un ignorant ,
je renvoye M. Grolley à l'Avertiffement qu'il a donné à la
tête des Ouvrages de profe & de poétie de lui & du Geur
de Maucroy , Chanoine de la Cathédrale de Reims , imprimés
chez Claude Barbin en 1685. Il y verra que La
Fontaine n'avoit pas befoin ic Racine pour lui expliquer
le grec , & qu'il connoiffoit tous ics Auteurs en cette
langue.
140 MERCURE
1
ANNONCES ET NOTICES.
EUVRESposthumes de J. J. Rouſſeau , Tomes X ,
XI & XII , faifant Supplément à toutes les Editions
, in- 8°., Vol . de plus de 350 pages chacun.
Prix , 3 liv. 12 fols , au lieu de
liv
.
9
On trouve dans ces Volumes la découverte du
Nouveau-Monde , le Fragment d'Iphis , le Verger
des Charmettes ( Pièce dans le genre de la Chartreufe
de Greffet ) , différentes Lettres en vers & en
profe , dont une vingtaine fur la Botanique , la
Vertu vengée par l'Amitié , l'Hiftoire des démélés
de Rouffeau avec MM . Hume & Voltaire , Projet
d'Éducation . pour M. de Sainte-Marie , l'Oraiſon
funèbre de Mgr. le Duc d'Orléans , les Prifonniers
de Guerre , Comédie , &c. Ces trois Volumes mis à
un prix modique , & ne contenant que des Pièces
ifolées , conviennent aux Perfonnes qui n'auroient
pas même un Volume de Rouffeau.
LEROY, Libraire , rue Saint Jacques , donne avis
qu'il vient d'acquérir l'Etat des Cours de l'Europe ,
par M. Poncelin de la Roche- Tilhac , Écuyer , Confeiller
du Roi à la Table de Marbre , & l'Almanach
Américain , par le même. Ces deux Ouvrages paroitront
au commencement de Décembre prochain.
MEMOIRE fur la néceffité de transférer & reconftruire
l'Hôtel- Dieu de Paris , fuivi d'un Projet
de tranflation de cet Hôpital , propofé par le fieur
Poyet , Architecte , & Contrôleur des Bâtimens de
la Ville.
L'objet de ce Mémoire eft , fans contredit , du
DE 141
FRANCE.
plus grand intérêt pour l'humanité , & la beauté du
ftyle & la force du raifonnement répondent à l'inté
rêt du fujet.
PUBLII Virgilii Maronis Bucolica , Georgica
& Eneis. Ad optimorum Exemplarium fidem recenfuit
Rich. Franc. Phil. Brunck. Argentorati fumptibus
Bibliopolii Academici.
Les Amateurs des belles Editions doivent fe procurer
celle- ci , qui eft remarquable par la beauté
de l'impreffion & du papier.
RESULTATS des Expériences faites à Ram
bouillet fous les yeux du Roi , relativement à la maladie
du Froment appelée Carie , par M. l'Abbé
Teffier , D. M. P. de l'Academie des Sciences , de
la Société de Médecine , Cenfeur Royal , &c. A
Paris , chez la Veuve Hériffant , Imprimeur- Libraire
, rue Neuve Notre- Dame , & Théophile Barrois
le jeune , Libraire , quai des Auguftius.
Cette Brochure paroît à propos , & fur un objet
des plus intéreffans . C'eft le fruit des recherches que
l'Auteur a faites depuis huit ans. Le procédé qu'il
preferit pour préferver le bled de la carie ſe réduit
à l'eau fimple & à la chaux employées dans une
proportion fuffifante . Par occafion il propofe des
Expériences fur la quantité de femence qu'on doit
confier à la terre. Nous croyons que cette Brochure
peut être utile aux Cultivateurs .
DE la Connoiffance des Plantes , ou Catalogue
des Plantes Ufuelles de France , avec les caractères
diftinctifs , &c. , par feu M. Gauthier , Médecin du
Roi, des Univerfités de Paris & de Montpellier ,
in- 12 . A Paris , chez Santus , Libraire , quai des
Auguftins , près de la rue Pavée.
GRAMMATICA Hebraica Francifci Mafelefii,
142 MERCURE
punctis mafforeticis libera. Edita à Luca frane.
Lalande , Presbytero orator. D. J. quarta Editio ,
præcedentibus brevior & emendatior. A Paris , chez
Nyon le jeune , Libraire , au Pavillon des Quatre-
Nations.
ELEMENS de Mathématiques pour fervir d'Introduction
aux Leçons de Phyfique , par M. Lecoquierre
, ancien Profeffeur de Philofophie. A Caën
chez Leroy . Prix , 1 liv. 16 fols broché.
Cet Ouvrage contient l'Arithmérique , l'Algèbre
jufqu'aux Equations du fecond degré , la Géométrie
& la Trigonométrie rectiligne & fphérique , dont.
on ne peut fe paffer fi on veut faire quelques pas "
dans l'Aftronomie . On y a ajouté des Tables de
logarithmes , des finus & tangentes de 15 en 15
minutes de degré , & des nombres naturels jufqu'a
360 , afin que les jeunes gens puiffent s'exercer à
faire quelques opérations fans être obligés d'acheter
des Tables pis étendues , qu'un grand nombre
ne pourroit pas fe procurer facilement. Depuis un
an que cet Ouvrage paroît , il a déjà été adopté par
fix Colléges , ce qui eft un bon préjugé en la faveur.
LA Vie & les Opinions de Triftram Shandy,
traduites de l'Anglois de Stern , par M Frénais &
M. le Marquis de *** , 4 Vol . in- 12 , fig. br.
8 liv.
Il court des deux derniers Volumes de ce Livre
une Traduction qu'il ne faut pas confondre avec
celle- ci . La nouvelle Traduction que nous annonçons,
eft faite par un Homme de la Cour , qui a la
gáité , & , fi on ofoit le dire , un peu du génie de;
M. Stern. Nous nous difpenferons de parler de
l'original : les Éditions multipliées & la réputation .
de M. Stern le louent affez. Cette Traduct on
DE FRANCE.
143
de format in 18 & in- 11 , étant ornée des figures
de l'original Anglois , il eft très- facile de la difting.
er
Les Tomes III & IV fe vendent féparément
4 liv. br.
NOUVELLE Méthode pour apprendre à lire & à
écrire correctement la Langue Françoife , par Dom
de Devienne , in 12. Prix , 1 liv. 4 fols relié en parchemin.
A Paris , chez Nyon le jeune , Libraire ,
au Pavillon des Quatre- Nations.
Cet eftimable Ouvrage eft augmenté d'une Table
alphabétique de conjugaisons des verbes irréguliers
& difficiles , à l'aide de laquelle on pourra facilement
conjuguer toutes espèces de verbes.
PARIS en miniature , d'après les Deffins d'un
nouvel Argus. Prix , 1 liv. 4 fols.
Cette Brochure agréable , dont nous avons déjà
parlé, fe trouve actuellement à Paris , chez Hardouin
& Gattey , Libraires , au Palais Royal ,
n° . 14.
LE Colifée , vú de S. Gregoire , & l'Aquéduc du
Palais des Empereurs , de même vû de S. Gregoire.
Ces deux Eftampes , de 13 pouces de large fur 8 p.
de haut , gravées par L. T. Chenu , femme Defimaifons
, d'après les deffins que M. Cochin a faits à
Rome , fe vendent à Paris , chez Defmaiſons , Graveur
, rue Galande , No. 61. Prix de chacune des
Eftampes , 1 liv. 4 fols.
Il y aura deux autres Vûes d'après les deffins de
M. Cochin , à la fuite de celles - ci , prifes du même
point de vue, & qui peuvent être affemblées de fuite .
NUMÉROS 157 , 58 , 59 , 60 , 61 , 62 , 63 & 64
du Journal d'Ariettes Italiennes , dédié à la Reine ,
144
MERCURE
pour lequel on foufcrit chez M. Bailleux , Marchand
de Mufique de la Famille Royale , rue Saint Honoré,
à la Règle d'or. Prix de la ſouſcription , 36 1.
& 42 liv.
Le Numéro 157 eft un Rondeau de M. Borghi ;
158 un Air d'expreffion de M. Sarti ; 159 , un Air
bouffon de M. Cimarofa , d'un caractère très- piquant
; 160 , Rondeau de M. Mortellari ; 161 , un
Air parlant de M. Monza , 162, un Rondeau de M.
Rauzzini ; 163 , un Air de bravoure de M. Paifiëllo ,
d'une tournure de modulation fingulière : il a été
chanté avec beaucoup de fuccès par M. David ; le
Numéro 164 eft une Scène de M. Sarti , chantée par
M. Babbini au Concert Spirituel. L'air eft d'une
grande beauté. Le prix de ce dernier Numéro féparément
eft de 3 liv. 12 fols : tous les autres 2 liv.
8 fols. Ce Journal fe foutient toujours par le choix
& la variété des morceaux.
E
TABLE.
PITRE fur les Ages de la Les Dangers d'un premier
Vie, 97 choix ,
Charade, Enigme & Logo Variétés
gryphe,
Hiftoire d'Hérodien ,
122
130 , 137
162 Annonces & Notices , 149
1051
J'AI
APPROBATION.
•
AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des- Sceaux , le
Mercurede France, pour le Samedi 19 Novem. 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion . A
Paris , le 18 Novembre 1785. GUI PI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 26 NOVEMBRE 1785.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Adreffes à M. le Marquis DE BIÈVRE ,
enfortant de la repréfentation du Séducteur,
donnée le s Octobre 1785.
ATHLÈTE heureux , pourſuivez la carrière ;
La Scène , en vous , attend un digne appui ;
Vous débutez à l'âge de Molière,
Et vous avez réuſſi comme lui.
Votre fuccès n'eft plus dans la balance ;
De Rofalie on a pour vous les yeux ,
Et le Public , malgré fou inconftance ,
Avec Orgon vous trouve merveilleux ;
No. 48 , 26 Novembre 1785.
146 MERCURE
Mais il n'eft pas défabulé comme eux ;
Voilà , Marquis , la feule différence.
Que votre fort excite de jaloux !
Venez entendre un Encyclopédifte ,
De vos talens terrible antagonifle,
Avec fureur déclamer contre vous ,
Et les amans de la philofophie *
2
Dont vous glofez les favantes cricurs ,
Dans leurs greniers fronder votre génie ,
Et déchirer vos vers provocateurs.
Malgré leurs cris vous obtenez la pomme ;
Déjà le Drame a fonné le tocfin ;
し
Mais cet enfant qui fe croit un grand homine ,
A votre aſpect tremble , & rougit foudain.
POUR moi , qui fuis d'une franchife extrême ,
Je me fuis dit , en voyant que l'Auteur
Avoit fi bien dépeint le Séducteur :
A coup sûr il a pris modèle fur lui- même . **
( Par M. Duchofal. )
* Je ne prétends parler ici que des faux Philofophes.
** La comparɛifon ne peut avoir lieu que jufqu'à la fin
du troisième Ace , parce que dans les deux derniers , le
Séducteur eft un homme odieux .
2
ه ن ا م
DE FRANCE. 147
LA ROSE ET LE ZEPHYR , Fable.
UN jour la Rafe
Dit au Zéphyr :
Ne fuis-je éclofe
Que pour périr ?
Má jouillance
Fait ton bonheur;
Ton inconftance
Fait mon malhem .
Sois plus fidèle ,
Quand ma fraichear
Pour mon vainqueur
Et moins nouvelle..
Je perds l'éclat
Et l'incarnat
Qui me rend belle ;
Mais tes defirs
En font la caufe ;
Aux repentirs ,
Pour tes plaifirs
Las ! je m'expofe.
Quand je te crois
Senfible & fage ,
Je ne prévois
Pas ton ufage.
Be te charmer
Gi
148 MERCURE
J'ai l'affurance , 1 .
De te fixer
J'ai l'eſpérance.
Mais vains efforts ,
Tu prends la fuite ,
De tes tranſports
Voilà la fuite..
Une autre fleur
Reçoit l'hommage
D'un féducteur
Et d'un volage.
BIENTÔT Zéphyr ,
Las de morale,
Courut s'enfuir
Vets fa rivale ,
Qui , mille fois
Plus fage qu'elle,
De l'infidèle
Fixa le choix ;
Et la pauvretie ,
Connut trop tard
Qu'être diferette
Eft un grand art,
Se faire craindre
-Eft une erreur.
Avec douceur
On doitfe plaindre ;
DE FRAN G´E. 149
Pour retenir
Un coeur volage ,
Il faut bannit
La trifle image
De l'esclavage ;
Et fous nos loix
Lorfqu'il fe range ,
A tous nos droits
Donner l'échange.
( Par Mme Dufrenoy. )
RFELEXIONS Phyfiques & Morales fur
l'Éternument , Lettre à Mme L. D. D. C.
MADAME •
Ja me rends au defir que vous avez témoigné de
connoître les Réflexions phyfiques & morales qu'on
a pu faire férieufement fur l'ufage bizarre en ap
parence de faire des fouhaits en faveur d'une perfonne
qui éternue. Cet ufage , comme on l'a remarqué
, eft le feul peut-être qui ait réfifté aux
caufes de deftruction qui , depuis l'origine du monde,
ont englouti & difperle les Nations . L'univerfalizé ,
comme l'antiquité de cette coutume mérite votre
étonnement ; & vous conviendrez , Madame , en
remontant fans fiction jufqu'à l'âge d'or , qu'elle eft
digne à jamais d'être confervée , & qu'elle a une
fource pure , qui lui eft commune avec les plus
belles inftitutions.
L'ufage de faluer quand on éternue , exiftoit en
G iij Giij
150
MERCURE
Afrique , chez des peuples inconnus aux Grecs &
aux Romains. Les relations du Monomnotapa nous
inftruilent ( 1 ) que lorfque le Prince éteine , les
Sujets , dans le lieu de la réfidence , en font avertis ,
afin qu'ils fallent des voeux folemnels pour fa confervation.
SE 229 3
L'Auteur de la Conquête du Pérou affure que le
Cacique de Guachoia , ayant éternué en préfence
des Efpagnols , les Indiens de fa fuite s'inclinèrent
devant lui , étendirent leurs bras , & lui donnèrent les
marques ordinaires de leur refpect , en priant le Soleil
de Péclairer , de le défendre , & d'être toujours
avec lui tak
On fait que les Romains fe faluoient dans ces momens
; & Pline ( 2) rapporté que Tibere exigea ces
marqués de déférence, traîné dans un char. La fuperf
nition , qui peut tout avilir , avoit dégradé cette coutume
depuis bien des fiècles , en attachant aux éternumens
des augures fâcheux ou favorables , felon
les heures du jour ou de la nit , felon les fignes
duzodiaque , felon qu'un ouvrage étoit plus ou
moins avancé , que l'on avoit étermué à droite ou à
gauche. ( 3 ) Si on étérnvoit au fortir de la table ou
du lit , il falloit s'y remettre . Cicéron , Sénèque , &
divers Auteurs de Comédie , ont eu raiſen de le moquer
de tant de fuperftitions qui convient la fource
pure de cet antique ufage , pour n'en montrer que
la corruption Vous vous étonnez , dit Timothée
aux Athéniens , qui vouloient reptrer dans le port (4)
avec leur flotte , parce qu'il avoit éternué : vous
vous étonn: z de ce qu'un homme , fur dix mille , a
le cerveau bumide.
1) Strada , Prol . Acad .
(2) Pline, Hift. Nat. L. 2 , C. 2.
(3 ) Spond. Homeri , Comment,
Frontin , L. 1 , C. 110.
39221
DE FRANCE: 151
Polydore Virgile prétend que du temps de Gré
goire- le- Grand , il régna dans l'Itane une épidémie
maligne , qui faifoit périr , par des éternumens ..
ceux qui en étoient atteints , & que ce Pontife ordonna
des Prières , accompagnées de certains fignes
de croix. Mais outre qu'il est très- peu de circonftances
où les éternamens puiffent être regardés
comme fâcheux , & qu'ils font fouvent favorables , ( 1 )
il cft évident qu'on ne doit pas fixer au fixième siècle
l'origine d'une contume qui fe confond avec les
faltes du monde , Avicenne & Cardan affarent que
c'est là une espèce de convulfion qui fait craindre
l'épilepfie , & qu'on cherche à détourner par des
fouhaits. Clément d'Alexandrie le regarde contme
un figne d'intempérance & de mol'effe qu'il faut
profcrire. Il fait de férieux, reproches à ceux qui fe
procurent des éternumens par des fecours étrangers.
Montagne , au contraire , explique ce fait d'un ton
un pen cynique. Il eft affez fingulier que sant de
motifs ridicules , contradictoires & fuperftitieux,
n'ayent pas anéanti des civilités d'ufage qui fe con
fervent encore parmi les Peuples & les Grands , &
que les feuls Anabaptiftes & les Quakers ont aboli ,
parce qu'ils ont fupprimé les falutations dans tous.
les cas.
Chez les Grecs , l'éternument étoit prefque tou-,
jours de bon augure . Il exciroit des marques de tendreffe
, de refpect & de dévouement. Le génie de
Sociáte ( 2 ) l'avertiffoit par des éternumens quand il
falloit agir. La jeune Parthénis , entraînée par fa
paffion , fe réfout à écrire à Sarpedon , pour lui faire
l'aveu de fes fentimens ; ( 3 ) elle éternue dans l'endroit
de fa lettre le plus vif & le plus tendre : c'en eft
( 1) Hippocrate , Haller , Phyfiol.
(2) Plutarque de Gen. Socratis.
(3 ) Ariftencte.
C iv
152 MERCURE
aflez pour elle , cet incident lui tient lieu de réponfe
& lui perfuade que Sarpedon penfoit à elle. Péné
Jope , excédée des affiduités de la foule de les amans ,
les maudiffet, & faifoit des voux pour le retour ( 1)
dUlyffe. Son fils Télémaque l'interrompt par un
violent éternument. Auffitôt elle treffaille de joie ,
& regarde ce figne comme l'affurance du retour prochain
de fon époux. Xénophon haranguoit les
Troupes ; un Soldat ( 2 ) éternue au moment où il les
exhortoit à prendre un parti dangereux , mais néceffaire.
Toute l'Armée , émue par ce préfage , fe dé
termine , & Xénophon ordonne des facrifices au
Dieu confervateur.
Ce refpect religieux pour les éternumens , déjà fi
ancien & fi univerfel dans les temps même d'Ho
mère , piqua toujours la curiofité des Philofophes
Grecs & des Rabbins. Ceux- ci ont répandu par tras
dition , qu'après la création du monde , Dieu fit
une loi générale , qui portoit que tour homme vi
yant ( 3 ) n'éternucroit jamais qu'une fois , & qu'au
même inftant il rendroit fon âme au Seigneur , fans
aucune indifpofition précédente. Jacob obtint d'érre
excepté de la commune loi , & d'être averti de fa der
nière heure , il érernua .& . ne mourut point : ce
figne de mort fut changé en figne de vie . Tom les
Princes de la terre en furent avertis & ils orden.
nèrent qu'à l'avenir les éternemens feroient accom
pagnes d'actions de grâces& de vieux pour les perfon
nes qui éternuoient. Ariftote remonte auffi aux fources
de la religion naturelle . Il obferve que la rête eft
l'origine des nerfs , des efprits , des fenfations , le
fiège de l'âme , l'image de la Divinité ; (4 ) qu'à tous
?
(1) Homère , Odyffée , L. 17 .
( 2 ) In exped . Cyr . L. 8 , Ć. 3.
Acad. des Infcrip. , vol. 4
Ariftot. in prob.
3
DE FRANCE. 153
ces titres la fubitance du cerveau a toujours été
honorée que les premiers hommies juroient par
leur tête ; qu'ils n'ofoient toucher ni manger la ĉervelle
d'aucun animal ; que c'étoit même un mor
facré qu'ils n'ofoient pononcer Remplis de ces
idées , il n'eft pas étonnant qu'ils ayent étendu
leurs refpects jufques à l'éternument. Telle eft
l'opinion des plus anciens & des plus favans Philofophes
Grecs. Mais pour trouver une fource
plus lumineufe , renontons jufqu'à la philofophie
de la fable & de l'âge d'or. L'allégorie fimple
& fublime de Prométhée nous l'offre dans fa naiffance.
Quand Prométhée eut mis la dernière main
à fa figure d'argille , il eut befoin du fecours da
ciel pour lui donner le meuvement & la vie . ( 1 ) 11
fit un voyage fous la conduite de Minerve. Après
avoit parcouru légèrement les tourbillons de plufieurs
Planètes , où il fe contenta de ramaffer en paffant
certaines influences qu'il jugea néceſſaires
la température des humeurs , il entra dans le tourbillon
du folit ; il s'approcha de fo globe fous le
manteau de Minerve , avec une fiole de cryſtal
faite exprès . Il la remplit fubtilement d'une portion
de fes rayons ; & l'ayant fcellée hermétiquement ,
il revint autlitôt à fon ouvrage favori ; il préfente le
flacon fous le nez de fa ftatue , il l'ouvre , & les
rayons foliires , dans toute leur activité , pénétrert
par le canal de la refpiration dans les pores de l'os
Spongieux avec tant d'impétuofité , qu'ils y produi ,
firent l'effet que nous éprouvons en regardant fixement
cet altre. Ils la firent éternuer , & ils fe répandirent
en un inftant dans les fibres du cerveau , dans
les artères & dans les veines , pour animer toute la
maffe. Prométhée , charmé de l'heureux fuccès de
(1) Héliode. Strada . Acad . des Infcrip.
Gy
Four
154
MERCURE
fa machine , fe mit en prières , & fit des voeux pout
l'ouvrage de les mains & pour fa confervation . Son
élève l'entendit , & s'en fouvint. Les premiers ob
jets font des impreflions profondes qui ne s'effacent
pas dans la fuite de la vie ; il cut grand ſoin de répéter
les mêmes fouhaits dans les occafions ſemblables
, & d'en faire l'application à fes defcendans ,
qui , de père en fils , l'ont perpétuée de génération
en génération jufqu'à ce jour dans toutes leurs Colonics.
Cette ingénicufe fiction , qui nous laiffe entrevoir
les procédés de l'électricité , employés pour
l'harmonie du monde , l'art de charger une bouteille
près des globes électriques & de donner la
commotion peint avec fimplicité la Nature &
l'homme à fa naiffance. Elle révéloit chez les anciens
le plus haut principe de la phyfique , de la reli
gion naturelle & de la chaîne qui lie l'homme à
Univers. Prométhée fut fans doute un reftaurateur
de la philofophie , puifqu'il fut conduit par Minerve ,
emblême de la Sageffé & des Sciences . C'eſt ainfi
de nos jours on pourroit dire que MM. Dalibard
& Francklin ont dérobé le feu du ciel comme Prométhée.
que
Mais quelque part que ce puiffe être , repréſentezvous
les premiers fils de l'homme ; voyez dans toutes
les foriétés du mor de les craintes d'un père & l'excès
de a joie à l'aspect de fon enfant qui jouit de
la lumiere. Le poids de l'air , du fluide univerfel qui
fe precipite dans les organes & les excite , eft la
caufe de la première infpiration & des changemens
remarquables qui s'opèrent dans ce moment de
nouvelle exiftence . Combien d'enfans qui ne refpirent
que quelques inftans après qu'ils font nés ! Combien
d'autres qui font plus long- temps dans un état
de mort apparente , & dans lefquels il faut , avec
des liqueurs irritantes , fouffler la chaleur & la vie !
Dans tous les cas poffibles , le premier effet de l'air
4
DE FRANCE. ESS
6
2.
coeur
&
& te premier figne de vie & de vigueur qu'ils donnent
, eft l'éternument. ( 1 ) Cette efpèce de convulfion
générale femble les réveiller en furfaut ,
c'eft alors que commence le jeu de la refpiration ,
l'harmonie parfaite , & le libre exercice de chaque
organe . Au comble de fes voeux ou dans l'excès
même de fés craintes , un père n'a qu'un fouhait à
faire , qu'il répétera ou qui retentira dans fon
à chaque fecouffe qui le fait treffaillir. Son voeu eft
que fon fils vive , que le Dieu des cieux le conferve ;
& cette expreffion du fentiment eft celle dont on
s'eft fervi dans tous les temps ( 2 ) L'antiquité la
plus reculée , plus portée fans doute à l'obfervation
de la nature , n'avoit pas perdu de vue la grande influence
de la fumière & des airs fur les nouveaux
nés , & les rapports frappans de l'éternument avec
leurs premiers fignes de vie & de vigueur. L'Hif- ,
toire du peuple Juif nous rappelle que l'enfant que
le Prophète Élifée reffufcita , commença d'abord par
eternuer fept fois , & la mythologie grecque peine ,
les Amours qui éternuent à la naiffance d'un bel
enfant. Ainfi , ces falutations , ou plutôt cet ufage
frivole en apparence , ridicule , bizarre , inexplicable
, parce que les motifs de fa véritable origine
ont été plus ou moins méconnus dans des fiècles
d'argent , d'aitain & de fer , eft réellement le plus
univerfel , le plus antique , le plus folemnel. C'eft
l'image & l'expreffion du fentiment & du dévouement
les plus purs , excités par le tableau le plus touchant
de la Nature. C'eft la trace de la p'us douce
émotion & de l'élan irréfiftible de l'homme vers fon
ouvrage le plus parfait , le fouvenir de la première
chaîne d'affections qui fe foit formée autour d'un
( 1 ) Hipp. de Superfæt.
(2) Acad. des Infcrip.
G vj
155 MERCURE
nouveau membre de la fociété , le premier vivat qui
foit forti de la bouche des hommes. C'eft le cri
général , univerfel de la paternité , de la piété
filiale , de la fraternité , de l'amitié, de la patrie &
de l'humanité dans l'âge d'or , & cer age exiftera
toujours dans les cours fenfibles.
QUESTIONS, d'Amour & de Morale ,
Bolts - rimes & Acrofliches.
LES Queſtions d'amour & de morale que
l'on propofe chaque mois dans le Mercure ,
ayant paru intéreller le Public , en donnant
heu à des réponſes très - piquantes , & fouvent
très-ingénieufes , nous prions MM. les
Gens de Lettres de vouloir bien continuer à
s'y intéreffer , foit en nous fourniflant des
Réponfes , foit en propofant des Queftions ,
que l'on s'empreffera d'y inferer. Outre ces
Queftions , & pour remplir l'objet du Mercure
, dont la diverfité fait la devife , nous
propoferons auffi , une feule fois par mois ,
des Bouts - rimés , & même des Acroftiches,
On fait que les Beurs - rimés fent des mots qui
riment, & qu'on propofe aux Postes à reinplir
à leur volonté. L'Acroftiche eft une forte
d'Ouvrage en vers , dont chaque vers commence
par chacune des lettres qui forment
un certain mot. Les plus grands Hommes fe
font amufes de Bouts- rimés & d'Acroftiches.
Cicéron dit expreffément qu'Ennius avoit fait
des Acroftiches. S. Auguftin même parle
DE FRANCE. 157
d'Acroftiches . Les argumens qui font à la tête
des Comédies de Plaute , font des Acroftiches
de fa façon , & c'eft le nom de la Pièce qui
en eft le mot. Un Acroftiche peut rappeler ou
confacrer le nom d'un événement important,
d'uneaction illuftre , d'un homme digne d'être
célébré . Sans doute qu'il faudroit plaindre celui
qui palleroit fa vie à faire des Charades , des
Énigines , des Logogryphes , des Bours- rimés ,
des Acroftiches ; qui donneroit même à ces
bagatelles plus de prix qu'elles n'en ont ; mais
tous les jeux qui exercent l'efprit , qui l'aiguillonnent
, qui le tourmentent même , peu
vent , dans de certaines occafions , être pour
un moment des objets de délaffement. Nous
ferons , à l'égard de ces Bouts-rimés & de ces
Acroftiches , auffi févères que nous le fommes
pour les Queſtions de morale & d'amour; nous
ne préfènterons à nos Lecteurs que ceux qui
offriront quelques traitsplaifans ou ingénieux ,
our une tournure piquante ou fpirituelle.
Bouts-rimés propofés pour le mois de Janvier.
BACHELIER.
CELLIER.
TENDRE.
RENDRE.
HONNEUR.
COEUR.
OREILLE.
PAREILLE.
*
Voyez les Tropes de M. Dumarfais.
158 MERCURE
Acroftiche propofé pour le même mois.
D'ASSAS. *
7 # A
·
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Courage ; celui
de l'Enigme eft Pâté; celui du Logogryphe
eft Violon , où l'on trouve yol , viol, loi ,
vin , Nil.
CHARADE.
Mon tout eft mon premier , mon tout eft mon
fecond .
( Par M. Boinvilliers Foireftier. )
* Tout le monde a entendu parler du généreux
dévouement du Chevalier d'Affas ; la gravure a confae
é ce trait , dont les Hiftoires anciennes offrent à
peine quelques exemples.
DE FRANCE. 152
ENIG ME.
QUAND le chaos fit place à la lumière ,
Quand du Très- Haut la bonté fingulière
Créa les cieux , l'homme , les élémens ,
La chofe eft affez finguliere ,
Je ne pas exifter dans ces heureux momens 3
Mais n'en déplaife à votre Aréopage ,
Lecteurs ! quoique raiſon ne foit pas inon partage ,
Je fuis pourtant un être inté effant,
Soit dit ici tout en paffant.
Je nais en plus d'un lieu de la machine ronde ;
On me donne le jour fur la terre & fur l'onde ;
Je n'y parois jamais en cheveux gris ,
2
Etma figure eft noire ou brune, ou blanche ou blonde,
Écoute encore je pourfuis.
Sur moi fouvent un grand eſpoir le fonde ,
Auffi fuis je par tout un être qu'on chérit ,
Et chez les Grands & chez le plus petit ;
Mais telle eft des humains la bizarre nature
Que fans avoir des torts je fais pa fois hoteur ,
Et qua jeffers à la plus vive injure ; ank
laideure g Juges par-là de ma laideur.
Enfin , quelle autre extravagance !
O prodige que je n'explique pas !
Quand à ma mère , hélas , je donne le trépas ,
Jamais on n'a crié vengeance .
( Par un Habitant de Smyrne )
160 MERCURE
LOGO GRY PH E.
UNE obfcure prifon, Lecteur , eft mon féjour ,
Et jufques à me perdre on pouffe mon fupplice.
Malgré ces cruautés , & la nuit & le jour ,
Je fuis en mouvement pour te rendre fervice.
Si ce début ne paroît affez clair
En me défuniffant , tu pourras me connoître.
J'offre dans les neuf pieds qui compofent mon être ,
Ce qu'on prend en été plus fouvent qu'en hiver ;
Un fleuve , une arme à feu ; cet immortel génie
Qui nous intéreffa pour l'amant de Junie ;
Une montagne où croît un bois fort odorant ;
Certain Écrit légal qui pour un temps nous lie;
L'endroit où les vaiffeaux font à l'abri du vent;
Un peintre gracieux ; l'amante infortunée ,
Pour prix de fes bienfaits dans Naxe abandonnée;
De fon époux j'offre un furnom latin ;
Un faux Dieu révéré par le Samaritain ;
Pour les Nochers un objet redoutable ;
Un pays dont le fort infpire la terreur ;
Un humain vertueux , & fon frère exécrable ;
Ce qui plus d'une fois fit tomber un Acteur ;
La ville que fonda le petit fils d'Anchife ;
Celle où réfide un Philofophe Roi.
Mais de mon nom affez je t'ai fait l'analyſe ; "
Si tu ne le tiens pas , Lecteur , tant pis pour toi.
( Par M. .... Y
DE FRANCE. 161
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE la Monarchie Françoife ou de fes Loix ,
par Pierre Chabrit , Confeiller au Confeil
Souverain de Bouillon , & Avocat au Parlement
de Paris . A Paris , chez Belin ,
Libraire , rue S. Jacques , près S. Yves.
Tome II.
CE n'eft point ici un Ouvrage de Jurifprudence
, c'eft un Livre d'Hiftoire : l'Auteur ,
quoique Avocat , n'eft pas & ne veut pas être
Jurifconfulte , il ne prétend qu'au titre d'Hiftorien
, & c'eft fous ce rapport uniquement
que nous allons le confidérer,
Le premier volume de cer Ouvrage parut
l'année dernière , & attira l'attention des
hommes de Lettres , du Gouvernement & de
P'Académie Françoife. L'Auteur a reçu les
plus grands encouragemens , & il paroit que
les critiques même l'ont encourage. C'est l'effet
qu'elles produitent toujours fur l'homme d'ef
prit , & lorfqu'elles font vraies & lorfqu'elles
font fauffes. Dans le premier cas , c'eft une
nouvelle lumière qu'on lui préfente ; il voit
mieux fa route , il y marche plus sûrement
& avec plus de rapidité. Si les critiques font
fauffes , cet avantage qu'il a fur fes Critiques
lui donne une meilleure opinion de lui-même;
fi elles font injuftes , cette injuftice même lui
162 URE
annonce la gloire. M. de Chabrit ne paroît
point avoir été en butte à ces perfecutions
littéraires que fon mérite pouvoit lui fufciter ;
le genre de fon Ouvrage le met à part , pour
ainfi dire , parmi les Gens de Lettres,; il marche
feul dans la carrière ; il n'y rencontre point
d'ennernis.
On avoit reconnu dans le Livre de M. de
Chabrit de grandes connoiffances ; mais on
lui avoit reproché de les répandre d'une main
trop économe : on avoit trouvé qu'il s'exprimoit
avec précifion .& avec énergie, mais on
Pavoit prié de donner plus de développement
à fes idées , plus d'étendue à fes phrafes : on
s'étoit apperçu qu'il imitoit très - habilement
Montefquieu ; mais on lui avoit dit qu'un,
homme tel que lui ne devoit imiter perfon
ne, & pas mêmeun grand Homme ; premièrement
, parce qu'un grand Homme ne s'imite
pas , & que l'imitation la plus fidèle du génie
n'eft pas du génie ; fecondement , parce que,
ce foin continuel de copier gêne l'allure natu-"
relle de l'efprit , & foumet les penfées au ftyle,
tandis que c'est le ftyle qui doit être foumis à
la penfee. D'ordinaire on dit aux Écrivains de
fe borner; on avoit dit à M. de Chabrit de
s'étendre , & c'étoit- là un témoignage bien
honorable de l'opinion que fon premier vo
lume avoit donnée de lui.
Le fecond volume , que M. de Chabrit fait
faccéder avec tant de rapidité au premier,!
contient
10. Un Difcours fur la domination des RoDE
FRANCE. 163
?
mains dans les Gaules. Dans ce Difcours ,
M. de Chabrit parle beaucoup plus des Gaulois
que des Romains , & cela eft bien plus
cutieux : les Roinains font très - connus ; les
Gaulois ne le font prefque pas. Nous n'avons
guère fur ce peuple que des recherches d'Érudits
; & lorfque l'Ouvrage des Erudits eft achevé
, celui des Philofophes eft encore à faire.
M. de Chabrit parle de la religion des Gau
lois , fuperftitieufe à la fois & atroce ; de leur
Gouvernement , rêlange confus de Démocrarie
, d'Ariftocratie & de Theocratie ; de
leurs connoiffances , qui étoient des ténèbres
plutôt que des lumières ; de leurs Loix civiles
& criminelles , où parmi des ufages qui n'ont
jamais été réfléchis , on en trouve qui feroient
dignes d'entrer dans les Codes des Peuples
éclairés. Dans ce Difcours , le flyle de M. de
Chabrit à des formes plus larges , il ne ferre
pas fa penfée de manière à l'étouffer : il s'eft
fouvenu qu'il écrivoit un Difcours , & non
pas un Chapitre.
2º. Un Livre de l'Hiftoire de la Légiflation
Francoife fqu'à Louis XIV. Ce Livre ,
compofe de XLVI Chapitres , traite la plus
grande partie du fujet , & forme par confe
quent une grande partie de l'Ouvrage. Ici on
voit l'origine & la formation de tout ce qui
eft entré dans notre Légiflation. Les Arrêts du
Confeil de nos Rois , les Lettres de petite
Chancellerie , les cahiers des Étars-Généraux
les remontrances fur les Enregiftremens , les
prétentions de la Cour de Rome , la liberté de
164
MERCURE
P'Eglife Gallicane , le Droit Écrit , les Ordonnances
d'Orléans , de Moulins , de Blois , &c.
& c. & c.
M. de Chabrit traite tous ces objets avec fa
précifion ordinaire ; & comme la plupart de
ces Loix ne touchent ni aux droits de l'homme ,
ni aux droits des François , comme elles font
peu connues , ou d'une application rare , la
concifion de M. de Chabrit ne mérite ici que
des éloges. Pourquoi parleroit- on longuement
de Loix oubliées ? Il faut favoir gré , par exemple
, à l'Auteur , de n'avoir pas traité d'une
manière contentieufe la queftion de l'Enregiftrement.
Que les hommes difputent avec
chaleur , avec courage fur les droits éternels
de l'homme , à la bonne heure ; mais il n'eſt
pas raifonnable de mettre la même chaleur à
défendre des ufages qui défendent mal ces
droits éternels. D'ailleurs , c'eft porter les
doutes de l'Hiftoire dans l'évidence des fentimens
du coeur humain . Quand Locke , Sydney
, Montefquieu parlent , quand ils difcue
tent les droits du genre- humain , le genrehumain
leur doit attention & filence . Quand
Blackftone commente une Loi d'Édouard III ;
quand Domat cherche dans Moïfe la nature
du Gouvernement François , c'eft l'affaire des
Jurifconfultes , & il n'appartient pas aux Gens
de Lettres de parler de pure Jurifprudence.
M. de Chabrit jette un coup -d'oeil fur la
compilation de Juftinien : depuis quelque
temps on fe permet d'attaquer ce dépôt des
volontés de tant de maîtres du monde Romain,
DE FRANCE. 165
>
ce recueil des penféès de tant de fages : l'efprit
du fiècle eſt tourné a une certaine audace
de jugement qui ne refpecte plus les objets de
la vénération de tant de fiècles & tant de
peuples. M. de Chabrit ne paroit eftimerni Tribonien
ni fon Ouvrage , mais plus fage, il a parlé
avec plus de retenue de ce dépôt immenfe oùily
a tant de lumières , & dont les obfcurités
même impriment le refpect. On pourroit dire
à ceux qui ont parlé un autre langage : Qui
êtes-vous pour oppoſer ainfi votre raifon à la
raifon des fiècles , & vos doutes aux déciſions
de tant d'efprits prefque furnaturels Avezvous
plus d'érudition que les Godefroi , famille
confacrée , pour ainfi dire , de père en
fils à la Jurifprudence , comme ces races de
l'ancienne Égypte , qui ne faifoient éternellement
que la même chofe ? Avez-vous plus
de bon fens que Cujas , dont le nom fixe ,
pour ainfi dire , tous les doutes de la Juftice ,
& ne permet pas aux bras de fa balance de.
refter en équilibre ? Avez-vous plus de génie
que Gravina , Gravina , favant comme Papinien
, éloquent comme Platon , Gravina
qu'on auroit pu prendre , lorfqu'on croyoit
aux merveilles , pour un ancien , reffufcité , &
forti de ces tombeaux qui giffent épars fur le
fel de l'Italie ? Eh bien ! Gravina , Čujas & les
Godefroi vivoient , en quelque forte , à genoux
devant ce Corps de Loix dont vous avez
la témérité de parler avec dédain. Vous ne les
comprenez pas , dites-vous ; elles fe contredifent.
Qu'eft-ce à dire ? Comprenez- vous les
:
166 MERCURE
lo ix de la création , ou les mépriferez -vous
parce que leur fublimité les met fi fort audeflus
de votre intelligence , au delfus de vos
petites idées , fur, Fordre & fur la clarréa
Étudiez ce que vous ne comprenez pas , & me
furez le progrès de votre efprit par les progrès
que vous ferez dans l'intelligencede cette legiflation
, à laquelle prefque tout l'Univers à obéi .
Il faudroit avoir bien de la préfomption
pour croire qu'il foit permis de répondre à
de pareils raifonnemens ; mais ce fiècle rai
fonneur ne raifonne guère , & le talent de la
difcuffion palle pour une pédanterie lorſque
l'audace des affirmations eft portée au comble.
Si on étudie quelque chofe , c'eſt avec un
efprit de critique & d'examen ; on ne veut croire
que ce qu'on fent , & on ne fait pas un feul
argument en forme, pas un feul fyllogifme.Les
efprits attachés aux vieilles doctrines ne fau
roient trop déplorer cette décadence des études
qu'on vante dans les Brochures comme.
la preuve des progrès de la raifon. On parle
toujours de s'avancer: qu'il feroit plus fage de
chercher les moyens de reculer ! O Socrate !
Lhôpital , nous ferons toujours trop loin de
Vos fiècles ! #
3 °. Deux Livres de la Suite de la Légiflation
Françoife jufqu'au règne de Louis XVI ;
le premier , fur les monumens des Coutumes
du pays Coutumier ; le fecond , fur les monumens
des Coutumes du pays de Droit Ecrit.
Ces objets font arides , & leurA, fechereffe ..
effrayé l'imagination : la réflexion , plus cou
DE FRANCE. 167
rageufe , aime à parcourir ces déferts , & deux
ou trois penfées qu'elle y rencontre la frappent
, comme la vue d'un petit nombre d'êtres
animés dans une vafte folitude. Nous invitons
tous les François à jeter les yeux fur l'Hif
toire de ces Coutumes , qui régillent la plus
grande partie de la France. On verra qu'elles
ont été établie par des Serfs , qui venoient à
peine de fecouer leurs chaines , & rédigées
par des Commiffaires vendus au defpotifme ,
qui recueilloient les ufages oppreflifs du peuple
, & jamais fes privilèges. On verra combien
la France a gagné aux révolutions fucceffives
qui ont réuni toutes les branches de .
la puiffance dans une feule main. Heureuſe
deftinée de nos Monarques ! on les en aime
davantage toutes les fois qu'on lit l'Hiftoire de
la Monarchic. Les annales de l'Empire , tracées
par Tacite , ne faifoient pas aimer de même
les Empereurs.
On voit que ce n'eft pas feulement l'Ouvrage
de M. de Chabrit qui avance , mais fon
efprit. Les défauts qu'on lui avoit reprochés fe
font tous adoucis ; cependant on les apperçoit
encore. Qu'il s'abandonne davantage au cours
naturel de fes idées , il ne nous donne que des
réfultats ; qu'il nous donne à la fois & des réfultats
& des développemens ; qu'il s'étende
davantage fur toutes les parties de fon ſujet ,
& il fentira fon efprit s'affouplir & s'agrandir
dans ces libres déploiemens. Le Phrafier ne
fait que délayer les idées lorfqu'il veut les
développer ; l'homme d'efprit ne les dévelop
168 MERCURE
pe que par de nouvelles idées , que par des
fentimens heureux ajoutés à des vûes intéreffantes
, que par des comparaifons , par des
images qui mettent la penfée fous les yeux.
Le monument de M. de Chabrit s'élève;
qu'il fonge que c'eft au faîte fur - tout qu'il
faut répandre les beautés , les feuilles d'acanthe
ou les guirlandes de la colonnade. On n'a
befoin que de dire une chofe à M. de Chabrit ;
c'eft que ces embelliffemens lui font permis.
P. S. Au moment même que nous félicitions
ainfi M. de Chabrit de fes progrès , que
nous l'invitions à de nouveaux progrès encore
, une deftinée malheureufe terminoit les
jours de ce jeune Écrivain , & l'entraînoit au
tombeau au milieu de fon Ouvrage & de fa
carrière. Né fans fortune comme prefque tous
ceux qu'une paffion invincible entraîne à la
culture des Lettres ; expofé à tous les befoins
de l'homme , & n'occupant fon efprit que
des befoins des Nations ; le malheur & des
chagrins que le défeſpoir lui a fait trop tôt
juger éternels, ont empoisonné & fini fa vie.
Lorfqu'on le portoit au tombeau , les bienfaits
honorables de l'amitié & du Gouvernement
alloient le chercher dans fa demeure.
Avant même que fes plus intimes amis puffent
connoître combien fa fituation étoit
cruelle , M. le M. de Ch. lui avoit écrit pour
lui offrir tous les fecours qui lui feroient néceffaires.
Deux jours après la mort M. le Ma
réchal de B. lui envoyoit , de la part de M. de
Calonne , un bon pour une gratification fur
le
DE FRANCE. 169
le Tréfor Royal. Ces bienfaits n'ont pu prévenir
la mort , ils honorent fa mémoire ; &
quoiqu'ils rendent fa perte plus fenfible , ils
femblent adoucir ce qu'il y a eu de plus affreux
& de plus cruel dans fa deftinée. Ils empêchent
de penfer qu'un homme de talent , un homme
honnête , & qui a déja bien mérité du Public ,
puifle mourir au milieu d'une ville opulente
, faute de deux ou trois jours d'efpérance.
En lifant M. de Chabrit , on eftimoit
fon efprit , en le voyant on eftimoit encore
davantage fon caractère. Simple de moeurs &
de langage , il n'avoit point ces formes extérieures
qui cachent fi fouvent celle de l'âme.
On voyoit tout de fuite fon caractère , parce
qu'il n'avoit point de manières , & ce caractère
très doux paroiffoit capable de réfolutions
fortes.
C'étoit un véritable Homme de Lettre , vivant
pour le travail , n'ayant que le travail
pour efpérance, & n'attendant de l'avenir que
les Ouvrages qu'il faifoit lui-même. L'énergie
de fon âme fe montroit dans le fyftême de
compofition même qu'il avoit adopté. Il ne
lifoit aucun des Ouvrages qui avoient paru
fur les mêmes objets : jamais il ne vouloit fe
repofer un moment fur les bras des autres :
il vouloit tout tirer de lui-même , & dévoroit
tour feul ces vieux monumens , ces langues
à demi-effacées par le temps , dont beaucoup
d'autres Écrivains ont avant lui déchiffré les
énigmes. Ilfetrouvoit tout feuldans ces déferts,
& il n'étoit point effrayé On peut être furpris
No. 48 , 26 Novembre 1785. H
170 MERCURE
qu'avec tant de courage d'efprit , il eut affervi
fon efprit à copier , non pas les idées , mais
les formes du ftyle de Montefquieu. Montef
quieu feul , peut - être , pouvoit prendre fur
lui un tel pouvoir ; on peut trouver une forte
de grandeur à obéir à un fi grand homme.
M. de Chabrit vivoit peu dans le monde ; mais
Diderot & Thomas étoient fes amis ; quand
on avoit beaucoup vécu avec ces deux hommes
, on pouvoit ne pas fentir vivement le
befoin des autres.
Nous ignorons fi quelqu'un entreprendra
de continuer fon Ouvrage ; mais celui - là ,
quel qu'il foit , fentira mieux alors le mérite
de M. de Chabrit,
PANÉGYRIQUE de Sainte Thérèfe , Réfor
matrice du Carmel , prononcé dans l'Eglife
des Carmélites de Saint Denis , le is
Octobre 1784 ; dédié à Madame Louiſe de
France , par M. l'Abbé du Serre - Figon.
A Paris , chez Lefclapart , Libraire , pont
Notre-Dame , & Berton , rue S. Victor.
LA Reformatrice du Carmel eft fans doute
une de ces âmes privilégiées , pour qui l'ordre
ordinaire des chofes eft étroit & circonfcrit ;
de qui l'extrême fenfibilité ne pouvant fe
renfermer en elle-même , eft forcée de fé répandre
au dehors , & femble dans fon activité
même trouver fans ceffe un nouvel aliment ;
qui , en un mot , dans quelqu'état que le fort
les eut placées , fe feroient élevées au- deffus
de leur fphère , on en auroient brifé les li
mites.
DE FRANCE. 177
Mais plus le nom de Thérèfe éveille , exalte
l'imagination , plus il eft difficile de le célébrer
d'une manière fatisfaifante ; il eft rare
qu'en pareil cas l'éloge fe trouve au niveau de
Fidée qu'on a de l'héroïne. M. l'Abbé du Sérre
Figon a réuni affez de fuffrages pour ſe flatter
d'avoir vaincu cette difficulté de fon fujet.
Nous allons donner une idée de fon Difcours ,
& fuivre avec lui la vie & le caractère de la
Sainte qu'il a célébrée.
Il la préfente fous trois afpects différens ,
& lui alligne " un rang diftingué parmi les
» martyrs , dont elle a retracé les épreuves &
le courage ; parmi les Docteurs de l'Eglife ,
dont elle eut les lumières & les vertus
parmi les fondateurs de fociétés Religieufes ,
» ces illuftres Patriarches, dont elle a renou²
velé les travaux & les fuccès.
25
و د
Le Panégyrifte s'arrête fur les obſtacles
qu'opposèrent long- temps le monde & la nature
à la pieufe vocation de Thérèſe , & qu'il
regarde comme les épreuves de fon martyre.
Prévenue en naiffant des plus riches bénésdictions
du ciel , elle étoit née auffi avec
ce talent & ce defir de plaire fi dangereux à
» l'innocence. La Nature lui avoit prodigué
» tous fes dons , & elle en rehauffoit l'éclat
» par tous les fecours de l'art. Ce n'eft plus
» cette pieufe enfant uniquement parée de la
» modeftie , dont les goûts purs & faints
» étoient tous pour la vertu ; qui avoit déjà
affez de philofophie chrétienne pour être
frappée de ce grand mot : éternité ! éternité !
Hij
172 MERCURE
»
"
و ر
» & qui , jaloufe de faire revivre les anciens
» habitans du défert , fe plaifoit à bâtir &
à réédifier , avec avec un frère chéri , de
petits hermitages , où ces jeunes Anacho-
» rettes retraçoient les Scolaftique & les Benoît.
Son ambition actuelle eft d'élever
l'édifice de la vanité par tous les foins de la
» parure. Les grâces de la beauté , relevées
par les grâces plus féduifantes encore d'un
efprit plein de gaîté & d'enjoûment , commençoient
à lui frayer le chemin des coeurs ,
» & faifoient augurer que par le concert des
qualités les plus brillantes , elle pourroit
» être un jour le défefpoir de fon fexe &
l'idole du notre. »
ود
ود
"
و د
Le goût , la pallion des Romans , dont fa
mère lui avoit donné l'exemple , furent encore
une épreuve dangereufe pour Thérèſe.
Les jours & les nuits étoient confacrés à cette
lecture. Mais quand la Providence l'a arrêté ,
les occupations les plus profanes concourent
à fes projets ; & ce qui femble éloigner
d'elle un coeur qu'elle a choifi , ne fert bien
fouvent qu'à le rapprocher davantage . Ces
Ecrits , que la févérité de la morale chrétienne
interdifoit à Thérèſe , fervoient d'aliment à ſa
fenfibilité , qui devoit être bientôt épurée ,
confacrée par un plus digne objet. Ces lectures
mondaines , en enflammant fon imagination
, fembloient la difpofer mieux à brûler de
l'amour divin ; en un mot , ce qui dans d'autres
coeurs auroit peut-être développé le germe
des pallions humaines , devenoit pour elle le
DE FRANCE. 173
foyer de ce faint enthouſiaſme qui devoit la
rendre le modèle du monde chrétien , & intéreffer
jufqu'au monde profane. En effet ,
Thérèfe étoit douée de cette fenfibilité ardente
& courageufe , qui auroit rempli d'admiration
& d'eftime ceux même qu'elle n'auroit pu
ramener à fes opinions.
C'eft cette exquife fenfibilité qui lui dicta
'ce mot fublime & touchant , que nous avons
été furpris de ne pas trouver dans le Difcours
que nous analyfons , ou dans les notes qui l'ac
compagnent ; ce mot que l'efprit feul n'eût
trouvé jamais , lorfqu'en parlant du diable ,
elle s'écria: Le malheureux, qui ne peutjamais.
aimer !
-
Obfervons ici , ( car fon Panégyrifte n'a
dû voir Thérèſe qu'en Orateur Chrétien ;
mais il nous eft permis de jeter fur elle un
coup d'oeil plus philofophique. ) Obfervons
ici qu'en fongeant au démon , la première
idée qui viendroit à une piété vulgaire , feroit
de le confidérer comme privé de la préfence
de fon Dieu , condamné à des fupplices éternels.
L'âme aimante , l'âme brûlante de Thérèſe
, en fongeant aux tourmens qu'il endure ,
n'en voit qu'un feul qui , à fes yeux , les renferme
tous : Il ne peut jamais aimer !
Revenons au Panégyrique , dont nous nous
fommes un peu écartés fans nous en appercevoir.
Après avoir rappelé les remords de Thérèfe
, après avoir fait connoître , expliqué fes
extâfes , dont nous ne pourrions parler ici fans
témérité , & qui ont fourni à l'Orateur des
Hiij.
174
MERCURE
traits ingénieux ; après l'avoir montrée en
proie au ridicule qu'elle méritoit fi peu , que
La vie extraordinaire fembloit appeler fr
elle , & qui complette les épreuves de fon
martyre , M. l'Abbé du Serre- Figon palle à fa
feconde partie , dans laquelle il repréfente
Thérèſe comme un des Docteurs de l'Églife .
Il jette d'abord un coup-d'oeil rapide fur les
divers ouvrages de fa Sainte Heroine , ouvrages
qui tous portent l'empreinte de fon
âme , le fceau de fon ardente imagination , &
dont quelques- uns ont recueilli des fuffrages
parmi nous , même dans un monde fì peu füt
pour les apprécier. « Ah ! je ne m'étonne plus
» s'écrie l'Orateur , que des hommes diftin-
» gués par la naiffance & par les dignités ,
» ayent recours aux lumières de Thérèfe ;
» qu'elle foit l'Ananie des Pauls , le Docteur
» des Docteurs en Ifraël ; que du fond de fon
» cloître , elle forme à foranon de grands
Prélats , qui femblent dépofer à fes pieds
» la houlette paftorale , & la confultent
» comme un oracle infaillible ; que les arbi-
» tres eux-mêmes de la confcience , de juges ,
» de maîtres devenus difciples , ne rougiffent
» point de s'inftruire à ſon école. »
8
La fameufe querelle fur le quiétifme , qui
divifa deux Prélats illuftres , Boffuet & Fenélon,
& qui par eux partagea toute l'Églife Gal
licane , fournit une anecdote glorieuſe à la més
moire de Thérèfe . Ces deux célèbres rivaux
s'efforçoient à l'envi d'interprêter fes Écrits
en faveur de leurs opinions. "Chacun , comme
DE FRANCE. 275
» dit M. l'Abbé du Serre- Figon , jaloux de la
» mettre dans fes intérêts , veur L'attirer à
» fon parti , & croit , ayant Thérèfe pour
foi , avoir pour foi la vérité & la victoire. »
»
Une chote bien remarquable dans ces ouvrages
, c'est que l'enjoûment & la gaîté s'y
mêlent fouvent au ton , aux myſtères de la
plus haute piézé. Un de fes Ecrits eft intis
tulé le Chateau de l'ame ; c'eſt une fiction
plus pieufe que de bon goût , dans laquelle
elle repréfente l'ame comme un château dont
Karaifon eft la porte. Thérèfe , en adrellant
cet ouvrage à fes Religieufes , leur dit avec
une aimable gué : « Jefpère , mes Soeurs
a que vous trouverez de la confolation dans
» ce château intérieur , où vous pourrez , à
quelque heure que ce foit, entrer, & vous
» promener fans en demander la permiffion à
→ vos fupérieurs. a
Avec quelle grâce elle peint ces fauffes ferveurs
, qui font de l'éclat d'abord pour ſe dé
mentir auffitôt , & qui femblent courir après
les pénitences les plus auftères ! « Il eſt vrai ,
» dit-elle ,, que leurs pénitences durent en
» viron deux jours ; après quoi elles s'imagi
» nent que cela nuit à leur fanté , & qu'après
» une telle épreuve , elles ne doivent plus en
» faire du tout , pas même les pénitences
» qui font d'obligation dans notre Ordre.
» Alors nous n'obfervons pas même les moin
" dres chofes de la Règle , comme le filence ,
و د
quoiqu'il ne puiffe nuire à notre fanté......
" Nous manquons un jour d'aller au choeur ,
Hiv
176 MERCURE
» parce que nous avons mal à la tête ; un autre
jour , parce que nous y avons eu mal ;
» & deux ou trois autres , de crainte d'y avoir
mal , & c. » ""
C'eft cet enjouement aimable & plein de
grâce , qui lui concilioit tous les efprits ; c'eft
par cette aménité qu'elle fe faifoit pardonner
la fupériorité de fes lumières & de fes vertus ;
car , n'en doutons point , on a fouvent befoin
dans les cloîtres de fe faire pardonner ſa ſainteté,
comme on a befoin dans le monde de
faire excufer , par fes manières , fa richeffe ou
fon élévation.
Thérèfe poffédoit cet heureux talent, ou plutôt
ce don précieux. Auffi ayant logé quelque
temps à Alcala , dans le Monaftère des Capucines
, ce que dit d'elle à fon départ la Supérieure
de cette maiſon , eft un éloge bien remarquable
en pareil cas : " Dieu foit béni de
» nous avoir fait connoître une Sainte que
» nous pouvons toutes imiter ! Sa conduite
» n'a rien d'extraordinaire : elle mange , elle
dort , elle parle , & rit comme toutes les
autres , fans affectation , fans façon , fans
» cérémonie ; & l'on voit pourtant bien
» qu'elle eft pleine de l'efprit de Dieu. »
Une Sainte qu'on croit pouvoir imiter , rappelle
ces hommes de génie qui , par leurs
traits les plus fublimes , font dire quelquefois
à leurs Lecteurs : j'en aurois dit autant..
Dans fa troifième partie , le Panégyrifte de
Thérèſe la repréfente comme Réformatrice
du Carmel ; & il prouve qu'elle n'a dû fon
DE FRANCE. 177
ود
fuccès qu'à une conftance infatigable , à un
zèle aulli fage que courageux. L'hiftoire des
fuccès de Thérèfè , dans fes projets de réforme,
conduit naturellement l'Orateur à l'éloge
de cet Ordre refpectable , qui s'eft illuftré encore
de nos jours par la conquête qu'il a faite
fur le monde, en appelant & en retenant dans
fon fein l'augufte Princeffe à qui M. l'Abbé du
Serre- Figon a fait un jufte hommage de fon
Panégyrique. Une anecdote récente fournit
en faveur des Vierges du Carmel , un cadre .
d'éloge dont l'Auteur a habilement profité...
" L'on avoit dit , s'écrie-t'il , ouvrez les cloî-
» tres ; donnez le pouvoir de franchir ces bar-
» rières facrées à la jeuneffe imprudente qui .
» s'eſt immolée dans un âge où l'on s'ignore ;
» aux diverfes victimes du préjugé, du fanatifmereligieux,
& foyez ailures qu'elles verront
» tomber leurs liens avec plus de joie que de
" regrer. Telle étoit la prophétie , & l'on s'at-
» tendoit bien à fon accompliffement : lorf
" que , par un de ces coups d'une Providence-
» adorable dans fes deffeins , les portes du
» Carmel s'ouvrent dans certaines contrées ,.
» & rendent au peuple profane le peuple
faint qui habitoit ces afyles vénérés. Voilà
" donc des efclaves qui fecouent , qui brifent.
leurs chaînes ; des morts qui reffufcitent;
» des fantômes lugubres qui dépouillent leurs
» vêtemens de deuil , & vont ceffer d'attrifter
» la Nature par les fombres dehors de la pénitence
! Dans le moment d'une catastrophe
dont la perfpective feroit riante pours
"3
و ر
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و د
و د
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231
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178 MERCURE
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ן כ
"3.
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» des coeurs moins purs , dans un moment
» favorable à l'amour de la liberté , dont on
» ne fent jamais fi bien le prix que lorfqu'on
» en recouvre les droits après en avoir été
long-temps dépouillé , que feront les dignes
Filles de Thérèfe ? Elles regardent en foupirant
, & avec un oeil d'envie , la terre où
» il eft encore permis à leur mère de faire
régner fes loix réprimantes ; elles s'arra-
» chent à leur patrie pour voler fans délai
» vers ces heureufes contrées , & renouvelant.
» aux habitans du Carmel la demande que fit
» autrefois Abraham aux enfans de Heth :
étrangères parmi vous , leur difent-elles ,
» non par les fentimens , mais par le lieu de
» la naiffance , nous venons réclamer le droit
de vivre , ou plutôt de mourir dans vos
faintes demeures : qu'il nous foit permis de
partager les chaînes que vous portez ,
» fuaire qui vous couvre, le fépulcre où vous
» êtes enfevelies . Tel eft l'unique objet de
» nos demandes & de notre ambition .... Les
prières de la ferveur ne pouvoient man-
» quer d'être exaucées par la charité & le
› zèle. Déjà ces efclaves , qui étoient devenus
ور
د و
>>
le
libres , ont repris leurs fers ; ces morts ref-
» fufcités font rentrés dans le tombeau; l'auf-
» tère légiflation , l'habit pauvre & groffier
» de Therèfe , font préférés aux livrées du
luxe , &c. » >>
Le Panégyrifte de la Réformatrice du Carmel
rapporte , avec raiſon , ce fait comme un
hommage glorieux rendu à fa réforme. A tout
DE FRANCE. 179
ce qu'il a dit de Thérèſe , à ce que nous en
avons ofe dire nous -mêmes , qu'il nous foir
permis d'ajouter un trait qui nous paroit peindre
avec énergie ces faints épanchemens , ces
élans de fenfibilité qui étoient devenus l'exercice
& le befoin habituel de fon coeur , l'âme
de fa vie. Ce befoin de s'élever par la penſée
vers l'objet de fon adoration , cette habitude.
de converfer avec lui , occupoient fi fort
toutes les facultés de fon âme, que la créature
alors fembloit s'identifier avec fon Dieu ; le
refpect fembloit abforbé par l'amour . Dans
un de ces momens , ayant à prier pour quelqu'un
de fa famille , elle commence fa prière
par ces mots , dont on ne peut s'empêcher de
fourire , qui feroient une impiété dans toute
autre bouche , & qui n'annoncent dans Thérèfe
qu'un excès d'amour : « Grand Dieu , fr
» vous aviez un parent qui eût befoin de
» moi , avec quel zèle je volerois à fon fe--
» cours ! eh bien , Seigneur , j'en ai un qui
a befoin de votre aide , je vous la de-
» mande , & c .
">
Voilà de ces traits de caractère qu'on n'invente
point , qu'on n'imite point , & qui font
propres à faire méditer à la fois le Chrétien
& le Philofophe. Nous ne répéterons pas iciles
éloges donnés au Panégyrifte dans la finple
annonce que nous avons faite de fon Dif
cours. Nous ajouterons feulement qu'il·laiffe
defirer un peu plus de précision, & un peu
moins de myfticité , non dans les chofes , mais
dans le ftyle; fa manière eft pittorefque , ani
H vj
1,80, MERCURE
mée , un peu trop fouvent figurée ; défaut qui,,
à la vérité , fe trouve analogue à fon fujet ,
mais dont il doit craindre de contracter l'habitude
. Au reste , ce Panégyrique nous paroît
mériter le fuccès qu'il a obtenu ,
( Cet Article eft de M. Imbert. )
AN ACREON en belle humeur , ou le plus
joli Chanfonnier François , douze Parties ,
formant + vol. petit format. A Paris ,
chez Defnos , Libraire , rue S. Jacques.
f
A
Nous avons un peu tardé à rendre
compte de cette Collection ; mais aujourd'hui
que nous la fuppofons entre les.
mains des Amateurs , on n'en fera que plus
à portée d'apprécier ce que nous croirons
devoir en dire..
Ce Recueil , qui paroît fous le titre général
d'Anacréon en belle humeur , eft composé,
de douze Parties , qui ne laiffent pas d'être.
baptifées chacune de leurs furnoms , comme
les Grâces en Goguettes , la Semaine d'un
Enfant de la Joie , les Escapades de l'Amour,
furnoms qui ne donnent pas une grande,
idée du goût des Rédacteurs. Mais nous préfumons
que le Libraire n'a adopté ces dénominations
un peu bizarres , que pour vendre
ehacun des petits cahiers féparément comme;
des Almanachs.
Les Éditeurs , dans une des Préfaces , car
il y en a à la tête de plufieurs des Parties du
Petit Chanfonnier , qui , en général , n'étoient,
DE FRANCE. 181
guères néceffaires , prétendent que ce Recueil,
fous l'air du badinage le plus décidé , ne
contient que la morale la plus pure & la plus
auftère. Nous ne confeillons pas néanmoins.
d'y chercher précisément cette qualité , à
moins que ce ne foit de la morale à la manière
d'Épicure & d'Anacreon .
Au refte , on y trouve des couplets trèsdignes
de l'un & de l'autre ; & c'eſt quelque
chofe. On regarde communément une chan.
fon comme une chofe très -facile à faire , &
néanmoins les bonnes chanfons ne font pas
communes. Il eft donc inutile d'ajouter qu'il
y en a dans ce Recueil plufieurs foibles , un
peu foibles , très - foibles .
Sunt bona , funt quadam mediocria , funt mala plura.
Pourquoi ? C'est que la plupart des Éditeurs
ne font rien moins que des Gens de Lettres.
VARIÉTÉ S..
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR,
M. LE PRÉSIDENT DE MEINIÈRES . eft mort
le 27 du mois de Septembre. Honoré de fon amitié
, admis dans l'intimité de fes recherches litté
raires , guidé par lui dans un travail important ,
fon Éloge eft ma dette ; mais il me fuffira , pour bien
honarer fa mémoire , de préfenter fa vie.
Jean- Baptiste- François Durey de Meinières , Pré
182 MERCURE
fident Honoraire de la deuxième Chambre des En
quêtes , appartenoit à une famille diftinguée dans
la Robe. Il avoit été reçu au Parlement le 4 Maj
1731 ; il avoit apporté à fa Compagnie trois qualités
qui le rendoient précieux : un efprit cultivé
, une probité ferme & un caractère pacificateur.
Eh ! dans quelles époques la Magiftrature
eut-elle un befoin auffi grand de bons Magiſtrats !
Les fuites trop connues du ſyſtême de Law ,
l'opiniâtreté du Régent , qui avoit renversé toutes
les formes par l'Ordonnance de 1718 , la perfévé
rance du Cardinal de Fleury à foutenir la Bulle
les impôts , les guerres , les conflits de Jurifdictions
les prétentions du Clergé , telles font les luttes
que la Magiftrature eut à foutenir. Quand j'aurai
parlé du genre d'études du Président de Meinieres
, on croira qu'il a dû influer fur les Délibérations
d'une Compagnie à laquelle il étoit fi ten
drement atraché, Quand on faura qu'il n'a rien fait
pour l'ambition , on croira qu'il n'a jamais approuvé
rien d'étranger au bien public. Quand j'aurai dit que
cet homme paisible a fait écrire fous fon portrait :
Silentio gaudet , on pesfera qu'il a approuvé 1 Édit
fi tardif & fi fage de 4 Septembre 1754 , qui fut appelé
la Loi du Silence. Il ne fut plus permis d'attaquer
ni de défendre la Bulle.
Le Président de Meinières obtint fa retraite en
1758. Sa délicateffe ne lui permit point de remplic
une place que fes incommodités l'auroient obligé de
laiffer quelquefois vacante ; car il avoit toujours
pouffé jufqu'au fcrupule l'amour de fes devoirs. Ce
n'étoit point affez d'avoir montré avec quelle affiduité
on doit remplir fes fonctions , il voulut apprendre
à fes Collègues qu'il eft des circonftances cu
la probité ordonne la retraite .
Il étoit né avec une brillante fortune , & avec une
amabilité capable de la lui faise pardonner. La douDE
FRANCE.
183
de ce que
ceur de Ton caractère influa fur fes paffions , qui
furent douces. Il avot une grande moleftie , mais
de celle qui nous arrête aux bornes où le fentiment
l'on vaut feroit de l'orgueil , & qui laiffe la
faculté de bien dire tout ce qu'on veut. Toujours
égal parce qu'il étoit toujours honnête & bon , jamais
défiant , parce que la défiance tient à un peu
de dureté , il fut un fage dans les plaifirs , un fage
dans les peines. Son goût pour les Letres le lia avec
les Littérateurs diftingués , avec le Préfident de
Montefquieu , le Piéfident Hénaut , Voltaire ,
Ame Duchâtelet , MM . de Sainte- Palaye , de Foncemagne,
la Condamine , & dans la fuite avec tous
les Hommes célèbres . Doué d'une mémoire exquife ,
il poffédoit l'hiftoire de tous les fiècles. On pouvoit
le confu¹ter , on trouvoit un Savant exact & fage.
Son cabinet , enrichi de manufcrits précieux , étoit
devenu unique par foixanté années de travail. I
avoit fait des Tables fur toutes les matières , fur le
Droit public , fur les Parlemens , fur les Tribunaux ,
fur les Loix , fur les Pairs , fur le Clergé , fur toutes
les Origines . Cent Volumes in folio , écrits prefque
en entier de fa main, ont fait de fa bibliothèque un
tréfor d'érudition , un dépôt dont la perte feroit irré.
parable . L'ordre , la clarté , la méthode 'ajoutent un
nouveau mérite à cet Ouvrage immenfe . Toutes les
difcuffions font claires , les dates exactes , les origines
débrouillées , les faits appuyés de preuves ; la critique
eft lumineufe & remarquable par fon impartialité.
L'Auteur difparoît toujours . Point de fyfteme , point
de fauffes interprétations , par- tout l'amour du bien ,
par - tout l'amour du vrai . La pureté de ſes principes
décèle l'excellence de fon coeur. Les Savans , les Légiftes
, les Magiftrats comparent les Tables à des
bornes milliaires qui indiquent toutes les routes de
la fcience & de la vérité,
Louis XV connoiffoit le prix de cet Ouvrage , &
1.84
MERCURE
avoit donné au Préſident de Meinières des marques
d'eftime . Un de fes Miniftres voulut acquérir ce
dépôt I offrit trois cent mille livres . M. de Meinières
n'étoit pointtiche alors ; il refufa : il craignit que
le Public n'en jouit plus , & qu'elle ne fervit qu'à
l'inftruction du Propriétaire . Un ami devoit recevoir
ce monument , & répondre à fes defirs en ouvrant
fa bibliothèque à ces Écrivains qui favent toucher àt
de femblables dépôts fans les altérer ni les profaner.
Il a trouvé celui qu'il cherchoit , cet ami qui , en
communiquant fon cabinet , va mériter d'en être le...
poffeffeur.
M. de Meinières travailloit avec la plus grande
affiduité. Il ajoutoit fans relâche à fon Ouvrage , le
rectifioit , l'earichiſſoit. Il étoit journellement confulté
par des Savans & par des Magiftrats. Parmi les
Savans dont le travail eft d'une utilité générale , &
qui le recherchoient , je dois nommer M. de Brequigny,
qui n'a point diffimulé à M. Bertin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , les fecours qu'il en a reçus pour
la Collection des Ordonnances . Je connois d'autres
Écrivains qui fans doute, lui rendront hautement des
témoignages de reconnoiffance. Il eft jufte d'honorer
la fource dans laquelle on a puifé. Comment
M. de Meinières ne fut-il point infcrit fur les liftes de.
nos Académies ? C'est que fa modeftie lui faifoit
prendre autant de peine à fuir la renommée que
d'autres en prennent pour la chereher. Le bonheur
n'eft pas toujours à la fuite du bruit. Il aimoit fi
geu le bruit ! il connoiffoit fi bien la douceur de ce.
repos de l'âme , du vrai dormir du bon La Fontaine !
Mais quand on vit long- temps on n'eft point à
l'abri de quelques revers . Sa fortune fut compromife
; & dans le temps où la penfion que Louis XV
lui accordoit lui devenoit d'une abfolue néceffité ,.
il l'abandonna à des créanciers que fa délicateffe lui.
avoit attirés. C'eft alors qu'il fentit que l'eftime.pu
DE FRANCE. 185
blique eft une feconde fortune qui répare la perte
de la première. Pendant qu'il fe dépouilloit , il confervoit
à des indigens fes bienfaits. Un gouverneur
qu'il avoit donné à fon fils , eut le courage de lui
déclarer que la haine du cloître où il étoit entré malgré
lui, l'avoit engagé à violer fes voeux ; qu'il étoit
tourmenté par fes remords & retenu par la crainte
du châtiment. M. de Meinières le calma , ménagea
fon retour dans fon Couvent. Son pardon le rendit à
la vertu , & il lui affura durant la vie une penſion de
cinq cent liv.
Le Préſident de Meinières a toujours conſervé fa
facilité pour le travail . Il avoit retrouvé fa première
tranquillité; & fi l'on vouloit avoir une idée des
vingt dernières années de bonheur dont il a joui , &
qu'il devoit à des mains chéries , il fuffiroit de tranfcrire
l'infcription qu'il avoit placée fur fon cabinet :
Mufco & amica vivere beatus .
Il lifoit avec une rapidité fingulière. Sa correfpondance
étoit ingénieufe , pleine de fenfibilité ; if
difoit volontiers des chofes agréables , & il y met
toit ce charme dont il étoit doué. Ii favoit qu'il
étoit aimé , & il fe plaifoit à vouloir l'être. Il a vû
pendant fa maladie jufqu'à quel point il avoit
réuffi . Il a prouvé jufqu'au dernier moment qu'il
étoit pénétré des foins de fa famille . Il n'étoit bientôt
plus , fon ceil paroiffoit fixe qu'avez vous ,
lui dit on en fondant en larmes , votre regard eft
celui de l'étonnement. Vous vous trompez , répondit-
il d'une voix mourante , c'eft celui de la reconnoiffance
, & ce furent fes dernières paroles.
Heureux ceux qui appartiennent à un homme de
bien qui fait mériter des regrets auffi publics & auffi
univerfels !
-
J'ai l'honneur d'être , & c. DE MAYER .
786 MERCURE
RÉPONSE à une Lettre de Monfieur de la
Harpe , inférée dans le Journal de Paris ,
du 16 Novembre.
ONNa fans doute eu tort d'attribuer à M. de la
Harpe , dans la partie Politique du Mercure , and
Virginie , qui devoit être repré entée à Fontaine,
bleau , & dont il déclare expreflément qu'il n'eft
pas l'Auteur. On fe feruit empreflé de relever dans
Finftant cette méprife , s'il eût cu la bonté de
Dous en prévenir ; mais on ne peut s'en pêcher
d'être furpris que M. de la Harpe ait adreffé
fes plaintes dans un autre Journal ; comme fi l'on fe
fut refufé à la réclamation qu'il avoit eu foin de
faire ; & fur-tout , quit fe foit permis à cette occaben
des réflexions qui , fi elles étoient fondées ,
pourroient faire tort à un Journal dont le fuccès ne
peut lui être indifférent , puiſqu'il vient d'obtenir une
pention fur le Mercure.
1
39
M. de la Harpe allègue « que l'exactitude
» des faits , le feul mérite qu'on puiffe avoin
* dans une Gazette , & qui semble fi facile ,
eft pourtant, comme tous les autres , devenu affez
rare aujourd'hui . » D'abord , fi l'exactitude des
faits eft le principal mérite d'un Journal Politique ,
il feroit aile de prouver qu'il n'en cft pas le feul ; &
d'ailleurs , parce que , d'après un faux bulletin , on
a imprimé quelques inexactitudes , qui n'offenſent
ni l'ordre public ni l'honneur des particuliers , manque-
t'on toujours d'exactitude ? Eft-il vrai encore
que cette exactitude des faits qui feroit fi defirable
foit aufli facile qu'on voudroit le perfuader ? Et M. de
la Harpe , qui a écrit fur l'Hiftoire , qui a traduit
DE FRANCE. 187
pour
Suétone , n'ignore pas combien les Hiftoriens les
plus véridiques ont eu fouvent de peine à s'affurer
de la vérité Ne fait t'on pas que les plus fimples
faits s'altèrent dans les récits , dans les difcours , &
en paffant de bouche en bouche ? Cerre exactitude ,
qui n'eft pas même facile pour l'Hiftorien com
pofant à loifir, devient d'une extrême difficulté
le Rédacteur d'un Journal Politique qui paroît tous
les huit jours , & qui , par la rapidité de la compo
fition , de l'impreffion & du fervice , ne peut que
s'en rapporter aux matériaux de fa correfpondance ,
fans qu'il lui foit poffible d'en faire un examen feru
puleux dans l'inftant. Mais puifque l'occafion s'en
préfente , qu'on nous permette d'entrer dans quelques
détails fur cette partie Politique , qui , ayant
été réunie au Mercure , en a affiré le fuccès.
Depuis on origine , la partie Folitique du Mercure
a joui d'une faveur conftante , qu'on s'eft efforcé
de mériter , eu donnant de plus en plus à cet Ouvrage
Périodique de l'intérêt & de la variété . Il tient lieu de
toutes les Gazettes , & indépendamment d'un grand
nombre d'articles nouveaux , i renferme le retume
exact des Feuilles publiques dans toutes les langues ,
& d'une correfpondance politique très - étendue.
་ ་ ་
On eft attentif à rectifier fans relâche les inexace
titudes & les erreurs dont les Papiers l'ublics ne
font pas toujours exempts ; à guider , autant que
cela fe peut, le jugement du Lecteur fur les événemens
; à le tenir en garde contre les fauffetés que
font circuler très - fouvent la politique . l'efprit de
parti , les préventions nationales , pour donner le
change à l'opinion publique.
Toutes les fois que les circonftances l'exigent , on
préfente dans ce Journal les détails hiftoriques & de
droit public analogues aux événemens du jour , à
leur origine , au lieu où ils arrivent & à leurs principaux
acteurs . En joignant à ces no:ices , comme
188 MERCURE T
on le fait ſcrupuleufement , tous les traités , actes
publics , mémoires ou négociations importantes , on
prépare à l'Hiftorien des matériaux , & aux Soufcripteurs
une bibliothèque politique , utile à confulter
dans tous les temps.
Enfin , on a tâché de raſſembler les faits avec affez
de liaifon & de méthode , & d'en nouer le fil de manière
à ce que la collection annuelle n'offre pas dé
lacunes , & qu'il fe trouve dans les chofes la même
fuite que dans les cabiers. Il n'eft pas toujours permis
de fuivre cet ordre ; mais du moins on travaille
conftamment à s'en rapprocher , ainfi qu'on a
pu l'appercevoir dans l'article d'Angleterre.
L'événement de la dernière paix a dû néceffairement
changer à un certain point la nature des matériaux
de ce Journal. Quoique moins propre aujourd'hui
à flatter cette curiofité fugitive qu'on
donne aux nouvelles militaires , il eft fufceptible
d'acquérir des avantages plus précieux pour des Lecteurs
qui aiment à s'inftruire. C'eft dans ce but
qu'on y recueille des notions variées & exactes fur
toutes les parties de l'économie politique des divers
États de l'Europe , fur leurs forces , leur population ,
feur commerce , leurs finances ; fur leurs particularités
phyfiques , fur les réformes dans l'adminiftration
& dans les loix . Ces fupplémens naturels d'un
Journal Politique , doivent le faire rechercher par
ceux même à qui la lecture des Gazettes ordinaires
eft abfolument indifférente.
P. S. Le Public étant prévenu que les erreurs qui
fe gliffent dans la partie Politique du Mercure
font toujours involontaires , on aura obligation
aux perfonnes qui voudront bien relever " celles
dans lesquelles on fera tombé , & elles peuvent
être affurées qu'on s'empreffera de les rectifier dans
l'inftant.
DE FRANCE. 189
ANNONCES ET NOTICES.
COSMOGRAPHI COSMOGRAPHIE Elémentaire divifée en Parties
Aftronomique & Géographique , Ouvrage dans
lequel on a tâché de mettre les vérités les plus inté
reffantes de la Phyfique célefte à la portée de ceux
mème qui n'ont aucune notion des Mathématiques ,
avec des Planches & des Cartes , dédiée à Mgr. le
Duc d'Angoulême , par M. Mentelle , Hiftoriographe
de Mgr. Comte d'Artois , de l'Académie des
Sciences & Belles- L : tres de Rouen , de l'Académie
Royale de la Hiftoria de Madrid , Cenfeur Royal ,
&c. , nouvelle Édition in - 4° . grand papier. A Paris,
chez l'Auteur , rue de Seine , n °. 27, Fauxbourg
Saint-Germain .
Le fuccès de la première Edition de cet Ouvrage ,
approuvé par l'Académie des Sciences , & honoré du
fuffrage des premiers Savans de l'Europe , qui l'ont
regardé comme le plus propre à donner dis ilées
élémentaires & précifes de toutes les parties de la
Phyfique célefte , a engagé l'Auteur , en mêmetemps
qu'il en publie une nouvelle Édition in- 8 °.
confidérablement augmentée , à en donner une
in 4°. tirée feulement à cent Exemplaires fur grand
papier raifin,
Cette Edition , deftinée aux Bibliothèques des
Souverains & à celles des riches Amateurs , eft accompagnée
de trois Planches Aftronomiques , d'un
Tableau Chronologique des Rois de France trèsbien
gravé, & de vingt Cartes enluminées dans le
plus grand détail.
De ces cent Exemplaires , cinquante tirés fur pa190
MERCURE
pier vélin de M. Reveillon , feront préparés pour la
rehure fous les yeux de cet eftimable Citoyen ,
par des procédés qui probablement different peu
de ceux dont il a été mention dans le Journal de
Paris , & que l'on pratique ailleurs .
Chaque Volume broché fera de 48 liv.
L'aurre Editien , auffi de cinquante Exemplaires
tirés fur papier fin grand rain de Montargis , avec
les mêmes Planches & les Cartes enluminées , fera ,
chaque Volume broché, du prix de 24 lv.
Elles paroîtront au commencement de Décembre
prochain.
PENSEES fur le Theifme, ou Défenfe d'Ali
Gier-Ber, par l'Auteur des Principes contre l'Incrédulité
, l'un des Titulaires de Académie de Châlons
- fur - Marne. A Paris , chez Cl Simon , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , près Saint Yves ,
& chez Savoye , Libraire , rue Saint Jacques.
Nous répéterons ce qu'a dit juftement le Cenfeur
de cet Ouvrage , qu'il réunit la préciſion , lá
julteffe , la clarté & la folidité des idées .
HERBIER de la France , ou Collection des Plantes
du Royaume , repréfentées avec leurs couleurs naturelles
, leurs détails anatomiques & leurs propriétés
tant en Médecine que dans les Arts , foixanteunieme
Cahier,
Cat Ouvrage intéreffant fe continue toujours avec
le même foin & le même fuccès . Il en paroît un
Cahier chaque mois . On le reçoit franc de poit dans
toute l'étendue du Royaume pour 3 livres , ce qui
eft à raison de 15 fols chaque Epreuve ( il faut pour
cela prendre la Collection entière . ) Les Perfonnes
qui ne prennent au contraire qu'une des divifions de
Cette Collection , telle que l'Hiftoire des Plantes
Vénéneufes terminée, l'Hiftoire des Plantes MediDE
FRANCE. igr
cinales , celle des Champignons du Royaume déjà
fort avancée , celle des Planes aimentaires , des
Plantes propres aux meilleurs fourrages , & c . payent
chaque Epreuve io fols .
Le Public a déjà été averti qu'au premier Février
1786.le nombre des Exemplaires de l'Herbier de la
France feroit fixé pour le tirage à celui des Perſonnes
enregistrées chez l'Auteur , M. Bulliard , rue des
Poftes , au coin de celle du Cheval vert , à Paris , ou
chez Didot jeune , Barrois jeune & Belin , Libraires.
Les Perfonnes qui fe préfenteront plus tard pour faire
Pacquifition de cet Ouvrage en totalité ou en partie ,
voudront bien fouffrir une augmentation de io fuls
par Cahier.
Pour la facilité des Acquéreurs , on leur délivrera à
leur gré deux , trois ou quatre Cahiers par mois
qu'ils payeront à mefure jufqu'à ce qu'ils fe trouvent
au courant des Livraiſons. On ne recevra rien
d'avance des Perfonnes qui habitent Paris , & feulement
une fomme de 36 liv. des Perfonnes de Pro
vince auxquelles on s'eft obligé de faire des envois
affranchis .
J'y Pafferai , peint par Antoine Borel , & gravé
par R. Delaunay le jeune . Prix , 3 liv. A Paris , chez
l'Auteur , rue & porte S Jacques , la porte -cochère
près le petit Marché , n ° . 112 .
Cette jolie Eftampe fert de pendant à la Cachette
découverte , d'après Fragonard , Peintre du Roi , &
fait fuite de grandeur au Mariage rompu & au
Mariage conclu , gravés par le même.
HISTOIRE d'Angleterre repréſentée par Figures ,
accompagnée d'un Précis Hiftorique , fixième Livrai
fon. Prix , 15 liv. A Paris , chez David , Graveur ,
rue des Cordeliers , au coin de celle de l'Obfervance.
Il feroit difficile de mettre plus d'exactitude que
192
MERCURE
M. David dans les Livraiſons des grands Ouvrages
qu'il entréprend.
――
TROIS Quatuors pour deux Violons , Alto &
Baffe ,, par M. Blafius , OEuvre X. Prix , 6 liv. franc
de port. Six Duos pour deux Flûtes ou deux
Violons , par M. Charles Hartman de Saxe . Prix ,
6 liv. A Paris , chez M. Leduc , fucceffeur de M. de
la Chevardiere , rue du Roule , à la Croix d'or ,
n°. 5, au Magafin dé Mufique & d'Inftrumens.
NUMEROS 10 & 11 du Journal de Violon , dédié aux
Amateurs , pour deus Violons ou deux Violoncelles .
Prix féparément, 2 liv .; abonnement , 15 liv. &
18 liv. A Paris , chez M. Bornet l'aîné , Penfionnaire
du Roi , Profefleur de Violon , iue Tiquetonne ,
N°. 10.
VE
TABLE.
ERS & M. le Marquis de De la Monarchie Françoiſe ,
Bièvre, 145 161
La Rofe & le Zéphyr , Fable , Panégyrique de Ste Thérèse ,
147 170
181, 186
Réflexions Phyfiques & Mo- Anacréon en belle humeur , 180
rales fur l'Eternument , 149 Variétés ,
Charadt, Enigme & Logogy | Annonces & Notices , 189
phe , 158
JAY lu
APPROBATION.
, par ordre de Mgr le Garde des Sccaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 26 Novem. 1785. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 25 Novembre 1785. GUIDI
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
RUSSI E.
DE PÉTERSBOURG , le 5 Octobre.
E 28 du mois dernier , on a lancé à l'ALmirauté
, en présence de la Cour , deux
nouveaux vaiffeaux de ligne , Fun de 100
canons, l'autre de 74. Deux autres de cette
derniere force font actuellement fur les
chantiers , & bientôt notre Marine fera refpectable
par le nombre de fes bâtimens' ;
nous n'aurons plus befoin que de matelots , &
d'un grand commerce maritime pour les former.
L'Impératrice a fait publier un nouveaut
Réglement concernant la Nobleife . Par cer
acte important de légiflation , il femble que
notre Souveraine cherche à rapprocher fon
autorité arbitraire & illimitée , de celle plus
douce & moins irréguliere de la Monarchie.
Voici la fubftance de cet Edit fondamental
qui rend à la Nobleffe plufieurs droits naturels
, & lui affure des prérogatives imminen-
No. 45, 5 Novembre 1785.
a
( 2 )
tes , fans y attacher néanmoins aucun pouvoir
politique , capable d'en maintenir la
confervation .
Aucun Noble ne fera privé de fa nobleffe que
par un Jugement légal , & il ne pourra être jugé
que par les pairs . Le Jugement d'un procès criminel
intenté contre un noble ne pourra être
exécuté que lorfqu'il aura été revu par le Sénat
& confirmé par S. M. I. Il fera permis à la Nobleffe
de prendre du fervice chez les Puiffances
d'Europe alliées de la Ruffie , & en général de
voyager dans les pays étrangers , mais à condition
de revenir dans la patrie auffi - tôt après le rappel
formel. L'héritage d'un noble condamné
pour crime ne fera point confifqué ; mais il paf-
Tera à fes héritiers légitimes. La Nobleffe aura le
droit de pofféder des maifons dans les villes , &
d'y établir des manufactures ; mais dans ce cas
elle fera foumife aux loix des villes quant à ces
poffeffions . La Nobleffe pourra faire vendre ,
conformément aux réglemens , les marchandifes
qu'elle fera fabriquer dans fes terres. Elle
jouira de la pleine propriété de fes terres , nonfeulement
de ce que la furface produira , mais
auffi des productions minérales & du droit de pêche
& autres droits fur les étangs & rivieres qui
s'y trouveront. Chaque Noble fera exempt ,
pour fon individu , des impofitions perfonnelles.
La Nobleffe aura le droit de tenir des affemblées
dans les Gouvernemens refpectifs , & d'y
délibérer fur les intérêts communs ; mais les délibérations
& les repréſentations qui auront été
'arrêtées , feront remifes au Gouverneur Général
ou au Gouverneur , & il fera interdit à la Nobleffe
de faire des arrêtés contraires aux loix .
Chaque affemblée dans chaque Gouvernement
( 3 )
-
aura des archives & un fceau particulier ; elle
pourra auffi fe donner un Secrétaire & établir une
caifle particuliere pour fes intérêts. On ne
pourra jamais arrêter quelqu'un de la Nobleffe
Torfqu'elle tient fes affemblées. On tiendra dans
chaque Gouvernement un protocole des familles
nobles qui y font établies ; on y portera d'après
l'ordre alphabétique , le nom des familles , les
mariages , les naiffances , les rangs & les emplois.
La premiere partie de ce protocole fera deftinée
l'enregistrement des familles qui prouveront
une nobleffe de cent ans , & de celle que nous ou
nos fucceffeurs au trône , ainfi que d'autres Monarques
auront gratifiées d'un diplome de Nobleffe
; la feconde fervira à l'enregistrement de
le Nobleffe Militaire . Tous les Officiers de
l'armée , qui ne font pas nobles de naiflance ,
deviendront nobles par le fervice ; il leur fera
délivré des patentes de Nobleffe qu'ils tranfmettront
à leur postérité légitime . La troisieme renfermera
la Nobleffe des huit premiers rangs ;
c'eft à - dire , tous les Employés nationaux ou
étrangers , qui ont un brevet ou rang dans les
huit premieres claffes de l'Etat ; ces employés &
leurs enfans légitimes , quoiqu'ils ne foient pas
nobles de naiffance , jouiront de toutes les prérogatives
de l'ancienne Nobleffe. La quatrieme
contiendra toutes les familles étrangeres . La cinquieme
, les familles titrées ou brevetées ; & enfin
la fixieme partie , les anciennes familles nobles
qui pourront prouver plus de cent ans de nobleffe
, & dont l'origine fe perd dans l'obscurité
des fiecles précédens . Les families prouveront
leur nobleffe par des titres originaux ou des
copies dignes de foi ; le Maréchal du Gouvernement
& les Députés de la Nebleffe feront chargés
d'examiner les preuves , qui doivent confifter dans
a 2
( 4 )
les pieces fuivantes : favoir , Lettres de Nobleffe
accordées par nous ou nos prédéceffeurs ou
d'autres têtes couronnées ; armoiries données par
des Souverains ; brevet pour un emploi qui donne
rang de nobleffe ; pieces qui atteftent que les
aïeux de celui qui fait preuve ont été décorés d'un
Ordre équestre de Ruffic ; Lettres de conceffion)
des terres ; conceffions des fiefs ; lettres , ordres
ou inftructions qui atteftent que les aïeux de
celui qui fait preuve ont été employés dans les
affaires d'Etat , comme Ambaffadeurs , Minif
très , & c.; pieces qui prouvent des fervices nobles
ou des poffeffions de terres . Les Officiers fupérieurs
, qui ne font pas nobles de naiffance , auront
la nobleffe pour eux & pour ceux de leurs
enfans qui font nés lorfqu'ils avoient le grade
d'Officier ; fi leurs enfans font venus au monde
antérieurement à cette époque , la nobleffe ne
fera accordée qu'à un des fils que le pere aura
choifi. Les enfans des Employés civils avec
rang d'Officier fupérieur , ne feront pas nobles ,
la nobleffe de leur pere ne devant être que perfonnelle.
Cependant lorfque l'aïeul , le pere & le
fils auront eu des emplois qui donnent la nobleffe
perfonnelle , leurs héritiers pourront demander
la nobleffe héréditaire .
Donné au Sénat le 29 Avril 1785.
L'original eft figné de la propre main de l'Ins
pératrice.
( L. S. ) CATHERINE ,
NE..
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 22 O&obre.
Le Magiftrat de Riga vient de rendre
( 5 )
une Ordonnance qui oblige tous les com
merçans de tenir leurs livres en regle , & de
les fermer à la fin de l'année. Ceux qui le
négligeront , & qui déclareront leur infolvabilité
, feront pourfuivis comme banqueroutiers
frauduleux.
Le nombre des bâtimens arrivés cette année
dans le port de la même ville monte à
683 , & il en eft parti 618 .
Les 11 gabarres Françoifes qui y étoient
venues , ont chargé dans ce port 311 mâts ,
beaucoup de bois de conftruction , du chanvre
, da lin & du feigle ; les droits de douane
qu'elles ont acquitté , montoient , d'après
le cours , à 10,034 roubles & 45 copeiks.
Voici un état de l'or & de l'argent importés
à Petersbourg pendant l'année 1784 Monnoie
de Ruffie en or 85 roubles , en argent
2,013 ; or étranger , en barres , fix livres péfant
, évalués 2,090 roubles ; en ducats ; 4 liv.
péfant , & 24 folot , ou pour 1,500 roubles ;
argent étranger , en barres , 47 pouds , & 32
livres péfant , ou pour 45,3 20 roubles , & 40,300
écus d'Albert , ou pour 56,900 roubles .
On lit dans le Porte feuille hiftorique l'état
fuivant de l'armée de terre Efpagnole.
Capitaines Généraux , 3 ; Lieutenants- Généraux
, 52 ; Maréchaux - de- Camp , 67 ; Brigadiers
, 129 ; Infpecteurs - Généraux , 6 .
Maifon du Roi.
Gardes-du- Corps , 3 Compagnies , Gardesdes
Hallebardiers ; Gardes - à - Pied Espagnols
Bataillons ; Gardes-à-pied Wallons , 6 Bataila
3
( 6 )
·
Ions ; Brigade de Carabiniers du Roi ; 4 Ef
cadres.
Infanterie.
Chaque Régiment eft de deux Bataillons.
Régiment du Roi ; Régiment du Prince
Royal; Gallicie ; Savire ; Corogne ; Afrique ;
Zamore ; Soria ; Cordova ; Guadalaxara ; Seville ;
Grenade ; Victoria ; Lisbonne ; Espagne ; Tolede
; Mayorque ; Burgos ; Maria ; Léon ; Ir-
Jande ; Cantabrie ; Afturie ; Ceuta ; Navarre ;
Hibernia ; Altonia ; Aragon ; Oran ; Volontaires
d'Arragon ; Catalonie , deux Régimens ;
Amérique ; Princeffe ; Eftremadura. Régimens
Italiens , Naples , Milan. Régimens Wallons ,
Flandre , Brabant , Bruxelles. Régimens Suiffes ,.
Bruch , Saint-Gall , Ehaler , Bontchard.
Artillerie. $
Ce Corps eft compofé de 5 bataillons & d'une
Compagnie de Cadets Gentilshommes . Le nombre
des Officiers eft de 72. Le Corps du Gé
nie a 10 Directeurs , 10 Colonels , 20 Lieutenants
-Colonels , 30 Capitaines , 40 Lieutenants-
Capitaines & 40 Adjudans.
Cavalerie.
Chaque Régiment eft compofé de 4 Escadrons.
Le Régiment du Roi ; de la Reine ; du Prince ;
Infant ; Bourbon; Farneſe ; Alcantara ; Eſpagne ;
Algarve ; Calatrava ; Sanjago ; Montefa ; Granada
; Volontaires. Dragons du Roi ; de
la Reine ; Almanfa ; Paire ; Villaviciofa ; Sagunto
; Numancia ; Lufitanie.
-
Les Régimens de la Milice Provinciale font
au nombre de 42 , chacun d'un Bataillon . Le
Régiment de la Milice réglée de Mayorque ,
eft compofé de 2 Bataillons.
Milice des Villes : à Cadix , 20 Compagnies :
à Puerto de Santa - Maria , 9 ; à Saint Roch ,
( 77 )
13 ; à Carthagene , 9 ; à Zeata , 5 ; à Badajoz ,
14 ; à Albuquerque , 8 ; à Alcantara , 6 ; à
Valence , 7 ; à Corogne , 12 ; à Cividad - Rodrigo
, 9 & à Tarifa , 4 .
à
Compagnies de Garnifon : une de Fufiliers ,
Sant -Roch ; une de Cavalerie de Lanzas ,
Ceuta ; une de Cavalerie de Moros-Almogatages
, à Oran , & 10 Compagnies fur la côte
de Grenade .
Le Corps des Invalides eft composé de 46
Compagnies & réparti dans les Provinces.
DE VIENNE , le 21 Octobre.
Le Comte Rewitzki , ci- devant Miniftre
Impérial à la Cour de Berlin , eft ici depuis
quelques jours. Il a été préſenté à l'Empereur
par le Prince de Kaunitz , & il attend
fes inftructions & lettres de créance pour fe
rendre à Londres , en qualité de Miniftre plénipotentiaire.
.
Le 12 , le Prince Gallitzin , Ambaſſadeur
de Ruffie , reçut un courier de Péterfbourg
, qui lui apporta , dit- on , des inftructions
, en ertu defquelles il eut le lendemain
une longue conférence avec le
Chancelier Prince de Kaunitz . Il remit à ce
Miniftre , à ce qu'on prétend , la réponſe de
l'Impératrice de Ruffie à la déclaration du
Roi de Pruffe , dont nous avons donné le
contenu .
On continue à s'entretenir d'une alliance
entre les Maifons d'Autriche & de Saxe ,
par le mariage du Prince Antoine de Saxe
avec l'Archiducheffe Marie Thérefe de
Toſcane. On fait honneur de ce projet qui
a 4
( 8 )
n'eft pas confommé , aux Electeurs de Cologne
& de Treves. Jufqu'à préfent le Prince
Antoine Clément , frere de l'Electeur ,
eft héritier éventuel de l'Electorat.
A peine le Comte Scaffgotfch , nouvel
Evêque de Budweis en Bohême , a - t- il été
inftallé dans fon diocefe , qu'il a fait enle
ver toutes les colombes attachées au haut
des Autels , & fymboles de la Trinité. Il a
de même défendu aux Curés de laiffer re
préfenter ce grand Myftere à l'avenir , autrement
que fous l'embléme d'un triangle
avec le mot Jehova.
Les Dominicains du Couvent fupprimé
de Budweis , recevoient 15 creutzers par
jour pour leur fabfiftance. La modicité de
ce pécule les ayant réduits à mendier ou à
mourir de faim , ils le font adreffés à l'Empereur
qui a accordé à chacun d'eux une
penfion de 200 florins par an , à prendre
fur la caifle de religion .
En conféquence de la réfquution de S. M.
I. de ramener l'ancienne difcipline de l'Eglife
, le Cardinal Migazzi , Archevêque de
Vienne , & Evêque de Waitzen en Hongrie ,
a été obligé d'opter entre ces deux bénéfices
, & de réfigner le dernier . Ce Prélat a
fait un nouvel effort pour éviter cette alternative
; il a préſenté , dit on , à l'Empereur
un Mémoire en ces termes , & auquel
5. M. I. a fait la réponſe annexée .
( و )
MOTIFS
De fon Emin. pour con-
Server l'Evêché de
Waizzen.
I. Feue Sa Majesté
I'Impératrice avoit donné
l'Evêché deWaizzen
à Mgr. le Cardinal &
Evêque de Vienne ,
Comte de Migazzi
pour en jouir . jufqu'à
fa mort ; & le Pape
avoit dans le temps
confirmé cette nomination.
"
IL M. le Cardinal
quand il fut fait Ambaffadeur
en Espagne ,
a été contraint de faire
des dettes, qui ont obligé
les biens de fa famille.
III. Mgr . le Cardinal
a employé 600 mille
florins pour l'embelliffement
de la Ville
& de l'Evêché de Waiz
zen .
IV. Le Cardinal eft
-Magnat de Hongrie ,
& comme tel on ne
peut lui retirer fon
Evêché , fans lui faire
fon procès.
REPONSES
De Sa Majeſté Impériale
& Royale.
Mes Prédéceffeurs ont
pu faire ce qu'illeur a plu;
& moi jefais auffi cequ'il
me plaît. Quant à la confirmation
du Pape ,
ne peut porter que fur ce
qui exifte , & non fur ce
qui n'existe plus .
elle
Il eft connu d'un chacun
que jamais ni Mr.
le Cardinal ni fa famille
n'ont eu de patrimoine.
J'ignore l'emploi de
ces 600 mille florins ;
mais je fuis certain que
le Cardinal a retiré de
fon Evêché au-delà de
deux millions.
Et moi je fuis Roi de
Hongrie , & comme tel ,
je fais ce que j'ai à faire
avec mes Magnats.
a s
> i
( 10 )
V. Il est vrai que le
Saint Concile de Trente
défend de pofféder plufieurs
Evêchés ; mais il
fait une exception inter
viros illuftres & fummè
doctos.
Mr. le Cardinal n'eft
ni dans l'un ni dans l' autre
de ces cas. Illuftres
s'entend des fils des Roiss
quant à l'autre point , j'en
fais juges les habitans de
Vienne.
Le Comte de Bathyani , Evêque d'Hermanſtadt
, a établi dans cette ville une Académie
, dont il a lui-même rédigé les ftaturs
. Cette Société lavante doit s'appliquer
d'abord aux recherches fur l'hiftoire & fur
Fétat phyfique de la Hongrie & de la Tranfylvanie
, dont elle devra donner une defcription.
Elle s'occupera enfuite de l'hiftoire
diplomatique du pays ; enfin de mémoires
fur toutes les Sciences la feule
Théologie exceptée.
La Régence de la haute Autriche , dans
le but d'étendre la culture de l'efpece d'indigo
, nommé Schmalt dans le
pays , a établi
fur tous les indigos étrangers un droit de
fix florins par quintal , qui fera perçu du
premier Novembre prochain.
Au fameux Edit du 30 Août 1782 , rendu
par l'Empereur , pour fixer la légiflation
matrimoniale , il faut joindre une nouvelle
Ordonnance qui vient d'être publiée fur le
même objet.
Nous Jofeph II. &c . & c. &c. La Patente du
30 Août 1782 concernant les fiançailles , & l'Orf
( 11)
donnance rendue le 16 Janvier 1783 concernant
les caules matrimoniales , continu ron ; de fervie
de loi & de regles générales pour toutes les fiançailles
faites & les contrats de mariage paffés
dans nos Etats; mais pour tout contrat , promeſſe
de mariage & fiançailles qui fe feront par nos fu
jets dans les pays étrangers on fe conformera
exactement aux loix , réglemens & principes fuivans.
I. Toute promeffe ou contrat de mariage fait
par quelqu'un de nos fujets dans quelques nations
étrangeres que ce puiffe être , doit être & fera effet
vement comme non valable dans tous les
Etats de notre dépendance .
II. Tous nos vaffaux ou fujets , encore mineurs
& toutes perfonnes Militaires à notre fervice , ne
pourront auffi contra &er dans les pays étrangers
aucun mariage valable dans nos Etats , qu'autant
que pour ce qui regarde les mineurs ils en au
ront indifpenfablement obtenu le confentement ,
foit de leurs peres , grands - peres , tuteurs ; &
pour ce qui concerne les perfonnes Militaires ,
qu'autant qu'elles en auront eu la permiffion du
Régiment , du Corps dans lequel elles ferviront ,
ou des perfonnes chargées de la juriſdiction ſupérieure
fur les Corps Militaires.
III. Dans le cas que les e mrêchemens ſpécifiés
dans l'Ordonnance matrimoniale , paragraphés
10 , 11 , 13 , 15 , 17 , 18 , 19 & 20 , fe rencontrent
, aucuns de nos fujets ne pourron non plus
contracter dans un pays étranger un mariage valable
dans nos Etats.
Dans le cas qu'on ait négligé de faire la publication
des bans , ou de fe procurers difpenfes
prefcrites à cet égard par les loix matrimoniales ,
le mariage contracté par quelqu'un de nos fujets
a 6
( 12 )
dans une nation étrangere ne fera invalide pour
nos Etats , qu'autant que la fufdite publication
des bans aura été d'obligation dans l'endroit oû
le mariage a été conclu , ou qu'autant qu'on ne
fe fera pas procuré les difpenfes néceffaires conformément
aux loix du pays & de la maniere dont
elles les prefcrivent.
IV. Pour ce qui concerne la maniere dont la
bénédiction nuptiale doit être adminiftrée , tous
ceux de nos fujets qui pourroient contracter un
mariage dans un pays étranger , ne font pas
obligés de fe conformer à cet égard aux loix prefcrites
dans nos Etats ; mais il fuffira qa'ils fe conforment
à celles du pays dans lequel ils recevront
la bénédiction nuptiale.
Donné dans notre Capitale le 16 Septembre 1785 .
Le Gouvernement royal de Hongrie a
fait publier dernierement une Ordonnance
datée du 7 Septembre , & portant en fubftance
:
Que S. M. a toujours eu pour but qu'au .
cuns de fes fujets contribuables ne fuffent expofés
aux moindres oppreffions , ou vexations
quelconques , entierement contraires aux loix ;
qu'on rendit à chacun d'eux avec la promptitude
& l'exactitude poffible la juftice qui leur
étoit due ; qu'en outre elle avoit trouvé abfolument
contraire à tout ordre judiciaire , que la
perfonne qui fe préſente en juftice en qualité
de demandeur , ou qui y eft appellée comme
partie y paroiffe appellée comme Juge
ainfi qu'il arrive ordinairement dans toutes le
caufes cù il eft queftion des droits des Seigneurs
que d'ailleurs l'expérience n'a que trop démon
>
( 13 )
tré que l'affiftance qu'avoit dû donner le fifc,
en pareil cas , n'avoit que foiblement rémédié
à ce mal ; qu'au contraire la procédure par ce
moyen n'avoit été que prolongée & foumife à
des difcuffions & des recherches , qui d'un procès
fommaire de fa nature , en avoient fait un
procès de longue durée. 3 .
Ainfi done , pour couper entierement la racine
de cet abus , & abolir une maniere de
procéder fi oppofée au contenu & au but général
des loix , S. M. a gracieufement réfolu
& veut expreffement qu'à l'avenir , toutes plaintes
& procédures concernant les droits Seigneuriaux
, foient portées immédiatement comme
en premiere inflance , ou par les Magiftrats du
Fife , ou par des Avocats choifis par les vaffaux
mêmes , au Tribunal du Comitat fous le reffort
duquel la conteftation fe fera élevée ; &
qu'en conféquence dorénavant aucunes caufes
pareilles , dans lefquelles la Cour Seigneuriale
fera mêlée , ne pourra être portée à la juftice
des Seigneurs , qui n'aura que la feule faculté
de connoître des conteftations purement civiles
entre vaffaux ou autres fujets , dans lesquelles ladite
Cour Seigneuriale n'aura aucun intérêt .
Par cette nouvelle forme de procéder non - feulement
l'Adminiftration de la Juftice fera plus
prompte & plus exacte , mais auffi les fentences
du Tribunal du Comitat , comme premiere
inftance , feront appuyées fur des principes plus
furs.
On apprend de Temefwar , qu'on vient
de punir féverement à Belgrade une révolte
qui s'y étoit élevée , & dans laquelle 150
perfonnes ont perdu la vie. Le Pacha a fait
( 14 )
exécuter 32 féditieux , dont le fupplice futannoncé
par autant de coups de canon , entendus
même de Temelwar.
Vers la fin du mois de Septembre , le
jardinier Boos , qui , par ordre de l'Empereur
, avoit accompagné le Profeffeur Moerter
dans l'Amérique Septentrionale , en eft
revenu avec plus de mille plantes Américaines
que l'on a placées fur le champ dans
le jardin botanique de Schonbrunn . Indépendamment
des plantes , ce jardinier avoit
encore avec lui des oifeaux & plufieurs
quadrupedes vivans .
L'année derniere on comptoit dans cette
Capitale 12 , 600 négocians , fabriquans
banquiers , artiſtes & artifans , & 50 ;400
ouvriers & apprentifs.
Les ordres pour le retour des troupes en
marche vers les Pays bas , & de plufieurs
reglemens qui y étoient arrivés , ont été expédiés
immédiatement après les dernieres
dépêches de Paris. Les régimens de Cavalerie
de Tofcane & de Czartorinski retourneront
dans la Hongrie.
Un Décret de la Cour , du 22 du mois
dernier , publié dans la baffe - Autriche le 30 ,
a porté à 15 kreutzers les droits de fortie
pour chaque lievre ; le but de ce Décret eft
de remédier à la cherté des peaux de cet
animal , qui commencent à devenir raves .
L'Empereur , pour empêcher l'abus que
( 15 )
les Marchands pourroient faire des paffe
ports & des permiffions qui leur ont été accordés
pour l'introduction des marchandifes
étrangeres , qu'ils ont demandées avant la
prohibition du 27 Août de l'année derniere ,
a fixé le 31 Décembre prochain pour le dernier
terme de ces permiflions & paffeports ,
après lequel ils ne vaudront plus.
DE FRANCFORT , le 27 Octobre:
Le Roi de Suede a nommé le Baron d'Ochfenftiern
, Confeiller de légation à la
Cour de Drefde , fon Miniftre pléniporentiaire
auprès de la Diete générale de l'Empire.
On a célébré à Hildbourghaufen le mariage
du Duc regnant de Saxe-Hildbourghaufen
avec la Princeffe Charlotte Georgette
Louife Frédérique de Meklenbourg-
Streliz , fille aînée du Prince Charles , Duc
de Meklenbourg Streliz .
Le premier de ce mois , un incendie s'eft
declaré à Weimar au milieu de la nuit. A
force de travaux on eft parvenu à l'éteindre
fans qu'il ait café de grands ravages. Deux
maifons cependant ont été entierement incendiées.
D'après un état que l'on dit ex & , on compte
dans les Provinces fuivantes de 1. Maison d'Autriche
223,100 individus de la Nation Joive ;
favoir , 157,000 dans la Gallicie & la Lodo(
16 )
merie ; 36,000 dans la Bohême ; 24,000 dans
la Moravie ; 2,080 dans le Mantoue ; 1,530 dans
le Tyrol & l'Autriche Antérieure ; 800 dans
la Silefie ; 570 dans la Baffe-Autriche ; & 400
à Graz & à Gradifca.
9
Une des plus fortes fabriques de foieries
à Roveredo a fait une banqueroute de
300,000 florins ; le commerce de Botzen en
perd la moitié .
On apprend de la haute- Autriche , qu'il
y regne dans les forêts une eſpèce de maladie
, qui attaque fur tout les arbres de
bois blanc. Ils deviennent galeux , & dépériffent.
On a été obligé de couper plufieurs
bois , afin d'arrêter le progrès de cette finguliere
contagion.
Plufieurs Feuilles publiques Allemandes
ont rapporté l'anecdote fuivante , que nous
tranfcrirons fans la garantir.
Le nommé Henfis , François de nation ,
& maître Serrurier à Lemberg depuis la
paix de 1763 , époufa pendant qu'il fervoit
encore au régiment Impérial de Tillier , une
femme de l'Electorat de Treves , que des
démêlés & des procès de famille avoient
forcée de quitter fa patrie. Cette femme
qui avoit toujours eu grand foin de cacher
fon origine à ion mari , eft une Baronne de,
Schwerdlorf. Elle reçut il y a quelque tems des
lettres de fon pays , qui l'invitoient à revenir ,
&à prendrepoffeflion de fon héritage , confiftant
en 2 châteaux , 2 bourgs , 7 villages &
'( -17 )
dépendances. Ces nouvelles l'ayant déterminée
à faire un voyage dans fa patrie , elle
a été reconnue bientôt après fon arrivée
pour la feule héritiere de la famille de
Schwerdlorf, dont la fucceffion entiele lui
a été remife . Cette grande fortune n'a point
changé fes fentimens envers fon mari & fes
enfans. Elle eft retournée à Lemberg pour
les y chercher , & pour partager avec eux .
fa riche fucceffion.
D'après un état imprimé de cette année ,
l'armée du roi de Pruffe eft compofée de 192,377
hommes , dont 152,829 d'infanterie , & 39,545
de cavalerie. Le corps d'artillerie eſt de 11,582
hommes , & les Pentoniers font au nombre de
2900. Cette armée eft répartie de la maniere ſuivante
, favoir : dans le Magd bourg 39,184 hommes
d'infanterie , & 4,930 de cavalerie ; dans
la Pomeranie 10,582 d'infanterie , & 7,669 de
cavalerie ; dans la Pruffe 19,424 d'infanterie ,
& 21,470 de cavalerie.
L'année derniere il fut exporté des magafins
royaux de la Siléfie 2493 ballots de
toile , évalués à 1,516,576 rixdalers. Indépendamment
de la toile , il a été exporté
beaucoup de linons , batiftes , crêpes" ,
draps , garance , blé ; on évalue le total de
tous ces articles à 6 millions de rixdalers ,
dont 4 pour les toiles , linons , & c. un
tiers pour draps ; un tiers pour garance , &
un tiers pour blé.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 3 Octobre..
Les dernieres lettres de Tripoli , en date
( 18 )
des premiers jours de Septembre , "annonçoient
d'affreux ravages de la pefte dans
cette Régence Barbarefque. Tous les Miniftres
du Bey , le frere de ce Prince & deux
de fes fils en étoient morts ; enfin on comptoit
30,000 victimes , entre leſquelles 3300
Juifs.
Ces mêmes lettres expriment en ces termes
un nouvel exemple de piraterie impunie.
Un Pirate de la Morée jetta l'ancre dans notre
port, fe difant Tunifien & envoyé en croifiere contre
les Vénitiens. Son navire étoit monté de
douze pieces de canon ; il avoit à fon bord un
Capitaine Vénitien & trois Matelots qu'il avoit
fait esclaves, après s'être rendu maître du navire .
Peu après fon arrivée , nous vîmes jetter l'ancre
à une petite efcadre compofée d'un vaiffeau de
Guerre de 60 canons , d'une frégate de 44 , &
d'un chébec de 18 , fous pavillon Mahometan .
Nous fumes bientôt par le Commandant , que
c'étoit une efcadre envoyée par le Capitan- Pacha
à la pourfuite de ce Pirate , qui s'étoit rendu
coupable des plus horribles cruautés . On affure
qu'il avoit pris treize navires de différentes nations
dont il avoit maffacré les équipages . On eft
affuré de cinq ; favoir un François , deux Vénitiens
, un Ruffe & un Ragufan. Le dernier avoit à
bord cinquante Pélerins qui tous furent égorgés .
Le Commandant Turc ayant donné connoiſſance
de fa commiffion au Gouvernement , le Pirate lui
fut livré fur le champ. Il en fit paffer l'équipage
fur fon bord ; mais il donna de fi mauvais ordres
pour s'en affurer , que le quatrieme jour fes Maelots
prirent la fuite & fe refugierent dans un
( 19 )
Oratoire , azyle refpecté & inviolable chez nous.
Ainfi il ne fut pas poffible de les en retirer : l'efcadre
turque fut obligée de mettre à la voile
fans pouvoir les emmener.
"
Quatre, vaiffeaux de guerre Hollandois
ont mouillé hier dans ce port. Ce font les
mêmes qui ont appareillé le 30 Août dernier
, pour accompagner Leurs Majeſtés Siciliennes
jufqu'à Naples. Le Conful Hollandois
, qui réfide ici , s'étoit embarqué à bord
d'un de ces vaiffeaux , & eft revenu avec
eux . On prétend qu'ils remettront dans peu
de temps à la voile , pour fe rendre à leur
deftination .
DE NAPLES , le 7 Octobre.
La Cour a donné des ordres de préparer
la maison de campagne de Caferte , où le
Roi , la Reine & la Famille Royale fe rendront
du 10 au 12 de ce mois. Le Prince
héréditaire ira à Portici , dont l'air eft plus
falubre pour fa complexion dans la faifon
actuelle.
On attend dans peu de Florence la célé
bre Improvifatrice Corilla , que notre Souveraine
a mandée pour affifter à fon accouchement.
On lui prépare en conféquence
dans le Palais un logement qu'elle occupera
pendant fon féjour en cette Capitale.
GRANDE - BRETAGNE
DE LONDRES , le 22 Octobre.
Le Jupiter de so canons , que l'on répare.
( 20 )
1
actuellement à Sherneff, eft deftiné à la ftar
tion des Ifles , où il remplacera le vaiffeau
monté par le Chevalier Richard Hughes qui
fe trouve à Antigoa. On changera de même
les autres bâtimens fous les ordres de cet
Amiral. De jour en jour , on attend l'Amiral
Campbell qui a dû appareiller de Terre-
Neuve le 25 du mois dernier , & dont l'efcadre
eft compofée du Salisbury de so can. ,
de la Winchelſea de 32 , du Thorn de 14 , &
du Pélican de 12 canons .
Voici l'état de nos vaiffeaux de guerre ,
actuellement en ftation dans toutes les parties
du monde .
Dans l'Inde , 3 vaiffeaux de ligne , 1 de 50 ,
3 frigates , 2 floops.
En Afrique , de ro , & 2 floops .
Dans la Méditerranée , 1 de 50 , 7 frégates ;
& 2 floops.
En Amérique , à la ftation de Halifax , I de 50 ,
2 frégates , 11 floops .
A Terre Neuve , 1 de 50 , 2 frégates , s floops.
Ala Jamaïque , 1 de 50 , 3 frégates , 7 floops ,
& deux aliéges.
Aux Iles du Vent ; 1 de 50 , 4 frégates , 9
floops , & un cutter pour porter & rapporter les
dépêches.
La Croifierefur les côtes d'Angleterre , 7 frégates ;
zo floops , & 13 cuiters , vaiffeau de garde dans
les différens Ports.
A Portſmouth , 7 vaiffeaux de ligne , dont I
de 90 , 5 de 74 , & I de 64 ..
A Plimouth , 8 vaiffeaux de ligne , dont 4
de 74 , & 4 de 64 .
A Chatham & Shurnofs , 1 de 74 & 2 de 64•
( 21)
Total des vaiffeaux , mis en fervice au premier
Octobre , 21 vaiffeaux de ligne , 7 de so , 28
frégates , 61 floops & .16 cutters , en tout 13.3 .
Le dernier paquebot , arrivé des Indes-
Occidentales , a confirmé la nouvelle qui
s'étoit répandue, d'un ouragan furieux , dont
plufieurs ifles , & fur-tout St. Chriftophe ,
ont été défolées , du 24 au 27 Août dernier,
L'ifle Suédoife de S. - Barthelemi a beaucoup
fouffert & la nouvelle maifon du Gouverneur
, ainfi que beaucoup d'autres , a été renverfée
. Même dommage à la Dominique , &
nombre de navires jettés à la côte . Une lettre
de Baffeterre , dans l'ifle de St.Chriſtophe ,
écrite le 28 , détaille en ces termes les circonftances
de cet ouragan.
Le 24 du courant , nous avons effuyé une des
plus violentes tempêtes que nous euffions eue
depuis celle qui nous fut fi fatale en 1772. Il
avoit fait pendant quelques jours auparavant
une chaleur étouffante. La proximité apparente
des Ifles voisines , & l'apparition lumineufe du
firmament , le foir auparavant , furent des fignes
trop certains d'une prochaine tempête. A environ
onze heures & demie de la nuit le vent
commença à fouffler du nord eft , & continua
en augmentant jufqu'à quatre heures & demie.
Alors il changea tout - à - coup au fud- eft , &
fouffla depuis cinq jufqu'à fept avec une fureur
inconcevable . Il n'y a eu que peu de dommige
de fait dans la ville ; un petit nombre
de vieilles maifons ont été abattues , & la plupart
de : haies emportées. Nous apprenons que le
ravage a été très- confidérable dans la campagne ;
mais tous les détails que nous en ſavons juſqu'à
( .22 )
préfent , c'eft ' que la plantation d'Antoine So
merfall , Sen. Ecuyer , dans la Paroiffe de Sainte-
Anne , Sandy -point , a perdu tous les bâtimens ,
à l'exception de la maifon où il fait fa demeure ;
celle de John St. Léger Douglas , Ecuyer dans
la Paroiffe de St. Pierre , Baffeterre , a été en
partie découverte . Il y a plufieurs autres plantations
qui ont fouffert de cet ouragan , mais
comme nous n'avons pas pu encore en raffembler
les détails , nous les expoferons dans notre
premiere lettre .
"
>
Au moment que la tempête commença , il
n'y avoit que fix bâtimens en rade , qui fe
mirent tous en mer . Le Spooner , Cap .
Loran , a été jetté fur le rivage , & a péri ,
mais l'équipage s'eft fauvé. Le Thomas
Cap . Furber fut jetté à terre & on a fauvé
la cargaison & l'équipage . Le brig la
Venus , Cap. Clarkſon ; le ſchooner le Hafard ,
de M. Priddie , Cap . Gadderer ; le ſchooner
de MM . Stack , & Macnamara , Cap. Lodowick
, furent pouffés au large , & on n'en a
plus entendu parler. Le fchooner la Betfey
de M. Tyfon , Cap , Redftrum , eft à terre audeffous
de la vieille rade .
Autant que nous pouvons juger du dommage.
fait aux cannes à fucre dans cette Paroiffe-ci
nous ne craignons pas de dire que la moitié
de la récolte de l'année prochaine eft perdue.
Les cannes un peu avancées fent entierement
détruites ; & les jeunes rejetons ont été fi battus
par le vent , & tellement brifés , qu'ils ne
s'en releveront pas affez , même avec un beau
tems , pout en tirer la quantité de fucre
que nous en attendions , il n'y a que peu de
jours.
Les chûtes de ballons aëroftatiques dans
( 23 )
la mer , avec leurs conducteurs , deviennent
prefque auffi fréquentes que ces périlleux divertiffemens
. Paffe pour ceux qui s'y expofent,
en ne fe montrantpas pour rien ; mais que
des particuliers plus défintéreffés fe livrent à ces
promenades , bien leur en prend d'eſſayer
leur courage fur des côtes prefque toujours
couvertes de navires. La femaine derniere ,
un Docteur Routh s'eft élevé dans la province
de Suffolk dans un ballon de 36 pieds de
diamêtre. Un peintre , nommé M. Davy , &
Mlle Shuldam devoient l'accompagner . Cette
derniere s'étant trouvée trop pefante , Mme
Hines fon amie la remplaça , fans hésiter , &
tout le cortége , porté dans les airs , le fut
enfuite fur la mer , où un bâtiment Hollandois
le repêcha fain & fauf au milieu des
flots . Mme Hines a foutenu cette immerfion
avec beaucoup de vigueur phyfique & de
fermeté.
Les Portuguais ont été pendant long - temps
favorifés des Chinois à Macao ; mais un événement
qui a eu lieu il y a environ un an , trou
blera probablement la bonne harmonie entre les
deux Nations : voici le fait , tel que le rapportent
divers papiers. Quatre Miffionnaires furent découverts
par les Mandarins dans les Provinces voifines
de Macao , où ils s'étoient introduits par le
moyen d'un Chrétien Chinois , échappé aux
pourfuites des Officiers de Juftice . Les Chinois
prétendirent qu'il s'étoit réfugié dans un Couvent
à Macao , & exigerent des Portugais de le
remettre entre leurs mains ; ceux - ci nierent d'en
avoir aucune connoiffance . Cette déclaration
peu fatisfaifante pour les Chinois , donna lieu à
( 24 )
une difpute qui , depuis , a toujours continué. Le
Gouvernement Chinois menace les Portugais
de les forcer à lui donner fatisfaction , & ceux- ci
paroillent dispofés à faire toute la réfiftance qui
eft en leur pouvoir. L'Empereur est très- couroucé
de cette réfolution ; les Mandarins (ous la
jurifdiétion defquels cet événement s'eft paffé ont
perdu leur emploi. Les Marchands du Hong ont
été condamnés à une amende de 100,000 tales ,
pour avoir entretenu une correfpondance avec
les Européens : & toute déraisonnable que cette
amende puifle paroître , le montant doit en être
prélevé fur le commerce. Tel étoit l'état des
affaires entre les deux Nations , anciennement
liées d'une amitié fi étroite , lorfque les derniers
vaiffeaux ont quitté Canton .
M. Silas Deane a fait un très-long séjour
en Angleterre , après avoir quitté les Pays-
Bas pour des raifons de politique. Cet Américain
, dont la détection a tant étonné fa patrie
, s'eft fixé principalement chez . le Lord
Sheffield , qui lui a fourni les principaux matériaux
de fon traité fur les affaires de l'Amérique.
Les Ouvriers François , dit un de nos papiers ,
qui font paffés dans la Caroline méridionale pour
y établir des Fabriques de foierics , ont emporté
avec eux une machine qui remplit l'objet du devidoir
du célebre Piemontois , fans aucun mécanime
additionnel , & qui donne de la folidité &
de la beauté à la foie . Les François accordent
tous les encouragemens poffibles à leurs Manufactures
de foie ; mais malgré leur art & leur indufirie
, ils ne découvriront jamais une machine
à filer la foie qui égale celle dont on fait ufage
dans
}
( 25 )
dans le Comté de Derby , & qui file 73,728
aunes à chaque tour que fait la roue du moulin à
eau , & cette roue fait trois révolutions en une
minute en 26,546 bobines , qui marchent continuellement
. Une roue de moulin a eau fait tout
mouvoir ; une pompe à feu communique l'air ,
& in régulateur gouverne cette grande machine.
Miff Franckland , fille d'un Miniftre de
Paroiffe , ayant été mordue par un petit
chien , avec lequel elle badinoit , fes cris
firent accourir une fervante qui lavoit du
linge , & qui fut aufli mordue au bras , en
voulant retirer l'animal. Miff Franckand ne
foupçonnant point que le chien fût enragé
, ne fit aucun remede , & mourut d'hydrophobie
un des jours fuivans . La bleffure
de la fervante n'a eu au contraire aucune
fuite ; ce qu'on attribue à l'eflet de l'huile
& de la foude contenues dans le favon .
Nous ne confeillons à perionne , cependant,
de fe fier à ce préfervatif.
La difette de nouvelles intéreffantes nous
la ff: aujourd'hui de la place pour rapporter
ici l'hiftoire très- plaifante & authentique d'un
fingulier procès , jugé dans l'un des Tribunaux
de cette Capitale.
Le Commis d'un des plus riches Marchands.
de Londres depuis long - temps étoit amoureux
d'une jeune Laiy ( 1 ) , remarquable par fon ex-
(1 ) Ce titre de Lady ne fignifie point la femme ou la
fille d'un Lord, C'eft un fimple titre d'honneur , au deffus
de celui de Miff , & qu'on donne par courtoisie aux
filles ou femmes de Chevaliers Baronnets , de Gentlemen
un peu qualifiés , d'Efquires , &c.
No. 45 , 5 Novembre 1785.
Ꮟ
( 26 )
trême infenfibilité ; elle payoit de la plus grande
indifférence les feux de cet amant ; il ne pouvoit
s'en plaindre , puifque fes rivaux n'étoient pas
mieux traités que lui. Quand on faura que cette
jeune Lady étoit une beauté accomplie , on fe
Egurera aifément que beaucoup de foupirans
s'étoient mis fur les rangs pour obtenir la main .
Trois concurrens , du nombre defquels étoit
notre Commis , déclarerent ouvertement leur
paffion ; mais le charmant objet de leur flamme ,
que rien ne pouvoit émouvoir , ne témoigna pas
le plus léger égard pour l'un ou l'autre de ces
Compétiteurs , & étoit bien loin de fe laiffer
attendrir par de fi douces déclarations.
Le pere de la jeune Lady défiroit ardemment
de la voir mariée . Comme il jugeoit que les trois
rivaux en étoient également dignes , il la preffoit
vivement de fe déclarer pour l'un d'eux .
" Ouvre moi ton coeur avec confiance ,
» dit- il un jour à ſa fille , ton choix fera le
» mien ; mais fur- tout , ne me déguife pas celui
des trois amans à qui tu donnes la préféɔɔrence
» ,
Je ne puis me décider , dit - elle à fon pere,
en faveur de l'un des tros ; je les eftime & les
vois tous trois avec un égal plaifir , mais je ne
faurois aimer l'un plutôt que l'autre ; ainfi , mon
pere , c'eft à vous de me choisir un époux .
Le pere fut enchanté d'une foumiffion auffi
marquée ; foumiffion d'autant plus précieuſe
qu'elle eft fi rare de nos jours. Il réfolut
réanmoins d'attendre avec patience que les
tendres affiduités de l'un des trois rivaux
pût la déterminer à pencher en fa faveur, Mais
en vain chacun d'eux s'efforça d'emporter la balance
; ils échouerent tous ; & bien convaincus
qu'ils ne parviendroient jamais à gagner le coeur
( 27 )
de cette jeune beauté , ils s'adrefferent féparément
au pere , dans l'efpérance qu'il uſeroitenfin
de fon autorité .
Le pere fatigué de toute cette incertitude
réfolut en effet d'inviter les trois rivaux à fouper
avec lui . On le doute bien qu'ils ne manquerent
pas de fe rendre à l'invitation : mais
à leur arrivée , quelle fut leur furprife & leur
crainte de fe trouver ainfi réunis ! Car le pere
qui vouloit abfolument régler le mariage de fa
fille , les avoit engagés chacun en particulier.
L'hôte & les convives ne penferent d'abord qu'à
fatisfaire leur appetit ; la joie la plus pure régna
pendant tout le repas . Le fouper fini , le pere'
adreifa le difcours fuivant aux trois amans , qui
recherchcient fa fille avec une égale ardeur.
>
« Je connois vos intentions , Meffieurs , &
je les approuve. Je voudrois vous rendre tous
parfaitement contens mais cela n'eft pas en
mon pouvoir. Je n'ai qu'une fille , & elle ne
peut avoir qu'un mari ; elle a conçu pour vous
une fi grande cftime , qu'elle ne fauroit fe décider
en faveur de l'un ou de l'autre , quoique
je la follicite vivement depuis longtems à nommer
l'amant heureux ; elle s'en rapporte entierement
à ma prudence pour fixer fon choix .
& vous ainsi qu'elle attendez que je prononce.
Je ne ferai pas , Meffieurs , plus injufte que
votre maî reffe , & le deftin feul décidera irré.
vocablement de votre fort & de la main de
ma fille . J'ai réfolu de terminer de cette manière
une affaire fi épineufe , pour éviter tout
reproche & fortir victorieufement d'embarras.
Ma fille jouira d'une fortune confidérable à
ma mort ; mais elle n'aura rien tant que je v’-
vrai. Vous êtes tous riches , & vous aimez tous
également ma file ; ainfi , puifque vous afpirez
b 2
( 28 )
tous trois à pofféder fon coeur , vous pouvez ,
fans que cela dérange le moins du monde vos
facultés , lui accorder chacun une fomme égale ;
ces trois fommes réunies formeront un capital
honnête , pour l'objet de vos espérances , & fi
votre amour eft fincere , vous foufcrirez fans
balancer à la condition que je vais vous impofer,
Remettez moi , chacun , cent guinées
entre les mains , & ces trois cents guinées fer.
viront de dot à ma fille , lorfqu'elle époufera
celui de vous trois que la fortune aura
favorifé ».
Les conditions furent acceptées ; quiconque les
eût refusées le fût montré indigne de s'unir à tant
d'appas , & eût prononcé la propre excluſion,
Peu de jours après , les trois rivaux vinrent
remettre leur argent entre les mains du pere
de la jeune Lady , qui , après l'avoir reçu , prit
un livre qu'il leur préfenta , en leur déclarant
que celui d'entr'eux qui piqueroit la principale
Jettre feroit le mari de fa fille. En conféquence:
chacun choifit l'endroit du livre qu'il crut lui
être le plus favorable , & d'une main tremblante
y enfonça une épingle.
Le livre s'ouvre & les trois rivaux font
faifis tout-à- la fois de crainte & d'impatience .
Mais le deftin fe déclare pour le Commis du
Marchand , qui , entendant l'oracle , penſe devenir
fou de joie , tandis que les deux autres
concurrens fe retirent accablés de dépit & de
trifeffe.
L'heureux mortel demeuré yainqueur de fes
rivaux reçut à l'infant même de fon amante
les marques de la plus vive tendreffe , qui re
lui permirent pas de douter que le deftin ne fe
fût attaché à fuivre fidéler ent les inclinations
de la charmante prétendue .
( 29 )
Un bonheur auffi grand qu'inefpéré ne lui
permit pas de demeurer affez maître de luimême
pour contenir fa joie , & dès qu'il fut de
retour chez le Marchand , qui étoit garçon ,
il s'empreffa de lui conter toute la félicité ,
fans cacher la moindre circonstance de cette
cet aveu ?
hiftoire finguliere. Hélas ! devoit- il s'attendre
à l'incident fatal qui devoit réfulter de
Non , fans doute , & la confiance
qu'il avoit mife dans le Marchand étoit
fi grande , qu'il lui avoua même que les cent
guinées qu'il avoit dépofées entre les mains du
pere de fon amante , lui appartenoient ; mais
qu'il les lui rendroit immédiatement.
Le Marchand applaudit la conduite de fon
Commis , & le félicita de fon brillant fuccès ,
& pour preuve de l'eftime qu'il lui accordoit ,
il lui promit d'avoit avec fa future épouſe un
entretien analogue à la circonstance .
Le Commis ne manqua pas en effet de parler
de cet entre : ien à la maîtreffe , qui ne fit
aucune difficulté de l'accepter. Elle fe rendit
en conféquence chez le Négociant , qui fut fi
vivement frappé de l'éclat de ſes charmes , qu'il
en devint tout à coup amoureux .
Le lendemain de cet entretien , le Marchand
qui avoit férieufement ,pefé toutes les circonftances
, defquelles fon Commis avoit obtenu le droit
de prétendre à la main de fa maîtreffe , réfolut
de la lui enlever ; mais avant tout il l'appella &
lui parla en ces termes ,
. 3
Ami , lui dit - il , c'eſt au hafard feul que vous
êtes redevable du bonheur d'époufer la jeune
Lady que je vis hier ; mais votre paffion pour
elle ne fauroit être fi forte que vous ne puiffiez
» vous en détacher fans difficulté . Si mon atrachement
pour vous mérite de votre part un
b
3
( 30 )
10
.
jufte retour , vous devez vous défifter de vos
prétentions en ma faveur. J'adore l'objet de
vos voeux; mais bien loin de prétendre vous.
fruftrer de la fortune attachée à ce mariage
mon intention au contraire eft de vous
» faire un préfent de trois cents guinées
équivalent de la dot de cette jeune Lady , &
quant aux cent guinées que vous avez avancées
» comme mon droit , & dont je ne vous demande
aucun compte , non - feulement je vous en ferai
préfent , mais même je doublerai la fomme.
Voyez , continua t il , réfléchiffez & décidez ;
→ car j'ai résolu d'aller à l'inſtant trouver le pere
» de la jeune Lady. »
ל כ
4
Notre Commis refufa fans héfiter toutes ces
offres; le bonheur d'être uni à fa jeune .Lady étoit,
felon lui , infiniment au-deffus de tous les dons de
la fortune. Son maître eut beau le preffer , le fupplier
, il ne put rien gagner. Voyant enfin que
tous les efforts étoient fuperflus : » Tremble , lui
dit - il d'un ton terrible ; apprends que je puis
» me procurer par la force , & en vertu des loix
du Royaume , le tendre objet que je me fuis
abaiffé à te demander. Oui , en dépit de toi ,
j'obtiendrai la main de ta maitreffe , & tu perdras
avec elle tous les avantages que mon coeur
trop généreux daignoit t'offrir.
ود
Le Commis r't de ces vaines menaces , & le
retira fans aucune inquiétude. Son maître alla
trouver auffi-tôt la jeune Lady & fon pere , à qui
il demanda la main de cette belle perfonne ; il
leur fit un pompeux étalage de fes richeffes &
de fon amour ; mais il parloit à des fourds & à
des aveugles ; ils avoient donné leur parole , ils
étoient incapables de la violer.
Le Commis ne tarda pas à être inftruit de la
démarche de fon maître , & il eft aisé de jugez
combien il s'eftimcit heureux de fon triomphe ;
( 31 ) ,
Il ne penfoit plus alors qu'à preffer un hymen qui
Jui offroit une perfpective fi riante ; déjà même il
fe croyoit sûr de fa conquête , quand foudain il fe
vit appellé en Juftice par fon maître pour le voir
condamner à perdre fa future époufe , comme marchandife
acquife avec de l'argent qui lui avoit été
confié , & duquel , fuivant la teneur de la Loi ,
le produit appartenoit au propriétaire .
Les Parties en conféquence comparurent en
Juftice , & l'Avocat du Marchand cita en faveur
de fon client cetre Loi fondamentale de l'Angleterre
, qui attribue formellement à tous les Marchands
quelconques le profits en général que leurs
Commis peuvent faire pendant tout le temps qu'ils
font à leur fervice .
«Vous connoiffez , Meffieurs , cette Loi , leur
dit- il , & vous êtes duement convaincus de
toute fa fagelle . Je ne puis donc douter que
vous ne la mainteniez dans touto fa vigueur.
» Mon Commis s'eft fervi de mes fonds pour
» acheter fa femme ; fans mes cent guinécs , il
» lui eût été impoffible d'entrer en lice & de
tenter la fortune ; la beauté qui lui eft échue
» parla voie du fort et donc ma propriété , certe
" propriété eft mienne ; l'intérêt qu'il a retiré de
mes cent guinées , cette jeune beauté nommément
, eft le gain que , conformément à la
» Loi , il n'a dû faire que pour mon avantage
feulement ; cet objet charm nt , cette époule
future eft donc le produit qui m'appartient ,
» que j'attends de votre juftice , & que fans con-
» tredit vous ne pouvez vous refuſer de mad-
❞ juger.
ور
Cette finguliere application d'une Loi mercantile
dut fans doute amufer infiniment la Cour ,
quoiqu'elle fût obligée de l'écouter gravement ;
PAvocat du Commis réfuta la valité de ce
Б 4
( 32 )
raifonnement ; il obferva avec raifon qu'il n'étoit
jamais arrivé qu'aucune Lei , Coutume , ou même
qu'aucun être penfant eût jamais affimüé les
femmes aux épiceries & aux quincailleries ; car ,
dit-il , quoique les femmes puiffent entrer en
comparaison avec les quincailleries & pour la
reffemblance , & pour la variété , & qu'elles réuniffent
en même temps l'aigreur & la douceur des
épiceries , jamais nation policée ne s'eft avifée de
les confondre avec des objets de trafic . Il n'appartient
qu'aux Barbares , dit -il d'un air triomphant ,
d'expofer en vente les femmes fan . rougir de
honte. Ainfi , en dépit de fon éloquence , le Marchand
fut condamné , & le Commis obtint à
l'inſtant la main de fa prétendue .
Le Capitaine Ifaac Stewart a publié une
relation très intéreflante d'un long séjour
qu'il fit , il y a quelques années , parmi les
Sauvages du Nord de l'Amérique. Voici la
fubftance de ce petit Ecrit.
Il y a environ 18 ans que je fus fait prifonnier
à environ so milles à l'oueft du fort Pitt ,
par les Sauvages , qui me conduifirent chez les
Ouabaches , avec beaucoup d'autres blancs qui
furent exécutés d'une maniere barbare. J'eus
le bonheur d'exciter la compaffion de ce qu'on
appelle la bonne - femme de la Vile , qui eût la
permillion de me fauver des flammes , en donnant
un cheval pour ma rançon .
J'étois depuis 2 ans en efclavage, lorfqu'un Efpagnot,
envoyé du Mexique pour faire des dé-
Couvertes ,. arriva dans ces contrées. Il s'adreffa
aux chefs des Sauvages pour me racheter , moi
& un autre blanc qui fe trouvoit dans la même
Situation. Cet homme étoir du pays de Galles ,
& s'appelloit Davey. L'Efpagnol s'étant ac(
33 )
tordé , nous recouvrâmes enfin notre liberté .
Nous partines avec lui , & faifant route vers
J'oueft , nous traversâmes le Midiffipi , près de
la Riviere-rouge. Nous remontâmes les bords de
cette Riviere dans une eſpace de 700 milles , &
arrivâmes chez une nation de Sauvages extraor
dinairement blancs , dont les cheveux étoient généralement
rouges. Ils habitoient les bords de
la riviere de Poft , qui tombe daus la Riviererouge
. Le lendemain de notre arrivée parmi ces
Sauvages , le Gallois nous annonça qu'il étoit réfole
à refer chez eux , parce que , difoit-il , leur
langage étoit très - femblable au fien. Cette découverte
excita vivement ma curiofité. J'allai
trouver avec mon compagnon les chefs de la
Ville , qui lui apprirent , dans une langue
dont je n'avois point de connoiffance , & qui ne
reffembloit en rien aux autres langues Indiennes
que j'avois entendu parler , que leurs ancêtres
étoient venus d'un pays très lointain ,
qu'ils avoient abordés à l'eſt du Miffiffipi , dans
Un pays dont la defcription quadroit parfaitement
avec ce que l'on appelle la Floride eccidentale.
Ils ajouterent que lorfque les Espagnols
avoient pris poffeffion du Mexique , ils s'étoient
enfuis dans le pays qu'ils habitoient encore aujourd
hui. Pour p'us grande preuve de ce qu'ils
avançoient , ils produiffrent des rouleaux de par
chemin , qui étoient foigneufement enveloppés
dans des peaux de loutre , & fur lesquels étoient
de grands caracteres écrits en bleu , que je ne
pus point déchifrer. Mon compagnon ne fachant
pas lire , même dins fa langue , je ne
pus point obtenir l'explication de ces parchemins.
Ce peuple eft brave , guerrier & intrépide ,
& les femmes y font belles en comparaifon des
autres Sauvages.
bs
&
( 34 )
L
1
r
Nous quittâmes cette nation après y avoir
été fort bien reçus , & même invités à nous y
établir . Nous n'étions plus que deux , l'Eſpagnol
& moi. Nous continuâmes notre route , en remontant
toujours la Riviere - rouge. Bientôt nous
nous trouvâmes chez un peuple appellé les
Quindots , qui n'avoient jamais vu de blancs ,
& qui ignoroient l'ufage des armes à feu. Nous
vîmes en chemin un ruiffeau qui rentroit en terre,
au pied d'une chaîne de montagnes. Ce ruiffe u
étoit extraordinairement clair , & nous trouvâmes
fur fes bords , les offemens de deux animaux ,
fi grands que l'on pouvoit fe tenir debout entre
Ies cô: es. Les dents de ces animaux étoient auffi
extrêmement lourdes.
La nation qui n'avoit jamais vu de blancs ,
habitoit les environs de la fource de la Riviererouge
, & ce fut - là que l'Espagnol découvrit
de la poudré d'or , dans les fources & les ruif
feaux.
Ayant appris des Sauvages qu'il y avoit encore
plus à l'oueft une nation très riche , chez
laquelle les pointes des fleches étoient d'or ,
nous partimes , dans l'efpérance de la trouver.
Au bout de 500 milles de marche , nous traverfâmes
une chaîne de montagnes , d'où les ruiffeaux
couloient dire&ement à l'oueft . Nous trouvâmes
enfin au pied de ces montagnes de l'or en
grande abondance. L'Espagnol fit alors éclater
toute la joie. Je ne connoillois point la nature
de la mine , mais je ramaffois ce qu'il appelloit
de la poudre d'or du fond des ruiffeaux qui couloient
des rochers. Elle avoit une couleur jaunâtre
, & étoit extrêmement lourde . Men camɔrade
fut fi fatisfait de notre travail , qu'il réfofut
de ne pas avancer plus loin , étant perfua lé
qu'il avoit trouvé une terre affez riche en
mines.
( 35 )
A notre retour , nous primes ure route différente
, & ayant atteint le Miffiffipi , nous
nous rendîmes dans un canot à l'embouchure
du Milfouri , où fe trouve un pofte Espagnol .
Là je pris congé de mon Efpagnol , & me rendis
chez les Chickefaus , de- là chez les Cherokis
, & peu de temps après j'arrivai au fort de
Ninety Six , dans la Caroline méridionale.
Je ne faurois donner une jufte defcription du
pays au fud- oueft du Miffiffipi. J'ai ceffé d'admirer
les contrées au nord eft de ce fleuve , lorf
que j'ai vu ce pays : la fertilité du fol , la richeffe
des pâturages , la majefté des forêts ; la
beauté des prairies , qui dans beaucoup d'endroits
font de la plus grande étendue , & couvertes
d'herbes qui ont trois pieds de haut ; le
gibier & les animaux de toute efpece ; les raifins
& les fruits qui s'y rencontrent par- tout en
automne ; tout en un mot me fait croire que le
refte de l'Amérique eft un défert , en comparaifon
de ce pays connu , en Europe fous le nom
de la Louifiane . L'air y eft pur & ferein , & le
climat Y eft des plus excellens . La nature y a
arrofé le terrein avec abondance , & en quantité
d'endroits l'on trouve des efpaces de fel de
roche , où les animaux vont dans certaines faifons.
L'on diftingue fur la furface les traces
qo'y ont laiffé avec leurs langues les bêtes fé
roces.
Il n'eft point de pays dans le monde plus
propre à la culture du ris , de l'indigo & du
tabac . Les rives du Miffouti & de la Riviererouge
, pourroient , fi on les cultivoit , fournit
affez de ces articles pour la confommation de
toute l'Europe. On pourroit auffi conftruire des
vaiffeaux dans une espace de rood milles , entre
les confluents de ces deux rivieres ; & le courant
b 6
( 36 )
eft affez rapide pendant trois mois de l'année ·
pour permettre à des vaiffeaux dè defcendre le
fleuve fur le pied de 100 milles par 24 heures.
Le tableau de la Mort d'Adéon par le
Titien , qu'a acheté le célébre Weft , fit ,
dit - on, partie de la collection de Charles I.
Durant les troubles , tandis que le fanatifme
détruifoit tous les monumens des Arts , on
fauva ce tableau , en le couvrant d'une couche
de vernis coloré , qui , en fe féchant ,
rendoit la peinture méconnoiffable . Mille
accidens ultérieurs fembloient devoir la détruire
; jamais elle n'avoit été foumife à l'épreuve
de la broffe , quoique , depuis pluhieurs
années , cet ouvrage eût appartenu à
un réparateur de tableaux .
100
Leurs Majeftés revenant derniérement de
Londres au château de Windfor en chaife de
polte , un grand nombre d'enfans entoura la
voiture pour voir le Roi & la Reine à la defcente
il fe trouva dans le nombre un petit
garçon d'une très jolie figure , qui avoit été
mis en culotte ce jour même pour la premiere
fois. La contenance joyeuſe de cet enfant , qui
avoit de fuperbes cheveux blonds , fixa les regards
de S. M. , qui lui demanda à qui il appartenoit.
Mon pere eft un des Mangeurs de
Boeuf ( r ) du Roi , répondit l'enfant . - Ehr
bien dit S. M. mers- toi à genoux , & tu baiferas
la main de la Reine.Non , fûrement ,
répliqua le petit bon homme , je ne veux pas
me mettre à genoux , je falirois mes culettes
(1 ) Sobriquet que donne le peuple aux Gardes de
la Porte armés de halebaries .
( 37 )
neuves. Cette répartie plus tellement à L. M.
qu'elles firent présent à l'enfant de cinq gui
nées.
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 26 Odobre.
Le Comte de Lanoy , qui avoit précédemment
eu l'honneur d'être préfenté au
Roi , a eu , le 18 de ce mois , celui de
monter dans les voitures de S. M. , & de
la fuivre à la chaffe.
Le 19 , le Comte de Maulevrier Colbert,
Miniftre plénipotentiaire du Roi près l'Electeur
de Cologne , de retour en cette Cour ,
par congé , a eu , à fon arrivée ici , l'honneur
d'être préfenté à S. M. par le Comte de Vergennes
, Chef du Confeil royal des finances ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres.
Le fieur de Calonne , Contrôleur général
des finances , accompagné du fieur de la
Milliere , Intendant des Ponts & Chauffées ,
& du fieur Perronnet , Premier Ingénieur
du même Département , a eu l'honneur , le
20 de ce mois , de préfenter au Roi , à la
Reine & à la Famille Royale , la Médaille
frappée à l'occafion de l'ouverture de la
partie du Canal de Bourgogne , qui fe
trouve fur la Généralité de Paris .
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné, le 23 , le contrat de mariage du Baron
d'Eaubonne , Enſeigne des Cent - Suiffes
de la Garde du Roi , avec Demoiſelle de
la Mardelle .
( 38 )
DE PARIS , le 2 Novembre.
M. Enfen , Méchanicien de Strafbourg ,
a fait ces jours derniers l'effai de figures
aëroftatiques de fa compofition , & l'a fait
avec le plus grand fuccès. Il a lancé , du
fauxbourg Montmartre , un mannequin de
femme avec un ballon fur fa tête , & un
Pégale monté par un Bellerophon . Cette
expérience , d'une forme nouvelle , avoit raflemblé
un grand concours de fpectateurs.
L'afcenfion du Pégafe fut véritablement
curieufe , & répondit aux efpérances comme
aux talens de l'Inventeur. Après un trajet
d'une heure , le cavalier & fa monture vinrent
tomber près de Montmorenci . Le cheval
rafant la terre avec viteffe , un payſan qui
le prit pour un animal vivant , crioit au Bellerophon
de s'arrêter , & qu'il fe cafferoit le
cou. Une lettre que la figure portoit dans fa
main , favorifoit encore l'illufion du payfan,
qui parvint à faifir les jambes de derriere du
cheval ; mais effrayé de la légéreté de cette
`machine aërienne , il la laiſſa courir , & il ně
la ratrappa qu'avec le fecours d'autres payfans
. La demoiſelle tomba dans la plaine
de Genevilliers , où un payfan la prit pour
une femme en défaillance, & fe hâ´a de l'embraffer
, afin de lui donner du fecours . L'une
& l'autre de ces figures n'ont point fouffert
de leur voyage..
A cette occafion , nous placerons ici une uné
( 39 )
annonce dont l'Auteur defire conftater la
primauté de fon invention . Il s'exprime en
ces termes ,
Tandis qu'on fe promene en ballon pour
trouver des moyens de direction difficiles à concevoir
, M. de R ... , Capitaine au Corps Royal
du Génie , a cherché une application très utile à
faire de l'ufage de cette machine à la perfection.
des cartes topographiques . Après avoir donné à
fa chambre zéroftatique toujours retenue , la flabilité
néceffaire à fes opérations , l'optique lui a
fourni une méthode de tirer de la Scénographie
tout le parti poffible pour l'Ichonographie , &
d'obtenir par fon procédé , fur toutes fortes d'échelles
données , le figuré des montagnes , qu'on
ne peut lever par les moyens crdinaires fur une
grande étendue , fans un travail long & difpendieux
..
Pendant le mois de Septembre , il eit entré
dans le port de Bordeaux 44 navires François
, venant des ifles Françoiles & de Terre-
Neuve , & 77 navires étrangers , chargés de
divers articles d'approvifionnement . Le bâtiment
la Concordia , chargé de 5s0o0o balles de
café de Bourbon a fait naufrage près de
Breft ; on a fauvé l'équipage & les troupes à
bord..
Dix Gazettes ont imprimé le paragraphe
fuivant , qui ne fait pas honneur aux connoiffances
topographiques de fes Editeurs .
Toujours occupé de multiplier les voies de
communication dans toute l'étendue du Royaume
, par le moyen des canaux , le Gouvernement
fe propofe d'en fire ouvrir un qui commencera
au lac de Genève , & qui viendra aboutir am
1
( 40 )
Rhône auprès du bourg de Lucey, à deux lienes.
de l'endroit où ce fleuve s'étant perdu , fort de
deffous les rochers pour devenir navigable dans
la Province de Bugey. Une feconde partie de ce
canal ira joindre le lac de Neuchâtel, Cette entrepriſe
doit s'exécuter avec deux millions , tomme
bien modique en comparaifon de l'utilité
qu'on en faura tirer.
Premierement , en lifant ces beaux détails
géographiques, chacun fe perfuadera que le lac
de Genèveelt dans l'enceinte du Royaume . En
fecond lieu , c'eft vis à -vis du hameau même
de Lucey que le Rhône s'engouffre pendant
quelques minutes ; en troifiéme lieu , établir
un canal navigable fur les étroits efcarpemens
du mont Credo eft une entrepriſe tout
autrement difficile que celle de faire un article
de papier public , & rellement difficile , qu'on
peut le juger à peu près impratiquable , à
moins de renverfer une montagne entiere.
de deux lieues ; ce qui ne s'eft pas répété de
puis Xercès ; enfin , le canal entre le lac de
Ne fchâtel & celui de Genève , feroit tout
entier fur le territoire du canton de Berne ;
il eft fait en grande partie ; mais il n'eft
encore nullement queftion de l'achever.Dans
tous les cas , on fera bien de prendre au mot
le donneur de plan qui s'engage à l'exécuter
pour deux millions.
Un Journal de la Capitale vient de publier
l'indication fuivante d'un procédé facile pour
deffécher les plâtres des maifons nouvellement
bâties. L'utilité de cette méthode nou
( 41 )
engage
teurs.
à la mettre fous les yeux de nos Lec
Il n'y a que le tems , le tems feul qui puiffe
rendre habitaole une maifon nouvellement bâtie.
Voilà à quoi pourroit ſe borner nore réponfe
; mais la queftion eft trop intéreffante
pour ne pas la réoudre d'une maniere circonftanciée
On fait généralement qu'un bâtiment
neuf eft mal fain , cependant on fe décide à
l'habiter ; peut être rendrons nous plus circonfpects
en développant les caufes de ce genre
d'infalubrité .
·
Les matériaux , employés à la conftruction
des bâ imens , contiennent beaucoup d'eau . Le
plâtre fur tout , qui perd , pendant fa calcination
, fon eau de cryftallifation , en reprend beau
coup au- delà de ce qu'il a perdu . Une portion
de cette eau lui demeure inhérente , mais la
majeure partie s'en évapore. Commençons par
établir ces quantités refpectives . Cinquante liv,
de plâtre crud fe trouvent réduites par la calcination
à quarante livres . Il faut , pour ga
cher ces quarante liv. de plâtre calciné , vingt
livres d'eau , & même vingt-cinq fi le plâtre
provient de pierre dure. La majeure partie de
ces vingt ou vingt - cinq livres d'eau doit s'éva
porer , le p'âtre n'en retenant qu'un neuvième
de fon poids total ; ainfi quarante liv. de plâtre ,
qui ont abſorbé vingt livres d'eau , en ont quinze
à perdre.
Voilà donc une énorme quantité d'eau qu'abforbe
un bâtiment , & dont il faut que les trois
quarts s'évaporent.
Maintenant examinons à l'aide de la phyfique ,
& cet examen nous le croyons neuf , la caufe
des accidens auxquels s'expofent ceux qui ha(
42 )
b'tent des maifons nouvellement conftruites . Nous
allons confidérer l'évaporation de l'eau fous deux.
é:ats : eau réduite en vapeurs ; & eau fe dégageant
des fubftances minérales qui la retiennent.
On fait que le ferein par une belle foirée d'été,
que les venis humides , que les courans d'air
qui s'établiffent dans les appartemens , connus
fous le nom de vens coulis , en interceptant
la tranſpiration , produifent des Auxions , des
rhumes , des douleurs vagues , des rhumatifmes ,
rappellent les affections de goutte & de lait répandu
, &c. , &c. Ces effets tiennent à ce que
l'eau réduite en vapeur change la marche du
Auide électrique , & que les corps organ fés
font on ne peut pas plus fufceptibles de l'impreffion
de ce fluide.
Mais ces vapeurs deviennent bien plus perfides
, quand elles s'échappent de fubftinces
minérales. Les émanations , qui s'élevent du
fein de la terre au printems , font très - dangereufes
; elles caufent fouvent des accidens
graves à ceux qui s'y repofent trop long- tems ,
ou qui s'y endorment. Ces émanations font la
caufe de maladies épizootiques , lorsqu'on abandonne
trop tôt les beft aux dans les champs. Les
pays aquatiques font fort infalubres , fur tout
en automne. Enfin les moffetes , fouvent meurtrieres
, qui s'échappent de la terre , ne s'engendrent
jamais que dans des lieux humides ;
les carrieres , les grottes , les mines , les caves
profondes , les puits , &c.
Rien de plus facile à établir que cette analogie
. Un bâtiment neuf eft, une carriere tranfportée
fur un autre fol. La pierre , le moilon.
le plâtre , le fable , la chaux , font toutes fubftances
minérales qui modifient l'eau , qu'elles
contiennent de maniere à en rendre l'évapo
( 43 )
·
ration très préjudiciable ; elles lui ' impriment "
ce caractere particulier , qui appartient aux émanations
terreftres.
A ces deux manieres d'être de l'eau , faites
pour produire les plus grands accidens , nous ,
avons à joindre une troifieme & derniere caufe
d'infalubrité .
Le plâtre fe décompofe en partie par la calcination
; l'acide vitriolique qui le conftitue fe
combine avec le principe du feu , & forme du
foufre. La portion de terre calcaire , qui étoit
unie à l'acide vitriolique , devenue libre , forme ,
par fa combinaiſon avec le foufre , un hépar ou
foie de foufre. Cette odeur d'auf pourri , ou
de poudre à canon , qui fe dégage du plâtre
qu'on gâche , provient de cet hépar. Or ,
fous les gaz , un des plus dangereux eft le gaz
hépatique.
de
Nous concluons donc que c'eft principalement
au tems à rendre habitable une maifon neuve :
on peut cependant accélérer l'évaporation de
T'humidité en ouvrant dans le jour les portes
& les fenêtres pour laiffer circuler l'air , en établiffant
dans les pieces principales des poêles
garais de longs tuyaux , qu'on allumera pendant
la nuit. A l'époque où l'on fe décidera à ha
biter , il faut entretenir du feu dans les che
minées jour & nuit , pour y établir un courant
d'air conftant. Il fera prudent de faire paffer fur
les murs un lait de chaux avant d'occuper les
lieux.
Le fentiment qui a dicté la notice ſuivante
eft trop naturel & trop touchant , pour ne
Fas feconder , autant qu'il eft en nous , les
recherches de la perfonne qui nous écrit en
ces termes. -
( 44 )
Therefe Bellanger , apportée aux Enfans -trouvés
de Paris , les Mai 1755 , de la rue des Petits-
Carreaux , maifon d'un Perruquier , portant fur
el'e une nore qu'elle eft fille de Lois Belanger &
de Therefe Betrand , demeurant actuellement à
Conches , peie ville de Normandie , pres
dEvreux , defire connoître fes parens , les af
furant qu'ils n'auront point à rougir ni de fon
état ni de fa conduite ; & qué , bien loin de
leur être à charge , elle partagera, en cas de
befoin avec eux la petite fortune que la bonne
conduire , & les économies lui ont permis d'amaf
fer.
3
Si un retour d'humanité peut toucher quelques
uns de fa famille , qu'elle defire ardemment
de connoître ; elle les prie de fe fervir
de ce Journal pour lui indiquer le lieu où ils
réfident , leur état , & la maniere de les connoître
& de le faire connoître. Dans le cas où
ils refuferoient de prendre cette voie , ils vod
dront bien s'adreffer à M. le Roi , Procureur
du Roi du Bailliage de Conches , qui donnera
les éclairciffemens néceffaires .
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lorerie Royale de France , le 2
de ce
mois , font : 1 , 60 , 75. 30 , & 62.
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 30 Octobre.
Les Préliminaires ayant été ratifiés par les
quatre Provinces de Hollande , d'Utrecht ,
d'Overyffel & de Groningue , on n'a tenu
compte de l'Oppofition de la Zélande , de
( 45 )
la Gueldre & de la Frife , & les Etats Généraux
ont conclu cette ratification à la
fimple pluralité. On difpute pour favoir fi
cette forme eft légale ou non , & en cette
occafion , comme dans toutes les autres ,
chacun réclame la Conftitution. Dans les
Républiques déchirées , il y a toujours autant
de fyftêmes de loix fondamentales , que de
partis divers.
Le Baron de Thulemeyer , Envoyé de
Pruffe , infifte fur une prompte & cathégorique
réponse aux lettres de fon Maître . Les
Etats de Hollande s'en occupent , à ce qu'on
dit ; & ce qu'on dit encore , c'est que l'Ordre
Equeftre de la même Province , formant
aux Etats la 19e voix , a tenu une Affemblée
particuliere , où il a arrêté un projet de réponſe
à S. M. Pr. ; projet, à ce qu'on ajoute,
pris ad referendum par les Députés des villes .
Le Stathouder & fa famille ne pafferont
point l'hyver en Frife , comme on le fuppofoit
, ni cependant ne reviendront à la Haye.
Ils doivent fe rendre en Gueldres par Groningue
& le pays de Drenthe , & on prépare
le château de Loo pour leur réception . La
Haye eft & fera fort trifte par l'abfence de
la Cour.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres .
. M. le Comte de Trautmannsdorf , envoyé
Impérial , eft parti d'ici le 10 pour le rendre
à Hanau . On fait que fon Excellence doit vi
( 46 )
fiter quelques Cours d'Allemagne pour les détourner
d'entrer dans la Ligue Germanique .
On conjecture , avec quelque fondement , que
Télecteur de Mayence eft entré dans la Confédération
de Bertin .
Quelques Lettres de Vienne annoncent , que
le Prince de Kaunitz fe rendra en perfonne à
Ratisbonne d'abord après les vacances de la diete ,
& qu'il y remettra à cette illuflre Affemblée de
l'Empire , le Mémoire de S. M. l'Empereur ,
qui eft une réfutation complette du Mémoire
de la Cour de Berlin , pour autorifer l'exiflence
légale de la Confédération , qui donne tant
d'inquiétude à la Cour de Vienne & à celle de
Pétersbourg , fa fidelle alliée.
Le réfident Piuffien a fait au Sénat de Lubeck
une propofition de la part du Roi fon
maître , pour la levée d'un corps de troupes ;
mais le Sénat , d'après l'avis de fon Evêque ,
éludant la propofition , & remettant de jour en
jour à donner une réponſe déc.five , le Miniftre
Pruffien a immédiatement acquitté ce qu'il
pouvoit devoir dans cette ville , & l'a quittée
fubitement. Cette circonftance imprévue n'a pas
laiffé d'inquiéter beaucoup les habitans qui craignent
avec raifon le reffentiment de Sa Majefté
Pruffienne. ( Gazette des Deux- Ponts , nº 85. )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE .
Caufe entre Me Varnier , Doleur Réent de la
Faculté de Médecine de Paris ;
de Médecine.
Et la Faculté
MAGNÉTISME - ANIMAL.
Nous avons annoncé , dans le nº 14 de la
( 47 )
préfente année , une conteftation entre M. Varnier
& la Faculté , au fujet d'un décret du 23
Octobre 1784 , relatif au Magnétisme Animal.
Nous avons également annoncé le Mémoire de
Me Fourne pour Me Varnier ; & la ſenſation que
ce Mémoire a produite dans le public , a fortifié
le jugement que nous avions porté de cet
Ouvrage éloquent ; mais tous les ta'ens du defenleur
n'ont pu fouftraire le client à la difcipline
d'un Corps fur fes Membres , & par Arrêt
du 31 Août 1785. La Cour , faifant droit fur
l'appel de Me Vanier , a mis l'appellation au
néant , ordonne que le décret fortiroit fon plein
& entier effet , & condamne l'appellant en
Pamende & aux dépens.
PARLEMENT DE PARIS GRAND'CHAMBRE .
Reconnoiffance de p ternité.
La demoiſelle le G... de P... , défendue par
M. Robin de Mozas , s'exprimeit ainfi dans un
Précis de cet Avocat : « Je ne croirois jamais
que le ficar P... , s'il étoit libre de n'écouter
» que fon propre coeur , eû: l'indigni é d'abandonner
une fille de condition après l'avoir ſéduite.
Je ne puis donc imputer qu'à fes parens
la perfécution qui m'oblige d'implorer la Juftice.
» de la Cour » . Cet exorde fait affez connoître le
fujet de la conteftation. La demoiſelle de P...
avoit affigné le fieur P... devant lesdages du Duché-
Pairie d'Amboiſe , pour qu'il fût con famné
à lui payer annuellement une fomme de 600 liv.
pour la nourriture & entretien de l'enfant dont
elle étoit acouchée , & à fin de reconnoiffance de
deux lettres écrites par le fieur P..., dans lefquelles
la demoiſelle de P ... difois qu'il avoit
( 48 )
avoué la paternité , afin de lui donner acte
des réferves qu'elle faifoit de fes droits &
actions , relativement à fes dommages & intérêts.
Tout cela avoit été prononcé par défaut contrele
fieur P... par une Sentence du 27 Août 1784.
Le fieur P... a prétendu , fur fon apppel en la
Cour , qu'il rempliffoit fuffifamment fon obligation
en offrant de payer 12 liv. par mois , pour la
nourriture & entretien de l'enfant ; pour le paffé
il a demandé que la Sentence fût infirmée dans
toutes les autres difpofitions , & que cet enfant
lui fût remis pour veiller lui- même à fon entretien
& à ſon éducation , M. Robin de Moza: afou
tenu au contraire , pour la demoiſelle de P... que
l'enfant naturel ne devoit refter qu'entre les
mains de la mere ; il a établi que la penfion alimen
aire de Goe liv. , en la confidérant relativement
à la qualité des parties , leur état , leur
fortune & les autres motifs d'appréciation qu'il a
fait valoir , n'avoit rien que de raisonnable ; que
La difpofition de la Sentence , qui donnoir acte
des réferves de la demoiselle de P..., n'étoit pas
fufceptible de critique , parce qu'il eft libre de
protefter d'un droit qui eft acquis au moment de
la proteftation , & que la dispofition qui tient les
lettres du feur P... pour reconnues , puifqu'il
n'ofoit pas les dénier, étoit également jufte, par e
que la demoiſelle de P... avoit raifon de prévoir
Tous les cas poffibles & de faire conftater la filiation
de fon enfant. Arrêt le 3 Septembre 1785 ,
qui confirme la Sentence dans toutes les difpofitions
, ordonne que l'enfant refera entre les
mains de la demoifelle de P ... , & condamne
Leur P... aux dépens.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
RUSSIE.
DE PÉTERSBOURG , le 12 Odobre.
Deflamment
ANS tout l'Empire , on doit lever inceffamment
le 250e . des habitans mâles
& adultes , pour en fermer un Corps de
36000 hommes , Chaffeurs & Grenad.ers ,
ordonné dès le mois de Février dernier.
Le Comte de Goërtz , envoié extraordinaire
du Roi de Pruffe , a quitté Pétersbourg
& a laiffé les affaires de fa légation entre les
mains de M. Huttel , fon Secrétaire d'Ambaffade.
L'Impératrice a fait l'acquifition du Cabinet
d'Hiftoire Naturelle du Profefleur
Pallas , pour la fomme de 20,000 roubles.
Cette collection eft très intéreffante , furtout
en minéraux.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 29 Octobre .
Le Régiment levé pont la République de
No. 46 , 12 Novembre 1785. C
(450 )
Pologne par le Comte Stanislas Potocki , Palatinae
Ruffie , & entretenu aux frais de ce généreux
Seigneur , eft actuellement complet ,
& compolé de fort beaux jeunes gens . Il
eft très-bien difcipliné , & porte un Uni
forme blanc avec des paremens & revers
bleu de ciel .
Le 14 , le Roi de Danemarck déclara au
Cercle de fa Cour , le prochain mariage de
fa Fille , la Princeffe Louife- Augufte , avec
le Prince Héréditaire , Frédéric Chriſtian de
Holftein- Auguftenbourg.
Le commerce entre la Pologne & la ville
de Dantzick commence à diminuer. Les
Polonois travaillent fans relâche à diriger
leurs entrepriles mercantiles vers la Crimée ,
& à rendre navigable le Niefter. S'ils réuffiffent
dans ce projet , il eft hors de doute
que le commerce de Dantzick ne foit entierement
ruiné ,
Le Conful Impérial , réfident à Cherfon ,
a frété & chargé le bâtiment Impérial , la
Minerve , Cap. John Makenzie , pour remonter
le Dniefter jufque dans la Gallicie,
On écrit de Riga que la récolte du ( eigle & du
froment a été très médiocre cette année : auffi
le prix de cette denrée augmente beaucoup. Le
feigle de 117 livres pefant , fe paie.44 rixdalers ;
on ne l'avoit payé , l'année derniere , que 39. Le
laft de froment eft au taux de 68 rixdalers . Les
prix des autres marchandifes font moins hauts ;
& le lin eft à bon marché . Le chanvre vaut le
fchifpfurd ou 400 livres pelant , depuis 11 juf(
5 )
qu'à 12 rixdalers. Le tabac de Raffie en feuilles
& un quart & 7 & demi rixdalers ; & le lin de
Rakifch 23 à 24 rixdalers . Le nombre des bâtimens
, qui font arrivés ici , monte à 509 , dont
200 étoient chargés de fel qui , à cauſe de fon
abondance , eft à trés- bon marché.
DE BERLIN , le 27 Octobre.
Nous vimes paffer , il y a huit jours ,
deux couriers , l'un François & l'autre Ruffe ,
qui fe rendoient à Pétersbourg. Le premier
venoit de Paris , & l'autre de la Haye.
S. M. eft affez bien rétablie pour avoir
déja plufieurs fois monté à cheval , & affifté
à la Parade. Le Duc regnant de
Brunswick eft arrivé le 21 à Potzdam où il
n'étoit point venu , non plus qu'ici , depuis
plufieurs années . Le Roi a honoré ce Prince
de l'accueil le plus amical & le plus diſtingué.
Le Lieutenant Général de Prittwiz a commandé
les troupes du Roi raflemblées en
camp près de Magdebourg ; & le Prince
d'Anhalt Coëthen a affifté aux manoeuvres
qui y ont été exécutées.
DE VIENNE , le 28 Octobre.
La
Chancellerie d'Etat s'eft occupée du
travail d'une Réponse à l'Exposé de la Cour
de Berlin , touchant la formation d'une Ligue
défenfive en
Allemagne . Cette Réponse ,
C 2
( 52 )
paroît fous le titre d'Examen des motifs
d'une affeciation pour le maintien de la Conf
titution Germanique, 'expofés dans la Déclaration
adreffée par S. M. le Roi de Pruffe d
fes co-Etats de l'Empire & à d'autres Cours de
l'Empire.
Afin de mettre nos lecteurs en état de
juger de l'efprit de cetteContre - Déclaration ,
nous en rapporterons un fragment effentiel ,
en attendant que nous la donnions en entier.
Il y eft dit :
Qu'on remarque que dans les conférences, tenues
à Braunau en 1778 , on n'y avoit pas mis en queftion
, fi le Duché de Baviere pouvoit être échangé
ou non. Que la rénonciation faite par la
Cour de Vienne , à tous droits & prétentions fur
la Baviere , lors du Traité de Tefchen , n'avoit
pas la moindre liaison , ni le moindre rapport
avec une propofition amicale , qui a pour objet
un échange libre & volontaire. Que l'on ne
trouve aucune expreffion contraire à l'échange
quelconque d'une partie des biens de la Maifon
Palatine , dans le pacte de famille de cette illuftre
Maifon. Que cette prohibition feroit même contraire
au contenu du fufdit pacte de famille. Que
felon même les prétentions de la Cour de Berlin
& fes principes , il doit être permis à chaque
Membre de l'Empire de s'en tenir à fon pacte de
famille particulier , ou de le changer & d'y faire
des altérations arbitraires , pourvu que cela fe
faffe avec le libre confentement des parties intéreffées
. Qu'en conféquence des principes de la
fufdite Cour , ce pouvoir de changer les pactes
de famille , ne peut être troublé ni fixé , ni même
limité d'aucune maniere , par des arrangemens
( 53 )
étrangers. Qu'en particulier , le dix- huitieme ar- \
ticle du Traité de Bade , donne à la Maifon de
Baviere , le droit de pouvoir , quand bon lui
femblera , faire un échange de tous les Etats ,
ou d'une partie d'iceux . Que par la ratification
du Traité de Bade , faite par l'Empereur & par
l'Empire , d'une voix unanime & d'une maniere
folemnelle il s'enfuit clairement que tout
échange qu'il plairoit de faire à la Maifon de
Baviere , a été approuvé d'avance , & même rátifié.
Que par conféquent , une négociation réelle ,
& encore moins une propofition amicale , faite
pour confommer cet échange , ne peuvent pas
être regardées comme une entrepriſe directe &
arbitraire , contre les loix de l'Empire & contre
fa conftitution.
Le Corps franc de Brentano a dû être
congédié à Ofen . Les Officiers rentreront
dans leurs Régimens refpectifs , & les foldats
dans des Régimens Hongrois , à moins
qu'ils ne préferent quelque établiffement dans
l'Autriche , où on leur donneroit du terrein
& des inftrumens d'Agriculture. Les Chaffeurs
du Tirol ont été pareillement diffous à
Infpruck. Trois nouveaux Régimens de
Cuiraffiers , tirés des bataillons de Grenadiers
vont augmenter au premier jour notre
Cavalerie .
On reparle vaguement d'un échange du
Frioul & de la Dalmatie Vénitienne , contre
une partie du Tirol & quelques diftricts fur
la mer Adriatique. Cet échange et poflible
; mais il n'eft pas plus réalifé encore que
t'alliance de Venite avec les deux Cours
C3
( 54 )
Impériales ; alliance que des circonftances à
venir pourroient feules porter à fon point
de maturité. Il n'y a gueres plus de fondement
dans le bruit qui amene ici le Duc de
Wirtemberg , le Duc de Brunfwick , &
tous les Princes qui fe trouvent en paffant
fous la plume des Gazetiers .
Le Comte d'Efterhazi , Chancelier de
Hongrie , & le vice Chancelier , Comte de
Palfi , vont , dit - on , réfigner leurs dignités
; & l'on attribue cette abdication au
mécontentement de ces Seigneurs , touchant
les immunités rendues par S. M. I. aux payfans
de la Hongrie.
L'Empereur a fait expédier les ordres
néceffaires pour la conftruction d'un grand
Hôpital Militaire à Iglau en Moravie ; les
fonds qui ont été affignés pour cet objet ,
montent à 80,000 florins.
Des lettres de Conftantinople , du 15 Septembre
, portent qu'un incendie de 24 h. a réduit
en cendres un grand nombre de mailons.
Ces lettres ajoutent que le Divan fe montre
aujourd'hui plus difpofé à finir l'affaire de la
Démarcation avec la Cour Impériale , &
qu'il a propofé , au lieu des diftricts qu'on
avoit demandé en Bofnie , de faire la ceffion
d'une partie de la Wallachie , depuis
l'embouchure de la riviere d'Ola jufqu'à
l'endroit où elle fe jette dans le Danube.
Le Gouvernement de la Baffe - Autriche a fait
publier le 30 Septembre , que S. M. Imp. ,
pour accélérer le débit des marchandifes mifes
('55:)
hors du commerce de fes Etats avoit réfolu
de preferire à ce regard ce qui fuit : 1 ° . Tous
les commerçans fans exception , pourront vendre
leurs marchandifes dont la nouvelle importation
a été profcrite , aux foires des grandes villes de
province ; il leur fera permis en conféquence de
les retirer des dépôts publics , à condition cependant
d'en fournir un état , de défigner les
foires qu'ils le propoferont de fréquenter ; de
fixer le temps qu'ils y refteront , & de rapporter
au dépôt ou magafin public les marchandifes
qu'ils n'auront pas vendues . 2º . Plufieurs Négocians
de Nuremberg ayant non feulement éta
bli des fabriques nouvelles dans les Etats de
S. M. mais aulli foutenu des anciennes manufactures
, il fera permis aux Marchands qui trafiquent
avec des marchandifes connues fous le
non de marchanlifes de Nuremberg , de les vendre
librement pendant encore une année entiere
à compter du premier Novembre prochain .
3. Les paffe-ports pour les marchandifes qui
avoient été commandées avant leur pro cription ,
feront prolongés , & pafferont pour bones &
valables jufqu'à la fin du mois de Décembre
prochain .
Nous fommes ici , écrit on d'Hermanftadt
, comme en plein hiver. Les gelées ont
commencé le 28 Septembre & les jours
fuivans il est tombé beaucoup de neige.
Nous n'aurons pas de vendanges cette année
, les raiſins n'étant pas encore mûrs à
moitié.
DE FRANCFORT , le 3 Novembre.
Un incendie violent avoit confumé le 10
C4
( 56 )
deux maifons dans la ville d'Ulm . La nuit
du 14 au 15 , le feu s'eft manifefté de nouveau,
&malgré la promptitude des fecours, les
flammes ont dévoré 14 maifons , fans compter
celles qu'on a démolies pour couper la
conmunication. Une partie de la belle Bibliotheque
de cette ville a été incendiée ;
cinq étrangers foupçonnés ont été mis en
priſon.
Le Cardinal Archevêque de Vienne avoit
fait à l'Empereur une repréfentation paftorale
contre les affemblées des Francs- Maçons . S. M,
fe contenta d'y répondre : que le Cardinal
و د
ignoroit probablement ce qui fe paffoit
» dans ces affemblées ; mais que S. M. I. qui
le favoit parfaitement , étoit bien affurée
» qu'il ne s'y taſoit rien que de très- innocent ;
က 4 Painfi toutes remontrances à cet égard étoient
deftituées de fondement . Mais fi je m'appercevois
jamais , ajouta S. M. , que cette focié
» té , oubliant l'efprit de fon inſtitut , au point
de donner dans les défordres qu'on lui im-
" pute ; je la fupprimerois fur le champ dans
mes Etats , fans que la Puiffance eccléfiafti-
» que ait befoin de s'en mêler.
Cette même Société de Francs - Maçons
ne trouve pas les mêmes fentimens en Baviere
L'Electeur a ordonné à tous les Officiers
Francs Maçons de remettre leur diplôme
d'aggrégation , fous peine d'être caffés
. Plus de cent Officiers Bavarois ont
obéi.
Les trois Régimens de Cavalerie ; favoir ,
Wurmfer , Coborg & Tofcana & une
57 )
Compagnie de Mineurs & de Sapeurs ont
ordre de quitter les Pays - Bas , & de retourner
par la Franconie dans les Etats de S. M.
Impériale. Les Huffards de Wurmfer fe renont
à Egra , & les Dragons de Cobourg à
Pilfen. Les Régimens d'Infanterie de Preiff,
Teutſchmeiſter , Latterman & Tillier pafferont
par la Souabe.
d:
On débite que l'Empereur fe propoſe
d'adreffer des refcrits aux trois Electeurs
Eccléfiaftiques , pour les exhorter à uſer de
leurs droits , & à s'oppofer à la Jurifdiction
qui pourroit être conférée au Nonce
du Siége Apoftolique en Baviere. On ajoute
qu'il fera auffi adreffé un refcrit Impérial à
l'Electeur Palatin , Duc de Baviere , relatif
à la même affaire.
Des lettres de Hanovre affurent politivement
que la Régence a reçu l'ordre de faire
un état des prétentions pécuniaires que cet
Electorat avoit à former fur les Provinces-
Unies des Pays - Bas ,. & d'en réclamer le
paiement .
Le Landgrave de Heffe a envoié le Baron.
de Wittorf en députation à Hanovre , d'où
ce Miniftre fe rendra à Berlin . On -préfume
qu'il eft chargé de notifier à ces deux Cours
l'acceffion du Landgrave à l'affociation formée
par les fons du Roi de Pruffe.
Un Mémoire intéreffant qui a par à
Gottingue fur la Religion des anciens Hongrois
, & dont l'auteur eft le fieur Daniel
C5
758 )
Cornides , Garde de la Bibliotheque de l'Univerfité
de Peft , prouve d'une maniere'
claire & précife , que la Religion des anciens
Hongrois reffeinbloit beaucoup à celle
des anciens Perfans . Comme eux , les Hongrois
n'avoient ni temples , ni imagės ; ils
adoroient le feu comme Dieu unique , &
lui facrifioient des chevaux . Ces deux nations
avoient encore la même maniere de
faire des alliances & de les jurer. Ils fe bleffoient
, & faifoient couler leur fang dans un
vafe qu'ils buvoient enfuite ; c'eft ainfi qu'ils
devenoient des amis confédérés . Ils avoient
auffi la coutume , à l'occafion d'une confédération
, de former un cercle , & d'y placer
un chien. Le ferment prononcé , les
confédérés tomboient fur cet animal , & le
tuoient à coups de hache , afin de faire voir
par là le genre de mort qui attendoit le
parjure.
Un Journal de commerce évalue à 107 millions
de livres de France le produit que tirent
par an , l'Espagne , le Danemark , la Hollande ,
l'Angleterre & la France , de leurs colonies
dans l'Amérique. Voici la répartition de cette
Lomme.
L'Espagne en retire 10 millions.
Le Danemark 7 , & deux du commerce des
Negres.
La Hollande 24 ; elle emploie pour le com
merce 150 bâtimens & 4,000 matelots .
L'Angleterre 66 ; elle emploie 600 bâtimens
pour ce commerce & 12,000 matelots .
La France 100 ; le nombre des bâtimens
( 59 )
qui font employés à ce commerce , monte à
600 , & celui des matelots à 12,000 .
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 29 Octobre.
Le dernier ajournement du Parlement
étant expiré le 27 , les deux Chambres fe
font rendues à la maifon des Pairs , où, par
ordre de S. M. le Chancelier a prorogé cette
Affemblée jufqu'au premier de Décembre
prochain.
D'après le relevé des équipages des vaiffeaux
de garde qui font à Spithead , il n'eft
mort que 37 hommes dans les fix derniers
mois de leur ſtation . Le St. - George , vaiffeau
neuf de 98 c. a été mis en ordinaire . Il vient
d'arriver à Sainte- Hélene un vaifleau avec des
mâts de fortune que l'on fuppofe être le Naffau,
vaiffeau neuf de 64 can . lancé depuis peu
à Bristol.
40
Le St. Anthony , fregate Efpagnole de
can. s'eft perdue dans le golfe de Gascogne ;
elle étoit fortie depuis peu de jours du port
de Saint -Andero . On n'a fauvé qu'un feul
homme de l'équipage.
Les vaiffeaux du fecond rang actuellement
en conftruction dans les chantiers de
la Tamife , font le Windfor- Castle & le
Boyne de 98 can. l'Impregnable & le Prince ,
de 90 .
Les dernieres nouvelles reçues des Ifles
сб
( 60 )
fous - le- vent , ont été apportées par le paquebot
qui a appareillé d'Antigoa le 13 Septembre.
L'ouragan s'eft fait reffentir dans toutes
les ifles , quoique deux d'entr'elles feulement
aient effuyé des dommages confidérables . Il
n'y a pas eu le moindre dégât, ni à la Grenáde
, ni à St. -Vincent : la Dominique, Antigoa
& Montferrat ont peu fouffert ; les plantations
de cannes à fucre à St. Chriftophe & à
Nevis ont été détruites en grande partie ;
mais la plupart des bâtimens ont été confervés .
L'ifle Danoife de Sainte - Croix eft prefque
entiérement ruinée , l'ouragan paroiffant y
avoir exercé les plus grands ravages. If a tenverfé
tout ce qui lui oppofoit une forte réfiftance,
& détruit des rangées entieres de maifons
. Mais l'ifle de Tortola , prefque contiguë
à Sainte - Croix , a été préfervée; ce qui prouve
que la direction de la tempête étoit reftreinte
du nord au fud. Les nouvelles reçues de la
Jamaïque font encore plus malheureufes,
Voici en quels termes les Gazettes de Kingston
racontent les défaftres caufés dans cette
ifle par l'ouragan .
Nous avons effuyé dans l'après- midi de Samedi
dernier un ouragan affreux , qui eft le quatrieme
dont cette malheureufe colonie a été défolée depuis
cinq ans. Le vent commença à fouffler du
N. O. avec la plus grande violence vers les quatre
heures ; il continua dans cette partie jufqu'à fix ,
tems auquel il tourna prefque entiérement au
nord. La tempête augmenta avec force juſqu'à
onze heures , & parut alors s'appaifer ; mais elle
recommença peu de tems après avec plus de fu(
61 )
reur , & dura jufqu' au Dimanche matin ; pendant
tout ce jour le vent fouffla par raffales : une
pluie des plus violentes fe méla à l'ouragan ,
& fit des rues de cette ville autant de canaux ;
les coups de vents ne cefferent que le Mardi au
foir. Les vaiffeaux de S. M. l'Europa , le Janus ,
la Fore , l'Ariel & le Bull - Dog , mirent à la
mer auffi- tôt que l'ouragan commença ; ils n'ont
pas reçu le moindre dommage , ce qui eft dû à
la prudence & aux foins de l'Amiral Innes , qui
craignant les coups de vent ordinaires dans
cette faifon , avoit eu la précaution d'ordonner
quelques jours auparavant que les grandes vergues
& les mâts de perroquets fuflent abattus.
Il n'y a que le floop le Camille , qui n'ayant pas
pris ces précautions , perdit fes mâs & fut trèsmaltraité
. Le paquebot le Swallow , qui n'étoit
entré dans le port que la veille de l'ouragan
caffa quatre cables , & fut échouer à Greenwich ,
où il eft actuellement à la côte ; il a perdu tous
fes mâts. Une douzaine de bâtimens , tout au
`plus , ont réfiflé aux efforts de la tempête ,
mais en effuyant de très grands dommages . Il eft
impoffible de pouvoir vous donner des détails
exacts fur les pertes qu'ont pu faire tous les bâtimens
, mais l'efquiffe fuivante peut en donner
une idée :
1
Les cafernes de Stoney-hill ont été renverfées
, & il y a eu qua re hommes de tues ; celles
de Upper-camp font tombées en partie , & ce
qui en a reſté eft très - endommagé ; celles de
Spanish- town , & du Fort- Augufta , ont été
entièrement détruites ; heureufement perfonne
n'a été tué dans ces trois derniers endroits . Les
mai ons fituées dans North - ftreer , & tous les enclos
aux environs de cette ville ont confidérablement
fouffert. Les toits des maifons ont été em(
62 )
portés , & prefque tous les bâtimens faillans renverfés.
Durant cette fcene effrayante , M. Léɔnard
Wray , Marchand de cette Ville , revenant
de Spanish-town , chercha à fe mettre à l'abri à
Farneftate avec plufieurs autres perfonnes ,
croyant être plus en fûreté dans l'intérieur des
fortifications que dans la mifon : ils y entrerent
; à peine y furent- ils qu'elles s'écroulerent
en partie ; M. Wray reçut une bleffure à la tête ,
& eut le corps tout meurtri. Ce qui augmenta la
frayeur que la tempête caufoit aux habitans , ce
fur l'alarme qu'on donna vers les huit heures
d'un feu qui menaçoit d'embrafer toute la ville
de Kington . Mais l'incendie fat bientôt éteint ,
& on en fut quitte pour la peur . Il eft impoffible
de donner un détail des dommages faits dans
la ville & aux environs. On croit que le fort de
la tempête a été vers une heure après minuit.
Il a péri un très - grand nombre de perſonnes
dans ce terrible conflit des Elémens , & on craint
que les nouvelles qu'on attend n'augmentent
confidérablement la lifte que l'on a déji reçue.
Duz Septembre.
L'Amiral Innes a ordonné que les vaiffeaux de
guerre s'employaffent à fauver tout ce qui feroit
poffible de retirer des navires marchands.
Les quais de Greenwich ont beaucoup fouffert
, ainfi que plufieurs des magafins.
APort -Royal , les ravages ont été très grands.
Les bâtimens publics , les quais , les maiſons ont
été renversés entiérement , ou détruits en partie.
C'eft fur- tout dans le port , parmi les floops &
autres navires , que le dommage a été très - confi◄
dérable. Dans la nuit qui précéda la tempête ,
l'eau s'éleva perpendiculairement de quatre
( 63⋅ )
pieds , & caufa plufieurs inendations , & c.
Au fort Augufta , l'hôpital qui n'étoit fini que
depuis quatre mois , a été entiérement démoli ,
& les toits des cafernes emportés à une trèsgrande
distance .
Au port Henderfon , on a trouvé plus de vingt
cadavres , la plupart blancs , qui avoient été jetés
fur le rivage : les différens rapports que l'on a eus
donnent une lifte de plus de cent corps trouvésfur
la côte en divers endroits.
A Ro ky- Point , les pertes qu'ont faites les
particuliers font immenfes.
Les ravages n'ont pas été moindres à S. Jage
de la Vega , & dans le voifinage , & c . On n'a pas
pu favoir le tort fait à la campagne , parce que
les chemins font inondés par la quantité de pluie
qui eft tombée fans ceffer jufqu'à hier. La tempête
s'eft à peine fait fentir dans la Paroiffe de
Vere & dans tous les environs .
Les plantations , les maisons , les habitations
des Negres ont beaucoup fouffert à S. James's.
A la baie Annotto , tous les navires gros &
petits , ont été jetés à terre , ainfi que dans
plufieurs autres rades. Il n'y a qu'un brig venant
de la Caroline feptentrionale , & allant à Mor. nt-
Bay , qui fe foit perdu à la vue de Rocky-
Point.
On écrit de Port- Antonio , que cette ville &
les planta ions qui l'entourent ont été entiérement
détruites , ainfi que le tiers de la ville de
Titchfield. De tous les navires qui étoient dans
le port oriental , il n'y a que le Triton qui ne
foit pas à fec. Manchioneal , Annotto - Bey , &
les parties intérieures de la campagne , font entièrement
ruinées. La plupart des navires font à
la côte. Le Schooner Attierina a été renversé
par un coup de vens , & le Capitaine a péri, Le
( 64 )
navire l'Aréthufe , de Londres , arriva Lundi au
port Maria , après cinquante- cinq jours de piffage
, & fut furpris de la tempête le 27 à la vue
de S. Domingue. Elle dura pendant fix heures
vec la plus grande violence.
a
Le good Intent arriva des côtes de Mufquitos
deux heures avant la tempête. L'Agnès eft arrivée
à Bofton après un paffage de quarante &
un jours , & n'a pas fouffert autant que les autres
navires. Elle n'a perdu que fon grand mât . Tous
les autres bâtimens qui fe font trouvés en mer
durant la tempête font entrés dans les différents
ports de cette ifle.
Le gouvernement craignant que les ravages
faits par cet ouragan n'occafionnaffent une difette
de vivres , a fait mettre un embargo géné
ral fur tous les vaiſſeaux & navires dans les différens
ports de cette iffe ; cet embargo eft pour fix
femaine , à commencer du 8 de ce mois.
Le nombre des vaiffeaux deftinés pour le
dehors , qui fe trouvent actuellement dans la
Tamife , eft plus confidérable qu'il ne l'a
jamais été. Le commerce de ce pays ne paroît
pas avoir aucunement fouffert depuis la féparation
de l'Amérique ; l'efprit d'entrepriſes
& l'induftrie de nos compatriotes font à tel
point, que lorfqu'une reffource leur manque,
ils en trouvent auffi tôt une autre ; tous les
cafés fitués près de la Bourſe font remplis
d'avis de départs de vaiffeaux , & l'on voit
actuellement au café de la Jamaïque une
lifte de près de 80 vaiffeaux deftinés pour
cette ifle.
La Princeffe fille aînée du Roi & la Princeffe
Augufta , doivent avoir une réfidence à
( 65 )
Londres , & l'autre à la campagne , auffi - tôt
que l'aînée de ces Princelles aura atteint ſa
21me. année. Elles habiteront , à ce qu'on
dit , le palais de Kenſington.
Le Duc de Bedford , qui doit paffer l'hiver à
Nice , ne fe propofe de revenir en Angleterre ,
qu'au mois de Juillet prochain , où il entreraen
majorité. A cette époque il donnera à Wooburn
les fètes les plus bril antes. Le jeune Duc entrera
en pleine poffeffion d'un revenu annuel de 63000
liv . fterl . duquel il pourra difpofer entiérement ,
à l'exception d'un Douaire de 10000l . paran , qui
lui rentrera à la mort de fa Mere , & de 600 par
an , ainfi que d'une fomme de 10000 liv._qu'il
eft tenu de donner à chacun de fes freres les Lords
John & William. Chacun de ces derniers jouira
auffi du revenu de socoo liv. fterl . qui leur ont
été léguées par le feu Duc de Bedfort.
Les Membres du Bureau du Contrôle
qui ont nommé dernierement le Chevalier
Archibald Campbell au gouvernement de
Madras , ont paffé en même temps un vote
qui ftatue leur intention à l'égard des affaires
de l'Inde , & qui devra fervir de regle à
leurs fucceffeurs ils ont arrêté qu'ils ne
confentiroient point à ce qu'aucun Gouverneur
ou Officier fupérieur reftât emploié
dans l'Inde , au- delà de trois ou quatre ans
au plus.
Un de nos élégans de la premiere claffe
s'eft promené dernierement dans une voiture
, dont les armes , fans être conformes
aux regles du Blafon , n'en étoient pas
( 66 )
moins remarquables par le rapport qu'elles
ont avec le caractere de celui qui les a adoptées.
Le corps de l'éca repréfente une Vénus
qui coupe les ailes à l'Amour. Elle à
pour fupports deux chiens couchans , pour
cimier un coq d'or , & pour devile : Sine
Cerere & Baccho friget Venus.
Les Papiers publics d'Irlande nous apprennent
que le Duc & la Ducheffe de Rutland
font allés voir le Lac de Killarney , cù chaque
nouveau Viceroi ne manque prefque jamais de
fe rendre. Ce Lac , fitué dans la partie méridionale
du Comté de Kerry , offre dans un espace
de quelques arpens , toutes les beautés de la
nature. Au milieu de fes eaux font une quantité
de petites ifles , difpofées de la maniere la
plus pittorefque. Des arbres , des plantes de
toute efpéce y croiffent naturellement & fatis
font à la fois l'imagination & l'oeil des curieux .
Tandis que les Etrangers font à voguer fur les
eaux du Lac , ils entendent tout -à- coup une
décharge d'artillerie qui part d'un lieu éloigné.
Cette explofion produit dans les collines & les
vallons d'alentour cent éclats répétés femblables
à ceux du tonnerre , qui rempliffent les Spectateurs
d'effroi & d'admiration . Cette décharge
eft bientôt après remplacée par des concerts
charmans , que la difpofition du lieu rend
encore plus agréable . Ce divertiffement , fondé
par le Lord Kenmare , fe donne à chaque conpagnie
qui vient voir le Lac. Mais lorsqu'il
vient des Etrangers d'un certain rang , on leur
procure plufieurs autres amuſemens , dont l'un
des plus goûtés eft la chaffe du cerf. Le Lac
eft environné de maifons de campagne , la plus
belle eft celle appellée Mu.rus. Elle eft fituée fur
( 67 )
le Lac même , & appartient à M. Herbert , gendre
du feu Lord Sackville .
L'un des derniers Vicerois d'Irlande , le Lord
Townsend , étant venu vifiter ce Lac , il lui
arriva fur la route une aventure très plaifante.
Un Aubergifte s'étoit tellement attiré les bonnes
graces par fon enjouement extraordinaire &
fes attentions , qu'après avoir bu quelques bouteilles
de fon meilleur vin , il appella fon hôte ,
& dans un accès de gratitude , lui conféra l'honneur
de la Chevalerie. Le pauvre diable pendant
la cérémonie , donnoit tour - à - tour des
fignes de frayeur & d'étonnement. Cependant
i fut fi bien confeillé avant le retour de l'aurore
qu'il refufa de renoncer à fa dignité & de garder
le filence fur cette aventure , quelqu'avantageufes
que fuffent pour lui les offres que lui
faifoit le Lord. La fingularité du fat attira ,
pendant fort long tems , de nombreufes compagnies
chez notre Chevalier ; mais ce premier
enthoufiafme s'étant refroidi , on affure que ce
dignitaire de la bouteille , ne retire actuellement
que très- peu d'avantage de fa Chevalerie prefqu'oubliée.
Il exifte dans le nord de l'Irlande , fur les
bords d'une riviere , une pierre , avec l'Inf
cription fuivante , qui paroîtra curieufe , &
qui fans doute avoit été mife dans l'intention
de fervir aux étrangers qui paffo: ent par
ce chemin. « Il faut obferver , que lorfque
» cette pierre eft fous l'eau , il n'eft pas prudent
de paffer à gué cette riviere » . Cette
Infcription eft à - peu près femblable à celle
de ce fameux poteau qui fut placé par ordre
de l'Infpecteur des routes & chemins , il y
( 68 )
a quelques années , dans le Comté de Kent :
» Ce fentier conduit à Feversham ; fi vous ne
pouvez pas lire cer écrit ; vous ferez mieux
» defuivre la grande route.
»
Le différend qui s'eft élevé , dit un de nos
Papiers publics , entre les Hollandois & l'Empereur
de Candie dans l'ifle de Ceylan , donnera
probablement une nouvelle face aux affaires de
leur Compagnie des Indes. S'il faut s'en rapporter
au témoignage des Officiers Anglois ,
qui ont féjourné à Trinquemale pendant la derniere
guerre , il eft peu d'ifles qui poffedent
une fi grande quantité de plantes diverfes , de
minéraux , &c. & dont le fol foit auffi varié.
Dans certaines parties , cette iflè eft d'une fertilité
furprenante , dans d'autres elle eft extrêmement
aride , & l'on n'y voit que des monceaux
de pierres , des rochers d'une groffeur énorme &
des plaines immenfes de fable , où le voyageur
court rifque d'être enfeveli fous des tourbillons
de pouffiere , fi malheureufement il y eft furpris
par un coup de vent. C'eft ce qui a manqué
arriver à quelques Officiers Anglois actuellement
à Londres .
On a découvert récemment ' un phénomene
très fingulier dans cette ifle . L'équipage d'un
bâtiment avoit envoyé quelques matelots à terre
pour y faire de l'eau ; mais comme la nuit ap
prochoir , & qu'ils craignoient de ne pas arriver
à temps à l'endroit défigné , ils prirent le parti
de retourner à bord , & de remettre leur approvifionnement
au lendemain . A deux milles environ
du rivage un moreeau de rocher s'offre
à leur vue ; l'un des matelots l'ayant frappé machinalement
avec une pince de fer ; il en fortit
tout- à- coup un filet d'eau très - pure . Cette dé(
69 )
}
couverte ayant fixé l'attention des Officiers qui
commandoient le détachement , ils reconnurent
qu'un lit de rechers régnoit dans toute l'étendue
de l'ifle , & qu'en entâmant ces rochers ,
trouvoit dans de certain endroiss des eaux excellentes
, & dans preſque tous une eau d'une affez
bonne qualité.
1
on
Des Officiers Anglois ayant pénétré dans l'inrérieur
de l'ifle , les habitans auxquels ils étoient
recommandés , leut firent la meilleure réception
, & s'emprefferent de leur montrer tous les
objets d'hiftoire naturelle qui pouvoient piquer
leur curiofité.
Le Canelier de cette ifle fe fait remarquer par
fa beauté. Il fembleroit que cette plante profpere
davantage , lorfqu'elle eft abandonnée à ellemême
, & qu'elle fe multiplie plus de femences
tombées naturellemen :, que lorsqu'elle eft reproduite
par la culture. Une perfonne digne de foi
affure que les Gorneilles contribuent auffi à la
réproduction de cette plante . Voici comment
les oifeaux aiment finguliérement le fruit rouge
du Camelier ; ils avalent avec le fruit la graine
qu'il renferme, laquelle étant difperfée çà & là avec
leurs excrémens , fans avoir été digérée , le terrein
ſe trouve tout- à- la - fois enfemencé & fumé .
La plante prend racine & leve peu de temps
après .
L'Affemblée des Directeurs de la Compagnie
des Indes a pris , comme nous l'avons
rapporté , la résolution de permettre à fes
Employés dans l'Inde , de tirer fur elle
6,000,000 1. Ce qui l'a déterminée à prendre
ce parti , c'eft le poids énorme de fes dettes
dans l'Inde qu'elle veut transférer en An(
70 )
gleterre. Les lettres feront tirées fur le pied
de 1 f. 8 d. par roupie courante , & fur un
taux proportionnel pour la pagode & la roupi
: de Bombay , payables à 548 jours de
da e , avec l'option de reporter le paiement
entier fur la demi année d'intérêt que paie la
Compagnie fur le pied de s pour cent par
an, à compter du jour de l'échéance, & en
payant pour le tranfport defdits billets 10
pour cent fur le principal , chaque année
après le 1er. Mai 1790 , à moins qu'ils n'aient
été acquittés avant cette époque. Pour la
commodité des porteurs de ces billets , il en
fera délivré de la fomme de 5s0o0o liv.
L'Auteur anonyme d'un ouvrage piquant
, imprimé à Edimbourg , fous le titre
de The Lounger , vient d'examiner d'une
maniere originale & plaifante , l'interminable
queftion de la préférence des Anciens fur
les Modernes. Laifant à part la fauffe érudition
, fentêtement de fecte , & les longueurs
métaphysiques , voici comment il
préfente fa propre opinion. Il est à obſerver.
que dans cette fatyre , il a particulierement
en vue les uſages & les moeurs de l'Angleterre.
« Suivant les Frondeurs , dit - il , toutes les
Sciences touchent à leur déclin , les Arts retrò- ”
gradent, les grandes vertus font anéanties , & il
ne refte plus de moralité dans les actions humaines.
Même dégénération au Phyfique ; la ftature
de l'efpece humaine s'eft rabougrie , la vigueur
corporelle a diminué , les faifons font devenues
plus irrégulieres , la terre a perdu de fa fertilité
& le foleil de fa chaleur » .
( 71 )
ee J'accorde que la Mufique ne transplante plus
des forêts comme la lyre d'Orphée , que le feu Roi
de Pologne , qui de fes mains caffoit un fer à
cheval , n'étoit qu'un embryon auprès d'Hercule ,
que les Cygnes ne chantent plus , enfin que nos
gâteaux ni nos pâtés n'approchent pas de ceux de
l'antiquité ; mais à tous autres égards , les modernes
peuvent foutenir avantageufement la comparaifon
».
e Autrefois , lorfqu'il s'agiffoit de nuire , on
avoit la brutalité d'aller droit à ſon but ; fi un
homme en vouloit à fon voifin , il le frappoit
fans détour , mettoit le feu à fa maiſon , immoloit
fa femme & les enfans . Maintenant , cetre
rufticité a changé pour le mieux . On ne voit
p'us de bêtes féroces dans la fociété. Votre ennemi
fe préfente à vous dans la contenance d'un
ami : il vous accable de politeffe en votre préfence
, & fe contente de vous diffamer lorfque
Vous avez tourné le dos , Si vous êtes dans le befoin
, on vous prête honnêtement de l'argent à
gros intérêts , & l'on vous fait enfermer lorfque
vous négligez de vous acquitter.
"Avez- vous commis quelqu'infulte de la premiere
gravité , comme de marcher dans la rue fur
le pied d'un Gentilhomme , comme de le troubler
dans les têtes - à- têtes avec votre femme , il
yous fait part de les intentions amicales , avec la
plus grande civilité ; il vous reconnoît pour un
homme d'honneur , & en conféquence , il vous
invite à recevoir deux balles dans la cervelle.
» Certainement les anciens étoient très inférieurs
aux modernes dans tout ce qui concerne
le bon goût & les belles manières. Le rafinement
de goût parmi nous le manifefte particuliérement
dans un mépris poli pour toutes les productions
nationales , & dans une généreule admiration de
( 72 )
·
tout ce qui vient de l'étranger. Un Gentilhomme
Anglois , bien élevé , doit n'appartenir à aucun
pays ; il doit réunir en fa perfonne les caracteres
de fept ou huit Nations , parler & s'habiller à
la françoife , chanter à l'italienne , imiter l'indolence
d'un Eſpagnol , l'intempérance d'un Allemand
; il doit avoir une maiſon en ſtyle grec ,
les offices en ftyle gothique , & un ameublement
chinois. Pareillement , il doit fe préſerver de
toute partialité de religion , ne pas préférer Confucius
à Brama , Mahomet à Jefus- Chrift , & le
piquer d'indulgence pour toutes les opinions.
» Combien l'efprit des Grecs & des Romains
étoit différent Servilement attach´s à leurs
coutumes , ils dédaignoient les étrangers ; & que
pouvoit- on attendre de Nations affez barbares pour
prodiguer elles - même cette épithete aux autres
peuples?
啼
»On a beaucoup célébré le patriotisme des Anciens
; mais en examinant la choſe de bien près
on découvre l'exagération de ces éloges. Il eft
vrai qu'on rencontre parmi eux des individus
d'une grande vertu publique ; cependant jamais
cette vertu ne fut répandue , comme elle l'eft
chez nous dans tout le corps du peuple. Les por
teurs de chaife & les fiacres de Rome & d'Athênes
étoient d'une déplorable ignorance fur les affaires
d'Etat . On ne voyoit dans ces capitales pas un club
pour la réforme de la conftitution . Les Charpentiers
, ni les Maçons ; les Cordonnier , ni les
Tailleurs ne fe mêloient de corriger le Gouver
nement.
22
Qu'a de fi extraordinaire l'exemple de Thémiftocle
& d'Ariftide , tous deux ennemis jurés ,
& fe réconciliant lorfque la patrie fut menacée
par les Prfes ? N'avons- nous pas des hommes
d'Etat qu'on a vu un jour le déchier , fe regarder
( 73 )
garder mutuellement comme des monftres , &
le lendemain s'uniffant pour le bien public , &.
fe prodiguant les plusfinceres témoignages de l'eftime
& de la vénération . Decius , il eft vrai , fe
dévoua pour fon pays ; quelques uns de nos Généraux
ont facrifié leur armée entiere par pur ef
prit de patriotisme.
» Voyez d'ailleurs dans tous les papiers - nouvelles
, le regiftre toujours plein des inventions
des découvertes , des merveilles de toute efpece
dans les Sciences & dans les Arts. Voyez le plus
noble de tous , celui de guérir , parvenu à un tel
degré de perfection , qu'un de mes amis , en
feuilletant l'autre jour les bills de mortalité , y
trouva qu'une foule de perfonnes avoient choifi ;
pour mourir , précisément les maladies auxquelles
on a appliqué les plus infaillibles fpéci
fiques .
Un Art analogue à la Médecine eft celui de réparer
la figure humaine : ici la prééminence des
modernes eft bien marquée. Les Anciens (e bornèrent
à quelques embelliffomens extérieurs de la
contenance ; ils ne connoiffoient nullement le
pouvoir créateur de fe donner des membres &
des organes auffi - bien que des attraits , des gras
de jambes de parchemin , des yeux de verre ,
des dents factices . Ce méchanifine eft tellement
perfectionné , qu'un homme de bois peut exécuters
un folo de violon , jouer une partie d'échecs
fe promener , &c. &c . De là à des automates qui
exécutent toutes les fonctions de la vie & de la
fociété , le pas eft court , & on le franchira.
Alors on verra les divers départemens occupés
pat des Administrateurs inflexibles ; la grande
machine de notre Gouvernement fera parfaitenient
conduite ; les Juges rendront la juftice avec
la plus rigide imparialité ; un Roi foliveau pour-
No. 46, 12 Novembre 1785.
d
( 74 )
ra fe trouver à la tête des affaires , fans cauferaucune
dépense à la Nation , & la délivrera de toutes
fes terreurs fur l'extenſion de la prérogative de la
Couronne , &c.
ETATS- UNIS DE L'AMÉRIQUE.
DE NEW - YORCK , le 12 Septembre.
M. Richard Henri Lee , Préſident du
Congrès , eft parti d'ici , le 20 Août , pour
fe rendre dans la Penfylvanie ; l'attention
foutenue que ce zelé citoyen a donnée aux
affaires publiques , ayant confidérablement
affoibli fa conftitution , fes Médecins lui
ont confeillé l'ufage des eaux de Harrowgate.
dans le voisinage de Philadelphie. Auffitôt
que la fanté de M. Lee fera rétablie , il retournera
à New- Yorck pour reprendre fes
fonctions . En attendant M. Samuel Holton ,
l'un des Députés de l'Etat de Maſſachuſett ,
préfidera le Congrès.
Le Chevalier John Rutledge a refufé la
place de Miniftre Plénipotentiaire auprès des
Provinces- unies , à laquelle il avoit été
nommé ; la fituation de fes affaires particulieres
auxquelles le fervice public , depuis
plufieurs années , ne lui a pas permis de
veiller , l'empêche d'accepter ce pofte honorable
.
Un particulier du Maryland écrit les particularités
fuivantes à un de fes amis à Philadelphie
, en date du IS Août,
( 75 )
Mon fils & un de fes amis qui font arrivés ici
de Louisville , peu de temps après votre départ ,
m'ont affuré que plufieurs colons qui s'étoient
établis vers la partie nord oueft , avoient eu la
chevelure enlevée , &
que fix autres colons avoient
été tués dans le même endroit .
On apprend aufi , par une perfonne arrivée
depuis peu de Wheelan que plufieurs Négocians
qui étoient entrés fur le territoire des Sauvages ,
y avoient été tués, & qu'on leur avoit enlevé tous
leurs chevaux & leurs pelleteries , quoiqu'ils fulfent
fous la protection d'une perſonne naturaliſée
& mariée parmi les fauvages.
·
Plufieurs autres nouvelles s'accordent à dire que
les fauvages ne s'en tiendront à aucun des derniers
traités conclus avec eux , & qu'ils s'oppoferoni
à tous les établiffemens que l'on tenteroit de
faire dans la partie occidentale de l'Ohio . Ces différens
rapports , joints au refus qu'ils ont fait d'abandonner
les poftes qu'ils occupent fur le lac
paroiffent indiquer clairement des intentions hoftiles
de leur part , & elles feront probablement
appuyées fortement par nos anciens amis
devenus aujourd'hui nos plus cruels ennemis.
Si les fauvages fe bernent à nous empêcher
de nous établir fur la partie occidentale
de l'Ohio , je crois que c'eft ce qui pourra
nous arriver de plus heureux , j'ai toujours regardé
le projet de fe rendre maître de tout le pays
qu'habitent les fauvages , comme la politique la
plus dangereufe , attendu qu'elle engageroit nos
concitoyens à nous quitter pour aller peupler ces
nouvelles contrées ; ce qui diminueroit confidérablement
la valeur des
établiſſemens déjà formés
, & nous mettroit hors d'état de payer les
taxes & d'acquitter les dettes déjà contractées. Ces
dz
( 76 )
confidérations me font dire que , quand même
les fauvages s'éloigneroient de nous d'un millier
de milles , il faudroit rejetter l'idée de former de
nouveaux établiſſemens.
Le Commodore Sawyer avoit envoié
d'Hallifax à Bofton un certain nombre de
petits bâtimens , fous le convoi de la frégate
le Mercury , pour charger du bétail
vivant. Le Capitaine Stanhope fe rendit
chez le Gouverneur Bawdoin à Boſton , accompagné
de les Officiers , en habits d'Uniforme
; & en fortant de fon Hôtel , ils furent
infultés par la populace qui fit pleuvoir fur
eux une grêle de pierres , en leur criant d'ôter
leur Uniforme , & proférant le nom du
Roi leur maître. Le Capitaine Stanhope &
deux hommes de l'équipage ont pensé être
tués par des coups de pierres. Ce Capitaine ,
fans fe déconcerter , traverfa la foule pour
retourner à l'hôtel du Gouvernement , &
porter fes plaintes au Gouverneur Bawdoin ,
qui l'affura qu'il lui donneroit fatisfaction ,
ainsi qu'aux gens de fon équipage , & qu'ils
ne feroient plus infultés à l'avenir ; mais en
retournant vers fa chaloupe , la populace fe
porta à de nouveaux excès ; & le lendemain
les papiers publics de Bofton furent remplis
d'injures atroces contre le Roi de la Grande-
Bretagne , fes Miniftres & fes Officiers. Le
Capitaine Stanhope écrivit en conféquence
une lettre au Gouverneur Bawdoin , dans
laquelle il le prioit de faire fupprimer ces
injures dans les papiers : mais le Gouverneur
( 77 )
lui ayant fait une réponſe entortillée ( 1 ) , le
Capitaine Stanhope mit de nouveau pied à
terre, pour faire des repréfentations au Gouverneur
, & l'affurer que fi l'on répétoit les
infultes contre le pavillon du Roi fon maître
ou fes Officiers , il détruiroit une partie
de la ville. Au depart des dernieres nouvelles
de Bofton , il avoit en conféquence placé
fon vaiffeau dans une pofition convenable
pour effectuer fes menaces , s'il s'y trouvoit
forcé.
Voici le contenu des lettres refpectives
entre le Cap . Stanhope , commandant la
frégate Angloife le Mercury , & M. Bawdoin
, Gouverneur de Boſton.
A bord du Mercury , dans le port de Bofton , le
1 Août 1785 .
Je fuis fâché de me voir dans la néceffité
de faire des représentations à Votre Excellence ,
touchant les infultes répétées & les indignités
atroces commiſes par la populace de cette ville
envers moi & mes Officiers , & les propos indécens
dont les Papiers publics ont été remplis ;
je ne vous importunerois pas aujourd'hui fi je
n'euffe pas couru le danger ainfi qu'un de mest
Officiers , de perdre la vie hier au foir , par la
rage affreufe d'une populace qui n'avoit été provoquée
de notre part en aucune maniere.
(1 ) Le Gouverneur l'invita à s'adreſſer à quelqu'un
des Tribunaux de Bofton , pour faire conftater le
délit , en obtenir juftice . Le Capitaine Stanhope
regardant fon affaire comme une infulte au Droit des
gens, & non comme une attaque particuliere , prit
la réponse de M. Bawdoin pour une défaite.
d3
( 78 )
Je pense qu'il n'eft pas néceffaire de recommander
à Votre Excellence de prendre les mefures
convenables pour découvrir les chefs de
parti , afin de les livrer à la justice publique &
de nous mettre à l'abri de toute infulte¯ultérieure.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Son Excellence le Gouverneur BAWDOIN.
De Bofton , dans l'Etat de Maſſachuſett , le 1
MONSIEUR ,
Août.
J'ai maintenant fous les yeux votre Lettre
en date de ce jour . C'eft un grand malheur que
les fujets, ou habitans de différens pays qui ont
été ennemis , ne puiffent pas être ramenés aifément
à fe traiter mutuellement avec les égards
convenables , lorfque les Gouvernemens auxquels
ils appartiennent refpectivement , ont conclu
un traté d'amitié & remis l'épée dans le foureau.
Mais je dois vous obferver que de pareils
troubles n'arrivent que trop fouvent dans des
villes maritimes où il fe trouve beaucoup de
peuple.
Si vous avez été infuké & • que votre vie
fe foit trouvée en danger de la maniere done
vous me le repréfentez , je dois vous informer
que nos Loix vous donneront une ample fatisfaction.
Les Etrangers ont droit de prétendre
à la protection de la Loi ainfi que tout Ci
toyen des Etats-Unis , tant qu'ils font dans la
Juridiction de cet Etat.
"
Tout Jurifconfulte inftruit , fi vous vous ade
fez à lui , vous indiquera les moyens de procéder
légalement pour obtenir la fatisfa&ion
que vous demanderez fi vous avez été infulté
& la Cour de Justice prendra des informations
de moi touchant les affemblées tumultueufes &
illégales , & les événemens fâcheux auxque's
elles pourront avoir donné lieu , & elle infi ,
( 79 )
gera un châtiment égal aux coupables für le rapport
du Juré.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Au Capitaine STANHOPE.
A bord du Mercury , dans le port de Bofton , le
2 Août 1785.
MONSIEUR ,
Lorſque j'eus l'honneur de m'adreffer à Votre
Excellence , pour la prier de faire ceffer les
infultes qui m'étoient faites , ainsi qu'aux Officiers
du vaiffeau de S. M. Britannique le
Mercury que je commande , & d'implorer votre
protection , je fondai toute mon espérance fur
Paffuraace pofitive que vous me donnâtes à cet
effet en leur préſence ; la contradiction qui ſe
trouve dans votre conduite ne peut ni me fatisfaire
, ni vous faire honneur à vous- même,
Votre Excellence voudra bien me permettre
de lui faire obferver que je n'ai jamais reçu
de lettre auffi infultante que celle qu'elle m'a
écrite en réponse à la demande que je lui ai
faite hier. Je fuis néanmoins heureux de trouver
des difpofitions plus favorables dans la premiere
claffe d'habitans , dont l'affiftance , je vous
l'avoue avec plaifir , m'eft la plus agréable ,
après le prétexte apparent qu'a pu fournir la
fubftance de ma lettre ; & malgré la connoit-
-fance que prétend avoir Votre Excellence , des
Loix & ufages des Nations en pareils cas , elle
me permettra de lui affurer qu'il n'y en a pas
ni même l'alliée de ces Etats , qui ne défapprouve
très-fortement , foit le manque d'énergie
de la part du Gouvernement , foit la répugnance
du Gouverneur à punir des infultes
auffi manifeftes.
unc
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Son Excellence le Gouverneur BAWDOIN ,
d4
༽ ས་ ( 80 )
Réponse au Capitaine STANHOPE.
Votre lettre , datée du 2 de ce mois , m'a été
remife. par M. Nash , votre Lieutenant , à quatre
heures après midi .
Je vous donne avis par la préſente , que comme
vous avez employé dans votre derniere lettre
les expreffions les plus outrageantes & les
plus infultantes à mon égard , fans que j'y aie
donné lieu , je prendrai à cet égard , les melures
qu'exigent la dignité de ma place , & les
égards qui font dus à l'honneur de cet Etat
lié à celui des Etats-Unis en général.
De Bofton , les Août , à 6 heures après midi .
A bord du Mercury , dans la rade de Nantusket,
le 4 Août 1785 , à midi & demi .
Je reçois á inftant la lettre que V. E. m'a
'fait l'honneur de m'adreffer , & je dois l'affarer
que je me foume:trai très - volontiers aux conféquences
les plus fâcheufes qui pourront réfulter
de notre correfpondance
dans laquelle je
ne conçois pas qu'elle ait pu trouver des expreffions
outrageantes
& infultantes pour elle
de ma part , ce qui cft plus que je ne pourrois
dire de la fienne ; & telle élevée que puiffe être
la place de V. E. , je ne fais pas s'il y en a de
plus refpectable que celle que j'ai l'honneur
d'occuper.
J'ai l'honneur d'être , & c .
A S. E. le Gouverneur BAWDOIN.
La chaleur a été fi exceffive à Kingſton ,
que le mercure du thermometre de Farenheit
a monté beaucoup au deffus de 90 degrés
à l'ombre , & dans un endroit où l'air
circuloit librement .
( 81 )
FRANCE..
DE FONTAINEBLEAU , le 2 Novembre.
Le Comte de Rofnivinen de Piré & le
Comte la Rivierre , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préſentés au
Roi , ont eu , le 27 de ce mois , celui de
monter dans les voitures de S. M. & de la
fuivre à la chaffe .
Le 1er. de ce mois , fête de la Touffaints ,
Leurs Majeftés & la Famille Royale aflifterent
, dans la Chapelle du Château , à la
grand'Meffe célébrée par l'Evêque de
Rhodes , & chantée par la Mufique du Roi ;
la Marquife de Loftanges y fit la quête.
L'après -midi , le Roi , accompagné de la
Famille Royale , fe rendit à la même Chapelle
, où , après avoir entendu le Sermon
prononcé par l'Abbé Gayet de Sanfale , Docteur
& Bibliothécaire de Sorbonne , Prédicateur
du Roi , il affifta aux Vêpres chantées
par fa Munique. Le foir de ce jour , Leurs
Majeftés fouperent à leur grand couvert.
Pendant le repas , la Mufique du Roi exécuta
differens morceaux , fous la conduire du fieur
Dauvergne , Surintendant de la Mufique de
Sa Majesté.
DE PARIS, le 9 Novembre.
M. Guignard de St. - Prieft , Intendant du
Languedoc , eft mort à Montpellier le 18 da
mois dernier. Sa place de Confeiller d'Eat a
été donnée à M. de Cypierre , Intendant
ds
( 82 )
d'Orléans qui a prêté ferment en cette qualité.
Les nouveautés dramatiques qui ont été
reprélenrées à Fontainebleau , ou qui doivent
l'être , font :
Opera . Themistocle , de MM . Morel & Phili
dor ; Dardanus , retouché par MM . Gu llard &
Sacchini ; Pénélope , par MM. Marmontel &
Piccini. C
Tragédies . Virginie , de M. de la Harpe ; Séramis
, de M. Lemiere ; Roxelane de M. de
Maifon Neuve , avec quelques changemers.
Comédies. Le Mariage fecret , en trois actes
& en vers , & le Portrait , en un acte & en vers ,
toutes deux par M. Desfontaines ; l'Oncle & les
deux Tantes , en vers & en trois actes , par M lę
Marquis de la Salle. Le Page fuppofé , en deux
actes & en vers , par M. le Chevalier de Chenier.
Opéra- Com'que . L'Amitié au Village , en
quatre actes & en vers , par MM. Desforges &
Philidor ; Richard coeur de Lion , mis en quatre
actes par MM . Sedaine & Grerry ; la Dot , en
trois as & en vers , par MM. Manquitot &
Bruneti ; le Jeu de l'Arc , Mufique de M. St.
Amant.
Jufqu'ici , le fort de ces différens ouvrages
pas été heureux ; le feul Opéra de Dardanus
ayant réuffi .
n'a
Il vient de paroître trois états en forme de
tableaux, concernant les forces & les finances
duRoyaume . Sans donner ces notices comme
exactes & authentiques , nous les rapporte
rons telles que les .
Le premier tableau concerne les troupes de
dont la totalité s'éleve à 288,000 bommes
comprenant les troupes provinciales. Cet étar
terre ,
! ( 83 )
donne la formation actuelle de tous les corps avec
les noms de tous les chefs.
Le fecond état et pour la Marine. On y voit
que depuis le retour de la paix il a été conſtruit
dans les ports 9 vaiffeaux de ligne ; favoir , à
Breft les deux Freres de 80 canons & le Superte
de 74 : à Rochefort le Généreux & l'Horifon de
74 ; & à l'Orient l'Audacieux , le Borée & le Fougueux
, tous trois de 74. Suivant cet état la
France a dans ce moment 72 vailleaux de ligre,
74 fiégates , 27 Corvettes ou chebecs , 36
Alûtes ou gabarres , 27 cutters ou lougres & 19
galiotes à bombes ou chaloupes canonieres ;
formant enſemble la totalité de 256 bâtimens
de guerre , ils font montés enfemble de 8368
pieces de canons. Leur armement fur le pied de
paix eft de 43 , oco hommes & en temps de guerre
de 70,000. On voit par cet état que ce département
de la Marine n'a rien ralenti de fon a&ivité.
Le troifieme tableau eft intitulé , Apperçu de
Padminiftration des Finances de la France en 1785 .
Sivant cet apperçu la recerte eft divilée en trois
chapitres.
Le premier. Contribution ou impofition de
toute nature qui s'éleve à
2. Revenus du Roi tels que
forêts , domaines , & c.
3. Impofition des Colonies.
Sur cette fomme il convient
de déduire pour les faifies &
contraintes dont les frais ne
doivent point entrer en rece te
Partant , le total effectif de
la recette monte à
La fecette générale ci deffus
$85,000,000 1.
25,000,000
7,000.000
617,000,000
10,000,000
607,000,000
d6
( 84 )
eft de 617,000,000
629,000,000 La dépense générale eft de
Partant , on voit que la dépenfe
excede la recette de 12,5000,000
Mais cette différence eft compensée , & audelà
, par les 37 millions de rembourfemens qui
ont été effectués.
Le même tableau contient la balance du commerce
de France avec l'Etranger , & fait voir
qu'elle eft à l'avantage du Royaume pour la
fomme de 70 millions , c'eft- à- dire , que tandis
que nous en verfons à l'Etranger 230 , il nous
en rend 300.
La Société d'Humanité, formée en Angleterre
pour adminiftrer des fecours aux noyés,
a fauvé plus de 1500 perfonnes depuis 10 ans
qu'elle exifte. Elle a multiplié les expériences
pour s'affurer d'un procédé efficace ; elle a fait
voyager en Europe , & fur tout en Hollande,
des gens de l'art qui ont fecondé fon zele généreux.
Il feroit bien à defirer qu'on traduisît.
en notre langue l'extrait des regiftres que pu
blie chaque année cette reſpectable Société.
Une Feuille de Province vient de donner ,
d'après les inftructions du Major Hart , le
précis de la méthode que cet Anglois dit être
employée dans fa patrie pour ramener à la
vie les noyés , morts en apparence. Une femblable
notice ne fauroit être trop répandue ;
en voici le contenu .
1º. Le noyé doit être foigneufement tranfporté
dans la maifon la plus voifine , afin de ne
pas laiffer éteindre les reftes de vie qui peuvent
encore exifter en lui : il faut lui tenir la tête un
peu élevée , & porter fon corps dans une pofture
maturelle & aisée , comme quand on eft couché.
( 85 )
le
2. On doit auffitôt le deshabiller & l'éten
dre dans un lit chaud, & bien effuyer fa peau avec
des morceaux de flarelle chauffés , & fi le corps
était nud au moment de l'accident , on doit ,
plus vite poffible , l'envelopper dans une couverture
chaude après avoir entièrement pompé
l'humidité avec de la laine bien chaude .
1
30. Quand le temps eft froid ou humide , l'opé
ration doit le faire auprès d'un bon feu ou dans
un appartement échauffé : fiau contraire le temps
eft chaud & étouffant , il faut ouvrir les fenêtres
& les portes de la chambre , & chercher de
toutes les manières poffibles à obtenir un air
frais & jouiffant de fon reffort , ce qui eft de
la plus grande importance pour réunir & railumer
les étincelles de vie difperfées & cachées
dans le corps , & pour rétablir la refpiration naturelle..
4° On ne doit admettre à cette opération que
les perfonnes qui y feront employées , & le nombre
de fix eft auffi grand comme il le peut être
dans de telles occafions ; c'eft pourquoi on doit
prier de fortir celles que la curiofité y ferait
refter , parceque leur préfence pourroit retarder
ou empêcher totalement le rétabliſſement.
5. Le corps doit être légèrement frotté de
fel commun , & pendant un temps affez confidérable
on peut paffer & repaffer doucement
une baffinoire le long du dos , par deffus la cou
verture dont il eft enveloppé. Des bouteilles
quarrées pleines d'eau chaude ou des briques
chaudes , recouvertes de flanelle & appliquées
à la plante des pie's & à la paume des mains ,
peuvent produire un très bon effer.
6º. Quand cette méthode a été pratiquée fans
fuccès pendant une heure ou davantage , & qu'il
y a dans le voisinage quelque bain chaud où la
maifon de quelque boulanger ou braffeur , on
3
( 86 )
que l'on peut fe procurer promptement des avan
tages équivalens , on doit porter le corps dans
de tels endroits , & l'y laiffer environné de corps
chauds pendant trois ou quatre heures , afin de
faciliter le plus qu'il eft poffible le retour de la
vie. Si c'eft un enfant qui a été noyé , fon corps
doit être parfaitement effuyé , & immédiatement
placé dans un lit chaud , entre deux perfonnes
d'une bonne conſtitution : les bons effets
fans nombre qu'a produits cette chaleur naturelle
en ont prouvé l'efficacité .
7° . Il faut frotter le corps avec des flanelles
le mouiller dans différens endroits avec des liqueers
fpirituenfes , telles que le rum cu le gen'evre
ou d'eau de vie chaude , appliquée particulierement
à la poitrine , & répéter ſouvent
ces frictions. Les narines doivent être de moment
à autre chatouillées avec une plume & du tabac ,
de l'efprit de corne de cerf ou de l'eau de luce
pour exciter l'érer nuement, s'il eft poffible. Tendis
que les affiftans emploient les différentes nanières
de recouvremens , on doit de dix en dix
minutes fecouer fortement le corps du noyé, afin
d'en obtenir un effet plus certain , & agiter plus
violemment encore celui des enfans , en les faififfant
fouvent par les bras & par les jambes, & pendant
un affez long e pace de temps . Va variété
des agitations jointe à la méthode ci - deffus annon
cée , ont ramené à la vie des enfans poyés fur quit
on aveit vu , pendant fort long temps , toutes les
apparences de la mort.
8°. La fumée de tabac introduite dans le fondement
, doit être mife au rang des moyens efficacrs
: fi un fumeur fe trouve à l'opération , une
pipe commune pourra en introduire la vapeur
dans les inteftins . Cette opération facile & impor
tante , peut être réitérée fouvent d'après les bons
( 87 )
effets que l'on a obtenus, dans plufieurs occafions,
de la fumée de tabac .
9°. Un des affi tans doit fouffler , le plus fort
qu'il lui eft poffible, à travers un morceau d'étoffe
ou un mouchoir appliqué à la bouche du noyé ,
afin d'introduire de l'air dans les poumons : les
narines pendant ce temps doivent être fermées
d'une main , & de l'autre il faut doucement pref
fer la poitrine , tant pour en exprimer les vapeurs
nuifibles , que pour imiter , le m'eux qu'il fera
p ffible , le mouvement de la refpiration natu◄
re le.
10. Si la vie manifefte tant foit peu fon retour
par quelques lignes , comme par les foupirs ,
la refpiration , des mouvemens convulfifs, le bat-.
tement des arteres , ou la chaleur naturelle , on
peut alors donner une cuillerée de quelque liqui le
chaud , & fi l'on voit que le fujet commence à
pouvoir avaler , alors on peut lui donner quelque
liqueur cordiale , comme de l'eau - de- vie ou du
vin chaud , en petite quantité ; ce qui peut produire
un très grand avantage.
On doit bien fe garder d'employer la faignée
dans de pareils cas , à moins que quelque Médecin
préfent & inftruit de: circonftances de l'accident ,
ne le juge néceffaire.
Il faut pratiquer la métho le ci- deffus annoncée
pendant deux heures , & même plus , quand même
on ne verroit luire aucune espérance de fuccès ;
car c'eft une opinion bien dangereufe parmi le
vulgaire, que les perfonnes en qui on ne voit aucun
figne de vie , font mortes fans reffource ; une
pareille opinion a déjà privé de la vie & mis au
tombeau un nombre infini de perfonnes mortes en
apparence , que l'on auroit pû faire revivre , fi on
eût eu une réfolution plus ferme & une perfévérance
plus conftante à les traiter.
( 88 )
་
Le relevé des regiftres des Paroiffes &
Hôpitaux de la Subdélégation de Toulouse ,
offre, les réfultats fuivans : 6013 naiffances ,
1348 mariages , 4886 morts , 27 profeflions
religieufes, 39 morts en religion . A ces états ,
on a joint celui des hommes péris par les
fupplices , qui ont été au nombre de 7 , &
8 fépultures par Ordonnance de Police . En
les comparant avec ceux de 1783 , on trouve
qu'il y a eu en 1784 , 379 naiffances , 109
mariages de plus ; 596 morts , 2 profeffions
religieufes de moins ; & 3 fuppliciés de plus.
Une lettre de Meaux du 4 Octobre , rapporte
que :
Un orage qui grondoit depuis quelque temps
du côté de l'Occident , vint , à cinq heures du
foir, fondre far la ville . La pluie tomboit à ceaux ,
les coups de tonnerre étoient effrayans , & les
éclairs qui fe fuccédoient fans interruption ,
étoient d'un éclat tel qu'on ne fe fouvient pas
d'en avoir vu d'auffi brillans . A fix heures les
nuées paroiffoient s'être écartées , le tonnerre ne
grondoit plus que dans le lointain , lor qque toutà-
coup il fe fit entendre avec un éclat , un déchirement
épouvantable, & frappa plufieurs endroits
de la ville à la fois ; les effets de la foudre ne fe
manifefterent fenfiblement que dans la maison
qui fait le coin de la rue du Puits du Cloître & de
Celle de la Maîtrife . Il entra , dit- on , par la che
minée de la cuifine , puis ayant décrit plufieurs
cercles fur la muraille qu'il dégrada par place , il
fuivit un fil d'archal de fonnette jufque dans un
cabinet , à la porte duquel travailloit un garçon
Vitrier , qu'il renverfa fans le bleff: r ; de - là paffant
da ns une armoire , il en culbuta les planches ;
( 89 )
& après avoir foulevé une douzaine de carreaux
fur le plancher , il difparet.
Dame Marie Gaultier , femme de Me.
Combalet , Procureur à Créon près de Bordeaux
, eft décédée le 25 Mai 1785 , âgée de
100 ans . Elle tricotoit fans lunettes , jouiffoit
de tous les fens ; fon mari , âgé de 83 ans , eft
exempt de toute infirmité, & va fouvent à la
chaffe.
Antoine de Mercier , Chef d'Efcadre des
Armées navales , Chevalier de l'Ordre royal
& militaire de Saint- Louis , eft mort le 9୨ du
mois dernier à Saint- Thiebeaux.
André Berthier de Chemilly , Meftre-decamp
de Cavalerie , eft mort le 12 Octobre ,
en fon château de Viviers près Tonnerre ,
âgé de 67 ans .
PAYS- BAS.
`'
DE BRUXELLES , le 6 Novembre.
Un Corps de Troupes formé de détachemens
, de divers Régimens , a reçu ordre de
fe tenir prêt à aller prendre poffeflion des
forts de Lillo , de Liefkenshoeck , & Heick,
sholdt, à l'inftant où les Hollandois les auront
évacués. Le Prince de Ligne ira , dit- on , en
perfonne occuper le fort de Lillo . On a calculé
, que par le Traité avec les Provinces-
Unies , l'Empereur gagnoit 16 mille arpens
de terrein & deux mille fujets .
On prépare une Efcadre Hollandoife de
deux vaiffeaux de ligne & de quatre frégates
, deftinée à paffer , dans le mois prochain ,
aux Indes- Orientales : le commandement en
( 90 )
eft donné au Capitaine Sylveftre , qui relevera
le Capitaine Van Braam .
Le 21 Octobre , les Etats de Hollande
ont dreffé leur projet de réponſe au Roi de
Pruffe , relativement aux plaintes de ce Mo
narque fur les atteintes portées à l'autorité
du Stathouder. Cette réponſe , portée aux
Etats Généraux , a été prife ad referendum
par les autres Provinces. Les Etats , s'il faut
en croire les Gazetiers de ce pays là, apprennent
au Roi de Pruffe qu'il n'existe aucun
fujet de diſſenſion entr'eux & le Stathouders
qu'on en a toujours refpecté les prérogatives,
& que par conféquent , le Roi de Pruffe a
très grand tort de propofer fa médiation .
Une lettre d'Oftende , du 26 Octobre ,
rapporte en ces termes un naufrage récent ,
arrivé fur les côtes de Flandre.
Le 20 de ce mois , il a péri à notre vue deux
vailleaux hollandois fous Pavillon Pruffien . Ils
étoient destinés pour Londres .
Le premier s'eft enfoncé à la portée du canon
de cette ville. L'équipage & plufieurs paffagers
ont été ſubmergés . Le navire cependant s'eft relevé
& a dérivé ſur le ſtran où il s'eft redreffé . On
yeft allé à marée baſſe , mais on n'y a trouvé
perfonne,
venu ,
Le fecond étoit déja entré de quelques toi
fés dans le Port , lorfquin ca'me étant furil
fut repouffé par le courant de la marée
defcendante fur les jettées près de la Porte de
Secours. Le Capitaine & fa fer me s'étoient
élancés fur les Pilotis , une lame d'eau les a
rejettés dans la mer. A marée baffe , on a trouvé
la femme embraffant un pilier. On a cru pouvoir
la conferver à la vie par diverfes opérations qu'on
a tentées depuis le foir jufqu'à quatre heures du
matin mais on n'a pu réuffir.
Trois matelots ont eu le bonheur de ſe ſauver.
Quelques hommes étant montés à bord ont
trouvé dans la chambre le fils du Capitaine fain
& fauf. C'eſt un enfant de 5 à 6 ans. Ils l'ont
jetté à d'autres matelots qui étoient à portée &
on l'a fauvé.
Un troisième navire , destiné pour le même
endroit , le voyant auffi obligé de relâcher dans
notre Port , a manqué de périr également à
F'entrée , par l'inconftance du vent & la rapidité
de la marée defcendante,
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres.
On raconte de l'Electeur actuel de Cologne
que peu après la mort de fon premier Miniftre
le Baron de Gymnich , un Jéfuite regrettoit
en la préfence que le Baron n'eût point eu le
temps de fe repentir avant fa mort. Et de quoi ,
reprit S. A. ? d'avoir été franc - maçon , dit le
Jefuite. N'eff - ce que pour cela tranquillifez-
vous , mon pere , je fuis perfuadé qu'un
franc-maçon entrera dans le Ciel auffi facilement
qu'un ex- Jéſuite. Gazette de Berlin du 15 Oc
robre.
Enfin le Prince de Naffau Siegen a eu le
bonheur de réuffir dans les pourvices qu'il faifoit
pour obtenir la révifion de la fentence du
Haut-Confeil de l'Empire , prononcée contre fon
Pere en 1746 , en faveur de la Maifon des
Princes d'Orange Naffau. Après avoir follicité
inutilement cette grace pendant pluſieurs années
de fuite , le Confeil de l'Empirevient de rece
voir fa plainte. Il a été rendu un decret , par
lequel il eft enjoint à fa Partie de fournir dans
deux mois , les pieces authentiques & juftificati-.
( 92 )
ves de fa prétention. Il s'agit de la poffeffion
de la Principauté de Naflau Siegen , qui lui a
été difputée , parce qu'étant fils de la Marquile
de Mailly , mariée au Prince Emanuel de Naf
fau- Siegen , ce mariage avoit été diffous par
fentence , à la pourluite de la Marquite de
Milly , qui en obtint la ' diffolution . Là - deffus
la Maifon de Naffau - Orange regarda le Prince
actuel comme bâtard , parce qu'effectivement il
fut déclaré tel par la fentence de 1746. Gaz.
d'Amterdam , nº. 87.
Dans le temps où l'on croyoit toucher au mo
ment de voir nos différends avec l'Autriche heureufement
finis , il s'éleve de la part de l'Empereur
quelques difficultés au fujet du plus ou du
moins d'extenfion de la navigation Autrichienne
fur l'Efcaut, ainfi que du commerce dans les Indes.
Malgré la bonne volonté & les difpofitions finceres
, qu'ont montré Leurs Hautes - Puiffances ,
dans tout le cours de cette affaire , l'on a reçu
des nouvelles indirectes , que S. M. n'eft pas
encore fatisfaite des ftipulations inférées dans
les préliminaires fur divers autres points de l'accommodement.
On n'a qu'à fe rappeller combien
d'obstacles il a fallu furmonter , à combien de
dangers de diverſe efpece l'on s'est même expofé
pour le porter à des facrifices auffi confiderables
que ceux faits par les Etats Généraux ;
& l'on conviendra , qu'il ne falloit rien moins
qu'un defir décidé de conferver la paix , pour
les engager à fe prêter à des moyers de conciliation
auffi douloureux . Il est donc à préfumer
qu'ils ne pourront porter plus loin la condefcendance
, & que s'étant déterminés à des ceffions
auffi confidérables dans une cauſe auffi jufte &
auffi évidente , que dans la vue de prévenir à
jamais par un arrangement clair , pofitif & folide
( 93 )
toute difpute ultérieure , ils fe montreront inacceffibles
à des propofitions , de quelque part
qu'elles leur fuffent faites , qui compromettroient
leur honneur & leur existence : Ils favent à
quel point ils peuvent compter fur une Nation ,
qui n'a pas vu d'un oeil indifférent les derniers
facrifices fairs à l'amour du repos , & qui reffentiroit
une indignation capable de tout expofer,
plutôt que de foufcrire à des conditions nouvelles
, qui rendroient la paix auffi précaire que
précieufe . Gaz , de Leyde , no. 87.
Caufe extraite du Journal des caufes célébres [ 1 ] .
Fille condamnée au carcan & à être renfermée pen
-dant neuf ans à la Salpétriere , pour avoir battu
fa mere.
La légiflation de plufieurs Nations anciennes
ne contenoit aucune peine contre les parricides.
Ce filence , honorable pour l'humanité , étoit
fondé fur l'opinion qu'il étoit impoffible qu'un .
fils oubliât les droits facrés de la nature , jufqu'au
point d'attenter à la vie de ceux qui lui avoient
donné le jour . Malheureufement les Légifla
teurs des Nations modernes ont été forcés de
prononcer des peines contre ce forfait , & nos
annales criminelles ne contiennent que trop
d'exemples qui juftifient cette trifte & néceffaire
prévoyance.
La fille qui vient d'être punie n'avoit pas
trempé les mains dans le fang de fa mere , mais
elle avoit ofé la maltraiter. Veici les faits qui
ont fervi de bafe à fa condamnation.
Brigide Ballet , née avec un caractere violent ;
avoit conçu une haine affreufe contre la mere.
Il paroit que , depuis quelque tems , ce monftre
[ 1 ] On feuferit en tout temps pour le Journal des
Caufes célebres , chez M. Defearts , Avocat , rre Dauphine
, Hôtel de Mouy , & chez Mérigot lejeune , Libraire ,
Quai des Auguftins, Prix , 18 liv, pour Paris , & 84 liv.
pour la Province.
( 94 )
... ta
...
cherchoit l'occafion d'affouvir fa rage für l'au
teur de les jours . Le 18 Avril 1785 lui parut
favorable pour exécuter fon infâme projet.
Comme elle étoit mariće , & qu'elle demeuroit
avec fon mari dans une maison féparée de celle
qu'occhpoit fa mere , elle fortit ce jour- là dans
le deffein de la maltraiter. Après avoir été dans
plufieues endroits où elle croyoit la rencontrer,
elle eut l'audace de fe préfenter à la porte de fa
maison ; l'ayant trouvée feule , elle y enɩra , &
l'accabla d'injures. La mere voyant que fa fille
avançoit vers elle pour la frapper , elle lui dit :
malheureufe ! eft- ce que tu oferois maltraiter
celle qui t'a donné le jour ... C'est dans mes entrailles
, monftre › que tu as reçu la vie :
main feroit-elle affez témeraire pour frapper ce
fein qui t'a allaitée ? ... pour meurtrir ces bras qui
t'ont portéefi long- tems dans ton enfance ? .
Ce difcours , au lieu de faire rentrer en elle.
même la fille dénaturée , accrut fa rage ; comme
un tigre furieux , elle s'élance fur fa mere , &
lui paffe une corde autour du corps pour la térraffer.
La mere infortunée ne pouvant oppoſer
une force capable de réfifter à la fureur de fa
fille , fe vit renversée par terre & foulée aux
pieds du monftre qui l'accabloit de coups & d'injures.
Tremblante , éplorée , la mere conjura fa
fille de refpe&er l'auteur de fes jours ; maisfes
pleurs furent inutiles. Elle fut expofée à tous les
mouvemens de la rage & de la cruauté de fa
file. Ce monftre ofa même la menacer de lui
âter la vie ; heureuſement des voifins accoururent
aux cris de la mere , & mirent fin aux
excès criminels de la fille. Le bruit de cette
fcène affreule s'étant répandu , Brigide Ballet
fut l'objet de l'exécration publique , & la Juftice
s'empreffa de venger les droits facrés de la nature
qu'elle avoit outragée. Sur la plainte du
( 25 )
miniftere public , il fut permis d'informer , &
for les preuves de l'information , Brigide Ballet
fut décrétée de prife-de-corps , & conftituée
pri'onniere . Son procès ayant été inftruit au Bailliage
d'Auxerre , par Sentence du 12 Août dernier
, Brigide Ballet a été condamnée au carcan
pendant trois jours , & en, 10 liv . d'amende envers
le Roi. Sur l'appel à minima interjetté par le miniftere
public , la Chambre des vacations du
Parlement de Paris , par Arrêt du 10 Septembre
1785 , a condamné Bigide,Ballet à être attachée
au carcan , ayant écriteau devant & derrière portant
ces mots , femme violente envers fa mere , & à
être renfermée à l'hôpital général de la Salpêtriere
pendant neuf ans.
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE NORMANDI E.
Donation d'un adultere à fa concubine , & au frui
de leur libertinage , déclarée nulle .
Le fieur T ... époux & pere , Garde- Marteau
de la Maîtrife de . .. a entretenu un commerce
criminel avec Catherine B ... depuis 1770 jufqu'en
1782 , époque de fa mort. Le 10 Mars
1780 , il avoit fait une obligation à terme , de
3350 liv . au profit des fieurs le D ... pere & fils ,
fous la condition de paffer par eux au profit de
Catherine,un contrat de vente de la moitié d'une
maiſon dont ils étoient propriétaires , par lequel
ils donneroient une quittance de la fomme cideffus
à la fille B ... dont ils ne recevroient
rien.
Le premier Juillet 1782 , le fieur T ... fit
un teftament olographe , par lequel il légua à
la fille B... une portion confidérable de fes
meubles & effets , & à Jofeph Defiré , fruit hon-
(1) On fouferit à toute époque pour l'Ouvrage entier
dont le prix eft de 15 liv . par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue & hôtel Serpente.
( 96 )
teux & malheureux de fon libertinage avec la
dite B ... , la moitié de fa garderobe & quel-"
qu'argenterie ; par le même acts , il fit donation
à la mere & à l'enfant de 500 liv. de penfion
alimentaire & viagere. Après la mort du fieur
T ... Ces deux actes ont été attaqués par fon
fils légitime , & par les créanciers . Par
Sentence du Bailliage ... les créanciers ont été
évincés de leur demande en revendication de la
maifon acquife par la fille B... des fieurs le D...
les meubles légués à la fille lui ont été accordés.
Quant à la validité de la penfion viagere , il y:
a eu une inftruction ordonnée . Sur l'appel
le Défenfeur du fils légitime & des heritiers a
préfenté d'abord le tableau d'un fils aux prifes
avec la concubine adultere de fon pere , & lui
difputant les débris de fon patrimoine ; paffant
à la difcuffion des actes attaqués , il en a établi
la nullité. La veuve & les trois foeurs du fieur T...
ont adhéré aux conclufions prifes par leur Défenfeur.
L'Avocat de la fille B ... a cherché à
émouvoir la fenfibilité des Magiftrats & du pubic
: « Teleft , a - t - il dit , le fort de ce fexe
» foible : on le féduit : on l'égare , & bientôt on
» l'outrage , on l'immole & on l'abandonne ».
Il a foutenu enfuite que les concubines adulteres
pouvoient recevoir des libéralités de leurs amans,
telles que des reconnoiffances , des meubles & des
donations d'immeubles ; que ces actes ne pouvoient
être annullés lorsque le prix étoit paffé
"des mains du donateur dans celles du donataire .
La Cour , par fon Arrét du premier Mars 1785 ,
a caffé le teftament fait au profit de ladite fille
B ... & de fon fils ; l'a condamnée à reftituer à
la fucceffion du fieur T ... la maiſon vendue
par le fieur le D... & à en reftituer les loyers ,
avec dépens , &a accordé néanmoins 200 liv. de
penfion alimentaire à Jofeph Defiré..
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG , les Novembre.
LE
E Miniftere de la Porte a fubi encore
une révolution le 11 Septembre. Le
Kaga du Grand Vifir qui jouiftoit de toute
la faveur de Sa Hauteffe , en a été abandon.
né. L'ancien Muphti , Mollah Bey , exilé à
Angora avec fon Harem , eft morten chemin ,
ron fans foupçon d'une fin tragique . Au contraire
, le Grand Vifir , dont on avoit préfagé
la dépofition , a été confi mé dans fa
place par un Hati Cherif, & S. M. lui a envoié
la Peliffe de Renard noir .
Le nouveau Corps de Chaffeurs & Grenadiers
qu'on leve en Ruffie , fera de 36000
hommes , & doit être complet au mois de
Février prochain . Les équipages de la flotte
de Cronstadt font confervés , un tiers d'entr'eux
refient à bord de leurs vaiffeaux refpectifs
; les autres n'ont qu'un congé de
trois mois.
No. 47 , 19 Novembre 1785. *.
( 98 )
Une grêle affreufe a détruit toutes les récoltes
aux environs de Wilna en Lithuanie,
au commencement d'Octobre . Telle étoit
la violence de l'orage , qu'une quantité d'arbres
ont été déracinés , renverfés , couchés
en quelques endroits fur les grandes routes
qu'ils obftruent. A quelques lieues de Wilna
la neige couvre les campagnes.
Le Prince héréditaire de Danemarck a
reçu le beau Yacht dont le Roi d'Angleterre
fon oncle lui a fait préfent. On a donné au
Capitaine , chargé de la conduite de ce bâtiment
, une boëte d'or , garnie de brillans ,
& dans laquelle fe trouvoient mille ducats.
Quoique l'hyver & l'été dernier aient été
affez favorables à l'Iflande , les habitans de
cette malheureuſe ifle ont perdu prefque
tout leur bétail ; & du premier Janvier 1784
à la fin de Décembre de la même année , il
eft mort dans le feul Evêché d'Holum 2477
perfonnes.
DE BERLIN, le 3
Novembre.
Le 29 de ce mois , toutes les Colonies
Françoifes , établies dans les Etats du Roi ,
ont célébré l'année féculaire de leur émigration
en Pruffe. Ce fut le 29 Octobre 1685 ,
que le Grand Electeur Frédéric Guillaume ,
fit publier l'Edit , par lequel il ouvrit un
afyle aux Proteftans que fit fortir de France
la révocation de l'Edit de Nantes , Le Con(
99 )
fiftoire de la Colonie Françoife de cette
ville a fait frapper à cette occafion une médaille
, fur le deffein du célébre Chodowiecki
, qui repréſenté d'un côté le bufte de
l'Electeur Frédéric Guillaume. La Religion
éplorée eft fur le devant, aux genoux de ce
Prince , & dans le lointain , on apperçoit des
habitations défertes & démolies. Sur le revers
on lit Les Réfugiés , confolés dans
» leurs infortunes par le Grand Electeur , le
» 29 Octobre MDCLXXXV , & c . » . Cette
médaille , qui fe vend au profit des pauvres
de la Colonie , coûte 3 dahlers de Pruffe ,
& pefe une once.
On avoit répandu le bruit d'un voyage
fecret du Général Mollendorf en Silefie ;
on fuppofoit cet habile Militaire chargé
d'ordres pour l'armée cantonnée dans cette
Province; mais l'on n'a pas encore de cer--
titude touchant ce départ fubit.
On vend ici publiquement la Réponſe
de la Cour de Vienne à la Déclaration du
Roi , & on eft perfuadé que notre Cour
n'aura pas de peine à y répliquer, en développant
certains faits qui fe font paffés durant
les négociations pour la paix de Tefchen .
Quelques Feuilles ont fait mention que la
Cour de Ruffie avoit reclamé l'intervention des
Puiffances maritimes pour terminer les différends
de commerce qui fubfiftoient encore entre le
Roi & la ville de Dantzic . Mais ces Nouvelliftes
ignorent apparemment que la Cour de Ruffie
a expoté à celle de Berlin , dans un mémoire qui
e 2
( 100 )
lui a été préſenté , quatre prétendus griefs de la
ville de Dantzic ; que la Cour de Pruffe a donné
fur trois de ces points , une réponie dont la
ville de Dantzic ne pourra qu'etre fatisfaite ;
mais qu'elle a déclaré ne pouvoir céder tur le
quatieme point , favoir , la perception d'un double
droit , au Blockhaus de Dantzic , fans abandonner
gratuitement à cette ville tout le commerce
, non - feulement de la Pologne , mais auffi
de la Pruffe même ; ce qui eft contre le lens
littéral de la derniere convention . Il faudroit
lire les mémoires qui ont été fournis de part
& d'autre pour jager du fond de la caute .
D'ailleurs , il ne paroît pas que les Puiffances
dont on a reclamé l'intervention , fe fuient
empreffées de fe prêter à cette demande.
DE VIENNE , le 4 Novembre.
Une nouvelle forme de Judicature dans'
la Hongrie & la Croatie a été fubftituée à
l'ancienne , par une Ordonnance de S. M. I.
dont voici la ſubſtance :
2
Déclarons & ordonnons par la préfente , qu'à
comprer de la fin du préfent terms de Juflice
tous ces Tribunaux folent fupprimés ; qu'avec
le premier Janvier 1786 , l'ouverture fe fafle des
nouveaux Tribunaux ; & qu'enfuite pendant ent
le cours de l'année ils tiennent leurs féar ces fan ›
interruption .
Il fera établi un Département de Juftice - Suprème
, auquel appartiendront Pinſpection & ta
conduite des Tibunaux inférieurs , & devant
lequel il ne fera point permis de porter une procédure
en révifion , à moins que les deux par- ,
ties n'aient obtenu chacune une Sentence difié(
101 )
-
rente. Nous voulons bien laiffer à ce Département
Suprème le nom de Table Septemvirale ,
qu'il a porté jufqu'à préfent. Il fera établi , en
fecond lieu , un autre Tribunal d'appel , qui
portera le nom ufité jufqu'ici de Table Royale ,
& qui fera par agé en deux feffions differentes .
Ce Tribenal f ra là révision de tous les proces
dans la Hongrie & la Croatie , qui lui feront
dévolus de Tribunaux inférieurs , à établir en
premiere inftance , par la voye d'appel ; & il
tiendra parei lement à cet effet les teffions pendant
le cours de lannée .
Comme Tribunaux de premiere inſtance ,
l'on conservera les qua re Tables Diftri&tuales ,
qui exiftent déja en Hongrie , ainfi que la Table
de Juftice , qui exite en Croatie . L'on confervera
de plus les Jurifdictions des Comitats & celles
des di rict privilégiés , mais feulement
pour des differens de peu d'importance , puifque
tous ceux qui feront de plus de confidération
devront le porter immédiatement aux Tables
Diftri&tuales , Il en fera de même des Juftices des
villes libres & de celles des montagnes : Et pour
les habitans du plat - pays , les Juftices Seigneuriales
, ainfi que pour les bourgs , les Magiftrats
locaux fubfifteront comme Tribunaux de premiere
inftance . Il ne fera pas permis à qui que
ce foit de les paffer : mais le procès n'y fera,
traité que Tommairement ; & il fera libre à la
partie , mécontente du prononcé , de poner
alors le procès devant le Tribunal ordinaire du
Comitat , en le commençant par toutes les formalités
ufitées.
Les Tables des diftri&ts tiendront leurs féances
pendant tout le cours de l'année : Pour ce qui
et des Jurifdictions des comitats , bourgs , &
montagnes , elles adminiftreront auffi la Juftice
e3
( 102 )
aux parties durant toute l'année , conformément
à la nouvelle Ordonnance . Notre Chancelerie
de Cour de Hongrie & Tranfylvanie n'aura plus
déformais aucune influence dans les affaires de
Juftice.
Les procès - criminels , faits à des nobles comme
à des roturiers , feront décidés par les Juftices
des comitats , & ceux des bourgeois des
villes par les Magiftrats locaux , en premiere
inftance. De- là , lorfqu'ils concernent des No
bles , ils feront portés à la Table Royale : mais
s'ils regardent des roturiers , ou bourgeois des
villes , aux Tables des diſtricts . De ces Tribunaux
les nobles pourront avoir recours , par la voye
de grace , à la Table Septemvirale , & les roturiers
aux Commiffaires Royaux que nous avons
établis .
Dans chacun des Tribunaux ou Jurifdictions
fus mentionnés chaque Affeffeur inftruira les
procès , qui lui feront affignés par le Préfident ;
il en fera l'extrait & le rapport ; d'où il s'enfuit
que la charge des Juges territoriaux ( ou pro
tonotaires ) doit entierement ceffer. Quant aux
Confeillers , que nous nommerons pour compofer
les nouveaux Tribunaux , & qui doivent
y être occupés à des féances permanentes , nous
aurons très- gracieufement foin de leur fixer un
rang , & des appointemens convenables aux
Tribunaux tant inférieurs que fupérieurs ..
Donné à Vienne le 25 Septembre 1785.
On parle de quelques nouvelles propofitions
de la Porte à notre Cour , relativement
à la démarcation des limites. Elles confiftent
en fix articles , de la teneur fuivante :
1. La rivière d'Olla , & non celle d'Aluta ,
comme notre Cour l'exigeoit dans le tableau de
!
( 103 )
fes demandes , fervira de limite du côté de la
Valachie Turque , du point où cette riviere entre
dans cette derniere Province de la Tranfylvanie ,
jufqu'à fon embouchure dans le Danube , toutes
fois fous la condition expreffe , que la Cour
Impériale laiffera les limites de fa Province de
Dalmatie dans le même état où elles ont été
jufqu'à préfent.
20. Pour pouvoir mieux arrêter dans la fuite
toute espece de brigandage , la Porte confent
à céder à l'Empereur toute la partie de la Croatie
qu'elle pofféle & qui eft fituée de l'autre
côté de l'Unna , depuis la fource de cette rivière
ufqu'à l'endroit appellé Novi.
3. La fortereffe Wihacz , fituée dans une Iſle
de l'Unna & plus près du rivage Turc , nefera
point comprife dans cette ceffion & reftera à la
Porte comme auparavant.
4°. Comme la riviere de Save dans l'Efclavonie
forme la limite la plus naturelle entre les
deux Empires , la Porte ne peut confentir à ce
que les limites de ce côté foient de nouveau
fixées d'après le traité de paix de Paffa - Owiez .
5. Il faut en excepter cependant le diſtric
fitué entre le Verbas & l'Unna , dont les limites
feront de nouveau êtablies par des Commiffaires ,
d'après le même traité.
6° . Les fujets de la Porte conſerveront tous
jours la libre navigation fur la Save , le Verbas
& l'Unna .
Les exemplaires de la Réponſe de notre
Cour à l'Expofé de celle de Berlin , font
aujourd'hui entre les mains de tout le monde
. Comme la queftion qui en fait l'objet ,
fixe les yeux de l'Europe , nous ne pouvons
nous difpenfer de rapporter cette piece im-
€ 4
( 104 )
portante d'un procès politique , dont les
intérelés ne font pas au bout de leurs argumens
réciproques.
Expolé de la Cour de Berlin.
Le Roi avoit cru pouvoir s'attendre que la co r
de Vienne ne penferoit jamais pas à l'acquifition de
la Baviere , foit par un échage , foit de toute at e
maniere ; l'inadmisibil té de cette acquifition aya t
été démontrée dans les conférences de Braunau , en
1778.
Réponse de la Cour de Vienne.
9
« Les conférences de Braunau n'avoient d'autre
objer que la préparation d'une convention
à l'amiable fur ce que la cour impér alex
royale devoit conferver des diftras de la Baviere
occupés par elle , & à quel es condition .
Il ne fut ucunement queftion alors d'une eth in
ge de la Baviere ; & néanmoins on veut fouten.r
ici nad miffioilité d'un tel échange, »
Cette Cor ayunt renoncé par la pax de Tefchen
, à toutes les préventions fur la Baviere......
"I est vrai que fue S. M. Impératrice - Reine,
dans la convention conclue le 13 Mai 1779 ,
avec S. A. Ele&orale de Baviere , en compenfation
de la ceffion accordée par le quatrieme
article , a renoncé à toutes le prétentions formées
ou à former à l'héri age de feu l'Electeur
fous quel titre que ce pût étre : mais quel rapport
y a t -il entre cette renonciation à des prétentions
juftes , & la propofition amicale d'un
éhange volontaire ? Celui qui propose un tel
échange volontaire , forme - t - il de novel'es
prétentions , rechauffe - t - il les anciennes ? Lorfque
la cour de Pruffe propofa d'échanger fes
deux principautés de Franconie contre la Luface
, fi on lui avoit objecté que les deux préten
( 105 )
tions à cette poffeffion de la Sixe a'étoient pas
va'ables , auroit - elle trouvé cette obje&ion équitable
& fondée ? »
Et s'étant engagée , ainfi que les autres Puiflances
contractantes & médiatrices de la paix de Techen
, d la garantie de tous les pactes de la Famille
de la maifon Bavaro - Palatine qui defendent
à cette Maifon toure aliénation & nommément tout
échange defes Etats.
« Pour favoir ce que c'eft que la prétendue
Sanction- Pragmagtique de l'année 1329 , fur laquelle
font fondés les traités de Famille pofté
rieurs , il faut lire l'Hiftoire des Allemands par
Schmidts . On y trouve , T. s . p . 205 de la nou¬
velle édition , le paffage fuivant . »
сс« L'Empereur Louis conclut à Pavie un traité
avec le fils de feu fon frere Rudolphe ; non-
» feulement parce que ceux ci preffoient la ref
» titution des biens de leur pere ; mais auffi
" parce que Rupert , quiaccompagnoit Louis, s'étoit
déjà engagé dans des négociations avec
» le légat du Pape. Pour les contenter on fit
" un partage formel & on détermina très-
» exactement ce que Louis ou les fils de fon
" frere devoient avoir de la Haute Baviere ,
ככ
ainfi que du Haut & Bas- Palatinat . Il ne fuc
" pas du tout queftion de la Baffe - Baviere ,
dont une autre branche ſe trouvoit déjà en
" poffeffion . Pour prévenir que dans la fuite un
» autre Empereur ne fît à l'égard de la Baviere
l'application des mêmes principes dont Louis
» s'étoit fervi peu auparavant contre la maifon
d'Afcanie , par rapport à la Marche de Brandebourg
, il fit ftipuler dans le traité , qu'au
» cas que l'un des contractans ou fes héritiers
vinffent à mourir fans defcendans , leurs tera
res , peuples & feigneuries , ainsi que le fuffrage
es
כ כ
( 106 )
» électoral feroient dévolus au furvivant. Louis
» eut encore la précaution d'inférer dans ce
» traité , qu'aucun des contractans n'auroit le
" pouvoir d'aliéner ou vendre aucune partie de
>>fa feigneurie , chevaux & autres biens , à qui
que ce fût , qu'à l'autre partie contractante. »
« L'exemple de la Marche de Brandebourgque
les defcendans de Louis ont aliénée , fans
la moindre contradiction de la part de la mai-
» fon Palatine , prouve clairement que ce traité
, de même que fes claufes particulieres ne
s'étendoient pas à toutes les terres dont Louis
étoit en poffeffion ; encore moins à celles dont
il feroit l'acquifition par la fuite . Au reste ,
ce traité à eu le fort de tous les traités de ce
» tems là , c'eſt- à - dire , que des deſcendans de
ceux qui les avoient contra ftés , y ont eu peu
→ d'égards . »
"
က
•
« Les confequences qui résultent de l'éclairciflement
ci- deffus , fe préfentent d'elles - mêmes
; & il appert particuliérement que le traité
de Pavie n'a pas été conclu alors par toute la
maifon de Baviere , ni pour toutes les poffel-
Gons actuelles & futures. Il ne nous refte donc
qu'à examiner l'affertion_contenue dans l'Expofé
de la cour de Pruffe favoir : Que les
Conventions ou pactes de la maifon Palatine lui interdifent
toute aliénation , & nommément tout échange
defes Etats. »
«Le quatorzieme article du traité de Famille
du 26 Février 1771 , contient mot à mot ce
qui fuit. Mais pour que les terres , pays &
peuples compris dans le traité de fucceffion
» reftent & fe confervent inaliénablement dans
» chaque maifon , de la maniere qui a été ftipulée
» dans le traité de Pavie & autres & comme le
» requiert par fa nature un traité de fidei- commis
( 107 )
» & d'union héréditaire , ( excepté les cas ou la
» néceffité , ou une plus grande utilité perimet-
» troient l'aliénation où un engagement hipothecai-
>> re , ) on doit fe conformer pour l'avenir à la
» teneur dudit traité : & dans le cas où l'une
» des parties contractantes , pour les raifons cideffus
, y feroit engagée ou forcée , l'au-
» tre partie aura toujours la préférence pour
l'achat des pays à aliéner ou pour l'hipothe
»
"
» que. ››
Par où l'on voit clairement que les traités
de Famille de la maifon Palatine ne lui interdifent
aucunement l'aliénation de la plus petite
partie de fes Etats ; encore moins est- il vrai
que toutes les poffeffions de cette maison foient
chargées d'un fidei commis perpétuel & abfolument
irrévocable. Tout au contraire le droit
d'aliénation , dans les cas de néceffité ou d'un
plus grand avantage eft expreffément ftipulé dans
les traités fufdits ; & dans ce fens limité , ce droit
eft reconnu comme réfultant de la nature d'un
fidei commis & d'un pacte de fucceffion . »
و ر
Or , fi les pactes de Familles de la maison
de Baviere permettent , en cas de néceffité ou
dans la vue de s'affurer de plus grands avantages
l'aliénation abfolue ou hipothécaire de quelques
-uns de fes domaines , fous la feule condition
que l'acquifition des Etats en queſtion fera
accordée aux Agnats de la Maifon , par préférence
, les mêmes pactes doivent d'autant plus
permettre un échange , qui par fa nature fuppofe
un troc de Province pour Province & non
une tranflation de domaine à prix d'argent , laquelle
de quelque utilité ou avantage qu'elle
pût être momentanément , ne laifferoit pas d'ètre
fujette aux dangers de déperdition , de diminution
ou d'altération de la valeur relative . »
еб
( 108
Sa Majefté ayant cependant appris , au mois
de Janvier de l'année courante , par la conmunication
du Duc des Deux Ponts , que , malgré
des confidérations fi fortes , la Cour de Vienne
avoit fait propofer à ce Prince l'échange de
toute la Baviere , ainfi que du Haut- Palatinat
& des Duchés de Neubourg & de Subzbach ,
contre une partie des Pays Bes Autrichiens , Elle
s'empreffa d'en ouvrir fes follicitudes à S. M.
l'Impératrice de toutes les Ruffies , comme garante
de la paix de Tefchen . La réponſe que
S. M. I. fit donner au Roi par fon Miniftre ,
le Prince Dolgorucki « qu'après le refus du Duc
» des Deux- Ponts il n'étoit plus queftion de
» cet échange , auroit pu raffurer S. M. fi El'e
avoit pu avoir la même certitude des intentions
de la Cour de Vienne .
Ce qu'on allègue de la réponse de S. M.
l'Impératrice de Ruffie eft tel , qu'on juge néceffaire
d'inférer ici cette réponſe mot-à- mot.
La voici. « Sa Majefté Impériale ne pouvoit fe
difpenfer de faire obferver au Roi , qu'attenda
que , d'un côté , la propofition de l'Echange
étoit foumife au confentement libre des parties
intéreffées , que d'autre part elle fe fon-
» doit fur des avantages inconteftables , que
S. M. l'Empereur deftinoit à la maifon Pala-
» tine , au moyen d'un facrifice confidérable en
revenus , l'Impératrice croyoit n'agir nulle-
» ment contre fes engagemens , fi elle appuyoit
» d'une part fes alliés , de l'autre ceux qui éto ent
»fous fa protection , dans l'accompliffement
d'un projet , qui paroiffoit être avantageux
aux deux parties , & qui ne portoit aucun préjudice
à l'exiflence de la garantie qu'Elle
» avoit prife fur Elle ; & fi Elle fecondoit ce
projet précisément de la même maniere , que
»
( 109 )
» lors de la conclufion du traité de Teſchen ,
Elle s'étoit intéreffée , en interpofant fes bons
» offices , en faveur de S. M. Pruffienne , pour
» la réunion des deux Margraviats à la primo-
» géniture de la maiſon Electorale de Brande-
» bourg, »
Mais cette Cour a fait voir trop clairement ,
tant par des démarches faites dans le cours de
l'année préfente , que par fon fyftême fuivi de
tout tems , qu'elle ne peut pas gagner fur elle de
renoncer entierement au projet d'acquérir tôt ou
tard la Baviere.
Quelles ont été les démarches faites dans le
cours de cette année ? La Cour de Berlin l'a pu
voir clairement déjà au mois de Février dernier
par la réponſe de l'Impératrice de Ruffie , qu'on
vient d'alléguer.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
Il eft décidé qu'on fupprimera en Bohême
61 Couvens ; favoir , 6 des Bénédictins ; 4
des Paulins , 4 des Auguftins , 6 des Récollets
; des Prémontrés ; 1 des Barnabites ;
4 des Carmes ; 3 de Cîteaux , 10 des Capucins
, 3 des Chanoines Réguliers de S. Auguftin
, 4 de Servites , 6 des Minimes & 9
des Dominicains .
L'Empereur a élevé le Colonel de Brentano
au grade de Major Général & de Brigadier
au Généra'at de Carlstadt .
DE FRANCFORT , le 10 Novembre.
Chaque Officier & foldat de la Brigade
Hanoverienne , qui a fervi fi glorieufement
à Gibraltar pendant le fiege mémorable
( 110 )
de cette place , viennent de recevoir une
médaille d'argent , qu'avec l'agrément du
Roi d'Angleterre , le Général Elliot a fait
frapper en mémoire de la belle défenſe de
fa garnifon. Le Roi , la Reine , tous les
Princes & Princeffes de la Maifon Royale
ont accepté une de ces médailles en or.
Cette attention fi honorable du Général
Anglois pour les compagnons de fes travaux
, l'eft devenue encore davantage par
la maniere dont le Gouverneur de Gibraltar
a informé le Feld Maréchal Hanoverien
de Rhéder , de cette diftribution . Voici la
traduction littérale de la lettre touchante de
M. Elliot.
50 Je prends la liberté de m'adreffer à votre
/Excellence dans une circonftance , qui me paroît
remarquable à bien des égards «, I
S. M. a daigné me permettre de faire frap
per une Médaille d'argent pour transmettre à la
poftérité le fouvenir d'une action militaire qui ,
à ce que je crois , aété jufqu'ici fans exemple «.
» Votre Excellence comprendra d'abord que
je veux parler de cette brigade renommée des
troupes Electorales de S. M. , qui , aux yeux de
toute l'Europe , a montré une vertu fi éclatante ,
pendant filong temps , & dans des circonstances ,
qui auroient mis à l'épreuve la vertu des Héros
les plus fublimes. V. E. ne me croira pas capable
fans doure de publier ces lounges légitimes,
dans le deffein de m'emparer pour moimême
d'une partie de leur mérite « .
" Un Général peut être tranquille & fans inquiétudes
, au milieu même de la guerre , quan 1
il peut compter fur le courage & la fidélité de
( 111 )
>
pareilles troupes qui joignent la difcipline la
mieux obfervée , avec le zele , la patience & la
bravoure ; que les travaux les plus rudes & continuels
ne peuvent rebuter ; que les maladies
les bleffures & la mort même n'épouvantent point ;
qui favert , fans fe plaindre , avoir prefque toujours
la famine & la difette devant les yeux ,
&
jamais l'abondance . Votre Excellence les connoît
; & je ne finirois pas fi je difois d'eux tout
le bien que j'en fais dans le fond de mon coeur.
Comme le Roi a bien voulu que je lui préfente
fur cet événement une Médaille d'or , à Lui ,
la Reine , au Prince de Galles , à tous les Princes
& Princeffes de la Maifon Roya'e , j'en ai pris
occafion d'en faire frapper de femblables en
argent , qui doivent arriver inceffamment à
Hanovre « .
و ر
,
à
Oferois- je prier votre Excellence d'en accepter
une pour elle auffi bien que pour le
Général - Lieutenant de la Motte , le Général-
Major de Sydow & chaque Officier & foldat fans
exception , qui ont fervi à Gibraltar depuis le
le mois de Juin 1779 , & qui ne l'ont quitté
qu'avec le refte de la Brigade .
» Je me flatte que tous n'y verront qu'une
preuve de mon amitié , & de ma gratitude , qui
ne finira qu'avec ma vie. Je crois qui fe trouvera
un affez grand nombre de ces Médailles pour
remplir la totalité de mes intentions ; mais dans
le cas où il n'y en auroit pas affez , je renverrai
ce qui manquera le plutôt poffible «.
M, le Général de Freytag , mon vieux ami
avec lequel j'ai été en correfpondance fuivie pendant
tout ce temps , ne refufera certainement
point une Médaille qui a été frappée fous les aufpices
de S. Mc .
Votre Excellence voudra bien me pardon(
112 )
ner la liberté que je prends de m'adreffer à elle ;
mais j'ai cru qu'en paffant pas les mains , ces
Médailles recevrolent une nouvelle valeur . J'ai
Phonneur d'être , &c « . G. A. ELLIO г.
L'Electeur de Cologne n'a fait , en que!-
que forte , que paroître à Vienne , d'où il
repartit au milieu du mois dernier : le 25 ,
il arriva à Ratisbonne , & fe remit en route
pour Bonn le lendemain matin .
Chaque Province Autrichienne renfermera
, à ce qu'on affure , une priíon d'Etat ,
pour ce qu'on appelle les perturbateurs du
repos public , d'une claffe diftinguée . On
compte actuellement fix châteaux forts de
certe efpece ; favoir , Kufftein en Tyro!
Befig en Bohême , Spielberg en Moravie ,
Mengatfch en Hongrie , Graz en Stirie ,
& Vilvorden dans les Pays - Bas.
Selon des lettres de la Pologne , le Roi
de Pruffe y a fait acheter plufieurs milliers
de chevaux de remonte , & une gran le
quantité de feigle & d'avoine. Les fourniffeurs
Pruffiens ont reçu de nouveaux ordres
de continuer leurs achats .
Le Baron de Steinberg eft parti d'Hanovre
pour ſe rendre à Mayence en qualité de Miniftre
plénipotentiaire.
L'Electeur de Treves a donné des ordres
de placer des paratonnerres fur le château
neuf de Coblentz , fur l'édifice qui renferme
les documens & chartes publics , & fur
( 113 )
les magafins à poudre , dans la fortereſſe
d'Erenbreitenftein
.
La Principauté de Cobourg , lit on dans une
eft nouvelle deicription ftetif que de ce pays ,
compofée de onze Bailliages , favoir : Cobourg ,
Nuftad , Sonnefeld , Neuhaus , Sonneb.rg ,
Hildbourghaufen , Vei'fdorf , Heldbourg , Konigsberg
, Schalkan & Eisfell . On y compte to
vules , 7 bourgs , 332 villages , 48 terres nobles
, & une population de 65.000 ames . La
part des Prrces de Saxe Sealfel dans ce pays ,
cor fifte en 163 endroits dout la popula ion eft
évaluée à 25,482 ames. les principales prole
ductions de ce te Pr ncipauté font le blé ,
chanvre , le lin , les fruits , du houblon & d excellens
pâturages ; on en exporre des chevaux ,
des bétes à corres & à laine , des draps du bois ,
& beaucoup de b eu de Berlin , dont la plus forte
partie paffe en France , en Italie & en Espagne.
L'Eglife Françoi'e réformée de Caffel célébra
le 28 du mois dernier le Jubi é de fon
établiſſement
dans le Landgraviat de Heffe .
On a frappé une Médalle en commémoration
de cette cérémonie ; Médaille dont l'inf
cription au reveis porte : L'Eglife Françoife
de Caffel , établie par le Lan 'grave Charles, célebre
fon Jubiléfous Frédéric II.le 28 Octobre.
Quatre jours après , cette même ville a
été plongée dans le deuil . Son Alteffe Séréniffime
Frédéric II , Landgrave régnant de
Heffe Caffel , eft mort d'apoplexie à table
le 31 du mois dernier , au château de Weiffenflein
. Ce Prince , âgé de 65 ans, avoit été
marié en premieres noces à S. A. R. Marie ,
( 114 )
fille de George II , Roi d'Angleterre , & tante
du Roi actuel. Il eut trois fils de cette Princeffe
, favoir ; Guillaume , Prince héréditaire
& Comte de Hanau , qui lui fuccédera ;
Charles , Viceroi de Norwège , & Frédéric ,
Lieutenant-Général au fervice de LL . HH .
PP. & Gouverneur de Maftricht. Le Landgrave
Frédéric II , dont la douceur & l'humanité
formoient le caractere , meurt un des
Princes les plus riches d'Allemagne. Lorfqu'il
parvint à la Régence , fes Domaines
venoient d'être dévaftés par la guerre de
1756. Il fe chargea d'une partie des dettes
des Etats du pays , il fit de Caffel fa réſidence
une des plus belles & des plus agréables
villes de l'Europe ; il abolit la peine de mort;
il excita l'ind ftrie de les Sujets par l'établiffement
de diverfes fabriques , dont plufieurs
ont profpéré ; il augmenta par une armée
refpectable & par fes alliances l'influence politique
de fa Maifon en Allemagne , enfin ,
les fommes qu'il tira de fes Traités militaires
avec les Anglois ; Traités qui ont été l'objet
de beaucoup de reproches , auxquels on
pourroit faire beaucoup de réponſes , furent
employées en grande partie à faciliter des
fuppreffions d'impôts , à des établiffemens de
décoration ou d'utilité publique qui n'ont
rien coûté au peuple , & à la protection des
Lettres & des Arts ; foible mérite en comparaifon
de ceux expofés ci-aeffus. En fecondes
noces , le feu Landgrave avoit épouife
l'une des Princeffes de Brandebourg- Schwedt.
( 115 )
Il avoit l'efprit très cultivé , & fit à Geneve
dans fa jeuneffe , des études dont il reffentoit
encore l'utilité dans l'âge avancé.
ITALI E.
DE LIVOURNE , le 24 Octobre .
On a formé dans la Dalmatie Vénitienne ,
au - delà de Zara , un cordon de 12 mille
hommes , dont 8 mille Efclavons. On en
a déjà tiré un à Cattaro . Enfin , la République
fe donne des mouvemens pour mettre
en état de défenſe fes frontieres du côté de
la Turquie.
Plufieurs familles des Villes bombardées par
les Vénitiens , c'eft - à - dire de Sufe & de Sfax ,
font arrivées à Tunis , à ce que mande une lettre
de cette derniere ville . Ces réfugiés nous
apprennent que les dommages caufés par le
bombardement n'ont pas été fort confidérables ,
puifque les maifons qui compofent ces villes
font en petit nombre & de peu de valeur.
L'Efcadre Vénitienne compofée de 23 Vaiffeaux
de toutes forces , non compris les tranfports
& un brulot , eft arrivée à la Goulette. On ne
fait point encore quels font fes deffeins ; mais
quoi qu'il en foit notre Bey fe conduit avec la
plus grande indolence , & traite les hoftilités
dont nous fommes menacés , comme une affaire
de peu de conféquence. Les troupes de la Régence
font fans Chefs , & qui pis eft ; fans
difcipline . Le Conful d'Hollande nous affure ,
que l'Efcadre Vénitienne n'a d'autre objet que
( 116 )
d'obferver les mouvemens de l'Efcadre Hollandoi
e , qui depuis 18 mois eft ftationnée dans la
Méditerranée ; cependant nos Coriaires continuent
leurs courfes & rentrent quelquefois avec
des prifes.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 25 O bre.
La Banque na onale de S. Charles tiendra
le 29 Décembre prochan laffemblée
générale de fes Act.onnaires , qui fera préfidée
par S. E. le Comte d'Altamira , comme
premier Directeur .
S. E. le Cardinal Colonna de Stigliano ,
ci- devant Nonce du Pape en certe Cour ,
a pris congé de Sa Maj. le 22 de ce mois .
Le même jour , S. E. l'Archevêque de Corinthe
, nouveau Nonce Apoftoli ue , a remis
fes Lettres de créance à Sa Majesté.
Les habitans de Morviedro viennent d'être
témoins d'un fpect cle extraor lina're . On a en--
levé , à l'infigation d'un des Echevins de cette
ville , Doy Henri Palos , les terres qui couvroient
Famphitéâtre de l'ancienne & célebre Saguntum.
On n'a pu parvenir à débarra er que neuf gradins
des quatorze qui compofolent les fieges de
l'ordre équestre. Ne pouvant enlever non plus
toutes les terres qui couvroient l'orchestre , on
s'est contenté de lui donner une pente vers la
fcene. Le 30 Août , le 1er . le 3 & le 4 Sep.
tembre ont été les jours confacrés aux (pectacles
. On a repréſenté plufieurs Tragi- Comédies
elpagnoles & la Tragédie intitulée Sirbé. Le concours
des fpectateurs a été très- grand , & quoiqu'on
n'eût point fçû à Valence que ce fpectacle
devoit avoir lieu , il s'eft raffemblé dans l'am
( 117 )
phithéâtre jufqu'à 3300 perfonnes . On peut juger
que Pen ein e é out fat lom d'eare emplie , puifque
cet amphicare , te on divers Au ears ,
pouvoit contenir jafqu'à 10,000 .
en
Le 1er. de ce mois , la Compagnie des
Philippines a fait fa premiere expédition .
Elle a fat partir le va fleau la Notre Dame
des Plafirs , qui va prende des Fonds à
Lima , a où il fe rendra à Manille .
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Nvembre.
Quoiqu'on annonce de nouveau le retour
du Général Elliot , & le départ du Lieutenant
Général Rainsfort , qui doit le remplacer
à Gibraltar en qualité de Lieutenant du
Gouverneur , cette nouvelle eft prématurée ,
& il eft peu probable qu'on revoie ici M. Elliot
avant le printems prochain.
Le compagnon de fa gloire & de fes travaux
, Sir Robert Boyd , Lieutenant - Général
, a obtenu du Roi la permiffion de faire
mettre le nom de Gibraltar fur les drapeaux
de fon Régiment . comme un monument
des tervices rendus par ce Corps & par fon
Commandant durant le Siege de cette Fortereffe.
**
L'on a imprimé le Bill préfenté au Parlement
, concernant une meilleure méthode de
lever les Matelots en tems de guerre. Ce Bill,
qui doit mettre fin aux irrégularités & aux inconvéniens
de la preffe , reparoîtra à la próchaine
feffion ; & nul doute qu'il ne foit admis
avec quelques changemens .
( 118 )
L'Amiral Howe apaffé en revue la divifion
des Troupes de Marine cantonnées à Plymouth.
Il a été tellement fatisfait de leur
difcipline , qu'il leur a tranfmis les remercîmens
de Sa Majefté , remercîmens qui ont été
communiqués aux foldats à la parade. — On
parle d'établir dans le même Port un Corps
de Cadets de Marine , compofé de mille jeunes
gens , & fur le plan adopté en France , à
Breft & à Toulon. Cependant , comme les
Ecoles exiftantes ont formé fuffifamment
d'excellens fujets , on ne croit pas que cette
innovation coûteufe foit agréée du Gouvernement.
S'il faut en croire quelques - uns de nos papiers
publics , le Roi a propofé au Prince de
Galles de lui affigner 100,000 liv. fterl. pour
la dépenſe de fa maiſon , de lui faire accorder
200,000 liv. fterl. pour payer fes dettes , &
une fomme équivalente à la dépenfe de la reconftruction
du Palais de Carleton , à condition
que le Prince confentît à fe marier .
L'époufe , deftinée à cette union , eft la Princeffe
Frédérique - Louiſe Guillelmine , fille du
Prince d'Orange , âgée de quinze ans . On
ajoute que , Sa Maj . ayant donné trois jours
àS. A. R. pour réfléchir fur cette propoſition ,
le Prince a fupplié le Roi de croire qu'il éto r
très - difpofé à fe marier ; quoiqu'il répugnât
engager fa parole pour une Princeffe qu'il
n'avoit jamais vue.
à
Le Miniftre de Portugal a eule 30 une longue
conférence avec les deux Secretaires d'Etat , &
( 119 )
à l'arrivée du Roi à S. James , ils fe font tous
renfermés dans le cabinet de S. Majesté. Il paroît
que depuis qu'il eft queſtion férieufement d'un
arrangement de commerce entre la France & la
Grande- Bretagne , la Cour de Lisbonne cherche
à y mettre des obftacles. Elle craint que l'on
confomme moins de vin d'Oporto en Angleterre
fi les vins de France y trouvent un débit aſſuré
par la fuppreffion des droits. En conféquence
Sa Majefté Très- Fidelle a offert d'annuller toutes
les restrictions dont fe plaignent les facteurs an
glois en Portugal , à condition qu'il fera fait une
remife de quelques droits particuliers fur les vins
du crû des poffeffions portugailes. On dit que les
François , indépendamment de leurs vins , demandent
que l'on permette l'entrée de leurs batiftes
; ils demandent auffi l'admiffion de leurs
eaux-de- vie & de leurs modes ; mais on affure
que ces dernieres propofitions ont été rejettées
par le Gouvernement. Notre commerce avec le
Portugal étoit autrefois bien plus avantageux.
Sur une période de dix années , depuis 1751
jufqu'en 1761 , la balance a été annuellement en
notre faveur de 965,705 liv .; mais d'après une
pareille donnée de 1761 à 1781 , la balance annuelle
n'a pas excédé 224,534 liv.
Mais avec la France , malgré les entraves ,
malgré les défenfes & les prohibitions réciproques
, nous avons obtenu en 1770 , 1771 &
1772 une balance connue de 143,352 liv. par
an ; cela feul fuffit pour faire juger des avantages
immenfes dont nous jouirions fi le commerce avec
cette Puiflance pouvoit devenir libre.
Les contrebandiers Flamands , que les
belles opérations de M. Pitt privent aujourd'hui
de leur principal commerce ,
( 120 )
celui d'introduire le thé en Angleterre ,
ont porté leurs vues du côté de la France
, où les principes prohibitifs ont acquis
une nouvelle vigueur plus la quincaillerie
angloife fera prolcrite , plus elle enchérira
, & plus il y aura d'avantage à en introdaire
Ganduleufement.
Le True Briton , arrivé dans les Dones
la femaine derniere, & qui é oit parti de Sante-
Helène le 8 Août , eft le dernier Bâtiment venant
de la Chine , at endu cette année par
Compagnie des Indes .
la
La Gazetre de Calcutta du 14 Avril dernier
rapporte , à ce qu'on prétend , que le bruit
couroit dans les Etabliflemens François &
Anglois de l'Inde , que le Sultan Tippoo-
Saïb avoit été empoisonné dans une talle de
café par l'une de les concubines ; mais , foit
que la dofe ne fût point affez forte , ou que
le poifon n'opérât que lentement , ce Prince
eut le tems d'appeller un Médecin Perfan qui ,
au moyen d'un antidote , lui fauva la vie. LLáa
coupable ayant été découverte , le Confeil
de Tippoo, en l'abfence de ce Prince alité ,
la condamna à être brulée à petit feu . Cette
Sentence fut confirmée quelques jours après
par le Prince en perfonne. On prépara un bucher
conftruit de façon que le feu ne pût confumer
qu'une buche à la fois . L'exécution de
cette malheureufe a duré, dit on , deux heures
avant qu'elle ait rendu fon dernier foupir.
Perfonne , au refte , n'a reçu ici cette nouvelle
directement.
Pen(
121 )
1
on
Peu de jours avant l'ouragan de la Jamaïque
dont nous avons rapporté les triftes détails
apperçut fur la côte une immenie quantité de
poiffons aglutinés en quelque forte à la furface
de la mer , & qui reffembloient à des fables
mouvans. Les plus anciens habitans de l'ifle ne
fe fouviennent pas d'un phénomêne auffi fingulier.
Dans une des lettres de la même iſle , on
lit le paffage fuivant ;
Le Capitaine d'un bâtiment espagnol qui a relâché
en cetté ifle , nous a appris qu'on avoit
effuyé un ouragan affreux dans le port de la Havanne
, & que les vailleaux qui y étoient mobillés
avoient été fort endommagés . Quatre bâtimens
ont péri ; l'un d'eux venoit de Lima avec
une riche cargaifon. Les maifons fituées fur le
rivage ont eu leurs toirs enlevés ; plufieurs perfonnes
ont été tuées , & des magafins ont été
renversés. Dix bâtimens mouillés le long du quai
ont chaffé fur leurs ancres & en s'abordant ont
reçu de grands dommages. Prefque toutes les
petites embarcations ont été fracaffées. Le Capitaine
a ajouté qu'il craignoit que l'ifle de Cuba
n'eût fouffert confidérablement en cette occas
fion.
"
M. Palmer , Acteur de Drury Lane , a été
nommé Directeur du nouveau Théâtre qu'on
projette d'ouvrir le premier de Mai prochain
aux Goodmans Fields. Ce Théâtre fera ſous la
Jurisdiction du Gouverneur de la Tour. Le
Roi , dit-on , a fait ouvrir une foufcription ,
où les perfonnes les plus diftinguées ont déjà
fourni plus de 30,000 livres fterl. Le Théâtre
fera ouvert été & hiver. Il fera bâti dans l'em-
*
No. 47 , 19 Novembre 1785. £ .
( 122 )
placement où étoit l'ancien Théâtre de Goodmans
Fields. Cet établiſſement fera le plus
grand tort aux autres Spectacles. I.'Acteur
Lee Lewes , long tems prifonnier au banc du
Roi par une fuite de fes mauvaiſes affaires ,
fera , dit-on, employé avec d'autres Acteurs
célebres dont l'engagement eft au moment
d'expirer. C'eft fur cet ancien Licée que l'inimitable
Garrick fit fon premier début.
Ce Théâtre , ainsi que ceux de Drurylane
& de Covent Garden, ſervit deſtiné aux grands
ouvrages dramatiques. Sous ce point de vue,
il obtiendra peut être une tolérance que les
Magiftrats du Comté de Midleſex viennent
de refufer de la maniere la plus énergique à
trois nouveaux lieux de divertiffemens publics
; l'un étoit une falle de concert dans la
banlieue de Londres , fur le plan du Panthéon
; l'autre , un manége dans le goût de
d'Aftley ; enfin , le troifieme , un nouveau
manége , demandé par le fieur Aftley
lui-même. M. Mainwaring, Membre du Par
lement pour le Comté de Midlefex & Prédent
de l'Affemblée, expola en ces termes les,
affreux inconvéniens, de la. multiplicité de
ces petits . Spectacles corrupteurs,
» Nous fommes, actuellement affemblés
dit-il , pour faire des réglemens importans. fue
la police , pour mettre des loix en force , pour
prendre les mefures les plus vigoureuſes pour
réprimer l'excès de diffipation qu'on voit ré-
≫gner parmi toutes les claffes de citoyens ; pour
arrêter le torrent de la dépravation des moure,
( 123 )
& le relâchement des loix dont on fe plaint ge.
» néralement. Irons- nous donc autoriſer de nou
» velles tentations offertes à la pareſſe , au vice ,
» à la corruption ? Ce feront de nouveaux reg
paires pour les voleurs , pour les débauchés ,
» pour les perturbateurs du repos public. Voyez
les beaux effets que produitent tous les lieux
» publics ! Promenez-vous autour des falles de
» fpectacles , & obfervez les ſcenes fcandaleufes
les foirs. Celles qu'on demande à établir en
produiront elles de différentes ? Le public doit
avoir fans doute des amufemens ; mais n'en
a-t- il pas affez , & c. &c. &c . ».
Tous les Magiftrats s'étant rangés fans
débats , à l'opinion de M. Mainwaring; les
permiffions demandées par les trois Entrepreneurs
furent rejettées à l'unanimité.
Le nouveau Lord Maire vient d'établir
dans la Cité une Garde de nuit , chargée
uniquement de purger les rues de femmes
publiques & de vagabonds , & l'on ne doute
pas que , d'après cet exemple , la même
Police ne foit adoptée dans le quartier de
Weſtminſter.
On voit à Rye , dans le Comté de Suffex ,
une jeune femme âgée de vingt - deux ans , appelée
Marguerite Gascoigne , qui felon ton propre
récit , & celui des Médecins qui l'ont vifiée
eft enceinte depuis près de trois ans. E le a ref
fenti régulierement tous les neuf mois les tra
vaux de l'enfantement . Ce phéromone prouve
combien un corps réduit à la fituation la plus
déplorable peu : être foutenu par la rater . Sa
taille eft effrayante , & les mouvemens de l'embryon
( fi tant eft que ce foit un enfant ) font
A
f 2
(41242)
furprenans. Pour tempérer ces douleurs , elle
eft obligée de prendre beaucoup d'opium . -OR
a appris ces détails par une lettre qu'elle a
fait écrire à un de fes amis à Londres , ne pouvant
point écrire elle- même , parce que depuis
huit mois elle garde le lit , & la chambre depuis
plus de deux ans. M. Mackrell , Médecin
à Rye , qui l'a traitée , attefte la vérité de ce
fair.
Le Général Advertiſer a publié en ces termes
un Avertiffement extraordinaire.
cc On demande tout de fuite un homate d'une
habileté confommée , grand maître dans l'art
de la perfuafion , & qui foit en état de faire .
croire au peuple qu'il eft riche dans fa pauvreté,
libre dans fon efclavage , & que la taxe des
boutiques eft pour lui une bénédiction. Toute
perfonne qui fera capable de cet emploi -rece
vra les plus grands encouragemens , & peut
s'adreffer à l'hôtel de la Prérogative , Downing
» Street ». ( rue du quartier de Weſtminſter , où
Joge M. Pitt.
?
Le Général Conway fe promenant l'un de ces
matins à fa campagne de Parh- Place , vit un
homme couché fur le grand chemin , & mort
en apparence. L'ayant interrogé , ce malheureux
lui répondit , avec l'accent de l'infortune
que différentes pertes avoient ruiné fon commerce
& l'aifance dont il jouiffoit ; que réduit à la
mifere depuis plufieurs mois , & honteux de demander
, il avoit pris le parti de fe présenter à
un hofpice de charité de la Province ; mais que
n'ayant pris depuis trois jours d'autre nourriture
que quelques bayes fur les haies , il s'étoit trouvé
dans un état de foibleffe qui le mettoit hors
d'état de continuer fa route. Vivement affecté
125 ( ) 125
de ce récit , le vieux Général courut à fa maiz
fon , envoya un de fes domeftiques au pauvre
Marchand , lui fit donner un bon lit & les alimens
les plus reftaurans , & le vifita lui même plu
fieurs fois. Après l'avoir gardé plufieurs jours
jufqu'à ce qu'il eût demande à fe retirer , le Gé
néral lui donna une guinée pour ſe rendre à
Londres, lui promit toute la protection pour rétablir
les affaires , pour trouver un emploi ,
& lui offrit fa table pendant tout le tems qu'il le
jugeroit néceffaire .
Le 14 d'Octobre , les Magiftrats de la Paroiffe
de Hardwick, dans le Comté de Bucks,
ont examiné le corps de John Hicks , qui traverfant
les champs le 12 , pour revenir chez
fui avec un autre homme & un enfant de
10 ans , fut frappé de la foudre pendant un
violent orage. Son chapeau , fa chemife , for
habit , fa velle & fes culottes ont été déchirés
& brûlés , Sa boucle de col qui étoit d'argent
, a été fondue ; une paire de gros fou
liers neufs qu'il avoit mis le même jour , ont
été également déchirés , & les cloux dont ils
étoient garnis , arrachés. Enfin , fon corps a
été meurtri en beaucoup d'endroits . L'homme
& l'enfant qui l'accompagnoient, frappés
par le même coup de foudre , font reftés fans
connoiffance plufieurs heures.
La Comteffe de Bedford , époufe du cinquieme
Comte de ce nom , & mere du généreux Lord
Ruffel , décapité fous Charles II , mourut avant
la promotion de fon mari à la dignité de Duc.
Sa mort fut très- finguliere. Cette femme accomplie
, étoit fille de Robert Carr , Comte de Som
f ;
( 126 )
rens ,
merfet , & de la libertine Comteffe d'Eſſex. On
lui avoit toujours caché la conduite de fes pa-
& l'affaffinat du Chevalier Thomas Overbury
; tout ce qu'elle en favoit étoit leur mé
fintelligence conjugale , qui s'étoit accrue au
point que , dans les derniers tems , ils habitoient
la même maiſon fans jamais le voir. Etant un
jour dans la chambre du Comte fon époux
abforbée par la perte de leur fils , le Lori Ruffel ,
le Comte fortit un inftant pour affaire ; elle
apperçut , machinalement à ce que l'on croit
un mince volume in - fol. dont le titre étoit ,
procès du Comte & de la Com :effe de Sommerfet.
Elle le prit avidement , & l'ayant feuilleté , elle
fut frappée comme d'un coup de foudre de l'op
probre de fes parens. Elle tomba évanouie &
fut trouvée morte par fon mari , avec le livre
ouvert à fes pieds .
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 10 Novemb.
Le Roi a nommé à l'Evêché de Saint-
Malo , l'Abbé Cortois de Preffigny , Vicaire
général de Langres ; à l'Abbaye d'Ourfcamp,
Ordre de Câteaux , Diocèle de Noyon
l'Archevêque de Bordeaux ; à celle de Saint-
Ferme , Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de
Bazas , l'Abbé de Vichy , Aumônier de la
Reine ; à celle de Claire Fontaine , Ordre
de Saint Auguftin , Diocèfe de Chartres ,
l'Abbé d'Ozier , Vicaire général du même
Diocèfe ; à celle de la Clarté - Dieu , Ordre
de Cîteaux , Diocèle de Tours, l'Abbé Seve ,
( 127 )
Vicaire général de Verdun à celle réguliere
de Blandecque , même Ordre , Diocè e de
Saint- Omer , la dame Hadouart, Religieufe
profeffe de la même Abaye ; & à celle
réguliere de Woëſtines , même Ordre &
même Diocèfe , la Dame de Briois , Religieufe
profeffe de la même Abbaye.
Le Prince d'Aremberg , le Marquis de
Biencourt-Pontrincourt , le Comte Hypolite
de Chabrillant , le Vicomte Henri de Belfunce
, le Chevalier de Belfunce , le Comte
Bruno de Boifgelin , le Comte de Grouchy ,
le Comte de Boifdenemets , le Comte de la
Saumés , le Comte de Roys , le Comte de
Rully , le Comte le Preftre de Lezonnet , le
Comte de Murat & le Chevalier de Sariac ,
qui avoient précédemment eu l'honneur
d'être préfentés au Roi , ont eu , le 3 de
ce mois , celui de monter dans les voitures
de Sa Majesté & de la fuivre à la chaffe.
Le 8 , le Traité définitif de la Paix entre
l'Empereur & les Etats Généraux des Provinces
Unies des Pays Bas , a été figné ici
par leurs Amba Tadeurs reſpectifs , fous la
médiation & la garantie du Roi.
DE PARIS , le 16 Novembre.
On a rendu public le jugement porté par
un Confeil de Guerre , tenu aux Invalides ,
contre M. de Viantaix , qui eft condamné à
20 ans de prifon pour s'être décoré induement
de la Croix de Saint -Louis . Cette Sene
f 4
( 128 )..
tence , dit-on , pourra être fuivie d'une Ordonnance
qui obligera les Chevaliers à porter
dorénavant la Croix de l'Ordre , ainfi que
l'exigent les Statuts , au lieu d'un fimple
ruban rouge
.
Un Arrêt du Confeil d'Etat du 30 Octobre
1785 , concernant le fervice de la Pofte
aux chevaux , relais & meffageries , porte ce
qui fuit :
;
Le Roi s'étant fait rendre compte de tout ce
qui eft relatif au fervice des Poftes , a reconnu
que depuis la fuppreffion de la charge de Grand-
Maitre & Surintendant général des Poftes & Relais
, ce fervice s'étoit accru & perfectionné dans
toutes les parties qui en dépendent : Et Sa Majefté
ayant confidéré que fon état actuel pourroit s'améliorer
encore , fi l'Adminiftration des Haras étoit
réunie aux différens établiflemens qui emploient
un grand nombre de chevaux , Elle a jugé à propos
de féparer du fervice de la Pofte aux lettres
celui des relais de Poftes & celui des Meffageries
en tant qu'elles auroient rapport auxdits relais
Sa Majefté a pris en même temps toutes les mefures
néceffaires pour que les facilités qui en réfulteront
à l'avantage de ces différens fervices
ainfi réunis , n'empêchent pas que celui de la
Pofte aux lettres ne continue de fe faire avec autant
de célérité , de régularité & d'exactitude que
par le paffé. A quoi voulant pourvoir , &c. Sa
Majefté étant en fon Confeil , a confirmé & confirme
la difpofition de l'Edit du mois d'Août
1726, portant fuppreffion de la charge de Grand-
Maître & Surintendant général des Poftes , Courriers
& Relais de France , & celles des Edits de
Mars 1728 & Mai 1783 , qui ont fupprimé les
autres charges & offices fur les Poftes ; ce faifant ,,
( 129 )
Ordonne qu'il fera créé & établi une charge de
Directeur général des Poftes aux chevaux , Relais
& Meffageries de France , de laquelle fera pourvu
le fieur Duc de Polignac , pour en exercer les
fonctions , ainfi & de la même maniere que le
fieur Marquis de Polignac exerce celles de Directeur
général des Haras , avec furvivance réciproque
& réunion au décès de l'un d'eux Veut
en conféquence Sa Majefté que l'Adminiſtration
de la Pofte aux lettres foit , à commencer du rer.
Janvier prochain, féparée de celle des Pofles, aux
chevaux & de celle des Meff geries en tant qu'elles
y ont rapport , & qu'elle continue d'être
exercée par le fieur Baron d'Ogny ; avec adjonc
tion & furvivance de fon fils , aux mêmes titres ,
prérogavives & émolumens dont il a joui jufqu'à
préfent ; le réfervant Sa Majefté de fixer par un
Reglement particulier , les limites de chacune
deldites Adminiftrations , & les fonctions.refpe&ives
de ceux qui en feront chargés , &c .
Le ridicule que nous nous fommes permis
de jetter dans le pénultieme Nº. de ce
Journal , fur un canal du Rhône , de l'invention
de quelques Nouvelliftes à la main ,
rend néceffaires certains éclairciffemens ultérieurs
fur cet objet . Le projet d'ouvrir un
canal , foit de changer le lit du Rhône , en
tout ou en partie , de Geneve au point d'engouffrement
, de tirer ce fleuve effrayant
par fa profondeur & par fa rapidité , des
précipices où il eft encaiffé , depuis le fort
de l'Eclufe fur une efpace de deux lieues ,
pour en porte: les eaux dans un aqueduc en
maçonnerie für les pentes du Grand - Credo ,
coupées de ravins qui renverfent chaque an
( 130 )
née des rochers , des terres , des maifons ,
les ponts même les plus folides , eft une
entreprife qui , quoique réellement conçue
plus d'une fois , mérite peu qu'on en parle.
férieufement. Il faut la laifler dans l'oubli
dont quelques Gazettes l'avoient tirée, pour
annoncer qu'il existe un plan tout différent,
& dont l'exécution , fi elle eft confiée à des
mains prudentes & habiles , feroit un monument
de grandeur , de hardieffe & d'uti
lité. Il s'agiroit de fufpendre en quelque
forte les eaux du Rhône par un Barrage audeffus
de la cataracte qui précéde fon engouffrement
, de les faire refluer , & d'en
élever le niveau à foixante pieds au deffus
de leur hauteur actuelle , jufqu'au fort de
P'Eclufe ; ce qui formeroit un lit fpacieux
d'un cours tranquille , & couvriroit les précipices
, fans inonder les rives , vu les deux
chaînes de montagnes , hautes de 4 à 500
piels , qui les forment. Cette navigation de
deux lieues ainfi rendue praticable , il ne
refteroit plus qu'à pratiquer un canal depuis
Pemplacement même de la digue où barrage
, à 60 pieds d'élévation , fur une longueur
d'environ 3600 toifes , favoir du pont
de Lucey où le Rhône s'engouffre jufqu'au
ravin de Ringe. Telle eft l'idée générale de
c magnifique ouvrage , dont les nivellemens
ont été faits , les obſtacles à vaincre appréciés
, & les moyens calculés par Gens
expérimentés. A Ringe , les eaux du canal retomberoient
dans le lit naturel du Rhône ,
( 131 )
navigable delà jufqu'à la Méditerranée. Les
60 pieds de pente qu'on lui ôteroit fur 159
qu'il en a depuis Geneve à l'engouffrement ,
rendroient à la navigation cet espace de fix
lieues. Quelques travaux peu difpendieux à
Geneve même , qui deviendroit l'entrepôt
d'un commerce immenfe entre le nord & le
midi , permettroient aux barques de defcendre
& de remonterlibrement le fleuve qui
traverſe le lac éman . Dans celui - ci fejette en
tre Morges & Laufanne la petite riviere de la
Venoge , dont les eaux abreuveroient un canal
de communication entre le lac de Geneve &
celui de Neuchâtel ; canal commencé d'Entreroches
à Yverdun au dernier fiécle pour le
tranſport des vins du pays de Vaud , fur
une longueur de 4 lieues , & dont les barques
qui le parcourent portent 3 à 400 quintaux
. Ce qui refte à achever de cette communication
forme un efpace de trois lieues
& demi, & ne coûteroit pas deux cent mille
livres . Une fois arrivés au lac de Neuchâtel
, les tranfports y trouveroient la Thiele ,
riviere navigable qui fe jette dans le lac de
Bienne , & de celui ci dans l'Aar , grande
riviere qui , après avoir arrofé une partie des
Cantons de Berne & de Soleure , va s'unir
au Rhin à Valdshut. Par l'exécution de ce
grand projet dont les avantages font inappréciables
, on obtiendroit une navigation
non interrompue de 360 lieues de l'Océan à
la Méditéranée . Les travaux fur le Rhône
£ 6
( 132 )
peuvent s'exécuter avec cinq ou fix millions
au plus.
Nous avons reçu la Lettre fuivante , qui
ne peut être trop connue dans les ports de
mer.
Il regne , Monfieur , fur nos vaiffeaux , une
colique particuliere dont les fymptômes font les
mêmes que ceux de la colique des Peintres : parmi
les écrivains qui en ont fait mention , & qui
Yont en petit nombre , il en eſt un qui a remarqué
ce rapport fans varier ; mais aucun n'en a
rencontré la véritable caufe : tous entraînés par
l'ancienne hypothèſe fur la dégénération de la
bile , à laquelle on attribuoit autrefois auffi la
colique des plombiers , ont pensé que celle des
gens de mer venoit de cette acrimonie & de cet
épaiffiffement prétendu de la bile , & ont établi
leur opinion fur cette théorie furannée.
Mes recherches faites , il y a plufieurs années ,
fur ce qui concerne les maladies caufées par le
plomb & fes préparations , m'ont toujours porté
à redouter les couleurs dans tous les lieux où je
les ai vues employer. Vingt ans au moins de féjour
dans la Ville où j'ai pris nailance , & dans deux
ports voifins , l'un du Roi , & l'autre de com
merce , m'ont mis à même de monter fouvent à
bord des vaiffeaux , où j'ai pu me convaincre de
l'infection de leur intérieur : j'ai dû , dans la fuite,
a confirmation de ces faits à un travail fur les maladies
les gens de mer , dans lequel j'ai été aidé
par les confeils de Créoles très - éclairés , & des
Officiers de Marine du premier ordre,
Il eût été difficile de méconnoître la caufe da
la colique des gens de mer , aux figues qui la caractérisent
, à la manière particuliere avec la
quelle elle affecte l'Etat- Major , dont les chambres
font toujours peintes , enfin à la préſence
7133 S
de la conleur & à fon odeur , qui produisant la
colique des Peintres à ceux qui habitent trop tôt
les appartemens nouvellement peints , ne pouvoit ,
manquer d'en faire autant dans les chambres & les
entreponts , dont l'air furchargé de moffettes , ne
peut fouvent le renouveller , quand les fenêtres
& les fabords font fermés à caufe du mauvais
tems , ce qui arrive très - fréquemment.
Auffi , après avoir médité mon fujet , & m'être
convaincu par tous ces faits des malheurs qui pouvoient
en résulter , j'ai formé des voeux pour la
réforme de la peinture intérieure des vaiffeaux ,
dans un Mémoire approuvé dans une affemblée
publique de la Faculté , imprimé , & publié fous
la protection du Gouvernement , & accueil par
tous ceux qui favent voir , & qui ont l'ame honnête
& défintéreſſée . Un événement affreux ar➡i
rivé fur un vaiffeau du département de Brest ,
achévera de convaincre ceux qui pourroient encore
en douter. Je le tiens de M. le Chevalier
Hotte , qui a bien voulu m'en donner les détails ,
écrits de fa main.
» Il eft à ma connoiffance que M. le Chevalier
de Marigny , commandant la frégate du Roi le
Serin , en venant de Breft à la Martinique , dans
L'année 1775 ou 1776 , a été empoisonné par
la peinture de fon vaiffeau ; il en a eu des coliques
dont il a beaucoup fouffert en Amérique :
il y a prefque toujours été malade , & à fon retour
il a été obligé d'aller aux eaux . Son fecond
eft mort des fuites de la maladie occafionnée par
la peinture , & fon Chirurgien major , après avoir
fouffert les plus cruelles atteintes de colique , s'eft´
embarqué mourant , & n'a trouvé de foulagemental
fon retour qu'aux eaux . M. Brelé , aujourd'hui
Médecin de l'hôpital de Breft , a fait
les fonctions de Chirurgien major au retour de
la frégate en France ; il peut attefter le fait ,
134 )
ainfi que M. le Chevalier de Marigny , Major
de la Marine de Breft , & Capitaine de vaiffeaux
du Roi : prefque tout fon Etat Major a eu la ma
ladie ».
J'ai l'honneur d'être , &c. Signé , GARDANNE.
On trouve dans le Journal de Guienne un
plan très-curieux des conftructions projettées
fur l'emplacement du Château Trompette.
Voici comment le Redacteur de ce Journal
expoſe ce devis magnifique..
Le terrein actuellement accupé par le Château
& les Glacis , offre un exagone irrégulier , dont
le plus grand côté , borte par la Garonne , en
forme d'arc , a 200 toifes d'étendue . C'eft fur
cette ligne , prife pour baſe , en face de la riviere ,
qu'on doit élever une place de 900 pieds de
longueur , de 450 de profondeur, décorée du nom
de Lonis XVI , & d'un ob lifque érigé à la gloire..
Cette place , demi- circulaire , fera percée de treize
rues de 54 pieds de largeur chacune , formant
treize rayons dirigés fur fon centre. Réunies &
liées aux façades de la place , les treize rues s'ouvriront
en autant d'arcs de triomphe. Trois abou
tiront á la rue Porte- Richelieu , une à la placé
de la Comédie deux aux allées de Tourny ,
une à la place S. Germain , ayant une direction
droite fur le centre des deux places , trois aux
Cours de S Seurin ; les trois dernieres à une rue
[ rue de Monchy qui fera ouverte pour établir
la communication entre la ville & le faubourg
des Chartrons Le refte de l'emplacement formera
huit rues d'une largeur moins confidérable. Les
deux traverfales auront 50 pieds chacune ; l'une.
[ la rue de Vergennes ] , prenant à la place de
la Comédie , aboutira au Cours S. Seurin ; l'autre
[ rue de Mouchy ] , commençant au quai projetté
[ quai de Calonne } , rendra dans la rue de Vers
( 135 )
gennes. Les fix autres rues , larges feulement de
24 pieds , formeront des communications avec
les nouveaux quartiers. Les façades du pourtour
de la place & des bâtimens en aîles qui l'accom
pagneront , feront élevées de deux étages , couronnées
d'un attique , & ornées d'une architec
ture d'ordre compofite.
C'eft M. Louis , célebre Architecte , fi connu
par la belle falle de fpectacle qu'il a fait conftruire
à Bordeaux , qui eft chargé de diriger ces nou
veaux édifices : il doit fe rendre inceffamment
dans cette ville.
L'Académie de Montauban propofe pour
fujet du prix d'Eloquence qu'elle diftribuera
le 25 Août 1786, l'éloge du Marquis de Pompignan.
Ce Prix confifte en une fomme de 450 l.;
& pour fujet du Prix de Poëfie : l'Influence .
du climat fur le génie.
Le Salon de la Correfpondance fera ouvert
pour la premiere fois après les vacances d'automne
, Jeudi prochain 24 du préfent mois , &
continuera de l'être tous les huit jours en la
maniere accoutumée , toujours à l'Hôtel Villayer
, rue St. André des Arcs . M. de la Blanche
ie , Agent général de Correspondance pour
les Sciences & les Arts , de retour de fon voyag™
ge , recevra l'affemblée. Les objets à expoſer ,
doivent être envoyé , le Mardi au plus tard
Toute forte de perfonnes font admifes au
Salon , deruis midi jufqu'à deux heures . Pour être
reçu à l'affemblée de l'après midi , depuis cinq
heures jufqu'à neuf, il ne faut point de billets.
Tous les Savans , les Gens de Lettres , les Artiftes
ou Amateurs nationnaux & étrangers , de
l'un & l'autre fexe , qui fe font connoître à
J
7
( 136 )
l'Agent général , peuvent jouir de ce point de
réunion gratuit.
M. de Fourcroy , Docteur en Médecine
de la Faculté de Paris , Profeffeur de Chi-'
mie au Jardin du Roi , &c. commencera un
Cours d'Hiftoire Naturelle & de Chimie ,
le 16 Novembre à 11 heures du matin ,
dans fon laboratoire , rue des Bourdonnais ,
à la Couronne d'or.
N. B. Nous devons relever plufieurs
inexactitudes de la Notice des Pieces Dramatiques
, jouées à Fontainebleau , telle
qu'elle a été imprimée dans le dernier Nº .
--
Virginie n'eft point de M. de la Harpe , & eft
anonyme fur le répertoire. Sérnis , ou plu
tôt Céramis , n'y a jamais été. Le Mariage
fecret & le Portrait font de M. Desfa cherais , &
non pas de M. Desfontaines. L'Oncle & les deux
Tantes n'a pas été donné. Le Page fuppofe fut fupprimé
aux répétitions. La Dot n'eft point en vers
& eft de M. Desfontaines , mufique de M. d'Aleyrac.
C'eft Coradin qi eft de MM . Manquitot &
Bruni , & non pas Brunett, Le Jeu de l'Are
n'existe pas . Cétoit le Prix de l'Arc , paroles
du Marquis de la Salle , musique de M. de Saint-
Amans , qui a été ôté du répertoire même avantle
voyage.
Ajoutons qu'outre Dardanus , le Mariage
fecret a réuffi , & que le Jaloux fans amour
par M. Imbert , a confervé le fuccès mérité
qu'il avoit obtenu dans la Capitale. Nous
ne dirons rien de Pénélope , fur laquelle les
voix font partages , & des reprefentations
de laquelle nous n'avons pas été témoins..
( 137 )
7 Dans le pénultieme N°. il s'étoit également
gliffé une erreur au fujet de la penfion
de 2000 livres accordée à M. Bailly. La
penfion qu'a obtenue cet eftimable Académicien
, n'eft point celle qu'avoit M. Thomas.
Lorfqu'il fe gliffe de pareilles erreurs
dans le Journal , on doit croire qu'elles ne
viennent jamais de notre part , & nous
prions les perfonnes qu'elles intéreffent ,
de nous adreffer directement leur défaveu
, dont nous nous emprefferons de faire,
ufage.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 19 , 81 , 10 , 86 , & 70 .
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 13 Novembre.
La plupart des Régimens Autrichiens ,
venus dans nos Provinces l'hiver dernier ,
partent ou fe préparent à partir. Le Corps
Franc de Stein a été réformé ; on a laiffé aux
foldats leurs habits & 4 florins d'Empire ;
plufieurs ont pris parti dans les troupes Hollandoifes.
Suivant les dernieres lettres de Paris , tout
étoit convenu entre les Plénipotentiaires refpectifs
, & le Traité de Paix final de notre
Cour avec la Hollande , a dû être figné le
à Fontainebleau . M. le Comte de Mercy ,
( 138 )
à ce qu'on prétend , ayant refufé de reconnoître
la fouveraineté de l'Efcaut , dans les
termes requis par les Hollandois on eft
convenu d'inférer dans le nouveau Traité ,
l'article concernant ce fleuve , tel qu'il fe
trouve dans le Traité de Munſter.
Quoique les Editeurs de quelques Papiers
publics euffent ordonné au Prince d'Orange
de revenir à la Haye tout de fuite , afin d'af
fifter à l'affemblée de l'Ordre Equeſtre , qui
dû nommer un fucceffeur dans cet Ordre
au feu Général de Maafdam , le Stathouder
& fa Cour font partis de Leuwarde & fe
rendent au château de Loo en Gueldres , où
LL. AA. SS. prolongeront vraisemblablement
leur domicile , puifque le refte de leur
maifon a quitté la Haye dans le deffein de
les rejoindre.
Le Samedi de ce mois , les Etats de
Hollande ont arrêté leur Réponse à la Lettre
du Roi de Pruffe , & l'on affure que l'Ordre
de la Nobleffe , ainfi que quelques villes, ont
refufé leur approbation.
Paragraphes extraits des Papiers Anglois & autres,
" Comme il y a fort long- tems qu'il n'a été
parlé de l'attentat commis contre les papiers de
l'ancien Veld- Maréchal de la République , S. A,
S. le Duc de Brunſwick , on a cru peut- être que
comme cette affaire tient encore aux querelles
républicaines , elle éprouveroit le fort de toutes
celles de la même nature , qui font d'abord grand
1
( 139 )
bruit , & qui enfuite s'affoupiffent infenfiblemem.
Une lettre récente d'Aix - la- Chapelle , que nous
allons tranſcrire , pourra fervir à détromper ceux
qui auroient cette penfée , & leur indiquera jufqu'à
quel point ce fameux procès eft avancé.
Les prifonniers qui avoient formé le projet
d'enlever les papiers du Duc de Brunfwek font
toujours tenus dans les prifons de cette Ville , &
il eft probable qu'ils y refteront encore longtems
, par un événement trop fingulier pour que
le public l'ignore. - Le Mayeur de cette Ville ,
le Baron de Geyt , & les deux Echevins Commiffaires
ayant fini les interrogatoires dont le
protocole eft dépofé au Siege des Echevins ,
Avocat Fifcal de S. A. Electorale Palatine a
donné fon rapport avec les conclufions refpectives
; mais cet écrit ne fe trouvant pas du goût
de Mgr. le Duc & du Mayeur , celui - ci l'a retiré
, & en a fait dreffer un autre qui eetffectivement
paroît beaucoup mieux conçu , & qu'on foupçonne
être de l'Avocat dont S. A. fe fert pendant
fon féjour ici.
On fe doute bien que cette ſubſtitution a fait
jetter les hauts cris à l'Avocat Fifcal , qui y
croit fa réputation & fon honneur outragés. Il
en a porté des plaintes à le Régence de S. A. E
à Duffeldorf , qui décidera lequel des deux rapports
fera partie des actes , ou celui du Fifcal ,
ou celui qu'on a fubftitué . En attendant les prifonniers
reftent dans leurs cachots , & gémiffent
fur l'incertitude des droits & ftyles unités en matiere
criminelle. On ne doit donc attribuer qu'à
cot événement le retard apporté dans la décifion
d'une affaire qui révélera , dit-on , d'affreufes vérités.
Il y en a qui prétendent que nos Juges
fent affez portés d'en déferer le jugement à une
célebre Univerfité , pour fe mettre à l'abri de
toute critique ( Gaz. de La Haye , nº. 133 ).
( 140 )
Il y avoit déja quelque tems qu'on n'enten
doit plus parler de la fameufe affaire des prifonniers
arrêtés à Aix- la- Chapelle , comme ayant
voulu enlever les papiers du Veld - Maréchal Duc
Louis de Brunswick ; elle ſe réveille aujourd'hui
& l'on apprend avec la plus grande furprife , que
les Juges d'Aix- la- Chapelle ont envoyé à ceux de
la ville de Dordrecht certains articles , extraits
des interrogatoires qu'ils ont fait fubir à ces Prifonniers
, & qu'ils demandent que fur les faits ou
dits y contenus l'on interroge M. de Gyfelaar ,
Confeiller- Penfionnaire de ladite Ville . ( Gaz,
de Leyde , no. 189 ) .
On débite à Ratisbonne , depuis deux jours ,
une brochure qui commence à faire du bruit.
Elle n'eft que de deux feuilles d'impreffion , & a
pour titre Réflexions fur l'équilibre de l'Europe &
de l'Allemagne par rapport à l'échange de la Baviere:
L'Anonyme s'attache à prouver « que lorsqu'une
des cinq grandes Puiffances de l'Europe prend
des arrangemens pour devenir plus forte que
chacune des autres en particulier , celles- cr
doivent s'y oppofer dès le principe , & ne pas
attendre que la Puiffance ambitieufe effectue
ofon plan d'agrandiffement ». Car , dit- il , le
) projet manifefté de devenir plus puiffant , eft une
véritable attaque faite à l'équilibre. « Mais il ne
voudroit pas que les Etats de l'Empire fe m
laffent en rien de cette querelle , felon lui , ils
» doivent garder la plus exacte neutralité , & lai-
» fer démêler la fufée aux grandes Puiffances »,
L'Anonyme veut paroître impartial , parce qu'il
ne parle pas dans le corps de ce petit ouvrage ,
de l'échange de la Bavieres mais il foutient que ,
tout échange de territoire peut devenir dans la fuite
très-préjudiciable aux autres Etats de l'Empire & de
Europe ( Gaz. d'Amſt. n°. 89 .
( 141 )
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE .
Caufe entre les Syndics & Directeurs des Créanciers
Bronod & le Recteur du College de Moulins.
Arrérages de rentes conftituées prefcrits par
cinq ans.
Cette preſcription eft établie par l'article 71
de l'Ordonnance de Louis XII , de 1510. Le
motif de cette loi a été la préfomption de paiement
qui s'éleve toujours en faveur du débiteur
, lorfque le créancier a gardé le filence
pendant un espace de tems confidérable , & la
dureté de nombre de Créanciers qui laiffoient
accumuler plufieurs années d'arrérages pour
avoir occafion de faire des pourfuites , & faire
vendre les biens de leurs Débiteurs ; en conféquence
, le Légiflateur s'exprima en ces termes
: « Nous , confidérant tels contrats être
» odieux & à reftreindre , ordonnons que les
>> acheteurs de telles ventes , ne pourront demander
que les arrérages de cinq ans : & fi
outre iceux cinq ans , aucune année des arrérages
étoit échue , dont n'euffent fait queftion ,
ne demande, ne jugement, ne feront reçus à le
» demander , ains en feront déboutés par fins de
» non-recevoir , & en ce non compriſes les
rentes foncieres portant directe ou cenfive.
Le Créancier à qui on oppofe la preſcription ,
n'eft pas admis à déférer au Débiteur te ferment
fur le paiement des arrérages antérieurs
à ceux des dernieres années ; on l'a jugé
plufieurs fois , & l'Arrêt rendu en cette caufe
eft une nouvelle confirmation de ce principe.
:
Le College de Moulins a changé plufieurs
fois de chef ; il étoit anciennement gouverné
par des Jéfuites ; depuis l'extinction de cette Société
, il a été fucceffivement adminiftré par
( 142 )
---
des Réguliers & des Séculiers. En 1780 ;
le regime de ce College fut ôté à ceux que
l'avoient , & fut confié aux Oratoriens. En
1763 , ce College ayant beaucoup de réparations
à faire à les bâtimens , il fut autorifé ,
pir des lettres- patentes , à faire un emprunt.
Il parcit que feu Me . Bronod , Notaire , a qui
l'on s'adreffa , prêta lui même une fomme de
4000 liv. dont il fut paffé contrat de conftitution
d'une rente de 200 liv . En 1767 ,
remboursement de 2100 livres , ce qui réduifit
le capital à 1900 liv. & la rente à 95 liv . Depuis
cette époque , il n'y a eu aucune trace
de paiement de la rente , ni du remboursement
de 1900 liv. de capital ; il n'y a pas meme eu
de demande formée à cet égard. En 1782 ,
les Créanciers Bronod ayant trouvé dans fes
papiers le contrat originaire de la rente de
200 liv. dûe par le College , & réduite à 95
liv. par le remboursement de 2100 liv . fait en
1767 , dont meation étoit faite en marge , fans
aucune quittance d'arrérages d. puis ce tems , ont
fait affigner en 1784 , le Recteur du College , à
l'effet de payer 17 années des arrérages de la
rente. Le Recteur convint dans une lettre , qu'il
se trouvoit , fur les regiftres du College , aucune
mention ni de l'emprunt , ni du rembour
fement , ni de l'acquit des arrérages ; mais excipant
de la prefcription établie par l'Orionnanee
de 1510 , il offrit de payer cinq années d'ar
rérages , & de continuer à Pavenir.-
Créanciers voulant tirer avantage de l'aveu inféré
dans la lettre du Recteur , foutinrent les offres
mulles & infuffifantes , & perfifterent à demander
le paiement defdites 17 années d'arrérages , Le
College de fon côté continua d'oppofer la fin
de non-recevoir'; réſultante de la preſcription
Les
( 143 )
des années antérieures aux cinq dernieres. C'eft
dans cette circonftance , que les premiers Juges
ont déclaré les offres du College bonnes & valables
, & débouté les Créanciers du furplus de
leur demande , avec dépens.
Sur l'appel des Créanciers , Arrêt du 3 Juin
1785 , confirmatif de la Sentence.
PARLEMENT DE TOULOUSE.
On ne doit point de dommages- intérêts pour raifon
de chofes jettées par la fenêtre dans l'intérieur
d'une maison.
Un Commiffaire du Roi faifoit renouveller
le terrier du Comte de Pezenas ; il étoit logé
dans la maifon du fieur Strozzy , Maréchal des
Camps , & tous les Cenfitaires s'y rendoient pour
faire leurs déclarations & acquitter les arrérages
des droits Seigneuriaux . La Demoiselle Chabbert
s'y rendit comme les autres : dans l'inftant
qu'elle entra dans la cour , le nommé Marié
Cocher du fieur Strozzy , jetta du fecond étage
un faiſceau de paille & de bois , qui tomba fur
elle , la renverfa , & lui cafla les jambes.
La Demoiselle Chabbert intenta une action en
dommages & intérêts contre Marié & le fieur
de Strozzy, comme garant des faits de fon Cocher.
Le premier Juge admet Marié à prouver
qu'il avoit crié gerre avant , de jetter ; fur l'appel
, la Cour , évoquant le principal , & y faifant
droit , a mis les parties hors de Cour , dépens
compenfés.
PARLEMENT DE NORMANDIE.
Privilege de Saint-Romain .
Par Arrêt rendu le 5 Mai 1785 , jour de l'AG
cenfion , les Chambres affemblées , au rapport
de M. de Guichainville , le nommé Girard , compagnon
Epinglier , condamné par Sentence du
Bailliage de Verneuil , du 19 Novembre 1781 ,
( 144 )
2
st
à être pendu , pour avoir tiré le 9 Juin 1782 ,
un coup de fufil fur le nommé Melociel , mort
de fa bleffure le 18 du même mois , à été jugé
digne du privilege de S. ROMAIN. Pour
avoir des notions exactes , relativement à ce privilege
, qu'on appelle auffi privilege de la
Fierté , à caufe de la Châffe où font renfer
mées les Reliques de ce faint Prélat . On peut
confulter Dupleffis , deſcription de la Haute-
Normandie , tom. 2 , page 29 Dom Pommeraye ,
Hift. des Archevêques de Rouen , page 125 , &
Pafquier , en fes Recherches für la France.
Ce Privilege appartient au Chapitre de l'Eglife
Cathédrale de Rouen : voici en quoi il confifte
Tous les ans, le jour de l'Afcenfion , les Chanoines
choififfent un criminel digne de mort ,
parmi tous ceux qui font dans les prifons de
la ville ils en préfentent le nom Parlement
affemblé , le matin du même jour , & après
que la Cour a entériné la grace da coupable , &
que celui - ci a enlevé trois fois fur les épaules
dans un endroit éminent de la place de la baffevieille
Courla Châffe du Saint , on le conduit
proceffionnellement à la Cathédrale , d'où
après une exhortation de la part du Doyen du.
Chapitre, il fe, retire chez le Maître de la Confrairie
de S. Romain , où il trouve un fouper
fomptueux & une chambre élégamment ornée.
S'il eft pauvre, le Maître lui donne de l'argent
pour le vetir & faire route jufques chez lui ; il eft
défendu fous des peines très - graves de reprocher,
le crime à celui qui a profité de ce privi
Lege.
ら
*
Ն .
ՎԱ
A
તંત્રનું
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMARCK.
DE COPENHAGUE , le 6 Novembre.
La régné ici le 30 Octobre un ouragan
Iterrible
terrible du fud- oueft , qui fit groffir la mer
d'une maniere prodigieufe . Une eftafette de
Warberg en Suede , arrivée à Helfingor , a
apporté la défagréable nouvelle que dans la
tempête du 11 Octobre , il a péri pluſieurs
bâtimens étrangers.
Un placard royal , du 19 Octobre, permet
jufqu'à la fin de Juillet prochain la libre importation
de grains dans les Evêchés méridionaux
de Norwege.
La réduction projettée du militaire dans la
Norwege vient d'être exécutée ; de deux Régimens
, on en a formé un; plufieurs Officiers
ont étéréformés avec la penfion .
On vient auffi d'apprendre , que le 25
Août , un ouragan terrible de trois heures , a
caufé d'affreux dégâts dans nos Ifles de
Nº. 48 , 26 Novembre 1785 . g
( 146 )
Sainte Croix & de Saint-Thomas . Un grand
nombre de maifons , du côté du fud , fe
font écroulées , & beaucoup de bâtinens
ont été jettés à terre .
La Chambre Générale du Commerce
& de la Douane , a fait publier qu'il fera
pe mis à tous les bâtimens , allant d'ici
à Sainte Croix , de charger en Irlande
& dans tout autre lieu étranger , des provifions
de bouche pour cette Ifle & celle
de Saint - Thomas , & qu'ils ne paieront ,
à leur arrivée , qu'un droit de trois pour
cent, argent des Indes Occidentales . Cette
importation restera ouverte jufqu'à la fin
de l'année.
ALLEMAGNE.
A
DE HAMBOURG , le 12 Novembre.
La Reine de Suede , qui avoit été malade
de la rougeole , eft parfaitement rétablie de
cette maladie. On affure que le Roi fera
inceffamment un voyage pour visiter les
mines de fon Royaume.
On écrit de Pétersbourg , que le 2 de ce
mois le Traité de commerce entre cetteCour
& celle de Vienne , a été figné par les Plénipotentiaires
refpectifs. On ajoute que les articles
de ce Traité feront publiés inceffamment.
Les Troupes Ruffes dans l'Ukraine font
entrées dans les quartiers de cantonnement.
( 147 )
La Cour de Pétersbourg a envoyé, dit- on ,
un Evêque du Rit Grec dans l'Ukraine - Polonoile
pour infpecter les Eglifes de ce cu'te.
Le Nonce Apoftolique s'oppofe à cet établiffement
, & a préfenté un Mémoire à ce
fujet au Roi de Pologne & au Confeil permanent.
M. Bernouilli dans le Journal qu'il publie
à Berling eftime le produit des mines du
Hartz , appartenantes à l'Electeur d'Hanovre ,
à 1,172,733 rixdalers , année commune ;
le
dividende des
Compagnies monte à
425,274 rixdalers , & la part des Seigneurs
Territoriaux à 369,000 . Le chef- lieu de ces
mines eft Claufthal ; la mine la plus riche
qu'on y exploite depuis 1699 , eft celle qui
porte le nom de Caroline ; le quintal de minerai
, tiré de cette mine , eft communément
de 60 1. pefant de plomb & des marcs d'argent
; on évalue fonproduit annuel à 194,000
rixdalers (1 ) .
Le produit des mines dans la Saxe Electorale
eft évalué par an à 1,500,000 rixdalers .
Ces mines ont rendu en argent depuis 1770
jufqu'en 1783 pour 3,200,000 rixdalers.
Les mines de vif- argent à Idria dans la Carniole
, rapportent par an à l'Empereur près
( 1 ) On trouve des détails extrêmement curieux
d'Hiftoire naturelle & d'économie publique , fur ces
établissemens du Hartz, dans les Lettresfur l'Hiftoire
de la Terre , par M. Deluc.
g 2
( 148 )
d'un million de florins . Le produit annuel des
fonderies & forges dans la Stirie monte à environ
18 millions de florins ; les ouvriers qui y
travaillent font au nombre de 7,000.
Le nombre des ouvriers qui travaillent
dans les mines , fonderies & forges en Suede,
monte à25,000. Les revenus que la Couronne
perçoit par an de l'exportation du fer font
évalués à 1,769,968 1. de France ; l'exportation
du cuivre en rapporte autant, & on peut
évaluer celle de l'alun à 30,000 rixdalers,
L'exportation du fer de Ruffie tait un objet
annuel de 1,120,000 roubles. Le cuivre qui
eft frappé par an à Pétersbourg monte à la
fomme de 2,500,000 roubles . Le produit des
mines d'or dans la Siberie eft un fecret.
D'après la nouvelle defcription de la Géorgie
du Docteur Jacob Reinegg, qui a féjourné pendant
quelque temps dans ce pays là , on y compte
61,000 habitans ou familles dont voici la répar
tition ; ſavoir : 20,000 à Tefis , 4000 à Caftel
6000 à Kiik , 4000 à Thieulet & Ghefzur
4000 à Schemfchettil , 6000 à Somgeti &
Bembek , 12,000 à Kakat , 3000 à Calek , &
2000 à Karajocs . Les fujets font écrasés par les
impofitions & payent fouvent au- delà de la moitié
de leurs revenus annuels. La Douane eſt
affermée pour une fomme annuelle de 25,000
roubles ; les mines d'or & d'argent d'Akdale ,
quoique mal exploitées , rendent par an 63,200
roubles , & Eriyan paye un tribut de 15,000
roubles,
DE VIENNE , le 11 Novembre.
On prétend que le 25 du mois dernier ,
( 149 )
la Cour expédia à Conftantinople un courier
chargé de la Réponse de l'Empereur aux
dernieres propofitions de la Porte. Le
Prince de Gallitzin , Ambaffadeur de Ruffie
a tranfmis à fa Cour cette Réponſe dont il
avoit reçu une copie.
Le Comte de Palfi , vice Chancelier dé
Hongrie , eft nommé Grand-Chancelier , à
la place du Comte d'Efterhazi qui a donné
fa démiffion.
Afin d'entretenir une correfpondance directe
avec la Gallicie , on a établi des couriers
qui partiront d'ici tous les jours pour
1 rendre dans cette province.
Suite de l'Examen de l'Expofe des motifs
publiés par S, M, P.
Après avoir difimulé dins fes premieres délarations
circulaires l'existence de ce projet , el'e affure
à la vérité dans les d-rnieres , à l'imitation des déclarations
de la Cour de Rufie , « qu'elle n'avoir
« pas fongé & ne fongerbit jamais à un troc violent
ou forcé de la Baiere » .
+
Quoique la Cour de Berlin eût été inftruite
déjà au mois de Février , ainfi qu'on vient de
fe prouver , par S. M. P'Impératrice de Ruffie
des circonstances réelles & vraies de la propofition
d'échange , l'on répandit néanmoins peu
après , non- feulement par toute l'Allemagne ,
mais auffi en plufieurs autres Cours , que S. M.
P'Empereur méditoit des projets très -violens d'échange
, de féculatifation & d'autres , qui ne tendoient
à rien moins qu'à renverser la Conftitu
tion de l'Empire . Ce n'étoit donc pas , de la part´
de la Cour Impériale & Royale , une diffimulation
de l'exiftence réelle de la propofition d'é(
150 )
change , qui avoit été faite ; mais rien de plus
ni rien de moins de la confirmation de la vérité
la plus pure , attendu que tous fes Minif
tres refpectifs furent chargés de déclarer par- tout ,
que S. M. Impériale n'avoir point eu , ni n'avoit
alors , ni n'auroit jamais les vues qu'on
lui attribuoit. »
Mais cette diftin&tion entre un troc forcé ou volontaire
indique affez , que la Cour de Vienne con-
Serve encore toujours l'idée de la poffibilité d'un
troc de la Baviere.
Ce qui en eft de cette diftinction entre un troc
forcé ou volontaire , & que le bruit en a été occafionné
immédiatement par les rapports qu'on
répandit , c'eft ce qui apert manifeftement par
ce qu'on vient de déduire : mais qu'on puiffe
d'abord faire un crime à la Cour de Vienne
même de la feule idée de la poffibilité d'un
échange de la Baviere , c'eft ce qui furpaſſe toute ,
imagination. Tandis qu'il exifte devant les yeux
dans les fiécles les plus reculés , dans le moyen
âge , & dans des tems plus récens , un fi grand
combre d'exemples d'échange de pays en Allemagne
, en partie réllement effectués , en partie
propofés , en partie même encore aujourd'hui en
négociation , la Cour Impériale & Royale n'avoit
pu penfer & ne fauroit penfer encore , que
le feul échange de la Baviere foit abfolument
impoffible , & que l'idée même , que cet échange
puiffe un jour ſe pratiquer , ne lui foit pas
permife.
Cette conjecture , déja très -forte en elle -même ,
ne fe confirme que trop par l'affertion de la Cour
de Vienne , que la maifon Palatine avoit par
« le traité de Baden , ta pleine liberté d'échanger
Ses Etats ». Il est vrai , que l'Article XVIII.
de la paix de Baden , porte , « que , fi la maison
က
( 151 )
« :
de Baviere trouve convenable de faire quelque.
» échange de fes Etats contre d'autres , S. M. T.C.
a promis de ne pas s'y oppofer mais il réfulte
clairement du difpofitif même de cet Article ,
que les contractins n'ont pu promettre à la maison
de Baviere qu'un échange partiel de quelques pays
ou diftricts , qui pourroit être convenable à fes
intérêts : mais on n'a furement pas fongé ni pu
Jonger alors à l'échange total d'un grand Electrat
& Fief de l'Empire , qui , fe trouvant fous la
difpofition de la Bulle-d'Or > n'étoit aucunement
fufceptible d'une altération de cette nature , laquelle
auroit affecté de trop près & renversé la
Conftitution effentielle du College Electoral , &
même l'intégrité de tout le fyftême confédératif de
l'Empire .
Déjà à l'occafion de la derniere fucceffion de
Baviere , la Cour Impériale & Royale a foutenu
que par la paix de Baden , il avoit été formellement
ftipulé, en faveur de la maifon de Baviere
, une liberté illimitée d'entreprendre un
échange de fes Etats contre d'autres pays. Sur
cela la Cour de Berlin , dans la réponse au manifefte
principal publié à Vienne , a repliqué à
la page 101 mor- à - mot ce qui fuit. « La paix
de Baden a donné , il eſt vrai , à la maiſon
de Baviere la faculté de faire un échange de
fes Etats , nais non de telle façon que des
»Membres individuels de cette Maifon puffens
» le faire fans le concours des autres ; & le pacte
» de Pavie a abfolumest défendu à la maison de
» Baviere tout échange & tout troc ; défenſe ,
qui ne fauroit du moins fe lever fans le copfentement
de la Maifon entiere. » L'on répete
la même chofe dans cette réponſe à la page 179
dans les termes fuivans : « Par le traité de Pa-
5)
84
( 152 )
» vie: il a été défendu aux Membres individuels
» de la maifon Bavaro-Palatine de rien échan-
" ger ni troquer de leurs Etats. L'on ne s'en
အ
eft point départi à la paix de Baden ; mais il
» eft leulement dit à l'Art. XVIII. Și Domus
» Bavarica àfua integra reftitutione aliquamftatuum
fuorum cum aliis permutationem rebus fuis convenire
autumaret , & tum Sacra Regia Majeftas
Chriftianiffima nihil obfta uti injiciet , L'on n'a
» proprement ftipulé ici que le confentement de
la Couronne de France ; & il s'enfuit feule-
» ment de cet Article , ainfi qu'il s'entend de foi-
» même , que la maifon entiere de Baviere pent
mechanger fes Etats , lorfqu'elle le juge à pro-
» pos , mais non pas qu'elle doive les échanger ,
ni que des Membres individuels puiffent nom
»plus le faire. »
Qu'on compare à préfent avec le contenu
qu'on vient de citer mot-à-mor , des déclaraxions
que la Cour de Ber'in fit alors , le langage
qu'elle tient aujourd'hui. En 1785 , l'accord
de ravie défend tout échange & tours autre
aliénation quelconque , de la maniere la plus
abfolue , même de la plus petite partie des Etats
de Baviere ; de forte que cette défenſe.ne peur
plus fe lever , pas même du confentement de la
maison entiere . En 1773 , l'abrogation de ce pace
étoit encore permiſe à la Maiſon entiere ; &
la défenſe n'en fubfiftoit qu'à l'égard des Membres
individuels . En 1785 , il résulte de difpofrif
même de l'Article XVIII de la paix de
Baden , a que les contractans n'ont pu promettre
à la maison de Baviere qu'un échange partiel
de quelques pays ou diftris , qui pourroit
être convenable à fes intérêts ; & qu'on n'a furement
pas fongé ni pu fonger alors à l'échange
total du grand Electorat & fief de l'Em((
153 )
» pire. En 1778 , le paix de Baden avoit nonfeulement
accordé à la maiſon de Baviere la faculté
d'échanger les Etats du confentement de
tous les Membres ; mais il s'entendoit alors de
foi-même , que toute la maifon de Baviere
pouvoit les échanger lorfqu'elle le voudroit. En
1785 , l'on foutient ouvertement « qu'on n'a
" pu fonger à l'échange total d'un grand Electorat
, qui fe trouvoit fous la difpofition de
la Bulle - d'Or , & qui par conféquent n'étoit
» aucunement fufceptible d'une altération de
» cette nature . » En 1778 , l'on convenoit nonfeulement
, que l'on avoit pu y fonger , mais
qu'on n'avoit jamais deuté de la poffibilité d'une
pareille altération . En 1785 ,l'on prétend & q'une
altération de cette nature affecteroit la
» Conſtitution effentielle du College Electoral ,
& même l'intégrité de tout le fyfteme confédératif
de l'Empire. » L'aveu qu'on a fair
en 1778 , fournit au contraire la preuve ' palpa ..
ble , que les difficultés & les conféquences qu'on
préfente aujourd'hui à l'imagination , doivent net
pas s'être offertes alors , même en fonge , à tou ›
I'Empire ni à chacun des Etats en particulier,
lorfqu'ils ratifierent à voix unanime la paix de
Baden , notamment l'Art. XVIII de ce traité , &
que par là ils confirmerent d'avance l'échange,
qui pouvoit fe faire plutôt ou plus tard , avec le
confentement de toure la maiton Bavaro - Palatine
, à l'égard de fes Etats.
« En admettant même , que la paix de Baden ait
permis à la maifon de Baviere de faire un échange
partiel , & convenable à fes intérêts , de quelque parrie
de fes pofeffions , la paix de Tefchen , & par
l'acte féparé , conclu en même tems par Electeur
Palatin & le Duc des Deux - Ponts , puifqu'en y
a renouvellé , confirmé , & garanti le's pactes de
85
( 154 )
D
mifon Palatine des années 1766 , 1771- & 17743
dans lesquels tous les Etats de la maison de Bavaro-
Palatine fent chargés d'un Fideicommis perpétuel
& inaliénable ; & on a rappellé l'ancienne
Sanction- Pragmatique de cette Maifon , conclue à
Pavie lan 1329 par laquelle toure cette illuftre
Mifon s'eft engagée de ne jamais faire aucun échange
ni autre aliénation de la moindre partie de fes
Etats. Or , comme le traité de Tefchen , avec tous
fes actes féparés , fe trouve fous la garantie du Roi
& de l'Electeur de Saxe , comme parties principalement
contractantes de cette paix , ainfi que fous
celle des deux Puffances média:rices , les Cours
de Ruffie & de France , & de tout l'Empire , qui
en ont pris la garantie , il en résulte , qu'un échange
quelconque de la Baviere ne fauroit plus avoir lieu ,
Jans le confentement & la concurrence de toutes
les Puiffances , qu'on vient de nommer , & furtout
fans l'intervention du Roi & de les Co-Etats de
l'Empire »
"
5)
L'effentiel de toutes ces objections confifte dans
les affertions fuivantes. » Quand même il eût été
accordé à la Maifon de Baviere par la paix de
Baden la facilité de faire un échange partiel de
» fes poffeffions , elle auroit néanmoins perdu
cette faculté par la paix de Tefchen , par laquelle
les pactes de famille de la Maiſon Palatine
, qui défendent tout échange , ont été renouvellés
, confirmés , & garantis par la Cour
» de Berlin , par la Cour Electorale de Saxe
par celles de France , de Ruffie , & par tout
l'Empire , de forte qu'il ne fauroit plus y avoir
échange de la Baviere , fans l'aveu de toutes
les Puiffances fus dites «<.
כ כ
Pour fixer dans une jufte & impartiale balance
le poids qu'ont ces affertions , faites aujourd'hui
( 155 )
·
par la Cour de Berlin , l'on n'a befoin que de les
comparer avec les principes , par lesquels on a foutenu
en 1778. la validité de la réunion des pays
d'Anfpach & de Bareith avec la primogéniture de
la Maiſon Electorale de Brandebourg , & qu'on l'a
établie enfin par la paix de Tefchen . Ces principes
confiftent effentiellement , & même mot- à-mot ,
en ce qui fuit.
» La Maiſon Electorale de Brandebourg avoits,
» comme toutes les autres Maifons des Princes
» de l'Allemagne , le droit inconteſtable de trai-
» ter de fes pays héréditaires à fon bon plaifir
» pour autant qu'on ne portât point de préjudice
» aux Loix Féodales & de l'Empire . Suivant
» toutes les Loix naturelles , civiles & féodales il
devoit être libre à cette Maiſon d'abolir , de
» l'aveu unanime de tous les Membres , les anciens
pactes de famille , de les altérer , & de
» faire , fuivant les circonftances du temps ,
d'autres arrangemens , qui lui feroient utiles.
Sans cela la Maifon Electorale de Brandebourg
auroit été la feule en Allemagne , qui n'auroit
pas eu cette faculté naturelle . L'Empereur &
» l'Empire , en confirmant les pactes de famille
» de la Maifon de Brandebourg , n'avoient certainement
pas acquis par- là ni ne s'étoient
réfervé le droit de s'arroger fur quelque inno-
» vation portée à ces pactes le moindre ' juge-
» ment ni connoiffance . Par la confirmation de
» l'Empereur & de l'Empire ces pactes de famille
» éoient auf peu devenus une loi inaltérable
de l'Empire , que cent & mille autres pactes
des Princes du corps Germinique. Tous deux,
» ni l'Empereur ni l'Empire , n'y avoient aucun
>> intérêt les feals Princes de la Maifon de
Brandebourg y étoient concernés . Eux feuls ,
& non l'Empereur & l'Empire , pouvoient fe
53
86
( 196 )
» fonder fur les pactes Albertin & de Gera , &
en demander l'accompliffement : mais , lorf-
» qu'ils étoient d'accord entre eux de ne point
» le faire , & de prendre un autre arrangement
» à l'égard de leur pays , ni l'Empereur , ni
l'Empire , ni quelque autre que ce fûr , n'a.
» voient droit de s'y oppoler.
Qu'on pofe à préfent le cas , que la propo
fition , faite amicalement , d'un trec volontaire ,
eût été effectivement agréée par la Maiſon Palatine
, mais que la Cour de Berlin eût fait contre
le troc les objections ci deflus mentionnées , ne
fe feroit- elle pas condamnée elle même , préci
fément d'après les mêmes principes , que nous
venons d alléguer ; & la Mailon Palatine n'auroitelle
pas été incontestablement autorisée à lui répondre
de la maniere foivante ?
Lafuite à l'ordinaire prochain.
Le Confeiller d'Etat Martini , que l'Empereur
a nommé fon Confeiller privé & principal
Commiffaire royal pour régler la Juftice
dans la Lombardie , a prêté Dimanche dernier
le ferment de fidélité entre les mains de
S. M. Imp.
L'Empereur a ordonné de verfer la caiffe
pour les nouveaux Convertis & celle des aumônes
de la Cour dans la caiffe générale des
pauvres , à laquelle participeront auffi les Rroreftans
.
La fabrique privilégiée d'indiennes & de
toile de coton à Graz, a fait établir à fes frais,
dans la baffe Stirie , plufieurs filatures de coton
& de fil . Par ce moyen , un grand nombre
de pauvres trouveront à s'occuper & à
gagner leur fubfiftance.
Le Négociant Juit liaac Arnfteiner, mort
ici derniérement, a fait à la caiffe des pauvres
un legs de mille florins.
DE FRANCFORT , le 3 Novembre.
Le 25 Octobre , on a célébré à Kircheim
les fiançailles du Prince héréditaire Henri
XIII de Reuls & de la Princeffe Louife , feconde
fille du Prince de Naffau Weilbourg .
Le 4 de ce mois , les Députés des Cercles
Electoraux du Bas -Rhin & du Haut Rhin fe
font affemblés ici pour régler les routes des
Troupes de l'Empereur qui retourneront des
Pays Bas dans les autres Erats de S. M. Imp.
Des lettres de Vienne affurent qu'indépen
damment du cordon de troupes que la République
de Venife a fait tirer près de Cattaro ,
elle en a établi un autre en Dalinatie , compofé
de 12,000 hommes ; favoir , 4000 de
troupes réglées , & 8000 Efclavons.
Un Journal Politique porte la population actuelle
de la Ruffie à 25,700.000 ames ; mais le
Clergé , la Nobleffe , les Cofaques , les Trupes
& la Sibérie ne font pas compris dans ce
dénombrement. Les revenus ordinaires de la
Couronne montent à 40 millions de Roubles &
les dépenfes à 35. Les épargnes font employées
à l'établiffement des ports , grands - chemins ,
canaux , &c. L'armée de rerre fans les troupes
Jégeres eft compofée de 260,000 hommes , & la,
marine confifte en 60 vaiffeaux de ligne & groffes,
frégates,
Un autre Journal contient l'article fui(
158 )
vant, concernant la fabrication du fer & de
l'acier en Angleterre.
Le fer & l'acier manufacturés par an dans cette
Ifle , montent à 4,000,000 liv. fterl . Le capital
néceffaire pour fe procurer cette marchandiſe
fait un objet de 10,000,000 I. fterl.
་་་
Les ouvriers occupés dans les diverfes Minufactures
de fer & d'acier , font au nombre de
200,000.
Les taxes que payent ces ouvriers & leurs
familles pour les befoins de la vie montent à
500,000 1. fterl.
Le montant du fer & d'acier que ces ouvriers
fabriquent par an , fait un objet de 250,000
tonneaux ,
dont 55,000 font importés en Angleterre.
Les impofitions publiques que payent les ou
vriers , montent à 154,000 1. fterl .
ESPAGNE.
DE CADIX le 15 Octobre. >
Un bâtiment de la Havane a ramené ici
les débris du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , dont il eft revenu 30 Officiers &
autant de foldats. Le refte s'eft fondu en
Amérique , foit par les maladies , foit pat
les congés qui ont laiffé aux foldats, auxquels
on les accordoit , la liberté de s'établir fur
l'autre continent.
On a traduit une Lettre écrite par le Miniftre
de l'Empereur de Maroc à tous les
Confuls étrangers , réfi lens dans les villes
( 159 )
maritimes de cet Empire , & voici la teneur
littérale de cette circulaire.
Sa Majefté l'Empereur , que Dieu conferve !
m'ordonne de vous écrire , pour vous faire favoir
que le Grand Seigneur a envoyé ici un
M.nifire pour travailler , par la médiation de
l'Empereur de Maroc , à un traité de paix entre
l'Espagne & la Régence d'Alger ; fi la paix
fe conclut effe&ivement , les chofes refteront
fur le pied qu'elles étoient ci - devant ; mais fi
les Algériens refufent la paix aux conditions
qui leur feront propofées , S. M. l'Empereur fationnera
dix de fes navires de guerre devant le
port d'A'ger , & autres appartenant à la fuf
dite Régence ; le Roi d'E pagne y en fera de
même venir dix des fiens qui croiferont de leur
côté devant la place , lefquelles efcadres ne
laifferont entrer dans lefdits ports , aucun navire
quelconque d'aucune Puiffance ; ils empêcheront
même que ceux qui s'y trouveronc
alors , n'en fortent . Si malgré cela , il arrivoit
que quelque navire , appartenant à quelque
Puiffance Chrétienne , voulût forcer le
paffage & y entrer , contre les ordres de S. M.
l'Empereur , lefdits navires feront déclarés de
bonne prife , & en outre , S. M. l'Empereur
déclarera la guerre à la Puiffance à laquelle ledit
navire appartiendroit , ou qui porteroit fon
pavillon , parce, que ces navires feront cenfés
avoir contrevenu aux ordres de S. M.
J'ai l'honneur d'être , & c.
à Maroc , le 4 Septembre 1785.
( Signé ) FROCHIAPPE , Miniftre des Affaires
Etrangeres.
( 160 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Novembre.:
Conformément aux ordres de l'Amirauté ,
on ne lancera qu'au mois de Mars prochain
les vaiffeaux fuivans , dont la conftruction
eft achevée ; l'Excellent de 74 can. , le Bellerophon
de 74 , le Coloffus de 74 , l'Eléphant ,
de 74 %
l'Indefatigable de 64 , & quatre frégates
de 32 à 44 can . ; tous travaillés en divers
chantiers particuliers , pour le compte
du Gouvernement.
Le 8 de ce mois , l'Alderman Thomas
Wright , nouveau Lord Maire , a prêté ferment
à Guidhall , où fon prédéceffeur , l'Aldermán
Richard Clarke , reçu les remercîmens
de la Cour des Aldermans pour fon
adminiſtration paſſée.
On dit que les Infpecteurs de l'Amirauté
ont recu ordre de vifiter toutes les forêts
de la Couronne , & de faire abattre tous
les bois propres à la conftruction des vaiffeaux
de la Marine Royale.
Le Yacht envolé au Prince Royal de Danemarck
eft fur le modele du Rattle - Snake
[ Serpent à Sonnettes ] . On en a donné le
commandement au Capitaine Seymour
Finch , & l'on parle toujours de la prochaine
arrivée du Prince de Danemarck , ainfi que
de fon mariage avec la Princeffe Royale.
On ajoute que le Comte de Northington
s'eft rendu à Copenhague , pour conduire
ici l'Augufte Neveu de S. M.
La pêche de la baie d'Hudſon a été auffi
( 161 )
heureuſe cette année que les précédentes ,
& les deux vaiffeaux qu'on envoie annuelle
ment à la nouvelle Ecoffe , donnent toujours
un profit immenfe. Un fait remarquable
, eft que ces vaiffeaux n'ont pas difcontinué
la pêche pendant la derniere guerre.
'Depuis la paix de 1763 le Canada fourniffoit
aux provinces méridionales , par la
voie du lac Champlain , une quantité de
bons chevaux , que l'on exportoit aux Ifles ,
mais jamais on n'en voyoit venir par le
fleuve S. Laurent . Aujourd'hui que le canal
du lac Champlain eft fermé , les cargaiſons
pour les ifles feront compofées , la plus grande
partie , de chevaux , d'autant mieux que
l'on cherche à augmenter de plus en plus ce
commerce avec les ifles.
Depuis 1771 , jufqu'en 1773 , la Nouvelle-
Angleterra a exporté aux ifles Angloifes , une
année dans l'autre , 2400 chevaux & 1200 têtes
de bétail ; tandis que l'Angleterre pouvoit les
exporter elle même ; puifque de tout tems ce
commerce s'eft foutenu en Angleterre & en
Irlande , & même depuis l'indépendance des
Etats Unis , l'Ecoffe a exporté pour les Ifles ,
´des chevaux d'un prix médiocre. Pendant les
22 années qui ont fini en 1771 , il paroît par les
Registres des Douannes , que l'Angleterre a exporté
29131 chevaux . Il y a donc lieu de croire
que les marais de l'Irlande , les montagnes de
l'Ecoffe , & les communes du Cornouaille fourniront
aisément 2400 chevaux , fans qu'on foit
obligé de ravaler les bons chevaux chaffeurs
du Yorkshire , jufqu'à les confacrer aux vils
travaux des moulins à fucre.
( 162 )
Le départ du Duc de Dorfet pour Paris
a été fufpendu jufqu'à préfent par des affaires
particulieres ; la principale eft celle de la
fucceffion du feu Lord Vicomte de Sackwille
; le fils de ce Lord , qui eſt mineur ,
l'a.compagnera en France , où il fera un
court féjour après quoi il commencera le
cours de voyages qui complette ordinairement
l'éducation des jeunes gens de fon
rang.
On apprend de Gibraltar que le Commodore
Cosby y eft arrivé , le 16 du mois
dernier, avec le Trufty , de so canons.
On a appris par la même voie , que le
Centurion , un des vaiffeaux de Terre Neuve,
dont on n'avoit point de nouvelles & qu'on
croyoit perdu , a mouillé à Livourne le 12
du même mois , après un voyage long , pénible
& accompagné de dangers .
Le Prince Edouard , quatrieme fils de
S. M. , qui doit s'embarquer au commencement
du Printemps , fait actuellement un
cours d'éducation nautique . On dit qu'il fervira
fous les ordres de fon frere , & qu'on a
deffein de lui imprimer de bonne heure l'idée
de la lubordination du fervice maritime.
On a remarqué dans le dernier ouragan
qui a défolé les ifles , que la tempête s'éleva
d'abord à Antigoa , & delà le vent étant à
l'Eft , elte gagna S. Chriftophe en trois heures.
En fix jours elle fe communiqua des
Indes Occidentales à la Jamaïque .
La polition de la Jamaïque , relativement
( 163 )
à S. Chriftophe , eft d'environ quinze degrés
de longitude , ce qui dans cette latitude
forme près de fept cents milles.
Tous nos politiques font occupés en ce
moment à rechercher les caufes qui ont influé
fur la hauffe rapide des fonds publics [ 1 ].
L'un des raifonneurs affigne les fuivantes qui
ont une très grande vraifemblance .
1. L'arrangement final du différend qui
s'étoit élevé entre la Hollande & l'Empereur,
fait refluer en Angleterre les capitaux retirés
pa les Hollandois qui fpéculent dans nos
fonds.
2°. Tout annonce la ftabilité de la paix
qui dure déjà depuis trois ans. On a pourvu
au paiement des principales dépenses de la
derniere guerre. Le Parlement a d'ailleurs
manifefté fon intention de ménager unfurplus
, deftiné à fournir un fonds d'amortiffement
permanent.
3. L'or que nous avions fait paffer en
Amérique nous eft revenu , & quoiqu'il n'ait
pas encore été mis dans la circulation , à cauſe
du déchet qu'il a éprouvé par les rognures
& l'altération des efpeces ; la Banque , en les
faifant fondre & les convertiffant en lingots ,
fe trouvera en poffeffion d'une fomme prodigieufe.
4. L'Efpagne , qui jufqu'à préſent avoit
été fourde aux repréfentations de fes Négo
cians , auxquels il étoit défendu de faire à
[ 1 ] Les 3 pour cent font aujourd'hui à 68 ; ils ont
été à 54 pendant la guerre."
( 164 )
l'Angleterre des remifes en argent , vient de
lever cette prohibition , & en conféquence ,
les Négocians Anglois ont déjà touché de
groffes fommes en piaftres.
5º. La balance générale du commerce a
été tellement à notre avantage depuis deux
ans , que les Négocians François , Hollandois,
Portugais & Américains , plutôt que de
tirer des Letrres de change , ont préféré de
nous envoyer des efpeces.
Les pertonnes engouées du fyftême furanné
du monopole , en fait de commerce , jetteront
fans doute les hauts cris lorfqu'on voudra leur
perfuader qu'il ca avantageux à la Nation que
Jes Marchandifes étrangeres foient vendues dans
nos propres marchés à meilleur compte que
celles qui fortent de nos Manufactures. Une
telle affertion eft cependant de la plus grande
évidence ; car l'unique moyen de s'aflurer fi
une Manufacture convient à un pays , eft de
lui faire éprouver la concurrence de l'Etranger
; fi elle fucombe à cette épreuve , concluons
hardiment qu'on a eu tort de l'y établir.
On préfente à la fuite de cet article un état
des neufs principales Manufactures établies dans
les deux Royaumes , en indiquant les objets dans
lefquels l'une ou l'autre Nation à la fupério
rité.
Lainerie ,
Clincailleries ,
Verreries , La fupériorité eft du côté de
Porcelaine & l'Angleterre.
Terres cuites >
Cuir ,
Coton,
( 1651 )
Soyeries ,
Toiles ,
Dentelles ,
Papier,
La fupériorité eft du côté de
la France.
Un Gentilhomme des environs de Shrews
bury racontoit dernierement un entretien
fort plaifant , qu'il avoit eu avec un Soldat
invalide , dont la bonne humeur & les aven
tures l'avoient fort égayé.
Je rencontrai ces jours derniers , difoit-il , un
pauvre malheureux que j'avois connu enfant ; i
porroit un habit de matelot & une jambe de bois ,
en demandant l'aumône à l'une des entrées de
cetre ville. L'ayant fu honnête & induftrieux
lorfqu'il habitoit la Province , j'étois curieux
d'apprendre ce qui l'avait réduit à fon état actuels
En conféquence , après lui avoir donné une aumône
, je lui demandai l'hiftoire de fa vie & de
fes malheurs. Le Soldat invalide ( car il l'étoit ,
quoiqu'il eût un habit de matelot ) , fe grattart
la tête , & s'appuyant fur fa béquille , fe mit
dans une pofition convenable pour me répondre ,
& me raconta fes aventures de la maniere fui
Vante :
"
,, Quant au malheur , Monfieur , je puis mé
,, vanter de l'avoir ſoutenu mieux que perfonne ;
,, car , excepte la perte de ma jambe , & l'obligation
où je fuis de demander l'aumône, je ne vois
,, pas , Dieu merci , que j'aie lieu de me plaindre.
Il y a ici Bill-Tibbs , du même Régiment que
,, moi, il a perdu fes deux jambes , & un ceil pardeffus
le marché ; mais , graces au Ciel , je
n'en fuis pas encore réduit là .
29
( 166 )
"
998
Je fuis né dans le Comté de Sbrop , mon
pere étoit Laboureur , & j'avois cinq ans quand
il mourut. En conféquence , je fus mis à la
charité de la Paroiffe. Comme il avoit été une
,, efpece de vagabond , les paroiffiens ne pou
, vo ent dire à quelle Paroiffe j'appartencis , ni
, l'endroit où j'étois né ; ils me renvoyerent
donc à une autre Paroiffe , & celle - ci à une
troifieme ; enfin , après avoir été balotté de
,, Pierre à Jacques , je trouvai un aſyle. J'avois
,, quelque difpofi icn à l'étude ; mais le maître de
l'attelier me mit à l'ouvrage auffi- tôt que je
fus en état de manier le maillet ; & j'y vécus
pendant cinq ans d'une maniere affez agréable.
Je ne travaillois que dix heures par jur , &
je gagnois ma nourriture. It eft vrai qu'on ne
me permetteit pas de fortir de la maiſon , dans
,, la crainte que je ne décampaffe ; mais qu'importe
? j'avois la liberté d'aller dans toute la
maiſon , & cela me fuffifoit. Je fus enfuite en-
,, gagé par un fermier chez lequel j'étois le pre-
,, mier lcvé , & le dernier couché ; je mangeois
,, je buvois bien , & j'étois affez content de mon
,, état , lorsqu'il mourut ; ce qui m'obligea de
,, me pourvoir ailleurs.
33
"
""
""
"
"
""
"" J'allai de ville en ville , travaillant lorſque je
pouvois trouver de l'ouvrage , & mourant de
,, faim lorfque je n'en trouvois pas : lorfqu'un
,, jour , traver ant un champ qui appartenoit à
,, un Juge de Paix , je vis un lievre fiant le fentier
précisémert devant moi ; le diable me mit
,, dans la tête de lui jetter mon bâton .
,, bien , direz -vous ; mais de quel droit ? Je
,, tuai le lievre , & je l'emportois , lorfque le
,, Juge lui- même me rencontra ; il m'appella
Fort
braconnier & drôle , & me prenant au collet
,, il m'ordonna de lui dire qui j'étois . Je tombai à
( 167 )
,, genoux en implorant fon pardon , & commençant
à lui rendre un compte exact de tout ce
,, que je favois de ma naiffance , de mes parens ,
,, & de toute ma génération. Mais quoique mon
,, rapport fût de la plus grande vérité , le Juge
ne s'en contenta point . Je fus enfermé pour être
,, jugé aux Seffions , & ma pauvreté ayant été
regardée comme un crime , on m'envoya à
Londres , dans la prifon de Newgate , pour
,, e're trafplanté comme vagabond.
"
?
,, Le peuple peut dire tout ce qu'il voudra fur
,, les prifons ; mais , quant à moi , je trouvai
Newgate l'endroit le plus agréable où j'euffe
,, été de ma vie . J'avois toujours le ventre
, plein fans être obligé de faire la moindre
,, chofe, Cette espece de vie étoit trop bonne
,, pour durer toujours ; auffi fus- je tiré de prifon
au bout de cinq mois , mis à bord d'un vaifſeau
, & conduit aux colonies , avec deux cents
autres honnêtes gens de mon efpecs. Notre
, traversée ne fut rien moirs qu'agréable , car
étant tous enfermés à fond de cale , le mauvais
air que nous refpirions en fit crever plus
;; de cent , & les autres fe portoient Dieu fait
,, comme . Lorfque nous arrivâmes fur le rivage,
""
""
""
""
nous fumes vendus aux planteurs , & je fus
,, engagé pour fept ans . Comme je n'étois pas
,, un favant , car je ne connois pas mes lettres ,
,, j'étois obligé de travailler avec les negres.
93
,, Lorfque mon tems fut expiré , je travaillai
,, pour gagner mon paffage , & j'étois hien aile
de revoir la vieille Angleterre , parce que
;, j'a mois mon pays. J'avois peur cependant
d'être dénoncé encore une fois comme vaga-
,, bend; en conféquence j'eus foin de ne plus
,, courir la campagne , mais de refer aux environs
de Londres , & de gagner ma vie le
mieux que je pourrois
"9
(7168 )
་
carreau ,
',
5 , Je vécus très-heureux de cette maniere ,
,, jufqu'au moment où rentrant un foir chez
,, moi , après mon travail , je fus affailli par
deux hommes qui me renverferent fur le
en me criant : arrête là. Its faifoient
,, partie de ces braves Meffieurs employés à la
,, preffe. Je fus conduit devant le Jueg ; & comme
,, je ne pouvois pas rendre un bien bon compte
de moi , on me laiffa le choix ou de monter
à bord d'un vaiffeau de guerre , ou d'être en-
,, rôlé comme foldat ; je choisis le dernier , &
,, dans ce pofte diftingué , je fervis en Flandres
pendant deux campagnes. Je me trouvai'à la
bataille de Fontenoi , & je ne reçus qu'une
bleffure ici au milieu de la poitrine ; mais le
,, Médecin du Régiment m'eut bientôt guéri.
""
29
و د
J'eus mon congé à la paix ; & comme je ne
pouvois pas travailler , parce que ma bletture
,, m'incommodoit quelquefois , je m'enrolai au
fervice de la Compagnie des Indes orientale .
""
J'ai combattu fix fois contre les François en
bataille rargée , & je crois , en vérité, que fi
,, j'eufle fu lire ou écrire , notre Capitaine m'au-
,, roit fait Caporal . Mais je n'étois pas affez chan-
,, ceux pour parvenir aux grades . Erant tombé
,, malade , je fus obligé de demander la permiffion
de revenir en Angleterre , où j'arrivai
avec quarante guinées dans ma poche. C'étoit
au commencement de la guerre actuelle , &
,, j'efpérois d'être mis à terre , & d'avoir le plai-
,, fir de dépenfer mon argent ; mais le Gouver
,, nement avoit befoin d'hommes , & en confé-
,, quence je fus arrêté par les Preſſeurs pour être
,, matelot , avant même d'avoir pu mettre les
,, pieds à terre.
·""
""
Le Contre maître prétendit que j'étois un
drôle obftiné ; il jura que je favois très- bien le
» métier ,
( 169 )
"
55 métier , mais que je feignois le contraire pour
,, ne point travailler. J'avois toujours mes quarante
livres ; c'étoit une espece de confolation
pour moi , à chaque coup que je recevois , indépendamment
de l'argent que je pouvois avoir
gagné depuis ; mais notre vaiffeau fut pris par
,, des François , & je perdis.tout.
99
""
"9
39
*
Notre équipage fut conduità Breft , & plufieurs
,, d'entre nous moururent , parce qu'ils n'étoient
" pas accoutumés à vivre en prifon. Quant à
moi , cela m'étoit égal ; j'y étois accoutumé.
Une nuit que j'étois couché fur le carreau, enveloppé
dans une couverture chaude ( car j'ai
,, toujours aimé à être bien couché ) , je fus
éveillé par le Contre - maître qui avoit une lan
terne fourde à la main : Jack
me dit- il,
,, Veux - tu faire fauter la cervelle aux fenti
nelles ? Si je le veux , Goddem
dis - je , en faifant tous mes efforts pour m'érépon
veiller Hé bien , fuis-moi , ajouta- t-il , &¿
,, j'efpere que nous ferons l'affaire. En confé-
,, quence , je me leve , & enveloppé dans ma
Couverture , qui étoit mon feul vêtement ,
marche avec lui contre les François.
je
و د
"
"
9)
"
→
Quoique fans armes , un Anglois eft capable de
battre cinq François à la jois en conféquence
,,
nousdefcendîmes à la porte où étoient les deux
fentinelles , & nous précipitant fur elles , nous
faisîmes en un moment leurs armes ,
les renversâmes . Enfuite neuf "d'entre nous
& nous
,, coururent enfemble vers le quai , & nous étant
emparé de la premiere chaloupe qui s'y trou-
», va , nous fortîmes du port , &
gagnâmes le
,, large. Nous n'y avions pas été trois jours que
nous
rencontrâmes le corfaire le Dorfet. II
nous prit à bord , fort aife de trouver une auffi
Nº. 48 , 26
Novembre 1785.
"
""
"
h
( 4170 ) )
"
"
bonne recrue , & nous confentimes volontiers
,, partager la fortune. Cependant nous n'eûmes
,, pas autant de bonheur que nous en attendions.
Trois jours après nous rencontrâmes le corfaire
le Pompadour , de quarante canons . Quoi
,, que nous n'en euffions que vingt trois, nous aflâ-
,, mes fur lui &le combattimes vergue à vergue.
99
L'action dura trois heures , & je fuis perfuadé
„, que nous aurions pris le vailleau françois , fi
nous avions eu quelques hommes de plus. Malheureuſement
nous perdîmes tout notre monde
au moment où nous étions près de remporter la
victoire .
99
32
99
" J'étois encore une fois au pouvoir des Fran-
,, çois , & je crois qu'on m'eût fait un mauvais
, parti fi j'euffe été ramené à Breft ; mais par bonheur
nous fumes repris par la Vipere. J'ai ou
blié de vous dire que j'ai été blaffé à deux endroits
dans ce combat. J'ai perdų quatre doigts
de la main gauche, & j'ai eu la jambe emportée.
Si j'avois eu le bonheur de perdre ma jambe à
,, bord d'un vaiffeau de roi , & non pas d'un cor faire ,
,, j'aurois été habillé & entretenu le refte de mes
,, jours ; mais ce n'étoit pas là le fort qui m'étoit
deftiné. Un homme nait avec une cuillier d'ar-
"
"
"
و د
99
"" gent dans la bouche , & un autre avec une de
bois. Cependant , graces à Dieu , je jouis d'une
bonne fanté , & j'aimerai toujours la liberté &
la vieille Angleterre. Oui , a jamais hizza poar
la liberté & la vieille Angleterre "
"
"
""
Après avoir parlé , ce foldats'en alla en boitant,
& me laiffa dans Péronnement de fa gaieté, Ce
retien m'a convaincu que pour méprifer las
mifere , l'habitude du malheur vaut beaucoup
mieux que la philofophie.
Les dernieres gazettes d'Amérique con
( 171 ) ;
tiennent la Lettre fuivante d'un habitant du
Comté de Bottetourt à fon ami en Virginie ;
Lettre datée du 23 Août dernier.
Le Colonel Lewis , qu'on croyoit avoir été
tué par les Indiens , a été ramené dernierement
Lous l'escorte de ro Chefs Shawaneſes , qui l'ont ve
tiré des mains des Cherokees & des Mingoes ,
dont il étoit prifonnier. Ce font ces Indiens qui
ont fait feu far lui & fur fon détachement ,
tandis qu'ils fe rendoient à Saltlick , pour y
traiter avec les Shawanefes. Le difcours prononcé
en Confeil à Mufquifacktourn , le 29 Juillet
de la préfente année , eft de la teneur fuis
vante :
FRERES >
Vous avez vu hier tous nos Chefs ; mais ils
ne font pas tous ici en ce moment. Freres ,
lorfque vos Concitoyens ont formé un établicfement
fur la partie de Big-River , laquelle
avoifine notre territoire , cela nous a caufe
beaucoup d'inquiétudes. Nous fommes bien
aifes que vous leur ayez ordonné de quitter cet
établiffement. Nous fouhaitons la paix .
Freres , nous nous félicitons , jeunes & vieux
de ce que vous avez ordonné à tous vos Concitoyens
d'abandonner notre territoire , & nous
envifageons cette démarche de votre part ,, comme
un moyen de faire regner entre nous la
paix & la concorde. Nous vous ramenons
notre frere le Colonel Lewis , & l'un de fes
camarades , que nous avons tiré des mains d'un
méchant homme. Nous vous fouhaitons à
tous un heureux retour dans votre pays.
Freres Virginiens , nous espérons que vous fe
rez toujours attentifs à conferver la paix & à
refferrer les liens d'amitié qui nous uniffent.
k 2
( 172 )
La
Vous ne devez point avoir égard aux méchana
Les gens qui fe trouvent parmi nous . --
paix eft le comble de nos voeux.
l'on lui donne. -
Tout le
mal doit être imputé à un feul homme , qui
ne tient aucun compte des fages confeils que
Frere Colonel Lewis , nous
nous flattons que vous repréfenterez avec force
à nos Freres Américains , que la paix eft notre
feul defir . Nous enverrons 10 de nos Chefs pour
vous escorter jufques dans votre pays. Nous en
avons choifi un dans chaque ville , afin de vous
convaincre que tous les nôtres font dans les
mêmes difpofitions , & qu'ils défirent unanimement
de renouer l'ancienne amitié qui a fi
Freres
heureufement fubfifté entre nous .
Virginiens , prêtez une oreille, attentive à vos
jeunes Freres ; le grand efprit nous a accordé
le bonheur de nous trouver réunis en ce moment
, & nous profitons de cette occafion pour vous témoigner notre vive douleur de tout ce
qur s'eft paffé . Frere Colonel Lewis , lorf- que vous quittâtes votre pays pour venir traiter
avec vos jeunes Freres , & que l'efpérance de
un défaftre imles
voir épanouiffoit votre ame
prévu a troublé votre joie. Lorsque vous arrivâtes
ici & que vous vous préfentâtes chez
vas Freres , ils vous prirent par la main &
effuyerent les larmes qui couloient de vos yeux . Maintenant que vos larmes font effuyées , vous pouvez juger fi vos jeunes Freres vous traitent
avec amitié.
•
;
Nous regrettons tous la perte du grand homme
qui vous accompagnoit
dans votre miffion
mais nous espérons que vous enlévelirez dans
un éternel oubli les circonftances
de fa ' mort.
En vous fuppliant d'oublier ce qui s'eft paffé Fous ne confultons que le defir fincere où nous
( 173 )
avec vous.
tant
fommes de vivre amicalement
Quant à votre commerce , nous fommes bienaites
d'apprendre que vous avez le projet d'être
raiſonnables dans l'échange de vos Marchandiſes
contre nos Pelleteries . Nous nous flattons , Freres
, de vous avoir démontré que la faute ne
doit pas être imputée aux Shawanéfes. Nous
Tommes chargés par toutes les Nations
rouges que blanches , de vous demander la paix ;
mais les Cherokees & un homme de la Nation
des Mimgoes s'efforcent de faire tout le mal
qu'ils peuvent , & de fufciter la difcorde . Vous
voyez que nous ne fommes point les auteurs
du mal , & qu'il nous eft impoffible de nous op
pofer à ceux qui le font.
33.
Au nom de vos jeunesFreres le Shawanéfes.
Signé par dix Chefs.
L'un de nos Journalistes vient de découvrir
une origine des Papiers publics , plus
refpectable qu'on n'auroit lieu de s'y atten
dre. Voici comment il préfente fon opinion.
Au commencement du dix - feptieme fiécle
les Gazettes furent introduites en Italie. Ainfi ,
l'on doit tirer de la langue Italienne , & non
pas d'une plus ancienne , l'étimologie du nom
de ces papiers actuellement adoptés dans toute
l'Europe. Nous ne penfons pas qu'il dérive du
mot latin gaza , tréfor , ni de la pièce de monnoye
que couloient ordinairement ces papiers ;
mais fimplement du nom Italien gazza , dont on
à fait le diminutif ( gazzi ) , le petit babillard.
Quant à l'ufage de ces récits périodiques
connus fous le nom de papiers publics , il remonte
à une plus grande antiquité & ils étoient
connus du tems de Cicéron. On peut regarder
Coelius , dont les lettres forment le huitieme
h
3
( 174 )
Aivre de celles de cet orateur , comme le premier
éditeur des papiers publics . Cicéron ayant
été nommé Pro Conful de Cilicie , recommanda
à ce Coelius , fon ami , de lui envoyer pendant fon
abfence , un détail des événements les plus intéref
fants ; en conféquence Calius choifit plufieurs
coopérateurs , & tandis qu'il les chargeoit de
compiler les décrets du Sénat , les édits , les
proclamations des préteurs & la chronique du
jour , lui-même s'étoit réfervé la rédaction plus
importante des affaires politiques , & découvroit
afon ami les fecrets de l'Etat . Cette collection
ain rangée , étoit envoyée fur le champ à
Cicéron , comme nous l'indique la premiere
lettre de Caelius . Le Pro - Conful , dans la réponfe
, lib. 2 , fe plaint du peu d'importance des
articles contenus dans ce papier , comme des
articles fur les théâtres , ( qui étoient peut- être
auffi partiaux & auffi fades que ceux de nos jours )
le nom des Gladiateurs appareillés , le renvoi
des procès & autres niaieries , que les gens de
diftinction à Rome , le foucicient fort peu de
voir ou d'apprendre. 4. I
Il paroit auffi que Coelius , comme plufieurs
de nos éditeurs & propriétaires de papers pubics
modernes , payoit les rédacteurs plutôt en
conféquence de la quantité que de la qualité
des articles qu'ils fournifloient . Il continua fon
entreprife pendant un tems confidérable , car
dans la onzieme lettre il dit à Cicéron qu'il
trouvera ce qui s'eft paffé dans le fénat relativement
aux pro confulats , dans les commentaires
fur les événemens du jour , in commentario
rerum urbanarum ; ajoutant qu'il pourroit en lire
auffi peu qu'il jugeroit à propos. « Choififfez ,
lui difoit Cælius , choififfez vos matières ;
» parcourez feulement les chofes que vous
( 175 )
"
Croyez peu dignes de votre attention ,
» comme par exemple la critique de la relation
des maria ges , des funérailles & d'autres bagatelles
de ce genre . Je vous avouerai que
jaime mieux vous expofer au dégoût de lire
les chofes indifférentes , que de courir les
rifques d'omettre des avis qu'il vous impor
teroit de recevoir ,
FRANCE.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre.
Le Comte de la Pullu , le Comte de la
Rochelambert , le Comte de Kergolay , le
Vicomte de Botterel - Quintin & le Vicomte
de Boifdenemets , qui avoient précédemment
eu l'honneur d'être préfentés au Roi , ont eu ,
te 7 de
ce
mois
, celui
de
monter
dans
les
voitures
de
S.
M.
& de
la fuivre
à la chaffe
.
Le
Comte
de
Conway
, Maréchal
- decamp
, Commandant
pendant
la
guerre
les
Troupes
du
Roi
au
Cap
de
Bonne
- Eſpérance
, étant
revenu
de
fon
commandement
,
a eu , àfon
arrivée
ici
, le 9 de
ce mois
, l'honneur
d'être
préfenté
à S.
M.
par
le Maréchal
de
Caftries
, Miniftre
&
Secrétaire
d'Etat
,
ayant
le département
de
la Marine
.
Le 12 , le Baron de Grofchlag , Miniftre
plénipotentiaire du Roi près le Cercle du
Haut- Rhin , a eu l'honneur de prendre congé
de Sa Majesté pour retourner à fa deftination ,
étant préfenté par le Comte de Vergennes
Chef du Confeil royal des Finances , Minif
tre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des Affaires étrangeres. )
h 4
( 176 )
Le Roi ayant créé , en faveur du Duc de
Polignac , une charge de Directeur général
des Poftes aux chevaux , Relais & Meffageries
de France , unie à celle de Directeur général
des Haras , le Duc de Polignac a eu
T'honneur d'en faire fes remercîmens à S. M.
Le même jour, le Roi , fur la préfentation da
Duc de Polignac , a nommé le fieur de Veimerange
à la place d'Intendant des Poftes
aux chevaux , Relajs & Meffageries de
France , & approuvé qu'il lui foit préſenté
en certe qualité.
La Cour quittera demain Fontainebleau
pour revenir à Versailles.
M. de Piis a eu l'honneur de préfenter à
Sa Majefté un Exemplaire de fon Poëme fur
1'Harmonie imitative de la Langue Francoife
[ 1 ].
DE PARIS, le 20 Novembre.
M. Grosley , Affocié libre- régnicole de
J'Académie des Infcriptions & Belles Lettres,
Auteur de divers Ouvrages , dont les plus
confidérables font celui intitulé : Londres
3.vol. in- 8°. , & les Obfervationsfur l'Italie &
fur les Italiens , eft mort à Troyes en Champagne
, fa patrie , le 4 de ce mois.
Nous n'avons pas changé une expreffion
'de la lettre fuivante , qui contient une dé
couverte & une relation bien plus merveil
[1 ] Cet ouvrage fe vend chez l'Auteur , rue Copeau
, & chez les Marchands de nouveautés . Prix,
50 Sols.
( 177 )
leufes encore , que toutes celles avec lef
quelles on s'eft diverti du Public depuis
quelque temps.
MONSIEUR ,
Je fuis le Phyficien qui fe ft annoncer dans
le Courier de l'Europe , en l'année 1784 , pour
avoir trouvé le moyen de marcher ſous terre
auffi aifément qu'une taupe. Vous vous rappellerez
d'autant plus facilement cette époque
qu'elle eft auffi celle de l'invention des fabots
élaftiques , par un de mes confreres , Phyficien
& Horloger à Lyon. Mon expérience n'eut pas
lieu au tems marqué , par les difficultés & les
contrariétés de toute efpece , que me firent
effuyer les perfonnes ennemies des gens à talens
. Forcé donc de manquer à la parole que
j'avois donnée au Public , je n'ai ceffé depuis
cet inftant de me livrer à la recherche de tous
les moyens capables de perfectionner ma découverte
; j'ai eu le bonheur de réuffir , & je
puis me flatter de l'avoir portée à un point
auquel toutes celles faites de nos jours , auront
bien de la peine à parvenir. Cependant , avant
d'entreprendre une expérience publique , j'avois
réfolu de faire un effai . En conféquence , je
me fuis tranſporté il y a eu mercredi huit jours ,
c'eft- à-dire , le 2 Novembre , à 7 heures du matin
, hors la barriere de Ménil-montant , à trente
toiles du grand chemin , fur la gauche , dans
un endroit rempli de brouffai les ; & là , m'étant
afflublé de ma tête & de mes pieds de taupe en
acier fondu , je me fuis enfoui avec une rapidité
égale à celle de l'animal que je repréfentois.
L'ardeur que je mettois dans cette opération
, m'empêcha de faire réflexion aux carrie
Ꮒ
hs
( 178 )
vinrent
2009
2 14
res immenfes qui le trouvent dans cette partie
de terrein , & peu s'en fallut que je ne m'y précipitaffe
; heurenfenient pour moi , elles me ret
affez , à tems dans l'idée pour que je
cherchalle à les éviter , j'en vins à bout , en
changeant de direction , c'est à dire , en rap
portant la tête ou j'avois les pieds lors de mon
départ , ce qui fut le plus difficile à exécuter
de tout mon voyage terrein . Je me rapprochai
alors de la fuperficie de la terre , & continuai
ma route a environ deux pieds & demi de pro
fondeur , me dirigeant fur les fondemens, du
viliage de Montmartre , où j'arrivai fur les cing
heures & demie du foir fans autre accident , que
celui d'avoir laiffé les trois quarts du derriere
de ma culotte , & le pan entier de ma chemile
, en traverfant deux arpens de vignes dont
je joignis les fouches d'un peu trop près . Quoique
les habitans de Montmartre ne fuffent point
prévenus de mon arrivée , j'en fus cependant
traité avec la plus grande diftinction . Dès que
Ton fut qu'un voyageur terrein étoit fur la
place , en habit de route , les notables de l'endroit
s'affemblerent , & accompagnés des muficiens
du canton , renommés pour les baffetailles
, ils vinrent me recevoir , ayant à leur
tête les principaux d'entr'eux. On me préfenta
une pinte de vin , mefure de Saint Denis , trois
litrons de farine , & des patentes de Bourgeois de
Montmartre; l'un d'eux pouffa même la générofité
, en voyant l'état déplorable de mon haut- dechauffe
, jufqu'à me forcer d'accepter les fiens ,
qu'il ôta fur le champ , quoiqu'il eût ce jourlà
une chemife fort courte . Vous avouerez
Monfieur , que tant d'honneurs font bien faits
pour encourager les gens de mérite , & les dédommager
des peines qu'ils fe donnent pour fe
rendre utiles à l'humanité. Auffi étois- je en(
179 )
chanté ! Après le compliment d'ufage , je fus
conduit en triomphe , debout fur un âne , foutenu
des deux côtés par les deux plus vigoureux
meuniers du canton qui fe chargerent
de me loger , & de me donner un fouper convenable
à un Phyficien , qui fort de deffous
terre ; & le lendemain jeudi ayant empaqueté
ma tête & mes pieds de taupe , je revins à
Paris , déterminé à faire un voyage public , fans
propofer de foufcription , & fans diftribuer de
billets , dérogeant en cette circonftance , à l'ufage
établi par mes confreres les Phyficiens ,
qui fe font rendus utiles à l'humanité , en vo
lant dans tous les pays à l'aide des aëroftats.
Je vous fupplie donc , Monfieur , de vouloir
bien inférer au plus prochain Mercure , que le
6 Décembre à 9 heures du matin , je m'enfouirai
au bout de l'avenue de S. Mandé , près
la barriere du Trône , & que je traverferai Parls
depuis cet endroit , jufques à la montagne des
Bons Hommes , à Paffi. Et afin de convaincre
les incrédules , & les gens mal intentionnés
je préviens que je voyagerai toujours affez près
de la fuperficie , pour foulever les pavés de dif
tance en diſtance , & que je me mettrai à l'air en
quatre endroits différens : La premiere fois fera
au milieu de la place Baudoyer ; la feconde , au
bas du Pont- neuf; la troifieme , au milieu du
grand baffin des Tuileries , par l'embouchure
du tuyau ; & la quatrieme & der niere , au bas
de la montagne de Paffi , précifément fous la
borne adoffée à l'encoignure du mur des Mi
nimes.
Je vous demande pardon , Monfieur de la
longueur de cette lettre , & vous prie de vouloir
bien corriger les fautes d'orthographe , & de
Grammaire qui peuvent s'y trouver . Je fuis
( 180 )
Phyficien , & n'ai point le talent d'écrire ; ain
je compte fur votre indulgence.
J'ai l'honneur d'étre avec les fentimens de
Confidération qui vous font dus ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble &
très- obeiffant ferv.
NEGRARD , Phyfi
cien & Bourgeois
de Montmartre,
Paris , ce lundi 14 Novembre 1785.
Quoique la difcuffion fuivante ne foit pas
d'un intérêt général pour nos Lecteurs , elle
eft cependant affez importante pour être
mife fous les yeux des Gens de l'Art .
MONSIEUR,
Paris, ce 30 Octobre 1785.
Je faifis le peu de tems que me laiffent mes
Occupations , pour m'élever contre le projet des
éclufes , de M. de Fer , ancien Capitaine d'A:-
tillerie , Sous - Ingénieur des Ponts & Chauffées
inféré dans le Journal de Paris , du 9 Août ,
n°. 221.
Lorfque j'ai entrepris d'écrire fur la navigation
intérieure , & de démontrer combien il étoit
important pour le bien de l'Etat , de mettre un
frein à la licence des riverains de nos fleuves &
rivieres , de débarráffer ceux - ci de la multitude
des encombres qui interceptent une grande partie
de la navigation , & rendent l'autre trèsdifficile
& périlleufe , je ne me fuis pas diffimulé
que cette opération importante ne pût
rencontrer quelques obftacles ; mais je n'aurois
jamais penfé qu'on lui en eût oppofé un auffi extraordinaire
que celui qu'a conçu M. de Fer , dans
la vue , dit - il , de faire difparoître toutes les
( 181 )
difficultés de la navigation intérieure dans tous
les pays.
Quel fuccès M. de Fer at-il pu fe promettre
d'un pareil projet , & ne pas appercevoir un feul
inconvénient à fon exécution ? S'il avoit tant
fait peu réfléchi fur tous les défaftres que caufent
journellement, tantôt dans un endroit , tantôt
dans un autre , les digues des moulins &
ufines que la barbarie des tems & une licence effrénée
ont introduit à travers nos fleuves & ri- ´
vieres , il auroit vu qu'il indiquoit un moyen
encore plus puiffant de dévaftation fur leurs
rives , & de nouveaux obſtacles à la naviga-,
tion .
Examinons en général l'état naturel des lits
des fleuves & rivieres ; la plupart , ou une grande
partie , ne font point encaiffés , & fe trouvent en
beaucoup d'endroits , de demi , trois quarts & une
lieue de largeur , dans lefquels les fleuves & rivieres
forment plufieurs bras , ou font des paffes
ou maigres qui fe fuccedent deproche en proche ,
& très-fouvent il y a une auffi grande difette is
d'eau à ceux qui font vers les embouchures des
rivieres , que vers la moitié de leurs cours , &
où elles commencent à devenir navigables ; &
dans celles qui font très-rapides , ces maigress
font encore plus multipliés.
D'après cet état des lits des fleuves & rivieres ,
on voit évidemment qu'il faudroit une quantité
immenfe d'éclufes , même dans le cours d'une
riviere qui couleroit lentement , & dont le lit.
feroit bien encaiffé , & qui , à tous égards , favoriferoit
le plus les vues de M. de Fer : dans
celles qui feroient rapides & le lit fpacieux , il
en faudroit une multitude , en ce que le refluement
qu'y opéreroit chaque écluse , le porteroit
peu au-deffus , foit que les eaux fe répandroient !
dans tous les bras adjacens , foit la grande pente
( 182 )
'de la riviere ; & la conftruction & l'entretien dev
tant d'éclufes exigeroient une dépenſe énorme.
D'après toute la pratique que j'ai dans cette
partie ; & toutes les recherches que j'ai faites , je
n'ai reconnu d'autre moyen pour diminuer en
baffes eaux dans les maigresextraordinaires , les
difficultés de la navigation , que de faire plage
des digues mobiles , ainfi que je l'ai propofé dans
mon dernier Ouvrage ; ces digues ne feroient
fufceptibles d'aucun inconvénient , on les place
roit & déplaceroit facilement avec une très- mo- ˇ,
dique dépenſe.
2
Tous ces premiers obftacles qui s'oppofent fiv
fortement à l'exécution du projet de M. de Fert
ne font rien en comparaison de ceux qu'on
éprouveroit pour placer & déplacer continuellement
fes éclufes, & des ravages affreux qu'elles
Occafionneroient lors des crues fubites des rivie
res. Dans ces circonftances , comment déplacer
toutes ces éclufes à point nommé? Le torrent
ne donne pas de délai ; il faudroit donc toujours
avoir une armée d'éclufiers au bivouac & ena
fentinelle ? Mais comme ce moyen , très faible
encore , n'eft nullement praticable , les trois
quarts des éclufes feroient emportées par le torrent
, & la plupart brifées , ou contre des roches
& des digues , ou contre des ponts dont plufieurs
feroient renverfés , & les éclufes qui réfifteroient
au torrent occafionneroient des débordemens qui
dévafteroient la campagne ; enfin ce feroit continuellement
de nouveaux défaftres que l'on auroit
à éprouver de plus .
Eft ce qu'on ne frémit pas quand on penfe à
ceux de cette nature qui viennent d'arriver dans
plufieurs Etats d'Allemagne ? Iis font effrayans,
& ont porté par- tout la déſolation , ainfi que
ceux très récens qu'on a effuyés à vingt lieces à
la ron de de Metz , occafionnés , j'en fuis fur ,en
( 183 )
plus grande partie , par les digues des moulins '
& ufines qui barrent les rivieres , & forcent celles-
ci à fortir de leurs lits. Dans ces débordemens
, le fléau le plus terrible de tous , on voit
les récoltes , les arbres & les terres emportés par
le torrent ; des maiſons abattues , beaucoup de
monde & de bétail ensevelis fous les eaux. Enfin
des rives très- riantes auparavant n'offrent plus
que des ravins affreux , & la plus grande défola
tion à tous égards. Après des défaftres fi affligeans
, n'eft-on pas étonné d'entendre parler de
projets qui ajoutent de nouveaux moyens à ceux
qui n'exiftent que trop malheureufement , pour
multiplier ces malheurs ? En voilà affez fur les
éclufes de M. de Fer. Bornons- nous ici à conti- -
nuer nos voeux pour que le Gouvernement , au
lieu de permettre l'introduction de nouvelles en .
traves dans nos fleuves & rivieres , daigne faire
lever celles qui y font , fi inhumaines & fi contraires
à tous égards au bien de l'Etat.´
J'ai l'honneur d'être , avec la plus grande confidération
,
MONSIEUR ,
Votre très - humble &
très-obéiffant ferviteur ,
ALLEMAND.
On mande de Poitiers , qu'on s'occupe
avec activité de l'exécution d'un port commode
& marchand , auprès de la petite ville
de Brouage , pour favorifer les bâtimens
Américains qui viendront y chercher du
fel , qu'on doit leur vendre à très- bas prix .
On fait les mêmes travaux aux fables d'olonne
, d'ou fera creufé un canal aboutiffant
à la riviere du Clain , laquelle fera communiquer
de la mer à la Loire , au deffus de
( 184 )
Tours , lieu de fon embouchure. On a continué
ces travaux , déja entrepris l'année
derniere. [ Journal de Provence. ]
Louis Philippe d'Orléans , Duc d'Orléans,
né le 12 Mai 1725 , eft mort à Saint - Affife
le 18 de ce mois , âgé de 60 ans & demi.
Cefar- Gabriel de Choifeul, Duc de Praflin ,
Pair de France , Miniftre d'Etat , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant- Général de
fes Armées & au Gouvernement des huit
Evêchés de la haute & baffe- Bretagne , cidevant
Ambaffadeur de S. M. très Chrétienne
près de la Cour de Vienne , & au
Congrès d'Ausbourg, &c. eft mort en fon
Hôtel , rue de Bourbon , & a été tranſporté
en fa Terre de Praflin.
Jacqueline - Henrietre d'Aumenil de Lignieres
, Vicomteffe de Néel , Gouvernante
des Enfans du Duc de Bourbon , épouse du
Vicomte de Néel , Lieutenant - colonel d'Infanterie
, Chevalier de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , eft mort le 29 Octobre
, en fon château de Sainte - Marie - l'Aumont
près Vire.
PAYS - B A S.
DE BRUXELLES , le 20 Novembre.
Il paffe pour certain que le Traité d'alliance
entre la France & les Provinces -Unies ,
déja arrêté & fufpendu à l'inſtant des différends
de cette République avec l'Empereur,
a été figné à Fontainebleau le ro de ce mois.
La paix de ces mêmes Provinces Unies avec
l'Empereur a été auffi ratifiée le 8 à Fontai(
185 )
nebleau , ainfi que nous l'avons dit l'Ordinaire
dernier.
Le Baron de Reifchach eft à Maftricht
depuis quelques jours ; & l'on ne doute
point que ce Miniftre Impérial ne revienne
inceffamment reprendre fes fonctions à la
Haye.
Les Etats Généraux font moins preffés.
que les Etats de Hollande de répondre à la
Lettre que leur a adreffé le Roi de Prufle.
Un meffager d'Etat a porté à Berlin la Réponſe
particuliere des Etats de Hollande ;
comme elle eft une répétition des mêmes
chofes qu'on a lues antérieurement' dans les
réfolutions de cette province , en pareille
occafion , & qu'on s'y retranche à nier tout
deffein fur les prérogatives du Stathouder ,
nous croyons fuperflu de la rapporter en
entier.
Il y a eu à Amersfoort une efcarmouche
entre les Bourgeois & le détachement militaire
qu'on a envoié il y a deux mois dans
cette ville. Un des foldats eft mort de les
bleffures ; & plufieurs des combattans ont
été dangereufement maltraités.
Une Feuille publique des Pays - Bas Autrichiens
ordinairement très exacte , rapporte
de la maniere fuivante les circonftances qui
ont ſuivi la réforme du Corps Franc de
Stein .
Les ordres étant donnés pour que le corps franc
de Stein ne fût plus fur le tableau de guerre au
( 186 )
premier Novembre , le Général Comte de Rutan
lui annonça fa diffolution le 31 du mois d'Octobre.
Mais comme le Baron de Charver , Commiffaire
civil , qui avoit des inftructions pour
faire paffer cette troupe fur la frontiere d'Allemagne
, n'étoit pas arrivé , on renferma cès réformés
dans les cafernes , auxquelles ils mirent le
fen.
t
Ce premier défordre fut caufe qu'on en fit par
tir le lendemain , premier Novembre , fix cents
hommes , feus l'efcorte de foixante foldats de
Fillier , commandés par le Prince d'Ifembourg.
On les embarqua fur la Meufe , fur neuf bateaux ,
pour les conduire par eau jufqu'à Naiwagne ;
mais ce trajet étant trop fort pour un jour , les
Stein réformés fe mutinerent entre Huy & Licge
, prirent le Prince commandant au collet , le
menacerent de le jetter dans la Meuſe , fi on ne
Jear permettoit de defcendre au village de Chokier.
Si cette révolte eût été générale , qui fait
jufqu'où ces mutins euffent porté les extrémités ?
Mais une grande partie de leurs camarades fentant
tout l'odieux de pareils procédés , à l'égard
d'un jeune Officier qui avoit eu la générofité de
fe priver de fes provifions pour les leur diftribuer,
vinrent à bout de le dégager des mains des rebelles
, dont une partie prit terre à Chokier , & fe
débanda. L'autre ayant paffé la nuit fur les bateaux
, continua le lendemain fa route par Liege
fqu'à Vifé , où ils débarquerent , & où des recruteurs
hollandois & efpagnols qui s'y trouvoient
, en enrôlerent le plus grand nombre.
Son Excellence le Général de Lillien ayant eu
avis de ce départ , avoit fait partir de Herve , le
même jour du grand matin , un demi - efcadron
de Cobourg pour Vifé . Ils avoient l'ordre de
prendre les foldats réformés , & de les conduire
( 187 )
9
ici , où effectivement il en eft arrivé environ trois
cents trente entre huit & neuf heures du foit.
Le lendemain ils ont été conduits jufqu'à la frontiere
de notre Province , du côté d'Aix , par peloton
de vingt à trenie , efcortés de fix à fept
Dragons. Les Commiffaires civils de guerre ,
Mrs. Wunch & Ofts de Bulloi , ont fait donner
la nourriture à ces pauvres gens , & ont expédié
des ordres de patrouiller dans tout le pays , afin
d'arrêter & de faire partir tous ceux qui pouvoient
encore s'y trouver. Ces précautions n'ont
point été inutiles , puifque le 4 on a encore conduit
fur la frontiere vingt- deux de ces hommes ,
qui avoient été arrêtés la veille ; elles étoient
d'ailleurs néceffaires pour éloigner de notre contrée
des gens fans reffource , que la mifere aucontraindre
à former des bandes de voleurs
roit pu
& d'affaffins.
Le Prince de Naffau , en fe rendant à Loo
en Gueldres ', a reçu fur fa route des démonftrations
d'attachement qui , à Meppel
dans le pays de Drenthe , ont entraîné une
fcene , décrite en ces termes dans une lettre
de Meppel , du 12 Novembre.
Hier dans l'après-midi vers quatre heures,
6. A. S. Mgr. le Prince d'Orange , S. A. R.
Madame la Princeffe & leurs SS . Enfans arriverent
ici de Groningue . Quoique quelques étein
celles de difcorde paruffent couverts depuis quel
que temps fous les cendres , entre quelques pers
fonnes qui s'exercent dans le maniement des ar
mes , & d'autres qui ne croyent pas devoir le
faire , on s'attendoit cependant à la plus grande
union parmi nous à l'occafion de cet agréable
événement. Les habitans de divers Villages des
environs s'étoient réunis pour témoigner leur
( 188 )
joie , en élevant des arcs de triomphe , & un
grand nombre de perfonnes de diftinction s'y
trouverent également , pour prévenuir par leur
préfence toute espece de défordre. M. le Comte
de Heyden , Droffard de ce lieu , s'y étoit rendu
dès la veille , afin de pourvoir à tout ce qui pourroit
affurer le bon ordre , en faifant d'ailleurs
connoître que toutes démonftrations extravagantes
de joie ne feroient point vues de Leurs
Alteffes comme de veritables marques d'affec
tion , mais feroient au contraire très- fort défapprouvées.
Peu de momens après fon arrivée ,
M. le Comte de Heyden reçut une Députation
du Confeil de guerre du Corps armé , le priant
inftamment de permettre qu'ils euffent l'honneur
de recevoir LL. AA. fous les armes , & de les
escorter jufqu'à leur logement , avec intention
de donner par là des marques de leur attachement
à Leurs Alteffes ; ce qui ne leur a cependant
été accordé que fur la promeffe & affurance
qu'aucun de leurs membres ne feroit muni de
cartouches à balle qui , à ce qu'on avoit appris ,
avoient été préparées. A l'approche de Leurs
Alteffes , le Corps armé fut gêné dans fes manoeuvres
par un groupe nombreux de batteliers ,
charpentiers , & c . portant des fcies , des haches ,
& autres inftrumens avec lefquels ils faifoient
beaucoup de bruit entourant les caroffes du-
Prince, avec grande preffe , lefquels défiloient
entre une haye des Bourgeois armés , qui fe
trouverent choqués de ne pouvoir conferver le
bon ordre qu'ils defiroient de maintenir dans leurs
manoeuvres. Leurs Alteffes étant defcendues chez
M. Scholtes Kniphorft , la foule augmenta , & la
confufion devint plus forte ; des paroles on en
vint aux faits , & les exhortations les plus vives dé
fe modérer furent inutiles. Alors on entendit ti-
>
( 189 )
rer plufieurs coups dé fufil , & l'on apprit bientôt
qu'un habitant honnête & tranquille , qui , fans
être du Corps armé , ni ne s'être jamais mêlé
d'aucun différend parmi les Bourgeois , ne fe
trouvant- là que comme fpectateur , venoit d'être
tué fur la place , & étoit ainfi devenu la victime
d'une fureur infenfée parmi les habitans. Les
perfonnes à qui on en vouloit , entrerent alors
en une telle rage contre ceux qui étoient armés ,
que ces derniers durent profiter de ce que l'oc
cafion leur permettoit de fe retirer . Sans cela .
une horrible fcene de meurtre , auroit enfanglanté
la place d'autant qu'on a vu enfuite par
la vifite des fufils , que prefque tous étoient chargés
à balle. Cet événement a répandu une confternation
générale ici , & a troublé entierement
notre joie. L'Augufte Famille a témoigné par
des faits combien elle prenoit part au trifte fort
de la femme & des deux enfans de celui qui a eu
le malheur d'être tué.
La certitude de la paix a déterminé les
derniers ordres reçus par les différens Corps
militaires , cantonnés dans les Pays - Bas.
Les ordres qui avoient fufpendu la vente des
chevaux d'artillerie & la délivrance des congés
viennent d'être révoqués & le départ des troupes
venues d'Allemagne eft réfolu. Le 14 le régi
ment de Coburg- Dragons , qui eft dans le Lim
bourg , prend le devant fur Aix - la Chapelle &
Cologne. Le même jour les Huffards de Wurmfer
, qui font à Tirlemont & dans fes environs
quitteront le Brabant pour fuivre la même route.
Le 15 les Dragons de Tofcane partiront des en-..
virons de Louvain & iront occuper les quartiers
abandonnés la veille par les Wurmfer.
Les régimens de Lattermann , Preifs & Teut(
190 )
"
chmeiffer accompagnés chacun d'une divifion de
l'artillerie les fuivront à deux jours de diftance
l'un de l'autre.
Le régiment de Tiller prendra la route de
Luxembourg , d'où Bender & Migazzi partiront
inceffamment pour Fribourg.
Les régimens nationaux quitteront d'abord
Anvers , celui de Wurtemberg ira décidément
à Luxembourg , & probablement celui de Ligne
à Tournai.
Six-cents hommes du corps de Stein réformés
à Namur fe font préfentés à la fois aux portes de
la ville d'Aix ; la bourgeoife alarmée s'eft mife
fous les armes , & les a conduits poliment juf
qu'aux confins de fon territoire.
Les troupes qui prennent la route de Cologne
feront pourvues des magafins de Sa Maj. Imp.
jufqu'à Cologne inclufivement , le pain y com
pris. Le reftant de ces magafins à Liege & Cologne
fera vendu après leur paffage .
Le bois immenfe qui avoit été coupé dans
les forêts royales pour le befoin éventuel de
l'armée eft déja mis en vente.
Paragraphes extraits des papiers Anglois & autres .
L'affaire de Mr. van Slype , Vice- Bailly de
,, Maeftricht fe renouvelle aujourd'hui. Le jugement
que le Confeil- d'Etat avoit porté en fa
faveur , ordonnoit que les papiers trouvés dans
fa maiſon lui fuffent remis , puifqu'ils ne
,, contenoient rien de criminel à la charge ;
mais Mr. le Fifcal Tulling les ayant jugé ( lui)
de trop grande importance pour les rendre ,
n'a pas cru à propos de le faire. Mr. van Slype
fe difpofoit à l'attaquer pour cela , Mr. Tulling
,, a pris les devans , & intenté un nouveau procès-
22.
"
99
93
( 191 )
"
"
, au Vice Billi. C'eft le Haut- Confeil de
Hollande qui eft chargé du jugement par ordre
,, Ipécial de L. H. P. Il paroit par Its diverfes
,, preuves que fournit Mr. van Siype , qu'il a été
fort maltraité par le Fifcal , & même que ce
dernier a outre paffé les pouvoirs de fa com-
,, miffion. Les amis de Mr. van Slype ne doutent
, point qu'il ne remporte encore une victoire
,, complette , & digne du caractere de probité
qu'on lui connoit . Courier du Bas - Rhin ,
,, no. 91 .
•
GAZETTE ABREGEE DES TRIBUNAUX ( 1).
PARLEMENT DE PARIS: GRAND CHAMBRE.
Caufe des Officiers de la BASOCHE du Palais à Paris,"
opofans à la réception en l'Office de Procureur ,
de deux Clercs qui n'avoient pas dix années de Cléricature.
Plufieurs Ordonnances , Arrêts & Réglemens
de la Cour défendent , de la maniere la plus précife
, de fe préfenter pour être reçu dans l'état &
Office de Procureur au Parlement , fans avoir
demeuré & travaillé , en qualité de Clerc , pendant
dix ans accomplis , chez des Procureurs au
Parlement , dont trois au moins en qualité de
Maître Clerc ; les mêmes Réglemens obligent
ceux qui ſe deſtinent à la profeffion de Procureur,
de rapporter des certificats en bonne forme , du
sems qu'ils auront paffé dans les Etudes ; & les
Officiers de la Bafoche tiennent des regiftres fur
lefquels chaque Clerc eft obligé de le faire inf
cise , lorfqu'il veut faire commencer les dix
ans d'étude dont il a effentiellement befoin.
Nonobftant ces Réglemens , il eft arrivé plus
d'une fois que des Clecs ayant mérité par leur
intelligence , & fur- tout par leur affiduité au
travail , la confiance & l'eftime de leurs Procureurs,
ont traité de leurs Charges avant l'expi
( 192 ).
{༨
ration des dix ans de Cléricature ; fouvent même
ils fe font proposés pour époufer leurs filles ; &
à la faveur de ces mariages de convenance , ils ont
été traités avec moins de rigueur quand il s'eft
agi de leur réception.
Des circonftances
particulieres avoient néceffité cette indulgence
pendant quelques années ; mais les mutations
étant devenues plus rares , & les ſujets en plus
grand nombre , les Officiers de la Bazoche ont
cru devoir réclamer l'obfervation rigoureufe des
Réglemens fur les dix ans de Cléricature. Ce
pendant le fieur Champagne , qui n'a travaillé
que huit ans & demi dans les Etudes , a néanmoins
traité de la Charge de Me. Contant , qui
lui a promis fa fille en mariage. Le fieur Bru
netiere , qui n'a travaillé que neuf ans , a éga
lement traité de la Charge de Me. Jobelin , dont
il doit épouser la niece. Malgré ces arrangemens ,
les Officiers de la Bafoche ont formé oppofition
à la réception de ces deux candidats , & demandé
que les Réglement fuffent exécutés , & qu'il leur
fut fait défenfes de traiter d'aucune Charge de
Procureur avant qu'ils euffent fait leurs dix ans
d'Etudes. Les fieurs Champagne & Brunetiere
ne pouvoient contefter une réclamation auffi
jufte ; mais ils demandoient , en confidération
des mariages préfentés , la faveur qui avoit déja ,
étéaccordée à plufieurs autres. L'Arrét du 20
Août 1785 , pour faire aux Parties , les a
appointées au Confeil , & fur les demandes en
droit & joint , dépens réfervés. Cet interlocu
toire donnera à ces jeunes gens llee tems néceffaire
pour s'inftruire davantage , & pour fe rendre par
conféquen t , plus dignes de leurs
Qualité de la reconnaissance optique de caractères